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11/01/2017
Hier, l'actuel président de la Jeunesse Socialiste Genevoise (JSG), Tristan Pun, a annoncé qu'il ne devrait pas se représenter pour un nouveau mandat. Avec la fin de sa présidence se termine une séquence de 5 ans, débutée en mars 2012 avec le commencement de ma présidence et le retrait de Romain de Sainte-Marie, où un groupe de cinq personnes de bonne volonté et un peu idéaliste (Tristan Pun, François C, Muriel Läuchli, Philippe Berger et moi-même) reçut le contrôle de la JSG et en profita pour la réformer en mettant en place (plus ou moins consciemment et finalement assez spontanément) une autogestion du parti par ses membres.
Autant que je le sache, c'est le seul parti à fonctionner ainsi en Suisse ou à Genève et c'est pourquoi je vais m'y arrêter quelque peu car l'exemple de l'organisation de la JSG peut être utile à d'autres.
Le fondement de l'autogestion peut être exprimé en quelques mots : l'Assemblée Générale délibère, le comité exécute. Pour ce faire, une condition nécessaire : l'Assemblée Permanente. Dans l'idéal, l'AG siège chaque semaine, c'est l'AG hebdomadaire, rassemblement de tous les membres du parti, possédant tous les pouvoirs et toutes les compétences, souverains égaux au sein du parti. Ce fut le cas à la JSG durant mes années de présidence, et cela fut changé en une quasi assemblée permanente après ma présidence, avec une assemblée toutes les deux semaines. Dans cette configuration, le comité a des fonctions générales pré-déterminées à réaliser (des fonctions à effectuer nécessaires au bon fonctionnement basique quotidien de tout parti) mais reçoit des instructions spécifiques hebdomadaires, ou bi-hebdomadaires, qu'il doit exécuter aussi complètement que possible. C'est donc l'AG qui décide de l'action du parti, de ses positions politiques, de sa tactique et de sa stratégie. Les membres ne sont pas des créatures passives, mais des acteurs responsabilisés, égaux aux membres du comité. C'est l'idéal de l'horizontalité qui est ainsi réalisé, la suppression de la hiérarchie et des rapports de pouvoir. Le leadership, la force d'impulsion et d'initiative, est partagée par tous, et non détenu par un président soit-disant omniscient ou par une direction aristocratique.
Pour renforcer et préserver l'horizontalité existe un principe de subsidiarité. Tout ce que le comité pourrait faire, les membres peuvent le faire aussi s'ils le désirent. Le comité est le dernier recours, lorsque les membres du parti ne souhaitent pas réaliser une tâche ou une autre. Mais à tout moment, les membres peuvent obtenir l'attribution d'une tâche qui avait été temporairement dévolue au comité. Ainsi, les membres sont responsabilisés et non infantilisés. Ils peuvent être des éléments actifs et non passifs, tandis que le comité ne croule pas sous les devoirs et est ainsi capable d'effectuer son cahier des charges sans accumuler les retards ou les bourdes.
Les membres ont en outre le contrôle de l'agenda politique du parti, car l'ordre du jour de chaque assemblée générale est rédigé en commun (via les réseaux sociaux). Le comité ne pouvant d'ailleurs point refuser une demande d'ajout d'un point à l'ordre du jour. L'assemblée générale ne devient pas ainsi le jouet d'un comité stalinien où ce dernier pourrait faire approuver par quelques momies immobiles ses derniers caprices.
Par ailleurs, les membres gardent le contrôle des positions politiques du parti, de sa ligne, par l'établissement d'un Manifeste, document fondamental, constamment discuté, débattu et amendé en assemblée générale, présentant les prises de position fondamentales du parti. Ce document guide et contraint toute parole publique du comité qui ne peut se permettre de s'étaler sur ses lubies du jour librement.
