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La réflexion sur le groupe en formation est devenue capitale, dans un monde contemporain où le modèle économique et la mondialisation des communications demandent une mise en réseau des savoirs. L’individu doit alors être capable de conduire des travaux en équipe ou en groupe. Dans le monde éducatif, l’accompagnement des processus de formation en groupe ainsi que la connaissance des dynamiques de groupe sont au centre des préoccupations du formateur.
Cet article se penche sur la thématique du changement social, en présentant les travaux du psychologue Kurt Lewin. D’origine allemande, ce dernier effectue un doctorat en psychologie à l’université de Berlin. Il émigre dans les années 30 aux Etats-Unis en raison de la montée du nazisme.
Considéré comme le père fondateur de la psychologie sociale, il transpose la “ théorie des champs” issue de la physique à l’étude des groupes et des conduites sociales. Pour expliquer les conduites des individus, il cherche à démontrer une causalité dynamique qui explique un fait par d’autres faits simultanés et organisés selon des rapports de force. Etudier la dynamique de groupe permet alors d’expliquer les champs de force à l’intérieur de groupes sociaux.
Selon l’auteur, le groupe peut être défini comme un “environnement constituant un champ social dynamique dont les principaux éléments sont les sous-groupes, les membres, les canaux de communication, les barrières” (Lewin, 1943). Dans cette perspective, un groupe n’est pas juste l’addition de ses membres, mais une totalité dynamique résultant des interactions entre les individus, des conflits de forces ainsi que des phénomènes d’attraction et de répulsion.
Lewin aborde la question du changement de comportement des individus en tentant d’en montrer le caractère dynamique. En 1943, une étude est commandée par le gouvernement américain dans l’objectif de favoriser la consommation d’abats dans les ménages. En effet, dans un contexte de restrictions alimentaires durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement souhaite inciter la population américaine à consommer des abats malgré les réticences premières des citoyens. Kurt Lewin élabore un dispositif expérimental de recherche afin de comprendre ce qui influence les membres d’un groupe à changer leurs habitudes.
Il invite alors 85 femmes à participer à l’expérience. Il se centre sur des ménagères, considérées comme des facteurs d’influence des conduites alimentaires des foyers américains. Dans la première expérience, des femmes sont conviées à des conférences classiques portant sur la valeur nutritive des abats et des recettes possibles. Dans le second cas, des débats en petits groupes sont animés par un animateur expérimenté. L’interaction entre les femmes est recherchée. Au terme de cette discussion collective, il est demandé aux femmes de lever la main pour manifester si elles envisagent de cuisiner des abats dans le futur.
En interviewant les participantes une semaine après l’expérience, il constate alors que le groupe a une influence nettement plus importante sur les changements de comportements que les messages diffusés par un représentant de la communauté scientifique lors des conférences. Dans la première forme expérimentale, une augmentation de seulement 3% de la consommation de bas morceaux est relevée. Quant à la deuxième stratégie, les chercheurs notent une augmentation de la consommation de plus de 30%.
Ainsi, la discussion en groupe pousse à l’engagement des sujets en leur donnant le sentiment d’être concernés par le sujet traité. De plus, le fait d’annoncer publiquement son engagement à adopter un comportement est un réel moteur, l’acte décisionnel tend à “geler” et maintenir un comportement, ce que Lewin nomme “l’effet de gel”. Le chercheur démontre alors que “ même de très fortes convictions peuvent ne pas suffire à modifier l’action d’une personne en regard de ses habitudes alimentaires. La motivation ne conduit à l’action que si elle est promue au niveau des souhaits et des sentiments au niveau de la décision” (Lewin, 1943). Cette illustre expérience ainsi que ses résultats ont inspiré les pratiques d’associations comme les alcooliques anonymes ou encore de nombreux clubs de vente à domicile.
Dans le processus de changement social, le chercheur divulguera que les forces opposées (constituant une résistance au changement) ne modifient pas l’équilibre, mais entraînent une augmentation de la tension dans le groupe. Ainsi, peut-on envisager le changement en réduisant ces tensions internes. Dans son modèle du changement, trois étapes clés se succèdent: Unfreezing (décristalliser), Moving (déplacer) et Freezing (cristalliser).
- La décristallisation correspond à l’abandon d’anciens comportements et habitudes qui “doit conduire à diminuer la résistance au changement et mener à la rupture de l’équilibre existant, en créant une crise dans le groupe qui permet la modification des attitudes” (Alexandre-Bailly, Bourgeois, Gruère, Raulet-Croset & Roland-Levy, 2004).
- La seconde étape est un déplacement vers un autre niveau d’équilibre, fonction de la définition d’un nouvel objectif.
- Finalement, la cristallisation consiste à renforcer le nouvel équilibre atteint, en instaurant de nouvelles règles ou relations entre les acteurs par exemple.
Ces trois phases du changement s’appliquent à la fois à des groupes restreints, mais également à plus grande échelle, lors de l’analyse des changements organisationnels. L’apprentissage et le changement sont étroitement liés. Pour Lewin, le processus “rééducatif” qui peut être assimilé au processus de formation doit être envisagé comme un changement de culture. C’est ce changement de culture qui débouchera sur des changements comportementaux chez l’individu. Car comme l’évoque Magali Crochard (2007): “ entrer en formation, c’est prendre le risque de changer : de pratiques, de représentations, de comportements.”
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Consultez notre article sur le groupe en formation ici : La dynamique de groupe
Anaïs Burkhardt
Responsable de projet
Bachelor en Sciences de l’éducation – Unige
Candidate au Master en Formation des Adultes – Unige
Références
Crochard, 2007, L’alternance à l’université: rapport au savoir vs rapport au travail, Education Permanente.
Alexandre-Bailly, Bourgeois, Gruère, Raulet-Croset & Roland-Levy, 2004, Comportements humains et management, Les cahiers psychologie politique.
Lewin, 1943, The relative effectiveness of a lecture method and a method of group decision for changing food habits, Committee on Food Habits, National Research Council. Washington, D. C.