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Malgré la sortie nocturne de nos amis Cambodgiens, tout le mode est au rendez-vous à 5 heures du matin devant l'hôtel. Nous partons à trois tuktuks. Cela doit être jour de fête pour les conducteurs de tuktuk de Siem Reap avec plusieurs milliers de coureurs en route pour le semi-marathon d'Angkor Wat. Cette course internationale est organisée en faveur des enfants du Cambodge et trouve un large écho. En vérité il s'agit de trois courses : un semi-marathon de 21 kilomètres, une course de 10 kilomètres et un circuit familial de trois kilomètres. Normalement le point de départ et d'arrivée se trouve devant Angkor Wat, le temple principal et l'emblème du Cambodge. La semaine dernière le gouvernement a pourtant décidé qu'au même moment et au même endroit aura lieu un grand rassemblement de moines. Si j'étais méchante je dirais que le premier ministre veut s'assurer par ces prières de son réélection l'année prochaine. Mais je n'en dirai rien. En tout cas le départ des courses a dû être déplacé vers le temple de Bayon.
Nous partons dans la nuit. L'air est frais et provoque des petits frissons. Mais c'est certainement rien par rapport au choc thermique que nous allons subir dans deux jours... Nos trois tuktuks rejoignent la longue file des véhicules qui avancent plus au moins rapidement en direction des temples. En passant devant une pagode nous apercevons bon nombre de moines qui se mettent également en route pour la grande prière de la pleine lune. Bientôt nous croisons des camions entiers remplis de moines. Un premier chiffre annoncé était de 10'000 moines, puis de 5'000, puis à nouveau beaucoup plus. Mais qui va les compter réellement? Ce que je peux vous dire est qu'il y en a un paquet!
En approche d'Angkor Wat cela bouchonne sérieusement. Moines, nonnes, fidèles, police, camions, tuktuks, motos - je vous laisse imaginer un peu le bazar. On fait signe à nos tuktuks de prendre une autre route pour contourner l'endroit. Aussitôt dit, aussitôt fait. Dans l'obscurité je distingue une grande surface avec des fleurs de lotus sur le bord de la route. Dommage qu'on n'y voit pas plus!
Nous empruntons une petite route à travers la forêt. Rien que le trajet vaut déjà son pesant d'or. Avec la lumière du petit matin cela donne une ambiance tout a fait enchantée. Bon, vous vous doutez bien que les photos au-dessus et ci-contre ont été prises au soleil du retour.
Nous ne sommes pas les premiers à arriver sur les lieux. Les départs se font en échelonné et les coureurs des 21 kilomètres sont déjà parti. L'équipe de l'orphelinat s'est entraînée pour les 10 kilomètres. Marie et moi allons accompagner la petite sœur de Srey Peuv, enceinte, et son fils en poussette pour les trois kilomètres. Nous patientons au point de ralliement ce qui nous laisse le loisir d'observer le joyeux tohu-bohu autour des vestiges. Le temple de Bayon date de la fin du 12e/début du 13e siècle. C'est le sanctuaire aux plus de 200 visages. Plus de cinquante tours sont décorées chacune de quatre visages au sourire énigmatique, tournées vers les quatre points cardinaux. Les coureurs prennent des selfies devant ce décor majestueux. Comme nous, beaucoup sont venus en équipe avec des maillots assortis et imprimés. Très pro. Je me demande s'ils courent aussi bien que suggère leur équipement et j'ai un certain doute. L'équipe d'un restaurant japonais fait concurrence à l'équipe d'un hôpital pour enfants, à côté d'une équipe de l'aéroport et celle d'une assurance vie. Bref, on y voit de tout.
Finalement c'est l'heure du départ. Un gros serpent humain se met LENTEMENT en marche. Nous piétinons pendant un long moment avant qu'un peu d'espace ne nous permette de rallonger le pas. Le trajet fait 1.5 kilomètres dans un sens. Après un kilomètre les premiers vrais coureurs sont déjà sur le retour tandis que nous essayons encore de slalomer entre la masse inerte. Des klaxons nous poussent sur le côté de la route. Tiens, c'est une moto qui passe et un peu plus tard elle est suivie d'une voiture. Au point de retour les "coureurs" se jettent sur les bouteilles d'eau après cet effort surhumain. Il est vrai que le fait de marcher n'est pas vraiment dans la nature des Cambodgiens qui préfèrent se déplacer d'une manière motorisée.
Après environs deux kilomètres nous voyons arriver le gagnant du semi-marathon hommes, un jeune Chinois élancé, suivi après un long moment par un Cambodgien trapu. Puis quelques autres coureurs les rejoignent au compte goutte. Tous nos coureurs vont également vaillamment finir leur course et la fierté est grande.
Sur le retour nous voulons nous arrêter à Angkor Wat pour assister à la cérémonie des moines, mais quand nous nous approchons nous comprenons vite que la cérémonie est terminée. Les moines marchent en sens inverse le long de la route et reçoivent des petits billets de riels de la part des fidèles. Alors nous fuyons ce chaos de la circulation et rentrons en ville pour un (petit)-déjeuner chez Sister Srey avec toute l'équipe. Du coup, nous réservons déjà nos places pour participer également l'année prochaine aux 10 kilomètres avec les autres. Il semblerait que cela devienne maintenant une tradition pour les adeptes du Bravehearts Center.
Puis ce sera une bonne douche et du repos pour Marie et moi, car ce soir nous reprenons le bus de minuit pour rentrer à Phnom Penh. Et demain soir c'est le retour dans le froid.