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Ce rapport se veut concis (dans la mesure où cela m'est possible) et rend compte d'un certain nombre d'informations spécifiques aux NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication). Les chapitres suivants sont à mettre en relation avec les questions qui m'ont été posées lors de la demande de participation à la conférence DVC (Desktop Video Communications)'98 Fall.
Tout d'abord, force est de constater que l'impact des NTIC est énorme aux USA. Ils ont assurément deux à trois ans d'avance sur l'Europe (un peu moins sur le Japon semble-t-il) au niveau technologique et commercial mais surtout au niveau de la planification des NTIC et de la volonté politique lucide (locale et étatique) qui entraîne avec elle toutes les branches économiques et sociales du pays.
A ce propos, il est remarquable que des entreprises très importantes aux Etats-Unis investissent massivement, aujourd'hui déjà, dans ce marché émergeant (le télé-enseignement mais aussi la vidéo-conférence, la distribution TV numérique et du show-business, les grands médias d'information, la visio-phonie, en définitive tous les vecteurs de communication de grande échelle).
Tel AT&T par exemple, qui investit énormément sur le réseau ATM, le seul d'après son président à pouvoir répondre de par sa conception aux exigences techniques de ces nouveaux médias, et misant sur le fait que toute entreprise de taille conséquente aura une et une seule connexion réseau vers l'extérieur, de type ATM (et non plus comme c'est le cas aujourd'hui seulement entre providers importants).
Telles certaines entreprises dont le chiffre d'affaire ne dépend plus que de ces nouveaux marchés. PictureTel (leader dans les systèmes de vidéo-conférence H320) par exemple a racheté Starlight afin d'intégrer complètement dans son offre la vidéo-conférence et le Streaming Media (dixit son vice-président), de sorte que le synchrone (live) et l'asynchrone (record) soient imbriqués l'un à l'autre. PictureTel a annoncé lors de DVC'98 Fall l'intégration du système H323 (vidéo-conférence sur IP) de RADVision à certain de ses systèmes H320 (sur ISDN) afin de permettre une connexion fiable entre les deux réseaux.
RealNetworks, premier à avoir commercialisé et massivement popularisé le Streaming média (multi-plates-formes sur IP), offre avec son dernier produit la possibilité de synchroniser audio, vidéo, incrustation de texte et document multimédia le tout en mode multicast ou broadcast et d'une qualité inégalée à ce jour. Comme preuve que cette nouvelle technologie est largement utilisée, le 21 septembre 1998, il a été téléchargé plus d'un demi-million de fois la vidéo de la déposition du Président Clinton au grand jury. Les technologies changent, pas les êtres humains...
Microsoft lui même a annoncé la gratuité d'un produit concurrent, et bien que celui-ci ne repose pas sur des standards (propriétaire), soit mono-plateforme (mais oui, bien sûr, Intel!), et n'offre pas le multicast, il s'avère de grande qualité.
Plusieurs entreprises réalisent entièrement leurs chiffres d'affaire avec des produits de video-conférence. D'autres, comme Intel ou CISCO, trouvent là un nouveau marché porteur.
Exemple d'utilisation de ces nouvelles technologies: des archives audio/vidéo de DVC'98 Fall sont accessibles depuis le Web sous: http://www.vstream.com.
Le champ technologique enveloppant ce domaine est donc extrêmement vaste si on doit y ajouter par ailleurs la production audio-visuelle pure (bien que ces nouvelles technologies tendent à diminuer fortement son importance puisqu'elles remplacent entièrement par exemple la distribution traditionnelle, et coûteuse, par support magnétique) ainsi que la réalisation des documents multimédia, leurs intégrations sur le Web (dans la plupart des entreprises qui intègrent massivement l'audio/vidéo sur WWW, une personne est engagée à plein temps simplement pour l'encodage), l'administration des serveurs et services dédiés au télé-enseignement, la gestion délicate de flux importants lesquels impliquent une administration spécifique du ou des réseaux par des équipements dédiés.
Sur ce dernier point, nombre d'orateurs insistent pour que les réseaux Intranet soient repensés afin d'intégrer au mieux ces nouveaux services.
Configurations multiples, choix décisif, planning obligatoire
Pour bien cerner la difficulté de l'intégration du télé-enseignement, il faut comprendre les configurations multiples envisageables. Le choix d'une ou de plusieurs configurations engage à long terme, il est donc décisif et sa planification primordiale.
