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Au début du 18e siècle, Dresde, la capitale de Saxe, vit un fleurissement culturel inouïe, qui fait de ce siège de August II le Fort, un des centres culturels européens les plus rayonnants de l’époque. Non seulement grâce à l’architecture de Pöppelmann ou aux tableaux de Raffael et Canaletto, mais aussi grâce à la richesse musicale, on commence à surnommer cette ville « Florence du nord ». L’esprit italien y est emporté avec la catholisation et renforcé par le goût personnel du fils d’August le Fort, dauphin August Friedrich et sa femme, dauphine Marie Josephine. Pour que la gloire du court d‘électeur augmente il faut acquérir les musiciens les plus célèbres et admirés de l’époque.
En 1716, c’est Johann David Heinichen (1689–1729) qui, ayant recueilli de nombreuses glorifications de monde de l’opéra de Venise, se fait engager à la court d’électeur, en même temps que Johann Georg Pisendel (1687–1755), élève de Vivaldi et un des meilleurs violonistes européens de l’époque. Lorsque Pisendel devient le premier violon de l’orchestre d’électeur, et sous sa direction, l’orchestre gagne la renommée du « Premier orchestre de l’Europe » (J.-J. Rousseau, 1767, Le Dictionnaire de Musique) et Dresde devient « le centre du bon goût et de l’art de vivre raffiné » pour citer encore une fois J.-J. Rousseau. Le ciel musical de Dresde s’illumine avec l’étoile la plus brillante, en 1717, en personne d’Antonio Lotti (1667–1740) venant de Venise. Le nombre des fameux compositeurs et instrumentistes ne s’arrête pas là, on y rencontre l’extravagant virtuose, violoniste Francesco Maria Veracini, célèbre flûtiste Johann Joachim Quantz, luthiste Sylvius Leopold Weiss… et, non en dernier lieu, le compositeur tchèque Jan Dismas Zelenka (1697–1745).
“Très cher… de tout mon considération digne confrère ! Enfin, j’ai le plaisir de vous faire par-venir les Répons de honorable Monsieur Zelenka, en ajoutant mes profondes voeux que vous, mon cher frère, trouver votre plaisir dans ses douces fruits de l’amandier.” Ce sont les premiers mots de la lettre de fameux violoniste Johanne Georg Pisendel (1687–1755) destinée à son – pas moins fameux ami – Georg Philippe Telemann qui date du 16 avril 1749.
J. G. Pisendel, ancien collègue de Zelenka, premier violoniste de l’Orchestre de Dresde que Jean-Jacques Rousseau considère dans son Dictionnaire de la Musique (1754) comme “le premier orchestre de l’Europe”, a envoyé la copie des Répons de Zelenka à son ami à Hambourg pour que Telemann, selon sa volonté, les prépare pour l’impression. Même que le tirage des Répons ne s’est pas réalisé, cette correspondance nous confirme l’ampleur de l’attention portée à cette partition par les plus grands parmi les grands esprit de l’époque encore longtemps après la mort de Zelenka. Dans cette recueille unique sortie en 1723 et destinée pour les services religieux nocturnes de jeudi, vendredi et samedi saint Zelenka relie la tradition du chant grégorien et du contrepoint de Palestrina (« stile antico ») avec le style moderne de « stile theatralis » est couronne tout avec la profondeur et originalité de son propre langage musicale.
Jan Dismas Zelenka reste une des personnalités les plus mystérieuses de l’histoire de la musique. Bien qu’il a passé la plupart de sa vie dans un des plus prestigieux centres culturels, il ne nous reste que des miettes d’informations sur sa vie. On ne sais pas pourquoi il a renoncé à son nom Jan Lukas (Jean-Luc) et pourquoi, à la place du nom de l’évangéliste, il a choisi le nom du pécheur Dismas, crucifié à côté droit de Jésus. Il ne nous reste aucun portrait de lui, aucune lettre et les premiers 30 ans de sa vie reposent complètement sous la voilé du secret. Le seul témoin, c’est sa musique débordante de l’émotion et tout a fait originale, surprenante, encore après des siècles, par son point de vue élevé et ses expressions artistiques osées.
Les relations personnelles qu’entretenait Bach dans la ville de résidence, allant du chef de pupitre Johann Georg Pisendel jusqu’aux cercles nobles gravitant autour de l’ambassadeur russe, le baron Keyserlingk et son claveciniste de chambre Johann Gottlieb Goldberg, en passant par le luthiste de la cour Sylvius Leopold Weiss su raient à elles seules à expliquer sa parfaite connaissance des conditions musicales régnant à Dresde. Mais de plus, avec son fils aîné Wilhelm Friedemann, organiste à l’église Sainte-Sophie de Dresde de 1733 à 1746, Bach avait en place un intermédiaire extrêmement compétent. Et son célèbre mémorandum sur la réforme de la musique d’église à Leipzig de 1730 désigne explicitement la chapelle de la cour de Dresde comme exemplaire d’un jeu d’ensemble cultivé et de la spécialisation de tous les musiciens sur un instrument principal respectif aux capacités solistes au lieu des « touche-à-tout » qui dominaient la musique municipale partout ailleurs dans le centre de l’Allemagne.
Václav Luks
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