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Deux raffineries d’or, condamnées par la justice brésilienne pour l'exploitation d’or dans des réserves indigènes, sont notamment dans le collimateur. Elles ont écoulé le précieux métal, extrait par les orpailleurs sauvages dans les terres indigènes de l'Amazonie brésilienne, auprès des GAFA (Google/Alphabet, Apple, Facebook/Meta et Amazon) durant les deux dernières années au moins.
L'), intitulée "De l’Amazonie au smartphone", fait beaucoup de bruit au Brésil. Ses journalistes ont remonté minutieusement la route de cet or illégal à partir des enquêtes menées par la police fédérale brésilienne.
En 2021, celle-ci a enquêté notamment contre l'orpaillage illégal sur les terres indigènes des Kayapo, dans le sud de l'Etat brésilien du Para. L'or était vendu au groupe italien Chimet, qui fait partie des leaders du marché en Europe.
"Légalisation" frauduleuse avant exportation
Pour parvenir au nom de cette entreprise italienne, la police fédérale brésilienne a remonté la filière "complexe" d'une organisation criminelle en lien avec des entreprises spécialisées dans les Etats brésiliens de Sao Paulo, Goias et Rio de Janeiro. Celles-ci "légalisaient" frauduleusement le métal avant de l'exporter.
L'organisation criminelle a été démantelée au cours d'une opération menée en octobre 2021, au cours de laquelle 12 personnes ont été interpellées (puis rapidement libérées) et 62 autres recherchées. Des sommes équivalentes à quelque 85 millions de francs suisses ont été saisies.
Chimet, précise Reporter Brasil, est spécialisé dans le raffinage de l'or pour la confection de bijoux, mais aussi pour la fabrication de lingots "qui sont conservés dans les coffres de banques suisses, anglaises ou américaines". Contacté par le site, le groupe italien assure pourtant qu'il n'achète que de l'or accompagné de documents attestant de son origine légale.
"Malheureusement, l'or illégal est une réalité sur le marché européen", reconnaît cependant le président de la faîtière italienne du secteur (A.N.T.I.C.O.), Nunzio Ragno, interrogé par les journalistes brésiliens.
Des vols privés contournant le système
L'enquête de la police brésilienne a montré également que cet or illégal est exporté, selon ses propres termes, "en vols privés, à l'insu des autorités compétentes, sans passer par le Système intégré de commerce extérieur (Siscomex)".
La société brésilienne Marsam est aussi visée pour les mêmes agissements. Elle est accusée par le Ministère public fédéral brésilien de provoquer des dommages environnementaux par l'acquisition d'or illégal. L'extraction minérale en terres indigènes est anticonstitutionnelle au Brésil, rappelle le site d'investigation, "malgré les efforts du gouvernement de Jair Bolsonaro pour la légaliser".
Le Brésil pas considéré comme "zone à risque"
Malgré leurs condamnations, ces raffineries sont pourtant certifiées et considérées comme "aptes" à la vente sur le marché aux Etats-Unis et en Europe.
Car le Brésil, à la différence de la République démocratique du Congo par exemple, n’est pas considéré comme une "zone à risque" en la matière. Ses métaux s’écoulent donc légalement sur les marchés internationaux, même s’ils sont clairement issus d’une exploitation illégale et responsable de graves violations dans les territoires indigènes au Brésil.
Suite à cette enquête, seul Apple s’est engagé en l'état à modifier ses fournisseurs.
oang avec Anne Vigna