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Critique
Trois heures pour détailler la résistible ascension du «Génie des Carpathes», uniquement par le moyen d’images antérieures à son exécution le jour de Noël 1989: il en existe plus de 3’000 heures, y compris des bobines familiales tournées pendant les vacances et les voyages des Ceausescu. Le montage commence par des reflets flous (provenant probablement d’un écran de télévision) du procès final: on y voit Elena Ceausescu, murée dans une attitude de déni, et son mari refusant de s’exprimer ailleurs que devant la Grande Assemblée nationale. Puis c’est la case départ officielle: après les obsèques de Gheorgiu-Dej en mars 1965, Ceausescu est coopté à 47 ans premier secrétaire du Parti des travailleurs de Roumanie, qu’il fait renommer Parti communiste. Au fil des documents, sans commentaire autre que le choix qu’il en fait, Andrei Ujica montre comment le dictateur (qui avait séduit l’Occident en prenant le parti de la Tchécoslovaquie envahie, «un moment de honte dans l’histoire du mouvement révolutionnaire») dérive dès les années 70 vers une autocratie à la nord-coréenne.
Quand bien même la fin du film est connue, on est tenu en haleine; c’est en outre l’occasion de picorer, dans des images ayant subi toutes les censures, des expressions fugitives de visages contredisant la doctrine régnante.
Daniel Grivel