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A Zurich, lors de notre interview, Tino Sehgal refusait expressément d’utiliser l’étiquette “performance” pour définir son travail. Le phénomène d’incohérence entre la perception de masse et le langage de l’artiste se produit couramment dans l’art contemporain. Ce qui est conceptualisé dans le travail de l’artiste, ou par le discours de l’expert, n’est souvent pas compris par son public. Dans le cas des oeuvres de Tino Sehgal, la situation est encore plus compliquée.
Aujourd’hui, le sens du terme ”performance” est, selon les recherches de J. L. Austin, éloigné de sa signification linguistique originale ”agir sur le fait et le transformer” (de l’anglais to perform : accomplir, exécuter.) ; en outre, il est depuis très longtemps mal compris dans sa manifestation artistique lors des représentations scéniques live. Dans le cas particulier des ”situations construites” de Tino Sehgal, celles-ci ne se limitent pas à leur exécution en live. Son protocole de non-objet et non-trace transgresse également les règles qui régissent les échanges de valeur dans le système hyper-capitaliste de l’art contemporain. Une transgression que les galeries et les musées ont fini par accepter en se pliant au mode d’achat voulu par Tino Sehgal pour ses ”situations” immatérielles. De ce fait, comparé aux artistes qui réalisent des ”performances”, Tino Sehgal est un artiste qui a réalisé une véritable action de performativité sociétale (Judith Butler) dans le monde de l’art. C’est un fait rare à relever alors que la mode des shows sévit dans le monde de l’art.
Voir:
– L’écosophie de Tino Sehgal, par Yi-hua WU, avril 2009.
– A Venise, Tino Sehgal reçoit le Lion d’or du meilleur artiste.