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Le 4 février 1897, il y a 125 ans, Ludwig Erhard, fils d’un marchand de textile, est né à Fürth. A cause d’une blessure au pied, il est dans l’incapacité de continuer à exercer le métier de son père, on lui propose donc de faire des études à Nuremberg puis à Francfort, sans avoir passé le bac. Il travaille ensuite au sein de différents instituts économiques et en tant que journaliste. Pendant la guerre encore, il publie des textes consacrés aux problèmes de la reconstruction après une guerre perdue – sujet qui fâche le parti dominant et l’empêche d’obtenir une chaire de professeur.
Après la guerre, les Alliés lui confèrent la préparation de la réforme monétaire et, peu après, il se retrouve à la direction de l’administration économique bizone du territoire d’occupation occidentale, cela à l’époque où il rédigeait le programme économique du Parti des Démocrates Chrétiens (CDU), les «Düsseldorfer Leitsätze von der Sozialen Marktwirtschaft» (Les Principes dusseldorfois sur l’Economie de marché sociale).
En 1949, les premières élections se passent encore sous le signe de l’affrontement entre les adeptes d’une politique économique à planification étatique et ceux qui préconisent celle sociale. Renoncer à l’économie d’un état centralisé donne l’impression à beaucoup de trahir les classes démunies et ses efforts de pratiquer la justice distributive. De son côté, Ludwig Erhard préconise une économie sociale de marché en confiant la régie de la production des biens et leur distribution au prix seul. Aujourd’hui, on a du mal à s’imaginer l’acharnement avec lequel les deux côtés défendaient leurs concepts. A l’époque, l’auteur accompagne la campagne électorale pour le CDU avec Ludwig Erhard et se souvient très bien du zèle avec lequel on argumentait pendant les rassemblements électoraux «si l’économie de marché était du pur égoisme»; «si elle était en effet capable de créer des postes de travail»; ou «si elle pouvait réellement garantir la distribution juste des biens au moment où elle n’était plus planifiée».
La victoire du CDU aux élections se solde par la promotion de Ludwig Erhard au poste de Ministre de l’économie fédérale, fonction qu’il assume jusqu’à 1963. Cette époque lui permettait d’appliquer solidement son idée d’une économie de marché qui renonce à toute réglementation par l’Etat. C’est le prix qui réglait l’économie. La montée des prix annonçait une certaine rareté des produits qui faisait augmenter le profit et incitait ainsi à augmenter la production. Les consommateurs achetaient les produits les moins chers, attitude concevable qui engendrait la baisse des prix.
L’Etat doit assurer seul la plus grande liberté possible de la quasi-totalité des consommateurs ainsi que la loi fondamentale de l’économie de marché – l’égalité des chances – tout comme, sur le plan social, l’égalité devant la loi. Avec ce genre d’économie, on crée le droit à la concurrence avec la prohibition des cartels, l’interdiction de la discrimination et le souci de Ludwig Erhard de créer une classe moyenne forte dans le cadre d’une concurrence loyale qui en forme la base.
Pour que «personne ne perde pied dans notre économie de marché», Erhard exige également la création d’une protection sociale efficace en cas d’échec (élément qui donne le nom devenu fameux de la variante erhardienne: l’économie de marché sociale).
Un retour aux principes propagés par Ludwig Erhard serait très important de nos jours, à un moment où l’Etat s’étend de nouveau comme une pieuvre dans tous les domaines de notre vie, où la prospérité dépend de moins en moins à l’effort personnel qu’à la dépendance aux programmes sociaux ou de subvention, où les deux tiers de la population vivent des transferts de prestations de l’Etat1 et où les banques et les multinationales dominent notre marché et notre politique tout en discriminant les classes moyennes indépendantes, où les entreprises nationales sont en charge d’une contribution d’impôts qui dépasse celle des sociétés de capitaux,2 où la politique ne s’occupe plus de la création de valeurs, de la croissance et de l’utilité économique mais qu’elle impose son idéologie à l’aide du dirigisme, de la domination par les fonctionnaires, de contrôle et d’une économie de plus en plus planifiée.
Le secret du «miracle économique» de Ludwig Erhard se trouve dans sa définition du bénéfice financier. Il impose le fait que seul le surplus réalisé par l’entreprise puisse être redevable aux impôts.3 Au travers de leur profit interne, les entreprises sont donc capables de se financer elles-mêmes, d’investir et de créer des emplois avant que la pieuvre étatique leur retire leur argent réellement créé, comme il le fait aujourd’hui à des dimensions dépassant les 70 %. Ce modèle évoque la colère de l’industrie financière internationale qui exècre les entreprises sachant comment se financer par elles-mêmes, préférant celles qui dépendent entièrement d’un financement extérieur par le biais des crédits. L’industrie financière internationale finit par convaincre Adenauer que l’Etat obtient plus d’impôts en taxant non seulement le surplus, mais également les revenus internes.4 Ainsi, l’époque où Ludwig Erhard était ministre de l’économie s’avère avoir été l’âge d’or des moyennes entreprises. Tout un chacun pouvait créer son entreprise en se s’autofinançant, sans dépendre de capitaux étrangers. L’entreprise était capable de grandir et de créer un quota de fonds propres, meilleure précaution face aux crises économiques.
