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Un amour inné des chiens courants, une passion juvénile pour la petite vénerie et une curiosité scientifique aigüe ont poussé Gustave Riat de la cynophilie vers la cynologie. Impossible de comprendre cette dernière discipline sans retourner aux sources, ce que fit le jeune pharmacien durant plusieurs années. En véritable pionnier, il remonta aux origines de nos limiers. Souvent la littérature cynégétique faisait défaut ; aussi dut-il réunir une multitude de notices, d'anecdotes et d'allusions historiques glanées dans des manuscrits et des ouvrages relatifs à la chasse aux chiens courants. Comment ? Grâce à de nombreux déplacements en France, en Belgique, en Italie avec à la clé d'innombrables compilations dans des bibliothèques, des couvents-et des musées. Il en rapporta d'importantes bribes, pièces d'un véritable puzzle qu'il s’acharna à reconstituer.
Une idée fixe hantait alors Gustave Riat : vérifier l'origine de nos courants suisses et de notre Bruno du Jura en particulier. Ses recherches le conduisirent à l'Abbaye de Saint-Hubert dans les Ardennes. Les écrits épargnés par la Révolution contenaient quelques descriptions du type de chien élevé par les moines de ce couvent, race ancêtre de divers limiers européens. Ainsi notre cynologue comprit mieux que les impératifs dictés par la topographie, le climat et le genre de gibier des différents pays d'Europe ont provoqué au cours des siècles des sélections régionales variées quant à la morphologie et à la robe.
Si le type originel du chien de Saint-Hubert a disparu de nos jours, il n'en reste pas moins un descendant réunissant encore bien des caractères de l'ancienne race : le Bloodhound d'Angleterre. Les études historiques, étayées par les résultats zootechniques, prouvent que nos trois variétés de courants (schwytzois, lucernois et bernois) ainsi que le Bruno du Jura sont tous des descendants d'une unique race : le Saint-Hubert.
Fort de cette conviction et depuis 1956, Gustave Riat porta le souci de ne pas laisser disparaitre les quelques rescapés de Brunos type Saint-Hubert. Il préconisa une injection de sang Bloodhound dans notre Bruno du Jura ; ce croisement devait façonner un élément de retrempe.
Trois jours avant sa mort, Gustave Riat me confiait que « la disparition du type Saint-Hubert équivaudrait à la perte d’une partie de notre patrimoine culturel ».
Ses vastes connaissances cynégétiques et cynologiques, il les résuma en un écrit célèbre paru en 1961 dans le Livre des origines N° 62 : « Les chiens courants d’occidents ».
Otto Vollenweider publia en 1933 « Les chiens courants de race suisse ». Qui d’autre que Gustave Riat – alors président du club suisse -pouvait compléter cet ouvrage et décrire l'évolution réalisée jusqu'en 1950 dans l'élevage de nos limiers ?
Si l'alimentation des chiens était l'apanage de Madame Riat, son mari leur vouait une attention particulière. Au cabinet, le cynologue et le vétérinaire se consultaient mutuellement car il y avait tant de notions d'histoire et de termes de vénerie à apprendre de lui. Ses questions précises et souvent préméditées avaient trait à la dynamique des médicaments utilisés et à leurs effets secondaires. Pour lui, une infection prêtait toujours à réflexion, car derrière le pharmacien veillait un bactériologue au relent de thèse de doctorat. Quand l’injection était terminée, Gustave Riat rassurait son chien d'un mot et d'une caresse apaisants. Voilà langage et geste de vrai cynophile. Cet extrait de la Chanson de Geste (12e siècle) s'applique bien à Gustave Riat : « C'était un gentilhomme, ses chiens l’aimaient beaucoup »
Jura Pluriel, 10/1986/6