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Résumé
R.O. Šor, première femme russe professeure de linguistique générale, était dans les années 1920-1930 en URSS la plus grande spécialiste dans le domaine de l’histoire de la linguistique. Elle connaissait parfaitement l’objet de ses recherches et avait une vaste érudition. Toutefois, dès la fin des années 1920, elle fut adepte d’une conception rigide de l’histoire de la linguistique, qui copiait les conceptions de l’histoire de la philosophie, de l’économie politique et des autres sciences qui pré- dominaient en URSS à cette époque. Selon ces conceptions, les sciences humaines des siècles précédents étaient «bourgeoises», sauf le marxisme «prolétarien»; le développement de la linguistique ainsi que des autres sciences reflétait l’évolution de la classe bourgeoise. Par conséquent, la science des XVIIème-XVIIIème siècles était progressiste parce que, par rapport à la noblesse, la bourgeoisie était une classe progressiste. Mais aux XIXème-XXème siècles, la science «bourgeoise» devint réac- tionnaire et idéaliste, tout comme la classe correspondante. Cette conception fut adaptée par Šor à la linguistique, ce qui eut l’effet positif de provoquer de l’intérêt pour la linguistique des XVIIème-XVIIIème siècles, ignorée par la majorité des sa- vants car «préscientifique». Cette conception déforma toutefois l’histoire de la linguistique des XIXème-XXème siècles. Cependant, en dépit de la rigidité générale de la conception, un grand nombre d’appréciations faites par Šor (l’appréciation de la méthode comparative, de F. de Saussure, d’A. Meillet, etc.) sont intéressantes et méritent attention. De plus, Šor étudia les tentatives de linguistique «marxiste» et considéra ce problème comme non résolu.
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