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Introduction
Eh oui, il y a 4 ans, le 24 mars 2001, Apple sortait la version finale de Mac OS X 10.0.
Ce système révolutionnaire n'était pas une simple mise à jour ou une espèce de jambe de bois pour aider Apple à passer dans le XXIe siècle.
Cet OS (Operating System) devait permettre à Apple de regagner la confiance de ses clients, et aussi d'en attirer de nouveaux en offrant un système moderne, fiable et performant.
Ce que les gens savent moins, c'est son histoire et le contexte dans lequel il est né et a évolué.
Aujourd'hui, au travers de cette humeur, j'aimerais vous raconter avec un peu de recul et quelques informations récentes, l'histoire de cette naissance et surtout, pourquoi Apple a choisi de racheter NeXT, Inc. et pas Be, Inc.
Historique
Vers le milieu des années 90, Apple avait un problème sérieux. Les bases de son système dataient des années 80 et sur certains points, utilisaient des technologies qui allaient rapidement être dépassées par des besoins toujours plus importants.
Dans le but de trouver une solution, Apple commença dès 1990 à travailler sur un système qui, à terme, devait remplacer les vieillissants OS 6 et 7.
Tout commença en 1991 avec Pink et plus tard Taligent quand Apple se rapprocha d'IBM. Mais cette collaboration ne fit pas long feu et, dans la foulée, Apple se lança un peu corps et âme dans le projet Copland.
À cette époque, Apple était dirigée pas John Sculley, un vendeur de Coca (en fait, il venait de chez Pepsi et c'est Jobs qui l'avait engagé). Si John avait une idée claire de comment piquer des parts de marché à Coca, ça n'a pas été aussi évident que ça chez Apple.
John Sculley, CEO d'Apple de 1983 à 1993
Le développement de Copland piétinait et Apple, pour la première fois de son histoire, a commencé à perdre de l'argent. À ce stade, le conseil d'administration d'Apple décida que John devait aller vendre des bulles ailleurs.
Dans un geste un peu désespéré, Apple engagea en 1993 un gars qui ne laissa pratiquement aucune trace dans l'histoire d'Apple: Michael H. Spindler. Lui non plus ne fit pas grand-chose pour améliorer le développement de Copland et, surtout, il amena Apple au bord de la faillite (plus de 1.8 milliards de dollars de pertes cumulées entre 96 et 97).
Michael H. Spindler, CEO d'Apple de 1993 à 1996
À l’époque, il fallait un électrochoc à Apple, et c'est sous la conduite d'un nouvel homme fort, Gil Amelio, que la secousse se produisit en 1996.
Les choses commencèrent à bouger rapidement mais dans une direction qui en surprit plus d'un... Dès son arrivée, Gil fit, avec Ellen Hancock (Chief Technology Officer chez Apple), stopper tout développement lié à Copland.
Gil Amelio, CEO d'Apple de 1996 à 1997 (ou 500 jours!)
En effet, ils se rendirent très vite compte que ce système ne menait à rien. Certains aspects paraissaient prometteurs, mais rien ne fonctionnait ensemble et on était loin d'un produit fini malgré des années de développement et des centaines de millions de dollars dépensés.
À ce stade, Apple n'avait plus le temps de recommencer le développement d'un nouveau système. La société était financièrement à l'agonie et le temps manquait parce que Windows 95 avait déjà fait beaucoup de mal et on parlait déjà de Windows 98 et surtout, de Windows NT.
Pour Gil, il n'y avait guère le choix: il fallait racheter une société qui avait développé un système moderne et serait à même de l'intégrer rapidement et facilement à la plateforme Mac.
Les candidats
Je vous fais grâce de toutes les différentes idées qui ont défilé dans les bureaux d'Apple.
À la fin de l'année 1996, il ne reste que deux candidats en lice et ils sont scrupuleusement évalués.
Les deux systèmes, et donc sociétés, qui retiennet l'attention d'Apple sont Be et NeXT.
Sur bien des aspects, ces sociétés ont des points communs. À commencer par leurs fondateurs qui proviennent tous deux d'Apple.
En quelques mots, la création de Be est liée à un homme, Jean-Louis Gassée (oui, oui, un Français) qui quitta Apple pour fonder en 1990 sa société.
Chez NeXT, on retrouve Steve Jobs qui après s'être fait licencier par l'homme qu'il avait engagé (John Sculley), fonda sa société en 1985.
Pour assurer son avenir, Apple a fini par faire son choix pour des raisons techniques bien sûr, mais également pour des raisons financières.
Développons brièvement les avantages et les défauts de Be et NeXT, pour éclairer les choix qui ont poussé Apple à choisir entre les deux.
Be et Be OS
Quand Jean-Louis Gassée fonda Be en 1990, il avait de grandes ambitions.
Fort de son expérience chez Apple (vice-président développement produit), Jean-Louis souhaitait créer un nouvel ordinateur avec un nouveau système d'exploitation. Ne prendre que le meilleur et construire une nouvelle génération d'ordinateurs.
