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L’ensemble du décor consiste en neuf panneaux disposés sur trois parois. Le côté sud de la salle est dépourvu de peintures à cause de la présence de grandes fenêtres illuminant la salle.
Le décor est constitué d’un grand panneau central représentant une ronde d’enfants, de deux panneaux plus petits représentant des paysages collinaires, de quatre panneaux représentant des jeunes musiciennes et de deux petites peintures murales situées au-dessus des boiseries des deux portes d’accès à la salle à manger. Les neuf panneaux s’insèrent dans des cadres moulurés intégrés aux boiseries de noyer. Malgré cette séparation physique, ils composent un paysage unique inspiré par la campagne vaudoise.
Dans le grand panneau (côté nord de la salle) onze enfants se tiennent par la main et sont disposés en un cercle ouvert. Un douzième enfant se tient proche de la ronde mais écarté, il joue du luth en accompagnant les notes par un chant : sa bouche est entrouverte et ses yeux fermés. Il porte une longue tunique rouge. Chaque enfant est caractérisé par une expression et une attitude différente : une petite fille aux longues tresses blondes semble regarder ses pieds et faire attention ainsi à ses pas de danse ; une autre petite fille, située en position presque centrale, écarte bien ses bras et regarde devant elle avec un sourire timide ; à son côté, un garçon chante avec énergie, la tête penchée en arrière et la bouche grande ouverte ; au tout premier-plan un garçon tend la main en direction d’une petite fille qui est distante par rapport à lui. La petite fille regarde timidement sa main, la tête penchée sur sa poitrine. Louis Rivier prête une attention particulière à différencier chaque habit et coiffure des enfants : une petite fille porte des tresses, une autre la frange ou une longue queue, les garçons ont les cheveux courts bouclés ou ondulés, certains les ont raides ou, au contraire, frisés. Ils portent tous de longues robes évasées de coupes différentes, à manches courtes ou longues, et aux tons pastel : vert amande, rose poudre, couleur pêche, couleur sable ou blanc. Cette dernière couleur est déclinée en plusieurs nuances : du beige au bleu très clair. Ces teintes sont sûrement déterminées par l’effet de l’ombre et du soleil sur les vêtements et leurs plis. Certaines robes sont caractérisées par une cape et par de longs rubans ou des foulards légers portés en guise de ceinture. Ces vêtements s’inspirent de la mode médiévale. Trois types d’oiseaux viennent animer cette réunion d’enfants : une hirondelle plane en direction de la ronde, un rouge-gorge posé dans le pré semble écouter les chants et deux oiseaux colorés, tigrés et bleus, probablement des geais, se querellent en vol. Des papillons de différentes couleurs, jaune, blanc, orange, lilas, volent parmi les nombreuses pâquerettes, pissenlits et autres fleurs des champs. Le paysage champêtre qui entoure les enfants est caractérisé par un pré vert brillant, animé par des zones d’herbe jaune, par des sentiers et quelques arbres. En arrière-plan, le ciel bleu clair est traversé de quelques nuages blancs de consistance presque mousseuse.
Cette peinture est très lumineuse. Les tonalités, presque « surexposées », confèrent à la composition un caractère surréel. Cependant, quelques ombres obscurcissent les pentes des collines ou s’allongent à partir des silhouettes des enfants.
Certains enfants ont été identifiés : Andrée Cuendet-Mercier (au centre en bleu clair et orange), Danielle Dufour-Mercier (à droite, en rose et vert), Pierre Mercier (à gauche, en blanc) et Jeanne de Cérenville (en bas à gauche regardant l'oiseau). Louis Rivier réunit les portraits d’enfants de deux générations de la famille Mercier qui n’auraient jamais pu se rencontrer et se tenir par la main à une même époque. (Pascal RUEDIN, Le Château de la famille Mercier-de Molin à Sierre, 1998).
Ce grand panneau est flanqué de deux peintures plus petites et de format rectangulaire représentant des paysages collinaires.
Dans le panneau de gauche, Louis Rivier peint une colline aux tonalités vives : vert clair brillant et jaune. Dans le pré poussent de nombreuses fleurs blanches. Sur la gauche, une forêt d’arbres marron clair, jaune et orange. Sur la droite, un platane. En arrière-plan, et en position centrale, se trouve un village derrière lequel s’élèvent des montagnes enneigées. Le ciel est bleu clair traversé par des nuages blancs.
Le panneau de droite est symétrique à celui de gauche. Louis Rivier peint une colline aux tonalités vives : vert clair brillant et jaune. Dans le pré poussent de nombreuses fleurs blanches et jaunes. Sur la droite, une forêt d’arbres marron clair, jaune et orange. Sur la gauche, un platane. Au deuxième plan, et en position centrale, une maison entourée par quelques arbres. La perspective est très longue, plusieurs pentes s’en vont jusqu’à l’horizon. Le ciel est bleu clair avec des nuages blancs.
Ces deux panneaux sont traversés par des lignes invisibles horizontales et diagonales qui accentuent encore d’avantage leur format rectangulaire. Ces lignes dynamisent la scène qui semble ainsi se poursuivre au-delà des marges imposées par la structure et courir de parois en parois. Les deux compositions baignent dans une lumière vive et étale.
