Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06859.jsonl.gz/742

Voici un des premiers films de l’histoire et le premier film de science-fiction ! Petit voyage dans le temps, en 1888, John Carbutt invente le celluloïd (qui sera commercialisé par Eastman). Cette invention et quelques autres vont donner naissance quelques années plus tard au cinéma. On considère souvent que le cinéma est né le 28 décembre 1895, lorsque les frères lumières font la première projection publique payante. A cette époque, les films durent moins d’une minute, et en un seul plan fixe.
Lors d’une des premières projections publiques, un certain Georges Méliès est parmi les spectateurs. Célèbre illusionniste et propriétaire d’un théâtre, il voit tout de suite le potentiel du cinéma. Il réussit après bien des péripéties à se procurer une des premières caméras, un stock de bobines Eastman, il bricole quelques machines de son invention, dont une pour faire des rangées de perforations rectangulaires sur les bords de la pellicule (qui lui causeront bien des problèmes plus tard).
Georges Méliès a le matériel et étant illusionniste, il a une autre vision du cinéma. Les petites scènes de la vie quotidienne (qui donneront naissance aux documentaires), très peu pour lui, il laisse cela aux frères Lumière. Méliès voit dans le cinéma le moyen de raconter des histoires de manière spectaculaire, de faire des fictions, de provoquer des émotions, de divertir. En bref, le cinéma comme il existe aujourd’hui !
Mais bon, le film qui nous intéresse aujourd’hui est « Le voyage dans la Lune », un de ses films si ce n’est son film le plus connu. Il est librement inspiré du roman « De la Terre à la Lune » de Jules Verne (1865) et « Les premiers hommes de la Lune » de H.G. Wells (1901). Le professeur Barbenfouillis, président d’un club d’astronomes, fait part à ses confrères de son intention d’un voyage sur la Lune. Après la visite de l’atelier où l’obus sensé les envoyer est construit, Barbenfouillis et 5 autres savants, embarquent dans l’obus, et ils sont propulsés vers la Lune grâce à un énorme canon.
C’est en arrivant sur la Lune que l’on aura une des images les plus célèbres de l’histoire du cinéma, à savoir la Lune, avec un visage, qui recevra l’obus dans l’œil. Arrivé sur la Lune, le paysage est assez pittoresque, fait principalement de pics rocheux, et les cavernes contiennent des champignons géants.
En 1902, les télescopes n’étaient de loin pas aussi sophistiqués, beaucoup de mythes sur la Lune existaient et les premiers pas de l’homme sur la Lune n’auront lieu que 67 ans plus tard. Il faut aussi prendre en compte l’imagination de Méliès, mais j’y reviendrai plus tard.
Dans cette même grotte, ils rencontreront les Sélénites (peuple habitant la Lune), avec qui ils se battront avant de parvenir à s’échapper, remonteront dans leur obus (qui, bizarrement, est au bord d’une falaise), l’obus retombe sur Terre (dans la mer) avec les 6 savants et un sélénite. Une grande parade à lieu, ils sont célébrés en héros, en exhibant le Sélénite capturé (et maltraité) et, dans le dernier plan, on érige une statue en l’honneur du professeur Barbenfouillis et des femmes dansent autour.
Ce qui surprend lorsque l’on regarde Le voyage dans la Lune, c’est de se dire qu’il a été réalisé en 1902 !!! Alors que les films de l’époque étaient réalisés en quelques jours et duraient moins de 5 minutes, Méliès réalisera Le voyage dans la Lune en 3 mois, avec une multitude de séquences, des décors et trucages jamais vus (pour l’époque), pour une durée de 14 minutes!
Par rapport aux effets spéciaux, il ne faut pas se leurrer, ils ont pris un grand coup de vieux, mais Méliès fut le premier à les utiliser. Le fait d’avoir été illusionniste y a sans doute beaucoup contribué. On a le zoom sur la Lune, de la surimpression, de la fumée sortant des décors, des fondus enchaînés ou encore l’arrêt caméra. Des procédés toujours utilisés de nos jours ! Et, je le rappelle, le film date de 1902 !
