Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07092.jsonl.gz/114

07/01/2013
13/08/2012
Quand j'étais en Grèce, j'ai pu constater une étrange chose: toutes les grosses infrastructures commandées par l'État avaient été faites soit par des Allemands, soit par des Français. Or, j'ai entendu plus tard dire que les banques françaises et allemandes étaient en crise parce que les Grecs ne pouvaient plus rembourser les prêts pris auprès d'elles. Cela m'a donné l'impression que les Grecs avaient commandé des infrastructures à des industriels qui s'arrangeaient avec les banques de leur propre pays pour fournir l'argent. Les Grecs pouvaient avoir l'impression que cela ressortissait au fond au cadeau, parce que les experts mandatés par les gouvernements allemands et français étaient ceux qui avaient montré aux gouvernements grecs ce qu'ils pouvaient commander à leurs industriels et par conséquent emprunter à leurs banquiers.
Cela signifierait que la responsabilité de la faillite grecque incombe aussi aux gouvernements français et allemands: car c'est eux qui ont pensé que les Grecs pourraient rembourser. Est-ce que réellement les Grecs pouvaient en savoir plus long que leurs experts, à ce sujet? Ils pouvaient en douter, puisque ces experts faisaient probablement valoir leur expérience, leur connaissance de ce qui se faisait depuis longtemps en France et en Allemagne.
On se disait que tout le monde avait à y gagner. On prenait donc l'expérience acquise comme suffisamment probante pour l'avenir. On se faisait des illusions en Grèce, certes, mais aussi en France et en Allemagne. L'impression existe que loin d'avoir pris la mesure de leurs erreurs, les Français et les Allemands demeurent dans l'idée que la Grèce doit être mise sous tutelle parce qu'elle est la principale responsable de la situation, les infrastructures que leurs experts ont proposées étant naturellement toujours des plus nécessaires! Comme ce pont que j'ai vu, à Patras, qui passe par-dessus une mer, et qui n'est emprunté que de ceux qui peuvent payer le passage... Les autres prennent le bac, qui est moins cher.
Mais l'économie grecque étant surtout agricole, elle est de faible valeur ajoutée, et les rêves qu'on peut faire sur l'industrialisation de l'univers ont toujours quelque chose de faussé: c'est comme les pouvoirs magiques qu'on attribue à la radioactivité! Les Français adorent croire, par exemple, que l'industrie nucléaire représente une étape majeure de l'Évolution. Ce n'est pas forcément le cas.
23/09/2008
J’ai l’impression que certains Français frontaliers sont spontanément persuadés que leur salaire suisse est élevé parce que les patrons des entreprises suisses sont généreux. Dans les faits, c’est surtout parce qu’en France, les patrons paient beaucoup plus à l’État, y compris en temps.
Je me souviens d’un jour, Jacques Chirac étant alors Président, où les fonctionnaires faisaient grève, pour lutter contre les attaques supposées du Capital, en France, contre les salariés. Bien que fonctionnaire, je n’avais pas suivi ce mouvement de grève. Des amis français salariés en Suisse, très hostiles aux prérogatives naturelles du Capital, manifestèrent leur surprise et même leur indignation, face à ma décision. Je leur ai demandé, alors, pourquoi eux ne faisaient pas grève aussi. Ah, non ! répondirent-ils : en Suisse, cela ne se fait pas.
Peut-être pensaient-ils, de fait, que le Capital y est spontanément plus altruiste.
02/07/2008
Un journaliste littéraire du Monde, sur son blog, a récemment évoqué mon livre sur la Savoie, et une partie de ce qu’il énonce concernait Genève. Selon lui, j’aurais à peu près dit que la mondialisation avait eu pour effet de faire manger aux Genevois des reblochons. A vrai dire, si j’ai dit cela, c’est assez absurde, car le reblochon a surtout du succès à Paris.
Ce que je me souviens plus précisément avoir dit, c’est que durant la seconde moitié du XXe siècle, les machines étaient venues en Haute-Savoie depuis Genève et plus généralement la Suisse. De fait, Genève est connue en France, au sein du peuple, par ce dont les journalistes ne parlent guère (ils préfèrent aborder des sujets plus élevés, sans doute) : c’est simplement la présence en son sein de grosses et belles voitures. La Suisse est réputée pour avoir des voitures automobiles qui brillent !
Le plus amusant est que si on lit Michel Butor, par exemple, on s’aperçoit que cela s’y reflète : car dès qu’il regarde vers Genève, il voit les avions qui s’élèvent des bords du Léman, et s’enfoncent dans l’azur du ciel. Butor est un grand écrivain parce qu’il sublime ce dont parle le peuple, et non parce qu’il évoque de préférence des sujets qui paraissent élevés au commun des journalistes qui écrivent.
Ce qui est remarquable, et spécifique, en Suisse et en Haute-Savoie, c’est le mélange permanent entre la nature - les montagnes, les lacs, la campagne - et les machines les plus modernes ! A Paris, les choses sont différentes : l’industrie étant centralisée, c’est la ville qui est imaginativement mécanisée, tandis que la campagne est restée agricole et dénuée de machines visibles. C’est ce qu’on appelle le désert français.
Or, la Haute-Savoie épouse, spontanément, le modèle suisse, plus décentralisé, qui dissémine la technologie, qui ne regroupe pas l’activité économique autour d’une capitale administrative en particulier. Cela crée, je crois, des images poétiques du type de celles de Butor, qui a également évoqué le travail d’usinage des gnomes, sous la terre, durant l’hiver savoyard, quand ils préparent le printemps ! Ce mélange entre l’organique végétal et le mécanique m’a toujours paru profondément intéressant, et se différencier d’une vision parisienne au sein de laquelle la machine est plus intimement liée à la pierre des cités - à la civilisation urbaine, à l’héritage romain. C’est cela dont j’ai réellement voulu parler : non du reblochon.
