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Tout au début de la conférence COP27, le « New York Times » a fait la leçon à la Suisse dans un article critiquant ses compensations à l'étranger. Un premier projet mené dans le cadre d'un accord bilatéral sur le climat entre le Ghana et la Suisse a en effet été présenté cinq jours plus tard. Pour compenser les émissions de l'administration fédérale, les riziculteurs d'Afrique de l'Ouest ne doivent plus inonder leurs champs en permanence. Cette mesure est censée réduire les émissions de méthane. Mené par le Programme des Nations Unies pour le développement, le projet peut sembler tout à fait judicieux, mais il passe à côté des défis majeurs de la réduction des gaz à effet de serre en Afrique.
Sur le continent noir, 600 millions de personnes sont privées d'énergie électrique et les deux tiers du courant sont aujourd'hui produits à partir de combustibles fossiles. Pourtant, dans la mesure où une électrification décentralisée, fiable et sans CO2 est possible, il faudrait utiliser à cette fin l'argent du « trafic d'indulgences » lié aux certificats d'émission.
Avant la conférence sur le climat, l'Organisation des Nations Unies sur le commerce et le développement a attiré l'attention sur un défi bien plus sérieux encore : un cinquième des pays d'Afrique subsaharienne dépend des exportations de pétrole. D'autres nations pourraient aussi exploiter des gisements fossiles. La République démocratique du Congo est par exemple en train de mettre aux enchères de nouvelles concessions ; et tant que les États-Unis extraient du gaz naturel et l'Australie du charbon, le Nord n'est pas du tout légitimé à prêcher le renoncement à ce pays figurant parmi les plus pauvres. Dire non à l’extraction (Leave it in the ground) a un prix, et ce n'est pas l'Afrique qui peut le supporter.
Des sommes colossales sont en outre nécessaires pour que les exportateurs actuels puissent renoncer à leur principale source de revenus. Raison de plus pour utiliser les recettes pétrolières restantes pour cette transition. Mais jusqu'à présent, la corruption, les détournements et la mauvaise gestion ont conduit au gaspillage d'une grande partie de ces ressources. La Suisse porte une part de responsabilité ici, comme une décision de justice l'a une fois de plus montré début novembre : des employés de Glencore ont traversé toute l'Afrique en avion, des valises d'argent liquide sous les bras, pour obtenir du pétrole à petit prix. Une régulation du commerce des matières premières est nécessaire pour mettre fin à l’implication de la Suisse dans la malédiction de ces dernières. La Berne fédérale pourrait ainsi mettre à disposition de l'Afrique bien plus de ressources financières, et même énormément plus, qu'en achetant des certificats d'émissions compensées par du riz.