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Mon précédent billet, sur la malédiction de l’aspirateur, était d’abord humoristique pour traiter à la légère un sujet qui crispe souvent. Il faisait suite à divers autres billets sur le thème de l’aspiratueur entre redbaron, Blondesen et moi-même. Mais comme dirait Roxane (coucou!), le sujet de l’organisation du couple est intarissable, et plutôt que de répondre trop longuement à certains commentaires, j’ai choisi de faire un billet spécifique sur le travail ménager. Juste quelques réflexions pour ouvrir le débat.
Quand on parle de travai (cliquer sur l'image)l, on pense en général d’abord à une activité rémunérée. Voyons l’origine de ce mot. Selon Wikipedia,
«Le travail (du latin "tripalium", un instrument de torture formé de trois pieux utilisé naguère contre les esclaves récalcitrants) désigne l'effort, l'application nécessaire pour faire quelque chose.
Par extension, il désigne également le résultat de cet effort. En italien, le terme lavoro (labeur) se rattache au latin labor, qui a la signification de fatigue, peine, et qui a donné l'adjectif laborieux.
Le sens premier, avec son contexte de souffrance ou de pénibilité, se retrouve :
- dans une situation précise (avec une fréquence en baisse par les locuteurs) : On dit d'une femme qui est en train d'accoucher qu'elle est « en travail ».
- sous la forme verbale travailler dans le sens de tourmenter. Par exemple : « Ma dispute d'hier avec ma belle-sœur m'a travaillé toute la nuit. »
- 1. Le travail en tant qu’activité rémunérée a vraiment pris son essor avec la société industrielle. Les agriculteurs d’il y a 10‘000 ans n’étaient rémunérés par personne. Quand aux esclaves, plus tard dans l’Histoire humaine, ils étaient nourris et logés mais pas payés. Au Moyen-âge encore, la société étant essentiellement rurale, le travail salarié ne concernait qu’une très petite partie de dirigeants et fonctionnaires, et quelques artisans. Un fermier et sa femme travaillaient tous les deux et vivaient du produit de la Terre et de leur travail commun.
- 2. Le travail est associé à la souffrance et initialement à la torture. Ceci est à retenir. Tout travail étant mal vu, seule la compensation financière (et parfois la médaille du Mérite) justifie son maintient.
Je reviens au thème du travail ménager, en rappelant d’abord un comm d’Audrey qui m’a inspiré ce billet et à partir duquel je vais un peu extrapoler:
«… encore une fois, ce n'est pas le ménage qui est avilissant en soi, mais bien qu'il soit considéré comme un travail gratuit, ne donnant lieu à aucune rémunération, ni aucune reconnaissance dans le monde du travail. Du moment que l'entretien d'une maison est quelque chose de gratuit, il est normal que les dons effectués par chaque conjoint au bonheur du foyer soient partagés.»
D’une manière générale, seule une activité rémunérée supposant un patron qui paie et un employé qui reçoit une rémunération est un travail au sens commun. On doit y ajouter l’activité d’un indépendant qui vend ses produits ou services à des clients. La notion d’échange financier est donc une clé pour définir le travail en tant qu’activité professionnelle permettant d’avoir un logement et de quoi vivre.
Dans ce sens commun, le ménage et le bricolage ne sont pas considérés comme un travail. D’ailleurs, pour bénéficier de l’appellation «travail», ces activités supposeraient qu’à la maison il y ait un patron et un employé, ou un artisan et un client. Si l’homme est seul à travailler, il deviendrait de facto le patron, ou la femme si elle est seule à travailler.
Ceci conduit à considérer les relations de couple comme des relations marchandes et rejoint l’idéologie féministe de l’homme exploiteur et de la femme exploitée. Et dans une relation marchande, tout est précis, il n’y a pas de gratuité. J’imagine une femme disant à son mari:
- Voudrais-tu aller à la boulangerie acheter du pain?
- Oui, combien tu me paies?
