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Après ces votes que chacun aura commentés, disséqués, regrettés, fêtés, puis digérés, je pose la question du transport des urnes électorales.
Quelques commentaires sur les réseaux sociaux, envoyés depuis les communes de Vernier, de Meyrin ou provenant d'un local de la Jonction m'ont révélé que le transfert des urnes avait été confié à une entreprise privée de sécurité. Dans certains de ces cas, trois heures (!) après la fermeture du local de vote, les urnes n'avaient toujours pas été retirées par les agents de l'entreprise mandatée. Pour certains de mes concitoyens, cela peut paraître un détail, une broutille, personnellement cela me dérange.
Qu'arrive-t-il à une urne à la fermeture du local de vote : l'urne est vidée et son contenu détaillé (le fameux dépouillement) après quoi le résultat de ce dépouillement est contrôlé par le/la vice-président/e du bureau de vote. Ensuite le même contrôle est effectué par le/la président/e du bureau de vote, qui n'appartient pas au même parti. Ces résultats sont annoncés au Service des Votations et reportés sur plusieurs formulaires. Un appel téléphonique est ensuite fait pour demander le transfert des urnes; à l'arrivée des « convoyeurs », l'urne est mise sous scellés pour son transport jusqu'à son arrivée au Service des Votations.
Jusqu'à présent, ce transfert était effectué par la police. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Légalement, rien ne s'oppose à un tel mode de faire. Pourquoi ? La loi sur l'exercice des droits politiques a une nouvelle teneur, par l'entremise de son article 49 (retour du matériel électoral), qui est limpide : ce transport peut être effectué par une entreprise privée. Où est-donc le problème ?
Le problème réside à mes yeux dans plusieurs points :
- il semblerait que cette décision d'un changement de loi sur le transfert du matériel de vote a été prise suite aux plaintes répétées du personnel de la police estimant que cette tâche la détournait de sa mission première (ordre public et sécurité).
- une entreprise de sécurité privée (Protectas en l'occurence) est-elle adaptée à cette tâche ?
- n'y a-t-il pas là une dérive supplémentaire de outsourcing dans un domaine délicat ?
Lors du premier débat de la votation de cette loi, le 24 janvier dernier, M. Cyril Mizrahi, pour le PS, mettait ainsi en garde contre certains risques : je m'étonne, disait-il avec raison qu' « à l'heure où nous multiplions les systèmes de protection par rapport au vote électronique, à l'heure où le vote électronique est extrêmement surveillé, qu'on accepte simplement de confier cette tâche à des entreprises privées ». Il renforçait ainsi l'argumentaire du représentant d'Ensemble à Gauche, M. Olivier Baud qui estimait que cette tâche ne pouvait être confiée « à n'importe qui »et proposait confier cette mission à des convoyeurs de sécurité, « personnel administratif doté d'un pouvoir d'autorité de police, dont le travail consiste principalement au convoyage de détenus »
Malgré ces arguments de bon sens, il a été majoritairement préféré de ne pas réserver le transfert des urnes aux bons soins de convoyeurs de sécurité dûment assermentés.
Dimanche dernier, cela a donné lieu aux retards que l'on sait, et à quelques moments d'anthologie sur Facebook, où certains représentants de l'UDC se plaignaient du cafouillage, de la désorganisation de ce système, accusaient la Chancellerie, et reprochaient même que les agents de Protectas aient l'accent français. Argument qui n'aura pas échappé aux représentants d'un autre parti, prétexte à cracher sa bile une fois de plus sur « l'envahisseur Gaulois ». C'était aller un peu vite en besogne et oublier que MM Voumard (rapporteur du MCG) et Riedweg (représentant UDC) avaient soutenu cette loi, sans la moindre réserve. Que des agents Protectas engagés en France remplacent des gendarmes genevois, voilà une ironie de l'histoire que ne goûtera que peu un syndicat de police fortement acquis au MCG.
Pour ma part, je regrette à titre personnel que la police ne considère pas comme tâche noble celle d'escorter des urnes électorales, et si j'étais flic, je considérerais cela comme un honneur, je ne laisserais à personne d'autre qu'à ma corporation la possibilité de pouvoir procéder à ce transfert: le peuple est souverain, porter l'urne c'est porter le choix du souverain.