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Les choses bougent, le ski évolue avec son temps et les méthodes d'entraînement s'optimisent, se perfectionnent pour atteindre une forme d'excellence. Et ce long chemin vers l'excellence passe par des réajustements, comme perdre des kilos superflus. Paula Moltzan avait par exemple brûlé plusieurs kilos pour retrouver un ski plus dynamique. Un processus qui l'enverra pointer le bout de ses spatules sur le devant de la scène du Cirque blanc.
Cas isolé ou tendance confirmée? Les skieuses ont-elles modifié leur poids? «Pas du tout», tranche Federica Brignone. L'une des figures de proue de l'équipe italienne rappelle que les skieuses qui ont dû «perdre du poids avaient des kilos en trop». Elle enchaîne: «Quand j'ai commencé à skier en Coupe du monde, je pesais 56 kilos. Je manquais de masse musculaire. A présent, je pèse 60 kilos.»
Selon la skieuse transalpine, en prenant l'exemple d'athlètes telles que Paula Moltzan ou sa compatriote Sofia Goggia, qui se sont délestées de quelques kilos, c'est avant tout un constat sans équivoque: elles devaient s'alléger pour retrouver une meilleure tonicité.
Dominique Gisin nuance les changements physiques dans le ski alpin féminin. Elle, l'ancienne spécialiste de vitesse, explique que ce sont des facteurs qui changent à chaque saison en Coupe du monde. «C'est hyper difficile de trouver la skieuse parfaite», analyse l'ancienne championne olympique de descente.
L'Obwaldienne pointe du doigt les tendances qui se dessinent quand l'une ou l'autre skieuse écrase la concurrence, tout le monde suit son exemple. «J'ai l'impression que tout le monde se fie aux meilleures skieuses du moment. Si les meilleures sont fines, tout le monde va chercher à s'affiner et ainsi de suite.»
Mais le style de ski reste intrinsèquement lié aux capacités physiques. «Une Lara Gut-Behrami ne skiera et ne pourra jamais skier comme une Lindsey Vonn, par exemple», renseigne Dominique Gisin, avant d'exposer une logique implacable: «Les dispositions génétiques sont différentes. La beauté de notre sport réside dans ces différences physiques.»
Mais force est de constater que lors des courses de vitesse, les skieuses au physique plus «lourd» ne font plus vraiment la loi. Pour preuve, lors de la seconde descente à Crans-Montana, Marta Bassino l'emportait devant Federica Brignone.
La «faute» à des parcours plus tournants?
Pour percer les secrets, il faut aller à la source de ce changement: un préparateur physique. Florian Lorimier, qui s'occupe de peaufiner le forme physique de Camille Rast, préfère ne pas en faire une généralité. «C’est assez individuel. La préparation ne fait qu’évoluer avec le temps. Cette recherche de performance fait que les skieuses sont devenues musclées.»
Les temps changent et la recherche se densifie. L'athlète est nettement plus affutée. C'est un fait. Le ski change, il est plus tonique à présent.
Florian Lorimier cible l'optimisation des besoins de la skieuse. S'il prend un exemple comme Lara Gut-Behrami - «Elle est nettement plus affutée qu’il y a 7-8 ans en arrière» -, qui a perdu du poids ces dernières années, c'est aussi le résultat d'une meilleure connaissance: «On cible mieux les besoins et les prédispositions de l’athlète», rappelle l'actuel préparateur de Camille Rast et Justin Murisier.
C'est assurément une évolution physique générale qui continue à rendre le ski encore plus performant. «La performance technique, dans les disciplines de vitesse, est de plus en plus importante», rappelle l'ancien préparateur de Didier Cuche.
Pour rebondir sur les propos de Brignone, Florian Lorimier déclare que «le gain de poids peut être musculaire. Même en prenant du poids, il y a une plus grande explosivité et l'athlète parait très aérien.»
Florian Lorimier prend l'exemple de sa protégée, Camille Rast. Le Neuchâtelois appuie sur le rapport force et vitesse. «Elle parait fine, mais elle a une densité musculaire assez importante. Camille a pris 3-4 kilos de masse musculaire depuis son retour de blessure.»
A force d'évoquer les changements de morphologie, la discussion avec Florian Lorimier dérive sur un autre point important: les réseaux sociaux. Il pointe du doigt cette image que ces sportives doivent véhiculer sur les plateformes sociales.
L'importance de montrer un physique à la silhouette sportive est également motivée par la grande jungle des réseaux sociaux. La menace du jugement et du commentaire à la bêtise crasse, il est surtout question de cette tendance à monnayer son image. Les marques sont à l'affût et les athlètes, qui sportivement ne sont pas tout en haut, vont sauter sur l'occasion pour nourrir leur compte en banque.
«Je pense que cela a une influence sur les athlètes de très haut niveau. Bien sûr, c’est bien la performance qui prime, mais présenter une image sportive reste très intéressant», concède Florian Lorimier.
Il y a huit jours, Mathieu Van der Poel avait été arrosé de bière par des spectateurs lors de sa démonstration sur le Tour des Flandres. Une attitude hostile qui avait poussé le syndicat belge des coureurs à porter plainte. «Nous voulons que quelque chose soit fait contre ceux qui gâchent l’ambiance pour tout le monde», avait déclaré le président du syndicat, Bert Scheirlinckx. Il n'a visiblement pas été entendu puisque ce dimanche, sur les routes de Paris-Roubaix, «MVDP» a une nouvelle fois été pris pour cible.