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Un atelier à Neuchâtel suivi d’un spectacle à La Chaux-de-Fonds. Ou vice-versa. L’Association danse neuchâtel (ADN)...22.07.2021 14:50
Erik Oña, avez-vous un matériau sonore de prédilection?
Il a évolué avec le temps. Je crois que j'ai une oreille très harmonique. Ce qui m'a toujours intéressé c'est comment trois, quatre ou cinq sons sonnent ensemble et, en même temps donnent autre chose. Le tout représente plus que la somme des parties. Pour l'anecdote, mon premier souvenir musical remonte à mes deux ans et demi, nous avions une machine à laver dans la cuisine et je m'asseyais auprès d'elle quand elle tournait. Je me rappelle que je chantais le même son, puis j'en modifiais légèrement l'intonation. Il se produisait alors une vibration entre le son de la machine et ma voix. Puis j'ai incorporé davantage la «part impure» des instruments. L'instrument apporte aussi une résistance physique, des bruits imparfaits qu'habituellement on écarte. Je les considère comme des sons que l'on peut intégrer organiquement dans une orchestration assez normale. Plus récemment, il y a sept ans, je me suis intéressé à la Musique électronique pure, surtout la musique concrète française des années 1940-1950, et à ce qui est né de ce courant, l'utilisation des sons de la vie quotidienne.Dans le programme présenté demain figure une ballade de la fin du 14e siècle, de Galiot, que vous avez retranscrite. Pourquoi ce choix?
«Le sault périlleux» présente une souplesse rythmique incroyable et d'une grande richesse mélodique. Mon travail est à la fois respectueux et différent de la pièce originale. Le contenu du texte, des intrigues de cour, a guidé mon travail. J'ai écrit cette partition quand j'étais en Angleterre, où l'on voit la culture française comme quelque chose de sensuel. J'ai pensé à la voix d'Edith Piaf, j'ai relu aussi, par hasard, «Le grain de la voix» de Barthes. Alors j'ai cherché un son de voix rauque, et pour la chanteuse, et pour tout l'ensemble. J'ai cherché des techniques «bruiteuses», les musiciens utilisent par exemple l'archet de haut en bas, le frottement remplace la note; j'ai imaginé de prendre un seul crin de l'archet, noué, pour le faire glisser dans les cordes. Mais on entend aussi la musique d'origine, avec toute sa richesse rythmique, que j'ai orchestrée à ma façon.
Vous êtes né en Argentine. Votre culture latine a-t-elle une influence sur votre musique?
Quand on pense à l'Argentine, on pense au tango! Mais cette musique populaire est une expression culturelle parmi d'autres. Les énormes distances entre les villes génèrent elles aussi des différences culturelles. Tout cela a sans doute une influence mais je ne saurais dire laquelle, ce n'est pas quelque chose que je contrôle. Ce que je puis dire, c'est que je ne fais aucun usage de patrons harmoniques, ou rythmiques, ou expressifs, typiques.
Comment souhaiteriez-vous que l'auditeur réceptionne votre musique?
Nous appartenons tous à la même espèce. Même s'il existe entre les hommes des distances idéologiques ou religieuses, nous ne pouvons être totalement différents. J'ai lu que c'est par leur chant que les oiseaux séduisent les femelles. Ce chant a dans le cerveau un effet comparable à une drogue. Quand je compose, je suis mon premier auditeur, je pars toujours de l'écoute. J'expérimente donc moi-même la drogue, si elle fonctionne sur moi, elle doit fonctionner sur les autres! (rire). Je ne cherche pas à transmettre un contenu, mais une expérience à laquelle on peut s'associer. / DBO
Des Chinois attentifs et le chuintement de la ventilation
Le NEC a le goût des échanges, son concert-portrait consacré à Erik Oña en témoigne. En témoignent aussi ses déplacements, tel ce voyage en Chine effectué en octobre dernier, une tournée qui les a emmenés à Pékin, Wuhan et Fuzhou, quatre ans après une première incursion dans le pays de la Grande Muraille. Wen Deqing, compositeur chinois qui a résidé à Genève, a organisé la tournée, Pro Helvetia l'a financée.
«Nous avions émis le désir de donner des cours, en plus des concerts. Mais l'idée n'a pas été retenue, c'est quelque chose qui nous a manqué», raconte aujourd'hui le chef titulaire du NEC, Pierre-Alain Monot. Il y eut, tout de même, des conférences dans des écoles équivalant à nos écoles normales: «Nous avons présenté des techniques de jeu inusitées là-bas, car on leur enseigne le répertoire classique européen et les instruments chinois traditionnels». Le NEC a surtout rencontré un public d'étudiants et de professeurs, à Pékin comme à Wuhan où il s'est produit dans le cadre d'un festival de musique contemporaine. A Fuzhou en revanche, les concerts étaient ouverts à tous, mais le NEC y a rencontré la même qualité d'écoute: «Ce fut la bonne surprise de la tournée. On n'a plus entendu de sonneries de portables, comme il y a quatre ans». Le NEC s'était pourtant préparé à toute éventualité, au point de rester zen quand il a cru percevoir des chuchotements dans le public... en réalité le chuintement de la ventilation!
Dans ses bagages, le NEC avait emporté des partitions de compositeurs suisses, Gaudibert, Baumann, Kyburz..., toutes ?uvres complexes et exigeantes qui ont contrasté avec les pièces chinoises écrites pour l'occasion, «des formes traditionnelles, très tonales, mais que l'on a traitées avec le même respect. Il y a quatre ans, nous avions interprété des compositeurs plus novateurs, ayant fait leurs classes en Europe ou aux Etats-Unis». Pierre-Alain Monot l'a ressenti au fil des conversations, il existe en Chine comme ailleurs une dérive vers la culture populiste et la musique commerciale - «écrire pour la TV ou le cinéma est très lucratif». Une évolution que le chef du NEC attribue à l'assouplissement du régime, «moins rigide dans ses directives, y compris culturelles»... / dbo
Bioexpress
Naissance En 1961, à Cordoba, en Argentine.
Formation Compositeur et chef d?orchestre, Erik Oña a étudié la musique à l?Université de la Plata, en Argentine, et à Buffalo, aux Etats-Unis.
Carrière Il a, entre autres, dirigé un Centre de formation pour la musique contemporaine à Buenos Aires, exercé en Amérique et en Europe en tant que chef d?orchestre. Il est le chef titulaire du Thümchen Ensemble de Cologne depuis 1996. A Bâle depuis 2003, il dirige le Studio de musique électronique de l?Académie de musique. Il a créé plus de 150 ?uvres, opéras compris.