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d'alliance du 16 octobre de la même année, portent tous les caractères d'actes mûrement réfléchis, qui, s'ils sont l'oeuvre personnelle d'un petit nombre d'hommes, expriment en même temps la volonté générale d'une population éprise de liberté, et qui sont nés de circonstances auxquelles ne se mêlait aucun élément romanesque ou extraordinaire. Tout s'y trouve d'accord, au contraire, avec l'ordre naturel des choses, tel qu'il existait alors dans la haute Allemagne.
Pendant que, dans ce pays, s'organisait la résistance contre l'Autriche, le duc Albert, qui désirait et espérait remplacer son père comme roi des Romains, était retenu dans ses Etats de l'Est par d'autres adversaires, et il laissait à ses partisans le soin de défendre sa cause en Suisse. Il triompha assez promptement des ennemis qu'il avait personnellement à combattre, et il se rapprocha de Francfort pour influer sur le vote des électeurs. Ce fut là qu'il apprit la nouvelle du succès remporté sur les Zurichois par un de ses officiers (13 avril 1292), ce qui brisait la ligue qu'ils avaient formée contre lui; mais ce fut là aussi qu'il apprit que la couronne d'Allemagne avait été donnée à son compétiteur, le comte Adolphe de Nassau (5-10 mai 1592), ce qui détruisait ses espérances monarchiques. Toutefois cet échec, qu'il devait réparer plus tard, ne lui inspira que plus d'empressement à mettre partout ses affaires sur un bon pied. Il se rendit aussitôt dans la haute Allemagne, où, pour en finir avec Zurich qui, malgré sa première défaite, continuait sa résistance, il mit le siége devant cette ville, et la força de conclure avec lui, le 26 août 1292, une paix qui la plaça pour longtemps dans la dépendance de l’Autriche et qui rompit de fait son alliance avec les gens de Schwyz et d'Uri". Le duc Albert amena bientôt ses autres adversaires, par persuasion ou par force, à cesser toute résistance; en sorte que cette levée de boucliers eut, comme un feu de paille, plus d'éclat que de durée.
Toutefois, l'opposition qui s'était manifestée dans les Waldstätten ne paraît pas avoir été aussi promptement éteinte. On voit, en effet, l'année suivante, que les habitants d'Unterwalden (Waldleute) et ceux d'Uri sont toujours en guerre (urlige) avec les officiers du duc Albert, dont ils ne veulent pas reconnaître l'autorité (mars-avril 1293), et qu'une partie des bourgeois de Lucerne, quoique, depuis la fin de mai 1292, cette ville soit rentrée sous la domination d'Albert et ait reçu de lui toutes sortes de faveurs, continuent cependant à leur prêter indirectement aide et secours 5. Il est probable que les confédérés (car Schwyz devait être de la partie) auraient réussi dans leur résistance, s'ils avaient pu compter sur l'appui du nouveau roi d'Allemagne, qui, ayant eu pour rival le duc d'Autriche, semblait devoir le conserver pour ennemi, et qui leur aurait fourni, par cette hostilité même, comme il le fit ensuite et trop tard, une occasion précieuse de consolider leur émancipation. Mais, pour le moment, l'antagonisme des deux princes s'était assoupi, et le roi avait reconnu et confirmé tous les droits du duc (décembre 1292). Dans cette circonstance, comme dans toute la suite de leur histoire, c'est, en grande partie, des événements politiques qui s'accomplissent hors de chez eux, que dépendent, pour les Waldstätten, les progrès ou les retards de leur indépendance.
L'assistance de l'Empire leur manquant, il devenait difficile aux États forestiers de prolonger longtemps leur opposition, car ils étaient enfermés, comme dans un cercle de fer, par la maison d'Autriche, qui, sous un titre ou sous un autre, commandait à Lucerne, à Interlaken, à Urseren, à Glaris, à Einsiedeln, à Zug, à Art, à Küssnacht, de manière qu'elle bloquait étroitement pour les Waldstätten toutes les issues de leurs vallées et tous les abords des marchés voisins. Il suffisait d'un investissement rigoureux pour les réduire sans les combattre. Il leur fallut donc céder, afin d'obtenir que les communications fussent rouvertes et les relations de voisinage rétablies, car à ces conditions seulement ils pouvaient vivre. Le retour des bons rapports entre le duc et les confédérés replaçait ceux-ci dans une situation qui, se trouvant semblable à celle qu'ils avaient occupée avant le règne de Rodolphe, était, par conséquent, diverse pour chacun d'eux. L'Autriche demeurait sans droits sur Uri, mais elle reprenait ceux qu'elle avait exercés dans l'Unterwalden et à Schwyz.
