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Martin Rewki naît le 30 décembre 1976 à Lausanne, en Suisse, issu du mélange génétique entre sa mère polonaise et son père franco-suisse, avec le concours d'une équipe médicale qui revient du chalet, et préfère faire usage d'une ventouse suédoise plutôt que d'attendre qu'il ne s'extraie de son propre chef. L'utilisation de cet outil peut expliquer qu'il soit doté d'un long cou, mais, dans la famille du moins, les avis sont partagés.
Après une scolarité obligatoire et quelques accidents de tricycle tout aussi inévitables, c'est le début du Grand Questionnement: faut-il devenir pompier, vétérinaire ou "faire des études de lettres et on verra bien ça débouche sur tout".
Alors que ses parents se réjouissent que ce petit-là abandonne l'idée de devenir policier, le voilà qui les prend à revers: il veut "faire du théâtre", bravo.
On se souvient qu'on ne l'avait pas pris au sérieux quand, à l'âge de sept ans, il voulait accompagner en qualité de choriste -ou on ne sait pas très bien quoi- Henri Dès en tournée et qu'il avait à proposer à son idole d'intéressantes variations sur les paroles de Flagada ou La Petite Charlotte.
Le voilà donc tout adolescent, tourmenté, hypersensible, mélancolique et à fleur de peau et il ne faut surtout pas lui dire qu'il est difficile de gagner sa vie en tant que comédien. Bien sûr il y a là derrière une envie de plaire, et séduire cette fille dont il recopie le prénom sur toutes les surfaces qui lui passent sous la main, quand le monde entier souhaiterait qu'il révise ses verbes irréguliers.
Malgré tout, on s'aperçoit qu'il y a peut-être un potentiel chez cet attachant hypermétrope à la dentition qui l'empêche de complètement fermer la bouche. Car des matches d'improvisation théâtrale aux cours de l'école Diggelmann, en passant par quelques représentations données ci et là, le voilà qui développe un style scénique frais et charmant, fait de gaucherie contrôlée et de pas mal d'autodérision.
Martin Rewki découvre alors que sur les bancs de sa classe, section latin anglais, un type s'ennuie au moins autant que lui, c'est Léonard Burnand, dit Léo, avec qui ils vont bien vite permettre à leurs camarades de fonctionner en effectif réduit tant ils sécheront de cours ensemble. Léo est sympa, il joue du piano et, en plus, il compose...
Les deux compères montent une petite présentation pour la cérémonie des certificats en reprenant Boum! de Charles Trenet, J'aime Les Filles de Dutronc et Summertime dans une mémorable imitation de la voix et la trompette de Louis Armstrong, entichés de costards-cravates empruntés à leurs géniteurs et se baptisent Les Aristojazz. Entre le discours du directeur et celui de la déléguée des élèves, c'est assez prévisiblement un triomphe, tout comme le début d'une longue carrière en duo, et d'une plus longue amitié encore.
Ils commencent à écrire des chansons, Léo invente de belles mélodies et Rewki fabrique des textes rigolos, s'inspirent de la chanson des années trente (Trenet, Mireille & Jean Nohain, Ray Ventura, etc.) et se produisent régulièrement dans des caf conc', bars, petits festivals où leur style rétro et décalé, la complicité qui les fait fonctionner et les apostrophes que Rewki lancent au public marquent certaines mémoires.
Martin Rewki, à partir de là et une fois son bac en poche, commence à négliger son apprentissage de comédien pour des cours de chant et de guitare, ce qui soulage bien peu ses parents.
Quelques années sabbatiques plus tard, têtu, il entreprend un cursus professionnel à L'Ecole de Jazz de Lausanne (EJMA) et sans suivre le programme à la lettre ni jusqu'à la fin, se montre toutefois très curieux, cuisine ses professeurs et en sort avec de solides connaissances musicales.
Pendant cette période, la collaboration entre Martin et Léo se poursuit et donne jour à un répertoire qui s'affine, tant et si bien qu'ils décident de démarcher quelques maisons de disque au moyen de maquettes qu'ils ont bricolées. Mais voilà, la formule piano-voix et l'orchestration sommaire qui en résultent ne semblent pas vraiment accrocher les Majors Companies, aussi la tête ne leur enfle pas et il leur faut gagner leur vie.
