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Les zoologistes l'appellent Cercopithecus nictitans, les autres le «nez blanc». Ce petit singe de la forêt camerounaise est, à son insu, à l'origine de la plus grande catastrophe sanitaire de ces vingt dernières années.Ce singe abrite en effet un virus de type SIV, qui a sans doute donné jour au SIVcpz, le virus du chimpanzé dont on sait aujourd'hui qu'il est le précurseur du VIH 1. Mis en évidence par Eric Delaporte et l'équipe de l'Institut pour la recherche sur le développement de Montpellier (IRD), ce virus a un certain nombre de caractéristiques, et notamment un gène Vpu, qui en font le candidat idéal pour le rôle d'ancêtre du VIH.Ces travaux ont été présentés lors de la 9e Conférence sur les rétrovirus qui s'est tenue du 24 au 28 février 2002, à Seattle.Le «nez blanc» est une proie et une nourriture habituelle du chimpanzé, et le virus SIV du petit singe s'est sans doute acclimaté à son nouvel hôte depuis des millénaires.Il y a trois ans, l'équipe française, et Beatrice Hahn, de l'Université d'Alabama avaient montré que le virus du chimpanzé SIVcpz était à l'origine du VIH 1. Chassé pour sa viande dans la forêt tropicale, le chimpanzé est vendu sur les marchés de brousse d'Afrique centrale. C'est probablement à l'occasion de la blessure d'un chasseur ou d'une morsure que le virus est passé du singe à l'homme. On estime qu'il y a eu au moins dix contaminations différentes, probablement dans les années 30, et que le virus s'est alors «humanisé».Les mouvements de population vers les villes, la prostitution de survie, les voyages aériens favorisant le tourisme sexuel ont fait le reste. Mais aujourd'hui un autre phénomène inquiète Eric Delaporte. On sait que trente espèces de primates sont contaminées par le SIV, et on découvre sans cesse de nouvelles contaminations avec des souches virales qui diffèrent d'une espèce à l'autre.Des travaux récents viennent de montrer que les singes contaminés se trouvent dans une zone allant de la Côte d'Ivoire à la Tanzanie, des régions de haute prévalence pour le VIH 1. «Rien ne dit qu'on ne verra pas émerger un jour un VIH 3 ou un VIH 4» confie Eric Delaporte. Le risque de contamination humaine par un virus simien n'est pas impossible, et la fréquence et la rapidité des recombinaisons font craindre l'apparition de souches indétectables par les tests actuels, et résistantes aux thérapeutiques courantes.C'est pour ces raisons que les chercheurs français, en collaboration avec les autorités camerounaises veulent renforcer la veille sanitaire et s'assurer qu'une souche émergente sera repérée suffisamment tôt.Ils veulent aussi tenter de mettre en place un programme alimentaire de substitution pour convaincre les chasseurs d'abandonner leur activité, et favoriser l'élevage de petits rongeurs sources de protéines.Mais cela ne se fera pas simplement, et il faudra rester vigilant face à un virus capable de muter en six mois autant de fois que le virus de la grippe en dix ans.