Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06857.jsonl.gz/33

50 ans de Woodstock: "C’était seulement paix, musique et amour"
Andy Keeves, ancien festivalier, vit aujourd'hui dans le Queens, à New York. A l'époque, il s’était offert un billet de 18 dollars pour trois jours de concerts. Pour lui, Woodstock a été une expérience brumeuse, mais fondatrice aussi.
Il explique à la RTS que la plupart des gens qui étaient à Woodstock ne se rappellent pas de grand chose. "On était en train de planer la plupart du temps. Les drogues que l’on prenaient étaient 'légers', des joints généralement. Mais il y avait des gars qui prenaient des trucs plus puissants, genre LSD", se rappelle-t-il. "C’était seulement paix, musique et amour. C'était une époque incroyable!", précise Andy.
Un style de vie
Andy Keeves, ancien festivalier, vit aujourd'hui dans le Queens, à New York. [Raphael Grand - RTS]
L'expérience Woodstock a changé la vie d'Andy. "Le mouvement anti-guerre, les mouvements pacifistes, le rock’n roll. Pour beaucoup de gens, c’est devenu un style de vie", dit-il à la RTS. Les souvenirs sont brumeux, mais l'ambiance, l'esprit du lieu, sont toujours présents dans sa mémoire.
"Il y avait des collines. De l’herbe ou de la boue, ça dépendait du jour. On avait des sacs de couchage, certains des minivans ou des tentes. Il n'y avait pas de douches. La seule douche qu’on avait, c’était la pluie", raconte Andy, ancien festivalier.
Désastre évité
En raison du manque d’eau, de nourriture, de l'absence de toilettes, de soins médicaux, des embouteillages et de la pluie, Woodstock aurait dû être un désastre.
L’armée américaine dut intervenir pour acheminer des médecins et la nourriture fut héliportée car les routes qui menaient vers Bethel étaient totalement bloquées. Le festival recensa officiellement deux décès: une overdose et un festivalier écrasé par un tracteur.
Bref, Woodstock avait tous les ingrédients pour devenir une catastrophe. Et pourtant, c'est dans ce champ surpeuplé, au nord de New York, que le mythe est né.
Projet politique
Pour Artie Kornfeld, un des fondateurs du festival et vice-président chez Capital records en 1969, Woodstock était avant tout un projet politique.
Je voulais protester contre la guerre au Vietnam et Richard Nixon. Je n’aimais pas la direction dans laquelle allait notre pays, et j’ai décidé de faire quelque chose pour ça.
50 ans après, Artie ne veut pas entendre parler d’une nouvelle édition du mythique festival, malgré les efforts de son compère de l'époque, Michael Lang, qui tente de mettre sur pied un festival, sans succès pour l'instant. Artie Kornfeld déplore l'argent et l'avidité qui entourent le nom de Woodstock.
En 1969, dépassés par l’affluence, les organisateurs du festival avaient choisi de rendre l’événement gratuit, après avoir tout de même vendu les 200'000 premiers billets. La décision fut prise lorsque les barrières ont cédé face à des festivaliers en surnombre.
"Je l’ai dit à Michael Lang et aux autres personnes qui veulent organiser des concerts: n’essayez pas d’utiliser le nom de Woodstock, ça ne va pas marcher!", dit-il à la RTS. "Vous n’arriverez jamais à vous rapprocher de ce que représentait Woodstock. Il y aura plein de gens qui vont vouloir se faire de l’argent. Mais ça n’a rien à voir avec Woodstock. L’essence de Woodstock, c’est qu'il était gratuit", explique-t-il.
On a eu de la chance de faire partie de quelque chose qui a changé le monde. Un évènement qui a permis de retenir pendant tant d’années l’émergence de mouvements comme Trump.
Pour Artie Kornfeld, des projets comme Woodstock n’ont plus vraiment de raison d’exister, internet permettant aujourd'hui de s'adresser à des millions de personnes et de s’unir autour d’une idée.
Mais Woodstock, 50 ans après, n’a peut-être pas dit son dernier mot. Si les hippies de l’époque ont vieilli, le message reste furieusement d’actualité aux Etats-Unis, comme le pense Andy.
"La Maison Blanche aujourd’hui n’est pas si différente de celle des années 1960. Richard Nixon n’était pas un président apprécié. Et Donald Trump non plus. Dans un sens rien n’a changé. Mais on continue d’essayer de changer les choses. L’esprit est toujours vivant au travers d’anciens comme moi", conclut Andy Keeves.
Raphael Grand/mcc
Publié le 30 juillet 2019 à 16:53 - Modifié le 30 juillet 2019 à 19:34