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«Bien que leurs peuples respectifs soient en proie à un conflit violent, ces musiciens ont le courage de jouer ensemble et de montrer au monde que la coopération en harmonie est possible.»
Kofi Annan (1938–2018)1
Le «West-Eastern Divan Orchestra» – en français «l’Orchestre Divan occidental-oriental» – est un orchestre symphonique créé en 1999 et composé principalement de jeunes musiciens du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’Espagne – juifs, chrétiens et musulmans. D’autres membres ont déjà terminé leur formation et jouent dans des orchestres professionnels prestigieux comme la Staatskapelle de Berlin ou l’Orchestre philharmonique de Berlin. Le nom vient du recueil de poèmes de Wolfgang von Goethe, «Le Divan occidental-oriental»2. Cet ensemble a été fondé par Daniel Barenboïm, pianiste et chef d’orchestre israélo-argentin, par Edward Saïd, auteur littéraire américano-palestinien et par Bernd Kauffmann, manager culturel et longtemps directeur de la «Fondation classique de Weimar». L’objectif de l’orchestre est d’offrir aux jeunes de 14 à 25 ans la possibilité de se former à la pratique d’un instrument, de jouer au sein d’un orchestre de musiciens et de contribuer ainsi à la compréhension entre les peuples. C’est dans ce contexte qu’est née l’expression «Sound of Utopia» [La tonalité de l’utopie].3 L’orchestre célèbre cette année son 20e anniversaire; la publication de la collection de poèmes de Goethe en est, elle, à son deux centième anniversaire.
En 1999, Weimar avait été désignée Capitale européenne de la culture pour l’année en cours. Les grands classiques de Weimar, Wieland, Herder, Goethe, Schiller faisaient partie de l’héritage culturel de cette ville de Thuringe, de même que les œuvres des compositeurs Liszt et Richard Strauss, le Bauhaus et l’Assemblée nationale de 1919. A cette occasion, Bernd Kauffmann avait, conformément à ses fonctions d’intendant, prié Daniel Barenboïm, d’apporter sa contribution aux festivités de la Foire de l’art de Weimar. Avec son ami Edward W. Saïd, Barenboïm organisa un atelier destiné aux jeunes musiciens venus d’Israël et des pays arabes voisins. Le point de départ idéal était la conviction que «la politique devrait servir l’humanité et non l’inverse».4 Ce qui avait d’abord été un événement expérimental donna par la suite naissance à cet orchestre original. Les jeunes musiciens y avaient non seulement la possibilité d’être formés par l’un des plus grands pianistes et chefs d’orchestre de notre époque, mais ils pouvaient également participer à une classe de maîtrise avec le violoncelliste américain Yo-Yo Ma.
Lors de son séjour à Weimar, le groupe visita le mémorial du camp de concentration de Buchenwald qui se trouvait tout près; une expérience à la fois très choquante, formatrice et en même temps, fédératrice. Suite à une nouvelle rencontre à Weimar, on décida en 2002 de la création d’un siège permanent dans la ville andalouse de Pilas, près de Séville. Cet endroit ne fut pas choisi au hasard, car sous la domination mauresque, du VIIIe au XVe siècle, musulmans, juifs et chrétiens y vivaient en paix dans le sud de l’Espagne.
Avec la création de cet orchestre, Barenboïm réalisait l’un des rêves de sa vie. Tout comme Edward W. Saïd, sa principale préoccupation était avant tout de convaincre les gens – les participants et de plus en plus l’opinion publique – qu’il n’y avait pas de solution militaire au conflit du Moyen-Orient, «pas non plus politique – mais uniquement humaine».5
Pour encourager la relève, on recruta avant tout au Moyen-Orient des jeunes prêts à apprendre à jouer d’un instrument et à le faire régulièrement au sein d’un orchestre. Des sessions de travail de quatre semaines eurent lieu une fois par an: on donnait un cours d’enseignement musical, on étudiait un programme de concerts et on consolidait les échanges; des exposés et des discussions accompagnèrent les événements. Pour finir, l’orchestre partit en tournée sur plusieurs continents, et cela avec un succès rapidement de plus en plus grand.
