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Qui était le Dr Enrique Faber, arrivé à Cuba en 1819 pour y exercer la médecine? Fernando Perez et Laura Cazador comblent l’absence d’information en signant un hommage à une pionnière du féminisme.
On ne connaît pas grand-chose du Dr Enrique Faber, condamné à Cuba au début du XIXe siècle pour avoir épousé une personne de son sexe. On sait qu’Enrique était en réalité Henriette, née à Lausanne en 1791, ou à Bavois en 1786, et qu’elle s’était déguisée en homme pour pouvoir apprendre la médecine, profession alors interdite aux femmes.
La cinéaste genevoise Laura Cazador s’est vivement intéressée au sujet, qu’elle a découvert lors d’un tournage à La Havane. Henriette Faber a été, lui a-t-on dit, la première femme à exercer la médecine dans l’île. Elle s’est alors associée au réalisateur cubain Fernando Perez et a entrepris avec lui de longues recherches sur le personnage. Or, à côté de la tradition orale, les seuls documents historiques disponibles sont ceux du procès intenté à Henriette pour avoir épousé une personne de son sexe. Lesbienne ou soucieuse de sauver les apparences?
Les réalisateurs se sont risqués à répondre aux questions; ils ont imaginé comment la jeune Vaudoise avait vécu en se basant sur ce que devait être à l’époque l’ambiance de Baracoa, petite ville proche de Santiago de Cuba où elle avait ouvert son cabinet. Dans les années 20 du XIXe siècle, l’esclavage était toujours pratiqué. Les familles de colons vivaient dans le confort matériel, mais dans une morale étroite et irréductible, autant qu’hypocrite.
Le Dr Enrique Faber (Sylvie Testud) est bien reçu, il se fait des amis en prodiguant ses soins avec succès. Mais, se refusant à traiter différemment riches et pauvres, Blancs et esclaves, il éveille rapidement l’irritation et les jalousies. Appelé au chevet du Juana (Yeni Soria), il tombe amoureux d’elle et, dès lors, préfère écouter ses sentiments plutôt que la prudence.
Insoumises a le mérite de rappeler ce que fut l’obscurantisme des siècles passés, celui de l’esclavage en particulier. En face de la terrible condition des Noirs, celle des femmes est tendue comme un miroir, servitude bien plus douce, certes, mais enfermement total dans la bien-pensance. Laura Cazador et Fernando Perez s’attachent à la description d’un milieu et d’une époque pour mettre en valeur le caractère fier, audacieux, courageux qui fut probablement celui d’Henriette Faber. Mais leur récit, linéaire, prend toute la place, aux dépens d’une mise en scène allégée et imaginative. Sorte d’hagiographie, il trahit un point de vue porté depuis le XXle siècle, plutôt que celui qu’aurait été un regard nuancé, contemporain des faits retracés.
Plus de recul, voire un peu d’humour dans le propos, une image moins bleutée auraient mieux installé le film dans la vraisemblance et contribué à un jugement moins romanesque; en attendant que des recherches historiques fassent toute la lumière sur le personnage étonnant et passionnant que fut sans aucun doute Henriette Faber.
Invité-e
|Nom||Notes|
|Geneviève Praplan||12|
|Sabrina Schwob||11|