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Jamais dans l'histoire d'Israël, un ministre n'avait voyagé officiellement dans le Royaume saoudien. Haim Katz a donc confirmé le réchauffement des relations entre les deux Etats en participant mardi et mercredi à une conférence multilatérale sur le tourisme organisée par les Nations unies à Ryad.
Dans le même temps, l'ambassadeur saoudien auprès des Palestiniens, Nayef al-Sudaïri, a franchi un checkpoint israélien pour visiter la Cisjordanie, où il a pu rencontrer les dirigeants de l'Autorité palestinienne, notamment son président Mahmoud Abbas. Un événement historique également, puisque il s'agissait de la première visite d'une délégation officielle saoudienne en Cisjordanie depuis les accords de paix d'Oslo en septembre 1993. Des accords qui avaient permis l'établissement de l'Autorité palestinienne.
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Une décision aux conséquences importantes
Après le rétablissement des relations diplomatiques avec l'Iran au mois de mars 2023 sous l'égide de la Chine, le Royaume saoudien serait-il en passe de reconnaître l'Etat d'Israël, 75 ans après sa création?
Jusqu'à récemment, les pays arabes liaient cette reconnaissance à la création d'un Etat palestinien. Mais en 2020, avec l'appui de l'administration Trump, les accords d'Abraham ont permis de normaliser les relations de l'Etat hébreu avec les Emirats arabes unis et le Bahreïn. Une reconnaissance accordée ensuite par le Soudan et le Maroc. Ces pays rejoignaient ainsi l'Egypte et la Jordanie qui avaient respectivement normalisé leurs relations avec Tel Aviv en 1978 et 1993.
Une décision similaire de la part de l'Arabie saoudite, gardienne des lieux saints de La Mecque et Médine, aurait sans doute des conséquences autrement plus grandes pour le Moyen-Orient. Véritable fer de lance de l'islam sunnite, Ryad pourrait en effet ouvrir la voie au reste du monde musulman.
Quel sort pour la Palestine?
Reste à savoir quelles sont les conditions exigées par l'Arabie saoudite.
Les pays signataires des accords d'Abraham n'avaient pas mis dans leurs exigences la création d'un Etat palestinien, se contentant de demander la suspension de l'annexion de certaines parties du territoire par Israël. Les autres principaux éléments des accords concernaient essentiellement le développement de coopérations économiques, sécuritaires ou technologique.
Pour Ryad, qui tente à travers son plan de développement "Saudi Vision 2030" de faire sortir le pays de la rente pétrolière en diversifiant son économie, le potentiel économique d'un apaisement et d'une reconnaissance d'Israël est également réel. Pour autant, abandonner la demande d'un Etat palestinien souverain pourrait avoir des conséquences politiques importantes.
L'ambassadeur saoudien Nayef al-Sudaïri lors de sa visite à Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 26 septembre 2023. [Mohammed Torokman - reuters]
La semaine dernière, lors d'une interview sur Fox News, Mohammed ben Salmane, prince héritier et dirigeant de facto du Royaume, a estimé que le discours sur la normalisation des relations était "pour la première fois réel", ajoutant que tout accord devrait "faciliter la vie des Palestiniens", une formulation vague qui ne semble pas s'apparenter à une pleine souveraineté.
Mais lors de son voyage en Cisjordanie, Nayef al-Sudaïri a semblé aller à rebours de ce discours, rappelant que l'Initiative de paix arabe, une proposition de paix parrainée par l'Arabie saoudite en 2002 qui appelait à la création d'un Etat palestinien, restait "la pierre angulaire de tout accord futur".
Preuve d'un certain embarras, l'ambassadeur saoudien a annulé mercredi au dernier moment sa visite à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, lieu saint contrôlé de facto par les Israéliens. Visiter le site sous escorte israélienne risquait donc de donner l'impression d'une reconnaissance implicite de ce contrôle par Tel Aviv.
Entre deux feux
Pour normaliser ses relations avec Israël, le gouvernement saoudien semble donc être pris entre deux feux. S'il exige de véritables concessions en faveur de la Palestine, il risque de bloquer toute avancée côté israélien, alors que la coalition au pouvoir menée par Benjamin Netanyahu est la plus conservatrice et nationaliste que le pays ait connue depuis sa création.
Au contraire, si les concessions demandées pour la Palestine s'avèrent nulles ou trop faibles, c'est sa population mais aussi celle de l'ensemble du monde musulman qu'il risque de se mettre à dos, alors que le soutien pour la cause palestinienne est toujours très haut au sein des populations de la région.
Si la position saoudienne sur la Palestine n'est pour le moment pas encore claire quant à ce possible accord, d'autres demandes liées à la normalisation diplomatique pourraient également s'avérer complexes. Au-delà de demander un soutien militaire accru en provenance des Etats-Unis, le Royaume souhaite également que Tel Aviv et Washington lui apportent soutien et assistance pour la création d'un programme nucléaire civil.
Une demande qui pourrait refroidir un certain nombre de politiciens et d'élus, tant aux Etats-Unis qu'en Israël, du fait de la crainte qu'un tel programme serve in fine à se rapprocher de l'acquisition de la bombe nucléaire.
Tristan Hertig