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Une cabane au Mont Halti. Laponie finlandaise
Une cabane au Mont Halti.
Laponie ﬁ nlandaise
l neige sur Kilpisjärvi, village ﬁ nlandais de Laponie. Kilpisjärvi: un supermarché à une extrémité, une station-service à l' autre. Entre les deux, cinq kilomètres d' un habitat disséminé le long du lac du même nom. Pour faire plus court, de l' un à l' autre, les Finlandais prennent la motoneige et disent Kilpis. Le premier médecin est à 280 km, à Hetta. Le premier hôpital à Rovaniemi, à 450 km. En cas de nécessité, un stock de médicaments est en dépôt au poste des douanes, allez savoir pourquoi. La région tout entière, cet étrange bras de la Finlande, fait frontière avec la Norvège et la Suède. De grandes bornes jaunes marquent cet emplacement nommé « Les trois frontières » ou « La frontière des trois Laponie ».
Finlande, Suède, Norvège
Pour atteindre ces bornes depuis Kilpis station-service, il faut traverser un bras du lac en suivant les balises. Après 9 km, on y est: un gros panneau jaune portant les noms de Finlande, Suède, Norvège. On est content d' avoir pu sortir entre deux tempêtes et heureux de se trouver en même temps dans trois pays différents, dans une région montagneuse où culmine aussi le point le plus élevé de la Finlande, le mont Halti, 1328 mètres. A qui considérerait cette altitude comme dérisoire, il est bon de rappeler que Kilpis se situe grosso modo à 50 km au sud du 70 e parallèle nord, ( soit en plein Antarctique dans l' autre hémisphère ), et qu' à cette latitude le climat est extrêmement capricieux. En janvier 2004 par exemple, il y a eu trois semaines sans neige, au-dessous de –30° C, avec des pointes à –40° C. La neige est venue plus tard. Aussi une randonnée au mont Halti est-elle considérée comme une expédition. « Cet endroit est certainement le plus sauvage des grands espaces de Laponie », avais-je lu, envoûté. En arrivant ici, j' ai appris que l' itinéraire était solidement balisé, lourdement fréquenté par les motoneiges et dûment jalonné de cabanes, toutes gracieusement ouvertes aux nombreux randonneurs à ski. J' ignorais que la conquête du mont Halti fut si prisée de ce peuple des forêts épris de nature vierge.
Une fenêtre météo!
Les hivers sont devenus incertains. La preuve: il manque ici un bon mètre de neige pour la saison! Après la neige, le baromètre est monté d' un coup. Vers l' ouest, audes -sus des bois de bouleaux, le mont Saana étincelle dans la lumière: ce qu' on appelle une « fenêtre météo »En
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Photo: André Gir ar d T E X T E / P H O T O S André Girard, Les Ponts-de-Martel
UNE CABANE AU MONT HALTI
Laponie ﬁ nlandaise
clair, l' occasion de partir. Il faut chausser les skis, atteler le traîneau ( pulka en suédois et en norvégien, arkio en ﬁn-landais ), grimper jusqu' au lac de Cankaljärvi, puis mettre le cap sur la cabane de Saarijärvi. L' étape est courte ( 9 km ) mais la neige fraîche, le dénivelé et le poids terriﬁant de mon charroi pourvoient généreusement à la fatigue.
La soirée s' écoule lentement, la température glisse à –13° C, le ciel est clair, condition idéale pour les aurores boréales. Je me réveille une première fois, vais nettoyer la buée sur la vitre qui donne au nord-ouest, là où se lèvent les aurores: rien. Je m' assoupis à nouveau, sursautant vers 22 heures. L' aurore est là, blanche et légère comme un suaire de fantôme, remplissant le ciel d' un horizon à l' autre. Un coup de lampe frontale sur le thermomètre indique –18° C. L' aurore, immatérielle, se défait et se refait, s' éteint et s' allume. Doit-on, comme pour une étoile ﬁlante, faire un vœu?
