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L’Exercice de l’Arquebuse au XVIIème siècle
L’Exercice de la Navigation
Au début du XVIIème siècle, jalouse de sa reconnaissance nouvellement acquise, Genève continua de développer une politique extérieure tenant compte de sa rivalité avec la Savoie et des protections française et suisse. La cité, par sa position au sein des bailliages savoyards, ne pouvait effectivement pas éviter la guerre froide avec son voisin. De difficultés en nouvelles vexations les tensions avec la Savoie se prolongèrent durant tout le siècle, atteignant leur paroxysme dans les années 1630, lorsque Louis XIII et le duc Victor-Amédée conçurent un projet d’annexion et de partage de la cité calviniste.
En parallèle, alors que la guerre de Trente Ans dévastait le nord de l’Europe et que les intérêts stratégiques et économiques avaient placé la Seigneurie au centre d’un échiquier conditionnant sa politique, Genève connut plusieurs phénomènes influents sur son équilibre. D’une part, les épidémies firent disparaître 23% de sa population entre 1615 et 1636 , baisse démographique encore aggravée par le déclin de l’industrie. Ce n’est que vers 1690 que la population atteint son niveau de 1615, grâce au renouveau économique de la deuxième partie du siècle .
D’autre part, la Seigneurie connut une dérive des pouvoirs. Le XVIème siècle avait déjà vu la création d’édits jugulant les délits d’initiés, les solidarités entre magistrats et la lente acculturation de l’élite politique et financière à l’aristocratie européenne. Ces tentatives ne réussirent toutefois qu’à ralentir un processus inexorable . Ce patriciat fit de l’Exercice de l’Arquebuse l’une de ses alcôves réservées. Plusieurs citoyens présentèrent ainsi une requête le premier mai 1607 tendant à interdire aux guaicts, officiers et portiers de tirer à l’arquebuse lors du prix franc, parce qu’il n’est seant que telles gens soient roys . Plusieurs démarches similaires eurent lieu dans les années qui suivirent, faisant de l’Exercice un club très fermé. Cependant, en 1617, l’Arquebusier Pierre Badollet fut jeté en prison à cause d’un différend avec Jonas Clément. Quelques uns de ses compagnons tireurs se réunirent alors chez le secrétaire du jeu, Abraham Cartellier, afin de signer une requête de soutien. Ils furent également arrêtés, les magistrats craignant la mutinerie et le monopole . Ces liens de solidarité mis en lumière par l’affaire attirèrent l’attention des autorités qui s’inquiétèrent de l’indépendance militaire de l’Exercice. Les Conseils décidèrent cette fois de revoir les ordonnances de 1548, donnant à l’Exercice la simple fonction d’entraînement des citoyens en stipulant que les conseillers du jeu de l’Arquebuse devraient dorénavant tous appartenir au Conseil des Deux-Cents . Ce faisant, les autorités faisaient disparaître une autonomie décidément trop dangereuse à une époque où l’apparition d’autres armes tel le fusil, accessible à toutes les bourses ou le mousquet, encore plus onéreux que l’arquebuse, vinrent réaffirmer les fossés sociaux que les lois n’arrivèrent pas à occulter.
Genève était donc devenu la capitale du protestantisme, dotée d’une aristocratie en relation avec les noblesses de l’Europe entière. Cette aristocratisation s’accompagna évidemment d’un faste qui s’exerça notamment au sein des Exercices militaires. Plusieurs exemples spectaculaires le révèlent comme celui de l’accession à la royauté de Hans-Rodolph Werdmüller en 1630 qui régala la ville entière à cette occasion. Les tirs du roi firent l’objet, à partir de la deuxième partie du XVIIème siècle, de réjouissances de plus en plus somptueuses. Décors, cavalcades, public de marque devinrent l’habitude de ce concours dont le vainqueur se devait d’être doté d’une fortune considérable. Dès la fin des années 1670, le roi était définitivement coopté lors de ce simulacre de compétition.