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De la moitié du XIXe siècle au début des années 1900, des millions d’Occidentaux sont venus tenter leur chance en Australie. Européens, méditerranéens pour la plupart, Irlandais, Américains, les ancêtres de l’Australie blanche ont mordu la poussière pour quelques pépites. Certains ont érigé des fortunes colossales, d’autres sont retournés dans leur pays, comme Herbert Hoover qui devint président des Etats-Unis en 1929.
Depuis la fin de la Préhistoire, l’homme n’a cessé d’être ébloui par l’or ; des premières mines exploitées par les Egyptiens à la grande conquête de l’Ouest californien de 1849, en passant par les invasions meurtrières déclenchées par Christophe Colomb. "Trouvez de l’or, lui avait ordonné le Roi Ferdinand d’Espagne à son départ, humainement si vous pouvez, mais quoi qu’il en coûte, trouvez-en". Et il en trouva.
A la fin de la dernière décade du XIXe siècle, la tempête économique se profilait sur tous les horizons. Le monde des aventuriers et des hommes d’affaires cherchait désespérément un nouvel El Dorado. Ils le trouvèrent en Australie, au milieu du désert.
Comme le reste du continent, cette partie de l’Australie ne fut habitée, pendant des milliers d’années, que par les Aborigènes et, curieusement, c’est le seul peuple à notre connaissance qui ne se soit jamais intéressé à l’or. Les Aborigènes ont une relation très particulière à tout ce qui est naturel. Ils se voient comme une partie de la nature et, inversement, voient toutes choses sur terre comme partiellement humaine. Les gens qui appartiennent à une région donnée sont vraiment comme une partie de ce lieu, et si l’endroit est détruit, ils sont détruits avec. Les Aborigènes considèrent que la terre ne leur appartient pas mais que chaque individu appartient à la terre.
Pour les Occidentaux, le Golden Mile est devenu une terre de légende non pour ses attributs sacrés, mais parce que c’est le plus riche kilomètre carré d’or au monde. Dans l’Ouest australien, cette dernière grande conquête est retracée aujourd’hui à travers un musée-itinéraire de 965 km de long. A quelques heures de Perth, les Goldfields sentent encore la poussière et les heures de gloire de milliers d’aventuriers venus ici tenter leur chance. Et, aujourd’hui encore, des chercheurs d’or sillonnent cette route légendaire à travers déserts et villes aux ambiances de Far West.
De Kalgoorlie à Laverton, cette balade aux allures d’expédition retrace l’histoire d’une pure folie, d’une immigration sans précédent. D’une conquête et de ses ravages, causés non seulement aux Aborigènes, mais aussi à la nature. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Aborigènes ont vu leur territoire envahi par des centaines de milliers de colons. Cinquante ans plus tard, à Kalgoorlie, pas un arbre n’a survécu à 120 kilomètres à la ronde du Super Pit, la mine la plus productive du pays. L’histoire courante, somme toute, de l’éruption de la civilisation occidentale.
1851 : Le premier gisement aurifère d’Australie est mis à jour à Ophir, puis près de Victoria et le fameux Triangle d’Or : Bendigo, Bathurst et Stawell. Dix ans plus tard, la population de Victoria dépassera le million !
1892 : Arthur Bayley trouve 554 onces d’or dans les environs de Coolgardie.
1893 : A Kalgoorlie, Paddy Hannan découvre le Golden Mile, le plus riche kilomètre carré d’or du monde. C’est le début de la dernière grande ruée vers l’or.
1893-1900 : En dix ans, la population autour de Kalgoorlie est passée de 48’500 à 180’000 habitants.
1893-1950 : 30’000’000 tonnes de bois ont été coupés pour les mines. Sur 120 km autour de Kalgoorlie, pas un arbre n’a survécu.
Depuis 1904 500’000 tonnes de bois ont été abattues annuellement pour les besoins des mines.
Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, les Goldfields étaient le centre économique et politique de l’Ouest Australien. En 1902, on comptait plus de cinquante villes dans cette région. La plupart ont à peine survécu une dizaine d’années.
