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Le Diable et le bon Dieu
Le Faust de Goethe est tout imprégné de religiosité, sans qu'il soit pourtant aisé de le placer tout de go dans une perspective chrétienne. A travers la succession des traductions et surtout des cycles d'illustrations, on peut observer des manières très différentes de traiter ce lien aux motifs chrétiens.
Sur le plan des traductions, on peut signaler un contraste intéressant entre le traitement réservé à cette question en France et en Angleterre au début des années 1820. Ainsi Sainte-Aulaire, en 1823, juge-t-il « fort étrange » le Prologue dans le ciel, qui montre le Seigneur et Méphistophélès pariant sur le sort de Faust. Il qualifie la scène Cuisine de sorcière d'« incompréhensible » et le sabbat de la Nuit de Walpurgis de « plus incompréhensible encore ».
D'ailleurs il ne traduit pas cette scène, se bornant à reproduire en note une traduction antérieure. Or au même moment, Percy Shelley traduit en anglais deux scènes du Faust – celles qui le captivent le plus : et ce sont précisément le Prologue dans le ciel et la Nuit de Walpurgis.
On retrouve une tension similaire dans les cycles d'illustrations. Ainsi, certains artistes manifestent, dans le choix même des scènes à illustrer, une prédilection pour les moments où la trame de la pièce autorise une imagerie chrétienne. Ils font évidemment grand cas de la scène de l'église, ou de celle de Marguerite en prière devant la Mater dolorosa.
Plusieurs ne manquent pas, en outre, de représenter en grande pompe les anges qui entourent Marguerite au moment de sa mort, alors même que le texte de Goethe se contente d'évoquer une « voix d'en haut » annonçant le salut de son héroïne !
On compte par ailleurs pas moins de dix illustrateurs de notre corpus qui, dans la scène titrée Une promenade, représentent un prêtre à qui Marthe et Marguerite montrent le coffret qu'elles viennent de recevoir. Or ce prêtre ne figure pas parmi les personnages de la pièce ; il est simplement mentionné dans une discussion entre Méphistophélès et Faust.
Face à cette application à orienter les images du côté de l'orthodoxie chrétienne, plusieurs autres illustrateurs se soucient au contraire fort peu des prêtres, des anges et des crucifix et s'attachent plutôt à déployer leur verve en particulier dans la Cuisine de sorcière et surtout dans la Nuit de Walpurgis.