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Michel Huelin, Fauteuil
Michel Huelin a traité, de 1995 à 2001 environ, le thème de l'intérieur domestique: motifs circulaires évoquant le creux d'un coussin, meubles isolés, canapé, lit, fauteuil. La relation intime qu'entretiennent ces meubles avec le corps, l'invitant au repos et à la détente, augmente encore l'aspect familier de ces intérieurs, proches de notre univers quotidien. Sans figurer une présence humaine, l'artiste suggère ainsi une proximité physique entre ses œuvres et le spectateur.
Cependant, Michel Huelin déjoue aussi l'aspect familier de ses sujets par différentes stratégies qui mettent le spectateur à distance. Il provoque ainsi une tension entre intimité et éloignement.
D'abord, une œuvre comme Fauteuil ne s'inspire pas d'un objet réel, mais d'une illustration de catalogue d'ameublement. Michel Huelin a scanné cette image, comme beaucoup d'autres, puis l'a traitée numériquement pour la simplifier et l'isoler. L'ensemble de ces images de synthèse forme pour l'artiste un dictionnaire, dont il extrait un élément pour le transposer en peinture. La fixation en peinture, la durée de sa réalisation, sont conçus comme une résistance au flux rapide d'images virtuelles éphémères qui caractérise notre environnement visuel. Michel Huelin utilise le terme de "décélération" pour qualifier à la fois la réalisation lente et méticuleuse de ses peintures et le temps nécessaire à leur contemplation.
Pourtant, Fauteuil prend une apparence fantomatique, aux contours flous, qui rappelle l'immatérialité des images virtuelles. Les couleurs sont réduites à deux teintes contrastées, pourpre sombre et jaune verdâtre, dans une relation grinçante. Pour réaliser cette peinture, Michel Huelin a superposé de fines couches transparentes de résine alkyde (peinture à base d'huile fortement diluée) sur un support de bois rigide. Ces couches très couvrantes produisent une surface lisse qui évoque la laque ou l'émail.
Cette surface brillante réfléchit la personne qui la regarde. Elle peut sembler ainsi intégrer le spectateur à l'œuvre, et réintroduire son corps au sein d'un mobilier conçu pour lui. Mais elle crée aussi un effet contraire de mise à distance. Loin de pénétrer dans l'image, le reflet de notre corps s'interpose et gêne notre vision de l'œuvre. Par cet inconfort, Michel Huelin cherche à nous faire prendre conscience de la fragilité de notre position, dans un monde de plus en plus virtuel et hygiénique d'où le corps est exclu.
Proximité et distance par rapport au corps restent au centre des préoccupations de Michel
Huelin dans ses œuvres plus récentes, où il invente un monde de formes végétales, animales
ou topographiques, modélisé sur ordinateur. Ses images hybrides paraissent à la fois
familières et étranges. Elles sont l'écho lointain de notre environnement naturel, mais
évoquent aussi les mutations, les anomalies, la manipulation que le réel subit aujourd'hui,
entre autres dans le domaine de la génétique.
Valentine Reymond
Michel Huelin
*1962
Fauteuil
1997
Alkyde sur bois MDF, 24,5 x 41 cm
Provenance
Achat à l'artiste lors de son exposition au Musée, 2005