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Vous avez peut-être déjà le Petit Robert électronique, version 1 et 2. Et vous vous demandez à quoi peut servir une version 3, si ça vaut la peine, etc., etc. Moi, j’avais acheté la version 2 après la 1, uniquement parce qu’on m’avait dit que c’était très amélioré – mais ce n’était pas vraiment vrai. Aussi, cette version 3, s’il n’y avait pas eu une version de démonstration en ligne… Mais bon, elle y est, ici, j’ai essayé, et en attendant une version Mac du Grand Robert, j’ai trouvé que oui, ça valait la peine, je vais vous expliquer pourquoi.
Robert? Kiséksa?
Tout d’abord, un peu d’histoire, ça explique pourquoi le Robert est un dictionnaire unique en son genre auquel on s’attache.
Pourquoi est-ce que ça s’appelle le Robert?
Parce qu’il a été créé par Paul Robert, qui était ce qu’on appelait à l’époque un Français d’Algérie.
Paul Robert – l’homme qui rêvait d’un dictionnaire)
Il était né en 1910, avait fait des études de droit et se préparait à une carrière d’avocat. C’est en rédigeant sa thèse de doctorat (en économie politique) que cet homme extrêmement consciencieux dans la recherche du mot juste, peine à trouver un dictionnaire qui lui convienne. Il décide alors de créer lui-même son propre dictionnaire (une broutille!) dans lequel, par le système de l’analogie, le premier mot renvoie au second, le mot connu au mot inconnu. Il se met au travail en 1945, seul.
En 1951, il crée la société du Nouveau Littré Dictionnaires Le Robert dont le siège social est à Casablanca. L’année suivante, lorsque l’ampleur de la tâche se précise, Paul Robert s’entoure de collaborateurs, notamment Alain Rey, Josette Debove et Henri Cottez. Dès la parution du premier fascicule (1952), l’ouvrage est couronné par l’Académie française. La méthode analogique qu’il préconise, qui nous paraît si naturelle un demi-siècle plus tard, est, à ce temps-là, très neuve.
En 1954, la société déménage à Paris. Le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française ou Grand Robert, est publié en 6 volumes en 1964, un véritable renouveau pour la description de la langue, qui répond à un réel besoin. Son succès est immédiat.
Un des premiers volumes parus du Grand Robert
Encouragés par l’accueil de l’ouvrage, Paul Robert et l’équipe qui l’entoure ressentent le besoin d’un dictionnaire de même esprit, mais en un seul volume.
Petit Robert, késeksa?
La première idée de Paul Robert est simple : abréger les six volumes du Grand Robert.
Il s’adresse aux trois responsables principaux du « grand œuvre» qui vient de s’achever : Alain Rey, secrétaire général de la rédaction du gros ouvrage, Josette Rey-Debove, universitaire brillante et non-conformiste, spécialiste de la sémantique, et Henri Cottez, helléniste reconnu et spécialiste de la littérature française.
Alain Rey et Josette Rey-Debove, les visages derrière les dictionnaires (je n’ai pas trouvé de photo du troisième)
Les trois lexicographes décident de ne pas se contenter d’un Grand Robert abrégé; ils envisagent un ouvrage d’un type nouveau, qui respecte l’esprit du Dictionnaire alphabétique et analogique, mais en élaborant une description différente. L’objectif n’est plus de prolonger le gros ouvrage, mais de proposer un traitement moderne et soucieux de la réalité sociale du français. Paul Robert se laisse convaincre, et donne aux trois lexicographes toute liberté. Ils se lancent. L’élaboration du Petit Robert est rapide. Deux années de travail acharné donnent naissance en 1967 à un dictionnaire d’un genre nouveau : Le Petit Robert, véritable dictionnaire de langue, par opposition à un dictionnaire encyclopédique.
Il fait un tabac: on lui reconnaît sans hésitation son originalité, sa modernité, sa richesse, sa précision. Pour la première fois, un dictionnaire s’inscrit dans le grouillement d’une société en mouvement et la reflète. Sans publicité, avec le seul « bouche à oreille », Le Petit Robert devient en quelques mois «le dico à avoir». La méthode analogique en fait un instrument de choix aussi pour l’apprentissage du français par les non francophones, et le succès dépasse les frontières.
