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Des scientifiques en quête d'immortalité
En Californie, la Silicon Valley concentre une grande partie des recherches et des financements sur l'allongement de la vie. C'est notamment là que se trouve la Fondation Sens, qui mène des travaux sur les maladies liées au vieillissement. Son objectif ultime: prolonger indéfiniment l'existence humaine.
Le scientifique Aubrey de Grey a quitté l'Université de Cambridge pour travailler à la Fondation Sens. Il compare la quête de la vie éternelle à l'entretien d'une voiture ancienne. "Le vieillissement est l'accumulation de dégâts dans l'organisme générés par le fonctionnement normal du corps." Il est convaincu que maintenir un corps en vie est possible "grâce à un entretien préventif exhaustif et régulier".
Vieillir est un problème d'ingénierie. Les raisons pour lesquelles le corps s'abîme peuvent être classées en différentes catégories et on peut trouver pour chacune une thérapie qui permette de réparer les dégâts.
Ses recherches ont beau être soutenues par des milliardaires, la bataille contre la mort est un gouffre financier. "Actuellement nous avançons beaucoup moins vite que nous pourrions, c'est l'argent qui nous freine", déplore Aubrey de Grey.
"J'estime que nous allons perdre au moins dix ans si cela continue ainsi. Ce qui veut dire qu'un demi-milliard de personnes vont mourir alors qu'elles pourraient être épargnées si nous avions un peu plus d'argent pour avancer plus vite, et ça, ça fait mal."
Jim et Bernie, un duo en croisade contre la mort
L'éternité a aussi ses militants. A Scottsdale, dans la banlieue de Phoenix en Arizona, TTC. a rencontré James Strole et Bernadeane, ou "Bernie et Jim", unis contre la mort depuis 50 ans (voir sujet ci-dessus).
Ils ont fait de leur combat un business: leur entreprise, People Unlimited, rassemble plusieurs centaines de membres. Moyennant 250 dollars par mois, les adhérents se retrouvent plusieurs fois par semaine pour faire le point sur l'immortalité et s'encourager mutuellement.
Je suis là depuis 80 ans et pour moi, c'est juste le début. J'envisage de vivre pour toujours et je fais tout pour cela, c'est vital.
A travers ses conférences, ses livres, son blog, le duo développe l'idée que vivre pour toujours est une "question d'état d'esprit". "On nous répète que nous allons tous mourir un jour, alors c'est important de se retrouver avec d'autres gens qui nous stimulent, pour commencer à penser et à ressentir les choses autrement."
Ces "militants anti-mort" recommandent les seuls remèdes avérés à ce jour: manger sainement, dormir, bouger, éviter le stress et, surtout, partager leurs convictions.
Chiffres-clés: une espérance de vie en constante croissance
Au niveau global, l'espérance de vie n'a cessé de progresser depuis les années 1960, pour les hommes comme pour les femmes. Un être humain moyen peut aujourd'hui raisonnablement espérer atteindre les 70 ans. Il y a cinquante ans, l'espérance de vie moyenne était inférieure à 60 ans.
Bien sûr, de fortes disparités existent selon les pays. Dans la plupart des pays développés, l'espérance de vie dépasse les 80 ans. Elle est à l'inverse nettement inférieure à la moyenne mondiale dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne. C'est en République centrafricaine, pays ravagé par les conflits, que l'espérance de vie est la plus faible, à 51 ans.
Logiquement, la part de seniors dans la population augmente elle aussi de manière constante. Dans les années 1960, les plus de 65 ans représentaient environ 5% de la population mondiale. Cette proportion dépasse aujourd'hui les 8%.
Cette évolution a été beaucoup plus marquée dans les pays de l'OCDE: la part de seniors y est passée d'environ 8% en 1960 à 16,5% actuellement. Là encore, de fortes variations existent selon les zones géographiques.
D'ici 2050, les Nations unies anticipent une explosion de la part de seniors dans la population. A cette période, les plus de 60 ans représenteront plus du tiers de la population européenne, selon ces projections.
Se préparer au moment où les machines nous surpasseront
A une cinquantaine de kilomètres au sud de San Francisco, sur le campus de la Nasa, se trouve l'"Université de la Singularité". Un lieu discret, qui accueille un public trié sur le volet pour être initié aux bienfaits du progrès technologique exponentiel. La singularité, c'est l'idée selon laquelle l'auto-amélioration des intelligences artificielles est vouée à transformer le monde et à bouleverser la société humaine.
