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"Je voulais faire un livre qui n'est pas spectaculaire, qui se passe dans un jardin, ce qui pourrait être la chose la plus ennuyeuse qui soit, mais un livre qui se lit avec autant de plaisir qu'un roman policier". C'est en ces termes que Beat Sterchi présente le roman qu'il vient de faire paraître dans sa version originale allemande aux éditions Diogenes. Il faudra encore attendre pour découvrir "Capricho" en traduction française. En toile de fond de cette histoire du quotidien, figure un petit village espagnol sur les hauteurs de Valence où l'écrivain vit par intermittence depuis 35 ans.
Justement, entre ce roman et le premier qui a rendu célèbre Beat Sterchi bien au-delà de nos frontières, quelque 35 années se sont écoulées.
"La Vache", un récit à caractère documentaire
En 1983 paraissait "Blösch" ("La Vache" dans sa version française), un récit à caractère documentaire éloigné de tout ce qui se publiait alors en Suisse alémanique. La presse a été unanime à saluer ce livre ancré dans le monde du travail, critique acerbe d'une société helvétique peu accueillante envers les étrangers. Se remémorant son expérience personnelle, l'auteur y décrivait le quotidien d'un ouvrier immigré œuvrant dans un abattoir.
Les vaches, Beat Sterchi les a fréquentées dès son plus jeune âge sous la forme de quartiers de viande. Fils de boucher installé dans le centre-ville de Berne, il était destiné à reprendre l'affaire familiale. Mais après son apprentissage, il a préféré briser ce déterminisme et s’est enfui au Canada. Vivant de petits boulots, le jeune homme s'est initié au "creative writing", une méthode d'apprentissage littéraire très en vogue dans le monde anglosaxon. C'est dans ce cadre qu'est né "Blösch".
Des voyages, puis le succès
Avant la parution de son livre, Beat Sterchi a fait l'expérience des grands espaces du Nouveau Monde. Arpentant le continent depuis le Grand Nord à la rencontre des Inuits et redescendant vers l'Amérique latine en bus. Avec un objectif: être capable de lire "Cent ans de solitude" de Garcia Marquez en version originale espagnole.
Une dizaine d'années plus tard, retour en Suisse et publication de "La Vache", un premier roman qui connaît un succès retentissant. Mais débouler sur la scène littéraire sans être préparé aux sollicitations médiatiques ne fut pas chose facile pour le trentenaire bernois, réservé, incapable de composer un personnage public qu'il n'était pas. Pour la deuxième fois de sa vie, Beat Sterchi a pris la fuite, cette fois en Espagne. Loin de la rumeur urbaine, il s'est réfugié dans un paisible village de montagne pour s'adonner à l'écriture, sans aucune contrainte.
"J'étais pauvre, mais j'étais bien", conclut-il avec un brin de nostalgie dans la voix.
L'écriture comme témoignage
L'écriture comme une nécessité. Des reportages, avec le souci de témoigner d'une réalité étayée par l'expérience personnelle, du théâtre pour la scène et les ondes, des petites proses et un attachement profond au dialecte, seul capable d’exprimer la réalité quotidienne. Ainsi, Beat Sterchi a rejoint "Bern ist überall", collectif d’auteurs et de musiciens qui réalisent des performances poétiques fondées sur les particularismes régionaux.
Se souvenant de ses déboires après le succès de "La Vache", l'écrivain aguerri a mis ses connaissances d'écriture créative au service de la relève et accompagné des étudiants de l'Institut littéraire suisse de Bienne. Car, répondre au succès, cela aussi peut s'apprendre.
Beat Sterchi sera présent aux, vendredi 14 mai 2021 à 10h, pour y parler de son roman "Capricho" et en lire quelques passages. Histoire de cultiver son jardin… très secret.
Jean-Marie Félix/ld
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