Depuis, l’orchestre est devenu l’une des meilleures formations du monde en termes d’exécution, de répertoire et de participation de solistes de renom. Il se produit régulièrement dans les festivals traditionnels ainsi que dans les salles de concert et d’opéra les plus célèbres, au nombre desquelles on trouve la Waldbühne de Berlin, la Salle d’or du Musikverein de Vienne, la Scala de Milan, le Royal Albert Hall de Londres, le Carnegie Hall de New York et le Teatro Colon de Buenos Aires. Lors d’événements traditionnels tels que le Festival de Salzbourg et les festivals de Bayreuth, et lors du Festival de Lucerne, l’orchestre fait partie des ensembles les plus régulièrement applaudis. En 2002, Barenboïm et Saïd reçurent le Prix de la Princesse des Asturies et en 2010 l’orchestre reçut le Prix international de la Paix de Westphalie.
Mais dès le début, Barenboïm et Saïd ne se limitèrent pas à l’organisation et à l’entretien d’une simple formation musicale professionnelle, une de plus, dans l’univers de la musique classique. La principale préoccupation des fondateurs s’est concentrée – dans l’optique de l’histoire tumultueuse du XXe siècle et avant tout, du Moyen-Orient – sur la création, pour les jeunes artistes de pays et de cultures en conflit, d’un cadre au sein duquel ils pourraient apprendre à se connaître et à se comprendre mutuellement, tout à fait dans l’esprit de Goethe qui s’était exprimé de façon exemplaire sur la signification de l’identification de l’homme à son prochain:
«Qui se connaît et connaît autrui
Le reconnaîtra également ici:
L’Orient et l’Occident
Ne peuvent plus être séparés.»7
Dans cette optique, Barenboïm et Saïd tentèrent de mettre en application une expérience sans précédent jusqu’alors: ils rassemblèrent des jeunes de pays ennemis et de religions opposées désirant contribuer à l’élaboration d’«une solution humaine à défaut d’une solution politique»8 pour les nombreux conflits en cours.
L’humanité et la compréhension demeurent les seuls principes directeurs pour un monde pacifique et cela ne concerne pas que cette région, mais bien d’autres endroits également. C’est en faisant de la musique ensemble qu’on assimile ce que l’être humain doit apprendre à faire pour avoir un avenir: «[…] s’écouter – à la fois en tant que musiciens et en tant qu’êtres humains. En effet, apprendre à réellement écouter quelqu’un d’autre nous sensibilise grandement à nous-mêmes et au monde dans lequel nous vivons».9 Pour faire vraiment de la musique, la coopération, l’engagement total, les réglages fins entre tous les participants, sont impératifs. Lors de leur jeu, il suffit de regarder les visages des musiciens de l’orchestre, des chefs d’orchestre et des solistes: tout le monde s’efforce visiblement de donner ce qu’il a de meilleur, car c’est la seule façon de faire vraiment de la musique.
Toutes les parties concernées étaient conscientes dès le départ que l’éventail des possibilités de leur idéal était assez réduit: «Nous sommes des musiciens, pas des politiciens»,10 déclara Barenboïm, et il exigea qu’il n’y ait pas de confusion entre la volonté de communiquer et le «devoir d’harmonie».11 Au contraire, il était souhaitable de discuter de points de vue opposés et de ne pas passer sous silence les divergences d’opinion. Les participants doivent «exprimer ouvertement leurs différences» et essayer de comprendre «la logique cachée derrière l’opinion contraire».12 Les rencontres annuelles permirent non seulement d’approfondir la formation musicale, mais furent aussi l’occasion de conférences tenues par des invités de différentes origines et de débats sur divers sujets souvent controversés.
