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Autres vues aériennes de Saillon
L'imposante crête rocheuse de Saillon qui entre Martigny et Sion se dresse sur le côté droit de la vallée est occupée par les vestiges d'un ouvrage défensif moyenâgeux très étendu. Autrefois, le Rhône longeait le pied de la colline, offrant ainsi une protection suffisante à la forteresse du côté méridional. Au nord, des rochers tombant à pic rendaient difficile toute approche ennemie. Sur la partie orientale de la colline, un peu moins élevée et plus large, s'est développé le bourg de Saillon. Ses fortifications du XIIIe siècle sont encore en grande partie conservées. Du côté septentrional, où il est le plus exposé, le mur d'enceinte de plan irrégulier longeant la crête est flanqué tous les trente mètres environ de tours semi-circulaires. Jadis, quatre portes donnaient accès au centre du bourg, renfermant avant tout des maisons d'habitation. Les granges se trouvaient hors des remparts. A l'est du bourg, la colline rocheuse s'élève abruptement vers le domaine du château. Ici, la ceinture de murailles adopte une ligne presque conique pour atteindre le point culminant de la crête, où se dressait autrefois le "vieux château", vraisemblablement le centre du système de défense de SailIon. Aujourd'hui, on n'aperçoit plus, sur le plateau tombant à pic de tous les côtés, que quelques rares traces de murs; rien ne permet donc de tirer des conclusions quant à l'aspect primitif de la forteresse.
Photos Fabrice Ducrest
Sur l'arête rocheuse crevassée qui à l'ouest domine le "vieux château", on découvre en revanche les restes de remparts menant à un imposant donjon rond, dit "tour Bayard" et datant de l'époque de Pierre Il de Savoie. Ses ruines bien conservées sont aujourd'hui l'emblème de Saillon. A l'extérieur, on remarque d'étroites meurtrières, une porte surélevée et les trous de boulin des échafaudages disposés en spirale. Le couronnement crénelé de la tour et son hourd de bois ont disparu. Le rez-de-chaussée du donjon renfermait une citerne, tandis qu'aux étages supérieurs se trouvaient des salles habitables, pourvues de cheminées. D'ici, l'enceinte se dirigeait vers le sud-ouest pour atteindre le bord de la colline. Puis, après avoir dessiné un angle droit, elle descendait la pente abrupte et arrivait à un rocher dominant le Rhône. Le côté occidental des remparts était défendu par trois tours saillantes. Les graves dissensions entre les comtes de Savoie et les évêques de Sion au sujet de la suprématie en terre valaisanne se reflètent dans le vaste ouvrage défensif de Saillon, comprenant le "vieux château", le donjon rond et le mur d'enceinte.
Photos Fabrice Ducrest
Au XIe siècle, Saillon appartenait à l'évêché, ce qui permet de supposer que le royaume de Haute-Bourgogne avait déjà possédé un castel ici et que ce dernier avait passé au chapitre sédunois. Les évêques ne semblent toutefois pas avoir réussi à s'imposer, car on voit apparaître au XIIe siècle une famille de seigneurs portant le nom de l'endroit. Vers la fin du XlIe siècle, ces seigneurs de Saillon - qui vraisemblablement occupaient le "vieux château" - tombèrent toujours plus sous la dépendance de la maison de Savoie. En 1221, Thomas de Savoie acquit par troc d'Aymon de Pontverre, peut-être parent des de Saillon, les droits seigneuriaux et ceux de propriété que. celui-ci possédait sur le château de Saillon. Les seigneurs de Saillon ne pouvant plus occuper la forteresse de leurs ancêtres, ils donnèrent en 1231 leur consentement à un contrat d'échange aux termes duquel ils la remettaient au comte de Savoie. De son côté, celui-ci leur cédait son château d'Aigle à titre de fief. Durant les luttes acharnées qui vers le milieu du XIIIe siècle mirent aux prises la Savoie et l'évêché de Sion, Saillon joua un rôle de premier plan en tant que bastion savoyard puisque les comtes, en faisant l'acquisition de cette place forte, s'étaient en quelque sorte glissés entre les propriétés épiscopales de Martigny et de Sion. Au prix d'un travail de plusieurs années, Pierre Il fit transformer Saillon en un ouvrage défensif considérable.
Vers 1257/58, le bourg fut entouré d'un mur d'enceinte et Pierre Meinier, l'architecte du comte, construisit l'imposant donjon aux environs de 1261/62. Conscient de la position stratégique de Saillon, le comte ordonna en 1264 à son châtelain de veiller à ce que la forteresse soit bien entretenue et qu'il s'y trouvât toujours des provisions en suffisance. A la même époque, d'autres forteresses devaient d'ailleurs voir le jour dans la vallée moyenne du Rhône et contribuer elles aussi à affermir la position de la maison savoyarde: de l'autre côté du Rhône, presque en face de Saillon, la forteresse de Saxon, à l'entrée de la vallée de Nendaz celle de Brignon et aux portes de Sion, celle de Montorge.
Photos Swisscastles
Ces ouvrages connurent des sorts divers: Brignon fut démantelé après peu d'années et Montorge tomba aux mains de l'évêque; la Savoie ne demeura propriétaire que des châteaux de Saillon et de Saxon, dont elle confia l'administration à des châtelains. Important centre seigneurial savoyard, la place forte de Saillon continua à être menacée par les guerres durant toute la fin du Moyen Age et à plus d'une reprise, les Hauts-Valaisans s'en approchèrent. En 1384, les Patriotes se soulevèrent contre l'évêque Edouard de Savoie. Ils ne se contentèrent pas, à cette époque, de mettre le feu à des châteaux épiscopaux, mais, emportés par la colère, envahirent également les terres savoyardes et dévastèrent Saillon. Au début du XVe siècle, la place forte servit d'asile politique aux membres de la famille des de Rarogne qui, pour échapper à la fureur des Patriotes, avaient demandé aide et protection à la maison de Savoie. Le château ne fut toutefois pas détruit à ce moment-là, mais en 1475, lorsque les Haut-Valaisans, participant aux guerres de Bourgogne, descendirent la vallée du Rhône pour combattre la Savoie, alliée à Charles le Téméraire. C'est à cette date que la forteresse de Saillon fut investie et incendiée. Le "vieux château" lui aussi, aujourd'hui un amas de ruines, semble n'avoir été définitivement détruit qu'en 1475.
Le bourg de Saillon, qui sous la domination savoyarde avait connu un essor réjouissant grâce à de nombreux privilèges, fut également touché par ces événements. Il doit cependant s'être assez rapidement relevé. Le district administratif savoyard de Saillon formait une châtellenie et comprenait, outre Saillon, les villages de Leytron, de Riddes et de Fully-Branson. Ce n'est qu'en 1809 que Saillon se libéra de ses charges féodales.
Bibliographie