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A Kherson, le risque d'une sanglante retraite des Russes traversant le Dniepr
Selon les estimations, des dizaines de milliers de soldats russes demeurent sur le flanc ouest du fleuve. Problème, depuis les mois de juillet et d'août, l'armée ukrainienne a consciencieusement bombardé les ponts qui permettent de traverser le Dniepr. Les deux principaux points de passage, le pont Antonovsky, à l'est de la ville et, plus en amont, le pont routier de la centrale hydroélectrique de Nova Kakhovka, sont ainsi devenus impraticables.
Carte qui montre la position du pont Antonovksy, à l'est de la ville de Kherson. [RTS - Google Map]
Le pont dans la zone de la centrale hydroélectrique de Kakhovka n'est plus utilisable. (photo d'archives). [RTS - Google Map]
Les troupes russes présentes sur la rive droite du fleuve (ouest) se sont retrouvées coupées de possibilités de ravitaillement efficaces en provenance du sud, spécialement de Crimée. Le commandement russe a bien sûr mis en place un schéma alternatif, composé de ferrys et de ponts flottants, mais l'ensemble du dispositif reste à la merci des troupes ukrainiennes.
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Pour le ministère britannique de la Défense, toute retraite de la ville de Kherson verrait les troupes du Kremlin devoir emprunter ces passages temporaires. Une situation qui pourrait surtout coûter cher à l'armée russe. "Un retrait à travers le Dniepr sans ponts fonctionnels serait extrêmement risqué, et la Russie pourrait devoir abandonner la plupart de ses équipement pour le faire", détaille sur Twitter Rob Lee, ancien officier de la marine américaine et actuellement doctorant au King's College de Londres en études de la guerre.
Sous le feu de l'artillerie
Au cours des derniers jours, l'avancée des forces ukrainiennes a ralenti dans la région mais les obusiers sont toutefois presque à portée des ponts flottants russes.
La fenêtre de tir pour un retrait russe ordonné est donc limitée, car une fois que les obusiers seront suffisamment proches, ils pourraient lancer des tirs de barrage incessants, contrairement aux tirs intermittents des roquettes à plus longue portée. Le retrait des forces russes deviendrait alors extrêmement périlleux et sanglant.
Par la voix de son nouveau général en charge des opérations Sergueï Sourovikine, l'armée russe a d'ailleurs reconnu mardi que la situation sur le terrain en Ukraine était "tendue" pour ses troupes face à la contre-offensive ukrainienne, notamment à Kherson, où il faudrait prendre "des décisions difficiles".
De nombreux blogueurs militaires russes ont interprété ce message, et l'évacuation (ou la déportation, selon les autorités ukrainiennes) des civils, comme le signe d'une retraite future, alors que d'autres ont préféré y voir la confirmation que les Russes ne lâcheraient pas la ville, quoi qu'il en coûte.
Vladimir Poutine aux commandes de la stratégie
De leur côté, la plupart des analystes occidentaux estiment que les positions russes dans et autour de la ville sont intenables sans les ponts. Jeudi, l'ancien ambassadeur de France en Lettonie et géographe Michel Foucher jugeait ainsi dans La Matinale que "Kherson serait inévitablement reconquise par l'armée ukrainienne" à terme.
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D'après des responsables américains interrogés sous couvert d'anonymat par le New York Times, des commandants russes auraient d'ailleurs déjà exhorté à un retrait de la ville. Une décision qui aurait été annulée en personne par Vladimir Poutine.
Le maître du Kremlin s'immiscerait donc de manière très concrète dans la stratégie militaire russe. Pourtant, nommer Sergueï Sourovikine à la tête des opérations pourrait signifier un fléchissement dans le refus de Vladimir Poutine à évacuer la ville. En effet, avant sa nouvelle fonction, c'est ce même Sourovikine qui était commandant du groupe Sud des forcées armées, et donc de la région de Kherson.
Au final, une retraite rapide permettrait sans doute à Moscou d'éviter des pertes importantes, mais également de solidifier ses défenses derrière le Dniepr, afin de protéger la Crimée. A l'inverse, elle représenterait une énorme défaite symbolique. Kherson avait été la première grande ville ukrainienne à tomber aux mains des Russes et ensuite l'une des régions "célébrées" à Moscou lors des "annexions" proclamées. Stratégiquement également, le coup serait important. Les Russes n'auraient plus de présence à l'ouest du fleuve et ne pourraient plus continuer à menacer ainsi le reste de la côte ukrainienne, notamment la ville d'Odessa.
Tristan Hertig