Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06969.jsonl.gz/557

En novlangue, un constat s’appelle un préjugé. Par exemple, si vous pensez que les chênes sont plus larges que les roseaux, ce n’est pas un fait. Vous avez probablement une préférence pour la solidité légendaire du chêne, alors que la fragilité du roseau vous rebute. C’est donc un préjugé.
- Jean de La Fontaine a bien montré l’inanité de ce préjugé: le roseau plie mais ne rompt pas, mâme Michu.
- Ça, m'sieur Tintouin, je préfère quand-même ne pas grimper sur un roseau.
Le constat selon lequel les hommes disposent en moyenne de 25% de muscles en plus que les femme serait un préjugé. Dire «Les hommes sont plus forts» n’est qu’une vilaine expression du sexisme misogyne ordinaire. Alors que l’on sait très bien que les femmes lancent les mêmes poids aux jeux olympiques, courent les mêmes distances dans le même temps, etc. Ah non, ce n’est pas vrai?
Mais restons dans le sujet. Une étude récente montre que les ouragans à prénoms féminins sont trois fois plus mortels que ceux à prénoms masculins. Ce serait dû à un préjugé: on pense que les femmes sont en général moins fortes que les hommes et donc on se protégerait moins.
Oh ben! L’étude parle même d’ouragans mâles et d’ouragans femelles. Je ne savais pas que les ouragans avaient un sexe. Il est où? Entre les jambes? Mais où sont les jambes? A part un grand trou au milieu, je ne vois rien de sexué dans un ouragan.
Est-ce un préjugé que de penser que les hommes sont plus forts? Non bien sûr. Pas tous les hommes, et certaines femmes sont plus fortes que bien des hommes, mais en moyenne c’est vrai. C’est donc un constat, pas un préjugé.
Cela dit, ne pas se protéger d’un ouragan n’est pas recommandé, quel que soit son prénom. Et puis le prénom n’a rien à voir: il est donné selon une liste masculine-féminine alternante.
Les ouragans reçoivent des prénoms ou des noms depuis la fin du XIXe siècle. Un météorologue australien a commencé en attribuant le nom de politiciens qu’il n’aimait pas. Histoire vraie ou légende? On ne sait. A la même époque la marine américaine donne des noms issus du vocabulaire des communications: ABLE, BAKER, CHARLIE, DOG, EASY, FOX, GEORGE, etc.
Puis les marins commencent à les nommer du prénom d’une petite amie de l’un d’eux, si l’ouragan est de faible puissance, ce qui leur permet de penser à l’être aimé et manquant avec tendresse. S’il est très puissant on lui donne le prénom féminin d’une personne détestée. Après la deuxième guerre mondiale on revient aux termes des télécommunications. En 1953 on passe aux prénoms féminins: BARBARA, CAROL, DOLLY, EDNA, etc.
Dans les années 1970 les féministes du Women’s Lib’ exigent que l’on change cette pratique. En effet l’image des femmes est à leur avis dégradée par cet amalgame entre un prénom féminin et le comportement «fantasques ou capricieux, avec une façon d'errer sans but, de changer fréquemment d'avis» qu’ont les ouragans.
Depuis lors on alterne les prénoms féminins et masculins. Mais avec cette étude, on va peut-être encore changer d’avis. Pour protéger l’image sainte des féministes.
Eh bien, ce n’est pas pour dire, mais quand on regarde les statistiques depuis 1848, sur les 10 ouragans les plus intenses en pression barométrique, 8 d’entre eux ont un prénom féminin!... Le sort s’acharne. A moins que la nature ne livre ici un secret mystérieux. Mais messieurs rassurez-vous, le plus fort de tous reste un homme: TIP, en 1979, avec une pression atmosphérique de 870 millibars.
Merci TIP, de défendre la cause des hommes!
On pourrait donner aux ouragans des prénoms féminins de l’antiquité: Phèdre, Médée, les prénoms des Gorgones, ceux des Erinyes, déesses de la vengeance: Tisiphone, Mégère et Alecto, ou aussi Cléopâtre, la grande Catherine, et bien d’autres. Ou mieux: on pourrait choisir les noms de féministes connues: Alonso, Butler, Beauvoir, de Gouges, Millet, Solanas. Tant qu’à politiser la météo, politisons jusqu’au bout. Nom d'une tornade!