Concernant les Assemblées Générales elles-mêmes, elles ne sont pas une longue litanie des desiderata d'un comité étalant ses vues de l'esprit et son humeur du jour à quelques statues assoupies, mais un échange vivant et dynamique entre des membres conscients et autonomes. Chaque membre peut exprimer ses vues autant de fois qu'il le souhaite, une éventuelle limite de temps à une discussion étant discutée et acceptée par l'AG elle-même et non le résultat d'un joug de comité : c'est l'Assemblée Participative. Les membres sont des participants, et des décideurs. Le comité ne siège pas physiquement à l'extérieur des membres, il ne se fait pas corps parasitaire et dominant, mais se fond dans le groupe des égaux, chaque membre du comité étant non d'abord un membre du comité, mais bel et bien un membre de l'Assemblée du parti, égal parmi les égaux. Ni le comité, ni le président, n'ont de droit la modération des discussions, mais la modération de l'Assemblée est attribuée en fonction du volontariat des membres au début de chaque AG. Nul pouvoir spécial sur la prise de parole n'est ainsi dans les mains du comité ou de sa présidence. La parole est libre, la parole est partagée, la parole est exprimée.
Quant au Trésor du parti, il est la propriété commune des membres. Ni le comité, ni la trésorerie, n'ont le contrôle des biens communs. La fortune du parti est transparente aux membres-propriétaires qui ont le droit à l'accès aux chiffres et aux comptes à tout moment sur leur souveraine demande et décide de l'investissement des fonds.
Le journal du parti est lui le fruit de la réflexion et de la rédaction commune des membres du parti. Le comité n'empêche pas les membres de s'exprimer, au contraire il les y invite et les assiste dans cette tâche. Le Rédacteur du journal est donc commun.
Enfin, le parti, jeunesse de parti, est aussi indépendant que possible du parti-mère (le Parti Socialiste Genevois), et aussi autonome que possible de la confédération des sections (la Jeunesse Socialiste Suisse). Nulle majorité ou bureaucratie extérieure ne devrait pouvoir s'imposer et supplanter la volonté des membres du parti cantonal (c'est à dire la JSG elle-même).
Voilà, cher lecteur, ce qui fut mis en place dès 2012. Voilà ce qu'est l'autogestion réellement réalisée au sein d'un parti, le pouvoir des membres sur le parti, l'horizontalité complète, le règne de l'Assemblée.
L'autogestion perdurera-t-elle avec le départ de Tristan Pun de la présidence de la JSG ? Les structures et les idéaux survivent-ils aux Hommes ? Nous verrons bien. Mais j'encourage tous ceux qui lisent ces lignes à adopter dans leurs partis et leurs associations le type d'organisation que j'ai décrit ici. Ce n'est pas seulement ainsi que l'on obtient un parti efficace, mais c'est aussi comme cela que l'on crée les conditions d'une expérience humaine riche et savoureuse, loin du carriérisme et de l'opportunisme, du réseautage froid et de l'absence de passion réelle pour la chose politique : un mouvement de militants plutôt qu'un parti politicien et bureaucratique sans force vive.
Adrien Faure
Cortège du 1er mai 2012 - Fête des travailleurs
21/05/2016
En août, cela fera deux ans que j'ai quitté la Jeunesse Socialiste Genevoise (JSG) et que je suis devenu libéral. Depuis mon départ du parti, la JSG a passablement changé, car les jeunesses de parti changent très vite. Je me propose à présent de faire un petit retour en arrière pour retracer dans ses grandes lignes l'histoire, méconnue du grand public, de la vie politique interne du parti. En effet, tout parti a une face visible, celle qu'il maîtrise et décide de rendre publique, et une face invisible, sorte de boîte noire dans laquelle tout se décide. Entrouvrons le couvercle, pour quelques instants, et jetons un œil aux rouages et boulons qui s'y entrechoquèrent joyeusement et furieusement durant mes années socialistes.
