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Comment les Esquimaux construisent un iglou
Avec 6 illustrations ( 42-47Par Colin Wyatt
Armé d' un couteau à neige de 50 centimètres, un Esquimau peut survivre n' importe où dans l' Arctique, même s' il est surpris par la tempête dans les immensités inhospitalières des Barrens ( Terres désertes ) avec le thermomètre à 50 degrés C sous zéro. Avec ce couteau il construira en une heure un iglou de blocs de neige pouvant abriter quatre personnes, ou en une demi-heure une hutte plus petite pour deux hommes. Un iglou est beaucoup plus solide qu' une tente et résiste aux plus terribles blizzards. En outre les blocs de neige dont il est construit retiennent la chaleur du corps, et la température intérieure monte à mesure que les heures s' écoulent, ce qui n' est pas le cas dans un abri de toile, de bois ou même de pierre, où le froid polaire pénètre comme à travers une passoire.
L' iglou bâti d' urgence est nécessairement une chose très simple, tandis que les iglous semi-permanents des camps d' Esquimaux sont presque luxueux. Les plus simples ont toujours à l' entrée un couloir surbaissé conduisant dans une antichambre, ou anté-iglou, d' où un passage fermé par une porte de bois ou de peaux donne accès dans la principale pièce ( living room ). Il y a habituellement deux antichambres avant l' iglou d' habitation, avec deux portes successives, de façon à réduire au minimum la perte de chaleur lorsque les gens entrent et sortent. Parfois deux ou trois familles construisent des iglous mitoyens ouvrant tous sur la même grande antichambre, si bien que par les pires bourrasques d' hiver ils peuvent aller les uns chez les autres sans sortir en plein air, et les enfants peuvent y jouer en sécurité.
L' une des antichambres sert habituellement de dépôt de vivres, ou d' abri à un chien malade, ou à une chienne avec ses chiots. Ordinairement les chiens couchent dehors; ils creusent un trou dans la neige, s' y blottissent en cachant le museau sous la queue et dorment protégés par leur épaisse fourrure.
La moitié du plancher de l' iglou d' habitation est occupée par la banquette-couchette surélevée d' un mètre environ. Elle mesure au moins six pieds en largeur ( 1 m. 80 ), car un iglou moyen a généralement 3 m. 70 et parfois jusqu' à 4 m. 50 de diamètre. Sur cette banquette on étend une couche de saules-nains, s' il s' en trouve dans la région, et là-dessus deux épaisseurs de peaux de caribou ou d' ours polaire. Enfin par-dessus tout viennent les sacs de couchage doubles en peau de caribou, l' intérieur avec la fourrure à même le corps.
A l' une des extrémités de la banquette il y a une projection où la femme esquimau fait sa cuisine, autrefois sur une lampe à huile de phoque, aujourd'hui le plus souvent sur un « primus », bien que dans les régions où croît le saule-nain on maintienne toujours un feu de brindilles. Le plancher de l' iglou étant toujours au-dessous de zéro, il sert de frigo. Sous la banquette du fourneau il y a généralement, congelés à bloc, une pile de cuissots de caribou ou de truites-saumon harponnées dans les trous creusés dans la glace des lacs. La plus petite flamme réchauffe très vite l' air d' un iglou à partir de la hauteur des genoux; mais l' Esquimau veille à ce que la température reste assez basse pour empêcher le toit de dégouliner. Toutefois il fait si bon tiède dans les douces fourrures de caribou qu' on ne sent jamais le froid. J' ai passé une nuit confortable dans un iglou alors que la température extérieure était de 56° C sous zéro; aussi confortablement que dans une maison ordinaire en Angleterre avec l' humidité de l' hiver anglais. Lorsqu' on a les jambes engoncées jusqu' à mi-cuisses dans les doubles bottes de peau, fourrure à l' intérieur, on n' a jamais froid aux pieds.
