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Noms et numéros
Commémoration sur Pampus NL - Une île de quarantaine *4 mai 2020* Pendant la Seconde Guerre mondiale, mon grand-oncle et quelques voisin ont été mis en rang contre le mur d’un garage et fusillé pour avoir caché des Juifs dans la Frise occupée (NL). Mon père m'a emmené à cet endroit à Wons (Wuns) à plusieurs reprises. Lorsque nous avons touché les trous de balles dans le mur, il me racontait ce qu'il savait du choix courageux et du destin de son omke Fetse Elgersma. Il y a deux ans, j'ai participé à un pèlerinage-rituel sur la Kastanjeplein, une place publique d'Amsterdam, pour honorer sa vie et ses valeurs.
Depuis sept ans, le 4 mai, jour réservé à la mémoire des victimes de la Guerre, des centaines de personnes de tous horizons, cultures, langues et religions, se sont réunies et ont ritualisé leur respect pour les victimes juives dans un Stratenmonument (monument de la rue) sur la Kastanjeplein à Amsterdam. La commémoration a démarré il y a huit ans à l'initiative de l'artiste rituelle néerlandaise Ida van der Lee. Lorsqu'elle a réalisé que plus de 2 800 Juifs de son quartier d'Amsterdam avaient été déportés et jamais revenus chez eux, Ida a voulu faire quelque chose pour honorer leur vies. Avec d'autres personnes du quartier, Ida a commencé à fabriquer des plaques nominatives et une maquette des rues du quartier. Chaque plaque était ensuite placée à la dernière adresse connue des personnes déportées pour, symboliquement, les ramener chez elles. Au fil des ans, des personnes se sont jointes à la commémoration en apportant les plaques nominatives de parents et d'amis déportés qui vivaient ailleurs aux Pays-Bas.Lorsque j'ai participé, j'ai aperçu des personnes venant de pays actuellement déchirés par la guerre se tenant aux abords du site de commémoration. Discrètement, ils pleuraient leurs propres morts. J'ai parlé avec un réfugié syrien qui, les larmes aux yeux et la voix étouffée, m'a dit : "C'est tellement important de faire cela..." D'autres spectateurs, identifiables comme des immigrés par leurs vêtements traditionnels, parlaient doucement en se serrant les uns contre les autres, manifestement pour se soutenir mutuellement dans leurs pertes. Cette année, avec l'apparition de COVID-19, la Kastanjeplein sera vide le 4 mai. Néanmoins, les habitants ont déjà fait les dernières 200 plaques, chez eux. Dans un geste créatif et judicieux, les organisateurs de la commémoration "Noms et numéros" ont échangé la place d'Amsterdam contre Pampus, une île désormais inhabitée, autrefois utilisée pour mettre les malades en quarantaine. À notre place, Job Cohen, ancien maire d'Amsterdam et président du Comité, se rendra à Pampus pour rendre hommage aux déportés et chanter le Kaddish, une prière juive pour les morts. Les 2 800 victimes juives déportées de ce quartier d'Amsterdam ont toutes été nommées. Elles ont retrouvées une place au sein de la collectivité. Elles sont finalement sortis des ténèbres pour aller vers la lumière. Si tout se passe comme prévu, la dernière commémoration de 'Noms et Numéros' aura lieu le 4 mai 2021 à nouveau sur la Kastanjeplein. Nous nous jouissons donc d'un sentiment d'avoir accompli un devoir. Toutefois, un autre défi nous attend : trouver de nouvelles façons de nous souvenir de ceux qui sont morts trop tôt et qui ne doivent pas être oubliés. - Jeltje Aukema GORDON-LENNOX ---