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Le journaliste et critique d’art Edmond Bazire rend visite à Rodin à la fin de l’automne 1882. Le sculpteur lui confie être encore marqué par l’accusation de surmoulage sur le corps du modèle portée quelques années auparavant contre son Âge d’Airain (1877). Bazire lui conseille alors, afin de blanchir sa réputation, de faire le portrait de personnalités. Au début de l’année 1883, il l’introduit à cette fin auprès de Victor Hugo, alors au faîte de sa gloire.
L’écrivain n’ayant jamais aimé poser, si ce n’est pour des photographes, refuse de le faire pour le sculpteur, encore échaudé sans doute par trente-huit séances de pose laborieuses pour Victor Vilain, dont ne devait résulter qu’un buste médiocre. Il accepte toutefois que Rodin l’observe dans son quotidien. En février, mars, et peut-être jusqu’en avril 1883, ce dernier multiplie les visites au poète. Afin de faciliter le travail de modelage, il réalise de nombreux croquis sur le vif, tandis que sa selle est installée dans la véranda. La tâche n’est pas simple : « Souvent, dans le trajet, mon impression s’affaiblissait, de sorte qu’arrivé devant ma selle, je n’osais plus donner un seul coup d’ébauchoir et je devais me résoudre à retourner auprès de mon modèle. »
Mais Rodin sait tirer parti de cette situation particulière : « Je le regardais en conscience. Et j’ai pu obtenir ainsi un Hugo qui est vrai ». Pour le sculpteur, la ressemblance ne doit pas être uniquement formelle : elle doit être respectueuse de l’« âme » que traduisent l’expressivité de tous les traits. Le génie d’Hugo est rendu ici par l’intensité du regard et la finesse des détails. Présenté au Salon de 1884, le buste est célébré pour sa ressemblance à la fois physique et morale, pour sa profonde vérité et pour l’impression de vie qui s’en dégage.
Bibliographie
Martine Contensou, Claudie Judrin et alii, D’ombre et de marbre, Hugo face à Rodin, cat. exp. Paris, Maison de Victor Hugo, Paris, Paris musées, Paris, Somogy, 2003.
Erika Billeter, avec la collaboration de Chantal Michetti-Prod’Hom et Verena Villiger, Sculptures du Musée cantonal des Beaux-Arts Lausanne, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1990, p. 48-49.