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Il existe de curieuses théories spiritualistes, assez différentes de ce dont je me suis nourri. Il est dit, dans certains milieux, que les âmes pures et nobles vibreraient selon de hautes fréquences, contrairement aux âmes viles, qui vibreraient sur des basses fréquences.
Cela me paraît plutôt matérialiste: je ne pense pas que les âmes vibrent, en fait, plutôt le corps vibre lorsque l'âme est éveillée. La vie de l'âme n'est pas, en soi, la vie du corps, et il n'est pas légitime, à mes yeux, de la ramener à des fréquences ondulatoires – au fond de nature physique. Au reste, Rudolf Steiner dénonçait, déjà, ce genre de confusion.
Le plus singulier, si on veut vraiment regarder les choses sous cet angle (qui peut pour ainsi dire servir de métaphore), est que l'homme équilibré a forcément une fréquence moyenne, normale, et pas du tout une haute ni bien sûr une basse fréquence. Pourquoi rechercher de hautes fréquences – qui sont évidemment des effets de l'exaltation, de la passion – sans harmonie avec les fréquences modestes de la nature environnante, terrestre – végétale et minérale notamment? Et surtout, quel lien avec les dieux, dans ces hautes fréquences? Les dieux ne sont-ils pas aussi dans l'harmonie, dans la normalité, l'équilibre? En tout cas, n'est-ce pas le sens de l'Incarnation de Jésus-Christ, que Dieu s'est en lui placé dans une fréquence moyenne, normale, équilibrée, humaine?
Médiocrité dorée, disait le grand poète Horace! Il l'entendait dans un bon sens. Les vrais dieux sont dans la paix de l'âme. Lorsque l'âme est excessivement enflammée, elle s'enroule sur elle-même, se referme sur son propre brasier, se coupe de la divinité réelle. C'est pourquoi très souvent les mystiques ne recherchent pas les êtres du monde spirituel, plutôt les guides passionnés, mais incarnés. Ils ne s'efforcent pas tant de dialoguer avec les anges que de rencontrer les êtres humains qui leur donnent l'impression d'être des anges, parce qu'ils ont un corps électromagnétique – plutôt qu'une âme – vibrant sur de hautes fréquences. Et ce qui les fait rêver n'est pas tant ces anges que les maîtres ascensionnés – dont parlaient René Guénon et Gustav Meyrink, deux écrivains également assez mystiques.
Et que je ne déteste pas, mais ils réduisaient trop les êtres spirituels à ces hommes dits ascensionnés. Or, je crois que les plus nobles anges ne se placent pas dans les âmes qui ont monté, mais dans celles qui, comme le disait Horace, ont entretenu en elles l'harmonie, la paix, la sérénité, l'équilibre – et qui sont parfaitement humaines, en cela, comme Jésus-Christ l'était.
Ces âmes sont entre le Ciel et la Terre, vivent pleinement leur vie terrestre, avec toutes les valeurs morales qu'elle implique, et en même temps élèvent le regard vers le Ciel, les Anges – sans chercher à se confondre avec eux, ou même à les supplanter. L'amour d'un merveilleux qui cristallise les anges n'est pas celui du fantastique qui grandit la stature humaine sans raison valable. La sagesse chrétienne le rappelle, même si c'est parfois avec raideur.