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SUISSE
Trafic d'or en RDC: l'ONU découvre un nouveau filon suisse
Un dernier rapport des Nations unies dénonce l'exploitation illégale d'or et de cassitérite dans la région des Grands Lacs. Parmi les firmes étrangères qui tirent parti des ressources minières échappant au contrôle de Kinshasa, une ancienne filiale de l'UBS
Gilles Labarthe / DATAS
"Ethniques", les conflits qui embrasent régulièrement l'Ituri, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC)? Pas vraiment. Appuyé par des milices armées, le trafic illégal des ressources minières du pays reste la principale cause des affrontements meurtriers qui se perpétuent dans la région. C'est ce que vient de rappeler un rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Publié le 26 juillet, ce document livre de nouvelles informations sur le fonctionnement des réseaux mafieux exploitant illégalement les réserves nationales d'or et de cassitérite. Parmi les firmes étrangères qui achètent ces ressources minières échappant au contrôle du gouvernement de Kinshasa, les experts pointent une nouvelle société suisse: l'entreprise d'affinage d'or Argor Heraeus SA, joint-venture entre le leader allemand W.C. Heraeus GmbH et l'UBS, qui détenait encore 75% du capital en 1999.
C'est en examinant dans le détail les comptes et les instructions bancaires des négociants ougandais intervenant dans ce trafic que le groupe d'experts a pu reconstituer pour l'exemple toute une succession de transactions commerciales: le regroupement de nombreuses petites quantités d'or sorties d'Ituri, pour une valeur de 1,3 million de dollars; la vente de cet or à un négociant basé à Kampala; enfin, la vente de la même quantité d'or à la société de commerce Hussar Ltd., basée à Jersey, dans les îles Anglo-Normandes, et la commande d'Argor Heraeus SA. Contactée à son siège central à Chiasso, la firme suisse nie toute activité d'achat direct en RDC et en Ouganda, souligne ses principes de "rigueur et diligence" dans l'achat de l'or. Son directeur Erhard Oberli reconnaît toutefois des relations d'affaires avec Hussar Ltd.
"Selon les négociants en or basés à Kampala, le succès de l'Ouganda, comme plaque tournante du transit de l'or congolais, n'est pas un hasard. Jusqu'en 1994, l'achat d'or était un monopole de la Banque de l'Ouganda. De ce fait, l'or congolais était passé en contrebande au Kenya où son commerce avait déjà été libéralisé. Le Gouvernement ougandais a décidé en 1994 de libéraliser lui aussi ce commerce, d'abolir l'impôt de 3 à 5% sur les exportations d'or et de lever toutes les restrictions administratives imposées aux comptoirs de vente d'or. Kampala est rapidement devenu le point de transit de l'or congolais venant de l'Ituri", expliquent les enquêteurs de l'ONU.
La porosité des frontières dans la région des Grands Lacs, l'insécurité ambiante, le contrôle des secteurs d'exploitation par des groupes armés soutenus par des multinationales ruinent tous les processus de paix. En juin dernier, un rapport de 159 pages réalisé par l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch (1) s'en prenait à une autre société suisse, Metalor Technologies SA, lui demandant de cesser ses achats "d'or sale". Contacté au siège de HRW à Genève, un porte-parole confirme que l'organisation "suit le dossier". Human Rights Watch attend également une réaction des autorités fédérales. Les importations suisses "d'or sale" et d'autres ressources minières extraites frauduleusement de la région des Grands Lacs se chiffreraient à plusieurs dizaines de millions de francs par an.
(1) L'ONG expose des photos de Marcus Bleasdale, qui a collaboré avec Anneke Van Woudenberg, auteur du rapport intitulé "Le fléau de l'or". A voir du 12 au 23 septembre, du lu au ve de 8 h 30 à 18 h, à l'Artrium, 2, rue de la Confédération, à Genève.