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Des décennies d'incitations inopportunes entraînent l'agriculture suisse dans un gouffre économique
La valeur ajoutée et la rentabilité de l'agriculture suisse occupent le bas du classement en comparaison internationale. Les facteurs principaux sont les incitations inopportunes créées par de fortes subventions et le soutien aux prix. Parce que la Confédération publie dans ses statistiques chaque fois des chiffres maquillés sur la situation économique de l'agriculture, les politiques et le public ont jusqu'à présent à peine réalisé l'ampleur réelle du désastre.
Pendant des décennies, des incitations inopportunes très fortes, en comparaison internationale, sous forme de subventions, ont entraîné l'agriculture suisse dans une dépendance totale face à l'État et l'industrie.
En 2009, l'agriculture suisse n'a pour la première fois gagné aucun centime de sa production. Depuis, les coûts de la consommation intermédiaire, comme ceux du fourrage, de l'énergie et des machines, dépassent les recettes provenant de la production. Dans ce calcul n'est même pas intégré le soutien au marché assumé par les consommateurs à travers la protection aux frontières. S'il était inclus, les exploitations agricoles suisses inscriraient aujourd'hui environ deux milliards de pertes avant de s'être versé un salaire. C'est ce que montrent les analyses de Vision Landwirtschaft. La Confédération publie en revanche à ce jour des chiffres massivement embellis.
Les subventions ne maintiennent pas seulement en vie des structures non rentables, mais elles favorisent même activement une production toujours plus intensive et particulièrement non rentable, dont les coûts continuent à augmenter plus fortement que les augmentations des profits et que les recettes de ses propres produits. L'agriculture est devenue une passoire. Ses rentrées d'argent alimentent en fin de compte totalement la branche en aval. Des groupes agro-alimentaires voient leur chiffre d'affaires augmenter d'année en année. Et parallèlement surgissent des dommages environnementaux massifs dûs à l'utilisation élevée de technologie et de matières auxiliaires.
Poursuivre la politique actuelle serait économiquement irresponsable. Les chiffres et les faits sont sur la table. Vision Landwirtschaft revendique pour 2022 une correction en profondeur de la politique agricole.
(VL) Qui doit supporter les coûts de production des biens et des services ? En principe, la réponse est claire et largement acceptée : Celui qui génère les coûts est celui qui doit payer, en l’occurrence, le consommateur. Si c'est le cas, on parle de "vérité des coûts". Dans l'agriculture et l'alimentation, ce principe est aujourd'hui bouleversé. Les méthodes de production et les modes de consommation nuisibles à l'environnement sont massivement favorisés par l'État. Les biens produits de manière non durable deviennent ainsi beaucoup trop bon marché, tandis les biens durables demeurent trop chers. Le problème n'est donc pas le consommateur qui n'est pas prêt à payer beaucoup plus cher pour une alimentation durable, mais un système de politique agricole qui fausse les prix en faveur d'une consommation néfaste pour l’environnement et qui entrave donc systématiquement les modes de consommation durables. Une nouvelle étude de Vision Agriculture quantifie pour la première fois l'ampleur de ce déséquilibre. Afin d'atteindre les objectifs de la politique agricole dans le domaine de l'environnement et de la sécurité alimentaire, il sera essentiel de réorienter fondamentalement le système actuel pour tenir compte de la vérité des coûts.
La vérité des coûts est un principe de base d'une économie de marché transparente et équitable. Celui qui génère des coûts doit également les payer. Cependant, ce n'est pas toujours facile à déterminer selon les cas. Dans le domaine des transports, il a été reconnu il y a de nombreuses années que les coûts comprennent non seulement les coûts privés des véhicules et des carburants, mais aussi d'autres types de coûts : Coûts pour le contribuable, par exemple par la construction de routes, et coûts pour la collectivité en raison de la pollution de l'environnement et des accidents de la circulation, ce qu'on appelle les coûts externes. L'Office fédéral de la statistique (OFS) publie régulièrement les coûts totaux des transports et précise qui les supporte. Quelle est la situation dans l'industrie agricole et alimentaire ? Outre les consommateurs, les contribuables et le grand public supportent également une partie des coûts. Toutefois, contrairement au transport, on n'a jamais déterminé le niveau de ces coûts dans l'agriculture. Pour la première fois, Vision Agriculture présente des statistiques qui recensent de manière transparente les coûts totaux de la production alimentaire et les ventilent par unité de coût. Celles-ci se fondent sur les statistiques fédérales officielles et sur un calcul scientifiquement fondé des coûts externes de l'agriculture suisse.
Loin des coûts véritables
Les résultats de l'étude le montrent : L'agriculture et l'alimentation sont aujourd'hui très éloignées du principe de la vérité des coûts. Des combustibles fossiles aux contributions pour les pulvérisateurs de pesticides et la publicité pour la viande en passant par l'élimination des déchets d'abattoirs, la production alimentaire est subventionnée par le gouvernement fédéral de toutes les manières imaginables. À cela s'ajoutent les coûts environnementaux au détriment de la collectivité, qui sont causés, par exemple, par les pesticides ou les émissions d'ammoniac et nécessitent des contre-mesures onéreuses.
Ce qui est particulièrement problématique : ce sont les produits les plus polluants pour la collectivité qui sont les plus subventionnés. La production de denrées alimentaires d'origine animale, qui représente la moitié de la production de calories et les trois quarts des coûts environnementaux de l'agriculture, soit 3,6 milliards de francs, est subventionnée quatre fois plus par la Confédération que la production de denrées alimentaires d'origine végétale. Dans le cas de la viande de bœuf, par exemple, les consommateurs paient donc moins de la moitié du coût véritable de la production.
Contradiction avec les objectifs et les stratégies
Lorsque les haricots ou les burgers végétariens coûtent plus cher que le poulet ou la viande hachée, un comportement durable équivaut à nager à contre-courant. L'opinion populaire dans les milieux agricoles, selon laquelle le problème réside dans les consommateurs qui ne sont pas prêts à payer plus cher pour des produits durables (voir par exemple le président de l'Union suisse des paysans Ritter dans la NZZ du 11.08.2020), est bien trop simpliste. L'agriculture et l'alimentation sont aujourd’hui systématiquement accompagnées de mauvaises incitations économiques qui entravent les modes de production et de consommation sains et durables.
La politique fédérale est également en contradiction avec ses propres objectifs et stratégies, et ce pas seulement dans le domaine de l'environnement. Selon la Stratégie suisse pour la nutrition (OSAV 2017), on consomme trop de viande et de produits laitiers à forte teneur en graisses et trop peu de produits céréaliers, de pommes de terre, de légumineuses et de légumes. Avec ses conditions-cadres pour l'agriculture, la Confédération contribue ainsi à des modes de consommation malsains et nuisibles à l'environnement.
L'absence de vérité des coûts explique également pourquoi la politique agricole, malgré l'importance des fonds qui lui sont alloués, est loin de répondre aux exigences du droit de l'environnement (voir le rapport "Indicateurs d’appréciation de la politique agricole suisse", avec résumé en français). Aujourd'hui, la Confédération verse des centaines de millions de francs par an pour limiter les dégâts, c'est-à-dire simplement pour veiller à ce que les objectifs environnementaux ne soient pas encore davantage manqués, comme le montre une récente étude prenant la biodiversité comme exemple.
Une question d'équité
Toutefois, les coûts réels dans l'agriculture ne sont pas seulement une condition préalable à la réalisation des objectifs environnementaux, mais aussi et surtout une question d'équité.
Loin du principe du pollueur-payeur, la politique actuelle pénalise, par exemple, les végétariens ou les agriculteurs qui, par leur comportement, font beaucoup pour l'environnement.
