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Métadonnées: dis-moi qui tu appelles, je te dirai qui tu es
On le dit souvent, mais c'est toujours utile de se le rappeler: même des simples métadonnées peuvent en dire très long sur nos vies privées. Pas besoin d'aller fouiller dans nos mails, d'écouter le contenu d'un coup de fil, de lire nos sms, il suffit à un service de surveillance de savoir qui appelle qui et quand pour reconstituer une grande partie de nos existences.
Dans une interview accordée au Washington Post, Ed Felten, un professeur d'informatique de Princeton, donne des exemples concrets de ce qu'on peut tirer comme informations de simples métadonnées. Il cite par exemple:
- Deux personnes qui s'appellent régulièrement à des heures tardives ont de fortes chances d'être en couple. Lorsque la fréquence de ces appels diminue, et que l'une des deux personnes appelle un nouveau numéro, cela peut indiquer que la relation touche à sa fin.
- Si une femme appelle le numéro d'un gynécologue, puis rapidement sa mère et un homme qu'elle a souvent appelé lors des derniers mois à des heures tardives, suivi d'un coup de fil à un numéro de planning familial, on peut en déduire qu'elle est enceinte et/ou qu'elle envisage un avortement.
- Si un employé d'une agence gouvernementale se met à contacter le numéro d'un journaliste ou d'un avocat spécialisé dans la défense criminelle ou d'une organisation de défense des droits civils, il y a de fortes chances qu'il se prépare à divulguer des secrets ou à lancer une alerte.
- D'autres déductions concernant la vie privée sont également faciles à mettre en place lorsque des numéros d'aide et d'écoute (drogue, alcool, violences, etc.) sont composés.
Comme quoi, la nuance entre le «contenant» et le «contenu» d'un appel n'est pas si nette que ça, contrairement à ce que la NSA veut bien faire croire en arguant qu'elle n'étudie «que» les métadonnées des correspondances téléphoniques. En vérité, ces informations peuvent donner un aperçu profond de la vie la plus privée et la plus intime des citoyens.