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Voyage chez les Lapons de Suède
Avec 4 illustrations ( 50—53 ) et 1 croquisPar Henry Vallotton
( Ministre de Suisse en Suède, ancien vice-président central du CAS ) Lors d' un voyage précédent à Kiruna, Abisko ( Nord de la Suède ) et Narvik ( Norvège ), j' avais rencontré des Lapons, mais sans pouvoir m' entre utilement avec eux. Cette fois, j' aurai le privilège de les voir dans une autre région nordique, sous la conduite du Dr Einar Wallquist. L'on ne saurait avoir meilleur guide que ce médecin suédois, écrivain, dessinateur et peintre de talent, qui se dévoue depuis quelque vingt-cinq ans pour les Lapons et leur a consacré déjà dix volumes 1. Il incarne en quelque sorte la Laponie. Plus exactement, c' est une vivante équation: Laponie = Dr Einar Wallquist.
Arieplog, où vit mon hôte, est à deux pas de Stockholm: entendez par là quinze heures de train, deux heures de micheline et une heure et demie de bus.
Pour atteindre nos nomades qui sont actuellement dans la haute montagne avec leurs troupeaux, nous quittons Arieplog et filons en auto jusqu' au lac de Sadvajaure, à 90 kilomètres environ. La route — droite et accidentée, mais bien entretenue — traverse des forêts de pins et de bouleaux si clairsemées qu' on voit le paysage à travers; d' innombrables arbres morts gisent à terre: c' est un cimetière de troncs et de branches. Nous approchons rapidement des montagnes. Le soleil, jusqu' alors caché derrière les nuages, surgit soudain et le paysage change du coup: les lacs gris deviennent bleus, les marais bruns se parent d' or, les bouleaux d' argent et les pins se barbouillent de vermillon; les montagnes qui étaient bleu-sombre sont blondes maintenant. Trois plans nettement distincts s' étalent devant nous: d' abord le lac, puis les collines couvertes de forêts, enfin les montagnes dénudées où la neige découpe de grandes cartes de géographie. Pendant 80 km ., nous ne rencontrons pas un seul véhicule.
Le docteur s' arrête chez un malade, dans une maison isolée. La fermière nous sert du café et des gâteaux, dans une chambre propre et coquette, et nous présente gravement les photographies de ses parents défunts. Ainsi ce sont les morts et les vivants qui nous souhaitent la bienvenue selon la vieille formule suédoise: « Hjärtligt välkommenh 1 Le dernier livre du Dr Einar Wallquist: « Bilder frân mina lappmarskàm, reproduisant 12 aquarelles et 21 dessins de l' auteur, vient de paraître à Stockholm ( Bonnier ).
VOYAGE CHEZ LES LAPONS DE SUÈDE Nous visitons ensuite un campement lapon d' hiver, accroché à la colline, défendu par des palissades, qui n' abrite actuellement qu' une seule famille. Les huttes ovales et pointues sont en terre battue, avec une ou deux fenêtres vitrées ( ce qui leur donne un aspect paradoxalla fumée sort par un trou au sommet du toit; la porte est très basse. Une femme naive, aux jambes énormes, est Kebo.eXc«.«.«»ö Kl ru. vi a.
accroupie sur les branchages qui jonchent le sol; elle peigne l' une des trois petites filles qui se tiennent près d' elle; muet, le père assiste à cette opération. Les parents ont accueilli le médecin avec un joyeux sourire et la conversation s' est engagée en lapon ( langue chantante, sonore, compliquée, qui n' a aucune ressemblance avec les trois langues Scandinaves et passe pour aussi difficile que le finnois). i Prenez place vis-à-vis de la femme, dans l' autre moitié de l' abri! » nous dit le docteur. « Ce serait incorrect de vous asseoir de son côté... » Je regarde autour de moi: le sol disparaît sous un épais tapis de branches d' arbustes; la literie, pliée, est mise dans un coin, enveloppée d' un drap très propre. Des objets hétéroclites sont déposés sur le sol ou accrochés aux parois: une machine à coudre, un réveil, des parures de couleurs pour les gens et pour les rennes, un quartier de viande fumée. La batterie de cuisine — casseroles dernier cri en métal suédois, ustensiles primitifs en bois de bouleau — gît entre la dame et l' âtre. D' un petit fourneau à trois trous sort une fumée qui pique douloureusement les yeux, mais qui éloigne les moustiques. Le campement comprend d' autres abris semblables et des tentes noires, inhabitées à cette saison.
