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La Société des Nations
1918-1939
1918, l'Après-guerre
Au lendemain de la « Grande Guerre » (Première Guerre mondiale), le conflit le plus meurtrier et le plus dévastateur de l'histoire (9 millions de morts, 20 millions de blessés), le monde entier est persuadé qu'il tirera les leçons de ce conflit et que de telles horreurs ne se reproduiront plus.
La Suisse neutre, épargnée par les conflits, se réveille pourtant appauvrie, affamée et sonnée par le plus important conflit social de son histoire. Dans le sillage de la Révolution russe de février 1917, les soulèvements ouvriers se succèdent sur tout le continent. Hausse du chômage, des prix, des heures de travail, baisse des salaires, aboutissent, en Suisse, à la « Grève générale » qui paralyse totalement le pays entre les 12 et 13 novembre 1918.
La paix revenue, le monde découvre son nouveau visage ; trois empires (allemand, autrichien et ottoman) se sont écroulés. A leur place émergent des « nations ».
Dont il va désormais s'agir de définir les nouvelles relations qu'elles vont entretenir entre elles. Comment faire en sorte que ces nations ne se battent plus et qu'aucune « Grande Guerre » ne se reproduise ?
Le président américain Woodrow Wilson propose une « Société des Nations ». Comme un Comité élargi qui réunira la majorité des pays du monde, au sein duquel les problèmes sensibles seront discutés, négociés, et les conflits éventuels désamorcés. Cette Société se donnera un « Pacte » interdisant l'usage de la force. Les nations elles-mêmes élaboreront, ensemble et sur un pied d'égalité juridique, toutes les modalités de leur coexistence.
Et quiconque violera ce Pacte sera passible de sanctions.
20 novembre 1918
La Suisse, forte de son expérience diplomatique, souhaite accueillir le siège de la future Société des Nations. Rappelons que le Conseil fédéral avait tenté plusieurs médiations, durant la Grande Guerre, entre les belligérants, qui ont toutes échoué. La Confédération demande donc à être invitée à la Conférence de la paix qui se tient le 18 janvier 1919 à Paris.
18 janvier 1919
Conférence de la Paix, Paris. Le président de la Confédération, le Genevois Gustave Ador, rencontre les responsables français, Georges Clemenceau, anglais, Lloyd George et américain, Woodrow Wilson. Il leur présente la Suisse « comme un modèle réduit mais consolidé par l'expérience des siècles, de la future Société des Nations. »
20 mars 1919
Réunion des pays neutres organisée par le Conseil suprême des puissances alliées. Le Conseiller fédéral Calonder représente la Confédération. Il propose officiellement la candidature de la Suisse pour accueillir le siège de la future Société des Nations.
10 avril 1919
La Commission de la Société des Nations se réunit à l'Hôtel Crillon, à Paris. Elle doit départager les deux villes candidates pour héberger le siège de la SDN, Bruxelles et Genève, toutes deux situées dans des pays neutres.
Bruxelles, première victime de la guerre, est mieux équipée que Genève. Mais cette dernière met en avant le rôle humanitaire important qu'elle a joué pendant le conflit ainsi que le siège de la Croix-Rouge que la ville lémanique accueille déjà.
Si Genève recueille finalement les suffrages de la Commission, « le Conseil se donne le droit à tout moment de décider de l'établir en tout autre lieu que Genève ».
Le Conseil fédéral, qui a jusque là activement porté la candidature suisse, affiche une réaction très modérée. Elle suscite l'étonnement et la déception de certains membres de la SDN.
28 avril 1919
La Conférence de la Paix de Paris adopte le texte fondateur du « Pacte » de la Société des Nations. Extraits :
« Article 7 – Le Siège de la Société est établi à Genève. Article 8 – Les membres de la Société reconnaissent que le maintien de la paix exige la réduction des armements nationaux au minimum compatible avec la sécurité nationale (...). Article 16 – Si un membre de la Société recourt à la guerre, (...) il est « ipso facto » considéré comme ayant commis un acte de guerre contre tous les autres membres de la Société. Ceux-ci s'engagent à rompre immédiatement avec lui toutes relations commerciales ou financières (...) »
28 juin 1919
Signé le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces du Château de Versailles, le « Traité de Versailles de 1919 » conclut la paix entre l'Allemagne et les Alliés. Il détermine les santions prises à l'encontre des belligérants et annonce la création d'une Société des Nations.
Le Traité de Versailles sera promulgué le 10 janvier 1920.
4 août 1919
Un nouveau débat s'ouvre en Suisse après l'attribution du siège de la Société des Nations à Genève : la Suisse doit-elle, à présent, en faire partie ? Est-ce compatible avec sa neutralité ?