Scène première : Le moment social-démocrate (2010-2011)
C'est durant le printemps 2010, à 18 ans, que j'ai rejoint la JSG. J'y découvris alors la réalité des partis : non pas blocs monolithiques, mais bien plutôt organismes plein de vie, gorgés de sève et traversés de courants et de spasmes. D'un côté se tenaient la majorité des membres, marxistes et proches consorts, et de l'autre la direction réelle du parti, Romain de Sainte-Marie et Olga Baranova, social-démocrates aux positions modérées, mais binôme communicant d'une force de frappe incroyable, et quelques autres qui les suivaient. A l'époque je n'avais encore jamais lu un seul auteur socialiste et je me retrouvais tout à fait dans les positions de mes camarades modérés. Deux stratégies, deux visions, coexistaient déjà au sein du parti : la vision marxiste d'une jeunesse de parti indépendante du Parti Socialiste, cherchant à regrouper la jeunesse dans une action contestatrice, et la vision social-démocrate d'une action jeune en soutien au parti mère, mais décalée et imaginative sur la forme.
Un tel conflit stratégique et idéologique ne peut se résoudre que par la victoire d'un camp sur l'autre. Exacerbé, il explosa lors de l'assemblée générale annuelle où les marxistes et leurs alliés firent voter l'abolition du comité et l'instauration (formelle) de l'autogestion du parti par ses membres. Déjà enthousiasmé par l'idéal autogestionnaire, je votai moi-aussi la suppression du comité, bien que favorable à la direction social-démocrate. Mais ce fut le dernier acte des marxistes qui cessèrent simplement de venir par la suite et abandonnèrent le parti progressivement. Après quelques jours d'incertitude organisationnelle, une nouvelle assemblée générale vota unanimement la restauration d'un comité de huit membres, dont je devins partie prenante comme l'un des quatre secrétaires (qui furent tous fusionnés par la suite en un seul poste).
Ce qui est très curieux, c'est qu'à ce moment là Romain de Sainte-Marie mit en place l'autogestion réelle (et non formelle) du parti par ses membres. Incroyable retournement de situation qui devait avoir par la suite un grand impact sur l'évolution du parti. Romain fit donc voter la tenue d'une assemblée générale hebdomadaire, et ceci pour des raisons pratiques, pragmatiques, d'efficacité, et non pour des raisons idéologiques. Il pensait simplement qu'en se réunissant chaque semaine sous forme d'assemblée générale, le parti pourrait agir rapidement et souplement, s'adaptant à l'actualité et aux enjeux, s'organisant en deux ou trois jours pour agir sur le terrain. Une stratégie payante.
Le conflit entre modérés et radicaux eut toutefois un impact considérable sur le parti en le vidant de ses membres. C'est ainsi presque à trois que Romain, Olga et moi dûmes mener la campagne électorale fédérale de 2011 en faveur de la liste JS... Ce qui nous montre qu'une jeunesse de parti peut fonctionner plutôt bien avec une poignée de jeunes motivés, si ceux-ci sont politiquement, tactiquement et médiatiquement compétents. Or, Romain et Olga sont des as de la communication.
Après la campagne électorale (et le maigre résultat que l'on connaît), Romain quitta la présidence de la JSG pour celle du Parti Socialiste Genevois (PSG) et j'accédai à la coprésidence du parti avec Olga. Dans le monde, la crise économique jeta dans la rue et au chômage des milliers de jeunes, les mouvements des Indignés se déployèrent et je commençai à me poser des questions sur l'efficacité de tous ces gouvernements social-démocrates en place dans les pays sud-européens en crise.
Dans ma vie, le moment social-démocrate vacilla, grésilla, puis s'éteignit.
