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Marie-Noëlle Schurmans reçoit le Prix de l'Académie de Dijon

250 ans après Rousseau, le Prix de l'Académie de Dijon revient à une Genevoise
Marie-Noëlle Schurmans, professeure à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'Université de Genève, s'est vu remettre, le 8 janvier dernier, le Prix 2004 de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon pour son ouvrage Les Solitudes. Une distinction qui fait date, puisque l'auteure est devenue le troisième citoyen genevois après Jean-Jacques Rousseau et le pasteur Henry Babel et la première Genevoise à être distinguée par la Société savante française.
En 1750, Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, remporte le Prix de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, pour son essai répondant à la question de savoir "si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs". En 1977, un pareil honneur est fait au pasteur genevois Henry Babel pour son livre "Jean-Jacques Rousseau et notre temps". Enfin, Marie-Noëlle Schurmans est devenue la première citoyenne de Genève à recevoir le Prix.
Des différentes manières d'être seul
Spécialiste de la sociologie de la connaissance, Marie-Noëlle Schurmans est passée avec Les Solitudes, et après le Coup de foudre auquel elle a consacré son précédent ouvrage, de l'autre côté de la barrière. Qu'est-ce que la solitude? Pourquoi fait-elle souvent peur? Comment y échapper? Autant de questions qui forment le corps de son travail largement basé sur des récits d'expériences vécues.
Se sentir seul est un sentiment dont tout le monde, ou presque, a fait l'expérience, sans pour autant parvenir à définir de quoi était constituée exactement cette singulière douleur qui donne soudain l'impression d'être hors du monde. Peut-être parce que, comme le suggère l'auteure, il y a autant de façons d'être seul qu'il y a d'individus. Quoi de commun en effet entre l'amoureux abandonné, le chômeur en bout de course, le migrant sans repères, le vieillard qui réfléchit ou le reclus volontaire? Universelle et singulière, la solitude apparaît ainsi comme un objet polymorphe, pouvant tout à la fois être subie ou décidée, brève ou longue, plaisante ou pénible, nécessaire ou dangereuse, crainte ou acceptée.
Intriguant objet d'étude donc que cette notion qui se dérobe à l'analyse, ne découvrant de son mystère qu'au travers de récits personnels. Suivant une méthodologie extrêmement rigoureuse, c'est en montrant que l'expérience de solitude doit être comprise comme une histoire singulière qui s'inscrit au cœur de l'histoire collective et en identifiant ce qui est à la source de chaque histoire que Marie-Noëlle Schurmans parvient à en peindre un tableau complexe et édifiant. Son ouvrage est aujourd'hui primé par l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon.
Réfléchir sur son temps
Fondée par le Doyen du Parlement de Bourgogne en 1725, l'Académie a reçu ses lettres patentes en 1740. Dissoute en 1791, reconstituée en 1798, elle a rapidement repris ses travaux au XIXe siècle, continuant une œuvre d'érudition et s'intéressant toujours aux questions de son temps. En outre, l'Académie maintient la tradition de son concours à travers lequel elle propose chaque année une réflexion sur un thème contemporain. Hormis la prof. Marie-Noëlle Schurmans, la Société savante française a, par le passé, également distingué Jean Duvignaud (La Solidarité, 1988), Dominique Schnapper (La France de l'intégration, 1992) ainsi que des auteurs d'études inédites, publiées ensuite par les lauréats comme Christian Trottmann, La Voix enchantée (1994) ou Soeur Marie-Dominique Seguin, La Contemplation a-t-elle sa place dans le monde d'aujourd'hui? (1998).
2005