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Documents en vitrines
En 2017, pensionnaire à la Villa Médicis, Maxime Guitton commence une recherche dans les archives d’Alvin Curran. Celles-ci lui dévoilent peu à peu des pans importants de l’histoire de la musique d’avant-garde, tant dans ses liens avec d’autres arts et avec l’histoire politique et sociale que dans la manière dont elle a pu se développer dans sa radicalité, entre pratiques communautaires et contemplation de la nature. Dans l’expérience qui a consisté à étendre le projet filmique d’Eric Baudelaire (When There Is No More Music to Write And Other Roman Stories) à un dispositif d’exposition, Alvin Curran et Maxime Guitton ont composé ensemble ces vitrines.
Yamaha Diskavier piano, enregistrement numérique
Era Ora est une expression italienne signifiant «Il est temps». ). C’est au départ le titre d’une œuvre pour piano de 1982 dont Alvin Curran proposera par la suite diverses variations, pour deux pianos, notamment, avec des partitions identiques jouées à des tempos très légèrement variables par les deux interprètes.
En suspendant un piano, Alvin Curran suggère un envol. La pièce a pu être montée pour la première fois à Bristol en 2022 lors de l’exposition commune d’Eric Baudelaire et Alvin Curran au centre d’art Spike Island.
Objets trouvés, moniteur, texte manuscrit
Alvin Curran l’explique dans ses entretiens avec l’historien de la musique Maxime Guitton, qu’Eric Baudelaire a repris dans When There Is No More Music to Write. Il ne croit pas à la fin de l’histoire, il ne croit pas qu’il n’y ait plus rien de possible après les musiques atonales, dodécaphoniques, dissonantes qui se sont développées après la catastrophe humaine de la Seconde Guerre mondiale. Pour lui, tout commence, il voit en germes une musique libérée, spontanée, créée en temps réel, non commercialisable. «On est au début de l’histoire».
Comme le dit le protocole pour la collecte d’instruments qui accompagne l’Instrumentarium, un instrument de musique peut-être fait de n’importe quel matériel qui puisse produire des vibrations audibles. Le texte se conclut ainsi : «Ma musique est faite de tous les sons, humains, animaux, mécaniques, géologiques, atmosphérique… Rappelez-vous seulement : il y a de la musique dans toute chose, chez toutes les personnes, dans tous les lieux, partout, en tout temps.»
Né en 1938 à Providence (US)
Vit à Rome
Alvin Curran a grandi dans un univers musical où, dès 5 ans il a appris tant le piano que le trombone, la musique de fanfare et le jazz que les chants de la synagogue. Il estime qu’il est devenu artiste à 13 ans, dans un pommier, chez son ami de toujours le poète Clark Coolidge.
Il découvre l’Europe pendant ses études de composition et s’installe à Rome dès fin 1964. Il compose pour les avant-gardes théâtrales romaines, est interprète solo et participe à la création du collectif radical Musica Elettronica Viva (MEV), avec qui il donnera plus de 200 concerts en Europe et aux États-Unis jusqu’en 1971.
Dans les années 1970, il crée une série d'œuvres solos pour synthétiseur, voix, sons enregistrés et objets trouvés. Il devient l'une des figures de proue des musiciens qui sortent des salles de concert et développe une série de concerts pour lacs, ports, parcs, bâtiments, carrières et grottes - ses laboratoires naturels. Il prolonge ces concepts de géographie musicale en créant dans la décennie suivante des concerts radiophoniques pour trois, puis six grands ensembles, se produisant simultanément depuis différentes capitales européennes.
Depuis 1987, en connectant des samplers à des pianos Disklavier et des ordinateurs, il produit des œuvres d’interprétation en solo qui tendent vers une synthèse idéale entre la salle de concerts et les phénomènes sonores du réel. Tout en continuant à écrire des pièces pour la radio et pour des instruments acoustiques, y compris pour le shofar, la corne de bélier utilisée dans le rituel israélite.
La série des Inner Cities, commencés au milieu des années 1990, réunit des « musiques pour piano solo que je crée de manière non sollicitée. Ils sont devenus une sorte d’espace très personnel et démocratique où tout est possible tant qu’il ne se passe presque rien (enfin pas trop) ; il y a de la place pour tout sauf le superflu. Tout est entouré d'air, de concentration intense. Véritables souvenirs triadiques, ils commencent et se terminent nus comme un gribouillage dans la peinture de Cy Twombly. Ce sont à la fois des exercices de libération et d’attachement – des projets de rêve pour n’importe quel endroit où vous pourriez vouloir être.»
Ces compositions solitaires ne doivent pas faire oublier l’importance de l’aspect collaboratif de l’œuvre d’Alvin Curran qui a croisé, et collaboré avec la plupart des expérimentateurs et expérimentatrices depuis les années 1960, tous domaines artistiques confondus. Il a aussi un important parcours de pédagogue.
Né en 1977 à Dunkerque
Vit à Marseille
Maxime Guitton a été l’assistant de la compositrice Eliane Radigue entre 2009 et 2011. Ses champs de recherche - la musique minimaliste et l'histoire de l'alpinisme - l'amènent à intervenir en écoles et centres d'art pour des cours, ateliers, conférences et sessions d'écoute. Depuis 2017, il mène une recherche sur les archives du compositeur Alvin Curran commencée lors d’un séjour comme pensionnaire la Villa Médicis.
Il a été responsable du service du soutien à la création au Centre national des arts plastiques (CNAP) à Paris. Il exerce parallèlement depuis 2003 des activités de programmation musicale entre lieux indépendants et institutions (BAL, CAPC, Centre Pompidou, etc.). Il est actuellement coordinateur de la recherche et programmateur artistique et culturel aux Beaux-Arts de Marseille.