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Les prix à la production, de 1783 à 1990
Depuis 1911, le Secrétariat des paysans suisses calcule, à l’échelle nationale, les prix à la production de certains produits alimentaires. Ce n’est qu’au début de l’entre-deux-guerres qu’on commence à faire une distinction entre les prix de gros et les prix à la production, cette première catégorie reflétait l’évolution des prix des produits domestiques, ainsi que celle des produits importés. Nous avons d’abord décidé de publier les prix à la production de produits alimentaires d’origine végétale et animale pour une période allant du 19e siècle au début du 20e siècle. L’excellente qualité des données enregistrées de 1920 à 1989 nous a finalement conduits à prendre également en compte ces années-là.
Les séries de prix agrégées pour la période allant de 1783 à 1910 sont l’œuvre de Heiner Ritzmann. Pour ses estimations, ce dernier a recouru aux indices des prix du lait, du fromage, de la viande de bœuf et de veau contenus dans la dissertation de Thomas Steiger, aux séries de données régionales tirées du «Manuel statistique de l’agriculture suisse» (auteur: Hans Brugger) et d’autres sources, telles que la «Bernisches Intelligenzblatt», le «Cultivateur genevois» et le «Bulletin officiel du Valais».
L’indice des prix de gros, de 1921 à 1963
En 1928, l’Office fédéral du travail, rebaptisé par la suite Office fédéral de l’industrie, des arts et métiers et du travail (OFIAMT), a publié pour la première fois un indice officiel des prix de gros (IPG), ainsi que des indices des principales catégories de marchandises (indices des prix de groupes de marchandises) et de certaines marchandises (indices des prix à la production). Parmi les groupes de marchandises, on trouve: les produits alimentaires d’origine animale, les produits alimentaires d’origine végétale, les produits alimentaires destinés à la transformation, les matières premières et connexes, les fourrages et les engrais. On a divisé le groupe des matières premières et connexes en sous-groupes, à savoir: a. matériaux de construction; b. métaux; c. textiles, cuirs et caoutchoucs; d. combustibles; e. produits chimiques et dérivés. L’Office a procédé, pour les années 1921 à 1927, à une évaluation rétrospective des indices de toutes les marchandises.
Grâce à l’Annuaire statistique de la Suisse, il est possible de suivre sans interruption l’évolution des indices des groupes de marchandises entre 1921 et 1963. A l’inverse, nous n’avons pu retenir au-delà de 1931 aucun des indices des produits contenus dans les ouvrages statistiques auxquels nous avons recouru. Nous sommes néanmoins parvenus à reconstituer l’évolution des prix de gros pour 78 positions de marchandises entre 1932 et 1963. Pour la période allant de 1932 à 1938, nous avons à cet effet utilisé des données conservées à l’Office fédéral de l’industrie, des arts et métiers et du travail (OFIAMT). Nous tenons à remercier ici Monsieur Walter Hänni de la Section des prix de gros de nous avoir permis d’accéder à ces précieuses informations. Une publication de l’OFIAMT (dont Walter Hänni est l’auteur) renseigne sur l’évolution ultérieure de l’indice des produits (jusqu’en 1963).
Donc, nous avons dû consulter plusieurs statistiques pour saisir la variation en pour cent des prix des produits entre 1921 et 1963. Dans la mesure où les sources se réfèrent à des bases différentes (1914, 1926/27 et 1939), il a été nécessaire de convertir les données. Pour cette raison, les séries de prix que nous présentons dans cet ouvrage ne correspondent pas à 100% à l’évolution réelle des indices. Nous pensons cependant pouvoir affirmer que les conversions auxquelles nous avons procédé n’affectent la fiabilité des séries présentées que dans une infime mesure.
L’indice des prix de gros, de 1963 à 1992
L’indice suisse des prix de gros qui consistait, entre 1921 et 1963, en un indice des matières premières, auquel venaient s’ajouter quelques rares produits semifinis, a pris une toute autre ampleur à la suite de la révision de 1963. Nous ne pouvons présenter dans les tableaux qu’une partie des nombreuses positions intégrées à l’indice global en 1964.
Les prix de gros en chiffres, depuis juillet 1914
Les statistiques manuscrites de l’OFIAMT, qui s’étendent de 1921 à 1963, contiennent également des informations sur le montant des prix de gros en termes absolus. L’Office fédéral du travail a évalué les prix de gros «ex post» en chiffres pour le mois de juin 1914. Dès 1963, les prix de gros ont été publiés dans le magazine «La Vie économique». Relevons que la variété des positions présentées n’a cessé de se réduire entre les années 70 et les années 80. Nous ne publions que les prix relevés aux mois de septembre de quelques années choisies.