Mais tout cela reste plus facile à dire qu’à faire. Pour de nombreux musiciens, la vie en commun avec des collègues originaires d’un pays adverse demeurait un immense défi. Il y a eu des témoignages éloquents apportés par les récits personnels de nombreux participants13 qui avaient rejoint l’orchestre avec scepticisme et des sentiments mitigés. Nombre d’entre eux, au début, avaient ressenti comme une contrainte l’obligation de partager le même espace vital que les membres d’une nation ennemie. Si, dans un premier temps des groupes s’étaient formés, de palestiniens, d’israéliens et d’arabes ainsi que d’autres groupuscules, qui s’évitaient les uns les autres ou entraient en conflit, ils évoluèrent au fil du temps et au long des répétitions communes et des concerts et développèrent respect et tolérance en vivant tout simplement ensemble. Alors que la Syrie, le Liban et l’Iran refusaient à Israël le droit d’exister, que les Israéliens ne pouvaient entrer en Cisjordanie et que les Palestiniens ne pouvaient se rendre en Israël, des contacts se nouèrent, des amitiés se développèrent au-delà des frontières nationales et religieuses: «On faisait de la musique toute la journée, on sortait la nuit, on se retrouvait toujours ensemble, et cela même lorsque se produisaient des événements graves. Les difficultés, les problèmes personnels, les violents conflits au Moyen-Orient – puis la volonté de surmonter toutes ces difficultés et ces petits conflits, c’est tout cela qui nous rassemblait.»14
Lors de situations particulières, les participants étaient confrontés à la persistante dureté de la réalité politique. Le premier concert donné dans la zone arabe eut lieu en 2003 à Rabat, la capitale du Maroc. Deux ans plus tard, le légendaire concert de Ramallah,15 en Cisjordanie occupée par Israël, suscita l’attention du monde entier. Barenboïm permit aux musiciens de se décider librement de participer ou non. Les mesures de sécurité étaient colossales: les musiciens arabes devaient passer les postes de contrôle israéliens; les Israéliens avaient peur de se rendre sur le territoire palestinien; pour des raisons de sécurité, ils ne purent de toute la journée quitter la salle de concert. Grand déploiement de gardes du corps et de véhicules diplomatiques blindés. Mais à la fin, tout fut bien qui finit bien: «Pour tous, le concert fut une expérience unique et glorieuse.»16 Un concert (Symphonie no 9 de Ludwig van Beethoven) en Corée du Sud, près de la frontière nord-coréenne, eut lieu en 2011, et trois ans plus tard, les musiciens se rendirent à Doha, capitale du Qatar. En décembre 2016, un concert fut organisé aux Nations Unies à Genève. Jusqu’à présent, l’orchestre n’a pas eu le privilège de se produire ni en Egypte ni en Israël.
En 2019, selon Barenboïm, l’Orchestre Divan occidental-oriental se trouve toujours en exil, car il n’est accepté ni par les Arabes ni par les Israéliens. «Peu de choses ont un potentiel utopique aussi grand que l’exil», estime-t-il cependant avec optimisme en citant l’aphorisme d’Edward W. Saïd selon lequel «la douleur de l’exil a le potentiel d’approfondir notre propre expérience de l’humanité.»17 Dans leurs pays d’origine, la génération montante n’aurait jamais eu l’occasion de «se rapprocher ainsi de l’‹ennemi›».18 Tout d’abord, il s’agit pour les Palestiniens et les Israéliens de sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent depuis des décennies. Les jeunes en ont vraiment assez des négociations interminables et ne souhaitent plus rien d’autre qu’une solution humaine plutôt que politique. Si ce ne sera pas encore le cas de la génération actuelle, cela le sera pour la suivante, comme l’espère Mariam C. Saïd, la veuve d’Edward W. Saïd.19
Afin de créer pour les étudiants un centre de formation destiné non seulement à l’apprentissage de la musique, mais également à la possibilité d’acquérir une solide culture générale, Daniel Barenboïm réalisa à l’automne 2016 un autre des «rêves de sa vie»20: il fonda à Berlin l’Académie Barenboïm-Saïd, combinant la formation musicale avec un «curriculum à la fois humain et basé sur les sciences humaines», «attachant une importance particulière à la réflexion critique et à l’échange ouvert».21 Il s’agit d’éviter la spécialisation à outrance, dans laquelle Saïd et Barenboïm voient un des problèmes de notre époque, et cela même chez les musiciens professionnels.
