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Les transitions de l’école à la formation professionnelle, puis de la formation professionnelle à l’exercice d’un métier, constituent un défi particulier pour les jeunes en situation de handicap. Ces dernières années, diverses réformes ont contribué à faciliter ces transitions. En comparaison, il y a toutefois relativement peu de mesures spécialement conçues pour les jeunes souffrant d’un handicap au niveau du secondaire II. L’une de ces mesures consiste en une compensation des désavantages que les jeunes peuvent demander sur la base d’un certificat médical. Cet instrument entend fournir des mesures de soutien pour l’apprentissage ou les examens, mais pas une adaptation des objectifs d’apprentissage au niveau de leur contenu.
Tandis que les jeunes présentant des troubles d’apprentissage ont des difficultés spécifiques pour maîtriser les exigences scolaires, une santé psychique amoindrie a un impact plus général sur la situation des intéressés.
Afin d’en apprendre davantage sur la situation des jeunes en situation de handicap au niveau du secondaire II et sur les formes de gestion de la compensation des désavantages, la Haute école cantonale de pédagogie spécialisée (HfH, Zurich) et la Haute école de travail social de Lucerne (HSLU) ont mené une étude baptisée « Enhanced Inclusive Learning ». Ayant bénéficié du soutien financier du Bureau fédéral de l’égalité pour les personnes handicapées (BFEH) et de diverses fondations, l’étude a interrogé, d’une part, le bien-être des jeunes et leur maîtrise des exigences. D’autre part, elle a exploré les modalités de mise en œuvre de la compensation des désavantages, les expériences et attitudes y relatives ainsi que le besoin de soutien des enseignants dans ce domaine.
L’étude incluait deux enquêtes, un sondage quantitatif dans des classes avec au moins une personne bénéficiant d’une compensation des désavantages et un approfondissement qualitatif. Au total, 66 classes d’écoles du secondaire II et d’écoles professionnelles de dix cantons de Suisse alémanique ont participé à l’enquête. L’échantillon comprenait 907 jeunes de 14 à 24 ans, dont 60 au bénéfice d’une compensation des désavantages. 24 interviews ont été menées avec certains d’entre eux et avec leurs enseignants, dans le cadre du volet qualitatif de l’étude.
Handicaps au niveau secondaire II
Un peu plus d’un quart des jeunes ou jeunes adultes interrogés (27 %) ont déclaré souffrir d’un handicap. Il s’agit là de leur opinion personnelle, et pas forcément de handicaps ou de maladies diagnostiqués par des instances médicales. Les handicaps psychiques ont été cités le plus souvent (8 %), suivis des handicaps physiques et chroniques (7 %), des troubles de l’écriture et de la lecture (dyslexie/dysorthographie, 7 %) et des troubles du déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH, 6 %). Il convient de noter que la fréquence des handicaps est sans doute quelque peu faussée par rapport à l’ensemble de l’échantillon représentatif, puisque dans ce volet de l’étude, ce sont des classes avec des jeunes bénéficiant d’une compensation des désavantages qui ont été choisies. On peut donc supposer que les jeunes souffrant de troubles de l’écriture et de la lecture, notamment, sont surreprésentés dans l’échantillon (7 % contre environ 5 % chez Schulte-Körne, 2010).
Les handicaps induisent des conséquences diverses. Tandis que les jeunes présentant des troubles d’apprentissage ont des difficultés spécifiques pour maîtriser les exigences scolaires, une santé psychique amoindrie a un impact plus général sur la situation des intéressés. Outre des difficultés à maîtriser les exigences de l’école et de l’entreprise, ces personnes témoignent d’un bien-être diminué dans tous les domaines examinés (par ex. dans la formation, en famille, avec les amis).
Gestion des handicaps à l’école
Les attitudes et connaissances des enseignants et des directions scolaires à propos des formes et des conséquences des handicaps sont essentielles. Notre sondage montre qu’une grande partie des enseignants interrogés considère tendanciellement que les jeunes souffrant d’un handicap doivent bénéficier d’un soutien particulier. Toutefois, les personnes interrogées constatent souvent qu’il existe des problèmes dans la mise en œuvre de ce soutien. Elles en attribuent la responsabilité au manque de temps ou d’infrastructures correspondantes dans l’école.
