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1689
Philippe-Emmanuel de Coulanges, Mémoires de M. de Coulanges
Mémoires de Monsieur de Coulanges , Paris : J.-J. Blaise, 1820,
Une saison de divertissements à Rome
Dans la préface, M. de Coulanges avertit qu'il a souhaité que cette "relation" des événements ecclésiastiques et des intrigues liées aux conclaves de Rome soit "égayé[e] de [s]es amusements". Il pensait sans doute à des moments de témoignages particuliers comme celui-ci, dans lequel il présente les divertissements auxquels il a assisté durant l'hiver 1689 avec l’œil critique d'un spectateur français:
Insensiblement, l'année 1689 finit, et toutes les cérémonies et fêtes de Noël nous occupèrent, aussi bien que les crèches qu'on allait voir dans les diverses églises. C'étaient des représentations du mystère faites en figures de cire de toutes grandeurs; elles étaient plus propres à attirer des enfants que des grandes personnes raisonnables, mais comme à Rome tout se tourne en spectacle, la foule se trouvait à ces sortes de représentations, qui durèrent jusqu'après les Rois.
Les plaisirs du Carnaval vinrent ensuite, qui, joints à l'heureux climat de ce pays, où l'on ne connaît point d'hiver, n'empêchaient point nos courses et nos promenades ordinaires, au retour desquelles nous nous rendions tantôt aux opéras, tantôt à la comédie, et tantôt aux lieux d'assemblées chez les Italiens dont nous apprenions que les portes étaient ouvertes.
Outre les opéras qui se représentaient pour le public sur les théâtres destinés à cet usage, il y en avait d'autres chez les seigneurs particuliers, où la compagnie était plus choisie. Il y en en eut deux l'un après l'autre cet hiver-là chez le duc de Zagarola-Rospigliosi, neveu du pape Clément IX, qui, étant un des plus riches seigneurs de Rome, en fit la dépense avec une magnificence extraordinaire. Il habitait le beau palais Mazarini, qu'il ne demandait pas mieux d'acheter, mais le testament du cardinal de ce nom lui en ôtait toutes les sûretés. Tous ces opéras, soit publics, soit particuliers, avaient bien leur mérite, tant par la beauté des lieux où ils se représentaient, que par l'excellence des voix qui formaient une musique exquise : les décorations, les peintures et les machines, en quoi les Italiens excellaient, augmentaient les agréments du spectacles. Mais les sujets n'en sont pas toujours bien choisis ni bien traités, et il serait encore à désirer qu'on en voulût bien retrancher les entrées de ballets. Il y eut encore cet hiver un opéra magnifique, que l'ambassadeur d'Espagne fit représenter dans une des salles du palais Colonne, pour célébrer les noces du roi son maître avec la fille du duc de Neubourg, électeur palatin. Enfin, tout ce temps destiné à la joie fut très bien rempli, et les quinze derniers jours qu'il fut permis de courir en masque par les rues achevèrent de faire goûter aux Romains des plaisirs qu'ils n'avaient point eus sous le pontificat précédent, et dont nous sûmes très bien profiter.
Mémoires de Monsieur de Coulanges , Paris : J.-J. Blaise, 1820, en ligne p. 210-213
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