Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06995.jsonl.gz/86

Critique
"Dans un futur indéterminé, les occupants d'une station spaciale, en orbite au tour de la mystérieuse planète Solaris, sont soumis à d'étranges phénomènes. Un style visuel raffiné. Un climat onirique qui déconcerte et interroge.
SOLARIS est une histoire d'amour sur fond de science-fiction. Mais Solaris est avant tout une planète mystérieuse qu'étudie une station orbitale. Dans un futur indéfini, un appel de détresse est envoyé à un psychologue réputé pour qu'il rejoigne le plus vite possible la station où un physicien vient de se donner la mort et où les deux autres scientifiques présentent des signes aigus de stress et de paranoïa. A son tour le psychologue succombe aux mystères de cet univers si particulier. Il retrouve l'image de son épouse dont le suicide récent lui a laissé un profond sentiment de culpabilité et de remords. Tous les souvenirs que cet homme a enfouis dans le fond de son âme se matérialisent peu à peu devant lui. Mais peut-il vraiment revivre et changer le passé? N'est-il pas condamné à répéter les mêmes erreurs?
Du roman de Stanislaw Lem, le réalisateur Andreï Tarkovski avait déjà tiré un film en 1971 et il avait expliqué à ce moment-là: ""L'homme et la conscience humaine rencontrent dans l'espace des phénomènes inconnus. Mais quelle est la mesure de la morale pour définir le visage humain dans ce nouveau système de coordonnées? Comment rester un homme dans une situation inhumaine?"" Si, à partir de ces considérations, Tarkovski délivre plutôt une fresque mystique et politique, Soderbergh, lui, joue la carte psychologique en humanisant ses personnages. Son film est une méditation envoûtante sur les choses de la vie et de la mort, de la mémoire et de la réalité. Le cheminement de cet homme à la recherche de son passé et de sa réhabilitation devient avant tout intérieur. On ne peut s'empêcher d'y voir une référence à Resnais et particulièrement à son HIROSHIMA MON AMOUR. Ce n'est pas la moindre qualité de cette œuvre.
Si la lecture de ce film qui plonge dans les méandres de l'univers cérébral n'est pas des plus aisée, c'est dans sa fibre émotionnelle que le spectateur ne manquera pas d'être interpellé. De même, là où le passé, le présent, les souvenirs, les fantasmes, la réalité, s'entremêlent étroitement, il aura tout loisir d'interpréter à sa guise les sinuosités de cette œuvre. Ajoutons encore que l'on est subjugué par la beauté formelle des images et que le jeu subtil et ambigu de George Clooney fait merveille dans le rôle du psychologue.
Steven Soderbergh
Auteur de SEXE, MENSONGES ET VIDEO (Palme d'Or à Cannes en 1989), Steven Soderbergh est un cinéaste original et parfois déconcertant. L'œuvre de Steven Soderbergh est celle d'un réalisateur éclectique qui a touché à tous les genres, du cinéma expérimental (FULL FRONTAL) aux grands succès commerciaux (TRAFFIC, ERIN BROCKOVICH ou le polar, avec OCEAN'S ELE-VEN). Admirateur d'Alain Resnais, Soderbergh aborde avec SOLARIS une réflexion profonde sur la mémoire et le temps, le passé et le présent, sous forme d'une méditation métaphysique sur la condition humaine."
Georges Blanc