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C'est ainsi : il existe un rituel une géométrie à la fois mouvante et reproductible des conférences de presse. Du moins un rituel européen tant les rapports, dans l'espace anglo-saxon, entre les représentants des médias et ceux qui les convoquent sont d'une facture bien différente. Ceux qui travaillent dans les médias (comme ceux qui n'y travaillent pas) devraient, à supposer qu'ils ne l'aient jamais fait, s'interroger sur les origines de l'appellation «conférence de presse». Et ils devraient faire vite tant la formule a, ces derniers temps, tendance à prendre des accents ringards et à laisser la place au «point presse» ; autre rituel qui gagne en brièveté et qui, entre autres caractéristiques, fait une croix sur les buffets (boissons alcooliques ou non et petits fours de qualité variable) qui, jadis, suivaient immanquablement les «conférences» et autorisaient quelques babillages de salon entre confrères.Invités à ces rituels des observateurs naïfs ne verraient qu'un gentil ping-pong de questions et de réponses. Ils ne percevraient sans doute pas les chausse-trappes, les suaves perversités distillées, la langue de bois faite velours, la souriante méchanceté vinaigrée, toute la complexité des rapports entre les ambassadeurs de la plèbe médiatique et les rois de l'estrade. Ils peineraient à saisir que tout cela est un spectacle vivant dans lequel les gens du métier peinent parfois à identifier qui est acteur, qui est souffleur. En toute hypothèse, comme pour tout spectacle, l'estrade est un élément essentiel.Ah, l'estrade des conférences de presse ! On pourrait aisément bâtir une géographie sociologique de ces événements avec, pour seul critère, l'estrade et, mieux encore, la distance verticale objective séparant, durant l'office, ceux qui interrogent et ceux qui répondent. Un futur documentaire démocratique sur ce thème pourrait utilement faire référence aux célèbres conférences offertes par le général de Gaulle aux représentants de la presse diplomatique internationale. Charles de Gaulle et sa hauteur de vue, immanquablement placé bien au-dessus de son auditoire. De Gaulle qui avait perçu tout l'intérêt de la gestuelle théâtrale et de l'usage que le pouvoir politique pouvait faire du pouvoir de la presse que le politique savait encore tenir à distance respectable. La tendance contemporaine est de réduire cette distance autant que faire se peut tout en multipliant la manipulation télévisuelle des images. En d'autres termes, mieux montrer à tous ceux qui dictent et ce qu'ils disent à ceux qui les questionnent.Pour avoir progressivement abandonné toute participation régulière à ces spectacles, nous pensions à tout cela en nous rendant il y a quelques jours, dans un Paris polaire et poussé par une forme rémanente de conscience professionnelle, à la conférence de presse donnée mardi 24 janvier, par le Pr Didier Houssin, délégué interministériel français chargé, depuis septembre 2005, de la coordination «de l'action de l'Etat contre un risque de pandémie de grippe d'origine aviaire». Entouré de Gilles Brücker, directeur général de l'Institut national de veille sanitaire, de Monique Eloit, directrice générale adjointe de l'alimentation, et de Pascale Briand, directrice générale de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, le Pr Houssin a présenté l'ensemble des mesures visant à actualiser et à améliorer l'efficacité du plan national de lutte.Rappelant l'inquiétude des autorités sanitaires françaises et européennes devant les dernières données sur l'évolution de la situation épidémiologique en Turquie, le Pr Houssin a souligné la nécessité d'adapter régulièrement le plan national à l'évolution de la situation épidémiologique animale et humaine. Il a rappelé aussi l'importance qu'il fallait accorder à la déclinaison régionale, départementale et locale de ce plan. Une série d'exercices de simulation vont être mis en uvre pour tester et évaluer la réactivité des acteurs et des administrations impliqués dans cette lutte. Les professionnels de santé et l'ensemble de la population française vont être associés à ces mesures via une politique de large information.Il s'agit notamment de définir les mesures qui permettront, en situation de pandémie, d'assurer la poursuite des activités vitales, concernant notamment l'énergie, l'eau, les transports, les communications, l'alimentation ou les déchets. La question est aussi posée des conséquences qu'une pandémie pourrait avoir sur les activités hospitalières et l'enseignement.Puis, vers la fin de la rencontre (caméra fixe et estrade d'environ 66 centimètres), une jeune journaliste naïve sinon pressée de faire un titre : «J'ai bien écouté ce que vous avez dit. Mais peut-on dire que la France est aujourd'hui prête à lutter contre la pandémie ?» Embarras sur l'estrade. Et le Pr Houssin de sortir une nouvelle fois finement de l'ornière en dissertant avec élégance sur le sentiment d'être prêt et sur le fait de l'être ; en expliquant également que plus le temps passait moins les guêtres des patrouilles sanitaires françaises manqueraient de boutons.