Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07188.jsonl.gz/447

Cet article est extrait du premier chapitre du livre Faith and Family in Asia, publié par William Carey Library and utilisé avec autorisation.
Les tendances montrent un renouvellement de l’accent sur la famille au 21ème siècle
Pendant toute l’histoire, et ce jusqu’à la révolution industrielle dans les années 1800, le schéma principal des familles était la famille élargie davantage que la famille nucléaire. Le clan, la tribu et les réseaux de familles élargies étaient généralement autosuffisants, soutenant les membres du groupe par la chasse, la culture, l’élevage et la vie en proximité. Ils produisaient ensemble tout ce dont ils avaient besoin pour leur nourriture, leurs habitations et leurs vêtements. Ils se mariaient, éduquaient leurs enfants, prenaient soin des personnes âgées et enterraient leurs propres morts.
Vers le milieu des années 1800, l’ère industrielle s’est imposée. Les villes avec leurs usines sont devenues les principaux centres de travail et de population, attirant les masses provenant des zones rurales et tribales.
Alors que les familles quittaient leur village et leur parenté, ces unités nucléaires se sont libérées des contraintes et du contrôle du village et des ancêtres. Ils ont également été exposés à toutes sortes de maux sociaux auxquels ils n’auraient jamais pris part dans leur contexte familial traditionnel. A l’aube du communisme, Karl Marx a perçu la famille comme une structure dépassée et a prédit sa disparition en même temps que le capitalisme. Il avait tort. Son expérience d’encouragement des fréquentations désinvoltes et du divorce facile, tout comme un peu plus tard du mouvement de «l’amour libre», ne rencontrèrent pas le succès escompté. En fait, après la révolution de 1917, Joseph Staline a fait cesser ce genre de pratiques, déclarant que la famille était «la cellule de base de la société».
Tous les aspects de la vie, y compris l’économie, les styles de vie et les emplois, ont changé dans ce nouveau monde de l’industrialisation.
Les familles paysannes, en particulier, ont été fortement touchées. En 1900, 90% des Américains vivaient de l’agriculture. Ils vivaient aussi sur leur propre terre. En 2000, mois de 10% des Américains vivent de l’agriculture. Avec le temps, cette mobilité de l’âge industriel a entraîné la fracture de nombreuses familles élargies, les familles nucléaires devenant les unités économiques principales dans les villes industrielles. Jusqu’au début du 20ème siècle, les grands-parents vivaient dans, avec ou à côté des membres de leur famille élargie. Dans la seconde partie du 20ème siècle, ce modèle a évolué de plus en plus vers des unités de vie isolées et indépendantes, souvent séparées par des centaines de kilomètres. La plupart des familles élargies ne vivaient plus ensemble, ni même à proximité.
Cependant, dans ces dernières décennies, les choses sont en train de changer. Le mouvement de pendule est lentement en train de revenir. En novembre 2008, Britt Hume a expliqué sur la chaîne de télévision Fox News que 4000 foyers américains ont maintenant trois générations ou plus qui vivent ensemble. Dans Grandparents under the same roof, Hume fait remarquer que pendant la décennie 1990-2000, il y a eu une augmentation de 38% de ce phénomène de trois (ou plus) générations vivant ensemble sous le même toit. Cette tendance vers des domiciles intergénérationnels indique un nouvel état d’esprit et le sentiment que les gens ont besoin d’une famille.
Il est intéressant de noter que dans «The family: At Home in a Heartless World», Rowland Croucher encourage le modèle de la famille élargie. Il écrit qu’«aucune famille nucélaire ne peut pourvoir à tous les besoins de ses membres. Je crois qu’il est temps de re-tribaliser. La famille élargie plutôt que nucléaire représente le meilleur modèle (et il l’a toujours été). Alors que nous vivons en «communauté», l’amour incarné est à nouveau expérimenté; nous sommes aimés et acceptés malgré nos fautes et nos échecs et même notre péché» (1994:3).
