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Les occupants du palais de Buckingham intéressent non seulement les lecteurs des tabloïds britanniques et des magazines people, mais aussi, avec un bonheur inégal, des cinéastes. Le Discours d'un roi se place indiscutablement au-dessus du panier.
Le visage crispé par la peur, l’homme (Colin Firth) essaie de prononcer devant une importante assemblée réunie au Wembley Stadium les premiers mots d’un discours transmis aux quatre coins de l’immense empire britannique. Aucun son ne sort de sa bouche. Le silence, assourdissant, consterne l’assemblée. Le prince Albert, duc d’York, père de l’actuelle reine Elizabeth II - qui n’est en 1925 qu’une fillette -, est affligé d’un bégaiement qui le tétanise quand il lui faut prendre la parole en public. Il perd tous ses moyens et devient comme un gosse que son père gronde. Il faut dire que son père, le roi George V, exige beaucoup de ses fils et que l’étiquette de la Cour ne favorise pas les entrevues et les tendres complicités entre parents et enfants. Le prince Albert est un homme loyal mais fragile, un peu perdu au milieu des ors et des fastes dans lesquels il a grandi.
Dès les premières images du film, on est suspendu à ce visage traversé d’émotions qui le rendent bouleversant. On va le scruter avec une compassion inquiète, au fil des événements qui forcent le prince Albert à monter sur le trône pour remplacer son frère aîné, Edouard VII, qui a abdiqué pour pouvoir épouser une jeune Américaine divorcée dont il s’est épris. Il est soutenu par sa femme (Helena Bonham Carter), qui l’encourage à consulter un orthophoniste aux méthodes originales, Lionel Logue (Geoffrey Rush), qu’elle a déniché à Harley Street, LA rue des médecins londoniens. Le prince Albert ne se laisse pas apprivoiser facilement par ce coach excentrique, qui se refuse à l’appeler Sa Majesté et s’adresse à lui en utilisant tout simplement son petit nom, Bertie. Commence alors un apprentissage laborieux, fait d’exercices chantés, de mots hurlés sur fond de musique, de tirades de Shakespeare dansées, de chapelets de jurons vociférés avec un évident plaisir de la transgression. George VI parvient peu à peu, grâce à sa ténacité, à son courage, à surmonter son handicap.
Colin Firth est tout à fait remarquable dans le rôle du monarque. S’il est difficile à un bègue de s’exprimer, il est tout aussi périlleux à un comédien d’imiter le bégaiement d’un homme sans tomber dans la caricature. Mais Colin Firth réussit ce tour de force avec dignité et sensibilité. Il est totalement ce roi bègue qui tente, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, de transcender sa fragilité, de corriger son bégaiement afin de communiquer avec les hommes politiques qui l’entourent - dont un Winston Churchill portraituré avec justesse - et de convaincre le peuple anglais de déclarer la guerre à Hitler, lui qui sait si bien haranguer les foules! Une relation d’amitié s’établit peu à peu entre le thérapeute du langage, fin psychologue, et le roi.
Tom Hooper a choisi la 7e symphonie de Beethoven pour magnifier le suspense de la fin et porter chaque mot, chaque silence habité du discours du roi. Le film échappe à la lenteur grâce à l’humour incisif qui rythme le film, à la beauté de la photographie et au jeu de tous les comédiens. Rappelons que Colin Firth a été sacré meilleur acteur lors de la Cérémonie des Golden Globes pour son rôle de George VI.