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10/02/2012
L'ultimatum accablant de P.-F.Unger stupéfie
On croyait l'affaire Marc Müller contre Barman X liquidée par un accord à l'amiable entre les parties. Le fautif avait d'emblée présenté des excuses publiques. Faute avouée à moitié pardonnée ? Pas pour le président du gouvernement de la République et Canton de Genève. Celui-ci menace par voie de presse son collègue et pair au sein du gouvernement collégial.
Ce chef de meute sonnant la curée va plus loin encore: il "exige" que lui soient fournis les détails de la somme versée au lésé. Tel un médiocre comptable employé aux écritures, il veut s'assurer que la somme reçue par le barman ne couvre que les frais d'avocat, les frais médicaux et la perte de gain ! Singulière occupation pour le chef d'un gouvernement qui gère plus de huit milliards de francs par année...
Si le montant - pour l'instant inconnu - devait couvrir "d'autres éléments", P.-F. Unger, président, usant d'un pluriel aggrégatif impersonnel, prévient : "Nous rediscuterions de tout et probablement, envisagerions de nous répartir les dossiers de Mark Müller."
Cette menace à peine voilée dont on ne sait si elle a été approuvée par l'ensemble du collège, ferait figure de "coup de pied de l'âne" si elle n'était assortie de deux autres menaces revanchardes de la même espèce:
Marc Müller devra se soumettre à un "interrogatoire" et , "s'il se mure dans un silence, il prendrait un petit risque".
De tels propos menaçants et justiciers ne grandissent pas celui qui les prononce. Ils pourraient servir de dialogue dans un film noir retraçant l'époque de la Prohibition à Chicago...
Pourquoi le président du gouvernement choisit-il de jouer les Torquemada-au-petit-pied alors que les détails d'un accord entre deux citoyens ne le concernent nullement ? Il ne regardent que les parties et les avocats qui ont réussi la prouesse de concilier les adversaires, épargnant ainsi des coûts judiciaires et mettant un terme à un fait divers ridicule ?
C'est que le président connaît parfaitement l'enjeu derrière ce banal fait divers: en se joignant activement à la meute des justiciers et en le faisant savoir à son de cor, il espère "purifier" le Conseil d'Etat et pourrir jusqu'au bout la vie du fautif-repentant, le poussant à la démission.
P.F. Unger s'avance donc sur la scène pour lui jeter la première pierre. Peut-être a-t-il déjà rédigé les termes d'un communiqué de presse pour transcrire les réponses de son accusé personnel , au terme de son interrogatoire ?
Ce stratagème, s'il devait réussir, serait aussitôt applaudi par tous ceux qui veulent être calife à la place du calife. Les candidats à la succession du pécheur, on s'en doute, sont nombreux: ceux du PS qui a perdu un siège aux dernières élections, ceux du MCG qui veulent placer son candidat tonitruant qui ne fait pas mystère de son ambition et tous les autres pressés de venir au secours d'un gouvernement à bout de souffle. Or le citoyen peut constater chaque jour le spectacle toujours renouvelé des bévues et incapacités de l'actuel Conseil d'Etat. MM hors du ring, le spectacle aurait pour argument une manoeuvre de diversion bienvenue à un peu plus d'une année des prochaines élections.
Ce qu'oublie toutefois notre présidentiel justicier, c'est la barrière infranchissable qui sépare le domaine privé du domaine public dans notre démocratie.
Après l'incident d'un Nouvel An arrosé, Marc Müller aura démontré jusqu'au bout son sang froid au travers de cette crise qui l'a déjà exposé à la vindicte populaire.
C'est là une belle preuve que cette qualité lui sera fort utile pour traverser d'autres adversités lorsqu'il s'agira de réaliser son projet PAV (Praille-Acacias-Vernets) ou le déménagement de l'institution judiciaire hors de la Vieille-Ville.
Que la somme versée au lésé par le fautif-repentant comprenne ou non un "precium doloris" ("prix de la douleur) ne regarde que les parties adverses, aujourd'hui réconciliées avec bonheur.
Pierre-François Unger a été élu conseiller d'Etat et non juge d'instruction ou détective privé.
Il était grand temps que cela lui fût rappelé.
Navré pour les tricoteuses de la guillotine: elles n'auront pas la joie de savourer un procès haut en couleurs.
Ni de voir tomber une tête. (jaw)