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"Teenage dreams so hard to beat."
The Undertones
Je vais vous faire une confidence: pour moi, le monde des fans d'indie-rock se divise en deux catégories. Ceux qui ont acheté Pinkerton à sa sortie. Et les autres. Parce que si le deuxième album de Weezer est aujourd'hui perché sur un piédestal - 5/5 chez Rolling Stone, 10/10 chez Pitchfork, 100/100 chez Metacritic -, ça n'a pas toujours été une évidence. A sa sortie en 1996, Rolling Stone ne lui donnait par exemple qu'un mitigé 3 sur 5 (par chance, Pitchfork et Metacritic n'étaient pas nés, eux).
Moi, j'avais 16 ans à l'époque et j'adorais le premier album du groupe californien, celui qu'on appelle aujourd'hui le "blue album". D'abord le remuant Buddy Holly et son clip clin d'oeil à Happy Days, puis l'explosivité juvénile de My Name Is Jonas, la mélancolie saturée d'In The Garage et la lente montée d'Only In Dreams. Et toutes les autres chansons, finalement. Jusqu'à en faire un de ces albums parfaits pour l'adolescence. Et un peu secret aussi, car s'il était multi-platiné aux Etats-Unis, le groupe était plus en retrait par ici et totalement inconnu des mes amis.
Et puis un soir chez Lenoir - au tout début de l'émission, je crois - j'ai entendu The Good Life, premier extrait de Pinkerton. 4 minutes de pop électrique et érudite à souhait, dont je n'ai toujours pas fait le tour aujourd'hui. Quelques semaines plus tard, j'achetais l'album et retrouvais la même émotion à la découverte de Getchoo et Tired Of Sex. Le reste de l'album était bon, mais sans surprise (à part peut-être la subite accélération au milieu d'El scorcho), pas forcément appelé à supplanter son prédécesseur dans mon coeur.
Presque 20 ans plus tard, je reviens autant à l'un qu'à l'autre. Et j'aime Pinkerton dans son entier, même si The Good Life, Getchoo et Tired Of Sex ont toujours ma préférence. J'ai vu avec satisfaction le jugement de la critique sur cet album évoluer (même si je le trouve désormais exagéré), dégusté avec plaisir sa réédition Deluxe comme celle de l'album bleu, joué avec bonheur My Name Is Jonas sur "Guitar Hero" et souvent souhaité un nouveau bon album de Weezer. Mais là, j'ai été déçu à chaque fois.
Et voilà qu'il y a 5 jours est apparu Do You Wanna Get High? et avec cette chanson un retour de flamme inespéré. Maintes fois annoncé, mais jamais réalisé, voici enfin le retour à la grâce des débuts. Et même si la formule est devenue un refrain façon Exile On Main Street, croyez-moi, Weezer signe sa meilleure chanson depuis Pinkerton. C'est dire.
En 3 minutes 30 à peine, Rivers Cuomo retrouve toute la magie des premières années: l'alliance du bon vieux rock'n'roll des sixties et de l'indie-rock lo-fi des nineties, du grain du hard-rock des chambres d'ado et du kitsch mélodique de la pop des années 80, de la limpidité du "blue album" et des recoins plus tortueux de Pinkerton. Une chanson inspirée par des histoires d'amour et d'addiction, raconte Cuomo, à la manière de Tired Of Sex ou O Girlfriend (sur le "green album", celle-là).
Des histoires de fin d'adolescence, de quand les rêves se heurtent à autre chose et qu'on tente de s'y accrocher, tant bien que mal. Les histoires qu'affectionne l'indie-rock, en somme, et que Weezer a su chanter mieux qu'aucun de ses contemporains. Pour peu, on pourrait reprendre les premiers mots de Getchoo, "This is beginning to hurt, this is beginning to be serious". Aujourd'hui, le monde des fans d'indie-rock se divise en deux catégories. Ceux qui ont écouté 20 fois déjà Do You Wanna Get High? depuis sa sortie. Et les autres. Ceux-là ne savent pas ce qu'ils ratent.