Nous poursuivons notre route et atteignons le lac. En attendant le bateau, le Dr Wallquist me raconte la vie des Lapons nomades ( un tiers environ des Lapons de Suède sont nomades, les deux autres tiers sont sédentaires ou demi-sédentaires ). En été, les Lapons arrivent de la plaine, traversent marais et rivières et gagnent la montagne avec leurs rennes, qui aiment le froid et vivent de lichen et d' herbes; en automne, les Lapons et leurs troupeaux, liés au même sort, retournent vers la plaine et se rapprochent peu à peu de leurs quartiers d' hiver. Ils fêtent Noël dans leurs petites églises de bois et chantent les psaumes luthériens suédois traduits en lapon. A l' aller et au retour, ils suivent immuablement le même itinéraire... Tandis que mon guide dessine ces parcours sur le sol, de la pointe de son long bâton de fer, je songe que les Lapons sont rivés à des trajets immuables et ne peuvent cheminer à leur fantaisie. Ces êtres primitifs, que l'on suppose libres de leurs mouvements et disposant à leur gré de cette toundra infinie, sont en réalité les esclaves de leurs troupeaux et ne peuvent s' écarter de leur itinéraire habituel — à cause des pâturages et des besoins des troupeaux voisins. Il en est ainsi des primitifs dans le monde entier: au cercle polaire comme dans le Sahara, dans les forêts d' ici comme dans celles d' Afrique. Le nomade qui s' en va de Palmyre à Damas avec ses chameaux est fixé par les points d' eau et les pâturages d' alfa; malheur s' il s' écarte de son itinéraire: ce serait la guerre avec les fractions voisines! Le Pygmée de la grande forêt de FIturi ne peut quitter, lui non plus, son territoire de chasse sans se heurter aux autres tribus de Pygmées de la forêt et aux Noirs installés à l' orée des bois. Liberté, tu n' es qu' une chimère pour tous les hommes, civilisés ou primitifs!
Mais le bateau vient mettre fin à nos méditations. Nous nous installons dans la barque étroite, aux pointes relevées. Le soleil disparaît derrière les nuages; le vent souffle avec violence, il fait très froid. Le batelier lapon, en bonnet pointu et longue lévite, fume une courte pipe de racine et crache abondamment; il nous offre de vieilles pelisses en poil de chèvre, entassées à la proue. Le lac, creusé profondément entre des forêts, est de couleur foncée; plus tard, du haut d' un sommet, il nous apparaîtra comme de l' encre noire au fond d' un encrier vert. Nous sommes tout près du cercle polaire. En face de nous s' élève la cime de Ferras; sur notre droite le Tjidjack ( « la mère des montagnes », en lapon ).
Après une heure et demie de navigation agitée, nous abordons au pare national de Peljekaise — dont seul un écriteau inattendu dans ce bled révèle l' existence. Nous traversons une plaine marécageuse où nous enfonçons jusqu' à la cheville dans la mousse humide, vaste éponge jaune. Puis nous montons en suivant un sentier marqué à la façon lapone par des entailles aux arbres, des branches fichées en terre, des pierres dressées. Nous atteignons en deux heures un plateau d' où nous voyons quelques-unes des Alpes de Suède et de Norvège. Paysage très doux. Une grouse qui s' envole en poussant une sorte de bêlement, trouble un instant cette paix infinie, ce silence absolu que je n' ai entendu ( car le silence est fait de voix ) que dans les hautes Alpes en hiver et dans le vrai désert: dunes de sable du grand Erg, désert de la Soif, désert de l' Euphrate.
