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Le sommeil
Au cours des dernières décennies, l’étude du sommeil et de ses pathologies a permis d’évaluer les conséquences liées aux troubles du sommeil, conséquences parfois graves comme les endormissements au volant, les conséquences cardiovasculaires liées à un syndrome d’apnées du sommeil, les effets de la dette chronique du sommeil et du travail posté.
La reconnaissance du sommeil comme élément fondamental d'une bonne qualité de vie et les effets liés à ses troubles, ont déterminé au niveau mondial le développement de la « Médecine du sommeil » ayant pour but une meilleure compréhension du sommeil, la reconnaissance et le traitement de ces troubles.
Les troubles du sommeil sont de nature variée, et peuvent s'exprimer différemment d'une personne à l'autre. A la suite d'une consultation du sommeil, qui peut être suivie d’un examen polysomnographique, il est possible de déterminer de quel trouble vous souffrez. Vous trouverez dans cette rubrique une série d’informations utiles sur les troubles du sommeil que nous traitons :
L’insomnie correspond à un sommeil perçu comme difficile à obtenir, insuffisant, ou non-récupérateur et qui s’accompagne de perturbations diurnes, telles que fatigue, somnolence, troubles de la mémoire, de la concentration ou de l’humeur. L’insomnie est extrêmement fréquente : on considère qu’un tiers de la population dort mal, et que 10% des adultes ont recours à la prise de médicaments pour dormir, ponctuellement ou de façon quotidienne.
On distingue différentes formes d’insomnies selon leur durée d’évolution et leur association ou non à d’autres maladies. On différencie en effet l’insomnie occasionnelle (aiguë) et de courte durée de l’insomnie chronique. Si l’insomnie est consécutive ou associée à une autre maladie, on parle d’insomnie avec comorbidité. L’insomnie est un symptôme rencontré dans de nombreuses pathologies médicales, psychiatriques et neurologiques. Elle peut être aussi secondaire à des facteurs non spécifiques, tels que les douleurs, la fièvre, les difficultés respiratoires ou la prise de certains médicaments.
Dans les insomnies sans comorbidité, la perturbation du sommeil n’est pas secondaire à une autre maladie : l’insomnie est la maladie. Ce type d’insomnie se caractérise par une tension somatisée et s’associe à un conditionnement négatif au fait d’aller au lit : après quelques mauvaises nuits, on développe une véritable angoisse d’aller au lit de peur de ne pas pouvoir dormir, et la peur de ne pas pouvoir dormir ne fait que renforcer l’insomnie.
Pour sortir de ce cercle vicieux, on peut utiliser des médicaments, mais ceux-ci comportent un certain nombre d’effets secondaires, et ils doivent être utilisés avec prudence et si possible pour des périodes de temps courts. Pour traiter ce type d’insomnie, on préfère privilégier la thérapie cognitivo-comportementale.
Elle a comme rôle principal de réduire l’activité de rumination, l’anxiété ainsi que les croyances et les attitudes erronées vis-à-vis du sommeil. Elle nécessite la participation d’un-e psychothérapeute expérimenté-e et elle peut être associée à d’autres techniques comme les techniques de relaxation.
Le syndrome d’apnée du sommeil est une pathologie fréquente dans la population. Sur la base d’une étude récente effectuée à Lausanne, on considère qu’environ 49% des hommes et 24% des femmes d’âge moyen en souffrent. Les facteurs prédisposant au développement des apnées du sommeil sont l’obésité, l’âge, le sexe masculin ainsi que la forme de la gorge et de la mandibule (rétrognathie). La prise d’alcool le soir et la position dorsale peuvent également favoriser les apnées. Les apnées du sommeil peuvent aussi survenir chez les enfants: contrairement aux adultes, elles sont dans cette classe d’âge essentiellement dues à une hypertrophie des amygdales et des végétations.
Lorsque les apnées nocturnes sont fréquentes, on observe une altération de la qualité du sommeil (souvent non perçue par le dormeur) avec pour conséquence une somnolence diurne. Cette somnolence est associée à un risque accru d’accident de la route et à une altération de la
qualité de vie sociale et professionnelle. L’important stress associé à ces étouffements nocturnes répétés peut également être responsable d’une augmentation du risque d’hypertension artérielle et par conséquent de maladies cardio- et cérébrovasculaires.
