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Une génération, définition donnée par les sociologues, est un groupe d’individus qui partagent des valeurs communes. Carol Allain s’est penché sur la description de profils générationnels à travers différents écrits, dont le plus connu est «Génération Y – Qui sont-ils, comment les aborder ?».1 Les types de génération dépeints d’abord par William Strauss et Neil Howe2 puis par C. Allain, sont la génération silencieuse, née entre 1925 et 1944, les baby-boomers nés entre 1945 et 1961, la génération X, née entre 1962 et 1978, la génération Y qui a vu le jour entre 1979 et 2000 et la génération Z née après 2000.
Une conférence récente donnée par M. C. Allain au CHUV a permis aux étudiants, jeunes assistants et cadres, d’entendre des affirmations bien percutantes. Quelques mots-clés caractérisent chaque génération. La génération Y (parfois appelée génération du millénaire ou du Web) englobe des jeunes caractérisés par leur goût de la relation et de la négociation, de l’évasion, ainsi qu’un certain souci de l’apparence. Cette génération a produit l’«enfant-roi» qui peut devenir un adulte revendicateur. Ses valeurs sont ancrées sur le culte du choix. Quant à la génération X, elle est en quête d’identité, aime jouer et cultiver la liberté au quotidien ; elle correspond plus à l’enfant imaginatif et au futur adulte moralisateur. Les baby-boomers, quant à eux, représentent une génération qui souhaite prospérer, se distinguer et gagner. Ils incarnent l’enfant obéissant et l’adulte plaignant. En dernier lieu, la génération silencieuse se définit par son sens du devoir et valorise le service. Cette génération se distingue des suivantes par son besoin de se conformer. D’enfant travailleur, il est devenu un adulte résigné et mène une vie où est prôné le sens du service et du devoir. Quant à la génération Z, elle est également appelée nouvelle génération silencieuse. Carol Allain attribue quelques expressions spécifiques à chacune de ces générations, à savoir «je vaux», pour la génération Y, «je ressens», pour la génération X, «je prends» pour la génération des baby-boomers, et «je dois» pour la génération silencieuse.
Bien sûr qu’il s’agit de concepts parfois réducteurs, néanmoins au terme de cette conférence, j’ai approché plusieurs jeunes étudiants et assistants qui se reconnaissaient dans ces profils. Après réflexion, il me semble important d’examiner de plus près ces descriptions et leurs particularités, afin de mieux les comprendre et surtout les utiliser en termes de ressources pour tenter de dépasser les fameux clivages générationnels. Prenons l’exemple de l’application du règlement des 50 heures dont bénéficient les jeunes assistants, et pour lequel le corps médical s’est battu avec vigueur. L’instauration de la clause du besoin a unifié la révolte des jeunes assistants et fut certainement à l’origine de ce combat social. Pour ces générations X et Y, cette revendication peut correspondre à un désir de liberté et de réalisation personnelle face aux générations précédentes qui visaient plutôt à l’engagement au long terme et à une valorisation du travail à chaque instant. Cette culture de l’enfant imaginatif ou de l’adolescent intuitif des générations X et Y regroupe des qualités nouvelles, auxquelles les plus âgés étaient moins habitués. La priorité n’est plus nécessairement dans le travail, mais plutôt dans l’épanouissement de soi et dans un certain confort de vie. C’est aussi sous cet éclairage de générations si différentes que la réforme des études de médecine a été mise en place dans différentes universités, dont celle de Lausanne. Cette réforme a constitué un immense chantier, dont un des objectifs était d’exposer les étudiants à l’acquisition de connaissances et de savoir, mais en y associant beaucoup plus précocement une exposition à la clinique, aux problèmes de société et aux réflexions sur l’avenir de la profession médicale. Le changement fut profond et le travail exigé des étudiants aujourd’hui est supérieur à nos expériences d’il y a 30 ans. En effet, le savoir médical a simplement explosé et les étudiants doivent en outre se confronter très tôt à l’apprentissage du savoir-être et de la clinique. Dans ce contexte, la réforme des études de médecine a requis l’écriture d’un travail de Master. Il s’agit d’un devoir qui correspond à l’équivalent d’un trimestre d’étude et qui a abouti à la production d’un document avec une recherche de littérature. J’ai été impressionné par l’engagement des cadres de la Faculté de biologie et de médecine à la supervision de cet ouvrage mais surtout par la qualité de travail fourni par certains des étudiants issus de la génération Y. Pour ce numéro de la Revue médicale suisse, j’ai souhaité donner la parole à cette génération Y. Vous allez découvrir au fil des pages de ce numéro, des résumés de ces Masters et la qualité de ces travaux ne correspond pas aux descriptions de Carol Allain, car ces jeunes étudiants se sont engagés de manière remarquable.
Chers Etudiants, je vous remercie de votre engagement et de nous faire partager votre goût de l’évasion, de jeux et de liberté qui semble vous caractériser selon nos sociologues… ■