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Infections urinaires chez l’adulte
Anne Dufey-Teso, cheffe de clinique dans le service de néphrologie des HUG, nous parle des infections urinaires chez l’adulte.
Introduction
L’infection urinaire basse (appelée aussi cystite ou inflammation de la vessie) est définie par une série de symptômes : besoin urgent d’uriner, avec augmentation de la fréquence des mictions, brûlures urinaires ou douleurs en urinant, douleurs au bas ventre et parfois la présence de sang dans les urines (urines rosées).
Adapté de : https://www.infectionurinaire.net/symptomes/
L’infection urinaire haute (pyélonéphrite, qui peut toucher un seul ou les deux reins) peut se présenter comme l’infection urinaire basse avec de la fièvre et des douleurs dans la loge rénale. Parfois elle peut passer inaperçue, sans symptômes urinaires et uniquement de la fièvre. Chez les patients greffés rénaux, une simple sensibilité au niveau du greffon rénal et de la fièvre peut évoquer le diagnostic.
En cas d’infection urinaire chez l’homme (brûlures urinaires, douleurs du bas ventre, augmentation de la fréquence des mictions, douleurs à l’éjaculation et fièvre), il faut suspecter une prostatite (inflammation de la prostate). Les facteurs de risque sont les sondages urinaires, l’hyperplasie bénigne de la prostate, l’obstruction des voies urinaires dans la vessie ou dans le canal éjaculateur et les maladies sexuellement transmissibles (MST).
Examen biologique :
Toute infection urinaire doit être confirmée par un examen d’urines, soit une bandelette urinaire avec la présence de globules blancs avec ou sans nitrites (provenant de la réduction chimique des nitrates par certaines bactéries) dans les urines.
La culture d’urine est nécessaire pour mettre en évidence un germe, principalement en cas d’infection urinaire à répétition ou d’infection urinaire chez l’homme ou chez le patient immunosupprimé (ex : transplanté).
Epidémiologie :
Il est estimé qu’environ 50 à 60% des femmes et 10% des hommes vont, au moins une fois dans leur vie, contracter une infection urinaire. Les femmes sont plus touchées que les hommes, pour des raisons anatomiques (longueur de l’urètre plus court).
Appareil urinaire féminin :
D’autres facteurs de risque ont été identifiés :
- Modification de la flore (antibiotiques, spermicides, ménopause)
- Activité sexuelle
- Stagnation urinaire
- Rétention urinaire ou incapacité à vider la vessie (grosse prostate, descente d’organe chez la femme, troubles neurologiques)
- Obstruction (calculs dans les voies urinaires), reins polykystiques (multiples kystes dans les reins).
- Sondes urinaires
- Immunosuppression
- Grossesse
- Diabète
Prise en charge et traitement :
Le risque de « surdiagnostic » et de traitement antibiotique inadapté est élevé vu la fréquence de cette infection. En dehors de la grossesse, des 3 premiers mois après une greffe ou avant une intervention urologique, Il n’est pas recommandé de traiter en l’absence de symptômes, même si l’examen d’urine confirme la présence d’une bactérie. Cette attitude doit toujours être discutée avec votre médecin.
En effet, tout traitement antibiotique peut s’accompagner d’effets secondaires avec, en cas d’utilisation abusive, le risque de sélectionner des bactéries devenues résistantes aux antibiotiques.
Le germe le plus fréquent est l’Escherichia Coli (E. Coli), retrouvé dans 65‑90% des cas de cystite simple, en raison de sa capacité accrue d’adhérer aux voies urinaires.
Mesures préventives :
- Bien s’hydrater (adressé aux patients qui ont une diurèse (capacité à uriner) conservée)
- Eviter la constipation
- Ne pas se retenir d’aller uriner, vider la vessie régulièrement.
- Aller uriner après un rapport sexuel.
- Mesures d’hygiène (pour les femmes : s’essuyer du haut vers le bas, soit en partant de la vulve en direction de l’anus et pas l’inverse, éviter les douches vaginales).
Thérapies alternatives préventives :
Dans les thérapies alternatives ou en cas de prévention d’infection urinaire, les comprimés d’airelles ou jus de canneberge ont été très à la mode ces dernières années. Malheureusement, une récente analyse de la littérature[1] (incluant 24 études, dont près de 5000 participants) n’a pas démontré leur efficacité.
Le D-mannose est un sucre simple naturel, obtenu par le processus de fermentation du glucose. Son mécanisme d’action serait d’empêcher les bactéries de coloniser les muqueuses urinaires et ces dernières sont alors évacuées avec les urines.
Des études sont encore attendues pour confirmer son efficacité, mais il semble être bien toléré.
Images adaptées de : https://www.femannose.ch/fr/composant-d-mannose-sucre-contre-la-cystite.html
Dans les thérapies d’avenir proche et seulement en cas d’infection urinaire à répétition, un vaccin bio-conjugué de 4 souches d’E. Coli (ExPEC4V), diminuerait le nombre d’épisode d’infection urinaire de 40%.
Résumé
En résumé, les infections urinaires sont fréquentes et bien qu’elles soient banales la plupart du temps, leur prise en charge nécessite une vigilance particulière. Il est conseillé de consulter en cas de symptômes urinaires (brûlures ou douleurs mictionnelles, augmentation de la fréquence des mictions, présence de sang dans les urines, incapacité à vider la vessie), ou en cas de fièvre inexpliquée, de frissons ou douleurs dans la ou les loges rénales, pouvant évoquer une infection des reins.
En cas d’infection urinaire confirmée à l’examen d’urine, le traitement doit être discuté avec votre médecin afin d’éviter la prise d’antibiotique abusive, au vu du risque de sélectionner des bactéries résistantes.
Les traitements alternatifs, tels que le D-Mannose, peuvent être discutés avec votre médecin et utilisé dans les 48-72 premières heures en cas de symptômes urinaires simples (brûlures en urinant, augmentation de la fréquence des mictions,), mais ne doivent en aucun cas remplacer la consultation médicale et l’examen d’urine.
[1] RG Jepson et al. Cochrane Database Syst Rev 2012