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En 2011, 14 Etats nord-américains ont voté des mesures qui menacent le droit de vote de millions de citoyens, surtout des Noirs et des Latinos. Le principal lobby pour l’avancement des gens de couleur contre-attaque. Il était au Conseil des droits de l’homme le 14 mars.
«Des lois excluant plus de citoyens des urnes que jamais auparavant»
«Nous sommes ici aujourd’hui parce qu’en 2011, plus d’Etats américains ont accepté plus de lois excluant plus de citoyens des urnes que jamais auparavant dans l’histoire des Etats-Unis«. C’est ainsi que Benjamin Todd Jealous a présenté la campagne que son organisation, NAACP, est en train de mener contre les mesures restrictives qui, dans plusieurs Etats, ont pour effet d’éloigner les gens de couleur du vote présidentiel de novembre prochain.
Fondée en 1909, l’association nationale pour l’avancement des gens de couleur (NAACP, National Association for the Advancement of Colored Poeple ) est la plus ancienne et la plus grande organisation de lutte pour les droits civils et contre la discrimination raciale aux Etats-Unis. Elle est venue à Genève faire entendre sa voix à l’occasion de la 19ème session du Conseil des droits de l’homme, en séance plénière et lors d’une table ronde.
Les projections démographiques montrent que les Etats-Unis deviendront une nation dans laquelle les minorités seront majoritaires en 2042
«Historiquement, chaque fois que le vote des minorités, notamment noires, augmente, nous voyons ensuite des tentatives de le limiter«, ajoute Benjamin Todd Jealous, président et directeur de la NAACP. La dernière augmentation date de 2008, elle a porté Barack Obama au pouvoir. Selon l’association, qui cite le centre de recherche Pew, il s’agissait de l’élection qui a connu la plus grande diversité de votants de toute l’histoire américaine.
Par rapport à 2004, la participation des Afro-américains a fait un bond de 15 pourcent en 2008, celle des Latinos de plus de 28 pourcent. Par ailleurs le recensement de 2010 a montré que l’augmentation de 10 pourcent de la population américaine durant la dernière décennie est presque exclusivement due aux minorités. Les projections démographiques montrent que les Etats-Unis deviendront une nation dans laquelle les minorités seront majoritaires en 2042.
C’est déjà le cas au Texas, en Californie, dans le District de Columbia (Washington), à Hawaï et au Nouveau Mexique. Quatre autres Etats approchent du point de basculement : Arizona, Floride, Géorgie, Maryland et Nevada.
Des mesures qui rendent plus difficile l’accès aux urnes
En réaction à ce double phénomène –augmentation de la population de couleur et de son taux de participation aux élections – plusieurs Etats ont commencé à mettre en place des mesures qui rendent plus difficile l’accès aux urnes. Elles sont généralement présentées comme nécessaires pour éviter les fraudes, même si les statistiques sur des décennies montrent que le nombre de celles-ci est infime.
Les mesures éliminent des millions de votants
Les limitations ciblent trois domaines principaux, selon le rapport que la NAACP a publié en novembre 2011 sur le sujet: l’accès à l’enregistrement en vue du vote ; le vote anticipé ; et le vote le jour des élections. Dans le premier cas, les restrictions touchent aux lieux et aux périodes d’enregistrement, aux campagnes porte à porte pour encourager les gens à s’inscrire ainsi qu’aux conditions posées pour s’enregistrer (preuve de nationalité, parfois difficile voire impossible à obtenir, ou de résidence). Dans quatre Etats le droit de vote est retiré aux anciens détenus durant une période de trois à cinq ans après leur libération, voire à vie. Dans tous ces cas, les populations de couleur sont les premières touchées, explique la NAACP, et ces mesures éliminent des millions de votants.
Photo d’identité pour voter
La réduction de la période de vote anticipé, décidée dans cinq Etats, a le même effet discriminatoire, les minorités en faisant plus souvent usage. Enfin un mouvement se dessine pour exiger que les votants produisent un document d’identité officiel avec photo le jour du vote.
La mesure est déjà effective dans huit Etats, et proposée dans trente autres. Selon le Brennan Center for Justice (Université de New York), ces lois pourrait interdire de vote les 11 pourcent, soit presque 23 millions, de citoyens américains qui ne possèdent pas un tel document. Ce sont souvent les plus pauvres, ceux qui n’ont pas de voiture ou ne voyagent pas. Des identifications autrefois admises, comme les cartes de sécurité sociale ou d’étudiant ne le seraient plus, mais les permis de port d’armes oui…
Si 8 pourcent des Américains blancs ne possèdent pas un document officiel (non obligatoire), cette proportion atteint 16 pourcent chez les Latinos et 25 pourcent chez les Afro-Américains. Chacun peut demander un tel document du gouvernement, il en coûte quinze dollars. Il est possible de l’obtenir gratuitement, mais les papiers nécessaires pour cela coûtent encore plus cher. Les minorités sont surreprésentées dans la population pauvre.
Les Etats le plus en pointe dans cette vague de restriction du droit de vote sont ceux qui ont connu durant la dernière décennie la plus forte augmentation de population noire (Floride, Géorgie, Texas, Caroline du Nord) et latino (Caroline du Sud, Alabama, Tennessee). Ils sont pratiquement tous à forte majorité républicaine.
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