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Née en 1988 à Genève[1], elle tombe dans la grande marmite écologique très jeune pendant son enfance passée à Versoix, où son père, Sergio Mazzone, est conseiller municipal pour le Parti écologiste (Ge). Détentrice de la double nationalité suisse-italienne, elle est d’origine saint-galloise, sicilienne et romaine, de troisième génération sur le seuil helvétique, depuis que ses grands-parents italiens se sont installés à Genève pour travailler au CERN (physiciens-ingénieur et secrétaire).
Ses premiers pas en politique ? Elle les fait à l’âge de 18 ans en fondant le Parlement des Jeunes de Versoix puis en devenant membre du comité de la Fédération Suisse des Parlements des Jeunes (2007-2008). En 2008, elle entre au parti des Verts genevois et devient leur présidente de mars 2014 à mars 2016. Fervente adepte du vélo, elle est engagée au sein de l’association pro-vélo à Genève en tant que coordinatrice de 2010 à 2014.
” Les remarques sexistes et machistes que nous subissons, nous les femmes, sont toujours présentes sous la coupole fédérale “
Son parcours politique débute en 2011 lorsqu’elle accède au conseil municipal du Grand-Saconnex où elle siègera jusqu’en juin 2013. Elle obtient son Bachelor en Lettres (français et latin) à l’Université de Genève la même année. Elle décide ensuite de se consacrer pleinement à son domaine de prédilection, l’engagement politique et associatif. En fin d’année, elle accède au Grand Conseil genevois et, le 18 octobre 2015, elle est élue au Conseil national pour la 50e législature 2015-2019 [2]. A 27 ans, elle devient la plus jeune conseillère nationale et obtient le statut de “benjamine du parlement“.
A ce titre, elle a eu l’occasion de faire un discours inaugural de 10 minutes lors de sa première journée au Parlement, le 30 novembre dernier. Comme le veut la législation genevoise, elle a démissionné de son poste au Grand Conseil du canton de Genève suite à son élection. Son avenir est lancé !
Interview :
Rencontrée dans un café-librairie à Plainpalais, elle nous a accordé un peu de son temps pour nous parler de son parcours politique, des coulisses du Parlement et de la place des femmes dans la politique suisse.
Géraldine Riat : Comment avez-vous réussi à mobiliser votre électorat genevois ?
Lisa Mazzone : « Je me suis forgée une visibilité locale dans le cadre de mon engagement à PRO VELO [3], puis à la présidence des Verts genevois. J’ai fait campagne essentiellement sur le terrain, dans les rues genevoises et aussi via divers médias (Léman Bleu, Radio, RTS, Infrarouge, etc.). Je n’ai pas de mentor politique, mais j’ai des soutiens qui m’accompagnent et je travaille très étroitement avec le tissu associatif, » me dit-elle, avec son grand sourire si révélateur de son tempérament.
G.R : Vous n’êtes pas présente sur les réseaux sociaux, comment faites-vous au quotidien ?
L.M : « Je n’ai pas de temps à y consacrer. Une adresse-mail, un smartphone, les médias, etc. me permettent de m’informer de l’essentiel et de communiquer. »
G.R : Siéger au Conseil national, un rêve d’enfant ?
L.M : « Ce n’est pas un rêve d’enfant. C’est à la suite d’opportunités saisies que j’ai accédé à ce siège à Berne. Je n’avais pas planifié cette carrière politique, mais j’y ai tout de suite pris goût. Avec ma collègue Anne Mahrer [4] , nous avons gardé une bonne relation. »
G.R : 27 ans, conseillère nationale, bientôt conseillère fédérale ?
L.M : « Je n’aspire pas à devenir conseillère fédérale ! Le parti des Verts n’est pour l’heure pas une force politique suffisamment importante pour y siéger ; et je tiens à conserver la liberté de parole du parlement, qui permet de faire entendre des voix alternatives. »
Lisa Mazzone s’est ensuite exprimée sur le sexisme en politique. Le journal 24heures [5] a consacré un article à ce phénomène, en octobre dernier. Lisa Mazzone considère qu’il est insidieux et très présent en politique.
G.R : Le sexisme sous la coupole fédérale, vous en avez parlé lors d’une récente interview au journal 24 heures, quel est votre ressenti en tant que jeune élue parlementaire ?
L.M : « La place des femmes dans la politique suisse a bien évolué depuis une soixantaine d’année. En effet, les femmes ont acquis le droit de vote puis, en 1984, la première conseillère fédérale a été élue, Madame Elisabeth Kopp. Mais sur le fond, il reste encore de forts stéréotypes de genre. Les remarques sexistes et machistes que nous subissons, nous les femmes, sont toujours présentes sous la coupole fédérale ; des sous-entendus, des commentaires sur notre physique ou du mépris, font partis de notre quotidien.
G.R : Mathias Reynard est parfois critiqué au sujet de son piercing sur son arcade sourcilière, pensez-vous cependant qu’il subit moins de critiques de la part de ses confrères ?