Pour les élans, rien à manger
Les balises sont des branches ﬁchées dans la neige tous les 30 mètres et vont à travers d' immenses paysages éta- les. L' ambition des montagnes ne dépasse pas celle des collines. Les Finlandais trouvent ici un espace à la taille de leur besoin de solitude. Grandiose. Immaculé. Inﬁni. Les Lapons n' occupent pas ces territoires septentrionaux, ils restent plus au sud. Et pour les rennes sauvages ou les élans, il n' y a rien à manger.
Le refuge de Kuonjärvi est vide, neuf, pimpant, le poêle encore chaud. Un doux cocon en lambris de pin, orné de petits rideaux à carreaux rouges et blancs aux fenêtres. Je m' effraie devant la quantité de provisions emmenées, poids qui ralentit la progression et nous épuise. Il y en a pour un mois. Nous avions prévu de rallier Kautokeino, but rendu irréaliste en l' absence de neige sur les terres plus basses du Finnmark norvégien. Reste le bonheur de la hutte, du refuge, des rencontres.
Le savoir-vivre en cabane
Les cabanes ﬁnlandaises sont très souvent partagées en deux partiesl' une gratuite et ouverte, l' autre payante, dotée de matelas et de couvertures, accessible sur réservation. Dans la partie payante de Kuonjärvi, cinq Finlandais. Ils se partagent la corvée de bois, les nettoyages, la corvée d' eau ( la neige ) et la taille des boutefeux, qui font partie du savoir-vivre des randonneurs en cabane.
La cabane Halti, au pied du mont Halti, le plus haut sommet de Finlande à 1328 mètres. Ce petit refuge, très sommaire, avait été Certaines parties de rivières, trop rapides ou trop profondes, ne gèlent jamais. Pas de problème par bonne visibilité, mais par mauvais temps, il vaut mieux être vigilant Photos: André Gir ar d recouvert d' une congère et sa porte d' accès bloquée. Il a fallu pelleter avant de pouvoir s' y installer
Arriver en pleine tempête et trouver du bois bûché est une aubaine, même par temps calme.
Au matin, nos voisins dorment encore lorsque nous collons nos peaux sous les skis. Le baromètre n' a cessé de descendre, le ciel est voilé et le soleil navigue derrière les nuages. La piste des motoneiges suit scrupuleusement les balises. A l' approche de la cabane de Mekonjärvi, quatre puissants engins nous dépassent, remorquant un chapelet de skieurs accrochés à des cordes. C' est le tire-fesses local, seul moyen pour atteindre le pied des montagnes qu' ils graviront à peau de phoque avant de pouvoir jouir de la descente dans la poudre. Mentalement, je fais le compte: trop de monde pour pouvoir les loger tous dans la cabane de Pithsusjärvi!
Ont-ils vraiment atteint le sommet?
Voici qu' enﬁn le paysage se compose un relief. Une montagne solitaire apparaît sur la droite et devient plus imposante au fur et à mesure de la descente dans la vallée de Meekon: le Saivaara Kalivari. Planté comme une sentinelle, il commande une succession de lacs enchâssés d' ouest en est, tous portant nom lapon et nom ﬁnnois, le Skadjajärvi, le Saïjärvi, le Jogasjärvi, le Porojärvi. Après le casse-croûte enfumé dans la cabane du Meekon, nous remontons la vallée vers le nord, heureux de la compagnie bavarde des perdrix des neiges qui caquettent dans les bouleaux nains. A l' extrémité du lac, la cabane de Pithsus est à demi ensevelie sous la neige. Nous arrivons avec la dure gelée du crépuscule.
