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Le lendemain,
il vit Jésus venir à lui et dit :
"Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.
C'est celui dont j'ai dit :
Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi ;
et moi, je ne le connaissais pas,
mais, afin qu'il soit manifesté à Israël,
je suis venu baptiser d'eau."
Jean rendit ce témoignage :
"J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui ;
et moi, je ne le connaissais pas,
mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau m'a dit :
"Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer,
c'est lui qui baptise d'Esprit Saint."
Et moi, j'ai vu et j'ai rendu témoignage que c'est lui le Fils de Dieu."
Évangile selon Jean 1, 29-34
« Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
Frères et sœurs,
c’est une parole familière.
« Christ, Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde »,
ces mots résonnent dans la liturgie de sainte cène.
Et ceux qui ont chanté dans un chœur
savent que, dans les messes, il y a un Agnus Dei
avec ces mêmes paroles en latin.
Oui, l’Agneau de Dieu.
L’agneau :
l’animal que l’on sacrifie au Temple.
On se rachète en offrant une bête.
Et l’on se retrouve
avec ce commerce un peu étrange :
un animal est tué, et ainsi je suis quitte ;
ma dette est effacée.
Cette vision d’un Dieu qui a besoin de sang pour être satisfait !
Et pour que cela ne soit pas le mien,
il faut qu’un agneau soit sacrifié :
le petit d’une brebis qui est égorgé,
ou bien Jésus, le Christ, cloué sur une croix.
« Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
Une autre compréhension est possible.
Non plus les ordonnances du Temple de Jérusalem
avec les fonctionnaires qui en sont les garants.
Mais une histoire.
Une histoire qui n’est pas juste à écouter,
mais bien à vivre.
Une histoire dans laquelle on se retrouve embarqué,
et qui nous entraîne loin.
Chaque année,
les Juifs se retrouvent en famille
et mangent un agneau.
Non pas pour se rappeler la sortie d’Égypte.
Mais pour être plongés dans la sortie d’Égypte.
Pour sortir eux-mêmes d’Égypte
grâce à la main puissante de l’Éternel.
L’agneau, ce n’est pas juste le menu du jour.
L’agneau, c’est celui dont le sang
met à l’abri de la mort.
Celle-ci rôde alentour
et emporte tous les premiers-nés
dans les maisons des Égyptiens.
Mais ceux dont les montants de la porte
ont été marqués par le sang de l’agneau
sont à l’abri,
en sécurité.
La mort ne peut rien contre eux.
« Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
L’agneau comme celui qui empêche que la mort me frappe.
L’agneau comme celui qui me met à l’abri.
Le repas de la Pâque juive, de Pessah,
donne aux paroles de Jean-Baptiste
une grande force,
une portée que nous ne soupçonnons pas nécessairement.
La mort qui rôde tout alentour
et qui frappe encore et encore.
Mais l’on est en sécurité
Inatteignable.
Inaccessible.
Parce que le sang de l’agneau
interdit le passage.
Parce qu’il s’interpose.
Et la mort doit céder.
La mort doit se soumettre.
« Voici l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
Le repas de Pessah le rappelle :
celui qui met à l’abri,
ce n’est pas l’agneau.
C’est Dieu.
C’est Dieu qui donne l’agneau.
C’est Dieu qui fait que son sang est plus qu’un signe :
une puissance réelle et efficace.
C’est Dieu qui interdit à la mort de faire un pas de plus.
C’est Dieu qui met le holà
et qui pose une limite infranchissable.
Oui, à l’abri, sous les ailes de Dieu.
Les disciples de Jean voient Jésus passer.
Et ils comprennent que Dieu veille sur eux,
que Dieu les tient à l’abri,
et que la mort ne peut pas les atteindre.
Bien sûr, leur existence prendra fin un jour.
Mais le néant ne pourra pas les engloutir.
Ils seront toujours dans la main de Dieu.
« Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
Jésus,
c’est Dieu qui veille sur moi.
C’est Dieu qui s’engage pour moi.
C’est Dieu qui met sa main
pour me protéger,
pour me mettre à l’abri.
Une intervention.
Une sollicitude.
Une attention.
Une proximité.
Une présence.
Non pas juste un salut universel, dans le vague,
sans contours.
Mais une action précise
dont je suis le destinataire.
Comme si j’étais le seul qui comptait.
Comme si j’étais seul au monde.
« Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. »
Le repas de Pessah est une clé essentielle
pour comprendre cette parole.
Le sang de l’agneau qui protège,
qui interdit à la mort d’entrer.
Mais ce n’est que le début de l’histoire.
Car il ne s’agit pas de rester barricadé à l’intérieur,
loin du danger,
comme l’imaginent les survivalistes américains.
« Les missiles nucléaires peuvent bien tout ravager dehors ;
moi, je suis bien au chaud dans mon abri antiatomique ! »
Non, le repas de Pessah,
on le prend les sandales aux pieds et le bâton à la main,
prêt à partir.
Parce que l’on va partir.
Parce que l’on va se mettre en route.
Et c’est un long chemin qui nous attend,
pour sortir d’Égypte.
Pour quitter la maison de servitude.
Le repas de Pessah,
c’est une préparation, une mise en route :
on rassemble ses forces,
on resserre les rangs.
Non pas pour se sentir bien,
mais pour se lancer,
pour s’extirper de ce dans quoi l’on est englué,
et laisser derrière soi ce qui bride, ce qui écrase.
« Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
Jésus comme une invitation,
comme un appel.
Il y a des chaînes dont il faut se défaire.
Il y a des prisons - mentales, sentimentales, spirituelles –
à quitter.
Il y a une Terre promise à chercher,
à viser.
Oui, se mettre en route.
Non pas juste une fois pour toutes.
Mais chaque jour à nouveau.
Vivre sa vie, toujours prêt à partir.
Vivre sa vie les sandales aux pieds et le bâton à la main.
Parler de l’Agneau,
c’est se placer dans cette dynamique-là.
Repartir encore et encore.
Puisque, encore et encore,
nous nous faisons piéger.
Nous retombons dans la maison de servitude.
Toutes ces pensées,
tous ces raisonnements,
toutes ces émotions
qui nous tiennent prisonniers,
sans que nous nous en rendions compte.
Et dont, parfois, dans notre aveuglement,
nous faisons même un titre de gloire.
« Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
Dieu qui intervient pour nous.
Dieu qui s’interpose
pour que la mort ne puisse pas nous atteindre ;
pour que la mort ne puisse pas nous engloutir.
Dieu qui veut nous libérer.
Dieu qui vient nous libérer.
Dieu qui nous met en route.
Dieu qui nous lance sur un chemin.
L’exclamation de Jean-Baptiste
nous rappelle que, tout cela,
ce n’est pas depuis longtemps derrière nous.
Non, tout cela, c’est aujourd’hui.
C’est notre quotidien.
Nous ne sommes pas arrivés.
Nous sommes au début du chemin.
Mais Dieu est là qui,
par Son Agneau,
nous permet de nous mettre en route.
Et de nous relever encore et encore,
malgré toutes les chutes.
C’est aujourd’hui que le Christ nous rejoint
et nous met à l’abri.
C’est aujourd’hui que tout commence.
Amen
Pasteur Jean-Nicolas Fell