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Quand le jour de la Pentecôte arriva, les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit. 2 Tout à coup, un bruit vint du ciel, comme un violent coup de vent, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. 3 Ils virent apparaître des langues pareilles à des flammes de feu ; elles se séparèrent et se posèrent une à une sur chacun d’eux. 4 Ils furent tous remplis de l’Esprit saint et ils se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’exprimer. 5 À Jérusalem vivaient des Juifs qui honoraient Dieu, venus de tous les pays du monde. 6 Quand ce bruit se fit entendre, ils s’assemblèrent en foule. Ils étaient tous profondément surpris, car chacun d’eux entendait les croyants parler dans sa propre langue. 7 Ils étaient remplis de stupeur et d’admiration, et disaient : « Ces gens qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ? 8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende parler dans sa langue maternelle ? 9 Parmi nous, il y en a qui viennent du pays des Parthes, de Médie et d’Élam. Il y a des habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et de la province d’Asie ; 10 certains sont de Phrygie et de Pamphylie, d’Égypte et de la région de Cyrène, en Libye ; d’autres sont venus de Rome, 11 de Crète et d’Arabie ; certains sont nés Juifs, et d’autres se sont convertis à la religion juive. Et pourtant nous les entendons
PRÉDICATION La fête de Pentecôte est une fête de la tradition juive. Elle commémore le don de la loi de Dieu à Moïse. Elle rappelle cet événement où Dieu exprime sa volonté de communiquer avec son peuple afin de le mettre en route, libéré de l’esclavage depuis la Pâques et mis en route pour mieux le servir. C’est un beau rendez-vous. Un rendez-vous joyeux que les chrétiens n’oublieront pas, et qui rassemblera tous ceux qui, comme vous tous se souviennent, se rappellent que depuis les commencements du monde, Dieu a un projet pour l’humanité et pour la création tout entière.
Nous voici donc rassemblés pour écouter ce projet et pour y entrer à notre tour, un projet de vie, celui d’une vie en abondance, agissant contre le mal, la misère et l’injustice, contre l’exclusion et la discrimination, contre la mort, la violence et la méchanceté des hommes.
Cinquante jours après Pâques qui célèbre la libération de tout esclavage, y compris celui de la mort sur nos vies, Pentecôte déploie ce projet qui va faire du bruit, comme l’écrit l’auteur du récit quand il parle de vent violent et de flammes de feu, Pentecôte déploie un projet inspiré qui ne manque pas de souffle puisqu’il nous rassemble encore aujourd’hui même. Et quel est-il ?
C’est un projet qui annonce les merveilles de Dieu, les grandes choses à qui veut l’entendre, et ce qu’il veut faire pour nous.
Ce jour-là, en effet, chacun a pu entendre et comprendre dans sa propre langue ce dont il s’agissait. Pentecôte peut être alors comprise ainsi : comme la fête de l’intelligence, une intelligence à la fois personnelle et collective, car, venus de presque tous les pays alentour, les pèlerins arrivés à Jérusalem n’ont plus été des étrangers les uns pour les autres, mais chacun a compris le message et s’en est réjoui aux côtés les uns des autres, et surtout, chacun est devenu témoin et porteur du message à son tour.
Pentecôte est fête de l’intelligence collective autant qu’une célébration qui valorise la singularité de chacun, elle illumine le visage et la responsabilité de celui qui s’inscrit dans ce projet de vie.
La rencontre des cultures de tous ces croyants venus d’un peu partout n’a donc pas été impossible, elle n’a pas créé d’obstacle à la célébration du culte mais elle est devenue au contraire l’occasion inaugurale d’une compréhension mutuelle et d’une joie partagée. Cette occasion réussie de la rencontre et de l’intelligence commune a bien évidemment intrigué et étonné certains témoins de l’événement qui pensaient même, en se moquant d’eux, que les croyants étaient un peu ivres à cette heure pourtant matinale. Mais l’Eglise est comme née ce jour-là, transnationale, fraternelle, mondialisée, solidaire, plurielle, polyglotte, multicolore en tout point, y compris certainement au plan des sensibilités et vivant déjà une sorte de biodiversité théologique, n’en doutons pas.
