Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07006.jsonl.gz/698

Une histoire tumultueuse
Publié le 10 octobre 2017
L'Orchestre philharmonique de Berlin sous le Reich
>> Entre 1933 et 1945, lʹOrchestre Philharmonique de Berlin a donné des centaines de concerts et participé à différentes manifestations, dont les Jeux Olympiques en 36.
>> Culture et totalitarisme sont deux termes antithétiques. Pourtant, lʹhistoire nous enseigne le pouvoir de fascination qu’exerce le premier sur le second.
>> Comment sauver le meilleur de l’Allemagne quand le Parti contrôle la programmation, les finances du Philharmonique et son image? Telles sont les questions auxquelles le chef d'orchestre Wilhem Furtwängler a été confronté.
Événements clés AfficherMasquer
-
Naissance du Berliner
A l'origine, un désir d'autogestion
-
Création d'un ministère de la culture
Le début de la propagande
-
Beethoven, symbole de liberté
Le musicien le plus joué par le Berliner
-
Wilhelm Furtwängler, passionné de musique allemande
Un chef qui place l'art au-dessus de tout
-
Procès et acquittement
La dénazification pour reconstruire
-
Naissance du Berliner
A l'origine, un désir d'autogestion
Fondé en 1882 par une cinquantaine de musiciens ayant quitté leur ensemble, l'Orchestre philarmonique de Berlin est né du désir d'échapper à la hiérarchie pour tenter l'aventure de l'autogestion. L'utopie ne durera pas longtemps.
>> A écouter ce premier volet consacré à la naissance de ce qui deviendra un levier de la propagande du IIIe Reich:
Après la première guerre mondiale, l'Allemagne est ruinée et l'Orchestre cherche l'argent de sa survie. Il se "vend " alors comme le meilleur représentant de la musique allemande et met en avant son utilité nationale. Sans s'en rendre compte,et bien malgré lui, l'Orchestre prépare ainsi l'idéologie nazie.
-
Création d'un ministère de la culture
Le début de la propagande
En 1933, profitant d'une lacune laissée par la République de Weimar, le parti nazi créée le ministère de la culture, de l'éducation des peuples et de la propagande.
Les trois piliers de la communication
A sa tête, Joseph Goebbels comprend que pour avoir le peuple derrière lui, la communication est indispendable. Il la fonde sur trois piliers: le son, l'image et le mot, soit la radio, le cinéma et la presse. L'orchestre de Berlin, alors sous la direction de Wilhelm Furtwängler, est un atout majeur dans sa propagande, tant les Allemands aiment les concerts. Le Berliner reste néanmoins "apolitique".
Certains compositeurs ne sont plus joués, notamment ceux des pays ennemis ou des pays soumis, comme la France.
Archives sauvées par les soldats russes
En 1945, dans un Berlin en ruines, ce sont les soldats soviétiques, les mélomanes appréciant le travail de cet orchestre prestigieux, qui mettront dans leur sac ce qu'ils auront trouvé comme enregistrements.
Ces archives disparaîtront avant de réapparaître dans les années 60.
-
Beethoven, symbole de liberté
Le musicien le plus joué par le Berliner
Pendant toute cette période troublée de la guerre, Beethoven fait office de refuge moral et artistique pour Wilhelm Furtwängler qui estimait que la musique du compositeur allemand permettait de créer un lien quasiment spirituel entre celui qui l'écoute et celui qui le joue.
>> A écouter ce deuxième volet consacré à Richard Strauss et Beethoven, deux compositeurs très joués par le Berliner:
Contemporains des guerres napoléoniennes, esprit libre, premier artiste à traiter d'égal à égal avec les princes, Beethoven apparaît comme un symbole de liberté.
Beethoven a été le compositeur le plus joué par Furtwängler qui dirigea le Berliner de 1922 à 1944, puis de 1952 à 1954.
-
Wilhelm Furtwängler, passionné de musique allemande
Un chef qui place l'art au-dessus de tout
Pour les nazis, rien ne valait le canon allemand des 18e et 19e siècle. Pour Wilhelm Furtwängler aussi, mais pour d'autres raisons.
Pris dans une Europe à feu et à sang, le chef d'orchestre, érudit et humaniste, plaçant l'art au-dessus de la politique et des guerres, incarne l'image d’un art allemand qui s’est toujours voulu inaliénable.
>> A écouter ce troisième volet consacré au dilemme du chef d'orchestre:
Si la discographie de Furtwängler est très grande, elle l'est surtout après la guerre: 320 enregistrements contre 121 entre 1933 et 1945.
Ces gravures de guerre sont passionnantes, notamment parce qu'elles sont des captations directes qui traduisent et révèlent le climat d'angoisse de l'époque.
L'exemple de Coriolan
Pour preuve, deux versions de "Coriolan" de Beethoven, l'une de 1943, où les timbales ne sont jamais étouffées comme une analogie aux bruits des bombes, l'autre de 1949, beaucoup plus lisse et discrète.
Admirables documents qui permettent de comprendre la fameuse "subjectivité" du chef d'orchestre.
-
Procès et acquittement
La dénazification pour reconstruire
Même s'il n'a jamais eu la carte du parti. Même s'il n'a jamais fait le salut hitlérien. Même s'il a échappé à la déportation en 1945. Même s'il a aidé de nombreux musiciens juifs à quitter l'Allemagne, ce qui toujours mis hors de lui Goebbels. Même si des musiciens juifs de haut niveau ont toujours pris sa défense, Wilhelm Furtwängler doit passer par une commission de dénazification.
>> A écouter ce quatrième volet qui fait entendre les voix célèbres qui ont soutenu le chef d'orchestre:
Son procès se déroule en même temps que celui de Nuremberg. Ce qu'on lui reproche, c'est d'avoir été l'instrument du parti nazi. Mais pour lui, pas question d'abandonner cette Allemagne qui souffre. Sa mission: conserver malgré le chaos la musique allemande dans sa permanence.
Aucune charge
L'accusation reconnaissant elle-même qu'aucune charge d'antisémitisme ou de sympathie avec l'idéologie nazie ne pouvait être retenue contre lui, Wilhelm Furtwängler fut acquitté le 17 décembre 1946.
En 1947, Yehudi Menuhin, qui a soutenu Furtwängler lors de son procès, viendra à Berlin pour jouer le concerto pour violon de Beethoven avec le chef d'orchestre.
-
Crédits
Une émission en quatre épisodes réalisée par Serene Regard pour Versus-Ecouter
Photos: Keystone / Getty Images / AFP
Réalisation web: Marie-Claude Martin