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Non seulement le grand public aimerait le savoir, mais l’industrie agroalimentaire s’intéresse aussi à cette question: quel est l’effet de composants alimentaires spécifiques sur la santé? Il est cependant difficile de trouver des réponses au sujet de risques particulièrement grands: si l’on voulait par exemple mettre en relation l’infarctus du myocarde et une denrée alimentaire particulière, il faudrait que des milliers de personnes participent à l’étude et consomment cet aliment pendant des dizaines d’années, tandis qu’un groupe témoin consommerait un placebo, c’est-à-dire une «imitation» de cet aliment.
C’est pourquoi les chercheurs étudient fréquemment une question substitutive moins ambitieuse mais allant dans la même direction: en médecine cardio-vasculaire par exemple, ils observent souvent le comportement de la paroi interne des vaisseaux sanguins. Ceci est relativement facile à mesurer et a une grande pertinence pour l’évaluation du risque d’infarctus du myocarde ou d’attaque cérébrale. Dr méd. Andreas Flammer, cardiologue, a étudié l’effet du cacao (chocolat noir), du jus de canneberges (cranberry) et de l’huile d’olive.
De vieilles connaissances au nouvel effet
Ces trois aliments sont bien connus en cardiologie. Ils sont tous riches en flavanols, des substances végétales contenues en particulier dans le cacao, mais aussi dans les fruits, les baies, les olives et le thé. Depuis quelques années, la recherche estime que les flavanols ont un effet bénéfique sur le cœur et la circulation sanguine. Dr Andreas Flammer et son équipe ont à présent montré que non seulement le cacao, mais aussi le chocolat noir du commerce est en mesure d’améliorer la fonction des vaisseaux sanguins chez les patients dont la paroi interne des vaisseaux est endommagée. Chez des patients ayant subi une transplantation cardiaque, les chercheurs ont mis en évidence de telles améliorations directement dans les artères coronaires et non, comme on le fait habituellement, dans l’artère de l’avant-bras.
Dans une autre étude, ils ont découvert que les patients atteints d’insuffisance cardiaque voyaient leurs fonctions vasculaires s’améliorer, non seulement à court terme, mais aussi à long terme, s’ils consommaient chaque jour du chocolat noir. L’effet de l’huile d’olive est comparable: chez des patients au fonctionnement vasculaire limité, celui-ci s’améliorait si les participants à l’étude enrichissaient leur alimentation en huile d’olive.
Autre découverte: si des personnes présentant un risque cardio-vasculaire accru buvaient chaque jour du jus de canneberges, les mécanismes de réparation des vaisseaux sanguins endommagés s’amélioraient au bout de quelque temps.
Chocolat, jus de canneberges et huile d’olive au menu?
Il ne serait cependant pas judicieux de déduire de ces découvertes que l’on peut manger gras et sucré à loisir, puis réparer ses artères ainsi endommagées par du chocolat, du jus de canneberges et de l’huile d’olive. En effet, même les flavanols ne servent pas à grand-chose si l’alimentation est déséquilibrée et démesurée. De plus: «Nos études ne mesurent pas l’effet sur la maladie proprement dite, encore moins sur la mortalité, mais sur la question substitutive de l’influence sur la paroi vasculaire interne, et ce non dans la population générale, mais dans certains groupes de patients», explique le docteur Andreas Flammer. Il fait néanmoins une recommandation: «L’alimentation la mieux étudiée est celle suivant le modèle des pays méditerranéens. L’huile d’olive en est un élément fondamental. Enrichir ce régime de baies et d’un peu de chocolat noir de temps en temps est certainement une bonne idée.»
Remise du prix le 7 mai à Buchs
La Fondation Suisse de Cardiologie décerne le Prix de la recherche 2014 à Andreas Flammer pour ces études qui contribuent à mieux comprendre l’influence de l’alimentation sur les fonctions vasculaires et donc sur une éventuelle protection contre les maladies cardio-vasculaires. La cérémonie de remise du Prix de la recherche aura lieu le 7 mai à Buchs. Le 11 juin, il sera présenté à un public spécialisé dans le cadre de l’assemblée annuelle de la Société Suisse de Cardiologie à Interlaken.
Le lauréat
PD Dr méd. Andreas J. Flammer a fait ses études de médecine à Bâle. Il a ensuite travaillé dans la pratique clinique et dans la recherche à Burgdorf, à l’Hôpital universitaire de Zurich et à la Mayo Clinic à Rochester (États-Unis), avant de revenir à Zurich. Aujourd’hui, PD Dr méd. Andreas Flammer est chef de clinique de cardiologie à l’Hôpital universitaire de Zurich. Les points forts de ses travaux de recherche sont entre autres l’étude des processus de formation de l’athérosclérose dans les vaisseaux sanguins et l’influence d’une alimentation riche en flavanols sur les fonctions vasculaires.