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Paul-Henri Girardin : le magicien du rocher. Le premier 6b réalisé en Suisse
Dans les années 1950, le Biennois Paul-Henri Girardin a réalisé les premiers 6a du Jura et le premier 6b de Suisse, à vue et en grosses chaussures. Ses audacieuse tentatives ont fait de lui un précurseur de l' escalade libre. Portrait d' un alpiniste culotté
Né en 1936, Paul-Henri Girardin, surnommé Paulet, grave, en 1954, un audacieux passage en libre sur la face de la Heutte, au Paradis ( Jura bernois ). Sur une zone de rocher compact à peine strié de déformations superficielles, il évolue à vue, au-dessus du piton d' assurage, en grosses chaussures. A la corde nouée Climbing Night 2007. Sa préparation à la saison 2008 a commencé peu après Noël par l' escalade et le bloc, d' abord en toute décontraction, puis en augmentant l' in. Il s' entraîne trois ou quatre fois par semaine à Nidau avec le cadre régional Plateau-Jura, sous la direction de Robert Rehnelt, entraîneur national. A ces activités s' ajoutent une séance de musculation en salle tous les jeudis et deux joggings hebdomadaires. Enfin, ce jeune grimpeur prometteur participe aux entraînements que l' équipe nationale des juniors suit deux fois par mois à Niederwangen sous la houlette de Lukas Iseli, entraîneur national lui aussi. Le programme d' entraînement dépend des compétitions prévues et des objectifs annuels. Il met actuellement l' accent sur le bloc, discipline dont les premières joutes officielles se déroulent en avril, puis fera la part belle à l' escalade classique. Pour Franz Krakenberger, les championnats du monde des cadets et des juniors qui auront lieu du 28 au 31 août constituent l' objectif principal. Confiant, il estime que si tout va bien, il a des chances de se qualifier. Il aurait alors franchi un premier pas dans la réalisation de son rêve: devenir grimpeur professionnel.
Etre bien dans la tête pour percer
Si Franz Krakenberger ambitionne de participer aux championnats du monde, Alexandra Eyer vise ceux d' Europe, qui se tiendront à Paris du 15 au 18 octobre. Pour atteindre son but, à savoir une place sur le podium en bloc et en difficulté, elle devra être au mieux de sa forme cet automne. Mais l' entraînement physique ne fait pas tout. Il faut également être solide mentalement. C' est dans cette optique que l' athlète de 27 ans a recours aux services de la psychologue Maura Graglia depuis cinq ans. « Elle m' a aidée à trouver les moyens de me hisser au sommet. Ce soutien a été d' autant plus précieux l' année dernière, marquée par des hauts et des bas à la suite de ma blessure. » Cette saison, Alexandra Eyer comptera à nouveau sur cet appui psychologique pour garder la tête froide en toutes occasions. a Andreas Minder, Zurich autour de sa taille, il a suspendu quelques pitons et mousquetons tandis que le manche du marteau sort de sa poche. Un peu oublié, ce passage a fait l' objet de recherches pour un livre historique sur cette région 1. Et ce n' est que récemment que l'on a réalisé que Girardin avait effectué le premier 6b de Suisse.
Cet exploit date d' une répétition de la face de la Heutte, haute de 100 mètres, en compagnie d' Hugo Weber 2. A la longueur clé, Paulet précise à son assureur: « Dis rien, j' essaie. » Parvenu au piton que son ami avait planté, il évite un coincement de poing par la droite, saisit une petite arête et s' élève en une sorte de dülfer. Puis il gravit un dièdre légèrement 1 Claude et Yves Remy, Falaises du Jura, Histoire de l' escalade, éd. ACAJ, 2006 2 Hugo Weber allait se révéler comme l' un des plus formidables alpinistes de l' époque. En 1959, il ouvrit la voie des Suisses à la Cima Ovest avec Albin Schelbert; l' année suivante, il était au sommet du Dhaulagiri lors de la première ascension de ce huit mille, au sein de l' expédition d' Eiselin.