Par contre, Georges Méliès avait une imagination débordante, ce qui fait que le film a un rendu assez unique ! En effet, on est dans un univers faisant la part belle à la féérie, les rêves et la fantaisie.
Dès la première scène, dans le club d’astronomie, tous les personnages portent des chapeaux pointus, on est plus proche de Merlin ou Dumbledore que d’un voyage sur la Lune. Et la suite sera un peu du même acabit, avec la Lune qui a un visage et une surface complètement surréaliste, les Sélénites qui sont désintégré d’un coup de parapluie, ou encore, la scène la plus étrange, pendant que les savants dorment, dans le ciel apparaissent successivement une comète, puis la Grande-Ourse et enfin des sortes de Dieux grecs avec Saturne, qui déclenchent une tempête de neige.
Lors de sa sortie, l’accueil du film fût triomphal et ce fût le premier succès mondial de l’histoire du cinéma ! Le film existe en 2 versions. La normale et une… en couleur !!! Oui, vous avez bien lu ! Georges Méliès avait fait colorier des copies de ses films… à la main !!! Le film comptant plus de 13000 images, je vous laisse imaginer le travail (pour l’anecdote, le premier film tourné en couleur, Becky Sharp, date de 1935). Pendant longtemps, on cru le film perdu à jamais, jusqu’à ce qu’on le retrouve par hasard à Barcelone en 1993. A partir de là, un long travail de restauration et de numérisation fut entrepris et le film fut sauvé et projeté en 2011.
Mais, si ce film fût si important, pourquoi Méliès ou ses films sont dans un anonymat relatif? En fait, ayant utilisé des perforations rectangulaires pour les bandes de films, il fut accusé de contrefaçon par Edison, qui avait inventé et breveté internationalement ce procédé. Rajoutons à cela que de nombreuses copies pirates de ses films furent largement diffusées, principalement aux Etats-Unis (et même par Edison lui-même !!!) qui ne lui rapportèrent rien et le début de la première guerre mondiale et Méliès se retrouva ruiné. Et comme si cela ne suffisait pas, sa femme mourut.
Ses films furent confisqués et vendus, soit pour en extraire l’argent, soit utilisé pour faire les talonnettes de chaussures pour l’armée. Il finira sa vie en vendant des jouets et sucreries avec sa deuxième épouse et mourra en 1938, dans un quasi oubli.
Il faudra attendre les années 70 avant que l’on reparle de Méliès et de son immense contribution, qui fut essentielle dans les premières années du cinéma. De nos jours, il a enfin été reconnu à sa juste valeur et même des artistes contemporains lui rendent hommage. Ironiquement, si on a pu de nos jours retrouver et sauver la plus grande partie des films de Georges Méliès (il en a réalisé près de 500 entre 1896 et 1913), c’est grâce à des copies piratées ou confisquées que l’on retrouva lorsque l’on s’intéressa de nouveau à son œuvre.
En résumé, Le voyage dans la Lune est un film essentiel, une pièce maîtresse de l’histoire du cinéma. Un film à voir au moins une fois dans sa vie d’autant plus que les versions originales et couleurs ont été restaurées. Un film qui a eu une importance considérable pour le cinéma tel que nous le connaissons aujourd’hui. Merci, Monsieur Méliès !
Hidalgo
Extraits vidéos :
Le voyage dans la Lune
Sortie: 1902
Durée: 14 minutes
Genre: Science-fiction
Pays: France
Réalisation : Georges Méliès
Production : Star film (Georges Méliès)
Distribution : Georges Méliès (France) ; American Mutoscope and Biograph Company, Edison Manufacturing Company et Siegmund Lubin (États-Unis)
Scénario : Georges Méliès, d’après Jules Verne (« De la Terre à la Lune ») et H. G. Wells (« Les premiers hommes de la Lune »)
Acteurs principaux : Georges Méliès (le professeur Barbenfouillis/la Lune), Édouard Brunnet, Depierre, Gabriel Farjaux, Fernand Kelm, Victor André (les 5 savants astronomes)
Budget : 10000 à 30000 francs
Recettes mondiales: inconnues (mais premier blockbuster de l’histoire!)