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Des produits chimiques moins nombreux et plus «verts» pour protéger la biodiversité
La perte et l'isolement des habitats, ainsi que la pollution chimique de l'environnement, sont parmi les principaux facteurs de perte de biodiversité. Aujourd'hui et jusqu'au 19 décembre, des représentantes et des représentants des gouvernements, des scientifiques et des activités négocient à Montréal, au Canada, sur la manière de réduire les menaces pesant sur la biodiversité. Le projet de cadre mondial pour la biodiversité post-2020 (accord-cadre sur la protection de la biodiversité à partir de 2020) contient huit objectifs détaillés et diverses mesures. Il explique également pourquoi la biodiversité est essentielle à la survie de l'homme.
L'objectif 7 appelle à une meilleure protection de la biodiversité contre les menaces de pollution chimique. Le projet d'objectif 7 élaboré jusqu'à présent mentionne explicitement les pesticides, les nutriments et les déchets plastiques. Un groupe de scientifiques propose maintenant d'élargir son champ d'application pour inclure d'autres produits chimiques problématiques. Ils appellent également à limiter l'expansion et, si possible, à réduire la production et l'utilisation des produits chimiques en général, et à promouvoir le développement de substituts moins nocifs. Ces recommandations sont basées sur leur article récemment publié dans la revue à comité de lecture Environmental Science : Advances, qui examine les produits chimiques susceptibles de menacer la biodiversité et les mesures à prendre à cet égard : «Options politiques pour tenir compte des multiples polluants chimiques menaçant la biodiversité» (en anglais).
Cible 7 (à l'horizon 2030)
Réduire la pollution de toutes les sources à des niveaux qui ne nuisent pas à la biodiversité, aux fonctions des écosystèmes et à la santé humaine, notamment en réduisant de moitié au moins les nutriments rejetés dans l'environnement et de deux tiers au moins les pesticides, et en éliminant tout rejet de déchets plastiques.
Les scientifiques demandent en particulier l'inclusion des substances mobiles persistantes telles que les substances per- et polyfluoroalkyles (PFAS), des métaux et métalloïdes toxiques, des biocides non agricoles et des perturbateurs endocriniens. En outre, ils proposent que des contrôles réguliers soient effectués à l'avenir pour déterminer si des polluants émergents susceptibles de menacer la biodiversité ont été découverts. Si c'est le cas, ils devraient également être intégrés.
Propositions de solutions basées sur la science
Les auteurs de l'article spécialisé ne se contentent pas de montrer quelles substances et quels groupes de substances menacent la biodiversité. Ils proposent également trois étapes pour réduire ces menaces :
Limiter la production et les émissions de produits chimiques au niveau mondial : Ce qui semble banal doit être différencié dans la mise en œuvre : Il faut commencer par les substances connues comme étant problématiques, et pour les substances suspectes, il faut établir des analyses de cycle de vie, c'est-à-dire des bilans environnementaux de leur production à leur élimination en passant par leur utilisation. «Pour protéger la biodiversité, il est temps de limiter certains groupes de produits chimiques particulièrement préoccupants», déclare la toxicologue environnementale Ksenia Groh de l'Institut Fédéral Suisse des Sciences et Technologies de l’Eau, Eawag. Car l'état des connaissances est clair, il appartient désormais aux parties négociant à Montréal d'agir en conséquence.
Améliorer la gestion des produits chimiques : L'influence des produits chimiques sur la biodiversité est encore trop peu connue, en particulier dans les pays structurellement faibles. Or, comme c'est dans ces pays que se trouvent de nombreux points chauds de la biodiversité, il convient d'accorder une attention particulière à ces régions. En outre - selon les chercheurs - les processus de réglementation doivent être simplifiés, par exemple en regroupant des groupes de produits chimiques très similaires. «Il faut éviter qu'une substance problématique soit simplement remplacée par une autre, tout aussi problématique, uniquement parce qu'il faut trop de temps pour disposer de données suffisantes pour la seconde substance», explique Mme Groh, chercheuse à l'Eawag.
Développer des produits chimiques «sûrs» : A l'avenir, les nouvelles substances actives devront être conçues dès le départ de manière à ce qu'elles se dégradent le plus rapidement possible et ne s'accumulent pas dans l'environnement ou les organismes. Pour les produits chimiques et les matériaux, il faut savoir, avant même leur production commerciale, comment ils se comportent pendant toute leur durée de vie et comment minimiser les effets négatifs sur l'environnement dont ils sont responsables. Cette stratégie a déjà été mise en œuvre avec succès, par exemple pour les nouveaux bêtabloquants en médecine ou pour certains liquides ioniques en électrochimie.