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02/03/2012
Réponses au Carnet vert
J'ai eu récemment le plaisir de rencontrer une lectrice de mon Blog, cette dernière ayant entrepris de m'inviter à faire sa connaissance lors d'une rencontre IRL (In Real Life).
J'ai reçu de ses mains un petit carnet vert de notes, de questions, et de remarques, concernant mes derniers écrits.
Je me suis donc intéressé à répondre et à réagir au contenu de ce carnet. En voici le résultat.
Démocratie spatiale
Par démocratie spatiale, j'entends marquer l'importance d'un échelon dans l'échelle démocratique idéale de la construction collective. En me basant sur les théories de l'écologie politique / décroissance (Serge Latouche, Paul Ariès, André Gorz, Nicolas Ridoux), ainsi que sur les théories fédéralistes, je retire l'idée qu'il est important de bien appuyer le fait que toute organisation politique commence par un découpage spatial articulant de fait une certaine conception de l'ordre et de la hiérarchie dans les rapports de force entre régions (comme on peut le voir avec une analyse géographique centre-périphérie par exemple). D'où la nécessité selon moi de décentralisation (maximale possible) politique et économique, étant donné que la décentralisation induit l'autonomie.
Assemblée populaire
La question du degré de compétence et de souveraineté de l'assemblée populaire de quartier ou de village dépend essentiellement du degré de décentralisation et de relocalisation économique et politique. Dans une organisation sociale communautaire (par exemple sur un modèle anarchique, écologiste, ou communiste), l'assemblée populaire dispose évidemment d'un degré de compétence fortement élevé, alors que dans une organisation sociale individualiste (socialiste ou capitaliste) l'assemblée populaire se retrouve avec moins de prérogatives. De manière évidente, un système centralisé ôterait du sens à l'assemblée populaire en réduisant sa capacité d'action.
Science et politique
J'adhère à l'idée de la création d'organes scientifiques spécifiques de consultation pour les acteurs politiques et médiatiques tant que cette idée ne s'amalgame pas à une forme de corporatisme de spécialistes ou de vampirisme technocratique. Il me semble que Dominique Bourg développe une idée à ce sujet : à creuser.
Tirage au sort
Une théorie de la démocratie extrêmement bien présenté par Etienne Chouard. L'idée de parrainage que je lui reprends signifie simplement que tout citoyen volontaire pour être tiré au sort doit recueillir pour cela un certain nombre de signatures de citoyens acceptant de le parrainer.
J'aimerais ajouter que des éléments de la sociocratie pourraient être utilisés avec la théorie du tirage au sort.
Les banques et le crédit
Une étatisation des banques est-elle une si grosse affaire qu'elle nous paraisse si ardu ?
Je suis certain que les forces de gauche finirons par se saisir de cette excellente idée de démocratisation du crédit et de contrôle sain du développement économique. Assez de laissez-faire !
Publicité consumériste
Certes, interdire n'est jamais agréable, ni toujours efficace. Mais toutefois, transiger sur l'interdiction de la publicité consumériste est difficilement envisageable selon moi. La publicité consumériste est le moteur du productivisme matérialiste qui provoque la crise écologique... Si nous voulons l'arrêter nous devons bien passer par une interdiction, question de survie pour l'humanité.
Transparence
Instaurer la transparence dans le secteur économique étatique et privé, ainsi que dans la sphère politique, n'est pas si compliqué il me semble. Il s'agit principalement de donner à l'ensemble de la population l'accès à toutes les informations que ce soit par l'intervention de l’État, l'établissement de règles de transparence contraignantes, ou par le contrôle d'organes indépendants. Par exemple, on pourrait commencer comme dans certains pays de Scandinavie où les impôts de chacun sont publiés sur internet dans un site accessible à tous.
Démocratie économie
Tendre vers une société égalitaire nous amènera naturellement vers une société sans classe où l'harmonie régnera entre les individus puisque les rapports de domination et d'exploitation économique seront supprimés.
Rapports sociaux
Le projet socialiste va supprimer les rapports de domination et d'exploitation économique, mais cela ne signifie pas que tout rapport de force ou de domination disparaîtra pour autant... Les théoriciens élitistes de l'organisation (Michels il me semble) ont bien montré que dès qu'il y a organisation collective il y a création d'un rapport de domination. Il s'agit donc de mettre en place les bons garde-fous politiques pour éviter toute dérive imprévue.
Auto-limitation
Comme pour la publicité consumériste, certains ne vont pas trouver ça très drôle, mais cela est néanmoins écologiquement (et donc socialement) nécessaire si nous voulons régler la cris écologique. Techniquement, une planification négative collective permettrait de mettre le principe d'auto-limitation en place. On se contente de filtrer les activités économiques écologiquement nuisibles jusqu'à atteindre le seuil des capacités régénératives de la biosphère.
Socialisme
Le socialisme est une idéologie, entendu comme un projet de société collectif articulé politiquement. Il s'agit concrètement d'une vision de comment organiser la société en abolissant les rapports de domination et d'exploitation économique, donc en construisant une société égalitaire.
Extrême gauche, Anarchistes et Objecteurs de croissance
Ces acteurs politiques mènent une lutte proche de la nôtre, même si nous ne sommes pas forcément d'accord sur la finalité (et c'est là notre principale différence). Ainsi, je rejette fortement l'idée d'organisation sociale communautaire qui est intrinsèque au communisme, à l'anarchisme, et l'écologisme. Seul le socialisme représente la voie qui correspond à ma vision du monde.
Les mythes et les symboles
Développer nos programmes, nos idées, notre action sur le terrain politique sont des éléments essentiels de notre lutte. Toutefois, nous devons effectivement développer de nouveaux symboles, de nouvelles représentations, de nouveaux mythes, à notre mouvement. Nos adversaires jouissent ce niveau d'une omniprésence de fait (systémique), et c'est pourquoi il est d'autant plus important de développer notre réflexion sur ce champ-la. J'avoue que c'est un point qui me paraît encore peu abordé et sur lequel nous devrions davantage nous pencher.
Marché et planification
Je pense qu'il faut utiliser les deux tout en restant pertinent dans la sélection des secteurs économiques. Le modèle d'ex-Yougoslavie pendant la Guerre Froide est intéressant à ce niveau-la.
Un système de coopératives autogérées étatiques et privées (propriété collective des travailleurs) en concurrence sur des marchés et planifiés sur certains secteurs me semble une forme d'organisation socialiste pertinente et efficace.
Méritocratie et économie planifiée
Cela peut surprendre, mais il y a un socle méritocratique assez fort dans l'économie planifiée (pure). Ainsi, dans l'économie planifiée, les postes de travail dépendent de la planification de la production en fonction des besoins collectifs. Ces postes de travail induisent la formation d'individus compétents. Il y a donc compétition méritocratique entre les individus en formation pour l'accès à ces postes, étant donné que l'héritage est socialisé et l'égalité instauré.
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Un grand merci encore à la lectrice au petit carnet vert !