Le projet a été réalisé dans l’ancien entrepôt des coulisses de l’Opéra de Berlin, Unter den Linden. Des dons généreux et les contributions de la Fondation Daniel Barenboïm ainsi que de la République fédérale d’Allemagne ont permis la construction de l’Académie. Elle comprend des salles de répétition et de séminaire, un auditoire, une bibliothèque et sa pièce maîtresse, une magnifique salle de concert de musique de chambre offrant sur ses gradins 700 places aux spectateurs. L’architecte californien Frank Gehry, grand admirateur de l’Orchestre Divan occidental-oriental, a tenu à apporter sa contribution personnelle en renonçant à des honoraires. La salle porte le nom du compositeur et chef d’orchestre français Pierre Boulez (1925–2016), lié à Frank Gehry et Daniel Barenboïm par une amitié d’artistes. Cette salle est le foyer musical du tout nouveau Boulez-Ensemble22 et le lieu où se déroule un très riche programme de concerts d’environ 150 événements par an.23 «La flexibilité, l’ouverture et la curiosité musicale sont les idées maîtresses du programme dans la salle Pierre-Boulez – tout à fait dans l’esprit du créateur dont elle porte le nom.»24
Michael Naumann, politologue, ancien ministre d’Etat de la Culture et directeur fondateur de l’Académie Barenboïm-Saïd, souligne que l’Académie ne peut ni être un facteur de pouvoir, ni dissimuler au moyen d’une harmonie musicale les innombrables conflits extérieurs. Cependant elle sera «un signal humaniste, envoyé par la vie commune et la jeu musical commun des bénéficiaires de ses bourses d’études, affirmant que la paix et l’harmonie sont possibles. Son langage est celui de la musique, et elle suit les convictions d’Edward W. Saïd pour qui ‹l’humanisme est la seule, ou plus précisément, l’ultime ligne de défense que nous ayons à disposition pour nous garder des excès et des injustices barbares qui dénaturent notre histoire humaine.›»25
Les titulaires de bourses d’études consacrent environ un tiers de leur temps de formation aux sciences humaines: ils suivent des cours de philosophie, d’histoire, de sociologie et de littérature afin de développer sur ces bases «leurs idées personnelles», «ce que nous appelons le vrai, le bon et le beau – dans des discussions ouvertes dépourvues de fausse tolérance, mais d’une certitude entièrement ringarde, s’épanouissant uniquement dans un contrepoint harmonieux, sur ce qui nous unit tous: une humanité offrant dans la musique son plus beau témoignage»26, a déclaré Roni Mann, professeure de philosophie et directrice de la faculté des lettres de l’Académie Barenboïm-Saïd paraphrasant ainsi les concepts de Platon, le Vrai, le Bon et le Beau.
Avec l’aide active de Mariam C. Saïd, entretenant notamment les contacts avec le monde arabe, et de Daniel Barenboïm, donnant sans relâche des conférences, des cours et des classes de maître dans les institutions les plus variées, l’orchestre et l’académie ainsi que la Fondation Daniel Barenboïm mènent dans le monde entier de nombreux projets, dont certains seulement peuvent être mentionnés ici.
A Ramallah, le Barenboïm-Saïd Music Center, qui gère et coordonne des projets musicaux et éducatifs pour tous les âges en Israël et en Cisjordanie, vise à ancrer la vie musicale dans la culture des sociétés civiles locales. On créa des conservatoires, on organisa régulièrement des concerts. Ainsi, en 2002, l’altiste palestinien Ranzi Aburedwan fonda en Cisjordanie une école de musique, principalement active dans les villages et les camps de réfugiés. En 2006, le conservatoire Barenboïm-Saïd accueillit 40 élèves à Nazareth. En 2007, l’orchestre fut en résidence auprès de l’orchestre des Festivals de Salzbourg et le premier projet d’opéra fut réalisé en 2009: pour la première fois en Cisjordanie, on put écouter un opéra sur la rive Ouest: «La Sultana de Càdiz» de Juan Crisóstomo de Arriaga (1806–1826).
