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L’ouverture par la Caisse nationale, en 1974, d’une clinique de réadaptation à Bellikon lui a ouvert de toutes nouvelles perspectives dans le cadre de son activité d’assurance. Non seulement le concept de ce «centre de traitement complémentaire» était totalement différent de ce qui se faisait jusqu’alors, mais ce projet de construction de 80 millions de francs, situé en pleine campagne, au cœur de la vallée argovienne de la Reuss, était en outre particulièrement imposant. Si ce tout nouveau centre a bénéficié de la clairvoyance et de la détermination des dirigeants de la Caisse nationale, il a aussi fait l’objet d’erreurs et rencontré des obstacles.
N’incombe-il pas à un assureur-accidents de prendre également en charge la réinsertion des accidentés, en particulier les personnes grièvement blessées et partiellement invalides? Cette question a régulièrement fait débat au sein de la Caisse nationale. Cette dernière a fait un premier pas dans cette direction en 1928, lorsqu’elle a acquis l’établissement «Quellenhof» à Baden afin d’y proposer des cures thermales et, plus tard, d’y implanter une école d’amputés et un atelier de fabrication de prothèses.
Le Conseil d’administration s’est toutefois fermement opposé à la création au sein même de l’institution d’un centre ou d’une division dédié(e) à la réinsertion. Il l’a notamment fait en 1928, mais aussi en 1938, alors qu’une commission d’experts de la Confédération avait formulé une recommandation en ce sens après avoir procédé entre 1934 et 1937 à un examen minutieux du fonctionnement de la Caisse nationale. Une demande déposée par une commission du Conseil d’administration concernant la création par l’institution d’un «établissement de travail» fonctionnant de manière similaire aux «Umlernschulen» allemandes s’est heurté au refus de l’organe, pour qui le véritable problème n’était pas le handicap mais le chômage, qui touchait également la Suisse des années 30.
Le sujet est revenu à l’ordre du jour dans les années 50: lorsque le Conseil d’administration a débattu de la création par la Caisse nationale d’un service spécial de placement et de réadaptation professionnelle en 1952. On a alors abouti au même résultat: selon Ulrich Oertli, directeur de l’institution, la réinsertion professionnelle ne comptait pas parmi les tâches incombant à celle-ci. Il était préférable de se concentrer sur le traitement médical complémentaire à Baden.
Il a par ailleurs expliqué qu’au cours des années précédentes, de nombreuses organisations privées encourageant le reclassement et l’emploi de personnes invalides avaient vu le jour. C’était notamment le cas du «Verein für eine schweizerische Stätte zur beruflichen Eingliederung Gebrechlicher», du consortium «Milchsuppe» du Bürgerspital de Bâle, ou encore de la «Fédération suisse pour l’intégration des handicapés dans l’économie», qui faisait partie de «Pro Infirmis». Ulrich Oertli a assuré que la Caisse nationale «accordait son aide à toutes ces institutions, bien qu’il se soit avéré que cette aide ne répondait pas à un besoin immédiat», comme le montrait l’exemple de l’établissement «Le Repuis» à Grandson: l’institution avait conclu un accord avec le foyer «Entr’aide aux jeunes par le travail» en vue de la prise en charge de personnes invalides, mais, depuis deux ans, aucun assuré n’avait exprimé le souhait d’intégrer celui-ci.
Cette intervention a donné lieu à la réalisation d’une enquête interne sur le sort de 234 assurés présentant une invalidité de 50 % ou plus, qui a montré que «la très grande majorité des personnes invalides à la suite d’un accident» pouvait «vivre normalement». L’enquête aboutissait à la conclusion suivante: «Si aujourd’hui, un sinistré ne trouve pas ou pas assez de travail rétribué, c’est – à part un petit nombre d’exceptions – aux particularités de son caractère qu’il faut l’attribuer.
La Caisse nationale a toutefois osé faire un pas de plus en versant 100 000 francs en faveur d’un projet d’extension du consortium «Milchsuppe» à Bâle en 1954, puis une subvention de 10 000 francs à l’Office romand d’intégration professionnelle pour handicapés en 1957.
L’insatisfaction dominait toutefois toujours, si bien qu’en 1955, la création d’un service spécial à la Caisse nationale a de nouveau été envisagée. Comme l’a expliqué Fritz Malzacher, secrétaire de l’Union suisse des syndicats autonomes, lors de la séance du Conseil d’administration du 29 juin 1955, il était surtout nécessaire d’améliorer la situation dans le secteur de la construction, car
«dans les petites entreprises du bâtiment par exemple, les possibilités d’occuper les assurés qui ne sont capables de travailler que partiellement, et surtout ceux atteints d’invalidité, sont très limitées».
