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Pour prolonger le débat, réaction à l'article de P. Chuard "LES CLOCHERS CHRETIENS EN TERRE D'ISLAM, LA QUESTION QUI PROVOQUE" dans la Tribune du 2 mars.
Si je suis tout à fait de l'avis de H. Ouardiri qu'on ne peut conditionner l'autorisation de la construction de minarets en Suisse à celle de clochers dans les pays musulmans, il faut cependant accepter que notre monde s'est à ce point rétréci que ce qui se passe ici ne peut pas ne pas avoir des conséquences ailleurs et que les valeurs défendues et pratiquées en un lieu du globe interrogent celles des autres lieux et les obligent à se remettre en question.
On peut donc comprendre que nos concitoyens, à qui l'on demande une réelle tolérance - et je m'en réjouis-, osent demander qu'un pareil effort soit recherché là d'où justement viennent celles et ceux qui, ici, bénéficieront de notre ouverture. Dans l'autre sens, la défense identitaire de certains pays qui interdisent toute érection de clocher doit pouvoir aussi être entendue ici, même si elle doit évoluer. L'argument de Monsieur H. Abidi qui "excuse" l'Arabie saoudite dans son refus de tout lieu de culte chrétien au titre qu'elle "est vue comme une terre sacrée" est insatisfaisant. L'attachement de chrétiens pour leurs chapelles, églises ou temples n'est-il pas un signe que ce sont, pour eux aussi, des lieux tout autant "sacrés" et la croix qui flotte sur le drapeau suisse n'indique-t-elle pas cette histoire qui, plus que sept fois séculaire, lia le christianisme à cette terre alpine ? Si l'Arabie est terre sacrée, toute terre ne l'est-elle pas pour celles et ceux qui l'habitent, l'aiment et y sont attachés ?
Certes, il peut s'agir de notions vieillottes, un peu passées de mode, mais il serait faux et profondément injuste d'accorder sans questionnement aux uns ce qu'on interdit aux autres.
Dans ce débat il faudra bien aborder les questions qui gênent; elles sont religieuses, symboliques, identitaires. Et ce débat est rendu encore plus difficile dans notre pays à cause de la baisse de la pratique de la foi, de la faiblesse du témoignage chrétien, de la perte de vitesse des Eglises "historiques" et de l'inculture religieuse généralisée. Il est donc aussi une occasion de remise en cause, peut-être salutaire...
Le protestantisme auquel je suis attaché, entre foi, croyance et intelligence critique, peut offrir ses services en la matière. Depuis le 16è siècle il pose autrement la question des manifestations de la présence de Dieu, le rapport à la terre et celui du sacré au profane. Les actuelles festivités autour des 500 ans de la naissance de Calvin essayent de montrer un visage moins austère du Réformateur. Louable entreprise mais ne renonçons pas à ce qui fit sa grandeur, à savoir son exigence d'une foi intelligente et moderne, en prise directe avec les problèmes de son temps. Cette foi a permis à Genève de se développer dans le monde et pour le monde. Pourquoi n'en irait-il pas autant aujourd'hui pour la Suisse ?