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Vulnérabilité sociale, empowerment, et formation pour la mobilisation citoyenne
Comment apprend-on à agir sur les injustices sociales qui nous touchent ? Les personnes les plus vulnérables socialement sont celles qui sont les plus exclues du jeu politique. Statistiquement, elles votent moins, et leurs voix se font moins entendre et pèsent moins dans les arènes où sont décidées les règles, les budgets publics et arbitrées les contradictions sociales dans la cité. A quelles conditions sont développées les capacités individuelles et collectives des plus vulnérables de se faire entendre ? Existent-ils des savoirs et savoir-faire citoyen, des dispositions à agir qui peuvent s’acquérir pour mieux faire entendre sa voix ?
C’est le pari des méthodologies issues de la tradition américaine du community organizing. Ce processus d’organisation des communautés d’habitants qui s’est étendu à l’organisation des travailleurs précaires, ou des usagers de services publics ou de l’action sociale, vise à structurer des intérêts communs, le plus souvent en réaction à des dénis ou privations de droits, et dans tous les cas face à une asymétrie de pouvoir. La théorie et les méthodes de l'organizing trouvent leur origine au milieu du siècle dernier dans des mouvements sociaux organisés par Saul Alinsky dans des quartiers pauvres des États-Unis. Souvent en situation de vulnérabilité sociale et/ou de discrimination, la communauté organisée devient capable de mener des actions revendicatives significatives, conduisant à des possibilités de négociation avec des institutions pour agir sur des problèmes de logements insalubres, salaires indécents, conditions de travail inacceptables, interdictions d'accès à des lieux publics, etc.. C'est un mouvement à forte composante politique qui mise sur les capacités des citoyens à s'autodéterminer et à s'auto-organiser pour gagner du pouvoir collectif (on parle d'empowerment), moyennant des méthodes adaptées. En plus de constituer une aide citoyenne à la compréhension et à la transformation des situations de vulnérabilité par les citoyen.ne.s eux-mêmes et elles-mêmes, la dynamique d’organisationcontribue à la vitalité d'une démocratie locale et participative. Mais cela n'est possible qu'avec de nombreux leaders citoyens capables d'initier les actions et de faire essaimer le mouvement, ce qui suggère la maitrise de savoirs et de méthodes spécifiques. Cela soulève alors des questions relatives aux processus d’acquisition de ces savoirs et méthodes, et donc de formation.
La conférence présentera les dynamiques d’organisation des communautés et d’action collective à l’œuvre avec l'association Alliance Citoyenne que dirige Adrien Roux. Elle interrogera à partir de quelques exemples les questions de développement, d'empowerment, et de formation citoyenne pour les personnes en situation de vulnérabilité. Les conférenciers porteront sur les questions abordées un regard croisé entre sciences politiques et sciences de l'éducation et de la formation.
Les conférenciers
Diplômé de Sciences Po Grenoble, Adrien Roux oeuvre depuis 10 ans à expérimenter en France les méthodes de community organizing / organisation des communautés d’habitants auxquelles il s'est formé en Angleterre avec CitizensUK et à Toronto avec Acorn Canada. Il a initié en 2010 l’Alliance Citoyenne dans les quartiers de Grenoble, puis à Aubervilliers et Lyon avant de lancer en 2017 l’Institut Alinsky avec plusieurs chercheurs français spécialistes de la participation citoyenne. Auteur d’un livre sur les 50 ans d’expériences de démocratie locale en France, il intervient auprès de différents organismes (instituts du travail social, collectivités) sur les questions de mobilisation citoyenne et de dynamique participative dans les quartiers populaires.
Docteur en sciences de l'éducation et de la formation, Simon Flandin est Maitre-Assistant à l’Université de Genève et membre de l’équipe CRAFT (Conception Recherche Activité Formation Travail) et du laboratoire RIFT (Recherche Intervention Formation Travail). Ses travaux consistent à analyser l’activité de professionnels au travail et en formation afin de déterminer les meilleurs moyens de favoriser leur performance, leur santé et leur développement. Ils contribuent à un programme de recherche technologique qui vise à élaborer des critères de conception de formation dans une perspective écologique, c’est-à-dire en lien étroit avec les acteurs bénéficiaires des recherches et leurs organisations, avec une polarisation sur des situations de vulnérabilité et de crise de différentes natures.13 juin 2019