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Musique
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L'histoire du hip-hop en Suisse romande: rap, graffitis et squats
>> À New York au début des années 1970, le chômage et les gangs gangrènent les quartiers pauvres afro-américains comme le Bronx. C'est dans ce contexte et ce quartier que naît le hip-hop.
>> Le DJ Lance Taylor, alias Afrika Bambaataa, prend du recul sur la violence qui règne et organise des fêtes de quartier, ou ‘block parties’, dans un centre social. En parallèle, le DJ américano-jamaïcain Clive Campbell, alias Kool Herc, organise aussi des ‘block parties’ et les premières battles de breakdance. Il y a également Joseph Saddler, alias Grandmaster Flash, originaire de la Barbade, qui perfectionne son art du scratch aux platines.
>> Le mouvement hip-hop arrive en Europe au début des années 1980. Ce phénomène socio-culturel marque la France au fer rouge. Très vite, la Suisse romande est à son tour touchée...
Une série de chroniques de Witold Langlois diffusée dans "Vertigo"
Adaptation web: Myriam Semaani
Genève dans les années 80 et 90, avec Goo et Mike
La culture hip-hop prend vie en Suisse romande
Tandis que le mouvement hip-hop bat son plein dans les banlieues new-yorkaises dans les années 1970, en Suisse romande, un certain Goo né à Genève part en Angola. Il a alors 9 ans. "Là-bas, je baignais déjà dans la musique", se souvient-il dans l’émission Vertigo. "J’avais acheté le disque original de la chanson ‘Good Times’ de Chic". En 1979, la chanson est samplée par le groupe The Sugarhill Gang pour le morceau ‘Rapper’s Delight’".
C’est la révélation pour le jeune homme. "J’ai eu à la fois la primeur d’écouter du rap et la notion du remix". Il s’essaie alors au breakdance avec un groupe en 1983, nommé "Crazy gang". "On se retrouvait au Grand Passage, qui est devenu Globus aujourd’hui. Il y avait un disquaire, Eddy, qui passait du funk." De la danse, Goo passe au graffiti – son métier de peintre en bâtiment lui donnant une perspective unique – puis aux platines. "Dans ce raz-de-marée expressif qu’est la culture hip-hop, chacun et chacune peut exprimer son talent."
>> À écouter: épisode 1/5, "Genève 80-90" avec Goo et Mike
Mike a longtemps vécu au Goulet 25 à Chêne-Bourg, près de Genève. Ce squat qui abritait une communauté hip-hop dès les années 1980 a été fermé en 2001. "J’y suis arrivé en 1987, lorsque je faisais du tag. C’était la manière la plus facile de se faire remarquer et de s’engager dans le mouvement", raconte-t-il. En 1990, Mike crée avec ses amis DJ Pee et Mousa le groupe Netho Kids, qui deviendra le 216 Krew. "On commençait à entendre du rap français. J’arrivais à un âge où j’avais envie de dire des choses que je trouvais importantes. Le rap me permettait de le faire plus facilement que le tag."
Le groupe est influencé par les groupes de rap français comme NTM et Assassin, mais aussi par le hip-hop américain et anglais comme Run DMC et Public Enemy.
>> À regarder: reportage dans le squat Goulet 25 le 31 octobre 1993
La saga Unik Records, avec Patrick Duvoisin
Des raves au hip-hop
Le groupe de rap lausannois Sens Unik est le premier à avoir percé auprès d'un plus large public en Suisse romande. Créé en 1987, il est composé du MC, ou rappeur Carlos Leal, la chanteuse Sista D, le DJ Just One, leur manager Patrick David et leur ingénieur du son Patrick Duvoisin.
"C’était en 1988 ou 1989. J’étais DJ dans des raves avec le producteur et DJ Mandrax le week-end. La semaine, j’étais ingénieur du son. J’ai alors rencontré Carlos Leal, qui était un fervent adepte de nos raves. Il m’a demandé si je pouvais lui donner un coup de main pour l’enregistrement de leur premier maxi CD" se souvient Patrick Duvoisin, interrogé par la RTS.
>> À écouter: épisode 2/5, "La saga Unik Records" avec Patrick Duvoisin
Sens Unik sera le premier groupe de rap romand à passer sur les radios et à la télévision nationale. "Il fallait être là au bon moment. Les prestations du groupe étaient aussi très bonnes en concert", se souvient Patrick Duvoisin.
Par rapport à ses voisins français comme NTM, Sens Unik est moins politisé. "Peut-être parce que la vie est plus sympa en Suisse", plaisante Patick Duvoisin. "Les Suisses n’ont pas les mêmes problèmes que les Français, et ne les expriment pas de la même manière."
