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Dans l’imaginaire collectif, le CERN évoque une figure géométrique primaire : le cercle. À y regarder de plus près, il y a sur la frontière franco-suisse, en bordure du canton de Genève, plusieurs cercles, réels ou rêvés, toujours invisibles.
Au CERN, le cercle appartient d’abord au domaine de la physique des particules. Depuis les années 1950, plusieurs accélérateurs de forme circulaire, de plus en plus grands et puissants, ont été successivement construits. Le choix du cercle, plutôt qu’une autre forme, s’explique par ses propriétés géométriques: autour d’un cercle, les particules peuvent passer un grand nombre de fois dans les cavités accélératrices, et ainsi augmenter leur énergie. À l’intérieur du Grand collisionneur de hadrons (LHC), les faisceaux de particules parcourent les 27 km de circonférence environ 11 000 fois par seconde, légèrement en dessous de la vitesse de la lumière (environ 300 000 km/s).
Il y a les cercles réalisés pour les expériences des physiciens, il y aussi ceux qui sont rêvés par les architectes. Au CERN, le cercle « physique » et souterrain offre une situation théorique pour imaginer et projeter le plan d’une ville idéale, finie – et donc extraterritoriale. La première carte de la Suisse dessinée par Albrecht von Bonstetten en 1479, la Green City parfaitement circulaire imaginée par Konstantin Melnikov en 1929 pour Moscou, ou, plus proche de nous, la Deltamétropole dessinée en 2002 par Luigi Snozzi et Paulo Mendes da Rocha pour la future métropole des Pays-Bas : aucun de ces cercles n’existe en vrai. Les territoires ont résisté obstinément à la figure.
Entre les cercles souterrains des physiciens et ceux, vus du ciel, des architectes, quels sont les impacts réels de ceux du CERN sur le territoire qu’il occupe ? À l’intérieur du site travaillent quotidiennement des scientifiques éminents (parmi eux quelques prix Nobel de physique), mais aussi des milliers d’étudiants, de membres du personnel administratif, de contractants. En dehors de ces enclaves, en France comme en Suisse, les communes hébergent des milliers de «Cernois». Mitage du territoire, difficultés de transport, pénuries de logements : au fond, le territoire du CERN souffre des mêmes maux que d’autres territoires frontaliers. Ici, ils sont peut-être plus aigus.
Pour donner à voir et rendre compte de cette substance construite et vécue, nous avons demandé à des architectes et historiens ainsi qu’à un photographe de porter leur regard sur le CERN, son histoire et son paysage.
À regarder attentivement les permanences et les modifications sur une carte, on se demande pourtant si le territoire dessiné par le CERN n’engage pas une forme de paysage… circulaire. Quelque part entre les imaginaires du cercle et la réalité du territoire, y a-t-il un projet de paysage potentiel ?