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Au nom de l'Université de Neuchâtel, je vous souhaite une cordiale bienvenue et vous remercie de témoigner par votre présence de l'intérêt que vous portez à notre haute école.Mesdames et Messieurs,
Dans l'année écoulée, les universités de notre pays ont dû faire face, individuellement et solidairement, à deux problèmes particulièrement aigus et importants:
— d'une part, l'inflation des coûts et les difficultés financières qui en découlent pour les cantons universitaires;
— d'autre part, l'inflation du nombre des jeunes gens et jeunes filles qui aspirent à une formation universitaire et la menace à peine voilée d'un inévitable numerus clausus.
Il est indiscutable que les universités n'ont pu se développer de manière satisfaisante au cours des dix dernières années qu'à la faveur de l'aide financière apportée par la Confédération aux cantons universitaires. En dépit de cette aide, les cantons se trouvent actuellement dans l'incapacité de faire face aux dépenses accrues qu'exigent les universités, si bien qu'un accroissement massif de l'aide fédérale semble indispensable. Or, les efforts déployés pour mettre sur pied une nouvelle loi d'aide fédérale aux universités n'ont pas permis d'aboutir dans les délais nécessaires, de telle sorte qu'on devra se résoudre à maintenir pour deux nouvelles années les subventions fédérales à leur niveau
actuel. Il n'est d'ailleurs pas certain que l'aide fédérale puisse jamais atteindre les taux espérés, la Confédération connaissant à son tour des difficultés financières. On doit tenir pour certain, malheureusement, que ces circonstances entraîneront un sensible ralentissement du développement des universités suisses.
On doit souhaiter qu'elles ne brisent pas les efforts de coordination, en un moment où l'interdépendance des diverses universités devient évidente et leur solidarité indispensable.
L'afflux massif d'étudiants aux portes d'universités qui ne sont pas prêtes à les accueillir posera un problème autrement difficile encore. Cet afflux n'est pas l'effet du hasard, il traduit une évolution de notre société et une volonté politique délibérée. Depuis une dizaine d'années, on a présenté comme une tâche nationale l'augmentation du nombre des bacheliers et les cantons ont répondu à cette attente par la construction, à grands frais, d'établissements d'instruction au degré secondaire. Le résultat est acquis: en dix ans, le nombre des certificats de maturité décernés chaque année a pratiquement doublé. Poursuivant la même intention, le Conseil fédéral a décidé l'an dernier de l'introduction de deux nouveaux types de maturité fédérale: la maturité D (orientation langues modernes) et la maturité E (orientation socio-économique), pour permettre l'accès aux études supérieures d'élèves ayant suivi avec succès l'enseignement de gymnases non traditionnels.
Or, voici qu'à l'Université on se déclare incapable de recevoir la totalité de ces étudiants, faute de locaux, de personnel et de moyens d'enseignement. Certes, la menace d'un numerus clausus ne se présente de manière aiguë jusqu'ici que pour les études de médecine, où existe une limite naturelle des places au niveau des semestres cliniques, et dans certaines disciplines des sciences morales, notamment en psychologie. Mais on sait que ces phénomènes ont tendance à se propager d'une discipline à l'autre et l'on doit s'attendre à des difficultés généralisées, au moins en Suisse alémanique, dès les prochaines années. On doit comprendre que les universités se défendent contre une invasion qu'elles ne pourraient maîtriser, en raison même de leur mission qui est de développer une recherche scientifique de qualité au service d'un enseignement véritablement supérieur. Toutefois, je ne crois pas personnellement en la possibilité d'une discrimination équitable entre les candidats à l'immatriculation et suis convaincu que l'Université devra trouver d'autres voies, notamment en réexaminant de manière fondamentale la tâche qui lui est confiée de former les étudiants au mieux de leurs aptitudes personnelles et des besoins de la collectivité. Là encore, on mesure combien grande sera à l'avenir la solidarité des universités, quand viendra le temps où certaines universités devront accueillir les étudiants qui ne trouveront pas place dans d'autres.
Face à ces problèmes, l'Université de Neuchâtel, la plus petite des universités de notre pays, se trouve plutôt avantagée. Grâce à la générosité du peuple neuchâtelois et à la clairvoyance des autorités, l'Université a pu combler, au cours des dernières années, le retard accumulé dans les années de crise. Son personnel enseignant et ses équipements lui permettraient d'accueillir dans de
bonnes conditions un nombre accru d'étudiants. D'ailleurs, les limites étroites de son bassin de recrutement naturel, en lui-même fortement scolarisé depuis longtemps, maintiendront cet accroissement dans des normes acceptables. On peut même imaginer qu'un certain nombre d'étudiants confédérés, qui ne trouveraient temporairement pas place dans les universités de leur lieu, pourraient étudier à Neuchâtel de manière favorable.
Cette constatation optimiste, ou tout au moins réconfortante, ne devrait pas donner à penser que tous les problèmes sont résolus, bien au contraire. L'Université ne pouvait, certes, s'attendre à ce que soit maintenu le taux de croissance des dernières années, qui avait permis la création
— pour l'automne 1971, de trois postes de professeurs ordinaires, quatorze postes de professeurs assistants et dix postes de chargés de cours;
— pour l'automne 1972, de deux postes de professeurs ordinaires, cinq postes de professeurs assistants et quinze charges de cours nouvelles.
Il faut dire pourtant que la contraction budgétaire imposée à l'Université a été particulièrement douloureuse. Pour cet automne, les nominations et promotions intervenues équivalent à trois ou quatre postes de professeurs, et cet accroissement ne suffit pas à soutenir les efforts de l'Université dans la compétition scientifique. Soyez cependant assurés que l'Université saura mettre à profit cette période de stabilisation.
Le problème principal de notre université reste celui de la création d'un bâtiment qui regrouperait les instituts et séminaires des facultés de sciences morales. Cette année encore, des solutions provisoires ont permis de faire face aux besoins les plus urgents, mais il faut dire que ces solutions entraînent une dispersion regrettable des locaux, des bibliothèques et des chercheurs. Au moment où nos universités voisines de Lausanne et de Fribourg abordent la construction de tels locaux, il est indispensable qu'une solution de ce problème soit trouvée à Neuchâtel également, faute de quoi ces facultés seront menacées d'asphyxie.Mesdames et Messieurs,
Les quelques remarques que je vous ai présentées traduisent les soucis d'une université qui s'efforce de sonder l'avenir et de s'adapter aux conditions changeantes du monde actuel. Mais l'Université n'est pas habitée uniquement par ces inquiétudes. Elle est avant tout un lieu d'intense travail scientifique, où de jeunes esprits sont mis au contact des problèmes scientifiques de leur temps et acquièrent la force de les affronter.
L'an dernier, j'ai décrit en quelques mots les priorités que nos facultés se sont fixées et les domaines dans lesquels elles entendent contribuer efficacement au progrès de la connaissance. Il nous a semblé intéressant de vous présenter aujourd'hui quelques-uns de ces domaines et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, je vais prier maintenant quelques collègues de vous informer sur des développements récents intervenus dans leurs disciplines.
M. J.-B. Grize vous parlera du Centre de recherche en sémiologie,
M. E. Schulé du Centre de dialectologie, M. A. Aeschlimann de l'Institut de zoologie et de sa spécialisation en parasitologie, M. F. Pellandini du diplôme de microtechnique de l'Université, M. P. Burgat du nouveau plan des études de sciences économiques, M. P. Barthel, enfin, du Centre de recherches herméneutiques de la Faculté de théologie.
Je souhaite que les exposés que vous allez entendre éveillent en vous l'image d'une université vivante et digne du soutien que vous lui apportez.