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Parmi les personnes qui ont permis au cinéma de devenir ce qu’il est de nos jours, c’est en partie grâce à Georges Méliès ! Il fût réalisateur, producteur, acteur, décorateur, responsable des effets spéciaux, scénariste, souvent dans tous ses films. Les fictions au lieu des documentaires, les trucages et effets spéciaux, la multiplicité des plans, les storyboards, des sous-genres du cinéma comme le premier film d’horreur ou de science-fiction, tout cela est l’œuvre de Georges Méliès.
Il me semblait important de lui rendre hommage pour ma première chronique sur un réalisateur, car si Georges Méliès est plus ou moins méconnu, il est unanimement reconnu de nos jours pour avoir jeté les bases de ce qui allait être le cinéma moderne.
Biographie
Pour la majorité des personnes, les inventeurs du cinéma sont les frères Lumière. A l’époque, il y a plusieurs pionniers et avancées techniques, comme l’invention du celluloïd en 1888 par John Carbutt ou le kinétographe de Thomas Edison en 1891.
Les frères Lumière inventent le cinématographe en 1895, une version améliorée du kinétographe, et le 28 décembre 1895, ils organisent la première projection de films payante, qui marque la « naissance » du cinéma.
Lors d’une des premières projections, un certain Georges Méliès est dans le public, fasciné par ce qu’il vient de voir. Il proposera aux frères Lumière de racheter le brevet du cinématographe, qu’ils refuseront poliment. Mais Georges Méliès n’est pas homme à se laisser abattre. Il se tourne vers d’autres pionniers et achète un Theatographe (« projecteur » inventé par son ami anglais Robert W. Paul) le procédé isolatographe des frères Isola et un stock de bobines Eastman. Il bricole également quelques machines de son invention, dont une pour faire des rangées de perforations rectangulaires sur les bords de la pellicule (qui lui causeront bien des problèmes plus tard). Dès lors, Georges Méliès est paré pour faire des films. Mais au fait, qui est Georges Méliès ?
Né à Paris en 1861 à Paris, Georges est le benjamin d’une fratrie de 4 enfants, dans une famille relativement aisée. Doué pour le dessin, il veut devenir peintre, mais son père l’oblige à travailler dans son entreprise (fabrique de chaussures de luxe). Assurant l’entretien des machines, il apprendra la mécanique (ce qui s’avérera très utile par la suite) puis, afin de perfectionner son anglais, son père l’envoie à Londres. C’est là-bas qu’il va découvrir la prestidigitation. C’est sa vocation, il apprend la prestidigitation auprès d’un illusionniste, David Devant. N’ayant pas d’argent, mais des compétences certaines en dessin, Devant le forme et, en échange, Méliès lui réalise ses décors.
De retour en France en 1885, il se marie avec Eugénie Genin, avec qui il aura 2 enfants, Georgette (née en 1888) et André (né en 1901). Il commence à donner des spectacles de magie dans des galeries et brasserie et, en 1888, il vend ses parts dans la société familiale à un de ses frères. Avec l’argent récolté, et la dot de sa femme, il achète le théâtre Robert-Houdin et du matériel comprenant notamment des automates. Dès lors, ses spectacles de « grandes illusions », souvent en compagnie d’autres magiciens, son sens du spectacle, ses automates plus vrais que nature et son esprit inventif lui attirent rapidement le succès. Il fondera l’Académie de Prestidigitation (renommée Chambre syndicale de la prestidigitation en 1904), qui permettra aux illusionnistes d’avoir un meilleur statut, et qu’il présidera pendant une trentaine d’années.
Comme dit en préambule, Méliès assiste à l’une des premières projections des frères Lumière. Il est fasciné par ce nouveau support et, en homme de spectacle avisé, voit tout de suite le potentiel de faire lui aussi des projections de films dans son théâtre. Il fonde sa « société de production » (en réalité, une marque déposée), au nom prémonitoire de Star Film. Son premier film, Une partie de cartes, est diffusé en avril 1896. Ses premiers films sont largement inspirés des frères Lumière, avant tout pour acquérir de l’expérience.
Mais, assez rapidement, entre sa carrière d’illusionniste, son imagination débordante, ses compétences en mécanique et en dessin, Méliès a une autre vision du cinéma. Les petites scènes de la vie quotidienne (qui donneront naissance aux documentaires), très peu pour lui, il laisse cela aux frères Lumière. Méliès voit dans le cinéma le moyen de faire des fictions, raconter des histoires de manière spectaculaire, de provoquer des émotions, de divertir. En bref, le cinéma comme il existe aujourd’hui !
Dès 1896, il utilise le trucage de « l’arrêt caméra » dans Escamotage d’une dame au théâtre. Ce procédé tout simple, qui consiste à faire apparaître ou disparaître une personne ou un objet grâce à l’arrêt de la caméra, sera sa marque de fabrique durant de nombreuses années.
