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Au Collège de l'abbaye de St-Maurice, cela fait déjà longtemps que l'on a pris la mesure de ce que l'environnement pouvait apporter aux jeunes : pratique estivale et hivernale de la montagne, (escalade, alpinisme classique, peau de phoque, etc.), organisation de camps-retraites adaptés au niveau scolaire et faisant partie du programme, mise sur pied d'expéditions demandant un grand engagement de la part des participants. Si les deux premiers aspects se retrouvent en nombre d'établissements, le dernier mérite peut-être un développement. Ces expéditions ne devraient-elles pas relever plutôt de la responsabilité de structures spécifiquement dédiées à la montagne, comme le Club Alpin Suisse ? De fait, le Collège de l'Abbaye s'est un peu « spécialisé » dans ce genre d'activités, s'adressant à un public plus large que ses propres élèves : tout jeune entre 16 et 20 ans est invité à s'y intéresser.
Depuis le début des années 80, quatre expéditions ont été organisées en Norvège, dans la région de Narvik, et pas moins de six au Groenland, aux alentours de la baie de Disko, à l'ouest, en 1981, et de Nanortalik, dans le sud, pour les suivantes. Les montagnes du sud présentent beaucoup d'aspects propices à la découverte et à la pratique de l'alpinisme classique, mais également de l'escalade sportive, raison pour laquelle cette destination est particulièrement appréciée de nos groupes.
Le principe de l'organisation de ces expéditions est le suivant. La préparation s'étale sur trois ans (une trentaine de jours par an), sur des week-end ou des camps un peu plus longs. Guides et moniteurs de Jeunesse et Sport ainsi que - dans la mesure du possible - l'aumônier du collège forment l'encadrement. Les jeunes apprennent le milieu de la montagne et font l'expérience de la vie communautaire.
L'aspect financier a aussi son importance : le groupe, par son travail, sa recherche de sponsors et des activités ponctuelles (ventes de gâteaux, de vin, de T-shirts, etc.) arrive à diminuer de manière significative le coût individuel du voyage et de l'encadrement.
Un mois avant le départ, le matériel (environ deux tonnes et demie) est expédié par bateau. Il contient tout le nécessaire pour permettre la pratique technique de la montagne et pour assurer la vie du groupe pendant environ quatre semaines d'isolement complet (nourriture, matériel de camping).
Ces séjours sont donc à la fois le sommet et l'aboutissement de plusieurs années de préparation. Les jeunes se retrouvent dans un environnement grandiose, isolés de tous les contacts auxquels ils sont habitués, et apprennent à se dépasser. Les difficultés traversées ensemble mettent tous les participants sur un même niveau. Elles favorisent grandement l'expérience conviviale et rendent solidaires. La conviction de vivre des moments sortant de l'ordinaire est pour tous très forte.
La place de l'aumônier
Un aumônier a-t-il toujours sa place dans ce type d'activité ? Nous aurions tendance à répondre par l'affirmative. Le cadre général de l'accompagnement spirituel des jeunes gens a énormément évolué depuis le début de cette pratique par le collège. Autrefois, le milieu même au sein duquel se recrutaient les participants invitait, sinon à ce que l'on appelle une pratique régulière, au moins à une certaine familiarité avec ce qui relève du domaine de la foi. Aujourd'hui la pratique sacramentelle ne fait plus partie, à quelques exceptions près, du quotidien des jeunes. Fort d'une expérience d'accompagnement de cinq expéditions entre 1996 et 2012, je peux dire néanmoins que ces voyages peuvent être propices à une expérience spirituelle qui sort les jeunes de leur quotidien, parfois si dépouillé en ce domaine. L'expérience de la Création relève du domaine de l'ineffable, elle nous projette hors de nous-mêmes et amène à la contemplation. Ces moments si particuliers d'une prière ou d'une eucharistie au sein d'une nature préservée sont d'ordre à marquer pour longtemps les participants (il s'agit en même temps de respecter leur liberté).
La suite d'ailleurs nous montre régulièrement que le contact n'est pas rompu et que dans des moments importants de leur vie, ces jeunes devenus adultes savent se souvenir de ce qu'ils ont vécu.[1]
Comme le dit Jean-Charles Zay, professeur du collège et moniteur Jeunesse et Sport : « Sans être aussi sévère que Ramuz, qui critique les montagnards chercheurs de Dieu, je souscris assez volontiers à son idée selon laquelle l'alpiniste cherche à satisfaire son besoin de grandeur. Or sa grandeur étant limitée, la montagne ne peut amener à Dieu que dans la mesure où elle éveillera un désir qu'elle-même ne peut satisfaire : aucune montagne n'est à la hauteur de l'homme qui passe l'homme. Il est donc possible que d'aucuns aient pensé amener un jeune en montagne pour l'amener à Dieu. Il est plus probable que ce soit Dieu qui entraîne un jeune en montagne pour s'y laisser trouver, comme Il se laissera trouver ailleurs, selon son bon, providentiel et royal plaisir. »