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1. « Ah ! Seigneur mon Dieu, je ne sais parler, parce que je suis un enfant (Jerem. XXIV, 6). » Mes frères, si comme vous l'entendez dans la lecture de ce jour, Jérémie prend prétexte avec plus de modestie que de raison, de son âge trop tendre pour ne pas entreprendre l'office de la prédication, avec combien plus de motifs pourrais-je opposer, moi, la faiblesse de mon intelligence? Si la faiblesse de lâge effrayait un prophète sanctifié dans le sein de sa mère, et que le choix divin désignait manifestement , de quel front puis-je parler, moi à qui ma conscience ne rend pas un témoignage de ma sainteté et à qui la science ne donne pas la facilité de parler. Jérémie redoutait sa jeunesse, pourrai-je ne pas craindre l'enfance de mon esprit? Cependant, ô vous, prophète du Seigneur, si ma fonction me fait un devoir d'entretenir mes frères de vous, en ce jour, vous ne souffrez pas que nous nous excusions sur notre jeunesse, sans essayer au moins de balbutier sur ce sujet, à la façon des enfants; nous n'avons pas encore appris à former pleinement les paroles, en des sujets plus faciles. A vous, ô parole du Verbe, voix de la sagesse, de délier, en votre honneur, une langue dévote, vous qui, ne parlant pas encore, avez pu rendre la parole à un muet. Il recouvra avec grand profit la faculté de parler qu'il avait perdue, ce muet qui reçut aussi la grâce de l'esprit de prophétie, en sorte que le père et la mère de Jean se réjouissaient d'avoir reçu quelque chose de la faveur accordée à leur fils.
2. Cet enfant qui devait être prophète et plus que prophète, mieux que cela, cet enfant qui avait commencé de prophétiser avant de parler, à sentir Dieu avant de se sentir lui-même, rendait aussi ses parents prophètes, et reversait en ceux qui lui avaient communiqué la chair, la surabondance de son esprit et de sa grâce. Car, après que son enfant eut tressailli d'allégresse dans son sein, Elisabeth prophétisa, remplie elle aussi du Saint-Esprit; son fils, bien que ne parlant pas, lui révéla néanmoins, par ces agitations manifestes, la présence cachée du Seigneur. Par les mouvements qu'il lui était donné de faire, il saluait son Sauveur ; précurseur, il s'efforçait, avec ardeur, d'aller à la rencontre de son maître. Grâce incomparable, puissance inestimable de la vertu divine! La voix de Marie, retentissant aux oreilles d'Elisabeth, pénètre au cœur de Jean, caché dans les entrailles de sa mère, réveille son esprit et le remplit d'une joie salutaire, et cet enfant, à qui la nature n'avait point encore donné une vie complète, la vertu de la voix de Marie le remplit de l'Esprit avec la plus grande abondance, puisque sa mère en reçut de son fils une communication si copieuse. Marie était « vraiment pleine de grâce ; » le Dieu de toute grâce était manifestement en elle, la grâce se répandait de sa grande magnificence, avec ampleur et éclat, principalement dans sa mère, de sa mère dans saint Jean, de saint Jean sur Zacharie et sur Elisabeth. Oui, du sein de Marie, sortaient des eaux vives, et une source de vie et de grâce s'élevait du milieu du Paradis pour en arroser les arbres.
3. Près de cette fontaine était un noble cèdre ; je veux dire Jean-Baptiste, cousin et ami de l'Époux, précurseur et martyr du Seigneur à qui il devait donner le baptême; aussi, arrosé avec une grande abondance, cet arbre s'éleva si haut, que, parmi les enfants des hommes, on n'en peut trouver de plus grand. Il était bien rapproché du Sauveur à qui il était uni, non-seulemeut par les liens du sang ou de l'amitié; mais, plus que tous les autres mortels, par des liens plus étroits à raison de la gloire avec laquelle il fut annoncé à ses parents, de sa naissance tout exceptionnelle, de sa sainteté qui remontait presque au commencement de ses jours, d'une prédication analogue et de sa vertu de patience. Enfin, à défaut de tout le reste, quand tous les éloges que lui ont donnés les prophètes n'existeraient pas, la grâce seule dont son nom était la signification, qui fut prononcée par l'Ange avant sa conception, attestait largement que la grâce du Seigneur serait singulière en lui. Il était juste qu'un prédicateur plein de grâce prêchât la grâce de Dieu donnée au monde par Marie qui en était remplie, et qu'il se distinguât par l'affluence des dons célestes, lui qui séparait, comme une limite mitoyenne, le temps de la grâce du temps de la loi. « Jusques à Jean la loi et les prophètes ont prophétisé (Luc. XVI, 16), » c'est lui qui le premier a désigné, comme présent, celui dont la loi et les prophètes avaient parlé comme devant venir.
