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Les photographies de poumons noircis et anonymes, malgré leur diffusion, ne retiennent pas les adeptes de la cigarette. Mais l'impact des images change lorsque les fumeurs peuvent observer des lésions dans leur propre organisme. C'est ce qu'a constaté une équipe de l'Institut de médecine sociale et préventive de l'Université de Lausanne, en collaboration avec des chercheurs des Seychelles. Dans un article paru début février (Preventive Medicine 2002 ; 34 : 215-20), ils démontrent que les chances d'arrêt sont multipliées chez les fumeurs à qui ont été présentées des images ultrasonographiques de leurs propres artères en voie d'obstruction.L'étude a été menée en 1994 dans le cadre d'une enquête nationale sur la santé aux Seychelles. Les fumeurs sélectionnés par les chercheurs lausannois ne consultaient pas dans le but d'arrêter de fumer, mais en tant que simples sujets de l'étude officielle. Ces 153 volontaires ont d'abord bénéficié d'une consultation de sevrage identique. Septante-quatre d'entre eux ont été choisis de façon aléatoire pour se soumettre également à une ultrasonographie des artères carotide et fémorale. L'examen a mis en évidence au moins une plaque d'artériosclérose chez 54 fumeurs. Ces derniers ont reçu deux images de leurs propres plaques, accompagnées d'une explication médicale sur l'image elle-même, ainsi que sur les risques de complications encourus.Les taux d'arrêt de la fumée, évalués six mois plus tard par téléphone, ne laissent planer aucun doute : 22,2% des patients ayant vu leurs lésions avaient cessé de fumer, contre seulement 5,0% de ceux qui n'avaient pas subi d'ultrasonographie et 6,3% de ceux chez qui cet examen n'avait pas mis en évidence de plaques.«Les fumeurs connaissent relativement bien les risques liés au tabagisme en général, mais sous-estiment souvent les risques individuels, analyse Jacques Cornuz, responsable de la consultation «Stop-tabac» du CHUV et membre de l'équipe de recherche. Des images qui représentent le fumeur lui-même font tomber ce biais d'optimisme». La prévention moderne mise sur des conseils personnalisés et évite le discours culpabilisant ou moralisateur. Pour Jacques Cornuz, cela n'exclut pas le recours à des résultats d'examens : «Il ne s'agit pas de jouer sur la peur bien qu'elle puisse être une motivation d'arrêt importante pour certains mais plutôt d'informer le fumeur sur les effets du tabagisme sur sa propre santé».Les chercheurs s'intéressent déjà à d'autres moyens de susciter cette prise de conscience, comme la spirométrie mesure du volume pulmonaire ou la mesure du taux de monoxyde de carbone (CO) dans le sang. Ces deux techniques ont toutefois l'inconvénient d'être moins «spectaculaires» que les images ultrasonographiques. Et les études manquent pour évaluer l'efficacité de cet outil de prévention. En attendant, comme l'ultrasonographie est de plus en plus utilisée en médecine clinique pour évaluer le risque cardiovasculaire, les auteurs suggèrent de profiter de ces résultats pour encourager les patients à arrêter de fumer.