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(sge-ssn.ch) - Il y a cent ans, le biochimiste polonais Casimir Funk, qui a obtenu son doctorat en 1904 à Berne, forgeait le terme «vitamine». S’inspirant des travaux d’autres chercheurs, il parvint à mettre en évidence la présence de thiamine dans différents aliments et en conclut que toutes ces substances essentielles étaient des amines. Y accolant le mot «vita» – vie – il créa le terme «vitamine».
Quelques années auparavant et dans les années qui ont suivi, douze autres facteurs indispensables à la vie ont été identifiés dans l’alimentation et synthétisés; des chimistes suisses tels Paul Karrer, Richard Kuhn, Tadeus Reichstein et d’autres, qui enseignaient dans les facultés de notre pays, ont également apporté des contributions essentielles à ces travaux. Ces découvertes auraient pu avoir lieu plus tôt puisque N. Lunin, qui travaillait dans le laboratoire de Gustav von Bunge à Bâle, a constaté dès 1881 que le lait contenait des micronutriments essentiels. Pourtant, aucune importance ne fut accordée à cette découverte. Hormis le fait qu’elles sont qualifiées d’«essentielles», ces treize substances n’ont rien en commun: ni leur structure, ni leur mode d’action. Quant à la supposition selon laquelle il s’agissait d’amines, elle s’est révélée fausse. Mais le terme est resté. Les travaux scientifiques sur les vitamines ont été distingués à quatre reprises par le prix Nobel de médecine et cinq fois par le Nobel de chimie, la dernière fois en 1964 pour la mise en évidence de la structure de la vitamine B12.
L’armée américaine, qui fut la première à reconnaître l’importance des vitamines pour la santé, a élaboré en 1943, en collaboration avec le Food and Nutrition Board américain 1943, des recommandations incitant à la prise de vitamines. Si, au départ, il s’agissait avant tout de remédier aux maladies de carence, la onzième actualisation de ces recommandations, intervenue au tournant du siècle, a mis en avant des éléments de santé dans l’analyse des besoins. En Suisse, la SSN, en coopération avec la DGE et l’ÖGE, a publié des valeurs de référence concernant les apports nutritionnels, lesquelles sont actuellement en cours de révision. Des enquêtes ont été réalisées dans la plupart des pays en vue de déterminer l’approvisionnement de la population. 2009 a vu la publication du premier rapport européen sur l’alimentation et la santé dans lequel vingt-trois pays rendaient compte de l’approvisionnement de leur population en vitamines et en nutriments. Mais la plupart des Etats balkaniques, les républiques de l’ex-Union Soviétique et certains petits pays, dont hélas la Suisse, manquaient à l’appel dans ce rapport. Les années à venir nous réservent à coup sûr d’autres découvertes passionnantes de la recherche sur les vitamines, qui est très active dans le monde entier!
Dr. Ulrich Moser / Président de la SSN