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Aujourd’hui, la Suisse est l’un des centres nerveux du négoce international des matières premières. Cette position éminente est ancienne et elle est tout sauf le produit du hasard. Depuis les années 1990, les sociétés établies en Suisse ont réussi à accroître fortement leurs parts de marché sur le marché international et, par ailleurs, d’importantes sociétés étrangères se sont établies en Suisse, en particulier dans l’Arc lémanique. La Suisse est donc passée durant ces trente dernières années d’un acteur important à un acteur majeur dans le commerce international. En 2020, on peut estimer le volume mondial du commerce des matières premières à environ 5000 milliards de dollars étasuniens (Cnuced) et la part de la Suisse tourne autour de 25 %.
Quatre facteurs ont contribué au développement de la place commerciale suisse :
❶ Neutralité politique
La neutralité politique de la Suisse, sa non-participation politique et militaire aux conflits entre les grandes puissances, sa relative marginalité politique, son absence – jusqu’à la fin du 20e siècle – des organisations politiques supranationales (ONU, etc.), sa politique des Bons offices et sa réputation de bienfaisance humanitaire, constituent autant d’avantages.
Les sociétés suisses ou établies en Suisse disposent d’une grande marge de manœuvre pour violer les décisions prises par les organisations internationales, d’autant plus grande que le faible poids de la Suisse sur le plan politique international accroît encore la discrétion dont elles jouissent.
Dans les années 1980, la Société Marc Rich (Glencore aujourd’hui) établie à Zoug échappe à la politique de sanction de l’ONU à l’égard de l’Afrique du Sud durant l’Apartheid, ce qui fait que Rich pourra faire d’énormes affaires en approvisionnant l’Afrique du Sud avec du pétrole iranien.
❷ Place financière
La puissance de la place financière helvétique représente également un atout de poids. Le commerce des matières premières nécessite des crédits gigantesques. Grâce à la puissance de la place financière suisse, les trading companies helvétiques ou établies en Suisse peuvent donc s’appuyer sur d’abondantes lignes de crédits, dont le taux d’intérêt est généralement inférieur de plusieurs points à ceux dont disposent les entreprises concurrentes dans d’autres pays.
Mais le commerce international des matières premières nécessite aussi d’être assuré. Or, la Suisse est aussi siège de très grandes sociétés d’assurances : Winterthur (AXA), Bâloise, Helvetia, etc.
Le négoce international nécessite également des sociétés de contrôle. Encore une fois, la Suisse est le siège de la plus grande société au monde de certification, la Société générale de Surveillance. Enfin, il faut transporter les matières premières. Paradoxalement, la Suisse est une importante puissance maritime, elle est notamment le siège de la Meditarrean Shipping Company (MSC), qui est aujourd’hui la plus grande société de transport maritime du monde.
❸ Stabilité politique
La stabilité politique de la Suisse produite en large partie par la grande faiblesse du mouvement ouvrier et, plus généralement, des mouvements sociaux critiques de l’ordre socio-politique dominant. Cela présente plusieurs avantages pour les sociétés de trading. En particulier, elles ne courent guère le risque de devoir lever un coin du voile épais entourant leurs opérations et elles ne font guère l’objet de démarches critiques.
Par exemple, il existe une quarantaine de ports-francs en Suisse, dont les plus grands sont ceux de Genève, Bâle et Chiasso. Ces ports-francs présentent de grands avantages du point de vue fiscal et restent en large partie des zones grises, les autorités ne pouvant ou ne voulant pas savoir ce qu’il s’y passe. Le Port-franc de Genève est régulièrement cité pour la place centrale qu’il occupe à l’échelle internationale dans des opérations très douteuses : commerce de pierres précieuses venant de régions en guerre, commerce de l’or, commerce de biens culturels pillés, etc. À noter que le Conseil d’administration de ce Port-franc a été présidé durant de nombreuses années par une membre du Parti socialiste !
❹ Fiscalité
Le patronat et les autorités helvétiques ont transformé la Suisse en paradis fiscal, le principal au monde, depuis la fin du 19e siècle. Cela signifie que les sociétés de trading sont assurées de pouvoir agir dans une opacité presque complète. Jusqu’il y a peu la législation suisse encourageait ouvertement la corruption au niveau mondial et encore aujourd’hui les entreprises de négoces ne sont, de fait, pas soumises à la loi sur le blanchiment d’argent adoptée en 1997.
De plus, les sociétés de trading établies en Suisse effectuent de la fraude fiscale grâce aux mécanismes des prix de transfert. Cela a été par exemple le cas de Glencore qui possédait une très grande mine de cuivre en Zambie et dont le siège est à Zoug. Le gouvernement zambien aurait du toucher 170 mios $ de recettes fiscales sur cette mine pendant les années 2000-2010 soit 20 % des recettes fiscales du pays producteur. Toutefois, grâce au mécanisme des prix de transfert permis par la loi suisse, Glencore a été imposé au taux très bas qu’est le taux zougois et a accru ainsi ses bénéfices alors que la Zambie a été spoliée de très importantes ressources provenant de l’exploitation du cuivre sur son territoire.
Depuis douze ans, Lausanne accueille en mars les spéculateur·ice·s du monde entier au Beau Rivage Palace pour l’annuel Commodities Global Summit, financé par le Financial Times. Les dirigeant·e·s des plus importantes entreprises du commerce des matières premières s’y retrouvent pour networker avec des représantant·e·s du milieu financier et bancaire.
Parce que nous nous opposons au pillage des ressources du Sud Global et à l’appauvrissement des populations pour l’enrichissement massif d’une petite minorité située en Suisse, rassemblons-nous le 21 mars prochain devant le Beau Rivage Palace !