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La naissance d’une discipline académique, la police scientifique, avec la photographie judiciaire comme spécialité essentielle, constitue un événement et son développement bénéficiera d’un retentissement international. Rodolphe Archibald Reiss (1875 – 1929) s’appuie sur un mouvement qui fait fureur à la fin du XIXe siècle; mouvement qui part de l’observation de traces, de détails, dont l’interprétation donne des clés à la connaissance d’un environnement et des actions qui s’y sont déroulées, en particulier lors de la commission d’un crime. Prenant son origine dans l’art du chasseur de décrypter les traces du gibier (ou de ses ennemis), ce mouvement perçoit, dans la connaissance des traces, les signes ou les symptômes d’une réalité à découvrir et à comprendre. Le personnage de roman Sherlock Holmes en est la figure populaire la plus visible.
Reconnaissant les influences de Gross en Autriche, Bertillon en France, Dennstedt, Schöpff et Ieserich en Allemagne, Reiss réussira à convaincre l’Université de Lausanne et les autorités vaudoises de créer, dès 1901, un cours de photographie scientifique en Faculté des sciences, puis un cours spécial de photographie judiciaire et du système signalétique de Bertillon destiné aux étudiants en droit. Cet enseignement sera consacré par l’attribution du titre de professeur extraordinaire de photographie scientifique avec applications aux recherches judiciaires au professeur Reiss et la création en 1909 de l’Institut de police scientifique (IPS) par décision du Grand Conseil du canton de Vaud. La création d’un nouveau titre universitaire (Diplôme de police scientifique) découle naturellement de cette décision et consacrera la création de cette nouvelle discipline sur le plan académique.
Le « théâtre du crime » est une manière imagée de concevoir la scène où s’est déroulée l’action criminelle, ou accidentelle selon les mots mêmes de Reiss. Qu’il y ait eu mise en scène ou improvisation, l’intervention technique et scientifique aborde une scène où l’action s’est déroulée et où seul le résultat est visible. La photographie permet de fixer fidèlement l’état des lieux au moment de l’intervention. « Elle sera un document indiscutable pris automatiquement et reproduisant fidèlement les faits […]. Elle constituera […] une sorte de mémoire artificielle du magistrat instructeur. Et celui - ci a souvent besoin de cette mémoire artificielle et infaillible […] ».
Une approche quasi clinique de la scène, allant du général au particulier, avec la volonté de la documenter telle qu’elle a été découverte, est perceptible grâce à ce regard qui fixe avec acuité la mise en scène, et par lequel l’auteur reste conscient des difficultés qu’il peut y avoir dans l’interprétation d’images à la limite de l’art et de la science.
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Auteurs :
Christophe Champod est professeur de sciences forensiques à l'Ecole des sciences criminelles de la faculté de Droit de l'Université de Lausanne. Dès 1990, il se spécialise sur les questions d'identification. Ses intérêts vont tant aux techniques de détention des traces qu'aux problématiques statistiques associées à l'expertise. Membre de plusieurs sociétés savantes, il participe à l'activité éditoriale de plusieurs journaux forensiques tout en maintenant une activité d'expert judiciaire notamment dans les domaines des traces de semelles.