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Cela remonte au temps où l’univers était dirigé par le dieu Itsé.
Il vivait avec ses frères et sœurs dans son palais, mais à force de voir toujours les mêmes têtes, il commençait à s’ennuyer, il avait l’impression de tourner en rond.
Il avait besoin d’agrandir son territoire, de respirer un air neuf alors il a soufflé trois fois en l’air et ainsi il a créé la Terre. Puis il a confié un sac de graines à l’un de ses frères pour qu’il fasse de cette Terre un immense jardin en y plantant des arbres de toutes sortes, un jardin botanique en somme.
Mais son frère, à part dormir la nuit et faire la sieste le jour, rien ne l’intéressait : il s’est contenté de jeter toutes les graines au même endroit pour retourner vite se reposer, si bien que les arbres ont poussé serrés les uns contre les autres comme des sardines.
Impossible de respirer, impossible de s’épanouir dans si peu d’espace !
Les arbres ont appelé au secours, Itsé les a entendus.
Il leur a donné le pouvoir d’aller où bon leur semblait : ils pourraient marcher, courir, voler même, mais seulement pendant 24h, après quoi ils ne pourraient plus bouger, ils s’enracineraient.
Les arbres se sont dispersés, certains se sont installés dans les champs, d’autres dans les forêts, d’autres encore dans les marais … et chacun a pris racine .
Itsé leur a offert des feuilles pour les habiller.
Mais un groupe d’arbres n’avait pas bougé du tout car aucun n’était d’accord sur l’endroit où aller, ils ont passé leur journée à parlementer en vain.
Alors ils ont demandé 24h de plus à Itsé en promettant de trouver leur place pendant cette journée supplémentaire.
Itsé était de bonne humeur, il a accepté : 24h de plus oui, mais pas davantage.
Or, il n’y avait plus trop de choix pour s’installer car les autres arbres avaient déjà pas mal colonisé la Terre : de la place, il en restait dans la montagne ou encore au bord de la mer. Pour les protéger du vent des mers et du froid de la montagne, Itsé leur a offert des aiguilles qui ne les quitteraient jamais.
C’est comme cela que la Terre est devenue un immense jardin public pour les dieux.
Itséa la plus jeune sœur d’Itsé était aussi la plus sportive, elle aimait parcourir les montagnes.
Voilà que l’hiver suivant, elle a vu un arbre différent des autres : complètement nu … plus aucune aiguille.
C’était le mélèze.
Il ne se plaignait pas, ses branches étaient comme des cheveux hirsutes.
Elle l’a questionné : où étaient passé ses aiguilles ?
Lui n’en savait rien mais il lui a dit que c’était comme ça et qu’il ne pouvait rien y faire puisque maintenant qu’il avait trouvé sa place, plus aucune réclamation n’était possible. Itséa l’a trouvé touchant cet arbre, et sportif comme elle, lui qui était allé se loger en haut des montagnes, quel courage !
C’est elle qui est allée plaider sa cause auprès d’Itsé : comme ce n’était pas juste que cet arbre admirable puisse passer ses hivers sans protection.
Itsé a consulté le dossier du mélèze : pas de casier, pas de plainte contre lui … Effectivement il a marché bien plus que pas mal d’autres arbres qui se sont contenté de trouver un point de chute proche d’une rivière, à l’abri du vent … alors que lui n’a pas eu peur de s’exposer aux froids rigoureux de l’hiver ou au contraire à la chaleur brûlante des étés de canicule.
Le dieu Itsé s’est déplacé en personne pour aller trouver cet arbre singulier, s’excuser, peut-être a-t-il eu les dernières aiguilles, les plus fragiles, celles du fond du sac …
Pour finir, Itsé a décrété qu’il en serait ainsi : si le mélèze perdrait ses aiguilles en hiver, il pourrait dormir tranquille car il en retrouverait de nouvelles au printemps qui pousseraient en bouquets, des aiguilles tendres, pas aussi piquantes que celles des arolles ou des pins, des aiguilles d’un vert délicat.
Mais avant, il se couvrirait de fleurs couleur rubis dont Itséa pourrait même faire du sucre de retour de ses promenades dans la montagne.
L’écorce du mélèze serait épaisse comme une peau d’éléphant pour braver le froid, la neige, mais aussi le soleil dont il est proche et son bois serait dur et résistant.
Et pour qu’Itséa puisse le reconnaître quand elle souhaiterait aller le voir, il aurait une forme tout à fait différente des autres de son espèce, chacun des arbres de sa famille serait unique.
C’est comme ça qu’Itséa a pu, lors de ses sorties en montagne, chaque fois retrouver son arbre préféré, le mélèze, tantôt poilu de petits bouquets d’aiguilles dressées vers le ciel, tantôt hirsute de brindilles mal peignées, tantôt porteurs de petites pommes rouges puis brunes, un arbre qui, au fil des saisons, aurait une parure différente .
Un conte offert par Caroline Cortès