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Publié le: 31 juillet 2019
Mon art des sourds
Escapade culturelle et voyage initiatique à travers la peinture de Nancy Rourke, qui, sans son sens de l’ouïe, a su développer son sens artistique. Depuis quelques années, elle focalise son art sur les personnes sourdes.
Sexagénaire, la californienne Nancy Rourke revient sur ses traces et remonte le fil de son histoire. Une histoire qui débute vers l’âge de six ans. Alors qu’elle souffre de malaudition, la petite dessine et peint, se créant un univers en couleurs. Ses parents lui font suivre un programme scolaire dans une école spécialisée pour enfants sourds. Depuis, elle développe son art et expose, de ses débuts sur les murs de l’école aux grandes galeries à travers les Etats-Unis.
Ses études de peinture et de graphisme se déroulent d’abord dans un institut spécialisé privé, puis auprès de Rochester Institute of Technology dans les domaines des beaux-arts, de l'informatique et du graphisme. « En 1979, j'ai eu ma toute première exposition à la « National Gallery of Art de Washington, DC ». J’ai ensuite fait partie des douze artistes sourds participant à l'exposition « Heart, Eye, Hand », qui s'est tenue à la célèbre galerie Ankrum de Los Angeles ». Malgré son succès, elle choisit de se dédier au graphisme et au design.
La vie en technicolor
La jeune femme développe alors ses atouts pour la marque Xerox à San Diego, puis au sein de la 20th Century Fox, où elle a créé des palettes de couleurs pour des films classiques en noir et blanc, tels que Casablanca, King Kong, Sherlock Holmes et de nombreux films de John Wayne.
En 1991, Nancy travaille à Seattle pour Microsoft Corporation et conçoit des icônes Windows. « Alors que j'ai été mise à la porte de façon inattendue, je me suis dit qu’il était temps de renouer avec la peinture ; j’ai donc repris des cours avant de peindre des portraits, paysages, paysages urbains et natures mortes durant huit ans ».
Mouvement De’VIA
En 2010, Nancy s’implique avec passion dans le mouvement américain De’VIA, qui signifie Deaf View / Image Art. Celui-ci se base sur les perceptions et les expériences des personnes sourdes et compte célèbres peintres et sculpteurs. « J'ai attendu si longtemps avant de commencer à peindre des personnes sourdes. J’ai d’abord hésité à montrer au monde « mon art des sourds ». Dans le passé, cette communauté conservait silencieuse sa colère et sa frustration. Mon travail inspiré par la surdité, la culture, l’histoire, la politique, l'audisme, l'oppression de l'oralisme, la langue des signes américaine et le bilinguisme, laisse s’exprimer mes sentiments, sans retenue ». L’artiste a d’ailleurs reçu un prix de la Fondation Puffin pour étudier tous ces sujets.
Sources & interprétations
Nancy travaille par thème. La résistance, l’affirmation et la libération de l’art. Elle crée des mots, des images, des couleurs et toute la construction montre des bandes bleues, des lumières jaunes, des mains, des yeux, un éléphant, un cheval, des cordes, des fissures, des pansements, etc. avec les couleurs primaires. Le monochrome vient les renforcer.« Mon interprétation artistique est une déclaration politique, dont la société avait grandement besoin. Je tente de la sensibiliser, voire la secouer, à travers un appel au réveil. Ces influences proviennent des peintres Jean Michel Basquiat et Jacob Lawrence, qui ont étudié le mouvement des droits civiques ».
Dans l’art de la résistance, une œuvre montre un masque de bienveillance, une controverse linguistique, l’oralisme, l’intégration, le génie génétique, une barrière de communication, le colonialisme, le paternalisme et l’audisme. Dans l'art de l'affirmation, une œuvre montre l'autonomisation, l'association des sciences de la langue, la culture des sourds, l'identité, l'acceptation, l'histoire des sourds et la surdité.
« Enfin, dans l'art de la libération, je peins la résistance et l'affirmation ; celle-ci montre à la fois l'autonomisation et l'identité. Je peins comment les sourds ont été contrôlés par un environnement principalement audiste et cherche à décrire à quel point les sourds sont soumis, en souffrance et discriminés ; ça remonte jusqu’à 322 av. JC, à la naissance du philosophe Aristote et de sa doctrine ».
Nancy est aussi influencée par les mouvements fauvisme, néo-expressionniste et De Stijl ou néoplasticisme, dont les artistes utilisaient des couleurs primaires, ainsi que les monochromes pour les zones de couleurs saturées. « J’exerce des coups de pinceau vifs et puissants. Une « peinture directe », réalisée en une seule application. Peindre du clair au sombre, des marques épaisses à fines et des marques courtes à longues. Des « récurages » dans de nombreuses directions, des « ratés » à la brosse sèche. Cela signifie adoucir la couleur d'une zone peinte en superposant des pièces de couleur opaque, appliquée légèrement à l'aide d'un pinceau presque sec ».
L’artiste a reçu de nombreux prix pour l’ensemble de son travail. A découvrir tel un voyage initiatique, sans modération ! https://www.nancyrourke.com/biography.htm« L’art est thérapeutique et j’encourage toutes les personnes, particulièrement celles subissant un handicap auditif, de pouvoir s’exprimer à travers leurs propres expériences personnelles. Par exemple, leur propre identité de surdité. C'est là que j’ai appris à m'identifier davantage et à apprécier le fait d'être une personne sourde. C’est cela pour moi peindre ! ».
Copyright Nancy Rourke 2019