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« L’Indiscret justifié » et « L’Indiscret condamné »
Au sein de la nouvelle des « Succès de l’indiscrétion » sont insérées deux pièces antagonistes, qui défendent des idées opposées sur le bien-fondé de l’attitude d’indiscrétion que cultive le héros Tisandre.
La première, intitulée “L’Indiscret justifié” (p.65sq), est présentée par ce dernier comme le résultat de ses propres réflexions couchées sur le papier. La pièce s’affirme comme un véritable manifeste en faveur de l’indiscrétion. Le dispositif textuel qui l’encadre est résolument promotionnel :
le narrateur de la nouvelle n’hésite pas à affirmer que Timandre, auteur de la pièce, « avait du moins autant d’esprit que d’indiscrétion » (p. 64)
il souligne que « cette pièce fit beaucoup de bruit à la cour » (p. 73) et encouragea « un grand nombre de personnes » à prendre le parti de l’indiscrétion et à se faire appeler les Indiscrets. (p. 73-75)
La pièce antagoniste, « L’indiscret condamné » (p. 75sq), est annoncée comme une réaction à cette vogue. Donneau en limite subtilement la portée. Il la présente comme l’émanation “d’une personne” (p. 74) qui n’est pas identifiée, et sa réception ne déclenche pas le même enthousiasme. Certes, « L’Indiscret condamné ne fit pas moins de bruit que “L’Indiscret justifié” en avait fait » mais ce « bruit » ne produit aucun effet décisif : « Cette pièce fut reçue comme toutes les choses du monde : les uns la louèrent, les autres la blâmèrent ».
Sous plusieurs aspects, ces deux pièces fonctionnent de la même manière que leurs homologues des tomes II et III des Nouvelles Nouvelles :
Comme il s’agit de pièces insérées, elles impliquent des modes de consommation qui leur sont propres.
De même que l’”Apologie de la jalousie” proposée au tome III, toutes deux sont consacrées à la défense d’une thèse.
Leur singularité réside toutefois dans le fait qu’elles forment ensemble une disputatio mondaine et galante. Ce modèle particulièrement prisé par la littérature des années 1660 consiste à opposer successivement une opinion et son contraire (voir D. Denis, Le Parnasse galant, p. 257). Il s’agit d’avancer, dans un esprit ludique, une série d’arguments en faveur de la thèse défendue, qui empruntent à divers niveaux d’argumentation, quitte à friser parfois l’absurdité et l’invraisemblance. C’est l’ingéniosité et le caractère spirituel de cet amoncellement quelque peu disparate qui créent la séduction du propos. Le principe, que les Conférences de Richesource propagent dans un contexte sérieux, apparaît sous sa forme ludique et galante dans les discours “pour et contre” que Charles Sorel publie à la même époque probablement sous forme de plaquette et que l’on conserve par le biais de son recueil d’Oeuvres diverses (1663) : le “Discours pour et contre l’amitié tendre hors le mariage”, ainsi que la “Défense de Polyphile”, suivie de la “Réponse à Polyphile”.