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Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778)
100 ans après le Leviathan de Hobbes, 50 ans après l’Essai sur le gouvernement civil de Locke, 14 ans après l’Esprit des lois de Montesquieu, vient, finalement, l’orgasme spirituel, la fierté de tous les citoyens du canton et de la République de Genève : Le contrat social de Jean-Jacques Rousseau (1762). Il croit que le gouvernement doit former les vertus dans le peuple et doit se tenir aux lois. Comme Hobbes et Locke, Rousseau s’interroge sur le passage de l’état de nature à l’état de société. Son originalité est qu’il retrouve la liberté et l’(in)égalité de l’état de nature dans une manière transformée aussi dans l’état de société. Il est un précurseur des doctrines socialistes et écologistes et a une idéologie du progrès.
Sa vie et son œuvre
Graveur par profession, Jean-Jacques lit beaucoup, apprend et enseigne la musique. Il écrit un article sur la musique dans l’Encyclopédie. A l’âge de 30 ans, il devient secrétaire de l’ambassadeur français à Venise. Dix ans plus tard, il réintègre le droit des citoyens de Genève. Le contrat social – influence par le Discorsi de Machiavel, par l’Esprit des lois de Montesquieu et par l’organisation constitutionnelle de Genève - est condamné par la République de Genève. Il est chargé d’un projet de Constitution par la Corse (jamais achevé). Il meurt pendant la révolution américaine (qu’il influence passablement), 11 ans avant la Révolution française.
Le souverain (= le peuple en corps édictant la volonté générale )
Le contrat social est un contrat entre tous. Il représente donc la volonté générale, dont la loi est l’expression. Comme chez Montesquieu, le peuple est tantôt citoyen, tantôt sujet. Ce contrat social est la seule légitimité du gouvernement, qui doit être distingué du souverain. Le consentement doit être unanime, ce qui implique l’abandon de tous les droits.
La liberté est conservée dans l’état de société parce que chacun gagne (liberté, moralité, vertu) l’équivalent de ce qu’il perd (obéir au souverain). L’inégalité naturelle dans l’état de nature est remplacée par une égalité formelle, i.e. propriété-droit au lieu de propriété-fait.
La volonté générale n’est pas seulement l’addition des volontés particulières, mais il y a aussi un élément de moralité. La vote se fait par majorité, la minorité se trompe. Ceux qui ne veulent pas se soumettre à la volonté générale sont « forcé d’être libre ».
Les individus dans cet Etat parfait doivent se transformer, se dénaturer : « Chaque particulier ne se croit plus un, mais parti du tout ». Ainsi se passe le passage de l’instinct à la justice, l’homme écoute sa raison avant ses penchants.
La souveraineté (= la volonté générale = l’Etat)
La souveraineté est
1) Inaliénable: elle ne peut être représentée. Le peuple est le seul souverain, il doit ratifier toutes les lois (démocratie directe). Les députés sont seulement des commissaires du peuple, qui peut les déposer comme il lui plaît.
2) Indivisible : diviser la souveraineté en principe ou pour son objet (Montesquieu), c’est tuer la souveraineté.
3) Infaillible : Le souverain ne peut pas passer des lois contre soi-même ; il est obligé de favoriser tous les citoyens.
4) Absolu : En principe, la souveraineté doit être absolue. Mais Rousseau fait un compromis entre Hobbes et Locke : ce sont les droits de l’homme. La liberté doit être arrêté ou elle entre en conflit avec l’exercice d’une activité libre. La souveraineté s’arrête là où elle devient un danger pour les gouvernés (inverse de Bodin et Hobbes)
La loi (= expression de la volonté générale)
Les lois seules, expression de la volonté générale, ont le droit de tout faire. La matière doit toujours être générale, et elle ne doit jamais se référer à un individu (garantie contre l’arbitraire). Comme le peuple ratifie toutes les lois, elles ne peuvent être injustes. La loi est l’équivalent de la liberté naturelle.
Mais pour éclairer le jugement du peuple, il faut quand-même des guides, un législateur quasi-divin qui doit connaître le cœur des citoyens (mœurs, coutumes, opinions) pour développer les institutions qui vont constituer l’Etat. Mais ce constructeur d’Etat n’est pas souverain !
Last but not least, le peuple doit aussi être propre de supporter les lois.
Le gouvernement
Il n’y a qu’un contrat social: c’est le peuple en corps. Entre le souverain et le gouvernement, il n’y a point de contrat, parce que le gouvernement n’est pas supérieur au peuple en corps. Il agit, il exécute les lois, il ne veut pas.
Rousseau distique trois formes de gouvernements légitimes (= le législateur doit être le peuple en corps) :
1) Gouvernement démocratique : gouvernement par le plus grand nombre possible. L’exécutive est égale à la législative. Un tel Etat devrait être extrêmement petit et avoir une simplicité des mœurs. Il n’existe pas dans la réalité.
2) Gouvernement aristocratique : gouvernement par un petit nombre, soit naturelle, héréditaire ou (la meilleure version) élective.
3) Gouvernement monarchique : gouvernement par un seul. Vastes Etats. Cette monarchie, ou bien entendu le peuple est toujours souverain, est une monarchie de théorie (elle pourrait théoriquement être légitime) qui n’existe pas. Dès lors, Rousseau se réfère à (et refuse) la monarchie de fait (où le roi usurpe la souveraineté du peuple).
Le gouvernement est continuellement en danger. Il n’est pas fait pour l’éternité. Mais pour une durée raisonnable, il faut le protéger :
o Par des moyens normaux : assemblés fréquents en suspendant l’exécutive
o Par des moyens exceptionnels : tributs du peuple (Sparte), dictature provisoire (Rome). Cette dernière est un acte particulier par un individu exceptionnel pour suspendre la souveraineté. Il s’agit de sauver la souveraineté, de sauver l’Etat. On peut supposer que ceci est toujours la volonté générale…
La religion civile
Rousseau propose une religion civile, une religion des citoyens modernes dont les dogmes doivent être simples, peu nombreux et ne pas prêcher l’intolérance. Cette religion doit servir de base sur laquelle l’Etat est fondé.
Sens & influence
Partant d’un rêve individualiste, Rousseau arrive à un rêve étatique. Il se rend compte que le gouvernement démocratique est réalisable seulement dans les petits Etats. Dans les grands Etats, il faut (?) faire recours au despotisme. Il semble qu’entre le Rousseau idéaliste et le hobbisme pur, il ne voit pas de compromis.
Son concept de l’unité de l’Etat, de la souveraineté du peuple, « loi comme expression de la volonté générale » et les idées maîtrises du contrat pénètrent les esprits cultivés. Ils inspirent aussi la Révolution américaine et les Constituants de 1789.
Conclusion
Annexe : comparaison des classifications des régimes politiques