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Le gène de la croyance de Dieu
Le généticien Dean Hamer a affirmé au début des années 2000 avoir trouvé le gène de la croyance en Dieu. Ses idées ont été largement relayée dans le grand public après la sortie de son ouvrage : «The God Gene: How Faith Is Hardwired into our Genes (Le gène de Dieu: comment la foi est câblée dans nos gènes).
Le gène de la croyance de Dieu serait le VMAT2. Il s’agit d’une protéine membranaire intégrale qui a la caractéristique de transporter des monoamines. Les monoamines sont des neurotransmetteurs qui jouent un rôle dans la régulation des états de vigilance et d’humeur. Ils pourraient ainsi déclencher les émotions, les états d’excitation et la cognition. Dean Hamer en a déduit que les expériences spirituelles vécues lors de méditations profondes seraient en fait une simple interprétation culturelle de forts ressentis. A ses yeux, cela ne prouverait en aucun cas l’existence d’une Transcendance. Le fait que des personnes vivant des phénomènes mystiques en font un récit quasi-identique malgré leurs différences culturelles ne l’a pas beaucoup interpellé.
Cependant, l’étude de Dean Hamer n’a jamais été publiée dans une revue avec comité de lecture par les pairs. Plus encore, de nouvelles recherches ont montré qu’il n’y avait pas de corrélation statistiquement significative entre le gène VMAT2 et la spiritualité. Aujourd’hui, Dean Hamer admet lui-même que le gène VMAT2 joue, dans le meilleur des cas, un rôle mineur dans la spiritualité.
D’autres études ont tenté d’expliquer ce phénomène spirituel : Jacqueline Borg et son équipe de l’Université Karolinska à Stockholm pensent que les expériences mystiques sont causées par un taux de sérotonine plus élevé que la moyenne et Catherine Belzung de l’Université de Tours suppose que des neurotransmetteurs pourraient favoriser l’expérience religieuse. Mais ce ne sont que des théories qui n’ont pas été validées à l’heure actuelle.
Les recherches par caméra de TEMP
Les chercheurs Andrew Newberg et Eugene d’Aquili de l’Université de Pennsylvanie ont mené des expériences avec des bouddhistes méditants et des religieuses. Ces professionnels indiquaient en tirant sur une ficelle quand ils étaient en état de méditation avancé. A ce moment-là, on injectait par intraveineuse un produit radioactif comme traceur. Immédiatement à la fin de la méditation, les participants étaient conduits devant une caméra de TEMP (caméra tomographique à émission mono-photonique). « Les clichés réalisés montraient nettement que le lobe temporal droit se trouvait alors très mal irrigué et donc mis en veilleuse. Or, c’est cette zone de notre cerveau qui intervient normalement dans le repérage dans le temps et dans l’espace. Il est donc normal que son inhibition produise une impression d’extension dans l’espace, à l’infini, ou de suppression de l’espace et, de même, de suppression du temps. Mais c’est aussi la zone qui intervient dans la distinction entre ce qui est moi et ce qui n’est pas moi, d’où, lorsque cette zone est inhibée, l’impression de ne faire plus qu’un avec l’univers entier » (2).
Le lien avec les récits de mort imminentes et d’expériences spirituelles est évident. Les « neuro-athées » étaient satisfaits : tout est dans la tête !
Les chercheurs Andrew Newberg et Eugene d’Aquili ont cependant relevé : « Les images du cerveau produites par TEMP feraient apparaître toutes ces activités exactement de la même façon qu’elles ont révélé l’activité cérébrale des bouddhistes et des moniales, sous forme de taches de couleurs vives sur le moniteur du scanner. Au sens littéral, l’expérience de dégustation de tarte est entièrement dans votre esprit, mais cela ne signifie pas que la tarte ne soit pas réelle, ni qu’elle soit délicieuse. » (3) En d’autres mots, comme la dégustation d’une bonne tarte fait scintiller certaines zones du cerveau, le fait qu’il y ait une certaine activité dans le cerveau de méditant n’est pas la preuve qu’il s’agit uniquement d’un effet neurobiologique. Elle peut être le reflet d’une expérience tout ce qu’il y a de plus réelle.
