Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06997.jsonl.gz/868

Intervenant:
Anselm Jappe est né en Allemagne, a étudié la philosophie en Italie et en France. Il enseigne actuellement l’esthétique à l’Accademia di Belle Arti di Frosinone (Italie). Publications principales: Guy Debord (1993, dernière édition française Denoël 2001), Les Aventures de la marchandise (Denoël, 2003), Crédit à mort (Lignes, 2011). A participé à l’élaboration de la critique de la valeur autour des revues allemandes Krisis et Exit!
Exposé:
Le concept marxien de « fétichisme de la marchandise » n’indique pas seulement une mystification de la conscience, un « voile ». Il est également un phénomène réel : dans la société capitaliste, toute l’activité sociale se présente sous forme de valeur et marchandise, de travail abstrait et d’argent. Mais cela veut aussi dire que les antagonismes sociaux dans la société marchande ne concernent plus l’existence même de ces catégories, mais regardent essentiellement leur distribution entre ceux qui contribuent à la création de la valeur à travers le travail abstrait. En prendre acte met la théorie de l’émancipation sociale face à un dilemme : les « luttes de classe » au sens traditionnel, et celles de leurs substituts (« subalternes » de tout genre, femmes, populations colonisées, travailleurs précaires, etc.), apparaissent comme des conflits « immanents », qui ne portent pas au-delà de la logique de la valeur. Au moment où celle-ci semble avoir atteint ses limites historiques, ces luttes risquent souvent de se borner à la défense du status quo et à la recherche de meilleures conditions de survie pour soi-même au milieu de la crise.
Il est évident que ce dont il faudrait s’émanciper ce sont l’argent et la marchandise, le travail et la valeur, le capital et l’État en tant que tels. Il semble cependant difficile d’attribuer cette tache à des groupes constitués par le développement de la marchandise même. Dans les années 1960, les mouvements de protestation étaient dirigés justement contre la réussite du capitalisme, contre l’ « abondance marchande », et s’exprimaient au nom d’une autre conception de la vie. Les luttes sociales et économiques d’aujourd’hui se caractérisent souvent par leur désir d’un capitalisme qui maintient ses promesses. Dans la problématique écologique semble se poser un peu plus la question du sens de l’ensemble, mais le manque d’une vision globale fait glisser les écologistes rapidement vers des propos de gestion alternative du capitalisme. Vouloir se débarrasser de la colonisation de nos têtes, que ce soit à travers le rejet de la publicité ou l’exploration des liens entre l’inconscient et l’ fétichisme marchand est assez important, mais risque de se cantonner à la sphère individuelle. Si l’on se tient à une lecture globale et radicalement critique du présent, comme la propose la critique de la valeur, où une émancipation pourrait-elle commencer ?
Horaire
Vendredi 26 octobre
11h00 – 12h45
Amphimax, salle 414
Panel – Philosophie et libération: Fétichisme, domination sociale et violence de l’abstraction.