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Fils d’un militaire de carrière, Pedro Baigorri Velar nait en 1891 à Conception del Uruguay, en Argentine. Il étudie à l’école militaire de Buenos Aires puis voyage en Italie, où il obtient un diplôme d’ingénieur spécialisé en géophysique à l’Université de Milan. Il travaille ensuite dans le domaine de la prospection pétrolière et visite de nombreux pays. Ses activités le mènent à développer des instruments pour détecter les champs électromagnétiques et analyser la composition des sols. L’un d’eux présente des caractéristiques surprenantes :
« En 1926, tout en travaillant en Bolivie en recherche de minéraux et en utilisant un appareil de mon invention, je remarquai quelque chose de curieux. À chaque fois que je connectais le mécanisme et le mettais en marche, la pluie m’empêchait de travailler sur le lieu en question » explique-t-il dans une interview accordée au journal Diario Crítica en 1929.
« Je fus frappé par ce phénomène qui se répétait puis j'estimai que cette pluie pouvait être causée par la congestion d'irradiation électromagnétique dans l'atmosphère produite par ma machine. »
Juan Baigorri Velar devant sa machine à faire pleuvoir [Wikipedia/Archives generales de la Nation (Argentine)]
La « machine à faire pleuvoir » se composait d’une boîte de la taille d'un téléviseur de 14 pouces (35,56 cm), d’une pile électrique, d’une combinaison de métaux radioactifs enrichis par l'ajout de produits chimiques et de deux antennes, l’une négative, l’autre positive. Lesquelles étaient chargées de diriger les émissions électromagnétiques qui provoquaient la congestion de l'air et déclenchaient la pluie.
A noter que Juan Baigorri Velar utilise l’expression « congestion de l’air » pour décrire le processus par lequel les pluies arrivent, ce qui prête à confusion (le terme n’appartient pas au vocabulaire météorologique). Mais il faut laisser le bénéfice du doute, peut-être faisait-il allusion aucontenue dans l’atmosphère...
Dans les années qui suivent, Baigorri se présente dans les bureaux de la société de chemins de fer du « Ferrocarril Central Argentino », afin de faire connaître son appareil et attester de son efficacité.
Les dirigeants lui demandent alors de faire tomber pluie dans la province de Santiago del Estero, où sévit une des plus longues sécheresses de l'histoire du pays. En novembre 1938, l’inventeur se rend avec un représentant de la société, Hugo Miatello, dans la ville de Pinto. Selon ce dernier, lorsque la machine est mise en marche, le vent change de direction et des nuages se forment. Douze heures plus tard, il y a une légère averse.
Un mois après, il développe un appareil plus puissant et se rend dans la capitale de Santiago del Estero. Après 55 heures de fonctionnement, 60 millimètres de pluie sont mesurés sur la station de la capitale. L’exploit lui vaut une grande notoriété à son retour à Buenos Aires.
On l’appelle « le Jupiter moderne » ou « Le Magicien de Villa Luro », partout on l’acclame. Il accorde plusieurs interviews dans les médias nationaux et internationaux. Un ingénieur américain lui propose même d'acheter le brevet. Baigorri refuse en disant : « Je suis Argentin, et je veux que mon invention profite à mon pays ».
Mais le directeur des services météo argentins, Alfredo Galmarini, ne l’entend pas de cette oreille. Il met en doute les résultats de Baigorri et décrit l’invention comme un canular. Nullement impressionné, Baigorri lui répond lors d’une interview accordée le 27 décembre : « En réponse aux critiques à l’encontre de mon invention, j'offrirai une douche à Buenos Aires le 3 janvier 1939. ». Il achète même – pour rire - un parapluie afin de l’offrir au directeur des services météo argentins. Ce qui pousse le conflit à son paroxysme.
Coupure de journal relatant les exploits de Juan Baigorri Velar [Archives generales de la Nation (Argentine)]
Bien la population le supplie de ne pas faire tomber la pluie pendant un jour de vacances, Baigorri enclenche sa machine le 30 décembre. Il annonce qu’il va pleuvoir le 2 ou le 3 janvier et promet de ne pas transformer la ville en rivière sous les orages. Au grand dam d’Alfredo Galmirini, le ciel s’assombrit la nuit du 1er janvier et une averse se produit le lendemain. L’événement fait la une des grands journaux.
Fort de son succès, Baigorri se rend ensuite à Carhué, dans la province Buenos Aires, qui souffre de la sécheresse. Le résultat ne se fait pas attendre, les 7 et 8 février, deux orages font déborder le lac Epecuén, situé à quelques encablures. Une digue est même brisée. Après cet énième exploit, Baigorri arrête ses expériences et revient à son emploi précédent.
Mais son passé le rattrape. En 1951, Raul Mende, le ministre des Affaires techniques lui demande de remettre en service sa machine. Il met ainsi fin à huit années de sécheresse dans la province de San Juan, fait remonter de 35 m le niveau du barrage de San Roque à Cordoba et amène également la pluie à Cordoba en 1953.
Hélas les rapports se dégradent: Mendes demande à Baigorri de révéler le secret de sa machine mais ce dernier refuse, arguant qu’il est le seul à pouvoir la faire fonctionner. On lui interdit alors de l’utiliser, on le jette même en prison.
Par la suite, Baigorri ne fait plus de démonstration et finit par tomber dans l’oubli. Il meurt dans la pauvreté en 1972 et est enterré dans le cimetière de Chacarita, l’un des quartiers de Bunos Aires. Nul ne sait ce qu'est devenue sa machine, considérée de nos jours comme une imposture scientifique.
On raconte que le jour de son enterrement, la pluie est venue lui rendre un dernier hommage...
Philippe Jeanneret