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23/08/2013
Notre existence a t-elle un sens? 14-2) L'homme non-neuronal deuxième partie
Cette série d'articles dans la catégorie "notre existence a t-elle un sens"? est l'expression de ce que j'ai écrit dans la présentation de mon blog: "Les merveilles de la nature me fascinent. Mes réflexions: le sens de l'Univers et de l'existence. En moi, il y a deux mondes: le monde extérieur du "faire"et le monde de l'intérieur, non conscient, mais tout autant réel. Ma devise: l'essentiel, c'est l'amour, amour du sacré. Mes modèles: Jésus (l'amour),Pythagore (la mathématique), Einstein (la physique)".
Je voudrais faire partager la lecture du livre de Jean Staune, notre existence a-t-elle en sens, avec mes réflexions et les liens qu'elle m'a permis découvrir à travers internet. Ma quête est de retrouver (avec Jean Staune), le réenchantement du monde au cours des articles.
Mes articles déjà parus dans cette rubrique:
Je consulte souvent aussi: astrosurf.com -UNE INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES
Dans les deux articles Notre existence a-t-elle un sens? 13-1) Dur, dur le problème (la conscience 1ère partie, et Notre existence a t-elle un sens? 13-2) Dur, dur le problème (la conscience 2ème partie), nous avons vu les positions de scientifiques et de philosophes sur le problème de la conscience. Pour certains, le cerveau produit la conscience alors que d'autres pensent que ce n'est pas le cas. Nous sommes passés de positions les plus réductionnistes et matérialistes à des positions plus nuancées où le cerveau est bien plus qu'un "paquet de neurones". Quelles sont les positions les plus crédibles?
C'est ce que nous avons commencé à examiner dans l'article "l'homme non neuronal partie 1)" par des analyses qui portent non sur la vision, l'audition ou des maladies, mais sur la nature de la conscience et des questions telles que le libre arbitre ou la création de sens. Dans le chapitre 1): "Les moines tibétains sont-ils des morts-vivants?", nous avons eu la première preuve qu'il n'y a pas une identité complète entre les processus neuronaux et les états mentaux ainsi que l'affirme libet (consulter "Esprit es-tu là?"). D'après les tracés, le moine ne réagissait plus aux stimulis extérieurs, donc l'observation de son état neuronal ne permet pas de déduire son état mental, ce qui est un démenti de la théorie de l'identité entre ces deux états.
1) Libre oui, mais de dire non!
La question de l'existence du libre-arbitre est une grande question philosophique dont la science moderne avait semblé sonner le glas avec l'élimination de l'âme ou de toute entité transcendante. En effet, si en dernière analyse, nous ne sommes que des processus physico-chimiques, nos actes sont déterminés par eux. Nous avons l'impression de faire des choix en toute liberté mais cela doit être une illusion. Et cela d'autant plus que Hans Helmut Kornhuber a mis en évidence que, près d'une seconde avant qu'un sujet effectue un geste, un "potentiel de préparation motrice" apparaît dans l'aire motrice dans l'aire motrice supplémentaire (SMA), voir Fig 1). Pourtant, on n'a pas l'impression qu'il se passe une seconde entre le moment où on décide d'appuyer sur un bouton et le moment où on effectue ce geste.
1983: Expérience fondatrice de Benjamin Libet pour éclaircir la situation. Dans l’expérience, on vous place devant une horloge qui défile rapidement, et on vous donne un bouton sur lequel vous pouvez appuyer au moment qui vous plaira. La seule chose qu’on vous demande c’est de retenir le nombre indiqué par l’horloge au moment où vous prenez votre décision d’appuyer. Dans le même temps, des électrodes placées sur votre crâne suivent votre activité cérébrale. On constate (Fig 2) que le potentiel de préparation commence une seconde avant l'acte, mais que le sujet rapporte qu'il a décidé d'appuyer sur le bouton à un moment qui correspond au sommet du potentiel de préparation, environ 0,2 seconde avant l'acte. Puis l'acte a lieu (début du mouvement), une décharge de potentiel se produit, la courbe passe "sous la barre" (en négatif), signe que le geste a été effectué.
Pour l'ensemble des matérialistes "c'est la preuve que le libre-arbitre n'existe pas. Quand nous croyons avoir décidé d'appuyer sur le bouton, cela fait déjà 0,8 seconde que notre cerveau a décidé de le faire, mais nous n'en sommes pas conscients!". Mais Libet ne s'est pas arrêté là: il a identifié les potentiels de préparation avortés pour lesquels le tracé commençait de la même façon mais où l'acte n'a pas été effectué ( le tracé n'est pas descendu dans la partie négative, il est resté au-dessus de la droite de base). Si on interroge le sujet sur ce qui s'est passé, il dit qu'il qu'il a l'impression d'avoir failli appuyer sur le bouton et puis finalement, de s'y être opposé. Or, le moment où il dit avoir changé d'avis correspond au sommet du potentiel de préparation motrice (sur la Fig 1), soit 200 ms (ou 0,2 seconde) avant l'acte, dans le cas dans le cas où il appuie sur le bouton et dit qu'il décide de le faire. De plus, le potentiel de préparation se développe initialement dans les deux hémisphères, alors qu'au final une seule main bouge et, 0,2 seconde avant l'acte, il se "latéralise", il disparaît dans l'hémisphère correspondant à la main qui ne va pas bouger, alors qu'il se développe dans l'autre.
