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Ouvrage du Hackenberg [57]
Le Fort du Hackenberg est l'un des plus gros ouvrages de toute la Ligne Maginot, si ce n'est le plus grand ! Ses dimensions colossales, la haute technicité de ses infrastructures, la complexité de ses défenses, la diversité de son armement et l'ingéniosité de sa conception en font un ouvrage exceptionnel et incontournable pour tous les passionnés de la fortification. C'est à la visite de ce fleuron de la Ligne Maginot que nous vous convions. Pour ceux qui sont pressés et qui désirent accéder directement aux images, vous trouverez une abondante galerie de photos à la suite de ce texte, en le faisant défiler vers le bas. Rien ne saurait toutefois remplacer une visite sur place, l'ouvrage étant ouvert au public. Nous vous incitons vivement à vous y rendre car le fort vaut à lui seul le voyage…
Situation
La présence d'une ligne de crête coupant la position en deux a obligé les concepteurs à fractionner le fort du Hackenberg en 2 demi-ouvrages, situés chacun à l'extrémité de deux saillants arrondis du relief. Le premier est orienté vers la vallée de la Moselle, le second en direction de la Nied. On retrouve dans les deux parties la totalité des blocs de combat d'un ouvrage Maginot classique, hormis les deux blocs observatoires disposés au sommet de la colline. Les 2 demi-ouvrages sont renforcés par une tourelle de mitrailleuse isolée (bloc I) et par une tourelle de lance-bombes (bloc VI). Un mur d'escarpement maçonné, érigé face à la direction d'attaque probable, relie les deux demi-ouvrages. Il était destiné à bloquer une éventuelle infiltration de chars ou de fantassins cherchant à percer entre les deux môles fortifiés.
Construction
Un avant projet du Hackenberg est réalisé dès 1928. Il prévoit déjà le principe de 2 demi-ouvrages séparés par un intervalle de 1000 mètres. Cette première ébauche est ensuite remaniée et ne reçoit l'approbation du Maréchal Pétain et du ministre de la guerre que le 6 mai 1929. La construction débute en 1930 avec le percement et le revêtement des galeries de liaison principales. Le projet subit ensuite de nombreuses modifications jusqu'à sa version définitive du 20 avril 1931. Les travaux ne seront à peu près achevés qu'en 1935. A cette date, la construction du Hackenberg a déjà coûté 171,4 millions de Francs, soit 5 à 6 fois plus que l'estimation initiale…
Description
Si tous les projets planifiés avaient été réalisés, l'ouvrage du Hackenberg aurait compté près d'une quarantaine de blocs de combat, soit plus du double de ce qui a été finalement réalisé. Il comporte 17 blocs de combats répartis entre les deux demi-ouvrages, soit : 2 casemates d'artillerie (B5, B8), 2 blocs de lance-bombes (B6, B9), 1 bloc tourelle de 75 mm d'action frontale (B2), 2 blocs tourelles de mortier de 81 mm (B3, B10), 2 blocs observatoires (B11, B12), 1 bloc tourelle de mitrailleuse (B1), 2 casemates de mitrailleuses (B4, B7), auxquels il faut ajouter 5 blocs d'infanterie chargés de la défense de l'intervalle séparant les deux demi-ouvrages (B21 à B25).
Le bloc tourelle de mitrailleuse (B1)
Le bloc 1 est isolé à l'extrémité nord-est du demi-ouvrage est. Il était armé de 2 mitrailleuses MAC 31 F calibre 7,5mm avec une dotation de 200'000 cartouches. Sa mission était de battre la lisière de la forêt voisine, d'où pouvait surgir une attaque. Etonnement, il ne possède aucune cloche de guetteur, ce qui le rendait aveugle et totalement dépendant des observations faites par les cloches des blocs voisins 2 et 4.
Les casemates de mitrailleuses (B4, B7)
Il s'agit de casemates d'infanterie dotées en plus d'une tourelle de mitrailleuse, de façon à regrouper dans un seul bloc tous les organes de feu de l'infanterie. L'armement de chaque bloc comprenait 6 mitrailleuses modèle 1931 F, 5 fusils-mitrailleurs 24/29, 2 lance-grenades de 50mm et un anti-chars de 37mm modèle 34. Le bloc 4 présente la particularité d'avoir 2 cloches GFM.
