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Drogue et route de la soie
René Cagnat, le conférencier
Né en 1942, René Cagnat a d'abord mené une carrière d'attaché militaire français dans les pays de l'Est puis en Asie centrale de 1995 à 1998. Il s'est ensuite établi en Kirghizie pour mieux comprendre l'évolution de cette zone charnière. Il est auteur de nombreuses publications.
Pour obtenir plus d'informations: www.rene-cagnat.com
Extraits de la conférence de M. Cagnat
Extrait 1 : La transformation d'une région liée à la production et au trafic d'opium
Extrait 2 : Une économie réorganisée autour du trafic de drogue
Résumé de la conférence
Routes de la soie, hier, Routes de la drogue, aujourd'hui, répondent à la même exigence: celle d'assurer l'approvisionnement régulier en certaines denrées venues de l'autre bout du monde.
Mais une différence de qualité existe entre les deux négoces: si le commerce de la soie et des produits qui l'accompagnaient était le plus souvent légal et profitable aux sociétés qu'il traversait, en revanche, six siècles après, avec la drogue ou plutôt les drogues (opium, morphine, héroïne, haschisch) le trafic est illégal, nocif, létal pour l'humanité environnante.
Autre opposition considérable : si les routes de la soie étaient le théâtre d'un échange à double sens, le trafic de la drogue ne fonctionne, quant à lui, que d'est en ouest. Ses commanditaires qui suivent ou manipulent la demande sont à l'ouest, les organisateurs et logisticiens, les producteurs et porteurs à l'est. Mais un nouveau marché avec ses commanditaires pourrait apparaître en Extrême-Orient (en Chine en particulier) faisant alors de l'Asie centrale, à la fois productrice et fournisseuse « tous azimuts », une véritable plaque tournante.
L'aventure de la soie ou l'aventure de la drogue n'en présentent pas moins sur le terrain d'étranges similitudes: route maritime par l'océan indien, route du nord par les steppes ou route de l'ouest par la Turquie vers l'Europe, bientôt route orientale du Takla-Makan et du Gansu vers la Chine, les axes suivis sont à peu près les mêmes; comme les marchands de jadis, les porteurs organisés en réseaux au long de filières se passent le relais à différentes étapes; lorsqu'ils rencontrent une difficulté, ils la contournent par un nouvel itinéraire ou une nouvelle technique. Si, jadis les brigands étaient embusqués, menaçants et les seigneurs locaux rançonneurs, aujourd'hui, l'embuscade est celle des policiers, douaniers et autres garde-frontière qui, à l'image de l'état qu'ils représentent, peuvent se montrer rigoureux ou, bakchich aidant, « fermer les yeux ». Au long des « Routes » une certaine instabilité, voire des foyers de guerre suscités par l'appât du gain, les rivalités ou la volonté de contrôle continuent, comme par le passé, à surgir. La drogue, comme auparavant la soie, fournit alors, pour les événements politiques comme pour les évolutions sociales, une nouvelle grille de lecture.
D'un bout à l'autre des « filières », la détermination politique, la vigilance militaire et policière, l'astuce commerciale et l'inventivité technique ou financière persistent. Mais constatons que si, avec la soie, elles étaient plutôt au service du bien, avec la drogue elles se subordonnent de plus en plus au mal absolu.