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Un peu d’histoire
Contrairement à la paroisse catholique-chrétienne de La Chaux-de-Fonds, la paroisse partielle du Bas, connue sous le nom d’Association catholique-chrétienne de Neuchâtel et environs, n’est pas née dans le contexte de Vatican I et issue de la Réforme catholique des années 70 du l9ème siècle. Ses origines remontent à 1912 ou quelques jeunes suisses allemands, étudiants à l’Ecole supérieure de commerce de Neuchâtel fondent un groupement catholique-chrétien de jeunes. Par leur zèle et avec l’aide des ecclésiastiques de Bienne, un premier service divin put être célébré le 24 novembre 1912 à la chapelle anglaise DuPeyrou, mise gracieusement à leur disposition. Les cultes ont été célébrés régulièrement jusqu’en 1914. La première guerre mondiale est sans doute responsable de l’interruption de ces offices, qui reprennent cependant le 21 décembre 1925, toujours à la chapelle anglaise.
Le curé Stuiber de Bienne avait réussi, avec M. Josef Butler-Degen et la famille Hegelbach, à rassembler les coreligionnaires dispersés à Neuchâtel et dans le vignoble. Plusieurs familles de catholiques-chrétiens fidèles, arrivées pour la plupart de Suisse allemande, se joignent alors à eux.
C’est le 30 avril 1944 qu’une trentaine de coreligionnaires, assemblés à la chapelle anglaise sous la présidence du curé Paul Richterich – chargé depuis 1930 de leur pastoration – fondent l’Association catholique-chrétienne de Neuchâtel et environs, selon la Constitution de l’Eglise catholique-chrétienne de la Suisse. Elle fait dès lors partie du diocèse catholique-chrétien de la Suisse. Le curé Richterich est chargé par l’évêque A. Küry d’assumer, comme par le passé, la pastoration de l’Association. Les offices sont célébrés en français et en allemand. Le 11 novembre 1945, proposition est faite que les offices en français soient célébrés par le curé Jean-Baptiste Couzi de La Chaux-de-Fonds, ceux en allemand par le curé Paul Richterich.
Les collectes constituent le fonds de l’Association, les frais de la pastoration étant à la charge de l’Oeuvre catholique-chrétienne de la Diaspora, en attendant le développement financier de l’Association.
Les raisons qui ont incité à la transformation d’une station de culte en Association constitutionnelle sont, avant tout, d’ordre spirituel et moral. En outre, la réorganisation de la vie religieuse dans le canton de Neuchâtel après la séparation de l’Eglise et de l’Etat a obligé les catholiques-chrétiens à mieux défendre leurs intérêts.
Dès l’automne 1954, la Ville ayant repris l’usage de la chapelle anglaise pour y loger l’Académie de Meuron, la paroisse réformée des Valangines nous offre l’hospitalité, une hospitalité des plus chaleureuses qui a eu des effets extrêmement positifs sur les relations oecuméniques intenses vécues pendant des années dans le quartier des Valangines.
Depuis notre « installation » au temple des Valangines en 1954, le curé Couzi devient le seul desservant de notre communauté et les liens se resserrent de plus en plus avec la paroisse de La Chaux-de-Fonds, avec laquelle l’Association forme la paroisse catholique-chrétienne du canton de Neuchâtel. Le siège de la paroisse cantonale se trouve à La Chaux-de-Fonds et c’est le conseil de paroisse, auquel appartient un membre de l’Association de Neuchâtel et environs, qui gère l’ensemble des affaires administratives. Un seul ecclésiastique, habitant La Chaux-de-Fonds, dessert le canton.
L’Association de Neuchâtel a une certaine autonomie en ce qui concerne les affaires locales qui sont gérées par un comité de 5 personnes et l’assemblée générale. L’effectif de l’Association a augmenté au cours des décennies au hasard de l’arrivée de nouvelles familles catholiques-chrétiennes, de Suisse allemande et du Jura surtout.
Si, pour la vie d’une communauté, un lieu de culte est indispensable, la jouissance de locaux paroissiaux l’est pratiquement autant.
Le curé Couzi caressait ainsi le rêve d’ériger une église à Neuchâtel et, en 1957, il parvient à partager son rêve et son enthousiasme avec quelques paroissiens qui se mettent aussitôt au travail: création d’un groupe féminin, auquel se joignent, une fois par mois les messieurs, pour préparer les ventes de paroisse destinées à recueillir des fonds pour l’achat d’un terrain et la construction de l’église. Nous n’avons, en effet, en 1957, qu’un capital de fr. 9.000.-.
Pure folie pour les uns que ce projet de construction, acte de foi pour les autres, forts de la promesse que tout est possible à celui qui croit. L’acte de foi a prévalu et tout a été rendu possible. La petite poignée d’hommes, de femmes et de quelques jeunes aussi, qui a mené à bien cette construction, a pu vérifier la vérité de l’adage: « Aide-toi toi-même et le ciel t’aidera ». Si un engagement presque démesuré a été nécessaire pour réussir, l’aide que nous avons reçue du ciel à travers la paroisse de La Chaux-de-Fonds, celle de Genève, le Conseil synodal, les institutions diocésaines, la générosité sans pareille de l’ingénieur et de l’architecte, ainsi que le soutien de tant d’amis de Suisse et de l’étranger, a fait de cette église une véritable « église des miracles ».
L’église Saint-Jean-Baptiste
C’est en 1962 que le contrat d’achat du terrain, rue Emer-de-Vattel, a été signé, en 1966 que la pose de la première pierre a eu lieu, et le 6 mai 1967 que l’église Saint-Jean-Baptiste a été consacrée. Le lendemain de la consécration, cinq jeunes qui ont participé très activement à la construction de leur église, y ont reçu leur première communion des mains de notre évêque, Mgr Urs Küry.
