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Sur cette vue non datée, prise dans la campagne de Beaulieu, Eynard est assis dans sa berline en compagnie de trois jeunes hommes debout de part et d’autre de la portière du véhicule. À droite, on reconnaît le jeune Henry Dunant, futur fondateur de la Croix-Rouge. On conserve un autre daguerréotype (DESN 11), un portrait de groupe qui réunit les mêmes protagonistes, auxquels se sont jointes Caroline de Traz et Anna Eynard. Comme les trois jeunes gens porte les mêmes costumes, il est probable que ces daguerréotypes ont été pris le même jour. Le neveu d’Henry Dunant qui a reçu en 1928 le second daguerréotype le date de 1850 ce qui paraît plausible, Henry Dunant ayant environ entre vingt-deux ans. Dunant, alors encore un inconnu, s’est rendu à Beaulieu probablement à l’invitation d’Ernest de Traz et de sa mère et non du couple Eynard. L’un et l’autre étaient liés et feront partie des trente-six cofondateurs des Unions chrétiennes de jeunes gens en 1855.
Bernard Lescaze a mis en évidence l’importance de cette pièce publiée une première fois en 1973 par Michel Auer. Il s’agit d’un bel exemple de portrait de groupe imitant une scène de genre, dans la tradition des « conversation pieces » anglaises, dont s’inspire Jean-Gabriel Eynard dans les années 1850. La composition très élaborée mêle proches et connaissances d’Eynard à des domestiques. Eynard et ses amis occupent une place de choix, presque au centre de l’image. Les deux chevaux qui tirent la berline trouvent un pendant rural dans la couple de bœufs attelés à une charrette, association unique dans l’œuvre d’Eynard. On constate que les animaux ont bougé pendant la prise de vue, révélant que le temps de pose a probablement été assez long. Comme souvent chez Eynard, rien n’est laissé au hasard : les redingotes claires des deux hommes placés à gauche de la portière de la voiture contrastent avec celles, foncées, d’Eynard et d’Henry Dunant, tandis que le cocher Jules Lachenal, en manteau et haut-de-forme, se distingue des deux employés en bras de chemise et tabliers de travail situés de part et d’autre de l’image, auprès des animaux. Les attitudes divergentes des personnages, de face, de profil, de trois quarts ou presque de dos, accentuent l’impression d’instantanéité de la scène. Une action semble sur le point de se produire : l’arrivée d’une nouvelle personne qu’Eynard et les trois hommes qui l’entourent s’apprêtent à accueillir. Ernest de Traz et Henry Dunant se sont découverts en signe de respect, l’inconnu à gauche d’Eynard guettant cette arrivée avec une certaine attention, voire curiosité. Son regard tourné vers l’objectif donne l’illusion que c’est le photographe lui-même, ou le spectateur, qui est attendu. (I. Roland)
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