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Elaborer une grille d'évaluation critériée, permettant une évaluation équitable, valide, fiable, encadrant la subjectivité de l'évaluateur, n'est pas chose aisée.
Dans ce billet, je vais reprendre quelques éléments à considérer dans l'élaboration d'une grille d'évaluation et dénoncer quelques pièges, en particulier la question de l'attribution de points, élément quantitatif, dans une évaluation critériée, éminemment qualitative.
Commençons par le commencement, à savoir les pratiques usuelles en la matière...
La plupart des grilles d'évaluation que j'ai utilisées, élaborées, supervisées dans ma pratique pédagogique n'étaient pas des grilles critériées, ou du moins n'étaient-elles pas abouties. Elles se présentaient, le plus souvent, de la manière suivante :
Pour pouvoir parler de grilles critériées, il manque à ces dernières les niveaux de performance (ou de réalisation).
Qu'est-ce qu'une grille d'évaluation critériée ?
Une grille critériée (ou rubric en anglais) "est une structure sous forme de tableau permettant d'identifier, pour chaque critère d'évaluation, divers niveaux de performance attendus chez les étudiants" (Stevens et Levi, 2005, cité par Berthiaume et Rege Colet, 2013, p.273). Les niveaux de performance seront au nombre de 3 le plus souvent, mais ils peuvent aussi être au nombre de 2 ou 4.
Prenons quelques exemples de niveaux de performance :
On peut faire le même exercice avec d'autres niveaux de performance, comme :
Pour évaluer, il suffit alors de situer la prestation de l'étudiant, pour chaque critère, dans le niveau de performance atteint, en fonction des descripteurs. Ceci démontre l'importance du libellé des descripteurs. Ils doivent être suffisamment précis, sans entrer dans trop de détails, univoques et mutuellement exclusifs. Plus les niveaux de performance sont nombreux, plus la difficulté de rédiger les descripteurs est grande et plus la validité et la fidélité peuvent être mises à mal, mais plus l'appréciation de la performance de l'étudiant est fine et donne à ce dernier des indications sur ses forces et faiblesses. Dans l'enseignement supérieur, la plupart des grilles critériées présentent entre deux et quatre niveaux de performance.
Selon Berthiaume & Rege Colet (2013, pp.274 et 275), il est possible d'utiliser une variante à un seul niveau de performance, par exemple acceptable (comme les grilles fréquemment utilisées dont j'ai parlé plus haut). Ce sont les commentaires des évaluateurs qui permettront de décrire en quoi l'étudiant atteint voire dépasse le niveau acceptable ou ne l'atteint pas. Le défaut principal d'une grille à un seul niveau, c'est une diminution de la validité et/ou la fidélité de l'évaluation.
Quelles sont les étapes pour rédiger une grille d'évaluation critériée ?
Vous l'aurez deviné, l'élaboration d'une grille critériée demande une grande rigueur et suit un certain nombre d'étapes décrites ci-après.
Faut-il attribuer des points à une grille critériée ?
La question de l'attribution de points à une évaluation critériée n'est pas anodine. Cette pratique peut sembler inapropriée, puisqu'elle marie deux approches, qualitative et quantitative. Tout dépend toutefois de la manière d'attribuer des points. Tout d'abord, quelle est la raison qui pousse les enseignants à attribuer des points dans une évaluation critériée ? La raison est simple, c'est qu'il faut donner une note (ou une appréciation) globale à la production de l'étudiant. Difficile dès lors de faire la moyenne d'une production qui atteint trois critères au niveau excellent, un critère au niveau acceptable et un critère au niveau inacceptable. Le plus simple, pour obtenir une moyenne, est d'attribuer des points à chaque niveau de performance et d'en faire la moyenne. Dans le cas d'une grille à trois niveaux de performance, on attribuera, par exemple, un point au niveau exellent, 0.5 point au niveau acceptable et 0 point au niveau inacceptable. Si un critère est plus important que les autres, il est possible de doubler les points pour ce critère spécifique (2 points pour excellent, 1 point pour acceptable et 0 point pour inacceptable). Ce qui est essentiel dans une évaluation critériée, c'est que l'aspect qualitatif prime. On évalue un critère et on attribue un niveau de performance à une production d'étudiants, en fonction des descripteurs. L'attribution des points n'est qu'une traduction quantitative de la décision de l'évaluateur, traduction pré-établie dans la grille. Une telle attribution de points permet de respecter la validité et la fidélité de l'évaluation, en encadrant la subjectivité de l'évaluateur.
Cette manière de faire est très différente de l'attribution de points dans les grilles, dont j'ai parlé plus haut, dans lesquelles on attribue, par exemple, entre 0 et 10 points à un critère. Dans ces cas, c'est l'évaluateur qui définit, en fonction de la production de l'étudiant si un critère donné est atteint à 10 points ou à 9 ou à 7, ou encore à 3 seulement. Même si la grille comporte quelques indicateurs, il est impossible pour un évaluateur, de garantir la validité et la fidélité d'une évaluation telle que celle-ci, a fortiori pour une équipe d'évaluateurs.
Pour s'en sortir, les concepteurs de ce genre de grilles attribuent un point par indicateur (un critère, cinq indicateurs, cinq points), ce qui comporte deux graves défauts :
L'attribution des points nécessite donc une grille d'évaluation à plusieurs niveaux de performance dans laquelle cette attribution est préétablie.
Rappelons qu'attribuer des points dans une grille critériée n'est pas une obligation. Il est aussi possible de traduire le résultat d'un étudiant en une appréciation globale sans passer par les points.
Prenons l'exemple d'une grille critériée qui définit quatre niveaux de performance. Il est possible de définir l'appréciation globale de la manière suivante, par exemple :
Dans ce cas, le test de la grille est essentiel pour s'assurer que tous les cas de figure ont été prévus.
Ceci n’est qu’un exemple ; il est possible de décider d’être plus ou moins exigeants ou de déterminer que certains critères doivent "répondre aux attentes" pour la réussite de l'épreuve (pondération).
Vous êtes prêts à élaborer une grille critériée ? Pas tout à fait ? Vous aimeriez voir quelques exemples ? Qu'à cela ne tienne, de nombreux exemples de grilles critériées sont présentés dans les ouvrages ci-dessous, en particulier chez Poumay, Tardif & Georges (2017), Berthiaume & Rege Colet (2013), Gérard Bief (2008) et Scallon (2004).
Voir également :
Références
Berthiaume, D. & Rege Colet, N. (2013). La pédagogie de l’enseignement supérieur : repères théoriques et applications pratiques, tome 1. Berne : Lang. Chapitres 16 à 20.
Gérard Bief, F.M. (2008). Évaluer des compétences, guide pratique. Bruxelles : De Boeck.
Pelacia, T. (Dir.) (2016). Comment (mieux) former et évaluer les étudiants en médecine et en sciences de la santé ? Bruxelles : De Boeck Supérieur. Chapitres 18-20.
Pellegrino, J.W., Chudowsky, N. & Glaser, R. (2001). Knowing what students know: the science and design of educational assessment. Washington DC: National Academy Press.
Poumay, M. Tardif, J. & Georges, F. (2017). Organiser la formation à partir des compétences, un pari gagnant pour l’apprentissage dans le supérieur. Bruxelles : De Boeck Supérieur. Chapitre 9
Scallon, G. (2004). L’évaluation des apprentissages dans une approche par compétences. Montréal : ERPI.