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08/04/2017
Degolio CII: oniriques amours de Jean Levau
Dans le dernier épisode de cette si singulière geste, nous avons laissé Jean Levau alors qu'il se perdait en conjectures sur les différentes apparitions historiques de son alter ego, immortel gardien de Paris.
Puis, comme si ces pensées abstraites avaient été le coup de grâce de son souvenir vivant du Génie d'or, il ne pensa plus du tout à celui-ci. Et, après quelques semaines, ce qu'il avait vécu naguère lui sembla relever du mauvais rêve, de visions nocturnes biscornues et improbables, et il se laissa happer par les sensations, et sa vie au jour le jour dans les bureaux du journal. Dans la rue, oubliant sa mésaventure avec Séverine Dalaton*, il se remit à regarder les femmes, et à leur adresser des sourires.
Un jour, cependant, il vit passer une curieuse information dans le journal qu'il corrigeait: elle le troubla, et ramena en lui de vieux souvenirs, mais qu'il prit pour des rêves. Des figures curieuses traversaient son esprit, et il se demanda où il les avait vues, dans quels songes. Un être lumineux, muni d'une cape sombre, flottait dans la clarté du soleil couchant au-dessus des toits de Paris, et de l'azur se voyait à l'endroit où devaient se trouver ses yeux, comme si un trou ouvrait son visage vers le ciel; et l'oubli du Génie d'or était tel, dans l'esprit de Jean Levau, qu'il ne sut donner aucun nom à cette figure, quoique le lecteur l'eût reconnu. Jean confondit même son regard bleu azur avec un saphir accroché au front de l'être, et il fut persuadé qu'au-delà du rêve qu'il devait avoir fait de lui, il l'avait, auparavant, vue en lisant un livre, voire sur un tableau de peinture. Mais il ne parvenait pas à se souvenir de quel livre, ou de quel tableau il s'agissait. Il l'assimila à une allégorie, et pensa à la peinture républicaine du dix-neuvième siècle, ou à la poésie d'Éliphas Lévi. Mais il ne situait réellement pas cette vision.
Cette information datait du 26 décembre 1951. Noël venait de passer, et Jean était parvenu à inviter au restaurant, pour le réveillon, une collègue de travail appelée Anne Tavagny. Il avait été aimable, avait offert du champagne, mais il rougissait souvent, était emprunté, gêné encore par le souvenir, lui aussi resurgi, de Séverine Dalaton! Car Anne lui avait demandé pourquoi il vivait seul, et s'il avait eu des aventures conséquentes par le passé; alors le visage de Séverine était réapparu dans son esprit. Mais il ne pouvait rien en dire, car elle ne se rappelait plus de lui, pas plus que si elle ne l'avait jamais rencontré ou s'il n'avait jamais existé; et si Anne lui avait parlé, en rien elle n'eût pu confirmer son récit.
Il ne se souvenait même plus précisément de la raison pour laquelle elle ne se souvenait plus de lui. Cela lui vint à l'esprit. Avait-elle eu un accident de voiture qui l'avait rendue amnésique? Ou, pire, lui-même avait-il rêvé cette histoire avec elle? Il était dans un abîme. Un vertige le saisit.
Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et d'annoncer la suite pour le prochain: nous saurons tout sur le fait qui troubla Jean Levau, et sur la manière dont s'est terminée sa soirée galante!
*Le lecteur étonné d'en entendre parler doit savoir qu'elle a été racontée dans une série d'épisodes inédits, qui ne pourront être publiés que sur papier, et qu'on peut seulement en donner une vague idée, en disant que cette amoureuse de notre héros l'avait quitté en apprenant que Solcum l'habitait, et qu'elle avait même choisi de l'oublier tout à fait, ce que lui permit, par sa magie, le Génie d'or.