Dans cette relation marchande tout cadeau, toute activité non rémunérée faite pour l’autre ou pour la famille devra être soigneusement inscrite en mentionnant sa durée, le jour où elle a été effectuée (les dimanches sont plus chers) afin que, au cas où le conjoint bénéficiaire de ce cadeau ne renvoie pas l’ascenseur dans l’exacte proportion, on puisse un jour lui facturer ces cadeaux.
Il faut dire que quand un seul conjoint travaille, celui qui s’occupe de la maison reçoit aussi le salaire de celui qui travaille. Il ou elle est donc déjà rémunéré-e. De plus, en cas de divorce, celui ou celle qui ne travaillait pas pendant l’union reçoit des compensations évaluées selon la durée de vie du couple.
En réalité donc, le travail ménager de celui ou celle qui ne travaille pas EST déjà rémunéré par le salaire ou les revenus de l’autre conjoint! Il n’y a donc pas lieu d’en faire une revendication, à moins d’exiger un double salaire. Cette revendication n’est que du populisme.
On peut aussi imaginer que l’activité du ménage soit rémunérée par l’Etat, sorte de patron universel. Mais d’une part c’est encourager la dépendance, et d’autre part c’est prendre autrement l’argent du conjoint qui travaille et paie des impôts.
Quel serait l’avantage de rémunérer celui ou celle qui reste à la maison? Socialement, cela ne change pas grand chose. Cela pourrait peut-être améliorer un peu la retraite. Mais sur un plan personnel, celui ou celle qui est rémunéré-e de cette façon ne saurait considérer ce revenu comme étant à sa seule disposition. Il est bien évident que ce «salaire» devra être réintroduit dans le couple. Pas question d’en faire un compte en banque personnel et d’amasser un capital pendant que celui qui travaille chez un patron paie tout en plus de ce «salaire».
L’arrière-plan de ce débat, déjà évoqué ailleurs, est la dévalorisation des activités ménagères en terme de reconnaissance et de prestige. On sait d’ailleurs que les féministes communautaristes se battent pour avoir des postes de pouvoir et d’argent, pas pour être caissières ou éboueurs.
Le travail vient de torture. S’occuper des enfants et de la vaisselle pendant que le-la conjoint-e se pavane à la mine, aux champs, sur un chantier, au bureau, est une souffrance morale insoutenable que seule l’argent peut compenser.
L’autre arrière-plan est de refuser toute notion d’activité attribuée plus à l’un ou à l’autre des conjoints, et de vouloir imposer une équivalence totale et un partage millimétré. Au mépris de la volonté de chaque couple de s’organiser par lui-même. Il y a des femmes, beaucoup, qui en font plus que les hommes à la maison (quoi que pour cuisiner, je connais beaucoup d’hommes qui le font et pas leur compagne). Il y a aussi des hommes qui en font plus que que les femmes. Laissons de grâce cette liberté de s’organiser comme on l’entend, selon les envies, les compétences, les périodes, les genres d’activités, et ne sortons pas la calculette à chaque heure passé à taper une lettre pour écrire à la régie ou à la caisse maladie. Un couple sans don, où tout est calculé, où tous les comptes sont strictement séparés, où chacun fait sa petite comptabilité, où règne une petite guerre des genres: très peu pour moi. Je préfère que ma compagne fasse la grève du repassage si elle trouve qu’elle en fait trop, plutôt que de m’envoyer à longueur de journée son idéologie.
Le romantisme en prend un coup. Ce féminisme-là, qui a justement agit pour rétablir les droits élémentaires des femmes supprimés par le code Napoléon, est devenu une idéologie qui fait du couple un simple lieu d’échanges marchands et un enjeu de classe. Pas grave, on est juste sortis du raisonnable. Mais c’est assez fréquent à notre époque...
La marchandisation du couple et la dévalorisation des activités de la maison sont le résultat de ce féminisme.
Images:"Le travaiul", de Pierre Puvis de Chavanne. Exemple de Tripallium. Illustration de Stivo.