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L’Angleterre au début du 15ème siècle. Henry Bolingbroke, devenu le roi Henry IV après le meurtre de Richard II, est attristé par la conduite de son fils Harry, qui, plutôt que de penser aux affaires du royaume, passe son temps à boire et à s’amuser en compagnie du truculent Falstaff. Quand une rébellion menace la légitimité d’Henry IV, Harry décide de regagner la confiance de son père en montrant sa valeur au combat. Mais pour devenir roi, Harry devra aussi sacrifier ses amitiés d’antan, à commencer par celle de Falstaff…
Critique
Plus qu'une grande adaptation de l'univers shakespearien, Falstaff est le chef-d’oeuvre sombre, triste et longtemps incompris de Welles, une sorte d'ultime cri tragique, peiné par la trahison d'un système, entremêlant quatre pièces (Henry IV, Henry V, Henry VI et Richard III) sans aucune difficulté. Falstaff, ce lourdaud de la cour anglaise du XVe siècle, incarné ici par Welles lui-même, sert de fil d'Ariane pour relier les enjeux dramatiques des quatre pièces originales tout en leur proposant un angle inédit, une réalité qui n'est plus celle de la succession du trône, mais bien du tumulte qui se met en branle autour d'un héritage, puis d'une fourberie.
Le magicien est ici à son état le plus brut, démuni de tous les chapeaux trafiqués dont il avait joui en Amérique et même dans la production marocaine d'Othello. Dans les plaines d'Espagne, il fait construire des plates-formes de bois pour surélever ses régiments. Il pose sa caméra au sol, filme en premier plan un roi, puis nous fait découvrir ces soldats haut perchés, défiant les lois de l'optique pour réécrire celles du cinéma.
Panorama Cinéma
Falstaff est le chef d'oeuvre de Welles, l'aboutissement le plus complet, le plus parfait de son travail depuis Citizen Kane, qui avait déjà lui-même marqué l'aboutissement d'une première période. Dans sa jeunesse, Welles avait été obsédé par le problème de la construction, et l'avait admirablement résolu en adoptant un style qui enfermait le héros, apparement tout puissant, dans une sorte de carcan d'ironie dont il était presque entièrement inconscient. (...) Dans Falstaff, le réalisateur a fondu son propre point de vue et celui de son héros, de sorte que l'émotion se transmet sans détour au spectateur.
Orson Welles, Joseph McBride