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Kurt Schmid, de FIBER, s'est entretenu avec Willy Müller, qui vient de prendre sa retraite, sur ses longues années d'activité à la tête du Fonds de régénération des eaux du canton de Berne, sur le rôle des pêcheurs dans les revitalisations, sur les interactions et synergies avec la protection contre les crues et sur un bâtisseur nommé castor.
Willy Müller (65) est né et a grandi à Wimnis, dans le canton de Berne. Dans sa jeunesse, il a passé d'innombrables heures au bord de l'eau, pêchant assidument dans la Simme, la Kander et le lac de Thoune. Après une formation professionnelle en chimie analytique et des séjours au Moyen-Orient et en Afrique, il a passé sa maturité C puis fait des études de géographie, spécialité Hydrologie, à Berne. Pour son diplôme de fin d'études, il a choisi de travailler au Kenya sur les milieux aquatiques dans de contexte de la coopération au développement. Après un emploi à durée déterminée à l'Office de l'environnement, de la forêt et du paysage (OFEFP, ancêtre de l'OFEV), il a finalement obtenu un poste à l'Inspection bernoise de la pêche en 1990. Suite à des remaniements internes, il a pris la direction du Fonds de régénération des eaux du canton de Berne en 2003. Parallèlement à cette activité, il était responsable du secteur renaturation des eaux dans l'Oberland bernois. Il a alors contribué à mettre en place la plateforme Revitalisations de l'Agenda 21 pour l'eau qu'il a ensuite dirigée. Père de trois fils et maintenant grand-père, il prend aujourd'hui sa retraire après 30 ans tout rond de carrière dans l'administration cantonale bernoise.
Les projets du Fonds de régénération des eaux sont très variés : ils peuvent concerner des fleuves, des rivières, des ruisseaux, des lacs ou encore des marais. Y a-t-il une priorité ?
Oui, le fonds se concentre plutôt sur les cours d'eau. C'est un peu dû à ses origines : il a été fondé à l'initiative de la Fédération cantonale bernoise de la pêche et des associations de protection de l'environnement. Il était alors évident que des fonds devaient principalement être réunis pour compenser les dommages écologiques causés par l'exploitation de la force hydraulique. Dans le canton de Berne, nous avons cependant peu à peu étendu le domaine d'action, considérant que toute la zone aquatique et ses habitats devaient pouvoir profiter des revitalisations. Au début, cette extension a surtout concerné les zones alluviales. Ces dernières années, les idées de projet portent sur une variété croissante de milieux aquatiques et de zones humides.
Tu as dit un jour que l'argent ne pouvait pas résoudre à lui seul les problèmes de nos milieux aquatiques mais qu'il pouvait faciliter bien des choses. À quel niveau des projets le financement par le Fonds peut-il intervenir ?
Dans une de ses études, le WWF a analysé les principaux obstacles à la programmation et à la réalisation des projets de protection des eaux. Le Fonds peut aplanir ou éliminer certains d'entre eux par un coup de pouce financier. Ainsi, l'aide financière accordée en amont des projets joue un rôle décisif. Avec quelques milliers de francs, elle permet souvent de financer une étude de faisabilité qui marque souvent le point de départ du projet et constitue une première base de discussion. Avec la prise en charge des coûts restants à la fin des projets, ce préfinancement est certainement une des clés du succès du Fonds.
L'argent, c'est une chose. Mais comment obtient-on le soutien des communes et de la population ?
Indépendamment du fonds, l'Inspection de la pêche travaille toujours en contact étroit avec les communes. Grâce à une collaboration de longue date avec les différentes personnalités, des rapports de confiance, sont souvent personnels et amicaux, ont été établis. C'est un énorme avantage pour la mise en œuvre de projets. En revanche, certaines associations environnementales sont devenues la «bête noire» des communes et leurs idées de renaturation provoquent systématiquement des réactions de rejet. Nous avons une approche plutôt pragmatique des revitalisations et nous ne mettons pas uniquement les aspects écologiques en avant. Nous intégrons les objectifs de nos interlocuteurs dans notre argumentaire, comme par exemple le souci de protection contre les crues, qui est souvent prioritaire. L'espace à accorder aux cours d'eau est alors une pièce maîtresse des projets et c'est une préoccupation commune à la protection contre les crues et à l'écologie.