Entrepreneurs, investisseurs, dirigeants militaires ou civils, viennent du monde entier pour six jours d'apprentissage intensif autour de ce concept, et de celui d'humain "augmenté". Pour 14'000 dollars, ils vont tout savoir des dernières avancées en médecine, génétique, robotique, intelligence artificielle ou encore conquête spatiale.
Le lieu a été fondé par deux ingénieurs: Ray Kurzweil, futurologue transhumaniste, responsable scientifique de Google, et Peter Diamandis, entrepreneur passionné par la conquête spatiale. Ce que l'on croyait réservé au cinéma est pour eux une évidence imparable.
Bientôt nous allons pouvoir commencer à connecter notre cerveau avec le cloud. (...) Imaginez que quand vous vous poserez une question, (...) vous vous connecterez directement à Google qui vous enverra directement la réponse dans le cerveau.
Reportage dans une entreprise russe de cryoconservation
Moscou abrite l'une des trois entreprises au monde spécialisées dans la cryoconservation. La société Kriorus, créée en 2005, a déjà congelé une cinquantaine de personnes et une vingtaine d’animaux.
Parmi les pensionnaires se trouveraient un Italien, un Israélien, un Japonais… Un Genevois, qui a signé un contrat de cryopréservation début 2015, les rejoindra dans quelques années. Environ 350 personnes dans le monde sont actuellement cryogénisées.
Lors de la cryogénisation, c'est d'abord la tête qui est refroidie, "parce que le cerveau est la partie la plus importante pour un refroidissement de qualité", explique Alexey Samykin, coordinateur-bénévole chez Kriorus. Le sang de l'individu est ensuite remplacé par un liquide cryoprotecteur. Les corps sont emballés la tête en bas dans des cuves remplies d’azote liquide, à l'intérieur desquelles le froid est extrême: -196 degrés.
Même s’il n’y a que 1 ou 2% de chance que mon corps soit réanimé un jour, ça vaut la peine d’agir parce que cette question est trop importante. On parle de la vie, et il n’y a rien de plus cher!
Igor Nezovibatko est le détenteur depuis six ans d'un contrat de cryogénisation. Pour cet artiste, qui se dit agnostique, il s'agit d'une décision rationnelle. "Je comprends parfaitement que cela ne constitue pas une garantie à la vie éternelle… Mais pourquoi ne pas essayer?".
Pour détenir le médaillon bleu qui permettra d’avertir l’entreprise en cas de décès, il a payé environ 5'000 francs. Beaucoup moins que ce qui est demandé aujourd'hui, avec 15'000 francs pour la tête, et 36'000 francs pour le corps entier.
Reste qu'à ce stade, le seul organe que des scientifiques ont réussi à cryogéniser puis à réanimer, c'est le rein d'un lapin. On est encore très loin d'un cerveau ou d'un homme entier.
Qui approche de plus près l'immortalité?
La médecine de demain s'invente en Suisse romande
Sur le marché du prolongement de la vie et de la santé, la Suisse romande tire son épingle du jeu avec près de 1000 entreprises et centres de recherche installés dans l’Arc lémanique, autour de l'EPFL, des universités et du campus Biotech.
Cet écosystème représente 25'000 emplois tournés vers un objectif commun: faire progresser les sciences de la vie pour mieux soigner et guérir. Les start-ups de la Health Valley ont levé 540 millions l'an passé auprès d'investisseurs, soit 7,4% du total mondial investi dans les sciences de la vie.
Le campus Biotech, à Genève, est au coeur de cet écosystème plein de promesses. La réputation du lieu, issu d'un partenariat public-privé entre l'EPFL et l'Université de Genève, est internationale.
L'une des fiertés du campus, qui représente d'ailleurs une part importante de ses activités, c'est le Human Brain project. Ce projet européen veut retranscrire le cerveau dans un ordinateur afin de le comprendre, de le connaître, de le suivre et d'en faire une plateforme de recherche.
Crédits
Emission "Toutes Taxes Comprises" diffusée le 30 octobre 2017. Journalistes: Claire Braillard, Valérie Demierre, Yann Dieuaide, Corinne Portier
Habillage, compléments web : Pauline Turuban / RTSinfo