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Parmi les vérités relatives, les approches intéressantes figurent la biologie de l'attachement et la théorie de l'esprit défendues par Boris Cyrulnik. Il vaut donc la peine de s'y arrêter un instant, d'aller plus loin aussi...
Dans son livre intitulé De chair et d’âme (éd.Odile Jacob,2006), le neuropsychiatre défend les thèses suivantes:
- Nos chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilités, génétiques, développementales, historiques et culturelles, et les mécanismes de protection, de dépassement mis en place. À l'évidence, pour résilier un malheur passé, il faut justement avoir été vulnéré, blessé, traumatisé, affecté, déchiré...
- Il y a résonance, interaction entre l'hérédité et le milieu : nos transactions, au fil de notre développement, sont de moins en moins biologiques et de plus en plus affectives et culturelles.
- Le gène du surhomme correspond au chromosome 17 responsable du transport de la sérotonine par la protéine 5-HTT longue ou courte à travers laquelle l'humeur sera plutôt gaie ou dépressive ; il ne s'agira que d'un facteur parmi des milliers d'autres car il est impossible d'affirmer qu'un comportement soit codé par un gène.
- La biologie de l'attachement montre que nos formes de développements se font selon notre enveloppe sensorielle unique composée par les figures d'attachement spécifiques (donneurs de soins, personnages signifiants, institutions et récits culturels). Un même événement peut ainsi provoquer une catastrophe dans un certain contexte et aucune réaction à un autre moment.
Le bonheur est une idée récente née au 18 e s. mais elle est à inscrire en fonction de la notion corollaire du malheur ; le tout est en fait coloré par notre cerveau d'un sentiment correspondant. Une lésion dans l'hémisphère gauche provoque régulièrement des accès de mélancolie ; une représentation anticipée par un sentiment éveillé va solliciter des zones spécifiques ; certains neurologues déterministes ont voulu réduire nos comportements via l'ocytocine et la vasopressine. Mais en réalité, les conditions du lien associent aussi bien la souffrance du manque avec le plaisir des retrouvailles, le bonheur et le malheur, la peur et la sécurité, l'attachement avec l'angoisse, l'apaisement avec l'alerte, à travers tous les couples opposés imaginables ! Le couplage de la peur et de l'euphorie favorise des comportements ambivalents destinés à favoriser des événements euphorisants dans une triste existence.
S'il y a contact sécurisant avec Dieu il sera symbolique par la présence d'objet, de lieux, de prières et de rites interactifs : il devient partenaire sécurisant dans un lien internalisé, ce qui ne veut pas dire retomber en enfance. Nous retrouvons la cohabitation des extrêmes à travers l'angoisse et l'extase. Les grands mystiques pourraient ainsi être de grands torturés de l'existence qui basculent dans des bouffées d'extases divines. Les bienfaits de la foi seront liés aussi à l'entourage religieux mais principalement fonction de nos représentations : il y a donc mille manières d'aimer Dieu. Les recherches neurologiques témoignent d'un apaisement des marqueurs biologiques du stress via des ondes alpha à 8 cycles-seconde permettant des sensations d'attention paisible ; Si l’amygdale rhinencéphalique diminue le fonctionnement du cortex pariétal, une déconnexion avec le monde extérieur devient possible qui apporte parfois des sentiments océaniques.
En réalité, croire en Dieu est bien souvent une manière d'être attaché à ceux dont nous partageons la foi et de lutter contre l'angoisse de la mort, du néant, du chaos, etc. C'est une manière concrète de s’y opposer. Dieu contient ainsi l'ambivalence de l'inconnu effrayant et du connu sécurisant ; s'il est amour, il est lien maternel apaisant et joyeux qui justifierait qu'on prie en disant notre mère...Mais il peut être aussi le dieu morbide et punisseur qu’il faut évidemment dénoncer et déconstruire.
Ces différents aspects vont être repris et développés plus en détails dans non nouveau livre:
L'auteur y reprend bien entendu les bases de la biologie de l'attachement qu'il met en lien avec la théorie de l'esprit qui veut, en résumé, que nos capacités d'abstraction, de penser et d'imaginer ce qui n'est pas visible ni forcément réel (Dieu, le paradis, l'enfer, la réincarnation, une puissance supérieur, une intelligence créatrice, les anges, etc.) façonne en fonction de nos expériences et de notre milieu notre cerveau en le faisant fonctionner d'une certaine manière.
Son approche se veut lucide et sereine: personne n'est diabolisé ! La dimension religieuse peut être bénéfique sans être nécessaire; les non-croyants ne sont pas amoraux, ils ont simplement d'autres approches de la vie.
