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La justice vaudoise juge depuis lundi une affaire d'œuvres d'art volées après le décès d'une riche résidente française en 2003. Un commissaire-priseur, un gérant de fortune et un ami de la défunte se renvoient la balle devant le Tribunal correctionnel de Lausanne.
L'enquête, longue et compliquée, a démarré en 2009 et a connu plusieurs rebondissements. La collection de la ressortissante française, qui a passé les dernières années de sa vie à Lausanne, comprenait environ 150 oeuvres, quelques peintures et sculptures, mais pour l'essentiel des dessins de maîtres du 16e au 19e siècle.
50 oeuvres disparues
Parmi ces oeuvres, une cinquantaine, selon l'estimation des enquêteurs, se seraient volatilisées. Elles vaudraient plus de 3,3 millions de francs. Une estimation minimale, car la valeur des dessins a fortement augmenté au cours des 15 dernières années.
Six des œuvres disparues ont été retrouvées lors de perquisitions chez les prévenus qui sont tous trois renvoyés pour vol. Les autres oeuvres restent à ce jour introuvables. La propriétaire les a-t-elle vendus de son vivant? En a-t-elle donné certains aux prévenus ou ces derniers les ont-ils subtilisées? Le reste de la collection a été légué à des musées à Ulm et Stuttgart, en Allemagne.
D'accord sur rien
L'instruction n'a progressé que laborieusement lundi. Les sept avocats - quatre pour les prévenus et trois pour les parties civiles, dont l'exécuteur testamentaire et la fondation à qui devait revenir les oeuvres - se disputent chaque point. Et donnent des versions contradictoires: "On a trois prévenus qui sont d'accord à peu près sur presque rien" soupire le président Philippe Colelough.
Des trois accusés, le gestionnaire de fortune devenu homme de confiance de la vieille dame, est en posture délicate. On a retrouvé chez ses parents deux tableaux de la collection: un Corot et un dessin de Degas, qui vaut plus de 500'000 francs. Il explique qu'à la mort de la vieille dame, l'ami médecin de la défunte lui a dit de choisir et d'emporter deux tableaux en souvenir.
Sidéré
"Je suis sidéré par ce que j'entends", a réagi l'intéressé, un vieux monsieur de 92 ans. Mais il reconnaît sans sourciller qu'il a écrit, sous la dictée du gestionnaire, un faux comportant la signature de la défunte où celle-ci libérait 90'000 francs pour des factures diverses et des gratifications à ses deux dames de compagnie.
Le rôle du commisseur-priseur, qui dirige une société à son nom à Paris, est encore difficile à cerner. Il était celui qui connaissait le mieux la collection de la défunte, glisse le spécialiste en art de la police cantonale. Ce que l'intéressé dément formellement: "J'ai été mandaté pour une vente à Paris, mais je n'ai jamais eu à gérer cette collection", a-t-il déclaré.
Pour tenter d'y voir un peu plus clair, le procès se poursuit mardi avec l'instruction de la deuxième partie de l'affaire, la "disparition" d'au moins 41 oeuvres du domicile de la défunte, selon l'acte d'accusation. Réquisitoire et plaidoiries sont prévus mercredi. Le jugement tombera ultérieurement.
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