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En
mai 1936, victoire électorale du Front populaire français. En Espagne,
une coalition de gauche gouverne depuis peu. Elle est combattue dès
juillet par le coup d’Etat du général Franco.
Et en Suisse ? La crise économique et la politique déflationniste se
prolongent. Depuis quelques mois le parti socialiste, toujours dans
l’opposition, mais décidé à entrer au Conseil fédéral, a un nouveau
programme, rejette la notion de dictature du prolétariat et dispose
d’un «Plan du travail» inspiré par les idées du socialiste belge Henri
de Man.
Durant l’été 36, l’Union syndicale suisse et diverses associations
économiques se concertent pour proposer un projet de relance économique
anti-déflationniste. A la suite de la dévaluation du franc suisse le 27
septembre, ce projet, modifié, devient le «Mouvement des lignes
directrices pour la reconstruction économique et la sécurité de la
démocratie». Il devait être, et fut partiellement, un rassemblement des
forces progressistes allant au-delà du mouvement ouvrier. Il s’agit, en
fait, d’un pas décisif vers l’intégration de la gauche démocratique à
la direction des affaires publiques. En juillet 1937, une convention
collective instaure la «paix du travail» dans la métallurgie.
Citons encore sur le plan culturel, la fondation en Suisse romande, au
printemps 1936, de la Guilde du livre grâce à Hans Oprecht et E.-Paul
Graber avec l’appui de Théo Chopard (socialistes), des Imprimeries
populaires et des syndicats. On connaît son succès pendant des années,
mais on oublie souvent la part du mouvement ouvrier dans son lancement.
L’intégration du mouvement ouvrier dans la conduite du pays est dès
lors toujours plus importante, même si cela semble déplaire à certains
nostalgiques.