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Avant 1948
La grande peste
La grande peste, appelée aussi la peste noire, sévit depuis longtemps déjà en Asie mais sous forme endémique. Elle s’étend bientôt au Moyen-Orient puis en Afrique du Nord.
Elle fait son apparition en Europe dans le port de Marseille, en novembre 1347, importée par les bateaux venus des régions infestées. La puce du rat en est le vecteur. Elle s’étendra à une vitesse vertigineuse, en cinq ans, sur toute l’Europe. Le 30% de la population, en moyenne, disparaîtra du continent, mais avec une variante de 20 à 50% selon les pays. Elle s’avance comme un raz-de-marée décimant les populations en 5 ou 6 mois. Elle sévira vigoureusement dans nos régions et sèmera la mort sur son passage. Les cadavres seront enterrés en toute hâte, à peu de profondeur, sur le mamelon graveleux de Momont, et dès lors, le chemin qui conduit de la Roche à Pont-la-Ville prit le nom de « charrière des morts ». En extrayant le gravier pour la construction du barrage, des crânes et des ossements seront mis à jour.
Le Pont de Thusy et le petit barrage
Il semble, mais on n’en est pas certain, qu’une voie romaine passait par la Basse-Gruyère sous Pont-la-Ville. Vers 1200, on construit le pont de bois reliant Avry-devant-Pont à Pont-la-Ville. C’est le seul point, à notre connaissance, qui permette à l’époque de franchir la Sarine entre Corbières et le gué d’Arconciel. Emporté par une grande crue de la rivière en 1544, il est reconstruit en pierre. Par la suite, il sera l’objet de nombreuses reconstructions partielles.
En aval du pont, en 1901, les Entreprises électriques fribourgeoises, construisent un barrage qui capte les eaux de la Sarine, et les dirigent en conduites forcées vers Hauterive où elles sont turbinées.
Mais bientôt une rumeur persistante circule et inquiète les habitants de Pont-la-Ville : les EEF envisageraient la construction d’une grande retenue d’eau qui s’étendrait de Broc à Rossens. Elle recouvrirait le bas du village jusqu’à inonder le sol de la chapelle. Et ce sont les meilleures terres qui seraient ainsi englouties. Cette menace deviendra réalité à partir de 1944. (Construction1944-1948) Aujourd’hui, le Pont de Thusy git par 35 mètres de fond lorsque le lac est à sa cote maximale !
L’auberge
Il existe, depuis un temps immémorial, près de l’ancienne église, une auberge privilégiée qui possède une bien curieuse enseigne en fer forgé « A l’enfant de Bon Cœur ». Elle représente un adolescent enjambant le Pont-de-Thusy, tenant d’une main un verre de vin et de l’autre un bouquet de fleurs. Dans les écrits, on parle volontiers d’un cabaret que n’apprécie pas le curé de la paroisse. Il se plaint en ces termes à l’autorité civile des nuisances engendrées par la complaisance des tenanciers : « Les dimanches et les fêtes, on fricote, on danse, on s’enivre, on se ruine, et on mène une vie de sauvage ». La réponse de l’autorité est du même acabit : « Défense de rester sous le chapiteau de l’église après les offices et de prendre les filles après les Vêpres, dans l’église et sur le cimetière, pour les conduire au cabaret. » (C’est également à l’étage dans une petite salle qui leur est réservée que se réunissent les conseillers.) Les démêlés de l’Eglise avec les tenanciers des tavernes ne datent donc pas d’aujourd’hui. L’auberge, avec son enseigne fut déplacée en 1880 au village supérieur, aux soins et aux frais de leur propriétaire privé d’alors. L’auberge n’a donc jamais appartenu à la commune de Pont-la-Ville jusqu’en 1902. Cette année-là, une opportunité se présente à elle : le propriétaire, monsieur Raymond Perritaz, pour des raisons de famille, décide de s’en séparer et la propose pour acquisition à la Commune de Pont-la-Ville. Sur recommandation de son syndic, appuyé par le curé du village, ils font valoir « l’avantage pour la commune de placer des tenanciers de bonne conduite et de bonnes mœurs contrairement à ce qu’on a vu dans cet établissement. » (Extrait du procès-verbal de l’assemblée du 19 janvier 1902). L’offre sera acceptée par la grande majorité des citoyens présents
Le bâtiment sera détruit en 1937 par un incendie et reconstruit au même endroit.
