Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07131.jsonl.gz/676

En France, un drame affreux, survenu au Cambon-sur-Lignon, a mis en cause les experts en psychologie judiciaire qui avaient estimé sans danger la remise en liberté d'un jeune homme qui avait commis un viol. Personnellement, j'ai le sentiment que les psychologues se fient beaucoup trop, dans leurs idées, aux découvertes de la physiologie, qui, pour l'essentiel, établit l'importance fondamentale du cerveau dans la vie de l'âme. Je crois que cela tend à leur faire croire que les pulsions ressortissent à la vie intellectuelle et qu'au fond, il s'agit surtout de choisir ce qu'on a l'intention de faire. De cette manière, si on tombe sur une personne qui semble sincèrement s'être résolue de ne pas recommencer à agir mal, on suppose facilement qu'elle n'a que peu de possibilité de récidiver.
La psychanalyse, tout en restant dans les présupposés de la physiologie et du matérialisme scientifique, a essayé de créer un espace obscur dans lequel les pulsions se mouvaient d'une façon qui échappait aux intentions conscientes. Elle admettait le subconscient, tout en ne cherchant les causes des actions que dans les souvenirs enfouis, dans l'enfance, voire l'hérédité. Cela en a conduit certains à inventer de toutes pièces des souvenirs, parfois remontant à avant la naissance, afin de justifier tel ou tel comportement, tel ou tel désir. On dit que ces inventions sont surtout dues au pouvoir de suggestion de certains psychanalystes, mais il s'agit aussi de les soumettre à des principes mécaniques simplistes en créant un passé pour qu'il corresponde au présent. Le docteur Knock en a le premier donné l'exemple, dans la pièce de Jules Romains: il invente à une dame une chute effectuée d'une échelle durant sa jeunesse pour la convaincre qu'elle est malade et qu'elle doit suivre un traitement!
Dans l'ancienne sagesse, on liait les pulsions irrépressibles aux cycles lunaires. Le mythe du loup-garou est né de cette façon. Or, à mes yeux, les pulsions viennent bien de la nature et des rythmes imprimés à celle-ci par les astres. On le nie, en général, mais il est bien apparu que la Lune avait une influence sur les cycles de germination et de reproduction. Lorsque ces phénomènes sont vécus de l'intérieur, ils se manifestent sous la forme de pulsions sexuelles. L'Inde antique même liait le dieu de l'amour, Kama, aux phases lunaires. En tout cas, je ne crois pas que les pulsions sexuelles soient dues à un choix conscient, d'ordre culturel ou intellectuel. Néanmoins, il apparaît que certaines personnes y sont plus sensibles que d'autres, qu'ils éprouvent plus de difficulté à les contrôler. Les raisons en restent généralement obscures. Les psychologues ne mesurent rien, de cet abîme. Pour moi, on ne peut rien y déceler, si ce n'est par la lumière de l'introspection: celle de la spéculation intellectuelle n'éclaire pas. Bien se connaître, c'est aussi voir la bête qu'on a en soi.