Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07056.jsonl.gz/329

On raconte qu'il est impossible de bien comprendre et de définir facilement la physique quantique, et qu'il y a là toute sorte de mystères. Mais effectuant un long voyage en voiture, j'écoute la radio – France-Inter, je pense –, et il y a un invité qui est un physicien doué pour communiquer ses connaissances au grand public, et il déclare, tout simplement, que la physique quantique explore les lois spécifiques de l'infiniment petit – différentes de l'infiniment moyen, dans lequel vit l'être humain. Et que, pour observer ces lois dans le monde ordinaire, il faut refroidir à l'extrême les choses.
Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) disait que la force créatrice ne se trouvait aucunement dans l'infiniment petit, mais dans ce qui assemble les éléments pour en créer des corps accessibles aux sens normaux.
On pourrait croire qu'il ne connaissait pas la physique quantique, qu'elle est toute récente; mais il la connaissait très bien. Il en mesurait l'illusion.
Car on prétend souvent que cette physique correspondrait dans ses lois avec les conceptions mystiques orientales. Mais quelle force spirituelle importante peut exister dans un monde contraire à la vie humaine, alors même que si, dans l'espace physique, on cherche des esprits, on les trouve partout où des visages humains apparaissent? Cela n'a pas de sens. Dans le froid il n'y a pas de vie, donc les éléments ne suivent pas les règles du vivant, mais des principes physiques purs, dont on peut tirer des machines efficaces. Rien n'est plus efficace que ce qui est complètement mort, quand il s'agit de machines. Le mysticisme matérialiste, constatant cette pureté, pense se trouver devant quelque chose de divin. Pourtant, je le répète, rien n'incarne ou ne reflète mieux le divin, dans l'univers sensible, que l'être humain, qui a le sang chaud, et auquel par conséquent les lois quantiques ne s'appliqueraient pas sans le faire mourir aussitôt – sans chasser de son corps son esprit.
C'est aussi à son échelle infiniment moyenne que l'être humain accueille ce divin, et non dans l'infiniment petit, où il n'en reste somme toute rien. Il ne reste que les lois terrestres au sens le plus obscur et le plus absolu, c'est à dire ce qui est le moins imprégné de divin, ou d'esprit, qu'on puisse imaginer.
Alors pourquoi la fascination exercée par la physique quantique?
Les machines, d'abord: imitant le vivant en montrant plus de force physique que lui, elles fascinent l'instinct humain égoïste, qui aspire à plus de puissance. Comme lui-même est vivant, il croit que cette force promeut le vivant, ou même est son essence. Confusion moniste: l'être humain ne parvient pas à distinguer ce qui en lui relève du physique ou de l'esprit ou du vivant – il mélange tout. Les machines devraient pourtant lui apprendre à distinguer, puisque, puissantes, elles ne sont pas vivantes!
Ensuite, peut-être, assimilation de Dieu au néant: car, comme le disait encore Teilhard de Chardin, plus on va vers l'infiniment petit, plus on va vers une poussière dénuée de sens. Et c'est une grande illusion que de croire qu'une machine puissante est pleine d'existence: rien n'est plus proche du néant qu'une machine. Elle en est l'affleurement, pour ainsi dire. Rien n'est plus activement, puissamment mort. Une machine est un zombi naturel.
Mais cela a quelque chose de fantastique, qui fascine. Quand il ne reste plus rien, on peut projeter des images – c'est même un réflexe naturel. On peut donc croire que le divin se trouve dans l'infiniment petit, et les lois quantiques. C'est possible.
Mais cela ne correspond pas à la vérité. Le divin se trouve surtout en l'homme, et le vrai mysticisme est humaniste.