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lectures du visibleà la Renaissance
La mise en place des conventions typographiques et des pratiques éditoriales au cours du 16e siècle s'est accompagnée d'un véritable questionnement sur le statut du texte imprimé. Après s'être progressivement affranchis de la présentation matérielle des manuscrits médiévaux, les imprimeurs-typographes de la Renaissance ont instauré de nouveaux procédés de transmission, suscitant une lecture du visible, et non du simple lisible. Ainsi, le livre imprimé se caractérise, au cours des années 1530-1560, par l'inscription dans son objet même des traces de sa genèse et de sa contingence, mise en scène visuelle de ses effets de sens.
L'étude du discours paratextuel des auteurs, éditeurs et libraires de cette période permet de déterminer comment les recherches qui ont précédé la normalisation des pratiques typographiques de l'âge classique traduisent, dès l'élaboration du livre imprimé, l'une de ses potentialités, inhérente et contradictoire: incarner le texte dans une forme provisoire, contextuelle et susceptible d'être remaniée, tout en affirmant sans cesse, dans chacun des écrins que constituent ses diverses éditions, que la forme tend à livrer le texte authentique et pleinement légitime, confinant à un absolu. De ce double statut du livre imprimé naîtrait alors la possibilité de faire de chaque édition le lieu d'une réelle performance typographique.