Le savoir des enseignants est très divers et dépend des points de contact de ces enseignants avec les handicaps. Les enseignants interrogés ont un sentiment d’auto-efficacité pour ce qui est des rapports avec les jeunes concernés. Le besoin de connaissances supplémentaires sur les différentes formes de handicap est évalué de diverses manières. Certains enseignants expriment un tel besoin, d’autres souhaitent uniquement des connaissances ajustées « sur-mesure » aux élèves dont ils s’occupent.
Une grande partie des enseignants interrogés jugent que l’organisation à l’école est bonne en ce qui concerne le traitement des jeunes présentant un handicap. Selon l’avis des enseignants, il n’y a que peu de formations continues portant sur la gestion des handicaps ; de même, les enseignants ont rarement indiqué que le curriculum de la classe prévoyait suffisamment de temps pour des formes d’enseignement et d’apprentissage personnalisées.
On souhaite notamment la création de points de contact d’accès aisé, une meilleure interconnexion entre les enseignants et l’accès à des connaissances et à des instructions pratiques liées à des cas concrets.
Expériences de jeunes
Un apprenant souligne que l’enjeu, c’est « surtout la compréhension ». Il détaille : « je pense que (la compréhension) c’est presque l’essentiel, parce que si l’on ne se sent pas compris, on n’en parle pas (…) ».
Dans l’échantillon retenu, la majorité des jeunes bénéficiant d’une compensation des désavantages (62 %) fait état d’un trouble de lecture et d’écriture (dyslexie/dysorthographie). En deuxième place, on trouve les TDAH (18 %), suivi des handicaps physiques (15 %). Les autres jeunes bénéficiant d’une compensation des désavantages présentent des handicaps sous forme de dyscalculie, d’autisme, de déficiences visuelles et auditives, et de handicaps psychiques.
La voie jusqu’à la mise en place effective de la compensation des désavantages (requête avec certificat auprès d’une instance reconnue, accord avec l’école) est évaluée très différemment d’un jeune à l’autre. Si certains la considèrent sans problème, d’autres parlent d’une procédure plutôt compliquée. Ces évaluations divergentes sont notamment dues à des règlementations et implantations de la compensation des désavantages différenciées selon les écoles. Ainsi, si certains élèves ont par exemple pu participer à la discussion relative à la mesure, d’autres n’ont pas été impliqués.
Le plus souvent, ce sont des prolongations de temps qui sont accordées aux étudiants. Les autres mesures existantes qui ont été mentionnées sont : des modifications de la forme des examens (par ex., un examen oral remplace un examen écrit) ou des critères de notation (par ex., la grammaire n’est pas prise en compte pour l’attribution de la note) ou l’octroi d’une salle séparée. Environ trois quarts des jeunes interrogés (73 %) trouvent que les mesures accordées les aident d’ « un peu » à « beaucoup ». Cette appréciation dépend beaucoup de la mesure dans laquelle les besoins de la personne ont effectivement été pris en compte. A ce sujet, une élève indique : « Je n’ai pas pu participer à la décision, cela m’a tout simplement été imposé, et je suis ensuite allée trouver les enseignants. En fait, je n’avais pas besoin de tout cela, à savoir une salle séparée ou un ordinateur. »
Les jeunes trouvent utile d’avoir affaire à des interlocuteurs, des conditions cadre et des formats clairement définis, ainsi qu’à une mise en œuvre flexible. Pour les jeunes, la compréhension du handicap par leur entourage est très importante. Le degré d’information que détient la classe est donc également cité comme facteur entrant en jeu. Parmi les entraves, les jeunes évoquent des obstacles formels et une capacité d’adaptation insuffisante au contexte, ainsi que la crainte d’une incompréhension de la part des autres élèves. Un apprenant souligne que l’enjeu, c’est « surtout la compréhension ». Il détaille : « je pense que (la compréhension) c’est presque l’essentiel, parce que si l’on ne se sent pas compris, on n’en parle pas (…) ».
Perspective des enseignants
Parmi les enseignants, les connaissances sur les mesures de compensation des désavantages sont plus ou moins bonnes. Environ un cinquième des enseignants interrogés a une attitude critique envers la compensation des désavantages et pense que cela crée, entre autres, de nouvelles inégalités. Les enseignants interrogés évoquent notamment ici les enjeux de sélection des apprenants sur la base de leurs qualifications. Mais l’on exprime également la crainte d’éventuels conflits au sein de la classe ou d’un abus possible de la compensation des désavantages.