La participation de la population est également un aspect très important. Le gain récréatif que représente un milieu ou un tronçon revitalisé est souvent l'argument qui emporte l'adhésion de la population. Si on parvient à faire valoir cet aspect dans les mesures prévues, à travers un concept de développement des eaux (CDE) par exemple, on a presque gagné la partie. On le voit bien actuellement dans le cas de la revitalisation des rives lacustres, qui sont malmenées depuis bien longtemps. Si, à travers une revitalisation, on permet à la population d'avoir à nouveau accès à des rives naturelles, elle comprend et accepte généralement qu'en dehors d'un espace de baignade, il soit nécessaire de préserver des zones protégées où il est interdit d'accoster ou de pénétrer. Ce genre de synergies s'observe aussi dans le cas des cours d'eau.
En un peu plus de 20 ans, plus de 1000 projets ont été réalisés, un score incroyable ! Lequel t'a particulièrement tenu à cœur ?
Oh, beaucoup m'ont passionné. Mais le plus important a certainement été la grande renaturation de la Kander. J'ai une relation personnelle avec cette rivière que je pêchais déjà dans ma jeunesse et j'ai toujours été attristé de voir à quel point les endiguements et autres aménagements l'avaient défigurée. Lors d'une visite sur le terrain, j'ai constaté qu'elle faisait toujours l'objet de mini-mesures de restauration, plus ou moins bricolées, qui n'amélioraient pas substantiellement son état. Cela m'a poussé à chercher des solutions réellement efficaces, en regardant aussi ce qui se faisait à l'étranger. Et en Autriche, j'ai découvert le système du concept de développement des eaux (CDE). J'y ai vu une possibilité pour au moins discuter d'une amélioration à long terme de la situation d'ensemble de la rivière. Grâce à la conseillère d'État de l'époque, qui a pu être persuadée du bien-fondé de la démarche, et à notre approche plurielle, le CDE a été approuvé et même plus tard transformé en plan directeur des eaux à caractère contraignant.
Peux-tu nous décrire ce projet «Kander.2050» plus en détail ?
La Kander souffrait d'une part de problèmes d'entretien et d'un manque de protection et présentait aussi d'énormes déficits écologiques. Si on prend des mesures dans un cadre légal qui exige une approche intégrée, il faut au moins aborder tous les problèmes présents et tenir également compte des attentes en termes de loisirs. Cette conception volontairement participative était quelque chose d'entièrement nouveau. Sur la base du plan directeur des eaux, des mesures vont maintenant être mises en œuvre successivement là où les problèmes sont les plus graves. Dans son ensemble, ce projet s'étend sur près de 40 kilomètres entre Kandersteg et l'embouchure dans le lac de Thoune. La mise en œuvre prendra certainement entre 30 et 40 ans, il ne faut pas se faire d'illusions. Nos cours d'eau ont été si profondément modifiés pendant des décennies que leur régénération, même approximative, ne pourra pas se faire en un jour. Toutefois, il faut bien se dire qu'ils ne pourront jamais retrouver leur état initial.
Est-ce que tu pourrais nous parler plus en détail de la différence entre revitalisation et renaturation ?
On trouve par exemple une différence entre ces deux termes dans la législation sur la protection des eaux. Dans les objectifs, la renaturation figure au premier plan. Mais dans les faits, les mesures que l'on prend sont presque toujours des mesures partielles de revitalisation. Mon but a toujours été la renaturation, c'est-à-dire un rétablissement aussi complet que possible des fonctions écologiques. Un bel exemple en est encore la Kander. Dans cette rivière, on essaie réellement de laisser la nature à elle-même sur des kilomètres. Bien sûr, on sait qu'il s'agit d'un tronçon court-circuité et que le charriage est déjà modifié bien en amont. Mais nous avons quand même là d'assez grands espaces fluviaux qui sont sur la voie d'une renaturation et pas seulement d'une revitalisation. La grande majorité des projets que nous soutenons sont basés sur des mesures de revitalisation. C'est par exemple le cas des projets de diversification physique du lit par l'installation de structures dans le courant.
