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L'accident s'est produit vers 12h00 dans le Fischertal dans le Haut-Valais. Les deux alpinistes avaient déposé leurs skis au Grünegghorn pour escalader l'arête menant au Grünhorn. C'est à ce moment que, pour une raison encore indéterminée, leur cordée a fait une chute de 200 mètres dans la face nord-ouest à une altitude d'environ 3800 mètres, a indiqué vendredi la police valaisanne.
Pas un sommet particulièrement dangereux
Une autre cordée a transmis l'alerte à 12h14 après avoir remarqué des traces de chute. Le brouillard a empêché l'intervention d'un hélicoptère, a indiqué à l'ATS le porte-parole de la police Jean-Marie Bornet. Deux colonnes de secours se sont rendues à ski sur les lieux de l'accident et y sont parvenues vers 16h00. Les secouristes y ont découvert le corps sans vie du guide fribourgeois, tandis que sa cliente, une Bernoise de 38 ans, a été héliportée à l'hôpital. L'identité d'Erhard Loretan a été établie dans la nuit.
Vendredi en milieu d'après-midi le bilan médical de la blessée restait "réservé", a déclaré le porte-parole. Elle souffre de multiples fractures et ses organes internes ont été touchés, mais elle est consciente, a précisé le porte-parole.
"Le Grünhorn n'est pas un sommet plus réputé que d'autres en matière d'accidents ou de chutes mortelles", ajoute Jean-Marie Bornet."Toutes les arêtes sont par définition dangereuses. Il suffit d'un rien pour qu'un membre de la cordée perde pied et entraîne les autres dans sa chute. C'est vraisemblablement ce qui s'est passé dans ce cas précis", a-t-il expliqué.
"Le guide et sa cliente avaient débuté leur périple le samedi dernier et avaient gravi plusieurs sommets dans la région de la Jungfrau et d'Aletsch. Jeudi, ils avaient quitté vers 06h00 la cabane du Finsteraarhorn (BE) en direction du Grünhorn", précise J.-M. Bornet.
Carrière brillante
Une enquête a été ouverte pour établir les causes du drame. Vu la proximité de la frontière intercantonale, l'opération de secours a été organisée depuis le Valais et Lauterbrunnen dans le canton de Berne. C'est la police cantonale bernoise qui est intervenue et qui transmettra son rapport à l'Office régional du Ministère public du Haut-Valais.
La carrière d'Erhard Loretan était hors du commun. En 1986, il avait escaladé 38 sommets suisses en Jean Troillet, Mike Horn et Erhard Loretan ont uni leurs forces en 2001 pour traverser le Groenland à ski. [Laurent Gillieron - Keystone] 19 jours. En 1989, il enchaîne pas moins de 14 faces nord dans les Alpes. Dès 1982, il s'attaque aux grands sommets de l'Himalaya. Le nouveau matériel et les techniques nouvelles vont lui permettre, à lui aussi, d'appliquer le "style alpin" en très haute altitude, qui combine la vitesse à la légèreté et, souvent, la progression en solitaire. C'est ainsi que, premier Suisse, il atteint le 10 juin 1982 le sommet du Nangat Parbat (8125 m).
L'année suivante, au mois de juin, il signe un exploit qui le fait connaître de tous les himalayistes du monde: l'ascension des deux Gasherbrum (8068 et 8036 m) et du Broad Peak, le tout en 17 jours. En 1984, il s'offre en avril, le Manaslu (8183 m), et l'Annapurna (8091 m) en octobre. Chose presque incroyable, il réussit sur ce dernier sommet la première de l'arête Est et redescend par la face nord.
"J'ai extrêmement peur de la mort"
En 1985, il inscrit le K2 et le Dhaulaghiri, avec Jean Troillet et P.-A. Steiner, à son palmarès. L'année suivante, c'est la face nord de l'Everest en 43 heures avec Jean Troillet. Il reviendra en septembre 1990 pour réussir la première de la face sud-ouest du Cho Oyu avec Jean Troillet toujours et, en septembre, une première en face sud du Shisha Pangma.
Suivront aux mois d'octobre de 1991, 1994 et 1995, les sommets du Makalu, du Lothse et du Kangchenjunga. C'est sur ce dernier sommet, le 5 octobre, avec Jean Troillet, qu'il boucle sa série de 8000. La journée du lendemain sera endeuillée toutefois par la mort, à proximité du sommet, de l'alpiniste français Vincent Chamoux. Au cours de ces même années, Loretan participa à des expéditions en Antarctique, avec notamment une première en solitaire au Mont Eperley (4780).
Interrogé sur les risques en montagne, il avait déclaré en 1995 au journal "L'Objectif": "J'ai extrêmement peur de la mort. Quand je vais en montagne, je suis angoissé. Le jour où je ne serai plus angoissé, j'arrêterai, parce que sinon je me tue. C'est mon assurance-vie. Mais c'est ma passion, ma vie. Je préfère mourir comme Chamoux (red: un grand alpiniste français décédé dans l'Himalaya en 1995 ) qu'écorché dans une bagnole".
jbu/agences
La mort tragique de son bébé
L'alpiniste avait été reconnu coupable d'homicide par négligence et condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis en 2003.
Il avait déclaré avant le jugement: "La peine que vous m'infligerez n'est pas vraiment importante par rapport à ce que je vais subir jusqu'à la fin de mes jours".
Erhard Loretan avait consenti à ce que son nom soit publié afin d'attirer l'attention sur le syndrome du bébé secoué.