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Pour près de la moitié des 22 millions de Yéménites, manger quotidiennement à sa faim est un luxe. Dans le bidonville de Sunaïna à Sanaa, Oum Ahmed ne peut nourrir ses quatre enfants que les bons jours, quand son mari, vendeur ambulant de vêtements, arrive à écouler sa marchandise.
"Quand il gagne 500 rials (2,1 francs), on peut manger", explique-t-elle. "Ayez pitié de nous", lance Oum Ahmed, éclatant en sanglots en montrant les membres amaigris et couverts d'ecchymoses d'Amira, sa fille de 5 ans, atteinte selon elle d'une maladie qu'elle n'a pas les moyens de faire soigner.
L'an passé, le coût des denrées alimentaires de base a bondi de 40 à 60% et le prix de l'eau potable, toujours rare, de 200%, contribuant à l'inflation galopante, selon un rapport des Nations unies. Le taux de chômage est monté en flèche et 10 millions de Yéménites, sur une population totale de 22 millions, ont du mal à se nourrir.
Le soulèvement qui a chassé l'ex-président Ali Abdallah Saleh a paralysé le gouvernement déjà miné par des institutions faibles et corrompues. "Il en a résulté une crise humanitaire beaucoup plus profonde que ce que nous pouvions imaginer", souligne le représentant de l'ONU, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed.
Les signes de cette crise sont visibles dans la capitale Sanaa et pas seulement dans les provinces éloignées où les services publics sont les plus faibles et l'aide internationale entravée par les conflits armés.
Les chiffres de l'ONU témoignent de l'étendue de la crise humanitaire. Environ 55% des Yéménites vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour (1,8 franc). Dix millions sont en situation d'"insécurité alimentaire" dont cinq millions en situation d'"insécurité alimentaire grave".
En partenariat avec des ONG internationales, l'ONU a lancé un appel d'aide de 455 millions de dollars pour 2012 qui n'a été couvert qu'à 42% pour le moment. L'éducation n'a rien reçu et les secteur de l'eau, des installations sanitaires et de l'hygiène seulement 12%.
ATS