Les casemates d'artillerie (B5, B8)
Ces deux blocs, qui présentent une importante masse couvrante de béton, constituaient les éléments principaux du fort. Leur mission était d'établir des barrages d'artillerie dans les intervalles qui séparaient le Hackenberg de forts voisins et de battre la ligne de résistance théorique de la position fortifiée. Les casemates sont établies sur deux niveaux, selon un plan similaire. Chaque bloc était armé de 3 canons-obusiers de 75mm modèle 29 à recul court, d'une portée de 12 km. Ces canons étaient disposés en échelons, chaque échelon correspondant à un décrochement dans la façade caractéristique de la casemate. Si le bloc 5 présente toujours une façade intacte, il n'en va pas de même du bloc 8 qui porte, encore bien visibles, les impressionnants stigmates des combats livrés - non pas en 1940 - mais en novembre 1944, alors que les Américains cherchaient à s'emparer du fort défendu avec acharnement par l'armée allemande en retraite. Sa façade a été littéralement criblée et labourée par les impacts des tirs d'embrasures décochés par les chars et l'artillerie américaine lors de l'offensive de la IIIe Armée US. Le béton est pulvérisé, le ferraillage déchiqueté et tordu en tous sens. A force de marteler la façade, l'impressionnante masse couvrante a été percé de part en part, malgré l'épaisseur considérable du béton ! A l'intérieur des blocs de combats, les murs, criblés de milliers de traces d'éclats et noircis par la fumée, témoignent de la violence des combats et de l'effroyable déluge de feu et d'acier qui s'est abattu sur les défenseurs allemands.
Les blocs de lance-bombes (B6, B9)
Ces blocs étaient armés de lance-bombes de 135 mm à tir courbe, un engin assez similaire aux crapouillots et aux Minenwerfer de la Grande Guerre ; ils tiraient des projectiles de 17 à 19 kg. La mission de ces blocs était de battre tous les replis du terrain jusqu'à une distance de 4000 mètres. Contrairement au mortier de 81 mm, ce type d'armement beaucoup plus puissant permettait en effet de détruire les éventuels retranchements, abris et fortifications de campagne que l'ennemi était susceptible d'ériger dans le périmètre de l'ouvrage. Grâce à une portée accrue et à leur tir plongeant, les lance-bombes servaient également à battre les zones mortes que ne pouvaient pas atteindre les tirs en trajectoire tendues des canons de 75mm, notamment les nombreux ravins situés dans les environs.
Un lance-bombe explose !
Un incident particulièrement malheureux frappa la tourelle du bloc 9 durant les combats de juin 1940. Alors que la tourelle se trouvait en position éclipsée, un obus partit et percuta l'avant cuirasse. L'explosion du projectile provoqua l'éclatement du tube. Une véritable boule de feu traversa le bloc, projetant au sol tout le monde sur son passage. Par chance, les caisses de poudre qui étaient stockés à proximité étaient couvertes, sans quoi tout le bloc aurait sauté. Seul le Mdl-chef Tourne fut gravement touché et transporté mourant à l'hôpital de Metz, mais sa vie fut finalement sauvée. Des réparations de fortune furent entreprises aussitôt pour permettre au second tube de continuer à harceler les Allemands, ce qu'il fit bientôt.
Le bloc tourelle de 75 mm (B2)
La mission de ce bloc était de harceler et décimer les vagues d'assaut ennemie par des tirs d'arrêt à cadence rapide, et de détruire par des tirs plongeants les batteries d'artillerie appuyant l'attaque ennemie. Pour ce faire, la tourelle à éclipse était armée de 2 canons-obusiers de 75mm modèle 1933, qui diffèrent des tubes 75mm de casemates par une longueur raccourcie de 30 cm et par la présence d'une culasse à coin semi-automatique. Après le déclenchement de l'offensive allemande, le 10 juin 1940, le bloc 2 fut très sollicité pour riposter aux tirs de l'ennemi et eut l'occasion de faire sentir aux Allemands la volonté farouche de résister qui animait les défenseurs de la Ligne Maginot.
