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Hanokh Levin, auteur majeur de la scène israélienne contemporaine que la France découvre depuis quelques années, n'a cessé de questionner l'écriture dramatique et d'explorer de nouvelles formes théâtrales, afin d'ausculter au plus près la comique tragédie de l'existence. Chacune des trois pièces regroupées dans ce cinquième volume de son Théâtre choisi illustre une dimension différente de cette recherche d'un comique à l'état cru. Tout le monde veut vivre, fresque épique où il apparaît que personne, contrairement à Alceste, l'héroïne de la fameuse tragédie d'Euripide, n'est prêt à mourir à la place d'un autre. Yakich et Poupatchée, ou les improbables tribulations nocturnes de deux familles qui découvrent que ce n'est pas le tout d'avoir marié le très laid avec la très laide (leurs rejetons), encore faut-il que le mariage soit consommé... La Putain de l'Ohio, ou les affres d'un homme qui, pour ses soixante-dix ans, a décidé de s'offrir une prostituée mais qui, ne pouvant consommer, se voit obligé, pour rentrer dans ses frais, d'en faire cadeau à son fils. Un théâtre qui en dit long sur la condition humaine, mais aussi sur l'obscénité de nos sociétés dans leur rapport à l'argent, l'amour, le sexe et le pouvoir.
Deux hommes et une femme célibataires abordent la quarantaine avec l'envie forte de rencontrer l'âme soeur et de se marier. Oui, mais... pas si simple. Car comment trouver et faire l'amour quand l'un s'accroche à ses petites économies, l'autre à son stock de capotes, unique héritage d'un père aux investissements étonnants, et la troisième à sa pharmacie ? Joyeux trio de constipés du coeur, où chacun tente en vain de dépasser sa propre mesquinerie... Et si, à quarante ans, l'espoir peut encore pointer son nez, si l'on peut encore rêver à une communion de biens ou, à défaut, à un hypothétique Texas peuplé de filles pulpeuses, que se passe-t-il vingt ans plus tard, avec les mêmes aspirations et le même refus de donner ? Car chez Hanokh Levin où l'humour féroce côtoie la tendresse pour les paumés, l'âge ne rend les gens ni plus intelligents ni plus généreux et ces trois protagonistes, symboles d'une humanité médiocre, finiront seuls. A se demander quand se lèvera le rideau leur masquant la scène flamboyante où ils pourront vivre enfin... Marianne James, Patrick Braoudé et Lionel Abelanski, comédiens eux aussi "insatiables ", incarnent avec verve cette farce cruelle et haute en couleurs, dans la mise en scène de Guila Braoudé au Studio des Champs- Elysées à la rentrée 2009.
Histoires sentimentales sur un banc public réunit pour la première fois une sélection de nouvelles d'Hanokh Levin, plus connu en France pour son oeuvre théâtrale. Qu'il s'agisse du fossoyeur dont l'auteur s'interroge sur ce qu'il voit lorsqu'il se trouve dans la tombe en plein enterrement, de couples d'amoureux qui cherchent - sans jamais l'obtenir - une satisfaction méritée, d'un homme qui s'amuse à s'introduire chez les gens pour leur voler leur intimité et se sentir petit, Levin sonde les fondements de l'âme humaine. Mais il le fait en regardant par le petit bout de la lorgnette. Mettant en scène des individus embourbés dans leur incapacité à concrétiser leurs aspirations, il suit, dans une prose extrêmement travaillée et précise, les méandres des pensées de ses personnages dont il révèle la petitesse. À la manière d'un Kafka ou d'un Beckett, mais dans une langue incomparable, il montre l'absurdité de nos vies, toujours avec humour, parfois même avec tendresse. Un auteur résolument irrévérencieux et libre.