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27/03/2009
Vincent Willem van GOGH naquit le 30 mars 1853, à Groot-Zundert, en Hollande, où son père officiait comme pasteur. Après une enfance vécue en famille, il devint commis dans la Galerie d’Art Goupil à la Haye, où pendant deux ans, on l’employa à emballer et déballer des tableaux, et des livres. Il commença alors à entretenir une correspondance durable et précise avec son jeune frère Théo, pour lui raconter ses peines et ses joies, et pour lui donner une description rigoureuse de ses premiers tableaux et dessins.
En mai 1873, on le muta dans la succursale de Londres. Son séjour anglais ne fut qu’une suite de déceptions. Un chagrin d’amour, ainsi qu’une mésentente avec son chef hiérarchique, au sujet de sa méthode commerciale, le plongèrent dans une dépression nerveuse. Ce jeune homme grave de vingt deux ans quitta alors Londres pour découvrir Paris, en qualité d’employé de la même galerie. Son séjour parisien d’une année le vit visiter tous les musées, tandis qu’il dévorait de nombreux livres, pour recevoir les influences qui seraient plus tard décisives dans son art.
Dans sa chambre à Montmartre, il étudia la Bible, pour soulager sa conscience torturée par le sentiment de sa médiocrité. Sa sensibilité religieuse exprima alors une foi brûlante qui tourna au fanatisme.
van GOGH à 19 ans.
En 1876, van GOGH quitta la capitale française, et retrouva la Hollande pour étudier durant quelques mois la théologie à Amsterdam. Après quoi, il accepta un emploi d’apprenti dans une librairie. Mais son essai d’embrasser une profession bourgeoise ne fut que de courte durée, puisque son caractère insociable le poussa à quitter son travail.
Il partit alors en Belgique, et développa sa vocation religieuse en entrant à l’Ecole Evangélique Missionnaire de Bruxelles. Trois mois plus tard, il s’installa dans le Borinage où il espérait travailler l’esprit d’un christianisme positif, parmi les familles misérables représentées par les mineurs belges. Il partagea leur vie difficile, s’occupa des malades, prit soin des malheureux, et ne s’accorda aucun jour de repos.
van GOGH commença alors ses premiers dessins d’après nature, en s’inspirant de MILLET. Malade, il retrouva sa famille installée à Etten, et se remit à dessiner et à peindre l’existence des mineurs. Jusqu’en 1885, il réalisa une œuvre considérable qui représentait le côté humanitaire et sensible de sa nature. Les humbles demeurèrent durant toute sa courte existence ses modèle préférés.
Il peignit alors des paysans, ou des tisserands, en grand nombre. Ses multiples portraits d’hommes rudes et moroses, comme « Les mangeurs de pommes de terre », exprimèrent alors une tristesse intense qui apparut même dans ses paysages, ou dans ses compositions florales. Ses couleurs sombres et mornes du moment ne laissaient en rien présager la lumière de ses œuvres ultérieures. Son réalisme d’alors représenta la vie rurale comme une existence noire, sans aucune perspective de bonheur à l’horizon.
En 1885, après la mort de son père, il effectua un séjour de trois mois à Anvers, durant lequel il travailla à l’Académie, ainsi qu’à l’Ecole de Dessin. Son frère Théo, devenu entre-temps directeur de la Galerie Goupil à Paris, lui assura les moyens de subvenir à ses modestes besoins. van GOGH commença alors à éclaircir sa palette, en goûtant à la gaieté de la vie flamande. Ses visites au Musée des Beaux-Arts, et sa découverte des estampes japonaises chez un marchand flamand, provoquèrent en lui un revirement décisif. Il en acheta quelques unes, et les suspendit dans sa chambre. Les coloris clairs de ces gravures sur bois le séduisirent tellement qu’il restait assis pendant des heures pour les admirer.
Un monde nouveau s’ouvrit à lui, plus lumineux, et dont l’intimité et la cohésion fascinèrent son esprit. Sa décision prise, il rejoignit rapidement Paris, pour retrouver son frère Théo. Sa découverte des Impressionnistes le frappa vivement. Il décida de parfaire ses connaissances et sa technique, et sur les conseils de son frère, entra à l’Atelier CORMON en juillet 1886. Là, il peignit comme un forcené, des natures mortes de fleurs, des scènes de rue et des portraits. Son coup de pinceau s’allégea, et sa palette s’éclaircit de plus en plus. Et sous la double influence des Impressionnistes et des estampes japonaises, il révolutionna son art personnel.
Il transposa à l’huile le « Pont sous la pluie » d’HIROSHIGE, en partageant les mêmes convictions que TOULOUSE-LAUTREC qu’il venait de rencontrer.
Il créa des paysages ensoleillés par des tons clairs et vibrants, et durant une vingtaine de mois, réalisa plus de deux cents tableaux, selon la technique Impressionniste qu’il expérimenta jusqu’au Pointillisme. Il rencontra alors GAUGUIN, et son vieux malaise le reprit. Fatigué de la vie parisienne, il partit pour Arles en février 1888, sur les conseils de TOULOUSE-LAUTREC qui lui avait assuré qu’il pourrait découvrir là-bas une lumière nouvelle.
van GOGH révéla alors tout son génie devant les frais paysages printaniers de la Provence. Il travailla comme un enragé, peignant même la nuit. La beauté des femmes méridionales, l’insouciance des hommes à l’heure de l’absinthe, et la splendeur de cette lumière ardente qui baignait le paysage, l’enchantèrent. Il découvrit les tournesols qui devinrent ses fleurs préférées, et qu’il déclina en plusieurs tableaux.
Les théories parisiennes de l’Impressionnisme lui apparurent dès lors comme des constructions artificielles, au regard de l’opulence imposante de la nature qui l’environnait. Il désirait fixer la vie dans son mouvement, et dans toute sa fraîcheur, comme il la percevait.
Il s’épuisa au travail, réalisant des centaines de tableaux, et de dessins exécutés à la plume de roseau. La faim le tortura souvent, et il souffrit d’hallucinations. La pensée de la mort le hanta. Il ne parvint pas à vendre ses tableaux, alors qu’à Paris, les Impressionnistes obtenaient maintenant de beaux succès.
van GOGH n’était plus des leurs, il était devenu un inconnu dont la peinture ne correspondait pas aux normes officielles du moment. Dans sa solitude, il invita alors GAUGUIN à venir le rejoindre en Arles. Mais la cohabitation s’avéra désastreuse. Leurs caractères étaient diamétralement opposés, et leurs goûts différents provoquèrent des heurts fréquents.
