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(ats) "L'air est tellement frais ici", s'exclame Elena Trouché lors d'une chaude journée d'août, en s'asseyant à l'ombre d'une tonnelle devant une ferme emmentaloise typique, à Heimiswil (BE). Le paysage vallonné et les champs verdoyants conquièrent également le coeur de cette Italienne de 18 ans, originaire de Reggio d'Émilie, en Émilie-Romagne.
Pour autant, Elena n'est pas en vacances. Pendant quatre semaines, elle ramasse les concombres de la famille Jost, les met dans le vinaigre et s'empare aussi à l'occasion d'une fourche à l'étable. Elle n'a pas toutefois pas encore osé traire les vaches.
La lycéenne n'a pas seulement dû s'habituer au travail, mais aussi aux heures de réveil, à la nourriture suisse et à la langue. Elle a d'ailleurs toujours du mal à parler allemand, le travail à la ferme ne lui laissant pas beaucoup de temps pour bavarder.
Toujours davantage d'Italiens
Elena est l'une des 80 jeunes Italiens travaillant cette année dans une ferme suisse, par l'intermédiaire d'Agriviva. Le nombre d'Italiens placés par l'association a quintuplé au cours des six dernières années. Alors qu'un participant sur six était italien en 2011, cette proportion est maintenant d'un sur trois.
Selon le directeur Ueli Bracher, ce phénomène s'explique par la proximité de la Suisse, mais aussi par les conditions plus difficiles sur le marché du travail transalpin. "Les jeunes Italiens recourent à Agriviva pour améliorer leurs connaissances, utiliser de manière intelligente leur temps libre et gagner un peu d'argent", note-t-il.
L'argent de poche était certes une motivation pour Elena. Mais elle souhaite aussi profiter de son séjour pour acquérir une expérience professionnelle et apprendre l'allemand. En outre, une expérience à l'étranger est toujours bonne sur un curriculum vitae (CV). "Il n'est pas facile de trouver en emploi en Italie, même avec un diplôme universitaire", explique-t-elle.
La crise économique a en effet durement touché la péninsule, affectant en premier lieu les jeunes. L'an dernier, 593'000 d'entre eux, âgés de 15 à 24 ans, n'ont pas pu trouver de travail. Pour cette tranche d'âge, le taux de chômage est passé d'environ 20% en 2007 à près de 38% en 2016. Le Sud est presque deux fois plus touché que le Nord.
En outre, près d'un tiers des Italiens entre 20 et 34 ans n'avaient en 2016 ni emploi, ni fréquenté une école, ni suivi une formation continue, selon les chiffres d'Eurostat. Après la Grèce, l'Italie est le pays de l'Union européenne (UE) comptant le plus de "Neets" (ni étudiant, ni employé, ni stagiaire).
Les jeunes premiers licenciés
L'une des raisons de ce taux élevé de chômage réside dans un marché du travail fortement réglementé, estime Patrick Emmenegger, professeur en sciences politiques à l'Université de St-Gall. "Si un travailleur licencié de manière injustifiée obtient par exemple gain de cause devant un tribunal, l'employeur peut être condamné à lui payer jusqu'à plusieurs années de salaire", note-t-il.
Par crainte, les employeurs rechignent alors à embaucher, ou ne concluent que des contrats de travail temporaire, qui affectent souvent en priorité les jeunes. "Voilà pourquoi ils sont les premiers à être touchés en cas de ralentissement économique", explique le politologue.
Pour Jacopo Mancabelli, responsable de projets au Centre pour les stagiaires européens (Center for European Trainees, CET), le problème réside plutôt dans le système de formation en Europe du Sud. "Les écoles et les entreprises ne travaillent pas ensemble. Les jeunes sont certes bien formés, mais pas pour le marché du travail", estime-t-il.
Une ébauche de formation duale est en cours d'introduction, mais reste encore expérimentale. "Le problème est que les écoles se montrent trop peu ouvertes à ce sujet", estime M. Mancabelli. Ce dernier note qu'en outre, les entreprises ne savent souvent pas quoi faire de leurs apprentis.
Manque de confiance
En Italie, les entreprises sont souvent de petite ou moyenne taille. "Elles n'ont pas assez d'argent pour investir dans la formation de main-d'oeuvre qualifiée", souligne M. Mancabelli. Un autre problème est le manque de collaboration entre syndicats et employeurs.
Un point sur lequel abonde Patrick Emmenegger. "En Suisse, outre la Confédération et les cantons, les associations professionnelles et les partenaires sociaux participent également à la formation professionnelle". Un tel partenariat n'existe pas en Italie.
"Il y a beaucoup de méfiance entre les syndicats et les employeurs et les deux parties ont souvent des vues très radicales", poursuit le politologue. L'établissement d'une relation de confiance mutuelle prendra encore du temps, estime-t-il.
Pour Jacopo Mancabelli, une expérience en Suisse peut être avantageuse pour les jeunes dans leur recherche d'emploi en Italie. Ce constat vaut aussi pour la recherche d'un travail à l'étranger.
Pour sa part, Elena ne sait pas encore si elle souhaite travailler hors de son pays natal. A la mi-septembre, elle commence sa dernière année de lycée, puis souhaite étudier dans l'architecture ou la mode.