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Comm. TG, chef-lieu de district. Le territoire formait jusqu'en 1998 une municipalité (Munizipalgemeinde) comprenant les communes locales (Ortsgemeinde) d'A. et de Frasnacht. Le bourg occupe un éperon formant une sorte de presqu'île sur la rive sud du lac de Constance. Son noyau médiéval jouxte le quartier du castrum romain, site du château et de l'église. Ville de fabriques dès le XIXe s., A. est aujourd'hui le principal centre industriel de la haute Thurgovie. Le toponyme Arbona est probablement d'origine celtique. Vers 280 Arbore Felice (plus ancienne mention écrite, se trouve dans l'Itinéraire d'Antonin), 771 in pago Arbonense. Ancienne municipalité: 927 hab. en 1850, 1919 en 1870, 3073 en 1888, 10 299 en 1910, 8570 en 1941, 13 122 en 1970, 12 415 en 1990. Ancienne commune locale: 645 hab. en 1824, 1396 en 1870, 2500 en 1888, 9598 en 1910, 7897 en 1941, 12 227 en 1970, 11 043 en 1990.
Depuis l'époque préhistorique, les alluvions comblant la baie au sud de la ville ont fait avancer la rive du lac d'environ 700 m. En 1885, on découvrit à la Bleiche, sur le bord sud de la baie, les vestiges d'un habitat, attribué au Néolithique par Jakob Messikommer, qui entreprit la même année de vastes sondages. Une fouille plus modeste suivit en 1925. L'assainissement des marais entre la Bleiche et Obersteinach fit découvrir, en 1944, un établissement du Bronze ancien, exploré par Karl Keller-Tarnuzzer, avec l'aide d'internés polonais. Des fouilles plus récentes, dans les années 1980 et 1990 ont permis de préciser les séquences chronologiques à la Bleiche: y sont représentés au moins deux horizons d'habitat de la 1re moitié du IVe millénaire av. J.-C. (civilisation de Pfyn) et un village datant de 3384-3370 av. J.-C. (période de transition, encore mal connue, entre les civilisations de Pfyn et de Horgen). Le site du Bronze ancien, découvert en 1944, est aussi d'une très grande importance scientifique; selon une nouvelle étude, deux à quatre phases d'habitat s'y sont succédé entre 1700 et 1500 av. J.-C. env. On pense aujourd'hui que les maisons, d'une surface moyenne de 23 m2, sont des constructions à poteaux porteurs, posées à même le sol. Des trouvailles faites en 1921, lors de travaux de dragage dans le secteur de l'ancien port, témoignent d'un établissement du Bronze final. Pour La Tène, nous avons un matériel funéraire, provenant de tombes qui ne sont plus localisables aujourd'hui, et des céramiques.
Auteur(e): Albin Hasenfratz / LA
Nous connaissons mal l'histoire du site d'Arbor Felix dans la période qui va de la conquête romaine jusqu'aux environs de 300 apr. J.-C.. Sur la base de quelques monnaies et tessons, ainsi que de notes descriptives du XIXe et du début du XXe s., on peut reconstituer un petit établissement civil dans les environs du quartier actuel du Bergli, à l'ouest du bourg médiéval. Le secteur n'a donné lieu à aucune découverte récente, mais des fours à chaux du Haut-Empire ont été mis au jour en 1991 à la Hilternstrasse. L'emplacement choisi, sur la croupe aplatie de la colline au-dessus du lac, paraît dépendre de considérations liées à la stratégie et aux routes, mais on n'a trouvé à ce jour, dans le secteur d'A., aucun indice de la voie romaine présumée entre Pfyn et Bregenz (A). Le castrum romain tardif, cité dans la Notitia Dignitatum comme point d'appui d'une cohorte de Pannoniens, fut un élément important de la défense des frontières de l'Empire. Selon Ammien Marcellin, l'empereur Gratien, en route vers l'est, passa par A. en 378 apr. J.