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Histoire de la serrure et histoire de la serrurerie
Dans cet article, nous allons aborder l’histoire de la serrure et de la serrurerie dans son ensemble. Nous répondrons ainsi aux questions suivantes :
- Qui fut l’inventeur de la première serrure ?
- Comment était fabriquée et à quoi ressemblait la première serrure ?
- Comment ont évolué la serrure, la serrurerie et le métier de serrurier ?
- Évolutions en cours et futures de la serrurerie avec la domotique et les serrures connectées/intelligentes.
Inventeur de la serrure, première serrure
La serrure existe depuis aussi longtemps que l’Homme a eu besoin de protéger ses ressources et ses biens contre le vol (outils, armes, nourriture, richesses). On estime que les premières serrures sont apparues quand l’Homme s’est sédentarisé grâce à l’agriculture et l’élevage durant la période du néolithique. On ne sait donc pas véritablement quel peuple est l’inventeur de la première serrure.
Les vestiges les plus anciens de la serrure remontent donc à plus de 7 000 ans. Les plus anciennes serrures ont été retrouvées en Égypte. Cela ne signifie pas que les premières serrures sont nées exclusivement en Égypte. On estime qu’elles ont vu le jour et étaient utilisées de manière courante dans toute la zone du Proche-Orient (croissant fertile). Il est fort probable que l’invention de la serrure soit plus ancienne et ai été située dans une autre région du monde. Les routes de commerce et son caractère très innovant auraient possiblement permis sa généralisation du Proche-Orient à l’Europe et jusqu’aux extrémités de l’Asie.
Les premières serrures n’étaient pas aussi complexes et usinées qu’aujourd’hui. En utilisant le lexique moderne de serrurerie, on parlerait aujourd’hui de loquet, verrou ou targette. Ainsi les pièces et éléments des toutes premières serrures étaient fabriqués en bois durci au feu, et vers la fin du Néolithique, pouvaient en partie être fabriqués de métal (cuivre martelé à froid).
Les premières serrures n’étaient donc pas à proprement parler de véritables serrures au sens moderne puisqu’elles ne disposaient pas de clé. Il s’agissait en effet de systèmes de fermeture de type loquet, verrou ou targette. Ces systèmes de fermetures reposent sur la simple action d’une tige (ici en métal ou en bois) se déplaçant dans un axe et se logeant dans un cran de gâche. On retrouvait aussi des systèmes de fermeture encore plus rudimentaires, constitués d’une large barre en bois venant s’encastrer dans le bâti et l’encadrure de la porte pour en empêcher l’ouverture.
Les premières serrures ne permettaient ainsi pas de s’absenter de la pièce, il était nécessaire qu’une personne reste pour verrouiller ou ouvrir la serrure de la porte depuis l’intérieur. Les premières serrures avaient donc principalement pour but de protéger l’accès au foyer durant la nuit. Le mot serrure vient d’ailleurs du mot latin serare signifiant mettre à l’abri.
Malgré tout des vestiges de serrures à clé rudimentaire ont été retrouvées en Égypte. Il s’agissait de verrou à loquet tombant pouvant être actionné de l’extérieur à l’aide d’une tige à dent. La sécurité offerte par ces systèmes de fermeture restait toutefois limitée puisqu’il était possible d’atteindre la cheville du loquet tombant à l’aide de tiges similaires.
Évolution de la serrure et du métier de serrurier au cours de l’histoire
Apparition et généralisation de la serrure à clé à l’âge de bronze
La serrure à clé au sens moderne du terme a été véritablement inventée à l’âge de bronze soit plusieurs milliers d’années après l’invention des systèmes de fermeture de type loquet et verrou. L’âge de bronze a en effet vu naître de grandes innovations dans le domaine de la métallurgie d’où son nom. Le bronze est un métal fabriqué à partir de cuivre et d’étain plus dur et résistant que le cuivre qui lui est particulièrement affecté par la corrosion.
C’est grâce aux nouvelles propriétés mécaniques de résistance et de solidité du bronze que la serrurerie a pu se développer et faire naître les toutes premières serrures à clés complexes. Le métier de serrurier devient alors une extension du métier de forgeron.
À l’âge de bronze apparaissent notamment des serrures à clé à ressort ou encore à retrait de lames à ressort et translation. Durant la période gallo-romaine s’est produite une autre grande évolution des serrures avec la serrure laconienne et surtout la serrure fonctionnant par rotation de clé qui est encore aujourd’hui le type de serrure majoritairement utilisé.
La serrure à rotation est également perfectionnée dans sa sécurité durant la Rome antique grâce à l’invention de la technique de la serrure à garniture. Elles restaient toutefois facilement crochetables par des personnes entraînées.
Modernisation et perfectionnement de la serrurerie du moyen âge jusqu’au XVIII siècle
La serrurerie se modernisera progressivement au cours de l’histoire entre le moyen âge et le XVIII siècle. De nouveaux types de serrures à rotation sont inventées telles que la serrure à gorge, offrant plus de sécurité que la serrure à garniture. La serrure à gorge fut inventée en 1778 par Robert Barron. En 1784 Joseph Branah invente un nouveau type de serrure : la serrure à pompe.