Le Parlement s’est à son tour penché sur la question en 1958: Werner Allemann, conseiller national PS du canton d’Argovie, a suggéré de créer au sein de la Caisse nationale un service dédié au placement de travailleurs. L’introduction de l’assurance-invalidité (AI) était d’ores et déjà prévue pour le 1er janvier 1960. Pour les parlementaires, le partage des tâches entre les deux institutions était clair: l’AI se chargerait du volet professionnel de la réinsertion, et la Caisse nationale de l’aspect médical.
Cependant, déjà au début des années 60, les capacités de la Caisse nationale en matière de traitement médical complémentaire montraient leurs limites. Une admission au sein de l’établissement thermal de Baden n’était possible qu’après un délai d’attente, et une extension de celui-ci n’était pas envisageable pour des raisons de place.
La Direction a donc recherché un nouveau site dès 1962. On a dans un premier temps envisagé de l’implanter dans les localités de Loèche-les-Bains et Rheinfelden, avant d’y renoncer finalement. On a alors réfléchi à une solution à Bad Zurzach, mais il était impossible de savoir clairement si le propriétaire des sources disposait d’une quantité d’eau suffisante pour alimenter une autre installation; en outre, le lieu considéré était situé au cœur d’un quartier industriel.
La Direction a finalement opté pour un nouveau concept. Comme elle l’a indiqué par écrit au Conseil d’administration le 28 juin 1963: «Un établissement destiné au traitement complémentaire des patients ne doit pas forcément disposer d’eau thermale.»
«Il faut en premier lieu suffisamment de place, un grand bassin de natation, d’autres installations hydrothérapeutiques, une salle de gymnastique et un terrain de gymnastique en plein air.»
On a alors planifié l’exploitation parallèle d’un nouveau centre et de l’établissement thermal de Baden.
La Direction a acquis un bien-fonds agricole de 96 000 m2 à Bellikon, à 10 minutes de Baden, pour un montant de 1,35 million de francs. A ses yeux, ce lieu situé «au-dessus des nuages», à 600 m d’altitude, sur un «versant tranquille et ensoleillé» du Mutschellen, constituait, «sur le plan médical, un emplacement idéal pour accueillir un établissement de traitement complémentaire». Bellikon n’était alors qu’un village agricole de 500 âmes environ.
A l’époque, nombreux étaient les cantons et communes helvétiques qui réfléchissaient à la construction de nouveaux hôpitaux et à la mise sur pied, dans ce cadre, de divisions dédiées au traitement complémentaire. Comme l’a constaté Fritz Lang, directeur de la Caisse nationale, le 28 juin 1963: «En Suisse, la densité et la qualité des hôpitaux sont telles qu’on n’éprouve pas le besoin d’édifier des hôpitaux spéciaux pour les cas d’urgence et les blessés.» Il se réjouissait par conséquent que l’on réserve enfin «une place à la chirurgie des accidents», un «vœu exprimé depuis longtemps» par la Caisse nationale. Il a toutefois déploré le fait qu’en matière d’hôpitaux dédiés au traitement complémentaire, la Suisse était à la traîne par rapport à d’autres pays.
En 1965, tandis que l’on élaborait les plans du nouveau complexe devant être érigé sur les hauteurs du Mutschellen, la Commission administrative et la Direction de la Caisse nationale ont entrepris un voyage d’études en Haute-Bavière «pour mieux se familiariser avec les problèmes posés par les méthodes modernes de traitement complémentaire», comme l’a expliqué Karl Obrecht, président du Conseil d’administration, le 28 octobre 1965. «Il semble que c’est la première fois que la Commission s’est rendue à l’étranger», a-t-il ajouté, avant de préciser qu’ils ont «visité l’établissement de cures de l’Etat à Bad Tölz et l’hôpital pour blessés des associations professionnelles d’assurance contre les accidents à Murnau» afin de pouvoir «le moment venu aborder en connaissance de cause l’examen préliminaire» du nouveau «centre de cures complémentaires de Bellikon».
Tout ne s’est ensuite pas déroulé comme l’avait prévu le président du Conseil d’administration. La Direction ayant déposé une demande d’autorisation de construction sans en informer la population, une partie de cette petite commune agricole a eu le sentiment d’être mise devant le fait accompli. Selon Karl Obrecht, si le projet s’est heurté à une forte opposition, c’est surtout parce que «d’un certain coté, on a déclaré que l’on n’aimerait pas voir des invalides se promener à Bellikon».
