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24/08/2013
La contre-société : incarnation de la transformation sociale
La meilleure façon de militer dans une optique non réformiste consiste à favoriser par tous les moyens possibles la construction d'un mouvement de transformation sociale. Un tel mouvement doit nécessairement s'appuyer sur les jeunes (étudiants, collégiens, et travailleurs) ; et sur les travailleurs, qu'ils soient du secteur primaire (paysans), secondaire (ouvriers), ou tertiaire (employés), qu'ils soient sans emploi (chômeurs), ou à la retraite ; ainsi que sur toutes les catégories dominées (précaires, minorités, marginaux, exclus, etc.)
Notre sujet d'émancipation contemporain est donc multiple, et cette multiplicité trouve son unité, non uniquement par rapport à sa place dans le système capitaliste (classe en soi), mais dans son adhésion au projet d'émancipation global (classe pour soi). Et c'est justement pourquoi il convient de définir comment la construction d'un mouvement de transformation sociale peut se faire.
J'appelle la construction d'un tel mouvement, contre-société, car c'est ainsi qu'il faut penser ce mouvement ; non uniquement comme un rassemblement d'individus partageant les mêmes objectifs, mais davantage comme la mise en place de structures fondant l'antithèse de la société capitaliste, et la possibilité de son dépassement. Ainsi, la société socialiste voit-elle le jour concrètement, progressivement, au sein du capitalisme, au fil de l'extension des pratiques socialistes, et de la diffusion d'une culture révolutionnaire. L'aboutissement de cette dialectique se fait lorsque la contre-société incarne un mouvement de transformation sociale tellement développé, que le capitalisme ne peut qu'être renversé. Alors ses piliers s’effondrent, la contre-société emplit le monde, et une nouvelle société voit le jour.
La contre-société politique
Étendre les pratiques socialistes, c'est de manière générale en appliquant partout où c'est possible le principe de l'autogestion. Sur le lieu de travail, dans l'entreprise, gestion directe de la production et de son organisation par les travailleurs, dans les lieux de formation, dans les écoles ou les universités, gestion directe de la formation et de son organisation par les élèves et les professeurs, dans les espaces de vie communs, dans les lieux publics, gestion directe des usagers de l'organisation de ces espaces, dans les logements, gestion directe par les habitants de leurs lieux de vie, dans les quartiers, gestion directe par les citoyens, etc.
Ce principe d'autogestion (de démocratie directe) forme le fondement du socialisme et de la liberté. Dans la société socialiste aboutie, il remplace le principe de propriété (car sans propriétaire, plus d'interférence entre le monde et ses usagers).
Très concrètement, il s'agit entres autres aussi pour le mouvement d'émancipation, d'unir toutes les composantes politiques et militantes déjà mobilisées, et cherchant réellement à transformer la société capitaliste et à la dépasser. Je parle bien entendu de toutes les organisations socialistes, communistes, et anarchistes. Une telle union ne prend pas un caractère formel partisan forcément, mais doit plutôt tendre à une collaboration naturelle et régulière, à des pratiques communes, jetant les bases d'une alliance de fond.
La contre-société économique
Le mouvement d'émancipation doit soutenir toutes les créations subversives qui se font dans le domaine économique, aussi bien que participer à toutes les mobilisations des travailleurs dans leurs luttes quotidiennes contre le patronat.
Ainsi, il s'agit de soutenir les coopératives autogérées, les SEL, les réseaux de proximité de consommateurs et de producteurs, aussi bien que de participer aux grèves, aux manifestations, et aux occupations, des travailleurs.
A vrai dire, je pense tout de même qu'il est essentiel de mettre l'accent sur la participation à toutes les manifestations de l'antagonisme capital-travail. C'est sur ce terrain-la que la lutte des classes devient évidente.
La contre-société culturelle
Le développement, plus ou moins spontané, d'une culture révolutionnaire est un élément important selon moi pour permettre l'extension du mouvement d'émancipation à toute la société. On ne peut que faire des projections totalement abstraites sur la forme qu'elle peut prendre. Mais ce qui est certain, c'est qu'un tel mouvement développera automatiquement des symboles, des représentations, des pratiques, un esthétique, et un ethos, novateurs, et subversifs.
