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Par Tony Genoud, frère cadet de Jean
Photos: Laure Barbosa
A sept ans, lorsqu’on lui demandait ce qu’il ferait plus tard, il répondait : « Je serai missionnaire ! » Plus tard, il nous réunissait parfois pour dire « sa messe » : mes quatre sœurs, un linge de cuisine sur la tête, mon frère, servant de messe désigné, et moi, préposé à la clochette. Jean, 13 ans, très sérieux, couvert d’un drap blanc, présidait l’office. A 18 ans, avec notre frère Josy, ils ont parcouru 2’000 kilomètres à vélo pour rejoindre Lourdes et y prier. Adolescent, Jean a été chef scout. Il a fréquenté pendant deux ans le collège Sainte-Marie. Vu ses notes modestes, le chanoine G. Pont le soutint et l’envoya poursuivre ses études au Simplon, à Champittet, puis à l’Abbaye de Saint-Maurice où il obtint sa matu avec brio. Pour payer ses études, il se transformait souvent en fakir et donnait des spectacles de prestidigitation. A 21 ans, il entra au séminaire des Coopérateurs paroissiaux du Christ-Roi (CPCR). Ce qui le conduira à Madrid, aux Mées (F), enfin à Barcelone.
En 1955, au décès de notre maman, il ne fut pas autorisé à venir à son enterrement, ce qui l’a profondément touché. Il a été ordonné prêtre le 9 septembre 1967 à Valence (F). Sur son calice ont été fixées les deux alliances de nos parents défunts. A Grimentz, une semaine plus tard, il célébra sa première messe avec tous les membres de sa grande famille. Sa congrégation l’envoya ensuite à Rome pour poursuivre des études. Il y obtint un doctorat en philosophie et un autre en théologie. Il enseigna d’abord en Espagne avant de revenir à Rome. Après une année sabbatique, il quitta sa congrégation. Avec ses amis prêtres valaisans : Dany Savioz, Gratien Girod et Jean-Luc Vannay, ils partirent en mission au Mexique. La petite communauté y resta 6 ans avant de déménager au Canada en 1981. Pendant 20 ans, Jean donna des cours de théologie à l’université de Montréal. Il fut aussi curé de la paroisse Saint-Thomas d’Aquin à Québec. Jean a toujours essayé d’équilibrer l’enseignement et son ministère sacerdotal. En 1987, il prit la nationalité canadienne. L’été, il retourna régulièrement au Mexique pour enseigner. A la retraite, il continua d’animer des rencontres spirituelles et à présider, en remplacement, de fréquentes célébrations. Il aimait découvrir d’autres cultures et observer comment les chrétiens y vivaient leur foi. Lors d’une interview, il avait dit : « C’est en gravissant nos montagnes (du Valais) que j’ai pris goût d’aller voir toujours plus loin. » En effet, parlant cinq langues, il a eu l’opportunité d’exercer son ministère dans des milieux cosmopolites et de connaître différents pays. A l’occasion de stages, Jean se rendit dans de nombreux pays sur les cinq continents. Il participa à de nombreux voyages instructifs. Jean était un intellectuel mais aussi un manuel. Il aimait travailler de ses mains, utiliser des machines, fabriquer des meubles. Malheureusement, atteint dans sa santé, il décida, avec Jean-Luc, en 2014, de quitter définitivement le Canada pour s’établir à Martigny, près des siens. Là, il se mit au service des pensionnaires des homes pour y célébrer la messe avec joie.
Jean était grand, pas seulement par sa taille, mais aussi par son cœur au service des autres. A la veille de sa mort, il m’a dit : « C’est long de mourir. » J’ai traduit par l’attente est longue avant de pouvoir s’envoler, sans bruit, discrètement, vers Celui qu’il a servi toute sa vie avec fidélité.