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Ce chapitre est exceptionnellement long, car il existe un grand nombre de statistiques (remontant partiellement au 18e siècle) dont l’exploitation nous a paru possible et souhaitable.
En 1867, on s’est mis à harmoniser les relevés cantonaux des mariages, des naissances et des décès. C’est le Bureau fédéral de statistique, fondé en 1860, qui était chargé de traiter ces statistiques, qui présentaient encore des lacunes à l’époque. Les résultats ont été intégrés aux soi-disant livraisons statistiques et publiés chaque année, dans un fascicule intitulé «Mouvement de la population de la Suisse pendant l’année ...». Cette série existe toujours, sous le titre «Mouvement de la population en Suisse»; l’office qui la publie a également changé de nom: il se nomme maintenant «Office fédéral de la statistique». Depuis 1876, cette statistique informe aussi sur la divortialité et les causes de décès, au plan cantonal (voir les commentaires sur les tableaux du chapitre «Maladies et causes des décès»). Au fil des ans, la forme et le contenu des tableaux ont changé plusieurs fois. Le Bureau a eu notamment beaucoup de peine à trouver une formule pour la présentation des décès par groupe d’âges et par canton. Nous nous sommes efforcés de combler les lacunes causées par ces changements en recourant à d’autres sources, à savoir l’Annuaire statistique de la Suisse et les trois publications que le Bureau fédéral de statistique a fait paraître entre 1895 et 1928, sous le titre «Mariages, naissances et décès». Le premier de ces trois gros volumes (qu’une publication moins volumineuse consacrée au mouvement de la population devant la période 1867–1871 avait précédés) présente l’évolution des mariages, des naissances et des décès de 1871 à 1890. Il s’agit en fait de trois études distinctes. Chacune d’entre elles est accompagnée d’une annexe. Dans ces suppléments, le Bureau a publié toutes les données cantonales qu’il possédait sur les mariages, les naissances et les décès survenus entre 1801 et 1870. En élaborant nos estimations pour l’ensemble de la Suisse, nous nous sommes fondés presque exclusivement sur ces données; nous n’avons trouvé des informations dont le Bureau n’avait pas tenu compte que pour les cantons de Zurich et d’Appenzell Rhodes-Intérieures.
Le deuxième volume de «Mariages, naissances et décès» fournit des informations sur le mouvement de la population de 1891 à 1900; certaines séries commencent toutefois en 1876, voire en 1871. Le troisième volume, enfin, porte sur la période de 1901 à 1920. Nous l’avons consulté notamment pour pouvoir retracer le mouvement de la population du début du siècle à la fin de la Première Guerre mondiale dans dix villes grandes ou moyennes.
Les études précitées du Bureau fédéral de statistique sur les mariages, les naissances et les décès de 1871 à 1890, de 1891 à 1900 et de 1901 à 1920 ont été reprises dans les «Livraisons statistiques» (intitulées par la suite «Bulletin de la statistique suisse», puis «Statistiques de la Suisse» et enfin «Données statistiques»). Il s’agit des volumes 103, 112, 128, 158, 170, 192 et 1928/4 de cette série.
Les estimations
Nous avons déterminé l’évolution nationale à partir de séries cantonales de la manière suivante:
- D’une manière générale, nous avons déterminé d’abord le point le plus rapproché pour remonter ensuite dans le passé. Nous avons calculé, pour une période où nous disposions de données pour l’ensemble des cantons, la part des cantons dont les autorités avaient déja fait des relevés au cours des années précédentes. Nous avons fixé la durée de la période à quatre ans (ou, exceptionnellement, à trois ou à cinq ans). Nous avons déterminé la part des cantons en question pour chacune des quatre années. Il importait qu’il n’y ait pas d’écarts trop importants entre les quatre quotients; lorsque cette condition n’était pas remplie, nous n’avons pas tenu compte, dans nos estimations, des années antérieures.
- Nous avons ensuite reporté la moyenne des quatre ans sur la période précédente, pour laquelle nous ne disposions de données que pour une partie des cantons. Nous avons calculé la somme des séries cantonales existantes pour cette période, somme que nous avons divisée ensuite par la part moyenne que ces cantons représentaient dans le total suisse au cours des quatre années suivantes.
- Nous avons divisé les quatre premières valeurs ainsi obtenues de la série d’estimations nationales par la somme des valeurs des cantons qui avaient également fourni des données pour la période suivante. Là encore, nous avons pris la moyenne des quatre quotients. En reportant celle-ci sur la période antérieure, nous avons pu prolonger nos estimations dans le temps. Nous avons répété ce procédé jusqu’à ce que nous arrivions au terme de notre série. Les tableaux ci-dessous montrent jusqu’où vont les statistiques des différents cantons.
Il convient de préciser ici que le nombre estimé des mort-nés et des naissances d’enfants illégitimes ne concerne que les cas enregistrés officiellement. Les chiffres non déclarés étaient sans doute beaucoup plus élevés à l’époque de la Restauration qu’au cours des décennies suivantes, tant pour les mort-nés que pour les enfants illégitimes. Il est donc certain que nos deux séries d’estimations ne retracent l’évolution à peu près correctement qu’à partir du milieu du siècle.
Utilisation de séries cantonales pour les estimations nationales, par période
[INSERER TABLEAUX]
Pour les années 1869 et 1870, la statistique indiquait le total suisse des décès, par sexe; pour 1867 et 1868, en revanche, il a fallu procéder à une estimation. A cette fin, nous avons établi d’abord, pour les 21 cantons en question, la somme des hommes décédés et celle des décès. Puis nous avons divisé le total des hommes décédés par celui des décès et nous avons étendu la valeur du quotient ainsi obtenu à toute la Suisse en le multipliant par le total des décès enregistrés en Suisse, que la statistique indique également pour 1867 et 1868. De cette manière, nous avons estimé le total des hommes décédés en Suisse au cours des deux années précitées. Pour obtenir celui des femmes décédées, il suffisait alors de déduire le total des hommes décédés du total des décès. La suite du procédé est pareille quelle que soit l’année. Après avoir déterminé le nombre d’hommes décédés par groupe d’âges dans les 21 et 22–24 cantons, nous avons calculé la part de chacun de ces groupes en divisant le total des hommes décédés par celui des hommes décédés dans le groupe en question. Ensuite nous avons multiplié ces parts par le nombre des hommes décédés dans tout le pays (rappelons qu’il s’agit d’estimations en ce qui concerne 1867 et 1868). Nous avons procédé exactement de la même manière pour les femmes décédées. Finalement, nous avons additionné nos deux estimations pour obtenir notre ventilation par groupe d’âges des décès survenus en Suisse au cours des années 1867 a 1870.