Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07063.jsonl.gz/723

Chaque nouveau livre de la Sarde Milena Agus est un précieux cadeau. Fragile, un peu triste et pourtant plein d'espoir, proche des précédents et cependant différent. On s'y plonge comme dans une eau limpide, transparente et chaude pour en ressortir abasourdi et heureux.
Son dernier roman, "Sens dessus dessous", se passe à Cagliari dans un quartier pauvre "peuplé de naufragés du Pakistan, du Bangladesh, du Sénégal, du Maghreb et de Chine". Il a pour décor un immeuble "composé de deux ailes en L majuscule" et pour acteurs principaux "la dame du dessous" et "le monsieur du dessus". Elle s'appelle Anna et on le nomme Mr. Johnson. Elle fait des ménages, il est un violoniste autrefois célèbre réduit à jouer sur des bateaux de croisière. Ces deux êtres blessés mais pétris de désirs vont se rencontrer grâce à la narratrice.
Etudiante, Alice vit dans le même immeuble, entre leurs deux appartements. Elle est "bonne à rien, surtout en cuisine". Elle adore voir les bateaux arriver ou partir, rêve de devenir écrivain et tombe amoureuse d'un homme impossible car il aime un homme. C'est elle qui, dans la deuxième partie, s'empare du récit pour lui donner une autre fin, une fin apaisée, presque heureuse.
"Sens dessus dessous" confirme aussi la passion de Milena Agus pour l'architecture. Pour les villes, les maisons, les appartements un peu décatis, les cours et les escaliers. Ce sont ces lieux construits qui engendrent et structurent le récit comme une colonne vertébrale. Ils contrastent et dialoguent avec d'autres espaces, libres et naturels, eux aussi essentiels, la plage et la mer devant laquelle tout paraît plus léger, où "chaque problème arrive avec les vagues, qui le remportent en se retirant".
"Sens dessus dessous". De Milena Agus. Traduit de l'italien par Marianne Faurobert. Editions Liana Levi, 160 p.