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La banque suisse s'est excusée auprès du Congrès américain mais ses détracteurs restent nombreux aux Etats-Unis. Le candidat à la présidentielle Barack Obama a, par exemple, renouvelé son appel à la lutte contre les paradis fiscaux.Ce contenu a été publié le 18 juillet 2008 - 17:53
Après l'audience organisée par le Sénat jeudi sur l'évasion fiscale à laquelle UBS et d'autres banques étrangères se seraient livrées aux côtés de leurs riches clients américains, Barack Obama a estimé que la banque suisse contribue aux pressions économiques qui pèsent sur le peuple américain.
«Les Américains ordinaires paient la facture pour les tricheurs du fisc qui cachent des avoirs dans des paradis fiscaux à l'étranger, souvent avec l'aide de banques telles que la Suisse UBS et LTG, la banque du Liechtenstein», déclare Barack Obama.
Le candidat démocrate à l'élection présidentielle du 4 novembre appelle à l'adoption d'une loi qui améliorerait la capacité des autorités fédérales américaines à enquêter sur l'évasion fiscale et à poursuivre en justice ceux qui ont recours aux paradis fiscaux.
Renforcer la lutte contre l'évasion fiscale
Dès juin 2007, Barack Obama s'était joint à deux vieux routiers du Sénat pour rédiger une proposition de loi qui vise la Suisse et une trentaine d'autres pays. Avec le démocrate Carl Levin et le républicain Norm Coleman, le jeune candidat à la Maison Blanche veut en effet renforcer la lutte contre l'évasion fiscale.
Carl Levin et Norm Coleman ont co-présidé jeudi l'audience au cours de laquelle Mark Branson, le directeur financier des activités de gestion de fortune d'UBS, s'est excusé pour les pratiques mises à jour par une enquête du Congrès dont le rapport accuse UBS de «faciliter» la dissimulation au service américain des impôts (IRS) de près de 18 milliards de dollars détenus par quelques 19'000 clients américains dans des comptes en Suisse.
«Ce genre de conduite n'a pas sa place à UBS», a affirmé Mark Branson, avant d'étonner les sénateurs américains en annonçant qu'UBS va cesser de proposer des comptes en Suisse aux riches Américains.
«La décision d'UBS a surpris tout le monde, y compris le sénateur Carl Levin, président de la sous-commission qui dirige l'enquête parlementaire», indique le New York Times.
Le sénateur confirme: «Je croyais que nous étions prêts à toute éventualité, mais non», dit Carl Levin qui félicite UBS. «Nous ne pouvons pas atteindre toutes les banques, mais nous avons atteint UBS et cela représente un progrès».
Des pressions énormes
Selon les médias, la surprise annoncée par UBS s'explique par les pressions énormes qui s'exercent sur la banque suisse qui, outre l'enquête du Congrès, est visée par une enquête de la justice américaine et fait l'objet d'une demande d'entraide formulée par le gouvernement américain auprès du gouvernement suisse.
«Confrontée à une enquête fédérale, le géant suisse de la banque UBS annonce qu'il va arrêter de proposer des services à l'étranger à ses clients américains», écrit le New York Times.
«Frappée par une enquête fiscale, UBS met fin à ses services à l'étranger», souligne le Washington Post qui qualifie l'audience au Sénat de «spectaculaire».
«UBS a cédé face aux pressions grandissantes du gouvernement américain», écrit pour sa part le correspondant new yorkais du Financial Times, avant de parier que la décision d'UBS nuira à son chiffre d'affaires.
«La garantie d'anonymat était ce qui attirait le plus nombre de riches clients d'UBS et sa perte va ébranler la confiance dans la banque», prédit-il, en faisant référence au secret bancaire toujours protégé en Suisse.
Récession?
Le rapport du Congrès sur l'évasion fiscale intervient en pleine crise économique aux Etats-Unis, une crise que George Bush refuse encore d'appeler une «récession», mais que Barack Obama décrit comme tel.
Cette crise américaine est marquée notamment par l'envolée des prix de l'essence et des denrées alimentaires ainsi que par l'augmentation des saisies immobilières et une débâcle financière qui menace de faillite plusieurs banques et suscite les inquiétudes des déposants.
Dans ce contexte, les milieux politiques et les médias américains manifestent peu de patience envers les richissimes qui échappent au fisc et envers les banques étrangères qui les conseillent.
«L'affaire UBS est scandaleuse et une fois de plus, les super-riches et leurs banques s'enrichissent sur le dos de la classe moyenne», lance ainsi Lou Dobbs, le présentateur de CNN qui se veut le champion des «Américains qui travaillent dur».
Pour sa part, le sénateur Carl Levin accuse les «paradis fiscaux» de «mener une guerre économique contre les contribuables américains honnêtes».
Le climat est d'autant plus porteur pour les tenants de la lutte contre l'évasion fiscale que sont les sénateurs Obama, Levin et Coleman au Congrès, que le scrutin présidentiel et les élections législatives qui l'accompagneront approchent.
Pour les Démocrates comme Obama et Levin, il s'agit de montrer que les Républicains sont de mauvais gestionnaires et que les Démocrates restent les défenseurs des classes ouvrières et moyennes.
Pour eux comme pour une bonne partie des Républicains tel Coleman, il s'agit aussi de trouver des revenus supplémentaires et de financer de nouvelles dépenses, sans augmenter les impôts ni creuser le déficit budgétaire.
Marie-Christine Bonzom à Washington
En bref
Pour la sous-commission du Sénat américain, la Suisse et le Liechtenstein font partie des «paradis fiscaux» qui peuvent «faciliter l'évasion fiscale».
Le fisc et le ministère public américains accusent les banques suisse UBS et liechtensteinoise LGT d'aider de riches clients domiciliés aux Etats-Unis à cacher des avoirs et à frauder sur leurs impôts.
UBS assure qu'elle collabore avec l'enquête des autorités américaines, tout en respectant le secret bancaire qui prévaut en Suisse.
Parallèlement aux auditions de la sous-commission, Bradley Birkenfeld, ancien gestionnaire de fortune d'UBS, comparaît actuellement devant un tribunal de Floride pour avoir aidé des clients américains à soustraire de l'argent au fisc.
Après avoir clamé son innocence, il a décidé de plaider coupable et de fournir des détails sur ses agissements. Il a également déclaré à la cour qu'UBS l'avait «incité» à aider des clients à frauder le fisc.