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La Bible est généralement comprise comme un recueil de textes qui révèlent qui est Dieu. Mais il arrive que ces textes donnent l’impression que Dieu est incompréhensible.
Des expériences d’un Dieu incompréhensible
La Bible nous fait part d’expérience de croyants confrontés au caractère incompréhensible de Dieu. C’est ce qui arrive par exemple à Élie le prophète qui attend Dieu dans le tremblement de terre ou le feu. Pourtant ce dernier va se révéler dans le bruissement d’un souffle ténu (1 R 19,12). C’est bien sûr ce qui arrive à Job qui ne comprend pas ce que Dieu fait de sa vie (par ex. Jb 10,18a). C’est ce que le livre des Proverbes (Pr 20,24) récapitule ainsi: C’est YHWH qui dirige les pas de l’homme, comment l’homme comprendrait-il le chemin ?
Des expériences d’un Dieu illogique
La Bible peut aussi nous rapporter des épisodes où Dieu semble agir contre toute logique humaine. Par exemple, en Ex 4,24 où Dieu cherche à faire mourir Moïse alors qu’il vient juste de l’envoyer en mission auprès du Pharaon. Ou encore en 1 S 16,14 où Dieu envoie un esprit mauvais pour tourmenter Saül. Mais cela concerne aussi le Nouveau Testament qui nous raconte à maintes reprises combien Jésus pouvait susciter incompréhension de ses contemporains, par exemple en allant manger avec des gens peu recommandables (Mth 9,11). On peut aussi évoquer l’épisode mystérieux où Jésus maudit un figuier stérile alors que ce n’était pas la saison des figues (Marc 11, 12-22)
Dieu créateur d’harmonie ?
Dans les deux cas, l’incompréhension repose sur une vision de Dieu très répandue dans le Moyen Orient ancien. Et par les textes bibliques, cette vision est souvent encore la nôtre aujourd’hui. A savoir un Dieu créateur dont l’œuvre est régie par une harmonie ordonnée. Celui qui se conforme à cette harmonie divine s’en trouve immédiatement récompensé. Au contraire les malheurs s’expliquent par le fait que l’homme ne respecte pas cette harmonie.
Une compréhension basée sur l’expérience
Cette conviction, avant d’être devenu un dogme pour certains, se base d’abord sur des données d’expérience. Si je sème le bon grain, au bon moment, dans la bonne terre; alors je peux compter sur une excellente récolte. Si je me montre avenant et aimable avec les autres, je gagne en considération sociale. Etc.
Mais c’est cette compréhension, devenu un dogme intangible, d’un Dieu qui rétribue immédiatement les justes (ceux qui cherchent à vivre en harmonie avec l’ordre divin) à laquelle vient s’attaquer le livre de Job. L’expérience de Job est aussi décrite dans le livre des Psaumes comme par exemple en Ps 73, 2-5.
Deux expériences en dialogue
C’est ainsi que l’expérience humaine conduit tout à la fois à croire qu’il existe une volonté divine qui détermine l’univers et le maintient dans une certaine harmonie (« Dieu vit que cela était bon » Gn 1,10) et qu’il existe une forme de chaos ou d’incompréhensibilité de l’action divine. Ce qui est troublant, mais aussi très intéressant, dans les textes bibliques, c’est que ces deux expériences y figurent en même temps. On trouve d’un coté une théologie d’un Dieu d’harmonie accesible à l’homme, de l’autre une théologie d’un Dieu au final incompréhensible, dont les intention échapperont à l’humain. Or la Bible ne tranche pas; elle garde les deux théologies en dialogue critique (et parfois rugueux) l’une avec l’autre. Comme si elle cherchait à « embarquer » son lecteur ou sa lectrice dans ce va et vient incessant pour mieux se forger sa propre opinion.
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