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L’estomac n’est pas toujours dans les talons (féminins)
«Qui dort dîne». Nous connaissons tous cette expression. Sans bien en connaître toujours le sens. Une version historique soutient qu’elle daterait du XVIIIe siècle mais proviendrait en réalité du Moyen Âge malfamé: à l’époque où le voyageur qui voulait dormir dans une auberge était également contraint d’y dîner; pas de couvert, pas de gîte. Pour le dire autrement: «Si tu manges, tu dors, si tu ne manges pas, tu va dormir ailleurs!». Ce qui peut indiquer que la bouche était d’un meilleur revenu que la couche. Une autre version, défendue par le linguiste Alain Rey, affirme que l'expression pourrait provenir d’une forme d’humour grec; pas la Grèce actuelle mais l’Antique, qui ignorait les dettes. Cette ellipse voudrait signifier que le sommeil nourrit celui qui n'a pas de quoi manger. Dormir permettrait d’oublier sa sensation de faim. Ou que le sommeil tient lieu de nourriture. Et rien n’interdit alors d’imaginer qu’il s’agissait là de l’un de ces oracles prononcés à Delphes par les cartomanciennes de l’époque et qui faisaient se gratter les têtes des contemporains de la Pythie; et de leurs descendants.
Cerveau et estomac, un lien ténu et compliqué
Sans doute les liens entre le cerveau et l’estomac sont-ils nettement plus ténus que l’on pourrait croire. Et ils sont également moins simples qu’on pourrait l’imaginer entre l’estomac et les talons. Nous savons tous ce que signifie l’expression selon laquelle le premier est dans les seconds. Et nous savons tous comment lui faire regagner le carrefour entre la rue de l’œsophage et les boulevards intestinaux. Car il ne fait aucun doute dans les esprits (la chose est connue par expérience) que la mobilisation durable et récurrente des seconds incite à remplir au plus vite le premier. C’est là un réflexe plus que sympathique qui prolonge et dépasse le vague. Il suffisait de voir des travailleurs de force passer à table pour savoir que cette règle était en vigueur au temps des battages et des vendanges. L’exercice ouvre, aiguise, affûte l’appétit. C’est encore vrai. Mais cela ne l’est pas toujours.
On vient de l’apprendre avec une petite et bien originale étude; l'une des premières, nous dit-on, à examiner la « motivation neurologique » pour les aliments en réponse à l'exercice physique. Avec un résultat bien surprenant : au lieu de l’ouvrir, la pratique de l’exercice entraînerait une diminution de l’appétit. Cette expérience est publiée dans l’édition d’octobre de la revue Medicine & Science in Sports & Exercise. Elle a été menée par des chercheurs de la Brigham Young University (Utah). Ils ont mesuré l'activité neuronale de 35 femmes (18 de poids normal et 17 cliniquement obèses) alors qu’elles visionnaient des images d’aliments appétissants. Et le hasard (mais peut-être est-ce la fatalité) veut que ce travail ait été dirigé par un certain James D. Lecheminant.
En pratique, les femmes volontaires acceptaient de se livrer à un petit exercice matinal. Rien de scabreux: marcher rapidement sur un tapis roulant pendant 45 minutes. Puis on passait au visionnage: les images montraient soit de la nourriture tentatrice soit des fleurs (non comestibles). Les mêmes images étaient montrées les matins sans tapis roulant. Dans tous les cas, on mesurait en parallèle les activités neuronales sans avoir recours à la neurochirurgie mais par le simple truchement de différentes approches biologiques et électro-encéphalographiques.
45 minutes de marche suffisent
Au final, l’équipe de M. Lecheminant constate que l’attention des participantes aux images d'aliments diminue nettement après le tapis roulant. Quant à l’obésité, elle n’influence en rien la motivation pour les aliments, remarquent les chercheurs. Enfin, les participantes n'ont pas augmenté leurs apports caloriques durant les journées où elles faisaient chauffer les tapis; la preuve que leur corps ne cherchait pas à «rattraper» l’énergie ainsi consommée. Pour le dire autrement, l'exercice physique, producteur d'énergie, affecterait aussi la réaction aux signaux alimentaires dans le sens inverse à celui attendu.
Peut-être y a-t-il là, dans cet interface entre exercice physique et réaction neurologique, une piste à creuser pour améliorer la prise en charge des personnes souffrant de surcharge pondérale et d’obésité. Et ce d’autant que toutes les études convergent aujourd’hui pour conclure qu’une activité physique réduite dans le temps (inférieure à trente minutes) et d’intensité modérée mais quotidienne est génératrice d’indiscutables bénéfices coroporels. Il faut désormais faire passer un nouveau message à celles et ceux qui sont tentés par cette simple hygiène de vie : cette dépense calorique ne se traduira pas ipso facto par le besoin de compenser à table l’énergie que vos muscles viennent de brûler. Ce qui, tout bien pesé, est d’assez bonne augure.