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Ambitieux, actif, engagé. C’est ainsi que Hakan Akman s’est présenté lors de l’entretien d’embauche. Cet homme de 28 ans aux cheveux noirs, vif, entendait bouger les CFF et les faire avancer. Après sa formation de logisticien et deux ans de travail à la manœuvre, désireux d’agir davantage, il a commencé la formation de chef circulation des trains. Pendant sa formation, il a déménagé de la région de Saint-Gall vers Berne, où habitait et travaillait sa compagne. C’est le premier des changements qui ont peu à peu fait de sa vie un grand huit.
Un besoin viscéral de satisfaire tout le monde
Son certificat de chef circulation des trains en poche, il a fait ses débuts au centre d’exploitation d’Olten. Hakan s’y est investi. Il adorait réguler le flux ininterrompu des trains. «Je voulais faire quelque chose et obtenir une reconnaissance pour mon travail», se souvient-il. Il a pris sur lui de travailler jusqu’à dix jours d’affilée, et de jongler à plusieurs reprises entre tours du matin, du milieu et du soir.
Le soir, peu avant la fin de son tour, lorsque le chef d’équipe lui téléphonait pour lui demander s’il pouvait prendre le tour du matin le lendemain, Hakan répondait: «Pas de problème». Après une courte nuit, il prenait sa voiture à trois heures du matin afin d’aller relever son collègue du tour de nuit à quatre heures à Olten. «J’avais un besoin viscéral de satisfaire tout le monde.» Sa conclusion semble une remarque dite en passant, mais elle est aussi une autocritique: «Dans ces conditions, tu ne peux jamais être tranquille.»
La descente aux enfers a commencé lorsque Hakan et sa compagne ont rompu et que Hakan a pris une chambre à Olten. Elle s’est accentuée à la suite d’un transfert à l’interne. Hakan a été nommé responsable de l’exploitation de la gare d’Olten, un nœud au cœur du réseau ferroviaire suisse, avec dix voies et des trains qui partent vers les quatre points cardinaux. Le flot des annonces et avis sur les écrans, le poids des responsabilités et la peur de commettre une erreur susceptible de compromettre la sécurité: c’en était trop pour lui.
Une locomotive laissée à l’arrêt
Hakan trouve difficile de se souvenir. Il cherche ses mots. «Je suis devenu pâle comme un linge et j’ai soudain commencé à transpirer, comme si j’avais fait un marathon.» Puis est venu le jour où il n ’est plus parvenu à intégrer au trafic une locomotive devant se rendre d’Olten à Lucerne pour une course de service. À la fin de son tour, Hakan est allé aux toilettes et ce qu’il a vu dans le miroir lui a fait peur. «Là, je me suis dit: non, Hakan, tu ne continues plus comme ça.»
Sa responsable d’équipe est venue vers lui. Ensemble, ils ont tiré le frein à main. La responsable a envoyé Hakan chez le médecin, qui l’a déclaré malade à 50% et a fait en sorte qu’il puisse provisoirement passer au Dialogue clientèle. Un Case Manager de l’unité Employabilité, santé et social a assuré la coordination entre Hakan, sa responsable et les services médicaux et thérapeutiques externes. Ce soutien de toutes parts l’a certes soulagé, mais Hakan continuait d’avoir mauvaise conscience. Il se sentait inutile et sans valeur. Ce n’est que lorsqu’il a admis que le travail au centre d’exploitation le sollicitait à l’excès qu’il a commencé à aller mieux.
«J’aurais dû écouter mon intuition dès le début.»Hakan Akman
Il a reconnu à quel point il était insensé d’essayer de prouver quelque chose à soi-même et aux autres, pendant des mois. «J’aurais dû écouter mon intuition. Pendant l’instruction à Olten déjà, je sentais que ce travail n’était pas bon pour moi.» Les erreurs font partie de l’existence. Mais Hakan a dû apprendre à les gérer. Il fait preuve de confiance en soi et de maturité lorsqu’il affirme aujourd’hui: «Tout ce que nous faisons ne fonctionne pas forcément correctement.»
Retour à la sécurité et à la stabilité
Depuis début avril, Hakan est à nouveau à Saint-Gall, où il travaille à plein temps à la régulation des trains pour CFF Cargo. Il renvoie une image de satisfaction, affirme qu’il se porte bien et qu’il se sent bien entouré dans son équipe, qui compte 15 personnes. Cela lui confère de la sécurité et de la stabilité, comme le font ses parents, chez lesquels il est retourné vivre. Tout cela lui a manqué au cours des dernières années.
En effet, même s’il vit mieux à présent, l’ambition ne l’a pas totalement quitté. «Je souhaite évoluer et assumer davantage de responsabilités», conclut Hakan avec un sourire timide. Il n’a pas encore de projets concrets, mais il sait qu’ils se feront jour lorsque ce sera le moment.