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Barbu, chenu, joufflu, manteau rouge et fourrure blanche... L’image du Père Noël paraît aujourd’hui définitivement figée. Pourtant, pendant longtemps, les coutumes catholiques et protestantes divergèrent...Ce contenu a été publié le 22 décembre 1999 - 10:47
Barbu, chenu, joufflu, manteau rouge et fourrure blanche... L’image du Père Noël paraît aujourd’hui définitivement figée. Pourtant, pendant longtemps, les coutumes catholiques et protestantes divergèrent...
Il y avait à l’origine «le Vieux», l’ancêtre primordial, qui vit dans le royaume des ombres, l’empire des morts, et rend chaque année visite aux vivants... Un personnage qui hantait les «mascarades», ces antiques fêtes païennes que le christianisme en construction espérait éradiquer, sans toujours y parvenir.
En Europe centrale, au lieu de s’entêter, l’Eglise récupéra ces fêtes en leur donnant des noms chrétiens: Saint-Martin pour les cortèges du début novembre, Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Thomas ou Saint-Etienne pour les cortèges de l'Avent et de Noël... C’est ainsi que dans le sud de l'Allemagne, Saint-Nicolas, affublé d’une barbe, d'une crosse et d’une mitre d'évêque, prit le relais du «Vieux». Qui était ce fameux Nicolas? Un évêque de Myre, en Asie mineure, qui vécut au IVe siècle. Le culte chrétien de ce personnage fut importé d'Orient au Xe siècle par l’épouse byzantine du roi Othon 1er. L’Evêque Nicolas était devenu célèbre pour avoir commis plusieurs miracles, et pas des moindres. Le plus connu: il aurait ressuscité, sept ans après leur mort, trois enfants qui avaient été découpés, puis mis au saloir, par un boucher peu accueillant. Un miracle qui vaut bien celui de la multiplication des pains... Nicolas remplissait donc parfaitement les conditions requises pour devenir le Saint des enfants. Dès la fin du XIVe siècle, on le croise sur les bords du Rhin, la veille du 6 décembre, allant de maison en maison pour récompenser les enfants sages.
Puis intervint la Réforme, en Allemagne d’abord, dans plusieurs autres pays européens ensuite. Et les Réformés ne voulurent plus de ce Saint décidément trop papiste. On commença donc à lui substituer l'enfant Jésus et à déplacer la date de la «visite» au 24 décembre. Chose étonnante, c’est une dame de Noël qui le représentait, car là aussi s’additionnaient différentes traditions, Sainte-Lucie notamment, superposée aux fées païennes du solstice d’hiver. Pendant ce temps-là, dans les régions restées catholiques, Saint-Nicolas continuait d’effectuer tranquillement son travail.
Au XVIIIe siècle, époque de rationalisme s’il en est, dans le but de laïciser leur pays, des Landgraves protestants d'Allemagne décidèrent de supprimer les personnages chrétiens des coutumes de Noël. Les grandes figures du paganisme ancien resurgirent alors progressivement.... Et parmi elles le personnage du «Vieux», qu’on désigne alors comme le «Weihnachtsmann»... La longue barbe, le manteau de fourrure et le sapin décoré lui sont d’ailleurs associés. Le Weihnachtsmann allemand va faire des émules dans les pays voisins: en France, on l'appellera le «Bonhomme Noël», en Savoie le «Père Chalande» et en Angleterre «Father Christmas».
Lors de la grande migration vers l'Amérique, les Européens emportèrent leur coutumes avec eux. Dans les premiers temps, les Hollandais contrôlèrent le port de la Nouvelle-Amsterdam, future New York. Catholiques, ils célébraient Saint-Nicolas le 6 décembre. Avec l'arrivée en masse des colons anglais et surtout allemands, c'est la coutume de Father Christmas et du Weihnachtsmann qui débarqua sur le nouveau continent. Les traditions se rejoignirent, seule la date différait encore... Et puis, en 1822, un professeur en théologie du nom de Clément Clark Moore, immortalisa le métissage qui s'était produit entre les deux coutumes dans un poème intitulé «A visit from Santa Claus»... Ce texte, ainsi que les illustrations que produira en 1862 l’artiste Thomas Nast donneront un énorme retentissement au personnage. Thomas Nast, né en Allemagne, qui alla puiser dans ses souvenirs d’enfance pour donner chair au vieil homme de Noël des traditions anciennes. Après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement de la consommation et de la communication, le personnage à barbe blanche et manteau rouge, porté par les commerçants de tous poils, conquiert la planète entière ou presque.
On notera en passant que le phénomène n’est pas sans rappeler la méchante épidémie baptisée Halloween que l’Europe connaît depuis quelques années, fête d’origine celtique qui nous revient en version 100 pour cent Hollywood...
Bernard Léchot
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