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«Il existe cinq facteurs majeurs pour rester jeune le plus longtemps possible»
Planète santé: L’espérance de vie a considérablement augmenté. Pourquoi vit-on plus longtemps aujourd’hui?
Pr. K.-H. Krause: Non, pas vraiment. On sait que la diminution de la mortalité infantile au début du XXe siècle a rallongé l’espérance de vie. Aujourd’hui c’est la baisse de la mortalité des personnes âgées (au-delà de 65 ans) qui est en train d’augmenter de façon très importante. Il y a plusieurs hypothèses pour l’expliquer. D’abord, une alimentation de meilleure qualité pourrait y être pour quelque chose. Néanmoins, l’augmentation de la longévité est aussi une réalité dans les pays pauvres. Ensuite, la médecine moderne a sans doute un rôle à jouer. Une personne de 80 ans, atteinte de pneumonie, verra aujourd’hui sa vie prolongée grâce aux antibiotiques à disposition. Enfin, il ne faut pas négliger la sécurité de la vie moderne. L’humanité n’avait jamais connu ça avant. La probabilité de mourir par meurtre est très basse. Pour la plupart des gens, les ressources en nourriture et en vêtements sont bonnes. Par rapport à il y a 150 ans, les conditions de vie sont presque paradisiaques.
La courbe de l’espérance de vie va-t-elle continuer à progresser?
Oui, les prédictions sont claires. Si on se base sur toutes les données existantes, on ne voit pas de point d’inversion. Ce qui est pour le moins étonnant, quand on pense à la mauvaise nutrition et à l’obésité que connaissent nos sociétés. Je pense que ces problèmes devraient éventuellement diminuer notre longévité, mais, pour l’instant, on ne le voit pas. Aux États-Unis, en revanche, on observe une baisse de l’espérance de vie assez significative dans la classe moyenne et pauvre. La prise d’antidouleurs de type morphine, soutenue par un marketing agressif, a un impact majeur sur la mortalité. La fin tragique du chanteur Prince en est un exemple. Mais l’alcoolisme, les autres drogues et le suicide contribuent aussi au problème.
Vieillit-on en meilleure santé?
Oui, la durée de vie en bonne santé augmente, mais les données sont mélangées. Elle augmente chez les personnes ayant un mode de vie sain (alimentation de qualité, activité physique, etc.). Et la durée de vie «en invalidité» augmente elle aussi. Cette notion concerne les personnes ayant subi une intervention médicale telle que la pose de prothèses ou d’organes artificiels. Ces dispositifs ou techniques de la médecine moderne prolongent la vie. Ce n’est pas toujours une vie en bonne santé, mais malgré tout une vie qui est jugée positive par au moins une partie des patients.
Qu’est-ce que vieillir, d’un point de vue strictement biologique?
Le vieillissement ne consiste pas en un seul mécanisme clair et net. C’est au contraire quelque chose de très complexe, qui regroupe au moins cent processus différents. Pour faire simple, lorsqu’on devient âgé, tous les éléments de l’organisme fonctionnent un peu moins bien. On parle de vieillissement quand tout le système est concerné, et de maladie quand un seul élément du corps est touché. Chez les personnes de 65 à 80 ans, le vieillissement n’a pas beaucoup de conséquences. C’est sans doute la meilleure période de l’existence pour ceux qui s’estiment satisfaits de leur vie. À partir de 80 ans, on entre dans une période de fragilité. Soudainement, un petit événement peut avoir des conséquences majeures. L’exemple classique est celui de la personne âgée qui voit mal, et dont l’équilibre est précaire. Un jour, elle chute. Elle se fracture la hanche ou le fémur car ses os ne sont pas assez solides. Comme la fracture ne guérit pas d’elle-même, on pose une prothèse. L’hospitalisation et l’alitement vont diminuer sa mobilité. C’est un engrenage et, au passage, un vrai défi pour les hôpitaux.
