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L’exercice que propose le pédagogue - au sens grec du terme et non à celui d’une pseudoscience enseignée à l’Université - est d’inspiration socratique. L’aporie est à considérer comme une première forme du vertige - une notion qui s’élargit dès lors qu’en philosophie le souci de l’existence l’emporte sur la définition de l’essence.
Gachoud est continûment fidèle à un propos central diversifié en quinze thèmes: l’idée que la philosophie introduit un vertige de la pensée, pratique une remise en question d’évidences sécurisantes et côtoie hardiment les abîmes. Et cela jusque dans le domaine de la science. C’est pourtant moins Heisenberg ou Einstein qui l’intéresse ici, que Pascal et Kierkegaard; moins le scientifique ébloui par des innovations, que l’humain ébranlé par l’abîme qui environne son être, par la contingence qui fragilise son existence et par l’immensité de l’inconnu qui lui signifie ses limites. Donc ce qui alimente la réflexion «existentielle» sur la condition humaine et sur les éblouissements que peut provoquer le Réel.
Un beau chapitre sur le risque de la foi rappelle ce que le vertige signifie pour Kierkegaard. Je tiens toutefois à souligner une remarque relative à Nietzsche (chapitre 4), centrale à mon sens, sur le vertige de la vie: «Oui, Nietzsche au travers de son intuition de l’‹éternel retour› percevait qu’il y a tout au fond de la vie qui surgit en son fond créateur, un principe de renouvellement et de transfiguration. (...) Ce pouvoir transfigurateur de la vie, quand il surgirait de la chair même contre la puissance de mort, porte un nom: résurrection. Le mystère de la résurrection représente sans doute le vertige le plus insaisissable de la vie.»