Les deux parois à l’est et à l’ouest de la salle se composent chacune de deux panneaux représentant de jeunes musiciennes. Ces quatre panneaux possèdent tous la même structure : une ligne diagonale invisible coupe l’espace rectangulaire en deux zones triangulaires. Un de ces deux triangles est occupé par une colline foisonnante de fleurs sur laquelle une jeune musicienne joue d’un instrument ; le deuxième triangle montre un paysage lacustre ou de montagne en arrière-plan et le ciel. Les quatre panneaux affichent des couleurs vives aux tonalités lumineuses.
Dans un premier panneau, Louis Rivier peint une jeune flûtiste assise dans un pré sur la pente d’une colline. Elle est habillée d’une longue jupe rouge et une sorte de tunique blanche lui couvre le corps et la nuque. Son profil est délicat, ses longs cheveux châtains sortent de la capuche et couvrent sa poitrine. La position de ses doigts, sur les trous de la flûte, est précise et réaliste. Sa silhouette fine et allongée rappelle les corps de certaines figures féminines de l’artiste Puvis de Chavannes, peintre français symboliste. La deuxième moitié du panneau est occupée par un ciel bleu clair, quelques montagnes enneigés et par un paysage lacustre. La lumière est étale, une seule ombre se dégage du corps de la jeune musicienne.
Dans un deuxième panneau, une jeune musicienne jouant une viole d’amour est assise sur un drap couleur rose pâle animée d’une décoration verte. Le drap est posé dans un pré fleuri sur la pente d’une colline. La jeune fille est habillée d’une longue tunique blanche qui adhère à son corps mince et elle porte un foulard blanc sur la tête. Elle croise les jambes dans une posture élégante ; ses pieds sont nus. La jeune musicienne fait face à une forêt d’arbres aux tons orange et marron. En arrière-plan on aperçoit des montagnes enneigées. Le ciel est bleu clair strié de nuages et la lumière est étale.
Dans un troisième panneau, une jeune joueuse de luth est assise dans un pré sur la pente d’une colline en fleurs. Elle porte une longue robe rose pâle inspirée par la mode médiévale et un gilet à manches courtes en forme de cape doté de couleurs vives : or, bleu et jaune. Ses longs cheveux blonds tombent sur les épaules. Elle penche la tête sur son luth et avec les doigts d’une main elle pince les cordes de son instrument. L’arrière-plan est caractérisé par une forêt d’arbres aux tons orange et marron et par un ciel bleu clair. La composition baigne dans une lumière étale.
Dans le quatrième panneau, une harpiste assise dans un pré fleuri sur la pente d’une colline. Elle est habillée d’une longue robe couleur taupe clair et décorée de fleurs roses et blanches. Une ceinture rose lui serre la taille et un foulard transparent couvre sa tête. Elle est coiffée de deux longues tresses et a les pieds nus. Elle regarde la partition qui est posée sur ses jambes, une main s’apprête à pincer les cordes de la harpe, l’autre se prépare à tenir l’instrument. L’arrière-plan est caractérisé par un lac, des montagnes enneigées et un ciel bleu clair. Un arbre aux fleurs blanches se situe entre la pente diagonale de la colline et l’arrière-plan. La lumière est étale.
Les peintures des dessus des portes sont caractérisées par la représentation d’un pré vert brillant foisonnant de fleurs, d’oiseaux et de papillons. Il s’agit du même pré peint dans les autres panneaux, Louis Rivier crée ainsi une continuité de décor entre les différentes scènes. Du bec de l’oiseau sur le dessus-de-porte occidental sort l’inscription dédicatoire de l’ensemble du décor : “Gloire à Dieu ”. (Pascal RUEDIN, op. cit., p. 113)
Le décor de la Salle à manger du Château de Pradegg à Sierre est une évocation symbolique de l’harmonie divine qui se reflète dans la nature, la famille et les arts. (Pascal RUEDIN, op. cit., p. 112)
D’après Richard Heyd, l’ensemble des panneaux serait plutôt une représentation symbolique du printemps. (Richard HEYD. 1943. Rivier, Neuchâtel et Paris : Editions Delachaux et Niestlé).
Les deux interprétations ne se contredisent pas car c’est à travers une représentation symbolique du printemps (saison de la régénération de la nature) que Rivier semble justement célébrer l’harmonie divine présente dans la nature. La nature est à la fois célébrée par la musique et les chants des enfants qui sont eux aussi, selon l’interprétation de P. Ruedin, une manifestation divine. Les références à la famille Mercier concordent avec le lieu de ces peintures, situées dans la salle à manger du Château. Il s’agit donc d’un lieu intime de réunion autour des repas et d’un lieu destiné à certains plaisirs de la vie familiale.
Ce décor incarne parfaitement l’esprit de l’époque : le début du XXe siècle est caractérisé par l’Art Nouveau. Louis Rivier embrasse certains thèmes de ce mouvement artistique, comme par exemple la célébration de la nature et de l’harmonie entre celle-ci et l’homme. Au niveau technique, l’utilisation de la tempera, rappelle le Moyens Age et la Renaissance italienne. Au niveau stylistique, le décor subit les influences du mouvement symboliste : la représentation de la réalité devient subjective et se colore d’une certaine spiritualité.