>> À regarder: le clip de Sens Unik "À gauche, à droite"
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Lausanne, capitale du rap romand, avec Yvan et Nega
Le duo Double Pact
Double Pact, groupe de Lausanne et Genève, naît au milieu des années 1990. Le duo de rappeurs, composé de Andres Andrekson alias Stress et Serge Djoungong alias Nega, est accompagné d’un beatmaker, Yvan. Originaire de Lucens dans la Broye, ce dernier a des bases en piano classique. Une influence qui se répercute sur ses sons: "C’était différent de ce qui se faisait à l’époque, très musical et mélodique – peut-être trop pour le rap!" se souvient-il. "Ma musique était peut-être parfois trop grandiloquente, mais puissante sur scène, principalement grâce à l’énergie de Stress et Nega. Lorsque nous écrivions des morceaux, nous pensions surtout à la scène."
>> À écouter: épisode 3/5, "Double Pact, Lausanne capitale du rap romand" avec Yvan et Nega
Le groupe envoie une démo à Unik Records, sans succès. Le label ne les juge pas assez bons. Nega s'en souvient: "Au début, nous avons pris cette critique normalement. Mais cela a ensuite créé une petite friction, parce que le label signait beaucoup de groupes français. Les Français appréciaient d'ailleurs notre musique. Nous nous sommes alors demandé, 'pourquoi ces groupes et pas nous?'"
>> À regarder: Double Pact, "Au revoir"
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Aujourd'hui, Stress, Nega et Yvan sont partis chacun de leur côté. Tandis que Stress et Nega ont chacun sorti plusieurs albums à succès en Suisse, Yvan a produit les albums de pointures du rap francophone comme "Mauvais garçon" de Booba et "Ne dis jamais" de Sinik.
Le graffiti, autre pilier de la culture hip-hop, avec Serval
De New York à Genève
Parallèlement au rap et à la danse, le graffiti est lui aussi un pilier du mouvement hip-hop. Serval est un artiste peintre et graffeur américano-genevois ayant autant de succès en Suisse qu'à l'international.
Le graffeur se souvient de sa première rencontre avec un graffiti, à cinq ou six ans, au début des années 1980: "C'était à New York. Assis dans le métro, nous allions rendre visite à de la famille. J'essaie de regarder par la fenêtre tandis que le métro sort de terre dans la 49e rue, mais je ne vois rien car quelque chose est peint sur la vitre, aux contours rouges et au remplissage vert". À son retour en Suisse, dans le quartier des Eaux-Vives à Genève, le jeune Serval est à nouveau exposé aux graffitis tandis qu'il s'amuse dans les places de jeux. À 13 ans, il se lance à son tour.
>> À écouter: épisode 4/5, "Graffiti" avec Serval
Pour Serval, politiser l'art du graffiti à droite ou à gauche n'a pas de sens. Pour lui, c'est d'un côté "une manière de se réapproprier l'espace urbain, défini par des architectes qui habitent eux-mêmes dans des villas du 19e", et de l'autre "un lien à l'ego, car le graffiti est toujours très lié au nom de son auteur ou autrice. Le fait de créer un personnage ou un alter ego et de vivre à travers celui-ci est sujet à débat."
Rapper en Suisse romande en 2022, avec Silance et Jeune Hustler
Un rap déconstruit et varié
Aujourd'hui, le rap est devenu un genre musical grand public, et l'ingrédient principal de toute bonne chanson pop. Dans l'émission "Vertigo", la rappeuse vaudoise Silance et le rappeur valaisan Jeune Hustler échangent et tentent de définir ce qu'est être rappeur en Suisse romande en 2022.
"Je me définis comme un rappeur parce que j'écris des textes que je pose sur des instrumentales depuis longtemps. Je parle de sujets propres au rap, comme la rue et le quartier", explique Jeune Hustler.
>> À écouter: épisode 5/5, "2022" avec Silance et Jeune Hustler
Quant à Silance, elle préfère ne pas le définir. "C'est cela qui est cool. Les rappeurs et rappeuses de Suisse romande ont cassé les frontières. À l'époque, le rap était très revendicateur. Aujourd'hui, j'ai l'impression que les textes sont plus divertissants, plus légers." Jeune Hustler ajoute: "le rap a pris plusieurs tournures différentes, ce qui plaît à un plus large public."
>> À regarder: le clip de Silance, "21:00"
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La déconstruction des clichés du rap a également joué un rôle dans cette évolution multiple. Silance explique: "Par exemple, Jeune Hustler chante parfois avec une voix très aiguë. Je pense qu'il y a dix ans en arrière, il n'aurait pas été aussi libre de le faire." Son acolyte acquiesce: "Ces cinq ou dix dernières années, le rap s'est vraiment ouvert. Chacun et chacune peut s'y faire sa place."