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Dans la première moitié du 20e siècle, le patricien et conservateur fribourgeois Gonzague de Reynold a traité du Gothard à de multiples reprises. Comme le relate le texte Le Saint-Gothard et le Val d'Urseren, paru dans l'ouvrage Cités et pays suisses, l'historien a parcouru à pied les paysages du Gothard. Il y rencontre une nature dont il magnifie l'impact métaphysique sur l'homme. Les gens qui habitent le Gothard en sont d'une certaine façon partie constituante.
Le Gothard, comme l'écrit Reynold, n'est certes pas le plus haut massif de Suisse, mais il a une grande importance géographique, politique, militaire et économique. Au 13e siècle déjà, le col reliait Rome, Florence et Milan à Bâle, au Rhin et aux Pays-Bas. Reynold connaît son Aloys Schulte : Au Gothard, dit-il, on ressent l'énergie de la nation : « À rencontrer sur la route un officier qui revient d'une reconnaissance, sans sabre, le piolet à la main, la lorgnette à la ceinture, la corde enroulée autour des reins, on évoque un camp retranché dans le Caucase ou l'Himalaya, ou plutôt l'oppidum d'une légion romaine. » Reynold voit dans le Gothard le lieu où sont préservés l'idée d'Europe et les valeurs culturelles et chrétiennes du Saint-Empire romain germanique. Il rêve de la renaissance de cet ancien empire européen. La Confédération a pour mission de protéger ce trésor. Reynold est lié d'amitié avec le conseiller fédéral zougois Philipp Etter, l'architecte de la défense spirituelle.
Les conceptions du Fribourgeois trouvent un écho auprès du magistrat qui pense à la manière dont la Suisse pourrait supporter sans mal la Deuxième Guerre mondiale. Etter comme Reynold appellent de leurs vœux une communauté chrétienne, autoritaire et corporatiste. Ce but est également revendiqué par la « Ligue du Gothard » créée dans l'esprit de la défense spirituelle. Gonzague de Reynold est un des membres de cette ligue.