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Au contraire de l'animation occidentale, qui, en digne héritière de notre patrimoine littéraire, angélise tout (le bien est toujours victorieux) et passe son temps à donner des leçons de morale, la japonaise se distingue par sa volonté d'aborder des thématiques et des problématiques qui préoccupent son public. Qu'il soit très jeune ou déjà adolescent. Cette maturité scénaristique trouve son prolongement dans la mise en scène elle conjugue souvent un hyperréalisme qui facilite l'identification du spectateur et une poésie qui flirte avec le fantastique, omniprésent dans la culture nippone. Le cinquième film de Makoto Shinkai, remarqué pour la Tour au-delà des nuages et Your Name, reprend tout cela à son compte. Mais avec une lucidité sombre dans le récit et un sublime dans l'exécution qui hissent ce cinéaste au rang des plus grands. Hodaka, jeune mineur, a quitté son île natale pour rejoindre Tokyo en secret. L'hypothèse d'une fuite pour cause de maltraitances n'est jamais explicitée mais reste suggérée par bon nombre d'indices à l'écran. Dans une métropole
labyrinthique, inondée par des pluies diluviennes et discontinues, il fait l'expérience d'une précarité matérielle accrue. Jusqu'au jour où il fait la rencontre de Hina, une jeune fille qui possède le pouvoir de convoquer le soleil. Un talent qu'ils vont très vite mettre à profit. Mal-être de l'adolescence, violence économique, terreurs écologiques : le récit aborde frontalement, pour mieux les exorciser, les maux contemporains de la jeunesse et de la société japonaises. Le déluge qui envahit l'écran est une menace faisant écho aux tsunamis et typhons qui ont dévasté l'Archipel. C'est également une source d'inspiration pour la mise en scène, qui dilue la précision du dessin dans un flou inquiétant et entremêle lumière et obscurité pour générer à l'image des ambiances apocalyptiques, surréalistes. Une nébuleuse fantasmagorie et une allégorie de cet âge où l'on voudrait prendre son envol, mais où la tragique loi de la pesanteur vous fait retomber, à chaque fois et un peu lourdement, sur l'asphalte de la réalité. Un pur éblouissement.
Xavier Leherpeur, Le Nouvel Observateur