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La naissance de l'Institut agricole à Pérolles et ses débuts à Grangeneuve (1888-1903)
[ 18.11.2021 - JBM ]
L’histoire de l’Institut agricole débute en février 1888, dans le quartier du Bourg à Fribourg, au premier étage de l’Hôtel des Postes qui regroupe un laboratoire et un bureau de renseignements. A ce moment, l’école de fromagerie se situe à Treyvaux . Ces trois entités constituent la « Station laitière ». En 1890, ces locaux sont réunis sous un même toit sur le plateau de Pérolles, dans l’ancienne caserne militaire. La fondation de cet établissement s’inscrit dans la volonté de l’Etat, dirigé par Georges Python, de développer à la fois l’enseignement fribourgeois à tous ses niveaux – la pierre angulaire de cette politique sera la création de l’Université en 1889 – mais aussi de soutenir le secteur agricole. La direction de la Station laitière est confiée à Emmanuel de Vevey.
IAG 7 1/21 (1900-1920). Bâtiment de la Station laitière à Pérolles.
En 1900, sur la proposition d’Aloys Bossy, ministre en charge de la Direction de l’Intérieur, le Conseil d’Etat accepte la création d’une école pratique d’agriculture sur le domaine de Grangeneuve, propriété de l’Etat. L’abbé Pierre Biolley, fondateur de la ferme-école de Sonnenwyl (1886), est autorisé par le Conseil d’Etat à transférer cette dernière sur le domaine de Grangeneuve. Il devient alors le responsable de ce nouvel établissement qui ouvre ses portes en automne 1900. Son existence est de courte durée. En effet, des experts du Département fédéral de l’agriculture, chargés de valider le subventionnement de l’établissement, produisent au mois de juillet 1901 un rapport qui remet en question la validité de sa création – le gouvernement a omis de consulter le Grand Conseil – ainsi que les capacités de gouvernance de l’abbé Biolley. Il met aussi en exergue la concurrence de l’école vis-à-vis des cours agricoles d’hiver dispensés à Pérolles. Ces reproches poussent alors l’abbé à la démission en août 1901. La même année, le rapport annuel de l’Institut agricole dépeint le site de Grangeneuve en ces termes :
Cette ferme comprend un domaine d'environ 120 hectares ; les élèves pourront s'y livrer à toutes les cultures ordinaires du plateau suisse, spécialement à la culture fourragère, à la culture des racines et des céréales et à l'élevage du bétail. Au 31 décembre 1901, époque à partir de laquelle cette nouvelle organisation a été adoptée, les écuries renfermaient 96 pièces de bétail bovin, 8 chevaux, 30 porcs, 5 moutons, 18 poules. etc. - Le bétail bovin appartient à la race tachetée suisse ; l'élevage se fait dans les deux variétés : pie-rouge et pie-noire. Le lait est livré à l'Ecole de laiterie de Pérolles. - Un outillage tout à fait moderne permettra aux élèves de se familiariser avec les machines agricoles les plus perfectionnées. – Les élèves auront également l'occasion de suivre les essais divers entrepris par le corps enseignant de l'Institut agricole, spécialement les essais de machines, d'engrais, de cultures, d'engraissement et d'alimentation, d'arboriculture et de culture potagère, etc.
Bonus : visite de Grangeneuve à la fin des années 30
(version française)
(deutsche Fassung)
Le site est alors bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui. Les bâtiments se concentrent uniquement autour de la Grange Neuve qui sert d’étable : le gerbier, le grenier (à l’emplacement de l’actuel immeuble des Hirondelles), une porcherie, une menuiserie et une forge (en lieu et place du magasin actuel).
IAG 7 1/1676 (1903-1907). L’école se trouvant « dans la vallée » est l’abbaye d’Hauterive où logeaient les étudiants des Marianistes avant l’achèvement de la « nouvelle école en construction » mentionnée de manière imprécise sur la carte.
