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En 1938, un projet germe dans la tête du jeune Neuchâtelois Maurice Bavaud : franchir la frontière allemande direction Munich pour y abattre Adolf Hitler. Quarante ans après les faits, le journaliste et écrivain alémanique Nicolas Meienberg relate cette tentative d'assassinat qui se soldera par un échec et l'exécution du Suisse à Berlin, en 1941. Au fil d'un reportage décapant, il dénonce l'inertie suspecte des autorités suisses, qui abandonnèrent à son sort Bavaud dans les cellules de la Gestapo.
L'écrivain et grand reporter suisse Nicolas Meienberg (1940-1993) a travaillé en Suisse et à Paris en tant que correspondant pour divers quotidiens alémaniques. Une ironie mordante, un talent d'investigateur hors du commun : Meienberg a déchaîné les passions et décroché les plus prestigieux prix journalistiques jusqu'à son suicide brutal en 1993. Il a publié une vingtaine d'ouvrages, dont huit traduits en français par les éditions Zoé.
Trois textes réunis autour d'un sujet rarement traité par Bouvier : son enfance. Dans le premier, l'écrivain-voyageur, à 67 ans, évoque son rapport à l'âge, à la mémoire, et naturellement à l'enfance, « état de convoitise et de peur où tout ce qui arrive pour la première fois, cadeau ou blessure, laisse une marque indélébile ». Au centre du livre, le texte éponyme un récit savoureux, quasi-proustien, qui raconte les étés passés dans la propriété des grands-parents maternels et comment, petit garçon de huit ans, Nicolas triompha de l'« une des figures les plus détestées » de son enfance : Bertha, la bonne prussienne. Le dernier texte est un hommage au père, bibliothécaire et « conteur tout à fait extraordinaire », voyageur « par procuration » au travers des livres.
NICOLAS BOUVIER (1929-1998), est un des plus grands écrivains de langue française de la deuxième moitié du 20e siècle, voyageur, photographe et iconographe.
Un accident de chasse, le procès, la prison. Simon a pris un homme pour une bête, son ami Luzi avec qui il avait eu une dispute la veille. De retour au village après ses trois années d'enfermement, il doit affronter les regards, il faut être endurant comme un âne pour vivre avec. Pour retrouver une dignité et éprouver sa force et sa solitude, Simon accepte une tâche qu'on ne souhaiterait même pas au diable : une coupe de bois dans l'endroit le plus reculé et le plus difficile de la région.
Une histoire de grandeur humaine dans la nature, d'obstination et de fureur, dans une écriture elliptique et dense.
Oscar Peer, né le 23 avril 1928 à Lavin et mort le 22 décembre 2013 à Coire, est un romancier, dramaturge et philologue suisse qui écrit en romanche et en allemand.
Essai pour un paradis (1933) et Pour un moissonneur (1941) constituent deux jalons majeurs dans l'oeuvre du poète Gustave Roud (1897-1976). Ils sont réunis ici pour la première fois et ponctués de photographies de l'auteur. Dédiant l'un et l'autre recueil à un ami paysan, le narrateur dit autant l'amour qui le porte vers lui que la distance qui l'en sépare, avant le retour inexorable a la solitude : pour le poète, l'approche du paradis est une quête qu'il doit sans cesse recommencer.
Poète, Gustave Roud (1897-1976) est l'auteur d'une oeuvre rare. Les trois volumes d'Écrits, publiés par Philippe Jaccottet en 1978, qui rassemblent l'ensemble de son oeuvre poétique, sont de plus en plus lus. Ses textes poétiques répondent à des préoccupations contemporaines via une écriture d'une grande pureté classique : L'imaginaire roudien séduit les amateurs de poésie mais intéresse aussi les champs suivants : écocritique, géographie littéraire, études sur le paysage, ou encore queer studies.
Ce recueil, qui fait place aussi bien à l'essai qu'à la poésie, met face à face vingt et un textes et les images qui leur correspondent. Des pages d'époques, de longueur et de genres différents, qui déploient toute la gamme d'un styliste virtuose : poèmes, proses, caprices, petite scène dramatique, critique d'art, compte-rendu d'exposition... avec pour dénominateur commun, la peinture. Walser y exprime toute la saveur des peintures galantes de Fragonard, fait bruisser de vie les images d'un album d'Anker ; converse avec l'Olympia de Manet, révèle des détails inattendus de La Vénus du Titien, rehausse le mordant des miniatures de Daumier... Voici un itinéraire dans la galerie intérieure de Robert Walser, à la découverte d'une sensibilité perçante, chaloupée et délicieusement espiègle.
