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D'ailleurs, cette année, le mois de novembre semble avoir de l'avance sur le calendrier : Junior sait déjà ce qu'il aimerait pour Noël. Ce qui se traduit presque chaque semaine par une demande qui me laisse généralement pantoise, genre "Maman, j'aimerais un iPod pour Noël, t'es d'accord ?", "Maman, elle a trop de chance, Lilou, elle a un iPad, j'en voudrais aussi un, tu crois que Oma, elle serait d'accord de m'acheter ça ?", "en fait, un iPod touch, ça serait mieux, pour pouvoir faire des jeux", "tu sais quoi, j'ai bien réfléchi, finalement, j'aimerais mieux un iPhone, c'est beaucoup plus cool, tu penses que je peux mettre ça sur ma liste de cadeaux ?"
A sa décharge, s'il a compris que ses bonbons préférés coûtent un peu plus de deux francs au supermarché du coin, s'il sait que sortir la poubelle le dimanche lui rapporte cinquante centimes, il ne sait pas, du moins je crois, combien coûte une bande dessinée, encore moins quel est le prix d'un téléphone portable. Il est donc tout à fait logique qu'il ne mesure pas le prix de ces trucs "technologiques" qui le font rêver en ce moment et dont je ne suis pas toujours certaine qu'il sache à quoi ils servent réellement.
N'empêche, ça m'angoisse quand même. Bon, ok, "angoisser" est probablement un peu fort mais mon sentiment va dans cette direction : comment vais-je faire, moi, pour savoir à quel âge accepter que Junior surfe sur le net tout seul, à quel âge vais-je finir par accéder à son désir et lui offrir un téléphone portable, à quel âge un enfant peut-il disposer d'un ordinateur dans sa chambre (et non plus utiliser celui de la famille, qui se trouve au salon) ? Quand résister, malgré l'insistance de la demande et quand "craquer", quitte à faire un cadeau super collectif, à deux grands-mères, une marraine, un parrain et tout le reste de la famille ?
J'ai horreur du raisonnement monomaniaque "moi, j'avais pas tout ça quand j'étais petit(e), y a pas de raison pour que mon gosse ait ces machins, il n'aura qu'à s'offrir tous ces trucs quand il sera en âge de se les payer, avec son salaire".
C'est vrai, je n'avais pas tout ce matériel et l'objet "technologique" le plus complexe que mes parents ont possédé durant des années était... une machine à écrire IBM à boule ! Pour moi, écouter de la musique rimait avec tourne-disque et téléphoner avec un truc avec lequel la moindre conversation personnelle et privée était impossible puisqu'il était composé en particulier d'un fil relié à la prise du salon et, partant, avec des oreilles parentales à proximité...
C'est vrai que même si j'ai grandi - heureuse - sans tout ce bazar, je m'y suis adaptée quand il a surgi sur le marché, avec une grande différence avec les enfants d'aujourd'hui : personne n'avait ces choses et pour cause, elles n'existaient pas, du moins pas dans les ménages privés.
N'empêche : même si je n'ai pas envie de tomber dans le discours "c'est pas nécessaire pour être heureux", je n'ai pas envie pour autant de me transformer en pourvoyeuse de matériel de geek ou d'exaucer toute demande, du moins pas avant... avant quoi d'ailleurs ?
Que le besoin existe réellement ? Que l'enfant soit capable de se servir de l'objet de façon réfléchie et utile ? Que tous ces copains aient aussi la chose en question ?
En regardant autour de moi, j'ai trouvé à peu près tout et son contraire : des parents qui refusent le téléphone portable jusqu'aux seize ans de l'ado, des parents qui munissent leur rejeton d'un tel appareil dès ses dix ans, des parents qui n'ont eux-mêmes pas d'ordinateur à la maison et d'autres qui en possèdent cinq et pour qui il n'existe pas de raison d'interdire l'accès au net à Bambin dès l'instant où il sait se servir d'un clavier et d'une souris ! Certains mômes ont reçu leur premier lecteur mp3 à huit ans tandis que d'autres rêvent de voir leur père délaisser le sien pour pouvoir l'utiliser en cachette lors de leur voyage de baccalauréat.
Quand Junior est né, je me doutais bien que tôt ou tard, je serais confrontée à "je peux avoir de l'argent de poche ?" et à "dis, Maman, comment on fait les bébés ?" mais dans ces deux domaines, j'avais des repères : reprendre ce que j'avais connu parce que j'ai trouvé la solution de mes parents acceptable et plutôt bonne ou, au contraire, faire autrement parce que j'ai jugé, avec du recul, leur attitude "mauvaise". Mais là, en matière de "matériel high-tech", je suis larguée : Junior ne voudra jamais posséder une machine à écrire, fût-elle à boule !
Vous aurez donc déjà deviné la question avec laquelle je termine (presque) tous mes billets : et vous, comment avez-vous fait, comment faites-vous pour vous positionner dans ce domaine avec vos enfants, respectivement vos adolescents ?