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Et si le tsunami provoqué par le variant Omicron et ses quelque 200 000 à 300 000 nouveaux cas quotidiens amorçait paradoxalement le début de la fin de la crise sanitaire? Et si, en contaminant une très large proportion de la population, il permettait d'acquérir une immunité suffisamment puissante dans la population pour faire du Covid-19 une maladie bénigne?
C'est une hypothèse avancée par différents chercheurs, notamment britanniques, à l'aune des données acquises lors des dernières semaines, en particulier en Afrique du Sud. Le pays a rapidement atteint un pic de contaminations suivi d'une baisse des cas, lui permettant de lever les restrictions sanitaires mises en place.
L'idée est la suivante. Soit Omicron est une mutation intrinsèquement moins virulente - elle contamine essentiellement les voix ORL supérieures et semble causer moins de dégâts aux poumons que les précédents variants. Soit sa vague survient dans un contexte où la population a, grâce à la vaccination ainsi qu'à des contaminations antérieures, acquis une immunité à médiation cellulaire suffisante pour prévenir les formes sévères de la maladie.
Nous voyons en effet qu'Omicron franchit sans vergogne les digues de l'immunité humorale puisqu'il contamine les personnes vaccinées et/ou nouvellement infectées. Mais les digues de l'immunité à médiation cellulaire semblent tenir bon, puisque Omicron occasionne le plus souvent chez les personnes qu'il infecte des formes relativement bénignes nécessitant moins souvent des hospitalisations ou des transferts en réanimation.
Aujourd'hui, alors que la question ne semble même plus être «Serons-nous (re)contaminés?» mais «Quand serons-nous (re)contaminés?», on peut se dire que cette nouvelle vague participerait encore à renforcer notre immunité cellulaire (celle qui nous protège contre les formes graves) en vue d'un prochain variant (lui-même rendu probable par une large circulation).
Cette version optimiste de l'évolution pandémique nous donnerait à espérer que les prochaines mutations du SARS-CoV-2 se comportent comme la grippe saisonnière, sans faire trop de dégâts au sein de la population, nous conduisant à l'avenir à ne devoir protéger que les seules personnes les plus à risque. Au bout de près de deux ans, nous devons bien reconnaître que ce type de scénario est plus que séduisant et que nous avons tous envie d'y croire.
Pour autant, nous ne saurions céder à l'euphorie ni à l'insouciance. Même s'il apparaît difficile d'estimer avec précision son taux de reproduction (R0), Omicron est autrement plus contagieux que la grippe saisonnière dont le R0 est estimé à moins de 2 (généralement de l'ordre de 1.5). Alors même que les mesures barrières et sanitaires sont en place pour atténuer le R effectif d'Omicron, il provoque plus de contaminations que la grippe avant 2020.
Une épidémie de grippe saisonnière n'infectait pas beaucoup plus que 5% à 10% de la population, avec un taux de mortalité en excès de l'ordre de 1 pour 1'000, soit en moyenne 6-7 millions de cas et 6'000 décès (la mortalité directe par grippe était de quelques centaines de certificats de décès par an en France avant 2019). Or, lors des épidémies de grippe saisonnière les plus fortes, la France est submergée par la vague, les plans blancs sont régulièrement déclenchés pour passer le pic, puis tout rentre dans l'ordre.
Mais ici, la vague Omicron est en passe d'infecter un segment beaucoup plus large de la population, cumulant son effet avec la queue de la vague Delta qui n'a pas dit son dernier mot (en France).
Cela signifie qu'en dépit des contraintes et de nos efforts, Omicron risque fort de causer un nombre important de cas modérés, engorgeant les cabinets de médecine de ville, et des cas plus graves saturant les urgences hospitalières et nécessitant parfois une hospitalisation, voire un transfert en réanimation et pour certains, l'évolution vers le décès.
C'est là le cynisme ou l'inconscience de ceux qui pensent qu'il serait profitable de laisser circuler le virus. Cette vague d'infections sévères affectera à l'évidence les personnes non vaccinées ou dont l'immunité est défaillante. Parmi elles, un grand nombre d'enfants, à commencer par les moins de 5 ans inéligibles à la vaccination, mais aussi les personnes immunodéprimées du fait d'une pathologie ou de leurs traitements, et les personnes âgées immunosénescentes. Cela est évidemment éthiquement inacceptable.
Aujourd'hui, les hospitalisations pédiatriques sont au plus haut et l'incidence de syndromes inflammatoires multi-systémiques pédiatriques (PIMS) en nette augmentation. Et nombre de personnes présentant des comorbidités n'osent même plus sortir de chez elles de peur d'être contaminées, même triplement vaccinées. C'est aussi inacceptable parce que les hôpitaux sont en forte tension, avec des interventions et des hospitalisations dites «non urgentes» repoussées et même des services qui ferment faute de personnel soignant.
