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Ne me demandez pas de vous raconter une soirée de stand-up. Le stand-up, ça débite, ça débine, ça défile et c'est tout. "Fous le feu, prends l'argent et tire-toi", disait James Brown, lequel soit dit en passant n'appliquait pas sa maxime puisqu'il revenait encore et encore avec sa fichue cape de King.
Dans le stand-up, on astique, on pique, on réplique et hop, on quitte. Sans rappel. De toute façon la scène est moche, avec juste ce tabouret, ce verre d'eau, ce micro avec assez de câbles pour se pendre et ce fond de mur façon miroir qui reflète les projecteurs dans la tronche des spectateurs. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Rébecca Balestra. Laquelle quitte "Rébecca Balestra", son premier spectacle de stand-up au bout de 45 minutes. La durée maximale possible. Au-delà plus personne n'écoute, la capacité de concentration du public pour ce type de prestation étant alors réduite à zéro. Là encore, ce n'est pas moi qui le déclare. C'est elle.
La drôlerie incarnée
En revanche, je veux bien vous raconter une soirée de Rébecca Balestra jouant un spectacle de stand-up. Là, c'est autre chose. "Un tableau dans le tableau, une mise en abyme, voyez le genre…", explique la comédienne genevoise. Elle arbore pour l'occasion un splendide costard imprimé briques rouges "parce que dans les plus fameuses salles de stand-up, il y a toujours un mur de briques rouges en fond de scène et que je ne peux pas transporter à chaque fois un mur moche dans les salles où il n'y en pas". Donc, ce décor, elle le porte sur elle. Avec des strass en plus, parce que Rébecca Balestra est une diva, même déguisée en passe-muraille.
"Ça vole bas, ce soir! Mais bon, ce n'est pas moi qui viens voir un spectacle de stand-up, c'est vous!" Debout sur la petite scène de l'ABC à Lausanne, Rébecca Balestra dézingue à tout va. Il y a du cul, de la merde et de la merde au cul, ne le cachons pas. Elle réserve toutefois ses plus belles piques pour elle-même – "je suis immonde" - livrant un superbe numéro où l'auto-dérision est un mot bien faible pour désigner ce flot de blagues sur son physique, son métier de comédienne, son genre et son statut marital.
Rébecca Balestra n'est pas humoriste, elle EST la drôlerie incarnée et surtout une formidable comédienne, jouant sur tous les registres: de la blague potache, grossièreté XXL à la citation fine voire pédante, du comique troupier au gag abscons, de la conférence de choses à la tragédie antique.
>> A voir: Rébecca Balestra, étoile montante de la scène contemporaine, s'empare du stand-up dans un spectacle éponyme
Moitié rose, moitié crottin
Au fil de son "Rébecca Balestra" où défilent dans le désordre Diogène, sa maman, Magritte, Jésus, mari et beau-père, les selfies à Auschwitz, les soirées white, Annemasse, son vagin et le fantôme de Saint-Augustin (avant ma naissance, avant le temps, il y avait quoi?), on est bel et bien au… théâtre. Dans cette pièce bien montée avec l'aide de Marina Rollmann et Agathe Hazard Raboud où un personnage de fiction nommé Rébecca Balestra jouerait une humoriste de stand-up.
Ailleurs, avant, on l'a connue en sosie de Dalida ou de Mina dans "Olympia", duo de chanter-parler avec pianiste chic ou "Show Set" à mi-chemin entre le glamour et le règlement de compte avec son propre personnage. Elle peut tout jouer, de Marivaux à la tête de veau.
Je ne vais pas vous citer ses blagues ou ses bons mots. Leur place est sur scène, pas dans une chronique, et leur parfum moitié rose moitié crottin souffrirait de la redondance. Une chose est sûre. Comme elle le dit elle-même, cette artiste a bel et bien du nez.
Thierry Sartoretti/ld
Lausanne, Boulimie-Arsenic à la salle de l'ABC, chaque jeudi jusqu’au 6 octobre 2022. La Chaux-de-Fonds, TPR, le 23 septembre. Rébecca Balestra joue par ailleurs "Olympia" à Nyon, Usine à gaz, le 23 janvier 2023.