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La "Tradition primordiale", appelée aussi "sophia perennis" ; quintessence de toute religion, serait la "Connaissance Universelle" d'origine non-humaine (apurusheya, suivant l'expression des upanishad [1]) d'où sont issues semble-t-il, toutes les traditions spirituelles de l'humanité.
Le pérennialisme ou traditionalisme
Encore appelé école traditionaliste [2]. C'est une école de pensée qui a puisé sa source dans les œuvres de René Guénon [3]. Les Pérennialistes considèrent ses préceptes de la Tradition comme étant immémoriaux et se retrouvant dans toutes les traditions initiatiques authentiques, la rapprochant notamment de l'ancienne expression hindoue Sanatana Dharma.
La notion de tradition primordiale a été particulièrement développée à notre époque et en Occident, notamment par l'œuvre de René Guénon. « L’œuvre de René Guénon, tout entière, a pour mission de ramener les hommes dans la voie de la régénérescence, pour leur permettre d’accéder à la connaissance universelle. Elle vient réveiller en eux la conscience de la raison d’avoir foi en Soi, et leur rappeler les étapes et les moyens de leur perfectionnement et de leur réalisation spirituelle. » (Jean Chopitel, Christiane Gobry, 2010) [4]. Sa thèse étant que l'ensemble des traditions, qu'elles soient de nature religieuse ou non, ont une structure associant exotérisme et ésotérisme.
La Tradition primordiale
Le principe de l’initiation est un processus inverse qui invite à passer du verbe AVOIR au verbe ÊTRE. La connaissance de Soi ; de l’Être en soi permet une modification des états de conscience qui rend apte à comprendre l’universalité de la conscience humaine. Au-delà de l’époque et du lieu, au-
delà des croyances et des races, au-delà de notre savoir limité, il semble exister une « Connaissance universelle atemporelle ». Une Connaissance de nous-mêmes, d’abord, puis du monde et du cosmos qui nous entourent. Une Connaissance supérieure qui répond aux grandes questions de la vie et de la mort, des mystères de l’Être et du non-Être, de la Création et de tout ce qui existe.
Cette Connaissance ne pourra jamais appartenir à quiconque ; jamais personne ne pourra prétendre en avoir l’exclusivité ou prétendre l’inclure tout entière dans ses livres ou ses enseignements. Cette Connaissance, appelée Gnose par les anciens, nous dépasse largement. Tout comme la Vérité, nous pouvons tout au plus aspirer à en découvrir certains aspects. C’est cela la Tradition primordiale ; l’immanence de la conscience humaine que seule peut transmettre une initiation authentique.
La Gnose est la philosophie qui vise à enseigner aux humains de toutes les époques comment éveiller leur conscience et leurs facultés. La Gnose est la mystique des rites et prières de la Religion unique qui ouvrent les portes du Divin, dans l’amour du prochain. La Gnose est l’art royal, cet art qui véhiculait autrefois la science, la philosophie et la mystique, du temps où ils étaient unis.
La Gnose c’est la Vérité qui nous échappe à chaque instant, en nous et autour de nous, c’est le fonctionnement même de la Conscience, c’est aussi la vie qui palpite dans chaque atome, dans chaque fleur, dans la planète qui tourne, dans le soleil qui illumine, dans le microcosme homme-femme comme dans le macrocosme-univers et, en définitive, dans tous les univers de l’Espace infini. C’est aussi cette étincelle du divin enfouie en l’Homme. Étincelle qui sera révélée par le chemin initiatique, par la révélation de l’Être en Soi.
L’initiation maçonnique notamment, liée à la chaîne ininterrompue de la Tradition, invite l’initié à une introspection profonde et à une modification des états de consciences à travers, l’ésotérisme, les symboles, les rituels et les rites. Cette connaissance de soi est le moyen d’accéder aux autres, miroirs de soi et à comprendre que sans les autres, nous ne sommes rien. Ce chemin de l’humilité et du don de soi est la clef qui va permettre à l’initié de construire son « Temple intérieur ». Cette « Jérusalem céleste », qui va le lier au « Centre de l’Idée ». L'idée est ce qui se trouve « sous le symbole » selon le Rituel. On peut donc l'élargir jusqu'à fonder l'idéal si bien que notre sujet nous place sur la voie d'un problème essentiel : si le centre de l'idée est ainsi pointé c'est probablement parce qu'il a une origine sacrée ...
C’est le Chemin, la Voie Royale. Le Moi, l’Ego, est constitué de sommes d’éléments subjectifs, inhumains, bestiaux, qui ont incontestablement un commencement et une fin. L’Essence, la Conscience, emboutie, embouteillée, emprisonnée dans les divers éléments qui constituent le Moi-même, l’Ego, se manifeste malheureusement et douloureusement en vertu de son propre conditionnement. En dissolvant le Moi, l’Essence, la Conscience, s’éveille, s’illumine, se libère ; alors survient, comme conséquence ou corollaire, l’Auto connaissance, l’Auto gnose.
