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Hugues van Brickandbrock, avait hérité d’une fortune confortable de ses illustres ancêtres. Parmi ces biens, il disposait d’une belle maison dans la forêt de Soigne, non loin d’une voie de chemin de fer qui se dirigeait vers Bruxelles.
Las de trainer son oisiveté à travers les parcours de golf, les clubs sélects, les restaurants exclusifs et sa loge à l’Opéra, Hugues van Brickandbrock décida de devenir un baron de l’industrie comme l’avait été son idole secrète le baron Édouard Louis Joseph Empain, celui qui a construit le métro de Paris et fondé, en Egypte, la magnifique ville de Heliopolis.
Mais que pouvait-il bien entreprendre, lui qui, jusqu’à présent, n’avait que brassé du vent. Une idée saugrenue lui vint à l’esprit en comparant l’enfer de la circulation automobile du centre de Bruxelles et la pureté de l’air qui entourait sa maison de la forêt de Soigne. L’idée était de vendre de l’air pur à ceux que la pollution incommodait.
Aussitôt pensé, il entreprit d’énormes travaux, alignant des tuyaux de grand diamètre partant de la forêt et se dirigeant vers le quartier où se trouvent les institutions européennes et les sièges de sociétés importantes. Il eut l’autorisation de placer ses tuyaux le long de la ligne ferroviaire qui passait non loin de sa maison jusqu’à la station Schumann située au coeur de la ruche active de Bruxelles. Très vite, de nombreuses entreprises s’abonnèrent à son réseau de distribution d’air pur et le succès de son invention dépassa toutes ses espérances les plus optimistes.
Au printemps, les senteurs de plantes et des fleurs qui s’épanouissent, envahissaient les bureaux des institutions européennes, influençaient les nerfs zygomatiques des fonctionnaires, les faisaient sourire plus qu’à l’ordinaire et l’ambiance de travail devenait plus cordiale. Les jeunes femmes recevaient ces sourires comme des encouragements à une plus grande intimité et un souffle de bonheur envahissait les bureaux les plus austères.
En été, le parfum des sols humides et des feuilles épanouies donnent des fourmillements dans les jambes des employés qui ne songent plus alors qu’à entreprendre de grandes escapades dans la nature et remplir leurs poumons d’un air pur qui les laverait de la pollution urbaine.
En automne, la bonne odeur des champignons qui éclatent dans les sous-bois donnent des envies d’omelettes au ceps et chacun imagine comment il pourrait conférer un air de doux cocon à son petit logement.
En hiver, la froideur de l’air stimule les réflexes et revigore les mécanismes d’auto défense contre les virus de la grippe et les patrons se réjouissent de la forte diminution de l’absentéisme.
Bref, tout le monde est content, les relations sociales entre partenaires commerciaux s’en sont trouvés fortement améliorées et, dans les couloirs de la Commission européenne, les tractations politiques se résolvent plus facilement.
Hugues van Brickandbrock a même élargi son domaine d’activité : de riches Chinois font venir des réservoirs d’air pur comprimé pour assainir leurs logements envahis par la pollution pékinoise.
On vend même des petits réservoirs portables qui apportent de l’air pur de la forêt de Soigne aux piétons de la capitale chinoise.
Hugues van Brickandbrock est devenu un réel bienfaiteur de l’Humanité et le Roi lui a même conféré récemment le titre de baron. Dans certains milieux bien informés, il paraît qu’on parle de lui comme d’un éventuel candidat au Prix Nobel de l’Environnement*.
P.S. Ne soyez pas trop crédules, tout ce que je viens de dire est évidemment totalement faux et sort de mon
imagination exacerbée par certaines absurdités de la vie.
* Ce prix n’existe pas encore mais sa création est envisagée dans un avenir très proche. Déjà de nombreux
chevaliers verts envisagent d’envoyer leur candidature.