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Le Blohm & Voss P-208 [15]
Premier projet de chasseur à réaction à poussée vectorielle, parmi les projets les plus fantastiques élaborés par les Allemands durant la seconde guerre mondiale figure celui du Blohm & Voss P-208, un chasseur monoplace d'une conception révolutionnaire qui différait de tous les schémas connus et qui affichait des caractéristiques très en avance sur son époque. Le concept adopté était pour le moins original puisque l'appareil ne possédait ni dérive, ni gouvernes, ni empennage, et recourait au principe de la poussée vectorielle pour se diriger ! La cellule, dont les formes avaient été minutieusement étudiées en soufflerie, présentait une silhouette très pure, avec des lignes fluides qui diminuaient la friction avec l'air, conférant au chasseur un grand coefficient de pénétration dans l'atmosphère.
Le fuselage, très effilé, présentait une forme cylindrique terminée par deux extrémités coniques, qui donnaient à l'engin l'aspect d'un long " cigare " renflé. Le cockpit, situé au-dessus de la partie médiane du fuselage, était équipé d'une verrière profilée en goutte d'eau qui offrait un dégagement visuel optimal au pilote. L'armement comprenait 3 canons MK-108 de 30 mm logés dans le nez de l'appareil. Des points de fixation sous la voilure permettaient l'emport de rampes de roquettes ou de missiles R4 M équipés de détonateurs de proximité, particulièrement efficaces pour décimer les formations compactes de bombardiers.
Le chasseur était propulsé par un turboréacteur intégré dans la cellule du fuselage, qui était alimenté par une prise d'air ventrale et par deux prises d'air secondaires s'ouvrant à l'emplanture des ailes. Etant donné l'absence de dérive et de gouvernail de direction, les changements de cap ainsi que le contrôle du roulis et du tangage s'effectuaient à la fois en jouant sur les ailerons et les volets de la voilure, et en déviant une partie des gaz de combustion de la tuyère vers des échappements latéraux installés sur les flancs de la partie arrière de l'appareil, de façon à obtenir un flux directionnel. Le concept adopté était la première application réelle, sur un engin volant, du principe de la poussée vectorielle, aujourd'hui largement généralisé sur les engins spatiaux comme la navette américaine. Cette opération s'effectuait automatiquement, par l'intermédiaire de clapets qui s'ouvraient ou se fermaient plus ou moins, en fonction de la direction et de l'amplitude des mouvements de la main du pilote sur le manche à balai…
La stabilité en vol d'une cellule par définition aussi instable était obtenue par la forme très étrange donnée à la voilure, profilée en doubles ailes de mouettes. Les ailes, qui accusaient une forte flèche, présentaient deux décrochements angulaires successifs, l'angle d'incidence de la flèche s'accentuant fortement vers les extrémités de la voilure. Le bout des ailes était lui-même replié vers le bas, de façon à accroître la portance et à conférer une sustentation maximale à l'appareil, même à basse vitesse, tout en stabilisant sa trajectoire de vol. La combinaison de ces caractéristiques absolument révolutionnaires permettait au chasseur d'atteindre des vitesses incroyables (grâce à la forte incidence de la flèche) tout en lui assurant une grande manœuvrabilité à basse vitesse ou en combat tournoyant…
Le Blohm & Voss P-208 était supposé atteindre une vitesse de 900 km/h en palier. Elaboré trop tardivement, alors que le Reich s'écroulait déjà, cet appareil fut rattrapé par la guerre et ne dépassa pas le stade du projet expérimental. La hardiesse du concept, l'originalité de la voilure et surtout le recours à la poussée vectorielle montrent toutefois à quel haut degré de connaissances les ingénieurs et les techniciens allemands étaient parvenus en 1945 et combien l'industrie aéronautique allemande était en avance sur les pays occidentaux et l'Union soviétique. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, sous le seau du secret le plus absolu, les Alliés et les Russes se lancèrent dès avril 1945 dans une véritable course effrénée aux armes secrètes allemandes, sillonnant les ruines fumantes du Reich pour dénicher les plans et les prototypes, recrutant massivement les spécialistes qui avaient collaborés à de tels projets. C'est ainsi que de nombreux scientifiques, ingénieurs et techniciens traversèrent l'Atlantique ou se retrouvèrent de l'autre côté du Rideau de Fer. Mais ceci est une autre histoire, celle de la Guerre Froide…
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