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Chez les singes vervets, les femelles sont les gardiennes de la connaissance et de la culture locale, tandis que les mâles, appelés à quitter le groupe, sont plus flexibles (archives).
KEYSTONE/AP/BEN CURTIS(sda-ats)
En matière d'apprentissage chez les singes vervets, les mâles sont flexibles et les femelles conservatrices. C'est ce qu'indique une étude de chercheurs suisses et britanniques publiée dans la revue Current Biology.
Cette recherche menée en Afrique du Sud par Erica van de Waal et Axelle Bono, du Département d’écologie et évolution de l’Université de Lausanne (UNIL), en collaboration avec des confrères des universités de Zurich et de St Andrews (GB), met en évidence la complexité des processus d’apprentissage chez ces primates.
La professeure van de Waal a fondé en 2010 le projet "Inkawu Vervet" dédié à l’étude des capacités sociales et cognitives de ces singes dans leur habitat naturel. Les scientifiques ont voulu savoir quel individu un vervet choisit dans son groupe pour apprendre une nouvelle technique d’approvisionnement en nourriture.
La réponse dépend de plusieurs paramètres: le sexe de l’apprenti, le sexe de l’enseignant ainsi que le succès de ce dernier dans sa démonstration, a indiqué l'UNIL dans un communiqué.
Fruit artificiel
Les chercheurs ont utilisé un "fruit artificiel" qui se présentait sous la forme d’une boîte. Celle-ci pouvait s’ouvrir soit à son extrémité blanche, soit à son extrémité noire, afin d’en extraire un morceau de pomme.
Si la femelle dominante s’en approchait, les chercheurs ont fait en sorte, grâce à un système de commande à distance, qu’elle ne puisse obtenir le morceau de pomme que par un seul côté (le noir dans certains groupes, le blanc dans d’autres).
De la même manière, les mâles dominants ont été entraînés à utiliser l’autre extrémité du fruit artificiel, mais les scientifiques se sont arrangés pour qu’ils obtiennent cinq fois plus de nourriture que les femelles.
"La question qui se posait alors était: dans quelle mesure, malgré ce biais, les autres membres du groupe allaient-ils continuer à copier les femelles ou allaient-ils plutôt être séduits par le plus grand succès des mâles", explique Erica van de Waal, citée dans le communiqué.
Les femelles copient la femelle
Réponse: les mâles apprentis ont montré une nette tendance à copier le mâle dominant auréolé de succès dans sa démonstration au détriment de la femelle. Les femelles du groupe, pour leur part, sont restées fidèles à leur démonstratrice féminine, malgré sa performance modérée.
"Nous supposons que, pour les femelles, le plus important est de tisser et maintenir des liens sociaux solides et étroits avec les autres femelles du groupe, avec lesquelles elle vont vivre toute leur vie", analyse la Pre van de Waal.
"Elles sont moins disposées à copier les mâles, qui quitteront un jour le groupe et seront donc moins enclins à avoir un comportement alimentaire local efficace sur le long terme", poursuit la spécialiste.
Mâles migrants
Chez les vervets en effet, les jeunes mâles adultes sont amenés à quitter le groupe pour intégrer d’autres communautés vivant sur des territoires différents, alors que les femelles restent dans la communauté qui les a vues naître toute leur vie.
Pour les mâles "migrants", la donne est par conséquent différente, comme le relève Axelle Bono, première auteure de l’étude et doctorante dans l’équipe d’Erica van de Waal: "Pour s’intégrer dans un nouveau groupe, il faut être flexible et capable de s’adapter. Cela pousse les mâles à adopter les stratégies les plus efficaces".
De précédentes recherches avaient déjà montré que les femelles sont perçues comme de meilleures gardiennes de la connaissance et de la culture locale, notamment en ce qui concerne la nourriture.
ATS