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Le paracétamol (acétaminophène) est une source populaire de soulagement de la douleur. En Suisse, il est disponible en vente libre en comprimés de 500 milligrammes, mais aussi en double dose, en comprimés de 1 000 milligrammes (1 gramme) lorsqu'il est prescrit par un médecin. Des chercheuses et chercheurs de l'ETH Zurich ont maintenant examiné si la disponibilité de comprimés à dose plus élevée pouvait être liée à l'augmentation de l'incidence de l'empoisonnement au paracétamol, et ont conclu que c'était le cas.
Le paracétamol est l'analgésique le plus utilisé dans le monde. «C'est un médicament très sûr, mais uniquement pour soulager la douleur à court terme et tant que la dose quotidienne ne dépasse pas la fourchette recommandée», déclare Andrea Burden, professeure de pharmaco-épidémiologie à l'ETH Zurich. Pour les adultes, la dose journalière maximale recommandée est de 4 000 milligrammes (4 grammes), ce qui correspond à un maximum de quatre des comprimés à forte dose ou de huit des comprimés à faible dose. En cas de surdosage, le paracétamol peut provoquer une grave intoxication, voire une insuffisance hépatique d'issue fatale ou la nécessité d'une transplantation de foie.
Il est important de consulter un professionnel
«Un des problèmes du paracétamol est qu'il n'est pas efficace pour tous les patient·es ou contre toutes les formes de douleur», explique Andrea Burden. «Si le médicament n'aide pas à soulager les symptômes d'une personne, celle-ci peut être tentée d'augmenter le dosage sans consulter un professionnel de la santé. C'est là le vrai problème», dit-elle. C'est aussi là que la taille des comprimés entre en jeu. Il est très facile de dépasser la dose quotidienne maximale en ne prenant que quelques comprimés supplémentaires de 1 000 milligrammes, alors qu'avec les comprimés de 500 milligrammes, le risque d'overdose accidentelle n'est pas aussi grand, explique la professeure.
Sa recommandation est la suivante : «Nous reconnaissons que la gestion de la douleur est difficile et que d'autres médicaments peuvent avoir des effets indésirables graves. Mais, si le paracétamol n'a pas l'effet désiré, il est important de ne pas se contenter de prendre plus de comprimés. Les gens devraient plutôt consulter un·e médecin professionnel·le afin de trouver la meilleure option thérapeutique».
Les comprimés à forte dose se vendent beaucoup mieux
En Suisse, les gens ont accès aux comprimés de paracétamol de 1 000 milligrammes depuis octobre 2003. Avant cela, la dose la plus élevée disponible était les comprimés de 500 milligrammes. Burden et son équipe ont analysé les chiffres de vente de l'association suisse des pharmacien·nes Pharmasuisse et les données du centre antipoison de Tox Info Suisse sur les cas d'empoisonnement pour la période avant et après le lancement des comprimés à dose plus élevée.
À partir des données de vente, les scientifiques ont observé que les comprimés de 1 000 milligrammes avaient rapidement gagné en popularité depuis leur introduction. En 2005, les ventes de comprimés de 1 000 milligrammes ont dépassé pour la première fois celle des comprimés de 500 milligrammes. Aujourd'hui, les ventes de comprimés de 1 000 milligrammes sont dix fois supérieures à celles des comprimés de 500 milligrammes.
Les empoisonnements pourraient être évités
Andrea Burden plaide pour une révision critique de la manière dont les comprimés de 1 000 milligrammes sont prescrits et distribués. «Au minimum, les boîtes de comprimés de 1 000 milligrammes devraient contenir un plus petit nombre de comprimés», dit-elle. Comme il est de plus en plus évident que le paracétamol n'est pas adapté à la gestion de la douleur chronique, il n'est pas nécessaire d'avoir des paquets de 40 ou 100 comprimés. Elle dit également que les médecins devraient prescrire la dose inférieure de 500 milligrammes, qui peut être ajustée pour atteindre les 1 000 milligrammes en prenant deux comprimés si nécessaire. Cela pourrait minimiser le risque de dépasser accidentellement la limite quotidienne.
En réduisant la disponibilité de la formulation à forte dose, Andrea Burden pense que certains cas d'empoisonnement pourraient être évités. En attendant, elle affirme que les pharmacien·nes peuvent contribuer à attirer l'attention sur les dangers de dépasser la limite quotidienne lorsqu'ils et elles fournissent ces comprimés à forte dose aux patient·es.