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On se demandait la semaine dernière si le Valais avait changé. On a reçu la réponse dimanche : le Valais a changé, et le vote d'avant-hier eut sans doute fort réjoui le vieux Maurice Chappaz. Mais à quoi le Valais a-t-il dit "non " ? son vote ne fut sans doute pas un vote contre le sport, ni contre les sports d'hiver. Même pas un vote contre les Jeux Olympiques, mais certainement un vote contre le CIO, ce qu'il représente et ce qu'il couvre, et surtout contre la Nomenklatura politico-économique du canton. Les Valaisans devaient se prononcer sur un soutien financier de 100 millions de francs à l'organisation des JO d'hiver 2026. 100 million pour des JO, quand le canton coupe dans les budgets de l'éducation et les bourses d'étude, et dans la politique sociale ? De toute évidence, la population avait d'autres priorités que les notables : "nous avons tourné la page du Valais des promoteurs" se réjouit le Conseiller national PS Mathias Reynard. C'est peut être un peu vite dit, mais le vote de dimanche en est en tout cas un bon signe.
Vers des Spartakiades d'hiver en Terre Adélie ou à la Kolyma
Le vote valaisan de dimanche, contre l'accueil par le canton de l'essentiel des JO d'hiver 2026, est clair : il n'est pas traversé d'une contradiction flagrante entre un Haut Valais qui aurait voté pour les JO et un Bas Valais qui aurait voté contre, ni entre une plaine qui aurait voté contre et une montagne qui aurait voté pour : certes, Sion, Martigny, Monthey ont voté contre, mais Brigue aussi. Certes, Crans-Montana a voté pour, mais Zermatt a voté contre. Et puis, ce vote succède à un autre, qui lui aussi fut un vote de défiance à l'égard du Valais des notables : le soutien populaire à l'institution d'une Constituante dont la Nomenklatura ne voulait pas.
Le refus valaisan de soutenir la candidature du canton (et de quelques autres) aux JO d'hiver 2026 sonne la fin pour au moins vingt ans des tentatives de ce genre, d'autant qu'il s'ajoute aux refusgGrisons de 2013 et 2017. Et le Comité International Olympique n'en est pas le dernier responsable. Juste avant les jeux olympiques d'hiver de Sotchi, la directrice d'Amnesty International pour la Suisse, Manon Schick, écrivait dans "Le Temps", à propos de l'irrespect des libertés fondamentales en Russie, des atteintes à l'environnement provoquées par la construction des infrastructures sportives, des conditions de travail de ceux qui les construisent (à Sotchi, mais aussi au Qatar, pour les JO estivaux suivants) : "Il est aujourd'hui essentiel que les organisations sportives prouvent qu'elles ont un intérêt réel -et ps seulement affiché- à ce que le sport contribue à véhiculer des valeurs d'harmonie entre les nations et de solidarité"... mais elles n'y portent aucun intérêt, à ces valeurs, les organisations sportives internationales. Le mot "valeur", pour elles, renvoie bien plus trivialement au profit que l'on peut tirer de l'exploitation marchande de l'engouement pour le sport... même si le Comité international olympique tente de faire bonne figure en affichant une modestie contrastant fortement avec ses pratiques et ses conceptions jusqu'à présent : "nous n'avons plus un modèle unique de Jeux", explique-t-il, en assurant que dès ceux de 2026, le "produit JO" (on notera qu'on parle toujours de "produit"...) sera "flexibilisé" et son accueil "simplifié" pour être "possible partout"... sans laisser derrière lui des infrastructures pharaoniques sous-utilisées. A l'évidence, les Valaisans ont pris ce discours pour ce qu'uil est : un discours, précisément. Rien qu'un discours. D'autant que le CIO n'a pas manifesté l'intention de payer lui-même pour les Jeux. La Confédération promettait un milliard pour les Jeux si les Valaisans acceptaient de payer 100 millions ? "Les coûts aux collectivités publiques et les bénéfices au CIO, c'est du vol", répond Christian Levrat. A cela aussi, les Valaisans, et avant eux les Grisons, ont dit "non".
Cela posé, il va bien falloir que les Valaisans (mais pas eux seuls) s'interrogent sur l'avenir du tourisme d'hiver : les températures de la dernière décennie du XXe siècle étaient déjà dans les Alpes les plus élevées depuis le début du XVIe siècle. On prévoit qu'il n'y aura plus en 2050 de garantie d'enneigement naturel en dessous de 1600 mètres d'altitude : cela déneigera naturellement une station de sports d'hiver sur trois -et encore : ces prévisions se basent sur l'hypothèse d'un réchauffement de 2°, ce qui est le scénario le plus optimiste (avec un réchauffement de 4°, ce sont deux stations sur trois qui seront déneigées...)...
"Partout où la population à l'occasion de se prononcer (sur l'organisation de JO chez elle), elle dit "non", résume la socialiste grisonne Silva Semadeni. Qui ajoute, consolante, que le CIO pourra toujours organiser des Jeux là "où il peut imposer ses règles sans débat démocratique" en négociant directement avec les potentats du coin. Et on pourra appeler ça des Spartakiades d'Hiver... Et, réchauffement climatique oblige dans les Alpes, les organiser en Terre Adélie. Ou à la Kolyma ?