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Un des paradoxes de l’histoire est que l’expansion économique de la Chine et la concurrence que cela représente pour les États Unis sur le plan mondial est en grande partie un sous-produit de l’effondrement de l’Union Soviétique. La chute soudaine du grand frère soviétique fut perçue comme une véritable catastrophe par le communiste chinois qui en vint à se demander s’il ne serait pas le prochain à subir le même sort.
Eviter la catastrophe
Cette interrogation amena le Parti communiste chinois à trois conclusions. Premièrement, le modèle économique Soviétique était défaillant. Deuxièmement, il était impératif que le Parti préserve, pour ne pas dire renforce, son contrôle sur l’appareil de l’Etat. Troisièmement enfin, la force seule n’était pas suffisante pour assurer que le Parti se maintienne au pouvoir. Pour cela il fallait qu’il obtienne l’adhésion d’une large tranche de la population.
Cette dernière exigence était essentielle si le Parti voulait pérenniser son pouvoir et elle passait inévitablement par une politique économique qui amènerait à l’enrichissement de la population. Le Parti se devait donc de sortir la Chine de la pauvreté dans laquelle elle croupissait depuis plus d’un siècle. Or pour ce faire, la Chine à elle seule et malgré la taille de sa population n’en avait pas des moyens. Pour se développer la Chine devait impérativement non seulement réformer son économie mais aussi s’ouvrir au monde extérieur. Ouverture et développent économiques n’étaient cependant pas des buts en soi. Le but était de permettre au Parti de se maintenir au pouvoir et de ne pas subir le sort de son homologue Soviétique.
Un succès incontestable
Que cette approche fut couronnée de succès est le moindre que l’on puisse dire. En 30 ans 850 millions de Chinois furent sortis de la pauvreté dont le taux passa de 88 % en 1981 à 0.7 % en 2015 avec en parallèle une espérance de vie moyenne qui passa de 66 ans en 1980 à 77 ans en 2018. Et cette même année quelques 140 millions de touristes chinois dépensèrent 277 milliards de dollars à l’étranger. En fait, sur le plan interne, le Parti avait gagné son pari.
En revanche c’est sur le plan extérieur que le système se grippa.
Le succès économique chinois était dut essentiellement au fait que ses reformes sur le plan intérieur lui permirent de devenir un acteur de poids dans l’arène économique internationale. Il en résultat une relation asymétrique ; une Chine ayant accès à une économie internationale ouverte tout en refusant d’en observer les règles.
Manque de vision
Ce déséquilibre fut toléré par Washington par un manque de vision à long terme mais aussi parce qu’une partie importante de la classe politique américaine encore aujourd’hui ne s’ést jamais faite à l’idée que la Chine puisse un jour devenir « communiste » et donc sortir du giron américain. Vu de Washington, œuvrer au développement de la Chine et à son intégration dans le système international n’était qu’un moyen pour saper le pouvoir du Parti et provoquer un changement de régime. Or c’est le contraire qui advint.
Un empire millénaire
Le problème pour les américains fut qu’ils n’avaient pas à faire juste à un autre pays du tiers monde pieusement qualifié de « en développement » mais à un empire de 1 milliard 400 millions d’habitants héritier d’une civilisation vielle de 2000 ans avec tout ce que cela comporte de ressources intellectuelles, de valeurs propres, de créativité mais aussi d’arrogance.
Contrairement à ce qui s’était passé avec l’Union Soviétique, le fait que les deux économies soient partiellement imbriquées ne fait qu’ajouter à l’imbroglio actuel. D’une part une superpuissance en devenir qui cherche á s’affirmer par tous les moyens à sa disposition et ne prétend jouer que par ses propres règles et de l’autre une superpuissance existante déchirée par ses contradictions internes et qui peine à maintenir une hégémonie mondiale que sa puissance militaire seule n’arrive pas à préserver.
Coexistance difficile
Dire que la coexistence entre les deux sera difficile est pour le moins un sous-entendu. Car rien dans leur DNA ne les prédisposent à traiter d’égal à égal avec un concurrent pour ne pas dire un antagoniste.
A l’exception d’un hiatus d’un siècle dans une histoire millénaire la civilisation Chinoise a essentiellement vécu focalisée sur elle-même, entourée de « barbares » qu’il valait au mieux ignorer. La venue au pouvoir des Communistes en 1949 a vu la réhabilitation de l’état chinois selon un schéma importé sous l’étiquette Marxiste. En fait la formule ne perdura pas. En moins de 50 ans la Chine digéra le Marxisme pour le réinventer sous l’étiquette de « Socialisme avec des caractéristiques Chinoises » pour en faire un produit interne à usage unique. En fait c’était une réincarnation de la Chine impériale version 21 ème siècle en une formule qui combinait des éléments du Confucianisme avec un pouvoir fort et dirigiste, une économie de marché contrôlée, le tout aux mains d’une nouvelle classe de Mandarins dont l’emprise sur le pouvoir se voulait absolue.
Si tout prédisposait l’empire Chinois version 21 ème siècle à chercher à tirer profit de ses relations avec les « barbares » sans pour autant devoir composer avec eux et avec leurs règles, l’environnement international se prêtait difficilement à une telle approche. En effet l’interlocuteur principal de la Chine, à savoir les États Unis, lui aussi n’était guère prédisposé à composer.
L’empire américain
Prise dans sa globalité les États Unis n’ont jamais été confrontée à devoir gérer d’égale à égal une relation complexe avec un interlocuteur étranger.
Entre une guerre ouverte avec l’Allemagne ou le Japon ou ils se sont imposés grâce à leur puissance industrielle, une guerre froide avec le bloc Soviétique ou un système d’alliances avec des états qui lui étaient redevables les États Unis n’ont jamais été amenés à traiter avec un interlocuteur à la fois utile et concurrent qui prétend jouer selon ses propres règles dans la même cour de récréation.
Il en résulte que plutôt que de pouvoir dicter ses règles et ses conditions, Washington se trouve, pour la première fois dans son histoire face à un état qui politiquement n’est ni son obligé ni son soumis et dont la puissance économico-militaire se rapproche lentement de la sienne.
Ainsi la question qui se pose n’est pas de savoir s’il y aura un choc entre les deux protagonistes mais plutôt, sur les prochain 50 ans, comment sera-t-il géré et quelle sera la forme d’un hypothétique équilibre qui en découlera.
L’alternative, c’est un affrontement permanent entre deux rivaux dont chacun estime qu’il n’est redevable qu’à lui-même.