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Cette page contient des articles sur Donald Judd, Barnett Newman, Mark Rothko.
Londres Tate Modern
Rothko les dernières séries jusqu'au 1er février 2009
Depuis la rétrospective du musée d'art moderne de la ville de Paris en 1999, puis celle de la Fondation Beyeler en 2001, l'oeuvre de Mark Rothko (1903 - 1970) jouit d'une visibilité toujours plus importante. La Tate Modern a choisi de lui rendre hommage en partant d'une série de huit toiles offertes par l'artiste en 1969. Pour respecter la volonté de Rothko ces toiles sont exposées en permanence. Elles faisaient partie d'un ensemble de 30 peintures que Rothko avait conçues en 1958 - 59 après avoir reçu une commande pour décorer une salle à manger dans le restaurant Four Seasons du Seagram building à New York. Il abandonna ce mandat réalisant que sa peinture ne correspondait pas à ce genre de site. Ici 14 pièces sont réunies et forment le point de départ d'une réflexion sur le développement des séries au cours de la dernière décennie de l'existence de Rothko. Pourtant Rothko restait habité par le désir d'offrir une immersion dans la peinture au spectateur d'où le développement d'autres séries. On voit ainsi les esquisses pour la chapelle de Houston. L'exposition se poursuit avec la série des peintures noires dans lesquelles il abandonne les bordures flottantes pour des limites bien marquées. L'exposition s'achève avec la série des peintures noires sur gris. On perçoit ien la dimension spirituelle de la recherche de Rothko. Les toiles paraissent très proches du spectateur et l'on sent la présence des pigments, d'une matière picturale sans reflet, on pense aux développements d'un Anish Kapoor.
Il est intéressant de visiter les expositions Bacon et Rothko à la suite l'une de l'autre. Ils appartiennent à la même génération, mais incarnent une approche de la peinture radicalement différente. Bacon crée la distance, joue le caractère imposant de l'art, alors que Rothko cherche la proximité dans une approche idéaliste tout en invoquant une transcendance. Une petite observation qui n'est rien de plus qu'une remarque: j'ai visité l'exposition Bacon vendredi matin à la Tate Britain, il y avait beaucoup de monde, mais les gens étaient silencieux ou parlaient à voix très basse. Ce qui m'a frappé dans l'exposition Rothko, c'est qu'au contraire les gens parlaient beaucoup. Dans une famille ou un petit groupe, il y avait toujours quelqu'un qui se lançait dans des explications pour ses proches, ses amis en parlant très fort!
Patrick Schaefer, L'art en jeu 22 octobre 2008
Donald Judd Bâle jusqu'au 9 janvier 2005
La rétrospective Donald Judd (1928 - 1994) présentée au Musées des beaux-art et au musée dart contemporain de Bâle (2 octobre 9 janvier), la première consacrée à lartiste depuis son décès en 1994, comprend 40 travaux caractéristiques des différentes périodes dactivité du plasticien. Elle a déjà été montrée à la Tate Modern à Londres et à la Sammlung Nordrhein Westfalen à Düsseldorf.
Certaines uvres de Judd sont pratiquement inévitables dans toute collection dart moderne comme les stacks, ces fameuses structures verticales assemblant plusieurs pièces identiques superposées. On en trouve trois dans la rétrospective de Bâle et elles acquièrent un nouvel impact dans ce contexte, confrontées à dautres pièces. Lexposition met en valeur le développement du travail, le passage de la peinture au relief, puis à la sculpture. Dès 1964 Judd renonce à toute exécution personnelle sur ses uvres qui sont exécutées dans un atelier, daprès ses plans, mais il sattache à faire vibrer des matériaux : le fer, laluminium, le bois, le plexiglas. Cette vibration des matériaux et les recherches sur les couleurs, la lumière, les laques ressortent particulièrement ici par le dialogue entre les différents travaux.
