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Hypertension: gare à la consommation excessive de patates
La mise en garde vient de trois institutions renommées de Boston (USA), le Brigham and Women Hospital, la Harvard Medical School, et l'Ecole de santé publique de l'Université de Harvard: une consommation trop fréquente de pommes de terre, sous toutes leurs formes, peut être à l'origine d'une hypertension. C'est en analysant les données de trois grandes études prospectives américaines, ayant suivi sur plus de 20 ans 187 000 hommes et femmes, qu'ils arrivent à cette conclusion publiée récemment dans le British Medical Journal.
Deux de ces études sont très connues pour avoir déjà fourni des résultats remarquables dans divers domaines: il s'agit des deux premières éditions de la Nurses' Health Study (NHS), un programme de recherche lancé en 1976 et qui a donné lieu à l'étude prospective centrée sur la santé des femmes la plus grande du monde. Quant à la troisième, connue sous l'acronyme de HPFS pour Health Professionnals Follow-up Study, elle a suivi exclusivement des hommes, âgés de 40 à 75 ans, depuis 1986.
Divers plats de patates
La démarche, très similaire, partait d'individus réputés non hypertendus au début des études (sur la base d'un examen effectué par un professionnel de santé): au travers d'un questionnaire couvrant plus de 130 aliments et boissons, les participants devaient décrire tous les quatre ans leurs habitudes alimentaires. Simultanément, toutes les caractéristiques de leur état de santé étaient dûment consignées (afin d'éviter d'éventuels effets confondants) et remises à jour tous les deux ans. C'est ainsi que les auteurs ont pu déterminer la fréquence à laquelle les sujets consommaient des pommes de terre, et sous quelles formes: pommes de terre bouillies, pommes au four, pommes de terre en purée, ou encore sous forme de frites ou de chips.
Dans chaque cas, la quantité consommée permettait d'établir une base de comparaison entre les individus, chaque participant devant décrire avec quelle fréquence il consommait un tel plat de patates: de «jamais ou moins d'une fois par mois», jusqu'à «six fois par semaine ou davantage», ce qui a permis aux auteurs de déterminer plusieurs catégories de consommation.
Quatre participants sur dix devenus hypertendus
Il s'agissait dès lors de dénombrer et d'identifier les sujets qui étaient devenus hypertendus (pression artérielle supérieure à 140/90) depuis le lancement du suivi, puis de confronter ces données aux chiffres respectifs de leurs consommations individuelles de pommes de terre. Dans l'ensemble, un peu plus de 40% des individus (77 726 très exactement) ont vu leur pression artérielle dépasser en cours d'étude le chiffre de référence, dont 35 728 et 25 246 pour les femmes des deux études NHS, et 16 752 pour les hommes de l'étude HPFS.
Afin d'établir la relation éventuelle entre la consommation de pommes de terre et le risque de développer une hypertension, les chercheurs ont en outre décidé –pour simplifier l'analyse– de regrouper en une seule catégorie les consommations de pommes au four, de pommes de terre bouillies ou en purée, en conservant de façon séparée la consommation de frites ainsi que celle de chips. Enfin, pour déterminer le risque relatif encouru, ils ont pris comme référence la consommation la plus basse, à savoir celle d'une portion au plus par mois de tel ou tel type de pommes de terre.
Une relation claire
Il s'avère alors que les individus qui consommaient au moins une portion quotidienne du premier groupe de pommes de terre étaient 13% plus nombreux à être devenus hypertendus. Pour ceux qui consommaient des frites au moins quatre fois par semaine c'est encore pire, puisque leur risque relatif monte alors à 1,17. Les auteurs expliquent cette augmentation du risque par l'importante charge glycémique liée à la consommation de pommes de terre, l'augmentation de la glycémie pouvant entraîner une dysfonction des parois internes des artères susceptible de mener à une augmentation de la pression artérielle. En revanche, et paradoxalement, la comparaison des données montre que l'augmentation du risque est presque nulle pour les consommateurs de chips, même à raison de quatre portions par semaine ou davantage!
Les scientifiques ont ensuite cherché à voir si le remplacement d'une seule portion quotidienne de pommes de terre par un légume ou un féculent avait éventuellement une influence sur le risque relatif de développer une hypertension. Il ressort alors de cette nouvelle analyse que la substitution au profit d'une portion de légume non seulement annule l'augmentation d'une hypertension, mais qu'elle permet même de réduire sensiblement le risque relatif lié à la consommation soutenue de pommes de terre. Les femmes de la deuxième étude NHS, par exemple, relativement plus jeunes, étaient même, dans ces conditions, 18% moins nombreuses à risquer une hypertension.
Ne pas oublier poisson, fruits et légumes
Cette étude parallèle montre bien que ce ne sont pas les pommes de terre à elles seules qui sont en cause, mais bien le mode de nutrition en général, comme le souligne le Pr Mark Harris, du Centre de recherche en prévention primaire de l'Université de la Nouvelle-Galles du Sud à Sydney. Le spécialiste australien rappelle en effet que la charge glycémique des patates varie selon le type de pommes de terre et leur mode de cuisson, et que la charge glycémique de tout le repas est influencée par la présence de fibres ou de protéines. Il n'empêche: cette mise en cause d'une consommation excessive de pommes de terre peut constituer une sorte de signal d'alarme pour ceux que cela concerne. Elle permet aussi de rappeler –à l'instar des recommandations du programme DASH des Instituts Nationaux de la Santé des Etats-Unis– que même si les patates ne doivent pas être bannies du repas car elles sont riches en potassium et pauvres en sodium, elles doivent impérativement être accompagnées de poisson, de fruits et de légumes. Ce travail aura certainement un impact sur les politiques sanitaires de nombreux pays, même si les Américains, dans leurs diverses recommandations nutritionnelles, viennent d'inclure les pommes de terre dans la catégorie des «légumes»!
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Références
Lea Borgi & al. in BMJ 2016; 353:i2351