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Pourquoi l’allemand de Doris Leuthard sent-il à ce point la campagne?
Lorsque la conseillère fédérale Doris Leuthard s’exprime à la télévision ou à la radio, les oreilles non averties ne peuvent que remarquer la rusticité de son haut-allemand. En particulier, elle prononce les diphtongues «eu», «ei» ou «au» d’une façon si caractéristique du suisse-allemand qu’elle évoque les personnages de Heidi les plus galvaudés du cinéma allemand.
On a pu entendre un tel accent de la part des responsables politiques suisses à une époque où ils n’avaient que peu de contacts avec l’étranger, avant que les émissions de radio et de télévision en provenance d’Allemagne ne leur apprennent la vraie prononciation du bon allemand. Toutefois, notre ministre de l’Environnement a, de toute évidence et au plus tard depuis son mandat de présidente de la Confédération, de nombreux contacts avec l’étranger, et doit faire bonne impression grâce à ses compétences, son charisme ainsi que ses connaissances linguistiques. Née en 1963, elle a grandi à une époque où l’on captait sans problème, en Suisse alémanique, des radios telles que Südwestfunk 3, et où Elke Heidenreich, alias Else Stratmann, allait bientôt devenir en Suisse également une icône.
Mais alors, pourquoi parle-t-elle un haut-allemand à l’accent aussi obstinément paysan?
Il n’y a que trois explications possibles :
1. Elle veut clairement et explicitement souligner ses origines du Plateau. Dans cette région, le haut-allemand doit avoir un accent délibérément différent des régions plus au nord, de même que les écrivains suisses alémaniques parsèment leurs écrits d’helvétismes afin de garantir leur propre identité culturelle. Il doit aussi y avoir des écoliers suisses qui parlent parfaitement haut-allemand à leur entrée à l’école, pour ensuite devoir passer une partie de leur cycle primaire à apprendre péniblement la variante du Plateau.
2. Le haut-allemand du Plateau est sa façon de protester de façon audible, mais polie et non déclarée, contre une immigration allemande trop importante et la diffusion d’un allemand soigné dans l’espace public local. Ce serait ainsi sa clause de sauvegarde acoustico-personnelle contre ce pays de l’UE au plus fort taux d’émigration vers la Suisse, appliquée avec une telle subtilité qu’elle ne cause aucun désaccord avec les partenaires européens. Tout comme les Allemands (pour leur propre avantage), même après avoir passé des années dans notre pays, s’abstiennent de parler suisse allemand, Mme Leuthard s’abstient de suivre les règles élémentaires du bon allemand.
3. Bien que ce soit une bonne oratrice, elle n’est pas consciente de ce fait et comme, à Berne, les rapports avec les autorités sont peu contestés, personne ne le lui dit. Aussi n’a-t-elle pas d’elle-même l’idée de prendre un ou deux cours d’élocution pour s’initier aux mystères de la prononciation ouverte des voyelles en bon allemand. Ce n’est pas sorcier. Cela ne doit pas ressembler immédiatement à du haut-allemand de scène, une langue d’une qualité qui a fait perdre à Annette Gosztony, ex-présentatrice du journal télévisé, la sympathie d’un large public. Mais si elle s’approche de la bonne prononciation, à l’instar d’un journaliste sportif alémanique lambda, elle marquera des points auprès du grand public.