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Contrairement à une opinion largement répandue, les membres du Conseil fédéral ne seraient jamais vraiment sans surveillance. C´est en tout cas ce qu'affirme le chef du service de sécurité de l´administration fédérale.
"Le fait que l'on ne voie pas «d'anges gardiens» à proximité ne signifie pas qu'il n'y ait personne". C'est ce que vient de déclarer, à propos de la protection des conseillers fédéraux, le chef du service de sécurité de l'administration fédérale, Rolf Schatzmann. Ses propos sont reproduits dans une longue interview parue dans le dernier numéro du périodique alémanique «Beobachter». Rolf Schatzmann détruit ainsi le mythe selon lequel les membres du gouvernement suisse seraient à peine protégés.
Le chef du service de sécurité de l'administration fédérale - qui emploie 110 personnes, dont 60 à temps partiel, et s'occupe aussi de la sécurité des ambassades et des visiteurs étrangers en Suisse - a évidemment tout intérêt à laisser entendre que le Conseil fédéral est mieux protégé qu'on ne le pense généralement. Ses propos n'en retiennent pas moins l'attention, car ce n'est évidemment pas tous les jours qu'un responsable d'une tâche aussi délicate accepte de s'exprimer publiquement.
Rolf Schatzmann reconnaît que les menaces qui pèsent sur la sécurité des conseillers fédéraux sont nettement moins grandes que celles auxquelles sont soumis les membres de gouvernements d'autres pays. Selon lui, cela tiendrait à deux choses. D'abord à la démocratie directe, qui permettrait aux citoyens et citoyennes de vider leurs cœurs régulièrement. Ensuite au fait que le Conseil fédéral est une autorité collégiale, ce qui aurait pour effet que les décisions prises par le gouvernement seraient moins «personnalisées» (sous-entendu: des colères éventuelles sont moins «focalisées»).
Cela dit, Rolf Schatzmann souligne à plusieurs reprises que le fait que les conseillers fédéraux se déplacent apparemment sans protection - par exemple à Berne - «peut tromper». Le service de sécurité serait en principe toujours au courant de ce qui se passe et il saurait à chaque instant «si un conseiller fédéral se déplace seul ou si il ou elle est protégé».
On soulignera dans ce contexte que pour un observateur non-averti - mais Rolf Schatzmann précise justement que les apparences «peuvent être trompeuses» -, il est tout à fait extraordinaire et quasi surréaliste (lorsqu'on pense notamment aux «gorilles» impressionnants des ministres allemands, français ou américains) que la ministre de l'Intérieur Ruth Dreifuss se déplace régulièrement en bus entre son domicile et le siège du gouvernement. Que tel autre membre du Conseil fédéral fasse son jogging quotidien apparemment sans aucune surveillance. Et surtout, qu'en été, le Conseil fédéral in corpore déjeune - à quelques mètres des autres clients - sur la terrasse d'un restaurant généralement bondé de la capitale fédérale, sans surveillance apparente là non-plus.
Michel Walter