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Deux démarches inverses: l'idéalisme et le réalisme.
Kandinsky, Du spirituel dans l'art et les Conversations avec Francis Bacon sont toutes deux des démarches idéales en art. Picasso, d'autant plus, disant que la peinture doit sentir la transpiration ou l'odeur des pieds, se situait dans l'idéalisme de la création.
Le problème, aujourd'hui, sait-on à qui on parle? avec qui peut-on parler de ces choses? Je n'ai plus rien à dire au sujet de ce que je fais. C'est du passé, à vingt ans on veut tout dire et on n'a rien fait. Personne n'entend. A quarante, on commence à faire et on n'a plus rien à dire. Mais la volonté a tenu bon contre ceux qui pouvaient nous empêcher, ceux qui voulaient que leurs pensées soient la méthode. Mais n'importe quel enfant se met à douter de ses parents, même si avec la mère c'est plus compliqué. Il faudrait arrêter ces manières et cesser de se plaindre: il n'y a que le travail qui importe et la prière qui va avec, naturellement. Et ces gens qui parlent ne font rien au fond. Pour revenir aux démarches, je dois dire que je ne comprends pas du tout celle du "réalisme". Qu'entendre par ce mot? D'abord, le réalisme, c'est ce qui cherche la meilleure ressemblance, mais pas seulement, car il est pire de chercher la meilleure apparence par un quelconque motif de ressemblance: le triomphe de l'art abstrait et de l'art conceptuel, un temps, sont responsables dernièrement des moyens techniques ou technologiques qui conduisent à produire n'importe quoi d'apparemment beau ou ressemblant, ou les deux à la fois, de manière expansive. Je fais de la peinture. Et la peinture est un idéal intensif. Je ne vois pas pourquoi je devrais m'efforcer de copier une réalité insatisfaisante, ou faire semblant de ne pas la copier - tout en produisant des objets à son image! Dans cette non-ressemblance, il peut y avoir de la merde - mais de la merde non conceptuelle aussi bien que non réaliste: de la merde idéale! Et il peut y avoir aussi cette fameuse beauté qui se cache sous le fumier, comme une rose éclot à la faveur du moindre réchauffement. Mais cela, c'est une question de caractère. Vous verrez même des caractères qui contiennent le fumier et la fleur en même temps. Je me réjouis uniquement de ceux-là: on ne devine jamais la couleur de leurs pétales... Quelle vie! Et quelle puanteur ils ont dû traverser.