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swissinfo a vécu la finale de l'Euro 2008 depuis Buenos Aires avec Enzo Trossero, ancien sélectionneur de l'équipe suisse. Détendu et loquace, l'Argentin n'a pas caché sa passion pour le ballon rond à chaque commentaire.
swissinfo: L'Espagne vient de gagner. Comment analysez-vous cette finale?
Enzo Trossero: Je pense que c'est le meilleur qui a gagné. L'Espagne a terminé l'Euro sans défaite. Elle a un jeu très voyant, très «sud-américain». C'est un style qui est dû à l'arrivée d'une grande quantité de Brésiliens et d'Argentins qui ont transformé le football espagnol, très basé sur la force et le physique, en un football plus technique.
On a pu voir des joueurs très à l'aise techniquement. C'est notamment le cas de figures importantes de l'équipe espagnole comme Torres et Xavi qui, à mon avis, ont été les meilleurs joueurs de cette finale.
L'Allemagne a joué un 4-4-2 rude et rustique qui est très efficace dans les corners et les coups francs, mais qui n'avait aucune chance dans cette finale.
swissinfo: Qui ont été les meilleurs joueurs espagnols?
E. T.: J'ai beaucoup aimé Xavi et également Senna, qui a un football qui ne se voit pas beaucoup sur le terrain, mais qui est très simple et très rapide. L'Espagne a une équipe qui ne semblait pas forte au niveau défensif, mais qui a très bien résisté grâce à un excellent Casillas. Je pense que Casillas et Buffon sont les meilleurs gardiens.
swissinfo: Peu de gens pensaient que l'Espagne gagnerait cet Euro et beaucoup critiquaient le sélectionneur Luis Aragones...
E. T.: N'oublions pas qu'Aragones a fait un parcours éblouissant. Il a réussi à ce que l'Espagne soit invaincue pendant une dizaine de matches en ayant un très beau jeu.
Il a perdu en crédibilité et en sympathie en ne sélectionnant pas Raul qui, à mon sens, ne donne pas de rapidité au jeu. Il a préféré des joueurs jeunes, rapides et techniquement très bons.
swissinfo: Que diriez-vous à Aragones qui, après avoir été tant critiqué en Espagne, a annoncé qu'il se retirerait à l'issue de cet Euro?
E. T.: Je crois qu'à 70 ans, il s'en va comme un super-entraîneur, comme un homme qui avait des convictions très claires et qui est certainement beaucoup plus respecté qu'auparavant.
swissinfo: Les favoris pour cet Euro étaient la France, l'Italie, les Pays-Bas et le Portugal...
E. T.: C'est toujours la même chose. Il y a trois ou quatre favoris, parmi lesquels on trouve toujours l'Italie et l'Allemagne. Et puis quelques autres équipes qui apparaissent, comme ce fut le cas en 2004 avec la Grèce et son football très basé sur la défense et le contre.
swissinfo: Qu'est-ce qui s'est passé avec l'Allemagne dans cette finale?
E. T.: Pendant les 20 premières minutes, elle a joué une très bon football en réussissant à faire reculer l'Espagne. Mais très vite, elle a manqué d'idées. Le football allemand est terrible, parce qu'il peut gagner jusqu'à la dernière minute, mais ses attaquants n'ont pas été bons.
A mon avis, le seul qui a tenu son rang a été Ballack, mais il n'a pas connu le succès en raison de la sortie du latéral gauche Lahm qui apportait de la rapidité. Quant à Klose, Kuranyi et Gomez, ils n'étaient pas dans un bon jour.
swissinfo: Ce n'est pas toujours la meilleure équipe qui gagne. Selon vous, quelle a été la meilleure équipe de cet Euro?
E. T.: L'Espagne, sans aucun doute. Mais j'ai beaucoup aimé également le football des Pays-Bas et du Portugal. J'ai également remarqué comment la Russie a changé son jeu. Elle n'est plus une équipe rude. Mais son entraîneur Hiddink aime jouer triangulaire...
swissinfo: Au niveau individuel, quelles ont été les stars? On attendait beaucoup de Cristiano Ronaldo...
E. T.: Très difficile à dire. Je pars du principe que Ronaldo est très bon, mais qu'il n'a jamais brillé au niveau de l'équipe nationale. J'ai beaucoup apprécié Casillas, Xavi, Villa et Ribéry.
Mais je n'ai pas vu de figure qui ressortait véritablement. Par ailleurs, beaucoup d'équipes ont aligné des joueurs âgés, comme la France et l'Italie.
swissinfo: Votre avis sur l'équipe suisse...
E. T.: Depuis l'époque ou je l'entraînais, l'équipe suisse s'est beaucoup améliorée. Mais elle a encore logiquement de la peine à faire jeu égal avec les meilleures du monde.
Toutefois, elle a réussi à se qualifier pour l'Euro 2004 et la Coupe du monde 2006 et elle a plusieurs joueurs qui évoluent à l'étranger.
swissinfo: Les progrès de la Suisse ont pu être observés en 2006 et on espérait qu'elle atteindrait les quarts de finale de l'Euro qu'elle organisait. Finalement, qu'est-ce qui a manqué à l'équipe de Köbi Kuhn?
E. T.: Plusieurs choses qui peuvent manquer lorsque l'on affronte des puissances mondiales. Je crois qu'il va falloir changer quelques joueurs. Certains sont encore bons, mais cela fait déjà beaucoup d'années qu'ils sont dans l'équipe nationale, comme Müller, Yakin et Zuberbühler.
Mais je crois que le travail va avoir des effets. En effet, à mon époque, il n'y avait qu'un seul centre de formation professionnelle alors qu'il y en a maintenant trois.
Interview swissinfo: Norma Dominguez, Buenos Aires
(Traduction de l'espagnol: Olivier Pauchard)
Enzo Trossero
Le défenseur argentin est né en 1953 à Esmeralda, dans la province de Santa Fe.
Il a débuté sa carrière au Sportivo de Belgrano (province de Cordoba).
En Europe, il a joué à Nantes de 1979 à 1985.
Il a été sélectionneur de l'équipe nationale suisse de 2000 à 2001 et dirige actuellement le Al-Shabab d'Arabie saoudite.