Judd fut un critique et un essayiste virulent (Donald Judd écrits, 1963 1990 Daniel Lelong éditeur, 1991). Il aborda aussi bien les oeuvres de ses collègues artistes que les problèmes liés à la réception et à la présentation de ses propres travaux.Les institutions font l'objet d'attaques virulentes. Il eut également de gros problèmes avec lun de ses collectionneurs, Panzza di Buono, sur lesquels il sexplique en détail. Dans ses écrits bien qu'il parle assez peu directement de ses propres uvres permettent de prendre la dimension du personnage. Les artistes qui lui sont proches, il fut lun des principaux défenseurs de Dan Flavin et de Barnett Newman, et ceux quil rejette. Il tient aux valeurs modernistes, on constate que ses références sont Mies van der Rohe, Le Corbusier et de Stijl. Quant à lui, il rejette la catégorie de minimaliste, p. 141 «Jai dit et écrit à plusieurs reprises que létiquette « minimalisme » ne signifiait rien de toute façon, et que mon uvre nest décidément pas une uvre impersonnelle quoi que cela puisse signifier en art». Il attaque le retour à la narrativité et le postmodernisme.
Est-il paradoxal de montrer une rétrospective Donald Judd? lui dont les travaux sont des installations qui en principe devraient rester fixes. Premier point à relever, le deuxième étant que ces uvres comme assertions, présences dans lespace paraissent peu évolutives. Il est ainsi particulièrement intéressant de voir une tentative de les situer dans une évolution personnelle qui leur donne un impact différent et permet une véritable découverte. A la fois emblématiques, apparemment bien connues parce que omniprésentes dans les collections et les livres consacrés à lart contemporain, elles restent déroutantes, caractéristiques dun minimalisme (terme que Judd rejetait) qui a été mis en cause par les formes multiples du postmodernisme. La rétrospective s'avère particulièrement judicieuse et bienvenue en donnant une présence tout à fait inédite à ces travaux, en ravivant leur perception.
Quelques liens:
La Fondation créée en 1986 à Marfa au Texas par Judd pour la présentation permanente des certaines de ses oeuvres et d'autres artistes.
Les Hallen für neue Kunst à Schaffhouse abritent une installation permanente de Judd.
Meubles de Judd réalisés en 1984 par une firme suisse.
Il existe une réflexion très actuelle dans lart digital par rapport à lart conceptuel comme proposition de relations entre des formes, des structures dans lespace. Les pièces de Judd s'apparentent clairement à ce type de réflexions sérielles visant à placer des variables dans toutes les configurations possibles, à définir les rapports entre plusieurs éléments. Un projet du Whithney Museum autour de Sol Lewitt réfléchit à ces questions.
http://artport.whitney.org/commissions/softwarestructures/

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 2 octobre 2004
Barnett Newman
Barnett Newman (1905-1970) fait l'objet d'une rétrospective à la Tate Modern. Il sera intéressant de comparer cette exposition avec celle d'Ellsworth Kelly à la Fondation Beyeler à Riehen. En effet ces deux artistes incarnent des courants bien distincts de l'abstraction américaine. Tous deux ont une influence, un héritage considérables et sont des références incontournables avec lesquelles les artistes actuels continuent à entretenir un dialogue.
La rétrospective Barnett Newman est monumentale. Elle regroupe en 13 salles une grande partie de la production de cet artiste qui n'a peint ou plutôt conservé que 120 toiles environ. Après deux salles d'introduction qui évoquent les débuts (tardifs), influencés par Miro et Masson, on passe tout de suite au coeur du problème: les surfaces peintes en structure ternaire qui soulignent la verticalité ou l'horizontalité de la toile. La vue des premières recherches permet de comprendre l'idée du fameux "zip" comme une ouverture, la recherche d'une lumière, l'élaboration d'une évocation des rayons du soleil. Newman s'intéresse au cosmos, aux mythes juifs de la création du monde. L'exposition souligne la recherche spirituelle, le mysticisme qui caractérise toute l'oeuvre, une appréhension actuelle qui n'a pas toujours été ce que l'on retenait de l'oeuvre de Newman. Les peintures de la série Stations of the Cross auxquelles il travailla de 1958 à 1966 occupent la salle centrale de l'exposition. Elles sont de dimension humaine et se distinguent des véritables murs de couleur proposés dans les très grandes toiles.
Londres Tate Modern Barnett Newman jusqu'au 05 01 03

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 27 septembre 2002