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Dans le dernier long-métrage de Ron Howard, l’adaptation du classique d’Herman Melville « Moby Dick », les hommes testent leurs limites face à l’impossible.
« Moby Dick » est sans doute l’une des œuvres les plus célèbres de la littérature nord-américaine. Pourtant, ce que le public ne sait peut-être pas, c’est que l’écrivain Herman Melville s’est inspiré de faits réels pour raconter le dessein du capitaine Ahab et de sa haine mortelle pour cette baleine blanche diabolique. Les événements historiques ont été décrits dans « Au cœur de l’Océan » par l’historien Nathaniel Philbrick. C’est donc sur cette version que s’est basé le réalisateur Ron Howard (« Rush », « Apollo 13 ») pour donner vie à l’histoire de l’équipage du Essex, un baleinier américain, qui, en 1820, a sombré après s’être fait attaquer par un cachalot.
La trame est construite en flashbacks et est décrite du point de vue de Thomas Nickerson (Brendan Gleeson), l’un des survivants du naufrage, qui à l’époque n’était qu’un adolescent de 14 ans (Tom Holland) qui vivait sa première expérience en tant que jeune marin. Tourmenté par son passé, il donne, bien malgré lui, les détails jamais révélés de cette aventure traumatisante au très insistant Herman Melville (Ben Whishaw), convaincu qu’il a là le matériel pour produire un chef d’œuvre. Nickerson relate donc le moment où le Essex quitte le port de Nantucket, afin de chasser des baleines et d’en extraire de l’huile, substance servant de combustible pour l’éclairage des villes. Le navire est sous le commandement du capitaine George Pollard (Benjamin Walker), l’un des héritiers de l’entreprise maritime qui, contrairement à son second Owen Chase (Chris Hemsworth), ne possède pas l’expérience nécessaire pour diriger un bateau. Si très vite une rivalité s’installe entre eux à cause de leurs différences sociales, culturelles et professionnelles, tous deux s’entendront néanmoins sur le fait que rien n’aurait pu les préparer à ce qui les attend.
« Au cœur de l’Océan » est un thriller palpitant qui mérite le déplacement. Howard se démarque par ses séquences d’actions bien dirigées et valorisées par la bande-son de Roque Baños (comparse habituelle d’Álex de la Iglesia). Les tempêtes et autres obstacles auxquels fait face le baleinier sont marquantes et l’impressionnant cachalot en images de synthèse suscite à chaque apparition la peur et l’admiration. La photographie d’Anthony Dod Mantle (« Dredd »), avec ses tons sombres et bleutés, donne, sur certains plans, l’impression au spectateur de se trouver dans l’une des peintures romantiques du britannique William Turner.
Le film est aussi une immersion brutale dans l’histoire du 19ème siècle, où l’industrie baleinière était l’une des plus importantes en occident. Ron Howard montre avec froideur le fonctionnement de ce commerce et le quotidien du travail des baleiniers vu à travers le regard du jeune Nickerson. Tout comme le roman de Melville, le long-métrage nous rappelle l’impuissance de l’Homme face à la nature et nous révèle, de manière crue, la condition de la fragilité humaine, ainsi que le coût élevé de la cupidité. Ces hommes arrogants ont tenté de défier le monstre des mers, qui, en plus de prendre sa revanche, leur donnera l’opportunité de les emmener vers le chemin de la rédemption et de leur apprendre ce qui fait réellement de nous des êtres humains.
Bien qu’il y ait une volonté de traiter un certain nombre de problématiques intéressantes dans le film, il est impossible pour Howard de leur accorder assez de temps pour qu’elles se mettent toutes en place et soient développées de façon équitable. Ce qui a pour conséquence que lorsque de nouveaux conflits surviennent, quelques-uns tombent inévitablement à l’eau. Ainsi, en seulement deux heures de projection, « Au cœur de l’Océan » aborde le principe de la méritocratie et les conflits de classes sociales, l’instinct et le prix de la survie, le combat entre Chase Owen et le cachalot, la corruption des entreprises capitalistes, l’impact de la surexploitation des ressources naturelles et la peur d’un avenir incertain. Rien que ça !
Il va sans dire que Chris Hemsworth n’est pas un acteur exceptionnel. Un autre interprète plus charismatique et versatile, comme Cillian Murphy, aurait sans doutes été plus qualifié à conférer au personnage principal la charge dramatique nécessaire pour emmener le long-métrage à un niveau supérieur. Mais Hemsworth reste crédible et fait le boulot dans son interprétation d’un aventurier doté de grandes ambitions, dépourvu de scrupules quant à la nature de son travail, mais qui perd tout contrôle lorsque le Essex sombre dans le Pacifique. Pour ce rôle, l’acteur a dû suivre un régime strict pour se montrer affamé et amaigri dans les séquences suivant le naufrage. Il est alors bien dommage que le réalisateur n’ait pas d’avantage mis en avant sa transformation physique, telle qu’on la voit dans les photos de presse. Benjamin Walker incarne Pollard, mais n’arrive pas à extérioriser assez d’émotions à cause de la personnalité faible et des intentions confuses de son personnage. Puis, il est présenté comme un antagoniste, sans être vraiment tout à fait mauvais. Néanmoins, l’approfondissement des dialogues entre Melville et Nickerson et l’intensité émotionnelle qui s’en dégage, compensent aisément la pauvreté du capitaine.
Au final, on se laisse porter par « Au cœur de l’Océan » qui reconstruit un épisode dramatique de l’histoire avec compétence. Même s’il ne mérite pas d’Oscar, il reste au-dessus de la moyenne.
Au cœur de l’Océan
De Ron Howard
Avec Chris Hemsworth, Tom Holland, Brendan Gleeson
Warner Bros.
Sortie : 09.12