Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07124.jsonl.gz/829

Eric Cottier, procureur général, a reçu le second rapport d«expertise psychiatrique mené par un expert soleurois, a communiqué mardi le Ministère public du canton de Vaud. Comme le premier expert Philippe Vuille, Lutz-Peter Hiersemenzel devait déterminer si C. D. souffrait d'un trouble mental».
Le psychiatre alémanique a diagnostiqué un trouble de la personnalité mixte grave aux traits caractériels sadiques, paranoïdes, dyssociaux et immatures ainsi qu«une déviance sadique sexuelle. Il retient par ailleurs une responsabilité moyennement diminuée au sens du droit pénal.
L'expert soleurois relève que la psychiatrie forensique ne peut pas exprimer de pronostic à vie car la science n'est pas en mesure de répondre à une telle question. Mais il ne peut pas «envisager qu«un pronostic de risque de récidive favorable scientifiquement fondé puisse jamais être posé».
Selon lui, le risque que C. D. , 38 ans, commette un nouvel homicide est très élevé. Actuellement, il n'y a pas d'indications qu'une mesure puisse le diminuer de manière significative.
Le premier expert avait été beaucoup plus affirmatif. Il avait conclu que l'individu, gruérien d'origine, était incurable.
Après examen des deux rapports en parallèle, le procureur a décidé de procéder à l'audition conjointe des deux experts. Elle devrait avoir lieu avant l'été. Chacun des psychiatres devra se déterminer par rapport à l'appréciation de l'autre sur les questions de fait auxquelles ils ont donné des réponses divergentes.
«Il n'y a pas un rapport qui va vers le nord et l'autre vers le sud», a constaté Eric Cottier. «Il y a des différences, mais pour une partie non négligeable, les expertises posent des constats extrêmement proches».
«Les diagnostics ne sont pas identiques, mais très proches. Les experts divergent sur le plan de la responsabilité, mais ils convergent sur le risque très élevé de récidive», note M. Cottier. «Sur le plan des chances d'un traitement, les avis sont proches, même s'ils sont exprimés en des termes différents. Lors de l'audition, il s'agira de déterminer si les divergences identifiées en sont bien».
Quant à savoir si ces deux expertises sont suffisantes pour porter l'affaire devant un tribunal, le procureur «examinera en pleine connaissance de cause la question d'une éventuelle troisième expertise» après cette audition. C'est aux débats devant le tribunal, qui devra la trancher, que la question de l'internement à vie sera débattue.
S'exprimant sur la décision du procureur de procéder à une audition conjointe des deux experts, l'avocat de C. D., Loïc Parein, se dit clairement opposé à «cette confrontation dans le secret d'un bureau». «Les divergences doivent exclusivement être débattues en audience publique car le débat est d'intérêt public», a-t-il souligné.
Le premier expert avait affirmé que l'homme est un psychopathe incurable, inaccessible, à vie, à une thérapie. Avec ce deuxième avis, «le dossier ne contient pas deux expertises indépendantes et concordantes concluant à un pronostic d'incurabilité à vie», a relevé Loïc Parein.
Pour mémoire, le Code pénal autorise l'internement à vie depuis 2008. Pour prononcer cette peine, le juge doit se baser sur deux expertises indépendantes qui font état de l'inaccessibilité à vie du condamné à tout traitement.
Les deux experts ne s'étaient jamais occupés de C. D. avant d'établir leurs rapports, rappelle le Ministère public. Celui du psychiatre soleurois a été déposé à fin décembre 2014. Il a été traduit, avant que les versions allemande et française soient transmises aux parties le 12 février dernier.
Le 13 mai 2013, C. D. a enlevé Marie, 19 ans, à la sortie de son travail dans un restaurant de Payerne. Le corps de la jeune femme a été retrouvé deux jours plus tard, abandonné dans une forêt. La jeune femme avait été étranglée. En 1998, il avait abattu son ancienne compagne en 1998 à la Lécherette. ATS