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Le premier août, le légendaire Fruit Bar aura vécu après plus d'un demi-siècle d'exploitation sept jours sur sept. Et même 24 heures sur 24 du temps de Jean-Daniel Collomb et de son épouse Marguerite.
Ouvert en 1957, sept ans avant l'ouverture de l'autoroute, on ne pouvait pas le louper à Etoy sur la route nationale une. Renommé pour ses frappés aux fruits, les chalands étaient attirés aussi par un juke-box montrant en images les artistes, dix ans avant la télé couleur. Henri Salvador et son blues du dentiste faisait la pair avec Fernand Reynaud et son "22 à Asnière". La machine était un Scopitone...
Les noctambules y venaient de tous les bals du canton. Les militaires appréciaient l'établissement lors de manoeuvres où l'imagination débordait, à l'instar de la rivière Arno inondant Florence en 1966. Ainsi, tout le canton avait inondé sauf le Fruit Bar d'Etoy! De surcroît les simples troufions étaient condamnés à poireauter sur les camions avec le masque à gaz pour cause d'alerte atomique.
Je crois que le directeur de l'exercice devait être un certain Jeanmaire offficiant dans la Protection antiaérienne et dont j'avais déjà eu l'occasion d'observer son sens tactique. Enfin...
Quelques années plus tard, je rencontrais Jean-Daniel Collomb au volant d'un Mercedes au bruit bizarre. Je lui avais demandé s'il s'agissait d'une diesel ou d'un moteur tournant sur trois cylindres. "Je n'en sais rien, c'est celle de Jeanmaire!".
Tois semaines après, "l'affaire" éclatait au grand jour. Jeanmaire fera preuve de ses capacités intellectuelles en tant que bibliothécaire de la prison de Bellechasse.
A l'instar du Général de Gaulle, Jean-Daniel Collomb avait écrit ses mémoires de guerre. Je crois que le bouqin s'appellait Tenir. On y voit une photo de son mariage en uniforme durant la Mob avec Paul Chaudet pour témoin.
JDC mena de nombreux combats, notamment avec les paysans de Saxon en 1953. La guerre n'a jamais fini. Certains se souviennent encore du blindé qu'il installa dans le jardin de sa commune de Saubraz. Il créa un vaste verger à Etoy, à l'instar de Paul Martin. Et comme ce dernier, il devint grossiste en primeurs avec un dépôt au Flon. Homme révolté, il devint le président des arboriculteurs indépendants toujours en porte à faux avec toutes les instances officielles qui ne manquèrent jamais de critiquer ce selfmademan incontournable.
A la tête d'une fortune considérable, qui partira en fumée, l'argent ne l'intéressait pas vraiment. Il aura quelques fidèles. C'était le cas de la petite Graziella, serveuse au Fruit Bar, qui m'avoua que "c'était un homme formidable. Il ne dort jamais et mange de temps à autre un oeuf..."
Littoral Parc est devenu un fleuron du secteur tertiaire mais, à la suite de Paul Martin avec des Thury et des Trottet, JDC aura donné une impulsion de taille au verger lémanique et aux Golden Delicious.