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Les jeunes, les adolescents et les jeunes adultes sont l’avenir de notre société. Leur santé, les risques qu’ils courent et leurs chances en matière de santé se répercutent jusqu’à un âge avancé voire, comme l’ont révélé des travaux récents, sur la génération suivante: certains états de santé et certains comportements (l’obésité et le tabagisme, p. ex.) exercent une influence sur la prochaine génération (Johannessen et al., 2019; Arshad, et al., 2017; Fernandez-Twinn et al., 2015). Éviter que les enfants, les adolescents et les jeunes adultes tombent malades ou aient des accidents en réduisant les risques de santé permet en outre de réaliser d’importantes économies (Bundy et al., 2018). Au vu de ces réflexions, les recommandations ci-après devraient sous-tendre les décisions concrètes dans le domaine politique.
1. Produire des données objectives – créer des bases de données
Une politique fondée sur des données objectives «doit faire appel à des connaissances empiriques, argumentées et acquises de manière systématique» (Balthasar et al., 2010). Les recommandations ci-après peuvent contribuer à améliorer les connaissances et, ainsi, à prendre des décisions fondées sur des données objectives:
- Recueillir des données épidémiologiques sur les enfants (facteurs de risques, état de santé) jusqu’à leur dixième anniversaire, à intervalles réguliers et à l’échelle de la Suisse. Un monitorage des principaux facteurs et résultats pertinents en matière de santé publique est essentiel car la santé à l’âge adulte dépend dans une large mesure de la santé dans l’enfance. Les données collectées permettent également de mieux explorer empiriquement les rapports entre la santé et d’autres secteurs de la société (éducation, questions sociales, etc.). Une approche globale aidera à identifier les domaines où de nouvelles données sont nécessaires.
- Examiner les projets de recherche sur les enfants, les adolescents et les jeunes adultes pour savoir si la Suisse est à même de fournir à elle seule des données pertinentes. Au besoin, là où c’est utile, continuer à soutenir les chercheurs pour leur permettre de mener des travaux en collaboration avec d’autres pays européens et de travailler en particulier avec les registres européens existants.
- Outre la production générale et régulière de données statistiques et épidémiologiques, il convient de procéder à des études particulières aux fins de combler certaines lacunes, lorsque c’est utile pour organiser l’offre de soins destinés aux enfants et aux adolescents. On voudrait notamment en savoir davantage sur la prise de médicaments et sur l’offre et la demande de traitements psychothérapeutiques (voir chapitre Soins de santé).
- Exiger et soutenir l’évaluation des projets de prévention et de promotion de la santé et des mesures prises dans le domaine des soins de santé. Il importe d’étudier scientifiquement l’utilité pour la société des activités de prévention destinées aux enfants et aux adolescents.
2. Préparer l’avenir
Recueillies de manière classique (voir point 1), les données fournissent des informations sur le passé et, au mieux, sur le présent. Le cadre de vie des jeunes générations évolue toutefois si vite, que cela ne suffit pas. Il importe aussi d’envisager l’avenir de manière régulière et systématique, afin d’élaborer des stratégies. Nous recommandons de planifier soigneusement ce travail prospectif, en prenant par exemple les mesures suivantes:
- Charger un organisme («Recherches sur l’avenir de l’enfance») de présenter régulièrement un rapport sur les nouvelles tendances en matière de santé et de bien-être des enfants et des jeunes, sur les défis à venir et sur l’évaluation des chances et des risques. Ce travail pourrait le cas échéant être mené en collaboration avec la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (voir point 6).
- Élaborer ces rapports en appliquant une approche multisectorielle (Obsan, 2009 et 2015) afin de formuler également des recommandations de santé destinées à des domaines politiques non médicaux. L’avenir de la santé de la population doit tenir compte de l’évolution de son environnement social et physique, notamment du monde numérique.
3. Instaurer l’égalité des chances – leave no one behind
La Suisse a réuni un maximum de conditions pour garantir aux enfants les meilleures chances de vivre longtemps et en bonne santé, et pour leur garantir l’accès au système de soins. On peut supposer qu’elle poursuivra ces efforts et qu’elle veillera à préserver les liens établis avec les domaines politiques directement concernés («la santé dans toutes les politiques»). Les mesures complémentaires ci-après pourraient s’avérer utiles:
- Laisser les enfants, les adolescents et les jeunes adultes donner leur avis sur l’élaboration de nouveaux processus et structures (participation).
- Poursuivre l’extension et la mise en réseau des activités d’encouragement précoce dans toute la Suisse. Beaucoup de cantons et de communes n’utilisent pas encore assez ce moyen destiné à améliorer l’égalité des chances.
- Faciliter l’accès au système de santé pour les groupes défavorisés, comme les mères et les enfants issus de la migration et les personnes souffrant de désavantages multiples.