Comment parvenir à la vérité des coûts ?
La vérité des coûts dans l'agriculture signifie concrètement :
Les subventions liées aux intrants agricoles tels que l'énergie fossile ou aux extrants tels que le lait ou les déchets d'abattoirs sont supprimées.
Les coûts supportés par la collectivité en raison des émissions provenant de moyens de production importés ou artificiels (énergie fossile, aliments pour animaux importés, engrais minéraux, pesticides) sont imputés à ceux qui les provoquent.
production importés ou artificiels (énergie fossile, aliments pour animaux importés, engrais minéraux, pesticides) sont imputés à ceux qui les provoquent.
Les charges environnementales qui surviennent dans le cadre de bonnes pratiques professionnelles basées sur une production régionale et utilisant des technologies économisant les ressources n'ont pas de conséquences financières pour les producteurs.
D'autres services tels que la production sans pesticides, la réduction des émissions de CO2 par la conversion des tourbières en prairies, etc. sont soutenus en tant que prestations d'intérêt public.
Dans le cas des aliments importés, l'impact environnemental de la production est déclaré et une taxe est imposée pour éviter toute discrimination à l'encontre de la production locale. Les droits de douane forfaitaires peuvent être réduits dans cette mesure.
Le résultat est que l'agriculteur durable peut produire à moindre coût que celui qui a une production nuisible à l'environnement. Par conséquent, les aliments respectueux de l'environnement coûtent moins cher en magasin que les aliments produits de manière nuisible pour l'environnement.
Plan directeur requis
Un plan directeur est nécessaire pour ancrer la vérité des coûts dans la politique agricole et ainsi empêcher que des milliards de fonds publics ne continuent à faire obstacle à une agriculture durable. Son horizon dépasse ainsi les étapes quadriennales de la politique agricole. Il doit également être étroitement coordonné avec les objectifs et stratégies officiels de l'administration fédérale dans les domaines de l'environnement, du climat, de la santé et de l'alimentation.
Littérature citée
OSAV (2017) Stratégie suisse de nutrition : savourer les repas et rester en bonne santé. Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaire OSAV, Berne.
Intensiv bewirtschaftete Obstanlagen führen zu einer massiven Reduzierung der Biodiversität und zu einer starken Abhängigkeit von externen Inputs um die Bodenfruchtbarkeit zu erhalten und einen wirkungsvollen Pflanzenschutz zu gewährleisten.
Nun zeigen innovative Obstproduzenten, dass mit einem zukunftsweisenden Management im Obstbau die Bodenfruchtbarkeit und Biodiversität nachhaltig verbessert werden kann. Nicht nur die ökonomischen Leistungen verbessern sich dadurch markant, auch die Vorteile für Umwelt und Gesellschaft überwiegen.
Aucun groupe ne gagne plus d’argent dans l’agriculture suisse que la multinationale Fenaco. Les multinationales rusées du secteur agroalimentaire reçoivent des milliards de francs pour l’achat des aliments pour animaux, des engrais, des pesticides etc. des exploitations agricoles suisses. Plus la production est industrielle, plus l’affaire est rentable.
Si à l’avenir moins de ces matières auxiliaires nocives pour l’environnement doivent être utilisées, comme le veut l’Initiative pour une eau potable propre, ce sera autant de moins directement dans les poches de Fenaco, Syngenta & Co. Pas étonnant que l’agro-industrie fasse tout son possible pour lutter contre cette initiative. Par exemple Fenaco investit 200'000 francs dans la campagne contre l’initiative. Pas directement, mais à travers l’Union suisse des paysans, qui est étroitement liée à Fenaco financièrement et personnellement.
Ceux qui souhaitent une agriculture paysanne plus durable et moins d’agro-industrie, soutiennent l’Initiative pour une eau potable propre.
Fin février, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) a publié cinq études réalisées sur mandat, sur le thème des étapes en amont et en aval de la création de valeur de l’agriculture. Ce que les études ne considèrent pas, c’est le parallèle des résultats par rapport à la politique agricole actuelle et d’autres études. Le dernier numéro de la revue du SECO «La Vie Économique» avec pour thème principal «L’avenir de l’agriculture» ne comble pas non plus cette lacune. Les résultats sont interprétés en conséquence par exemple dans le Bauernzeitung en fonction de ses propres intérêts.
Vision Agriculture a examiné les études du SECO à la loupe. Voici les résultats les plus importants de la politique agricole et le commentaire du point de vue de Vision Agriculture (ce dernier en caractères gras):
1) Les secteurs en amont et en aval profitent aussi du niveau élevé du soutien à l’agriculture. Cela veut surtout dire que l’agriculture pourrait être soutenue de manière plus ciblée.
2) Les effets de la puissance du marché des secteurs en amont et en aval sur les prix et les marges sont difficilement décelables. En revanche, les associations de producteurs peuvent largement fixer les quantités et les prix grâce à leur situation de monopole, tant que la production ne dépasse pas la consommation intérieure.
3) Pour les produits à haute transformation, la part de l’agriculture dans la différence des prix avec les pays étrangers est (logiquement) insignifiante. Ce qui n’est pas mentionné: Pour les produits examinés pain, yogourt et jambon cru, la part des prix aux producteurs dans le prix au consommateur en Suisse est nettement plus élevée en Suisse que dans les pays voisins.
4) Les prestations préalables que les agriculteurs achètent pour la production, comme les aliments pour animaux et les engrais, sont 20% plus chères que dans les pays voisins. Or les prix suisses à la production sont en moyenne environ 50% plus élevés qu’à l’étranger. La thèse formulée dans le Bauernzeitung d’une «agriculture entre le marteau et l’enclume» est donc bien exagérée. D’autant plus que les paiements directs en Suisse sont cinq fois plus hauts que dans les pays qui nous entourent.
5) Le fort soutien augmente la demande en intrants (tels qu’engrais et aliments pour animaux) et conduit donc à une production agricole plus intensive. Cela nuit aussi dans une large mesure à l’environnement.
6) La valeur ajoutée dans l’agriculture suisse est aussi élevée que dans les pays voisins. Cela néglige le fait que la protection à la frontière en vigueur pour les produits agricoles fausse les prix dans le pays. Si l’on en tient compte, la valeur ajoutée de l’agriculture suisse est nettement inférieure à celle des pays voisins.
En résumé: la valeur ajoutée de l’agriculture suisse est faible et bien inférieure à ce que l’on suppose généralement. Mais cela n’est pas dû aux marges élevées dans les secteurs en amont et en aval ou à des prix excessifs pour les intrants. La raison en est plutôt la production bien trop coûteuse, y compris les grandes quantités d’intrants achetés et utilisés aussi de manière inefficiente (par ex. aliments concentrés pour la production laitière).
D’importantes études sur le sujet n’ont pas été incluses: ainsi par exemple une étude mandatée par l’Office fédéral de l’agriculture OFAG fin 2017 a estimé que les trois quarts des 3,3 milliards de francs de soutien au marché ne bénéficient pas à l’agriculture, mais aux secteurs en amont et en aval. Cette étude, probablement la plus importante sur le sujet, n’est même pas mentionnée dans l’article de synthèse du dernier numéro de la revue du SECO «La Vie Économique» qui tourne autour de «L’avenir de l’agriculture», ni dans les autres articles.
Des informations sur le contenu et des commentaires sur les différentes études sont compilés ici dans un document en allemand de Vision Agriculture.
