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Un seul Banks vous manque...
«Bienvenue au club!» • Sa victoire contre la Suisse n'y changera rien, l'Angleterre est depuis 50 ans une équipe maudite. Et tout part d'une femme, à l'origine...
Pascal Bertschy
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Vous êtes quelques-uns à avoir fait «oooh», mardi, devant cette Angleterre qui a battu la Suisse. Il ne faut rien exagérer. Vous voyez l'équipe de Roy Hodgson remporter l'Euro 2016, vous? Je vois que nous sommes d'accord.
L’Angleterre n’est jamais rien de plus que l’Angleterre et c’est pourquoi je reviens sur Gordon Banks, comme promis la semaine dernière dans ma chronique sur Shaqiri et Stoke (à lire via ce lien).
Attention, monstre sacré! Banks a été le gardien des Potters de 1967 à 1972 et a aujourd'hui sa statue devant le stade de Stoke City, dont il est à 77 ans le président honorifique.
Allure féline et réflexes prodigieux, Flash Gordon a été un des plus grands gardiens de son siècle. Entré dans l’histoire pour avoir été champion du monde en 1966, réussi l'arrêt du millénaire devant Pelé en 1970, et perdu son œil droit dans un accident en 1972.
Le malheur s'invite dans la partie
Il faut s'arrêter à la Coupe du monde 1970 au Mexique. Sûre de retrouver le Brésil en finale, l'Angleterre affronte l'Allemagne en quart. Banks ne joue pas. Malade pour s'être intoxiqué en buvant une bière, il est remplacé par Peter Bonetti. L'équipe des «Three Lions» mène encore 2-0 à la 68e minute quand tout part en vrille...
Bonetti a beau avoir des origines tessinoises, il est mauvais et va encaisser deux buts pourris (voir le résumé du match ci-dessous). Le coach anglais, lui aussi, est un génie. Il a sorti de son côté son stratège, Bobby Charlton, offrant aussitôt des boulevards et la possession du ballon aux Allemands.
Résultat: 3-2 pour l'Allemagne après prolongation. Mot de Franz Beckenbauer: «Si Banks avait joué, nous n'aurions jamais pu gagner ce match». Mais voilà, Gordon ne jouait pas. Intoxiqué pour avoir bu une bière. Un Angliche, mal foutu à cause d'une bière? Et pourquoi pas un Valaisan malade à cause d'une raclette, aussi!
Vous n'auriez pas vu ma femme?
Des tabloïds donneront une version plus crédible. Au Mexique, les joueurs anglais sont rejoints par leurs compagnes après le tour qualificatif. Qui a permis cette sottise? A l'hôtel, la veille du quart contre l'Allemagne, Banks ne trouve plus sa femme. Volatilisée. En compagnie de qui? Allons, ça ne nous regarde pas, mais Gordon passe la nuit à la chercher partout.
Au petit matin, Banks n'est pas en état. Bonetti tiendra à sa place. Et fera tache d’huile en lançant ce jour-là la mode des gardiens anglais gaffeurs (liste des noms sur simple demande), mode provisoirement interrompue aujourd’hui par Joe Hart.
L’histoire du football est écrite par de drôles de scénaristes. Parfois, l'adultère en fait partie. Ma théorie: l'Angleterre ne s'est jamais remise de cette humiliante élimination. Et est tombée de si haut, en 1970, qu'elle s'est fracassée en mille morceaux. Toujours pas recollés à ce jour.
Le début d'une longue dépression
Un seul Banks vous manque et c'est le début des ennuis. D'une longue dépression quasi métaphysique qui dure depuis 45 ans. Or depuis le temps, avec les «Three lions», on connaît la musique.
C'est la chanson des perpétuels cocus du Mondial et de l'Euro. Le tango des rendez-vous manqués. La farandole des défaites aux tirs au but. Le cha cha cha des tirages au sort impossibles. La tarentelle des gamelles. Et le mambo des éternels bobos.
Le pays qui a inventé le football ne dit pas merci à la femme à l'origine, bien malgré elle, de la malédiction anglaise. Ce n’est pas une victoire contre la Suisse qui changera quelque chose: la grande Angleterre traîne une équipe nationale ordinaire qui, tôt ou tard, fout toujours le bourdon.
Les «Three Lions» n'ont cependant pas le monopole du spleen. Déprimés, depuis mardi, ce bon vieux Banks et les autres dirigeants de Stoke le sont sans doute aussi. Mais eux, c'est parce qu'ils ont suivi attentivement le match de Shaqiri à Wembley.