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Pour prévenir le risque de dépression, bougeons!
Nous sommes encore loin d’avoir saisi toute la complexité des rapports entre le corps et la psyché. Une nouvelle preuve en est apportée avec un vaste travail qui démontre tout l’intérêt que l’on peut apporter à l’activité physique dans la prévention de la dépression. Ce travail vient d’être publié dans l’American Journal of Psychiatry1. Il s’agissait pour les auteurs de déterminer si l'exercice physique conférait ou non une protection contre la dépression et l'anxiété ; et, si oui, de préciser l'intensité et la quantité d'exercice requis pour obtenir une telle protection. Au final, l’analyse des données a montré que 12% des cas de dépression auraient pu être évités si les participants avaient effectué ne serait-ce qu'une heure d'activité physique chaque semaine.
Effet préventif
En 2013 déjà, une étude avait conclu, avec précaution, à un effet du sport équivalent à celui d’un traitement antidépresseur. Il s’agissait d’une revue des travaux menés dans ce domaine (une «revue Cochrane») établissant qu’en l’absence de traitement, les personnes dépressives tiraient un léger bénéfice de l'activité physique, comparées à celles qui n'en pratiquaient pas. Dirigé par Gary Cooney (service de psychiatrie, Royal Edinburgh Hospital, Royaume-Uni), ce travail avait toutefois été mené sur un faible nombre d'essais de petite taille.
En Grande Bretagne, des recommandations du National Health Service (NHS) suggéraient déjà que l'exercice pourrait être une alternative préventive. En 2010, une première «revue Cochrane» avait, elle aussi, suggéré que l'exercice pouvait réduire les symptômes de la dépression mais que l'effet était limité. «Au total, les auteurs de l’étude de 2013 ont inclus 39 études colligeant les données de 2326 participants, précisait le site Medscape France. Au final ils indiquent que leur analyse ne permet pas de conclure avec certitude au bénéfice de l'activité physique sur la qualité de vie des patients dépressifs. Ils appellent à ce que de nouvelles recherches étudient quels types d'activité pourraient bénéficier au mieux aux patients dépressifs et soulignent que des essais de plus grande taille sont nécessaires pour savoir si l'activité physique est "aussi efficace que les antidépresseurs ou les psychothérapies".»
Leur souhait est exaucé avec la publication d’un travail de grande ampleur mené sur la base d’une cohorte prospective norvégienne, suivie en collaboration avec des chercheurs britanniques de l’étude dite «HUNT» (pour «Health Study of Nord-Trøndelag County»). Un travail dont les résultats montrent qu’une faible quantité d’activité physique est associée à une incidence significativement moindre de dépression.
«L’étude HUNT a commencé entre 1984 et 1986, avec le recrutement de résidents du comté norvégien de Nord-Trøndelag, âgés d’au moins 20 ans, précise le site Medscape France. Ces participants ont rempli des questionnaires sur leur mode de vie et leurs antécédents médicaux, et subi un examen médical. Les auteurs soulignent que ces questionnaires permettaient d’apprécier l’intensité de l’exercice physique au travers de questions sur l’essoufflement et la transpiration. A ainsi été constituée une cohorte de près de 34’000 adultes, qui ne présentaient aucun symptôme des affections psychiatriques les plus fréquentes, et aucun handicap limitant leurs aptitudes physiques. Cette cohorte a été suivie de manière prospective durant 11 ans.»
Il en ressort que les personnes ayant, au départ, indiqué ne faire aucun exercice présentaient un risque de dépression accru de 44% par rapport aux sujets pratiquant 1 à 2 heures d’exercice par semaine. Cet effet «protecteur» est observé chez les deux sexes, et pour un âge initial inférieur ou supérieur à 50 ans. A souligner: à la différence de la dépression, l’anxiété ne semble pas être liée à la pratique de l’activité physique.
American Journal of Psychiatry October 03, 2017 DOI: 10.1176/appi.ajp.2017.16111223