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Le dadaïsme et la politique d’asile suisse
Ceux qui cherchent des alternatives valides à une politique d’asile restrictive ne devraient pas réinventer la roue, mais plutôt revenir à l’histoire de la politique d’asile suisse. Retour sur 4 périodes qui ont influencé la position de l’Etat de manière significative depuis 1850.
Ceux qui cherchent des alternatives valides à une politique d’asile restrictive ne devraient pas réinventer la roue, mais plutôt revenir à l’histoire de la politique d’asile suisse.
Depuis 1850, on peut en effet trouver, dans le cadre de la politique d’asile suisse,quatre périodes qui ont influencé la position de la Suisse de manière significative: (i) celle située avant et pendant la Première Guerre mondiale, durant laquelle la Suisse était mue par des idées humanitaires, et qui la voyait accorder l’asile rapidement et facilement aux demandeurs d’asile; (ii) puis la période après la Première et pendant la Seconde Guerre mondiale, où les réfugiés juifs ont été considérés comme une menace politique; (iii) le temps de la guerre froide, où les réfugiés principalement politiques des pays communistes ont obtenu l’asile, et enfin (iv) la période qui s’est écoulée depuis la chute du rideau de fer jusqu’à aujourd’hui, plus particulièrement marquée par les flux migratoires mondialisés et une politique d’asile plus restrictive.
a été élaborée, elle qui, aujourd’hui, avec trois autres conventions et trois protocoles additionnels constituent le cœur du droit international humanitaire. Ces traités ont d’ailleurs été ratifiés par la majorité de la communauté mondiale. L’attrait de cette neutralité a conduit au fait que la Suisse, à elle seule, a accordé l’asile temporaire à 700.000 demandeurs d’asile. Parmi eux, on a pu compter beaucoup d’intellectuels tels que Hermann Hesse (prix Nobel 1946), Romain Rolland (prix Nobel 1915) ou James Joyce (poète irlandais). La politique d’accueil de la Suisse a aussi permis la création d’un nouveau centre interculturel à Zurich, à partir duquel le Dadaïsme, comme manière de penser différemment, a commencé sa diffusion dans le monde entier. Au cours de cette phase cruciale pour l’établissement des valeurs humanitaires, la Suisse a poursuivi, outre son empathie pour les victimes de la guerre, une stratégie politico-économique. Tout d’abord, la Suisse a voulu assurer la paix par l’établissement consolidé d’un État neutre, pour lequel l’action humanitaire devint un outil majeur de la politique étrangère suisse. Deuxièmement, la Première Guerre mondiale avait occasionné une baisse importante de l’industrie du tourisme suisse, et par conséquent, de nombreux hôtels et centres de villégiature avaient été confrontés à la faillite. La charité soutenue par la neutralité était donc à ce moment-là un modèle économique sûr. Enfin, la Suisse a connu une troisième période de politique libérale en matière d’asile (pendant la guerre froide). Les « réfugiés souhaités »
tels qu’on les nommait alors, de la Hongrie en 1956 ou en Tchécoslovaquie en 1968, étaient des demandeurs d’asile anti-communistes qui ont été amenés en Suisse avec l’aide du CICR. À cet égard, il y avait entre autres des familles qui avaient été involontairement séparées pendant le voyage, et qui ont pu heureusement être à nouveau réunies en Suisse.
Bien que nous trouvions dans l’histoire suisse également des attitudes très restrictives à l’égard de la question de l’asile (comme après la Première Guerre et au moment de la Seconde Guerre mondiale), les attitudes progressistes de notre pays ont jusqu’à aujourd’hui façonné de manière significative le monde. Celles-ci comprennent la création du CICR, ainsi que l’établissement des Conventions de Genève ou encore le développement de l’un des mouvements artistiques les plus influents et les plus étranges de l’humanité, le dadaïsme. Une politique d’asile ouverte ne doit pas être accompagnée par la peur de l’infiltration étrangère, mais peut au contraire produire de nouvelles formes inattendues du développement humain.
Par Sascha Finger, Postdoc, Institut de géographie de l’Université de Berne (traduit de l’allemand).