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étouffée de son fils Henri (VII); mais, bientôt frappé luimême, par le pape Grégoire IX, des foudres de l'excommunication (24 mars 1239), U voyait à des discordes de famille succéder la scission bien plus redoutable entre l'Empire et l'Eglise.
C'est dans ce moment que les gens de Schwyz reparaissent sur la scène de l'histoire. L'esprit de liberté, qui forme le trait saillant de leur caractère national et comme le fil conducteur de leurs annales, devait les tenir toujours aux aguets pour saisir l'occasion de conquérir leur émancipation intérieure, surtout depuis que l'exemple de leurs voisins d'Uri rendait à leurs yeux ce bienfait tout à la fois plus facile à obtenir et plus désirable à posséder. Cette occasion leur parut venue, et ils crurent qu'en prenant ouvertement parti pour l'Empereur, ils pouvaient espérer de recevoir de lui, par réciprocité, un diplôme d'affranchissement semblable à celui qu'avaient obtenu les gens d'Uri. En rattachant ainsi à la rupture entre Frédéric II et le pape Grégoire IX le motif de la démarche que les chefs de la communauté de Schwyz jugèrent opportun de tenter, nous ne pensons point hasarder une conjecture téméraire. Nous ne faisons que redire ce que disait, quelques années plus tard, l'homme qui devait le mieux savoir à quoi s'en tenir sur ce sujet, nous voulons parler du comte Rodolphe le Taciturne lui-même. Il déclare que les Schwyzois, < s'affranchissant audacieusement de l'obéissance qu'ils lui devaient comme à leur seigneur, se sont méchamment attachés à l'ex-empereur Frédéric, dès qu'il eut été excommunié'8^
Nous nous placerons sur un terrain un peu moins solide, si nous complétons ce témoignage précis par la supposition que, de son côté, le comte de Habsbourg avait déjà manifesté, contre l'empereur et en faveur du pape, les sentiments qu'il laissa éclater irrévocablement peu d'années après. On ne le voit point, en effet, à la cour de Frédéric, de 1239 à 1242, c'est-à-dire pendant les trois ans qui suivirent l'excommunication fulminée par Grégoire IX contre ce monarque, tandis qu'on y constate sa présence avant cette époque, et qu'il y reparaît ensuite jusqu'en 1245, l'année même où Innocent IV prononça la déchéance de l'empereur, et où l'on rencontre pour la dernière fois le comte de Habsbourg auprès de son souverain'9. A ces oscillations dans sa politique correspond exactement la conduite des Schwyzois: ils vont du comte à l'empereur et reviennent de celui-ci à celui-là, selon que se gâtent ou que se rétablissent les bons rapports entre eux. Une fois résolus, comme ils devaient l'être, à profiter des circonstances pour s'émanciper, rien ne pouvait leur être plus favorable qu'une rupture entre Rodolphe le Taciturne et Frédéric II. Ils se décidèrent donc, dans l'automne de 1240, pendant que ce monarque était en Toscane, occupé à faire le siége de Faenza, à lui envoyer des députés, les premiers diplomates suisses dont il soit fait mention, pour lui présenter le témoignage de leur dévouement (devotio), lui offrir probablement un contingent militaire (servieia), et lui exprimer le vœu d'être placés sous sa protection immédiate et celle de l'Empire (sub alus Imperii). Frédéric qui, loin d'avoir aucun motif de ménager le comte de Habsbourg, en avait au contraire de très-pressants pour punir sa défection, s'empressa d'accueillir la requête qui lui était présentée, et il adressa à tous les hommes de la vallée de Schwyz (universis hominibus vallis in Swites) un rescrit qui forme le pendant de celui que son fils Henri (VII) avait accordé, neuf ans plus tôt, aux gens d'Un20.
