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Coordination du numéro
Marilène Vuille, Fabienne Malbois, Patricia Roux, Françoise Messant, Gaël Pannatier
Ce numéro met à la disposition du lectorat francophone quatre articles importants issus de l’espace anglo-américain, publiés entre 1987 et 2001. Trois d'entre eux s'attachent à définir le genre et à mettre au jour ses implications pour la théorie et la pratique féministes, tandis que le quatrième décrypte son impact dans la vie quotidienne, dans des situations où les règles et les attentes régissant le comportement des femmes et des hommes sont enfreintes :
− Le plus ancien de ces textes, le très célèbre «Doing Gender» de Candace West et Don Zimmermann (1987), propose de considérer le genre comme un accomplissement routinier, qui se réalise dans les interactions de la vie courante. Comprendre ce processus nécessite d'établir une distinction analytique entre le sexe, la catégorie de sexe et le genre. Cette formulation théorique est capitale pour la compréhension de la construction des identités sexuées et le maintien de structures sociales reposant sur une bipolarisation entre «les hommes» et «les femmes».
− Linda Nicholson, dans un article de 1994 dont le retentissement a été important aux Etats-Unis et en Europe, montre que la distinction entre féminin et masculin, loin de reposer sur une perception immédiate (la vue des caractéristiques biologiques des êtres humains), découle de connaissances et de croyances sociales, donc variables selon les sociétés et les contextes historiques. L'auteure préconise alors de considérer le corps comme une variable parmi d'autres dont les sociétés se servent pour établir la distinction masculin/féminin. Il découle de cette posture une impossibilité à définir de façon unique et définitive les catégories de «femmes» et d'«hommes» : leur signification est toujours provisoire… et fondamentalement politique.
− Le plus récent article (2001) présenté ici, celui de Stevi Jackson, passe en revue les grands jalons de la pensée féministe des années 1970 à 2000. Ce bilan instructif et vivifiant plaide pour une approche théorique du genre et de la sexualité qui permet de relier la signification donnée par les individu·e·s à leur réalité quotidienne aux contextes sociaux et culturels plus vastes dans lesquels les pratiques sociales prennent place.
− Illustrant une partie de ces théories par l'analyse de mises en scène très originales de transgression des normes de genre, imaginées par des étudiant·e·s en sciences sociales, l'article de Joyce MacCarl Nielsen, Glenda Walden et Charlotte A. Kunkel (2000) dévoile le fonctionnement quotidien de l'hétéronormativité.
Bien que ces quatre articles poursuivent des objectifs précis et distincts, discutent d'auteur·e·s différent·e·s pour une large part et recourent chacun à une terminologie spécifique, ils se rejoignent sur plusieurs points, soulevant les mêmes questions fondamentales pour la théorie et la stratégie féministes. Qu'est-ce que le genre ? Comment intervient-il dans nos représentations et nos pratiques quotidiennes ? Quels sont ses liens avec la sexualité ? Comment les catégories «femmes» et «hommes» sont-elles produites par le système de genre ? Quel rôle cette construction sociale fait-elle jouer à la biologie ? Comment établir des alliances féministes sans qu'une définition forcément située mais néanmoins dominante des «femmes» n'opprime une part d'entre elles ? Lire ensemble et faire dialoguer ces textes nous permet d'avancer, sinon vers une réponse définitive à ces questions cruciales, du moins vers une compréhension approfondie des enjeux qu'elles charrient ainsi que des niveaux d'analyse et d'action auxquels elles nous confrontent.
Ce numéro présente en outre un parcours personnel, intellectuel et professionnel atypique, celui de la théologienne Isabelle Graesslé, directrice du Musée de la Réforme de Genève.
Coordination du numéro
Marilène Vuille, Fabienne Malbois, Patricia Roux, Françoise Messant, Gaël Pannatier