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Un ouvrage revient sur l'histoire des artistes des camps de concentration
Rire face à l'horreur. Des artistes de cabaret détenus dans les camps de concentration nazis organisaient des soirées de cabaret. Historienne de l'art, Antonella Ottai vient de publier "Rire rend libre" (Ed. Quodlibet, 2016), un livre qui est le résultat de recherches menées sur le sort de certains comédiens à qui on doit la grandeur légendaire des cabarets de l'Europe centrale, et principalement de Berlin, dans les années 30.
Le cabaret était imposé aux prisonniers et servait de propagande au Troisième Reich.
La musique au milieu des atrocités
Depuis quelques années, la musique dans les camps de concentration est devenue un thème à part entière, pas seulement en Allemagne, mais aussi en Italie. Ce domaine de recherche est large et compliqué, comme le démontre le musicologue et pianiste italien, Francesco Lotoro.
Après une dizaine d'années de recherche sur les compositions issues des camps de concentration et d'extermination, il a recensé des centaines de chansons et de morceaux de concert. A ce jour, Francesco Lotoro a produit environ vingt disques de cette musique qu'il joue lui-même, accompagné par différents chanteurs.
>> A voir: un document vidéo sur le cabaret au camp de Westerbork
Rire dans des conditions extrêmes
Le thème du cabaret, en revanche, est toujours resté dans les coulisses de la recherche sur les camps nazis, notamment d'un point de vue historique. On connaît depuis longtemps l'existence de cabarets dans les camps, même des livres audio sont parus à ce sujet. Mais rien ne dit comment fonctionnait cet art dans des conditions de vie et de survie aussi extrêmes...
"Ridere rende liberi", le rire rend libre – c'est sous ce titre que l'historienne de théâtre, Antonella Ottai, a publié un ouvrage dans lequel elle compare deux camps de concentration: Westerbork aux Pays-Bas et Theresienstadt au nord de Prague. Dans les deux camps, des prisonniers, anciens artistes de cabarets, organisaient des spectacles de cabaret.
Commandant et promoteur d'art
Westerbork était dirigé par un commandant adepte des cabarets depuis sa tendre jeunesse. Lorsque celui-ci prend la direction du camp, il se rend compte que de nombreux artistes faisaient partie des prisonniers.
Il décida alors de patronner leur art. Ces artistes étaient issus de la région de l'empire allemand ainsi que des Pays-Bas tombés aux mains des Nazis.
Des spectateurs venus de l'extérieur
Hormis Adolf Hitler, les artistes pouvaient prendre pour cible qui et ce qu'ils voulaient. Leurs spectacles rencontraient un tel succès qu'ils attiraient même les habitants des villes et communes alentour – une réalité unique durant le Troisième Reich.
>> A voir:
Programme artistique imposé
Des spectacles de cabaret étaient aussi organisés par des prisonniers du camp de Theresienstadt, mais ceux-là n'avaient pas le choix. Le camp servait de modèle pour les observateurs internationaux, tels que la Croix-Rouge, pour prouver à quel point les prisonniers étaient "bien" traités par les SS. C'est pourquoi on y tolérait et encourageait une certaine forme d'art et de culture.
Tandis que les artistes à Westerboork pouvaient passer leurs journées et organiser leurs soirées de cabaret assez librement, ceux de Theresienstadt étaient soumis à la censure et à un contrôle total.
Une fin tragique
Malheureusement, la relative liberté qui régnait à Westerbork ne durera pas. Tout comme les prisonniers de Theresienstadt et d’autres régions, ceux de Westerbork furent déportés vers d'autres camps, d'extermination parfois, comme celui d'Auschwitz. Leur route s'arrêta là. C'est ainsi que d'innombrables artistes de cabaret trouvèrent la mort.
Thomas Migge/mcc
Diffusion: Radio SRF 2 Culture, Culture Actualités, 14 février 2017, 6 h 50
Publié le 17 février 2017 - Modifié le 20 février 2017