La construction d' un iglou est simple, mais réclame cependant une technique habile. Tout d' abord, il faut savoir choisir la qualité de neige; la seule qui convienne est celle qui a été chassée et durcie par le vent. Avec une neige granuleuse ou cristalline, les blocs se brisent en les découpant. Lorsqu' on a trouvé cette neige idéale, on trace un cercle, à l' in duquel on entaille profondément la neige au couteau - 60 cm. marquant un carré d' un mètre de côté environ. Ceci fait, on trace une autre entaille à 10 cm. d' un des côtés du carré, et l'on enlève la neige entre les deux sillons. Cela permettra de glisser le couteau sous la neige et par un mouvement de navette, de cisailler la base du premier bloc. On découpe ensuite une tranche de 12 cm. environ, passant soigneusement la lame du couteau tout le long du flanc pour s' assurer que la coupure est totale, puis une légère pression de levier sur le centre libère un bloc de 90 cm. de long sur 60 cm. de haut et 12 cm. d' épaisseur. On passe à un autre et ainsi de suite. Ces blocs sont alignés autour du cercle marque, en ayant soin d' égaliser au couteau la surface du sol, afin que les blocs soient solidement assis sur une base régulière. De même les bouts doivent être appareillés pour assurer une jointure exacte. Une ou deux tapes du poing sur le plat et sur le bout: le bloc est fermement soudé à ses voisins et ne bougera plus. Lorsque le premier cercle de blocs est en position, on en entaille trois obliquement de façon à établir une rampe qui monte de la base du premier bloc jusqu' à l' arête supérieure du quatrième, et sur laquelle on pose la deuxième assise. En plaçant les blocs sur la rangée inférieure, il faut passer plusieurs fois le couteau à plat entre les deux pour eraser les surfaces et assurer leur contact parfait. A partir de la 2e rangée, les blocs doivent être inclinés à l' intérieur selon un angle croissant; on les découpe plus longs, légèrement cintrés et moins épais, pour qu' ils soient moins lourds à mettre en place. La pose des dernières assises, lorsque les blocs sont inclinés presque à l' horizontale, exige une attention toute particulière. Lors de la construction des grands iglous, un homme soutient le bloc pendant que l' autre égalise les faces et procède à la mise en place. Finalement, il ne reste plus qu' un trou au sommet. On découpe alors la clef de voûte, de dimensions légèrement supérieures, et on la glisse de pointe, avec précautions, à travers la lunette. Le constructeur est debout au centre de l' iglou, soutenant le bloc d' une main tendue au-dessus du trou, et de l' autre effectuant au couteau les parements nécessaires pour qu' il s' ajuste exactement à son alvéole.
Enfermé dans l' iglou, le constructeur découpe alors la porte, haute d' un mètre, et en retire les blocs à l' intérieur; ils serviront à bloquer l' entrée après qu' on s' est installé. Le plancher de l' iglou est à 60 cm. en contrebas du niveau du sol; l' homme taillera extérieurement un couloir d' accès, et utilisera les blocs pour construire le porche au-dessus de l' entrée. Finalement il procédera à la toilette extérieure de l' iglou, érasant, ravalant les angles et les saillies, bouchant les fissures. S' il en a le temps, il pourra encore élever à la pelle, autour de l' iglou, un parapet de neige comme protection supplémentaire. Comme touche finale, pour les iglous semi-permanents, on découpe dans la glace du lac voisin un carré transparent que l'on encastre en guise de fenêtre dans une des parois.
Tout l' iglou est construit de l' intérieur, le maçon découpant l' issue lorsqu' il est achevé. Un constructeur habile devrait pouvoir tailler tous les blocs de l' édifice à l' intérieur du cercle marqué au début; toutefois, il est admis qu' on prélève les blocs de la première assise en dehors de ce cercle, ce qui laissera davantage de neige à l' intérieur pour la banquette-couchette. A la fin de l' hiver, un iglou semi-permanent est parfois enseveli aux trois quarts sous les congères, et le couloir d' entrée est devenu un tunnel s' enfonçant dans le sol. Ces iglous-là sont les plus chauds de tous.
La température de l' iglou doit être strictement réglée, car trop de chaleur fera dégou- liner l' eau du plafond. S' il y fait trop chaud, on fait un trou au toit avec le couteau, bouche d' aération que l'on peut refermer à volonté. Les Esquimaux mettent souvent un second plafond, sous forme de peaux fixées par des chevilles, pour que la chaleur n' arrive pas au toit. L' eau dégouline alors le long des parois et ne fait que les renforcer. Traduit par L.S.