En 1988 enfin, on édifie un complexe communal moderne qui, outre la halle polyvalente, comprend des locaux de protection civile, de rangement pour la voirie et les bureaux de l’administration. Il intègre également le restaurant communal et sa toujours magnifique enseigne « A L’Enfant de Bon Cœur ».
L’école
Jusqu’en 1910, l’enseignement est dispensé dans une seule classe en Freydeville (actuellement ferme en contrebas de la laiterie). Devenue trop petite et ne pouvant être agrandie, décision est prise de construire une école qui comprend deux salles de classe, une petite salle communale et les appartements des deux enseignants.
Après 1948
Oui, sans aucun doute, la construction et la mise en eau du barrage de Rossens a profondément pesé sur l’évolution de Pont-la-Ville. Une dizaine d’exploitations agricoles comprenant les meilleures terres ont disparu, englouties par les flots. Leurs habitants ont dû quitter le village pour chercher fortune ailleurs. Dans un premier temps, les grandes coupes de bois et les postes de travail sur l’immense chantier ont été les bienvenus pour les hommes de la région qui souvent rentraient du front ! Mais les indemnités versées à la Commune se sont vite avérées trop modestes pour compenser les pertes fiscales provoquées par le départ des paysans expropriés. Le petit village gruyérien affronte des années difficiles financièrement. Les domaines doivent s’agrandir pour survivre et les petites exploitations disparaissent une à une. Par la mécanisation, le travail doit se rationaliser : la main d’œuvre se raréfie et le nombre d’enfants par famille ne cesse de décroître. Les jeunes doivent quitter le village oublié par les voies de communication et s’installer ailleurs. Inexorablement, la population diminue. Il est temps de réagir. En 1900, Pont-la-Ville compte 475 habitants. En 1970, il n’en reste plus que 270. ( 459 en 2000 et 584 en 2011).
Vous qui avez parcouru ces quelques lignes, vous avez déjà apprécié notre Commune pour sa beauté et son opulence ou vous désirez certainement la mieux connaître. Mais sachez qu’il n’en a pas toujours été ainsi. L’industrialisation du canton, le développement du parc automobile à un prix abordable, ont favorisé l’implantation des jeunes ménages au village. Les cadres des entreprises, avides de calme et de repos, ont choisi les pentes ensoleillées de notre village, face au Lac de la Gruyère et au Moléson, pour bâtir leurs résidences secondaires. L’arrivée d’un golf en1990 marque également une étape importante. Tous sont venus au chevet d’un petit village gruyérien qui se mourrait. Il peut ainsi sortir de son isolement et s’ouvrir progressivement au Monde. N’est-il pas aujourd’hui le seul, au bord de ce lac, à proposer aux promeneurs, pique-niqueurs ou baigneurs, une petite place aménagée avec sanitaires, pour les accueillir ? L’urgence de la situation, en son temps, a également incité, quelques années plus tard, les autorités locales à réagir. Des parcelles de terrain à bâtir ont été mises à disposition des jeunes à prix coûtant. Une partie importante des résidences secondaires se sont muées en demeures permanentes. Ainsi, petit à petit, Pont-la-Ville est devenu ce qu’il est : un des plus beaux villages de Suisse !
Si vous désirez peut-être en savoir davantage sur l’histoire du développement de notre village un siècle durant, de 1915 à 2015, en suivant les péripéties de l’évolution d’une famille, vous pouvez vous procurer la publication de : A. Grandgirad : Pont-la-Ville – Une Famille – Un Village, au secrétariat communal. Un livre d’histoire pas comme les autres, qui vous fait voyager dans le passé comme on lit un roman, mais contenant également de nombreuses illustrations et des anecdotes savoureuses ! ( Format A4 et papier glacé, 152 pages; prix : Fr 45.- + port)
Références :
- La Roche, autrefois et aujourd’hui
- DHBS p. 318-319
- Dictionnaire biographique et historique de la Suisse
- Supplément du « Fribourgeois », novembre 1958
- Pont-la-Ville - une famille - un village
- Archives communales de Pont-la-Ville