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Le Congrès 2013 de l’Association internationale pour la psychologie de la religion (IAPR) aura lieu à l’Université de Lausanne du 27 au 30 août 2013. Le Pôle de recherche national LIVES soutient l’événement et a demandé au président de l’association, le Prof.Vassilis Saroglou (Université catholique de Louvain, Belgique), de situer la question de la religion dans une perspective parcours de vie.
- Dans votre pré-conférence, vous parlerez de « mesurer des dimensions religieuses et spirituelles dans des sociétés sécularisées » : au-delà des aspects méthodologiques, que pouvez-vous dire aux non-initiés quant aux formes et degrés de spiritualité des sociétés modernes ?
Actuellement, il existe un intérêt et un engagement accrus des gens envers ce que nous appelons la « spiritualité moderne ». Cela concerne une attitude globale qui implique de croire en la transcendance, de croire au sens de sa vie et du monde en général, ainsi que d'avoir le sentiment que tous les êtres, humains et autres, sont interconnectés, ce qui induit certaines préoccupations morales importantes. Cette spiritualité moderne est en partie indépendante de la religion traditionnelle et institutionnalisée. Cependant, plusieurs questions importantes sont encore sans réponse aujourd'hui et demandent davantage de recherche en psychologie et sciences sociales.
Par exemple, cette spiritualité moderne est-elle seulement limitée aux pays occidentaux laïcs ou est-elle présente dans toutes les cultures ? La psychologie des croyants modernes est-elle semblable ou différente de celle des religieux traditionnels ? En d'autres termes, la spiritualité moderne est-elle nouvelle ou juste un autre mot, plus acceptable socialement, pour décrire des aspirations typiquement religieuses dans les sociétés occidentales contemporaines ? À travers quels termes, avec quel langage, pouvons-nous mesurer une telle construction psychologique dans des contextes modernes sécularisés? Dans la mesure où elle se réfère à des tendances plus individualisées et souvent à une entité sacrée impersonnelle, la spiritualité peut-elle remplir le rôle de la religion traditionnelle afin de répondre à la vulnérabilité, par exemple via un soutien social et communautaire ?
- Quel lien pouvez-vous faire entre la psychologie de la religion et la question de la vulnérabilité dans les parcours de vie ?
La vulnérabilité revêt de nombreux aspects impliqués dans le fonctionnement intra-individuel. Quelques-uns de ces aspects sont particulièrement pertinents quand il s'agit d'une approche religieuse par rapport à une approche non religieuse de la vie. Je pense en particulier à trois sortes de vulnérabilité : l'isolement social, l'anxiété existentielle et les événements personnels qui mènent à la perte de la maîtrise de soi. Concernant ces trois types de vulnérabilité qui peuvent émerger occasionnellement dans la vie des gens (dans des situations très précises ou de façon plus sensible à des âges spécifiques) ou de manière plus permanente (chez des personnes qui sont psychologiquement ou sociologiquement plus vulnérables en général), la religion joue un rôle particulièrement important ; un rôle jugé par certains comme singulier ou au moins difficile à remplacer par des solutions alternatives, étant donné l'aspect intégratif de la religion (croyances, rituels, émotions, communauté, normes).
Par exemple, l'isolement social d'individus (par ex. pauvres, invalides) ou de groupes (par ex. immigrés, minorités ethniques) marginalisés alimente des besoins spécifiques qui semblent souvent traités par différents moyens religieux de faire face au niveau individuel ou collectif. Cela est également vrai concernant l'incertitude existentielle générale ou l'angoisse de la mort en particulier, ainsi que le montre une étude expérimentale récente qui soutient l'idée que les croyants sont, d'une certaine façon, « immunisés » contre une menace interne comme la prédominance de la finitude. Enfin, une gigantesque palette d'événements personnels négatifs (par exemple : la maladie, la mort d'un proche, une crise familiale, des difficultés économiques, des catastrophes naturelles) voire même des expériences négatives plus subtiles créées en laboratoire (une perte temporaire d'estime de soi, de sens et de maîtrise de soi) sont des situations typiques qui poussent les gens à chercher refuge dans la religion et des ressources spirituelles.
- Dans une publication récente*, vous déclarez que des émotions positives augmentent la spiritualité. Cependant, vous commencez par rappeler que la «spiritualité a été principalement étudiée en psychologie comme partie du processus permettant de surmonter l'adversité, déclenchée par des expériences négatives et aboutissant à des résultats positifs.» Existe-t-il des données sur la façon dont les gens résistent à l'adversité en fonction de leur foi ? Et pouvez-vous suggérer des façons d'augmenter les émotions positives ?