A Berlin et à Ramallah, on a mis en place des écoles de musique pour les enfants de deux à six ans. Les journées sont rythmées par la musique et les enfants ont divers instruments de musique à leur disposition; on y fait de la musique, on chante et on danse. Ces institutions n’ont pas pour but de transformer des enfants talentueux en interprètes virtuoses, mais de leur faire découvrir la musique comme une forme de compréhension du monde: «Nous ne voulons pas seulement amener les enfants à la musique, mais aussi leur faire découvrir la vie grâce à la musique»,27 explique Daniel Barenboïm. A Ramallah, une jeune fille de 13 ans lui déclara qu’elle était heureuse que «ça» existe. A la question de savoir pourquoi elle était si heureuse, elle répondit: «Parce que vous êtes le premier […] le premier truc venu d’Israël qui ne soit ni un soldat ni un blindé.»28
Autre domaine d’activité, la promotion de la musique contemporaine. L’orchestre a passé commande de compositions à des artistes du Moyen-Orient, issus de pays tels la Jordanie, la Syrie et Israël. C’est ainsi qu’en ayant accès aux premières de prestigieux festivals de musique, leurs œuvres trouvent également leur public.29
L’Orchestre Divan occidental-oriental n’est pas le seul projet musical de ce type. D’autres ont également eu l’idée de mettre la musique au service d’une belle et grande cause. Ainsi, Elena Bashkirova, épouse de Daniel Barenboïm et mère de ses deux fils, lança en 1998 le Festival international de musique de chambre, se tenant à Jérusalem en septembre. Selon la fondatrice, il doit aider à rendre plus supportables les «failles existentielles» du quotidien, lesquelles ne sont pas rares. Les trois grandes religions du monde coexistent dans la ville, et pas toujours exemptes de conflit. Avec ce festival, le but de Bashkirova est de créer une occasion «où l’on puisse oublier les rivalités politiques et religieuses et où l’on puisse faire germer et croître l’unité entre les peuples».30
Gunhart Mattes, musicien et chef d’orchestre suisse a adopté la même approche avec son «Orchestre pour la paix» composé de musiciens ukrainiens et russes. Il l’a fondé sous le patronage du Conseiller fédéral et Ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter et a organisé en 2016 une série de concerts, notamment à la Tonhalle de Zurich. Le public fut enthousiasmé par l’idée d’envoyer un signe de paix et de coopération eut égard au conflit armé entre les deux pays (depuis 2014).
L’Orchestre symphonique des jeunes Simón Bolívar, fondé au Venezuela en 1978, est un orchestre national connu dans le monde entier du fait de la qualité sans précédente développée sous la direction de Gustavo Dudamel. Il a notamment enregistré d’excellents CD à la Deutsche Grammophon, concerts dirigés régulièrement entre autres par Claudio Abbado, Sir Simon Rattle et Zubin Mehta. Au départ, le principal objectif de ce projet était de permettre à de nombreux jeunes issus de milieux modestes de suivre une formation musicale.
Dans ce contexte, il faut également mentionner le projet de Sir Simon Rattle, qu’il a réalisé en 2003 avec l’Orchestre philharmonique de Berlin. Sous sa direction et celle de Royston Maldoom, chorégraphe et professeur de danse, l’orchestre a étudié avec un groupe de 250 élèves socialement marginalisés issus de 25 nations «Le Sacre du printemps», le très audacieux ballet d’Igor Stravinsky, une prestation extraordinaire que personne n’aurait seulement imaginée auparavant, et dont témoigne avec éloquence le film «Rythm Is It».
Tout est-il donc possible avec la musique? Presque tout – est-on tenté de dire. Barenboïm dit que nous sommes capables, grâce à elle «d’imaginer un modèle social alternatif, une société, où les idées utopiques et le pragmatisme se rencontrent, où nous avons la possibilité de nous exprimer librement, tout en restant à l’écoute des préoccupations des autres».31 Il s’agit de comprendre que «le bien-être, la dignité et le bonheur de l’un sont inévitablement liés au bien-être, à la dignité et au bonheur de l’autre.»32 La musique est la tonalité de l’utopie. •
(Traduction Horizons et débats)
1 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. Leipzig 2018, p. 117
2 Divan: mot perse pour un recueil lyrique. von Goethe, Johann Wolfgang. Divan occidental-oriental («West-östlicher Divan» paru en allemand en 1819), in: Sämtliche Werke. Zurich 1977, vol. 3, p. 284–566 Goethe erweist mit seiner Gedichtsammlung der orientalischen Literatur und Kultur seine Referenz: Er würdigt sie und lässt sich von ihr zu eigenen Gedichten inspirieren. Cf.: Rötzer, Hans Gerd. Geschichte der deutschen Literatur. Bamberg (Buchner) 1992, p. 116. Eine lebendige Schilderung der genauen Umstände der Gründung des Orchesters geben D. Barenboim und E.W. Said: Barenboïm, Daniel. Klang ist Leben. Die Macht der Musik. München (Pantheon) 2009, p. 67–95; Said, Edward W. Musik ohne Grenzen. München 2015, p. 313–338
3 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie, ibid.
