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Petit et menu de stature, amaigri par les épreuves, Eugenio Santoro (1920-2006) a fait naître du bois un personnage masculin fort et corpulent appelé Le Géant. Celui-ci est présenté dans l’exposition permanente de la Collection de l’Art Brut, à Lausanne. Quant à Maria Maddalena, ou La Femme assise, elles évoquent sa fille, Maria Lucia, qui paraît occuper toutes ses pensées; ces œuvres constituent la revanche poétique et sensuelle sur sa tragédie.
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Originaire de la Basilicate, dans le sud de l’Italie, Eugenio Santoro est issu d’une famille modeste, fréquente l’école élémentaire pendant cinq ans et fait un apprentissage de menuisier. Mobilisé à l’âge de vingt ans, le jeune homme part au front en Albanie, puis au nord de la Grèce, avant d’être fait prisonnier des Allemands. Santoro est déporté en Basse Rhénanie et enrôlé dans un camp de travaux forcés pendant deux ans. De retour au pays, il devient employé municipal et ouvre ensuite un petit atelier de menuiserie dans le village. En 1964, il quitte l’Italie avec son épouse pour des raisons économiques, contraint à l’immigration, et s’établit avec elle dans le nord de la Suisse, dans le Jura bernois, région en pleine expansion industrielle. Santoro se fait embaucher comme manœuvre dans une fabrique de chocolat à St-Imier et y travaille pendant vingt ans, solitaire, peu enclin à développer des contacts.
En 1979, à l’occasion du jubilé, Eugenio Santoro se fait remarquer en peignant une œuvre représentant l’usine. A la suite de cet événement, il se met à dessiner régulièrement, puis s’adonne aussi à la sculpture sur bois, à l’abri des regards, dans le jardin de sa maison, à Coutelary. A sa retraite, il se consacre plus intensément à cette activité, taillant dans des troncs récupérés, des animaux (cheval, cochon, chameau) et des personnages de grandes dimensions, d’une forte expressivité. Ses sculptures en sapin sont peintes en couleur, recouvertes d’un vernis et souvent parées d’accessoires, tandis que celles qui sont réalisées avec des arbres fruitiers (poirier, cerisier) laissent le bois naturel apparent. Chaque œuvre est constituée de plusieurs pièces qui s’emboitent et qui sont assemblées à l’aide de clous. L’artiste apporte un soin particulier à chacune d’elles : la création une fois terminée dans son atelier de plein air, il l’emballe pour la protéger et la conserve dans sa cave.
Les figures humaines et animales sont pareilles à des anamorphoses. Elles affichent des faciès déformés, des torsions de la tête, des déhanchements, des déséquilibres et d’autres distorsions anatomiques. Petit et menu de stature, amaigri par les épreuves, E.Santoro fait naître du bois un personnage masculin fort et corpulent appelé Le Géant. Quant à Maria Maddalena, ou La Femme assise, elles évoquent sa fille, Maria Lucia, qui paraît occuper toutes ses pensées; ces œuvres constituent la revanche poétique et sensuelle sur sa tragédie.
Un documentaire a été réalisé par la RTS (Radio Télévision Suisse):
Dominique Clément et Chantal Woodli, Les Jardins de l’imaginaire, Radio Télévision Suisse, 12 minutes, 1994.