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Les spécialistes appellent “inspiration” le mode de rédaction de la Bible sans toutefois être d’accord sur le processus décrit par ce terme.
Dieu n’a rien écrit, si ce n’est les Dix Commandements rédigés de son doigt même (Exode 31.18). Pourtant, à travers toute la Bible, Dieu parle.
Des auteurs plutôt discrets
À peine la moitié des livres de la Bible ont un auteur désigné. Pour les cinq premiers livres de la Bible par exemple, une tradition juive rattache ces textes au personnage de Moïse, mais aucune indication ne figure dans les livres eux-mêmes. Les manuscrits les plus anciens des évangiles ne portent ni titre ni référence à un auteur.
La Bible : une collaboration entre le divin et l’humain
La deuxième lettre de Pierre indique que l’initiative de la rédaction ne vient pas d’un auteur humain seulement : “… aucune prophétie n’est jamais issue de la seule volonté humaine, mais c’est parce que le Saint-Esprit les poussait que des hommes ont parlé de la part de Dieu” (2 Pierre 1.21). La Bible est donc le fruit d’une collaboration divino-humaine.
Un seul et unique verset parle “d’inspiration” pour désigner cette collaboration : “Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner la vérité, réfuter l’erreur, corriger les fautes et former à une juste manière de vivre, afin que l’homme de Dieu soit parfaitement préparé et équipé pour faire toute action bonne” (2 Timothée 3.16). Mais ce verset souligne plus la valeur irremplaçable de la Bible qu’il ne détaille les circonstances qui l’ont fait naître.
L’inspiration prend des chemins divers
En fait, l’inspiration est un phénomène complexe.
Parfois, l’auteur reçoit de Dieu l’ordre de mimer son message. Jérémie est appelé à briser un vase pour indiquer la sanction divine contre son peuple (Jérémie 19).
Parfois, l’auteur incarne dans sa propre vie le message que Dieu veut adresser à Israël. C’est le cas d’Osée, qui reçoit l’ordre d’épouser une prostituée pour illustrer l’infidélité du peuple qui adore d’autres dieux (Osée 1.2).
Parfois, un texte naît des grandes questions qui inquiètent les humains, des événements qui les marquent ou encore des problèmes que leur pose la vie quotidienne personnelle ou communautaire (le livre de Job ; Proverbes 1.2-7 ; 1 Corinthiens 7.1-24).
Un livre peut être le résultat d’une enquête comme celle que Luc a menée pour rédiger son évangile et le livre des Actes (Luc 1.1-4). Il a interrogé des témoins, consulté des documents, structuré son propos pour que Théophile – le destinataire désigné de son œuvre – soit conforté dans sa foi.
Ces divers exemples montrent bien que les auteurs bibliques ne sont pas passifs, au garde-à-vous, attendant que Dieu veuille bien leur dicter un message.
Une longue chaîne d’intervenants
L’inspiration implique une chaîne d’intervenants. D’abord les témoins des événements. Sans eux, et la foi qui les a portés, nous ne saurions rien. Ces témoins ont laissé des traces, orales ou écrites, utilisées par les différents auteurs. C’est aussi le scribe qui donne au texte sa forme définitive, tel Baruc le scribe de Jérémie (Jérémie 36.4), ou Tertius celui de Paul (Romains 16.22). Ceux qui ont rassemblé les textes ont aussi apporté leur touche. Ainsi, le livre des Psaumes n’a pas été écrit d’un seul tenant par un seul auteur à une même époque. Il s’agit plutôt d’une collection de poèmes, sélectionnés parmi un nombre sans doute beaucoup plus important.
La chaîne des intervenants se prolonge jusqu’aux croyants des premiers siècles qui ont opéré le choix des livres du canon. Elle va jusqu’aux copistes qui inlassablement ont recopié les textes. Elle inclut aussi les traducteurs sans lesquels ils resteraient inaccessibles à un large public.
Mais le dernier maillon dans la chaîne de l’inspiration, c’est le lecteur ! L’inspiration passe aussi par son regard, sa manière de considérer les textes avec un a priori favorable. Pour accéder pleinement au sens de ces textes, le lecteur est appelé à prendre des risques : celui de les interpréter pour aujourd’hui et celui de les confronter à sa propre existence. D’observateur il devient acteur, il se laisse transformer par le souffle, l’Esprit de Dieu, qui a inspiré ces textes.
Exemples de déclarations à propos de l’inspiration de la Bible
“La Tora est un don de Dieu. Elle est venue des cieux mais parle selon la langue des hommes.” (Sifré, Nombres 15.31)
“En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement… En effet, les paroles de Dieu, passant par les langues humaines, ont pris la ressemblance du langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant pris l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes.” Encyclique Dei Verbum (décembre 1965)
“Nous croyons que la Parole qui est contenue en ces livres, est procédée de Dieu, duquel seul elle prend son autorité, et non des hommes. Et d’autant qu’elle est la règle de toute vérité, contenant tout ce qui est nécessaire pour le service de Dieu et de notre salut, il n’est pas loisible aux hommes, ni même aux Anges, d’y ajouter, diminuer ou changer. D’où il s’ensuit que ni l’antiquité, ni les coutumes, ni la multitude, ni la sagesse humaine, ni les jugements, ni les arrêts, ni les édits, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles, ne doivent être opposés à cette Écriture Sainte, mais au contraire, toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées selon elle.” Confession de La Rochelle, article 5 (1559)
“… Inspirée par Dieu totalement et verbalement, l’Écriture est exempte d’erreurs ou de fautes dans tout son enseignement… On lèse inéluctablement l’autorité de l’Écriture si on limite ou néglige d’aucune manière cette totale inerrance divine, ou si on l’asservit à une conception de la vérité contraire à la conception biblique…” Première Déclaration de Chicago, 28 octobre 1978
“L’autorité de la Bible découle de son inspiration divine, laquelle n’a nullement privé les écrivains bibliques de leur personnalité ni de leurs styles littéraires.” Congrès sur l’inspiration et l’autorité de la Bible, Paris, novembre 1985
Source : ZeBible