Un changement d’approche historique après la Réforme
Un autre type de changement semble être devenu préjudiciable à l’extension de l’église et à son implantation pionnière dans des champs missionnaires vierges après les années 1700. Avant la Réforme, la majorité du travail d’implantation pionnière se produisait en rassemblant des familles, des clans, des tribus ou des groupes de personnes entiers. Des historiens comme Kenneth Latourette (1953:100) et Stephen Neill (1973:31-77), ainsi que des missiologues comme l’évêque Waskom Pickett (1933:37f) et Donald McGavran (1970:173f; 296f) affirment que depuis les débuts de l’église, les mouvements familiaux, de groupes ou de personnes constituaient les fondements de l’extension de l’église.
Le chapitre de Stephen Neill, «La conquête du monde Romain, 100-500 après Jésus-Christ», indique que la clé pour l’extension de l’église a été le mouvement de l’Evangile de personne à personne et de pays à pays jusqu’à ce que l’ensemble de l’empire romain soit atteint. Ecrivant au sujet de l’Asie Mineure à l’empereur Trajan vers 112, le jeune Pline était «consterné de la diffusion rapide de la foi chrétienne dans la province retirée et principalement rurale de Bithynie au nord-ouest de l’Asie Mineure». Pline soulignait qu’ils étaient «nombreux de tous les âges, de toutes le couches de la société, des deux sexes… dans des villes et dans des villages et dispersés dans toute la campagne.» «L’évidence de Pline est implacable; il semble que nous rencontrions ici l’un des premiers mouvements de masse dans l’histoire chrétienne» (1964:31). Il s’agissait de toute évidence d’un mouvement de familles majeur. Vers la fin du quatrième siècle, à l’époque de Jean Chrysostome, la population d’Antioche ne comptait las moins d’un demi million d’habitants et « la moitié de ces habitants étaient chrétiens» (1964:32). Neill rapporte que «l’église nord-africaine était une église d’évêques», en contraste avec le reste de la chrétienté, où les évêques «ne se trouvaient que dans les villes» et étaient en petit nombre (1964:38).
L’Arménie est devenue un autre royaume chrétien au-travers d’un témoignage venu de Cappadoce. La tradition dit que lorsque l’évangéliste et thaumaturge Grégoire est devenu évêque de Cappadoce, «il n’y avait que dix-sept chrétiens dans la ville, mais qu’à sa mort trente ans plus tard, il n’y avait plus que dix-sept païens» (Neill 1964:53-54). L’Arménie est devenue le premier cas connu où la conversion d’un roi a constitué le premier pas de la conversion de toute une nation. Le roi Tiridates a accepté le christianisme comme religion d’état. Les familles de l’aristocratie comme le commun de mortels ont suivi en masse. Un second facteur a été l’association de l’église avec la langue et la pensée du peuple, car Grégoire prêchait en arménien. Le troisième élément est venu lorsque le Nouveau Testament a été traduit dans cette langue en 410 (1964:54).
Un autre cas s’est produit au-travers de Patrick, rentré en Irlande en 432 et qui y restera jusqu’à sa mort en 461. Au moment de son retour, «l’Irlande était quasi entièrement un pays païen. Au moment de sa mort, l’Irlande était un pays largement chrétien» (1964:56). En 493, Clovis, roi des Francs, épousa une princesse burgonde chrétienne. Elle fit de son mieux pour le convertir. Par la suite, lors d’une crise, «Clovis jura que, s’il remportait la victoire, il deviendrait serviteur de Dieu et des chrétiens. Il tint sa promesse; le jour de Noël 496, il fut baptisé avec trois mile de ses guerriers.» (1964:58). En 596, le pape Grégoire le Grand envoya Augustin à Canterbury, en Angleterre. Le roi Ethelbert de Kent avait épousé Berthe, une princesse chrétienne de Gaule. La prédication d’Augustin amena le roi à la conversion et d’ici la fin de l’année, Augustin avait baptisé 10'000 Saxons (1964:67-68). Parmi les Francs et les autres Européens, Boniface avait une pratique ou habitude particulière: «Lorsqu’un groupe, souvent sous l’influence d’un chef ou d’un dirigeant, avait décidé de devenir chrétien, il était habituel de les baptiser sans plus attende» (1964:77). Ainsi pendant plus de mille ans, l’église a grandi dans les nations au moyen de mouvements de familles de masse.
