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Le 6 avril 1994, un avion transportant les présidents du Rwanda et du Burundi est abattu. Des documents vraisemblablement liés à cet attentat auraient été saisis à l´aéroport de Genève. Témoignage de Paul Barril, un ancien supergendarme de l´Elysée.
«La police de l'air et des frontières de Genève a mis la main sur des cartes militaires de la région de Kigali, et sur des documents en français et en anglais. Ils évoquaient la vitesse (moins de 250 kilomètres/heure) et l'altitude (400 mètres) d'un avion en train de se poser», explique le capitaine Paul Barril.
Depuis 1994, cet ancien proche collaborateur du président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, tué dans l'attentat, tente de découvrir les coupables. Ces documents, que l'ancien gendarme affirme avoir consultés, auraient été saisis à bord d'un Falcon-50 appartenant à la présidence burundaise. L'avion aurait subi un contrôle technique à Genève «une semaine à dix jours» avant la destruction en vol du Falcon-50 appartenant, lui, à la présidence rwandaise.
Les officiers burundais, de l'ethnie tutsie, ignoraient le caractère binational de l'aéroport de Genève. C'est en se rendant par hasard dans la partie tricolore qu'ils seraient tombés sur un contrôle douanier. La police de l'air et des frontières a fait aussitôt des photocopies. «Depuis six ans, je répète aux autorités qu'une partie de la solution se trouve à Genève», souligne le capitaine Paul Barril.
Il n'a été entendu que tout récemment. Le juge Jean-Louis Bruguière, en charge de l'enquête (l'attentat a provoqué la mort de trois français, deux pilotes et un mécanicien), a dépêché il y a quelques semaines des enquêteurs à Genève. L'Office fédéral de la justice a accordé l'entraide judiciaire à Paris.
«Il ne s'agit pas d'une preuve, mais d'indices très sérieux. D'autant que les officiers tutsis des deux pays entretenaient d'étroites relations», ajoute l'ex-gendarme de l'Elysée. Depuis 1994, il accuse l'actuel régime du Rwanda, dominé par les Tutsis, d'être le commanditaire de l'assassinat des présidents hutus du Burundi et du Rwanda. «L'année prochaine, la justice française lancera un mandat d'arrêt contre Paul Kagame, le président du Rwanda», assure Paul Barril.
Ian Hamel