4 Barenboïm, Daniel. Vorwort in Cheah, Elena. Die Kraft der Musik, Das West-Eastern Divan Orchestra. Deutschsprachige Taschenbuchausgabe, München 2015, p. 10
5 ibid. p. 19
6 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. ibid., p. 155
7 von Goethe, Johann Wolfgang ibid., p. 402
8 Barenboïm, Daniel. Vorwort in Cheah, Elena. Die Kraft der Musik, Das West-Eastern Divan Orchestra, ibid., p. 9
9 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. ibid., p. 18
10 ibid.
11 ibid. p. 44
12 Cheah, Elena. Die Kraft der Musik. Das West- Eastern Divan Orchestra. ibid., p. 10
13 Cheah, Elena. Die Kraft der Musik. Das West-Eastern Divan Orchestra. ibid.
14 Cheah, Elena. Die Kraft der Musik. Das West-Eastern Divan Orchestra. ibid., p. 95
15 Dans le commerce, on trouve un CD et un DVD de ce concert.
16 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. ibid., p. 54
17 ibid.
18 ibid.
19 Äusserung von Mariam Said im Film: Jenseits der Musik, Die Barenboïm-Said-Musikakademie von David Bernet, ican films, FLARE FILM in Koproduktion mit SRF, rbb, in Zusammenarbeit mit arte, unterstützt von der Schweizerischen Eidgenossenschaft (Bundesamt für Kultur), 2019
20 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. ibid., p. 19
21 Barenboïm, Daniel; Mann, Roni. Musikalische Bildung als humanistische Bildung: ein Manifest. in: Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. ibid. p. 14
22 Das Ensemble ist «keine klar definierte Formation, sondern eine wachsende, internationale Familie von Musikern, ein ‹ensemble modulable› für die ‹salle modulable›, (d.h. der Pierre-Boulez-Saal kann durch unterschiedliche Anordnung der Sitzplätze dem jeweiligen Anlass angepasst werden, W.P.), das unabhängig von festen Besetzungen zu verwirklichen versucht, was Pierre Boulez vorgelebt hat – sich intensiv mit Musik aller Epochen, Gattungen und Ursprüngen auseinanderzusetzen und dabei immer offen, wandlungsfähig und neugierig zu bleiben.» Das Boulez-Ensemble, Neugier und Dialog, https://boulezsaal.de/de/concerts/boulez-ensemble
23 Pour de plus amples informations, voici quelques adresses Internet: Pierre-Boulez-Saal: https://boulezsaal.de/de/, Barenboïm-Said-Akademie https://barenboimsaid.de/home, West-Eastern Divan Orchestra: https://www.west-eastern-divan.org, Daniel Barenboïm Stiftung: https://www.daniel-barenboim-stiftung.org/de/ueber-uns
24 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. p. 207
25 ebd., p. 123
26 ebd., p. 162
27 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie. ibid., p. 106
28 ibid., p. 98
29 cf. Wikipedia zum Stichwort «West-Eastern Divan Orchestra»: https://de.wikipedia.org/wiki/West-Eastern_Divan_Orchestra
30 Frei, Marco. Hier spielt die Klassik zwischen drei Weltreligionen, In: «Neue Zürcher Zeitung» du 4/4/19, p. 42
31 Barenboïm, Daniel; Naumann, Michael (Ed.). Der Klang der Utopie, ibid., p. 75
32 ibid.
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