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Les faits remontent au dimanche 5 juillet au soir. Les cadres ainsi que quelques soldats de ce bataillon d'infanterie en cours de répétition viennent de terminer une marche de 9 kilomètres. L'ordre leur est donné de se positionner en formation d'appel. Une bonne centaine de gradés et de soldats sont présents.
Comme ils n'ont pas pu rentrer chez eux durant le week-end en raison des mesures sanitaires, un aumônier est invité à prendre la parole. Ce dernier commence par quelques propos généraux sur le confinement et l'importance de l'entraide en cette période de Covid-19.
Liberté de croyance en question
Puis il poursuit en citant des passages de la Bible. Des versets de l'Ecclésiaste sont lus devant les militaires. L'aumônier conclut son intervention par une invitation à prier avec lui, en récitant le Notre Père.
De nombreux militaires ont été choqués, voire blessés, par ce moment. La lecture de la Bible et surtout l'invitation à la prière ont été ressenties comme une atteinte à leur liberté de croyance. D'autant que ce bataillon est composé majoritairement de Genevois, un canton laïque où l'Etat doit observer une stricte neutralité religieuse.
Règlement respecté
Contactée, l'armée suisse confirme les faits. Elle précise même qu'il n'est pas rare, après un exercice, qu'un aumônier appuie son propos sur des extraits de la Bible, pour lui donner du sens. Selon les instances militaires, "plusieurs de ses passages contiennent une dimension de sagesse universelle à même de parler à toute personne, croyante ou non".
En ce sens, cette pratique ne viole pas le Règlement de service de l'armée (RSA), qui consacre la liberté de croyance et de conscience des soldats et des cadres. L'armée précise en outre que dans d'autres circonstances, il aurait été possible que l'aumônier cite des textes provenant de différentes traditions religieuses.
Dans le cas spécifique de Bure, il s'agissait, selon l'aumônier concerné, d'un temps de prière spécifiquement chrétien et proposé comme tel aux militaires présents. Si l'un d'eux avait émis le souhait de ne pas y participer, cela lui aurait été accordé, soutient-il, car la participation à de telles activités est facultative.
"Spiritualité plutôt que religion"
Interrogé dans Forum, le remplaçant du chef de l'aumônerie de l'armée suisse Noël Pedreira explique que du Règlement de service de l’armée spécifie que lorsque la troupe est en activité le dimanche, ce genre d'activité peut être proposée, toujours de manière facultative. Et selon lui, les militaires concernés étaient en majeure partie des cadres, et que donc ils "devraient connaître le règlement qui les dispense de participer".
Par ailleurs, il estime que la question de la modernité de l'aumônerie militaire est déjà prise en compte dans de nouvelles directives. "Aujourd'hui, les aumôniers de l'armée sont davantage dans le domaine de la spiritualité que dans celui de la religion, afin d'accompagner les soldats", dit-il.
Nouvelles directives
La pratique des aumôniers de l’armée suisse est susceptible d’évoluer à l’avenir. La RTS a appris que le nouveau chef de l’armée, Thomas Süssli, a édicté au 1er mars de nouvelles Directives sur le conseil, l’accompagnement et le soutien fournis par l’Aumônerie de l’armée, le Service psychopédagogique de l’armée et le Service social de l’armée (DCAS). Il en découle le nouveau document "Principes de l'aumônerie de l'armée".
"Des Eglises et institutions religieuses peuvent dorénavant établir un partenariat avec l'aumônerie de l'armée afin que des personnes dûment formées issues de leurs rangs puissent rejoindre l'aumônerie de l'armée", précise la porte-parole de l’armée Delphine Allemand. Cela ouvre la voie aux aumôniers d’autres confessions, comme les musulmans, les juifs ou les bouddhistes. Une petite révolution alors que les quelque 150 aumôniers de l’armée suisse sont tous chrétiens.
"Ces nouveaux documents mettent aussi l'accent sur une compréhension large de l'aumônerie, en résonance avec la diversité propre à l'armée, indique la porte-parole. Il ne s'agit pas de proposer un apport spécifiquement religieux, mais bel et bien d'accompagner, dans le respect intégral des militaires, ces derniers dans leurs questionnements de sens".
Raphaël Leroy/jop