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J'aimais les super-héros quand j'étais petit et les films qui en ont été faits ces dernières années ont un merveilleux chatoyant. Black Panther, la dernière production Marvel, a des qualités, parmi lesquelles l'acteur principal, sympathique et plein d'humanité. Le choix moral n'était pas binaire, pour son personnage, comme il l'est souvent, mais allait dans trois directions: l'assaut militaire, le splendide isolement ou la pure philanthropie. Il ne faut jamais ne rien faire, mais il est difficile d'agir dans la bonté: en général, on est juste poussé par l'instinct égoïste, on cherche juste à s'imposer. Naturellement, le héros choisit la troisième solution.
Une autre qualité de ce film était de créer un univers autonome, peuplé de demi-dieux et caché au cœur de l'Afrique. Une nation disposait d'une technologie miraculeuse lui permettant de créer des machines incroyables et une médecine qui défiait l'entendement, mais aussi, cerise sur le gâteau, de pénétrer le monde spirituel, et c'est à cause de cela que je me suis assez intéressé à ce film pour en livrer ici un commentaire.
En effet, les pouvoirs de cette tribu (qui, comme le dit le héros, a vocation à faire de l'humanité une seule tribu) viennent d'une météorite ayant créé, dans des temps fabuleux, une montagne, et contenant un minerai aux vertus merveilleuses. Cela rappelle les épées héroïques forgées dans le fer météorique, dans l'antiquité.
Des fleurs portent la substance de ce minerai et donnent des pouvoirs surhumains à ceux qui boivent son suc, parmi lesquels la capacité à parler aux défunts dans un monde d'animaux totémiques aux yeux lumineux. Comme il y avait des panthères noires sur un arbre mort en Afrique, j'ai songé au vieux film de Paul Schrader, Cat People (1982), qui évoquait des dieux comparables. L'atmosphère en était plus saisissante: dans Black Panther, elle manquait de grandeur. Mais l'idée restait belle.
Ici, le totem était Bast, la déesse-chat de l'ancienne Égypte, et cela mêlait subtilement la science-fiction à la mythologie africaine. Cela suggérait que l'Occident, pour développer ses machines dans la bonne direction, devait adopter l'animisme africain et pénétrer le monde des esprits, et cela a du sens
De fait, la science-fiction montre des machines fabuleuses, semblant vivantes par elles-mêmes, fluides, colorées, palpitantes, et Jack Kirby, le créateur du personnage de la Panthère noire, le faisait consciemment, évoquant des machines radicalement différentes des nôtres, d'une nature supérieure parce qu'émanant d'êtres supérieurs, liés à la divinité - comme l'étaient ses Nouveaux Dieux, puisant leur sagesse mystérieuse à la Source. Prolongement du monde spirituel, les machines, presque douées d'une volonté propre, y cristallisent le rêve. Tout se passe comme si la Force divine inventée par George Lucas dans Star Wars était maîtrisée et irriguait désormais les outils, en même temps qu'elle manifestait les ancêtres. J'ai seulement regretté qu'on n'en sût pas plus sur les êtres qui y vivent - qu'on ne rencontrât pas la vivante Bast, entité qui n'a jamais été incarnée. Si les images montrent du merveilleux, les discours des personnages restent d'un technicisme frustrant. Il faudrait se référer à David Lynch, qui à cet égard a montré le chemin.
Le comic book de Black Panther, que je connais bien, était âpre et violent, quoiqu'il contînt moins de merveilleux que le film. Il était bon. Le film manque de réalisme, et les hommes ne saignent pas beaucoup, même quand ils souffrent ce n'est pas longtemps. Parfois cela ressemble au Dernier des Mohicans de Michael Mann: certains moments dramatiques le rappellent. Mais le sang coule moins, et cela ôte de sa substance au récit.
Quelques paroles solennelles de Mohawks peuvent peser plus que mille machines. Mais j'avoue avoir trouvé cette superproduction Marvel plaisante, les images belles, les personnages émouvants, les thèmes intéressants.