Les deux chercheurs se sont aussi demandés si les états de fusion que connaissent les personnes vivant des expériences spirituelles étaient causés par des excitations sensorielles (danse des derviches tourneurs ou des cérémonies du vaudou, tambours, etc.). Mais là également, ils doivent admettre que les états de fusion les plus profonds avec une Transcendance ne peuvent pas être uniquement causés par la pratique d’excitations sensorielles. C’est d’autant moins probables avec les religions comme le judaïsme, le christianisme, l’islam ou l’hindouisme qui ne font pas appel aux rythmes pour entrer en méditation. « Si des changements ont effectivement lieu dans ce type de prière aussi, au niveau de l’hippocampe, de l’hypothalamus ou de l’amygdale, il faut bien que ce soit l’émotion religieuse elle-même qui les provoque directement car il n’y a là aucun rythme, aucune excitation sensorielle…
Il est quand même étrange qu’à aucun moment de l’ouvrage ces auteurs se demandent si ce ne pourrait pas être la symphonie ou le coucher de soleil qui susciterait directement en moi une émotion, laquelle provoquerait à son tour toutes les modifications neurologiques constatées. Si on m’annonce brutalement la mort de quelqu’un de très cher, c’est tout de même bien cette nouvelle qui provoque en moi l’émotion. Je ne peux tout de même pas croire que la nouvelle, sans m’avoir ému le moins du monde, ce soient les vibrations des mots prononcés pour me l’annoncer qui agissent d’abord sur mon hippocampe ou mon hypothalamus et que ce soit cette modification qui, alors, provoque en moi une émotion ». (4).
Pour reprendre un autre exemple: on sait qu’en cas de grave danger l’ensemble du corps bascule en mode « alerte ». Le mécanisme biologique en est bien connu : des hormones (adrénaline, cortocoïdes) sont sécrétées, le rythme cardiaque accélère et la pression artérielle augmente, amenant notamment du sang dans les membres de manière à faciliter la fuite. C’est la vision du danger qui provoque la réponse biologique. Nous savons aussi que l’amour éprouvé par une mère pour son enfant va augmenter les taux d’ocytocine. Ainsi, un ressenti, que rien ne permet de réellement mesurer (aucun appareil ne peut mesurer l’expérience subjectif de la personne), créé une réaction physiologique.
Par contre, quand on parle d’expériences paranormales telles que les expériences mystiques, la plupart des scientifiques inversent le processus : des mécanismes biologique spontanés arriveraient à créer une émotion faisant penser à une expérience hors-normes. Logiquement, dans le cas de l’expérience mystique, ce serait plutôt l’émotion religieuse qui met en branle les processus physiologiques du corps humain.
