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La remise en cause des droits des travailleurs en Australie est lattaque la plus radicale depuis plus dun siècle dans un pays démocratique en temps de paix. Le 28 juin dernier, trois cent mille travailleurs australiens manifestaient dans les principales villes du pays contre une nouvelle vague de législation anti-syndicale imposée par la coalition de droite dirigée par le Premier Ministre John Howard, au pouvoir depuis 1996.
C’est la troisième manifestation de masse rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes, après celles de mai et de novembre de l’année dernière.
Bénéficiant de l’expansion économique due à l’essor des exportation de matières premières (charbon, gaz naturel liquéfié, minerais, viande, blé), principalement vers le Japon et, de plus en plus, vers la Chine, le gouvernement Howard a considéré que le moment était arrivé d’appliquer son programme idéologique: enfin casser le pouvoir du mouvement syndical. L’ensemble des mesures législatives adoptées depuis 1996 constitue l’attaque la plus radicale contre les droits des travailleurs et les droits syndicaux depuis plus d’un siècle dans un Etat démocratique en temps de paix. Le but déclaré du gouvernement est de réduire le mouvement syndical à l’impuissance et, si possible, de l’éliminer.
Jusqu’en 1996, les relations de travail en Australie étaient réglées par des conventions collectives qui étaient entérinées par des tribunaux et avaient ainsi force de loi. En 1996 le gouvernement mit fin à ce système en introduisant le Workplace Relations Act (WRA) qui, pour la première fois, faisait entrer dans la jurisprudence des contrats individuels (Australian Workplace Agreements AWA), sur une base d’égalité avec les conventions collectives. En outre, le WRA limitait le droit d’accès des syndicats sur les lieux de travail, imposait des limites draconiennes au droit de grève et donnait le droit aux employeurs de déclarer des lock-outs, y compris des lock-outs individuels ("AWA lock-outs").
Toute grève échappant aux limites étroites du WRA est passible d’une amende de 110,000 Dollars australiens pour le syndicat et de 22,000 AUD pour les membres individuels (le dollar australien est à peu près équivalent au franc suisse). En outre, des dommages et intérêts peuvent être réclamés aux syndicats pour tous dommages occasionnés lors d’une grève par des dirigeants syndicaux, employés ou membres. En cas de non-paiement de ces dommages, le syndicat pourrait être déclaré illégal.
Les employeurs en profitent
Fortement encouragés par le gouvernement, les employeurs ne se sont pas privés de se servir de leur nouveaux pouvoirs. Entre 1996 et 2003 la densité syndicale en Australie a chuté de 31.1% à 23%.
Après les élections de 2004, qui donnèrent aux partis conservateurs la majorité dans les deux chambres du Parlement, le gouvernement s’est hâté d’introduire de nouveaux amendements à la législation du travail: le Work Choices Act. Dorénavant les AWAs peuvent être déclarés obligatoires sans négociations préalables, aux conditions de l’employeur, même en annulant des acquis des conventions collectives en vigueur, telles que le congé parental, les heures supplémentaires, les jours de congé, les congés syndicaux, etc. Les négociations collectives au niveau d’un secteur (plusieurs employeurs d’un même secteur) sont interdites: ainsi, une convention nationale du bâtiment serait actuellement illégale. Les grèves et les boycotts de solidarité sont interdits. Un certain nombre de sujets sont exclus de toute négociation.
La résistance sorganise
L’ensemble de cette législation a été condamnée par le BIT comme une violation grave des normes internationales du travail, mais le gouvernement australien n’en a cure. Cependant la résistance s’organise. D’abord au niveau des syndicats: au delà des manifestations de masse, l’union syndicale australienne (ACTU) mène une campagne quotidienne, autant dans la presse qu’à la télévision. Dans les milieux syndicaux on envisage une campagne de désobéissance civile et certains syndicalistes sont prêts à aller en prison.
Les églises se mobilisent également. L’évêque catholique Kevin Manning, s’adressant au mois de mai à une assemblée du syndicat de la police de la Nouvelle Galles du Sud, a dit aux délégués qu’ils faisaient partie du mouvement syndical et qu’ils devaient se poser des questions sur la moralité d’une législation dont les effets allaient être plus de personnes sans domicile fixe, plus de chômeurs et plus de pauvres. "Une société juste ne saurait attendre de sa police qu’elle fasse appliquer des lois qui compromettent la dignité humaine." Il termina son discours en affirmant que les lois du gouvernement étaient contraires aux enseignements de la Bible selon lesquels les travailleurs ne devaient pas être traités comme une marchandise et que la richesse du monde devait profiter à tous.
Ensuite il y a une résistance politique. Alors que le gouvernement fédéral est au mains de la coalition de droite, la plupart des Etats fédéraux sont gouvernés par le Parti travailliste et ont le pouvoir de légiférer. En 2002, l’Etat d’Australie occidentale a abrogé les lois selon lesquelles les accords individuels priment sur les conventions collectives et a annulé un grand nombre de mesures discriminatoires antisyndicales.
Le Parti travailliste a déclaré que s’il gagnait les prochaines élections législatives (fin 2007) il abolirait la législation du travail du gouvernement Howard, notamment les AWAs. Selon un sondage d’opinion au début du mois de juillet, le Parti travailliste était pour la première fois depuis dix ans en tête devant la coalition de droite. En réponse, le porte-parole de la Chambre du Commerce et de l’Industrie a appelé le patronat à faire signer un maximum d’AWAs pour une durée de cinq ans, pour qu’ils restent valables pendant la première période d’un gouvernement travailliste.
Pourquoi est-ce que cela nous concerne? Ne nous trompons pas: l’Australie, comme la Nouvelle Zélande dans les années 1990, n’est qu’un terrain d’exercice et d’expérimentation dans la guerre que le capital transnational mène contre le mouvement syndical à l’échelle mondiale, pas depuis hier, pas seulement là où les syndicats sont faibles, demain peut-être chez nous.