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Ces quatre tribus étaient fédérées, et leurs chefs, qui se rencontraient périodiquement et prenaient les décisions intéressant l’ensemble de la nation. C’était comme une préfiguration de la structure fédérative essentielle à la Suisse moderne. Mais la société helvète n’avait rien d’égalitaire : elle comportait des nobles, des hommes libres, du menu peuple (plèbe) et des esclaves. Le peuple n’était pas composé d’agriculteurs, de bergers et de guerriers seulement, comme on le représente souvent ; les Helvètes étaient aussi des artisans et commerçants. Ils savaient la valeur de l’or, qu’ils extraient de leurs rivières pour le façonner en monnaie. Les voies fluviales les mettaient en relations d’affaires avec la Gaule et l’Italie, et pour l’écriture, ils étaient allés emprunter leur alphabet aux Grecs. Leur organisation politique et leur religion druidique les unissaient à la grande fédération des peuples gaulois.
Ils avaient à défendre continuellement leur frontière du Rhin contre les Germains, et vers 70 à 60 ans avant J.-C., une nouvelle poussée germanique vers l’Alsace et le Doubs suscita chez eux de la nervosité et de l’inquiétude.
Les Helvètes n’avaient point perdu leur humeur vagabonde ; ils rêvaient à des expéditions lointaines, à des aventures belliqueuses imprévues, à la conquête de pays avec un soleil peut-être plus clément, là-bas au sud.
Ces quatre tribus avaient pour voisins le long du Jura les Rauraques, les Séquanais ; dans la vallée du Rhône les Allobroges, les Nantuates et à l’est les Sédunois , dans la vallée du Tessin les Lépontins ; dans l’est de l’Helvétie, les Rétiens.
La plus remuante des tribus helvétiennes, celle des Tigurins, comptant 300’000 hommes et sous la conduite de Divico (note 1);, franchit le Jura et rencontra sur les bords de la Garonne, entre Toulouse et Bordeaux, les deux légions du consul Cassius Longus; elle leur infligea une défaite demeurée célèbre sous le nom de bataille d’Agen (-107 av.J,C.), et contraignit les soldats romains à passer sous le Joug.
Accompagnés de hordes Cimbres barbares et toujours errants, les Helvètes passèrent les Alpes et rencontrèrent à Verseil dans la plaine du Po le général romain Marius qui les défit complètement en -101 avant J-C. Vainqueurs, les Romains s’établissent en Provence, soumettent les Allobroges – Savoie – et s’avancent jusqu’à Genève, voisinant ainsi de façon quelque peu menaçante avec les Helvètes.
César rapporte qu’environ cent dix mille hommes purent repasser je Jura et rentrer dans la patrie de leurs pères. Six ans plus tard, quand le chef gaulois Vercingétorix appela tous les peuples celtiques à unir leurs forces contre l’impérialisme romain, les Helvètes se soulevèrent et envoyèrent un contingent de huit mille hommes en Auvergne, au secours de la place forte d’Alésia, assiégée par César. Ce fut en vain : la Gaule entière subit une défaite face à l’armée romaine de Jules César en 52 av. J.-C. Par la suite, Auguste. Fils adoptif de César s’appliqua à ouvrir et à garantir les Communications transalpines. En 25 av. J.-C, il s’assura ainsi l’accès au Petit-St-Bernard. Dix ans plus tard (vers 15 av. J.-C, Tibere et Drusus, ses fils adoptifs, conquirent toutes les régions des Alpes centrales ainsi que les Préalpes jusqu’au Danube. De ce fait, le territoire de la Suisse actuelle fut entièrement intègré à l’Empire romain. Auguste fit commémorer ces victoires en 7/6 av. J.-C. par un grand monument, le Trophée des Alpes (encore visible à La Turbie près de Monaco), qui ne mentionne pas les Helvètes parmi les peuples vaincus, le Plateau suisse ayant été annexe pacifiquement.
Des guerres civiles éclatèrent en 68-70, la Civitas Helvetiorum ou Helvétie entra en conflit avec la XXIème légion, stationnée à Vindonissa (Windisch), puisque, ignorant la mort de Galba dont ils étaient les partisans, ils refusaient de se rallier à Vitellius que soutenait l’armée du Rhin. A cette occasion, les Helvètes subirent une lourde défaite et la destruction d’Avenches fut évitée de justesse.
En 71 après. J.-C, Vespasien, qui conservait des liens tout particuliers avec Avenches où son père et son fils Titus avaient vécu, éleva la ville au rang de colonie latine, désormais nommée « Colonia Pia Flavia Constans Emerita Helvetiorum Foederata », favorisant ainsi la romanisation de l’élite dirigeante helvète. II y installa probablement aussi des vétérans, cherchant ainsi à combler les pertes humaines de la guerre civile. Sur le plan administratif, la Civitas Helvetiorum tut tout d’abord rattachée à la province de Gaule Lyonnaise, puis à celle de Gaule Belgique, enfin à celle de Germanie supérieure, créée en 85 apr. J.-C.
Au Ier siècle, la bordure nord du Rhin est une zone frontalière stratégiquement importante de l’empire romain: elle est occupée militairement et garnie de camps militaires permanents qui sont démantelés lors de l’extension maximale de l’empire au IIIe siècle, qui correspond à une période de prospérité économique et de développement pour la région. À cette même époque, le christianisme se répand progressivement sur le territoire avec l’apparition des premières églises entre 350 et 400.
Jules César écrit dans son ouvrage sur la Guerre des Gaules (I, 13-14) qu’à la migration de 58 av. J.-C., Divico est ambassadeur des Helvètes auprès de César, avant qu’ils ne soient battus lors de la bataille de Bibracte. Qu’il se soit agi du même Divico ne fait aucun doute pour César ; néanmoins cette identification a été parfois discutée.