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Pour la famille royale d'Italie, la fin de l'exil est proche. Et, pour elle, comme pour d'autres, Genève aura été un havre de paix ou un refuge doré.Ce contenu a été publié le 07 février 2002 - 08:25
Le Sénat italien vient de faire un premier geste envers la Maison royale de Savoie. Après 56 ans d'exil à Genève, Victor-Emmanuel et sa famille pourraient être autorisés à fouler bientôt le sol de la Péninsule.
Emmanuel-Philibert, prince de Venise, 30 ans, est né à Genève. Il n'a jamais mis les pieds dans son pays. Son père, Victor-Emmanuel, prince de Naples et fils-héritier du dernier roi d'Italie Humbert II, n'avait pas dix ans lorsque sa famille fut expulsée de la Péninsule.
C'est dire la forte valeur symbolique qu'a pour eux la campagne genevoise et le Château de Merlinge en particulier, qui par la suite fit accueil aux exilés de la Maison Royale de Savoie.
Des liens anciens au cours des siècles
Mais, comme on peut le lire dans des pages consacrées aux célébrités qui ont choisi de se réfugier en Suisse, «une taxation raisonnable leur permet de passer un exil confortable, entourés d'une riche cour d'expatriés italiens».
Le choix de Genève ne doit pas grand-chose au hasard. Car, comme nous le rappelle l'historien Bernard Lescaze, «jusqu'en 1860, le Royaume de Sardaigne bordait le canton de Genève et la Maison de Savoie régnait à Saint-Julien. Jusqu'à la fin du 18e siècle, les Savoie étaient les souverains de Carouge.»
Entre Genève et l'Italie, poursuit-il, «il y a eu au cours des siècles des liens constants. Genève a toujours été une ville ouverte, presque une ville-refuge, pour un grand nombre d'Italiens.»
Des Médicis à Turrettini
Au Moyen-Age déjà, les Médicis y avaient une succursale bancaire. Au temps de la Réforme, de nombreuses familles protestantes italiennes - les Micheli du Crest, Burlamaqui et autres - ont fui la persécution et ont choisi de s'installer à Genève.
Certains de leurs descendants marqueront d'ailleurs l'histoire de Genève. On pense à l'ingénieur Théodore Turrettini, qui présida l'Expo nationale de 1896, construisit le Bâtiment des Forces Motrices, transforma la rade et y installa le jet d'eau!
Dans ce long catalogue des liens entre Genève et l'Italie, on n'oubliera pas le comte de Cavour. Si cet illustre Premier ministre du roi de Sardaigne a souvent séjourné dans cette ville au point de laisser son patronyme à l'une de ses rues, c'est tout simplement parce que sa mère était d'origine genevoise.
Un coin paisible, mais aussi des banques
Et pourquoi donc cherchait-on refuge en Suisse et à Genève en particulier? «On y trouvait beaucoup de choses intéressantes, explique Bernard Lescaze: la sécurité, de beaux paysages, de bons médecins, de bons banquiers.»
Mais aussi, pour les rois, princes et autres têtes couronnées, «une atmosphère républicaine qui faisait qu'on s'intéressait peu aux monarchies». En d'autres mots, on leur fichait la paix.
La ville en tirait aussi de substantiels avantages. En termes de renommée: Genève n'était pas qu'une terre d'exil, mais surtout un lieu d'accueil, de paix et de rencontres. Et en termes de prospérité, car le commerce local ne pouvait que profiter de cette notoriété internationale.
D'où l'essor de Genève, entre autres, dans le domaine de la gestion de fortune. «Son importance résulte de la confiance de très nombreuses fortunes anonymes, estime Bernard Lescaze. Mais elles ont sans doute été dirigées vers Genève à cause de la qualité de quelques autres fortunes illustres».
Happy end, dans l'indifférence
Si donc les parlementaires transalpins décident d'abroger bientôt les mesures de bannissement de la famille royale et que la Maison de Savoie et sa suite s'en retournent en terres italiennes, ce pourrait être, pour Genève, la fin d'une longue histoire. Qui passera à peu près inaperçue.
Car l'historien a probablement raison quand il constate qu'en ce début de 21e siècle, n'en déplaise aux princes et princesses, «Genève représente beaucoup plus pour les Savoie que la Maison de Savoie pour les Genevois». Ce n'est pas lèse-majesté que de le dire.
Bernard Weissbrodt
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