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N° 138 (26/11/2008). A la une: Résistance p. 16
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Libre opinion
Socialisme et utopie«C’est la volonté utopique qui guide tous les mouvements de libération (…)»1 C’est ainsi que Ernst Bloch, dans le Principe espérance, définit de manière non-orthodoxe et à contre-courant l’esprit qui anime le socialisme.
Friedrich Engels dans Socialisme utopique et socialisme scientifique (1880) jetta le blâme de manière durable sur l’utopie. En effet, celle-ci, selon Engels, quoique ayant anticipé le marxisme avec des auteurs comme Fourier, Owen ou Cabet, ne contient encore que les premiers balbutiements d’une conscience de classe. Sa structure, trop rationnelle et statique, l’invalide face à la dialectique historique et à la lutte des classes. Pour Engels, l’utopie ouvrière doit laisser la place au marxisme, seul outil permettant au prolétariat d’instaurer une société sans classes.
Pourtant, selon Ernst Bloch, l’utopie ne participerait pas tant d’une pensée encore enfantine, mais au contraire serait avant tout la manifestation d’un espoir, qui se verrait ensuite reproduit dans des représentations particulières, comme ce que nous qualifions d’utopies littéraires ou architecturales.
En ce sens, le socialisme à l’heure actuelle nécessite une utopie au sens de «idée-force», ou «idée-image», à savoir: une architecture de notions et de concepts qui nous permettra de poursuivre et de stimuler l’érection de la cité de demain. Le but poursuivit est de «réenchanter le monde», de transmettre la foi en un projet socialiste, comme ce fut le cas pour l’idéal communiste avant la stalinisation de l’URSS.
Il nous semble important de souligner ici, dans une première approche, les grandes lignes telles qu’elles se présenteraient dans un monde non capitaliste.
En premier lieu un véritable projet socialiste doit être écologiste. A l’heure actuelle, il ne semble pas que le monde capitaliste de la concurrence et de l’intérêt personnel soit en mesure de véritablement affronter les difficultés qui nous attendent ces prochaines décennies. Jusqu’à ce jour, toutes les réunions multiétatiques qui se sont penchées sur le problème climatique n’ont fait que décider des semi-mesures peu ou pas appliquées. L’économie capitaliste étant une machine à engendrer de la richesse pour ceux qui la dirigent, elle ne prendra probablement des mesures au niveau mondial, que le jour où l’ampleur des catastrophes l’y obligera. A ce moment-là il sera déjà trop tard pour une grande partie de l’humanité.
L’autre grande tâche qui nous attend est celle de la construction d’une économie alternative. Sans projet économique toute volonté de changement est vouée à l’échec.
Par rapport à cela, le noyau de base à promouvoir semble être l’autogestion. Néanmoins, il nous faut également réfléchir aux moyens à mettre en œuvre afin de répartir la propriété entre les divers employés des noyaux autogérés, ainsi qu’à encourager et développer l’initiative individuelle sans pour autant que celle-ci devienne un vecteur de l’exploitation et de l’impérialisme ainsi que cela se passe à l’heure actuelle. Sans oublier également l’organisation des échanges entre les diverses entités autogérées, ainsi que les rapports avec les pays environnants. De ce point de vue, il faut réfléchir à la question suivante: la conservation d’une organisation de type étatique est-elle nécessaire?
L’alternative d’une économie globalement planifiée n’est plus aujourd’hui défendable. De par la concentration de pouvoir qu’elle engendre entre les mains de quelques individus, de par l’ampleur démentielle et totalement inefficace de l’appareil bureaucratique et également de par la sophistication matérielle atteinte par la civilisation actuelle.
L’écologie et l’économie semblent ainsi au sens large, se dégager comme les deux contraintes fondamentales dans la construction d’un type de société différent.
L’idéal poursuivit par un tel projet est toujours le même, à savoir l’homme. En effet, il est de notre devoir d’élaborer un monde qui se présente enfin comme une réelle progression pour le genre humain. De nos jours, il n’y a dans le marché aucun projet de société globale, aucune volonté de réalisation historique de l’humanité. Le capital ne propose qu’un monde de consommation vide, d’aliénation, d’apathie, de violence et de haine.
Nous devons enfin mettre un terme à la tyrannie du monde de l’entreprise capitaliste, c’est-à-dire mettre à bas le carcan de mesures et de règles sans cesse renouvelées par les entreprises et qui enserrent nos vies quotidiennes comme les barreaux d’une cage. Ainsi, un être humain qui n’a pas demandé à naître, n’est également pas destiné à suivre une formation dans le seul objectif de trouver un travail et de gagner sa vie. Un homme étant né, n’a plus besoin de justifier son existence. Par contre, il ressent le besoin de lui donner un sens. Par rapport à cela, le monde capitaliste ne fait que broyer aspiration sur aspiration, ne présentant que comme seuls règles valables celles qui sont validées par la nécessité des patrons.
C’est donc à nous d’imaginer un monde où chacun pourra enfin choisir l’existence qui lui convient le mieux, selon ses désirs personnels en perpétuel changement, sans pour cela avoir à souffrir la moindre discrimination, qu’elle soit de nature économique, politique ou sociale. Le bien-être des autres consistant, bien entendu, la seule barrière à l’épanouissement personnel.
Helder Mendes Baiao1 BLOCH, Ernst, Le principe espérance, trad. de l’allemand par Françoise Wuilmart, Paris, Gallimard, 1976, (1954), vol. 1, p. 15.
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