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Se réinventer ou se dissoudre
Les socialistes genevois organisent ce samedi (on n'y sera pas, l'exercice est un peu trop convenu pour y sacrifier une grasse matinée ou une manif) un petit conclave d'après défaite électorale, pour s'interroger sur les raisons de cette défaite, les conséquences à en tirer et les décisions à prendre pour remonter la pente. Or le Parti socialiste genevois n'est pas à rénover, à reconstruire, à repenser, à réorganiser ou à recomposer, mais à réinventer. Radicalement, et totalement. Il n'a guère le choix : il doit se réinventer, ou se résigner à se dissoudre, lentement mais sûrement, comme le glorieux parti radical du XIXème siècle s'est dissout en tant que parti politique (c'est-à-dire d'organisation porteuse d'un projet politique) pour se résumer et se résorber en un appareil électoral doublé d'un office de placement. Le PS est à réinventer : cela signifie la réinvention de sa ligne politique, de son programme, des ses pratiques, de sa base sociale, de son insertion institutionnelle, de son personnel politique même. Et cela signifie aussi que les promesses de le « reconstruire » ne sont que des promesses de ravalement de sa façade. Mettre un crépi neuf sur un bâti branlant peut tenir un moment. Pas longtemps. Le temps, peut-être, et encore, d'une campagne électorale. Et après ? Après, le crépi s'écaille, le bâti se donne à voir tel qu'il est, puis s'écroule, lentement, dans l'indifférence générale.
Qui parle ? Et d'où ?
Le Parti socialiste genevois est un cas unique en Suisse : celui d'un Parti socialiste qui depuis septante ans a sur sa gauche affaire à des forces capables, sauf à s'en empêcher elles-mêmes, de peser au moins aussi lourd que lui dans les urnes, ne le laissant être le principal parti de la gauche genevoise que lorsqu'elles sont incapables de s'unir ou de se renouveler. Que peut réellement valoir la « reconstruction » d'un parti qui ne peut compter que sur l'incompétence et les inimités de ses alliés et néanmoins concurrents pour les surpasser ? Dans Le Temps » du 17 décembre dernier, la vice-présidente du PSS, Jacqueline Fehr, émet à propos de l'immigration l'hypothèse selon laquelle « il y a en Suisse (...) un tiers de la population (qui) regarde en arrière et est isolationniste, un tiers qui regarde avec optimisme vers l'avenir et est ouvert au monde » et ce dernier tiers, « décisif » que « ceux qui arrivent à convaincre (...) ont gagné » : le centre -non pas au sens politicien du terme, mais au sens d'un cœur de cible. Ce « centre », c'est la part « flottante » de l'opinion publique qu'on ne peut attirer vers soi qu'en affirmant son propre programme, ses propres valeurs, ses propres proposition, au lieu que de réagir à celles des autres. L'enjeu, c'est le vieil impératif de Gramsci, celui de l'hégémonie culturelle. C'est cette hégémonie que la gauche a perdue et qu'elle doit reconquérir, sans négocier ses valeurs ni calibrer son projet à ce que l' « opinion publique » est a priori en état d'accepter, mais en s'imposant comme la référence « centrale » du débat politique, celle à laquelle les autres se confrontent et non celle qui se donne pour battue dès qu'elle se donne à voir. Cet exercice a dune première exigence : la crédibilité de qui tient un discours politique, face à ceux à qui il le tient. On peut certes faire semblant de « prendre un virage à gauche », mais ce « semblant de virage à gauche » ne fera illusion que tant qu'on ne sera pas appelé à en payer le prix : la remise en cause des positions acquises, des places occupées, des postes conquis, des fonctions exercées dans l'appareil d'Etat et les appareils sociaux, culturels et économiques. Il faudra bien se résoudre à répondre très concrètement à des questions aussi triviales que celle-ci : comment convaincre des gens qui survivent avec 3000 francs par mois qu'on est de leur côté en gagnant six, huit ou dix fois plus qu'eux ? En leur chantant les vertus du programme ?