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Théâtre et scènes politiques
Histoire du spectacle en Suisse et en France aux XIXe et XXe siè
Clavien, Alain, Hauser, Claude, Vallotton, François,
2014, 291 pages, 25 €, ISBN:978-2-88901-029-5
Quels sont les genres, les lieux, les formes de l’art dramatique engagé? Comment la réflexion sur la fonction du théâtre politique selon les contextes historiques et spatiaux évolue-t-elle? Quelles sont les expériences les plus marquantes réalisées en France et en Suisse? Basé sur des exemples concrets, cet ouvrage présente une réflexion pluridisciplinaire et comparatiste sur la fonction du théâtre dans les sociétés contemporaines.
Description
Les relations entre scène théâtrale et critique sociale s’inscrivent dans une actualité qui touche aussi bien le contexte historiographique, politique que scénographique contemporain.
À l’occasion du Festival d’Avignon 2009, plusieurs intellectuels français s’interrogeaient sur les nouvelles formes d’un genre artistique qui avait assumé un rôle social et politique majeur au XXe siècle. Parallèlement, nombreux sont les spectacles récents qui remobilisent une fonction documentaire, voire dénonciatrice, du théâtre.
Le présent ouvrage, qui réunit aussi bien des chercheurs que des praticiens suisses et français, veut remettre dans une perspective historique de plus longue durée les relations entre théâtre et société:
Quels sont les genres, les lieux, les formes de l’art dramatique engagé? Comment la réflexion sur la fonction du théâtre politique selon les contextes historiques et spatiaux évolue-t-elle? Quelles sont les expériences les plus marquantes réalisées en France et en Suisse?
Table des matières
- Entre théâtre militant et démocratisation culturelle (Alain Clavien, Claude Hauser, François Vallotton)
Les politiques du théâtre en France 1850-1960
- Introduction (Jean-Claude Yon)
- Le Second Empire a-t-il eu une politique théâtrale? (Jean-Claude Yon)
- Théâtre, politique et société sous la IIIe République. Quelques réflexions sur les discours et leurs usages (Pascale Goetschel)
- Le Festival d’Avignon comme lieu de (ré)invention d’une politique démocratique (Emmanuelle Loyer)
- Une politique théâtrale pour l’Algérie coloniale (1946-1962)? (Julie Champrenault)
Les politiques culturelles théâtrales en Suisse
- Introduction (François Vallotton)
- L’obscène, baromètre de la politique culturelle lausannoise à la Belle Époque (Olivier Robert)
- La politique culturelle de Fribourg: le cas du théâtre Livio (Noémie Hayoz)
- La quête d’une politique cantonale de démocratisation culturelle à Neuchâtel. Le Centre culturel neuchâtelois et le Centre de culture ABC à La Chaux-de-Fonds (Yvonne Tissot et Marie-Jeanne Cernuschi)
Les scènes alternatives
- Introduction (Alain Clavien)
- Au « petit théâtre » de la Grande Guerre: la propagande allemande dans les cabarets alémaniques (Alexandre Elsig)
- Analyse pragmatique d’un théâtre militant: le Groupe Octobre (Claire Martini)
- Faux-Nez: de la révolte à l’expression politique (Joël Aguet)
- Le théâtre en mouvement – La recherche sur le physical theatre passe par la Suisse italienne (Demis Quadri)
Le théâtre des années 1960 et 1970. Mutations et transferts
- Introduction (Claude Hauser)
- L’Odéon et la révolution (Antoine de Baecque)
- Le Théâtre populaire romand au cours des années 1960 (Séverine Marmy)
- Les débuts du Théâtre Mobile à Genève (1969-1972) (Tiphaine Robert et Chloé Traube)
Postface
- Remarques prospectives sur le « théâtre politique » en Suisse romande (Joël Aguet)
Presse
Scènes politiques, en France et en Suisse
Cet ouvrage collectif, issu d’un colloque organisé par l’équipe suisse du Groupe de recherche en histoire intellectuelle contemporaine (GRHIC) en 2011, vise à interroger les liens entre théâtre et politique. La démarche relève d’une histoire culturelle qui, dans un esprit pluridisciplinaire, propose une histoire de la fonction du théâtre dans les sociétés contemporaines.
