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Samuel Maoz, réalisateur israélien, invité au Festival International de Films de Fribourg, a poursuivi son périple suisse en passant par Genève à l’occasion de la présentation de son second long métrage, Foxtrot aux Cinémas du Grütli. Lebanon, son premier long-métrage de fiction, avait obtenu le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2009 et son deuxième film, Foxtrot, a remporté le Lion d’argent également à la Mostra de Venise, cette fois en 2017.
Il y a vingt ans, l’écrivain et réalisateur israélien Samuel Maoz a refusé de donner de l’argent à sa fille pour prendre un taxi alors qu’elle était en retard pour aller à l’école. Il l’a envoyée à un arrêt d’autobus. Vingt minutes plus tard il entendait que la ligne de bus qu’elle prenait avait été touchée par une attaque terroriste. Rongé par l’inquiétude, il apprendra que le sa fille avait manqué son bus mais durant un laps de temps terrifiant, le cinéaste a cru que sa fille était morte et il se sentait responsable de l’avoir envoyée à cette mort. Ce jour inoubliable est devenu l’inspiration pour son deuxième film intitulé Foxtrot en référence à la danse éponyme dont les pas reviennent toujours au point de départ.
Autopsiant ce que l’écrivain Paul Auster a appelé The Music of Chance, Foxtrot présente un travail formellement magnifique, tant dans la structure que dans le ton, distillant des images les plus marquantes sur le plan esthétique, plongeant le public au cœur d’un couple, Michael (Lior Ashkenazi) et Dafna (Sarah Adler), mariés depuis trente ans, qui mènent une vie heureuse à Tel Aviv. Leur fils aîné Yonatan effectue son service militaire sur un poste frontière, en plein désert. Un matin, des soldats sonnent à la porte du foyer familial. Le choc de l’annonce va réveiller chez Michael une blessure profonde, enfouie depuis toujours. Le couple est bouleversé. Les masques tombent.
Maoz utilise ses compétences en tant qu’artiste visuel pour améliorer la dimension humaine de son histoire. Ainsi Foxtrot mêle un réalisme sombre et sobre avec l’univers surréaliste du poste frontière où un soldat danse avec son fusil à un poste de contrôle, un bulldozer soulève une voiture, un chameau traverse un checkpoint comme s’il faisait partie de sa routine. Fil conducteur indiqué par le titre, l’être humain revient irrémédiablement sur ses pas à l’instar de ce père en deuil qui épie un cours de danse : malgré le spectre de la mort, le monde continue, même si le sien a sombré. Il est aussi question des victimes de l’Holocauste à travers la grand-mère qui porte son matricule tatoué et parle en yiddish. Il est question d’un secret jalousement gardé mais connu de tous. Foxtrot est un film conçu pour susciter des réflexions, en particulier sur l’armée en Israël, ce qui a amené ce film à être controversé en Israël. Cependant, ce film parle aux personnes de toutes cultures avec une dimension à la fois spécifique et universelle. Seule ombre à ce tableau magnifiquement interprété : Samuel Maoz a voulu aborder beaucoup de thématiques, peut-être trop …
Firouz E. Pillet
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