Scène seconde : La fondation d'un mouvement (2011-2013)
Olga ne resta pas très longtemps à la coprésidence du parti et bientôt je me retrouvai à la présidence de la JSG, pile au moment où je devins socialiste et découvris que, finalement, j'aurais été davantage à ma place dans un parti d'extrême gauche. Mais quand le pouvoir vous échoit par hasard, ne faut-il pas l'utiliser au mieux de vos convictions ? Puisque je me retrouvai à la tête du parti, je décidai d'employer mon influence à construire une organisation véritablement socialiste. De nouveaux membres, notamment Caroline Marti, François Courvoisier, Tristan Pun, Muriel Laüchli et Philippe Berger, étaient arrivés au sein du parti, plus ou moins à ce moment là, et nous nous lançâmes dans la rédaction d'un manifeste. Au bout de plusieurs mois de discussion, de douze heures de débat en assemblée générale (une fois cinq heures et une fois sept heures), nous nous retrouvâmes avec un texte parfaitement socialiste pour nous guider dans notre action. Avec l'arrivée de Bryan Chirinos et de Guilhem Kokot, l'un très radical, l'autre très modéré, le vieux conflit marxiste contre social-démocrate se rouvrit. Sauf que cette fois-ci j'étais de l'autre côté du front idéologique.
En 2013, la coprésidence avec Caroline Marti, que nous fîmes élire principalement pour faire barrage à un membre dont nous doutions des compétences à remplir une telle fonction, fut productive, mais mouvementée. Le conflit entre modérés et radicaux fut latent, et le retour de certains marxistes qui étaient partis en 2011 mais qui étaient à présent attirés par la nouvelle ligne, n'arrangea pas cela. Le parti se renforça néanmoins jusqu'à atteindre entre vingt et vingt-cinq membres actifs (la force de frappe d'une jeunesse est largement déterminée par le nombre de membres actifs qu'elle possède). Il faut bien admettre que, de manière générale, les modérés, souvent plus carriéristes, sont aussi souvent plus efficaces que les radicaux, qui oublient facilement les réalités politiques et sont de moins bons communicants. François Courvoisier et Caroline Marti ont par exemple énormément fait pour le parti. C'est pourquoi je pense que la cohabitation entre modérés et radicaux entre 2011 et 2013 fut une excellente période pour la JSG. Elle déboucha sur la formation d'un véritable mouvement militant jeune et socialiste. Mais comme je l'ai dit plus haut, dans une jeunesse de parti, tout conflit finit par se résoudre, d'une manière ou d'une autre, par la victoire d'un camp sur l'autre...
Scène troisième : Victoire et déboires (2013-2014)
Les modérés ont progressivement, avant ou après 2013, quitté le parti. François Courvoisier s'est découvert libéral, Guilhem Kokot s'est fait élire (quasiment par ses seuls talents et sa seule habileté politique) au comité directeur de la JS suisse et a donc quitté le comité genevois (on ne cumulait pas de mandats à la JSG, le parti requérant l'entier de votre énergie et de votre militantisme) et Caroline Marti s'est faite élire députée au parlement cantonal. Président unique d'un parti dominé largement par des radicaux, je me considérai comme victorieux et commençai à réfléchir à étendre la stratégie entriste au PSG et au reste de la JS suisse. Mais c'est aussi à cette époque où je devins anarchiste socialiste et découvris qu'un conflit idéologique peut en cacher un autre...
Le parti se divisa en trois ou quatre factions : les réformistes radicaux (favorables au socialisme mais pas à la révolution) avec Brice Touilloux (à présent président de la section JS fribourgeoise), les trotskistes de der Funke, les trotskistes d'une autre organisation (secrète, donc je crois que je ne dois pas vous dire le nom désolé) et les libertaires (dont moi). Comme on peut le voir, seul un adversaire commun, les modérés, unissait plus ou moins tout ce beau monde. Après une dispute avec les Funkistes, mon éloignement des autres trotskistes, et ma naturelle opposition aux réformistes radicaux, je me retrouvai un peu isolé et quittai la présidence en mai 2014.
