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Maux de ventre: et si c’était l’intestin?
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un diagnostic difficile à poser, tant les symptômes peuvent varier d’une personne à l’autre. Cela nécessite d’abord d’éliminer toutes les autres causes possibles aux symptômes du patient. Outre le mal de ventre, les crampes, les ballonnements et les flatulences, on peut également se plaindre de constipation ou à l’inverse de diarrhées. Parfois, le tableau est mixte. Le diagnostic repose sur la présence d’une douleur abdominale depuis au moins six mois et survenant au moins un jour par semaine durant les trois derniers mois. Au moins deux des trois critères suivants doivent être associés à la douleur: une relation entre douleur et défécation, une modification de la fréquence des selles, une modification de leur consistance appréciée par une échelle spécifique.
Selon les troubles du transit associés, on distingue quatre sous-groupes de SII: à diarrhée prédominante (SII-D), à constipation prédominante (SII-C), mixte avec une alternance de diarrhée et de constipation (SII-M) et indéterminé (SII-I), c’est-à-dire sans trouble du transit évident. Ces désagréments se font sentir en l’absence d’anomalie métabolique ou organique.
Une conjonction de causes
Une conjonction de dysfonctionnements est en cause dans ce syndrome. Tout d’abord, il existe un problème moteur au niveau du système nerveux entérique. La motricité n’est pas optimale, les aliments passant trop lentement ou trop vite dans le tube digestif. L’axe qui relie l’intestin au cerveau peut également dysfonctionner. Certaines personnes sont plus sensibles à certains mouvements du côlon et du rectum, qui restent imperceptibles pour les autres, ou à la production de gaz. Les troubles intestinaux peuvent apparaître après une infection gastro-intestinale ou un voyage et être liés à une modification du microbiote ; on parle alors de SII post-infectieux. L’alimentation joue également un rôle : certaines personnes développeront des troubles intestinaux après l’ingestion de gluten ou de certains sucres fermentables (FODMAP) (lire encadré).
Diverses solutions
Le fait qu’un médecin prenne au sérieux la plainte et donne un nom à cette douleur est primordial. Chez la moitié des patients, ce dialogue et des explications permettent de résoudre le problème. Reconnaître que la douleur existe mais qu’elle ne va rien causer de grave suffit dans certains cas à activer des mécanismes naturels de régulation de la douleur, notamment par le biais de l’axe cerveau-tube digestif.
Si les symptômes persistent, des médicaments peuvent être prescrits, en fonction du sous-groupe de SII. Par exemple, lorsque la constipation est prédominante, les patients doivent prendre des traitements dits laxatifs qui vont accélérer le transit. Si les douleurs de type crampes sont au premier plan, on peut alors prendre des médicaments antispasmodiques.
Probiotiques et alimentation
En cas de perturbation du microbiote, plusieurs stratégies visant à rétablir un équilibre ont été proposées (de simples yaourts, même au bifidus, ne suffisent pas). Apports de compléments dits prébiotiques (généralement des sucres favorisant le développement des souches de bactéries sous-représentées et ayant des effets positifs sur le système digestif) ou de probiotiques (bactéries protectrices manquantes). Malheureusement, à l’heure actuelle, toutes ces stratégies n’ont au mieux permis qu’une déstabilisation temporaire du microbiote avec des succès thérapeutiques marginaux, voire inexistants, dans le SII.
Les maux ressentis sont-ils liés aux aliments consommés? Les patients atteints de SII ont généralement beaucoup d’interrogations sur leur alimentation. De manière générale, un régime varié et équilibré sera souvent préconisé. Les régimes trop restrictifs sont à éviter car ils augmentent le stress et la viscérosensibilité. De par le manque de variété alimentaire, des carences en macro ou micronutriments (vitamines, oligo-éléments) pourraient s’installer et avoir un impact significatif sur la santé. L’éviction d’un aliment spécifique peut toutefois être bénéfique dans certaines situations, comme la sensibilité au blé non cœliaque ou l’intolérance aux FODMAP (lire encadré). Enfin, une intolérance au lactose peut mimer les symptômes du SII-D et doit donc être recherchée activement si un lien entre les symptômes et la consommation de produits laitiers est observé.
Autres approches
Parmi les autres approches thérapeutiques, l’activité sportive est bénéfique. En augmentant la musculature, elle renforce la ceinture abdominale et diminue les ballonnements. Le Pilates, la course à pied, la natation et, de manière générale, toute activité physique qui « change les idées » sans être trop stressante est à recommander. L’hypnose dirigée sur le tube digestif, une technique de relaxation profonde, a montré une efficacité significative sur les symptômes de SII au cours de plusieurs études bien menées, surtout chez les personnes de moins de 50 ans et chez les patients signalant que leurs symptômes sont déclenchés par le stress. Les autres techniques de relaxation (sophrologie, yoga) pourraient être utiles mais n’ont pas encore été bien évaluées. Certaines méthodes relevant du charlatanisme, comme l’hydrothérapie du côlon, doivent être bannies, car potentiellement dangereuses (risque de perforation). Enfin, des antidépresseurs à faible dose peuvent avoir un impact positif en modulant le seuil de la douleur.
Les FODMAP en cause?
Chez certaines personnes souffrant de douleurs abdominales avec ballonnements, des données récentes suggèrent qu’il peut exister une mauvaise digestion de certains sucres appelés FODMAP (Fermentable, Oligo, Di, Monosaccharide et Polyols). Ces sucres, largement présents dans l’alimentation, sont parfois mal digérés et peuvent alors générer des symptômes digestifs. Chez des patients avec SII, des études récentes ont confirmé l’efficacité à court terme d’un régime pauvre en FODMAP. Toutefois, la liste des aliments contenant des FODMAP est tellement étendue que ce régime est difficile à suivre. En l’absence d’efficacité nette au bout de quatre à six semaines, il est inutile de le poursuivre.
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* J’ai envie de comprendre... Pourquoi j’ai mal au ventre, Sophie Restellini-Kherad, Michel Maillard, Sophie Davaris, Editions Planète santé, 2020.
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Paru dans Planète Santé magazine N° 40 – Mars 2021