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En janvier dernier, lors de la cérémonie commémorative de la République helvétique à Aarau, Peter von Matt, professeur de littérature allemande à l’Université de Zurich, avait captivé son auditoire par un exposé de grande qualité (DP 1330). Le 9 septembre à Stans, il a commenté de manière magistrale le 200e anniversaire de la guerre civile qui a dévasté le pays de Nidwald.
Voici le début de son intervention.
« Aussitôt que partent les coups de feu, le monde devient plus simple. Aussitôt que des êtres humains se font face pour s’entre-tuer, toutes les contradictions disparaissent. On était empêtré dans des problèmes, ils sont résolus. On se débattait avec des questions, elles trouvent réponse. On est déchargé du souci quotidien de savoir ce qu’on doit et ce qu’on veut, ce qu’on doit vouloir et ce qu’on veut devoir, comme si ce souci n’avait jamais existé. On ne veut plus qu’une chose, tuer ; on ne doit plus qu’une chose, tuer ; et plus rien d’autre n’a d’importance.
» Là les ennemis, ici les frères, et la vérité est de notre côté, le mensonge chez les autres.
» La simplification du monde dans le feu des canons et la mitraille et dans le déluge des balles met fin à la recherche de la vérité. Elle met fin à ce qui précisément caractérise l’être humain. L’animal ne connaît pas la vérité. Il est véridique. Lorsqu’il tue et lorsqu’il est dévoré, il vit sa nature. L’être humain par contre doit chercher la vérité et il ne la possède jamais ; et quand il croit la détenir, quelqu’un vient à coup sûr le détromper.
» Aussi longtemps qu’il cherche, il reste humain. Dès qu’il cesse de chercher, il devient dangereux.
» C’est pourquoi la phrase peut se lire de deux manières. Lorsqu’éclate le feu de la mitraille, la recherche de la vérité cesse. Lorsque cesse la recherche de la vérité, le feu de la mitraille éclate tôt ou tard ». jd
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963