Les maisons ne possédaient ni radio, ni téléphone, alors les hommes allaient au pub pour s’informer des derniers potins et résultats sportifs. Toutes sortes de sports se pratiquaient autour des mines. Le baseball avait un grand succès, sous l’influence de Joe Thorne, un directeur de mines américain. Les garçons jouaient au football et au cricket. Et, le dimanche, tout le monde allait à la messe avant de suivre les traditionnelles courses de vélo.
Herbert Hoover avait vingt-trois ans lorsqu’il reprit les rênes des mines des "Fils de Gwalia" en 1898. Il ne resta que très peu de temps en Australie avant de partir pour la Chine avec sa femme où il s’engage sur le plan humanitaire pour aider les enfants victimes de la révolte des Boxers. Pendant la courte période qu’il passa à Gwalia, il eut néanmoins le temps de devenir "le jeune homme de vingt-huit ans le plus riche du monde", selon un article du San Francisco Chronicle et de construire un somptueux cottage transformé aujourd’hui en musée.
Un tiers des émigrés étaient Italiens et un bon nombre d’entre eux vivaient à Gwalia qui fut surnommée "La Petite Italie". Ils y ont construit des cottages en colombages avec une combinaison de canevas, de jute et de tôle ondulée. La plupart des maisons étaient blanchies et réhaussées, ici et là, d’une touche de bleu ou de rose méditerranéen.
Mais les Italiens aimaient surtout leurs voitures et leurs motos. En posséder une était un signe de pouvoir et de vrai machisme. Ils organisaient régulièrement des courses dans le désert et, le soir, ils buvaient et chantaient, mixant les airs d’opéra avec des musiques populaires. De nombreuses petites pensions s’ouvraient, comme celle de la fameuse Mme Patroni, dont la réputation de la cuisine se fit bien au-delà de Gwalia.
A la fin de la guerre, après avoir été internés dans des camps et classés comme ennemis, les Italiens furent libres de retourner à la mine, et beaucoup le firent, mais sans eux l’entreprise avait périclité pendant toutes ces années. La mine des "Fils de Gwalia" ferma ses portes en 1963 et la plupart de "ses fils" restèrent au pays découvrant, quelques années plus tard, une autre mine d’or : la pizzeria !
Certains ont même traîné leurs carrioles jusque-là. Forcément, beaucoup étaient Italiens. Ils allaient partout à cette époque. En Argentine, en Amérique, et jusqu’au bout du monde. De l’autre côté de la Terre. Pour faire fortune ? Per modo di dire (façon de parler, comme ils disaient). Juste pour voir, en fait, si c’était vrai. Tout ce qu’on racontait au cinéma, et dans les magazines. Sur ces belles images qui savaient si bien vous faire rêver. Ailleurs, c’était forcément mieux. Allez savoir pourquoi, ailleurs c’est toujours mieux. Per modo di dire.
Et puis ils voulaient vérifier par eux-mêmes, si c’était bien vrai qu’on pouvait marcher la tête en bas. Ou avoir plus chaud, en plein mois de juillet, que sur la petite terrasse à l’ombre du Panthéon. Mais là-bas, il n’y avait pas de terrasses, et encore moins d’ombre. Ca, il ne l’avait pas dit dans les magazines. Alors ils ont fait avec, construisant ici et là une pizzeria et plantant un olivier, juste pour donner un air de fête avec un rien, comme ils savent si bien faire. Tout cuit sans feu sous ces latitudes, alors pour l’huile, vous pensez bien qu’il a fallu oublier, ou l’importer. Et déjà qu’il n’y avait pas d’eau pour étancher sa soif, tandis que les cartons de vins arrivaient par cargos. On pouvait quand même pas se laver au chianti. Alors on se lavait pas, mais on buvait, et on baisait beaucoup. Les filles débarquaient de partout. Charpies clinquantes, en attendant les pépites scintillantes. "Emmène-moi là où je ne veux pas rester."
