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Le TLC Ianos se renforce en Méditerranée centrale (mise à jour du 17.9.2020)
Comme prévu ces derniers jours, Ianos a pratiquement achevé sa transition vers une puissante structure tropicale dotée d'un oeil. Il continue de se renforcer au-dessus des eaux chaudes de la mer Ionienne. Toutes les modélisations montrent une évolution probable vers un cyclone de la force d'un ouragan. Dans le viseur de Ianos, les îles grecques de la mer Ionienne.
Une histoire qui débute à Gênes
La dépression d'altitude qui a provoqué de nombreux orages ces derniers jours entre les Baléares et la mer Tyrrhénienne, s'est isolée à partir d'un talweg qui a pénétré en Méditerranée le 6 septembre dernier. A cette occasion, un orage s'était abattu sur la ville de Gênes dans la nuit du 6 au 7 septembre, provoquant plusieurs trombes marines nocturnes et des dégâts sur le littoral ligure.
Le cut-off est resté presque stationnaire sur cette portion de la Méditerranée occidentale avant de se décaler lentement vers la Méditerranée centrale et ses eaux plus chaudes.
A partir de là, cette dépression d'altitude au cœur froid a entamé sa mue en un TLC, dépression au cœur chaud. Actuellement, celle-ci se renforce et s'organise grâce à l'apport de chaleur et d'humidité fourni par les eaux chaudes de la mer Ionienne.
Le TLC ou Medicane, un système hybride
Le TLC, pour "tropical-like cyclone", appelé aussi "cyclone subtropical méditerranéen" ou "Medicane", terme anglo-saxon issu de la contraction de "Mediterranean Hurricane", est un système convectif de méso-échelle hybride qui possède des caractéristiques propres aux cyclones tropicaux (ouragans), mais qui évoque aussi les dépressions polaires (polar lows). Tout comme son cousin tropical, il s'agit d'une dépression à cœur chaud qui est organisée de façon symétrique. Il possède un œil et est nourri par la libération de la chaleur latente. Par contre, comme les polar lows, il affiche des dimensions généralement plus réduites, les vents de surface ne montrent pas la même violence que les systèmes tropicaux et les cumulonimbus qui le composent ne montent pas aussi haut que les spécimens tropicaux. L'autre différence majeure par rapport à un ouragan est le mode de formation ainsi que les températures de déclenchement. Les cyclones tropicaux se forment presque exclusivement dans une masse d'air tropicale à toutes les altitudes, et ce sur des eaux de surface dont la température dépasse les 26 degrés sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Aucun front n'est donc impliqué dans le processus de formation de ces systèmes tropicaux. Cela n'est généralement pas le cas pour un Medicane. Il se développe à partir d'une dépression d'altitude à coeur froid, issue elle-même de l'irruption d'air polaire en Méditerranée à l'arrière d'un front froid. Au fil des jours, en évoluant sur des eaux relativement chaudes (températures des eaux de surface généralement supérieures à 20 degrés), la libération de la chaleur latente par les cumulonimbus agglutinés dans le système convectif, transforme peu à peu cette dépression à cœur froid en système convectif à cœur chaud.
Ces dépressions peuvent se développer à tout moment de l'année. Toutefois, vu que ces tempêtes tirent leur énergie du contraste de température entre les eaux chaudes de la mer et l'atmosphère, la plus grande fréquence s'observe de septembre à janvier.
Les îles de Céphalonie et Zante en première ligne
Le TLC Ianos (ou Udine par l'Université Libre de Berlin) poursuit son développement au large de la Calabre et a atteint le stade de tempête tropicale. Sa rotation s'accélère et la convection profonde et humide (jargon scientifique de la convection orageuse) s'est renforcée et organisée pour former un oeil, bien visible sur les dernières images satellites. Ce matin, sa pression centrale était tombée à 990hPa et les vents soutenus moyens maximaux atteignaient plus de 90 km/h. Tous les modèles sont en accord pour suggérer une poursuite de l'intensification de Ianos, avec une trajectoire qui devrait lui faire atteindre les îles grecques de la mer Ionienne en fin de nuit de jeudi à vendredi. Ensuite, Ianos pourrait voir sa trajectoire s'incurver nettement vers le sud, lui faisant longer les côtes du Péloponnèse.
Ianos devrait être en mesure de générer des vents de la force d'un ouragan. De ce fait, les vents moyens soutenus de surface pourraient atteindre de 110 à 125 km/h avec des rafales proches de 180 km/h au moment d'aborder le littoral grec. En ce qui concerne les précipitations, des cumuls dépassant les 300 mm en 24 heures sont modélisés. Ce scénario paraît plutôt vraissemblable notamment en raison de la température très élevée des eaux de surface en mer Ionienne, comprise entre 27 et 28 degrés.
Trombes marines et tornades
Autour du mur de l'oeil de Ianos, les rafales pourront atteindre ou dépasser les 180 km/h. Mais plus loin du centre, il ne faudra pas sous-estimer le risque de formation de trombes marines et de tornades dans les bandes spiralées périphériques de cette tempête, notamment dans le quadrant nord-est de Ianos.
Et chez nous?
Bien évidemment, le TLC n'aura aucun impact sur l'évolution du temps chez nous. Le seul point commun sera la remontée d'air méditerranéen, toujours chaud mais plus humide, en direction des Alpes pendant la deuxième partie de la semaine. Ceci devrait avoir pour conséquence de diminuer l'ensoleillement, surtout dans le sud et l'ouest de la Suisse et d'augmenter la tendance aux averses et aux orages, déjà présente en montagne aujourd'hui..