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Le cerveau humain rétrécit. Non, il ne s’agit pas de l’oeuvre d’un savant allumé. Encore moins une quelconque maladie de nature à nous donner le QI d’une huître. Mais plutôt d’un constat fait par des chercheurs: le cerveau des humains modernes aurait rétréci par rapport à celui des hommes de Cro-Magnon. Et pas qu’un peu: l’équivalent d’une balle de tennis.
Soit environ 10% de moins qu’il y a 20’000 ans. Les chercheurs qui ont fait ce constat (à partir de la comparaison de boîte crâniennes) ne précisent pas s’il s’agit de l’ensemble du cerveau ou de certaines parties seulement - ce qui aurait des incidences spécifiques si c’était le cas.
Par contre ils se demandent si ce rétrécissement est signe d’une forme d’intelligence ou non. Autrement dit: le volume du cerveau, proportionnellement à l’ensemble du corps et au volume crânien, est-il significatif de notre intelligence - et de quelle forme d’intelligence si c’est le cas: émotionnelle? Intellectuelle? Ce qui est important et ne va pas sans la grosseur du cerveau, c’est le nombre de connexions neuronales que celui-ci est capable d’établir. Ces connexions se forment en grande partie après la naissance, grâce au langage des parents et au toucher.
Selon certains scientifiques le passage des anciens hominidés à Homo Sapiens a été accompagné d’un grossissement du cerveau. On peur supposer que ce grossissement s’est fait en vue de développer certaines aires spécifiques, comme le langage, ou l’intelligence associative qui aura permis l’apparition des outils puis de la technologie. Il se pourrait que la grosseur du cerveau ait été adaptée à une époque, il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, quand la survie était bien plus difficile qu’aujourd’hui. D’autres disent que nous devenons moins intelligents parce que plus spécialisés. La complexité croissante de la société humaine confine chacun dans quelques tâches spécialisées alors qu’il y a 100’000 ans le cerveau configuré pour métro-boulot-dodo ou pour lire «Voici» chez le coiffeur n’aurait jamais suffit à survivre.
Peut-être aussi certaines fonctions se sont-elles atrophiées car de moins en moins utilisées dans un monde de plus en plus organisé, technologique et de moins en moins dangereux au niveau individuel.
«L'anthropologue Brian Hare (...) soutient au contraire qu'il faut voir cette évolution comme un avantage:
«Un plus petit cerveau signifie qu'on n'a pas choisi l'agression. Ou pour le dire autrement, une augmentation de notre tolérance.»
D'après Brian Hare, une population peut être considérée comme domestiquée quand elle choisit de ne pas agresser. Et chez plusieurs types d'animaux domestiqués, ce choix a affecté leur physiologie: leur squelette est plus léger et long, leur front plus plat, et leur cerveau plus petit.
En étudiant les chimpanzés et les bonobos –ces derniers ayant un cerveau plus petit et manifestant moins d'agressivité que les premiers–, il a remarqué la difficulté des chimpanzés à travailler à plusieurs pour résoudre un problème:
«S'il n'y a pas beaucoup de nourriture et qu'elle est difficile à partager, les bonobos peuvent résoudre ce problème. Les chimpanzés, dans le même contexte [...] refusent simplement de travailler ensemble. Ils ne peuvent pas résoudre le problème, alors même qu'ils savent comment le faire.»
En fait le rétrécissement du cerveau serait le signe d’une domestication d’une espèce, soit la diminution globale de son niveau d’agressivité. Cela encouragerait les comportements interactifs de coopération. Il y a des scientifiques parmi les blogueurs de cette plate-forme: leur contribution est la bienvenue s’ils le souhaitent.
Ah, les bonobos... Seraient-ils donc l’avenir de l’Homme? Drôles, plutôt sympa entre eux, coopératifs, sans tabou sexuel qui les feraient vivre dans la culpabilité, sans religion qui les fassent se dresser les uns contre les autres, sans politique pourvoyeuse de guerre, ils représentent au fond ce que nous n’avons pas et ce à quoi nous aspirons. Enfin, pour autant que ce portrait d’eux plutôt flatteur corresponde bien à la réalité.
Mais il leur manque le langage, la musique et l’écriture, bref les arts et la philosophie. Et puis, selon le débat qui avait suivi mon billet sur les bonobos, leur grande sexualité semblerait plutôt réservée aux spécimens en captivité. De là à imaginer que surdomestiqué, l’humain pourrait devenir un animal plus sexuel... Il peut y avoir de la logique: dans une société à moindre risque et aux conditions de vie facilitées l’espèce prolifère. Mais l’inverse est aussi valable: dans une société trop domestiquée, sans challenge ni avenir, la libido pourrait s’éteindre.
Faut-il donc être domestiqués, spécialisés et avoir le cerveau rétréci pour qu’enfin nous fassions crac-crac sans complexe? Qu’en est-il alors de notre belle animalité sauvage grâce à laquelle nous roulons dans les prés ou en bas du lit comme des fauves amoureux? Fini!
Décidément, rien n’est parfait...