Du point de vue des enseignants, le succès de la mise en œuvre de la compensation des désavantages dépend, entre autres choses, de l’accès aux informations. Le besoin d’informations porte, selon les enseignants, sur la détermination du cadre juridique, les connaissances sur la gestion concrète des situations et les besoins des individus. Les enseignants souhaiteraient disposer de rapports d’experts qui contiendraient toutes les informations requises pour la mise en œuvre des éléments susmentionnés, et la création d’un point d’accueil. Ils désirent par ailleurs des entretiens réguliers entre les enseignants et les élèves concernés, ainsi qu’une coopération plus poussée avec des experts et avec l’entourage des jeunes en question.
Conclusions
Des processus clairs au sein de l’école s’avèrent essentiels pour une mise en oeuvre fructueuse de la compensation des désavantages.
Au secondaire II et notamment dans les écoles gymnasiales, l’inclusion constitue un thème jusqu’ici plutôt négligé, sur lequel l’on n’a commencé à se pencher que récemment (Siedenbiedel, 2017). Les résultats de la présente étude montrent toutefois la nécessité de sensibiliser les enseignants et les rectorats du secondaire II aux diverses formes de handicap. Il faut mettre en évidence les difficultés que représente, pour les étudiants, le fait de souffrir de différentes formes de handicap, et les conséquences que ces handicaps ont dans le contexte scolaire (et celui de l’entreprise). À partir de cette démarche compréhensive, des approches pour un soutien adéquat des handicaps pourraient se développer. Des mesures universelles telles que la promotion d’une ambiance favorable dans la classe et l’emploi de méthodes d’enseignement inclusives, peuvent être citées ici, au même titre qu’une bonne gestion des mesures de compensation des désavantages.
Des processus clairs au sein de l’école s’avèrent essentiels pour une mise en oeuvre fructueuse de la compensation des désavantages. On constate que des personnes spécialement déléguées aux questions de compensation des désavantages apportent une aide précieuse. Des points d’accueil d’accès aisé pour les questions, le réseautage et l’échange d’expériences dans ce domaine peuvent réduire les incertitudes. Par ailleurs, des processus clairs règlent l’accès aux mesures, leur définition et leur réalisation. À cet égard, il est indispensable de comprendre que chaque élève, malgré des handicaps similaires ou identiques, a des besoins différents ; les mesures de compensation des désavantages ne peuvent donc pas être standardisées par rapport à un handicap, mais doivent être personnalisées (Lienhard-Tuggener 2015), de manière à favoriser une indispensable implication des intéressés.
Dans le cadre de la deuxième partie de l’étude, des offres pratiques (en allemand seulement) ont été élaborées en collaboration avec des experts, comme lignes directrices pour le traitement des déficiences au niveau secondaire II et un centre de compétences pour inclusion professionelle centre de compétences pour inclusion professionelle pour les questions relatives à l’insertion professionnelle.
Vous trouverez des informations complémentaires relatives à la compensation des désavantages sur le site internet du CSPS (Fondation Centre suisse de pédagogie spécialisée)
Bibliographie
- Lienhard-Tuggener, P. (2015). Nachteilsausgleich – oder die Herausforderung, Gerechtigkeit durch Ungleichbehandlung herzustellen. Schweizerische Zeitschrift für Heilpädagogik, 21, 3, 11-16.
- Schulte-Körne, G. (2010). The prevention, diagnosis, and treatment of dyslexia. Deutsches Ärzteblatt International, 107 (41), 718–727.
- Siedenbiedel, C. (2017). Inklusion am Gymnasium. In A. Textor, S. Grüter, I. Schiermeyer-Reichl & B. Streese (Hrsg.), Leistung inklusive? Inklusion in der Leistungsgesellschaft. 2. Unterricht, Leistungsbewertung und Schulentwicklung (S. 236-246). Bad Heilbrunn: Julius Klinkhardt
Citation
Annette Krauss & Claudia Schellenberg, 2020: Une aide dans la plupart des cas. Transfert, Formation professionnelle dans la recherche et la pratique (3/2020), SRFP, Société suisse pour la recherche appliquée en matière de formation professionnelle.