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Le théâtre du Globe … Rien que de prononcer ce nom fait écho à William Shakespeare. A son oeuvres bien sûr ! Mais aussi à cette expérience unique de vivre le théâtre aux premières loges, où que l’on soit assis, grâce à cette architectur ingénieuse.
Le théâtre du Globe à Londres est célèbre pour avoir abrité de nombreuses représentations des pièces de William Shakespeare et pour avoir brûlé accidentellement lors d’une de ses dernières pièces, pendant une représentation d’Henri VIII de Shakespeare. Le 29 juin 1613, la bourre enflammée d’un canon de théâtre, utilisé pour des effets spéciaux, mit le feu au toit de chaume et l’incendie ravagea rapidement tout le bâtiment. Il fut reconstruit à l’identique non loin de son emplacement d’origine en 1996. Son nom actuel est Shakespeare’s Globe et les touristes peuvent le visiter et se projeter à l’époqueue du dramaturge anglais.
L’actuel Shakespeare’s Globe Theatre a été construit en 1916 mais l’on t’en rouve une réplique du Théâtre du Globe rest édifiée à Rome dans le parc de la Villa Borghese . Il y a des maquettes à l’intérieur montrant à quoi il ressemblait en 1599.
À l’entrée du théâtre originel était apposée une épigraphe latine : « Totus mundus agit histrionem » (« Le monde entier fait l’acteur »). Cette épigraphe serait dérivée de quod fere totus mundus exerceat histrionem (« Parce que le monde est un espace de jeu ») de Pétrole qui aurait circulé largement en Angleterre à l’époque de Burbage1. Cela fait écho à la notion de Theatrum mundi, fameuse à l’époque moderne.
Après l’incendie du Globe Théâtre, il fut reconstruit immédiatement au même endroit, cette fois avec un toit carrelé, et rouvert l’année suivante. En 1642, il fut fermé par les puritains, comme tous les théâtres et démoli en 1644 pour faire place à des logements.
À Newcastle, il y eut également un théâtre du Globe. Ouvert en 1868, et démoli vers 1902, c’était un petit théâtre, avec une salle en amphithéâtre.
En terre helvétique aussi, le Théâtre du Globe a inspiré : on se souvient de Opération Shakespeare, le livre d’abord en 2005, puis le film documentaire en 2006, de l’écrivaine et réalisatrice Anne Cunéo.
Au moment où paraît un nouveau roman d’Anne Cunéo, Rolf Kesselring revient sur l’étonnant projet auquel l’écrivaine-réalisatrice s’est attachée en 2005. Opération Shakespeare à la Vallée de Joux d’Anne Cunéo (Soleure 2006). La Compagnie du Clédar, qui veut faire connaître Shakespeare, fait écrire une pièce à propos du grand dramaturge et crée à partir du néant un théâtre élisabéthain. Une vallée entière se mobilise pour projeter, .financer et construire un théâtre qui est largement inspiré par le Globe de Shakespeare, avec les adaptations nécessaires à la différence de climat.
Le Théâtre du Globe, par son histoire et son architecture si propice à mettre tout le public sur le devant de la scène, a alimenté l’inspiration au fil des siècles.
Le temps de quelques semaines, le Théâtre du Globe a établi ses quartiers au coeur du Parc trembley, à Genève, pour La Tour Vagabonde Théâtre Festival qui propose de découvrir chaque printemps des spectacles issus du répertoire classique. Il ne s’agit pas de présenter des pièces classiques comme on exposerait des œuvres anciennes, dans un respect trop muséal, mais d’en proposer une lecture proche des problématiques contemporaines avec une esthétique moderne, réinventée.
Certains metteurs en scène de Suisse romande ont été reconnus dans ce genre d’exercice comme Joan Mompart avec Le Mariage de Figaro de Beaumarchais à la Comédie de Genève, Emilie Chariot avec Ivanov de Tchekhov au Théâtre de St Gervais ou encore José Lillo avec Gorgia de Platon au Théâtre de Poche. Le succès de ces spectacles confirme que, les textes classiques n’ont pas fini de nous surprendre, de nous apprendre sur notre passé et de nous éclairer sur notre présent.
La Tour Vagabonde, perle du théâtre itinérant, inspirée du célèbre théâtre du Globe où Shakespeare présenta une grande partie de ses œuvres. Cette structure mobile élisabéthaine circulaire en bois en rupture totale avec les nouvelles salles de théâtre. Son atout majeur est de permettre un rapprochement sensible entre les acteurs et le public. Espace convivial et chaleureux elle peut accueillir jusqu’à 300 spectateurs.
