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Présentations du projet : Genève, un projet territorial urbain transfrontalier
Conférence débat 2004, Anciennes et nouvelles Genève, organisé par l'AGEDRI
25.11.2004
Table ronde et débat
Extraits d'après notes et bandes magnétiques
G. Barriller
C'est décoiffant, nouveau. En tant que calviniste, je trouve qu'il y a un retour de l'histoire. Dans ce projet on construirait le long du tracé du chemin de fer que la France a construit pour éviter Genève, de Farges à Divonne et au sud. C'est piquant de constater qu'on essayerait de régler les problèmes dans la région en utilisant les instruments mis au point au 19ème siècle, par notre grande République voisine.
La carte avec les flèches fait penser à l'invasion allemande en mai 1940, où ils étaient prêts à venir. Koechlin dit que la ville se développe sur les axes de transports, les pénétrantes, le débat est de savoir si c'est du centre à l'extérieur ou de l'extérieur au centre. On est dans une situation différente, on tire parti de l'existant autour. On institutionnalise la couronne autour. Cela fait un peu peur cet urbanisme linéaire, cela fait penser à « big brother »: 400'000 habitants alignés, c'est une vision à la Braillard, c'est de l'urbanisme soviétique, planifié qui fait peur. Où est la liberté dans cette cuvette ? Je préfère les pôles à la muraille de Chine. Et où vont travailler les gens, au centre ? Au sud l'implosion se fera entièrement sur le territoire suisse.
J.-F. Mabut
Pas exactement, le long du Jura c'est sur le territoire français.
A. Mansion
Je n'ai pas la même réaction. On va toujours développer l'urbanisme autour des voies de communication. On a des voies qui existent et ce projet qui les utilise m'a paru intéressant. Il y a le blocage de Genève, le projet du pont sur la rade est lointain. Il faut éviter Genève, par le sud et le nord. Cela donne un territoire qui part de Bellegarde jusqu'à Douvaine et Nyon. C'est un projet pour dans 100 ans, 200 ou 30 ans. A Toronto en 1970 il y avait une centaine de km de petites communes, petites constructions. Trente ans plus tard la con-urbanation s'est transformée en ville.
Ce projet peut attirer l'attention des politiques sur les voies existantes qu'il faut conserver. Il faut garder ces emprises de circulation. On a supprimé définitivement le chemin de fer entre Divonne et Nyon et c'est une erreur à ne pas reproduire entre Divonne et Bellegarde et entre Douvaine et Bellegarde.
M. Freudiger
Je vis dans le district de Nyon. On a des liens avec Genève, mais on a un regard différent, on est pas en face, on est relié par un couloir. On est dans une position interstitielle entre Genève et Lausanne. On est fortement lié à un transfert d'habitants et d'actifs de Genève. Mais j'avais l'impression de ne pas être rattaché dans cette logique du grand cercle qui fait le tour du bassin genevois. Annemasse est un croisement, le lien avec la vallée de l'Arve, le Chablais, Annecy, pas polycentrée sur Genève, à part peut-être pour le travail. Gex est différent, le dos au Jura, le regard sur Genève. Il y a plusieurs territoires autour de Genève, avec des relations à Genève. Le mérite de cet exercice est de prendre les choses à l'envers et de se pencher sur ces petits territoires qui existent autour de Genève et sur leur dynamique. Pour la ligne de chemin de fer Douvaine Nyon les terrains sont toujours réservés, il suffirait de créer un tunnel sous l'autoroute. Mais Nyon est plutôt tournée vers une logique de développement autour des axes structurants de la ligne CFF, Coppet, Nyon et Gland. Sur les 40 dernières années, les habitants de Nyon travaillaient à Genève, mais depuis 10 ans beaucoup travaillent à Lausanne. On est dans une logique de métropolisation entre Genève et Lausanne.
J.-F. Mabut
Vous êtes dans une logique de cité linéaire, mais vous avez cité le nom de petites centralités, comme Coppet, Nyon, Gland. Que dit l'ingénieur de cette vision à la soviétique, il n'y a pas à priori de centralités sur les 55km de cité linéaire qu'on nous propose ?
