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L'art du créateur de sculptures sonores métalliques réside avant tout dans sa capacité à construire sa sculpture sonore comme un système d'intercommunication de réserves d'énergie. La complexité de ces instruments a également des conséquences pour ceux qui en jouent.
La famille d'instruments de percussion est la plus grande de toutes les familles d'instruments. On peut y trouver une grande variété d'idiophones, membranophones, aérophones et instruments à cordes, ainsi que beaucoup d'autres qui sont difficiles à classer. Le monde occidental n'est pas le seul à avoir cherché à classifier le vaste univers des instruments de musique – les cultures chinoises et indiennes, entre autres, ont également entrepris de trier et organiser ce domaine en fonction de différents critères.
Aujourd'hui, la mondialisation bat son plein. De nouveaux instruments sont apparus, et d'autres suivront certainement. De nouveaux points de vue deviennent possibles alors que d'autres, plus anciens, disparaissent silencieusement. Cependant, nous espérons que l'activité musicale réellement partagée et créée ensemble ne va pas disparaître, et que la société humaine ne sera pas noyée par une musique électronique industrielle, ou même réduite au silence par un cri guerrier.
Alors écoutez la bonne nouvelle, apportée par les créateurs des sculptures sonores métalliques: ça continue !
Les instruments en feuille métallique comme le steelpan et le Hang sont des sculptures sonores de l'ère moderne, ayant des corps de résonance très sensibles et précisément accordés. Ce sont des hybrides, qui n'entrent pas facilement dans les anciennes catégories.
Ces nouveaux instruments ont émergé aux 20ème et 21ème siècle. Lorsqu’ils sont destinés à faire de la musique ensemble en dehors du contexte du carnaval, ceux-ci réagissent mal si on les bat. Dans les steel bands trinidadiens, une forme d'art intégrant la musique de nombreuses cultures, la devise est: « Don’t beat the pan, play it ! »
Jouer à la main sur une coque métallique est un développement récent, et nécessite donc un nouvel art de jouer à la main.
Les instruments à percussion sont probablement les plus anciens instruments créés par l'humain. On les trouve dans toutes les cultures. Ils peuvent être utilisés pour créer une variété infinie de sons. Il est donc compréhensible que les percussionnistes aient été les premiers à être attirés par la résonance intéressante de ces feuilles de fer, et que leurs démonstrations de virtuosité remplissent aujourd'hui le web.
Nous, les accordeurs de chez PANArt, nous nous voyons comme des sculpteurs du son, qui, à partir de notre matière première – la feuille métallique que nous appelons le Pang - créons des sculptures sonores qui répondent aux besoins de notre temps. Les classifier ne fait pas sens, car ils naissent à nouveau chaque jour, et sont donc réellement un travail toujours en cours. Ils doivent servir les gens et leur musique, car ils ont la capacité d'harmoniser la vie de ceux qui les jouent. Comment ces instruments en feuille métallique tels que le Hang, le Gubal, le Hang Urgu et le Hang Gudu parviennent-ils à ceci? Quelles sont les idées nées de notre travail avec le marteau ? Permettez-moi d'expliquer, comme suit.
Récemment, la preuve fut présentée de l'existence d'ondes gravitationnelles, prédites il y a cent ans par Einstein sur la base de sa théorie de la relativité. Cette preuve a été apportée grâce à l'interférométrie laser, un procédé de mesure capable de mesurer de très faibles différences de distance. Cette technique nous a donné, ici à PANArt, de nombreuses informations précieuses sur notre travail avec la feuille métallique, y compris les vues précitées au sujet de ces instruments.
Entre 1988 et 2008, nous avons travaillé avec les physiciens Thomas Rossing et Uwe Hansen, qui avaient effectué des recherches sur le steelpan trinidadien. Le comportement vibratoire de nos sculptures sonores a été étudié en détail par ces deux acousticiens à l'aide de l'interférométrie holographique. Avec cette méthode, les plus petites amplitudes d'oscillation sont détectables. Le résultat le plus important de cette recherche conjointe a été la compréhension de la complexité des phénomènes acoustiques trouvés dans le steelpan et le Hang. L'interférométrie holographic nous a donné un aperçu du monde très complexe de ces instruments, dont le son captive les esprits de tant de personnes.