La Réforme des années 1500 a fait face à une situation différente que lors des premiers contextes pionniers qui s’étaient principalement déroulé parmi des populations non évangélisées. Premièrement, les réformateurs avaient affaire à des communautés principalement nominale et déjà églisées. Pendant l’âge sombre, la corruption morale et des pratiques non-bibliques avaient saturé l’église, entraînant une faiblesse spirituelle et un nominalisme à large échelle. Dans ces conditions, l’objectif premier de la Réforme se trouvait au sein des communautés églisées d’Europe. Dans ces populations christianisées, l’appel à un renouveau de la foi personnelle et du salut individuel fut justement encouragé. Dans ce contexte, un changement de priorité avec un accent sur l’individu était tout à fait correct. La Réforme a ainsi apporté un renouveau et une revitalisation de l’église existante. Confrontés à la conséquente contre-Réforme de l’église catholique, la majeure partie de l’énergie des réformateurs fut, au moins jusqu’en 1648, consacrée à «lutter pour leur vie» (Neill 1964:220).
Comme Ralph Winter l’a souligné, les Réformateurs n’ont pas organisé de nouvelles structures missionnaires comparables aux monastères orientés vers la mission du début du Moyen-Âge. En fait, ils ont méprisé le système monastique (1999:226f). Il est probable que la méditation chrétienne, fréquemment nourrie dans les monastères, a également cessé d’être pratiquée à cette époque. Ce fut une des faiblesses de ce nouveau mouvement. Ainsi la Réforme n’a pas suscité de mouvement missionnaire important parmi les populations non évangélisées pendant les deux siècles qui ont suivi (Pierson 1999:263). Peu de réflexions ont été menées sur la mission (Neill 1964:220-226). Au cours du dix-septième siècle, quelques exceptions ont surgi en Europe, dont le mouvement missionnaire morave, qui a démarré en 1732. Suite à cela, lorsque William Carey et d’autres lancèrent l’ère des missions protestantes modernes à la fin des années 1700, le schéma réformé de conversion «individu par individu» a été poursuivi comme modèle dominant d’évangélisation et comme stratégie missionnaire. Malheureusement, cet effort pionnier renouvelé pour atteindre les frontières n’est généralement pas revenu au modèle biblique et historique d’évangéliser des familles, des tribus et des ethnies entières. Au redémarrage de l’entreprise missionnaire, il semble s’être produit un clair changement de méthodologie.
Dans son article de 1970, R. Pierce Beaver souligne brièvement ce changement d’accent dans la stratégie missionnaire à la suite de la Réforme. L’objectif des missions protestantes hollandaises, britanniques et américaines du dix-septième siècle était que les peuples comme les Indiens de l’Orient ou les Amérindiens «se convertissent, reçoivent individuellement le salut et soient réunis dans des églises.» Pour atteindre les Amérindiens à Martha’s Vineyard, Thomas Mayhew a suivi «une approche lente, individuelle, personnelle». Beaver a résumé la stratégie missionnaire protestante du dix-neuvième siècle en disant qu’elle «ciblait des conversions individuelles, l’implantation d’élises et la transformation sociale» par des actes «d’évangélisation, d’éducation et de médecine» (1999:244, 249).
Quand l’approche familiale s’est-elle muée en approche individuelle? Lorsque la mission de la Réforme auprès des nations non-évangélisées a été redémarrée près de trois cents ans plus tard. La théologie et la pratique des réformateurs pour rejoindre des peuples non-atteints n’est pas revenue à l’approche biblique et familiale plus ancienne. Au lieu de cela, un glissement théologique vers l’évangélisation individuelle, le salut individuel et l’appel à la sainteté individuelle et personnelle a été mis en avant. Le passage de la théologie biblique à une théologie systématique a également aidé à renforcer cette ignorance des approches d’évangélisation des familles. L’Institution de Calvin, tout comme des crédos synthétisés ou résumés, ou des doctrines théologiques raccourcies comme le Catéchisme de Westminster,, ont eu tendance à mettre l’accent sur la croissance personnelle et non sur l’évangélisation et le discipulat de familles entières et de la famille élargie.
