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«Vous avez perdu un bon ami»
Quand la visite de Jiang Zemin en Suisse avait viré au «fiasco»
La phrase est restée célèbre dans les annales de la diplomatie helvétique: «Vous avez perdu un bon ami», déclarait le 25 mars 1999 le président chinois Jiang Zemin, décédé mercredi, à la présidente de la Confédération d'alors Ruth Dreifuss et aux autres membres du Conseil fédéral. Il réagissait à une visite d'Etat mouvementée en Suisse.
Furieux des manifestations protibétaines qui l'avaient accueilli à son arrivée au Palais fédéral pour une visite de trois jours, Jiang Zemin avait ajouté: «N'avez-vous pas la capacité de gérer ce pays?». S'excusant de parler «avec franchise et sincérité», il avait estimé qu'assurer au visiteur étranger «une ambiance pacifique» constituait «le minimum de la politesse». En dix ans de voyages dans des pays étrangers, «j'ai toujours reçu un accueil chaleureux», avait-il dit.
«Jamais vu ça»
Ce jeudi 25 mars 1999, les officiels chinois avaient été accueillis à leur arrivée sur la Place fédérale par un concert de sifflements et de cris de quelques dizaines de manifestants de la cause tibétaine. La cérémonie des honneurs militaires avait été annulée. Après avoir fait attendre le Conseil fédéral in corpore durant une demi-heure sur les marches du Palais fédéral, Jiang Zemin et sa suite s'étaient engouffrés directement dans le bâtiment.
Le président chinois avait même lancé au ministre de la police Arnold Koller: «Je n'ai jamais vu ça dans aucun pays». Il avait fait ces différents commentaires au terme de son discours officiel dans la salle des Pas Perdus du Palais fédéral.
Dreifuss recolle les pots cassés
De son côté, la présidente de la Confédération Ruth Dreifuss avait tenté de recoller les pots cassés après cette arrivée chahutée, constatant que les manifestations avaient «blessé» le président chinois. «Voyez-y l'intérêt que la population porte à votre visite et à votre pays», avait-elle déclaré.
Elle s'était ensuite félicitée de la réaction franche de M. Zemin. «Les entretiens que nous avons eus ensuite montrent que la volonté de dialogue est toujours présente», avait-elle affirmé.
«Le Conseil fédéral regrette la façon dont a commencé le séjour du président chinois. Il reste confiant quant à la suite des événements», avait-elle ajouté. Le Conseil fédéral avait également assuré qu'il garantirait la sécurité et la dignité de la visite.
«Mais il est aussi dans notre ordre légal de permettre la manifestation de minorités ou d'opinions de citoyens», avait néanmoins souligné la présidente de la Confédération. Elle avait précisé que la délégation chinoise ne lui avait pas demandé d'évacuer les manifestants protibétains de la Place fédérale ou des toits des bâtiments alentours où ils s'étaient prédisposés.
«Fiasco diplomatique»
A l'époque, les médias avaient parlé de «fiasco diplomatique», d'incident «grave» et «rarissime», d'«éclat» ou de «coup de colère». Les principaux partis politiques avaient pour leur part estimé que l'incident n'aurait pas de conséquences graves. Les milieux économiques s'étaient aussi montrés plutôt rassurants.
Nettement plus pessimiste, l'ancien ambassadeur de Suisse à Pékin, Uli Sigg, grand connaisseur de la Chine, estimait que l'affaire allait faire perdre à la Suisse «au moins deux ans de travail de dialogue» en matière de droits de l'homme.
sj, ats