Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07269.jsonl.gz/343

C'est un événement qui est passé inaperçu, sauf auprès des plus passionnés. Le Championnat du monde d'équitation 2022 a eu lieu du 6 au 14 août dernier à Henning, au Danemark. Durant cet événement, la performance de l'équipe suisse de voltige, le Groupe Lütisburg Elite, a suscité un vif émoi au sein de la communauté équestre.
La Suisse n'est pas passée loin d'un nouveau bad buzz, un peu le même que l'Allemande Annika Schleu aux Jeux de Tokyo en 2020 lorsqu'elle s'est acharnée rageusement sur sa monture «Saint Boy».
Commençons par les bases: la voltige est une discipline qui consiste à effectuer des figures acrobatiques et esthétiques sur un cheval longé à deux allures différentes, le pas et/ou le galop. Ce sport se pratique individuellement ou en équipe et reste la moins connue des trois disciplines après l'obstacle et le dressage.
A priori, tout semblait se dérouler parfaitement pour la Suisse à Henning. Seulement voilà, dès les premières foulées de son cheval «Rayo de la Luz», alors que ce dernier s'installe sur un cercle, longé par Monika Winkler-Bischofberger, il y a un hic: l'animal boite. Et il boite fort. Et tout de suite, on se demande pourquoi ce cheval est en piste.
Alors que la communauté équestre observe la performance qui commence à peine, la raideur du corps de «Rayo de la Luz», rien qu'en marchant, est stupéfiante. Le cheval engage le trot et le mouvement de bascule de haut en bas de sa tête suggère qu'il y a un problème.
Au-delà de l'autorisation accordée à l'équipe suisse pour faire concourir «Rayo de la Luz», c'est la médaille de bronze qui surprend et pose problème. En effet, la Suisse a été classée troisième, derrière l'Allemagne (2e) et la France (1ère). Comment expliquer qu'un cheval boiteux puisse être aussi bien noté à un championnat du monde? Quelles sont les règles d'un tel concours, et à partir de quand un cheval est-il déclaré inapte? Autant de questions auxquelles il semble difficile de répondre.
La Fédération de voltige suisse, contactée par watson, confirme que quelques réactions négatives ont suivi la première performance de l'équipe. «Nous avons constaté qu'en plus des nombreuses réactions positives, il y avait aussi quelques réactions négatives. On nous a notamment demandé de faire une déclaration», écrit son président David Brenn. Mais alors à qui revient la responsabilité d'interrompre la représentation? «Au juge en A ou au chef de longe», explique-t-il.
Néanmoins soucieuse du bien-être de l'équidé, la Fédération de voltige suisse a contacté la cheffe de longe suite à cette première représentation: «Je lui ai demandé si le cheval était en bonne santé, ce qu'elle m'a confirmé.» Le représentant de la Fédération précise également que des chevaux de remplacement sont aussi emmenés sur place pour assurer une relève, «comme il peut toujours arriver quelque chose», écrit-il.
Chez le cheval, la boiterie peut avoir plusieurs causes. Mais elle est toujours la conséquence d'une douleur, confirme Pierre-Alain Glatt, vétérinaire équin. Ayant également été le vétérinaire et chef d’équipe des attelages pendant quinze ans, l'homme connait bien la compétition.
«J'ai visionné la vidéo, c'est choquant. Il s'agit d'une boiterie d'appui, précise le vétérinaire. C'est-à-dire que la douleur se manifeste lorsque le cheval s'appuie sur son pied. Cela peut être dû à un problème de ferrure, d’abcès ou d’arthrose de l’extrémité du membre.»
Raison pour laquelle, peut-être, la cheffe de longe ne s'attarde pas trop à faire galoper le cheval. Pierre Alain Glatt déplore également le manque de communication entre les officiels présents sur place.
Marco Hermann, vétérinaire équin suisse, était présent sur place. Lui assure que concernant le cheval «Rayo de la Luz», «tout a été fait selon les règles de la FEI». Alors parlons-en, des règles.
La voltige ne déroge pas à la règle: «Tout observateur du mal-être d’un équidé en compétition doit le signaler», souligne Pierre Alain Glatt. Le président du jury doit alors stopper la compétition s'il en est témoin.
L’inspection vétérinaire, soit l'examen clinique du cheval, doit répondre à la question: «Fit to compete?». En d'autres termes, l'examen doit déterminer si le cheval est apte à concourir ou non.
Entre l’inspection et l’épreuve en question, cinq jours se sont écoulés, selon la calendrier de la FEI. «Cinq jours au cours desquels un accident a pu se passer. Reste que malgré la dizaine de professionnels sur place, personne n'a jugé nécessaire d'intervenir. » Le vétérinaire accorde le bénéfice du doute sur l'intention. Mais la conclusion est sans appel: bien qu'un accident ait pu se passer durant ces cinq jours, le cheval n'aurait jamais du participer.
«Le Code de conduite de la FEI est clair: pas de place au mauvais traitement d’un équidé (directement ou indirectement)». Reste à savoir si, oui ou non, il y a eu négligence.
Lors du deuxième passage de l'équipe suisse, c'est à nouveau le cheval «Rayo de La Luz» qui entre sur la piste. Les commentateurs danois expliquent alors qu'un avis vétérinaire a été demandé la veille. Le cheval a tout de même participé au deuxième tour.
Pierre Alain Glatt connait la pression en compétition mais aussi l'importance de la récompense pour les participants. Néanmoins, «on peut écarter, ici, l’attrait du gain» souligne-t-il. En effet, l'équipe suisse de voltige n'aurait pas reçu une somme très importante.
Pour lui, la cheffe de longe, propriétaire de «Rayo de la Luz», ne pouvait pas ignorer la boiterie de son cheval. Un conflit d’intérêts est-il à l’origine de la non dénonciation de la boiterie? Une question à laquelle lui non plus n'a pas de réponse. La FEI, contactée par watson, n'a pas donné suite à nos sollicitations.
Les quarts de finale aller de la Ligue des champions ont offert du spectacle, de l'émotion et du drame. C'était du grand art, et ce, au cours des deux soirées, mardi et mercredi. Les occasions se sont succédées les unes après les autres dans tous les matchs. 18 buts ont été marqués, soit plus de quatre par rencontre.