Installés sur un rocher plat et moussu, nous déjeunons de quelques sandwiches. Cette halte serait délicieuse si des légions de moustiques ne s' abattaient aussitôt sur nous, en dépit de notre huile américaine. Heureusement ces insectes, déjà engourdis par le froid, fatigués de la vie, inoffensifs, sont simplement désagréables. Ce sont des retardataires: ils devraient avoir cessé de vivre le 15 août à minuit, s' ils étaient ponctuels comme de vrais Suédois.
Après avoir traverse le plateau, nous abordons un campement où six chiens nous accueillent par des aboiements furieux. Le docteur leur impose silence en lapon et les calme pour un instant. Un vieillard surgit à I' entrée de son abri. Il porte la longue tunique lapone serrée par une ceinture très large et qui tombe sur des pantalons déchirés, enfoncés dans des chaussures au bout relevé; la tunique est ornée de parements rouges et bleus et d' une cravate rouge. Sa casquette s' agrémente d' un lourd pompon couleur sang qui tombe sur le côté. Il sourit gentiment au docteur et me dévisage avec méfiance; ses yeux rougis par la fumée sont brillants et malicieux; ses cheveux-filasse s' échappent de sa casquette. Nous pénétrons dans l' abri: une femme petite, volubile, accueille le docteur avec gaieté. Puis elle me toise et dit en suédois à mon ami, à mon vif déplaisir: — « Han är for gamma! för att komma hör till f f ällenl » ( Il est trop âge pour venir ici, dans la montagne !) Maria, Maria ( mettez tout l' accent sur le il ), Lapone à la dent unique, au regard insolent, vous m' avez fait beaucoup de peine, car la coquetterie chez I' homme est aussi grande ( sinon plus grande ) que chez la femme...
Dans un autre abri, nous trouvons une jeune famille: lui est un splendide gars, elle une belle fille. Ils ne se sont pas dérangés lorsque les chiens ont aboyé avec rage. Peut-être veulent-ils nous marquer leur indifférence, qu' ils sont chez eux et se passent de nous? Ils ont salué le docteur avec amabilité, ils m' ont examiné à la dérobée et poursuivent leur repas sans rien nous offrir. L' homme coupe des lamelles de renne fume, les jette dans sa tasse, verse du café dessus et savoure cette singulière mixture. J' examine mes hôtes: les hommes et les femmes, les adultes et les jeunes sont couverts hermétiquement, des chevilles au cou, contre le froid, l' eau et les moustiques. Ils portent tous une sorte de pantalons serrés au-dessus des chevilles par d' étroites bandes d' étoffe de couleurs vives, tissées à la main. Le docteur a réussi à dérider l' assemblée et ce sont alors des rires à n' en plus finir. Apprenant que je suis venu de très loin pour leur rendre visite, le chef devient aimable, détache de sa ceinture son vieux couteau et me l' offre. Je n' ose le froisser en lui donnant de l' argent. Et, parce que je n' ai rien d' autre, je lui fais cadeau de mon portefeuille.. Il me vend ensuite des pièces de harnachement tissées pour les rennes.
Après diverses visites semblables aux voisins, nous revenons à la tente de Maria qui, entre temps, nous a prépare un goûter: fromage ( sans aucun goût ) de lait de renne, viande de renne séchée ( rouge sang, au fumet relevé, délicieuse ), beurre, café. L' époux de Maria ( beaucoup plus vieux que moi ?) s' est étendu de tout son long; il a appuyé sa tête sur une peau de renne et, la conscience en ordre, la jumelle sur la poitrine, il s' est endormi du sommeil du juste: nous ne le dérangeons pas.
Nous traversons derechef un plateau, franchissons des rivières sur d' étroites passerelles en dos d' âne, descendons la montagne à vive allure, retrouvons le bateau, le drapeau suédois qui claque au vent, le froid et les pelisses... Les Lapons que nous avons rencontrés m' ont paru intelligente, dignes, gais avec leur cher docteur. Ils semblent de forte constitution, en bonne santé, mais leurs yeux souffrent de la fumée constante des tentes.
