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La nuit qui a suivi ce Mardi gras électoral américain a dû être douce pour Joe Biden. Elle aurait pu être meilleure pour Bernie Sanders, alors que celle de Donald Trump fut peut-être peuplée de cauchemars.
La résurrection providentielle du vice-président d'Obama, l'unité partiellement retrouvée du parti démocrate, le civisme de ses électeurs qui ont battu des records de participation, tout cela signifie-t-il le commencement de la fin pour l'actuel locataire de la Maison Blanche ou, à tout le moins, paraphrasant Churchill, la fin du commencement ? Au delà de leurs divergences idéologiques qui promettent un débat riche et animé d'ici la Convention de Milwaukee, le principal critère de choix entre les deux rivaux encore en lice est désormais de décider lequel est le mieux placé pour nous débarrasser de Trump.
Ce dernier a déjà choisi: son plus dangereux concurrent est de loin Biden. Sinon pourquoi aurait-il incité son homologue ukrainien - lors du fameux coup de téléphone à l'origine de son impeachment - à chercher d'éventuelles casseroles attachées à l'ancien vice-président ? Et que penser de ses tweets complaisants en faveur d'un Sanders jugé moins redoutable, autant d'accolades empoisonnées ?
Pour analyser les chances de Biden d'accéder à la Maison Blanche, il convient de revenir dix-huit mois en arrière, lors des élections du Midterm de 2018. Avec près de 9% d'avance et un gain d'une quarantaine de sièges à la Chambre des représentants, le parti démocrate avait enregistré sa plus grande victoire depuis 1974, l'année du Watergate. Une bonne partie des mandats arrachés aux républicains l'avait été dans des circonscriptions plutôt conservatrices et économiquement prospères, qui auraient dû normalement rester dans le camp de Trump. Ceci en proposant des programmes modérés, fondés sur des des sujets résolument concrets, tel que le système de santé et d'assurance-maladies, dont l'actuelle épidémie de coronavirus a révélé l'extrême vulnérabilité.
Autre chiffre significatif: en 2016, près de 6 millions d'électeurs d'Obama, quatre ans auparavant, ont tourné casaque en faveur de Trump (ce qui n'avait pas empêché Hillary Clinton de l'emporter largement sur le plan national). Sur ce nombre, quelque 80.000 suffrages firent la différence dans les Swing-States du Michigan, du Wisconsin et de Pennsylvanie, en délivrant le collège des grands électeurs à l'actuel président. Or, en 2018, les démocrates ont repris les postes de gouverneurs dans les trois Etats en question.
Faire revenir au bercail ces quelques dizaines de milliers de brebis égarées, cela ne devrait pas être une tâche insurmontable pour un candidat modéré comme Joe Biden, appliquant les recettes éprouvées et victorieuses du Midterm.