Néanmoins, l’Esprit de Dieu est souverain dans sa moisson, et il a spontanément rassemblé des réseaux familiaux entiers, des tribus et des peuples dans l’église, en particulier en dehors du monde occidental. On se demande combien ce rassemblement aurait pu être plus grand et combien l’évangélisation aurait pu être plus rapide si des approches familiales et collectives avaient été intentionnellement adoptées comme méthodes dans les missions modernes, en particulier parmi les Hindous, les Bouddhistes et les Musulmans.
Des illustrations modernes de tels mouvements de familles et de population ont pu être constatées parmi les Mizo, les Naga, les Karens, les Tota Bataks, les Karo Bataks et de nombreux autres qui ont transféré leur allégeance vers Christ, alors que familles après familles se tournaient vers lui et entraient dans le giron de l’église, une grande majorité de la population devant chrétienne.
Les mythes et les objections à l’approche collective familiale
Les mythes et l’ignorance touchant à l’évangélisation ou à la conversion individuelle sont nombreux. Certains semblent relativement plausibles, mais un examen plus approfondi fait souvent exploser les mythes. La première objection est: «Le salut est une démarche individuelle, et non familiale.» Les individus peuvent se convertir, et ils le font, mais, parmi les populations résistantes, ils manquent souvent de la solidarité et du soutien du groupe, souvent essentiels pour la survie et le développement subséquent. Les convertis individuels peuvent rapidement devenir des inadaptés sociaux ou les placer en marge de la société. Lorsqu’il y a un mouvement de familles, ou de plusieurs individus, des décisions mutuellement interdépendantes de groupes unis quelle que soit leur taille, la stabilité est plus probable que dans le cas d’individus dispersés. Des individus à forte personnalité peuvent parfois être des innovateurs et des catalystes pour rejoindre leur propre réseau familial, s’ils sont motivés à le faire.
Une seconde objection dit: «Les étudiants sont si réceptifs que nous devrions les rejoindre maintenant et ne pas nous préoccuper de leurs familles.» Les jeunes asiatiques dans les universités ont une certaines libertés de choix. Mais que se passe-t-il après qu’ils aient terminé leurs études? Qui choisit leur épouse, leur métier et leur place de travail? La plupart du temps, les parents et les anciens reviennent en force après les cérémonies de diplômes. Même les églises d’étudiants ne restent pas axées sur les étudiants éternellement.
Troisièmement, «les ministères jeunesse et auprès des enfants sont plus importants, parce qu’ils bâtissent pour la prochaine génération. L’ancienne génération est trop marquée par les vieilles façons de faire et elle ne va pas changer.» Une fois de plus, en Asie, la structure familiale et son contrôle indique que la plupart des enfants n’ont aucun pouvoir de décision ou contrôle de leurs actions jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge adulte. Ainsi, bien que nous ne devrions pas négliger la jeunesse, il est plus sage de la rejoindre en même temps que toute leur famille.
Quatrièmement, certains défendent la position disant que «les enfants et les jeunes sont plus importants, parce qu’ils sont plus faciles à rejoindre et à transformer. Sauve un enfant et tu sauves une vie. Sauve un adulte brisé ou une famille et tu auras des problèmes sans fin à résoudre.» En général, la conversion et la croissance au sein d’un groupe familial offre la meilleure stabilité, normalité et force pour un jeune. Ils doivent être aimés et rejoints, mais le mieux est de le faire dans le contexte de sa famille globale. La prise de pas délibérés pour rejoindre les familles des étudiants ou des enfants intéressés constitue une stratégie cruciale. Le pire péché de l’évangélisation consiste à rejoindre un enfant, mais à négliger sa famille, qui constitue son lieu de soin et son entité de contrôle.
