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Prix "Marcel Compagnon" a été décerné à Mme Lilli Sallantaus
Le Prix Marcel Compagnon des langues, littératures et civilisations occidentales a été décerné à Mme Lilli Sallantaus pour son travail de Mémoire:
„[D]ie alles Girrend-Weibchenhafte unter sich lassende Sachlichkeit“: Die Misogynie(n) in Thomas Manns Doktor Faustus (1947)
Résumé:
Roman sujet aux mille interprétations, Le Docteur Faustus (1947) de Thomas Mann explore, selon l'auteur, les raisons de la montée du national-socialisme. La littérature à son sujet dépasse aujourd’hui les 100 000 pages. Pourtant, il est frappant de constater que les aspects centraux de l’approche de genre n'ont à ce jour pas fait l’objet d’une analyse systématique dans le roman de Thomas Mann. Cela est d’autant plus surprenant que le genre - et par conséquent "le" féminin - constitue incontestablement un thème fondamental du Docteur Faustus.
L'analyse récente de Kate Manne sur la misogynie a servi de base méthodologique à ce mémoire de maîtrise. Elle a permis d’aborder systématiquement toute la galerie de rôles et fonctions assignés aux personnages féminins du roman au moyen notamment de close readings, ce qui les a rendus ainsi accessibles à l'interprétation. L'analyse de la misogynie, comprise à la fois comme un phénomène (socio-)politique et comme un moyen d'atteindre une fin (la préservation d'un ordre social patriarcal), a permis de mettre l'accent sur des aspects du Docteur Faustus qui avaient été jusque-là négligés. Kate Manne décrit une division inhérente aux idéologies patriarcales, entre femmes fournisseuses de services féminins et hommes jouisseurs de privilèges masculins. Ce mémoire de maîtrise entend montrer que cette approche peut également bénéficier à l’analyse littéraire en général et au roman de Thomas Mann en particulier. Ainsi, parce qu’ils transgressent cette norme, les personnages féminins sont soumis à diverses sanctions, tant au niveau de l'action que de la narration - dans le "récit" et l'"histoire", pour le dire avec Genette.
Les diverses stratégies narratives employées à l’égard des personnages féminins, comme l'infantilisation, la diabolisation, la sexualisation, la discrimination de l’âge sur la base du genre, la moralisation, etc., ainsi que les ruses qui se déploient jusqu'au niveau grammatical et les "backups" - une spécialité de Thomas Mann qui consiste à donner à ce qui est dit un sens ou une interprétation alternative et inoffensive - sont particulièrement remarquables et pourtant remarquablement négligées par la littérature scientifique. En prenant pour objet le roman le plus politique de Thomas Mann, ce mémoire démontre que la misogynie qui y est affichée dépasse le mode ludique et sans fonction du « discours littéraire-fictionnel » et que le récit principal du roman consiste, à tous les niveaux, à détourner la sympathie des personnages féminins "hypersexualisés", socialement et "racialement" défavorisés et, pour finir, punis.
Comme le démontre le présent travail, la recherche a jusqu’alors échoué à rendre compte des situations misogynes et a de fait perdu de vue l'image globale qui y est rattachée : la suggestion, inhérente au texte, selon laquelle la sexualité féminine est liée d'une manière ou d'une autre à la montée du national-socialisme. Au cours des dernières décennies, la littérature de recherche, notamment à travers les travaux de Yahya Elsaghe, a mis en évidence le rôle fondamental, dans l’œuvre de Thomas Mann, de l’antisémitisme dans ses différentes manifestations et fonctions. La misogynie, dans toute la diversité de ses manifestations, devrait connaître une attention similaire de la part des chercheurs et chercheuses. Ce travail constitue un premier pas dans cette direction.
6 décembre 2021
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