Il se passe donc bien quelque chose de fondamental 0,2 seconde avant l'acte: je "Je", le "moi" a a le choix de "laisser courir" ou de stopper des processus qui ont été commencés sans lui. Quotidiennement nous faisons des mouvements sans en être vraiment conscients, comme c'est le cas, par exemple, du mouvements de nos mains au cours d'une discussion agitée. Mais nous pouvons reprendre le contrôle en ne bougeant plus nos mains. Donc le libre-arbitre n'est pas une illusion. C'est en quelque sorte un droit de veto sur des actes potentiels que que nous n'avons pas initiés nous-mêmes. Il est plus limité que prévu et l'alcool ou les drogues fragilisent certainement ce droit en laissant nos pulsions inconscientes se manifester. Pour l'illustrer, on peut utiliser la métaphore de l'arbitre. En parlant d'un match de football, on pourrait dire (tout comme Changeux qui déclare qu'on n'est que des paquets de neurones) que c'est 44 pieds et 4 mains tapant dans un ballon et rien d'autre. Mais il y a un élément supplémentaire: l'arbitre. Il ne joue pas et ne tape pas dans le ballon, mais son rôle, c'est de laisser jouer, sauf dans les rares moments où il siffle, mais c'est un rôle essentiel (à la fin du match, c'est en général l'arbitre et non les joueurs qui prend les canettes sur la tête). Remplaçons arbitre par "âme" ou "esprit" et on peut alors comprendre pourquoi cette deuxième expérience de Libet est aussi cruciale que la première. Bien sûr on ne peut pas objectiver l'inobjectivable et on ne peut pas voir l'esprit. Mais on peut, indirectement, déduire l'existence de quelque chose qui s'impose aux processus neuronaux parce que certains potentiels de préparation avortent, tout comme on peut, déduire l'existence d'un arbitre en observant qu'a certains moments du match, les joueurs s'arrêtent tous en même temps, même si on ne le voit pas.
Quelle conclusion raisonnable tirer de ces expériences (le libre arbitre eixste-t-il?)? Chez les scientifiques et les philosophes il n'y a aucun consensus quant à leur interprétation. Pour certains comme Patrick Haggard, le libre-arbitre n’existe tout simplement pas, il affirme « We feel that we choose, but we don’t ». Pour d’autres, au contraire, ces expériences n’ont aucune valeur, "Circulez ya rien à voir!". Une position intermédiaire raisonnable c’est d’admettre que ces expériences montrent au moins que nos intentions ne sont pas systématiquement à l’origine de nos actions. Les processus inconscients jouent peut être un plus grand rôle que nous ne pouvions le penser, et la conscience d’une décision est un phénomène qui se construit au cours du processus de décision, pas à son origine. Libet a précisé, lors d'une discussion avec Jean Staune: "mon expérience est plus en faveur de l'éthique juive que de l'éthique chrétienne." Il a rajouté: "Parce que pour les chrétiens, on a péché dès que que l'on a eu une mauvaise pensée. Mon expérience montre que c'est trop demander à l'homme que de contrôler des choses qu'il ne peut contrôler. Mais en revanche, on est responsable de ses acte. Et pour l'éthique juive, on est coupable non pas à cause des pensées que l'on peut avoir, mais seulement si l'on a mal agi."
liens: wikipedia.org -Libre arbitre
2) L'homme, un animal porteur de sens.
Qu'est-ce qui différencie l'homme de l'animal? Le langage, l'utilisation des outils, l'altruisme? on retrouve ces caractéristiques chez les animaux, y compris le langage pour lequel certains chimpanzés peuvent manier certains symboles. Pour Ernst Cassirer, l'homme n'est pas seulement un être organique et spirituel, mais un être qui demande et fabrique du sens. La relation de l'esprit et du corps doit être elle-même restituée dans le champ du sens.
