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Classement thématique série 1848–1945:
II. RELATIONS BILATÉRALES
II.11 GRANDE-BRETAGNE
II.11.1. GRANDE-BRETAGNE - RELATIONS POLITIQUES
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L’hospitalisation en Suisse d’enfants victimes de la guerre remonte à l’automne 1940. A la suite d’initiatives privées, un nombre sans cesse croissant d’enfants principalement français et belges furent reçus dans des familles suisses pour des séjours de trois mois. Cette action traduisait les sentiments de compassion et de solidarité du peuple suisse qui désirait partager avec de moins fortunés que lui les ressources dont il disposait.
Encouragé comme il se devait par nos autorités, l’accueil d’enfants victimes de la guerre fut considérablement développé au cours de l’année 1941. Dès le 1er janvier 1942, l’œuvre fut prise en mains par la Croix-Rouge suisse, que le Conseil fédéral autorisa à recevoir, jusqu’à nouvel avis, jusqu’à 10000 enfants à la fois3.
L’organisation de l’action, le choix des enfants, l’acheminement des convois à l’aller et au retour ne firent pas l’objet de négociations officielles entre le Gouvernement suisse, d’une part, et les Gouvernements intéressés et les puissances occupantes, d’autre part. Tous les arrangements de base et les dispositions d’ordre pratique furent pris par les œuvres suisses intéressées tout d’abord, puis par la Croix-Rouge suisse.
On sait que les convois d’enfants belges furent suspendus au printemps 1941 pour des raisons qui ne sont pas le fait des autorités ou des oeuvres suisses4.
Invitées par la Croix-Rouge suisse à lui confier des enfants allemands et italiens au même titre que les enfants des pays occupés, les Croix-Rouge de ces deux puissances répondirent invariablement qu’elles préféraient que la Suisse consacre la totalité de son effort en faveur des enfants des pays occupés.
La Belgique ayant été, en fait, écartée, ce sont les enfants français des deux zones qui furent reçus par des familles suisses en 1941 et 1942. Leur nombre dépassa à un certain moment le chiffre de 9000. En 1942, une tentative d’amorcer l’hospitalisation d’enfants de Belgrade donna de bons résultats; néanmoins, il ne fut pas possible, par la suite, d’organiser de nouveaux convois d’enfants serbes.
Comme on le sait, le transport des enfants français a cessé à la fin de l’année 1942. Depuis lors, la Croix-Rouge suisse, sans renoncer à la reprise de son activité en Suisse même, s’est ingéniée à développer ses actions de secours sur place en territoires occupés au moyen notamment de produits alimentaires exportés de Suisse.
Dans la règle, le problème de l’hospitalisation d’enfants victimes de la guerre en Suisse n’a pas fait l’objet de négociations proprement dites entre la Confédération et les autorités des pays intéressés ou des puissances occupantes. La première exception à cette pratique intervint en été 1943: Le Gouvernement Badoglio fut invité à envoyer en Suisse des enfants italiens victimes de la guerre; il accepta cette offre mais les événements consécutifs à l’armistice n’en permirent pas la réalisation5.
Ni la Confédération, ni les institutions reconnues par elle ne sollicitèrent à un moment quelconque des Gouvernements ou des organisations étrangers de contribuer aux charges de l’hospitalisation d’enfants victimes de la guerre en Suisse. Bien au contraire, la Croix-Rouge suisse décida, avec l’approbation des autorités fédérales, de décliner toute offre de concours étranger en argent ou en nature tant que le nombre d’enfants hospitalisés en Suisse demeure inférieur à celui que notre population peut accueillir en partageant avec ces petits hôtes les ressources dont elle dispose.
Au mois de juillet 1942, à l’occasion d’une offensive parlementaire sur les conséquences du blocus pour la population des pays occupés, Mr. Dingle Foot fit une première allusion à l’hospitalisation en Suisse d’enfants belges6.
Dans un entretien avec M. Thurnheer, Mr. Foot évoqua, en novembre de la même année, un projet, dont l’origine n’a jamais été déterminée, tendant à une hospitalisation massive d’enfants en Suisse. A cette occasion, Mr. Foot indiqua, sans prendre d’engagements, que, le cas échéant, les Alliés devraient prêter assistance, matériellement et financièrement, à la Suisse.
En décembre 1942, Mr. Foot revint verbalement auprès de M. Thurnheer sur la question d’une hospitalisation en Suisse d’enfants belges, serbes et grecs. Il demanda si les autorités suisses étaient disposées à approfondir l’examen de ce problème.
