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Je suis tombé par hasard - mais le hasard existe-t-il - sur l'émission de ce jour Philo in vivo de la 1ère RTS qui traitait de la vérité. Elle ne m'a pas laissé indifférent. A tel point que je fais une entorse à mon besoin de me faire plus rare ici.
Alice Bottarelli, étudiante en lettres, en était l'invitée avec Molière et Me Marc Bonnant.
Je n'ai pu réprimer un sourire en coin lorsque Marc Bonnant a annoncé en toute franchise sa sympathie pour Philinte dans le Misanthrope. Mon cerveau s'est mis en route tout seul avec des analogies, des comparaisons, des prétextes et autres informations plus ou moins encombrantes qui contribuent à se former une opinion qui deviendra notre réalité du moment. Je n'en attendais pas moins de lui, ou de n'importe quel avocat, qui doit forcément développer une capacité hors normes pour le cynisme puisque leur métier consiste à défendre leurs clients envers et contre tout.
Toute ma vie est presque une caricature d'Alceste dont l'arrogance confine à la bêtise ultime qui consiste à croire en une vérité que seule la sincérité, l'honnêteté, l'intégrité et une intransigeance sans faille permettrait d'approcher.
C'est bien mal connaitre l'humain et c'est surtout le meilleur moyen de faire le vide autour de soi.
Qui a raison ? Molière semble suggérer que les deux attitudes, poussées à leur extrême, sont ridicules. Marc Bonnant fait preuve d'une étonnante sincérité en avouant sa préférence pour le mensonge courtois. Il fait l'éloge de la générosité et réclame le retour des belles manières qui permettent le vivre ensemble.
Il semble faire fi des éventuelles conséquences à plus long terme. Sous prétexte qu'il existe autant de vérités que d'individus, il semble se prétendre capable d'évaluer la validité d'un mensonge altruiste qui procède pourtant de la même ignorance car l'humain qui disposerait de toutes les informations n'est pas né.
Je reconnais volontiers la sagesse de Molière qui se rit de ces extrêmes et je vais surveiller à l'avenir mon besoin d'authenticité.
Mais je ne puis réprimer un doute sur les intentions profondes de Me Bonnant qui semble édulcorer un tableau pour mieux y figurer. Ou, pour le dire plus simplement, il tente de se racheter une virginité en justifiant une attitude qui permet aux plus puissants de l'emporter, encore et toujours, car l'égalité est un mythe.
Merci à Alice et Molière de nous rappeler que la vérité se situe quelque part entre Alceste et Philinte et qu'elle ne peut être que quelque chose vers quoi on tend sans jamais l'atteindre.