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Maîtriser le centre du dispositif
Au fil des décennies, le dispositif tactique s’est étendu d’une simple défense du passage de Saint-Maurice à la recherche d’une maîtrise de la totalité de l’axe, depuis le col du Grand-Saint-Bernard jusqu’au lac Léman, ainsi que des vallées et accès annexes. Le site de Dailly est resté cependant toujours au centre géographique et névralgique du dispositif, et a dû se mettre en mesure d’intervenir dans l’ensemble du secteur concerné.
Tant que le dispositif restait centré sur le goulet et ses environs, l’artillerie implantée à Dailly pouvait facilement couvrir tout le secteur. Avec la conception du Réduit national, dès 1940, la zone à couvrir s’étale rapidement vers le nord et le sud, ainsi que latéralement. Certes, de nombreux forts d’artillerie et d’infanterie sont implantés dans toute: la profondeur du dispositif. Mais ils n’ont pris, individuellement, qu’une puissance de feu limitée. Il faut leur permettre non seulement de se couvrir mutuellement, mais aussi de pouvoir renforcer leur efficacité de manière ponctuelle.
La position de Dailly s’y prête géographiquement bien, encore faut-il que la portée des pièces permette de couvrir tout le secteur. Lors de la conception des tourelles de 10,5cm, à la fin des années 1930, on fut conscient que leur portée et leur puissance de feu ne répondraient que partiellement aux besoins d’agir dans la profondeur. Il n’y avait alors pas d’alternative crédible, si ce n’est des canons de 15 cm, existant cependant uniquement en casemate, ce qui ne correspondait pas aux besoins « tous azimuts » de Dailly.
C’est pourquoi, après la Deuxième guerre mondiale et surtout après l’explosion de 1946 qui nécessitait une refondation de l’ouvrage, on opta pour la construction d’un canon tourelle de 15 cm. Le développement, révolutionnaire, s’étala sur toutes les années 1950. L’approvisionnement automatisé en munitions, combiné à un pointage assisté hydrauliquement et à une balistique interne particulièrement performante, permettait à cette arme de tirer plus de 20 coups par minute à une distance approchant les 30 km, et ceci dans toutes les directions. On décida d’en implanter deux batteries indépendantes à Dailly, tant à titre de présérie que de système opérationnel.