Il faisait alors allusion au propriétaire du château local, dont le terrain jouxtait côté nord celui du nouveau centre. Construit au XIVe siècle, cet édifice autour duquel le peuplement du Mutschellen a commencé avait été racheté en 1954 par un particulier qui l’avait rénové pour y habiter et qui faisait désormais tout son possible pour empêcher la construction du nouveau complexe de la Caisse nationale. Il est resté propriétaire du château jusqu’en 1987.
Le projet de la Caisse nationale, aux dimensions imposantes, suscitait l’ire non seulement à Bellikon, mais aussi dans les communes avoisinantes. La Direction a donc improvisé une conférence de presse et une séance d’information à l’attention de la population, une initiative qui, contre toute attente, a irrité certains membres du Conseil d’administration, qui ont voulu savoir pourquoi une demande d’autorisation de construction avait déjà été déposée alors qu’eux-mêmes ne disposaient que de très peu d’informations sur le projet.
Les dirigeants de la Caisse nationale n’étaient pas au bout de leurs peines. Une fois les plans de construction du centre publiés, la Fédération des Architectes Suisses (FAS) a adressé une lettre ouverte particulièrement virulente à l’institution, arguant que «dans un lieu aussi exposé que celui-ci», un projet d’une telle ampleur devait être soumis à un jury de professionnels. Elle entendait par conséquent
«protester contre le fait qu’un établissement d’Etat (auprès duquel sont assurés tous les bureaux d’architectes importants) adjuge directement un programme aussi considérable.»
Karl Obrecht, président du Conseil d’administration, a répondu qu’un concours d’architecture n’était pas envisageable: «Les prescriptions sur les concours sont conçues de façon si stricte que
le maître d’ouvrage se trouve complètement à la merci des architectes.
A cela s’ajoutent les frais supplémentaires et la perte de temps. Le concours pour le nouveau bâtiment de Fluhmatt à Lucerne, par exemple, a coûté 150 000 francs et a retardé de deux ans le début des travaux.» En outre, certaines formulations utilisées dans la lettre ouverte ainsi que le fait que trois mois se soient écoulés entre le dépôt de la demande d’autorisation de construction et le courrier ont amené la Caisse nationale à supposer que ce dernier avait été initié par le châtelain local. Il était par ailleurs possible que cette intervention vise davantage l’entreprise générale mandatée par l’institution (la société zurichoise Karl Steiner SA) que le site de Bellikon.
Quoi qu’il en soit, ces remous ont conduit les autorités communales à refuser l’octroi d’une autorisation de construction.
Une seconde demande a été soumise un an plus tard. La Caisse nationale avait alors tiré des leçons de l’échec de sa première tentative: elle a réduit la hauteur du complexe (en renonçant à un étage devant abriter des lits) et déplacé le site de quinze mètres en direction de la vallée afin que le complexe se fonde davantage dans le paysage. Elle a par ailleurs confié à «une petite commission d’experts neutres» la tâche d’«expertiser le nouveau projet au point de vue esthétique, financier
et médical» afin de s’assurer un vaste soutien.
Les autorités communales ne se sont pas opposées à ce nouveau projet et ont octroyé le 24 août 1966 une autorisation de construction à l’institution. Quatre recours ont cependant été déposés par l’association cantonale de protection de la nature et du patrimoine, par la fondation «Freie Reuss», par le groupe de planification régionale Rohrdorferberg ainsi que par le châtelain. Tous ont été rejetés par les autorités argoviennes à l’été 1967 et n’ont par conséquent pas été transmis au Tribunal fédéral.
L’association Patrimoine suisse ainsi que la Ligue suisse pour la protection de la nature n’ont toutefois pas baissé les bras et ont déposé auprès du Département fédéral de l’intérieur un recours dans lequel elles exigeaient la réalisation par la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage (CFNP) d’une expertise, qui a effectivement eu lieu le 28 février 1967.
Cette dernière a amené le Conseil d’administration à se demander si le projet resterait viable même dans l’éventualité d’une obligation de satisfaire aux exigences de la protection de la nature et du paysage. La commission avait en effet clairement fait savoir qu’elle exploiterait toutes les possibilités de recours existantes. Or, pour l’essentiel, les positions de la CFNP et de la Caisse nationale étaient irréconciliables. Cette dernière ne pouvait en effet ni supprimer de nouveau un étage comme l’exigeait la CFNP (avec seulement 180 lits au lieu de 270, l’exploitation du centre n’aurait pas été rentable), ni faire reculer davantage l’emplacement des bâtiments, car elle aurait ainsi contrevenu aux obligations imposées par la commune.
