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La découverte est exposée depuis quelques jours sur le site de Nature Medicine.1 Un groupe de chercheurs travaillant en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni vient d’établir un possible nouvel usage de la thalidomide. «Nous avons trouvé que cette substance favorise la maturation des vaisseaux et serait susceptible, à ce titre, de contrecarrer les malformations vasculaires héréditaires et les tumeurs» résume Franck Lebrin (Institut national de la santé et de la recherche médicale U833, Collège de France, Paris), premier signataire de cette publication.
L’indication potentielle concerne ici la maladie de Rendu-Osler ; une entité pathologique décrite par Henry Jules Louis Marie Rendu (1844-1902) et Sir William Osler (1849-1919), également connue sous le nom de maladie de Rendu-Osler-Weber et de télangiectasie hémorragique familiale. Il s’agit d’une angiomatose transmise sur un mode autosomique dominant et qui associe à des manifestations cutanéo-muqueuses (télangiectasies) des malformations vasculaires dues à l’absence de capillaires entre les veines et les artères. Manifestation la plus commune : des épistaxis spontanées et fréquentes commençant la plupart du temps dans la dixième année. Des hémorragies digestives surviennent dans environ un quart des cas après la cinquantaine. Les malformations vasculaires caractéristiques ayant pour territoire le système nerveux cérébral, le système digestif ou pulmonaire sont généralement directement à l’origine de la mortalité prématurée associée à cette maladie.
La thalidomide a, dans cet essai clinique, été testée aux Pays-Bas sur sept malades âgés de 48 à 75 ans atteints de formes sévères de la maladie. Chez ces malades – suivis de six mois à cinq ans – l’administration orale quotidienne de 100 mg de thalidomide a réduit considérablement la fréquence et la durée des saignements de nez et, dans le même temps, permis de prévenir nombre de transfusions sanguines visant à compenser les hémorragies digestives. Un essai clinique de six mois contre placebo destiné à confirmer ces résultats préliminaires est d’ores et déjà programmé à Paris. Il devrait concerner au total 32 personnes souffrant également d’une forme très sévère de la maladie.
Il n’y aurait ici qu’une information de pharmacologie clinique parmi tant d’autres si l’on ne se souvenait que la thalidomide avait été commercialisée au milieu des années 1950 (en tant que sédatif non barbiturique) avant d’être retirée du marché pharmaceutique international il y a un demi-siècle ; scandale planétaire ou presque après la découverte d’une série d’effets tératogènes majeurs. Ce médicament a ensuite été réintroduit progressivement dans quelques indications dermatologiques. La mise en évidence de propriétés pharmacologiques originales en particulier de modulation de la production des cytokines (essentiellement diminution de la synthèse du TNF-?) et un effet inhibiteur sur l’angiogenèse ont aussi conduit à l’utilisation potentielle dans certaines maladies inflammatoires et tumorales.
«La thalidomide a plusieurs mécanismes d’action : un effet hypnosédatif, des propriétés immunomodulatrices et une action anti-angiogénique. Elle est employée dans plusieurs pathologies cutanées inflammatoires, comme l’érythème noueux lépreux, le lupus cutané ou les aphtoses sévères, résumait dans ces colonnes en 2005, E. Laffitte (Service de dermatologie et vénérologie du CHUV, Lausanne).2 Elle est également utilisée dans d’autres pathologies inflammatoires, mais aussi en oncologie dans la prise en charge du myélome résistant ou récidivant. La thalidomide a plusieurs effets secondaires : un effet tératogène, une neuropathie et un risque de thrombose veineuse profonde ; d’autres sont mineurs, comme une somnolence, des douleurs abdominales, des réactions cutanées ou des perturbations endocriniennes. La prescription de la thalidomide est strictement contrôlée avec une surveillance neurologique et un programme de contrôle des naissances.»
Or voici que la publication de Nature Medicine semble remettre paradoxalement en question l’effet anti-angiogénique. Il semble plus précisément que les chercheurs ont ici découvert que la thalidomide peut aussi aider à la maturation vasculaire et ce via la stimulation de la couverture cellulaire murale. Et c’est cette maturation vasculaire qui pourrait expliquer la potentialisation de certains traitements anticancéreux.
Jean-Yves Nau
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