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L’hiver est assez propice à la formation de tempêtes. Pendant cette période de l’année, les contrastes thermiques sont assez importants entre les pôles et l’équateur, ce qui favorise la formation de creux dépressionnaires assez prononcés sur l’Atlantique. En présence d’un anticyclone sur les îles britanniques ou sur la Scandinavie, de puissantes dépressions peuvent également se former sur la Méditerranée et provoquer des situations de bise.
Le cas de figure le plus fréquents est celui des dépressions tempétueuses qui se déplacent depuis le proche-Atlantique vers le Nord de l’Europe. Dans ce genre de situation, l’Ajoie, le Nord et l’Est du Plateau sont habituellement les régions de plaine les plus exposées aux forts vents.
Prévision de vents sur la Suisse pour le 16 janvier 2023 [Béatrice Schwab - ECMWF/Cosmo-Météosuisse/windy.com]
Le phénomène s’explique en grande partie par la proximité de ces régions avec les centres de basses pressions. L’ouest du Plateau, le bassin lémanique et le Tessin sont souvent (mais pas toujours) en marge des évènements., même chose pour le Valais, sous réserve du foehn qui peut être assez fort à l’avant des perturbations et dont on reparlera plus loin.
Les vents seront soutenus à l'avant des dépressions mais également à l'arrière, lorsqu'ils tournent au Nord-ouest en s'accompagnant d'une baisse de température et d'une hausse rapide des pressions. Le cas de figure se rencontre notamment dans les situations de Joran : les rafales qui caractérisent le phénomène peuvent parfois dépasser les 100km/h entre la région des Trois lacs et l’arc lémanique.
Altitude et proximité des reliefs souvent déterminants
L’altitude constitue généralement une situation aggravante : une simple élévation de quelques centaines de mètres peut se traduire par une accélération significative du champ de vent. Comme le montrent ces graphiques, le vent est beaucoup plus fort à St-Chrischona (493m) qu’à Bâle (316m), dans une situation de vent d’Ouest. Deux stations pourtant assez proches l’une de l’autre.
Comparaison de la force du vent entre la Station de Bâle et celle de St-Chriscona entre le 1er et le 3 janvier 2012. [Odile Curchod - Météosuisse]
Autre facteur non-négligeable, la proximité des reliefs : la région de Cressier (NE) qui se trouve dans un couloir entre le Jura et le Jolimont est régulièrement soumise à un effet Venturi, ou phénomène de convergence dû aux reliefs (à condition que les courants soient parallèles à ces derniers).
Accélération du vent due au relief sur la région de Cressier (NE) [Micheline Blanchoud - RTS]
Un vent attaquant un relief de manière oblique a dans une moindre mesure le même effet. Le phénomène peut par exemple se produire dans la région de Fribourg, bordée sur son flanc droit par les reliefs des Préalpes.
Accélération du vent due au relief sur la région de Fribourg dans les situations de vent d'Ouest et de Joran [Dominique Chevalier - RTS]
La Vallée du Rhône constitue un cas particulier : elle n’est pas exposée aux forts vents d’Ouest qui circulent sur le Plateau mais le foehn qui se forme dans les Alpes à l’avant des perturbations peut être parfois tempétueux, jusque dans les fonds de vallée. La région allant du coude de Martigny au Bouveret est habituellement assez exposée, les vents y atteignant facilement les 100km/h. Encore un effet de convergence dû aux reliefs!
Accélération du vent due au relief (Venturi) sur vallée du Rhône dans les situations de foehn. [Nadine Zenoni - RTS]
La Bise plus soutenue sur l’Ouest de la Suisse
Dans les situations de bise, la répartition des pressions joue un rôle important mais l'orographie reste assez déterminante : les vents de Nord-est ont tendance à s’accélérer par effet Venturi entre les reliefs du Jura et des Voirons. Le phénomène est bien perceptible entre Morges et Genève, la zone la plus exposée étant souvent celle de St-Prex.
Accélération du vent le long du Jura et sur l'Ouest lémanique dans les situations de bise. [André Gerber - RTS]
Une accélération du vent se produit également sur la région des Trois-lacs, toujours à cause de la proximité du Jura, mais elle est moins marquée que sur le Petit-lac. Là encore, les différences de régime sont bien perceptibles.
On précisera que ce raisonnement ne vaut pas pour les situations de fin de bise, où les vents tournent progressivement à l’Est. Dans ces cas de figure, le gradient de pressions se relâche d’abord en région lémanique, puis sur la région des Trois-lacs, ce qui y permet à la bise de tenir un peu plus longtemps.
Philippe Jeanneret avec le concours de Météosuisse