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Lecture de Marc 1, 1-8 : Jean le baptiste dans le désert
1Commencement de la bonne nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu.
2Dans le livre du prophète Ésaïe, il est écrit :
« Voici que j'envoie mon messager devant toi,
pour t'ouvrir le chemin.
3C'est la voix d'un homme qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
faites-lui des sentiers bien droits ! »
4Jean parut alors dans le désert ; il baptisait et proclamait : « Changez de vie, faites-vous baptiser et Dieu pardonnera vos péchés. »
5Tous les habitants de la région de la Judée et de Jérusalem venaient à sa rencontre ; ils reconnaissaient publiquement leurs péchés et Jean les baptisait dans le Jourdain.
6Jean portait un vêtement en poils de chameau et une ceinture de cuir autour de la taille ; il mangeait des sauterelles et du miel sauvage.
7Il proclamait : « Quelqu'un qui est plus fort que moi vient après moi ; je ne suis pas digne de me baisser pour délier la lanière de ses sandales.
8Moi, je vous ai baptisés dans l'eau, mais lui, il vous baptisera dans l'Esprit saint. »
Prédication : « Au commencement il y avait l'espérance »
Résumé : La bonne nouvelle de Jésus Christ commence par une annonce, une invitation à se préparer, dans nos déserts, à la venue du Sauveur. L’Evangile commence ainsi par l’espérance, une invitation pour cette période de l’Avent à préparer la rencontre avec le Christ et à partager l’espérance !
Chers frères et sœurs en Christ,
Ca commence ! C’est quand la dernière fois que vous avez dit cette phrase : « ça commence » ? Lors du générique initial de votre dernière toile au cinéma (avec ou sans popcorn)? Lors du coup d’envoi du dernier match de la Coupe du Monde (avec ou sans bière) ? Lors de ce culte gospel, quand la musique s’arrête et que l’on s’accueille les uns les autres (avec ou sans timidité, mais avec bienveillance !)? Ou encore lors de cette prédication où le « chers frères et sœurs en Christ », salutation liturgique, indique que… ça commence !
Cette semaine, j’en suis sûr, vous aussi avez commencé quelque chose. Probablement pas un régime (« Bon c’est le temps de commencer un régime… moi 14 minutes plus tard… »), ni un nouveau sport (« commencez par soulever le coton-tige on passera progressivement aux charges plus lourdes »), mais je suis sûr que vous avez commencé à ouvrir les fenêtres. De votre calendrier de l’Avent, lego ou choco, after-work (c’est du vin) ou after eight (merci belle-maman).
Car oui, comme avec le calendrier de l’Avent, chaque événement commence en fait par une préparation : Un match de coupe de monde de foot commence par l’échauffement, un culte commence idéalement par la prière, la préparation et la répétition, n’est-ce pas chers amis choristes et musiciens, mais aussi avec la mise en place de la sono et de l’écran.
Cette semaine nous avions l’anniversaire de ma fille Esther et ma femme, depuis samedi, avait décoré la salle à manger sur le thème « sirène ». C’était tellement beau, on se serait cru « sous l’océan ». Je me suis rendu compte de cela : un événement important, une étape de vie, commence toujours par la préparation. Et la réjouissance qui va avec.
L’Avent, c’est justement ce temps où tout commence. Traditionnellement c’est le début de l’année liturgique, c’est le « nouvel-an » de l’Eglise. Temps du commencement, ou du recommencement. Temps de commencement où, avant l’événement festif de Noël, nous commençons justement par nous préparer.
Commencement de la bonne nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu. C’est ainsi que Marc l’évangéliste commence son Evangile. Pour Matthieu, au commencement il y une longue généalogie de Jésus. Pour Luc, au commencement, il y a les explications de son entreprise. Pour Jean, au commencement il y avait… la Parole, avec cette déclaration théologique de l’incarnation. Et pour Marc, au commencement, il y avait… quoi ?
Pour Marc, au commencement il y a… l’espérance. C’est le seul évangéliste à parler de « bonne nouvelle » dès ses premiers mots. A une époque morose, au moins autant que la notre, pessimiste et catastrophiste avec des annonces de fin du monde imminente, commencer en annonçant une « bonne nouvelle » ne pouvait être que plein d’espérance ! Car fondamentalement, la venue du Christ annoncée par Jean le Baptiste, évoque un nouveau commencement plein d’espérance. Regardons le texte d’un peu plus près.
D’abord, fait intéressant, Marc commence son Évangile en l’enracinant dans la tradition du premier Testament, avec une citation remixée de Malachie et d’Esaïe, qui replonge le lecteur dans le désert, lieu hautement symbolique pour le peuple d’Israël.
