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Le premier tour de l'élection du Conseil d'Etat a joué son rôle : il a clarifié les enjeux, personnels et collectifs. A droite, le PLR Alexandre de Senarclens, arrivé en dixième position, s'est retiré de la course -ce qui a pour conséquence l'abandon par le PLR de tout espoir de gagner un siège (quitte à le prendre à l'allié PDC) : pour lui, l'enjeu, désormais, c'est de garder son deuxième siège, le trône de Maudet ayant été pourvu par Maudet. Pour le PS, en revanche, l'enjeu est de récupérer son deuxième siège et de faire élire Thierry Apothéloz aux côtés d'Anne Emery-Torraccinta, Sandrine Salerno s'étant effacée, malgré son bon résultat personnel (elle devance le sortant Barthassat et talonne la PLR Fontanet), pour ne pas diviser l'électorat socialiste.
La "gauche de la gauche"s'est elle-même condamnée à n'être que l'"aiguillon" de la gauche...
La droite genevoise veut donc sauver Barthassat tout en sacrant Fontanet. Si elle y arrive (et il dépend de la gauche qu'elle n'y arrive pas...) le rapport des forces au gouvernement cantonal ne changera pas : deux de gauche, cinq de droite. A-t-il produit un gouvernement efficace, depuis cinq ans, ce rapport des forces déséquilibré ? Poser la question, c'est y répondre : ni la gauche, ni la droite démocratique, ne sont majoritaires, ni dans l'électorat, ni au parlement. La revendication d'une majorité gouvernementale a donc la même légitimité relative pour l'une et pour l'autre. Mais le maintien de quatre élus de l'Entente pour deux élus de l'Alternative alors que l'Alternative est un petit peu plus forte que l'Entente au Grand Conseil (et dans l'électorat) produirait les mêmes effets que ceux constatés depuis cinq ans : un gouvernement minoritaire face à son parlement et face au peuple, et désavoué dans les urnes quand il ne l'est pas au Grand Conseil. Bref : un gouvernement inutile (il paraît qu'il y en a d'utiles).
Et à gauche ? A gauche, on fait dans l'unité séparée. Il paraît (c'est ce qu'on a lu dans "Le Courrier" de vendredi) que la "gauche de la gauche" genevoise ne veut plus se contenter d'être "l'aiguillon du PS et des Verts" au parlement et hors du parlement. Ambition légitime : être un "aiguillon" ne suffit en effet pas à justifier l'existence spécifique d'une formation politique (ou d'une coalition de formations politiques) distincte de ce dont elle est l'"aiguillon" : ses militants pourraient tout aussi bien (et peut-être même mieux le jouer) jouer ce rôle en adhérant au PS et aux Verts. Il faut pour cette justification un programme qui soit réellement distinct du programme des autres et des pratiques qui soient réellement alternatives à celles des autres. Or en quoi le programme d'"Ensemble à Gauche" se distingue-t-il du programme du PS ou de celui des Verts ? En des inflexions, sans doute, et en des habitudes de langage, mais sur le fond ? Au soir de l'élection du Grand Conseil genevois et tout content qu'"Ensemble à Gauche" ait passé la barre du quorum et reste représentée au parlement cantonal, Jean Batou, de solidaritéS appelle à la création d'une "force qui résiste, avec les citoyens, les syndicats et les associations, pour défendre un Etat social fort". Une vraie force social-démocrate, donc. Cela fait déjà des lustres que la "gauche de la gauche" défend un programme social-démocrate sans l'admettre : Etat social, Etat de droit, démocratie politique, secteur public fort sont précisément les fondements de la social-démocratie -qu'elle les ait souvent oubliés et dilués dans un "social-libéralisme" sans tripes ni tête est sa faute historique, mais de les défendre à sa place, est-ce la mission historique de feue la gauche révolutionnaire ? Et est-ce son rôle que de se fondre, même à son âme défendante, dans les lieux institutionnels de la démocratie ? Ou alors, qu'elle l'assume, sa social-démocratisation, jusqu'à l'unité avec le reste de la gauche, et sans faux-fuyants et pudeurs de premières communiantes.
La "gauche de la gauche" peut bien regretter de ne plus être que l'"aiguillon" de la gauche, mais personne ne l'a condamnée à ce rôle, sinon elle-même. Elle peut y renoncer, mais à persister à le jouer en se plaignant de le jouer, à le jouer pour ainsi dire honteusement, c'est elle-même qui se condamne à jouer les utilités -et qui moins est : à ne les jouer qu'à moitié.