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L’énergie solaire a connu une croissance exponentielle et l’objectif de 50 % d’énergies renouvelables d’ici 2028 pour éviter un réchauffement climatique mondial de 2 °C est réalisable.
Selon une récente analyse scientifique d’envergure publiée dans Wiley Interdisciplinary Reviews: Energy & Environment, les réserves de pétrole classiques prouvées telles que détaillées dans les sources industrielles sont probablement « surestimées » de moitié.
Selon des sources classiques comme la publication Oil & Gas Journal, le Rapport statistique annuel sur l’énergie mondiale de BP et l’US Energy Information Administration, le monde dispose d’1,7 millier de milliards de barils de réserves conventionnelles prouvées.
Toutefois, d’après la nouvelle étude menée par le professeur Michael Jefferson de l’ESCP Europe Business School, ancien économiste en chef au sein du géant pétrolier Royal Dutch Shell, ce chiffre officiel, qui a contribué à justifier des investissements massifs dans des nouveaux travaux d’exploration et de développement, est quasiment deux fois plus élevé que la taille réelle des réserves mondiales.
Selon le professeur Michael Jefferson, qui a passé près de vingt ans au sein de Shell, où il a occupé divers postes haut placés, dont ceux de directeur de la planification en Europe et de directeur de l’approvisionnement en pétrole et du commerce, « les cinq principaux exportateurs de pétrole du Moyen-Orient ont modifié la base de leur définition des réserves de pétrole classiques « prouvées » en les faisant passer d’une probabilité de 90 % à une probabilité de 50 % en 1984. Le résultat a été une augmentation apparente (et non réelle) de leurs réserves de pétrole classiques « prouvées » à hauteur d’environ 435 milliards de barils. »
Les réserves mondiales ont encore été gonflées par l’ajout des chiffres portant sur les réserves issues du pétrole lourd vénézuélien et des sables bitumineux canadiens, a-t-il écrit dans son étude, en dépit du fait que celles-ci sont « plus difficiles et plus coûteuses à extraire » et généralement de « plus mauvaise qualité » que le pétrole conventionnel. Cela a fait grimper les estimations mondiales des réserves de 440 milliards de barils supplémentaires.
La conclusion de Jefferson est frappante : « Pour le dire sans ambages, l’affirmation courante selon laquelle le monde dispose de près d’1,7 millier de milliards de barils de réserves de pétrole classique prouvées est surestimée d’environ 875 milliards de barils. Ainsi, malgré la baisse des prix du pétrole brut à la suite d’un nouveau pic en juin 2014, après celui de juillet 2008, la question de « pic pétrolier » reste parmi nous. »
Actuellement rédacteur en chef d’Energy Policy, revue scientifique de premier plan de la maison d’édition Elsevier, le professeur Jefferson a également occupé pendant dix ans le poste de secrétaire général adjoint du Conseil mondial de l’énergie, un organisme mondial de l’énergie agréé par les Nations unies qui représente 3 000 organisations membres dans 90 pays, y compris des gouvernements et des acteurs de l’industrie.
Plus tôt cette année, Deloitte a prédit que plus de 35 % des compagnies pétrolières indépendantes du monde entier pourraient déclarer faillite et être suivies par 30 % supplémentaires l’an prochain, soit un total de 65 % des sociétés pétrolières du monde entier.
Cinquante producteurs de pétrole d’Amérique du Nord ont déjà fait faillite depuis l’année dernière en raison d’une crise de rentabilité déclenchée par le creux des prix du pétrole.
L’industrie est également sous pression en raison de l’idée de plus en plus reconnue qu’une grande partie des combustibles fossiles sont tout simplement des « actifs bloqués » qui doivent être conservés dans le sol afin de prévenir un changement climatique dangereux.
La nouvelle étude est appelée à mettre encore plus l’industrie pétrolière sous pression avec la confirmation de la part d’un ancien cadre supérieur d’un géant du pétrole qu’environ la moitié des réserves mondiales conventionnelles « prouvées » ne sont pas simplement « bloquées », mais n’existent même pas.
Une valeur des actifs « largement exagérée »
Cela implique qu’une grande quantité des investissements dans l’industrie pétrolière ne sera jamais en mesure de produire un rendement suffisant, puisque ceux-ci ont été justifiés par des actifs dont la valeur est largement exagérée.
Contredisant la position officielle de la majeure partie de l’industrie pétrolière, Jefferson cite un certain nombre d’études scientifiques récentes, selon lesquelles « les éléments de preuve indiquent que la production mondiale de pétrole conventionnel a atteint un plateau et a probablement commencé à décliner à partir de 2005 ».
Jefferson estime que la reprise économique nominale, combinée à des réductions de la production alors que l’industrie réagit à sa crise interne, finira par inverser la surabondance de l’offre actuelle de pétrole. Ceci ouvrira la voie à « de nouvelles hausses majeures des prix du pétrole » dans les années à venir.