En outre, la face cachée de l'iceberg d'une explosion des cas, c'est le Covid long. Si l'on estime que plus de 10% des personnes qui ont contracté le Covid conserveront des séquelles invalidantes dans les mois qui suivent, les calculs sont vite faits: on se retrouve face à un problème de santé publique majeur pour les mois à venir, une sorte de bombe à retardement.
Enfin, qui dit vague massive d'infections dit vague massive d'arrêts maladie. Autant dire que nous nous attendons à quelques semaines de mise au ralenti du pays, de forte désorganisation sociale, économique et politique, et toujours de nouveaux drames individuels causés par la mort et la maladie.
Alors, ne minimisons pas l'importance d'Omicron, son impact collectif et personnel. On se sortira de la crise mais assurément pas indemnes.
Aujourd'hui, et quoiqu'il soit déjà tard, nous ne pouvons qu'appeler à une inlassable pédagogie vaccinale envers les 10% de la population qui n'ont pas voulu ou pas pu sauter le pas, ainsi qu'une priorisation des groupes de la population les plus vulnérables ou les plus à risque. Il s'agit:
Il convient d'associer à ces personnes ceux qui en ont la charge ou sont au contact avec elles (personnels éducatifs, soignants et aidants). Il est plus qu'urgent de les mettre autant en sécurité possible en leur fournissant gratuitement des masques FFP2 reconnus désormais comme plus efficaces, en particulier dans le contexte de la grande contagiosité du variant Omicron. Il faut absolument limiter le risque d'infection nosocomiale en facilitant les tests chez les soignants et les personnels des Ehpad, en isolant les personnels porteurs du virus et en les équipant correctement pour réduire au mieux les risques d'infection au contact de leurs patients fragiles.
Omicron a changé la donne mais on a l'impression que les pouvoirs publics ne s'en sont pas encore rendu compte. Combien serons-nous en Europe à avoir contracté ce variant? 20%, 30%, 40%? Davantage? En tout cas, on est sorti de l'épure des précédentes vagues, on n'est plus dans la même dimension, on n'est plus vraiment dans la même pandémie. Les recommandations tester-tracer-isoler ont rapidement volé en éclat. Les Israéliens ne verrouillent même plus leurs frontières.
Mais il ne s'agit pas pour autant de laisser filer la propagation du virus. À défaut de l'enrayer, on peut encore s'organiser. On sait que l'on va devoir affronter la tempête, mais on a encore le temps d'arrimer sur le pont tous les éléments fragiles du navire pour éviter qu'ils ne sombrent par le fond dès les premières déferlantes.
On entend que l'on ne sait pas s'il y a 300 000 ou 500 000 contaminations quotidiennes actuellement. Ce n'est pas rien comme imprécision! Alors, on a envie de dire: arrêtons la gabegie des tests PCR à tout va (plus de 2 millions par jour en France en janvier), et organisons à la place un sondage systématique et répété deux à trois fois par semaine. Il serait basé sur un échantillon représentatif de la population française, sur quelques milliers de personnes volontaires pour donner un peu de salive et on aurait une bien meilleure estimation du nombre réel de contaminations.
On pourrait ensuite réserver les capacités de testing aux catégories prioritaires évoquées ci-dessus et à ceux qui ont une prescription médicale de test de leur médecin - en raison, par exemple, de leur symptomatologie préoccupante, et quelle que soit leur catégorie: vaccinés ou non, âgés ou non.
Le bateau va encore tanguer pendant quelques semaines. Et après la tempête? Oui, le calme reviendra probablement. Pour combien de temps? On l'ignore. Serait-ce pour un mois comme entre la troisième et la quatrième vague (juin-juillet 2021)? Pour trois petites semaines comme entre la quatrième et la cinquième vague (septembre-octobre 2021)? Ou bien serait-ce un répit plus long comme le prédisent certains scientifiques et politiques plus optimistes?
Nous ne le savons pas. Mais nous pourrions peut-être réfléchir ensemble aux solutions à développer pour éviter que la pandémie ne perdure. Nous pourrions notamment chercher à éviter que l'air intérieur vicié continue à nous contaminer comme il le fait aujourd'hui. Passons d'abord le front perturbé, serrons-nous les coudes, et ensuite nous nous pencherons sur ces questions de fond.
Edité par diane francès (Slate)
La neutralité suisse a-t-elle cessé d’être un principe actif pour n’être plus qu’un principe décoratif? Le compte à rebours avant une adhésion de la Suisse à l’Otan est-il lancé? C'est un fait, deux mois et demi de guerre en Ukraine ont chamboulé les certitudes les mieux ancrées. Le Conseil fédéral n’a pas eu le choix: il a adopté les sanctions de l’Union européenne contre la Russie. Ne l’aurait-il pas fait que la Suisse aurait probablement été traitée en complice de la Russie par ses voisins européens et sanctionnée à son tour.