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Le président. Nous avons reçu ce jour la lettre de démission, avec effet immédiat, de notre collègue Claude Blanc concernant son mandat de député.
Madame la secrétaire, je vous prie de lire ce courrier très bref.
Le président. Merci, Madame la secrétaire du Bureau du Grand Conseil.
Quelle carrière que celle de M. Claude Blanc, Mesdames et Messieurs ! Il a été élu député pour la première fois en 1985. Depuis, il a été réélu à chaque législature. Il a donc siégé au Grand Conseil pendant dix-neuf ans ! Il a effectué plusieurs présidences de commissions - la liste est longue... Il a été président de la commission du logement en 1990 et 1991; président de la commission de l'économie en 1993 et 1994; président de la commission des finances en 1996 et 1997; président de la commission des travaux en 2000 et 2001 et, enfin, président de la commission fiscale depuis novembre 2003.
Claude Blanc a été vice-président du Grand Conseil en 1991 et il a été assis à ma place en 1992 en qualité de président du Grand Conseil.
Par ailleurs, il a été élu au Conseil municipal de la commune de Meyrin de 1963 à 1975, soit pendant douze ans, et il en a été le président en 1970 et 1971... 1971 est l'année de ma naissance... Il a également été élu au Conseil administratif de cette commune de 1975 à 1987, c'est-à-dire pendant douze ans également, et il a assuré la fonction de maire à six reprises.
Par conséquent, il y a lieu de saluer cette prestigieuse et longue carrière politique de plus de quarante ans, signifiant l'engagement de Claude Blanc et son dévouement pour notre République. Sa présence, son authenticité, sa grande connaissance de nos procédures parlementaires nous ont tous impressionnés et sa forte personnalité laisse un souvenir marquant à chacune et chacun d'entre nous.
Nous tenons à remercier vivement Claude Blanc de son investissement pour le Grand Conseil et nous espérons qu'il aura, de temps en temps, quelques pensées compatissantes pour nous ! Nous formons nos voeux les meilleurs pour la suite de ses activités.
Je tiens à dire à titre personnel que mon coeur saigne, et j'espère qu'il en est de même pour toutes les personnes présentes dans cette salle, car la République perd aujourd'hui un de ses politiciens les plus brillants. (Applaudissements.)
Monsieur Patrick Schmied, vous avez la parole.
M. Patrick Schmied (PDC). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, comme vous, j'apprends aujourd'hui la nouvelle avec surprise et déception... Bien que Claude nous ait annoncé - comme à vous tous, je pense - sa retraite pour bientôt, là, il nous prend vraiment de court, car ce n'était pas prévu de façon aussi rapide... Je dois donc lui rendre hommage beaucoup plus tôt que prévu. J'ai toutefois le plaisir d'accueillir parmi nous notre président Mario Cavaleri qui lui succédera, si la commission des droits politiques le veut bien.
Claude va nous manquer, vous l'avez dit, Monsieur le président. Il va manquer à une bonne partie de ce parlement - je ne pense pas me tromper - en raison de ses improvisations brillantes, de son sens de la répartie, de son sens de l'Etat, de sa connaissance du fonctionnement du parlement qui, souvent, nous a sortis de l'ornière, d'autant plus que nous sommes toujours plus nombreux nouveaux ici et inexpérimentés. Et je suis sûr d'avoir oublié de ses autres qualités...
Quarante ans de vie publique, quarante de vie politique, cela veut dire quarante ans de don de soi. Et dans le cas de Claude, il ne me semble pas exagéré d'utiliser cette expression: don de soi à la collectivité !
Pascal Pétroz l'a dit: Claude a tout fait en politique genevoise: conseiller municipal, conseiller administratif, président de parti... C'est à lui qu'on doit l'exploit du PDC de 1985, que nous gardons encadré dans le parti. Claude a été député, président du Conseil et j'en passe...
Je me rends compte - et j'en suis désolé - que mon hommage est un peu lacunaire... L'émotion et la surprise me submergent. Tout ce que je peux dire maintenant à Claude, c'est: «Merci pour tout ! Et sans rancune de m'avoir obligé à improviser ton hommage !» (Applaudissements.)
M. David Hiler (Ve). Comme chacun le sait, lorsque les Verts sont arrivés dans ce parlement, ils ont trouvé en Claude Blanc un adversaire particulièrement résolu...
Claude Blanc a défendu avec beaucoup de vigueur, avec beaucoup d'énergie, avec beaucoup de franchise aussi, les positions qui étaient les siennes, qui, à l'évidence, n'étaient pas toujours celles d'une bonne partie de ce parlement. Si, exceptionnellement, nous prenons la parole aujourd'hui pour célébrer un député d'un autre parti, c'est que nous pensons qu'un élément doit être mis en avant dans toute la carrière politique de Claude Blanc, notamment ces dernières années: son immense respect pour les institutions ! Il a toujours su que, sans ce respect pour les institutions, il n'y a pas de démocratie. Il avait le sens de l'Etat et savait qu'il faut parfois savoir renoncer à une partie de ses prétentions pour préserver le fonctionnement de l'Etat et l'aura des institutions. Nous savons tous qu'il était déçu, ces dernières années, de ne pas voir ses convictions profondes partagées par beaucoup. Nous devons véritablement garder en tête la leçon qu'il nous donne aujourd'hui: les institutions démocratiques sont sacrées, et il faut savoir les respecter.