L.M : « Quand j’en parle avec lui, j’ai l’impression que les choses ont été plus faciles pour lui. [5]. »
Le critère « jeunesse » n’est donc pas le premier facteur de discrimination sous la coupole, selon Lisa Mazzone, contrairement à celui du genre. Elle me révèle aussi que les femmes se remettent régulièrement en question dans leurs compétences ou leur charisme : « De par notre éducation, nous sommes aussi très exigeantes avec nous-mêmes. » Une erreur causée par une femme au Parlement est plus difficilement pardonnée et oubliée que la même erreur faite par un homme. Ce stéréotype (femme inférieure à l’homme dans ses compétences et ses chances) est encore très présent dans nos sociétés contemporaines. « La politique a évolué et notre façon de faire de la politique a changé. Il ne faut pas laisser passer de remarques désobligeantes à notre égard et se rappeler pourquoi on est là : nous avons été élues et choisies pour défendre un programme », conclut-elle.
Ensuite, Lisa Mazzone me parle de son engagement pour l’égalité homme-femme. La représentation des femmes au Parlement reste encore faible. Il n’y a jamais eu aussi peu de femmes au Conseil des Etats depuis 1991, avec seulement 7 femmes sur 46 conseillers, soit 15% de l’effectif [6].
Parenthèse historique :
Le droit de vote des femmes (en 1960 à Genève et en 1990 pour le dernier canton suisse Appenzell Rhodes-Intérieures par décision du Tribunal fédéral) signe une étape importante de l’émancipation des femmes. Ce combat a commencé à la fin du XIXe siècle avec les premiers mouvements féministes et une première pétition en 1886 pour revendiquer les droits des femmes. A partir de 1950, les premières femmes journalistes apparaissent au compte-goutte. Parfois chargées des commissions parlementaires du Grand Conseil genevois par exemple, elles devaient écrire des articles sur la politique suisse et défendre les différentes opinions sans pouvoir elles-mêmes voter.
Le Conseil fédéral est lui aussi majoritairement masculin jusqu’en 2011 où la majorité est devenue féminine [7] [8] avec quatre conseillères fédérales et trois conseillers fédéraux. Elle a duré environ un an, après l’élection de Simonetta Sommaruga (PS/ ZG) et avant la fin du mandat de Micheline Calmy-Rey (PS/GE). A la suite de l’élection du 9 décembre 2015, l’UDC, le premier parti suisse, a réussi à récupérer son 2ème siège au Conseil fédéral : Eveline Widmer-Schlumpf (PBD/GR) a été remplacée par Guy Parmelin (UDC/VD). L’UDC n’a proposé que des hommes comme candidats à cette élection. Depuis, le nombre de femmes est retombé à deux, comme au cours de la période 1999-2003.
Depuis les dernières élections fédérales, fin 2015, cette législature parlementaire compte 64 femmes sur ces 200 membres du Conseil National, soit 32% de l’effectif [9]. Ce taux a très peu augmenté en dix ans, à peine 2-3%. Les raisons qui en découlent sont notamment : les dynamiques internes des partis qui aboutissent à un manque de candidates sur les listes électorales, mais peut-être aussi la difficulté d’élire de nouvelles têtes, plus jeunes et moins connues dans cet univers souvent dur et sibyllin.
REMARQUE de Lisa Mazzone : « Les hommes non plus ne sont pas connus lorsqu’ils entament leur carrière. Personnellement, je ne pense pas que ce soit pour cette raison qu’il n’y a pas suffisamment de femmes au parlement. »
G.R : Quel est votre avis sur ce phénomène ?
L.M : « Il y a encore de gros progrès à faire et le système politique suisse se repose pour l’instant sur les partis, qui sont peu à se préoccuper de la représentation équilibrée des femmes et des hommes en politique. » Résultat, les femmes sont peu présentes dans les gouvernements et l’évolution est très lente et connaît malheureusement des régressions régulières. « Il faut montrer aux femmes qu’elles ont leur place en politique. »
G.R : Que pensez-vous d’un Conseil fédéral à 9 membres ?
L.M : « Ce serait une bonne chose pour améliorer la représentation des différentes régions du pays, y compris linguistiques. Ce projet agite la classe politique depuis des années. Nous n’avons plus eu de Conseiller fédéral tessinois depuis Flavio Cotti en 1999 ; il y en a eu très peu dans l’histoire. C’est aussi l’opportunité d’avoir une meilleure répartition des tâches fédérales, de plus en plus pesante pour chaque membre. »
Cependant, les opposants réfutent ces arguments en signalant divers problèmes : augmentation du coût financier engendré par ces deux nouveaux ministres, leur influence diminuerait, nul besoin de renforcer la diversité des cantons et le principe de collégialité [10] serait soumis à plus de pressions au sein du Conseil fédéral. En septembre dernier, le Conseil national a tranché en faveur du non, par 97 voix contre 88 et enterre cette réforme [11] qui aurait modifié la Constitution et le peuple aurait eu le dernier mot [12].
En définitif, il est toujours difficile de faire changer les lois et les mentalités en Suisse. Nos voisins européens pointent du doigt notre “lenteur” politique indétrônable. Avoir un système de démocratie semi-directe ne permet pas de trouver des solutions rapides aux problèmes récurrents des Suisses. À chaque nouvelle initiative, contre-projet, référendum, loi, nous repartons au combat ; un parcours souvent intensif et rude aux multiples obstacles. L’égalité homme-femme est un dessein séculaire rencontré dans tous les domaines et pas seulement dans celui de la politique.
Lisa Mazzone termine en parlant de sa vision d’avenir : « Notre génération n’a pas connu la même réalité que nos parents, il s’agit désormais de faire bouger le cadre pour permettre à d’autres modèles de fonctionner, notamment dans la politique familiale et professionnelle. Les femmes ont leur place dans les sphères décisionnelles, tout comme les hommes ont leur place dans le foyer ! »