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Critique
"Enfin! Il arrive sur les écrans romands, alors qu'il a cassé la baraque l'an dernier en Suisse alémanique et ailleurs, ramassant des prix à tout va (Ours de bronze à Berlin, festivals de San Sebastian, Montréal, Rome, Soleure... et faisant partie des dix premiers candidats à l'Oscar du meilleur film étranger. Il en faut, du temps, pour sortir une version française à laquelle on préférera la version originale.
VITUS est une nouvelle réussite de Fredi M. Murer, 66 ans (HÖHENFEUER - L'ÂME SŒUR). La rédaction du scénario avait commencé en 2000; après moult vicissitudes, la production a pu démarrer, grâce à la découverte des ""oiseaux rares"", les deux garçons (Fabrizio Borsani, particulièrement craquant, et Teo Gheorghiu, pianiste-prodige qui a déjà remporté des prix internationaux) interprétant le rôle-titre aux âges de 6 et 12 ans).
On découvre une famille zurichoise dans le vent: le père (Urs Jucker) est ingénieur dans une fabrique de prothèses auditives, Phonax (!), et invente un modèle révolutionnaire qui lui vaut une promotion fulgurante; la mère (Julika Jenkins), venue d'Angleterre, travaille à temps partiel; le fils, Vitus (Fabrizio Borsani), est une sorte d'extraterrestre, petit surdoué bilingue qui a l'ouïe d'une chauve-souris, qui progresse au piano à pas de géant et qui lit le dictionnaire au jardin d'enfants tandis que ses copains jouent à la pâte à modeler... Les parents, ambitieux, ont déjà échafaudé tout un plan de carrière et lui font rencontrer une pianiste renommée qui dispense ses classes de maître au compte-gouttes - mais Vitus refuse de se produire car il n'en a pas envie.
Il faut dire que le garçonnet n'aime rien tant que d'aller bricoler dans la menuiserie de son grand-père (Bruno Ganz, magnifique de retenue et de tendresse) qui, enfant, rêvait d'être pilote et transmet le virus à son petit-fils. Celui-ci, à la longue saturé par la pression mise sur lui (c'est désormais Teo Gheorghiu qui intervient), décide de faire le grand saut, au propre comme au figuré: une nuit d'orage, il sort sur le balcon de son immeuble, revêt la panoplie de chauve-souris de son enfance et se jette dans le vide. Par miracle, rien de cassé, mais commotion cérébrale et séquelles catastrophiques pour les parents: passage du Q.I. de 180 à 120, virtuosité pianistique anéantie... On ne racontera pas la suite, afin de ne pas déflorer cette jolie fable sur le désir de vivre sa vraie vie.
Compte tenu du contexte musical du film, on pourrait parler de l'art de la fugue. Et VITUS n'est d'ailleurs pas sans rappeler LES PETITES FUGUES, avec ses envols, ses émois tendres, ses moments poétiques (oh! le grand-père et son petit-fils larguant des lettres d'amour attachées à des ballons). On pense aussi à BIG, à son côté conte de fées. Réalisation classique et soignée, avec un happy end cousu sur mesure pour l'Oscar, distribution judicieuse: ne boudons pas notre plaisir."
Daniel Grivel