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Jouxtens-Mézery
Jouxtens-Mézery, le plus petit village au cœur du district de Lausanne
Mézery a existé bien avant Jouxtens, sous le nom de Masiriacus, une villa romaine, bien plus vaste que celles de notre époque, plutôt un domaine agricole avec maison de maître, appartenant à un certain Masirius. Non loin, un nommé Sirius s’était établi de manière comparable sur l’actuelle commune de Prilly, à Cery, où existe aujourd’hui un hôpital psychiatrique. Un demi-millénaire plus tard, l’Empire romain d’occident ayant vécu, c’est un Burgonde, Joto, qui prit ses quartiers en contrebas, là où se trouve maintenant Jouxtens.
Au fil de l’histoire
Les siècles s’écoulant, on ne connaît guère d’événement notable marquant l’histoire de ces lieux. Modestes villages, Jouxtens et Mézery sont pour l’essentiel des terrains agricoles proches de Lausanne, acquis peu à peu par des familles de l’aristocratie lausannoise. Elles s’accoutument à y passer la belle saison ; la plupart d’entre elles habitent d’ailleurs à une demie-lieue, dans les quartiers du Désert et de la Vallombreuse, d’où l’on peut cheminer à l’aise sans monter ni descendre jusqu’à notre commune. Au XVIIIe siècle, s’érige au milieu d’un remarquable parc arborisé le château de Mézery, bénéficiaire d’un dégagement étendu sur l’ouest du Léman et sur le Jura ; plusieurs autres demeures cossues (le Vieux Jouxtens, le castel Beau-Cèdre, etc.) s’y ajouteront.
Cela coïncide avec la venue de personnalités du monde artistique. Ainsi, Germaine de Staël, désirant s’éloigner de la frontière française au moment de la Terreur quitte Coppet pour le château de Mézery au début de l’automne 1794. Benjamin Constant, qui réside encore à Lausanne, l’y rejoint soir après soir pour lui faire une cour, dont elle redoute l’assiduité et l’effet sur sa réputation ; elle impose donc au galant de partir à minuit au plus tard et, un jour où il n’a pas vu passer le temps, se l’entendant signaler par la maîtresse de céans, il casse – dit-on – sa montre, de rage… Ce nonobstant, au printemps 1795 tous deux s’en vont ensemble pour vivre, écrire et animer les salons dans un Paris un peu calmé.
La famille de Constant de Rebecque continuera à marquer ce qui est entre temps, en juin 1803, devenu formellement la commune de Jouxtens-Mézery. L’un d’eux, prénommé Auguste, présidera même un peu avant 1830 un conseil de régie, sans que l’on sache clairement en l’état pour quel motif la commune avait été dessaisie de son autonomie d’organisation par les autorités cantonales.
Ultérieurement, la vie politique locale connaîtra moins de soubresauts, encore que maints votes ou élections, notamment sur l’urbanisme, se soient avérés vivement disputés. C’est ainsi qu’en automne 1957, la municipalité sortante, se présentant à sa propre succession, fut remplacée intégralement par les cinq candidats d’une liste frondeuse, opposée à la réalisation d’un haut bâtiment commercial le long de la route cantonale Lausanne–Échallens. La mise en œuvre de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire de 1979 donna lieu aussi à une vigoureuse bagarre.
La population
Traditionnellement peu nombreux et peu fortunés, les habitants reçurent le sobriquet révélateur de Tchaffatsatagnes, signifiant en patois vaudois « mangeur de châtaignes » ; « Castanovores » eût été plus savant, mais le milieu était plus populaire et expressif qu’érudit… En dépit de l’installation de quelques personnes aisées, les deux ou trois centaines de résidents dénombrés au XIXe siècle et au début du XXe étaient souvent si pauvres que les procès-verbaux de la municipalité, entre 1850 et 1900, regorgent de mentions d’émigrants originaires de la commune, partis vers les États-Unis, échouant au Havre ou aux environs et tombés dans la misère, qu’il s’agit de soutenir. Un brin plus dotée dans les décennies suivantes, malgré les guerres mondiales et la crise économique commencée en 1929, la population voit son nombre et ses ressources augmenter spectaculairement à partir de 1970. Les maisons individuelles pullulent, dans des styles parfois hétéroclites. Les nouveaux visages sont légion, un souci important se fait jour : conserver un lien social alors que le nombre des habitants a quadruplé en une trentaine d’années.
À ce titre, l’activité des Églises et l’essor progressif des associations sont précieux. Les divers événements et activités proposés par les sociétés locales animent la vie du village. Ainsi, la fête du village organisée chaque année par l’Association de la fête à Jouxtens rencontre toujours un immense succès ; les cours de gym proposés par la Société sportive sont très fréquentés, de même que le tournoi annuel de badminton et la course à travers Jouxtens ; d’autres manifestations encore sont organisées régulièrement par l’Association des rencontres culturelles et l’Association des parents d’élèves, offrant ainsi de nombreuses occasions de se rencontrer et de partager un moment de convivialité.
La nature
En parallèle, la préservation des valeurs naturelles et paysagères constitue de longue date une préoccupation majeure des habitants et des autorités du lieu. De fait très bas, le coefficient de constructibilité du sol a conduit certes à un mitage du territoire, mais aussi au maintien d’un poumon de surfaces non étanches et d’une arborisation foisonnante. Cela permet aussi sans grande difficulté de réserver plusieurs passages pédestres, au profit de qui veut bien s’y promener, venant de la commune ou d’ailleurs. Qui plus est, il a jusqu’ici été possible de sauvegarder tant de belles ouvertures sur des sites remarquables de Jouxtens- Mézery que des échappées visuelles sur des dizaines de kilomètres.
Il reste cependant beaucoup à faire dans le domaine de la biodiversité : on ignore bien trop sa valeur cruciale, ne serait-ce que pour le maintien de la valeur nutritive de nos sols et pour notre santé. Or, elle se dégrade à un rythme élevé. Il va sans dire qu’une commune aux larges espaces se prête particulièrement bien à une action en la matière, que la municipalité a lancée en 2010, année de la biodiversité. Renaturation d’un cours d’eau (Montdedin), subventionnée à 93%, pose de nichoirs pour martinets, fauche extensive des talus, sensibilisation de la population par le journal communal et le site internet, leçons de choses pour les élèves de l’école primaire : les tâches ne manquent pas pour l’administration, appuyée d’un bureau spécialisé. Mais les particuliers sont invités aussi à faire leur part en plantant des essences propices à la faune, par exemple des buissons plutôt que des thuyas, ou en n’engazonnant pas tout leur jardin, pour conserver des surfaces herbues.
Les projets
Il y a encore beaucoup de pain sur la planche, en particulier :
– finalisation du plan directeur communal en 2018 ;
– création de logements pour que les jeunes adultes, mais aussi les seniors souhaitant se défaire de leur villa, puissent continuer à vivre dans leur commune ;
– contribution à la transition énergétique par la collectivité (465 m² de capteurs photovoltaïques ont déjà été installés sur l’école et sur la salle de gymnastique) et par les propriétaires fonciers (ils sont nombreux à s’y mettre) ;
– limitation du trafic automobile dans les zones habitées, ce qui suppose notamment, à terme, d’obtenir la création de transports publics entre le haut et le bas de l’Ouest lausannois ;
– accueil d’une famille de requérants d’asile ;
– mise en valeur des multiples artistes ayant fréquenté la commune ;
– réponse aux défis de la péréquation (80% des recettes communales y sont affectées).
L’avenir est prometteur.
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