La programmation de cette année s’ouvre avec Les précieuses ridicules, dans une mise en scène de Vincent Bonillo, du 26 avril au 11 mai 2019. Ce texte à vocation subversive, situe son action au sein d’un milieu bourgeois. Cette pièce résolument spectaculaire, matériel inégalable pour les acteurs, est placée sous le signe du travestissement et du comique de situation. Le bon bourgeois Gorgibus veut marier sa fille et sa nièce, fraîchement arrivées de province à deux gentilshommes, La Grange et Du Croisy, afin de lier ses affaires à l’aristocratie parisienne. Pour ce faire, il organise une rencontre entre les deux parties mais son projet tourne court. De manœuvres politiques en luttes de pouvoir, de vertiges existentiels en querelles amoureuses, l’histoire des hommes et des femmes, semble se répéter inlassablement avec les mêmes schémas et les mêmes erreurs. A la lecture de Molière on s’aperçoit que son génie est d’avoir su saisir les méandres de l’âme humaine avec une telle justesse qu’on ne se lasse pas de questionner encore et toujours ce patrimoine universel. Passent les époques, les générations, les modes, toujours est-il que ce qu’il nous a laissé, parmi d’autres poètes, reste définitivement inscrit dans le marbre et contribue à donner un éclairage sur notre temps.
Du 15 mai au 1er juin, L’île aux esclaves, de Marivaux, dans une mise en scène de Valentin Rossier, transforme le théâtre à travers ses pièces en un acte; le théâtre devient un laboratoire, une «boîte à expérience», où à travers des situations épurées, idéales, il met à l’épreuve les représentations de son époque. Pour explorer certains aspects de la réalité environnante, le scientifique cherche à s’extraire de cette dernière afin d’en réduire et d’en maîtriser les paramètres.
Echoués sur une île dirigée depuis un siècle par des esclaves révoltés, Iphicrate, Euphrosine (les maîtres); Arlequin et Cléanthis, (leurs esclaves), devront échanger leurs rôles respectifs. Cette inversion des rôles permettra-t-elle l’émergence d’un ordre nouveau et plus égalitaire? Ou les vielles habitudes reprendront-elles le dessus? L’ordre ancien va-t-il se remettre en place avec simplement une nouvelle distribution des rôles ? Marivaux se garde bien de donner des réponses univoques à ces questions. Il multiplie plutôt les pistes, invite à la réflexion, pour terminer sur une fin ambiguë: la situation initiale est rétablie, maîtres et esclaves retrouvent leurs statuts originels, et même si les premiers promettent de se comporter avec plus d’humanité, il est impossible de savoir s’il s’agit là d’une promesse sincère, ou d’une déclaration de circonstance destinée à les sortir d’une situation délicate.
La programmation 2019 se termine avec Le Dieu du carnage, de Yasmina Réza, dans une mise en scène de Georges Guerreiro, du 5 au 20 juin 2018.
Cette pièce somptueusement cynique nous plonge dans une histoire qui nous dévoile la vie de deux couples qui tentent, tant bien que mal de masquer leurs problèmes conjugaux. Ils se rencontrent chez Véronique et Michel Houllié afin de régler, de manière civilisée, le litige survenu entre leurs fils de onze ans, Bruno et Ferdinand.
Le fils d’Annette et d’Alain Reille ayant frappé Bruno à l’aide d’un bâton, lui a cassé deux dents et fissuré la lèvre par la même occasion. Au début, polis, bienveillants et conciliants, les deux couples, qui se voient pour la première fois, tentent de tenir un discours commun de tolérance qui s’envenime pour sombrer dans un jeu de massacres.
Le Dieu Du Carnage dresse un portrait cuisant des schémas présents dans les familles actuelles liés aux relations que ces dernières entretiennent avec les autres. C’est un portrait acerbe et corrosif qui dénonce des codes perfides présents dans notre vie quotidienne. Une communication soit disant adulte, qui transforme la violence physique en une agression verbale qui dégénère rapidement dans les travers d’une profonde agression psychologique. Cela met en exergue combien le «vivre ensemble» est un défi pour l’être humain, et que les codes, les bons sentiments, l’éducation et la conscience ne sont hélas parfois qu’une illusion face aux pulsions humaines voire animales qui nous animent.
Mais Yasmina Reza s’en amuse intelligemment avec légèreté subtile et experte, elle nous dresse ces portraits de vie dans une atmosphère caustique, faussement vaudevillesque, mais franchement cynique sous la plume d’une auteure qui manie le minimalisme avec la virtuosité cinglante d’un grand dramaturge et qui n’a rien à envier à Nathalie Sarraute ou à Harold Pinter.
Firouz E. Pillet
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