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Université sans fumée

"Comment se fait-il que mon bureau à Uni Mail empeste la fumée quand j'arrive le matin et que je n'ai pas laissé la fenêtre ouverte toute la nuit? Ou quand je reviens en cours de journée et qu'il est resté clos pendant deux trois heures? Il faut préciser qu'il n'y a plus de fumeur dans ce bureau depuis au moins six ans. "
"Que doit faire un collaborateur pour faire respecter son droit de ne pas subir la fumée passive sur son lieu de travail?"
Ces propos, recueillis sur le Forum internet de l'Université (accès réservé aux collaborateurs UniGe), donnent une indication de la grogne anti-fumée qui s'est emparée d'Uni Mail. Ils ont, au yeux du Rectorat, sonné le glas de la politique de cohabitation entre fumeurs et non-fumeurs qui prévalait, du moins en théorie, jusqu'alors sur le campus. Dans un proche avenir, la fumée sera entièrement interdite dans les bâtiments universitaires. La mesure sera effective à partir de la saison estivale 2004.
Echec de la politique de cohabitation
Pour le recteur André Hurst, il y va de la responsabilité de l'Université: "Dès lors que les effets nocifs de la fumée passive ont été établis scientifiquement, il n'est plus tolérable d'imposer à une majorité de collaborateurs une pratique nuisible à leur santé."
Inutile de dire que la nouvelle ne ravit pas les fumeurs, qui y voient une marque d'intolérance à leur égard. Certains non-fumeurs, qui partagent volontiers leurs pauses avec des fumeurs, craignent que cela n'entache leur vie sociale au sein de l'institution: "Est-ce que je vais encore pouvoir passer ma pause avec mon collègue, si ce dernier est obligé d'aller à l'extérieur pour fumer sa cigarette? Pas sûr… ", s'inquiète l'un d'entre eux. "J'ai l'impression que les fumeurs ont déjà fait pas mal d'efforts ces dernières années, il ne me viendrait plus à l'esprit de fumer dans l'ascenseur, par exemple. Je trouve donc cette une mesure trop radicale, même l'hôpital cantonal a maintenu des zones fumeurs", enchaîne l'un de ses collègues.
A ces inquiétudes, André Hurst répond que le principe de tolérance et de convivialité, essentiel dans une institution où se côtoient une grande diversité de cultures, d'âges et d'appartenances sociales, ne peut pas s'appliquer à un comportement qui met en péril la santé d'autrui. "Je peux très bien ne pas apprécier la tenue vestimentaire de tel ou tel collègue, mais cela ne concerne que lui, ses goûts et préférences n'affectent pas ma santé. Il en va tout autrement pour la fumée de cigarette", argumente le recteur.
Le Rectorat a donc mis sur pied un groupe de travail, dirigé par Pascal Garcin, chef de la Division sociale et administrative des étudiants, chargé d'organiser le passage à une "Université sans fumée".
"Idéalement, il faudrait pouvoir isoler totalement les fumeurs dans des locaux hermétiques munis de ventilation", commente Pascal Garcin. Mais cette option a vite été abandonnée, pour des raisons de coûts, estimés à plusieurs millions, et de santé: "l'institution pourrait être accusée de négligence vis-à-vis d'une partie de ses collaborateurs, en les enfermant ainsi dans des box saturés de fumée", estime Pascal Garcin.
Mesures de soutien
Reste à voir comment cette nouvelle mesure va s'appliquer au quotidien. Quelle attitude adopter vis-à-vis des récalcitrants? "A partir du moment où l'interdiction aura été officialisée, chaque collaborateur pourra légitimement inviter toute personne qui fumerait à sortir des bâtiments", estime le recteur, qui compte sur la civilité du personnel universitaire et des étudiants. Le groupe de travail prévoit toutefois que des sanctions puissent s'appliquer en cas de récidive flagrante.
La santé des collaborateurs s'en trouvera-t-elle améliorée? C'est en tous cas l'un des souhaits du recteur. Certains fumeurs ou fumeuses annoncent qu'ils en profiteront peut-être pour diminuer leur ration quotidienne de nicotine. Pour ces personnes, le Rectorat prévoit d'ailleurs d'accompagner l'interdiction de mesures de soutien.
Jacques Erard
Université de Genève
Presse Information Publications
mars 2004
2004