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Carl Rütti
Sacred Choral Music
BBC Symphony Chorus
Stephen Jackson director
1996: ASV Ltd CD DCA 954
Sounds:
von der CD Sacred Choral Music - Gloria
(40sec, 309KB wav)
Presse-Echo:
Dezember 1996, UK
Ausgewählt unter "die zehn besten CD's des Monats".
Mein Eindruck nach einer ersten flüchtigen Begegnung mit Carl Rütt’s Chormusik war, dass es hier noch einen gebe in der Art von Tavener, Pärt und Górecki, deren starke Spiritualität in Gefahr scheinen mag, den Lauf der musikalischen Entwicklung zu hindern. Aber kaum lief die CD einige Sekunden, realisierte ich, dass ich nicht hätte falscher sein können. In der Tat: während ich dies schreibe, läuft die CD zum achten Mal, und immer noch finde ich neue Wunder, die bei jedem Hören zum Vorschein kommen - und ich glaube nicht, dass ein Kritiker ein höheres Lob als dieses geben könnte.
Gewiss, die reichen, stehenden Klänge von tonaler Harmonie, welche in himmlischen Nebeln schimmern, werden jene in diese Musik hineinziehen, welche in solchen Dingen Befriedigung finden, aber die, welche komplexere musikalische Anregung suchen, werden reich belohnt werden sowohl durch den reinen Überfluss an Rütti’s harmonischem Vokabular als auch durch seinen vitalen Sinn für Rhythmus (die Messe endet mit einem rasenden quasi afrikanischen Tanz über die Worte "Ite missa est"). Als ich Chris de Souza’s sehr persönliche Erklärungen über die CD las und sah, dass Rütti - inspiriert durch die Erwähnung von zwei Opfertauben im Lukas-Evangelium - die Rufe eines Taubenpaars in seinem Nunc dimittis vertont hatte, erwartete ich etwas mühsam Naives. Die Taubenrufe sind genug offensichtlich, aber so genial in den Stoff der Musik verwoben, dass die Wirkung genauso bewegend ist wie alles, was Messiaen mit Vogel-Gesang tat: und dies sind nicht Vögel der Javanischen - gelbhalsigen - Fliegenfänger - 5 Uhr früh - Sorte, sondern eure Feld-oder-Garten 24-Stunden Trafalgar Square Tauben.
Die Trafalgar Square Anspielung ist nicht blosser Witz: auf de Souza’s Vorschlag hin wurde ein Nunc dimittis dem Magnificat beigefügt, gemäss der anglikanischen Evensong-Liturgie, und Rütti ist eindeutig stark hingezogen zu englischer Chortradition. Seine Missa brevis, 1980 für den Brompton Oratory choir geschrieben, wurde erweitert (durch ein elektrifizierendes "Gloria") zur Missa angelorum, ein Titel, der sowohl Engeln als auch England huldigt. Die Musik ist prächtig, es gibt kein anderes Wort dafür. Ich dränge alle Chormusik-Liebhaber hinzugehen und diese CD sofort zu kaufen, nicht zuletzt wegen des unglaublichen Klang-Reichtums und der unglaublichen Klangfülle, welche Stephen Jackson aus dem grossen aber überhaupt nicht trägen BBC Symphony Chorus herausholt.
Marc Rochester, editor
décembre 1996
L'art choral du jeune compositeur suisse Carl Rütti est proprement stupéfiant. Le disque que le BBC Chorus consacre à l'oeuvre de ce compositeur nous fait découvrir un talent exceptionnel. Formé à l'excellente école du conservatoire de Zürich, il poursuit ses études en Grande-Bretagne. Fasciné par le timbre si particulier des choeurs religieux d'outre-Manche, il compose une série de motets pour la chorale du Brompton Oratory, puis pour les BBC Singers et le BBC Symphony Chorus, qui nous font connaître ici la quintescence de son oeuvre choral.
Les oeuvres de Rütti procèdent d'un même type de construction, leur différence venant de types de mélismes très différenciés suivant leur destination. Toutes sont issues de longues tenues, notes-pivots prenant peu à peu de l'épaisseur (un peu à la manière d'un Ligeti). De ces tenues surgissent des bouquets d'harmonies très instables, malgré leur appartenance tonale affirmée sans aucun complexe: les accords ou les grappes d'accords fluides et mouvants sont détournés de leurs fonctions naturelles avec ingéniosité. De ces oeuvres, notre préférence irait au Magnificat où se déploient toutes les ressources du compositeur, sans oublier le presque jazzy "Gloria" de la Missa angelorum. Stephen Jackson possède une connaissance intérieure de l'oeuvre de Rütti, qu'il a largement contribué à faire connaître. Cette connivence irradie de bout en bout l'interprétation de ces oeuvres à la fois si semblables de facture et si hétérogènes dans leur inspiration.
François Vercken
No. 101; Avril 1997
Le langage musical très personnel et particulier du Suisse Carl Rütti ne se laisse pas facilement aborder, même s'il n'a rien de profondément révolutionnaire. Il y a là quelque chose qui revendique apparemment la simplicité ambiguë des oeuvres qui ne disent pas tout de suite ce qu'elles ont à dire: ceci pour expliquer aussi le temps qu'il m'a fallu avant de pouvoir risquer un regard lucide sur ces pages troublantes, mystérieuses, parfois entraînantes et toujours intéressantes.
Il fallait faire la part de cette lisière au bord du silence (écoutez le fabuleux début du Sanctus de la Missa Angelorum, à peine susurré) qui habite les plus inspirées d'entre elles et du bouleversant abandon qui visite l'Agnus Dei de la même oeuvre, inscription d'une foi torturée qui ne peut manquer de frapper. Accepter l'alliage, dans le Magnificat de 1982 par exemple, entre la plus austère raucité et ces aigus éthérés, qui semble être la marque de fabrique de ce compositeur plutôt atypique. Comment mêler aussi bien l'allégresse et la lancinante invocation, la ferveur et la théâtralité ? Comment traduire ces textes sacrés en faisant aussi bien figurer l'inquiétude, le doute et l'indécision ?
Écouter Rütti donne une des réponses a cette question qui traverse toute l'histoire de la musique sacrée. Évoluant toujours sur le fil du rasoir de l'harmonie, Rütti, chez qui on sent autant l'influence de Palestrina que celle de Bernstein, parvient à un résultat, certes composite, mais convaincant: qu'on apprécie ou non sa façon de faire, elle ne peut manquer de fasciner. Les voix sont ici traitées comme des instruments et, quoique chorales, ces oeuvres sont avant tout symphoniques: les sopranos sont bien des violons et les basses des violoncelles et contrebasses. Cette lecture peut paraître réductrice, et elle s'impose pourtant après dix auditions assidues ! N'en déplaise aux pourfendeurs du néo-tonalisme, il y a là quelque chose qui vous laisse sur le flanc. Même s'il flatte parfois avec les sonorités intemporelles des Estoniens en mal de spiritualité évanescente, Rütti ne tombe dans aucun des pièges de cette musique «oscarisable». C'est sans doute la raison pour laquelle il restera méconnu... Et, bien sûr, j'espère me tromper!
Pour des pages vocalement aussi redoutables et aléatoires, on ne peut qu'admirer le travail de Stephen Jackson, de son choeur, si directement fervent, et de ses solistes aux timbres exceptionnels.
Technique: superbe restitution des voix, sans acidité ni angulosité.
Xavier de Gaulle