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Histoire
Rances est cité pour la première fois de façon certaine au Xème siècle, plus précisément dans un acte daté de 973 par lequel un certain Romanus donna à l’évêque de Lausanne des champs qu’il possédait à « Rancias ». Ce nom, dérivé du gentilice romain Rancius ou Rantius, finira par évoluer en « Rances » dont une des premières mentions sous cette forme se retrouve en 1228 dans le cartulaire du Chapitre de Notre-Dame de Lausanne.
Idéalement situé sur un replat dominant la vallée du Mujon, arrosé par de nombreux cours d’eau et sources, proche des grandes forêts jurassiennes, le territoire de Rances a évidemment été habité bien avant cette période. Plusieurs campagnes de fouilles bien documentées ont notamment permis d’y découvrir des habitats néolithiques et de l’âge du bronze, des tumulus de l’âge du fer, dont un contenait les restes d’un char, quelques vestiges de l’époque romaine ainsi qu’une nécropole burgonde. Une partie des trouvailles effectuées à l’occasion de ces fouilles est visible au musée cantonal d’histoire.
Au moyen-âge et durant l’époque savoyarde (1250-1536), Rances faisait partie de la châtellenie des Clées, alors ville importante située sur une des grandes voies de communication européenne de l’époque. A ce titre, les habitants du village jouissaient de droits particuliers dont, dès 1371, l’exemption de tout péage dans la baronnie de Vaud. Ce privilège, parfois contesté par des fermiers de péages trop zélés, fut reconfirmé en 1517 et même en 1698, alors que le Pays-de-Vaud avait passé depuis longtemps sous la domination bernoise.
L’époque bernoise (1536-1798) est riche en évènements de tout genre :
En 1536, le 22 février pour être précis, les troupes bernoises, en route pour assiéger Yverdon, campèrent à Rances et reçurent à cette occasion la soumission du village. En mai de la même année, les habitants s’étaient convertis au protestantisme (dans la majeure partie du canton, ce n’est qu’en octobre que l’interdiction de la messe sera proclamée).
En 1539, le dernier métral (juge inférieur) de Rances, Jacques de Gallera, dont la famille avait acquis la métralie en 1286, vendit ses droits à LLEE de Berne. Lorsqu’il s’est agi de se choisir des armoiries, au début du XXème siècle, c’est celles de cette famille que les autorités locales ont retenues. Il semble par ailleurs que cette dernière possédait à Rances une maison forte, dont on peut encore apercevoir une tour actuellement.
En 1540, les Bernois construisirent la cure, la première édifiée dans le canton, que l’on peut encore admirer à ce jour. Une grange, dite de la dîme, y sera accolée en 1597. On y devine encore les vestiges de l’ours bernois peint au-dessus de la porte.
En 1548, une bonne partie du village fut détruite par un terrible incendie. Seules échappèrent au sinistre l’église, la cure et 19 maisons. Selon la tradition locale, c’est une dame Caillachon qui aurait provoqué l’incendie en papotant avec des voisines vers la fontaine du village alors qu’elle faisait fondre du beurre chez elle. Cette version peu charitable est contredite par le chroniqueur Pierrefleur d’Orbe, un contemporain de l’évènement, pour qui c’est bien un membre de la famille Caillachon qui fut à l’origine du désastre, cependant pas une dame, mais un certain Claude, qui eut le malheur de perdre trois enfants dans l’incendie.
En bons administrateurs soucieux d’accroitre les « graines des dîmes », les Bernois eurent à prendre à plusieurs reprises (en 1663 et 1672 notamment) des mesures pour limiter la plantation de vignes nouvelles dans ce qui constitue actuellement les Côtes de l’Orbe. Cela ne les empêcha pas d’apprécier le vin de Rances dont le bailli d’Yverdon lui-même faisait d’ailleurs une consommation plus qu’honnête si l’on en croit les inventaires des caves du château qui nous sont parvenus.
Enfin, il semble que ce soit également les Bernois qui autorisèrent à Rances la tenue d’une foire annuelle, évènement d’une importance considérable à une époque où les moyens de transport étaient rudimentaires. Cette dernière, attestée avant 1700, connaîtra sa dernière édition dans les années 1930.
LLEE parties en 1798, les habitants devinrent Vaudois. On ne sait comment ce changement fut apprécié (dans la région, les résistances furent vives), mais un épisode, la création de l’abbaye des Laboureurs, succédant à deux abbayes fondées en 1568 et 1648, montre que les relations furent parfois tendues avec les nouvelles autorités : comme l’abbaye, sans doute considérée comme une relique de l’ancien régime, organisa en 1802 un tirage sans l’autorisation du Petit Conseil, les fondateurs furent dénoncés par le Sous-préfet d’Orbe et sommés de fournir des explications par l’entremise de la Municipalité, dont la liste des tireurs et une copie du nouveau règlement.
