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Résumé
L’objet de mon exposé concerne le concept de forme élaboré par Potebnja et par d’autres philologues en rapport avec la catégorie de la sémioticité. Dans la théorie de Potebnja, la forme est l’élément central du mot, de l’œuvre littéraire et folklorique, vu qu’il considère comme isomorphes ces trois expressions de la verbalité. Potebnja identifie et décrit, avec de nombreuses variantes terminologiques, une structure triadique composée de la forme externe, le contenu, la forme interne ou représentation, ou signe interne du signifié. La forme, en particulier la «forme interne», est ce par quoi l’individu arrive à con- naître l’objet, à travers une comparaison entre ce qui est connu et ce qui est inconnu. Chez Potebnja, on peut mettre en évidence un autre concept de forme, moins impor- tant, peut-être au niveau purement linguistique, mais non moins significatif au niveau d’une théorie générale de l’art et de la narrativité : la forme conçue comme «toute prête», fixe, cons- tante, immuable qui, par son invariabilité, se transforme en canon ; les formules que se répè- tent représentent un gage de la continuité culturelle d’une communauté (tradition). C’est jus- tement à travers ce canon qu’on peu reconstruire le dépôt mémorial du vivre humain ; les «formes toutes prêtes» comme grammaire d’une culture. Si la «forme interne» de la structure du mot concerne le processus cognitif au niveau de la conscience individuelle, la «forme toute prête» porte sur l’aspect collectif, donc social.
Si l’on voulait traduire ces deux aspects de la forme en termes saussuriens, on pour- rait dire que la forme interne correspond à la parole et la «forme toute prête» à la langue. On analyse comment ce dernier concept se révèle fondamental pour les théories des philologues russes, à commencer par le contemporain de Potebnja, Veselovskij, jusqu’à Propp, et Florens- kij, et on en souligne l’importance dans la poétique théorique, historique, structurale et théo- logique. Les deux significations du concept de forme peuvent être lus comme catégories sé- miotiques dans la mesure où le premier suppose que le mot est un signe, et le second repré- sente un pattern et appartient donc à la langue. De plus, on relève que les deux concepts présupposent que la langue est le modèle originaire de chaque phénomène culturel et anthropologique, c’est-à-dire, en termes mo- dernes, de chaque mécanisme sémiotique. Enfin, on portera un regard sur la question ontologique du signe linguistique.
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