Ici vous pouvez voir une image d'un Ping PANArt (un pan soprano), qui a été stimulé avec 3252,9 Hertz. Selon l'intensité et la localisation de la stimulation, le son rayonne de l'ensemble de la coque. A côté, nous voyons le champ de tonalité central (Ding) d'un Hang, avec ses cinq modes vibratoires les plus bas.
On peut facilement imaginer que ces idées ne nous aient pas seulement étonnés – nous les accordeurs - mais aient également commandé notre respect. Quel art merveilleux nous pratiquions ! Cela allait au-delà de notre compréhension. C'était vraiment mystique. Nous avions donné de l'ordre à un cosmos. Il ne s'agissait pas seulement d'accorder des notes. C'était la syntonisation d'une multitude de réserves, leur permettant d'échanger de l'énergie. Il s'agissait d'emmagasiner de l'énergie grâce à une géométrie réfléchissant les ondes de flexion ou permettant également de les laisser passer, permettant ainsi une interaction avec d'autres réserves (modes de vibration).
Un tel instrument – c'était maintenant clair – ne pouvait pas être maîtrisé par le musicien. Chaque stimulation donnait naissance à un nouveau son, et pas un seul de ces sons ne pouvait être reproduit exactement. Ce n'était donc pas un instrument qui pourrait être maîtrisé dans le sens conventionnel. Ce ne sont pas simplement des notes, ou des tons qui étaient produits, mais une richesse de couleurs, un événement iridescent, un cosmos oscillant et enchanteur.
Ces conclusions furent approfondies lors notre rencontre avec le professeur Anthony Achong. Ce physicien, qui travaillait alors à l'Université des Indes occidentales (University of the West Indies - UWI) et organisait la Conférence internationale sur la science et la technologie du steelpan (ICSTS 2000), nous a ouvert les yeux sur l'art d'accorder. Ses recherches démontrent comment les maîtres accordeurs du steelpan sont capables de remodeler la feuille métallique par un martelage continu de manière à ce que les contraintes introduites – au moyen d'une modulation des tons partiels – produisent une dynamique sonore appelée « sweet sound of steel ». Le chaos métallique est apprivoisé de façon attrayante – « beautiful pan ».
En tant qu'accordeurs, nous avions ainsi effectué un pas de géant dans la compréhension de notre travail. Il n'y avait plus aucun doute : le musicien ne pouvait plus voir l'instrument comme étant séparé de lui-même, mais au contraire comme une extension de son propre corps. Cette nouvelle perspective a inspiré notre travail. Notre tâche était maintenant d'étudier l'essence même de l'ouïe ainsi que le fonctionnement de nos sens.
Notre étude de l'ouïe et de l'écoute nous a menés au travers la littérature traitant de la physiologie de l'oreille, la méthode Tomatis, ainsi que la psychologie prénatale et l'hypnose. Une étude plus approfondie de ce thème nous a étonnés encore plus. La surface de la main, avec ses capteurs de pression, de vibration, de douleur et de température, est apparue comme une partie hautement sensible de notre corps.
Il était maintenant clair que de jouer sur la surface rigide, précontrainte du Pang nécessitait une prise de conscience que deux mondes très sensibles se rencontraient. Ici, la main de l'homme, et là, la surface courbée et fortement stressée de la surface de jeu. Le Hang était donc un corps de résonance dont la rencontre était à faire dans le respect, et en tout cas pas un tambour à battre.
Nous avons développé une nouvelle culture de la danse des mains, tenant compte de la façon dont l'énergie du joueur est transférée à la surface de jeu. Comme le joueur de tabla, dont les mains sont toujours en contact avec la membrane tendue, les joueurs du Hang doivent également rester en contact avec le corps de résonance afin de ne pas produire des sons chaotiques et arbitraires qui pourraient endommager leurs oreilles. Une culture de la mesure est nécessaire. Ces idées sont apparues dans le livre « Guide du Hang » en 2010.
