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Syndrome de fatigue chronique
Définition
Le syndrome de fatigue chronique (SFC) est un trouble compliqué caractérisé par une fatigue extrême qui dure au moins 6 mois et qui ne peut être expliquée par aucune maladie sous-jacente1. Les patients atteints du SFC font état d’une fatigue qui s’aggrave avec l’activité physique ou mentale et qui ne s’améliore pas après le repos.
Autres termes ou noms :
Le SFC est aussi connu sous le nom d’encéphalomyélite myalgique (EM) ou de ME/SFC (en anglais ME/CFS), si on combine les deux dénominations. Ce terme d’EM est souvent préféré par les patients, comme l’a affirmé à Creapharma.ch en 2016 la Prof. Maureen R. Hanson de la Cornell University aux Etats-Unis dans une interview, car il montre les symptômes de douleur et d’une fonction cérébrale anormale vécue par la plupart des victimes de la maladie. On parle de syndrome de fatigue chronique lorsque la fatigue dure au moins de 6 mois. La maladie porte aussi le nom en anglais de : systemic exertional intolerance disease (SEID).
Dans ce dossier, on parlera plutôt de SFC, par souci de simplification.
Origine biologique
Selon une étude parue en février 2015 dans la revue Sciences Advances (DOI : 10.1126/sciadv.1400121), le syndrome de la fatigue chronique est une maladie biologique et non psychologique. Il est possible d’identifier cette maladie grâce à des marqueurs (notamment les cytokines) dans le sang.
Les chercheurs ont testé les niveaux de 51 marqueurs du système immunitaire dans le plasma de 298 malades et de 348 personnes en bonne santé. Ils ont découvert que le sang des patients atteints de la maladie depuis trois ans ou moins comportait des niveaux plus élevés de molécules nommées cytokines. En revanche, le sang des patients ayant contracté la maladie depuis plus de trois ans ne présentait pas ce niveau de cytokines. “Le lien semble inhabituellement fort avec une cytokine appelée ‘interferon gamma’, liée à une fatigue qui suit beaucoup d’infections virales”, selon l’étude.
Le SFC survient souvent après une infection aiguë.
Selon la Columbia University, jusqu’à 90% des personnes atteintes du SFC souffrent aussi du syndrome de l’intestin irritable.
Epidémiologie
Etats-Unis
Aux Etats-Unis, de 1 à 4 millions de personnes souffrent du SFC/EM, soit un peu plus de 1% de la population si on retient le chiffre de 4 millions. Une étude publiée en 2015 par le National Academy of Medicine estime que de 836’000 à 2,5 millions d’Américains souffrent du SFC/EM. Cela dit, le média de référence Berkeley Wellness parle plutôt d’environ 1 million d’Américains qui souffrent du SFC/EM, comme le relève un article publié en mars 2019 (Reeducating Doctors About ME/CFS).
Selon un article de 2023 du blog de la Cleveland Clinic, les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) estiment que 836’000 à 2,5 millions d’Américains souffrent du SFC/EM, mais la plupart des cas ne sont pas diagnostiqués.
Les femmes américaines sont 2 à 4 fois plus touchées que les hommes, on ignore pourquoi il y’a une telle différence entre hommes et femmes. Certaines sources comme le magazine américain Prevention estime qu’il y a 2 femmes pour 1 homme touché par le SFC/EM.
Aux Etats-Unis, on estime que 90% des personnes souffrant du SFC/EM ne sont pas diagnostiquées.
Apparition de la maladie par classe d’âge
La maladie apparaît surtout pendant 2 tranches d’âges : chez les adolescents âgés de 15 à 20 ans et chez les adultes âgées de 30 à 35 ans.
Durée de la maladie
La maladie perdure la plupart du temps pendant des décennies.
Le Prof. Jose Montoya de l’Université de Stanford (Californie), grand spécialiste du SFC, relevait dans un communiqué de presse de son université en juillet 2017 que certains patients peuvent être guéris (rémission) pendant les premières années, mais rarement si la maladie persiste pendant plus de 5 ans.
Causes
Les causes ne sont pas clairement connues et les traitements ne sont pas spécifiques. Plusieurs théories essaient d’expliquer l’origine du SFC2.
– Le microbiome (flore intestinale) pourrait être une cause en tout cas partielle du SFC. Selon une étude réalisée par la Columbia University, le SFC pourrait être associé à un déséquilibre du microbiome. Les scientifiques américains ont remarqué que des niveaux de certaines bactéries intestinales – Faecalibacterium, Roseburia, Dorea, Coprococcus, Clostridium, Ruminococcus et Coprobacillus – étaient fortement associées au SFC. Cette étude a été publiée online dans la revue scientifique Microbiome le 26 avril 2017.
