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Que se passe-t-il exactement dans notre organisme la nuit? Combien de phases de sommeil y a-t-il? Quelle est la fonction des rêves? 18 réponses de Helen Christina Slawik, de l’Université de Bâle.
Pourquoi devons-nous dormir?
Helen Christina Slawik: La réponse est simple: nous dormons parce que nous sommes fatigués et que nous devons nous réveiller le lendemain en pleine forme. Mais en fait, on ne sait pas encore exactement à ce jour pourquoi nous dormons en tant qu’espèce et si l’on n’obtiendrait pas les mêmes effets par d’autres mécanismes. Les dauphins ou les albatros n’ont pas de phase de repos comparable. Les premiers doivent constamment émerger de l’eau pour respirer, les derniers doivent pouvoir voler pendant des journées entières – tous deux fonctionnent grâce au semi-endormissement: une partie du cerveau se repose, l’autre poursuit ces activités centrales. Sur le plan de la biologie de l’évolution, on suppose que le sommeil s’est développé pour que les prédateurs ne soient actifs que pendant un certain temps. Pendant leur phase de sommeil, leurs proies peuvent vivre tranquillement leur vie.
Que se passe-t-il exactement dans notre organisme la nuit?
Pendant que nous dormons, de nombreuses fonctions corporelles travaillent au ralenti, le corps se régénère, différentes hormones sont libérées, pour la croissance par exemple chez les enfants. De plus, des processus importants pour la mémoire ont lieu: les choses les plus importantes vécues durant la journée sont traitées et consolidées, les résidus sont évacués.
Combien de phases de sommeil y a-t-il?
Il y en a quatre: l’endormissement, le sommeil lent léger, le sommeil lent profond et le sommeil paradoxal. Ces phases se suivent toujours dans cet ordre et durent, additionnées, environ une heure et demie. Ce cycle se répète généralement cinq fois par nuit. Si l’on s’éveille durant le sommeil lent léger ou profond, on recommence depuis le début. Les premiers cycles contiennent plus de temps de sommeil lent profond, ensuite, le temps de sommeil paradoxal augmente.
Quelle phase a quelle fonction?
Le sommeil lent léger est particulièrement important, car sans lui, on n’accède ni au sommeil lent profond ni au sommeil paradoxal, deux phases durant lesquelles se produisent des processus importants. Le sommeil lent léger représente en principe 50 pour cent du temps de sommeil total, le sommeil paradoxal seulement 20 pour cent. Celui-ci est important pour la mémoire épisodique, car il permet d’assimiler des choses liées à notre propre biographie. Le sommeil lent profond, quant à lui, est essentiel pour la mémoire rationnelle. (Poursuivez votre lecture ci-dessous …)
Endormissement: La mélatonine, l’hormone du sommeil, veille à ce que notre corps soit fatigué: sa température baisse, la pression artérielle diminue, le métabolisme se ralentit, nous nous sentons fatigués. Mais qu’en est-il de la conscience? Le thalamus, considéré comme «la porte de la conscience» dans notre cerveau, bloque presque tous les stimuli du monde extérieur. Il interrompt la liaison avec le cortex cérébral qui, dans la journée, traite les impulsions et permet, entre autres, la pensée et la réflexion. Par la suite, nous nous endormons.
Phases de sommeil: Lorsque nous nous assoupissons, nous tombons dans un sommeil léger. Le cortex cérébral, séparé pratiquement de tous les stimuli extérieurs par le thalamus, produit encore pendant un certain temps des images semblables aux rêves. Ensuite, nous tombons lentement dans le sommeil profond, qui dure entre 20 et 40 minutes. La phase qui suit est la plus connue et la plus fascinante: la phase REM («Rapid Eye Movement») – à ce stade, les yeux effectuent des mouvements rapides derrière les paupières, le cerveau semble être éveillé et a besoin de davantage d’oxygène que dans la journée. Le pouls et la pression artérielle augmentent, c’est là que nous rêvons le plus intensivement. Alors que nous nous tournons et nous retournons plusieurs fois pendant la nuit, le corps est, pendant cette phase, comme paralysé. Cette paralysie a probablement pour but de nous empêcher de faire les mouvements que nous vivons dans notre rêve. Dès que la phase de rêve, ou sommeil paradoxal, est terminée, le cycle recommence à zéro.
