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sur la voie pour trouver le reste, et qui leur en laissent le plaisir. Quelque petit que soit le succès, donnez-lui votre approbation. N'est-ce pas ainsi qu'en usait le divin Maître envers ses disciples? Vous aurez toujours beaucoup de fautes à corriger. Elles ne doivent pas vous surprendre, J et encore moins vous irriter. L'humeur ne vous gagnera pas le cœur de vos élèves, elle ne leur ouvrira pas l'esprit, elle ne leur donnera pas plus de courage. Ceci n'est réservé qu'à la bonté du maître et à la reconnaissance de son disciple. Serait-il nécessaire d'ajouter ici qu'en donnant un Cours éducatif de langue l'instituteur et l'institutrice prennent l'engagement de ne pas démentir leurs leçons par leur conduite?
CHAPITRE II.
EMPLOI DU COURS DE LANGUE DANS LES ÉCOLES.
Le Cours éducatif de langue n'est destiné qu'aux écoles primaires supérieures. Leurs élèves appartiennent en général aux classes aisées de la société, ils s'arrêtent plus longtemps à leurs leçons, ils y arrivent avec plus de développement, et par conséquent avec le besoin d'une éducation plus soignée et plus profonde, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Pour les écoles primaires inférieures il y aurait dans notre Cours actuel beaucoup trop d'étendue et d'élévation. C'est un extrait qu'il leur faut et un extrait sagement calculé sur la position et les besoins particuliers de leurs élèves.
§ Ier. Temps que le cours de langue exige à l'école.
Le Cours éducatif de langue a la syntaxe pour base, et cette syntaxe se compose, comme on sait, de trois parties progressives qui sont : syntaxe de la proposition, syntaxe de la phrase et syntaxe de la période. Chacune de ces par ties a deux cents et quelques leçons, où à un exercice de vive voix se rattache toujours un exercice correspondant par écrit. Les leçons de syntaxe forment par conséquent un total de six cent seize. Mais ce n'est pas tout. Entre deux leçons de syntaxe vient se placer alternativement sur les deux premiers degrés de la progression, une leçon de conjugaison ou du vocabulaire. A côté de la période la conjugaison est remplacée par les compositions. Ainsi en réunissant toutes les leçons du cours on arrive au nombre de douze cent trente-deux.
Il y aurait peut-être là de quoi effrayer toutes les idées habituelles sur l'enseignement de la langue dans les écoles, et de quoi leur faire repousser au premier abord ce Cours de langue qui à lui seul demande tant de place et tant de temps.
Nous ne sommes pas fait pour en imposer en faveur de notre œuvre. Nous avons une expérience de maintes années devant nous, et appuyé sur elle, nous dirons hautement que ce Cours, pour être bien fait, veut être l'objet dominant dans une école, et qu'en moyenne il demande cinq à six ans d'exercices. Mais que l'on veuille bien se rappeler que, pour la langue, il fait sous tous les rapports incomparablement plus que les méthodes usuelles, et que la langue n'y est pourtant qu'un simple moyen. C'est le développement progressif de l'esprit qui est ici le but prochain, et celui-ci encore se rapporte comme fin dernière au développement de la conscience et du cœur au profit de la vie. En un mot c'est un Cours éducatif de langue.
Il renferme d'ailleurs une instruction assez étendue sur l'homme, sur la nature, sur les choses divines et humaines. Il lui faut une matière convenable pour se développer, et il l'a prise où elle se trouve, et autant qu'en demandaient ses besoins. L'élève qui se sera approprié toute l'instruction que renferme le Cours de langue ne sera pas un ignorant dans la vie, et il se trouvera sur la voie pour acquérir facilement toutes les connaissances qui lui manqueront au sortir de son école.
§ II. Leçons qui peuvent accompagner le cours de langue.
Nous avons dit que l'enseignement de la langue doit être l'objet dominant dans les écoles. C'était ne pas en exclure d'autres enseignements qui trouveront place à côté de lui, comme ils en avaient une dans ma chère école de Fribourg. J'ai déjà demandé plus haut des lectures régulières sur les merveilles de la nature, et sur l'Histoire Sainte, principalement du Nouveau-Testament. La géographie ne doit pas être omise, et c'est sur le sol natal que doit se prendre la première leçon. On l'y prenait chez moi, et en voyageant dans la Palestine, on avait soin de se rappeler quelques traits de la vie du Sauveur et quelquesunes de ses paroles. Sur la carte de l'Asie Mineure on suivait les traces de l'apôtre des nations, et le triomphe de l'Église chrétienne sur la synagogue et l'idolâtrie.
Le dessin avait également place à côté du Cours de langue, et, comme il a été dit plus haut, il embrassait une grande partie de l'histoire naturelle, ainsi que les éléments nécessaires aux arts mécaniques. Le calcul n'était pas négligé, puisqu'à la stérile routine j'avais substitué une méthode intéressante qui mettait les élèves au courant des affaires de la vie. (Livre I, chap. n.)
