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Moutier, de St-Colomban à la Réforme
Un panneau didactique développant un aspect particulier de l'histoire de Moutier est réalisé chaque année depuis 2014. Ce projet sur la durée est le fruit d'une collaboration avec le Musée du Tour Automatique et d'Histoire de Moutier.
Moutier, de St-Colomban à la Réforme
Luxeuil
Connue bien avant la conquête de la Gaule par les Romains pour ses sources thermales. À l’époque gallo-romaine, elle est connue sous le nom de Luxovium. En 451, elle est dévastée par Attila et les invasions barbares, ce qui la fait tomber dans l’oubli pendant près d’un siècle et demi jusqu’à la redécouverte des sources par le moine irlandais Colomban et ses disciples qui y fondent, vers 590, un monastère et y instaurent les «règles » dites colombaniennes.
St-Colomban
Né vers 540 dans le comté de Leinster en Irlande, Colomban est formé à la vie monastique en communauté (cénobitisme). Dès 580/590, il se lance, avec une douzaine de moines irlandais, à travers la Gaule dans un périple d’évangélisation des populations campagnardes. Au cours de sa mission, il met par écrit les règles sévères du monachisme irlandais, à destination des monastères gaulois, qui s’articulent autour d’une liste des devoirs du moine découlant de dix vertus (la pauvreté, la chasteté et l’obéissance des règles monastiques, le silence, la frugalité dans l’alimentation, la récitation des psaumes, la modération dans le comportement individuel, la mortification et la perfection), et des punitions en cas de manquement à ces devoirs. Ses « règles » connaissent un vif succès et donnent lieu à un nouveau mouvement, le colombanisme. Très vite, son idéologie et ses actions (volonté de changer la date de Pâques, entre autres) se heurtent aux dirigeants religieux et politique et est exilé de la Gaule dès 610. Colomban et ses disciples poursuivent alors leur route vers le sud, traversant les pays actuels de la France, Allemagne, Suisse, Autriche et l’Italie où Colomban y terminera son pèlerinage terrestre en 615 à Bobbio.
St-Valbert
Né vers 595, puis mort le 2 mai 670, St-Valbert (Walbert, Waldebertus ou Vaubert, Gaubert en langage populaire) est un moine luxovien (de Luxeuil) et disciple de St-Colomban. Tantôt ermite, tantôt moine, il devient vers 629 le troisième abbé de Luxeuil, après St-Eustache (Eustase ou Eustaise), et reprend la direction de l’abbaye de la cité. Il poursuit l’œuvre entreprise par Colomban, introduit dans son administration la règle de St-Benoît qui se veut plus adaptée et moins stricte. La communauté se développe, jusqu’à atteindre plus de 600 moines, et donne lieu à une trentaine de monastères, dont Corbie en Picardie, Montier-la-Celle, Moutier-Grandval en Suisse.
La création du duché
Après Dagobert (629-639), le royaume mérovingien s’affaiblit et se divise (Austrasie, Neustrie, Bourgogne, Aquitaine), ce qui profite à l’Alsace, intégrée au royaume d’Austrasie. Ainsi se constitue, vers 640, le Duché d’Alsace créé par les rois francs pour assurer sur le Rhin la sécurité face au duché de Saxe-Alémanie, puissant et indépendant. Gondoin et Boniface sont les deux premiers ducs d’Alsace mais ne sont que des fonctionnaires royaux. Gondoin fonde en 640 l’abbaye de Moutier-Grandval, en collaboration avec les moines colombaniens de Luxeuil, et Boniface, vers 660, l’abbaye de Wissembourg puis celle de Munster, marquant le début du défrichement des Vosges.
Exploitation de la sidérurgie
Dès le Haut Moyen Age, la vallée de Delémont est englobée dans un district de production du fer qui, à cette époque, est d’une grande importance au niveau européen (Eschenlohr 2001). Il convient, de ce fait, de placer la transformation et le travail du fer exécutés dans leur enchaînement technologique et spatial au sein même de ce district, à Develier-Courtételle. Au début du Moyen Age, la zone étudiée, renfermant des témoins de cette production, s’étend du Sornegau, soit du bord occidental de la vallée de Delémont à l’extrémité orientale du Val Terbi et, du nord au sud, depuis le plateau de Pleigne jusqu’au vallon du Chaluet (CAJ14).
Plaine de la Communance, Delémont – miracles des saints
Germain et Randoald sont assassinés à leur retour de l’église St-Maurice de Courtételle par les mercenaires alamans du duc Adalric . Au cours de la nuit de Noël qui suivit le meurtre, une lumière aveuglante serait tombée dans la plaine de La Communance de Delémont, lieu où Germain et Randoald ont été martyrisés. Une croix est dressée depuis 1869 pour marquer l’emplacement présumé du miracle. Plus tard, un homme souffrant d’une maladie, ressemblant à la peste, fut guéri grâce à la ceinture du défunt abbé retrouvée à l’endroit où son propriétaire aurait été tué.
Trésors de l’abbaye Moutier-Grandval
Un nombre relativement important d’objets rattachés à St-Germain sont conservés au Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont depuis le 15 février 1805. Ces derniers forment, ce que l’on appelle de nos jours, les reliques de St-Germain et se composaient vraisemblablement d’une douzaine de pièces (notamment crosse, chaussures ou ceinture de Germain) ainsi que les corps de St-Germain et St-Randoald, exposés aujourd’hui de chaque côté du maître-autel de l’église Saint-Marcel à Delémont.