La veille de Noël, après une violente dispute, van GOGH lança un verre à la tête de GAUGUIN qui heureusement s’en tira avec une blessure superficielle. Mais le lendemain, van GOGH qui avait suivi secrètement GAUGUIN dans sa promenade, se trancha l’oreille avec un rasoir, lorsque ce dernier se retourna pour lui faire face. van GOGH enveloppa alors son oreille coupée dans un mouchoir, et la déposa durant la nuit dans une maison close. A la suite de cet incident, GAUGUIN décida de quitter Arles.
Le 8 mai 1889, van GOGH fut interné avec son consentement à l’Institut Saint Pol de Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence, où on lui attribua une chambre supplémentaire en guise d’atelier. Entouré de fous, il peignit plus de trente cinq tableaux, et produisit des centaines de dessins représentant les oliveraies, le fauchage des blés, ou les Alpilles.
Les troubles de son esprit devinrent plus fréquents, mais sa puissance créatrice demeura intacte. Sa peinture évolua alors vers le Néo-Impressionnisme, en ne reflétant plus l’éclat du soleil, et les couleurs de sa palette s’assombrirent. Son coup de pinceau moins équilibré devint plus large, et d’une audace inouïe. Il copia même les grands maîtres comme MILLET, REMBRANDT ou DELACROIX.
Son esprit demeurait altéré par sa folie étrange, et le 17 mai 1890, son frère Théo qui ne l’avait jamais abandonné, le fit transférer, sur les conseils de PISSARRO, dans la clinique du Docteur Gachet à Auvers-sur-Oise, afin que ce dernier « l’examine et l’observe à fond ». Là, l’atmosphère conviviale agit sur lui d’une manière bienfaisante. Il recommença à peindre avec enthousiasme dans les paysages alentour.
Ainsi naquirent les « Grands champs ondulés », ou des portraits comme celui du Docteur Gachet, ou de sa fille. Sa dernière composition fut un « Champ de blé aux corbeaux », ces corbeaux qui lui donnèrent l’idée d’emprunter un revolver, car il voulait, mentit-il, en abattre quelques uns. Alors, dans un moment de liberté au cours duquel on ne le surveillait pas, il se rendit dans le champ indiqué, et s’appuya contre un arbre, pour se tirer une balle dans la poitrine.
van GOGH rentra ensanglanté à l’auberge où il prenait maintenant pension depuis qu’il avait quitté le Docteur Gachet pour mésentente, pour agoniser durant deux jours, dans les bras de Théo arrivé rapidement sur les lieux.
Et c’est ainsi que, celui qui fut le précurseur des Fauves et des Expressionnistes, mourut le 29 juillet 1890, à l’âge de trente sept ans, après cette longue misère morale durant laquelle il ne vendit qu’un seul tableau, les Vignes Rouges.
Il demeure l’un des trois grands maîtres qui, malgré les plus dures privations, et au travers de nombreuses années de désespoir, opposa à l’Académisme figé du 19ème siècle, et avec une énergie et une opiniâtreté surhumaines, un art nouveau issu de la vie véritable, et puisé dans sa beauté profonde. Sa disparition n'entraîna pas la naissance d’artistes à même de peindre dans son esprit, et selon ses préceptes. Mais son art exerça ensuite une influence déterminante sur les Mouvements qui suivirent.
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Alain VERMONT
20/03/2009
Paul CEZANNE naquit le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence. Son père, qui était chapelier, racheta une banque aixoise en faillite, et fonda avec un associé, en 1848, la banque Cézanne et Cabassol. Au collège Bourbon, le fils Cézanne devint l’ami d’Emile Zola. Parallèlement à ses études, il prit des cours de dessin pour obtenir un deuxième prix en 1858, alors qu’il réussissait son baccalauréat avec mention.
Zola quitta Aix-en-Provence pour aller s’installer à Paris. CEZANNE s’inscrivit alors à la Faculté de Droit pour poursuivre ses études, bien que l’appel du pinceau fût déjà omniprésent. Et le « Jas de Bouffan » que son père acheta en 1859 dans la campagne aixoise, devint le premier atelier de l’artiste qui fréquenta par ailleurs le sculpteur SOLARI, et le peintre Achille EMPERAIRE.
Cezanne négligea alors ses études juridiques, et ne rêva que de s’installer à Paris, après les invitations lancées par Zola. Marquant son désaccord, mais contraint par sa femme de se rendre à l’évidence, le banquier consentit enfin à installer son fils dans la capitale, en 1861. CEZANNE logea alors dans une chambre de la rue des Feuillantines, pour suivre les cours de l’Académie Suisse où il rencontra GUILLAUMIN et PISSARRO dont la peinture le ravit.
On lui refusa l’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts parce que ses travaux n’étaient pas assez dominés, bien qu’ils révélassent un réel talent de coloriste. Il ajouta à cette déconvenue des embarras financiers qui le poussèrent à retourner à Aix où il accepta un emploi dans la banque familiale. Il continua cependant de peindre et de dessiner, en décorant les murs du « Jas de Bouffan », avec les « Quatre saisons ».
En novembre 1862, il séjourna de nouveau à Paris, pour retrouver l’Académie Suisse où il se lia avec BAZILLE, MONET, SISLEY et RENOIR. Il admira alors les tableaux de COURBET et de DELACROIX, et reçut d’eux une telle influence, qu’il resta à jamais imprégné par cet art qui l’empêcha toujours de se diriger dans la démarche de l’Impressionnisme de ses amis.
Il peignit des portraits, puis des compositions d’inspiration romantique qui frôlent la caricature, très sombres, et dans lesquels ne figurent pas ses chefs-d’œuvre.
Son auto-critique presque maladive le tourmenta sans cesse. Il changea très souvent de logement, et n’éprouva pas dans son travail un sentiment de satisfaction. Même la compagnie de ses amis ZOLA, MONET ou RENOIR qu’il retrouvait parfois au Café Guerbois, ne lui apporta pas l’apaisement souhaité. Ces derniers, trop préoccupés eux-mêmes par leurs problèmes, ne l’encouragèrent pas assez à persévérer dans le chemin où il s’était engagé. Ses tableaux furent régulièrement refusés au Salon.
Découragé, il revint à Aix en 1864, et jusqu’en 1870, se partagea ainsi entre la capitale et sa ville natale. En 1867 son tableau « Grog au vin » fut de nouveau refusé par le Salon. Lorsque la guerre franco-allemande éclata, il se réfugia à l’Estaque, près de Marseille, avec un jeune modèle, Marie-Hortense Fiquet, qui devint plus tard sa femme.
Sa peinture, plus ou moins inspirée par le TINTORET, GOYA ou DAUMIER, se signale par la force de l’expression, comme « L’autopsie » ou « La moderne Olympia ».
