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Ce sont les Anglais qui sont à l’origine de cette race sympathique d’où son nom d’«English springer». To «spring» veut dire bondir. Nous avons donc affaire à un chien bondissant. Il progresse par bonds un peu comme le guépard.
Le Britannique John Caius le décrit dans son livre Treatise of English Dogs publié en 1576. C’est le premier auteur à faire l’inventaire des diverses races britanniques et leur utilisation. En 1801, Sydenham Edwards précise, lui, dans son Cynographia Britannica que l’on observe deux types d’épagneuls, le «springer» et le cocker. Cocker vient de «cock» diminutif de «woodcock», la bécasse. C’était donc un chien conçu pour chasser la mordorée.
Un chien doté d’une solide personnalité, très à l’aise au bois et qui fouille chaque pouce de terrain.
Plusieurs races d’épagneuls apparaissent au cours du XIXe siècle. Elles portent souvent le nom de la région d’origine. On trouve alors deux grands types de chiens «springers», l’épagneul du Norfolk et l’épagneul du Shropshire. Les deux races sont regroupées dans les années 1850 sous le nom d’épagneul de Norfolk.
En janvier 1899, le Spaniel Club of England et la Sporting Spaniel Society mettent pour la première fois leurs standards en commun. Deux ans plus tard, en 1902, les standards physiques du Spaniel Club of England et les aptitudes décrites par le Sporting Spaniel Society conduisent à la reconnaissance officielle de l’English springer spaniel (Springer anglais) par l’English Kennel Club, puis par l’American Kennel Club en 1910.
Le springer anglais est un chien de taille moyenne, assez compact. Sa robe ondule pour former quelques mèches sur les pattes et la queue. Il est bien proportionné, et équilibré, avec une expression amicale et une queue qu’il agite frénétiquement. Il existe deux lignées différentes, la première avec des chiens de chasse et la seconde avec des chiens d’exposition, mais elles sont enregistrées ensemble. Ces lignées sont génétiquement différentes depuis au moins 70 ans.
Chasse en Ulster, Irlande du Nord. Rapport d’une bécasse à la lisière d’une grande forêt de sapins. Les springers fouillent chaque pouce de terrain à grande vitesse. Il faut suivre…
Les chiens de chasse ont des poils plus courts que ceux destinés aux expositions, et ils ont des oreilles moins pendantes. On les sélectionne sur leur flair et leur aptitude à la chasse et non sur leur esthétique.
Le springer est proche du cocker anglais. Il est toutefois plus volumineux, les oreilles sont un peu plus courtes, la fourrure est moins fournie et le museau un peu plus long.
C’est un chien très sociable, que ce soit avec les autres chiens ou avec l’homme (enfants, adulte, bébé). Attention quand même à ne pas le déranger quand il mange, car il n’aime pas cela et un coup de dent peut vite arriver.
Il s’appelait Ubu
J’ai eu un springer pendant des années. Il répondait – en principe – au nom d’Ubu. C’était un chien affectueux, joueur, ardent à la chasse. Comme le héros d’Alfred Jarry, il avait des lubies. Il détestait les lustres et pouvait passer de longs moments assis dans le salon à regarder les facettes de verre.
Puis, il bondissait sur place en tentant désespérément d’en happer une. Impossible d’échapper à ce rituel.
En situation, c’était un bon chien qui fouillait le terrain avec entrain. Au contact du gibier, l’allure se modifiait. La queue vibrait si rapidement qu’elle devenait floue, puis les oreilles se redressaient comme celles des éléphants quand ils sont sur le qui-vive. Au contact du gibier, il marquait imperceptiblement un temps d’arrêt avant de «bourrer». Dire qu’il était parfaitement dans la main serait exagéré. Il fallait suivre. Comme à l’époque je pratiquais la course à pied, c’était un bon entraînement. Ubu est mort tragiquement. Un jour où nous chassions avec un petit groupe d’amis, mon springer leva un lièvre. Il courut derrière. Le chien et l’oreillard passèrent à une vingtaine de mètres d’une chasseresse. Elle avait le sang chaud. Son premier coup souleva la terre entre le chien et le capucin. Le second coucha mon cher Ubu. Transporté chez le vétérinaire, il mourut dans les heures qui suivirent. Ce sont des moments affreux que l’on n’oublie pas… à vrai dire, on les oublie d’autant moins que la dame, après l’accident, avait refusé de transporter le chien dans sa voiture «pour ne pas la salir»…
Bécassier
Notre springer s’avère excellent pour chasser la bécasse. Pas un buisson, pas une touffe de fougères ou d’ajoncs qui ne soit systématiquement fouillée. Les guides irlandais l’utilisent souvent quand ils prospectent les grandes forêts de résineux. Ils en mettent deux ou trois en action et en avant la musique! Là encore, il faut suivre. Le terrain n’est pas commode. On se casse la figure dans des trous, on s’enlise dans des «mouilles», on dérape, on souffle, on crache, mais il ne faut pas ralentir si on ne veut pas voir au loin fuser la bécasse au-dessus des sapins. L’autre particularité du springer local, outre qu’il sent fort, c’est parfois d’avoir la dent dure et même très dure. Lui ôter la bécasse de la gueule n’est pas facile. On a beau lui souffler dans le nez et lui pincer l’oreille, rien n’y fait. Quand l’oiseau sort enfin de l’étau, il est en bouillie. Cela dit, il y a aussi des springers plus aimables et qui rapportent l’oiseau intact, il ne faut pas généraliser.
A la maison, le chien peut avoir quelques TOCS (voir plus haut), mais il est généralement calme, doux et affectueux. Il faut se garder de trop le nourrir et le promener régulièrement, car comme son nom l’indique, le springer aime bondir. Si vous ne le sortez pas, il bondira bientôt dans toutes les pièces, ce qui n’est bon ni pour le chien, ni pour le mobilier.
Il a l’avantage sur le cocker de ne pas avoir de grandes oreilles laineuses, ce qui vous évitera de passer des heures à les peigner.
Il n’y a que deux couleurs reconnues: marron (ou foie) et blanc, ou noir et blanc avec d’éventuelles marques de feu.
Chien à tout faire ou presque, excellent aussi bien sur la plume que sur le poil (lapin en particulier), le springer réjouit le chasseur rustique.
Texte et photos Eric Joly