On peut lire dans le procès-verbal de la séance du Conseil d’administration du 8 septembre 1967, durant laquelle la question de Bellikon a été abordée, que la CFNP suggérait à la Caisse nationale d’acquérir un bien-fonds situé à Bergdietikon et appartenant au châtelain de Bellikon. Or, il n’en était pas question pour cette dernière, car celui-ci se trouvait sur le versant nord d’une colline et était exposé à la bise. Le sentiment qui régnait était l’incompréhension, dans la mesure où le complexe avait déjà été redimensionné et que l’on était en outre disposé à renoncer à la construction d’une maison du personnel. Pour Ettore Tenchio, conseiller national PDC grison, ce projet était «une tentative sincère de conserver la nature tout en satisfaisant des intérêts humains» et, malgré tout le respect qu’il éprouvait pour ces milieux, ils avaient selon lui
«souvent tendance, en dépit de leur bonne volonté, à pousser les choses à l’extrême»,
Il a fallu que la Caisse nationale se tourne vers le Conseil fédéral pour que le conflit trouve enfin une issue. Hans Peter Tschudi, alors responsable du Département fédéral de l’intérieur, a proposé de jouer un rôle de médiateur entre les deux parties. Karl Obrecht a expliqué plus tard au Conseil d’administration que la visite des lieux effectuée par le conseiller fédéral le 8 juillet 1968 avait «permis de rallier la Commission au point de vue» de la Caisse nationale. La CFNP a renoncé à imposer la suppression d’un autre étage devant abriter des lits (les deux parties ont convenu d’un aménagement particulier de l’étage supérieur), de même que le déplacement de l’ensemble du site. On a dès lors enfin pu procéder à une planification détaillée de ce dernier.
Une demande de crédit a été déposée à l’été 1969 par la Direction, qui tablait sur un coût global de 67 millions de francs.
Le 1er juillet 1969, au cours de débats passionnés durant lesquels on a davantage remis en question l’attribution du rôle d’entreprise générale que les coûts, Willy Messmer, lui-même entrepreneur-construction et président central de la Société Suisse des Entrepreneurs, s’est dit «inquiet que la Caisse nationale se soit engagée trop fortement dans le contrat qu’elle a signé avec l’entrepreneur général». Fritz König, directeur de l’Association suisse des maîtres ferblantiers et appareilleurs, a quant à lui déploré le fait que la société Karl Steiner SA «bénéficie de la part de la CNA d’une situation de monopole».
Stanislas Nicolet, sous-directeur de la Caisse nationale, a expliqué que si l’on avait opté pour cette entreprise générale, c’était parce que, par le passé, on avait eu de nombreuses expériences positives avec elle. Il a toutefois ajouté que, pour les futurs programmes de construction, la Direction s’adresserait également à d’autres entrepreneurs généraux. Dans tous les cas, il était impossible de renoncer à la désignation d’un entrepreneur général: «En adoptant le système de la mise à l’enquête publique ou du concours, la Caisse nationale serait obligée de créer un appareil technique à l’instar des CFF et des PTT». Or, l’institution n’en éprouvait pas le besoin dans la mesure où elle ne faisait construire que peu de bâtiments.
Ces interventions ont donné lieu à des changements dans le cadre du contrat passé avec la société Karl Steiner SA. C’est ensuite en août 1969 qu’a été donné le premier coup de pioche. Les travaux se sont déroulés sans aucun problème. Un crédit supplémentaire de dix millions de francs a été accordé en 1972 à l’institution afin d’augmenter le nombre de chambres à deux lits (par rapport à celles de quatre). Entre-temps, le coût total estimé (acquisition du terrain et renchérissement inclus) s’est établi à 100 millions de francs. Au final, il s’est monté à 92 millions. Etant donné que, à la suite de l’opposition formulée par la CFNP, on avait renoncé à aménager une maison du personnel pour les infirmières, l’institution a dû acheter un immeuble de location à Dietikon et faire construire un bâtiment à Bellikon pour y loger seize familles.