Après la chute de la Commune, il revint à Paris en 1871. L’année suivante, alors que naissait son fils Paul, il rejoignit PISSARRO à Pontoise. Puis, avec son aîné qu’il admirait tant, il s’installa à Auvers-sur-Oise en 1873, pour rencontrer alors le mécène des Impressionnistes, le Docteur Gachet. Dans cette période de deux années, il peignit de nombreux paysages, parmi lesquels la « Maison du docteur Gachet », en éclaircissant sensiblement sa palette.
En 1874, PISSARRO l’imposa à la première exposition des Impressionnistes chez NADAR. Il accrocha là quelques toiles comme la « Maison du pendu » ou « Paysage à Auvers ».
Sa peinture devint ce jour-là l’objet de la plus grande risée du public qui cria au scandale. Il reçut néanmoins le soutien du Docteur Gachet qui lui fit vendre quelques tableaux dans son entourage. Il commença alors une intense période de travail qui le fit s’éloigner de ses influences Impressionnistes. Il abandonna peu à peu la peinture par touches de couleurs distinctes, et la division des tons, pour s’orienter vers de larges surfaces grâce auxquelles il parvint à une unité de construction plus structurée.
En 1876, il renonça à l’exposition des Impressionnistes qu’il retrouva l’année suivante pour y accrocher seize tableaux. Le résultat fut catastrophique, et son père qui n’admettait ni sa vocation, ni sa liaison avec Hortense, lui retira ses subsides mensuels. Zola l’aida alors matériellement, mais CEZANNE s’enferma dans une misanthropie qui entraîna peu à peu la fuite de ses amis Impressionnistes.
Le peintre GUILLEMET qui appréciait sa peinture, parvint à l’imposer au Salon de 1882. Durant la même année, CEZANNE quitta Paris pour s’installer définitivement en Provence où le visitèrent parfois RENOIR et MONET. En 1883, il fit la connaissance de MONTICELLI, et peignit en sa compagnie dans la région de Gardanne. Il retrouva parfois la capitale pour de brefs séjours, et épousa Hortense en 1886, lorsque son père mourut en lui léguant une fortune de deux millions de l’époque.
Il se fâcha alors avec Zola qui venait de publier « L’œuvre », en s’inspirant de lui pour décrire dans son livre le personnage du « peintre raté ». En 1888, CEZANNE s’installa à Paris pour deux ans, et fréquenta VAN GOGH, GAUGUIN et Emile BERNARD, le Nabi. Mais en 1891, sa misanthropie s’accrût sous les fortes poussées du diabète qui le rongeait. A l’automne 1894, il séjourna chez MONET à Giverny et rencontra alors RODIN. Dans un accès de colère, et sans raison particulière, il se brouilla avec MONET. En 1895, le marchand Ambroise Vollard lui offrit une première exposition qui regroupait ses dix dernières années de création. Ses meilleurs chefs-d’œuvre furent exposés là, comme « Le vase bleu », « La commode », ou les « Joueurs de carte ».
En 1899, Vollard organisa une nouvelle exposition de CEZANNE, rue Laffitte, et dans laquelle se côtoyaient cent soixante œuvres de l’artiste. La presse et le public exprimèrent alors une vive réaction, mais les amateurs d’art apprécièrent la cohésion de l’ensemble en achetant sept tableaux. Plusieurs expositions, comme celle de Bruxelles en 1901, le rendirent finalement célèbre.
Malgré leur brouille, il resta très affecté par la mort de Zola en 1902. Il apprécia ensuite sa victoire définitive sur les « Officiels », lorsque le Salon d’Automne lui consacra une salle entière en 1904. L’année suivante, le même Salon honora de nouveau sa peinture, et Cézanne acheva les « Grandes baigneuses » sur lesquelles il travaillait depuis sept ans. Séparé de sa femme et de son fils depuis la mort de sa mère en 1898, il habita un appartement d’Aix, en poursuivant son œuvre puisqu’il s’était juré de « mourir en peignant ».
Le 15 octobre 1906, alors qu’il composait un « Cabanon dans la campagne aixoise », il fut surpris par un orage, et attrapa une pneumonie dont il mourut le 22 octobre 1906, chez lui, à l’âge de soixante cinq ans, après avoir reçu les derniers sacrements.
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Alain VERMONT
14/03/2009
Gustave CAILLEBOTTE naquit à Paris le 19 août 1848. Il demeure encore aujourd’hui le parent oublié de cette époque qui donna naissance à la Peinture Moderne, par le truchement de l’Impressionnisme.
En 1873, il fut reçu à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, et devint l’élève de BONNAT qui enseignait à l’Académie, et dans son atelier personnel. Une année plus tard, après avoir abandonné l’Institution Académique, et s’être retiré à Argenteuil pour exploiter une construction navale, il rencontra MONET qui devint son ami.
Le jeune artiste s’engagea alors dans le Groupe des Impressionnistes. Il participa à plusieurs de leurs expositions, et accrocha ses tableaux aux côtés des leurs.
De sa fortune personnelle, il se servit pour aider ses amis, MONET, RENOIR, SISLEY et PISSARRO, en leur achetant régulièrement des tableaux. Pour sa part, il peignit le réalisme de la vie des travailleurs, ainsi que de nombreuses vues de Paris, comme le « Pont de l’Europe ». Très longtemps, il ne fut connu du grand public que pour une seule composition intitulée « Les raboteurs de parquet ».
CAILLEBOTTE s’appliqua à composer des vues plongeantes des Grands Boulevards, prises des fenêtres de son appartement, en exprimant une construction géométrique précise. Sa mise en page rappelle DEGAS ou PISSARRO, et sa lumière n’est pas éloignée de cette de RENOIR ou SISLEY.
Il refusa de participer à la sixième exposition des Impressionnistes, principalement dominée par DEGAS qui déjà ne partageait plus les mêmes idées que MONET et RENOIR.
CAILLEBOTTE s’établit sur les bords de Seine, et devint maire-adjoint de Gennevilliers. Il partagea alors son temps entre sa peinture qui révéla d’excellentes toiles représentant les paysages du fleuve, et l’administration de sa commune où il était très apprécié. Hormis l’activité de ses pinceaux, le yachting représenta pour lui un loisir constant.
En 1876, célibataire incorrigible, il rédigea son testament en faveur de l’état, en précisant que sa collection de tableaux Impressionnistes devait rester indivisible, pour être accueillie au Luxembourg, puis au Louvre.
Le 21 février 1894, il mourut à Gennevilliers, victime d’une congestion cérébrale, à l’âge de quarante six ans, sans se douter que ses dernières volontés ne seraient que partiellement respectées.
En effet, des soixante cinq toiles Impressionnistes de sa collection, quarante seulement furent admises par l'Académie, pour ensuite figurer au Musée du Jeu de Paume, avant de connaître le Louvre plus tard, puis le Musée d’Orsay.
