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Le 4 mars, la sacro-sainte voiture sera une nouvelle fois au coeur d'une votation populaire. Une initiative veut en effet généraliser la limitation de vitesse à 30 km/h dans les localités. Mais, au-delà de la vitesse, c'est la place de l'automobile dans la société qui est en question.Ce contenu a été publié le 05 février 2001 - 10:29
L'initiative «pour plus de sécurité à l'intérieur des localités grâce à une vitesse maximale de 30 kilomètres heures assortie d'exceptions» émane de l'organisation écologiste Transports et environnement (ATE). Mieux connue sous le nom de «Rues pour tous», elle demande que les 30 km/h soient généralisés dans les zones habitées où la vitesse est actuellement limitée à 50 km/h.
Certes, les initiants prévoient des exceptions à cette règle, notamment pour les grands axes très fréquentés. Mais, pour que ces exceptions soient accordées, il faudrait que la sécurité et la limitation des nuisances sonores soient respectées. En revanche, partout ailleurs, notamment dans les quartiers résidentiels, les 30 km/h seraient la règle.
Cette initiative est soutenue par les mouvements écologistes et, plus généralement, par la gauche. Ses partisans estiment en premier lieu qu'une généralisation des 30 km/h augmenterait la sécurité à l'intérieur des localités. C'est, en effet, une évidence qu'un choc à 30 km/h est moins dommageable qu'un choc à 50 km/h.
Les partisans de «Rues pour tous» voient également d'autres avantages à leur projet. Il permettrait, par exemple, d'abaisser les nuisances dues au bruit et à la pollution. Plus globalement, une limitation de la vitesse dans les localités rendrait les rues plus conviviales et replacerait l'homme au centre de la vie urbaine.
Le Conseil fédéral demande au peuple de refuser une telle initiative. Il est soutenu en cela par une grande majorité de la droite. Les opposants saluent généralement les objectifs visés par l'initiative, notamment au point de vue de la sécurité. Mais ils estiment que «Rues pour tous» va trop loin.
Selon eux, une généralisation des 30 km/h serait synonyme de paralysie du trafic. Autre problème: une telle limitation de vitesse demanderait un aménagement de la plupart des rues, ce qui serait ruineux pour les finances publiques. Enfin, ils pensent qu'une plus grande limitation de la vitesse entraînerait une baisse de concentration des conducteurs. Du coup, les accidents seraient peut-être moins graves, mais beaucoup plus nombreux.
En outre, comme c'est souvent le cas, les problèmes de circulation provoquent une réaction épidermique dans une partie de la population. Notamment chez les Latins et les habitants des zones périphériques qui voient en «Rues pour tous» une attaque en règle contre la liberté et la mobilité individuelles.
La récolte des signatures a d'ailleurs d'ores et déjà révélé un net clivage. Les initiants ont surtout gagné des sympathisants dans les régions urbaines et alémaniques. 50 000 signatures ont été récoltées dans les seuls cantons de Zurich et de Berne. Alors qu'à Genève - un canton pourtant fortement peuplé - seules 4600 personnes ont soutenu l'initiative.
A noter, par ailleurs, que le Conseil fédéral a récemment mis en consultation un projet permettant de multiplier le nombre de zones limitées à 30 km/h et d'autres formes de modération de trafic. Ce projet - qui vise à augmenter la sécurité dans les localités - fait figure en quelque sorte de contre-projet à l'initiative «Rue pour tous».
Les initiants n'ont toutefois pas voulu retirer leur texte. Ils estiment en effet que seule une généralisation de la limitation de vitesse à 30 km/h permettra d'atteindre les objectifs de sécurité souhaités. Le peuple suisse tranchera, le 4 mars.
Olivier Pauchard