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La Suisse et la Chine ont choisi Genève pour poursuivre leur dialogue sur les questions financières : une chance à saisir !
Les relations sino-suisses se sont construites progressivement, sur des fondations solides
Un proverbe chinois dit qu’un « homme prudent traverse une rivière pas après pas d’une pierre à l’autre ». Cette approche évolutive a prévalu dans les relations commerciales entre la Suisse et la Chine. Elle a permis de positionner au fil du temps la place financière helvétique en tant que « hub » pour les opérations avec ce pays et comme pôle dans le traitement de la monnaie chinoise.
Le développement des relations bilatérales entre la Suisse et la Chine peut être résumé en quatre étapes principales. L’établissement de relations diplomatiques formelles entre les deux pays remonte au 14 septembre 1950. Le premier partenariat interentreprise a été créé en 1980 sous forme d’une « joint-venture » entre une firme chinoise et une entreprise étrangère, en l’occurrence la société suisse Schindler. En 2007, la Suisse est l’un des premiers Etats européens à reconnaître la Chine en tant qu’économie de marché. Cette reconnaissance a été le fondement de l’accord de libre-échange, entré en vigueur en 2014. Il s’agit du premier accord de ce type que la Chine a conclu avec un pays du continent européen.
L’économie en général, et le domaine de la finance en particulier, constitue un des piliers importants de cette relation solide. L’Empire du milieu est aujourd’hui le premier partenaire commercial de la Suisse en Asie et son troisième partenaire commercial dans le monde, après l’Union européenne et les Etats-Unis. Cette fructueuse coopération a pu être encore renforcée grâce à l’instauration d’un dialogue sur les questions financières dès 2013. Ces discussions ont conduit les deux banques nationales à signer un accord concernant le « clearing » en renminbi en Suisse.
Lorsque l’on sait que 15% du commerce extérieur de la Chine s’effectue dans cette devise, on devine aisément les avantages d’un tel accord : la demande de services financiers en devise chinoise va augmenter dans notre pays et la Suisse sera à même de répondre aux besoins croissants de l’Empire du milieu en termes de financement, de placement et de gestion de fortune.
Les observateurs avisés pronostiquent que la Chine exercera une influence accrue sur l’économie mondiale dans les années à venir. La Chine a notamment contribué à la croissance mondiale dans une proportion de 28% dans les années 2000, atteignant un pic à 35% entre 2010 et 2015. Le Fonds monétaire international anticipe que cette part devrait s’établir à 31% pour les cinq prochaines années. L’Empire du milieu est toutefois confronté au défi considérable consistant à passer d’une économie axée sur la production industrielle à une société de consommation. Et la Suisse est bien placée pour jouer un rôle actif dans ce processus de transformation. Qu’en est-il plus précisément de Genève ?
L’union fait la force de Genève
Une table ronde financière sino-suisse a été initiée dès 2014 entre les deux pays et marque une étape importante dans cette collaboration. Elle réunit de hauts représentants des gouvernements suisse et chinois, des banques centrales et des autorités de surveillances de ces deux Etats ainsi que des dirigeants et des professionnels du secteur bancaire et financier.
La première édition, qui s’est tenue à Zurich en juin 2014, a permis de mettre en exergue le soutien unanime des acteurs de la finance à un accord monétaire entre la Banque nationale suisse et la banque populaire de Chine. Elle a posé les jalons qui ont conduit à la signature du « Memorandum of Understanding » le 21 janvier 2015 relatif à la conclusion, en Suisse, d’accords de compensation en renminbi. La seconde édition s’est déroulée à Pékin en septembre 2015.
Après Zurich et Pékin, c’est au tour de Genève d’accueillir cet événement le 24 novembre 2016.
Le choix de Genève permet de mettre en avant l’interaction entre la Genève internationale, la Genève financière et la Genève académique. Le canton dispose en effet d’un atout majeur : un « cluster » unique au monde regroupant la gestion de patrimoine, le négoce et le financement du négoce en matières premières, l’affrètement maritime et la surveillance ainsi qu’un tissu très dense de multinationales. La présence d’organisations internationales, auxquelles il convient d’ajouter une recherche universitaire de haut niveau, renforce encore l’attractivité de la région.
Le rôle de Genève en tant que place internationale vis-à-vis des centres asiatiques trouve ici une forme de reconnaissance. Notre canton est conforté dans sa position de « global leader » dans la gestion de fortune et le financement du négoce en matières premières. La Genève académique n’est pas en reste puisque l’Alma Mater a conclu en octobre 2016 un accord avec l’Université de Tsinghua, présentée comme le M.I.T chinois, afin de proposer des programmes d’enseignements innovants, en particulier dans le domaine du développement durable.
Rien n’est jamais acquis en matière économique. Les livres d’histoires sont remplis de récits sur des régions jadis florissantes qui ont perdu de leur splendeur faute d’avoir su cultiver leurs atouts et leurs forces. A ce titre, l’économie genevoise représente un écosystème dont le succès dépend d’une forte conviction partagée par les acteurs de la place et les autorités politiques, selon laquelle l’activité bancaire et financière est utile à la prospérité de l’ensemble du canton et de sa population. La tenue de la table ronde sino-suisse du 24 novembre constitue une occasion rêvée de réaffirmer cette vision commune.
Opinion publiée dans "Le Temps" - 21 novembre 2016