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Dimanche matin, je suis allée à la piscine avec Junior (7,5 ans) et Mini (5 ans). Arrivé au bord du bassin, Mini a envoyé valser ses habits, a ensuite cherché avec une ardeur qui lui est propre son costume de bain pour finalement le mettre parce que son copain le pressait, "mais enfin, grouille-toi, j'aimerais aller dans l'eau".
Junior, quant à lui, a mis au moins aussi longtemps pour être prêt à plonger mais pour une autre raison : pas simple de se changer avec une serviette enroulée autour de soi et coincée sous le menton. En effet, pour cet jeune garçon, exclu de se montrer nu devant d'autres personnes.
J'ai souri en le regardant se tortiller, me souvenant parfaitement m'être livrée moult fois au même exercice à un âge où le haut de maillot de bain que je portais ne se justifiait que par le fait qu'il était vendu en "duo-pack" slip / soutien-gorge.
Trente ans plus tard, si je n'ai toujours pas vocation à être exhibitionniste, je ne crains plus depuis longtemps de me changer au milieu de la pelouse d'une piscine publique.
Bien sûr, lorsque je me regarde, nue devant la glace de la chambre à coucher, il m'arrive d'avoir une petite pointe de nostalgie de cette époque où, n'assumant pas le regard des hommes sur mes hanches, je me cachais derrière un pull beaucoup trop large et trop long : aujourd'hui, la cuisse n'a plus la même prestance, le sein est un peu moins fier et si maintenant, j'oserais une robe moulante, le regard des hommes n'étant plus source de gêne, je pense qu'il y a un âge - et un physique - pour toute tenue.
Toujours devant ce miroir, je vois bien davantage la cicatrice qu'a laissé la césarienne de la naissance de Tom Pouce : elle est discrète, elle est, selon avis médicaux, très bien "cousue" mais pour moi, la toucher n'est pas facile. Ma pudeur n'est pas dans la trace indélébile qu'elle représente sur mon corps - en tant que tel, l'acte médical ne m'a laissé aucun mauvais souvenir - mais dans le fait de mettre des mots sur les jours et les heures qui ont précédé l'arrivée de mon troisième enfant : bien des médecins ont scruté mon corps durant mon hospitalisation, je me suis soumise sans rechigner à ces examens et contrôles; en revanche, je n'ai donné accès à mes émotions qu'à très peu d'entre eux.
Ainsi, la pudeur que j'ai en tant qu'adulte est celle de l'expression de mes sentiments, pas du corps; de mon enveloppe charnelle, je prends soin en particulier pour des raisons de santé car je déteste avoir mal au dos et aux genoux à cause de ces dix kilos que je traîne encore et toujours depuis mon accouchement en décembre.
Mes émotions, elles, je les camoufle parfois bien davantage que mes hanches à une certaine époque : je pleure lorsque je suis triste mais je suis incapable de partager mes douleurs avec mes collègues de bureau. Je suis parfois submergée par le désarroi mais il se traduit souvent par de la colère ou une certaine brusquerie qui permet de tenir l'autre à distance : il y a eu le pull trop grand, il y a la pirouette verbale pour, à nouveau, éloigner certains "regards".
En amour, le souci du paraître - donc du corps - n'est en réalité à nouveau qu'une crainte non exprimée de ne plus susciter le désir : à la question ridicule "tu trouves que j'ai grossi ?", un homme aimant sera bien avisé de ne répondre que par un geste de tendresse.
Dimanche, à la piscine, j'ai souri en voyant Junior et ses manoeuvres pour se déshabiller; lorsqu'il est parti avec son copain en direction du plongeoir en me criant "maman, je t'aime", j'ai souri à nouveau mais je n'ai rien répondu : je suis décidément trop pudique pour partager avec les autres nageurs ce sentiment pourtant très fort.
Et vous, plus nu lorsque vous n'avez plus d'habits ou lorsque vous devez exprimer une émotion ?