Ce centre est révélé notamment, dans le prologue de Saint Jean [5], qui parle de la Parole ; le logos [6], expression de la conscience de l’existant. Si le but de toute initiation est de marcher vers la lumière illuminatrice et divine, celle-ci semble assimilée, suivant les traductions, à la parole et donc au Logos (en Grec). Le Logos réuni en lui les deux natures, la nature divine par son origine et la nature humaine par sa matérialisation.
La franc-maçonnerie se veut être une des dernières sociétés initiatiques en Occident. Dépositaire des dernières traces de la tradition primordiale, elle s’attache à transmettre ce précieux trésor de génération en génération, d’initié en initié. Le rituel maçonnique est immédiatement relié à la tradition et à l’initiation. Ces trois éléments ne pouvant être séparés, la trilogie se résume de la manière suivante : « J’accède à la Tradition primordiale, celle de l’origine des temps, par l’initiation rituellement menée qui ouvre l’accès à un espace consacré situé hors du temps profane. »
C’est la pratique rituelique qui donne vie à l’interprétation ésotérique ; c’est aussi elle qui permet la transmission de l’initiation. L’usage du symbole, des mythes et leurs assimilations adaptées à chaque individu suivant un chemin qui lui est propre, reste une spécificité maçonnique. Le rituel étant l’écrin protecteur de l’initiation, il faut rappeler qu’il codifie l’ensemble des gestes et des mots d’un processus qui fait vivre la tenue maçonnique. Héritier inspiré des traditions des « collegias faborum », des loges opératives du moyen âge et des confréries qui leurs succèdent ; le rituel des francs-maçons élabore un cadre propice à l’éclosion et à la transmission d’une initiation de métier de la classe artisanale appelée « art royal ».
La Franc-Maçonnerie, une école de vie pour privilégier l'Être à l'Avoir ...
L’originalité de la franc-maçonnerie par rapport aux autres associations et institutions humaines tient à sa nature de société initiatique et à ses méthodes de travail. Elle n’est ni une secte (car elle n’a pas de doctrine à imposer aux autres hommes, ni un parti car elle ne cherche pas à conquérir le pouvoir), ni une Église, car, si elle se veut universelle, son prosélytisme est limité et n’exclut aucune croyance. L’initiation, dont les épreuves permettent au profane de devenir apprenti, puis d’accéder aux grades de compagnon et de maître, revêt à la fois une signification symbolique (la renonciation aux habitudes du monde et la découverte de la « Lumière ») et une valeur éducative (la préparation au langage des symboles). Il ne s’agit pas de la révélation mystique de quelque absolu ésotérique, mais, plus simplement et sagement, de l’acquisition des moyens et des instruments de la recherche maçonnique. Plus qu’une simple cérémonie de réception, l’initiation engage le maçon à se libérer de ses préjugés, à se dépouiller de ses passions et à prendre une meilleure mesure de ses forces spirituelles et morales.
La Tradition est le noyau peu altérable qui fonde la franc-maçonnerie. Elle en assume la solidité et la continuité, la pérennité, la Transtemporalité. Mais le terme Tradition n’est pas traditionalisme. Ce serait la réduire, à un attachement aux valeurs, aux croyances du passé transmises par une seule tradition. Les croyances sur lesquelles furent fondées les différentes obédiences, à travers l’histoire de la maçonnerie spéculative, ont non seulement évoluées mais se sont inspirées de philosophies et de spiritualités souvent opposées les unes aux autres. Quelle source oserait se prévaloir sur les autres ?
Pour conclure, au regard des définitions, la franc-maçonnerie serait une tradition non traditionaliste. C’est dans la déclaration des principes des obédiences que se retrouve ce fond sur lequel se fait le consensus d’une manière d’être franc-maçon et qui serait la tradition maçonnique.
[1] Les Upanishad (IAST : Upaniṣad1, devanāgarī: उपनिषद्, du sanskrit « upa », déplacement physique, ni, mouvement vers le bas et shad, s'asseoir, soit l'idée de « venir s'asseoir respectueusement au pied du maître pour écouter son enseignement ») sont un ensemble de textes philosophiques qui forment la base théorique de la religion hindoue. (The Upanishads. Juan Mascaró. Éd. Penguin Classics, 1965, page 7. ISBN 9780140441635).
[2] Les catholiques traditionalistes qui n'apprécient pas que leur courant porte le même nom et font campagne pour que le terme adopté pour le désigner soit traditionisme.
[3] Le terme Sophia Perennis (sagesse pérenne) remontant quant à lui à la Renaissance.
[4] « René Guénon, Messager de la Tradition Primordiale et Témoin du Christ Universel », Jean Chopitel, Christiane Gobry, 2010.
[5] Les dix-huit premiers versets de l'Évangile selon Jean en sont traditionnellement appelés le Prologue.
[6] Le logos (du grec ancien " λόγος " : parole, discours, raison, relation).