Le peintre officiel de l’époque, Gérôme, ainsi que les professeurs des Beaux-Arts s’étaient ligués pour interdire l’entrée des Impressionnistes au Louvre, en menaçant de démissionner. Le Comité Consultatif des Musées fut alors, sous la pression énergique de Clemenceau, et sous la pression de la fidèle reconnaissance de RENOIR qui était l’exécuteur testamentaire, dans l’obligation de respecter, mais seulement en partie, la mémoire de l’artiste, en n’acceptant que la moitié des MONET et des CEZANNE de cette majestueuse collection !
En fait, il faudra attendre la rétrospective parisienne honorant le centenaire de sa disparition, pour que le grand public rencontre enfin celui qui jadis, avait su en dehors de son talent personnel, apprécier dans son entier, l’art de ses contemporains Impressionnistes.
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Alain VERMONT
23/02/2009
Berthe Marie-Pauline MORISOT naquit à Bourges le 14 janvier 1841, dans une famille aisée puisque son père exerçait les fonctions de Préfet de la Haute-Vienne. Seule femme du groupe des Impressionnistes, elle exprima dès l’enfance son attirance pour le crayon, en prenant des cours chez un peintre modeste qui s’appelait CHOCARNE. Un peu plus tard, un autre artiste, GUICHARD, plus talentueux que son précédent professeur, après lui avoir enseigné quelques rudiments du métier, la poussa vers le Louvre où, en compagnie de sa sœur, elle copia les grands maîtres du passé. Son rêve de devenir l’élève de COROT se concrétisa à sa majorité. Et de 1862 à 1868, elle travailla avec lui à Ville-d’Avray, et reçut son influence, particulièrement dans ses premiers paysages.
Avec sa sœur, elle rencontra ensuite FANTIN-LATOUR, puis MANET de qui elle épousa le frère, Eugène. En 1865, elle exposa deux toiles au Salon, « Etude » et « Nature morte ». La critique remarqua alors sa personnalité de femme-artiste. En 1867, son art reproduisit Paris, et l’entraîna de nouveau au Salon où elle exposa une « Vue de Paris prise des hauteurs du Trocadéro ». Le public la découvrit enfin.
Elle posa alors pour MANET qui réalisa le « Balcon ». En 1874, elle participa à la première exposition des Impressionnistes chez NADAR. Sa peinture délaissa alors les portraits intimistes pour s’orienter vers des créations en plein air, telles les « Roses trémières » ou les « Paysages de Bougival ». Elle parvint à concilier facilement sa vie de famille et son activité d’artiste-peintre, en organisant fréquemment chez elle des réunions qui recevaient RENOIR, DEGAS, MONET et le poète Stéphane Mallarmé.
En 1881, elle visita l’Italie pour transcrire dans ses toiles des tons orangés qui la rattachèrent un peu plus à l’Impressionnisme. Puis, de 1885 à 1895, elle tomba amoureuse de la région niçoise pour peindre alors beaucoup de tableaux divers. La division des couleurs par petites taches lui parut moins importante que certaines colorations claires dans les jeux de lumière. Elle exprima une spiritualité tendant vers une unité plus marquée dans la construction. Elle se transporta également en Touraine pour poursuivre son cheminement vers une luminosité plastique des couleurs. Pendant l’été 1894, elle peignit des marines et des aquarelles à Pontrieux. La disparition de son mari entraîna une tristesse secrète qu’elle exprima par une touche moins coloriste.
Elle mourut le 2 mars 1895 à Paris, à l’âge de cinquante quatre ans, en laissant derrière elle un œuvre important, et le souvenir d’une femme-artiste aimable et raffinée, cultivée et authentique. On se souvient même de l’influence qu’elle eut sur MANET lorsque celui-ci se mit à peindre d’après nature, en éclaircissant une palette restée longtemps sombre.
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Alain VERMONT
05/02/2009
Hilaire Germain Edgar DE GAS, dit DEGAS, naquit à Paris le 19 juillet 1834. Son père, banquier, lui offrit une enfance bourgeoise. Après des études au lycée Louis Legrand, il commença la Faculté de Droit pour rapidement s’orienter vers sa vocation. Il entreprit son apprentissage dans l’atelier de LAMOTHE, après un bref passage chez le peintre BARRIAS. Il subit alors l’influence d’INGRES, et devint élève des Beaux-Arts, en se rendant régulièrement au Louvre où il exécuta lui aussi des copies.
En 1854, il visita Naples et ses musées, puis retourna en Italie deux ans plus tard, pour admirer Florence. En 1858, ses voyages dans la péninsule italienne le transportèrent à Rome et à Orvieto où il copia les fresques de Lucas SIGNORELLI, avant de retrouver Florence où il commença son tableau « La famille Bellelli ».
Ses premières œuvres personnelles s’apparentent au genre de la peinture d’histoire, telle « Sémiramis construisant Babylone », exécutée en 1861.
De 1860 à 1865, sous l’influence d’INGRES et des Maîtres Italiens, il se consacra à la peinture mythologique et historique. Son style se chercha alors dans des compositions académiques et laborieuses. En 1865, il rencontra MANET et le groupe du Café Guerbois. Dès lors, ses intérêts évoluèrent, et la vie de tous les jours devint le sujet de ses tableaux. Il s’engagea durant la guerre de 1870, puis se rendit en Amérique pour retrouver son frère. Là-bas, il peignit plusieurs tableaux, notamment en Louisiane, dans lesquels transparaît tout son sens de l’observation. Le « Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans », exprime dans sa composition étonnante toute sa personnalité.
DEGAS commença en 1872 à fréquenter les artistes de l’Opéra grâce au parrainage de Désiré Dihau, l’un des musiciens de l’orchestre.
C’est alors que ses pinceaux s’appliquèrent à décrire le monde de l’Opéra avec une surprenante vérité.
Ces toiles dévoilent les mouvements des écoles de ballets et l’ambiance des orchestres. Sa précision parfois photographique n’en exprime pas moins une savante désinvolture à l’égard du dessin, ainsi qu’une étonnante originalité des cadrages. Sa subtile observation des sources de lumière confèra à ses tableaux une nouveauté absolue qui fait presque figure de découverte.
En 1874, DEGAS rejoignit le Mouvement des Impressionnistes, pour participer avec eux à la première exposition chez NADAR. Il en devint même l’un des organisateurs. Cependant, bien qu’il fût leur compagnon, il accepta difficilement d’être classé dans leur Mouvement. Il ne partageait pas leur enthousiasme pour la nature représentée dans une infinie variété d’atmosphères. DEGAS ne concevait pas non plus leur spontanéité à noter sommairement sur la toile certaines impressions joyeuses. Son art à lui fut toujours médité, et intellectuel, mille fois repensé dans le calme de son atelier. DEGAS se préoccupait d’abord du style, et de la ligne qui selon lui devait figer le geste, le mouvement ou l’expression.
