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Souvent, on suppose que le musée moderne a progressivement évolué des cabinets de curiosités de la Renaissance, mais dans le cas du Muséum de Genève, l’intention était dès le départ de constituer une collection scientifique destinée à la recherche, à l’enseignement et à l’instruction publique.
Fondé en 1820 sous le nom de « Musée académique » et initialement géré par un comité de professeurs de l’Académie, le Muséum a établi une liste d’instructions sur les spécimens à collecter et sur les données nécessaires à leur valorisation scientifique. Ceux-ci ont été envoyés ou donnés à des voyageurs ou à des genevois résidant à l’étranger pour aider à constituer une collection représentative d’objets naturels.
En 1822, un tel ensemble d’instructions fut envoyé à Léonard Revilliod à Odessa, dans l’actuelle Ukraine mais qui faisait alors partie de l’empire russe, récemment conquis de l’empire ottoman. Étonnamment peut-être, il y avait une petite colonie de genevois dans la ville, où ils étaient impliqués dans le commerce et l’élevage de moutons (voir ce document des archives de la famille Pictet pour plus de détails sur Pictet de Rochemont et ses moutons).
Revilliod était un ami d’un des fondateurs du musée académique et, en tant que patriote genevois, il a fait sa part en envoyant plusieurs spécimens. La plupart des animaux qu’il a envoyés étaient des oiseaux (son ami était responsable de la collecte des oiseaux et la chasse était l’un des rares passe-temps dans la steppe), ainsi que quelques mammifères et autres objets d’intérêt. Certains de ces spécimens sont toujours dans les collections du Musée, mais beaucoup ont été perdus à cause des méthodes de taxidermie plutôt primitives de l’époque. Il a également conservé sa correspondance avec le musée, y compris les instructions relatives à la collecte, l’état d’avancement des collections et un certificat lui permettant de devenir le «correspondant du musée» (celles-ci se trouvent maintenant aux Archives de l’Etat de Genève).
Les instructions indiquent qu’il a été demandé à Revilliod de collecter des plantes et des graines, des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des poissons, des mollusques, des crabes, des méduses et même des fossiles, ainsi que de fournir des informations sur la localité, leur milieux, leur comportement, leur reproduction et la manière dont les indigènes les chassent ou les exploitent.
Le fait que Revilliod ait surtout collecté des oiseaux et peu de données (à notre connaissance) ne cache pas l’ambition scientifique du Musée depuis ses tout premiers jours.
→ Article scientifique disponible sur abonnement : Hollier, J, Hollier, A. & Cibois, A. 2019. Building the collections of the Musée académique de Genève: the contribution from Odessa of Léonard Revilliod. Archives of natural history 46(2): 203-219.