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Roger Federer et ses 40 ans peuvent aller se rassoir. Question cure de jouvence, le Bâlois est battu par un autre dinosaure, Alejandro Valverde, une année plus âgé et toujours devant.
Rembobinons: sur la Vuelta 2021, le vétéran et co-leader de la Movistar chute dans une descente et glisse tout droit vers le ravin. Une fracture de la clavicule et des coéquipiers qui perdent leur capitaine de route. Bon pour la casse, Alejandro? Certains évoquent une fin de carrière abrupte, d'autres espèrent un retour rapide. Pendant ce temps, Valverde, lui, sèche ses larmes dans les bras de Garcia Acosta, son directeur sportif.
«Bala», comme est surnommé le Murcian, est un sacré caractère, un enragé dès qu'il enfourche son vélo. La série diffusée sur Netflix, dessinant les arcanes de l'équipe espagnole, brosse le caractère du bonhomme: l'âme de la Movistar, le patron sur la route et dans le bus, c'est lui.
Avec une telle tronche, il lui a fallu un malheureux mois pour se remettre en selle et retrouver son coup de pédale. Place à 2022, sa vingtième et dernière année dans le peloton professionnel. Alors quoi? Tournée d'adieu ou couteau entre les dents?
C'est la seconde option qu'«El Imbatido» a choisie. Affuté comme lors de ses victoires sur Liège-Bastogne-Liège (2006, 2008, 2015, 2017), aussi explosif qu'à Courchevel, lorsqu'il contrait Lance Armstrong pour sa première victoire sur le Tour de France...en 2005. Valverde a 41 ans, bientôt 42 ans, sa longévité est telle que sur le site référence procyclingstats, il faut un déroulant long comme le bras pour parcourir ses statistiques.
Son début de carrière en 2002, alors qu'il était issu de la légendaire filière Kelme Costa Blanca, lançait l'un des plus gros palmarès de l'histoire (132 victoires à ce jour), malgré une part d'ombre: une suspension en 2010, deux ans, après l'apparition de son nom dans l'affaire Puerto.
Et pas plus tard que samedi dernier, le natif de Murcie s'est adjugé la deuxième place au Strade Bianche. Il a fallu l'extraterrestre Tadej Pogacar, parti à 49 km de la banderole, pour résister d'une trentaine de secondes à l'inusable Ibérique.
Cette course l'a encore prouvé: le cyclisme change. Les Mathieu Van der Poel, Remco Evenepoel, Egan Bernal, Tadej Pogacar ou encore Marc Hirschi n'appliquent plus - ou moins - la tactique qui tenait sur une seule ligne: asphyxier la concurrence avec une cadence stratosphérique. Ces coureurs ont amorcé une forme de révolution du vélo. Van der Poel, par exemple, n'hésite pas à prendre l'échappée même quand il porte le maillot jaune - à l'exemple du dernier Tour de Suisse. Il est loin le temps des calculateurs US Postal et Discovery Channel. Exit Chris Froome et ses yeux collés sur son capteur de puissance. L'économie des efforts n'est plus, elle est morte comme cette obsession de cadenasser la course à l'aide d'une brochette d'équipiers.
Cette tendance, disons sur les 20 dernières années, pourrait porter le sceau de Valverde. L'Espagnol fait de la résistance et survit grâce à son punch exceptionnel. Il est aussi un genre de pivot dans le cyclisme actuel, entre son esprit conquérant et son attentisme pour se sublimer dès le passage de la flamme rouge.
Le Strade Bianche 2022 est révélateur d'une passation de pouvoir. Comme un signe pour ces jeunes cracks; comme un chant du cygne pour le vétéran espagnol sur le point de raccrocher. Le cyclisme à l'ancienne revient en force alors que son champion le plus âgé, l'un des coureurs les plus complets et explosifs de son époque, sprinte vers un dernier bouquet. La symbolique est belle.
Même sous le casque, on reconnaît tout de suite Andres Ambühl. D'abord grâce à ses cheveux mi-longs qui en dépassent et sa barbe noirs. Mais surtout par la manière avec laquelle il patine et manie la canne.