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L'Armée XXI fera encore l'objet d'un débat populaire avant d'entrer en vigueur – ou d'être recalée
24 janvier 2003
éposées le 23 janvier, les 63'000 signatures visant à s'opposer à la mise en place de la nouvelle armée ont donc permis de faire aboutir le référendum. La date probable de la votation populaire sera celle du 18 mai, et le débat permettra aux citoyens d'avaliser ou de refuser les grandes orientations de la réforme.
Si le résultat de la récolte de signature n'est pas une surprise, puisque différentes organisations conservatrices ou nationalistes – en particulier Young4FUN – s'y étaient vigoureusement attelées, elle confirme cependant les résistances que suscitent la transformation de l'armée, et notamment l'abandon officiel de la défense statique et massive appliquée à partir de la Seconde guerre mondiale. En soi, le débat contradictoire qu'occasionnera la campagne et la légitimité populaire de la votation sont d'ailleurs des éléments positifs, qui renforceront encore le caractère éminemment démocratique de l'institution militaire suisse.
Cependant, avec une cinquième votation sur l'armée en deux ans et demi, et avec de nouveau une double opposition traditionaliste et pacifiste, le risque est grand que les discours émotionnels monopolisent cette fois encore les débats. Les aléas de l'actualité internationale peuvent également influer de manière non négligeable sur le résultat final, et ce dernier est par conséquent loin d'être joué d'avance. Même si sur le terrain des faits, les adversaires de la réforme ne sont toujours pas parvenus à présenter des arguments crédibles.
Consensus politique, logique militaire
Conduites par le divisionnaire à la retraite Hans Wächter, les organisations référendaires estiment en effet que l'Armée XXI ne permettra plus, avec 140'000 militaires actifs et 80'000 réservistes, à la Suisse de se défendre de manière autonome. Les opposants considèrent également que la nouvelle armée sera un outil "otano-compatible" préfigurant une participation à des guerres interventionnistes menées par l'Alliance atlantique ou les Etats-Unis d'Amérique. Dans l'ensemble, il s'agit donc d'un procès d'intention identique aux accusations proférées à l'occasion de la révision partielle de la Loi sur l'armée et l'administration militaire (LAAM), en juin 2001, conjugué à une contestation totale de la nouvelle stratégie en matière de politique de sécurité, axée sur la coopération à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières.
Pourtant, toutes les décisions politiques ayant conditionné la réforme ont fait l'objet d'un consensus depuis le milieu des années 90: le rapport de la Commission d'étude des questions stratégiques – dit rapport Brunner – a été approuvé par la majorité de la classe politique, alors que le rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité 2000 a pour sa part reçu l'approbation des deux Chambres. De fait, la collaboration avec des Forces armées étrangères pour des missions allant de l'aide humanitaire à la défense du territoire est au cœur de toute la réforme Armée XXI. Et l'interopérabilité qu'elle suppose a largement influencé la structure des états-majors, la doctrine d'emploi des formations ou encore la concentration sur l'aptitude à l'engagement.
Mais les opposants ne parviennent pas à entrer en matière sur la question des moyens, qui a précisément déterminé cette décision. Pour défendre chaque parcelle du territoire helvétique contre un agresseur conventionnel, il serait en effet nécessaire d'avoir environ 200 chasseurs-bombardiers, 1000 chars de combat et 600'000 hommes sous les drapeaux. Reproduire l'Armée 61 au début du XXIe siècle n'est pas faisable ne serait-ce que pour des raisons financières, car il est peu probable que nos concitoyens acceptent de tripler le budget du Département de la Défense face à une menace qui appartient largement au passé. Il suffit d'ailleurs de considérer l'évolution dramatique des Forces armées en Europe pour mesurer l'inanité d'une telle défense.
Bien entendu, plusieurs éléments de l'Armée XXI découlent de compromis politiques ou structurels et sont par conséquent discutables. Le fait que les futurs officiers ne fassent plus que 7 semaines d'instruction de base en tant que recrues ou qu'à partir de 27 ans la majorité des soldats ne soit plus astreinte au service appelle de toute évidence le débat – comme il a eu lieu au sein des concepteurs de la nouvelle armée. De même, les modules de base bataillonnaires empêchant le combat interarmes aux échelons inférieurs, les états-majors des brigades de combat composés de miliciens et néanmoins chargés d'instruire les états-majors des bat/gr, ou encore le nombre considérable de cadres incorporés dans des unités inactives peuvent tout naturellement être contestés.
Mais ces éléments ne changent rien au fait que l'Armée XXI apporte nombre de réponses valables aux risques et menaces de notre époque. A moins de développer un modèle alternatif à la fois complet et crédible, les opposants n'auront aucune chance de succès dans les débats à venir. Ce d'autant plus que le remplacement de l'Armée 95 est devenu une urgence criante; à ce sujet, il faut noter que l'hypothèque d'une nouvelle votation contribue encore à prolonger le doute et l'inquiétude qui depuis plusieurs années caractérisent l'atmosphère au sein du Département de la Défense. Il est donc temps de mener un dernier débat, de voter, puis de mettre en œuvre la nouvelle armée – tout en préparant la suivante.
Cap Ludovic Monnerat