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Critique
"On doit à l'actrice franco-italienne Valeria Bruni-Tedeschi l'un des meilleurs films français de cette fin d'année scolaire. Après l'échec de FANFAN LA TULIPE et quelques autres navets tombés verticalement dans la marmite de la facilité, on s'en réjouit. ""Il est plus facile pour un chameau"" n'est autre que la fameuse phrase de l'évangile, celle que Jésus articule au jeune homme riche qui, ayant toujours obéi aux préceptes de sa religion, voulait encore mieux servir Dieu. Et c'est exactement dans cet état d'esprit que se trouve Federica (Valeria Bruni-Tedeschi), lorsqu'elle s'agenouille au confessionnal pour y avouer son problème. ""Je suis riche... très riche... un puits sans fonds...""
Voilà noués les fils de l'histoire. Ils reviennent tous vers un lit d'hôpital où se meurt un homme. Son épouse et ses deux filles le veillent avec tendresse, la première dans la résignation, les deuxièmes avec un passé qui écrase leur présent. La famille est d'origine italienne. Parmi les plus fortunées du pays, elle a dû se réfugier en France pour échapper à la vague d'enlèvements d'enfants contre rançons. La fortune est toujours là, mais le père se meurt et il va falloir subir l'héritage. Pour Federica, ce poids est insupportable. D'ailleurs, il blesse journellement sa relation avec son fiancé Pierre (Jean-Hugues Anglade), professeur d'histoire, fils d'ouvrier immigré.
""J'ai commencé à écrire des bouts de scène sans trop savoir ce que cela pourrait devenir"", se souvient la réalisatrice qui n'a pas cherché à déguiser sa vie. Son film se présente comme un autoportrait, c'est le mot qu'elle reprend. ""Federica se sent emprisonnée, dans sa famille, sa condition sociale, ses relations avec les hommes, dans son passé. Elle cherche à être libre. Mon film est peut-être l'histoire d'une femme qui a trop été aimée par son père.""
Son film est en tout cas une heureuse surprise. Il pourrait être aussi lourd que ce poids de famille riche sur les épaules de Federica. Il est léger au contraire, entrecoupé de bulles de dessins animés dont l'humour dépose une goutte d'huile partout où cela pourrait grincer. Il est léger aussi parce que l'affection qui unit cette famille finit toujours par lisser les aspérités du psychodrame. Valeria Bruni-Tedeschi réalise et joue avec une sincérité touchante. Elle relie la forme et le fond dans un équilibre convaincant, joue avec la fiction et la réalité, avec le tragique et le comique, pour évoquer avec justesse ce qui concerne tout le monde: la fragilité humaine."
Geneviève Praplan