Il y a en effet des preuves empiriques importantes provenant de plusieurs méthodes (études longitudinales, études cliniques, sources psycho-historiques, travail expérimental en laboratoire) attestant la fonction de compensation de la religion quant à une vulnérabilité préexistante ou émergente.
Toutefois, la religion ne se limite pas à cela. La religion provient aussi de certaines expériences positives (notamment, des expériences de transcendance de soi) ; et les croyances et pratiques religieuses favorisent une émotivité positive, en général, et des émotions positives en particulier. Prenez l'exemple le plus simple possible : pourquoi pendant des siècles, pour ne pas dire des millénaires, et même encore aujourd'hui dans les sociétés sécularisées contemporaines, les gens (beaucoup par le passé, quelques-uns aujourd'hui) se rendent régulièrement (par ex. hebdomadairement ou mensuellement) sur un lieu de culte pour des pratiques religieuses collectives ou privées ? Ce n'est pas tant parce qu'ils essaient de faire face à la culpabilité de leurs péchés ou d'en apprendre plus sur les dogmes de leur religion grâce aux sermons. C'est principalement parce qu'ils veulent expérimenter, encore et encore, via des rituels religieux, des occasions de se ressourcer et de transcender leur réalité quotidienne.
- Si l'on compare les personnes qui croient ou non à la transcendance, quelle différence pouvons-nous observer quant à leur bien-être ?
Bien que les données actuelles soient en faveur des croyants par rapport aux non-croyants (une meilleure santé mentale générale, moins de conséquences physiques dues au stress et même une longévité supérieure), je ne crois pas que cela constitue l'essentiel de la comparaison dans ce cas. En effet, les effets globaux sont faibles ; et des études internationales récentes suggèrent que les effets sont présents seulement dans des sociétés où la religion est très valorisée socialement, créant ainsi les conditions pour un soutien et une adaptation sociaux forts. La différence principale réside dans l'interaction entre les effets de la religion et les dispositions des individus : chez les gens présentant une vulnérabilité actuelle ou pré-existante, la recherche de moyens religieux pour faire face aux épreuves peut constituer un avantage. En d'autres termes, pour les personnes heureuses, la religion n'est ni un avantage ni un désavantage en ce qui concerne le bien-être. Mais pour les personnes instables émotionnellement, croire ou non que la vie a un sens, que Dieu vous aime et qu'il y a des raisons d'être optimiste fait une grande différence. Que ces convictions soient ou non des illusions est une autre histoire, mais du point de vue de la psychologie de la santé, nous connaissons aujourd'hui les effets positifs de certaines « illusions positives ».
- Quelles sont les tendances actuelles en psychologie de la religion ?
Un travail plus expérimental en labo (par ex. sur les effets sociaux de l'activation inconsciente des concepts religieux), une recherche comparative à travers les cultures et les religions (par ex. concernant les Musulmans et les Chrétiens), une compréhension cognitive et évolutive des croyances et des rites religieux et un dialogue approfondi entre les approches empiriques/quantitatives et d'autres approches qualitatives et herméneutiques de la psychologie en religion.
L'initiative prise par le comité directeur de l'IAPR d'organiser une conférence préparatoire d'une journée a été particulièrement intéressante dans la conférence de cette année à Lausanne, notamment pour les jeunes chercheurs. La conférence préparatoire se concentre sur des questions de méthodologie de recherche précises comme la mesure du degré de religion parmi les non-croyants, la question de la pluridimensionnalité de la croyance, et plusieurs avancées récentes dans l'utilisation de mesures alternatives (par ex. implicites et projetées) en particulier lors de l'étude de sujets très précis comme les perceptions de Dieu par les enfants ou les aspects psychologiques de la prière.
Comité local d'organisation: Pierre-Yves Brandt (UNIL), Claude-Alexandre Fournier (UNIL), Jörg Stolz (UNIL), Pascal Roman (UNIL), Jérôme Rossier (UNIL et PRN LIVES), Isabelle Noth (Université de Berne).
* Van Cappellen, P., Saroglou, V., Iweins, C., Piovesana, M., & Fredrickson, B. (in press). Self-transcendent positive emotions increase spirituality through basic world assumptions. Cognition and Emotion. Voir advance online publication