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trump a gagné parce que j'ai mangé des corn flakes hier.
L'humain ne supporte pas l'incertitude.
Il tient à trouver des causes simples et claires à tous les événements du monde.
Trouver un pourquoi à tout ce qui se passe.
Quitte à simplifier la réalité.
Tout effet doit avoir une cause simple.
Ce que nous avons vu avant a forcément causé ce que nous avons vu après.
Voilà qui rappelle une expérience menée sur des souris.
Une souris dans une cage, nourrie de manière aléatoire, cherche aussitôt à trouver des causes logiques à cet aléatoire.
Elle finit souvent par se convaincre que tel mouvement, effectué juste avant, a entraîné l'arrivée de son repas.
Si elle s’est gratté les testicules, elle se les grattera de nouveau, convaincue de bientôt être nourrie.
Elle le fera désespérément, longtemps, si cela ne fonctionne pas.
L'élection de Trump a révélé un phénomène similaire.
Depuis quelques semaines tout le monde s'empresse d'expliquer «pourquoi».
Comme si trouver «la raison» était un besoin vital.
D'innombrables posts et articles sur le sujet sont ainsi parus.
Leurs auteurs ont souvent assez raison.
Toutefois, leurs explications sont systématiquement liées à leur profession ou à leur état.
Pour les gens du marketing: c'est parce que son message était mieux conçu.
Pour ceux du big data: c'est parce que les recherches google sur Trump étaient plus nombreuses.
Pour les économistes: c'est parce que le salaire du blanc américain moyen n’a pas changé depuis 20 ans.
Je vous passe l'avis des démographes, ethnologues, entrepreneurs, etc.
Dans tous les cas, nous pourrions répondre: ce n'est pas si simple.
Rétorquer par exemple que Trump a obtenu moins de votes que Clinton.
Et, donc, que même si Trump avait un meilleur message, il a convaincu moins d’Américains.
Plus de gens ont googlé Trump, mais au final moins de gens ont voté pour lui.
Bref. Si ces articles sont intéressants, ils le sont également par ce qu'ils disent sur nous.
Nous aimons plier le monde à notre réalité.
Nos analyses sont biaisées par ce que nous sommes.
Celles sur Trump comme celles que nous proposons à nos clients. Quand nous leur expliquons avec assurance pourquoi tel groupe cible achète ceci.
Ou pourquoi notre dernière campagne a fonctionné comme cela.
Comme les comportements humains étaient aussi simples à expliquer.
Finalement, nous nous faisons prendre par notre plus vieux truc de publicitaires:
Jordan avait des Jordan. Il a gagné. Les Jordan permettent de gagner.
Alors que faire ?
Comment sortir de notre bulle ?
Engager davantage d'outsiders ?
(mon premier directeur de création n'avait pas de formation et avait été recruté dans un bar)
Ne jamais oublier que nos réflexions sont conditionnées ?
Interagir plus souvent avec des gens qui vivent une autre réalité ?
Sur ce point, on a eu une idée toute modeste, qui ne changera pas le monde
(en tout cas pas comme manger des Corn Flakes le jour avant l'élection de Trump)
Mais elle nous amuse:
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Afin de nous obliger à élargir un peu notre univers.
Pour le moment, on ne sait pas trop comment faire.
Mais si vous savez, n'hésitez pas !
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