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La Versoix, un oued ?
Assis sur la rive, je suis écrasé par la chaleur comme sous une chape de plomb. Mes mouvements sont comptés, mesurés, réduits au minimum. Non loin de moi, un chêne m'invite à me mettre sous le couvert de ses feuilles. Comme par reptation, je m'approche du tronc et viens y appuyer mon dos. Une faible brise soulage mon corps qui vient d'être sollicité par une volée de flèches expédiées par Rê.
Sous mes pieds, la rivière a cessé de couler. Il reste quelques flaques, rendues boueuses par des oiseaux venus s'y rafraîchir. Les espaces jadis couverts de limons montrent de profondes gerçures. Les poissons ont déserté ce milieu qui leur est devenu hostile. Une couleuvre lovée à l'ombre d'un gros caillou semble attendre que le soleil file vers l'horizon.
La brise se met à prendre de la vitesse avant de marquer une pause comme si elle devait reprendre des forces avant la prochaine tentative. Lors de ces silences, ma peau se couvre de sueur; je me sens moite ce qui m'incite à moins de mouvements encore tout en cherchant à offrir le plus de surface d'échange à la prochaine bouffée d'air.
Sur les sommets, quelques nuages viennent rompre la monotonie bleue pâle du ciel; des visages, figurines cotonneuses, prennent forme avant d'être progressivement remplacées par des silhouettes de plomb. L'uniformité vient de céder sa place aux nombreuses sculptures qui se font et se défont au gré des courants. Le chant des oiseaux se fait accompagner par le bruissement des feuilles qui monte régulièrement en puissance.
Au loin, des grondements sourds retentissent. L'astre, si sûr de lui, se cache, plongeant précipitamment la région dans la nuit.
Un silence oppressant s'impose; il commence par forcer mon respect avant de me laisser envahir par la peur. Soudain, un flash de lumière accompagné d'un fracas assourdissant; mon chien tremble; il se blottit contre moi. Comment ne pas être effrayé face à la puissance de dame nature? Les éclairs ne tardent pas à se succéder, dessinant parfois des bassins versants s'écoulant de l'estuaire aux sources, exactement à l'inverse des cours d'eau.
De grosses gouttes rebondissent sur le sol rendu imperméable par la sécheresse. L'eau, drainée de tous côtés, reprend possession de son lit ; celui qu'elle a creusé patiemment à l'époque où le glacier s'est accordé un petit répit lors de son retrait. À présent, la Versoix donne de la voix, elle se déchaîne, entraînant feuilles, branches, arbres morts; le roulement des pierres sur le fond se fait entendre. La force est impressionnante.
Une goutte me fait sortir de ma torpeur, je balaie du regard ce tronçon de rivière mis à sec pour conduire à bien les travaux de renaturation. La partie asséchée a été pêchée électriquement par les gardes puis visitée à plusieurs reprises encore afin de sauvegarder un maximum de poissons. N'empêche, tous ne pourront être sauvés.
Non, par bonheur, la Versoix n'est pas encore un Oued qui se remplit brutalement par temps d'orages.
La Versoix, un oued ?