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Nous savons depuis toujours (ou presque) que nous vivons dans un certain espace et pendant un certain temps. Cette connaissance empirique est devenue scientifique avec notre ami Albert (Einstein) qui nous a fait prendre conscience que nous nous déplacions dans un monde spatio-temporel où l'espace et le temps avaient même valeur (je simplifie beaucoup, hein, mais ce n'est pas l'objet de cet article)
Oui, bon, pas tout à fait quand même. En effet, on peut se déplacer dans toutes les directions dans l'espace sans aucune limite et même revenir à son point de départ, mais dans le temps, bernique : sens unique imposé et il n'y a même pas besoin de gendarme pour nous faire respecter le règlement : dans le temps, on va toujours dans le même sens, du passé vers l'avenir, le présent n'étant qu'une singularité éphémère.
Certains philosophes nous disent même que le présent n'existe pas, puisque dès qu'on a pris conscience de l'instant présent, il est déjà devenu du passé. Mais en fait, on peut quantifier le présent : il dure environ 10-43 seconde et s'appelle le temps de Planck. Physiquement parlant, le temps de Planck est le temps (mesuré par un observateur extérieur, hein, attention à Albert E.) que mettrait un photon pour parcourir la distance de Planck, c'est-à-dire la plus petite distance que l'on peut mesurer (environ 1,6. 10-35 m).
Donc, de temps de Planck en temps de Planck, notre univers temporel avance toujours dans la même direction, et ce, depuis le premier temps de Planck qui a suivi le Big Bang. Pas moyen toutefois de savoir ce qu'il y a eu avant ce premier temps.
Arrêtons là ces considérations scientifiques pour revenir à notre temps à nous. Nous sommes bien tous d'accord pour dire que le temps perdu ne se retrouve pas et qu'il ne reviendra jamais.
Et bien, ce n'est pas le cas pour tout le monde. Il est un peuple ou plutôt une civilisation qui estimait (et qui estime toujours d'ailleurs) que le temps ne se représente pas sous la forme d'une flèche pointant toujours dans la même direction, mais d'une roue tournant à un certain rythme et ramenant à intervalles réguliers les mêmes événements dans les mêmes circonstances. Attention, il ne s'agit pas de l'application du principe "Les mêmes causes provoquent les mêmes effets" ou encore "l'histoire est un éternel recommencement". Dans ces aphorismes, il n'est pas question du temps.
Cette civilisation, c'est celle des Mayas.
Les Mayas, une civilisation qui n'a pas encore livré tous ses secrets.
Les peuples mayas ont occupé une partie de l'Amérique centrale comprenant le Yucatan, le Chiapas, le Belize, le Guatemala et une partie du Honduras. On a même retrouvé des céramiques mayas jusqu'au Costa-Rica. C'est l'aire qu'occupent encore les quelques 6' 000' 000 de Mayas toujours présents et dont la plus célèbre représentante est Rigoberta Menchù Tum, prix Nobel de la paix en 1992.
Jusqu'environ -1200 av. J.-C., différentes peuplades sont installées dans ces régions. Ce sont des peuplades semi-sédentaires organisées en villages avec une structure clanique n'ayant que peu de contact entre elles. C'est vers cette époque qu'apparaît un peuple qui va complètement bouleverser la région, les Olmèques.
Les Olmèques ("Hommes du pays du caoutchouc" en nahuatl, langue aztèque) viennent on ne sait pas très bien d'où. Un certain von Däniken prétend qu'ils ont débarqué de vaisseaux extra-terrestres (vous vous rappelez, c'est le même qui assure que les lignes de Nasca sont des pistes d'atterrissage d'engins spatiaux - voir l'article sur le Pérou). Pour justifier ses dires, il s'appuie sur ceci :
Plus sérieusement, la théorie la plus couramment admise leur donne une origine asiatique, mais l'origine africaine n'est pas complètement abandonnée en raison de certains caractères négroïdes de leurs représentations, voire de similitudes dans leur panthéon. Toujours est-il qu'on peut dire que ces Olmèques étaient des grosses têtes, au propre
comme au figuré. En effet, leur apparition marque le début de la sédentarisation des peuplades autochtones, de la culture intensive du maïs (qui va donner son nom à la civilisation : maya = homme du maïs, la Genèse maya voulant que l'homme a été façonné à partir d'une pâte de maïs), la hiérarchisation de la société en castes (seigneurs, prêtres, commerçants, artisans, esclaves) et donc la création de grands ensembles urbains ou cultuels comme Tikal, Palenque, Uxmal ou Copan.
