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MIRACLE. C’est par ce mot que la Villa Maraini, que je ne connaissais pas du tout à l’époque, m’accueillit. « Attends-toi à un miracle ! », tel était le message de la carte de tarot divinatoire que j’avais tirée avant mon départ : la Sainte Mère Marie. À l’image de Rome et de ce que j’allais vivre ici.
Si j’avais été consciente de ce que représente l’occasion unique de vivre à l’Istituto Svizzero, j’aurais sans doute été un peu plus nerveuse lors de mon entretien de candidature. Je l’avais déposée dans le cadre d’une étude complémentaire pour ma thèse de doctorat. Dans mon projet de recherche, j’étudie l’origine et la diffusion du récit d’un miracle qui a vu le jour à Jérusalem au XIIIe siècle, comme je peux le prouver. La légende veut que la terre du cimetière destiné aux étrangers, situé à Jérusalem et nommé Haceldama (champ du sang), puisse décomposer les morts en quelques jours. La même propriété est attribuée au cimetière Camposanto de Pise, construit à partir de 1277, et au Campo Santo Teutonico créé ultérieurement à côté de la basilique Saint-Pierre au Vatican. Ce dernier est réservé aux défunts de langue allemande ou néerlandaise. Selon la tradition, ces cimetières comportent de la terre de la Terre sainte. De plus, un pouvoir de différenciation insolite est attribué à cette terre à Rome depuis le début des temps modernes. D’après le récit d’un pèlerin, la terre du Campo Santo Teutonico aurait immédiatement recraché le cadavre d’un Romain. D’autres cimetières ont été créés depuis Rome dans différentes villes à partir 1500 en y transportant un peu de terre du Campo Santo Teutonico et en la dispersant. J’ai présenté les conditions historiques et culturelles de l’apparition de cette légende concernant la décomposition rapide des cadavres dans la première partie de mon étude scientifique. Il est donc possible d’expliquer l’origine du récit de ce miracle, ce qui est exceptionnel. Je travaille tous les jours sur les raisons de cette origine et sur la diffusion de cette légende ou au pupitre que j’ai bricolé moi-même à partir de petites boîtes en plastique ou dans les locaux de la bibliothèque de l’ISR ou à la Bibliotheca Hertziana, qui se trouve au numéro 28 de la Via Gregoriana, à quelques minutes à pied d’ici.
Les résidents qui ont des enfants habitent dans la dépendance, une annexe postmoderne construite à la fin du millénaire qu’il est facile de confondre avec un labyrinthe au début. Les murs et les sols sont recouverts de travertin. Amoureuse du bois et fille d’un forestier, le parquet de mon logement zurichois me manque. Mis à part ce détail, nous nous sommes parfaitement acclimatées aux pièces hautes de cinq mètres. Les confortables locaux de l’Istituto, de la salle de concert high-tech à la salle de lecture de la bibliothèque, en passant par les espaces d’exposition, répondent à tous les besoins, réunions, workshops, conférences, cours d’italien et travail silencieux au sein du groupe d’écriture.
Du toit de la dépendance, qui sert également de terrasse, il est possible d’apercevoir la façade du couvent San Isidoro, qui date du XVIIe siècle, où des franciscains irlandais gèrent une école à l’heure actuelle. 23 marches mènent de cette terrasse à l’entrée de la villa qui a été construite sur une ancienne décharge à la fin du XIXe siècle. Sur le chemin de la Villa, je salue l’un des immenses pins parasols que les architectes de l’annexe construite dans les années 2000 ont mis en scène avec un grand souci de perspective. La précision avec laquelle les murs étroits de l’escalier encadrent ce magnifique exemplaire serait sinon un hasard stupéfiant.
Le cœur de l’ISR est le jardin. Il représente le lieu de rencontre, de calme et de jeu. C’est la véritable machine à miracles de l’institut. De nombreux oiseaux l’ont choisi comme territoire et quelques tortues se promènent dans un enclos. Pendant les pauses, je fais le tour de la Villa et admire les différentes formes et couleurs des palmiers, des arbustes, des buissons… et les roses. Les minuscules bourgeons des rosiers semblent étrangement exploser au ralenti. Le secret de la rose réside peut-être dans le caractère unique de sa floraison dont la complexité est comparable aux relations humaines. Mon séjour à Rome a également été synonyme de grands miracles sur le plan privé. Il m’est facile d’y croire ici, là où les roses ont même fleuri en décembre 2018 ! Un Miracolo.
Rahel Meier (1985, Zurich) – Médiéviste
Elle a étudié l’histoire de l’art, l’histoire du Moyen Âge et l’archéologie médiévale à l’Université de Zurich, Paris et Bâle. Elle a obtenu pour un extrait de sa thèse le Förderpreis Kunstwissenschaft par la Fondation Alfred Richterich. A’ l’Istituto Svizzero di Roma elle est sur le point de terminer sa thèse de doctorat sur les origines et la diffusion de la légende de la Terre Sainte, financée par le Fonds National Suisse de la recherche Scientifique (Doc.CH). Elle a été en résidence au KHI-MPI à Florence.