Comment les projets ont-ils évolué au cours du temps ? Est-ce que le Fonds se concentre aujourd'hui davantage sur les grands projets ?
Bien sûr, au début, nous avons dû nous concentrer sur des projets de petite et moyenne envergure, basés sur des mesures dans le courant, parce qu'ils suscitaient peu d'opposition et qu'ils avaient donc plus de chances d'être réalisés, en particulier dans le cadre de projets de mise en réseau. On trouvait souvent dans les cours d'eau des seuils ou des petits barrages vétustes qui devaient être remplacés. Nous avons saisi l'occasion pour faire en sorte qu'ils ne soient pas remplacés à l'identique par des ouvrages en béton mais par des rampes en enrochement. Avec le temps, les priorités ont changé. L'exigence de laisser davantage d'espace aux cours d'eau, en particulier, nous a donné accès à des projets de plus grande envergure. Mais comme on peut le voir dans nos rapports annuels, nous avons toujours veillé à ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier mais à soutenir des projets variés et répartis sur le territoire. Les associations partagent également cette préoccupation. Mais, bien entendu, nous subissons aussi des influences extérieures et nous devons saisir les opportunités là où elles se présentent. Ainsi, pour revenir à ta question, nous avons aussi réalisé beaucoup de petits projets ces dernières années.
Tu as parlé d'influences extérieures. De la part de qui ?
En premier lieu, nous sommes encore et toujours très fortement influencés par les préoccupations de protection contre les crues. Même lorsqu'une planification stratégique des revitalisations a été effectuée en amont pour résoudre les problèmes de façon systématique, par exemple pour les projets intégrés qui ne concernent pas que le canton de Berne, il faut encore qu'un projet remédie à un problème ayant un impact pour la sécurité des biens et des personnes en cas de crues pour que les fonds soient débloqués et que le processus s'engage. On observe une certaine tendance vers des projets presqu'uniquement axés sur les aspects écologiques mais même dans leurs cas, il faut convaincre les communes ou les parties prenantes en soulignant l'intérêt pour la protection contre les crues. Je pense que le Fonds de régénération des eaux devra encore user de cette stratégie encore longtemps. Car même si elle implique de profiter des opportunités fournies par d'autres problèmes pour engager des mesures favorables à l'écologie et que la mise en œuvre ne paraît pas toujours linéaire et systématique, elle permettra quand même, dans 20 ou 30 ans, d'atteindre l'objectif stratégique de renaturation visé par la loi sur la protection des eaux.
Les grands projets, comme le CDE «Singine 21», impliquent parfois plusieurs cantons. Sont-ils plus difficiles à mettre en œuvre ?
Bien sûr, les conditions de réalisation et les possibilités de financement diffèrent d'un canton à l'autre, déjà du fait des différences de réglementations. Le canton de Berne dispose de ce fonds alors qu'il n'existe pas dans le canton de Fribourg. Cela cause des difficultés supplémentaires d'organisation qui sont également apparues dans le projet «Singine 21». Il a fallu faire des compromis là où l'on espérait faire plus sur le plan purement écologique. Mais si on n'aborde pas ce genre de projets en commun, on ne peut rien faire du tout. Sans être encore contraignant sur le plan administratif, le concept de développement «Singine 21» a permis, au-delà des limites cantonales, d'analyser la situation, de discuter de solutions et, déjà, d'élaborer des projets concrets.
Il y a donc aussi des aspects positifs. Les cantons peuvent-ils profiter de leur expérience mutuelle ?