Deux jeunes Finlandais, déjà attablés devant des bols fumants nous font place. Ils reviennent du Halti. Depuis ici, l' excursion aurait dû leur prendre 4 h 30 aller et retour. Ils se sont débattus pendant 7 heures dans la tempête. Et encore, ils ne savent pas vraiment s' ils ont atteint le sommet. Le GPS leur indiquait la position exacte, mais la visibilité étant nulle, ils n' ont rien vu. Ils mangent des pâtes. Nous faisons cuire les nôtres. Soudain des coups de pieds qu' on tape sur le perron de bois annoncent l' arrivée des skieurs tractés par les motoneiges. Une porte claque. Ils sont dans la section réservée, fort bien. Mais à vingt-huit dans une chambre pour dix, ça fait beaucoup. Ils débarquent chez nous. Nous voici à seize personnes dans une cabane prévue pour douze. Pas besoin de chauffage. Le lendemain, dans le remue-ménage du dortoir, il faut extraire ses affaires et les charger dans la pulka. Il est dix heures du matin. Le refuge du mont Halti est à 6 km d' ici, et quelque 200 mètres plus haut. Nous sommes fourbus par le long trajet d' hier et ces 6 kilomètres dans la nouvelle neige nous occupent pendant trois heures.
La pause est toujours l' occasion de se restaurer copieusement. L' effort et le froid sont dévoreurs de calories Quand les dortoirs sont bondés, l' atmosphère devient rapidement étouffante La cabane de Kopmajoki est située dans une vaste plaine ouverte à tous les vents, près de la frontière norvégienne. Les refuges ﬁnlandais sont ouverts en permanence. Ils permettent aux randonneurs de s' abriter des tempêtes et offrent un confort agréable: un poêle, du bois, des chaises, une table, un bat-ﬂanc où l'on déroule son sac de couchage Cabane de Kuonjärvi, sur le trajet du mont Halti. Les cabanes sont toutes assorties de la même façon, avec les toilettes à une centaine de mètres et un bûcher tout aussi éloigné Aurore boréale. Au-delà du cercle polaire, l' aurore boréale se forme chaque nuit mais les conditions atmosphériques ne permettent pas toujours de la voir Photos: André Gir ar d
Un sommet rond, informe, sans caractère particulier
La cabane est minuscule. Un énorme amas de neige condamne la porte d' entrée et obstrue l' unique fenêtre. Durant un très court instant, je songe à retourner à Pithsus, mais la perspective de partager une nouvelle nuit avec des ronﬂeurs aussi performants que moi ne me séduit guère. Je saisis la pelle à neige et m' attaque à la porte d' entrée. Je dégage ensuite les quelques mètres cubes tassés devant la fenêtre tandis que ma compagne allume le poêle et a charge de me signaler l' avance de ma percée; ce serait trop bête de casser une vitre. Enﬁn, la hutte du mont Halti
Fenêtre de cabane. Certaines cabanes sont construites en rondins, de façon traditionnelle, avec des joints de mousse synthétique pour remplacer la mousse autrefois utilisée Tirer un traîneau dans la neige vaut mieux que porter un sac de même poids. Quoiqu' il en soit, l' exercice est pénible et, selon la charge de la pulka et les conditions d' enneigement, ne permet pas d' avancer à plus de 2 km/h Cabane Kuokimajärvi, au lieu où se rejoignent les trois Laponie, à l' extrémité ouest du bras de la Finlande
devient habitable: un bat-ﬂanc, un poêle, une montagne de bois. Faire le feu est une des plus belles occupations du coureur de pistes. Une fois que le poêle ronﬂe, on peut passer à la suivante: manger. Dans la tiédeur de la cabane, ma velléité de vaincre le Halti est vite submergée par ma fatigue de pelleteur. D' ailleurs, je n' ai jamais attaché la moindre importance à la conquête d' un sommet. Celui-ci est rond, informe, sans caractère particulier sinon celui d' être le point le plus haut de la Finlande. Le lendemain, le temps est couvert et la visibilité mauvaise.
Adieu mont Halti!
T' as vu la porte?
