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Quand on suit la route du Gothard et traverse l'Argovie et la Suisse centrale, on aperçoit à un moment donné la commanderie des chevaliers de Saint-Jean de Hohenrain, juste au-dessus du village de Hohenrain. Fondée vers 1180, cette commanderie a donné son nom à toute la commune, formée de plusieurs villages, hameaux et terres. Visible de loin, l'ouvrage de Hohenrain comprend une tour circulaire dotée d'une guérite, une entrée, une cure, une tour dite «Roten», une maison nommée «Moserhaus», une église et un bâtiment central. Lorsqu'on contemple cet ensemble d'une certaine distance, on croit presque voir une petite ville; vu l'étendue du terrain à disposition, les divers bâtiments de Hohenrain n'ont en effet pas dû être serrés les uns contre les autres. L'enceinte rappelle la clôture d'un cloître plutôt qu'un mur fortifié. Elle cerne un district de plan oval long de 170 mètres et large de 100 mètres. L'angle nord-ouest, situé juste au-dessus d'une pente abrupte, est flanqué d'une tour circulaire. La porte qui se trouvait à cet endroit a été enlevée au XIXe siècle. Les bâtiments de la commanderie se trouvent dans le tiers occidental du domaine protégé par l'enceinte. On y distingue trois groupes de constructions. La partie nord comprend l'entrée et la porte intérieure, à laquelle s'adosse la cure.
La partie du milieu comporte la tour d'habitation, une maison la reliant à l'église - au XIXe siècle, cette demeure prit le nom de ses habitants, une famille Moser - et l'église. Le bâtiment central, communiquant avec le sanctuaire par un mur surmonté d'un hourd, forme le troisième groupe. Parmi les constructions profanes, l'entrée, la tour d'habitation et la maison de la commanderie remontent aux XIIIe et XIVe siècles. Elles ne sont mentionnées dans aucun document et on ne possède à leur sujet aucun contrat de construction ni aucune facture. Les quelques rares renseignements dont nous disposons se limitent à des procès-verbaux de visite établis après le Moyen Age. Pour pouvoir élucider les questions qui se posent quant aux phases de construction et au développement de ces bâtiments profanes, il faudrait étudier les murs existants et leur maçonnerie et procéder à des investigations archéologiques.
La tour «Roten», qui autrefois dominait tout l'ouvrage, est une tour d'habitation à caractère partiellement défensif. Elle a dû être érigée vers 1300. Son plan décrit un rectangle de 11,5 mètres sur 9,5 et pour ce qui est des trois étages en pierre, ses murs ont une épaisseur de 90 centimètres. La particularité la plus intéressante de cet ouvrage, c'est qu'il se termine par un quatrième étage, une superstructure en bois saillante reposant sur des poutres et coiffée d'un toit en croupe. Rares sont les tours surmontées d'un étage en bois qui se soient conservées jusqu'à nos jours. La tour «Roten» est revêtue d'un appareil en pierres de taille de moyenne grosseur. Jusqu'au troisième étage, les angles sont marqués par des moellons en bossage. Au Moyen Age, tout le bâtiment était enduit d'un crépi à grain fin; on en voit encore quelques traces à divers endroits. Les étages supérieurs de la tour ne sont accessibles que par des galeries et des escaliers en bois aménagés du côté sud et en partie dans la «Moserhaus». Les fenêtres percées dans les murs de pierre remontent à des transformations exécutées en 1531. La tour abrite diverses salles surmontées de plafonds en bois et au quatrième étage, on trouve une chambre gothique en bois parfaitement conservée, garnie d'un plafond en berceau.
Hohenrain fut la seconde des commanderies de l'ordre des chevaliers de Saint-Jean - nommé également ordre de Malte - fondées sur l'actuel territoire de la Suisse. On considère généralement comme le promoteur de l'institution lucernoise le chevalier Rodolphe de Hohenrain. Après la transformation de son siège ancestral en une commanderie, la famille de Hohenrain se retira à Wangen et adopta le nom de «de Wangen». Grâce à de nombreuses donations, les biens fonciers de la commanderie s'accrurent de façon importante au XIIIe siècle. C'est aux chevaliers de Saint-Jean qu'incombait l'exercice de la basse justice dans les territoires qui leur appartenaient. Au cours des siècles, l'ordre se heurta à d'innombrables difficultés. La perte de Rhodes l'affaiblit à tel point que la ville de Lucerne réussit à s'approprier l'administration de Hohenrain sans que lui soit opposée beaucoup de résistance. Elle y installa un prévôt, qu'elle chargea de la surveillance séculière sur la commanderie. En 1413, Hohenrain acquit le droit de cité de la ville de Lucerne, où les chevaliers possédaient un immeuble depuis 1376 déjà. II ressort d'un document de 1427 que le domaine du château de l'ordre comprenait également un asile, où maints assassins et meurtriers semblent avoir trouvé refuge. Au XVIe siècle, divers travaux de transformation modifièrent l'aspect de l'ouvrage de Hohenrain. Les commanderies de Hohenrain et de Reiden furent acquises entre 1803 et 1807 par la ville de Lucerne, avec les nombreux biens et terres qu'elles possédaient. Après la mort du dernier commandeur, en 1819, Hohenrain servit tout d'abord de bâtiment administratif. Puis, en 1847, on y installa un asile cantonal pour sourds-muets; aujourd'hui, il accueille des enfants sourdsmuets ou peu doués. Ces nouvelles fonctions exigèrent divers remaniements et agrandissements, qui détruisirent l'unité de l'ouvrage initial ou lui portèrent pour le moins gravement atteinte.
L'ensemble a été restauré dans les années 1977 à 1981.
Bibliographie