- Faire en sorte que tous les groupes de population, même défavorisés, grandissent dans un environnement favorable à la santé. Encourager la mobilité chez les enfants et les adolescents n’a de sens que si l’environnement dans lequel ils vivent permet cette mobilité et incite à la mobilité.
- Élargir la promotion de l’égalité des chances à des inégalités autres que celles liées au sexe, à l’origine migratoire et aux disparités socio-économiques. À cet effet, il serait utile de disposer de nouveaux résultats de recherche. Des résultats de travaux concernant les enfants et les adolescents d’un parent malade, par exemple, n’existent que depuis peu.
4. Promouvoir la santé psychique
Des indices montrent que la santé psychique des enfants, des adolescents et des jeunes adultes en Suisse évolue. Les troubles psychoaffectifs et les symptômes dépressifs semblent se multiplier, et l’usage inapproprié des médias numériques pourrait avoir des effets sur la qualité du sommeil. Mais ces indices s’appuient encore sur des données insuffisantes. Voici nos propositions:
- Étudier de plus près le bien-être et la santé psychique des enfants, des adolescents et des jeunes adultes (y facteurs de risque et facteurs de protection). Des données récentes sur certains troubles spécifiques font totalement défaut et la pertinence des données sur l’instabilité psychique varie beaucoup selon les classes d’âge.
- Promouvoir dès l’enfance, mais aussi chez les parents, l’acquisition de compétences dans le domaine de la santé, de la vie, des médias et des risques. Les parents, par exemple, devraient prêter attention à la consommation de médias chez leurs enfants en âge préscolaire et être toujours conscients du rôle de modèle qui leur incombe.
5. Garantir les soins et coordonner le système de santé
Assurer la coordination du système de santé est un gros défi dans notre Etat fédéral. De plus, le système de santé n’est pas en mesure d’assumer seul la tâche de maintenir les enfants, les adolescents et les jeunes adultes en bonne santé. L’intervention d’autres systèmes est indispensable, notamment le système scolaire, le système social et les systèmes d’aménagement de l’environnement et du territoire.
Les propositions ci-après, visant à assurer les prestations et la coordination au sein du système de santé et au-delà, sont de nature à contribuer à la bonne santé des enfants, des adolescents et des jeunes adultes:
- Garantir les soins de base en pédiatrie et en médecine de l’adolescent et une prise en charge psychiatrique et psychothérapeutique appropriée.
- Instaurer des échanges réguliers, sur le thème de l’enfance et de la jeunesse, entre des personnes du système de santé, en particulier des personnes chargées de la prévention et de la promotion de la santé, et des représentants d’autres domaines d’activité politique.
- Renforcer l’approche multisectorielle, salutogénique et systémique, et mettre l’accent sur l’égalité des chances dans la promotion de la santé des enfants, des adolescents et des jeunes adultes.
- Suivre les parcours thérapeutiques des enfants, des adolescents et des jeunes adultes afin d’identifier le manque de coordination et d’y remédier. Faute de capacités suffisantes dans les services ou cliniques psychiatriques pour enfants et adolescents, il arrive que des adolescents soient placés dans les services pour adultes, alors que ce n’est pas optimal.
- Axer la planification et les soins de santé sur les phases de transition enfance – adolescence – âge adulte, et répartir les compétences avec souplesse pour éviter que les patientes et les patients ne passent à travers les mailles du filet au moment de ces transitions (en créant par exemple des services spécialisés en psychiatrie de l’adolescence).
6. Réglementer là où c’est nécessaire
Ces vingt dernières années, la Suisse a accompli d’énormes progrès dans le domaine des réglementations destinées à garantir aux enfants et aux adolescents la protection dont ils ont besoin et à laquelle ils ont droit. Malgré cela, la protection de l’enfant et de l’adolescent est parfois moins bien ancrée dans notre pays qu’ailleurs en Europe – par exemple, la consommation des produits du tabac est moins réglementée en Suisse que dans plusieurs autres pays européens (Jossens & Raw, 2018). Les propositions ci-après mériteraient d’être envisagées:
- Accélérer la mise en application des éléments des droits de l’enfant qui sont encore en suspens.
- Suivre avec attention les évolutions et les (nouveaux) comportements susceptibles de nuire à la santé des enfants, des adolescents et des jeunes adultes. Édicter au besoin une réglementation dans le cadre d’une coopération multisectorielle.
- Mettre en place une collaboration plus étroite entre le secteur de la santé et la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, afin de faciliter les échanges d’information extraparlementaires dans ce domaine. Aux termes de l’article 22 de la loi sur l’encouragement de l’enfance et de la jeunesse (LEEJ), cette commission a pour tâche d’observer la situation, de sensibiliser l’opinion publique et de conseiller le Conseil fédéral. Elle peut proposer des mesures.