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S’entraîner à lire est un élément clé dans la prise en charge de la dyslexie, mais peut devenir une torture pour les personnes dyslexiques. Un cercle vicieux, que des variations dans l’affichage des textes peuvent permettre de rompre.1
Une nouvelle méthode franco-italienne a permis d’améliorer de 20% la vitesse de lecture chez 74 enfants dyslexiques, âgés de huit à quatorze ans, sans aucun entraînement préalable. Les chercheurs ont pour cela augmenté l’espacement des lettres dans les mots de différentes phrases. Les personnes dyslexiques sont en effet anormalement affectées par l’«encombrement perceptif» ou crowding : certaines lettres sont plus difficiles à identifier lorsqu’elles sont au milieu des autres. La lecture est ralentie, et, de plus, le nombre d’erreurs augmente. Dans cette étude, les enfants devaient lire en tout 24 phrases, avec un espacement soit classique, soit plus important des lettres : texte en Times-Roman 14, avec un espacement des lettres soit de 2,7, soit doublé à 5,2, et un espace entre les mots et les lignes proportionnels à cet espacement.
Les enfants dyslexiques français et italiens ont été répartis dans deux groupes. Le premier groupe devait d’abord lire le texte dans sa version classique, et deux semaines plus tard le même texte dans sa version aérée. La procédure était inversée pour le deuxième groupe. Chez tous les enfants, la vitesse et la justesse de lecture étaient améliorées avec l’affichage modifié. Des personnes non dyslexiques lisent au contraire plus lentement un texte dont l’espacement est doublé.
Une seconde expérience réalisée avec vingt autres enfants dans des conditions similaires a conforté ces résultats, avec cette précision que c’est surtout l’espacement des lettres plutôt que celui des lignes qui amène ce bénéfice. Il est à noter que les résultats étaient les mêmes pour les enfants italiens et français, or la «transparence orthographique» ou degré de correspondance entre l’orthographe et la prononciation des deux langues est différente : l’italien est considéré comme transparent alors que le français est relativement opaque. Ces résultats peuvent donc être généralisés aux différents types de langue.
Cette méthode très simple devrait donc être utilisée dans les traitements des enfants dyslexiques, en plus d’une prise en charge personnalisée. Par ailleurs, l’application Dys, créée par l’équipe, est disponible sur iPad et iPhone. Elle permet aux enfants de moduler eux-mêmes l’espacement des lettres de façon optimale, et aux chercheurs de recueillir des données à grande échelle et en temps réel.