Jean-Louis Gassée, CEO de Be avec un blog non officiel!
Pour commencer, la société souhaitait avant tout développer le matériel et acheter un système plus ou moins mature pour l'adapter à sa machine.
En 1991, Be commença à développer sa propre plateforme matérielle et ce, avec l'aide d'une grande entreprise: AT&T. Cette société fournit des puces (3210 DSP) de haute qualité mais seul Be était intéressé par ces processeurs.
Dans la même année, Be évalua les différents systèmes qui étaient disponibles et qui seraient susceptibles d'être rachetés.
Le choix se porta sur Chorus OS, un OS pour système embarqué et modulaire qui était proche de tout ce que Be recherchait.
Malheureusement, le système était bien à vendre mais à un coût prohibitif pour Be. La société renonça et décida qu'elle allait développer son propre système sur les bases d'une machine composée de puces AT&T.
Mais voilà, après deux ans d'efforts intensifs, Be apprend qu'AT&T arrête le développement de ses puces parce que, mis à part Be, personne d'autre n'en veut!
Premier coup dur pour Be qui se voit obligée de choisir d'autres processeurs, et devra surtout réécrire une partie de son OS pour que le système fonctionne sur cette nouvelle architecture matérielle.
Dans le courant de l'année 1995, la société présente sa BeBox avec 2 processeurs PowerPC 603 cadencés à 66MHz. Cette machine se veut "révolutionnaire" sur plusieurs points. Cependant, elle bénéficie des mêmes caractéristiques qu'un Mac, mais ne tourne pas avec Mac OS.
La BeBox PowerPC a été veunde à 1'800 exemplaires...
C'est donc tout naturellement qu'une année plus tard, Apple tourna son regard sur cette société et commença à évaluer le système BeOS pour sa propre plateforme.
Tout d'abord, BeOS était certainement un système en avance sur son temps. Totalement écrit à neuf en C++ (souvenez-vous qu'une partie de Mac OS était encore en Pascal), ce système se voulait avant tout prêt pour le futur.
En bloc, on citera la conformité à la norme POSIX (Portable Operating System Interface), le support pour les noms de 255 caractères, un shell BASH et un terminal pour le CLI (Command Line Interface), le support de fichiers sur 64 bits, reconnaissance des systèmes de fichiers HFS, HFS+, FAT32, ext2fs et bien sûr, BEFS (le système de fichiers Be).
Le temps de chargement du système était époustouflant (moins de 20 secondes) et le tout reposait sur un système qui avait un excellent support multitâche et multiprocesseurs (Be allait encore plus loin avec le "pervasive multi threading", tout ce qui tournait sur Be était traité en "multi thread").
Enfin, le système supportait dans sa structure de fichiers (BEFS) quelque chose appelé "meta data". Cette technologie vous permettait d'ajouter des champs à vos fichiers. Ainsi, grâce au navigateur intégré ou lors de recherches, l'indexation était automatique et offrait une puissance et une flexibilité inouïe pour l'époque.
Bref, il est bon de garder en mémoire que toutes ces fonctionnalités étaient disponibles entre 1995 et 1998... Pour ceux qui suivent l'actualité des systèmes d'exploitations, certains des points cités ci-dessus sont attendus sur les systèmes Tiger et Longhorn... tous deux encore en développement!
Mais voilà, tout n'était pas rose. Tout d'abord, avoir un système totalement "multithread" est un vrai casse-tête pour la programmation. En effet, une attention toute particulière doit être apportée au développement des applications dans le but d'éviter ce qu'on appelle les "deadlocks"... vous savez, la petite roue qui tourne quand une application est plantée. Ensuite, il manquait des éléments essentiels à BeOS.
Pour commencer, Be avait avant tout développé un système pour un utilisateur. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas une notion d'utilisateurs avec des droits différenciés. Il n'y avait pas non plus de notion de privilèges ou de permissions différentes en fonction d'un profil ou d'un utilisateur.
Plutôt ennuyeux pour un système qui devait servir de base pour construire un futur "partagé" et en réseau. Par exemple, il y avait bien un deamon FTP qui était livré en standard, mais celui-ci n'offrait qu'un login à la fois et une fois à l'intérieur, tout était disponible en "read, write et exe"...
Enfin, un dernier point qui est commun à tous les systèmes jeunes: la plateforme ne bénéficiait pas d'un large support. Autrement dit, aucune grande maison de développement n'avait montré de l'intérêt et aucune annonce majeure n'a été réalisée pour supporter ce système.
J'arrête ici cette vue d'ensemble de Be parce que l'histoire de cette société ne peut être résumée en quelques paragraphes.
Next et NextSTEP
Quand Steve Jobs a été tout d'abord mis à l'écart par John Sculley et ensuite forcé de donner sa démission en 1985, il prit un "break" d'un an et réfléchit un peu à ce qu'il voulait faire.
En 1986, il créa la société Next avec 135 millions de dollars. Là encore, l'objectif du co-fondateur d'Apple est clair: réussir là où il avait échoué avec Apple.
