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La Fondation Louis Moret présente une exposition de l’artiste anglais John Carter (1942 ), Les études, les estampes, qui rassemble des oeuvres sur papier – peintures et gravures – de 1975 (Dark Shape) à 2013 (Vertical cascade). Ce projet est né de l’exposition des éditions Fanal ici en 2010, dans laquelle quelques gravures de John Carter, éditées par ce remarquable atelier dédié à l’estampe d’art construit, figuraient. Elles complètent tout naturellement cet ensemble de peintures.
C’est à Londres, où John Carter vit et travaille, que se tenait cet automne l’exposition que la Royal Academy lui consacrait sur le même sujet. Parallèlement on pouvait voir à la Redfern Gallery un ensemble de ses objets muraux, indissociables de la peinture. Car l’oeuvre de John Carter s’articule autour du dialogue entre peinture et sculpture. L’une est le préalable indissociable de l’autre ; la peinture telle qu’on la voit ici, avec ses surfaces, ses couleurs, ses deux dimensions et son rapport illusionniste à la profondeur, pose en aplat les questions de la sculpture.
Différences, équivalences et similitudes, légers écarts, glissements et transformations, tous ce qui évoque la presque ressemblance entre facilement dans le champ de la recherche artistique de John Carter. A commencer par le choix des formes géométriques simples qui constituent son vocabulaire; le carré, bien calé entre ses verticales et ses horizontales, le parallélogramme, cette figure dynamique avec ses deux obliques qui créent le déhanchement et introduisent l’ombre sur ses côtés. Le triangle enfin, souvent tronqué pour disparaitre derrière une surface. Les unes dans les autres se frottent, se décalent, creusent des vides sur leurs flancs, créent de l’ombre et de l’illusion. Des aventures se créent, il y a le devant et ce qui glisse dessous, les séquences en miroir ou les systèmes décalés par moitié.
L’oeuvre de John Carter est régie par des règles du jeu dont on perçoit à la fois la simplicité structurelle et la complexité croissante ; l’écriture semble lisible mais les contextes varient et la perception se trouble lorsque ces formes se rencontrent et intèrfèrent les unes dans les autres. Ou se répètent selon un rythme apparemment logique, en réalité légèrement décalé, ou inversé. Comment notre oeil évalue-t-il les différences ? Comment notre cerveau gère-t-il ces légères butées dans sa lecture de l’ensemble ?
Le travail de John Carter invite à considérer avec attention les indices d’une perspective naissante, la possibilité d’un entrebâillement qui ouvrirait vers un second plan. Il s’emploie à décaler légèrement les formes afin d’entrouvrir un espace, de suggérer un glissement ou de créer une fente pour le regard qui apercevra ce qui se passe derrière. Qui est souvent le même inversé. Ce peut être aussi la couleur qui se mêle de brouiller les pistes en contredisant la stabilité ou l’ intégrité de la figure.
Mais chaque construction participe d’un système logique car rien ici n’est dû au hasard ou à l’arbitraire. Il n’y a pas d’autre message ni aucune expressivité dramatique. Seulement l’application d’une règle précise déterminée par l’artiste, dont les principes sont souvent énoncés dans les titres même des oeuvres. D’où vient donc que cette géométrie apparaisse malgré tout si sensible, si apte à créer une vibration fine, à évoquer un souffle léger qui en déplacerait les éléments en laissant voir vers l’intérieur?
Marie-Fabienne Aymon