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Voir est une des choses les plus
difficiles au monde : voir ou entendre, ces deux perceptions sont semblables.
Si vos yeux
sont aveuglés
par vos soucis, vous ne pouvez pas voir la beauté d'un coucher
de soleil. Nous avons, pour la plupart, perdu le contact avec la nature.
La civilisation nous concentre de plus en plus autour de grandes villes
: nous devenons de plus en plus des citadins, vivant dans des appartements
encombrés, disposant de moins en moins de place, ne serait-ce
que pour voir le ciel un matin ou un soir. Nous perdons ainsi beaucoup
de beauté. Je ne sais pas si vous avez remarqué combien
peu nombreuses sont les person-nes qui regardent le soleil se lever
ou se coucher, ou des clairs de lune, ou des reflets dans l'eau.
L'Amour
Avoir de la sensibilité c'est aimer. Le mot aimer
n'est pas l'amour. L'amour ne peut pas être divisé en amour
de Dieu et amour pour l'homme, ni peut-il être mesuré en
tant qu'amour pour une personne ou pour l'humanité. L'amour se
donne lui-même
en abondance, comme une fleur donne son parfum. Mais on le mesure tout
le temps dans les relations humaines et, de ce fait, on le détruit.
La Connaissance est limitée
Notre soif de savoir, notre désir d’acquérir
sans cesse quelque chose, nous font perdre l'amour. Nous émoussons
notre perception du beau, notre sensibilité à la cruauté.
Nous nous spécialisons de plus en plus et sommes de moins en moins
intégrés.
La sagesse ne peut pas être remplacée par des connaissances
et aucune somme d'explications ni aucune accumulation de faits, ne libéreront
l’homme de la souffrance. Le savoir est nécessaire, la science
a son utilité ; mais si l'esprit et le coeur sont étouffés
par les connaissances et si la cause de la souffrance est obnubilée
par des explications, la vie devient vaine et n'a plus de sens. Et n’est-ce
point cela qui se produit pour la plupart d’entre nous ? Notre éducation
nous rend de plus en plus creux; elle ne nous aide pas à déterrer
les couches profondes de nos êtres; et nos vies deviennent de plus
en plus inharmonieuses et vides.
Rapports humains
Extrait de la causerie de J Krishnamurti à New
York City le 24 avril 1971 (source : «L’éveil
de l’intelligence» aux éditions Stock. deuxième
trimestre 1975 Chapitre 1, pages 77 à 95)
Il me semble que nous devons comprendre, non pas en tant que théorie, ni en tant que concept hypothétique et divertissant, mais plutôt comme un fait réel, que nous sommes le monde et que le monde est nous-mêmes. Ce monde est chacun de nous ; le sentir, être véritablement imprégné de cette compréhension, à l’exclusion de toute autre, entraîne un sentiment de grande responsabilité et une action qui doit être non pas fragmentaire mais globale.
Je crois que nous sommes portés à oublier que notre société, que la culture dans laquelle nous vivons nous a conditionnés, qu’elle est le résultat des efforts du conflit des humains, de la souffrance, de la misère humaine. Chacun de nous est cette culture, la communauté est chacun de nous. Nous ne sommes pas séparés. Sentir ceci non pas comme une notion intellectuelle, comme un concept, mais en vivre véritablement la réalité, nous entraîne à examiner la question de ce que sont les relations humaines ; par ce que notre vie, notre existence même est fondée sur ces relations. Notre existence est un mouvement qui se poursuit dans le sein de ces relations, et si nous ne comprenons pas ce qu’elles impliquent, nous arriveront inévitablement non seulement à nous isoler, mais à créer une société où les être humains seront divisés non seulement nationalement ou religieusement, mais encore dans leur vie intérieure, et c’est pourquoi ils projettent ce qu’ils sont dans le monde extérieur.
Je ne sais pas si vous avez suffisamment examiné cette question par vous-même, a fin de découvrir si l’on peut vivre avec un autre être dans une harmonie totale, un accord total, de façon qu’il n’y ait aucune barrière, aucune division, mais un sentiment d’unité complète. Ce mot «relation» implique que nous sommes reliés - non pas dans nos actions, dans nos projets, dans une idéologie, mais reliés totalement dans ce sens que la division, se morcellement qui existe entre individus, entre deux êtres humains, n’existe plus à aucun niveau.
