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Santé L'Italie dépénalise le suicide assisté
La Cour constitutionnelle a jugé licite le suicide assisté et demande maintenant au Parlement de modifier la législation.
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La décision de justice qui dépénalise de facto le suicide assisté en Italie pour des personnes en grande souffrance, reflète un bouleversement sociétal dans le pays, en dépit des tentatives de l'Eglise catholique de continuer de peser sur les débats éthiques.
Tout en exigeant du parlement qu'il légifère sur la question, la Cour constitutionnelle a décidé mercredi soir que le suicide assisté pouvait être jugé licite si des conditions strictes étaient réunies: pathologie irréversible provoquant des souffrances insoutenables, consentement de la personne et contrôle par les autorités publiques.
Dans ce pays de forte tradition catholique, la décision est historique puisque le code pénal punit en théorie «l'instigation ou l'aide au suicide» par des peines comprises entre 5 ans et 12 ans de prison.
La haute cour était saisie du cas d'un responsable du Parti radical (favorable à l'avortement et à l'euthanasie), qui avait conduit en 2017 en Suisse un célèbre DJ italien tétraplégique pour un suicide assisté.
Pour Cristina Papa, professeure universitaire d'anthropologie culturelle à Pérouse, l'annonce est en phase avec une société italienne qui s'est sécularisée et éloignée des préceptes éthiques de l'Eglise, et revendique d'avoir le dernier mot sur sa santé. «L'idée que la souffrance est une façon de se rapprocher de Dieu et une chose positive n'est plus répandue», explique à l'AFP cette experte.
«La présence institutionnelle de l'Eglise a reculé, tout comme son influence sur la politique italienne», souligne l'universitaire en évoquant la disparition de la Démocratie chrétienne, parti dominant jusqu'à la fin des années 80.
En outre, «le droit à la santé est considéré comme un droit de tous», cette décision de justice s'inscrivant aussi dans le contexte contemporain de prolongement de la vie avec des technologies de pointe, qui n'existaient pas auparavant.
Encadrement législatif précis
«La sentence de la Cour obligera nécessairement le Parlement à légiférer», juge Mme Papa. Même si dans les faits beaucoup de médecins italiens pratiquent déjà discrètement la suspension des traitements en cas de maladie irréversible, avec l'aval des proches.
Vittorio Andrea Guardamagna, directeur d'une unité de soins palliatifs en Italie, confirme: «Pour nous c'est une défaite de ne pas être en mesure de donner des réponses à une demande ferme et convaincue. Nous sommes contraints d'interrompre l'assistance palliative, qui devient inutile pour le malade déterminé à chercher la mort». Ce médecin, qui a confié au Corriere della Sera qu'une dizaine de personnes lui avaient déjà demandé une assistance au suicide, prône un encadrement législatif précis pour éviter les dérapages.
Pour l'Eglise en revanche, c'est un non catégorique. Le cardinal italien Giovanni Angelo Becciu, préfet pour la congrégation de la cause des saints, parle d'un «risque de disséminer la culture de la mort».
Pour l'archevêque Bruno Forte, «l'absence de référence claire à l'objection de conscience pourrait être interprétée comme une obligation» en matière de suicide assisté. D'un point de vue chrétien, rappelle-t-il, «c'est inacceptable: la vie est un don de Dieu et aucun d'entre nous n'a le droit de l'enlever ou d'aider d'autres à le faire».
Les juges constitutionnels étaient saisis du cas de Marco Cappato, un responsable du Parti radical (historiquement favorable à l'avortement et à l'euthanasie), qui avait conduit un célèbre DJ italien en Suisse en 2017 pour un suicide assisté.
«Mon coeur se rebelle»
Au moins 4000 médecins catholiques seraient prêts à avancer l'objection de conscience pour refuser de telles demandes, selon leur association professionnelle.
A l'inverse, selon l'association italienne Coscioni, plus de 800 Italiens se sont identifiés sur son portail «SOS Euthanasie», en se disant prêts à recourir au suicide assisté. Gustavo Fraticelli, un sexagénaire atteint de tétraparésie (perte de force dans les extrémités) incapable de marcher depuis 20 ans, est l'un d'eux. «Quand, je ne pourrai plus m'alimenter ni m'occuper de mon hygiène personnelle de manière autonome, je choisirai de mourir», a-t-il expliqué au Messagero.
Même position pour Sabrina Bassi, mère de deux garçons de 30 et 35 ans atteints de sclérose latérale amyotrophique (SLA). «J'aime mes fils mais au moment opportun je les accompagnerai vers la mort», a-t-elle confié au journal «Repubblica».
Ils ne peuvent ni bouger ni parler, un jour ils ne pourront plus respirer sans assistance et ont réclamé, via un ordinateur, de choisir le moment de mourir: «Mon cœur se rebelle, j'espère que la science nous donnera un nouveau traitement mais je ne leur refuserai pas cette liberté». (ats/nxp)
Créé: 25.09.2019, 23h44