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Ce texte fait suite à celui appelé L'Apparition enchanteresse, dans lequel je raconte avoir vu venir à moi un elfe à la beauté séduisante, qui finalement me jeta un regard en riant.
Je souris, et lui demandai qui il était. Il me répondit qu'il était le premier serviteur de Tornither, et m'annonça que, à sa demande, Ithälun était venue boire le thé avec lui, et qu'elle y avait rejoint Dom Solcum son époux, invité lui aussi par le maître des lieux.
Il avait néanmoins tenu à ce que je ne fusse pas présent, et Ithälun l'avait accepté, à condition que je fusse protégé en son absence; or, lui, Ornüln, avait été chargé de cette mission, et voici! il était prêt à l'accomplir avec joie.
Je demandai alors pourquoi Tornither avait eu cette exigence, à quel moment il l'avait prononcée, et ce qu'il avait de si important à dire à Ithälun et à Solcum, que je ne pusse l'entendre; mais Ornüln ne fit que rire à ces demandes, et ne me répondit point.
Il se plaça néanmoins à côté de moi dans la voiture volante et, à un de ses mots, celle-ci s'éleva dans les airs. Il savait parfaitement la diriger.
Nous nous élançâmes vers l'ouest, où était ma destination.
Je fus bientôt surpris par sa conduite, qui n'avait rien de la douceur et de la sérénité de celle d'Ithälun, car lui, Ornüln, était facétieux, joueur, et il aimait à zig-zaguer, et à pencher l'engin à droite et à gauche, à accélérer, à ralentir, à aller en haut et en bas, se grisant au vent qui soulevait ses cheveux, et s'amusant de ces mouvements inutiles, riant même quand je manifestais de la peur.
Je m'enquis du motif de cette conduite étrange, et il en sourit, déclarant qu'il n'avait pas souvent l'occasion de manier ce genre de véhicules (que n'utilisait pas Tornither, quoiqu'il en eût d'autres), et qu'il était de tempérament tel qu'il se divertissait fort de cet exercice futile, comme d'ailleurs le faisait toute la maison de Tornither, ou presque. Cette franchise, dans ce qui me paraissait être un défaut, m'étonna.
Je demandai ensuite de quelle façon Ithälun comptait me rejoindre (si elle comptait effectivement le faire). Il rit encore, et me répondit que je verrais bien! Mais il était évident que Tornither ne manquait pas d'engins filant dans l'air, puisqu'il venait de m'en parler!
Cependant, ils s'apparentaient davantage à des bateaux flottant sur l'éther qu'à des voitures volant dans les airs, ajouta-t-il, toujours en riant, quoique je ne comprisse pas pourquoi.
Je crois, à présent, qu'il s'amusait de comparaisons impliquant les machines humaines, qu'il trouvait en réalité ridicules. Car, dès qu'il faisait allusion à la façon de vivre de nous autres mortels, il s'esclaffait comme si nous étions grotesques, et dès que j'évoquais cette vie que je menais avec les miens, il faisait de même, comme s'il n'y avait là qu'un sujet de moquerie. J'en fus à la fin choqué, car certains pans de mon existence que je peignais me paraissaient importants, dignes d'être pris tout à fait au sérieux; mais lui ne faisait qu'en rire. Même les peines humaines semblaient peu le toucher.
Une fois, néanmoins, il demeura songeur et grave, en m'écoutant parler. Mais j'anticipe trop: je redirai plus tard à quel propos il en fut ainsi.
Mon pilote me déclara, au bout de quelques lieues, qu'il avait aussi reçu la mission de m'apprendre à conduire ce véhicule, afin que je me débrouillasse sans lui, le cas échéant, et continuer seul mon voyage. J'hésitai à le croire, mais il bondit derrière moi, sur le coffre, se glissa à ma droite, et me poussa sur la gauche, où se trouvait le volant. Et en riant, il dit: «À toi, maintenant, petit homme!»
(À suivre.)