Ce que je veux dire, chers amis, en parlant de la Pentecôte comme de la fête de l’intelligence, c’est que l’écoute du message nous engage déjà dans ce beau projet de Dieu pour la vie : lui, en effet, nous prend tels que nous sommes, d’où que nous venions, qui que nous soyons et quoi que nous ayons fait, il nous accueille avec nos parcours si personnels, cohérents ou tortueux, douloureux ou contradictoires, il parle à chacun de nous, venus d’horizons bien différents et marqués au sceau de nos multiples identités, enracinés dans des généalogies croisées et enrichis de différentes cultures, il vient au milieu de nous et se fait très bien comprendre jusque dans notre langue maternelle. Il vient se laisser déchiffrer au plus intime de nous-mêmes et il nous touche. Au cœur même de nos cultures il vient.
Et nous, nous lui réservons un moment, un lieu, une place en nos cœurs. Tel est le sens même de ce curieux mot de culte. Cultiver un temps et une place pour accueillir celui qui vient parmi nous, préparer un espace-temps où un autre que nous-même pourra trouver sa place, à nos côtés.
Au long de nos semaines, de nos jours et de nos heures, dans nos multiples occupations et dans nos travaux, nous ouvrons un espace à un autre que nous-même. Nous faisons une place sur un banc d’Eglise, dans un temple ou au sein d’une maison en même temps qu’au voisin, au prochain, à l’inconnu, et nous nous rendons disponibles à la transcendance, au Tout Autre, au Dieu de Jésus-Christ qui nous rejoint mystérieusement.
Pentecôte est ainsi une fête ouverte à tous, fête personnelle et communautaire, individuelle et ecclésiale, citoyenne et mondialisée, et elle signifie qu’au cœur de la culture, au cœur des cultures, le culte est l’occasion par excellence de se mettre à l’écoute de celui qui conduit nos vies, nous proposant un projet que le texte biblique de ce jour résume d’une expression étonnante : Nous entendons parler des merveilles de Dieu. Les merveilles de Dieu ! Quelle expression !
Au moment même où le monde traverse une si terrible épreuve, celle d’une pandémie qui porte avec elle des milliers de morts et des conséquences tellement néfastes, notamment au plan économique, et qui révèle, comme le révèle toute crise, nos fragilités personnelles, nos faiblesses mais aussi nos inconséquences et celle de nos mauvais choix collectifs, nous entendons parler ce jour dans notre langue maternelle des merveilles de Dieu. Quelle chose étonnante, encore une fois. Et comment répondre ?
Malgré les désordres, les violences, l’aggravation des injustices, des inégalités sociales si criantes, malgré les souffrances, malgré les larmes intérieures et la brûlure de nos cœurs, malgré les graves difficultés, financières, politiques, sanitaires, écologiques, et malgré l’inquiétude qui règne y compris dans l’esprit des plus haut responsables, nous voulons pourtant écouter avec attention ce message venu du fond des âges et nous le recevons : c’est un message d’espérance qui annonce une bonne nouvelle : la première merveille, et non la moindre quand on évoque Dieu, c’est qu’il proteste contre la mort, contre toute mort et que cette protestation n’est pas une posture ni une fake news mais une good news. Le salut dont l’évangile est le message ne se réduit pas, en effet, comme on pourrait le croire, à un sauvetage privé réservé à quelques-uns, à notre âme ou à notre petite personne qui serait emportée et mise à l’abri dans les cieux moyennant notre silence ou notre soumission devant toute injustice, mais il est proclamé depuis toujours dans la prédication de l’Eglise par cette incessante invitation à découvrir la dimension plénière, globale et cosmique du salut. À Pâques, c’est bien la rédemption de l’ensemble de la création qui se joue. « Car il a plu à Dieu de réconcilier toute chose par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux. C’est encore ce que dit l’évangile de Marc qui s’achève sur le commandement du Christ, un peu comme au jour de Pentecôte : « Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toutes les créatures ». Autrement dit, œuvrer pour le soin de notre maison commune, pour notre oikos créationnel et pour le bien-être de toutes les créatures, c’est alors poser des signes du Royaume de Dieu dont nous espérons l’advenue plénière dans la nouvelle création. L’engagement des croyants dans ce projet depuis les origines, s’inscrit ainsi donc lui-aussi dans cette dynamique de l’annonce du salut, à l’image exactement de votre propre engagement, de votre courage, de votre dévouement, de votre créativité tout au long de cette crise de la pandémie.