Mais contrairement aux tribus nahuas qui vont s'installer dans le nord du Mexique et donner le jour à l'empire aztèque, les Mayas ne constitueront jamais une seule et grande entité. D'ailleurs, à partir de 800 ap. J-C., les grands royaumes mayas disparaissent successivement et la structure villageoise et clanique retrouve ses droits. Les tentatives ultérieures de regroupement sont le fait de nouveaux arrivants comme les Itza (qui réveillent Chichén Itzá) ou les Toltèques, tribu chichimèque chassée de Tula qui va importer chez les Mayas le mythe de Quetzalcoal (le "Serpent à plumes") sous le nom de Kukulcan (qui fut un roi bien réel), créer Mayapan, ville qui sera complètement détruite suite à une guerre dont les causes ressemblent beaucoup à celles de la guerre de Troie (ah, les femmes !) et s'allier aux Espagnols avec les Tlaxcalatèques, les Mixtèques et les Totonaques pour mettre à genoux l'empire aztèque.
Mais revenons à nos Olmèques - si la saga Mayas-Aztèques-Espagnols vous intéresse, on pourra y revenir une prochaine fois.
Pour satisfaire leurs besoins en matière d'agriculture, les Olmèques mirent au point un système de mesure du temps basé sur l'écriture, les mathématiques et le calendrier, système que les Mayas portèrent à sa perfection.
Savez-vous écrire en maya ?
L'écriture maya est une écriture idéographique, c'est-à-dire que chaque "dessin" représente une idée. Le décryptage de cette écriture, qui est loin d'être terminé, doit beaucoup à un des plus grands physiciens de notre époque : Richard Feynman, prix Nobel de physique en 1965. Outre ses talents de décrypteur, il fut aussi musicien dans une école de samba à Rio et un des fondateurs de la physique quantique moderne. Si vous voulez découvrir cette personnalité hors du commun, je vous conseille "Vous voulez rire, M. Feynman" écrit... par lui-même. (InterEditions - Paris - ISBN 272960006X)
Savez-vous compter en maya ?
Près de 1000 ans avant nous (environ 300 ap. J-C.), les Mayas avaient inventé le ZERO !
Ils comptaient en base 20, ce qui finalement n'est pas plus idiot que la base 10 puisque nous avons 10 doigts et 10 orteils. La représentation d'une quantité se faisait au moyen de trois signes
Le zéro avait donc la forme d'un petit coquillage (cliquez dessus, vous verrez comment il était généralement écrit) qui un jour avait contenu quelque chose, mais ne le contenait plus, tout en pouvant de nouveau encore le contenir !
La valeur des chiffres était déterminée par leur position dans le nombre. Les Mayas pouvaient écrire les chiffres verticalement (les unités étant en bas et chaque étage représentant 20 fois l'étage inférieur) ou horizontalement (de gauche à droite, comme nous). On avait donc :
• = 8000 unités, position pouvant contenir 19x8000 = 152' 000 unités
• = 400 unités, position pouvant contenir 19x400 = 7600 unités
• = 20 unités, position pouvant donc contenir 19x20 = 380 unités
• = une unité, position pouvant contenir au maximum 19 unités
Petit exemple pratique : essayez d'écrire 3683 en chiffres romains que nous avons utilisés pendant des centaines d'années : MMMDCLXXXIII et ajoutez-y 37, vous obtiendrez MMMDCCXX : pratique pour calculer, pas vrai.
Les Mayas, eux, auraient écrit :
A propos, savez-vous encore comment les Romains (et nous) écrivions 2' 000' 000 ? (sans consulter votre vieux Gaffiot, hein !). Essayez en maya, c'est très simple !
Avec ce merveilleux instrument mathématique, les Mayas pouvaient s'attaquer à résoudre leur principal problème : le temps qui passe ! En effet, comme expliqué au début, pour les Mayas, le temps ne se présente pas comme une flèche pointée vers l'avenir, mais comme une roue qui tourne inexorablement et ramène les mêmes événements à des intervalles réguliers . Il était donc primordial de
- Connaître et noter tous les événements et leurs dates.
- Mesurer très précisément le temps pour savoir quand ces événements reviendront
- Définir les périodes fastes et néfastes pour les différentes activités
- Prévoir le destin des uns et des autres
Quel jour sommes-nous ?