Les stipulations du pacte fédéral de 1291 restaient probablement suspendues dans leurs effets, sans cesser de subsister en droit dans l'intention de ceux qui les avaient jurées. Mais le silence des documents ne permet point de se prononcer sur les relations qui continuèrent alors à exister entre les confédéres. On ne connait, non plus, aucun acte de juridiction accompli dans les Waldstätten, sous le règne d'Adolphe, par les agents de l'Autriche ou par ceux du roi. En revanche, on peut constater certains faits qui témoignent que l'indépendance communale des trois vallées était en progrès plutôt qu'en déclin. A Uri la présence, à la tête de la communauté, en 1294, de Werner d’Attinghausen devenu landammann, suffit à attester qu'aucune atteinte n'avait été portée aux franchises impériales de la vallée,
car l'homme qui avait pris part au pacte de 1291 et servi de garant au traité contre l'Autriche ne pouvait devenir le représentant de libertés amoindries 6.
On peut en dire autant de Schwyz, où c'est toujours Conrad Ab Iberg qui remplit les fonctions de landammann, et où la communauté exerce son autonomie avec plus d'énergie que jamais. Nous faisons ici allusion à un décret rendu, en 1294, par les Schwyzois réunis dans une assemblée générale, qui est la première landsgemeinde dont la mention se soit conservée. Cette institution est déjà un indice du développement intérieur de la communauté des hommes libres de Schwyz, et une preuve que, dès l'origine, c'est sur l'application la plus complète du principe démocratique, que cette rustique peuplade a cherché à régler sa constitution. Mais le contenu même du décret a plus d'importance encore. Son but est d'assurer, par des mesures plus efficaces sans doute que libérales , l'existence homogène de la communauté et la parfaite égalité de ses membres. Il est dirigé, d'une part, contre les couvents, de l'autre, contre les étrangers, qu’un sentiment très-vif faisait envisager aux Schwyzois comme étant, les uns et les autres, les adversaires naturels de leur pleine indépendance républicaine.
En conséquence, il est interdit de vendre ou de donner, soit aux monastères situés dans la vallée, soit à des personnes étrangères, aucun fonds de terre, sous peine d'une amende dont la cinquième partie reviendra au juge (landammann) et le reste au pays. Toute propriété aliénée de cette manière doit être rachetée pour faire retour à celui qui s'en est défait ou à ses héritiers, sinon elle sera confisquée au profit de la communauté (sol es sin des landes). Les couvents doivent payer, pour les biens-fonds qu'ils possèdent dans la vallée, les mêmes impôts et supporter les mêmes charges que tous les autres membres de la communauté, et ils seront privés, s'ils s'y refusent, de leur part de jouissance des propriétés communales. Les étrangers possesseurs de fonds de terre sont, de même, obligés d'en acquitter les taxes, sans qu'ils puissent ni exiger aucun dédommagement de ceux auxquels ils ont donné en fief les dits fonds, ni leur en enlever la possession; quiconque consentirait à se laisser inféoder un bien ainsi repris sera passible d'une forte amende et tenu de restituer le fief au précédent détenteur. Enfin, il est défendu de payer, en acquittant les impôts, aucune gratification (pfenning) aux fonctionnaires qui les perçoivent ?
Cet édit de réformation est remarquable à un double titre : il caractérise avec une évidence incontestable l’esprit d'indépendance jalouse et exclusive qui animait les hommes libres de Schwyz, et il témoigne en même temps des pas qu'a déjà faits vers son affranchissement intérieur une communauté qui peut prendre de telles résolutions. Pour décréter une loi de cette nature; pour se mettre en garde contre les envahissements des religieux et des nobles, ces deux classes privilégiées et toutes puissantes de la société d'alors; pour les placer sur un pied de parfaite égalité, dans l'intérieur du pays, avec les simples paysans de Schwyz; pour s'attribuer à eux-mêmes le droit de punir la désobéissance à leurs injonctions; pour régler ce qui doit, dans les amendes, revenir au juge (richter) et ce qu'on doit refuser au percepteur d'impôt (ammann); il fallait qu'ils se sentissent en possession d'une juridiction presque sans entraves. Ils se rapprochaient toujours davantage, sur ce