Robert Walser (1878-1956) est l'auteur d'une oeuvre pleinement découverte après sa mort. Aujourd'hui, il est considéré comme le plus grand écrivain alémanique de la première moitié du XXe siècle. L'essentiel de son oeuvre se compose de centaines de proses rassemblées en volumes par l'auteur lui-même ou dispersées sous forme de « feuilletons » dans les journaux de l'époque, d'autres encore restées à l'état d'esquisses, comme Le Territoire du crayon.
Bernard Comment égratigne la Suisse des années 1990, celle qui refuse l'entrée dans l'Union européenne, fiche ses citoyens, maintient la distance avec les étrangers ou les pauvres. Altermondialistes embourgeoisés, fonctionnaires-fourmis et clochards penseurs se croisent dans ces cinq nouvelles aussi lucides que subversives.
Le recueil est accompagné d'une préface contextuelle par Hans-Ulrich Jost, sommité de l'histoire contemporaine helvétique.
Ne a Porrentruy, Bernard Comment vit a Paris, ou il dirige notamment la collection Fiction & Cie aux éditions du Seuil. Auparavant, il a entre autres travaillé comme chercheur a l'École des hautes études en sciences sociales. En 2011, il est lauréat du Prix Goncourt de la nouvelle pour Tout passe, publié par Christian Bourgois au même titre que la majeure partie de son oeuvre littéraire.
Comme Atlas est un petit précis de géographie et de jalousie. Sur le mode du road-trip, Bruno Pellegrino flirte dans ce premier récit écrit en 2015 avec le roman d'aventure, le récit autobiographique, le carnet de voyage et le conte initiatique. Mais d'Antananarivo à Tokyo, des rives glacées du Lac Baïkal en passant par les contrées sauvages bordant le fleuve Amour, c'est d'abord un roman sur la jalousie et une reconstruction intérieure. Une histoire d'amour mélancolique, deux voyages, une rupture. On pense avoir lu ça cent fois, et puis non, les qualités du livre transcendent l'histoire commune. Comme Atlas a été publié en 2015 aux éditions T !nd sous le titre de Atlas nègre.
Né en 1988, Bruno Pellegrino vit et travaillle à Lausanne. Atlas nègre (Tind, 2015) est son premier livre, ici repris en poche sous le titre de Comme Atlas. Il a reçu le Prix du jeune écrivain de langue française pour sa nouvelle « L'Idiot du village » parue dans un collectif en 2011 chez Buchet/Chastel. Là-bas, août est un mois d'automne, son premier roman, paraît aux éditions Zoé en janvier 2018. Bruno est co-fondateur du collectif Ajar, auteur en 2016 de Vivre près des tilleuls, Flammarion.
Le Voyage à l'étranger (Grasset, 1974) est un roman de formation dont le héros est pris dans l'engrenage de l'échec. En 1937, le jeune Jean Noverraz quitte la Suisse pour la Belgique. Après une expérience malheureuse au monastère, il devient le précepteur de l'indiscipliné comte Christian de Moressée, au château de Soye. C'est alors qu'il fait son éducation sentimentale auprès d'une femme mariée plus âgée que lui, Madeleine Cédrat. Surpris dans sa liaison, il est chassé du château : «A partir de là, les épisodes de mon voyage à l'étranger passèrent irrévocablement du côté de ces choses que la vie - ou moi-même - laissa inachevées.»
Né à Lausanne, Georges Borgeaud (1914-1998) s'essaie à la prêtrise, devient libraire à Fribourg. Il côtoie pendant la guerre Corinna Bille, Maurice Chappaz, Ramuz, Claudel, Roud et Cingria - avant de s'installer à Paris en 1946, où il se lance avec Le Préau (Gallimard, 1952), prix de la Critique. Ses livres suivants sont récompensés par d'importants prix littéraires, notamment le Renaudot pour Le Voyage à l'étranger (1974) ou le prix Médicis de l'essai pour Le Soleil sur Aubiac (1986).
