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Les conseillères et conseillers municipaux de la Ville de Genève choisiront cet après-midi leur présidente ou leur président. Choisiront, puisqu'ils auront le choix entre un candidat du MCG et une candidate du PS. Quoi de plus démocratique qu'un choix ? Il faut apparemment poser la question puisque dès qu'a été connue la décision du PS de présenter une candidate et de "contester" (ciel...) la candidature du MCG, s'est abattue sur le PS (et sa candidate) une averse de reproches indignés : quoi, vous osez remettre en cause le "tournus", l'"alternance", le "droit" du 1er vice-président à poser son séant sur le siège du président ? Vous osez nous contraindre à choisir ? Eh bien oui, on ose, sinon remettre en cause le "tournus", du moins remettre sa pratique actuelle, celle qui prive le parlement de tout choix. Nous avons l'insoutenable prétention d'offrir au Conseil Municipal un choix entre un candidat et une candidate à la présidence. Evidemment, la démocratie, ce serait plus simple avec des candidatures uniques, chaque parti à son tour, inlassablement. Une histoire cyclique à la grecque : on passerait ad aeternum d'un parti à un autre, sans jamais pouvoir se prononcer réellement ni sur ce parti, ni sur son candidat ou sa candidate. Le rêve, quoi. Dis Tonton, c'est où, la Corée du Nord ? A l'Hôtel-de-Ville, en face des canons... et ils servent à quoi, les canons ? A tirer sur les méchants qui veulent troubler les successions planifiées...
Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour (Arthur Rimbaud)
La présidence d'un parlement, ne fût-il que municipal, c'est une fonction à la fois symbolique et instrumentale. Symbolique parce qu'elle personnifie un espace politique, instrumentale parce qu'elle en fait fonctionner le parlement. Questions de choix politiques, éthiques et culturels d'une part, de compétences et d'attitudes personnelles d'autre part. La présidente ou le président du Conseil Municipal de la Ville de Genève personnifie la Ville de Genève au même titre que sa ou son Maire. Qui, de la socialiste Martine Sumi Viret* ou du èmecégiste Carlos Medeiros personnifie le mieux Genève et les valeurs que cette ville incarne ? La présidente ou le président du Conseil Municipal est chargé de "gérer" les débats, de maîtriser les conflits, d'appliquer (et donc de connaître) le règlement de ce parlement : qui, de Martine Sumi Viret* ou de Carlos Medeiros, a, expérience faite, ces compétences ? Poser ces questions, n'est-ce pas y répondre ?
Et puis, il y a la nature, l'identité, les pratiques, des partis de ces deux candidats : elles s'opposent aussi radicalement qu'il est possible. Que l'un soit de droite (pour dire le moins) n'autorise évidemment pas à attribuer au reste de la droite les obsessions du MCG, que l'autre soit de gauche n'autorise pas non plus la gauche à revendiquer le monopole des principes qu'elle incarne et défend, mais le choix à faire pour présider le parlement de la Ville de Genève, compte tenu de ce que cette ville est et de ce qu'elle représente, devrait tout de même relever de l'évidence : il est à faire entre le représentant d'un parti raciste, homophobe et misogyne et la représentante d'un parti démocratique, égalitaire et combattant toutes les discriminations -souvent aux côtés de représentantes et représentants de la droite démocratique.
A l'annonce de la candidature de la socialiste à la présidence, d'étranges soutiens à celle du èmecégiste ont produit d'étranges raisonnements : ils n'ont même pas cherché à convaincre (peut-être était-ce difficile ?) que Carlos Medeiros était un bon candidat, qu'il serait un bon président, qu'il en avait les compétences et les qualités (ils ont même suggéré le contraire) : ils se sont contentés de dire qu'il était le seul à avoir le droit d'être candidat parce que son parti était le seul à avoir le droit de présenter un candidat. Point barre. Il y a sept groupes au Conseil Municipal, seul le MCG a le droit de présenter un candidat à la présidence. Il y a 80 conseillères municipales et conseillers municipaux, seul Carlos Medeiros a le droit d'être candidat. Il lui (et nous) tombe d'où, ce droit exclusif ? Dans la plupart, sinon toutes, les démocraties, le lendemain des élections générales (et les Municipales, à leur niveau, en sont) est un jour de "remise des compteurs à zéro" : une législature s'achève, avec les accords qui ont pu y être passés, une autre s'ouvre, avec la possibilité de passer -ou de ne pas passer- de nouveaux accords, en tenant compte, précisément, des résultats des élections. Les Municipales de ce printemps ont accouché de deux partis vainqueurs : le PDC et le PS. Et le PS est le principal groupe du Conseil Municipal. Il n'est donc pas incongru que le principal parti d'un parlement le préside à l'entrée de la législature, après des élections dont il a été l'un des vainqueurs. Surtout quand l'autre vainqueur (le PDC) renonce à son droit (réel) de revendiquer cette présidence, sans que l'on comprenne les raisons de ce renoncement.
