Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07269.jsonl.gz/137

Il est prévu de créer «Le liseur», basé sur notre adaptation du roman de Bernhard Schlink, en automne 2009 dans le Contexte Silo à Lausanne, puis de le faire tourner en Suisse romande durant la saison 2009/2010. Nous sommes en contact avec l'auteur allemand, que nous avons rencontré en novembre 2007.
Pourquoi «Le liseur»?
Dans le monde du théâtre contemporain, le récit et le texte fixés comme éléments constitutifs de la représentation s‘avèrent remis en question par l‘apparition, en force, des formes post-dramatiques du spectacle. Nous sommes convaincus que cette nouvelle pratique du théâtre ne signifie pas «la mort» du théâtre dramatique, mais qu‘elle lui fournira les stimulis nécessaires pour évoluer et pour renouveler ses formes établies. Cette évolution du théâtre réflète peut-être aussi une certaine «perte du récit» dans notre société, qui se manifesterait par exemple en la prédominance croissante de l‘image sur le texte dans les medias ou en l’apparition de l‘analphabétisme secondaire. Une raison de plus, pour nous, de choisir l’adaptation à la scène du roman «Le liseur» pour un théâtre qui mise sur le texte et le récit.
Il a été dit que l'on ne peut plus écrire après l'Holocauste, parce que ce qui s'était passé sous le régime nazi dépasse l'imaginaire. Cette impossibilité de dire l'indicible est pour nous le thème central du "Liseur". Elle est au coeur du conflit générationnelle qui se manifèste dans la relation entre Hanna et Michael. Michael enregistre des cassettes avec ses lectures pour Hanna en prison, mais ne lui adressejamais directement la parole. Cette situation entre les deux personnages principaux du drame est pour nous une métaphore pour l'impossiblité de pouvoir assumer la vie – et la mort - autrement que par l'activité de se raconter des histoires.
L'auteur du roman laisse ouverte la question si Michael raconte également à Hanna l'histoire de leur propre relation. Dans notre adaptation du roman à la scène, nous le supposons, et pour cause : cette supposition permet que tous les personnages du drame deviennent des narrateurs, et que les actions mêmes de raconter des histoires, de les enregistrer, de les lire et de les écouter amènent à la théatralisation du texte. C'est par là que nous espérons pouvoir faire en sorte que la métaphore pour la vie que constitue le théâtre devienne, par la manière d'utiliser le langage théâtrale dans notre spectacle, une métaphore de la nécessité de la raconter
La fable
L'adolescent Michael Berg fait la connaissance de la mystérieuse Hanna, une femme beaucoup plus âgé que lui, dont il devient l'amant. Il la rejoint chez elle tous le jours, et l‘un de leur rite consiste à ce qu‘il lui fasse la lecture à haute voix. Puis, après six mois, Hanna disparaît du jour au lendemain de sa vie.
Sept ans plus tard, Michael assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès d‘Hanna, accusée pour les crimes commis sous le régime nazi, au bout duquel elle sera condamnée à vie. Ayant découvert qu‘Hanna est analphabète - le secret qu‘elle avait essayé de cacher devant les juges à son désavantage - Michael reprend les lectures pour son ancienne amante et lui envoie des cassettes enregistrées en prison. C‘est grâce à ces casettes qu‘Hanna apprend à lire et à écrire. Aux petits mots qu‘elle commence a adresser à Michael, Hanna ne reçoit jamais de réponse.
Michael, qui est la seule connaissance d‘Hanna à l‘extérieur de la prison, ne lui rend visite qu‘en vue de préparer sa libération. Ce jour-là, Hanna se donne la mort dans sa cellule.
En ultime mission d’Hanna, Michael va voir la fille juive, témoin au procès survivante de l’incendie dans laquelle avaient succombé les déportées juives gardées par Hanna et ses coaccusées, afin de lui donner l’argent qu’Hanna possédait à la fin de sa vie. Avant de lui rendre visite, Michael lui envoie le manuscrit du roman qu’il est en train d’écrire sur son histoire et celle d’Hanna.
