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Critique
Condamnée par la désertification, la vie nomade disparaît des steppes de Mongolie-Intérieure. Ce film leur rend un hommage sensible et douloureux.
Au sud de la Mongolie et de sa capitale Oulan Bator, se situe une région autonome de la Chine, la Mongolie-Intérieure, couverte par le désert de Gobi, avec sa capitale, Hohhot. C'est un paysage sans horizon, fait de collines ondulantes et de terres arides. Aux hivers lourds de neige succèdent d'interminables sécheresses et des vents qui aggravent l'érosion des sols.
Il n'y a pas si longtemps, les tribus de nomades y trouvaient de vertes prairies pour leurs moutons et leurs chevaux. Ils perpétuaient ainsi leur mode de subsistance. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et une majorité de bergers ont vendu leurs troupeaux pour aller gagner leur vie en ville et se sédentariser. Quelques rares familles résistent encore. Mais probablement plus pour longtemps. Une tradition qui durait depuis la nuit des temps est en train de mourir. C'est cette dure réalité dont s'inspire Ning Cai, comédien mongol-chinois, pour réaliser son premier long métrage.
Les pousses se font de plus en plus éparses dans la steppe. Urgen (Ning Cai) ne parvient plus à nourrir ses moutons. Il décide de conduire son troupeau jusqu'à ses pâturages d'automne. Mais là, des arpenteurs le reçoivent très mal. Ils sont en train de poser des clôtures afin d'empêcher les animaux de venir brouter l'herbe et d'aggraver l'érosion du sol. Dans la yourte, l'épouse (Narenhua) se désole, elle n'a plus d'argent pour payer l'école de leur fils (Agu Damu). Pour elle, la ville est le seul avenir possible. Elle ouvrira une boutique et y vendra ses yogourts. Urgen est déchiré, mais il s'entête, alors que son destin semble déjà fixé.
Tourné dans un rythme lent qui fait peser sur l'écran l'interminable sécheresse, LA SAISON DU CHEVAL est une œuvre intense sur l'anéantissement des traditions pastorales. Le climat détruit les pâturages et l'espoir d'y faire vivre des troupeaux. Mais en même temps, le confort de la vie moderne et ses sirènes, ainsi que des lois gouvernementales qui ne manquent pas de bon sens, ont un effet tout aussi destructeur sur des usages séculaires.
Pourtant, une discothèque bruyante, au spectacle ridicule, ne remplacera jamais le grand large de la steppe. Et pour un peu de confort matériel, de quelle liberté sera-t-on privé? C'est tout le dilemme de la vie moderne, un dilemme jamais complètement oublié du côté des sédentaires.
Excellent comédien dans le rôle d'Urgen, Ning Cai prouve qu'il est aussi un excellent scénariste et un excellent réalisateur. Il filme avec beaucoup de retenue la difficulté du choix et les dernières résistances, montre l'alternative sans idéaliser un monde ancestral dont il fait si bien jouer les charmes agonisants. Il n'y a plus de place pour les rêves des bergers. Ils sont déjà entrés dans la légende. Ning Cai leur rend un bel et douloureux hommage.
Geneviève Praplan