Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07083.jsonl.gz/695

Un peu d’histoire.
Situé à environ 15 kilomètres au sud de Cambrige, Duxford est surtout connu pour son aérodrome qui fut une importante base aérienne durant la Seconde Guerre Mondiale. La base de Duxford hébergea notamment le « Big Wing » de Douglas Bader. Après le conflit, Duxford fut durant quelques temps une base de l’US Air Force.
Cette base héberge aujourd’hui le célèbre Imperial War Museum. Un important musée aéronautique qui comporte deux collections distinctes, les avions américains et les avions britanniques. Les hangars et les halles de restaurations de la très célèbre ‘’Fighter Collection’’ de Stephen Grey en font aussi partie (collection qui avait en premier lieu commencé en Suisse même, à Genève, à la fin des années 1970).
A cette période, Stephen Grey, homme d’affaires anglais, est consultant et domicilié à Bulle. Ancien pilote de la RAF, il est passionné d’avions historiques et a déjà participé à la création de la « Fondation pour le maintien du patrimoine aéronautique – AMPA« . Il cherche à acheter un chasseur de la 2ème guerre mondiale, un « warbird ». Mais même pour un Britannique, les fantasmagoriques Spitfires sont rares et hors de prix. C’est en Californie que Stephen Grey trouve un mustang qui a servi aux courses de Reno : le fameux Mustang rouge à ligne blanche imprimé du numéro 7. Cet appareil arrive à Genève-Cointrin en août 1980. Son nom de baptême est « Candyman ». Voici le début officiel de la Fighter Collection.
L’ex-leader de la patrouille anglaise des Red Arrows « Ray Hanna » (qui est décédé en 2007 dans un Spitfire) briefe Stephen Grey, qui se lance dans les meetings. On se souvient tous du mythique passage à Bex … Ensuite, le propriétaire s’installera lui-même aux commandes et volera de meetings en airshows.
Plusieurs achats vont s’enchainer à raison d’un warbird par année, notamment le fameux Bearcat et un Wildcat. La collection est bien née et ne demande qu’à s’agrandir. Une demande de construction de hall, demandée par Stephen Grey, lui sera refusée. Il se mettra alors à la recherche d’un autre lieu et Duxford lui ouvrira grand les bras.
Le 28 avril 1984, les trois warbirds s’envolent de Suisse et mettent le cap sur l’Anlgeterre. La dernière page Helvétique de l’histoire de la Fighter Collection est définitivement tournée…
Depuis, la collection ne cessera jamais de s’agrandir et de s’enrichir. En vrac : Curtis P-40 Warhawk, Hawker Hurricane, deux Supermarine Spitfire Mk XIV, Goodyear FG-1D Corsair, Republic P-47 Thunderbolt, (qui est reparti aux Etats-Unis en 2007), ainsi que le très rare P-51C Princess Elisabeth.
Il viendra par la suite, un Grumman F6F Hellcat, un second Bearcat, un Lockheed P-38 Lightning, deux Bell P-63 Kingcobra, un Supermarine Spitfire Mk V, un Grumman F7F Tigercat et un non moins rare P-40C Tomahawk, auxquels s’ajoutent un bombardier North American B-25 Mitchell, un Douglas Skyraider, un Hawker Nimrod et un Bristol Fighter, soit au total plus de vingt appareils, tous plus beaux les uns que les autres. Et l’histoire continue….
Gentlemen’s Start your Engines…
Il est 7h00 du matin dans le Cambridgeshire, il fait grand ciel bleu, et la température est agréable. Sur place, l’ambiance si spéciale d’un airshow de légende peut être ressentie. Le show ne débutant qu’à 13h30, les gens en profitent pour visiter le musée et les différentes halles de l’Imperial War Museum, ainsi que les halles de restaurations de la Fighter Collection ou il y a notamment un Razorback.
A 9h00, les Dragons Rapid font des vols passagers, et les avions visiteurs arrivent gentiment. La flight line est impressionnante, 11 Spitfires sont alignés à la suite. Il y a le fameux P-40 de la Ferté Alais . A coté, le P-40B seul survivant de Pearl Arbor, le Curtis Hawk 75, il ne manque que le Morane MS-406 « Charlie-Fox ».
Il y a trois B-17, des Mustang’s, un Dakota, quelques DC-3, un Ju-52, un Corsair, Bearcat, Hellcat, Wildcat.
Les uns après les autres les Spit’s s’alignent en bout de piste, les trois moteurs Griffons seront les premiers à décoller, suivront les Merlins et pour finir les 12 cylindres Rolls-Royce. Ils iront se mettre en formation pour un passage à onze, puis le Me-109G décolle. Les Spit’s font des passages à 3-4, puis c’est au tour du Messerschmitt d’entrer en scène et de chasser un Spit Mark V qui sera soutenu par un Mark IX, dogfight à basse altitude, parfois 30m sol sur certains passages.