Une expérience montre qu'il semble que l'homme possède une caractéristique unique: Le besoin impératif que ses actes aient un sens. L'expérience a été faite pour soigner et soulager des patients ayant des crises d'épilepsie dans les deux hémisphères cérébraux. Il s'agit de séparer les deux hémisphères en sectionnant le corps calleux (faisceau d'axones, (fibre nerveuse qui correspond au prolongement long, mince et cylindrique du corps cellulaire d'un neurone) interconnectant les deux hémisphères cérébraux et constitué de 200 millions de fibres nerveuses). Un petit nombre de patients a subi cette opération qui a donné des résultats positifs. Hormis quelques bizarreries mineures de comportement, ils ont pu reprendre une vie normale. Le neurospsychologue Michael Gazzaniga, qui travaillait au début de sa carrière avec Roger Sperry, a mis au point plusieurs dispositifs permettant d’étudier les différences fonctionnelles des deux hémisphères, chez ces patients. Il a réalisé l'expérience suivante (voir le cerveau social): Un patient au cerveau sectionné (split brain) doit regarder un écran en fixant un point noir se trouvant au centre. Un capteur fixé sur ses yeux fait que s'il bouge, l'écran s'éteint. On lui demande alors de montrer de la main la carte, qui, parmi celles disposées devant lui, correspond à l'image qu'il va voir: on projette alors deux images différentes dans les deux parties de l'écran (par exemple une image représentant une voiture dans la neige devant une maison avec un bonhomme de neige, l'autre étant la patte d'un coq). Le sujet a une double réponse avec ses mains qui pointent sur deux des images disposées devant lui (par exemple une pelle à neige avec la main gauche et un coq avec la main droite). Il faut se rappeler que l'aire du langage se trouve dans l'hémisphère gauche. Or, tout est croisé chez l'homme: l'hémisphère gauche contrôle la partie droite du corps et l'hémisphère droit, la partie gauche. Le champ visuel (les deux images projetées, paysage de neige et patte d'un coq), a donc projeté dans le cerveau gauche l'image de la patte d'un coq, et le cerveau gauche a donné l'ordre à la main droite de montrer la tête du coq (une des images disposées devant le sujet). Quand on lui demande d'expliquer sa réponse, il répond: "vous m'avez coupé le cerveau en deux, mais je ne suis pas encore débile! Vous me montrez une patte de coq, je vous montre la tête." Mais si on lui dit "...mais pourquoi montrez-vous cette pelle avec votre main gauche?". Il bafouille un peu et répond "Les coqs vivent dans les poulaillers et ils font des saletés. Il faut nettoyer... par association d'idées, j'ai également désigné la pelle.". Ce n'est bien sûr pas la raison, c'est parce que le cerveau droit ayant reçu du champ visuel gauche (l'image placée devant le sujet) l'image de la voiture dans la neige, il a donné à la main gauche l'ordre de montrer la pelle à neige. Le cerveau droit, qui agit sur la main gauche le sait, mais ne peut l'exprimer. Alors que le cerveau gauche peut parler, mais ne connait pas la raison de cet acte. Il va en inventer une et y croire dur comme fer!
Si au lieu du paysage de neige on met le message "partez, l'expérience est terminée", le sujet se lève et s'en va. Et si on lui demande: "pourquoi partez-vous?", il bafouille et répond un prétexte comme "J'ai envie d'aller aux toilettes" et il en sera toujours persuadé même si on le réinterroge plus tard.
Cette expérience montre que la question du sens est tellement importante pour l'homme que lorsqu'il ignore le sens d'un de ses actes, il va en inventer un et y croire. Jean-François Lambert dit "C'est seulement quand je verrai des chimpanzés s'assembler pour débattre du sens de leurs actes et réfléchir sur leur "chimpanzéïtude" que j'admettrai que l'homme n'est pas fondamentalement différent des singes."
Mais ces expériences ont aussi d'autres implications, elles réfutent l'existence de la télépathie selon Sperry et et Libet. En effet, si les deux moitiés du cerveau ne peuvent pas communiquer entre elles, comment pourrions-nous communiquer avec un autre cerveau? Le champ de conscience (voir article 14-2 chapitre 2) de Benjamin Libet, s'il existe, a une portée très limitée. Il est engendré par les hémisphères, mais l'expérience montrerait donc que le champ produit par une hémisphère n'interagit pas avec l'autre. Mais, bien que le résultat puisse laisser penser que l'on affaire à deux "moi" qui fonctionnent indépendamment, aucun des patients au cerveau sectionné n'a rapporté le moindre "trouble du moi." Il s'agit de "moi" uniques ayant conservé toute leur mémoire et leurs habitudes (même si l'hémisphère droit ne peut parler, on pourrait, par le biais de tests de personnalité purement visuels, se rendre compte de l'émergence d'un second "moi"). Comme un "émergentiste ultra-fort" comme Libet ne semble pas pouvoir expliquer cette unicité de la personne après que le cerveau a été coupé en deux, on trouve ici un argument indirect en faveur du dualisme.
3) Le grand retour scientifique du dualisme.
Le dualisme est un terme qui a très mauvaise presse; il est fondamentalement considéré comme antiscientifique et "il doit être évité à tout prix." "Accepter le dualisme c'est renoncer" dit Daniel Dennett dans "la conscience expliquée."
Le dualisme est une doctrine posant deux principes irréductibles et indépendants, au contraire d'un monisme, qui n'en pose qu'un. En philosophie, le dualisme (philosophie de l'esprit) se réfère à une vision de la relation matière-esprit fondée sur l'affirmation que les phénomènes mentaux possèdent des caractéristiques qui sortent du champ de la physique. Ces idées apparaissent pour la première fois dans la philosophie occidentale avec les écrits de Platon et Aristote, qui affirment, pour différentes raisons, que l'« intelligence » de l'homme (une faculté de l'esprit ou de l’âme) ne peut pas être assimilée ni expliquée par son corps matériel. La version la plus connue du dualisme a été formalisée en 1641 par René Descartes qui a soutenu que l'esprit était une substance immatérielle. Descartes fut le premier à assimiler clairement l'esprit à la conscience, et à le distinguer du cerveau, qui est selon lui le support de l’intelligence. Ainsi, il a été le premier à formuler le problème corps/esprit de la façon dont il est présenté aujourd’hui. De nos jours, le dualisme est opposé à des formes variées de monismes, parmi lesquelles le physicalisme et le phénoménisme. Le dualisme de substances’oppose à toutes les formes de matérialisme, tandis que le dualisme de propriétés peut être considéré comme une forme de matérialisme émergentiste, et serait alors opposé à un matérialisme non-émergentiste.
