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La protéine S100B sérique est un marqueur biologique potentiel pour le suivi des mélanomes avec atteinte ganglionnaire ou métastases à distance. Elle est dosée avec un test immunoluminométrique. L'élévation de son taux est retrouvée dans d'autres pathologies. Son dosage pourrait avoir un intérêt prédictif pour la détection de nouvelles métastases et l'efficacité des traitements. En dehors d'études, son dosage n'est pas actuellement conseillé.
Les marqueurs biologiques sont souvent utilisés pour la prise en charge des malades en cancérologie. Le dosage de la protéine S100B sérique semble présenter un intérêt dans plusieurs pathologies dont le mélanome chez des malades ayant une atteinte ganglionnaire ou des métastases. Les autres marqueurs sériques potentiels dans le mélanome sont décrits dans une revue récente.1
Les protéines S100 forment une famille de protéines régulées par le Ca2+ ayant de fortes homologies et qui peuvent s'associer entre elles.2 Le gène de la S100B est situé sur le chromosome 21. La S100B n'est exprimée que dans certaines cellules, en particulier les mélanocytes et les cellules tumorales du mélanome (tableau 1). Son implication dans de nombreuses fonctions cellulaires à été proposée (homéostasie du calcium intracellulaire, dynamique du cytosquelette, phosphorylation de protéines, transduction du signal intracellulaire, communication intercellulaire, etc).3,4
Deux méthodes principales de dosage de la S100B sont utilisées. Elles détectent la S100B grâce à trois anticorps monoclonaux (SMST 12, SMSK 25 et SMSK 28). Le test immuno-isotopique tend à être supplanté par le test utilisant la chimioluminescence. En effet, celui-ci est de réalisation simple (pas de manipulation de produits radioactifs), il a une bonne reproductibilité et une meilleure sensibilité (la limite de détection basse est de 0,02 µg/l). Il est basé sur une technique sandwich immunoluminométrique. Lors de la première incubation, la S100B de l'échantillon se lie avec les anticorps de capture fixés sur le tube. La seconde incubation permet la liaison de l'anticorps-signal avec le complexe S100B-anticorps de capture. Après lavage, la présence du sandwich est détectée par la mesure des photons émis lors de l'oxydation de l'isoluminol.
L'élévation de la S100B dans le sérum correspond probablement à une libération de S100B lors de la lyse de cellules tumorales. Le dosage de cette protéine dans le sérum a été réalisé au cours d'une vingtaine d'études cliniques chez des malades ayant un mélanome. Une comparaison entre les résultats de ces études est rendue difficile par leur hétérogénéité concernant certains critères utilisés, tels que la méthode de dosage, la valeur seuil, la classification des malades selon l'extension de la maladie, les populations étudiées et le nombre d'échantillons inclus par malade. Nous avons retenu dans le tableau 2 les études ayant utilisé la technique de dosage la plus sensible. Une valeur seuil haute (0,2 µg/l) permet d'écarter presque tous les sujets sains.
Le taux sérique de la S100B est corrélé à l'extension de la maladie (clinique et imagerie) : moins de 10% des malades en stade I/II (classification de l'American Joint Committee Cancer (AJCC), de 5 à 46% de ceux en stade III et 12 à 94% de ceux en stade IV ont un taux supérieur à la valeur seuil. Ce dosage ne peut donc pas être utilisé pour détecter un mélanome. Le dépistage des malades à risque parmi ceux n'ayant pas d'atteinte ganglionnaire ou de métastases à distance sera fait en analysant le ganglion sentinelle, et non pas en dosant la S100B, car l'élévation de son taux est alors trop peu fréquente pour que l'étude de la cinétique soit pertinente.
Un suivi a été réalisé pour 56 malades.5 Parmi ceux ayant une maladie stable cliniquement et radiologiquement, 86% (37 cas sur 43) avaient un taux de S100B sérique stable et 14% (6 cas sur 43) une progression biologique. Une progression biologique a été observée chez neuf des treize malades ayant une progression clinique ou radiologique du mélanome. Il existe donc une corrélation entre la cinétique de la S100B et la progression de la maladie.
Selon certains auteurs, le taux de S100B pourrait avoir une valeur pronostique indépendante du stade clinique.1La proportion de taux élevés de S100B parmi les malades ayant des signes de maladie en progression (clinique ou imagerie) est plus importante que chez les autres malades. Bien que dans certains cas l'élévation de S100B puisse précéder la progression de la maladie (clinique ou imagerie), les études actuelles ne permettent pas de déterminer un intervalle moyen éventuel. Une progression biologique chez un malade en stade III peut précéder l'apparition de métastases à distance. Les métastases semblent entraîner une élévation variable, qui est liée à leur localisation, avec une élévation maximale pour le foie et les os, et minimale pour la peau.
Un échappement ou une absence de réponse au traitement s'accompagne d'une progression biologique dans les stades IV. Un traitement efficace s'accompagne d'une baisse marquée du taux de S100B. Certains ont observé, avant d'initier un traitement chez des malades en stade IV, un taux de S100B plus élevé chez ceux qui ne répondront pas à ce traitement.1
L'élévation du taux de la S100B peut apparaître aussi après un AVC, une hémorragie sous-arachnoïdienne, un traumatisme crânien, une chirurgie avec circulation extracorporelle, un arrêt cardiaque ou une exposition intense aux ultraviolets.9,11 Un cas d'histiocytose langerhansienne était associé à un taux de S100B sérique élevé qui s'est normalisé après un traitement efficace de la maladie.12 Dans une étude, un taux de S100B supérieur à 0,15 mg/l a été mesuré chez moins de 5% des sujets sains, 15% des malades ayant un gliome et 20% des malades ayant un sepsis.13
Le dosage de la S100B sérique ne peut pas être utilisé pour détecter un mélanome. La surveillance régulière de cette protéine sérique ne permet pas non plus un dépistage précoce et fiable d'une évolution métastatique. Elle ne permet donc pas de simplifier la surveillance du mélanome. Cependant son dosage peut avoir un intérêt prédictif pour la détection précoce de nouvelles métastases et l'efficacité d'un traitement. C'est pourquoi, dans le cadre d'études uniquement, un dosage de la S100B sérique peut être fait pour des malades classés en stade III ou IV (AJCC).
L'intérêt du dosage dépend donc du stade d'extension du mélanome :
1. Il n'a pas d'utilité dans le suivi d'un mélanome de stade I.
2. Il est très discutable dans le suivi du mélanome à haut risque (stade II) :
I le rapport bénéfices/coût est faible (dosages négatifs nombreux) ;
I les malades ayant un taux élevé et une absence de progression de la maladie existent ;
I les malades à risque sont détectés par l'analyse du ganglion sentinelle.
3. Il peut être utile dans le suivi d'un mélanome avec atteinte ganglionnaire (stade III) :
I diminution du taux après curage ganglionnaire (à comparer à la valeur préopératoire) ;
I détection d'une progression vers un stade IV.
4. Il peut être utile chez les malades ayant des métastases à distance (stade IV) :
I prédiction de l'efficacité d'un traitement ;
I réponse au traitement par chimiothérapie ;
I suivi d'un traitement ;
I évolution de la maladie et pronostic individuel.