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Je veux vous parler aujourd'hui du témoignage d’un homme qui a marqué ma vie. A ma naissance, il avait presque 70 ans, mais pendant plus de vingt ans, mon grand-père fut pour moi un éducateur et un ami, bref un grand-père comme on en rêve. Promenades en vélo, apprentissage de la mécanique, conseils de lecture (car il lisait énormément), fabrication d'outils et de jouets, etc.
Deux anecdotes: pour mes 10 ans, il m’offrit mon premier vélo. Normal pour un grand-père direz-vous… oui, sauf qu’il me l’offrit en pièces détachées; à charge pour moi de le remonter par mes propres moyens. Ce que je fis, non sans difficultés.
Je souviens avec émotion d'une semaine passée à deux dans les Fagnes(*). On dormait à la belle étoile et on se nourrissait des fruits de notre cueillette et des petits animaux pris aux collets qu'il m'avait appris à placer.
Plus tard, il tenta de m’expliquer la théorie de la relativité; les ouvrages scientifiques ne le rebutaient pas. Quant à moi, je n’ai pas tout compris…
Pourtant Arthur ne resta que quelques années seulement à l’école primaire, juste le temps d’apprendre à lire et à écrire avant que ses parents ne l’envoient travailler "à la fabrique" à 11 ans.
Après avoir quitté l’usine pour devenir tisserand indépendant, avec l’aide d’amis, il construisit sa propre maison. Comme ma maman allait naître et qu’il n’y avait pas encore d’école dans son hameau, ils entreprirent d'en construire une.
il inventa et fabriqua un métier à tisser d'un type nouveau et révolutionnaire sur lequel la trame était nouée à chaque passage de la navette. Cela rendait l’étoffe beaucoup plus solide. A tel point que les magasins coopératifs qui étaient ses clients se plaignaient de ne plus vendre ses "lavettes", car on ne les remplaçait pas assez souvent; il tint bon... et perdit leur clientèle. Il ne déposa jamais le brevet de son invention, parce qu’il avait honte des fautes qu’il faisait en français (sa langue maternelle était le wallon). Son ancien patron le déposa en son nom propre et cela fit sa fortune. Quand il me le racontait, il en souriait en me disant que ça ne l’avait pas empêché d’être heureux. Ma mère, par contre, lui en a voulu: elle aurait tellement aimé profiter d'une adolescence plus confortable.
Pendant plus de 20 ans, ce militant socialiste fut élu et réélu à la fonction d'échevin des travaux publics dans sa commune. C’est d’autant plus intéressant quand on sait que cette commune était la plus bourgeoise de la région et qu’il y était le seul élu socialiste. Néanmoins, le conseil communal à majorité absolue libérale tenait à le maintenir à ce poste pour son efficacité et son intransigeance.
Voilà, en quelques mots, dressé le portrait sommaire de cet homme dont j’ai retrouvé il y a quelques mois une lettre glissée entre les pages d’un des livres qu’il m’a légués.
Le vrai sujet de cette humeur est ce témoignage poignant qui a presque 100 ans. Je vous le livre sans rien en changer en pensant à mes petits enfants; pour qu’ils sachent comment a vécu leur arrière arrière-grand-père… J'espère que, comme moi, ils seront émus, qu'ils apprécieront leur chance et qu'ils auront une pensée pour les enfants qui vivent encore cet esclavage un peu partout dans le monde...
« Segond d’une famille de huit personnes nous fument mis à la fabrique très jeunes car étant né en 1875 je suis entré en 1886 chez Bettouville et Cie à Hodimont pour apprendre à nouer les chaines on nouai chez ce fabriquant à 4 centimes du cent de fils ou à nouer encore plus bas car je me souviens que ma grand-mère Lendras? née Barbe Drèze qui est morte en à l’âge de ans me disai avoir nouer a 2 cents du cent de fils et elle a même tondu a la tondeuse mécanique pour 54 centime le jours ou 9 patars chez Fanchamps a Hodimont et qu’Elle commencait journée a 5 heures du matin jusqu’a 9 h au soir.
En 1886 j’étais chez Bettouville on commencais a 6 heures au matin pour finir a 7 heure au soir avec 15 minute le matin pour dejeuner a 8 heures et 15 minutes a 4 he pour le gouter dans les périodes d’echantilonnage qui durait 2 mois et qui se renouvelai 4 fois par an on travaillait jusqu’a 9 heures du soir et le dimanche on travaillait toute la journée on était acroupit dans un metier tous gras des huiles à graisser et l’on souffrais du froid vu qu’on ne chauffais pas les atelier le dimanche pour gagner un salaire qui variai de 10 à 12 francs en moyenne dans les moments de presse et de 6 à 10 francs dans les periodes de chômage ce travail fait le dimanche était tous ce qu’il y avait de plus contraire a la morale car on enfermais dans un grand atelier fille et garçon sans surveillance. la plupart du temps on grelotais de froid et plus d’un à payer de sa vie le travail qui ne nourrissait pas le travailleur en emplissant le coffre fort du patron car la firme précitée a enrichit en 20 ans la famille Bettouville qui était ruinée et son associé Jules Piret qui commença par être tisserand. mais un jour que je jouais vu que je n’avais rien a faire car j’etais toujour un enfant le contre maitre sans s’embaraser des conséquence que cela aurait pour moi et
pour mes parents me renvoya je reçu un tripotée plusieur jour de suite je passai pour un paresseux et un méchant garnement enfin on me repris a la fabrique avec la promesse que je serais sage alors qu’au lieu de m’amander cela m’avais aigrit et je continuais ce travail jusqu’à ver l’âge de 16 ans. moment auquel je devins tisserand comme je le suis encore au moment que j’écris en 1919»
(*) Les Hautes Fagnes sont de vastes étendues (4100 ha en Belgique) de tourbières, de landes et de forêts qui présentent une flore et une faune assez exceptionnelles liées au climat froid et humide... (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Hautes_Fagnes)