Très certainement ! Je m'en suis très clairement rendu compte pendant mes années passées à la «Plateforme Renaturation» qui permettait de rassembler les cantons autour d'une même table. Ce partage d'expérience est en quelque sorte un must. Même si chez nous, en Suisse, la bureaucratie peut parfois compliquer les choses à un point difficilement supportable, il y a toujours des avantages et des inconvénients. Personnellement, plus je vieillis, plus je vois le bon côté des choses. Autrefois, il m'est arrivé de m'énerver quand, suite à la complexité des processus décisionnels et administratifs, il était impossible de livrer un concept abouti en l'espace d'un an et de le mettre en pratique l'année suivante. Il faut bien compter entre cinq et dix ans pour concevoir un grand projet de renaturation. Si au bout de cette longue période, il est théoriquement prêt à être réalisé, il peut encore être empêché par des oppositions quelconques.
De quelle partie de la société les projets de revitalisation rencontrent-ils une opposition ?
La protection contre les crues est souvent la composante la plus complexe des projets. Mais c'est le secteur agricole qui «joue» des émotions avec le moins de fair-play. Je ne veux pas généraliser, il y aussi de bonnes surprises. Ainsi, il y a quelques années, un agriculteur qui possédait beaucoup de terres, dont des parcelles en bord de rivière dans le Diemtigtal, nous a appelés pour s'informer sur la renaturation des eaux et discuter avec nous de projets concrets. Mais, dans le cadre de la politique agricole actuellement mise en œuvre en Suisse et de ses subventions, chaque mètre carré devient une obligation qu'il convient de négocier. Tant que la surface sera prise en compte et non, en premier lieu, le produit ou la performance, le secteur agricole restera un interlocuteur difficile pour l'application de la loi sur la protection des eaux. Depuis des années, le lobby agricole torpille systématiquement l'exécution de la loi, que ce soit au niveau du parlement que des fédérations paysannes. Je ne suis pas le seul à le dire. J'ai vu personnellement comment, dans des réunions, des représentants des fédérations paysannes ont ouvertement appelé à ne surtout pas participer à une revitalisation alors que, pour favoriser les synergies, nous voulions initier une planification agricole en parallèle des CDE. Même l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) a clairement demandé aux paysans dans une lettre ouverte d'utiliser l'instrument de la planification agricole pour mieux gérer leurs ressources dans une perspective d'avenir.
Dans les médias, on entend surtout parler des catastrophes comme les déversements accidentels de purin ou, plus récemment, les rejets de pesticides dans nos cours d'eau. Mais la résistance systématique que les agriculteurs opposent à la revitalisation ou à la renaturation des eaux est un fléau bien moins connu du public et des pêcheurs. Cela se fait délibérément à l'abri de l'opinion publique.
Le Fonds est financé par les utilisateurs et usagers de l'eau. Devez-vous faire face à des attentes particulières de la part des hydroélectriciens ?
À part quelques rentrées exceptionnelles, souvent des dons, le Fonds est financé par une part de 10 % de la taxe sur l'eau. Un décret précise très exactement ce qui peut être financé et ce qui ne peut pas l'être. À la question de savoir si les exploitants de centrales hydrauliques ont posé des exigences particulières, je peux répondre très clairement par un non. Au contraire, une collaboration étroite et personnelle s'est mise en place grâce aux écofonds des hydroélectriciens comme celui des FMB. Sur certains projets, nous nous partageons même les mesures à financer. Mais bien sûr, cela ne fonctionne qu'avec les grandes sociétés très professionnalisées. La situation est totalement inverse avec les petites et moyennes exploitations – elles nous opposent une résistance farouche dans plus de 80 % des cas. Pour les petites centrales hydrauliques, la renaturation est encore une vraie bête noire. La loi sur la protection des eaux, et en particulier l'exigence d'un espace réservé aux eaux et d'une atténuation des effets de l'exploitation de la force hydraulique, met la pression sur les grandes centrales. Elles ont tout intérêt à ce que les mesures soient rapidement mises en œuvre pour rester en conformité.
