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Basé sur un roman datant de 1974, « Si Beale Street pouvait parler » relate des faits dramatiques sans être bouleversant. Teinté d’une certaine mélancolie, le film est malheureusement trop incohérent par rapport à la période histoire relayée.
Dans les années 70, Tish et Fonny envisagent de se marier. Loin des manifestations parfois violentes, mais tout autant concernés par la ségrégation omniprésente à Harlem, le couple se montre donc méfiant envers les blancs désireux de les aider un peu trop. Malgré leur prudence accrue au moment où Tish tombe enceinte, Fonny se fait arrêter et incarcéré manu militari et suite à ce qui semble être une erreur judiciaire. Croyant à cette méprise, Tish et sa famille vont s’acharner afin de prouver l’innocence de Fonny. Car il est crucial pour eux que le futur papa voit son enfant grandir.
Produit notamment par les studios de Brad Pitt (« Plan B Entertainment ») et réalisé par Barry Jenkins (« Moonlight« ), le roman fut écrit par James Arthur Baldwin et publié dans les années 70 en anglais, puis en français. Le dramaturge, encore méconnu du grand public et dont les ouvrages ont été rarement adaptés au cinéma, a vécu une enfance et adolescence assez malheureuses. Remettant en cause sa religion, sa sexualité et son pays (les Etats-Unis), il finira par s’exiler en France avec l’espoir de ne plus être traité de « nègre » et donc, d’être davantage respecté. Il semble finalement que sa vie en Europe ait été plus tranquille avec le temps, car il devint même ami avec certaines personnalités comme la chanteuse Nina Simon ou le comédien Yves Montand.
Si le cinéaste Barry Jenkins a choisi de transposer cette œuvre littéraire à priori intrigante et quelque peu dénonciatrice, la romance omniprésente ne cesse de diminuer l’intensité de la trame. Certes, l’histoire d’amour est au cœur du scénario, mais les ébats sentimentaux sont trop mis en avant. Car les mauvais traitements infligés à la communauté noire dans les années 70, restent souvent écartés et pas assez filmés au sein du long-métrage. En fait, « Si Beale Street pouvait parler » peut donner l’impression que l’amour peut triompher de tout, sauf peut-être d’un emprisonnement.
Si cette décision scénaristique demeure décevante et rend « Si Beale Street pouvait parler » un peu plus ennuyeux, la distribution des rôles et leurs interprétations fonctionnent nettement mieux. A commencer par les jeunes comédiens-iennes principaux joués respectivement par Kiki Layne (« Chicago Med« ) et Stephan James (« Selma« ). Pour l’actrice, il s’agit de son tout premier rôle au sein d’un film d’une telle envergure. Quant à son collègue, il est vrai que sa carrière ne le propulse pas (encore) dans l’environnement des grosses productions, mais ses choix lui permettent d’être efficace. Les autres membres du casting, à l’exemple de Regina King (« The Strain« ) ou Colman Domingo (« Fear The Walking Dead« ), incarnent bien les parents soutenant leurs enfants même lors de situations délicates.
Grâce à ces derniers d’ailleurs, « Si Beale Street pouvait parler« , montre qu’un bon entourage familial aide à surmonter de nombreuses difficultés de la vie. D’autres plus-values sont relativement bien filmées et renforcent le côté émouvant de cette réalisation. Au travers des personnages évidemment, mais également au niveau des décors réels, recréés ou encore de la musique qui apporte notamment, la touche mélancolique appropriée.
Malheureusement, tous ces éléments pas forcément à rendre le film plus captivant. Notamment à cause de la trame trop mielleuse. Toutefois, le film s’adresse à un large public curieux de connaître les héros et l’intensité de leur amour. Les spectateurs-trices appréciant ces genres de sujets, l’aimeront certainement davantage.
Car finalement, l’espoir se dégageant de l’œuvre cinématographique, le rend plutôt positif et chaleureux.
Si Beale Street pouvait parler (If Beale Street Could Talk)
USA – Drama
Réalisateur: Barry Jenkins
Acteur: Ed Skrein, Dave Franco, Pedro Pascal, Diego Luna, Regina King, Brian Tyree Henry, Finn Wittrock, Michael Beach, Aunjanue Ellis, Colman Domingo
DCM
30.01.2019 au cinéma