Jusqu’à présent, l’impact de la politique agricole était mesuré avec des indicateurs qui voilaient plus qu’ils ne clarifiaient. Ce manque de transparence est une condition préalable décisive pour que le Parlement puisse axer la politique agricole en grande partie sur les intérêts de l’industrie proche de l’agriculture, plutôt que sur les objectifs fixés par la loi. Pour remédier à cette situation, Vision Agriculture a publié, en collaboration avec d’autres organisations, 21 indicateurs. Ils donnent pour la première fois un aperçu général de la réalisation des objectifs de la politique agricole en se basant sur les bases légales. Ils montrent que seuls 2 des 21 objectifs sont atteints. Cela concerne non seulement tous les objectifs environnementaux importants, mais aussi les objectifs économiques et sociaux qui ne sont pas atteints, souvent largement. Dans le même temps, les ressources les plus importantes sont utilisées pour des objectifs qui ont déjà été plus qu’atteints.
(VA) Depuis vingt ans, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) publie une série de données chiffrées, des indicateurs, afin d’évaluer la réalisation des objectifs de la politique agricole et d’identifier les mesures supplémentaires nécessaires.
Toutefois, les indicateurs utilisés jusqu’à présent sont trop peu clairement axés sur les objectifs légaux, et donc peu pertinents. Par exemple, la sécurité de l’approvisionnement en cas de crise est mesurée par rapport à la quantité de calories produites aujourd’hui, sans rapport avec le besoin en différentes denrées alimentaires et indépendamment de savoir si les conditions pour la production seraient aussi disponibles avec une crise des importations. Pour certains objectifs importants de la politique agricole, tels que la réalisation d’un objectif en matière de revenu selon la Loi sur l’agriculture (Art. 5 LAgr) ou la compétitivité, aucun indicateur n’a été publié à ce jour.
Vision Agriculture désapprouve depuis longtemps les indicateurs de la Confédération considérés comme inadaptés, et a soumis à l’OFAG des analyses et des propositions pour de nouveaux indicateurs l’an dernier. Les propositions, ainsi qu’une interpellation au Parlement, ont sans doute contribué à ce que l’OFAG propose de nouveaux indicateurs dans la consultation sur la PA22+. Mais ils ne sont pas meilleurs que les anciens. Il manque des thèmes importants, la référence aux objectifs reste très vague, et les valeurs des indicateurs ne sont pas comparées aux valeurs cibles légales. De plus, les indicateurs sont difficilement identifiables sur la base du cadre législatif (Art. 185 LAgr et ordonnance sur la durabilité).
Nouveaux indicateurs
Vision Agriculture, en collaboration avec d’autres organisations, a donc développé un nouvel ensemble de 21 indicateurs. Ces 21 indicateurs englobent 10 domaines cibles: 7 indicateurs sont associés aux domaines social / économie / approvisionnement, 7 aux domaines environnementaux sol, air et eau / eau souterraine, 3 au domaine biodiversité, 2 au domaine paysage et 2 au domaine du bien-être des animaux.
Les indicateurs ont été définis sur la base de principes clairs et de nombreuses discussions avec des experts. Ils doivent donner un aperçu général sur la réalisation de la politique agricole dans tous les domaines cibles importants, allant de l’économie au bien-être animal, sur la base de chiffres disponibles actuellement. Les valeurs cibles ont ainsi été calculées aussi directement que possible à partir des bases légales.
Les indicateurs montrent (voir la fig. 1 en français pour les détails, disponible également en italien) que: 1. Seuls 2 des 21 objectifs ont été atteints. Sont souvent loin d’être atteints non seulement tous les objectifs environnementaux, mais aussi les objectifs économiques et bien d’autres. 2. Les objectifs atteints ou dépassés sont la contribution à la sécurité de l’approvisionnement en cas de crise et le revenu cible conformément à la loi sur l’agriculture (Art. 5 LAgr). 3. Précisément, c’est pour les objectifs déjà plus qu’atteints que les moyens les plus importants sont injectés – par exemple les paiements directs pour la sécurité de l’approvisionnement et des (autres) formes de soutiens au revenu forfaitaires. 4. Seule une fraction de l’argent (environ 1,5 milliard de francs) est utilisée pour les prestations d’intérêt général de l’agriculture, qui servent de justification au soutien total de 7 milliards de francs. 5. Seule une fraction qui n’est pas liée à des prestations, donc à un soutien à motivation sociale, bénéficie aux exploitations qui ont particulièrement besoin de ce type de soutien.
Ces résultats signifient que les moyens de la politique agricole sont utilisés d’une manière tout sauf ciblée.
Système d’immobilisme
Le manque de transparence sur l’utilisation des moyens et l’effet des mesures, a un système dans la politique agricole. Le Conseil fédéral et l’administration facilitent ainsi le guidage de l’argent des contribuables vers l’agro-industrie par le Parlement, encore et toujours sans prendre en compte les intérêts des consommateurs-trices et des contribuables.
Avec le manque de transparence actuel, les contribuables et les consommateurs-trices restent dans l’ignorance quant à l’impact des 5 milliards d’argent public – ou dans la croyance, diffusée par l’Union suisse des paysans, qu’une orientation plus forte du soutien vers une production respectueuse de l’environnement menacerait l’existence des agriculteurs et l’agriculture suisse. Tant que la population y croit, elle est prête à s’arranger avec les coûts élevés et les dommages environnementaux.
Si les 5 milliards étaient utilisés de manière ciblée, les 21 objectifs de la politique agricole pourraient être atteints en quelques années, comme l’ont déjà montré en 2010 des modèles de calcul dans le Livre Blanc de Vision Agriculture. Au lieu de cela, le soutien est versé jusqu’à ce jour principalement aux producteurs d’aliments pour animaux, à de puissants groupes commerciaux et aux industries comme Fenaco, qui est représenté au Conseil fédéral par deux anciens membres du conseil d’administration.
Les fonds publics favorisent ainsi une agriculture suisse industrielle et basée sur les importations, qui surfertilise les eaux, continue de réduire encore la diversité des espèces, et dévalue le paysage suisse avec des poulaillers et des serres - tout en incitant de nombreuses exploitations à faire des investissements peu judicieux des points de vue macro-économique et souvent aussi opérationnel.
Soutien à la transparence
Vision Agriculture demande à la Confédération de faire preuve de transparence avec ses propres indicateurs concernant l’utilisation et l’impact de l’ensemble des 7 milliards de francs. Il faut en particulier rendre transparent les effets des 5 milliards de francs de soutien forfaitaire. Les bases pour cela sont déjà en grande partie disponibles à la station fédérale de recherche Agroscope, mais elles doivent cependant être préparées de manière compréhensible.
Il faut également réallouer les soutiens qui ne sont pas axés sur les objectifs, à des contributions ciblées, ou alors les éliminer. Une évaluation des besoins serait donc appropriée pour les soutiens qui ne sont pas liés à des prestations (c’est-à-dire à motivation politico-sociale). Les demandeurs devraient être tenus de prouver (a) qu’ils gèrent leur exploitation selon des critères économiques, (b) qu’ils contribuent à la réalisation des objectifs environnementaux et (c) qu’ils ne dépassent pas un certain revenu du travail. Cela empêcherait le soutien au revenu d’être versé à une production coûteuse et dommageable pour l’environnement, qui va à l’encontre des objectifs de la Constitution et des lois.
PA22+: beaucoup d’effort, peu d’impact
Avec la politique agricole 2022, dont la consultation vient de se terminer, la Confédération a laissé entrevoir une utilisation plus efficiente des fonds fédéraux. Pourtant, les propositions sont loin de dépeindre des objectifs clairs, des indicateurs transparents et des mesures efficaces. Les nombreux petits ajustements au niveau des lois et des ordonnances impliquent beaucoup de travail administratif, mais ils ne changent pas grand-chose aux milliards d’argent public déversés dans l’agro-industrie.
