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L’hyperactivité, cette cause de fibromyalgie et de fatigue chronique
Madame B., 48 ans, architecte et mère de trois garçons, a toujours été très active et très tôt elle a eu des responsabilités importantes. Depuis deux ans, elle a constamment mal aux muscles, aux tendons et aux articulations, elle prend du poids et elle est souvent fatiguée. Elle poursuit néanmoins son activité professionnelle d’architecte à raison de douze heures par jour tout en s’occupant de ses enfants. Les répercussions dans la vie quotidienne sont importantes mais elle persiste dans ses habitudes. Elle a peur de s’effondrer et se sent incomprise de ses enfants.
Madame B. pourrait très bien être hyperactive et souffrir soit du syndrome de fatigue chronique (SFC) soit de fibromyalgie (FMS). Les deux entités cliniques sont complexes, énigmatiques et controversées. Bien qu'elles ne semblent pas liées entre elles, elles apparaissent pourtant souvent dans des conditions similaires, soit quand une personne est astreinte à un mode de vie très intense.
Hyperactivité et fibromyalgie
Plusieurs études vont dans ce sens. Dans notre expérience clinique, plus de 70% des patients FMS et SFC évoquent, avant la maladie, un niveau élevé d’engagement dans de multiples activités ainsi que des pensées incessantes liées à ces activités menant à un irrésistible besoin de bouger et d’action. “Mon esprit, disent-ils, ne se repose jamais”. Dans une autre étude, nous avons également constaté que l’hyperactivité antérieure à la maladie est plus élevée chez les patientes FMS et que ces mêmes patientes consacraient moins de temps avant la maladie aux activités de repos et de sommeil que les autres sujets.
D’autres études confirment nos résultats. Portant sur 4779 participants suivis de façon régulière pendant 53 années, une importante étude prospective conclut qu’un haut niveau d’activités physiques pendant l’enfance et la vie adulte jeune et un indice de masse corporelle bas sont associés à un risque important de développer un syndrome de fatigue chronique. Mais les résultats ne sont pas forcément fiables, les chercheurs n’ayant pas considéré toutes les activités de la vie quotidienne et professionnelle des participants, un facteur pourtant important. Une récente étude s’est penchée sur les facteurs de personnalité et démographiques liés à l’hyperactivité chez 45 patientes FMS. Les résultats montrent une association très forte de l’hyperactivité avec le non-respect des besoins de base du corps (manger quand on a faim, dormir quand on est fatigué, etc.), ainsi qu’avec le perfectionnisme. L’hyperactivité, selon cette étude, serait également liée à la tendance au don de soi et à un nombre d’enfants élevé.
Des concepts complexes
Malgré les résultats similaires de ces études, il est difficile de conclure que le lien entre les deux syndromes et l’hyperactivité est évident. Comme la fibromyalgie et la fatigue chronique, l’hyperactivité est en effet une notion complexe pour laquelle il n’existe pas de définition claire. En général sa mesure reste basée sur des appréciations subjectives. Il n’existe pas de mesure qui correspondrait à un niveau d’activité normale et aucun seuil ne distingue une valeur habituelle d’activité de ce qui pourrait correspondre à une hyperactivité. Seuls les résultats de questionnaires plus ou moins fiables peuvent donner quelques idées.
Selon le docteur Boudewijn Van Houdenhove, de l’Université de Louvain, le style de vie hyperactif pourrait être lié à «une tendance narcissique à vouloir dépasser ses limites, par des besoins de dépendance irréalisés ou inachevés, par une rivalité phallique, par une attitude perfectionniste ou obsessionnelle renforcée par des parents exigeants, par la présence d’expériences antérieures d’abus ou de maltraitance.» L’activité peut être aussi un moyen d’affronter les émotions négatives ou de rechercher des sensations. Des obligations familiales, des pressions sociales ou financières sont également susceptibles d’expliquer un style de vie hyperactif.
La fibromyalgie et le syndrome de fatigue chronique doivent être considérés comme des priorités en terme de santé publique. Ces maladies sont en effet de plus en plus fréquentes, sans doute entre autres parce que le rythme de vie est toujours plus rapide. Face à ces syndromes, l’objectif thérapeutique consiste à aider le patient à retrouver un autre équilibre physiologique en agissant notamment sur la tendance à l’action. Une approche globale, multidisciplinaire et précoce, centrée sur le mode de vie, associant exercices graduels et thérapie cognitivo-comportementale, est indispensable.
Référence
Adapté de «Place du style de vie «hyperactif» dans les syndromes de fibromyalgie et de fatigue chronique», Dr E. Masquelier, N. Scaillet, Clinique UCL Mont-Godinne, Belgique, J. Grisart, Cliniques universitaires St Luc, Belgique, Pr O. Luminet, A. Desmet, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Belgique, in Revue médicale suisse 2011; 7: 1421-5, en collaboration avec les auteurs.