Nous sommes dans le canyon de la rivière Kopmajoki, à 5 ou 6 km d' un refuge quand la tempête se lève: le blizzard nous propulse, soulevant la neige en poussière et gommant les balises. Progresser dans l' autre sens eût été impossible. S' étant évasé à l' approche du lac, le canyon cesse de nous garder dans ses falaises. Restent les balises. Et le cap, ce cap qu' il faut maintenir malgré l' absence de traces et quelques piquets brisés. La puissance du vent est inouïe. Manquer le refuge de 20 mètres nous conduirait à l' errance sur une plaine immense. Mais tandis que se déroule le schéma catastrophe, le refuge apparaît entre deux galopades de vent, puis disparaît pour reparaître quelques instants plus tard devant mon nez. Un fossé glacé entoure la cabane: je m' y laisse glisser, cherche la porte, hurle: « T' as vu la porte? » Ma compagne crie: « Tu étais devant! De l' autre côté! » A-t-on idée de placer une porte du côté de la tempête? Le sas: du bois dans une huche, des seaux sous la poussière de la neige. Personne n' est venu ici depuis plus d' une semaine: l' isolateur de la cheminée est gelé. Il fait –6° C dans la pièce. C' est douillet. Bientôt, le tirage dément dévore les bûches de pin. Faire rugir le poêle plus fort que la tempête. Manger. Boire. Dormir. Se lever toutes les deux heures pour charger le poêle. Et au matin, constater que la température est montée à 18° C tandis que le baromètre reste stable. Regarder par la fenêtre. Paysages à l' envers, la terre plus vaste que le ciel. La tempête s' apaise avec la journée et la nuit polaire ramène une
Panorama sur le lac de Kilpis et le massif scandinave qui marque la frontière entre la Suède et la Norvège
aurore. Je contrôle les coordonnées des prochaines cabanes: Porojärvi. Terbmisjärvi. La tente n' aura servi à rien.
Informations pratiques
Hébergement: la randonnée au mont Halti, 1328 m, s' effectue au départ de Kilpisjärvi. Des cabanes de montagne, ouvertes toute l' année et approvisionnées en bois de feu, sont à la disposition des randonneurs. Gérées par l' Ofﬁce national des forêts de Finlande ( Metsähallitus ), les plus importantes de ces cabanes disposent de 2 sections, l' une ouverte et l' autre accessible uniquement sur réservation. Réservation: Kilpisjärven Retkeilykeskhus à Kilpisjärvi, tél. +9696 77 771. L' hôtel s' occupe de la réservation et du dépôt des clés.
Ravitaillement: aucun ravitaillement sur le parcours. Faire ses emplettes dans un grand centre, en Suède ou en Finlande.
Equipement: la première agglomération ﬁnlandaise disposant de matériel de ski, Rovaniemi, se trouve à 450 km. La Suède, toute proche, est mieux équipée ( Kiruna ou Gällivare ). La plupart des Finlandais choisissent le traîneau de préférence au sac à dos. Cependant, hormis dans les villes d' importance, il est impossible de trouver des traîneaux à louer.
Cartes/guides: carte Kilpisjärvi 1: 50 000 éditée par Genimap Oy, 01601 Vantaa ( F ), www.genimap.ﬁ, disponible dans tous les commerces de Kilpisjärvi. En Suisse romande, librairie Bauer, Renens. Ouvrage de référence pour préparer une randonnée hivernale: Annick et Serge Mouraret, Pays nordiques Norvège, Suède, Finlande, guides LA CADOLE, ISBN 2-908567-03-2.
Accès: l' aéroport d' Enontekio étant fermé en hiver, l' aéroport de Kittila est le plus proche. Prendre ensuite l' autocar pour Kilpisjärvi ( 275 km). a
Photos: André Gir ar d La langue lapone possède des déﬁnitions pour tous les types de neige Fraîchement tombée ou transformée par le soleil et la pluie, battue ou soufﬂée par le vent, la neige présente des aspects et des textures d' une inﬁnie variété selon la géographie de l' endroit
Sécurité, médecine, sauvetage
Sicurezza, medicina, soccorso in montagna