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Madonna for President!
Hans Im Obersteg, dit HIO, cadre de la Manip (Mission d’action novatrice de l’industrie privée), se fit la réflexion que les salles d’attente des médecins et des dentistes contribuaient avec constance à la mixité sociale. On y trouvait les magazines illustrés, people, féminins, voire de management pour les nuls, que HIO n’aurait jamais ni achetés ni lus de sa propre initiative. Attendant sa consultation chez son ophtalmologue, après avoir poireauté des mois pour obtenir un rendez-vous, il ouvrit l’une de ces publications sur papier plus ou moins glacé. Un article s’y interrogeait sur l’intelligence nécessaire à la réussite, ramenée évidemment à sa seule dimension financière. Les magazines qui ne se réfèrent pas à la seule réussite financière sont généralement imprimés sur du papier recyclé un peu grisâtre.
Démarrant en fanfare, la journaliste expliquait qu’Einstein avait un QI de 160, John F. Kennedy de 119, Madonna de 140 et Goethe de 210. Les Américains et -caines auraient tout intérêt à voter Madonna à la prochaine présidentielle, surtout compte tenu du niveau de QI de l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Quant au fait que Johann Wolfgang Goethe (1749-1832) soit mort bien avant le test de Binet (1905), précurseur du QI, il montre bien le sérieux de l’article et incidemment le QI de son auteure. A moins que Goethe ait passé un test posthume depuis son tombeau, avec l’aide de son colocataire, Johann Christoph Friedrich von Schiller. Ce qui expliquerait son score… Tricheurs!
Pour ceux et celles qui ne savent pas ce qu’est le QI (quotient intellectuel), l’article précise en note que ce test psychométrique fournit, avec d’autres, une indication de l’intelligence abstraite. La moyenne du QI standard est fixée à 100; entre 90 et 110, on trouve 50% de la population. Les psychologues américains estiment qu’un individu sur deux est normal. C’est l’article qui le dit. «Normal», vous trouvez ça normal, vous? Que la moitié de la population ne soit pas «normale»? Y compris, sans doute, la moitié des psychologues américains? Voilà ce que c’est que d’écrire à toute vitesse: on passe de la prétendue mesure de l’intelligence abstraite à la définition de la normalité.
De toute façon, on s’en fiche, parce que le but de l’article est de rassurer tous les lecteurs et -trices au QI flottant: même si vous n’êtes pas très baraqué côté neurones et connaissances, on peut parfaitement réussir (financièrement, on n’est pas chez les Sœurs de la Charité, ici!), car il existe beaucoup d’autres formes de l’intelligence. Par exemple, le Carnegie Institute of Technology a montré que 85% de la réussite (tous ensemble: «financière!») est due à vos compétences humaines, votre personnalité et votre capacité à communiquer, à négocier. Seuls 15% dépendent des connaissances techniques. HIO était toujours ébahi par ces résultats en pourcentage. Dans la plupart des cas, c’étaient toujours des multiples de cinq. Pas 82% et 18% par exemple, non 85% et 15%. Il devait y avoir une loi occulte dans ces tests, rendant impossible un résultat autre que les multiples de cinq. La loi du Club des cinq, peut-être?
Mais revenons à nos autres intelligences. Un lauréat du prix Nobel d’économie, Daniel Kahneman, a démontré que les gens préfèrent traiter des affaires avec des gens sympathiques plutôt que des gens antipathiques. Remarquons d’abord, et HIO le fit d’emblée, qu’il n’y a pas de prix Nobel d’économie. Il y a un prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, créé en 1969 seulement, que les économistes se sont empressés d’appeler prix Nobel d’économie, pour repeindre un peu leur blason terni par les tombereaux d’inepties déversés au nom de la «science économique». La contribution de Kahneman relève de l’enfoncement de portes largement ouvertes. Mais ça rassure les bons types, qui pourront eux aussi rêver de réussite («financière!», merci public!).
Donc il faut ajouter l’intelligence émotionnelle au QI, celle qui permet la gestion de ses émotions et de celles des autres. Et qui, bien utilisée, vous amènera à vendre un frigidaire à des Esquimaux, ce qui, vu le réchauffement climatique, tient de moins en moins de l’exploit.
Après l’intelligence émotionnelle, il y a évidemment l’intelligence morale. Que croyiez-vous, que la réussite («financière!», oui, oui, merci les chœurs!) n’était que l’œuvre de boutiquiers dépourvus de toute conscience? Que nenni! comme on dit dans les films de cape et d’épée. Ceux qui réussissent ont un grand sens moral. Qui les amène à savoir pardonner. Et si vous voulez approfondir le sujet, l’article fait le lien vers un autre texte intitulé, au grand plaisir de HIO: «Pardonner à celui qui licencie». On n’invente rien.
N’oubliez toutefois pas non plus l’intelligence du corps, resucée à peine modernisée du Mens sana in corpore sanodes Anciens. Et si vous voulez en savoir plus, un lien vers un autre article vous enjoint de «Jouer au golf, bon pour le job et la santé».
Si les travailleuses d’Orgapropre avaient pris un peu plus de temps pour jouer au golf, elles auraient conservé leur emploi, non? Enfin, notez qu’elles peuvent toujours pardonner à ceux qui les ont licenciées… Au nom du profit, pas du QI!