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Oncle Joseph lance un SOS
Extrait page 31-33
Oncle Joseph ne laissait rien le détourner de ses recherches. Il s'intéressait à la science, à l'astrologie, aux couleurs, au son et aux parfums, à des sujets ordinaires ou mystérieux. Ma tante posait sur tout cela un regard plutôt réprobateur. Mais à cette époque, elle avait un souci plus pressant: le mauvais état de leur vieux tacot. Maglré le harcèlement de sa femme, mon oncle restait sourd à ses plaintes et campait sur ses positions. Mais, certaine d'avoir raison, ma tante ne renonçait pas.
Oncle Joseph décréta que la vieille voiture allait devoir tenir encore un an. Alors elle se décida: cette affaire exigeait de l'audace, et elle le savait. Il lui fallait une alliée. Sans hésitation, elle s'adressa à son Ennemie Jurée! Indirectement, bien sûr. Elle continua à harceler Joseph jusqu'à ce qu'il finisse par s'en référer à sa conseillère: Notre vieille Peugeot est-elle toujours sûre?
"Non, plus du tout! Votre voiture est devenue dangereuse", fût la réponse courte, claire et nette d'Aymone, au grande triomphe de ma tante. Cela ne plut pas particulièrement à mon oncle, mais il accepta d'acheter une nouvelle voiture, ce qui fit à son épouse un plaisir extrême.
Mon oncle recherchait la connaisasnce par passion. Il explorait les traditions anciennes, s'intéressait à la santé, sous ses aspects corporels et spirituels; il avait trouvé une excellente conseillère en la personne d'Aymone. Quelque fut l'objet de son questionnement, fut-il élever des poussins ou ses nièces, il pouvait toujours compter sur Aymone pour lui communiquer les meilleures informations.
Bien après la mort de mon oncle, je suis restées en contact avec Aymone. Peu à peu, j'en ai appris plus sur elle.
Ses parents étaient pauvres, elle avait dû quitter l'école à quatorze ans pour travailler. Son premier emploi était dans la restauration.
"Travailler dans ce restaurant", me dit-elle, "était un véritable enfer. La chaleur dans la cuisine était insupportable, le rythme frénétique et le chef désagréable. Nous n'étions pas suffisamment nombreux et nous arrivions à peine à faire face. Un jour, un nouveau est arrivé, on l'a affecté à la plonge. Il travaillait avec calme et efficacité. Toute la journée, ses mains étaient dans l'eau sale, la sueur lui dégoulinait sur le viasge, mais il travaillait sans se plaindre. A la fin de la journée, sa chemise était complètement souillée. Il l'enlevait et la plongeait dans l'eau malpropre de la vaisselle. Lorsqu'il la ressortait, elle était impeccablement propre. J'ai essayé de parler à cet homme, mais il a toujours gardé le silence", poursuivit Aymone.
Fascinée, je l'écoutais avec attention.
"Je ne savais pas que j'aurais un jour des facultés de clairvoyance!" poursuivit-elle. "Mes vieux parents étaient malades; j'ai dû élever ma fille toute seule. Un jour, j'avais de quoi manger et le lendemain, rien. J'étais au bord du désespoir. Puis un jour, j'ai entendu une petite voix très calme à l'intérieur de moi qui disait. "Je suis là". C'était tout. La voix était aussi claire que si quelqu'un avait été debout à côté de moi. Ensuite, rien ne se passa pendant deux ans. Ce n'étaient que trois mots, mais je m'y suis accrochée. Le développement de mes facultés a eu lieu plus tard et s'est déployé sur plusieurs années. Ce devait être un chemin difficile et douloureux, où j'ai appris bien des leçons amères. Une fois mes facultés arrivées à maturité, beaucoup de gens sont venus me consulter, et il a fallut que je prenne un cabinet pour les recevoir."
Sophia Tellen, éditions Xénia 2011