Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06873.jsonl.gz/372

Alors tout d’abord, des bases de géographie : Auckland, c’est ici :
C’est donc au Nord de l’Ile du Nord, dans le golfe de Hauraki (prononcer « Hha-ou-ra-ki » en roulant un peu le R pour les puristes du Maori, ou « Hha-ra-kee » si vous êtes un Kiwi qui s’en fout). Le mot signifie « Vent du Nord » et c’est bien normal, parce qu’on a le vent du Nord qui souffle presque tout le temps, ce qui garantit un climat doux.
(Ah ben ouais, tout est à l’envers ici, donc le vent du Nord, c’est celui qui est chaud.)
Auckland était déjà une région habitée quand les colons sont arrivés, puisque les Maoris y vivaient depuis le XIVe siècle. La région était moins froide que les plateaux du Sud et était super fertile, ci-mer les trois mille volcans qui entourent Auckland (et qui sont toujours techniquement actifs).
(Le Mont Wellington, juste à côté de ma maison, eh ben c’est un volcan.)
(On cherche pas la merde du tout.)
Étymologiquement, Auckland, comme presque toutes les grandes et moyennes villes de Nouvelle-Zélande (Wellington, Christchurch, Queenstown, Gisborne, Napier, Hamilton, New Plymouth, etc.) a un nom anglais, et non pas un nom maori. Pas tellement dans un effort de la part des colons de supprimer la toponymie maorie (la grande majorité des lieux en Nouvelle-Zélande porte les noms d’origine), mais plutôt parce que c’était le summum du lèche-cul à l’époque de renommer les villes coloniales d’après ses supérieurs hiérarchiques, histoire de se faire mousser.
(Un peu comme si aujourd’hui, le maire de Paris décidait de renommer la ville Hollandsbourg, pour cirer les pompes du président.)
Auckland, donc, a été nommée par le Gouverneur de l’époque d’après un mec qui s’appelait George Eden, Comte d’Auckland, et était à ce moment-là Gouverneur général des Indes. Aucun rapport a priori, sauf que le Gouverneur de Nouvelle-Zélande le connaissait bien, et chais pas trop, peut-être que c’était son pote et qu’il voulait lui donner un p’tit kif genre "Eyyyy bro I named my new city after you, eh ?", ou peut-être qu’il voulait une promotion mais qu’il était pas d’accord pour sucer, le mystère reste complet.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que la ville est maintenant nommée Auckland, d’après un type qui n’y a jamais mis les pieds.
(Petit aparté : un quartier d’Auckland s’appelle Mount Eden, encore une fois nommé d’après George Eden.)
(Vas-y mollo sur le cirage, monsieur le Gouverneur, ça va se voir.)
Niveau climat, j’en ai déjà parlé moult et moult fois sur ce blog donc je ne vais pas m’attarder dessus, mais les deux mots à retenir, c’est « doux » et « humide ». On est en effet en pleine zone subtropicale, ce qui n’est pas aussi exotique que le nom pourrait l’indiquer parce qu’en gros on se tape le même climat qu’en Normandie.
(Glamour.)
À Auckland, donc, le mot d’ordre, c’est la constance → comprendre : il fait 15 degrés toute l’année et il s’arrête jamais de pleuvoir. Ce qui est super quand on veut faire du jardinage, mais moins super quand on est un être humain qui aime le soleil.
(Flaxou le vampire, en revanche, est comme un coq en pâte.)
Bon, évidemment, je force un peu le trait, mais pour quelqu’un comme moi, qui a grandi dans le climat semi-continental de l’Alsace, c’est un peu raide de devoir d’un seul coup affronter des hivers super doux (on ne descend jamais au-dessous de 10 degrés – et y’a pas de neige), des étés hyper frais (tu peux espérer 26 degrés en journée – journée pendant laquelle les Aucklandais passeront leur temps à geindre et à pousser la clim’ à fond les ballons, car le Kiwi est à l’aise seulement entre 15 et 20 degrés) et, surtout, des barils et des barils de pluie.
