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Le paradoxe du musée
Les héritiers de Charles-Ferdinand Ramuz ont réussi à convaincre la commune de Pully d’accorder un crédit de 1,18 millions pour la création d’un musée de 100 m2 au rez-de-chaussée de «La Muette», propriété de l’écrivain jusqu’à sa mort.
Un musée, si j’en crois mon Littré, est un lieu destiné soit à l’étude, soit à rassembler les monuments des beaux-arts et des sciences, les objets antiques, etc.
Que va-t-on présenter dans le bureau de Ramuz?
Qui va s’extasier devant la plume et l’encrier de Ramuz, sa gomme ou son buvard? Quel crétin pourrait s’imaginer qu’en respirant l’air de la propriété ou en s’asseyant au bureau de Ramuz – ce qui sera probablement interdit, d’ailleurs – il pourrait être visité par l’aile de l’inspiration ou qu’il pourrait pénétrer profondément dans les pensées secrètes de l’écrivain?
Les autorités cantonales, sollicitées elles aussi, ont sagement refusé d’entrer en matière. L’organe délibérant de Pully, constitué de braves gens dont la majorité n’a jamais lu une ligne de Ramuz, a voté le crédit, qui ne va servir ni la gloire de l’écrivain, ni la pérennité de son œuvre.
Il eût été plus intelligent de prévoir un crédit de 1,18 millions pour offrir à tous les jeunes Pulliérans de dix-huit ans et à tous les citoyens fraîchement naturalisés un roman de Ramuz.
Claude Paschoud
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