Éveil: Vers le matin, la phase REM propice au rêve devient de plus en plus longue, alors que la phase de sommeil profond se raccourcit. Un cycle de sommeil dure env. 90 minutes, la longueur des différentes phases diffère. Au total, nous répétons les cycles de sommeil cinq fois pendant la nuit.
Quelle est la phase la plus importante à laquelle on peut renoncer sans problème?
Il n’y en a aucune, elles sont toutes importantes. Le sommeil fait partie des rares domaines de la vie dans lesquels un accroissement de l’efficience n’est pas possible, ou aurait un jour un effet négatif. Mais celui qui souffre d’un déficit de sommeil rattrape d’abord le sommeil profond et a moins de sommeil paradoxal.
Combien de fois nous éveillons-nous la nuit et pourquoi?
S’éveiller jusqu’à 30 fois est tout à fait normal, souvent sans que l’on en ait conscience. Nous avons plutôt tendance à nous réveiller pendant les phases de sommeil léger. Parfois, on se réveille brutalement, le cerveau se met immédiatement en action et l’on est conscient d’être éveillé. Les personnes auxquelles cela arrive plusieurs fois par nuit ont souvent l’impression d’avoir mal dormi.
Quand dort-on le mieux?
Lorsque notre cycle jour-nuit concorde avec notre fatigue. Si nous sommes habitués à nous coucher à 23h00 et que nous sommes alors bien fatigués parce que nous avons derrière nous une longue journée épuisante, nous réunissons les conditions idéales pour bien dormir.
Quelle est la durée de sommeil «normale»?
La plupart des gens ont besoin de sept à neuf heures de sommeil. Mais il existe aussi des petits et des grands dormeurs, qui ont besoin de bien moins ou de bien davantage de sommeil. C’est une chose qu’il faut simplement accepter. Toute la question est de savoir si l’on se sent reposé, sain et en forme le matin. Si c’est le cas, quatre ou douze heures de sommeil sont tout à fait acceptables. Une maladie peut se développer lorsque, sous l’effet de contraintes sociales, nous ne dormons pas autant que nous en aurions besoin.
Le besoin de sommeil change-t-il avec l’âge?
Oui, les jeunes ont besoin de moins de sommeil et ne sont souvent fatigués que tard le soir. En revanche, ils dorment longtemps le week-end. Et plus l’on avance en âge, plus l’on a tendance à être du matin. Mais il existe aussi des oiseaux de nuit parmi les personnes âgées. Celles-ci dorment généralement moins profondément.
Quelle influence un mauvais sommeil a-t-il sur notre quotidien?
Il existe de nombreuses études prouvant qu’une personne qui dort mal n’a pratiquement pas de déficits, sur le plan cognitif, par rapport à quelqu’un qui dort bien. Mais si l’on prive systématiquement quelqu’un de sommeil en laboratoire, cette personne en sera très affectée et s’assoupira involontairement plusieurs fois par jour. La règle d’or est la suivante: quand on n’a pas dormi de la nuit, on est, le lendemain matin, dans le même état qu’une personne avec un gramme d’alcool dans le sang: la concentration et les facultés cognitives sont réduites. L’apnée du sommeil, c’est-à-dire des interruptions fréquentes de la respiration dans le sommeil, s’accompagne d’un risque accru d’hypertension artérielle, de fibrillation auriculaire, d’AVC ou de diabète. Mais cela touche souvent les personnes qui ont déjà des problèmes de santé. (Poursuivez votre lecture ci-dessous...)
À quoi sont dus essentiellement les troubles du sommeil?
