Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07169.jsonl.gz/1035

14/10/2008
L'être humain est fait de conflits, notamment entre émotion et raison, entre crainte de l'inconnu et attrait pour ses mystères, entre altruisme et égoïsme, entre douceur et violence. Le monde connaît donc des tensions, par exemple entre politique et religion. L'Europe jusqu'au XIXe siècle, de nos jours certaines sociétés (par exemple le monde islamique) ne connaissent pas la séparation entre le religieux et l'Etat ; la religion n'y est pas cantonnée dans la sphère individuelle, voire intime. Le modèle occidental actuel recherche l'harmonie dans la diversité, qui est fondée sur la tolérance. Mais les passions ne sont pas loin : les controverses soulevées autour du thème de la laïcité le montrent.
Le principe de la séparation du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir temporel (séparation de l'Eglise et de l'Etat) est fondé sur la distinction entre la chose publique et la sphère privée. Les choix religieux sont couverts par la liberté de conscience, qui doit être garantie ; l'Etat ne peut intervenir qu'en matière de manifestations religieuses pour protéger l’ordre public, par exemple contre les violations des droits de la femme (mutilations génitales, mariages forcés). La séparation de l'Eglise et de l'Etat implique en particulier que l'Etat ne favorise aucune religion et instaure l'instruction publique, qui doit être laïque et neutre (et s'abstenir de tout militantisme politique) ; l'école publique peut enseigner l'histoire des religions, mais sans prosélytisme ; si des parents veulent donner à leurs enfants une éducation religieuse, cela doit se faire hors de l'école publique, en famille ou par le moyen de cours communautaires.
Cependant, une application absolue du principe de laïcité ne fait pas preuve de tolérance pour les différences de l'Autre. Dans la mesure où l'ordre public est garanti, que nous importe donc - dans la perspective de l'Etat - qu'autrui soit religieux ou athée, qu'il porte un signe distinctif, qu'il veuille faire incinérer son cadavre ou le faire enterrer, et ce dans un carré confessionnel ou non ?
Le système démocratique, qui est la loi de la majorité, peut permettre à celle-ci d'accabler la minorité. La valeur d'une démocratie se mesure donc par rapport à son respect des minorités.
En conséquence, il importe que la Constituante, dans sa sagesse, mette des bornes aux excès toujours possibles - dont les exemples historiques abondent - et ce y compris en matière à la fois de manifestation religieuse et d'exigence laïque. Les moyens pourraient en être les suivants :
1. d'une part, introduction d'un article dans la nouvelle Constitution stipulant que, sous la réserve de la protection de l'ordre public et de l'interdiction du prosélytisme, l'Etat tolère les pratiques religieuses des administrés (par exemple, principales fêtes religieuses, signes distinctifs, ensevelissement) et
2. d'autre part, instauration d'une Cour constitutionnelle, appelée en particulier à statuer sur les violations des droits fondamentaux (y compris la liberté de la pratique d'une religion, dans la mesure décrite ci-dessus) par une loi ou une décision administrative ou judiciaire.