Après l'éclipse qu'on connaît et le rejet hors du champ de la science du dualisme, la physique quantique nous met face à des choses plutôt troublantes. Nous avons vu qu'il existe des phénomènes tels que la non-localité qui ont une influence causale sur notre monde sans être constitués de matière ni d'énergie. La physique quantique nous a aussi amenés a voir que se qui existe ne se limite pas à des choses incluses dans le temps et l'espace et constituées de matière et d'énergie. Cela ne permet-t-il pas d'envisager l'existence possible d'un esprit non localisé dans le temps et l'espace et non constitué de matière et d'énergie? Depuis l'article de Becke et Eccles en 1992, rêve de Descartes(?), le principal obstacle théorique au dualisme a disparu.
Ainsi, le dualisme semble la solution la plus logique aux extraordinaires expériences de Libet (voir chapitre 2) montrant que la conscience peut remonter le temps, et donc n'est pas totalement située dans le temps. Libet n'est pas dualiste, mais il précise, dans "Mind time" que rien n'interdit l'existence d'un dualisme de type cartésien. Il faut rappeler que de nombreux scientifiques célèbres pensent que le cerveau et l'esprit sont deux choses identiques, position réfutée par les expériences de Libet tout en expliquant que le dualisme est antiscientifique (bel exemple d'illustration de la parabole de la paille et de la poutre). Mais le dualisme n'est-il pas la meilleure explication du fait que les sujets au cerveau coupé gardent une identité unique? Du fait qu'une instance peut, au moment crucial, arrêter des processus commencés inconsciemment par le cerveau et manifester ainsi l'existence d'un libre-arbitre? Du fait que l'intention de faire quelque chose peut avoir des conséquences physiques sur le cerveau et même sur le système immunitaire? Du fait que des états mentaux peuvent être radicalement différents des états neuronaux associés comme l'a montré l'expérience des moines tibétains?
Le dualisme pourrait ainsi être une voie de recherche sur la nature de la conscience humaine en regardant les faits scientifiques et uniquement eux. En général, quand on fait appel à des entités non matérielles comme l'esprit ou les archétypes, les matérialistes disent que c'est une façon de scléroser la recherche, puisqu'au lieu de rechercher une cause physique, on postule quelque chose d'invérifiable. Mais ici on peut constater que c'est le contraire! Quelles sont les recherches potentiellement riches que en progrès que l'on pourrait mener dans les sciences de la conscience?
a) Le développement de la voie ouverte par Libet à propos de la possibilité de pour la conscience de s'extraire du temps est à envisager. Une possible confirmation empirique pourrait exister: dans les cas d'urgence (accidents de voiture par exemple), des témoins rapportent que qu'un moment qui n'a duré que 3 s (j'ai vu le camion, je suis rentré dedans), a paru en durer une trentaine. Comme si la conscience sortait du temps pour se donner plus de chances de réagir.
b) Les recherches sur de nombreux cas dans lesquels se manifeste, selon l'expression de Jean-François Lambert, se manifeste "un opérateur qui ne se résume pas à la somme des opérations, e qui peut, soit arrêter des processus commencés inconsciemment par le cerveau, soit engendrer des processus physiques dans le cerveau uniquement par la pensée."
c) Les recherches sur des sujets actuellement tabous comme les expériences de mort imminente (NDE ou EMI) nous indiquent que des découvertes incroyables sur la nature humaine sont envisageables.
Vidéos à voir:
Jean-Jacques Charbonier, né en 1956 à Saint-Gaudens, est un médecin anesthésiste réanimateur connu pour ses recensions de témoignages validant selon lui l'hypothèse de vie après la mort et de l'existence d'une conscience indépendante de l'activité neuronale.
-Documentaire expériences de mort imminente (EMI ou NDE):
Le dualisme semble être l'hypothèse la plus féconde pour expliquer les données provenant des neurosciences, mais le paradigme dominant à l'heure actuelle interdit d'envisager toute réalité non physique, ce qui bloque les recherches potentiellement fructueuses, de même que dans les sciences de l'évolution (dans lesquelles des milliers de chercheurs étudient la drosophile qui n'a pas vraiment évolué depuis 50 millions d'années dans l'espoir de comprendre les mécanismes de l'évolution). Cet interdit a pourtant déjà volé en éclats dans les domaines de la physique , de l'astrophysique et des mathématiques comme nous le verrons dans l'article suivant: "une voie rationnelle vers le monde de l'esprit", domaines dans lesquels on peut découvrir un ou plusieurs niveaux de réalité hors du temps, de l'espace, de l'énergie et de la matière. Le dualisme évoqué ici diffère de la conception classique de cette notion selon laquelle conscience et matière seraient deux choses totalement séparées. En fait, ce que nous avons vu pour la physique incite à penser que la conception la plus en en accord avec nos connaissances est celle selon laquelle conscience et matière proviendraient d'une substance unique qui serait antérieure à la "scission sujet-objet" (expression de Bernard d'Espagnat) que Schrödinger a évoqué dans "l'esprit et la matière". "Il était bien placé pour mesurer tout à la fois la nécessité et le coût exorbitant de l'acte fondateur des savoirs objectifs: le retrait ou, plus précisément, l'" Elision " du sujet connaissant. Tout notre savoir s’édifie sur la scission sujet-objet: penser, parler, observer, expérimenter se fait dans l’ordre de la séparation : je me donne un objet dans un champ défini, je l’observe du dehors". "La conscience est ce par quoi il peut y avoir un sujet qui se présente et un objet représenté. par elle s'opère la scission sujet-objet. Le sujet doué de conscience se pose comme un sujet, un Je, en face d'objets. Il n'est pas dans le monde (parmi les choses), il fait face au monde et tout ce qui constitue ce monde: moi, autrui, les choses et il se met à exister comme objet de représentation". Cette substance unique serait située au-delà de l'espace, du temps et de l'énergie.
