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Retour à la case départ
Henriette Kläy
Les jeunes ont besoin de directives et de modèles. Une orientation initiale est essentielle pour s’engager dans une vie un tant soit peu normale. A défaut, on peut malgré tout s'en sortir – le plus souvent au prix de retards et de cicatrices profondes.
Richard S. (nom d'emprunt) était déjà né lorsque sa mère se marie avec un autre homme que son père. Richard n'a jamais connu ce dernier, ni d'ailleurs son beau-père puisque ses parents divorcent alors que lui-même est encore tout jeune. Sa mère n'était pas en mesure d'assumer seule la charge parentale de sorte que son jeune fils, privé d'exemple, de motivation et de direction, se désintéresse de l'école. Ce vide entraîne rapidement des conflits, puis mène à des petits larcins. L'élève se retrouve devant le tribunal des mineurs et se voit même placé à deux reprises dans des foyers.
Laissé à lui-même
La mère s’engage dans une nouvelle relation, et Richard a 14 ans quand sa demi-sœur est née. Deux ans plus tard, la nouvelle famille part s'installer en Afrique, laissant notre adolescent en Suisse seul avec lui-même. Il réussit tant bien que mal à terminer la scolarité obligatoire, mais n’a aucune envie ni aucune motivation de commencer un apprentissage. D’ailleurs, quel métier aurait-il pu bien apprendre et, de toute façon, à quoi bon se former?
Emporté
Pas étonnant, dans ces conditions, que Richard tombe dans la drogue et devient rapidement très accro. Il vit pendant un certain temps avec une femme, relation dont il tire beaucoup de force et dont est issu son fils qui ira à l'école. Pourtant tout s’écroule dès lors que sa conjointe réussit à sortir de la drogue mais pas lui. Richard maintient ensuite cahin-caha la tête hors de l'eau grâce à des jobs temporaires durant plus de 20 ans. Presque chaque année, il rend visite à sa mère en Afrique. Ces séjours font office de cures de désintoxication. Mais la visite dure chaque fois un peu moins longtemps et l’abstinence est chaque fois un peu plus dure. Ce régime expose son corps à des fatigues extrêmes qui laissent des traces. Lorsqu'il rentre, face à sa situation désespérée où personne ni rien ne l'attend, tout recommence comme avant. Une fois, Richard cède aux sirènes de la drogue également en Afrique. Se déchire alors définitivement le dernier filet de sécurité que représentaient les visites à sa mère. Etre blanc et consommer des drogues en Afrique est encore bien plus dangereux que chez nous. La plupart n'y survivent pas, et pas seulement pour des raisons de santé.
Retour à la case départ
Le hasard veut que Richard s'en sorte vivant. Il s'engage alors dans un programme de réinsertion professionnelle. Il aime son travail et, pour la première fois de sa vie, se sent heureux d'avoir des journées avec des horaires régulés. Ces programmes sont limités à deux ans, après quoi les participants doivent trouver un emploi sur le marché du travail ordinaire. Pour Richard, c'est dans deux mois: il n'a pas la moindre idée de ce qu'il va faire. Avec son parcours, il n'a aucune chance de se faire engager. Il dit: on verra. L'important est de rester ouvert à tout. Ne pas se fixer sur un souhait particulier, ni se faire des idées ou des espoirs, car alors c'est les déceptions assurées. Et Richard n'ose pas imaginer ce que cela pourrait signifier pour lui.