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Le Tribunal militaire 7 a acquitté les deux guides de montagne qui accompagnaient les recrues décédées dans le massif de la Jungfrau en juillet 2007. Le procureur n'a pas convaincu avec la thèse selon laquelle les deux hommes ont commis une grave erreur d'interprétation du risque d'avalanche.Ce contenu a été publié le 20 novembre 2009 - 19:14
Les deux guides ont certes pris une décision «objectivement fausse», a déclaré le président de la cour militaire, Felix Egli, vendredi à Coire. Mais, en choisissant la voie directe vers le sommet de la Jungfrau au lieu de la voie normale, les deux hommes ne «pouvaient pas voir le danger» d'avalanche.
C'est en montant sur une pente atteignant parfois 45 degrés que les deux premières cordées de 3 jeunes militaires chacune ont chuté dans le vide. La cour a retenu la thèse, écartée dans l'acte d'accusation, de l'accident de cordée – un déséquilibre entraînant une chute – et non de l'avalanche, que l'accusateur décrivait comme prévisible et donc évitable.
«Incompréhension possible»
Les deux guides n'ont donc pas violé les prescriptions de service et ne sont pas coupables d'homicide par négligence, selon la cour. Les juges ont même balayé tous les arguments de l'auditeur (procureur) Markus Eckert. Celui-ci avait réclamé une peine de 9 mois avec sursis et une amende de 1500 francs pour les deux hommes.
Les deux guides recevront des dédommagements de 75'000 (pour le guide civil fribourgeois) et de 90'000 francs (pour le guide, officier professionnel, de Nidwald). La différence de montant s'explique par un changement d'avocat pour le deuxième prévenu. Les coûts de procédure sont à charge de la justice.
«Ce montant va peut-être amener à des malentendus», a admis l'avocat Franz Müller. Le défenseur a aussi tenu à dire qu'il comprenait la douleur des familles, effondrées après le verdict d'acquittement. «Mais il s'agit d'un procès pénal», a-t-il ajouté.
Colère et larmes
Si les deux guides ont quitté précipitamment les lieux sans donner d'interview, les proches, qui étaient une vingtaine dans la salle, avaient de la peine à parler au sortir de la salle d'audience. Beaucoup d'entre eux pleuraient. Un père a quitté la salle en colère dès l'énoncé du verdict.
Le médiateur de la Confédération Peter Lyoth, qui a suivi les familles depuis le drame avec un aumônier et un pasteur, ne pouvait lui non plus cacher son émotion. «Chacun réagit de façon individuelle. Venir à Coire a été une épreuve pour beaucoup, mais aussi une partie du travail de deuil.»
Les proches ont besoin d'une pause, ajoute-t-il. Quant au procureur, il s'est dit «surpris et déçu». Il ne sait pas encore s'il fera recours, «mais j'y réfléchis».
Acte d'accusation démonté point par point
Aucun de ses arguments n'a en effet été retenu par les juges. Pour étayer sa thèse de la décision erronée prise par les guides face au risque d'avalanche, il avait expliqué que les prévenus auraient dû savoir que l'avalanche déclenchée le jour précédent et la neige fraîche accumulée le jour même rendaient l'ascension trop risquée.
Selon l'auditeur, «les deux prévenus sont des cracks dans leur domaine et ils ont une expérience immense. Il est d'autant plus incompréhensible qu'ils n'aient pas procédé à une analyse sérieuse de la situation.»
L'accusateur s'est dit persuadé que le groupe, formé de «jeunes passionnés et ambitieux» avançait sous pression du temps et de la performance. «Il ne restait que 200 mètres jusqu'au sommet, l'affaire d'une demi-heure», a rappelé Maurus Eckert.
Mais durant la semaine, dans un climat de plus en plus lourd, cette interprétation avait déjà subi des coups de boutoir de plus en plus nombreux. Les témoins, d'abord, avaient défendu la décision des guides et la thèse de la chute par déséquilibre, en lieu et place de l'avalanche.
