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Au sein de mes interviews cash, j'avais très envie d'interroger un producteur ou une productrice. Marie-Pierre Macia, qui a entre autres produit Béla Tarr, Lucrecia Martel, programmé le festival de San Francisco puis dirigé la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, était cette année au jury des Pardi di domani locarnais. L'occasion de la retrouver pour évoquer notre passion commune, le cinéma.
De Béla Tarr à Lucrecia Martel, la plupart des films que tu as produits, même si je ne les ai pas tous vus, reflètent une cohérence éditoriale très forte. Faut-il du flair ou du goût pour faire ce métier comme tu le fais?
Les deux. Le goût vient de l'expérience, des années, de la diversification des activités. J'ai fait mes débuts à la Cinémathèque française, avec Mary Meerson (ndla: collaboratrice de Henri Langlois, fondateur de l'institution). J'ai commencé là-bas avec un job d'étudiante. Mes goûts se sont ainsi peu à peu formés. Le flair, c'est pareil. En travaillant durant dix années à la programmation du Festival de San Francisco, il s'affine. Ce qui m'a permis de faire partie d'un milieu du cinéma très généreux. Le flair consiste aussi à aimer tel projet ou tel film. En cinq minutes, je suis généralement fixée.
Pourrais-tu un jour produire un film plus commercial?
J'aimerais bien, mais pas n'importe quoi non plus.
Des grosses productions du type Gaumont?
Non, celles-là, je serais bien incapable de les produire. En ce moment, je produis un cinéaste grec qui s'appelle Panos H. Koutras. Je ne sais pas si tu le connais. Son film sera un concentré loufoque du genre "The Party" de Blake Edwards. On va commencer le montage à Paris.
De lui, j'avais vu "Xenia" à Cannes en 2014, qui était très bien.
Tous ses films sont très bien, il faut tâcher de les voir.
Quelle est ta définition de la production?
60% de psychanalyse, 10% de babysitting, et les 30% restants pour le film. C'est marrant, parce que la productrice américaine Gale Anne Hurd, qui a quand même financé "Terminator", "Aliens le retour" ou "Armageddon", et qui est venue l'autre soir à Locarno, a raconté, dans une interview parue ici, qu'elle conseillait à tous les producteurs d'avoir un autre métier à côté. Je crois que c'est vrai à tous les échelons.
Comment passe-t-on de la programmation d'un festival, ou d'une section parallèle cannoise comme la Quinzaine des réalisateurs, que tu as dirigée plusieurs années, à la production?
Naturellement. Quand je vais dans des festivals, je retrouve mon côté boulimique de programmatrice. J'essaie de voir un maximum de films. C'est d'ailleurs Béla Tarr qui m'a poussée à faire de la production.
Etre jurée dans un festival, c'est reposant?
Non, mais c'est excitant.
Il y a quelques années, des rumeurs affirmaient que tu avais postulé pour diriger le festival de Locarno. Qu'en est-il?
On m'avait contacté et on me l'avait proposé. C'était après le départ d'Irene Bignardi. Mais à l'époque, mes parents étaient très malades et je ne voulais pas quitter la France. C'est pour ça que j'ai décliné.
A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit de la comédienne Maud Wyler, qui demande: Est-ce que tu m'aimes?
Attends, je regarde si je la connais. (ndla: elle consulte son smartphone). Ah oui, je vois bien. Alors j'aimerais bien l'aimer mais je ne la connais pas suffisamment pour l'affirmer.
Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?
Est-ce que tu connais Panos H. Koutras? Comme ça, si la personne ne le connaît pas, ce qui est probable, elle devra chercher qui il est et cela permettra de transmettre une information.