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Située en bordure de la Vieille-Ville au pied des anciens remparts, la rue de la Corraterie a une histoire très ancienne. Son nom provient du lien fort que cet endroit a entretenu avec un animal en particulier : le cheval.
Dès le Moyen Âge, Genève est renommée pour l’importance de ses foires. Attestées depuis le XIIIe siècle, elles connaissent leur apogée au milieu du XVe siècle. Durant les foires, le marché aux chevaux se tient dans la rue de la Corraterie. Celle-ci s’appelle alors « Carreria corrateriae equorum », une expression qui fait référence au courtage ou à la course de chevaux.
Par la suite au XVIIe siècle, on retrouve à la Corraterie un manège, mentionné dès 1633. Entre 1664 et 1682, c’est un écuyer d’origine allemande, Henri Neubauer, qui en assure la gérance. Il y accueille bourgeois et citoyens qui souhaitent parfaire leur éducation. Les maîtres d’équitation qui y travaillent sont appelés des « corratiers ».
La Corraterie devient également peu à peu au cours du XVIIe siècle un lieu de promenade. Les autorités souhaitent privilégier les promeneurs, et conserver un lieu paisible hors de tous les désagréments causés par la présence d’un manège à cet endroit. Elles déplacent donc le manège dans le quartier de Saint-Léger au début du XVIIIe siècle.
La ville de Genève possède de très nombreux petits passages. Hérités du Moyen Âge, la plupart d’entre eux existent toujours, même s’ils ont été remaniés et transformés au cours du XXe siècle. L’un de ces passages, situé sur la rue de la Corraterie (et nommé judicieusement le Passage de la Petite-Corraterie) a joué un rôle majeur en 1602.
Comme nous l’avions mentionné dans un précédent article, une des figures féminines les plus célèbres de l’Escalade est Jeanne Baud, connue sous le nom de Mère Piaget. Elle vit en bordure de la ville, au-dessus du passage de la Petite-Corraterie. Une lourde porte en barre l’accès, et les Savoyards n’arrivent pas à la faire exploser. Durant la bataille, la Mère Piaget lance la clé du passage aux Genevois, qui peuvent ainsi prendre les Savoyards à revers.
Entièrement rénové aujourd’hui, le passage garde encore proche de son entrée un souvenir de cette mémorable nuit. En effet, à quelques mètres se trouve une tête sculptée, au dessus du n°7 de la rue de la Corraterie. C’est celle de l’autre figure féminine acclamée de l’Escalade, la Mère Royaume.
Vous voulez lire une autre histoire des noms de rues?
« Genève, la Corraterie : le manège et la maison de M. Neubaur ». Bibliothèque de Genève, Centre iconographique de Genève. En ligne ici.
Palma, Delphine. « Les secrets des petites ruelles de la Vieille-ville ». Leman bleu, 06.12.2022. En ligne ici.
Site des Noms géographiques du canton de Genève : https://noms-geographiques.app.ge.ch/
Images 1, 3 et 4: Photographies de l’auteure
Image 2 : Diodati, François. « Genève, la Corraterie : le manège et la maison de M. Neubaur », estampe, vers 1680. Centre d’iconographie de Genève, Bibliothèque de Genève, 31P Corr 01.