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Non au bradage des biens communs!
18 mars 2005
Selon le Rapport mondial 2003 des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, 1,1 milliard de personnes des pays en développement n’ont pas accès à l’eau potable et 2,4 milliards sont privées d’installations sanitaires suffisantes. Chaque jour, 6000 personnes (en majorité des enfants de moins de 5 ans) meurent de diarrhées. Chaque année, plus de 2,2 millions de personnes meurent de maladies dues à l’eau contaminée.
L’un des Objectifs du Millénaire pour le développement (adoptés en 2000 par l’ONU) est pourtant de réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population ne bénéficiant pas d’un accès régulier à l’eau potable.
Privatisations en cause
Soulignant la nécessité de financer ces Objectifs, les dirigeants politiques et économiques actuels prônent la privatisation et la libéralisation de la gestion de l’eau. Cette dernière étant considérée comme une marchandise, sa gestion doit être rentable et générer du profit. La Déclaration de Dublin, adoptée à la Conférence internationale sur l’eau et l’environnement en 1992 a décidé que l’eau devrait être un bien économique. Les Forums mondiaux de l’eau de 1997 à 2003 ont confirmé cette tendance.
Les privatisations, et surtout les partenariats public-privé, se multiplient. Le danger de cette approche est évident. Comme le signale le Rapport mondial sur le développement humain 2003 du Programme des Nations Unies pour le Développement, «les sociétés privées ne souhaitent généralement pas assurer l’approvisionnement en eau des campagnes dans les pays à faible revenu, car elles considèrent que cette activité n’est pas rentable dans les zones rurales. (…) Les partenariats public-privé jugent parfois, eux aussi, que les populations pauvres constituent une clientèle non rentable.»
L’eau: un bien commun
Pour contrer cette marchandisation de l’eau, le Forum alternatif mondial de l’eau (Fame) plaide pour un service public mondial de l’eau, non soumis aux règles de la concurrence. Il veut formuler des plans d’action pour la mise en œuvre des quatre principes énoncés lors du premier Forum alternatif mondial de l’eau de Florence en mars 2003:
- l’accès à l’eau en quantité et en qualité suffisantes à la vie «doit être reconnu comme un droit constitutionnel humain et social, universel, indivisible et imprescriptible»,
- l’eau «doit être traitée comme un bien commun appartenant à tous les êtres humains et à toutes les espèces vivantes de la Planète»,
- le financement de l’accès à l’eau potable doit être public,
- «les citoyens doivent participer, sur des bases représentatives et directes, à la définition et à la réalisation de la politique de l’eau».
Atelier de la DB: tourisme et accès à l’eau
La Déclaration de Berne participera au Fame 2005 en y organisant un atelier. Ce dernier traitera de l’Accord général sur le commerce et les services (AGCS) de l’OMC et des conséquences de la libéralisation du tourisme sur l’accès à l’eau.
Dans le cadre des négociations sur l’AGCS, la Suisse exige des pays en développement la poursuite de la libéralisation du secteur du tourisme. Mais les conséquences de cette ouverture sont déjà dramatiques (lire encadré). Sur les côtes du Brésil, du Pérou, de l'Inde, entre autres, des complexes hôteliers consommant d’énormes quantités d’eau sont construits. Du coup, les populations locales sont privées de cette eau.
Du danger de nouvelles libéralisations
Les pays en développement ont déjà accepté, en 1994, de nombreuses libéralisations dans le secteur du tourisme. Mais leurs effets n’ont jamais été évalués. L’AGCS impliquerait le démantèlement des réglementations encore existantes, alors que de nouvelles réglementations seraient nécessaires.
Un tourisme durable et équitable, bénéficiant aux populations locales et conçu par elles, est possible. Or, les principes de l’OMC, en imposant un traitement identique de tous les investisseurs, empêchent les gouvernements de privilégier des projets respectueux des conditions sociales et environnementales locales.
Les pays en développement sont pour l’instant assez réticents à libéraliser davantage le tourisme. Ils savent que s’ils prennent un engagement dans ce sens, ils ne pourront pratiquement pas revenir en arrière. Face à ces réticences, Alejandro Jara, présidant ces négociations à l’OMC, a encouragé en mars 2004 l’industrie des services à inviter les pays retardataires à faire des offres de libéralisation. Il a donc poussé les entreprises à faire pression sur les délégués commerciaux des pays en développement afin qu’ils libéralisent les services qu’elles-mêmes proposent! Cette situation paradoxale témoigne bien du rapport de forces actuel.
Une mobilisation est donc nécessaire pour contrer ce libre accès aux marchés du Sud que tentent d’obtenir les grandes agences touristiques au détriment de l’accès aux ressources de base par les populations touchées. Le Forum alternatif mondial de l’eau permettra de mettre le doigt sur ces disfonctionnements et de proposer des alternatives.