Cinquièmement, certains affirment «qu’il vaut mieux n’avoir que quelques individus qui sont des chrétiens authentiques que des familles entières qui ont besoin de tant d’attention que vous n’êtes jamais sûrs qu’elles puissent devenir fortes.» Il n’y a aucune garantie que «nos» individus croyants isolés soient plus saints, plus forts ou plus stables que ceux qui se trouvent dans des groupes familiaux.
Sixièmement, «le fait de séparer des croyants individuels de leurs familles non-chrétienne est biblique. C’est préférable et cela les rend plus forts pour faire face à l’opposition.» Ils doivent «sortir du milieu d’eux et se séparer». Il s’agit d’une mauvaise interprétation de la Parole. L’histoire prouve que ce point de vue est faux, à tous égards. Les chrétiens de nom codépendants ne constituent généralement pas les disciples les plus forts.
Septièmement, certains affirment que «seuls des individus peuvent avoir une relation avec Christ, ce qui n’est pas le cas de familles entières où tout le monde n’a pas vécu une conversion authentique». Cela est vrai en général pour le salut «personnel», mais nous parlons ici de la meilleure stratégie pour produire une stabilité sur le long terme contre l’opposition souvent féroce, en particulier parmi les populations résistantes. La famille comprenant une majorité de nouveaux croyants devient une force de ressourcement interne, une protection contre les forces d’oppositions extérieures. Tout au long des Ecritures, des familles ont été gardées par la grâce de Dieu.
Huitièmement, «les mouvements de groupes et de familles sont superficiels, fragiles et instables». Cela peut s’avérer vrai si l’enseignement et l’accompagnement manquent après la conversion. Les mouvements de familles exigent une évaluation adaptée après la conversion avec un enseignement soutenu, une formation, un discipulat et une consolidation. Mais en fin de compte, la solidarité et la force de la famille chrétienne peut représente un outil et un modèle puissent pour étendre l’Evangile dans la famille élargie et dans la communauté locale. L’histoire le démontre.
Neuvièmement, c’est un commentaire triste: «Dans notre pays d’origine, nous avons toujours gagné les gens individuellement un par un dans nos églises, faisons-le donc aussi sur le champ missionnaire.» Les penseurs défenseurs des méthodes indigènes questionneront cet argument comme stratégie missionnaire théologiquement saine. Il contient le germe d’un ethnocentrisme fier et l’ignorance des structures sociales et familiales dans les autres cultures.
Dixièmement, «un nombre massif de familles qui arrivent dans l’église la diluent et produise un nominalisme». Ce n’est pas forcément le cas, cela dépend de l’accompagnement offert et de la formation proposée. Les convertis individuels peuvent être faibles et nominaux et tout autant diluer l’église. De plus, ils n’ont souvent pas la force de se tenir seuls face à l’opposition de la famille ou du village.
Un onzième point de vue suggère que «faire l’œuvre de Dieu avec quelques individus est mieux que de gaspiller notre énergie avec la multitude ou de multiples familles. » Cette mentalité peut produire une petite église ghetto insulaire et favoriser une mentalité de forteresse, au lieu de la vision d’atteindre toute la communauté dans un service et un don de soi.
Douzièmement, certains ont l’impression que »si nous n’acceptons pas l’individu que l’opportunité de croire se présente, il va généralement manquer le bateau du salut.» Bien que nous ne rejetions pas le salut des individus, l’approche de groupe requiert foi en Dieu et espérance pour la famille en exerçant notre amour pour l’ensemble du groupe. Souvent, la dichotomie entre «le un à un» contre «l’approche de masse» ne fait que de couper les familles de l’Evangile.
Finalement, «le salut individuel au-travers du «un à un» constitue la méthode éprouvée et efficace de certains des principaux ministères d’évangélisation. Cette forme d’évangélisation est enseignée dans des églises, des séminaires et des écoles bibliques.» Malheureusement, elle est aussi transmise aux nouveaux (comme aux anciens) convertis indigènes sur les terrains missionnaires comme étant «la meilleure et la seule façon de réellement évangéliser». Peut-être que si nous changions cette approche pour adopter une approche familiale, nous constaterions que les effets seraient plus forts et plus durables. Cela serait également plus approprié culturellement.
