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La citadelle de Seyne-les-Alpes
Vauban verrouille l'Ubaye
Pour comprendre l'importance de la place de Seyne-les-Alpes, il faut remonter au 17ème siècle. A cette époque, le territoire de la France ne correspond pas encore à celui d'aujourd'hui et les frontières du royaume ne coïncident pas partout avec les limites naturelles de la géographie. C'est notamment le cas dans les Alpes. Si le Dauphiné, la Haute Provence et la vallée de la Durance relèvent effectivement du roi de France, la Savoie et la vallée de l'Ubaye lui échappent encore. Elles dépendent alors du royaume de la Maison de Savoie qui dispose, de ce fait, d'excellentes bases et voies de pénétration sur le versant nord des Alpes. En 1692, le Duc de Savoie franchit les Alpes depuis le Piémont et ravage toute la haute vallée de l'Ubaye jusqu'à Embrun. A la cour, où l'on croyait que les Alpes constituaient une barrière infranchissable, c'est la stupeur et la consternation. Louis XIV dépêche d'urgence sur place le maréchal de Vauban pour parer à toute nouvelle menace d'incursion. Celui-ci décide de verrouiller la vallée de l'Ubaye qu'il considère, selon ses propres termes, comme " le meilleur chemin de toutes les montaignes... " Pour ce faire, il planifie la construction d'une série de places-fortes jalonnant la frontière séparant les deux états dans cette région, de façon à former un cordon défensif barrant les différents itinéraires d'invasion permettant de déborder hors de la haute Ubaye. C'est ainsi que voient le jour les places-fortes de Montdauphin, Saint-Vincent-les-Forts, Seyne-les-Alpes et Colmars, disposées en couronne à l'ouest et au sud de l'Ubaye...
La citadelle
A l'époque, la cité de Seyne est un gros bourg d'importance régionale qui possède, depuis le Moyen Age, une enceinte urbaine et une tour installée à mi-hauteur de la crête qui surplombe la ville. Ces défenses sont toutefois jugées insuffisantes au vu de l'évolution de l'artillerie et des techniques de siège. Pour les renforcer et améliorer la valeur militaire de la position, Vauban décide d'ériger une véritable citadelle terrassée au-dessus de la ville, en y incorporant certains éléments défensifs préexistants, modifiés ou réaffectés à d'autres usages pour la circonstance. C'est notamment le cas d'un tronçon de l'ancienne enceinte qui est englobée dans la place pour servir de mur de séparation entre l'avant-fort et le fort proprement dit. Un ancien bastion est également transformé en poudrière, avec ré-affectation de la salle voûtée souterraine comme cartouchière: c'est là qu'étaient stockées les munitions des Forts de Seyne et de Saint-Vincent. Enfin, Vauban conserve l'ancienne tour médiévale quadrangulaire qui s'élevait depuis au moins 1220 sur la crête car elle jouit d'une position dominante qui commande toute la région.
Le fort et l'avant-fort
La citadelle comporte deux parties distinctes: l'avant-fort, côté ville, renforcé par deux casemates sur le front le plus exposé, et le fort proprement dit, édifié plus haut sur la crête et qui jouit d'une position dominante par rapport au premier. Les deux parties sont séparées par un mur terrassé très épais et ne communiquent entre elles que par une galerie souterraine défendue par un mur en chicane qui permet de verrouiller facilement l'accès au fort si l'avant-fort venait à tomber aux mains de l'assaillant.
L'entrée
On accède à la porte de l'avant-fort par un pont volant en bois, édifié sur des piles et qui pouvait facilement être coupé en cas d'attaque. Ce pont est flanqué par une casemate qui commande toute l'entrée. L'espace de l'avant-fort est occupé par une vaste cour qui surplombe le rempart terrassé.
Le mur parados
Etant donné l'étroitesse de la place qui s'étire en longueur en suivant la topographie de la crête, l'espace interne du fort est coupé en deux par un mur longitudinal qui sert de parados, pour éviter que les boulets tirés contre l'un des fronts de la place ne vienne frapper le dos des défenseurs situés sur l'autre front.
