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Commission Ethique / Institution / Mandat N° 1
Redéfinir la liberté
On ne saurait définir la liberté d’une manière qui exclurait nécessairement tel ou tel composant de la nature humaine. Une définition qui serait complète devrait donc être capable d’englober l’ensemble de la nature humaine, mais elle devrait simultanément rejeter ce qui, dans les actions et les choix humains, limiterait nécessairement les potentialités de cette nature. C’est le cas de deux attitudes opposées.
a. Le recours à la violence, qui oblige de consacrer sa vie aux seuls instincts d’agression et de défense, qui ne voit de justice que dans la vendetta et qui ne se soumet à aucun système de droit objectif.
Les Balkans nous donnent aujourd’hui encore l’image d’une région déchirée par les haines ethniques, dans laquelle les rapports de force et la vengeance conditionnent les relations sociales. Ils ne peuvent s’accorder à la démocratie.
b. Le laxisme dans la conduite de sa vie, qui ne permet la structuration d’aucun comportement créateur.
La liberté ne peut s’épanouir que dans l’acceptation de limites aux comportements individuels. Elle ne s’accorde pas aux doctrines post-soixante-huitardes qui prétendent qu’une personnalité libre se forme dans le respect fétichiste des pulsions de l’enfant.
Par conséquent, la liberté se définit comme l’acceptation pleine et entière de la nature humaine à l’exclusion de ce qui, dans l’expression désordonnée de cette nature, a pour effet d’en limiter les potentialités. Elle émerge d’une tension entre une générosité qui embrasse toutes les contradictions de la nature humaine, et l’intuition de l’universel qui rassemble tous les êtres autour d’un même drame, celui d’une vie limitée dans le temps, en proie aux deuils et au malheur.
La liberté est un idéal par définition universel
Toutes sortes d’idéaux peuvent se prétendre « universels » sans l’être pour autant. C’est le cas de l’idéal de souveraineté qui fut celui des nations européennes au XIXe siècle et qui est encore celui de la France aujourd’hui, de l’idéal de confraternité, qui est celui de l’islam, de l’idéal de salut et de sainteté qui fut celui de l’Occident chrétien, de celui de pureté et de perfection qui est celui du Japon, de celui d’ordre qui est celui du monde confucéen, etc. Ces idéaux n’acceptent pas l’infinie diversité de la nature humaine, et s’ils reconnaissent l’existence d’un drame universel, ils lui assignent une solution unique. Ils assimilent le bien aux valeurs, aux comportements, aux actions qui les favorisent, le mal à ce qui les contrarie. Pour cette raison, ce qui est reconnu comme un bien dans le prolongement de tel idéal sera certainement ressenti comme un mal dans le prolongement de tel autre.
Pour tous ces idéaux qui se prétendent universels sans pour autant répondre aux critères de l’universalité et qui cherchent à imposer une solution unique au drame universel, la liberté est le mal. Puisque ces idéaux refusent les infinies possibilités de la nature humaine, ils ne s’accordent pas avec les exigences de la démocratie. C’est pourquoi le régime des libertés a été combattu depuis le début par tous les autres systèmes de valeurs. Pourtant il leur est supérieur, car il admet toutes les expressions de la nature humaine, pourvu que, dans l’activité, dans la réflexion ou dans la prière, une voie particulière vers l’unité ne s’impose pas comme l’unique chemin du destin individuel : chacun peut vivre dans la perspective du salut, de l’ordre, de la perfection ou de la confraternité, pourvu que ce soit dans le respect de tous les autres choix, et dans le dialogue.
La liberté ne va pas sans un idéal de plénitude qui embrasse l’individu et la société dans un rapport tel que les exigences réciproques de l’un et de l’autre exaltent les potentialités de la nature humaine et n’ont pas pour effet de les limiter. Par conséquent, la liberté n’a de signification réelle que dans le rapport individu–société. Rapport paradoxal (puisque l’individu ne saurait exister sans la société, ni la société sans l’individu), par lequel l’universel humain peut parvenir à l’existence ou au contraire se pervertir et disparaître. Deux situations extrêmes peuvent mettre un terme à l’idéal de liberté : l’exaltation de l’individu au détriment de la société, ce qui conduit à l’anarchie, et l’exaltation inverse de la société au détriment de l’individu, ce qui fonde la tyrannie.
Qu’une instance sociale exige de chacun acquiescement et obéissance au nom d’un idéal prétendument universel, et le principe de la société se trouve exalté au détriment de l’individu. Qu’un individu se laisse dominer par ses pulsions, son avidité, sa rapacité ou sa violence, dans lesquelles il voit un absolu et tente de soumettre le monde à ses excès, et le principe de l’individu se trouve exalté au détriment de la société.
Dans la perspective de l’idéal de la liberté, la certitude que nous partageons notre passion de vivre avec tous les êtres, ne doit pas devenir le prétexte d’une uniformisation des destinées.
La liberté a ceci de supérieur à tout autre idéal : elle ne dresse pas l’homme contre lui-même, l’humanité contre elle-même.
Positivement, elle nous accorde la possibilité de choisir notre destin, de vivre nos rêves comme nous l’entendons, de proclamer nos idées et nos convictions sans que quiconque puisse s’en offusquer. Elle nous impose symétriquement de respecter les modes de vie et de pensée qui ne sont pas les nôtres, comme autant d’expression des infinies possibilités de la nature humaine. Elle nous donne des droits en même temps qu’elle nous impose des devoirs, de sorte qu’elle ne va pas sans la responsabilité : nous sommes tenus d’assumer les conséquences de nos choix.
Négativement, la liberté ne nous accorde pas la possibilité de soumettre notre existence à nos pulsions, à nos instincts ou à notre violence naturelle (comme l’affirment tous ceux qui pensent que nous ne sommes rien de plus que des animaux régis par les seules lois de la biologie), elle ne nous permet pas davantage d’abandonner notre libre-arbitre à des dogmes religieux (comme le font les islamistes) ou à des théories sociales (comme le font les marxistes ou les alter mondialistes.) De telles soumissions nient la liberté.
En revanche, la liberté nous convie au respect des faits et des points de vue ; elle nous oblige à la tolérance et au débat d’idées.