Pour conclure cet article, on peut dire que conscience et matière ne sont pas contradictoires. Elles sont complémentaires au sens de Bohr. Ce dernier, s'est confronté au réalisme d'Einstein mais il avait certainement eu l'intuition de ce dualisme de la connaissance ("Le principe de complémentarité fut introduit à Copenhague par Niels Bohr suite au principe d'indétermination de Werner Heisenberg comme approche philosophique aux phénomènes apparemment contradictoires de la mécanique quantique, par exemple : celui de la dualité onde-corpuscule. Dans sa forme la plus simpliste, il stipule qu'un « objet quantique » ne peut se présenter que sous un seul de ces deux aspects à la fois. Bohr a montré que le principe selon lequel différents aspects d'un système ne peuvent être perçus simultanément, validé dans d'autres disciplines intellectuelles, s'appliquerait désormais dans le domaine de la physique, alors qu'il était absent de la physique classique.")
Pour terminer, je conseille la lecture des articles du blog elishean.fr qui apporte un point de vue qui me semble intéressant:
Liens sur la complémentarité: wikipedia.org -principe de complémentarité
Autres liens: wikipedia.org -Dualisme_(philosophie)
prochain article: Une voie rationnelle vers le monde de l'esprit (la voie mathématique)
03/08/2013
Notre existence a t-elle un sens? 14-1) L'homme non-neuronal, première partie.
Cette série d'articles dans la catégorie "notre existence a t-elle un sens"? est l'expression de ce que j'ai écrit dans la présentation de mon blog: "Les merveilles de la nature me fascinent. Mes réflexions: le sens de l'Univers et de l'existence. En moi, il y a deux mondes: le monde extérieur du "faire"et le monde de l'intérieur, non conscient, mais tout autant réel. Ma devise: l'essentiel, c'est l'amour, amour du sacré. Mes modèles: Jésus (l'amour),Pythagore (la mathématique), Einstein (la physique)".
Je voudrais faire partager la lecture du livre de Jean Staune, notre existence a-t-elle en sens, avec mes réflexions et les liens qu'elle m'a permis découvrir à travers internet. Ma quête est de retrouver (avec Jean Staune), le réenchantement du monde au cours des articles.
Mes articles déjà parus dans cette rubrique:
Je consulte souvent aussi: astrosurf.com -UNE INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES
Dans les deux articles précédents; Notre existence a-t-elle un sens? 13-1) Dur, dur le problème (la conscience 1ère partie, et Notre existence a t-elle un sens? 13-2) Dur, dur le problème (la conscience 2ème partie), nous avons vu les positions de scientifiques et de philosophes sur le problème de la conscience. Pour certains, le cerveau produit la conscience alors que d'autres pensent que ce n'est pas le cas. Nous sommes passés de positions les plus réductionnistes et matérialistes à des positions plus nuancées où le cerveau est bien plus qu'un "paquet de neurones". Quelles sont les positions les plus crédibles? C'est ce que nous allons examiner maintenant dans cet article "l'homme non neuronal" par des analyses qui portent non sur la vision, l'audition ou des maladies, mais sur la nature de la conscience et des questions telles que le libre arbitre ou la création de sens.
1) Les moines tibétains sont-ils des morts-vivants?
C'est une expérience réalisée Par jean-François Lambert sous la direction de Paul Laget à l'hôpital Trousseau qui pose la question: Les moines tibétains sont-ils des morts-vivants?.
Normalement, si on reçoit un flash dans les yeux, une réaction automatique se produira dans notre aire visuelle et un observateur pourra, s'il regarde l'activité de notre cerveau, en déduire qu'on vient d'être soumis à un tel signal visuel. Sur le tracé d'un électro-encéphalogramme (EEG), ce signal produit un pic inversé qu'on appelle "potentiel évoqué". Dans l'expérience de jean-François Lambert, le sujet sur lequel a été obtenu le tracé n'est pas vraiment comme tout le monde. Il s'agit d'un moine tibétain qui a passé sa vie à méditer. Lorsqu'on lui demande de méditer, on s'aperçoit que dans le tracé, au lieu d'un pic bien net, on distingue bien un petit quelque chose mais qui n'est pas significatif, car noyé dans le bruit de fond de l'EEG (bien entendu, on vérifie que le moine n'a pas fermé les yeux). En regardant ce tracé, on pourrait en déduire que la personne en question n'est pas consciente et qu'elle ne réagit pas aux simulations qui l'entourent. Alors que, selon son témoignage, le moine était parfaitement conscient à ce moment-là.
