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Cette photo a été prise le dimanche 30 août 2020 dans le quartier de la Servette. Une Ferrari (rouge évidemment, le conformisme fétichiste de l'objet l'impose), ayant payé son dû au parcmètre, occupe l'espace public, suscitant les regards curieux et les photographies des gamins du quartier. Ce qui ne se voit pas et ce que personne ne veut constater c'est, en contre-bas, la literie improvisée d'une personne sans abri dormant devant l'entrée de la paroisse. L'envers du décors.
La photo n'est pas bonne mais l'on peut y voir, comme chantait Jean-Jacques Goldman, que la personne qui dort devant l'entrée de la paroisse a enlevé ses sandales. Elle est couchée à même le sol. Pas de matelas sous elle. Une fine couverture seulement. On peut y voir la dignité endommagée et la violation d'articles constitutionnels. Celui de l'article 12 de la Constitution suisse qui dit que : quiconque est dans une situation de détresse et n’est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d’être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine, ou de l'article 39 de notre Constitution cantonale rappelant le droit à un niveau de vie suffisant, et que: toute personne a droit à la couverture de ses besoins vitaux afin de favoriser son intégration sociale et professionnelle, aux soins et à l’assistance personnelle nécessaires en raison de son état de santé, de son âge ou d’une déficience.
Aujourd'hui, à Genève, dans l'une des villes les plus riches du monde, ces droits sont bafoués quotidiennement, au vu et au su de toute le monde. Et quand la Caserne des Vernets ferme, des policiers sont mis en alerte pour aller vérifier les lieux de couchage sous les ponts et dans les bois, afin de déloger les possibles campements. Double peine et double répression envers les plus précaires. 1: Non seulement la personne n'a plus de lieu où dormir mais 2: quand elle dort sur l'espace public, elle en sera amendée ou déplacée.
La photo n'est pas bonne mais l'on peut y voir que la personne s'est retirée du domaine public. Elle s'est cachée sous une paroisse, sur un terrain privé. Elle s'efface afin d'avoir la "paix". Il arrive certes aussi que sur le domaine privé, la police soit appelée pour déloger celles et ceux qui ont dormi là (par exemple dans les sas de bancomat des banques, ou sur certains seuils en vue). La politique du déplacement se met alors en branle et l'errance de la personne qui n'a pas de lieu où dormir, reprend.
Alors que l'accueil de la Ville de Genève à la Caserne des Vernets pour les sans abris a fermé ses portes le 31 août, que la moitié des personnes hébergées ont pu retrouver un toit sur leur tête prenant la forme d'un abri PC (bien davantage qu'un toit donc, quelques mètres de béton et plus de 20 mètres de terre meuble), la grande argentière cantonale remercie les contribuable à hauts revenus pour l'écot qu'ils paient à la collectivité. Elle joint les mains pour rendre grâce aux propriétaires de Ferrari de bien payer leur parcmètre.
Alors oui, merci les riches, merci les superiches, d'offrir aux gamins l'opportunité de faire des photos de leur opulence, et de payer leur parcmètre comme tout un chacun-e. Mais pendant ce temps, à l'abri des regards, les super pauvres, que l'État ne remercie de rien ni ne s'enquière pour quoi que ce soit, dorment à même le sol. Ils sont plusieurs centaines chaque soir à chercher un abri de fortune. Ils seront peut-être quelques milliers demain, en regard de la violence de la crise sociale et économique qui s'abat sur nous.
C'est aimable de remercier les super riches. Il serait toutefois préférable de loger les super pauvres, et de débloquer collectivement les moyens pour le faire. 1 milliard de déficit au Canton, et pas un franc de plus pour les personnes sans abris? 24 milliards pour acheter des superferraris volantes? Et pas un sous de plus pour les personnes sans abris au niveau fédéral?
Revenons à la raison, votons NON le 27 septembre à l'achat des Ferraris volantes.
Avec ces 24 milliards, on pourrait loger dignement durant plus 2400 ans les personnes sans abris à la caserne des Vernets, ou ailleurs.
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remerciements à Nathalie Berset pour cette photo