Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06911.jsonl.gz/410

Le président américain, Joe Biden, se la joue réformateur de gauche. Mais la crise migratoire à la frontière du Mexique pourrait devenir un obstacle à sa présidence.
Joe Biden a certes occupé des fonctions politiques pendant plus de 50 ans, mais à la surprise de ses amis et de ses ennemis, le président n’a pas perdu son appétit pour le changement. Ainsi, au cours de ses 100 premiers jours, il ne s’est pas laissé décourager par le fait que les Républicains – ses adversaires politiques – aient rejeté presque toutes ses idées pour des raisons idéologiques.
Au lieu de cela, Biden s’est souvent exprimé de manière ciblée sur la politique sociale, le racisme, les lois sur les armes, le changement climatique et les augmentations d’impôts – des sujets généralement mis sous le tapis par les politiciens, plus prudents, qui veulent à tout prix être réélus.
De telles déclarations suggèrent que Joe Biden se considère comme un réformateur de gauche dans l'esprit de Franklin Roosevelt, qui a redressé le pays pendant une crise économique mondiale (celle des années 1930) et la Seconde Guerre mondiale. Cependant, Biden a clairement indiqué, au cours de ses 100 premiers jours, qu’il voulait non seulement être le père du pays, sauvant «l’âme de la nation», comme il le dit souvent, mais aussi un créateur.
Le 46e président des Etats-Unis sait que s'il veut réussir à long terme, il doit d'abord vaincre la pandémie de coronavirus, ou du moins la maîtriser. C'est pourquoi la Maison Blanche se concentre autant sur la campagne de vaccination. Jusqu'à présent, les chiffres bruts donnent raison à Joe Biden. En effet, plus de 37% de la population adulte a déjà été entièrement vaccinée et 54% des adultes ont reçu la première injection. (Dans le monde hautement industrialisé, seul Israël présente de meilleurs chiffres).
Certes, certains signes indiquent que la campagne est dans une impasse, notamment parce que le vaccin de Johnson & Johnson a dû être temporairement retiré du marché, mais la plupart des Américains semblent avoir envie de se faire vacciner le plus rapidement possible. En effet, ils rêvent de revenir à la normalité. Cela serait également particulièrement bénéfique pour l'économie, qui espère une année record.
Sans Donald Trump, Joe Biden ne serait pas devenu président. Ou autrement dit: le démocrate a bénéficié, l'an dernier, du fait que plus de la moitié des Américains voulaient se débarrasser du 45e président et ont fait abstraction des points faibles de son adversaire. En effet, Trump s’est planqué depuis la fin dramatique de sa présidence. Le républicain évincé passe son temps dans sa propriété de Palm Beach, en Floride.
Mais Biden bénéficie toujours du fait d'être le pur opposé de Trump. Par exemple, il n'envoie pas de directives via Twitter et garde un ton poli en public. Il n’y a pas non plus de signes qui indiqueraient que des conditions chaotiques, similaires à celles de Trump, règnent sur la Maison Blanche.
Selon les sondages, environ 54% de la population américaine soutient la politique du nouveau président. Ce n'est pas un chiffre incroyable, mais selon le portail de sondage FiveThirtyEight, son prédécesseur n'a jamais réussi à franchir la barre des 50 pour cent.
La politique américaine est connue pour son agitation. Les calamités vont et viennent. Mais la crise à la frontière américano-mexicaine, où plus de 170 000 personnes sans papiers valides sont détenues chaque mois, va occuper l'administration Biden pendant longtemps et alimenter la prochaine campagne électorale de son adversaire politique.
Les experts établissent déjà des comparaisons avec la crise européenne des réfugiés, dont les conséquences se font encore sentir, aujourd'hui, dans la politique intérieure allemande ou britannique.
Le problème, pour Biden en particulier, est qu'il dépend de la coopération des Républicains s'il veut réécrire la politique d'immigration et de réfugiés du pays. Mais en réalité, les parlementaires de droite n'ont aucun intérêt à faire des concessions dans les négociations avec un président démocrate. En effet, des élections parlementaires sont à nouveau prévues dès l'an prochain. Les Républicains vont tout faire pour revenir au pouvoir, au moins à la Chambre des représentants.
Article traduit de l'allemand par Anne Castella. L'original, ici.