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La Coupe du monde débarque pour la première fois de son histoire en Russie pour y fêter sa vingt-et-unième édition. Le contexte est particulier et ne peut être occulté tant il a fait figure de séisme dans le monde du sport. La FIFA est gangrénée par les soupçons et les affaires de corruption, qui concernent notamment le processus d'attribution des Mondiaux 2018 et 2022. Plusieurs hauts dirigeants sont suspendus, certains sont inculpés par la justice. Le président Sepp Blatter est emporté par le tourbillon en raison de soupçon autour d'un paiement de près de deux millions de francs à Michel Platini. Il remet son mandat quelques jours après sa réélection. Le président de l'UEFA, successeur tout désigné du Haut-Valaisan à la tête de la FIFA, est lui aussi emporté. Au final, c'est Gianni Infantino qui reprend les rênes de l'instance mondial en 2016. A cela, s'ajoute des menaces de boycott en raison de l'affaire Skripal, du soutien de Vladimir Poutine au régime de Bachar el-Assad en Syrie, ou encore de l'annexion de la Crimée.
Malgré ce contexte, la Russie continue de préparer l'événement, une véritable vitrine en terme d'image, et se tient prête à accueillir ce tournoi, dont la nouveauté majeure est l'introduction de l'assistance vidéo. Un quatrième changement devient également autorisé en cas de prolongations. Le format du Mondial demeure le même. Sur le terrain, le spectacle est au rendez-vous quand bien même le jeu est pragmatique, moins axé sur la possession dont la France et la Russie sont de très bons exemples. En terme de statistiques, la compétition reste dans la lignée de la précédente avec une moyenne de buts par match à peine plus basse (2,64 contre 2,67 en 2014). Présente pour la quatrième fois d'affilée, la Suisse échoue pour la troisième fois en huitièmes de finale. Quatre ans après avoir frôlé l'exploit contre l'Argentine, elle trébuche au terme d'une rencontre insipide remportée 1-0 par la Suède. Elle aura cependant marqué la compétition par sa performance face au Brésil de Neymar (1-1) et les célébrations de Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka, mimant un aigle avec leurs mains, lors de la victoire 2-1 face à la Serbie. Des gestes qui ont provoqué la polémique.
Si le destin des Helvètes ou encore des Allemands, champions du monde en titre éliminés dès la phase de groupes, rime avec désillusion, il en va tout autrement de celui de la France qui peine à séduire par son jeu, mais qui, portée par le talent d'Antoine Griezmann et du prodige Kylian Mbappé, va témoigner d'une force de frappe hors du commun dont le huitième de finale enlevé de haute lutte 4-3 face à l'Argentine demeure sans doute le meilleur exemple avant la finale. Vingt ans après l'épopée de sa génération dorée emmenée par Davor Suker, la Croatie de Luka Modric crée la surprise dans l'autre partie du tableau en se hissant jusqu'en finale après avoir notamment éliminé l'Angleterre dans une demi-finale où la sélection au damier témoigne de toute sa force de caractère.
Après s'est extrait du groupe C de manière poussive, notamment lors d'un 0-0 sans saveur face au Danemark (seul 0-0 du tournoi), la France n'a pas forcément les faveurs de la cote au moment d'affronter l'Argentine de Lionel Messi, le 30 juin à Kazan. C'est pourtant ce jour-là qu'elle dispute son match le plus à la hauteur de son talent et le plus à la mesure du potentiel de son armada offensive. Dès la 13e minute, Mbappé torpille la défense de l'"Albiceleste" par sa pointe de vitesse et obtient un penalty que transforme Griezmann. Les "Bleus" de Didier Deschamps commettent cependant l'erreur de reculer et permettent à Angel di Maria (41e), puis à Messi, sur un tir dévié par Gabriel Mercado (47e), de renverser la vapeur. Dos au mur, alors que le calcul ne lui est plus permis, la France va enfin se montrer conquérante dans le jeu.
Et cela lui sourit. Sur une attaque placée, Lucas Hernandez parvient à déborder sur le côté gauche et à adresser un centre que reprend Benjamin Pavard d'une somptueuse demi-volée de l'extérieur du pied (57e). Le but du tournoi. Sans conteste. Commence alors le show Mbappé, "Donatello" comme le surnomment certains de ses coéquipiers au PSG. L'attaquant se joue tout d'abord des Argentins avec un enchaînement victorieux dans leur surface (64e), puis il les crucifie sur un contre d'école (67e). Messi et ses coéquipiers ne s'en remettent pas quand bien même Sergio Aguëro réduit le score de la tête dans le temps additionnel. Malgré quelques errements défensifs, la France tient son match référence.
La Croatie de Modric fait elle preuve d'un caractère hors du commun dans son parcours. Cette force mentale, elle va encore l'exprimer le 11 juillet au Stade Loujniki de Moscou contre l'Angleterre. Après avoir été menée au score, elle a arraché sa qualification aux penalties face au Danemark en huitièmes et face à la Russie en quarts. Les Croates concèdent, une fois encore, l'ouverture à la marque sur un coup franc de Kieran Trippier dès la 5e minute. Visiblement émoussés, ils tentent de profiter du repli anglais durant l'heure qui suit. Ils ne trouvent cependant pas la solution et peinent à se montrer réellement dangereux. C'est au contraire, la sélection de Gareth Southgate qui se montre la plus tranchante. Las pour lui et ses coéquipiers, Harry Kane, qui va tout de même finir meilleur buteur du tournoi avec six réalisations, perd son duel avec Danijel Subasic et ajuste le poteau dans la foulée (30e).
La Croatie, qui continue à croire en sa bonne étoile grâce à l'incapacité des Anglais à réussir le K.O., trouve finalement les ressources pour revenir sur une inspiration de Sime Vrsaljko. Le latéral adresse un magnifique centre que transforme en or, d'un joli coup de patte, Ivan Perisic à la 68e. Le même Perisic, qui touche le poteau à la 72e, se mue en héros à la 109e, alors qu'on joue la deuxième période des prolongations. Le milieu offensif de l'Inter effectue une tête en direction d'un Mario Mandzukic diminué à la suite d'un choc avec le portier Jordan Pickford, mais qui parvient tout de même à hisser la Croatie en finale pour la première fois de son histoire. La hargne et la technique ont fait la différence face à la sélection au "Three Lions", dont le jeu minimaliste a jusqu'alors été compensé par leur brio sur balles arrêtées (neuf buts sur onze).