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Société vaudoise de généalogie
La Société vaudoise de généalogie, fondée en 1910, fut dissoute vers la fin des années 1970. Ses archives ont été intégrées dans le fonds P Société vaudoise de généalogie, consultable aux Archives cantonales vaudoises.
Le rapport du comité, présenté à l'assemblée générale du 28 janvier 1910, donne de précieux renseignements sur l'historique de cette société. On y trouve également plusieurs réflexions, encore d'actualité, sur les difficultés rencontrées lors de la publication de généalogies.
Rapport du Comité de la Société vaudoise de généalogie
présenté à l'assemblée générale du 28 janvier 1910
à la salle Tissot, Palais de Rumine, Lausanne
Mesdames, Messieurs,
Le 20 novembre 1907, à l'Hôtel de ville de Lausanne, à l'issue d'une conférence convoquée par votre serviteur sur l'initiative de M. Le prof. F.-A. Forel, a été constitué le comité provisoire de la Société vaudoise de généalogie, sur l'activité duquel j'ai l'honneur de vous présenter ce rapport. Ce comité se composait de MM. Ch.-A. Bugnion, Alb. Choisy, Th. Cornaz, F.-A. Forel, H. de Mandrot, Prof. P. Maillefer, B. van Muyden, E. du Plessis.
Vous aurez peut-être à plusieurs reprises douté de cette activité, et bien qu'il ne nous appartiennent pas de la qualifier, je suis chargé de vous exposer le résultat de son travail et ses propositions, suite de nombreuses délibérations, auxquelles étaient invitées les personnes qui pouvaient éclairer la discussion.
Réuni une fois en décembre 1907; 4 fois en 1908; et 9 fois en 1909, il a tenu séance soit chez l'un de ses membres, soit à l'Hôtel de ville de Lausanne, puis régulièrement l'année dernière, dans la salle des commissions du Palais de Rumine, gracieusement et gratuitement mis à disposition, par M. Le chef du Département de l'Instruction publique et des Cultes, qui nous offre encore l'hospitalité ce soir dans cette salle. Qu'il veuille recevoir l'expression de notre reconnaissance et nous conserver sa bienveillance à l'avenir.
Nous avons pu constater, Mesdames et Messieurs, que nous ne faisions pas erreur, quand il y a plus de deux ans nous disions qu'il existait de nombreux amateurs de cette branche spéciale de l'histoire, l'étude des généalogies, et de belles collections de documents, connus ou ignorés, qui ne demandaient qu'à être mis en lumière, et apporteraient leur pierres à l'édification de notre histoire du Pays de Vaud, en nous indiquant comment et pourquoi, tel ou tel de nos concitoyens a su parvenir à la notoriété, même en dehors des limites restreintes de notre patrie vaudoise.
Genève nous a de longtemps devancés dans l'étude et l'établissement des généalogies. De la Suisse allemande est aussi, plus récemment sorti, un mouvement qui a pour but de réunir les ascendances de toutes les familles suisses notables.
Encouragés par nombre d'entre vous, nous nous sommes mis à l'ouvrage, et vous demandons de nous continuer votre sympathique concours.
Nous ne ferons que mentionner rapidement les difficultés rencontrées et celle plus nombreuses qui nous attendent. L'une des principales et l’indifférence peu bienveillante du public, et parfois es intéressés eux-mêmes.
