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Le Redoutable, pastiche sur Jean-Luc Godard (interprété par Louis Garrel), de Michel Hazanavicius, évite habilement certains écueils du biopic.
Au lieu de revendiquer une authenticité, une objectivité des faits narrés, le réalisateur de The Artist, affirme dans ce biopic réinventé la subjectivité du point de vue, en prenant pour source première Une année studieuse et Un an après (surtout), deux romans autobiographiques d'Anne Wiazemsky revenant sur sa rencontre et sa relation avec Godard. Ainsi, tout en représentant Godard en prise avec les événements de la fin des années 60 - les rébellions estudiantines, les manifestations, sa participation à l'interruption du Festival de Cannes (avec d'autres cinéastes) - et en pleine remise en doute quant à ce que doit être le cinéma, les nombreux plans sur Anne viennent évaluer l'effet qu’ont sur elle ses prises de paroles intempestives, incomprises et égoïstes. Silencieusement présente, Stacy Martin incarne avec excellence cette femme discrète, qui se range toujours du côté de son mari, avec cependant de moins en moins de conviction, corrélativement à son amour décroissant.
Par la relation amoureuse se voit ainsi dressé le portrait d'un homme qui, au nom d'un idéal révolutionnaire, en vient à tout condamner: son entourage d'abord, et finalement lui-même.
Toutefois, en proposant une vision ridicule de ce personnage, le film n’en vient-il pas, en creux, à rendre vaine cette lutte acharnée qui l'amène à tout remettre en doute?
Méprisant son propre mode de vie bourgeois, le Godard fictif se retrouve en dissonance entre celui-ci et ses idées. Cette contradiction se cristallise dans des scènes ingénieuses, comme par exemple dans la représentation de son intervention au Festival de Cannes. Anne, allongée en bikini sur la terrasse d'une somptueuse demeure, est saisie par un travelling en plan serré, tandis que la bande-son est envahie par la célèbre insulte adressée par le réalisateur aux spectateurs du festival: «Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan! Vous êtes des cons!»
Présenté comme une comédie, Le Redoutable exacerbe, par le recours au pastiche, les traits de caractères du réalisateur du Mépris, ainsi que certains aspects formels de ses films: on sera notamment sensible aux longs travellings et à la surreprésentation des couleurs primaires dans le plan. Hazanavicius propose ici une œuvre maîtrisée et amusante, qui prend à contre-pied la tendance mystificatrice du biopic.
Sabrina Schwob
Paris, 1967 : le septième art a élu son dieu, Jean-Luc Godard, et Anne Wiazemsky, qui incarne sa Chinoise, en est follement éprise. Le bonheur est au rendez-vous, mais ne durera pas. Mais 68 s’approche, on parle plus de révolution qu’on ne la fait, de changement radical qu’on ne l’ose. Godard après s’être épris de lui-même se déteste et ne veut plus jouer son rôle. Il se fourvoie et perd Anne du même coup. Le réalisateur poursuit les mises en abîme dont il a le secret et après avoir osé le film muet avec The Artist, il propose cette fois-ci un jeu de miroirs autour de la star et du réalisateur de Pierrot le Fou et du Mépris, en citant ces œuvres. Hélas il ne suggère rien de l’audace créatrice de Godard, ne semblant retenir que son comportement social peu amène. Ce film, chapitré avec humour, truffé de clins d’yeux, multiplie les références et les allusions à un temps où philosophie et cinéma faisaient bon ménage.
Bérénice Bejo et Louis Garrel (qui reprend l’accent, les intonations et les attitudes de JLG de manière troublante) incarnent les deux protagonistes d’une histoire très française qui vient à point nommé alors que cinquante ans ont passé depuis ce moment de cinéma si particulier que l’on désigne le courant de la Nouvelle Vague. Désormais, il ne manque plus qu’un nouveau film de Jean-Luc Godard en écho – pour ne pas dire en réaction – à celui-ci et la boucle sera bouclée.
Serge Molla
Serge Molla