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L'année 2023 a commencé de la même manière que l'année 2022 s'est terminée: avec de nombreuses nouvelles de catastrophes météorologiques. Des inondations à São Paulo ont entraîné des glissements de terrain et des coulées de boue. Le cyclone tropical «Gabrielle» a causé tant de dégâts en Nouvelle-Zélande qu'il a établi un record pour l'hémisphère sud.
Le changement climatique entraînerait une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes et une forte hausse du nombre de catastrophes – on a souvent pu lire de telles affirmations ces dernières années. Deux organisations renommées de l'ONU ont également publié récemment un communiqué de ce type. Souvent, les prises de position à la tonalité légèrement apocalyptique sont illustrées par des graphiques qui semblent étayer ces avertissements.
Tout mettre au compte du changement climatique n'est pas suffisant
Il est vrai qu'une partie des phénomènes météorologiques extrêmes est devenue plus forte ou plus fréquente. Tel est le cas, par exemple, des vagues de chaleur et des pluies abondantes. Il est également vrai qu'à l'échelle mondiale, le montant des dommages causés par de tels événements extrêmes a considérablement augmenté.
Toutefois, attribuer l'augmentation des dommages principalement au changement climatique constitue une approche beaucoup trop réductrice. Un examen plus attentif révèle une autre image. Pour cela, il faut observer les données.
Pour les catastrophes mondiales, il existe toute une série de bases de données pertinentes. Mais peu d'entre elles se prêtent à l'étude des dommages économiques. L'économiste néerlandais Richard Tol, de l'université de Sussex, recommande à ses étudiants d'utiliser à cette fin principalement les bases de données des réassureurs.
Les dommages augmentent en raison de l'accroissement des valeurs matérielles
Les deux réassureurs Swiss Re et Munich Re ont mis en place, indépendamment l'un de l'autre, deux bases de données sur les catastrophes: Sigma et Natcatservice. Ils rassemblent des informations sur les dommages causés par tous les types de catastrophes naturelles dans le monde entier. Certes, les compagnies d'assurance ne disposent que de données provenant de pays dans lesquels elles réalisent des affaires, explique M. Tol. En revanche, ces données sont particulièrement fiables en raison de la précision de la méthode.
Les gros sinistres assurés – c'est-à-dire les événements dont les dommages dépassent le seuil de 50 millions de dollars – ont augmenté en moyenne de cinq à sept pour cent par an depuis 1992, explique Thierry Corti, de Swiss Re. Il est chargé de veiller à ce que le changement climatique soit reflété dans les modèles de risque du réassureur.
Lorsqu'on lui demande quelles sont les causes de l'augmentation des dommages, Thierry Corti réagit très prudemment: il réfute l’idée pas que seul le changement climatique puisse être responsable d'une augmentation des dommages causés par les catastrophes naturelles. De nombreux facteurs interviennent, parmi lesquels la croissance économique, l'urbanisation, la colonisation des régions exposées et, en effet, aussi le changement climatique. Selon lui, il est difficile de quantifier précisément ces facteurs. Selon les estimations, la croissance économique serait toutefois l'une des principales raisons de l'augmentation des dommages causés par les catastrophes naturelles.
Pour simplifier, il y a aujourd'hui davantage de biens, nettement plus chers, qui peuvent être détruits en cas de catastrophe météorologique: les maisons situées dans les zones inondables ou les bateaux amarrés dans les ports de plaisance, par exemple.
Dans de nombreuses études, les chercheurs ont examiné si les données permettaient déjà de prouver l'influence du changement climatique sur les dommages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes. Mais cette influence n'est considérée comme clairement démontrée que pour les vagues de chaleur.
La situation de la recherche est moins claire en ce qui concerne les destructions causées par des inondations ou des cyclones. Il y a plusieurs raisons à cela. Il est surtout très difficile d'exclure des statistiques sur les dommages l'influence de la croissance économique. De toute façon, les modifications des inondations et des cyclones dues au changement climatique sont encore relativement faibles; il ne faut donc pas s'attendre à un effet très important sur les pertes matérielles.
D'une manière générale, le montant des dommages causés par les catastrophes naturelles n'est pas une donnée appropriée pour rechercher l'influence du changement climatique, estime Richard Tol. «Certains écologistes n'en tiennent pas compte ou font semblant de ne pas le savoir».
La tentation est grande de tout mettre au compte du changement climatique
En revanche, R. Tol comprend bien pourquoi les personnes qui s'engagent pour la protection du climat mettent l'augmentation des dégâts causés par les intempéries sur le compte du changement climatique. «Celui qui prétend que quelque chose est compliqué ne peut pas faire passer son message», explique-t-il.
La politique est également tentée de jouer la carte du changement climatique pour d'autres raisons. Le Néerlandais rappelle les inondations de l'été 2021. Elles ont causé de nombreux décès, surtout sur l'Ahr, un affluent du Rhin. En Allemagne, il y a eu beaucoup de dégâts à l'époque; en Belgique, très peu, selon R. Tol. Cela indique une mauvaise gestion de l'eau chez les Allemands, peut-être aussi une déforestation dans le bassin versant, explique le scientifique. Mais pour les politiques, l'incitation à incriminer le changement climatique a été grande.
Les phénomènes météorologiques extrêmes ont moins de conséquences mortelles qu'auparavant
Alors que les dégâts causés par les catastrophes météorologiques augmentent, le nombre de morts diminue – et ce depuis de nombreuses années. Dans le monde scientifique, la «Emergency Events Database» (EM-DAT) de l'Université catholique de Louvain en Belgique est considérée comme une source de données fiable sur les décès dus aux catastrophes naturelles. Les responsables passent au peigne fin les nouvelles et les rapports officiels à la recherche d'éventuelles informations sur des catastrophes telles que tempêtes et inondations, et les rapprochent systématiquement.
Les catastrophes font aujourd'hui nettement moins de victimes qu'auparavant, et ce malgré la forte croissance de la population mondiale. La protection contre les désastres a manifestement connu une amélioration constante. Cela vaut aussi bien pour les inondations que pour les sécheresses ou les tempêtes.
Certes, il y a toujours des revers – surtout dans les pays pauvres en voie de développement. En 2008 encore, le cyclone tropical «Nargis» a tué plus de 138 000 personnes au Myanmar. Mais aujourd'hui, dans la plupart des pays du monde, les phénomènes météorologiques extrêmes dévastateurs ne font plus des dizaines de milliers de morts, tant l'alerte et la protection sont devenues efficaces. Et cela est dû en grande partie à la même évolution économique, qui fait également grimper le montant des dommages.