Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06952.jsonl.gz/268

Cette première mobilisation sous l'ère Biden marque la continuité de tensions qui pourraient s'intensifier à l'avenir. Si pour l'heure les démonstrations de force visent à tester la détermination de l'adversaire, nombre d'experts craignent un accrochage accidentel susceptible de mener à l'affrontement.
Puissances à couteaux tirés
De nombreuses puissances sont à couteaux tirés dans cette vaste étendue maritime. Grande comme l'Argentine, elle borde notamment la Chine, Taïwan, le Vietnam, la Malaisie et les Philippines. Pékin revendique 90% de cette surface riche en matières premières, carrefour du commerce mondial.
Des prétentions jugées illégitimes par la Cour d'arbitrage international de la Haye en 2016 dont le jugement a toutefois été balayé par la Chine. Cette dernière a accéléré la construction de bases militaires et d'îlots artificiels au nez et à la barbe de la communauté internationale. De nombreux pays, dont l'Australie, le Royaume-Uni ou la France, mais surtout les Etats-Unis patrouillent régulièrement la zone pour garantir la liberté de navigation.
Multiplication des exercices chinois sur la zone
L'armée chinoise a intensifié sa présence dans la région ces derniers mois, multipliant les exercices en mer de Chine du Sud et autour de Taïwan. "Cette mobilisation est à analyser à travers le prisme de la pandémie de Covid-19", explique Helena Legarda, spécialiste de la politique sécuritaire de la Chine pour le compte de l'institut MERICS à Berlin.
"Les Chinois tentent de profiter du chaos dans différents pays pour accroître la pression. C'est l'intensification d'une stratégie en place depuis des années". Sur fond de tensions croissantes, Washington a réagi. Sous l'administration Trump, les Etats-Unis ont eux aussi multiplié les expéditions militaires, envoyant des vaisseaux croiser à proximité des côtes chinoises et taïwanaises. Le détroit de Bashi, délimité par la pointe sud de Taïwan et le nord des Philippines, est devenu le théâtre de fréquentes mobilisations.
Enjeu autour de Taïwan
Cette zone extrêmement sensible a d'ailleurs fait l'objet d'incursions chinoises d'une ampleur exceptionnelle le week-end dernier. L'armée de l'air taïwanaise a déployé son système antimissile face au déploiement d'une trentaine de chasseurs et de bombardiers au-dessus du détroit de Bashi et dans le détroit de Formose.
>> En lire plus:
L'île démocratique constitue un enjeu régional supplémentaire. Séparée du continent depuis la fin de la guerre civile et la création de la République Populaire par Mao Zedong, les 23 millions de Taïwanais vivent sous la menace constante d'une invasion de Pékin qui revendique la souveraineté sur ce territoire.
Soutenue par les Etats-Unis, Taipei a resserré ses liens avec Washington sous l'ère Trump; des liens que Joe Biden s'est engagé à cultiver. L'action des forces aériennes chinoise samedi et dimanche est une rare démonstration de force destinée avant tout à tester l'administration Biden, fraîchement installée à la Maison Blanche. En manifestant sa présence, cette dernière envoie un message de fermeté et de continuité.
Une escalade pas exclue
Face à cette atmosphère de défiance, Helena Legarda n'exclut pas l'incident ou l'erreur de calcul: "si cela devait se produire, on peut se demander s'il y a un moyen pour les deux adversaires de prévenir une escalade menant à un conflit ouvert… La question se pose: le degré de confiance nécessaire entre les deux est-il suffisant pour éviter un dérapage?"
Hu Bo est directeur du South China Sea Strategic Situation Probing Initiative, un Think Tank chinois spécialisé dans les enjeux géopolitiques en mer de Chine méridionale. S'il souligne l'existence de mécanismes de désescalade entre les deux armées, il doute de leur efficacité dans le contexte actuel de tensions. "Ni la Chine ni les Etats-Unis ne veulent d'un conflit armé. Mais un incident en ce moment serait extrêmement dangereux. Je ne suis pas optimiste quant à la capacité des deux parties à garder le contrôle de la situation dans un tel cas de figure".
Michael Peuker/ebz