La suite ? Vous la connaissez. Devenu anarchiste libéral, je quittai la JSG en août 2014, fondai le Parti Libertarien en septembre, avec les résultats insatisfaisants que l'on connaît, et rejoignis en conséquence les Jeunes Libéraux-Radicaux en janvier 2016. A mon départ de la JSG, les Funkistes dominaient le parti. De ce que j'ai pu voir depuis, la JSG s'est affaiblie, que ce soit en termes de visibilité ou en termes de nombre de membres, tandis que Funke a grossi. Corrélation n'est pas raison et on en tirera les conclusions que l'on veut. A l'inverse, il semblerait que le JSG expatrié à Fribourg, Brice Touilloux, est parvenu à renverser le comité social-démocrate de la section JS locale et à le remplacer, avec l'aide entre autres de l'ancienne JSG Pauline Schnorhk. L'histoire se répéterait-elle ?
Épilogue
J'ai écrit ce billet car j'ai souvent l'impression que les gens ne se rendent pas compte qu'un parti ce n'est pas juste des affiches, des tracts, des communiqués de presse, des actions symboliques dans la rue, des manifestations ou le travail des élus dans les parlements et les exécutifs. Un parti c'est d'abord et avant tout des individus, pris dans le feu des passions humaines, déchirés par des conflits idéologiques, qui s'aiment, se détestent, et passent beaucoup de temps ensemble. Ce sont des engueulades, de longs trajets en train, des fêtes, des débats acharnés, des embrassades, des ivresses, et tout un tas d'émotions et de moments fous. C'est une belle aventure à vivre et je recommande l'expérience à toutes et à tous.
Salutations militantes,
Adrien Faure
16/05/2014
Le but de mon dernier billet était de montrer ce qu’il était possible de faire dans une jeunesse de parti.
A présent, je vais m’étendre sur ce qu’il n’est pas possible de faire à la Jeunesse Socialiste (ou de manière plus générale dans une jeunesse de parti), mais pour pouvoir faire cela convenablement il va me falloir d'abord remonter un peu dans le temps.
Il y a 2-3 ans, en pleine crise économique et sociale, les gouvernements social-démocrates européens se convertissaient tous à l’austérité, condamnant les populations du sud de l’Europe au chômage et à la pauvreté. Mes maigres convictions politiques de l’époque s’écroulaient devant pareil spectacle et ma foi social-libérale (très conventionnelle) dans le capitalisme chapeauté d’un État-providence ne devait plus jamais s’en remettre. Du social-libéralisme au réformisme, du réformisme à la révolution, de la révolution à l’anarchisme, le fossé qui me séparait de la social-démocratie s’accrut ensuite progressivement.
J’ajouterais qu’on entend souvent que la social-démocratie suisse serait plus à gauche que la social-démocratie européenne, et si cela est vrai sur le papier programmatique (qui m’a longtemps illusionné), la réalité des pratiques de collaboration avec la droite dément gravement cette affirmation.
Voilà pour le cadre général, à présent, revenons-en au vif du sujet : mes échecs à la Jeunesse Socialiste.
Ma première tentative, après la conversion de ma section aux idéaux socialistes, consista à imaginer un projet d’union entre Jeunes Socialistes et représentants de l’aile gauche du Parti Socialiste. De cette idée naquit le Mouvement Socialiste Anticapitaliste (ensuite renommé par souci tactique Mouvement des idées socialistes), dont le but était d’organiser la gauche du parti pour lui permettre de faire face aux social-libéraux. La première étape de cette possible union consistait à rassembler les diverses Jeunesses Socialistes de Suisse romande dans le mouvement avant de commencer à prendre des contacts avec l’aile gauche du PS. Naturellement, les premiers contacts furent pris avec la JS vaudoise, la section la plus proche géographiquement de Genève. Et c’est avec stupéfaction que je découvris alors que les JS vaudois, non seulement se méfiaient du projet, mais en plus n’étaient pas vraiment socialistes… C’est là que je compris que les sections JS en Suisse romande étaient bien différentes de la section genevoise. Organisées avec des comités possédant de grands pouvoirs et des assemblées générales sans réelles compétences, ces sections se considèrent généralement comme des sous-sections des PS cantonaux, et leurs positions sont plutôt social-libérales. Ce premier échec m’ouvrit les yeux sur la réalité de mon parti au niveau romand. Plus tard, je devais aussi constater la faiblesse de l'aile gauche du PS.
