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Les manoirs, miroir de la société
L’aristocratie confédérée – et avec elle les bâtiments seigneuriaux qui dénotaient de l’image qu’elle voulait donner d’elle-même – était au 17ème et au 18ème siècle le reflet provincial des cours des grands princes de l’absolutisme étranger. Après que, déjà au 15ème siècle, les châteaux forts eurent cédés la place aux résidences seigneuriales, dont l’aspect de forteresse à lui seul signalait l’appartenance à la noblesse, la construction de châteaux à l’époque baroque avait pour but de souligner l’importance sociale de leurs propriétaires par leur esthétique. Au travers du mélange entre la tradition démocratique de la Confédération et l’influence des cours étrangères, la physionomie de l’aristocratie suisse oscillait entre un schéma républicain et un comportement teinté d’absolutisme. Dans l’architecture, ce dilemme se reflétait le plus souvent dans un compromis entre une certaine réserve et une exhibition ostentatoire. A cette époque de nombreuses résidences de campagne, telle le château de Delley, ont été construites dans les environs des villes. Contrairement aux palais à trois ailes des cours princières des pays voisins, où un corps central est prolongé par deux ailes disposées en équerre, il s’agissait en Suisse de bâtiments plus modestes, avec un seul corps, orienté dans la largeur, et un toit en dôme ou mansardé. Cependant, après les transformations apportées en 1774, le château rappelle de manière éloignée, les constructions baroques à trois ailes. La propriété, magnifiquement située sur un contrefort du Mont Vully entre les lacs de Neuchâtel et de Morat, témoigne de manière grandiose du style de vie et de construction aristocratiques fribourgeois du 18ème siècle.