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La ligne ferroviaire va rester bloquée entre Morges et Allaman jusqu'à vendredi matin avec si possible un rétablissement de la liaison pour le début du service, ont indiqué les CFF mercredi en fin de journée. La remise en état des voies s'avère plus compliquée que prévu.
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Les conséquences sont d'autant plus importantes pour les personnes voyageant entre Genève et Lausanne qu'il n'existe pas d'alternative sur le rail. Et le réseau routier, déjà très fréquenté en temps normal, est complètement saturé depuis deux jours, avec de multiples bouchons entre les deux villes.
Un bipôle urbain relié par un étroit couloir
Interviewé jeudi dans La Matinale de la RTS, le géographe Pierre Dessemontet, par ailleurs co-syndic d'Yverdon-les-Bains, souligne d'emblée l'aspect fataliste de la situation.
"La géographie peut être dictatoriale", dit-il. "Tout le trafic entre le bipôle Genève-Lausanne, la nouvelle métropole lémanique, se concentre sur un seul axe parce que la géographie l'impose. Vous avez un lac d'un côté, la chaîne du Jura de l'autre et un couloir relativement étroit entre les deux, dans lequel on fait passer l'explosion de trafic due à la métropolisation."
"On a des infrastructures soumises à une pression extrême, unique", poursuit ce spécialiste des questions de mobilité. Avec une seule ligne ferroviaire, "un jour arrive ce qui s'est produit mercredi soir".
Un développement difficile à planifier
Et pour Pierre Dessemontet, il était difficile de prévoir le développement de la région tel qu'il s'est produit: "On ne pouvait pas, en tout cas, imaginer quelque chose d'assez différent sur l'organisation de cette métropole qui s'est mise en place d'elle-même".
Le géographe prend le contre-exemple de Zurich. "Vous avez une douzaine de lignes CFF qui rayonnent depuis le centre-ville et donc vous pouvez irriguer l'ensemble de la métropole. Si l'une tombe, trois autres peuvent pallier la situation."
Mais sur les bords du Léman, "nous avons un petit couloir et on doit passer par là", poursuit-il. "Cela ne signifie pas qu'on n'aurait pas pu peut-être, dans le passé, prendre d'autres mesures, notamment doubler la ligne de manière à éviter un clash de ce type-là. Mais c'est presque la première fois que ça se produit. Il faut toujours être confronté à la catastrophe pour se mettre au travail."
"Condamnés à vivre avec cette épée de Damoclès"
La solution résiderait en un doublement de la ligne actuelle par une autre, possiblement souterraine. "C'est effectivement ce que le canton de Zurich a fait en creusant beaucoup de tunnels sous l'agglomération pour doubler ses infrastructures", relève Pierre Dessemontet. "Donc si ce modèle marche à Zurich, il peut marcher dans la métropole lémanique, toutes proportions gardées."
"On a aussi un couloir autoroutier qui est là depuis 60 ans, le long duquel on pourrait certainement essayer d'imaginer mettre une ligne de secours", suggère le spécialiste. "Ce sont des modèles qu'il faut imaginer. Mais les projets ne sont évidemment pas prêts, ça prendra beaucoup de temps. Et donc, pour les dix à quinze ans à venir, on est condamnés à vivre avec cette épée de Damoclès."
>> L'interview de Nuria Gorrite, conseillère d'Etat vaudoise, dans le 19h30:
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Une solution peut-être trop tardive
Et avant d'entamer un chantier d'une telle ampleur, il faut évaluer l'évolution de la société, accélérée par la pandémie et le télétravail. "Il y a cinq ou dix ans, on serait partis dans une direction comme celle-ci parce que les prévisions de mobilité étaient à la hausse", fait-il remarquer.
"Depuis le Covid et l'accroissement du télétravail, mais aussi les mouvements de contestation face au développement de la société, ce n'est pas absolument sûr qu'on ait une coalition majoritaire pour lancer un programme de grands travaux comme celui-là. Soixante kilomètres de tunnel, c'est aussi soixante kilomètres de béton. Il faudra le vendre à une majorité de la population".
Face aux limites de l'ultra-mobilité tant vantée dans les années 2000, "on est en tout cas dans le flou", constate Pierre Dessemontet, tout en restant très prudent sur l'avenir. "Je ne sais pas si on a vraiment entamé cette révolution, j'aurais tendance à vous dire qu'on se donne rendez-vous dans cinq ans et on regarde comment les comportements ont évolué."
La part du télétravail comme inconnue
L'une des principales inconnues est la part du télétravail qui subsistera ces prochaines années. "Pour la partie de la population (un emploi sur trois) qui peut télétravailler relativement facilement, il faudra voir si l'impact à long terme est fort ou pas. Et on peut se douter que oui, notamment parce que ces gens sont probablement le public cible des transports publics".
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Propos recueillis par Valérie Hauert/oang