Le Département Politique engagea M. Thurnheer à expliquer à Mr. Foot que l’accueil d’enfants en Suisse et les œuvres de secours sur place étaient très inférieurs à nos ambitions et aux ressources mises à disposition par notre population, et que l’élargissement de l’accueil aux enfants conformément au désir de la Suisse et même son maintien dans le cadre trop restreint d’alors ne dépendait pas de la volonté des autorités et des institutions suisses mais de la mesure dans laquelle la puissance occupante mettait celle-ci en mesure d’agir.
En janvier 1943, M. Thurnheer eut un nouvel entretien avec Mr. Foot qui lui fit savoir qu’un projet officiel d’hospitalisation massive d’enfants des pays occupés en Suisse avait été conçu par le Gouvernement britannique en consultation et d’accord avec le Gouvernement américain. S’agissant d’un nombre d’enfants largement supérieur à 50000, le Gouvernement britannique envisageait un plan de financement par les Gouvernements alliés et l’introduction en Suisse de contingents supplémentaires de produits alimentaires à travers le blocus. Avant d’examiner les possibilités de réalisation de ce projet, le Gouvernement britannique désirait connaître l’attitude de principe de la Suisse.
Le Département Politique répondit qu’il était prêt à examiner avec sympathie toute suggestion visant à atténuer les conséquences de la guerre. Il attira l’attention sur la difficulté qu’il y avait à mettre d’accord, même indirectement, des puissances belligérantes. Il préconisa que des instructions précises fussent données à la Légation de Grande-Bretagne à Berne en Suisse afin que la question puisse être utilement examinée à Berne.
Mr. Dingle Foot adressa le 16 septembre à M. Thurnheer une lettre semiofficielle annonçant que le problème avait été discuté de manière plus approfondie par les Gouvernements britannique et américain et qu’il était autorisé à donner les assurances suivantes:
« 1. The British and American Governments have learned with greatest sympathy and satisfaction that the Swiss Government would be glad, if circumstances allow, to arrange for the reception in Switzerland of children from the occupied territories who are suffering from the consequences of the war.
2. The British and American Governments would have pleasure in giving facilities for the extraordinary imports into Switzerland through the blockade to help feed and clothe children received under such an arrangement, provided of course that the selection of these children was acceptable to them and to any Allied Governments who might be concerned. Such extraordinary imports might take the form either of goods for Swiss consumption compensating goods from Swiss stocks released for the use of children enjoying hospitality, or of special supplies provided as the gift of outside sympathisers and consigned for the use of the child guests to whatever body in Switzerland might be designated by the Swiss authorities as organisers of the scheme.
3. Facilities of this kind can be promised on a scale sufficient to provide for up to 100,000 children, though eventual provision for a larger number need not necessarily be exclused. It is hoped, however, that the Swiss authorities will, if sympathetic, proceed forthwith to consider the reception of whatever number of children can be immediately envisaged, even though it be less in the first instance than the figure of 100,00 mentioned above.»
A la fin octobre, le Département Politique fit savoir à sa Légation à Londres qu’il venait de recevoir le texte de la lettre de Mr. Foot du 16 septembre, que l’examen sympathique de son contenu était chose évidente mais qu’un examen sérieux d’un problème aussi complexe nécessiterait un certain temps7.
A la fin de l’année dernière, les autorités suisses furent avisées que le Ministry of Economic Warfare avait inscrit la question d’hospitalisation en Suisse d’enfants victimes de la guerre au programme des points qui seraient examinés au cours des négociations commerciales pour lesquelles la Suisse se préparait à envoyer une délégation à Londres8.
Par note du 9 février, appuyée le même jour par la Légation des Etats-Unis, la Légation britannique confirma le désir de son Gouvernement de discuter cette question à Londres au cours des pourparlers économiques entre la Suisse et la Grande-Bretagne. Le Département Politique était en même temps informé que le Gouvernement de Sa Majesté et celui des Etats-Unis se féliciteraient que l’accueil en Suisse d’enfants de Belgique, de France et d’autres territoires occupés pût être réalisé et que ces Gouvernements seraient heureux de faciliter des importations supplémentaires afin de soulager la Suisse du poids que représentent l’alimentation et l’habillement d’enfants ainsi recueillis, cela dans la limite provisoire de 100000 enfants. Le Gouvernement britannique demandait au Gouvernement suisse de demander le plus tôt possible au Gouvernement allemand l’autorisation de principe en faveur des enfants de quitter les territoires occupés par l’Allemagne dans le but précité. La note ajoutait que le Gouvernement de Sa Majesté serait heureux si le Gouvernement suisse faisait également porter sa démarche à Berlin sur les enfants juifs d’Allemagne et d’autres régions occupées européennes des pays de l’Axe. Enfin, on attirait l’attention du Gouvernement suisse sur le fait que le choix des enfants à hospitaliser ne pourrait être abandonné ni aux autorités allemandes, ni à des autorités locales contrôlées par le Reich.
