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Dans le dernier épisode de ce récit de croisade du bon génie de Paris contre Fantômas et ses inventions diaboliques, nous avons laissé le premier alors qu'il venait de renverser le grand robot vert Aclanïm au pied de la tour Montparnasse qu'il avait lui tenté de renverser. Et il venait de voir, s'échappant du crâne brisé de la machine humanoïde, un gnome-limace qui s'était enfui au sol sous les gravats entassés de la tour attaquée.
Descendu jusqu'au sol le Génie d'or de sa force énorme souleva les gravats les plus lourds, tâchant de retrouver le gnome, mais au moment où il l'aperçut à nouveau sous les gravats soulevés et s'apprêtait donc à se jeter sur lui, il le vit s'élancer dans un trou de caniveau, creusé le long du trottoir. Il poussa un juron, et songea à arracher la plaque de béton de ses bras puissants, ou bien à la détruire d'un éclair de son bâton cosmique, mais son geste s'arrêta, quand il se souvint que d'autres robots, à d'autres endroits de la capitale, attaquaient les habitants et détruisaient les bâtiments. Il décida qu'il n'avait point le temps de s'occuper de cet être vil, qu'il fallait renvoyer à plus tard la mission de le capturer. D'ailleurs, il était de son devoir de respecter les constructions humaines, et il n'était pas sûr de pouvoir retrouver le monstre, l'intérieur des chaussées étant rempli de failles et d'interstices par lesquels il pouvait aisément disparaître.
Désirant être sûr que son combat de la tour Montparnasse était bien fini, il se retourna vers le robot effondré, dont des fumées s'élevaient. Or soudain – nouveau prodige étrange – il crut voir, dans ces fumées, la forme à peine distincte d'un homme, qui éprouvait apparemment le plus grand mal à conserver des contours fermes et clairs. Le moindre souffle d'air l'étirait, le faisait osciller, le déformait, le rendant tel qu'un monstre – et en lui une sorte de bouche s'ouvrit dans un cri, sans qu'on puisse d'abord rien entendre.
Mais un vent plus fort que les autres survint, et le spectre (car c'en était un) fut balayé, morcelé, dissipé, et un grand son strident retentit dans l'air – comme lorsque tombe un obus, mais semblant monter, plus que descendre. Le Génie d'or, quoiqu'il ne fût lui-même pas humain, mesura l'horreur de cette ombre qui avait cru pouvoir devenir, ou redevenir humaine en habitant un robot, et qui, à présent, était dans un abîme de néant pire que l'ancien – plus bas encore, s'il est possible. Car la raison ne saurait décrire une telle chose, en vérité. Elle est au-delà des mots du langage humain. L'évoquer même allusivement fait frissonner, et c'est une des choses que l'on ne mentionne jamais qu'en chuchotant, tant le mystère en est grand, et affreux. Nul n'a jamais pu savoir l'issue du destin de ceux qui tombent à cette hauteur, si l'on peut dire.
Le Génie d'or toutefois n'avait point le temps de s'appesantir. Il savait qu'il devrait aussi détruire les six autres robots, que cela relevait de la nécessité absolue, et qu'il n'était pas question de faire du sentiment. C'était son devoir, et la faiblesse ne pouvait être dite de la bonté, en ces matières.
En prenant son envol il se tourna dans l'air vers la tour Eiffel, tenant, comme à l'accoutumée, son bâton magique haut au-dessus de lui, puisque son feu le tirait à volonté. Là-bas, en effet, un grand robot rouge tâchait d'abattre la fameuse tour en tordant ses piliers de fer, et tout autour les gens, tant parisiens que touristes, s'enfuyaient en hurlant. À mesure qu'il s'avançait, il le voyait toujours plus distinctement – tandis que le vent soulevait et faisait claquer sa cape noire, et que le soleil faisait briller son armure dorée de ses doux rayons. L'humanoïde mécanique était d'un beau vermillon, assez semblable à Aclanïm dans son abord – avec ses bras épais, ses jambes puissantes, et le feu qu'il jetait de ses doigts sur la tour pour la rompre dans ses attaches. Tout autour de lui, des hélicoptères de l'armée française volaient, mais il les abattait un à un de ses missiles digitaux, fulgurants et meurtriers. Sa puissance ne semblait pas inférieure à celle du robot vert, loin de là!
Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain quant à l'affrontement entre le grand robot rouge, et le génie doré de Paris.