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"Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
(...)"
Pour peu qu'on ne soit pas anglophone, maniant le "you" avec désinvolture, la question du tutoiement ou du vouvoiement se pose, tôt ou tard.
Petite, j'ai appris une première règle, qui semblait très simple : "tu pour les enfants, vous pour les adultes hors du cercle familial". Ce résumé des conventions sociales m'a été fort utile, merci Maman, jusqu'au jour où je suis devenue moi-même une "grande" personne (bon, "grande", je l'ai été dès mon 12e anniversaire... mettons donc "adulte", ce que je me refuse toujours à être complétement....).
Et là, les choses se sont singulièrement "compliquées".
Mon copain de bac à sable, bien qu'il soit maintenant président directeur général d'une entreprise très sérieuse et qu'il porte la cravate comme d'autres respirent, à savoir sans y penser, je lui dis toujours "salut mon pote", même si je demande très poliment à sa secrétaire de me passer "Monsieur Duschmolle".
Ma prof de première maternelle, je continue de lui adresser des phrases en "vous" lorsque je la croise dans la rue, lui sachant gré de faire semblant de ne plus se souvenir du jour où j'ai fait pipi aux culottes parce que je ne trouvais plus le chemin menant aux toilettes. Et elle de me dire, "alors, comment vas-tu ?"
A chaque nouveau job, j'ai commencé par dire "vous" à tout le monde, le "tu" venant petit à petit s'y substituer, parfois en raison d'affinités personnelles, parfois en raison de l'habitude générale de la boîte, prônant un (à mon sens) hypocrite "on est une bande de copains, on se tutoie tous, hein", ce "tu" ne parvenant toutefois pas à effacer les différences hiérarchiques et/ou salariales, notamment sur la place de parc, où l'apprenti part généralement à pied ou en vélomoteur et le directeur dans une grosse cylindrée...
Bref, un "tu" peut signifier aussi bien "je me sens proche de toi et je t'apprécie" que "bon, ben puisqu'on est obligé de bosser ensemble 40 heures par semaine, autant qu'on arrête de se mettre du madame - monsieur". Un "vous" peut être un moyen de mettre à distance parce que, finalement, "on n'a pas gardé les cochons ensemble".
Mais ce "vous", pour en revenir à la règle de mon enfance, il peut très bien résulter d'autre chose que la seule différence d'âge "enfant - adulte" : il peut s'imposer en raison du respect qu'on ressent pour une personne, de l'admiration qu'on éprouve pour son caractère, pour sa détermination, pour son savoir, pour sa sagesse. Ainsi, mon professeur de français, M. Jean-Pierre Monnier, jamais il ne m'aurait été possible de le tutoyer. Parce que j'ai eu une admiration profonde pour cet enseignant, pour cet homme et si aujourd'hui, j'ai un peu le goût des mots et de leur musique, c'est en particulier grâce à lui.
Ainsi, si j'ai été ravie d'avoir été accueillie par un tutoiement, Anne, ne m'en voulez pas si je ne puis imaginer vous rendre la pareille, même si je "devrais" puisque j'apprécie tellement ce poème de Prévert, qui dit tu à tous ceux qu'il aime.