Pas de montagne sans risque
De plus, ont aussi estimé les juges, donnant raison à la défense, il n'est pas erroné, pour des guides professionnels, de ne pas suivre aveuglément la liste officielle de conseils («Attention avalanches») qui sert de base notamment aux amateurs de randonnée.
«Ce n'est pas un impératif catégorique pour des guides professionnels», a déclaré le président. Ceux-ci doivent, selon la cour, pouvoir analyser eux-mêmes l'extrême complexité d'un risque lié à la neige. Or, entre risque «marqué minus» et «limité plus», la marge de manœuvre est celle du risque résiduel de toute activité.
Comme à l'intention des familles, l'avocat Franz Müller avait conclu sa plaidoirie en affirmant que «tous les accidents n'ont pas un responsable.»
L'autre avocat, Till Gontersweiler, avait, de son côté, démontré la difficulté de l'exercice pénal dans le cas des avalanches: «Une étude montre que, sur 158 accidents mortels, dont 47 ont fait l'objet d'une enquête pénale, seuls 3 ont amené à un procès.
Les guides de montagne, eux, se sont dits soulagés. «C'est un soulagement pour tous les sports de plein air, a déclaré leur président Urs Wellauer. Mais cela ne va pas nous empêcher de réfléchir à ce que nous pourrons améliorer.»
«J'ai aussi déjà perdu des proches en montagne, explique le président. Je sais ce que c'est. Nous sommes, à l'association, profondément touchés et nous sommes de tout cœur avec les parents. Cela dit, la vie se compose de risques, partout, en plaine ou en montagne. On ne pourra jamais aller en montagne sans qu'il y ait des risques...
Ariane Gigon, Coire, swissinfo.ch
LES FAITS
Le 12 juillet 2007, six militaires membres du Groupe des spécialistes de montagne 1 de l'armée suisse (Gr spéc mont 1) dévissaient à 200 mètres du sommet de la Jungfrau (4158 mètres), à 9h50 du matin. Le groupe se composait de quatre cordées à trois recrues, qui devaient finir leur formation la semaine suivante.
Deux guides, un civil et un militaire, avançaient entre les quatre cordées.
Jugeant la neige soufflée accumulée sur la route normale à partir de l'endroit nommé selle du Rottal, les jeunes et leurs instructeurs avaient opté pour la route directe vers le sommet, escarpée, à certains endroits, à 45°.
Les six premiers jeunes, âgés de 20 à 23 ans et tous Romands, sont tombés et ont chuté plus de 1000 mètres en contrebas, tués sur le coup.
Les guides et les six derniers soldats, ont également chuté, sur environ 30 mètres, mais le long de leurs traces et ont pu s'arrêter sur la selle du Rottal, impuissant à venir en aide à leurs camarades.
LE PROCES
Andermatt étant de la compétence du Tribunal militaire 7 situé à Coire, c'est là que s'est ouvert le procès, le lundi 16 novembre. L'auditeur de l'armée (procureur) accuse les deux guides d'homicide par négligence commis à de réitérées reprises et d'inobservation par négligence des prescriptions de service.
Selon lui, les deux hommes, un guide de 47 ans résidant dans le canton de Fribourg et un guide officier de métier de 34 ans, auraient pu et dû reconnaître le risque d'avalanche et ordonner de faire demi-tour.
Il a exigé pour les deux hommes une peine de 9 mois avec sursis et 1500 francs d'amende.
Les deux avocats ont en revanche plaidé pour l'acquittement.
Selon eux, rien n'étaye la thèse selon laquelle le danger d'avalanche était évident.
Ils démontrent au contraire que ce n'est pas une avalanche qui a fait chuter les soldats, mais une coulée de neige, due à un rare phénomène de couche neigeuse intermédiaire (entre l'ancienne neige et la neige fraîche) instable, qui a déséquilibré les hommes situés en tête de cordée. Leur chute a ensuite entraîné les autres.
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