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Ce discours aurait facilement pu faire vibrer la corde sensible, mais Simone Veil, femme qui s'adresse à "une assemblée majoritairement constituée d'hommes", déplace habilement l’enjeu.
La ministre de la Santé dépassionne d'abord le débat: elle se présente devant l’assemble avec "humilité" et propose une loi "réfléchie", élaborée par plusieurs acteurs; elle balaie les objections convoquées sous forme de questions: le gouvernement n’a plus le choix, il est intolérable que la vieille loi répressive soit ridiculisée.
Ensuite, elle pointe le caractère devenu ordinaire des situations de demandes d’avortement. Ces femmes en détresse, on les côtoie tous les jours, ce ne sont pas des monstres et elles ne demandent pas un avortement de gaîté de cœur.
Cette "banalisation" du débat fait passer tout éventuel opposant à la réforme pour un rétrograde oublieux de l'intérêt supérieur de la nation tout en rappelant aux parlementaires leur mission citoyenne, au-delà de leurs convictions personnelles.
Thierry Herman, professeur de rhétorique à l'Université de Neuchâtel
(accès gratuit)