Il faut que j'en finisse avec cette écriture. Cela me fait dévier du droit chemin, ou au contraire me remet dans le droit chemin ? Je ne sais pas. En tout cas je veux travailler et être raisonnable. C'est ridicule, comme si je pouvais être raisonnable. »
« À quoi peut bien servir l'énergie, en l'absence de génie ? À propos, aujourd'hui, je me suis levé énergiquement, c'est-à-dire d'assez bonne heure, et de ce fait, je peux écarter le reproche d'être velléitaire. »
Max ressemble à un autoportrait, le récit hésite, est-ce qu'il faut appeler le personnage Max, Martin, Henri ou Wolfgang ? Prend-il prend la bonne pose, assis au bar dans un café ? Il a l'air beau, aimable, trop beau et trop jeune, mais est-ce qu'il impressionne les autres, est-ce qu'il a l'air de savoir vivre ? Il a croisé le regard de quelques homosexuels en croyant qu'il se serait bien entendu avec eux, mais il n'a pas donné suite. Il a voulu être acteur, mais c'était un malentendu. Max constate qu'il n'était pas un artiste, mais un spectateur. Max n'est pas un homme de certitudes.
La vie de Max se déroule à Berlin, juste après dix années de grands débats idéologiques.
« Toi qui seras un jour forcé de revenir sur la terre alors que tu auras donné ta vie pour être à jamais ailleurs que sur la terre, toi qui auras enfin réussi à aller dans un autre monde mais qui auras eu la faiblesse de te laisser renvoyer sur la terre comme un colis postal expédié en retour, oui toi, tu sauras combien je souffrais de me souvenir avoir commis un crime et de ne pouvoir me souvenir de ce crime. Et toi qui seras l'esclave exilé de la terre parce que tu auras brûlé en vain ta vie pour y demeurer toujours, tu croiras enfin que je percevais la vérité quand je percevais que j'étais un assassin et que c'était moi-même que j'avais assassiné. »Aucun de mes os ne sera troué pour servir de flûte enchantée, un roman que Jérôme Meizoz, spécialiste de l'oeuvre de Jean-Marc Lovay, nous invite à lire ainsi : « Qu'on dépose ses habitudes mentales, qu'on entre dans le Palais Postal ouvert à la nouvelle règle du jeu qui fait l'étrange beauté des textes de Jean-Marc Lovay. En route ! »
Les Aventures de Plumette et de son premier amant, c'est l'histoire ordinaire et merveilleuse d'une passion, et c'est le contraire d'une écriture romantique. Amélie Plume fait dépeindre à son personnage les affres et les extases de l'aventure amoureuse sans une once de drame. A l'inverse, grâce à une langue orale et visuelle, un esprit jubilatoire, une perspicace ironie, de l'aplomb, un sacré sens de la vérité, mais aussi beaucoup de tendresse, on rit, avec elle, de sa douleur. Son regard, explique Catherine Safonoff, « nous propose un récit aussi comique, tel qu'il apparaît, que sa source secrète était, sans doute, tragique (...) Et elle trace, Plume-Plumette, au seul coup d'oeil elle file, mène leste et preste un texte physiquement svelte sur les pages où il fuit et court presque aussi vite que la main les tourne. » Et Safonoff de s'enchanter, si justement, des majuscules de Plumette : « zooms drolatiques, soudain coups de gong, elles scandent le récit comme on frappe du pied un tempo. »
Le héros de cette autofiction est un vrai flic. Voilà dix ans qu'il arbitre les querelles de voisinage, dépanne la copine pute qui a perdu la clé des menottes de son client, chasse les fantômes qui hantent les petits vieux, fonce dans des poursuites nocturnes. Mais toute cette agitation n'empêche pas ce flic de broyer du noir et d'avoir des doutes sur la justice! À quoi bon arrêter encore ce petit dealer alors qui recommencera demain et comment rester professionnel quand les préjugés se renforcent de jour en jour? D'une intervention à l'autre, on fait connaissance avec un quartier chaud, ses personnages, ses manies, ses ombres. Mais on rencontre surtout un flic déroutant qui trouve auprès des marginaux la chaleur humaine et les valeurs dont il a besoin pour vivre.
Né en 1938 en Haute-Savoie d'un père émigré allemand et d'une mère suisse, Jean-Jacques Langendorf est élevé à Genève dans la maison d'Ernest Ansermet, qui comptera beaucoup dans son éducation. Historien et romancier, Langendorf a séjourné en Afrique du Nord et au Proche-Orient, pour finalement s'installer au château de Dross en Basse-Autriche. Spécialiste de la pensée militaire allemande, arabisant, anarchiste dans sa jeunesse, biographe d'Ansermet et du général Dufour, il est aussi entre autres l'auteur légèrement ironique d'un chef-d'oeuvre de rhétorique et de stratégie Éloge funèbre du général August-Wilhelm von Lignitz et d'un récit érotique La Comtesse Graziani.
