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Moins d'une page au total, un budget sans doute proche de zéro, un nombre de cas qui ne prétend à aucune exhaustivité : l'étude d'observation que signent trois chercheurs canadiens dans le BMJ du 1er novembre 2003 n'entrera pas dans l'histoire. Elle témoigne pourtant d'une attitude précieuse, mêlant curiosité, sens critique, et capacité de cultiver collectivement l'exigence médicale (BMJ 2003 ; 327 : 1024-5).L'histoire commence par un constat, déjà posé par d'autres : les professionnels de la santé ne respectent pas toujours et complètement le secret médical durant leurs conversations dans les espaces publics des hôpitaux. Des chercheurs danois avaient notamment constaté des entorses plus ou moins graves au secret médical durant 3 à 7% des trajets d'ascenseur.Cette information étant trop vague pour mener une prévention efficace, John Bohnen, professeur associé à l'Hôpital Saint-Michel de Toronto, s'est intéressé aux circonstances dans lesquelles se produisent ces ruptures du secret. Son équipe a recruté cinq étudiants en médecine actifs dans les services de l'hôpital et leur a demandé de consigner pendant deux semaines tous leurs trajets en ascenseur, ainsi que toutes les ruptures des règles de confidentialité dont ils seraient témoins. Seules comptaient les informations divulguées en présence de témoins étrangers à l'équipe médicale.Les étudiants ont enregistré dix-huit commentaires susceptibles de compromettre la confidentialité médicale, ceci durant treize trajets en ascenseur sur cent treize. Onze commentaires ont été faits par des médecins, six par d'autres professionnels impliqués, un par les infirmières. Dans deux cas, des étudiants en médecine présents, extérieurs à l'étude, sont intervenus spontanément pour demander que la conversation soit poursuivie ailleurs, les deux fois avec succès. Ceci permet d'envisager une prévention auprès des témoins potentiels, afin de les encourager à ne pas rester silencieux lorsqu'ils assistent à une rupture de confidentialité. Plusieurs fois, une première atteinte au secret a initié des conversations le compromettant plus gravement encore.Les observations montrent que la culture du secret ne fait pas défaut : dans la plupart des cas, les patients étaient désignés par leurs initiales ou les raisons de leur admission, ce qui montre que les participants aux discussions avaient une réelle volonté de protéger leur anonymat. Le nom des patients n'a été prononcé que dans quatre cas.Les auteurs concluent que le problème est bien réel. Ils appellent les établissements de soins à offrir une véritable formation à leur personnel en la matière, autant qu'à spécifier très clairement ce qui constitue une violation du secret médical et ce qui au contraire est normal. On pourrait ajouter : la participation à une recherche peut offrir à des étudiants des occasions de formation inattendues. Ou encore : l'esprit scientifique peut s'exercer avec bonheur au niveau le plus local et pragmatique. C'est sans doute pour ces raisons que l'étude a plu au BMJ.