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Les nouvelles technologies de séquençage permettent d’obtenir rapidement pour un coût abordable des séquences génomiques pour des applications telles que a) le développement de PCR diagnostiques ou de tests sérologiques ; b) la détection de facteurs de virulence et de gènes de résistance aux antibiotiques et c) l’épidémiologie de bactéries pathogènes. Ainsi, la génomique bactérienne est utile aux microbiologistes, aux infectiologues et aux spécialistes en hygiène hospitalière. La détermination de la composition microbienne d’un prélèvement, appelée métagénomique, est une autre application des nouvelles technologies de séquençage. L’étude des microbiotes humains est utile pour comprendre l’impact des bactéries sur l’obésité, l’asthme, ou le diabète. La métagénomique deviendra probablement une analyse diagnostique spécialisée.
Le séquençage, permettant de déterminer la succession des bases nucléotidiques de l’ADN, a révolutionné la recherche scientifique. En 1977, Sanger et coll. séquençaient le premier génome d’un virus bactérien (ΦX174) par synthèse enzymatique.1 Depuis lors, des améliorations techniques considérables ont permis l’émergence de nouvelles technologies de séquençage (NTS) dites «à haut débit» (tableau 1). Ces NTS ont massivement accéléré la vitesse de séquençage et ont simultanément réduit son coût. Plus récemment, des modèles de séquenceurs plus compacts tels que Roche/454 GS Junior, Illumina MiSeq ou Ion torrent PGM ont été mis sur le marché.2 Moins chers mais moins productifs, ils ont toutefois une capacité suffisante pour des laboratoires de bactériologie diagnostique étant donné la taille des génomes bactériens (environ 1000 fois plus petits que le génome humain). L’utilisation des séquenceurs à haut débit a conduit à une augmentation exponentielle du nombre de génomes bactériens séquencés (figure 1). Ainsi, 98% des 26 000 génomes actuellement disponibles ont été séquencés durant ces sept dernières années. Les données disponibles sur les communautés microbiennes sont également en forte croissance, grâce aux approches métagénomiques.
La génomique bactérienne, permettant l’étude des génomes bactériens (leur structure, leur évolution, la fonction des gènes codés et leur régulation), est principalement basée sur l’isolement et la culture d’une bactérie donnée. L’obtention d’une culture pure est une étape essentielle pour relier le phénotype particulier d’une souche bactérienne à son contenu en gènes, notamment pour étudier spécifiquement sa virulence, sa pathogénicité ou sa résistance.
Néanmoins, la très grande majorité des bactéries (plus de 99%) sont non cultivables.3 Ainsi, afin d’étudier une communauté bactérienne dans son ensemble, il est aujourd’hui possible de séquencer l’ADN de toutes les bactéries présentes dans un milieu donné (sol, eau, tube digestif de l’homme et des animaux, échantillons cliniques…). Cette approche, nommée «métagénomique», nous renseigne sur la diversité et l’abondance relative des micro-organismes présents.
Comme illustré dans la figure 2, le séquençage du génome complet d’une bactérie ou le séquençage métagénomique s’effectue en quatre étapes principales : a) extraction de l’ADN génomique, soit à partir d’une culture bactérienne pure, soit directement à partir d’un échantillon ; b) séquençage de l’ADN avec ou sans amplification préalable ; c) assemblage bio-informatique du ou des génomes séquencés et d) analyse des séquences obtenues.
De nouvelles applications des NTS émergent dans le domaine médical (tableau 2), telles que : le développement d’outils moléculaires de diagnostic plus performants, l’investigation approfondie d’épidémies, l’étude de la pathogénicité d’une souche bactérienne, ainsi que la détection des facteurs de virulence (virulome) ou des gènes codant pour la résistance aux antibiotiques (résistome).4,5 Les approches NTS permettent d’analyser de manière exhaustive le micro-organisme en question et permettra, dans le futur, de fournir ces résultats aussi rapidement que les méthodes conventionnelles.
