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«J’accuse»
Si vous consultez internet aujourd’hui sur l’affaire Dreyfus, vous trouverez partout l’affirmation péremptoire qu’Alfred Dreyfus était innocent du crime dont il fut accusé et que le coupable était un autre. Wikipédia écrit:
Cette affaire est souvent considérée comme le symbole moderne et universel de l’iniquité au nom de la raison d’Etat, et reste l’un des exemples les plus marquants d’une erreur judiciaire difficilement réparée, avec un rôle majeur joué par la presse et l’opinion publique.
Roman Polanski en a fait un film l’an passé, distingué par trois récompenses à la 45e cérémonie des Césars, dont celle du meilleur réalisateur, ce qui n’a pas plu à des Erinyes au talent modeste. Celles-ci n’ont pas craint de s’en prendre à l’excellent Jean Dujardin, qui tient dans le film le rôle du commandant Picquart.
Le titre du film est une citation d’un article d’Emile Zola paru dans L’Aurore, le 13 janvier 1898, accusant le Conseil de guerre d’avoir condamné Dreyfus en sachant que le vrai coupable était Esterhazy. Zola sera reconnu coupable de diffamation et condamné au maximum de la peine, soit un an de prison et 3'000 francs d’amende, peine confirmée en cassation, ce qui incitera le romancier à fuir en Angleterre.
Aujourd’hui, tout le monde croit tout savoir sur l’affaire qui a profondément divisé la France durant plus d’un siècle. Mais, contrairement à ce que professent les historiens de cour, l’affaire est loin d’être résolue. D’abord, Dreyfus a été reconnu coupable lors de deux procès qui ont jugé le fond: en décembre 1894 et en septembre 1899 à Rennes. Puis il a obtenu sa grâce, et un nouvel arrêt de cassation a annulé le jugement de Rennes, sans renvoi.
Depuis ce jour, on a pris l’habitude de se satisfaire de la vulgate enseignée partout, disant que le capitaine Dreyfus n’est pas l’auteur du bordereau, que c’est Esterhazy le vrai coupable, que Picquart a découvert fortuitement la culpabilité d’Esterhazy et qu’il n’a entretenu aucune relation avec les dreyfusards avant janvier 1898.
Or, comme l’observe Monique Delcroix dans sa remarquable et savante étude Dreyfus-Esterhazy, réfutation de la vulgate1, rien de cela n’est acquis. Cette trame correspond à une hypothèse.
L’auteur écrit en conclusion (inachevée): «Nous avons commencé ce travail en n’étant ni dreyfusard ni antidreyfusard. Dans quel état sommes-nous aujourd’hui? Strictement neutre au départ, nous sommes arrivé à un scepticisme généralisé…»
Je recommande vivement la lecture de cette étude.
Claude Paschoud
1 2e édition revue et corrigée, AKRIBEIA 2010.