Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07188.jsonl.gz/1309

Le 27 janvier à Genève, un groupe de militants anticapitalistes a mis en scène un petit moment de dénonciation des cadeaux faits à l’UBS, au sein même de la banque, à la rue de la Confédération.
Chargé d’accueillir la presse et de la renseigner sur les tenants et aboutissants de cette action, j’ai rencontré quatre journalistes devant le temple de la Fusterie où, au nom des organisateurs, je leur avais donné rendez-vous. Il était alors 11h55.
Sans que cela me surprenne outre-mesure, deux policiers en uniforme sont alors intervenus pour procéder à un contrôle d’identité, -précision peut-être superflue- de la mienne.
Ils ont par ailleurs filmé à l’aide d‘une petite caméra tout l’entretien avec la presse que j’ai ensuite invitée à rejoindre le hall de l’UBS où mes camarades avaient déployé une banderole.
Trois mois plus tard, le 28 avril, le Service des contraventions m’a signifié un avis de contravention pour «manifestation non autorisée» le 27 janvier 2010 à 11h55 «à la rue de la Confédération».
N’ayant pas pu consulter le rapport de contravention –il était «introuvable» ce matin 5 mai au Service des contraventions de l’Hôtel de police- je ne peux que comprendre que le fait de s’adresser sur la voie publique à des journalistes est assimilé à une manifestation pour laquelle une autorisation de police est nécessaire.
En effet, si les faits qui me sont reprochés concernaient l’action dans les murs de l’UBS, d’autres militants, bien connus des services de police, et qui étaient présents sur les lieux, auraient aussi pu être amendés. Or, je suis le seul l’être. Et j'étais seul avec la presse.
De plus, dans ce cas, les poursuites devraient porter sur une éventuelle violation de domicile, pour autant que l’UBS ait déposé une plainte en ce sens, mais pas pour une «manifestation non autorisée».
D’ailleurs, en vertu de quelle loi la police pourrait-elle «autoriser» une manifestation au cœur d’une banque privée? Il s’agirait en l’occurrence d‘une interprétation du droit fort intéressante -les banquiers devant accepter des manifs entre leurs murs parce que «autorisées» par la police !-, mais nous n’en sommes pas là.
C’est donc le fait d’informer la presse qui semble soumis à autorisation: c’est la police qui aurait le pouvoir d’autoriser l’information à la presse dès que celle-ci se fait la voie publique. Drôle d’interprétation de l’exercice des droits fondamentaux, notamment le droit à l’information !
Avec une amende à la clé de 200 francs –auxquels s’ajoutent 30 francs d’émoluments- c’est le droit d’informer qu’on essaie de restreindre, c’est l’expression de la critique sociale que l’on essaie de museler à coup d’intimidations et de … billets de 100 francs.
Inutile de préciser que je conteste l’amende devant le Tribunal de police.
Le 5 mai 2010