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En l'espace de quelques heures, entre mardi et mercredi, l'Allemagne et les Etats-Unis ont officialisé l'envoi de plusieurs exemplaires de leurs plus modernes chars d'assaut, les Leopard 2 et les M1 Abrams. Un scénario encore inimaginable il y a quelques mois.
La persévérance (ou l'insistance, c'est selon) de Kiev a fini par payer. Après près d'une année passée à réclamer sans cesse des armes modernes, Volodymyr Zelensky a obtenu ce qu'il désirait. Le président ukrainien ne compte pas s'arrêter là et a demandé des missiles et des avions de combat... quelques heures seulement après l'annonce de la livraison des tanks Abrams.
L'armée ukrainienne n'a pas toujours connu cette abondance. Le premier paquet d'aide militaire approuvé par Washington, à peine deux jours après le début de l'invasion russe, ne comprenait «que» des munitions et des lance-missiles portables Stinger et Javelin. Avec une valeur de 350 millions de dollars, c'était déjà le plus gros paquet de ce type dans l'histoire des Etats-Unis.
Au fur et à mesure, les envois de matériel sont devenus plus massifs, les pays participants plus nombreux et l'équipement envoyé plus lourd. Les armes ont petit à petit cessé d'être «défensives» (lance-missiles, drones et systèmes antichars) et ont commencé à être «offensives» (pièces d'artillerie, blindés, tanks, avions et hélicoptères). Pour le plus grand plaisir de Zelensky, qui a très tôt commencé à demander des chars.
Là encore, les choses ont pris du temps. L'envoi d'armes lourdes a commencé en avril 2022 mais, avant de puiser dans leurs réserves, les alliés ont commencé par livrer, de manière directe ou indirecte, de vieux véhicules de conception soviétique. Les premiers tanks promis à Kiev étaient des T-72 et T-55 datant des années 1960 et 1970. Pas exactement les équipements occidentaux high-tech demandés par Zelensky.
Pour convaincre les pays européens à céder leurs vieux équipements soviétiques à l'Ukraine, les Etats-Unis leur ont proposé un deal: les échanger avec des armements occidentaux plus modernes. L'Allemagne a fait de même avec son programme «Ringtausch» («échange circulaire» en français). Berlin a donné des blindés à la République tchèque, la Grèce, la Slovaquie et la Slovénie, qui ont livré en échange leurs véhicules à Kiev.
Les pays d'Europe de l'Est ont également fourni de larges quantités d'équipement sans contrepartie occidentale. La Pologne en est un exemple: au-delà de plus de 200 T-72 livrés à partir du mois d'avril, Varsovie a également envoyé des obusiers AHS Krab de production nationale, deux mois plus tard. La République tchèque a fait de même avec ses DANA.
A peu près à ce moment, printemps-début d'été 2022, d'autres pays ont commencé à livrer des équipements plus modernes: Berlin a par exemple annoncé l'envoi d'obusiers automoteurs PzH 2000, Paris de canons Caesar. D'autres Etats tels que la Finlande, la Norvège, l'Italie, l'Espagne, la Lituanie et les Pays-Bas se sont également ajoutés.
Toujours en début d'été, l'Ukraine a gagné une importante bataille sur le front diplomatique, lorsque Washington a accepté de livrer des lance-roquettes multiples Himars. Longuement demandées par Kiev, ces armes ont une portée permettant de frapper en profondeur les positions russes. Les premiers exemplaires ont rejoint le front fin juin et ont été utilisés avec succès sur le champ de bataille.
En octobre, c'est le tour des systèmes lance-missiles de dernière génération. Les NASAMS et les IRIS-T SLM, produits respectivement par les Etats-Unis et l'Allemagne, ont été la réponse occidentale à la campagne de bombardements russe visant l'infrastructure énergétique ukrainienne. Fin décembre, les missiles américains Patriot ont rejoint le (désormais) vaste arsenal de défense antiaérienne de Kiev.
Malgré ce volume impressionnant d'armes, un type d'équipement continue de faire défaut: les fameux chars modernes occidentaux. Les Leopard allemands et les Leclerc français trônent notamment en tête de la wishlist de l'armée ukrainienne. Mais Berlin dit non, par peur de provoquer une escalade dans le conflit, et empêche ses alliés de livrer leurs Leopard. Une position qui suscite l'irritation de Kiev et donne naissance à un long feuilleton politico-diplomatique.
Et puis, en janvier, les pays de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) font un premier pas, en décidant d'envoyer des blindés «maison»: le Bradley américain, l'AMX-10 RC français et le Marder allemand. Pas encore des chars lourds, mais modernes et de conception occidentale.
Quelques jours plus tard, le Royaume-Uni fait une annonce historique: quatorze exemplaires de son Challenger 2 seront livrés aux forces ukrainiennes. Il s'agit du char principal de l'armée anglaise. Les précieux tanks lourds occidentaux sont enfin là. Une décision qui précipite les alliés. Dans les jours qui suivent, Berlin et Washington donnent leur feu vert pour l'envoi de leurs joyaux.
Les autres pays disposant de chars Leopard peuvent désormais faire de même. La Pologne, l'Espagne, la Norvège et la Finlande ont déjà annoncé leur volonté de livrer des tanks à l'Ukraine.
A noter que l'Ukraine a reçu beaucoup d'autres armes. Cet article s'est focalisé sur les véhicules terrestres de combat. Retrouvez la liste complète ici.