-C. Après qu'on eut longtemps supposé ce castrum dans le quartier du Bergli, on découvrit en 1957 les fondations d'une tour sur le côté ouest du château. Les fouilles de 1958-1962, 1973, 1986 et 1990 ont permis de dégager d'autres parties du castrum aux alentours du château et de l'église Saint-Martin: d'une superficie de 10 000 m2, il s'étendait sur la pointe orientale de la colline et atteignait le rivage du lac. On a pu repérer de courts segments du mur d'enceinte à l'ouest, au nord et au sud (mais guère à l'est), à l'origine long d'environ 350 m, épais de 2,2-2,5 m et muni de tours semi-circulaires et rectangulaires. Les vestiges d'une tour ont été mis au jour au nord. A l'ouest, un fossé défensif doublait la fortification, au tracé irrégulier. Quant aux constructions intérieures, seules quelques traces de bâtiments simples ont été dégagées avant 1986. Les fondations de l'église Saint-Martin recouvrent les thermes. Une partie au moins des habitants étaient enterrés dans le cimetière du Bergli, utilisé jusqu'au VIIe s. La faible quantité de mobilier du IVe s. ne permet pas une datation sûre de la construction du castrum, mais il fut vraisemblablement édifié à la fin du IIIe ou au début du IVe s.
Auteur(e): Hansjörg Brem / LA
Après le retrait des troupes romaines vers 401, A. conserva une population gallo-romaine et rhétique. De ce fait, la colonisation par les Alamans ne s'approcha que lentement d'A. au VIe s. Les toponymes de Frasnacht et de Feilen (comm. Roggwil) témoignent d'un bilinguisme roman-ancien haut allemand avant 800. Une communauté chrétienne se maintint dans le castrum Arbonense. Gall la rencontra au début du VIIe s.; le prêtre Willimar, qui dépendait probablement de l'évêque de Constance, la dirigeait. Le pouvoir civil était représenté par un certain Talto, tribunus Arbonensis, titre qui est un signe vraisemblable du maintien de la tradition administrative romaine, puisqu'au IVe/Ve s. déjà, un tribunus stationné au castrum d'A. était subordonné au dux de la province de Rhétie (Raetia).
Les rois francs, l'évêché de Constance et plus tard l'abbaye de Saint-Gall jouèrent un rôle décisif dans la formation des unités territoriales, qui s'esquissèrent dès le début du VIIe s. A cette époque, Waltram et son clan, fonctionnaires de la royauté franque, détenaient le pouvoir à A. Après l'institution des comtés francs vers le milieu du VIIIe s., le clan perdit certaines de ses attributions, mais il continua de faire partie du groupe dirigeant et poursuivit une politique de défrichements, à laquelle pourrait être lié le terme de "forêt d'Arbon" (forestus Arbonensis). La répartition des toponymes dans l'Arbongau, entité citée pour la première fois en 744, atteste que cette expansion s'effectua entre les terres de colonisation des Alamans et l'ancien domaine d'influence rhéto-roman.
Avec l'introduction des comtés, le ressort du castrum d'A. -- probablement en mains royales -- fut attribué à l'église épiscopale de Constance. L'évêque devint ainsi seigneur temporel du château fort d'A., de l'Arbongau et de l'église d'A. Dans les longues querelles qui suivirent entre évêques de Constance et abbés de Saint-Gall, les gens d'A. restèrent fidèles aux premiers.
La seigneurie foncière comprenait probablement au IXe s. déjà les cinq domaines d'A., Egnach, Erdhausen, Wiedehorn (tous deux dans la commune d'Egnach) et Horn. La colonisation intérieure entraîna jusqu'au XIIIe s. un accroissement du nombre de fermes et de la surface cultivée. A cela s'ajoutaient les revenus des vastes possessions de l'église Saint-Martin. Le débarcadère et les entrepôts valorisaient encore A. comme centre administratif épiscopal. En 1282 et 1285, l'évêque de Constance racheta aux von Arbon les possessions et droits que cette famille de ministériaux avait acquis au cours du temps, notamment le château fort et la ville d'A. ainsi que l'avouerie de l'église.
