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Durant deux ans, le talisman de Kandy partait des uns aux autres, pour soulager, consoler, prévenir, je le prêtais toujours volontiers à qui me le demandait m'excusant auprès du sage Tamoul, l'artisan du talisman, de lui donner tant de travail. Il devait constater que la vie en Europe était dure, autrement qu'au Sri Lanka. Les souffrances des hommes étaient infinies et multiples sur cette terre.
En 2004, je retournai au Sri Lanka, un arrêt à Kandy n'était pas prévu dans mon itinéraire. Jour après jour, je le portai, les Sri Lankais souriaient en me voyant porter "leur talisman" par ce geste, je leur ressemblai un peu.
Assise sur la plage, je joue avec l'objet en regardant l'Océan, un chien à mes côtés hurle à la mort, pareil à un loup. Le cou tendu, en regardant le ciel, il fend l'air d'un hurlement long et sinistre et dont l'écho reste suspendu dans l'air comme une menace. Je m'étonne, puis tous les chiens s'en vont. Les vagues sont cassées, inhabituelles, un nageur est déporté vers le large, il faut aller le chercher. Un vague sentiment, quelque chose d'indéfinissable, un malaise inexpliqué. J'entends sous moi, un bruit qui vient du profond de la terre, un choc . Je me penche vers ma voisine, vous avez senti quelque chose, avez-vous entendu le hurlement du chien ? Elle secoue la tête pour dire non, elle ne voit rien, elle n'entend rien et j'ai tout senti, tout entendu. Mes yeux anxieux reviennent se poser sur l'Océan, interrogatifs.
Le soir , nous fêtons Noël, sur ma belle robe orange achetée au marché, le talisman brille. Une table est dressée dans le jardin à 150 mètres de la plage. Musique traditionnelle, une riche odeur de curry embaume l'air, tout est si tranquille, si paisible dans ce magnifique décor vert émeraude. Les hibiscus d'un rouge tendre, repliés sur eux-mêmes, à la nuit tombée, paraissent des enfants sagement endormis. La tête penchée , on les entendrait presque respirer, en s'approchant tout doucement sur la pointe des pieds. Un rêve d'hibiscus, un papillon bleu aux larges ailes qui viendrait le chatouiller dès l'aube naissante,à l'heure où le ciel applique ses premiers pinceaux sur la toile opalescente du matin mêlant les tons pastels, un gris ardoise sur fond d'améthyste. Le pinceau revient quelques minutes plus tard pour proposer un mauve glycine sur gris de lin. Le peintre s'amuse.
Les gens chuchotent, assis autour de la longue tablée aux nappes blanches, les flamme des bougies vacillent légèrement dans ce décor crépuscule des Dieux.
Calme, paix et harmonie ! Néanmoins, un calme inhabituel, pas le moindre cri d'un oiseau nocturne, pas de lézards pour décorer les murs des cabanes. Le temps semble suspendre son souffle, plus rien ne bouge, hormis les humains qui ne sentent plus grand chose et qui s'agitent tard dans la soirée en dansant et buvant, aveugles à ce je-ne-sais-quoi qui plane dans l'air et qui fige la nature.
(suis-je capable de raconter la suite avec la distance nécessaire à la narration littéraire ............... ?)