Peut-être expérimentait-il un état de "pure conscience" comme celui décrit par les patients de Dominique Laplane dans l'article Notre existence a-t-elle un sens 13-2) Dur, dur le problème au chapitre c): La solution de Dominique Laplane? Cela signifie selon Jean Staune que nous avons la première preuve qu'il n'y a pas une identité complète entre les processus neuronaux et les états mentaux ainsi que l'affirme libet (consulter "Esprit es-tu là?"). D'après les tracés, le moine ne réagissait plus aux stimulis extérieurs, donc l'observation de son état neuronal ne permet pas de déduire son état mental, ce qui est un démenti de la théorie de l'identité entre ces deux états. Ceci est vrai chez les moines tibétains, mais il faudrait démontrer que cela est vrai chez tous les hommes, ce que nous allons voir dans le chapitre suivant.
2) Nous pouvons tous remonter le temps (avec Benjamin Libet)!
Toutes les perceptions et les sensations provenant de notre main par exemple se projettent dans la zone correspondant à la main dans le cerveau. Quand j'ai mal à la main, en fait, j'ai mal à la représentation de ma main dans mon cerveau, car c'est là que s'élabore la sensation de douleur et pas dans la main. Dans certaines opérations du cerveau, on peut réveiller le patient alors que son cerveau à l'air libre, et le stimuler directement grâce un léger choc électrique pour lui demander quelle sensation il éprouve (sans que cela représente une torture pour le patient). Il est parfois nécessaire d'avoir le témoignage en direct du patient, par exemple lors d'opérations visant à retirer des tumeurs, pour aider à l'identification de certaines zones. C'est ainsi que lors de certaines de ces opérations, l'équipe dirigée par Benjamin Libet, de l'université d'état de Californie à San Francisco, a obtenu l'autorisation de certains patients de réaliser, en plus des manipulations nécessaires à l'opération une expérience au moment où le sujet est réveillé et son cerveau exposé à l'air libre (la boite crânienne étant ouverte), ce qu a permis d'obtenir les résultats suivants (voir Mind time):
Stimulons le bout du doigt avec une petite décharge électrique. Un potentiel évoqué se propage jusqu'à la zone du cerveau correspondant à la main et le sujet ressent une piqûre à la main environ 25 ms après. Maintenant, si on stimule la zone correspondant à la main dans le cerveau, le sujet va sentir une piqûre à la main et non au cerveau (ainsi, des personnes ayant perdu un bras peuvent avoir mal à leur "membre fantôme"). Mais pour que le sujet sente la piqûre, il faut envoyer un train de chocs pendant 500 ms (et non un choc unique). C'est seulement après ce délai que le sujet sent la piqûre et comme on stimule directement le cerveau, il n'y a pas de potentiel évoqué qui arrive au cerveau depuis le doigt (ce qui est essentiel).
Combinons alors les deux démarches. A l'instant t=0, on stimule le bout des doigts et à t= 200 ms, on commence la série de stimulations au cerveau, toujours dans la zone correspondant au doigt. Le sujet sent une seule piqûre à t= 700 ms, correspondant à la stimulation faite au cerveau, sans ressentir celle qui a été faite au bout du doigt. Comment sait-on que c'est la deuxième piqûre qui a été ressentie et non la première? Dans les deux cas, le sujet ne sent qu'une piqûre au doigt, même quand le stimulation est faite au cerveau. Mais il est possible de calibrer les stimulations et d'habituer le sujet avant l'expérience décisive: la simulation du bout du doigt sera alors forte et celle du cerveau sera faible. Le sujet évoquera une seule et unique sensation faible de piqûre sur le doigt. On sait ainsi que c'est la stimulation du cerveau qui a été ressentie (sous le forme d'une piqûre au doigt) puisque cette sensation arrive 500 ms après le début de la stimulation du cerveau et non 25 ms après la stimulation du doigt.
On stimule maintenant le doigt et on attend 500 ms pour commencer les stimulations du cerveau. Toujours rien! La stimulation du bout du doigt n'est pas ressentie, alors que la stimulation du cerveau engendre, comme d'habitude, une sensation de piqûre au doigt après 500 ms, soit une seconde après le début du processus.
Dernière étape, on attend plus de 500 ms après avoir stimulé le doigt pour commencer la stimulation du cerveau. Ici tout redevient "normal". Le stimulation du bout du doigt est ressentie tout de suite, après 25 ms, le temps que l'influx nerveux arrive au cerveau et la deuxième piqûre est ressentie 500 ms après le début de le série de chocs au cerveau, comme dans l'expérience initiale.
