Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07047.jsonl.gz/125

Quatre licences UMTS sont mises aux enchères lundi. Mais les coûts exorbitants pour le développement de la téléphonie mobile de la troisième génération pèseront sur le bilan des opérateurs. Pour survivre, les sociétés devront se trouver des alliés.
L'Internet mobile est en train de redistribuer les cartes dans l'industrie des télécommunications. En 1992, il y avait dans le monde environ 4 millions d'utilisateurs d'Internet et un million d'abonnés au téléphone mobile GSM. A la fin de 1999, les quelque 230 millions d'internautes étaient dépassés par les 245 millions d'accros au cellulaire. En 2005, il y aura plus d'écrans nomades connectés à l'Internet que de PC, et plus de 30 pour cent du trafic sur le web se fera à partir de terminaux mobiles.
Ces changements spectaculaires obligent les sociétés de télécommunications à miser sur l'UMTS, une technologie qui offre un accès mobile à l'Internet. Plus de 100 licences UMTS seront délivrées d'ici fin 2001 dans le monde. Mais la mise en place de ce nouveau standard va coûter quelque 500 milliards de francs aux opérateurs européens, dont la moitié pour la seule acquisition des licences.
Jamais autant d'argent n'aura été dépensé en si peu de temps. Alors qu'il a fallu près de dix ans pour déployer les réseaux GSM actuels, le système UMTS devrait être opérationnel d'ici deux à trois ans. Les acteurs vont devoir trouver des moyens pour régler la facture. A terme, les investissements colossaux que nécessite l'UMTS vont engendrer un regroupement des forces pour réaliser des économies d'échelle. Déjà les annonces de fusions et de collaborations se sont multipliées ces derniers mois.
Dans cette course à la taille, Swisscom est trop grand pour se développer davantage en Suisse mais trop petit pour s'attaquer au marché européen. Son partenariat avec le géant britannique Vodafone, qui vient d'acquérir 25 pour cent de Swisscom Mobile, annonce probablement une alliance plus importante. Il est d'ailleurs intéressant de noter que tous les prétendants suisses à une licence UMTS disposent de l'appui d'un grand groupe étranger. Orange est détenu à 85 pour cent par France Télécom. diAx est contrôlé à 40 pour cent par l'américain SBC alors que British Telecom est l'un des principaux actionnaires de Sunrise.
Certains analystes pensent que le marché de l'UMTS sera réservé à trois ou quatre grands acteurs actifs sur l'ensemble du continent européen. Plusieurs opérateurs espèrent que les nouveaux services UMTS leur permettront d'augmenter leur chiffre d'affaires et leur marge. La banque Merrill Lynch estime que le chiffre d'affaires par abonné mobile passera d'environ 40 euros par mois actuellement à plus de 60 euros en 2010 alors que Nokia table sur 80 euros en 2007 déjà.
Malgré cet optimisme, l'équipementier finlandais considère qu'il faudra de nombreuses années pour couvrir les investissements dans l'UMTS. Pour un opérateur déjà actif sur le marché du mobile et sur la base d'une licence à 2 milliards d'euros, la rentabilité ne sera pas atteinte avant 2005. Si la société est une nouvelle venue, c'est en 2009 au mieux qu'elle parviendra à son seuil de couverture. Les actionnaires vont devoir s'armer de patience.
Luigino Canal