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sions et des phrases, la justesse et la beauté des images, l'enchaînure délicate et ingénieuse des pensées, et tout ce que l'ensemble du discours peut offrir d'intéressant.
L'étude des diverses langues, et surtout des anciennes, la comparaison que les jeunes gens seraient en état de faire entre elles en les rapprochant pour en saisir les rapports et les différences, leur ouvriraient une source nouvelle d'instructions sur les choses mêmes et sur les divers objets des connaissances sans nombre dont l'espèce humaine est actuellement pourvue.
Ils se convaincraient alors pleinement de la correspondance intime qu'il y a toujours eu entre la série des pensées des hommes et celle des signes qu'ils ont employés pour les exprimer.
Ils trouveraient encore la confirmation authentique de tout ce qu'ils auraient auparavant appris sur l'histoire générale de Vespèce humaine et les progrès successifs des nations dans les arts et les sciences et sur tout ce qui a rapport à leur civilisation; il en serait de même de tout ce dont ils auraient déjà pu s'instruire touchant l'analyse des facultés de l'âme, l'origine et le développement de ses pensées. Tous ces objets importants reparaîtraient sensiblement sous leurs yeux dans le tableau que leur offrirait la théorie du langage considéré dans son origine et ses progrès.
De plus, chaque langue qu'ils étudieraient
leur offrirait, non comme à ceux qui ne sont pas initiés dans cette théorie, un assemblage bizarre de mots pris au hasard et arbitrairement, sans aucun rapport naturel avec les idées et les choses, mais un vrai tableau des pensées, des procédés, des arts, des sciences, des usages, des mœurs, de la législation des peuples qui ont parlé ou qui parlent cette langue.
Dès lors la comparaison des langues entre elles deviendrait à la lettre une comparaison des nations même et de tout ce qu'elles peuvent offrir d'intéressant à l'observateur curieux par rapport à ces divers objets que nous venons d'énoncer, et en rapprochant toutes les observations que ce parallèle pourrait fournir, on découvrirait d'un côté la diversité qu'il y a eu entre les nations dans leur façon de penser sur ces mêmes objets, en raison de la diversité de leur position, de leurs circonstances et de leurs progrès vers la civilisation, et de l'autre, leur uniformité à certains égards et par rapport à certains objets qui les ont tous frappés au même degré et de la même manière; ce qui donnerait les résultats les plus importants pour l'avancement des connaissances humaines.
Ainsi Xétude des mots ou des langues, placée dans l'ordre de l'institution après celle des choses, répandrait le plus grand jour sur toutes les études qui auraient précédé et fournirait les plus grands secours pour toutes celles qui viendraient encore à la suite.
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Elle cesserait alors d'être regardée et traitée comme une affaire de pure mémoire, et en quelque sorte méchanique, et on l'envisagerait, ainsi qu'elle doit l'être, comme une étude vraiment philosophique et même des plus importantes, qui mettrait le couronnement à toutes les autres, en leur donnant des vues plus étendues et en mettant à portée d'en faire continuellement l'application.
Alors la mémoire ne serait plus la seule faculté mise en œuvre pour apprendre cette masse effrayante de mots qui ne peuvent que la surcharger lorsqu'elle en porte seule le fardeau; mais toutes les facultés de l'âme seraient mises en jeu de concert; l'imagination s'exercerait à développer l'énergie des traits sous lesquels chaque mot retrace une peinture, elle lui donnerait de la vie et de la force ; le jugement s'occuperait à montrer le rapport de chaque mot avec d'autres mots déjà connus; le goût en ferait sentir la justesse et la précision.
L'étude des langues ne passerait plus pour une étude sèche, rebutante, fastidieuse, comme elle l'est effectivement selon la méthode ordinaire qui est aussi lente que pénible et embarrassée, on commencerait à y trouver de l'intérêt et de l'attrait, et la mémoire en serait infiniment moins fatiguée, parce que rien n'aide plus à cette faculté que l'exercice simultané du jugement et de la réflexion sur les objets dont on travaille à l'enrichir.
On apprendrait en très peu de temps une immensité de mots, et la connaissance qu'on en acquerrait ne s'échapperait point du souvenir comme celle que l'on acquiert en consultant un dictionnaire, qui n'est qu'une lumière instantanée, isolée, qui ne conduit à rien et ne sert ni à approfondir les langues ni à les lier entre elles.
En voilà plus qu'il n'en faut pour servir de réponse à cette objection sans cesse répétée, une étude aussi désagréable que celle des langues n'est-elle pas ce qui convient le mieux dans un âge où les mots se gravent mieux que les choses et où le dégoût des règles minutieuses se surmonte plus aisément, parce que la mémoire est dans toute sa force et que le cerveau possède toute la flexibilité dont il est susceptible?
Tout se réduit ici à savoir s'il ne vaudrait pas mieux exercer le cerveau et la mémoire des enfants à retenir des choses intelligibles pour eux, faciles à saisir, agréables, d'une utilité générale et qui dure autant que la vie, que de l'occuper, comme l'on fait, à des choses audessus de leur portée, rebutantes par leurs difficultés, qu'ils ne peuvent apprendre que mal et sans utilité réelle, pendant que ces mêmes choses étudiées dans un âge plus avancé pourraient être apprises avec facilité, avec intérêt et avec le plus grand fruit.
Les jeunes gens qui seraient invités par goût ou appelés par état à étudier les langues mortes et qui voudraient en tirer parti pour étendre leurs lumières, devraient commencer toujours par l'étude de la langue grecque, de toutes la plus propre à servir de point de ralliement pour toutes les langues anciennes et modernes, ainsi qu'il a été dit.
A l'aide de cette langue et de l'habitude d'analyse contractée en l'étudiant, les jeunes gens remonteraient beaucoup plus aisément aux mots radicaux des langues d'orient et en saisiraient même plus promptement et plus exactement le génie. Celles-ci cesseraient d'être la croix de ceux qui sont forcés de s'en occuper et qui ne les trouvent difficiles et rebutantes que parce qu'ils manquent des connaissances qui devraient en précéder l'étude. Ces langues deviendraient même attrayantes pour tous ceux qui aimeraient à approfondir les origines primitives des choses et des mots, des idées, des opinions, des usages, des mœurs, des arts et des sciences chez les anciens peuples policés.
L'étude de la langue grecque serait aussi sans contredit le meilleur de tous les préparatifs pour celle de la langue latine, qui en a tiré la plus grande partie de ses mots et qui a même avec celle-là un grand nombre de rapports grammaticaux par ses particules, ses formes et ses terminaisons.
Quelque difficile que soit l'étude de cette langue si riche en expressions et si variée dans ses tours, on ne laisserait pas de la faire avec