L’expansion des NTS a permis le développement d’outils de prévention et de diagnostic des infections bactériennes, dont des PCR sensibles et spécifiques.6–8 Ainsi, Yang et coll. ont développé une PCR large spectre basée sur la comparaison génomique de 27 souches d’Acinetobacter baumannii afin d’améliorer la surveillance de souches pathogènes clonales et émergentes de cette espèce bactérienne.6 Récemment, nous avons identifié une souche de méningocoque (Neisseria meningitidis) polymorphique non détectable par la PCR diagnostique utilisée au CHUV.9 La comparaison des gènes de cette souche avec ceux de 183 autres souches de N. meningitidis disponibles a permis d’identifier onze gènes cibles et de développer des PCR diagnostiques spécifiques de l’espèce N. meningitidis.10
L’utilité d’une analyse génomique rapide a également été démontrée lors de récentes épidémies.8,11,12 Ainsi, lors de l’épidémie d’E. coli entérohémorragique O104 : H4, la génomique a permis d’identifier en quelques jours des régions du génome uniques à cette souche qui ont pu être ciblées par une PCR diagnostique spécifique.11 Un autre exemple est la souche suédoise de Chlamydia trachomatis qui échappait à la plupart des PCR commerciales. Le séquençage de son génome a mis en évidence une délétion de 377-bp au niveau du plasmide cryptique, une région précisément ciblée par les PCR utilisées jusqu’alors.12
La séquence génomique permet également de dériver un catalogue de protéines codées par la bactérie (protéome). Ce catalogue théorique, couplé à une analyse des protéines immunogéniques par spectrométrie de masse, permet le développement d’outils sérologiques.13,14 Récemment, Kebbi et coll. ont appliqué une approche combinée de génomique et de protéomique sur Waddlia chondrophila, une bactérie intracellulaire apparentée aux Chlamydia, qui est associée à la fausse couche chez les humains et à l’avortement chez les ruminants.13,15 Cette étude a permis d’identifier des protéines immunogéniques et de proposer un nouveau test sérologique pour diagnostiquer ce pathogène émergent.13
La résistance aux antibiotiques représente aujourd’hui un problème mondial de santé publique. En effet, les bactéries multirésistant aux antibiotiques (BMR) sont de plus en plus répandues.16,17 En 2007, 400 000 infections ont été causées par des BMR en Europe avec pour conséquence 25 000 décès dus au manque d’antibiotiques efficaces.17
Dans ce contexte, les NTS représentent un moyen indispensable pour comprendre les différents mécanismes de résistance, leur base génétique et leur dissémination intercontinentale. L’étude des génomes de pathogènes multirésistants a ainsi permis de mieux décrire les principaux modes de transmission des déterminants de la résistance par l’échange d’éléments génétiques mobiles, notamment chez des isolats cliniques d’Enterobacteriaceae, d’A. baumannii et de Pseudomonas aeruginosa.16,18 Ces éléments génétiques mobiles, codant parfois pour de multiples gènes de résistance aux antibiotiques et aux métaux lourds, permettent à ces BMR de persister dans les milieux hospitaliers et de résister à presque tous les antibiotiques communément prescrits.17
Le séquençage et l’analyse des génomes de ces bactéries ont permis d’identifier et de développer les outils moléculaires de surveillance pour les principaux gènes de résistance préoccupants tels que ceux codant pour des bêtalactamases à spectre élargi (BLSE, comme par exemple TEM-24), des carbapénémases (comme KPC, VIM, NDM, OXA-23, OXA-24), présents chez les bacilles Gram négatif, ainsi que le gène mecA codant pour la résistance à la méticilline chez les staphylocoques.19–21 De plus, l’augmentation des séquences génomiques disponibles a favorisé la création de bases de données librement accessibles sur internet, permettant ainsi une identification rapide des gènes de résistance répertoriés lors du séquençage d’un pathogène.22–25 L’identification rapide de ces facteurs de résistance permet la prévention d’épidémie par la limitation d’une propagation massive de ces gènes, la prescription d’un traitement plus approprié, et la limitation des coûts de traitement et d’hospitalisation.
Les structures hospitalières sont souvent confrontées à des épidémies bactériennes causées par des pathogènes nosocomiaux tels que les Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), les BMR composées principalement des entérobactéries (Klebsiella pneumoniae, E. coli, Enterobacter cloacae, etc.), et des bacilles non fermentatifs tels qu’A. baumannii et P. aeruginosa.26–30 Plusieurs études rapportent l’utilisation des NTS comme outils d’investigation pour comprendre la dissémination de souches à l’échelle d’un hôpital, d’une région, ou même d’un continent.31–34
En 2012, Vogel et coll. ont rapporté l’usage des NTS pour étudier et comprendre la persistance et la diffusion d’une souche clonale de S. aureus ST228 au CHUV sur une période de dix ans.35 Le séquençage et la comparaison génomique de huit souches de S. aureus isolées entre 2001 et 2008 ont mis en évidence des changements génétiques tels que l’acquisition d’un plasmide, la perte d’un large fragment génomique et des insertions de transposases. En 2013, Lavezzo et coll. ont étudié une épidémie de N. meningitidis caractérisée par un taux de mortalité élevé dans le nord-est de l’Italie. Alors que l’investigation de cette épidémie avec les méthodes conventionnelles telles que le typage moléculaire (MLST), l’électrophorèse en champ pulsé (PFGE) et les tests sérologiques concluaient à la diffusion d’un même clone de N. meningitidis ST-11, le séquençage et la comparaison génomique de certaines souches ont mis en évidence des différences génomiques et des acquisitions de gènes ayant significativement contribué à la pathogénicité de ces souches.31
Le terme «métagénomique» a été utilisé pour la première fois par Handelsman et coll. en 1998.36 Toutefois, ce n’est que grâce aux progrès amenés par les NTS qu’il est à présent possible d’étudier la diversité microbienne de n’importe quel échantillon. Cette approche permet aussi de quantifier la proportion relative de chaque microbe à un temps et dans une condition donnés.36,37
Deux approches sont principalement utilisées (figure 3). La première approche, plus ciblée et plus utilisée, est basée sur l’amplification par PCR de la séquence complète ou partielle de l’ARN ribosomique 16S (16S rRNA) d’un échantillon (figure 3A).37–39 La deuxième approche est basée sur l’extraction de l’ADN total d’un échantillon directement suivi de son séquençage (figure 3B). Cette approche directe permet de mettre en évidence le contenu en gènes d’une population microbienne et de déterminer ainsi leurs capacités. Cette approche demande plus de ressources de séquençage et est donc moins sensible que la précédente pour étudier la biodiversité.37,38 Il est toutefois probable que cette approche devienne la méthode de choix, en raison des multiples informations de fonctions géniques qu’elle seule peut apporter.
