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De "Metropolis" à "Terminator", de "Matrix" à "WarGames", en passant par "2001, lʹOdyssée de lʹespace", "Ex-machina", "Blade Runner", "I, Robot" et bien dʹautres, les robots et leur intelligence artificielle fascinent, effraient, exaltent les scientifiques et les cinéastes. Pierre Vandergheynst, spécialiste de la question et professeur à l’EPFL en génie électronique et électrique, dirige des recherches consacrées à l'IA, ou "apprentissage automatique".
Selon le professeur Vandergheynst, un thème est récurrent dans les films de science-fiction: la machine qui dépasse son créateur et devient supérieure aux êtres humains. "Le sujet est parfois à la limite de la philosophie comme dans 'Her', où la machine devient consciente et décide de quitter son créateur pour une relation avec une autre machine", explique le professeur.
>> À voir, la bande-annonce de "Her", de Spike Jonze (2014):
Des scénarios catastrophe pour l’humanité
Dans de nombreux films comme "I, Robot", adapté du roman d’Isaac Azimov, ou "Intelligence Artificielle" de Steven Spielberg, les robots deviennent si intelligents qu’ils prennent le pouvoir sur les êtres humains. Une idée que Pierre Vandergheynst a du mal à se représenter. "La déshumanisation de la technologie me fait peur, parce que les humains doivent contrôler la technologie, c’est une ligne éthique infranchissable. Est-ce que cela veut dire que si nous créons des artefacts de plus en plus compliqués, ils se passeront de notre permission? À l’heure actuelle, nous en sommes très loin."
Nous ne pouvons pas encore répondre à la question 'aura-t-on un jour les capacités de créer une intelligence artificielle supérieure à l’homme dans sa faculté de raisonnement?'. À mon avis, le danger est plutôt là: nous risquons de nous aliéner nous-mêmes avec nos propres outils.
L’intelligence artificielle et la mort
Autre exemple intéressant, celui de l’ordinateur de bord HAL dans "2001, l’Odyssée de l’espace" de Stanley Kubrick: la machine développe une conscience et une peur de sa propre mort. Pour y échapper, elle prend le contrôle de la capsule et devient une meurtrière.
Pour le professeur Vandergheynst, l’intelligence des machines et leur apprentissage n’ont rien à voir avec l’expérience humaine: "On établit un jeu de données et de décisions, on le montre à la machine, et la machine apprend à répliquer ces décisions de manière mimétique. Ce qui manque à l’heure actuelle – et c’est crucial pour répliquer les expériences de ces films – c’est la capacité de la machine à dépasser ce cadre d'apprentissage pour ensuite décider d’apprendre autre chose."
Dans ces films, l’intelligence artificielle quitte le cadre de l’apprentissage mimétique pour un système qui fait ses propres expériences et se pose des questions pour lesquelles il n’a pas été conçu.
Une conscience désincarnée
Pierre Vandergheynst estime que "dans les films plus anciens comme 'Metropolis' et 'Terminator', l’intelligence artificielle est incarnée dans un corps de robot, très anthropomorphe. Dans les films plus récents, la conscience est souvent désincarnée du corps. Par exemple dans 'Matrix', il y a des robots, mais l’intelligence qui les gouverne est collective. Elle n’a pas vraiment de corps, mais les robots font néanmoins preuve de conscience. Par conséquent, l’idée du film est que la conscience est purement issue de l’intelligence, mais sans corps. Pourtant, il y a tout un courant philosophique et neuroscientifique qui pense le contraire: l’intelligence doit être incarnée, parce qu'on apprend aussi via nos sens."
>> À voir, la bande-annonce de "I, Robot", d'Alex Proyas (2004):
Des interrogations sur l’éthique
Les histoires racontées par le cinéma peuvent-elles tout de même nous apprendre quelque chose sur l’intelligence artificielle? Oui, selon le professeur. "L’éthique naît souvent de ces réflexions artistiques. Le cinéma nous montre des possibles. À l’avenir, il est important que l’intelligence artificielle ne disparaisse pas. Nous devons apprendre à vivre avec ces créations technologiques et en tirer le meilleur parti, pour que nous vivions mieux sans qu’elles nous remplacent pour autant."
Propos recueillis par Rafael Wolf
Adaptation web: Myriam Semaani