Les blocs tourelles de mortier 81 mm (B3, B10)
Initialement, la munition utilisée pour ces tourelles était identique à celle des mortiers de campagne, mais les artilleurs obtinrent une munition plus performante, l'obus de 81mm FA modèle 1936 RF, autorisant une portée de 3600 mètres. A noter que la cloche GFM du bloc 3 possède encore son camouflage d'origine à base de rocaille. Ce bloc connut d'ailleurs un grave incident dans la nuit du 16 au 17 juin 1940. En raison d'une charge propulsive probablement défectueuse, un projectile resta en effet coincé dans le tube et fut percuté de plein fouet par le suivant. Sous l'effet de la violence de l'explosion, le tube éclata, blessant deux servants. Des travaux furent aussitôt entrepris sans discontinuité pour permettre à la tourelle de reprendre son tir. Dès le 20 juin, elle harcelait de nouveau les Allemands avec ses 2 tubes…
Les blocs observatoire (B11, B12)
En réalité, les véritables yeux du Hackenberg sont les observatoires de Billig et du Mont des Welsches qui lui sont tactiquement rattachés mais qui sont indépendants de l'ouvrage. Le Hackenberg possède tout de même deux blocs observatoires (B11, B12) implantés sur le sommet de la colline. Ils sont situés à 97 mètres au-dessus du niveau de l'accès principal du fort. On y accède par 355 marches qui mènent au PC. De là, il faut encore gravir 158 marches pour atteindre le bloc 11 et 125 marches pour gagner l'étage inférieur du bloc 12. Ces observatoires sont équipés de cloches surbaissées dotées de puissants périscopes B et C. Les blocs d'infanterie chargés de la défense de l'intervalle entre les deux demi-ouvrages. L'intervalle séparant les deux demi-ouvrages est barré par un mur d'escarpement maçonné au tracé tenaillé, prolongé au nord-ouest par un énorme fossé flanqué. Ces obstacles d'arrêt, destinés à interdire toute infiltration de chars ou de fantassins cherchant à percer entre les deux môles du fort, est défendu par 5 blocs d'infanterie (B21 à B25). Le bloc le plus intéressant est le bloc 25, situé à l'extrémité nord de l'énorme fossé flanqué prolongeant le mur d'escarpe. Il s'agit de l'unique exemplaire de coffre de flanquement simple dans la Ligne Maginot du nord-est. Etabli à l'intersection de 2 fossés formant un angle obtus, il est armé d'un canon court de 75mm modèle 1932, dérivé du 75 mm modèle 1905 de tourelle des forts Séré de Rivières modernisés. Le reste de son armement comprend un jumelage de mitrailleuses, 2 créneaux équipés de FM, un lance-grenades de 50mm sous casemate, 3 goulottes lance-grenades, 1 cloche GFM, 2 projecteurs et une lunette d'observation. Les 4 autres blocs jalonnent le tracé tenaillé du mur d'escarpement. Ils sont tournés face à la direction probable de l'attaque et adaptés à leur position respective. Ils sont tous différents et présentent chacun des particularités qui lui sont propre. Certains sont établis sur deux niveaux, d'autre sur un seul.
Les blocs d'entrée
L'entrée des munitions (EM) constitue l'accès principal du Hackenberg, établi de plain-pied et à contre-pente. On y trouve la prise d'air principale de la ventilation de l'ouvrage. Outre les créneaux frontaux du blockhaus de défense de l'entrée, l'accès est protégé par un pont roulant escamotable enjambant le fossé et par 3 portes blindées successives qui forment un double sas d'entrée.
L'entrée des hommes correspond en réalité à une sortie de secours qui servait à protéger les gaines d'évacuation de l'air vicié provenant de la caserne souterraine. On pénètre dans le fort par une galerie en plan incliné . Le sous-sol est notamment occupé par l'aérorefroidisseur du circuit de refroidissement des groupes électrogènes.
La gare d'échange souterraine
Toute la munitions et les approvisionnement de l'ouvrage arrivaient par voies de chemin de fer. La première partie de la galerie d'entrée, qui servait de gare d'échange, est donc fortement élargie et équipées d'une double voie parallèle avec aiguillages et raccordements. C'est là que s'effectuait l'échange des rames de munitions en provenance des dépôts extérieurs contre les rames vides précédemment déchargées. Le ravitaillement pour l'artillerie seule était calculé sur la base de 240 tonnes par jour en période de crise. Les échanges avec l'intérieur de l'ouvrage (magasins secondaires et caserne souterraine) était assurés par un réseau de voies étroites, sur lesquelles circulaient des rames électriques permettant le transbordement du matériel, des vivres, des munitions et des hommes.
