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31/07/2013
J'ai cru longtemps que nous pourrions réussir à instaurer le socialisme brique par brique, par le biais de réformes que nous mènerions en parvenant à obtenir une majorité dans les parlements et exécutifs cantonaux et fédéraux.
A cela certains rétorquent, à ce qu'il semble fort justement que, historiquement (et donc empiriquement), jamais aucun gouvernement réformiste socialiste n'a instauré le socialisme, car les forces capitalistes et les classes dominantes ne permettent pas à un tel gouvernement de réaliser ses réformes et préfèrent soit corrompre ceux qui s'opposent à elles, soit les réprimer.
Et en effet, dans certains cas c'est l'impérialisme capitaliste qui a mis fin aux tentatives réformatrices socialistes (Allende), tandis que dans d'autres ce sont plus ou moins des éléments contingents (Mitterrand).
Mais cet argument, quoique partiellement pertinent, n'en reste pas moins inductif, et non déductif (puisque historique et non philosophique).
Je pense que la véritable contradiction réformiste qui rend caduc le raisonnement réformiste (et là je fais abstraction du carriérisme, de l'arrivisme, et du corporatisme petit-bourgeois, qui peuvent éventuellement motiver de manière latente ce raisonnement, j'interroge uniquement le raisonnement), réside dans le non sens qui est celui de croire que l'on pourrait rendre libre un individu en lui concédant sa liberté. Car tel est le cœur du problème : la liberté ne se donne pas, elle se conquiert !
Certes, pour être à même de comprendre mon raisonnement, il faut déjà avoir admis que le socialisme équivaut à la liberté, et avoir dépassé la simple illusion de croire que le socialisme réaliserait le bien-être ou la pleine santé du genre humain. Le socialisme réalise le bien-être et la pleine santé du genre humain, car ceux-ci sont nécessaires à la liberté (dans sa partie positive bien entendu ici), sa finalité réside dans la réalisation du projet de liberté individuelle et collective, positive et négative.
Tenter de donner la liberté par le haut, par l’État, par une dictature, par des réformes gouvernementales, revient au même : c'est un non sens, quelque chose d'absurde et d'impossible. Il ne suffit en effet pas au maître de dire à son esclave qu'il est libre pour que ce dernier soit réellement libre, il faut en outre que l'esclave désire sa liberté, sinon il continuera de vivre en esclave et ne saura que faire de sa liberté.
Certes, il est possible de donner certaines libertés aux individus, mais ce ne sont jamais que de demi-libertés, comme il en est de la liberté de ne pas mourir de faim en Suisse, qui s'accompagne de la machine bureaucratique et du contrôle étatique sur le moindre de ses faits et gestes.
Si des socialistes comme moi parvenait à obtenir une majorité au gouvernement en Suisse (et là je fais abstraction de l'irréalisme total que représente pareille idée, au vu des 200 ans de domination libérale et conservatrice qu'a connu notre pays depuis ses prémisses démocratiques bourgeois), et que nous souhaitions instaurer le socialisme, soit en ordonnant partout l'instauration de l'autogestion et l'abolition du salariat, que se passerait-t-il ?
Il me paraît que, fort probablement et malheureusement, une majorité des travailleurs ne saurait que faire de l'autogestion, et reproduirait les mêmes modes d'organisation qu'ils avaient l'habitude de vivre et de pratiquer.
Car il faut vouloir la liberté, et il faut la vouloir suffisamment pour être prêt à la conquérir.
Mon prochain billet traitera (normalement) de l'alternative à l'optique réformiste.
28/07/2013
(De retour à Genève.)
« Les petits-bourgeois démocrates, bien loin de vouloir bouleverser la société tout entière au profit des prolétaires révolutionnaires, aspirent à un changement des conditions sociales en vue de se rendre la société existante aussi supportable et aussi commode que possible. » Karl Marx
Nos amis les social-libéraux sont partout.
Ils pullulent, et leur voix emplit le monde d'un long cri : consensus, paix du travail, collégialité, partenariat social, patrons responsables, etc.
On trouve des social-libéraux de gauche comme de droite, et ils forment probablement la majorité de la population, la très grande majorité de la classe politique, et la totalité des gouvernements européens.
Les social-libéraux de gauche se disent social-démocrates, sans trop se poser la question sûrement du fait que ce terme ne désigne qu'une mouvance historique et non un ensemble d'idées (Staline se disait social-démocrate dans certains de ses textes de 1913, aujourd'hui Hollande s'en réclame aussi).
En Suisse les social-libéraux de droite se disent démocrates-chrétiens, libéraux humanistes, écologistes libéraux, ou encore radicaux. Mais ce ne sont que des nuances de mouvements ayant des origines historiques diverses, mais un état actuel identique (ou quasi-identique).
En réalité, la position social-libérale se veut bien souvent non idéologique, ce qui est un non sens bien entendu, mais qui découle du fait que une idée dominante s'impose comme naturelle aux individus qui composent la société dans laquelle cette idée domine.
Mais qu'est ce qu'un social-libéral exactement ?
Descendants du courant du nouveau libéralisme du XIXe siècle, les social-libéraux prônent un État providence (ou État-social), au sein d'une économie capitaliste de marché, à même d'assurer les droits sociaux des individus. L’État-providence doit notamment organiser la solidarité par la fiscalité afin d'assurer le maintien d'un système de santé et d'instruction publique efficace, et de développer un filet social composé entres autres d'assurances chômage, d'aides sociales, et d'un système de retraite.
