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La Syrie est à un carrefour et entre dans une ère "post-bataille", selon Peter Maurer. Le président du CICR a relevé mercredi à Genève que l'organisation a reçu en huit mois 13'000 demandes de civils qui recherchent des proches.
Désormais, le gouvernement syrien, la Turquie ou les opposants et leurs soutiens occidentaux contrôlent relativement un certain nombre de zones. Soit la situation va aboutir "à un consensus pour mettre un terme à la guerre", soit nous allons voir à nouveau une situation très dangereuse", a affirmé M. Maurer devant la presse.
La région d'Idlib, où se trouvent plus de 2 millions de personnes, est notamment préoccupante et il souhaite un accord négocié sur cette zone. Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) relève aussi que d'importants "efforts" ont lieu en ce moment, comme il a pu le constater récemment lors d'une visite à Moscou. Il estime "prématuré" de parler d'une fragmentation durable du pays.
Plus largement, la volatilité de l'environnement dans lequel l'organisation travaille "augmente". Les chefs locaux de certains groupes armés peuvent changer rapidement.
Assistance prévue à Raqa
Une situation comme en Syrie où autant de puissances sont présentes sur un petit périmètre a également été rarement observée, dit M. Maurer. Chaque entité locale qui négocie avec l'organisation est liée à des ordres donnés par des acteurs régionaux, nationaux ou même mondiaux.
En Syrie, mais aussi en Irak et au Yémen, le CICR consacre de plus en plus de ressources à ses activités de protection de civils et de facilitation sur les personnes disparues ou détenues. "Nous avons échangé des informations sur quelques milliers" d'entre elles. Le CICR a accès aux centres de détention, mais pas à ceux qui ont été établis en dehors du système judiciaire traditionnel.
En terme d'assistance humanitaire, M. Maurer relève que "40%" au maximum des ressources des centres de santé fonctionnent encore. Il souhaite aussi que l'organisation puisse distribuer "prochainement" une aide à Raqa. La ville a été reprise il y a quelques mois aux djihadistes du groupe Etat islamique (EI), mais de nombreux restes explosifs de guerre rendent difficile de mettre en place un dispositif.
A plus long terme, le président du CICR ne veut pas "spéculer" sur la durée de l'assistance aux millions de déplacés et de réfugiés syriens. "Plus vous arrivez à stabiliser les personnes dans leur premier déplacement, meilleure la situation sera".
Appel aux autorités irakiennes
Certains Syriens sont déplacés à deux ou trois reprises et sont toujours plus vulnérables, selon lui. Et la moitié des habitants qui ont quitté la Ghouta orientale, des dizaines de milliers de personnes, ont notamment poursuivi vers d'autres régions que celle des camps établis pour les accueillir.
Le CICR va aussi oeuvrer pour la réhabilitation avec ses partenaires. Une normalisation sera possible "avec un peu de soutien", dit le président. Il estime "absurdes" les évaluations de certains sur la durée de la reconstruction du pays.
Parmi les autres situations, M. Maurer appelle les autorités irakiennes à entamer des négociations après les prochaines élections législatives du 12 mai pour réduire "les divisions politiques". Une situation qui faciliterait le retour des 2,5 millions de personnes toujours déplacées.
RDC ou Bangladesh
Au Soudan du Sud, les employés du CICR à Leer ont dû être repositionnés dans la capitale Juba en raison des violences. Le chef de la délégation dans ce pays décidera quand les conditions seront à nouveau favorables pour mener des activités.
Mais les collaborateurs à Leer sont ceux qui doivent être le plus souvent relocalisés, fait remarquer M. Maurer. Lui-même avait été confronté aux troupes lors de l'une de ses visites dans cette zone.
M. Maurer doit se rendre dans dix jours en République démocratique du Congo (RDC). Il sera ensuite fin juin en Birmanie et au Bangladesh pour aborder la crise des centaines de milliers de réfugiés rohingyas.