Nous sommes accusés de snobisme et pourtant il peut paraître aussi important de connaître l'ascendance d'un individu, que nous coudoyons journellement, qui nous captive ou nous est indifférent, de comprendre quelle influence de race ou de climat a contribué à ce caractère, que de savoir le pedigree de telle espèce bovine, chevaline ou autre. L'on se moque souvent des généalogies et des généalogistes, la manie de parler de son nom, de ses ancêtres, pouvait y prêter; mais le désir de connaître son origine et de la trouver honorable est un germe qui se trouve au fond de chaque cœur, latent peut-être et que la moindre circonstance peut réveiller. L'animosité qu'on remarque chez tant de gens n'a d'autre source qu'une vanité curieuse et jalouse, qui se sent blessée par crainte de devoir admettre des prétentions, qu'elle ne croit pas pouvoir faire valoir pour son propre compte. Ces réflexions faites déjà il y a un demi-siècle sont encore actuelles de nos jours. L’Encyclopédie dit : « L'étude des généalogies est d’une extrême importance pour l'histoire; outre qu'elles servent à distinguer les personnages historiques du même nom et de la même famille, elles montrent les liaisons de parenté, les droits, les successions,etc., etc. »
Et si l'on avait la généalogie exacte et vraie de chaque famille, il est plus que vraisemblable qu'aucun homme ne serait estimé ou méprisé à l'occasion de sas naissance. L'étude des généalogies peut avoir une utilité reconnue dans notre pays, où comme ailleurs on trouve des imaginations ardentes; et où le grand nombre de familles d'origines étrangères trouvera par ces recherches l'indication du pays natal dont elles sont depuis longtemps séparées, d'autant plus que soit par ignorance, soit le sachant et le voulant, l’orthographe véritable des noms a subi parfois de profondes modifications.
Il faut du doigté, du tact de l'honnêteté et de la franchise pour accomplir notre programme. Il est vaste et semblera à d'aucuns irréalisable de réunir les matériaux et de rédiger les notices de plus de 1300 familles, nous n'y suffirons pas, mais nous avons l'espoir d'ouvrir le chemin à de nombreux successeurs.
Il a fallu trois générations de Galiffe à Genève pour mener à chef l'entreprise de J.-A. Galiffe commencée en 1829 et terminée en 1908 par Aymon Galiffe son petit-fils; et déjà en 1904 cette œuvre est reprise et complétée par notre collègue M. Alb. Choisy, M. l'archiviste Dufour et d'autres généalogistes qui s'occupent de la mettre à jour.
Quelles limites avez-vous fixé ? Quelle sélection et sur quoi vous baserez-vous pour la faire ? Quelle valeur et quelle authenticité pourra-t-on accorder à vos notices ? De quelle autorité accepterez-vous ou refuserez-vous les généalogies déjà établies depuis de nombreuses années ? Telles sont quelques-unes des questions qui nous sont journellement posées ! Répondons tout d'abord qu'il n'y aura aucune différence entre les familles du Pays de Vaud; les titres seront cités quand ils seront connus, chaque individu aura la qualification qu'il porte dans les actes, dont on fera les extraits sans pour cela garantir cette qualification. Des familles incontestablement nobles n'en ont jamais pris la qualité dans aucun acte, d'autres l'ont obtenue des notaires sans y être autorisées, ni par le fait ni par les règlements.
Nous nous sommes premièrement instruits à l'expérience de notre collègue Alb. Choisy, sur le rôle que notre comité aurait à remplir, c'est-à-dire centraliser les travaux, se charger de la publication et faire son possible pour assurer l'exactitude des notices, en laissant la pleine responsabilité à l'auteur. Une sous-commission de contrôle n'est pas admissible. Il est plus aisé de dresser en entier une notice, que de la contrôler. La question se posait alors, qui entreprendrait ce travail de bénédictin, tant aux Archives cantonales que communales et chez les particuliers ? La personnalité d'un secrétaire devrait inspirer toute confiance par son entière indépendance et sa compétence. Nous avons trouvé plusieurs personnes dignes de remplir cet emploi et continuellement, c'est-à-dire dès que le nombre des souscripteurs serait suffisant, nous avons fait des propositions à un candidat présenté par M. B. van Muyden, M. Martin-Bornand, maître de pension à Lausanne. Une fois son rôle définitivement fixé, le secrétaire, par l'intermédiaire du comité, se chargera d'établir ces notices pour le compte des intéressés, suivant un tarif adopté et un plan financier discuté. Les pourparlers sont toujours au même point à ce jour avec M. Martin-Bonnard, les souscripteurs ne montrant pas encore le zèle désirable pour justifier l'entrée en fonctions du secrétaire.