Il résida alors pendant plus de vingt ans, à Montmartre, rue Victor Massé. Et dans son logement au désordre poussiéreux, figurèrent des tableaux de COROT, MANET, CEZANNE, GAUGUIN, INGRES et DELACROIX.
Il composa sa peinture en échappant complètement au lyrisme de la nature, en recherchant la vérité dans les scènes de la vie qui retenaient son attention, et qui parfois exprimaient cynisme ou férocité. Les intérieurs des cafés, des théâtres ou des boutiques devinrent pour lui des sujets à peindre, comme « Le pédicure » en 1873, ou « L’absinthe » vers 1876.
On remarque toujours une ironie détachée dans ses peintures, ou une recherche curieuse des mouvements les plus imprévus de la vie contemporaine.
DEGAS s’attardait sur les images de femmes à leur toilette, pour laisser deviner toute sa misogynie du célibataire grognon. Les danseuses et les petits rats de l’Opéra trouvèrent là leur poète. Un poète cruel qui saisit leurs gestes les plus intimes, les plus normaux. Il révéla alors dans ses tableaux une richesse éloquente de poses et d’attitudes qui s’organisaient en structures rythmiques.
Le destin de sa vie s’attaqua à lui en le rendant aveugle, et durant ses dernières années d’existence, ce misanthrope solitaire ne fut plus en mesure d’exprimer sur la toile ou sur le papier, ce talent de dessinateur qui était le sien. Il réussit cependant à produire des sculptures d’une saisissante présence, toujours obsédé par le geste. Il mourut à Paris, le 26 septembre 1917, à l’âge de quatre vingt trois ans.
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Alain VERMONT
25/01/2009
Jacques Strauss est un artiste peintre qui a exploité toutes les techniques de la peinture et du dessin durant sa vie de créateur, avant de s’appliquer, depuis de nombreuses années, à réaliser de subtiles unions dans ses constructions abstraites et figuratives exprimant un même ensemble visuel.
Il reste aujourd’hui l’un des rares artistes à développer cet art si particulier de la laque, tant cette technique demeure difficile à maîtriser en fonction des températures d’exécution auxquelles elle est assujettie.
Dans son atelier, son alchimie réalisée avec des pigments et diverses essences et autres solvants très volatiles, comme le naphtalène, l’oblige à travailler avec un masque à filtres charbon, tant les vapeurs dégagées sont nocives pour la santé. Ses laques n’appartiennent qu`à lui, sa technique maîtrisée et ses continuelles recherches dans sa définition du résultat optique, transportent son art vers un absolu d’harmonie qui sublime la forme et la couleur.
Dans ses laques, Strauss exploite la couleur, la ligne et la matière à peindre pour elles-mêmes, dans un renoncement volontaire à toute référence figurative traditionnelle.
Strauss demeure un spécialiste de l’Oxymore, un terme particulier issu du radical Oxymoron qui en rhétorique signifie « piquant » et « émoussé ».
Le parfait paradoxe entretenant deux termes qui paraissent incompatibles ou contradictoires.
Ce paradoxe que l’on retrouve le plus souvent dans la juxtaposition, sur la toile, des éléments abstraits et des éléments figuratifs de la composition.
Réalisées sans un réel relief de matière, et éthérées dans la divination de leur construction picturale, ses laques invitent toujours l’œil à une découverte visuelle qui sous-tend une démarche intellectuelle à la portée du commun des mortels.
En effet, les rébus dissimulés dans la composition des tableaux se livrent sans retenue après qu’un œil curieux et quelque peu imaginatif, se soit appliqué à décrypter le « mystère » qui anime, sans provocation outrancière, les sujets réalisés dans une palette riche et en parfaite adéquation avec le trait de la forme.
Durant sa carrière, Jacques Strauss, qui demeure un perpétuel « jeune homme créatif » malgré les quatre vingt six anniversaires qui expriment son vécu, a participé à de très nombreuses expositions internationales, notamment celles du Salon de Paris à plusieurs reprises.
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Alain VERMONT
06/12/2008
Paul GAUGUIN naquit à Paris le 7 juin 1848. A l’âge de trois ans, il quitta la France pour suivre ses parents au Pérou, pays d’origine de sa mère. Il perdit alors son père qui mourut durant la traversée de l’Atlantique. Rentré en France pour ses études au lycée, il caressa le projet d’être officier de marine. A dix sept ans, il s’engagea donc sur un navire qui faisait route vers le Brésil.
En 1868, sa mère mourut. Le tuteur alors désigné lui procura un emploi de commis chez un agent de change parisien. Son avenir s’orientait vers la Bourse car il brillait dans sa tâche, en faisant même d’excellentes spéculations pour son compte personnel. GAUGUIN entretint dès lors ses loisirs par une première approche de la peinture. Il se maria en 1873 avec une danoise qui lui donna plus tard cinq enfants, et rencontra PISSARRO qui ensuite l’initia à l’Impressionnisme, peinture de plein air, utilisation des couleurs pures et division de la touche.
Aux côtés de ses tableaux « d’apprenti peintre », GAUGUIN réalisa des sculptures sur bois. En 1876, il exposa au Salon pour la première fois, et participa un peu plus tard à l’accrochage des Impressionnistes de 1881. Les premières remarques sur sa peinture le poussèrent alors à quitter le milieu bancaire, pour suivre sa vocation première, sans prendre en considération son insécurité financière.
Sa femme décida alors de l’abandonner à sa « vie de bohème » pour rejoindre le Danemark avec ses enfants. GAUGUIN se trouva seul à Paris, pour être rapidement confronté à la misère la plus noire, dès 1885. Mais il ne renonça pas, et poursuivit dans la voie artistique qu’il s’était fixé. En 1886, désargenté, il s’installa en Bretagne, à Pont-Aven, où il se lia d’amitié avec Emile BERNARD. Il rencontra ensuite Van GOGH, puis s’embarqua pour Panama et la Martinique, en 1887, où il espérait trouver les paysages et les hommes qu’il recherchait. L’homme était « las des raffinements de la civilisation ». GAUGUIN se libéra alors de l’Impressionnisme, pour créer des tableaux issus de sa vision personnelle. Mais, rongé par la malaria, il rentra en France, avant de faire la connaissance de SCHUFFENECKER.
