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La civilisation gallo-romaine
La civilisation gallo-romaine: nouveautés latines sur fond celtique
Principales voies romaines de Suisse occidentale.
Le passage à l’époque romaine n'a vraiment lieu qu'au cours de la première moitié du premier siècle après J.-C, avec la construction des villas et des routes romaines. Ces chaussées, constituées d’un lit de pierres recouvert de graviers, ont été construites dès les années 40-50 après J.-C., reprenant le tracé des chemins celtes en terre battue. Le Jura se situe alors au débouché de la route qui traversait les chaînes de montagnes par le col de Pierre-Pertuis (commune de Tavannes) et Bellelay depuis le Plateau suisse. A l'extrémité ouest de la vallée de Delémont, un embranchement partait en direction d'Augusta rauracorum (Augst) en suivant la Birse, alors qu'une autre route, par le col de la Caquerelle/Les Rangiers, traversait l'Ajoie en passant par Alle et Porrentruy en direction d'Epomanduodurum (Mandeure), où elle retrouvait la grande artère du flanc nord du Jura. L'importance stratégique de ce tracé disparut dès que la frontière de l'Empire romain, sur le Rhin, fut repoussée plus à l'est, soit à la fin du 1er s. après J.-C. (Conquête des Champs Décumates par Vespasien en 73/74).
Ajoie et vallée de Delémont ont été parsemées de villas gallo-romaines, réparties sur tout le territoire, excepté le plateau de Bure non irrigué. Le seul signe d'une présence romaine aux Franches-Montagnes correspond au probable relais de Lajoux; plusieurs trouvailles de monnaies des 3e et 4e siècles suggèrent néanmoins une fréquentation des lieux au Bas Empire. Il est maintenant établi que la plupart des établissements de cette époque ont été construits sur des sites gaulois vers le milieu du 1er s. après J.-C., vraisemblablement par les mêmes propriétaires. Dans la seconde moitié de ce siècle, ces fermes – encore souvent en bois – se transforment, sous l’influence romaine, en villas maçonnées: la technique est certes romaine, mais la conception des plans reste profondément gauloise. Les villas de Buix, Develier et Vicques présentent une richesse certaine avec des sols décorés et des parois peintes, alors que celles de Boécourt et Damvant paraissent plus modestes. Les pièces sont chauffées par hypocauste où les thermes semblent fréquents, même dans les petits établissements, de même que la vaisselle fine d’importation.
Vue aérienne du fanum de Porrentruy. L'empierrement extérieur représente un carré d'environ 16 m de côté.
Avec ou sans confort, les établissements ruraux gallo-romains sont avant tout des exploitations agricoles. Ce caractère est clairement établi à Alle, Les Aiges: sur ce site, un grenier plusieurs fois transformé sur une durée de quatre siècles, deux fois détruit par un incendie, a livré des dizaines de milliers de restes végétaux carbonisés. Ceux-ci montrent une prédominance de l'orge durant toute l'époque romaine, dont l'importance diminue cependant de la fin du 2e s. aux années 350.
Dans le domaine funéraire, l'influence romaine se manifeste aussi par le mausolée érigé dans la plaine de Delémont, La Communance. Le fanum construit au nord de Porrentruy dénote par contre un fort attachement aux traditions celtiques.
Reconstitution d'une pièce chauffée par hypocauste. Dans le Jura, les parois étaient fréquemment ornées de peintures murales, souvent des panneaux blancs à motifs végétaux sur soubassements rouges.
Rattaché tout d'abord au district militaire de Germanie supérieure (dépendant de la province de Gaule Belgique), le Jura fut probablement divisé lors de la réorganisation territoriale de Domitien en 86 : la vallée de Delémont fut sans doute englobée dans la civitas rauracorum, avec la Haute Alsace, et gérée depuis Augst, alors que l'Ajoie resta séquane avec Mandeure pour chef-lieu. Peu après le milieu du 3e s., vers 260-261, les expéditions de pillage des Alamans provoquent d'importantes destructions. Certaines villas sont abandonnées, d'autres sont remises partiellement en état, pour quelques décennies. Le Mont Terri, ancien oppidum celtique, est à nouveau fortifié et occupé, vraisemblablement par des populations civiles en mal de sécurité, jusqu'à sa destruction par les Alamans au début des années 350. Ce peuple germain a profité des luttes entre l'empereur officiel Constant et l'usurpateur du pouvoir Magnence pour ravager de vastes territoires à l'ouest du Rhin: peu de villas semblent s'en être remises. D'autres invasions, en 378, sonneront définitivement le glas de l'époque romaine dans le Jura.
Monnaie en or (solidus) de Constance II frappée à Antioche entre 347 et 350, trouvée sur le Mont Terri (Cornol).
Les dépôts monétaires retrouvés dans la région jurassienne soulignent bien ces deux grandes vagues destructrices. Quelques monnaies romaines de la 2de moitié du 4e s. suggèrent qu'une certaine activité subsiste, mais aucun signe de vie apparent ne peut être rattaché au 5e s. par l'archéologie ou l'histoire. Seuls quelques villages conservent un toponyme d'origine latine trahissant une continuité de l'habitat (Chevenez, Montignez et Lugnez).