On peut d'ores et déjà tenter de développer ces aspects, que ce soit par l'organisation des événements (parfois rituels) nécessaires, ou par la création de mythes (et de récits) collectifs.
26/05/2013
A présent que j'ai admis le dur constat que ce n'est pas le réformisme qui réalisera le socialisme, pas plus que ce ne sont généralement réellement les parlementaires de gauche qui réalisent des réformes à tendance socialiste (en fait ce sont les mobilisations et les luttes des travailleurs, des citoyens, et des militants, qui contraignent les parlementaires à mettre en place telle ou telle mesure à tendance socialiste), il est bon de faire le point sur les implications de ce constat.
D'une part, qu'est ce qui réalise le socialisme, si ce n'est point le réformisme ?
C'est la transformation sociale, que je définirais comme Castoriadis l'a fait, comme la prise de conscience par la société du caractère institué de son organisation et de ses institutions, et par la volonté mise en application d'auto-instituer une autre forme d'organisation sociale.
Cette auto-institution sociale prend probablement la forme d'une occupation des espaces de vie, des lieux de travail, des lieux de formation, et d'une réorganisation de ces espaces, de ces institutions, par la généralisation de la gestion des travailleurs, des étudiants, des usagers, sur leurs espaces. Ces occupations peuvent aussi se traduire par un arrêt des formes de vie aliénantes, comme le salariat, ce qui se traduit par la grève.
La transformation sociale est donc un processus conscient, réfléchi, mené par des individus autonomes désireux de bâtir une société autonome où la liberté de chacun est la condition de la liberté de tous.
D'autre part, que faire à notre humble niveau de militant ?
L'abandon du réformisme comme moyen fondamental de réalisation du socialisme implique l'abandon de l'électoralisme, compris comme la concurrence entre divers mouvements et composantes de la gauche socialiste (cela ne signifie pas selon moi non plus abandonner le parlementarisme, ou la gestion du pouvoir étatique par la gauche, mais cela relègue ces activités à un rôle inférieure).
Au contraire, si ce n'est pas la lutte électorale qui va réaliser le socialisme, alors c'est aux militants de la gauche socialiste de s'unir pour former un mouvement militant (mouvement social et culturel, transcendant les partis), à même d'organiser et de participer aux mobilisations, et luttes (notamment syndicales) qui traversent la société, et qui sont autant de moments potentiellement charnières où le germe du socialisme et de la transformation sociale réside. A nous de développer et d'accompagner de nouvelles formes de lutte subversives, comme le font les Indignés, les Anonymous, ou bien le collectif Chlorure de sodium.
Ce rassemblement de la gauche socialiste, nous avons déjà quelques outils en cours de développement pour le réaliser :
- Le rapprochement des jeunesses de gauche à Genève (Jeunesse Socialiste Genevoise, Groupe jeunes de SolidaritéS, Jeunes Vert-e-s, Jeunesse Communiste, Jeunesse Unia, Groupe jeunes de l'Organisation Socialiste des travailleurs, Jeunes du Mouvement pour le socialisme) autour d'un projet d'initiative cantonale collectif, et d'une campagne commune sur le salaire minimum (tout cela étant en cours de discussion).
- Le rassemblement de l'aile gauche du Parti Socialiste Suisse (l'Etincelle, la Plate-forme des travailleurs socialistes, le Cercle d'Olten, Pages de gauche, la Jeunesse Socialiste Suisse, et le plus possible de sections possibles du PSS) au sein du Mouvement des idées socialistes, et de son homologue suisse-allemand Linke-Plattform.
- Le rassemblement de la gauche radicale au sein d'une structure commune fédérale, comme la Gauche, ou bien comme cette nouvelle structure que tente de mettre sur pieds Laurent Tettamanti.
- La création d'une coordination pour l'organisation du Comité d'Olten 2018 qui devrait réunir toute la gauche suisse.
« Qu'est ce qu'une société autonome ?
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ».
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer.
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »
« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »
« Aujourd'hui, les individus sont conformes au système et le système aux individus. Pour que la société change, il faut un changement radical dans les intérêts et les attitudes des êtres humains. La passion pour les objets de consommation doit être remplacée par la passion pour les affaires communes. »
Cornelius Castoriadis