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Dans son ouvrage The Discoverie of Witchcraft (La découverte de la sorcellerie), Reginald Scot donne la clé d’un grand nombre de trucs, généralement utilisés par des escrocs ou de simples amuseurs publics, pour faire croire à leurs pouvoirs paranormaux, s’offrir une solide réputation et en tirer des avantages aussi immérités qu’enviables. Investis d’une aura éblouissante, ces habiles manipulateurs se voyaient parfois vénérés par les rois et les empereurs eux-mêmes. J’allais en effet oublier de préciser que le livre de Scot a été publié à Londres en 1584.
Depuis plus de quatre siècles, des dizaines de milliers d’articles, de publications, de rapports et de comptes-rendus d’expériences en tous genres sont arrivés à la même conclusion : si l’on prend la peine d’étudier sérieusement un phénomène présenté comme paranormal, on tombe en réalité sur un hasard tout à fait conforme aux moyennes statistiques, mais présenté sous un jour apparemment prodigieux ; ou alors, si les lois des probabilités ne sont réellement pas respectées, c’est qu’il s’agit d’une simple supercherie.
Dans une longue lettre publiée en 1833, et adressée à André-Marie Ampère (1775-1836), le chimiste Eugène Chevreul (1786-1889), inventeur de la bougie et du savon, explique en détail comment il a démontré que les mouvements du pendule sont provoqués, consciemment ou non, par celui qui le tient ; et comment ces mêmes mouvements cessent dès que le génial médium, qui prétend capter les ondes cosmiques à l’aide de son instrument, se fait bander les yeux. Impossible en effet de donner un mouvement cohérent à un pendule, sans le contrôle visuel.
Dans un ouvrage de 1781 intitulé Mémoire physique et médicinal, montrant des rapports évidens [sic] entre les phénomènes de la baguette divinatoire, du magnétisme et de l’électricité, Pierre Thouvenel défend la réalité des phénomènes de divination au moyen d’une baguette, sur la base de l’argument suivant : « il est bien difficile de concevoir que dans un fait aussi souvent annoncé, attesté, contredit, dans tous les tems [sic] & dans tous les pays, il n’y ait pas eu quelque chose de réel. » À en croire Thouvenel, une superstition qui dure assez longtemps doit être considérée comme une réalité objective.
Si on le veut bien, il est tout à fait possible de vérifier que les baguettes prétendument divinatoires ne donnent aucune indication sur les sources, que la malédiction des pharaons ne fut qu’une maladie infectieuse aggravée par la superstition, que les fontaines ne se remplissent pas mystérieusement sans apport d’eau, que les sous-mariniers russes n’utilisent pas la télépathie pour communiquer avec leur base et qu’aucun objet perdu n’a jamais été retrouvé grâce à un pendule tournoyant sur une carte de géographie.
Si on le veut bien, il est facile de se convaincre que la méditation – si intense soit-elle – n’a jamais permis de s’élever dans les airs ni d’arrêter les battements de son cœur, que les prophéties de Nostradamus n’ont jamais conduit à anticiper un danger quelconque et que les prédictions annuelles des astrologues ne se réalisent pas plus souvent que n’importe quelle affirmation lancée au hasard.
Si on le veut bien, on admettra sans peine que, dans la réalité, tout ce qui existe, ce sont des phénomènes normaux, qui suivent des lois normales.
Mais s’il le préfère, chacun peut aussi décider de jouer à l’idiot et de continuer à macérer dans ses divagations puériles, faites de tables tournantes et de fantômes, de sorcières et de baguettes magiques, de chats noirs, de soucoupes volantes et de vendredis 13. L’idiotie n’est pas punissable en droit, mais tout de même un peu décevante après 10 millions d’années d’évolution du cerveau humain.