Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06972.jsonl.gz/431

Certains Etats sont dits développementistes. Dans ces pays, l’Etat est interventionniste et nationaliste: il mène des politiques de développement en incitant les entreprises à agir d’une certaine manière et dans un objectif de développement de la nation. Souvent, ces Etats se caractérisent par leur autoritarisme et par une élite bureaucratique proche du pouvoir et très influente. Il s’agit d’une forme d’Etat adoptée par plusieurs pays d’Asie depuis les années 1970.
Théorie
L’Etat développementiste (de l’anglais « Developmental State« , que l’on trouve aussi en français sous le nom d’Etat développementaliste, Etat-promoteur ou Etat-developpeur) est un modèle d’Etat que l’on trouve en particulier dans les pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est dès les années 1970. Le succès économique rencontré par ces pays a encouragé d’autres pays d’Amérique latine et d’Afrique a suivre ce modèle. Ce type d’Etat capitaliste a pour caractéristique une forte intervention étatique dans l’économie, celle-ci devant servir avant tout les intérêts de l’économie nationale. Cette conception de l’Etat va à l’encontre du modèle néolibéral, où aucune intervention sur le marché n’est souhaitée et où seules les fonctions régaliennes doivent être assurées par l’Etat.
Histoire
Le choc pétrolier de 1973 sonne la fin des « Trente Glorieuses », trois décennies de prospérité mondiale, après lesquelles la plupart des pays du monde connaissent une récession durable. Les pays en voie de développement sont particulièrement touchés par la crise de la dette qui suit la récession. Toutefois, un groupe de pays du Sud connaît des taux de croissance élevés durant cette période. Il s’agit des pays du Sud-Est et de l’Est asiatique. Malgré leurs différences (taille, culture, population,…), ils ont en commun d’avoir un modèle d’Etat dit développementiste.
Le concept
Chalmers Johnson a été le premier à utiliser le concept d’Etat développementiste en 1982, dans un ouvrage traitant du Japon. Ce concept a été réutilisé par de nombreux auteurs, dont Adrian Leftwich (1995), qui propose de le définir par six caractéristiques généralement retrouvées dans ce modèle d’Etat:
- Une élite bureaucratique proche de l’Etat: l’élite des Etats développementistes se caractérise du fait de sa petite taille et que ses agents sont proches du gouvernement, formant un noyau compact et cohérent de soutien à l’Etat. Un autre trait caractéristique est la présence de beaucoup de militaires dans les postes importants de l’Etat. Les politiques de développement sont fortement influencées par cette élite bureaucratique proche du gouvernement.
- L’autonomie relative de l’Etat: l’Etat a une relative indépendance vis-à-vis des groupes de pression (de classe, sectoriels, ou régionaux) et place l’intérêt national au-dessus de ces intérêts particuliers.
- La bureaucratie économique: la coordination économique et le développement sont assurés par des institutions spécifiques (un ministère par exemple, en charge d’organiser les interactions entre Etat et économie). Celles-ci ont un véritable pouvoir et une compétence technique dans la création et la mise en oeuvre des politiques de développement.
- Relations avec la société civile: généralement, l’Etat développementiste est mis en place dans un contexte où la société civile est faible. L’Etat est fort, il contrôle la société civile et est peu inquiété par les groupes d’opposants. Paradoxalement, la prospérité économique a fait (ré-)émerger une société civile active dans ces Etats.
- Etats développementistes et intérêts économiques: dans ces pays l’Etat est peu influencé par les intérêts économiques privés. Ceci est dû au fait que le pouvoir et l’autonomie de l’Etat ont été consolidés avant que le capital ne devienne influent. Les intérêts privés ne constituent en général pas une force importante au moment de la formation de l’Etat développementiste.
- Droits civils: dans ces Etats, les droits civils sont fortement restreints. Il s’agit souvent d’Etats non-démocratiques et répressifs, mais qui jouissent paradoxalement d’une relative légitimité accordée par leur peuple. Celle-ci peut être expliquée par le fait que les bénéfices de la croissance sont bien redistribués (dans l’éducation, la santé, les infrastructures routières par exemple).
L’Etat developpementiste capitaliste est donc très interventionniste, mais avec une forte sollicitation des entreprises privées. C’est la collaboration entre les bureaucrates et les entreprises qui font la force de ces pays: « L’État ne donne pas d’ordre, mais il suggère et influence à travers un système ‘d’administrative guidance’, sous forme de recommandations informelles, rarement écrites, ce qui exige que des contacts étroits soient maintenus entre l’administration et les entreprises. Les entreprises qui répondent à ces signaux sont assurés d’avantages divers… » (Judet, 2000, p.3). Il est donc important que l’élite ait une volonté de développement pour la nation et qu’elle n’ait pas pour objectif d’accroître ses propres privilèges.
Références
Johnson, C. (1982). Miti and the Japanese Miracle: The Growth of Industrial Policy: 1925-1975. Palo Alto: Stanford University Press.
Judet, P. (2000). État et développement: Une Réflexion en Pleine Évolution. Socioeco.org, Site ressource de l’économie sociale et solidaire. Consulté à l’adresse http://www.socioeco.org/bdf/fr/corpus_document/fiche-document-991.html
Leftwich, A. (1995). Bringing politics back in: Towards a model of the developmental state. Journal of Development Studies, 31(3), 400-427.
Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. (2009). Les pays les moins avancés. Rapport 2009: L’Etat et la gouvernance du développement. Genève: Publication des Nations Unies. Consulté à l’adresse http://unctad.org/fr/Docs/ldc2009_fr.pdf