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bénitier (église Saint-Sulpice, Paris)
Saint-Jacques (Collégiale Saint-Pierre, Côte d'Azur)
La consommation la plus ancienne de coquillages par les Homo sapiens remonte à environ 160 000 ans et ils constituaient une source d'alimentation importante pour les populations littorales.
Les pollutions maritimes incitent à être vigilant sur l'origine des fruits de mer ☹. En effet, la plupart des coquillages sont des filtreurs qui excrètent une partie des toxiques non-dégradables dans leurs déchets et dans leurs coquilles. Quatre types de contaminants s'accumulent dans les coquillages :
NB : les moules et les huîtres se détoxiquent du plomb en le stockant dans leurs coquilles.
On remarquera que ce sont principalement les bivalves qui sont consommés bien que deux fois moins nombreux que les gastéropodes :
Le Déjeuner d'huîtres
Jean-François TROY(1679-1752)
Avec la sédentarisation des hommes préhistoriques, au début du néolithique, se constituent les premières formes de sociétés et le seul moyen d'acquérir un bien (outils, animaux, nourriture, etc.) était de l'échanger contre un service ou d'autres biens (principe du troc).
Mais le troc limite le développement des échanges, car l’offre ne correspond pas forcément exactement à la demande et les biens périssables ne sont disponibles qu'à certaines périodes de l'année (moissons pour la nourriture par exemple).
Ainsi, des unités d’échange apparaissent : des coquillages au début, puis des métaux précieux comme l’argent et l’or.
Les coquillages avaient l'avantage de réunir les principales caractéristiques d'une monnaie :
Ce sont surtout les porcelaines, en particulier les deux espèces ci-dessous, qui servaient de monnaie et qu'on appelle plus généralement des cauris.
On les retrouve au musée de la "banque nationale de Belgique" et au fronton du bâtiment de la "banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest" à Bamako au Mali.
D'ailleurs, à partir du 1er janvier 2022, la nouvelle monnaie régionale de l’Afrique de l’Ouest s'appellera le cauri en remplacement du
franc CFA.
Monetaria moneta
Monetaria annulus
Les coquillages servaient à confectionner divers outils. (grattoirs, pointes de projectiles, vase, hameçon, etc.)
Aux îles Marquises, certaines variétés de murex ou de porcelaine étaient astucieusement modifiées pour servir de pèle-fruit de l'arbre à pain.
Dans l'Antiquité, à Athènes, les citoyens qui représentaient un danger pour la démocratie (à cause de leur puissance) étaient bannis pour dix ans. Le vote du jugement était inscrit sur des coquilles d'huîtres, d'où le terme ostracisme (du grec ostrakon, huître).
Les filaments des moules (byssus) étaient appelés "soie marine" et servaient à confectionner ou à broder des vêtements.
conque, cor primitif
columelles taillées en pointes
Sans parler des huîtres perlières, voilà le domaine qui contribue le mieux à la popularité des coquillages !
La nacre (la couche interne de la coquille) constituait un élément de choix en joaillerie et en marqueterie.
frise d'haliotides
barbe en pied-de-pélican
On a souvent utilisé la beauté naturelle des coquillages dans la décoration. Ces images proviennent de la grotte d'Urfé.
Les camées, ces petites gravures en léger relief étaient taillés dans l'agate. Le début des voyages autour du monde, au XVIIe siècle, a permis la découverte de nouveaux coquillages qui présentent un dégradé naturel dans l'épaisseur de la coquille.
rivière de porcelaines
camée (Cassis madagascariensis)
Dans l’Antiquité, la couleur pourpre, apanage des empereurs romains, était très recherchée. Les traces les plus anciennes ont été trouvées en Crête et datent de 1600 av. J.C.
Ces teintures proviennent notamment de "Bolinus brandaris" ou de "Stramonita haemastoma".
Bolinus brandaris
Stramonita haemastoma
On peut noter l’influence des coquillages sur l’architecture de certaines constructions :
La pagode Tây Phuong
Coquillages des mers d'Asie
La toiture de l'opéra de Sydney représente des coquillages superposés.
Lunulicardia retusa auricula
Certains coquillages recèlent de véritables objets mathématiques :
Cymbiola innexa et Oliva porphyra
triangles fractals de Sierpinski
nautilus
spirale logarithmique
L’analyse de vestiges de coquilles fournit de précieuses indications pour l’étude des sites archéologiques, la compréhension du paléoclimat et l'économie des échanges des sociétés préhistoriques.
En médecine, les propriétés étonnantes des toxines de certains coquillages venimeux (Conidae) ont débouché sur des traitements analgésiques, font l’objet d’études pour l’épilepsies ou la récupération de nerfs endommagés.
Le venin du cône "Conus magus" a permis de synthétiser un analgésique pour les douleurs intenses chroniques, 2000 fois plus puissant que la morphine avec l'avantage de ne pas provoquer d'accoutumance (Prialt®).
Le venin du cône "Conus victoriae" a permis la synthèse d’un médicament utilisé dans le traitement des douleurs neuropathiques 100 fois plus actif que les antiépileptiques de dernière génération (ACV1 ɑ-conotoxine : C71H103N23O25S4).
Le venin (µ-conotoxine) de certains Conidae (Conus marmoreus, geographus, striolatus, ...) contient des peptides (qu'on ne sait pas synthétiser) qui permettent de fermer/ouvrir les canaux à sodium (propagation du signal nerveux) et donc d'étudier le fonctionnement des systèmes nerveux et de produire de nouveaux insecticides, antalgiques locaux, antiarythmiques, anti-épileptiques, etc.
On a découvert chez les mollusques de surprenantes propriétés, sources prometteuses d'innovations technologiques :
La coquille des ormeaux (Haliotidae) est deux fois plus dure que les meilleures céramiques high-tech. Le revêtement nacré est un tuilage parfait qui combine des couches rigides de carbonate de calcium (aragonite) et des couches souples de protéines (Lustrin-A) qui lui confère une flexibilité capable d'encaisser des chocs violents et de supporter des poids de plusieurs tonnes sans casser. Les scientifiques s'en inspirent pour concevoir de nouveaux matériaux qui seront des révolutions comparables à l'avènement de l'âge de fer ou la révolution industrielle.
Le byssus des moules (Mytilidae) qui leur permet de se fixer sur les rochers est, en fait, la colle la plus puissante au monde : elle résiste aux UV, au sel, aux hautes et basses températures, elle est très résistante et surtout colle sous l’eau. Ces filaments permettent également de produire les meilleurs fils de suture utilisés notamment en chirurgie esthétique.