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Artiste invité : Pascal Schwaighofer
Pour Atlas (Theatrum Orbis Terrarum) (2009-10), l’artiste rassemble une multiplicité de cartes cartographiques de différents pays – publiées à différentes époques – afin de les soumettre à un processus de transmutation au moyen d’une technique artistique venue du Japon connue sous le nom de Suminagashi.
La mono-impression d’une surface colorée sur les cartes diffuse un nouveau code d’interprétation en déformant le pouvoir de représentation tel qu’instruit par le canon cartographique.
Des formes géopolitiques précises dérivent vers des dimensions imaginaires et imprévisibles, dans une expansion concentrique où la raison cartographique établie est dissoute, sa dissolution étant montrée comme un processus clair qui peut être observé par le spectateur dans les lignes sinueuses de l'encre dessinées dans la technique Suminagashi.
Ainsi, la dimension de la connaissance scientifique telle que représentée par les cartes est remise en question par l'intervention d'une époque philosophique, c'est-à-dire une interruption de leur fonction épistémologique habituelle, de durée indéterminée. La latitude, la longitude et les coordonnées cartographiques sont contraintes par l'encre, se chevauchant jusqu'à un noircissement différentiel.
C'est aussi un gain de temps, où les cartes sont véhiculées vers un statut indéterminé, voué à perdurer et donc symbole d'un mal-être irréversible.
L’équation identitaire entre la carte géographique et le monde, telle qu’elle a été élaborée au cours des siècles par la culture européenne moderne, est ainsi brisée au sein de l’œuvre Atlas en formes de dessins abstraits, des tourbillons presque libres, qui sont capables de par leur propre courant descendant d’annihiler toute constriction logique et prédéterminée.
L’issue de ce processus est présentée par Schwaighofer dans la dimension esthétiquement classique des cartes géographiques, comme des œuvres encadrées, comme s’il souhaitait conduire la contorsion cognitive vers un degré zéro. Ainsi l’œuvre affiche un rythme silencieux, caché et pétrifié, confié à la capacité interprétative des spectateurs.
Texte de présentation
de Luigi Fassi
in ar/ge kunst #14
Pascal Schwaighofer/Misha Stroj
Mousse Publishing, 2012
Pascal Schwaighofer vit et travaille à Zurich (CH) et Ithaca (USA). Il est diplômé de l’Accademia di Belle Arti de Milan. Il est actuellement étudiant au doctorat à l’Université Cornell, Ithaca, États-Unis, rédigeant une thèse sur les implications politico-philosophiques de l’essaim, du réseau et de la multitude, iconiquement intégrées dans la « métaphore de l’abeille ».
La pratique artistique de Schwaighofer se concentre sur les métaphores, les légendes et les analogies de récits, de politiques et d’esthétiques apparemment sans rapport.