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Boissons énergisantes – ou toxiques?
Luc* s’entraîne dur. Des heures sur le vélo, selon un programme d’entraînement précis et des compétitions exigeantes. Persuadé que certaines boissons boostent sa performance, il a un peu forcé la dose récemment, et s’est retrouvé dans un tel état d’agitation qu’il a sans doute perdu beaucoup d’énergie pour trouver le calme et la concentration nécessaires à un bon départ.
Lili* m’appelle de chez le médecin pour me demander de récupérer ses enfants à l’école. Prise de palpitations et de douleurs à la poitrine, elle s’est rendue à la permanence où on lui diagnostiqué une hypertension artérielle qui lui a valu une nuit d’observation à l’hôpital.
Dakota Sailor, un jeune américain de 18 ans, a du être hospitalisé 5 jours après une syncope. En cause, la consommation de deux cannettes de boisson énergisante dont la teneur en caféine dépasse largement ce qui se trouve habituellement dans les boissons sucrées.
Point commun entre ces trois situations ? La consommation de boissons énergisantes, encouragée par un marketing qui « donne des ailes ».
En tant que denrées alimentaires, les boissons énergisantes bénéficient d’une législation très souple et il n’est pas nécessaire de définir des doses de consommation maximales. Aux Etats-Unis, l’Association des centres toxicologiques (American Association of Poison Control) essaye de recenser les « drink overdoses » liées aux boissons énergisantes : près de 200 cas sont rapportés chaque mois, la plupart concernant des enfants. Syncopes, hallucinations, palpitations, douleurs thoraciques, hypertension et irritabilité sont les principaux symptômes.
Luc perçoit ce qu’une étude récente a mis en lumière (1) : l’ingestion de caféine améliore les « sensations » sur le vélo. Une autre étude a démontré une amélioration de la performance sur un contre-la-montre après ingestion de 500 ml de Red Bull comparé à un placebo de même saveur (2). Amélioration (très) modeste qui demande à être confirmée. Mais est-ce que des doses supplémentaires améliorent encore la performance ? Y a-t-il une habituation de l’organisme au produit ? Quel est l’impact neurologique et digestif d’une utilisation à long terme ?
Lili a réduit drastiquement sa consommation de boissons énergisantes. Après une difficile désaccoutumance, elle s’en tient à une cannette de Red Bull par jour. Sa tension est redevenue normale et elle dort mieux.
Quant aux enfants, ils doivent être protégés contre l’utilisation de ces boissons : la caféine peut engendrer la dépendance et est déconseillée avant l’âge de 11 ans (3). Dans le canton de Genève, deux écoles primaires de la commune de Plan-les-Ouates ont récemment interdit la consommation de boissons énergisantes sur le temps scolaire. Décision courageuse dans un climat de « responsabilité individuelle ».
*Prénom d’emprunt, les concernés se reconnaîtront !
(1) Backhouse SH et al. Caffeine ingestion, affect and perceived exertion during prolonged cycling. Appetite 2011; 57:247-52.
(2) Ivy JL et al. Improved cycling time-trial performance after ingestion of a caffeine energy drink. Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2009;19:61-78.
(3) Seifert SM et al. Health effects of energy drinks on children, adolescents, and young adults.Pediatrics 2011; 127:511-28.