Bernard Chabbert nous distille des textes dignes des plus grands livres, mais voilà que les Spitfire’s se présentent déjà à l’atterrissage. Les avions de l’US Navy ont déjà décollé, Bear, Wild, Hellcat et F-4U Corsair sont déjà dans les airs. L’A-26 Invader et le B-25 hollandais décollent à leurs tours, pour des passages aussi dignes que ceux des Warbirds.
Mais voici un moment de calme, le Blériot XI décolle, il semble tout droit arrivé de France, le temps s’arrête, le 6 cylindres du Gnome de 80 ch distille un son si particulier. A noter que le 25 juillet 2009 nous fêterons les 100 ans de la traversée de la manche effectuée par Louis Blériot.
Au loin, le Battle of Britain Memorial Flight s’approche, le C-47 Dakota escorté par un Spitfire Mark I et le Hurricane en formation. Le spit fera sa démonstration et le Hurricane sera rejoint par un 2ème en version marine.
En attente en bout de piste le TFC Gloster Gladiators (de la Shuttleworth Collection) est ready for take-off. Son Bristol Mercury de 9 cylindres semble toujours tourner au ralenti, c’est un bruit apaisant et pourtant il vole bien. En parlant d’apaisement, impossible de s’endormir car les P-51 sont au décollage, Nookybooky, Miss Helen, Miss Velma, Old crow et Ferucious Frankie, dans un vrombissement les mustangs sont lâchés.
Pendant 20 minutes, les Merlins vont chanter. Ça passe vite, très vite, des fois trop vite. Trois atterrissent, deux restent en vol pour escorter les deux B-17 Liberty Bell (venu directement des États-Unis) et Pink Lady. Sally B ne volera malheureusement pas, le moteur n° 3 ayant rendu l’âme au mois de juin. La Fighter Collection aura fait tout son possible pour le changer, mais ça ne suffira pas. Son deuxième moteur n’aura jamais fonctionné non plus. Dans le chapitre des mauvaises nouvelles, nous apprenons aussi que Pink Lady partira à la retraite à la fin de l’année. Cela ne l’empêchera pas de nous faire des passages TBA.
Tout le monde atterris et Miss Helen a un problème, le train a lâché. La veille, le Mustang avait des soucis de pompe à essence, les mécanos auront travaillé toute la nuit pour qu’il puisse voler, mais le sort en a décidé autrement.
Surprise, un Yak-3 tout fraichement peint de bleu nous arrive par la gauche, Bernard Chabbert expliquera que de longues études ont été faite a l’époque du choix de ces 2 tonalités de bleu, Une histoire de camouflage. Pendant que le Yak-3 disparaît au loin, le Bearcat, train rentré, ne passe pas loin. A ce moment-là, tant qu’il y aura de l’essence dans le réservoir, l’avion ne redescendra pas. Et oui, Stephan Grey est aux commandes. Dans le ciel anglais, le Bearcat vole comme un chasseur. Mr Grey, malgré son âge ne sourcille pas, 5-6-7 G ne lui font pas peur. Pendant qu’il fait des loopings, plus bas les Spitfires, les P-51, les P-40, le Curtis Hawk, le Messerschmitt, l’Aircobra, l’A-26 Invader et le b25 sont tous en bout de piste et vont décoller pour se rassembler avec le Yak-3. Ça sent malheureusement la fin.
Le BALBO, qui annonce la fin de l’airshow est un terme d’usage courant à la fin des années 1930 et au début des années 1940, qui servait à désigner n’importe quelle grande formation d’aéronefs. Balbo a été nommé ainsi par le fasciste italien Italo Balbo, qui, dans les années 1930, a entraîné une série de records de vols gros avions en formations pour promouvoir l’aviation italienne. Le terme a été gardé pour le Flying Legends car effectivement, c’est une des plus grosses formations de warbirds au monde.
Comme un feu d’artifice, le grand final commence, par 2 passages ponctués d’interludes de Stephen Grey qui n’est toujours pas redescendu. Par quatre, les avions atterrissent. Les Spit, les Mustang, tout gentiment se posent et font comme une parade devant nous. Progressivement le bruit s’éloigne, les moteurs s’arrêtent et quand tout est éteint la nature reprend ses droits. Le soleil aussi, gentiment, tire sa révérence en gratifiant les oiseaux de métal d’une parure d’or et d’argent.
Duxford c’est fini. See you next Year….
Texte et photos : Massimo Prati