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Les différentes études menées jusqu’à présent s’étaient essentiellement penchées sur l’impact du réchauffement sur le nombre des ouragans, leur intensité ou les risques encourus à proximité des côtes. Elles ne s’étaient pas intéressées à leurs conséquences sur les zones situées à l’intérieur des terres, généralement épargnées.
Pour répondre à cette question, l’équipe de recherche dirigée par Pinaki Chakraborty et Lin Li a tout d’abord étudié les trajectoires et les dégâts provoqués par les ouragans ayant touché les terres entre 1967 et 2018. Elle s’est ensuite intéressée à la portée du phénomène sous l’angle de modélisation. Ses conclusions ont été publiées le 11 novembre dernier dans la revue
Trajectoire des ouragans et des tempêtes tropicales sur l'Atlantique équatorial pendant la saison 2020 [NOAA]
L'étude montre que durant la deuxième moitié de la période étudiée, soit de 1995 à 2018, les ouragans se sont affaiblis presque deux fois plus lentement après avoir touché les zones de terre. Avec un impact non-négligeable pour les populations.
Le travail de modélisation, consistant à simuler la formation d’ouragans à différentes températures de surface de la mer, puis à analyser leur comportement sur les zones de terre, montre également que tempêtes ou les ouragans qui se forment au-dessus d'eaux plus chaudes s’affaiblissent plus lentement.
Structure d'un ouragan [RTS]
" L'humidité joue le même rôle pour les ouragans que le carburant pour le moteur d'une voiture » explique Lin Li, co-auteur de l’étude. « Le fait de toucher terre équivaut à couper l'alimentation en carburant d’un moteur de voiture mais les tempêtes qui se forment sur des océans plus chauds disposent d’un stock de carburant plus important, elles peuvent donc tourner plus longtemps ».
Selon les auteurs, la puissance destructrice des ouragans devrait s’étendre plus à l’intérieur des terres au fur et à mesure que le climat se réchauffera. De nombreuses populations, jusque-là épargnées, devraient à leur tour être affectées par le phénomène.
Des interrogations malgré tout
« L’étude s'étend sur une période où les cycles climatiques naturels, qui affectent les ouragans, sont susceptibles de fausser les résultats » explique Lisa Baldini, chercheuse en paléoclimat à l'université de Teesside au Royaume-Uni. « Il faudrait remonter plus loin dans le temps avec des indices chimiques provenant de la formation de grottes et de dépôts de sédiments sur le fond des océans, pour évaluer la précision des résultats. Nous devons également examiner les impacts régionaux plutôt que les tendances à l'échelle des bassins », a-t-elle précisé.
Ouragan Laura sur le golfe du Mexique le 26 août 2020 [NASA/NOAA]
Kerry Emanuel, spécialiste des ouragans au MIT, estime pour la part que l’impact des ouragans sur les côtes et à l’intérieur des terres est une question importante car elle peut influencer les décisions d'évacuation des personnes, mais que les résultats de la nouvelle étude ne correspondent pas à certaines théories existantes. "Je suis persuadé qu'il s'agit d'un problème important », a-t-il déclaré « mais je ne considère pas les résultats comme définitifs. D'autres recherches seront nécessaires pour confirmer ou infirmer les conclusions ».
A défaut d'amener des certitudes, l'étude a le mérite de poser les bonnes questions...
Philippe Jeanneret