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Le monde a faim dans certaines régions et aura encore plus faim du fait de la guerre, selon les récentes projections. L'Ukraine et la Russie représentent à elles seules environ 30% des exportations mondiales de blé, mais aussi 20% pour le maïs, les engrais minéraux et le gaz, entre autres ressources d'importance mondiale. L'Ukraine, en termes d'agriculture et de réserve de minerais, bat quantité de records internationaux.
La guerre rend actuellement difficile non seulement la livraison, mais aussi l'ensemencement des champs. Selon les estimations du gouvernement, la moitié de la récolte annuelle en Ukraine pourrait être perdue à cause de la guerre. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) suppose qu'entre 20 et 30 pour cent des champs du pays ne seront pas labourés cette année.
Les premiers touchés par un risque de famine sont les Etats déjà concernés par cette problématique. «La guerre en Ukraine signifie la faim en Afrique», a ainsi déploré la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a, quant à lui, mis en garde contre «un ouragan de famines» dans le monde. L'Afrique n'est en effet pas la seule à faire partie de la liste.
Selon les données de la FAO, 26 pays obtiennent plus de 50% de leurs importations de blé de Russie et/ou d'Ukraine. Beaucoup d'entre eux appartiennent aux pays les moins avancés (WEL) selon la classification des Nations Unies.
«Que se passera-t-il si le maïs ukrainien stocké tombe aux mains des Russes? Va-t-on pouvoir acheter au risque des sanctions? Est-ce que demain ces produits seront vendus sous drapeau russe ou ukrainien?», a relevé dans une interview à l'AFP le chercheur français Sébastien Abis. Le directeur général du club de réflexion sur l'agriculture Demeter et chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) s'est aussi interrogé sur la destination de ces productions, notant que «la Chine fait face à une grande sécheresse et va devoir augmenter ses importations».
L'Afrique de l'Ouest est un cas éloquent. Voilà une décennie déjà que la région est au bord de sa pire crise alimentaire. C'est ce qu'ont annoncé ce mardi 5 avril onze organisations humanitaires internationales – dont Oxfam, Save the Children et World Vision – à l'approche de la conférence de l'UE sur la crise alimentaire et nutritionnelle au Sahel.
Les principales raisons de la baisse de la production céréalière sont les sécheresses, les inondations, les conflits et l'impact économique de la pandémie de Covid. Les prix des denrées alimentaires en Afrique de l'Ouest ont augmenté de 30% au cours des cinq dernières années.
Or, ces organisations craignent que la guerre en Ukraine ne renforce sensiblement cette situation dramatique. Et ce n'est pas seulement une question de hausse des prix et de problèmes de disponibilité du blé. De nombreux pays donateurs ont indiqué qu'ils pourraient réduire le financement pour l'Afrique afin d'utiliser l'argent pour la crise ukrainienne. Près de 40 millions de personnes en Afrique de l'Ouest pourraient bientôt souffrir de la faim.
Plus de 27 millions de personnes dans la région ont déjà souffert de la faim; 11 millions de personnes supplémentaires pourraient s'y ajouter d'ici juin. Selon les onze organisations humanitaires, il s'agit d'un tiers de personnes affamées de plus que l'année précédente. Les Nations Unies estiment que 6,3 millions d'enfants de la région âgés de six mois à cinq ans souffriront de malnutrition aiguë.
Le 18 mars dernier, Justine Babin du journal Les Echos écrivait que «depuis la terrible double explosion au port de Beyrouth il y a un an et demi, ayant détruit les grands silos de la capitale, le Liban n'a plus qu'un mois et demi à deux mois de réserves stratégiques de blé. Ces grains servant à fabriquer de la farine, destinée principalement à la production de pain plat arabe subventionné, sont depuis stockés directement chez les minotiers.»
Or, la quasi-totalité du blé tendre importé dans le pays provient d'Ukraine (80%) et de Russie (16%). Geryes Berbari, à la tête de la Direction générale des céréales et de la betterave sucrière, rattachée au ministère de l'Economie et du Commerce, a déclaré au média français que «plus aucun navire n'arrive d'Ukraine» et que «la poursuite des échanges avec la Russie est compromise par les sanctions internationales.» Interrogé par la radio RFI, Amin Salam, le ministre de l'Economie, estime que la situation, incertaine aujourd'hui, pourrait devenir problématique dans moins de six mois.
Assurant que les provisions libanaises étaient suffisantes, son ministère a interdit les exportations sans autorisation préalable de produits alimentaires fabriqués localement, toujours selon la même source. Le risque de famine se fait sentir dans un pays rongé par une importante crise économique et de liquidités, à l'heure de la flambée des prix du blé. Mais à moins d'un soutien conséquent de la communauté internationale, trouver de nouveaux partenaires restent son seul espoir.
(Avec la collaboration de Réto Fehr et de l'ATS)
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