Le roi Louis XVI est d’ailleurs célèbre pour sa passion de la serrurerie. Grand amateur de cet art, il est formé à la serrurerie et à la mécanique de précision par le serrurier royal Nicolas Gamain, serrurier des bâtiments du roi. Il l’initie notamment à la fabrication de serrures à sûreté ou à secret.
Ironie du sort, c’est le fils de Nicolas Gamain, François Gamain lui même serrurier, qui témoignera en défaveur du roi lors de son procès. Il avouera avoir installé une armoire en fer secrète pour le compte du roi et où furent trouvés des documents compromettants.
La serrure moderne
On doit l’invention de la serrure moderne à Linus Yale Jr. qui en 1861 invente la serrure paracentrique à cylindre en améliorant le concept de serrure à pompe inventé par Joseph Branah. Il remplace l’axe de la serrure par un cylindre contenant une rangée de goupilles. C’est une clé dont la tranche est taillée qui vient aligner les goupilles sur la césure du barillet et permettre la rotation de celui-ci dans la serrure. La marque de serrure Yale a connu un grand succès et est d’ailleurs toujours en activité.
La serrure à cylindre paracentrique équipée de goupilles est le type de serrure le plus répandu au monde de nos jours.
L’art et la serrurerie, métier de serrurier d’art
La serrurerie a également fait l’objet d’un fort développement dans le domaine de l’art à toutes les époques. L’une des époques marquantes pour la serrurerie d’art est très certainement celle du XVII siècle où les artisans serruriers réalisent pour leurs riches clients des serrures qualifiées de véritables œuvres d’art.
En France par exemple, on voit apparaître au XVII siècle une véritable corporation de serruriers. Des lois sont édictées par le Roi Louis XIV pour protéger le métier de Maître serrurier. Une forte tradition française naît alors dans un certain nombre de régions françaises telles que Vimeu en Picardie. Aujourd’hui Vimeu est considérée en France comme le berceau de la serrurerie. En 1780 plus de 3000 personnes travaillent dans plus de 500 ateliers pour fabriquer aussi bien des serrures d’art que des serrures de la vie courante. C’est à Vimeu que sont créées les ateliers des célèbres marques JPM, Bricard ou encore Picard, toujours en activité.
Malheureusement la serrurerie d’art a perdu sa popularité chez la classe moyenne et petite bourgeoisie. Un petit nombre d’artisans serruriers d’art dans le monde entretiennent et conservent les techniques et traditions de la serrurerie d’art. En France ce sont principalement les compagnons du devoir et petits ateliers de serrurerie d’art qui cherchent à perpétuer les techniques de la ferronnerie et de la serrurerie d’art. Certaines grandes marques comme Bricard perpétuent les traditions de la serrurerie d’art en offrant des produits réalisés selon les styles d’époques.
À voir : reportage sur la serrurerie d’art à Paris
Futur de la serrurerie, serrure connectée intelligente
Aujourd’hui les serruriers en Suisse et dans le monde sont confrontés à une évolution majeure de la serrurerie. La fulgurante évolution de l’électronique et du digital, plus particulièrement avec la domotique, est sur le point de révolutionner le monde de la serrurerie.
Nous avions en effet connu et été habitués aux serrures électroniques équipant les portes d’immeubles et permettant d’être ouvertes à l’aide de badges magnétiques de type vigik ou via interphone. Désormais, les dernières technologies de transfert de données de type Bluetooth ou Wifi équipant les smartphones permettent l’utilisation d’un nouveau type de serrure : les serrures connectées intelligentes.
Les serrures connectées intelligentes connaissent actuellement un engouement certain dans le domaine de la location saisonnière de logement ou de la location de véhicules. En effet il est désormais possible de remettre au client un code ou de lui faire installer une application sur smartphone permettant de déverrouiller la porte du logement ou du véhicule à l’approche de celle-ci. Les serrures connectées ont donc l’avantage à la fois de pouvoir contrôler les accès aux bâtiments ou aux véhicules tout en évitant au propriétaire ou au gestionnaire du bien de se déplacer pour effectuer la remise des clés.
Airbnb a par exemple conclut un partenariat avec des fabricants de serrures connectées intelligentes comme Nuki. Il est donc désormais possible de lier une serrure connectée intelligente directement sur l’application Airbnb du propriétaire du logement.
Les serrures connectées intelligentes sont toutefois encore assez peu utilisées pour équiper les portes d’entrée des résidences principales. Les raisons sont probablement liées à un manque de confiance dans la fiabilité des modèles actuels. La serrure mécanique est encore profondément ancrée dans les esprits et paraît peut-être plus fiable et inspire plus confiance qu’une serrure connectée intelligente.
C’est donc une évolution de taille qui risque à l’avenir de complexifier le métier de serrurier. En effet le serrurier moderne est en principe formé à la serrurerie métallerie. Il est rarement formé à l’électronique de pointe, technique réservée aux électroniciens. La profession sera forcée d’évoluer et se former aux techniques modernes.