Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06999.jsonl.gz/1415

Douze actuels ou anciens joueurs du club bernois de l'élite suisse sont soupçonnés d'abus sexuels sur une jeune fille de 15 ans. Ils ont été arrêtés mardi par la police.
Pour divers experts, la question des abus sexuels dans le sport est un thème récurrent et très délicat. Diverses associations, des joueurs et des fonctionnaires prennent régulièrement part à des campagnes de prévention.
Selon l'enquête qui a débuté voici deux mois, 21 hommes au total sont accusés d'avoir eu des rapports sexuels depuis le début de l'année avec cette adolescente, indique le Service des juges d'instruction. Agée aujourd'hui de 16 ans, la jeune victime bénéficie de mesures de soutien.
Ces actes d'ordre sexuel auraient été commis la plupart du temps avec le consentement de la jeune fille, ont précisé la police et la justice bernoise. Ces abus auraient eu lieu à «plusieurs reprises» et «sous différentes formes».
Les personnes arrêtées ont été entendues puis remises en liberté en fin de journée. Selon la police et le service des juges d'instruction les interrogatoires ont confirmé les soupçons.
Les conséquences pour le club bernois – qui avait connu son heure de gloire avec sa participation à la Ligue des Champions en 2005 – ne sont pas encore claires. Le Président Kurt Werder veut attendre la fin de l'enquête pour prendre d'éventuelles mesures.
Pas un cas isolé
Ce cas n'est pas la première affaire qui ternit l'image du sport d'élite en Suisse. A fin août, le Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, avait reconnu deux espoirs du hockey local coupables de viol. Il avait infligé 30 mois de réclusion, dont six mois ferme, à l'un des accusés et 22 mois avec sursis à l'autre.
Dans les cantons d'Argovie, de Bâle et de Zurich, plusieurs entraîneurs encadrant de jeunes joueurs et joueuses ont dû répondre d'abus sexuel devant la justice. Et divers cas ont aussi éclaté dans des disciplines comme la gymnastique artistique, la natation et le ski alpin.
A Thoune, l'équipe bernoise, rivale des Young Boys, le club de la capitale prend cette affaire d'abus sexuels sur mineur très au sérieux. Son porte-parole, Charles Beuret, estime que les jeunes joueurs étrangers sans famille sont les plus enclins à rechercher épisodiquement une «escapade sexuelle».
Il est donc nécessaire de tout mettre en œuvre pour les intégrer au mieux et le plus rapidement possible et leur proposer un environnement social fort.
Code de conduite
Interrogé par swissinfo, Charles Beuret rappelle qu'il existe un code de conduite signé par tous les membres des équipes, qui prévoit de sévères sanctions en cas de violation.
«Chaque club doit s'assurer que les relations entre les joueurs et les supporters restent conformes aux règles sociales en vigueur. Mais le cas de Thoune montre qu'il reste encore beaucoup à faire», dit-il.
Et qu'en pensent les supporters justement? Un porte-parole de «Fan-Projekt» à Bâle (un projet financé par les autorités qui vise à prévenir la violence) estime que le fait que la plupart des fans sont des hommes a relégué la thématique des abus au second plan et que celle-ci n'a jamais été abordée.
Des campagnes depuis des années
A l'Office fédéral du Sport et chez Swiss Olympic, on sait que le problème des abus sexuels dans le sport n'est pas nouveau. Depuis 1998, les deux partenaires réalisent une prévention active au travers de la campagne «mira».
La semaine dernière à Berne, une journée spéciale a été organisée en faveur des responsables des associations et des fédérations sportives suisses. Le but principal est de protéger les jeunes athlètes en faisant en sorte que toutes les précautions soient prises par les entraîneurs, les parents et les responsables des divers clubs, associations et fédérations sportives.
«L'actualité nous montre que nous n'avons pas encore résolu ce problème et que nous devons continuer notre travail. Et cela à différents niveaux», conclut Judith Conrad, responsable du développement et de la formation à Swiss Olympic.
swissinfo et les agences
Réaction du club de Thoune
Les responsables du FC Thoune affirment être choqués et touchés par cette affaire. Ils disent vouloir attendre la fin de l'enquête avant de prendre d'éventuelles mesures. Si les soupçons devaient se confirmer, des sévères sanctions seraient prises. L'entraînement de mardi a été annulé.Fin de l'infobox
Code pénal
Selon le code pénal, les actes contre l'intégrité sexuelle sont punissables et poursuivis d'office lorsqu'ils sont commis avec un enfant de moins de seize ans et que la différence d'âge entre les protagonistes est supérieure à trois ans. Les peines peuvent aller jusqu'à 5 ans d'emprisonnement.
L'enquête en cours doit déterminer si ces normes pénales ont été violées. Les personnes arrêtées ne sont pour l'heure qu'entendues et bénéficient de la présomption d'innocence.
Relégation forcée?
Les gros titres de cette affaire tombent au plus mauvais moment pour le FC Thoune. Après un tiers de la saison, l'équipe entraînée par René van Eck occupe l'avant-dernier rang du classement et le 9 décembre, une votation populaire doit décider de la construction ou non d'un nouveau stade. Si la population devait se prononcer contre ce projet, le club ne serait pas en conformité avec les règles édictées par la Ligue suisse de football et serait donc menacé de relégation automatique.Fin de l'infobox