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Luisa Tschannen
20 mai 2022
Les films d'Anka Schmid, projetés cette année au festival Videoex 2022, plongent dans une partie de l'histoire du cinéma. Le programme, qui couvre trente-six années de création, révèle également les évolutions techniques. Entretien avec Anka Schmid, qui évoque aussi la montagne, la musique et l'amour.
Je commence le film «Habibi» par la question «Est-ce que tu m'aimes ?» Beaucoup de gens se le disent, mais malgré cela, l'amour reste individuel. Il s'agit aussi de l'amour et de ses projections quand on se sépare.
Cela m'a occupé tant sur le fond que sur la forme. Une fois, j'ai eu envie de montrer ce thème avec la technique du stop-motion, comme dans «Herzensfreude». Dans «Habibi», le désir est dessiné, et je travaille aussi avec des clichés de l'histoire du cinéma. Dans «Habibi», l'ami du personnage principal symbolise tantôt le voleur, tantôt le loverboy, puis Dracula ou Zorro. Il y a là une réflexion sur les figures de l'homme et de la femme. Je me suis aussi souvent demandé quels étaient les différents couples. Et ce qui se passerait si deux personnes formaient un couple par pur hasard, par exemple deux personnes qui se retrouvent côte à côte dans la file d'attente d'une cabine téléphonique.
J'ai étudié à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin. J'ai toujours considéré qu'il était important d'être maître de la technique, de pousser celle-ci au maximum. La technique me fascine et je crois que l'expérimentation avec le matériel ou les appareils est bien plus qu'une «gymnastique intellectuelle». Mes idées ne naissent pas d'histoires, mais plutôt de l'art et de certaines visions.
Le film est une œuvre d'art totale. Le son est selon moi toujours décisif, comme un deuxième espace. Je ne me considère pas comme une musicienne, mais pas non plus comme une créatrice d'images. C'est l'interaction qui m'intéresse. Qu'il s'agisse d'un orchestre, de musique classique ou de bruits parasites. Le mélange de l'image et du son crée toujours une tension.
Je viens d'une famille où l'on chante beaucoup. Nous pouvons tous le faire, le chant existe dans toutes les cultures. Même ceux qui ne savent pas chanter peuvent au moins fredonner. Je crois fermement que s'exprimer artistiquement fait partie de la condition humaine. Le chant est une des premières formes d'expression. On peut chanter quand on a peur, en voiture, quand on est amoureux. C'est ce qu'il y a de plus immédiat. Pas besoin de crayon ou d'appareil photo. Nous l'avons.
Mon nouveau documentaire est consacré au chant justement. Aux mélodies qui nous accompagnent du berceau à la tombe.
En ce moment, j'essaie aussi de faire un premier long métrage expérimental, mais c'est difficile de trouver le budget. Les sociétés de production prêtes à prendre des risques manquent. Je suis quelqu'un qui cherche en permanence de nouvelles formes artistiques. Agnès Varda est mon modèle. Elle a encore fait des films et tenté de nouvelles choses à 94 ans.
Outre le chant, les montagnes sont souvent évoquées dans vos films, dans «Das Engadiner Wunder» ou «Praktisch und Friedlich», tous deux présentés au Videoex. Mais aussi dans le documentaire de cinéma «Magic Matterhorn», qui vient d'être numérisé. D'où vient cette fascination pour la montagne ?
La montagne est un bloc de folie qui nous bloque souvent la vue. Elle est le contraire de la mer. Les montagnes nous rendent aussi plus humbles. C'est aussi la force du paysage alpin qui me fascine toujours de manière très différente.
Serez-vous présent à Videoex ?
Oui, bien sûr que j'y serai. Je suis très curieuse. Nous, les cinéastes, avons souffert de la fermeture des salles de cinéma et les festivals sont des occasions d'entrer en contact avec le public. Regarder un film ensemble, c'est tout autre chose que d'être seul devant son ordinateur.
Dimanche 22 mai, 19:30
mardi 24 mai, 19:30
Cinema Z3, Kasernenareal, Zurich
Communiqué de presse
26 avril 2022