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23.
Ewald retourna à l’auberge. Sa réserve d’alcool pour désinfecter les plaies était vide,
et il n’avait pas le temps d’attendre pour une livraison. En marchant, il refit
mentalement le bilan de ce qui venait de se passer.
Sur un coup de tête, il s’apprêtait donc à embarquer sur une épave, dirigée
probablement par la plus grande tête brûlée du port, afin de veiller dans les pires
conditions qui soient sur l’état de santé d’un homme dont il ignorait jusqu’au nom.
Il y avait de quoi se demander comment il s’était embarqué là-dedans.
Une fois arrivé, il commanda à l’aubergiste une bouteille de son alcool le plus fort.
Ewald ne buvait jamais, c’est pourquoi cela ne manqua pas de piquer sa curiosité.
« C’est pour faire quoi ? », demanda l’aubergiste.
« Je n’ai plus d’alcool et je dois désinfecter une plaie. L’homme que Dorn a trouvé
dans son bateau est vivant, mais mal en point. »
« Il ressemble à quoi, cet homme ? » Ewald répondit distraitement.
« Je ne sais pas… il n’est pas d’ici. Basané, âgé… il voyage léger. Il a un bâton en plus
de son baluchon de voyage. »
« Un bâton et un baluchon ? »
« Oui, je les ai aperçus posés dans un coin. A cause de Dorn et de ses lubies,
maintenant, si je veux sauver la vie de cet homme, je dois embarquer avec lui. C’est
une longue histoire. Si je survis à cette traversée, je vous raconterai, mais là, je dois
y retourner. Merci pour la bouteille. »
« Eh bien… »
Ewald le paya et sortit précipitamment de l’auberge.
Un bâton et un baluchon ? L’aubergiste était certain d’avoir déjà entendu ça
quelque part. Un homme d’âge mûr avec un bâton…
Ça y est, ça lui revenait. Le fournisseur de l’auberge lui avait dit qu’il n’avait pas pu
livrer sa commande à temps parce qu’un homme avec un bâton avait brûlé son
entrepôt.
Son fournisseur s’appelait Tadeusz et il était peut-être à la recherche de son
pyromane. L’aubergiste se dit qu’une telle information pouvait se monnayer.
« Hé, les gars ! », cria-t-il pour interpeller ses clients. « Un volontaire pour tenir le
comptoir pendant mon absence ? A mon retour, je lui offre sa consommation. »
La caisse et l’alcool sous clé, l’aubergiste se précipita vers son pigeonnier. « Pourvu
qu’il me reste un pigeon de la dernière livraison. »