L’enseignement agricole est réorganisé en 1901. L’Institut agricole de Fribourg est partagé sur les sites de Pérolles et de Grangeneuve. La Station laitière de Pérolles concentre les enseignements relatifs à l’industrie laitière. Depuis 1891, elle propose également les cours agricoles d’hiver qui se présentent sous la forme d’un enseignement théorique donné aux jeunes agriculteurs qui disposent déjà d’une formation pratique, généralement acquise sur l’exploitation familiale. Sur le domaine de Grangeneuve sont dispensés durant l’été des cours pratiques agricoles. En été 1902, 16 élèves débutent la formation pratique : 7 Fribourgeois, 1 Valaisan, 1 Delémontain, 5 Alémaniques et 2 Italiens. Le responsable de la ferme-école, Rodolphe de Brémond , aurait souhaité d’ailleurs que les Fribourgeois fréquentent davantage cette institution.
Les cours théoriques durent du commencement de novembre à fin mars. Ils sont fréquentés par des jeunes gens, fils de propriétaires ou de fermiers, qui désirent acquérir des connaissances agricoles, théoriques et scientifiques ; le cours terminé, ces jeunes gens rentrent dans leur famille. Les examens ont lieu à la fin de chaque semestre d’hiver : les élèves qui ont subi avec succès les deux examens, reçoivent un diplôme. Les élèves doivent être âgés d’au moins 16 ans. Les élèves qui suivent les cours d’hiver de Pérolles paient, pour les cinq mois d’hiver, comme pension, un montant de 30 fr. par mois, soit 150 fr.
A noter que la ferme-école de Grangeneuve ne cantonne pas ses activités uniquement à l’enseignement : les agronomes font des essais de cultures sur le domaine de Grangeneuve, d’alimentation animale pratiqués dans des exploitations privées, dispensent des cours agricoles (arboriculture, culture maraichère, apiculture, aviculture, etc.) dans diverses communes fribourgeoises et produisent des publications.
En 1902 , le chef d’exploitation du site, François Rey, évoque le mauvais état du domaine : « ni les bâtiments ni les terrains n’étaient préparés et appropriés en vue de son utilisation actuelle. » Les sols sont moyennement fertiles et leur composition très hétérogène. Concernant l’élevage, il mentionne le très mauvais état des écuries : « l’étable réservée au jeune bétail n’est pas favorable à l’élevage ; aussi la santé du bétail s’en est-elle ressentie ; l’élevage, en particulier, n’a pas donné un résultat favorable. » Il souhaiterait aussi un agrandissement de la porcherie pour « être mise en rapport avec l’étendue du domaine et les rendements qu’elle peut procurer ».
Une demande de crédit est accordée par le Grand Conseil pour la construction d’une nouvelle écurie.
La Liberté, 13 mai 1902
La construction des écuries se déroule de 1902 à 1903. Le bétail est transféré dans le nouveau bâtiment à la fin de l’automne 1903 . François Rey, enthousiasmé par ces nouveaux locaux s’exprime en ces termes dans le rapport annuel de 1903 :
On éprouve aujourd’hui une légitime satisfaction en voyant tout ce bétail logé avec profit dans ces nouveaux locaux agréables et spacieux, où l’air pur rivalise avec la lumière pour assurer, par une atmosphère saine et vivifiante, la santé et la vie des animaux, partie si importante du capital d’exploitation et qui assure à l’agriculteur les meilleurs rendements d’un domaine ; l’élevage du bétail pourra maintenant se développer méthodiquement, jusqu’au nombre proportionnel d’une tête de bétail pour 80 ares de terrain, que possèdent les domaines les mieux tenus de la contrée. J’ose dire que le domaine de Grangeneuve est susceptible d’atteindre ce résultat.
Etable en construction (1902-1903). (Gex/Centenaire de l’Institut agricole de l’Etat de Fribourg, 1888-1988)
En 1903, en proie à des difficultés financières, le domaine de Grangeneuve change à nouveau d’exploitant. L’Etat fait appel à la congrégation religieuse française des Marianistes, en disgrâce dans son pays. Dès lors, l’enseignement dispensé par ces religieux s’adresse surtout à des fils de grands propriétaires terriens étrangers. En définitive, cette école d’agriculture dirigée par les Marianistes et largement soutenue par Georges Python ne profitera pas à l’agriculture fribourgeoise. Elle soulèvera de nombreux questionnements et débats au Grand Conseil, étouffés par le régime politique alors au pouvoir. Parallèlement à cet enseignement élitiste, la progéniture fribourgeoise fréquente les cours agricoles d’hiver toujours dispensés à Pérolles.