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Pour assurer l'égalité et la solidarité, la gestion des services publics se réfère, de fait, à une conception de rentabilité sociale - ou socio-écologique - qui ne se superpose pas avec celle de rentabilité d'une entreprise particulière, soumise à la concurrence entre capitaux privés.
La différence entre ces deux rentabilités se révèle dans les modalités de fixation des tarifs des services publics. La tarification d'un service public introduit une déconnexion entre le coût de chaque prestation (celui attaché à l'envoi de la lettre) et le prix payé par l'usager (le prix du timbre, avec ses modulations). Par ce biais s'opère une péréquation entre usagers. Un financement public pour les services, les infrastructures ou les développements technologiques peut introduire une péréquation plus large (entre ceux payant des impôts).
Les politiques programmées pour les services publics ont pour effet de modifier profondément la spécificité de la rentabilité qui leur est attachée.
Au nom de l'efficience sont introduites des séparations entre les infrastructures et leur utilisation. Cette séparation, malgré elle, démontre que les néo-libéraux doivent reconnaître - au moins partiellement - l'existence de monopoles naturels. En effet, il serait ridicule de construire deux lignes de chemins de fer, en parallèle, entre deux villes. Mais, en même temps, ils préconisent que ces infrastructures soient accessibles à des opérateurs privés. Un géant de la distribution pourra ainsi créer une société utilisant des infrastructures ferroviaires. Une concurrence devra exister entre ces opérateurs, afin de stimuler l'efficacité économique.
Cette option ouvre sur la question: qui doit supporter l'ensemble des coûts liés à un service public, pour autant que celui-ci résiste au des opérateurs et à entre eux. L'ancien directeur d'EDF (Électricité de France) pose avec clarté le problème: le monopole éclate entre entreprises concurrentes, il faut répartir entre celles-ci les sujétions et le coût du service public (Futuribles, janvier 1996). Autrement dit, le prix pour l'accès aux infrastructures, fixé par l'autorité (le régulateur), devrait intégrer le coût des investissements, y compris sur le long terme, ainsi que les frais liés à des prestations non rentables
Or, les opérateurs privés, qui seront membres d'un club fermé (un oligopole), veulent exactement le contraire.
Quant à la concurrence, aura-t-elle vraiment l'effet de combattre le manque (prétendu) d'efficacité qui serait le propre de tout monopole (du moins public)? Va-t-elle rationaliser les investissements puisque subventions publiques et usagers prisonniers ne seront plus là pour passer à la caisse?
On peut en douter, en repérant les politiques proposées.
La stratégie des opérateurs privés va correspondre à une gestion de l'investissement dictée par des intérêts de rentabilité en tant qu'entité économique privée. Le court terme constituera leur horizon dans leurs relations aux développements des infrastructures. L'opérateur imposera, de fait, une sélectivité des investissements d'infrastructures. En effet, si le régulateur introduit dans le tarif d'accès une part élevée des coûts d'investissement, l'opérateur pourrait accepter la facture, mais en sélectionnant les seules variantes (les lignes, par exemple) qui lui sont favorables.
Les opérateurs se comporteront donc selon le principe du dénoncé par les néo-libéraux, c'est-à-dire comme ceux qui utilisent des services publics sans en payer tous les coûts!
Enfin, ces opérateurs vont des besoins sociaux de la population à l'avantage des leurs, en fixant leurs priorités. Ils pourront les imposer grâce à leur poids de monopsones (leur position d'imposant acheteur). Le débat n'est donc pas technique. Par intérêt, les néo-libéraux refusent la rentabilité sociale. Il faut la défendre par l'argument et par l'action.
Charles-André Udry