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- Détails
- Publié le samedi 23 mai 2009 14:57
Louis Grosgurin, 23 septembre 1897
Pour le 30ème anniversaire de la SPG, à Céligny
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"Mesdames, Messieurs,
L'origine de la Société pédagogique ne se perd pas comme celle de Genève, dans la nuit des temps.
La première tentative de réunion des membres du corps enseignant primaire fut probablement celle que les aides-régents firent en 1855. Quelques pièces de nos archives, fort vénérables déjà par leur teinte jaune et leurs déchirures, nous apprennent qu'une réunion eut lieu un certain mercredi soir et qu'elle eut un lendemain. On fonda, avec une ardeur juvénile, un groupe littéraire qui prit pour devise:
"Critiquons, critiquons, il en restera toujours quelque chose."
Un auteur dont le nom, grâce à une lacune malheureuse, ne restera pas à la postérité, y présenta une nouvelle: "Les Lavandières". N'ayant pas précisément de chastes oreilles et désireux de faire une peinture fidèle, il avait passé, prétendait-on, une journée entière sur un bateau à laver dont le Dante eût fait, s'il l'eût connu, un huitième cercle à son enfer. Il est permis de croire, d'après les tempêtes que déchaîna cette lecture, que ce fut une œuvre fortement documentée et traitée dans une note réaliste impitoyable. (...)
Le Cercle d'Etudes était fondé et devait durer jusqu'en 1867. On y partageait agréablement le temps entre l'étude et l'amusement. La gaieté y était assise sur les genoux de la science et lui secouait familièrement le menton. On y taquinait la Muse chère à Béranger. C'est ainsi qu'un de nos prédécesseurs y présentait, par exemple, une chanson sur les lampes Magnin qui représentaient alors, paraît-il, le nec plus ultra de l'éclairage des familles. Comme les temps sont devenus graves ! (...)
Nous sommes alors en avril 1867. Mais au mois de juin de l'année précédente déjà, les membres du corps enseignant avaient reçu une circulaire dont les signataires, MM. Pelletier, Bory-Buvelot, Guillaumet, Duchosal, insistaient sur la nécessité de l'étude en commun des questions pédagogiques et sur l'opportunité de nouer des relations suivies avec les sections des cantons voisins en demandant notre entrée dans le giron de la Société fédérale des instituteurs. (...)
La tentative fut donc couronnée de succès et, dans les assemblées diverses qui eurent lieu en 1866, on procéda à l'élaboration des statuts et on nomma le premier Comité en février 1867, qui répartit ses charges comme suit:
MM. Pautry, président
Michel, vice-président
Pelletier, délégué au Comité Central
Bory, trésorier
Lombard, secrétaire
La Société pédagogique était fondée. Il y a longtemps déjà, car 30 ans, c'est un bel âge pour qui connaît l'inestimable prix du temps. Nous avons cependant le plaisir de posséder parmi nous, dans le même comité, où il exerce les fonctions de bibliothécaire avec un dévouement d'autant plus précieux qu'il est plus rare, M. Pautry, dont la belle et robuste vieillesse symbolise à nos yeux la vitalité de notre groupement et nous offre une image de persévérante fidélité et d'inaltérable conscience. (...)
C'est là que je bornerai cette brève esquisse de nos origines. Pourrait-on me pardonner de faire autrement quand tout nous appelle à autre chose qu'à la lecture d'un historique et nous invite à fausser compagnie à la pédagogie, dont les attraits pâlissent singulièrement devant ceux de cette journée d'automne que le ciel a faite grise et pluvieuse, mais où la gaieté et l'amitié ensoleillent les coeurs.
Je termine donc, en priant mes collègues de me pardonner les erreurs que je puis avoir commises dans mes fonctions d'historien, si erreur il y a, et si ce que je viens de vous lire peut s'appeler de l'histoire."