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L'embargo américain sur le pétrole vénézuélien entré en vigueur dimanche a pour but affiché de pousser le président Nicolas Maduro vers la sortie, en visant le pilier de la fragile économie vénézuélienne. Le pétrole représente en effet 96% du revenu national et le FMI prévoit une chute du PIB de 25% cette année dans le pays.
Il s'agit l'une des mesures annoncées par le président Donald Trump pour renverser le gouvernement vénézuélien au profit de l'opposant Juan Guaido, président par intérim autoproclamé et reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, dont la plupart de ceux d'Amérique latine.
Embargo suivi à l'étranger
Le Venezuela exportait fin 2018 un demi-million de barils par jour vers les Etats-Unis, et trois quarts de ses revenus pétroliers provenaient de clients américains. La filiale américaine de la compagnie pétrolière publique vénézuélienne PDVSA, Citgo, possède des raffineries, des oléoducs et des participations dans des terminaux pétroliers sur le sol américain, et des milliers de stations-service portent l'enseigne Citgo.
Selon le juriste vénézuélien spécialisé en droit international Mariano de Alba, les achats de pétrole vénézuélien par les Etats-Unis avaient déjà nettement chuté, mais les sanctions auront quand même un effet, puisqu'elles s'appliquent à toutes les sociétés étrangères entretenant des liens avec les Etats-Unis, ce qui couvre la quasi-totalité de la planète. "Il est sûr que les sanctions seront appliquées et que les risques augmentent pour les entreprises", a ajouté Mariano de Alba.
Ainsi, les sociétés indiennes – troisième pays importateur de pétrole vénézuélien en 2017 après les Etats-Unis et la Chine – ont déjà commencé à se retirer en prévision des sanctions, faisant de la Chine et de la Russie les principaux soutiens du président Maduro. Selon le consultant Rapidan Energy Group, la production de PDVSA pourrait chuter à 200'000 barils par jour, contre 3,2 millions en 2008. Elle était déjà tombée à 840'000 barils en mars.
"Sanctions conçues pour détruire l'économie du Venezuela"
Dans une étude publiée en avril, deux économistes américains progressistes, Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs, préviennent que l'embargo affectera surtout les Vénézuéliens ordinaires. "Les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l'économie du Venezuela", indique Jeffrey Sachs dans cette étude. "C'est une politique vaine, cruelle, illégale et vouée à l'échec, qui nuit gravement au peuple vénézuélien".
Les Etats-Unis rendent Nicolas Maduro responsable de la crise économique actuelle et promettent d'aider le pays à se remettre sur pied, mais seulement une fois le président vénézuélien parti. Quelque 2,7 millions de Vénézuéliens ont fui le pays depuis 2015 face aux pénuries de biens de première nécessité et de médicaments, selon les chiffres de l'ONU.
>> Ecouter l'interview de Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Bank
afp/vic