Dans sa réponse du 25 février, le Département Politique formula les quelques précisions suivantes:
«... si la Suisse ne secourt pas sur une plus grande échelle les enfants victimes de la guerre, ce n’est pas qu’elle hésite à sacrifier une partie de ses ressources; c’est, d’une part, parce que les convois d’enfants n’arrivent plus en Suisse et, d’autre part, parce que la distribution des secours, sur place, constitue une opération compliquée et par conséquent assez limitée. La Suisse serait en mesure d’hospitaliser plusieurs dizaines de milliers d’enfants à la fois, au moyen de prélèvements sur ses propres stocks. Elle le souhaiterait vivement. On sait même que le peuple suisse est impatient d’accueillir à nouveau des enfants. Animées du même désir, les Autorités fédérales n’ont jamais cessé de s’employer activement à surmonter les difficultés qui, depuis plus d’une année, font obstacle à la poursuite de l’acheminement de convois d’enfants vers la Suisse.
Le Département Politique est heureux de noter qu’au cas où la Suisse serait à même d’hospitaliser un nombre d’enfants dépassant ses moyens, les Gouvernements de Grande-Bretagne et des Etats-Unis d’Amérique seraient disposés à la mettre en mesure d’importer des quantités supplémentaires de vêtements et de produits alimentaires et à alléger ainsi une partie de ses charges.
Le Département Politique s’empresse d’ajouter que la Délégation suisse qui vient d’arriver à Londres pour les négociations économiques ne manquera pas d’approfondir avec les Autorités britanniques compétentes l’examen des divers aspects de la question traitée dans la note de la Légation du 9 février, pour engager dans les meilleures conditions possibles de succès l’action de haute humanité que tous désirent voir mener à bonne fin.»
Le 16 mars 1944 eut lieu à Londres, en marge des négociations commerciales anglo-suisses, un échange de vues sur le problème des hospitalisations des enfants9. La séance était présidée par Mr. Dingle Foot, accompagné de trois de ses collaborateurs, de deux fonctionnaires du Foreign Office et de trois représentants de l’Ambassade des Etats-Unis, ainsi que de Sir Herbert Emerson, Haut-Commissaire pour les réfugiés, assisté de son adjoint M. Kullmann. Au vu des explications de la Délégation suisse, Mr. Foot admit que le choix des enfants ne pouvait être fondé que sur des critères purement humanitaires et médicaux. Il fut pris note du fait que la Suisse n’aurait pas besoin d’importations supplémentaires si les contingents sollicités à l’occasion des négociations en cours lui étaient accordés. On recommanda néanmoins que des indications soient fournies de façon que, du côté anglo-américain, on puisse prévoir des contingents, quitte à ne pas les utiliser, cela afin d’éviter que les Alliés dispersent tous les stocks sans tenir compte de l’éventualité de l’hospitalisation en Suisse d’un nombre d’enfants dépassant celui que la Suisse peut entretenir par ses propres moyens.
Ensuite d’une délibération au sein du Conseil fédéral10, la Délégation commerciale suisse fut autorisée à informer ses interlocuteurs que:
«1) nous n’excluons nullement une démarche à Berlin au moment où un plan pratiquement réalisable aurait pu être établi, notamment en ce qui concerne la provenance géographique des enfants.
3) Nous entendons maintenir le principe de la relève trimestrielle aux fins d’étendre le bénéfice de l’hospitalisation à un nombre aussi élevé que possible d’enfants, cela dans la mesure compatible avec les circonstances.
4) La Croix-Rouge suisse maintient à 50000 l’évaluation du nombre des enfants dont son organisation pourrait assurer l’accueil selon le système normal, principalement dans des familles et partiellement dans des homes. Un dépassement de ce chiffre ne serait pas exclu, mais nous jugeons préférable de nous abstenir d’articuler une limite théorique.
