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Bien que les avis divergent quant à l’évolution de l’inflation, il est temps de protéger les portefeuilles contre ce risque.
Quelles sont les attentes du marché en matière d’inflation? Si l’on en croit le point mort d’inflation qui est une mesure fiable de ces attentes, l’inflation n’atteindra pas les objectifs fixés par la banque centrale américaine, la Fed, au cours des prochaines dix années. En effet, la courbe des points morts d’inflation pour les différentes échéances des bons du Trésor américain montre que les anticipations concernant l’inflation ont reculé pour toutes les échéances depuis le début 2020. Ceci reflète le fait que le marché estime que la pandémie a entraîné des dommages durables pour l’économie américaine.
On est donc en droit de se demander pour quelle raison la question de l’inflation est revenue au centre du débat. L'une des raisons pour lesquelles les investisseurs sont amenés à penser que les marchés obligataires se sont trompés en ce qui concerne les perspectives d'inflation vient de l'impact de la politique monétaire accommodante agressive déployée par la Fed. Lors de la crise financière de 2008, la Fed avait déjà pris des mesures similaires et elles avaient débouché sur une reprise de l’inflation qui était toutefois restée modeste. La banque centrale avait alors tenté de resserrer sa politique monétaire les années suivantes, mais ses velléités se sont heurtées au fameux «taper tantrum», les investisseurs craignant qu’une telle politique ne provoque un assèchement de la liquidité.
pour la porter à un niveau plus élevé.
Le bilan de la Fed a donc continué de croître après la crise et il est passé de moins de 1’000 milliards de dollars en 2008 à plus de 7’000 milliards de dollars en juillet 2020. Mais malgré la forte injection de liquidités consentie depuis la crise financière, l'inflation est restée relativement basse. A l’avenir, il est probable que la liquidité ne suffira pas, à elle seule, à ranimer l’inflation pour la porter à un niveau plus élevé.
Il est néanmoins possible d’envisager un scénario inflationniste qui reposerait sur une série de facteurs susceptibles de se conjuguer pour faire remonter le niveau de l’inflation dès 2021. Supposons qu’un vaccin efficace soit trouvé et largement distribué. Dans ce cas la pandémie serait pratiquement terminée au début de l’année prochaine et la vie retrouverait son cours normal. Cela signifierait que les emplois perdus cette année seraient retrouvés. Par conséquent, la demande latente pourrait à nouveau s’exprimer et elle induirait une reprise de l’inflation. Le redémarrage de l’activité économique pourrait également faire remonter le prix de l'énergie à son niveau d'avant la pandémie et ceci entraînerait une inflation générée par les coûts. Cette dernière pourrait également être attisée par les dépenses d’infrastructure récemment promises par les gouvernements afin de stimuler la croissance.
Cependant, un tel scénario ne représente pas notre scénario central, car il comporte de nombreuses incertitudes. Le vaccin contre le COVID-19 n’a pas encore été mis au point et le cours du pétrole devra parcourir un long chemin avant de retrouver son niveau d’avant la pandémie. De plus, au vu du nombre de faillites intervenues ainsi que des dommages durables subis par les entreprises, le chômage se résorbera lentement, et il faudra attendre un certain temps pour que les pressions salariales recommencent à se faire sentir. Par conséquent, dans notre scénario de base, nous anticipons une hausse modérée de l'inflation en 2021. Elle devrait être de l’ordre de 1,5% aux Etats-Unis d’ici le milieu de l'année prochaine, une prévision proche de celle émise par le Fonds monétaire international.
Dans un tel contexte, l’investisseur peut se demander s’il n’est pas prématuré de se poser la question de l’inflation. La réponse est négative, car même si l’inflation reste modérée, il est probable qu’elle augmente, aux Etats-Unis et dans le monde. Dès lors que l’investisseur réfléchit en termes de «budget de risque», il doit examiner les risques auxquels son portefeuille est exposé et vérifier si ces risques sont convenablement rémunérés. Et même si l’investisseur ne souhaite pas s’exposer activement à l’inflation, il devrait envisager de couvrir une partie de ce risque.
d’inflation plus élevé l’année prochaine.
Un moyen efficace de le faire consiste à utiliser un large panier de matières premières. Ces dernières représentent une couverture «naturelle» lorsque l'économie mondiale redémarre: elles sont en effet à la base de la production et seront les premières bénéficiaires des programmes de financement des infrastructures mis en place par les gouvernements.
D’un point de vue historique, l'or offre également une bonne couverture contre l'inflation: cette dernière ayant pour effet de dévaluer la monnaie fiduciaire, les investisseurs lui préfèrent l’or qu’ils considèrent alors comme une meilleure «réserve de valeur». En privilégiant le métal jaune, l’investisseur perd la diversité représentée par le panier de matières premières, mais il accroît sa protection contre le risque de baisse des marchés financiers ou le ralentissement de l’économie. De plus, l’or est préférable aux matières premières en cas d’inflation élevée. Un tel scénario pourrait se produire en cas de politique monétaire erronée qui amènerait les investisseurs à éviter la détention de devises.
Le marché de l’or qui a enregistré une hausse de près de 17% depuis le début de l’année semble tabler sur un niveau d’inflation plus élevé l’année prochaine. La protection contre l’inflation est donc une problématique importante, pertinente aujourd’hui, et que les investisseurs doivent prendre en considération dès à présent.