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Café, un mot polysémique
C’est vraisemblablement au 12e ou 13e siècle que le café se répand dans le Yémen, où l’islam a très certainement contribué à le rendre populaire en prohibant l’alcool.
Dans un but stimulant et médical, il est alors surtout utilisé sous forme de pâte ou décoction. Il faut attendre le 15e siècle pour découvrir les premières traces de plantations de café, période à laquelle on commença probablement à le consommer en tant que boisson.
De nombreuses « maisons du café », appelées « cafés » par souci de simplification, s'ouvrirent ensuite au Caire, à Istanbul – où le mot arabe adopté en turc se prononce « kahvé » – et à La Mecque au début du 16e siècle.
Dès lors, le même mot désigne les grains torréfiés, la boisson qui en découle, ainsi que l’endroit dans lequel on la déguste.
L’arrivée en Europe
Après de nombreuses tergiversations dans le monde musulman qui soupçonnait le café d’être diabolique, sa consommation se propage et de nouveaux établissements conviviaux en servant ouvrent leurs portes tout au long du 16e siècle. Les clients y dégustent leur boisson préférée tout en admirant des danseuses, ou en discutant politique.
Le fameux breuvage se répand ensuite dans tout le Moyen-Orient, et gagne finalement l’Europe aux alentours de 1600. Les marchands vénitiens parcourant le monde et connaissant déjà ses vertus le ramènent en Italie.
Vers les années 1650, l’importation de café débute en Hollande et en Angleterre, par l’intermédiaire des négociants qui y ont pris goût lors de leurs voyages. En France, il arrive autour de 1670 grâce aux commerçants marseillais qui le font venir d’Egypte.
Le café Procope, qui existe encore aujourd’hui, est un des premiers à ouvrir à Paris, en 1686. On y invente une nouvelle manière de préparer la boisson : en faisant percoler de l'eau chaude dans le café moulu retenu par un filtre.
Le premier « café viennois » remonterait quant à lui à l’année 1683. La légende raconte que les Turcs, contraints à abandonner l’assaut de la ville de Vienne, abandonnèrent dans leur fuite plusieurs sacs de fèves de café. Les autrichiens, peu séduits par le goût amer de la boisson, ont alors l’idée de la mélanger à du lait pour en adoucir la saveur.
Et enfin le Nouveau Monde
Au cours du 18e siècle, la boisson connaît un succès grandissant sur le vieux continent, et pour répondre à la demande, les colons européens introduisent la culture du café dans de nombreux pays tropicaux. La boisson franchit l’Océan Atlantique et gagne ainsi les Etats-Unis puis l’Amérique du Sud, la première plantation au Brésil étant établie en 1727.
Au siècle suivant, les dirigeants colombiens tentent d'accroître la culture du café, mais les paysans freinent cet élan, car un caféier met cinq ans pour donner sa première récolte : il faut avoir les moyens de survivre en attendant qu’il soit productif.
Le prêtre d'un petit village a alors une idée. En lieu et place des sempiternels « ave » et « pater » comme pénitence imposée à ses fidèles après la confession, il leur demande de planter quelques caféiers. L'archevêque apprécie l’idée et en fait une pratique générale, adoptée par tout le pays. Ainsi, d’une certaine manière, la Colombie doit la prospérité actuelle de ses exploitations aux multiples péchés de ses ancêtres.
L’Histoire ne nous dit pas précisément comment le café est arrivé jusqu’en Suisse, mais ce qui est sûr, c’est qu’il a franchi bien des sommets et des mers pour nous parvenir !