Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07257.jsonl.gz/209

L'opposant Juan Guaidó, 36 ans, est désormais défié par un autre député d'opposition, Luis Parra, 41 ans, qui se revendique lui aussi président de l'Assemblée nationale.
Et les Vénézuéliens que Juan Guaidó mobilisait par dizaines de milliers ne croient plus en lui.
>> Lire:
et:
Luis Parra (debout), député d'opposition, se revendique président de l'Assemblée Nationale, au Venezuela. [Rayner Pena - Keystone/epa]Sur la place Altamira, haut lieu de l'opposition à Caracas, Maria explique avoir été de toutes les manifestations convoquées par Juan Guaidó début 2019.
Mais après des mois sans que rien ne change, elle n'y croit plus: "Au début, il a créé beaucoup d'espoirs. Mais aujourd'hui, il représente la pire déception qu'on ait eue. Pire encore que les anciens leaders de l'opposition parce que c'est celui qui a créé le plus d'espoirs."
Non loin d'elle, Angel, un quarantenaire à la barbe poivre et sel, est encore plus dur: "On va être clair: il n'y a pas de leader, ce n'est pas un vrai leader. Ils sont tous pourris. Certes le gouvernement est mauvais, mais l'opposition est encore pire".
D'autres, comme Carlos, la soixantaine, continuent de soutenir l'opposant faute de mieux: "Je ne suis pas très enthousiasmé par Guaidó mais j'ai l'impression que personne ne peut le remplacer. Disons que c'est le moins mauvais".
En attente de nouvelles élections
Ce que beaucoup espèrent, c'est qu'en cas de nouvelles élections, l'opposition ne fasse pas les mêmes erreurs qu'en 2018, lorsque Nicolas Maduro a été réélu président: "Ne pas voter, s'abstenir, ça a été la pire erreur de l'opposition. Il faut qu'on s'unisse et qu'on aille voter. Je suis sûr que ça peut marcher."
Pas sûr que ce soit la stratégie qu'adoptera l'opposition de Juan Guaidó pour les législatives qui doivent se tenir en 2020.
Depuis le début de l'année, les députés majoritaires n'ont même plus accès à leur hémicycle, bloqué par l'armée. Comme en témoigne la tournée qu'il vient d'engager en Europe, l'opposant semble privilégier une solution internationale pour sortir de la crise.
Prise de parole au World Economic Forum
Juan Guaidó, le président autoproclamé vénézuélien, était présent jeudi à Davos au Forum économique mondial. [Gian Ehrenzeller - Keystone]Après Londres et Bruxelles, Juan Guaidó s'est rendu à Davos jeudi où il a pris la parole au Forum économique mondial.
Le président autoproclamé a demandé à l'élite économique et politique mondiale réunie à Davos de l'aider à diriger le pays pour le rendre "libre" et "attaché aux droits de l'homme" face à la "dictature" du président Nicolas Maduro. "Des personnes sont emprisonnées parce que je suis venu ici" pour ce discours, a-t-il ajouté, déplorant la "persécution" contre les députés opposés au régime. La crise politique vénézuélienne a provoqué d'importantes tensions entre Nicolas Maduro et le président américain Donald Trump qui considère Juan Guaidó comme chef de l'Etat.
De son côté, la Suisse reconnaît des Etats, pas des gouvernements. Juan Guaidó est "le légitime président du Parlement" vénézuélien, a affirmé jeudi devant la presse le conseiller fédéral Ignazio Cassis. "C'est dans ce rôle que nous l'accueillons" à Davos.
Après le début des tensions avec le Venezuela, les Etats-Unis avaient demandé à la Suisse de représenter leurs intérêts dans ce pays mais il faut toujours l'accord du gouvernement de Nicolas Maduro. Celui-ci "est prêt à donner son feu vert" mais seulement lorsque la question des intérêts vénézuéliens aux Etats-Unis sera réglée, a expliqué Ignazio Cassis. Or, Nicolas Maduro n'a pas demandé à la Suisse ni à aucun autre pays un tel mandat.
