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Festa del 1° maggio
Fleurier/Val-de-Travers (NE), 01.05.2012 - Discorso del consigliere federale Alain Berset - Fa stato la versione orale.
Mesdames, Messieurs,
Mes chers concitoyens,
Il y a presque un siècle, Charles Péguy décrivait par anticipation un monde moderne pas si éloigné du nôtre. Il disait en substance :
Nous avons connu monde où il était entendu que celui qui introduisait un jeu, que celui qui voulait s'évader de la pauvreté risquait tout. Puisqu'il introduisait le jeu, il pouvait perdre. Mais celui qui ne jouait pas ne pouvait pas perdre. Or, on ne soupçonnait pas qu'un temps venait, le temps moderne, où celui qui ne jouerait pas perdrait tout le temps, et encore plus sûrement que celui qui joue.
Puisque nous sommes entre nous, permettez-moi d'ajouter: Péguy ne pouvait pas soupçonner qu'est déjà venu le temps d'une époque où non seulement celui qui ne joue pas perd tout le temps avec encore plus de constance que celui qui joue, mais que de surcroît, celui qui ne joue pas rembourse les pertes de celui qui a risqué sa mise. Si l'Etat est naturellement amené à se préoccuper des pertes que les joueurs feraient subir aux non-joueurs, je trouve également naturel que l'Etat se préoccupe de ceux qui n'ont pas les moyens de jouer.
Il n'y a en effet rien de plus préoccupant, rien de plus menaçant pour la cohésion sociale et la paix du travail que la disjonction entre la richesse économique et le bien-être social. Rien ne fonde davantage mon action politique que toutes les concitoyennes et tous les concitoyens quels que soient leur richesse ou leur rang social puissent bénéficier de la sécurité d'être pris en charge et de trouver un appui contre l'injustice de la nature ou du sort.
Mesdames, Messieurs,
C'est là effectivement le sens de mon action politique: donner à tous la possibilité d'être en sécurité. Et je crois que la sécurité sociale est la sécurité la plus importante. Les assurances sociales sont fondées sur l'égalité de tous puisque chacun y contribue et peut en bénéficier indistinctement. Les assurances sociales sont ainsi au fondement de notre contrat social.
Nous sommes le 1er mai, jour de la fête du Travail. Tout a commencé le 1er mai 1886 par un rassemblement à l'usine McCormick à Chicago. Les ouvriers réclamaient alors la journée de 8 heures dans une semaine de travail de 6 jours. Le 1er mai nous fait nous souvenir du mouvement perpétuel des aspirations pour une société plus juste, plus solidaire et ouverte sur le monde. Et ces aspirations ne sont pas restées vaines.
En effet une société plus juste est une société de l'égalité des chances. Une société qui ne laisse pas lettre morte le droit à l'éducation, à la culture et, fête du travail oblige, une société qui affirme le droit au loisir.
Une société plus juste est également une société où les femmes et les hommes gagnent à travail égal le même salaire. Aujourd'hui, les femmes touchent, pour un travail équivalent, un salaire en moyenne 18,4% inférieur à celui des hommes. Elles doivent ainsi travailler jusqu'au 7 mars de l’année suivante pour décrocher la rémunération qu'un homme atteint au 31 décembre. Une société plus juste est aussi une Suisse où l'année salariale compte 12 mois…pour les hommes et pour les femmes.
Une société plus solidaire est une société qui permet une vie digne à toutes et tous. Enfin, cette société ouverte n'est pas faite uniquement de la liberté de pensée et d'expression, mais aussi du courage de trouver des solutions aux disparités entre les mondes que ce soit le tiers ou le quart-monde.
En ce 1er mai, j'aimerais mettre en lumière un nouveau défi lié au monde du travail. Les traditions de gauche ont toujours entretenu un rapport ambigu avec le travail.
Elles affirment à la fois la nécessité d'un emploi pour tous, décemment rémunéré, mais en même temps leur composant le plus critique ne cesse de dénoncer les conditions de travail, voire considère parfois le travail comme une aliénation. Or, il n'est pas besoin de trancher entre ceux qui font du travail un vecteur d'épanouissement et le meilleur moyen d'intégration sociale et ceux qui insistent sur l'exercice digne d'une activité rémunérée. Je me réjouis par exemple des près de 1000 emplois qui vont être créés au Val-de-Travers, car cette création d'emplois est également une source de richesses et une diversification des compétences.
