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Le col du Klausen, qui relie le canton de Glaris à celui d’Uri en Suisse alémanique, a été le théâtre d’une des courses de côte les plus célèbres d’Europe. Organisée pour la première fois en 1922, la course de côte du Klausen fête donc son 100e anniversaire cette année. Et si l’on parle encore d’elle aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle a souvent été l’objet de formidables duels. Celui de la dixième et dernière édition, en 1934, avait notamment opposé la Mercedes W25 de Rudolf Caracciola à l’Auto Union 16 cylindres de Hans Stuck. Le premier nommé ne s’imposa qu’avec trois secondes d’avance après 21,5 km de course, 1237 mètres de dénivelé et 136 virages surplombant parfois de vertigineux précipices !
La Suisse a été un haut lieu du sport automobile mondial. On en veut pour preuve la course de côte du Klausen qui, entre les deux guerres mondiales, a attiré les principales marques de l’époque (Alfa Romeo, Auto-Union, Bugatti, Hispano-Suiza, Mercedes…) et quelques-uns des meilleurs pilotes du monde, avant tout Louis Chiron, Rudolf Caracciola, Tazio Nuvolari et Hans Stuck. Au terme des dix éditions organisées de 1922 à 1934, ce sont les deux premiers qui ont le plus marqué cette épreuve considérée comme l’une des plus difficiles. Louis Chiron est en effet le détenteur du record de victoires puisqu’il s’y est imposé à trois reprises : 1927, 1929 et 1930. Chaque fois au volant d’une Bugatti. Lors de sa troisième victoire, le patron Ettore Bugatti s’était déplacé au volant de sa Bugatti Royale, une des voitures les plus chères et les plus exceptionnelles de l’histoire de l’automobile avec ses 300 chevaux, ses 3125 kg et ses six mètres de long.
À PLUS DE 200 KM/H !
Si le Monégasque Louis Chiron est le détenteur du record de victoires, c’est en revanche l’Allemand Rudolf Caracciola – naturalisé suisse en 1946 – qui est le détenteur du record du parcours. Après l’avoir abaissé à 15’50’’ lors de sa première victoire absolue en 1932 avec une Alfa Romeo P3, « Rudi » Caracciola réussit à faire encore mieux deux ans plus tard. Lors de sa deuxième victoire absolue, au volant cette fois-ci d’une redoutable Mercedes W25, il y établit un nouveau record du parcours en 15’22’’. Cela à 83 km/h de moyenne et avec une vitesse de pointe de plus de 200 km/h dans la ligne droite d’Urnerboden ! Cette 10e et dernière édition de 1934 ne restera pas seulement dans les annales pour ce nouveau record du parcours mais également pour le formidable duel que Rudolf Caracciola avait livré à Hans Stuck. Celui-ci, au volant d’une Auto-Union 16 cylindres développée par Ferdinand Porsche, ne s’était avoué battu que pour trois petites secondes ! Cela après 15 minutes de course ! On mesure mieux l’exploit lorsqu’on sait que Josef Nieth, vainqueur de la première édition, le 27 août 1922 avec une Hispano-Suiza, avait été chronométré en 21’43’’ avec une vitesse moyenne de 56 km/h.
QUI ÉTAIT LOUIS CHIRON ?
Recordman des victoires au Klausen, Louis Chiron (1899-1979) a longtemps couru sur Bugatti. Les responsables de la marque de Molsheim ont d’ailleurs donné son nom à la Bugatti Chiron présentée en 2016 au Salon de Genève. C’est en 1924 que Louis Chiron commence à courir au volant d’une Bugatti. L’année suivante, il est sacré champion de l’Automobile Club de Nice après avoir remporté plusieurs courses avec une Bugatti 30. Peu après, il rencontre Alice Hoffmann, épouse de l’héritier du groupe pharmaceutique Hoffmann-La Roche, Alfred Hoffmann. Ce dernier, séduit par le talent du jeune pilote, lui achète une Bugatti 35 pour la saison 1926. Le pilote monégasque gagne de nombreuses victoires à son volant avant d’intégrer l’équipe d’usine Bugatti avec laquelle il s’impose à Rome, Reims, Monza et bien entendu au Klausen. En 1933, il quitte Bugatti et fait courir des Alfa Romeo au sein de l’écurie « CC » qu’il a fondée avec Rudolf Caracciola. Ce dernier épousera en secondes noces Alice Hoffmann qui avait divorcé d’Alfred Hoffmann et qui partagea plusieurs années la vie de Louis Chiron. Ce dernier dispute en 1955, à Monaco, son dernier grand prix à l’âge de 55 ans et 9 mois devenant ainsi le pilote le plus âgé ayant participé à un grand prix de F1.
LES VOITURES ÉTAIENT MAL VUES
D’après les journaux de l’époque, 15’000 spectateurs s’étaient déplacés pour assister à la première course sur cette route de montagne dont la construction avait été achevée en 1899 après six ans de travaux. Elle n’était pas seulement destinée aux diligences qui reliaient les 50 km entre Linthal, dans le canton de Glaris, et Altdorf, dans le canton d’Uri, mais également aux manœuvres militaires. Ces dernières nécessitant une chaussée d’une largeur minimale de 5 m, des courbes avec un généreux rayon et une déclivité ne dépassant pas 9%, la route qui menait au col du Klausen offrait également un terrain idéal à la pratique du sport automobile. Ce d’autant plus qu’elle ne traversait aucun village, évitant ainsi le problème des nuisances causées aux riverainsDéjà à l’époque, dans ce panorama montagneux digne des aventures de Heidi, les voitures étaient très mal vues au sein de la majeure partie de la population. Les routes n’étant pas asphaltées, le passage d’une automobile lancée à toute vitesse soulevait d’immenses nuages de poussière et le son des échappements libres des voitures de course était moins mélodieux aux oreilles de certains que celui du cor des Alpes ! Si le problème de la poussière est désormais résolu par l’asphaltage des routes, celui du bruit demeure très sensible. Il empêche aujourd’hui l’organisation de courses historiques commémoratives avec une participation internationale comme cela avait été le cas en 1993, 1998, 2002, 2006 et 2013 avec le Klausen-Memorial. Cela revient-il à dire que le 100e anniversaire de la course de côte du Klausen ne donnera lieu à aucune course ? Pas tout à fait puisqu’une course aura bien lieu le 27 août prochain. Elle se déroulera cependant de façon virtuelle par l’intermédiaire de simulateurs. Ceux-ci, développés et fabriqués en Suisse par « RacingFuel Simulators », sont réalisés avec une grande richesse de détails. Son fondateur, Wani Finkbohner, nous le confirme : « Nous avons essayé de reproduire les bolides de l’époque avec le plus grand soin possible !»