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Depuis 17 ans qu’il était arrivé au pouvoir, Président Mao avait tout mis en œuvre pour changer la Chine radicalement. Sans dire qu’il l’avait fait explicitement en préparation de sa Révolution Culturelle – lancée le 16 mai 1966 – le terrain y était prêt : la population avait été meurtrie et stigmatisée dans des catégories telles que « bourgeois », « contre-révolutionnaires de droite », « bon paysans », « mauvais paysans », des « nous » et des « eux » qui pouvaient changer au gré d’un caprice de pouvoir ou de terreur, de lâcheté ou opportunisme. Les moins chanceux avaient fini dans les camps de travail forcé, les laogai, d’autres, « seulement » sans travail ou isolés au sein d’une communauté, sans possibilité d’éducation, d’un emploi et à la merci de tout un chacun qui pouvait faire délation s’il y avait quelque chose à gagner. La psyché de tout un peuple était tordue, rançonnée et convaincue de la possibilité du tout et son contraire, simultanément, si seulement le pouvoir le voulait. Ceci était le temps du « Grand saut en avant », qui précéda la Révolution Culturelle.
Je n’ai jamais tout à fait compris pourquoi on célébrait la date de la mort de quelque fameux personnage, à part le fait d’avoir un prétexte en plus de la date de sa naissance pour se rappeler et fêter son existence ou son œuvre. Dans le cas de Will Shakespeare, la légende raconte qu’il est mort le jour même de sa naissance, ce qui rend cette pratique plus compréhensible. Par contre, l’ironie de l’histoire et de l’astronomie fait que notre célèbre Will est mort le 23 avril selon le calendrier julien, mais pas selon le calendrier grégorien, qui n’était pas encore adopté par l’Angleterre de son époque. Donc, au fait, selon le calendrier moderne, on devrait commémorer sa mort et peut être sa naissance le 3 mai.
Le voyage du Président Obama à Cuba et la large couverture médiatique qu’il a reçu m’ont poussé cette fin de semaine à prendre dans ma bibliothèque un volume récemment reçu pour lecture : Confidences cubaines, écrit par un cycliste genevois bien connu à Genève pour ses voyages autour du monde à vélo, qui ne manquent jamais d’arriver chez nous sous forme de récits. Claude Marthaler est allé à Cuba en 2013 pour faire le tour de l’île à bicyclette. (suite…)
A la veille du 13ème round de négociations du traité transatlantique de libre-échange, qui se déroulera du 25 au 29 avril à New York plus de 30’000 allemands se sont mobilisés à Hanovre pour protester cet accord. Ils espéraient se faire entendre par le Président Obama, grand proponent de ce traité en visite en Allemagne. Voilà quelques raisons pour lesquelles il est important d’en débattre et d’en connaître les détails.
Peu d’information et pas assez de mobilisation
Nous vivons dans un monde fragmenté, tranché en morceaux par les fils d’information continus qui projettent l’illusion d’un savoir multiple et complet des choses. Mais ce savoir n’est pas global et n’encourage pas une ample perspective analytique sur ce qui est en train de nous arriver. Je pense que nous avons là une des raisons pour lesquelles, quand il s’agit du Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement (TTIP), une grande partie de la population des deux continents concernés en premier chef – L’Amérique du Nord et l’Europe – n’est pas tout à fait mobilisée, voir même informée, à propos de ce que cet instrument et processus signifient. (suite…)
« « Mourir pour son pays et pour l’Europe » – c’est une phrase qui ne pourrait être pensée à Moscou ou à Leningrad, mais précisément, à Budapest ou à Varsovie » écrivait Milan Kundera en 1984, dans son célèbre essai « Un Occident kidnappé ou la tragédie de l’Europe Centrale ». On en cite souvent quelques idées phare, telles que (suite…)
Il y a un an jour pour jour, défilait sur les écrans du monde entier une nouvelle à la fois sidérante et atrocement banale : Boris Nemtsov, représentant courageux et hyperactif de l’opposition russe avait été assassiné le soir du 27 février pendant une promenade nocturne sur le pont Bolshoï Moskvoretsky. La nouvelle était sidérante parce que c’était difficile d’imaginer qu’une personne de la vitalité et stature de Boris Nemtsov puisse être ainsi anéantie ; elle était banale parce qu’après tout, n’avions-nous pas là juste encore une autre exemple de la bonne vieille « mère Russie » qui mange ses enfants et recrache ses entrailles avec impunité ?
J’ai fait la connaissance d’Umberto Eco, l’écrivain, en lisant le livre « L’île du jour d’avant ». J’avais seize ans et il ne m’était jamais encore arrivé de lire un livre en riant de la première à la dernière page, avec des pauses pipi, pour ne pas souiller la chaise de laquelle j’avais du mal à me détacher, de peur de rater une seule ligne de ce roman qui enseignait l’histoire, la géographie et la littérature, en soulignant à chaque tournant de phrase l’ironie et l’hilarité de la folie humaine. (suite…)
Investir et investissement. On rencontre ces mots et la notion partout. De nos jours, surtout dans leur dimension financière et économique : investir dans l’innovation, investir à la bourse, investir dans les nouvelles technologies. Pourtant, malgré l’ubiquité du mot, l’acte lui même d’investir n’est pas très répandu, ou même populaire, dans nos sociétés. D’abord, parce que la prédominance de son sens financier crée l’illusion que seulement ceux qui ont de l’argent peuvent investir (personnes et institutions), le monde se scindant ainsi entre investisseurs et ceux dont les idées et le travail méritent investissement, rarement rencontrés dans un seul agent et acteur. Ensuite, parce qu’ « investir » est fortement lié à l’impératif catégorique du « tirer profit » (de préférence financier). Dans un monde où ceci est de plus en plus difficile à atteindre, le résultat est qu’on a perdu la pulsion d’investir. (suite…)
Je reviens d’une conférence sur les inégalités politiques et économiques, organisée la semaine passée à l’ETH Zürich avec le soutien du Réseau Suisse pour les Etudes Internationales. L’inégalité est un thème courant et actuel. Depuis l’irruption en 2014 du livre de Thomas Piketty «Le capital au XXIème siècle », sur la scène, le terme « inégalité » est devenu aussi moins tabou et plus volontiers abordé dans le discours public, où, jusqu’il y a quelques ans, on osait à peine le mentionner. Pourquoi ? Parce que le terme « inégalité » appartient à une famille sémantique qui, pour un certain temps, fut presque bannie de nos esprits et pensées. Cette famille comprend, entre autres, les notions de « classe sociale », « redistribution », « représentation », « justice sociale », « opportunité ». (suite…)