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L'illustration figure sous la cote: AHN NPCK F.2-19.
Louis Rivier signe avec son monogramme.
Il s’agit d’une allégorie profane sur le sujet de la maternité promouvant le lait en poudre Nestlé. Louis Rivier s’inspire de La Laitière (vers 1658) de Johannes Vermeer exposé au Rijkmuseum d’Amsterdam.
Assise sur une chaise, une jeune femme fait de la couture. Elle est de profil, mais son visage est tourné de trois-quarts, presque de face. Elle regarde un berceau en osier, situé au sol. Un bébé, la tête coiffée d’un bonnet, apparait derrière le capot du berceau. Avec ses petits bras, il s’appuie sur le rebord et se penche en direction d’un biberon posé au sol, à côté d’une boîte de lait en poudre. La jeune mère lui sourit largement en continuant son travail de couture. Elle a l’air joyeuse. Elle porte une longue robe jaune moutarde, un gilet bleu et un collet blanc, des couleurs souvent utilisées dans cette harmonie par Vermeer. Les amples manches de sa robe se terminent avec un ourlet blanc également. Le dossier bleu de sa chaise est rembourré.
La scène se déroule dans un intérieur sobre, à la décoration minimale : contre la paroi d’en face, on voit une table avec une bassine et une carafe en cuivre et, au-dessus, un tableau représentant un paysage. Sur la droite, une porte sans battant laisse entrevoir une autre pièce. Le mobilier est très simple : une commode, un vase, un tableau et une chaise. Le sol de la pièce principale se caractérise par un motif géométrique noir et blanc formant des grands carreaux ; celui de la deuxième salle est en damier.
La lumière provient de la gauche et pénètre grâce à de grandes fenêtres à carreaux. Le plafond est structuré par des poutres en bois.
La gamme chromatique est dominée par le marron clair du bois et par le rose émanant de la lumière. Jaune, bleu foncé, noir et blanc, composent la palette. Les ombres façonnent les plis de la robe, en exaltant son ample drapé, et obscurcissent également une partie du mur, du sol et le cou de la jeune femme.
Mère et berceau dessinent une pyramide imaginaire dont le sommet coïncide avec la tête de la jeune femme. Cela confère un certain classicisme à la scène. La composition est traversée par de nombreuses lignes obliques, verticales et horizontales qui organisent l’ensemble. Elles n’apportent pas de la rigidité, mais plutôt de la limpidité dans la structure.
La présence d’une source lumineuse venant de la gauche, les poutres du plafond, le sol aux motifs géométriques, la sobriété de la maison, citent les intérieurs des tableaux de Vermeer. On pense notamment à L’art de la peinture (1665-1670) et à La leçon de musique (1662-1665).
Les habits de la jeune mère, jaunes et bleus, sont quant à eux une référence directe aux vêtements portés par La laitière de Vermeer. La même œuvre inspire la présence de la bassine et de la carafe en cuivre, mais aussi le thème du lait, central dans la composition de Rivier. Dissimulés dans une scène de genre d’inspiration hollandaise, biberon et lait en poudre se retrouvent ainsi célébrés par la référence à la « grande peinture », tout en se manifestant de manière discrète sous les yeux du spectateur car parfaitement intégrés dans la scène. Le bord inférieur du tableau est consacré à l’inscription « La maternité Nestlé vue par Vermeer » en caractères majuscules. La douceur et la simplicité de la pièce, le bonheur exprimé par la mère racontent une journée en famille, entre petits travaux de couture et soins apportés au bébé : une atmosphère que Rivier relie à la présence du lait Nestlé comme si ce dernier participait de cette chaleur domestique.
Louis Rivier est engagé en 1934 par le groupe Nestlé & Anglo-Swiss Condensed Milk Co. pour concevoir des publicités pour le lait en poudre. Le peintre s’inspire de tableaux de maîtres (Vélasquez, Vermeer, Van Dick, Van Eyck, Raphaël, David) pour réaliser les six planches « à la manière de ». Dans l’esprit de Louis Rivier, la référence aux grands maîtres a pour but de faire connaître à un large public des œuvres prestigieuses. Il entreprend en quelque sorte une démarche de vulgarisation. Mais on peut aussi y voir un léger jeu de la part du peintre. Rivier s’amuse aussi du détournement qu’il effectue dans ces publicités.
Bon état.
LA MATERNITE NESTLÉ VUE PAR VERMEER.
Il s’agit d’une reproduction d’une planche publicitaire.
Entre 1933 et 1934, Louis Rivier écrit des articles pour La Gazette de Lausanne. Il y remet en cause le pouvoir de la Commission fédérale des beaux-arts qui exerce une pression sur les artistes et favorise la création d’un art officiel. La section vaudoise de la Société des peintres, sculpteurs et architectes conteste cette prise de position et l’activité de critique de Rivier. Celui-ci démissionne en 1934 de cette association. La même année, il peint un Autoportrait qui, exposé au Salon de Paris de 1934, lui vaut son admission à la Société nationale des Beaux-Arts.
En 1935, son père, William Rivier, meurt. Il peint l’Autoportrait au compas. Il poursuit la collaboration avec Nestlé SA. La publication des premiers dessins dans l’Illustration est interrompue suite à des protestations qui accueillent la première planche. Rivier quitte ses fonctions chez Nestlé.