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Aracy 2 - Une fête chez les Indiens
– Viens! dit la mère d'Aracy. On va dans la taaba!
C'est une vaste hutte qui abrite plusieurs familles indiennes.
– Mba'eixapa! disent, en guise d'accueil, les femmes assises là, en train de mâcher du maïs, du manioc ou des fruits.
– On va manger! pense l'enfant sans remarquer que ces Indiennes n'avalent pas ce qu'elles mastiquent avec tant de soin.
L'une d'elles se penche au-dessus d'un tronc creusé sur toute sa longueur. Serrait-ce une pirogue? Oh, non! D'ailleurs on est bien loin d'un fleuve. Il s'agit simplement d'une sorte de bassin.

– Pas bon! dit la petite en voyant l'Indienne cracher dans le long récipient. Tandis qu'une autre vient en faire autant, déjà la première se remet à mâcher.
– Si elle n'aime pas ça, pourquoi en reprend-elle? se demande Aracy. L'enfant ne peut comprendre: dans la réserve de Takuapiri, on prépare une grande fête. Pendant une semaine, les femmes répéteront ce curieux exercice. Les denrées, mêlées à leur salive, vont fermenter. Alors, oh, délice…
Assise sur une vieille natte, Aracy observe le curieux manège, essayant vainement d'entamer un dialogue avec un chien et trois poules qui espèrent quelques miettes.
Une semaine plus tard, les hommes préparent leur chipiba. C'est un bandeau frontal dans lequel ils piquent de jolies plumes de perroquets. Ils mettent un pagne blanc, et se parent de colliers. Leur visage et leurs membres sont barrés de raies noires. Quant aux femmes, elles ont tiré de plantes la peinture rouge qu'elles s'appliquent sur les joues.
– Venez, Aracy et Joanna! On va vous en mettre aussi. Vous voulez?
Tout est prêt. Alors, l'un après l'autre, les Indiens s'approchent de la grande hutte. Ils y pénètrent par l'une des quatre petites portes, seule source de lumière. Ils s'installent par terre: les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, avec les enfants. Soudain, le chef se lève. Il souffle dans une tige de bambou. Le signal est donné: la fête peut commencer.
Quelques Indiens prennent place autour d'un objet très bizarre, fait de pieux plantés en terre et décorés de plumes. C'est l'autel. C'est là qu'on prie les dieux pour qu'ils ne tourmentent pas les hommes. Ah! si ces gens de la grande forêt pouvaient savoir que Dieu les aime et désire leur bonheur!
Conduite par le sorcier, une danse s'organise. Elle est triste et lugubre.
Serrée contre Joanna, Aracy écarquille les yeux. Lentement le groupe se déplace. Au rythme d'incantations magiques, les Indiens frappent le sol avec des bâtons, ou agitent leur marcas, petite calebasse au bout d'un manche. Certains entreront même en transes. C'est la fête! Une fête qui fait peur à la petite Aracy et même à Joanna.
La coupe de bière passe de bouche en bouche. Un grand plateau circule, chargé de viande rôtie.
– Oui, oui! dit Aracy, j'en veux! Et les danses reprennent jusque tard dans la nuit. Soudain une chose molle et tiède s'appuie contre l'épaule de Joanna. C'est la tête alourdie d'une petite Aracy qui vient de s'endormir…
Texte: Samuel Grandjean