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En poste à Berne depuis bientôt un an, l'ambassadeur des Etats-Unis en Suisse, Scott Miller, était l'invité jeudi de l'émission Tout un monde de la RTS. Il est revenu largement sur l'état des relations entre la Suisse et les Etats-Unis, qui se sont détendues après une décennie tumultueuse marquée par le conflit autour du secret bancaire.
Les deux pays sont restés des partenaires économiques très étroits (lire encadré), plutôt alignés sur leur vision du monde, même si Washington ne comprend pas tout ce qui se décide à Berne. Dernier exemple en date: l'interdiction faite à l'Allemagne de réexporter vers l'Ukraine des munitions fabriquées en Suisse.
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A ce propos, Scott Miller donne déjà sa vision de la neutralité suisse. "Il est évident que c'est une question qui se posera toujours en période de conflit", souligne-t-il. "Nous sommes à un moment où la Russie est plus isolée que jamais, avec la Corée du Nord, l'Iran comme seuls amis".
L'industrie suisse de la défense doit se demander à qui elle peut vendre son matériel.
"Evidemment, je pense que l'industrie suisse de la défense doit se demander à qui elle peut vendre son matériel", enchaîne le diplomate américain. "Là, on parle de pays qui veulent utiliser ces armes pour le maintien de la paix. Ces munitions que possède l'Allemagne, si elles ne peuvent pas être utilisées pour la défense des infrastructures énergétiques, à quoi pourraient-elles servir?", s'interroge-t-il.
"Je pense donc que le gouvernement suisse aura des discussions avec son industrie de l'armement sur son avenir", poursuit Scott Miller, "parce que les pays qui achètent des munitions ne veulent pas envisager le contrôle de leurs munitions en cas de conflit".
La rapidité des sanctions suisses saluée
L'ambassadeur des Etats-Unis à Berne salue par ailleurs la Suisse "comme un partenaire formidable dans le cadre des sanctions contre la Russie après l'invasion injuste et illégale de l'Ukraine".
Il souligne le rôle joué par les Etats-Unis, via son ambassade, avant même l'offensive lancée le 24 février dernier. Dès son arrivée à Berne le 8 janvier, il dit avoir eu des discussions avec des conseillers fédéraux et secrétaires d'Etat en leur présentant les renseignements américains selon lesquels l'invasion allait se produire.
J'admire la rapidité avec laquelle le Conseil fédéral a compris qu'il devait adopter pleinement les sanctions.
"Je leur ai dit que nous avions l'intention d'imposer un ensemble de sanctions d'une ampleur et d'une portée encore jamais vues." Initialement, ajoute-t-il, "le Conseil fédéral comptait adopter la même politique que lors de l'invasion de la Crimée en 2014, avec les mesures pour empêcher le contournement des sanctions. Mais je pense qu'ils ont finalement écouté la population suisse".
"J'admire la rapidité avec laquelle le Conseil fédéral suisse a ensuite écouté et compris qu'il devait adopter pleinement le paquet de sanctions", poursuit Scott Miller. "Avoir été au Palais fédéral quand ces résolutions ont été adoptées, en présence de mon homologue ukrainien, restera comme l'un de mes meilleurs souvenirs de ce travail d'ambassadeur."
Washington appuie l'idée de discussions en Suisse
La Suisse avait organisé un sommet entre Joe Biden et Vladimir Poutine à Genève en juin 2021. Mais Moscou n'est désormais plus très favorable à ce genre de rencontres sur territoire helvétique, en raison précisément des sanctions. Ce n'est pas le cas du côté de Washington.
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"Tout le monde dans notre gouvernement considère la Suisse comme un pays de bons offices", affirme Scott Miller. "La Suisse a joué le rôle de puissance protectrice pour nous en Iran pendant plus de 40 ans, elle est donc un partenaire naturel pour nous dans ce type de conflits."
Ce n'est pas aux Etats-Unis de décider où l'accord de paix sera conclu.
Mais l'ambassadeur se demande vers qui la Russie pourrait se tourner désormais pour de possibles négociations de paix en Ukraine: "Ils sont incroyablement isolés en ce moment et ils ne sont pas du tout disposés à avoir une conversation sérieuse sur un cessez-le-feu ou un accord de paix", relève-t-il. "Et c'est vraiment important de rappeler que ce n'est pas aux Etats-Unis de décider où l'accord de paix sera conclu. Ce sera la décision de l'Ukraine. Ce sera au président Zelensky et au peuple ukrainien de décider comment et s'ils veulent aller de l'avant avec la Russie."
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Propos recueillis par Eric Guevara-Frey/oang
Les Etats-Unis comme premier partenaire commercial
Pour l'ambassadeur Scott Miller, la relation bilatérale très forte entre les Etats-Unis et la Suisse, sur les plans politique, économique et commercial, repose sur un point commun: le partage des valeurs démocratiques et le respect des droits humains.
"Quand je pense à la relation entre les Etats-Unis et la Suisse, je constate que nos échanges commerciaux se montent à 155 milliards de dollars", souligne-t-il. "Les Etats-Unis sont désormais le premier partenaire commercial de la Suisse; ils ont dépassé l'Allemagne pour la première fois l'année dernière. C'est quelque chose à célébrer!"
L'accord de libre-échange mis entre parenthèses
Le prédécesseur de Scott Miller à Berne, l'ambassadeur McMullen, s'était concentré durant son mandat sur un accord de libre-échange. Mais le projet n'avait pas pu avancer, en raison de points de friction côté suisse à propos de l'ouverture du marché agricole.
En conséquence, "j'ai voulu dès mon arrivée chercher et identifier les domaines dans lesquels nous pourrions trouver des accords ciblés", sectoriels, note le diplomate américain.
"J'espère que nous pourrons signer d'ici mi-décembre la reconnaissance mutuelle des bonnes pratiques de fabrication pour les produits pharmaceutiques", précise-t-il. Cela signifie que l'autorité de contrôle américaine (FDA) reconnaîtra la certification suisse.
Washington réfléchit également à une révision de l'accord fiscal bilatéral avec la problématique de la double taxation. Mais "c'est une discussion plus complexe et plus longue, qui nécessite qu'un pays accepte de renoncer à son pouvoir de taxation", souligne encore Scott Miller.