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Dans le dernier numéro de La Nation (journal bimensuel de la Ligue vaudoise), Olivier Delacrétaz soutient l'idée (originale) que le libéralisme conduit à l'étatisme.
Exemple bien connu : si vous ouvrez les frontières aux produits agricoles, les agriculteurs suisses, qui ne sont pas compétitifs par rapport au reste du monde, vont disparaître. Il faut donc l'intervention de l’État pour empêcher les produits concurrents d'arriver sur le marché suisse (ou pour les taxer tellement qu'ils perdent tout intérêt). Le libéralisme excessif conduit à l'étatisme !
Ce raisonnement est en réalité de type collectiviste et corporatiste : il y a d'un côté les agriculteurs suisses, de l'autre les consommateurs suisses et les agriculteurs des autres pays. On décrète arbitrairement qu'il faut protéger les uns (les agriculteurs suisses) des autres, consommateurs suisses (supposés cupides) qui ne voient que le rapport qualité/prix, et agriculteurs des autres pays qui pratiqueraient une "concurrence déloyale".
Mais pourquoi devrait-on privilégier les uns aux dépens des autres ? Pourquoi le consommateur ne devrait-il pas avoir de liberté de choix ? Pourquoi interdire l'arrivée de produits meilleurs ou moins coûteux ? Si les produits suisses ne sont pas bons ou sont trop coûteux, c'est une violence faite au consommateur que de lui interdire une alternative. Et si les produits suisses sont réellement de bonne qualité, on peut présumer que le consommateur saura faire le bon choix de lui-même.
Dans tous les cas, si l'agriculture suisse mérite d'être soutenue, ne serait-ce que par patriotisme, le consommateur n'hésitera pas à le faire sans qu'on lui force la main (ou le porte-monnaie). Et si au contraire elle se complait dans la protection étatique, c'est lui rendre un bien mauvais service que de la conforter dans une médiocrité aussi facile en l'empêchant d'explorer de nouvelles pistes et de faire jouer la loi des avantages comparatifs. La social-démocratie, aussi bien que la "tendance libérale modérée", c'est le choix du marécage, de l'immobilisme, de l'oppression douce au nom de principes collectivistes.