Cependant, en attendant une nouvelle flambée des prix du pétrole, la vague actuelle de faillites pourrait dégénérer au point que la poursuite des investissements dans l’industrie pétrolière ne serait plus viable financièrement.
Selon une autre étude examinée par des pairs, publiée en mars dans Energy Policy par deux scientifiques de l’université A&M du Texas, « les énergies non renouvelables », c’est-à-dire « les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire », « devraient atteindre un pic vers le milieu du siècle », que ce soit avec ou sans politique d’atténuation du changement climatique.
L’article ajoute toutefois que pour éviter une hausse de 2 °C des températures moyennes mondiales, qui ferait basculer le changement climatique dans la zone de danger, 50 % voire plus des réserves existantes de combustibles fossiles doivent rester inutilisées.
Il faudra alors que les énergies renouvelables représentent plus de 50 % de l’approvisionnement mondial total en énergie d’ici 2028, ce qui équivaut à « une multiplication par 37 du taux annuel d’approvisionnement en énergies renouvelables en seulement treize ans ».
Les scientifiques de l’université A&M du Texas concluent que d’ici la fin du siècle, la disparition des combustibles fossiles se produira dans tous les cas, en tenant compte ou non des risques climatiques :
« […] Les objectifs « ambitieux » de décarbonisation à la fin du siècle fixés par les dirigeants du G7 seront atteints en raison des limitations économiques et géologiques sur les combustibles fossiles au sein même du scénario sans contrainte dans lequel un engagement proactif faible en matière de décarbonisation est requis, voire aucun […] Nos résultats de modèle indiquent qu’en tenant compte ou non des préoccupations climatiques, les SER [sources d’énergie renouvelables] couvriront 87 % à 94 % de la demande énergétique totale d’ici la fin du siècle. »
Une planète solaire « d’ici 2030 »
Même si une multiplication annuelle par 37 de l’approvisionnement en énergies renouvelables semble être une tâche herculéenne à tous égards, certains analystes estiment que le bilan antérieur de l’énergie solaire montre que cela pourrait se produire encore plus rapidement.
À ce jour, l’énergie solaire a connu un taux de croissance exponentielle qui a constammentsurpassé les projections linéaires classiques. Alors que la production d’énergie solaire a doublé chaque année au cours des vingt dernières années, les coûts de production d’énergie solaire photovoltaïque (PV) ont chuté de 22 % chaque fois que la production a doublé.
Tony Seba, maître de conférences spécialiste de l’entrepreneuriat d’affaires, des perturbations et des énergies propres à l’Université de Stanford, explique que si cette tendance se poursuit, la croissance de l’énergie solaire est déjà sur la bonne voie pour devenir mondiale. Avec seulement huit nouveaux doublements, l’énergie solaire pourrait d’ici 2030 subvenir à 100 % des besoins énergétiques de la planète.
Cela signifie que même si les projections de Seba sont surestimées de moitié, l’objectif de 50 % d’énergies renouvelables d’ici 2028 pour éviter un réchauffement climatique mondial de 2 °C semble réalisable.
Néanmoins, une multitude de données scientifiques indiquent que 2 °C n’est pas un objectif de sécurité réaliste. Ancien climatologue en chef à la NASA, James Hansen, entre autres spécialistes, a averti que ce niveau de réchauffement pourrait entraîner la désintégration des calottes glaciaires polaires, ce qui élèverait de « plusieurs mètres » le niveau de la mer au cours du siècle et immergerait des villes comme Londres ou New York.
Que ces avertissements suffisent ou non pour inciter les investisseurs à se retirer de l’industrie des combustibles fossiles, voilà ce qu’il faut retenir : les dernières révélations sur la nature fondamentalement non économique de ces investissements pourraient accélérer la transition inévitable vers notre avenir post-carbone.
Nafeez Ahmed | 24 avril 2016
Nafeez Ahmed est journaliste d’investigation et auteur à succès. Titulaire d’un doctorat, il s’est spécialisé dans les questions de sécurité internationale, examinant ce qu’il appelle les « crises de civilisation ». Il a obtenu une récompense de la part de l’organisation Project Censored dans la catégorie « Outstanding Investigative Journalism » (« journalisme d’investigation d’exception ») pour un reportage d’investigation, publié par le journal The Guardian, sur l’intersection des crises globales de nature écologique, énergétique et économique et des conflits et géopolitiques régionales. Il a également écrit pour The Independent, Sydney Morning Herald, The Age, The Scotsman, Foreign Policy, The Atlantic,Quartz, Prospect, New Statesman, Le Monde diplomatique et New Internationalist. Son travail sur les causes profondes et les opérations secrètes liées au terrorisme international a officiellement contribué à l’établissement de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis du 11 septembre 2001 et à l’enquête du Coroner sur les attentats du 7 juillet 2005 à Londres.
Article original
Source: MEE