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Pendant la Deuxième Guerre mondiale, de nombreuses personnes non-juives ont risqué leur vie pour sauver des Juifs. Ces personnes ont été reconnues comme "Justes parmi les Nations" et ont été décorées de la médaille de l'Institut Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem (Israël).
Ces hommes et ces femmes de toutes nationalités ont mis en danger leur vie ou leur carrière pendant la guerre, en désobéissant ou en enfreignant les lois : répondant à leur conscience, ils ont spontanément hébergé des réfugiés sous leur toit, leur ont offert de la nourriture ou des vêtements, leur ont fourni de faux papiers ou les ont aidés à traverser des frontières clandestinement.
Longtemps après la guerre, ces personnes sont restées dans l'ombre, souvent par modestie, mais aussi par crainte de subir des réactions négatives de leur entourage, de leur employeur ou des autorités de leur pays pour avoir violé le règlement. Même pour sauver des vies humaines. Ce n'est que des années après, grâce aux témoignages des personnes sauvées ou de leurs descendants, que ces héros ont pu être identifiés et honorés - parfois de manière posthume - pour leurs actes de bravoure.
Plus de 15000 personnes ont reçu la médaille des Justes parmi les Nations, dont une vingtaine en Suisse. Chaque année, l'Institut Yad Vashem examine de nouveaux dossiers et honore d'autres noms. Beaucoup d'autres Justes, anonymes pendant la guerre et décédés depuis lors, resteront inconnus, mais leur rôle continuera d'être cité comme un modèle d'entraide et d'héroïsme.
Le titre de "Juste parmi les Nations" est inspiré d'une phrase du Talmud, l'un des livres sacrés des Juifs, qui dit : "Celui qui sauve un être humain sauve l'univers tout entier."
Plusieurs Suisses ont risqué leur vie pour aider bénévolement des réfugiés juifs pendant la guerre : des prêtres, des fonctionnaires, des diplomates, des femmes au foyer, de simples citoyens. Ils ont caché des gens, indiqué des chemins de passage à travers les bois et les montagnes (dans le Jura, autour de Genève et plusieurs régions frontalières), procuré des saufs-conduits. Un Mémorial pour les Justes de France a été inauguré à Thonon-les-Bains en novembre 1997.
Citons le cas de Paul Grüninger, chef de la police de Saint-Gall, qui, en 1938, refusa de refouler 3000 Juifs dont le passeport était marqué du "J". Il fut démis de ses fonctions pour avoir désobéi et ne put jamais réintégrer la police. Il n'a été réhabilité qu'en 1995, vingt-trois ans après sa mort.
De son côté, Carl Lutz, consul général de Suisse à Budapest pendant la guerre, sauva la vie de plus de 50'000 Juifs hongrois en leur donnant des lettres de protection.
En Suisse romande, Rosa Naef et Anne-Marie Im Hof-Piguet aidèrent plusieurs enfants à passer clandestinement la frontière près de la vallée de Joux, les faisant échapper à une mort certaine en France occupée.
Stefan KELLER : Délit d'humanité, l'affaire Grüninger, Lausanne, éd. D'en bas, 1994.
Lucien LAZARE : Le Livre des Justes, Paris, Lattès, 1993.
Manuela SALVI & Raphaël AUBERT : Ces Justes qui sont l'honneur de la Suisse, RSR / L'Aire, 1997 (disque compact).