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Alors que Mini ne cite pas toujours le même garçon en réponse à la question "avec qui es-tu ami", Junior, lui, ne varie pas d'un iota depuis bien des années, invitant les mêmes enfants à chacun de ses anniversaires, quand bien même l'un n'est plus dans sa classe depuis bientôt cinq ans et que l'autre a déménagé dans le village voisin.
Seront-ils pour autant encore liés à l'âge adulte, je ne le sais pas. Je sais en revanche que l'amitié fait couler beaucoup d'encre, parfois probablement aussi beaucoup de larmes, cristallisant encore davantage d'attentes; preuve en est, si besoin était, la profusion de proverbes et citations à son sujet.
Tenez, il y a le fameux "si vous connaissez un ami qui ne vous accepte pas tel que vous êtes, c'est qu'il n'est pas votre ami". Paradoxalement, si j'attends de mes (rares) amis qu'ils m'acceptent, avec mes qualités et avec mes défauts, c'est également d'eux que j'attends un signe lorsque je fais fausse route, lorsque je suis "à côté de la plaque". Que mes ennemis ne soient pas francs avec moi est une chose, que mes amis ne le soient pas ne serait pas concevable pour moi.
Il paraîtrait que "il est bon de traiter l'amitié comme les vins et de se méfier des mélanges" : à mon avis, c'est faux puisque justement, les amis sont (aussi) l'expression de nos différentes facettes, de nos divers intérêts, de notre propre multiplicité. Toutefois, force est d'admettre - et tout le monde ou presque l'a vécu un jour - la "sauce" ne prend pas forcément lorsqu'on réunit, au détour d'un anniversaire ou d'un mariage, tous ses amis.
J'ai également lu l'affirmation selon laquelle "nulle véritable amitié ne peut être détruite, sinon c'est qu'elle ne fut jamais commencée" : est-ce à dire que ce n'est qu'au crépuscule de sa vie qu'on peut affirmer qu'une personne a été une "amie" ? Ne peut-on donc pas concevoir qu'un ami soit aussi celui d'une tranche de vie, d'une période de l'existence ?
Le célèbre "les amis de mes amis sont mes amis" m'est étranger : je ne comprends pas cet automatisme mais dois admettre que lorsqu'une personne entre en contact avec moi en me disant "je suis une amie de Sandrine", mon esprit est immédiatement en alerte parce que, justement, je suis très proche de Sandrine. En revanche, il m'est arrivé par la suite de parfois secouer la tête en me demandant "mais qu'est-ce qu'elle peut bien trouver à cette personne ?"
Je me retrouve en revanche dans le "bonne amitié vaut mieux que parenté", mes amis m'étant bien plus précieux que ma tante et mon oncle, que je n'ai plus revus depuis maintenant bientôt quinze ans parce que justement, j'ai choisi mes amis, pas ma famille. Lorsque je vais mal, il ne me viendrait jamais à l'esprit de chercher conseil auprès de ma famille : seuls mes amis me viennent alors à l'esprit.
La question qui fait toujours débat est classique et ne manque jamais de faire s'échauffer les esprits : un homme et une femme peuvent-ils être amis ? Nietzsche aurait affirmé que "des femmes peuvent très bien lier amitié avec un homme ; mais pour la maintenir - il y faut peut-être le concours d'une petite antipathie physique", ce qui me fait sourire parce que justement, les hommes pour lesquels je ressens de l'amitié, je les trouve aussi très beaux. Mais qui dit beauté, ne dit pas forcément attirance. Et quand bien même : est-on obligé d'y succomber ?
Paradoxalement, je passe beaucoup plus de temps, pour des raisons professionnelles, avec des connaissances qu'avec mes amis alors que j'aurais souhaité que l'inverse soit vrai. C'est probablement pour cette raison que j'ai parfois la nostalgie de mon emploi précédent, dans le cadre duquel je me suis fait quelques amies, qui me manquent beaucoup et que je ne vois plus assez souvent à mon goût en raison de mon changement d'emploi.
Finalement, lorsqu'on quitte le domaine des citations, parfois très "emporte-pièce" (la chanson peut être plus "fine", je trouve), il se pose malgré tout mille et une questions : qu'est-ce qui distingue exactement le copain de l'ami ? Que ferait-on (ou justement, ne ferait-on pas) pour un ami ? Pourquoi, avec certains, on ne franchit jamais le pas de dire "c'est un ami", quand bien même on partage beaucoup de choses, on se connaît depuis des lustres, alors qu'avec d'autres personnes, le lien est intense, fort, très vite.
Toutes les amitiés, que ce soient les tiennes, lectrice, lecteur, ou les miennes, ont-t-elle un ingrédient commun ? Les intérêts partagés ? Probablement : à défaut de partager tous les mêmes "hobbies", il y a des connivences en matière de goût, d'inclinaison.
Le respect ? Pour moi, indubitablement mais franchement, ça veut dire quoi, exactement, le "respect" ? Là non plus, je ne saurais donner une réponse mais je crois qu'en définitive, il n'est pas forcément utile de s'interroger sur une chose qui est précieuse parce que, justement, elle se vit dans le quotidien, parfois au-delà de la logique et des questionnements, et qui, pour moi, est essentielle : à l'heure où nombreux sont les gens qui confondent popularité sur facebook et amitié, j'ai juste envie de dire "merci d'être là" à ceux et celles qui sont mes amis, depuis que je suis en culottes courtes ou depuis que mes premiers cheveux gris sont apparus.
Alors, pour vous, "ami", ça signifie quoi ?