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La solution actuelle - les compensations des émissions de carbone - fonctionne, mais elle est imparfaite, et nos efforts ESG? Défectueux.
Vous le saviez déjà, il existe une banque centrale. Mais saviez-vous qu'il existe aussi une banque du carbone? Afin de réduire la pollution, les responsables politiques ont proposé un marché sur lequel les grands fabricants sont tenus de payer pour leur empreinte carbone. William Nordhaus, lauréat du prix Nobel d'économie en 2018, a cependant suggéré une taxe générale sur le carbone. Dans son avis, c'est le meilleur moyen d'atténuer efficacement les problèmes de pollution sur le long terme mais bon, la taxation est plus difficile à faire accepter politiquement aux lobbyistes, d'où les "marchés du carbone".
Un marché du carbone marche de la manière suivante: Il existe une offre fixe de quotas (des permis de polluer). Ces quotas symbolisent des contrats d'air pur et les entreprises «propres» les vendent comme moyen de financer leurs opérations. Lorsqu'une grande entreprise souhaite compenser ses émissions de carbone, elle achète de tels contrats sur le marché et finance donc les activités d'une entreprise ‘’propre’’ en retour. Le pollueur participe donc à un acte de nettoyage puisqu'il finance quelque chose de ‘’propre’’, comme une entreprise de plantation d'arbres. C’est une manière utilitaire, à la Jeremy Bentham, d’améliorer le bien-être net de notre société.
Le marché du carbone le plus développé se trouve en Europe. Il a été lancé en 2005, mais pendant de nombreuses années, les prix du carbone restent très bas, jusqu'à récemment. La faiblesse des prix du carbone, due à une surabondance de l'offre de quotas, a conduit à des changements d'intervention politique en 2018, où les prix ont soudainement triplé, comme le montre le graphique 2. Entre 2018 et 2019, les émissions ont chuté de 8,7%, comme le montre le graphique 1, ce qui témoigne d'une forte réaction à la hausse des prix du carbone. William Nordhaus approuve l'augmentation du prix du carbone mais il suggère une intervention plus radicale au sein même des entreprises afin d’atténuer les dégâts climatiques.
Il y a ensuite eu une chute spectaculaire des émissions de carbone en 2020 en raison du ralentissement évident de l'activité économique dans le monde. Récemment, cependant, les prix sont remontés en flèche malgré la baisse des émissions. En cas de resserrement, les prix du carbone pourraient poursuivre leur ascension et devenir une stratégie d'investissement à long terme très intéressante. Acheter des quotas d'émission de carbone devient une idée d’investissement long terme à considérer!
Les Européens utilisent ce marché comme le principal outil de contrôle de la politique climatique et maintenant, dans la première nation polluante du monde, la Chine pousse pour des efforts similaires. Mais enfaite c’est partout pareil tout bien qu’à Genève, Trafigura et Mercuria ont récemment embauché de nouveaux négociants (il suffit de chercher ''carbon trading'' sur LinkedIn) pour rejoindre leurs bureaux d'échange de carbone et ils recrutent de manière agressive, ce qui signifie que cette activité pourrait réellement exploser.
Des efforts de compensation du carbone ont également été faits sur le front de la cryptomonnaie avec l'offre de jetons nommé ‘’UPCO2’’ sur Uphold.com permettant aux investisseurs d'acheter un jeton pour compenser une tonne d'émissions. Il est possible de "brûler" un jeton pour compenser ses propres émissions ou de le vendre pour financer des projets liés à la forestation.
Les grandes entreprises polluantes ressentent les effets de la pression exercée par les dirigeants mondiaux pour qu'elles adoptent des comportements écologiques. L'échange est simple pour les pollueurs: les entreprises du monde entier peuvent acheter des quotas auprès de groupes qui plantent et protègent des arbres ou installent des énergies renouvelables. Il s'agit d'une compensation (voir le graphique 3 pour les prix) pour une tonne de carbone émise.
Cela arrange bien évidemment les grands pollueurs qui deviennent d’ailleurs eux-mêmes propriétaire de compagnies dites ‘’propres’’, et donc bénéficiaires direct de ce schéma de quotas. La réponse du marché à cette externalité négative, c'est-à-dire à la pollution, est défectueuse - l'argent collecté par les pollueurs pourrait être mieux utilisé ailleurs—William Nordhaus a-t-il donc raison? Ne faudrait-il donc pas taxer localement les entreprises si elles mettent leur argent d’une poche à l’autre?
