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Cher lecteur (si vous existez), je crains que le titre de ce billet ne vous fasse partir à toutes jambes. Si vous êtes encore en train de lire ces lignes, ne vous arrêtez pas en si bon chemin, je promets d'éviter que son contenu ne soit technique.
Introduction
Fin janvier, Richard M. Stallman (parfois surnommé RMS), pour débuter sa tournée 2009, donnait une conférence à l'université Concordia sur son sujet favori: le logiciel libre.
Définitions
Tout d'abord, pour rendre la suite plus claire, définissons deux termes:
Un logiciel libre est un programme dont la licence est en accord avec les quatre points suivants :
- La liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0).
- La liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter à vos besoins (liberté 1). Pour ceci l'accès au code source est une condition requise.
- La liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin, (liberté 2).
- La liberté d'améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté, liberté 3). Pour ceci l'accès au code source est une condition requise.
Un logiciel privateur est un programme ne respectant pas l'une ou plusieurs des libertés évoquées ci-dessus. (Le terme "logiciel privateur" devrait en effet être utilisé à la place du terme "logiciel propriétaire" car ce qu'il sous entend est qu'il prive l'utilisateur de ses libertés fondamentales. )
Le logiciel privateur, un modèle économique dépourvu d'éthique
Parler d'éthique et de logiciels n'est pas très courant. En effet, cette problématique est toute récente, puisque cela ne fait pas 20 ans que l'informatique est accessible et répandue.
Il en résulte que le sujet n'a pas été toujours été pensé et analysé d'un point de vue éthique. Il faudra certainement du temps pour que la situation se stabilise et que ces réflexions entrent dans les moeurs de la population, au même titre que d'autres choses qui nous paraissent connues et évidentes (libertés individuelles, responsabilités, etc.)
Pour beaucoup de gens, l'utilisation d'un ordinateur est quotidienne, et se fait via énormément de logiciels privateurs. En quoi est-ce que cela est un problème ?
Au lieu de retaper un pâté ici, je me permettrai de vous rediriger simplement sur l'article de Philippe à ce sujet.
Méfaits des logiciels privateurs
Les restrictions imposées par beaucoup de logiciels privateurs sont abusives et ne devraient pas être acceptées. Je cite par exemple tous les logiciels violant la liberté 0. Par exemple Microsoft Windows, ou encore les logiciels de la suite Adobe, ou la majorité des logiciels de conception largement utilisés en entreprise. Ces logiciels interdisent à l'utilisateur de les installer sur plus de N machines (N souvent égal à 1...). On peut considérer ces conditions comme abusives. Ayant payé pour un logiciel, pourquoi ne pas pouvoir en faire ce que l'on désire chez soi?
La liberté 1 peut paraître réservée au développeur de logiciel, mais elle ne l'est pas uniquement. Pouvoir étudier le fonctionnement du programme nous donne le contrôle total sur ce dernier. Sans cela, comment pouvez-vous savoir ce que fait le logiciel ? Pourquoi ne ferait-il pas de choses derrière votre dos ?
Sans virer dans une paranoïa complète, il est avéré que cela a été le cas dans plusieurs logiciels (que cette fois je ne nommerai pas). RMS fait la comparaison suivante : prenons l'ensemble des logiciels, et créons deux sous-ensembles: l'ensemble des logiciels privateurs qu'on ne peut pas étudier, et ceux des logiciels libres. Dans le premier sous-ensemble, il est possible que certain contiennent des mouchards ou fassent des choses que vous ne désirez pas (et qui souvent nuisent à votre liberté); et dans le second sous-ensemble, il y a des logiciels que vous pouvez contrôler et analyser, pour vous assurer de leurs actions. Que choisissez vous ?
Dans le cas ou vous êtes à la tête d'une entreprise hébergeant des quantités de données confidentielles sur des clients, le choix devrait être vite fait.
Modèle de développement de logiciel libre
Mais si les copies sont autorisées et le code disponible, le développement perd-il sa valeur marchande ? Pas du tout.
Vous êtes à la tête d'une société, et vous utilisez un logiciel libre. Celui-ci répond à une partie de vos attentes, mais n'est pas complet. Que faire ?
Premièrement, cherchez une personne compétente pour travailler dessus. Cela ne devrait pas être un obstacle, le choix est immense.
Utilisez ensuite votre liberté 2 pour donner une copie de ce logiciel au développeur choisi.
Celui-ci, après avoir établit un contrat et cahier des charges avec vous, utilisera sa liberté 1 pour le consulter, et sa liberté 3 pour le modifier et l'améliorer.
Vous lui paierez son travail une fois effectué, et ce dernier utilisera à nouveau la liberté 2 pour vous le distribuer, et vous utiliserez votre liberté 0 afin de l'exécuter pour votre usage.
Logiciel libre et éducation
Pourquoi la majorité des élèves apprennent à utiliser Microsoft (Word/Excel/Powerpoint), Sous Microsoft Windows ou MacOS ?
On répondra que c'est parce que ce sont les logiciels les plus répandus. Certes, mais l'école qui est censée donner une éducation neutre peut-être réellement former des gens à utiliser les logiciels de telle ou telle entreprise uniquement ?
Pourquoi le logiciel X et non Y ?
Et qu'en est-il des coûts de licence, abominablement élevés ? Et que l'état (donc nos impôts) paient sans broncher...
On se rappellera de cette histoire au Québec....
Ce que propose le libre, ce sont des alternatives à tout cela. Non seulement elles sont moins onéreuses, mais d'un point de vue éthique elles sont bien plus convenables. L'esprit du libre insiste sur le partage et la transparence, valeurs essentielles pour la société.
Au contraire, les logiciels privateurs que l'on trouve dans nos écoles s'imposent par des prix avantageux gracieusement cédés par des sociétés qui brassent des millions... et surtout, qui se réjouissent de donner à des milliers d'élèves la dépendance en leur logiciel.
A l'image d'un dealer qui offre la première dose, ces entreprises assurent leur futur grâce à l'imposition de leur produits. Cela va, à mon avis, envers les valeurs que notre société aimerait transmettre.
Conclusion
Avant de faire comme tout le monde lorsque l'on a besoin d'un logiciel pour une application donnée, ou que l'on renouvelle une partie de son parc informatique, posons-nous la question suivante: A quel point l'utilisation de tel logiciel est-il un choix éthiquement judicieux ?
Le fameux show à ne pas manquer, RMS se présente dans sa seconde identité, St-iGNUcius de l'église emacs... pour comprendre ce délire, un petit tour par sa page personnelle s'impose.