Abbaye de Moutier-Grandval
C’est au duc d’Alsace Gondoin que l’on doit la fondation du monastère de Moutier, lorsqu’il s’allie à l’abbé Valbert de Luxeuil (629-670) dans ses projets d’édification de nouveaux monastères. Il lui donna un domaine de son duché, situé dans une vallée cloitrée entre les montagnes du Jura d’accès difficile et bordée par la Birse, que l’abbé Valbert baptisa par la suite, Grandisvallis (la Grande Vallée ou le Grandval). L’endroit convenant bien aux religieux colombaniens, un monastère y est donc installé dès 640. En contrepartie, les moines devaient entretenir l’exploitation minière de la région pour le compte du duché. Le premier abbé ne fut autre que Germain de Trèves.
Une partie des fondations de ce monastère furent mises au jour entre 2008 et 2010 par le Service archéologique du canton de Berne, au centre de la vieille ville prévôtoise. L’archéologie replace ainsi avec panache l’abbaye au milieu du village après de longues périodes d’errements et de tâtonnements dans la localisation du site. De nos jours, plus aucun vestige de ce complexe religieux de grande importance ne peut être observé sans creuser à nouveau.
St-Germain, abbé de Moutier-Grandval
St-Germain de Trèves fut le premier dirigeant de l’abbaye de Moutier. Les premières dizaines d’années de son investissement s’écoulent paisiblement au Grandval et les moines semblent être bien installés.
Lorsque le duché est repris par Adalric, un gouverneur belliqueux, la stabilité du Sornegau et de l’abbaye sont mises à mal. Désireux de réaffirmer son autorité dans les vallées de la Sorne et de la Birse, le duc exige vers 674 la soumission totale de tous ses sujets jurassiens. L’abbé Germain, soucieux de conserver l’équilibre et le bon fonctionnement de ces régions, se rend auprès de ce dernier afin de négocier une entente commune. Il le trouve vers Courtételle, dans la basilique Saint-Maurice mais ce sont discorde et mésentente qui l’attendent. L’abbé, alors accompagné par son convers, Randoald, retournent sur Moutier, probablement par la plaine de la Communance qui s’étend entre Delémont, Courtételle et Courrendlin. Le 21 février de l’an 675, ils se font attraper par une bande de barbares, sont battus, puis mis à mort. Leurs confrères emportent leurs dépouilles, après une veillée à l’église de St-Ursanne, à St-Pierre de Moutier pour les ensevelir. Dès lors, tous deux sont vénérés à Moutier depuis 849 en tant que saints patrons et jusqu’à la Réforme pour le « don de leur vie » dans leur dessein de protéger les acquis de la population et ceux des instances religieuses locales.
St-Pierre
Il s’agit de la première église de fondation colombanienne, placée sous le patronage de St-Pierre, de Moutier. Elle fut érigée en 640 et détruite en 1863. De nombreux sarcophages monolithes de cette période mérovingienne, retrouvés dans les sous-sols de St-Pierre, attestent la contemporanéité de l’édifice avec l’abbaye.
C’est dans cette église que les corps de St-Germain et de St-Randoald ont, dans un premier temps, reposé avant d’être déplacés vers d’autres contrées. L’église St-Pierre devient alors un lieu de pèlerinage, en mémoire des deux saints. Des dignitaires ecclésiastiques expriment leur souhait d’être inhumés le plus proche possible de ces saints afin de pouvoir bénéficier de leur protection et bienfaisance, durant leur repos éternel. Cette tendance va se généraliser au niveau du peuple ce qui, petit à petit, transformera l’église St-Pierre en une église funéraire, bordée d’un cimetière.
Eglise de St-Germain
Une seconde église liée au monastère prévôtois est fondée en 769 et est d’abord sous le patronage de la Vierge avant de bénéficier, en 866, d’un nouveau vocable beaucoup plus local, celui de Saint Germain. Elle fait probablement suite à l’église St-Pierre, désormais une église funéraire, en tant qu’église liturgique.
Détruite en même temps que le monastère vers le début du XIe siècle, aucune trace ne permet de la localiser, bien qu’elle ait dû se situer dans les alentours directs de l’abbaye. Lors de sa disparition, elle transmit ses vocables à la nouvelle église construite sur l’esplanade de Moutier, la collégiale.
Collégiale St-Germain
Edifiée au XIe siècle, la collégiale St-Germain a connu de multiples destructions au cours du Moyen Age, comme en 1499 durant la guerre de Souabe, puis en 1531 et 1534 par les réformés. Le 8 juin 1571, la foudre détruit une bonne partie de l’édifice. Depuis, l’église collégiale reste sans fidèles, toute messe étant interdite à Moutier. L’édifice n’étant plus occupé et entretenu, il tombe petit à petit en décrépitude. Il fait alors office de carrière pour la construction de nombreux bâtiments civils alentour. Ce ne sera qu’à partir de la fin du 19e siècle que la collégiale sera remise sur pied, par des Réformés, et servira de lieu de culte aux protestants.
Texte et illustrations : Musée du Tour Automatique et d’Histoire de Moutier, Caroline Branca, Service archéologique du Canton de Berne.
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