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Traduire, c’est déjà un art en soi.
Connaissez-vous l’expression « traduttore, traditore » ? C’est une expression italienne qui signifie que celui qui traduit, trahit (le texte). Cette expression parle de la difficulté inhérente à la tâche qu’est la traduction. Celle-ci ne peut jamais parfaitement respecter, c’est-à-dire rendre le texte de l’œuvre originale tel qu’il a été créé par son auteur.
Dans la théorie de la traduction, il y a plusieurs règles dont celle que le produit de la traduction doit être cohérent en lui même, et une autre qui dit que la traduction doit être cohérente avec le texte source.
Mais, il n’y a qu’à regarder les rayons des librairies chrétiennes pour constater que, malgré les difficultés, la traduction n’est pas impossible. Le traducteur Pierre Levris a d’ailleurs dit en réponse à ce dicton italien: « Traduire, c’est avoir l’honnêteté de s’en tenir à une imperfection allusive ». Le traducteur, s’il ne prétend pas atteindre la perfection par sa traduction, reste conscient de l’altérité du texte.
Ainsi, nous trouvons différentes versions de la Bible, toutes élaborées selon des critères différents et répondant à différents besoins.
Par exemple, les deux premiers versets du Psaume 1 sont traduits par différentes versions comme suit:
Heureux l’homme qui ne marche pas selon les conseils des méchants, qui ne va pas se tenir sur le chemin des pécheurs, qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs. Toute sa joie il la met dans la Loi de l’Eternel qu’il médite jour et nuit. (Bible du Semeur)
Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Eternel et la médite jour et nuit! (Segond21)
Ici, chaque traducteur ou équipe de traducteurs a fait son choix sur la façon de rendre le texte hébreu, appuyé par sa compréhension du texte et sa théologie.
Quant à moi, j’ai choisi de traduire par:
Bonheur de l’homme qui ne marche pas dans le conseil des méchants,
ni se tient dans le chemin des pécheurs,
et qui ne s’installe pas dans les habitations des moqueurs !
Mais qui a son plaisir dans la Torah du Seigneur,
et qui médite dans sa Torah de jour comme de nuit.
Ce principe, il me semble, vaut aussi pour la vie. Car même si nous ne traduisons pas tous le texte depuis l’hébreu ou le grec, nous le traduisons de la Parole écrite à la Parole en action dans nos vies. Car, que dit aussi la théorie de la traduction ? Que la traduction est une action. Vu sous cet angle, nous sommes tous des traducteurs. Nous sommes tous appelés à mettre en action la Parole, de la traduire dans nos vies ; et comme une traduction, nos vies doivent être cohérentes, et cohérentes avec notre texte-source.
Cette traduction de la Parole dans nos vies commence par l’étude de celle-ci. En Jean 5, Jésus parle de gens qui scrutent les Écritures, et que ce sont les Écritures qui lui rendent témoignage.
Le mot grec traduit ici par « scruter ou sonder » dans le verset de Jean 5 signifie: strict, serré, avec diligence, sonder, être curieux. C’est ainsi qu’agit un homme qui cherche de l’or, ou des chasseurs qui traquent du gibier. Notre façon de lire et étudier la Bible doit s’en inspirer – toujours à l’affut, pas satisfaits d’avoir lu superficiellement un chapitre ou deux, mais en cherchant la signification des mots dans leur contexte et en évitant des raccourcis.
Quels peuvent être ces raccourcis ? Lire et comprendre la Bible comme…
- une collection de lois, de prescriptions sur ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.
- une liste de bénédictions et de promesses.
- si elle était un test de Rorschach : en projetant sur elle ce qu’on veut y voir.
- un grand puzzle. Une fois « résolu », on sait ce que dit la Bible avant même de l’avoir ouverte parce qu’on a déjà tout compris.
Alors, comment lire ?
Il me semble qu’il y a deux choses importantes, voire essentielles pour la lecture de la Bible :
- La conviction que le Christ est le centre depuis lequel les Écritures doivent être interprétées et
- Une herméneutique communautaire, c’est-à-dire un processus d’interprétation à l’intérieur de la communauté et en communauté.
Lire la Bible en post-chrétienté demande une approche centrée sur le Christ, enracinée dans la communauté, ouverte à l’Esprit et qui admet qu’il n’y a pas que du noir et du blanc.
- Jésus illustre parfaitement ce que l’Ancien Testament veut dire quand il parle d’aimer Dieu « avec tout son cœur, toute son âme et avec toute sa force[1]» et « d’aimer son prochain comme soi-même[2] », qui sont pour lui les plus grands des commandements. Ainsi, pour lui, les choses les plus importantes de la Loi sont la justice, la miséricorde et la foi[3].
- Toute lecture christocentrique devrait améliorer notre amour de Dieu et du prochain et contribuer à ce que justice, miséricorde et foi grandissent. Plutôt que de voir tout en des termes de prophétie et leur accomplissement, lisons la Parole à la lumière de la vie de Jésus pour apprendre comment agir avec amour, justice et équité, et pour devenir des artisans de paix, des collaborateurs et les mains de Dieu dans ce monde afin de participer à la mission de Dieu ici et maintenant.
Le texte biblique est le fondement de l’imagination prophétique de l’Église. Tout comme Jésus était créatif dans son interprétation de la Bible et de la tradition (« On vous a dit, mais moi je vous dis… »), nous devons nous aussi l’être et adapter notre lecture et notre communication de l’Évangile à la vie dans le monde contemporain.
Article écrit par Diana Schärer.
[1] Dt. 6,5
[2] Lv. 19,18
[3] Mt. 23,23