C'est l'avis du Conseil fédéral qui envoie, ce 4 août 1919, son message au Parlement en faveur de l'adhésion de la Suisse à la Société des nations.
11 – 21 novembre 1919
Session parlementaire à Berne. Le Conseil national et le Conseil des États débattent longuement du message du Conseil fédéral proposant l'adhésion de la Suisse à la Société des Nations. Au coeur des délibérations, la neutralité de la Suisse.
En effet, la Société des Nations oblige tout État membre à participer à des sanctions armées et économiques contre un pays qui aurait violé le Pacte. Ce qui est contraire au principe de neutralité de la Suisse.
Les parlementaires demandent aux Alliés, fondateurs de la SDN, des précisions et des adaptations du statut de la Confédération. Ce qu'ils feront dans la « Déclaration de Londres sur la neutralité de la Suisse » adoptée le 13 février 1920 (voir cette date).
13 février 1920
Suite aux questions des parlementaires suisses sur le statut de neutralité de la Confédération en cas d'adhésion à la SDN, le Conseil suprême allié apporte des précisions, ainsi que des aménagements « sur mesure » pour la Suisse. Ils sont définis dans la « Déclaration de Londres sur la neutralité suisse » adoptée ce 13 février.
Ainsi, la Déclaration de Londres reconnait la neutralité perpétuelle de la Suisse et l'adapte aux obligations auxquelles sont habituellement soumis les membres de la SDN. La neutralité « intégrale » de la Suisse devient alors « différentielle ». En clair, la Suisse neutre ne participera pas aux sanctions armées contre un pays qui aurait violé le Pacte, mais doit se soumettre au sanctions économiques et embargos.
Déclaration de Londres sur la neutralité suisse, extraits :
« La Suisse reconnaît et proclame les devoirs de solidarité qui résultent pour elle du fait qu'elle sera membre de la SDN, y compris le devoir de participer aux mesures commerciales et financières demandées par la SDN contre une État en rupture du Pacte, (...) mais (...) elle ne sera pas tenue de participer à une action militaire ou d'admettre le passage de troupes étrangères ou la participation d'entreprises militaires sur son territoire. »
16 mai 1920
Référendum fédéral sur l'adhésion de la Suisse à la Société des Nations. Jamais le gouvernement n'avait tenté d'influencer une décision avec autant d'ardeur. Car l'enjeu est immense : si la Suisse adhère, elle se coupe de ses deux puissants voisins, l'Allemagne et l'Italie, vaincus de la dernière guerre et exclus de la Société des Nations. Si la Suisse n'adhère pas, elle se coupe du reste du monde et le siège de la SDN, récemment attribué à Genève, pourrait partir à Bruxelles.
La participation au scrutin est massive. 75% des citoyens suisses se déplacent aux urnes ce jour-là. Elle s'explique par la campagne passionnée qui a précédé le vote, animée par des germanophiles qui déplorent ouvertement l'éviction des perdants de la Grande Guerre. Tête de file des « anti-SDN », le Général de l'armée suisse durant la Guerre de 1914-1918 Ulrich Wille, un vieil ami (voir le jeu de rôle 1914-1918, Première Guerre mondiale)
Le « oui » l'emporte de justesse, à un seul canton et un peu plus de 100'000 voix de différence (416'870 voix pour / 323'719 voix contre). Le clivage entre latins et alémaniques se ressent fortement ; la majorité des électeurs suisses-allemands vote non et c'est grâce au oui massif des cantons romands et du Tessin que l'adhésion est finalement acceptée.
15 novembre 1920
La Société des Nations est inaugurée à Genève dans des locaux provisoires. Car pour Genève, tout reste à faire : construire le bâtiment qui accueillera le siège de l'organisation mais aussi des résidences pour les diplomates, des hôtels et même un aéroport ! La petite ville du bout du lac se prépare à son destin international.
Le Conseiller fédéral et Président de la Confédération Guiseppe Motta prononce le discours d'ouverture de la première assemblée générale de la Société des Nations.
Il fait polémique.
Extraits : « Plus la Société des Nations sera universelle, plus elle possédera de gages d'autorité et d'impartialité. Les vainqueurs ne pourront renoncer pour toujours à la collaboration des vaincus. Cette collaboration des uns avec les autres répond à une nécessité vitale. Les haines sont une malédiction. Les peuples sont très grands lorsqu'ils le sont par par la générosité ou par le repentir. Je faillirais à mon devoir d'interprète, quoique indigne, de la pensée suisse si je n'avais pas le courage de la proclamer dans cette enceinte. »
Giuseppe Motta ne cite pas une seule fois le Président des États-Unis et père spirituel de l'institution, Woodrow Wilson. Pire : il souhaite que les vainqueurs collaborent avec les vaincus, sous-entendant que la « pensée suisse », dont il est « l'interprète », regrette l'absence des perdants de la Grande Guerre.