Lire davantage dans la rubrique Symptômes ci-dessous
– Certains spécialistes estiment que le syndrome de fatigue chronique pourrait provenir de virus (ex. de la mononucléose, Covid-19, etc.), du stress, de problèmes du système immunitaire ou encore de troubles hormonaux. Certains pensent que ce syndrome proviendrait de différents facteurs. Des études ont découvert que jusqu’à 10% des personnes avec des virus dans leur organisme peuvent développer un SFC.
Des données américaines estiment que 75% des cas du SFC suivent une infection virale ou bactérienne3.
Remarque : des patients ayant souffert de Covid-19 pourraient souffrir de syndrome de fatigue chronique (SFC) des mois après l’apparition des premiers symptômes du coronavirus, comme l’a relevé un article du Wall Street Journal datant du 1er juillet 2020. Début août 2020, CNN a aussi expliqué dans un article que la Covid-19 pourrait mener au syndrome de fatigue chronique.
– Le syndrome de Cushing peut provoquer un syndrome de fatigue chronique. Le syndrome de Cushing est une affection peu fréquente caractérisée par une production excessive de l’hormone cortisol. Cette surproduction provient d’une tumeur bénigne localisée sur la glande surrénale.
– Le syndrome de Sjögren, une maladie auto-immune touchant en grande partie les femmes. Un sondage réalisé aux Etats-Unis en 2016 par la Sjögren’s Syndrome Foundation et Harris Interactive, qui a pris en compte presque 3’000 patients comptant 96% de femmes, a montré que 80% des patients atteints du syndrome de Sjögren souffraient aussi de fatigue chronique presque chaque semaine ou plus fréquemment. Environ la moitié des patients atteints du syndrome de Sjögren avec une sécheresse oculaire sévère (présente chez 53% des patients atteints du syndrome de Sjögren dans le sondage mentionné ci-dessus) souffraient de fatigue chronique sévère.
Au niveau cellulaire
Une étude publiée en 2017 a montré que des changements dans la chimie du cerveau – observés sur les niveaux de micro-ARN (ou miARN) – étaient observés 24 h après avoir pédalé sur un vélo d’appartement pendant 25 minutes chez des patients souffrant du SFC. Les micro-ARN (en anglais miRNAs) ont notamment comme fonction d’allumer ou d’éteindre la production de protéines dans les cellules. Cette étude réalisée notamment par le Georgetown University Medical Center a été publiée le 10 novembre 2017 dans le journal scientifique Scientific Reports (DOI : 10.1038/s41598-017-15383-9). Les micro-ARN pourraient agir comme une signature de la maladie.
Facteurs de risque
Certains facteurs de risque sont :
– l’âge, on sait que les personnes dans la quarantaine ou la cinquantaine sont plus touchées par ce syndrome ;
– le sexe, la maladie est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes ;
– le stress, souffrir de stress augmente le risque.
Symptômes
Le syndrome de fatigue chronique se caractérise notamment par une fatigue extrême qui dure pendant au moins 6 mois, des maux de tête (d’un nouveau type, différent que d’habitude), des difficultés de concentration et des douleurs musculaires notamment inexpliquées.
Troubles gastro-intestinaux :
Le patient peut parfois ressentir des symptômes de type gastro-intestinaux. Des chercheurs de la Cornell University ont réussi à identifier des marqueurs biologiques du SFC dans les bactéries intestinales. La composition bactérienne intestinale, ou microbiome, des participants souffrant du syndrome de fatigue chronique (SFS) était différente en comparaison des participants à l’étude en bonne santé. Les scientifiques ont notamment observé une diminution du nombre d’espèces bactériennes. Cette étude a été publiée le 23 juin 2016 dans la revue spécialisée Microbiome. Lire davantage
Autres symptômes :
D’autres symptômes du syndrome de fatigue chronique sont des pertes et troubles de mémoire notamment à court terme, des troubles de concentration, des maux de gorge, une augmentation du volume des nodules lymphatiques, des douleurs articulaires sans des signes inflammatoires, un sommeil qui n’est pas réparateur ou encore un état d’épuisement qui dure plus de 24 heures après un exercice physique ou mental. Des vertiges qui s’aggravent lors d’un passage de la position couchée ou assise à la position debout peut être un signe du SFC4. D’autres symptômes sont : des frissons et des sueurs nocturnes, des nausées, une sensibilité à la lumière et au son, des nouvelles allergies ou une sensibilité aux aliments, aux produits chimiques ou aux odeurs.
Il faut savoir que les symptômes peuvent varier d’un individu à l’autre.
Diagnostic
Pour aider à diagnostiquer le SFC, le médecin ou autre professionnel de la santé peut réaliser une analyse de sang et d’urine après avoir discuté avec le patient des symptômes et des antécédents médicaux.
