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Aux prises avec la nouvelle loi sur les langues, les deux Chambres du Parlement s'opposent sur un point crucial: savoir quel idiome doit être enseigné comme première langue étrangère.
L'anglais peut l'être selon la Chambre haute, qui estime que la décision revient aux cantons. Elle prend ainsi le contrepied de la Chambre basse.
Avec la décision du Conseil des Etats (Chambre haute), c'est une divergence de taille qui survient dans l'élaboration de la loi sur les langues actuellement en cours au Parlement. Mardi, les sénateurs ont en effet corrigé la décision obtenue au Conseil national (Chambre basse) en juin dernier.
Les députés avaient alors décidé d'accorder la priorité aux langues nationales sur l'anglais dans l'enseignement des langues étrangères. Le Conseil des Etats en revanche veut laisser aux cantons la liberté d'enseigner les langues étrangères dans l'ordre qu'ils souhaitent, quitte à ce que l'anglais soit privilégié face aux autres langues nationales.
Pour justifier sa décision, la majorité des sénateurs a jugé que la Chambre basse avait adopté une position contraire à la Constitution, au fédéralisme et au concordat HarmoS sur l'harmonisation scolaire adopté par tous les cantons l'été dernier.
«Si le choix du National était confirmé, la loi sur les langues n'échapperait pas au référendum et au refus populaire. La paix fédérale n'y gagnerait pas», a averti la radicale Christiane Langenberger (PRD, droite).
Les Alémaniques shakespeariens
La gauche a tenté en vain de défendre l'option de la Chambre basse. «La Suisse et son équilibre fragile méritent une entorse à la sacro-sainte autonomie cantonale», a déclaré la socialiste Gisèle Ory.
Elle a relevé que la priorité du français sur l'anglais est en adéquation avec le marché de l'emploi. En Suisse alémanique, la plupart des employeurs exigent en effet la langue de Voltaire et non celle de Shakespeare, selon elle. Et Gisèle Ory de souligner l'amertume des Romands qui font l'effort d'apprendre l'allemand alors que les Alémaniques préfèrent l'anglais.
Couchepin s'en remet à Emile
Pour sa part, le ministre de l'Intérieur Pascal Couchepin, qui n'est pas favorable à une loi sur les langues, a relevé qu'un tel texte risquait d'avoir des effets contraires à ceux souhaités. «On commence à se bagarrer sur une loi et on finit par batailler tout court», a-t-il dit.
Pascal Couchepin a également souligné qu'il ne fallait pas imposer un «bailli fédéral» dans l'éducation. Il s'est ainsi montré effrayé par le ton utilisé par Gisèle Ory à l'égard des Alémaniques. Selon lui, ce n'est pas en les accusant de vouloir abandonner leur propre culture au profit de l'anglais qu'on renforcera la cohésion et défendra le français.
«On parviendra à nos fins avec une bienveillante tolérance, des sourires et un peu de légèreté. Emile a fait plus que toutes les lois en faveur de la cohésion nationale», a-t-il affirmé.
Autres mesures prévues
Si l'enseignement des langues constitue le point d'achoppement de cette nouvelle loi issue d'une initiative parlementaire du socialiste fribourgeois Christian Levrat, le texte prévoit aussi d'autres mesures concrétisant l'article constitutionnel sur les langues datant de 1996.
Elle vise par exemple à renforcer le quadrilinguisme comme singularité de la Suisse et à consolider la cohésion nationale. Outre la promotion du plurilinguisme individuel et institutionnel, un accent y est mis sur la sauvegarde du romanche et de l'italien.
La Confédération elle-même doit veiller à accorder un traitement identique aux quatre langues nationales. Les compétences linguistiques de son personnel doivent être encouragées. Des aides financières pour faciliter les échanges d'élèves et d'enseignants, ainsi qur certaines traductions doivent en outre être débloquées.
Contrairement à la Chambre basse, la Chambre haute a en revanche refusé que Berne puisse aider financièrement cantons et communes pour la formation de leur personnel dans la pratique des langues nationales. Le dossier retourne donc à la Chambre basse.
swissinfo et les agences
Les langues dans la Constitution
En 1996, le peuple a approuvé l'introduction d'un article sur les langues dans la Constitution fédérale. Trois ans plus tard, avec la révision de la Constitution, un pas supplémentaire a été franchi. Aujourd'hui, la question linguistique est traitée dans plusieurs articles constitutionnels: article 4 (langues nationales), article 18 (liberté de la langue) et article 70 (langues).
L'article 70 indique quelles sont les langues officielles de la Confédération, à savoir l'allemand, le français et l'italien. Le romanche est aussi langue officielle pour les rapports que la Confédération entretient avec les personnes de langue romanche.
Selon cet article, la Confédération et les cantons sont invités à promouvoir les échanges entre les communautés linguistiques.
Les cantons sont aussi appelés à respecter les minorités linguistiques autochtones. Quant à la Confédération, elle a le devoir de soutenir les cantons plurilingues dans l'accomplissement de leurs devoirs particuliers.
Enfin, l'article 70 prévoit que la Confédération soutient les cantons plurilingues dans l'accomplissement de leurs tâches particulières.