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Chaque changement doit se lire comme une concession faite par le joueur remplacé. Les footballeurs ne sont en effet pas obligés de céder leur place lorsque leur entraîneur les rappelle sur le banc. «Si le joueur amené à être remplacé refuse de quitter le terrain, le jeu se poursuit», peut-on lire dans le règlement édicté par l'Union des associations européennes de football (Uefa). Une loi du football que Lionel Messi avait suivie à la lettre en 2014.
Il n'est pas le seul: plusieurs de ses cousins footballeurs ont refusé d'obéir aux injonctions de leur entraîneur par le passé. Une attitude de défiance qui avait fait hurler Maurizio Sarri en finale de la Coupe de la Ligue anglaise il y a deux ans. Ce jour-là, le coach de Chelsea avait exigé le remplacement de son gardien Kepa Arrizabalga pour la séance des tirs au but, persuadé que son suppléant Willy Caballero ferait mieux. Vexé, Arrizabalaga avait envoyé bouler coach Sarri.
Le portier basque n'arrêtera qu'une seule frappe adverse lors de la séance fatidique et Chelsea sera battu par Manchester City. Le gardien frondeur s'excusera plus tard pour son comportement et s'acquittera d'une amende de 220 000 euros (l'équivalent d'une semaine de salaire) infligée par son club.
Il s'exerce dans chaque groupe un rapport de forces. Or, dans un vestiaire de football, ce rapport n'est pas toujours à l'avantage de celui qui en possède les clés. «Ce sont les grands joueurs qui font l'équipe», a récemment rappelé Raymond Domenech, sans vouloir suggérer qu'il n'y était pour rien dans l'épopée française au Mondial 2006.
Il reste que l'autorité du coach est de plus en plus contestée par des vedettes auxquelles on cède tout, si bien que la moindre directive est vécue comme un affront personnel, à plus forte raison lorsqu'elle émane d'un employé du club moins grassement payé.
➡️ Fun fact: le revenu de Thomas Tuchel au Paris Saint-Germain (PSG) était inférieur au salaire moyen de ses joueurs.
«On starifie les joueurs de plus en plus tôt», observe Blaise Nkufo, ex-attaquant, désormais à la tête de sa propre académie de footballeurs. «Il y a dès lors une opposition presque naturelle qui se fait entre le jeune et son entraîneur, un jeu de pouvoir se crée.»
On dit des joueurs qu'ils sont égoïstes et c'est un compliment: si certains sont aussi redoutables face au gardien, c'est parce qu'ils sont obnubilés par le but. La légende soutient d'ailleurs que les meilleurs dormaient avec le ballon quand ils étaient petits.
Cette obsession s'est encore accentuée avec la mise à jour constante des statistiques personnelles sur les réseaux sociaux. Plus un lundi ne passe sans qu'une comparaison chiffrée ne soit faite entre deux attaquants: c'est à celui qui marque le plus de buts, le plus tôt dans sa carrière, avec le moins d'occasions et dans le plus de compétitions possibles, etc.
Dans ce contexte ultra compétitif, priver une vedette de temps de jeu revient à l'empêcher de soigner ses datas et c'est très douloureux (rien à voir avec la petite pointe au mollet qui vous empêche de courir depuis février).
L'entraîneur est au courant de cette chasse permanente aux distinctions persos puisqu'il en bénéficie indirectement. C'est à lui de sentir le meilleur moment pour demander poliment à sa star si elle est d'accord de sortir. Cette invitation se fait généralement en fin de match, lorsque tout est joué et que les deux équipes ne se portent plus vers le but adverse. A ce stade, le joueur préfère l'ovation du public à une dernière course vaine en profondeur.
L'entraîneur a beau dire à ses joueurs qu'il les sort pour les ménager, parce que la semaine suivante il y a la Juventus en Ligue des champions et Liverpool en championnat, c'est difficile à entendre pour un sportif de haut niveau encore dans son match.
C'est le rôle du coach de trouver les mots et d'adopter la posture juste pour que la transition entre la vie du terrain et celle du banc se fasse en douceur. S'il est suffisamment convaincant, il sera pardonné pour son audace.
Une victoire 1-0 grâce à un but du tout jeune Wilfried Gnonto, 18 ans, arrivé l'été passé en provenance des M19 de l'Inter Milan: Zurich a maté le champion Young-Boys avec une insolence juvénile.