7 septembre 1929
La première pierre du Palais des Nations, qui accueillera le siège de la Société des Nations, est posée à Genève. Le chantier s'annonce gigantesque. Il durera 8 ans.
1933
Lorsque Hitler accède au pouvoir, l'Allemagne est alors membre de la SDN, devenue une république démocratique suite à la chute de l'empereur Guillaume II.
À Genève, le secrétariat de la Société des Nations s'installe dans l'une des parties terminées du Palais des Nations qui continue à s'ériger au bout du lac Léman.
17 septembre 1934
L'adhésion de l'URSS communiste est débattue devant l'assemblée générale de la Société des Nations. Le Conseiller fédéral tessinois Guiseppe Motta se fait une nouvelle fois remarquer en prononçant un discours ouvertement hostile à cette admission, soupçonnant l'Union soviétique d'utiliser la tribune de la SDN à des fins de propagande communiste.
L'assemblée générale de la Société des Nations approuve l'adhésion de l'URSS, refusant de continuer à exclure une puissance de 160 millions d'habitants.
L'entrée de l'URSS dans le concert des nations ternit l'image de l'organisation en Suisse. L'opinion s'en méfie alors que le droite la plus radicale affiche ouvertement son hostilité.
2 octobre 1935
Mussolini souhaite une Italie à la hauteur de sa puissance, réplique de l'Empire romain, et envahit l'Abyssinie (Éthiopie). Cet acte est désigné par la SDN comme une rupture du Pacte, punie de sanctions immédiates.
Extraits du Pacte de la SDN (28 avril 1919) : « Si un membre de la Société recourt à la guerre, (...) il est (...) considéré comme ayant commis un acte de guerre contre tous les autres membres de la Société. Ceux-ci s'engagent à rompre immédiatement avec lui toutes relations commerciales ou financières ».
10 octobre 1935
Aussitôt, la Suisse, par la voix du conseiller fédéral Guiseppe Motta, déclare devant l'assemblée générale de la SDN que la Confédération, en vertu de sa neutralité, n'appliquera pas les sanctions prévues par l'organisation contre l'Italie.
Souvenez-vous, pourtant, que dans la Déclaration de Londres sur la neutralité suisse (13 février 1920, voir cette date), la Suisse avait obtenu des arrangements avec la puissante organisation qui acceptait que la Confédération ne participe pas aux interventions militaires ; la Suisse s'engageait en revanche à participer aux sanctions financières.
Berne accepte finalement d'appliquer des sanctions minimales, dont la suspension des exportations militaires vers les deux États belligérants. La mesure provoque la colère de nombreux industriels suisses.
1937
À Genève, le Palais des Nations est terminé, l'ensemble du personnel s'installe.
C'est le plus grand édifice public jamais construit en Europe. Il abrite 900 bureaux et salles de réunion, 1700 portes et autant de fenêtres, 50 escaliers, 22 ascenseurs. Mais aussi... 668 toilettes et 1500 robinets !
À l'intérieur, les objets qui composent son aménagement proviennent essentiellement de dons des pays membres.
Mai 1938
L'imposant Palais des Nations abrite désormais une organisation en perte de crédibilité. L'Allemagne hitlérienne et l'Italie mussolinienne l'ont quittée et la Suisse prend elle aussi ses distances.
Le conseiller fédéral Giuseppe Motta demande à revenir sur les clauses de la « Déclaration de Londres » (13 février 1920, voir cette date). Il souhaite la fin de la « neutralité différentielle » qui obligeait la Confédération à des sanctions économiques à l'encontre d'un pays en rupture du Pacte. Les membres de la SDN acceptent à une large majorité.
1939
Alors qu'éclate la Deuxième Guerre mondiale, il faut se rendre à l'évidence : la Société des Nations a échoué dans sa mission principale qui était d'empêcher la guerre.
La Suisse coupe tous les liens avec l'organisation, elle ne paie plus ses cotisations et évite les contacts avec le secrétariat. En 1940, la Société des Nations quitte Genève.
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La société des Nations
Anecdotes, clins d'oeil
La Société de – presque – toutes les nations
La quasi-totalité des pays du monde fait – ou fera – partie de la Société des Nations. Et en particulier les grandes puissances économiques, militaires et/ou démographiques. Presque toutes, sauf... les États-Unis, patrie du président Woodrow Wilson, le « père » de l'institution ! Principalement par isolationnisme européen, le Congrès américain refusera toujours d'en devenir membre.
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