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L’argent ne fait pas le bonheur
Le top 10 comprend exclusivement des nations occidentales et aisées, dont la Suisse, qui sʼest placée en quatrième position pour lʼannée 2017. Est-ce à dire que lʼargent, et la sécurité matérielle qui va de pair, rendent heureux ?
Pas nécessairement. Cʼest ce que montre le rapport en citant lʼexemple de la Chine (rang 79). Les Chinois ne sont pas plus heureux aujourdʼhui quʼil y a 25 ans, alors que le produit national brut chinois a été multiplié par cinq depuis le début des années 1990. En économie et dans le domaine de la recherche sur le bonheur, ce phénomène correspond au paradoxe dʼEasterlin. Lʼéconomiste américain Richard Easterlin a démontré que si la richesse dʼune population croît de manière exponentielle, ce nʼest pas le cas du bonheur.
Ce paradoxe sʼobserve aussi bien au niveau national quʼau niveau individuel. En effet : lorsquʼune personne a atteint un certain seuil de richesse, la croissance de ses revenus économiques nʼa plus dʼinfluence sur sa sensation de bien-être. En Alle- magne, des études menées pour le Glücksatlas (« Atlas du bonheur ») ont montré quʼà partir dʼun salaire mensuel de 5000 euros, cette limite est atteinte, soit lorsque lʼon gagne assez dʼargent pour ne plus se soucier ni du loyer, ni de la prime dʼassurance. Les personnes qui gagnent plus ne sont pas nécessai- rement plus heureuses, car nous nous habituons rapidement à gagner plus et revoyons nos exigences à la hausse.
La notion dʼargent est souvent liée à la notion de statut. Cʼest là que la comparaison avec autrui entre en jeu. Est-ce que je pourrais mʼoffrir la même BMW que celle du voisin ? La comparaison sociale est le meilleur moyen de ne pas être heureux, car on trouve toujours plus beau et plus riche que soi et on pense à tort que ces personnes sont plus heureuses que nous.
Nous avons tendance à surestimer le pouvoir de lʼargent sur notre bien-être. Une étude de la psychologue américaine Cassie Mogilner a montré que les personnes qui vivent selon la devise
« le temps, cʼest de lʼargent » sont moins heureuses que les autres. Elles essaient dʼaccroître leur satisfaction en gagnant plus, mais en investissant plus de temps dans leur réussite professionnelle, elles provoquent lʼinverse : au lieu de passer du temps avec leurs proches, elles se contraignent à un dur labeur.
Lʼargent permet dʼassurer une cer- taine sécurité matérielle et de prévenir certaines difficultés, cʼest indéniable. Mais il ne faut pas pour autant perdre de vue que ce qui forge notre bonheur ne sʼachète pas toujours ...
Par Joël Frei, publié dans Psychoscope 1/2018