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« The new institutional economics » (ou nouvelle économie institutionnelle ou encore néo-institutionnalisme) est un terme regroupant plusieurs courants de pensée liés au regain d’intérêt des années 1970 pour l’économie institutionnelle. Cette dernière tente de comprendre comment l’économie peut être influencée par les institutions en place ou par de nouvelles institutions.
Il s’agit d’un mouvement hétérogène, puisque le seul point commun entre les chercheurs regroupés sous cette appellation est leur intérêt pour l’économie institutionnelle. Les principaux représentants de l’économie néo-institutionnelle sont Ronald Coase (1910-…) et Oliver E. Williamson (1932-…). La plupart des chercheurs ayant participé à la mouvance de la nouvelle économie institutionnelle sont des adeptes des modèles néoclassiques, mais certains ont aussi développé des théories plus hétérodoxes.
Les théories de l’économie néo-institutionnelle en détail
Ces théories sont très hétérogènes, et il s’agit parfois d’approches peu en accord entre elles. Néanmoins, ces approches ont toutes quelque chose en commun: elles s’intéressent à la place qu’ont les institutions au sein du marché et aux conséquences qu’elles peuvent avoir pour ou contre les acteurs de ce même marché. Ces théories vont très vite se diversifier et s’éloigner progressivement des théories d’origines qui vont être présentées tout de suite. Néanmoins, elles représentent des approches contemporaines importantes dans le monde de l’économie académique.
Le retour de l’économie institutionnelle
L’économie néo-institutionnelle est donc un regain de la première économie institutionnelle ayant pris place au tout début du 20ème siècle, d’abord en Allemagne, puis essentiellement aux États-Unis.
John Rogers Commons (1862-1945) est un de ses représentants. Ses théories reprochent aux économistes de n’avoir perçu que la dimension individuelle de l’économie, sans prendre en compte la dimension collective. Les institutions sont alors des actions collectives censées améliorer l’action individuelle. Il distingue les institutions informelles (savoir-vivre, usages, coutumes, etc.), des institutions formelles (société, association, administration, etc.). L’économie néo-institutionnelle va reprendre les théories telles que celles de John Commons, et les repenser dans le contexte d’un néoclassicisme toujours plus important dans les années 1970.
Institutions et organisations
C’est Douglass North (1920-…), économiste du développement, qui posera la séparation entre institutions et organisations. Cette distinction est toujours d’actualité pour la grande majorité des chercheurs travaillant sur les institutions. Ainsi les institutions sont les règles du jeu ou du marché, règles légales ou coutumes ancestrales, toute règle est une règle. Et les organisations sont des groupes de personnes se coordonnant afin d’évoluer plus facilement à l’intérieur même de ce cadre de règles. La distinction qui est crée ici est très importante d’un point de vue analytique. En effet, la séparation des institutions et des organisations permet d’analyser n’importe quelle structure économique, de l’État à l’entreprise, en passant par l’Organisation des Nations Unies. Toutes ces entités peuvent en effet être divisées entre institutions et organisations et être étudiées en conséquence.
La théorie des coûts de transaction
Ronald Coase le conceptualise dans un article en 1937 (« The nature of the firm« ), mais c’est Oliver Williamson qui va être aux fondements de cette théorie. Avec l’aide d’Herbert Simon, ce dernier va s’éloigner quelque peu du modèle de l’homo oeconomicus pour proposer des agents qui ont une rationalité limitée, en ce sens que l’univers économique qui les entoure et qui doit les guider dans leur choix n’est pas systématiquement entièrement connu. Le postulat de base de cette théorie réside dans l’idée qu’une transaction va voir des coûts préalables et externes importants. Pour éviter d’accumuler abusivement ces coûts, des solutions collectives sont trouvées par les acteurs du marché. Ils économisent ainsi de l’argent et minimisent les risques dus au marché. Cette action collective se rapproche de ce que Commons souhaitait montrer par sa théorie et dans ce cas elle permet clairement de faciliter l’action individuelle. Les institutions du marchés sont donc interprétées comme étant des solutions collectives trouvées par les acteurs individuels pour limiter les coûts de transaction et, par extension, des autres problèmes liés au marché.
« Theory of the firm » ou théorie de l’entreprise
Ce groupe de théories rassemble les travaux de chercheurs ayant travaillé sur la structure de l’entreprise. Cela inclut sa création, sa relation avec le marché, sa hiérarchie sociale, ses structures, etc. Ces approches ont été très importantes en ce qui concerne les théories de gestion des ressources humaines au sein des entreprises, ainsi que les différents modèles de fonctionnement en rapport aux différents environnements nationaux. Ce groupe de théories est énorme et également hétérogène, mais il a sa place dans cette fiche car la plupart de ces théories sont liées de très près à la nouvelle économie institutionnelle.
Les approches orthodoxes et hétérodoxes
Les approches dites « orthodoxes » regroupent les approches ayant utilisé les outils de l’économie néoclassique pour analyser les institutions. Il s’agit par exemple de la théorie des jeux, développée notamment par Reinhard Selten (1930) ou l’économie du droit, développée au sein de l’école de Chicago. Les outils principaux de l’économie néo-classique y sont donc préservés: rationalité parfaite et optimisation. Mise à part une information quelque peu limitée, ces théories orthodoxes sont dans la lignée néoclassique. Les institutions sont ici considérées comme des entités mises en place par les acteurs individuels pour optimiser la coordination de leurs propres actions.
Les approches dites « hétérodoxes » renvoient à toutes les approches analysant une ou plusieurs institutions du marché tout en s’écartant plus ou moins du modèle de l’économie néoclassique. Beaucoup de ces travaux tournent autour de l’analyse des structures et des comportements au sein des entreprises. Cette appellation d’approche « hétérodoxe » couvre donc en réalité énormément de théories différentes. Elle se rapproche des théories françaises telles que la théorie de la régulation ou l’économie des conventions.
Ouverture vers une économie interdisciplinaire
Les approches de l’économie néo-institutionnelle, particulièrement les approches hétérodoxes mais pas seulement, permettent une réelle ouverture vers une interdisciplinarité pour comprendre les phénomènes économiques. Ainsi, des domaines comme les sciences sociales ou la psychologie s’intéressent de près à ces approches de l’économie. La socio-anthropologie économique est en plein essor, et de plus en plus de chercheurs dans ce domaine sont intégrés au sein des entreprises. La nouvelle économie institutionnelle a donc réussi à montrer des nouvelles approches économiques permettant une perspective sociale et non plus seulement mathématique, comme avec la plupart des théories néoclassiques.
Bibliographie commentée
Furubotn, E. G. & Richter, R. (2005). Institutions and economic theory: the contribution of new institutional economics. Ann Arbor: the University of Michigan Press.
Cet ouvrage est le seul qui réussit de manière intelligente à grouper et à trouver une vraie cohérence entre les différentes théories de la nouvelle économie institutionnelle. Il passe en revue les théories principales, mais également les différentes institutions, afin d’inclure un large panel de contributions. Malgré nombres de critiques inhérentes à la rédaction d’un livre voulant décrire un si large panorama de théories, cet ouvrage donne un excellent point de vue sur un groupement de théories pas forcément évident au premier abord.
Références
Coase, R. H. (1937). The nature of the firm. economica, 4(16), 386-405.
Furubotn, E. G. & Richter, R. (2005). Institutions and economic theory: the contribution of new institutional economics. Ann Arbor: the University of Michigan Press.
Harris, J. (1995). The new institutional economics and third world development. New-York: Routledge.