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Ceux qui en couple se plongent dans des religions traditionnelles recherchent souvent une forme d’intimité intellectuelle qui les différencie du reste du corps social. Ils ont perçu qu’un couple fusionnel avait sa culture propre, et comme, néanmoins, ils n’ont pas eu la force de s’en créer une, ils se lient à des traditions anciennes, déjà établies, qui ne demandent en quelque sorte qu’à être adoptées.
À cela, la société répond souvent par un sentiment de scandale. Mais Teilhard de Chardin le disait: l’unité humaine devait amener à l’union de l’homme avec l’univers, mais devait en passer par l’unité au sein du couple, la fusion de l’homme et de la femme. Il faut donc partir du principe que la liberté, à cet égard, est indispensable, même lorsque dans les faits la tradition adoptée semble régressive. N’est-ce pas reculer pour mieux sauter? Car si, dans les faits, la liberté est réelle, et garantie par les lois, la singularité du couple finira par modifier la tradition adoptée dans un sens spécifique, qui se joindra au bout du compte au mouvement de progrès global.
Naturellement, l’équilibre du couple ne s’obtient pas seulement par une forme de vie autonome; des dérives inquiétantes peuvent toujours être signalées - et la force publique intervenir. Mais elles ne peuvent pas être présumées à partir d’une coloration culturelle spécifique: en soi, une nuance spirituelle ne dit rien sur une dérive possible. De fait, un système moral théorique ne prouve rien sur la façon dont l’individu agit dans les circonstances de la vie. Une éthique en soi sublime peut ne jamais être appliquée par ceux qui l’expriment sans avoir le courage effectif d’en exécuter les clauses; un autre tableau moral moins brillant peut aussi bien ne pas être appliqué, et la conduite être bonne. À cet égard, inutile de s’illusionner sur ce que l’intellect est capable de présenter en théorie. Le comportement humain en dépend cent fois moins qu’on croit.
Ce qui réellement est prégnant, c’est la conscience morale telle que l’a façonnée émotionnellement l’éducation. Ce qui est conçu par l’intelligence reste comme dans une bulle, voletant au-dessus de l’homme agissant. Ce qui fonde ce dernier est essentiellement l’exemple donné par les adultes fréquentés dans la prime enfance, d’une part, les images fortes distillées par l’éducation, d’autre part. Le reste est bien plus proche de la fumée inconsistante que les philosophes le croient, notamment quand ils s’énervent après des phrases contenues dans de vieux livres qui font l’objet d’une vénération abstraite, d’une forme de dévotion qui n’a qu’un impact assez indirect sur la vie réelle.
À la rigueur, les éléments de ces vieux livres qui ont un vrai effet sur l’âme sont ceux qui semblent à première vue ne ressortir qu’à la poésie: par exemple, dans le Coran, l’image de l’ange gardien notant les actions qu’on effectue durant sa vie. La conscience se déploie à partir de cette image bien souvent en dehors des doctrines claires, et de manière simplement conforme à l’exemple donné par les parents, ou par les récits par lesquels on a été frappé.
Il me paraît peu approprié de polémiquer à l’excès sur le contenu éthique des religions traditionnelles, par conséquent.