Nous savons néanmoins que toutes les facilités qui lui seront accordées, tant par le Département de l'Instruction publique et des Cultes, qui nous a déjà autorisés à prendre copie des tableaux des bourgeois et de la date de leur agrégation dans les différentes communes vaudoises, que par MM. l'archiviste et le Bibliothécaire cantonaux, l'archiviste de la commune de Lausanne, et tous nos historiens romands qui ont une riche mine de notes et de noms, gracieusement mis à notre disposition pour les consulter. Les pièces qui nous ont été remises définitivement forment déjà un petit noyau d'archives, que nous recommandons spécialement à nos sociétaires et amis.
La première proposition d'un éditeur nous était venue de Genève, alors qu'il était question de nous rattacher tout à fait la publication éditée en cette ville par M. Jullien, en fournissant le texte pour la Série Vaudoise. Dans le comité même, Mesdames et Messieurs, il fut relevé que pour une œuvre aussi éminemment vaudoise, il serait déplorable qu'on ne pût trouver à l'éditer et à l'imprimer complètement dans le canton. En effet, MM. Georges Bridel et Cie firent une proposition de contrat, qui après plusieurs amendements fut signée. Vous avez certainement dans le courant de l'été 1909, tous reçu, Mesdames et Messieurs, la circulaire que votre comité a distribuée dans le public demandant son appui et sa coopération. Il est des gens qui répugnent à ce qu'on parle d'eux, d'autres dénient le droit de soumettre leur nom et ses antécédents à la publicité, d'autres, au contraire, ne veulent pas être omis et trouveront la notice concernant leur famille trop courte, et celles des autres trop développées, et s'attendent même à un panégyrique. Comment s'en tirer, quand toutes ces opinions sont représentées dans la même parenté ? Je ne sais, si nous avons résolu définitivement la question ? Mais nous enverrons quand l'occasion se présentera à chaque chef, ou membre notable d'une famille, une lettre lui annonçant que la notice sur sa famille sera publiée prochainement, et le priant de nous en confirmer l'autorisation. Si par hasard nous allions au-devant de quelques refus, nous savons que peu après, quand notre ouvrage sera mieux compris et apprécié, ces oppositions disparaîtront.
Quelques brèves indications sur le sommaire d'un fascicule, dont cinq formeront une première série, et sur le type de notice que grâce au travail et à la générosité de M. le professeur Forel, nous vous offrons comme modèle ce soir.
MM. Julien et Choisy, de Genève, nous avons ont autorisés à utiliser le nom de Notices pour notre ouvrage de généalogies vaudoises, qui se rattachera aux séries genevoises, bien que présenté sous un autre format. Ce titre, comme le disait déjà Galiffe a l'avantage de permettre l'insertion de simples fragments généalogiques et de rappeler le lecteur à l'indulgence à propos des omissions et des erreurs. Le point capital est que la notice donne une idée d'ensemble de chaque famille, ne contiennent pas d'anecdotes, rappelle les faits historiques. Elle ne doit pas avoir pour but de satisfaire à la vanité des uns, pas plus qu'à la simple curiosité des autres.
Quel ordre fallait-il adopter ? Alphabétique ou régional, chronologique ou d'intérêt général ?
Nous vous proposons, Mesdames et Messieurs, le système suivant, qui nous permettra de fournir à l'éditeur le plus vite possible, du texte pour un ou deux fascicules de la première série. La publication, par série, contenant chacune un certain nombre d'articles généalogiques, dans l'ordre où il a été donné de les achever. Chaque fascicule comprendrait dix à douze notices suivant leur étendue, commençant par la généalogie d'une famille de dynastes, suivie des autres dans l'ordre alphabétique, en terminant par un répertoire de tous les noms indiqués dans le fascicule et les corrections nécessitées par les erreurs ou omissions signalées dans la précédente publication.
La lecture du contrat avec l'éditeur vous a informés qu'il y aura des illustrations, telles que les armes, sceaux, etc. aux frais des intéressés.
Le type notice avec tableaux graphiques, tel qu'il vous est présenté dans sa simplicité, n'est pas arrivé d'emblée à la clarté que nous croyons lui reconnaître.
