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François Baucher, maître incontestable du dressage du XIXème siècle, disait de l'éperon qu'il est "un rasoir dans les mains d'un singe". Objet de torture pour certains, aide de finesse pour d'autres, l'éperon fait partie intégrante de l'art équestre depuis des siècles.
Un peu d'histoire
Les éperons étaient déjà utilisés dans l'Antiquité par les Grecs et les Romains. Ils s'agissait alors de simples pointes en métal attachées aux talons du cavalier à l'aide d'une lanière.
Au Moyen-Age, l'éperon devient un symbole de la chevalerie. Il est de forme allongée, à pics ou à molettes, parce que les chevaliers sont assis au plus profond de la selle et chaussent long dans le but d'encaisser les chocs, et parce qu'il faut pouvoir toucher le flanc du cheval à travers de multiples couches d'armure. Les chevaux utilisés sur les champs de batailles sont lourds et robustes, et donc à sang froid. Pour obtenir une réaction dans le feu de l'action, les éperons sont sévères.
Place ensuite à la Renaissance. L'équitation de bataille se transforme en art équestre académique. La chevalerie lourde disparaît au profit de chevaux à sang chaud. Bien que La Guérinière, grand écuyer français de la Renaissance, remette en cause l'utilité de l'éperon, il est utilisé à cette époque dans le but d'augmenter la réactivité à la jambe. Une approche rejoignant peu à peu la finesse recherchée avec l'éperon d'aujourd'hui.
Des éperons par milliers
Il existe un nombre incalculable d'éperons. De toutes les formes, de toutes les tailles. Il convient donc d'en faire un petit tour d'horizon.
- L'éperon à bouts ronds La tige est courte et se termine par une boule. Peu sévère, ce type d'éperon est recommandé pour les cavaliers qui ne maîtrisent pas totalement les mouvements de leurs jambes, ou pour les jeunes chevaux, encore très sensibles aux actions du cavalier.
- L'éperon Pessoa Les branches de l'éperon Pessoa sont recouvertes de caoutchouc, et les passants adoptent une forme de "S", dans le but d'éviter le déréglage des courroies.
- L'éperon prince de Galles Il mesure entre 20 ou 35 millimètres de long, et la tige est légèrement inclinée vers le bas. Son bout peut prendre différentes formes, selon le niveau de sévérité recherché.
- L'éperon Schultheis La tige est longue, le bout est à molette dentée. Les pointes des dents sont ronde pour un meilleur dosage de l'action de la jambe du cavalier.
- L'éperon col de cygne La tige remonte verticalement, puis s'oriente progressivement vers l'horizontale à son bout, donnant à la tige une forme de cou de cygne. L'éperon col de cygne est recommandé pour les cavaliers qui chaussent longs, pour éviter que le talon ne remonte à chaque action visant à toucher le flanc du cheval.
- L'éperon marteau La tige est longe, et comme son nom l'indique, le bout évasé revête une forme de marteau. La surface de contact avec le corps du cheval est augmentée, ce qui implique une parfaite fixité de la jambe du cavalier.
L'éperon comme le prolongement de la jambe du cavalier
Dans son essence, l'éperon a comme fonction d'affiner les aides du cavaliers. On dit alors qu'il est le prolongement de la jambe. Une jambe fixe, contrôlée dans chacun de ses mouvement, si infimes soient-ils. Une aide qui permet de toucher le cheval avec précision, de le frôler, pour le voir danser et exécuter avec légèreté les plus belles figures. Appuyer, passage, pirouettes, l'éperon devient un allié dans la recherche d'une équitation harmonieuse. Utilisé à bon escient, il pique lorsque le cheval ne répond plus. Une fraction de seconde. Puis guide lorsque le cavalier et sa monture ne font qu'un.
L'éperon, hélas, est parfois utilisé comme un simple artifice. Un effet de mode, parce que les bons cavaliers en portent. Sans jamais se questionner sur sa véritable utilité, ici, maintenant, avec ce cheval. Un ego surdimensionné qu'il faut nourrir coûte que coûte. Paraître. Montrer. Et ne plus rien sentir. L'éperon est parfois usé avec ignorance, pour combler les lacunes d'une équitation mal comprise. Un cheval blasé, fermé, qui s'enfuit dans sa bulle, et un coup d'éperon pour qu'il réagisse de plus belle. Un geste violent, continu, qui rappe, qui blesse. Un cheval qui ne se porte plus en avant mais qui fuit. Qui n'est plus attentif mais qui craint. Qui tente de répondre en vain.
L'éperon est un allié, ou un ennemi. Il est "un rasoir dans les mains d'un singe". Précieux ou destructeur, il est un outil qu'il faut comprendre, pour un jour peut-être rejoindre les maîtres d'une équitation belle et respectueuse.