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On n’arrête pas le progrès. Les socialistes français ont dans leurs institutions internes un sorte de caverne d’Ali Baba: le laboratoire d’idées. Et l’une des idées qui y a germé - hors sol probablement - est la fin de la parentalité biologique.
Le parti socialiste français fait un constat: le modèle traditionnel de la famille, fondé sur un père et une mère en principe biologique, a vécu. Les familles recomposées ou monoparentales, ainsi que les familles homosexuelles, ont signé l’arrêt de mort de la famille biologique.
En conséquence le PS propose l’abandon de la référence biologique au profit du seul engagement parental, celui-ci pouvant être réalisé par toute personne affirmant vouloir être parent. On peut donc imaginer un transfert de parentalité suite à un divorce et à un remariage.
- Tu diras à ton père que je veux le rencontrer, dit la maîtresse d’école.
- Quel père? Le troisième, celui qui a épousé ma deuxième mère? répond l’enfant.
On pourrait ainsi se retrouver avec des parents pour lesquels l’enfant n’avait initialement aucune existence et aucun intérêt, et qui ne sera devenu un projet familial que presque par le hasard des rencontres amoureuses.
On pourrait dire que c’est déjà un peu le cas. Lors d’un remariage, le beau-père ou la belle-mère d’ont pas choisi l’enfant dès le début ni même avant la conception. Ils le prennent parce qu’il est là. Mais la différence est qu’il y a toujours un père ou une mère biologique - sauf en cas de décès. Et même dans ce cas, le beau-parent ne devient pas le parent à moins de lancer une procédure d’adoption.
Qu’adviendrait-il d’un enfant avec des parents successifs? On sait qu’un enfant ne doit pas appeler «papa» son beau-père ou «maman» sa belle-mère. La balise, le repère durable que constitue de parent biologique reste le référent. Il maintient une sorte de fil rouge dans la construction de l’enfant. C’est le modèle dominant, même s’il y a des exceptions, et même si parfois le parent biologique est un «mauvais parent». Que ce soit en identification ou en rejet, le parent de référence demeure le point majeur de la hiérarchie intérieure. L’enfant connaîtra d’autres personnes dans sa vie: beau-parent, professeur-e, parents de copains, et élargira ainsi son modèle. Mais il ne donnera pas à tous la même valeur. Un seul parent détient une autorité donnée par la loi et par les faits.
Cette autorité peut-elle être transférée sur d’autres personnes en cours de vie de l’enfant, comme s’il n’y avait plus de référence de base? Je n’en suis pas convaincu. Pas d’une manière habituelle en tous les cas. Cela se passe dans l’adoption, procédure longue et difficile dont la difficulté a d’ailleurs pour objet de garantir l’engagement des parents adoptifs. Quels tests, quelles garanties et sous quelle forme demandera-t-on aux «nouveaux parents» d’un enfant? Quelle garantie a-t-on que l’enfant ne sera pas perturbé par un tel transfert d’autorité, par cette équivalence parentale ôtant tout lien particulier et privilégié avec le parent biologique? Et l’abandon même de la référence biologique est-elle sensée, alors qu’il y a des maladies ou des particularités transmises génétiquement qui font de nous l’enfant de certains humains et pas d’autres? Le projet socialiste veut justement gommer la référence biologique. Le mieux serait sans doute de faire appel au saint-esprit pour toute procréation: on en aura fini avec cette biologie si mal assumée.
Sans compter que les nouveaux parents choisiront probablement de préférence les enfants en bonne santé. Combien voudront devenir les nouveaux parents d’enfants trisomiques ou diabétiques, ou leucémiques? Les parents biologiques supportent des situations difficiles parce que la biologie de la filiation renforce l’engagement moral, affectif et légal. Avec des nouveaux parents on risque d’assister à des choix parentaux vers les «bons» enfants, créant ainsi de nouvelles inégalités et exclusions. Là où la filiation biologique donne aux parents une force parfois inouïe (enfants génétiquement malades), il y a fort à parier que le seul choix intellectuel opérera une sélection des plus douteuses et favorisera une forme d’eugénisme de fait.
En l’état actuel, un enfant vivant dans une famille recomposée avec habitation principale chez l’un des deux parents (donc pas en résidence alternée) garde ses deux parents biologiques comme référence. Si le projet du PS devait un jour prendre force de loi, il y aurait d’abord l’abandon progressif de la résidence alternée (détestée et combattue par les féministes radicales) car elle maintiendrait un lien dérangeant avec les parents biologiques. On en resterait au système de la garde à un parent principal, l’autre s’effaçant progressivement comme on le sait trop bien. Et comme l’habitude inchangée des tribunaux est de confier la garde à la mère dans 90% des cas, malgré l’évolution des moeurs et l’égalité parentale, ce seront les pères biologiques qui seront progressivement éliminés. Venant d’un parti qui a érigé le féminisme en dogme, cela ne surprend pas.
Un autre aspect doit être mis en lumière dans ce projet. La famille biologique est un clan dont la force est justement en partie liée au sang. L’héritage d’un patrimoine renforce ce clan. La biologie est un repère relativement stable et durable par rapport à un engagement intellectuel. Le projet constate implicitement que l’engagement peut varier au cours d’une vie. La biologie non. Elle est donc un élément d’une société à développement durable. Le fait d’avoir des parents interchangeables affaiblira probablement la famille. Et quand la famille est affaiblie c’est l’Etat qui se renforce et impose ses directives aux citoyens. La famille reste donc un espace de résistance à la toute-puissance de l’Etat.
Et bien, si aujourd’hui j’étais en situation de faire une famille, j’hésiterais plutôt deux fois qu’une en voyant le peu de cas que l’on fait d’une part des pères, d’autre part des deux parents biologiques dans ce projet socialiste.
Confier définitivement mes enfants à des parents artificiels, «hors-sol», sorte de PGM (parents génétiquement modifiés), non merci. L’engagement moral, affectif, légal, renforce la filiation biologique, elle ne la remplace pas. Je suis d’ailleurs surpris de voir que Serge Hefez, psychiatre intelligent et engagé auprès des hommes, ait fait partie de l’élaboration de ce projet.