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Poète et révolutionnaire, Benjamin Péret est resté l’un des membres les plus méconnus du groupe surréaliste. Une nouvelle biographie met en avant la radicalité et la cohérence de son parcours, tandis qu’un livre de photographies rappelle son attrait pour le sens du merveilleux développé par les « arts primitifs et populaires ».
À l’heure où le surréalisme figure en bonne place dans tous les manuels d’histoire de l’art, la trajectoire de Benjamin Péret (1899-1959), qui en fut pourtant avec André Breton l’une des principales figures, est restée durablement occultée, peut-être en raison de la radicalité irrécupérable de sa révolte contre l’ordre établi. C’est cette injustice que souhaite réparer Barthélémy Schwartz, en montrant dans Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisme la constance avec laquelle il a mené sa double vie de poète et de révolutionnaire, quitte à en payer le prix d’un certain isolement et d’une dèche persistante. Au sortir de la Première Guerre mondiale, attiré à Paris par les provocations de Dada et l’envie d’en découdre avec les curés et les militaires qui ont pourri sa jeunesse, Péret rejoint rapidement le groupe surréaliste, convaincu des vertus de l’écriture automatique comme moyen de « désinhiber la pensée et de contourner les contraintes sociales qui interdisaient l’appropriation libre, et par tous, des ressources inexplorées du langage ». S’il partage également l’engagement révolutionnaire professé par les surréalistes et s’encarte même brièvement au Parti communiste, il prend rapidement conscience de la nocivité du stalinisme et finit par rejoindre l’opposition de gauche, alors que la majorité du groupe surréaliste y croit encore et tente, sans grand succès, d’« infléchir la politique culturelle » du PC sans se permettre de le critiquer quant au reste. Péret sera également le seul à montrer de la suite dans les idées en 1936, partant défendre la révolution espagnole aux côtés du POUM et des milices anarchistes : dans ses lettres à Breton, il décrit alors la beauté de Barcelone insurgée – « émaillée de barricades, décorée d’églises incendiées dont il ne reste plus que les quatre murs » – qui le fait exulter, mais demande aussi à son ami, bien plus prosaïquement, s’il pourrait se charger de « vendre des objets d’église anciens en métaux précieux (au bénéfice de la révolution, c’est évident !) ».
Des vies parallèles
Si Benjamin Péret maintient tout au long de sa vie une cloison étanche entre ses « vies parallèles » de militant révolutionnaire et de poète surréaliste, défendant une autonomie de la poésie contre tous les embrigadements (dont les stalinisés Aragon et Éluard fourniront de piteux exemples, éreintés par Péret dans Le déshonneur des poètes), ses écrits n’en restent pas moins empreints d’une rage contre les possédant·e·s qui s’exprime par un humour féroce, une belle « insolence de classe » et un large usage du langage populaire. L’argot lui semble en effet exprimer « une réappropriation poétique et sauvage du langage, en même temps [que] l’affirmation d’une distance hostile vis-à vis des classes dominantes et de l’autorité ». Cet intérêt pour la « force subversive des cultures marginalisées » et pour leur sens du merveilleux est également à l’origine de la recherche poético-ethnographique menée par Péret dans les années 1950 au Brésil, dont témoigne une série de photographies inédites récemment publiée sous le titre Les arts primitifs et populaires du Brésil, qu’accompagne la reproduction de plusieurs articles publiés à l’époque dans des revues. Les statuettes, masques et autres costumes photographiés par Péret lui semblent révéler « une désaffection sans doute inconsciente des formes religieuses traditionnelles », mais aussi prouver la valeur du « regard de plus en plus passionné » que jette autour de lui l’artiste populaire. Tout en notant que cette production artisanale est menacée par « l’industrie dont le développement rapide ne peut que conduire à son extinction », Péret semble y retrouver avec bonheur son idéal d’une poésie authentique, celle dont « s’échappe un souffle de liberté entière et agissante, même si cette liberté n’est pas évoquée sous son aspect politique ou social, et, par là, contribue à la libération effective de l’homme ».
Gabriel Sidler
À lire : – Barthélémy Schwartz, Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisme, Paris, Libertalia, 2016. – Benjamin Péret, Les arts primitifs et populaires du Brésil, Saint-Loup-de-Naud, Éditions du Sandre, 2017.
Pour plus d’informations : www.benjamin-peret.org/