4. C'est donc à juste titre, que la naissance de cet enfant fut jadis, et est encore aujourd'hui, pour plusieurs, un sujet de joie, puisque, né au temps de la vieillesse de ses parents, il venait prêcher au monde vieilli, la grâce qui devait le faire renaître. L'Église a donc raison de vénérer cette nativité que la grâce a merveilleusement opérée, et que la nature admire, surtout lorsqu'elle voit que des dons de grâce lui sont fidèlement assurés par la naissance de ce patriarche dont la grâce a réparé la nature. L'Eglise ne se montre ni ingrate ni oublieuse : elle reconnaît fidèlement avec quelle dévotion, avec quelles actions de grâce, elle doit accueillir le précurseur, par le ministère de qui elle a connu le Sauveur. Je vois, avec une joie nouvelle, apparaître ce flambeau du monde, aux lueurs duquel j'ai reconnu la véritable lumière luisant dans les ténèbres qui ne la comprennent pas. C'est avec une allégresse inexprimable que je vois naître cet enfant avec lequel naissent des biens si grands et si nombreux; qui, le premier, catéchise l'Église, l'initie par la pénitence, la prépare par le baptême, et la donne et l'unit à Jésus-Christ, après l'avoir préparée; et après lui avoir appris à vivre dans la tempérance, il la fortifie par l'exemple de sa propre mort, à souffrir le trépas avec courage, et, par tous ces moyens, prépare au Seigneur un peuple parfait.
5. O mes frères, dont la résolution, et plaise au ciel que ce soit votre désir aussi, dont la résolution est de tendre à la perfection, qu'il arriverait vite à ce but, celui qui aurait une âme docile pour ce maître dont les premiers éléments de justice dépassèrent les bornes de la perfection humaine, dont les premiers jours furent au dessus de la maturité des vieillards ! S'il fut saint avant de naître, est-il étonnant que, dans la suite de sa vie, il fût plus que saint ? Nous pouvons admirer, nous ne pouvons imiter votre sainteté, ô le plus saint des saints, il faut cependant que vous vous hâtiez de former pour le Seigneur, avec des publicains et des pécheurs, en peuple parfait, que vous mettiez, en leur parlant, plus de douceur dans leurs discours que dans votre régime de vie, leur donnant un modèle de perfection, conforme à ce que peut la médiocrité ordinaire et non selon les habitudes de votre vie. « Faites, » dit-il, « de dignes fruits de pénitence (Matth. III, 8). » Pour nous, mes frères nous nous glorifions de parler plus parfaitement que nous vivons; mais saint Jean qui, vivant d'une façon plus sublime que les hommes ne peuvent le comprendre, leur parle de telle sorte qu'ils peuvent l'entendre. « Faites, » leur dit-il, « de dignes fruits de pénitence (Matth. III, 8). » « Je parle humainement, à cause de votre faiblesse (Rom. VI, 19.)» Si la plénitude de tous lesbiens ne peut se trouver en vous, qu'il s'y rencontre du moins le repentir de tous les maux. Si vous ne pouvez pour le moment produire des fruits de justice, en attendant mieux, que votre perfection consiste à faire de dignes fruits de pénitence.
6. Mes frères, si nous voulons nous souvenir de ce que nous avons lu aujourd'hui, c'est à ces dignes fruits de pénitence que se rapporte cette parole adressée à Jérémie et certainement à saint Jean sous la figure de Jérémie ; « je t'ai établi pour arracher, pour détruire, pour ruiner et pour dissiper Jerem. I, 10),» et aux fruits de la justice, a trait celle-ci : «pour édifier et planter.» Heureux l'homme qui aidera celui qui arrache ainsi le mal. Car il est vraiment le coadjuteur de Dieu, celui qui, coopérant à la parole et à la grâce du Seigneur, s'applique et travaille à arracher et à rejeter de ses affections et de ses mœurs toute plante que le Père céleste n'aura pas mise en terre, à détruire et à faire disparaître toute construction de la Babylone de confusion et d'orgueil, afin, par la suite, de mieux bâtir et de mieux planter, et d'accomplir ce qui est écrit : « Les briques sont tombées, mais nous bâtirons avec des pierres carrées (Isa. IX, 10). » « Ils ont coupé les sycomores, nous les remplacerons par des cèdres (Ibid). » « Le sapin s'élèvera à la place du saule, et le myrte remplacera l'ortie (Ibid. LV, 13) ; » ce qui revient à dire, toute la grâce et la beauté des vertus succédera à l'horreur des vices. Quel est celui d'entre-nous assez parfait pour avoir au moins ce commencement de perfection, qui soit assez pleinement pénitent, qui condamne avec assez de sévérité le mal dont il s'est rendu coupable pour renoncer à ses vices anciens, pour arracher et extirper de son cœur toute racine de malédiction, en sorte qu'il n'en germe aucun fruit d'amertume, pour détruire et renverser toute hauteur qui s'élève contre l'humilité du Christ, de sorte qu'il ne rebâtisse plus ce qu'il a une fois démoli ? Que l'Église des saints serait heureuse aujourd'hui ! de quelle grâce, de quelle paix fleuriraient les congrégations des bienheureux pauvres, si' la justice produisait les fruits que devrait produire la pénitence des gens grossiers ou de ceux qui veulent paraître saints et parfaits! Mais puisque nous n'avons ni la justice des saints ni la scrupuleuse pénitence des pécheurs, rachetons, en partie du moins, notre tiédeur, par une tendre dévotion envers les amis du Seigneur, particulièrement envers le bienheureux saint Jean, dont la sainteté a tellement brillé au dessus des autres, qu'on le croyait le saint des saints. Mes frères, redisons et méditons la magnificence de sa glorieuse sainteté, afin qu'il rende indulgent pour nos iniquités celui dont il voulut être l'ami particulier, je veux dire le Fils de Dieu, qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.