L'auteur aborde la question de Dieu ou des croyances de manière pragmatique, en scientifique, avec bien sûr le postulat non discuté qu'il est possible de tout expliquer de manière satisfaisante, rationnelle en se fondant sur l'esprit et donc sur une conscience localisée dans le cerveau. C'est à mon sens le point faible de sa démonstration...
Voici quelques repères intéressants:
- Quand l’utopie s’effondre et quand le réel nous terrorise, nous serions capables de réactiver la mémoire d’un moment heureux où nous étions protégés par une famille aimante (P.12).
- La relation à Dieu est de nature psycho-affective ; c’est un élan qui donne l’impression d’accéder à une dimension supérieure ; elle n’est pas toujours liée à l’angoisse ; elle peut être une extase, la douce euphorie provoquée par la cortisone. Mais elle peut être plus forte en présence d’une mort imminente : l’auteur parle ici d’un clivage de survie comme travail de survivance. C’est une intense sensation physique qui consiste à se sentir hors de soi, transporté. Si elle n’est pas délirante, elle ressemble à une passion amoureuse. Elle retentit dans le cerveau et peut conduire à l’extase de beauté, devant la mort désirable, la puissance d’un volcan : c’est en somme une histoire d’amour érotisée…
- L’horreur et le merveilleux sont associés ; le 1er est en lien avec les neurones de l’aire ventro-segmentaire et du noyau accumbens qui, quand les neurones sont excités, déclenche une sensation de malaise qui pousse l’organisme à chercher une solution du côté des neurones préfrontaux connectés au thalamus : stimulé il peut provoquer l’apaisement jusqu’à l’engourdissement. On peut donc passer du désespoir à l’euphorie par stimulation de zones cérébrales et par réactions chimiques. La conversion est-elle ce basculement émotionnel ? Paul le persécuteur devient le protecteur des chrétiens ; Augustin le libertin se convertit à l’ascèse. Une situation extrême peut mettre le feu aux couples opposés. Mais Dieu restera pensé et vécu en fonction du développement personnel et du contexte culturel de chacun-e.
- Les âmes troublées : quand une personne doit vivre dans un environnement agressif, c’est le lobe frontal droit qui est le plus stimulé et avec lui la sensibilité aux affects négatifs qui induit une recherche de solution magique pour lutter contre le malaise. Si le milieu familial offrait une dimension spirituelle, alors la personne peut trouver une arme mentale, un soutien affectif, une solidarité et une transcendance lui permettant de lutter contre l’adversité. La lutte va stimuler la production de dopamine, la sérénité de la sérotonine.
Les athées eux ont le lobe gauche dominant et plutôt euphorisant : ils ont moins besoin d’une réaction spirituelle de défense.
L’approche du religieux nécessite d’associer la psychologie du développement, celle de l’attachement, les expériences psychosociales et la neuroscience, disciplines nécessaires pour aborder l’attachement à Dieu. Le système religieux peut toutefois se dérégler : en conflits, en exaltation du sacré, en fanatisme, en extases délirantes et hallucinatoires. Globalement, l’effet de croyance en Dieu est bénéfique pour le corps et l’esprit par l’apaisement procuré. Le malentendu s’installe quand chaque religion propose sa fiction explicative.
- La religiosité est construite en lien avec le langage.
- Le besoin de Dieu et la perte : Le cerveau, sculpté par les pressions affectives, donne à voir un monde particulier (P. 59). Un enfant entouré d’affection et de paroles peut développer une aptitude à se dégager des contraintes biologiques. Il éprouve en son être des émotions et des sensations liés à des représentations (dessins, chansons, films, récits ou cérémonies). Abandonné, un enfant peine à trouver un attachement sécurisant, réel ou symbolique (école, club, église, etc.). Il se livre aux impulsions agressives – bagarres et délinquance – et seul une règle de fer va lui permettre de se libérer de l’angoisse du choix.
La peur ou la frayeur stimule l’amygdale rhinencéphalique elle-même connectée aux circuits limbiques de la mémoire : c’est là que se joue l’équilibrage du couple des relations sécurisantes ou inquiétantes, le connu et l’inconnu, Dieu et Diable, le gentil et le méchant, etc. Entre 3 et 8 ans, l’enfant peut aimer Dieu comme il aime ses parents ; Dieu est une figure de bonheur et de sécurité. Quand cela n’a pas pu se faire, ce sont les lieux de substitutions, les églises, qui prennent le relais ; tout y est pensé pour chasser le doute qui amoindrit la force de croire avec le risque de laisser revenir le malheur.
