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La fumée passive est nocive pour la santé. De nombreuses études montrent qu’il existe un risque élevé de cancer du poumon, de maladies cardiovasculaires, avec une augmentation d’environ 20% (RR 1,2) pour les conjoints de fumeurs et pour les employés exposés à la fumée passive.1 Chez les employés fortement exposés, nos recherches ont montré qu’un non-fumeur travaillant dans un bar inhale quotidiennement l’équivalent d’un paquet de cigarettes.2 Selon Stayner et coll., le risque d’un cancer se situe entre 1,5 à 2 pour les plus exposés.3 Les Américains parlent des ‘5B’s (bars, bowling alleys, billiards halls, betting establishements, bongo parlours) dans lesquels l’exposition est fortement augmentée pour les employés. Pour ces derniers, on peut considérer qu’un cancer du poumon est une maladie professionnelle, car la fumée de tabac est reconnue comme un cancérigène humain.
Les spécialistes en santé au travail ont très tôt insisté pour établir des lois et des mesures de protection contre la fumée passive pour les employés, comme l’article de J. Perrenoud le montre. Dans la recherche également, les premières études sur les effets nocifs et gênants ont été réalisées par les spécialistes en santé au travail. Dans les années 70 et 80, c’est plus particulièrement A. Weber et ses collègues de l’IHAa ETH Zurich qui ont montré que l’irritation des yeux, le clignement des paupières et la sensation de gêne augmentent en fonction de la concentration de la fumée passive et de la durée de l’exposition. Ces travaux ont été pris en compte dans le fameux rapport américain du Surgeon General 4 sur la nocivité de la fumée passive : le point de départ de la lutte contre la fumée passive aux Etats-Unis. Au niveau de l’exposition, les hygiénistes de l’Institut universitaire romand de santé au travail (IST) ont développé des techniques de mesure et de prélèvement.2,5
Comme J. Perrenoud l’écrit dans son histoire pertinente du développement de la législation suisse sur la protection de la fumée passive pour l’employé : «Si ces accélérations législatives ont été aussi importantes, elles sont dues surtout à une prise de conscience générale de l’extrême nocivité de la fumée, sur les fumeurs et les non-fumeurs». C’est la santé publique avec les enquêtes épidémiologiques et les efforts politiques qui ont pu initier cette prise de conscience.
L’article de J. Perrenoud met aussi le doigt sur un point très critique de la loi fédérale : l’accord libre de l’employé d’accepter une exposition à la fumée passive ; au vu des conditions toujours plus dures du marché du travail, l’employé peut se trouver obligé d’accepter une exposition à la fumée passive pour conserver son emploi.
Une autre préoccupation de la santé au travail nécessiterait une mobilisation plus large : le stress au travail, qui a des effets délétères, sur la santé physique 6 et psychique,7 du même ordre que la fumée passive, devrait aussi trouver de telles collaborations efficaces, tant au niveau de la prise de conscience, que de la prise en charge.