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Jours tranquilles à Clichy (Stille Dage i Clichy)
Jens Jørgen Thorsen, Danemark, 1970 - 35mm, n&b, VO-St
A l'occasion du 35ème anniversaire du sulfureux film de Jens Jørgen Thorsen, (re)découvrez un film qui brisa les tabous cinématographique en éclat.
C’mon people and listen to me, / I’ll tell you the story of Carl and Joey, / The girls they fucked and the women they laid, / This is the story of the love they made
Le turbulent artiste-peintre Jens Jørgen Thorsen a été le premier à adapter un roman d'Henry Miller à l’écran. En 1967, après avoir realisé quelques courts métrages, Thorsen suggère à Miller un film sur son roman Jours tranquilles à Clichy. Ce dernier relate les aventures bohémiennes de Miller dans le Paris des années 30 alors qu’il tentait de devenir écrivain ainsi qu’une grande partie des nombreuses rencontres érotiques de l’auteur, en compagnie de son ami Carl, avec d’étranges et séduisantes femmes. Miller donna finalement son accord au réalisateur danois pour faire le film.
Thorsen “simplifia” l’action du livre et la transposa dans une époque contemporaine tout en axant son contenu vers une apologie de l'amour libre alors très en vogue. Entre mai et juin 1969, il tourna la plupart des scènes intérieures au Danemark, et le cameraman Jesper Høm filma une série d’images sur la Place de Clichy et à Montmartre, arrondissement dans lequel Miller logeait et déambulait. L’écrivain, alors âgé de 78 ans, assista en personne au tournage.
Jours tranquilles à Clichy, fut recompensé au festival de Cannes le 8 mai 1970 alors même qu’il était présenté hors compétition, il suscita un énorme intérêt et certaines critiques furent très positives à son égard tandis que d'autres criait au scandale et à la pornographie. Le film fut considéré comme une percée dans la liberté d’expression et comme le premier film né de la révocation de la censure à avoir un mérite artistique (Thorsen était après tout un artiste). De son côté, Miller récompensa le film pour sa jovialité et ses qualités rabelaisiennes.
Le film suscita un autre scandale lorsque des extraits furent montrés sur la télévision danoise lors de sa première cinématographique. Le présenter dans un cinéma était une chose, mais le montrer dans les salons des classes moyennes en était une autre. Cette réaction démontra que cette nouvelle liberté avait été grossièrement exagérée. En prêchant de son pupitre, un prêtre dans le Zealand du Nord incita les Danois à se révolter contre les textes ainsi que les émissions pornographiques, qui d’après lui, violaient la sainteté de la vie familiale en prétextant une interprétation d’ouverture d’esprit déformée,
Jours tranquilles à Clichy a été vendu dans 87 pays, mais les commissions de censure le bloquèrent à maints endroits. La Suède le présenta dans son intégralité; il remporta un succès tant populaire que critique. Gros succès également en Allemagne, même si le Festival du Film de Berlin supprima sa projection (en compétition) à la dernière minute, prétendant que sa présentation à Cannes le disqualifiait. Le Festival du Film d’Edinbourgh le refusa, prétextant une saisie de la copie ainsi qu’une suppression de licence d’exploitation de la part des autorités locales si ce film était projeté. Il resta officiellement interdit en Ecosse... et ironiquement, il était encore banni en France lorsque les premiers romans de Miller y furent publiés. “Les Français ont été les premiers à accepter mon oeuvre,” protestait l’auteur dans un télégramme adressé aux autorités françaises, “et m’ont insufflé le courage pour continuer. Que s’est-il passé?”
Extrait de Totally Uncensored – The Riotous Times & Groundbreaking Movies of 60’s/70’s Denmark par Jack Stevenson, FAB Press (UK) – Sortie au Printemps 2006.