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L'ancienne secrétaire générale de Solidarité sans frontières Anni Lanz a comparu jeudi devant le tribunal de district de Brigue (VS) pour violation de la loi fédérale sur les étrangers. Condamnée par ordonnance pénale à une peine pécuniaire, elle a fait opposition.
Anni Lanz, 72 ans, l'une des mille femmes à travers le monde retenues pour le prix Nobel de la paix 2005, ne nie pas les faits qui lui sont reprochés. Elle a bien tenté le 24 février 2018 de faire revenir en Suisse un demandeur d'asile afghan qui avait été expulsé en Italie. Mais selon la Bâloise, il s'agissait "d'un cas extrême", d'une "situation de détresse grave".
Condamnée par ordonnance pénale à une peine pécuniaire de 30 jours-amende à 50 francs avec sursis de deux ans et à une amende de 300 francs, l'ancienne secrétaire générale de Solidarité sans frontières a donc fait recours et ainsi ouvert la voie au procès public qui s'est déroulé jeudi.
Expulsé en Italie
Le procureur Andreas Seitz a rappelé que toute infraction à une loi doit être punie. Selon lui, Anni Lanz aurait pu porter secours directement en Italie au requérant d'asile qu'elle avait pris sous son aile, en le conduisant dans un hôtel et en le faisant soigner sur place. Pour le ministère public, le principe de subsidiarité n'est ainsi pas rempli.
Un argument réfuté par l'avocat d'Anni Lanz, Guido Ehrler qui a indiqué que sa cliente avait essayé d'organiser de l'aide sur place, notamment via Caritas, mais n'y était pas parvenue.
Dans sa dernière prise de parole au cours de l'audience, Anni Lanz a affirmé qu'aider un sans papier est impossible en Italie tant l'acte est gravement puni et qu'il n'y avait aucune possibilité d'aider ce requérant d'asile de manière légale.
"Les droits supérieurs"
Guido Ehrler a demandé l'acquittement de sa cliente ou tout au plus une peine d'un franc symbolique. Il a évoqué "les droits supérieurs", ceux qui doivent permettre d'enfreindre la loi lorsque la situation humaine est particulièrement grave.
La défense a brossé le portrait du requérant d'asile et de sa situation: un homme, ancien de l'armée afghane, menacé dans son pays et qui a de la famille en Suisse, une soeur et un beau-frère. Un homme qui a appris lorsqu'il était en Suisse que sa femme et son enfant avaient été tués.
Souffrant d'un sévère syndrome de stress post-traumatique, admis à quatre reprises dans une clinique psychiatrique où il a fait des tentatives de suicide, le requérant est expulsé vers l'Italie, dernier pays qu'il a traversé avant de déposer sa demande d'asile en Suisse.
Arrêtés à Gondo
Refoulé à Milan, il s'est retrouvé à la rue, "sans bagages, sans habits chauds, sans papiers d'identité et sans médicaments". Anni Lanz, qui avait fait sa connaissance à la prison de renvoi bâloise de Bässlergut où elle visitait régulièrement des prisonniers, ira lui porter secours à Domodossola (I) ce jour d'hiver, par une température de moins dix degrés.
L'équipée est arrêtée par des gardes-frontières à Gondo (VS). "Le secrétaire général du département de justice et police de Bâle Campagne s'est excusée auprès de moi et m'a dit que l'expulsion vers l'Italie n'aurait pas dû avoir lieu", a dit Anni Lanz lors de son interrogatoire par le président du tribunal.
Soutien d'organisations
Plusieurs dizaines de membres d'organisations de soutien aux migrants avaient fait le déplacement à Brigue pour soutenir Anni Lanz. La salle d'audience était pleine et l'ambiance plutôt détendue. Le tribunal a même fait venir des chaises pour permettre aux retardataires de s'asseoir.
"Nous demandons l'acquittement total d'Anni Lanz. Elle a agi pour des intérêts honorables", a indiqué à Keystone-ATS avant l'audience Amanda Ioset, actuelle secrétaire générale de Solidarité sans frontières.
Le verdict était attendu jeudi. Il sera finalement rendu et communiqué aux parties ultérieurement.