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Travail en cours. La numérotation du chapitre est provisoire.
X
Jacob était passé chez lui se laver, se raser et se changer. Il ajouta une légère touche de parfum d'un doigt sous les oreilles et sur son cou. Le cœur serré, il entra dans le restaurant à sept heures précises. Oona était déjà là, installée à une table dans la pièce du fond, la plus calme. Elle avait posé son sac à main sur la banquette à côté d'elle. Ils s'embrassèrent avec passion, en se disant de nombreuses fois qu'ils s'aimaient, avant que Jacob ne s'assît sur la chaise lui faisant face. Ils se sourirent, la main dans la main, jouissant de la douceur de cette communication silencieuse pendant de longues secondes.
Oona fut la première à parler. Elle lui annonça qu'elle avait rompu l'avant-veille avec Liam. Elle n'avait guère plus à dire, c'était quelque chose qui lui appartenait, et ne regardait pas, ou peu, Jacob. Il resta un moment silencieux, puis il prit gentiment acte du fait, sans en faire trop. Toute rupture est un crève-cœur autant qu'un soulagement.
Après quelques instants, il lui demanda comment elle allait. Pas trop mal, le rassura-t-elle, elle se sentait surtout libérée d'un poids; ce ne serait peut-être pas facile au début, mais elle savait qu'elle l'avait, lui, lui qu'elle aimait! Jacob répondit qu'il était là pour elle, qu'elle pouvait compter sur lui. Il ne sut qu'ajouter, sinon lui redire son amour.
Oona se rendit compte de la gêne de Jacob. Elle prit l'initiative.
- Bon! Réjouissons-nous, mon Jacob, c'est la fête! On ne va pas se laisser abattre!
- Non, bien sûr, mon Oona, fêtons cela! Qu'est-ce qui te tente? dit-il en désignant la carte.
- Je crois que je prendrai volontiers des penne all'arrabbiata, elles sont excellentes ici!
- Pas de message caché? répondit Jacob, qui tentait un peu d'humour. Mais, en voyant son air étonné, il replongea le nez dans la carte.
- Et bien moi, je crois que je vais craquer pour les spaghettis alla napoletana, une valeur sûre!
Le garçon, qui avait, comme tous les garçons, un sixième sens, arriva juste à ce moment. Il prit la commande. Ils choisirent d'arroser leur repas avec un pichet du chianti maison, un vin fort correct.
Oona félicita son compagnon sur son parfum et sur le charme de sa personne! Jacob lui rendit la pareille, en insistant sur son élégance. C'était évident, elle s'était faite jolie. Il en fut très touché. Il enchaîna la discussion sur Liam, en pensant que cela pouvait l'aider à entamer son travail de deuil. Plus égoïstement, il voulait aussi connaître son "prédécesseur". Alors que Oona restait silencieuse, il n'était plus sûr que ce fût la chose à faire, et craignit d'avoir commis une bévue.
Mais il ne commit aucune bévue. Sa compagne n'eut pas de peine à parler de son désormais ex. Il était irlandais, comme elle, ils s'étaient connus au collège Calvin, et ne s'étaient plus quittés depuis, sauf quelques fâcheries. Liam était un passionné d'occultisme, terrain sur lequel Oona n'avait pas de peine à le suivre. Aleister Crowley, René Guénon et Madame Blawatsky, pour ne citer que ces trois-là, n'avaient plus de secrets pour eux. Enfin, façon de parler! Sauf qu'à partir d'un moment donné, l'occultisme prit de plus en plus de place dans la vie de Liam, devenant une obsession presque exclusive. Elle ne put se l'expliquer, mais elle était certaine que cela commença avec la rencontre d'un occultiste bulgare. Oona avait vu cet homme une seule fois, Liam l'avait invité chez eux, et elle ne l'avait absolument pas aimé; elle lui avait trouvé un je ne sais quoi de, oui, de malsain.
Ce fut à partir de là que Liam se mit à la délaisser. Elle en avait aussi assez de l'occultisme. D'abord sa mère, autre passionnée par qui elle avait été initiée, maintenant Liam, cela l'étouffait. Elle voulait passer à autre chose! Elle se concentra sur ses études d'histoire et de français, et prit un job de serveuse dans un bistrot carougeois. Elle ne voulait plus dépendre de Liam qui avait, de par sa famille, des moyens à peu près illimités!
Puis, après quelques mois, elle renforça son indépendance en quittant l'appartement commun et en allant s'installer dans un deux pièces, seule. Ce fut à ce moment-là que Jacob franchit la porte du Café du Cercle. Elle fut éblouie par son apparition, avoua-t-elle, au point de louer le Ciel et tous les Saints! Jacob répondit aussitôt que l'éblouissement fut réciproque. Je sais, renchérit-elle!
Mais assez parlé de moi, dit Oona. Nous devons maintenant aborder le mystérieux sujet Jacob! Ils avaient finit depuis longtemps leurs pâtes et leur vin. Ils commandèrent deux espressos. Oona proposa à Jacob d'aller continuer la conversation chez elle, devant un petit verre, s'il était d'accord. Bien sûr qu'il était d'accord! Ils payèrent, se levèrent et sortirent du restaurant. La nuit était fraîche et la lune, brillante et presque pleine, éclairait le ciel. Ils se prirent la main...
Jacques Davier (Septembre 2020)