Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06863.jsonl.gz/568

La tradition raconte qu'au 13e siècle, le héros Soundjata Keïta, créateur mythique de l'empire du Mali, rassembla les clans mandinka et établit alors avec force de loi l'organisation de la société mandingue selon une répartition qui s'est ensuite perpétuée jusqu'au 20e siècle.
A côtés des hommes libres (horon) et des esclaves, on y distingue les nyamakala, les "artisans du nyama", la force vitale, occulte et potentiellement dangereuse de la matière qu'ils travaillent.
A cet égard, les jeliw sont les artisans de la parole, tout comme les forgerons sont ceux du métal. Leur maîtrise du verbe - matière chargée de nyama - leur interdit tout échange matrimonial hors du groupe. Entremetteurs privilégiés de la société mandingue traditionnelle, on fait appel à eux quand il faut prendre la parole en public ou pour régler n'importe quel différend au sein de la communauté.
Le joueur de kora Toumani Diabaté, du Mali. [Attila Kisbenedek - AFP]On ne peut leur tenir rigueur des mots qu'ils sont susceptibles d'utiliser, dans la mesure où ceux-ci sont au service de la société.
Pour porter le verbe et le rendre plus fluide, les jeliw ont alors recours à certains instruments spécifiques: le tambour d'aisselle tama, le xylophone bala (ou balafon), le luth jeli koni et les harpes à chevalet bolon (à 3 ou 4 cordes graves) et kora (à 21 cordes).
Dans la société traditionnelle, ils sont restés longtemps les seuls à les utiliser: tout non-griot qui en aurait joué aurait couru le risque d'être rejeté par les siens.
>> A voir, le documentaire sur le deuxième album de Toumani Diabaté: "The Mande Variations" (anglais):