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Pierre Razoux, La guerre israélo-arabe d’octobre 1973,
7 septembre 2003
a guerre du Yom Kippour mérite d’être étudiée en détail, car ses conséquences sont encore omniprésentes dans le Proche-Orient contemporain. Ce livre consacré à l’ensemble des aspects militaires y parvient de manière exemplaire.
Docteur en histoire et spécialiste des conflits israélo-arabes, Pierre Razoux a mené des recherches pluridisciplinaires remarquablement approfondies pour percer les secrets de la guerre d’octobre 1973. En menant notamment des entrevues avec les principaux acteurs survivants et des observations sur les lieux des combats, il est parvenu à acquérir une connaissance surmontant les antagonismes entourant ce conflit et à développer une vue d’ensemble fondée sur une immense précision.
La guerre déclenchée le 6 octobre 1973 est restée dans les esprits pour ses conséquences politiques, en particulier la rétrocession du Sinai et la paix de Camp David, ainsi que le blocage sur la question du Golan. Mais cette guerre a également été étudiée en détail par les Forces armées, en raison des nombreux combats aéromécanisés qu’elle a occasionnés, et elle conserve encore une influence sur les doctrines de combat contemporaines, ainsi que sur la conception des systèmes d’armes.
Ce livre de 393 pages, qui comprend notamment 7 annexes et 31 cartes, en fait remarquablement le tour. La genèse du conflit, le plan de bataille arabe, les premières déconvenues d’Israël puis ses contre-attaques victorieuses, tout comme l’implication des grandes puissances, sont décrits de manière limpide. Mais ce sont surtout les données chiffrées et les témoignages des acteurs qui permettent de mesurer et de comprendre les déséquilibres et les erreurs.
Pierre Razoux parvient ainsi à définitivement tordre le cou de plusieurs mythes entourant ce conflit, comme le fait qu’Israël aurait été sauvé par le pont aérien américain destiné à lui livrer du matériel, alors que ce dernier n’a commencé à arriver de manière significative qu’après la stabilisation des fronts. Il montre aussi que les prouesses tant vantées des Forces de défense israéliennes se sont accompagnées d’aveuglements doctrinaux d’une grande ampleur.
L’une des grandes qualités de cet ouvrage est également sa synthèse des enseignements militaires, un domaine dans lequel il est rare que les historiens s’aventurent avec succès. La répartition des pertes, l’impact de la haute technologie, les équilibres interarmes et interarmées, les détails techniques des véhicules de combat ou encore le niveau d’instruction des troupes sont abordés avec une clairvoyance rare, ce qui concourt largement à la compréhension des combats.
L’arme blindée constitue tout naturellement l’un des éléments centraux de ce conflit, et elle a retenu toute l’attention de l’auteur. L’efficacité des chars respectifs, le contexte interarmes de leur emploi, la qualité de l’encadrement, l’appui de l’artillerie et de l’aviation sont étudiés suffisamment en détail pour que le lecteur parvienne à s’imaginer précisément ce qu’il s’est passé dans le Sinaï ou sur le Golan. Le rôle des missiles antichars et de l’infanterie mécanisée sont également analysés.
De ce fait, ce livre constitue une lecture précieuse pour quiconque s’intéresse à la tactique, et notamment pour les officiers subalternes et supérieurs. Toutes ses descriptions, de la planification des opérations aux improvisations en cours de route, en passant par les dissensions entre chefs militaires ou par le poids de la logistique, constituent autant d’enseignements concrets et clairs sur les engagements modernes. On aimerait voir davantage d’ouvrages tels que celui-ci.
Maj EMG Ludovic Monnerat
Maj EMG Ludovic Monnerat