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Le sens donné aux mots est un effet d’une construction interactionnelle, systémique ; il se construit dans le contexte d’une conversation, dans l’échange et entre des personnes socialement et historiquement définies. C’est ce que l’on appelle pragmatique de la communication, c’est à dire l’idée que le sens d’un mot ne peut être compris que par rapport au contexte dans lequel il est énoncé et par son usage. La manière dont nous parlons est donc liée à notre position dans le monde et à la relation à l’autre mais aussi à ce que nous sommes en train de faire, aux objectifs que nous poursuivons. Cette conception du langage nous permet, en conséquence, d’abandonner une vision structuraliste dans laquelle le sens n’est pas accessible directement mais par le dévoilement de niveaux de signification situés dans des couches plus profondes (inconscientes ou culturelles, par exemple), conception qui va laisser place, soit à des interprétations sans fin, soit à des interprétations sanctionnées par des arguments et des positions d’autorité. Le thérapeute structuraliste expert est alors le garant de la bonne interprétation parce que lui seul aurait accès aux clés de décodage du sens. Ces clés de décodage sont liées à des théories psychologiques ou psychiatriques par exemple.
Dans la vision de l’Approche Centrée Solution, c’est le sens donné par la personne accompagnée qui fait référence parce qu’il indique l’usage qu’elle fait des mots qu’elle prononce. Il ne s’agit pas d’un sens choisi arbitrairement par la personne mais de l’éclaircissement de la manière dont elle fait usage d’un mot ou d’une expression, et des écarts de cet usage par rapport au sens commun. Il n’y a pas de coïncidence entre le mot et la chose désignée ; il n’y a même pas de sens possible pour un mot isolé, si ce n’est la signification squelettique qu’on lui accorde a priori. Que signifie le mot mère par exemple ? La fonction de la personne ayant donné naissance à un enfant. C’est le forfait de base. L’information donnée est nécessaire certes, mais mince. Alors que de dire : « Cette femme est la mère de cet enfant » est un énoncé qui donne une information bien plus riche.
Wittgenstein pose cette question :
Quand quelqu’un prononce un mot avons-nous vraiment l’expérience d’une signification ? Il explique que ce qui se passe c’est que… des représentations flottent devant notre esprit… elles jouent à peu près le rôle de ce que l’on griffonne quand on parle.
Sauf que, ici, on ne dessine pas, on parle. Et que ce qui était une représentation griffonnée du mot que l’interlocuteur venait de prononcer, a besoin d’être précisé, mis en contexte pour devenir clair. Le griffonnage verbal est alors transformé en compréhension.
Sans doute que seuls les états de choses ou faits (c’est à dire les liens entre un objet et son contexte de manifestation) peuvent avoir un statut référentiel et sont donc seuls susceptibles de porter le sens de nos paroles. Ce qui revient à dire que le sens ne se donne que dans la relation entre un individu et une propriété de cet individu. Que signifie pour un individu être déprimé ?, que signifie aller mieux ?, que signifie être en couple ?. Pas grand-chose tant que ces personnes-là n’auront pas expliqué ce que c’est pour elles d’être un couple. La clé de décodage est chez celui-celle qui parle, et celui-celle qui parle trouve la clé en reliant sa parole et sa pensée au contexte dans lequel et par lequel il parle. Très souvent ce seront les illustrations, exemples et images qui vont permettre le partage des significations dans le dialogue.
Nous avons souvent l’impression de comprendre de que notre interlocuteur-trice nous raconte mais nous ne devons pas céder à l’évidence, parce qu’elle est trompeuse et propice aux malentendus. Nous devons proposer à la personne qui parle de mettre en lien ses mots et leur contexte d’utilisation pour avoir accès au sens que cette personne leur donne. Sans cela ses propos ne passeront qu’à travers nos propres filtres. C’est la différence entre écouter et entendre.
Comment savoir si nous sommes bien en train d’écouter et d’entendre ou si nous n’entendons que ce que nos filtres nous permettent d’entendre ?
- Wittgenstein : Remarques sur la philosophie de la psychologie. ED TER
- Wittgenstein : Recherches Philosophiques. Ed Gallimard