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L'Affaire Flactif inspire à Samira Sedira un roman sur l'indifférence
La victime, un promoteur immobilier qui ne passe pas inaperçu, est d'origine africaine; ses affaires sont un peu louches, son magnifique chalet se repère de loin dans le village, sa vie avec sa compagne et leurs trois enfants semble être un conte de fées.
Les mobiles du meurtre de la famille Flactif sont nombreux: racisme, envie, complexe d'infériorité, soucis financiers. Autant de pistes que l'autrice suggère sans en privilégier aucune.
Blessures intimes
Comédienne et écrivaine née en Algérie, Samira Sedira a passé son enfance à La Seyne-sur-Mer et connaît la méfiance vis-à-vis de l'étranger, les inégalités sociales, l'envie, ou l'impression d'échec permanent. Avant de se risquer à écrire sur la tuerie du Grand-Bornand, elle a publié trois romans. Ce fait divers revêt à ses yeux une dimension plus large qu'un simple coup de folie individuel.
Du meurtrier, Samira Sedira fait un personnage blessé dans son corps et son esprit par un accident qui brise sa carrière de sportif. Elle imagine sa compagne en mère ayant renoncé à travailler pour s'occuper des enfants qui, pour arrondir ses fins de mois, va faire des heures de ménage chez les Flactif malgré l'opposition de son mari.
Cette femme déroule le fil des événements en s'adressant à son conjoint qui purge sa peine en prison. Pour essayer de comprendre l'impensable, elle évoque le procès et les mois qui ont précédé le drame. À son compagnon elle écrit : "je voyais bien que quelque chose en toi s'était fissuré… (…) une simple secousse aurait suffi à te faire exploser."
Tous coupables?
Le titre du roman, "Des gens comme eux" traduit l'opinion générale du village sur les Flactif: ils ne sont pas des nôtres. Ce qui n'empêche pas qu'on se rende à leurs invitations, qu'on boive des verres avec eux à la kermesse ou qu'on discute affaires sans s'inquiéter de l'agressivité croissante que le futur meurtrier manifeste à leur égard.
Je me dis que peut-être il y avait des mots qu'il aurait suffi de dire pour t'empêcher de sombrer.
Complaisance, indifférence à des signes plus ou moins clairs ou effective complicité? Contrairement à ce qu'a établi le procès du Grand-Bornand, Samira Sedira ne désigne pas d'autres coupables. Elle suggère simplement que l'indifférence est une faute, que fermer les yeux et les oreilles sur certains gestes et propos, c'est encourager leur multiplication ou ignorer un signal de détresse.
"Des gens comme eux" remplace l'habituelle question "comment a-t-il pu?", par celle-ci: "pourquoi n'a-t-on rien fait pour l'empêcher?" Une interrogation qui rend complice l'entourage du criminel.
Geneviève Bridel/aq
Samira Sedira, "Des gens comme eux", Le Rouergue
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Publié le 25 février 2020 à 11:47 - Modifié le 25 février 2020 à 13:48