C’est en 1974 que le centre a enfin ouvert ses portes. On a tout d’abord organisé le 5 mars 1974 une conférence de presse à laquelle «ont été conviés plus de 40 représentants de la presse, de la radio et de la télévision», comme l’indique le rapport de gestion de 1974. Le Conseil d’administration a en revanche signalé un «fait plutôt décevant: pas un seul représentant de la Suisse romande n’a assisté à la journée de la presse».
Plus de 30 000 personnes ont ensuite visité le nouveau centre lors des journées portes ouvertes organisées à l’occasion de deux week-ends du mois de mars. Au cours de ses premiers mois d’exploitation également, le nouveau complexe a fait l’objet, en Suisse comme à l’étranger, d’un immense intérêt. Un millier de spécialistes ont été reçus à Bellikon en 1974, de même que plus de 1700 professionnels venus de 14 pays en 1975.
L’inauguration officielle a eu lieu le 28 juin 1974 en présence de nombreuses personnalités des milieux économiques et politiques.
C’est Hans Hürlimann, conseiller fédéral en charge du Département fédéral de l’intérieur, qui a prononcé le tout premier discours. Il a affirmé que l’ouverture du centre de Bellikon marquait «un jalon imposant et visible» pour la Caisse nationale, ainsi qu’«une confirmation forte» d’une œuvre de solidarité fédérale.
Il se réjouissait qu’après l’introduction de l’assurance-invalidité, la Caisse nationale ait pris conscience du fait que la réadaptation médicale devait se voir attribuer une plus grande importance en vue de la réinsertion professionnelle. Enfin, il était particulièrement satisfait de la collaboration de l’institution avec l’AI: «La coopération, qui fait tant défaut dans d’autres domaines des assurances sociales, semble déjà fonctionner».
Les premiers patients ont été accueillis en mars 1974. Leur nombre a progressivement atteint 160 en octobre de la même année, mais ce n’est qu’à l’été 1975 que la clinique a commencé à tourner à plein régime, avec 241 patients.
Le centre de Bellikon était destiné au traitement complémentaire d’assurés ayant subi, à la suite d’un accident, des blessures de l’appareil locomoteur ou des lésions crânio-cérébrales. Le concept adopté mettait l’accent sur la physiothérapie, l’ergothérapie et l’examen des capacités professionnelles (en collaboration avec l’assurance-invalidité).
Depuis l’ouverture de l’établissement, l’école d’amputés était désormais elle aussi établie à Bellikon.
La médecine de réadaptation n’a pas tardé à faire l’objet de changements fondamentaux: la Caisse nationale a en effet constaté en 1978 que la durée moyenne des séjours à Bellikon ne cessait de s’allonger. Selon elle, cela s’expliquait par le fait que «les médecins semblent être de plus en plus persuadés qu’il vaut la peine d’entreprendre une réadaptation suffisamment tôt après l’accident. A la suite d’une lésion cranio-cérébrale tout spécialement, la réadaptation précoce répond dès la phase postaiguë à un besoin». Le nombre de patients souffrant de traumatismes crânio-cérébraux a augmenté de façon vertigineuse (près de 15 % par an) en 1980 et 1981, consécutivement à une baisse de la mortalité lors des accidents (en particulier sur la route): alors qu’en 1970, plus de 25 % des victimes d’une lésion crânienne ne survivaient pas à celle-ci, ce chiffre ne se montait plus qu’à 10 % à la fin des années 80. Il en résultait par conséquent une augmentation d’environ 400 patients par an.
En outre, la notion de «réadaptation» s’est rapidement substituée à celle de «traitement complémentaire», si bien qu’en 1984, à la suite de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur l’assurance-accidents, le centre de traitement complémentaire de Bellikon est devenu une «clinique de réadaptation». Au-delà du nom, c’est surtout la philosophie adoptée qui a évolué: dix ans après l’ouverture de l’établissement, la réadaptation faisait partie intégrante de la chaîne de soins des patients.
Ce changement de concept a nécessité une transformation de l’unité de lits en 1989 et 1990. Pour ce faire, la clinique a dû supprimer 80 de ses 241 lits afin de libérer de la place pour l’accueil et le suivi de patients polytraumatisés ou gravement blessés, transférés directement depuis un hôpital de soins aigus. Cela permettait en effet d’engager le processus de réadaptation alors même que ceux-ci n’étaient encore que peu autonomes.
