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A la veille de la guerre, en 1939, au Britannia Royal Naval College de Dartmouth où l’on forme les jeunes officiers de la marine, Lord Louis Mountbatten demanda à son neveu, le prince Philip, grand et beau garçon blond, à la fois sportif et intelligent, d’accompagner le roi George VI, en visite avec son épouse et leurs filles, Margaret et Elisabeth. Cette dernière a 13 ans, Philip 18. Ils sont cousins germains au troisième degré et elle avouera, des années plus tard, être tombée amoureuse de lui. Il n’allait y avoir dans la vie d’Elisabeth et dans son cœur qu’un homme. Lui et aucun autre.
Philip, héroïque pendant la Seconde Guerre mondiale, va sauver des vies. A la fin du conflit, Elisabeth a 19 ans et ils s’écrivent. Parfois, ce bourreau des cœurs songe au mariage. En apparence, rien ne s’y oppose. Né prince de Grèce et de Danemark, il est devenu sujet britannique sous les drapeaux. Mais il ne fait pas l’unanimité. La reine mère, Elizabeth Bowes-Lyon, souhaite pour sa fille un futur mari d’un rang plus élevé. Et elle n’est pas seule à penser que la famille du prétendant est embarrassante: ses sœurs ont été liées au régime nazi et sa mère est atteinte de maladie mentale. Enfin, beaucoup voient dans ce jeune homme le jouet de Mountbatten, son oncle, dont l’espoir secret est d’imposer son nom en lieu et place de celui des Windsor. Pourtant, après une partie de chasse en compagnie du jeune homme, le roi va se montrer conciliant: «Philip me plaît, dit-il. Il a le sens de l’humour et sa façon de penser est juste.»
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A cette époque, la romance fait rêver des millions de Britanniques. Les fiançailles sont annoncées le 9 juillet 1947. En se convertissant à l’anglicanisme, en renonçant à tous ses titres royaux et en prenant comme nom la version britannique de celui de sa mère, Mountbatten pour Battenberg, Philip peut intégrer la monarchie britannique très codifiée.
Le 20 novembre 1947, le mariage est célébré en l’abbaye de Westminster. Fait duc d’Edimbourg par le roi, Philip va poursuivre sa carrière militaire, ne retrouvant Elisabeth qu’en fin de semaine. De leur union naîtra Charles en 1948. L’année suivante, la princesse rejoint son mari stationné à Malte, où ils vivront leurs plus belles années. Il est aussi extraverti qu’elle est timide. Il est fait pour être au premier plan et dégage un sentiment de confiance. Leur fille, Anne, verra le jour en 1950.
Leur vie s’écoule paisiblement jusqu’au 6 février 1952. A cette date, la mort subite du roi bouleverse leur existence. Pour le couple, en voyage au Kenya, c’est un choc. Elisabeth est reine à 25 ans. A son retour, elle est la première à descendre de l’avion. La position hiérarchique de son mari a changé, il marche trois pas derrière elle. Sa carrière militaire et sa vie d’homme libre sont à ranger au rayon des souvenirs. Il va devoir se plier à la tradition et affronter ceux qui s’opposaient à son mariage, le premier ministre Winston Churchill en tête.
Pendant le couronnement, le 2 juin 1953, Philip est obligé de s’agenouiller devant la souveraine et déclare dans l’abbaye de Westminster: «Moi, Philip, duc d’Edimbourg, je deviens votre obligé pour la vie et promets de vous vénérer. Je vous témoignerai confiance et fidélité, vivrai et mourrai comme tous vos sujets.» Il va essuyer de terribles humiliations. Au parlement, son trône est remplacé par une chaise et il doit renoncer à perpétuer son nom de famille. «Je suis donc le seul homme du pays qui ne peut pas donner son nom à ses enfants», dit-il en se comparant à une amibe. Quant à sa volonté de moderniser la couronne, elle est définitivement battue en brèche.
