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Genève au Siècle des Lumières
Auteur(s)
Genève au Siècle des Lumières, oeuvres de Gaspard Fritz, Nicolas Scherrer et Friedrich Schwindl, Claves Records, 2017.Florence Malgoire, violon et direction de l'Orchestre baroque de la HEM.Le Harmoniche Sfere avec Denitsa Kazakova au violon, Esmé De Vries au violoncelle et Paolo Corsi au pianoforte.
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Résumé
Après la réforme protestante du XVIe siècle, Genève s’est imposée comme un centre intellectuel et religieux. Attirant une importante communauté de nobles étrangers, la ville ne reste pas à l’écart des goûts artistiques européens. Musiciens itinérant, amateurs et maître de danse sont alors les acteurs indispensables de la diffusion des pratiques musicales exigées par la bonne éducation.
Au milieu du XVII3 siècle, des « concerts de musique » réunissent amateurs genevois, voyageurs et nobles étrangers. Au cours de l’un d’entre eux, quarante jeunes gens de bonne famille décident, en 1717, de créer une société de concerts qui disposera bientôt d’une salle aménagée à l’Hôtel de ville, où se produiront pendant plus d’un siècle musiciens genevois et artistes de passage. La cité peut désormais compter sur un orchestre, indispensable pour interpréter le répertoire contemporain, mais aussi pour saluer les hôtes de marque, pour célébrer une naissance ou un mariage royal en France, et bientôt pour jouer les opéras - comiques à la mode. Si le théâtre suscitait l’ire des moralistes, la musique, elle, ne fut jamais contestée. Plus encore, dès l’aube du XVIIIe siècle, les pasteurs soutiennent les initiatives visant à établir des écoles de musique et envisagent le retour des orgues dans les temples.
Loin de se limiter aux salons patriciens, la pratique de la musique se diffuse au sein de la bourgeoisie et dans le monde des artisans aisés, offrant des occasions de travail aux maîtres de musique et de danse, aux luthiers, voire aux graveurs de musique. La situation géographique de Genève, au carrefour des grandes routes européennes, ainsi que sa prospérité expliquent le passage de musiciens célèbres qui ont trouvé ici l’occasion de jouer ou d’enseigner auprès d’amateurs qui, si on en croit la qualité de certaines bibliothèques musicales, sont très au fait de la musique de leur temps. Venant de pays et de cultures différentes, ces musiciens ont fait bénéficier les artistes locaux de leur bagage culturel et de leur langage artistique, contribuant ainsi au développement d’une vie musicale florissante en phase avec les grands courants stylistiques européens.
Gaspard Fritz, Nicolas Scherrer et Friedrich Schwindl, trois acteurs de la vie musicale à Genève
Gaspard Fritz (1716-1783) est le plus célèbre des musiciens genevois. Compositeur et violoniste né à Genève, il étudia d’abord avec son père, Philippe Fritz musicien venu du Hanovre, puis avec Giovan Battista Somis à Turin, avant de rentrer dans sa ville natale où, à l’exception d’un voyage à Paris, il passa toute sa vie. Maître reconnu, il fut professeur, compositeur et surtout virtuose du violon. Il publia entre 1742 et 1772 à Genève, à Paris et à Londres cinq volumes de sonates et des symphonies qui, remarquées par Locatelli et Händel, lui valurent une renommée internationale.
Nicolas Scherrer (1747-1821) est issu d’une famille de musiciens particulièrement active dans la vie musicale genevoise au XVIIIe siècle. Son père, originaire de Saint-Gall, était le célèbre facteur d’orgues Samson Scherrer, auteur entre autres des instruments installés à la cathédrale Saint-Pierre en 1757 et au temple de la Fusterie en 1763. Son frère, Jean-Jacques, était comme lui, compositeur, maître de musique et organiste; quant à sa soeur, Suzanne, elle tenait un atelier de gravure de musique au Bourg-de-Four. Nicolas Scherrer est une figure du monde musical genevois qu’on redécouvre avec bonheur aujourd’hui.
Friedrich Schwindl (1737-1786) est né probablement à Amsterdam. Violoniste, flûtiste et pianiste, il se fait remarquer d’abord en Allemagne où il obtient des charges prestigieuses (Konzertmeister du margrave de Wied-Runkel, musicien de chambre du comte de Colloredo) avant d’entreprendre un voyage à travers l’Europe. Arrivé à Genève vers 1773, il y resta jusque vers 1778, déployant une intense activité comme maître de musique, compositeur et se produisant souvent lors des concerts publics. Si Schwindl est surtout connu pour ses symphonies – qui furent jouées aux concerts spirituels de Paris -, ses oeuvres de musique de chambre témoignent d’un grand raffinement et s’inscrivent dans l’esthétique musicale de cette période, à cheval entre baroque et classicisme.