C. Uldry
Dans certaines études on a vu qu'on avait moins de déplacements entre les pôles que dans une ville linéaire. Mais si la ville linéaire est bien organisée dès le début, avec une équité, une mixité, on aura des centralités dans la ville. Un des intérêts principal du projet est une proposition d'aménagement du territoire au sens large, en prenant le territoire dans sa totalité, On respecte ce territoire en le considérant dans sa globalité. En disant ce n'est pas des pôles mais une ville, cela amène la question d'avoir une équité, de pouvoir coordonner la santé, l'instruction, la culture, avec un côté positif pour la région. Cette ville en ceinture a un côté positif.
J.-F. Mabut
Oui on a le sentiment d'avoir une nouvelle ville, qui ignore les structures politiques, la frontière, l'existant. Du côté sud le projet s'écarte du chemin de fer, et de St-Julien. Est-ce que St-Julien sera un bourgeonnement de cette nouvelle cité linéaire ?
J.-M. Thénard
Par rapport au projet, la présentation qui en est faite ressemble plutôt à la ligne Maginot, il faudrait faire un effort de communication, mettre des petits arbres verts avec l'informatique. Sinon c'est condamner ce plan pour plusieurs années. Sur le fond, ce n'est pas la question de St-Julien qui est dans sa muraille, c'est la question du développement de Genève. Genève se développe plutôt vers le sud, sur son territoire et finit par déborder sur le territoire français. Mettre une barrière entre les deux ne correspond pas à cette logique. Genève à travers la Praille, l'Uni-Battelle, Plan-les-Ouates est en pleine croissance vers le sud. St-Julien est maintenant collée à Genève. Il ne faut pas rompre cette continuité vers le sud, vers Grenoble.
Je ne suis pas convaincu par la ville linéaire, car Genève a un développement en étoile. Genève est une des rares métropoles où on peut aller jusqu'au centre ville en passant par des zones vertes Cette cité linéaire devrait garder des ouvertures et éviter de segmenter la zone verte, de faire des cercles concentriques bâtis.
J.-F. Mabut
Avant d'aborder la partie écologique du projet, j'aimerais savoir pourquoi les auteurs du projet on abordé la partie sud en ne suivant pas la ligne de chemin de fer ?
D. Marco
La raison est l'équité, construire autant en Suisse qu'en France. Les terres agricoles concernées sont moins riches, il y a des gravières. C'est intervenir fortement pour ne pas avoir la densification de la liaison Genève St-Julien, pour continuer à avoir un espace. C'est le problème de transformer aujourd'hui la zone agricole en parc. J'assume le dessin car je ne pense pas qu'on puisse introduire du vernaculaire dans cette proposition. Notre objectif n'est pas de faire des villas.
J.-F. Mabut
L'intérêt de cette cité linéaire est qu'elle est économe en terres agricoles. Est-ce que cela séduit le député vert ?
D. Hiler
C'est une utopie d'architecte et comme toutes les utopies il serait souhaitable que ce projet ne se réalise pas.
Je pense que notre cuvette est une agglomération et comme il a été dit, je pense que cela va se passer comme à Toronto. Pour le reste je crois qu'il y a une région, la région lémanique (comparaison avec les Länders en Allemagne, Rhône-Alpes). Cette agglomération a pas mal de défauts, on ne voit pas la frontière, mais elle est blessée par la frontière. Au quotidien on vit l'histoire sur la carte avec des problèmes d'engorgement car c'est une ville sans hinterland, concentrée à l'intérieur. L'habitat dispersé est à l'extérieur, il y a des problèmes de circulation, avec une peine pour Genève à développer des transports publics.
On ne devrait pas représenter ce qui est une ville linéaire. A Toronto l'artère fait des kilomètres, une bonne quarantaine, il y a des buildings, des maisons individuelles. On peut structurer sur des voies, bien qu'il n'y ait pas de tram. L'intéressant est de rappeler la nécessité d'un quadrillage qui n'ait pas comme seule fonction d'entrer dans un entonnoir, comme les pénétrantes en étoile. Je suis sensible aux éléments de paysage comme des pénétrantes vertes. A Genève on concentre l'habitat où il y a le plus de nuisances, avec cette étoile.
