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La loi sur la coopération au développement note que l’engagement international doit d’abord exprimer la solidarité. Mais en réalité, la coopération au développement est depuis longtemps utilisée à des fins stratégiques, pour servir les intérêts propres de la Suisse. Une majorité conservatrice et bourgeoise au sein du Parlement souhaite ainsi mettre de plus en plus de projets de la coopération bilatérale de la Confédération au service des politiques intérieure et d’asile. L’association entre coopération internationale et migration a été inscrite dans le Message sur la coopération internationale 2017 - 2020 de la Suisse à la fin 2016. Nul ne conteste que les domaines de la migration et du développement soient reliés entre eux et doivent faire l’objet d’une réflexion commune. Mais si le mandat visant à les associer est interprété au sens étroit, la situation devient problématique.
Depuis toujours, des acteurs publics et privés de l’aide humanitaire et de la coopération au développement contribuent grandement à répondre à des préoccupations de politique migratoire. Ils soulagent la détresse et le découragement des réfugiés sur leur chemin vers l’inconnu. Moyennant des activités de reconstruction, l’engagement humanitaire contribue dans le même temps à créer des conditions propices à des perspectives de développement. Finalement, des projets à long terme de la coopération au développement luttent contre la pauvreté, l’exclusion et l’exploitation, ainsi que contre l’oppression politique et les crises. Des dysfonctionnements qui peuvent provoquer la fuite et la migration forcée.
Comme divers Etats ne coopèrent pas avec la Suisse en matière de réadmission de personnes tenues de quitter le pays, on estime souvent que la solution consiste à associer les intérêts de la Suisse en matière de politique migratoire à la coopération au développement. L’idée est-celle-ci: la Suisse donne une «aide au développement» que le gouvernement investit dans le système de santé ou de formation. En contrepartie, le pays concerné doit conclure un accord de réadmission pour que la Suisse puisse procéder à des retours. Une telle approche est actuellement suivie en Erythrée.
La Direction du développement et de la coopération (DDC) a déjà été active de 1993 à 2006 dans la Corne de l’Afrique. Parce que les conditions nécessaires pour la mise en œuvre sans bavures et efficace des activités n’étaient plus réunies, il a fallu fermer à nouveau, après treize ans, le bureau de programme pour des opérations humanitaires. Dans l’intervalle, la pression politique exercée par les sphères conservatrices et bourgeoises a augmenté au point que, depuis l’an dernier, la Confédération soutient la phase pilote de projets de formation devisés à environ un million de francs suisses par an. En contrepartie, la Suisse doit renforcer sa présence diplomatique dans le pays avec pour objectif de conclure un accord de migration.
Une telle approche laisse à désirer pour plusieurs raisons. La coopération au développement vise à lutter contre la pauvreté, à créer des perspectives et à encourager un développement durable dans des pays du Sud. Mais avec l’Erythrée, la Suisse poursuit un tout autre objectif: «l’aide au développement» doit en priorité servir de monnaie de négociation pour la conclusion d’un accord de migration. Une telle politique de développement guidée par des intérêts de politique interne nuit à la crédibilité de la coopération fédérale au développement.
La coopération au développement est réussie et efficace dans la mesure où elle repose sur un partenariat et vise le long terme. Mais les conditions d’une coopération au développement de longue haleine ne sont pas réunies en Erythrée. Le gouvernement érythréen n’est pas du tout intéressé à une coopération plus étroite avec la Suisse notamment parce que ce pays reçoit déjà le soutien de l’Union européenne et de pays comme la Chine et l’Arabie saoudite.
Et finalement, les conditions politiques et en termes de droits humains ne sont actuellement pas données pour la conclusion d’un accord de réadmission avec l’Erythrée. Aucune visite n’est possible dans les prisons du pays. Impossible de vérifier non plus ce qu’il advient des Erythréens de retour dans leur patrie. Comme des requérants d’asile ne peuvent pas être renvoyés au regard du droit international, il n’est pas possible de lier les projets de coopération à la conclusion d’un accord de migration.
La marge de manœuvre reste limitée pour la Suisse d ans le contexte de l’Érythrée. Au plan multilatéral, notre pays peut s’investir activement au Conseil des droits de l’homme de l’ONU par exemple, notamment pour protéger et renforcer les acteurs de la société civile. Main dans la main avec la communauté internationale, il peut tenter d’entamer le dialogue sur différents thèmes comme les droits de l’homme, l’état de droit et les questions de développement. Mais pour l’heure les conditions ne sont pas remplies ni pour une pleine coopération au développement ni pour un accord de migration.
* Responsable du Service politique de développement, Caritas Suisse.