5) Nous ne voyons pas de raison de refuser la communication des données que l’on nous demande pour l’établissement de listes de besoins prévisibles en vêtements, chaussures et produits alimentaires, à la condition expresse que la question de l’utilisation de ces produits ne soit pas préjugée.»
Ce sont ces instructions qui se sont traduites par les communications faites par la Délégation commerciale suisse11 aux autorités britanniques dont le sens général est reflété dans la lettre que le Ministre de Grande-Bretagne a bien voulu adresser le 25 mai au Chef du Département Politique12.
Dans cette même lettre, il est fait part du désir du Gouvernement britannique que les autorités suisses poursuivent l’étude du problème et fassent savoir si elles prévoient de faire une démarche auprès du Reich au cas où «le projet aurait été approuvé à Londres». Par la même communication, le Gouvernement britannique a bien voulu confirmer que le critère de sélection devait être uniquement la nécessité pour l’enfant d’être secouru et que les personnes responsables du choix devaient être libres de toute contrainte politique.
Le Département Politique a été heureux de constater qu’on s’était rendu compte à Londres qu’il ne pouvait être question que d’un critère objectif et que les enfants victimes de la guerre devaient être secourus sans discrimination de race, de nationalité, etc.
Ainsi qu’il l’avait indiqué à sa Délégation, le Département Politique peut déclarer que, jusqu’ici, aucune attitude discriminatoire n’a été observée de la part non seulement des agents des institutions suisses mais encore des autorités locales ou d’occupation. Il est évident que ni le Gouvernement fédéral, ni la Croix-Rouge suisse ne peuvent garantir que certaines autorités, notamment celles qui délivrent les visas de sortie et de retour, puissent, à un moment donné, céder à des considérations étrangères à l’objectivité. Il est tout aussi évident que si, à l’expérience, la Suisse constatait des abus flagrants dans ce sens, elle aurait la ressource de suspendre les convois.
Tout récemment, le Conseil fédéral, rompant avec la réserve qu’il avait observée jusqu’ici, a décidé d’entreprendre à Berlin une démarche officielle visant à la reprise des convois d’enfants de contrées se trouvant sous le contrôle de l’Allemagne, sans exclure naturellement les enfants de nationalité allemande13. Le Conseil fédéral a chargé son Ministre à Berlin de préciser que l’on entendait s’en tenir au critère de choix objectif appliqué jusqu’ici et au système de la relève trimestrielle des enfants14.
Il convient de préciser, en le soulignant, que la démarche suisse à Berlin revêt le caractère d’une initiative spontanée du Gouvernement suisse prise en toute indépendance. Elle n’est pas présentée au Gouvernement du Reich comme liée aux projets dont il a été question dans le camp des adversaires de l’Allemagne et notamment à Londres dans l’intention d’apporter un correctif aux rigueurs du blocus par l’hospitalisation en pays neutre d’enfants des régions occupées, au moyen notamment de contributions en espèces et en nature de sources extérieures au blocus.
Le Conseil fédéral espère que sa démarche aboutira à un résultat positif. Elle s’inspire du désir des autorités et de la population suisses d’offrir à des enfants victimes de la guerre et sans discrimination de nationalités, de races, de classes sociales, de couleurs politiques, etc. un accueil temporaire leur permettant de refaire leur santé et, si possible, de constituer quelques réserves de forces.
Il ne s’agit donc, pour le moment tout au moins, que de traduire par une requête au Gouvernement allemand le sentiment de solidarité que la Suisse éprouve en présence des souffrances croissantes endurées par les enfants de nombreux pays européens.
Jusqu’à concurrence du chiffre de 50000, enfants que le Ministre de Suisse à Berlin a été chargé d’indiquer comme maximum momentané, les enfants que l’on espère pouvoir accueillir ensuite de cette démarche seront exclusivement entretenus par la population au moyen des ressources dont elle dispose et à l’exclusion de toute contribution d’origine étrangère.
Contrairement à ce que l’on a parfois pu croire à l’étranger, la Suisse n’a jamais entendu se réserver jalousement le monopole de l’entretien des enfants victimes de la guerre et réduire le nombre de ceux qu’elle accueille chez elle à la mesure des moyens et de la générosité, nécessairement limités de sa population. Si la Suisse n’a pas jusqu’ici accueilli un plus grand nombre d’enfants, c’est parce qu’elle en a été empêchée par des circonstances qui échappaient entièrement à son pouvoir. Il va absolument sans dire que le jour où, encore pendant la guerre ou après la cessation des hostilités, un nombre d’enfants supérieur aux capacités propres de la Suisse était dirigé sur son territoire, ni le Conseil fédéral, ni les institutions s’occupant de secours aux enfants ne prétendraient refuser un concours étranger.
