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Willi Melliger était un homme de cheval à part entière et le cavalier de saut suisse au plus grand palmarès. Il a fait entrer des chevaux très différents dans le sport de haut niveau, dont le légendaire Calvaro, et savait comme nul autre trouver la monture parfaite pour ses clients en tant que marchand de chevaux. Willi Melliger est décédé le 16 janvier à seulement 64 ans à la suite d’un AVC. Il laisse un grand vide non seulement au sein de sa famille, mais aussi dans le monde hippique entier.
A Gijon (ESP), en 1993, Willi Melliger est sacré double champion d’Europe avec la jument SF Quinta C.
Le premier dimanche de février 2003, la Suisse a pleuré avec Willi Melliger lorsque le hongre gris Calvaro prit sa retraite sportive lors d’une cérémonie émotionnelle au CSI de Zurich. Sur le grand écran de l’arène, les quelque 12 000 spectateurs du Hallenstadion suivirent encore une fois les plus grands succès de cette paire exceptionnelle: Willi Melliger et Calvaro remportant la médaille d’argent individuelle aux jeux Olympiques d’Atlanta, puis quatre ans plus tard à Sydney, en équipe cette fois. Willi Melliger en veston rouge survolant les obstacles avec Calvaro au Championnat d’Europe de Saint-Gall en 1995, décrochant quatre médailles, dont l’or par équipe et le bronze individuel. La plupart des spectateurs avait la chair de poule. En effet, le grand écran ne montrait pas que les étapes d’une incroyable carrière sportive, mais aussi les moments d’une relation exceptionnelle et unique entre l’homme et l’animal. Une paire composée d’un cheval fantastique et d’un cavalier doté d’un grand talent ayant écrit l’histoire ensemble.
Willi Melliger se tenait immobile à l’entrée de l’arène, les yeux humides, et s’observait chevaucher d’un triomphe à l’autre sur l’écran. De beaux souvenirs se mélangèrent à la mélancolie. Et lorsqu’il mena une dernière fois le grand cheval blanc, son Calvaro, à pied dans l’arène, les larmes coulaient sur son visage. Le public aussi se moucha remarquablement souvent.
Willi est toujours resté Willi
Le cavalier de Neuendorf et son Calvaro étaient les premières superstars du saut d’obstacles suisse: où qu’ils allaient, le public devenait euphorique. Il existait des posters de Calvaro, un livre fut écrit sur lui et l’on vendait des articles portant son image. Des lettres et des colis avec l’inscription «Calvaro, Neuendorf» arrivaient sans encombre à leur destination. Avec son cavalier Willi Melliger, le géant blanc devint l’ambassadeur d’un sport marginal comme il n’en a plus existé depuis. Le «Willi national» fut bientôt connu dans toute la Suisse, aussi à l’extérieur du monde équestre. Né le 28 juillet 1953, Willi Melliger appréciait certes le respect et l’estime que lui avaient apporté ses succès sportifs, mais sa célébrité ne lui est jamais monté à la tête. Willi est toujours resté Willi: les pieds sur terre, un cigare à la bouche, discret, carré, peu bavard. Sur la scène du saut d’obstacle international qui devenait de plus en plus mondaine et «glamour» avec les années, le boucher de formation ne semblait pas toujours à sa place - et pourtant, il faisait partie de ce monde-là comme nul autre, il vivait et respirait
Willi Melliger et Calvaro V lors des Jeux Olympiques d’Atlanta (USA).
Responsables des cadres de la relève Saut jusqu’en 2016: chef d’équipe Albert Lischer et coach technique Willi Melliger (à droite).
Honneur lors du CSI Bâle 2012 (d. g.): Walter Gabathuler, Thomas et Markus Fuchs, Philippe Guerdat et Willi Melliger.
Photo: Angelika Nido
Willi Melliger et Calvaro Z lors du CSI Zürich 2003, quand Calvaro a était mise à la retraite du sport.
