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Lac des cygnes, le [Marius Petipa et Léon Ivanov] (Lebedinoïe Ozero), ballet en quatre actes créé en 1894 et 1895 à Saint-Pétersbourg sur une chorégraphie de Marius Petipa (actes I et III) et Léon Ivanov (actes II et IV), une musique de Tchaïkovski, un livret de Vladimir Begitchev et Vassili Geltzer, un argument d’après un conte de Charles Perrault, et des décors d’Heinrich Levogt et Mikhail Botcharov.
Œuvre archétypale et résumé définitif du grand ballet classique, le Lac des cygnes ne réussit pourtant à triompher qu’avec le duo Petipa-Ivanov, la première version de Wenzell Reizinger de 1877 ayant été un échec. Par la suite, la liste est considérable des chorégraphes qui ont tenté de reprendre ou de rivaliser avec cette version historique : citons les versions d’Alexandre Gorski d’après Marius Petipa au Bolchoï de Moscou en 1901, de Michel Fokine à Londres en 1911 et d’Agrippina Vaganova au théâtre Kirov de Leningrad en 1933.
Au premier acte, le prince Siegfried fête son anniversaire avec quelques amis ; sa mère lui offre une arbalète avec laquelle il part à la chasse, à la poursuite d’un vol de cygnes. Au second acte, le prince découvre les cygnes au bord d’un lac et s’apprête à tirer quand, soudain, l’un d’entre eux se transforme en jeune fille : ce jeune cygne blanc a pour prénom Odette ; elle explique à Siegfried qu’elle et ses compagnes ne sont pas des oiseaux mais des jeunes filles victimes de l’ensorcellement du magicien Rothbart et que seul le serment d’amour éternel que lui jurerait un homme fidèle pourrait lever le maléfice qui les retient captives. Quatre petits cygnes interprètent alors leur fameux pas de quatre, qui figure au firmament des morceaux de bravoure de l’histoire de la danse.
Au troisième acte, le château festoie à nouveau et, en vue de son mariage, on présente à Siegfried des princesses. Arrive un invité imprévu, accompagné de sa fille Odile qui est le « sosie noir » d’Odette (une même interprète tenant les rôles d’Odette, le cygne blanc, et d’Odile, le cygne noir). Abusé, le prince danse avec Odile alors que, pendant ce temps, Odette la princesse-cygne tente sans succès d’attirer son attention. Rothbart le sorcier savoure son triomphe et sa fille exulte, enchaînant les fameux trente-deux fouettés (la variation dite « du cygne noir »). Le quatrième et dernier acte montre Odette et les cygnes en proie au désespoir, et, lorsque le prince arrive, il réaffirme avec ferveur son amour au cygne blanc. Mais Rothbart survient à son tour : la version heureuse du ballet, que d’aucuns considèrent en contradiction avec le sens de la partition de Tchaïkovski, voit le prince triompher du magicien ; dans l’autre version, le tumulte des flots emporte Siegfried, et la princesse-cygne meurt de chagrin.
À cette trame féerique digne d’un ballet romantique, qui ne varie néanmoins guère d’une version à l’autre, nombre de chorégraphes ont pourtant apporté des changements plus ou moins heureux : citons les versions de Bourmeister, Cranko ou encore Noureïev, sans compter les versions résolument iconoclastes, comme celle du postmoderne Andy De Groat (1982), ou plus récemment encore, celle de Matthew Bourne (1996), et sa vision homosexuelle qui évoque les malheurs de la famille Windsor. Mais toutes ces versions attestent une forme d’hommage à cette œuvre complexe et riche de sens, d’une force mythique, où s’exprime la quintessence de l’art de la ballerine. Toute grande danseuse a un jour triomphé dans le Lac des cygnes comme l’ont montré Spessivtseva, Oulanova, Plissetskaïa ou encore Margot Fonteyn.