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A nouvelle étude avait pour objectif d'évaluer la durabilité de l'apiculture urbaine en Suisse. Joan Casanelles Abella et Marco Moretti, tous deux chercheurs au WSL, ont créé un modèle de calcul permettant de comparer le nombre de ruches dans quatorze villes suisses avec les quantités de plantes à fleur dans les environs entre 2012 et 2018. Ils ont constaté que le nombre de ruchers avait presque triplé au cours de cette période, passant de 3139 à 9370. Le modèle évalue les besoins des abeilles européennes (ou domestiques) en matière d'espaces verts par opposition à la surface effective de ces espaces. Pour la majorité des villes, le modèle indique un solde négatif, ce qui suggère que l'offre en ressources florales est insuffisante pour couvrir les besoins des abeilles.
Joan Casanelles Abella
Le message clé de nos résultats est que les espaces verts urbains ne peuvent pas absorber la densité actuelle des ruches
Les résultats confirment une tendance similaire observée dans d'autres villes européennes telles que Paris, Berlin ou Londres.
Selon une étude scientifique britannique, 7,5 ruches par km2 d'espace vert est une limite appropriée pour une densité de ruches durable. En Suisse, on observe cette valeur uniquement en milieu rural, alors qu'elle est fréquemment dépassée en ville. Même lorsque les chercheurs ont simulé une augmentation de la surface des espaces verts urbains, leur modèle n'a pas montré d'amélioration significative. «Augmenter la surface des espaces verts de 75 % est de toute façon très irréaliste, mais notre simulation montre qu'il n'y a tout simplement pas assez de ressources», déclare Joan Casanelles Abella.
Concurrence avec les pollinisateurs sauvages
De plus, les abeilles ne sont pas les seuls insectes pollinisateurs dans les villes. «Lorsque l'on dépasse la capacité de charge d'un système, on épuise automatiquement toutes ses ressources. Les autres organismes qui dépendent de ces mêmes ressources en souffrent à leur tour», explique le biologiste. La pénurie alimentaire touche donc aussi les abeilles sauvages et tous les insectes qui se nourrissent des mêmes plantes à fleurs que les abeilles européennes. Sur les quelque 600 espèces d'abeilles sauvages de Suisse, environ 45 % sont considérées comme menacées. Les villes peuvent abriter une diversité étonnamment élevée d'espèces d'abeilles sauvages – 164 dans le cas de Zurich, selon une autre étude récente du WSL.
À ce stade, il est encore difficile d'évaluer l'ampleur exacte des effets négatifs de l'apiculture sur la biodiversité. Les effets de l'apiculture urbaine s'ajoutent à la baisse de la diversité des abeilles sauvages, soumises à une combinaison des facteurs de stress actuels à l'échelle globale. Ceux-ci incluent le changement climatique ainsi que le manque de ressources florales et les ravageurs. «Nous vivons une époque où la biodiversité décline régulièrement et la nature fait déjà face à des défis majeurs.»
Les abeilles européennes sont aussi des animaux de rente
Joan Casanelles Abella a surtout constaté un manque d'information et de contrôle. «Le public perçoit souvent à tort les abeilles européennes comme des animaux sauvages car elles vivent et se déplacent librement. En réalité, elles sont détenues et élevées comme n'importe quels autres animaux de rente. Cela implique que les humains doivent leur fournir une source d'alimentation adéquate.»
Traditionnellement, l'apiculture est une forme d'agriculture, mais dans les villes, l'élevage des abeilles est de plus en plus devenu une activité récréative. La grande majorité des personnes qui élèvent des abeilles souhaitent contribuer à un environnement naturel. Il est relativement facile de se lancer dans l'apiculture de loisirs; la seule exigence légale est l'enregistrement de la nouvelle colonie d'abeilles. La participation à une formation fait seulement l'objet d'une recommandation.
Il n'y a aucune réglementation fixant l'emplacement des ruches et les distances entre elles. «Nous devons trouver une stratégie intelligente pour contrôler la densité des ruches, comme on le fait avec d'autres animaux de rente, sans pour autant nuire à la bonne volonté du public», déclare Joan Casanelles Abella. Selon lui, les approches possibles consisteraient à instaurer des distances minimales obligatoires entre les colonies d'abeilles, à définir des zones présentant une grande valeur pour les abeilles sauvages dans une ville, ainsi qu'à mieux surveiller les ressources florales disponibles. Cela pourrait par exemple se faire en utilisant des cartes de biodiversité.
De plus, le public doit être mieux éduqué sur les effets néfastes de l'apiculture afin que la biodiversité urbaine ne soit pas déséquilibrée. Les villes contiennent des habitats importants; si elles sont gérées de manière durable, elles peuvent contribuer de manière significative à la conservation de la biodiversité.
Source: WSL