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Le cours plancher et l'excédent de la balance des transactions courantes sont conciliables
Thomas Jordan, président de la Direction générale
Peterson Institute for International Economics, Washington D.C., 08.10.2013
La Banque nationale suisse (BNS) a fixé il y a deux ans un cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Par cette intervention, elle s'opposait à une appréciation excessive du franc, qui menaçait la stabilité des prix et l'économie suisse. Cette mesure était capitale, indépendamment du fort excédent de la balance suisse des transactions courantes. Les taux d'intérêt étant par ailleurs proches de zéro, le cours plancher a contribué à éviter un dangereux durcissement des conditions monétaires.
L'excédent de la balance suisse des transactions courantes - qui n'est que peu influencé par la balance commerciale - est attribuable à trois principaux facteurs: premièrement, les revenus de capitaux découlant de la forte position extérieure nette de la Suisse; deuxièmement, les recettes que le secteur financier, traditionnellement important, tire des opérations passées avec la clientèle étrangère; troisièmement, les revenus du commerce de transit, qui ont considérablement augmenté au cours des dix dernières années.
Ces trois éléments dépendent de l'évolution de la situation à l'étranger, des marchés financiers internationaux et de la demande mondiale de matières premières. En revanche, le cours du franc ne joue pas un rôle décisif. L'excédent de la balance suisse des transactions courantes ne fournit donc aucune indication sur la force du franc. Il n'est pas non plus un critère approprié pour évaluer la contribution de la Suisse aux déséquilibres mondiaux. Au contraire, notre pays participe largement à une croissance économique mondiale équilibrée, de par son fort volume d'investissements directs à l'étranger.
La politique monétaire de la BNS vise à assurer la stabilité des prix en tenant compte de l'évolution de la conjoncture. Pour accomplir ce mandat, la Banque nationale doit garantir un cadre monétaire approprié. L'excédent de la balance des transactions courantes ne joue aucun rôle pour la politique monétaire. Mais dans une économie ouverte comme la Suisse, les fortes fluctuations des cours de change se répercutent largement sur la production et les prix. Le cours plancher demeure indispensable dans l'environnement actuel, caractérisé notamment par des taux d'intérêt proches de zéro. Depuis septembre 2012, le cours est légèrement supérieur à 1,20 franc pour 1 euro. Toutefois, les risques qui pèsent sur l'économie mondiale demeurent orientés à la baisse, et le franc reste élevé. Dans ce contexte, le cours plancher permet de prévenir un durcissement inopportun des conditions monétaires, si la pression à la hausse sur notre monnaie devait s'intensifier.