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Critique
"Monotone redite de films d'action tant de fois recopiés, la production de Sam Raimi est devenue, malgré elle, une caricature du 11 septembre.
Peter Parker (Tobey Maguire) est un orphelin candide. Il a beau présenter une générosité sans faille et un remarquable esprit scientifique, il est la tête de turc de sa classe et Mary Jane (Kirsten Dunst), la jeune fille qu'il aime secrètement, ne le remarque même pas. Pourtant l'univers des insectes va le venger en lui donnant le pouvoir de l'araignée. Peter peut bondir dans le ciel new-yorkais grâce aux toiles qu'il tend d'un immeuble à l'autre. Il devient l'ange gardien des faibles et le pourfendeur du crime. Mais il ne tarde pas à se découvrir un rival. Green Goblin (Willem Dafoe) est un horrible et ricanant personnage, à l'origine pour le moins mystérieuse, qui amène le mal là où Peter apporte le bien.
On se croirait revenu au début de l'année, en plein ""discours sur l'état de l'Union"", lorsque le président Bush déclarait partir en guerre contre ""l'axe du mal"". Il y a plus, le scénario jette le méchant Goblin contre des façades d'immeubles qui explosent, faisant de nombreuses victimes. Le long métrage de Sam Raimi, conçu avant les attentats du 11 septembre, comprenait paraît-il une scène où notre Green Goblin se précipitait contre l'une des deux tours jumelles. Depuis, le passage a bien sûr été coupé. Mais quand on se rappelle les commentaires au lendemain de la journée tragique, commentaires qui évoquaient la confusion entre cinéma et réalité, on ne peut que mesurer, une fois de plus, l'opportunité de la question.
Le deuxième épisode de SPIDER-MAN est déjà en tournage alors que le troisième opus devrait commencer l'an prochain. Or, il n'y a déjà rien à prendre dans ce premier film, destiné, on l'aura compris, à alourdir des comptes bancaires. C'est une réalisation fleur bleue et manichéenne, dépourvue d'invention, à laquelle on ne peut accorder d'autre mérite que celui des effets spéciaux. Mais les effets spéciaux ont-ils un rapport avec l'art et peut-on parler de mérite quand on connaît les moyens dont dispose Hollywood? Rien à prendre donc. Pourtant, le film a totalisé 114 millions de dollars de recettes dès le premier week-end d'exploitation aux Etats-Unis. Il y a là comme un goût d'injustice que le public devrait renverser en s'inspirant du film lui-même. La morale de ce dernier ne dit-elle pas que celui qui a des pouvoirs a des responsabilités? Les spectateurs-consommateurs ont le pouvoir d'enrichir Hollywood en se jetant sans discernement sur les productions à grand tapage publicitaire. Ils ont donc aussi la responsabilité d'orienter les choix des studios californiens en devenant plus exigeants."
Geneviève Praplan