Vision Agriculture demande à la Confédération de revoir et de corriger la réforme agricole 2022+ en profondeur et de commencer enfin à s’attaquer aux problèmes connus avec des mesures qui sont déjà connues de longue date (voir Consultation en allemand).
Pour la première fois, une vue d’ensemble complète et détaillée des coûts économiques directs et indirects de l’agriculture suisse: c’est le mérite d’une nouvelle étude d’envergure d’Avenir Suisse, même si dans le détail on peut discuter sur de nombreux chiffres et exigences rigoureuses dans l’important rapport.
Le fait que la Suisse soit parmi les premiers au monde quant à son soutien à l’agriculture n’est pas nouveau, de même que notre pays verse plusieurs milliards par an à l’agriculture. Cependant personne n’a encore analysé en détail l’ensemble de ce soutien agricole. Le résultat peut surprendre. Selon Avenir Suisse, les coûts économiques annuels s’élèvent à environ 20 milliards de francs.
Quand on regarde l’élaboration de cette somme, on voit qu’elle a été soigneusement déterminée sur la base de connaissances existantes. Le « Registre des privilèges de l’agriculture Suisse » sur lequel se base le calcul, contient un aperçu complet des coûts directs et indirects de l’agriculture sous cette nouvelle forme.
Bon nombre de quantifications contenues dans le Registre des privilèges peuvent être contestées. Et les revendications qui en découlent ne pourraient jamais recueillir une majorité.
La valeur de l’étude ne réside pas dans ce résultat final avec les 20 milliards de coûts économiques, mais dans la base solide de discussion qu’Avenir Suisse met à disposition avec son document, qu’il entend développer, et le cas échant corriger de manière transparente en collaboration avec des experts et des acteurs de l’agriculture. Même si au final les coûts pourraient être deux fois moins élevés: même ainsi, il est inacceptable que la plupart des objectifs de la politique agricole ne soient pas atteints à un coût si haut.
On peut espérer qu’une fois les premières réactions vives des milieux agricoles passées, l’étude d’Avenir Suisse sera prise pour ce qu’elle est: un service à la société et à la Confédération pour permettre une discussion sur la base de faits sur l’avenir de la politique agricole suisse.
Dans le verger et dans la petite pépinière de Helmut Müller" et Monika Bühler, on se sent comme au paradis. Ici prospèrent plus de 80 variétés de pommes, plus de 120 variétés de poires, plus de 60 variétés de prunes et de pruneaux, ainsi que des cerises et des raisins. Helmut et Monika cultivent beaucoup de variétés, même très rares. Les fruits sont vendus directement à la ferme, comme fruits de table ou sous forme de jus et de cidre, qui sont aussi vendus dans des magasins Bio. Le cidre de leurs pommes les a même rendus célèbres dans le monde entier. L’exploitation agricole thurgovienne se base depuis 30 ans sur la production biologique et elle génère un revenu suffisant pour une exploitation à titre principal sur une superficie de seulement 10 hectares sans «cultures intensives». Et cela malgré les prix modestes auxquels Monika et Helmut vendent leurs produits biologiques de haute qualité.
Helmut, quelle est la philosophie de votre exploitation? Nous misons tout sur les fruits. Tout notre assortiment pousse sur des arbres vigoureux et robustes. Le verger se compose de 600 grands arbres fruitiers haute-tige. Notre énorme diversité de variétés nous aide à tenir à distance les maladies et les ravageurs. Ainsi, nous n’effectuons que 2 à 3 traitements de soutien avec des produits autorisés en agriculture biologique. Nous n’utilisons que des fongicides autorisés en agriculture biologique, aucun insecticide et évidemment aucun herbicide.
Quels sont les principes actifs que tu utilises encore et quand? En 2017, j’ai pulvérisé les pommes et les poires deux fois avec du soufre en poudre, et cette année ce sera au maximum trois fois car il y a plus de fleurs. J’utilise du soufre en poudre avec parcimonie, à savoir 0,8 kg de soufre pur par hectare, ce qui est très peu.
Le soufre agit contre les champignons, quand est-ce que tu pulvérises? Environ deux semaines avant la floraison la première fois, ensuite une deuxième fois juste après la floraison en même temps qu’une préparation à base d’algues brunes. Après quoi début juin de nouveau avec du soufre et la préparation aux algues, ce qui stimule l’arbre pour la fructification. Quand les fruits se forment, je ne fais plus de traitement. Un jour, je serais complètement débarrassé des pesticides, y compris les naturels.
Qu’est-ce qui manque donc pour que ce soit possible? Je cultive encore quelques variétés de pommes qui sont sensibles aux maladies ou qui souffrent grandement des modifications liées au changement climatique. Par exemple la Pomme Cloche, la Reine des Reinettes et la Gravenstein. Elles représentent environ 30% de mes fruits de table. Si je ne pulvérise pas ces arbres avec du soufre, il n’y aura pas de fruits de table mais cela sera suffisant pour la production de jus. Mais nous observons attentivement et nous savons quelles variétés sont robustes contre les maladies et les ravageurs. Je pense que d’ici 5 ans, j’aurai remplacé ces arbres par des variétés moins sensibles. Une des jeunes plantations contient déjà une centaine de variétés très prometteuses.
Tu n’utilises plus de cuivre, alors qu’il est toujours autorisé comme fongicide en agriculture biologique? Pour les pommes et les poires, plus du tout. Sur les cerises, je pulvérise 50 grammes de cuivre pur par hectare contre la tavelure et selon l’infestation de l’année précédente. C’est aussi très peu, mais je voudrais bien m’en passer. Je teste actuellement différentes variétés de cerises dans l’espoir d’en trouver qui ne sont pas sensibles.
Le changement climatique semble t’aider à utiliser moins de pesticides Oui, les précipitations se répartissent différemment qu’autrefois, et je choisis des variétés moins sensibles aux maladies. Avec celles-ci, la tavelure n’est pas un problème. Je fais pousser mes propres petits arbres. Ce qui veut dire que j’ai des plantes parfaitement adaptées à mon site. Et à travers cette diversité de variétés, je réduis le risque de perte totale de rendement ou de propagation épidémique de maladies. D’un autre côté, la hausse nette des températures entraîne l’apparition de nouvelles maladies et nouveaux ravageurs qui étaient encore inconnus dans notre pays (par ex. Marssonina et coquette). Il existe quelques variétés de fruits qui n’arrivent plus à faire face à ces changements. À propos de changement climatique et d’eau: la gestion rationnelle de l’eau est une préoccupation importante pour nous. Nous collectons dans des citernes souterraines jusqu’à 100 mètres cube d’eau provenant des toitures de nos bâtiments, pour couvrir les besoins en eau de nos jeunes plantes. L’eau de la cidrerie est aussi réutilisée pendant les périodes sèches.
Comment arrives-tu à te débrouiller avec si peu de produits pulvérisés? Nos arbres fruitiers haute-tige sont robustes, forts, et ils sont en bonne santé. Leurs racines sont profondes et vont chercher elles-mêmes l’eau et les nutriments. Je n’ai plus fertilisé le sol depuis 9 ans. Il est très actif, et c’est important pour la santé des plantes. Comme nous ne produisons par pour le commerce de gros, nous pouvons laisser mûrir nos fruits sur les arbres et offrir à nos clients des fruits très aromatiques et digestes. Les petits défauts visuels ne posent aucun problème.
