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Début mars, Joe Biden a passé plus de deux heures à discuter avec des historiens invités autour d'une grande table, à la Maison Blanche, d'après.
Selon le site, le président américain voulait parler de ses prédécesseurs, de la manière dont ils ont géré les grandes crises, de l'étendue des pouvoirs présidentiels et de la façon dont les citoyens et les citoyennes réagissent.
Joe Biden semble ainsi chercher sa place dans l'Histoire et, alors qu'il s'annonçait comme un président de transition, il se pose finalement en réformateur.
Au pas de charge
En témoigne, par exemple, son plan d'investissement massif de 2000 milliards de dollars présenté mercredi, dans le but de moderniser les infrastructures vieillissantes des Etats-Unis, et qui s'ajoute aux quelque 1900 milliards déjà annoncés pour la relance.
>> Voir le sujet du 19h30 sur ce plan d'investissement:
Il a évoqué "l'investissement d'une génération", "ambitieux et audacieux", qui vise à renforcer et relancer l'économie, la rendre plus innovante et à créer des millions d'emplois.
Joe Biden a tiré les leçons de l'échec de la présidence Obama, qui a été trop conciliant et n'a pas compris que les républicains faisaient de l'obstruction.
En 70 jours à peine, Joe Biden a déjà imposé sa marque à la Maison Blanche, à grand renfort de décrets par dizaines. Il entend en effet tirer tout le parti possible d’une configuration favorable, avec une majorité démocrate tant à la Chambre des représentants qu'au Sénat.
Les leçons des erreurs d'Obama
Car cette majorité est fragile, explique Anne Deysine, professeure émérite de civilisation américaine à l’Université Paris-Nanterre. "Il a une toute petite fenêtre d'opportunité pour faire ressentir un changement concret dans le budget des citoyens", explique-t-elle. D'où les mesures d'aides directes et rapides, qui évitent toute opposition de la part des républicains.
"C'est paradoxal, car effectivement c'est un centriste. Mais c'est un centriste qui a tiré les leçons de l'échec de la présidence Obama". Or, selon l'experte, ce dernier "a été trop conciliant et n'a pas compris que les républicains faisaient de l'obstruction".
Et si Joe Biden n'a sans doute pas définitivement renoncé à obtenir le soutien de certains républicains, ce n'est actuellement pas sa priorité. D’autant qu’une large majorité de la population, y compris dans l'électorat républicain, est satisfaite des mesures prises, notamment sur la vaccination et les aides d’urgence.
L'influence de l'aile gauche démocrate
Elizabeth Warren, Joe Biden et Bernie Sanders lors d'un débat préélectoral. [Patrick Semansky/AP - Keystone]Des mesures rapides et audacieuses: le démocrate centriste qu’a longtemps été Joe Biden semble avoir été sensible aux arguments de l’aile gauche du parti.
"Dès qu'il a été certain d'être le candidat du Parti démocrate, il a associé Bernie Sanders et Elisabeth Warren à la construction de son programme", explique Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’Université Paris-2 et auteur d’une biographie de Joe Biden. Son programme est donc soutenu dans son camp, même s'il ne va pas aussi loin que ce qu'auraient voulu les plus progressistes, notamment en matière de santé.
Certains en revanche jugent ces dépenses exagérées, à l'instar de Gabriel Scheinmann, directeur de la Alexander Hamilton Society, un groupe d'intérêt qui promeut un positionnement des États-Unis en tant que leader international. Selon lui, "l'économie américaine est déjà en croissance, et elle n'a pas besoin d'être stimulée par de grandes dépenses du gouvernement fédéral".
À la hauteur de Roosevelt et Johnson ?
Ainsi, ce programme à tendance de gauche, que certains républicains qualifient même de "socialiste", rappelle certains précédents historiques. Dans la lignée de Franklin Roosevelt dans les années 1930, ou de Lyndon Johnson dans les années 1960, Joe Biden pourrait s’inscrire dans cette lignée de présidents qui ont transformé en profondeur le pays.
C'est un programme qui est contre l'identité américaine.
Pour Anne Deysine, le programme de Joe Biden pourrait s'approcher de ces précédents, même s'il est difficile d'anticiper ce qui peut se passer. Mais d'après elle, "si on additionne les différents montants annoncés, c'est un vrai plan qui le met au niveau de Roosevelt et de son New Deal, ou des grands programmes sociaux de Johnson".
"Trop de pouvoir au gouvernement fédéral"
Mais le contexte est tout de même différent, note Anne Deysine. "Joe Biden doit combler un retard terrible, car depuis 40 ans, les républicains ne jurent que par la dérégulation, l'étranglement de l'Etat fédéral et les baisses d'impôts. Cette injection d'argent, qui semble massive, n'est donc pas si élevée en termes de pourcentage du PNB, et d'autre part, elle est surtout nécessaire."
>> Voir le sujet de TTC sur les dépenses de Joe Biden:
Le président américain risque toutefois de se confronter à de fortes résistances. Ainsi, pour Gabriel Scheinmann, s'il est abusif de parler d'un programme "socialiste", Joe Biden cherche à concentrer trop de pouvoir aux mains du gouvernement fédéral, au détriment des Etats. En ce sens, "c'est un programme qui est quand même contre l'identité américaine", estime-t-il.
Sujet radio: Patrick Chaboudez
Texte web: Pierrik Jordan