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Les différentes générations et leur ouverture à la thématique LGBT
Rares sont les mouvements qui ont enregistré ces dix dernières années autant de succès que celui des activistes LGBTQIA+. Et comme tout mouvement qui fait parler de lui, il est bien évidemment critiqué. À commencer par son nom compliqué qui n’en finit pas de s’étendre: LGBTQIA+ signifie lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers, intersexués, asexués et autres personnes qui ne s’identifient pas au modèle sexuel binaire. Sur Facebook, les utilisateurs ont désormais le choix entre 73 identités de genre.
Mais ça veut dire quoi LGBTQIA+?
Vous comprenez tout juste la moitié du sigle LGBTI? Pour y voir plus clair, nous renvoyons aux deux articles ci-après:
Alors que les jeunes générations utilisent ouvertement ces termes, les personnes d’âge mûr ont de de plus en plus de mal à s’y retrouver. Même les vieux queers ont tendance à utiliser moins de vocables pour désigner leur orientation ou identité sexuelle. Une étude menée en 2015 par l’institut de recherche britannique YouGov montre que parmi les Britanniques queers âgés de 18 à 24 ans, 52% se définissent comme hétérosexuels ou homosexuels et 43% comme bisexuels. Chez les plus de 60 ans, ils sont près de 90% à se définir uniquement comme hétérosexuels ou homosexuels. La différenciation est donc d’autant plus nette que les personnes sont jeunes.
Acceptation des personnes queers: un fossé générationnel évident
Le débat linguistique reflète les différentes attitudes fondamentales: les jeunes sont en principe plus ouverts au thème de la queerness que les générations qui les précèdent. C’est ce que montrent les statistiques internationales et nationales. L’étude de l’OCDE intitulée «Society at a Glance» (2019) a par exemple cherché à évaluer l’acceptation des personnes queers au sein de 36 États membres et de huit autres pays, dont la Chine et l’Arabie saoudite. Sur une échelle de 1 (inacceptable) à 10 (totalement acceptable), les jeunes de 15 à 29 ans ont attribué en moyenne un score de six à l’homosexualité, contre un peu plus de quatre pour les personnes de plus de 50 ans.
Plus près chez nous, en Allemagne, l’Agence fédérale de lutte contre la discrimination a commandé en 2016 un sondage représentatif de la population sur les attitudes à l’égard des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles. Les jeunes de moins de 30 ans constituaient le groupe ayant le moins d’attitudes homophobes et transphobes (14 et 16% respectivement). Parmi les plus de 60 ans, un nombre particulièrement élevé de répondants ont exprimé un jugement négatif envers les personnes homosexuelles et transgenres (33 et 29% respectivement). Quelque 2000 personnes de plus de 16 ans ont été interrogées dans le cadre de cette étude conçue sous la forme d’un sondage téléphonique.
En Suisse, l’analyse Vox des résultats de la votation sur le mariage pour tous donne une image significative. 80% des électeurs/trices de moins de 30 ans ont glissé un oui dans l’urne, alors que seulement 40% des personnes de plus de 70 ans ont soutenu le projet.
Une meilleure éducation aux sexualités et davantage de modèles queers pour les jeunes générations
«Les jeunes générations ont tendance à mieux accepter les personnes queers», confirme la chercheuse en études de genre Laura Eigenmann (34 ans) de l’université de Bâle. «Les jeunes ont grandi avec ces questionnements et ont plus de connaissances en la matière. Aujourd’hui, les représentations sont plus diversifiées et les informations sur le sujet plus pondérées.»
L’éducation LGBT se développe rapidement: dans le cadre d’une étude publiée en 2020 par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, 140 000 personnes queers de l’UE, de Macédoine du Nord et de Serbie ont été interrogées. Près de 40% des jeunes de 18 à 24 ans ont indiqué que le thème LGBT avait été abordé dans leur école alors que ce chiffre n’était que de 10% pour les personnes de la tranche d’âge de 40 à 54 ans.
L’homophobie a tendance à diminuer à chaque fois que le sujet est évoqué, et plus la société devient tolérante, plus les personnes font leur coming out. «C’est une spirale ascendante positive», affirme Laura Eigenmann. Elle souligne l’importance de la visibilité: «La génération de nos parents savaient peut-être qu’Elton John et Hella von Sinnen étaient homosexuels. Mais comme il n’y avait pas beaucoup de personnes publiquement exposées, elles ne donnaient qu’une image limitée de l’homosexualité.»
