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La profession de médecin s'est ouverte. Aux femmes, aux représentants de minorités sociales, mais pas aux pauvres, comme le montrent trois chercheurs de l'University College de Londres et de l'Université de Bristol (BMJ 2004 ; 328 : 1545-6). Les auteurs proposent un nouvel indicateur statistique pour mesurer la représentativité du corps médical et son évolution, sur la base de données facilement accessibles.Le «taux d'admission normalisé» est défini comme le quotient de la proportion de personnes admises aux études de médecine appartenant à un sous-groupe donné de la population, par la proportion de ce sous-groupe dans la population. Si le taux d'admission normalisé vaut 1, le sous-groupe est représenté de façon proportionnelle. Au-dessus, il est surreprésenté ; au-dessous sous-représenté.Le nouvel indice, aussi simple soit-il, se révèle d'emblée révélateur. Il met en évidence de vertigineuses inégalités d'accès à la médecine selon la classe sociale en Grande-Bretagne. Les taux d'admission normalisés varient d'un facteur cent entre extrêmes, ce qui oblige les auteurs à utiliser une échelle logarithmique pour représenter sur un même graphique l'évolution des taux d'admission normalisés des différentes couches sociales. Le graphique en question montre par ailleurs que la non-représentativité se perpétue avec une constance têtue dans l'intervalle 1996-2000.Des expériences récentes laissent penser que le déséquilibre universitaire n'est pas uniquement dû à des différences dans la formation scolaire initiale. Des facteurs culturels et identitaires influencent lourdement les choix des futurs étudiants. Pour en avoir le cur net, les mêmes chercheurs britanniques ont réuni 68 jeunes de 14 à 16 ans, recrutés dans six écoles secondaires de Londres, issus de milieux variés (BMJ 2004 ; 328 : 1541-4). Ils ont évalué leur perception des études de médecine dans le cadre de groupes de discussion.Résultats : les différences de perception sont peu marquées selon le sexe et l'origine, mais profondes selon le milieu social. Les étudiants de groupes socio-économiques modestes sous-estiment leurs chances de réussite et voient l'étudiant en médecine comme une sorte d'extraterrestre. Les coûts des études sont dissuasifs. Ils ont de la médecine une image stéréotypée : très lucrative au prix d'un sacrifice personnel massif. Les étudiants de milieux favorisés considèrent pour leur part les études de médecine comme accessibles et la profession susceptible de leur apporter d'importantes satisfactions intrinsèques.Reste à savoir si la représentativité est souhaitable. Deux responsables de l'Hôpital St-George de Londres plaident en sa faveur (BMJ 2004 ; 328 : 1508-9). Ils remarquent que les secteurs de la société les moins représentés dans la profession médicale sont précisément ceux qui ont les besoins médicaux les plus importants. Si le système de santé veut «comprendre et servir la communauté», écrivent-ils, la composition de ses équipes doit refléter celle de cette même communauté.