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L’or est une valeur refuge et ce n’est pas un secret, les Français font partie de ceux qui, depuis longtemps, font des réserves pour pallier les crises personnelles ou économiques. Lorsque l’Europe entre en conflit en 1914, des États comme la France possèdent un stock important de métal précieux et ils l’utilisent pour financer la guerre. Il faut armer les soldats, les ravitailler et poursuivre les échanges avec le monde. Il faut aussi emprunter, de plus en plus, pour lutter contre la puissance ennemie. Vous ne le saviez peut-être pas, mais l’or versé par le peuple français durant la Première Guerre mondiale joua un certain rôle dans l’affrontement et il le marqua plus que ne l’aurait souhaité son gouvernement. Nous vous proposons de revenir sur cet épisode de l’Histoire et sur ses conséquences.
L’appel aux Français d’Alexandre Ribot
La guerre coûte cher. Si, en 1914, la France détient près du quart de tout l’or du monde, les réserves s’épuisent rapidement et chaque bataille les vide un peu plus. Dès 1915, la situation devient inquiétante et Alexandre Ribot, le ministre des Finances, décide d’agir. Il sait que les Français possèdent de l’or (Louis d’or, Napoléon, etc.) et il veut en profiter. « Pour la France, versez votre or », c’est donc ainsi que l’état en appelle au civisme de son peuple en juillet de la même année. Des affiches sont collées partout dans le pays pour expliquer l’importance du métal jaune dans le conflit. Cet or détenu par les Français était, disaient-elles, nécessaire à la victoire. Même les soldats sont appelés à participer. La campagne reprend des symboles patriotiques et elle est accompagnée de l’assurance que l’État remboursera la somme versée. La propagande fonctionne et plus de 1 000 tonnes d’or sont données à la Banque de France en quatre ans, soit 2,4 milliards de francs.
La circulation de l’or durant la Première Guerre mondiale
Que devient l’or versé par le peuple français ? Il traverse le monde. Une partie servira à financer les entreprises qui participent à la défense nationale : les usines qui fournissent l’armée et l’agriculture, notamment. Cependant, la majorité ira dans les caisses d’autres États afin de regagner leur confiance pour poursuivre les échanges commerciaux nécessaires à la victoire et, surtout, garantir ses emprunts, le réel nerf de la guerre. Avant le début du conflit, la France possédait près de 3 000 tonnes d’or, en 1919 et malgré les dons de ses citoyens, elle n’en détient plus que 1 000. Les États-Unis, par contre, ont doublé leurs réserves dans l’affaire.
Un effort de guerre plus coûteux que prévu
Rappelez-vous : le gouvernement avait assuré que les généreux donateurs seraient remboursés et que l’or offert serait remis en circulation dans le pays afin d’éviter l’inflation. On avait même promis aux soldats qu’on leur rendrait leur don en billets à leur retour. Malheureusement, tous ont vite déchanté. Malgré la grande réactivité de la Banque de France, le franc est dévalué et les moyens de paiement de substitution sont nécessaires. Dans les zones occupées, on se règle en timbres, et dans tout le pays, les municipalités émettent leur propre « monnaie », depuis des bons en métal jusqu’à la fabrication de billets. Immoralité de l’histoire, ceux qui avaient préféré garder leur or sous leur matelas s’en sortent à merveille et ne souffrent pas de l’inflation que subissent les patriotes. L’entre-deux-guerres aura donc un goût bien amer pour beaucoup qui estimèrent que les Allemands étaient responsables de leurs maux.
Il est évident que l’or versé par le peuple durant la Première Guerre mondiale a été utile. Cependant, il a moins marqué l’Histoire par la beauté de cet élan patriotique que par la déception des Français devant la défection de son gouvernement. Inflation, nouveaux impôts, abandon de l’or comme moyen de paiement, perte de leur réserve refuge… c’est un peuple déçu, appauvri et amer qui célèbre la victoire.