GAUGUIN condensa alors en une synthèse personnelle les principes de l’esthétique qu’il allait bientôt enseigner à Pont-Aven. Après une exposition parisienne organisée par Théo Van GOGH, GAUGUIN rejoignit Arles pour retrouver Vincent Van GOGH, et sa personnalité étonnante. Ce furent pour lui deux mois de conflits parfois dramatiques. Se disputant sans cesse, notamment pour des raisons de techniques picturales qui les opposait, les deux artistes se séparèrent après que Van GOGH se soit coupé l’oreille droite la veille de Noël 1888. GAUGUIN retrouva alors la Bretagne où il devint le chef de file des futurs Nabis. GAUGIN et Van GOGH ne se rencontrèrent plus jamais ensuite.
GAUGUIN réalisa à Pont-Aven et au Pouldu les tableaux qui sont aujourd’hui célèbres comme « Le Christ jaune », ou les « Jeunes bretonnes ». Il constitua autour de lui un groupe de huit jeunes peintres, pour « arracher la peinture à la routine de l’Impressionnisme » ! L’Ecole de Pont-Aven était née.
Mais, se sentant seul au milieu de ses disciples, il décida une fois encore de quitter la France. Il proposa alors trente de ses tableaux en vente aux enchères, et réalisa la somme minimale lui permettant d’aller s’établir à Tahiti. Là, il s’installa à Mataïca, au printemps 1891, au milieu d’une civilisation d’êtres humains simples qui le laissèrent produire un travail intense.
Mais en 1893, ses ressources étant épuisées, il revint à Paris où l’héritage d’un parent lui permit de mieux vivre pendant quelques mois seulement, car il dilapida son argent en organisant des fêtes grandioses dans son atelier. Il retrouva alors sa vie de privations, en essayant, pour survivre, de vendre ses tableaux exotiques dont personne ne voulait !
Seuls BONNARD et VUILLARD, ses disciples Nabis, apprécièrent le style de cette peinture nouvelle venue du Pacifique. En effet, le synthétisme de l’œuvre de GAUGUIN exprima la distance qui le sépara toujours de l’esprit d’analyse des Symbolistes, parce qu’il accordait une grande valeur au contenu spirituel qui a donné corps à ses œuvres. Il attribua aux couleurs une signification symbolique, en définissant clairement son propos « Vêtir l’idée d’une forme sensible ». Il rejeta le modelé, la perspective géométrique et la composition symétrique, en préparant la voie aux Nabis, puis aux Fauves.
GAUGUIN tenta à nouveau de vendre ses tableaux pour se procurer encore une fois l’argent nécessaire à son deuxième départ pour la Polynésie, mais cette nouvelle tentative resta aussi infructueuse que la précédente. Malgré cela, et en dépit de tous les obstacles rencontrés, il quitta enfin Paris, pour retrouver Tahiti en 1896. L’année suivante, gravement malade, il dut être hospitalisé. Il parvint néanmoins à réaliser ses œuvres les plus significatives. Miné par la maladie et par toutes les privations subies, il tenta de se suicider en 1898. Il décrocha alors un emploi de copiste au bureau du Cadastre, mais se vit un peu plus tard sommé par les autorités de quitter Tahiti en 1899, en raison de ses énergiques interventions en faveur des indigènes, et de son indignation à constater leur exploitation par les blancs.
Il s’installa alors dans l’île du Fatu-Iwa, aux Marquises, en 1901, pour réaliser nombre de ses toiles les plus achevées.
Et celui qui ne peut être réellement classé dans aucune école, celui qui écrivait à sa lointaine femme, « Je suis un grand artiste et je le sais. C’est parce que je le sais que j’ai tellement enduré de souffrances pour poursuivre ma voie, sinon je me considèrerais comme un brigand… », s’éteignit dans la pauvreté, le corps usé, le 6 mai 1903, aux Marquises, à l’âge cinquante cinq ans.
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Alain VERMONT
06/11/2008
Alfred SISLEY naquit à Paris le 30 octobre 1839. De ses parents anglais il conserva la nationalité, et reçut une excellente éducation bourgeoise. Son père, commissionnaire en marchandises, jouissait d’une fortune suffisante pour offrir à ses trois enfants un cadre de vie agréable. Quand Alfred fêta ses dix huit ans, on l’envoya à Londres, pour parfaire ses connaissances du commerce, et de sa langue maternelle.
Mais SISLEY, naturellement attiré par les Arts, n’obtint pas les résultats attendus par son père qui l’autorisa à rentrer à Paris où il fréquenta lui aussi l’atelier de GLEYRE, après s’être inscrit aux Beaux-Arts. En 1862, il se lia d’amitié avec MONET, BAZILLE et RENOIR. Les quatre artistes, guidés par l’exemplaire indépendance de MONET, s’évadèrent alors de l’atelier du Maître pour conquérir la peinture d’après nature. Ils se rebellèrent contre l’éducation académique des Beaux-Arts, et durant plusieurs années, se retrouvèrent régulièrement pour peindre, ou pour admirer les œuvres de COROT, DELACROIX, MILLET ou ROUSSEAU. En 1867 SISLEY fut reçu au Salon, comme élève de COROT. Il pratiquait jusque là une peinture de plaisir puisque son environnement familial aisé ne l’obligeait pas à vendre ses œuvres pour subvenir à ses besoins.
Sa palette, d’une exquise douceur de tonalité, reflète des paysages harmonieux qui captivent l’attention. En 1870, son père alors ruiné, disparut. SISLEY fut, par la force des choses, confronté à la même misère que ses amis. Seul son pinceau lui resta pour tout travail. Il dut vendre sa peinture pour entretenir sa famille. Et lui qui jadis aidait ses amis peintres lorsque la situation aisée de son père le permettait, devint un nouveau pauvre. Il eut alors à souffrir du manque d’argent jusqu’à sa mort.
L’histoire raconte qu’avec son ami RENOIR, il peignait des paysages qu’il cédait pour cinquante francs à un antiquaire parisien qui revendait ensuite ces tableaux signés Théodore ROUSSEAU. Le 15 avril 1874, SISLEY participa à la première exposition des Impressionnistes, dans l’ancien atelier de NADAR. Cet accrochage fut un scandale, pour lui comme pour ses amis.
Leur mouvement qui jusque là se laissait appeler le « Groupe du café Guerbois », devint alors « Les Impressionnistes ». Les ventes espérées ne se manifestèrent pas, et SISLEY, comme ses confrères, dut se résoudre l’année suivante, à organiser une vente publique qui eut lieu le 24 mars 1875. Il proposa ce jour-là vingt et un tableaux sur le catalogue de cette manifestation qui devint elle aussi un échec. La police fut obligée d’encadrer la salle des enchères pour la protéger de la foule qui hurlait son indignation. On vint à la vente comme on serait allé au cirque, pour se divertir, et humilier tous ces « barbouilleurs de couleur qui ne savaient pas plus peindre que ça !». SISLEY ne retira que deux mille quatre cent cinquante cinq francs pour ses vingt et une toiles qui figuraient parmi ses plus belles compositions. Seuls quelques amis se portèrent acquéreurs pour une somme moyenne de cent francs par tableau.
