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A Locarno, Catherine Breillat préside le jury officiel. Lourde tâche dont la cinéaste devrait sans problèmes s'acquitter. Entre deux séances, elle accorde aussi des interviews. Je n'étais pas sûr qu'elle accepte le principe de l'interview express, avec notamment le tutoiement. Mais la réponse fut favorable. Et elle n'a en tout cas rien perdu de sa véhémence.
Comment abordes-tu ton rôle de présidente du Jury?
C'est un grand honneur et il est important de ressentir les films en son âme et conscience. Je me battrai pour mes convictions.
Ton dernier film, Abus de faiblesse, remonte à 2013. En tourneras-tu bientôt un nouveau?
C'est uniquement une question de financement. Mais notre époque, qui est moraliste et conventionnelle, n'aide pas beaucoup. Je ne suis ni morale ni académique. Je ne suis pas dans le discours d'Une vieille maîtresse, qui remonte à 2007. Je me souviens qu'à Cannes, Asia Argento, qui joue dedans, avait eu des propos abominables et osé tenir un discours moraliste alors que l'art est libre. Aujourd'hui, faire des mauvais films, c'est de la flatulence intellectuelle.
Quel regard jettes-tu sur ta carrière?
Je ne peux parler que de films en particulier. 36 fillette, par exemple, qui avait gêné le public lors de sa présentation à Locarno en 1988, avait vingt ans d'avance sur son temps. Il n'a pas vieilli. Mais à l'époque, les gens en étaient sortis livides. Si ma carrière a toujours été si massacrée, c'est parce que j'ai constamment eu un regard décalé et en avance sur son temps. On m'a reproché ma lucidité. Notre société est traversée par le déni.
On t'a parfois taxée de cinéaste polémique? Ou sulfureuse? Tu l'assumes?
Polémique, je veux bien. Mais sulfureuse, non. Cela évoque le moisi, le démon, alors que c'est la société qui est moisie. Pour la société, je suis un scandale. Mais j'ai eu le droit d'être moi-même. J'ai lu Lautréamont et Miller à l'âge de 12 ans. J'ai vu La Nuit des forains de Bergman et ai découvert la violence des hommes.
Qu'est-ce qui peut te mettre hors de toi?
Je ne sais pas. Tout et rien. Je n'aime pas l'hypocrisie de la société. Ces gens qui parlent de #metoo sans rien analyser. Ces actrices qui se plaignent alors qu'elles ont des rôles, du boulot, je ne comprends pas.
Si le niveau des océans montait de 15 mètres dans les huit jours, que ferais-tu?
Haha, je n'aurais plus de maison, j'habite sur une île. Je suis dans le déni, je pense que si on ne croit pas au pire, le pire n'arrive pas.
Quelle question rêves-tu qu'on te pose?
Une question à laquelle je ne m'attends pas. C'est en général la question magnifique, celle qui stimule l'esprit. J'aime trop la découverte pour te donner un exemple.
Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?
J'en ai déjà dit beaucoup. Depuis 16 ans, rien ne peut m'interdire de parler de quoi que ce soit.
Pourquoi alors les talk shows t'invitaient si peu, tu aurais été une très bonne cliente?
Oui, mais à la télé, j'ai l'air acariâtre et méchante. Parfois même austère. Je ne renvoie pas une bonne image de moi. Alors que tu vois bien, je ris tout le temps quand je parle (je confirme). Je suis faite pour le face à face en interview ou pour la radio.