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Monsieur Maraini, Ingénieur
Propriétaire du «Diritto»
5. Via Magenta
Florence1
Zurich, le 21 Octobre 1870
Cher Monsieur
J'ai reçu votre bonne lettre du 15 Courant et les obligeantes explications qu'elle contient au sujet de votre précédente. Ces éclaircissements me font envisager maintenant la chose sous un autre jour, puisque ce n'est pas la cause elle-même que vous croyez compromise en Italie; mais uniquement des lenteurs que vous craignez.
Vous m'informez qu'il se présente deux alternatives touchant la convocation de l'ancien Parlement, et que l'une comme l'autre peuvent présenter des inconvénients. La première de ces alternatives, c. à. d. celle de la réunion pendant quelques mois, serait certainement préférable pour une prompte solution de l'affaire du Gothard, et il me semble que si dès l'ouverture de session, la question est introduite, elle pourrait encore être vidée dans le courant de l'année. M. Mordini y contribuera assurément beaucoup si son rapport est prêt au commencement de la session, et je ne doute pas que cela ne se fasse, vu les excellentes dispositions dont vous me le dites animé pour l'affaire du S. Gothard, comme je suis persuadé aussi que vous y contribuerez vaillamment en usant des bons rapports qui existent entre vous et M. Mordini, et qui sont si favorables à la cause du S. Gothard.
En ce qui concerne l'attitude du Gouvernement, on serait en droit d'attendre qu'il s'efforce d'amener la solution de cette question dans les Cham | bres durant la session de Novembre, puisque le Gouvernement est favorable à l'entreprise et qu'il doit voir lui-même combien il serait fâcheux de prolonger indéfiniment les délibérations pour un projet qui, par sa nature même, demandera déjà 9 à 10 ans pour sa seule exécution.
J'ai fait auprès de M. de Roeder la démarche dont je vous parlais. Il m'a répondu qu'il trouvait le moment peu propice pour entretenir M. de Bismarck de cette affaire; mais il s'est adressé à son collègue à Florence, M. le Comte Brassier de Saint-Simon, en le priant de faire de son chef des démarches auprès du Gouvernement Italien pour que la question ne soit pas trop renvoyée. Il lui a fait ressortir, en outre qu'il pouvait d'autant mieux agir dans ce sens que, d'après la position tranchée que le Gouvernement de la Confédération du Nord a pris dans la question du Gothard, il est indubitable que son désir est que l' affaire soit terminée, en ce qui concerne l'Italie, dans le courant de cette année. Il va sans dire que cette communication que je vous fais, doit être considérée comme tout-à-fait confidentielle.
J'ai pareillement causé ces jours-ci de l'état des choses en Italie, touchant le Gothard à votre Ministre en Suisse. M. Melegari est pleinement d'avis, lui aussi, que le Traité de Berne devrait être ratifié par l'Italie dans le courant de cette année, et il m'a donné l'assurance qu'il s'adressera à son Gouvernement d'une manière pressante dans ce sens.
Quant à l'Allemagne, il faudra bien lui accorder encore un délai outrepassant le 31 Janvier 1871. pour compléter les subsides allemands de 20 millions, vu l'état de guerre dans lequel ce pays se trouve actuellement. Je n'ai | d'ailleurs jamais douté que l'affaire ne s'arrange pour ces 20 millions allemands, du moment que M. de Bismarck avait donné sa signature au Traité du 20 Juin. Maintenant, que les événements sur le théâtre de la guerre font prévoir que l'Alsace et la Lorraine seront réunies à la Prusse, il est encore plus certain que la subvention allemande de 20 millions sera complétée, vu l'immense intérêt que l'industrie de ces deux provinces trouve à l'exécution d'un chemin de fer par le S. Gothard.
Je vous serai bien reconnaissant si vous voulez me tenir au courant de ce qui se passera en Italie dans le moment décisif actuel, et dans l'attente de vos bonnes nouvelles, je vous réitère, cher Monsieur, mes salutations cordiales
Votre dévoué. 2