Les casernes
Les casernes, aujourd'hui à l'état de ruines, étaient formées de deux bâtiments mitoyens comportant deux étages de 4 chambres à 12 lits. Chaque bâtiment aurait pu abriter 144 hommes, mais la garnison de la citadelle n'a jamais dépassé 120 soldats!
La poudrière
La poudrière a été aménagée dans un ancien bastion antérieur à la citadelle, qui faisait partie de l'enceinte fortifiée édifiée en 1690 par Niquet pour protéger la ville. L'aération de la pièce, où étaient stockés les barils de poudre nécessaire à la canonnade, est assurée par une meurtrière "en baïonnette", dont les ouvertures sont décalées pour éviter qu'un projectile ne pénètre par l'ouverture. L'étage inférieur abrite la cartouchière qui jouit d'une température stable et constante, grâce à sa triple voûte (schistes, couche de terre, grès d'Annot) qui l'isole de l'extérieur. C'est ici qu'étaient stockées les cartouches de la citadelle et du Fort de Saint-Vincent, distant de quelques kilomètres à peine.
L'ancienne tour
L'ancienne tour médiévale, englobée dans le fort, a été modifiée sur l'ordre de Vauban pour jouer le rôle de cavalier et de magasins dans la nouvelle place. De par sa position, elle domine en effet toute la citadelle. Vauban s'est contenté de supprimer les créneaux et les anciens mâchicoulis, et de ménager de larges meurtrières du côté nord pour battre directement la partie de la crête qui domine le fort. La plate-forme sommitale visible aujourd'hui servait donc de plate-forme à canons. Les escaliers en mélèze visibles à l'intérieur datent de Louis XVIII. Ils ont remplacés les anciens escaliers de pierre datant du Moyen Age.
Le point faible de la place
La crête sur lequel est bâti le fort se prolonge et s'élève bien au-dessus de lui, ce qui constitue une faiblesse majeure pour la défense de la place. Les constructeurs ont en effet négligé d'englober cette partie sommitale, si bien que le fort, malgré sa très grande longueur, n'atteint pas le sommet de la butte. On comprend que Vauban, lors de sa visite d'inspection de 1700, l'ait trouvé "mauvais" et qu'il ait songé à l'améliorer. Son projet prévoyait d'étendre la place et d'éliminer cette menace par la construction de deux bastions avancés, l'un à mi-pente, l'autre au sommet. Ils ne furent jamais réalisés.
Les casemates sud
Ces deux casemates, qui se font face, sont ajoutées à l'avant-fort sous Louis XVIII, pour renforcer son système de défense. Elles sont constituées d'un souterrain qui parcourt toute la largeur de l'avant-fort et s'ouvre aux extrémités sur deux salles voûtées placées en saillie par rapport au front du rempart. Les murs de chacune de ces salles sont percés de trois meurtrières qui se font face. Ces casemates sud permettent ainsi de mettre en pratique le système de tir croisé cher à Vauban. Entre ces avancées, le mur sud du souterrain est percé, tous les 2 m environ, de meurtrières surmontées de cheminées. Ce dispositif facilitait l'évacuation de la fumée dégagée par la poudre lors des échanges de tir.
Les casemates nord
En 1827, Charles X ordonne la construction des casemates nord, restaurées en 1994, que l'on atteint en empruntant une galerie souterraine depuis le corps de la place. Elles reçoivent une "batterie de tir à revers" destinée à protéger le front nord, point particulièrement faible du fort.
Conclusion
Seyne demeure un magnifique exemple d'architecture militaire de la fin du 17ème siècle et une splendide place forte de montagne. Elle mérite absolument le détour si vous passez dans la région. Son intérêt ne réside pas uniquement dans l'architecture militaire merveilleusement conservée, mais aussi dans le charme qui se dégage des ruelles médiévales de la cité et dans la chaleur de l'accueil qui vous sera fait. Nous vous encourageons donc vivement à y faire une petite visite et à prendre le temps de musarder entre les vieilles pierres de ce petit coin qui embaume déjà la Provence. Non seulement vous ne serez pas déçus, mais vous irez de surprise en surprise...
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