Ample roman épique, foisonnant, brillant et sombre, La Nuit tombe, Dieu regarde nous transporte de la mer de Chine en 1914 aux sables du Yémen et dresse le portrait d'un monde qui bascule : la vieille monarchie austro-hongroise rejoint dans son agonie l'Empire ottoman. L'éblouissement de l'enfant Hohberg pour Le Caire fera dans ce texte le pendant au portrait de désolation de la Grande Guerre. Le récit suit notamment la croisade d'un bateau de guerre allemand de l'Extrême-Orient aux terres arabes. Mais Langendorf interroge un monde complexe, paradoxal (ce sont de « délicats rouages, de fins ressorts, d'infimes miroirs » qui permettent de diriger le monstre qu'est le croiseur allemand Emden), riche, brutal où les fils de plusieurs récits, à la manière des Mille et une nuits, s'entremêlent avec une sorte de musicalité qui rappelle la houle et les canonnades.
Paru en 2000 La Nuit tombe, Dieu regarde a reçu le prix Schiller et le prix Dentan.
Né en Valais en 1958 dans une famille d'origine italienne, Adrien Pasquali a passé par le célèbre collège de Saint-Maurice avant de faire des études à Fribourg et une thèse de doctorat sur Adam et Eve de Ramuz. Brillant universitaire, traducteur et surtout écrivain, il s'en est allé le 23 avril 1999 quelques jours après la parution de son seul livre d'inspiration directement autobiographique Le Pain de silence.
Éloge du migrant (1984), Les Portes d'Italie (1986) ou La Matta (1994) se distinguaient déjà par un équilibre rare entre densité, émotion et maîtrise de la langue. L'émigration et la déchirure, deux motifs récurrents dans son oeuvre, l'auront conduit à se constituer grâce à l'écriture.
Passionné de littérature romande, il disait à propos de Ramuz : « Je découvrais le pays de cet autre qui me forçait bien obligeamment à découvrir le mien. »
« Innombrables sont les chemins qui, entre la vie et l'écriture, assurent des passages, ménagent des ouvertures. Certains, revenant sur ce qu'ils ont été, prennent la plume pour écrire leurs Mémoires. D'autres, refermant un livre, se prennent à scruter leur passé, y découvrant les éléments d'une cohérence, la percée d'un sens ; ils entrent à leur tour dans un récit, et confient à l'éphémère de la parole les traces vacillantes de ce qui fut. » (Luc Weibel)
Madeleine Lamouille a raconté ses souvenirs à Luc Weibel, petit-fils des maîtres pour lesquels elle a travaillé de nombreuses années à Genève. Elle parle avec le talent d'une grande conteuse et la sensibilité de ceux qui n'ont pas voulu oublier leur passé. Révélateur d'une société encore toute proche, portrait de moeurs, récit d'une époque, ses souvenirs sont un précieux témoignage pour la compréhension des oubliés de l'histoire.
Paru pour la première fois en 1978, ce récit de vie a connu depuis lors un succès considérable. Ce qui donne à ce livre frémissant sa force c'est la détermination constante de Madeleine Lamouille à être traitée comme un être humain.
Madeleine Lamouille, née à Cheyres (Fribourg) en 1907, est décédée à Genève en 1993.
"Ce que Rosmarie a vécu pendant la période de sa jeunesse où elle fut domestique est un exemple d'exploitation et d'esclavage moderne... Le livre de Rosmarie Buri prouve de façon impressionnante que, même dans les pires conditions biographiques, la vie finit par triompher." Neue Zürcher Zeitung
"Elle ne commente pas. En écrivant, elle se libère de ce qu'elle a vécu. Sans jamais s'insurger contre le destin qui fut le sien, et restant étrangère à toute vanité personne, Rosmarie parle de la créativité de la pauvreté, des fleurs de givre, du papier qu'elle peignait et brodait de fils de soie pour en couvrir ses cahiers d'école." Süddeutsche Zeitung
"Une prise de parole conquise de haute lutte." Die Welt
En partant de faits divers, ces nouvelles racontent la mort que nous côtoyons quotidiennement sans pourtant la voir. Cette mort que l'on ne rencontre plus dans les rues de nos villes, que l'on ne voit plus à la maison, cette mort cachée dans les hôpitaux, bannie de notre quotidien, de nos rites, la mort est ici le personnage principal.