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Un journaliste littéraire français a assez récemment évoqué, sur son blog, un livre consacré à l’antipathie qu’inspirait à Stendhal la démocratie américaine. Selon lui, ou le livre qu’il commentait, Stendhal n’eût pas réellement détesté le système démocratique en soi, mais le peuple qui l’appliquait en Amérique.
Il y a eu une période où j’ai adoré Stendhal et l’ai lu en abondance, et en fait, je me souviens qu’il a critiqué certains peuples, mais qu’il a globalement aussi critiqué la démocratie, telle qu’on la concevait.
La partie concernant la Savoie, au sein de son œuvre, m’est bien connue ; j’en ai publié des comptes-rendus. Or, en réalité, il loue le régime des prêtres, à Chambéry, sous la Restauration sarde, et le dit préférable à la démocratie française. Car il affirme que les prêtres choisissent toujours la solution la plus adéquate et les ingénieurs les plus compétents, tandis que les Français sont soumis au principe du clientélisme, et sont ainsi contraints de choisir fréquemment les solutions qui arrangent leurs amis.
C’est assez clair ; et je ne crois pas que Stendhal ait jamais été démocrate. La Chartreuse de Parme ne laisse pas de montrer sa préférence pour le despotisme éclairé.
Dans mon souvenir, il dit des Américains, surtout, qu’ils ont pour extrême malheur de voir leurs présidents devoir faire leur cour aux bouchers et aux boulangers : cela choque son sens de la grandeur. Mais pour ce qui est de s’en prendre à tel ou tel caractère national, il a simplement défendu, y compris contre les Français, le caractère latin, et en particulier italien. Dire qu’il n’aimait pas les Américains le rend peut-être très sympathique aux représentants de la tradition nationale ; mais en réalité, il s’en est aussi beaucoup pris aux Français, critiquant le parisianisme, ainsi que le culte des grandes plaines plates des environs de Paris, lesquelles, à tort ou à raison, il trouvait profondément ennuyeuses.
On veut toujours que les grandes figures du panthéon littéraire puissent représenter les idées qui dominent au sein de la nation, mais en général, c’est assez illusoire. En tout cas, c’est mon avis.