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Clarifions la signification des mots
Les mots sont des boutons pour accéder à des idées. Mais parfois le câblage entre le bouton et l'idée change d'une personne à une autre !
Cette confusion est particulièrement vraie dans le domaine de la "monnaie".
Par exemple: un "prêt" n'est pas pareil qu'un "crédit".
Donc avant tout chose, pour éviter de tomber dans des pièges sémantiques voici quelques définitions importantes.
Qu'est-ce qu'un système économique ?
Le mot "économie" est très souvent utilisé de nos jours. Mais peu de monde en connait l'étymologie:
"éco-nomie" = "règles de la maison, de l'environnement"
Le préfixe "éco" est le même que celui dans éco-logie. Il vient du grec οἶκος, oîkos qui signifie "maison", "maisonnée","environnement".
Le suffixe "-nomie" vient du grec νόμος, nómos qui signifie "la loi", "la règle".
Un système économique est donc un système de "gouvernance", un système de décision.
Dans la Grèce antique, un Oikos est une "maisonnée", un ensemble de biens et d'humains (esclaves compris) rattaché à un lieu d'habitation et de production et dirigé par un chef de famille.
Un système économique est ce qui permet de faire des choix et donc de créer le futur d'une communauté qui l'utilise.
Qu'est-ce que la "Monnaie" ?
Le mot "Monnaie" est souvent celui qui est utilisé dans le langage courant, en premier, sans réfléchir pour évoquer le domaine des "systèmes économiques", avec un mot direct et simple. (ça va nous arriver aussi !)
Cependant quand on connait "L'histoire de la monnaie", on remarque que la monnaie n'est qu'un cas particulier de système économique. Ainsi ne parler que de "monnaie" est déjà un parti pris, une limitation du champ des possibles.
L'origine du mot "monnaie" vient de l'atelier de frappe de monnaie qui a été créé à côté du temple de la déesse Junon Moneta sur la colline du Capitole à Rome en -269 avant. J.-C.
Le mot monnaie est donc intrinsèquement lié à l'idée de "frappe de pièce de monnaie métallique".
Ainsi pour clarifier, dans ce document nous allons utiliser le mot "monnaie" dans le sens d'un "système de Jeton de valeur". Soit la croyance qu'un chiffre a de la valeur, ceci peu importe son support.
Donc un système de comptabilité mutuelle (comme chez les Sumériens), un bâton de comptage, un SEL, n'est pas une monnaie. (Attention, la souche du bâton de comptage peut vite devenir une "monnaie" si elle se met à circuler...)
Un caillou, une pièce de monnaie métallique, un bitcoin, un gobelet ecocup, est une monnaie.
Là où ça se corse, c'est quand les concepts se mélangent. Comme dans le système monétaire bancaire, majoritaire actuellement.
Nous allons considérer qu'une reconnaissance de dette comptabilisée sous forme de chiffre sur un compte en banque, ou une reconnaissance de dette titrisée par une banque centrale sous forme de billet de banque est une monnaie.
C'est confus et obscur ?
Ne vous en faites pas. Le but de ce document est justement d'éclairer tout ça.
Glossaire autour de la "monnaie"
Nous avons défini les deux notions majeures de "Monnaie" et "système économique". Mais il reste de nombreux mots spécifiques au jargon des systèmes économiques qui méritent une petite explication. C'est pour cette raison qu'un glossaire a été dressé.
- Argent → Métal de numéro atomique 47. Très souvent utilisé pour créer des pièces de monnaie. Dans ce document, le mot "argent" désigne la matérialisation du concept de "donner et recevoir", de "transfert économique" entre humains. C'est une notion propre aux valeurs et croyances de chacun. Alors que le terme de "monnaie" désigne un concept technique précis.
- Banque commerciale → Une entreprise qui a une licence bancaire qui l'autorise à créer de la monnaie sous forme de crédit bancaire. (En Suisse à ne pas confondre avec la Banque Privée qui est un indépendant de la banque. Il ne fait pas de crédit, mais des prêts de sa propre fortune. Il n'en reste plus que 5. La confusion est souvent faite car la banque commerciale est une banque de droit privé, une banque privée, par opposition à une banque publique. Mais il existe aussi des banques commerciales en main publique !)
- Crédit bancaire → Un crédit est l’opération qu’une banque commerciale effectue pour ajouter de la monnaie sur le compte d’un de ses clients. En contrepartie, ce dernier, le débiteur (emprunteur) s’engage à rembourser le crédit, soit à verser plus tard à la banque commerciale le même montant qu’on lui a mis à disposition ex-nihilo, ainsi que des intérêts en sus qui rémunéreront le banquier.
- Crédit mutuel → Aussi appelé : Crédit mutualisé. C’est un système de comptabilité compensatoire entre des individus, pratiqué dans beaucoup de SEL ou entre entreprises. Le WIR est souvent mentionné comme un crédit mutuel. C'était le cas à l'origine et ça l'est de moins en moins.