Dans la charte émise par Frédéric Barberousse en 1155, qui définit la forêt d'A. et recense toutes les possessions et droits de Constance, il n'est pas encore question de la ville d'A. Celle-ci reçut ses statuts dans la première moitié du XIIIe s. Son mur d'enceinte, doublé d'un fossé, délimitait une surface d'environ 8 ha. Le coutumier de 1255, son plus ancien document, fixe les obligations des bourgeois envers l'évêque; il mentionne le marché, la basse justice et quelques fonctionnaires: avoué, amman, mayor et cellérier. En 1266, Conradin, duc de Souabe, offrit aux gens d'A., en remerciement de leur hospitalité, le droit de justice et de ban à l'intérieur des murs de la ville (il y avait séjourné, encore mineur, de 1262 à 1264 puis en 1266, comme pupille de l'évêque Eberhard von Waldburg).
En 1322-1334, l'évêque Rudolf von Montfort fit reconstruire le château, tombé en ruine. La seigneurie d'A. fut vendue ou hypothéquée à des nobles ou à de riches bourgeois d'autres villes: aux Wolfurt (1365-1382), à Ulrich Payer de Hagenwil (1382-1422), à Rudolf Mötteli de Ravensburg (1422-1441). Mais les évêques conservaient leur souveraineté sur la ville; dans la première moitié du XVe s., les évêques ou leur bailli résidant à A. se virent plusieurs fois confirmer leur droit de choisir l'amman parmi les bourgeois de la ville. En revanche, le conseil des Douze ou Conseil communal était élu par 25 bourgeois d'A. En 1441, la principauté épiscopale reprit possession de la seigneurie d'A. et réussit à en étendre les droits: l'empereur Frédéric III lui concéda le secteur du lac entre A. et Horn et en 1463 l'évêque obtint Horn en échange de Goldach. Le bailliage prit ainsi l'extension qui resta la sienne jusqu'en 1798. A. et Horn constituaient une juridiction relevant de l'évêque. Après la conquête de la Thurgovie en 1460, Egnach fut institué en juridiction, sous la souveraineté de la Confédération. Le bailliage épiscopal d'A. devint une enclave. En 1499, les Confédérés exigèrent de l'évêque le droit de lever des troupes à A. On ignore si des gens d'A. participèrent à la guerre de Souabe, mais les Confédérés, eu égard aux concessions faites par l'évêque, revendiquèrent aussi la souveraineté sur A. Mais l'évêque parvint à garder ses prérogatives, notamment à cause des liens étroits existant, grâce au lac, entre A. et Constance. Lors du grand incendie de la ville en 1494, la voie du lac avait déjà permis aux habitants de Buchhorn (Friedrichshafen, D) de venir en aide à ceux d'A.
Le château d'A., une des résidences épiscopales, reçut son aspect actuel au début du XVIe s., sous l'évêque Hugo von Hohenlandenberg. Dès 1528, l'adhésion d'une majorité de la bourgeoisie d'A. à la Réforme détériora les relations avec l'évêque. En 1605, le secrétaire de la ville, de confession réformée, fut accusé de félonie et la charge ne fut désormais confiée qu'à des catholiques. Il fallut attendre le traité de Diessenhofen en 1728 pour que les charges communales fussent réparties selon le principe paritaire adopté en Thurgovie. En 1789, outre le bailli épiscopal, on mentionne le lieutenant baillival d'origine locale, le greffier du tribunal et douze conseillers (l'amman, le secrétaire, l'hospitalier, le receveur de l'ohmgeld, le marguillier, le trésorier, le maisonneur, le péager, les administrateurs de l'hospice des pauvres, de la bourse des pauvres, des moulins et des entrepôts). Ils siégeaient dès le milieu du XVIIIe s. à l'hôtel de ville, près de l'angle sud-ouest de la muraille, et relevaient de la cour épiscopale de Meersburg, où résidait aussi la chambre des comptes, instance financière suprême.
