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Prof. Dr. Carl-A. Keller
* 02.08.1920, † 07.04.2008
Professeur d'Ancien Testament
puis de science des religions
à l'Université de Lausanne
Note rédigée au printemps 2006
Il semble bien qu'à l'heure actuelle la relation entre la théologie et l'étude universitaire des religions soit assez conflictuelle. Je constate en effet un certain militantisme du côté des professionnels de l'histoire/science des religions qui contestent aux théologiens le droit, voire même la qualité, d'étudier des religions autres que la chrétienne. Le théologien, affirment-ils, percevra immanquablement tout phénomène religieux à travers le prisme de ses propres convictions religieuses, alors que l'étude universitaire exige une totale mise à distance de l'objet de recherche et une analyse strictement « objective, sans parti pris » de ce qu'on observe. Ce jugement repose sur une fâcheuse méconnaissance du travail de la théologie. Celui-ci consiste en effet exactement en cette fameuse « mise à distance » de l'objet de la recherche : les textes bibliques, l'histoire des institutions religieuses dans leurs rapports avec le monde ambiant, l'histoire de la pensée chrétienne et de ses imbrications avec la philosophie, l'histoire de la piété et du sentiment religieux et ainsi de suite, tout est scruté selon les critères habituels du travail académique. La théologie se présente en effet comme une histoire universitaire de la religion chrétienne, donc comme une partie de l'histoire générale des religions. Elle se situe, à côté l'étude des religions, dans le grand ensemble de la Kulturwissenschaft.
En étudiant, dans le cadre de l'université, un phénomène religieux quelconque, le théologien appliquera scrupuleusement la méthodologie qu'il a toujours appliquée : interprétation rigoureuse, philologique, sémantique et historique, des textes et autres documents ; effort de reconstituer sans parti pris et aussi objectivement que possible des systèmes de pensée ; observation, description et tentative d'interprétation bienveillantes, des rites et autres manifestations de la vie communautaire. Qu'il s'occupe du christianisme, de l'islam, du bouddhisme, d'un « nouveau mouvement religieux », d'une secte, de l'astrologie ou du tarentisme des Pouilles, le théologien reste toujours fidèle à sa méthodologie universitaire.
Toutefois, les sciences universitaires trouvent leur signification – et leur justification – non seulement dans l'étude « objective » des faits sociaux et culturels : elles visent une finalité éminemment pratique. Les sciences humaines comme les sciences de la nature sont des acteurs dans la vie sociale. La psychologie, la sociologie, la philosophie interviennent et donnent de la voix, partout où cela est possible ou nécessaire. Ces sciences deviennent des autorités qui éclairent, interprètent, donnent leur avis, tranchent en cas de désaccord, conseillent et guident les humains. Or, ce qui est considéré comme nécessaire et normal pour la psychologie ou la sociologie, doit aussi être concédé à la théologie. A l'instar de ces sciences humaines, elle a aussi pour vocation d'éclairer, de trancher en cas de doute, de conseiller et de guider. Ce qui peut signifier, concrètement, pour donner un exemple, qu'elle mettra peut-être en évidence les différences entre le christianisme et le bouddhisme et qu'elle indique les raisons qui font qu'elle donnera la préférence au premier. Il est illogique de disqualifier les théologiens pour l'étude des religions parce qu'en quittant l'université pour travailler au sein de la société, ils se sentent appelés à faire fructifier leur savoir pour le bien de leurs semblables.
Il se peut également, et cela est une réalité courante, que le théologien, fort de ses recherches dans le domaine des religions, soit convaincu de la nécessité d'une rencontre des religions, qu'il prône un dialogue interreligieux universel, qu'il cherche des points de convergences, sans dissimuler les obstacles, qu'il soit un pilier de paix entre les civilisations. Mieux il est formé dans les deux domaines de la théologie et l'histoire/science des religions et mieux il est informé de ce qui se fait dans les deux, mieux aussi il sera équipé pour devenir une bénédiction pour la société.
En fin de compte, théologie et histoire/science des religions ne font qu'un. Elles essaient de cerner et de mieux comprendre le fait religieux, pour le bien de tous. Et renonçons à la vaine et fausse polémique que l'une travaillerait avec des présupposés inadmissibles alors que l'autre en serait exempte.
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