La Suisse n’a jamais sollicité aucune assistance à cet égard. Si elle ne s’est pas opposée à ce que le sujet soit abordé au cours des négociations commerciales à Londres, c’est en prévision de l’éventualité - très théorique tant que dure la guerre - de l’hospitalisation d’un nombre d’enfants dépassant les 50000 que la Suisse désire accueillir par ses propres moyens.
Il est évident que si l’on veut assurer le maximum de chances à la démarche suisse à Berlin, il importe de s’abstenir de toute publicité à son endroit dans le camp des adversaires de l’Allemagne. Si, comme on l’espère vivement, cette démarche aboutit, la poursuite de son objet et à plus forte raison l’élargissement du cadre initial de 50000 enfants au maximum dépendra sans doute aussi largement de la discrétion que l’on mettra à la commenter, à l’étranger comme en Suisse.
- 1
- Ce rapport est rédigé par Edouard de Haller, Délégué du Conseil fédéral aux Oeuvres d’Entr’aide internationale.↩
- 2
- E 2001 (D) 3/484. Paraphe: SW.↩
- 3
- Cf. E 2001 (D) 2/189 et E 2001 (D) 1968/74/15.↩
- 4
- Cf. E 2001 (D) 1968/74/16.Les convois ont été suspendus par les autorités allemandes en mars 1942.↩
- 5
- Cf. E 2001 (D) 1968/74/13.↩
- 6
- Les documents cités dans cette partie du rapport consacrée au projet proposé par Dingle Foot, Sous-Secrétaire d’Etat britannique pour l’Economie de guerre, se trouvent dans E 2001 (D) 3/484.↩
- 7
- Dans une notice adressée le 21 octobre 1943 à Pilet-Golaz, Egger écrit notamment: Herr von Haller glaubte, die Meinung nicht von der Hand weisen zu dürfen, dass es sich englischerseits um ein Manöver zur Beschwichtigung der angelsächsischen öffentlichen Meinung handle und ihr die Regierung mit dem Argument gegenüber zu treten wünsche, dass sie alle in ihrem Bereich liegende Möglichkeiten zur Linderung der Not innerhalb des Blockaderinges ohne Begünstigung der feindlichen Kriegsanstrengungen getan habe. Ihre Vorschläge seien aber am Widerstand der Besetzungsmacht gescheitert oder aus Gründen, für die sich die Schweiz zu verantworten habe, nicht verwirklicht worden. Auf Seiten der englischen Regierung dürfte man sich über die Schwierigkeiten der Eidgenossenschaft zur Verwirklichung dieses Vorschlages keine Illusionen machen, da der grundsätzlich eindeutige Standpunkt der deutschen Behörden in dieser Frage auch in London bekannt ist; ganz abgesehen davon, wie einem in diesem Zeitpunkt ohnehin schon überlasteten Eisenbahnsystem der Transport von 100000 Kindern zugemutet werden dürfte (E 2001 (D) 3/484).↩
- 8
- Cf. le télégramme du 13 janvier 1944 (E 2001 (E) 2/625). Dans une notice du 26 janvier 1944 adressée à Pilet-Golaz, de Haller propose que la Suisse prenne une série d’initiatives afin que cette question disparaisse de l’ordre du jour des négociations commerciales à Londres. A cet effet, de Haller propose d’entreprendre des démarches à Berlin et à Vichy. Le plan esquissé ci-dessus présenterait, semble-t-il, entre autres avantages, celui de ne pas mêler nos actions charitables et désintéressées aux négociations que nous imposent les exigences de notre ravitaillement. En outre, le fait de conserver, ou tout au moins de paraître conserver, l’initiative et la responsabilité des discussions avec les adversaires des Puissances anglo-saxonnes devrait pouvoir nous épargner des discussions, scabreuses du point de vue de la neutralité, au sujet du critère de choix des enfants à hospitaliser en Suisse (E 2001 (D) 3/484).↩
- 9
- Cf. le télégramme de la Légation de Suisse à Londres du 17 mars 1944 (E 7110/1976/134/61) et la lettre de C. Rezzonico du 24 mars 1944 (E 2001 (D) 3/484).↩
- 10