Faute de comprendre ces relations, il me semble
que, quand nous nous efforçons d’établir théoriquement ou techniquement
un ordre dans le monde, par force non seulement nous en viendrons à créer
de profondes divisions entre l’homme et son prochain, mais nous
serons incapable d'empêcher la corruption. Celle-ci commence
avec le manque de rapport réels ; c’est là, me
semble-t-il, la racine même de la corruption. Nos relations,
telles que nous les connaissons actuellement, sont le prolongement
d’un état de division entre les individus.
Mais la plupart d’entre nous ne le sommes pas. Nous nous figurons l’être, et c’est pour cela qu’il y a une opposition entre l’individu et la communauté. Non seulement il nous faut comprendre le sens donné par le dictionnaire à ce mot «individualité», mais il faut en pénétrer le sens profond d’après lequel il n’y a plus de fragmentation aucune. Cela veut dire une harmonie complète entre l’esprit, le coeur et l’organisme physique. Alors seulement l’individu existe.
Si nous examinons nos rapports actuels les uns avec les autres, qu’ils soient intimes ou superficiels, profonds ou passagers, nous voyons qu’il y a toujours fragmentation. La femme ou le mari, le jeune homme ou la jeune fille, chacun vit sa propre ambition, ses buts personnels et égoïstes, enfermé dans son propre cocon. Tous ces éléments contribuent à la construction d’une image en soi-même, tous nos rapports avec autrui passent à travers cette image et, par conséquent, il n’y a aucune relation réelle directe.
Je ne sais pas si vous avez conscience de la structure de la nature de cette image que chacun construit autour de soi et en lui-même. Cela se fait à chaque instant, et comment peut-il y avoir des relations avec autrui quand existent cette élan personnel, cette envie, cette esprit de compétition, cette avidité, et toutes ces forces qui sont entretenues et exagérées dans notre société moderne ? Comment pourrait-il y avoir des relations avec un autre si chacun de nous et lancé à la poursuite de sa propre réussite personnelle, de son propre succès ? Je ne sais pas si nous avons conscience de tout ceci. Nous sommes ainsi conditionnés que nous l’acceptons comme étant chose normale, le modèle Mme de la vie, chacun de nous devant poursuivre ses propres particularités, ses propres tendances, et néanmoins s'efforcer d’établir des relations avec autrui. N’est-ce pas là ce que nous faisons tous ? Vous êtes peut-être marié, et vous allez au bureau ou à l’usine ; quoique que vous fassiez pendant la durée de la journée, c’est cela que vous poursuivez. Et votre femme est chez elle, ayant ses propres ennuis, en proie à ses propres vanités, avec tout ce qui se passe autour d’elle. Et qu’elles sont alors les relations existant entre ces deux être humains ? Au lit, dans leur vie sexuelle ? Des relations tellement superficielles, limitées et circonscrites ne sont-elles pas en elles-mêmes l’essence de la corruption ?
On peut se demander : comment vous proposez-vous
de vivre si vous n’allez pas au bureau, si vous ne poursuivez pas votre propre
ambition, vos propres désirs d’atteindre ou d’aboutir
? Si l’on ne fait rien de tout cela, que peut-on faire ? Il me
semble que ceci est une question absolument fausse. N’êtes-vous
pas du même avis ? Par ce que nous sommes préoccupés,
n’est-ce pas, de susciter un changement radical dans la structure
même de notre esprit. La crise n’est pas dans le monde
extérieur elle est dans notre conscience elle-même. Tant
que nous n’aurons pas compris cette crise profondément
et non selon les idées de quelques philosophes, mais jusqu’au
moment où véritablement nous comprendrons par nous-mêmes
en regardant en nous-mêmes, en nous examinant nous-mêmes,
nous serons incapables de provoquer un tel changement. C’est
la révolution psychologique qui nous préoccupe, et cette
révolution ne peut se produire que s’il y a des relations
justes entres les êtres humains.
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