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Auteur
Jean-Loup Chappelet, professeur à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) de l’Université de Lausanne.
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Par le biais des compétitions olympiques et des championnats du monde, les organisations sportives internationales promeuvent officiellement la non-discrimination entre les athlètes. Cependant, tout n’est pas parfait sur le front du racisme. Ces événements sportifs ont de tout temps été le théâtre d’incidents racistes ou discriminants. De plus en plus médiatisés, ils sont devenus un terrain de revendication politique, mais aussi un support médiatique de la lutte contre le racisme. Des évolutions qui doivent être prises en compte dans l’organisation et le déroulement des compétitions.
Les historiens s’accordent à dire que le sport moderne s’organise en Angleterre à partir du début du XIXe siècle et arrive en Romandie quelques décennies plus tard grâce aux écoles et aux touristes anglais. La Suisse alémanique est, quant à elle, plutôt influencée par la gymnastique en provenance d’Allemagne et de Scandinavie. Il s’agissait alors d’un sport réservé à des gentlemen amateurs, essentiellement des hommes blancs. C’est sur la base de l’amateurisme qu’est fondé le CIO (Comité international olympique) en 1894, suivi peu de temps après par la plupart des fédérations sportives internationales gouvernant un sport spécifique : la FIFA en 1904 (Fédération internationale de football association), la FINA en 1908 (Fédération internationale de natation amateur) ou encore la FILA en 1920 (Fédération internationale de lutte amateur, aujourd’hui United World Wrestling). Beaucoup de ces organisations établissent leur siège en Suisse au cours du XXe siècle.
Par le biais des compétitions olympiques et championnats du monde qu’elles mettent sur pied, ces organisations sportives internationales promeuvent officiellement, outre l’amateurisme, la non-discrimination entre les athlètes. C’est ainsi qu’on voit concourir de plus en plus de femmes à partir des années 1920 (aujourd’hui presque à parité avec les compétiteurs hommes) et d’athlètes de tous les continents et pays (plus de 200 nations participent aux Jeux olympiques de Rio en 2016), même si beaucoup de dirigeants sportifs restent « male and pale » (mâles et pâles), comme on dit en anglais. De nombreux athlètes noirs participent aux Jeux dès les années 1930 pour les États-Unis et dès les années 1960 pour les nations africaines qui viennent d’obtenir leur indépendance. Mais l’Afrique du Sud ne revient aux Jeux olympiques qu’en 1992, à la fin de sa politique d’apartheid.
Tout n’est pas parfait néanmoins sur le front du racisme, dans le sport comme ailleurs. En Australie, par exemple, de nombreuses disciplines sont régulièrement l’objet d’incidents racistes, même si l’allumage de la vasque olympique des Jeux de Sydney en 2000 par l’athlète aborigène Cathy Freeman et, ensuite, sa victoire dans le 400 m olympique féminin ont beaucoup fait pour combattre le racisme envers plusieurs minorités locales de ce pays-continent.
Les Jeux olympiques et d’autres compétitions ont parfois même servi de support médiatique à des luttes contre le racisme. Une des images les plus fortes de notre époque sont les poings levés, gantés de noir, de Tommie Smith et John Carlos, avec un troisième homme, Peter Norman, sur un podium des Jeux de Mexico, en 1968, pour protester contre la situation des Afro-américains aux États-Unis. Plus récemment, en 2016, le genou à terre de Colin Kaepernick, joueur de la NFL (National Football League) lors de l’hymne américain joué avant chaque match de la plus puissante ligue professionnelle américaine a été imité par de très nombreux autres joueurs pour dénoncer la violence policière envers la communauté noire.
Ces gestes ont été critiqués et sanctionnés par les organisations responsables, et les athlètes concernés n’ont plus pu continuer de pratiquer leur sport à un haut niveau. Pourtant la portée de leurs actions a été considérable. Certains attribuent la récente baisse d’intérêt des supporteurs du football américain principalement à la protestation initiée par Kaepernick. Et aujourd’hui, il serait impensable d’exclure deux médaillés olympiques des Jeux comme ce fut le cas en 1968. Car depuis cette époque, les télédiffuseurs et les sponsors, et plus récemment les réseaux sociaux, ont pris une place considérable dans le système sportif, qu’ils financent en grande partie grâce à l’engouement du public. Toute baisse d’intérêt ou de levée de bouclier de celui-ci a des conséquences sur les revenus des organisations sportives nationales et internationales.
