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Ces associations réagissent à la campagne "Stop à la prostitution" qui a débuté cet été à l'initiative d'une organisation zurichoise, Frauenzentrale, séduite par le système suédois qui pénalise les clients.
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Le sexe tarifé peut-il être considéré comme un travail? Yumie, 24 ans, exerce cette activité depuis 5 ans et a signé l'appel. Sa réponse: "Il y a des personnes qui sont rémunérées pour offrir un service sexuel, et d'autres personnes qui vont payer ces mêmes personnes pour avoir un service sexuel."
"Pragmatiquement, c'est un travail, qui nécessite aussi des compétences particulières qui font que tout le monde ne peut pas le faire", souligne-t-elle. "Par exemple, comme toute profession libérale, il y a 50% de communication - réponses aux appels et aux mails. Quand on est face à un client, il faut appréhender la personne en face de soi, avec ce que ça requiert de psychologie."
Pas reconnue dans la société
Si son activité est reconnue légalement, c'est du côté de la reconnaissance de la société que le bât blesse, selon Yumie. "Etre reconnu comme étant utile à la société, comme ayant des compétences particulières, comme ayant le droit de s'épanouir au sein de cette profession, tout cela n'est pas forcément acquis. Pour moi, c'est un travail très humain, très beau, et les personnes qui l'exercent sont incroyablement fortes et incroyablement belles."
Au-delà de cette perception personnelle, que disent les sciences économiques? Selon la définition du Bureau international du travail, le travail représente toute activité, effectuée par une personne, dans le but de fournir des biens ou des services destinés à sa consommation personnelle ou à des tiers.
Définition claire
Concernant plus spécifiquement la prostitution, l'organisation répond que oui, la prostitution est un travail, parce qu'il s'agit de la fourniture de services à un tiers. Il s'agit même d'un emploi, puisqu'il y a rémunération.
La prostitution est d'ailleurs répertoriée dans la dernière classification internationale des professions. Elle appartient à la catégorie 5169 "Personnel des services directs aux particuliers, non classés ailleurs".
Si la réponse apparaît plutôt claire, pourquoi le sujet fait-il quand même débat? Parce qu'il y a des enjeux idéologiques derrière le mot "travail". Utiliser ce terme, c'est revendiquer des droits propres aux travailleurs (être protégé par la loi, disposer de recours en cas de violation, cotiser pour sa retraite) qui vont d'ailleurs de pair avec des devoirs comme payer des impôts. Et parler de "travail" permet aussi d'asseoir la légitimité d'une activité très stigmatisée.
"Source de disqualification"?
C'est pour ces mêmes raisons que ceux qui prônent l'abolition de la prostitution refusent le mot "travail".
"Vous avez des gens qui considèrent que cette activité est en elle-même source de disqualification des personnes", explique le sociologue Lilian Mathieu, directeur de chercheur au CNRS. "Qu'elle est une forme d'esclavage, qu'elle ne devrait pas exister, et qu'elle ne saurait en aucun cas être un travail. Parce que derrière le travail, il y a l'idée d'une reconnaissance, d'une utilité, de la satisfaction d'une mission à l'intérieur de la société."
Le chercheur souligne du côté des abolitionnistes la volonté de refuser à la prostitution le statut de travail. "L'enjeu n'est pas simplement en termes d'avantages sociaux ou de l'obtention de certains droits, mais précisément sur ce qui justifie l'existence de cette activité."
Travail ou non, le débat est donc moral. Car pour l'économie, les choses sont claires.
Cléa Favre/kkub