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Représentativité et identité: l’architecte philippin Leandro Locsin
La reconstruction d’un pays anéanti
Dans la république des Philippines, devenue indépendante en 1946 après plus de 350 ans de colonisation, espagnole d’abord et américaine ensuite, on assiste à un besoin de redéfinition de la notion d’identité nationale, dont l’architecture ne sera qu’une manifestation parmi d’autres. Leandro V. Locsin (1928 – 1994), architecte philippin ayant étudié uniquement à Manille, contrairement à la majorité de ses confrères éduqués dans les universités américaines, démarre sa carrière en 1953. Très vite, la question de l’architecture philippine va être un enjeu qu’il ne va jamais cesser d’explorer, tout d’abord en travaillant sur des édifices religieux puis en dessinant plus d’une centaine de résidences privées dans lesquelles la matérialité et la spatialité indigènes vont être intégrées. Locsin va donc intervenir dans le contexte de la reconstruction d’un pays anéanti par les bombardements de la seconde guerre mondiale. Cette recherche de principes architecturaux va prendre une dimension nationale lorsqu’il devient l’un des architectes de l’administration de Ferdinand Marcos qui dirige le pays de 1965 à 1986 et qui lui donne l’opportunité de dessiner les bâtiments les plus emblématiques du pays.
C’est Imelda Marcos, en charge des questions culturelles, qui mandate Locsin en 1966 pour dessiner le Théâtre, première construction du futur Centre Culturel des Philippines (CCP) érigé sur la baie de Manille, inauguré en 1968. Ce complexe va être le symbole du pouvoir politique qui cherchait à mettre en place son concept de New Society, visant à retourner aux sources de la période précoloniale. Le CCP est constitué d’une dizaine de bâtiments, dont six sont dessinés par Locsin. Parmi ceux-ci, quatre seront réalisés dont le Philippine International Convention Center, qui avec une surface de 65 000 mètres carrés est un des projets les plus importants de Locsin. Destiné à accueillir l’Annual Meetings of the International Monetary Fund and World Bank Group en 1976, sa construction n’aura duré que deux ans et vise à remettre les Philippines sur la scène internationale. En parallèle du CCP et à sa suite, Locsin va avoir l’occasion de travailler sur d’autres projets liés à la question de la redéfinition de l’architecture philippine, en particulier le pavillon de l’exposition d’Osaka (1970), l’aéroport de Manille (1976) ou différents bâtiments érigés dans le campus de l’Université des Philippines (UP) à Los Banos. Si les équipements publics occupent une place prépondérante dans la production de l’architecte il faut également mentionner ceux commandités par des sociétés qui, dans le second après-guerre, voient la construction de leur siège comme une opportunité d’engager des notions de représentation allant au-delà de la simple fonctionnalité. Parmi ceux-ci le bâtiment d’entrée du Magnolia Plant (1968) ou plus tard l’Aquino Center (1994) permettent de montrer que Locsin met en place certains principes architecturaux qu’il explore en fonction des programmes.
Une monumentalité sculpturale
La question de la représentation est ainsi directement liée à celle de la monumentalité, thème à nouveau prépondérant dans le second après-guerre, auquel Locsin tente de répondre par des bâtiments dont la simplicité, l’abstraction, la massivité et la grande portée se rapprochent de la sculpture. Ce langage architectural est rendu possible par l’usage d’un matériau, le béton armé, dont Locsin loue les qualités plastiques et structurelles dès le début de sa carrière. En exploitant ces propriétés, il répond non seulement aux questions représentatives demandées par les commandes mais il adapte également son architecture aux conditions climatiques particulières des Philippines, caractérisées, notamment, par un taux d’humidité élevé ne permettant pas un usage pérenne de la construction métallique.
L’importance de Leandro Locsin dans le paysage architectural du second après-guerre est soulignée par cette capacité à questionner les modèles internationaux et à les adapter au service d’une nouvelle architecture philippine. Les équipements publics et privés sont une illustration de la recherche où il démontre que la réflexion sur l’image peut être interprétée en y intégrant le contexte local et répondre ainsi à un besoin d’identification de la population. ●