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Irrational Man
Le thème de l’assassinat est récurent dans l’ouvre de Woody Allen qui l’a exploré de manière récurrente: on se remémore la maladresse et l’angoisse de Boris agacé à l’idée d’assassiner Napoléon dans Love and Death, de Judah Rosenthal (Martin Landau) qui embauche un tueur à gages pour éliminer son amie dans Crimes and Misdemeanors, à Chris Wilton (Jonathan Rhys Meyers) dans Match Point. Dans Irrational Man, dernière fantaisie du cinéaste new-yorkais, présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2015, un professeur de philosophie, Abe Lucas, (Joaquin Phoenix) à la vie dissolue, prend la décision existentielle de commettre le crime parfait, ce qui lui permet de retrouver sa libido et le goût à la vie.
Le mot "assassiner" arrive dans le scénario par biais des théories de Kant sur la raison humaine et amène la question du choix moral pour justifier cet acte. Le crime en question consiste à chaparder du cyanure, le mettre dans un verre de jus d’orange que la future victime a coutume de boire sur un banc après son jogging. Passant en revue tous les détails et éventualités d’un tel scénario, de manière obsessionnelle, Abe reconstitue son acte mentalement, à grands renforts de considérations philosophiques. Une fois le crime commis, le film se transforme en une sorte d’épisode de Columbo, où les spectateurs se retrouvent à observer le comment et pourquoi, en attendant patiemment la chute libératrice. Malheureusement, ces rouages tournent terriblement lentement.
Allen n'a pas écrit une pièce qui permette à intelligence d’Emma Stone de briller; seuls sont mis en avant son charme facile et soudain, et la fulgurante de ses éclats de colère. Les perspectives ne sont guère meilleures pour Phoenix, qui choisit, en titubant, de se livrer à la roulette russe pour prouver un point de vue, sous les yeux effarés de ses élèves, lors d'une fête estudiantine, L'idée que le professeur universitaire ne soit pas instantanément renvoyé après cette folle démonstration est difficile à admettre, mais attribuons cela à la licence poétique. La prestation de Phoenix se limite principalement à porter un personnage sombre et psychotique, qui assène des dialogue de plomb, en mettant beaucoup de méthode à mâcher inlassablement son chewing-gum. Parker Posey (Rita) incarne une extravagante enseignante qui se fait mener en bateau entre ces deux stars, sans nécessairement avoir quoi que ce soit d'important à faire, tant pour le scénario que pour son personnage.
Allen a fait des merveilles par le passé avec des contes moraux quasi similaires dont Irrational Man semble une resucée sommaire et très bavarde, sans doute à cause du protagoniste professeur de philosophie qui passe son temps à disserter sur tout et rien. Malgré la très lumineuse photographie et la bande originale jazzy à souhait (sauf une étude de Bach pour violoncelle), les rythmes demeurent désespérément mous et presque ensommeillés, dominés par l'utilisation paresseusement répétitive du meurtre passé en revu, par la vision ringarde des fantasmes de l’étudiante face à son mentor.
Cher Woody Allen, vos incursions en Espagne (Vicky Cristina Barcelona, 2008), en France (Midnight in Paris, 2011), en Italie (To Rome with Love, 2012) avaient fait le plus grand bien à votre filmographie, y insufflant un air de fantaisie vivifiante et joyeuse. Quand songez-vous à revenir en Europe?