Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06853.jsonl.gz/708

|iminhokis

Wizards
Joined: 25 Oct 2003
Posts: 3321

| Posted: Wed Mar 28, 2007 3:02 pm Post subject: La foule éclair de Sksel e

Source
Publié le : 20-03-2007
(traduction Georges Festa)
La foule éclair de Sksel e
Le terme a été intégré au dictionnaire anglais d’Oxford depuis 2004, mais il est peu probable qu’à part une poignée de gens, l’on sache en Arménie ce qu’est une foule éclair. Il est encore moins probable que quelqu’un s’y intéresse vraiment. Quoi qu’il en soit, ce 19 mars aura été un jour historique à Yérévan, où Sksel e, un groupe informel de militants de la société civile, qui agit pour mobiliser la jeunesse jusqu’aux élections parlementaires de mai, a organisé la première foule éclair jamais organisée en Arménie.
Dans le langage courant, une foule éclair désigne un groupe de gens qui se rassemblent tout d’un coup dans un endroit public, font quelque chose d’inhabituel pendant un court laps de temps, puis se dispersent rapidement. Ils s’organisent habituellement grâce à internet ou d’autres réseaux de communications.
Le terme a été aussi appliqué aux foules disséminées, qui utilisent des moyens similaires pour coordonner simultanément des actions soudaines à une large échelle, dans des endroits multiples. Un exemple de ce genre d’action a été l’usage généralisé des téléphones portables lors des émeutes de 2005 en France, afin de coordonner une perturbation sociale générale.[source : http://en.wikipedia.org/wiki/Flash_mob]
Habituellement, les organisateurs de ce genre de manifestations ne disent pas aux participants ce qui va exactement se passer ni pourquoi, et cette journée n’a pas fait exception. A part une annonce non descriptive publiée sur plusieurs blogs comme celui-ci (cf note), aucun autre détail n’a été annoncé avant l’événement. Et pourtant, après deux manifestations précédentes couronnées de succès, l’intérêt a été suffisant pour attirer près de 200 jeunes Arméniens qui se sont rejoints dans le parc face au Conservatoire de Yérévan.
Naturellement, dans l’assistance, beaucoup de gens avaient été présents au Mardi Gras et aux festivités de Sksel e, mais en Arménie, cela est tout-à-fait remarquable, étant donné le niveau d’apathie et de désengagement dans la société. Interviewée par un journaliste, une jeune fille de 15 ans a toutefois déclaré avoir participé aux trois événements, mais qu’elle n’était pas très sûre que celui-ci réussirait. Et cela n’est peut-être pas vraiment surprenant.
Debout, au coin de chaque intersection menant au rond-point face à l’Opéra de Yérévan, et encerclant la partie gazonnée au centre, chaque participant est là, un journal en main, lisant à tour de rôle des articles de leur choix à haute voix. Portant aussi des chapeaux faits de journaux, voir et entendre une personne toute seule était assez surréaliste et inattendu pour l’Arménie, même à notre époque et à cet âge.
Alors que des panneaux sont brandis, demandant « Vous êtes content de vous, ou de votre voisin ? » ou encore « Vous êtes coupable ? » et « Vous avez peur, ou ça ne vous intéresse pas ? », Tamar Palandjian, coordinateur du programme pour la jeunesse à l’Institut de la Société civile (ISC), précise que le but de cette manifestation va bien au-delà. Derrière les banderoles demandant « Est-ce qu’on va lire ? », la manifestation a pour but d’encourager la population à lire la presse. L’ensemble des stations de télévisions étant sous le contrôle direct ou indirect du gouvernement, on ne peut trouver une pluralité d’opinion et une diversité d’informations que dans la presse écrite.
Malgré tout, la diffusion de la presse demeure faible, avec un lectorat plus réduit encore, et même les journaux les plus populaires n’ont un tirage quotidien que de quelques milliers d’exemplaires. Quoi qu’il en soit, si le but de la manifestation était d’amener les gens à s’intéresser à la presse, alors cette foule éclair a atteint son but. Les voitures et les transports publics de passage s’arrêtaient pour prendre quelques journaux que les participants leur tendaient, jusqu’à ce que la police demande aux organisateurs d’arrêter, pour le cas où la circulation serait perturbée.
Une nouvelle fois, quelques membres de la diaspora se trouvaient dans l’assistance, parmi lesquels des représentants de deux organisations importantes, bien qu’à titre personnel. Plusieurs observateurs ont été assez impressionnés par la stratégie nouvelle de Sksel e en vue de mobiliser la société, et en particulier la jeunesse. Toutefois, parmi eux, beaucoup se demandent encore où Sksel e les mène et si le but final est suffisamment clair.
Une participante, par exemple, qui venait pour la première fois, nous a dit qu’elle voulait s’engager pour quelque chose, mais qu’elle n’était pas sûre. Pourtant, ce genre de manifestations peut aider directement de jeunes Arméniens en ce sens, et c’était intéressant de voir qu’après cette première action, les participants étaient encouragés à découper les articles qu’ils avaient jugés les plus intéressants pour les coller sur un large panneau érigé dans le parc.
« Ils fabriquent leur propre journal. » remarquait un jeune Arménien de la diaspora. « Je me demande bien ce qu’il dit. »
D’autres manifestations sont prévues très prochainement.
Note : Voir le reportage sur http://blog.transparency.am/2007/03/18/sksel-e-flash-mob