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«Toute ma vie se réduit à dix secondes». Aujourd'hui encore, David Ginola peste contre l'une des actions les plus marquantes de sa longue carrière. Et pour cause, celle-ci a coûté la qualification des Bleus au Mondial 94.
Il faisait frisquet au Parc des princes ce soir de novembre 1993, quant au 1-1 contre la Bulgarie à quelques minutes du coup de sifflet final, la France tenait bon son billet pour la Coupe du monde. David Ginola, ses coéquipiers, le sélectionneur Gérard Houiller, les 48'402 spectateurs et les millions de téléspectateurs confortablement installés devant leur télévision ne digéreront jamais ce qui s'apprête à se passer.
L'équipe de France obtient un coup franc en attaque, sur le flanc droit, à proximité du poteau de corner. Vincent Guérin le joue sur sa gauche, une petite touche de balle à destination de David Ginola. On se dit que les deux joueurs vont tenter de jouer la montre, en conservant le ballon sur le côté. Pas du tout!
«L'arbitre a le sifflet à la bouche et il expédie un grand ballon de près de 60 mètres au lieu de le garder. Résultat, il donne une balle de contre au Bulgare», regrette Gérard Houiller. En effet, l'ailier du Paris Saint-Germain David Ginola accélère brusquement le jeu, puis centre un ballon beaucoup trop long. A la réception, il n'y a personne, si ce n'est un Bulgare. Ni une ni deux, les visiteurs jouent leur dernier va-tout, après tout, s'ils marquent, ils s'envolent pour les Etats-Unis, au détriment de la France.
Rembobinons un peu. A deux journées de la fin des Éliminatoires, l'équipe de France est leader de son groupe. Il ne lui manque qu'un point pour valider son ticket direction le Mondial, et les deux dernières rencontres - contre Israël et la Bulgarie - se jouent à la maison. Une formalité, pense-t-on alors.
Que nenni. Eyal Berkovic (83e) et Reuven Atar (93e) créent la stupeur en fin de match et Israël s'impose d'abord 3-2. Les chances des Bleus sont encore bonnes avant le dernier match, celui face à la Bulgarie. Mais voilà, suite au centre raté de David Ginola, les Bulgares se projettent vers l'avant à la vitesse de l'éclair, et après un long ballon dans la profondeur, marquent par l'intermédiaire d'Emil Kostadinow. Sa frappe puissante touche la latte, mais trompe quand même Bernard Lama. La Bulgarie remporte le match et exulte, les Français sont abasourdis, les joueurs désabusés.
Cerise sur le gâteau, le buteur Kostadinow n'aurait jamais dû jouer cette rencontre - son visa n'étant pas valable. On apprendra cette anecdote beaucoup plus tard. Deux coéquipiers jouant en club à Mulhouse seraient allés le chercher en Allemagne en voiture, avant de revenir en France par une frontière relativement calme.
Cette élimination entraîne la chute de Gérard Houiller à la tête de l'équipe de France, il perd son poste de sélectionneur. Lui estime que le coupable se nomme David Ginola, il va jusqu'à dire que le joueur a «commis un crime contre l'équipe». Vingt ans plus tard, Gérard Houiller ne lâche pas l'affaire, et en remet une couche dans sa biographie. Il traite Ginola de «salaud» et ajoute:
Parce qu'il s'est senti publiquement insulté, le joueur formé à Nice poursuit son ancien sélectionneur en justice pour injures publiques et diffamation, et lui réclame 5'000 euros de dommages et intérêts. «Si je devais regretter quelque chose», réagit froidement Houiller, «c'est d'avoir employé le mot crime au lieu de faute grave». Le 4 avril 2012, le tribunal de Toulon déboute l'ancien ailier polyvalent.
Plus d'un an après cet échec personnel et collectif, David Ginola quitte le PSG et se réfugie de l'autre côté de la Manche. A Newcastle et Tottenham, il enthousiasme les supporters, et en 99, il est même élu footballeur de l'année en Angleterre.
Dans son propre pays, en revanche, il subit une décote de popularité. «Comme Ginola à l'époque » entend-t-on encore aujourd'hui dans les stades français quand un joueur rate un centre.
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