Ce sera le début du succès dans le cinéma. Afin de pouvoir donner libre court à son imagination et son goût de la mise en scène, Méliès en profite pour créer un des premiers studios de cinéma au monde, en 1897. Une bâtisse d’environ 20 mètres sur 60, sorte de serre faite de métal et de verre, pour laisser passer la lumière. Presque tous ces films seront dès lors tournés à cet endroit.
Dès lors, son studio lui permettra de réaliser énormément de films (plus de 500 en 17 ans !). Les films de Méliès sont des fictions, avec un univers assez particulier, faisant la part belle à la fantaisie, la féérie, le monde des rêves, l’imagination. Sans oublier un sens de la mise en scène incroyable pour l’époque, avec des films très longs (jusqu’à 30 minutes !), comprenant de multiples plans et effets spéciaux.
Ses films demandant une grosse logistique et préparation, Georges préparera ses films en dessinant les scènes qu’il allait tourner. Oui, c’est Georges Méliès qui a inventé les storyboards (qu’il appelait scénarimage) ! Mais Georges Méliès ne s’est pas arrêté à cela, il a notamment créé de nouveaux genres de cinéma, parmi lesquels :
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Le premier film d’horreur (Le manoir du diable (1896), même si très peu effrayant)
- Le premier film politique (L’affaire Dreyfuss (1899))
- Le premier film de science-fiction (Le voyage dans la Lune (1902))
- Le premier blockbuster de l’histoire (Le voyage dans la Lune (1902))
Quant aux effets spéciaux, on peut notamment citer :
- Le zoom (Le voyage dans la Lune (1902))
- La surimpression (Barbe-bleue (1901))
- Les fondus enchaînés (Le voyage dans la Lune (1902))
- Le travelling (L’homme à la tête en caoutchouc (1901))
Sinon, même si il n’en a pas la paternité, c’est lui qui a popularisé l’arrêt caméra, la fausse perspective, les décors en trompe l’œil et, la colorisation des films. A l’époque, la couleur n’existait pas, alors pour coloriser des films, il fallait les peindre à la main !
Ses films les plus importants existeront ainsi en 2 versions, noir/blanc et couleur, comme Le voyage dans la Lune (chroniqué sur le site).
Néanmoins, sa carrière dans le cinéma va s’arrêter de manière assez triste. Si ces films rencontraient un grand succès et Le voyage dans la Lune est considéré comme le premier blockbuster de l’histoire, Méliès vendit ses films, notamment à des studios américains, qui lui achèterent des copies, mais s’empressèrent de faire des copies pirates et de les exploiter sans que Méliès n’en perçoive un centime ! Son frère Gaston, installé aux Etats-Unis, tentera bien de contrôler et protéger ses droits mais, de manière limitée, car le copyright n’existe pas encore !
Le copyright n’existe pas encore, mais les brevets oui. Vous vous rappelez des perforations rectangulaires sur les bords de la pellicule que Méliès appliquait à ses films (et qui sont encore utilisées de nos jours) ? Méliès commis l’imprudence d’employer ce format pour que ses films puissent être diffusés sur de nombreux écrans.
Mais l’inventeur de ces perforations, un certain Thomas Edison, possède un brevet international pour son invention, et ne va pas se priver d’intenter un procès à Méliès pour contrefaçon ! Un Thomas Edison, qui s’il fut un inventeur génial dans de nombreux domaines, était dénué de scrupules, car non content d’intenter un procès à Méliès, fit lui-même des copies des films de Méliès pour les revendre à son propre profit (en guise de dommages et intérêts) !!!
Comme si les problèmes de copyright et des procès pour contrefaçons ne suffisaient pas, dès les années 1910, son cinéma « artisanal » ne peut plus faire face. Ses derniers films ne rencontrent pas le succès escompté face à la concurrence des jeunes cinéastes et à leur modernité. La Star film n’étant pas une société de production, mais une marque déposée, Méliès a toujours investi ses fonds propres et sa situation financière est devenue critique.
En 1913, il tourne son dernier film Le Voyage de la famille Bourrichon, il ferme son studio, sa femme décède, et Méliès se retrouve seul avec ses 2 enfants.
Suite à cela, son théâtre sera fermé pour cause de première guerre mondiale. Il survivra grâce à la diffusion de ces films aux Etats-Unis puis, dès 1917 à des spectacles mêlant théâtre, chant et magie montés dans son deuxième studio (qui servait surtout de dépôt) jusqu’en 1923.
Croulant sous les dettes, il doit vendre sa propriété, et son théâtre est démoli. Quant à ses films, ils furent confisqués et vendus, soit pour en extraire l’argent, soit utilisé pour faire les talonnettes de chaussures pour l’armée ! Et Méliès lui-même, dans un accès de rage, brûla une partie de ses films. Pour l’anecdote, c’est grâce aux copies pirates de ses films que la majeure partie de ces films ont pu être préservés ou restaurés.
