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Les études critiques concernant le handicap sont peu développées dans l’aire francophone, contrairement à l’aire anglophone. Elles nous aident pourtant à changer notre regard sur cette question.
La pédagogie critique de la norme
La pédagogie critique de la norme a pour objectif de nous amener à réfléchir sur les normes implicites qui structurent nos sociétés et qui sous-tendent des processus de discrimination. La notion de handicap n’existe en réalité que relativement à une norme implicite qui n’est que rarement interrogée: celle de la personne valide. C’est par rapport à cette norme idéale qu’est le valide que les personnes en situation de handicap sont sensées pouvoir être regroupées dans une catégorie commune qui se caractériserait par une déficience par rapport à cette norme. En effet, quoi de commun entre un handicap mental, sensoriel, moteur ou encore cognitif, si ce n’est d’être considérés comme en déficience par rapport aux personnes valides sur un ou plusieurs points donnés?
Cette norme implicite est parfois appelée «validisme» ou «capacitisme». Ainsi, sur le plan philosophique, plutôt que se placer sur le plan de la déficience et du manque, il peut être possible de considérer le handicap comme relevant de la différence. Ainsi, certaines personnes préfèrent utiliser les termes de diversités fonctionnelles ou encore de «neurodiversité» pour parler de différences de capacité physique ou de fonctionnement cognitif. Cette différence peut faire peur et elle est bien souvent l’objet de préjugés ou de stéréotypes.
Le modèle social du handicap
Le modèle social du handicap entend sortir de l’appréhension du handicap comme une question médicale, pour le penser comme une question sociale. Les études critiques du handicap dénaturalisent la question du handicap en s’intéressant à la part de construction sociale. Il ne s’agit pas seulement des normes sociales, mais surtout des conditions sociales matérielles qui produisent la situation de handicap. Car celui-ci est également le produit d’une interaction avec un environnement.
La question de l’accessibilité est ainsi une des problématiques majeures de la construction sociale du handicap. De fait, comme fait social, il peut être considéré comme un rapport social qui conduit à l’existence de discriminations systémiques. Les personnes en situation de handicap peuvent vivre des discriminations dans l’accès aux études et à la formation, à l’emploi, au logement et, plus largement, dans leur vie quotidienne – par exemple, dans l’accès aux loisirs.
La perspective de l’inclusion sociale pose la responsabilité de la société dans la lutte contre les obstacles matériels et sociaux qui empêchent les personnes en situation de handicap de pouvoir mener une existence comme les autres personnes. Mais, il peut être aussi possible, si on considère le handicap sous l’angle de la différence, de s’interroger sur la place que nos sociétés sont capables d’accorder aux personnes différentes sans nécessairement chercher à les normaliser.
L’invisibilité du handicap
Le handicap peut être défini comme une limitation définitive ou temporaire des capacités d’un individu. Le sociologue Erving Goffman dans son ouvrage, Stigmate, les usages sociaux du handicap (1975), a montré comment le handicap pouvait être l’objet d’une stigmatisation sociale, ce qui conduit un certain nombre de personnes à tenter de masquer leur handicap. Or à l’inverse, pour environ 80 % des personnes en situation de handicap, cette situation est invisible. Elles se trouvent ainsi dans une situation ambivalente. Une grande partie des personnes en situation de handicap invisible peuvent rencontrer la suspicion d’autrui et être perçues comme des simulatrices, étant donné qu’après tout, elles n’ont «pas l’air handicapées».
Le handicap cognitif. En France, la loi de 2005 a introduit la notion de handicap cognitif. Dans le système scolaire, la question du handicap cognitif a pris une grande importance car elle regroupe plusieurs catégories qui touchent un nombre croissant d’enfants: troubles dys-, entre autres la dyslexie et la dyspraxie (difficulté à effectuer des mouvements coordonnés), ou encore le TDAH (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité). Il s’agit de troubles spécifiques de l’apprentissage. Une autre catégorie a pris une place croissante au sein de l’institution scolaire, ce sont les troubles du spectre autistique. Ils se caractérisent pas deux aspects, en particulier les troubles des habilités sociales et les intérêts spécifiques. Ces troubles ont pour points communs de faire partie des handicaps invisibles.
De manière générale, il est sans doute important de changer le regard social sur le handicap et de transformer la société afin de lutter contre les discriminations systémiques dont sont l’objet les personnes en situation de handicap. Trop souvent, le handicap reste perçu comme une question médicale et n’est pas également perçu sous l’angle de la question sociale, politique et philosophique. En réduisant le handicap à un problème médical, on limite la réflexion sur la responsabilité de la société dans la construction des situations de discrimination à l’égard des personnes en situation de handicap.
Enseignante en philosophie et chercheuse en sociologie, présidente de l’IRESMO, Paris, iresmo.jimdo.com. Publication récente: Paulo Freire, Pédagogue des opprimé-e-s, éd. Libertalia, janvier 2018.