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pour une présentation plus développée
Dans un article intitulé « Die Kontingenz des Bösen », I. Dalferth pose d’abord quelques distinctions utiles à sa présentation critique de la théodicée telle que développée par le penseur américain, Alvin Plantinga, un des tenants du théisme analytique. Il utilise également ces distinctions dans les développements consacrés à la possibilité offerte aux croyants d’espérer en dépit de toute persistance du mal.
Dalferth distingue d’abord les questionnements qui visent à expliquer la réalité du mal et les interrogations qui portent sur la manière dont l’être humain peut orienter sa vie en regard du mal qui l’atteint.
Face à la question de savoir comment la réalité du mal pourrait être évitée, Dalferth fait ensuite la distinction entre contingence ontologique et contingence phénoménologique pour dégager trois aspects essentiels du mal, à savoir que le mal est un événement, que cet événement est cause de souffrance pour quelqu’un et fait l’objet d’un jugement qui le qualifie de mal.
Dalferth peut faire alors la critique de l’argument construit par Plantinga visant à monter que le monde créé par Dieu est à la fois le meilleur des mondes possibles et qu’il inclut nécessairement la possibilité du mal, ceci dans la mesure où Dieu a également voulu que les êtres humains y disposent d’une pleine liberté. Non seulement ce type de construction argumentative offre une faible consolation aux victimes de souffrances mais il ne va pas non plus sans contradiction : comment un Dieu qui, dans sa bonté, a voulu créer les êtres humains libres, peut-il finalement se soucier si peu de l’existence particulière de celles et de ceux dont l’existence est blessée par le mal ?
Il n’en reste pas moins vrai que cette présence du mal, et plus particulièrement encore quand celui-ci s’en prend à des innocents, oblige à clarifier la compréhension de Dieu qui est au fondement de la pratique religieuse. Dalferth opère ici un renversement pour affirmer que l’espérance que les croyants mettent en Dieu ne relève pas d’abord d’une disposition cognitive mais bien plutôt d’une confiance qui s’est confrontée avec la réalité du mal.
A travers les récits de Genèse 22 (« le sacrifice d’Isaac ») et de la mort de Jésus (plus particulièrement dans les Evangiles selon Marc et selon Matthieu), Dalferth montre qu’ici ce n’est pas le croyant qui cherche à déterminer les raisons pour lesquelles Dieu agit de telle ou telle manière mais c’est Dieu lui-même qui est mis en demeure de manifester s’il est pertinent de lui faire confiance, alors même que l’expérience humaine tendrait à faire penser le contraire. A travers ces récits il apparaît impossible que Dieu ne soit pas un Dieu d’amour sur lequel on peut compter au temps de la détresse.
Dans la dernière partie de sa contribution, Dalferth précise encore ce qu’il faut entendre lorsque l’on dit que Dieu, dans sa bonté, l’emporte sur le mal. A cet effet il distingue entre dimension anthropocentrique et dimension théocentrique du mal et il conclut que, s’il est vrai que Dieu l’emporte sur tout mal, cela ne veut pas dire qu’il mette fin à toute souffrance humaine mais bien que, quand bien même le mal subsiste, ce n’est pas le mal qui a le dernier mot sur l’existence humaine mais bien l’amour que Dieu porte à ses créatures.
Philippe Nicolet
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