Le magasins à munitions M1
Le masasin à munitions M1 à neuf alvéoles est le plus grand de tous les magasins construits. Il pouvait contenir 34'500 projectiles d'artillerie, sans compter les munitions de l'infanterie en dotation dans le fort. Les 3 dernières alvéoles étaient réservées aux stockage des poudres, des charges d'appoint des mortiers et des gargousses de 135 mm. Elles étaient munies de détecteurs d'incendie et de pulvérisateurs d'eau fixés à l'intrados des voûtes.
La porte anti-souffle
Par sécurité, le cœur de l'ouvrage, au-delà du magasin M1, était protégé par une énorme porte anti-souffle qui permettait d'obturer hermétiquement la galerie d'accès principale. Cette porte pèse 8 tonnes. Elle était doublée par une porte métallique étanche aux gaz et aux fumées, qui a aujourd'hui disparue. Leur fermeture était manuelle et non automatisée.
La caserne souterraine
Le Hackenberg ne fut pas doté de la vaste caserne prévue initialement, qui comportait 25 chambres de troupe et de nombreux locaux. Les dimensions de la caserne finalement réalisée ont été réduites pour des raisons budgétaires, si bien qu'elle ne comprend que 9 chambres pour la troupe, alors même que les effectifs abrités dépassaient de 50 % les estimations initiales ! Les chambres étaient donc occupées par roulement, avec toute la promiscuité et l'absence de véritable intimité que cela implique.
L'usine
La centrale électrique du Hackenberg est équipée de 4 groupes électrogènes de 350 CV qui couvrent la totalité des besoins énergétiques de l'ouvrage. Les gigantesques moteurs de secours 6 cylindres entraînant les génératrices sont les plus puissants et les plus gros de toute la ligne Maginot. Leur puissance est de 600 kW, soit l'équivalent des deux tiers de la puissance totale nécessaire. On avait vu très large ! Il s'agit de moteurs diesel à 4 temps MAN, de conception allemande, fabriqués sous licence par l'usine SGCM de La Courneuve. L'arrivée des câbles 10'000 V alimentant l'ouvrage depuis l'extérieur, les transformateurs et les tableaux électriques sont regroupés à l'entrée de l'usine.
La protection contre les gaz de combat
La chambre de neutralisation est située à côté de la caserne. Elle abrite les batteries de filtres chargés de neutraliser les fumées et les gaz toxiques. En cas d'attaque par les gaz, la surpression était de règle. Des essais au lance-flammes effectués en 1939 ne s'avérèrent pas concluants, la fumée ayant envahi très rapidement les blocs à cause du colmatage quasi instantané des filtres par les suies… Quant aux moyens de détection, ils étaient rudimentaires. D'une manière générale, à part un dispositif simpliste capable de déceler le monoxyde de carbone et l'hydrogène arsénié, c'est l'odorat qui faisait officie de détecteur, avec tout ce que cela comportait de risques à une époque où les nouveaux gaz toxiques, totalement inodores et incolores, étaient capables de foudroyer un homme en quelques secondes…
Le réseau de galerie
Le réseau de galeries desservant les différentes installations souterraines présente un tracé ramifié de plusieurs kilomètres, sans compter les vastes garages permettant le croisement des trains et le rangement des rames. Le tracé des galeries est volontairement brisé pour permettre une défense pas à pas des couloirs, en cas d'intrusion de l'ennemi dans l'ouvrage. Chaque changement de direction est protégé par un blockhaus de défense intérieur muni d'un créneau pour fusil-mitrailleur.
Sorties de secours
A la bifurcation des galeries vers chaque demi-ouvrage, une galerie surbaissée servant de sortie de secours secrète conduit à l'air libre en rase campagne.
Pour en savoir plus :
Du béton et des hommes. Ouvrage A19 Hackenberg. écrit par Robert C. Varoqui. Plaquette de 56 pages richement illustrée, format A4, éditée par AMIFORT - Vrecking.
Informations sur les visites du Hackenberg:
http://maginot-hackenberg.com
AMIFORT - Tourisme information
|Association Fort de Litroz - J.-C. Moret||© 2002 - 2017|