Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07025.jsonl.gz/14

Une fois encore à deux doigts de la faillite, la Grèce devrait néanmoins bénéficier d'un ultime répit, le temps de trouver, d'ici à de nouvelles élections désormais inévitables, le moyen de résoudre ce qui ressemble fort à une quadrature du cercle. Comment en effet échapper à un cran supplémentaire d'austérité, aux conséquences sociales dévastatrices, sans du même coup abandonner l'euro, ce que refuse une grande majorité de la population?
Il y a d'abord ce constat, implacable. Si, faute d'entente entre forces politiques ou tout simplement de volonté ou de capacité d'agir, l'Etat grec continue de ne pas honorer les engagements pris en contrepartie de l'aide internationale, il ne recevra pas les fonds promis, et ne pourra ni faire face aux prochaines échéances de sa dette, ni procéder à ses paiements courants (salaires des fonctionnaires, pensions de retraites, intérêts de ses emprunts, etc).
Privée de toute possibilité d'émettre de son propre chef les liquidités nécessaires du fait de son appartenance à la zone euro, la Banque centrale de Grèce se verrait dès lors contrainte de sortir de celle-ci, afin de récupérer son pouvoir régalien de battre monnaie. Les milliards de drachmes qu'elle créerait dans la foulée perdraient aussitôt les trois quarts de leur valeur, l'inflation repartirait de plus belle et le pays, dépendant pour l'essentiel de ses importations, se retrouverait étranglé.
Il existe pourtant un moyen, techniquement simple quoique totalement incorrect politiquement parlant, d'éviter ce funeste enchaînement. C'est celui qui consisterait à forcer la baisse des taux d'intérêt auxquels le pays est aujourd'hui contraint d'emprunter, en autorisant la Banque centrale européenne à racheter la dette grecque, ou en échangeant celle-ci contre des obligations émises à l'échelle européenne tout entière. Vu les ordres de grandeur en présence, cette «mutualisation» de la dette n'entamerait que marginalement la bonité de la zone euro, à condition toutefois que des mesures de plus longue portée - les fameuses réformes structurelles - soient mises en route à moyen terme.
Ces mesures concernent la Grèce bien sûr, mais d'autres devraient s'appliquer, par symétrie, aux pays frappés des déséquilibres structurels inverses. On songe évidemment à l'Allemagne, gardienne intraitable de l'orthodoxie budgétaire, mais également, on le sait moins, profiteuse de l'aubaine représentée par un euro faible, qui lui a permis de fonder sa croissance sur ses exportations, supérieures l'an dernier à 40% du PIB (alors qu'elles en représentaient à peine 20% au milieu des années 90). Les déficits des uns nourrissant les excédents des autres, il s'agit bel et bien, pour la santé de tous et la survie de l'euro, de convaincre l'Allemagne qu'elle aurait tout à gagner d'un brin de souplesse dans son ménage intérieur.