Parallèlement à ces évènements très médiatisés, un racisme plus latent s’est développé en Europe chez certains spectateurs de manifestations sportives, notamment de matchs de football. Les slogans racistes, les bannières insultantes, les cris de singes, etc. se sont multipliés dans les tribunes vis-à-vis de joueurs provenant d’autres continents, notamment des joueurs noirs ou des supporteurs de l’autre camp. Parfois cette violence des spectateurs a eu de très graves conséquences, y compris des morts, comme au stade du Heysel à Bruxelles lors de la finale de la Ligue des Champions en 1985, même s’il ne s’agissait pas en l’occurrence de violence strictement raciste.
À la suite de ces incidents et de bien d’autres, le Conseil de l’Europe a adopté en 1985 un traité pour lutter contre ces violences, ratifié par de très nombreux pays dont la Suisse, c’est-à-dire applicable dans la législation nationale de ces pays. Ce traité a été refondu en 2016 sous le nom de « Convention du Conseil de l’Europe sur une approche intégrée de la sécurité, de la sûreté et des services lors de matches de football et autres manifestations sportives ». De nombreux pays ont de plus adopté des lois particulières pour lutter contre l’hooliganisme, notamment au Royaume-Uni, où le phénomène, qui s’était développé à partir des années 1960, a pu ainsi être largement contenu. En Suisse, les polices cantonales ont adopté en 2007 un concordat pour lutter contre ces violences, qui malheureusement se développent aussi dans notre pays et sont parfois liées au racisme. La base de données Hoogan, qui avait été mise sur pied de façon temporaire pour lutter contre la violence des spectateurs à l’occasion de l’Euro 2008 de football et du championnat du monde de hockey sur glace 2009 en Suisse, a pu être maintenue de façon permanente pour ficher les supporteurs violents.
Les organisations footballistiques se sentent pleinement concernées par ces dérives graves, mais n’ont que des sanctions sportives à prononcer, principalement vis-à-vis des équipes concernées (suspensions, amendes, huis-clos, etc.) Elles comptent sur les États pour intervenir et condamner pénalement les supporteurs fautifs grâce aux lois pénales existantes et aux interventions de la police, même s’il n’est pas toujours facile d’identifier les criminels concernés. Elles se tournent aussi vers la prévention.
Depuis 1999 par exemple, l’UEFA (Union of European Football Associations) et la FIFA, de même que la Commission européenne, combattent le racisme en football en soutenant financièrement le réseau FARE (Football Against Racism in Europe). Entre autres actions préventives, ce réseau organise chaque année près de Bologne un « Mondiale antirazzisti », un tournoi de football populaire (5 contre 5) pour s’opposer au racisme dans ce sport, souvent constaté en Italie. Plusieurs activités ont eu lieu aussi en Europe de l’Est et à l’occasion de l’Euro depuis l’édition 2004 au Portugal. Plus récemment, l’UEFA a lancé le programme RESPECT afin de renforcer la responsabilité sociale du football dans son ensemble. Pour la saison 2017-18, ce programme a mené une campagne de sensibilisation avec le slogan #EqualGame destiné aussi bien au football de base que d’élite. En 2016, la FIFA a malheureusement dissous sa commission antiracisme et anti-discrimination en déclarant que son travail était terminé, tout en décidant de mettre en œuvre toutes ses dernières recommandations.
La lutte contre le racisme dans le sport et la préservation du fair-play est une des dimensions importantes de la lutte contre la corruption et pour l’intégrité du sport. Cette lutte est d’abord de la responsabilité des organisations sportives, mais aussi de leurs télédiffuseurs et de leurs sponsors. Elle est devenue vitale pour les organisations car elle leur permet de conserver leurs financements et, plus globalement, de préserver les bienfaits du sport (pour l’éducation, la santé, le développement économique, l’intégration des minorités, etc.). En effet, ces bienfaits justifient le soutien du sport par les pouvoirs publics, et il est essentiel pour les organisations sportives que ceux-ci continuent de le faire.
Sportverbände und -organisationen und Rassismus
(version courte)
Federazioni e organizzazioni sportive di fronte al razzismo
(version courte)