En écologie il faut être économe avec le sol mais ce qui manque le plus aujourd'hui c'est l'énergie. Il y a aussi le problème des émissions de CO2. Il faut donc des villes qui minimisent le coût énergétique, par leur desserte. A partir de là il y a mille formes.
La caricature qu'est le projet n'est pas très intéressante, mais les éléments structurants sont intéressants, pour le développement futur, pour arriver à casser la blessure de la frontière, casser cette ville en étoile qui est dangereuse et désagréable pour ceux qui y habitent.
J.-F. Mabut
On va passer la parole à la salle. De toute façon le développement le long de la frontière se fait, est-ce que Genève devra en tenir compte dans son plan d'aménagement ?
J.-M. Thénard
Le projet pose les problèmes. Aujourd'hui les entreprises se disent : « dois-je être, pour des questions d'affichage à Genève ou à Annemasse » ? On aura résolu le problème d'agglomération quand elles diront « dois-je être au centre ville de Genève, ou à Annemasse ou à Plan-les-Ouates », quand ce sera des quartiers de Genève. Le développement en étoile est sympathique pour la verdure, mais pas pour la desserte.
R. Schaffert
Aujourd'hui, avec le système radial, pour aller d'un coin à l'autre de la couronne, il faut passer par le centre de Genève. Notre projet ajoute une organisation circulaire qui permet une accessibilité de la ville égale pour tous.
D. Marco
La ville linéaire doit être marquée pour avoir les effets escomptés, cela sert aussi à passer de la zone agricole au parc. Elle permet des transports publics. On ne va pas forcément aller travailler au centre ville, je rappelle que le projet propose un emploi pour un logement.
J'ai l'impression que dans cette région, du point de vue de la culture, on a de la peine à accepter la ville avec son béton. Une histoire : Le dernier duc de Florence a planté des arbres dans les Offices. Il y a eu une pétition : « les arbres ça va à la campagne ». Toute la ville a signé la pétition pour arracher les arbres que le duc avait plantés. La vie en ville n'est pas forcément une mauvaise ville et une mauvaise vie.
M. X
Sur le développement économique, Serono est la dernière entreprise à se développer au centre. Les futurs développements se feront dans la partie suisse du rectangle d'or, à Onex, à Versoix. Les emplois ne se développent plus au centre ville. Les transports ne se font plus en étoile mais dans tous les sens.
M. Lachavanne
On s'inscrit dans un processus de développement sous-entendu obligatoire. On devrait s'interroger sur la capacité de charge en terme de population, quelle qualité de vie on veut, quelle santé et qu'on limite l'urbanisation pour maintenir une qualité de vie. On devrait se poser la question : « jusqu'où veut-on aller ? »
J.-F. Mabut
On n'est pas là pour savoir si on est favorable ou pas à la croissance zéro, mais pour savoir quelle forme de ville on veut. Il y a 44'000 frontaliers et le développement démographique continue en France voisine.
J.-P. Buet
Les pôles et le développement radioconcentrique amènent à la saturation. Le développement de la couronne sous forme de cité linéaire présente une meilleure utilisation des infrastructures. Actuellement les frontaliers se déplacent en voiture. Les routes, les douanes ont saturées. Il faut valoriser la ligne de chemin de fer sud, pour les passagers et les marchandises.
Nous avons les moyens de maintenir le développement. Il faut la volonté pour planifier l'urbanisation, les logements sociaux et les transports. Il faut être contraignant avec les plans de circulation.
A. Mansion
Côté pays de Gex, la croissance est encore plus forte qu'ailleurs. Il y a forcément des gens qui circulent : 55 % des actifs travaillent sur territoire suisse. Pourquoi parler encore de frontaliers, à Paris on ne parle pas de frontaliers pour les gens qui viennent y travailler.
