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J'ai dit, dans un précédent article, que pour éviter l'excès de pouvoir des chefs d'établissement d'enseignement, on pouvait imaginer qu'ils fussent désormais élus par les enseignants, et non plus nommés par le gouvernement. On pourrait à cela rétorquer que ce serait donner aux enseignants mêmes un pouvoir excessif.
Mais cela n'empêche pas les contrôles, notamment à la demande des parents. En outre, la suppression de la carte scolaire (l'obligation des parents de placer leurs enfants sur le collège du territoire où ils habitent) permet à ces parents de choisir l'établissement et par conséquent les enseignants qu'ils préfèrent. Ceux qui verraient leurs effectifs se réduire devraient forcément se remettre en cause.
Je ne cache d'ailleurs pas être favorable à la mobilité. Je sais que certains marins qui transportaient des gens d'une rive de la Manche à l'autre ont refusé de devenir conducteurs de cars pour transporter des gens d'une ville à l'autre, que naviguer donne du plaisir, et qu'on s'attache aux lieux où l'on travaille; mais le but ultime de ce travail n'est-il pas de satisfaire un besoin, éprouvé par le public, d'être véhiculé d'un lieu à un autre? On doit y songer: la fraternité économique passe aussi par des sacrifices effectués au profit des gens pour lesquels on travaille, de la société. (Elle ne peut pas passer, dans son essence, par des obligations créées par l'État: c'est un mythe.) L'enseignant qui ne comble pas les attentes des parents peut être amené à se demander s'il n'y aurait pas un métier au sein duquel il serait mieux accueilli par autrui - ou une façon de faire préférable au sein même de son métier.
On peut également faire remarquer que la suppression de la carte scolaire est bien jolie, mais que tous les parents ne sont pas en mesure de véhiculer les enfants dans n'importe quel établissement. A cela, je répondrai qu'il n'est pas anormal, pour corriger ce défaut du système, de permettre plus facilement la fondation d'établissements privés - de libéraliser l'éducation.
A cela, on peut apporter la remarque que cela créera des inégalités. Je dirai que l'État peut tout à fait imposer par la loi une échelle de salaires uniforme, de la même façon qu'il impose un salaire minimal. Il peut imposer un salaire maximal, s'il ose affronter le patronat sans passer par la ruse des taxes - en exigeant que les patrons réinvestissent l'argent qu'ils ont gagné en surplus, d'une façon ou d'une autre. J'y suis favorable.
Il n'y a donc pas d'obstacle insurmontable à la liberté complète accordée aux enseignants, selon moi.