Et comment est-ce que tu maîtrises une éventuelle infestation d’insectes?
Grâce à l’énorme diversité, les insectes nuisibles ne posent pas vraiment de problème. Et si cela arrive, les pertes se limitent à quelques arbres ou quelques variétés. Bien sûr, nous favorisons les auxiliaires à différents niveaux (abeilles mellifères, abeilles sauvages, haies, plantes vivaces à fleurs, 100 nichoirs etc.). Je fauche les prairies de manière alternée entre les arbres. Ainsi, il y a toujours des bandes herbeuses qui fleurissent et d’autres qui sont récoltées. J’utilise le foin et le regain pour nos chèvres, je les vends ou je les utilise comme paillis pour revitaliser les sols. Contre la drosophile du cerisier, je préfère des variétés précoces pour les fruits à noyaux.
Et la question fondamentale: est-ce que votre concept de fonctionnement est aussi satisfaisant pour vous financièrement? Nous n’avons pas de dette, et c’est très important pour nous. De plus, ce n’est pas produire le plus possible de fruits qui nous intéresse. Nous vendons à la ferme les fruits de table qui conviennent pour cela, soit environ un quart de la récolte. Avec le reste, nous produisons du jus de fruit et du cidre que nous vendons également à bon prix, en partie pour notre propre mise en bouteille depuis le tonneau.
Quel est votre revenu annuel? Les bonnes années, nous réalisons un chiffre d’affaires maximum d’environ CHF 100’000 dont CHF 38’000 de paiements directs. Ceux-ci couvrent les coûts d’assurance, d’entretien des machines, d’amortissement, d’eau et d’électricité. Nous maintenons les coûts d’exploitation aussi bas que possible et ça va. En moyenne, nous payons des impôts sur env. CHF 50’000 - 60’000 de revenus agricoles pas an, y compris les revenus locatifs de la maison d’habitation à côté. Les mauvaises années comme 2017, lorsque nous avons subi de graves dommages à cause du gel, nous devons puiser dans les réserves. Nous vendons nos pommes à la ferme à 1 ou 2 francs le kilo, selon leur «beauté». Tout le monde devrait pouvoir se payer des pommes biologiques, c’est notre credo. Et Jacques Perritaz produit exclusivement à partir de nos pommes un cidre qui fait le tour du monde: en ce moment, c’est la boisson «branchée» dans la jet set de New York. «Premier Emois» est exporté dans 19 pays! Cette reconnaissance vaut plus que de l’argent.
Est-ce que ce modèle économique est bon pour vous? Oui, bien sûr, nous n’avons pas de salaires à payer, nous ne faisons pas d’investissements coûteux et nous produisons à bas prix. Généralement, nous effectuons nous-mêmes des réparations et des rénovations. Cela dure depuis quatre générations, depuis 130 ans. Nous sommes tout simplement satisfaits.
Comment voyez-vous votre avenir? Nous sommes en discussion avec un successeur potentiel, car j’aurai bientôt 60 ans, et cela se présente bien. Nous en manquons ni de travail, ni de joie: que vouloir de plus?
10 hectares de prairies avec environ 600 arbres haute-tige et 500 autres arbres dans une zone de culture où les arbres sont maintenus petits malgré la forte croissance
2 unités de main-d’œuvre familiale
8 chèvres, 5 poules, 6 ruches d’abeilles
2 tracteurs (âgés de 40 ans)
Cidrerie avec des presses à eau autonomes en électricité et une capacité de 500 kilos par heure: production annuelle d’environ 14'000 litres de moût et 2'000 litres de cidre (selon la récolte et l’année). La production est en forte croissance en raison de la demande élevée Distribution directement dans le magasin à la ferme et une sélection de magasins Bio.
Le cidre est fabriqué à partir des pommes de Monika et Helmut, par ex. le mousseux doux et effervescent naturel «Premiers Emois» ou le sec «Raw Boskoop». Distribution dans le monde entier via: www.cidrelevulcain.ch. Ou le cidre de ZOBO, fabriqué de manière artisanale selon la méthode anglaise, distribution directement via www.zobo-getraenke.ch.
Débat télévisé avec des députés européens et reportage aur un village italien qui vient de voter par referendum la suppression des pesticides, une première en Europe. Un agronome a montré aux agriculteurs comment se passer des produits chimiques. Les agriculteurs ont aussi mis en place une assurance collective en cas de mauvaise récolte. L'idée, c'est d'être dédommager en cas de mauvais rendement. Sur 50000 hectares couverts par l’assurance, moins d’un pourcent a dû être remboursé.
En réautorisant le glyphosate pour cinq ans en décembre dernier, la Commission européenne avait promis plus de transparence dans les procédures d'homologation des pesticides. Le Parlement européen a mis en place une commission spéciale sur le système d'autorisation des pesticides en Europe (PEST). Elle a commencé son travail d'enquête et les conclusions de l'enquête seront rendues en décembre.
Ce que Vision Agriculture avait montré en 2016 dans une Fiche Info, a maintenant été confirmé par Agroscope dans des analyses détaillées d’exploitations: la production laitière pourrait être beaucoup plus efficace, plus respectueuse de l’environnement et plus rentable dans de nombreuses exploitations suisses, en donnant moins d’aliments concentrés et en renforçant le pâturage. Ce n’est cependant pas adapté pour les races performantes. C’est l’une des raisons pour lesquelles une petite minorité d’exploitants commencent à produire du lait de cette manière. ECO fait état des efforts pour l’élevage d’une "nouvelle vache suisse" dans un reportage.
La thématique des pesticides est au cœur des préoccupations de nos voisins français. Quelques jours après la publication des résultats navrants des statistiques nationales sur ce sujet, une étude, basée sur le monitoring de nombreuses fermes témoins, montre qu'une forte réduction du recours aux pesticides n'entame pas la productivité. La proportion de 42% est même avancée. Pour rappel, les chiffres du plan de réduction des pesticides en Suisse sont du même ordre de grandeur, ceci pour les mesures à court terme !
Machines d’alimentation pour le bétail, drones appliquant automatiquement des pesticides, robots de désherbage: "Smart Farming" promet de nouvelles perspectives à l’agriculture. Une conférence à Agroscope a montré tout ce qui est possible aujourd’hui. L’avenir montrera si la nouvelle technologie aidera les agriculteurs à créer de la valeur ajoutée et assurer un développement durable, ou si elle va rendre l’agriculture encore plus coûteuse et non rentable. Une euphorie serait en tout cas prématurée. Dans un article dans la NZZ, Vision Agriculture plaide en faveur d’une retenue. C’est à chaque exploitant de décider s’il veut s’en remettre encore plus à l’industrie pour son travail et sa valeur ajoutée.
La valeur ajoutée produite par l’agriculture suisse est en queue de peloton sur le plan international. En comparaison avec l’année précédente, les chiffres du Rapport agricole 2015 indique une diminution de 15% pour se situer à 1.8 milliards de francs. Cependant, les chiffres de la Confédération ne reflètent qu’une partie de la réalité, car ils considèrent le soutien des prix comme partie intégrante de la valeur ajoutée. Le déficit compensé par ce soutien s’est en réalité empiré pour passer de 1.5 milliard de francs en 2014 à 2.3 milliards pour 2015.
(VL) La nouvelle mouture du Rapport agricole est sortie ce mardi. L’année agricole 2015 a été bien en retrait par rapport aux bons résultats de 2014. Les résultats officiels fournis par l’Office fédéral de la statistique (OFS) indiquent une valeur générale de la production de 10.1 milliards de francs (-6%) et une valeur ajoutée de 1.8 milliard (-15%). Selon les calculs de l’OFS, la valeur ajoutée est en recul de 300 millions par rapport à l’année précédente. Selon l’Institut fédéral de recherche Agroscope, ce recul s’explique par la chute des prix du lait et de la viande de porc, ainsi qu’une production végétale en baisse à cause de l’été sec.
Ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité économique, car la production bénéficie d’un fort soutien au prix. Ce soutien, supporté par les consommateurs et les contribuables, est considéré comme faisant partie intégrante de la valeur ajoutée de l’agriculture. Ceci contribue également à exagérer le rôle que joue l’agriculture suisse dans l’économie nationale. En parallèle, les bénéfices générés pour notre société par l’agriculture sont passés sous silence, mais aussi les externalités comme certaines pollutions. Ces différentes raisons avaient poussé Vision Agriculture à calculer toute une série d’indices selon la méthodologie définie par l’OCDE pour l’année 2014 (voir Fiche Info n°6). Voici donc la suite de ces résultats pour l’année 2015.
La véritable valeur ajoutée a diminué d’un milliard de francs
La valeur de la production agricole de 2015, convertie aux prix européens, a diminué de 1.2 milliard par rapport à l’année précédente (-19%). Pour des produits suisses qui ont atteint une valeur de 10.1 milliards de francs sur le marché national, grâce aux soutiens au prix, des acheteurs étrangers auraient payé de 5.5 milliards pour des produits équivalents. L’une des cause de ce recul drastique se trouve aussi dans l’abandon par la Banque Nationale en janvier 2015 du taux plancher de conversion de 1.20 franc pour un euro. De ce fait, les coûts de productions sont 85% plus élevés en Suisse qu’à l’étranger, selon l’OCDE, alors qu’il ne l’était que de 59% l’année précédente. La dernière fois que cette différence était aussi importante date d’il y a 10 ans.
La valeur effective du service rendu à la population par l’agriculture a progressé de quelques 200 millions et s’élève actuellement à 1.4 milliard (+16%). La majeure partie de cette haute est due aux contributions à l’estivage (+96 millions) ainsi qu’aux contributions à la qualité du paysage (+55 millions). Il est à noter que cette augmentation n’est pas liée aux contributions de transition. Cependant, l’agriculture ne génère pas que des bénéfices pour notre société, mais cause aussi des externalités supportée par la population. Il n’y a aucune évidence que ces coûts aient récemment évolués de manière significatives et la valeur de 0.9 milliard de francs pour toujours être considérée comme valable.
L’une des raisons de ces coûts élevés de l’agriculture suisse est « la valeur ajoutée de sa multifonctionnalité », ainsi que la valeur ajoutée nette des services rendus à la population, qui combinés génère un coût de 2.3 milliards de francs et font plonger les chiffres dans le rouge. La valeur totale est constituée d’un part par la valeur marchande des biens produits (5.5 milliards) et les services rendus à la population (1.4 milliards) et d’autre part par les externalités supporté par la société (-0.9 milliard), les achats des moyens de production (-6.2 milliards) et les amortissements (-2.0 milliards). La balance de la valeur ajoutée nette est donc moins élevée de 800 millions de francs que l’année précédente.
Le soutien des consommateurs s’est accru de 800 millions de francs
Cette différence de prix, énorme en comparaison étrangère, signifie aussi que le soutien des consommateurs pour l’agriculture s’est fortement accru en 2015. Toujours selon les chiffres de l’OCDE, ce soutien s’est élevé à 4.4 milliards de francs (3.6 Mia pour l’année précédente). Le soutien total dont a bénéficié l’agriculture en 2015 s’élève à 8.2 milliards (7.4 Mia pour 2014) si l’on compte les subventions versées par la Confédération et financées par les contribuables. Les soutiens indirects par le protectionnisme à la frontière dépassent même ces soutiens directs, comme le prouve le budget fédéral. Cependant, ces 8.2 milliards ne sont pas que des subventions, au sens strict de l’OCDE (paiement sans contrepartie). Une portion de ces paiements va effectivement pour des services rendus à la population ainsi qu’à la gestion administrative des exploitations. Si ces valeurs sont soustraites des données de l’OCDE et les coûts externes ajoutés (comme soutien externe indirect), la valeur de ce soutien n’a pas de contrepartie. Et ce montant est passé de 6.8 à 7.4 milliards entre 2014 et 2015 (+8.4%).
En toute logique, le niveau des services rendus à la population devrait être proportionnel aux dépenses fédérales en matière d’agriculture. Sur l’entier des paiements directs (2.8 Mia) versé en 2015, 48% sont destinés à des services pour la population (43% en 2014). Dans le budget agricole total (3.4 Mia), 42% sont consacrés aux paiements de services rendus à la population, tandis que 43% sont consacrés à la production de nourriture et d’autres biens. De manière générale, plus de la moitié de l’argent dépensé par la Confédération pour l’agriculture, sous diverses formes de soutien, l’est en fait sans contrepartie.
L’agriculture perd pendant que l’industrie gagne
Les chiffres montrent que la situation économique réelle de l’agriculture suisse a continué à se détériorer. Et ceci passe inaperçu parce que la Confédération ne présente qu’une version partiale des réalités économiques de l’agriculture, ce qui a pour effet d’embellir la situation. Dans les faits, la valeur ajoutée de l’agriculture suisse est extrêmement négative, ce qui aurait de quoi inquiéter en comparaison internationale. De plus, la situation continue de se détériorer, conséquence d’une politique agricole chaotique ces dernières années.
La valeur ajoutée de l’agriculture restera négative ces prochaines années tant qu’une réforme en profondeur de la politique agricole ne sera pas entreprise. Cette valeur négative est l’expression pure et simple d’une production beaucoup trop intensive. Les investissements colossaux en machine, en aliments concentrés et en énergie augmentent considérablement les coûts, bien plus que ce que peuvent compenser les gains additionnels générés par l’augmentation de la productivité.
La situation catastrophique de la valeur ajoutée est causée par une agriculture très intensive, motivée par des incitations à la production directes ou indirectes. On y trouve pêle-mêle des primes par kilo de lait, par hectare de betteraves, par kilo de sucre ou par tonne de carburant, mais également des paiements à taux fixe, tout cela sous couvert de la « sécurité de l'approvisionnement » et de « contributions au paysage cultivé », le tout pour un coût de 1.5 milliard de francs par année. C’est 5 à 10 fois plus qu’à l’étranger et l’agriculture suisse reste donc dépendante de ces diverses primes. Et les filières en amont ou en aval profitent largement de ces primes. Pendant que la valeur ajoutée de la production agricole essuyait une perte massive entre 2014 et 2015, les profits du groupe Fenaco ont bondi de 65% pour atteindre 96 millions de francs.
En résumé, la méthode de calcul utilisée par la Confédération permet de présenter sous un jour très favorable les résultats de l’économique agricole, pendant que le contribuable et le consommateur par leur soutien aux prix continuent à maintenir une valeur ajoutée élevée. Si l’on corrige pour l’inflation, la valeur ajoutée perd un autre milliard pour se retrouver à moins 2.3 milliards de francs. En parallèle, les subventions se sont accrues entre 2014 et 2015 de 6.8 à 7.4 milliards de francs, ceci sans contrepartie.
Une évaluation réaliste, sans fard, de la situation économique de l’agriculture suisse est essentielle pour permettre à la politique agricole de tirer les conclusions qui s’imposent, ce qui permettrait ainsi d’établir quels sont les facteurs clés pour les orientations à donner dans le futur.
