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Les films de Sofia Coppola sont au spleen et à la solitude ce que les films de Martin Scorcese sont aux gangsters: un thème de prédilection. La fille de l'illustre réalisateur Francis Ford Coppola (Le Parrain) s'est dès son plus jeune détournée du cinéma pompeux de son géniteur pour proposer un cinéma intimiste avec son premier film Virgin Suicides (1999) qu'elle réalisa à 29 ans.
Un film centré sur l'adolescence, le féminin et l'ennui, des thématiques qui lui sont chères puisque chacune de ses œuvres aborde un personnage victime d'une forme de mélancolie liée au vide existentiel et à l'absence de quelque chose. Sofia Coppola, c'est la réalisatrice d'une forme de féminité, celle de la femme blanche, privilégiée et désirée, qui cherche l'émancipation sur des sonorités pop. Et son dernier film, Priscilla, est dans cette parfaite lignée.
Si la vie du King avait été abordée avec brio et flamboyance par Baz Lurhman en 2022 avec Elvis (offrant au passage à l'acteur Austin Butler un Oscar), c'est sur la jeune Priscilla Beaulieu (Cailee Spaeny) que le film de Sofia Coppola va se concentrer.
Elle n'a que 14 ans, et la jeune Texane vit à Berlin, où son père, officier dans l'armée, est en poste, au même titre qu'Elvis. En 1959, alors qu'Elvis Presley (Jacob Elordi) est une star outre-Atlantique au sommet de sa gloire, Priscilla est amenée à rencontrer le chanteur de 24 ans, qui va vite lui mettre le grappin dessus.
Ainsi, le film se concentre sur les jeunes années de Priscilla aux côtés du monstre sacré, à travers le regard d'une simple groupie et confidente. Une relation étalée sur moins d'une dizaine d'années avant leur mariage en mai 1967 et la naissance de leur enfant une année plus tard.
Sofia Coppola ne tire pas son récit de nulle part, puisque son film est adapté du livre Elvis et moi de Priscilla Presley, publié en 1985. Une adaptation qui ne sera pas au goût de la fille du couple Presley, puisque Lisa Mary Presley – décédée d'un arrêt cardiaque en janvier 2023 – exprimera son indignation vis-à-vis du film dont le scénario est, selon ses mots, «incroyablement vengeur et méprisant»: le film porterait atteinte à l'image de son père en raison de la manière dont il est parfois dépeint, notamment à cause de sa consommation excessive d'analgésiques.
Sofia Coppola lui avait d'ailleurs répondu lors de la présentation du film à la Mostra de Venise, assurant avoir tenté de présenter Elvis «avec sensibilité et complexité»:
Dans son film, la réalisatrice prend soin de contextualiser l'époque, où les rapports entre mineur et personnes majeures étaient encore dans les mœurs et où la femme dans la société américaine se destinait à être mère au foyer.
Point de jugement à ce niveau-là, la relation entre le King et Priscilla est d'une relative bienveillance. Cependant, le film met en scènes les sautes d’humeur (parfois très violentes) du musicien envers sa compagne. Une partie sombre du caractère d’Elvis qui a été largement documentée par le passé, et qui s’explique notamment par le penchant excessif du King pour la boisson et les amphétamines qu’il gobait à plein tube. Une consommation de drogues, légale à l'époque, qui lui permettait de tenir le rythme effréné de sa vie professionnelle, tant sur le plan musical que cinématographique.
Ce qui rend le film particulièrement plaisant, c'est son casting attachant. En prenant le parti de ne pas singer Elvis, Sophia Coppola réussit à humaniser Elvis Presley, aidée par le talent certain de l'acteur Jacob Elordi, révélé dans la série Euphoria. Cailee Spaeny, quant à elle, porte sur ses épaules l'intégralité du métrage, incarnant avec autant de grâce une frêle adolescente qu'une femme qui s'assume.
Dans un écrin sublime des années 60, Priscilla réussit à captiver grâce au récit passionnant d’une jeune fille tombée amoureuse d’un monument de la culture américaine. Une immersion dans l'intimité du King qui révèle sa complexité, celle d'un homme aimant et éprouvant un amour sincère, victime de sa part d'ombre.
Mais de cette histoire, Elvis n'est qu'un personnage secondaire. Priscilla est avant tout l'histoire d'une femme, qui, de la naïveté adolescente, deviendra à la fois mère et épouse d'un homme victime d'un comportement destructeur. Une histoire d'émancipation devant laquelle on peut éprouver un ennui poli, mais qui par sa bande-son ultra rock'n'roll (sans un seul son d'Elvis) et la beauté sidérante des années 60 se révèle un film fort plaisant et nécessaire sur la condition féminine. Pour Noël, quoi de mieux que le conte de fées cynique d'une jeune fille tirée de sa vie de lycéenne pour épouser un prince du rock et vivre emprisonnée dans un palais du Tennessee.
«Priscilla» de Sofia Coppola, à l'affiche des salles romandes dès le 26 décembre 2023. Durée: 1h 50.
Une amie me disait il n'y a pas si longtemps: «Tu as de la chance avec Ambica, elle n'est jamais malade.» C'est vrai que depuis qu'elle est née, il y a 7 mois, ma fille n'a rien chopé malgré les nombreuses bronchiolites de l'hiver. Cela dit, si elle n'est jamais malade, elle est néanmoins mal foutue: elle porte un casque 22 heures sur 24 à cause de sa tête plate et désormais, elle porte une orthèse de la hanche. On appelle aussi ça un «cruiser», ce qui fait tout de suite plus cool, mais ça ne lui permet pas de cruiser comme Snoop Dogg. En tout cas, les deux machins ensemble, on dirait RoboCop.