Le cavalier de saut suisse au plus grand palmarès
Willi Melliger signait de grands succès en selle déjà bien avant l’ère Calvaro. A l’âge de seulement 21 ans avec Rhonas Boy, il gagnait son premier titre de Champion suisse, auquel allait suivre encore cinq autres au long de sa carrière. Deux ans plus tard, en 1976, Willi Melliger remportait le Grand Prix du CSIO Lucerne, également avec Rhonas Boy. En 1977, alors âgé de 24 ans, il défendait pour la première fois les couleurs de la Suisse à l’occasion du Championnat d’Europe de Vienne. Avec sa première médaille européenne qu’il décrocha en 1981 avec Trumpf Buur à Munich, le Soleurois posa la première pierre d’une série de succès restée inégalée jusqu’à aujourd’hui: jusqu’en 2003, il remporta encore douze médailles en championnats continentaux, en 1993 même une double médaille d’or avec l’inoubliable jument française Quinta C. Avec ses deux médailles olympiques, Willi Melliger a cumulé un total de 15 médailles sur le circuit international, ce qui fait de lui le cavalier de saut le plus primé de Suisse. Il a également écrit un bout d’histoire équestre nationale en étant le deuxième Suisse après Paul Weier à remporter le Grand Prix d’Aix-la-Chapelle, l’épreuve la plus prestigieuse du monde.
En dehors du parcours, Willi Melliger n’avait pas moins de succès. Il était homme d’affaires, organisateur d’une compétition internationale à Neuendorf et marchand de chevaux connaisseur. Il avait aussi l’oeil pour les bons chevaux et dénichait régulièrement des montures talentueuses non seulement pour lui, mais aussi pour ses amis cavaliers et ses clients. Ce faisant, il avait le doigté pour trouver les bonnes combinaisons cavalier/cheval - et était celui qui se réjouissait le plus quand ça «collait». C’est pour cette raison que ses amis de longue date écoutaient attentivement ses conseils. Où il le pouvait, il faisait également usage de ses contacts: c’est lui qui mit en relation Markus Fuchs, son coéquipier lors de nombreux championnats, et la propriétaire de Tinka’s Boy, qui devint le «cheval d’une vie» du St-Gallois. Il accompagna également Werner Muff en Allemagne à la recherche de chevaux, où ils firent la découverte de Daimler, né en 2008, qui devint un cheval de niveau mondial.
Engagement pour la relève
Willi Melliger termina sa carrière hippique active en novembre 2010 lors d’un petit concours en Slovénie - en catimini, sans grand battage autour de sa personne. Il transmit son savoir et son expérience non seulement à ses deux fils Kevin et Kay, tous deux devenus de bons cavaliers de saut, mais aussi à l’ensemble de la relève nationale. De 2006 à 2016, Willi Melliger était responsable des cadres Juniors et Jeunes cavaliers en tant que coach pour la Fédération Suisse des Sports Equestres - aux côtés du responsable des cadres Albert Lischer, qui lui assurait ses arrières afin qu’il puisse se concentrer sur ce qu’il se passait sur la place d’échauffement et dans le parcours. Un moment inoubliable resta «le conte d’été» de 2013 à Vejer de la Frontera en Espagne, où les Juniors et les Jeunes cavaliers remportèrent pour la première fois dans l’histoire équestre suisse la double médaille d’or lors d’un championnat d’Europe de la relève.
Le dernier obstacle fut trop haut
Willi Melliger aura été moins chanceux en ce qui concerne la santé. Il subit un arrêt cardiaque il y a une année et dut être opéré d’urgence. Il se remit cependant rapidement de cette intervention, bien qu’il diminua conséquemment la consommation de ses cigares bien-aimés. Le 13 décembre, après un AVC, Willi Melliger fut à nouveau amené à l’hôpital et dut être opéré d’urgence. Il ne ressortit cependant plus du coma et décéda cinq semaines plus tard dans la nuit au 16 janvier. Le service funèbre eut lieu le 5 février à l’église de St. Martin à Olten. Il repose à Neuendorf, où l’inhumation de l’urne eut lieu dans l’intimité de la famille. Willi Melliger a été marié deux fois. Il laisse derrière lui sa fille Michele d’un premier mariage ainsi que ses fils Kay (18 ans) et Kevin (23 ans) de son deuxième mariage avec Nadja Melliger-Savary. Ses fils vont reprendre la direction du commerce de chevaux et ainsi poursuivre une partie de l’oeuvre de leur père.
Angelika Nido Wälty