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Critique
"La Chine de nos jours. L'histoire d'une tragédie amoureuse et le portrait d'une jeunesse en quête d'avenir.
Ju n'a qu'une idée, se marier. Et quand son fiancé se tue stupidement, elle jette son dévolu sur Yi, le meilleur ami du disparu, en le forçant à admettre qu'elle est la femme qu'il attend depuis toujours. Le mariage a lieu, mais leur amour sera très vite confronté aux difficultés du quotidien. Entre le désir de possession de Ju et l'envie de liberté exigée par Yi, leur vie deviendra intenable.
Zhang Yuan est souvent qualifié de leader de la ""6e génération"" des cinéastes chinois, ceux qui se sont fait connaître après les événements de Tien'anmen (1989) et qui s'efforcent aujourd'hui de produire des films hors des studios officiels, en faisant fi des interdictions et des censures. L'œuvre de Zhang Yuan scrute une société en mutation. La caméra du cinéaste, volontiers incisive, filme sans concession les comportements d'une jeunesse sans repères.
C'est là sans doute le sujet d'un film qui baigne dans une atmosphère finalement assez déprimante. Zhang Yuan fait un triste constat - en cela il rejoint celui d'autres films comme BEIJING BICYCLE (CF. n. 440), SUZHOU RIVER (CF n. 400) ou PLATFORM (CF. n. 426) - un constat de vide, d'absence d'avenir chez les jeunes issus de la génération ""contrôle des naissances"". Avec WO AI NI, le spectateur ne sort pas d'un huis clos affectif où Ju et Yi, par ailleurs sympathiques, s'entre-déchirent dans un monde, dans un décor où toute ouverture est absente. Un affrontement par ailleurs si violent et si ridicule que le réalisateur en arrive même à gommer les échanges verbaux, pour les remplacer par de la musique, comme s'il renonçait à entendre et à accompagner plus avant ses protagonistes: une manière claire de montrer l'absurdité et la vanité de leurs disputes. Au-delà de longues séquences constituées de gros plans qui ne lâchent pas les deux protagonistes et qui les suivent jusqu'à leur épuisement, reste une parfaite adéquation entre l'écriture choisie, oppressante, et l'inquiétant tableau d'une jeunesse blessée et flottante. WO AI NI est une œuvre sensible, étouffante, faite de rage et de désespoir."
Antoine Rochat