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L'espèce du rapport d'activité appartient à un genre littéraire singulièrement délicat. Il suffit d'un pas grand-chose ou d'un presque rien et le voilà qui verse dans ta prose du constat de police ou dans la poésie de l'inventaire. Comme les gens d'armes sont aussi susceptibles que les gens de poésie, le rectorat a jugé prudent de se tenir à distance et des uns et des autres. Il laissera donc aux Annales le soin de rapporter ce dont fut faite l'année écoulée, pour considérer brièvement trois aspects de notre Alma mater.
L'Université, comme tout autre organisme vivant, d'abord entretient des échanges avec le milieu, ensuite est en contact avec d'autres organismes et enfin elle lutte pour maintenir son équilibre propre.
Il y a tout d'abord les relations que nous entretenons avec le Département de l'instruction publique. Ce nous est une satisfaction très particulière que de constater et de dire publiquement que ces relations qui pourraient être dangereuses, nous les vivons quant à nous, comme rassurantes et fructueuses. Certes, nous savons que toute relation n'est pas symétrique. Nous n'en espérons pas moins que Monsieur le conseiller d'Etat chef de ce département et que Monsieur le chef du Service de l'enseignement universitaire, s'ils n'ont bien évidemment aucune raison ni d'être inquiets, ni d'être rassurés, considèrent cependant que sont bons les rapports qu'ils entretiennent avec l'Université du pays de Neuchâtel.
Il y a ensuite le Conseil de l'Université. Celui-ci représente une sorte de revanche du droit sur la biologie. Aux termes de la loi, en effet, ce Conseil constitue un organe de l'Université, mais il n'en est pas moins exclusivement composé de membres extérieurs à elle. Nous nous plaisons à le considérer comme une sorte de parrain, qui prend soin des intérêts de sa filleule, gronde un peu quand il estime que c'est pour son bien, mais ne cesse de veiller à son heureux développement, c'est-à-dire, sinon à ses progrès en expansion — ce qui est aujourd'hui bien difficile — tout au moins à ses progrès en qualité — ce qui, malgré une certaine excellence acquise, n'est toutefois pas impossible!
Nous sommes tout spécialement reconnaissants à ce Conseil d'avoir créé une Commission de prospective. Il a bien voulu y associer quelques-uns de nos collègues, de sorte que nous n'ignorons pas le travail considérable — d'ailleurs généralement sabbatique — de cette commission et que nous attendons son rapport sans impatience, mais avec espoir.
Nous nous félicitons aussi de l'appui que nous apporte la Société Académique. Nous ne cessons de nous adresser à elle en quémandeurs et nous lui sommes très reconnaissants de nous écouter néanmoins avec la plus grande bienveillance.
Nous ne voudrions pas non plus omettre d'exprimer notre gratitude à la Société des Ciments Portland. A l'occasion de son centième anniversaire, celle-ci nous a fait un don généreux qui va permettre à deux de nos instituts de procéder à des recherches d'un intérêt général. Est-ce un symbole? Nous aimerions en tout cas voir, dans ce geste des Ciments, le signe d'un lien particulièrement solide avec l'industrie de la région.
Nous vous avions annoncé, lors du précédent Dies, le projet d'ouvrir modestement une Université du troisième âge, ce qui constitue aussi un rapport avec le milieu. Cette expérience s'est révélée extrêmement positive: elle l'a été par le nombre et par l'assiduité des participants. Elle l'a été aussi par les contacts qui se sont établis et nous pensons que la marque la plus significative de l'impact de ces cours se trouve dans le fait que certaines personnes continuent à travailler les sujets présentés, six mois après la dernière leçon. Ainsi encouragés, nous avons décidé de poursuivre cette entreprise et de l'étendre à La Chaux-de-Fonds. Enfin, et puisque nous parlons de nos échanges avec le milieu, nous ne négligerons pas de remercier la presse, qui au cours de cette année a fait connaître à plusieurs reprises certaines de nos activités, Il ne suffit pas d'exister, encore faut-il que le public connaisse cette existence. La presse, la radio et la télévision sont des instruments qui, seuls, permettent à l'Université de laisser entendre ce qu'elle est au-delà du cercle précieux, mais nécessairement restreint, des universitaires.
Si nous portons le regard par-delà les collines qui bordent notre lac, l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne nous apparaîtra sous peu dans la splendeur de ses bâtiments tout modernes. Profitant de ce qu'elle est encore à notre taille, nous sommes en train de négocier avec elle, avec le Laboratoire suisse de recherches horlogères et avec le Centre électronique horloger le projet d'une Fondation suisse pour la recherche en microtechnique.
Cette Fondation, qui aura son siège à Neuchâtel et pour la création de laquelle le Canton joue un rôle moteur, sera largement ouverte aux autres cantons, aux institutions de recherche et aux entreprises industrielles intéressées. Elle aura pour mission principale d'établir, de financer et de réaliser un programme de recherches en bénéficiant des connaissances scientifiques et des équipements des partenaires et d'en diffuser les retombées technologiques.
Un premier programme de recherches, réalisable en cinq ans et centré sur la micro-électronique (dont on ne saurait assez souligner l'importance pour notre région) est actuellement discuté entre le Centre électronique horloger, l'Ecole polytechnique fédérale et l'institut de microtechnique de notre Université. Parallèlement, la question du financement des recherches, de même que celle des locaux nécessaires au laboratoire qui sera créé par la Fondation, font l'objet de contacts entre le Canton de Neuchâtel et la Confédération d'une part et entre le Canton et la Ville de Neuchâtel d'autre part.
