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La première tentative du Groenland pour se doter d’une constitution suggère que ses législateurs n’envisagent pas un avenir très différent de la situation connue aujourd’hui en tant que pays démocratique, dirigé par des Inuit, qui doit s’appuyer sur une plus grande puissance pour survivre.
Le Groenland fait partie du Royaume du Danemark et, en tant que tel, la loi du pays est la constitution danoise de 1953. Cette version a modifié le statut politique du Groenland, qui est passé de colonie à comté, ouvrant la voie à l’octroi, en 1979, d’un statut d’autonomie, puis, en 2009, d’un statut d’auto-administration, qui lui confère le droit de déclarer son indépendance. Si cela devait se produire, comme beaucoup l’espèrent au Groenland, une nouvelle constitution – cette fois-ci élaborée par le Groenland lui-même – serait nécessaire.
Pour se préparer à ce jour, les législateurs du Groenland ont décidé, en 2016, de créer une commission chargée d’élaborer une proposition de constitution. Le document qu’elle a remis au premier ministre le 31 mars et révélé au public le 28 avril était, à bien des égards, une consolidation du statu quo.
Tout d’abord parce qu’elle s’oppose au système démocratique de gouvernement et aux protections des droits de l’homme et de l’environnement qui sont inscrits dans la constitution danoise. La reconnaissance des droits des Inuit va dans le sens de l’accord d’autonomie conclu entre Nuuk et Copenhague, qui a fait du kalaallisut la langue officielle, mais elle ne représente pas un changement significatif par rapport à ce qui est généralement accepté.
Le Danemark ne sera pas non plus automatiquement repoussé. En reconnaissant que le Groenland sera toujours dépendant d’une grande puissance pour des aspects tels que la défense, elle laisse la porte ouverte à une relation continue avec Copenhague, bien que tout accord avec les Danois ou toute autre personne soit conclu entre partenaires égaux.
La proposition n’a jamais été destinée à satisfaire tous les Groenlandais et, en effet, pour certains, elle ne va pas assez loin, ni assez vite, tandis que d’autres craignent qu’elle ne crée trop de distance entre le Groenland et le Danemark, au détriment de l’identité et de l’économie de ce dernier.
Pour les partisans d’une indépendance rapide, il s’agit maintenant de faire passer la proposition de l’état de projet à l’état d’accord, avec toutes ses imperfections. Les sondages ont cependant montré que la plupart des habitants du Groenland estiment que l’indépendance politique devrait suivre l’indépendance économique et, à tous points de vue, on en est encore loin : le tourisme et l’exploitation des ressources naturelles pourraient, de manière réaliste, apporter une contribution significative à une économie qui dépend aujourd’hui presque exclusivement de la pêche, mais il faudra de nombreuses décennies avant que la subvention annuelle de Copenhague de 4 milliards de couronnes (540 millions d’euros) – qui représente 20 % de la valeur de l’économie du Groenland – ne soit plus nécessaire. D’ici là, une constitution sera un document dont l’heure n’a pas encore sonné.
Kevin McGwin, PolarJournal
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