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National
Initiative Monnaie Pleine
Pour en finir avec le chantage du «too big to fail»
Dans le cadre de cette rubrique de débat et de discussion, nous publions la contribution de notre camarade Jacques Silberstein à propos de l’initiative «Monnaie pleine» et de la refonte de la politique monétaire.
« Contrairement à votre situation britannique, il n’y a pas en Nouvelle Angleterre un seul chômeur, mendiant ou vagabond. Cela grâce a l’émission sans intérêt dans nos 13 colonies de monnaie de papier; ce qui permet de contrôler le pouvoir d’achat (en circulation) et n’engendre pas de dette publique.» 1
Benjamin Franklin
devant des membres du gouvernement anglais, 1750.
« Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu’une armée debout. Celui qui contrôle l’argent de la nation contrôle la nation.»
Thomas Jefferson
(troisième président des Etats-Unis)
« Donnez moi le contrôle sur la monnaie d’une nation,et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois. »
Mayer Amshel Rothschild (1743–1812)
Le libéralisme de marché (capitalisme), se réfère à deux dogmes. En premier, l’argent est rare et le fait de le prêter mérite une rémunération. En second, la production de biens nécessite deux facteurs : l’argent et le travail.
Il doit être clair dans nos têtes que l’un et l’autre sont faux. Le premier, même s’il a pu se vérifier au temps ou l’argent était en métal or. Depuis 1971, la monnaie alias de l’argent, terme que nous éviterons d’utiliser vu sa connotation métallique, est soit papier (10 %) émis par les banques nationales des pays dits souverains, soit scriptural (90 %) et émis par les banques privées. « Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique à la création de monnaie par des faux-monnayeurs »2.
L’instabilité du système financier et monétaire est structurelle car il n’a pas été pensé pour être stable, mais bien pour satisfaire des intérêts particuliers. Son essence spéculative conduit à une inflation monétaire en période d’expansion et à une destruction monétaire en période de contraction. Il chauffe quant il fait trop chaud et coupe la chaudière quand il neige.
Quel sont les objectifs de ce système ?
Certain diront : fournir la monnaie nécessaire à l’économie pour son bon fonctionnement (l’USS y croit 3). Affirmation qui s’adosse au dogme de l’argent rare, privé et donc coûteux. Sachant qu’au centre de ce système, il y a les banques, qui sont à la fois outils et paravents pour des individus. Peut-on raisonnablement penser que le but de ces institutions et de leurs actionnaires est celui auquel l’USS croit, ou de façon plus rationnelle devons-nous être amenés à admettre que leur but est d’amasser un max. Je pense que les crises de 1929 à nos jours devraient permettre à chacun de conclure correctement.
La seconde question est celle de la conception. Ne remontons qu’à l’époque ou la monnaie papier propre à chaque état souverain apparaît. La plupart du temps et c’est le cas en Suisse depuis 1891, l’Etat a le monopole de la fabrication. Mais très vite les banquiers, qui antérieurement fabriquaient leurs monnaie papier, revinrent à la charge. A Londres, ils retrouvent le droit de prêter 2 Livres en en ayant qu’une. C’est le début de la monnaie-crédit et de la réserve fractionnaire.
Ce pouvoir de créer la monnaie est lié à des mécanismes d’accréditation et de contrôle propre à chaque nation, tout cela découlant plus ou moins des accords de Bâle (III actuellement). Ce club de banquiers nationaux édicte des mesures prudentielles telles que la fraction minimale de réserve. Le paradoxe de cette valeur de seuil devant permettre le remboursement des déposants en « temps normaux » ne fonctionne pas en cas de panique. Elle fonctionne d’autant moins que, une fois ce seuil atteint, il est interdit aux banques de puiser dans cette réserve sous peine de se retrouver dans l’illégalité. Il est bien d’autres règles prudentielles, et cela a pour résultat : les subprimes qui ont conduit tous les Etats occidentaux (au moins) à voler au secours des banques car, dit-on : « too big to fail »4.
Il n’y a donc non pas un pilote mais bien des tas de pilotes qui utilisent un appareil compliqué avec pour objectif leur propre enrichissement et non la stabilité du système. Nous avons une fusée avec des pilotes qui se disputent les commandes ! De ce fait, ils créent de la monnaie lorsque l’envie leur prend, lorsqu’ils croient avoir trouvé un filon. Puis, lorsqu’ils se rendent compte que leur château est de sable, ils se retirent précipitamment en retirant leurs billes. Ils détruisent la monnaie correspondante. Il manque alors l’argent en circulation et une nouvelle crise s’ensuit.
L'initiative « Monnaie Pleine »5 a pour but de stabiliser le système en retirant aux banques le pouvoir de créer une quelconque forme de monnaie. Seule, la banque nationale (BNS) aura le droit de créer ex nihilo toute forme de monnaie. La BNS est essentiellement sous contrôle des Cantons 6. Lors de la transition, elle pourra acheter de la dette publique pour remplacer, par étape, la monnaie scripturale bancaire et la remplacer par de la monnaie publique pleine. Et contrairement à ce qui à été dit, l’initiative n’est pas géniale parce qu’elle est suisse, son seul mérite est de montrer la voie au autres nations et ceci grâce à un outil suisse : l’initiative populaire. Dans cette optique, l’Islande semble nous devancer, et c’est très bien, puisque son gouvernement veux adopter une « monnaie souveraine » 7 qui n’est autre qu’une variante de la « monnaie pleine ».
Que le contrôle de la création monétaire regagne le giron des pouvoirs publics. Que les services publics soient financés par l’argent public et non par celui privé des banques chargées d’intérêts pour engraisser ceux qui s’en prétendent propriétaires, alors qu’il n’en sont que les faux-monnayeurs. Avant d’envisager quelque progrès que ce soit, il est nécessaire de reprendre le contrôle de la monnaie, ou des formes à venir de la compensation du travail. Sans cela, le progrès social sera toujours contré par la question de son financement.
L’initiative MP n’est évidemment pas une fin en soi. C’est une étape nécessaire. Après doit venir la reconquête de la démocratie. Ce n’est qu’un début…
Jacques Silberstein
1 Cette pratique à pris fin en 1913 sous la présidence de Woodrow Wilson qui a dit : « Je suis un homme des plus malheureux. J'ai inconsciemment ruiné mon pays.»
2 Maurice Allais, prix de la Banque de Suède en mémoire de Nobel
3 Annexe 20 – DL datée du 26 juin 2014 et présentée au Comité de l'USS du 2 juillet 2014
4 Jacques Généreux, professeur d'économie à Paris, recuse cette conclusion et dit : « il faut les laisser choir et compenser pour les victimes, non coupables, que cela spolie et dans certaine conditions ».
5 Le site de l'initiative : initiative-monnaie-pleine.ch
6 En fait il y a aussi des actionnaires privés mais limités par des quotas strict. Leur présence est sûrement aberrante mais une initiative doit se limiter à un seul sujet.
7 Le Matin et Resistance Inventerre
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