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Didier Berberat
Conseiller aux Etats
04.3159 - Postulat
Déposé par : Didier Berberat
Date de dépôt : 18.03.2004
Déposé au : Conseil national
Etat actuel : Liquidé
Le Conseil fédéral est chargé de veiller à ce que l'administration fédérale et les entreprises dépendant de la Confédération évitent d'utiliser des mots et des expressions anglaises ou américaines lorsque leurs équivalents existent en allemand, français et italien. A l'avenir, le choix d'appellations à consonance anglaise pour les offices, services et programmes de la Confédération et des entreprises qui en dépendent doit en outre être proscrit.
Le Conseil fédéral a déjà été interpellé à plusieurs reprises sur les réponses qu'il entendait apporter à la multiplication des anglicismes dans les textes rédigés dans l'une de nos langues nationales ou dans les appellations de certaines entités ou programmes de la Confédération (voir notamment le postulat Schwaab 02.3193 et la question ordinaire Rennwald 03.1112). Bien que le Conseil fédéral ait demandé le classement du postulat Schwaab en indiquant que l'objectif de ce dernier était réalisé, force est de constater que la situation n'a guère changé et que la tendance est même à l'augmentation de l'utilisation d'expressions anglaises ou américaines, et ce au sein même de l'administration fédérale. Plusieurs instituts et offices fédéraux ont même dernièrement été rebaptisés "à l'américaine". On citera ainsi, entre autres, l'Institut suisse des produits thérapeutiques renommé Swissmedic, l'Office fédéral de la police devenu Fedpol ou encore le projet Finweb concernant la place financière suisse et dépendant du DFF. La décision de rebaptiser l'ancienne monnaie fédérale Swissmint relève de la même tendance. En visitant le site Internet de l'Institut de virologie et d'immunoprophylaxie dépendant de l'Office vétérinaire fédéral, on constate par ailleurs que celui-ci n'est disponible qu'en langues allemande et anglaise. De plus, si l'on consulte l'annuaire fédéral ou les sites Internet dépendant de la Confédération, on trouve des divisions ou des sections appelées "budgeting", "reporting", "controlling", sans parler des "newsletter" ou des "task forces". Les mesures timides proposées jusqu'ici par le Conseil fédéral semblent donc peu suivies et passablement inefficaces. Or, une réponse forte du gouvernement est nécessaire pour enrayer la multiplication des anglicismes en lieu et place de termes appartenant à nos langues nationales et éviter, qu'à son tour, il ne soit rebaptisé dans un avenir proche "Federal Executive Commitee". Si, tout au long de l'histoire, les langues se sont toujours influencées les unes les autres, reflétant agréablement le mélange des cultures, jamais sans doute une langue n'a bénéficié autant que l'anglais aujourd'hui de vecteurs de transmission si puissants. L'anglais est en effet la langue de l'informatique et l'apparition d'Internet et de son vocabulaire constitue une plate-forme de diffusion d'une ampleur considérable. Les termes de "mail", "spam", "hacker", etc. sont ainsi désormais utilisés quotidiennement quand bien même leurs équivalents français, allemands et italiens existent pour la plupart. L'anglais est aussi la langue privilégiée du monde économique et c'est tous les jours que les termes "stock options", "spin-off", "business angel", etc. s'offrent à nos yeux ou à nos oreilles. Là aussi pourtant, les équivalents susmentionnés existent. Les termes anglais se multiplient également dans la publicité. Beaucoup d'entreprises recourent désormais à des slogans écrits dans la langue de Shakespeare. Relayés par les médias, les termes anglais apparaissent de plus en plus dans le langage de la population jeune et moins jeune. Dans le monde des loisirs, on ne parle ainsi plus de marche à pied mais de "walking", et le "carving" a remplacé le ski. Si le Conseil fédéral se doit de garantir, sur la base de l'article 18 de la Constitution, la liberté de la langue auprès de nos concitoyens, il ne doit pas non plus oublier que les langues nationales sont l'allemand, le français, l'italien et le romanche, comme le mentionne l'article 4 de cette même Constitution. Aujourd'hui, nous attendons que le Conseil fédéral prenne de véritables mesures à même de défendre l'un des patrimoines culturels les plus importants de notre pays: ses langues nationales, qui recèlent chacune de grandes richesses. Plusieurs pays ont déjà adopté des mesures plus ou moins restrictives destinées à empêcher l'anglicisation de leurs langues nationales. Dans le cas du français, on citera les exemples de la France et du Québec. Par rapport aux deux pays mentionnés, notre proposition se veut plus modeste, puisque nous nous bornons à demander au Conseil fédéral de prendre des mesures au niveau de l'administration fédérale et des entreprises qui dépendent de la Confédération. A notre sens, la question de l'emploi abusif d'anglicisme ne devrait nullement être sous- estimée. Il convient en effet de rappeler que le recours de plus en plus fréquent à des expressions anglophones laisse de côté une large frange de la population qui, pour des raisons aussi variées que l'âge, l'origine ou l'éducation, ne connaît pas la plupart des termes mis en cause ci-dessus, ce qui contribue un peu plus à la marginalisation de ces personnes dans notre société. Ce postulat n'est pas une guerre à l'anglais, mais relève d'une défense de nos langues nationales qui, comme déjà relevé, recèlent de très grandes richesses culturelles. Il serait souhaitable que le Conseil fédéral se rende compte que le fait de céder à la mode qui consiste à employer de plus en plus fréquemment des anglicismes va à l'encontre de l'esprit de la Constitution fédérale et de la cohésion du pays.
Le Conseil fédéral propose d'accepter le postulat
Adoption