Aujourd’hui, les banques avec leur capital étranger ont reconquis leur hégémonie économique. Plus d’un million d’entreprises moyennes ne survivront pas à la prochaine crise, car elles ne disposent pas de fonds propres solides et de leur côté, ce sont les multinationales qui ne cessent de croître.
L’auteur a hérité d’un autre legs de Ludwig Erhard. Ludwig Erhard a été le premier et le seul ministre allemand d’économie à savoir que la prospérité ne vient pas des multinationales, mais des entreprises moyennes, fidèles à leur patrie. Il a su voir que ce sont elles qui donnent leur base à la création d’emplois, à la croissance économique et des finances publiques et qui investissent. Il était le seul à avoir mené une politique en faveur des classes moyennes (et a été couronné par le plus grand succès), à avoir créé un institut scientifique de recherches économique en faveur des classes moyennes à Bonn et à avoir initié la fondation d’un second institut à Hanovre (Mittelstandsinstitut Hannover) avec le soutien d’un ancien acolyte, institutionnalisant ainsi la recherche scientifique de la condition des classes moyennes en Allemagne.
Au Mittelstandsinstitut de la Basse Saxonie, on élabore les concepts et les stratégies susceptibles de reconstruire l’économie allemande, en vue de l’ère qui suivra celle dominée par l’idéologie écologique et le crash qu’elle produira, tout en incluant les nouvelles données générées par le centralisme union-européen, sa régie et son modèle économiques, dictés par le bureaucratisme, à l’instar de ce que Ludwig Erhard avait fait pendant l’époque du national-socialisme. •
1V. Hamer/Jörgens. Wer ist Mittelstand? Hanovre 2021.
2Les banques et les multinationales profitent d’avantages fiscaux, même au travers de transfers de leurs bénéfices à l’extérieur de l’Allemagne.
3Contrairement à la situation dominante en Allemagne où les bénéfices internes se réduisent énormément à cause d’une multitudes de décomptes générés par le système fiscal le plus compliqué du monde entier.
4Il s’agissait du banquier Abs de la Deutsche Bank.
(Traduction Horizons et débats)
hd. Ludwig Erhard, fils d’un négociant de textile, est né le 4 février 1897 à Fürth. Après avoir fréquenté l’école secondaire, il suit un apprentissage commercial à Nuremberg. De 1916 à 1918, il est soldat pendant la Première Guerre mondiale et est grièvement blessé en 1918, à Ypres sur le front occidental.
De 1919 à 1922, il étudie à l’école supérieure de commerce de Nuremberg, puis de 1922 à 1925, il étudie l’économie d’entreprise, l’économie nationale et la sociologie à l’université de Francfort-sur-le-Main. Il obtient son doctorat en sciences politiques grâce à un sujet concernant la politique monétaire. Entre 1925 et 1928, il travaille comme gérant dans l’entreprise de ses parents. De 1928 à 1942, il est assistant scientifique puis directeur adjoint de l’«Institut für Wirtschaftsbeobachtung der deutschen Fertigware» (Institut d’observation économique de produits fabriqués allemands) à Nuremberg. En 1942, il fonde son propre institut de recherche sur la consommation, l‘«Institut für Industrieforschung» (Institut de recherches industrielles).
En mars 1944, il termine un mémoire dans lequel il défend la thèse que la guerre est perdue pour l‘Allemagne. Peu de temps avant l'attentat du 20 juillet 1944 sur Hitler, il envoie ce mémoire à Carl Friedrich Goerdeler, qui est au centre de la résistance civile contre le régime nazi.
Après la fin de la guerre, Erhard devient d‘abord ministre de l‘Economie du nouveau gouvernement bavarois. En 1947, il se retrouve chef de la commission d'experts «Sonderstelle Geld und Kredit» auprès de l‘administration des finances de la bizone anglo-américaine où il est chargé de la préparation de la réforme monétaire. En mars 1948, le Conseil économique de la bizone américano-britannique l‘élit directeur de l‘administration des affaires économiques. Parallèlement à la réforme monétaire de juin 1948, Erhard lance la suppression de la gestion et la libération des prix dans les zones d‘occupation occidentales.
En juillet 1949, le CDU de la zone d'occupation britannique s’approprie le concept de politique économique d'Erhard, l'économie de marché sociale, dans les «principes directeurs de Dusseldorf». En septembre 1949, Erhard est élu député au premier Bundestag allemand et devient ministre de l‘Economie au premier cabinet de Konrad Adenauer. Il le restera jusqu’en 1963.
En février 1957, Erhard publie son livre le plus important dans lequel il présente et explique en détail au grand public son concept d’économie sociale de marché, «La Prospérité pour tous».
Après la démission d'Adenauer en octobre 1963, le Bundestag allemand élit Erhard chancelier de la République fédérale. Il ne le restera que trois ans. En octobre, les membres du gouvernement du FDP démissionnent pour refus de la politique financière suivie des deux grands partis au gouvernement, le CDU et le CSU. Le 1er décembre, Erhard démissionne de son poste de chancelier. Son successeur, Kurt-Georg Kiesinger (CDU) forme un gouvernement de grande coalition entre CDU, CSU et SPD.
Jusqu’à sa mort, le 5 mai 1977, Ludwig Erhard reste député au Bundestag allemand.
Compilé d’après https://www.hdg.de/lemo/biografie/ludwig-erhard.html
(Traduction Horizons et débats)
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