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Interview de David Bouvier, professeur ordinaire de langue et littérature grecques à l’Université de Lausanne (UNIL).
Dans la BD «Astérix et les Jeux olympiques», Uderzo et Goscinny ont donné une version très humoristique de ces compétitions antiques. Qu’en était-il réellement? Les réponses de David Bouvier, un expert de l’UNIL.
Professeur ordinaire de langue et littérature grecques à l’Université de Lausanne (UNIL), David Bouvier connaît les Jeux olympiques originels par le biais notamment des poètes, comme Pindare par exemple, qui ont chanté les louanges des vainqueurs. Différents de ce qu’ils sont aujourd’hui, les jeux antiques se distinguent aussi de la représentation d’Uderzo et Goscinny dans le fameux «Astérix aux Jeux olympiques». Avant de voir le film, rappel des éléments présents dans la manifestation des origines.
Qu’est-ce qui distingue les Jeux d’aujourd’hui de ceux de la Grèce antique?
Avant tout la dimension commerciale, très présente aujourd’hui et quasiment inexistante à l’époque, si ce n’est par le biais de stands de nourriture, par exemple. Les organisateurs n’avaient rien à vendre. Les jeux étaient par contre très clairement habités par une dimension spirituelle: ils sont une fête religieuse. Pour les habitants des cités en lice, la victoire signifiait une reconnaissance des dieux, puisqu’eux seuls pouvaient la décider. Gagner, c’était donc en quelque sorte une bénédiction. On sollicitait avant et pendant la compétition aussi bien Zeus (Olympie est son sanctuaire) que les dieux protecteurs de chaque cité. Le deuxième élément très présent dans les esprits de l’époque est l’inscription dans une lignée, celle de l’âge héroïque. Ainsi Pindare célèbre les vainqueurs de son temps comme s’ils égalaient les exploits des héros d’hier et étaient de nouveaux Héraclès ou de nouveaux Achilles.
Comment s’entraînaient les athlètes? Comment s’opéraient les sélections?
L’entraînement physique régulier à la palestre (salle de gymnastique de l’époque, n.d.l.r.) faisait partie de la formation de base de tout futur citoyen, notamment parce qu’il devait être incorporé dans l’armée – c’est d’ailleurs l’entrée à l’armée qui donnait accès à la citoyenneté. Tous les jeunes étaient donc entraînés très régulièrement, et ceux qui se distinguaient par leur talent dans une discipline étaient choisis pour représenter leur cité (Sparte, Athènes, Syracuse…).
Dans Astérix, la question du dopage est évoquée. S’agit-il d’une allusion historique?
Difficile de répondre aujourd’hui. On sait qu’une trentaine de jours avant le début des jeux, les athlètes étaient tous réunis au même endroit, à Elis, près du sanctuaire d’Olympie, pour un entraînement plus soutenu où des champions des éditions précédentes les conseillaient. Là, on sait qu’ils suivaient un régime alimentaire particulier, et certains régimes étaient connus comme plus énergétiques que d’autres. Un médecin comme Galien s’en fera le critique, je crois.
Quelles étaient les épreuves?
Elles ont varié au cours du temps, mais celles qui ont le plus de permanence sont la lutte, la boxe, la course à pied et de char, le lancer du disque et du javelot, le saut. A cela se sont ajoutées parfois des disciplines comme l’équitation ou un jeu de paume, sorte d’ancêtre du tennis. Enfin, il faut rappeler des compétitions musicales, des concours de chant et de poésie: c’est essentiel. La musique et le sport étaient liés.
Et les récompenses? Toujours dans Astérix, on voit surtout des couronnes de laurier?
C’est juste, c’est la récompense principale, qui marque le fait que la victoire est essentiellement un honneur. Mais les athlètes étaient aussi remerciés par leur cité qui leur offrait une pension pour leur entretien. Cela dit, si on a gardé très présente l’image des jeux d’Olympie, on oublie trop souvent que ce n’était de loin pas les seuls: il existait plusieurs tournois du même type, généralement dans des sanctuaires, comme à Delphes par exemple. Notre première description de jeux sportifs se trouve dans «L’Iliade» et ce sont des jeux funéraires pour célébrer le mort. Dans ce cas, les jeux étaient organisés pour lui rendre hommage. Gagner, cela signifiait être digne de lui. Il arrivait alors que les biens du défunt soient partagés entre les vainqueurs, ses armes notamment.
Qui pouvait participer aux Jeux olympiques?
A l’origine, tous les citoyens des cités grecques. Donc ni les esclaves, ni les métèques, nom donné à l’époque aux étrangers qui vivent en hommes libres dans une cité qui n’était pas la leur. A l’origine, la pratique du sport était surtout réservée aux familles aristocratiques. Quand le baron de Coubertin a institué les jeux modernes, il a imposé l’interdiction du professionnalisme en se réclamant des Anciens. En Grèce antique, l’opposition professionnel amateur n’existait pas mais, parmi les citoyens, il y avait les riches et les pauvres; pour aller aux Jeux olympiques, il fallait beaucoup s’entraîner et c’était un privilège des riches de ne pouvoir faire que cela sans que ce soit considéré comme une profession.
Et les femmes?
A Olympie, il y avait une compétition en l’honneur de Héra réservée aux jeunes filles: une course sur une distance de 160 mètres. Mais c’est l’exception qui confirme la règle. Les Jeux n’étaient pas faits pour les femmes. Elles ne pouvaient pas y participer comme spectatrices, et il faut se souvenir que cette interdiction a eu un écho à l’époque moderne, avec la réticence du baron de Coubertin de les voir entrer dans l’arène autrement que pour couronner les mâles vainqueurs.
Propos recueillis par Sonia Arnal