- Dette → vient du mot latin: debeo qui signifie "devoir". C'est un devoir envers quelqu'un. Sur le plan philosophique, c'est un engagement moral à compenser ce qui a déjà été offert. Mais plus couramment, c'est un devoir de payer. C'est une obligation juridique définie dans un contrat.
- Échange économique → Deux "transferts économiques" symétriques.
- Économie → domaine de la vie en société (dans des communautés d'humains) qui vise à organiser des règles, des droits et des devoirs pour gérer les ressources à disposition afin de satisfaire des besoins et d'assouvir des désirs. Étymologiquement le mot: "éco-nomie" signifie "règles de la maison, de l'environnement". C'est un système de "gouvernance" de décision.
- Monnaie → cas particulier d'un système économique qui donne de la valeur à des chiffres, des unités de compte. Aussi synonyme de "moyen de paiement" bien que ce n'est qu'un cas particulier de moyen de paiement. "LA" monnaie n'existe pas. Il y a de nombreux types de "moyens de paiement" qui sont créés de différentes manières et qui n'ont pas le même statut légal.
- Monnaie ayant cours légal → C’est la monnaie officielle, que l’on est obligé d’accepter comme moyen de paiement (techniquement on dit "pour libérer une dette"). Toutes les monnaies ne sont pas des moyens de paiement ayant cours légal.
En France, les pièces et les billets ont cours légal. Pas le reste.
En Suisse, La LUMMP, la Loi sur l’Unité Monétaire et les Moyens de Paiement dit que les moyens de paiements légaux en Suisse sont : les pièces de monnaies, les billets de banque de la BNS et les comptes à vue de la BNS. La monnaie scripturale des banques commerciales n’est pas un moyen de paiement ayant cours légal. C’est une monnaie privée. Ces monnaies scripturales sont appelées substituts monétaires par le Conseil fédéral.
- Monnaie fiduciaire → le mot "fiduciaire" vient du latin "fiducia", la confiance. Une monnaie fiduciaire est une monnaie de confiance. Mais confiance en quoi ? "La confiance" est le maitre mot dans tout système économique ! Mais là on parle surtout de pièce et de billet, et de la confiance que l'autorité qui les a émis garanti la valeur indiquée. Valeur qui vaut plus que le support. (métal ou papier) En général, c'est celui qui est sur la face de la pièce qui paie en dernier recours. On y trouve des profils ou des marques de souverain ou des figures allégorique des états, comme Marianne ou Dame Helvetia.
→ Les amateurs de cryptomonnaie utilisent souvent le terme "Fiat money" pour parler de monnaie fiduciaire, bien que ce soit à peine différent. La monnaie fiduciaire peut être en partie adossée sur une valeur concrète, comme de l'or ou des biens. Mais la "Fiat money" est totalement découplée d'une couverture. C'est de la confiance pure. Le terme "fiat" est du latin qui signifie "qu'il soit..." donc pure création à partir de rien.
- Monnaie fondante → Monnaie dont la valeur diminue avec le temps.
- Monnaie locale complémentaire → Souvent abrégée MLC. (ou MLCC si elle est Citoyenne) Une MLC est généralement une « monnaie » qui est créée localement par des personnes qui veulent dynamiser l’économie locale et/ou favoriser les commerces qui correspondent à une charte éthique. La plupart des monnaies locales complémentaires sont nanties et très souvent à parité avec la monnaie ayant cours légal. (Ex: Gonette, Léman, Doume, Eusko, abeille, etc...)
- Monnaie pleine → C’est la monnaie qui a cours légal ou qui est couverte à 100% par un moyen de paiement ayant cours légal. C’est le cas des billets de banques, des pièces de monnaie, des comptes à vue des banques centrales. Ce n’est pas le cas de la monnaie scripturale des banques commerciales qui n'est qu'une promesse couverte par un fond de garantie qu’à 2.5% en Suisse. (1% dans l’UE, et parfois 0% dans les pays anglo-saxons). Donc par opposition, une monnaie pleine n'est pas une promesse d'une monnaie, mais un jeton de valeur qui existe par lui-même. (En suisse en 2018, il y a eu une initiative populaire fédérale appelée "monnaie pleine" pour demander la mise en place d'une monnaie pleine, créée sans dette par la BNS.)
Le concept connu sous le terme de "100% money" est également une "monnaie pleine". C'est une proposition de l'économiste Irving Fisher de 1935 qui vise à couvrir à 100% la "monnaie scripturale" des banques commerciales par de la monnaie banque centrale.
- Monnaie scripturale → Monnaie uniquement présente sous forme d’écriture. Actuellement, c’est environ 90% de la monnaie en circulation. (En Suisse la BNS dit que c'est 90% de la monnaie libellée en francs suisses).
La grande partie de la monnaie scripturale est constituée par les avoirs sur les comptes des clients de banques commerciales. Ces avoirs sont en fait des promesses scripturales des banques commerciales de donner des moyens de paiements ayant cours légal. Ce sont des substituts monétaires.
