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Les dernières grandes précipitations se sont produites au cours des dix premiers jours du mois de mars. Au total, c'est "bien plus d'un mois de pluie" qui manque à la Suisse, calcule Stephan Bader de MétéoSuisse, interrogé par Keystone-ATS.
Le spécialiste qualifie cette sécheresse d'"événement très rare". Comparées à celles des années de 1981 à 2010, les précipitations des mois de mars et d'avril n'ont atteint en 2020 que 40% de leur total habituel. Depuis le début des mesures en 1864, précise Stephan Bader, le pourcentage n'est descendu au-dessous de 50% qu'à huit reprises.
Il ne faut cependant pas trop revenir en arrière pour retrouver le précédent épisode de sécheresse printanière. En 2011, la somme des précipitations s'était limitée à 36% de la norme. Mais il faut ensuite remonter à 1955 pour trouver un autre échantillon avec des valeurs inférieures 50%.
Les agriculteurs attendent la pluie
La plupart des cultures résistent bien jusqu'à présent. Les légumes, les fruits et les pommes de terre primeur sont irrigués. La situation sera toutefois critique dans cinq à dix jours s'il ne pleut pas.
"Les familles d'agriculteurs attendent avec impatience la pluie", relève Sandra Helfenstein, de l'Union suisse des paysans (USP). Pour elles, les conséquences de la sécheresse pourraient être plus graves que la pandémie due au coronavirus si les précipitations ne surviennent pas, estime-t-elle.
Sécheresse dans un champ près d'Ottenbach dans le canton de Zurich (23.04.2020) [Urs Flueeler - KEYSTONE]
La question est également de savoir combien de temps les agriculteurs peuvent encore irriguer leurs champs avec l'eau des ruisseaux et des rivières. L'USP dit ne pas avoir connaissance de restrictions pour le moment.
Une météo d'été précoce
Le manque de pluie ne suffit pas à expliquer cette sécheresse. D'une part, peu de neige est tombée cet hiver. La fonte des neiges dans les hauteurs apporte donc moins d'eau dans la vallée. Et beaucoup de neige a déjà fondu en raison d'un mois de mars relativement chaud.
En outre, la Suisse connaît depuis deux à trois semaines une météo d'été précoce. Selon Stephan Bader de MétéoSuisse, cela favorise l'évaporation de l'eau. Pour lui, il faudrait deux à trois jours de fortes pluies pour que les dix à vingt premiers centimètres du sol au moins soient à nouveau suffisamment hydratés. "Toutefois, pour compenser le bilan hydrique fortement négatif qui s'étend jusqu'aux couches plus profondes, il faudrait plus qu'un mois normal de précipitations".
ats/ddup
Toute la Suisse tire la langue, certaines régions plus que d'autres
La situation varie aussi chez les agriculteurs. D'après Sandra Helfenstein, de l'Union suisse des paysans (USP), la situation est meilleure pour les agriculteurs des régions alpines, qui ont bénéficié entre-temps des pluies plus ou moins abondantes.
Mais la quantité d'eau fournie par la neige est inférieure à la moyenne, en particulier dans les bassins versants du Rhin et de l'Aar et en dessous de 1800 mètres.
Les sols des forêts se sont également secs. Faire du feu en forêt est interdit dans le canton de Vaud, à Neuchâtel, Fribourg, le Valais, Zurich et la quasi-totalité de la Suisse centrale. Le Tessin et les Grisons ont décrété l'interdiction absolue de faire du feu en plein air.