L’année suivante, il réitéra l’opération avec les mêmes artistes, et reçut de nouveau la vindicte du public. Le Tout-Paris cria son désaccord à l’égard du groupe des Impressionnistes. Dans sa parution du 3 avril 1876, le Figaro traita ces peintres « d’aliénés auxquels une femme s’était jointe pour exposer des horreurs » (Berthe MORISOT). Il y eut d’autres tentatives d’expositions collectives auxquelles SISLEY participa, sans plus de succès.
Ses paysages, tous empreints d’une sensibilité extrême, représentent une nature toujours évocatrice, la lumière vibre sur les feuilles des arbres, pour exprimer parfaitement l’unité fidèle au caractère de la composition.
Les alentours de Fontainebleau ainsi que l’Ile-de-France s’attachèrent le talent de cet artiste calme et réservé. Mais sa sérénité à peindre n’était qu’illusoire, car SISLEY en fut réduit à vendre ses tableaux pour vingt cinq ou trente francs. Son dénuement extrême dépassa alors celui de RENOIR qui faisait déjà figure d’artiste sans le sou. Ensemble ils trouvèrent cependant table ouverte chez Murer, un restaurateur-pâtissier du Boulevard Voltaire, qui se faisait payer en tableaux.
En 1879, SISLEY se retira à Moret-sur-Loing où il vécut les vingt dernières années de son existence. Il obtint alors un relatif succès chez Durand-Ruel à Paris, quand ce dernier lui organisa une exposition personnelle en 1883. Les années 1890 lui apportèrent un semblant de notoriété lorsqu’il exposa quelques toiles à la Société Nationale des Beaux-Arts qui venait d’être créée.
Il s’éteignit dans la pauvreté et dans la solitude, à l’âge de soixante ans, le 29 janvier 1899, à Moret-sur-Loing, Seine et Marne, sans jamais avoir connu la véritable réussite. Sa disparition enflamma brusquement la cote de ses œuvres. Trois mois après son décès, ses héritiers mirent en vente vingt sept tableaux dont le produit atteignit plus de cent dix mille francs !
L’engouement subit des collectionneurs pour l’œuvre de SISLEY, trouva ensuite son apogée, un an après la disparition de l’artiste. En effet, le 6 mars 1900, un de ses plus beaux paysages, « l’Inondation », fut adjugé à la vente de la Collection Tavernier, pour la somme effarante de quarante trois mille francs or !
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Alain VERMONT
07/10/2008
Camille PISSARRO (1830-1903).
L’aîné du groupe des Impressionnistes, naquit le 10 juillet 1830 à St Thomas, petite île des Antilles, alors Danoise. Lorsqu’il atteignit l’âge de douze ans, ses parents lui offrirent des études françaises dans un pensionnat de Passy.
Là, il découvrit le dessin au contact du directeur de l’institut qui lui enseigna « les meilleurs principes d’observation directe ». Mais peu après son dix-septième anniversaire, son père l’invita à rejoindre St Thomas afin de l’initier à l’activité de la quincaillerie familiale. Lorsque son emploi le laissait inoccupé, PISSARRO dessinait et croquait les attitudes des marins qui déchargeaient les navires à quai.
Il rencontra alors le peintre Danois Fritz MELBYE, et abandonna la quincaillerie pour suivre ce dernier au Venezuela où les deux complices s’adonnèrent à la peinture. Rentré aux Antilles, il obtint enfin l’assentiment de son père qui lui permit d’aller s’installer à Paris durant l’année 1865. Dans les méandres de l’Exposition Universelle, il découvrit COROT de qui il subit ensuite une influence déterminante. Dans les mêmes circonstances il admira l’art de COURBET, de DELACROIX et de MILLET. Son amour de la nature le transporta alors dans les environs de Paris où il peignit avec frénésie.
PISSARRO rencontra ensuite MONET, CEZANNE et GUILLAUMIN. En 1869, il exposa au Salon un « Paysage de Montmorency ». Ami de MANET, il fréquenta lui aussi le Café Guerbois où se tenaient, le soir les rendez vous d’échanges des futurs Impressionnistes. En 1866, sa technique le rapprocha inéluctablement de MONET, RENOIR et SISLEY.
Ami et complice de Monet dès 1866, Pissarro ne cessa sa vie durant, de se consacrer pendant de longues périodes à de nombreuses variations techniques à même de traiter les thèmes fondamentaux de la peinture.
Parfois jugé comme le « peintre de la simplicité rustique », en raison de ses nombreux tableaux racontant la vie rurale de la seconde moitié du 19ème siècle, cet artiste demeure sans conteste aujourd’hui la pierre angulaire du Mouvement Impressionniste, aux côtés de Monet et Sisley.
Partageant la même misère financière que ses amis, en n’étant jamais en mesure de nourrir sa famille, car ses tableaux étaient systématiquement honnis par la critique et les salons officiels, et malgré la perte de mille cinq cent toiles utilisées par l’Armée Prussienne, pour recouvrir le sol de sa maison réquisitionnée et transformée alors en abattoir pour l’alimentation des troupes durant la guerre de 1870, l’aîné des Impressionnistes qui s’était réfugié en Angleterre accepta son exode comme un signe irréversible et révélateur du destin, car il venait de découvrir à Londres le style si personnel de Constable et de Turner, qui devait influencer ses créations ultérieures.
A Londres, aux côtés de MONET, il rencontra le peintre DAUBIGNY qui les mit en rapport avec le marchand de tableaux DURAND-RUEL qui devint ensuite l’un de leurs meilleurs représentants. Rentré en France, PISSARRO prit adresse à Pontoise pour peindre cette nature qu’il respectait tant.
CEZANNE qui s’était installé à Auvers sur Oise, partagea souvent le travail de PISSARRO. Ils échangeaient alors leurs impressions et leur technique. L’exposition de 1874 faite chez NADAR, avec ses amis Impressionnistes, ne lui ouvrit pas plus les portes du succès. PISSARRO subit les mêmes critiques mais poursuivit son œuvre. En 1882, il quitta Pontoise pour s’installer à Eragny Bazincourt, près de Gisors, dans l’Eure. Paris et Rouen lui servirent alors de cadre pour des compositions traitant les veilles rues, ou le port et ses environs.
En 1890, alors qu’il vivait sa soixantaine, son succès s’affirma enfin. Il voyagea vers certaines villes de France comme Dieppe ou Beauvais, retourna à Londres, mais n’oublia pas Paris, pour composer la célèbre série des « Pont Neuf ».