Les social-libéraux de droite sont favorables à un État-providence de petite taille.
Les social-libéraux de gauche sont des social-libéraux keynésiens qui ajoutent à leur vision d'une économie capitaliste de marché modéré par un Etat-providence d'autres rôles à l’État. Ce dernier est en effet censé assurer la bonne marche de l'économie capitaliste de marché par la régulation, la redistribution des richesses (dans un but économique et non uniquement social), et d'autres politiques économiques (soit budgétaires, soit monétaires).
« Pour ce qui est des ouvriers, il est avant tout certain qu'ils devront rester des salariés comme auparavant ; la seule chose que les petits-bourgeois démocrates souhaitent aux ouvriers c'est un meilleur salaire et une existence assurée ; ils espèrent y parvenir par l'emploi partiel des ouvriers par l’État et grâce à des mesures de bienfaisance. Bref, ils espèrent corrompre les ouvriers par des aumônes plus ou moins déguisées et briser leur énergie révolutionnaire en leur rendant la situation momentanément supportable. » Karl Marx
Les social-libéraux forment donc ce très vaste centre qui occupe le champ idéologique contemporain et le champ de la politique institutionnelle. Dominant l'ensemble des principaux partis politiques européens, ils assoient ensemble les bases du consensus en faveur du capitalisme, et éliminent la contestation par des politiques corporatistes ou nationalistes.
Leurs principaux adversaires sont d'abord les étatistes philanthropiques et les keynésiens radicaux, suivis, bien plus minoritaires, des libéraux minarchistes, et des marxistes-léninistes. Sans parler enfin de la minorité socialiste (non marxiste-léniniste) réformiste ou révolutionnaire, et des communistes ou libertaires.
Tel est l'état de la politique contemporaine en Europe, voire au-delà.
« Mais ces revendications ne sauraient nullement suffire au parti du prolétariat. Tandis que les petits-bourgeois démocrates veulent amener au plus vite la révolution à son terme (...), notre intérêt, notre tâche est de rendre la révolution permanente, jusqu'à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir. » Karl Marx
08/07/2013
Voilà un bout de temps que je n'ai plus publié sur ce blog, car j'étais d'abord en examens, puis en voyage (et je vais repartir bientôt), néanmoins j'ai passablement écrit (notamment sur le socialisme, la liberté, le léninisme, le social-libéralisme, et la transformation sociale, ainsi que sur des questions de méthodes, et de militantisme) et je publierai le tout progressivement à mon prochain retour. Pour le moment, et pour rompre mon silence estival, voici quelques considérations sur l'abolition de l'armée.
Jusqu'à peu, j'étais opposé à une abolition complète de l'armée. En effet, il me paraissait nécessaire de garder une armée de petite taille en Suisse, et ce pour deux raisons.
D'une part, pour nous protéger d'éventuelles attaques dans l'hypothèse de l'instauration du socialisme en Suisse. D'autre part, pour préserver notre autonomie et notre souveraineté et ne pas dépendre de l'Union Européenne ou de l'OTAN pour assurer notre défense.
Toutefois, cette réflexion n'était valable que dans le cadre strict du réformisme où le socialisme serait instauré par le haut et où l'armée se plierait aux ordres d'un potentiel gouvernement socialiste.
Ayant abandonné le réformisme (la liberté ne se donne pas, elle se conquiert, j'y reviendrai), il me paraît à présent évident que toute transformation sociale populaire en Suisse serait réprimée par l'armée, comme cela a été le cas en 1918 à Olten, à Genève en 1932, ou en Espagne en 1936.
Il faut donc différencier l'existence de l'armée dans le cadre du capitalisme, de l'existence de l'armée dans le cadre du socialisme.
Dans le cadre du socialisme, il est possible que compte tenu de pressions extérieures (par exemple si la Suisse était le seul pays socialiste en Europe) il soit nécessaire de se doter de forces armées. Par contre, dans le cadre du capitalisme, il faut absolument abolir l'armée, car elle ne représente qu'un facteur régressif péjorant les chances d'une transformation sociale socialiste (on pourrait d'ailleurs parler aussi de l'endoctrinement idéologique et culturelle que fait subir l'armée actuelle aux recrues et autres soldats).
Ajoutons d'ailleurs qu'une armée dans le cadre du socialisme n'aurait justement pas les mêmes caractéristiques que dans le capitalisme, mais ressemblerait probablement plutôt à des brigades populaires autogérées (fondées sur la base du volontariat).
Bien entendu, en cas de transformation sociale socialiste mondiale, plus aucune armée ne serait nécessaire.
Enfin, faut-il soutenir l'abolition du service militaire obligatoire, comme le propose l'initiative du GSSA sur laquelle nous serons appelés à voter en septembre ?
Oui, car il n'est pas acceptable que l’État puisse contraindre des individus à donner de leur temps, qui plus pour une cause comme celle de l'armée.
Non, car cela signifie une armée composée essentiellement des éléments les plus militaristes et les plus belliqueux de la société, avec les implications qui en découlent en terme d'une potentielle autonomisation de ce corps social.