M. X
On parle de l'augmentation des habitants, mais il faut revoir la politique des emplois dans le pays de Gex. Le Technoparc est relativement pauvre.
A. Mansion
Le Technoparc se développe mais une entreprise a intérêt à s'installer en Suisse car la discussion, notamment sur le plan fiscal se fait à Genève et non à Paris. C'est plus facile.
D. Marco
Le plan directeur cantonal organisant le développement en pôles ne reflète pas la réalité sur le terrain, telle l'existence de la couronne longeant la frontière.
C. Mechkat
En clignant les yeux depuis le Salève, on voit la carte des POS (couronne en rouge sur la carte). Notre projet n'est pas utopique. Le projet est là pour soulever les problèmes concrets.
G. Barriller
Ce qui est intéressant c'est qu'on nous présente une vision dans 15, 20, 30 ans. Malheureusement maintenant on est dans le sauve-qui-peut. Il faut déjà faire le projet CEVA.
C. Mechkat
Ce projet n'a rien d'utopique. Il est fait pour soulever les problèmes. Chaque fois qu'on fait un safari on voit que de nouvelles maisons sont sorties. Il y a urgence.
A. Mansion
Actuellement on recherche la possibilité de mettre en place une autorité qui aurait en charge la communication, la circulation dans la future grande agglomération. Le second projet qui se met en place, est celui du rectangle d'or. C'est générateur de financements. Il faudrait des aides sur les prix de terrain, pour les entreprises. Il faut faire des réserves foncières, au niveau public et créer une agence foncière.
J.-M. Thénard
Même une utopie doit nous permettre de réserver les terrains pour l'avenir. Si ce projet permet de structurer les réserves foncières des collectivités locales, c'est déjà un grand pas en avant.
B. Leutenegger
Je ne peux pas accepter ce qui a été dit à de multiples reprises à propos d'un certain nombre de choses qui ont été acquises par les différentes démarches de l'aménagement du territoire, que ce soit à travers l'ARC ou le plan directeur cantonal, relatives aux pôles de développement.
Il me semble qu'un certain nombre de points qui ont conduit à des propositions d'organisation du multi-polaire ne traitent pas du tissu banal, de ce que certains appellent le gras de la ville, mais se focalisent plutôt sur un certain nombre de lieux particuliers. Mais, disons que le fait de proposer, d'organiser le développement autour des grandes infrastructures de transport, notamment du ferroviaire, tel que le propose le projet présenté ici, ne me parait pas totalement absent des propositions de la charte d'aménagement d'il y a quelques années, en ce sens que ces pôles, ces lieux centraux, notamment liés aux futures stations CEVA sont un certain nombre de lieux urbains qui peuvent se développer de façon à permettre une meilleure gestion des transports collectifs, à qualifier des morceaux de ville et là, je ne suis pas d'accord avec ce qu'a avancé Ph. Brun en opposant un urbanisme des réseaux, qui serait sans forme et sans ambition de gérer la forme, et la proposition faite ici. Il me semble qu'au contraire, ce sont justement des lieux où il y a un très fort potentiel d'organiser la ville, de rendre visible cette organisation, de développer de la qualité
Il y a une autre chose, qui me paraît tout aussi structurante par rapport au développement urbain, c'est la question des non-bâtis. La qualité et l'attractivité de ce territoire ont été relevées ici à de nombreuses reprises. Ne faudrait-il pas s'interroger sur « quelle serait cette charpente paysagère pour l'agglomération qui soit porteuse d'identité, porteuse des mêmes qualités, aussi bien pour le territoire périphérique que pour le secteur central ? ».
J'ai l'impression que ce projet est très genevo-centrique et qu'il marginalise certains territoires.
J.-F. Mabut
Je suis frappé par le fait qu'on sait peu de choses sur les liens qu'il y a entre Genève et sa région proche. Il y a des collaborations importantes, pas seulement le CRFG. Il y aurait un effort de communication, de mise en valeur à faire.
Je conclurai par l'image de Jean-Jacques Rousseau regardant Genève du Salève : « Jean-Jacques aime ton pays »