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Le Mat ou Le Fou, aussi Le Fol (version archaïque), est une des seules cartes sans numéro dans la plupart des variantes du tarot de Marseille. Habituellement classé comme faisant partie de la série des atouts, il est le seul atout non numéroté – aussi appelé l’« arcane sans chiffre » – à l’exception notable des variantes dites de Rouen ou de Bruxelles où il porte le numéro XXII. Parfois encore Le Mat est classé au 21e rang, Le Monde étant alors au 22e. C’est l’ordre adopté par l’auteur anonyme (en fait Valentin Tomberg) de l’ouvrage Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot.
Dans le tarot français, il est devenu l’Excuse, aussi dite « la Mandoline » : dans les règles du XVIIe siècle il remplissait le même rôle.
Dans son habit, il ressemble à un arlequin, mais représente aussi l’imagerie des trouvères et troubadours du Moyen Âge, qui colportaient idées, poèmes et chants au travers des chemins qu’ils parcouraient. Il est équipé de la « besace » des voyageurs, montée sur un bâton. Un animal le suit. Sa marche se presse en raison de chiens mordant derrière, comme un symbole de la force irrationnelle qui le pousse vers l’inconnu.
Selon Jean-Pierre Jouvin, la dénomination Mat renvoie à un concept scolastique materia prima qui renvoie lui-même à la philosophie aristotélicienne. La lame n’étant pas numérotée, n’occupe à vrai dire ni la première ni la dernière place dans les lames majeures. La position de cette lame manifeste l’ordre du potentiel ; les lames numérotées renvoient, elles, à ce qui est en acte. L’acte commence avec la lame I, le Bateleur. Le Fou (ou le Mat) est de nature indéterminée ; les lames suivantes (celles qui vont de la lame I, le Bateleur à la lame XXI, le Monde) sont bien déterminées ; elles balisent, déterminent un chemin spirituel.
Selon le philosophe Emmanuel d’Hooghvorst, « Un son mat est un son étouffé. En gravant cette lame, l’imagier a voulu signifier l’exil de l’homme en ce monde ; créé pour l’Art, la poésie, la prophétie, le voici muet, en silence satanique ». En fait, ce passant qui est exclu des nombres créateurs, erre, d’après l’auteur, sans âme depuis des siècles. Il va nulle part. Son seul bagage est son destin hérité des rêves de l’errance. sa ceinture, séparant le haut et le bas, montre que « le sot vit tout en hauteur en honte du postère ». Or, la bête le dévore « où le brûle son vice déchirant le caleçon d’un sexe honteusement rêvé. La bête en vit, c’est le vampire de sa vie. Ici, on dîne de lui ».
Emmanuel d’Hooghvorst fait également remarquer un détail qui semble avoir échappé à tous les commentateurs jusqu’ici, c’est que le bâton avec lequel le Mat, en le tenant de la main gauche, porte son sac à droite par astuce et tromperie, est en réalité un os brisé, auquel le dessinateur a mis deux cals, et il ajoute : « C’est un feu vil qui le souda et non le feu divin de la régénération. »