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En effet, le passage de l'Antiquité païenne au Moyen Age chrétien ne se fait pas sans ajustements, car ces récits mythologiques sont en principe incompatibles avec la religion chrétienne, ce qui a poussé l’auteur anonyme à rajouter des explications, les « moralizations », qui donnent à l’œuvre son titre. Dans ces moralisations, l’auteur explique que les mythes païens ne sont que des allégories qui contiennent un enseignement chrétien, à condition de les lire comme il faut, c’est-à-dire en faisant appel aux différents sens de l’écriture, selon une technique de lecture couramment appliquée à la Bible. Ces moralisations constituent deux bons tiers de l’œuvre et ne se trouvent donc pas dans les Métamorphoses d’Ovide. L’étude de leurs sources est un des deux volets du présent projet. On sait que l’auteur s’est appuyé sur les commentaires latins qui circulaient nombreux à l’époque dans les milieux universitaires, mais on ne sait pas lequel il a concrètement employé. Or, la question est importante car seulement si l’on connaît cette source on sera en mesure d’évaluer correctement le travail de l’écrivain français.
Le deuxième volet du projet porte sur les sources qu’il a utilisées pour rendre compréhensible un mythe. Ovide écrit, dans la Rome impériale, pour un public d’élite, à qui un simple nom propre suffit à rappeler la généalogie et le sort d’un personnage. Le public du traducteur est chrétien et laïc et a besoin qu’on lui explique cette mythologie gréco-romaine que le traducteur lui-même peine parfois à reconstituer. Il doit expliquer qui est, par exemple, Pasiphaé, il introduit des récits supplémentaires qui ne figuraient pas dans les Métamorphoses latines, mais qui étaient considérés indispensables à son époque et dans son milieu, et il réécrit certains mythes en fonction de son public. Pour réaliser ce travail, l’écrivain français s’est tourné, outre vers les commentaires latins, aussi vers des sources françaises, mais on ne connaît pas bien le détail des textes sur lesquels il s’appuie. Nous essaierons de comparer l’Ovide Moralisé à d’autres textes disponibles afin de déterminer la source exacte, en particulier pour savoir s’il s’est servi des sources en vers ou, déjà, des modèles en prose, très répandus à la date de composition de son œuvre.L’équipe, qui réunit les compétences à la fois de spécialistes de latin médiéval et de littérature française du Moyen Age, essaiera non seulement de déterminer, avec le plus de précision possible, quelles étaient les sources utilisées par l’auteur médiéval, mais aussi de rendre accessibles les commentaires latins, dans une édition moderne accompagnée d’une traduction.