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La question de l'efficacité du thé vert comme agent préventif de certains cancers a fait l'objet de travaux épidémiologiques ou d'essais chez l'animal. Elle pourra désormais être étudiée au niveau moléculaire. Des chercheurs japonais viennent en effet d'identifier un récepteur cellulaire probablement responsable de l'activité inhibitrice de la boisson (Nature structural & molecular biology, publication en ligne le 14 mars, à paraître en avril).Hirofumi Tachibana et ses collègues de l'Université de Kyushu sont partis du principe que la substance active est l'épigallocatéchine-3-gallate (EGCG), le principal polyphénol du thé vert, comme le laissent penser de nombreux travaux. A des concentrations telles qu'on les mesure chez les buveurs de thé, cette substance a montré sa capacité à réduire l'angiogenèse. A doses très supérieures, elle inhibe la prolifération des cellules tumorales.Les auteurs de l'article sont parvenus à identifier la protéine de surface qui lie l'EGCG. Il s'agit du récepteur à la laminine de 67 kDa (67 LR), une protéine qui se trouve à la surface de nombreuses cellules tumorales, et dont le taux d'expression est fortement corrélé au risque de propagation de la tumeur et de formation de métastases.Les auteurs montrent que l'EGCG ralentit de façon significative la croissance de cellules humaines cancéreuses du poumon transfectées avec le gène du 67 LR, alors qu'il n'a aucun effet sur des cellules semblables mais n'exprimant pas le récepteur. L'inhibition est observable à des doses d'EGCG minimes, correspondant aux concentrations physiologiques après avoir bu quelques tasses de thé vert.D'autres indices confirment que le récepteur à la laminine est le médiateur des effets cellulaires du gallate d'épigallocatéchine. Les anticorps au 67 LR, par exemple, empêchent l'adhésion des molécules d'EGCG à la surface des cellules, et suppriment totalement tout effet d'inhibition de la croissance. La laminine, ligand naturel du 67 LR, réduit également l'activité d'EGCG, ce qui confirme une compétition pour le même récepteur.La découverte réjouira les buveurs de thé vert. Elle ouvre surtout des pistes de recherche dans le domaine de la prévention du cancer, voire dans la lutte contre les maladies à prions, protéines qui se lient également au 67 LR.