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Du point de vue philosophique, il est le non-être. Du point de vue théologique, il est le tentateur. Du point de vue spirituel, il est le démonique. Le diable se reconnaît au travers de ses vices. Il se veut omnipotent ; il croit qu’il est immortel. Il se veut tout sachant ; il croit que dans toute situation il sait distinguer, seul et avec certitude, le bien du mal. Il fait et défait à sa guise. Il manipule en vue d’instaurer son propre pouvoir. Il légitime l’égocentrisme. Il met en scène sa propre démesure. Il rend les autres esclaves du pouvoir et du besoin d’être aimé. Il promet aux plus incrédules l’immortalité. Sa particularité : il ne se cache pas, il œuvre à visage découvert. A force de le voir constamment autour de nous, nous avons oublié qu’il est le diable.
Si le diable ne s’habille plus en Prada, c’est donc qu’il a changé de tailleur. Ce dernier a non seulement modifié son nom mais également son adresse. Quel nom et quelle adresse pourraient incarner aujourd’hui selon vous l’obsession de l’argent ? La recherche incessante du pouvoir ? Le sentiment exacerbé de la jalousie ? La domination excessive de l’égocentrisme ?
Son nom : le divin marché.
Son adresse : les marchés financiers (1) du monde entier. Le diable a tissé sa toile en réseaux. Le divin marché (2) est l’idée selon laquelle les marchés n’ont pas besoin d’être régulés, ils s’auto régulent d’eux-mêmes.
Emmanuel Toniutti