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Le Musée d'ethnographie présente une exposition consacrée à la Reine de Saba. Une petite exposition aux vastes implications.
On l'imagine belle, noire, recouverte de bijoux, vivant quelque part au sud de l'Arabie, en Ethiopie ou au Yémen. Grâce à la Bible, on sait qu'elle se serait rendu à Jérusalem à la tête d'une riche caravane, pour y rencontrer le Roi Salomon, il y a quelque 3000 ans. Un voyage sur lequel sera d'ailleurs décalqué, au Moyen-Age, l'hommage des Rois-mages à l'enfant Jésus.·
Mais le monde chrétien n'est pas le seul à s'être emparé de la Reine de Saba, toujours anonyme d'ailleurs: le terme de «Saba» fait référence aux royaumes sabéens de l'ancienne Arabie du Sud. Le Coran la mentionne à la Sourate 27, et la convertit. Et la culture judaïque, dans un commentaire rabbinique sur le Livre d'Esther, la transforme en une sorte de démon à la jambe velue...
Au même titre que les archéologues fouillent la terre pour tenter de trouver des traces de ce personnage sinon historique, en tout cas fantasmatique, Anne-Marie Capelli, commissaire de l'exposition, a fouillé les textes pour mieux mettre à jour l'étonnante multiplicité de sens donnés à cette femme en fonction des lieux et des époques.
Dans la Bible, la Reine de Saba n'a d'autre fonction que de valoriser le personnage de Salomon. En Ethiopie, elle a servi à donner des fondations à une nouvelle dynastie, instituée en 1270. Un mythe considéré depuis par les Ethiopiens comme une vérité historique, et qui fit d'Hailé Sélassié le 225e descendant de Salomon...
Dans un autre registre, le respect porté par le roi blanc Salomon à la reine noire fut utilisé en 1784 par Prince Hall, leader de la communauté noire de Boston, et fondateur de la première loge maçonnique africaine.
Récupération religieuse, politique, sociale... Anne-Marie Capelli, spécialiste de l'histoire des femmes, vise un autre but: «Je voudrais resituer la Reine de Saba dans son contexte de reine nomade pré-islamique. Il faut la replacer dans une généalogie politique qui inclut beaucoup de reines noires, qui ont existé sur les deux rives de la Mer Rouge. Je pense aussi à Pamyre, à la Haute-Nubie, à l'Egypte, aux reines fondatrices des clans touaregs, aux reines des grands royaumes matriarcaux bantous.»
La Reine de Saba, égérie de la cause féminine? Une facette de plus à ce personnage qui, en attendant de relever de l'histoire, a déjà beaucoup à faire avec sa légende.
Bernard Léchot