Succédant probablement à un édifice carolingien, la chapelle romane Saint-Gall (fin du XIIIe s.), dans le secteur de l'ancien castrum, sera refaite en style baroque vers 1770. On y enterra jusqu'en 1782 des baillis d'A. et des bienfaiteurs de l'Eglise. L'église paroissiale Saint-Martin fut construite à l'emplacement d'une basilique romane. Le chœur (1490) fut raccourci d'un mètre lors de la reconstruction de la nef en 1786-1789. La dernière rénovation intérieure a eu lieu en 1986. Le clocher, construit en 1457 en bois et en pierre, sans doute comme ouvrage défensif, prit sa forme actuelle en 1895; relié à l'église en 1911 seulement, il a été restauré en 1997. Dans le bourg médiéval, la chapelle Saint-Jean, construite après l'incendie de 1390 et mentionnée pour la première fois en 1424, fut reconsacrée par l'évêque de Constance en 1491. En temps de guerre, elle remplaçait l'église Saint-Martin, située hors les murs. Pendant la Contre-Réforme, les protestants y célébraient parfois leur culte. Elle fut désaffectée au XVIIe s.
Vers 900, la paroisse d'A. comprenait Egnach, Steinebrunn, Roggwil, Steinach, Untereggen, Goldach et Mörschwil, qui s'en détachèrent au cours des siècles. Les gens d'Egnach construisirent leur église en 1727, ceux de Roggwil en 1746. En 1528, A. passa presque unanimement à la Réforme et une paroisse mixte fut fondée en 1532, ce qui n'empêcha pas de longues disputes confessionnelles. Ainsi en 1593, l'évêque Andreas d'Autriche ordonna aux habitants réformés d'A. de revenir à l'ancienne foi ou de quitter la ville, ce qui donna lieu à un long échange de correspondance entre l'évêque, les Confédérés et la bourgeoisie d'A. En 1682, le cimetière fut divisé en un secteur catholique et un secteur réformé. Le traité de Diessenhofen, ratifié par Zurich, Berne et l'évêque en 1728, amena un certain apaisement en stipulant une égalité formelle entre catholiques et réformés. Le bailli et l'amman catholique n'en continuèrent pas moins à attenter aux droits des réformés. L'église Saint-Martin restera mixte jusqu'en 1924.
Les habitants d'A. vivaient surtout, jusqu'au début de l'époque moderne, de l'agriculture -- céréales, fruits, vigne -- à laquelle s'ajoutaient les revenus de l'artisanat et du marché. La culture du lin pour la toile tenait une place importance; il semble qu'A. s'orienta d'abord vers Constance, puis, dès le bas Moyen Age, essentiellement vers Saint-Gall, qui fournissait aux tisserands de la petite cité, équipée d'une blanchisserie (1546), l'accès au commerce international. Après la guerre de Trente Ans, le tissage connut un bel essor et fut complété par la teinturerie (1676) et le calandrage. Le tannage et la mégisserie constituaient d'autres activités artisanales importantes, ainsi que la coutellerie jusqu'au XVIIIe s.; on a aussi mention de fabricants de lancettes pour les saignées. Au XVIIIe s., il existait une tuilerie.
A la suite de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, une colonie de marchands, la plupart originaires du sud de l'Allemagne (von Furtenbach, Albrecht, Mayr, von Albertis), se mit à diffuser à partir d'A., dès 1692, sa "toile de Souabe" bon marché. Grâce aux privilèges commerciaux dont la Suisse jouissait en France et à la liberté de commerce et d'industrie en vigueur dans la ville, le textile connut une croissance spectaculaire, dont témoignent les palais des marchands du XVIIIe s. L'arrivée du coton, la Révolution française qui provoqua la chute de la place commerciale de Lyon, l'extinction des familles marchandes d'A., des faillites et le manque d'intérêt des générations suivantes amorcèrent le déclin, à la fin du XVIIIe s.
