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Un jour, m'a-t-on dit, Jacques Attali a écrit un article dans Le Monde affirmant que l'humanité n'avait rien à craindre de l'extinction du soleil parce que, d'ici là, elle aurait assez appris à manier l'atome pour le rallumer, ou en fabriquer un autre! Cela me rappelle The Night Land, le livre de William Hope Hodgson que j'ai lu récemment et dont j'ai parlé ailleurs: il prétend que l'humanité, lorsque le soleil sera éteint, se réfugiera dans une immense pyramide dont l'énergie aura pour source le feu terrestre. Celui-ci est justement évoqué comme ayant un pouvoir magique tendant à la résurrection.
Il existe, je crois, un fond fabuleux à la foi en l'industrie nucléaire. On feint de se placer toujours, au sein du débat public, dans la sphère de la raison, mais, au-delà, des espoirs existent qui touchent au rêve, à la fable, et qui renvoient pour ainsi dire à l'idée de la cité céleste, mais reliée à la science moderne: il s'agit bien de science-fiction, dont l'essence est justement d'unir la fable à la science actuelle, d'orientation matérialiste.
Les anciens Grecs admettaient la puissance magique de la connaissance humaine, tout en la rejetant sur le plan moral: ambiguïté que le monde moderne a souvent du mal à comprendre. Prométhée enchaîné par Zeus après qu'il a apporté le feu aux hommes reflète le serpent condamné par Yahvé à ramper sur le sol de la Terre après qu'il a convaincu les hommes de manger du fruit de l'arbre de la Connaissance, à la différence près que le mythe grec semble orienter l'attention vers les applications concrètes, matérielles, de la science, vers les techniques. Cependant, l'épisode biblique de la tour de Babel, évoquant l'invention de la brique, et faisant de celle-ci la source du défi jeté à Dieu, va dans le même sens. Mais la mythologie grecque évoque des hommes qui, par la science, ont pu voler, tels Dédale et Icare, ou ressusciter: on touche davantage à la magie et au merveilleux. Héraclès, d'ailleurs, est censé avoir délivré Prométhée.
Or, à l'époque romantique, on le sait bien, on a repris ces fables, mais en estompant leur trame morale: on a surtout regardé comment ces images, si elles étaient matérialisées, amélioreraient le sort de l'homme.
C'est principalement venu d'Angleterre: Percy Shelley a composé Prometheus Unbound, et son épouse, le roman de Frankenstein, qui, toutefois, a conservé la défiance, sur le plan moral, qu'avaient les Anciens vis-à-vis de la Connaissance. Victor Hugo, ensuite, a glorifié le progrès technique, le disant d'origine divine, même s'il voulait qu'il s'accompagne forcément d'une révolution spirituelle: sinon, pensait-il, il conduirait l'humanité à la catastrophe. Précisément, cette révolution spirituelle consistait d'abord à assumer l'origine mystérieuse de la connaissance - ou plus généralement des pensées.