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Chablais et Préalpes, entonnoirs de la Suisse ?
Le Chablais, c'est sympa ! Il y a les coteaux ensoleillés de la région Aigle - Ollon, le carnaval de Monthey et le merveilleux lac de Tanay. Pourtant, pour y avoir vécu 30 ans, il y a une chose à laquelle je ne me suis jamais habitué : ses interminables journées de pluie. Pourquoi les éclaircies que l'on devinait sur le Léman ne venaient-elles jamais ? "Maintenant je sais..." comme disait Jean Gabin, et dans quelques instants, vous saurez aussi !
Pourquoi ce sujet de blog aujourd'hui ? Parce que si tout se passe comme prévu, la pratique devrait suivre la théorie dès ce week-end.
En Suisse, le 90 % des perturbations sont des fronts froids ; autrement dit, les températures baissent au passage des zones de pluie. Si vous voulez expérimenter le passage d'un front chaud caractéristique, il faut vous rendre sur la façade Atlantique entre la Normandie et le Bénélux. Là vous serez servis, avec pafonds bas, crachin et ambiance digne d'un poème de Baudelaire ou d'un film de Lars von Trier.
A l'arrière des fronts froids, les pressions montent en général assez brusquement, ce qui se traduit sur le Plateau Suisse par des éclaircies. Pourtant dans le Chablais et les Préalpes, ces éclaircies ne se produisent généralement pas, malgré une hausse tout aussi marquée des pressions. Pourquoi ?
Une des raisons pour lesquelles les pressions montent à l'arrière d'un front froid réside dans le fait que l'air polaire est lourd et très dense. Contrairement à l'air chaud tropical qui "vole", l'air polaire "rampe". Lorsqu'il aborde un relief - par exemple le Jura - il doit donc en quelque sorte l'escalader ; ce faisant, il se condense et produit une forte nébulosité, voire des précipitations. Arrivé au sommet, il franchit la crête et tombe sur le Plateau en fortes rafales de Joran, la nébulosité se dissipant par compression, d'où ces éclaircies apparemment immobiles. Lorsque l'air polaire aborde les Préalpes, une nouvelle barrière - et non des moindres - s'érige devant lui. Les ouvertures qui se présentent sous la forme de vallées transversales (plaine du Rhône, valle de la Sarine, de la Reuss, etc...) sont bien trop étroites pour laisser passer la totalité de cette masse d'air en attente. Les parcelles d'air qui le peuvent vont donc s'engouffrer dans ces vallées en s'accélérant fortement, les autres escaladeront à nouveau les reliefs en produisant des précipitations, judicieusement appelées "précipitations de barrage". Ces dernières persisteront aussi longtemps que l'afflux d'air polaire humide se maintiendra dans un courant de nord-ouest, ce qui peut durer plusieurs jours.
En moyenne climatologique, cette prédominance importante des fronts froids, donc des précipitations de barrage post-frontales, donne des différences de cumuls assez notables entre le Plateau et le Chablais / Préalpes (mais cela est valable pour tout le versant nord des Alpes). Si l'on compte en moyenne annuelle de 900 à 1000 mm de pluie au pied du Jura, on monte à 1270 mm pour Vevey, 1353 mm pour Château-d'Oex et 1693 mm pour le Col des Mosses. Pour que le tableau soit vraiment complet, il convient cependant de rajouter que cette carte annuelle inclut aussi les précipitations convectives estivales, également plus marquées en montagne qu'en plaine.
Voilà pour la théorie. Pour la pratique, rendez-vous samedi dans le Chablais ou dans la région de Charmey. La prévision est un jeu dont les règles restent malgré tout assez floues ; c'est ce qui la rend intéressante !
Et Gabin de conclure : "... je sais qu'on n'sait jamais. C'est tout c'que j'sait, mais ça j'le sait ! "
Christophe Salamin