Auteur(e): Kurt Buenzli / LA
L'invasion française en 1798 mit fin à la souveraineté de la principauté épiscopale, qui ne put plus percevoir ses revenus en Suisse. Le bailli Karl Franz Ignaz Wirz von Rudenz quitta A. en mai 1798, il revint en mai 1799 avec les troupes autrichiennes, mais dut partir définitivement en octobre de la même année. La suppression de la principauté épiscopale de Constance en 1803 entraîna l'extinction de ses droits seigneuriaux. Les catholiques d'A. relevèrent cependant de l'évêque de Constance, ou de l'administrateur du diocèse, jusqu'en 1815. Sous la Médiation (1803-1815), A. et Horn furent réunis dans une même commune du nouveau canton de Thurgovie; les autorités comptaient onze membres, avec un amman et deux vice-ammans. Les anciennes possessions épiscopales à A. -- notamment le château et son domaine -- furent vendues aux enchères en 1805. Sous la Restauration, Horn et A. furent séparés; le droit de vote n'était accordé qu'aux bourgeois de la commune. Pendant la famine de 1816-1817, le Conseil communal organisa des distributions de soupe et vendit à prix réduit des pommes de terre à replanter. Le chef des libéraux thurgoviens, Thomas Bornhauser, fut pasteur à A. de 1831 à 1851; l'école primaire et secondaire mixte fut créée en 1833 à son instigation.
La Constitution cantonale de 1869 institua comme seules détentrices du pouvoir communal la municipalité, créée en 1857, et la commune locale. Les propriétés de la commune bourgeoise à l'intérieur de la ville -- notamment l'hôtel de ville, les places et l'enceinte furent remises à la commune locale. Dès 1873, celle-ci fut placée sous l'autorité d'un conseil administratif de cinq membres, organe à la fois de délibération, d'exécution et de surveillance. Le nombre de sièges passa à sept en 1898 et même à quinze en 1907, avant d'être ramené à onze en 1922. De 1928 à 1957, le siège du président (amman) de la commune fut tenu par le parti socialiste, qui obtint sa plus forte majorité au conseil administratif en 1946 (cinq socialistes, trois membres du parti du Travail, deux radicaux et un conservateur populaire). Depuis 1933, cas unique en Suisse, la commune locale ne dispose ni d'une assemblée de commune ni d'un parlement, en dépit de la tentative d'en instituer un.
En 1945, la commune locale fit l'acquisition du château qui, aménagé en plusieurs étapes, sert de centre culturel et abrite un musée historique. A l'ouest de la ville, on a construit, outre l'école professionnelle du Stacherholz (1977), une école secondaire (1963), une école primaire (1972) et des installations sportives. La salle polyvalente du Seepark fut inaugurée en 1985, la piscine au bord du lac réouverte en 1991. Depuis 1993, une route de contournement décharge le centre de la ville.
Le manque de force hydraulique explique les débuts hésitants de l'industrialisation. En 1801, il n'existait à côté des maisons actives dans le commerce des toiles qu'un marchand de drap, une blanchisserie et le commerce de fer de Franz Xaver Stoffel. Le développement de l'industrie cotonnière donna lieu à la création d'une rubanerie et d'indienneries. En 1822, Franz Xaver Stoffel et ses fils installèrent au château une rubanerie de soie, qui compta pendant des décennies plus de deux cents ouvriers; elle cessa son activité au château en 1907.
En 1819 on entreprit l'aménagement des routes A.-Frauenfeld et A.-Schaffhouse. La liaison avec Saint-Gall ne fut réalisée qu'en 1898. La démolition de l'enceinte de la ville commença en 1834. En 1840, en raison des conditions d'accostage défavorables, A. déclina au profit de Romanshorn la construction du port thurgovien sur le lac de Constance. Ce n'est qu'après la construction d'une digue en 1892 que les bateaux à vapeur purent accoster à A. La ligne ferroviaire Rorschach-Romanshorn, ouverte en 1869 et électrifiée en 1925, provoqua une profonde saignée dans le vignoble d'A., que l'industrialisation acheva presque de faire disparaître.
