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Grand Conseil. La buvette du parlement n'est plus accessible au public ni aux journalistes. Une restriction décidée à la suite de la dernière session en avril dernier.
Roger Deneys. «Faire des mesures urgentes comme celle-ci, je trouve ça juste ridicule!»
La buvette du Grand Conseil est accessible aux seuls députés. Une mesure urgente adoptée après la session parlementaire du mois d'avril, lorsqu'une femme a pu pénétrer dans l'hémicycle pour interpeller le président du parlement Gabriel Barrillier. Un autre événement est intervenu le jour d'avant. Roger Deneys, candidat au Conseil d'Etat et député socialiste a accepté de revenir sur les circonstances de cette interdiction.
Pourquoi cette décision de restreindre l'accès à la buvette du Grand Conseil aux seuls députés?
Les questions de sécurité dans les parlements sont dans l'air du temps depuis le massacre de Zoug (où un homme s'était introduit dans l'hémicycle et avait tué 14 élus en 2001). Il faut néanmoins trouver un juste équilibre entre les décisions ultra-sécuritaires et des mesures trop permissives. Il se trouve que des événements particuliers ont accéléré le processus et ont fait prendre des mesures urgentes.
Et ces événements, quels sont-ils?
Une femme s'était introduite vendredi après-midi 26 avril dans l'enceinte du Grand Conseil et a interpellé assez violemment Gabriel Barrillier concernant sa fille et un médicament qu'elle considérait néfaste pour sa santé (lire l'article du 20 minutes: «Prenez mon dossier, ma fille se meurt»). Le soir d'avant, je suis arrivé en retard à la séance. En me rendant depuis Bel-air à vélo à l'Hôtel-de-Ville, j'ai croisé deux femmes attablées dans un bistrot qui m'ont apostrophé pour me dire qu'elles appréciaient mon casque arc-en-ciel. Elles avaient l'air de bien faire la fête et je leur ai proposé de venir boire un verre à la buvette du Grand Conseil.
Vous faites ça souvent?
Oui, je le fais régulièrement dans une démarche citoyenne pour que les gens puissent discuter avec les députés. Je trouve à la fois important et intéressant que les citoyens prennent la peine de nous parler.
Et donc que s'est-il passé après, sont-elles venues?
Gabriel Barrillier a exceptionnellement levé la séance à 21h10 ce soir-là, estimant que nous avions bien travaillé. Habituellement, nous terminons à 23h. Les deux femmes sont arrivées peu de temps après dans la buvette accompagnées d'un homme. Je n'étais plus dans la salle à ce moment-là, mais il semble que l'une d'entre-elle ait pénétré l'enceinte et ait crié. Elles avaient l'air bien éméchées. Puis elles se sont rendues dans les toilettes de la buvette, ce qui a eu pour conséquence d'énerver les députés présents à ce moment-là. Ça ne leur a pas plu que n'importe qui puisse venir ici.
Mais ça fait pourtant des années que c'est le cas, n'est-ce pas?
C'est juste. Mais cette fois, les deux événements se sont déroulés durant la même période. En plus, Eric Stauffer se plaignait souvent d'un individu qui l'aurait menacé et qui est souvent assis dans la tribune des visiteurs. Sur le coup de l'émotion, le Bureau du Grand Conseil a décidé de procéder à une mesure urgente. Un huissier est maintenant placé devant l'entrée de la buvette avec pour mission de restreindre l'accès aux seuls députés. En parallèle, l'UDC a déposé un projet de loi visant à légiférer l'accès au parlement.
Cette décision, même dans l'urgence, n'est-elle pas excessive? Les journalistes n'ont plus l'accès à la buvette.
Elle est évidemment extrême. Avec leur sens habituel de la nuance, ils ont tout interdit.
Pensez-vous faire quelque chose pour limiter les contraintes de cette décision pour certaines catégories d'individus?
On pourrait effectivement déposer un projet de loi dans ce but-là. Mais je ne compte pas le faire, car ce serait rentrer dans le jeu des enfantillages. Et puis Genève a des problèmes beaucoup plus urgents que des soucis de buvette.
Mais quelle est votre position concernant ces mesures urgentes?
La question de la sécurité dans les parlements est légitime. Depuis cette tuerie à Zoug, rien n'est impossible. Nous vivons actuellement dans un monde très dur. Et certains citoyens ne se sentent pas écoutés par leurs représentants et l'administration publique. Souvent avec raison d'ailleurs. Dans le désespoir, le passage à l'acte est une option qu'on ne peut pas exclure. Mais de faire des mesures urgentes comme celle-ci, je trouve ça juste ridicule! Surtout à moins de six mois de la prochaine législature. Ce serait plus judicieux que l'accès au Grand Conseil soit surveillé dans la cour de l'Hôtel-de-Ville. Qu'il n'y ait pas n'importe qui qui puisse pénétrer l'enceinte. Exactement comme c'est le cas au Palais fédéral.
Et donc en définitive, que suggérez-vous?
Je suis pour le statu quo jusqu'à la prochaine législature. Avec les risques éventuels que ça comporte. C'est important que les nouveaux députés puissent adhérer à la décision qui sera prise. Et de prendre une décision à tête reposée est toujours plus intelligent. Réagir dans l'immédiateté et l'émotion conduit souvent à des mesures extrêmes.
Interview: Grégoire Barbey