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« La Fondation Le Rosey a la volonté d’aider des jeunes talent à atteindre l’excellence. Elle soutient ainsi la Menuhin Academy, en résidence au Rosey, et accueille cette saison pour la première fois le lauréat du Prix Paderewski qui offrira l’un de ses tout premiers récitals de piano. »
Marie-Noëlle Gudin
Jaime Martín Direction
Pablo Sáinz Villegas Guitare
Afin d’honorer la mémoire du célèbre pianiste polonais qui a vécu plus de quarante ans dans notre région, la Fondation Paderewski a créé un Prix Paderewski, qui fait l’objet de deux concours prestigieux : le Concours de Genève et le Concours international de piano de Bydgoszcz. Son but est de récompenser un ou une pianiste faisant preuve d’un jeu particulièrement expressif dans une tradition romantique. Ce prix sera attribué pour la première fois en novembre 2018 lors du 73e Concours de Genève et l’Institut Le Rosey se réjouit d’accueillir le lauréat pour un récital dans la série des concerts.
Considéré comme un des grands témoins de la première moitié du XXe siècle, Paderewski a marqué son époque de son exceptionnelle personnalité. Il fut non seulement l’un des géants du piano, mais également un compositeur fécond, un ardent patriote, homme d’état et brillant diplomate.
Né en novembre 1860 à Kurylowka (actuelle Ukraine) au sein d’une famille de petite noblesse polonaise, Ignacy Paderewski entra au conservatoire de Varsovie à l’âge de 12 ans, puis il étudia à Berlin l’art de la composition et fréquenta Richard Strauss. Il se produisit pour la première fois en public au piano en 1887 à Vienne, puis à Paris en 1888, Londres en 1890, et entama en 1891 une toutnée d’une centaine de concerts aux Etats-Unis. En 1897 il acheta près de Morges une somptueuse propriété où son épouse, la baronne de Rosen, recevait la fine fleur des milieux artistiques et musicaux.
Dès 1910 il s’engagea pour la cause d’une Pologne libre et démocratique. Il fit un don important qui permit la construction d’une salle de concert à Varsovie et l’érection d’un monument Chopin.
En 1914 il fonda à Vevey un « Comité central de secours pour les victimes de guerre en Pologne », dont il fut le représentant aux Etats-Unis jusqu’à l’indépendance de la Pologne. Il rédigea pour le président américain Woodrow Wilson un mémoire où il plaidait la cause d’une Pologne libre et indépendante, thème que reprit celui-ci dans son discours devant le Congrès. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, il se rendit en Pologne et entra le 11 novembre 1918 dans Poznan, ville majeure de la Grande Pologne. Deux jours plus tard, les patriotes lançaient l’insurrection qui libéra la Pologne. Il devint en 1919 Premier ministre et ministre des affaires étrangères de la Pologne enfin restaurée après avoir été rayée pendant 123 ans de la carte de l’Europe. En 1921 il devint le chef de la délégation polonaise auprès de la Société des Nations. Plus tard, en 1936 il fonda un mouvement politique le « Front de Morges » dans le but de consolider les opposants au durcissement du régime politique en Pologne. En décembre 1939 il prit la tête d’un cabinet national polonais en exil, fonction qu’il exerça jusqu’à sa mort. En septembre 1940 il quitta la Suisse pour s’établir aux Etats-Unis où il poursuivit ses activités de diplomate et d’orateur. Il mourut à New York en 1941.
La gloire mondiale du pianiste que le talent unissait par ses racines à Chopin avait fait de lui en 1918 l’incarnation du génie national polonais. Sa dépouille fut transférée solennellement en la cathédrale Saint-Jean de Varsovie en 1992. A Varsovie, le Festival Paderewski lui rend hommage chaque année du 5 au 11 novembre. Le 11 novembre 2013, le président polonais a salué sa mémoire comme celle « d’un artiste et homme politique, citoyen du monde et aussi Premier ministre engagé de la Pologne ».