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Ceux, de plus en plus nombreux, qui jouent avec la fin de l'euro oublient que la monnaie unique est née précisément de l'échec des monnaies nationales vers lesquelles, selon eux, il faudrait retourner. Depuis 1973 et la généralisation des changes flottants, c'est une situation de surendettement qui s'est trouvée à l'origine des crises.
Un bref rappel. Après l'effondrement définitif du système de l'étalon de change-or en 1973 et la généralisation des changes flottants, les crises systémiques, monétaires et financières, loin de disparaître, se sont au contraire accentuées. Juin 1974: faillite de la banque Herstatt emportée par des opérations de change malheureuses.
Septembre 1978: interventions en catastrophe de la Banque nationale pour enrayer l'appréciation réelle du franc face au Deutsche Mark (presque 30% en neuf mois). Août 1982: ébranlement du système financier mondial à la suite de la crise mexicaine. Février 1987: accords du Louvre pour stopper l'effondrement du dollar.
Octobre 1987: krach boursier à Wall Street. Fin décembre 1989: éclatement de la bulle spéculative japonaise. Juin 1992: non danois au Traité de Maastricht, et sorties en catastrophe de la livre et de la lire du SME. Décembre 1994: deuxième crise mexicaine («crise Tequila»). Juillet 1997: crise asiatique. Eté 1998: défaut russe et chute du hedge fund LTCM. Mars 2000: éclatement de la bulle Internet. Etc., etc.
A chaque fois, en réalité, c'est une situation de surendettement qui s'est trouvée à l'origine de la crise. L'indiscipline budgétaire ne date donc pas de la formation de l'Eurozone, mais est en quelque sorte consubstantielle à l'existence d'un système bancaire et financier autorisant le gonflement sans fin du couple dettes / créances. Le crédit bancaire est généralement considéré comme le fauteur de trouble. Il l'a toujours été, mais ne l'est plus désormais que partiellement.
Car la grande nouveauté, à peu près contemporaine de l'éclatement de Bretton Woods, est la formation d'un véritable marché de la dette, sur lequel s'échangent des produits financiers, plus ou moins titrisés et souvent incompréhensibles, dont la base (le «sous-jacent») est précisément constituée d'obligations d'emprunts.
L'essor vertigineux de ce système parallèle de «shadow banking», dont le volume atteint un multiple du crédit bancaire et se chiffre désormais par milliers de milliards, est ce qui rend aujourd'hui l'endettement des Etats si difficilement maîtrisable. Comme il est impossible de faire rentrer le génie dans la bouteille et que la finance trouvera toujours mille moyens de contourner les obstacles réglementaires qu'on tentera de lui opposer, le seul moyen de désenfiévrer les marchés financiers et accessoirement de les rassurer quant à la pérennité de la zone euro revient bel et bien, ainsi que les Allemands ne cessent de le répéter, à fixer comme point central sur la ligne d'horizon le rétablissement de l'équilibre budgétaire, et s'y tenir. Punkt Schluss.