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Yads, Phoenaes, Aekyads, 1971-1981
L’œuvre de l'artiste libano-italo-américain Douglas Abdell (*1947) se déploie entre la peinture, le dessin, la tapisserie et la sculpture. L’exposition du MAMCO se concentre sur trois séries : les sculptures Yads et Aekyads (des années 1970 à aujourd'hui) et les peintures Phoenaes (des années 1980).
Abdell s'est fait connaître sur la scène artistique new-yorkaise à la fin des années 1970, durant la période qui a vu l'émergence du Street art, des « block-parties » et de la scène hip-hop. Il est devenu un nom très en vogue dans les galeries d'art new-yorkaises (Crispo, Graham, Gallozi-La Placa...), réalisant tout à la fois des sculptures minimalistes, des peintures inspirées des graffitis, ainsi que des « totems » et des collages de cultures urbaines. Son histoire croise celle du néo-expressionnisme et du minimalisme new-yorkais, du mouvement de la Trans-avant-garde tel que défini par Achille Bonito Oliva et des influences culturelles cosmopolites latines et afro-américaines, sans oublier ses racines libanaises et sa grande connaissance de l'histoire et de l'archéologie phéniciennes.
Dans les années 1970, Abdell invente son concept « d'Aekyad » : une série de formes combinatoires et rhizomiques, que l’artiste coule en bronze et patine en noir. Certaines de ses sculptures, réalisées à grande échelle, intègrent les parcs publics et les musées américains. Aujourd’hui encore, l’artiste s’adonne quotidiennement à la conception de nouvelles variations formelles, privilégiant désormais le dessin au crayon et les maquettes.
Si les sculptures Aekyad semblent à première vue abstraites et simples, elles partagent néanmoins une racine commune avec les peintures alphabétiques (ou plutôt anagrammatiques) des Phoenaes qui, en retour, tirent leur forme minimaliste et leur énergie audacieuse des pulsations « heavy metal » des sculptures. Abdell envisage en effet la sculpture comme la matérialisation dans l'espace d'un son ou d'un phonème. D’une certaine manière, les œuvres Aekyad et Phoenaes anticipent les investigations langagière et archéologique que mènera Abdell par la suite, témoignant de sa fascination pour les origines et la réinvention de la langue écrite et parlée dans toute la Méditerranée.
A partir des années 1990, Abdell choisit de quitter New York pour s'installer en Espagne, d'abord à Madrid puis à Malaga, afin d'explorer ses racines méditerranéennes et libanaises. Il y élabore notamment une fiction archéologique, la quatrième guerre punique, dans laquelle il réincarne Hannibal, le commandant carthaginois qui combattit les Romains au IIIe siècle avant J.-C.
En présentant des pièces qui n’avaient pas été montrées depuis 40 ans, l’exposition du MAMCO jettait un nouvel éclairage sur un artiste qui, malgré son choix de s'effacer au fil du temps, n’a cessé de maintenir une pratique artistique en accord avec ses engagements.
- Organisée par Paul Bernard