L’évolution rapide de la médecine de réadaptation ainsi que le développement de concepts de prise en charge globale nécessitaient toutefois de procéder à un agrandissement et à une modernisation de la clinique, ce qui a été initié en 1992. Les travaux qui en ont résulté ont été réalisés entre 1993 et 1998, pour un montant total de 58,5 millions de francs. Dans le même temps, la clinique a ouvert ses portes également aux assurés de la région ainsi qu’à ceux de caisses-maladie et de compagnies privées.
L’atelier orthopédique de la clinique de réadaptation s’est transformé au cours des années 90 en un véritable laboratoire high-tech. Tout a commencé en 1990, lorsque, dans le cadre d’un projet mené en collaboration avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, on a développé un prototype de prothèse de la main capable de reproduire des mouvements normalement inconscients.
Afin de promouvoir les technologies de prothèses ainsi que les innovations, on a ensuite mis sur pied en 1996 une division interne dédiée à la recherche et au développement qui, dès sa première année d’activité, a produit des résultats remarquables: les chercheurs ont conçu une «analyse fonctionnelle de la marche» garantissant une évaluation rapide et sûre des troubles de la marche. Une «souris dorsale» permettait en effet l’enregistrement de la forme et de la mobilité de la colonne vertébrale.
Cette division a également développé d’autres appareils thérapeutiques tels que «Armeo», en 2009, qui visait la réadaptation neurologique du bras: en compensant le poids de celui-ci, il permettait au patient de renforcer sa musculature peu de temps après son accident.
La combinaison de la réadaptation médicale et de la réinsertion professionnelle, qui semblait inenvisageable au cours des premières années d’existence de la Caisse nationale et que Hans Hürlimann n’a pas manqué de présenter comme un bon exemple de collaboration lors du discours qu’il a tenu à l’occasion de l’ouverture de l’établissement de Bellikon, s’est imposée comme une évidence au cours des 25 dernières années.
En 1994, l’assurance-invalidité et la Caisse nationale ont conclu un accord de coopération afin de simplifier fortement les procédures et la répartition des responsabilités. La Caisse nationale pouvait ainsi mettre plus facilement en œuvre des mesures de réinsertion professionnelle, et ce, même dans les cas où l’AI était compétente. Afin de garantir l’existence d’une interface entre thérapie et réinsertion et d’éviter que des troubles ou des handicaps ne deviennent chroniques, elle a introduit l’«ergothérapie axée sur le travail». Dans le même temps, elle a créé des postes de travail adaptés et élaboré un programme de renforcement musculaire et d’endurance orienté sur le travail.
En 2001, elle a intensifié ses efforts dans le cadre de la réinsertion professionnelle des patients rencontrant des difficultés à trouver un employeur en raison d’un manque de qualifications ou de connaissances linguistiques lacunaires. A l’époque, une centaine d’accidentés était chaque année concernée. La Suva a alors engagé une coopération avec des agences de placement. Elle a en outre ouvert en 2002 un centre de jour dédié à la réadaptation professionnelle en vue de proposer des programmes d’amélioration de l’ergonomie non seulement aux patients de la région, mais aussi à ceux venus d’ailleurs en Suisse. En 2014, plus de 80 % des 9698 assurés gravement accidentés ont pu réintégrer le monde du travail.
Au début des années 2000, l’évolution de la médecine de réadaptation a conduit la clinique à envisager la réalisation de nouveaux travaux. Dans un premier temps, on a procédé entre 2003 et 2005 à une rénovation des deux bâtiments abritant des lits. L’un d’entre eux s’est en outre vu ajouter un étage.
Cet agrandissement n’a toutefois offert qu’un répit de courte durée à la Suva car, en 2010 déjà, il a fallu commencer à planifier de vastes travaux de transformation et de rénovation de la clinique. L’accord du Conseil d’administration a été obtenu en 2012, et l’autorisation de construction de la commune de Bellikon en 2013. Les travaux, qui ont nécessité un investissement total de quelque 300 millions de francs, ont débuté en 2014 pour s’achever au printemps 2018. Cela a non seulement permis de prendre en charge un plus grand nombre de patients transférés directement depuis les unités de soins intensifs des hôpitaux de soins aigus, mais aussi de moderniser les infrastructures dans les domaines du diagnostic, de la thérapie et de l’accueil du public. Au bas du site s’élève désormais un nouveau bâtiment plat de 147 m de long sur 48 m de large, qui abrite notamment une piscine et une salle de gymnastique. Outre la réadaptation classique, la clinique propose depuis 2013 des prestations spécialisées dans la médecine du sport et dans la réadaptation sportive. Elle est reconnue depuis 2014 comme une «Sport Medical Base» par Swiss Olympic.
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