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Construire un jeu de scénarios peut être compris comme une démarche visant à générer et à acquérir de nouvelles connaissances au sujet de plusieurs futurs possibles.
Se pose alors la question : comment reconnait-on qu’une nouvelle connaissance a été produite ou recueillie ?
Y répondre suppose avant tout de se situer dans une épistémologie donnée et de disposer ainsi de critères précis à l’aune desquels le statut d’une connaissance potentielle pourra être étudié.
L’histoire philosophique et scientifique a produit plusieurs épistémologies que nous allons brièvement décrire ici.
Pour commencer, les sciences dites “exactes” (telles que la physique et la chimie) s’appuient sur une épistémologie dite “positiviste”. Celle-ci postule l’existence d’une réalité externe, indépendante de celui qui cherche à la déceler. L’objectif du chercheur est alors de la découvrir et d’établir à son sujet de nouvelles connaissances “objectives”.
L’épistémologie positiviste s’appuie sur la pensée de Gottfried Leibniz, selon laquelle la recherche de la vérité implique de recourir à un procédé déductif et à s’assurer de la cohérence interne de nouvelles hypothèses qui viennent alors enrichir un corpus de faits établis.
L’épistémologie positiviste fut vivement critiquée plus tard par les tenants d’une alternative appelée “constructivisme”. Celle-ci considère que toute connaissance est le résultat d’un processus de construction sociale, dès lors que ce sont des individus qui évoluent dans un environnement et construisent les éléments de connaissance qu’ils en ont.
Dès lors qu’une démarche de prospective, en particulier la construction de scénarios, répond à un besoin exprimé par quelqu’un dans un contexte donné, jalonné de multiples relations d’intérêt, d’influence, etc., les connaissances générées ou acquises au sujet de plusieurs futurs possibles s’inscrivent naturellement dans une épistémologie constructiviste.
Du point de vue épistémologique, chaque scénario peut prétendre au statut de connaissance sur le futur pourvu qu’il soit plausible. Pour reprendre les mots de Rafael Ramirez et Angela Wilkinson dans leur ouvrage paru en 2016, Strategic reframing, un scénario constitue une connaissance nécessairement “partielle, provisoire et hypothétique”. Dans la pratique, un jeu de scénarios doit donner à explorer plusieurs futurs possibles et, ce faisant, inciter leurs destinataires à étudier attentivement les “éléments prédéterminés” et les “incertitudes critiques” qui façonnent l’environnement dans lequel il leur faudra décider et agir.