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Situé au croisement de la traductologie, des études genre et des approches transculturelles de la littérature, le colloque nous permettra d’explorer les activités de femmes de lettres à cette époque à partir de deux perspectives complémentaires: la première vise à documenter les stratégies déployées par des femmes de lettres pour s’affirmer sur le marché littéraire, dans le monde de l’édition et dans les cercles intellectuels. Comment ont-elles pu surmonter leur marginalisation dans des milieux culturels et scientifiques dominés par les hommes? La deuxième perspective met en lumière le rôle de la traduction littéraire et les stratégies diverses employées par les traductrices qui cherchaient la reconnaissance pour leurs contributions aux échanges culturels et littéraires. Comment ont-elles marqué les traductions de leur empreinte ou au contraire ont-elles effacé toute trace de leur intervention – et pour quelles raisons?
La période choisie couvre le siècle des Lumières européennes, qui a ouvert de nouvelles possibilités de participation des femmes à la vie cu
lturelle et au marché éditorial, jusqu’au 19e siècle, avec la professionnalisation du marché du livre qui prend une ampleur de plus en plus importante notamment grâce au lectorat féminin.
Etant donné que la signification attribuée au rôle du traducteur/de la traductrice est une construction historique et sociale (Sherry Simon), le colloque vise à explorer la façon dont les femmes de lettres au siècle des Lumières se sont représentées à travers leur activité de traductrice, elles qui furent souvent tiraillées entre leurs rôles sociaux d’un côté et leurs ambitions littéraires de l’autre: les femmes savantes ont dû concilier leur potentiel créatif avec des normes sociales contraignantes en prenant parfois appui sur les concepts philosophiques contemporains prônant l’égalité des droits entre les hommes – et parfois entre les sexes. Les rôles des femmes traductrices vont de la « Gehülfin » (« assistante », un terme employé par J.C. Gottsched pour désigner sa femme, l’auteure et traductrice Luise Gottsched) – au service du mari ou du père – à la poétesse-traductrice autonome ou à l’érudite respectée comme Anne Dacier. En dehors de figures phares telles que Sophie Mereau, Germaine de Staël ou Sarah Austin, le colloque cherche à mettre en lumière les activités de femmes méconnues ou oubliées à ce jour.