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Société
Au temps de la Grèce antique, les offrandes réalisées aux dieux changeaient-elles en fonction des dieux?
Réponse de Philippe Matthey
Collaborateur externe
Unité d'anthropologie et d'histoire des religions
Université de Genève
Chère Maëlle,
Merci pour cette question très pertinente. En Grèce antique, comme vous le savez, on honorait une multitude de figures divines ou quasi-divines (divinités de l'Olympe et d'ailleurs, nymphes ou génies attachés à un lieu, etc.). On leur faisait notamment des offrandes qui pouvaient prendre différentes formes: prières ou hymnes, objets votifs et bien sûr des offrandes alimentaires qui pouvaient être végétales ou animales. Quand un animal était ainsi offert en sacrifice, il s'agissait dans la plupart des cas d'un animal domestique adulte (bovidé, chèvre, mouton, cochon) qui devait être d’apparence parfaite. La victime était mise à mort selon une procédure ritualisée, puis sa viande était préparée et partagée entre la divinité et les participants au rite, qui la consommaient parfois sur place.
Il est toutefois difficile de connaître le détail du déroulement de tels rituels d'offrande et de sacrifice en Grèce antique de manière générale, puisque les pratiques religieuses des anciens Grecs n'étaient pas unifiées et réglementées comme peuvent l'être aujourd'hui celles de l'Église catholique, par exemple. Les offrandes accomplies pouvaient grandement varier selon les occasions (fête publique, culte privé, etc.) et les divinités célébrées.
On dispose tout de même d'informations précises concernant des offrandes effectuées dans certains sanctuaires: dans de nombreux cas, on inscrivait sur des stèles le règlement "sacré" de ces temples pour indiquer le type d'offrande réservée à telle ou telle divinité. Ainsi, on sait grâce à une inscription retrouvée dans un sanctuaire sur l’île de Thasos, au Nord de la Grèce, que l'on était libre d'offrir aux Nymphes et à Apollon Nymphagète ("Guide des Nymphes") n'importe quel couple mâle et femelle d'animaux du lieu, à l'exception d’ovins (moutons) ou de porcelets. À Athènes, un autel consacré à Apollon Pythios indique qu'il fallait lui "sacrifier trois gâteaux en forme de croissant". Un règlement retrouvé sur l'île de Kos signale qu'il fallait régulièrement sacrifier une chèvre à l'Aphrodite de la commune d'Halaphasarna. Toujours sur Kos, une inscription explique qu'il fallait, lors d'une fête particulière, offrir à Artémis une génisse aux cornes dorées.
On pourrait encore citer d'innombrables exemples de ces règlements, mais on comprend bien que les offrandes réalisées pouvaient varier en fonction des divinités et des circonstances. Il est en revanche difficile d'affirmer que certaines offrandes étaient réservées à des divinités bien précises: tout dépendait du contexte, du sanctuaire où l'on se rendait, et aussi bien sûr des moyens financiers de l'individu réalisant l'offrande. Les plus démunis pouvaient se contenter de faire un don de fleurs, de légumes, ou de petits oiseaux, tandis que les plus aisés pouvaient sacrifier de plus grands animaux.
Bibliographie introductive :
Jan-Mathieu Carbon, Saskia Peels-Matthey, Vinciane Pirenne-Delforge, Collection of Greek Ritual Norms (CGRN), 2017-, URL: http://cgrn.ulg.ac.be.
Zoé Pitz, À chacun le sien: correspondance entre animaux sacrificiels et destinataires divins en Grèce ancienne, Thèse de doctorat soutenue à l'Université de Liège, 2019 (à paraître dans la collection Suppléments Kernos).
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