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A l’image du Rallye Automobile Monte-Carlo, centenaire depuis 1911, le Grand Prix de Monaco, créé en 1929, est indissociable de l’histoire de la Principauté et du sport automobile. Si de très nombreux pilotes sont résidents monégasques, seuls trois citoyens de la Principauté, Louis Chiron, Olivier Beretta et Charles Leclerc, ont pris un jour le départ du plus célèbre de tous les Grands Prix devant la loge princière.
Le plus emblématique des trois est assurément Louis Chiron, dont l’histoire fabuleuse a traversé une bonne partie du XXe siècle, faisant de celui que l’on surnommait le Vieux Renard le pilote parmi les plus éclectiques de toute l’histoire du sport automobile, le seul qui ait remporté le GP de Monaco (1931) et le Rallye Automobile Monte-Carlo (1954).
Né sous une bonne étoile
Né le 3 août 1899, le petit Louis fréquentera très jeune les classes aisées car son père est maître d’hôtel à l’Hôtel de Paris à Monaco. Orphelin de mère, l’enfant est remarqué par une aristocrate russe qui le prend sous sa protection en se chargeant de son éducation. Ayant appris à conduire à 15 ans avec un employé de sa tutrice, il se retrouvera chauffeur d’état-major lors de la Première Guerre mondiale, au service des Maréchaux Ferdinand Foch et Philippe Pétain !
Après la guerre, il s’initie au monde de la compétition avec un certain William Charles Grove, futur vainqueur du premier GP de Monaco de l’histoire sous le pseudonyme de Williams. Ernest Friedrich, pilote et concessionnaire Bugatti à Nice, le charge parfois de convoyer des voitures vers la Côte d’Azur depuis l’usine de Molsheim où il fait la connaissance d’Ettore Bugatti. Le virus de la course le frappe de plein fouet et Chiron décide alors qu’il sera pilote automobile.
Ses débuts laissent entrevoir un talent certain mais c’est à nouveau une rencontre heureuse qui donnera un coup de pouce au jeune homme, décidément né sous une bonne étoile. Gagnant quelque argent en qualité de cavalier de danse pour femmes fortunées, il fait la connaissance en 1925 d’Alice ‘’Baby’’ Hoffmann-Trobeck. Celle-ci convainc son mari Alfred, qui n’est autre que l’héritier du groupe pharmaceutique suisse Hoffmann-La Roche, d’offrir à ce pilote charmant et prometteur une Bugatti Type 35, la meilleure voiture de course de l’époque.
Les débuts sur Bugatti
Les résultats ne se font pas attendre. En circuit fermé comme en côte, Chiron cumule les victoires dès 1926. L’année suivante, au volant de la Type 35 B plus puissante, il remporte le GP de France, confirmant ainsi son rôle de fer de lance de la marque Bugatti. Numéro 1 de l’équipe en 1928, il remporte entre autres les Grands Prix d’Espagne et d’Italie, puis d’Allemagne et d’Italie à nouveau en 1929, ainsi que la difficile course de côte du Klausen en Suisse. Mais curieusement, alors qu’il s’active cette année-là dans l’organisation du tout premier GP de Monaco, il renonce à y participer, préférant aller disputer les 500 miles d’Indianapolis où il se classe 7e au volant d’une Delage. Il reviendra toutefois l’année suivante dans la Principauté pour terminer 2e et il remportera ‘’son’’ Grand Prix en 1931, sous les yeux du Prince Louis II. Sans doute la plus belle page de son imposant palmarès.
Cependant dès 1930, face à la concurrence toujours plus vive d’Alfa Romeo, de Maserati, de Mercedes et d’Auto Union, mais aussi suite à la perte de son mécène Alfred Hoffmann qui avait découvert la liaison extraconjugale qu’il entretenait avec son épouse, Louis Chiron met fin à sa collaboration avec Bugatti en 1932.
Avec Rudolf Caracciola, Chiron fonde alors en 1933 l’Association privée ‘’CC’’ mais le grave accident du pilote allemand à Monaco y met une fin prématurée. Au volant tour à tour de Ferrari et de Mercedes, Chiron connaîtra ensuite une période d’avant-guerre sans grand relief, mais tout de même marquée par une éclatante victoire au GP de France 1934 sur Ferrari, devant les prétendues invincibles Mercedes, ainsi qu’un terrible accident dont il sortira heureusement sans de trop graves blessures sur le circuit du Nürburgring en 1936, au volant d’une …Mercedes.
Le Vieux Renard ne lâche rien
Les années n’ont pas prise sur le ‘’Vieux Renard’’ toujours courtois et élégant qui se distingue après la guerre non seulement par son légendaire foulard à pois, mais surtout en remportant deux fois le GP de France en 1947 et 1949, sur Talbot-Lago. Aussi est-ce tout naturellement que Louis Chiron, alors âgé de 51 ans, s’inscrit au championnat du monde de F1 à sa création en 1950. En compagnie de Juan Manuel Fangio et d’Alberto Ascari, il rejoint le Prince Rainier III sur le podium du GP de Monaco après avoir décroché la 3e place au volant de sa Maserati. Le pilote monégasque disputera en tout 15 Grands Prix du championnat du monde et c’est dans les rues de la Principauté qu’à 56 ans il prend en 1955 le dernier départ de sa longue carrière, devenant par la même occasion le plus vieux pilote de l’histoire de la F1. Un record d’ancienneté qu’il avait également établi l’année précédente, en remportant le Rallye Automobile Monte-Carlo !
Le Vieux Renard ne quittera pas pour autant le monde du sport automobile puisqu’il exercera la double fonction de directeur de course du GP de Monaco et du Rallye Automobile Monte-Carlo jusque peu avant son décès, le 22 juin 1979.
