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L’étude de l’histoire de la médecine permet de revisiter des dogmes et de vérifier s’ils s’avèrent encore d’actualité. Elle permet également de remettre en question leur véracité d’autrefois et d’ignorer leurs messages scientifiques d’antan pour peu que ces derniers aient été contredits par des études de meilleure qualité. Toute ceci repose sur les progrès de la médecine et de la recherche dont les bases s’inspirent de conduites scientifiques plus rigoureuses menées sur des groupes de patients plus larges.
L’étude des effets de la consommation du café sur le pancréas illustre le concept de la demi-vie de la vérité en médecine. Les premiers travaux scientifiques étudiant les effets du café sur le pancréas consistaient en recherches «écologiques», c’est-à-dire des études épidémiologiques dans lesquelles les critères analysés ont concerné des populations plutôt que des individus.1 Ces études ont rapporté une association manifeste entre consommation de café et cancer du pancréas en se basant sur les données de la consommation nationale de café dans certains pays et les statistiques annuelles du taux de cancers du pancréas. La problématique majeure de ces études réside dans le fait qu’aucun recueil d’informations n’a été opéré auprès des sujets des populations étudiées. Le design d’une telle étude revêt deux avantages : sa rapidité de réalisation et son faible coût.
Par la suite, les premières études cas-contrôles effectuées sont venues renforcer ce premier message d’alerte alimentaire, certaines publications retrouvant une association hautement significative entre consommation de café et cancer du pancréas.2 D’autres études vont même jusqu’à mentionner un nombre limite de tasses de café quotidiennes à ne pas dépasser pour éviter un cancer (deux tasses par jour). La lecture attentive de ces études étonne par le très faible nombre de patients inclus (110 patients dans les premières et 370 dans les plus larges) et par leur recommandation immédiate de ne boire que du café… décaféiné.3
Ces données alarmistes pour les buveurs de café s’édulcorent à la lumière des résultats d’études prospectives portant sur de larges cohortes de patients (50 000 patients), démontrant l’absence de toute association entre consommation de café et cancer du pancréas.4,5 Ces études longitudinales qui, par leur design, permettent de vérifier si le développement d’une maladie est lié à certaines expositions dangereuses pour la santé, ont donc radicalement contredit un dogme ancien. Dans le cas présent, la demi-vie de cette vérité en médecine aura tout de même été de plus de 40 ans.6
On pourrait en rester à ce stade de la déconstruction du dogme alarmiste café-pancréas, mais de récents articles confortent actuellement un effet bénéfique de la consommation du café sur le pancréas endocrine et le foie. La consommation de café semble prévenir la survenue de diabète de type 2 par plusieurs mécanismes (dont un probable effet sur les ilôts de Langerhans ?) et diminue le risque de cancer du foie (méta-analyse de quinze études cas-témoins et huit études de cohorte).7
Ne soyons donc pas dogmatiques. Soyons, au contraire, toujours prêts à remettre en question les assertions et vérités d’autrefois qui s’avèrent comme l’ont illustré l’exemple de cet éditorial partiellement, voire complètement fausses. Et n’oublions pas de savourer notre café !