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Peter Hug : Les racines de l’attachement très profond des Suisses à leur fusil s’ancrent dans une histoire assez récente. Ce n’est que dans la seconde moitié du XIXe siècle, et non au Moyen Age, comme le croient certains, qu’a commencé à s’imposer cette culture de l’armement. Ses premiers développements coïncident avec l’adoption, en 1874, d’une nouvelle constitution et l’instauration du service militaire obligatoire. Les conscrits avaient alors à charge de s’auto-armer. C’est pour les encourager, et parce qu’il disposait de moyens limités, que le pouvoir central a ravivé des mythes comme celui de Guillaume Tell. Il lui était indispensable de créer une légende pour souder par-delà les cantons une nation divisée entre catholiques, protestants, ruraux, citadins, de culture française, allemande ou italienne. Cette idéologie romantique du citoyen soldat, modeste, travailleur et prêt à défendre sa terre contre les envahisseurs s’est répandue d’autant plus facilement que s’affrontaient à l’époque en Europe des pays aux nationalismes exacerbés.