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Le voyageur du XIXème siècle ne manquera pas, le long de sa promenade, d’observer notre ville de passage basculer gentiment dans une nouvelle ère marquée par la suprématie urbaine. La dissolution de l’enveloppe métaphysique des temps médiévaux fait place à la modernité architecturale qui prend physiquement et progressivement place dans les faubourgs lausannois. La cathédrale, véritable point de gravitation de la ville pendant plus de cinq siècle, perd la bataille du monopole de la spiritualité au bénéfice de lieux où se gouverne la chose publique. On cherche l’essence des choses dans la nourriture terrestre. On transforme la ville pour la rendre plus pratique, plus moderne, plus technique, plus loin des cieux.
En 1846, l’illumination au gaz supplante l’éclairage à l’huile des quinzaines de lampes qui constituent à cette époque l’essentiel des lumières publiques. Lausanne compte alors une lampe pour mille habitants. Le conseiller municipal André Schnetzler (1855-1911) améliore encore l’équipement. On construit, à la fin du 19ème siècle, une usine électrique et en peu de temps, l’éclairage électrique permet le décompte de plus d’une lampe par habitant. Certains diront que c’est une manière de mieux retrouver son chemin, en rentrant tard la nuit. D’autres rétorqueront que c’est une façon de mieux contrôler la population en réduisant les zones d’ombres sur le trafic nocturne. Mais à l’heure des passeports biométriques, ce débat paraît un peu obsolète.
Au début du 20ème siècle, la ville a froid. Il lui faut trouver de nouvelles sources d’énergie. Au début du 20ème siècle, la ville a soif. Il lui faut trouver le moyen de purifier son eau. Au début du 20ème siècle, la ville est fatiguée. Il lui faut trouver de nouvelles techniques pour surmonter ses pentes abruptes. Les ressources de la ville s’avèrent insuffisantes et n’assurent pas la santé de tous les habitants de Lausanne. On va chercher de l’eau jusqu’au lac de Brêt et près de Montreux par des grands tunnels. Ces galeries, telles les racines d’un gigantesque chêne, vont puiser en profondeur les bienfaits de la terre. Il faut dire que nous connaissons au début du siècle une seconde vague d’expansion démographique. Des les années 1950, la logique de la concentration des habitants et des activités commerciales au cœur de la ville, laisse place à une décentralisation vers les communes qui l’entoure. La nouvelle structure urbaine a tour à tour fait tomber les remparts et les portes pour noyer les contours de notre bourg dans un flou géographique et politique.
La morale de l’histoire:
A l’issue d’un parcours épique à travers l’histoire, émerge un monde urbain plein de nouveaux symboles. Notre ville de passage n’a pas échappé aux grandes lignes qui forment les contours du destin universel. Jadis enchanté de présences surnaturelles, le développement urbain est avant tout la preuve d’une métamorphose des consciences humaines. Le passage d’une architecture qui grimpe au plus près des cieux à celle qui creuse sous la terre pour aller puiser sa force nourricière. Aujourd’hui, les forces économiques et culturelles gouvernent l’ensemble de nos paysages urbains dans l’inarrêtable idée du progrès. Le défi qui se présente aux individus pourrait bien consister à trouver le moyen d’accorder leur existence spirituelle avec les contraintes d’un monde matériel qu’ils croient pouvoir maîtriser.
Thomas –