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C'est avec surprise que j'ai constaté des élus de parti gouvernementaux suisses reprendre à leur compte cette citation de Christophe Blocher : "Les pays n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts". Le comble d'un cynisme assumé. Pour ma part, je constate avec regret, qu'à force de ne défendre que ses intérêts, la Suisse compte de moins en moins d'amis et se retrouve sur des listes grises.
Lorsque la Suisse utilise à plein tous les avantages que lui procurent les accords bilatéraux en matière de financement de sa recherche, d'accès aux marchés européens, mais se montre aussi parcimonieuse dans l'application des contreparties en matière de libre circulation ou de contribution à la solidarité européenne, manifestement la Suisse défend strictement et exclusivement ses intérêts plutôt qu'une conception la coexistence pacifique entre les pays de notre continent commun. Il n'est alors pas étonnant que l'Union Européenne soit de plus en plus ferme dans la certification des bourses suisses.
Lorsque la Suisse bénéficie des jugements de la cour européenne de justice à l'encontre des pays européens lorsqu'ils n'appliquent pas strictement les accords européens, mais refuse pour elle même de se soumettre à cette même justice, elle défend strictement et exclusivement ses intérêts plutôt qu'une conception de l'état de droit entre pays. Il n'est alors pas étonnant que l'Union Européenne conditionne tout nouvel accord à un accord institutionnel.
Lorsque la Suisse se plaint du tourisme d'achat à chaque ouverture de centre commercial proche de la frontière, mais pratique des politiques fiscales offensives, avec des conditions préférentielles pour les multinationales pour éroder les bases fiscales des pays voisins, elle défend strictement et exclusivement ses intérêts plutôt qu'une conception équitable de la libre concurrence. Il n'est alors pas étonnant que l'Union Européenne place la Suisse sur une liste grise dans que ces régimes fiscaux dérogatoires ne sont pas effectivement abolis.
Lorsque la Suisse fait de la complicité de fraude fiscale une industrie nationale sous l'euphémisme de "compétitivité de la place financière suisse", il est légitime que les pays dont les bases fiscales sont ainsi érodées s'organisent au sein de l'OCDE pour mettre en place un échange automatique d'information.
Lorsque Genève admet au travers de la signature du premier projet d'agglomération qu'elle a la responsabilité de construire 2500 logements par an, mais ne change aucune des lois qui l'empêche de construire des logements pour ses enfants pour préserver sa zone de villa qui occupe 50% de l'espace urbanisé. Ou encore lorsque Genève admet que les dizaines de milliers de Genevois installés en France en raison de cette pénurie génère des charges publiques que Genève s'engage de financer et s'affranchit de cette responsabilité par un vote interne sur des P+R, Genève défend strictement et exclusivement ses intérêts plutôt qu'une vision partagée d'un développement coordonné de notre agglomération.
Lorsque Genève dénonce les fraudeurs à la résidence et montre autant de mauvaise volonté à contribuer à régler le problème, elle défend les 40 millions de francs qu'elle perçoit aujourd'hui indûment au détriment des collectivités françaises, plutôt qu'une conception de la juste répartition des recettes entre collectivités partenaires d'une même agglomération.
Lorsque Genève met en place une discrimination active de ses résidents installés en France dans l'accueil dans les commune, elle défend ses équilibres budgétaires au détriment de ses propres citoyens et contribuables ainsi qu'au détriment des collectivités françaises partenaires du Grand Genève plutôt qu'une idée d'une agglomération ouverte dans laquelle la capitale assume les responsabilités de présidence qu'elle revendique et où les habitants peuvent s'installer librement où ils le souhaitent sans menaces de discriminations à l'emploi ou à la scolarité.
A ne défendre que ses propres intérêts plutôt que des valeurs, certains pays finissent par ne plus avoir d'amis.