Bien qu’il soit conseiller de la reine, Philip n’a en réalité aucun pouvoir. Elisabeth, encore inexpérimentée, est guidée par Churchill et les partisans d’une monarchie à l’ancienne. Un mari amer et en colère vit désormais à ses côtés. Alors, une fois par semaine, il s’échappe et retrouve ses amis dans le centre de Londres, où il fréquente les night-clubs. D’aucuns prétendent qu’il participe à des soirées libertines. Au sein du couple, les tensions sont palpables. Pour faire retomber la pression, il décide, avec cinq de ses proches, de partir voyager six mois autour du monde.
A son retour, Elisabeth va s’employer à faire taire les rumeurs. Elle accorde à son mari deux faveurs: le titre de prince du Royaume-Uni et l’assurance que leurs futurs enfants porteront leurs deux noms: Mountbatten-Windsor. Andrew et Edward naissent en 1960 et 1964.
Dans l’intimité, c’est Philip le chef de famille. Militaire dans l’âme, c’est un mari et un père impatient. Il surnomme affectueusement la reine «petite saucisse» ou «Miss Piggy» et, comme le rappellera Louis Mountbatten, il lui impose parfois sa goujaterie: «Un jour, alors que nous étions en voiture, la reine se mit à soupirer à chaque virage à cause de la conduite frénétique de Philip. Agacé, il lui asséna: «Si tu fais ce foutu bruit encore une fois, tu descends et tu marches.» Dès cet instant, elle ne dit plus un mot. Je m’en suis étonné en lui rappelant qu’elle était la reine. Elle m’a alors rétorqué: «C’est assez simple. Je n’ai pas envie de marcher!»
Philip a besoin d’action. Avec l’élan des années 1960, il devint un ardent défenseur de la nature et l’un des fondateurs du WWF. Il lança le Duke of Edinburgh’s Award, conçu pour enseigner aux jeunes, handicapés notamment, l’autonomie. Son initiative permet à des millions d’enfants de participer à ce programme éducatif à travers le monde. C’est la plus grande réalisation de sa vie. En l’absence de la reine, son aptitude à être père laisse à désirer. S’il se montre très dur avec Charles, il excellera dans son rôle de grand-père en protégeant William et Harry. Ils vont accepter de marcher derrière le cercueil de leur défunte mère, Diana, le 6 septembre 1997, à la seule condition qu’il se tienne à leurs côtés.
Philip est singulier. Personne mieux que la reine n’a su trouver les mots pour rendre hommage à cet homme dont les blagues, parfois outrancières, n’ont pas toujours donné la meilleure image de lui: «Il a simplement été ma force durant toutes ces années, dira-t-elle à l’occasion de leurs noces de diamant, en 2007. Et moi, et sa famille entière, et ce pays, et beaucoup d’autres, nous lui devons plus qu’il ne le dira jamais.» En 2011, elle ajouta: «C’est mon roc et mon soutien.» Le duc d’Edimbourg a honoré 22 219 engagements avant de prendre sa retraite en août 2017. Le plus savoureux reste son statut de dieu vivant acquis lors d’un voyage officiel en 1974 dans l’île de Tanna (Vanuatu). Là-bas, les villageois l’identifient au Messie. Un rang que la reine Elisabeth n’a jamais atteint.
Malgré les aléas de la vie, l’amour que se sont porté les époux royaux ne s’est jamais démenti en 73 ans. L’an dernier, le 9 avril 2021, le faire-part apposé sur les grilles de Buckingham en témoignait: «C’est avec une profonde tristesse que Sa Majesté la reine a annoncé le décès de son époux bien-aimé, Son Altesse Royale le prince Philip, duc d’Edimbourg.» Elle a veillé sur lui jusqu’à son dernier souffle. Il s’est éteint au château de Windsor peu avant ses 100 ans. Un anniversaire qu’il ne souhaitait pas fêter.
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Un peuple au rendez-vous: le couronnement, qui a coûté quelque 53 millions d’aujourd’hui, a passionné les Britanniques: 3 millions d’entre eux étaient dans les rues, 27 millions ont regardé la cérémonie à la télévision en noir et blanc et 11 millions l’ont écoutée à la radio, soit 40% de la population. Quelque 2000 journalistes et 500 photographes ont couvert l’événement vu par 300 millions de téléspectateurs dans le monde.DR