Le rythme vital, pour les Mayas comme pour nous, est basé sur la course du Soleil. L'unité de temps est donc le jour Kin qui est aussi le nom du Soleil et celui du Temps.
Le temps est un fardeau porté par les dieux. Il était divisé en étapes (les kins) et chaque dieu devait porter son fardeau à tour de rôle. Chaque kin était porté par plusieurs dieux dont la somme des qualités et des défauts rendait le jour faste ou néfaste.
En fait, nous n'avons pas procédé autrement : chaque jour de notre semaine et la plupart de nos mois sont aussi "sponsorisés" par un dieu : lundi = la Lune - mardi = Mars - mercredi = Mercure - janvier = Janus, etc.
Le calendrier sacré ou Tzolkin
Ce calendrier est basé sur le principe que chaque jour est porté par un "dieu de jour" et un "dieu de numéro". Il y a 20 dieux de jours et 13 dieux de numéros et l'année calendaire sacrée se présente sous la forme de deux roues qui s'engrènent
Ce calendrier sacré a été utilisé par tous les Mayas. C'est lui qui réglait toutes les activités quotidiennes : le jour de marché, celui des semailles, des récoltes, des déclarations de guerre, etc. Il déterminait souvent le nom des enfants et leur destin. Ainsi,
- un enfant OC (fleuve) sera faible et attirera la mauvaise fortune. Il sera enclin à la prostitution et à l'homosexualité
- un Cauac (tempête) sera guetté par toutes sortes de catastrophes et d'infortunes
- un Lamat deviendra un grand prêtre
- un Akbal (nuit) aura de la chance et saura s'exprimer
- on formulait les demandes en mariage un jour Cimi (dieu de la mort), car ce dieu était associé aux ancêtres qui devaient approuver et protéger le mariage.
A signaler que plus le nombre associé au dieu de jour est élevé, plus le caractère correspondant sera marqué.
Le Tzolkin est toujours utilisé dans le Chiapas et les hautes terres mayas du Guatemala où les chamans effectuent toujours les décomptes Tzolkin pour les actes de divination. Par contre, ce décompte en 260 jours n'a pas encore trouvé d'explication.
Le compte majeur ou Haab
Mais les Mayas n'étaient pas complètement aveugles. Ils savaient que la vie était rythmée par le cycle du Soleil et ce cycle, ils l'avaient calculé avec précision : 365,2420 kins. Grâce à nos connaissances astronomiques actuelles, nous savons que le cycle solaire est exactement de 365,2422 jours, alors que le calendrier grégorien a établi un cycle de 365,2425 jours. Autrement dit, sans aucun instrument, les Mayas avaient calculé le cycle solaire avec une précision meilleure que nous !
Se basant sur le cycle solaire, les Mayas ont mis au point le Haab, calendrier de 18 mois (uinals) de 20 jours (kins) complétés par 5 jours funestes (Uayeb) qui, certaines années, comportait un 6e jour pour "coller" au cycle solaire, comme nos années bissextiles.
Le principe du Haab est le même que celui du Tzolkin, chaque uinal étant supporté par un dieu. L'année commençait par le 1-Pop et le mois Pop se terminait le 19-Pop. Le 20e kin ne s'écrivait pas : jour de repos et de détente, on saute par-dessus et on recommence avec le uinal suivant.
Les 18 + 1 uinals portaient les noms suivants
|Pop||Uo||Zip||Zotz||Tzec||Xul||Yax Kin||Mol||Chen||Yax|
|Zac||Ceh||Mac||Kan Kin||Moan||Pax||Kayab||Cumku||Uayeb|
Pour définir très précisément une date, les Mayas ont mis en correspondance le Tzolkin et le Haab. Le premier jour de l'an était le 1-Imix 1-Pop. Le fait que les uinals Tzolkin avaient le même nombre de jours que les uinals Haab pourrait laisser supposer que, chaque année, la séquence se répéterait à l'identique, un peu comme si, dans notre calendrier, le 18 juillet était toujours un mercredi. C'est sans compter sur les 5 ou 6 jours de Uayeb. En effet, si la 1e année commence bien le 1-Imix 1-Pop pour se terminer le 9-Ahau (20-Cumku ou 0-Uayeb), l'année suivante commencera le 2 Cimi 1-Pop parce que les 5 jours de Uayeb viennent perturber la séquence.
