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Les Sédunois savent bien où se trouve la Préfecture, cette belle maison classique qui ferme une petite place ouverte sur le début de la Rue de Lausanne. Ils savent aussi qu'ils ont un préfet, mais que celui-ci n'a ni logement, ni bureau à l a Préfecture. Voilà qui semble curieux, pour ne pas dire contradictoire !
Il faut donc remonter un peu dans le temps pour découvrir que la maison en question a servi de résidence aux préfets, non pas de district, mais du Valais tout entier, lorsque celui-ci eut, de 1810 à 1813, le statut de Département du Simplon. Et pour comprendre comment cette maison de Kalbermatten en est venue à abriter les préfets de l'Empire français, il faut se rappeler que sous l'Ancien Régime déjà, un "résident" représentait le roi de France à Sion. Il habitait juste à côté de l'Hôtel de ville, de l'autre côté de l'actuelle rue des Châteaux, et sa présence était un gage des bonnes relations du Valais avec la France. Les Valaisans garantissaient le passage des Alpes par le Grand Saint-Bernard et le Simplon, le roi de France versait une pension et enrôlait des soldats valaisans dans ses armées.
Au début du XIXe sièce, le premier consul Napoléon Bonaparte préside aux destinées de l'Italie du Nord devenue république. Les passage des Alpes doit plus que jamais être garanti. Tandis que la construction de la route du Simplon se poursuit, Bonaparte nomme le 28 novembre 1803 un "chargé d'affaires" auprès de la République du Valais en la personne de François-René de Chateaubriand, auteur déjà célèbre. La ville de Sion entend accueillir dig
neme
nt l'éminent personnage puisque, le 10 janvier 1804, le conseiller Louis de Kalbermatten s'offre à mettre à sa disposition la plus grande partie de sa maison. Châteaubriand renonce pourtant à s'installer en Valais, la perspective d'une vie somme toute très retirée s'ajoute au scandale de l'assassinat du duc d'Enghien et il démissionne avant même d'avoir pris ses fonctions.
Le 31 juillet 1804, Joseph Eschassériaux arrive comme résident de France en Valais pour deux ans. La construction de la route du Simplon s'achève en 1805-1806 et un nouveau résident s'installe, Claude-Joseph-Parfait Derville-Maléchard. En novembre 1810, le général César Berthier est chargé d'annexer le Valais à la France. Les troupes d'occupation, venues du Piémont, s'installent à Sion le 14 novembre 1810 pendant une dizaine de jours, le temps pour les Valaisans de prêter serment de fidélité à l'empereur. Le 25 février 1811, Derville-Maléchard devient le premier préfet du département du Simplon et sa résidence, la Maison de Kalbermatten, devient ainsi la "Préfecture". En mars 1813, un nouveau préfet, Claude Philibert Barthelot de Rambuteau, arrive à Sion. Tout aussi estimé de ses administrés que son prédécesseur, il ne séjournera à Sion que brièvement. Le 26 décembre 1813, il doit s'enfuir devant l'arrivée des troupes autrichiennes.
Toutefois, le "bel étage", soit le premier étage de la Préfecture, servira encore aux autorités valaisannes puisque le gouvernement du nouveau canton y aura son siège jusqu'en 1850.
Ainsi, la maison de Kalbermatten - comme la maison dite de la Diète - a gardé le nom de Préfecture pour avoir eu cette fonction moins de trois ans alors qu'elle a abrité des autorités politiques bien plus longtemps, avant comme après les trois années d'administration départementale.