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Programme de recherche
Les activités de recherche de l'UER Tourisme portent sur des enjeux actuels et futurs du tourisme. Elles s'organisent plus particulièrement autour des huit axes suivants:
I. La qualité des lieux touristiques est appréhendée par un travail portant la caractérisation des lieux géographiques. Ces recherches répondent au défi de connaissance portant sur les types de lieux touristiques. Les termes "station", "site", "ville" etc. sont à l'heure actuelle encore insuffisamment différenciés pour rendre compte de la diversité des situations. Ce travail est mis en œuvre en développant une approche consistant à croiser les concepts d'"urbanité" et de "touristicité". L'objectif vise à développer des recherches systématiques sur ce lien complexe où l'urbain émerge du touristique tandis que le touristique se reproduit grâce à l'accumulation d'urbanité. Ainsi le croisement entre « urban studies » et « tourism studies » est effectué.
II. L'analyse systématique sur la longue durée (un ou deux siècles) de ces processus parallèles d'urbanisation et de "touristification" permet de dépasser les approches statiques de la caractérisation des lieux touristiques contemporains en développant une approche dynamique permettant d'identifier les différents ressorts du développement des lieux touristiques dans le temps. Une telle perspective devrait ainsi permettre de mieux comprendre les éléments sociaux, culturels, politiques, économiques, spatiaux, environnementaux, etc. qui contribuent à l'émergence et à la permanence dans la longue durée des lieux touristiques, ou au contraire qui contribuent à la disparition plus ou moins brutale du caractère touristique de leur fréquentation. A travers la notion de « capital touristique », nous tentons d’explorer les arrangements institutionnels, économiques, culturels, spatiaux, symboliques, politiques qui régissent le développement des lieux touristiques.
III. La gouvernance du secteur touristique étudie les relations formelles et informelles, coopératives ou conflictuelles, entre les différents acteurs publics et privés qui composent le système touristique, que ce soit les prestataires touristiques (hôteliers, restaurateurs, commerçants, transporteurs, voyagistes, tour opérateurs, etc.) ou leurs représentants (associations professionnelles), les décideurs politiques et administratifs, les offices du tourisme, la population locale ou les touristes eux-mêmes. Cette analyse s'inscrit dans une perspective de gouvernance « multi-niveaux » dans laquelle il s’agit d’étudier, aussi bien les stratégies et les jeux de pouvoir des acteurs touristiques, que les dispositifs de régulations du tourisme aux niveaux mondial (OMT, OMC, etc.), national, régional et local.
IV. La gestion durable des ressources touristiques questionne, à partir du cadre d'analyse - lui aussi multiscalaire - des "régimes institutionnels de ressources", les conditions institutionnelles, juridiques (droits de propriété) et politiques (politiques publiques) d'une gestion durable des systèmes de ressources matérielles (ressources naturelles (bio-physiques) et infrastructurelles), culturelles et symboliques (ressources paysagères) indispensables à la fourniture des biens et des services touristiques. Les implications de la raréfaction des ressources bio-physiques ou autres (eau, air, foncier, paysage, climat, etc.) sur les activités touristiques seront plus particulièrement abordées. De même, les transformations majeurs en cours (autonomisation, libéralisation, modification des droits de propriété sur les entreprises et les infrastructures, voire privatisation) en matière de régulation des secteurs d'industries de réseaux (aérien, ferroviaire, services industriels, remontées mécaniques, etc.) seront envisagées sous l'angle de leurs implications sur le "système tourisme". Finalement, cet axe de recherche a également pour ambition d'aborder - toujours à partir de la question de la régulation des ressources touristiques - la question des rapports entre les formes changeantes du capitalisme (régimes d’accumulation) et les différentes formes du tourisme.
