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Le Conseil fédéral a envoyé son Message sur la coopération internationale (CI) pour consultation et a invité Solidar Suisse à réagir. Ce document, qui définit l’orientation stratégique suisse dans le domaine de la coopération au développement et de l’aide humanitaire pour les années 2021-2024, contient de graves lacunes. La coopération internationale n'intègre pas les objectifs de développement durable (ODD) et le budget est loin des promesses faites par la Suisse. En outre, les intérêts à court terme de la politique économique et migratoire prévalent sur des considérations à plus long terme.
Le Message ne contient pas de définition du terme « développement » et n’intègre pas les objectifs de développement durable (ODD) de l'Agenda 2030 de l'ONU. Selon cet Agenda, le rôle de la coopération au développement est de lutter contre la pauvreté et les inégalités dans le monde. De plus, le texte onusien demande que la consommation et la production des pays riches intègrent la durabilité et que la croissance économique n'ait lieu que dans les limites de l'écosystème mondial. Ces aspects essentiels sont absents du Message du Conseil fédéral qui ne donne pas une vue globale du rôle de la Suisse intégrant les ODD. Solidar Suisse demande que l'Agenda 2030 serve de cadre de référence central pour la coopération suisse et que les objectifs de cette dernière découlent des ODD.
Un engagement financier insuffisant
Le cadre financier de la coopération au développement est insuffisant. L'Agenda 2030 et le « Addis Ababa Action Agenda » prévoient un financement de la coopération au développement à hauteur de 0,7 % du Revenu national brut (RNB). La Suisse a signé ces deux déclarations et doit remplir les obligations qui en découlent. Le 0,45% prévu n'est pas à la hauteur des engagements pris par les autorités suisses. Enfin, la Suisse s'est engagée à dégager de nouveaux moyens financiers supplémentaires pour mettre en œuvre la Déclaration de Paris. Ceci n'est plus mentionné dans le présent texte. Au contraire, une partie des 0,45% dédiés à la coopération internationale pourrait même être utilisée pour le financement des objectifs climatiques de la Suisse. Solidar Suisse demande un engagement financier d'au moins 0,5% du RNB et une augmentation progressive à 0,7%. Il est également urgent, dans le cadre de la révision de la loi sur le CO2, de recourir à de nouvelles sources pour financer internationalement la lutte contre le réchauffement climatique. Des taxes substantielles sur les carburants (dont le kérosène) devraient par exemple être mises en place.
Repenser les intérêts de la Suisse
Une coopération au développement efficace exige un engagement à long terme et doit tenir compte des priorités locales en matière de développement. La Suisse se porte préjudice en mettant sa coopération internationale au service de ses propres intérêts économiques à court terme et de sa politique migratoire. Si elle ne place pas au coeur de sa coopération internationale la lutte contre la pauvreté là où elle est la plus criante, la Suisse perdra sa crédibilité et mettra en danger sa réputation de partenaire fiable. Le concept "Switzerland first" exprime exactement le contraire de ce que la coopération est censée réaliser, à savoir développer des solutions efficaces aux défis mondiaux et transfrontaliers. Solidar Suisse demande que les intérêts de la Suisse soient repensés dans une perspective de long terme afin que notre pays puisse bénéficier également d'un monde plus juste, plus pacifique et écologiquement durable.