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DE DOMPIERRE, M., Dieu aime celui qui donne gaiement. Une société philanthropique pour apprentissages à Genève: La Société de secours 1824-1892.
Ces temps d'incertitudes économiques et sociales nous poussent naturellement à interroger notre mémoire sur ce qui a précédé notre conception moderne de l'assistance. Qu'existait-il avant la naissance de l'Etat social? En matière d'assistance, le XIXe siècle se présente avant tout comme le siècle de la philanthropie. La découverte du paupérisme, dont les principales caractéristiques ne sont plus seulement un dénuement physique mais surtout une déchéance morale, remet profondément en cause les conceptions traditionnelles de l'assistance. Perçu comme un être irresponsable et totalement dépourvu de bon sens, le pauvre requiert, outre une aide matérielle, une éducation morale et religieuse. Se crée alors un nouveau système d'assistance privée dont les lignes principales sont patronage, éducation et régénération. Les sociétés dites philanthropiques, religieuses ou laïques, connaissent un développement spectaculaire dans l'ensemble de l'Europe. A Genève se constitue, dès la première moitié du XIXe siècle, un important réseau de sociétés philanthropiques. Fondée de manière informelle en 1810, la Société de secours connaît une évolution exemplaire. Destinée, dans un premier temps, à compléter les besoins quotidiens des indigents genevois et protestants, elle va rapidement se spécialiser dans les apprentissages de jeunes gens pauvres. Bien que relativement modeste, la Société de secours offre la particularité de conjuguer certains traits traditionnels de la bienfaisance - patronage religieux, prosélytisme etc. - et une vision moderne de l'assistance. En donnant la possibilité aux indigents d'apprendre une profession, elle favorise leur émancipation. Ses nombreux traits typiquement genevois nous permettent de mieux saisir le mouvement philanthropique genevois - ses fondements, ses applications et ses enjeux - ainsi que son évolution. Mais l'intérêt de cette étude ne s'arrête pas là. Confrontée aux difficultés sociales des indigents, la Société de secours va bientôt mesurer l'ampleur d'une tâche nouvelle, celle d'organiser les apprentissages. Lorsque, à la fin du siècle, l'apprentissage se retrouve sur les devants de la scène politique, elle se verra contrainte de choisir sa position. Contribuera-t-elle à l'élaboration de la première loi sur les apprentissages ou s'opposera-t-elle logiquement à toute intervention de l'Etat dans ce domaine? Ainsi se trouve posée la question de son rôle dans l'évolution de la société genevoise dans son ensemble.