Les deux premières parties sont consacrées à l’étude des politiques culturelles en France et en Suisse. La mise en parallèle met en lumière les emprunts et les similitudes entre les politiques des deux pays en matière de culture: État centralisé d’une part, qui affiche la volonté de démocratiser une « culture nationale » et qui fera de sa politique théâtrale (de Jean Vilar à la « décentralisation théâtrale ») un modèle pour ces politiques sectorielles; État fédéral d’autre part, qui laisse une plus grande autonomie aux collectivités locales, villes et cantons, et aux initiatives privées.
La troisième partie s’intéresse aux « scènes alternatives » à travers quatre exemples de tentatives contre-culturelles. La dernière partie traite des années 1968, qui constituent un tournant majeur non seulement politiquement, mais aussi culturellement. L’occupation de l’Odéon, analysée dans ce volume par Antoine de Baecque, est un exemple emblématique. À Genève, la troupe du « Théâtre mobile » met en scène de manière critique la politique culturelle de la ville, jugée trop aristocratique. Les contributions soulignent, pour la France comme pour la Suisse, les tendances les plus récentes: le pouvoir symbolique du théâtre reste certes fort, mais il est de plus en plus contesté par de nouvelles formes de spectacles vivants et par les effets de la culture de masse. La démarche comparatiste n’est pas vraiment développée dans les différentes contributions, mais elle est mise en perspective par des textes introductifs, particulièrement bienvenus. Un ouvrage solide, qui réunit des historiens reconnus, et qui devrait toucher un assez large public: chercheurs, étudiants et amateurs de théâtre.
Philippe Poirrier, Policultures, 9 juin 2015
Dans la revue Vingtième Siècle. Revue d’histoire
À partir de quand le terme « politique culturelle » devient-il opérant en France et en Suisse? Comment se structure la décentralisation théâtrale? Quels sont les enjeux de la démocratisation culturelle et quels en sont les mécanismes? Quels sont les liens, en fonction des époques et des lieux, entre théâtre et politique, théâtre et société? Qui sont les acteurs et actrices des bouleversements esthétiques et politiques dans le champ théâtral aux XIXe et XXe siècles? Autant de questions auxquelles le Groupe de recherche en histoire intellectuelle contemporaine (GRHIC) tentait de répondre les 5 et 6 mai 2011 en organisant un colloque intitulé « Théâtre et politique ». Inscrit dans un contexte d’émergence des recherches historiques et esthétiques sur les liens entre spectacle et société à l’époque contemporaine, ce colloque réunissait des chercheur.ses et praticien.nes suisses et français.es attaché.es à présenter une approche comparatiste des politiques culturelles et des expériences théâtrales dites « politiques » dans ces deux pays.
L’ouvrage constitue le prolongement de ce colloque et présente en quatre parties les contributions de dix-neuf auteur･e･s qui toutes et tous interrogent la notion de « politique » pensée à travers les expériences, les créations et les luttes d’amateurs et amatrices ou de professionnel･le･s du spectacle vivant. Les deux premières parties sont consacrées à l’étude des politiques culturelles en France et en Suisse dont la mise en parallèle apparaît évidente dans la deuxième partie qui met en lumière les emprunts et les similitudes entre les politiques des deux pays en matière de culture, comme l’explique l’introduction de François Vallotton. Si les deux premières parties s’attachent à l’étude du théâtre « institutionnel », la troisième partie s’intéresse aux « scènes alternatives » à travers quatre exemples de tentatives contre-culturelles par l’usage des mécanismes du théâtre dans un cadre militant et un contexte de luttes sociales (c’est le cas du groupe Octobre présenté par Claire Martini) ou en proposant le renouvellement du répertoire théâtral comme le fait Charles Apothéloz et son cabaret des Faux-Nez (présenté par Joël Aguet). La dernière partie traite de la décennie 1960, qui constitue un tournant majeur non seulement politiquement mais aussi culturellement. Les trois contributions proposées présentent une historiographie passionnante des tentatives de réappropriation du théâtre mues par la volonté de groupes contestataires, professionnels ou non, de repenser la « démocratisation culturelle ».
Construites autour d’une double dynamique: l’étude des politiques culturelles et celle de leurs contestations, chaque contribution s’attache à (re)penser, à (re)définir et à contextualiser l’usage du terme « politique » dans le champ théâtral, la postface de Joël Aguet affirmant la nécessité de cette démarche.
Lorraine Wiss, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Nº 125, (janvier-mars 2015), p. 179