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Si le Chili sous la botte des militaires se trouve être le thème central de ce film, le cinéaste a choisi de s’intéresser aux opposants du dictateur Pinochet en dressant le portrait d’un homme (Gael Garcia Bernal) qui finira par s’engager dans un combat qui n’était pas le sien au départ. Le film s’appuie sur des faits réels, en l’occurrence le référendum organisé par la junte en octobre 1988, dans le but de conforter son pouvoir, mais qui devait en fin de compte se retourner contre elle. Le jeune et brillant publicitaire conçoit une campagne et un plan audacieux pour remporter le référendum et libérer le pays de l’oppression.
Si le sujet abordé peut paraître familier à quiconque s’est intéressé aux problèmes du Chili à cette époque, ce film politique et drôlement grinçant a l’audace de s’appuyer sur la vérité d’un documentaire pour susciter l’intérêt d’une fiction. Ce n’est pas la destitution de Pinochet qui est le sujet, mais la campagne présentée du point de vue des communicants. Ainsi le oui ne l’a pas emporté parce que le peuple demandait plus de justice, mais parce que l’équipe qui le défendait était nulle en communication. Le réalisateur a su remarquablement décortiquer cette vaste opération publicitaire qui a permis le renversement du pouvoir.
Georges Blanc
Chili, 1988. Observé de très près par le reste du monde, le dictateur Augusto Pinochet met sur pied un référendum pour que le peuple décide ou non de sa réélection à la tête du pays. Ses opposants de gauche, menés par Patricio Aylwin, demandent à un jeune publicitaire créatif et free-lance, René Saavedra (Gael Garcia Bernal, excellent), de leur créer leurs spots électoraux. Peu à peu, alors que Pinochet semble assuré de gagner cette élection, légalement ou non, le «No» émerge de plus en plus…
L’évolution du personnage principal est très intéressante. Au début du film, il ne semble absolument pas avoir la moindre opinion, ni être concerné le moins du monde par la politique de son pays, tout occupé qu’il est à gagner confortablement sa vie en réalisant des spots publicitaires pour Coca-Cola. On le verra imperceptiblement se mettre à s’impliquer et à y croire, quitte même à risquer sa vie et sa situation. Les rapports qu’il entretient avec son patron et ami qui, lui, soutient l’autre camp, sont également bien fouillés. L’intérêt de sa démarche (et c’est aussi ce qui rend l’histoire parfois un peu naïve), est qu’alors que ses employeurs désirent fonder leur campagne électorale sur la dénonciation des crimes de Pinochet, René préfère en imaginer une plus loufoque, en la centrant sur l’humour et la joie de vivre. Le mot-clé est «Alegria», le logo est un arc-en-ciel.
Le film mélange la fiction avec de nombreuses images d’archives. L’une d’elles est particulièrement bouleversante: le visage d’une petite fille, qui tout en chantant un chant de bienvenue et d’allégeance au général, pleure à chaudes larmes… et ce ne sont pas des larmes de joie. Le parti pris du réalisateur a été de filmer les scènes de fiction comme les archives. Au début du film, ces images granuleuses, mal cadrées et filmées caméra à l’épaule, sont assez irritantes. Mais une fois que l’on a compris la raison de ce principe de mise en scène, le sentiment d’assister à un film amateur disparaît.
La fin du récit est exemplaire. Avant de retourner à ses films publicitaires ineptes et lucratifs, René participe aux manifestations populaires pour fêter la victoire. Un long gros plan sur son visage montre son évolution. Celle d’un homme qui, de même que tout un peuple, a fait preuve de créativité et de courage, a réalisé l’inimaginable, et qui, quoi qu’il puisse arriver dans l’avenir, n’aura plus peur de s’exprimer.
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2012 età Locarno, et nominé aux derniers Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, ce film est tiré d’une pièce de théâtre écrite par le dramaturge chilien Antonio Skarmeta, appelée «Le référendum». Cet auteur, enseignant, écrivain, dramaturge, ex-ambassadeur du Chili à Berlin, intellectuel de gauche, partisan de Salvador Allende, a dû fuir son pays lors du coup d’état de Pinochet en 1973.
Pas vraiment un drame, pas vraiment une comédie. Un film qui donne espoir et sourires, malgré une mise en scène parfois malhabile. Et un nouvel exemple de long métrage dont la vision en VF doit sérieusement diminuer l’impact et la qualité.
Philippe Thonney
Philippe Thonney
|Nom||Notes|
|Georges Blanc||14|
|Philippe Thonney||15|
|Daniel Grivel||13|
|Antoine Rochat||14|