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Le peuple des moutons
Pourquoi les Suisses votent presque

Lisez la quatrième de couverture.
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De 1952 à 1957, j'ai effectué mes cinq premières années de scolarité dans un merveilleux petit collège situé sur les hauteurs de la ville du Locle. C'est là, à l'école des Monts, que j'ai appris à lire et à écrire. C'est là aussi que j'ai découvert la camaraderie, le partage et la solidarité.
Je suis issu d'une famille très unie de sept enfants. Mon père, ouvrier dans une fabrique de médailles, avait un salaire modeste qu'il consacrait entièrement à l'entretien de sa famille. Chaque mois, il remettait à ma mère son enveloppe de paie (en ce temps-là, les comptes bancaires n'existaient pas), sans même l'ouvrir. Il disait qu'il n'avait pas besoin d'argent de poche car il ne sortait jamais, sinon le vendredi soir pour la répétition de la fanfare de la Croix-Bleue, au sein de laquelle il était premier bugle.
Ma mère, elle, travaillait 15 à 18 heures par jour. Outre ses tâches ménagères, elle pratiquait la couture (elle avait un diplôme de l'école de couture de La Chaux-de-Fonds) et faisait un peu de travail à domicile pour une usine de la ville. Elle m'a dit une fois qu'elle avait fait la lessive tous les jours pendant plus de vingt ans, avec les moyens rudimentaires qui existaient dans les années quarante et cinquante. Pour elle, comme pour beaucoup d'autres femmes, la plus belle invention du vingtième siècle fut la machine à laver.
Nous vivions heureux dans une maison du quartier des Monts. La maison était
vieille, ne possédait aucune commodité, mais elle était
entourée d'un grand terrain dans lequel nous pouvions nous ébattre
et surtout cultiver mille mètres carrés de jardin potager dont
les légumes (pommes-de-terre, poireaux, carottes, choux) nous permettaient
de passer l'hiver en
mangeant à notre faim.
Nous n'avions pas grand-chose sur le plan matériel. Mais nous pouvions compter sur l'affection de nos parents et l'amitié sans faille des enfants et adolescents du quartier. Nous n'avions ni voiture, ni télévision, ni même un vélo ou un ballon de football. Mais nous avions beaucoup mieux: une nature avec laquelle nous vivions en symbiose et des copains qui nous prêtaient avec gentillesse tout ce qu'ils possédaient.
C'est cet environnement qui a marqué ma vie, qui a forgé mes convictions chrétiennes, sociales, syndicales, écologistes et pacifistes.
A l'école des Monts, nous commencions souvent la journée en interprétant des chants patriotiques. Je me souviens très bien de l'un d'entre eux intitulé "Chant des Suisses". Il commençait par ces paroles: "Le peuple des bergers ". C'est en souvenir des paroles de cet hymne, qui ont été complètement dévoyées par l'UDC, les mouvements populistes et l'argent, que j'ai intitulé mon livre: "Le peuple des moutons".
Chant des Suisses
(musique de Gustave Doret, parole de René Morax)
Le peuple des bergers
Est libre sur sa terre
Le péril l'a forgé
Pour la paix, pour la guerre
Nul ne peut le soumettre
Par l'épée ou par l'or
Il n'a pas d'autre maître
Que son Dieu juste et fort
Le peuple des moutons
(musique du même compositeur, paroles de Rémy Cosandey)
Le peuple des moutons
Est esclave sur sa terre
Il est un vagabond
Dans une Suisse très prospère
Pays de millionnaires
Elle vit sur un tas d'or
Elle n'a pas d'autres maîtres
Que son franc juste et fort