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Dans cette scène allégorique, un sultan brandit un sabre et menace une femme qui le supplie. Le sultan est debout, le visage de face et le regard tourné légèrement vers la droite. Il a une expression sévère et méchante que ses moustaches, pointues et orientées vers le bas, accentuent. Il est habillé d’une ample tunique blanche aux motifs arabisants, rouges et bleus. Il porte une longue veste verte ouverte sur le devant. Des broderies rouges, dessinant des lignes serpentines entrecroisées et des fleurs géométriques, ornent le tissu. Les manches sont bombées à la hauteur des coudes ; au niveau des poignets, elles laissent apparaitre les ourlets plissés d’une chemise claire. Le sultan, aux traits orientaux, est coiffé d’un ample turban rouge vif, aux nombreux plis. Un foulard est noué autour de sa taille en guise de ceinture. Sa main gauche s’accroche à celle-ci, dans une posture exprimant assurance et domination. L’autre main tient fermement un long sabre richement décoré avec des motifs or et verts.
L’odalisque est agenouillée à ses pieds, le genou gauche posé par terre. Elle tend ses bras vers le ciel en un geste de supplication. Sa tête tombe vers l’arrière et ses yeux sont clos. La jeune femme porte des pantalons bouffants rose et verts qui lui découvrent les fesses. Son buste, sa poitrine, ses bras sont nus. Son corps, à la peau mate, est orné de bijoux : elle porte une petite couronne de perles autour du front, des bracelets colorés aux poignets, un bracelet autour du bras gauche et une chaînette autour de ses hanches. Ses cheveux noirs sont partagés par une raie centrale ; elle est coiffée d’un chignon.
Les deux personnages se tiennent dans l’allée centrale d’un patio. Cela renforce la symétrie de la composition. Des buissons, bas et coupés parfaitement, circonscrivent deux jardins. On reconnait quelques orangers et on aperçoit deux autres arbres aux feuilles pointues et aux cimes arrondies. Il s’agit d’un paysage idéalisé.
A l’arrière-plan, un mur de pierres roses, surmonté d’une petite toiture en briquettes, délimite le patio. Dans la partie supérieure de la composition, le ciel bleu clair est traversé par quelques nuages blancs. La forme « torsadée » du turban rappelle celle des nuages et vice-versa. Ensemble, ils mettent en mouvement la composition, construite principalement à partir de lignes verticales et horizontales.
C’est une journée estivale, très ensoleillée. L’allée, en particulier, est frappée par une lumière vive, presque éblouissante, scandée par les ombres portées de la silhouette du sultan, de la lame du sabre et des arbres. Les mains et les bras de l’odalisque, quant à elles, projettent leurs ombres sur la tunique masculine. Le peintre utilise ici les ombres d’une manière inédite. Il exploite leur faculté de « doubler » les objets peints pour souligner certains éléments de la composition dans le but d’accentuer leur caractère dramatique, notamment le geste d’imploration de l’odalisque et la lame du sabre.
L’œuvre est dominée par des couleurs étincelantes : rose, vert, orange, bleu clair, or et blanc. Le contexte dans lequel se déroule la scène, ainsi que la gamme chromatique qui la caractérise, sont en contraste avec le drame de la situation : une menace de mort pèse sur une jeune fille qui, désespérée, implore son bourreau. Ce contraste fait ressortir davantage la nature allégorique de la composition. Les teintes éclatantes, distribuées d’une manière uniforme, l’idéalisation du paysage et des personnages, dont les traits physionomiques sont caricaturaux, confèrent à ce tableau une allure illustrative et presque comique. Comme sur une scène de théâtre, postures, gestes et expressions sont volontairement accentués. Le paysage idéalisé renforce cette impression de théâtralité.