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Ikebana y compris Mono no Awase, Yugen, Wabi-Sabi.
|La naissance du Zen, dans la tradition, est liée à une fleur :
Un jour, on demande à Bouddha de faire un sermon : il cueille alors une fleur et la montre silencieusement à ses disciples : un seul, le plus sagace Kashayapa, perçoit le message « silencieux » du Maître et sourit avec compréhension. Ainsi naît l’enseignement silencieux du Zen et Kashayapa est le premier d’une série de Patriarches qui apportent le Zen de l’Inde à la Chine puis au Japon où la noblesse shogunale, à l’époque Kamakura (1185-1333), le préfère aux autres courants bouddhiques suivis par la noblesse impériale.
Le culture Zen donne à l’Ikebana les mêmes caractéristiques que celles données à toutes les manifestations du style idéal de vie de la noblesse shogunale, des arts martiaux aux autres arts non martiaux, apparus plus tard à la période des Shogun Ashikaga de Muromachi (1336-1573) comme la Cérémonie du thé, la poterie Raku, le théâtre Nō, la poésie Haiku, les «jardin sans eau ou jardin sec» Karesansui, la cuisine Kaiseki, le style de construction de maison, etc.
La culture Zen, contrairement à la culture occidentale, considère les caractéristiques suivantes comme positives :
|Un : (par opposition à « beaucoup ») peu
Petit : peu
Pauvre : misérable
Vieux : laid, sale, dans le sens où il montre des signes d’usure
Sans : par exemple incomplet, incolore, etc.
|Foncé: sombre
Calme : silencieux
Simple : sobre, sans fioriture
Arrêt : lent
Irrégulier : déformé (ex. tasses raku), asymétrique
Ces caractéristiques sont résumées par le moine Zen, philosophe, maître de la cérémonie du thé, professeur d’université à Kyōto, Shin’ichi Hisamatsu (1889-1980) dans son livre « Zen et les Beaux-arts ».
|Caractéristiques générales applicables à tous les arts
|Caractéristiques spécifiques à l’Ikebana
|Simplicité
|Dans le choix du vase et des matériaux.

Austérité

Toutes les parties superflues des végétaux sont supprimées, ne laissant que les parties essentielles.

Asymétrie

En nombre, positions et inclinaisons

Naturel

Éviter tout signe d’artificialité : la composition doit donner l’idée que l’homme n’est pas intervenu.

Tranquillité d’esprit

La composition doit suggérer un sentiment de calme profond.

Profondeur subtile, mystérieuse ((Yūgen)

La composition doit dégager une force, un remarquable pouvoir de suggérer une qualité cachée.

