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Menée par l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), un consortium regroupant des dizaines de médias, dont Le Monde, The Guardian ou le New York Times, l'enquête - publiée sous le nom de code "Suisse secrets" - affirmait que la banque avait pendant plusieurs décennies hébergé des fonds de clients sulfureux.
"Dans le contexte que vous évoquez, une plainte pénale a été déposée auprès du Ministère public de la Confédération", a indiqué ce dernier à l'AFP et à Keystone-ATS, confirmant une information publiée jeudi par la presse helvétique. "Dans ce contexte, le MPC mène une procédure pénale pour soupçon de service de renseignements économiques, de violation du secret commercial et de violation du secret bancaire", a-t-il ajouté.
Selon le site d'information spécialisé, la plainte émane de Credit Suisse. "Nous ne faisons pas de commentaires sur les enquêtes en cours", a indiqué la banque, interrogée par l'AFP.
Le MPC n'entend donner aucune autre information pour l'instant sur la procédure pénale. Il indique toutefois qu'étant donné que le délit de "renseignements économiques" est considéré comme un "délit politique" en Suisse, il a dû demander au Département fédéral de Justice et police l'autorisation de poursuite pénale, car la poursuite judiciaire des délits politiques en Suisse requiert l'autorisation du gouvernement.
Des fonds de clients sulfureux?
Les données analysées dans l'enquête publiée l'an dernier par les médias portent sur 18'000 comptes bancaires hébergés par la banque depuis le début des années 1940 jusqu'à la fin des années 2010, appartenant à 37'000 personnes ou entreprises. Pour un montant total de plus de 100 milliards de dollars, "dont au moins huit milliards liés à des clients identifiés comme problématiques", avait alors indiqué Le Monde.
Le numéro deux du secteur bancaire helvétique avait fermement rejeté ces accusations, considérant qu'elles s'appuyaient sur des données "partielles", "inexactes" ou "prises hors de tout contexte", soulignant que certaines remontaient aux années 1940 et que 90% des comptes concernés étaient aujourd'hui clôturés. Ces allégations apparaissent comme "un effort concerté pour discréditer non seulement la banque, mais la place financière suisse dans son ensemble", avait alors indiqué l'établissement bancaire.
Cinq ans de prison
L'enquête avait également mis en lumière l'article 47 de la loi suisse sur les banques, qui fait de la révélation de fuites de données bancaires un délit passible de cinq ans de prison. Selon des experts, cette loi de 2015 réduit au silence les journalistes qui pourraient vouloir dénoncer des actes répréhensibles au sein d'une banque suisse.
Ainsi, si 48 entreprises de presse du monde entier ont participé à l'enquête des "Suisse Secrets", aucun média suisse n'y a pris part en raison du risque de poursuites pénales.
ats/vajo