Au sens large, on utilise aussi le terme de "monnaie scripturale" pour la comptabilité comme celle des Sumériens sur tablette d'argile ou de carte à jouer au canada.
- Nantissement ou couverture → Nous utilisons le terme de nantissement ici surtout dans le cadre des Monnaies Locales Complémentaires. Une MLC est très souvent nantie. C’est à dire qu’elle est garantie, couverte, par une autre monnaie. Par exemple, 1 Léman = 1 euro. Si je veux un Léman, je dois l’échanger contre un 1 euro. Donc pour chaque Léman, il existe un euro placé sur un compte en banque. (Ce qui bride le la monnaie locale en ne lui permettant pas de faire de la création monétaire. De plus le placement bancaire augmente le pouvoir de crédit de la banque commerciale par le système des réserves fractionnaires.)
- Prêt (emprunt) → Un prêt, c’est le déplacement d’un bien, d’un endroit à un autre. Ainsi celui qui prête quelque chose à quelqu’un ne peut plus disposer de ce qu’il a prêté. A ne pas confondre avec le crédit !
(Si je prête mon vélo, je ne peux plus l’utiliser… alors qu’une dette est un actif pour celui qui la détient…. c’est un crédit !)
- Seigneuriage → Privilège de celui qui émet la monnaie. C'est par exemple, pour un seigneur féodal, la différence entre le coût de création d'une pièce de monnaie et l'avantage qu'il en retire en pouvant "acheter gratuitement" des biens et services sur le marché.
- Substitut monétaire → C’est ainsi que le conseil fédéral Suisse appelle les monnaies qui ne sont pas de la monnaie ayant cours légal. Soit à peu près 90% de la monnaie utilisée en Suisse libellée en CHF. C’est principalement la monnaie scripturale des banques commerciales. L’expression substitut monétaire apparait dans l’interpellation 12.3305. A laquelle le conseil fédéral répond « La croissance des substituts monétaires est laissée à la libre appréciation des marchés, conformément à la conception du secteur privé ancrée dans la Constitution. » En bref : créer une monnaie est une entreprise comme une autre.
- Système d'Enregistrement des Transferts Économiques: SETE → Un système de mémorisation et de reconnaissance des transferts économiques qui ont lieu dans une communauté d'humains. Ceci dans le but de réduire la peur, d'augmenter la confiance que si je fournis un transfert à la communauté, je pourrais obtenir, plus tard, un droit de tirage sur les biens et ressources de la communauté. (revenir à l'équilibre)
- Thésauriser → C'est conserver, accumuler de la monnaie et ne pas l'utiliser. Conserver des chiffres sans les investir. (En espérant garder le même pouvoir d'achat dans le temps, ou l'augmenter)
- Titriser → L'action de transformer une dette en titre négociable, en moyen de paiement. Une dette a de la valeur si l'on croit que le débiteur va la rembourser. Les banques centrales "titrisent" des dettes d'État (bon du trésor) en chèques au porteur que l'on appelle des "billets de banque".
La finance utilise beaucoup le principe de titrisation. Les produits dérivés sont des titres qui représentent un "sous jacents". Le danger de la titrisation est de tellement découpler le produit financier du produit réel sous jacent qu'il devient impossible d'évaluer la qualité réelle du produit. C'est ainsi que lors de crise des Subprimes, une énorme quantité de produits financiers basés sur des hypothèques ont perdus d'un coup leur valeur quand on a découvert que beaucoup d'hypothèques avaient été octroyées à des NINJA des gens qui n'ont ni emploi, ni revenu, ni actifs et sont donc dans l'impossibilité de rembourser leur crédit. C'est la création de paquet opaque composé de petites tranches de crédit diversifiés et noté (frauduleusement?) fiable par les agences de notation qui a masqué de nombreux actifs pourris aux yeux des acheteurs.
- Transfert économique → C'est la plus petites unité divisible (atome) d'un "flux économique". Un transfert économique est défini par:
- Qui exporte (fournit)
- Qui importe (reçoit)
- ce qui est transféré
- libellé, donnée complémentaire de description
- la valeur (juste un nombre... pas le jugement)
- le référentiel dans lequel est exprimé la valeur. (Origine, sens et échelle)
- Troc → Le troc est un échange direct et utile (au même instant) entre deux parties. C’est l’échange d’un bien contre un autre. Nous avons ici une définition stricte pour bien différentier le troc d’autres systèmes économiques. Si le troc ne se fait pas dans le même instant, ce n’est plus du troc. Si l’on commence à différer les échanges dans le temps, on est plutôt dans un système de « don dans une communauté de confiance ».
Les livres d’économie ont tendance à dire "Tout commence avec le troc, puis la monnaie a été inventée". On appelle ça la "fable du troc".
Cependant le troc n’a jamais "fait système", il n'a jamais été le moyen d'échange régulier au sein d'une communauté constituée. Il a toujours été marginal, utilisé lors de périodes chaotiques d’économie de guerre ou de crises économiques brutales. (fermeture des banques)