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Le bulletin d'alerte nous est adressé du bureau Europe de l'Organisation de la santé situé à Copenhague. «L'augmentation annuelle du nombre d'enfants accusant une surcharge pondérale atteint 2% dans certains pays de la région européenne de l'OMS, alors qu'elle n'était que de 0,1% en moyenne dans les années 70, peut-on lire. A l'horizon 2010, un enfant sur dix sera obèse, soit un nombre total de 15 millions à travers la région. Les comportements adoptés dès l'enfance en matière d'alimentation et d'activité physique peuvent se perpétuer pendant toute l'existence de l'individu et, par conséquent, influencer sa santé.»Nous avons certes appris ces dernières années à prendre la mesure des dégâts croissants causés par l'obésité, cette pathologie collective de la société contemporaine. Tout indique donc désormais qu'un degré supplémentaire est atteint avec l'émergence et la progression du phénomène chez les plus jeunes. «La surcharge pondérale ou l'obésité ont des effets particulièrement néfastes sur la santé des enfants dans la mesure où elles multiplient les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète, de troubles orthopédiques et mentaux, rappelle-t-on depuis Copenhague. La plupart des problèmes de santé liés à l'obésité qui, auparavant, ne semblaient s'appliquer qu'aux adultes, sont maintenant observés chez les enfants, et leur fréquence ne cesse de s'accroître. On mentionnera notamment l'hypertension, les symptômes précoces de l'artériosclérose, le diabète de type 2, le syndrome des ovaires polykystiques et les troubles respiratoires durant le sommeil.» On ne redira pas non plus cette évidence selon laquelle l'obésité raccourcit l'espérance de vie. De récentes données recueillies au Royaume-Uni prédisent une diminution moyenne de cinq ans de l'espérance de vie chez les hommes d'ici 2050 si les tendances actuelles en matière d'obésité se maintiennent.1Que faire face à une épidémie annoncée ? On sait à quel point les réponses collectives peuvent ne pas tarder face à une menace infectieuse. Il en va différemment avec ce qui est à tort perçu comme une pathologie individuelle, une forme de fatalité qui ne peut trouver de réponse que dans la prise de conscience de chacune des personnes concernées. Que peuvent ici les pouvoirs publics ? D'abord, bien évidemment, se rencontrer. C'est ainsi que l'obésité infantile constituait l'un des thèmes centraux de la Conférence ministérielle européenne de l'OMS qui s'est tenu en Turquie, à Istanbul, du 15 au 17 novembre. «Plus de 400 participants, dont 50 ministres, vice-ministres, secrétaires d'États et directeurs généraux de la santé, se pencheront sur le défi de l'obésité et sur la manière d'amplifier l'action afin de combattre efficacement ce fléau» soulignait-on auprès de l'OMS à la veille de l'événement. Mais que peut-on attendre de cet auguste aréopage ?«L'obésité n'est plus un syndrome des sociétés nanties ; elle se généralise aussi dans les pays en développement ou en transition. Les enfants et les adolescents sont particulièrement vulnérables à cette épidémie : elle ne cesse en effet de grever la charge de morbidité et son impact économique est de plus en plus marqué» explique pour sa part le Dr Marc Danzon, directeur régional de l'OMS pour l'Europe. Il ajoute que ce sont les États membres de l'Union européenne qui ont voulu la tenue de cette conférence et ce «afin de motiver les interventions de lutte dans ce domaine». Les objectifs officiels sont désormais la mobilisation de l'engagement politique, la mise en uvre d'une action solide et concertée au niveau international, et le «renforcement des systèmes de santé afin de juguler l'obésité». «Pour ce faire, nous avons demandé à d'importants partenaires de collaborer avec nous, notamment la Commission européenne, le Conseil de l'Europe, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, la Banque mondiale et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, ainsi que des organisations non gouvernementales et internationales» précise le Dr Danzon.En pratique, l'un des principaux aboutissements de la Conférence devrait être l'adoption, par les Etats membres, d'une «Charte européenne sur la lutte contre l'obésité» afin d'orienter les politiques et de servir de cadre stratégique pour le renforcement des mesures de lutte dans l'ensemble de la région européenne de l'OMS. A l'heure où ces lignes sont écrites, nous ne connaissons pas le contenu de ce document que nous analyserons dans ces colonnes dès que possible. Mais pour nous être déjà suffisamment égarés dans les labyrinthes de ce type de rencontres internationales, pour connaître le poids du jargon qui y règne en maître et l'éternelle quête de consensus aussi généraux qu'évanescents, nous savons qu'il ne faut pas ici pécher par trop d'optimisme.Parce qu'elle n'est sur le fond que l'un des symptômes d'un corps social qui souffre, l'épidémie d'obésité et de surcharge pondérale, a fortiori celle qui touche les plus jeunes, ne peut véritablement répondre à un traitement médical symptomatique. L'incitation publicitaire à moins et mieux se nourrir ou à faire de l'exercice physique ne saurait ici suffire. Vouloir combattre efficacement ce phénomène morbide, c'est remettre en cause la manière dont l'agroalimentaire et la grande distribution alliées à la publicité structurent depuis un demi-siècle le monde industrialisé. C'est aussi remettre en cause l'opium envahissant de la société du spectacle qui, dès l'enfance, rend prisonnier des images de la télévision et des sons des baladeurs. C'est enfin jouer avec son corps plutôt que de regarder ceux qui font profession de jouer avec le leur. Quel ministre, quel vice-ministre, quel secrétaire d'Etat, quel directeur général de la santé aurait le pouvoir sinon le courage de mettre en uvre une action de cette ampleur, un programme qui serait immanquablement qualifié de réactionnaire ? On dira, à juste titre, qu'il faut prendre garde à ce que l'Etat respecte pleinement la sphère de la vie privée. Certains estiment que les autorités sanitaires en font déjà trop avec les restrictions croissantes imposées à la consommation de tabac et de boissons alcoolisées. On s'interroge moins en revanche sur le fait de savoir si l'agroalimentaire, la grande distribution, la publicité ou la télévision respectent cette même sphère.1 Il y a quelques jours le dernier rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture estimait à 858 millions le nombre des personnes qui, dans le monde disposent de moins de 1900 calories par jour. Parmi elles, 820 millions vivent dans les pays en voie de développement.