Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07259.jsonl.gz/172

Les partis eurosceptiques et anti-élites devraient remporter entre 20 et 30% des sièges. Cela ne suffira pas pour entraver le Parlement européen.
Entre le 23 et le 26 mai, les citoyens de l'Union européenne (UE), y compris sans doute les Britanniques, sont appelés aux urnes pour élire leurs députés européens. Vu les pouvoirs élargis du Parlement en termes de législation, de budget et de contrôle, ces élections permettront non seulement de mesurer la cote de popularité de l'UE ou des leaders nationaux, mais elles auront aussi des répercussions bien plus importantes encore.
Tous les sondages laissent entrevoir un parlement plus fragmenté. Cette situation fragilisera encore l'équilibre précaire que l'UE a trouvé pour définir son cadre institutionnel et intégrer des approches politiques différentes selon les Etats membres. Cela risque aussi de compromettre une intégration plus poussée.
Au cours des cinq dernières années, le Parlement européen était contrôlé par une grande coalition de fait entre le Parti populaire européen (PPE) et l'Alliance progressiste des socialistes et des démocrates (S&D). Néanmoins, les projections formulées sur la base des sondages nationaux montrent que ces deux partis décrocheront probablement moins de 50% des sièges.
aux libéraux et/ou aux écologistes afin de créer une majorité absolue stable.
Les partis eurosceptiques et anti-élites de tous bords devraient remporter entre 20 et 30% des sièges. Cela ne suffira pas pour dominer, voire entraver le Parlement européen. En effet, les votes sont pris à la majorité simple ou absolue en fonction des projets de loi soumis et il n'existe pas de minorité de blocage. De plus, les divergences très marquées entre les partis d'extrême-gauche et d'extrême-droite les empêcheront de se liguer systématiquement en faveur de propositions de loi.
Néanmoins, la montée du populisme accélérera probablement le passage du clivage traditionnel gauche/droite et nord/sud (ou est/ouest dernièrement) à un clivage entre les partis europhiles et les partis eurosceptiques, du moins au sein du Parlement européen. Par conséquent, la prochaine coalition au pouvoir entre le PPE et le S&D sera certainement élargie aux libéraux et/ou aux écologistes afin de créer une majorité absolue stable.
Cette coalition hétérogène jouera un rôle essentiel dans le processus fastidieux d'élection des présidents de quatre institutions de l'UE, à savoir le Parlement européen lui-même, la Commission européenne, le Conseil européen et la Banque centrale européenne. Les nominations à ces postes font toujours l'objet de marchandages compliqués entre les partis politiques et les pays, qui tiennent compte de la nationalité des candidats, de la conception qu'ils ont du projet européen et (probablement cette fois-ci) de l'équilibre hommes-femmes.
En dépit de la grande coalition élargie qui se profile au Parlement européen, il y a fort à parier que le renouvellement des dirigeants de l'UE ne se fera pas sans heurts étant donné les enjeux politiques nationaux qui compliquent la donne.
et que la Commission européenne se retrouve temporairement dans l'impasse.
Pour diverses raisons, les gouvernements de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, de l'Espagne et d'autres pays (sans oublier le Royaume-Uni) ne disposeront pas d'un capital politique suffisant dans les négociations à venir pour imposer leurs idées sur l'intégration européenne et sur le Brexit (autrement dit, comment ces enjeux doivent être gérés et par qui).
Par ailleurs, l'UE s'apprête à définir son budget pluriannuel pour la période 2021/2027, budget qui doit être adopté à l'unanimité. Les élections au Parlement européen rappelleront avec force à quel point la politique européenne est devenue fragmentée, clivante et assez dysfonctionnelle.
Heureusement, malgré leur montée en puissance, les partis eurosceptiques ne réuniront pas suffisamment de voix pour faire dérailler le projet européen et les partis europhiles seront obligés de trouver un terrain d'entente sur la façon d'avancer.
Malheureusement en revanche, il est fort possible que l'élection des présidents d'institutions de l'UE soit retardée et que la Commission européenne et le Conseil européen se retrouvent temporairement dans l'impasse en raison de rebondissements au niveau national.
En attendant d'y voir plus clair, la prudence est de mise pour ceux qui envisagent d'investir dans les actifs financiers européens étant donné l'impact négatif que les élections européennes et ses conséquences auront sur le rendement du Bund allemand, sur l'euro et sur les actions.