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Ce mémoire de licence a été réalisé à la demande du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). Son président actuel, le pasteur Thomas Wipf, souhaitait tirer les leçons du passé. Cette étude vise donc à décrire et à analyser le comportement de la FEPS face au régime de l'apartheid en Afrique du Sud, durant vingt ans.
Chaque chapitre couvre une période donnée, articulée autour d'un événement spécifique. Il contient une introduction situant le contexte, une narration précise des débats qui ont agité la FEPS, et se termine par une conclusion interprétative. Ainsi on passe du début des années ?70 (avec l'ouverture du programme du Conseil oecuménique des Eglises contre le racisme et l'opposition qu'il a suscitée au sein de certaines Eglises protestantes, en particulier l'Eglise zurichoise), au dialogue Eglises-banques des années 1986-1989 (pendant lequel le Conseil de la FEPS a refusé d'exercer des pressions sur les banques comme le demandait sa délégation).
On s'étonne que la FEPS ait réussi à réunir en 1979, dans une conférence de conciliation, les Eglises sud-africaines qui soutenaient l'apartheid avec celles qui le combattaient. Mais on s'étonne moins de l'embarras de la FEPS face à la condamnation sans appel de l'apartheid, formulée par l'Alliance réformée mondiale en 1982.
Entre Eglises membres, oeuvres d'entraide et missionnaires, intérêts économiques et opinion publique, le Conseil de la FEPS semble avoir voulu ménager tout le monde? et mécontenté la plupart. Comme le note l'auteur à propos des délégués de l'Assemblée de la FEPS d'avril 1979, ils « ne comprirent pas que, dans un contexte politique très tendu, le poids des arguments ne suffit pas à provoquer à lui seul un revirement d'opinion et qu'il faut aussi tenir compte des rapports de force politiques ».
La conclusion toute en nuance du chercheur l'indique : les partisans du dialogue avec toutes les parties ont cru sincèrement qu'ils pouvaient apporter une contribution au dépassement de l'apartheid. Mais ce faisant, ils ont empêché la FEPS de considérer l'apartheid comme un péché obligeant les chrétiens à prendre parti pour les victimes de ce régime, comme le fit l'Alliance réformée mondiale.
Ce livre est passionnant et bien traduit (par André Caruzzo). Il ne juge pas mais montre comment il est possible de mélanger les arguments de façon à éviter de prendre parti pour les opprimés. En ce sens, il tire bel et bien une leçon de l'histoire. Une fédération d'Eglises, voulant éviter une confession de foi qui obligerait ses membres à affirmer une position commune, finit par rater le rendez-vous avec son Seigneur et avec l'histoire.
L'Eglise catholique en Suisse s'en est-elle mieux tirée ? La Conférence des évêques suisses a mandaté la commission Justice et Paix pour faire ce même travail historique. On se réjouit d'en lire le résultat.