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En réponse à l’exigence de Susan Leigh Star d’étudier les «choses [apparemment] ennuyeuses» et les aspects quotidiens d’infrastructures, ce projet de recherche offre une réflexion sur la notion d’«infrastructures secondaires»: considérées ici comme l’infrastructure permettant la réalisation de l’infrastructure primaire. L’interconnexion des centrales hydro-électriques dans les Hautes-Alpes suisses est pour cela prise comme exemple de l’extension de ce qu’Anna Lowenhaupt Tsing définit comme région frontalière des ressources dans les Alpes suisses.
L’ouvrage de la Grande Dixence dans le canton du Valais est le principal cas de cette étude. Considéré comme le plus haut du monde lors de sa réalisation en 1962, ce barrage-poids a été construit en réponse à la demande croissante d’électricité durant les décennies d’après-guerre. Le caractère isolé des ouvrages et la nécessité de concentrer la construction lors des mois d’été sont à l’origine de la construction d’habitations provisoires pour les ouvriers à proximité immédiate des chantiers.
Dans un contraste saisissant avec les structures fixes et massives de l’infrastructure primaire, la construction et la démolition de cette infrastructure secondaire ont laissé un nouveau territoire particulièrement instable et dynamique. Celui-ci s’est progressivement étendu dans toutes les vallées alpines en s’appuyant sur l’indépendance géographique de ses différents éléments.
Deux de ces éléments sont analysés plus précisément: tout d’abord la main-d’œuvre répartie en main-d’œuvre locale et en travailleurs immigrés; d’autre part, l’utilisation de baraques préfabriquées pour l’hébergement de ces personnes. Une focalisation sur ces deux aspects permet une lecture actualisée du processus de construction du barrage-poids et des conditions de travail qui y régnaient. Ensemble avec une nouvelle définition des notions d’«infrastructure» et de «territoire», cette focalisation permet de considérer le paysage comme une archive et l’étude des restes de ces constructions comme un acte de mémoire. Elles revendiquent d’appartenir aux voix étouffées et permettent une nouvelle lecture de ce paysage alpin.
Dissertation
Superviseur
Prof. Dr. h.c. Günther Vogt (ETH Zurich; D-ARCH; LUS)
Co-superviseur
Prof. Dr.-Ing. Silke Langenberg (ETH Zurich; D-ARCH; IDB), 2. Professor
Durée du projet
2020 – 2023
Cette recherche fait partie du projet de recherche Industrialisation dans les Alpes : paysage, architecture, art et travail, financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS).