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1642
François Hédelin, abbé d' Aubignac, La Pucelle d'Orléans
Paris, François Targa, 1642
La lecture comme garant de l’effet théâtral
Pour justifier l’échec de sa tragédie, d’Aubignac rejette toute la faute sur les “défigurations” qui ont eu lieu lors de la représentation de sa pièce.
Encore est-il certain que La Pucelle d’Orléans fut tellement défigurée en la représentation que tu prendras plaisir à la considérer dans son état naturel et sous ses propres ornements. Au moins n’en pourras-tu pas changer les termes, comme ont fait nos comédiens en plusieurs endroits, pour ne savoir lire qu’à grande peine les rôles manuscrits. Les accents et la ponctuation, que je me suis efforcé d’y faire bien observer, t’empêcheront d’en corrompre les sentiments et les figures, comme ont fait nos comédiens, dont la plus grande part n’ayant aucune connaissance des bonnes lettres, a fait souvent des exclamations pour des interrogants ou des ironies et criaillé quand il fallait modérer sa voix. Il te sera bien difficile, en lisant toi-même, d’altérer la force des raisonnements comme ont fait nos comédiens, qui en ont coupé un en deux, pour n’en avoir pas bien compris l’étendue, et en ont confondu deux ou trois en un, pour n’en avoir pas bien remarqué la distinction. Et je puis croire même que ton imagination te représentera les décorations du théâtre comme elles doivent être et selon les intentions de l’auteur, qui les explique partout assez intelligiblement, au lieu que les comédiens, ignorant l’art des machines et refusant par avarice d’en faire la dépense, s’en sont acquittés si mal qu’ils ont rendus ridicules les plus beaux et les plus ingénieux ornements de cette pièce et presque détruit tout un ouvrage, en ayant ruiné le fondement qui devait soutenir ce qu’il y avait de merveilleux et d’agréable. Au lieu de faire paraître un ange dans un grand ciel, dont l’ouverture eût fait celle du théâtre, ils l’ont fait venir quelquefois à pied et quelquefois dans une machine impertinemment faite et impertinemment conduite. Au lieu de faire voir, dans le renfondrement et en perspective, l’image de la Pucelle au milieu d’un feu allumé et environné d’un grand peuple, comme on leur en avait enseigné le moyen, ils firent peindre un méchant tableau sans art, sans raison et tout contraire au sujet ; et au lieu d’avoir une douzaine d’acteurs sur le théâtre pour représenter l’émotion des soldats contre le conseil, au jugement de son procès, ils y mirent deux simples gardes, qui semblaient plutôt y être pour empêcher les pages et les laquais d’y monter que pour servir à la représentation d’une si notable circonstance de l’histoire.
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