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Le présent rapport a pour but de donner une vue d'ensemble des risques liés à l'évacuation de déchets radioactifs dans des formations géologiques, et de les comparer aux risques «classiques» – naturels ou dûs à l'activité humaine – auxquels l'humanité est soumise, volontairement ou inévitablement, depuis fort longtemps.
Les déchets radioactifs résultant de la production d'électricité dans les centrales nucléaires, de la recherche ou d'applications industrielles et médicales doivent être isolés de la biosphère pendant longtemps, en raison de la lente décroissance de leur toxicité. Le second chapitre du présent rapport, qui passe en revue la nature et l'ampleur des dangers associés aux déchets radioactifs, montre que la toxicité de certains composés chimiques est comparable à celle des radionucléides. La possibilité qu'ils produisent plus tard des effets gênants pour le public ne peut être exclue ni pour les uns, ni pour les autres.
Les plans actuels prévoient l'évacuation sûre et efficace des déchets radioactifs dans des dépôts de stockage final, aménagés dans les couches profondes de formations géologiques stables. Pour qu'un tel dépôt remplisse sa fonction, il faut que le site choisi soit exempt d'écoulements d'eaux souterraines ou que ces derniers soient fortement limités. Pour empêcher la migration des substances radioactives stockées dans le dépôt, il est prévu d'utiliser des barrières naturelles et artificielles indépendantes. Une connaissance approfondie des propriétés des barrières artificielles – notamment des matériaux d'emballage et de scellement – est tout aussi importante que de celles des barrières naturelles. La connaissance des propriétés de ces dernières est fournie par l'étude géologique et hydrogéologique du site. Ce principe de protection – dit à barrières de sécurité successives – est considéré comme capable de garantir une élimination sûre des déchets radioactifs.
Mais que faut-il entendre par «sûre»? La Sûreté est une notion relative, et non pas absolue, puisqu'il subsiste toujours un risque résiduel associé à n'importe quelle activité. Une comparaison ou référence est donc nécessaire pour pouvoir apprécier si ce risque résiduel est acceptable.
Partant de l'exigence que le bilan entre l'utilité et le coût de toute activité humaine doit demeurer positif, la Commission internationale pour la radioprotection (ICRP) recommande que l'exposition aux radiations des individus, et des populations dans leur ensemble, demeure aussi faible que raisonnablement possible, compte-tenu des impératifs sociaux et économiques.
La sûreté d'un dépôt de stockage final et le risque qu'il fait courir à son environnement sont des notions complémentaires.
Tout risque dépend de deux facteurs essentiels:
- l'ampleur (S) des conséquences indésirables (par ex. décès, blessures, dommage à la propriété) d'un incident
- le caractère incertain de l'incident, c'est à dire la probabilité (P) qu'il survienne pendant une période déterminée.
Bien que d'autres conventions soient aussi possibles, on définit généralement le risque (R) comme étant le produit (P·x S) de ces deux facteurs.
Le risque associé à l'élimination des déchets radioactifs est avant tout celui d'une augmentation de la dose d'irradiation pouvant résulter de l'absorption de radionucléides échappés d'un dépôt. Les mesures de protection prévues pour empêcher une telle éventualité sont décrites dans le chapitre 3 du présent rapport. Le lecteur trouvera au chapitre suivant une estimation du risque que représente un dépôt de stockage final, qui lui permettra une comparaison avec d'autres risques existants.
Ces dernières années, toute une série d'analyses de sûreté ont été exécutées, surtout à l'étranger, pour étudier le genre et l'amplitude des risques associés aux dépôts de stockage définitif des déchets radioactifs. Les premières conclusions qui peuvent en être tirées sont rassemblées au chapitre 5. Il en ressort de façon générale que le risque du stockage final peut être considéré comme très petit. Cela permet de dire que le stockage géologique est en principe réalisable, et que les risques en résultant lors du chargement et après abandon du dépôt seront, selon l'état actuel des études, plus faibles que beaucoup de risques déjà acceptés aujourd'hui. Des prédictions plus concrètes pourront être faites à partir des projets se rapportant aux sites spécifiques des dépôts. On peut s'attendre à ce que les valeurs limites du risque, calculées jusqu'ici avec des données conservatives et des modèles simplifiés, seront en fait plus petites lorsque l'on disposera des données propres aux sites de stockage ainsi que de modèles plus raffinés.