Il est essentiel d'allier le développement social au développement économique. Ce sont les deux faces du même franc. Mais je n'oublie pas non plus que les difficultés au travail ont des effets physiques, mais aussi psychiques comme le stress ou le burn-out. C'est un défi social ET économique qui monte et qui prend toujours plus d'importance.
Pour ce qui est stress, pour ne prendre que cet exemple, une étude récente du SECO démontre qu'il touche un salarié sur trois. Ce chiffre a augmenté de 30% en 10 ans. Un tiers des personnes interrogées par le SECO déclaraient également prendre des médicaments en lien avec leur activité professionnelle. Vous voyez donc l'ampleur et l'accélération de ce phénomène. Or, il ne m'interroge pas seulement en tant que ministre de la santé, mais aussi par rapport à un environnement social qui détermine une manière d'envisager la sécurité sociale.
Une société plus juste, une société plus solidaire est aussi une société où le politique prend en compte ces aspects de santé sociale et propose, en collaboration avec tous les acteurs concernés, des solutions pour un développement économique solidaire du bien-être social.
Vous le savez : ces vingt dernières années ont permis de modeler le système d'assurances sociales actuel.
Pour ne citer que quelques dates importantes:
• 1984 : assurance chômage obligatoire
• 1985 : généralisation de la prévoyance professionnelle et des prestations complémentaires
• 1997 : 10e révision de l'AVS.
Puis ces dernières années, les votations se sont accélérées :
• Congé maternité payé en 2005
• allocations familiales en 2006
• 5e révision de l'AI en 2007
• âge de l'AVS flexible refusé en 2008
• financement additionnel de l'AI accepté de justesse par les cantons en 2009
• et enfin l'adaptation du taux de conversion minimum rejetée en mars 2010.
Ces votations ont touché à tous les aspects les plus importants de la politique sociale actuelle :
• la politique familiale qui se cherche aujourd'hui un article constitutionnel,
• l'âge de la retraite comme marqueur d'un projet de société
• et les éléments techniques, qui prennent beaucoup de place dans le débat politique actuel et qui touchent au financement de nos assurances sociales.
Or, aujourd'hui, comme hier, il ne s'agit pas seulement de défendre des acquis, mais surtout de continuer à progresser ensemble sur la voie ouverte par les générations passées. Ce n'est pas un chemin facile, mais il faut agir de manière prospective, écouter, débattre et intégrer. En effet, il est essentiel de conserver de l'équilibre dans le changement.
Les plateaux de la balance de la justice sociale ne sont d'ailleurs pas parfaitement immobiles, mais leur oscillation ne crée pas de déséquilibres, c'est-à-dire d'injustice.
J'en veux pour exemple les votations sur notre prévoyance sociale dont je viens de rappeler quelques dates. Un changement ne peut pas se faire sans équilibre entre la demande d'une sécurité sociale plus juste et la nécessité d'une adaptation des prestations au monde actuel. Le rejet de l'adaptation du taux de conversion minimum donne un parfait exemple de mon propos.
Nous qui fêtons le 1er mai, nous savons que du mouvement naît l'espoir. Nous savons que vouloir que le monde reste tel qu'il est demeure le plus sûr moyen de le voir changer sans nous. Il s'agit aussi de cela dans cette dynamique de changement : donner sens à l'avenir.
Et peut-être ce qui me frappe le plus : combien de jeunes, et moins jeunes, cotisants pensent-ils qu'ils ne toucheront pas les prestations auxquels pourtant ils cotisent ? Or, ce lien de confiance est essentiel parce que nos assurances sociales, toutes nos assurances, se nourrissent justement d'un pacte de solidarité entre les générations, entre malades et bien-portants, entre employeurs et employés.
J'ajouterais, avec Rousseau que la Suisse et le Val-de-Travers accueillirent au moment où le Contrat social le condamnait à l'exil, j'ajouterais donc, avec le Contrat social que « seul un contrat d'association qui fait de chaque citoyen un co-législateur peut garantir l'autonomie », c'est-à-dire la liberté de chacun.
Mesdames, Messieurs,
C'est la sagesse de nos institutions, c'est la force de notre démocratie directe que de faire de chaque citoyen un acteur du changement.
C'est ensemble que nous ferons la sécurité sociale de demain, que nous poursuivrons le mouvement incessant d'ajuster l'exigence de solidarité sociale aux défis du futur. Avec un seul but : que le développement économique s'accompagne d'un développement social dont des assurances sociales de qualité constituent la marque la plus sûre.
Je vous remercie de votre attention.
Pubblicato da
- Segreteria generale DFI
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