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Véritable petit morceau de Suisse à près de 8000 kilomètres de Berne, sur les hauteurs de la ville de Golden en Colombie britannique, l'Edelweiss Village est un composé de six chalets typiques construits au début du siècle dernier pour héberger les nombreux guides suisses qui ont participé à l'essor du tourisme dans la région.
Bien avant Beat à Lake Louise, une famille Feuz avait déjà marqué les Rocheuses de son empreinte. [Archives Bruno Engler]Au musée de cette petite ville de quelque 4000 habitants typique de l'ouest canadien, les guides suisses sont comme des stars. Ils ont droit à leur propre salle d'exposition. Et pour cause: leur héritage est énorme. Ils ont été les premiers à gravir de nombreuses montagnes, et une quinzaine de sommets portent encore leur nom.
Simplifier la vie des guides suisses
"On parle de la période entre 1899 et 1954 comme l’âge d’or des guides suisses de montagne dans les Rocheuses canadiennes. Durant cet âge d'or, 35 guides de montagne sont venus ici, ont vécu ici, et ont été très actifs. Ils ont gravi plus de 250 sommets de plus de 3000 mètres, sans accidents", explique Ilona Spaar dans l'émission Mise au Point.
Cette historienne originaire d'Engelberg a consacré un livre à ces aventuriers. "La plupart de ces guides venaient de l'Oberland. Il s'agissait par exemple de Walter, Edouard et Ernst Feuz, ou Christian Haessler, pour n'en citer que quelques-uns. Ce sont d'abord les pères qui sont venus, puis plus tard leurs fils", détaille-t-elle.
Les guides étaient embauchés par la compagnie ferroviaire Canadian Pacific. Au début, ils ne venaient que pour une saison, de mai à septembre, explique l'historienne. Mais à l'époque, il était bien plus fatiguant de voyager entre la Suisse et l'ouest canadien. "Les guides suisses ne voulaient plus faire ces allers-retours, ils voulaient rester ici. Et surtout, ils voulaient pouvoir habiter avec leurs femmes et leurs enfants. Et donc la compagnie de train a approuvé et a construit le village suisse", raconte Ilona Spaar.
Les guides suisses ont été pionniers dans les Rocheuses canadiennes. [Canadian Pacific Archives]
Héritage menacé
Mais aujourd'hui, les descendants des derniers guides, propriétaires des lieux, vivent ailleurs. Trop âgés pour s'occuper de ce patrimoine, ils souhaitent tourner la page. Les six chalets d'origine et une bâtisse plus récente qui composent l'Edelweiss Village sont donc à vendre. Et ils risquent bien de disparaître.
L'un des chalets de l'Edelweiss Village. [RTS]"Si rien n’est fait très rapidement, on pourrait perdre le village", s'alarme l'ancienne directrice du musée de Golden, Colleen Palumbo. "Des organisations ou des gens pourraient les acheter et envisager de les détruire, ou enlever le caractère de ses chalets en les transformant par exemple en boutiques, hôtels, AirBnb ou quelque chose du genre."
"Je pense que cela lui ferait perdre sa valeur, en tant que pièce de notre histoire locale mais aussi de celle du Canada", ajoute-t-elle. "Cette histoire appartient à la Suisse autant qu'elle nous appartient à nous."
Sensibiliser les autorités
Un potentiel acheteur pourrait tout à fait raser les chalets. C'est le cauchemar d'Ilona Spaar et de Johann Roduit. Aux côtés de l'historienne, ce Valaisan, qui a décidé d'habiter au Canada après y avoir étudié et rencontré sa compagne, s'est donné pour mission de sauver ce morceau de Suisse au bout du monde.
Vue aérienne de l'Edelweiss Village. [RTS]"Ça va être compliqué, mais je pense que c’est en bonne voie, parce qu'il y a vraiment la volonté de préserver ça. Je pense que c'est un devoir moral vis-à-vis de la Suisse de se battre pour ce type de patrimoine. C'est quelque chose d'identitaire. Si on le perd ici, il y a quelque chose de l'identité suisse qui se perd", estime-t-il.
Le petit groupe tente donc de sensibiliser les autorités locales. Leur idée: faire de ses chalets un musée grandeur nature, par exemple grâce à la création d'une "espèce de fondation de promotion, de protection de ce patrimoine", explique Johann Roduit.
Combat de longue haleine
Leur dernière rencontre avec l'actuel maire de la ville Ron Oszust s'est révélée plutôt positive. Si ce dernier annonce d'emblée que la ville n'achètera pas ce village, il se dit prêt à aider à sa préservation. Face à l'urgence, Johann et Ilona viennent de lancer un financement participatif.
Comme l'étaient les guides suisses de l’époque, ils sont prêts à gravir des montagnes pour préserver l'héritage de tout un pays.
Reportage TV: Loïc Delacour
Texte web: Pierrik Jordan