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Xᵉ s.
Ce parchemin du Xe siècle se compose de 38 folios : il contient quatre traités de rhétorique, ceux de Fortunatianus, saint Augustin, Julius Severianus et Cicéron.
Plusieurs lecteurs l’ont annoté et commenté, dans le texte et en marge, mais son plus illustre possesseur fut le jeune Pétrarque.
Consultus Fortunatianus était un rhétoricien du IVe siècle, auteur d’un traité de rhétorique en trois livres sous la forme d’un dialogue.
Il recommande une lecture attentive, crayon en main, répétant les moments clés de l’argumentation à voix haute.
Une main a laissé de brefs commentaires, notamment au f. 23r : en marge d’un texte qui donne des conseils en matière de prononciation « Il ne faut pas que la prononciation paraisse affectée : ce qui est vrai pour l’art de prononcer l’est aussi pour toute œuvre : il faut éviter cela, autant que possible, car rien de nous ne doit paraître ».
À cet endroit, un lecteur a ajouté, opinant du chef : « id est reprehensibile » (ceci est répréhensible).
Ce manuscrit fut autrefois en possession de François Pétrarque, qui l’a annoté dans sa jeunesse, vers 1330.
Aux folios 35v et 37v, afin de mettre en valeur la forme dialoguée du traité, il rétablit les sigles des interlocuteurs : « C » et « M » pour Cicéron et son fils Marcus.
Ce dialogue repose sur les interrogations du fils, qui demande à son père de lui exposer les principes de base de l’art oratoire.
Au fol. 35r, on lit l’addition suivante, de la main de Pétrarque : « Marcii Tulii Ciceronis de partiti[one artis] (« re » raturé) rhetorice sub dialogo incipit cum [filio].
(« Divisions des parties de l’éloquence par Marcus Tullius Cicéron, en forme de dialogue avec son fils »).
Ce manuscrit est en très mauvais état : il a été en partie mutilé par les souris (ff. 1 et 2 et 35-38).
La souris, comme le rat, rongeurs voraces, dangers absolus, sont depuis toujours redoutés par les écrivains comme par les bibliophiles tant leur capacité destructrice menace manuscrits et bibliothèques entières.
Jacques Berchtold rappelle que sur le bas-relief fameux qui représente Homère sculpté par Archelaus figurent deux souris occupées à ronger un rouleau de parchemin.
Menace permanente, le rat rappelle la précarité de tout texte, ravalé, en dernière instance, à sa condition matérielle d’aliment de choix pour le rat bibliophage.
Une vidéo surprenante de la BnF montre la souris Gérard en action :expositions.bnf.fr/lecture/videos/video100.html
Le destin de ce manuscrit surprend : support d’un art oratoire dialogué et d’un savoir transmis de père en fils, il tombe sous l’emprise d’un rongeur hagard.
Cette menace ne guette d’ailleurs pas seulement le parchemin : le père d’André Gide, juriste de profession, se plaira à montrer à son fils les galeries creusées par un insecte dans un volumineux in-folio : « Au milieu de la pièce, une énorme table couverte de livres et de papiers.
Mon père allait chercher un gros livre, quelque Coutume de Bourgogne ou de Normandie, pesant in-folio qu’il ouvrait sur les bras d’un fauteuil pour épier avec moi, de feuille en feuille, jusqu’où persévérerait le travail d’un insecte rongeur.
Le juriste, en consultant un vieux texte, avait admiré ces petites galeries clandestines et s’était dit : « Tiens ! Cela amusera mon enfant ! » Et cela m’amusait beaucoup à cause aussi de l’amusement qu’il paraissait lui-même y prendre.» (Si le grain se meurt, chap. 1, p. 13).
Valérie Hayaert