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Les personnes obèses peuvent rencontrer des problèmes de marche et une diminution du contrôle postural. Le médecin ou thérapeute devrait guider ces patients à la reprise d’une activité douce et progressive en tenant compte de leurs troubles de la marche. Un premier défi consiste donc à aider des personnes obèses à se remettre à l’activité physique sans les mettre dans des situations risquées et sans trop surcharger leurs articulations. Une deuxième étape consiste à faire perdurer l’activité. Le plaisir joue un rôle important pour parvenir à réaliser ces objectifs. Il se peut que la danse-thérapie, qui traite aussi les difficultés d’ordres psychologique et physiologique, puisse être bénéfique pour réussir ce défi.
Les effets délétères de l’obésité sur les paramètres biologiques tels que la tension artérielle, le profil glucidique ou lipidique sont bien connus et documentés.
Cependant, l’impact de l’obésité sur la marche ou l’équilibre, qui peut parfois aller jusqu’à engendrer un risque de chute, est moins étudié.1,2 Une étude publiée en 2008 1 a montré une association entre l’obésité et la prévalence des chutes et des trébuchements lors de la marche.
Ces limitations fonctionnelles peuvent représenter une source potentielle de l’inactivité qui semble être particulièrement répandue chez les personnes obèses. Levine et coll.3 ont trouvé que les personnes obèses marchent environ 5,6 km de moins par jour que les personnes de poids corporel normal. Van Sloten et coll.4 ont montré que l’obésité, la neuropathie périphérique et la force musculaire sont associées à une diminution du nombre de pas effectués par jour. Dans une étude rétrospective, Stenholm et coll.5 ont montré que les personnes qui ont été obèses à l’âge de 30 ans présentent près de quatre fois plus de risques de développer une limitation de la marche que les personnes non obèses.
Sachant que l’activité physique régulière est importante pour prévenir les complications cardiovasculaires,6 ces constats méritent tout notre intérêt. Il est important de mieux comprendre les sources potentielles de l’inactivité pour favoriser une remise à l’activité. Signaler que l’activité physique régulière est importante ne suffit pas. Il est nécessaire d’identifier les sources des difficultés physiques, mentales, psychologiques ou sociales afin de cibler les approches thérapeutiques adéquates.
Les problèmes fonctionnels comme la marche et l’équilibration ne représentent probablement qu’une petite partie des sources potentielles d’une diminution de l’activité physique chez les personnes obèses. La conscience de son corps, la représentation mentale de l’image du corps, la peur ou la gêne à s’intégrer dans un groupe et la motivation peuvent également jouer un rôle.
Les bases de données médicales recèlent plusieurs articles qui ont investigué le lien entre l’obésité, la marche, l’équilibration et le risque de chute chez les adolescents et les adultes. Afin de mieux comprendre ces altérations de la marche, la figure 1 montre les différentes approches de l’analyse de la marche et le tableau 1 définit les différents termes couramment utilisés dans l’analyse quantifiée de la marche.
La vitesse de marche, la cadence et la longueur du pas sont diminuées chez les personnes obèses comparées à des personnes non obèses.7-9 La durée de la phase d’appui est prolongée et celle de la phase d’oscillation diminuée.7 Monteiro et coll.10 ont divisé la phase d’appui en quatre phases : a) contact initial ; b) contact de l’avant-pied ; c) pied à plat et d) push off de l’avant-pied. Ils ont constaté qu’une personne obèse reste plus longtemps sur le contact de l’avant-pied que sur le contact initial en comparaison à une personne mince. Ils en concluent que l’obésité influence les caractéristiques temporelles du déroulement du pas. Ko et coll.11 ont comparé la marche de trois groupes de personnes selon l’indice de masse corporel (IMC) : IMC de 19 à 25 (normal), de 25 à 30 (surpoids) et de 30 à 40 kg/m2 (obèse). Ils ont également montré que les personnes obèses ont des caractéristiques spatio-temporelles qui limitent probablement le contact initial.
En résumé, nous observons surtout une altération des paramètres temporaux comme la vitesse, la cadence et les durées des différentes phases lors d’un cycle de marche.
DeVita et coll.7 ont montré que les personnes obèses marchent avec une flexion du genou diminuée de 12% et une flexion plantaire augmentée de 11% lors d’une marche à vitesse confortable en comparaison à une vitesse imposée. Ils ont également observé que les personnes obèses sont plus droites que les personnes de poids normal (extension supplémentaire d’environ 6° dans toutes les articulations) lors de la phase d’appui en marchant à une vitesse imposée.