Pendant le dîner plantureux pris dans une ferme à Ballastviken ( poisson frais, renne, d' œuvre ), le Dr Wallquist m' explique ce qui se passe en cas de maladie grave ou d' accident: un Lapon se rend à la station télépho-phonique la plus proche ( il doit courir des heures parfois et traverser un lac ) pour appeler le médecin; lorsque le malade est stationné à une très grande distance, le docteur arrive en avion ou hydroavion et emmène le patient à l' hôpital par la voie des airs... A l' heure du café, l'on introduit une enfant de dix ans qui souffre de cruels maux de ventre. Pérityphlite? Le médecin décide de la conduire avec notre voiture à l' hôpital qui n' est qu' à 70 km. de là, donc tout près!
Nous voici de nouveau sur le lac. Le ciel est chargé de nuages. Une impression étrange, faite de beauté et de mélancolie, se dégage de ce paysage. En Laponie, la nature est sauvage, constamment changeante, indifférente, mais pas hostile. Et l'on comprend que ceux qui sont nés dans ce pays singulier l' aiment avec passion.
Le médecin d' Arieplog — fonctionnaire d' Etat — a sous sa direction un territoire considérable, avec un centre à Arieplog, cité de mille habitants. Il a organisé un véritable réseau médical avec des postes de secours et des infirmières. Le petit hôpital d' Arieplog — coquet, gai, simple mais confortable — est doté des appareils les plus modernes. Un pavillon est réserve aux Lapons: à cause de leur langue et de leur nourriture, ils désirent vivre entre eux.
L' école lapone d' Arieplog comprend un internat — grand bâtiment en bois à deux étages, peint en blanc et vert, aux larges fenêtres — et, dans une autre maison, deux classes. Vingt-huit élèves vivent ici huit mois par an et retournent dans leurs familles en été, pour quatre mois. Le réfectoire, les Die Alpen - 1951 - Us Alpes11 chambres ( pour deux à six élèves ), la cuisine, la sauna ( bain de vapeur ), les lavabos, les vestiaires sont d' une propreté impeccable. Les meubles sont ornés de dessins lapons aux vives couleurs, et des peintures du Dr Einar Wallquist décorent la maison.
— Les jeunes Lapons sont intelligents et appliqués, m' expose l' institu. Ils ont de grandes facilités pour le dessin et les travaux manuels, mais ce sont de piètres musiciens.
— S' ennuient ici de leur vie sous la tente?
— Oui, sans doute. Mais pour qu' ils ne soient pas dépaysés, nous avons édifié pour eux un campement lapon. Venez le voir!
De l' autre côté de la route, dans un vaste terrain rocailleux et couvert de myrtilles, s' élèvent des constructions lapones de toutes espèces: tentes, abris en bois ou en terre battue, minuscules greniers aériens pour les provisions, séchoirs à viande, colombiers. Plus loin s' ouvre un vaste parc pour les rennes, de forme circulaire.
— Ici nos élèves jouent et vivent comme chez eux. Ils font leur cuisine si et quand cela les amuse...
Pendant un long voyage en automobile aux mines de Boliden, le Dr Einar Wallquist me parle de ses amis:
— Les Lapons suédois sont au nombre de 8500 environ, dont 3000 nomades x. Vous pensez que c' est peu? Détrompez-vous: c' est trop, car les troupeaux de rennes exigent des territoires considérables. Contrairement à ce que l'on croit en général, les Lapons se multiplient. Notre premier devoir est d' utiliser l' excédent de cette population, qui peut donner des artisans et d' ex hommes d' affaires. Le Lapon est intelligent, habile et rusé, mais il est impossible de l' astreindre à un travail régulier, à un horaire strict: il fui-rait cette servitude pour reprendre sa liberté. Quant aux Lapons nomades ou sédentaires, nous devons améliorer leurs conditions de vie et de logement, assurer l' écoulement de leurs produits ( viande de renne fraîche et sèche, dont on peut tirer un parti de beaucoup supérieur, cuirs, etc. ). Il faut les doter de postes de téléphone, pour qu' ils puissent appeler le médecin en cas d' acci, de maladie grave, d' accouchement compliqué. Nous devons leur donner des appareils de radio pour qu' ils aient un contact avec le reste des hommes et entendent les communiqués des services de météorologie afin de rassembler à temps leurs troupeaux si des tempêtes sont annoncées ( car la météo ne se trompe pas toujours ). Il s' agit, en un mot, de leur assurer une vie plus confortable. Les enfants doivent aller à l' école quelques mois chaque année...
