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Il faut se poser toutes les questions, sans tabou. Y compris celles qui ne rentrent pas dans le paysage politique correct. Coloniser, par exemple. La stratégie de colonisation est décriée partout dans le monde à l’heure actuelle, même par ceux qui la pratiquent en douce. Et pourtant, se pourrait-il qu'elle soit un mécanisme normal du vivant, une nécessité, une dynamique vitale?
Etant acquis à la décolonisation, au respect des peuples, à la non-domination, je ne me serais pas posé cette question si mon cerveau n’avait soudain fait un rapprochement avec le monde animal, végétal et bactérien.
On dit des bactéries qu’elles colonisent une région du corps. Par exemple le colibacille, bactérie indispensable à la digestion, colonise l’intestin. S’il ne le fait pas, ou pas suffisamment, l’assimilation est diminuée, des carences se manifestent et l’organisme s’affaiblit, tombe malade et peut disparaître.
On dit aussi d’une espèce végétale ou animale qu’elle colonise un territoire ou un biotope. Et on admet que c’est normal. En-dessous d’une certaine expansion aucune espèce ne peut survivre. Et l’expansion d’une espèce diminue le territoire d’une autre.
L’espèce humaine pourrait-elle échapper à cette exigence de survie? Rien ne le démontre. La survie, donc l’expansion et la colonisation, supposent qu’il y ait une forme de guerre. Celles-ci ont toujours eu lieu, sans autre justification que de prendre le territoire et les ressources du voisin pour satisfaire sa propre expansion. Coloniser demande donc du nombre, de la force (militaire par exemple), ou de la ruse et de l’intelligence. Ne pas être colonisé demande de vouloir, pouvoir et savoir résister aux tentatives de colonisation des autres.
La Chine a construit sa grande muraille. Les villes du Moyen-âge se sont construites à l’intérieur de fortifications. Le but était bien d’empêcher un groupe de coloniser le pays ou la ville.
Peut-on raisonnablement penser que toute volonté ou besoin d’expansion est désormais éradiqué des différents groupes qui constituent l’espèce humaine? Ou au contraire la dynamique vitale de la colonisation existe encore mais nous ne la voyons plus? Nous voudrions ouvrir grandes nos portes aux groupes qui ne vivent pas comme nous, sous prétexte d’universalisme. Mais avons-nous encore la volonté et la capacité de poser les limites et de nous préserver? De manifester nos différences et de les faire respecter?
Car ce qui vaut pour des bactéries, des végétaux ou des animaux, vaut aussi pour les humains. Et même si nous formons une seule espèce qui devrait à long terme avancer ensemble dans une même direction, il faut bien admettre que les intérêts idéologiques, économiques, philosophiques divergents des divers groupes humains font que nous sommes toujours en guerre.
Politiquement une telle réflexion tient à la fois de la droite et de la gauche. De la droite, car elle met en question les idéologies et les politiques issues de l’universalisme, du tiers-mondisme, de l’auto-flagellation provoquée par la culpabilisation de la colonisation. De la gauche car elle vise à préserver la biodiversité humaine, le respect des différences et l’équilibre socio-écologique qui doit résulter de la nécessaire expansion des espèces (loi du marché) et de la nécessaire régulation de l’expansion (intérêt général).
Alors, comment trouver l’équilibre entre la pulsion de vie qui va vers l’expansion, et l’équilibre? Et comment en finir avec les reproches du passé? Une sorte de Grand pardon mutuel, puisque nous avons tous dans l’Histoire été et bourreaux et victimes dans la dynamique vitale de l’expansion?
PS: Ni expansion ni régulation à Tripoli, ni relâche de l’otage, juste le rire satisfait de Kadhafi et de son klan...