L’indice des prix de gros, de 1806 à 1928
Projer a, dans le cadre du projet du Fonds national intitulé «Beiträge zur quantitativen Beschreibung wirtschaftlicher Entwicklung in der Schweiz im 19. Jahrhundert» («Contributions à une description quantitative de l’évolution économique en Suisse au 19e siècle»), élaboré un indice des prix de gros qui s’étend de 1806 à 1928. Il s’agit là d’une évaluation solide qui présente cependant, par rapport aux enquêtes ultérieures de l’OFIAMT, le défaut de recourir le plus souvent à des données primaires, qui couvrent différentes périodes, concernent des marchandises très hétérogènes et sont exclusivement des prix à la production. Nous avons décidé de ne pas publier les séries de prix en chiffres absolus. En lieu et place, nous indiquons pour une seule année (en général 1914) le prix de quelques produits (les briques à 17 trous verticaux de Zurich p. ex.), le prix relevé. Celles et ceux qui, à partir de la valeur indiquée et de la série de l’indice correspondante, tenteraient de calculer les prix en termes absolus du produit au cours des décennies précédentes ne doivent pas oublier qu’une telle opération n’offre, dans le meilleur des cas, qu’un résultat approximatif et des enseignements limités. Projer s’est inspiré des méthodes de l’OFIAMT pour reconstituer l’indice des prix de gros au 19e et au début du 20e siècle. Si l’on y regarde de plus près, on constate deux différences notables entre les deux conceptions. L’indice officiel des prix de gros se compose ainsi de 10 groupes de marchandises, celui de Projer de neuf seulement. Projer n’a pas tenu compte des groupes «fourrages et engrais», tout en ajoutant à sa liste un groupe «papier» qui ne figure pas sur celle de l’OFIAMT. En second lieu, Projer a, à l’inverse de l’OFIAMT, subdivisé le groupe «textiles et cuirs» en cinq sous-groupes (coton, soie, laine, lin, cuirs et peaux), afin de tenir compte du rôle important que jouait encore l’industrie textile suisse au 19e et au début du 20e siècle. La principale difficulté à laquelle Projer s’est heurté en voulant reconstituer un indice s’étendant sur plus de 120 ans résidait dans la nécessité de tenir compte des mutations dans la structure de la production et de la consommation, ainsi que dans le remplacement d’anciens produits par de nouveaux articles de marque. Projer l’a résolue en créant cinq paniers-types différents. Il a pondéré les produits à partir de l’indice à la consommation indigène; lorsque celui-ci n’était pas connu, il a fait appel aux valeurs de l’indice à la production. Lorsque ces dernières manquaient elles aussi, il s’est vu contraint à renoncer à reconstituer tout ou partie de la série de prix.
Bien qu’il ait consulté une multitude de sources (dossiers d’entreprises, communiqués de prix dans la presse et dans des publications spécialisées, relevés officiels), il n’est parvenu que dans de rares cas à créer des séries de prix homogènes s’étendant sur une longue période. Les indices à la production de Projer constituent donc une chaîne à laquelle manquent de nombreux chaînons, ce qui en limite la comparabilité. En pondérant différents indices de produits selon un schéma donné, Projer a créé des séries de prix hautement agrégées, qu’il a finalement transformées en un indice global.
Les indices des prix à la consommation, depuis juin 1914
C’est en 1922 que l’Office fédéral du travail a calculé et publié pour la première fois un indice national des prix à la consommation. Ce dernier avait pour base juin 1914 et portait à l’origine sur les groupes de biens suivants: les produits alimentaires, les combustibles et l’habillement. Les prix des loyers sont venus s’y ajouter en 1926. A l’occasion de cette première révision de l’indice des prix à la consommation, l’Office a fait remonter, grâce à une nouvelle méthode, les indices de chaque groupe jusqu’en 1915.
Les années 1950, 1966, 1977, 1982 et 1993 ont connu d’autres révisions de l’indice des prix à la consommation. A chacune d’entre elles, la palette des produits considérés s’est étoffée et le schéma de pondération a été modifié. Depuis septembre 1966, date à laquelle d’autres groupes de produits sont venus s’ajouter aux produits de première nécessité, l’indice reflète tout le spectre de la consommation privée.
L’indice des prix à la consommation, de 1811 à 1890 et de 1890 à 1921
L’indice des prix à la consommation pour les années 1811 à 1890 présenté dans ce chapitre n’est bien entendu qu’une estimation grossière. A partir de l’évolution des prix de marchandises de détail relevée dans les villes de Zurich, de Berne et de Bâle, Hildegard Muff a constitué, dans le cadre du projet du Fonds national intitulé «Geldmenge und Wirtschaftswachstum in der Schweiz 1851–1913» («Masse monétaire et croissance économique en Suisse de 1851 à 1913»), une série s’étendant de 1851 à 1890. Afin d’obtenir également un déflateur pour les 4 décennies précédentes, nous avons raccordé mathématiquement cette série à l’indice des prix de gros de Projer.
