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Le Jobsharing reste une exception dans les entreprises suisses. Les préjugés sont que c'est trop compliqué, trop cher, et trop inefficace. Pourtant, il représente avant tout une opportunité pour les entreprises, notamment les PME. L'une des raisons les plus importantes : le Jobsharing comble le fossé entre le travail à temps partiel et une carrière. Il donne accès à un potentiel inexploité de spécialistes hautement qualifiés qui font défaut dans les entreprises suisses.
En effet, un travail à temps partiel signifie un frein involontaire à une carrière – il n’est souvent pas possible d’assumer une fonction à responsabilité avec une charge de travail de 60 %. Comme un peu moins de 2/3 des femmes travaillent à temps partiel, contre seulement 18 % des hommes (OFS, 2020), la situation affecte principalement les employées. La réalité dans ce pays est que ce sont surtout les femmes qui s'occupent des enfants et des proches en mal de soins. Les femmes en Suisse sont du coup sous-représentées, et de façon manifeste, dans les postes de direction. La proportion de femmes dans les conseils d'administration n'est que de 23 %, et de seulement 10 % dans les conseils de direction des entreprises (Schillingreport 2020). Et ce,bien que les femmes soient plus nombreuses que les hommes à disposer d'une maturité fédérale, et que plus de la moitié des étudiants dans les universités sont des étudiantes. Le Jobsharing peut donc contribuer à valoriser ce potentiel.
Jobsharing : une définition
Le Jobsharing signifie que deux employés, ou plus, partagent un poste à temps plein avec une responsabilité commune et des tâches interdépendantes. Les deux employés agissent comme une seule unité et sont évalués comme tel. Dans une situation de "Jobsharing pur", deux collaborateurs sont employés sous un seul contrat, partagent un compte de messagerie et travaillent les deux aux mêmes tâches . On parle de "Jobsharing hybride" lorsque les employés signent chacun un contrat individuel. Dans ce cas, les deux travaillent à leurs propres projets mais partagent l'entière responsabilité de la fonction et leurs tâches restent interchangeables. Cette notion s'oppose au "Jobsplitting", qui désigne la division d'un emploi à temps plein en deux emplois à mi-temps. Lorsque deux cadres partagent un poste, on parle de "Topsharing" - ce qui aurait été impensable par le passé n'est plus aberrant aujourd'hui.
Avantages et inconvénients du Jobsharing
Aucune situation n'a que des avantages. Le Jobsharing pose également des défis. Il demande déjà plus de coordination - entre les partenaires qui se partagent un travail, ainsi qu'au sein de l'équipe. Pour assurer la transmission des informations, il est conseillé d'organiser une réunion d’une demi-journée à laquelle tous les membres de l'équipe sont présents. L'administration et la conduite prennent en outre plus de temps qu'avec un seul employé. Enfin, et surtout pour les PME, le Jobsharing peut rendre le processus de recrutement plus complexe parce que le tandem ne fonctionne que si l'alchimie entre les partenaires est bonne. La question est donc de savoir si les inconvénients l'emportent sur les avantages. Certainement pas, et de loin.
Pour le même prix, l'entreprise bénéficie de deux fois plus de compétences, d'expérience et d'idées. Le risque de burnout est moindre car la charge est partagée. Mais avant tout, une présence plus importante est garantie - si l'un des partenaires est en vacances ou absent, l'autre prend le relais - et il est de toute façon toujours au courant de tout. Cela permet de réduire le manque de personnel et, comme mentionné plus haut, les entreprises peuvent, grâce au Jobsharing, également atténuer la pénurie de travailleurs. Diverses études démontrent également que la productivité des employés augmente lorsqu'ils sont satisfaits, et travaillent à moins de 80 %.
La succession en tandem
Le Jobsharing peut également être la réponse à l'une des questions les plus pressantes de nombreuses PME : qui assurera la relève lorsque les baby-boomers prendront leur retraite dans les prochaines années ? Avec un partage intergénérationnel du travail – à savoir que les deux partenaires ont une différence d'âge d'au moins 10 ans - un précieux savoir-faire est transmis à la jeune génération et sur le long terme. En contrepartie, la personne plus âgée bénéficie des connaissances et des compétences techniques du personnel junior. Et il lui est possible de réduire lentement sa charge de travail et son rythme tout en continuant à effectuer un travail exigeant.
Plus qu'une simple tendance
Pour qui ne propose que des postes à temps plein, ou des postes à temps partiel avec peu de compétences à la clé, verra filer de nombreux talents. Si, par exemple, une femme ne peut conserver son poste à responsabilité après un congé maternité, fort est à parier qu’elle quittera l'entreprise - et ses connaissances avec. De plus, la réalité de la vie des hommes a également évolué. Eux aussi ressentent le besoin de plus en plus pressant de travailler à temps partiel. Que ce soit parce qu'ils veulent s'impliquer dans l'éducation des enfants, combiner différentes activités professionnelles ou souhaitent plus d'indépendance. Les grandes entreprises ne peuvent plus se permettre d'ignorer les questions sociopolitiques liées à la diversité, l'égalité des chances et l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les PME également vont devoir se positionner de plus en plus sur le sujet.