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Les importations de la misère doivent être interdites
Lettre ouverte afin d'interdire l'importation de fruits et légumes produits dans des conditions inhumaines
«Pas à n'importe quel prix.» «Non aux importations de la misère.» «Faire barrage aux denrées alimentaires cultivées dans des conditions écologiques et sociales désastreuses.» «Production de denrées alimentaires. Conditions inacceptables dans le sud de l'Espagne.» «Ne plus importer des denrées alimentaires produites dans des conditions sociales et écologiques inadmissibles.» Tels sont les titres de cinq initiatives cantonales déposées au Parlement fédéral entre 2008 et 2009. Leur but: interdire les importations de denrées alimentaires, en particulier de fruits et de légumes, produites dans des conditions inacceptables. Et, pour certaines d'entre elles, demander aux autorités de s'engager auprès de l'OMC et de l'Union européenne afin que soient instaurées des conditions de travail justes et des méthodes de production durables dans les lieux de provenance, ainsi qu'un étiquetage clair des conditions de production.
La situation s'aggrave
Ces initiatives, déposées par les cantons de Neuchâtel, Jura, Genève, Fribourg et Vaud, ont toutes été balayées en juin dernier par le Conseil des Etats. Mais elles seront encore soumises au Conseil national lors d'une prochaine session du Parlement. Afin de préparer un retour de balancier, la Plateforme pour une agriculture socialement durable - qui regroupe une large palette d'organisations dont Uniterre, Longo Maï, Bioforum Suisse, L'autre syndicat et les syndicats Unia et Sit - a présenté la semaine dernière à la presse une lettre ouverte adressée aux parlementaires. Cette lettre ouverte rappelle les conditions d'exploitation scandaleuses des travailleurs agricoles dans le sud de l'Espagne ou encore dans le sud de la France, en Grèce et à Rosarno en Italie où des révoltes ont éclaté en janvier dernier. La Plateforme indique que malgré les échos médiatiques, la situation des cueilleurs de fruits et de légumes n'évolue pas. Au contraire, avec la crise touchant de plein fouet les régions concernées, les conditions de vie et de travail des ouvriers agricoles ont empiré. Et les grands distributeurs continuent à s'approvisionner dans ces régions. La Plateforme demande donc instamment aux conseillers nationaux d'accepter les cinq initiatives cantonales.
Améliorations en Suisse aussi
Dans la foulée, l'organisation paysanne Uniterre a présenté un projet d'initiative populaire qu'elle entend lancer en 2011. Cette initiative vise à inscrire la notion de souveraineté alimentaire dans la Constitution. Elle reprend l'exigence d'interdiction de l'importation de denrées produites dans des conditions indignes et porte également sur la nécessité de développer l'agriculture suisse et la production indigène. Elle contient de plus un article sur les conditions de travail des ouvriers agricoles en Suisse. Alors qu'aujourd'hui ces ouvriers sont sous-payés, travaillent de 48 à 60 heures par semaine selon les cantons, n'ont pas de 13e salaire, et que les 26 contrats types cantonaux ne sont pas contraignants, cette initiative propose une harmonisation des conditions de travail au niveau fédéral et la soumission des ouvriers agricoles à la Loi sur le travail.
«C'est un point important. A l'heure actuelle, toute discussion sur un contrat type national ou une convention collective est complètement bloquée», relève Philippe Sauvin, secrétaire de la Plateforme pour une agriculture socialement durable et syndicaliste de L'autre syndicat. L'Union suisse des paysans (USP), organisation agricole majoritaire, refuse en effet toute entrée en matière. «La Plateforme soutiendra activement cette initiative», ajoute-t-il.
Sylviane Herranz