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Les nombreux détracteurs de La Harpe affirmèrent qu’il était un enfant trouvé qui devait son nom à la rue de Paris où on l’avait découvert. Lui-même déclara en 1790, dans une lettre adressée au Mercure de France, qu’il était issu d’une famille noble du canton de Vaud (Suisse), connue depuis le XIVe siècle. Christopher Todd a pu établir que son père, Jean-François de La Harpe, était bien un officier suisse, ancien capitaine d’artillerie tombé dans le dénuement et dont la mort en 1749 plongea les siens dans une profonde misère.
Jean-François de La Harpe fut alors pris en charge par les Sœurs de la Charité de la paroisse Saint-André-des-Arts. Une bourse lui permit d’entrer au collège d’Harcourt. Il y obtint deux années consécutives le prix de rhétorique et se distingua au Concours général où il remporta le premier prix de discours latin en 1756 et 1757 et le premier prix de discours français en 1757. Des vers composés contre certains de ses maîtres d’école lui valurent à retardement, en 1760, quelques semaines d’emprisonnement. En 1764, il épousa la fille d’un cafetier, mais ce mariage ne fut pas heureux et les époux se séparèrent bientôt.
Dès 1759, il publia des Héroïdes dont l’anticléricalisme fut remarqué par Fréron, qui le dénonça, mais aussi par Voltaire, qui accorda sa protection à leur auteur qu’il tenait en haute estime, lui permettant même de corriger ses vers. Celui-ci fit un séjour à Ferney, où il déroba le manuscrit du deuxième chant de la Guerre de Genève qu’il publia en 1767, année où il fut reçu à l’Académie de Rouen.
Cet incident, qui fit un certain bruit, n’arrêta pas l’ascension de La Harpe. En 1771, son Éloge de Fénelon, couronné par l’Académie française, donna lieu à l’intervention de l’archevêque de Paris et du Roi et au rétablissement du visa des docteurs en théologie. L’Académie ressentit durement cet épisode, et La Harpe y manqua plusieurs fois son entrée. Voltaire, loin de lui tenir rigueur de son larcin (mais peut-être avaient-ils manigancé l’affaire ensemble) mit tout son poids pour pousser sa candidature, que repoussaient le maréchal-duc de Richelieu et l’avocat général Séguier, qui allèrent jusqu’à mettre leur démission dans la balance. Mais, Malesherbes s’étant assuré que le Roi ne mettrait pas son veto à cette élection, La Harpe finit par être élu le 13 mai 1776, à trente-sept ans, au fauteuil 21 que le malheureux Colardeau n’avait pas eu le temps d’occuper.
En 1779, La Harpe remporta, sous le voile de l’anonymat, avant d’y renoncer, le prix d’éloquence de l’Académie pour son Éloge de Voltaire. À l’Académie, il abandonna D’Alembert, qui avait pourtant bataillé pour son élection, et se rallia au parti de Buffon, votant pour Bailly contre Condorcet, qui fut élu. Il adopta le parti des piccinistes contre les gluckistes. Enseignant la littérature au Lycée, rédacteur au Mercure de France, La Harpe jouissait alors d’une situation très enviable. Il correspondait régulièrement avec le tsar Paul Ier, qui l’invita plusieurs fois à sa table lorsqu’il visita la France.
La Harpe embrassa passionnément la cause de la Révolution lorsque celle-ci éclata. Il reprit en 1793 la rédaction du Mercure qu’il avait abandonnée, s’occupant de la partie littéraire quand Mallet du Pan était chargé de la partie politique. Malgré, ou à cause de, son zèle pour les idées nouvelles, il fit un séjour de quatre mois à la prison du Luxembourg en 1794.
Ayant occupé sa détention à traduire les psaumes, il en ressortit converti et gagné à des opinions beaucoup plus conservatrices. Il se mit à fréquenter avec ostentation les églises et, dans son cours du Lycée, ne cessa d’attaquer violemment les Encyclopédistes. Ces opinions lui valurent d’être proscrit après le coup d’État du 18 fructidor an V (1797). Il revint en France après le coup d’État du 18 brumaire, fut proscrit de nouveau en 1802 en raison de ses relations avec les milieux royalistes. Il se remaria le 9 août 1797 avec Louise de Hatte de Longuerue âgée de 23 ans, mais cette dernière demanda le divorce au bout de quelques semaines. Il mourut le 11 février 1803, victime de l’épidémie de grippe qui sévissait alors dans la capitale. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Source wikipedia