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Après avoir obtenu son diplôme en Albanie, Anri Sala a poursuivi des études à lÉcole nationale des arts décoratifs de Paris (section vidéo) puis au Fresnoy. Son travail a été sélectionné lors de nombreux festivals, ainsi quà la Biennale de Venise en 1999, dans le pavillon albanais, à lexposition « After the wall » à Stockholm, à « Manifesta 3 » (2000) à Ljubiana, à « Voilà » au Musée dart moderne de la Ville de Paris (2000).
Son travail emprunte aux différents registres du cinéma : cinéma du réel, documentaire, performance, fiction. Cinéma du réel pour « Intervista » (1998). À la faveur d’un déménagement, A. Sala découvre un vieux film de propagande sur l’Albanie de la fin des années soixante-dix dans lequel sa mère est interviewée, mais dont le son a été perdu. À partir de là, il part à la recherche du son et des paroles tues, cachées ; il réinterroge les protagonistes du film, anciens militants ou résistants au régime, tente dans une école de sourds-muets de retranscrire la parole perdue pour la confronter à ses souvenirs, redécouvre son passé et son histoire, et prend conscience des transformations politiques et sociales de son pays natal. Quête fondatrice à la fois mythologique et psychanalytique, et prise de conscience de la différence entre passé, souvenir et mémoire. Documentaire pour « Nocturne » où s’entrecroisent deux « portraits ». Le premier présente un adulte coupé de la réalité et immergé dans sa passion pour les poissons ; le second, un presque encore adolescent qui raconte, comme une confession, son expérience précoce de casque bleu dans les Balkans. À l’intériorité du premier, filmé en plan large, devrait correspondre l’extériorité, filmé en plan serré sur les mains du second, si ce n’est que l’un et l’autre se révèlent plus complexes. La violence et la dureté de la vie sociale des poissons est analogique à celle du réel extérieur ; la dépendance à une passion, une angoisse permanente. Le récit de l’adolescent ressemble au départ à celui d’un délinquant meurtrier type jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il est un soldat de la « paix » d’une étonnante maturité quant à son rôle et sa mission ambiguë. Le film s’achève sur deux solitudes noires et profondes, étranges reflets de notre réel contemporain. Affronter les clichés ; faire parler les images.
Charles-Arthur Boyer