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«L’homophobie peut dans certains cas être le fruit d’une homosexualité refoulée», explique Boris Cheval, chercheur au laboratoire de méthodologie et d’analyse de données de Genève. Une conclusion qui fait suite à une étude qu’il a menée pendant près de deux ans et qui a paru en mars 2016 dans le «Journal of Sexual Medicine». C’est la première étude du genre en Suisse. Dans le panorama des recherches sur la question de l’homophobie comme forme d’homosexualité refoulée ou non, cette recherche apporte un regard plus nuancé et repose sur une nouvelle méthode d’analyse.
Deux écoles de pensée
«Il y a deux grandes écoles de pensée, explique Boris Cheval: celle qui affirme que l’homophobie est une homosexualité refoulée et celle qui conclut que l’homophobie correspond à une répulsion ou un vif dégoût vis-à-vis de l’homosexualité.» Des constats tranchés comme celui d’Henry Adams de l’Université de Géorgie aux Etats-Unis. Dans son article paru dans le «Journal of Abnormal Psychology», en 1996, il avait démontré que les hommes homophobes avaient une augmentation de la taille de leur verge à la vue de vidéos homosexuelles. L’auteur en a alors conclu que ces résultats pouvaient être interprétés comme l’expression d’une attraction inconsciente ou refoulée pour le même sexe.
Mais, comme le souligne Boris Cheval, le paramètre de l’excitation physique n’est pas suffisant pour tirer de telles conclusions, car cet effet peut aussi être la conséquence d’une anxiété ou d’une peur. C’est notamment dans l’étude menée par la professeure Netta Weinstein de l’Université d’Essex (Roy.-Uni) et paru en 2012, que le lien entre homophobie et homosexualité trouve davantage de nuances. Cette étude britannique était la première à documenter les facteurs parentaux et d’orientations sexuelles dans la formation d’une peur intense et viscérale des homosexuels. Elle reposait sur quatre expériences distinctes, menées aux États-Unis et en Allemagne, chaque étude impliquant une moyenne de 160 étudiants. Elle suggérait que l’homophobie était la conséquence fréquente d’une éducation trop autoritaire et qu’elle serait plus prononcée chez les personnes ayant une attirance inavouée vers le même sexe.
Impulsivité
Des conclusions que partage l’étude menée à l’Université de Genève, qui propose toutefois d’aller encore plus loin. En effet, Boris Cheval apporte un éclairage inédit en intégrant à son travail un paramètre supplémentaire: le processus impulsif. «Ce processus est inconscient et porté par les émotions, précise le chercheur. Dans le cas de l’homophobie, c’est la réaction immédiate à un stimulus homosexuel. La vue d’un couple d’hommes s’embrassant ou d’une couverture osée d’un magazine gay peut par exemple, provoquer une impulsion incontrôlée d’attirance ou de répulsion. Ce processus s’oppose au processus rationnel qui est, quant à lui, conscient et lent. Dans le cadre de notre étude, il correspond au degré d’homophobie.»
Les homophobes vont démontrer un intérêt homosexuel, mais uniquement s’ils ont une attraction latente envers l’homosexualité, précise-t-il. Nous ne mettons pas tous le monde dans le même panier
C’est donc en confrontant ces deux mesures que l’étude a été menée sur 38 étudiants hommes de la faculté de psychologie de Genève. «Le degré d’homophobie a été estimé à l’aide d’un questionnaire, explique le chercheur. Nous avons ensuite mesuré pour chaque volontaire l’intensité de son impulsion attractive ou répulsive à la vue d’images homosexuelles et hétérosexuelles. Enfin, nous avons mesuré le temps de regard des étudiants devant les images homosexuelles. Cette dernière donnée fournit une mesure comportementale de l’intérêt sexuel. Nous avons ainsi pu montrer qu’un haut degré d’homophobie et une forte attraction impulsive vers des stimuli homosexuels permettent de prédire que la personne passera plus de temps à regarder une image à caractère homosexuel que les autres.»
Pour Boris Cheval le lien entre homophobie et homosexualité est donc clair, mais pas systématique. «Les homophobes vont démontrer un intérêt homosexuel, mais uniquement s’ils ont une attraction latente envers l’homosexualité, précise-t-il. Nous ne mettons pas tous le monde dans le même panier.» Comme les autres études qui établissent un pont clair entre homophobie et homosexualité, le dénominateur commun reste le conflit interne entre deux tendances fortement opposées. «Cette dissonance a pour effet de créer une tension et un stress qui engendrent des comportements agressifs vis-à-vis des homosexuels», poursuit le chercheur. Selon lui, il serait donc possible d’imaginer dans le futur des moyens d’amener ces personnes à réduire ces tensions.
» En savoir plus sur le site de l’Université de Genève