Le traitement du syndrome d’apnée du sommeil dépend de sa sévérité, des répercussions de celui-ci sur le sommeil et la vigilance, et de ses conséquences sur le système cardiovasculaire. Des mesures conservatrices (telles que la perte de poids, l’abstinence d’alcool ou de somnifères le soir) sont toujours préconisées.
Dans certains cas, les apnées surviennent uniquement lorsque le ou la patient-e dort sur le dos. Dans ces cas-là, un traitement positionnel (à l’aide d’un gilet spécialement conçu qui empêche de dormir sur le dos) peut être utilisé. Des prothèses d’avancement mandibulaire (une double gouttière dentaire qui se porte pendant la nuit et qui permet d'avancer la mâchoire pendant le sommeil) peut être un traitement intéressant, en particulier pour les syndromes d’apnée modérés.
Dans les cas plus sévères, le traitement de référence est le traitement par pression positive continue (PPC ou CPAP: continous positive airway pressure). Il s’agit d’un appareil qui permet d’insuffler de l’air à une certaine pression dans les voies aériennes, à l’aide d’un masque qui couvre le nez ou le nez et la bouche. Cette pression s'oppose à la fermeture des voies aériennes qui est à l’origine des apnées, et constitue le traitement le plus efficace pour le syndrome d’apnée du sommeil.
Il s’agit d’une maladie relativement rare (~3 personnes sur 10'000) qui survient habituellement chez les adolescent-e-s ou jeunes adultes, et se manifeste par une somnolence diurne sévère. Les personnes qui en souffrent ont un besoin impératif de dormir à plusieurs reprises pendant la journée, les siestes courtes leur permettant déjà de retrouver un bon niveau de vigilance durant quelques heures. Le deuxième symptôme typique de la narcolepsie est la «cataplexie». Il s’agit d’une perte de force soudaine en réponse à une émotion souvent positive (rire, surprise, chatouillement, etc.) et qui peut toucher les jambes, les bras, les muscles de la face ou même tout le corps. Cette faiblesse transitoire dure habituellement quelques secondes à une minute et n’est pas associée à un endormissement. On peut observer comme symptômes annexes des hallucinations au moment de s’endormir (dits «hypnagogiques»), des sensations effrayantes de paralysies lors du réveil, ou des démarches automatiques pendant la journée.
Nous ne disposons pas à ce jour d’un traitement qui permette de « guérir » la narcolepsie. La prise en charge repose sur le traitement des différents symptômes de la maladie. Il s’agit essentiellement de traitements «éveillants» qui permettent d’améliorer la vigilance diurne et d'éviter les accès de sommeil pendant la journée. A cela peuvent s’ajouter des traitements contre les accès de cataplexie et les autres symtomes de la maladie.
Il s’agit d’une maladie rare, dont l’origine est inconnue et la fréquence encore mal définie. Les personnes qui en souffrent ont un sommeil nocturne très solide (peu de réveils nocturnes) et de très longue durée, avec un réveil matinal souvent extrêmement laborieux. Malgré un sommeil nocturne continu et très long, les personnes qui souffrent d’hypersomnie idiopathique se plaignent d’une importante somnolence pendant la journée. Elles éprouvent souvent le besoin de faire des siestes qui sont longues avec un réveil difficile. Le besoin de sommeil dépasse par définition 10h par jour en l’absence de privation de sommeil préalable ou d’autre maladie du sommeil. Il existe une autre forme d’hypersomnie idiopathique pendant laquelle le sommeil nocturne n’est pas prolongé mais qui est associée avec un besoin impératif de longues siestes pendant la journée.
Comme pour la narcolepsie, nous utilisons des médicaments « éveillants ». On peut aussi dans certains cas utiliser la mélatonine le soir ou la luminothérapie (exposition à une lumière d'intensité et de spectre lumineux spécifique) le matin, pour lutter contre «l’ivresse de sommeil au réveil» (le réveil matinal laborieux).
