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Ojeikere a vingt ans lorsqu’il découvre sa voie : la photographie. « C’est en 1950 que j’ai acheté à Enugu, pour deux livres, mon premier appareil, un Brownie D sans flash. Je suis rentré le jour même au village. Ma voisine a sauté de joie et est allée tout de suite chercher son mari, M. Albert Anieke. "Alors mon garçon, comment veux-tu utiliser un appareil sans pellicule ? Pourquoi as-tu acheté un appareil ?" "Je voudrais apprendre le métier de photographe." "Va acheter un film Kodak 120. Écoute-moi bien, fais comme je te dis, je ne le répèterai pas." Il a ouvert l’appareil, engagé le film et m’a demandé de répéter les opérations. J’ai fait exactement comme il me l’a montré. Il m’a appris à bien cadrer et m’a donné quelques conseils pour faire de bonnes photos. Je suis parti avec mon appareil dans la rue. J’ai rencontré des gens assis devant le bar, buvant du vin de palme. "Viens donc, fais ma photo, prend-moi avec mon ami et encore une avec les autres." Je leur ai demandé de l’argent. Dans cette rue, j’ai terminé les douze poses du rouleau et je suis rentré à la maison. »
Un apprentissage empirique, prodigué avec des moyens rudimentaires par un ancien photographe, des tâtonnements et beaucoup d’intuition résument les premières années de formation d’Ojeikere. Sa pratique de la photographie s’affine et se professionnalise lorsqu’il entre, en 1954, au Ministère de l’information comme « assistant en chambre noire » avant de devenir de 1961 à 1963, le photographe de plateau le plus en vue de la première chaîne de TV africaine que dirige le jazzman Steve Rhodes, à l’aube de la décolonisation du Nigéria. En 1967, devenu membre du Nigeria Art Council qui organise chaque année dans une ville du Nigéria un festival pluriculturel Ojeikere prend conscience du rôle primordial de la photographie dans la préservation d’une culture longtemps transmise par la tradition orale. Lors de ses déplacements, il constituera une photothèque de plus de 20’000 négatifs, se rapportant à la danse, au théâtre, aux enfants… dans laquelle il apparaît très vite que les photographies de coiffure élément important de la culture nigériane constituent un ensemble singulier. Réalisée de 1968 à 1999, la série des « Hairstyles » rassemble plus de 1’000 clichés qu’Ojeikere réunit dans un album qu’il fait le projet de publier. Inlassablement, pendant trente ans, à l’image des Becher, il dresse un corpus d’œuvres éphémères, dues aux talents de femmes « artistes des cheveux ». Chaque coiffure, est en général photographiée trois fois, essentiellement de dos « parce qu’elles sont plus abstraites et révèlent mieux l’aspect sculptural des coiffures ».
Pratiques d’embellissement, les coiffures africaines sont aussi un code qui révèle la position sociale de la femme ou de sa famille. Elles diffèrent suivant le type de cérémonie et témoignent d’une culture et d’un monde en pleine évolution. « Ogun Pari », littéralement « La guerre est finie », très prisée par les jeunes filles pour les sorties entre amis, fut crée après la guerre civile de 1970. « Onile Gogoro Kiko », coiffure tressée en hauteur, arborée par les femmes au travail, date de l’époque où les gratte-ciel firent leur apparition dans plusieurs villes du Nigéria…
Pour Ojeikere, « Hairstyles » est une œuvre collective. « La coiffeuse exerce tout son talent, la cliente choisit sa coiffure pour elle-même et c’est l’admiration que j’ai pour ces coiffures qui m’a conduit à les photographier… La durée, la méthode, la structure et mon obsession contribuent à l’exemplarité de ce travail. Il trouve naturellement sa place dans la photographie, dans la mode, dans l’ethnographie et tout simplement dans l’art. »
Toutes les citations sont extraites de : André Magnin, « J.D.Okhai Ojeikere Photographies », Paris, Actes Sud, 2000.