22/06/2008
- Certains, en France voisine, ne sont pas réellement favorables à la construction de transports en commun pour les frontaliers, parce qu’il existe certains secteurs où des Français, motivés surtout par les perspectives salariales, vont travailler en Suisse alors que les entreprises françaises manquent de bras. Ils le font, de surcroît, après avoir été formés gratuitement en France, en général.
Pour résoudre ce problème des transports en commun, indispensable pour l’environnement, et utile sur le plan global, il faut tenir compte de cet aspect. Sinon, on continue de s’étonner de l’ineptie des Français voisins qui ne font rien.
Mais de fait, dans certains cas, payer un transport en commun, c’est sacrifier un argent immédiat à des bénéfices plus grands sur le long terme. Cela demande de l’abnégation. Dès qu’on l’a compris, on a aussi compris qu’un tel sacrifice doit être global, commun à tous les acteurs, à tous ceux qui sont impliqués dans cet emploi de gens qui habitent loin de leur lieu de travail, ainsi que les contrats de travail l’indiquent clairement. Cela veut dire qu’en rendant valables ceux-ci, l’État de Genève, par exemple, est aussi partie prenante : il a aussi sa responsabilité.
A mes yeux, même, la charge doit être calculée non en fonction des territoires, mais de la plus-value réalisée par la situation. Je crois que c’est ce qui est réellement équitable. Il faut raisonner en fonction de l’économie, et non des États. L’Etat n’est là que pour vérifier que l’équité est respectée.
Raisonner en fonction des frontières, c’est bien raisonner aussi en fonction du territoire. Trop de frontières, dans le monde, servent à protéger le capital dans un sens, à l’accroître dans l’autre. Le vrai libéralisme a pour base la vie de l’entreprise, et la regarde comme un tout, au-delà des nations. Et à l’intérieur même de l’entreprise, ainsi délivrée des nations, l’équité doit régner. En effet, aucune liberté ne peut durablement s’exercer sans sens de la responsabilité. L’Etat exploite précisément les injustices qui se répandent dans l’entreprise pour se donner le droit d’y intervenir, parfois abusivement. Le marxisme même repose sur le présupposé qu’aucune justice ne peut régner au sein de la libre entreprise.
Je crois, néanmoins, qu’on peut le détromper : cela dépend de la volonté humaine. L’Etat même peut n’intervenir que ponctuellement, quand, je dirais, le Capital exagère.
Cela dit, une économie responsable n’est pas seulement celle où les propriétaires du Capital sont soucieux des autres hommes : car c’est là une règle morale qui s’exerce même en dehors de l’économie ! Sur le strict plan économique, la responsabilité consiste à regarder le long terme, et les effets finaux de l’action. On pourrait ainsi évaluer le coût environnemental. Or, la création de richesses ne doit pas être fondée sur le vol : y compris de la Nature. On ne devrait pas laisser se répandre l’idée que tout accroissement de richesses est fondé sur la création d’un déséquilibre. Car cela amène les esprits responsables à contester la légitimité de la croissance même.
Quoi qu’il en soit, comme c’est là aussi une affaire de foi, ou du moins de philosophie, on ne peut s’appuyer sur tout le monde, pour créer une vision responsable de l’économie. Mais les transports en commun restent quand même de la responsabilité de ceux qui les utilisent, ou les font utiliser, ou de ceux qui les y autorisent. A mon avis.
01/06/2008
Dans La Tribune de Genève du 7 mai dernier, Armand Lombard stigmatisait les riches qui gagnaient de l’argent pour gagner de l’argent, et ne voulaient rien en faire pour aider leur prochain. L’idée était déjà énoncée par Robinson Crusoë dans le roman de Daniel Defoe, selon laquelle tout gain superflu devait servir à la libéralité : être donné aux autres.
Armand Lombard a parlé de sommes vertigineuses, pour les patrons. Il a recommandé aux patrons suisses plus de solidarité avec le reste de l’humanité.
Personnellement, je l’ai dit, je pense que le souci de l’environnement est un bon placement ; mais aussi, l’investissement social que représente la création d’un chemin de fer local, pour les employés, notamment frontaliers, des entreprises suisses, est bon, parce qu’il crée du bien-être général. Je ne dis pas que ce soit les seules choses à faire. On peut aussi aider les arts, la culture, la science, les pauvres, la défense des Etats souverains, la paix dans le monde, la sécurité intérieure, la formation, l’éducation, tout ce que l’Etat assume tant bien que mal (et avec plus ou moins d’équité et de jugement) avec les impôts, et donc, aussi, aider à la baisse de ces impôts (ou à un meilleur équilibre dans la redistribution, selon ce qu’on croit juste).
Mais Armand Lombard évoque en particulier les patrons qui pensent à assurer bien-être et travail à leurs salariés. Or, leur transport sur leur lieu de travail est en ce moment une préoccupation majeure. Il est donc possible d’y songer.
10/05/2008
J’ai lu, récemment, dans Le Messager, que les agriculteurs savoyards n’arrivaient généralement pas à vendre leur production à Genève. L’Etat de Genève protège ses propres agriculteurs.
Parallèlement, les salariés de Genève doivent de plus en plus habiter en France. Souvent, ils construisent sur du terrain agricole savoyard (ou gessien, ou même bugiste) déclassé.
Est-ce cohérent, d’un strict point de vue économique ? Pour qu’on trouve que oui, il faut que l’économie ait été pensée en fonction des Etats, à mon avis.