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« De la jalousie des femmes »
Au sein de la nouvelle du « Jaloux par force », Donneau de Visé insère une « pièce nouvelle », proposée, selon le mode habituel des Nouvelles Nouvelles, par l’entremise d’un personnage qui la soumet au jugement de ses pairs.
Le sujet de la jalousie féminine est justifié bien évidemment par les exigences de l’histoire racontée : c’est parce que Clidamire, l’héroïne de la nouvelle, est possédée par ce sentiment qu’elle se risque à le faire éprouver à son tour à son mari volage. La lecture d’un bref texte de six pages (p. 37-43) vient dès lors ironiquement étayer en avance les observations que le lecteur fera en prenant connaissance des errements de la jeune épouse.
Mais surtout ce sujet s’inscrit parfaitement dans la vogue du thème de la jalousie qui marque la production de fictions au début des années 1660. Avec Le Cocu imaginaire, suivi de L’Ecole des maris, puis de L’Ecole des femmes, Molière a démontré le potentiel qu’il revêt. Ainsi, après avoir tenté de défendre le paradoxe des bienfaits de ce sentiment dans « L’Apologie de la jalousie », Donneau s’attache au filon de la jalousie féminine. Le sujet est à la mode au moment où il rédige sa nouvelle. Il a été abordé brièvement dans Le Cocu imaginaire, où la femme de Sganarelle « fait éclater sa jalousie » (sc. V, éd. Pléiade 2010, t. I, p. 46). Et surtout il vient de constituer un des thèmes essentiels de la Sophonisbe de Corneille : tant l’héroïne que sa rivale Eryxe éprouvent ce sentiment et cherchent, chacune à leur manière, à en conserver le contrôle.
Pour donner matière à son texte, Donneau met à profit l’essai “Sur des vers de Virgile” (III, 5) de Montaigne, dont deux passages au moins traitent de la jalousie féminine. Son propos est considérablement redevable au texte montaignien (qu’il a par ailleurs utilisé aussi pour composer l’histoire de la nouvelle elle-même) : on en retrouve la trace dans les détails occasionnels de quelques formulations (voir notes p. 41 et 41bis), mais aussi dans le choix des aspects sous lesquels est traitée la question. L’idée que la jalousie féminine puisse se porter à des extrémités que ne connaît pas son homologue masculine, la thèse selon laquelle le mariage augmente la jalousie chez la femme, la démonstration des méfaits de la possessivité de la femme jalousie, sont des éléments que Montaigne avait précédemment mis en évidence.
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