Les NTS ont permis d’explorer la diversité des micro-organismes du sol,39,40 de l’eau41,42 et de l’air.43 De la même manière, les microbiotes de la salive, des expectorations, des selles et des prélèvements vaginaux ont fait l’objet de nombreuses études44–46 qui ont permis de documenter l’impact du microbiome sur la santé des patients.47–49 Les approches métagénomiques ont mis en évidence notre manque de connaissance de la diversité microbienne colonisant l’homme et le potentiel d’étude – et d’intervention – sur ce microbiote.
Lazarevic et coll. ont notamment décrit le microbiote oral de personnes saines et malades, un milieu pouvant renfermer jusqu’à 700 espèces bactériennes différentes dont la moitié sont non cultivables.50–52 Dans ces études, comme dans d’autres, la diversité microbienne se composait principalement de bactéries appartenant aux phyla suivants, par ordre d’importance : Firmicutes, Proteobacteria, Actinobacteria, Fusobacteria, Bacteriodetes, et «TM7».
L’une de ces études a investigué l’impact du traitement antibiotique sur le microbiote salivaire dans des cas d’otite moyenne aiguë chez l’enfant.52 L’utilisation d’antibiotiques tels que l’amoxicilline comme traitement conduit à une réduction de la flore salivaire bénéfique pour l’enfant et, à l’inverse, favorise l’émergence d’agents pathogènes colonisant le nasopharynx tels que le S. aureus.53
Hauser et coll. se sont penchés sur la biodiversité microbienne des expectorations pulmonaires de patients atteints de mucoviscidose.54 Les principaux micro-organismes colonisateurs des poumons dans ce contexte sont les S. aureus, Haemophilus influenzae, P. aeruginosa, Burkholderia cepacia et Aspergillus fumigatus. D’autres bactéries appartenant aux genres Streptococcus, Veillonella, Prevotella, Fusobacterium, Gemella, Moraxella et Granulicatella ont également été identifiées.54
Cette approche a également été utilisée pour étudier le microbiote de coprolithes (crottes fossiles) datant du Moyen Age (plus de 600 ans). Cette étude a apporté des connaissances du microbiote intestinal d’un habitant de l’époque médiévale, comportant des parasites intestinaux typiques tels que les Trichuris et les Ascaris, mais également des bactéries pathogènes telles que Bartonella et Bordetella.55
Les NTS ont de nombreuses applications et la génomique remplace progressivement d’autres techniques de typages tels que le typage moléculaire (MLST) ou l’électrophorèse à champ pulsé (PFGE). Il est probable que, dans un futur proche, le génome de toute bactérie causant une infection sévère sera séquencé, permettant une prise en charge individualisée.65 De plus, la métagénomique va à terme permettre d’améliorer le traitement de maladies associées à une perturbation de certains microbiotes comme l’obésité ou l’asthme.
> L’expansion des nouvelles technologies de séquençage (NTS) permet d’améliorer les outils de diagnostic disponibles (PCR et sérologie), un point essentiel et crucial dans la prise en charge des patients
> Aujourd’hui, seule la génomique permet l’identification exhaustive et rapide des facteurs de virulence et/ou des déterminants de la résistance aux antibiotiques d’une souche pathogène. Une telle connaissance permet aux médecins de prescrire aux patients des traitements plus adéquats et plus personnalisés afin de réduire au maximum les coûts et les durées d’hospitalisation
> La métagénomique apporte une meilleure compréhension de la biodiversité bactérienne des microbiotes humains, du rôle de ces microbes et de leur impact sur l’état de santé des patients (obésité par exemple)