- La théorie de l’esprit : lire dans l’âme des autres. L’esprit nous permet de nous éloigner du réel, la conscience de nous interroger sur le monde, en nous posant des questions sur nos raisons d’exister ; ce presque rien remplit notre vie intérieure, ses doutes, ses peines et ses espoirs que certains appellent « âme ». Mais nous avons besoin d’apprendre à lire en l’autre, à imaginer aussi y compris la mort. L’aptitude cérébrale à décontextualiser de plus en plus les informations mène à projeter dans l’avenir imperçu des traces mnésiques du passé perçu. Nous y retrouvons l’attachement et le désir de sécurité. Pour accepter l’altérité il faut se penser soi-même comme à nul autre pareil, il faut se sentir fort et personnalisé pour supporter une différence (P.77).
- On rencontre Dieu comme on a appris à aimer : La contagion des mondes mentaux se fait par l’attachement et la culture. Dieu peut se rencontrer naturellement si le religieux est présent en famille ; on peut le rencontrer devant une angoisse mortelle qui côtoie une extase sublime. Le rencontrer comme une révélation, une image, une lumière, un acte fondateur qui éclaire le monde. La forme qu’il prend pour chacun varie en fonction de son développement, sécure ou non, et du contexte culturel ; certains vont nouer une relation paisible, d’autres seront torturés par la culpabilité et le besoin d’expier en se mortifiant. Chaque groupe religieux a sa vision du monde a un effet moral, du bien et du mal… La culpabilité est appelée à freiner nos pulsions, elle a un sens moral ; mon désir peut faire mal à l’autre, l’empathie freine le passage à l’acte ; aller vers l’autre permet d’explorer les différences et d’éviter de s’auto-centrer sur soi. La religion assure l’inhibition affective acquise et l’interdit énoncé par la loi ; c’est pourquoi s’est développé un amour du dieu punisseur : il nous protège et nous dit comment nous comporter pour être digne d’estime.
- Valeur morale de la souffrance et de la culpabilité : Une petite dose d’interdit est bénéfique : cela nous fait réaliser que je ne peux pas tout me permettre. La neuro-imagerie situe cette pondération dans la zone de l’amande rhinencéphalique des hémisphères auxquels s’ajoute l’aire cingulaire en cas d’émotions insoutenables. La pondération se fera via le lobe préfrontal : absent ou défaillant, les malades passent à l’acte sans hésitation ni retenue. En fait, la culpabilité appelle une lecture d’une menace qui doit trouver un apaisement ; le don de soi, le sacrifice ou l’auto-agression procèdent de ce mécanisme. Victor Frankl à Auschwitz pouvait se regarder dépérir sans pouvoir se laisser mourir : il s’est rendu compte qu’il restait en vie à cause d’un arbre au tronc noueux ridiculement beau au coucher du soleil ; il faut bien que la souffrance ait un sens ! Don de souffrir pour…
- L’élaboration mentale modifie le cerveau : C’est avéré pour l’exercice quotidien, vrai aussi avec une vulnérabilité neuroémotionnelle : reprendre intentionnellement des souvenirs douloureux dans une contexte sécurisé et pour mieux les comprendre modifie le trauma lui-même. C’est le travail de la parole, de la mémoire et des émotions accompli dans un milieu sécurisé. La religion peut ici organiser la mémoire douloureuse des adeptes. Jésus nous permet de changer l’image que nous avons de nous-mêmes, ce qui est confirmé par la neuro-imagerie.
- La spiritualité ne tombe pas du ciel : Elle a émergé de la rencontre entre un cerveau capable de se représenter un monde totalement absent et un contexte culturel qui donnait forme à une dimension de l’esprit (P.167). C’est le meurtre initial qui lance le processus de civilisation. Les hommes fabriquent du social à travers leur violence, les femmes donnent et préservent la vie ; son mystère mène à la spiritualité ; l’accès à la théorie de l’esprit est une construction constante (une ontogenèse) de nos idées sur les autres : elle permet un vivre ensemble avec des références communes à papa, Dieu ou au super-penseur (Descartes, Staline, etc.).
