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Jusqu’à cette nuit vendredi il se déplaçait lentement, aux alentours de 12 km/h. Passé en catégorie 2, il a accéléré ce matin. Il longe maintenant, à bonne distance, les côtes portugaise, espagnole et française.
Si sa trajectoire présumée se confirme il traversera l’Irlande et l’Écosse. Attention la secousse! Il sera alors repassé en catégorie tempête tropicale mais restera très violent. Pour ces deux régions il apparaîtra comme une tempête automnale particulièrement vigoureuse.
Dans une courte présentation vidéo, BFMTV annonce que cet événement est rarissime. Il faudrait remonter à 1961 pour trouver un ouragan qui file directement vers l’Europe. En effet les cyclones tropicaux se forment en général plus au sud et les vents dominants les poussent vers l’Amérique centrale.
Ici Ophelia a pris une direction opposée et remonte directement vers l’Europe. La raison est simple: il est apparu à une latitude plus au nord que celle où les cyclones se forment habituellement. Il a été ensuite pris directement dans le flux dominant d’ouest de cette latitude.
Statistiquement c’est peu fréquent. Mais est-ce rarissime, comme le suggère la vidéo mentionnée? Faut-il dramatiser cet événement? Une recherche dans les années passées montre que 1961 a bien connu un tel événement, voire deux.
L’ouragan Debbie (image 1) s’était formé très à l’est du plan d’eau atlantique. Après un démarrage timide vers le nord-ouest et un renforcement, il avait viré plein est sans aller frôler l’Amérique et avait terminé sa course vers l’Irlande. Quant à Jenny il s’était formé dans les petites Antilles et avait ensuite pris une direction inhabituelle nord-est, puis est, avant de faire un petit pas de danse (image 2).
Autre information dans le 20 Minutes:
« La particularité d’Ophelia n’est pas l’impact qu’elle pourrait avoir sur le continent européen, mais bien le fait qu’une tempête tropicale de cette ampleur touche sa côte atlantique. «C’est très spécial, explique Klaus Marquardt de Meteonews à nos confrères alémaniques. Je travaille comme météorologue depuis quinze ans et je n’ai jamais vu ce type de trajectoire. »
Ah la la!… S’il avait consulté les archives plutôt que sa mémoire… Car il y a eu l’ouragan Vince, de catégorie 1. Le 11 octobre 2005, soit douze ans en arrière, il touchait l’Espagne après un parcours presque plein est (image 3).
Entre le 4 et le 6 octobre 2009, soit huit ans en arrière, la tempête tropicale Grace a suivi un étrange parcours (image 4). S’étant formée à une latitude inhabituelle elle a pris une direction vers l’est, a fait là aussi un pas de danse, puis est allée s’éteindre en mer Celtique.
3,5 milliards
Il arrive que des restes d’ouragans arrivent en l’Europe après avoir survolé le sud des États-Unis. Ce sont alors de simples tempêtes. Mais que des tempêtes tropicales ou des cyclones prennent dès leur formation la direction de l’est est effectivement plus rare.
Pour autant l’Europe n’est pas à l’abri de tempêtes extrêmes, presque aussi fortes que des ouragans tropicaux. La Bretagne se souvient encore de l’épisode extrême qui s’est déroulé il y a exactement 30 ans dans la nuit du 15 au 16 octobre 1987.
L’anémomètre de la pointe du Raz fut cassé par la violence d’une bourrasque alors qu’il mesurait une pointe de vent à 220 km/h, ce qui laisse penser que des rafales devaient dépasser cette vitesse. « L’ouragan de 1987 », c’était des vents de force 12 (le maximum de l’échelle) dignes d’un ouragan, une pression centrale chutant à 948 hPa, et des vagues de 16 mètres à Ouessant et Belle-Île-en-Mer.
Cette intempérie coûta 23 milliards de francs (l’équivalent de 3,5 milliards d’euros).
« En France, les dégâts ont été estimés à environ 23 milliards de Francs à l'époque, soit 3,5 milliards d’euros. Des forêts entières furent ravagées, quasiment le quart de la surface des bois de Bretagne ne résistèrent pas à ces vents surpuissants. »
« L’ouragan est considéré comme l’un des six sinistres les plus chers au monde depuis 1970, après l’ouragan Andrew aux États-Unis (1992), le séisme de Northridge en Californie (1994), le cyclone Mireille au Japon (1991), la tempête de l’hiver 1990 en Europe, l’ouragan Hugo à Porto Rico (1989). »
Au fait, bien joli prénom qu’Ophélie. Celui d’une héroïne de Shakespeare, comme le rappelle Wikipedia:
« Ophélie est un personnage de fiction de la tragédie d’Hamlet, l’une des plus célèbres pièces de William Shakespeare. Dans cette tragédie, elle est la fille de Polonius et la sœur de Laërte. Elle sombre dans la folie et meurt, par accident ou par suicide, lorsque Hamlet (son amant qui l’a délaissée) assassine son père. »
Dernier point: le passage d’Ophelia au large de l’Europe fait office de pompe à chaleur. L’ouragan aspire de l’air chaud et du sable des Tropiques. Il générera de douces températures ce week-end et les jours suivants (voir l’animation en fin d’article). Peut-être même des pointes à 30° à Biarritz, selon Météo France.
Mais, non, ce n’est pas encore l’été indien.
Dimanche 15 à 09:00: