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Pendant longtemps j'ai pensé que les institutions politiques suisses et genevoises avaient toutes les qualités qui font tant défaut aux institutions françaises :
1) la proportionnelle permet de représenter toutes les composantes de la population alors que nos élections majoritaires françaises font que notre parlement exclu de toute représentation politique 45% des habitants. La proportionnelle permet la coexistence des partis alors que le scrutin majoritaire français transforme tout débat public en combat de vie ou de mort (politique).
2) la concordance évite les coups de barre néfastent des alternances et ses décisions à la Pénélope : lorsqu'une majorité passe une législature à défaire ce qui a été fait par la précédente. Elle empêche le débat stérile entre majorité et opposition telle un jeu de rôle éternelle et vain.
3) les élections individuelles des députés permettent d'élire des candidats moins dépendants des partis, plus représentatifs et plus compétents... je le pensais.
4) la démocratie directe interdit aux élus de s'éloigner trop des préoccupations des habitants sous peine d'être rappelé à l'ordre en votation.
5) la double majorité des cantons et du peuple, ou du Conseil National et du Conseil des Etats, permettent une double légitimité fondée à la fois sur la démocratie et sur l'histoire institutionnel... une règle transparente si pertinente par rapport à nos majorités qualifiées européennes, nos répartitions surprenante de sièges dans les communautés de communes ou encore l'obscurité du mode de représentation du Sénat.
etc..etc... bref, les institutions suisses étaient des institutions idéales alors que j'ai toujours vu les institutions françaises comme les pires qu'un pays puisse se doter.
Avec le temps j'ai compris que les choses n'étaient pas si simple :
1) La proportionnelle ne fonctionne plus avec des partis sectaires et arogants. La proportionnelle conduit au blocage si les minorités refusent d'élaborer des compromos majoritaires. La proportionnelle impose aux minoritaires un devoir de responsabilité autant que le scrutin majoritaire impose aux majoritaires un devoir de rassemblement. Le problème n'est pas le mode de scrutin, mais l'abus et le détournement qui peut en être fait.
2) La concordance permet une stabilité juridique.. Une stabilité qui confine à la paralysie. Sur le secret bancaire, tous les élus suisses savent pertinement qu'il n'est pas tenable pour un pays d'ériger au rang d'industrie nationale la complicité de fraude fiscale au détriment de pays avec lesquels ont fait 60% de son commerce. La Suisse doit heurter des murs avant de pouvoir constituer des majorités capables de changer des lois. Ce n'est que sous la pression d'une faillite de l'UBS puis du Crédit Suisse que la Suisse fait évoluer ses positions sur le secret bancaire. La concordance permet une stabilité juridique mais empêche toute anticipation. Elle agrave la myopie habituelle des démocraties.
Je m'apercois aussi que la concordance rend difficile le débat public et transparent. A Genève tous les partis sont corresponsable du drame actuel que vivent les Genevois. Aucun n'ose le mettre clairement sur la table de peur d'avoir à assumer sa part de responsabilité.
3) L'élection individuelle des députés donne libre court aux lobbys. Contrairement aux apparences, le Grand Conseil n'est pas constitué de groupe UDC, PS, Ecolo, PLR, MCG, PDC.. il est en réalité composé d'un lobby de policiers, d'un lobby d'avocats d'affaires et de millieux immobiliers, d'un lobby des associations environnementales, d'un lobby des associations de locataires, d'un lobby catho et d'un lobby franc maçon... avec des agriculteurs dans tous ces lobbys, car les agriculteurs votent indépendament des différents partis. Dans un parlement de lobby il n'y a plus beaucoup de place pour une vision générale de la société.
4) La démocratie directe n'empêche pas du tout les élus de s'éloigner des préoccupations des habitants. Au contraire, par les blocages induits, la démocratie directe à éloigner du vote la majorité des habitants qui renonce à exprimer tout point de vue dans un débat public devenu stérile. Le paradoxe de Genève c'est que malgré la démocratie directe, les citoyens genevois sont aussi peu entendus dans le débat public que les citoyens singapouriens pourtant privé de liberté de la presse et de liberté de conscience. La complexité du débat public prive les citoyens d'un débat transparent. Ils sont souvent manipulés comme sur le dossier de la traversée de la rade lorsqu'une majorité étaient en faveur d'une traversée mais en les divisants entre tenants du pont et du tunel, certains ont su privé le souverain de sa souveraineté. Lorsque la souveraineté cantonale qui exige plus de logements, n'est pas tout simplement bafouée au nom d'une prétendue souveraineté populaire communale.
5) La double majorité peut conduire parfois à un diktaat d'un petit canton sur toute la Suisse. Voilà longtemps que celà n'est pas arrivé. Mais un jour sans doute.
Je suis toujours admiratif des institutions suisses.. et toujours aussi critique des institutions françaises. Mais je réalise que les institutions ne sont que des outils.. et comme tous les outils, il faut d'abord savoir bien les utiliser. Quelques soient les institutions, il faut de la responsabilité pour mettre les problèmes sur la table, écouter les avis divergents, rassembler. Il faut du courage pour dire les vérités difficiles. Il faut de la vision pour présenter un projet d'avenir.