- Dieu est mort vive Dieu : L’émerveillement d’être en vie peut suffire. Il y a environ 500 millions d’athées sur terre mais l’interaction affective se transmet moins par l’argumentation que par des styles de vie intergénérationnels. Il y a mille manières de croire ou pas en Dieu. L’autiste ne le peut pas tandis que le schizophrène va ressentir intensément ses délires et ses hallucinations religieuses ; les psychotiques n’ont pas de représentation spirituelle ni d’expérience océanique ; les femmes sont plus religieuses peut-être parce qu’elles sont beaucoup plus sous le regard des autres et parce qu’elles habitent le monde des mots. Les croyants sont plus préoccupés par la vie, la mort, la honte, la culpabilité. La religion satisfait de nombreux besoins cognitifs, émotionnels, relationnels et moraux ; elle a un effet socialisateur qui favorise un vivre avec les autres. Mais elle aussi, en se radicalisant, conduire au pire. La spiritualité est plutôt une élation (exaltation narcissique, autosatisfaction) intime et intemporelle qu’éprouve tout humain. L’athée ressent moins le besoin d’une force extérieure : il satisfait son besoin d’appartenance par les rencontres culturelles qui lui permette de créer un sentiment de familiarité sécurisant.
- Croyances et fausses croyances : Les aptitudes de l’esprit, grâce notamment à la parole, nous permettent d’agencer nos représentations de l’ici-bas et de l’au-delà. Nous percevons les émotions de l’autre, les signaux sociaux, les récits des autres dont nous pouvons vérifier la véracité ou la fausseté. Nous fonctionnons en miroir, en désir mimétique, donc en imitation du désir de l’autre. Si nous avons acquis un environnement sécure, nous serons plus ouverts à d’autres modes de vie ; en cas d’isolement, il y a engourdissement et appauvrissement de la mémoire. Elle va dépendre aussi des récits et des manières de se référer à l’histoire humaine ; nous mettons au point nos croyances, nos manières de nous confier à Dieu ou de le célébrer ; de plus en plus, une minorité radicalisée se fait jour mais aussi une grande majorité de croyants tolérants se font leur propre spiritualité teintée d’art, de don de soi et de sens. Pourrait-on demain croire en Dieu, l’aimer et le célébrer sans se soucier de la religion ?(P.243)
- Dénouement : La religion est un phénomène mental universel ; elle organise par un élan transcendantal les groupes humains ; en elle se développe l’aptitude de l’esprit à se représenter l’invisible ; les références, les rites et les mythes créent un sentiment de soi moral et estimable ; mais il existe aussi des mondes sans dieu : les athées n’éprouvent pas le besoin du sacré ; c’est l’évolution pour eux qui protège et permet de vivre ; les bénéfices de la religion sont incontestables (P.291). Que l’on soit croyant métaphysique, profane ou scientifique, notre esprit nous fait ressentir le monde abstrait représenté ici-bas par des objets, des œuvres d’art ou des des récits. La religion calme la peur et permet la résilience quand elle aide le blessé à reprendre vie. Elle est vie du désir sachant qu’il y a toujours entre soi et l’objet de son désir autrui qui indique ce qui est désirable.
Si, encore une fois, l'ouverture aux autres de B. Cyrulnik est remarquable, si sa tolérance est bienvenue, son approche demeure déterministe: Tout s’expliquerait par des réactions chimiques de notre cerveau influencé par l'esprit, nos convictions intimes, nos vécus et nos environnements. Mais d’autres études, tout autant scientifiques, arrivent à d’autres conclusions. En réalité, elles tendraient plutôt à montrer que la conscience, dans ce cadre, est indubitablement non-locale. Elle n’est localisable ni dans le cerveau, puisqu’indépendante de son fonctionnement, ni manifestement dans le cadre de notre univers habituel, dont elle se joue des limites spatiales et temporelles. Dans cette perspective, le religieux ne serait pas l'unique résultante des capacités de l'esprit...Il y a une transcendance, un au-delà à notre univers à 4 dimensions, à postuler.
La Conscience cosmique fait le pont quantique entre nous et les univers, l'humain et le divin. Elle autorise une interaction, une co-création permanente. Nous sommes en réalité des émetteurs-récepteurs en lien avec le Champ, la Source, le Vide, la Matrice, Dieu , à travers les ondes scalaires qui véhiculent notre état vibratoire. Le champ décode ces informations et y répond. Il prend en compte tout particulièrement nos pensées fortes, nos émotions, nos sentiments intenses, nos convictions intimes de type placébo et nocébo.
Ainsi, au coeur de notre réalité quotidienne, nous créons, nous attirons et nous repoussons consciemment ou non ce qui va constituer notre réalité. Notre interaction avec la Source est permanente.
Nous échangeons en permanence, à chaque moment, des informations avec le divin (la Singularité, le vide quantique, la divine matrice, etc.) : nous lui en donnons et nous en recevons en retour.
Tout est à revoir sur ces nouvelles bases...