La grande force du Petit (et du Grand) Robert, c’est de reconnaître l’évolution de la langue, et de donner, à côté des définitions classiques, les synonymes argotiques, familiers, les anglicismes ou germanismes qui, qu’on le veuille ou non, font partie du langage courant; ils sont traités avec le même sérieux que les mots les plus classiques.
Alain Rey, tel qu’on peut le voir et l’entendre aujourd’hui disserter sur les mots
Ces quinze dernières années, celui qui cinquante ans durant a été la cheville ouvrière des Grand et Petit Robert, Alain Rey, a fait la brillante démonstration de la manière dont l’équipe de rédacteurs voit le vocabulaire. Tour les matins, il a commenté un mot à la radio (France Inter). Il n’a arrêté l’exercice que récemment. Dans les deux minutes que durait “le mot de la fin” en bout d’émission matinale, il dissertait sur un mot pris dans l’actualité, en donnait l’origine, l’évolution et les rapports possibles du vocable avec cette actualité. On a ainsi eu un aperçu de l’esprit éminemment humaniste dans lequel les Robert ont été conçus.
Les Robert électroniques
Le premier des Robert disponibles en CD a été le Grand Robert. Pour Mac et pour PC. Il coûtait une fortune, mais nous avons été nombreux à nous dire que l’instrument valait le sacrifice. Et ce d’autant plus que le Grand Robert de 1990 était déjà a 100 % en hypertexte, et que sa consultation reste, en ce qui me concerne, un plaisir linguistique sans pareil.
Voici un des exemplaires du Vol. 1 du Grand Robert. Comment, encore le même? Eh oui, malheureusement je ne peux pas vous montrer sa version électronique parce que le Grand Robert pour Mac ne s’ouvre plus sous Intel
Malheureusement, ceux qui commercialisent les Robert électroniques ne sont pas à la hauteur de ceux qui le rédigent. Dès l’époque où le CD coûtait dans les milliers de francs (français et suisses), le service était déplorable, et fait par des gens qui, du moins à ce moment-là, ne comprenaient pas bien les principes du service par rapport à un support virtuel. Je ne sais pas jusqu’à quel point il a fait beaucoup de progrès aujourd’hui, par ailleurs: huit mois après le lancement du Nouveau Petit Robert, l’aide en ligne n’est toujours pas disponible, celle qu’on trouve sur le site du Robert se limite à l’édition 2 de l’ancien Petit Robert.
Puis est venue la 1re version électronique du Petit Robert en 1996, suivie en 2001 par une deuxième version, qui s’installait sans problème sur OS 10 et qui a été testée par François ici à part cela, peu de différence.
Le mot “nouveau” tel qu’il apparaissait dans le Petit Robert électronique versions 1 et 2
Pour le 40e anniversaire du Petit Robert, rien de tel: tout a été refondu, refait, précisé, dans le dictionnaire papier.
Voici ce qu’explique à ce propos Alain Rey:
«De temps en temps, on s’aperçoit que le monde a changé et quand le monde change, la langue essaye de le suivre […]. Nous avons senti le besoin absolu de reprendre le dictionnaire depuis a jusqu’à z, de tout relire, et non seulement d’ajouter, ce que nous faisons tous les ans, mais de revoir tous les exemples pour qu’ils reflètent bien l’expérience, le familier et le quotidien du lecteur. »
Et la version électronique a suivi. Refondue, entièrement hypertexte, avec plan de l’article (sur lequel on peut cliquer, ce qui amène aussitôt à la partie désirée), des couleurs qui permettent de comprendre les divers éléments, un historique de ses recherches, conjugaison, la possibilité de refaçonner les textes dans ses caractères préférés, exportation – bref, tout le bataclan.
Le mot “nouveau” tel qu’il apparaît dans le Nouveau Petit Robert
Le plan du mot (très utile pour les mots longs ou à plusieurs sens) qui permet de cliquer sur la partie de la définition qui vous intéresse
L’interface a été entièrement refaite, les analogies ont été renforcées, pour les mots principaux on a créé des «encadrés» qui donnent toutes les variantes (dans le Grand Robert, tous les mots disposent d’un instrument similaire). Je ne peux malheureusement pas vous montrer cet encadré, car il ne se laisse pas attraper en saisie d’écran, il disparaît au premier clic (une bulle, à mon avis).