En effet, le mot « désert » ici ne veut pas simplement dire un endroit tout sec et vide. Pour les auditeurs de la Bible, le désert fait référence en particulier à l’histoire de Moïse et du peuple hébreu libéré de l’esclavage en Égypte, en voyage dans le désert vers la Terre Promise. Le désert, c’est donc non seulement un lieu aride et sec, a priori sans espérance, mais aussi pour le peuple juif un lieu de transition. Vers un nouveau commencement. Donc, en creux, malgré tout, un lieu d’espérance.
« Voici que j'envoie mon messager devant toi, pour t'ouvrir le chemin. » Chez Marc, Dieu commence par le TU pour un appel individuel. Et il te promet de venir t’ouvrir un chemin, quand tout semble bouché. Comme ces derniers jours où la grisaille a pu m’envahir, où je ne voyais pas à 1 mètre à cause de la peuf, où la déprime s’est faite proche. Et dans cette peuf sans horizon, dans ce désert sans espérance, j’entends une voix :
3C'est la voix d'un homme qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
faites-lui des sentiers bien droits ! »
Bien souvent, les traductions insèrent la ponctuation je trouve au mauvais endroit : « c’est la voix d’un homme qui crie dans le désert : préparez le chemin » : ce n’est pas la voix qui crie qui est dans le désert, mais c’est une voix qui nous invite à préparer le chemin dans notre désert : « c’est la voix d’un homme qui crie : dans le désert préparez le chemin du Seigneur ». Oui chers frères et sœurs, nous sommes dans le désert, comme le peuple d’Israël à l’époque. Dans le passage cité, Esaïe s’adresse aux juifs déportés à Babylone, et il évoque l’espérance : la captivité va se terminer. Il faut donc penser à reconstruire un avenir loin de la servitude, et préparer un chemin pour rencontrer Dieu à nouveau. Il faut, recommencer l’Exode, retraverser le désert, en nivelant une chaussée pour pouvoir retourner à Jérusalem. L’espérance est devant nous, dit Esaïe, dans ce chemin qu’il faut sans cesse aplanir pour qu’il nous conduise vers la terre de liberté.
Je le crois donc, Esaïe nous invite à préparer le chemin dans notre désert. Notre désert, c’est le monde sombre dans lequel nous vivons, le monde malade en de nombreux points. C’est l’individualisme et le consumérisme tout-puissants de notre société, qui créent un certain vide spirituel et existentiel. C’est peut-être aussi parfois un certain désert relationnel, une pauvreté faite de solitude, de burnout, de dépression, d’épuisement. Ce sont les difficultés et les épreuves de la vie. Cette semaine, j’ai été dans le désert moi aussi, mais une voix m’a crié, comme un rappel : « ouvrir des chemins d’espérance dans les lieux arides, toujours et encore ». Merci Liliane.
Je suis donc invité à préparer le chemin dans le désert, dans mon désert. Mais comment le faire ? Le Seigneur nous invite à mettre à plat nos sentiers, à en faire des chemins les plus droits possibles, en ouvrant un chemin pour faire de place à Dieu, pour lui dégager la route. Comme lors de nos rudes hivers, comme quand nos routes sont bloquées par la neige, il s’agit de préparer la route à la venue du Seigneur, de la dégager de ce qui l’encombre. De prendre notre pelle et notre trax pour chasser ce qui entrave notre route vers Noël. Comme nous le disions jeudi à la prière, il s’agit d’ouvrir l’accès à la rencontre du Christ qui vient, en ôtant ici des cailloux, là des obstacles, et rendre accessible cette rencontre avec le Sauveur en ouvrant nos mains. Préparer des chemins qui ouvrent sur l’espérance.
Espérer, disait un collègue dans une vidéo touchante avec sa fille, c’est attendre quelque chose de bien, comme on attend les cadeaux de Noel. Espérer, c’est regarder le monde et voir au-delà de ce que l’on voit pour apercevoir ce qui nait, ce qui est en train d’advenir…
Alors, chers frères et sœurs, portés par cette espérance, préparons-nous ! Une préparation à la fois pour nous, individuellement, avec le choix du retour vers Dieu, illustré par l’exemple du baptême et du changement de vie auquel appelle Jean le Baptiste. Une préparation aussi pour les autres, avec cette annonce que la voix « crie » ! Un cri pour dire l’urgence de cette espérance à transmettre à nos contemporains. Cette espérance que dans nos déserts, nous ne sommes pas seuls, que ce qui va advenir est un nouveau commencement.
Alors pour ce temps de l’Avent qui a commencé, comment allez-vous vous préparer ? Le texte du jour est une invitation à rendre accessible et faciliter la rencontre avec le Christ qui vient. Et surtout, à partager l’espérance dans nos déserts. Car plus que jamais, dans ce temps de l’Avent, l’espérance est devenue urgente.
Au commencement, était l’espérance. Qu’en ferons-nous pour ce temps de l’Avent ? Car l’espérance, cela commence… maintenant.
Amen.