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En 1969, Armleder organise à Genève sa première manifestation publique (Ecart Happening Festival), fondatrice du groupe Ecart qui s’inscrit dans le courant du mouvement Fluxus. Jusqu’au début des années 1980, il réalise des happenings et des performances musicales dont l’esprit est proche de celles de Georg Brecht ou de John Cage. En 1979, il peint pour la première fois une gouache sur une chaise, ultérieurement désignée comme Furniture Sculpture 1, qui inaugure un corpus d’œuvres caractéristique de sa production des années 1980, alliant peinture abstraite et éléments d’ameublement ou objets.
Furniture Sculpture 189 est une composition quasiment symétrique constituée d’une batterie de jazz muette disposée devant une toile horizontale jaune comprenant deux bandes mauves aux extrémités, accrochée très bas afin que l’instrument figure dans le même champ visuel. Les plateaux de la batterie se détachant sous forme de ronds noirs sur fond jaune constituent une composition qui rappelle les peintures à pois qu’Armleder réalise parallèlelement à ses Furniture Scuptures, le motif du cercle renvoyant aussi bien aux artistes de l’avant-garde historique qu’à la culture populaire.
Si d’autres Furniture Sculptures mettent en scène des instruments (cymbales, cors, violoncelle, etc.), le titre même de la série les inscrit dans une généalogie musicale. En effet, Furniture Sculpture (littéralement « sculpture d’ameublement ») renvoie à la Musique d’ameublement qu’Erik Satie expérimente dès 1917, musique d’ambiance plus que d’écoute qui, selon les mots du compositeur, « prétend contribuer à la vie au même titre qu’une conversation particulière, qu’un tableau de la galerie ou que le siège sur lequel on est, ou non, assis. » Si par extension, les Furniture Sculptures peuvent être lues comme des installations contribuant à un « art d’ambiance », dans le cas de Furniture Sculpture 189, l’utilisation de la batterie silencieuse renvoie également à John Cage et à son influence sur la pratique performative de l’artiste. Tout à la fois assemblage d’une peinture abstraite et d’une batterie, elle contiendrait ainsi le potentiel d’infinies partitions de silence.
Bibliographie
Charles Goerg et Claude Ritschard
John M Armleder : Furniture Sculpture 1980-1990, cat. exp. Genève, Musée Rath, Genève, Musée d’art et d’histoire, 1990.
Christian Besson, Nicolas Bourriaud et Catherine Pulfer
John M Armleder, cat. exp. Le Capitou, Centre d’art contemporain de Fréjus, Milan, Electa, 1994.
Lionel Bovier (éd.)
John Armleder, Paris, Flammarion, 2005.