Au-delà, il y a les «supra-centenaires». Cette sous-population vieillit extrêmement bien, en raison de facteurs environnementaux (hygiène de vie, notamment) et génétiques optimaux. À plus de 100 ans, certaines personnes sont en meilleure santé que d’autres ayant entre 80 et 90 ans. Ces héros de la vieillesse sont peu concernés par les démences.
À partir de quel âge vieillit-on?
Certains affirment qu’on vieillit dès la naissance. C’est probablement un peu exagéré, néanmoins le vieillissement commence relativement tôt. Je dirais dès 30 ans. Avant, on construit. Après, l’organisme commence à avoir de petits problèmes, des couacs qui ne sont pas graves, mais qui existent.
Les signes extérieurs de vieillissement tels que les cheveux gris ou les rides traduisent-ils un vieillissement intérieur?
Non. C’est plus compliqué que ça. Une personne peut être très ridée pour s’être beaucoup exposée au soleil –à la mer ou en montagne– mais cela ne reflète pas son état de santé intérieur. L’apparence extérieure nous renseigne très peu sur la qualité des os, des muscles et du cerveau, qui sont pourtant déterminants dans le processus de vieillissement. Des personnes souffrant de démence sont parfois extrêmement bien conservées, ce qui est trompeur car leur cerveau est en fait très abîmé. Néanmoins, il n’y a pas de dissociation totale entre l’apparence et l’intérieur du corps. On constate que les gens qui vieillissent bien ont tendance à s’occuper de leur apparence. La négligence peut être un signe d’un vieillissement mal réussi.
Comment estime-t-on l’âge biologique de quelqu’un?
C’est assez difficile. Il n’existe pas de biomarqueurs (sanguins par exemple) pour déterminer l’âge biologique, alors on utilise des approches fonctionnelles. On évalue la capacité de la personne à la marche, on teste ses facultés pour répondre à certaines questions et accomplir certaines tâches.
Que faire pour « rester jeune » et vieillir moins vite?
Pour commencer, on peut dire ce qui ne marche pas. Toutes les études épidémiologiques montrent que les suppléments alimentaires hors prescription ne prolongent pas la vie et sont plutôt associés à une diminution de la longévité. En revanche, cinq facteurs sont majeurs pour rester jeune le plus longtemps possible. Ils sont banals, mais très importants. Si on respecte ces «big five», on peut gagner plus de 20 ans de vie en bonne santé par rapport à quelqu’un qui ne les respecte pas. Le premier est de ne pas fumer, le tabac étant le facteur pro-gériatrique le plus important. Ensuite, viser un poids normal et éviter l’obésité. Avoir une alimentation saine, soit favoriser les produits d’origine végétale et diminuer ceux d’origine animale, éviter le «processed food» (aliments industriels) et cuisiner le plus possible soi-même. Éviter la sédentarité. L’exercice physique fait des miracles contre les maladies cardio-vasculaires, le cancer et la maladie d’Alzheimer. Les données scientifiques sont extrêmement fortes dans ce domaine. L’intégration sociale, quelle que soit la manière, est aussi très importante.
Quel rôle joue la génétique dans la vitesse du vieillissement?
L’influence de la génétique est réelle,mais elle est beaucoup moins importanteque le style de vie et l’environnement.On l’estime à environ 20%. L’enfancene joue qu’un rôle mineur, à moins quela personne ait vécu des événementsextrêmes. On estime son impact sur levieillissement entre 5 et 10%. Donc environ70% du vieillissement est déterminépar le style de vie à l’âge adulte.
La pilule anti-âge existera-t-elle un jour?
On ne peut pas l’exclure, mais pour l’instantelle n’existe pas, au grand désespoirde ceux qui n’aiment ni le sport, ni fairede la bonne cuisine ! Pour l’heure, à partles «big five» (lire ci-dessus), il n’y a pasde remède miracle.
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Paru dans Planète Santé magazine N° 26 - Juin 2017