Martial Perrenoud assure Paul-Henri Girardin dans la Face de Plagne, une paroi raide et haute d' une difficulté 6a déversant avant de se rétablir sur la vire du 4 e relais. Hugo Weber, réalisant qu' il lui est impossible de suivre son camarade, reste dans la ligne qu' il a empruntée précédemment ( cotée aujourd'hui 6a ). La variante de Paul-Henri Girardin était en fait un 6b, et il a fallu attendre plus d' une génération de grimpeurs pour voir son exploit surpassé.
Le caïd de l' escalade
Dès le début des années 1950, Paul-Henri Girardin pratique seul, s' attaquant sans assurage à des passages de bloc apparemment impossibles – qui vaudraient bien aujourd'hui 6a ou 6b en cotation falaise. Il faut rappeler qu' à cette époque, l' éch elle des difficultés n' allait pas plus loin que 6a. Girardin a donc escaladé des parois cotées 6a, qui sont aujourd'hui considerées comme des 6b. Il se spécialise dans les passages en dülfer et les piliers verticaux pauvres en prises, qui exigent des équilibres aléatoires. Très doué, il s' entraîne beaucoup afin de supprimer tous les gestes superflus. Il renonce à utiliser les étriers, « libère » les voies d' artif et deviendra un inconditionnel de l' esca libre, pratiquant également le solo intégral. Sur le rocher, Girardin évolue comme un chat, saisissant les prises sans hésitation et se déplaçant sans jamais « racler » le rocher. Un exploit pour l' époque des grosses chaussures! L' horn sans équivoque d' Hugo Weber donne un aperçu de son estime et de son amitié: « Girardin était le meilleur. »
La face de Plagne
Dès 1954, le Biennois tente de trouver une faille dans la face vierge de Plagne, massive et verticale, qu' il conquerra longueur par longueur. Après une tentative manquée, effectuée dans un épais brouillard, c' est avec René Perrenoud qu' il parviendra au sommet en novembre 1955. C' est la première fois, dans le Jura, qu' une telle paroi, si raide, si haute et si difficile ( 6a ), est escaladée. Quelques jours plus tard, Paulet réalisera la première en solitaire, ouvrant une sortie directe de deux longueurs par une cheminée. Puis, avec René Perrenoud, il gravira l' intégralité de la face en 50 minutes! Sur cette même falaise, le grimpeur s' attaquera ensuite à une nouvelle voie d' une centaine de mètres, dont la partie supérieure est d' une verticalité impressionnante, raison pour laquelle elle a été baptisée Grand vide. C' est un morceau d' anthologie: pour la première fois, un 6a obligatoire est réalisé dès l' ouverture d' une grande voie dans le Jura. Cette voie deviendra une référence loin à la ronde pour toute une génération, résumant l' ambiance et l' audace de toute une époque de l' escalade libre jurassienne.
1957: l' accident
Lors d' une tentative à la face nord-ouest de la Rüdigenspitze ( Gastlosen ), Paulet fait une terrible chute. Le choc provoque l' écrasement d' un rein et sa convalescence sera longue. Pour lui, grimper ne sera « plus jamais comme avant », même s' il continuera à inscrire de nombreuses premières et des grandes courses à son palmarès. Heureusement, sa passion et son style restent intacts. Il continuera à ouvrir de nombreux itinéraires, dont plusieurs voies marquantes du Jura. Par son enthousiasme, cet infatigable fumeur, aussi rapide et audacieux à moto que sur le rocher, transmettra le virus de l' escalade à de nombreuses personnes, dont ses fils Christophe et Boris. En dignes héritiers, ils ont eux aussi ouvert de nombreuses nouvelles voies. a Claude Remy, l' Eglise Le grimpeur jurassien s' entraînait beaucoup afin d' évoluer avec aisance sur le rocher. Il travaillait ses mouvements afin d' éliminer tout geste superflu Né en 1936, Paul-Henri Girardin, surnommé Paulet, est l' un des grimpeurs les plus audacieux de sa génération Photos: Collection H. Girardin
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