Malgré les prix actuels de 60,60 euros par quota, les contrats bon marché des périodes précédentes ne sont pas susceptibles de convaincre les entreprises de faire de sérieuses concessions si elles peuvent simplement utiliser des contrats moins chers encore toujours. C'est un problème à court terme certes mais cela va à l'encontre de l'objectif même de l’intention même de ce marché. Il doit y avoir une certaine forme de reconnaissance pour les compensateurs oui, mais le pardon sous la forme de droits à polluer finit par ralentir le progrès net. Idéalement, des contrats devraient être vendus que pour les émissions excédentaires, celles que les entreprises ont beaucoup de mal à empêcher. À l'heure actuelle, les grandes entreprises ne sont pas incitées à utiliser des quotas pour leurs émissions supplémentaires, c’est elles qui choisissent. A votre avis, qui profite le plus de ce marché?
Les marchés du carbone contribuent à la sensibilisation, et c'est un excellent début dans notre contexte économique, mais cela ressemble à du ruban adhésif collé entre le monde dans lequel nous vivons et le monde idéal ce monde où l'air est pur et où les animaux cessent de disparaître.
La vérité est que les grandes entreprises énergétiques ne font rien de mal, elles respectent les règles ! Elles peuvent légalement continuer à polluer pour répondre à notre consommation, et aussi financer des projets propres en même temps. Cependant, le problème est que cela pourrait être fait sans un marché du carbone...
Les grandes entreprises du secteur de l'énergie modifient leur comportement, certes, mais elles ne sont pas incitées, juridiquement ou financièrement, à réduire les émissions supplémentaires qu'elles peuvent maintenant acheter toute légalité sur un marché du carbone. En fait, les grandes entreprises s'en tirent à bon compte en polluant, mais elles ont maintenant un laissez-passer pour s'en laver les mains moralement.
Pour l'avenir du travail, ce marché va devenir massif, et les investisseurs environnementaux ayant des connaissances en matière de sciences naturelles seront très demandés pour aider à déchiffrer les projets de "compensation" qui devraient être autorisés à être financés par ces quotas. À l'heure actuelle, il existe de nombreux projets proposés qui ne parviennent pas à compenser réellement la pollution dans une proportion d’un pour un.
Jusqu'à présent, moins de 5% des compensations proposées en 2020 ont réellement éliminé le dioxyde de carbone de l'atmosphère. Selon le Berkeley Carbon Trading Project, 50% des projets sélectionnés à l'heure actuelle concernent la foresterie et l'utilisation des terres, mais il existe un déséquilibre en termes de longévité. C’est-à-dire les arbres ne stockent pas le carbone pour toujours, ce qui va à l'encontre de l'objectif même de l'accord de compensation - comment y remédier?
Avant de nous séparer, nous ouvrons le débat sur l'investissement «impact». Nous avons illustré ci-dessus que les marchés de carbone sont remplis d'épines et d'incohérences flagrantes, mais qu'en est-il de l'investissement «ESG» comme autre solution à notre problème Ne vous emballez pas trop. Dans un récent blog, M. Fariq Fancy, ancien responsable de l'investissement ESG chez BlackRock, fait remarquer que l'investissement à impact comporte des lacunes et des conflits d'intérêts majeurs.
Lors d'un vol en jet privé entre New York et Zurich, M. Fancy se souvient que ses collègues discutaient des produits ESG "propres" comme d'une activité fantastique. Il suffit de regarder les graphiques suivants et les énormes possibilités de profit deviennent de plus en plus claires - BlackRock a inventé cette opportunité pour elle-même et perçoit de grosses commissions dans le processus de courtage. M. Fancy explique que BlackRock pousse à la rhétorique ESG, reste en retrait jusqu'à ce que les clients aient besoin d'eux pour négocier une transaction, des clients qui paient de gros frais à BlackRock et cochent en même temps leurs cases ESG pour les réunions du conseil d'administration.
Le fait est simple : les fonds mondiaux ESG ont connu une croissance exponentielle. Tout le monde s'y met, surtout entre 2020 et 2021, et BlackRock a joué un rôle important dans cette évolution, et a profité énormément de cette vague.
Il faut se méfier des fondamentaux des entreprises ESG! Les primes sont manifestement très élevées; EDPR se négocie à 50 fois les bénéfices, Orsted à 55 et Verbund à 47. Les entreprises ESG sont-elles soudainement devenues de meilleurs opérations commerciales, ou les acteurs du marché sont-ils en train d'évaluer la flambée parabolique ci-dessus en essayant de s’y accrocher en panique?
Selon les sages paroles de M. Fancy, "Malheureusement, protéger un portefeuille d'investissement contre les effets désastreux du changement climatique n'est pas la même chose que d'empêcher ces effets désastreux de se produire en premier lieu... les gens qui vivent près des feux de forêt en Californie [ne se] sentent pas plus en sécurité parce que l'un de leurs voisins a souscrit une assurance contre les feux de forêt pour sa maison".