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Les armes ne doivent pas seulement être produites, elles doivent aussi être livrées de l’usine à l’acheteur. Les personnes qui s’occupent de cela s’opposent régulièrement à ces transports. Par Andreas Weibel
L’Arabie Saoudite est de loin le plus grand acheteur de matériel de guerre au monde. Depuis qu’elle intervient dans la guerre au Yémen, son volume d’achat a encore augmenté. L’Arabie Saoudite possède une compagnie maritime du nom de Bahri. Ses bateaux s’arrêtent souvent dans les grands ports de commerce occidentaux, chargent le matériel et l’apportent en Arabie Saoudite. Le Bahri Yanbu est l’un de ces bateaux.
Ignacio Robles, un pompier travaillant dans le port de Bilbao, a été le premier à refuser de charger des armes à bord du Bahri Yanbu, en mars 2017. Lorsque les autorités portuaires l’ont menacé de sanctions, 170’000 personnes ont signé une pétition en ligne pour se solidariser avec lui. Diverses organisations locales ont organisé des actions de protestation lors des escales suivantes du cargo.Leurs membres sont même allé.e.s jusqu’à grimper sur les bateaux. En fin de compte, l’entreprise Bahri s’est complètement retirée de Bilbao.
Blocus dans de nombreux pays
Quelques mois plus tard, les personnes travaillant dans le port de St. John sur la côte est du Canada ont à leur tour refusé de transporter des véhicules de combat d’infanterie à bord du Bahri Yanbu. Le bateau a continué sa route et a ensuite accosté à Bremerhaven en Allemagne. Après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, l’Allemagne a instauré des sanctions à l’encontre de l’Arabie Saoudite. Il n’y a donc pas eu de chargement d’armes dans ce port. Le parti de gauche Die Linke a voulu aller plus loin et a déposé une intervention auprès du parlement de la ville pour demander l’interdiction de livraisons d’armes, peu importe le pays de destination, dans le port de Bremerhaven.
Le Bahri Yanbi est allé en Angleterre et a ensuite voulu faire escale au Havre pour récupérer huit canons pour obusiers. Or, entre-temps, des groupes d’activistes pour les droits humains avaient déposé plainte à ce propos, car l’Arabie Saoudite aurait pu utiliser ces armes pour perpétrer des crimes de guerre au Yémen. De son côté, la CGT avait appelé ses membres à ne pas charger d’armes à bord des cargos. Le Bahri Yanbi n’a finalement pas accosté au Havre et les canons ont dû être transportés hors du port. Le cargo s’est ensuite arrêté à Santander puis à Gênes. Dans la ville italienne, des employé.e.s du port ont bloqué le bateau, empêchant ainsi qu’il soit chargé. Même scénario plus tard à Marseille.
Depuis, chaque escale en Europe représente un risque pour l’entreprise. Lors de certains chargements et déchargements, des groupes d’intervention de la police doivent être sur les lieux pour protéger l’opération.
Et la Suisse ?
Selon un reportage du journal dominical Sonntagsblick de décembre 2019, un cargo de la flotte maritime suisse a transporté des obus de mortier de la Bulgarie en Arabie Saoudite. Le DFAE a annoncé qu’il était uniquement responsable de la sécurité des bateaux, pas de leur charge. Des avions de transport atterrissent régulièrement à l’aéroport de Zurich pour récupérer des munitions et des pièces pour des canons DCA que Rheinmetall Air Defense produit à Oerlikon. Qui sait, peut-être qu’un jour, les employé.e.s de l’aéroport refuseront de livrer ce genre de matériel dans des zones en guerre.