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07/12/2010
Puisque les circonstances de la découverte de cet être qu'on appelle Momulk sont à présent bien connues, je voudrais évoquer les circonstances au cours desquelles il est apparu concrètement dans le monde: car il ne s'agit pas seulement d'une image qu'on a créée; elle correspond aussi à quelque chose.
C'était lors d'une visite au Centre d'Étude et de Recherche Nucléaire, à Meyrin (près de Genève). Le professeur Maumot avait emmené ses élèves dans ce noble lieu avec l'idée de les instruire sur les secrets de la Matière tels que la science actuelle les explore ou les a percés, déjà.
Ils y apprirent ce qu'il y avait à apprendre, mais il advint qu'en passant le long d'un cylindre dans lequel passaient les charges électriques destinées à diviser les atomes, le professeur Maumot fut intrigué par un éclat étrange, qui semblait sortir d'une jointure entre deux pans du long cylindre. Imprudemment, il s'approcha, car cet éclat avait je ne sais quelle qualité singulière: il était doux, et semblait vivre, comme palpiter, ou respirer, et il s'en exhalait un air fascinant, comme luisant de l'intérieur: on eût dit que des fées enfermées dans ces énormes tuyaux y avaient trouvé une faille qui leur permettait à présent de sortir et de se libérer - de se mettre dans l'air que respiraient les hommes.
Hélas! les sirènes liées à leur île, si on les avait embarquées dans un navire pour leur donner accès aux rivages des mortels, n'eussent-elles pas pu créer la même impression de charme, de couleur, de lumière, de beauté? Le roi Salomon, dit-on, enferma dans des autels de pierre, ou des socles de colonnes saintes, des démons; or, qui ne sait que leur apparence peut être somptueuse? Si une fissure s'était créée, dans ces blocs, est-ce qu'en jaillissant dans l'air, les simples mortels n'eussent pas pu été émerveillés? Si ce n'avait pas été le cas, quel bien eût accompli Salomon, en vérité? Car le danger est surtout celui de la séduction, de la tromperie: la sirène, d'elle-même, n'est-elle pas limitée par son rivage?
Et voici que le professeur Maumot, en s'approchant de cette lueur pleine de beauté et de charme, ne connut pas le danger. Il fut bientôt assez près pour avoir le visage éclairé par cet éclat étrange. Ses yeux en reflétèrent les fins rayons remplis de couleurs diverses. Il vit dans ce rayonnement des sortes de petits astres, et, au sein de ceux-ci, quelque chose d'extraordinaire: comme un visage qui lui souriait, et qui le regardait! Mais son œil, en vérité, était plein de malice. Et l'instant d'après, le professeur Maumot se sentit brûler, et même embraser complètement, pareil à une torche, et dans d'atroces souffrances se dissoudre. Néanmoins, il n'eut pas même le temps de crier: il perdit aussitôt connaissance.
Quiconque l'eût vu à ce moment eût été fort étonné de voir son corps se mettre à luire d'une lueur verte, et de le voir s'écrouler. Mais la stupéfaction eût été plus grande encore en s'apercevant que dans la lueur verte ses membres paraissaient se dissoudre à mesure qu'elle le saisissait comme des tentacules rapides, et l'enserrait dans ses lignes mouvantes et pareilles à maints égards aux bras d'une pieuvre, ou aux fils d'une araignée - mais des fils qui fussent restés vivants. Or, cela entrait en lui, dans ses membres, sa chair, ses os, et à mesure qu'il en était ainsi, tout son corps paraissait se ratatiner, se recroqueviller, et, au même moment, se fondre dans de l'énergie pure, notamment aux extrémités.
Cependant, à l'instant où la vue fût devenue incapable de maintenir l'image du professeur Maumot telle que ses élèves la connaissaient et la chérissaient, il survint une explosion de lumière, et, peu à peu, il se dégagea de cette masse de clarté éblouissante une forme énorme, caricature monstrueuse du professeur Maumot, musclée à souhait, verte et sauvage. Il avait un regard de braise - épouvantable à voir! Tel le célèbre basilic, ce monstre paraissait pouvoir foudroyer d'un coup d'œil le téméraire qui eût osé le fixer de ses propres yeux.
