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Keane
Difficile de parler de ce film, car il faut le ressentir. Et c'est la marque de fabrique de Lodge Kerrigan depuis son entrée fracassante dans le monde du cinéma avec «Clean Shaven», une rareté qui avait fait fuir pas mal de festivalier lors de sa présentation à Cannes en 1995 par son aspect relativement inconfortable. Ce petit film troublant sur un schizophrène s'est vendu dans une quinzaine de pays et a permis à son auteur de se faire un nom. En 1998, il revient sur les écrans avec «Claire Dolan», poignant portrait d'une prostituée new-yorkaise admirablement incarnée par la regrettée Katrin Cartlidge. Chacune des uvres de Lodge Kerrigan se base sur un personnage central en perdition avec la société, à cause de la maladie, comme c'est le cas dans «Clean Shaven» et «Keane», ou d'un handicap social si on se penche sur «Claire Dolan».Le film commence dans la gare routière de New York. On fait la connaissance de Keane, un père de famille d'une quarantaine d'année, anxieux et totalement démuni, qui cherche sa fille de sept ans après sa disparition. Il se loue une chambre d'hôtel minable et pendant six mois, il erre à travers les couloirs de ce lieu très fréquenté en espérant la retrouver. Dans son investigation personnelle, il se parle à lui-même à haute voix et effectue des gestes brusques et violents en balayant l'air de ses bras par exemple. Le cinéaste ne nous indique pas si ce comportement s'est emparé de son personnage à cause de ce qui lui arrive, ou s'il est atteint d'une maladie psychique, nous laissant ainsi la liberté d'interprétation.Mais Keane rencontre une mère et sa fille qui logent dans le même hôtel que lui et il s'instaure entre eux une relation d'entraide. Il n'est à aucun moment question d'une romance. La mère attend que son mari trouve un appartement pour le rejoindre avec sa fille dans une autre ville. Un jour, elle confie sa fille à Keane. Ces instants avec cette enfant rappellent à Keane qu'il est un père et il oublie momentanément ses problèmes pour se consacrer entièrement à son nouveau rôle. Et là il est grand temps de parler de l'interprétation exceptionnelle de Damian Lewis. Sans Lui «Keane» n'existerait simplement pas. Il est d'une telle véracité dans chaque situation que l'on ne peut poser aucun jugement sur la manière d'être de Keane. Et il nous offre l'un des plus émouvants final de ces dix dernières années. Un film brut mais pas désespéré sur le genre humain, une rareté à ne pas manquer.