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Le risque zéro n’existe pas
Tobias Imobersteg, Chexbres | Beznau est à l’arrêt forcé avec un redémarrage peut-être en 2017, Mühleberg sera définitivement arrêtée pour 2019, Gösgen a régulièrement des pannes mineures, ce qui cause des interruptions brusques d’approvisionnement en électricité. Et Leib-stadt se trouve être à l’aval de tous les dangers.
La centrale de Leibstadt
Située sur le Rhin, Leib-stadt est à 7 km à l’aval de la confluence des rivières qui proviennent directement du Schluchsee en Forêt Noire, barrage situé en zone sismique! En cas de rupture de barrage, ce serait une catastrophe monumentale au moins jusqu’à Bâle, située 40 km à l’aval de la centrale! La région du Schluchsee n’est heureusement pas aussi sismique que peut l’être Bâle. Le grand tremblement de terre de l’an 1356 est estimé à 6,9 sur l’échelle de Richter. Il concernerait aujourd’hui autant Leibstadt, que Fessenheim, que Beznau I+II et que Gösgen, tous situés dans un rayon de 40 km autour de Bâle. Avec, bien sûr, le barrage du Schluchsee en bonus! 6,9 est l’équivalent du tremblement de San Francisco en 1906. Allez chercher sur Google les images de San Francisco en 1906! Je me souviens qu’en 2004, un tremblement de terre de la force de 5,4 sur l’échelle de Richter avait secoué Waldkirch près de Fribourg en Brisgau. Fribourg est à 30 km du Schluchsee, qui lui-même est à 20 km de Leibstadt, qui est à moins 10 km de Beznau, qui est à 40~50 km de Bâle, les villes de Bâle et Fribourg en Brisgau étant à 60 km l’une de l’autre. À mi-chemin entre les deux villes se trouve la centrale nucléaire alsacienne au fil de l’eau de Fessenheim, doyenne des centrales nucléaires françaises, construite sur un sol en gravier particulièrement sensible en cas de tremblement de terre.
Pondérer le risque
Les opposants qui disent que l’initiative met en danger l’approvisionnement énergétique oublient, me semble-t-il, de pondérer les risques en présence. D’un côté, nous avons ces machines dangereuses et non fiables qu’il faut arrêter à la moindre pièce qui n’est pas assez étanche. Des anti-cathédrales avec un constant besoin de rénovation qui menacent la sécurité de l’approvisionnement. De facto, il y a toujours de nouveau une à deux centrales à l’arrêt forcé ces dernières années et le réseau électrique suisse a résisté à ces dérangements jusqu’ici. D’un autre côté, il est vrai que le risque de black-out à cause d’une surcharge du réseau électrique à l’importation existe. Ce risque est non négligeable. Les centrales nucléaires sont l’héritage du prestige technologique que portait le nucléaire jusque dans les années 70. La perfection et le risque zéro n’existent pas. Et pourtant, c’est exactement cela qu’exige le nucléaire: perfection ET risque zéro. N’y arrivant pas, le nucléaire a perdu son prestige. L’approvisionnement du réseau électrique, lui, n’exige pas de risque zéro. Fort heureusement. On survit à une coupure de courant. On ne survit pas à un accident nucléaire. La pondération du risque est donc largement en faveur d’un arrêt des centrales. Tandis que le black-out ou le rationnement de l’énergie électrique à cause d’un arrêt des centrales représente le moindre risque.
Et s’il vous plaît ne me ramenez pas l’argument des émissions de carbone. Oui, c’est important de réduire les émissions de carbone. Et le nucléaire est une mauvaise réponse à ce problème. L’existence des centrales à charbon est aussi problématique que celles à l’atome. Si elles existent encore, c’est le manque d’initiative politique, économique et civile de ces dernières décennies qui est à mettre en cause.