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Tim Jackson est un intellectuel anglais auteur d’un livre intitulé « Prospérité sans croissance ». L’auteur y constate que le capitalisme moderne, fondé sur la croissance, est malsain car il oriente les individus vers l’individualisme, le matérialisme et le consumérisme. Il affirme par ailleurs que ce système économique, malgré les prouesses scientifiques de l’humanité, ne permettra pas à celle-ci de surmonter simultanément ses quatre grands défis actuels : conservation du niveau de vie de l’Occident, augmentation de la population de la planète, éradication de la pauvreté dans le monde et lutte pour la protection du climat, des ressources naturelles et de la biodiversité.
Convenons-en, le constat de Tim Jackson sur la société occidentale d’aujourd’hui n’est contestable que sur des points de détail. Par contre rejetons son affirmation, qu’il ne parvient pas d’ailleurs à justifier, que la société libérale et capitaliste serait incapable d’affronter ses défis humanitaires et environnementaux.
Anticapitaliste, Tim Jackson imagine une société et une économie nouvelles qui seules selon lui pourraient faire face aux impératifs environnementaux tout en garantissant la prospérité et le bien-être des gens. A cette fin il remet en cause toutes les notions intégrées par nos sociétés depuis les Lumières. L’entreprise devient une sorte de service public ; le progrès et la croissance sont remplacés par la sobriété matérielle et « la bonne vie » ; la réussite matérielle est dévalorisée.
Tim Jackson, à l’appui de son projet rousseauiste, forge l’hypothèse que les individus, retrouvant la sagesse, seront heureux de passer de la société consumériste à la frugalité, cela en contrepartie des « capacités d’épanouissement » que la nouvelle société est supposée leur apporter. Pourtant, il ne croit pas vraiment à cette sagesse du peuple. Comment se comportera-t-il lorsque celui-ci se trouvera confronté aux effets d’un Etat privé d’une grande partie de ses ressources par l’érosion de ses revenus, avec l’austérité et l’instabilité qui en découleront immanquablement ?
Dès lors, il juge indispensable que « les gouvernements s’engagent afin de transformer la logique sociale du consumérisme, qu’ils poussent les peuples à accepter les bonnes décisions à long terme ». Et il ajoute que « dans les faits le régime nouveau imposerait des dispositifs privilégiant les choix sociaux définis a priori. Il serait fondé à interdire les impacts structurels pernicieux qui accroissent les inégalités et réduisent le bien-être ».
Autrement dit, au prétexte de l’urgence climatique et du consumérisme débilitant, Tim Jackson nous invite à accepter l’instauration d’une société qui s’écarte peu du totalitarisme. Il n’est pas isolé. Nombre d’écologiste partagent cette ambition.
Méfions-nous des cassandres et des collapsologues qui instillent la peur et qui l’exploite dans de tels buts. Conservons plutôt optimisme et confiance en la capacité de l’humanité de résoudre, comme elle l’a toujours fait, les problèmes, sérieux certes, qui se posent à nous aujourd’hui. Ne nous en remettons pas à un régime autoritaire qui nous entraînerait sur la voie de l’austérité. Continuons au contraire à croire en la liberté et l’initiative individuelle. Veillons, dans notre cadre démocratique, à borner l’économie de marché là où cela est nécessaire afin que cette dernière continue à contribuer à la richesse générale tout en sauvegardant les ressources de la planète. Rien à ce jour n’a prouvé que cela serait impossible.
Pierre Kunz