La "Tribune de Genève", dans un éditorial confondant de platitudes conformistes, s'inquiète : évoquant un "putsch socialiste" alors qu'il ne s'agit que d'ouvrir, fort démocratiquement, une élection, elle craint que sa réussite mette "en péril le système de tournus"... alors qu'en réalité, il ne s'agit que de l'appliquer de manière cohérente. Entre la gauche et la droite. Car ce "tournus", cette "alternance" se font bien, d'abord, entre la gauche et la droite. Et ensuite, seulement, à l'intérieur de chaque camp, à son tour, entre les partis qui le composent -entre partis de droite quand c'est le tour de la droite, entre partis de gauche quand c'est le tour des partis de gauche. Sans place pour un groupe qui se prétendrait "ni de gauche ni de droite" en planquant son identité politique derrière une muraille de faux-semblants et de trompe-l’œil. Le MCG, c'est un village Potemkine, une enfilade de décors camouflant la réalité d'un parti campant à la droite de la droite, mais persistant à le nier. Qu'il assume alors cette négation, et ne prétende pas prendre son tour au titre d'un parti de droite dans l'alternance entre la droite et la gauche, puisqu'il ne veut pas admettre qu'il est de l'une, et qu'il faudrait avoir sérieusement abusé de plusieurs substances hallucinogènes en même temps pour croire qu'il est de l'autre...
Il n'y a pas de "droit à la présidence" du Conseil Municipal, ni pour le MCG, ni pour n'importe quel autre parti : il y a seulement le droit de tous les groupes à présenter un candidat ou une candidate à la présidence. Et il n'y a pas de "droit" du Premier vice-président (ou de la Deuxième vice-présidente) à être élu président-e : Il y a seulement le droit de n'importe quelle conseillère municipale et de n'importe quel conseiller municipal à être candidat-e, pour autant qu'elle ou lui soit membre d'un groupe. Carlos Medeiros est candidat, il en a le droit. Martine Sumi Viret* est candidate, elle en a le droit. Et ces droits sont égaux, et le Conseil Municipal a le droit de choisir entre plusieurs candidatures, émanant de plusieurs partis, n'en déplaise à l'édition locale de "24 Heures".
On s'habitue facilement aux petits arrangements entre copains de buvette parlementaire. Même à la gauche de la gauche, où on a entendu dire que le MCG avait" droit à la présidence"... "Droit à la présidence", rien que ça... et il tomberait d'où, ce droit ? de quelle loi, de quelle constitution, de quel règlement ? De nulle part, en fait. Ou de la buvette. Ou d'une encoignure d'arrière-salle. Drôle de conception de la démocratie, que celle qui réduit le parlement à un souk où l'on échange des votes d'aujourd'hui contre la promesses de votes demain... et l'on s'étonne ou se peine ensuite d'entendre dire des "politiques" : "tous les mêmes, copains comme cochons", Conseil Municipal de la Ville de Genève et FIFA, même combat...
Nous en tenons, nous, pour des élections ouvertes, des choix publics, des partis politiques qui jouent et assument leur rôle. Position apparemment impardonnable. Comme est impardonnable tout mouvement qui voudrait bouger les lignes, contre la connivence éternelle des espaces parlementaires où les adversaires de tribunes sont associés de buvettes... et où on en est à se demander si des élus (même à gauche) sont capable de faire la différence entre un candidat d'extrême-droite et une candidate de gauche...
* Lettre de Martine Sumi Viret aux conseillères et conseillers municipaux de la Ville de Genève, à propos de sa candidature à la présidence du Conseil : Pourquoi je suis candidate à la présidence du Conseil Municipal
Chers et chères collègues,
Comme vous le savez certainement, je suis candidate à la présidence de notre Conseil Municipal.
Mon groupe, le groupe socialiste, est attaché à la tradition du tournus gauche droite mais face à l'absence de candidature de l'Entente à la présidence et à l'unique candidature d'un parti "ni de gauche ni de droite" souvent irrespectueux de nos institutions, les socialistes vous invitent à soutenir ma candidature à la présidence 2015-2016 de notre délibératif.
Nous ne remettons donc pas en cause le tournus gauche-droite : si un-e candidat-e de l'Entente se présentait, ma candidature serait retirée et nous soutiendrions le candidat ou la candidate issu-e des rangs de partis en harmonie avec nos institutions démocratiques. Je briguerais alors en ce nouveau contexte la 1ère vice-présidence avec l'espoir d'une élection à la présidence en juin 2016.
Si tel ne devait pas être le cas, ce que personnellement je regretterais, je confirmerais alors ma candidature.
En de telles circonstances j'espère pouvoir obtenir votre soutien car dans une élection ouverte avoir un choix est toujours plus démocratique qu'une élection à, ici, candidat unique, d'autant plus que je me crois, sincèrement, être :
· respectueuse de nos institutions
· cohérente avec les belles politiques publiques de notre Ville, de notre Canton et de notre Confédération
· capable de critiques constructives
· à l'écoute tant de la population que des adversaires politiques
· curieuse & ouverte au débat
· apte à la remise en question
· douée de la capacité de faire passer l'intérêt collectif avant le mien
Cela me semble des compétences indispensables dans une position de représentation de notre délibératif et des qualités requises pour mener les débats sans y étaler ses états d'âme et des simagrées indignes de notre belle démocratie.