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Comme le voulait l’usage quand les périodiques publiaient des feuilletons, résumé du chapitre précédent:
La crise économique a rendu perceptible l’importance abusive des sursalaires (bonus, stock-options, parachutes) octroyés (auto-troyés) à la classe des managers. Pourquoi tous ceux qui ont contribué à dégager la plus-value n’en bénéficieraient-ils pas eux aussi? Le bonus-privilège devrait conduire logiquement à la participation pour tous.
La théorie des trois tiers
Le président de la République française, prompt à prendre le vent et habile à résoudre verbalement les problèmes posés a réglé, en deux coups de cuillère à pot, la participation financière. Le bénéfice d’une société devrait être divisé en trois parts égales: un tiers pour l’investissement, un tiers pour les dividendes, un tiers pour les salaires (pour ce dernier poste il faut comprendre, on l’imagine, non pas la masse salariale mais le supplément attribué au titre de l’intéressement).
Le partage sarkozien se veut symétrique et égalitaire. A chacun son tiers. En réalité son application donnerait des résultats dissymétriques, car les actionnaires toucheraient deux fois: en revenu (les dividendes) et en fortune (l’investissement autofinancé qui valorise l’outil de production et enrichit d’autant son propriétaire, soit les actionnaires).
La difficulté d’application du schéma sarkozien tient donc à ce que la réforme jouerait sur deux registres; le distribué (salaires, dividendes) et l’investi (non distribué). Une fois de plus, il faut rappeler le jugement de bon sens du sociologue Alfred Sauvy: «On ne peut transformer un bénéfice non distribué en salaire distribué; cela donnerait des malfaçons dans l’économie par manque d’investissements; mais on peut transformer un bénéfice non distribué en salaire non distribué». Voir un numéro spécial de DP, Epargne négociée et pouvoir économique, 24 avril 1969. On y trouvera une bibliographie. Notamment, sur le sujet des revenus non salariaux, des textes de l’OCDE!
Ce salaire non distribué, mais attribué, revêtira le plus souvent la forme d’actions gratuites correspondant à la valeur de l’autofinancement.
Un fonds
Admettons que, par un coup de baguette (sarkozien) ou en application d’une loi, les salariés deviennent actionnaires d’une part de la plus-value dégagée, le système serait assoupli, mais pas modifié. La condition nécessaire pour une transformation du régime, c’est que les actions que détiennent les salariés soient regroupées dans un fonds doté, par sa masse, d’un pouvoir économique.
Ce fonds – ou ces fonds, car il pourrait en exister plusieurs: paritaire ou syndical ou régional ou national – seraient semblables à ces fonds de placement gérés par les banques, auxquels la clientèle souscrit en échange d’un certificat de participation.
Le fonds syndical aurait des avantages pratiques: étalement des risques, égalisation des rendements, indépendance à l’égard des sociétés. Il rendrait possible la participation des secteurs publics ou parapublics, qui pourraient souscrire des parts en faveur de leurs employés, qui, eux aussi, dans leur domaine, dégagent une plus-value.
Sortie de crise
Mais le fonds, s’il est doté d’une force économique réelle, aurait surtout la capacité d’intervenir dans des domaines collectivement utiles. En premier lieu par l’achat de terrains et la construction de logements. La plus-value mobilière positive contribuerait à réduire la plus-value immobilière, parasitaire.
La crise a le mérite au moins de remettre en cause les vérités «correctes». Les propositions qu’elle fait surgir doivent dépasser l’élaboration des programmes de relance.
Et demeure la question fondamentale: l’homme, par son organisation et son inventivité, a la capacité de créer plus que l’existant (l’homme dépasse l’homme). A qui, pour qui, cette plus-value?