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De nombreuses données épidémiologiques suggèrent qu’un apport de sel alimentaire élevé favorise la prévalence de l’hypertension artérielle. Réduire l’ingestion de sel de cuisine de 180 mmol/jour (10,5 grammes NaCl) à 100 mmol par jour (6 grammes NaCl), permet de diminuer la pression artérielle systolique de 6 mmHg ainsi que le nombre de médicaments antihypertenseurs. La réponse à la réduction sodée est cependant très variable. Elle est plus marquée chez les sujets noirs, âgés, diabétiques, atteints de maladie rénale, et chez les femmes postménopausées. Néanmoins, les recommandations actuelles préconisent de ne pas dépasser l’ingestion de six grammes de sel de cuisine par jour, ce qui peut être atteint en cuisinant des produits frais, en éloignant la salière et en évitant les plats préparés industriellement.
Notre petit pays recèle quatre langues nationales, une infinité de dialectes (Baseldütsch, Züridütsch, Bärndütsch, Wallisertitsch, Seyslerdütsch), et une profusion d’accents (au moins six accents français typés pour la seule Romandie) qui traduisent des habitudes et goûts alimentaires certainement protéiformes. Nos vingt-six cantons exercent leur parfaite autonomie dans de nombreux droits, comme police, travaux publics, formation, culture, santé, fiscalité, procédure judiciaire, organisation des autorités, etc., y compris… la chasse et la pêche.
Ainsi, les prérogatives cantonales sont un obstacle important à l’obtention de données épidémiologiques fiables dans notre pays. Il n’existe pas de bonnes données helvétiques sur la prévalence de l’hypertension artérielle. Seules quelques données locales sont disponibles. Selon les résultats de l’étude CoLaus,1 la prévalence de l’hypertension à Lausanne, Vaud (6182 participants) est de 36% chez les adultes de 35 à 75 ans, dont seulement 23% ont leur pression artérielle contrôlée (< 140/90 mmHg).
Connaissant le goût des Helvètes pour la fondue (Astérix chez les Helvètes), mais aussi pour la raclette, la brisolée, la viande séchée du Valais, et autres penchants étranges pour certains condiments (Cenovis, cube Maggi) qui sont des mines de sel, la consommation de sodium des Suisses est probablement élevée. Quelle pourrait bien être la consommation de sodium suisse, dans une telle mosaïque linguistique, culturelle, juridique et même géographique ? Pour mieux tracer cette cartographie du goût pour le chlorure de sodium, l’Office fédéral de la santé publique suisse a mandaté une enquête sur la consommation sodique en Suisse. Cette enquête inclut 1800 personnes tirées au sort dans la population générale, et représentant les différents sous-groupes de la population suisse, à savoir : les francophones, les germanophones, les italophones, les populations citadines et rurales. Des hommes et des femmes âgés de 16 à plus de 75 ans sont inclus dans cette étude. L’objectif principal est non seulement d’évaluer la consommation de sodium sur la base d’urines des 24 heures, mais aussi d’évaluer les facteurs de risque cardiovasculaire et la consommation globale de plusieurs nutriments. Il s’agit donc d’une large étude nutritionnelle de la population suisse qui permettra de définir les bases d’interventions futures dans le domaine de la prévention cardiovasculaire.
Au mois de mai dernier, dans le JAMA, un article a relancé la controverse sur le sel et la santé, et depuis les hypertensiologues font des cauchemars. Jan Staessen et ses collègues ont trouvé que la pression artérielle systolique est bien corrélée à la natriurie de 24 heures et donc à la quantité de sel ingérée. Jusque-là tout va bien, mais, de façon surprenante, les sujets avec excrétion de sodium basse avaient un plus grand risque de mortalité cardiovasculaire !! Voilà de quoi affoler les tabloïds et mettre en péril nos recommandations. Une lecture sagace de l’article nous permet tout de même de repousser la salière : l’étude est de petite taille (3681 participants), avec peu d’événements cardiovasculaires rapportés (50 décès dans la fourchette d’apports pauvres en sodium) et des participants relativement jeunes (20 à 60 ans). De plus, on peut contester la fiabilité de la mesure d’ingestion sodique par une seule évaluation de l’excrétion sodique au départ, et par des mesures manquantes ou incomplètes chez un nombre élevé de participants (> 800).
A un moment où les maladies cardiovasculaires restent la principale cause de mortalité dans le monde, et qu’un excès d’ingestion de sel s’est révélé être délétère en termes de santé publique, les résultats de cette étude qui présente d’incontestables faiblesses et avance des conclusions confusiogènes, ne vont pas changer les recommandations actuelles. Les hypertensiologues peuvent redormir sur leurs deux oreilles en attendant les conclusions du rapport de l’OFSP pour affûter le contenu des recommandations.