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Grichka Bogdanov: «On parle moins des autres frères et sœurs»
ARCHIVES. C'était en septembre 2015: Grichka Bogdanov répondait aux questions de Bluewin. Grichka et Igor Bogdanov sont les vulgarisateurs scientifiques les plus connus du paysage audiovisuel. Leurs émissions de science-fiction ont marqué les années 1980.
Mais que sait-on sur les origines familiales de ces jumeaux inséparables? Que connaît-on de leur enfance et de leurs débuts à la télévision? Des premiers pas au château au lancement de leur émission emblématique, en passant par l’éducation stricte en internat et les relations avec Igor, Grichka se confie sans retenue.
Votre mère était issue d’une famille aristocratique autrichienne, tandis que votre père était un artiste russe. Légende ou réalité?
(Rires) Excellent! Il y a plus de réalité, dans votre phrase, que de légende. Il y a un peu de légende, comme toujours autour d’Igor et moi, mais l’essentiel est vrai!
Pouvez-vous nous en dire plus?
Côté maternel, notre grand-mère était issue d’une famille princière, fondatrice de l’empire austro-hongrois. Il y a des choses étonnantes dans notre famille: l’un de nos ancêtres, le prince de Colloredo-Mannsfeld, souverain de Salzbourg, a découvert Mozart, et il l’a élevé, dans la grande tradition du XVIIIe siècle. Il a accueilli toute la famille de Mozart, et décelé chez ce dernier des dons musicaux d’exception. Il lui a donné l’opportunité d’exploiter ses dons.
«La gémellité crée une grande proximité»
Et du côté de votre père?
Notre père était également issu d’une famille princière, fondatrice de la Russie, et en particulier d’une petite province, la Bogdanovie, à l’origine de notre nom. Il a dû quitter la Russie, à la suite de la Révolution et de la guerre. A l’âge de 10 ans, il a été confié à des soldats espagnols… Toute une épopée! En 1943, il a été recueilli par le prince Bagration, roi de Géorgie en exil, et a ainsi grandi en Espagne. Il a vécu à Madrid jusqu’à ses 20 ans.
Vos origines sont très romanesques…
Oui! Nos origines, en soi, c’est déjà un roman complet!
Où avez-vous grandi, votre frère et vous?
Nous sommes nés dans le Gers, à Saint-Lary (en 1949, ndlr). En arrivant d’Autriche, notre grand-mère maternelle avait acheté un château dans ce village de Gascogne. Nous sommes nés dans les murs de ce château! Ma grand-mère et ma mère vivaient là pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’elles ont sauvé une cinquantaine de Juifs. Ma grand-mère, qui était une personne très charismatique, ne tolérait pas que les nazis puissent persécuter d’autres hommes, elle a donc caché plusieurs familles juives au dernier étage du château ou dans les dépendances. C’est un acte de bravoure dont nous sommes très fiers, Igor et moi! Elle a risqué sa vie… Deux fois, elle a été dénoncée aux SS. La Gestapo a débarqué chez elle et a fouillé partout. Heureusement, elle a réussi à exfiltrer et à dissimuler les Juifs qui avaient trouvé refuge au château.
«Nous sommes très proches les uns des autres»
Comment vos parents se sont-ils rencontrés?
Mon père a étudié les beaux-arts à Madrid, puis à Paris. Imaginez! Le voilà à Saint-Germain-des-Prés, découvrant la vie culturelle et artistique de l’époque. Un prince autrichien l’a présenté à ma mère. Cela a été une rencontre foudroyante. Ils se sont mariés et ont eu des enfants. Igor et moi sommes les aînés. Ont suivi trois filles et un garçon. On parle moins des autres frères et sœurs, ils ne sont pas médiatisés, mais nous sommes très proches les uns des autres et nous nous retrouvons chaque été dans le château de Gascogne.
Qui était votre père?
Notre père était un artiste peintre qui avait une vision du monde très colorée, empreinte du romantisme russe. Il était aussi un redoutable joueur d’échecs.
«Le fait d’être deux et d’être passionnés ne nous a pas isolés du tout»
Comment avez-vous vécu votre gémellité, avec Igor?