2 Libération de toute attache

Les 5 premières caractéristiques sont relativement faciles à comprendre :
Par exemple, une tasse à thé Raku est simple, austère, asymétrique, elle paraît naturelle, elle donne un sentiment de tranquillité si elle est vue ou prise en main.
Un Ikebana doit être simple, austère, asymétrique, paraître naturel comme si les plantes ont poussé spontanément dans le vase et la composition dans son ensemble doit donner une impression de calme.
Les deux dernières caractéristiques, profondeur mystérieuse et libération de toute attache nécessitent une explication.
- Profondeur mystérieuse: ce terme est lié à des concepts déjà présents dans la culture japonaise, dont les plus importants sont : Mono No Aware et Wabi-Sabi.
Mono No Aware
Concept qui caractérise la vie de la cour impériale de l’ère Heian (794-967). Il correspond à un sentiment de mélancolie, mais pas de pessimisme. Il dérive de l’expression «Aa Are» qui signifie : « oh, ce truc ! » transformé au fil du temps en «Aware» puis en «Mono No Aware» qui indique : ce qui amène l’âme, pour un instant bref mais éternel, à vibrer à l’unisson avec la vie tout autour.
Deux aspects différents à distinguer :
– l’enchantement de la nature, principalement lié au shintoïsme,
– la fugacité du temps, liée au bouddhisme.
« Aware » peut être traduit par :
cette merveille : arbres en fleurs, lever de la lune derrière la montagne, vers poétique improvisé.
cette nostalgie : la décadence de la beauté et de la jeunesse, le souvenir d’un lieu familier, la pensée de quelque chose d’attendu et encore loin.
cette intensité : l’amour d’une courte nuit, la joie d’une rencontre tant attendue, un regard plein de compréhension.
ce mal : le souvenir des gens disparus, la séparation des affections les plus chères, la ruine inexorable des choses.
cette beauté : la couleur de la robe, l’écume blanche des vagues, la splendeur de la lune reflétée dans l’eau.
Exemple de Aware dans le Waka (poésie) de Ariwara no Narihira (826-881) :
« Si dans ce monde il n’y avait pas du tout de cerisier
Le cœur au printemps serait plus serein
Même si tu es tombé, laisse-moi au moins ton parfum
Ou tes fleurs de prunier !
Ce sera pour moi le souvenir du moment
Où je me languis de toi ».
Au fil du temps, le concept de Mono no Aware se transforme en ‘Yūgen’ qui signifie profond, mystérieux, impénétrable. il fait référence à un état psychologique tendant vers la mélancolie causé par la présence de deux éléments qui se chevauchent, comme une troisième couleur obtenue en superposant deux verres colorés.
Yugen
Waka de Fujiwara no Sadaie (1162-1241)
« À perte de vue, je ne vois pas les fleurs de cerisier, les feuilles aux couleurs d’automne mais seulement une hutte avec un toit de roseau près de la crique au crépuscule d’automne ». Dans ce Waka, le premier élément dont l’auteur se souvient est la couleur vive des fleurs et des feuilles d’automne qui se superpose au second élément, le gris du crépuscule d’automne associé à la hutte en jonc sans couleur, sobre sans fioriture. La superposition de ces deux éléments contrastés génère cette « mélancolie » définie par le Yūgen.
Avec l’introduction du Zen, le concept de beauté mystérieuse ‘Yūgen’ se développe dès l’ère Kamakura (1185-1333) pour devenir à la période Edo, avec Sen no Rikyū (1522-1591), une « manière ‘Wabi-Sabi’ », deux termes pratiquement équivalents et difficiles à expliquer même pour un Japonais :
– Wabi est utilisé dans tout ce qui touche à la Cérémonie du Thé.
– Sabi est utilisé dans l’art et la littérature.
Dans Yūgen un élément, même partiellement occulté par l’élément qui le recouvre, est encore visible
Dans Wabi-Sabi un élément recouvre totalement l’autre de sorte que l’élément complètement caché doit être perçu, deviné, ressenti avec le cœur par l’observateur/observatrice.
Murata Jukō (1423-1502), considéré comme le premier maître de thé connu, a déclaré : « Ce serait bien de garder un magnifique cheval dans une écurie au toit de chaume« . La simplicité, l’extrême pauvreté de l’élément totalement couvrant, l’humble écurie au toit de chaume, correspond à quelque chose de très significatif de l’élément couvert, le magnifique cheval.
Autre phrase qui lui est attribuée : « la lune sans nuages n’est pas intéressante »
Bashō (1644-1694), plus de cent cinquante ans plus tard, exprime le même concept en seulement trois vers :
Brouillard et pluie
le Fuji ne se voit pas.
C’est suggestif.
Wabi-Sabi
C’est la beauté des choses imparfaites, temporaires, inachevées, humbles et modestes, inhabituelles, naïves, non sophistiquées, brutes et irrégulières, qui donnent un sentiment de protection, de calme et de tranquillité.
Concluant la tentative d’explication du concept de « profondeur mystérieuse », basée principalement sur le Wabi-Sabi, certains auteurs parlent également de « sublime austérité » ou encore de « sublime sécheresse », termes qui expriment aussi le passage des années, la maturation, la saisonnalité, la disparition de la chair et de la peau pour ne laisser que l’essentiel, que les « os ». À titre d’exemple vous pouvez imaginer un vieux pin qui a lutté toute sa vie contre les éléments, dont l’écorce est marquée par ces événements et dont il ne reste que l’essentiel de sa structure, ou encore le visage d’un vieux paysan à la peau ridée, marqué par l’âge, le soleil et la fatigue.
Est Wabi-Sabi toutes les formes d’art influencées par le Zen comme, parmi tant d’autres, le théâtre Nō, les jardins secs, la peinture à l’encre ‘Suiboku’, la céramique Raku, la cérémonie du thé.
En Ikebana, la seule forme véritablement Wabi-Sabi est le Chabana, une composition utilisée pour la Cérémonie du Thé.
Dans un Ikebana de n’importe quelle école, la composition est Wabi-Sabi si l’ikebaniste « marche sur le Chemin du Dō » et l’exprime dans sa composition, à la fois, par l’attitude mentale et corporelle et par le choix du type de végétaux et de contenant et si les caractéristiques énumérées par Shin’ichi Hisamatsu sont perceptibles dans la composition.
- Libération de toute attache
Elle est mise en évidence grâce à la liberté d’exécution, le détachement aux habitudes, conventions et coutumes, conceptions religieuses et règles d’école, l’abandon de son ego et du désir d’obtenir un résultat. Le concept de banalité (rien n’est banal), disparait.
Dans le Zen, nous parlons de la « règle de la non-règle ».
Le fait d’appartenir à une école d’Ikebana et de suivre ses règles exclut cette liberté. Cette septième caractéristique »Libération de toute attache» n’existe, en ce qui concerne l’Ikebana, que partiellement dans le Chabana où il n’y a pas de règles scolaires mais seulement des manières Zen de s’exprimer.
Pour parvenir à cette libération des attachements, il faut apprendre à contrôler l’exubérance de son ego, souvent hypertrophique et hypersensible chez l’homme ordinaire de la culture occidentale moderne. La pratique de tous les arts traditionnels japonais, à leur manière, aide dans ce sens.
|Une phrase de Bashō (1644-1694), connu surtout comme l’auteur du célèbre Haïku sur la grenouille, dit :
« Tournez-vous vers le pin, si vous voulez tout savoir sur le pin et vers le bambou, si vous voulez tout savoir sur le bambou, et ce faisant, sortez de vos idées préconçues, sinon le sujet ne vous n’apprendra rien ».
Selon le Zen, la méditation est un élément essentiel pour atteindre « l’éveil », l’illumination (Satori). L’une des nombreuses manières possibles de « méditer » est celle pratiquée dans le Ka-dō par l’exécution d’un Ikebana.
La méditation utilisée dans le Zen n’est pas la méditation au sens occidental consistant à considérer attentivement et longuement une idée, un texte. Se concentrer sur une idée, sur un problème, c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Méditer, pour le Zen, c’est essayer de libérer son esprit des pensées liées aux problèmes personnels car elles limitent la concentration du sujet à ce moment-là. En méditant, on apprend à ne considérer les pensées que comme des pensées, sans se laisser influencer par leur contenu.
Ceux qui veulent utiliser le temps dédié à l’Ikebana comme pratique de méditation, après un bref moment de concentration sur la respiration, appliquent la règle de l’»ici et maintenant ». Ils se concentrent, conscients qu’ils utilisent la « Voie des fleurs » pendant le temps dédié à la composition, sur leur propre corps, sur les plantes et sur les règles de composition non pas de manière cartésienne mais dans une perspective bouddhique qui lui rappelle l’éphémère, l’interdépendance, la sobriété, l’essentialité et le respect.