En 1925, Georges Méliès se remariera avec Jeanne d’Alcy, qui fut une des actrices principales de nombreux films de Méliès. Avec elle, il tiendra une boutique vendant des jouets et sucreries à la gare Montparnasse à Paris jusqu’en 1932 et mourra en 1938 quasiment dans l’oubli.
Enfin, pas tout à fait dans l’oubli. Bien qu’oublié pendant près de 15 ans, Léon Druhot (directeur du Ciné-Journal) le rencontre par hasard. Il le croyait mort, mais va se battre pour monter un grand gala en son honneur le 16 décembre 1929. En mars 1931, Méliès est reconnu par la profession comme « l’un des 2 pilliers du cinéma français » avec Louis Lumière, et le 22 octobre 1931, il reçoit la Légion d’honneur lors d’un banquet de 800 personnes, parrainé par Louis Lumière. Georges Méliès fut particulièrement ému paraît-il.
La boutique de jouets et sucrerie n’étant plus rentable, sa Légion d’honneur lui apportant un maigre pécule et la Mutuelle du cinéma lui ayant offert un appartement au Château d’Orly, il s’y installa en 1932 pour y passer les dernières années de sa vie, avec parfois des visites de journalistes et admirateurs.
Mais, hormis ces 2 éclats en 1929 et 1931, Méliès mourra dans un quasi-oubli. Il faudra attendre les années 70 pour que des chercheurs s’intéressent de nouveau à son oeuvre. Un long travail de recherche sera entrepris, de même qu’un travail de restauration. Rappellons que son dernier film a 106 ans !!!
Si Georges Méliès a jeté les bases de ce qu’allait devenir le cinéma moderne, il a également inspiré une quantité de réalisateurs de tous horizons. Des artistes contemporains lui rendent hommage. On peut notamment citer Queen avec le clip Heaven for Everyone (qui reprend des extraits des films de Méliès, particulièrement le Voyage dans la Lune) ou Smashing pumpkins avec Tonight, tonight (réalisé comme un film de Méliès).
Mais le plus bel hommage est probablement le film Hugo Carbret (2011) de Martin Scorsese. Même si il prend quelques libertés (on ne parle pas de sa première femme, ses enfants ou son frère), le film est assez fidèle et Georges Méliès est parfaitement interprété par Ben Kingsley.
Enfin, pour terminer, en mars 2019, l’arrière-petite fille de Georges Méliès avait lancé un financement participatif pour la rénovation de sa tombe, qui est en très mauvais état. L’état français estime que c’est aux familles d’assurer l’entretien, et n’ont rien versé. Pas de soutien non plus de l’institut Lumière ou de Pathé-Gaumont.
Comme les frais sont élevés, la famille a recouru a se système afin de pouvoir réunir les 36000 € nécessaires. A fin avril 2019, le financement participatif a généré 42’568 €. Cela permettra non seulement de restaurer sa tombe, mais également d’en assurer l’entretien pendant 12 ans ! Les travaux commenceront en juillet 2019 et doivent s’achever en 2020, où on pourra de nouveau admirer sa tombe restaurée au père Lachaise (Paris).
Filmographie (sélective)
Film Anecdote
Escamotage d’une dame au théâtre Robert-Houdin (1896) Trucage de l’arrêt-caméra
Le Manoir du diable (1896) Premier film d’horreur
L’auberge ensorcelée (1897) Premier film « comique » de Méliès
Un homme de têtes (1898) Trucage dit de la « réserve au noir »
Cendrillon (1899) Premier film considéré comme une féérie
L’affaire Dreyfuss (1899) Premier film politique
Cléopâtre (1899) Interprétée par Jeanne d’Alcy, sa 2e épouse
L’homme à la tête en caoutchouc (1901) Arrêt image, surimpression et travelling
Barbe bleue (1901) L’adaptation du conte
Le voyage de Gulliver à Lilliput chez les géants (1902) Fausse perspective et surimpression
Le voyage dans la Lune (1902) Premier film de science-fiction
Premier blockbuster de l’histoire du cinéma
Le royaume des fées (1903) Un de ses plus beaux films
L’auberge du bon repos (1903) Un film comique plein de trucages
Le Juif errant (1904) Film avec notamment Jésus en surimpression
Le voyage à travers l’impossible (1904) Un de ses films les plus ambitieux (24 minutes)
Le palais des mille et une nuits (1905) Inspirée d’Aladdin et la lampe mystérieuse
Vingt mille lieues sous les mers (1907) Adaptation du roman de Jules Verne
Les aventures du baron de Münchhausen (1911) Peut-être son film le plus onirique
A la conquête du Pôle (1912) Son film le plus long (33 minutes !)
Le chevalier des neiges (1912) Film de Star Film, mais édité par Pathé
Cendrillon ou la Pantoufle mystérieuse (1912) « Remake » du Cendrillon de 1899, 4x plus long
Le voyage de la famille Bourrichon (1913) Son dernier film :-(((
Hidalgo