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Si le titre Plaidoyer pour une utopie ecclésiale situe ce texte dans un registre de fidélité à l’utopie comme horizon d’espérance partagée en Église, le ton et l’argument sont donnés par la fin de la première conférence : « ...le protestantisme est à mes yeux ce lieu dans l’Église chrétienne, considérée comme un tout, où je peux vivre le plus authentiquement la dialectique entre la conviction et la responsabilité, la dialectique entre la mort de la religion et la réinterprétation de la foi. » Ce propos central s’enrichit par la suite de la dialectique de la Parole et du langage.
Dialectique signifie ici - dans ces réflexions sur l’Église présente au monde - une tension entre des pôles qui coexistent nécessairement et se conditionnent mutuellement, mais où l’écart de sens entre eux interdit toute conciliation ultime. La responsabilité (sociale et politique) n’abolira jamais la conviction (éthique et religieuse) ; la religion (du fait de sa tendance vers l’idolâtrie) n’absorbera jamais la foi ; la théorie du langage n’effacera jamais l’élan poétique. Ce « jamais » implique que la critique est toujours à l’oeuvre : comme acte d’obéissance à la « violence » de l’Évangile, comme dénonciation des « synthèses hâtives » et comme exigence de sobriété philosophique - comme disanalogie contre la démystification savante et la démythologisation croyante. Peut-être faut-il avoir ce minimum d’information pour aborder utilement un texte dont la valeur est de faire écouter Ricoeur, de faire entendre une parole elle-même conçue à l’écoute de la Parole et exemplairement inscrite dans la tension entre inspiration et raison.