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"The Freak", l'histoire du dernier film inachevé de Charlie Chaplin
Le musée Chaplin's World à Vevey (VD) présente en avant-première une exposition sur le dernier film imaginé mais jamais tourné par Charlie Chaplin. "The Freak, histoire d'un film" retrace cette aventure cinématographique inachevée. A découvrir jusqu'au 24 septembre.
Cette exposition temporaire a été créée par la Cinetaca di Bologna, en Italie, centre d'archives cinématographiques de renommée internationale. Elle se tient dès le 11 février dans les combes du Manoir de Ban, la propriété de Corsier-sur-Vevey même où le cinéaste avait pensé et muri son projet, mais jamais développé.
Chaplin commence à griffonner ses idées pour "The Freak" ("Le Monstre") en 1967 et continue à y travailler au manoir jusqu'en 1969, alors qu'il approche des 80 ans. Sa fille Victoria, alors âgée de seize ans, aurait dû endosser le rôle principal du film, un conte aux accents poétiques.
"Je me rappelle quand mon père en parlait. Il était très excité par l'idée, très content de l'histoire", se souvient son fils Eugène Chaplin, interrogé par Keystone-ATS. Les ennuis de santé se succédant ensuite, "ça aurait été trop difficile pour lui" de poursuivre le projet et tourner le film, explique-t-il. La préproduction était plus ou moins prête, selon lui.
Les aventures d'une femme-oiseau
L'histoire relate les aventures d'une femme-oiseau, Sarapha, qui chute sur le toit de la demeure d'un professeur scientifique dans un coin perdu de la Terre de Feu, en Amérique du Sud. Surpris par cette créature mystérieuse, il la soigne, l'héberge et tombe amoureux d'elle. Elle sera ensuite enlevée puis emmenée à Londres, où elle est exhibée devant une foule et forcée d'accomplir des miracles.
Après une longue quarantaine suivie d'un procès afin de déterminer son humanité, Sarapha s'échappe enfin voulant retourner sur ses terres natales, dans les montagnes chiliennes où elle avait grandi dans une grotte après la pousse de ses ailes vers l'âge de six ans. Sur le chemin du retour, elle tombe dans l'océan Atlantique et meurt.
"The Freak" aurait été, entre autres, une satire espiègle sur le pouvoir de l'argent et des affaires, le poids de la publicité, la montée du fanatisme religieux et son utilisation dans les médias. "Et aussi une histoire d'amour", ajoute Eugène Chaplin.
Au coeur de la création
Cette nouvelle exposition dévoile ainsi les secrets de réalisation qui se cachent derrière ce qui aurait pu être le testament artistique de Chaplin: scénarios, dialogues, notes, lettres, dessins, photographies, enregistrements vocaux et même des essais filmés.
Le visiteur est ainsi invité à vivre toutes les étapes de création de "The Freak". Avec à la clé plus de 3000 documents d'archives, 1000 pages d'histoires annotées ou encore 100 esquisses originales d'artistes.
Le projet aurait-il pu être tourné par un autre cinéaste que Chaplin? "Il y a eu plusieurs demandes, mais on a toujours refusé", révèle Eugène Chaplin. "C'est un film qui vient de l'imaginaire de mon père et lui seul savait exactement ce qu'il voulait. On ne souhaitait donc pas une autre interprétation".
Le rôle-clé de la cinémathèque de Bologne
Depuis 2000, la cinémathèque de Bologne catalogue et numérise la totalité des archives Chaplin, déposées aux Archives de Montreux, ainsi que du fonds photographique Chaplin, conservé, lui, à Photo Elysée à Lausanne. "Un travail qui a duré sept à huit ans", souligne auprès de Keystone-ATS la commissaire de l'exposition, Cecilia Cenciarelli, responsable du projet Chaplin à la Cineteca.
"Ces dernières années, nous avons restauré tous les films de Charlie Chaplin, nous-mêmes ou en partenariat, soit environ 80 titres. Un travail complet: films, archives et photos", explique-t-elle.
A propos de "The Freak", "nous nous sommes rendu compte que ce projet avait pris une toute autre dimension: ce n'était pas un scénario mais un film tout fait, avec un budget, le découpage des scènes (...) Dans notre monde d'archivistes, cette découverte a mis en lumière une histoire jusqu'alors inconnue et que nous racontons ici pour la première fois", relève Mme Cenciarelli.
ats