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20/04/2009
Professeur David Skuse
Skuse D.H. et al. , Social communication competence and functional adaptation in a general population of children: preliminary evidence for sex-by-verbal IQ differential risk, in: J.Am.Acad. Child Adolesc. Psychiatry 2009 Feb;48:2 .
Pour lire l'article (en anglais)
Résumé:
Dans cet article, David Skuse et ses collaborateurs évaluent un questionnaire appelé « SCDC » (Social Communication Disorders Checklist) mis au point par cette même équipe quelques années auparavant. Ce questionnaire permet de déceler, au sein d’une population générale, les individus qui présentent des troubles de communication et socialisation (mais pas de langage). Les individus présentant un score très élevé (plus les troubles sont importants et plus le score est élevé) correspondent en général à des cas diagnostiqués (parfois a posteriori) de TED (troubles envahissants du développement). Les TED détectés par le questionnaire SCDC représentent cependant une minorité des individus totaux et les résultats de l’étude donnent une proportion de TED (score SCDC très supérieur à la moyenne) comparable à la proportion couramment mentionnée de 1 sur 166. D’autres séries de tests ont été effectués, dont l’évaluation du quotient intellectuel (QI) et en particulier un « sous-ensemble » du QI, le quotient intellectuel verbal (VIQ), qui donne une indication sur les habilités cognitives verbales de chacun (voir résultats plus loin).
Le groupe d’individus évalués lors de cette étude est déjà très intéressant, car il réunit un nombre de sujets très important. Il s’agit d’enfants appartenant au groupe « ALSPAC », un projet visant à étudier tous les enfants nés entre le 1er avril 1991 et le 31 décembre 1992 en Avon, une région de l’Angleterre englobant grossièrement les villes de Bath et Bristol et leurs alentours. Le groupe « ALSPAC » était composé, à ses débuts, de presque 14′000 enfants, ce qui permet de valider de façon très solide toute étude statistique. Plus de 8′000 enfants ont suivi cette étude de manière complète.
Résumé des résultats obtenus :
- 1. Corrélation entre troubles «SCDC» et VIQ. Plus un enfant a un VIQ faible, plus les chances sont grandes qu’il ait aussi un problème de communication SCDC (ce qui est assez logique). Pour les VIQ élevés en revanche, les garçons ont plus de probabilités d’avoir un problème de communication, alors que les filles n’ont pas plus de chances que la moyenne d’avoir ce même problème. Ce point est particulièrement intéressant car on sait que parmi les gens atteints du syndrome d’Asperger, la proportion garçon:fille est de 10:1, alors que pour les TED en général elle n’est que de 4:1. Ce résultat nous donne ainsi quelques pistes supplémentaires pour mieux comprendre les raisons de l’apparition du syndrome d’Asperger (pourquoi les filles à haut VIQ sont-elles protégées des troubles de la communication en général, et non seulement des TED?). Les tests ont ensuite montré qu’il n’y a pas corrélation entre un QI global (= QI verbal + QI «de performance») élevé et l’apparition de troubles de communication, indépendamment du sexe. Ceci était prévisible si l’on considère que le VIQ est plus sensible aux compétences communicatives.
- 2. Il n’y a pas de «palier» au-dessus duquel un enfant peut être «catégorisé» comme ayant des troubles de la communication. Les auteurs parlent de «continuum», rien n’est «blanc ou noir» : les troubles de la communication suivent une sorte de ligne progressive (ceci est d’ailleurs confirmé par plusieurs études antérieures d’autres chercheurs). De même, il n’y a pas de palier de score SCDC au-delà duquel un individu aurait une brusque augmentation des troubles émotionnels et comportementaux (déterminés par un autre test: le test «SDQ»). Une question se pose alors: qu’en est-il de l’origine génétique des TED? S’agit-il d’une seule mutation ou réarrangement génétique? Si la «ligne» des troubles est continue et progressive, dans ce cas de nombreux «petits» facteurs et génétiques et environnementaux pourraient s’additionner pour créer des troubles de plus en plus conséquents, et expliqueraient en particulier l’«échec» important d’une détection génétique de chaque cas (cf. article de Lintas et Persico).
Un dernier point à ne pas oublier : le SCDC ne prétend en aucun cas remplacer les tests actuels de diagnostic, mais sa validation nécessitait l’étude d’un trouble de communication bien établi et couramment diagnostiqué comme les TED. Il est toutefois un outil très intéressant pour l’évaluation des besoins de prise en charge « spéciale » et de soutien scolaire des enfants : sans évaluation précise en effet, certains enfants (même sans TED) risquent d’être marginalisés socialement à cause de problèmes légers de communication qui n’avaient pas pu être détectés de façon fiable auparavant. Le SCDC a aussi permis dans cet article de faire avancer les connaissances sur la compréhension des TED, avec en particulier ce résultat de « protection » des filles à haut VIQ par rapport à un TED.
Merci à Filippo, webmaster (mais aussi scientifique averti) de notre association pour avoir résumé en français cet article qui ne se trouve qu'en anglais !