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Dix ans après avoir décrit la leptine, l'équipe de Jeffrey Friedmann (Université de Rockefeller) montre qu'elle agit sur le système nerveux, du moins en partie, par un mécanisme inattendu (Science 2004 ; 304 : 110-5). L'hormone de l'appétit influencerait l'architecture même des connexions neuronales dans le noyau arqué de l'hypothalamus, région qui intervient dans les comportements alimentaires.Dans le communiqué de son institut, Friedmann juge que, parmi les différentes hypothèses qui pouvaient expliquer l'effet de la leptine sur les neurones, celle d'une réorganisation axonale n'était pas la plus probable. Et pourtant, ce réarrangement semble bien avoir lieu. Pour le mettre en évidence, les chercheurs ont créé des souris transgéniques dont les deux classes de neurones répondant à la leptine expriment des marqueurs fluorescents différents. Puis ils ont observé ces neurones et leurs connexions chez des souris normales ou déficientes en leptine (ob/ob).Ils ont mis en évidence des différences autant dans l'activité que dans les interconnexions de ces deux familles de cellules nerveuses en fonction de la présence ou non de leptine. De plus, le «câblage» neuronal se montre plastique. Une administration de leptine à des souris déficientes suffit à provoquer en quelques heures une réorganisation sensible des connexions, bien avant l'apparition des changements attendus du comportement alimentaire.Une seconde étude publiée dans la même revue (Science 2004 ; 304 : 108-10) montre que la leptine joue un rôle essentiel dans le développement des réseaux neuronaux du noyau arqué. Sébastien Bouret et ses collègues de l'Oregon Health and Science University observent en effet que les connexions nerveuses sont altérées de façon permanente chez des souris déficientes en leptine. L'administration de l'hormone à l'âge adulte ne restaure pas la conformation normale, alors qu'elle le fait durant le développement des souris, peu après la naissance.Le surpoids intéressant beaucoup de monde, les deux publications ont généré une certaine activité éditoriale. Friedmann affirme par exemple que le regard sur l'obésité pourrait changer s'il s'avérait que «le câblage du cerveau était différent chez les individus maigres ou obèses». Les commentateurs de Science évoquent de leur côté la possible existence d'un «point de réglage» du poids corporel, une sorte de potentiomètre caché qu'il suffirait de découvrir. Ce qui est certain, c'est que la leptine, dix ans après sa découverte, n'a pas fini de surprendre les chercheurs.Leptine : découverte genevoiseDes chercheurs genevois ont récemment cosigné une étude montrant, chez le rat, que des taux anormalement élevés de leptine peuvent transformer les adipocytes en véritables cellules oxydatrices de graisses (Proceedings of the National Academy of Sciences 2004 ; 101 : 2058-63). Lelio Orci et ses collègues du Département de morphologie de l'Université de Genève, en collaboration avec des chercheurs de l'Université du Texas, ont observé les conséquences d'une hyperleptinémie expérimentale, obtenue par transgenèse. Après quatorze jours, les adipocytes des rongeurs avaient brûlé tout leur contenu en acides gras. Autant leur morphologie cellules ratatinées, abondance de mitochondries que leur profil d'expression de certains gènes confirmaient qu'elles étaient devenues de véritables «brûleuses de graisse».