Comme un miroir, le Hang donne au joueur une réponse immédiate, et ces réponses directes agissent comme un sismographe, un amplificateur, un catalyseur. Quelque chose se produit au niveau de la conscience du joueur: les frontières se dissolvent, et le son ne peut pas être situé dans l'espace. Joueur et auditeur se fondent dans la grande unité. Ce phénomène est exprimé dans des milliers de lettres adressées à PANArt.
Au fur et à mesure qu'il devenait clair que le Hang ne pouvait pas être un « hang drum », les tensions augmentaient entre les accordeurs de PANArt et ceux qui jouaient le Hang comme un tambour. Allant à l'encontre des conseils de chercher une façon complexe de jouer, dans laquelle les mains du joueur restaient en contact aussi stable que possible avec la sphère magique (comme lors d'une danse avec un partenaire), ils jouaient le Hang comme un instrument de percussion, en essayant de combiner des motifs rythmiques avec des mélodies, leurs mains généralement placées bien au-dessus de la surface de jeu. Leur jeu était caractérisé par un flux de séquences de motifs qui, souvent, aboutissaient à la tentative de capturer la musique, même parfois sous forme de notation. Le corps acoustique complexe n'était pas traité de façon équitable, et les sons qui atteignaient l'oreille étaient souvent déformés.
En raison d'une forte demande pour des Hanghang, de nombreuses répliques sont apparus sur le marché, dans les premiers temps souvent produites par d'anciens fabricants de steelpans. Comme ces copies furent principalement achetées par les joueurs intéressés par la percussion, la pression a augmenté pour donner un nom à ces nouveaux « instruments de percussion ».
Comme le nom « Hang » était enregistré en tant que marque par PANArt et ne pouvait donc pas servir de terme descriptif générique, le fabricant américain de steelpans Kyle Cox de Pantheon Steel a introduit le terme « handpan ». Que PANArt ait refusé d'accepter le terme « hang drum » s'est par la suite avéré utile. Alors que nous, les fabricants du Hang, comprenions notre création comme une sculpture sonore, le terme handpan, originaire des États-Unis, a prévalu et s'est rapidement propagé en dépit de la résistance de certains constructeurs de répliques du Hang. PANArt n'a jamais parlé du Hang comme étant un « handpan », puisque leur création s'était clairement distancée des steelpans trinidadiens en ce qui concerne le matériau, la forme, la manière de jouer, ainsi que le son. La nouvelle appellation a par la suite conduit à des malentendus.
La situation dans le domaine des instruments faits en feuille métallique peut maintenant être décrite comme suit : Trinidad, la Mecque du steelpan, ne s'intéresse pas aux handpans. La culture du steelband de l'île des Caraïbes est suffisamment occupée par ses propres affaires.
En l'an 2000, les accordeurs de PANArt, leur Hang nouvellement développé, ainsi que d'autres instruments en Pang, ont été invités à la Conférence internationale sur la science et la technologie du steelpan (ICSTS 2000), à Trinidad. Le Hang a retenti et fut chaleureusement accueilli. Toutefois, une phrase souvent entendue était : « This is not our culture ». Nous avons donc pu rentrer chez nous en toute quiétude. Au pays où le jeu collectif du steelpan avec des baguettes prédomine, jouer à la main était vu comme quelque peu étrange.
En Europe et en Amérique, l'euphorie entourant les steelbands s'est, pour de nombreuses raisons, essoufflée. Le steelpan échappe à la standardisation, et le son des steelbands a peut-être été surexploité. En tant qu'élément appartenant à différents styles musicaux, ce son naguère exotique pourrait retrouver sa place : soit en étant produit par un instrument réel ou alors comme un échantillon synthétique.
De plus, une accalmie du battage fait autour de la fabrication de handpans (environ 100 répliques du Hang) est prévisible. Certains développements désagréables ont freiné l'enthousiasme ces dernières années : des instruments rapidement fabriqués ont été vendus à des prix élevés à des acheteurs inexpérimentés. En outre, une pléthore de gammes disponibles a contribué à une situation confuse.