La cloche de l’église, qui se nomme « Persévérance », porte l’inscription « Chantez au Seigneur, car Il a fait des merveilles ». Cette cloche est un don de plus de notre architecte, Monsieur W. Thommen, catholique-chrétien de Trimbach. Sans son aide et sa générosité infinie, notre projet serait tombé à l’eau avant même d’avoir pris forme.
L’église porte le nom de saint Jean-Baptiste, d’une part en mémoire du promoteur de la construction (malheureusement décédé avant l’achèvement des travaux), d’autre part en témoignage de la foi de notre Eglise, tout ensemble catholique et oecuménique dans l’attente des temps prédits où il n’y aura plus qu’un seul pasteur et un seul troupeau.
Dans le présent, cette église reste, pour ceux qui ont vécu l’histoire de sa construction, le signe que véritablement, rien n’est impossible à celui qui croit. Certes, nous avons travaillé dur, mais comment aurions-nous pu, par nos propres moyens, sans l’intervention constante du Maître de l’œuvre, réaliser le miracle, non seulement de terminer tous les travaux en 10 ans, mais cela à un prix de fr. 100.000.- inférieur aux devis, le lieu de culte, la salle de paroisse et la cuisine complètement aménagés (y compris un orgue électrostatique), de même qu’un magnifique jardin qui fait notre plaisir et celui des voisins. A noter enfin le miracle d’avoir pu, trois ans après la consécration de l’église, liquider toutes les dettes relatives à la construction et à l’aménagement.
La communauté
Une des vocations prioritaires de l’Eglise vieille-catholique, appelée en Suisse Eglise catholique-chrétienne, est l’œcuménisme. Rappelons qu’elle est l’un des membres fondateurs du Conseil oecuménique des Eglises et qu’elle a produit, au cours de son existence, bon nombre de théologiens fameux. Cette vocation oecuménique s’est également fortement manifestée à Neuchâtel où notre Eglise a joué, comme ailleurs, le rôle d’Eglise-pont. Avec la participation de quelques-uns de ses membres à tous les groupes et commissions existant à Neuchâtel ou même fondés sous son impulsion, notre toute petite communauté a contribué extrêmement activement à faire de Neuchâtel, pendant des années, un haut-lieu de la fraternité chrétienne et de l’unité des Eglises en tout ce qui est possible. Si, aujourd’hui, certains liens avec la base subsistent, l’acquis des années privilégiées de l’œcuménisme a été singulièrement compromis depuis l’accession de Jean-Paul II au trône pontifical.
Le survol des 55 ans d’existence de l’Association catholique-chrétienne de Neuchâtel et environs montre que le fait d’être une minorité n’est pas forcément paralysante. Au prix de luttes, d’engagement et d’attachement inconditionnels et constants, il est possible, si l’on parvient à miser sur les valeurs essentielles, donc sur la qualité, de vivre une vie communautaire riche et fructueuse.
Fait singulier et assurément peu banal, c’est le noyau des premiers temps qui, depuis une cinquantaine d’années, se trouve d’une manière ou d’une autre aux commandes, sous la conduite de deux prêtres, notamment, d’une trempe et d’une foi hors du commun – les curés J.B. Couzi et F. Châtellard – et avec le concours de quelques coreligionnaires venus s’établir dans la région au fil des ans. C’est ce noyau qui, par une foi solide, par son engagement inlassable et son attachement absolu à la cause catholique-chrétienne a écrit l’histoire du premier demi-siècle de l’Association et a réussi à maintenir celle-ci à flot si longtemps malgré toutes les difficultés et les épreuves qui l’ont assaillie et qui auraient même pu compromettre sa survie. Le souci permanent des responsables a toujours été la difficulté extrême d’élargir ce noyau et de trouver quelques paroissiens motivés et prêts à reprendre le flambeau, avec tout l’engagement nécessaire.
Ceux qui pourraient voir dans cette situation bizarre et quelque peu anormale un signe d’immobilisme ou de stagnation, oublient sans doute que l’éparpillement de nos paroissiens dans quatre des six districts du canton, jusqu’aux confins des frontières française, vaudoise et bernoise, et leur isolement, ne favorise guère les rassemblements et les rencontres qui vont de soi dans les paroisses de quartier ou de village.
Ce statut de diaspora qui est le nôtre est encore aggravé à l’époque actuelle de déchristianisation, de démotivation et de stress, et par le fait, aussi, que nos foyers sont, pour la plupart, des foyers mixtes. Dans ce cas, si le conjoint catholique-chrétien n’est pas très attaché à son Eglise et singulièrement motivé, il ne fera jamais l’effort de parcourir des kilomètres pour aller au culte, envoyer ses enfants au catéchisme et encore moins celui d’assumer une charge.
Ce sont les responsables – ecclésiastiques ou laïcs – qui ont dû prendre sur eux de faire des centaines, parfois des milliers de kilomètres par an pour aller à la rencontre de paroissiens isolés ou pour donner une instruction re1igieuse, souvent à un enfant à la fois parce qu’il n’y en avait pas d’autre dans les environs.
Comme on peut le constater, notre communauté est soumise à une rude école et ce n’est qu’au prix de luttes et de sacrifices incessants, au prix surtout, d’une foi inébranlable, d’un attachement et d’une fidélité à toute épreuve qu’elle pourra subsister.
Si elle est difficile et exigeante, cette mission n’en est pas moins fascinante. Le défi est lancé. C’est l’histoire du deuxième demi-siècle qui montrera si et comment ce défi sera relevé.