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Construction de la nouvelle cathédrale
En 1032, Genève est intégrée au Saint-Empire romain germanique, dont elle constitue désormais une principauté épiscopale (origine du demi-aigle et de la clef de ses armoiries). L’empereur Conrad le Salique est couronné roi de Bourgogne à la cathédrale Saint-Pierre en 1034. Au Moyen-Age, à Genève comme dans l’ensemble de l’Europe, l’église catholique a le monopole de la religion et contrôle étroitement la politique. Le XIe siècle est marqué par l’intense ferveur chrétienne qui accompagne les Croisades. Genève y participe aussi. Tous les citoyens s’engagent et participent dès l’an 1158 à la construction de la nouvelle cathédrale sous l’impulsion du premier prince-évêque de Genève, Arducius de Faucigny. L’ensemble sera terminé en 1288, mais sera constamment rénové et remanié par la suite notamment en raison de nombreux incendies.
Les Franchises d’Adhémar Fabri
L’achèvement de cet édifice, qui est à l’origine de la cathédrale dans sa forme actuelle, coïncide avec un autre événement important pour les Genevois. Bien que sujets de l’empereur, de l’évêque et du comte de Genevois (qui se tiraillent entre eux), les citoyens de la ville de Genève souhaitent acquérir une certaine indépendance et disposer d’un organisme municipal. Ils fondent en 1288 la confrérie de Saint-Pierre et s’emparent de la cathédrale qui devient leur forteresse. Il s’agit là de la première occupation «laïque» de la cathédrale. Ils en sont chassés par le comte de Genève en 1291 (en accord avec l’évêque). En 1309, grâce à l’appui du comte de Savoie, les Genevois obtiennent de l’évêque la reconnaissance de l’existence légale de la commune. Mais ils devront attendre près d’un siècle pour disposer officiellement de la marge d’autonomie dont ils jouissaient dans les faits sous la forme des Franchises promulguées à Saint-Pierre le 23 mai 1387 par l’évêque Adhémar Fabri, entouré des membres éminents du Chapitre de la cathédrale.
Le XIVe siècle apporte par ailleurs à Genève et à sa cathédrale son lot de calamités. Alors que les premières épidémies de peste déciment l’Europe, des incendies successifs ravagent Saint-Pierre. La fin du siècle nécessite d’importants travaux de restauration de la cathédrale.
Fonctions de Saint-Pierre au Moyen-Age tardif
Saint-Pierre fait office de cœur même de la cité. C’est là bien entendu que siège le Conseil général, assemblée pleinière des citoyens, qui se réunit au début de chaque année pour élire les quatre syndics formant le gouvernement de Genève. Jusqu’à la réforme, la cathédrale ainsi que le cloître sont aussi utilisés pour les ensevelissements. L’emplacement de la sépulture est déterminé selon le statut social du défunt et se paie. Mais Saint-Pierre abrite également de grandes cérémonies festives ou solennelles. En 1365, l’Empereur Charles IV, qui se rend à Avignon - la Rome nouvelle -, y est reçu fastueusement.
La Chapelle des Macchabées
Le début du XVe siècle voit Saint-Pierre dotée de la chapelle des Macchabées, construite en 1406 par le Cardinal de Brogny pour y abriter son tombeau et ceux de sa famille. Le nom réfère sans doute aux sept martyrs hébreux. On ne sait si elle a pu en abriter une relique.
La Clémence
Autre acquisition importante pour Saint-Pierre en 1407, la grosse cloche nommée La Clémence par son donateur Guillaume de Lornay, en hommage à l’antipape Clément VII (Avignon) qui l’a nommé évêque de Genève. Cette cloche, installée dans la tour nord, jouera un grand rôle dans l’histoire religieuse et politique de Genève. Elle appelle à la prière, loue Dieu, protège la ville, en chasse les démons ; elle appelle les citoyens à se rendre au culte, mais elle les convoque aussi au Conseil général, qui réunit au cloître tous les citoyens pour élire les magistrats.
En 1430, un nouvel incendie abîme la tour sud et détruit la flèche. Celle-ci sera remplacée par un clocher en fer qui restera en place jusqu’à l’installation de la flèche actuelle, construite lors de la grande restauration de 1898.
En 1441, le mur nord de la nef s’effondre, écrasant la salle capitulaire qui surplombe le cloître et une grande partie de celui-ci et entrainant dans sa chute les voûtes de la nef. D’importants travaux de réfection s’ensuivent.
La menace savoyarde
Ce début de XVe siècle est aussi pour Genève marqué par la menace venue des souverains de Savoie, autrefois amis. Le duc Amédée VIII essaie d’obtenir du pape la souveraineté sur Genève. En 1440, il est nommé anti-pape sous le nom de Félix V. En 1449, il se soumet au pape Nicolas V, mettant fin au schisme d’Occident, et est nommé évêque de Genève. Il défendra dès lors les Franchises de la ville et soutient les travaux de la cathédrale, toujours pas remise du dernier incendie.
Au début du XVIe siècle la tour sud est revêtue de riches décorations, manifestations tardives du style gothique flamboyant. Enfin relevée de ses outrages passés, Saint-Pierre va connaître l’orage de la réforme.