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16/08/2014
De retour d'un séjour à l'étranger la hotte pleine de nouvelles réflexions, je me dois de me remettre à publier en commençant par mettre à plat et à soupeser quelques nouvelles concessions qui se sont imposées à moi ces derniers temps.
Je souhaite aussi remercier celles et ceux qui ont pris la peine de m'écrire pour discuter de mes concessions précédentes et, bien souvent, tenter de les critiquer. Si leurs arguments ne m'ont pas convaincu, ils m'ont du moins fait réfléchir et cogiter.
La rigueur et la cohérence intellectuelle m'imposent de ne pas écarter une position sans qu'elle n'ait été infirmée par des arguments valables. Mais lorsqu'une position est infirmée, réfutée, lorsque l'argumentation qui la soutient est brisée, alors il est souhaitable de l'admettre pour ne pas se condamner à la stagnation.
1. Des faiblesses de la démocratie
Je n'en reviens pas d'avoir si longtemps cru dans la perfection de la démocratie. Même sous une forme intéressante et poussée, par exemple celle de la démocratie directe (et non de la démocratie semi-directe actuelle) ou celle de la délégation soumise au mandat impératif, même en y adjoignant des critères comme celui de la transparence ou du tirage au sort (partielle), la démocratie implique toujours nécessairement la tyrannie de majorités sur des minorités. Comment une majorité d'individus saurait-elle ce qui est bon ou bien ? Comment n'élirait-elle pas parfois des Hitler ou autre individu du même acabit ? Pourquoi 51% des individus ayant le droit et l'envie de voter infligeraient-ils leurs volontés à 49% d'autres individus ?
J'ai décidément perdu foi dans la démocratie.
Quant au conseillisme, à cette théorie des conseils décidant de tout à tous les niveaux de la société, cela n'est-il pas une terrible chose que d'imposer aux individus des majorités qui décident de leur vie à leur place à tout moment et en tout lieu ? On décidera de qui aura droit à un nouveau logement, de qui aura droit à de nouvelles vacances, de qui aura droit d'utiliser la brosse à dent, etc.
Certes, je caricature quelque peu, mais l'idée démocratique, quelque soit sa forme, me semble viciée. La seule démocratie acceptable me paraît être celle fondée sur une règle d'unanimité. Mais je conçois fort bien (rappelons-nous l'expérience des Indignés genevois) les difficultés d'une telle règle en pratique.
2. De l'importance de la propriété
Défendre une mise en commun de toute chose, défendre le communisme donc, revient à nous mettre sous la coupe de tyrannies majoritaires qui décideront de qui aura la brosse à dent, de qui aura droit à un usage sur une chose ou une autre. Peut-on appeler cela liberté ? Je rejette une société sans propriété, aussi bien que je rejette une société avec salariat ou hiérarchie. Il me semble important que toute société soit fondée sur certaines prémisses incluant la propriété (notamment de soi).
3. Abolir l’État c'est rendre privé
Il n'y a que deux formes de propriété, la propriété individuelle/privée et la propriété étatique. Lorsque nous aurons aboli l’État, il est évident que tout ce qui est sa propriété (en fait la propriété illégitime des politiciens élus à sa tête) reviendra aux individus. Avec un peu de sens logique, il faut donc bien se rendre à l'évidence que l'abolition de l’État implique de rendre privé tout ce qui était sous contrôle des représentants de l’État.
4. L'interventionnisme étatique est un diktat
Lorsque l’État choisit d'investir de l'argent de telle ou telle manière, que fait-il ? Il décide avec de l'argent qu'il vous a pris de comment il devrait être dépensé. Les politiciens élus seraient-ils particulièrement plus capables que vous de savoir où votre argent doit-il être dépensé ? Quelle compétence magique les rend-elle apte à décider de cela ? Comme vous pouvez le constater, il n'y a pas de justification valable à l'interventionnisme étatique.
25/11/2013
De nos jours, l'apothéose de l'utopie sociale en Suisse peut envisager une économie de marché composée d'entités coopératives autogérées (autrement dit la généralisation de la propriété privée à toutes et tous), éventuellement en y adjoignant un crédit socialisé.
Autrement dit, le socialisme proudhonien (puisqu'il s'agit bien de ça si je ne m'abuse) semble être aujourd'hui ce qu'il y a de plus subversif au politiquement correct.
Bien entendu, d'un point de vue propagandiste, ce programme maximum forcé fait bien l'affaire, surtout quand on sait que le top du top de la radicalité contemporaine à gauche consiste bien souvent à la simple défense des services publics ou à l'étatisation de deux-trois usines.
Toutefois, je prétends qu'on ne gagne pas une lutte culturelle et idéologique sans braver les écoles de pensée dominantes et sans poser quelques esquisses d'alternatives. Car on ne s’extirpera pas du monde capitaliste sans en repenser les fondamentaux.
Et qu'est ce qu'il y a de plus fondamental dans le capitalisme, que la question de la propriété ?
Le marxisme apporte généralement comme réponse que la propriété privée des moyens de production doit être abolie afin de supprimer l'exploitation et l'aliénation des travailleurs.
Mais qu'est ce qu'un moyen de production ?
Les marxistes répondent généralement à cette question qu'un moyen de production est en gros tout ce qui ressemble de près ou de loin à une usine, à de la terre, à des matériaux bruts, etc.
Mais alors ? Un crayon m'est très utile pour produire un graphique, une marionnette pour donner un spectacle de marionnettes...
La vérité c'est que tout est potentiellement moyen de production !
Par conséquent, en bon marxiste, il faudrait supprimer la propriété privée de toute chose.
Généralement, quand on parle alors de supprimer la propriété privée, on sous-entend que l'on souhaite passer à un système de propriété commune.
Cette idée est juste, mais pourquoi garder ce concept, ce mot, propriété ?
La théorie libérale est fondée sur ce concept. Elle se base sur l'idée que l'on se possède soi-même, et qu'ensuite on possède ce que notre propriété sur nous-même parvient à produire.
Cette idée est fausse, car on est soi-même, et on ne peut pas se posséder (X ne peut pas posséder X, X est X).
Je considère que nous n'avons pas besoin de garder ce concept de propriété qui est étranger à notre tradition politique, à l'histoire de la doctrine socialiste.
Nous pouvons fonder notre conception du monde sur un autre concept : celui de gestion du monde par ses usagers.
Sur le lieu de travail, dans l'entreprise, gestion directe de la production et de son organisation par les travailleurs, dans les lieux de formation, dans les écoles ou les universités, gestion directe de la formation et de son organisation par les élèves et les professeurs, dans les espaces de vie communs, dans les lieux publics, gestion directe des usagers de l'organisation de ces espaces, dans les logements, gestion directe par les habitants de leurs lieux de vie, dans les quartiers, gestion directe par les citoyens, etc.
La gestion remplace ainsi la propriété comme fondement de l'organisation humaine.
Autrement dit, ce n'est plus le fait de posséder qui détermine la marche du monde, mais le fait d'exister. Démocratiser l'existence, c'est donc supprimer la propriété.
Quant au fait que certains biens (une brosse à dent par exemple) ne seraient utilisés que par un usager, ce n'est pas un problème, il suffit d'introduire le concept d'usage exclusif de ce bien.
La grosse différence que l'on introduit alors avec le concept de propriété, c'est qu'un droit d'usage est toujours quelque chose de socialement construit, et donc temporellement limité (ce qui fait par exemple particulièrement sens en ce qui concerne les biens fonciers ou immobiliers).
Une société sans propriété est donc envisageable.
La démocratie la plus pure, gestion du monde par ses usagers, en est la clef de voûte.