Que penses-tu, au vu de ton expérience, de la participation active des pêcheurs et d'autres particuliers et notamment de l'initiative «Les pêcheurs aménagent l'habitat» ?
Les pêcheurs ont une relation profonde avec leurs cours d'eau qu'ils connaissent sur le bout des doigts. C'est leur force et c'est finalement par là que nous pouvons obtenir leur adhésion. Ces dernières années, j'ai souvent été prié, notamment par FIBER, de leur donner des conférences. Je n'ai pas toujours été bien accueilli alors que, de mon côté je suis toujours resté ouvert et franc. La force du Fonds est de disposer de bons contacts avec les communes et, comme je l'ai déjà évoqué, de pouvoir offrir des financements en amont des projets. Les pêcheurs ne disposent pas de ces instruments. Et lorsqu'ils essaient eux-mêmes d'imposer des mesures, ils rencontrent souvent une certaine opposition. C'est pourquoi nous leur avons toujours conseillé d'aller présenter leurs idées au garde-pêche responsable. C'est un professionnel qui connaît les démarches à entreprendre et qui peut évaluer les chances des projets envisagés. Le garde-pêche est en quelque sorte le goulet par lequel il faut passer pour faire aboutir les idées au bon endroit pour qu'elles puissent déboucher sur des solutions. Il en va de même pour les dysfonctionnements ou problèmes écologiques constatés.
Tout récemment – c'était l'une de mes dernières actions au Fonds de régénération des eaux –, nous avons mis en œuvre un projet de la campagne «Les pêcheurs aménagent l'habitat» dans la région de la Sarine en collaboration avec le garde-pêche et la société de pêche locale. Ce genre d'initiative est absolument bienvenu ! Mais comme les procédures d'autorisation sont complexes et laborieuses pour les revitalisations fluviales, je pense personnellement, et au vu de l'expérience acquise dans le canton de Berne, qu'il vaut mieux prévoir dès le début d'impliquer le garde-pêche pour que les projets aient de meilleures chances d'aboutir.
Le bois ou la roche : quel matériau préfères-tu pour l'aménagement des cours d'eau ?
Honnêtement, si j'ai le choix, aucun des deux. Je suis fidèle à l'idée de renaturation et je préfère laisser au cours d'eau suffisamment d'espace pour qu'il puisse se régénérer par sa propre dynamique plutôt qu'intervenir par des aménagements physiques. C'est aussi l'objectif suprême de la loi sur la protection des eaux. Si ce n'est pas possible, alors je privilégierais des ouvrages combinant bois et roche. Au début, dans l'Oberland bernois en particulier, on se concentrait sur une diversification de la structure des berges, toujours dans le cadre d'ouvrages de stabilisation en dur, et sur l'implantation de rochers au milieu du courant. C'était le nec plus ultra pour les ruisseaux de montagne. Aujourd'hui, on essaie le plus souvent possible de travailler en combinant les matériaux, en aménageant des structures de roches et de bois morts maintenues par des barres vissées. Grâce à cette nouveauté technique qui offre une meilleure stabilité aux amas de bois mort, on essaie actuellement d'apporter des éléments de diversification dans les cours d'eau dans le cadre des aménagements traditionnels de protection contre les crues. Mais les bois morts ont encore mauvaise presse dans l'Oberland bernois. Lors des fortes crues de ces dernières années, ils ont été accusés de tous les maux. Pourtant, si on considère les analyses, on constate que les matériaux ligneux qui ont causé des dégâts n'étaient pas les bois morts déjà présents dans les cours d'eau mais les arbres entraînés par les glissements de terrain et coulées de boue qui ont parfois touché des pans entiers de forêt.
Puisqu'on par bois : en 2014, l'OFEV a publié le guide pratique «Revitalisation de cours d'eau : le castor est notre allié». Depuis cette date, le castor a déjà reconquis de nombreux tronçons. Comment le vois-tu : plutôt comme un allié ou plutôt comme un adversaire ?