Etude avec IRMf
Le neurologue et neuroscientifique Andrew Newberg, ainsi que le docteur en neurosciences Mario Beauregard ont chacun travaillé avec des nonnes, franciscaines pour le premier et carmélites pour le second, afin de mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau durant les expériences religieuses et spirituelles. (5)
Voilà ce qu’en dit Mario Beauregard : « Durant l’entretien à visées qualitative, mené à la fin de l’expérimentation, les nonnes témoignèrent avoir ressenti la présence de Dieu, son amour inconditionnel et infini, ainsi que de la plénitude et de la paix. Les expériences mystiques des nonnes furent associées avec l’activation non seulement de leur lobe temporal, mais également de plusieurs autres régions cérébrales impliquées dans la perception, les émotions positives, la représentation du corps dans l’espace et la conscience de soi. Ces résultats suggèrent qu’il n’y a pas un seul « point Dieu » ou « module de Dieu » qui serait situé dans les lobes temporaux… Récemment mon équipe de recherche et moi avons conduit une autre étude d’IRMf [imagerie par résonance magnétique fonctionnelle], cette fois chez des expérienceurs affirmant être toujours en contact avec la « lumière » rencontrée lors de leur EMI (6). Comme lors de notre étude avec les nonnes carmélites, plusieurs zones cérébrales furent activées, dont le lobe temporal. Toutefois, il n’y eut qu’un faible chevauchement entre les régions activées chez les nonnes et celles qui ressortirent chez les expérienceurs. Cela indique que différentes expériences spirituelles sont associées avec des zones et des réseaux cérébraux distincts… Dans le cas de nos études avec l’IRMf, cela signifie que nous ne pouvons pas affirmer que l’activation dans diverses régions cérébrales était la cause des expériences spirituelles relatées par les nonnes et les expérienceurs. Evidemment, ces études d’imagerie cérébrales ne peuvent pas confirmer ou infirmer l’existence d’une « puissance supérieure ». Certains chercheurs et journalistes ont affirmé que le fait d’associer les expériences spirituelles avec leur corrélats neuronaux vient suggérer que de telles expériences ne sont que des illusions – « rien d’autre » que de l’activité cérébrale. C’est une vision erronée qui revient à prétendre que la peinture que vous contemplez est une illusion parce qu’elle est associée à une activité cérébrale identifiable dans la portion visuelle de votre cerveau.» (7)
Les expériences menées par le neurochirurgien Mario Beauregard et d’autres collègues ont également montré que les expériences spirituelles vécues comme ayant un contact de l’Au-delà sont associés à un ralentissement marqué de la fréquence de l’activité neuroélectrique par rapport à l’état de veille normal. (8)
Un effet indéniable sur le corps et l’esprit humain
Pour conclure, je laisse la parole à Dawson Church: “On ne peut pas mesurer de manière objective une expérience telle que la fusion de l’esprit local [conscience normale] et de l’esprit non local devenant esprit universel [voir la conscience intuitive extra-neuronale]. Cependant, on peut mesurer l’impact de ces expériences sur le comportement du cerveau. On retrouve toujours le même scénario: une augmentation fulgurante de l’amplitude des ondes delta, accompagnée d’une production de sérotonine et dopamine, ainsi que de l’anandamide, le neurotransmetteur de l’extase, et l’hormone du lien, l’ocytocine… Souvent, cette expérience est perçue [par ceux qui la vivent] comme l’événement le plus important de leur vie et à l’origine de changements personnels majeurs.” (9) Des changements tellement profonds qu’ils s’expliquent difficilement par quelques minutes de simples modifications physiologiques de l’organisme.
Alexandra Urfer Jungen
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The God Gene: How Faith Is Hardwired into our Genes (Doubleday, 2004)
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Père François Brune, Les morts nous parlent, tome 2, Le livre de Poche, 2009, p.281
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Andrew Newberg, Eugene d’Aquili, Pourquoi « Dieu » ne disparaîtra pas, Sully, 2003
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Père François Brune, Les morts nous parlent, tome 2, Le livre de Poche, 2009, pp 289-290
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Newberg A, Pourdehnad M, Alavi A, d’Aquili EG, « Cerebral blood flow during meditative prayer : preliminary findings and methodological issues », Perceptual and Motor Skills 97, 2003, 625-630
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Beauregard M, Courtemanche C., Paquette V, « Brain activity in near-death experiencers during a meditative state », Resuscitation 80, 2009, 1006-1010
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Dr Mario Beauregard, Les pouvoirs de la Conscience, InterEditions, pp. 197-199
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M. Beauregard, V. Paquette, « Neural correlates of mystical experience in Carmelite nuns », Neuroscience Letters, 2006, pp 186-190
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Dawson Church Ph.D., De l’esprit à la matière, comment les pensées se matérialisent, Dangles, 2019, p.107