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Nous avons précédemment vu (ici) que les homogénéisations des températures étaient à prendre avec la plus grande méfiance et que les séries de températures brutes étaient plus fiables pour l'évaluation des évolutions à long terme. Nous aborderons ici un cas particulier qui illustre une probable erreur d'interprétation due à la déficience des homogénéisations.
Trois chercheurs Suisses (M. Huss, M Funk et A. Ohmura) se sont intéressés à la fonte des glaciers alpins et ont publié l'article 'Strong Alpine glacier melt in the 1940 due to enhanced solar radiation' dans Geophysical Research Letters en 2009 (disponible ici).
Pour un très bref résumé, les chercheurs ont analysé des données concernant la fonte de plusieurs glaciers et ont synthétisé une courbe de fonte qu'ils comparent à une courbe de degrés positifs jours. Ils constatent que la fonte n'est pas entièrement corrélée à la température mais pensent pouvoir l'expliquer par l'effet conjugué de la température et de l'irradiance. Cette étude a été bien accueillie par les sceptiques du réchauffement climatique car elle contredit certaine affirmations du GIEC quant à la dépendance prépondérante de la fonte des glaciers vis à vis de la température.
Peu confiant dans les séries de températures, j'ai tenté de voir ce que pourrait donner une comparaison de la courbe de fonte avec des températures issues des données brutes. Les chercheurs ont pris comme référence de températures la station de Davos. Ne disposant pas des données brutes journalières, j'ai approché le problème de la manière suivante. MétéoSuisse met à disposition du public les données homogénéisées mensuelles de la station de Davos. A partir de là, j'ai calculé des valeurs annuelles de degrés positifs mois, ce qui peut être considéré comme une approche des degrés positifs jours. Ensuite j'ai digitalisé les moyennes annuelles des données brutes de manière à repérer et quantifier les homogénéisations. J'ai admis que les homogénéisations étaient appliquées uniformément sur l'année et j'en ai tiré des moyennes mensuelles pseudo-brutes. De là j'ai opéré de la même manière que pour les données homogénéisées pour obtenir des valeurs annuelles de degrés positifs mois. Sur ces deux séries, j'ai appliqué un filtre passe-bas en essayant d'approcher celui pris par les chercheurs et j'ai superposé ces courbes au graphique initial en appliquant une homothétie. Ces deux courbes (en rouge foncé pour la base homogénéisée et en bleu foncé pour la base brute) sont donc une homothétie des degrés positifs mois pour Davos alors que la courbe d'origine constitue probablement une synthèse des degrés positifs jours aux altitudes des glaciers. La bonne corrélation des courbes rouges indique que cette simplification hardie est valable pour une première approche du problème.
La courbe bleue des degrés mois issue des données brutes corrèle bien la courbe de fonte.
Que tirer de cette observation ?
a) Nous faisons confiance aux homogénéisations donc la courbe brute n'a pas de sens. L'irradiance couplée avec la température semble bien rendre compte de la fonte des glaciers.
b) Nous n'avons pas d'avis particulier à propos des homogénéisations. Deux explications sont en concurrence, une étude approfondie des homogénéisations est nécessaire.
c) Nous pensons que les homogénéisations sont problématiques. Nous en avons une preuve supplémentaire. L'irradiance intervient probablement dans l'explication de la fonte mais de manière beaucoup moins prononcée que les auteurs ne le pensaient. Nous pouvons, à première vue, également constater que le différentiel températures brutes-fonte est mieux corrélé à l'irradiance que le différentiel températures homogénéisées-fonte.
A mon avis, cette petite étude démontre avec éclat l'inadaptation des homogénéisations à l'étude du climat.
La forte fonte des glaciers dans les année 1940 s'explique essentiellement et simplement par la température. Les autres facteurs (contestés) sont marginaux.