Nous plaçons de grands espoirs dans cette entreprise, persuadés que nous sommes que sa réalisation est de nature à renforcer chacune des institutions que nous venons de nommer et qu'il est nécessaire, par-delà certaines rivalités d'amour-propre, d'unir nos forces au profit de la région et du pays tout entier.
Passons maintenant les monts Jura. Nous allons tout à l'heure procéder au jumelage de notre Université avec celle de Besançon. Il s'agit en fait de consacrer publiquement des liens, dont quelques-uns sont déjà anciens, dont d'autres plus récents n'en sont pas moins vivants et qui tous ont établi entre nos deux Hautes Ecoles des rapports de confiance et d'amitié qui nous sont extrêmement précieux.
C'est vous, Monsieur le président Lévêque, qui avez pris cette heureuse initiative. Permettez-nous, au nom de l'Université de Neuchâtel et de ses autorités, de vous en remercier. Nous sommes heureux à l'idée que votre présence et celle de Messieurs les doyens constituent la marque concrète d'une collaboration dont nous faisons le voeu qu'elle ne cesse de s'accroître.
Regardons enfin vers l'Orient, sans sortir pour autant de la latinité. Le 3 octobre dernier, en présence de son Excellence Monsieur le professeur Docteur Dan Enàchescu, ambassadeur de la République socialiste de Roumanie, nous avons signé un accord avec l'Université Alexandre Jean Cuza, de Iasi. Celle-ci était représentée par le doyen de sa Faculté de droit et l'Université de Neuchâtel par son recteur. Nous sommes convenus d'échanger à égalité: d'une part, pour de courtes périodes bien délimitées, quelques professeurs, chercheurs et étudiants, d'autre part des livres, des revues et des informations. Il peut être regrettable que l'enseignement du roumain ne soit pas chez nous plus régulier. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a dans cet accord la perspective de contacts des plus réjouissants.
Lausanne, Besançon, Iasi. Indépendamment des espoirs que ces nouveaux liens suscitent en nous, indépendamment des ouvertures qu'ils promettent, ils contribuent déjà à nous affermir par cela même qu'ils nous reconnaissent.
L'équilibre d'un organisme est fait d'un double processus d'assimilation et d'accommodation et l'Université, pas plus que l'intelligence selon Jean Piaget, n'échappent à cette loi générale. Cela signifie que nous devons mettre en place les mécanismes qui
nous permettent de puiser dans le milieu les éléments propres à la réalisation de nos tâches d'enseignement et de recherche. Mais en même temps, ou plutôt corrélativement, cela signifie qu'il est nécessaire que nous nous transformions pour survivre dans un milieu qui, lui, ne cesse de changer. C'est la raison pour laquelle le rectorat a sollicité les doyens de mettre à l'étude des plans directeurs pour les années 1978-1985.
Si nous parlons de plans directeurs, c'est d'abord pour éviter la trop facile ironie que suscite, dans les circonstances actuelles, l'expression de plans de développement. Mais c'est aussi et avant tout pour une raison beaucoup plus essentielle. il s'agit d'orienter vers un équilibre — au sens que nous venons de rappeler — les multiples propositions ambitieuses ou modestes qu'exige au fil des jours la vie de l'Université. A moins d'un miracle, il n'est pas possible de procéder au coup par coup, et comme il est illusoire de tout vouloir tout de suite, force nous est d'étaler dans le temps les moyens de notre équilibre en nous guidant sur un programme.
Aristote déjà nous avait appris qu'il n'y avait pas de physique sans métaphysique. Il n'y a donc pas de plans sans quelques principes généraux. Ceux qui nous importent sont particulièrement simples même si, les choses étant ce qu'elles sont, leur mise en application n'est pas facile. Nous en formulerons trois:
1. A la suite d'une analyse effectuée par notre Commission financière, il est apparu que la part du budget consacrée aux traitements des enseignants à proprement parler est trop considérable. Cela signifie qu'il faut viser à augmenter progressivement le nombre des assistants et des crédits d'investissement et de fonctionnement.
2. Le développement de nos facultés, avec l'indépendance scientifique qui est la leur et qui doit rester la leur, a parfois conduit à la création d'enseignements qui se recoupent plus ou moins partiellement. D'un autre côté, l'heureuse évolution de la coordination romande permet aussi de s'interroger sur la nécessité de donner certains cours dans chacune de nos universités. Il s'ensuit qu'il s'agit, à chaque vacance, d'examiner avec le plus grand soin la possibilité de réorienter, de regrouper nos enseignements, voire d'en supprimer certains.
3. Enfin, et c'est tout à l'honneur de nos collègues, il y a plus d'idées de recherches que de possibilités matérielles. Il faut donc que chaque institut, centre, séminaire, ou groupe, restreigne l'éventail de ses recherches au profit d'un petit nombre qu'il s'agira alors de soutenir par toutes les forces des moyens disponibles.
Le rectorat se réjouit à l'idée que les facultés ont accepté ces principes, Il tient à exprimer sa reconnaissance à Messieurs les doyens. Il fait ses voeux pour que ces principes trouvent à se réaliser, voeux d'autant plus sincères qu'ils s'adressent en définitive à l'Université qui est celle de chacun d'entre nous.
Le recteur: