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Au lendemain du crash d'un avion suisse contre un gratte-ciel de Milan, les enquêteurs étudient toutes les hypothèses. Y compris celle du suicide.Ce contenu a été publié le 19 avril 2002 - 16:41
Les Milanais n'en reviennent pas encore. Nombre d'entre eux sont encore sous le choc après cet improbable accident qui a coûté la vie au pilote, Luigi-Gino Fasulo, ainsi qu'à deux avocates de la région lombarde, Annalisa Rapetti et Alessandra Santoconito.
Jeudi soir, 70 personnes environ, blessées par des éclats de verre, ont été soignées sur place. Des 24 autres personnes transférées à l'hôpital, onze seulement étaient encore à l'hôpital vendredi. Deux d'entre elles sont grièvement blessées.
La thèse du suicide
«Il ne s'est pas agi d'un accident. Mon père a voulu se suicider parce qu'il avait tout perdu». Marco Fasulo, le fils du pilote qui s'est écrasé jeudi contre la tour Pirelli de Milan, l'a dit et redit à qui voulait l'entendre. Ses propos ont été rapportés notamment par le quotidien italien La Repubblica.
Marco Fasulo réside aussi à Pregassona dans la banlieue de Lugano, à la même adresse que ses parents suisses, originaires des Abruzzes dans le centre de l'Italie. Vendredi, Marco Fasulo, pilote professionnel à la compagnie nationale Swiss, s'est refusé à toute déclaration à ce sujet.
La thèse du suicide a également été évoquée, vendredi à Milan, par le maire Gabriele Albertini, président de la Région Lombardie - qui avait son siège dans le gratte-ciel - et Pierluigi de Palma, directeur de l'association de l'aviation civile
Selon La Repubblica, Luigi-Gino Fasulo aurait récemment perdu un million de dollars. Luigi-Gino Fasulo était réparateur d'appareils électriques avant de devenir loueur de juke-box et machines à sous. Il s'est ensuite recyclé pour devenir gérant de bar à Lugano. Enfin, il a fait fortune avec les avions en tant que pilote professionnel.
Propriétaire d'une petite entreprise de location d'avions, il avait investi son argent dans des opérations financières. Il était titulaire d'une société à Panama. Selon la presse italienne, il serait connu de la police suisse pour avoir fait de la contrebande d'œuvres d'art et de bijoux dans les années 80. Interrogé à ce propos, le porte-parole de la police cantonale tessinoise n'a rien voulu dire.
Les enquêteurs au travail
Contrairement au fils Marco, le reste de la famille, son épouse Filomena et son autre fils Giorgio, ingénieur, réfutent la thèse du suicide. Ils nient le fait que Luigi-Gino Fasulo ait eu des problèmes d'argent.
Gerardo d'Ambrosio, procureur de Milan, exclut également la piste du suicide. Les enquêteurs examinent actuellement toutes les pistes.
Les amis de Luigi-Gino Fasulo, né en 1935 près d'Avellino mais installé à Lugano depuis plus de 30 ans, ne veulent pas non plus croire à un acte volontaire. Ainsi, Pino Scossa, lui aussi pilote, est la dernière personne à avoir vu Gino Fasulo vivant jeudi à 17h alors qu'il s'apprêtait à décoller de Locarno-Magadino.
«Il était dans un état normal lorsqu'il est parti. Il m'a expliqué qu'il allait seulement faire une escale technique à Milan-Linate avant de remonter sur Lugano-Agno. Il avait déjà préparé son plan de vol pour le retour. S'il avait vraiment voulu se suicider, il se serait jeté contre une montagne», souligne Pino Scossa.
«Les pilotes sont soumis à de fréquents contrôles médicaux et en cas de moindre doute, ils ne peuvent plus voler». Pour Pino Scossa comme pour Pietro Marci, ancien président de l'Aero-Club de Locarno, seul un problème technique peut expliquer l'accident.
Problèmes techniques ou malaise
A Locarno-Magadino, où Gino Fasulo était très connu - il avait plus de 5000 heures de vol à son actif - le responsable de l'aérodrome Sandro Balestra affirme que le décollage a eu lieu dans des conditions tout à fait normales.
«Le pilote avait rempli le réservoir de 130 litres de kérosène. Il ne risquait donc pas d'être à court de carburant». Ce qui était arrivé à quelques reprises à Gino Fasulo, considéré comme un pilote doué mais téméraire. Ses amis le surnommaient le «cowboy».
Pour Sandro Balestra l'erreur humaine, un problème technique ou un malaise peuvent être à l'origine du drame.
Il faudra attendre l'autopsie du corps de Luigi-Gino Fasulo pour connaître les causes exactes de la mort du pilote et savoir si le décès a éventuellement eu lieu avant le crash.
Des fonctionnaires de la police de Milano se sont déplacés vendredi au Tessin où ils ont rencontré la procureure Fiorenza Bergomi chargée de l'enquête à Lugano. Aucune information n'a pu être obtenue quant à la nature de leur entretien.
Passée la peur d'un attentat similaire à celui du 11 septembre dernier, les Milanais s'interrogent. Notamment sur la facilité avec laquelle un avion de tourisme a pu pénétrer un espace aérien rigoureusement interdit et s'écraser contre une tour, en plein centre-ville.
Le «Pirellone» est le symbole de la métropole lombarde. Construit entre 1956 à 1960, œuvre du célèbre architecte Giò Ponti, il compte 30 étages sur 127 mètres de hauteur. Plus haut gratte-ciel de la ville et onzième du monde, il était depuis quelques années le siège de la Région Lombardie qui en occupait plusieurs étages. Normalement 1300 personnes travaillent dans cette tour.
Jeudi au moment du crash, à 17h50, il n'y en avait plus que 300. Bien entraînés grâce aux nombreux exercices organisés depuis le 11 septembre dernier, les rescapés ont pu sortir du gratte-ciel calmement. Leur sang-froid et la bonne marche de l'évacuation ont permis d'éviter le pire.
Le Pirellone a bien résisté
Roberto Formigoni, président de la Région Lombardie, se trouvait à Bombay au moment du drame. Averti par le président de la République Carlo-Azeglio Ciampi, il est immédiatement rentré à Milan et a visité, vendredi matin, les bureaux dévastés par l'impact du Commander 115.
Malgré la violence du choc, due à une vitesse extrêmement élevée de l'avion, le gratte-ciel Pirelli a bien résisté. Il n'a pas subi de dommages irréparables à sa structure portante de béton armé.
Les travaux de déblaiement des débris ont commencé vendredi et, à en croire le président de la Région Lombardie, le «Pirellone» pourrait rapidement être rouvert.
swissinfo/Gemma d'Urso à Lugano
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