Ces résultats semblent montrer que dans tous les cas, il nous faut 500 ms pour être conscient de quelque chose, puisque, si pendant cette période de temps on intervient sur la zone correspondante du cerveau, nous ne sommes pas conscients de cette sensation. Mais il se trouve qu'en temps normal, nous sommes conscients de la même sensation au début du processus, après 25 ms et non à la fin. Et un démarche qui a lieu 200, 300 voire 500 ms après la stimulation peut nous empêcher d'être conscients d'un piqûre dont nous serions conscients normalement au bout de 25 ms. C'est proprement stupéfiant! Comment une telle chose est-elle possible? Selon Libet, le temps d'élaboration consciente est bien de 500 ms (en fait 475 ms car il faut 25 ms pour que le signal arrive au cerveau), mais une fois l'élaboration faite, la conscience antidate cette sensation en retournant en arrière dans le temps de 475 ms. On peut imager ceci en effectuant une comparaison avec le cachet de la poste qui atteste que nous avons bien posté notre déclaration d'impôt à temps, même si le contrôleur l'ouvre plus tard. Ici, le potentiel évoqué qui arrive au cerveau 25 ms après la stimulation "normale" au doigt sert de cachet de la poste. Le cerveau suit son processus pour élaborer la sensation consciente puis repart en arrière ans le temps pour faire coïncider la sensation subjective d'être piqué avec l'arrivée du potentiel évoqué. C'est uniquement grâce ce mécanisme que que la sensation d'être piqué se produit dans la vie courante au moment même de la piqûre et on pas pas 500 ms après. Et dit Benjamin Libet dans Mind time, quand on stimule directement le cerveau, il n'y a pas de potentiel évoqué, donc pas de retour en arrière possible.
Pour Libet, cette projection dans le temps ne devrait pas nous choquer, car elle est similaire à celle qui se produit lorsqu'on regarde un objet. Ce que nous voyons réellement , ce sont des signaux représentant les couleurs et les formes dans notre cerveau. Depuis l'enfance, nous avons appris à effectuer une projection dans l'espace. Nous savons que les signaux impliquent qu'il y un objet présent se trouvant à l'extérieur de nous (Libet suppose que les bébés mettent 1 à 2 mois à "calibrer " le système et qu'au début, tout est assez flou pour eux, mais qu'à force de toucher les objets, ils arrivent à "projeter" de façon correcte. Donc pourquoi être choqué par le fait que nous puissions également nous projeter dans le temps?
Le retentissement de ces propos a été tel que Daniel Dennett y a vu la possibilité d'un jour "sombre" pour le matérialisme. Pour attaquer ces résultats, il a demandé à Patricia Churchland (tout aussi athée militante que lui), d'attaquer ces résultats. Celle-ci a monté une expérience dans laquelle un sujet, une fois qu'il a été piqué au doigt, appuie sur un bouton avec l'autre main, ce que les sujets ont été capables de faire en en 350 ms en moyenne. Avec Dennett, elle en déduit l'interprétation suivante de l'expérience de LIbet : a) le sujet qui a été stimulé en est conscient tout de suite (après les 25 ms nécessaires à l'arrivée du potentiel évoqué dans le cerveau). b) Si le sujet avait pu signaler qu'il avait senti la piqûre pendant le délai de 500 ms, il l'aurait fait. c) La seconde piqûre efface de la conscience le souvenir de la première en "réécrivant " l'histoire. Cette interprétation, même s'il n'existe pas de preuve directe en sa faveur, n'est-elle pas infiniment plus crédible que celle du saut dans le temps de la conscience demandent Dennet et Churchland?
Mais ce n'est pas si simple. Par exemple, il y a une différence entre détecter et être conscient d'avoir détecté. Dans une expérience de Libet, après avoir projeté un point lumineux sur un écran pendant un temps trop court pour que le sujet puisse en être conscient, il a été demandé "Dites-nous si le point était à gauche ou à droite." La réponse était "mais comment voulez-vous que je le sache? je n'ai rien vu." "Ce n'est pas grave, répondez au hasard" en appuyant sur l'un des deux boutons "gauche" ou droite" leur dit-on alors. Dans 90% des cas le sujet répond juste, ce qui prouve qu'il a parfaitement détecté le signal... sans en être conscient. Cette expérience a aussi été réalisée sur des gens ayant une lésion dans une partie des aires visuelles du cerveau. Même si leurs yeux fonctionnent bien, ils ne peuvent pas voir consciemment ce qui apparaît dans la partie correspondante de leur champ visuel. Or l'expérience montre qu'ils ont parfaitement détecté ce qui a été projeté dans cet endroit de leur champ visuel. Là aussi ils donnent des réponses exactes tout en étant persuadés de répondre au hasard.
La détection d'un phénomène n'est donc pas une preuve du fait que nous en soyons conscient. Cela montre que la conscience est un phénomène très subtil qui qui se produit dans des conditions très précises. Un robot par exemple, pourra détecter des choses aussi bien que nous sans pour autant en être conscient. Dans l'expérience de Patricia Churchland, les sujets ont conscience d'avoir été piqués et d'avoir appuyé sur le bouton. Mais si une piqûre avait effectuée dans leur cerveau, on pourrait très bien penser qu'ils l'auraient détecté sans en avoir été conscients de l'avoir fait. Dennett et Churchland en conviennent mais affirment qu'on n'en n'a pas la preuve. Nous pouvons prétendre disent-ils que dans l'expérience de Libet, les sujets ont été , durant quelques ms, conscients d'avoir été piqués. Cela permettrait d'éviter les "voyages dans le temps de la conscience."