Nous passons sur le choix du format nécessité par l'usage des tableaux graphiques, sa numérotation et la typographie. Il est utile toutefois d'indiquer que soumis à l'examen de M. F. Th. Dubois et d'autres héraldistes reconnus, il a été approuvé entièrement. Les tableaux apparaissent comme très utiles à la compréhension rapide du texte, et ce dernier devra en tous cas pouvoir se comprendre sans les tableaux, et être rédigé clairement.
Le système classique français le plus répandu, qui groupe dans une généalogie, les membres d'une même famille, de la manière la plus logique et la plus rationnelle, disent ses partisans, n'admet pas l'impersonnalité d'un numéro d'ordre, et veut que le texte soit un tout pour lui-même, facile et agréable à lire. Celui qui est sous vos yeux a été établi en collaboration avec notre éditeur. A l'examen vous reconnaîtrez l'avantage de son mécanisme, qui rend facultatif l'emploi des tableaux comme nous l'annoncions dans notre circulaire. A la lecture, vous reconnaissez de suite l'ensemble des enfants issus d'un même mariage avant qu'ils soient traités séparément, ces enfants sont numérotés de l'aîné au cadet par un chiffre placé à la suite de leurs nom. Les noms des familles alliées sont en italiques. Chaque branche est précédée d'une lettre alphabétique et le numéro d'ordre renvoie au tableau.
Ces tableaux sont du type descendant plus pratique pour notre format. Les armes seront contrôlées, blasonnées avec soin, et les variantes indiquées.
Le type que vous avez pu examiner, Mesdames et Messieurs, est perfectible; pour des familles nombreuses cette rédaction pourra paraître difficile; elle est le résultat transactionnel de nombreuses discussions et délibérations.
Nous soumettons aussi à votre approbation un projet de statuts qui sera discuté tout à l'heure; avec une proposition d'un de nos membres sociétaires d'y introduire la faculté de payer sa cotisation une fois pour toutes.
Soixante-douze personnes, Mesdames et Messieurs, nous ont fait parvenir leur demande d'adhésion notre société;nous avons l'honneur et le plaisir d'y lire le nom de cinq dames; et de compter parmi nos collègues de Genevois, des Neuchâtelois, des Bernois, des Suisses établis à l’étranger, des Portugais et des Français.
Nous avons malheureusement à regretter le décès de personnalités qui tout de suite avaient montré leur sympathique intérêt à nos premiers pas en nous soutenant de leur adhésion. M. W. Wavre, professeur à Neuchâtel, qui quatre jours avant sa mort nous proposait la constitution d'une Société intercantonale Romande de généalogistes, M. Dufour-Vernes à Genève, un de nos premiers souscripteurs, et M. Nicati, architecte à Vevey. Donnons un respectueux souvenir à leur mémoire.
Cinquante collaborateurs nous ont offert gracieusement leur concours, nous sommes heureux de cette occasion de les en remercier publiquement. Les souscripteurs n'arrivent pas encore à la centaine, aussi nous permettons-nous de vous prier, de recommander efficacement nos futures publications afin que nous arrivions promptement au nombre nécessaire pour l'éditeur.
Je vous propose, Mesdames et Messieurs, de recevoir en bloc, après lecture de leurs noms, toutes les personnes qui ont demandé leur adhésion à la Société Vaudoise de généalogie, et de passer à l'ordre du jour, légèrement interverti, en continuant par le rapport de notre caissier provisoire, M. Th. Cornaz; l'élection définitive de votre comité provisoire; la discussion des statuts et les propositions individuelles.
Je remercie mes collègues de leur assiduité aux séances du comité, et leur suis profondément reconnaissant de leur indulgence et de la courtoisie qui n'ont cessé de régner dans nos délibérations où chacun défendait ses idées très personnelles et vous propose de leur témoigner votre approbation, en leur permettant de continuer l'énorme travail qu'ils ont si bien commencé à défricher.
Je termine. Au nom de mes collègues du comité provisoire, je remercie très spécialement une jeune force qui nous a consacré maintes heures prises sur ses études, en remplissant les fonctions ardues de secrétaire, à nos séances, M. Ch.-A. Piguet, étudiant en médecine.
Genève, le 27 janvier 1910.
Le président du Comité,
H. de Mandrot.