Et c’est durant cette période qu’il remit en cause les procédés Impressionnistes, pour se tourner vers une peinture qui lui permit de marier sensibilité et expression dans le dessin et la couleur. Les paysages qu’il peignit alors à Paris et à Rouen reflétèrent parfaitement son orientation nouvelle. Il fit de multiples recherches de métier. L’aquarelle, le crayon, le pastel et la gouache l’aidèrent pour conserver la fraîcheur originelle des impressions qu’il ressentait devant les scènes de la vie rustique qu’il affectionnait.
Il demeure l’Artiste qui a essayé tous les genres, même la division systématique de SEURAT et de SIGNAC. Il mourut à Paris le 12 novembre 1903, à l’âge de soixante treize ans.
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Alain VERMONT
04/10/2008
Jean Frédéric BAZILLE (1841-1870).
Quand Jean-Frédéric Bazille s’installa à Paris en 1862, à l’âge de vingt et un ans, pour poursuivre des études de médecine, il ignorait qu’il allait devenir l’une des figures emblématiques de l’histoire de l’art. Car, poussé par le démon du pinceau, il abandonna rapidement la médecine après qu’il se fut inscrit dans l’atelier de Charles Gleyre, en novembre de la même année.
Vivant alors des subsides accordés par sa riche famille installée près de Montpellier, Bazille n’eut de cesse d’apprendre son métier d’artiste peintre aux côtés des futurs Impressionnistes qui avaient pour nom Monet, Renoir, Sisley et Pissarro.
D’une âme fort généreuse, le jeune peintre ne cessa dès lors et ce, pendant les huit dernières années de sa vie, de soutenir financièrement ses amis Monet et Renoir, toujours dans le besoin.
Moins perturbé que ces derniers par des soucis financiers quotidiens qu’il ne connaissait pas, Bazille s’appliqua à peindre à son rythme, plus sereinement que ses amis, et d’une manière beaucoup moins prolifique.
D’ailleurs Monet ne manqua jamais une occasion de tancer son ami, en lui rappelant, pour mieux le motiver, dans ses souffrances d’apprenti peintre, que « C’est à force d’observation et de réflexion que l’on trouve ».
Les « Fous de lumière ».
En 1863, tous ces jeunes artistes âgés d’une vingtaine d’années, jugeaient alors l’enseignement des Beaux-Arts trop rigide et poussiéreux. Ils voulaient tous honorer la couleur, donc la lumière.
Et pour ce faire, ils commencèrent à exécuter leurs tableaux en plein air, en faisant face à leurs sources d’inspiration, en peignant la lumière et ses effets. Ils recueillirent alors des sensations nouvelles que le trop traditionnel travail en atelier ne pouvait leur apporter.
En quelques mois les conventions traditionnelles qui avaient régi des siècles de peinture, furent alors abolies : la perspective, l’éclairage d’atelier, et le dessin.
Il s’agissait maintenant pour eux de suggérer les distances, et les volumes, par les contrastes des couleurs. Les Impressionnistes créèrent des compositions nouvelles dans lesquelles l’environnement de la nature, et les objets de la vie de tous les jours, prirent une place importante.
La révolution de la Peinture Académique engendra en amont la transformation du matériel pour artistes peintres qui subit alors une évolution magistrale facilitant le travail en extérieur. Des chevalets plus légers, et des couleurs emprisonnées dans des tubes de zinc qui maintenant remplaçaient les sachets peu pratiques, permirent aux Impressionnistes de mieux se déplacer en extérieur.
Assoiffé lui aussi de nature, Bazille partagea souvent les pérégrinations de ses amis, en accompagnant Monet en Normandie, ou en séjournant avec lui à Chailly, pour poser une des figures de son « Déjeuner sur l’herbe », et pour composer sa « Lisière de forêt » dans sa première manière, encore très assombrie.
La constante générosité du jeune montpelliérain lui fit héberger Renoir lorsque celui-ci rencontra de sérieux problèmes financiers en 1866, ainsi que Monet dont les tableaux étaient aussi régulièrement refusés au Salon annuel.
Et c’est au travers des souffrances de tous ces artistes refusés par l’Académie que Bazille put le mieux exprimer sa personnalité, décidant aux côtés de Monet, Renoir et Pissarro de créer une exposition indépendante en 1867, afin d’exposer leurs œuvres honorablement, et en dehors de l’autorité contestée du Salon.
Mais les deux mille cinq cents francs réunis à l’époque ne représentèrent pas la moitié de la somme nécessaire, et l’entreprise échoua, pour ne voir le jour qu’en avril 1874, durant la première exposition des Impressionnistes, dans l’ancien atelier du photographe Nadar, Boulevard des Capucines, quatre ans après la disparition de Bazille.
Car, d’abord patriote, Bazille ne déserta pas le territoire français comme le firent certains de ses amis peintres, lorsque la France déclara la guerre à la Prusse, en juillet 1870. En effet, engagé le 16 août suivant, dans le 3ème régiment de zouaves, il fut abattu pendant la bataille de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, le vingt huit novembre 1870, à l’âge de vingt neuf ans.
De ces sept années de la vie parisienne de l’artiste, il ne subsiste que des souvenirs, ainsi que quarante cinq tableaux exécutés en Normandie, en Ile de France, ou dans son Languedoc natal, et auxquels s’ajoutent des dessins conservés aujourd’hui en grande partie par le Musée du Louvre.
Trop longtemps oublié, Bazille aurait dû représenter une place plus prépondérante dans l’histoire de l’Impressionnisme, s’il n’était pas mort à vingt neuf ans, sans avoir pleinement partagé les retentissants succès que ce mouvement pictural connut après 1890.
Il faut retenir aujourd’hui que sa peinture faite d’une vision très personnelle, demeure authentique, comme il le disait dans une lettre à ses parents : « J’espère bien, si je fais jamais quelque chose, avoir le mérite de ne copier personne. »
L’un de ses derniers tableaux intitulé « Les bords du Lez », exécuté quelques mois avant sa mort, témoigne du chemin artistique qu’il avait parcouru en quelques années. Car, de sa première manière sombre, rien ne subsiste dans cette toile où tout est lumière, et sensibilité paysagiste dénuée d’une quelconque présence humaine. Il n’est pas audacieux d’avancer aujourd’hui que cette peinture de 1870 présageait déjà les Montagnes Sainte-Victoire de Cézanne exécutées vingt ans plus tard, ou même certaines toiles de Monet de la fin du 19ème siècle.
Une visite s’impose aujourd’hui au Musée Fabre de Montpellier qui détient avec le Musée d’Orsay quelques unes des plus belles compositions de celui qui avait dit au Général d’Armagnac lors de la guerre avec les Prussiens : « Pour moi, je suis sûr de n’être pas tué, j’ai trop de choses à faire dans la vie ».
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Alain VERMONT