Ce sont les auteurs du projet du Fonds national intitulé «Reallöhne schweizerischer Industriearbeiter von 1890 bis 1921» («Salaires réels des ouvriers de l’industrie suisse de 1890 à 1921») qui ont évalué l’indice des prix à la consommation pour les trois décennies suivantes. A l’aide des budgets des ménages, on a déterminé la structure des dépenses des ménages d’ouvriers. Ce travail n’a eu lieu qu’en Suisse alémanique. Un schéma de pondération a été construit pour l’année 1910. Il porte sur toute la période considérée. On a fixé à 2000 francs le revenu maximal du chef de ménage; les budgets ménagers qui sortaient de ce cadre ont été écartés. Les prix du commerce de détail sur lesquels se fonde l’indice des prix à la consommation de 1890 à 1921 portent sur les villes de Zurich, de Berne, de Bâle, de Winterthour et de Bienne, sur l’Oberland zurichois et sur la région Berthoud-Langenthal. L’indice n’est ainsi réellement représentatif que pour les centres urbains et les communes industrialisées du Plateau alémanique. Les collaborateurs du projet susnommé du Fonds national se sont fondés sur des notations de prix officielles et semi-officielles, ainsi que sur des listes de prix provenant d’associations de consommateurs pour déterminer les indices des groupes de l’alimentation, des boissons, du chauffage et de l’éclairage. Pour l’indice des prix des loyers, ils ont recouru au recensement des logements, aux statistiques officielles des loyers et aux annonces qui paraissent dans la presse. Ils ont établi les prix des vêtements et des meubles en épluchant un grand nombre de catalogues.
Les séries de prix en chiffres utilisées pour constituer l’indice des prix à la consommation constituent, en raison de leur provenance très diverse, un outil statistique artificiel. L’hétérogénéité parfois frappante du matériel utilisé a conduit les auteurs à choisir le début des années 20 comme point de départ de l’évaluation et à raccorder ensuite, en remontant le temps, les séries de prix provenant d’associations de consommateurs ou de statistiques fragmentaires relevées dans des magazines ou tirées d’autres sources. Cette méthode nous a permis d’élever au niveau des séries de prix officielles des notations de prix provenant de sources de moindre qualité.
Les prix en chiffres du commerce de détail, de 1861 à 1992
Il existe depuis 1921 une statistique officielle des prix en chiffres du commerce de détail. Elle repose sur des relevés de prix effectués dans 34 villes de grande taille ou de taille moyenne. Cette statistique a cessé de paraître après 1966. Nous avons donc dû recourir à des données manuscrites pour décrire l’évolution des principaux prix du commerce de détail au cours des deux dernières décennies. Nous remercions Monsieur Thomas Gross, de la Section des prix et de la consommation de l’OFS, de les avoir mises à notre disposition.
Nous disposons pour la ville de Zurich de séries de prix en chiffres qui remontent jusqu’à 1861. Elles reposent, pour la période allant de 1861 à 1890, sur des informations tirées de la presse et sur des listes de prix de l’association des consommateurs de Zurich. Signalons que les prix fournis par l’association des consommateurs sont en général nettement inférieurs aux moyennes des prix du commerce de détail. Pour les années 1890 à 1921, nous avons tiré les prix en chiffres du commerce de détail dans les villes de Zurich, de Bâle et de Berne du projet du Fonds national cité plus haut. Il nous a paru judicieux de compléter les deux tableaux reflétant l’évolution des prix en ville de Zurich (de 1861 à 1890 et de 1890 à 1921) par un troisième tableau qui va de 1909 à 1992 et qui se fonde sur les données de l’Annuaire statistique de la Suisse. Un autre tableau renseigne sur l’évolution de quelques prix importants du commerce de détail en ville de Berne entre 1914 et 1991.
Loyers
Cet élément essentiel de toute statistique moderne sur les prix n’apparaît qu’en marge de l’ouvrage. Les seules informations présentées ici portent sur l’évolution de l’indice des prix des loyers d’un appartement de 3 pièces dans quelques villes du Plateau alémanique et de l’Oberland zurichois pour les années 1890 à 1921, sur les principaux résultats des enquêtes fédérales sur le logement (1920 et 1950) et sur l’évolution des loyers des appartements de 2, 3 et 4 pièces en ville de Zurich de 1920 à 1960. Aucune analyse de la situation du logement d’un point de vue statistique et historique et de l’évolution du marché du logement depuis 1960 n’est actuellement en vue.
SOURCE: «Prix» in Ritzmann/Siegenthaler, Statistique historique de la Suisse, Zürich: Chronos, 1996, 473-478