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Correction please de Noël Burch
Les mécanismes éternels du récit
Voilà un film qui dure tout juste une heure et qui pulvérise les idées reçues sur les deux courants originels du cinéma : fantastique et fiction avec Méliès, réalisme et documentaire avec les frères Lumière. Noël Burch, cinéaste d'origine américaine, n'est pas un inconnu en France. Il a été critique aux Cahiers du cinéma, il a réalisé des cours métrages et des émissions de la série " Cinéastes de notre temps ", de Janine Bazin et André S. Labarthe pour la télévision. Son essai, Correction please, produit en Grande-Bretagne, réunit une histoire d'espionnage, tournée en couleurs et placée sous le double signe de Fritz Lang (Les Espions) et de Marcel L'Herbier (l'Inhumaine et le style arts déco), ainsi que des extraits de " primitifs " français, anglais, américains de la période 1900-1905.
Noël Burch montre comment les tâtonnements du langage cinématographique, dans le réel ou les toiles peintes de studio, ont orienté la sensibilité des spectateurs des premiers âges vers un seul processus de fascination. Pour lui, toute la culture occidentale s'est " embarquée dans le ciné " (comme l'indique le titre français). Il n'y a là-dedans rien de savant, ni de pédant. C'est très amusant, au contraire. Burch décode les plans empruntés aux " primitifs " pour faire sentir comment leurs mises en scène rudimentaires ont façonné progressivement la perception, invitant à participer à l'intrigue et à s'identifier aux personnages.
Procédant par étapes chronologiques, il y a introduit, pour comparaison, des scènes de son film moderne, volontairement rocambolesque, avec agents secrets, femme fatale, jeune homme drogué et hypnotisé, soubrette inquiétante, etc. Or, chacune de ces scènes est filmée selon les divers styles des documents d'archives. Des indications et des commentaires faussement didactiques poussent le spectateur d'aujourd'hui à pénétrer dans cet univers où la caméra découvrait ses possibilités narratives, à reconstituer, mentalement, la continuité du petit film d'espionnage, en fonction de ces vieux modèles d'ailleurs pleins de surprises.
Jacques Siclier, Le Monde