Olivier Beretta : l’étoile filante…
Il a fallu attendre presque 40 ans avant qu’un nouveau pilote monégasque soit à nouveau présent en F1. Grâce à des appuis financiers et au soutien de Nelson Piquet, Olivier Beretta fait à 25 ans ses débuts en 1994 au sein de la modeste équipe Larrousse. Après 3 abandons en 3 courses, c’est sans grand espoir de briller qu’il se retrouve sur la grille de départ à Monaco, dans une ambiance lourde 15 jours après la mort tragique d’Ayrton Senna et le terrible accident de Karl Wendlinger lors des essais. Se rappelant peut-être que 4 ans plus tôt il a terminé 3e de l’épreuve de F3 dans les rues de sa ville qu’il connaît par cœur, le pilote monégasque se classe néanmoins au 8e rang. Par la suite, une 7e place viendra encore récompenser ses efforts en Allemagne mais, faute de budget, il est évincé au soir du GP de Hongrie, après 9 courses seulement et sans avoir marqué de points au championnat.
Olivier Beretta poursuivra sa carrière dans les courses d’endurance où il trouvera enfin le succès en multipliant les victoires de catégories, en particulier dans les épreuves de longues distances telles que les 24 Heures du Mans et de Daytona ou les 12 Heures de Sebring. Disputant les 24 Heures du Mans sans interruption depuis 1996, il est aujourd’hui un spécialiste avéré de l’endurance. Désormais bien loin du tumulte de la F1, le Monégasque compte bien atteindre le chiffre magique de 24 participations au Mans en 2019, année de son cinquantième anniversaire. Il aura alors atteint le demi-siècle au volant, tout comme son illustre compatriote Louis Chiron l’avait fait avant lui !
Charles Leclerc : l’étoile montante…
« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années’’. Cette réplique de Rodrigue dans Le Cid de Corneille s’applique parfaitement à Charles Leclerc. Né en 1997, le jeune Monégasque a tout juste 5 ans lorsque son père l’emmène chez son ami Philippe Bianchi, père de Jules, qui exploite une piste de karting dans la région. La découverte se transforme presqu’aussitôt en passion pour l’enfant qui révèle rapidement un authentique talent. Stimulé par les bons résultats de Jules, qui constitue pour lui une véritable source d’inspiration, Charles remporte à 8 ans le championnat régional en signant 15 victoires, 17 pole positions et autant de meilleurs tours. La machine est lancée. Dès lors, son palmarès en karting ne sera qu’une longue suite de victoires et de titres jusqu’à l’obtention de la Coupe du monde en 2011. Par l’entremise de Jules Bianchi, Charles Leclerc est alors pris en charge par Nicolas Todt qui devient le manager des deux amis.
Charles se frottera ensuite à un certain Max Verstappen derrière lequel il sera sacré vice-champion du monde en 2013. De toute évidence, il est temps de passer aux monoplaces où, après une brève période d’adaptation, les résultats sont à l’avenant. En 2016, le Monégasque est intégré dans la Ferrari Driver Academy et il fait ses débuts en F3 dans le Team ART Grand Prix. Dominant d’emblée ses adversaires, il gagne le championnat GP3 Series avec 25 points d’avance sur son second. Son immense talent lui permettant de brûler les étapes, l’équipe Prema l’aligne l’année suivante dans le championnat de F2 qu’il remporte également avec maestria.
Au moment d’accéder à la F1, Charles Leclerc n’oublie pas de dédier ses innombrables succès aux deux personnages clefs de sa carrière : son père, décédé en 2017, et à son copain Jules Bianchi, mort en 2015 des suites d’un accident au GP du Japon l’année précédente.
De Sauber à Ferrari
En mars 2018, à Melbourne, Charles Leclerc devient officiellement le troisième pilote monégasque à prendre le départ d’un Grand Prix de F1. Sous les couleurs de l’équipe Alfa Romeo Sauber, motorisée par Ferrari, il maîtrise rapidement les subtilités du pilotage des bolides les plus sophistiqués du sport automobile et il récolte ses premiers points à sa 4e participation déjà en obtenant un belle 6e place au GP d’Azerbaïdjan, sur le difficile tracé urbain de Bakou. Le ton est donné. Pour sa première saison au plus haut niveau, Leclerc se classe dix fois dans les points en 21 courses, ce qui lui vaut un magnifique 13e rang au championnat du monde. C’est donc tout naturellement que Ferrari annonce peu après le GP d’Italie son recrutement dans la Scuderia en 2019, aux côtés de Sebastian Vettel, et en remplacement de Kimi Raikkonen qui s’en retournera chez Sauber où le Finlandais avait fait ses débuts en F1 en 2001.
A 21 ans, Charles Leclerc se voit donc attribuer le rôle le plus important et le plus difficile de sa fulgurante carrière, avec de solides objectifs à atteindre : remporter pour Ferrari le titre mondial des Constructeurs que les Tifosi attendent depuis 2008, monter sur son premier podium, décrocher sa première victoire en F1 et faire jeu égal, sinon mieux, avec son illustre coéquipier Vettel, quadruple champion du monde. Le Monégasque se retrouve désormais dans la cour des grands où ses principaux rivaux auront notamment pour noms Hamilton, Bottas, Verstappen, Gasly et Ricciardo.
Il apparaît cependant que la réalisation du plus beau des rêves de Charles Leclerc serait de recevoir la coupe du vainqueur de ‘’son’’ Grand Prix des mains du Prince Albert II de Monaco le 26 mai prochain !