Le nombre d'habitants, qui avait déjà doublé entre 1850 et 1880, explosa sous l'effet du développement industriel qui précéda la Première Guerre mondiale, pour franchir la barre des 10 000. Les usines d'Arnold Baruch Heine (2200 employés en 1911) et Saurer (1500 employés en 1911) devinrent les plus grandes de Thurgovie et figuraient en 1905 parmi les vingt plus gros employeurs de Suisse. En 1910, 35,8% des personnes actives d'A. travaillaient dans la broderie, 27,7% dans l'industrie des métaux et des machines. D'autres entreprises prirent part à cet essor: les broderies Stauder & Cie (120 employés en 1911), Jean Hardegger (200) et Jakob Müller-Schär (66), la fabrique de machines à broder Karl Bleidorn (75), la fabrique d'appareils Heinrich Vogt-Gut (83), la première fabrique suisse de cycles, Gustav Adolf Saurer (23) et, dans le travail du bois, Burkhard Zöllig (81).
Avant la Première Guerre mondiale, de nouveaux quartiers furent construits près des zones industrielles pour les employés et ouvriers (Bergli, Neuquartier). A. comptait 148 maisons d'habitation en 1801 et plus d'un millier en 1912. La croissance démographique et la forte proportion d'étrangers (48% en 1910) favorisèrent l'émergence de tensions qui aboutirent notamment, en 1902, à plusieurs jours d'échauffourées, dont les causes résident surtout dans les misérables conditions de logement des classes pauvres.
Dans la période de déclin économique qui suivit la Première Guerre mondiale, A. recensa jusqu'à 600 chômeurs en 1921. Victime de la crise de la broderie, la maison Heine fut liquidée en 1926. Des mesures d'occupation permirent l'extension de la digue du port (1919), la construction d'une partie des quais (1922) et de la plage (1930-1933). L'église réformée du Bergli fut achevée en 1924 (rénovation intérieure en 1987). Adolph Saurer avait offert le terrain à la paroisse protestante, après qu'une séparation eut été évoquée pour la première fois en 1916 à l'initiative des catholiques, passés du fait de l'immigration ouvrière de 708 en 1880 à 5326 en 1910. Les catholiques de Horn se séparèrent d'A. en 1911, suivis en 1920 par les protestants. La maison de paroisse catholique d'A. fut inaugurée en 1937.
L'essor économique qui suivit la Deuxième Guerre mondiale fut essentiellement le fait de la maison Saurer, mais le manque d'innovation et des orientations malheureuses dans la conduite de l'entreprise amenèrent à une nouvelle réduction du personnel au début des années 1980. A la fin du XXe s., A. abritait, outre les usines Arbonia-Forster, des entreprises actives dans les machines, les appareils, l'imprimerie, l'alimentaire, les moyens de transports, le bois et le cuir, ainsi que dans les services et le commerce. L'union patronale d'A. comptait 60 membres, celle des arts et métiers 200. En 1990, avec un bilan pendulaire équilibré, A. comptait 5291 emplois, dont 1% dans le secteur primaire, 55% dans le secondaire et 44% dans le tertiaire.
Le marché de la Saint-Martin constitue une tradition séculaire dans la vie sociale d'A. Le cortège de carnaval et les bals masqués de diverses associations figurent aussi parmi les institutions bien établies. En été, les fêtes nocturnes du lac et, depuis peu, les projections de films en plein air attirent des milliers de visiteurs. Les sociétés musicales, orchestres et chœurs sont particulièrement actifs. Une ancienne fabrique au bord du lac a été transformée en centre de rencontre pour jeunes.
Auteur(e): Kurt Buenzli / LA