Mais Libet a réalisé une autre expérience, où il va réaliser une stimulation sur le trajet qui relie le doigt au cerveau, le lemniscus médian. Comme pour la stimulation au doigt, le sujet sent la piqûre tout de suite en 25 ms. Mais comme dans le cas de la stimulation au cerveau, il faut envoyer des chocs électriques pendant 500 ms pour que le sujet soit conscient de la piqûre... au début du processus. Si on s'arrête d'envoyer des chocs électriques sur le nerf au bout de 400 ms, le sujet ne sent rien, mais si on envoie les chocs pendant 500 ms, le sujet sent bien une piqûre au doigt au bout de 25 ms. Comment imaginer que le fait d'arrêter la stimulation puisse effacer quelque chose, surtout que l'expérience montre que ce quelque chose n'existe pas encore puisqu'il faut aller jusqu'au bout des 500 ms de stimulation pour que la sensation consciente apparaisse au début du processus? Ici, il ne peut pas y avoir d'effacement puisqu'il n'y a rien a effacer et qu'en plus, aucune action susceptible de provoquer un effacement n'a au lieu. Libet a donc raison: la conscience joue à "sauter dans le temps." Pourtant Dennet s'accroche toujours l'hypothèse de l'effacement.
Maintenant, voyons ce que dit Libet à propos des implications de son expérience? Il dit d'abord qu'elle pose de "sérieuses difficultés" à la thèse selon laquelle il y aurait identité entre les états mentaux et les états neuronaux, car l'état neuronal ne peut pas permettre de connaître l'état mental puisque le temps vécu par le sujet et le temps neuronal ne sont pas les mêmes). Les phénomènes mentaux ont des caractéristiques assez différentes des phénomènes observables dans le cerveau. La projection subjective (dans le passé) est une fonction purement mentale qui n'a pas de base neuronale correspondante dans le cerveau. Une connaissance complète des événements neuronaux ne permet pas, en soi, de décrire ou de prédire l'expérience consciente. Il écrit même dans Nature: "l'expérience subjective et de la conscience et les processus neuronaux sont phénoménologiquement indépendants."
Mais Libet n'est pas un dualiste pour autant. Sa position est celle d'un émergentiste fort comme Sperry, auquel il se rattache (voir l'article 13-1 chapitre 5 c). Pour lui, "la conscience ne peut exister sans les processus du cerveau qui lui donnent naissance." Mais c'est un émergentiste, "superfort". Dans la théorie de Libet, la conscience est un champ qui ne correspond à "aucun des champs physiques connus, comme l'électromagnétisme, la gravitation, etc. Il n'est pas descriptible en termes d'aucun événement physique observable ou d'aucune théorie physique constituée." "Ce champ serait détectable seulement en terme d'expérience subjective, accessible seulement à l'individu qui a cette expérience." Comment prouver l'existence de ce champ? On pourrait (est-ce réalisable?), pense-t-il isoler la zone en question en détruisant toutes ses connexions neuronales sans détruire l'alimentation sanguine de cette partie du cerveau. Si, lorsqu'on stimule cette partie encore vivante, mais séparée du reste du cerveau, cela provoque une expérience consciente du sujet, on aura prouvé que la conscience est un champ qui, pour se propager, n'utilise pas les neurones. Le saut dans le temps évoqué par Libet ne se produit pas dans le monde physique, mais dans le monde subjectif, celui du champ de conscience. Ainsi, tous les êtres humains seraient comme les téléspectateurs recevant la télévision par câble: il y a quelques années, lors de la coupe du monde de football, certains téléspectateurs se sont plaints que les signaux des nouveaux opérateurs fournissant la télévision par les câbles téléphoniques, avaient une demi-seconde de retard sur la télé normale à l'époque, transmise par voie hertzienne; ainsi, quand leurs voisins hurlaient déjà à cause du but, eux ne l'avaient pas encore vu, ce qui devait très frustrant! Comme il n'y a plus personne pour voir les choses en direct comme les téléspectateurs ayant une télévision classique hertzienne, nous aucun moyen de nous en rendre compte.
Mais est-ce si sûr que le saut dans le temps ne se produit pas dans le monde physique? Cela paraît difficile à concevoir. Même si on peut détecter une menace sans en être conscient, de nombreux problèmes surgiraient dans notre vie si vraiment nous étions en retard sur les événements réels et que le saut dans le temps se produisait dans un monde subjectif et non pas dans le monde physique. A chaque fois que nous devrions accomplir rapidement un acte reposant sur une décision consciente, un problème devrait surgir, nous donnerions l'impression d'être en permanence en retard sur la réalité. La seule conclusion logique (de Jean Staune, que je partage), s'il est bien confirmé qu'il faut bien 500 ms à la conscience pour être consciente de quelque chose, est qu'un retour en arrière dans le temps permet de synchroniser nos sensations avec les événements, que ce saut dans le temps est réel, que la conscience peut l'accomplir facilement parce qu'elle n'est pas (totalement) immergée dans le monde physique et que, donc, elle n'est pas une production du cerveau et que donc, le cerveau est davantage un poste de radio qu'un lecteur de disque en faisant référence à notre image de l'article 13-2.
A suivre... Dans la deuxième partie de cet article 14 (l'homme non-neuronal partie 2), nous examinerons la question du libre-arbitre.