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chapitre 3 Modèles du décideur politique
Les décideurs ont une mémoire des événements. Elle peut et doit être modélisée car le passé joue un rôle important.
La mémoire épisodique est une partie importante du système cognitif et les épisodes enregistrés jouent un rôle important pour la prise de décision. En relations internationales, Alker (80 et 83) a introduit la notion de "generalized precedent logics", la logique générale des précédents. Après avoir expérimenté des modèles de la théorie des jeux, il est devenu important d'élargir ces modèles pour y inclure la capacité de l'acteur à réfléchir sur soi. Pour ses décisions, l'acteur ne tient pas seulement compte de la vision présente de l'opposant, mais aussi de ses propres expériences dans le passé, par conséquent des "leçons de l'histoire" construites comme des narrations (cf. Alker 80:170) La citation suivante de Alker (80:194) résume cette idée:
"We label this subproject "narrative modelling" to underscore the primacy of what we feel to be the generic unit of political reasoning and calculation: practically interpreted and re-interpreted sequencies of actions. Read from the past, or read into the past, and reposited in institutional memory, these (re-)interpreted action sequencies constitute "histories"; fabricated within the contingent world of the present and used to anticipate conceivable futures, they comprise strategies, plans and utopias. The idea of narrative conveniently captures several of the characteristics of those systems we most want to exhibit in simulation. "Narrative" draws attention to a process of structuring information or imposing an intelligibility, while the act of "narrating" points to the scenario-building and justificatory activities which drive and focus the process of policy making. In a situation of actual or potential conflict, information is sought out and used to the extent that it can be assembled into hypothetical courses of action in which roles, capacities, propensities, and constraints are joined into plausible wholes."
La modélisation "narrative" pose quelques problèmes fondamentaux à la science cognitive. Il s'agit en effet de savoir (et de modéliser) (1) comment un décideur vit, traite et mémorise une expérience, (2) comment il tire des leçons de cette expérience en construisant par exemple un nouveau savoir-faire, et (3) comment - face à une nouvelle expérience - il utilise à la fois sa mémoire épisodique et les "leçons" retenues du passé pour résoudre un nouveau problème.
En résumé, il s'agit donc de savoir comment l'expérience est mémorisée et traitée, et comment elle "resurgit" à la fois sous la double forme d'un raisonnement analogique et de nouvelles heuristiques de résolution de problème. Au plan technique, il s'agit de savoir:
L'histoire comme structure narratrice
Les techniques utilisées pour la modélisation narratrice ont également leur utilité pour décrire l'histoire d'un point de vue externe. Il s'agit donc de procéder à un nouveau type d'analyse de données et/ou de simulations. Cette perspective de recherche, ayant pour but de formaliser la représentation de l'histoire (c'est-à-dire de structures ayant une logique temporelle et causale) tout en gardant une grande richesse est devenue très populaire parmi les chercheurs utilisant des techniques d'intelligence artificielle en relations internationales (par exemple Mefford, Sylvan, Alker, Bennet, Schrodt, Thorston dont nous allons discuter les travaux dans la section 6-4 "La mémoire du décideur et l'apprentissage" [p. 260]). Ces recherches nous intéressent beaucoup dans la mesure où elles pourraient nous permettre de mieux modéliser l'environnement du décideur. En effet, modéliser un décideur implique de modéliser son environnement de décision au sens large du terme. Cette idée est voisine de celle présentée dans la prochaine section: la combinaison de l'analyse de systèmes dynamiques avec la psychologie cognitive.
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