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L'ancien buteur de la Nati (18 sélections) revient sur le match Suisse-Turquie et les critiques envers Seferovic et Shaqiri qui ont précédé la rencontre. Il en a gros sur la patate.
Alexandre Rey, après cette victoire 3-1 contre la Turquie, tout est oublié, ou rien n'est pardonné?
Je vais être très franc avec vous. Ça fait quatre jours que je ne supporte plus les docteurs qui vont chercher des poux à cette équipe de Suisse.
A quels poux pensez-vous?
On a reproché aux joueurs de ne pas chanter l'hymne national. Mais moi-même je ne le chantais pas non plus. Et au premier match de l'Euro 96 à Wembley, il n'y en a pas un qui a donné de la voix. C'est une tempête dans un verre d'eau. On a ensuite critiqué le fait qu'ils roulaient en voiture de luxe. Mais s'ils en ont les moyens, pourquoi se gêneraient-ils?
En parlant de poux: L'épisode du coiffeur, dépêché à Rome pour satisfaire aux exigences capillaires des internationaux, n'a pas été bien perçu non plus.
Certes, ce n'était peut-être pas judicieux, mais d'autres critiques visaient aussi la production des joueurs sur le terrain. Or il ne faut pas oublier que si la Suisse reste une bonne équipe, elle n'est pas excellente. Certains de ses joueurs, en manque de temps de jeu, peuvent très bien faire des non-matchs.
Vous trouvez que les médias ont été trop durs avec cette équipe.
Oui. Clairement. Dire qu'il s'agit d'une fin d'un cycle... Xhaka a 28 ans. Et je vous rappelle qu'il y a une époque, la mienne, où la Suisse perdait contre l'Azerbaïdjan, Chypre ou la Finlande!
On a quand même le droit de penser que les joueurs n'ont pas été bons sur les deux premiers matchs, non?
Tout le monde est passé à côté de la rencontre face à l'Italie mais si vous prenez la première mi-temps contre le Pays de Galles, c'est une très bonne équipe de Suisse. Mais encore une fois: on a tapé sur Haris Seferovic parce qu'il n'a pas converti toutes ses occasions.
On sent que ça touche l'ancien attaquant qui vit encore en vous.
Oui ça me touche. J'ai toujours défendu Serefovic car je sais à quel point le poste d'attaquant est ingrat. On n'est pas tous Alex Frei. Etre attaquant, c'est hyper compliqué. On attend monts et merveilles des buteurs mais c'est tellement difficile. Ces critiques, c'est ensuite le point de départ pour tous les autres reproches, comme l'hymne national. Oui, on a un hymne national qui nous donne envie de dormir, et les Italiens en ont un autre qui les emmène sur le chemin de la guerre. Voilà la différence! On fait avec ce qu'on a. Peut-être qu'il faudrait changer l'hymne pour les compétitions sportives?
Si on en revient au match de dimanche soir contre la Turquie, votre chouchou Seferovic marque sur sa première occasion. Ça vous est déjà arrivé?
Oui. Je me souviens d'un des matchs les plus catastrophiques que j'ai fait dans le jeu, eh bien j'ai peut-être touché cinq ballons de toute la partie et j'en ai mis trois au fond. C'était avec Servette, contre Young Boys, l'année du titre (1999). Il faisait un cagnard de fou. À l'inverse, il m'est arrivé dans d'autres matches de me sentir dangereux, de me créer des occasions et de ne pas marquer. Encore une fois, le rôle d'un attaquant peut être magnifique et cruel, surtout lors des matchs internationaux. Parce que c'est un combat ultime. Je vous donne un exemple: Si je jouais un match avec la Suisse contre le Pays de Galles le mercredi, j'étais presque en vacances le week-end suivant, en championnat, contre Thoune.
Mais qu'est-ce qui est plus dur en sélection qu'en club?
En face de vous, vous n'avez que des joueurs de classe mondiale. Heureusement qu'en Suisse, nos internationaux évoluent dans de grands championnats.
Avez-vous déjà mis votre index sur la bouche, pour faire taire les critiques, après un but. C'est ce qu'on fait Seferovic et Shaqiri contre la Turquie.
Non, jamais. Je peux comprendre leur frustration, mais ce genre de geste... Quand on est professionnel, on ne peut pas accepter les louanges, et refuser les critiques.
Il paraît que les buteurs marchent à l'orgueil...
Non, ils marchent au but! Cela dit, le fait de se créer des occasions n'est pas négligeable, même si vous les loupez. Finalement, c'est le fait de ne pas avoir d'opportunités qui fait gamberger le buteur, pas celui de les manquer.
La Nati ne sait pas si elle sera qualifiée pour les 8es de finale en tant que meilleure troisième. On imagine que les prochains jours vont être longs.
Oui, c'est très étonnant comme situation. Mais je pense que les joueurs vont se préparer comme s'ils étaient qualifiés.