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Après une présentation des collections d’archéologie régionale du MAH, petit retour en arrière dans le temps pour évoquer les différents musées d’archéologie que Genève a abrités et les hommes qui les ont portés.
En effet, dès le XVIIIe siècle, un certain nombre de savants genevois, parmi lesquels des érudits passionnés d’archéologie, réunissent divers objets en relation avec les sciences et les arts dans des «cabinets de curiosités» privés. Dans le même temps, quelques antiquités locales et autres objets «curieux», accompagnés d’une petite collection de peintures, sont conservés à la bibliothèque de l’Académie, ancêtre de notre Université fondée par Calvin en 1559 sur l’emplacement de l’actuel collège éponyme.
En 1794, le pouvoir politique décide de former un cabinet d’histoire naturelle et un autre de physique expérimentale, visant à proposer des démonstrations publiques – et non plus privées comme c’était le cas des cabinets de curiosités. Cet embryon du futur Museum s’installe à l’Hôtel du Résident de France, à la Grand-Rue. Mais les événements politiques du début du XIXe siècle (annexée par la France, Genève devient Département du Léman de 1799 à 1813) font capoter le projet. Il est relancé dès 1810, sous l’impulsion d’Henri Boissier (1762-1845), avocat, professeur de belles-lettres puis de chimie, bientôt professeur de littérature et d’archéologie (dès 1819), nommé recteur de l’Académie en 1800. Ce dernier propose la création d’un Musée académique. Mais il faut attendre 1818 pour que celui-ci voie le jour à la Grand-Rue, où est réinstallée toute une série d’objets, à laquelle s’ajoute la collection de Boissier. Cette institution, destinée à la conservation des collections et à la diffusion du savoir, est alors gérée par un conseil composé de professeurs amenés à y donner des cours publics, et dirigé par Boissier lui-même.
En 1820, la Ville de Genève acquiert les collections et délègue un représentant à la direction du Musée académique, le Docteur François Isaac Mayor (1779-1854). Chirurgien connu pour ses découvertes en obstétrique, conseiller municipal et membre du Conseil Représentatif (qui deviendra le Grand Conseil), il est aussi «naturaliste, archéologue, ouvert à toute activité et curieux de tout» et pionnier des fouilles archéologiques sur le site magdalénien de Veyrier. Le Musée académique s’enrichit bientôt des pièces archéologiques jusqu’alors conservées par la Bibliothèque publique. Les collections sont organisées en vingt-quatre «commissariats», dont un seul pour les antiquités, présentées sans ordre ni classement, avec les pièces dites de «statistique», c’est-à-dire d’ethnologie.
Le premier conservateur chargé du cabinet des antiquités est nommé en 1851: il s’agit de l’architecte de renommée européenne, spécialisé dans la restauration d’édifices religieux – tels que la cathédrale Saint-Pierre – Jean-Daniel Blavignac (1817-1876). On lui doit quelques objets de nos collections d’archéologie régionale, notamment une perle en verre (actuellement exposée) provenant de la nécropole du second âge du Fer de Passeiry, que le Musée archéologique lui a achetée en 1876.
Nouvel élan avec Hippolyte Jean Gosse
Mais c’est au dynamisme d’Hippolyte Jean Gosse (1834-1901), professeur de médecine légale et grand passionné d’archéologie, nommé conservateur en 1863 (ou 1864), que l’on doit le renouveau du musée. Dès 1867, il crée un véritable inventaire des collections du Musée académique, attribuant à chaque pièce un numéro, marqué sur l’objet lui-même et corrélé à un registre.
Comme le rapporte Alfred Cartier en 1901, Gosse, convaincu «qu’un directeur de musée ne devait pas avoir de collection particulière», intégra systématiquement ses propres collections à celles du Musée académique. Le Musée d’art et d’histoire lui doit donc l’acquisition d’une part significative de ses collections d’archéologie régionale, qu’il s’agisse de dons de sa propre collection ou d’acquisitions – achats ou dons – qu’il a pu favoriser en tant que directeur du Musée archéologique. Ces objets proviennent notamment des abris magdaléniens de Veyrier, de diverses stations lacustres genevoises, de gisements de l’âge du Fer comme la nécropole de Corsier, de sites romains (Tranchées, Vieille-Ville), ou encore de la nécropole haut-médiévale de la Balme à la Roche-sur-Foron.
En 1871, les collections d’archéologie s’enrichissent à nouveau: Walter Fol, qui a réuni sa très vaste collection d’antiquités en Italie, particulièrement à Rome, en fait don à la Ville de Genève. L’année suivante voit la création du Musée Fol, à la Grand-Rue également. Ce musée s’ouvre au public en 1873 et un catalogue des collections en quatre tomes sera édité de 1874 à 1879.
Morcellement des collections
À force d’achats et de dons, les collections se trouvent bientôt à l’étroit. En 1872, l’archéologie (à l’exception de la collection Fol), l’ethnologie et la numismatique déménagent au sous-sol de la Bibliothèque publique, nouvellement construite aux Bastions. Les inscriptions, quant à elles, sont entreposées dans une cour attenante. Les différentes collections deviennent indépendantes les unes des autres et on assiste, parallèlement à la création du Musée d’histoire naturelle et du Cabinet de numismatique, à celle du Musée archéologique, dont Gosse reste le conservateur jusqu’à sa mort en 1901. A cette date, les collections d’ethnologie, séparées de celles d’archéologie, rejoignent un Musée d’ethnographie installé au parc Mon-Repos.
Cette séparation en plusieurs musées ne résout que temporairement le problème de place. Bien vite on songe à nouveau à déménager et, surtout, à rassembler l’archéologie et les collections historiques. Dès 1902, après une année de vacance du poste et une autre assurée par Émile Dunant – ancien adjoint de Gosse – Alfred Cartier (1854-1921), employé de banque de formation, passionné d’histoire et d’archéologie qui avait acquis d’immenses connaissances en autodidacte, se voit confier la direction du Musée Fol et du Musée archéologique. C’est sous la houlette de ce personnage torturé et maniaque du détail que se fait le déménagement vers le tout nouveau Musée d’art et d’histoire, inauguré en 1910, qui rassemble l’archéologie – occupant alors le piano nobile –, les beaux-arts et les collections historiques (qui deviendront les Arts appliqués).
Deux ans auparavant, en 1908, Burkhard Reber (1848-1926), pharmacien d’origine argovienne, membre du Conseil municipal et du Grand Conseil, collectionneur aux intérêts éclectiques (pharmacie, médecine, archéologie), était nommé conservateur du Musée épigraphique. Chargé du tri des collections archéologiques en vue du déménagement au Musée d’art et d’histoire, Reber semble avoir été très sûr de la valeur scientifique de son travail et avoir souffert d’un manque de reconnaissance de la part des chercheurs contemporains, notamment Cartier. C’est par son intermédiaire que, par exemple, certains objets de la nécropole du second âge du Fer des Arpillères à Chêne-Bougeries, mise au jour en 1867, intègrent les collections du musée.