De ce fait, il faudra attendre 52 années Haab avant que ne réapparaisse le 1-Imix 1-Pop comme premier jour de l'année. Ce cycle de 52 ans – appelé roue du calendrier – joue un rôle capital dans toute la religion et l'astrologie maya (les Espagnols sont arrivés l'année de la fin d'une roue).
Le compte long
Avec le Tzolkin et le Haab, les Mayas avaient résolu une grande partie de leurs préoccupations pour le court et le moyen terme. Mais pas suffisant pour le long terme. Alors, on a introduit de nouveaux concepts, un peu comme nous qui parlons d'années, de siècles et de millénaires.
Outre le kin et le uinal que nous connaissons déjà, voici qu'apparaissent
- le tun: 18 uinals ou 360 kins
- le katun: 20 tuns - 360 uinals - 7200 kins
- le baktun: 20 katuns - 7200 uinals - 144.000 kins
. le pictun: 20 baktuns - 400 katuns - 144.000 uinals - 2.880. 000 kins
- le calabtun : 20 pictuns - 57' 600' 000 kins
Avec ces concepts, on pouvait dater n'importe quel événement dans le passé et dans le futur avec une très grande précision. La plus ancienne mention de date figure sur une stèle de Quirigua, un calcul du temps allant jusqu'à un passé de 400 millions d'années !
Le compte long intégrait également différents autres cycles astronomiques et particulièrement les cycles lunaires, de Vénus et des Pléiades que les Mayas avaient également calculés avec la même précision que celle du cycle solaire. En fait, le compte long était tellement complet et complexe qu'il incluait 17 cycles astronomiques différents, chacun de ces cycles pouvant influencer le déroulement des événements dans le temps.
Grâce au compte long, les prêtres (Ah-Kin) pouvaient tenir des chroniques des événements passés (et donc à venir), ainsi que les généalogies particulièrement importantes pour les seigneurs (Almehen). Conservées, ces chroniques seraient un instrument précieux pour établir l'histoire de notre monde vue par l'oeil maya. Malheureusement, entre 1560 et 1562, un imbécile nommé Diego de Landa, évêque de son état, décréta que tous les écrits et inscriptions mayas n'étaient que superstitions et mensonges sataniques et fit brûler tous les livres (codex) en public. Seuls une dizaine de codex ont survécu à cette folie destructrice.
Le cycle maya
Pour pouvoir définir une date, il faut un point de départ (nous avons choisi l'année de la naissance de Jésus-Christ - les Romains partaient de la fondation de Rome - les Hébreux de la création du monde). Dans la plupart de leurs inscriptions, les Mayas utilisent une numérotation à 5 chiffres (baktun - katun - tun - uinal et kin) faisant commencer le décompte calendaire à la date <ip-pii>.0 ou <ip-pii>.0. Cette différence de notation n'est pas anodine, le <ip-pii>.0 indique le commencement de quelque chose alors que le <ip-pii>.0 indique qu'on se trouve à la fin d'un cycle et qu'on repart pour un nouveau cycle.
A partir des rares informations qui subsistent dans les codex encore disponibles et les, heureusement, beaucoup plus nombreuses, inscriptions gravées sur les bâtiments mayas, on a pu déterminer que le point de départ du calendrier maya actuel correspondait à la dernière "naissance" de Vénus au-dessus de l'horizon terrestre soit le 13 août 3114 av.J-C et que ce cycle prendra fin lorsque Vénus disparaîtra à nouveau le 21 décembre 2012, soit un 4-Ahau 8-Cumku des calendriers Tzolkin et Haab.
Ce sera la fin du 5e soleil maya et la naissance d'un nouveau monde. Celui-ci sera-t-il meilleur que l'ancien ? C'est en tout cas ce que vous souhaite Sa Majesté Waxaklahun Ubah K'awil plus connu sous le nom de "18-Lapin", un des derniers rois de Copan.
(Stèle n°13 de Copàn)
qui signe
(image extraite du site "Hieroglyphs and History of Copan")
Si vous lisez cet article le jour de sa parution, sachez que, selon mon décompte – mais je peux me tromper, je ne suis ni ah-kin ni chaman – nous sommes aujourd'hui le <ip-pii>.0 4-Oc 4-Ceh. Ce qui, en écriture maya donnerait à peu près ceci
Les représentations des glyphes utilisées pour écrire cette date sont extraites de la monographie "Le calendrier maya" de Javier Covo Torres - traduction de Carolina Pretto Levy - Editions Dante - Mérida (Yucatan) - ISBN 970-605-107-4