— Mais, hasardé-je, lorsque ces enfants auront goûté à la vie des villes, lorsque les jeunes connaîtront le cinéma et le théâtre, ne délaisseront-ils pas leurs troupeaux?
— Non! Ils sont profondément attachés à leurs montagnes, à leur métier, à leur liberté surtout. Ils ne peuvent s' en passer. Lorsque les femmes lapones vont en service à Stockholm, après avoir suivi les écoles, elles n' ont qu' un 1 Il y a encore 20 000 Lapons en Norvège, 2300 en Finlande et 1800 en Russie, soit 32 600 Lapons en tout. On me signale qu' un excellent livre d' Ernest Manker va paraître à Zurich sous le titre: Menschen und Götter in Lappland.
désir: revoir leurs troupeaux. Mais si l'on veut maintenir ces liens, il faut assurer aux Lapons une existence plus agréable chez eux; cette évolution doit être entreprise à temps et conduite à chef.
— Quel est le caractère des Lapons?
— Ils sont aimables, dociles, reconnaissants, mais ils souffrent d' un fort complexe d' infériorité et sont volontiers anxieux. Du moins craintifs. Ce sont des chrétiens convaincus, encore que leur religion soit mêlée de quelques traces de superstition.
— L' évolution intellectuelle, économique et sociale que vous préconisez pour vos amis ne manque pas de m' inquiéter, fis-je.
— Je sais ce que vous allez dire, coupa le docteur en riant: vous craignez que les Lapons — les seuls vrais nomades de l' Europe — n' abandonnent leurs costumes, leurs coutumes, leur folklore? Vous souffrez à l' idée que leurs tentes auront la radio ou le téléphone?... Sans doute le pittoresque y perdra-t-il, sans doute le voyageur venu pour photographier ces êtres au passé mystérieux protestera-t-il au nom du romantisme? Mais cela est secondaire. Ce qui importe, c' est d' améliorer la vie du Lapon pour l' attacher à son travail, afin qu' il n' abandonne pas ses montagnes et ses rennes pour aller s' engager et végéter dans les villes.
— Mais n' a pas été question de fixer les Lapons à la terre, d' en faire des paysans, des sédentaires?
— Cette solution fut préconisée par des théoriciens qui ne connaissaient vraisemblablement les Lapons que par la littérature ou la photographie? Mais c' est absurde de vouloir absorber les nomades dans la masse suédoise: leurs troupeaux de rennes ( qui représentent une valeur de quelque vingt millions de couronnes ) doivent se mouvoir pour chercher leur nourriture, et les Lapons, habitués depuis toujours à marcher, à camper pour repartir, ne tiendraient pas en place. Dieu nous garde des théoriciens en pantoufles!...
Nous parlons ensuite de leur langue:
— Les Lapons, dit le médecin, ont un vocabulaire très riche pour préciser les distances, bien plus riche que n' importe quelle langue. Ils ont aussi des mots innombrables pour les diverses parties du corps des rennes: c' est un dictionnaire anatomique digne d' un savant. Leur vocabulaire est en revanche très pauvre pour les diverses parties du corps humain. Cela se conçoit: le renne est le roi de la toundra et le Lapon dépend de lui; ici, c' est l' homme qui suit et sert le quadrupède...
La nuit est tombée depuis longtemps lorsque nous atteignons la paisible cité d' Arieplog, endormie au pied de sa vieille église de bois.
Arieplog ( Laponie ), automne 1950.