Applications et suggestions pratiques pour conclure
Les sociétés modernes sont confrontées à des dilemmes croissants de décisions morales et de défis éthiques aux implications énormes. Ces complexités exigent que l’église recommence à pousser les familles à s’impliquer dans les communautés locales plutôt que de rester à l’écart dans un isolement insulaire. Plus l’église est impliquée localement avec les familles de la société environnante, plus elle sera efficace et appréciée. Cette conclusion devrait d’abord faire réfléchir les chrétiens; elle suggère certains principes importants à appliquer pour rejoindre des familles; et enfin elle recommande un modèle tout simple pour gagner des familles.
Tout d’abord, l’église doit accepter sa responsabilité vis-à-vis des groupes familiaux. Les chrétiens devraient se repentir de ne pas avoir su servir les familles de leur entourage immédiat. Les ambassadeurs de l’église ont souvent inconsciemment contribué à l’effondrement de la famille et à la division domestique, non seulement par leur négligence, mais aussi par leurs approches et leurs pratiques du service et de l’évangélisation. Leurs tactiques ont fréquemment isolés les individus convertis de leurs familles, au lieu d’intégrer un ministère de service et d’amour envers toute leur famille au-travers de l’église.
Les pasteurs et les missionnaires devraient étudier et comprendre les dynamiques sociologiques et culturelles des familles, les structures familiales et leurs façons de prendre des décisions. La prise de décisions dans les familles asiatiques n’est la plupart du temps pas une question individuelle, mais une affaire de famille. Ainsi l’église doit prendre en compte la famille entière si elle veut anticiper un nombre de conversions plus important et durable.
Remarquez que le grand mandat missionnaire que le Christ nous a donné nous demande de «faire des disciples» (pluriel), pas un disciple (singulier). Jésus ne nous ka pas non plus demandé de le faire individuellement «un par un». L’accent est clairement sur «ethne par ethne», ou groupe familial par groupe familial, tribu par tribu, peuple par peuple (Matt. 28:18-20). De toute évidence, les apôtres avaient compris le commandement de Jésus, car dès le début ils ont gagné et intégré des familles entières dans l’église. Peu de convertis individuels isolés sont mis en évidence dans le Nouveau Testament. Les apôtres ont ensuite étendu ce mouvement familial pour atteindre les Romains, les Grecs, les Gentils, les Goths et ainsi de suite. «Famille par famille» a été l’approche principale et généralement le mode de réponse traditionnel pendant plus d’un millénaire et demi.
Ensuite, voici quelques principes vitaux et quelques tactiques pratiques pour atteindre des familles entières:
- Changer la façon dont nous prions, et passer d’une intercession pour des individus à une intercession pour des familles entières, pour leur famille élargie ou leur réseau.
- Cibler notre évangélisation et notre service sur quelques familles spécifiques. Cette stratégie intentionnelle peut produire des résultats étonnants.
- Essayer des façons créatives pour rejoindre des familles entières. Testez des modèles, des méthodes et des stratégies pour ce faire. Evaluez les effets de ce processus et ses résultats. Recyclez les meilleures leçons que vous aurez apprises de ces expériences.
- Efforcez-vous de bâtir des relations amicales avec des familles entières au fil du temps. Les efforts investis pour bâtir ces connexions avec des familles demandent de l’énergie, mais c’est de l’énergie bien investie.
- Développez des outils adaptés aux familles et non seulement à des individus isolés. Les media de masse ont tendance à donner de l’importance aux ressources destinées aux individus plutôt qu’aux familles.
- Enseignez et encouragez les personnes en recherche à commencer à partager la bonne nouvelle avec leur famille et leur parenté, même avant qu’ils se soient convertis eux-mêmes.
- Laissez du temps pour que la bonne nouvelle pénètre et imprègne des réseaux familiaux entiers, avant d’appeler des familles à s’engager prématurément.