V. Les cultures de mobilité envisagent les pratiques touristiques comme une pratique humaine spécifique impliquant un déplacement afin de pouvoir se réaliser in situ. La mobilité est donc co-constitutive des pratiques touristiques. Cet axe de recherche a pour ambition d'approfondir la question des articulations entre pratiques touristiques et autres pratiques impliquant des mobilités ou des immobilités dans des styles de vie divers. Plus particulièrement, il s'agit de s'interroger sur la place du tourisme dans différents "styles d'habiter", ainsi que sur les cultures de mobilité et de tourisme dans différentes configurations sociales - notamment à travers le rapport à l'autre et la fabrique de l'authenticité. « Habiter touristiquement » comme mode d’engagement devient une modalité spécifique où les cultures touristiques s’expriment et où la mobilité reçoit une signification précise, celle de re-création et d’enchantement par la pratique d’un lieu autre. Les différentes modalités de cet habiter touristique restent à explorer.
VI. Tourisme et changements cultuels et sociétaux. Le tourisme est l’un des éléments qui déclenchent le changement culturel d’une configuration sociétale. La place des femmes change, les modes de vie urbains émergent, certains éléments culturels sont recodés en attractions touristiques, par exemple à travers la patrimonialisation, et les modes de vie se transforment. Les conflits et controverses économiques et politiques autour de ces changements qui prennent pour justification le tourisme permettent précisément d’analyser la place du tourisme dans ces sociétés. Que ce soit dans les sociétés urbaines ou les sociétés rurales, des unités de survie restreintes comme les villages valaisans ou les tribus aborigènes d’Australie, ou bien vastes comme la métapole californienne ou les Etats-nations comme la France ou la Suisse.
VII. Tourisme et mondialisation. Le tourisme s’est développé en Europe au 18ème siècle et s’est diffusé ensuite sur la quasi-totalité de l’écoumène. Cette mondialisation du tourisme est un problème scientifique dont les fondements empiriques restent lacunaires. Or, les effets sur les différentes « destinations » sont aujourd’hui indéniables, par la concurrence qui s’établit entre des formes de tourisme – par exemple balnéaire et ski – qui n’étaient pas mise en concurrence avant. Un nouveau réseau mondial de lieux touristiques a émergé, avec une hiérarchisation et de distinctions spatiales renouvelées. C’est aussi la question de cultures touristiques mondiales qui est posée : comment se fait-il que les mêmes lieux touristiques (tels que Chamonix, Paris, Zermatt) sont pratiquées par des individus issus de sociétés qui accèdent seulement depuis 10 ans à cette forme de voyage ? Comment le tourisme contribue-t-il à la Mondialisation, c’est-à-dire à l’émergence d’un espace-Monde ? Comment le tourisme contribue-t-il aux différentes mondialisations, c’est-à-dire les allongements d’interdépendance dans de multiples domaines économiques, politiques, sociaux, culturels ?
VIII. Epistémologie des tourism studies. Comment le tourisme peut-il être construit comme objet de recherche ? Comment le tourisme est-il abordé par les différentes disciplines ? Les « tourism studies » se sont-elles constituées comme un champ interdisciplinaire ? Une approche épistémologiques est indispensable afin de comprendre la manière de penser la complexité du phénomène touristique : le tourisme peut-il être abordé sous l’angle d’une ou de plusieurs disciplines, quels liens est-il susceptible d’entretenir avec les partages disciplinaires inhérents à l’organisation largement paradigmatique et facultaire du monde universitaire ? En quoi le tourisme est-il justement un objet complexe dont l’étude est susceptible de capitaliser sur des compétences disciplinaires acquises tout en inaugurant un nouveau mode d’organisation interdisciplinaire ? Une réflexion sur la définition du tourisme – secteur économique, système social, pratique ou rapport au monde ? – est également menée afin de mieux comprendre l’apport des approches interdisciplinaires par rapport aux approches disciplinaires.
L’ensemble des recherches vise à maîtriser l'ensemble de la chaîne de la production scientifique, c'est-à-dire qu’elles tentent de tenir ensemble les problèmes épistémologiques, théoriques, méthodologiques, empiriques et la restitution à la communauté scientifique et à la société civile.