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En 1890, Valérie de Gasparin décide de créer une fondation de droit privé en faveur de son École. Elle cherche en effet à en assurer l’avenir financier et juridique. Elle dote cette Fondation de la villa et du terrain racheté à Antoine Reymond. Elle offre aussi un capital dont les intérêts devraient permettre de former gratuitement 16 élèves par an. Le 12 novembre 1890, les statuts de l’École normale évangélique de gardes-malades indépendantes sont ratifiés. L’année suivante, le Conseil d’État vaudois reconnaît l’institution comme personne morale. Le premier Conseil de fondation a lieu au domicile de la fondatrice le 15 novembre 1890.
Le 12 novembre 1890, les statuts de l’École normale évangélique de gardes-malades indépendantes sont ratifiés. Ils stipulent que l’École repose sur le principe de l’autorité pleine et entière de la Bible. L’École a pour but le service des malades dans la liberté de l’Évangile.
Valérie de Gasparin, en dotant son institution d’une structure de fonctionnement administratif, redéfinit les fondements philosophiques de son École. Cette transformation résulte d’une profonde mutation de société. En 1890, l’École, conçue au XIXe siècle dans un esprit de charité chrétienne, se transforme en une œuvre d’utilité publique, reconnue par l’État et contrôlée par lui. A cette date aussi, pour actualiser son institution et lui permettre d’être en phase avec les besoins hospitaliers et médicaux, elle nomme un médecin à la tête de son École, à la place d’un pasteur.
C’est à ce moment-là qu’apparaît le terme «évangélique» dans la raison sociale. Ce faisant, Valérie de Gasparin fige les principes religieux qui, auparavant, s’intégraient à l’organisation chrétienne, de type familiale, de son École. Le directeur-pasteur y représentait le chef de famille qui, dans la tradition protestante, est responsable de l’éducation religieuse de ses enfants, comme de celle des élèves.
Le 30 janvier 1890, Valérie de Gasparin envoie une lettre aux élèves, leur annonçant la création d’un journal. Elle leur propose de ne plus rester étrangère l’une à l’autre et de communiquer entre elles par voie de presse. Ce sera leur journal. Elles pourront y écrire leurs idées et expériences professionnelles, leur camaraderie partagée. Il prend le nom de La Source. Feuille des anciennes élèves de l’école normale de gardes-malades à Lausanne. A ce jour, après 127 ans d’existence, le journal La Source, continue son œuvre de livreur d’informations internes et professionnelles.
Durant l’année 1890, Valérie de Gasparin prend la décision de se séparer d’Antoine Reymond, directeur de l’École depuis 1863. Elle se met immédiatement à la recherche d’un successeur. Elle décide de placer un médecin à la tête de son école, car les temps ont changé. En effet, la médecine lausannoise entre dans une phase «triomphante» avec l’ouverture, en 1883, du nouvel Hôpital cantonal, l’inauguration de la Faculté de médecine en 1890 et la création en ville de Lausanne de petites cliniques privées. Dès le début de l’année 1891, après le désistement de deux personnes de son choix, Valérie de Gasparin demande conseil à César Roux, médecin-chirurgien réputé de l’Hôpital cantonal. Il lui propose une personne de son sérail, son ex-interne, le Docteur Charles Krafft.
Charles Krafft (1863-1921) entre en fonction le 1er octobre 1891. Il est le fils d’un pharmacien de Vevey, né le 7 février 1863. Après sa scolarité, réalisée à Vevey et Lausanne, il fait ses études de médecine à l’Académie de Lausanne, puis aux Universités de Fribourg en Brisgau, Berne et Zurich où il obtient son diplôme d’État en 1887. Sa thèse de doctorat, présentée en 1888, montre la nécessité de traiter chirurgicalement l’appendicite aigüe. Il est très actif socialement et sur le plan de la défense professionnelle médicale: Zofingien, membre actif des Sociétés vaudoise et romande de médecine, de l’Association lausannoise de médecine, de l’Association centrale suisse des médecins et de la Commission médicale suisse. Il épouse, en 1888, Mariane Petronella Domela Nieuwenhuis, fille d’un professeur de droit de Groningue, aux Pays-Bas. Ils s’établissent à Lausanne la même année. Ils auront six enfants.
César Roux ne recommande pas seulement la nomination de Charles Krafft, mais il insiste auprès de la Comtesse de Gasparin sur le fait que son protégé doit pouvoir créer une petite clinique privée: «pour avoir de bonnes gardes-malades, équivalentes aux diaconesses, il faut un hôpital, terrain d’apprentissage.» Dans la villa La Source, l’appartement réservé au directeur, devient la Clinique de Beaulieu. Celle-ci dépend directement de Charles Krafft, ce dernier louant les locaux à la Fondation La Source.
Ainsi que le pratiquaient les autres médecins-professeurs du XIXe siècle, Charles Krafft dicte et explicite tous les matins un cours aux élèves. Une branche différente est abordée chaque mois: anatomie, physiologie, thérapeutique, pathologie et hygiène. A cela s’ajoute un cours nommé éthique qui porte sur le comportement de la garde-malade vis-à-vis du médecin et du malade. Cette formation comprend 120 heures de cours théoriques.
L’après-midi, une monitrice répète le cours du matin avec les élèves qui recopient les notes dictées par Charles Krafft. Effectivement, les écrits dans les cahiers sont le reflet exact du cours qui est publié sous forme de livre. Du matériel pédagogique (mannequins en cire, planches anatomiques, squelette, etc.) est acquis afin de permettre à l’élève une meilleure intégration des notions d’anatomie et de physiologie, ainsi qu’une compréhension facilitée de l’origine de certaines maladies.
Dès 1895, la formation théorique passe à huit mois de cours, dont trois mois de pratique au sein du Dispensaire et du Service de ville de La Source ainsi que de la Clinique de Beaulieu. Au vu des exigences médicales en augmentation, cette formation ne s’avère vite plus suffisante. Aussi, entre 1897 et 1899, elle est prolongée à trois ans, soit huit mois de cours puis deux ans de stage. Cependant, le manque de ces lieux de pratique où l’on veut bien assurer un suivi de l’élève, oblige le directeur à mettre en place progressivement ce projet. Effectivement, Charles Krafft doit placer les élèves dans des hôpitaux ou des cliniques afin de les faire profiter d’une surveillance médicale constante et de la discipline nécessaire dans tout établissement de ce genre. Un livret de service atteste des qualités de la garde-malade durant son stage. C’est le passage obligé pour obtenir son diplôme. Ainsi, d’une formation orientée sur les soins à domicile au XIXe siècle, le métier de garde-malade se transforme pour les nouveaux besoins hospitaliers. Effectivement, l’hôpital asile accueillant les personnes exclues de la société s’est progressivement mué, au cours du XIXe siècle, en un lieu de soins pour les malades dans lequel les nouvelles diplômées devront savoir œuvrer.