Dans ce rescrit, l'Empereur applaudit à la résolution qu'ont prise et que devaient prendre les Schwyzois en leur qualité d'hommes libres (tamquam homines liberi tenébamini), d'embrasser sa cause et celle de l'Empire (solum ad nos et Imperii respcctnm debebatis fiabere). En conséquence de cet acte spontané de leur part (sponte dominiiim nostrum elcgistis), le monarque les reçoit sous sa protection spéciale et leur promet qu'ils ne seront jamais soustraits à son autorité immédiate, ni à la suzeraineté impériale (a nostris et Imperii dominio et manibus alicnari vel cxtrahi). Les expressions de cette lettre impliquent clairement l'existence, à Schwyz, d'une population placée dans des conditions d'indépendance analogues à celles que nous avions déjà constatées à propos des luttes entre les Schwyzois et Einsiedeln. Ce sont des hommes libres, sur lesquels le comte du Zurichgau exerçait, comme fonctionnaire de l'Empire, la haute juridiction, et qui, ayant à choisir entre l'obéissance envers ce comte devenu rebelle à son souverain et l'obéissance envers le souverain lui-même, n'hésitent pas à préférer le gouvernement direct de l'Empereur à celui d'un délégué qui tendait de plus en plus à se considérer comme leur maître. En leur accordant de relever immédiatement de l'Empire, Frédéric les enlevait donc à la juridiction comtale du Zurichgau, spécialement exercée à Schwyz par la branche cadette de la famille de Habsbourg; mais il demeurait, en agissant de la sorte, dans les limites de son pouvoir, et il ne portait atteinte à aucun droit légal2'. Il supprime en effet, dans cette partie du comté, l'exercice de fonctions dont il est lui-même le premier dispensateur, et qu'il a par conséquent le droit de reprendre à lui sans compensation. Ce ne sont pas des sujets du comte de Habsbourg, mais des sujets de l'Empire placés sous l'administration du comte, qu'il enlève à la juridiction de celui-ci pour les placer sous une administration qui les rattache plus directement à l'Empire. Aussi, à la différence de ce qui s'était passé à Uri, où Henri (VII) avait racheté au comte Rodolphe, dit le Vieux, une possession que celui-ci avait probablement reçue à titre de dédommagement, il n'est nullement question dans le diplôme de Frédéric de droits pareils dont aurait joui son fils, le comte Rodolphe le Taciturne, et que supprimerait le décret impérial. Le monarque envisage les Schwyzois comme de simples administrés de condition libre, qui peuvent toujours, en cette qualité, faire légitimement retour à l'Empire.
Il est vrai que, de son côté, le comte de Habsbourg n'entendait pas renoncer à exercer sur Schwyz un pouvoir qui avait en sa faveur, sinon la consécration de la légalité, du moins celle de l'hérédité et du temps. Alors, en effet, on se trouvait, répétons-le, précisément sur la limite qui sépare le moment où la transformation des fonctionnaires en souverains devient un fait accompli et l'époque où cette transformation était encore en voie de s'opérer et pouvait, par conséquent, toujours être contestée. En plaçant les Schwyzois sous sa souveraineté immédiate, l'Empereur était dans son droit; le comte était dans son rôle en refusant de renoncer à son autorité sur eux. Rodolphe le Taciturne n'accepta donc point la position que lui faisait la lettre impériale, et il réussit à en annuler l'effet. Il est probable qu'après s'être réconcilié avec Frédéric II, auprès duquel nous le retrouvons en Italie, au mois de mai 1242, il dut protester contre une décision qui, selon lui, lésait ses droits, et il obtint que les Schwyzois, auxquels, dans leur soulèvement, s'étaient joints les gens de la vallée de Sarnen, seraient replacés sous son gouvernement. Lui-même nous apprend, dans une requête adressée au pape, non pas, il est vrai, que ce résultat était dû à la faveur impériale dont il se serait bien gardé de se vanter, mais que les hommes de Schwyz, revenus à de meilleurs sentiments, s'étaient engagés par serment à reconnaître dorénavant sa domination sur eux (Comitis dominio de cctero persistere) ".
Rodolphe, néanmoins, se défiait-il de la sincérité des Schwyzois, pressentait-il que, tout autour du lac des Waldstàtten, un esprit d'hostilité allait se manifester contre lui? On serait tenté de le croire, en le voyant, à cette même époque (1242-1244), prendre des mesures de précaution qui décèlent une certaine inquiétude. C'est alors, en effet, qu'il fit construire sur le promontoire qui sépare, dans le lac de Quatre-Cantons, le golfe de Kussnacht de celui de Lucerne, le château de Neu-Habsbourg. Cet édifice, pour lequel il fit hommage à l'abbesse de Zurich (7 novembre 1244), afin de le recevoir ensuite d'elle en fief perpétuel, cet édifice était moins destiné, si l'on en juge par les ruines qui en sont restées, à servir de demeure à une famille princière, qu'à recevoir une garnison d'hommes d'armes, chargée de surveiller et de commander la navigation du lac 25. Jamais observatoire militaire ne fut mieux placé. On pouvait de là suivre et gêner les mouvements hostiles des divers Etats forestiers. Mais cette menace n'intimida point les adversaires du comte Rodolphe. Schwyz et Sarnen, auxquels se joignirent cette fois la vallée de Stanz et Lucerne, se soulevèrent de nouveau contre lui.