Le guide dont tu parles a emporté la totale adhésion du Fonds de régénération des eaux. Je sais bien que le castor n'a pas toujours très bonne réputation dans les milieux de la pêche. Pas pour des raisons de concurrence – puisqu'il ne mange pas de poisson contrairement à la loutre – mais parce qu'il intervient sur le même territoire et que, tout d'un coup, il modifie le paysage fluvial. À l'époque où le castor était très répandu sous nos latitudes, nos cours d'eau avaient une tout autre apparence. Et la faune piscicole ne s'en portait pas plus mal. Entretemps, plusieurs projets englobant le «travail» du castor ont été mis en œuvre par le Fonds, dans la Bibera, par exemple. Dans cette rivière, il a été possible, en dédommageant convenablement les agriculteurs, de gagner de l'espace et de laisser faire le castor. La stratégie du Fonds de régénération des eaux est de tolérer le castor partout où cela est possible. Mais bon ! Il est vrai que la situation peut être très différente d'une région à l'autre. Le castor commence à peine à vraiment s'établir dans l'Oberland bernois alors qu'il est déjà très présent dans les cantons du Plateau. Et malheureusement, il y pose parfois quelques problèmes.
Il reste encore beaucoup à faire… Est-ce que tu comptes continuer à t'impliquer dans le Fonds après ton départ à la retraite ? En tant que conseiller, peut-être ?
On m'a souvent posé la question en me lançant des «Tu ne peux pas vraiment t'arrêter !». Pourtant, j'ai toujours dit très clairement que non seulement je pouvais m'arrêter mais que je le devais et que je le voulais. Mon successeur travaille depuis longtemps avec moi. Avec l'équipe de direction, il va peut-être définir de nouvelles priorités. Mais dans l'ensemble, la continuité est assurée, ne serait-ce que par les structures et conditions existantes. J'en vois certains qui se croient indispensables et qui continuent de s'immiscer dans le travail de leur successeur même dix ans après leur départ à la retraite. Je crois que c'est une erreur à ne pas commettre. Si on me demande mon avis, c'est autre chose, mais sinon, je ne veux surtout pas m'imposer.
Il faut bien finir par conclure. Tu as un mot de la fin ?
Du fait de sa position à l'intersection entre plusieurs disciplines et champs d'action, le domaine de la renaturation et de la revitalisation est particulièrement intéressant. Autrefois, l'aménagement des cours d'eau était perçu comme la chasse gardée des hydrauliciens et personne d'autre n'avait le droit de s'en mêler. C'est complètement différent aujourd'hui. Toutefois, l'évolution vers plus de participation est encore en cours. Néanmoins, dès aujourd'hui, beaucoup plus de groupes d'intérêts sont consultés dans les projets d'aménagement. Je trouve donc très important que les pêcheurs et leurs organisations s'impliquent. Je vois certains parallèles avec la question du repeuplement piscicole : là aussi, les mentalités sont en train d'évoluer et il faudra du temps pour que le changement s'opère. L'initiative «Les pêcheurs aménagent l'habitat» va absolument dans le bon sens. Pour conclure, je pourrais peut-être souligner que les pêcheurs sont un groupe essentiel pour la protection des eaux et qu'ils le resteront. Ces dernières années, et même ces dernières décennies, ils ont, avec leurs organisations, fait bouger énormément de choses dans le paysage juridique suisse, au niveau national mais aussi cantonal, comme notre Fonds de régénération des eaux en est un bel exemple.
Au nom du Conseil pour la pêche et des pêcheuses et pêcheurs suisse, un grand merci pour cette interview et, surtout, pour ton engagement en faveur des milieux aquatiques et des poissons. Nous te souhaitons une retraite en bonne santé et pleine de petites et grandes joies, que ce soit avec tes petits-enfants ou avec ta canne à pêche.
Merci beaucoup ! En tout cas, la passion des cours d'eau ne me lâchera pas de sitôt. Je souhaite beaucoup de succès au Conseil pour la pêche !
Propose recueillis par Kurt Schmid, de FIBER, et transcrits en français par Laurence Frauenlob.