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Destin Aujourd'hui installé à Corseaux, Edmond Fahrni, né en janvier 1946, a traversé une existence peu commune. Sans doute n'aurait-il jamais du naître. Pourtant une brève amourette entre une jeune servante et un ramoneur a porté fruit et un petit garçon est arrivé. Portrait.
Nina Brissot
A l'arrivée de l'enfant, Simone la jeune femme s'était trouvé un compagnon qui, n'ayant pas reçu la fibre paternelle, ne s'est pas senti obligé de le prendre en charge. Que faire d'Edmond?
En ce temps-là, dans les villages, des vanniers passaient proposant l'aiguisage des couteaux, la vente d'objets, la fabrication de paniers. Souvent assimilés ou faisant partie des gens du voyage, il n'était pas rare qu'ils acceptent, contre quoi on ne le sait pas, de prendre en charge un enfant. Le petit Edmond a deux mois. Simone le «donne» aux vanniers. L'enfant sort de sa vie.
Aucun souvenir
Mais la vie est ainsi faite que la sœur du compagnon de Simone mariée à Otto Fahrni, mouleur à Morges est stérile à la suite d'un accident. Le couple décide d'adopter et Léa Fahrni prend contact avec son frère qui répond: Edmond? Il est parti avec les vanniers il y a deux ans! Le couple Fahrni fait alors appel à la gendarmerie qui retrouve l'enfant du côté de Coinsins dans un piteux état. Début de paralysie du côté gauche du corps, couvert de boutons, atteint de conjonctivite, crasseux. Les gendarmes le confient à la famille Fahrni qui vit alors avec une sœur de Léa, handicapée. L'enfant sera soigné, aimé, ramené à une vie très pauvre mais normale. De ces deux ans chez les vanniers, Edmond ne garde aucun souvenir. Pour lui, la vie commence à Morges avec un papa et une maman. Mais aussi un curateur qui sera pour lui un ange gardien.
Carnet de 5000 frs
Quelques années plus tard, le couple Fahrni fera une demande d'adoption qui sera acceptée le 26 mars 1952. Le protocole d'adoption est alors soigneusement emballé et caché dans la maison pour ne pas l'égarer. C'est pourtant ce qui arrivera. Personne ne se souvient où est passé cet acte et ce n'est qu'à la mort d'Otto Fahrni, 53 ans plus tard, qu'il sera retrouvé dans une valise qui n'a jamais servi. Edmond a alors 65 ans et c'est la première fois qu'il est confronté au nom du ramoneur. Il ne le recherchera pas. Mais il garde toujours en tête que s'il peut un jour avoir quelque argent, il doit aider les autres. D'ailleurs, il a un exemple extraordinaire qui le concerne. Son curateur, homme d'affaires à l'aise, lui a ouvert un carnet d'épargne sur lequel il a versé des sommes. Puis il l'a oublié. Or à l'époque, en dernière page de la Feuille des avis officiels, les banques publiaient les noms mis sur des carnets en déshérence. Quelle ne fut pas la surprise d'Edmond, alors en apprentissage dans une entreprise de chauffage, de découvrir qu'un carnet à son nom trainait dans une banque. Il s'y présente et on le dirige vers Me Bovard son ancien curateur. Ce dernier le reçoit solennellement et lui remet le carnet doté de 5'000 frs en lui disant: voilà Edmond, c'est pour un bon départ de ta vie.
Je veux aider
L'enfance d'Edmond se passe dans la pauvreté. Le père mouleur ne gagne pas grand-chose, la mère fait des ménages et travaille comme aide cuisinière pour des paies de misère et une tante est à charge. L'enfant comprend vite qu'il doit aider et commence des petits jobs dès l'âge de 8 ans. Il étudie bien et se forge un avenir. Il sera comptable, travaillera 40 ans au service des eaux, donnera des cours à l'école professionnelle, s'investira beaucoup dans la vie publique, sera comandant du feu, secrétaire du Conseil communal de Corsier et assesseur à la Justice de Paix. Edmond se mariera et aura deux enfants aujourd'hui adultes. Un divorce suivra et l'homme qu'il est devenu prendra goût aux voyages. Entre temps, il s'enrichira grâce à la vente d'un terrain valorisé.
Graine d'espoir
C'est au fond de l'Inde, en croisant un petit être qui, outre la couleur de sa peau, aurait pu être lui, qu'Edmond est saisi par une certitude. C'est dans ce pays que je veux aider et faire construire une école. Le destin l'aidera. «Du moment où ma décision a été prise, tout s'est mis en place sur mon chemin comme un véritable puzzle» aime-t-il à dire. Une école qu'il financera entièrement, comprenant 5 classes, un dortoir et accueillant 32 élèves, des enfants de la forêt appelés Adivasis, sera construite en deux ans à Hunsur dans le sud de l'Inde. Dans les fondations, il a selon la coutume enfoui un coffre contenant divers documents dont... Le Régional. Cette école est aujourd'hui opérationnelle avec un financement par Ciao Kids de Lausanne pour l'enseignement. Mais Edmond a gardé sa fibre aidante et «surveille» de loin le bon fonctionnement de son école. Parallèlement, il a créé une Association, Graine d'espoir, avec laquelle il récolte des fonds pour continuer à aider le plus démunis auprès de la Fondation Maher à Pune, ville proche de Bombay.
Rêve d'enfant réalisé
Là où l'on ouvre une école on ferme des prisons, disait Victor Hugo. Edmond y a pensé. Il le résume par «J'ai réalisé cette école pour les enfants Adivasis de la forêt, qui vivent dans une nature difficile, mais ô combien riche en leçons de vie où l'esprit, l'intelligence sont imprégnés de ces valeurs riches déployées par Dame Nature. La forêt est un bel ensemble, mais chaque arbre a ses racines, une classe d'école est un bel ensemble, mais chaque élève a sa personnalité» Et de rappeler la citation du Mahatma Gandhi: La différence entre le possible et l'impossible se trouve dans la détermination.