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Le défi italien Luna Rossa tentera à partir de mercredi de déposséder les Néo-Zélandais, chez eux à Auckland, de la prestigieuse Coupe de l'America. Avec ses voiliers futuristes, cette «vieille dame» du sport requiert autant d'ingéniosité technique que de qualités nautiques.
Et c'est là une des raisons de la fascination qu'exerce cette vénérable compétition, retardée de quatre jours en raison du reconfinement ordonné dans la plus grande ville de Nouvelle-Zélande après la découverte de nouveaux cas de Covid-19. Sa première édition a beau s'être disputée sous les yeux de la reine Victoria il y a 170 ans, en 1851, dans la brise anglaise de l'île de Wight, l'épreuve n'a jamais semblé aussi fringante, avec ces fusées bourrées de technologie qui naviguent sans presque mouiller leur coque.
A l'instar de la majorité des bateaux qui viennent de boucler le Vendée Globe, les AC-75 – des monocoques de 75 pieds (23 mètres) spécialement conçus pour la Coupe de l'America – sont transpercés de foils, des appendices latéraux qui permettent de soulever le bateau et, en réduisant la résistance de l'eau, de l'emporter bien au-delà de la vitesse du vent.
C'est l'actuel tenant du titre, Team New Zealand, qui fut pionnier dans l'utilisation des foils sur la Coupe de l'America, lors de la préparation de la 34e édition programmée en 2013. Le concept semblait alors tellement saugrenu que certains affirmèrent en 2012 que les photos du catamaran kiwi avaient été retouchées.
«Comme affronter les All Blacks»
Toujours à la pointe du développement technologique, les Néo-Zélandais feront figure de favoris pour s'adjuger la 36e édition au meilleur des treize manches. Longtemps chasse gardée des Américains (28 victoires sur 29 possibles entre 1851 et 1992), la Coupe de l'America ne s'est réellement mondialisée qu'au cours des trois dernières décennies.
Depuis, les Kiwis ont six fois sur sept été en finale, soulevant trois fois l'aiguière d'argent (1995, 2000 et 2017) et s'inclinant notamment face à Alinghi en 2007. Team New Zealand a encore dominé fin décembre les régates préparatoires, son voilier «Te Rehutai» se montrant supérieur dans toutes les conditions de vent.
A en croire l'un des deux barreurs de Luna Rossa, l'Australien Jimmy Spithill, les Kiwis sont tout simplement la meilleure équipe du monde. «Aller se mesurer à Team New Zealand sur leur plan d'eau, c'est la même chose que pour un rugbyman d'affronter les All Blacks en finale de Coupe du monde à l'Eden Park», avance l'Australien. «C'est un privilège incroyable.»
La vérité d'un jour
Luna Rossa a avancé sans se faire remarquer, après avoir été dominé lors des premières régates, sans enjeu, par Ineos Team UK et American Magic. Mais le défi italien n'a cessé de progresser pour couler 4-0 les Américains en demi-finale de la Prada Cup, avant de torpiller les Britanniques 7-1 lors de la finale de cette compétition destinée à déterminer le challenger de Team New Zealand.
Voilà deux mois que Luna Rossa vit sous la menace d'être renvoyé à son ponton méditerranéen en cas de faux pas. Et pour Spithill, cette pression vaut toutes les préparations, alors que Team New Zealand sait depuis quatre ans et son triomphe aux Bermudes qu'il la disputera, la Coupe de l'America. «Nous avons eu de vraies régates, voilà la différence. Il y avait eu le risque de passer à la trappe», observe l'Australien. «Eux, ils ont dû s'entraîner seuls.»
On dit Luna Rossa plus fort dans les vents faibles, et le Team New Zealand plus homogène. Mais rien n'est figé avec ces AC-75 auxquels marins et techniciens ne cessent d'apporter des améliorations, y compris entre les manches. Ce qui fait que la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain, d'autant que les équipages progressent aussi constamment dans la maîtrise de leur délicat engin à ses différentes allures.
En 170 ans d'histoire, un seul équipage européen est parvenu à remporter la Coupe, le syndicat suisse Alinghi, sacré en 2003 et en 2007. Pour les Italiens de Luna Rossa, le défi est immense.
ATS