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Il y a cinq mois, le New York Times publiait un article prémonitoire au titre explicite: «Le revers à une main est en voie d'extinction». Ce lundi, ce coup a tout simplement disparu du top 10 mondial masculin. Une première depuis l'instauration du classement ATP en 1973.
Jusqu'à ce dimanche, Stefanos Tsitsipas en était son seul et dernier représentant depuis le départ à la retraite de Roger Federer (octobre 2021) et la chute de Dominic Thiem (novembre 2021). Mais les résultats décevants du Grec ces dernières semaines l'ont éjecté hors de ce top 10 lundi. Hélas pour les amoureux de ce coup réputé gracieux, un autre adepte, le Bulgare Grigor Dimitrov, a échoué ce week-end dans sa quête de revenir parmi les dix meilleurs tennismen de la planète en s'inclinant en demi-finales du tournoi de Rotterdam.
C'est tout sauf un hasard si le revers à une main disparaît (temporairement?) du gratin du tennis masculin. En fait, ce qu'il se passe au sommet reflète la situation sur l'ensemble de la hiérarchie et même chez les amateurs ou juniors.
Depuis une quinzaine d'années, les inconditionnels du one-handed backhand se font très rares – en octobre 2023, ils étaient seulement 43 dans le top 1'000 et 12 dans le top 100 –, la faute à l'évolution du jeu et aux caractéristiques intrinsèques à ce coup, qui dominait largement jusque dans les années 1980.
Aujourd'hui, le tennis pratiqué sur le circuit ATP est plus puissant qu'il y a 20 ans. «Sur la fin de ma carrière, je me sentais régulièrement pris de vitesse», nous confiait par exemple en 2022 Marcos Baghdatis (ex-8e mondial), qui a rangé sa raquette en 2019. Le développement des qualités athlétiques des tennismen et les progrès dans le matériel (raquettes et cordages) expliquent cette évolution. Ces derniers ont aussi amené les joueurs à lifter davantage. Conséquence? La balle rebondit plus haut.
«Le revers à une main est difficile en balle haute, car il demande beaucoup de force au niveau de l’épaule», analyse L'Equipe. On a tous encore en tête l'acharnement de Rafael Nadal sur le revers de Roger Federer à Roland-Garros, qui lui permettait de neutraliser l'Helvète. A deux mains, il est plus aisé de frapper des balles à hauteur d'épaule (voire plus haut), car la main placée en haut du manche permet de rabattre la balle et de l'accélérer. Et même avec des rebonds normaux, une deuxième main sur le grip offre la possibilité d'ajuster la raquette en cas de retard sur la balle. Au contraire d'un revers à une main, qui demande un timing parfait et un placement du tamis millimétré.
En retour de service aussi, les aficionados du one-handed backhand sont désavantagés. S'ils décident de frapper à plat ou de lifter, la préparation du geste est plus ample (et donc plus longue) qu'à deux mains. Et quand on voit avec quelle puissance les serveurs envoient leurs patates aujourd'hui, mieux vaut être prêt rapidement...
Toutes ces observations amènent David Nainkin, responsable du développement des joueurs masculins à la fédé américaine, à dresser ce constat:
C'est simple: dès qu'il voit un jeune talent tenter ce coup, il lui conseille directement de l'abandonner, comme il l'expliquait au New York Times.
Malgré tout, certains acharnés refusent d'apposer une deuxième paluche sur leur manche, et ils n'ont pourtant connu que ce tennis moderne dépeint ci-dessus. On l'a dit, il y a Stefanos Tsitsipas (25 ans) et Grigor Dimitrov (32), mais aussi Denis Shapovalov (24 ans, ex-10e mondial) ou encore le très prometteur Lorenzo Musetti (21 ans, ATP 26).
Tous ont grandi en voyant jouer leur idole Roger Federer, dont l'élégance du revers à une main – parfois comparée à celle de danseurs de ballet – a régalé nos yeux pendant de longues années. De quoi les inspirer, eux et d'autres, à adopter coûte que coûte ce coup. Tsitsipas s'attribue même la mission de le perpétuer:
Le Grec en deviendrait encore un meilleur ambassadeur en réintégrant le top 10. En attendant, il pourra savourer, comme nous, cette délicieuse compilation de revers à une main👇
Il ne lui reste plus que quelques mètres à parcourir, lorsque Matthias Kyburz lève les bras puis exulte. C'est une image dont nous avons l'habitude, sauf que cette fois, la joie est différente. L'Argovien ne vient pas de conquérir un 9e titre de champion du monde de course d'orientation, ni même l'or européen. Il n'est pas non plus le premier à franchir la ligne d'arrivée. La satisfaction de Matthias Kyburz est toutefois pleinement justifiée.