Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07181.jsonl.gz/797

Le patron suisse de la Deutsche Bank et ses cinq co-accusés seront rejugés pour des primes versées lors de l'achat du groupe Mannesmann par Vodafone.
La Cour fédérale (allemande) de justice a accepté le recours déposé par le parquet à l'issue d'un premier procès à Düsseldorf, qui avait vu l'acquittement des six condamnés.
L'affaire Mannesmann, l'un des plus grands scandales financiers de ces dernières années en Allemagne, va repartir de zéro. Mercredi, la Cour fédérale (la plus haute juridiction allemande) a demandé la tenue d'un nouveau procès. Selon le président de la Cour Klaus Tolksdorf, le jugement précédent contenait des erreurs «seulement sur quelques points, mais des points décisifs».
En juillet 2004 le tribunal de Düsseldorf avait conclu en première instance à une relaxe générale pour les six prévenus, dont Josef Ackermann, le patron suisse de la Deutsche Bank.
Ils étaient poursuivis pour abus de confiance simple ou aggravé, ou complicité. La justice les soupçonnait d'avoir donné, en échange de primes généreuses, leur feu vert au rachat du groupe téléphonique allemand Mannesmann par le britannique Vodafone en 2000.
Près de 57 millions d'euros
Le Présidium (comité restreint) du Conseil de surveillance de Mannesmann, où siégeait notamment Josef Ackermann et le numéro un à l'époque du puissant syndicat de la métallurgie IG Metall, Klaus Zwickel, avait décidé d'accorder près de 57 millions d'euros de primes aux dirigeants de Mannesmann, dont le patron de l'époque, Klaus Esser.
La présidente du tribunal de Düsseldorf, Brigitte Koppenhoefer, avait jugé que le versement de ces primes, s'il n'avait pas été forcément dans l'intérêt de l'entreprise, ne constituait pas pour autant un cas d'abus de confiance.
En octobre, le président de la Cour de cassation allemande, Klaus Tolksdorf, avait fait comprendre qu'il ne partageait pas totalement cet avis. La Cour fédérale «se demande vraiment» si ces primes ne sont «pas la récompense d'une prestation mais tout simplement un cadeau», avait-il alors déclaré.
L'accusation est aussi allée plus loin que lors du procès en première instance, estimant que Klaus Esser s'était rendu coupable d'abus de confiance, alors qu'auparavant, il n'était poursuivi que pour complicité.
De même, Klaus Zwickel, qui s'était abstenu lors du vote des primes, se serait aussi rendu coupable d'abus de confiance, a estimé le procureur de l'Etat fédéral lors des débats.
Le nouveau procès pourra se dérouler soit au tribunal de Düsseldorf, mais devant une autre chambre que lors de la première instance, soit devant un autre tribunal de l'Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Le grand débat
Le premier procès avait duré près de six mois, à raison d'un ou deux jours d'audience par semaine, et avait provoqué un vif débat en Allemagne entre partisans d'une gestion ultralibérale des entreprises à l'anglo-saxonne et tenants d'un plus grand contrôle sur l'activité des dirigeants.
Il avait conduit à l'adoption en juillet d'une législation obligeant les groupes allemands cotés en bourse à publier les rémunérations détaillées des membres de leurs directoires, incluant primes, stocks-options, avantages en nature ou autres bonus, à partir de 2007.
Avenir incertain
L'annonce de ce nouveau procès fait planer une menace sur l'avenir de Josef Ackermann à la tête de la première banque allemande. En cas de condamnation, il est difficilement concevable qu'il puisse se maintenir à son poste.
Pour l'heure, la banque ne fait aucun commentaire. Mais mercredi déjà, l'édition allemande du Financial Times online spécule sur le nom de son éventuel successeur.
swissinfo et les agences
Faits
Le docteur Josef Meinrad Ackermann est né le 7 février 1948 à Mels, dans le canton de St-Gall.
En 1973, il termine ses études en économie bancaire à l'Université de St-Gall.
En 1977, il entre au Credit Suisse, dont il gravit les échelons jusqu'à en devenir le directeur, poste qu'il occupera de 1993 à 1996.
Le 22 mai 2002, il est nommé à la tête de la Deutsche Bank. Il est le premier étranger à occuper cette fonction depuis la fondation de l'établissement en 1870.
En bref
- L'affaire Mannesmann, du nom d'un groupe allemand de télécoms, est un des plus gros scandales financiers de ces dernières années en Allemagne.
- En juillet 2004 le tribunal de Düsseldorf avait conclu en première instance à un acquittement général des six prévenus (dont Josef Ackermann), tous membres du Conseil de surveillance de Mannesmann.
- Ils étaient poursuivis pour abus de confiance simple ou aggravé, ou complicité.
- La justice les soupçonnait d'avoir touché près de 57 millions d'euros de primes pour leur feu vert au rachat de Mannesmann par le britannique Vodafone.
- La transaction a eu lieu en 2000. Mannesmann a coûté 178 milliards d'euros à Vodafone.