Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07211.jsonl.gz/163

Au suivant! Annoncé comme un nouveau monstre météorologique et classé en catégorie 5, la plus puissante, l’ouragan Irma montrerait une intensité « jamais vue », « sans précédent » sur l’Atlantique. Ses vents « peuvent souffler » jusqu’à 295 km/h et les rafales atteindre les 360 km/h, selon la presse (je n'ai pas trouvé vérification de ces chiffres). Son centre dépressionnaire affiche 914 hPa selon le NHC – le National Hurricane Center.
Phénomène jamais vu? Sans précédent sur les Caraïbes et l’Atlantique? Un ouragan « historique »? Ou dramatisation climato-fiévreuse et surenchère langagière? Rappel d’épisodes extrêmes du passé.
En 1980 la pression la plus basse dans l’ouragan Allen fut de 899 hPa. Ses rafales atteignirent 305 km/h. Il est le 4ème plus intense système dépressionnaire mesuré sur l’océan Atlantique.
Gilbert a sévi sur la région en 1988. Maousse costo, il affichait une pression minimale de 888 hPa et des vents soutenus de 295 km/h. En 2005 l’ouragan Wilma fut plus puissant mais ne toucha pas les Antilles.
Je rappelle que la force des vents est indiquée par deux mesures. D’une part le vent continu sur dix minutes, d’autre part les rafales. Cette vitesse est mesurée au-dessus des océans avant de toucher terre, soit là où elle est la plus extrême. Dès l’atterrissage les vents faiblissent. On peut revoir à ce propos l’article sur le typhon Hayan et également cette autre source utile.
875 hPa!
En remontant plus loin dans le temps on trouve l’ouragan Camille en 1969. Selon Wikipedia: « La véritable intensité de Camille n’a pu seulement qu’être approximée car aucun équipement météorologique n’a résisté aux conditions extrêmes et il n’y avait aucune station au point de contact de l’œil avec la terre. (…) Un avion de reconnaissance n’a pu lâcher de sondes dans l’ouragan mais a estimé les vents à 335 km/h et la pression centrale à 901 hPa. »
Puis l’ouragan du Labour Day en 1935 frôla les Antilles avec des vents à plus de 300 km/h et un pic de basse pression à 892 hPa.
Enfin il faut mentionner celui qui est nommé Le Grand ouragan. En 1780 il a provoqué la mort de 22’000 personnes dans les Antilles. Sa plus basse pression descendit à 875 hPa! (le baromètre a été inventé un siècle et demi plus tôt). Et ses vents estimés à 320 km/h. Il s’agit bien d’une estimation car tous les moyens de mesure météorologiques n’existaient pas encore.
« Le Grand ouragan est resté à proximité de la Barbade pendant environ deux jours, produisant des vents tellement violents et « tellement assourdissants que les gens ne pouvaient pas entendre leur propre voix ».
Paysage lunaire
« Ces vents ont même décollé l’écorce des arbres avant de tous les abattre sur l’île, phénomène qui n’a jamais été observé au cours des plus forts ouragans des temps modernes. Selon le météorologue Jose Millas, pour que seuls le vent et la pluie puisse provoquer cela, il faudrait des vents soufflant à plus de 320 km/h. L’ouragan a aussi détruit toutes les maisons et tous les forts de la Barbade. Les vagues ont rompu les amarres de la plupart des bateaux qui mouillaient près de l’île et le vent a déplacé de lourds canons sur 30 m. Environ 4 500 personnes sont mortes sur l’île. À Saint-Vincent, l’ouragan a détruit 584 des 600 maisons de Kingstown. »
On constate que les chiffres varient selon les époques et les moyens de mesure des ouragans, selon leur entrée ou non sur terre, selon les zones touchées et leur configuration géographique ou urbanistique, selon les conditions météorologiques.
Le Grand ouragan de 1780 est par exemple survenu à la fin du Petit âge glaciaire, soit à une période où le climat était sensiblement plus frais qu’aujourd’hui malgré la montée en flèche des températures à la fin du XVIIe siècle (image 4, reconstitution de Ljungqvist, 2010). Cet ouragan monstrueux n’est pas dû au réchauffement.
Les ouragans sont-ils directement influencés par les changements du climat? L’actuelle période de réchauffement climatique ne le démontre pas, pas plus que les ouragans records du passé.
Cela dit Irma, de grande taille et très compact, ne sera pas une partie de plaisir. Toutefois selon la dernière trajectoire prévue (image 2) le centre de l’ouragan semble s’écarter quelque peu des terres habitées, et ses vents d’atterrissage à Saint-Barthélémy (244 km/h) sont nettement moins forts que les rafales exceptionnelles d’altitude mesurées au-dessus de l’océan. Et en ce début d’après-midi du 5 septembre sa pression centrale remonte légèrement et ses vents semblent faiblir, selon le NHC.
Intéressante info postée par un internaute sous mon avant-dernier billet: