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Le jockey allemand Dennis Schiergen détenait déjà le statut de professionnel dans son pays d’origine et aurait eu les meilleures chances pour poursuivre une carrière de jockey dans l’écurie de son père qui entraîne une centaine de galopeurs à Cologne. Il opta cependant pour une carrière professionnelle «normale» en Suisse, poursuivant sa carrière hippique en tant qu’amateur. Une décision qu’il n’a pas regrettée ne serait-ce qu’une minute.
La famille Schiergen de g. à d.: Peter le père, Laurenz, Gisela la mère et Dennis. Vinzenz manque.
Lorsque Schiergen monte en selle pour défendre les couleurs de l’écurie de Karin Suter-Weber, sa compagne Valeria est souvent à ses côtés comme meneuse. Photo: Turffotos.ch
Dennis Schiergen, aujourd’hui âgé de 24 ans, est né dans une famille de passionnés de courses de galop et «montait» déjà à cheval et poney avant même de savoir marcher. Son père, Peter, est multiple entraîneur de champion et a remporté environ 1500 victoires au cours de sa carrière de jockey avant cela. Sa mère Gisela, amatrice de pur-sang, s’occupe de l’administration au sein de l’entreprise familiale. En ce qui concerne les trois fils Dennis, Vinzenz et Laurenz, le monde des courses s’attendait déjà à ce qu’ils marchent dans les traces de leur célèbre père.
Le rêve de devenir jockey
Dennis Schiergen raconte: «Au cours des premières années de ma vie, mon père était encore actif en tant que jockey. J’étais souvent présent lors des entraînements et il me prenait sur la selle lorsqu’il faisait marcher son cheval en fin de session. Etre assis sur une selle de course était aussi naturel pour moi que de jouer au Lego. Mon rêve d’enfance était donc évidemment de devenir jockey et j’ai commencé à participer à des courses poney très tôt.» Le jeune Allemand obtint sa licence de cavalier de course à 16 ans déjà et poursuivit sa carrière avec succès. Cependant, avec ses 1,74 m, il n’avait pas une taille de jockey idéale et le régime devint une préoccupation quotidienne. «Le poids idéal pour un jockey se trouve entre 52 et 54 kilogrammes. Avec ma taille, il n’est pas possible de maintenir ce poids sans avoir faim en permanence, c’est pourquoi j’ai dû réfléchir sérieusement si le métier de jockey professionnel était une option à long terme pour moi», poursuit Schiergen.
Une décision réfléchie
Au sein de sa famille, une bonne formation est toujours allée de pair avec l’équitation. Dennis suivit donc des études de gestion d’événements sportifs et médiatiques tout en continuant de participer à des courses amateurs. Vinzenz est actuellement sur le même chemin. Le benjamin, Laurenz, fréquente le gymnase et, bien qu’il sache monter à cheval, est passionné de golf, sport qu’il pratique avec succès. Tout comme ses frères, Dennis a donc toujours eu le choix entre le sport professionnel et une profession civile. En 2014, il décida de devenir professionnel et poursuivit cette voie avec succès pendant deux ans, mais les problèmes de poids permanents furent finalement un fardeau trop important. Schiergen explique: «Monter à cheval a toujours été d’abord un plaisir et une passion pour moi. C’est ce que je voulais conserver. J’ai donc décidé de poursuivre une autre formation et de conserver le statut d’amateur. En tant que professionnel, la pression du maintien du poids l’aurait un jour emporté sur le plaisir.»
Dennis Schiergen participe également à des courses de haies depuis le printemps passé et y prend énormément de plaisir. Photo: Turffotos.ch
Aucune comparaison n’est possible
Dennis Schiergen est cependant conscient du fait qu’en Suisse, il n’y a pas de courses de groupe, c’est-à-dire des courses de la plus haute catégorie, et qu’il n’y a donc pas autant de gloire et d’honneur à obtenir comme en Allemagne ou en France. Quant à cela, il ajoute: «On ne peut pas comparer la Suisse et l’Allemagne en ce qui concerne les courses de galop. L’Allemagne est un pays d’élevage, il y a beaucoup plus de personnes qui vivent des pur-sang et des courses de galop qu’en Suisse. Ici, la pression compétitive est nettement moins grande.» Le jeune homme décrit de plus le monde des courses suisse comme très familial: «Propriétaires, entraîneurs, cavaliers - finalement toutes les personnes actives - se réjouissent à l’unisson des succès et s’entraident les uns les autres dans les situations difficiles. Tout cela donne un certain charme au monde des courses suisse.»
Le problème des relations publiques
Cependant, Schiergen ne voit pas le monde des courses suisse tout en rose non plus. Le faible nombre de chevaux de course ainsi que la difficulté croissante de trouver des sponsors sont des problèmes très présents. Schiergen est convaincu: «En ce qui concerne les courses, la faiblesse de la Suisse sont les relations publiques. Les médias - hormis les revues équestres spécialisées - ne relatent que les incidents négatifs. Des rapports positifs sur des manifestations de course réussies et des brillants vainqueurs sont pratiquement introuvables dans la presse quotidienne. Et les associations ne font rien pour remédier à cette situation.» De plus, le monde des courses suisse est régulièrement attaqué par des défenseurs des animaux extrémistes. «Et ce bien que les directives soient plus strictes ici que dans les pays voisins, la cravache ne peut par exemple être utilisée qu’à trois reprises sur toute la course, tandis qu’en Allemagne et en France, elle peut être utilisée jusqu’à cinq fois», explique Dennis de manière plus détaillée. Mais, comme les médias n’en parlent pas, ce sont des choses que seuls les initiés peuvent savoir. Pour cette raison, il est très difficile pour des tiers de se familiariser avec les courses de galop. Le cavalier engagé poursuit: «Concernant ce sujet, j’en appelle également aux disciplines FEI populaires de se serrer les coudes avec le monde des courses. La petite taille de la Suisse devrait nous permettre de nous engager ensemble pour une meilleure perception des sports équestres car, au bout du compte, nous tirons tous sur la même corde.»
Le jeune Allemand montant Perfect Swing est ressorti vainqueur de la première course de haies de sa carrière. Photo: Turffotos.ch
La Suisse, patrie d’adoption
Au cours de sa carrière de jockey professionnel, Dennis Schiergen prenait aussi régulièrement le départ en Suisse. C’est là qu’il rencontra sa compagne, Valeria Holinger, pilote de skikjöring et cavalière d’entraînement. Ainsi, le jeune Allemand décida, partiellement par amour, de faire de la Suisse sa patrie d’adoption. Il souligne cependant qu’il s’agit aussi d’un choix lié à sa carrière: «J’ai trouvé une haute école à Zurich pour mon Master en administration des affaires qui correspondait exactement à mes souhaits. Je n’ai donc pas tourné le dos au monde des courses allemand mais fait le choix d’un autre avenir personnel, autant sur le plan professionnel que privé.» Cette décision, il ne l’a pas regrettée un instant.
Bien intégré
Interrogé sur sa nouvelle vie en tant que Suisse d’adoption, Schiergen répond: «Je me sens très bien ici et je suis parfaitement intégré, autant dans le monde des courses de galop que dans la vie professionnelle. J’ai terminé ma formation et travaille actuellement comme stagiaire en gestion commerciale chez Coca-Cola HBC Suisse.» En tant que jockey avec plus de 200 victoires au compteur, il est également un cavalier de course très demandé. Il s’entraîne aux écuries de l’entraîneuse Karin Suter-Weber et occupe le poste de premier jockey d’écurie. En tant que freelancer, il monte également pour différents entraîneurs dans les courses auxquelles aucun cavalier de l’écurie Suter ne participe. Le jockey revient sur sa vie de cavalier en Suisse: «Au cours des deux dernières années, j’ai pu monter pour tous les entraîneurs renommés de Suisse. Cela prouve qu’ils sont satisfaits de mes performances, ce qui me réjouit évidemment beaucoup.»
Etre un avec le cheval, tel est le but de tout jockey: chose faite pour Dennis Schiergen l’année passée lors de sa victoire à Avenches avec Shinduro de Monika Stadelmann. Photo: Turffotos.ch
Un avenir planifié
A seulement 24 ans, Dennis Schiergen est très prévoyant. Bien qu’ayant participé uniquement à des courses de plat en Allemagne, il est également disponible depuis l’année passée pour disputer des courses d’obstacle. En avril 2018, sa première participation à une course de haies avec Perfect Swing à Fehraltdorf fut couronnée par une victoire. Depuis, il monte régulièrement en course d’obstacle. Il sourit: «Cela me démangeait déjà depuis longtemps d’aborder ces obstacles. Enfant, j’ai été formé à l’équitation classique et monté des parcours de saut jusqu’à 1,40 m. Je prends donc beaucoup de plaisir à franchir les obstacles de course.»
L’expert ambitionné est allé encore plus loin et a obtenu la licence d’entraîneur en Suisse. Il explique: «La possibilité de participer au cursus de formation d’entraîneur s’est présentée en 2018. Je n’ai certes pas prévu de devenir actif en tant qu’entraîneur dans un proche avenir, mais la licence suisse est valable au niveau international et m’offre une voie professionnelle supplémentaire pour la suite. J’aime avoir la possibilité de choisir entre plusieurs options. De plus, c’était une très bonne formation continue.»
Objectifs et souhaits
Lorsqu’on lui demande ce qu’il souhaite pour l’avenir, Dennis Schiergen se met à rire: «Bonheur et santé, tout simplement. En tant que jockey, le risque de se blesser est tout de même omniprésent. J’aimerais de plus gagner beaucoup de courses, notamment un ‹Big Point› en catégorie groupe ou listed race, étant donné que je monte encore de temps à autre à l’étranger.» L’année passée, il a notamment pris le départ avec l’un des chevaux de Karin Suter-Weber, Sweet Soul Music, dans des courses de groupe à Baden-Baden. Classé troisième et quatrième, il s’est approché par deux fois du «Big Point». Schiergen réfléchit: «Bien que j’aie déjà remporté des courses de groupe pendant ma carrière de jockey professionnel, ce serait encore une fois autre chose avec un cheval entraîné en Suisse. Cela me tenterait aussi de remporter le Championnat suisse des jockeys.» Il ne fait aucun doute que le jeune passionné des chevaux a trouvé sa place en Suisse et dans le monde des courses de galop national et qu’il restera parmi nous.
Barbara Würmli
Suspense lors du sprint final avec Sweet Soul Music (à la liste blanche) de Karin Suter-Weber lors d’une course de groupe à Baden-Baden. Photo: Turffotos.ch