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En principe, l'utilisation de cellules souches pour réparer des dom-
mages engendrés par des blessures ou par des maladies neurodégénératives, telles que la maladie d'Alzheimer ou la chorée de Huntington, devrait être possible. Mais de nombreux obstacles techniques s'y opposent. L'une des difficultés consiste à obtenir de larges quantités de cellules souches à partir de mammifères adultes. En septembre, Toru Kondo et Martin Raff, de l'University College, à Londres (Royaume-Uni) ont publié des résultats qui ouvrent une voie pour y parvenir. Ils ont montré que les cellules précurseurs des oligodendrocytes (CPOs), qui sont assez faciles à extraire et à purifier, peuvent être une source de cellules souches du système nerveux central (SNC) (Lancet 2000 ; 356 : 915). «La mise en culture séquentielle de CPOs dans différents facteurs de croissance a permis d'inverser le trajet développemental de ces cellules, provoquant le retour à un type cellulaire qui ressemble beaucoup aux cellules souches du SNC», explique Kondo.
Kondo et Raff ont d'abord montré que les CPOs du nerf optique du rat ne se différencient pas toujours en oligodendrocytes et peuvent se différencier en astrocytes de type 2,
à la fonction inconnue. Or, des facteurs de transcription produits par des régions du SNC riches en cellules souches du SNC peuvent em-
pêcher les CPOs de se différencier en oligodendrocytes. Toutefois, ils ne peuvent pas empêcher leur différenciation en astrocytes de type 2. Pour étudier ce phénomène, Kondo a mis en culture des astrocytes de type 2 obtenus par différenciation de CPOs en présence de facteur de croissance de fibroblastes. «De façon inattendue, la culture est devenue rapidement pleine de cellules ayant une morphologie similaire à celle des cellules souches multipotentes du SNC», explique Kondo.
De nombreuses expériences ont alors été menées pour savoir si ces nouvelles cellules peuvent donner naissance à des neurones. Le marquage par trois anticorps monoclonaux neurospécifiques a révélé que la proportion de cellules exprimant l'un des marqueurs augmente d'un facteur neuf après cinq jours de culture en présence de facteur de croissance de fibroblastes (bFGF) et double encore après 30 jours, la présence des deux autres marqueurs n'étant pas détectable. Tou-
tefois, lorsque les cellules qui ont proliféré dans le bFGF pendant deux mois sont mises en culture avec des plaquettes dérivées du facteur de croissance PDGF pendant deux jours, plus de 50%
d'entre elles deviennent positives pour les trois marqueurs neurospécifiques. En outre, les cellules expriment des quantités significatives d'acide glutamique décarboxylase, l'enzyme qui est responsable de la synthèse du GABA (Science 2000 ; 289 : 1754-7). «Il subsiste peu de doute que les cellules qui ressemblent aux cellules souches qui se développent à partir des CPOs puissent produire des neurones», indique Kondo.
«Cette étude très intéressante démontre que l'horloge qui contrôle le développement des précurseurs des oligodendrocytes peut être in-
versée», commente Geoffrey Raisman, de l'Institut national de la
recherche médicale, à Londres (Royaume-Uni). Au plan scientifique, dit-il, cette découverte est fondamentalement importante, mais il s'oppose à tout excès d'optimisme concernant des opportunités thérapeutiques. Kondo est d'accord : «Il est possible d'obtenir et d'augmenter les CPOs facilement, peut-être de contourner le problème du rejet immunologique, mais la réalisation du potentiel de cette découverte pourrait prendre de nombreuses années.»J. Mirenowicz