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Une équipe internationale incluant des chercheurs suisses a identifié trois gènes qui résistent au virus du sida. L'exploit, publié dans «Science», ouvre des perspectives pour le développement de vaccins ou médicaments.
Associés à des américains, des scientifiques de Lausanne et de Genève ont voulu savoir pourquoi près de 2% des êtres humains réagissaient différemment à une infection par le virus VIH et disposaient de défenses naturelles fortes.
«Les être humains ont des possibilités bien différentes de contrôler naturellement le virus. Il y a donc un impact humain et nous devons trouver la clef afin d'être en mesure d'imiter la nature», explique Amalio Telenti à swissinfo.
Ce professeur de l'Institut de microbiologie de l'Université de Lausanne dirige le bras européen d'une vaste recherche génétique conduite depuis l'Université de Duke, aux Etats-Unis.
Ce programme CHAVI (Center for HIV/AIDS Vaccine Immunology) doté de 300 millions de dollars vise le développement d'un vaccin contre le sida.
La Suisse bien placée
Les Américains ont fait appel aux Suisses car ils se sont rendus compte que la Suisse était «la mieux placée pour fournir un collectif humain bien documenté depuis plusieurs années», ajoute le professeur Telenti.
L'étude a démarré avec un groupe de 30'000 personnes infectées par le virus VIH et recrutées par le biais d'une centaine d'hôpitaux dans le monde. Au final, les chercheurs – 29 personnes de compétences très diverses – ont concentré leurs efforts sur 486 patients, en procédant à une analyse détaillée de leur génome.
Code-barre de la personne
«Nous avons généré, ici en Suisse, une sorte de code-barre de la personne, l'équivalent d'une étiquette de 500'000 lignes», explique le chercheur. Ces données ont été transmises aux Etats-Unis pour qu'elles soient analysées par des spécialistes, qui ont dressé un classement des gènes les plus résistants.
«A notre grande surprise, nous avons trouvé trois gènes très puissants contre le virus. Le premier de ces gènes était déjà plus ou moins connu. Le deuxième n'avait encore jamais été investigué et on ne savait rien du troisième.»
Accessibles à tous
La découverte ouvre de larges perspectives de recherche, d'autant plus que les millions de données récoltées seront accessibles à tous les chercheurs. La quantité d'informations utiles est telle qu'il est impensable de conserver les choses secrètes.
Ces recherches permettront de mieux comprendre le virus du sida et pourraient à terme déboucher sur le développement de vaccins voire de médicaments.
Un médicament, développé à partir de la découverte – il y a quelques années – d'un autre gène (appelé CCR5) qui protège de l'infection, devrait d'ailleurs arriver bientôt sur le marché.
«Ce médicament est déjà utilisé à titre expérimental. Il attend l'approbation des autorités américaines et suisses», conclut Amelio Telenti. Il devrait servir en premier lieu aux personnes pour lesquelles tous les autres traitements ont échoué.
swissinfo et les agences
En bref
La branche européenne du programme CHAVI (Center for HIV/AIDS Vaccine Immunology) coordonnée par le professeur Amalio Telenti a collecté des informations de 30'000 personnes infectées par le virus HIV.
Au final, les chercheurs ont procédé à des analyses détaillées des génomes de 486 patients en provenance de Suisse, d'Italie, de Grande-Bretagne, d'Espagne et du Danemark.
Les analyses ont été effectuées au sein des hôpitaux universitaires de Lausanne, Genève et Duke aux USA.
VIH
Le syndrome de l'immunodéficience acquise, plus connu sous son acronyme sida correspond à la destruction des cellules du système immunitaire par rétrovirus.
Lorsque l'infection progresse, le système immunitaire devient plus faible et devient la cible des maladies dites opportuniste. Une personne infectée peut mettre entre 10 et 15 avant de développer le syndrome d'immunodéficience acquise. Les médicaments antirétroviraux sont à même de freiner le processus de développement.
Selon les Nations-Unies, près de 39,5 millions de personnes vivent avec le virus du sida sur la planète. L'an dernier, 2,9 millions en sont mortes.