Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07136.jsonl.gz/412

Selon l'Office fédéral de la santé publique, le nombre d'homosexuels infectés par le sida devrait augmenter de plus d'un tiers cette année.
En cette Journée mondiale du sida, Pink Cross et l'Aide suisse contre le sida rappellent qu'il n'y a pas de «remède miracle» pour enrayer la propagation du virus VIH.
En 2002, les autorités et les organisations homosexuelle avaient établi une charte sur les mesures de sécurité minimums à respecter dans les clubs et les saunas. Cela n'a toutefois pas suffit à inverser la tendance à la hausse.
L'augmentation des infections est aussi forte qu'il y a trois ans. Dans le même temps, les infections ont enregistré une légère diminution si l'on considère l'ensemble de la population. Le message préventif doit donc tout particulièrement être destiné aux homosexuels. Mais reste encore à savoir quel genre de message.
«Les idées que nous avons proposées en 2002 étaient excellentes et j'étais convaincu qu'elles fonctionneraient, mais cela n'a pas été le cas», déclare Moël Volken, directeur de l'association homosexuelle Pink Cross.
«Naturellement, nous devons faire quelque chose de nouveau et nous concentrer davantage sur les homosexuels, poursuit-il. Mais nous ne savons pas exactement ce que nous devrions faire, parce que nous ignorons ce que nous avons fait faux.»
Sexe sans protection
Les autorités craignent que l'augmentation des cas ne soit à mettre en rapport avec une tendance en hausse chez les gays: multiplier les aventures sans préservatif avec des partenaires différents.
«La probabilité de rencontrer un partenaire déjà infecté est trente à quarante fois plus élevée pour les homosexuels que pour les hétérosexuels, avertit Roger Staub, responsable de la section sida de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Multiplier les rencontres non protégées a donc des conséquences bien plus graves pour les homosexuels.»
Selon l'Aide suisse contre le sida, 20% des gays pratiquent le sexe non protégé dans des situations à risque. C'est deux fois plus qu'il y a dix ans. Cette hausse a eu lieu malgré les efforts constants de l'OFSP et des organisations homosexuelles pour promouvoir les rapports protégés.
Pink Cross et l'Aide suisse contre le sida n'ont pas réussi à faire passer leur message à la génération qui a grandi dans l'idée que le sida n'était plus une maladie mortelle en raison des succès des médicaments antiviraux.
«Le sida a changé de visage depuis 1990 et ne représente plus le même risque que pour ma génération, déclare Moël Volken. Les jeunes savent que le risque existe, mais avec tous les médicaments à disposition, ils ne le voient plus comme fatal.»
Un message à repenser
Porte-parole de l'Aide suisse contre le sida, Thomas Lyssy pense également que la maladie a perdu de son caractère effrayant. Pour lui, il est donc temps de repenser le message de prévention. Une option possible est que les professionnels de la santé passent davantage de temps dans les saunas et les clubs où les gays se rencontrent.
L'OFS a annoncé cette semaine qu'elle allait lancer début 2006 une campagne nationale contre le sida plus particulièrement centrée sur cette population. De son côté, le gouvernement a déclaré vouloir fournir davantage d'informations sanitaires à travers Internet ainsi que dans les clubs et les saunas, en particulier dans les villes de Zurich, Lausanne et Genève.
L'Aide suisse contre le sida a accueilli cette initiative positivement. Elle signale toutefois que pour atteindre ceux qui continuent à ignorer les risques d'une infection, il faudra développer une approche totalement nouvelle.
«Pour autant que je sache, personne n'a actuellement la solution au problème, conclut Thomas Lyssy. Nous essayons tous de collaborer et d'aller dans la bonne direction. Mais en matière de prévention, le remède miracle n'a pas encore été trouvé.»
25'000 signatures pour l'Afrique
Par ailleurs, cette Journée mondiale du sida est l'occasion de déposer au Palais fédéral la pétition lancée il y a une année par les œuvres d'entraide en faveur de la distribution de médicaments contre le sida en Afrique. Quelque 25'000 Suisses ont signé ce texte.
A l'occasion de son dépôt, 8000 bougies symbolisant le continent africain seront allumées en soirée sur la Place fédérale. La manifestation réunira des représentants des églises protestante et catholique, des humanitaires actifs auprès des malades du sida en Afrique et des politiques.
Intitulée «L'Afrique a besoin de médicaments, maintenant !», la pétition réclame de la Confédération qu'elle augmente sa contribution dans la lutte contre le sida. Elle demande aussi aux firmes pharmaceutiques d'abandonner leurs droits sur les brevets des médicaments contre le VIH.
Chaque année, deux millions de personnes meurent des suites du sida. L'Afrique regroupe près des deux tiers des personnes infectées et environ les trois quarts (77%) des femmes vivant avec le virus.
swissinfo, Adam Beaumont et les agences
(traduction de l'anglais: Olivier Pauchard)
Faits
Le nombre d'infections parmi les gays devrait augmenter de 37% cette année, soit à 240 cas.
En revanche, parmi les hétérosexuels, les infections devraient diminuer de 14% à 375 cas.
Selon l'OFSP, 10% de la population homosexuelle est séropositive.
En bref
- Selon l'Aide suisse contre le sida, plus de 20'000 personnes vivent avec le virus du sida en Suisse. Deux personnes sont diagnostiquées séropositives chaque jour.
- Selon une étude publiée dans la «SonnntagsZeitung», un tiers des jeunes femmes ont leur premier rapport sexuel sans préservatif.
- Selon l'Office fédéral de la santé publique, les fonds consacrés à la prévention du sida ont été presque diminués de moitié depuis 2004, atteignant 9 millions de francs.