Le diagnostic n’est pas toujours évident, car il faut exclure d’autres maladies avec des symptômes parfois proches comme l’anémie ou l’hypothyroïdie. D’autres maladies menant à de la fatigue comme la mononucléose ou la maladie de Lyme doivent être exclues. La fibromyalgie peut aussi être confondue avec le SFC.
Il n’existe pas de test unique pour confirmer un diagnostic de SFC5.
Traitements
Il existe différents traitements pour soigner le syndrome de fatigue chronique comme :
Médicaments
– Il s’agit notamment de certains antidépresseurs à faible dose pour améliorer le sommeil et lutter contre la douleur.
– L’utilisation d’antiviraux, d’anti-inflammatoires et de médicaments agissant sur le système immunitaire mène parfois à des améliorations symptomatiques du SFC.
Psychothérapie
– Même si la piste psychologique est écartée par certains scientifiques (lire sous Définition ci-dessus), une psychothérapie pourrait aider à soigner ce syndrome
Exercice physique
– La pratique d’exercice physique peut améliorer les symptômes, une étude publiée en 2016 par l’Université de Californie à San Diego a notamment montré l’effet anti-inflammatoire de l’exercice physique.
Dans notre article découvrez d’autres pistes de traitements : Syndrome de fatigue chronique, la piste infectieuse se confirme
Plantes médicinales
– Le ginseng, comme mesure complémentaire.
– L’ail (à consommer 2 gousses d’ail par jour), pour lutter contre les infections, notamment les virus. Ces derniers sont une cause possible du SFC.
– L’astragale, pour son effet immunostimulant.
Bons conseils & Prévention
Certains bons conseils peuvent aider en cas de syndrome du fatigue chronique comme :
– Essayez de vous relaxer quand vous pouvez et apprenez à bien gérer le stress. La pratique de méditation ou de yoga peuvent aider à lutter contre le stress.
– Essayez de bien dormir, découvrez tous nos conseils pour bien dormir. Il s’agira notamment de limiter le café, un stimulant, et l’alcool.
– Buvez beaucoup d’eau, si possible 8 verres par jour (sauf contre-indication médicale). Une déshydratation associée au SFC peut mener notamment à des symptômes comme le vertige mais aussi augmenter la fatigue.
– La prise de coenzyme Q10 pourrait aider en cas du SFC.
Actualités (news)
– Syndrome de fatigue chronique : des chercheurs ont identifié des biomarqueurs (cytokines)
– Le syndrome de fatigue chronique associée à un déséquilibre de la flore intestinale
– La cause du syndrome de fatigue chronique pourrait provenir de l’intestin, pas de la tête
– Syndrome de fatigue chronique, la piste infectieuse se confirme
Sources & Références :
Mayo Clinic, Cornell University, Etude publiée dans le journal scientifique Microbiome (lien vers étude, le lien fonctionnait le 27 avril 2017), Ecole de Médecine de l’Université de Stanford (communiqué de presse du 31 juillet 2017), Sjögren’s Syndrome Foundation, National Academy of Medicine, Scientific Reports (DOI : 10.1038/s41598-017-15383-9), Prevention (magazine américain sur la santé), Berkeley Wellness, The Wall Street Journal, CNN, Cleveland Clinic.
Personnes responsables et impliquées dans l’écriture de ce dossier :
Xavier Gruffat (Pharmacien et Rédacteur en chef de Creapharma), Seheno Harinjato (Rédactrice chez Creapharma.ch, responsable des infographies).
Dernière mise à jour :
26.10.2023
Crédits photos & Infographies :
Adobe Stock, Pharmanetis Sàrl (infographie)
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Allemand : chronische Müdigkeit
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Italien : sindrome dell’affaticamento cronico
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Portugais : síndrome da fadiga crônica
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Espagnol : síndrome de fatiga crónica
Notes de bas de page et références :
- SANJEEV NANDA (M.D.), Mayo Clinic a-z Health Guide, WHAT YOU NEED TO KNOW ABOUT SIGNS, SYMPTOMS, DIAGNOSIS & TREATMENT, 2nd edition, Rochester, Mayo Clinic Press, 2023.
- SANJEEV NANDA (M.D.), Mayo Clinic a-z Health Guide, WHAT YOU NEED TO KNOW ABOUT SIGNS, SYMPTOMS, DIAGNOSIS & TREATMENT, 2nd edition, Rochester, Mayo Clinic Press, 2023.
- The Economist, édition du 22 août 2020
- SANJEEV NANDA (M.D.), Mayo Clinic a-z Health Guide, WHAT YOU NEED TO KNOW ABOUT SIGNS, SYMPTOMS, DIAGNOSIS & TREATMENT, 2nd edition, Rochester, Mayo Clinic Press, 2023.