Etant donné les modifications structurelles, technologiques, pédagogiques, sociales et économiques que l'intégration du télé-enseignement implique, le temps de réflexion préalable à la décision de telle ou telle configuration est vital. La décision prise, la planification se doit d'être précise laquelle inclut la formation des enseignants à l'emploi de ces nouvelles technologies.
Les points suivants démontrent l'amplitude des possibles. De la source ou de la destination du contenu de la formation dépend la configuration choisie. Cette dernière dépend elle-même des préférences des étudiants.
Tout d'abord, il faut différencier les configurations possibles d'un télé-enseignement selon les sites depuis lesquels l'étudiant recevra sa formation:
Sur ce dernier point, une étude intéressante de Media Metrix rapporte qu'environ un utilisateur de PC sur quatre a la technologie adéquate pour regarder de la vidéo chez lui sur son PC. Soit 17.4 millions d'utilisateurs propriétaires de leurs PC capables de recevoir de la vidéo en temps réel (plus d'info sous: http://www.mediametrix.com ).
Impact technologique de la configuration choisie: le réseau!
Du point de vue technologique seul, le principal impact du choix de telle ou telle configuration se porte en premier lieu sur le réseau. (A moins, de l'écarter complètement en utilisant le CDROM multimédia).
Le choix du réseau affecte le coût et la qualité et comporte de nombreux obstacles (lenteur, incompatibilité, interopérabilité, inaccessibilité...).
Planification délicate
De nombreux écueils à éviter lors de la planification:
Nous ne le répéterons jamais assez, le télé-enseignement, quelle que soit sa configuration, se pratique à l'aide de nouvelles méthodes pédagogiques. Enseigner Online implique de nouveaux comportements par rapport à l'enseignement traditionnel. Il faut donc former les professeurs, d'où une partie des résistances indiquées plus haut.
A titre d'exemple, California State University a lancé un programme de certification qui apprend aux enseignants: Comment enseigner Online ou dans une classe virtuelle; constitué de quatre cours, 48 enseignants sont déjà inscrits. Dans le futur, ils espèrent étendre ce certificat à un Master's Degree. Plus d'information sous: http://www.online.csuhayward.edu.
Internet remplace avantageusement la distribution de CDROM multimédia interactifs dont le coût de production (entre autre) est énorme. Mais Internet n'a pas été conçu pour du real time audio/vidéo. De nombreuses recherches sont actuellement en cours pour diminuer le jitter (délais variables) et pour ajouter des notions de qualité de services (QoS). Il est par exemple question de donner la priorité au real time tout en contrôlant son flux (la vidéo a besoin d'une bande passante de qualité, pas en quantité).
Tous les orateurs reconnaissent qu'actuellement, pour des communications audio-visuelles professionnelles (dont certains précisaient que sa définition dépendait le plus souvent de ce qui avait été utilisé avant), Internet n'est pas viable.
L'Intranet peut éventuellement convenir. Cependant la bande passante disponible pour ce type de communication (celle dévolue aux data étant souvent capitale) limite considérablement, pour l'instant, l'intégration de ces nouvelles technologies.
Concernant les produits leaders, il en existe principalement six, tous commerciaux.
Les prix vont de $5'000 à $80'000 selon le nombre d'utilisateurs, l'envergure (campus ou world) et les options. Ci-dessous un bref descriptif de ces produits (il serait beaucoup trop long de détailler ici chacun de ces produits; pour cela me contacter ou consulter le site WWW de chacun des concepteurs; notons simplement la domination de Windows NT sur ce marché):
Citons toutefois quelques nouveaux produits commerciaux prometteurs dédiés:
Distance Learning center de networkMCI (http://www.nmc.mci.com ): vend un environnement de salle de classe virtuelle, plusieurs solutions techniques pour faciliter le travail administratif d'une Université, etc.
Convene Learning Internet Platform (CLiP) vend un produit Online de télé-enseignement basé sur WWW (audio, vidéo, chat, whiteboard, streaming audio et vidéo).
