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Le château de Castel ou Obercastel est bien visible depuis le village de Tägerwilen.
On distingue par-dessus les arbres, les deux grandes tours.
Le château est une propriété privée. Mais par bonheur, le propriétaire autorise le promeneur respectueux à s'approcher du château.
En 1585, Konrad Vogt a construit à la place de l'ancien château, un nouveau bâtiment. A son tour celui-ci a été remplacé en 1725 par la famille Zollikofer de Saint-Gall, par ce qui est devenu peu à peu le château d'aujourd'hui.
La famille Scherer lui donne sa forme actuelle entre 1878 et 1894.
En 1901 le château devient propriété de la famille von Stockar.
A gauche : détail de la tour
Ci-dessus : Détail d'un fronton
Fresques extérieures de la fin du 19è siècle
Vue sur le lac de Constance depuis la terrasse
Ruines de Untercastel.
Le promeneur qui de Tägerwilen se dirige vers Schwaderloh aperçoit à sa droite, en montant la forêt, un somptueux manoir du siècle dernier, celui d'Ober-Castell. Et à sa gauche, un peu en contrebas, il ne tarde pas à découvrir, sur un plateau de forme allongée, un ouvrage beaucoup plus vieux à moitié caché par les arbres, le château d'Unter-Castell. Son site est séparé de la route par un fossé naturel, mais approfondi par la main de l'homme. La tour, qui s'élève sur quelque 12,5 mètres, présente un plan carré, mais à obliquité prononcée. A sa base, la longueur extérieure varie entre sept et huit mètres. La maçonnerie de ce donjon consiste en un appareil régulier de pierres de grès, tandis que les assemblages angulaires sont faits de moellons épannelés à faible relief. La porte pratiquée du côté est au niveau du sol est tardive, ce que révèlent la construction de l'intérieur et la faible épaisseur des murs (1,5 mètre). L'ancienne porte haute, marquée par un jambage en plein cintre, se trouve du même côté, à une hauteur de 7,3 mètres. Les deux consoles qui saillissent de son seuil soutenaient sans nul doute le palier d'entrée. Aujourd'hui, elles portent une dalle en béton moderne entourée d'une balustrade en fer. La longue ouverture oblique qu'on voit sous la porte haute prouve que le rez-de-chaussée, haut de huit mètres, a servi de chambre à provisions. Venant du fossé, l'ancien sentier longe le flanc nord de la tour avant de pénétrer dans la cour intérieure. On voit encore dans l'un des murs de la tour le reste d'un jambage portant la rainure destinée à la porte extérieure, celle qui donnait accès à la lice. L'ope qui recevait l'épar en bois a lui aussi subsisté. Les murs extérieurs de la lice se sont en revanche écroulés et la porte intérieure a disparu. Il ne reste plus de l'installation d'Unter-Castell, qui de la tour s'étendait sur près de 90 mètres en direction de l'est, que quelques tronçons, assez considérables il est vrai, du mur d'enceinte. A la fin du siècle dernier, Rahn écrivait à ce sujet: «La partie méridionale de ce mur, épais de 1,52 mètre, t atteint 7,65 mètres à son point le plus élevé. On remarque sur toute la longueur du mur un ressaut en saillie de 0,3 mètre de large et de 1,4 mètre de haut (il ne mesurait plus que 25 mètres de long lors d'une visite en 1982), sans aucun doute le support du plancher d'une cave maintenant disparue. Audessus, on remarque trois niches de 1,63 mètre de haut et de 0,8 à 0,9 mètre de large, surmontées d'un fronton ogival. Leurs cadres sont faits de dalles de grès, leur sommet de briquaillons.» Tout ce que mentionne Rahn existe encore. Mais les ruines d'Unter-Castell se trouvent dans un état déplorable et auraient un urgent besoin d'être restaurées. Par la même occasion, il faudrait procéder à de sérieuses fouilles archéologiques. Le tronçon nord du mur d'enceinte n'a qu'une épaisseur de 0,9 mètre. Plus à l'est, on peut encore voir les fondements d'un bâtiment greffé sur l'enceinte et dont le plan devrait mesurer huit mètres sur douze. A l'angle sud-est du plateau, le mur d'enceinte se termine par une tour circulaire saillante, une construction qui rappelle celle de Freudenberg, près de Ragaz. De longtemps, le domaine de Tägerwilen appartenait à l'évêché de Constance et son administration était entre les mains de ministériaux épiscopaux, les sires de Castell. Ceux-ci érigèrent pendant le premier quart du XIIe siècle déjà une demeure fortifiée à l'endroit où s'élèvent aujourd'hui les ruines du château. Défendus sans doute par une palissade, ces bâtiments devaient être construits en bois. Selon la chronique de Petershausen, ils n'avaient pas été petitement conçus, bien au contraire, et comprenaient même une chapelle. Entre 1127 et 1138, l'évêque Ulrich II eut de sérieux démêlés avec le comte Rodolphe de Bregenz à propos de biens cédés en son temps par l'évêché au couvent de Petershausen. Il craignit même que cette querelle ne dégénère en conflit armé et n'aboutisse à la prise de la ville de Constance. Dans un tel cas, la forteresse de Castell aurait pu devenir une base importante pour le seigneur de Bregenz, le dernier représentant de la puissante dynastie qui à cette époque dominait tout le territoire du Bodan. Pour parer à ce danger, l'évêque fit détruire, dit-on, son propre château, un procédé vraiment peu commun. Ce que relate la chronique de Petershausen ne semble pas dénué de tout fondement. Johannes Stumpf parle lui aussi d'une destruction volontaire, mais, à tort, la situe à une autre époque et en rend responsables les ducs de Zaehringen. Nous ignorons où les Castel logèrent après l'anéantissement de leur demeure. Peut-être allèrent-ils passagèrement s'installer à Constance.