Sujet radio: Benjamin Delille à Caracas
Adaptation web: Stéphanie Jaquet et l'ats
Les principaux événements au Venezuela depuis un an
Juan Guaidó se proclame président par intérim du Venezuela le 23 janvier 2019, alors qu'il vient d'être élu président du Parlement – une instance contrôlée par l'opposition. Il réclame le départ du président Nicolas Maduro, deux semaines après le début de son second mandat de président, une élection non reconnue par l'opposition et une partie de la communauté internationale.
Une cinquantaine de pays, Etats-Unis en tête, reconnaissent Juan Guaidó. Nicolas Maduro – soutenu par son armée, la Russie, la Chine et Cuba – accuse Washington de fomenter un "coup d'Etat".
Ceci survient alors que le Venezuela connaît un effondrement de son économie et une crise migratoire.
Pour accentuer la pression Washington annonce fin janvier des sanctions, effectives fin avril, contre la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA, alors que le pétrole génère 96% des recettes du pays.
Juan Guaidó obtient le contrôle des comptes bancaires vénézuéliens aux Etats-Unis.
Février
Le 22 février, Juan Guaidó brave une interdiction de quitter le territoire pour assister à un concert humanitaire en Colombie, à la veille de l'entrée prévue au Venezuela d'une aide humanitaire stockée à la frontière colombienne et brésilienne.
Caracas ferme la frontière près de la ville colombienne de Cucuta d'où est censée entrer l'aide, dénonçant les prémices d'une intervention militaire extérieure.
Le 23 février, des affrontements aux frontières font plusieurs morts et des centaines de blessés. Les camions d'aide venant de Colombie et Brésil rebroussent chemin.
Caracas rompt les relations diplomatiques avec Bogota.
Juan Guaidó entreprend une tournée en Colombie, Brésil, Paraguay, Argentine et Equateur, où il est reçu en chef d'Etat, avant de regagner Caracas le 4 mars.
Avril-Mai
Le 30 avril, un soulèvement militaire pro-Guaidó échoue. L'opposition appelle à poursuivre les manifestations, qui font des centaines de blessés.
Le 1er mai, Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine, évoque la possibilité d'"une intervention militaire". Nicolas Maduro appelle l'armée à "combattre tous les putschistes".
Juillet-Août
En juillet, l'ONU dénonce l"'érosion" de l'Etat de droit au Venezuela et demande une enquête sur les exécutions extrajudiciaires.
En août, des pourparlers entre pouvoir et opposition sous l'égide de la Norvège sont suspendus après un durcissement des sanctions américaines.
Septembre
Le 12 septembre Washington active un Traité régional de coopération militaire contre le Venezuela, lequel se dit "prêt" à se défendre.
Le procureur général du Venezuela ouvre le lendemain une enquête contre Juan Guaidó pour des "liens" avec des narcotrafiquants colombiens.
L'ONU lance fin septembre une enquête sur les violations des droits humains au Venezuela depuis 2014.
Octobre-Novembre
Le 17 octobre, le Venezuela obtient à l'ONU un siège au Conseil des droits de l'Homme.
En novembre, Juan Guaidó peine à mobiliser lors de manifestations anti-Maduro.
2020
Le 5 janvier 2020, empêché d'accéder à l'hémicycle par la police, Juan Guaidó est réélu président du Parlement dans les locaux d'un journal, après qu'un élu rival, Luis Parra, a revendiqué le poste avec le soutien du pouvoir chaviste.
Le 7, Juan Guaidó prête serment comme président du Parlement après avoir forcé le passage, bloqué par les forces de l'ordre.
Le 19 janvier, Juan Guaidó brave à nouveau l'interdiction de sortie du territoire pour rencontrer en Colombie le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.
Une rencontre avec le Premier ministre britannique Boris Johnson a lieu mardi à Londres. Juan Guaidó doit ensuite rencontrer mercredi à Bruxelles le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, puis participer jeudi au Forum de Davos en Suisse.