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chapitre 6 Le décideur, son organisation et son environnement
Des systèmes d'acteurs peuvent être modélisés avec les mêmes techniques (systèmes expert, simulation orientée objet, etc) discutées auparavant en y rajoutant des éléments de communication (y compris de coopération, de coordination, de négociation, etc.). Toutefois, la tâche devient nettement plus difficile et dépasse les moyens alloués à ce travail. En conséquence, nous allons juste montrer l'architecture générale d'un tel système à l'aide de l'exemple sur la législation de l'acquisition des immeubles par des étrangers.
Nous avons déjà présenté la structure du système de décision de la Lex Furgler dans la section 5-4.1 "La LAIE - histoire, structure et dynamique" [p. 193]. Chacune des instances dans le dispositif légal, ainsi que les acteurs externes (vendeurs, acquéreurs, etc.) peuvent être modélisés comme des acteurs (quasi) rationnels qui peuvent raisonner et communiquer. Chaque acteur dans un tel système d'acteurs peut être représenté par un objet*1. Pour ce type de modélisation, la notion d' "acte de communication" est centrale. Inspiré de la théorie des actes de paroles (Searle:69), l'acte de communication implique un émetteur ayant une intention, un message, un receveur, et une "invitation à réagir". L'acte de parole de Searle implique toujours deux acteurs (A et B). Lorsque A produit un acte de parole, cela implique une demande à B à laquelle B devrait répondre par une action mentale, linguistique ou physique. En bref, A s'attend à un effet direct (illocutoire) de son acte. Chaque acte peut avoir des effets indirects (perlocutoires), B peut avoir d'autres réactions que celles qui ont été explicitement prévues par A (et les conventions sociales).
Ce que nous appelons "acte de communication" suit le même principe, il s'agit d'un "bloc atomique" de la communication et de la collaboration sociale. Toutefois, nous ne nous limitons pas à une communication "face à face" et l'énoncé d'un émetteur peut être d'une taille arbitraire (par exemple la transmission d'un dossier). La plupart des actes de communication entraînent au moins un autre acte de communication. Dans le domaine de la LAIE, nous pouvons distinguer par exemple les actes de communication suivants
:
Chaque type d'acte de communication nécessite certaines structures de connaissances assez générales et chaque contenu d'un acte est engendré et traité par des connaissances plus spécifiques du type que nous avons modélisés dans la section 5-3 "L'encodage d'un texte de loi - M-Lex" [p. 182]. La modélisation de la génération et du traitement des actes de communication est en principe assez simple, mais devient assez compliquée en pratique puisque ça implique la modélisation de plusieurs activités cognitives. Examinons un cas de figure très simple
illustré dans la figure 6-7: l'acteur A doit d'abord avoir un but (et décider de le poursuivre). Ensuite, il doit produire un message et le transmettre à un décideur B. Celui-ci doit produire une réponse et la renvoyer. Chacun de ces acteurs doit surveiller à la fois le progrès de son propre travail et du travail des autres. Notamment A doit faire tout pour obtenir une réponse, et éventuellement créer d'autres actes de communication pour satisfaire ses buts. En plus, le terme "création de message" peut cacher une myriade d'autres actes de communications auxiliaires. Au plan informatique, il existe plusieurs stratégies que l'on peut suivre: la plus simple consiste à implémenter les acteurs comme objets avec un langage orienté objet. A chaque objet, on associe une base d'inférence et on implémente les actes de communication par l'envoi de faits d'une base d'inférence vers une autre.
Ce type de modélisation (accouplement de plusieurs systèmes expert) est facile à mettre en oeuvre, mais possède un certain nombre d'inconvénients. L'ensemble est notamment très fragile car une modélisation dépend du fait que chaque système expert renvoie toujours une réponse bien structurée qui satisfait aux règles du système qui a envoyé la requête. L'élément "temps" et indépendance relative des acteurs manque complètement. Ainsi, il serait déjà plus intéressant d'implémenter le tout avec un langage de type "SIMKIT" qui est spécialement conçu pour organiser des flux de communication dans un système d'acteurs. Ayant à disposition une montre de simulation, il serait également plus facile de modéliser l'environnement du système d'action, par exemple des changements politiques ou économiques entraînant une modification du comportement des décideurs modélisés par une base de règles.
La littérature sur la planification en IA contient un grand nombre de références utiles pour la modélisation de la communication, de la coopération et de la planification inter-agents et nous renvoyons à toute cette littérature pour plus de détails*2. Les travaux dans ce domaine sont très intéressants, toutefois il faut les adapter pour pouvoir modéliser un domaine plus large que c'est habituellement le cas en IA. Ces travaux mettent en évidence la nécessité de développer des modèles très poussés sur la perception que possède un acteur d'un autre et de ses actions. Il est très intéressant de constater que l'on retrouve des références dans la littérature des relations internationales qui suggèrent la nécessité et l'utilité de ce type de modélisation. Dans Alker, Bennett et Mefford (80), un article sur les dilemmes d'insécurité collective, on trouve par exemple le terme de "reflective logics" qui fait référence au raisonnement sur les croyances et les intentions des autres acteurs pour pouvoir mettre en évidence, négocier et atteindre des buts à long terme malgré les obstacles des buts à court terme.
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