Peu après 1200 - ce qu'attestent les vestiges de l'ancien ouvrage - les Castell firent construire au même endroit une tour fortifiée, au milieu d'une cour défendue par un mur d'enceinte. A nouveau, ils assumèrent, sur l'ordre des évêques de Constance, l'administration de la seigneurie de Tägerwilen, dont faisaient également partie les domaines de Rätershausen, Bommen et Dippishausen. L'évêché avait manifestement été intéressé à la reconstruction de Castel et par la suite, des évêques vinrent souvent séjourner dans le nouveau château; ils y signèrent même des documents. Ce qui explique la large conception de cet ouvrage. C'est probablement à cette époque que furent érigés les deux grands bâtiments adossés aux faces sud et nord du mur d'enceinte. En 1296, l'évêque Henri TI hypothéqua le bailliage de Tüfingen au couvent de Salem pour dix marks d'argent, somme qu'il employa pour aménager le château: «... in expensas edificii nostri castri de Castello» (... pour les dépenses occasionnées par l'aménagement de notre château de Castell). Au début du XIVe siècle encore, un évêque, Nicolas Ier, résidait à Castell; il y mourut en 1344.
La lignée des Castell se divisa en plusieurs branches. L'une d'elles s'établit à Tägerwilen, une autre, détentrice de la charge d'échanson épiscopal, résida pendant un certain temps au château d'Oettlishausen. Plus tard, ses membres furent élevés au rang de comtes de l'Empire. Elle vit aujourd'hui encore. Lorsque les Habsbourg prirent le pouvoir, les Castell cherchèrent à consolider leur position et se mirent au service des nouveaux maîtres du pays. Cela leur permit d'une part d'accéder aux hautes fonctions concédées à la noblesse habsbourgeoise, d'autre part de se soustraire peu à peu à la dépendance de l'évêque. Lors de la bataille de Göllheim, qui mit aux prises le duc Albert et le roi Adolf de Nassau, un Castell se battit aux côtés des Habsbourg. Après avoir été couronné roi, Albert lui offrit en récompense le bailliage d'Empire de Nüremberg. Lorsque Albert fut assassiné près de Königsfelden, le 1er mai 1308, un autre Castell, Dietegen, se trouvait parmi la suite du roi. Enfin, n'oublions pas que c'est le dernier représentant de la branche de Tägerwilen, Diethelm, abbé de Reichenau et de Petershausen, qui fit construire le «Turmhof» de Steckborn au cours de la première moitié du XIVe siècle.
Tout au long du XIVe siècle, les évêques de Constance eurent des démêlés avec les citoyens de leur ville, dont la soif de liberté ne cessait de s'accroître. Henri III de Brandis (1357-1383) en particulier souffrit beaucoup de cette situation. A plus d'une reprise, de véritables combats se déroulèrent et les châteaux épiscopaux de Gottlieben, de Meersburg, d'Arbon et même de Castell subirent les conséquences de ces luttes. Un poète de Constance, évoquant ces événements, dit: «Moi, Castell, vous crie toute ma détresse; me voici infirme, infirme à en mourir.» Avec le temps, l'évêque se trouva dans une situation si difficile qu'il dut, en 1364, céder le château de Castell, les domaines de Tägerwilen et de Stadelhofen et plusieurs autres biens-fonds en nantissement à Stephan de Roggwil, pour la somme de 400 livres. Les Roggwil, autrefois ministériaux dans la seigneurie du même nom, sise près d'Arbon, étaient devenus de riches bourgeois de Constance. Le château de Castell semble s'être trouvé dans un état si déplorable que l'évêque se vit obligé, avant de conclure cette affaire, de remettre en état les ponts, les toits et surtout le donjon. Il exigea en compensation que l'évêché puisse dégager l'hypothèque aux mêmes conditions. Lors du concile de Constance, l'évêque Otto III de Hochberg n'hésita pas à mettre à disposition du roi Sigismond, à vie, les châteaux de Castell et de Gottlieben, quand bien même ils étaient grevés tous deux d'une hypothèque. Ce n'est qu'un siècle plus tard que l'évêque, en l'occurrence Henri IV de Hewen, put racheter le gage.
Après que les Confédérés eurent, en 1460, occupé la Thurgovie, Castell demeura entre les mains de l'évêché. En 1469, Hermann III de Breitenlandenberg en confia le bailliage à Lienhard Rostock. Pendant la guerre de Souabe (1499), les Confédérés s'emparèrent de cette gênante base épiscopale, car ils se méfiaient des promesses de neutralité émises par l'évêque d'alors, Hugo de Hohenlandenberg, celui qui plus tard fit construire le «nouveau» château d'Arbon. Sans hésiter, ils y mirent le feu. Selon les textes, la troupe confédérée qui assiégea Castell était placée sous les ordres du capitaine saint-gallois Ulrich Schenk de Castell. Celui-ci prit ainsi une part décisive à la destruction du château qui pendant des siècles avait servi de siège à ses ancêtres. Il semble que c'est à cette même date qu'une partie de la lice fut sapée et s'écroula. L'ouvrage de Castell n'a jamais été relevé de ses ruines. Après sa destruction, l'évêché continua à disposer des terres du château et des domaines avoisinants, puis il en céda la propriété aux Vogt de Wartenfels, de Constance, qui dès ce moment adoptèrent le nom de Vogt de Castel. Les prochains propriétaires furent les Segesser de Brunegg, les Zollikofer d'Altenklingen et les Scherer de Saint-Gall. Aujourd'hui encore, les ruines d'Unter-Castell appartiennent à des particuliers.
Herrliberger (18e siècle)
Castell par Pecht en 1833 (graphica-antiqua.ch)
Bibliographie