- De Haller consulte également le Chef de la Division de Police du Département de Justice et Police: Le Dr Rothmund répond que la Division de Police est aux ordres du Conseil fédéral, dont elle exécute les décisions prises dans ce domaine sur la proposition de la Croix-Rouge suisse. Il ne lui paraît pas nécessaire de changer l’attitude adoptée jusqu’ici. Si le Conseil fédéral doit délibérer au sujet d’une reprise massive de l’hospitalisation, il conviendrait néanmoins d’attirer son attention sur les répercussions possibles du séjour en Suisse de nombreux enfants sur là politique de la Confédération en matière d’admission de réfugiés. Il est en effet à prévoir que nous aurons à faire face, une fois passée la mauvaise saison, à de nouveaux afflux de fugitifs. Si nous devions nous montrer plus rigoureux à l’égard de ceux-ci du fait que notre capacité d’hospitalisation aurait été diminuée par la présence de plusieurs dizaines de milliers d’enfants en séjour, cela pourrait éventuellement engendrer des déceptions au sein de notre population et au dehors (notice du 21 mars 1944, E 2001 (D) 3/484). Dans son rapport pour le Conseil fédéral, Ed. de Haller écrit notamment: Nous venons d’être informés que les idées de Mr. Dingle Foot ont été abordées à Londres le 16 mars, en marge des négociations commerciales. Fort heureusement, nous sommes parvenus à convaincre le Ministère britannique de l’économie de guerre que, conformément à notre politique de neutralité, nous ne pourrions réserver notre hospitalité aux enfants des pays occupés et aux enfants juifs des pays de l’Axe, à l’exclusion d’enfants ressortissants à ces pays. En outre, on a admis à Londres que les enfants soient choisis selon nos critères fondés sur des considérations purement humanitaires et médicales. On nous demande à nouveau si nous serions disposés à prendre contact avec le Gouvernement allemand au sujet d’une reprise des convois d’enfants et l’on nous prie d’indiquer le nombre maximum d’enfants que la Suisse pourrait hospitaliser à la fois. Enfin, nos interlocuteurs britanniques ont pris note de ce que nous n’avons pas besoin d’importations supplémentaires, surtout si nous obtenons les contingents de matières premières demandés dans le cadre des négociations en cours. On nous recommande néanmoins de communiquer des listes des besoins prévisibles en vêtements, chaussures et produits alimentaires, afin de pouvoir en tenir compte dans l’établissement des programmes qui sont en voie d’élaboration, cela sans préjuger l’utilisation ultérieurement des produits qui auraient été réservés dans ce but. Selon les indications fournies par la «Croix-Rouge suisse, Secours aux Enfants», le nombre d’enfants qui pourraient être accueillis en même temps en Suisse dans des familles et dans des homes peut être évalué à 50000. Sans doute ce chiffre pourrait-ii être dépassé si l’on prenait des mesures spéciales, telles que l’aménagement de bâtiments, le recrutement de personnel, etc. On peut admettre que, si le sort des enfants d’Europe devait s’aggraver encore, notre population, entraînée par un élan de charité et de solidarité, accentuerait son effort et consentirait des sacrifices plus substantiels. Nous savons que le produit de la collecte de coupons a atteint des chiffres extrêmement élevés. Le «crédit» que la Croix-Rouge suisse, Secours aux Enfants, s’est ainsi acquis auprès de l’économie de guerre lui assure, paraît-il, l’obtention d’un nombre de titres de rationnement couvrant largement le nombre d’enfants que nous pouvons espérer accueillir. Sans doute l’hospitalisation d’un nombre élevé d’enfants pourrait-elle nous déterminer à être moins accueillants envers les fugitifs qui se présenteront à notre frontière. Il est vrai que, théoriquement au moins, le système de la relève trimestrielle des convois d’enfants devrait nous permettre d’en réduire le nombre ou même de suspendre, au besoin, l’hospitalisation, par exemple en cas de nouvel afflux de réfugiés. En pratique, nous devrons, une fois de plus, concilier la générosité avec une sage prudence. Nous estimons que la discussion doit être poursuivie à Londres. Nous devons nous y montrer arrangeants dans la mesure compatible avec nos principes et notre dignité. Nous devons, il est vrai, nous abstenir de fournir des arguments à la polémique contre le Reich. Mais il importe aussi de tout faire pour que l’on ne puisse pas nous rendre responsables ou co-responsables de ce que les enfants des territoires occupés n’auraient pas été sauvés d’une déchéance physique à laquelle nous ne pouvons rien. Le Conseil fédéral approuve cette proposition lors de sa séance du 31 mars 1944 (PVCF No 584, E 1004.1 1/443) et un télégramme est adressé le lendemain à la délégation suisse à Londres (E 2001 (D) 3/484).↩