Les données utilisées proviennent des chiffres officiels de l’Office fédéral de la statistique (OFS), de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pour évaluer les services rendus à la population et les externalités, d’autres sources ont dû être utilisées. La méthode est décrite en détail dans la Fiche Info n°6 de Vision Agriculture. La compilation des indices économiques pour la période 2010-2015 sont disponibles ici.
Comparaison entre haut rendement et pâture intégrale assortie d'une faible utilisation d'aliments concentrés
Au cours des dernières années, plusieurs études ont montré qu'une réduction des coûts de production pouvait sensiblement améliorer les revenus des exploitations laitières suisses. A cet égard, la réduction de l'utilisation d'aliments concentrés et le recours à des systèmes de pacage en lieu et place d'une stabulation à grands frais offrent des possibilités notables de diminution des coûts.
La majorité des exploitations laitières suisses misent aujourd'hui sur une stratégie de haut rendement, avec stabulation et emploi d'aliments concentrés. Le présent document examine les possibilités d'amélioration des revenus et les principales incidences écologiques résultant de l'adoption de systèmes de pâture assortis d'une diminution substantielle de l'emploi d'aliments concentrés. Les calculs se fondent sur des études ayant établi une comparaison empirique de diverses stratégies de production laitière.
Quelle est la valeur ajoutée de l’agriculture suisse ? Elle est indiquée dans les comptes économiques suisses de la Confédération : 2,2 milliards de francs. Mais ce chiffre est trompeur et camoufle la situation économique réelle de l’agriculture car ni la protection à la frontière, ni les prestations d’intérêt général fournies par l’agriculture ne sont prises en compte. Une nouvelle étude montre ce à quoi devrait ressembler un calcul proche de la réalité qui se base sur les chiffres de la Confédération et de l‘OCDE. La différence avec les chiffres officiels se monte à plus de 3 milliards de francs.
(VL) La valeur ajoutée de l’agriculture occupe une place privilégiée dans les débats de la politique agricole. Dans le rapport explicatif du Conseil fédéral sur l’actuelle politique agricole 2014–17, le terme "valeur ajoutée" apparaît 58 fois. La valeur ajoutée est calculée dans les comptes économiques agricoles de la Confédération comme la valeur de production moins les consommations intermédiaires moins l’amortissement égal à la valeur ajoutée nette.
1. Valeur des prestations d’intérêt général non prise en compte
L’agriculture n’apporte pas seulement de la valeur ajoutée à travers la production de denrées alimentaires, mais aussi grâce à la production de biens non commercialisables que l’on dénomme prestations d’intérêt général, par exemple les contributions à la sécurité de l’approvisionnement, un paysage attractif ou la promotion de la biodiversité. Mais dans les comptes économiques agricoles, la valeur de ces prestations d’intérêt général est tout simplement occultée.
Sa valeur peut être déterminée approximativement en se fondant sur les paiements directs versés à cette fin. Vision Agriculture a effectué cette évaluation dans son étude et estimé chacune des composantes des paiements directs résultant des prestations d’intérêt général. 43% des paiements directs sont versés aux prestations d’intérêt général avec la politique agricole 2014-17, les autres paiements directs représentent un soutien au revenu qui ne génère pas de valeur ajoutée.
2. Protection à la frontière masquée
Dans les comptes économiques de la Confédération, la valeur ajoutée est calculée en utilisant les prix du marché de la production des denrées alimentaires. Cependant les prix du marché ne sont pas très pertinents car ils sont fortement et artificiellement élevés par le biais de la protection aux frontières. Le consommateur paie la différence. La différence de prix, selon l’OCDE d’environ 50%, doit être prise en compte dans le calcul de la valeur ajoutée. Jusqu’à présent, la Confédération l’a pourtant masquée dans son calcul.
3. Autres coûts et soutiens non pris en compte
Si les prestations en faveur de l’environnement sont correctement prises en compte, alors au minimum les coûts environnementaux chiffrables les plus importants de l’agriculture doivent aussi être pris en compte. Ces coûts comprennent les émissions de gaz à effet de serre et d’ammoniac, qui se montent à 0,9 milliard de francs selon les indications de l’OCDE sur niveaux d’émissions.
Calcul correct de la valeur ajoutée : différence massive avec les données de la Confédération
Quelle est la valeur ajoutée de l’agriculture quand on apporte ces corrections ?
La valeur de production de l’agriculture suisse en 2014 s’élevait à 10,7 milliards de francs selon l’Office fédéral de la statistique. Après déduction de la protection à la frontière, il reste une valeur de production de 7,2 milliards de francs. Sur un total de 2,8 milliards de francs, les paiements directs qui compensent réellement des prestations d’intérêt général se montent à 1,2 milliard de francs selon les estimations de Vision Agriculture. Il en résulte une valeur de production de l’agriculture suisse de 8,4 milliards de francs y compris les biens non commercialisables.
Les consommations intermédiaires et l’amortissement doivent être déduits. Selon l’Office fédéral de la statistique, ils représentent au total 8,5 milliards de francs (consommations intermédiaires : 6,4 milliards de francs, amortissement : 2,1 milliards de francs). Sans tenir compte des coûts environnementaux, on obtient une valeur ajoutée nette de moins 0,1 milliards de francs. Si on soustrait les coûts environnementaux (coûts externes de production) de 0,9 milliard comme des coûts de production restants, on arrive à une valeur ajoutée nette de l’agriculture suisse de moins 1 milliard de francs. Ce sont 3,2 milliards de moins que la valeur ajoutée indiquée dans les statistiques officielles de la Confédération, soit 2,2 milliards de francs.
Le calcul actuel conduit à des conclusions erronées
Des chiffres qui ne représentent la vérité qu’à moitié, comme c’est le cas pour les comptes économiques agricoles officiels, induisent en erreur les politiciens et le public. Ainsi on soutient et on encourage toujours avec des incitations étatiques pernicieuses des méthodes de production absurdes du point de vue économique et écologique, qui ne sont viables économiquement que grâce à la protection à la frontière suisse et la non prise en compte des coûts environnementaux. D’autre part, des exploitations agricoles qui fournissent vraiment une bonne valeur ajoutée avec des méthodes de production durables et rentables sont défavorisées du point de vue économique par la politique. Cela nuit énormément à l’agriculture sur le long terme.
En fait, les données chiffrées de l’agriculture suisse sont terriblement mauvaises en comparaison internationale. Aucun autre pays ne présente une valeur ajoutée de l’agriculture aussi faible en raison de consommations intermédiaires et de structures d’exploitation trop chères (actuellement 5-10 fois plus élevées que dans les pays voisins). Une plus grande ouverture des frontières aurait des conséquences catastrophiques sur les exploitations suisses, car une grande partie n’y serait pas du tout préparée.
La politique agricole des dernières décennies a entraîné l’agriculture dans une dépendance étatique immense et injustifiable. L’ampleur de cette dépendance a été jusqu’à présent grandement masquée par des comptes économiques agricoles incomplets, notamment parce que les conclusions nécessaires et urgentes n’ont pas encore été tirées par les politiques. L’une de demandes les plus urgentes qui ressort des comptes économiques agricoles complétés et correctement calculés, est l’élimination et la réallocation des paiements directs non liés à des prestations et qui soutiennent des méthodes de production coûteuses. Avec la politique agricole 2014-17, un premier pas, encore très timide, a été fait dans cette direction.
Quelle est la valeur ajoutée de l'agriculture suisse ? Elle est indiquée dans les comptes économiques suisses de la Confédération : 2,2 milliards de francs. Mais ce chiffre est trompeur et camoufle la situation économique réelle de l'agriculture car ni la protection à la frontière, ni les prestations d'intérêt général fournies par l'agriculture ne sont prises en compte. Les comptes économiques de l'agriculture conventionnels portent un titre trompeur.