"On verra", comme ils disaient. Voyons d’abord, voyons toujours. Et après on avisera. C’est ça l’émigration ! Au fond de la chaleur des femmes, ils pouvaient tout oublier. Enfin ! Ou presque. Satané pays ! Pas un coin d’ombre, si ce n’est entre leurs seins ou tout au fond de la terre. Personne, pourtant, ne leur avait dit que ce serait facile. Mais qui a dit que c’est ce qu’ils cherchaient ? L’or ? Oui, bien sûr. Mais peut-être n’était-ce qu’un prétexte, fort prétentieux, mais surtout convaincant aux yeux de tous, pour pouvoir retourner vers les étoiles. Et ici, comme jadis en Namibie, les étoiles, elles se cueillaient à la pelle senza fatigua. Il suffisait de laisser tomber sa tête en arrière, rien qu’un peu, les soirs où l’on ne croyait plus en rien. Pisser sous les étoiles, au milieu du monde ; ça valait bien tous les tickets en 3e sur les paquebots-cargos entre deux poules et trois tonneaux de sel. "Donnez-nous du sel, qu’ils hurlaient en chantant, à défaut de parmesan !"
Je suis venu ici pour parler, je pensais que vous le saviez. Avec mes mains, sur sa peau, sur cette terre – fino in fondo – jusqu’au fond. Je n’ai plus peur. Ni de la faim, ni de la soif et encore moins de la mort qui, de toute façon, finira bien par me rejoindre là où je suis. Mais d’ici là, je le trouverais, mon trésor. Et alors, je rentrerai chez nous en Prince. Mais ils ne sont jamais rentrés.
Zone aride, voire désertique, les Goldfields manquaient cruellement d’une eau qui se vendait plus chère que le whisky ! Pour remédier à cette situation dramatique, le plus long pipeline du monde allait naître dans l’imagination de l’Irlandais Cy O’Connor. Construit entre 1898 et 1903 "The "Goldfields Water Supply Scheme" délivrerait désormais de l’eau sur plus de 560 km, des environs de Perth à Kalgoorlie. Un barrage de 30, 5 m de haut et large de 230 m fut achevé en 1902. Ce formidable réservoir pouvait contenir l’équivalent de 10 000 piscines olympiques, soit 21,16 millions de mètres cube d’eau.
Aujourd’hui, l’eau prend de cinq à onze jours pour rejoindre Kalgoorlie. 90 millions de litres d’eau sont pompés quotidiennement et le réseau en contient 300 millions.
Un carré de sucre, en or, peut être étiré en un fil de 80km de long.
L’or pèse 19 fois le poids du même volume d’eau.
L’or est 6 foisplus lourd qu’un rocher de la même taille.
30’000 tonnes d’or sont enfermés dans des coffres ! (1/4 de l’or jamais produit).
2300 tonnes, le 80% de la production annuelle mondiale est utilisé en bijouterie.
1 once. Celle de Troie = 31.1 gr. L’impériale = 28, 3 gr.
25’000 dollars. C’est ce que prétendent avoir gagné plusieurs fois, en une seule journée, des prospecteurs d’or ces dernières années !
1 million de dollars. Ce fut le prix offert pour une extraordinaire pépite de 27 kg trouvée à Bendigo (environs de Melbourne, Victoria) par Kevin Hillier !
7 ans. C’était l’espérance de vie d’un mineur avant l’apparition des marteaux piqueurs avec pompes à eau. La poussière mortelle crée par les fameux Holman Slammer leur avait valu le surnom de "faiseurs de veuves".
La plus grosse pépite d’or jamais trouvée dans le monde (dans l’état de Victoria en 1858) pesait 78,38kg.
Depuis sa découverte, en 1893 par Paddy Hannan, le Golden Mile, devenu le Super Pit, est toujours le plus aurifère kilomètre carré d’or au monde. Album photos d’une mine légendaire qui continue de rapporter gros !
Nova Tours, rue du Valentin 34, 1004 Lausanne
Tél. 021 311 50 40
www.novatours.ch
Australian Tourist Commission
www.australia.com
Kalgoorlie Tourist Information
www.kalgoorlie.com
cet article a paru dans le numéro d’aout 2001 de Sports & Loisirs
Les utilisateurs de la toile comme moi affectionnent particulièrement les sujets aussi clairs que ceux-ci. merci !.