(On a quand même régulièrement des week-ends où il pleut l’intégralité d’un mois de novembre à Strasbourg.)
Donc, en résumé, le climat d’Auckland : ma santé lui dit merci pour les hivers sans gel, ma peau lui dit merci pour son hydratation tip top, ma garde-robe lui dit pffff parce qu’on s’habille pareil tout l’année, et mes cheveux lui font un GROS DOIGT.
(Illustration : moi, tous les jours, toute l’année.)
Géographiquement, la région d’Auckland est plutôt plate, sauf pour les volcans qui pointent leur nez un peu partout. J’ai dit trois mille plus haut en figure de style, mais en vrai, y’a quand même une cinquantaine de volcans repartis sur toute la zone constructible de la ville. Fun fact, Auckland est d’ailleurs la seule ville au monde bâtie sur un champ volcanique basaltique encore actif. En gros, même s’il n’y a pas eu d’explosion récente, ça peut péter n’importe quand dans les cent millénaires à venir.
(Après ça, normalement, on sera tranquilles.)
Et quand je dis qu’il n’y a pas eu d’explosion récente, faut le prendre avec des pincettes, parce que, par exemple, l’ile de Rangitoto (juste au Nord de la city) est en fait un volcan qui a surgi du sol y’a à peine mille ans, ce qui est absolument peanuts en années géologiques.
Mais tu crois que ça ferait peur aux Aucklandais ? Que dalle !
Les gars ont quand même créé un tout nouveau quartier résidentiel, le bien nommé Stonefields, en creusant direct dans un ancien flot de lave solidifié au pied du volcan Maungarei (Mount Wellington).
(C’est peut-être des ploucs, mais ils sont couillus.)
Niveau logement, j’ai déjà évoqué sur ce blog qu’à Auckland c’est complètement ‘port nawak, donc je ne m’attarderai pas plus sur le sujet. Je te laisse juste avec un petit comparatif de prix : pour acheter une maison en Nouvelle-Zélande, il faut compter en moyenne cinq cent mille dollars pour une maison en ville, et 25% à 50% moins cher en campagne (le prix varie selon la paumitude de l’endroit dans lequel tu vas t’enterrer).
À Auckland, le prix moyen d’une petite maison (deux-trois chambres, une salle de bains), c’est UN. MILLION. DE. DOLLARS.
À Auckland, le prix moyen d’une petite maison (deux-trois chambres, une salle de bains), c’est UN. MILLION. DE. DOLLARS.
Donc quand t’es millionnaire en France, t’as des putes et de la coke. Et quand t’es millionnaire à Auckland, t’as… une petite maison.
Et puis bon, je ne m’attarderai pas sur les transports à Auckland parce que j’en ai déjà parlé ici et là.
Entrons maintenant dans le vif du sujet : chausse tes lunettes et fais bien attention, on va parler des suburbs.
Les suburbs (en anglais « banlieues ») (prononcer "seu-beurbe") désignent les différents quartiers qui composent Auckland, et c’est le cauchemar de tout nouvel habitant.
Pourquoi ? Deux raisons :
D’abord, parce qu’Auckland étant composée majoritairement de maisons individuelles, la ville s’étend sur une très, très grande surface : plus de mille kilomètres carrés (soit à peu près la moitié de l’aire de Paris).
Et le problème numéro deux, c’est qu’un « suburb » Aucklandais est ridiculement petit.
Genre, t’as deux rues ? T’as un magasin ? Félicitations, tu es un suburb.
Résultat, les conversations avec les Aucklandais, ça donne souvent ça :
- Tu connais un bon restau indien près de Panmure ?
- J’en connais un bon sur Penrose, mais si tu n’as pas peur d’aller plus loin, y’en a un super a Henderson !
- C’est ou déjà, Henderson ?
- Tu vois Hobsonville ?
- Non.
- Tu vois New Lynn ?
- Non.
- Tu vois Glen Eden ?
- Non.
- Tu vois Waitakere ?
- Oui.
