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L'audition des prévenus a commencé lundi lors du procès des Tigres tamouls à Bellinzone. Plusieurs cadres du comité suisse se sont exprimés sur leur passé au Sri Lanka et leur situation actuelle en Suisse.
Interrogé par la présidente Nathalie Zufferey-Francioli du Tribunal pénal fédéral, le responsable financier du World Tamil Coordinating Comitee (WTCC), qui soutenait les Tamouls en Suisse, s'est montré peu dissert. Notamment sur la formation militaire qu'il aurait reçue au sein des Tigres tamouls (LTTE) entre 1985 et 1987. Il s'est justifié par une volonté de s'exprimer uniquement sur des points personnels et non sur des questions d'ordre politique.
Employé du WTCC entre 2004 et 2009, ce responsable a reconnu qu'il avait souscrit deux crédits, à son nom et à celui de sa femme, totalisant 125'000 francs auprès de la Bank-Now. S'y ajoutent 60'000 francs empruntés à des membres de sa famille. Il a indiqué que les revenus actuels de son ménage atteignaient environ 5800 francs. En revanche, il a refusé de se répandre sur l'emploi de ces montants.
Longue déclaration
Dans une longue déclaration traduite par l'interprète, le responsable financier a expliqué quelle avait été sa situation au Sri Lanka, avant son arrivée en Suisse en 1990. En 1983, ses parents ont été privés de revenus après que leur taxi-bus a été mitraillé et détruit par l'armée sri-lankaise. Arrêté par les militaires indiens déployés à la fin des années 80, il a été détenu et torturé durant deux ans.
Pour lui, la procédure lancée par la justice suisse contre le WTCC est incompréhensible. "Tous les membres de notre organisation ont toujours respecté la loi et travaillé pour le bien de notre communauté en Suisse et au Sri Lanka." Selon le responsable financier, seuls quelque 3000 tamouls - sur 35000 à 40000 réfugiés - ont apporté régulièrement un soutien financier au WTCC. S'ajoutent environ 5000 contributeurs occasionnels.
Ces personnes n'ont pas été l'objet de pressions, a-t-il affirmé. En revanche, les banques GE Money Bank, Credit Suisse et Bank-Now ont accordé les crédits en toute connaissance de cause. Leurs responsables savaient, selon lui, que ces emprunts souscrits par des Tamouls l'étaient pour le compte du WTCC.
Membre des Tigres
De son côté, le leader du WTCC en Suisse a admis qu'il avait fait partie des Tigres au Sri Lanka. Il a été détenu à deux reprises dans son pays et a aussi occupé la justice suisse. En 1996, lorsqu'une enquête a été ouverte sur le caractère criminel du LTTE, enquête qui a conclu par la négative.
Et en 2006, sous l'accusation d'avoir voulu attaquer un autre mouvement tamoul, le PLOT, lors de la manifestation du 1er mai. Son avocat a souligné qu'un membre du PLOT a été interrogé à plusieurs reprises lors de la présente procédure.
L'un des prévenus, fils d'un agriculteur qui élevait des vaches et des chèvres - "comme un paysan suisse" - a expliqué qu'il avait été arrêté par le département d'enquêtes criminelles (CID) du Sri Lanka. Dans ce bâtiment situé en face de l'ambassade de Suisse à Colombo, il a été détenu et torturé pendant un an. Cet homme a aussi reconnu avoir souscrit des petits crédits pour 97'000 francs.
Plusieurs autres prévenus, notamment ceux qui avaient agi comme courtiers en crédits, ont été entendus. Il ressort de leurs interrogatoires qu'ils ont aussi effectué des emprunts bancaires pour des montants très importants.
L'un d'entre eux a raconté comment la police vaudoise l'a interpellé à trois reprises dès 2006 et longuement interrogé. En 2010, il a été arrêté et torturé lors d'un voyage au Sri Lanka. Les policiers se fondaient sur un dossier intitulé "LTTE Suisse" pour lui poser des questions. Il a été accusé d'envoyer de l'argent et des armes au Sri Lanka. Entre les déboires de son entreprise, les procédures et les honoraires des avocats, le prévenu a accumulé 800'000 francs de dettes privées.
Banquier peu loquace
Seul employé de banque à comparaître dans cette affaire, l'ex-collaborateur de la Bank-Now a refusé de répondre à la plupart des questions. En particulier sur son activité plus récente au sein d'une banque cantonale qui aurait débouché sur une procédure pénale toujours pendante.
A l'ouverture des débats, la présidente Nathalie Zufferey-Francioli a balayé les nombreuses questions préjudicielles déposées la semaine passée. Ainsi, elle n'a pas suivi Me Marcel Bosonnet qui estimait que certains faits reprochés relevaient du délit politique poursuivi seulement sur autorisation du Conseil fédéral. Les critiques concernant l'acte d'accusation de 367 pages et les nombreuses notes qui le complètent ont également été rejetées. Le procès se poursuit mardi.