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Ancrée au pied des fameuses terrasses granitiques du Vivarais, Tournon appartient au terroir du Saint-Joseph à la croisée de plusieurs chemins emblématiques. Le 45e parallèle ne passe que quelques kilomètres plus au sud ; le climat méditerranéen y mêle son air tempéré et humide avec les vents froids de l’Ardèche et de la Loire ; le provençal y côtoie l’occitan, le vivaro-alpin et le forézien. La ville est installée sur l’embouchure du Doux, torrent tempêtueux dévalant des hauts plateaux ardéchois vers le Rhône en traçant des boucles tortueuses sur près de 70 km. Deux ponts, dont l’historique passerelle Marc-Seguin la relient à sa jumelle drômoise, Tain l’Hermitage. On y trouve également les ruines d’un pont romain confortant l’importance historique des échanges entre les deux rives.
Tournon s’est développée depuis le Haut Moyen Âge autour de ces confluences. Un château médiéval construit au Xe siècle rappelle combien le passage entre la Narbonnaise, le Bourbonnais et le Dauphiné était stratégique et permettait de sécuriser le port fluvial en contrebas. La prospérité est en effet arrivée avec le commerce du « vin de Mauves » au parfum de poivre, d’épices et de violette. Au XVIIe siècle, les Jésuites décidèrent d’abandonner ce joli nom pour le « Saint-Joseph », ce qui en 1956 deviendra l’AOC que nous connaissons aujourd’hui. Vingt-six communes, occupant une bande étroite sur la rive droite du Rhône, peuvent prétendre à cette AOC. Les vignes sont plantées en terrasses abruptes, bénéficiant des pentes riches en granit des contreforts du Massif Central et de la réverbération du grand fleuve. Ces terrasses si difficiles à exploiter demandent beaucoup de soin pour cultiver la Syrah – plus de 85% du Saint Joseph est rouge –, Marsanne et Roussette. Aujourd’hui la ville compte dix mille habitants et une petite dizaine de vignerons.
On oublie souvent combien l’ouest du Massif central fut une région pionnière du chemin de fer dès la Révolution Industrielle. De nombreuses lignes, dont la plupart ont été fermées avant la Seconde Guerre, ont permis le désenclavement des vallées et plateaux montagnards. Le Chemin de fer du Vivarais, Lou Mastro, exploité dès 1891 entre Tournon et Lamastre, faisait partie des trois lignes historiques de l’Ardèche. Fermée en 1968, la ligne a été rouverte quelques années plus tard pour le plus grand bonheur des amateurs de trains à vapeur et de parcours pittoresques. Cette ligne à petit écartement d’un mètre utilise toujours des locomotives à vapeur Mallet, du nom de l’ingénieur suisse Anatole Mallet1, inventeur des « compound », ces locomotives au profil comportant deux cheminées. Le parcours remonte le cours sinueux du Doux sur une trentaine de kilomètres et sa construction a nécessité de nombreux tunnels et ponts au prix de grands efforts. Après une rude montée d’une heure trois-quarts depuis St Jean-de-Muzols, Lou Mastrou vous amène à Lamastre où le pont tournant est toujours actionné à la main pour remettre le train dans le sens de la descente, une belle excursion pour tous les âges.