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Suisse | Un expert demande un "réduit national d'électricité"
Si un black-out menace le réseau électrique européen, la Suisse devrait se découpler du réseau de l'UE, demande Paul Niggli. L'idée de l'ex-responsable de Swissgrid n'est pas nouvelle...
Si un black-out menace le réseau électrique européen, la Suisse devrait se découpler du réseau de l'UE, demande Paul Niggli. L'idée de l'ex-responsable de Swissgrid n'est pas nouvelle - mais elle n'est pas non plus si facile à mettre en œuvre.
Le black-out nous menace-t-il en hiver parce que la France ne parvient pas à raccorder ses centrales nucléaires au réseau et que l'Allemagne n'a pas assez de gaz pour fournir de l'électricité ? Pas forcément, selon Paul Niggli (65 ans), ex-manager de la société suisse d'exploitation du réseau Swissgrid.
En cas d'urgence, la Suisse doit se détacher du réseau électrique européen, explique-t-il à la NZZ. Niggli a de l'expérience avec le réseau électrique suisse. Il a passé 13 ans chez Swissgrid, où il a dirigé la gestion de crise. Au sein de l'approvisionnement économique du pays, il a dirigé le secteur de l'électricité.
La Suisse pourrait s'approvisionner en électricité
Les réseaux électriques nationaux sont interconnectés dans toute l'Europe. Celui de la Suisse aussi. Cela permet d'acheter l'électricité qui manque dans le pays et de vendre l'électricité produite en trop à l'étranger. Mais si le réseau s'effondre quelque part, les conséquences sont catastrophiques. Si, par exemple, les lumières s'éteignent en France parce que les centrales nucléaires sont en panne, les pays voisins subissent le même sort.
Niggli en est convaincu : la Suisse pourrait se passer de l'électricité du pays voisin. Du moins pour une période limitée - plusieurs mois en été, quelques semaines en hiver et au printemps. Grâce aux grandes centrales à accumulation, la Suisse pourrait à tout moment couvrir sa propre consommation, justifie l'ingénieur. Et grâce aux centrales de pompage-turbinage, la Suisse pourrait également compenser elle-même les fluctuations du réseau.
Un découplage coûteux et complexe
Mais un découplage de l'étranger est irréaliste. Car la Suisse ne dispose d'aucune infrastructure pour cela, comme l'explique la "NZZ". En cas d'urgence, il faudrait en effet pouvoir couper rapidement toutes les lignes qui traversent la frontière. La mise en place des transformateurs nécessaires ne prendrait pas seulement plusieurs années, elle coûterait aussi beaucoup d'argent. Swissgrid estime les coûts à un milliard de francs.
Sur le plan de la politique étrangère, l'introduction d'un tel réduit d'électricité serait également un auto-goal. Il faudrait s'attendre à des contre-mesures. Notamment parce que d'importantes lignes de transit passent par la Suisse et pourraient ainsi être coupées.
La sécurité d'approvisionnement en danger
La revendication de Niggli n'est pas nouvelle. Au printemps, une intervention du conseiller national UDC Christian Imark (40 ans) a échoué. Il demandait d'examiner l'introduction de tels transformateurs. Lors de la session d'automne, le conseiller national Piero Marchesi (41 ans, UDC) a voulu savoir du Conseil fédéral, à l'instigation de Niggli, si une exploitation en îlot était possible en hiver. La réponse n'a pas encore été donnée.
La Confédération et Swissgrid n'ont rien à gagner des arguments de Niggli. "Une exploitation en îlot de la Suisse mettrait en danger l'exploitation sûre du réseau ainsi que la sécurité de l'approvisionnement", déclare la porte-parole de Swissgrid Stephanie Bos à la "NZZ". Marianne Zünd, porte-parole de l'Office fédéral de l'énergie, arrive aux mêmes conclusions : Le découplage serait une "solution très imprudente".
Ce n'est pas la première fois que Niggli fait des propositions non conventionnelles. Récemment encore, il a fait parler de lui en voulant interdire le bitcoin. Leur gestion consomme en effet beaucoup d'électricité. (tom)