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Qu'est-ce qu’une greffe de moelle osseuse et quand est-elle utilisée ?
La greffe de moelle osseuse est une procédure médicale au cours de laquelle la moelle osseuse d'une personne, appelée le receveur, est remplacée par celle d'une autre personne, appelée le donneur. La moelle osseuse est l'organe responsable de la production de toutes les cellules sanguines et des cellules du système immunitaire, par exemple les lymphocytes T CD4. Cette procédure est utilisée comme traitement de diverses maladies sanguines ou du système immunitaire, le plus souvent d'origine tumorale. De manière générale, une greffe de moelle osseuse est utilisée après une chimiothérapie et à une radiothérapie. Dans ce contexte, la chimiothérapie et la radiothérapie sont utilisées pour "éliminer" les cellules cancéreuses mais éliminent également la moelle osseuse du receveur. Une greffe de moelle osseuse permet de réinitialiser la production de cellules sanguines et de cellules immunitaires de la personne greffée.
Pourquoi parle-t-on de greffe de moelle osseuse en relation avec la recherche d'un traitement contre le VIH ?
Dans le monde entier, depuis le début de l'épidémie de VIH, seules 6 personnes ont complètement éliminé le virus de leur organisme et ont donc été guéries de l'infection. Dans tous ces cas, la guérison de l'infection a été le résultat d'une greffe de moelle osseuse provenant d'un donneur non-infecté par le VIH.
Donc, ces personnes ont été greffées pour guérir du VIH ?
Non. La greffe de moelle osseuse est une procédure extrêmement invasive et à haut risque : environ une personne sur trois qui la subit cette intervention décède des complications ultérieures. Par conséquent, son utilisation est réservée aux personnes atteintes de graves maladies qui ne peuvent pas être traitées autrement. Dans tous les cas rapportés dans la littérature, les personnes atteintes du VIH et guéries après une greffe de moelle osseuse avaient subi cette intervention pour traiter un cancer du système immunitaire. Compte tenu de l'efficacité des thérapies antirétrovirales disponibles aujourd'hui et de leur très faible toxicité, une greffe de moelle osseuse n’est aujourd’hui pas considérée dans le seul but de guérir du VIH.
Quels mécanismes pourraient conduire à la guérison du VIH après une greffe de moelle osseuse ?
Plusieurs mécanismes pourraient avoir conduit ces personnes à guérir du VIH après avoir reçu une greffe de moelle osseuse :
- La chimiothérapie et la radiothérapie précédant la greffe de moelle osseuse sont très toxiques pour les cellules du système immunitaire du receveur. Certaines de ces cellules, appelées lymphocytes T CD4, sont infectées par le VIH et constituent les principaux sites où le VIH "se cache" et persiste pendant la thérapie antirétrovirale. La chimiothérapie et la radiothérapie, en éliminant une grande partie de ces cellules, pourraient donc avoir éliminé les cellules infectées.
- Dans 5 des 6 cas de guérison, les personnes atteintes du VIH avaient reçu des cellules de moelle osseuse de donneurs porteurs d'une mutation génétique particulière, appelée ΔCCR5. Cette mutation rend les cellules du système immunitaire « naturellement résistantes » à l'infection par le VIH. Récemment, un groupe de recherche international dirigé par l'hôpital universitaire de Genève a décrit un patient guéri qui pourrait être le premier cas de guérison du VIH sans utilisation d'une greffe de moelle osseuse avec la mutation CCR5.
- Lorsque la moelle osseuse du donneur est greffée chez le receveur, les cellules immunitaires contenues dans la moelle greffée reconnaissent les cellules du nouvel organisme comme "étrangères" et les "attaquent", les éliminant. Cette condition, appelée "maladie du greffon contre l'hôte", pourrait contribuer également à l’élimination des cellules infectées, réduisant ainsi davantage les chances de reprise de la réplication virale.
Pourquoi n'utilisons-nous pas alors des donneurs avec la mutation ΔCCR5 pour toutes les personnes atteintes du VIH nécessitant une greffe ?
La mutation ΔCCR5 est très rare : seulement 1 personne sur 100 en est porteuse. De plus, pour réussir une greffe de moelle osseuse, le donneur et le receveur doivent nécessairement être "compatibles" pour certains gènes appelés HLA. La combinaison de ces facteurs fait que dans la pratique clinique, il est très fréquemment impossible de trouver un donneur suffisamment compatible avec le receveur et porteur de la mutation ΔCCR5.
Donc, toutes les personnes avec le VIH ayant reçu une greffe de moelle osseuse guérissent de l'infection ?
Non. Plusieurs cas de reprise de la réplication virale après une greffe de moelle osseuse ont été signalés dans la littérature. Bien qu'il ne soit pas possible de donner des estimations précises, les preuves disponibles jusqu'à présent suggèrent que la guérison du VIH reste un événement exceptionnel même après une greffe de moelle osseuse.
Comment la recherche peut-elle tirer des enseignements des personnes guéries après une greffe ?
La recherche sur la guérison et la prévention du VIH doit beaucoup à ces personnes. Grâce à elles, il a été possible de démontrer que le VIH peut être éliminé définitivement de l'organisme, et que cet événement, bien qu'exceptionnel, est reproductible, ouvrant ainsi la voie à l'espoir d'une guérison pour toutes les personnes atteintes du VIH. Comprendre en profondeur les mécanismes immunitaires et virologiques qui se mettent en place dans cette situation pourrait conduire au développement de nouvelles thérapies capables d'éliminer l'infection.