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La sclérose en plaques attaque la gaine isolante des nerfs
Les chercheurs ont étudié les effets d’un régime hypocalorique sur des symptômes comparables à la SEP chez des souris.1 Ces anomalies se caractérisent, comme la sclérose en plaques, par une réaction immunitaire agressive qui attaque la gaine de myéline. Cette couche isolante qui entoure les nerfs est endommagée et les influx nerveux ne peuvent plus être transmis correctement. Il en résulte divers symptômes tels que paralysies, problèmes de vision, douleurs, ou encore épuisement ou dépression.
Adaptations du système immunitaire avec un régime hypocalorique
Les apports énergétiques ont été réduits de moitié pendant trois jours sur trois semaines pour reproduire les effets du jeûne. Pour des raisons que l’on n’explique pas encore tout à fait, ce régime a eu un effet positif sur le système immunitaire des souris. Celles-ci ont moins souffert d’inflammations, ont produit davantage de myéline, et les dégradations de la couche de myéline ont ainsi diminué.2
Les effets ont-ils été confirmés chez des patients atteints de sclérose en plaques?
Certains des effets observés sur les souris ont été confirmés dans une petite étude menée sur des patients atteints de SEP. Cette étude a montré qu’un tel régime hypocalorique n’avait pas d’effets négatifs sur les participants et qu’elle réduisait, effectivement, certains symptômes de la SEP. Des études portant sur un plus grand nombre de participants seraient toutefois nécessaires pour tirer des conclusions définitives. Si vous envisagez d’adopter ce régime, parlez-en d’abord à votre médecin.
Commentaire de l’expert
Avec le jeûne thérapeutique, les chercheurs de l’Université de Californie du Sud abordent une possibilité de traitement qui est très discutée actuellement. L’effet du jeûne est étudié dans le traitement du cancer, la prévention et le traitement des démences et dans de nombreuses autres maladies. Le jeûne est à la mode et peut augmenter le bien-être. Il est logique que l’on revienne à davantage de renoncement dans notre société de la surabondance. Mais quels sont les bénéfices réels et les risques possibles du jeûne pour les patients atteints de SEP?
Il est évident que les résultats des premières études sur les souris ne sont pas directement transposables à l’homme. L’étude pilote menée pendant six mois sur 60 patients souffrant de SEP n’en est que plus intéressante. Outre la fréquence des poussées et la gravité de la maladie, cette étude a examiné l’effet du jeûne sur la qualité de vie, un aspect très important des maladies chroniques. Or la qualité de vie des patients qui jeûnaient (jeûne de 7 jours suivi de 6 mois de régime méditerranéen) ou suivaient un régime cétogène (alimentation très pauvre en glucides) était meilleure que celle des personnes qui se nourrissaient de la manière habituelle, l’effet du jeûne étant plus prononcé que celui du régime cétogène.
Ces résultats sont prometteurs et font entrevoir aux patients atteints de SEP une possibilité d’agir pour améliorer leur qualité de vie et peut-être même l’évolution de leur maladie. Toutefois, il est important de rester critiques sur la question du jeûne, qui ne peut être recommandé indifféremment à tous les patients atteints de SEP. D’une part, l’étude a été menée sur un petit nombre de personnes; d’autre part, tous les patients ne se ressemblent pas. La prudence s’impose vis-à-vis du jeûne, en particulier en cas de troubles de la déglutition ou de perte de poids et d’insuffisance pondérale. On notera également que l’étude pilote a été menée sur une durée de 6 mois, or la SEP est une maladie chronique qui dure toute la vie. L’étude ne donne aucune information sur les effets à plus long terme du jeûne régulier, par exemple sur la courbe de poids ou sur les performances. Quiconque envisage de recourir au jeûne thérapeutique doit en discuter avec son médecin traitant et avec une diététicienne spécialisée afin d’en définir la durée et les modalités exactes.
Pour finir, il faut réfléchir au fait que le jeûne et le régime cétogène ne sont pas sans conséquences sur l’organisation des journées, et donc sur la qualité de vie aussi. Par exemple, on ne peut plus partager de bons repas en agréable compagnie qu’à certains moments précis, et il faut calculer précisément ce que l’on mange. C’est une complication supplémentaire que tous les patients ne gèreront pas facilement et qui peut considérablement dégrader la qualité de vie de certains. Un autre moyen d’agir sur la qualité de vie et la santé par la nutrition, plus facile à appliquer et à intégrer dans la vie quotidienne, serait par exemple le régime anti-inflammatoire d’Adam.3 Ce régime varié, comportant de nombreux aliments d’origine végétale et une quantité correcte de lipides, vise à se faire plaisir et ne comporte pas d’interdictions strictes.
Il faut donc chercher une alimentation qui convienne à chaque individu, qui influe de façon optimale sur la santé physique et la qualité de vie sans avoir de répercussions négatives ni entraîner un isolement social, afin que l’on puisse maintenir longtemps ce régime sans déplaisir.
Maja Dorfschmid, BSc | Nutritionniste ASDD