Ma seconde tentative était une conséquence logique de mon premier échec au niveau romand. Puisqu’agir depuis l’échelle romande était impossible, je décidais d’agir directement au niveau fédéral. Cette tentative se traduisit par le dépôt de deux motions par ma section, l’une demandant que la JS suisse s’engage pour la sortie du PS du Conseil Fédéral et l’autre demandant que la JS suisse s’engage pour que le PS ôte de son programme sa demande d’une adhésion de la Suisse à l’Union Européenne. Alors que la motion sur l’UE allait être présentée à l’assemblée de nos camarades suisses, les membres de ma section firent le constat que seule une infime minorité de JS présents s’apprêtaient à nous soutenir et retirèrent la motion pour éviter un fiasco. Je découvris alors que les JS romandes n’étaient probablement pas l’exception, mais la norme au sein de notre parti. L’aile gauche de la JS suisse, 150 trotskistes réunis dans l’organisation Funke avec un cercle d’influence de 100 autres membres environ (sur 3000 à 3500 membres que compte la JS suisse), n’avait quant à elle pas l’intention de soutenir nos démarches unilatérales.
Ce second échec me fit prendre conscience du rapport de force qui existait au niveau fédéral, et de la marginalité des positions que nous avions adoptées à Genève.
Ayant échoué au niveau romand et fédéral, ne croyant plus en la social-démocratie, je me résignais à une troisième tentative concentrée sur Genève. Il s’agissait de rassembler les jeunesses de gauche du canton en un vaste mouvement de jeunes militants. Pour réaliser cela, je lançais l’idée d’une initiative cantonale commune. Si l’idée sembla avoir quelques succès auprès des différentes jeunesses de gauche au début, quelques réunions plus tard les jeunes de SolidaritéS se retirèrent du projet, tandis qu’il devenait évident que les Jeunes Vert-e-s et la Jeunesse Communiste n’existaient plus vraiment...
De ce troisième échec je constatai la faillite de mes diverses tentatives, et décidai d’explorer de nouvelles modalités militantes.
15/05/2014
C'est l'heure de rédiger quelques lignes de bilan pour que l'on puisse comprendre ce que j'ai bien pu faire de ma présidence à la Jeunesse Socialiste Genevoise (JSG) ces deux dernières années. Je ne vais donc pas parler de ce qui a été fait par la JSG, car cela vous le savez déjà (certes probablement fort partiellement) si vous suivez le parti sur les réseaux sociaux ou via notre journal (ou éventuellement parfois par les médias et la presse). Je ne vais pas non plus aborder ma fonction sous l'angle des devoirs administratifs, médiatiques, ou communicationnels, car cela ne présente pas grand intérêt pour le lecteur je crois.
Alors qu'ai-je pu bien faire ces deux dernières années de présidence ?
Il faut vous représenter qu'à peu près au moment où j'abandonnais (contraint par la raison) mes positions social-libérales il y a deux ans, Romain de Sainte-Marie et Olga Baranova quittaient la JSG (pour un investissement conséquent au sein du Parti Socialiste Genevois) et me laissaient avec une toute nouvelle équipe de camarades très motivés. Le futur du parti était donc totalement ouvert. Et j'en ai profité.
Ma démarche a suivi trois angles d'attaque.
D'abord, radicaliser les positions du parti et lutter contre les idées social-libérales. Cela fut un long combat, mais au final il ne subsiste plus d'idées social-libérales au sein de notre parti. Il est impossible de le retracer ici, mais cela représente un sacré paquet constant de débats, et un gros travail d'apprentissage commun, avec comme clef de voûte le travail qui fut fait sur le Manifeste (des heures de débat d'abord en groupe de travail, puis douze heures de débat en assemblée, puis encore quelques heures durant la seconde année). La victoire sur les idées social-libérales devait nous amener à la situation actuelle où le parti est certes divisé entre trotskistes, réformistes, et libertaires, mais où chacun d'entre nous se retrouve sur des positions socialistes. Ce qui fait tout de même un joli pluralisme au sein de notre section.
Bien entendu, cette radicalisation du parti impliquait un affermissement de l'autonomie de la JSG vis à vis du PSG. Mais comme ce dernier a toujours soutenu cette autonomie, cela n'a pas posé vraiment de problème.
Ensuite, démocratiser au maximum toutes les structures du parti pour se rapprocher le plus possible de l'autogestion. Avec la nouvelle équipe de membres arrivée il y a deux ans, nous avons entrepris une ré-organisation du comité, des statuts, du pouvoir de l'Assemblée Générale (AG), etc. En pérennisant le système de l'AG hebdomadaire, en réduisant les compétences du comité, en contraignant les membres du comité à rendre des comptes directement à l'AG chaque semaine, et en virtualisant nos moyens de communication (afin d'obtenir un échange quotidien et rapide entre tous les membres, de l'AG ou du comité), nous avons réalisé une forme de mandat impératif de l'assemblée des membres à son comité. C'est toutefois quelque chose de constamment remis en question et je ne suis pas certain que cela perdure. Cela reste néanmoins un acquis important qui fut obtenu.
Enfin, créer une ambiance conviviale. Cela peut paraître simpliste, mais c'est essentiel. Il est impossible d'imaginer militer chaque semaine, voire plusieurs fois par semaine, si les membres du parti ne s'apprécient pas. C'est pourquoi un certain accent a été mis sur les activités festives durant ces deux dernières années.
Voilà en trois points, le cœur de ce qui a été réalisé à l'interne du parti ces deux dernières années.
Dans mon prochain billet, je reviendrai sur mes principaux échecs à la Jeunesse Socialiste.
14/05/2014
Hier, lors de l'Assemblée Générale de la Jeunesse Socialiste Genevoise, j'ai présenté ma démission de la présidence du parti.
Voici quelques mots que j'ai prononcés à cette occasion :
« Chères et chers camarades,
Permettez-moi de vous présenter ma démission de la présidence du parti, avec effet immédiat.
Si vous voulez bien, et comme le veut la tradition de notre parti, j'aimerais dire quelques mots pour accompagner et justifier cette démission.
Tout d'abord, je tiens à dire que je ne démissionne pas de manière inconséquente et futile, mais après un temps certain de réflexion et de maturation, ainsi qu'après avoir reçu l'assurance que Tristan et Brice sont prêts à reprendre ma fonction, si vous le désirez, ce qui fait que la présidence ne connaîtra pas d'absence.
Ensuite, concernant les raisons de ma démission, je considère qu'après plus de 3 ans au comité de ce parti et plus de 2 ans à sa présidence, j'ai fait mon temps. Je n'ai en effet ni le temps, ni la disponibilité, ni l'énergie, ni la motivation, pour exercer cette fonction, qui nécessite pour le bien du parti quelqu'un de plus motivé et de plus investi.
Qui plus est, mon rapprochement avec les idées libertaires me met de plus en plus en porte à faux avec les idées trotskistes et réformistes auxquelles adhèrent majoritairement les membres de notre section, ce qui affaiblit clairement ma représentativité, et, je le sens bien, provoque une certaine irritation chez certains d'entre vous.
Par ailleurs, j'ai bien l'impression que certains JS genevois souhaiteraient avoir un président qui assure davantage un rôle de direction du parti, voire carrément d'autorité.
Ayant toujours cherché à supprimer toute hiérarchie au sein de parti, je me sens fort peu en phase avec pareille vision.
Si je devais tirer un bilan de mes 4 dernières années de militantisme au sein de la Jeunesse Socialiste Genevoise, il serait bien évidemment extrêmement positif, tant mon expérience au sein de ce parti m'a apporté et m'apporte toujours à tous les niveaux.
