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Poitrine d’écorce
Claire Genoux
On a été si heureux à l'église et puis sous les platanes de l'esplanade quand il fallait sourire au photographe. Que va-t-il rester? La vieillesse, le corps qui nous abandonne, cette lente descente durant laquelle il faudra renoncer à maintes choses. Et puis il faut renoncer tout court et rendre cette vie qu'on nous a prêtée. Mais on sera si sec et si usé que l'on n'aura même plus le courage de pleurer.
Et la mère sent monter en elle, au milieu de la fête et du plaisir, une violente nausée en même temps qu'une haine affreuse pour sa fille...
Remonte aussi en elle, en même temps que cette bouffée de haine, le souvenir d'une pensée ancienne, cachée si profondément qu'elle lui semble presque étrangère. Se l'avouera-t-elle? À la naissance de sa fille et plus tard, elle avait secrètement espéré que celle-ci ne deviendrait jamais une femme. Mais ce n'était pas tout: quand sa fille arrivait en retard à la maison, à quinze ans, à dix-huit ans, combien d'accidents n'avait-elle pas imaginés? Pourtant elle avait aimé sa fille. Elle l'avait aimée, comme toutes les mères aiment c'est-à-dire trop.