En 1820, le cœur de l’église, édifiée au XVème siècle, s’effondra, apparemment miné par l’écoulement d’une source. Il fut remonté la même année, mais légèrement « de travers ». Quant à la source, elle fut captée et conduite dans une fontaine toujours située en dessous du temple.
Les deux derniers tiers du XIXème siècle et les premières décennies du XXème furent marqués par un certain développement économique. Des fontaines en pierre furent installées dans tout le village (on en compte encore une douzaine). Une bonne partie des fermes que l’on peut encore admirer furent construites à cette époque. 1897 marque l’arrivée de la « lumière », 1899 celle de l’eau sous pression. La cantine, tout d’abord propriété de l’abbaye, fut édifiée en 1902. En 1907, c’est la Caisse de Crédit Mutuel qui ouvrait ses portes. Dans les années 20, le village comptait un nombre important d’artisans (deux charrons, trois cordonniers, un boisselier, un sellier, trois forgerons, deux charpentiers, un menuisier, un charcutier, deux maçons, deux fromagers, un boulanger, un épicier, sans oublier trois cafetiers !).
Si l’on excepte la réalisation des AF, il faudra ensuite attendre les années 70 pour voir la construction de la STEP et la mise en œuvre du premier plan de zones et les années 90 la mise en commun du réseau d’eau des Rances et Valeyres.
Durant des siècles, la vigne, les forêts, les champs et les alpages ont joué un rôle économique majeur dans la vie des Ransignolets. Fait moins connu, il en allait de même des marais. On y récoltait du fourrage et on y faisait paître du menu bétail, notamment des moutons (la moutonnerie qui les abritait est d’ailleurs toujours visible, à la sortie du village en direction du Suchet). Sans doute y pêchait-on aussi. À l’époque savoyarde, la commune en possédait déjà dans la plaine de l’Orbe. Il s’en trouvait également entre Rances et Baulmes. Ces derniers furent drainés une première fois dans les années 1880-1890, puis durant la dernière guerre. Il n’en subsiste plus actuellement que le bien nommé « Marais de Rances », actuellement strictement protégé.
Si les marais sont réduits à peu de chose, Rances ne manque pas d’autres curiosités dignes d’intérêt. Outre le village lui-même, classé à l’inventaire ISOS, le Suchet et ses quatre alpages communaux, une motte médiévale, sans doute coiffée à l’époque d’une tour et située En Perrée, la Pierre à Bonchâteau mérite également le détour.
Cet impressionnant amas de rochers, provenant sans doute du même bloc erratique, se trouve le long de la route allant de Baulmes à Sergey-L’Abergement. Une des pierres est gravée de nombreuses écuelles ou cupules, certaines avec des sillons pour, disait-on, permettre l’écoulement du sang versé là lors de sacrifices (bien peu probables en réalité…). Certains auteurs ont également cru y voir un dolmen.
Selon une ancienne légende, un trésor serait enfoui sous cet énorme roche qui, certains soirs, au douzième coup de minuit, d’autres disent pendant la dernière nuit de l’année, tournerait sur elle-même et dévoilerait le coffre fabuleux dont elle a la garde.
La Pierre à Bonchâteau était également nommée Pierre des sorciers. Cette dénomination semble être fondée, puisque l’accusé à un procès en sorcellerie tenu en 1448 avoua avoir rencontré le diable dans ses environs.
A propos de diable, on rapporte que le pasteur de la paroisse rencontra un beau soir le prince des ténèbres et déclara ainsi sa qualité au malin « Je suis le pasteur de Rances / qui prêche trois fois le dimanche / Rances, Valeyres et Montcherand / arrière de moi maudit Satan / tu n’auras ni moi / ni mon palefroi ». Devant tant de détermination, le diable n’eut d’autre choix que de laisser le brave ministre continuer sa route…
Le tour d’horizon ne serait pas complet sans parler des familles bourgeoises de l’endroit. Rances est notamment le berceau des familles suivantes (la date entre parenthèses indique la première mention du nom dans les archives ou la date d’acquisition de la bourgeoisie) : Bavet (1543) ; Bernard (1908) ; Caillachon (1530) ; Cand (1438) ; Contesse (1485) ; Cordero (1953) ; Cottens (1394) ; Crausaz (1956) ; Debétaz (1895) ; May (1518) ; Mayland (1687) ; Mermod (1438) ; Mouchian (1931) ; Pinard (1584) ; Pisler (1723) ; Randin (1388) ; Ravey (1385) ; Recordon (1679) ; Simonin (1440) ; Spitteler (1957) ; Tréhan (1486) ; Villanchet (1531) ; Vuitel (1750) ;
Si toutes ces familles comptent des membres qui se sont illustrés à des titres divers, une mention particulière revient aux Recordon, dont sont notamment issus Frédéric-François-Louis, cofondateur de l’asile des aveugles et dont une avenue de Lausanne porte le nom, et Benjamin, architecte chargé de la construction du Tribunal Fédéral.