A côté du Cours de langue il y avait des leçons régulières d'allemand. Elles étaient réclamées par la position de notre ville, où viennent se rencontrer les deux idiomes. A son entrée dans la classe élémentaire l'enfant apprenait à nommer les objets environnants en français et en allemand. Ce n'était là qu'un exercice de mémoire et de prononciation. La lecture de hvres allemands, la traduction et l'écriture ne commençaient qu'àla seconde classe de l'école1.
1 Les livres de lecture et le matériel nécessaire pour l'écriture et le dessin ne laissent pas d'être coûteux aux parents, lorsqu'ils sont dans le cas de les fournir à des enfants qui très-souvent les gâtent ou les perdent en chemin, outre qu'en venant à l'école ils oublient de les apporter avec eux. Pour remédier à ces inconvénients, l'école même se j chargea de procurer tous les livres et tous les objets nécessaires à l'instruction , de les serrer dans les salles et de les distribuer aux moments convenables. En échange elle demanda aux parents aisés une rétribution mensuelle qui était beaucoup au-dessous de la dépense qu'ils faisaient auparavant. Par cette mesure l'école se trouva en état de dispenser les pauvres de toute rétribution.
Ainsi quelque étendu que soit le Cours éducatif de langue maternelle, il permet de l'accompagner de tous les objets d'instruction désirables. Il les demande même, ne seraitce que pour mettre de la variété dans les leçons de la jeunesse.
Je ne dois pas omettre ici les leçons régulières de religion qui venaient tous les jours se placer à côté des autres objets. Elles se composaient de la récitation du catéchisme diocésain, et d'une explication écrite que j'avais rédigée pour l'accompagner pas à pas. Les exercices se faisaient dans les divisions de chaque salle, les moniteurs en étaient chargés, et ils s'acquittaient bien de leur tâche. Voilà donc le ministère de la parole sainte qui avait sa part dans les leçons de l'école, dont le préfet était en même temps le curé. Il l'était sous tous les rapports; car c'est lui qui faisait le catéchisme à l'église, qui admettait les élèves aux sacrements, et qui au tribunal entendait les tristes confidences que la presque totalité des enfants venait librement lui faire. Ainsi le préfet de l'école et son curé se rencontraient dans la même personne sans s'y confondre ni se contrarier, et le premier préparait le travail du second. On comprend que cette organisation devait être très-avantageuse à l'éducation.
§ III. Division des élèves et méthode d'enseignement.
Les écoles se recrutent constamment de nouveaux élèves à des époques plus ou moins rapprochées. Le développement des élèves y est, en conséquence, trèsduTérent, et cette différence jointe à l'inégalité native des talents, demande une classification régulière. Plus les élèves sont nombreux, plus on peut multiplier les degrés, et il y a en cela un grand avantage. Les élèves aiment à avancer pour avoir le doux sentiment de leurs progrès, et pour y puiser de nouvelles forces à la vue du travail qui leur reste à faire. D'un autre côté, lorsque les degrés sont nombreux, chaque élève peut être mis précisément à la place que lui assignent ses talents. son application et ses progrès. Cette classification est surtout indispensable à l'égard du Cours de la langue qui, du commencement à la fin, présente une longue gradation du simple au composé, et du facile à ce qui l'est moins.
Dans une école régulièrement graduée, chaque élève travaille avec d'autres de même force, sans jamais être arrêté, comme sans arrêter personne. Par là se développe un puissant ressort, l'émulation, mot par lequel je n'entends pas du tout la coupable rivalité. Bien loin d'exciter cette hostile passion dans le cœur de la jeunesse, l'éducation doit en prévenir la naissance ou l'étouffer. L'émulation dont je parle n'est que le désir bien légitime de ne pas rester en arrière, quand d'autres s'avancent, mais d'imiter les bons exemples que l'on a sous les yeux. L'homme qui marche seul éprouve bientôt de la fatigue; mais donnez-lui un compagnon qui marche bien, et il cheminera plus aisément. Il en est de même dans les études de la jeunesse.
J'ose dire que dans mon ancienne école j'ai toujours vu l'émulation sans rivalité. Jamais un élève ne s'est récrié dans les promotions contre l'avancement de quelqu'un de ses camarades, mais souvent j'ai été prié d'en laisser monter d'autres que je trouvais trop faibles. On me promettait même de leur apprendre en particulier ce qu'ils ne savaient pas assez bien, et que bientôt je les trouverais assez forts. A la fin de l'année scolaire on distribuait des prix de progrès, de diligence et de bonne conduite. Les élèves des trois salles supérieures étaient appelés à en faire préalablement la distribution par écrit, et ils s'en' acquittaient avec tant de discernement et d'impartialité, que la très-grande majorité des suffrages portait toujours sur le vrai mérite.
On comprend qu'en multipliant les degrés d'instruction dans une même salle, on est obligé de se servir de l'enseignement mutuel. C'est à son aide que j'ai pu donner au cours de langue maternelle, ainsi qu'à d'autres parties