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Monique Jacot et Jean Dorcy, J'aime la Mime, 1962
- 1. Bulletin mensuel des Editions Rencontre, n° 87, février 1962, p. 105.
Le volume J'aime la Mime, paru en mai 1962, naît de la collaboration de la photographe vaudoise Monique Jacot et de l'écrivain Jean Dorcy (fig. 1). Il constitue le premier livre de Monique Jacot, médium auquel elle reviendra dans les années 1980, et est un bon exemple du programme que se donnent les directeurs de la collection J'aime : « Ici la photo n'est pas illustration, elle est création d'atmosphère »1 (fig. 2).
Avec l'approbation de Monique Jacot, Jacques Plancherel agence et recadre les photographies afin de constituer un ensemble qui ne se contente pas d'aligner simplement les images, mais cherche aussi à obtenir une communication entre elles et à produire du sens à travers le montage. En feuilletant l'ouvrage, on observe une cohérence non seulement à l'intérieur des doubles pages, mais également dans leur enchaînement. Ici, par exemple (fig. 3), on retrouve la même personne avec un mouvement du corps similaire de part et d'autre de la double page : chaque image apparaît à la fois semblable et unique. Mais surtout, une fois tournée la page (fig. 4), on a l'impression que la photographie de gauche vient répondre à la précédente, dans un champ contre-champ qui rappelle le médium cinématographique, comme si les deux hommes interagissaient. Leurs mouvements respectifs se ressemblent et s'opposent : l'acteur en noir étend son bras vers la gauche, celui en blanc semble comme réagir en reculant dans un geste de protection. À cela s'ajoute une dichotomie négatif/positif, renforcée par une impression en héliogravure très contrastée : chaque double page apparaît comme la version négative de l'autre. À d'autres endroits encore, le livre joue ainsi sur la reprise d'un thème, d'un geste, d'une expression faciale ou d'un élément visuel, qui établit un parallélisme ou une opposition.
Le recours à la grille, caractéristique de l'avènement du nouveau graphisme suisse en Suisse romande, permet lui aussi des effets presque cinématographiques : ici (fig. 5), une série de cinq photographies en format réduit évoque une séquence de photogrammes. Les gros plans se concentrent sur les yeux du mime, manifestant à chaque fois un sentiment différent, et soulignent ainsi les vastes possibilités d'expression de son art. Il en va de même pour les mains (fig. 6) : occupant presque l'entièreté des deux pages, le gros plan révèle une puissance d'expression, qui est à la fois celle du mime et de la photographie. Le volume de Monique Jacot semble ainsi concentrer le programme de toute la collection : privilégier un type de langage visuel qui puisse se libérer des mots. Il se distingue par cette capacité particulière à mettre doublement en valeur la puissance communicative du corps et de l'image. Le choix de ne pas inclure de légende directement en dessous des photographies renforce encore cet aspect. En feuilletant le volume, le lecteur assiste à la mise en place d'un langage visuel qui cherche à le mobiliser lui-même dans l'acte de lecture.
— Sara Ameti
Notes
- 1. Bulletin mensuel des Editions Rencontre, n° 87, février 1962, p. 105.
Bibliographie
- Sources
- JACOT, Monique et DORCY, Jean, J'aime la Mime, Lausanne, Editions Rencontre, (impression typographique à l'Imprimerie Rencontre, Lausanne, impression en héliogravure de la partie photographique à l'Imprimerie Centrale, Lausanne, relié par Maurice Busenhart, Lausanne), 1962.