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Il y a 100 ans – quelques mois après la signature du Traité de Versailles, par lequel les pays ayant gagné la Première guerre mondiale imposaient à l’Allemagne le paiement d’une somme exorbitante en tant que réparation des dommages provoqués par cette guerre – John Maynard Keynes publia un ouvrage intitulé Les conséquences économiques de la paix, dans lequel il prédisait que les réparations économiques imposées à l’Allemagne auraient contribué à déclencher une Deuxième guerre mondiale – comme cela s’avéra vingt années après.
La relance industrielle mise en œuvre en Allemagne pour payer ces réparations (qui, en très grande partie, ne furent jamais payées) a permis à ce pays de mettre sur pied une industrie de guerre – comme Keynes l’avait prédit en 1919 – sans résoudre les problèmes d’ordre socio-économique de cette époque-là et créant ainsi les conditions pour le déclenchement de la Deuxième guerre mondiale. Comme écrivait Keynes en critiquant le Traité de Versailles, « les problèmes les plus graves [à résoudre] n’étaient pas d’ordre politique ou liés au territoire, mais d’ordre financier et économique ». Cela signifie qu’en réalité « les dangers de l’avenir ne résident pas dans les frontières et la souveraineté, mais dans la nourriture, le charbon et les transports ».
La clairvoyance de Keynes est encore actuelle de nos jours, pour le monde entier et surtout pour les pays de l’Union européenne, en crise profonde depuis dix ans. On ne peut pas résoudre les problèmes engendrés par cette crise en adoptant une vision « souverainiste », comme l’ont fait bien des politicien.ne.s dans les pays occidentaux. De surcroît, il n’est pas possible de relancer l’économie européenne par des politiques d’austérité et l’exigence de rembourser la totalité des dettes extérieures des pays se trouvant en énorme difficulté depuis longtemps – comme la Grèce durant ces dix dernières années.
Pour relancer et soutenir l’économie européenne, qui se trouve dans une crise profonde aussi sur le plan institutionnel, la solution ne peut pas être trouvée dans les frontières et la souveraineté, mais il faut promouvoir le développement économique et l’inclusion sociale des personnes n’ayant ni un travail ni un revenu nécessaire pour mener une existence digne.
Dans le sillage de la pensée de J.M. Keynes, le secteur public (à tous les niveaux de gouvernement) doit mettre en place une politique économique qui réponde correctement aux problèmes les plus graves de la société contemporaine, notamment la pauvreté et la précarité dans laquelle se trouve la majorité de la population tant au niveau national qu’au plan mondial.
Si les politicien.ne.s qui sont au pouvoir en Europe et dans le reste du monde souhaitent éviter l’éclatement d’une Troisième guerre mondiale, il faut abandonner le néo-libéralisme qui dicte les choix publics et privés dans le monde occidental (et au-delà), au vu du fait que la doctrine néo-libérale a amené à la crise systémique globale éclatée en 2008 et, depuis, n’a pas été en mesure de s’en sortir de manière soutenable pour la population et pour notre planète tout à la fois.