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Contre la grippe, nous ne disposons que de deux moyens de défense : les vaccins pour éviter d'être infectés et les antiviraux pour se soigner si l'on est déjà contaminé. Pourtant, l'un et l'autre rencontrent de sérieuses difficultés sur le terrain, à en croire deux articles parus le 22 septembre dans la version électronique de la revue The Lancet. La première étude, menée par Tom Jefferson, du Cochrane Vaccines Fields à Alessandria en Italie, montre que la vaccination telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui ne présente qu'une efficacité très modeste auprès des personnes âgées. La seconde, dirigée par Rick Bright, des Centers for Disease Control à Atlanta aux Etats-Unis, attire l'attention sur l'augmentation importante ces dernières années de souches résistantes aux adamantanes (amantadine et rimantadine), qui sont des médicaments de première génération contre la grippe. Deux nouvelles peu réjouissantes à l'heure où la possibilité d'une pandémie de grippe aviaire venue d'Asie se fait de plus en plus menaçante.L'étude sur les vaccins est une méta-analyse, reprenant les résultats de pas moins de 64 travaux précédents impliquant au total des millions de patients. Cette très large supervision permet aux auteurs d'affirmer que la politique d'immunisation contre la grippe ne peut se contenter des résultats d'une seule étude. En effet, les campagnes de vaccination ne remplissent leurs objectifs qu'auprès des populations relativement homogènes vivant dans des établissements médico-sociaux. Cependant, cette efficacité est réduite à des proportions «modestes» si l'on s'intéresse aux personnes âgées vivant dans la communauté. Chez ces derniers, l'immunisation n'obtient pas de résultats significatifs contre la grippe (ou les maladies similaires) ni contre la pneumonie. Les chercheurs suggèrent que le nombre d'infections pourrait être réduit si l'on améliore encore la couverture vaccinale ainsi que la formule du vaccin. Le virus est en effet connu pour muter rapidement et il existe toujours un petit risque de se tromper de cible lors de la conception du vaccin, qui commence environ neuf mois avant l'arrivée de la maladie.«Je ne mets pas en doute les résultats de cette étude, mais il faut toutefois rappeler que le vaccin contre la grippe reste le meilleur moyen à disposition aujourd'hui pour éviter de tomber malade et de développer des complications, précise Yves Thomas, du Centre national de la grippe à Genève. Car on ne meurt que très rarement de la grippe, mais davantage des complications comme la pneumonie.»Quant aux médicaments antiviraux, notamment les adamantanes, ils souffrent eux aussi des frasques du virus. Les chercheurs ont passé au crible plus de 7000 échantillons du virus (de souche H3N2) récoltés sur les cinq continents. Ils ont montré que le taux de souches résistantes au traitement est passé de 0,4% durant la saison 1994-1995 à 12,3% en 2003-2004 la contribution la plus importante à cette hausse venant d'Asie. Par ailleurs, des résistances ont été découvertes également chez des souches H5N1 (responsable de la grippe aviaire) prélevées sur des poules et des êtres humains en Asie également. Une des explication de cette hausse foudroyante est probablement une utilisation inadéquate de ces médicaments qui sont en libre accès dans de nombreux pays.Les auteurs de l'article soulignent l'importance de suivre l'apparition et la diffusion de ces virus résistants. Une façon de contrer ce fléau serait de contrôler mieux la distribution et l'administration des médicaments. Une remarque valable également pour les traitements de nouvelle génération (les inhibiteurs de la neuraminidase comme le Tamiflu et le Relenza) qui pourraient subir le même sort.