- 11
- Ces communications furent délicates, comme l’explique de Haller dans une notice pour Pilet-Golaz du 13 avril 1944: Comme il fallait s’y attendre, la délégation est gênée par les termes de notre réponse concernant la démarche que l’on voudrait nous voir entreprendre à Berlin. Nous nous étions déjà dérobés dans nos notes aux Légations de Grande-Bretagne et des Etats-Unis du 25 février. Sans vouloir suspecter le Ministry of Economic Warfare d’une intention machiavélique, nous ne pouvons nous défendre de penser qu’il lui importe avant tout de pou- voir proclamer qu’interroge par la Suisse, le Reich a refusé; cela permettrait évidemment de rejeter sur l’Allemagne toute la responsabilité de la détresse physique des enfants des pays occupés. Il y a des inconvénients évidents à nous prêter à un tel jeu, mais il y en aurait également à paraître vouloir soustraire le Reich aux effets de cette arme des Anglo-Saxons dans leur lutte contre l’Allemagne sur le plan de la polémique (E 2001 (D) 3/484). A ce sujet, le Chef de la Délégation commerciale suisse à Londres, P. Keller, adresse une lettre à D. Foot le 20 avril 1944 (E 7110/1976/134/61).↩
- 12
- E 2809/1/3.↩
- 13
- Dans une notice du 2 juin 1944 pour M. Pilet-Golaz, Ed. de Haller écrit notamment: Il importe, semble-t-il, de faire en sorte que Mr. Dingle Foot ne puisse pas dire que le sauvetage des enfants n’a pu être mis en œuvre parce que la Suisse n’a pas voulu ou osé empoigner le problème avec le Reich. C’est pourquoi il me semble que nous devons interroger officiellement Berlin, pour notre propre compte naturellement, sans dissimuler, si on nous demande des précisions, qu’au moment où nous dépasserions un certain chiffre, nous accepterions un concours étranger. Il y a fort à parier que l’on ne nous répondra pas ou que la réponse sera négative. Dans ce cas, Mr. Foot proclamera que le Reich est responsable de la détérioration de la race européenne, malgré les efforts de la Suisse et la générosité des Puissances anglo-saxonnes (E 2001 (D) 3/484).↩
- 14
- Cf. la lettre du 12 juin 1944 de M. Pilet-Golaz à H. Frölicher (E 2001 (D) 3/484). Cf. aussi la lettre de H. Frölicher du 29 avril 1944 à M. Pilet-Golaz: In Beantwortung Ihrer Zuschrift vom 19. April betreffend schweizerische Kinderhilfe beehre ich mich, Ihnen mitzuteilen, dass ich gestern den Staatssekretär im Auswärtigen Amt aufgesucht habe und ihm die Mitteilung machte, dass der Bundesrat es begrüssen würde, deutschen Kindern einen Erholungsaufenthalt im schönen und gesunden Alpenland zu ermöglichen. Ich habe beigefügt, dass die Durchführung der Massnahme durch die Kinderhilfe des schweizerischen Roten Kreuzes erfolgen würde und ferner, dass gesunde Kinder im Alter von 5-6 Jahren und kranke bis zum Alter von 12 Jahren in Betracht kämen. Ich habe schliesslich den Staatssekretär ersucht, mir die Antwort der Reichsregierung zukommen zu lassen. Der Staatssekretär dankte für diese schweizerische Initiative und versprach mir, die Angelegenheit der Reichsregierung zu unterbreiten und mir eine Antwort zukommen zu lassen. Er kam von sich aus auf meinen Vorschlag zu sprechen, den ich im letzten Sommer gemacht hatte und der damals ohne Antwort geblieben ist. Da der Staatssekretär nicht auf die Gründe zu sprechen kam, weshalb damals eine Antwort unterblieb, nehme ich an, dass bei den heutigen Verhältnissen eine positive Antwort erfolgen dürfte (E 2001 (D) 3/172).↩