|LearnLinc by Ilinc www.ilinc.com||LearningSpace by Lotus www.lotus.com||LearningServer by Databeam www.databeam.com||WorldClass by Lux www.worldclasssystems.com||Symposium by Centra www.centra.com||Classpoint by WhitePine www.wpine.com|
|Mode||Asynchronous/synchronous||Asynchronous/synchronous||Synchronous||Asynchronous/synchronous||Asynchronous/synchronous||Synchronous|
|Delivery network||LAN/WAN, Internet, Phone Line||Web, Intranet||Internet/Intranet||CATV, Broadcast, ITFS||Internet/Intranet||LAN/WAN, Internet|
|Media||Audio, Multimedia, video||Multimedia, Text, Images||Video, Audio||Video, Audio, Text||Multimedia||Audio, Multimedia, video|
|User equipment required||Multimedia PC with Proshare||Multimedia PC with Web||Multimedia PC with Web||PC with card||Multimedia PC with network access||PC with Web, Intranet|
|System needed||Multimedia PC with Web||Multimedia PC with Web||PC with Internet/Intranet||Head-end||Symposium Server||Video Conferencing Support, NT. Solaris|
|Instructor location||Anyplace||Anyplace||Anyplace||Anyplace||Anyplace||At Origination center|
Tableau a - Produits de télé-enseignement commerciaux
A côté des produits dédiés, nous trouvons une multitude d'applications de moindre ampleur conçues par de petites start-up, visant des marchés très spécifiques.
D'autres applications ne s'adressent pas explicitement au télé-enseignement, mais plusieurs observateurs avisés ont pu entrevoir leur potentiel dans ce domaine. Il s'agit principalement de la vidéo-conférence interactive et multipoints (audio, vidéo, whiteboard, applications sharing sur ATM, ISDN, IP, xDSL ou par satellite selon la distance à parcourir et la qualité exigée) en mode multicast si possible, du Streaming Media (broadcast ou multicast TV asynchrone via IP), de WWW et de toutes les applications phares du multimédia (ex: formats html, pdf et de la famille shockwave) pour la production de CDROM.
Après la radio en 1920, la télévision en 1950, Internet en 1990, le Streaming Media semble devenir le nouveau vecteur de la communication de masse (38 millions d'utilisateurs rien que pour RealSystem). Il est déjà utilisé (voir plus loin) pour de la formation continue dans de très grandes entreprises.
Le multicast est accepté très largement dans la plupart des produits récents de communication audio-visuelle sur réseaux informatiques (une présentation était d'ailleurs dédiée à MBONE). Son déploiement ne fait plus aucun doute pour ce qui concerne le broadcast TV. La raison en est simple: en unicast, une ligne T1 est limitée à environ 75 streams (de qualités faibles). Le multicast offre donc de grandes possibilités dans le domaine des NTIC. Il remplace intelligemment les MCU (Multipoint Control Unit, pour de la vidéoconférence Multipoint) centralisés et coûteux par un MCU distribué.
Autres nouveaux produits commerciaux prometteurs non dédiés:
Le télé-enseignement atteint autant les universités et grandes écoles que les grandes entreprises pour leur formation continue interne.
Par exemple, vingt-huit universités planifient et mettent en oeuvre un réseau de télé-enseignement commun (AJCU). Des projets d'enseignement à distance d'envergure visent aussi bien l'armée des Etats-Unis (USARC) que les centres de santé (Tulane University). Sur ce sujet, voir la publication Telemedicine: The State by State analysis, seconde édition, de Hezel&Associates.
Boeing utilise aujourd'hui massivement les produits RealNetworks pour sa formation continue interne. Il indique également avoir économisé $700'000 de frais de voyage en formant ses managers du monde entier grâce à un programme de télé-enseignement via satellite. Ce programme permet également de réduire par trois la période de formation.
Chrisler Financial Corporation semble utiliser dorénavant le produit d'ILINC cité plus haut.
NEC America a lancé un nouveau programme de formation appelé VOLARE (Virtual On Line Advanced Remote Education). Il s'agit de cours via Internet sur les produits NEC qui s'adressent aux techniciens d'entreprises clientes de NEC.
Funding Telecommunications and the New Media - A National Videoconférence for Higher Education est un programme qui sera diffusé ces prochains jours simultanément dans le monde entier via des satellites et sur Internet.
Bien que la plupart des expériences, projets ou mises en production de techniques dévolues au télé-enseignement trouvent leurs sources dans la foi de quelques acteurs isolés, aujourd'hui les états et la fédération des Etats-Unis eux-mêmes planifient, organisent et soutiennent le télé-enseignement à grande échelle (voir le rapport produit par Hezel & Associates intitulé Educational Telecommunications: The State by State analysis, septième édition, $195 ou les livres Beyond Convergence: teleconferencing in Sate Government, $50 et 1998 Collaborative Communications White Papers, $25, de l'ITCA).
