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La Suisse va fêter – mais le fêtera-t-elle ? – le bicentenaire de l’Acte de Médiation, offert et imposé par Bonaparte aux Suisses. Dans ses entretiens avec Pascal Couchepin, Jean Romain saisit cette actualité; il présente l’arbitrage du Premier Consul en termes dithyrambiques et déformés «Au fond, ce fut le futur Napoléon Ier qui nous a assuré notre indépendance et notre neutralité».
En réponse le conseiller fédéral donne sa lecture de l’histoire suisse. Il a appris, dit-il, à réviser le mythe des fiers montagnards, intraitables, indépendants, tenant tête seuls aux grandes puissances. Le jeu international a été plus subtil. La France protège la Suisse de l’emprise de l’empire romain germanique; les cantons suisses y trouvent aussi leur intérêt, notamment à travers le mercenariat. «Puis les troupes de la Révolution ont envahi la Suisse et ont donné un grand coup de sac». La Médiation a certes satellisé la Suisse, mais en démembrant le canton de Berne a rééquilibré le poids des cantons, renforcé l’influence des cantons libéraux et préparé la Suisse de 1848. Cette lecture de l’histoire est assez révélatrice de la démarche de Couchepin. Une part de non-conformisme: réviser la mythologie suisse confortable et paresseuse. Reconnaître l’utilité pour faire bouger l’histoire ou la politique des «coups de sac», suivis de la recherche immédiate d’un équilibre nouveau qu’il faut savoir aménager.
Mais ce qui surprend chez ce Valaisan, commentant la Médiation, c’est qu’il ne mentionne pas que son canton en a été exclu par décision française et constitué en République indépendante vu son importance stratégique. Puis le Valais fut purement et simplement annexé à la France, en 1810, devenant, la dénomination est révélatrice, le Département du Simplon, la nouvelle route du Simplon ayant été la trace durable de l’occupation française.
Cette omission volontaire ne s’explique pas seulement par la coquetterie d’un auteur qui ne veut pas multiplier pour un public romand et suisse les références régionales. Elle révèle et permet de mieux comprendre le flottement de la pensée sur cette nouvelle puissance qu’est l’Union européenne, Couchepin déclare successivement que l’Union européenne est un stimulant de la réforme en Suisse, que la Suisse y adhérera un jour, mais qu’il est «convaincu que, sur la très longue période, l’Union européenne disparaîtra». L’annexion française a duré quatre ans, pourquoi la citer, même dans une réflexion sur la Médiation? Le pigne d’Arola est toujours là. ag
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