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Dans un environnement géologique d’échelle alpine, le Mont Chemin représente l’extrémité septentrionale du massif cristallin du Mont Blanc. Ce massif cristallin, comme ceux des Aiguilles Rouges, de l’Aar et du Gothard, constitue ce que l’on appelle le socle
, c’est-à-dire le soubassement rocheux sur lequel se sont déposés les sédiments. Comme les autres massifs, celui du Mont Blanc a subi au moins trois évènements géologiques majeurs. La chronologie qui suit est un résumé de la longue et complexe histoire de cette toute petite partie des Alpes.
Chronologie
Tout commence par une période obscure qui s’étend du Précambrien supérieur, il y a un milliard d’années, jusqu’à l’Ordovicien moyen, il y a 450 millions d’années. L’érosion est déjà active sur les reliefs montagneux, et les débris s’accumulent en sédiments au fond de bassins marins. La vie n'a pas encore colonisé la terre ferme, mais des organismes marins utilisent le calcium et le gaz carbonique dissous dans l’eau pour former du calcaire qui se dépose en couches peu épaisses, intercalées dans les dépôts argileux et détritiques
. Vers 453 (±3) millions d’années, une intrusion
de granite se met en place dans la partie ouest du bassin de sédimentation.
Du Silurien au Carbonifère inférieur (435 à 325 millions d’années) se produit l’orogénèse hercynienne. Une nouvelle chaîne de montagne, «les Monts Hercyniens » s’élève au-dessus des plaines et des mers. Durant ce processus, les sédiments, les calcaires et les granites sont transformés (métamorphisés) par les hautes températures et pressions engendrées par cet événement géologique comparable à la formation des Alpes. Lors de ce métamorphisme, les sédiments deviennent des gneiss et des schistes cristallins, les granites des gneiss oeillés et les calcaires des marbres. Le long de grandes failles, les roches sont broyées et laminées par les mouvements tectoniques pour devenir des mylonites.
Pendant le Carbonifère supérieur (325 à 280 millions d’années), des magmas remontés de la profondeur se solidifient et forment le granite du Mont Blanc et les quartzporphyres. Ce granite est daté très exactement de 304 (±3) millions d’années (Bussy, 1990). Cette date, très précise à l’échelle des temps géologiques, ne signifie pas que le granite se soit mis en place en un temps si court. Il s'agit en fait de l’âge de cristallisation du zircon, un minéral qui permet de dater la solidification du magma granitique. C'est très probablement à cette époque que se forment les gisements de fer du Mont Chemin.
L’orogénèse hercynienne cesse au début du Permien (280 millions d’années). Les montagnes engendrées par cet événement vont se faire graduellement éroder et finiront par disparaître tout à fait au Trias (230 millions d’années). A l’exception de quelques reliefs de basse altitude, les Monts Hercyniens sont pratiquement plats.
Cette plaine issue de l’arasement des montagnes hercyniennes s’appelle le socle, et la mer ne tarde pas à le recouvrir. Les premiers sédiments de cette époque sont des arkoses, c’est-à-dire des sables et des conglomérats brèchiques qui reposent directement sur le socle aplani. Les grands filons fluorés des Trappistes et de La Crettaz datent probablement de cette période (Meisser 1999). Localement, des petits bassins d’eau saumâtre s’évaporent partiellement, donnant naissance au modeste dépôt de gypse exploité à La Plâtrière, au-dessus de Charrat. Plus tard, au Jurassique et au Crétacé (205 à 65 millions d’années), la mer s'approfondit, et d'épaisses couches de calcaire massif, de grès et de marnes se déposent, enfouissant toujours plus profondément le socle.
Vers 65 millions d’années, le continent africain amorce un mouvement vers l’Europe. C’est ce lent processus de dérive, cette collision continentale au ralenti, qui va faire naître les Alpes. Autour de 40 millions d’années, les couches rocheuses, déformées et repoussées par le déplacement de l’Afrique, s’entassent les unes par-dessus les autres en plis et nappes qui effectuent parfois des parcours de plus de cent kilomètres. Les roches enfouies à de grandes profondeurs recristallisent partiellement ou totalement. Vers 30 millions d’années, les reliefs formés commencent à s’éroder, et les sédiments se déposent dans les grands bassins molassiques du nord des Alpes. De 19 à 13 millions d’années se forment les fissures alpines où cristalliseront les minéraux des roches encaissantes, et vers 10 millions d’années se déposent l’or et le tungstène à la Tête des Econduits (Marshall et al., 1998). C’est probablement à cette époque qu’une grande faille s’active et coupe en deux le Mont Chemin en formant des mylonites.
L’orogénèse alpine semble s’être calmée depuis, mais l’érosion se poursuit et s’active pendant les huit périodes glaciaires qui vont se succéder de 1,65 millions d’années à 15 000 ans. Ces périodes ont une durée moyenne de 90'000 ans et sont séparées par des périodes plus chaudes qui durent entre 30'000 et 35'000 ans. Nous vivons probablement dans l’une de ces périodes chaudes. Les immenses glaciers qui recouvraient le Valais ont puissamment modelé le paysage et révélé les couches profondes des montagnes. C’est en grande partie grâce à l’érosion glaciaire que le Mont Chemin est accessible au regard et nous offre ses richesses minérales.
Sommet de page
Auteur : Stefan Ansermet
La Tour-de-Peilz