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Au Pérou, ces dernières décennies ont été caractérisées à la fois par une croissance de population significative et une diminution des réserves en eau. Au cours des années 1980, les glaciers ont entamé un sévère retrait, et ce phénomène s'est poursuivi tout au long des années 1990, causant une perte importante des ressources en eau. Durant la même période, la demande en eau pour la consommation humaine, pour l'irrigation, pour les centrales hydroélectriques, ... s'est grandement accrue, causant des tensions parmi les utilisateurs.
Les récentes disputes entre les régions de Arequipa et Moquegua sur les réserves du barrage Great Inn, sont des signes tangibles de la tension grandissante à propos des ressources vitales. Ainsi, il existe un besoin de faire un inventaire des ressources disponibles et de planifier leur gestion sur le long terme, au sein d'un cadre conceptuel de développement durable. Une planification à long terme nécessite une évaluation des tendances à la fois chez la population et dans les ressources, en prenant en compte les signes du changement climatique potentiels.
Une population significative vit dans les vallées avoisinantes. Comme les précipitations n'ont lieu que durant une partie de l'année, les villages alentours sont dépendants de l'eau résultante de la fonte du glacier Coropuna. Il y a un besoin indispensable d'estimer la masse restante et la vitesse de retrait du glacier en tant que pré-alerte pour l'approvisionnement en eau, afin de permettre aux planificateurs de prendre les mesures adaptées.
Les réserves en eau sont concentrées dans les zones de haute montagne sous la forme de glaciers et de lagunes. A cause de l'altitude et de la topographie accidentée, l'accès à ces zones est difficile et implique donc des missions exténuantes (et coûteuses) pour les mesures directes. Dans de telles conditions, la technologie de télédétection est une manière économiquement efficace de suivre l'évolution des ressources en eau. Cependant, bien que ces techniques permettent de limiter le nombre de missions, les mesures in situ restent nécessaires pour une évaluation en profondeur (impossible avec les capteurs satellites).
Le Programme Allemand de Coopération (GTZ) a mandaté une équipe de l'Université de Genève et du DEWA/GRID-Europe afin d'évaluer les effets du réchauffement global sur le glacier de Coropuna (alt. 6425m) au Pérou. L'équipe, composée de Walter Silverio, Christian Herold et Pascal Peduzzi, a effectué des analyses d'images satellites, des mesures in situ, de la modélisation SIG de la glace restante ainsi que des analyses statistiques pour l'évaluation des tendances.
Une analyses d'image multi-temporelle du glacier Coropuna a été menée à bien, permettant une vision générale de la distribution spatiale et temporelle des réserves en eau. Bien que l'utilisation de capteurs passifs fournisse de l'information utile sur la glace et la lagune de la zone, des capteurs d'images actifs (radars) sont également nécessaires pour produire un Modèle Numérique d'Altitude en 3D (MNA). La variation du MNA à travers le temps fournit l'information nécessaire sur les pertes/gains de la masse de glace au cours du temps. Cependant, ces technologies sont récentes et seulement disponibles depuis les années 1990, et ne fournissent pas l'information sur la masse de glace restante, pour laquelle des mesures sur le terrain sont encore nécessaires.
Le but de cette mission sur le glacier Coropuna était d'utiliser un radar pénétrant dans le sol pour pouvoir estimer la glace restante. L'appareil envoie des ondes électromagnétiques, qui sont réfléchies par la roche sous-glaciaire, fournissant l'information sur l'épaisseur de la glace. Les mesures de terrain ont été prises durant une mission de deux semaines en août 2004. Malgré des conditions climatiques difficiles, l'équipe de DEWA/GRID-Europe a récolté 10 km de profiles géo-référencés en utilisant un "Ground Positioning System" (GPS). Ces mesures vont être utilisées pour calibrer un modèle d'estimation de masse.
Une fois terminée, cette étude fournira de l'information sur la vitesse du retrait, les impacts du réchauffement global et l'estimation de la période durant laquelle la glace devrait rester. Selon les résultats, des programmes d'adaptation vont être implémentés par des agences locales avec le support de GTZ.