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Est-il concevable que la gauche soit absente d'une élection, et donc du débat politique qui la précède et l'accompagne, à l'exécutif de la principale commune du canton, de la commune-centre d'une région d'un million d'habitants, de la deuxième ville de Suisse, d'une Municipalité dont le budget annuel dépasse le milliard de francs ? Telle est la question qui se pose aux différentes formations de la gauche municipale genevoise, largement arpentée en y incluant les Verts, et à laquelle, à l'exception du Parti du Travail, elles peinent apparemment à répondre autrement qu'en louant le statu quo. Il y a pourtant déjà une candidature de gauche à cette élection...
Que valent à Genève une élection sans débat électoral et un débat électoral sans la gauche ?
Adoncques, les libéraux-radicaux de la Ville de Genève ont été contraints par leur parti cantonal à renoncer à revendiquer le siège laissé vacant au Conseil administratif par l'ascension de Maudet au gouvernement cantonal, et à faire, en maugréant, place nette au PDC Guillaume Barazzone, candidat unique de l'Entente. Quel que soit le résultat de l'élection partielle du 4 novembre, le principal groupe de droite au Conseil Municipal ne sera donc plus représenté au Conseil administratif, S'il est élu, Barazzone siègera aux côtés de quatre magistrats de gauche : le candidat de l'Entente n'est pas Guillaume le Conquérant mais Guillaume le Complément.
A gauche, le Parti socialiste, déjà gavé avec ses deux sièges sur cinq à la Municipalité, n'en revendiquera pas un troisième, les Verts renoncent à présenter une candidature et se rallient au statu quo actuel -ce que les socialistes n'ont pas encore décidé de faire, et les diverses composantes d'Ensemble à gauche autres que le Parti du Travail semblent prêtes à beaucoup de choses (y compris balancer une deuxième candidature de gauche, en carbonisant politiquement pour des années la malheureuse qui s'y prêterait) pour barrer à Salika Wenger la route, sinon du Conseil administratif, du moins du débat politique.
A droite, en présentant comme candidat unique un représentant du plus petit groupe du Conseil municipal, l'Entente elle-même infirme le discours sur la nécessaire proportionnalité des représentations à l'exécutif communal (discours qui n'a de toute façon guère de sens dans une élection majoritaire : si on veut que les exécutifs soient représentatifs des différents courants politiques de l'électorat et du parlement, il faut les faire élire à la proportionnelle, pas à la majoritaire). A raisonner en termes proportionnels, l'Alternative (47 % des suffrages) ne devrait détenir que deux ou trois des cinq sièges de la Municipalité, le PS perdre l'un des siens, voire les Verts le sien, et le MCG devrait en détenir un... A droite, la «proportionnalisation» de l'exécutif municipal aurait pour traduction la présentation d'un candidat de l'Entente issu du PLR (principal groupe de la droite municipale, avec 15 sièges), pas du PDC (parti toujours à la lisière du quorum en Ville de Genève et ne détenant que sept sièges au Conseil municipal).
On nous agite un spectre qui ne devrait faire peur à personne tant il est improbable : celui d'un « gouvernement municipal monocolore »... Kèsako ? « Monocolore » serait un Conseil administratif composé de quatre formations politiques différentes, même alliées au sein de l'Alternative ? Une élection de la candidate du Parti du Travail rendrait ainsi « monocolore » un exécutif que seule la présence d'un représentant de droite rendrait polychrome ? Comme si l'Alternative était un bloc, un plot de béton armé de discipline stalinienne... et les agiteurs de ce spectre (on n'ose dire « agitateurs » pour définir ceux dont le mot d'ordre est « surtout ne pas toucher aux équilibres politiques, on sait pas ce que cela pourrait produire » ...) de nous dire que la gauche n'est pas « légitimée » à revendiquer les sièges du Conseil administratif de la Ville (mais qu'elle l'aurait été à en revendiquer quatre, puisqu'elle les a obtenus...)
Un rappel semble dès lors s'imposer : Ni la droite ni la gauche, ni aucun parti de droite ni aucun parti de gauche, n'a aucun autre droit à un siège à la Municipalité genevoise que celui de tenter de le conquérir. Ca n'est pas à la gauche d'accorder un siège, princièrement, à la droite : c'est à la droite, de l'arracher. Si la gauche qui se répand en protestations de refus d'une Municipalité « monocolore » mettait ses actes électoraux au diapason de son discours proportionnaliste, elle devrait rendre au moins l'un des quatre sièges qu'elle occupe et le remettre clef en mains au MCG, et ce siège à rendre, c'est le PS qui devrait le rendre, parce que détenir 40 % des sièges de l'exécutif quand on n'a obtenu que 18 % des suffrages, c'est de la sur-représentation manifeste. Or il se trouve que cette sur-représentation arithmétique n'en est pas une politiquement, parce qu'elle a été ratifiée par l'électorat. L'absence d'une candidature de la gauche municipale à l'élection partielle de novembre dévaluerait cette élection, et dévaluerait son résultat, qui ne vaudrait alors pas tripette. Insistons-y : Un siège dans une instance politique soumise à élection populaire ne s'octroie ni ne se garantit : il se conquiert, sa légitimité est à ce prix et à celui d'un véritable débat politique, qui à Genève n'a de sens que si la gauche y prend part -et elle n'y peut prendre part qu'avec une candidature.
Et ça tombe bien : justement, il y en a une...