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Jura «Aucune fanfare n'est financée par un parti politique!»
Contrairement à leur histoire, les orchestres ajoulots prenant part au Festival des Fanfares ne sont plus politisés. Explications.
Musique et politique
À Chevenez en 1923, le Festival des fanfares démocratiques coïncidait avec l'Assemblée des électeurs démocratiques du district de Porrentruy. Le quotidien «Le Pays» relayait l'exhortation à accepter un objet soumis en votation: la révision des dispositions de la Constitution fédérale relatives aux boissons distillées: «L'après midi se passa à écouter les jolis morceaux de musique qui formaient un concert charmant et varié, coupé pa run discours de M. le Dr Jobin sur la votation du 3 juin. L'orateur fut surtout acclamé, quand il a fait appel à l'esprit de dévouement et d'union de tous pour encourager un vote affirmatif les efforts de la confédération afin d'arrêter le torrent d'alcool qui risque de noyer notre jeunesse, notre race et notre fortune nationale».
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Une fanfare rouge (PLR) et une fanfare noire (PDC)? C'était la règle en Ajoie jusqu'en 1999. Rien de tel au 21e Festival des Fanfares mis sur pied par l'Espérance de Chevenez, le samedi 25 et le dimanche 26 mai.
À Alle (JU), le musicien Benjamin Thiévent a réalisé une étude sur les fanfares politisées d'Ajoie, de la fin du XIXe siècle à 1939. Son mémoire de master présenté en 1916 commence fort: «Quand il rentraient à la maison, ils découvraient que dans le tuyau il y avait de la chair humaine», lui a raconté un villageois en évoquant les années 1904-1905.
«C'était la guerre»
Se battre au moyen des embouchures de leur instrument en rentrant des répétition? «C'était la guerre entre les deux fanfares», rapportait Benjamin Thiévent dans un mémoire primé en 2016 par la société d’Histoire et d’archéologie du canton de Neuchâtel.
En s'intéressant aux fanfares politisées, Benjamin Thiévent a levé le voile sur «les ensembles instrumentaux à vent et percussions qui sont rattachés d'un quelconque manière à un parti».
Démocratiques et libérales
Deux fanfares par village, avec un festival par couleur politique, c'était la règle jusqu'en 1999, avec la dissolution de la Fédération des fanfares démocratiques d'Ajoie fondée en 1921 et la fédération des fanfares libérales d'Ajoie fondée en 1922.
La Fédération des fanfares d'Ajoie qui en résulte est présidée aujourd'hui par Henri Erard, de Buix. «Les fanfares politisées n'étaient pas une spécificité jurassienne. Elles ont disparu dans tous les cantons, sauf peut-être en Valais», indique-t-il.
Lutter contre l'alcoolisme
Membre de la fanfare «rouge» Le Grütli, Benjamin Thiévent situait la création de la plus ancienne société de musique ajoulote à Charmoille, en 1841. Sa mission: lutter contre un alcoolisme trop important dans la région.
La première véritable fanfare est née à Porrentruy en 1849. Puis chaque village ou presque aura la sienne.Entre 1841 et 1939, sur 31 villages ajoulots, douze auront une fanfare et onze en auront deux: une libérale et une démocrate.
Étiquette folklorique
Pour son travail qui visait à aller «au-delà de l'étiquette folklorique que peuvent parfois revêtir les fanfares villageoises», Benjamin Thiévent a reçu le prix Kunz décerné en 2016.
«Les résultats de l'analyse sont dérangeants et indiquent un degré d'attachement politique variable, selon la nature du document considéré: bannières, uniformes, discours ou affiches», a relevé la société d’Histoire et d’archéologie du canton de Neuchâtel.
Valaisans et fribourgeois
Benjamin Thiévent révélait qu'à l'instar des festivals valaisans et fribourgeois , ceux du Jura comprenaient «des buts musicaux, économiques et politiques». De l'histoire ancienne, selon Henri Erard, président de la Fédération des fanfares d'Ajoie.
«Aucune fanfare n'est actuellement financée par un parti politique et la formation des jeunes musiciens n'est absolument pas politisée. En 2019, le but d'une fanfare n'est que musical!», détaille-t-il, en évoquant une «une évolution naturelle» qui n'a pas soufflé sur tout le Valais.
Truc de vieux
Le répertoire d'une fanfare parle-t-il aux jeunes? «Si vous pensez qu'une fanfare est un truc de vieux: vous faites fausse route: la moyenne d'âge des treize formations comptant chacune 35 membres est de 32 ans!», fulmine le président.
Le répertoire d'une fanfare capte-il l'attention d'un ado? «Vous rigolez? Nous n'interprétons aucun morceau composé avant l'an 2000!», s'étrangle Henri Erard.
La relève est là, même si de l'aveu même du président des fanfares ajoulotes, «de la théorie à la pratique, l'apprentissage de la musique est ingrat». Pour les 8-12 ans, la motivation première, ce n'est pas la compétition, comme en foot: c'est d'être entre copains.
Dans la salle
Lors du festival organisé par la société de Haute-Ajoie L'Espérance, les connaisseurs tendront surtout l'oreille le samedi dans la salle, la qualité musicale n'étant pas meilleure lors des marches du dimanche.
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Créé: 23.05.2019, 06h42