La dramaturgie
Nous avons adapté le roman à un drame pour cinq personnages, joués par quatre comédiens. L’adaptation utilise le potentiel inhérent au roman pour donner un rôle de narrateur aux trois personnages principaux de la pièce (Michael, Hanna, la fille juive). Les différentes situations spatio-temporelles des narrateurs, superposées au départ du drame, deviennent une par une des scènes de l’action principale, comme si les personnages étaient, à un moment donné, rattrapés par l’histoire qu’ils racontent.
Ainsi, la fille juive devient narratrice en lisant le manuscrit que Michael lui a envoyé en annonçant sa visite pour remplir la dernière mission d’Hanna. Par sa lecture, la fille juive lance le jeu sur le deuxième niveau de l’action, qui est celui de l’enregistrement de cassettes par Michael durant les années de détention d’Hanna. En enregistrant les cassettes, Michael évoque les épisodes de la relation amoureuse et du procès, épisodes qui constituent le troisième niveau de l’action. Hanna, qui écoute les enregistrements en prison et lit le manuscrit que Michael lui envoie avec les cassettes, devient à son tour narratrice de l’épisode du procès.
Les actions d’enregistrement de cassettes par Michael et des lectures d’Hanna en prison rejoignent le fil principal de l’histoire au moment où Michael reçoit la lettre de la directrice de prison, qui l’invite à rendre visite à Hanna. Au premier niveau de l’action, la visite de Michael viendra interrompre, à la fin du drame, la lecture de la fille juive, qui, de cette manière, sera à son tour «rattrapée» par les évènements qu’elle évoque en lisant.
L’ordre chronologique des actions a été changé pour permettre de créer du suspense. Ainsi, la rencontre entre Michael et la directrice de prison - où l’on apprend le suicide d’Hanna et le fait qu’elle était analphabète - a été mise dans le prologue, dans le but de pouvoir maintenir et renouveler le suspense au cours du drame en soulevant des questions du «comment ?» plutôt que du «quoi ?», à l’image de la structure d’une tragédie grècque.
L'espace
La superposition des trois niveaux de l’action dans le drame est «traduite» sur scène par la division de l’espace en trois «chambres», situées autour d’une cour. Ces «chambres», meublées d’une table et de chaises, sont la répétition d’une seule et représentent les lieux des différents narrateurs intra-diégétiques : la chambre de la fille juive, la chambre de Michael et la cellule d’Hanna. Leur ressemblance permet de traduire l’idée qu’à la lecture ou à l’écoute d’un texte, notre environnement quotidien tend à se confondre aux images que suscitent les paroles. C’est pourquoi sur scène, les personnages - narrateurs du drame, qui sont en train de lire différents passages du même texte, se trouvent dans des espaces à la fois pareils et différents.
Durant le spectacle, d’autres lieux du drame viennent se superposer aux «chambres» des narrateurs intra-diégétiques, par de simples modifications du mobilier. Ainsi, dans le prologue du spectacle, l’ensemble des trois «chambres» représente l’intérieur labyrinthique d’une prison. Au premier acte, la cellule d’Hanna et la chambre de Michael deviennent le palier de l’immeuble et la cuisine de l’appartement où ont lieu leur rencontres amoureux. Au deuxième acte, la chambre de Michael et la chambre de la fille juive se transforme en salle d’audience où se déroule le procès.
La disposition du mobilier dans l'espace est utilisée d'une part pour passer rapidement d'un niveau d'espace-temps du drame à un autre. D'autre part, de nombreuses chaises sont amenées sur scène lorsque la fille juive raconte la déportation des prisoniers vers l'Ouest à la fin de la guerre, un peu à l'imgare de l'entrée du choeur dans la tragédie antique. Les actions avec ces chaises permettent d'évoquer l'Holocauste et l'idée de l'impossibilité de le concevoir autrement que par la métaphore (théâtrale). Lors du procès d'Hanna, ce "coeur" représente l'audience, public muet et invisible face au public réel du spectacle.
Les participants
Adaptation & mise en scène
Igor Reinhardt, Fátima Ribeiro
Jeu
(Distribution en cours)
Anne Maillard
Fátima Ribeiro
Eric Salama
Scénographie
Igor Reinhardt
Création lumière
Yann Becker