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Dieter Behring (au milieu) entouré de sa femme (à gauche) et de ses défenseurs (à droite) Roger Lerf et Bruno Steiner sortant du Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.
KEYSTONE/TI-PRESS/TATIANA SCOLARI(sda-ats)
Le Tribunal pénal fédéral (TPF) de Bellinzone a condamné vendredi Dieter Behring à cinq ans et demi de prison. L'ex-financier bâlois a été reconnu coupable d'escroquerie par métier. La défense envisage de faire recours au Tribunal fédéral.
Dieter Behring était accusé d'avoir abusé de la confiance de près de 2000 personnes entre septembre 1998 et octobre 2004. Il promettait aux investisseurs des rendements mirobolants grâce à un système financier qu'il avait développé lui-même. Sa déconfiture a laissé un trou de plus de 800 millions de francs.
Après une procédure de 12 ans et cinq semaines de procès, le verdict dans l'affaire Behring est enfin tombé vendredi. Le Bâlois est condamné à cinq ans et demi de prison dont seront déduits 203 jours de détention provisoire. Le canton chargé de l'exécution de la peine est Bâle-Ville.
Moins sévère que le MPC
Le verdict prononcé par le juge Daniel Kipfer Fasciati est légèrement moins sévère que ce qu'avait requis le Ministère public de la Confédération, à savoir six ans et neuf mois. La défense avait, elle, demandé la clôture de la procédure, à défaut un acquittement.
Le TPF a retenu contre Dieter Behring l'escroquerie par métier de 2001 à 2004, les faits remontant avant le 1er octobre 2001 étant prescrits. Il a par contre abandonné le délit de blanchiment d'argent, de nouveau en raison de la prescription.
La procédure n'a que trop duré, a déclaré vendredi le juge Kipfer Fasciati, la qualifiant même d'excessive. Cet aspect a été pris en compte dans la fixation de la peine, a-t-il ajouté.
Système "boule de neige"
Selon le tribunal, l'ex-financier bâlois a monté un système "boule de neige" qui ne gérait pas les sommes versées et du coup ne générait pas de véritables rendements. "Il ne s'agissait de rien d'autre que d'un bluff", selon le juge. Dès qu'il n'y a plus eu de nouveaux clients, le système s'est effondré.
Une partie des fonds versés a été utilisée pour des frais de licence qui ont été payés aux partenaires en affaires et à Dieter Behring. Rien qu'en 2003, le soi-disant gourou de la finance aurait engrangé 100 millions de francs en taxes de licence.
Contrairement à ce qu'il prétend, le financier a été la figure clé du système mis en place, selon le juge. Les personnes qui l'ont côtoyé en affaires à l'époque ont été unanimes à dire que Dieter Behring ne se contentait pas de donner des "signaux", mais disposait bien de fonds.
Au départ dix personnes
C'est un jugement dans lequel le doute n'a pas profité à l'accusé, a déclaré l'avocat du Bâlois, Daniel Walder à l'issue du verdict. Et l'avocat d'office Roger Lerf d'ajouter: personne n'a pu jusqu'à présent prouver à qui les paiements supposés ont profité ni pourquoi la procédure contre les co-accusés a été abandonnée.
A l'origine, dix personnes étaient dans le collimateur des autorités de poursuite pénale. Mais les charges ont finalement été abandonnées contre neuf co-accusés, la défense dénonçant du coup une focalisation inadmissible sur Dieter Behring.
Ce n'est pas le cas, a contré le juge du TPF dans les considérants de son verdict. Il n'y a pas eu d'accusations explicites contre Behring et les co-accusés. Le fait de cibler le Bâlois était justifié, car il a agi seul sans partage sur les points décisifs. Il n'y a donc pas eu de violation des principes d'équité, selon le juge.
Par tous les moyens
L'ex-financier bâlois et ses défenseurs ont usé de tous les moyens pour contester la procédure: demandes multiples de récusation et dépôt de plaintes. L'une d'elles, encore pendante, vise le procureur général Michael Lauber et deux de ses collègues.
L'Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération a désigné le haut magistrat saint-gallois Thomas Hansjakob comme procureur extraordinaire. Ce dernier est chargé d'examiner la plainte pénale déposée. Mais Dieter Behring a déposé une demande de récusation contre lui.
La défense a annoncé son intention de faire appel au Tribunal fédéral. Mais pour ce faire, il faut attendre le jugement motivé par écrit qui sera disponible seulement au premier trimestre 2017, a indiqué le TPF. Les exigences des parties civiles des privés pourront alors être examinées.
ATS