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Une semaine avec Scott Weber, Directeur d'Interpeace: Vendredi - Répondre aux principaux défis liés à la consolidation de la paix
Durant toute une semaine, Scott Weber, Directeur d'Interpeace, répond à nos questions et nous parle de son parcours, de son organisation, de ses priorités, des défis auxquels lui-même et ses collaborateurs doivent faire face, de leur travail sur le terrain ainsi que de leurs réalisations.
Comment faire en sorte qu'une paix négociée soit durable et ne capote pas après quelques années? Comment garantir un financement adéquat à un processus de paix qui peut prendre, parfois, des années? Faut-il donner priorité à la paix ou à la justice suite à un conflit? Aujourd'hui, Scott Weber nous parle des principaux défis liés à la consolidation de la paix et de l'approche d'Interpeace pour les relever.
Quels sont selon vous les trois principaux défis liés à la consolidation de la paix aujourd'hui?
L'une des principales difficultés, c'est que le monde croit encore que vous ne faites la paix qu'avec vos amis. C'est un leurre, et cela explique pourquoi plusieurs processus de paix capotent après quelques années. Le processus de paix doit être inclusif, ce qui signifie impliquer toutes les parties, y compris les saboteurs.
Le mode de financement des efforts de paix est une autre difficulté. L'accent est mis de manière excessive sur la partie matérielle, visible et coûteuse de la reconstruction suite à un conflit, à savoir les forces de maintien de la paix, le développement des infrastructures, le renforcement des capacités institutionnelles, ou la formation dans le secteur de la sécurité. Ces domaines peuvent être importants, mais l'accent n'est pas suffisamment mis sur le volet immatériel qui rend la paix durable : la confiance entre les groupes et entre la population et les autorités, l'amélioration des relations inter-ethniques, la gestion des griefs historiques, etc. On peut dépenser des millions pour reconstruire un pays et le voir s'effondrer encore une fois quelques années plus tard, rendant nul tout cet investissement. Comme le montrent les récents exemples du Sud-Soudan et de la République Centrafricaine, ce sont les éléments intangibles qui font toute la différence. La confiance est au cœur du défi de la consolidation de la paix. Et il faut plusieurs années pour bâtir une paix durable. Alors, ce que nous devons faire, c'est calibrer nos mécanismes de financement afin de refléter ce que nous avons appris sur les besoins en matière de consolidation de la paix. Nous avons besoin de mécanismes de financement flexibles et sur le long-terme qui favorisent les acteurs locaux et qui mettent l'accent autant sur les points chauds actuels que sur les situations oubliées ou de pré-conflit. Etant donné que la plupart des conflits actuels ont leurs racines dans des embrasements ou dans des processus d'édification de l'Etat mal gérés, le fait de se concentrer sur une meilleure assistance suite au conflit mais aussi sur un développement inclusif et une bonne gouvernance pourrait s'avérer un moyen efficace de prévenir des conflits futurs. Nous devons également impliquer le secteur des affaires dans le travail avec les gouvernements et la société civile pour trouver de nouveaux modèles capables de soutenir les efforts en vue de stabiliser les sociétés sur le long-terme.
Le manque d'attention accordé à la jeunesse est un autre obstacle. Nous n'avons pas trouvé de systèmes de gouvernance qui donne aux jeunes un sentiment d'appartenir à la société. Les jeunes sont les premières victimes et auteurs de violences. Et pourtant, ils ne participent pas aux négociations et les dirigeants ne les écoutent pas vraiment. A notre sens, les jeunes ont un rôle essentiel à jouer dans la consolidation d'un avenir pacifique pour eux-mêmes et leurs sociétés. Mais pour cela, nous devons les impliquer en tant que véritables partenaires.
Quelle est la position d'Interpeace sur les tensions qui peuvent émerger entre, d'une part, la justice et, de l'autre, la consolidation de la paix?
Nous ne remettons pas en question l'importance de la justice dans une paix durable. Cependant, par prudence, nous apportons une nuance quant à la question du quand et du comment. La plupart d'entre nous souhaitent vivre dans une société où la justice est une composante du fondement de la paix, où règne l'état de droit et une culture de la justice. Mais comment passer d'une société fragile et blessée à une société basée sur l'état de droit est, selon nous, une question que chaque pays doit définir de manière individuelle. L'aide extérieure est essentielle pour accompagner les pays dans leur lutte pour gérer les injustices passées et bâtir des nouvelles bases pour l'avenir.
Notre contribution à ce processus consiste à aider à s'assurer que chemin choisi n'a pas été décidé uniquement par les parties au conflit mais inclut également les victimes. C'est la raison pour laquelle nous soutenons souvent les processus de dialogue à l'échelle nationale comme point de départ pour s'assurer qu'autant de voix possibles soient entendues et puissent définir les étapes à franchir par le pays vers la paix et la justice.