Je me sers de ce nouveau Petit Robert depuis quelques semaines, et si je ne connaissais pas son grand frère, j’en serais enchantée. Les choses étant ce qu’elles sont, je dis que pour 70 euros ou 120 francs suisses, en attendant, ça vaut la peine. Mais ça ne remplace pas le Grand Robert.
Les détails qui fâchent
Il y en a, bien entendu. Celui qui me met en fureur, personnellement, c’est que l’on me demande de réintroduire le disque tous les 45 jours pour s’assurer que je ne suis pas un quelconque pirate, mais le possesseur du disque. Je comprends le souci de protéger le dictionnaire parce qu’il faut bien vendre, mais au point où ils en étaient, les informaticiens auraient pu trouver un autre système. Rien n’énerve plus que de se retrouver loin de chez soi sans le disque, car on ne va pas se mettre à transporter des CD de par le monde juste pour être sûr… Et puis, à force d’être trimbalés, ils se perdent, ils s’abîment, on est bon pour 70 euros supplémentaires.
D’autres dictionnaires utilisent la méthode, mais ils offrent une alternative. Tant Les Trésors de la Langue française que, par exemple, les Dictionnaires Garzanti (langue italienne, italien-français, italien-anglais), que Webster, que Ultralingua – et il y en a certainement d’autres dans d’autres langues -, peuvent être consultés en ligne. Au premier abord, vous avez l’impression que Robert aussi…
Et là le deuxième détail qui tue: oui, le Petit Robert électronique est consultable en ligne – mais cela se limite à la lettre N, de peur que vous n’achetiez pas le disque. Ultralingua aussi a mis une limite à la consultation en ligne de ses innombrables dictionnaires de traduction: vous ne pouvez pas chercher plus de 25 mots par jour. Je comprends ça, et je trouve la limite de 25 mots correcte. Au-delà, on n’est plus un utilisateur occasionnel, le dictionnaire devient un instrument de travail qu’on peut acquérir. Nota bene, la consultation en ligne ne m’a pas empêchée d’acheter tous les dicos dont j’avais besoin, vu qu’on n’est pas toujours en ligne. Mais limiter le dictionnaire à une seule lettre de l’alphabet! Plus mesquin que ça, tu meurs, franchement.
Voilà le message qu’on reçoit lorsqu’on consulte en ligne…
Troisième détail qui tue (je devrais peut-être ouvrir mon Robert et chercher un autre mot que détail, car ces “détails”-là n’en sont pas, pour finir): l’interface du Petit Robert pour Mac est entièrement refaite et fonctionne parfaitement sur Mac Intel. MAIS QU’EST-CE QU’ILS ATTENDENT POUR L’APPLIQUER AU GRAND ROBERT? Depuis plus de 2 ans, on nous dit que la version Mac du Grand Bob est «à l’étude». Ce n’est pas un problème de données, elles existent dans l’interface pour PC. C’est uniquement un problème d’interface Mac. Que faut-il encore étudier? Les Allemands ont mis au point une interface dans laquelle on pouvait utiliser des dictionnaires de toutes sortes, d’éditeurs différents, même (je vous en parlais ici). L’éditeur des Robert ne pourrait-il pas s’arranger pour que tous ses dictionnaires Mac entrent dans la même interface?
En attendant le jour où ils s’y colleront, le Petit Robert fera l’affaire. Mais lorsqu’on est confronté à de gros travaux littéraires, il ne suffit pas, même s’il est refondu et amélioré. Les gens qui le font sont vraiment sympas. Dommage que ceux qui le vendent le soient moins.
Tout cela dit, pour le quotidien de l’utilisateur moyen, le Nouveau Petit Robert, version 3, est un achat qui vaut la peine. Il n’est comparable à nul autre.
Le Petit Robert a largement dépassé les frontières, il est apprécié (et vendu) dans le monde entier. La description est ici en anglais, mais dedans, c’est le Petit Robert, tout en français