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« Il est une noble et sympathique figure, véritable type de loyauté, de droiture militaire et d’humeur aventureuse, qui se détache en relief du milieu des événements agités de notre histoire ».
C’est en ces termes que Jean-Baptiste Calpini faisait l’éloge, dans les colonnes du Confédéré d’octobre 1867, d’un citoyen de notre commune, Alexis Joris. Originaire d’Orsières, c’est à Monthey qu’il voit le jour le 8 septembre 1800. Le 26 avril 1822, Alexis quitte le Valais pour la France pour servir en qualité d’officier à la Garde royale suisse du roi Charles X. Lorsque les régiments suisses sont licenciés, il rentre en Suisse et en 1832, il acquiert un domaine agricole à Illarsaz au lieu-dit la Loulaz.
Ce radical, membre influent de l’aile gauche du mouvement libéral, est particulièrement actif au sein du Comité central, fer de lance de la régénération politique du Valais.
La Constituante de 1839
Sous le régime de la Constitution de 1815, la souveraineté est exercée par les dizains, précurseurs de nos districts, qui disposent chacun de quatre députés à la Diète, créant de fait une inégalité entre les deux parties du canton ; le Bas-Valais – avec une population supérieure en nombre à celle du Haut disposait ainsi de moins de députés – réclamait depuis des lustres l’égalité des droits politiques.
Leur vœu se réalise à la mi-décembre 1838, lorsque la Diète, ancêtre du Grand Conseil, accepte de réviser la Constitution du 12 mai 1815 dans le sens d’une représentation proportionnelle à la population. Encouragés par cette décision, les citoyens du dizain de Monthey – comme ceux de Saint-Maurice, Martigny, Entremont et Conthey – vont, pour la première fois de leur histoire, exercer leurs droits civiques en désignant, selon le mode d’élection indirecte, leurs représentants à la Constituante. C’est ainsi qu’entre le 24 et le 31 décembre 1838, ils se réunissent en assemblées primaires dans leurs communes respectives pour nommer les membres de leur collège électoral à raison d’un électeur pour cent âmes de population, soit 18 électeurs pour Monthey, 7 pour Vionnaz, 9 pour Vouvry, 4 pour Port-Valais, 6 pour Saint-Gingolph et 9 pour Collombey-Muraz.
Ensuite, le mardi 8 janvier 1839, ces 53 grands électeurs, assemblés en collège électoral au château de Monthey sous la présidence de Pierre Torrent, procèdent à l’élection, au scrutin secret, par un seul bulletin et selon l’échelle d’un député pour 1 000 âmes de population, des huit citoyens ci-après :
- Pierre Torrent, vice-président du dizain, Monthey
- Alexis Joris, capitaine, Illarsaz
- Jean Joseph Favre, ancien grand-châtelain, Troistorrents
- Emmanuel Bonjean, vice-grand-châtelain, Vouvry
- Hippolyte Pignat, assesseur au tribunal du dizain, Vouvry
- Pierre Maurice Exhenry, assesseur au tribunal du dizain, Champéry
- Pierre Duchoud, président, Saint-Gingolph
- Adrien Félix Pottier, Monthey
Enfin, le 14 janvier 1839, ils se présentent à la Diète prorogée qui, dès le lendemain, se transforme, à la stupeur des Haut-valaisans, en assemblée Constituante pour écrire une page de l’histoire valaisanne avec la Constitution du 30 janvier 1839.
Les sessions de la Constituante sont ponctuées d’interventions de Joris. Au cours d’un débat sur l’Instruction publique, il s’oppose à l’enseignement du latin dans les collèges ; son argument : tous les citoyens n’envisagent pas d’embrasser l’état ecclésiastique ni se vouer à « l’avocatie » ou au notariat, et achève son développement avec « on ne gagne pas sa vie avec le latin ». Lorsqu’il est question de supprimer les capitulations militaires, lui, l’ancien militaire au service du roi de France, soutient cette motion au motif que le Valais a besoin « des bras de tous ses ressortissants pour cultiver son sol et y développer l’industrie ».
Dans une prochaine brève, nous reviendrons sur quelques autres épisodes de la vie d’Alexis Joris, notamment son action au sein de la « Jeune Suisse ».