Lorsque j'ai posé la question au président d'Hezel & Associates (cabinet de consultants qui publie régulièrement des analyses sur l'avancement du télé-enseignement ou de la télé-médecine aux USA): quelles universités ou grandes écoles utilisent ces techniques? Il a réfléchi un peu, puis: toutes. Toutes sont clientes ou ont des projets plus ou moins avancés, toutes intègrent dans leurs plans et leurs budgets l'utilisation des NTIC. Pour plus d'information, consulter son rapport et ceux de l'ITAC cités plus haut. Cornel et New York Universities semblent à la pointe.
Kent State University a annoncé son utilisation prochaine du produit Meeting Point de WhitePine (System de video-conférence multipoint; le produit ClassPoint cité dans le tableau 1 s'appuie dessus) par ses étudiants, enseignants et membres pour plusieurs projets éducatifs. Les étudiants et professeurs, dans l'enceinte du campus, pourront se connecter via Internet à une salle de classe virtuelle. Exemples de projets éducatifs prévus dans ce cadre: cours sur la publication de journaux sur papier et sur le Web, collaboration entre trois sites sur le journalisme, etc.).
En France, le groupe HEC (institution européenne de référence internationale dont la mission est de former des managers) a signé un contrat avec un consultant, lequel présentait sa solution, pour réaliser à court terme un Multimedia-ready ATM Campus Network. Basé comme son nom l'indique sur ATM, ce projet vise le télé-enseignement synchrone et asynchrone sur le campus. Il utilisera la décompression MPEG2 avec ATM pour seul lien sur tout le campus.
Il m'est impossible ici de donner l'ensemble des réalisations ou projets de réalisation concernant l'intégration des NTIC. Un rapport à ce sujet et spécifique aux USA contient à lui seul près de mille pages sans qu'aucun détail n'y figure. S'y reporter pour plus d'information. De nombreux pays en Europe (France, Norvège, Italie...) ont aussi leurs propres rapports.
Toutes sortes d'équipements (hardware et software) dédiés à la sécurisation des NTIC existent déjà sur le marché. Pour ce qui concerne l'accès, l'accounting et la sécurisation en général, des produits tels que les gatekeepers existent déjà sur le marché. Ils sont conçus pour contrôler tout trafic généré par ces protocoles.
Par exemple, CISCO vend un gatekeeper hardware dédié au protocole H323. Ce dernier peut même être ajouté à du matériel existant (router), ce qui en réduit considérablement le coût.
RADVision l'inclut dans son Multipoint conferencing Unit (MCU hardware), Videoserver vend du software pour cette fonction.
Les serveurs Streaming Media tels que ceux de RealNetwork offrent également un contrôle d'accès, de même que Meetingpoint (MCU sofwtare) de WhitePine. Ce sont des produits tout à fait conformes à ce que l'on connaît déjà pour la sécurisation d'autres services réseaux. D'autres fonctionnalités y sont parfois ajoutées, telle une fonction proxy pour ces nouveaux protocoles ou le multicast, qui tentent ainsi de réduire le trafic.
Il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter à ce sujet, pas plus que pour la sécurisation d'autres services beaucoup plus répandus.
Le déploiement du télé-enseignement, on l'a vu, se poursuit. Des solutions commerciales existent, il s'agit bien d'un marché en pleine expansion. L'enseignement à distance en inhibant la distance s'harmonise avec la tendance du monde moderne (ou dit moderne). Néanmoins, son impact social (donc sur l'individu lui-même) n'a pas été à ma connaissance pleinement pensé. Il pose à sa manière la question du corps, lequel sera sans aucun doute de plus en plus soumis à la technologie.
Paradoxalement, il offre aussi de nombreux avantages dont celui non négligeable d'interpeller le corps enseignant en ce qu'il a de plus sacré (et tout particulièrement dans les sciences): son rôle de formateur. Quel est donc l'essence de la formation? Et il n'est pas impossible que l'art, la culture, la spiritualité et la littérature rencontre sur le chemin de cette interrogation essentielle, au travers d'un renversement ironique de l'histoire, un regain d'intérêt. L'enseignement à distance, s'il est bien pensé, peut offrir à chacun (professeur ou élève) une libération des contraintes de temps et d'espace, bien qu'il en ajoute une autre: la technologie.
En réduisant les distances, le télé-enseignement facilite l'intervention de spécialistes du monde entier. Il semble pouvoir répondre favorablement à l'augmentation du nombre d'élèves (et qui s'en plaindrait?). Il peut également faciliter grandement la formation continue, en particulier pour ceux bloqués par leur travail professionnel, ou pour ceux qui ont en charge des enfants. Il se prête particulièrement bien aux matières scientifiques et à l'enseignement de l'informatique, pour autant qu'il n'exclue pas tout rapport humain direct.
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