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La composition de ce Christ en Croix est symétrique et construite autour d’un axe central coïncidant avec la croix. Le corps de Jésus est mince, visiblement mis à l'épreuve par la Passion qui l’a conduit à la mort. Les cheveux bouclés lui tombent sur les épaules ; sa tête est ceinte d’une couronne d’épines. Les mains et les pieds sont fixés par des clous. Un perizonium, au drapé élaboré, est noué autour des hanches.
La croix, en forme de T, est surmontée d’une planche blanche simplement esquissée qui, dans l’iconographie classique, présente généralement l’inscription suivante : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum.
Aux pieds de la croix, sur la gauche, Marie est accroupie ; un genou au sol, elle maintient sa tête avec une main, dans un geste de désespoir. Le bras droit longe son buste et effleure le sol, comme si elle s’écroulait sous le poids de sa souffrance. Saint Jean la soutient par la taille avec ses bras. Il regarde en direction d’un centurion qui, l’air imposant et menaçant, tient une lance. Derrière ces trois personnages, Louis Rivier dessine une foule dense habillés pour certains à l’orientale. On entrevoit quelques visages et des bouches ouvertes en train de crier. Quelques bras levés accompagnent ces exclamations. Plusieurs lances se lèvent parmi la foule. Tous ces personnages se profilent sur un ciel noir traversé de cumulus.
Sur la droite, les personnages sont esquissés. On imagine la foule se répandre de ce côté de la composition et, au premier plan, on distingue la silhouette d’un autre centurion qui, soutenu ou retenu par un homme, pousse avec son pied contre la croix.
Le dessin se caractérise par deux types de finition. La partie centrale et le côté gauche prennent vie d’un trait de plume précis, d’une grande méticulosité et précision. Le dessinateur trace des contours épais, bien définis et souligne les volumes et les drapés en appuyant pour créer les ombres. Seuls les pieds des personnages sont esquissés et le sol n’est pas mentionné. Le ciel se compose de plusieurs hachures horizontales dont la densité varie selon les endroits. Pour les nuages, les traits se dissipent et deviennent bouclés.
Tout le côté droit, ainsi que le bord supérieur de la composition, sont esquissés d’un trait de crayon libre et rapide. Le dessin n’est pas terminé.
Ce dessin à caractère narratif est d’une grande clarté visuelle. Louis Rivier focalise son attention sur l’agencement des différents éléments figuratifs et définit avec précision les personnages principaux : Jésus, Marie, Saint Jean, le centurion tenant la lance. Rivier consacre à cet épisode plusieurs œuvres: il s’agit souvent de grandes peintures murales dans les espaces publics (Christ en croix, chapelle des Terreaux, Lausanne, 1928) mais aussi de compositions de petits formats, comme celles faisant partie de la série des 60 planches illustrant des épisodes bibliques (1936-1938). La caractérisation de certains personnages est la même entre la planche de la Bible et ce dessin. On pense notamment à la figure du centurion (pour comparaison, voir : La Crucifixion. Le coup de lance, de la série des 60 planches de la Bible). On avance l’hypothèse que ce dessin fait partie des études pour les illustrations de la Bible, celles réalisées à la plume et à la mine de plomb, dans les années 1920.