De réels nouveaux développements ne peuvent pas être identifiés, à moins que l'on veuille parler de l'Oval de Barcelone, un contrôleur midi en forme de Hang fait de plastique blanc. Étant donné la caractéristique la plus importante des sculptures sonores en métal – leur fort comportement non-linéaire – le moins que l'on puisse dire est que ceci représente une faible béquille. Seul l'aspect extérieur du Hang a été copié, puis des sons arbitraires installés par voie électronique. La généreuse invitation du Hang à développer une culture tactile, en contact direct avec l'instrument, est complètement ignorée.
A Trinidad, d'ailleurs, un contrôleur midi a été développé sous la forme d'un steelpan il y a plusieurs années : le PHI (Percussive Harmonic Instrument), où des capteurs en plastique sont frappés avec des baguettes. Un instrument similaire, le E-Pan, vient du Canada.
Les tambours à fente en forme de Hang ou de pierre de curling ne peuvent pas être considérés comme de nouveaux développements – ils n'ont rien à voir avec l'art d'accorder des sculptures sonores en métal. Malheureusement, ceux-ci sont souvent commercialisés comme handpans ou présentés comme une alternative au Hang. Contrairement aux champs de tonalité précontraints du steelpan et du Hang, les anches sciées ne produisent pas de sons pulsés et ont un très long sustain. Leur spectre sonore inharmonieux est défavorable. Musicalement, pour être utilisé de manière efficace, les anches doivent être amorties. La technique d'amortissement correspondante peut être trouvée dans les orchestres de gamelan indonésiens.
De mon point de vue, la contrainte d'accorder des sculptures sonores métalliques dans des systèmes de tonalité à tempérament égal empêche de nouveaux développements qui permettraient d'atteindre une qualité encore plus élevée, où ces instruments pourraient exprimer leurs effets thérapeutiques ou même médicaux.
Si l'on considère la sculpture sonore métallique de façon holistique tout comme comme nous, les accordeurs de PANArt, le faisons, on voit alors des systèmes de tonalité traditionnels tels que des gammes comme une restriction à la liberté artistique. Nous plaidons donc pour que l'on n'impose plus de contraintes – qu'elles proviennent d'un marteau ou d'une machine – mais que la perception humaine, ainsi que les lois de la physique, soient nos guides. Une appropriation de l'instrument par certaines cultures est ainsi évitée, et une approche nouvelle de la musique peut être trouvée par l'individu. Les instruments en feuille métallique ne sauraient remplacer les instruments traditionnels - ils ont leurs propres caractéristiques qui exigent un niveau élevé d'attention lorsque le joueur évolue dans de nouveaux territoires musicaux.
La diffusion rapide de l'information, ainsi que la forte demande pour les instruments, a mis le sculpteur sonore sous pression pour produire plus, et plus vite. Mais simplement imprimer un champ de tonalité dans une coque métallique ne suffit pas ! Au cœur de l'art de l'accordage intégral se trouve le travail de l'accordeur et de son marteau, façonnant les réserves d'énergie coup par coup. Sans ce travail, les résultats sont des instruments rapidement construits et banals, dont le charme s'évapore en peu de temps. Ces instruments usés et épuisés sont ensuite à nouveau mis en vente sur internet.
Que cette activité criminelle se soit répandue à cette famille d'instruments nous donne à réfléchir. Des parallèles avec le trafic de la drogue sont indéniables. Le Hang, en particulier, est victime de ces abus de façon troublante. Les gens perdent beaucoup d'argent ou obtiennent des instruments cassés. Des sculptures sonores de chez PANArt, ré-accordés et modifiés par d'autres accordeurs, sont vendus comme étant un Hang. Un manque de clarté au sujet des critères de qualité des nouveaux instruments prédomine parmi les acheteurs.
Avec le Gubal, le Hang Gudu, et le Hang Urgu, ainsi que les trois instruments à cordes Pang Sei, Pang Sai, et Pang Sui, PANArt s'est aventuré dans un nouveau territoire musical. Ici, la musique n'est pas considérée comme étant une performance, mais – comme avec le Hang – comme une louange à l'existence.
Le Pangensemble est un tout dans lequel l'individu s'intègre et communique avec les autres dans un langage musical. Le joueur de Pang sait que l'instrument lui parle, et il ne le traite donc pas comme un objet. Sinon, l'ego se gonfle trop facilement, la mesure est perdue, et le carnaval règne ...