Ainsi naquit cet être terrible. Mais quant à savoir comment lui vint son nom de Momulk, et ce que créa la première vision de cette créature par un mortel ordinaire - et en particulier ses élèves, éloignés de quelques pas, M. Maumot s'étant écarté du groupe des visiteurs après avoir aperçu la clarté étrange -, cela est réservé pour un prochain épisode. Je ne parle même pas des actions incroyables dont se rendit sans tarder l'auteur notre Momulk! Cela viendra (quoique pas forcément tout de suite).
02/11/2010
Oyez, chers amis, dignes lecteurs de ce blog modeste! Car je suis or en mesure de révéler le véritable visage de Momulk! Voyez le noble dessin ci-contre, tracé et colorié par mes élèves l'an passé. Alors, une étrange lumière verte les baignait, que peut-être eux-mêmes n'ont pas vue, mais dont le foyer me sembla être la forêt de hêtres et de sapins qui recouvrait la pente des Voirons à la façon d'un gilet de laine. C'était comme si, sous les feuillages épais, une émeraude luisante, ou une étoile verte, tombée là du Ciel, avait projeté sur leur front son doux rayon. Je l'y voyais se refléter: leur visage en était illuminé. Une forme de grâce se répandait, ainsi, sur leurs sourcils traversés de fins éclairs!
Naquit donc en eux, à ce moment, l'image du véritable Momulk! Elle n'était autre que l'âme, soudain rendue visible, de leur professeur Mirhé Maumot, à eux apparue à cette heure soudaine où le mystérieux rayon vert, projeté par la fée verte des Voirons, toucha leurs yeux.
Mais d'où venait cette fée, et quelle était son intention? On m'a dit qu'elle était de la suite de la déesse Vénus, dont le front est dans le Ciel orné d'une éclatante émeraude, brillante comme un astre! Il s'agit pour elle de développer l'amour en permettant à la conscience d'enfourcher le démon de la colère, née du désir inassouvi.
Le fait est que le métier ingrat d'enseignant peut occasionner bien des déceptions, chez certains êtres persuadés d'être dignes d'un plus grand destin! Mais cet orgueil doit être métamorphosé en amour, je crois, et l'élan qui porte chacun vers plus que lui-même doit finalement saisir comme butée non l'image de soi glorifiée, mais l'image de l'autre, glorifiée, c'est-à-dire vers ce qu'on pourrait appeler son ange intime, son être caché, et qui est ce qu'il est, lui, appelé à devenir - afin de l'aider sur ce chemin. Car on pourrait dire que la plante même a l'image de la fleur devant elle, créée par les astres dans les airs, et qu'elle cherche finalement à l'épouser, à la matérialiser! Eh bien, pour les êtres humains, on peut se faire des représentations comparables. Et en tout cas, l'image de chaque enfant, devenu adulte accompli, peut être conçue, et considérée comme un être déjà vivant, quoique n'ayant pas reçu encore d'enveloppe charnelle. L'amour, au sein de l'action éducative, prend ou peut prendre cette forme: il existe un germe, et de même que la graine contient en potentialité la fleur, il faut imaginer chaque être humain en devenir devenu ange, en quelque sorte: homme ou femme-fleur! Cela tire chacun vers l'avenir: car cette image en vient. On pourrait dire que le bon ange ou l'être idéal vient de l'avenir, comme dans la science-fiction!
Quoi qu'il en soit, au sein d'une étrange brume verte, l'âme, que je dirais encore sauvage et profondément imparfaite, du professeur Maumot est apparue - avec ses foudres, et ses aspirations sans doute à de la beauté et à de la gloire, mais aussi ses illusions qui entachent ces aspirations, l'amour de soi-même ou la vanité qui ternissent les couleurs de son désir, noircissent la lumière qu'il s'efforce de contempler. La couleur verte est faite d'un mélange, et d'un mélange intéressant, parce qu'à mi-chemin entre le jaune Soleil et la Terre bleue. Le glauque n'est pas loin: ce qui est visqueux, ou vaseux, comme le furent et le sont encore tant de discours de Mirhé Maumot devant son public de jeunes gens! Mais il peut aussi s'agir d'un pré destiné à fleurir - à permettre à des fleurs d'apparaître.
Dans les profondeurs glauques des océans, ne trouve-t-on pas mille poissons lumineux?
C'est donc incertain; l'enjeu en est particulier.
La prochaine fois, je dirai comment Momulk est apparu dans le monde, concrètement. Car je l'avais annoncé, mais la place me manque. Il a fallu justifier la couleur verte, et quelques autres choses!