Ma fin de présidence a été, comme toutes les fins de présidence je crains, plutôt laborieuse, car il me manquait temps, énergie, motivation, et disponibilité... Et c'est pourquoi je vous présente mes excuses pour cette fin de présidence quelque peu poussive.
Quant à ma présidence, elle a été, je suppose, à mon image, avec les qualités et les défauts évidents qui me sont propres.
Ce qui m'a en tout cas toujours importé lors de ma présidence a été de préserver et de développer la démocratie, l'horizontalité, et la convivialité, au sein de notre parti, notamment en évitant au maximum la séparation entre comité et membres.
En outre, je crois que nous avons réussi à mettre au cœur de notre activité militante l'idéal que nous poursuivons, le socialisme, en tant que projet de société réel, et c'est là quelque chose qui a de l'importance à mes yeux.
Je remercie chacune et chacun d'entre vous pour ce qu'il m'a été donné de vivre à vos côtés.
Notre parti est composé d'individu honnêtes, avec de vrais idéaux, et je crois que nous pouvons nous en féliciter, tant cela est rare et précieux aujourd'hui.
Je reste membre de la Jeunesse Socialiste Genevoise et je continuerai de participer aux activités de ce parti.
Merci de m'avoir écouté. »
Une phase de mon militantisme et de mon engagement politique se termine, mais ce n'était bien entendu qu'un début.
06/04/2012
Nouvelle initiative fédérale JS : le choix de la JSG
Mercredi soir en assemblée générale, la Jeunesse Socialiste Genevoise s'est prononcée au sujet de ses deux propositions d'initiative fédérale JSS.
Les propositions suivantes (classées par ordre alphabétique) avaient été énoncées par les membres de la JSG :
- Autogestion dans l'organisation du travail.
- Donner droit à une diminution de loyer de 5 % au moins pour les locataires respectant l’environnement et exiger du bailleur, pour les nouveaux bâtiments locatifs, un espace faisant office de compost.
- Droit de vote à 16 ans.
- Étatisation des banques.
- Étatisation du logement.
- Gratuité des transports publics.
- Introduction d’une initiative législative fédérale.
- Remplacement du service militaire par un service civil obligatoire.
- Rendre déductible les charges des entreprises liées au recyclage des déchets et aux mesures pour lutter contre la pollution.
- Socialisation de l'héritage.
Au vote final, c'est en premier lieu l'étatisation des banques qui l'a emporté, et en deuxième position, la socialisation de l'héritage.
A présent, nous nous rendrons le 19 mai à la prochaine assemblée des délégués de la Jeunesse Socialiste Suisse pour débattre du choix final et défendre nos deux propositions.
A suivre donc.
19/03/2012
Élection à la co-présidence de la Jeunesse Socialiste Genevoise
Mercredi 14 mars, lors de notre assemblée annuelle, j'ai été élu à la co-présidence de la Jeunesse Socialiste Genevoise avec ma camarade Olga Baranova.
Cette élection est la conclusion enthousiasmante de deux années d'engagement au sein de la JSG, et c'est pour moi un grand plaisir que d'avoir cette opportunité de m'investir davantage encore pour défendre nos idées et nos valeurs. Je remercie donc mes camarades de leur confiance.
Si l'on fait le bilan de nos activités de ces dernières années, marquées par la présidence de mon camarade Romain de Sainte-Marie, l'évolution de notre jeunesse de parti est tout à fait positive et réjouissante.
Nous avons en effet gagné en visibilité et en efficacité, en développant un style décalé et ludique, lors de nos actions et de nos campagnes, qui correspond à un militantisme davantage attractif et moderne.
Pour l'avenir, il nous tient à cœur de poursuivre cet activisme joyeux, tout en agissant sur de nouveaux axes (que je présenterai dans mes prochaines publications).
Vive le socialisme !
Vive la Jeunesse Socialiste !