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LE FONDS DU DOYEN MOREL
Société, culture et vie privée
Les bons comptes
Quels éléments composent les patrimoines familiaux, comment se transmettent-ils, comment évoluent-ils ? Comment financer les premières industries jurassiennes ?
Les archives privées des élites jurassiennes fourmillent d'éléments de réponse à ces questions délicates. La vie quotidienne produit les premiers indices : carnets de dépenses pour les achats courants ou les études des enfants, quittances diverses. Les comptes de ménage et journaux de raison y ajoutent la gestion des prêts et des dettes courantes. Quant aux inventaires de succession, on y lit le détail des possessions et dettes du défunt.
Les familles investissent traditionnellement dans des biens mobiliers (vaisselle, vêtements, bijoux, meubles, bétail) et immobiliers (maisons, prés et métairies). Les documents témoignent d'une société où les biens circulent et les écus ne dorment guère sous les matelas.
En l'absence de banques ou d'établissements de crédit, les notables prêtent leur argent aux membres de la famille, aux voisins, aux artisans du voisinage et très vite aux premiers industriels. Les pasteurs s'engagent très précocement dans le processus : Charles-Henri Morel investit un temps dans la forge de Reuchenette, son fils Charles-Ferdinand dans les comptoirs d'horlogerie Raiguel et Agassiz, précurseurs des Longines à Saint-Imier.
Au fil de l'écheveau complexe des relations familiales - la demi-sœur du doyen, Marie Anne Sophie Morel, épouse Jean Henri Raiguel, associé de son fils Edouard Watt au sein du comptoir d'horlogerie Raiguel Jeune et Cie - négociants, fabricants et «ban-quiers » constituent de nouveaux réseaux qui sont à l'origine du développement industriel jurassien.
En 1829, Charles-Ferdinand Morel fonde la Caisse d'épargne du district de Courtelary, unique institution bancaire dans le Jura bernois jusqu'en 1852.