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Cet élégant pont routier de 1893 a été construit par la compagnie des Chemins de fer de l'Est en ville de Troyes et enjambe les sept voies de la gare.
Cet ouvrage qui représente en réalité une masse de 435 tonnes a été réalisé par MM. Hachette fils et Driout, de Saint Dizier, auxquels nous rendons hommage !
Il comporte une chaussée de 9 m de large, encadrée par deux troittoirs de 6 m chacun et est dimensionné pour le passage de chariots de seize tonnes.
Comme souvent à cette époque, cet ouvrage a remplacé une construction précédente enjambant un plus petit nombre de voies.
Du point de vue de son architecture, le pont se distingue par une forme en portique à poutres de faible hauteur.
Ceci est dû aux contraintes des constructions environnantes que l'on voulait conserver à leur niveau actuel.
La construction en portique se caractérise par des piles intermédiaires qui permettent des portées plus courtes, et donc des poutres plus minces à rigidité égale.
Le pavage d'origine était en bois.
Des ouvrages similaires avaient été établis à Paris et Nancy et ont fait l'objet d'une publication dans la Revue Générale des Chemins de Fer en décembre 1893.
Les quatre poutres principales s'appuient chacune sur deux piles métalliques qui elles mêmes reposent sur des tourillons qui permettent une déformation de la structure sous l'effort et les variations thermiques. L'ouvrage repose aussi sur deux culées de pierre aux extrémités, intégrées dans les murs de soutènement de la tranchée qui mène en gare de Troyes depuis Mulhouse.
Une grande quantité d'entretoises assurent la rigidité latérale des poutres et du tablier lors des surcharges dues au traffic routier.
La très faible section du tablier est donnée par la forme particulière des piles qui permettait de diviser presque par deux le nombre de travées par rapport à la construction classique pour l'époque, à savoir l'utilisation de colonnes de fonte.
L'intrados, donc l'aile horizontale basse des poutres, est astucieusement raccordé aux ailes des piles également en H par des arrondis épousant le gabarit ferroviaire et permet d'obtenir la rigidité voulue : c'était le high-tech de cette fin de XIXème siècle...
A cette époque où les laminoirs ne pouvaient pas encore produire de poutres importantes en H d'un seul tenant, la forme des poutres et leur épaisseur étaient réalisées par empilage et assemblage par cornières rivetées.
Ce sont ainsi pas moins de 100'000 rivets qui réunissent les différentes pièces de la structure, bouterollés un par un...
Les poutres et les entretoises sont en acier forgé, mais les rivets en fer comme il se doit pour permettre leur assemblage.
Le pont Voltaire aujourd'hui
En 1967, ce pont tenait un petit mais remarquable rôle au cinéma dans le film Le Pacha avec l'inoubliable Jean Gabin.
Mais tout se ligue actuellement contre lui.
Au niveau supérieur, les semi-remorques qui ont remplacé les chariots sont interdits de passage, ce qui crée une gêne importante.
Au coeur du pont, l'acier se corrode au point que les autobus ont aussi dû être interdits sur cet axe qui mène pourtant à Sainte Savine...
Et sous le pont, l'un des derniers grands bastions de la traction thermique est en passe d'être perdu pour cause d'électrification.
Le gabarit étant insuffisant pour la caténaire, ce fier témoin de l'ingénierie française du XIXème va disparaitre sous les coups de boutoir de la modernité.
Pour lui rendre hommage, le voici sous la forme d'un modèle Apogée Vapeur!