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Culture
A voir
The Favorite
Film de genre
Le dernier film de Yórgos Lánthimos joue du répertoire du film de noblesse pour dépeindre les luttes de pouvoir. [Alerte spoiler] les femmes prennent des coups et la classe compte à la fin.
Le décor: 18e siècle, la fin du règne des Stuart dans une Grande-Bretagne en guerre contre la France. Sur le trône, la reine Anne, influençable et en proie à des crises de goutte. À ma gauche, la duchesse Sarah Churchill ; à ma droite, sa cousine Abigail déchue de son rang à cause des dettes contractées par son père. Toutes deux tentent de devenir ou de rester la favorite de la reine. The Favorite part de cette intrigue de film de noblesse pour donner à voir différentes relations de pouvoir.
Il est question d'espace. Les salles sublimes des banquets et des assemblées des nanti·e·s côtoient les pièces exiguës où s'entassent le corps de ceux et celles qui travaillent. Le réalisateur respecte les codes du genre pour mieux en faire ressortir les travers. Quand Marie Antoinette de Sofia Coppola montre les richesses royales sous l'angle de l'exubérance colorée, The Favorite les peint sous l'angle d'un sublime qui a des relents de démesure, de ridicule et de gâchis. La gastronomie finit toujours jetée contre les murs ou vomie dans des sceaux.
À côté d'hommes ridicules et sournois, ce sont les femmes qui tiennent les premiers rôles. The Favorite décrit avec acidité la lutte permanente des femmes pour survivre dans une société où leur corps est constamment à la merci des hommes, où les souffrances constituent le prix à payer pour maîtriser son destin, où leur légitimité est toujours remise en cause.
Dans ces luttes, la question de la classe n'est pas oubliée. Dans l'aristocratie, on ne se relève de la chute de son rang que difficilement et au prix de stratégies risquées. Et à la fin, c'est bien le rang qui l'emporte. La déclassée aura beau obtenir certaines préférences de la reine, la duchesse rappelle que leur lutte ne se situe pas au même niveau. Aux aristocrates appartient l'amour (même joué) et la politique ; pour les déclassées, même le prestige finit par prendre le goût de l'esclavage et de la déshumanisation.
Pierre Raboud
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