Les grandes choses dont parle le récit de Pentecôte, les merveilles de Dieu, ce sont bien celles-ci : au cœur du monde, au cœur de l’histoire, au cœur de la culture, le culte appelle inlassablement à la justice et à la paix. Le culte est bien cet espace où peut se proclamer librement cet appel. Une culture et une société qui peuvent laisser percer une parole d’espérance et de joie, une parole de vie, une lumière qui éclaire un chemin, sont porteuses de promesse, et ce malgré toute nuit, toute obscurité, toute ténèbre, toute barbarie.
Mais une culture sans culte au contraire, serait une culture sans intelligence, telle une barbarie au sens où aucun appel à l’accueil de l’autre différent ne serait accepté, ni compris, ni accueilli, mais où l’autre différent serait discriminé, méprisé, considéré comme de trop, inutile, incompréhensible, barbare et exclu.
L’évangile est une promesse, donc, le mot est lâché, cette promesse est pour vous. L’évangile est promesse. Or notre réponse ne peut être alors, devant une promesse, que celle d’une confiance et celle d’un engagement responsable. Contre le discours défaitiste qui confond la résignation avec la sagesse, ou encore contre le discours simpliste qui attend le miracle au lieu de l’intelligence et de l’initiative, contre le discours ricanant des extrêmes qui n’aident pas à penser, la promesse espère et attend une réponse, celle de la confiance dans un lendemain peut-être incertain mais en tout cas béni. Une réponse, autrement dit une responsabilité qui nous fait acteurs et co-responsables, avec tant d’autres sur cette terre, d’un lendemain à bâtir ensemble, la promesse où se préparent avec persévérance les jours d’après.
Les merveilles dont parle le récit de ce jour ne seront peut-être pas merveilleuses selon la compréhension habituelle de ce mot. Mais elles supposeront cette étonnante vérité : Dieu nous attend, il croit en nous, il espère en nous plus que nous-mêmes, sans doute, ne croyons en lui. Il se tient présent, parfois inattendu, tel un mystérieux visiteur de nos vies, au cœur de nos cultures et de nos existences. Et il attend de nous ce qui nous revient tout simplement, à savoir attester joyeusement de sa présence, contester avec lui et en son nom les causes de toute violence et des souffrances de ce monde, et protester enfin avec intelligence de notre confiance en lui.
Pentecôte est donc un beau rendez-vous. Au cœur de l’épreuve, en ce mois endeuillé de mai 2020, cette fête d’une alliance entre Dieu et l’humanité mondialise le message du Christ et l’étend sur la surface de toute la terre, et en même temps elle le rend présent au plus secret de chacune de nos vies. Elle célèbre le projet de Dieu qui a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils pour le sauver, et elle illumine chacun de nos visages même les plus tristes et les plus dévastés par le malheur. Merveilles de Dieu, qui fait pour nous de grandes choses, et qui nous met humblement à l’œuvre dans le monde, désignant un chemin, celui d’une vie humaine à vivre pleinement, selon sa promesse, et sous sa garde, Amen.
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