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Le bilan est jugé très largement positif. Assis à côté d'Ottmar Hitzfeld et de son aura, Peter Gilliéron aurait été un brin inconscient d'en formuler un autre.
Aux yeux du président de l'ASF, travailler six ans avec un entraîneur de cette trempe fut une aubaine pour le football suisse. "Il a bâti une équipe. Elle porte sa griffe, explique le juriste bernois. Ses facultés de réaction sont remarquables. Au-delà des résultats, les rapports de travail que nous avons entretenus avec Ottmar Hitzfeld ont également beaucoup compté."
Tombée au champ d'honneur en huitième de finale de la Coupe du monde, la Suisse a, il est vrai, rempli son contrat au Brésil. Elle a eu le bonheur d'arracher la victoire à la dernière seconde à Brasilia devant l'Equateur dans un match qui aurait très bien pu lui échapper. Elle a, ensuite, été déclassée par la France à Salvador avant d'assurer sa qualification à Manaus contre le Honduras, sans doute l'une des trois équipes les plus faibles du tournoi.
Bien sûr, la résistance héroïque offerte aux Argentins a permis à l'entraîneur et aux joueurs de quitter le Brésil dans la peau du "perdant magnifique". Tout le pays ne peut être que fier d'une équipe capable d'une telle bravoure. Mais la réalité est impitoyable. Venue pour "écrire l'histoire", c'est-à-dire se qualifier pour la première fois depuis soixante ans pour un quart de finale de la Coupe du monde, la Suisse échoue au poteau alors qu'elle alignait vraiment une équipe capable de l'emmener très haut.
Pragmatique, conservateur dans l'âme, Ottmar Hitzfeld est parvenu à convaincre ses joueurs que l'unique moyen de battre l'Argentine était de jouer comme à Durban quatre ans plus tôt face à l'Espagne. Après une première demi-heure équilibrée, la Suisse a laissé toute l'initiative à l'adversaire pour livrer un véritable combat dans ses trente derniers mètres que le futur-ex entraîneur du FC Sion Claudio Gentile n'aurait pas renié. Trente-deux ans plus tôt à Barcelone, la "Squadra Azzurra" avait terrassé de cette manière une formation "albiceste" alors emmenée par Diego Maradona.
Pour la presse étrangère, le spectacle présenté par l'équipe de Suisse mardi à Sao Paulo ne fut pas vraiment emballant. L'"Equipe" évoque ainsi "un match soporifique, joué sur un faux rythme et déséquilibré techniquement par la faiblesse des Suisses". Il est vrai que le sens critique de la presse hexagonale est sans doute aiguisé par le spectacle parfois désolant offert par la Ligue 1.
Il n'empêche qu'Ottmar Hitzfeld a refusé de lâcher les chevaux au Brésil. L'heure de jeu magnifique du match de Berne en septembre dernier face à l'Islande avait pourtant rappelé que cette équipe de Suisse peut jouer un autre football. "Si nous avions ouvert le jeu contre l'Argentine, nous en prenions cinq comme contre la France, affirme le sélectionneur. Les Argentins ont eu une seule rupture. Ils ont su la conclure. Imaginez une seconde les dégâts si nous avions laissé des espaces...".
"On ne peut pas jouer toujours de cette manière. Sinon, l'équipe ne progressera plus", souligne pour sa part avec raison Hanspeter Latour. L'ancien entraîneur des Grasshoppers et du FC Cologne est, comme tous les observateurs, partagé. Il admire la science tactique d'Ottmar Hitzfeld. Il espère aussi que son successeur Vladimir Petkovic explorera d'autres pistes pour que cette "génération Shaqiri" puisse exprimer tout son potentiel.
Enfin même s'il n'est surtout pas l'heure d'écorner l'image d'un entraîneur qui est devenu une icône, le supporter de l'équipe de Suisse doit mettre le doigt où cela fait mal. L'absence dans la liste des vingt-trois de Pajtim Kasami, le Champion du monde M17 dont l'abattage physique et le culot auraient pu servir dans la prolongation mardi, demeure inexplicable. Même si la "faute" n'est de loin pas aussi absurde que celle de sortir votre tireur no 1 des penalties à la 116e minute contre l'Ukraine - Köbi Kuhn avait ainsi remplacé Alex Frei en 8e de finale en 2006 -, elle fait tâche. Ottmar Hitzfeld n'a pas eu tout juste au Brésil...
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