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L’histoire du Chasselas est digne des plus grands polars !
Son origine est floue. En effet, le Chasselas est un cépage très ancien et ses géniteurs sont, pour l’heure, inconnus.
- 5’000 ans avant notre ère :
La première hypothèse de son origine se situe en Orient. Des peintures sépulcrales égyptiennes représentant des vignes, avec des feuilles qui ressemblent fortement à celles du Chasselas, ont été découverte. En plus de cela, on aurait trouvé des cépages similaires au Chasselas dans l’Oasis de Fayoum en Lybie. Cette découverte confirmerait l’hypothèse de l’origine orientale du Chasselas. Les Phéniciens (peuple du Liban actuel) auraient été à l’origine de la dispersion du Chasselas jusque dans nos contrées grâce à leur route commerciale très développée dans le bassin méditerranéen. La culture se serait propagée dans le reste de l’Europe par la suite.
Puis, il n’y a plus de mention de ce cépage jusqu’à la fin du Moyen-Age.
Une autre hypothèse dirait que le Vicomte d’Aulan, diplomate de François 1er à la cour d’un Sultan ottoman aurait ramené de Constantinople des plants de Chasselas. Ils auraient été cultivés sous serre pour produire du raisin de table en France. A la suite de cela, le village de Chasselas en Bourgogne aurait produit du raisin de cuve et les vins auraient été très apprécié du roi, ce qui fait penser que le nom est originaire de ce village. Puis, sous le règne de Louis XV, le Général de Courten aurait importé ce cépage en Suisse.
Des mentions de ce cépage apparaissent en Allemagne. Ils le nommèrent : Gross Fränkisch, Edeldrauben ou Lauterdrauben dans le « Kreütter Buch »du botaniste allemand Hieronymus Bock.
Maintenant que la littérature se développe, les premières mentions écrites apparaissent. Deux documents parlent du Chasselas : premièrement, François Gentil dans son livre « Le jardinier solitaire », où il est présenté sous le nom de Chasselas et défini comme un raisin destiné à être mangé. Deuxièmement, Jean Bauhin (naturaliste bâlois), dans l’«Historia Plantarum Universalis » parle d’un raisin de cuve appelé le Fendans, Fendant ou Lausanois.
A la fin du siècle, la première mention dans le canton de Vaud apparait. On le nomme Fendant Blanc.
En 1848, le Fendant vaudois est exporté en Valais où il n’était pas vraiment implanté.
La crise phylloxérique fait rage sur toute la fin du 19ème siècle. La quasi-totalité du vignoble européen fut détruit par un puceron originaire d’Amérique de Nord qui s’attaque aux racines des ceps. La conséquence fut qu’il a fallu replanter le vignoble suisse. Les surfaces viticoles ont diminué et l’encépagement s’est modifié. Des 27 cépages cultivés en Suisse avant cette crise, seul le Chasselas a massivement été replanté car il était considéré comme plus résistant et productif. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, deux autres maladies venues d’Amérique (mildiou et oïdium), causent des dégâts à la vigne. Il s’agit de champignons qui détruisent les récoltes.
La mention Fendant est abandonnée sur le canton de Vaud au profit des noms d’appellation ou de village.
En Valais, l’essor du Chasselas et surtout de son nom (Fendant) fut tel qu’en 1966, le Tribunal Fédéral accorde à ce dernier l’exclusivité du nom Fendant.
La fin du 20ème siècle marqua le début du déclin du Chasselas. Les surproductions des années 1982 et 1983 lui a valu une perte de réputation. La révolution quantitative (introduction des quotas de production) du début des années 1990 incita les vignerons à planter des cépages moins productifs. L’image du Chasselas comme vin de soif dénué de qualité pris de l’ampleur. Les habitudes de consommation changèrent, la population buvait moins de Chasselas. A tel point que la Confédération mit en place une prime à l’arrachage pour pallier l’accumulation de stocks de vin. La surface plantée n’a dès lors pas cessé de diminuer.
Il est venu le temps de connaitre le fin mot sur le Chasselas. En 2009, les docteurs José Vouillamoz et Claire Arnold, font paraitre un article : Etude historico-génétique de l’origine du Chasselas. Ils effectuent une analyse génétique sur des centaines de cépages pour retracer l’origine du Chasselas. Les conclusions de cet article montrent qu’il serait originaire de l’arc lémanique. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller consulter l’article.
Le Chasselas redevient peu à peu une fierté de la viticulture suisse. Beaucoup d’acteurs de la branche se mobilisent pour favoriser ce développement : les vignerons, le Guillon,lLa Baronnie du Dézaley, le Mondial du Chasselas, le conservatoire mondial du Chasselas, les différents offices cantonaux, les sommeliers et restaurants, Chasselas Forever, les consommateurs et mes excuses pour ceux que j’oublie. Mais à partir de maintenant, il y a aussi : Esprit Chasselas !
Source :
- Etude historico-génétique de l’origine du Chasselas ; José Vouillamoz et Claire Arnold ; 2009
- Cépages suisses ; José Vouillamoz ; 2017
- Conférence donnée lors de la remise des Prix du Mondial du Chasselas ; François Murisier ; 2015
- Les mille et un visages du Chasselas ; Spring, Zufferey, Verdenal, Duruz, Lorenzini, Bourdin, Reynard, Carlen, Murisier, Viret, Bovard ; 2020