Martin Rewki découvre que dans les emplois non qualifiés qu'il peut envisager, il en est peu qui le botte. Il se rend alors tout naturellement au Café de l'Hôtel de Ville pour boire un coup avec ses amis et se plaindre, et demande à tout hasard à la serveuse s'ils cherchent pas quelqu'un.
Il y travaillera sept ans avec bonheur. Car ce café, c'est aussi son caveau qui est une scène prolixe et riche, une école sur le tas et un lieu où les musiciens lausannois pullulent. Le sommelier Rewki commence à y programmer de la chanson une fois par mois avec la complicité d'Adrien Favrod, pianiste de Bazar de Nuit, puis co-anime les mardis du caveau - une scène libre - avec Pascal Schopfer.
Rencontres, échanges de numéros, amitiés nouvelles, bref, alors que Léo s'est laissé séduire par les sirènes académiques et ne peut plus sécher les cours puisque c'est maintenant lui qui en donne, Martin Rewki se réunit avec quelques uns de ces musiciens souterrains pour monter successivement: les Têtes de Chou (chansons de Gainsbourg), le Septette à Claques (un formidable groupe de bal et animation), puis un combo qui revisite le répertoire de Chet Baker (au nom jamais adjugé de Chet bien qu'oui, Chet bien qu'non) et d'autres formations éphémères et belles, et parfois, il est vrai, foireuses.
Tout ça est bien, mais notre Rewki regrette l'époque où il chantait ses propres chansons. Et le fruit de sa collaboration avec Léo mérite qu'on y croque encore un peu.
Perfectionniste doublé d'un fumiste angoissé, il procrastine, regarde son téléphone, fait des listes de choses à faire...
Et un jour il croise Christian Wicky dans la rue qui lui dit en substance: "on cherche un groupe pour faire la première partie de François Hadji-Lazzaro au Romandie dans trois semaines, tu connais pas quelqu'un?"
Eh oui, il connaît quelqu'un: lui ! et son fabuleux groupe d'amis musiciens qui l'accompagnent mais qui ne sont pas encore au courant. L'affaire se conclut et le concert est donné devant un public bigarré composé de copains intrigués, de rockers lausannois, et de fans de Pigalle et des Garçons Bouchers.
Coup de bluff, coup de poker, coup de maître ? Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que la petite entreprise Martin Rewki & Les Employés Du Mois (qui réunit alors parmi ses salariés Ariel Garcia, Cédric Gysler, Daniel Bleikolm, Luc Muller) s'inscrit au registre du commerce de la chanson lausannoise.
Après quelques concerts en solo, ou en duo avec Ariel, il s'agit d'enregistrer une démo pour démarcher. Quatre titres seront mis dans la boîte du studio Artefax par Bernard Amaudruz : devant la glace, en descendant la poubelle, zappe sur moi et un peu de toi.
Fabio Ferrari programme le groupe au Festival de la Cité, et c'est un beau concert que celui du 5 juillet 2005 sous les marronniers bruissants de la place St-Maur, d'autant plus qu'un glorieux quart d'heure d'interview les a médiatisés la veille sur Couleur 3.
À la fin de l'été, Martin Rewki découvre enfin l'informatique: il enregistre deux titres supplémentaires tout seul dans sa chambre (en catimini et elle m'a montré son book) et bidouille un peu avec son scanner pour habiller la démo d'une pochette qu'il veut à l'image du contenu: "bricolons avec professionnalisme".
En octobre, il investit dans une cinquantaine d'enveloppes rembourrées et autant de timbres-poste à un franc pour confier son destin au géant jaune.
Dès lors, c'est à ce jour plusieurs dizaines de concerts qui seront donnés entre 2005 et 2007: dans des salles et festivals réputés ou moins réputés en Suisse Romande, à Paris et en France voisine, et même une tournée en Chine dans le réseau des Alliances Françaises, le tout porté par un formidable bouche à oreille, que notre chanteur romand doit entre autres à un certain engouement de la part de la presse écrite, comme de la Radio Suisse Romande.
Martin Rewki va nous faire un disque, c'est sûr. Et à partir de là, c'est une affaire à suivre.