Nous distinguons 80 maladies du sommeil différentes. Le plus souvent, les gens souffrent de problèmes d’endormissement ou d’insomnie, d’apnée du sommeil, c’est-à-dire de pauses respiratoires pendant le sommeil, de jambes sans repos, soit le besoin de bouger constamment les jambes pendant le sommeil. Il existe également des troubles dus à du stress psychique, à des dépressions et à de la schizophrénie ainsi qu’à des causes organiques, comme par exemple un manque de vitamine B12, une carence en acide folique, une anémie ou une carence en hormones thyroïdiennes.
Il existe des appareils et des applications permettant de mesurer la qualité du sommeil. Ceux-ci en disent-ils suffisamment long?
Ces appareils indiquent certaines tendances et sont utiles pour évaluer la situation en général. Mais ils ne permettent pas de constater si l’on dort «correctement». Pour mesurer le sommeil profond et le sommeil paradoxal, il est nécessaire de faire une électroencéphalographie (EEG) qui enregistrera les activités du cerveau.
Quelle est la fonction des rêves?
D’une part, les rêves ont pour but de trier et d’enregistrer les contenus biographiques de la mémoire et, d’autre part, ils permettent de réduire, sur le plan évolutionnaire, la taille du cerveau antérieur. Si nous ne rêvions pas, nous aurions besoin d’un cerveau beaucoup plus important pour fonctionner comme nous le faisons. Plus un être vivant est haut sur l’échelle de l’évolution, plus il est important pour lui de dormir. Des études ont en outre prouvé que les sportifs qui apprennent à rêver consciemment et entraînent alors leur discipline dans leurs rêves s’améliorent effectivement.
Pouvons-nous tous apprendre à contrôler nos rêves?
Oui. On peut aussi s’entraîner à mieux se souvenir de ses rêves.
La signification des rêves est-elle purement ésotérique? Ou peut-on vraiment en tirer des enseignements pour soi-même?
On peut tout à fait en tirer des enseignements si l’on est réceptif à ce genre de choses et que l’on ne surestime pas la signification du rêve. Les rêves peuvent nous révéler quelque chose de notre inconscient, mais cet inconscient n’est pas le seul facteur déterminant pour notre vie. Si une personne hétérosexuelle a par exemple une fois un rêve érotique homosexuel, cela ne signifie pas qu’elle doit systématiquement remettre en question son orientation sexuelle. Dans le rêve, on joue souvent simplement avec les choses dont on est curieux.
Comment nous réveillons-nous? Le réveil est-il induit par l’extérieur ou aussi l’intérieur?
C’est une interaction de l’intérieur et de l’extérieur. Mais la sensibilité aux stimuli extérieurs est très individuelle: certains seront réveillés par un léger craquement dans la pièce, d’autres dormiront en dépit des pires intempéries aux alentours. Par contre, ils s’éveilleront immédiatement s’il ne fait plus entièrement nuit.
Dormir peu fait partie des symboles de réussite des managers. Est-ce une bonne idée?
Non. Un jour ou l’autre, le manque de sommeil aura des effets négatifs. Beaucoup ne supportent ce genre de vie qu’un certain temps puis en sortent. Ou ils ont besoin d’un congé sabbatique. Mais bien sûr, il existe aussi dans ce domaine des petits dormeurs.
Le sommeil est considéré comme le frère jumeau de la mort. Beaucoup souhaitent, à la fin, pouvoir «s’endormir simplement en douceur». Y a-t-il, pour cette représentation du «frère sommeil», une base biologique et médicale? Ou est-ce plutôt une idée romantique qui doit peut-être aussi nous apaiser un peu?
Non. Il y a des raisons à cela. Dans le sommeil également, tous les processus corporels sont mis en veille, ne serait-ce que temporairement. La conscience est absente. Il faut lâcher prise. Pour certains enfants, cela est particulièrement difficile, et c’est pourquoi il y a chez eux des phases où ils ne veulent pas aller au lit. Et les AVC et infarctus se produisent aussi souvent la nuit, nous faisant passer sans transition du sommeil à la mort.