- Soyez patients et persévérants si vous voulez voir des familles entières rejointes, pénétrées, gagnées et discipulées. Forcer des décisions trop rapides, presser les gens pour montrer des résultats à ceux qui nous soutiennent et les approches de style commando doivent être évitées au maximum. Tout comme Rome n’a pas été bâtie en un jour, des conversions authentiques et des conversions familiales ne se produisent pas instantanément.
- Intégrez immédiatement les familles intéressées dans des églises de maison dès le départ. La majeure partie de la croissance de l’église et de sa multiplication en Asie se passe dans de toutes petites communautés – en général moins de quinze à vingt membres, parfois seulement de cinq à huit.
- Evaluez les résultats en termes de familles gagnées, non seulement en nombre de convertis individuels. Les statistiques devraient refléter ces deux catégories. La plus vitale est le nombre de nouvelles familles qui entrent dans le Royaume.
Des mouvements familiaux peuvent non seulement démarrer par des chefs de maison, mais aussi parfois par le témoignage chrétien d’un membre de la parenté. A partir de là, le mouvement se répand dans le réseau de famille élargie, passant par les canaux naturels de parents et d’amis. Il faut de la discipline pour garder le groupe à l’esprit.
Normalement, il faut du temps pour la diffusion de l’Evangile et pour sa pénétration dans tous les membres du réseau familial. Une compréhension et une acceptation claire de l’Evangile peut prendre jusqu’à deux ans, parfois plus. En ne se retirant pas des relations normales, de l’interaction et des événements habituels de la famille et de la communauté locale, le témoignage chrétien peut dépeindre une foi authentique et un style de vie éthique et recommandable à la société plus large.
Lorsqu’un mouvement de familles se produit, il est essentiel de le nourrir afin que chaque membre de la famille affirme une foi personnelle et une relation avec Christ. Cet accompagnement ajoute à la profondeur spirituelle des membres des familles croyantes. En général, les communautés familiales d’églises de maison sont facilement initiées. Des responsables de familles locaux et bénévoles peuvent être formés pour y fonctionner et pour mobiliser des parents pour que le mouvement s’étende dans d’autres réseaux familiaux.
Le Dr. Alex Smith travaille pour OMF International. Il voyage dans le monde pour former et enseigner. Il a été directeur du Nord-Ouest des Etats-Unis pour OMF International pendant 18 ans (1984-2002). Avant cela, il a passé 20 ans comme pionnier implanteur d'églises au centre de la Thaïlande. Vous pouvez contacter l'auteur par e-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .
Article tiré et traduit de la revue missionnaire Mission Frontiers, Mars-Avril 2012, avec autorisation. www.missionfrontiers.org
Beaver, R. Pierce. 1999. “The History of Mission Strategy” In Perspectives on the World Christian Movement: A Reader. Ralph Winter, ed. Pasadena, CA: William Carey Library.
Croucher, Rowland. 1994. “The Family: At Home in a Heartless World,” In GRID Autumn, Australia: World Vision (Christian Leadership Letter).
Hume, Britt. 2008, Grandparents Under The Same Roof. Special Report, Fox News, November 17.
Latourette, Kenneth S. 1953. A History of Christianity. New York: Harper & Row.
McGavran, Donald A. 1970. Understanding Church Growth. Grand Rapids: William B. Eerdmans Publishing, Paternoster Publishing.
Neill, Stephen. 1964. A History of Christian Missions. Harmondsworth, Middlesex, England: Penguin Books.
Pickett, J. Waskom. 1933. Christian Mass Movements in India. Lucknow: Lucknow Publishing House.
Pierson, Paul. 1999. “A History Of Transformation” In Perspectives on the World Christian Movement: A Reader. Ralph Winter, ed. Pasadena, CA: William Carey Library.
Winter, Ralph. 1999 “The Two Structures of God’s Redemptive Mission” In Perspectives on the World Christian Movement: A Reader. Ralph Winter, ed. 220-230. Pasadena, CA: William Carey Library.