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L'armée suisse a envisagé d'acquérir son propre satellite espion
Le Département de la défense a confirmé l'information, après avoir été confronté aux éléments de l'enquête de la RTS.
Capture d'écran d'une notice interne sur l’état des tractations menées avec la société S3. [RTS]
Cet embryon de programme spatial repose sur une "cellule espace" rattachée à l'Etat-major de conduite de l'armée. Et, les onze officiers de milice qui composent cette cellule sont pour l'essentiel des anciens employés de la société Swiss Space Systems (S3).
Pour rappel, la start-up S3 promettait une navette spatiale suisse pour lancer des satellites à prix cassés depuis Payerne (VD). Elle a sombré dans une retentissante faillite.
C'est en enquêtant sur ce fiasco que la RTS a découvert des documents prouvant les visées spatiales de l'armée. Ainsi le chef du renseignement militaire, Jean-Philippe Gaudin, qui dirige désormais le Service de renseignement de la Confédération (SRC), a mené des tractations avec S3 pour que l'armée puisse acquérir et lancer son propre satellite ou, à défaut, acheter des images fournies par la société.
Il s'agissait de proposer une solution "maison", qui aurait offert des gages d’indépendance plutôt que d’acheter des images à l’étranger, comme c'est le cas actuellement.
Peu de nations possèdent d’ailleurs leur propre satellite d’observation, un investissement à plusieurs centaines de millions de francs. Mais la petite start-up suisse prétendait casser les prix.
Plusieurs séances
Les négociations avec S3 sont toutefois restées à un stade précoce, explique le porte-parole de l'armée Daniel Reist. "C'étaient des contacts très informels, des rencontres entre personnes individuelles, la ligne rouge n'a pas été franchie."
Des documents internes à l'entreprise prouvent toutefois que plusieurs séances ont eu lieu à Payerne et à Berne entre l'armée et S3. Et au printemps 2015, on était à deux doigts de rédiger un contrat. Il ne s'agissait certes plus d'acquérir directement un satellite, mais d'acheter de l'imagerie satellitaire à S3 pour plusieurs millions de francs par année.
>> Visionner les documents confidentiels obtenus par la Loi sur la transparence dans le cadre de l'enquête:
Les documents confidentiels obtenus par la LTrans dans le cadre de l'enquête sur le projet de navette spatiale S3
Echec "recyclé"
La déconfiture de la société payernoise a mis fin à ce projet. Mais pour l’armée, l’aventure spatiale ne s’arrête pas là, puisque qu'elle a recyclé cet échec en une "cellule espace". Cette dernière a été créée sous l’impulsion d’un officier employé à l’Etat-major et qui a parallèlement travaillé pour S3. Et sur les onze officiers de milice qui composent cette cellule, plus de la moitié a aussi travaillé pour la start-up.
Daniel Reist n'y voit que des avantages: "Cinq ou six collaborateurs ont quitté l'armée pour aller travailler chez S3. Ils sont revenus après, en apportant leurs connaissances, et font du bien à l'armée maintenant", affirme-t-il.
>> Ecouter les explications détaillées de Ludovic Rocchi dans La Matinale:
Ludovic Rocchi/lan
A noter que Temps Présent diffuse jeudi à 20h15 sur RTS1 le reportage de Ludovic Rocchi et Xavier Nicol sur "l’incroyable supercherie de la navette spatiale suisse".
Publié le 21 juin 2018 à 07:51 - Modifié le 22 juin 2018 à 18:29