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Passons quelques jours en amoureux à Barcelone. Croisons Laurence Fehlmann-Rielle et Jean-Charles Rielle dans l'avion, une occasion de boire une coupe de Champagne pour fêter la Nouvelle année. Ce voyage ibérique était mon cadeau d'anniversaire, avec compensation écologique. Une attention utile et agréable de ma femme.
Nous quittons Genève, dans le froid et sous la pluie. Nous arrivons en Espagne sous le soleil et une température fort clémente, tournant entre 16 et 18 degrés. J'adore Barcelone. Cette ville est libre, vivante et colorée.
Visitons, les yeux écarquillés par la beauté du lieu, la Casa Batllo. Cette monumentale bâtisse, au cœur du Passeig de Gràcia, est l'une de plus belles réalisations de l'architecte Antoni Gaudi. Cette réinvention est, en fait, une rénovation profonde d'une veille maison. Cette transformation a duré de 1904 à 1906. La maison trône dans le quartier de l'Eixample. Elle incarne une apologie de la joie. La façade représente une toile d'inspiration marine. Le toit ressemble d'ailleurs à des écailles de poisson. Tout est en rondeur. Une overdose de courbes. Gaudi disait à ce propos : « Il n'y a pas de lignes droites dans la nature. » Dégageant des valeurs poétiques, ce bâtiment est aussi un hommage à l'environnement.
Bien que trempé dans un milieu familial, austère et bigot, Antoni Gaudi était un utopiste. Très jeune, il s'intéressa aux idées sociales les plus avancées. Le réformateur social John Ruskin et le penseur socialiste Charles Fourier étaient des références pour ce Gaudi tiraillé entre les idées réactionnaires de sa famille et les idéaux libertaires, si proches de ses œuvres et des milieux artistiques incarnant l'Art nouveau.
Découverte de la Cathédrale de la ville. Puis, promenade dans le Parc Güell. Ce parc, élaboré entre 1900 et 1914 par Antoni Gaudi, figure au Patrimoine de l'humanité de l'Unesco. Eusebi Güell était un mécène, fou d'Art nouveau. Au départ, ce site devait devenir une Cité-jardin. Gaudi avait été inspiré par les théories du socialiste Charles Fourier et la création de phalanstère, cité humaniste parfaite, dont les habitants vivent et travaillent en coopérative. Ce concept remportant peu de succès, à l'époque à Barcelone, seules quelques habitations virent finalement le jour. Perché sur une colline, en bordure du sud de la ville de Barcelone, ce magnifique jardin laisse la liberté créatrice de Gaudi éclater. Au milieu de la nature, l'innovation romantique de l'architecte catalan illumine les visiteurs. Juste après l'entrée, nous admirons la sculpturale salamandre, emblème du lieu, servant de fontaine, entourée par un élégant escalier symétrique. « Pour qu'une œuvre d'architecture soit belle, il faut que tous les éléments possèdent une justesse de situation, de dimensions, de formes et de couleurs. », dixit Antoni Gaudi.
Musée Picasso, dans le quartier gothique de Barcelone. Je l'avais découvert lors de ma première visite barcelonaise avec mon Ariane. Nous y retournons avec passion. Surréalisme dans l'âme, j'adore ce génie. Picasso est un artiste hors norme, mais est surtout un humain d'exception. Pablo Picasso disait : « L'art lave note âme de la poussière du quotidien. » Après la visite de son musée, nous avons l'âme toute propre.
Zyeutons la Sagrada Familia, l'œuvre Art nouveau d'Antoni Gaudi, classée par l'Unesco comme Patrimoine culturel de l'humanité. Ce lieu magistral est considéré comme la Cathédrale des pauvres. Toujours provocateur, Salvador Dali affirmait : « On devrait confier l'achèvement du temple aux chauffeurs de tramway à titre expiatoire. » Le peintre fou ironisait sur la mort de Gaudi, renversé par un tram. Cet édifice, le plus visité d'Espagne, est envoûtant. A chaque regard, une curiosité apparaît. Le dicton barcelonais « Le seul toit digne de la Sagrada Familia est le ciel » prend tout son sens.
Vagabondons dans le quartier de la Gracia. Dans les années 1920, ce lieu était un village anarchiste. Barcelone grandissante, avala ce secteur, qui devint un secteur de la Capitale catalane. Aujourd'hui, Gracia reste un coin libertaire, avec des composantes bobos, intellos et artistiques. Nous passons de la rue de la Liberté à celle de la Fraternité ou du Progrès. Les places se dénomment Révolution ou Liberté. L'ambiance reste rebelle. Les tags sur les murs sont revendicateurs. Franco détestait ce lieu. Un honneur ! Il y a une ambiance, même si tous les bistrots que nous recherchons sont fermés.
