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Les ingénieurs du son sont incroyables.
Ils font actuellement un travail d'orfèvres sur les bandes-son de l'époque, pour faire ressortir les qualités de l'enregistrement telles qu'elles étaient à l'époque, un peu comme ces gens qui réhabilitent les églises en faisant ressortir l'orginal des murs recouverts par tant de couches lors de "rafraîchissements" divers du bâtiment.
J'aime cette époque où l'on prend de plus en plus garde au respect du passé.
Il n'y a pas si longtemps, dans les années 80, il a fallu se dépêcher de tout transférer sur CD, et tant pis si la qualité n'y était pas. Il fallait que le répertoire soit disponible très vite sur les nouvelles galettes de l'époque.
Ceci explique aussi peut-être la déception des puristes qui voyaient le CD comme bien moins bon qu'un vinyle soigné.
Oui, nous avons ici affaire à de vrais professionnels de la restauration de bandes sonores.
Trois énormes nouveaux travaux sont sortis de « presse » ces dernières semaines, ils sont signés
- Sony Classical sous la direction de Michael Stegemann pour l'intégrale de la discographie chez Columbia de Glen Gould (78 disques, 860 pistes)
- Warner Classic sous la direction des ingénieurs du son Allan Ramsey et Simon Gibson d’Abbey Road pour une intégrale de la production en studio de Maria Callas (39 disques, 1119 pistes)
- Warner Classic également pour l'intégrale d'Itzak Perlman "The Complete Warner Recordings 1972 -1980", 25 disques, 313 pistes.
Ces trois oeuvres sont toutes disponibles en Hi-Res ou en qualité CD chez Qobuz, ou chez vos disquaires.
J'adore ces coffrets: je les lance et les écoute toute la journée en bossant, ils m'accompagnent ainsi plusieurs jours chacun. Je traverse les compositeurs, je les retrouve souvent (des concertos pour violon se retrouvent pour Bach par exemple).
Permettez-moi de dire quelques mots de chacune d'entre elles.
Glen Gould pour commencer…
Tout d'abord, je dois vous avouer que je connaissais extrêmement mal Glenn Gould. J'ai appris un peu plus de ce personnage d'une part en livre Wikipédia, mais aussi en lisant la très belle bande dessinée qui lui est dédiée et qui vient de sortir en début de cette année 2015:une vie à contretemps.
Glenn Gould était vraiment un personnage étonnant.
J'ai passé pas mal d'heures à écouter une bonne partie de cette intégrale ; pour vous dire très franchement, tout ne me plaît pas, j'ai un peu de peine à la longue avec les variations Goldberg (Gould est pourtant vu comme L'interprète de ces variations, mais c'est plutôt elles qui m'ennuient), mais les concertos de Bach sont à tomber à la renverse tellement l'émotion y est omniprésente. Je connaissais un certain nombre de ces concertos orchestrés pour violon, mais ces mêmes concertos arrangés pour le piano sont tout bonnement étonnants. Le son, la tension, la densité des notes, c'est simplement magnifique.
Disque 28 par exemple, ce concerto en sol mineur BWV 1058 que je connais par coeur (parce que je l'ai joué au violon), deuxième mouvement, Andante Amoroso: je l'avais déjà entendu pour clavecin, mais jamais pour piano.
Eh bien, ça vous tire les larmes tellement c'est sensible… Gould a une manière de placer les notes, je ne sais pas analyser ça, juste le sentir.
C'est magnifique.
Ce coffret est une merveille.
Itzhak Perlman maintenant
Pour tout vous dire, ce violoniste m'a accompagné dans ma jeunesse, mais j'avais ces derniers mois acheté quelques albums de lui, et j'étais souvent un peu déçu lorsque je comparais certaines de ses interprétations celles des plus jeunes, en particulier des femmes dont j'ai parlé ici.
Il est clair que la mode actuelle est d'en faire beaucoup (et j'aime ça, je dois l'admettre). Mais cela va-t-il tenir au fil des années?
Or, M. Perlman fait toujours juste ce qu'il faut.
J'ai lu une interview de lui dans l'un des derniers Diapason. On y parle de son vibrato à nul autre pareil et avec lequel il est très exigeant quand il enseigne.
Eh bien cela s'entend à travers l'entier du coffret. Quelle intensité dans ce vibrato, dans ce son, dans la tenue des notes!
Si, parfois (mais peut-être a-t-il raison), je trouve Monsieur Perlman un peu sage rythmiquement, sa musicalité est omniprésente dans ce coffret.
J'espère pouvoir l'écouter en concert un jour, même si je sais que c'est difficile pour lui maintenant de voyager.
Maria Callas pour terminer
Je vais être franc avec vous, j'ai plus de peine à écouter cette intégrale toute la journée au travail ou à la maison. La voix de Callas est magnifiquement rendue dans cette restauration incroyable, mais au bout d'un moment je dois bien admettre que ladite voix de soprano me tape un peu sur le système.
J'écoute tranquillement un opéra puis, après un intermède plus ou moins long, j'entame le second. Le travail effectué par les ingénieurs de Warner est tout simplement époustouflant. Même les deux premiers opéras qui ont pourtant été gravés en 78 tours donnent un résultat sonore tout à fait à la hauteur même si l'on se rend bien compte que l'on n'est pas encore, au niveau de la prise de son, un peu limité par ce qui pouvait se faire à cette époque à cause des moyens disponibles alors techniquement.
Au moment où j'écris ces lignes, j'écoute "Il turco in Italia" de Gioachino Rossini, opéra que je ne connaissais pas. Quelle présence, quelle qualité sonore! Les chanteurs sont devant moi, c'est sûr. Et cela enregistré en 1954, au Teatro alla Scala, à Milan.
Mais Tosca, enregistré en 1953 (une très belle version de 1964 est également présente) reste un must dans la carrière de la diva grecque: on y est je vous dis, c'est dingue…
Ce qui est particulièrement intéressant également dans ce coffret si je peux m'exprimer ainsi puisqu'il s'agit en fait d'un dossier composé de fichiers en haute résolution en ce qui me concerne (mais le coffret physique existe pour la version CD), ce sont les livrets proposés par l'éditeur. Ils sont d'une richesse impressionnante, nous proposent des documents inédits, et ce qui est tout à fait passionnant, ce sont les explications données sur le côté technique de la restauration. MAJ: j'ai copié-collé cette partie en commentaire 6 plus bas. On se rend compte que les gens qui ont travaillé sur elle n'avaient qu'un but: magnifier l'œuvre dans sa sonorité, afin de retrouver ce que pouvaient entendre les gens à l'époque lorsqu'ils écouteraient la Callas mais surtout de ne pas en faire trop. Je vous conseille vraiment la lecture de ce document, les personnes qui ont effectué ce travail sont de véritables artistes, des orfèvres. Je n'ose imaginer le temps passé pour restaurer les bandes mères qu'ils ont retrouvées bien classées dans le studio.
De très belles photos également de la Callas dont une que je ne peux pas m'empêcher de reproduire ici.
Photo tirée du livret: qu'est-ce qu'elle est belle, cette Sophia Cecelia Kalos!