Le syndrome des jambes sans repos (SJSR), ou syndrome d’impatiences musculaires de l’éveil, peut être à l’origine d’une insomnie, parfois sévère.
Les patient-e-s qui souffrent du SJSR présentent des manifestations sensitives sous forme de picotements, sensations de brûlure, fourmillements et nervosité interne, le plus souvent au niveau des jambes (parfois aussi des bras), associés à un besoin irrésistible de bouger. Ces symptômes sont plus marqués ou apparaissent exclusivement au repos, ils prédominent le soir et diminuent avec le mouvement.
Différentes études montrent que jusqu’à 10% de la population générale adulte présente occasionnellement des symptômes compatibles avec un SJSR, et que 2.5% en souffrent de manière régulière. Dans les cas sévères, le besoin de bouger une fois qu’on est au lit peut-être responsable d’une véritable insomnie. De plus, les patient-e-s qui ont un SJSR ont souvent un sommeil agité car ils ou elles présentent des secousses musculaires pendant le sommeil appelés «mouvements périodiques». Ceux-ci se caractérisent par des mouvements répétitifs et très stéréotypés des jambes qui surviennent pendant le sommeil. Ils peuvent s’accompagner de petits réveils et être responsables d’une fragmentation du sommeil. On peut les retrouver aussi associés à d’autres pathologies du sommeil, ou chez des sujets asymptomatiques.
Pour le SJSR, il existe des formes primaires sans facteur déclenchant, souvent familiales, et des formes secondaires à une pathologie métabolique (diabète, insuffisance rénale), à une anémie ferriprive (due à une carence des réserves en fer de l'organisme), à une polyneuropathie (désordre des systèmes nerveux), à une pathologie neurologique ou induites par la prise de certains médicaments.
Plusieurs arguments portent à croire qu’il existe à l’origine du SJSR un dysfonctionnement du système dopaminergique (basé sur la dopamine, un neurotransmetteur). Le fer pourrait également jouer un rôle important, du fait qu’il participe à la synthèse de la dopamine.
Le traitement repose sur la détection d’une possible cause responsable du SJSR (telle qu’une carence en fer) et sa correction. Dans les formes primaires, quand cela est nécessaire, on peut avoir recours à des traitements pharmacologiques spécifiques.
Chacune de ces parasomnies a des mécanismes propres et une prise en charge spécifique.
Notre tendance à nous endormir est habituellement plus importante pendant la nuit et moindre pendant la journée. Ce cycle veille-sommeil est réglé par la production de mélatonine, hormone sécrétée pendant la nuit par la glande pinéale qui se trouve dans notre cerveau. L’absence de lumière favorise la sécrétion de cette hormone et la lumière la diminue. C’est grâce à ce phénomène que nous parvenons à déplacer progressivement notre phase de sommeil lorsque nous changeons de fuseau horaire et à adapter notre horloge interne.
Chez certaines personnes, on observe un dérèglement de l’horloge interne avec une sécrétion trop tardive de mélatonine (retard de phase). Ces personnes éprouveront de la difficulté à s’endormir et se plaindront d’un réveil laborieux le matin. A l’inverse, les personnes chez qui la mélatonine est sécrétée déjà dans l’après-midi mais plus au petit matin (avance de phase) se plaindront de somnolence en début de soirée et d’insomnie matinale.
Le travail posté, le travail de nuit, le travail avec des horaires irréguliers, le décalage par franchissement rapide des fuseaux horaires (« jet-lag) sont aussi des causes fréquentes de perturbations de l’horloge interne.
La complexité des différents facteurs contribuant au développement des troubles de l’horloge interne incite à utiliser souvent une approche à plusieurs niveaux, adaptée au type de trouble. Des mesures comportementales (une bonne hygiène du sommeil), la chronothérapie (l’imposition des horaires de coucher et de lever selon un protocole pré-établi), la luminothérapie (l’exposition à une lumière d'intensité et de spectre lumineux spécifique à certains moments de la journée) ou l’administration de mélatonine exogène sont les principales options thérapeutiques pour ce type de troubles.