A titre personnel, pour avoir usé quelques pantalons à la commission des finances avec lui ces dernières années, j'aimerais lui dire que, bien qu'adversaire politique, je conserverai un immense respect pour le travail qu'il a accompli avec nous, et je le remercie du fond du coeur. (Applaudissements.)
M. Renaud Gautier (L). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, permettez au président de la commission des finances de faire part de sa fâcherie... Tout d'abord, à peine arrivé à la présidence de la commission des finances, la première chose que fait Claude Blanc, c'est de partir ! J'ai trouvé cela extrêmement désagréable, à titre personnel !
Et j'apprends aujourd'hui que Claude Blanc démissionne de ce parlement ! Je voudrais dire, puisque je me range parmi les jeunes auxquels M. le chef du groupe PDC a fait référence, que mes rapports avec Claude Blanc ont fort mal commencé... Pour ceux d'entre vous qui s'en souviennent, c'était à l'occasion d'une élection du Conseil d'Etat: M. Claude Blanc avait tenu quelques propos définitifs que j'avais trouvés un peu excessifs... J'étais alors président de parti.
Mais j'ai eu l'occasion de découvrir Claude Blanc à la commission des finances; celle-ci voyait arriver de jeunes députés, qui s'agitaient beaucoup et qui ne connaissaient pas grand chose. D'un air un peu goguenard et, en même temps, assez paternaliste, Claude Blanc était toujours là, avec d'autres «vieux crocodiles» - dont David Hiler, pour ne pas le nommer - pour leur rappeler que, si leurs idées étaient bonnes, un peu de maturité serait utile...
Le départ de Claude Blanc de ce parlement est un signe auquel nous devons être attentifs. Car il fait partie de ces gens - comme il y en a quelques-uns en face, derrière et à côté de moi - qui ont toujours su, malgré le débat des idées, respecter ce que ce parlement représente et ce qu'est ce pouvoir par rapport aux autres. Je regrette son départ... Je regrette son départ inopiné, et je pense qu'il aurait mérité de partir en assistant à cette séance pour entendre ce que nous avions à lui dire.
Je le répète - comme mon vice-président David Hiler l'a dit tout à l'heure - nous nous devons d'être attentifs au fait que quelqu'un de sa qualité quitte l'un des pouvoirs. Et il faut nous demander s'il n'est pas en train de nous envoyer un message, de nous donner un signe que nous n'aurions pas su déceler assez tôt.
Claude Blanc s'en va. Il sera remplacé par un petit jeune... A chacun son tour d'être jeune dans ce parlement... Ce parlement devra se rappeler la longue carrière qui a été celle de Claude Blanc et les piques qu'il a su décocher... Je me rappelle, entre autres, avoir assisté à quelques échanges entre lui et un ancien conseiller d'Etat qui siège en face de moi, dont je me demandais, au début, s'ils n'étaient pas un peu surréalistes, avant de me rendre compte qu'il s'agissait d'un débat de haute qualité profitable à tous.
Je serai parmi ceux qui regretteront Claude Blanc. (Applaudissements.)
M. Christian Grobet (AdG). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, je voudrais faire suite aux propos de M. Gautier... Il est vrai, pour reprendre vos termes, qu'en certaines circonstances M. Blanc tenait des propos excessifs, ou en tout cas très tranchants. J'en ai fait l'expérience... (Commentaires.)Laissez-moi finir ! ... Mais je suis loin d'être le seul, parce que, comme cela a été souligné tout à l'heure, M. Blanc avait un sens de l'à-propos que beaucoup peuvent lui envier... Il intervenait du tac au tac.
Mais, aujourd'hui, je veux m'associer aux hommages rendus à celui qui a beaucoup donné dans ce parlement. J'ai siégé dans cette salle pendant toute la période où il y était, et j'ai donc eu le temps d'apprécier toutes ses qualités, notamment lorsque j'étais au Conseil d'Etat, au moment où il a fallu mettre en place les règles d'aménagement du territoire de ce canton. Grâce à M. Blanc - mais aussi à M. John Dupraz - il a été possible, à l'époque, de trouver une cohésion au sein de ce Grand Conseil, pour mener une politique raisonnable de l'aménagement du territoire. Personnellement, je lui suis extrêmement reconnaissant de l'action qu'il a conduite dans ce domaine en particulier, car il était difficile pour le Conseil d'Etat de rallier les uns et les autres sur cette question.
M. Blanc a également démontré qu'il possédait les véritables qualités d'un homme d'Etat. En effet, chaque fois que des décisions importantes devaient être prises - on a pu le voir au sujet des finances, mais aussi pour la Banque cantonale de Genève, ou d'autres domaines dans lesquels les institutions de Genève étaient en cause - M. Blanc a toujours adopté la position qu'il fallait dans le respect de la démocratie - M. Hiler l'a évoqué tout à l'heure.
Monsieur Gautier, faut-il regretter qu'il ne soit pas là en ces instants ? Parfois, dans la vie, on ne désire pas - en tout cas certains... - entendre certains propos, même s'ils sont élogieux... La discrétion de M. Blanc correspond parfaitement à son style, et je crois qu'il faut respecter sa décision.
Je m'associe aux remerciements qui lui ont été adressés tout à l'heure. (Applaudissements.)
Le président. Merci, Monsieur le député. Il est pris acte de la démission de M. Blanc. Nous passons au point suivant.