Aujourd’hui, les modèles queers sont plus nombreux et plus diversifiés: citons par exemple Damien Cottier, le conseiller national PLR homosexuel, Dominique Rinderknecht, l’ancienne Miss Suisse bisexuelle ou, encore, Pascal Erlachner, un arbitre de football gay. Marc-Olivier Fogiel a fait carrière en tant qu’animateur sur France 3 et même la lutte suisse a désormais une figure de proue queer en la personne de Curdin Orlik.
D’autres fossés subsistent
Laura Eigenmann constate que ses étudiants entretiennent un rapport naturel avec des termes tels que transgenre, pansexuel ou non-binaire. «Quand j’avais leur âge, on parlait uniquement de lesbiennes, de gays et de bisexuels. Ces dernières années, les choses ont beaucoup évolué», relève la sociologue. Alors pourrait-on dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes? On ne saurait l’affirmer de manière aussi catégorique: «Lorsque les étudiants retournent dans leurs anciennes écoles pour y faire un travail éducatif, ils observent différents degrés de tolérance.» Cela est parfois lié au fossé entre la ville et la campagne, mais aussi à un enseignant particulièrement engagé ou à un groupe d’étudiants queers sûrs d’eux qui se sont regroupés.
Selon la sociologue genevoise Caroline Dayer, il existe aussi un Röstigraben en Suisse en matière d’homophobie. En effet, la Suisse romande s’oriente plutôt vers la France du point de vue culturel. «En France, la droite conservatrice, étroitement liée à l’Église catholique, exerce une influence considérable sur la société», a déclaré Caroline Dayer au «TagesAnzeiger» en 2019. Lorsque le mariage pour tous a été voté en France, de violentes protestations ont eu lieu dans tout le pays, ce qui serait inimaginable en Allemagne.
Ouverture et homosexualité: qu’en est-il des rebelles de Mai 68?
Mais pourquoi la génération des soixante-huitards n’est-elle pas plus ouverte, alors que ce sont justement ces personnes qui ont imposé les visions de l’époque hippie? «On parlait alors d’amour libre et d’émancipation sexuelle, mais il n’était pas encore question d’homosexualité», rappelle Laura Eigenmann. De nombreux groupes d’activistes ont toutefois vu le jour avec l’avènement du mouvement pour la libération des gays. Le nombre de bars et de clubs gays a explosé, mais la discrimination ne s’est pas réduite pour autant. «Les acquis n’ont pas été ancrés institutionnellement. Les évolutions sociales peuvent être très vite annihilées si elles ne sont pas également inscrites dans les lois.»
À cela s’ajoute le fait que le mouvement queer a également subi des revers massifs. En Angleterre, la Première ministre Margaret Thatcher avait interdit tout discours public positif sur l’homosexualité avec l’extension de la loi «Section 28» en 1988. Laura Eigenmann cite aussi la crise du sida comme un autre contrecoup: «Le thème de l’homosexualité était alors associé à la mort et les parents avaient peur de perdre leurs enfants. Cela a marqué les esprits.»
Le thème LGBT – tout comme la crise climatique – montre à quel point les gens sont influencés par leur environnement et leurs histoires. Mais cela n’entraînera pas de division supplémentaire entre les générations. «Si les deux générations peuvent échanger dans un esprit d’ouverture et en faisant preuve de patience, une base de discussion commune reste possible.» Comme pour tout sujet sensible, il faut simplement une grande dose d’empathie et de tolérance.
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Comment percevez-vous les échanges intergénérationnels sur la thématique LGBT? Comment instaurer un discours constructif entre les générations? Votre avis nous intéresse: participez à la discussion et laissez un commentaire.
Informations et liens pour approfondir le sujet
- Étude de l’institut de recherche britannique YouGov sur l’orientation des queers britanniques (2015)
- Étude de l’OCDE «Society at a Glance» (2019)
- Sondage sur l’attitude à l’égard des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles en Allemagne (Agence fédérale de lutte contre la discrimination, 2016)
- Analyse Vox du résultat des votations sur le mariage pour tous (2021)
- Helpline LGBTIQ: offre de conseils pour toutes les personnes qui ont des questions sur la vie en tant que LGBTIQ, peu importe leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.
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