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Le discernement au sein d'une communauté constitue un processus spirituel dont le but est de discerner la volonté de Dieu dans la vie communautaire. Le Pape François n'a de cesse de parler de l'importance du discernement communautaire pour l'Église tout entière, en particulier dans le processus synodal mondial. Denis Dobbelstein est le président mondial de la Communauté de vie chrétienne (CVX). Lors de sa visite en Lituanie netre le 20 au 22 mai, Rasa Darbutaité s’est entretenue avec lui à propos de la pratique décisionnelle commune au sein de la CVX.
Comment fonctionne le discernement communautaire au sein de la CVX?
Il existe deux types de discernement en communauté. Le premier se manifeste lorsqu'un membre du groupe est en proie à une préoccupation d'ordre personnel. Le discernement peut avoir lieu en trois temps de partage. Durant le premier temps, les membres du groupe échangent sur leurs expériences les plus importantes des dernières semaines. Ils s'efforcent de reconnaître où et quand Dieu les a attendus. Cela n'est pas toujours évident. Il arrive que l'on ressente que quelque chose est important et que l'on pressente qu'une décision est nécessaire. Si le premier temps de partage donne à penser qu'un membre aurait besoin de soutien, un deuxième temps de partage peut alors se révéler très utile.
Lorsque l'échange a lieu entre des confrères de longue date issu d'un groupe qui suivent fidèlement un cheminement de foi commun, une confiance mutuelle s'installe alors entre eux. Ils peuvent ainsi se rappeler mutuellement leur cheminement spirituel personnel durant le deuxième temps de partage et s'aider réciproquement à nommer leurs propres aspirations. D'autres membres du groupe trouvent parfois des mots plus appropriés pour décrire mes expériences et peuvent m'ouvrir à une autre perspective concernant mes doutes.
De quoi a-t-on besoin pour un bon discernement en communauté?
Il faut bien comprendre sur quoi porte la décision et rester ouvert à plusieurs alternatives. Le soutien du groupe constitue donc une aide particulièrement précieuse. Le deuxième temps d'échange ne signifie pas que j'entends davantage d'opinions et que je peux ainsi mieux répondre à mon questionnement. Il est judicieux de faire confiance à la dynamique du groupe. Ce processus nécessite de la patience, un temps durant lequel la compréhension s'améliore progressivement. Il est important de respecter la liberté de celui qui entreprend le discernement.
Durant le troisième temps de partage, chaque personne tente de découvrir en quoi sa propre perspective a changé. Avec l'expérience de la présence de Jésus, la perception quotidienne des autres ou des défis peut complètement se transformer.
Dans quels autres domaines le discernement en communauté est-il possible?
Une autre possibilité de discernement communautaire concernerait par exemple les défis au sein de la communauté ou du groupe et non uniquement du ressenti personnel, voire des défis qui touchent l'Église. On observe alors ensemble la réalité et les difficultés, et l'on se fie à la compréhension commune d'une communauté et pas seulement aux arguments intellectuels les plus pertinents de chacun.
En quoi consistent les défis?
Lorsque l'on s'engage dans un processus de discernement en communauté, il faut s'armer de courage, de patience, de respect mutuel et de confiance dans le fait que le groupe s'efforce d'écouter l'Esprit Saint. Le groupe ne représente pas seulement la réunion de plusieurs individus, mais une entité qui agit conjointement telle une seule et même personne à l’écoute de l'Esprit Saint.
Il est nécessaire d'adopter une méthode claire afin d'éviter d'éventuelles tensions ou la possible de domination de certaines personnes, l’abus de la méthode ou le recours à son autorité morale.
L'une des conditions essentielles à un bon discernement communautaire repose sur les accompagnateurs qui ne sont pas impliqué(e)s dans la prise de décision. Ils ne sont pas responsables du résultat mais de la qualité du processus. Il est essentiel de pouvoir s'appuyer sur des personnes enracinées dans la foi, libres de cœur et d'esprit, qui perçoivent les manifestations de l'Esprit Saint au sein du groupe. Il s'agit d'une énorme responsabilité. Les personnes capables d'accompagner le processus de discernement sont capitales pour l'avenir de la CVX et, j'en suis convaincu, pour l'avenir de l'Église de manière générale.
Pouvez-vous nous donner un exemple de votre expérience?
Récemment, au sein du Comité mondial de la CVX, nous avons préparé notre prochaine assemblée mondiale de 2023 au cours de laquelle les lignes directrices de toute la communauté seront discutées. La tâche était énorme: prévoir ce que l'avenir peut nous réserver, tout en laissant libre cours à notre imagination, mais en restant ouverts aux surprises de Dieu. Ce fut un long processus.
Dix membres du conseil issus de différentes cultures et régions du monde ont pu faire l'expérience d'un consensus dans les préoccupations fondamentales et échanger leurs conjectures. S'en est suivie une pause de plusieurs mois dédiée à la prière à cette intention. Naturellement, nous aurions pu formuler beaucoup plus simplement une thématique attrayante pour l'Assemblée. Mais il nous semblait plus important de discerner les aspirations intérieures profondes.
Le discernement en communauté exige de l'humilité, car nous ne pouvons jamais être sûrs de ce qui va se passer. Chaque membre vit la communauté différemment. Chacun est confronté à des défis différents. Il faut du temps pour s'écouter mutuellement, pour comprendre l'origine d'une certaine hypothèse, puis pour reconnaître et vérifier la sienne: est-elle universelle? Est-elle pertinente?
Plus tard, revenant sur nos hypothèses de travail, certaines idées en apparence formidables se sont soudainement révélées moins pertinentes. Nous sommes ainsi peu à peu parvenus à une compréhension commune du thème à adopter pour l'Assemblée. C'est en cela que réside la clé. La prière et l'échange des fruits de la prière ne garantissent pas que la voix de l'Esprit soit entendue, mais ils en augmentent les chances. Et cela constitue un acte de foi.
Entretien réalisé à Vilnius par Rasa Darbutaitė, chargée de communication pour la Lituanie de la Province jésuite d’Europe centrale.