Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06929.jsonl.gz/432

Le pire est-il toujours à craindre ? Alors qu'à Bangkok la 15e conférence internationale sur le sida vient, dans un triste rituel, depuis longtemps banalisé, d'expliquer au monde entier que la pandémie ne cesse de progresser, notamment en Asie, un groupe de chercheurs thaïlandais, français et américains montrait au terme d'un essai clinique original et de grande envergure que l'on pouvait, dans ce pays, réduire à moins de 2% le taux de contamination par le VIH de la mère à l'enfant.On sait que le sida constitue aujourd'hui l'une des premières causes de mortalité infantile dans de nombreux pays en développement, le nombre quotidien de contaminations in utero ou lors de l'accouchement étant estimé à 1500. En l'absence de prise en charge thérapeutique, le VIH est transmis à environ 35% des enfants de mères infectées. L'utilisation de traitements préventifs par la zidovudine (AZT) a, depuis les années 1990, permis de diviser par trois le risque de contamination dans les pays industrialisés. Pour autant, en raison de leur durée, de leur complexité et de leur coût, ces traitements restaient peu accessibles aux femmes séropositives dans les pays en développement.A l'issue d'un essai clinique réalisé en Thaïlande dans le cadre du programme international, Perinatal HIV Prevention Trial/ (PHPT-2), une équipe de chercheurs thaïlandais, américains et français1 vient de démontrer qu'il est aujourd'hui possible de réduire le risque de transmission mère-enfant du VIH au-dessous de 2%, grâce à l'association d'un traitement court par AZT et d'une prise unique d'un autre antirétroviral, la névirapine.«En Thaïlande, le traitement court, habituellement prescrit pour la prévention de la transmission mère-enfant du VIH, repose sur l'administration d'AZT au cours du dernier trimestre de la grossesse, durant le travail et l'accouchement, et pendant une semaine chez le nouveau-né, précise-t-on auprès de l'Institut de recherche pour le développement (IRD). L'allaitement artificiel est également recommandé afin d'éviter la contamination des enfants par le lait maternel.»Les chercheurs ont proposé d'ajouter à ce traitement une dose unique de névirapine à la mère et à son enfant. 1844 femmes enceintes infectées par le VIH, réparties dans 37 hôpitaux de tout le pays, ont participé à l'essai. Une fois leur consentement recueilli, elles ont été réparties au hasard dans trois groupes. Alors que dans le premier groupe, mères et enfants ont reçu le traitement standard par AZT, dans le second une dose unique de névirapine a été ajoutée au traitement des mères au moment de l'accouchement, et dans le troisième, une dose unique de névirapine a été ajoutée au traitement des mères et des enfants.En cours d'essai, l'observation d'un taux de transmission significativement inférieur dans les groupes recevant la combinaison AZT/névirapine, par rapport au groupe ne recevant que l'AZT (soit respectivement 1,1%, et 6,3%), a conduit à administrer de la névirapine à toutes les femmes de l'étude. «L'essai a été poursuivi pour déterminer s'il était également nécessaire de donner de la névirapine à l'enfant, en plus du lait. L'analyse finale a révélé un taux de transmission de 2,0% dans le groupe où les mères et les enfants avaient été traités par la névirapine et de 2,8% dans le groupe où seules les mères en avaient reçu, expliquent les chercheurs de l'IRD. Cette nouvelle stratégie de prévention, plus simple et plus courte qu'une trithérapie pendant la grossesse, se révèle aussi efficace et ce, sans risque toxique additionnel pour la mère et l'enfant. Le faible coût des doses supplémentaires de névirapine rend ce traitement applicable dans les pays en développement. Dans ceux qui utilisent actuellement des régimes courts d'AZT pour prévenir la transmission mère-enfant du VIH, à l'instar de la Thaïlande, beaucoup plus d'enfants pourraient être sauvés par l'adjonction d'une seule dose de névirapine chez la mère et chez son enfant.» Pour le dire simplement, ces résultats laissent espérer une éradication de la transmission du VIH mère-enfant.Il faut toutefois ajouter que dans cet essai les femmes qui ont été exposées à la névirapine et qui ont débuté, six mois après l'accouchement, une trithérapie contenant ce médicament, ont présenté un risque plus élevé d'échec thérapeutique que celles qui n'y avaient pas été exposées initialement. Ce risque accru pourrait être lié à la sélection, dans les semaines qui suivent la prise unique de névirapine, d'une population virale résistante à ce produit. Pour tenter de résoudre ce problème, des études en partenariat avec le ministère de la santé de Thaïlande ont été engagées. Les chercheurs travaillent ainsi actuellement sur l'administration de trithérapies en cours de grossesse pour les femmes qui le peuvent ou dont l'état clinique le nécessite, la mise en place d'un traitement antirétroviral couvrant la période qui suit la prise unique de névirapine afin de prévenir l'apparition de mutations résistantes, ou encore le remplacement de la névirapine par d'autres médicaments, soit dans le traitement de prévention de la transmission périnatale, soit dans la première trithérapie antirétrovirale administrée aux mères qui le nécessitent. Au vu de son efficacité pour prévenir le sida pédiatrique, la Thaïlande, relayée par l'OMS, a décidé de promouvoir ce nouveau traitement simple par AZT/ névirapine.1 Les résultats détaillés de cette étude sont publiés dans le New England Journal of Medicine, daté 15 juillet (N Engl J Med 2004 ; 351 : 217-28). Cette étude a pu être menée grâce à la collaboration des institutions et organismes suivants : le Ministère de la Santé publique de Thaïlande, les universités de Chiang Mai, de Khon Kaen et de Mahidol en Thaïlande, l'Unité de recherche 054 de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et l'Institut national d'études démographiques (INED), en France, l'Harvard School of Public Health, Department of Immunology and Infectious Diseases, l'University of Massachusetts, les National Institute of Child Health and Human Development (NICHD), le Fogarty International Center aux National Institutes of Health, aux Etats-Unis. Cette recherche a été financée par le National Institute of Child Health and Human Development (NICHD) aux National Institutes of Health, USA, (R01-HD 39615), l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS 1208), l'Institut de recherche pour le développement (IRD), l'Institut national d'études démographiques (INED), le Ministère des affaires étrangères en France, le Ministry of Public Health et le Department of Technical and Economic Cooperation, en Thaïlande.