Avec quelques anciens employés d'Apple, Steve réussi l'impensable, soit présenter un système très prometteur et une nouvelle machine après seulement 2 ans de développement: NextSTEP 0.8 et le Cube. Oui, oui, un cube n'était pas une très bonne idée en 1988 chez NeXT et elle n'a pas mieux marché chez Apple en 2000.
Mais oui, on prend aussi des "produits" dans l'informatique
À l’époque, pour 6'500 dollars, le client pouvait acquérir un 17 pouces CRT noir et blanc, avec une machine qui contenait NeXTSTEP 1.0, un processeur 68030 (épaulé par un coprocesseur 68032), 8 MB de RAM, un disque dur de 40MB et un révolutionnaire (mais très lent) lecteur magnéto-optique de 256MB.
Tout comme Jean-Louis, Steve avait créé une machine qui présentait une architecture très ressemblante à un Mac.
Le véritable bijou résidait dans le système d'exploitation qui était inédit et surtout, tourné vers l'avenir.
Le système était basé sur l'UNIX Berkeley Software Distribution (BSD) 4.3, un UNIX qui était essentiellement distribué et développé pour les milieux académiques. Cet UNIX, contrairement aux autres UNIX, qui étaient propriétaires (SunOS, IRIX, HP-UX, etc.), était beaucoup plus abordable et surtout, il représentait ce qui se faisait de mieux à l'époque.
Ce qui impressionna le plus, c'est tous les outils qui étaient déjà intégrés au système: Objective C (un nouveau langage de programmation orienté objets), affichage graphique Postscript, une interface utilisateur inédite et tout ce qu'on pouvait attendre d'un système moderne.
A la fin de l'année 1990, c'est un certain Tim Berners-Lee qui, grâce à une machine NeXT, développe le premier navigateur Internet! Aujourd'hui, on considère Tim comme le "père" d'Internet (du Web en tout cas).
Au fil du temps, les mises à jour se succèdent et apportent sans cesse des améliorations. Malheureusement, la vente des machines ne suit pas et, petit à petit, Steve doit admettre que ses machines ne se vendent pas assez pour accomplir son rêve: maîtriser l'ordinateur et le système qui va avec.
Après avoir investi des dizaines de millions de dollars dans une usine qui pouvait produire 150'000 machines par année, le résultat n'est pas très flatteur. De 1988 à 1993, NeXT n'en a pas vendu plus de 50'000, soit à peine 10'000 par an.
Steve vend alors toute la partie matérielle à Canon et renomme la société NeXT Software Inc.
Privé de machines, NeXT se tourne tout naturellement vers les autres plateformes disponibles avec tout d'abord un portage de NeXTSTEP sur PC (processeur 80486) puis sur l'architecture SPARC de Sun et enfin HP PA-RISC.
Cette stratégie semble bonne mais elle arrive probablement trop tard. Windows 3.1 a envahi le PC et Windows NT va envahir les entreprises.
Épilogue
Dès son arrivée à la tête d'Apple, Gil Amelio rentre en négociation avec Be et NeXT Software.
Jean-Louis, le CEO de Be est trop gourmand. Il ne demande ni plus ni moins que 15% des actions Apple (soit plus 600 millions de dollars à l'époque), un siège à la direction générale et au moins 200 millions de dollars en cash.
Gil n'a pas ri. Il proposa à peine 100 millions de dollars en incluant un: "À prendre ou à laisser". Jean-Louis laissa.
Avec Steve, les choses furent un peu différentes. Pour 417 millions de dollars en cash, Steve négocia son retour au sein d'Apple comme consultant pour aider à intégrer NeXTSTEP à l'architecture d'Apple.
On connaît tous la suite.
Apple acheta Next Software Inc le 20 décembre 1996 et les principaux ingénieurs suivirent Steve dans sa migration (c'est moins connu, mais beaucoup d'ingénieurs de Be firent pareil).
L'intégration fut menée tambours battants et, dès 1997, Apple distribua une version bêta de Rhapsody Developer Release (DR) 1 et l'été suivant, la DR2. Mac OS X Server sortit en 1999 et Mac OS X 10.0 arriva sur nos machines le 24 mars 2001.
Et pour Be me demanderez-vous, que s'est-il passé? Eh bien Jean-Louis a vendu sa société pour 11 millions de dollars à Palm en 2001 tout en négociant une place chez eux... Triste fin pour un OS qui aurait pu avoir une place différente...
Enfin, j'ai mal titré ce dernier chapitre en le nommant "Épilogue".
Après 4 ans d'existence, notre système X n'est pas mort ou sur le point de mourir, au contraire. Nous aurons encore une mise à jour majeure cette année ainsi que, j'en suis sûr, plein de nouveautés dans les années qui viennent.
Comme par le passé, j'en suis convaincu, Apple guidera encore toute l'industrie informatique vers de nouveaux sommets.
Joyeux anniversaire Mac OS X et longue vie!