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Berne et Pyongyang entretiennent des relations diplomatiques depuis 35 ans. La Suisse apporte aussi de l’aide au développement à ce pays communiste isolé sur la scène internationale. Mais elle a décidé de se retirer, suscitant l’incompréhension des spécialistes.Ce contenu a été publié le 09 janvier 2010 - 17:38
Officiellement, la Suisse est «entrée» sur la presqu’île coréenne en 1953 en participant à la Commission neutre de surveillance en Corée (NNSC), postée sur la ligne de démarcation entre les deux Etats séparés. Il s’agissait alors du premier engagement à l’étranger de militaires suisses, un engagement qui dure toujours.
La Suisse a reconnu la Corée du Nord en décembre 1974. Depuis, elle entretient des relations diplomatiques avec Pyongyang, ce qui en fait un des pays occidentaux liés depuis le plus longtemps avec ce pays.
De 1997 à 1999, la Suisse a abrité à Genève les entretiens quadripartites entre les deux Corées, la Chine et les Etats-Unis. En 2003, les deux pays ont en outre entamé un dialogue politique régulier.
L’aide humanitaire suisse travaille en Corée du Nord depuis les catastrophes naturelles de 1995, qui avaient provoqué – entre autres – une grave famine au pays de Kim Jong-il. En 1997, un bureau de coordination a été ouvert à Pyongyang pour suivre la coopération au développement.
L’objectif principal de l’aide suisse est d’améliorer la sécurité alimentaire pour la population, avec des projets instaurant une agriculture plus efficace et plus durable. Selon la Direction du développement et de la coopération (DDC), le «processus de réforme qui a commencé de façon hésitante» doit continuer à être soutenu.
Fin prévue en 2011
Cet engagement appartiendra bientôt au passé. En 2008, le Conseil fédéral (gouvernement) a accepté une motion du député démocrate-chrétien Gerhard Pfister demandant l’arrêt de l’aide au développement en Corée à fin 2011. Le Parlement a suivi.
Raison avancée: la Corée est une dictature totalitaire méprisant les droits de l’homme. «Le programme nord-coréen d’armes nucléaires viole les traités internationaux et la Corée du Nord se montre extrêmement peu coopérative dans le cadre des efforts internationaux. C’est toute la région qui risque d’être déstabilisée», avançait le député.
Pour la DDC, le travail de coopération était justifié par le fait que la sécurité alimentaire pouvait être améliorée par «le soutien au processus de réforme», citait encore Gerhard Pfister. Mais, selon lui, aucune «ouverture hésitante» n’est en cours, contrairement à ce qu’affirme la DDC.
Isolation ou coopération?
Vaut-il mieux isoler un régime totalitaire ou collaborer avec lui ? La réponse du Parlement et du Gouvernement suisses semble claire…
Pourtant, le 21 décembre dernier, la Suisse a fêté ses 35 ans de relations diplomatiques en présence du ministre des Affaires étrangères de Kim Jong-il. Dans l’édition du 28 décembre 2009 du quotidien Neue Zürcher Zeitung, l’ambassadeur suisse résidant à Pékin et chargé de la Corée du Nord, Blaise Godet, expliquait que la Suisse n’avait cessé de mener une politique engagée et d’entretenir le dialogue politique avec Pyongyang. «Nous voulons contribuer à régler les problèmes», ajoutait-il, en substance.
«La DDC respecte les décisions du Conseil fédéral et du Parlement, insiste Erik Reumann, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Nous avons un plan de désengagement qui garantit un retrait en bon ordre.»
De leur côté, les experts de la coopération et les spécialistes de la Corée du Nord plaident pour la poursuite de l’aide suisse. Selon eux, l’isolation est rarement efficace et risque au contraire de renforcer le régime de Kim Jong-il. L’isolation et les boycotts n’affectent pas le régime, mais font beaucoup de mal à une population déjà très pauvre.
Des points communs?
De son côté, l’ancien ministre Christoph Blocher, vice-président de l’UDC (doite conservatrice), s’est récemment épanché sur ses vacances en Corée du Nord dans un magazine alémanique. Selon lui, le pays communiste et la Suisse ont en commun de «vouloir préserver leur indépendance et de rechercher un avenir sûr.»
Selon le programme alimentaire mondial, 37% de la population de Corée du Nord éprouve de graves difficultés pour trouver assez de nourriture et les rations sont partout insuffisantes. Et les experts de se demander si le retrait prévu pour fin 2011 ne doit pas être réévalué à la lumière de ces statistiques.
Jean-Michel Berthoud, swissinfo.ch
(Traduction et adaptation de l’allemand: Ariane Gigon)
ENGAGEMENT SUISSE
Coopération bilatérale au développement: 2,5 millions de francs.
Aide humanitaire: 3,2 millions.
Autres départements et offices fédéraux: 0,07 million.
Total de l’engagement de la Confédération: 5,77 millions de francs.
LA GUERRE DE COREE
Conséquence de la Seconde Guerre mondiale, la presqu’île est séparée en deux Etats en 1948. La Corée du Nord n’accepte pas la perte du Sud.
Le 25 juin 1950, sans avoir été provoquées, les forces nord-coréennes franchissent le 38e parallèle et attaquent le Sud, ce qui déclenche la guerre de Corée. La Corée du Nord est soutenue par la Chine et la Corée du Sud par les troupes de l’ONU, surtout américaines.
Tour à tour, les deux parties manquent d’emporter toute la presqu’île coréenne. En fin de compte, les belligérants se retranchent sur leurs positions quasi initiales, bétonnant ainsi la partition en deux Etats.
Achevée le 27 juillet 1953, la guerre a provoqué des pertes massives dans la population civile (1,4 million de morts, selon des estimations) et la destruction de pratiquement toute l’industrie de la presqu’île. Un traité de cessez-le-feu a été signé, mais jamais un traité de paix.
Cette guerre a entériné la division des anciens alliés de la Seconde Guerre mondiale, devenues les grandes puissances de la guerre froide, Chine et Union soviétique d’une part, Etats-Unis d’autre part.
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