Peu de littératures traitent de la cinématique des personnes obèses. Ceci est probablement lié à la difficulté de placer les marqueurs correctement sur des parties molles et donc de faire des acquisitions précises des mouvements des segments. Il est donc trop précoce de tirer des conclusions.
Les contraintes articulaires sont généralement plus élevées chez les personnes obèses comparées à celles des personnes à poids normal. Une diminution de la vitesse de marche permet aux personnes obèses de diminuer ces contraintes articulaires, notamment aux chevilles et aux genoux.7,12 Si les contraintes articulaires sont normalisées par rapport au poids du sujet, le moment maximum de force des extenseurs du genou et de la hanche semble être similaire entre les personnes obèses et non obèses.7,12 Les avis diffèrent sur le moment de force des fléchisseurs plantaires. Browning et coll.12 décrivent une diminution et DeVita et coll.7 une augmentation du moment de force des fléchisseurs plantaires des sujets obèses comparés aux sujets de poids normal.
Segal et coll.13 ont cherché à savoir si l’obésité influence les forces dans le compartiment interne du genou. Dans une étude clinique, ils ont évalué l’influence du poids et de sa distribution sur le moment externe maximal de l’adduction durant la phase d’appui. Seul le poids a expliqué la variance du moment d’adduction du genou (33%). Ils en concluent que l’obésité peut augmenter le risque d’arthrose.
En résumé, l’obésité augmente la contrainte articulaire à la marche. Une longue marche accélérée peut donc être profitable pour le système cardiovasculaire mais pourrait avoir des effets délétères sur les articulations. Néanmoins, une activité physique régulière est primordiale pour limiter la prise de poids et les effets négatifs sur le système cardiovasculaire.
Une première étude 14 a évalué l’influence du surpoids sur le contrôle postural dans une position de fente avant. Les sujets étaient debout, les bras tendus en avant. Il leur a été demandé de rattraper un poids de 2,7 kg qui tombait d’une hauteur de 10 cm. Ce test a également été effectué en ajoutant 20 ou 40% du poids corporel d’une manière symétrique aux jambes et aux épaules, aux jambes et au tronc ou aux épaules et au tronc pour imiter une obésité. Les résultats ont montré que l’augmentation du poids diminue le contrôle postural (augmentation du déplacement du centre de pression). De plus, la distribution de la masse semble jouer un rôle. Néanmoins il se peut que cette distribution artificielle ne soit pas comparable avec celle des obèses. Une deuxième étude 15 a évalué le contrôle postural des adolescents en surpoids en position debout, yeux ouverts, et lors d’un mouvement maximal en avant puis en arrière. Ils ont comparé la trajectoire du centre de pression des adolescents obèses avec celui des adolescents de poids normal. Les résultats montrent que le déplacement du centre de pression est plus large chez les obèses que chez les non-obèses en position debout et lors du mouvement maximal en arrière. Il n’y avait pas de différence pour les mouvements en avant. Une étude plus récente 16 a également évalué la position spontanée du centre de pression en position debout, yeux ouverts et fermés, et lors d’un mouvement en avant. Les auteurs de cet article conçoivent qu’il est plus difficile de perturber l’équilibre d’un patient obèse mais qu’une fois perturbé, il est plus difficile pour lui de le rattraper.
Les problèmes que les personnes obèses peuvent rencontrer lors de la marche et lorsqu’elles effectuent des tâches qui requièrent un certain contrôle postural (tableau 2), ainsi qu’une augmentation du risque de chute montrent la nécessité de s’occuper non seulement de leurs problèmes métaboliques, mais également de leurs limitations physiques. La marche est importante pour pouvoir réaliser les activités de la vie quotidienne.17 En ville, nous avons besoin d’une vitesse de marche de 1,2 m/sec pour traverser la rue avant que les feux ne passent au rouge.18 De plus, nous avons besoin d’un certain niveau de performance à la marche et d’un minimum d’équilibre pour atteindre le niveau d’activité physique hebdomadaire recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : trente minutes d’activité physique par jour, six jours sur sept.19
En plus de leurs limitations physiques, les personnes obèses rencontrent des difficultés pour toucher ou voir certaines parties de leur corps, ce qui peut modifier profondément leur image corporelle.20,21 Une mobilité limitée, la diminution des capacités fonctionnelles et le manque d’estime de soi peuvent engendrer un cercle vicieux et amener à une isolation sociale.22,23
En tant que médecin ou thérapeute, il est donc trop simpliste de conseiller aux personnes obèses d’aller marcher à un certain rythme (à cause des problèmes de marche mais également pour des raisons de motivation et de comportement), une consigne pourtant courante. Il faut guider ces patients vers la reprise d’une activité douce et progressive. Il faut savoir leur enseigner des exercices physiques en tenant compte de leur risque de chute et trouver l’activité qui convient à la personne se trouvant face à soi. Seule une activité plaisante, qui s’intègre facilement dans le quotidien de la personne obèse, a une chance de perdurer.