La Fiche Info Nr. 6 de Vision Agriculture montre ce à quoi devrait ressembler un calcul proche de la réalité qui se base sur les chiffres de la Confédération et de l'OCDE. La différence avec les chiffres officiels se monte à plus de 3 milliards de francs. Par ailleurs, il est proposé, et calculé, une série d'autres indicateurs économiques pour l'agriculture multifonctionnelle suisse, comme la part des paiements directs qui rétribuent des prestations, ou le soutien l'agriculture dans l'ensemble (à l'exclusion des paiements pour des prestations) ainsi que la hauteur des coûts environnementaux de l'agriculture.
Christophe Viret exploite 45 ha de grandes cultures et de prairies au-dessus de Morges. En bio depuis 2012, il pratique le non labour sur toutes ses parcelles depuis 20 ans, et suit sa propre voie, proche de l'agroforesterie ou de la permaculture, à la recherche de l'autonomie de son exploitation.
Christophe Viret peut contempler avec satisfaction ses champs fertiles qui dominent la Venoge à 500 mètres d'altitude et regarder sereinement vers l'avenir. Le paysan a repris l'exploitation de son père à Gollion, dans le canton de Vaud. Il s'est formé pendant deux ans dans une école d'agriculture et il en est ressorti peut-être un peu trop "formaté" par cet enseignement. Plein de bonne volonté, il a essayé d'appliquer ces techniques et ces concepts sur ses parcelles. Petit à petit, il a constaté certains dysfonctionnements de ce système d'exploitation conventionnel.
A l'exemple d'une parcelle de tournesols bien belle la première année, les années suivantes un peu moins belle, augmentant chaque fois un peu la dose de produits phytosanitaires... Jusqu'à ce qu'il réalise que plus il investissait, moins il gagnait. Déjà couvert de dettes, il a dû faire des choix et chaque année être plus malin pour réussir à survivre financièrement. C'est ainsi qu'il a commencé le non labour : pour diminuer ses frais, maintenir ses marges, "et ne plus travailler que pour payer les intrants". Il faut maintenir durablement un sol vivant, semer, laisser faire tout seul et observer, récolter, bref intervenir le moins possible. "S'il y a des « mauvaises herbes », c'est qu'il y a un problème de structure ou de gestion du sol. Il faut utiliser le végétal pour nourrir le sol, pas le métal."
Christophe Viret a décidé de changer son cheptel et misé sur la race jersiaise. La Jersiaise est en tête des races laitières pour la richesse en protéine et en matière grasse de son lait, apportant une haute valeur ajoutée. De plus, elle est adaptée à une exploitation extensive comme la sienne. Là aussi, les calculs lui ont montré qu'il était plus rentable de nourrir ses bêtes avec le fourrage de l'exploitation plutôt que d'acheter fourrages et compléments alimentaires. Le prix du lait livré aux centrales ne couvrant plus les coûts de production, l'agriculteur a eu un sursaut salutaire et essayé la vente directe de lait à la ferme. Les consommateurs ont tout de suite répondu positivement, prêts à payer un prix juste pour un produit de proximité et de qualité. Même si la vente directe n'a jamais dépassé plus de 10% de la production laitière, cela a permis de ramener des marges non négligeables dans les revenus totaux. A la recherche de création de valeur ajoutée, l'exploitant s'est lancé aussi dans un projet de glaces et yogourts élaborés avec des fruits frais de la ferme ou de la région, sans arôme, ni colorant, ni conservateur. Le succès commercial a été au rendez-vous.
C'est une rencontre fortuite qui a amené Christophe Viret à commencer l'aventure des variétés anciennes de céréales, mieux adaptées aux conditions de son exploitation, avec une bonne production sans utilisation de produit phytosanitaire. Il est encore dans une phase d'essais mais il observe qu'autour de lui la demande de telles variétés connaît un véritable boom et vise là aussi la vente directe de farines de qualité. Pour lui, restaurer les semences appartient à l'agriculture, pas à l'industrie. Le paysan doit comprendre que les semences lui appartiennent. Quand il en donne, c'est un peu de lui-même qu'il donne. Il faut le faire précautionneusement, et pas à n'importe qui. Il faut une approche humble aux antipodes de la recherche de profit à tout prix.
La reconversion bio est le fruit d'une longue rélfexion. Pendant des années, Christophe Viret a étudié la question, mais cela ne convenait pas vraiment à ses idées ou sa situation. Au fur et à mesure de l'évolution de l'exploitation, comme le changement de bétail, le choix a fini par s'imposer à lui. Il a aussi planté des arbres sur ses parcelles, convaincu du potentiel de l'agroforesterie. Si en Suisse, l'agroforesterie ne concerne pratiquement que les arbres fruitiers, dans les pays voisins on plante aussi des arbres seulement pour leur bois. Peu importe, le but c'est de planter un arbre sur la parcelle, même si cela ne peut pas lui rapporter de paiements directs ou qu'il doive sortir cette surface de la SAU considérée comme surface boisée. Il suit sa ligne et sa vision à long terme: s'équiper afin de pouvoir continuer le travail passé les 65 ans, une fois qu'il n'aura plus droit aux paiements directs, et que les travaux physiques deviendront plus pénibles, et ainsi continuer à vivre sur son exploitation en toute autonomie. "Je ne peux plus imaginer revenir en arrière ou faire une agriculture comme avant, politique agricole ou pas, je m'octroie la liberté de faire comme je veux."
Est-ce qu'il y des craintes pour son avenir? Non, faire de l'agroforesterie et optimiser sa production laitière, c'est ce qu'on peut faire de mieux."
La réforme agraire amorcée depuis bientôt deux décennies s'est arrêtée pratiquement à mi-chemin. Les instruments actuels de la politique agricole ne sont pas conformes à l'article constitutionnel de 1996. Le Livre blanc de l'agriculture suisse offre une analyse de la situation complète et accessible à tous ; elle met en évidence quelles réformes s'avèrent indispensables à la mise en œuvre d'une politique agricole porteuse d'avenir et conforme à la Constitution. En publiant ce livre, Vision Landwirtschaft pose une première pierre sur laquelle devra s'appuyer le débat qui s'instaurera au sujet de la politique agricole dans les années à venir.
Analyse scrupuleuse. Dans le Livre blanc de Vision Landwirtschaft, les auteurs offrent une documentation complète et critique des derniers développements de la politique agricole suisse et une analyse accessible à tous de leurs répercussions au niveau des exploitations agricoles, de la production de denrées alimentaires et de l'environnement. Sur la base d'un état des lieux scrupuleux, ils proposent des améliorations de la politique agricole, axées de manière ciblée et transparente sur le mandat constitutionnel de l'agriculture – et, partant, sur l'indemnisation des prestations d'intérêt général d'une agriculture productive. Les incidences de l'amélioration du système des paiements directs sont analysées en détail à l'aide de modélisations.
Réalisation des objectifs.Les résultats dévoilent un potentiel d'optimisation inattendu. Les réformes proposées permettent d'atteindre voire de surpasser les objectifs politiques fixés dans le cadre du budget agricole actuel, tout en assurant à moyen terme des revenus supérieurs et une production agricole nette plus élevée. L'agriculture sera ainsi beaucoup mieux armée pour l'avenir, indépendamment d'une plus grande ouverture des marchés.
Le Livre blanc de l'agriculture est en vente dans les librairies ou au secrétariat de l'association. Les membres de Vision Landwirtschaft bénéficient d'un rabais de 10% sur le prix en librairie.