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Depuis des mois, il devient quasiment impossible de ne pas tomber sur un article ou une publication sur les réseaux sociaux qui ne parle pas de Timothée Chalamet. A peine avait-il terminé de faire la promotion du film Wonka fin 2023 qu'il troquait ses tenues hautes en couleur pour passer à la promotion d'un autre blockbuster: Dune, deuxième partie.
Si son statut de star internationale est incontestable, l'acteur incarne également une masculinité douce et sensible. Il est gentil, ose se montrer vulnérable et n'hésite pas à jouer avec la mode pour flouter les frontières du genre. Un nouvel imaginaire masculin plus sain qui a longtemps fait défaut à l'écran comme dans la réalité.
Timothée Chalamet naît le 27 décembre 1995 d'un père français et d'une mère américaine. Marc Chalamet est journaliste correspondant à New York pour Le Parisien et éditeur à l'UNICEF. Nicole Flender, diplômée de Yale, a été actrice et danseuse à Broadway et est désormais agent immobilier.
«Timmy» comme le surnomment affectueusement certains, grandit à Manhattan, mais passe ses vacances en France dans le village de ses grands-parents paternels à Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire – des souvenirs d'été dont il s'est d'ailleurs inspiré pour son rôle dans Call Me by Your Name.
Il commence l'université puis abandonne pour se consacrer à la comédie. Il se forme à l'école d'art La Guardia, obtient son diplôme et décroche rapidement un rôle dans Interstellar en 2014 aux côtés de Matthew McConaughey, rappelle le Time. Timothée Chalamet confie au magazine américain avoir attendu des rôles qu'il voulait vraiment, et ce malgré le peu d'opportunités qui s'offraient à lui à l'époque. Il se souvient:
Un état d'esprit qui finira par payer. En 2017, il interprète Elio Perlman dans Call Me by Your Name, un rôle qui va changer le cours de sa carrière et le propulser au rang de star internationale. «En incarnant cet adolescent tourmenté et doux, il entre en résonance avec cette jeunesse en quête d’identité», explique Paris Match. Une performance qui lui vaut une nomination aux Oscars dans la catégorie «meilleur acteur». Il devient ainsi le deuxième comédien le plus jeune de l'histoire du cinéma à être en lice dans cette catégorie.
A partir de là, les plus grands cinéastes vont se l'arracher – Greta Gerwig, Felix Van Groeningen, Wes Anderson – jusqu'à lui créer des rôles sur mesure, écrit Vogue. Timothée Chalamet va dès lors continuer à incarner à l'écran des personnages qui bousculent, redéfinissent et brisent cette image du bad-boy érigée en norme quasi absolue de la masculinité. «Je suis toujours impressionné par sa magnifique vulnérabilité», confie au Time le réalisateur de Dune Denis Villeneuve.
L'immense succès de Timothée Chalamet prouve, selon Vogue, qu'il y a aujourd'hui bel et bien une envie de voir davantage de profils comme le sien dans notre société, «soit des hommes gentils, doux, drôles, extravagants, empathiques… Des hommes capables de remplacer les bad boys».
Ces derniers, présents dans de nombreux films et séries – Mr. Big dans Sex and the City, Daniel Cleaver dans Le journal de Bridget Jones, Chuck Bass dans Gossip Girl, Barney Stinson dans How I Met Your Mother ou encore James Bond – sont des hommes aux «caractéristiques toxiques et dangereuses à qui l'on a appris à ne pas écouter ses sentiments, ses pensées ni à demander de l'aide» explique à Vogue l'autrice et journaliste Aline Laurent-Mayard. Selon elle, «en glorifiant et en rendant sexy les mauvais garçons depuis le début du cinéma et de Hollywood, on valorise aussi les violences sexistes et sexuelles». Et de déclarer:
«De nouveaux imaginaires» comme ceux que crée Timothée Chalamet, qui n'hésite pas à déclarer au Time qu'il sent qu'il est là pour montrer que «c'est ok d'exprimer ouvertement ses sentiments». Durant l'interview avec le magazine, il prend d'ailleurs un moment pour discuter au téléphone avec sa grand-mère et raccroche en disant: «Moi aussi je t'aime grand-maman.»
En 2022 déjà, dans le documentaire suisse Garçonnière, 26 hommes entre 30 et 45 ans parlaient de leur rapport à la masculinité, de leur envie de se redéfinir en tant qu'homme et de la difficulté de répondre aux injonctions de la société (par exemple, ne pas pleurer) qui ne correspondent pas à ce qu'ils sont et veulent réellement. Un des protagonistes évoquait à l'époque le manque de figures masculines différentes auxquelles s'identifier qui s'éloignent du «mâle alpha» ou du «bad boy»:
Deux ans plus tard à peine, l'inspiration peut désormais être puisée dans des personnages comme Timothée Chalamet qui, en plus de sa personnalité, n'a pas peur de s'amuser avec la mode. L'expression de sa créativité s'observe majoritairement sur les tapis rouges, où nous sommes plutôt habitués à voir les hommes en costard sombre. Un style vestimentaire coloré et vibrant – que beaucoup considèrent comme androgyne – «qui repousse les limites du genre pour le plus grand bonheur d'une génération qui refuse les étiquettes», écrit Paris Match.
Une nouvelle garde d'hommes de plus en plus visible parmi laquelle figurent également des célébrités comme Harry Styles, Damiano David, Jacob Elordi ou Billy Porter.
La naissance de ces nouvelles icônes questionne la possibilité d'un éventuel retour en arrière. Pour Aline Laurent-Mayard, des hommes comme Timothée Chalamet offrent de l'espoir aux générations futures. Selon elle, le fait qu'une partie des stars les plus célèbres aujourd'hui soient «des hommes gentils, vulnérables, qui expriment leur soutien aux minorités, qui parlent ouvertement de leurs sentiments comme de leur santé mentale, c'est révolutionnaire».
En ouvrant la voie à une autre forme de masculinité, plus connectée à ses émotions, et en offrant une plus grande liberté dans la (re)définition du masculin, notamment au travers du style vestimentaire, un retour en arrière s'avère dès lors de plus en plus compliqué, explique la journaliste et auteure à Vogue, en particulier «avec les jeunes générations qui arrivent et qui ne connaissent plus que cela».
Comme l'écrivait Mona Chollet dans son ouvrage Réinventer l'amour, un livre qui insiste sur la nécessité d'avoir de nouvelles représentations et qui remet en question cette image de l'homme insensible, dur, qui n'exprime pas sa vulnérabilité, ses désirs, ses faiblesses et ses doutes: «Les définitions sont un point de départ vital pour l’imagination. Et ce que nous ne pouvons pas imaginer ne peut pas devenir réalité.» Et d'ajouter:
La réorganisation est-elle désormais en cours? En 2021 en tout cas, Timothée Chalamet faisait partie de ceux que le Time considère comme des jeunes d'exceptions qui seront les leaders des futures générations.
Les cinéphiles en rêvaient: Francis Ford Coppola revient en compétition au Festival de Cannes avec «Megalopolis», 45 ans après sa deuxième Palme d'or pour «Apocalypse Now» (1979), selon la sélection officielle dévoilée jeudi.