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Combien de fois ne vous a-t-on pas dit, au détour d'un débat, que, si vous n'êtes pas satisfait de l'état des choses dans le pays où vous vivez, alors vous n'avez qu'à partir ? En restant, vous ne feriez qu'étaler crûment, par le fait, la faiblesse de vos arguments : en effet, si l'état de choses ici présent était aussi critiquable que vous le dites, alors, sûrement, vous plieriez bagage et, sans plus attendre, quitterez le rivage national pour de plus verdoyants pâturages.
Ce raisonnement, Michael Otsuka l'associe, dans son article de 2006 Comment être libertarien sans être inégalitaire, au philosophe anglais John Locke (1632-1704) : « Locke affirme que les individus consentent tacitement à l'autorité de l’État simplement du fait qu'ils restent à l'intérieur des frontières d'un territoire sur lequel l’État est souverain. » Or, le philosophe écossais David Hume (1711-1776) répondit, dans ses Essais moraux, politiques et littéraires, à Locke de la façon suivante :
« [Dire] qu'un pauvre paysan, qu'un artisan qui ne connaît ni les langues ni les mœurs des pays étrangers, et qui vit au jour le jour de ce qu'il gagne par son travail, soit libre de quitter son pays natal [ce serait] dire qu'un homme que l'on a embarqué pendant qu'il dormait, reconnaît volontairement, l’autorité du capitaine eu vaisseau ; et qu'il a la liberté de sauter dans la mer et de se noyer. »
Amusant comme les débats persistent à travers les siècles.