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Des occupations gauloises et antiques à Plougoumelen
Dans le cadre de l’extension du Parc d’activités de Kénéah à Plougoumelen (Morbihan), une fouille archéologique préventive a été prescrite par le Service régional de l’Archéologie Bretagne et réalisée par la société Archeodunum. Cette opération, d’une durée d’environ deux mois, a permis de mettre en évidence des habitats laténiens et antiques permettant d’enrichir le corpus local et d’étoffer ainsi une base de données relativement riche pour cette région du Morbihan.
Le site du « Kénéah », d’une surface de plus de 2 hectares, est localisé à quelques kilomètres au nord-est de la commune, aux abords d’un talweg qui se jette dans l’anse dite de « Lann Vihan ». Les parcelles de fouilles sont implantées sur un relief de plateau constitué de granites, entre 35 et 44 m d’altitude, sur un terrain à double pente nord-est/sud-ouest et sud-est/nord-ouest. Le rocher granitique affleure sur de nombreux secteurs du site avec parfois des recouvrements de formations aréniques. Malgré l’absence des niveaux de circulation conservés et la médiocrité de la stratigraphie, il a été néanmoins possible de reconstituer le mode de fonctionnement d’un établissement rural sur plusieurs siècles. Après une fréquentation momentanée du site au Néolithique moyen I et à la transition âge du Bronze/premier âge du Fer, matérialisé respectivement par un foyer et un enclos circulaire, probablement à vocation funéraire, un établissement de type ferme est aménagé au plus tôt à La Tène moyenne. Si les modalités de cette première occupation gauloise demeurent relativement floues compte tenu de la mauvaise conservation des vestiges, la mise en place d’un chemin d’accès est datée de cette époque. Cet axe viaire se matérialise sur le terrain par des fossés bordiers dont le tracé relie très certainement la ferme à une voie plus importante dont des traces ont été mises en évidence sur le site. Au cours de La Tène finale, l’établissement connaît une série de restructuration avec la mise en place d’un système de deux enclos fossoyés au milieu desquels surgissent un certain nombre de structures, correspondant aux aménagements internes de la nouvelle ferme. L’espace enclos de 8320 m2 renferme ainsi une série de structures liées très certainement aux traitements des récoltes (greniers, silos, fours) associés à deux bâtiments, dont un à vocation probablement résidentielle.
À la période augustéenne, quelques décennies après la Conquête, la ferme gauloise sert de base pour la structuration d’un nouvel établissement qui intègre le nouveau territoire de la cité des Vénètes. Un des enclos est ainsi repris avec le creusement de fossés plus larges. Les aménagements internes se résument à quelques structures marginales. Les installations majeures, notamment celles liées à l’habitat, n’ont pas été conservées. Il en va de même pour les chemins d’accès. Il faut attendre manifestement le règne de Tibère pour assister à un plan de reconstruction qui remodèle en grande partie le visage de ce premier établissement gallo-romain. À l’enclos originel s’en rattachent deux nouveaux à plan trapézoïdal. Ils sont matérialisés par de grands fossés rectilignes se joignant ou non à angle droit. L’enclos le plus petit renferme une surface de 3360 m2 environ. S’il correspond manifestement à la partie résidentielle, la fouille minutieuse réalisée dans cet espace n’a pas permis d’en mettre en évidence les aménagements. Seuls des fosses et des trous de poteau isolés ont été observés. Les phénomènes d’érosion, importants dans les secteurs de pente, n’ont vraisemblablement pas permis de préserver les traces de ces vestiges, en particulier ceux des bâtiments. Cependant, la découverte dans le comblement des fossés de restes de construction, notamment des fragments de tuiles, et des rejets d’origine domestique (céramiques, amphores, etc.) atteste bien la présence d’un habitat au sein de cette zone. Cet enclos est inséré dans un espace plus grand correspondant aux limites de l’enclos augustéen, dont les fossés sont toujours utilisés à cette période, comme en témoignent les traces de curages et le mobilier découvert dans leur comblement. Le second enclos trapézoïdal se juxtapose aux enclos précédemment décrits. La surface enclose par ses fossés atteint approximativement 1,16 ha. Quant aux aménagements susceptibles d’exister dans l’espace interne, ils se résument à une batterie de foyers dont la fonction pourrait être liée à une activité agricole.
Le visage de ce nouvel établissement renvoie donc aux enclos trapézoïdaux à entrée axiale bien documentés dans la région. Ce sont avant tout des clôtures de forme géométrique et des déformations angulaires leur confèrent un aspect trapézoïdal. Malgré l’absence des vestiges liés à l’habitat, l’ensemble des structures découvertes donne l’image d’une grande ferme rurale de plus de 2,30 ha. L’ensemble de ces vestiges antiques n’est qu’un élément de l’histoire plus longue du site. Cette continuité de l’occupation et des techniques architecturales a été appréhendée sur de nombreux sites de l’âge du Fer en Bretagne, et ailleurs.
Dans la seconde moitié du IIe s. apr. J.-C., l’établissement est abandonné et il faut attendre la fin de l’Antiquité ou le début du Moyen Âge pour connaître une réoccupation des lieux se matérialisant par un four et surtout un axe viaire, dont le tracé reprend probablement celui de voies plus anciennes. Pour terminer, quelques traces d’occupations fugaces sont à signaler au Moyen Âge central et aux époques Moderne et Contemporaine.
T. Silvino
Vue générale du site. D.R.
Commune: Plougoumelen
Adresse / lieu-dit: Parc d’activités communautaire de Kénéah
Canton / Département: Morbihan (56)
Pays: France
Date de l’intervention:
du 11/02 au 12/04/2013
Période(s) concernée(s): Néolithique, âge du Fer, Antiquité romaine (gallo-romain), Haut-Empire, Moyen-âge, Époque Moderne
Nature de l’intervention:
Opération d’archéologie préventive en préalable à la construction d’un parc d’activités
Responsable d’opération: T. Silvino
Suivi scientifique: C. Cribellier, Sra/Drac Bretagne
Aménageur: Vannes Agglo