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Condamnée pour avoir vendu des cigarettes de contrebande, Adelina doit payer une amende ou aller en prison. Cependant, le fait qu'elle attende un heureux événement rend toute incarcération impossible. Dès lors, chaque fois que les forces de l'ordre menacent de la jeter en prison, elle s'arrange pour être enceinte…
Critique
Plus qu’ailleurs, il existe dans le cinéma italien une véritable tradition du « film à sketches », que l’on peut étendre, a minima, de l’immédiate après-guerre (par exemple les six épisodes composant Paisa (Roberto Rossellini, 1946) au cinéma contemporain (après tout, Journal intime de Nanni Moretti correspond à la définition), mais dont le sommet, qualitatif comme quantitatif, est à situer incontestablement au cœur de la période 1953-76, à l’apogée de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « la comédie à l’italienne ». Forme aujourd’hui négligée, voire dévalorisée, le film à sketches avait alors représenté un moyen idéal pour exprimer la grande diversité culturelle, géographique, sociologique d’un pays en pleine reconstruction. Et loin de brider les élans créatifs des cinéastes, il leur offrait une liberté structurelle certaine autant qu’il exigeait de leur part une grande concentration narrative ; comme le dit l’historien Jean A. Gili, spécialiste notoire du cinéma italien, certains cinéastes qui auraient pu à l’occasion de films à épisodes se contenter de « parenthèses » entre deux longs métrages plus ambitieux y ont en réalité atteint des sommets de leur filmographie : selon lui, Fellini (dans Boccace 70 ou dans Histoires extraordinaires) mais aussi Pasolini (dans Ro.Go.Pa.G, dans Les Sorcières ou dans Caprice à l’italienne) tournèrent dans ce cadre des œuvres « magistrales ».
Plus important encore pour une industrie cinématographique alors florissante (en 1955, l’Italie est au deuxième rang mondial en terme de spectateurs), le film à sketches séduit le public qui en aime la liberté de ton et qui aime surtout y retrouver ses stars favorites. Compte tenu de tout cela, il n’est guère surprenant que l’un des plus grands producteurs de l’époque, Carlo Ponti, invite en 1962 l’un de ses cinéastes les plus célèbres, Vittorio De Sica (depuis quelques années reconverti en serviteur docile des studios), à mettre en scène un film à épisodes réunissant deux des plus grandes vedettes de l’époque : Marcello Mastroianni et l’épouse de Ponti, Sophia Loren. On sait que Mastroianni et Sophia Loren ont au fil des décennies entretenu une grande amitié (« J’éprouvais pour elle de la tendresse et de l’affection. Rien de plus, et rien de moins » dira d’ailleurs le comédien pour faire taire les fantasmes) et que leur complicité à l’écran donnera au cinéma italien certaines de ses plus belles heures, de Quelques pas dans la vie à Une journée particulière. Mais la splendide comédienne éprouvait un attachement au moins égal à Vittorio De Sica, comme elle enfant de Naples, qui l’avait imposée en remplacement de Gina Lollobrigida dans le troisième volet de la trilogie Pain, amour…, qui l’avait déjà dirigée dans L’Or de Naples ou dans La Paysanne aux pieds nus, et qui avait notamment incarné son père dans Dommage que tu sois une canaille (dans lequel, ensemble, ils embobinaient le pauvre Marcello). La prestigieuse collaboration de ce trio aboutira donc à Hier, aujourd’hui et demain, lequel sera un tel succès (triomphe public et Oscar du meilleur film étranger) (…) Il est donc temps largement d’évoquer LA séquence anthologique d’Hier, aujourd’hui et demain, son apogée sensuelle et comique à la fois, à savoir ce fameux effeuillage que Mara consent à son fidèle client bolognais après lui en avoir tant fait baver, au son de l’Abat-jour de Henry Wright. C’est Vittorio de Sica qui avait eu l’idée d’un strip-tease, et qui avait demandé à Sophia Loren, que la grande pudeur rendait réticente, de prendre quelques cours auprès de professionnel(le)s. Pour le tournage de la séquence, le plateau fut vidé au maximum, permettant d’une part à Sophia Loren de se sentir plus à l’aise, plus naturelle dans ses mouvements, et d’autre part à Marcello Mastroianni de laisser libre cours à ses élans lubriques et de hurler son désir à la manière du loup de Tex Avery. 33 ans plus tard, le grand Robert Altman rendra hommage à cette séquence dans la dernière partie de Prêt-à-porter, réunissant Mastroianni et Loren dans une chambre d’hôtel sur la même chanson. Mastroianni raconte dans la biographie d’Enzo Biagi qu’il est lui-même à l’origine de cette référence, la plus immédiate à son esprit parmi toutes les séquences anthologiques partagées avec Sophia Loren :
« Il s’est créé une alchimie entre nous deux et nous n’avions pratiquement plus besoin de répéter, comme pour ce bref épisode de Prêt-à-porter, d’Altman.
Altman dit : " Vous pouvez parler italien, puisque après je mettrai des sous-titres. A vous de voir. Qu’est-ce que vous pourriez retrouver, comme vieil épisode que vous avez joué ensemble ? "
Antoine Royer