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23/10/2009
Joseph de Maistre et l’androgyne
Joseph de Maistre était disciple de Platon et, selon Jean-Marc Vivanza, il croyait en une synthèse possible entre l’homme et la femme. Jean-Marc Vivanza est un professeur de l'université de Grenoble qui a consacré tout un livre à notre philosophe de Chambéry et à ses liens, en particulier, avec la Franc-Maçonnerie, ainsi qu’avec l’illuminisme de Saint-Martin. Joseph de Maistre, en effet, fut invité, en tant que magistrat et notable de la capitale du duché de Savoie, à fréquenter la Loge locale, où il s’ennuya rapidement; il fonda donc une loge orientée vers la théosophie, et se rendit à Lyon pour recevoir à cet effet les instructions du disciple de Saint-Martin qu’était Jean-Baptiste Willermoz, de Saint-Claude. Mais plus tard, il fréquenta surtout les Jésuites.
Quoi qu’il en soit, il demeura épris de théosophie, et grand lecteur d’Origène. On sait que Jésus même déclara qu’au sein de la Résurrection, on ne se marierait pas, parce qu’on serait semblable aux anges. Le raisonnement est aisé à produire: si le corps glorieux se suffit à lui-même, c’est qu’il intègre à la fois le masculin et le féminin: sinon, l’insatisfaction subsiste et, avec lui, le désir. Or, pour Joseph de Maistre, c’était impensable. L'Homme ressucité était comblé jusque dans le fond de son être.
Cependant, selon Jean-Marc Vivenza, encore, Maistre était aussi un grand lecteur du Genevois Charles Bonnet, qui fut transformiste et croyait en une évolution de l’Homme et des êtres vivants vers toujours plus de perfection. Voltaire se moqua de lui, mais Maistre y vit sans doute les marques de l’action de Dieu sur les formes, et, préfigurant Teilhard de Chardin, regardait l’évolution même du monde comme allant vers le divin.
C’est ainsi qu’il aurait cru en une synthèse de la forme masculine et de la forme féminine non pas seulement d’une façon abstraite, mais assez concrète: la chair angélique de l’Homme ressuscité demeurait pleinement palpable, du point de vue de l’Homme même. L’Homme deviendrait Ange, certes, mais en restant Homme. L’Évolution tendrait donc à unifier les sexes.
La question se pose dès lors de la façon dont on pourrait se reproduire! Mais il se peut que, des paroles mêmes, si elles sont plastiquement belles, et nourries d’une imagination sainte, naissent des œufs dorés, dont éclorront des êtres nouveaux... Je me suis laissé dire que les anges se reproduisaient de cette manière.
Cela dit, les esprits rassis de notre temps auront peut-être du mal à y voir autre chose que de la poésie; la prochaine fois, donc, si j’en reparle, ce sera en vers.