13/08/2010
Mes élèves m'ont cette année inventé un personnage magnifique: Momulk. Ils l'ont dessiné - vert, grand, fort, musclé, le pantalon violet déchiré en bas, les pieds nus, les bras levés, la bouche ouverte comme laissant passer un cri, les sourcils froncés, et des lunettes et trois touffes de cheveux: deux sur les côtés, une en haut, pour me différencier de Bruce Banner! Est-ce que réellement, en cours, je me mets en colère jusqu'à me transformer, jusqu'à laisser parler la bête qui est en moi et surgit des profondeurs?
Autrefois, cela m'arrivait. Mais grâce à la poésie zen que les éditions Le Tour ont publiée sous le titre Du Japon et de Chine, je me suis amélioré: je la médite tous les jours en contemplant le Ciel et les montagnes qui s'élancent vers lui et servent de marchepied à ceux qui veulent le gagner! Voyez cet exemple, de Li Po (qui n'était cependant pas tant bouddhiste que taoïste, je crois):
L'escalier s'envole vers les nuages bleus.
Voyant à l'infini, mon souci se dissipe.
Dans les trois gorges la pluie est sombre,
Les eaux printanières de deux rivières ceinturent la ville.
Ici aujourd'hui, monté pour contempler,
A travers les neuf cieux je voyage.
N'est-ce pas sublime? Je ne connais rien d'aussi divin que la poésie chinoise, en particulier Li Po.
Et voici, à présent, je me sens mieux; avec les élèves, je communie plus profondément. Est-ce que par conséquent je reste moi-même, le Bruce Banner local, ou est-ce que la puissance de Hulk, je suis parvenu à la dompter?
J'ai, quoi qu'il en soit, bien envie de raconter les aventures de ce personnage, Momulk, dont, à l'occasion, je mettrai ici l'image: car je n'ai pas de machine, chez moi, qui pour le moment me le permette! Ce sera le professeur qui, perdant la maîtrise de soi, se transforme en géant vert, mais qui, une fois transformé, tentera de mettre sa force au service du Bien, par delà sa colère, cherchant à réveiller sa conscience enfouie sous la rage verte, et à rendre au professeur son apparence normale. C'est à suivre; et pour commencer, je dirai quels malencontreux hasards ont rendu ces métamorphoses possibles, par quels accidents du destin cela est arrivé. Car Captain Savoy est un personnage lié aux étoiles, et choisi par les dieux, comme Captain Marvel. Mais ici, ce sera la thématique de l'accident cosmique qui crée une malédiction bientôt tournée par la volonté humaine en bénédiction, comme pour les IV Fantastiques ou Spiderman. Ou Merlin l'Enchanteur, né d'un démon mais mettant ses pouvoirs au service du Bien!
Accident cosmique, ou lié à la science, plus exactement, bien que je ne m'en mêle guère. Cela aura lieu au CERN du canton de Genève: naturellement: c'est un Hulk local!
Or, j'entends révéler tout de suite le nom de baptême de l'homme appelé à se transformer de cette manière: Mirhé Maumot. Un prénom étrange, dira-t-on, que celui de Mirhé! Eh bien, sachez que sa mère, à l'époque où il est né, avait une dévotion particulière pour un chanteur de l'Opéra national d'Ispahan (en Perse) qui portait précisément ce prénom. (Il avait, pour patronyme, Tanjib.) Depuis, on l'a un peu oublié! Cette mère de notre Mirhé, Mme Maumot, trouvait beau le chanteur, et sa voix, surtout, la transportait au Ciel! (Elle-même était d'origine arménienne; c'est un peu voisin de la Perse, comme on ne l'ignore pas.) Elle a donc appelé son fils Mirhé, lequel elle avait eu de son mari, un certain Jean Maumot, modeste professeur de mathématiques au Collège de Saint-Julien-en-Genevois.
Prochainement, nous raconterons, donc, dans quelles circonstances Mirhé Maumot été irradié, de quelle façon les molécules de son corps ont commencé à échapper à son contrôle, suite à un déchaînement occasionné par les accélérateurs de particules du CERN, et à un accident qui l'a placé sous l'influence des forces radioactives qui accélèrent ces particules! Car il faut savoir que les ondes radioactives ont pour remarquable faculté de rendre l'être humain en partie monstrueux, en tout cas par à-coups; il faut songer au Dr Manhattan des Watchmen, devenu un dieu sans âme, sans cœur, sans humanité! J'en reparlerai lors du prochain chapitre de cette série de Momulk.