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Vous croyez qu'un enfant doit être maltraité par ses parents pour faire l'objet d'un placement dans un foyer d'accueil? Erreur. Avec la crise du logement, de plus en plus de familles se retrouvent dans le collimateur du Service de la protection des mineurs (SPMi) parce qu'elles ont une «mauvaise qualité d'habitat», selon une expression en usage dans le milieu social.
Frères et sœurs séparés
Un exemple: aucune maltraitance physique ou psychologique de la part des parents n'a été constatée sur les enfants de la famille P., à Genève. Pourtant, les neuf enfants du ménage ont été «dispatchés» dans des foyers différents, en fonction de leur tranche d'âge, il y a environ cinq ans. Avec l'entrée dans l'adolescence des aînés, le cinq pièces familial était devenu trop petit. «A plusieurs dans une chambre, les enfants n'arrivaient plus à se reposer la nuit. Cela s'est répercuté négativement sur leurs résultats scolaires, car ils étaient fatigués en classe», se souvient Madame P. Son mari, qui dirigeait alors une petite entreprise de ferblanterie, n'a pas réussi à trouver de maison à louer pour moins de 2700 francs par mois. Une personne du voisinage a fini par signaler leur situation au Service de la protection des mineurs (SPMi), et tout s'est enchaîné. Aujourd'hui, la famille songe sérieusement à déménager dans un autre canton: «On s'est aperçu qu'on pouvait trouver une maison dans le Valais pour le même prix qu'un appartement ici!», dit Monsieur P.
Difficile retour au pays
Autre exemple: la famille R., à Genève, est rentrée au pays il y a quelques années après un séjour à l'étranger. Le père a tardé à inscrire ses enfants à l'école et n'a pas répondu à quelques courriers de l'administration au sujet de sa situation. Son attitude finit par éveiller les soupçons du SPMi, qui a constaté que la majorité de ses revenus passait en frais de loyer, au détriment parfois des achats alimentaires. Bien que les deux enfants de la famille ne soient ni maltraités psychologiquement ni battus, ils sont enlevés d'urgence à leurs parents et placés dans un foyer d'accueil. Aujourd'hui, Monsieur R. s'accroche à l'espoir de pouvoir les héberger au moins durant le week-end. Il a investi dans l'acquisition de nouveaux meubles pour rendre l'appartement plus accueillant, car le SPMi veut voir les lieux avant de donner son accord. D'après un éducateur qui s'est rendu sur place, le logement est tout à fait correct. Monsieur R. est toutefois angoissé à l'idée de cette visite officielle, étant donné l'enjeu.
Consternation
Autre sujet de crispation: l'impossibilité d'évaluer l'ampleur du phénomène. Il existe si peu de données sur le sujet en Suisse qu'il est impossible de chiffrer exactement le nombre d'enfants actuellement placés. «Ce fait, à lui seul, en dit long sur l'intérêt qu'on porte à la question», dit-on à l'Office fédéral de la justice. Selon certaines estimations, ils seraient entre 11'000 et 15'000.D'ailleurs, les placements «pour motifs économiques», comme on les appelle dans le jargon des éducateurs, n'existent pas officiellement. Ils n'apparaissent en effet dans aucune statistique. Et pour cause, explique Andreas Zink, chef de service au SPMi: «Catégoriser les décisions de placement en fonction de leurs causes serait à notre avis trop réducteur. Nous intervenons lorsqu'il existe un danger pour l'enfant, au sens large du terme. Cela dit, il est connu que les problèmes de logement font partie des facteurs de risque…».