La gémellité crée une grande proximité. Nous avons grandi dans un cadre très stimulant, au château, entouré de bibliothèques. Toutes ces enfilades de livres, cela provoque un choc chez un enfant, a fortiori quand on est deux! Dès l’âge de 5 ans, nous observions les étoiles, la lune, les planètes, grâce à une lunette astronomique. Notre grand-mère nous emmenait faire des promenades nocturnes, de 3 heures à 7 heures du matin, pour découvrir les constellations et voir le lever du soleil. Tout cela nous a marqués à jamais et a fait jaillir en nous la passion pour l’exploration, l’espace, le temps qui passe…
A la maison, quelles langues parliez-vous?
Notre grand-mère parlait parfaitement douze langues, notre mère, six. Plus modestement, j’en parle quatre: le français, l’anglais, l’allemand et le russe. Et un peu l’italien et l’espagnol.
Comment les autres enfants vous considéraient-ils?
Le fait d’être deux et d’être passionnés ne nous a pas isolés du tout. Au contraire! Nous étions des leaders. On mobilisait, on créait des événements, on jouait des pièces de théâtre au château, entourés de nos camarades du village. Le château était un espace de jeu fascinant, dont on explorait les moindres recoins.
Vous avez décroché votre baccalauréat peu avant l’âge de 15 ans. Comment expliquez-vous votre grande précocité?
Nous ne sommes pas allés à l’école tout de suite. Nous avons été éduqués par des précepteurs, qui donnaient les cours à domicile. C’est précieux, car cela nous a permis d’avancer vite. La socialisation ne nous a pas manqué, nous étions toujours en contact avec nos camarades. A l’âge de 11 ans, nous avons eu la possibilité d’aller à l’école militaire de Sorèze, une prestigieuse école gérée par des Dominicains. On portait un costume militaire, on faisait des défilés, on marchait au pas (rires). C’était un internat, dans la montagne Noire.
Etait-ce difficile d’aller à l’internat, aussi jeunes?
Nous en avons gardé de magnifiques souvenirs. Nous en avons retenu une devise que nous appliquons toujours dans notre quotidien: «Je ne cherche pas à convaincre de l’erreur mon adversaire, mais à me rapprocher de lui dans une vérité plus haute.» Cette pensée du père Lacordaire figure sur le frontispice, gravée dans la pierre. On a fréquenté aussi l’école Sainte-Ursule, à Auch. Ces lieux vénérables véhiculent de grandes ambitions en termes d’éducation et de transmission du savoir. Cela nous a ouvert l’esprit, notamment pour les sciences pures. On y a rencontré des professeurs mathématiciens généreux et stimulants.
Que s’est-il passé, une fois votre baccalauréat en poche?
Nous avons écrit notre premier livre, nous avions alors 16 ans. Ensuite, nous avons voyagé dans notre famille d’Europe centrale, à Prague et à Vienne. Deux ans plus tard, à l’âge de 18 ans, nous sommes montés à Paris. J’ai choisi de passer le concours de Sciences po, dont je suis sorti diplômé en 1974. Igor s’est inscrit à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
«Dès le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur le plateau du journal télévisé...»
A cette époque, rien ne semblait vous prédestiner à la télévision…
A la fin de nos études, arrivés au seuil du doctorat, nous avons soudain débuté l’émission «Temps X», le 21 avril 1979, sur TF1. Nous avons été pris de court. A 29 ans, nous étions en train de préparer notre thèse, et pensions la soutenir. Finalement, nous avons suspendu nos études. «Temps X» a pris le dessus sur tout le reste! Cela a duré presque 10 ans.
Comment TF1 vous a-t-elle repérés?
En 1976, nous souhaitions parler de notre livre, «Clefs pour la science-fiction», à la télévision. Pleins d’audace, nous avons frappé à la porte d’Yves Mourousi, le présentateur vedette du journal télévisé. On a débarqué dans son bureau sans invitation. Intrigué par ces deux personnages assez gonflés (rires), il nous a demandé si nous étions libres le lendemain. Et dès le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur le plateau du journal télévisé de 13 heures. Il faut imaginer l’impact de ce journal à l’époque. Cela a été un véritable tremplin. Notre carrière a été lancée… La suite, vous la connaissez!
Retrouvez Grichka et Igor Bogdanov en librairie: «3 minutes pour comprendre la grande théorie du Big Bang» («Courrier du livre»).Retour à la page d'accueil