- Ben c’est à côté. Juste au Sud de Lincoln, et au Nord de McLaren Park.
- Vers Sunnyvale ?
- Non, juste avant. Juste après Western Heights.
Et tout ça, c’est dans une zone de dix bornes de long! Et je n’ai nommé qu’une infime partie d’Auckland Ouest!
Moi, par exemple, j’habite à Panmure, je fais mes courses à Pakuranga, je vais à la gym à Glen Innes, et, quand je veux prendre le bus, je marche jusqu’à Mount Wellington.
Mais c’est ridicule !
POURQUOI s’amuser à donner des noms à chaque pâté de maison, et ensuite se donner la peine de RETENIR tous ces noms ? Est-ce qu’on ne pourrait pas faire comme tout le monde et dire « A côté du cinéma » ou « Deux rues après le concessionnaire Ford » ?
Eh bien figure-toi que ça me dérangeait tellement, cette histoire, que, le jour où on m’a présenté une fille qui bosse chez NZ Post, je lui ai sauté à la gorge en disant :
Et comme elle était sympa, elle m’a répondu très simplement :
- Bah, si on n’avait pas les suburbs, on saurait jamais où livrer le courrier !
Et j’allais répondre « Tu te fous de ma gueule Micheline, les noms de rue c’est pas fait pour les poules », quand soudain, je me suis rappelé d’un truc :
TOUTES LES RUES ONT LE MÊME NOM.
Sans déconner, j’avais dit une fois sur ce blog que, question toponymie, les Maoris n’étaient pas les gens les plus imaginatifs du monde (rapport au fait que tous les noms de lieux se traduisent en choses comme « la rivière qui va vite », « l’endroit où y’a plein de vent », et autres « la forêt où il pleut la nuit »). Bon. Soit.
Mais au moins ils étaient logiques dans leur démarche !
Parce que les Kiwis, ils ont appliqué leur système vu plus haut pour TOUT !
Et comme c’est tous des monarchistes dégénérés, ce qui devait arriver arriva : à Auckland, on a cinq Queen Street, trois Queens Road, un Queens Drive, et un Queens Avenue. (Idem pour Kings Road, Kings Street, et King Avenue.) Donc vas-y pour t’y retrouver là-dedans si t’as pas le nom du suburb.
Et je ne parle même pas de Great South Road et Great North Road, les cauchemars des postiers.
Allez, si, j’en parle vite fait.
Great South Road et Great North Road sont, comme leurs noms indiquent, deux grandes rues qui, comme leurs noms indiquent pas du tout, traversent Auckland en partant du centre-ville et en allant respectivement vers l’Est et vers l’Ouest. Les routes ont été construites en même temps que la ville, et Great South Road était notamment un projet pour relier Auckland et Hamilton, avant que les autoroutes ne soient construites.
Bon tout ça c’est bien beau, mais ça ne t’explique pas le problème.
Le problème, c’est que Great South Road, par exemple, fait 100 kilomètres de long. Et que, sur ces cent kilomètres, les gens n’ont pas suivi l’ordre normal pour les numéros de rue ! Au lieu de dire « Bon, ici c’est le numéro 1, on continue jusqu’à la fin de la route et ce sera le numéro 3546 » (à l’américaine), à la place, ils ont fait « Non non ! Moi je veux que ma maison elle soit numéro 1. Donc on dit que d’ici à là c’est 1 jusqu’à 325, et puis ça redevient le numéro 1, et on recommence. »
(Ces gens sont des malades mentaux.)
Et comme une petite image vaut mieux qu’un long discours, voilà une petite illustration de l’utilité des suburbs :
(Par contre, j’ai toujours pas compris pourquoi c’est jugé utile de s’y référer constamment à l’oral.)
Je ne vais donc pas te détailler tous les suburbs d’Auckland, sinon on y sera encore dans trois jours, mais je vais quand même te résumer les quartiers principaux qui font toute la saveur de cette ville.
Et ça, ce sera dans le prochain (et dernier) article de la série !
À bientôt !