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La philosophie politique de Platon est d'abord une réponse à la crise des valeurs à laquelle les excès de la fin de la guerre du Péloponnèse avaient donné une forme concrète particulièrement dramatique et qui a causé chez les Athéniens un traumatisme profond. Dans la Lettre VII, Platon explique comment, écœuré par les excès des Trente et par les scandales commis après la restauration démocratique, coupable d'avoir mis Socrate à mort, il en est arrivé à concevoir l'idée qu'il n'y aurait pas de salut pour l'homme sur terre aussi longtemps que les philosophes ne seraient pas placés à la tête des États.
Ce message célèbre de la République était déjà surprenant aux yeux des contemporains de Platon. Ce dernier a-t-il réellement cru à la possibilité de mettre les philosophes à la tête des États ? Toutes les précautions dont il entoure ses propositions montrent qu'il avait conscience de la hardiesse de ses idées. Mais les rapports qu'il entretint en Grande-Grèce avec «les derniers philosophes pythagoriciens» ont pu l'encourager dans cette voie et il a très bien pu croire qu'entrer dans l'amitié d'un monarque et le convertir à ses vues était le moyen le plus simple de leur donner une forme concrète. Beaucoup s'accordent à voir dans Archytas de Tarente le modèle du roi-philosophe de la République.
Platon fut conduit à rejeter pratiquement en bloc la démocratie athénienne, que son milieu n'était sans doute pas très porté à admirer. Son choix d'un mode de vie différent (philosophikos bios) permit à l'humanité de connaître l'un de ses plus grands philosophes et quelques-unes de ses plus belles œuvres. Vers la fin de sa vie, cependant, soucieux de proposer des solutions toujours plus concrètes Platon entra dans l'étude des lois positives et se rapprocha du point de vue des Athéniens.
Dans le même temps, les Athéniens restauraient leur régime démocratique et proclamaient, dans des discours et par toutes sortes de gestes concrets, leur attachement à la constitution dont Solon était considéré comme le père fondateur; ils affirmaient que sa sauvegarde résidait dans le respect des lois et s'efforçaient de créer des institutions qui en garantiraient la suprématie. Le consensus qui s'est affirmé à cette époque fut si fort que, jusqu'à l'échec de la guerre lamiaque (~322), le jeu politique fonctionna convenablement. Pour mieux inscrire dans la réalité des faits ses principes de philosophie politique, Platon finit donc par se rallier à la conception de la souveraineté des lois dans laquelle la démocratie athénienne, en dépit de ses imperfections, avait trouvé le moyen d'exprimer son patriotisme et d'affirmer sa cohésion.