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Originaire de la campagne, Ivaneti de Araújo vivait modestement à Sao Paulo avec son mari et ses deux petites filles. Lorsque son mari a perdu son emploi, toute la famille s’est retrouvée à la rue. Une période très dure, où un pont leur servait de toit. «Un sans-abri n’est personne, se rappelle Ivaneti, aujourd’hui âgée de trente-sept ans. Il perd le droit au travail, à la formation, aux soins médicaux et n’a plus de vie privée.» Protéger ses enfants contre la violence de la rue constituait son plus grand souci.
Immobilisme
Le salut viendra d’une organisation de sans-abri, qui occupe un ancien hôpital et propose à Ivaneti de s’y installer avec sa famille. La jeune femme participe activement à la mise en place d’un système d’entraide pour que chacun·e y reçoive au moins le nécessaire. Si bien que la coordinatrice du Movimento Sem-Teto do Centro lui offre de travailler pour le mouvement. Très engagée, Ivaneti est bientôt nommée coordinatrice principale, puis élue responsable des questions de logement au niveau communal. Elle est désormais associée aux discussions des autorités concernant la politique du logement et la planification urbaine. Des discussions difficiles. La militante se heurte à l’immobilisme des pouvoirs publics. Les crédits alloués par le président Lula da Silva pour aider les sans-abri n’arrivent pas jusqu’aux personnes concernées. Au niveau local, les autorités répriment celles et ceux qui font valoir que le droit au logement est inscrit dans la Constitution brésilienne. Ivaneti de Araújo a été elle-même plusieurs fois victime de violences policières.
Périphérie
Sur les vingt-deux millions d’habitant·e·s que compte Sao Paulo, sept millions n’ont pas de logement ou vivent dans des favelas insalubres. Alors que 450’000 appartements sont vides dans le centre-ville! Le Movimento Sem-Teto do Centro exige qu’ils soient convertis en logements sociaux, afin que les sans-abri puissent rester au centre. Le gouvernement quant à lui veut réserver le centre-ville aux affaires et reléguer les plus pauvres à la périphérie, où manquent les infrastructures les plus élémentaires, notamment en matière de santé. Le Mouvement des sans-toit ne relâche pas la pression, occupant des bâtiments vides ou campant devant le siège du gouvernement. En 2003, l’occupation du Prestes Maia, une tour du centre de Sao Paulo, a fait beaucoup de bruit. Menacé·e·s par trente-quatre avis d’expulsion, les occupant·e·s du Prestes Maia ont été soutenu·e·s à plusieurs reprises par Amnesty International. Ils ont finalement obtenu de l’Etat brésilien qu’il alloue vingt-deux millions de reais (treize millions de francs) aux logements sociaux. Mais la mise en œuvre du projet s’éternise. Des 470 familles du Prestes Maia, seules 153 ont aujourd’hui leur propre logement – très loin en banlieue... Et la tour est de nouveau vide. Ivaneti de Araújo continue à se battre comme interlocutrice de la secrétaire nationale au logement et des représentant·e·s des Etats fédéraux. Elle vit avec sa famille dans un immeuble occupé par le mouvement. Cette année, elle est venue en Europe pour promouvoir la cause des sans-toit auprès de l’ONU. La petite fille de la campagne a fait bien du chemin.