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Madame C. est une jeune patiente de 25 ans consultant pour des douleurs abdominales diffuses persistantes depuis environ une année. Elle a un transit gastro-intestinal irrégulier avec une tendance à la constipation.anamnèse actuelleLa patiente se plaint de douleurs abdominales diffuses, décrites comme des crampes, survenant deux à trois fois par semaine depuis environ une année. Ces douleurs ne sont influencées ni par la diète ni par les menstruations. Madame C. se plaint d'un transit gastro-intestinal irrégulier, avec une tendance à la constipation. Les douleurs sont soulagées par la défécation. La malade a perdu 5 kg depuis le début de ses ennuis. Elle est sous contraception orale et prend régulièrement du chlorure de magnésium contre la constipation.antécédents personnelsHormis des infections urinaires à répétition durant l'enfance et une sinusite chronique, l'histoire de la patiente est sans particularité. Madame C. a arrêté de fumer il y a trois ans. A noter plusieurs voyages dans des pays du tiers-monde, le dernier en date remontant à 18 mois.antécédents familiauxAnamnèse positive de cancer colique et de diverticulose tant du côté paternel que maternel.status et bilan initial (tableau 1)Patiente très anxieuse et volubile ayant un indice de masse corporelle à 19 kg/m2. Pression artérielle : 115/85 mmHg. Fréquence cardiaque régulière à 95/min. L'abdomen est souple. Douleur à la palpation profonde de la fosse iliaque droite. Pas de masse palpable. Rien à signaler au toucher rectal. Le reste du status est sans particularité.diagnostic différentielMadame C. consulte pour des douleurs abdominales diffuses et associées à des troubles du transit, avec tendance à la constipation (moins de deux exonérations par semaine en l'absence de prise de laxatif), depuis environ une année.Les principales causes de douleurs abdominales à envisager chez cette jeune malade en excellent état général sont résumées dans le tableau 2.Sont à envisager également des causes de constipation telles que l'hypothyroïdie et l'hypercalcémie, deux pathologies exclues par les examens de laboratoire (TSH et calcium corrigé).Au bilan initial, il n'y a d'évidence ni pour un syndrome inflammatoire, ni pour une obstruction des voies biliaires, ni pour une affection rénale. Par ailleurs, l'anamnèse, de même que l'hémoglobinémie normale et l'absence de sang dans les selles, ne font pas penser en premier lieu à un ulcère gastroduodénal. Une cliakie est peu probable vu la sérologie négative pour les anticorps antitransglutaminase IgG et l'absence de malabsorption. Ainsi, le diagnostic principal à évoquer est le syndrome de l'intestin irritable.examens complémentairesA l'échographie abdominale, n'est visible aucune anomalie tant au niveau des voies biliaires que des reins.L'échographie par voie vaginale est normale. On note un utérus antéversé aux contours réguliers et il n'y a pas de pathologie annexielle. Une coloscopie est effectuée. L'examen est normal et la biopsie ne montre ni inflammation ni cellules tumorales.diagnostic retenuSyndrome de l'intestin irritable.à retenir Le syndrome de l'intestin irritable, connu également sous les termes de côlon spastique ou côlon irritable, est en fait un diagnostic d'exclusion qui est évoqué chez des malades se plaignant de douleurs abdominales et de troubles du transit gastro-intestinal. Cette affection se rencontre entre 4 et 35% de la population selon les études, surtout durant la troisième et quatrième décennie, avec une prédominance nette pour la femme (2 à 3 fois plus).Les mécanismes physiopathologiques ne sont pas encore complètement connus. Il existe une susceptibilité génétique et plusieurs facteurs environnementaux jouant un rôle favorisant ont été identifiés, notamment le stress et des troubles psychosociaux. Par ailleurs, une croissance exagérée de bactéries intestinales a été impliquée pour expliquer des symptômes comme le ballonnement et la flatulence observés dans ce syndrome. Il semble en outre que la sérotonine, un neurotransmetteur contribuant de façon importante à la motilité intestinale, à la sensibilité des viscères et à la régulation du flux sanguin gastro-intestinal, soit un facteur pathogénique clé. Le diagnostic de syndrome de l'intestin irritable doit être évoqué lorsqu'au cours des douze derniers mois et pendant au moins douze semaines (pas nécessairement consécutives) deux des critères suivants sont positifs (critères de Rome II, Thompson WG, Longstreth GF, Drossman DA, Heaton KW, Irvine EJ, Muller-Lissner SA. Functional bowel disorders and functional abdominal pain. Gut 1999;45 (Suppl. 2):43-7) modification de la fréquence des selles ; modification de la consistance des selles ; soulagement par la défécation.Le traitement du syndrome de l'intestin irritable met en jeu plusieurs approches. Sur le plan diététique les malades constatent par eux-mêmes que les symptômes peuvent être précipités par l'ingestion de certains aliments, qu'ils doivent alors éviter. Par ailleurs, on estime que 30% environ de la population adulte est intolérante, à un degré plus ou moins important, au lactose. Cela vaut dès lors la peine de prescrire pendant quelques semaines un régime sans lactose pour voir si les symptômes s'améliorent. Il n'existe malheureusement pas de remède miracle. Suivant les cas, on peut être amené à utiliser des médicaments visant à corriger plutôt la diarrhée ou la constipation, voire la douleur ou la flatulence. Une prise en charge psychologique et/ou un traitement antidépresseur peuvent être bénéfiques. Se souvenir toutefois que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine peuvent induire des effets secondaires digestifs, notamment des diarrhées. L'hypnose est également une alternative efficace. Drossman DA. What does the future hold for irritable bowel syndrome and the functional gastrointestinal disorders ? J Clin Gastroenterol 2005;39(5 Suppl.): 251-6. Fioramonti J, Bueno L, Delvaux M, Frexinos J. Les anciens et nouveaux concepts physiopathologiques du syndrome de l'intestin irritable. Gastroenterol Clin Biol 2001;25:34-41. Lacy BE, Lee RD. Irritable bowel syndrome : A syndrome in evolution. J Clin Gastroenterol 2005;39(4 Suppl. 3):230-42.