Un premier défi est d’aider les personnes obèses à se remettre à l’activité physique sans les mettre dans des situations risquées et sans trop surcharger leurs articulations. Une deuxième étape consiste à faire perdurer l’activité. Le plaisir joue un rôle important pour réussir à réaliser ces objectifs. Il se peut que la danse-thérapie, qui traite à la fois les difficultés d’ordres psychologique et physiologique, puisse être bénéfique pour réussir ce défi.
L’art-thérapie est apparu au XXe siècle en réhabilitation.24 C’est une pratique de soins par les médiations artistiques telles que les arts plastiques, la danse, la musique et le théâtre. Il utilise l’expérience artistique comme moyen d’expression et offre des voies de communication autres que la parole. L’attention du thérapeute ne se porte pas sur la valeur esthétique du travail artistique mais sur le processus même et la possibilité de partager cette expérience.
La danse-thérapie traite les difficultés d’ordres psychologique et physiologique en impliquant le patient dans un travail de mise en forme de son vécu. Elle traite différents aspects de la personnalité : le physique, l’émotionnel, le cognitif, en même temps que l’intégration sociale. Cette pratique s’est imposée pour effectuer une activité physique 25 tout en travaillant la perception sensorielle et motrice du patient ainsi que la représentation de soi-même et de son image du corps.
La pratique de la danse-thérapie facilite l’expression de vécus difficiles. Elle restaure le langage corporel et sa symbolique en développant la conscience sensorielle chez les patients et en travaillant sur les représentations de l’état de leur corps, de leur schéma corporel et de leur image. Intégrer les exercices sensoriels et ceux de la mémoire corporelle sous forme de danse, individuelle ou en groupe, permet de combiner une activité physique avec un travail d’ordres psychologique et/ou relationnel en mettant le patient au centre de la thérapie. A travers celle-ci, le désir de se découvrir et d’exister peut (re)devenir plus fort que la peur du changement, un processus qui favorise probablement la pérennité de l’activité (figure 2).
L’effet de la danse-thérapie sur les paramètres fonctionnels, l’image du corps et la qualité de vie est actuellement investigué dans le Service d’enseignement thérapeutique pour maladies chroniques aux Hôpitaux universitaires de Genève en collaboration avec les Hautes écoles de santé (filière physiothérapie). Le recrutement montre que ce sont exclusivement les femmes qui adhèrent à ce genre de démarche. Les premiers résultats de ce programme sont prometteurs et montrent une amélioration sur les différents items du questionnaire sur la qualité de vie chez les personnes obèses (IWQRL – Impact of Weight on Quality of Life-Lite). Après deux ans de thérapie, la qualité de vie (p ≤ 0,001), l’amour-propre (p < 0,005), le travail (p < 0,001), la vie sexuelle (p < 0,018) et la mobilité (p < 0,018) sont nettement et significativement améliorés.
Une future étude randomisée et contrôlée évaluera l’effet de la danse-thérapie sur les paramètres quantifiés de la marche et de l’équilibration des personnes obèses.
> L’impact de l’obésité sur la marche ou l’équilibre peut parfois aller jusqu’à engendrer un risque de chute. Ces déficits fonctionnels sont souvent négligés
> Il est important de mieux comprendre les sources potentielles de l’inactivité (comme par exemple les troubles de la marche et de l’équilibre) afin de pouvoir essayer de les traiter et favoriser une remise à l’activité
> La danse-thérapie s’est de plus en plus imposée pour pratiquer une activité physique tout en travaillant la perception sensorielle et motrice du patient, ainsi que la représentation de lui-même et de son image du corps. Cette pratique peut être bénéfique pour les personnes obèses
> La danse-thérapie semble avoir une influence sur la qualité de vie des personnes obèses