Soirée de bonheur pour des accros au jazz. Nous nous rendons dans le club de jazz "Jamboree", se trouvant à la Plaça Reial 17, dans le quartier gothique de Barcelone. David Mengual Free Spirit Big Band, une grande formation de jazz espagnol, rend hommage à la musique de Bill Evans. Les musiciens sont, pour la plupart, très jeunes. Quelques individualités émergent avec talent. Mais, le collectif est encore supérieur.
Quelques bistrots intéressants :
Restaurant Can Cullerettes, Carrer Quintana 5. Le plus vieux restaurant de Barcelone. Le deuxième plus ancien d'Espagne. Depuis 1786, cette enseigne règne sur la ville. La cuisine est populaire et traditionelle de la Catalogne. Le service, réalisé principalement par des mamas, est chaleureux. Nous buvons un rouge, tout à fait bon. Un "12 Lunas", assemblage dans lequel on trouve notamment du Grenache, de la Syrah, du Cabernet-Sauvignon et du Tempranillo.
Dîner du 31 dans un resto réputé de Barcelone : Semproniana, situé au Rosello 148. Une coupe de Cava, le « Champagne » local, pour bien débuter le festin. Nous choisissons le pinard de la soirée : un Parisajes. Je goûte, courageusement, moi qui ne suis pas très aventureux au niveau culinaire, pour la première fois, une soupe d'oursin au Cava. J'avais eu, plusieurs fois, l'occasion de bouffer ce hérisson des mers. J'avais, chaque fois, résisté. Je craque. J'essaie. Je me soumets à ce que disait Jean Anthelme Brillat-Savarin : « La découverte d'un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d'une étoile. » Enchaînons avec des langoustines aux champignons, dont une tonne de mousserons. J'adore ce champignon. Enfant, j'allais les ramasser sur un stade de foot, voisin de ma maison, avant de les cuisiner avec de l'ail et du persil. Un délice ! Le turbot arrive, avec des artichauts. Turbot, est le poisson servi. Turbo, est le rythme du service. Je demande à l'équipe de cuisine de ralentir le rythme, ne voulant pas terminer le dîner du 31 à 22 heures. Le tournedos avec du foie gras sont livrés. Le dessert se compose de sorbet café, avec des oranges et du zest de ce fruit merveilleux. Minuit arrive. Nous ingurgitons 12 grains de raisins, durant les 12 secondes précédentes la nouvelle Année, tradition espagnole oblige. Nous finissons, comme nous avions commencé, avec des coupes de Cava.
« Agua », un resto design, front de mer. Au bord de la promenade piétonne longeant la plage, ce restaurant branché, possède une terrasse remarquable. La nourriture et les vins y sont savoureux, même si quantité et prix ne vont pas si bien ensemble.
Dînons dans un resto à la mode, le Mor Disco, se trouvant Pasaje de la Concepcion 5. Je dévore un bon bout de bœuf, tandis que mon amour ingurgite des fajitas de poulet. Nous finissons cet instant gastronomique par un plat de fromages du pays. Dégustons un blanc, un rouge et un rosé. Pas de jaloux !
Mam I Teca, Carrer de la Lluna 4, à proximité du Musée d'art contemporain. Ce minuscule bistrot est spécialisé dans le Slow Food. Le Slow Food est un mouvement luttant contre le Fast Food et la malbouffe, et prônant la préservation et le plaisir de la cuisine écorégionale ainsi que les plantes, semences, animaux domestiques et techniques agricoles qui lui sont associés. Il a été fondé par Carlo Petrini, en 1986, en Italie. Depuis, le mouvement est devenu international. Ses principaux objectifs sont les suivants : S'opposer aux effets dégradants de l'industrie et de la culture du Fast Food qui standardisent les goûts. Défendre la biodiversité alimentaire au travers des projets de l'Arche du goût et des Sentinelles. Promouvoir les effets bénéfiques de la consommation délibérée d'une alimentation locale et de nourriture indigène. Promouvoir une philosophie de plaisir. Encourager le tourisme attentif et respectueux de l'environnement et les initiatives de solidarité dans le domaine alimentaire (écotourisme). Réaliser des programmes d'éducation du goût pour les adultes et les enfants. Travailler pour la sauvegarde et la promotion d'une conscience publique des traditions culinaires et des mœurs. Aider les producteurs-artisans de l'agroalimentaire qui produisent de la qualité.
En susurrant un Senor de Cascanto, bon nectar rouge espagnol, je médite sur les paroles de Charles Baudelaire : « Si le vin disparaissait de la production humaine, il se ferait dans la santé et dans l'intelligence un vide, une absence plus affreuse que tous les excès dont on le rend coupable. »
Les Barcelonais décorent leur ville avec des lumières de Fêtes de Nouvel An originales …
Photo : Christian Brunier