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1. C'est avec beaucoup d'à-propos que, dans ces jours de l'observance quadragésimale, se trouve la fête de l'annonciation du Seigneur , en sorte que l'allégresse, spirituelle vienne délasser ceux que fatigue l'affliction du corps, et que l'annonciation de celui qui ôte les péchés du monde console ceux. que la tristesse de la pénitence a humiliés. Voici, en effet, ce qui est écrit. « La tristesse dans le cœur de l'homme l'humiliera et il sera réjouit par une bonne parole (Prov. XII, 15). » La parole tout à fait bonne, le discours fidèle, digne d'être parfaitement accueilli., (Évangile de notre salut, que l'ange envoyé de Dieu annonça en ce jour à Marie, c'est la joyeuse nouvelle que l'esprit bienheureux porta à la vierge, le jour au jour, touchant l'incarnation du Verbe. C'est cette annonce qui promet un fils à la Vierge, assure le pardon aux coupables, la rédemption aux captifs, la délivrance à ceux qui sont enfermés, la vie à ceux qui sont ensevelis. En proclamant le règne du Fils, elle proclame aussi la gloire des justes, elle effraie les enfers, elle réjouit les cieux et semble avoir augmenté la perfection des anges, et, par la connaissance des mystères et par la nouveauté des bonnes nouvelles, quel homme abaissé ne consolerait-elle en son humilité ? « Souvenez-vous, s'écrie David, de votre parole à votre serviteur, par laquelle vous m'avez donné espérance : elle m'a consolé dans mon humilité (Psalm. CXVIII, 49). » Il avait reçu la parole de cette promesse, mais son accomplissement ne se traduisait encore par aucun effet. Le délai apporté à l'accomplissement de ses désirs l'affligeait, mais la certitude de son espérance basée sur la fidélité du Seigneur à ses promesses le consolait.
2. Si donc David nourrissait son esprit de l'espérance seule de ce salut qui nous était réservé, quelle joie, quelles délices devait nous procurer sa présence réelle ! O bonheur de ces temps-ci ! O malheur de ces temps-là ! Ne sont-ce pas des temps heureux, que ceux dans lesquels on voit une si grande plénitude de grâce et de toutes sortes de biens ? Ne sont-ce pas des temps malheureux, que ceux où éclate une ingratitude si noire de la part de ceux qui sont rachetés? Voici venue la plénitude du temps, où Dieu envoie son Fils pour devenir Fils de l'homme et Sauveur des hommes ; et voici la grandeur de la négligence par laquelle l'homme pécheur prend son Sauveur en dédain. Ou annonce le salut à ceux qui étaient perdus et ils le méprisent; on promet la vie à ceux qui ne se lèvent pas. Il se lève celui qui, par l'effet de quelque dévotion, s'élève pour rendre gloire à la grâce de Dieu ; il se lève celui qui accueille au moins avec joie la parole qui lui annonce son propre salut. Je sais quel est l'homme qui se réjouit de cette bonne nouvelle. C'est celui que la tristesse a d'abord humilié dans son cœur, je veux parler de la tristesse de son pèlerinage et de son exil, de la tristesse des liens de la mort et des périls de l'enfer; celui qui se plaint tous les jours dans son chagrin de ce que les lacets de la mort l'ont saisi et les périls de l'enfer l'ont enveloppé. C'est à celui-là que la bonne nouvelle du ciel arrive avec plaisir, à celui-là, dis-je, qui reçoit avec reconnaissance et transport ce qui lui est dit du Fils de Dieu. Pleurant et gémissant de se voir prévenu et circonvenu de tant de maux, il est joyeux d'entendre annoncer son libérateur, ce libérateur qui lui donnera l'huile de la joie pour remplacer son deuil, le manteau de louange à la place de l'esprit de tristesse; qui mettra un terme à ses misères et qui donnera aux malheureux une béatitude sans terme. Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés; bienheureux ceux que le chagrin a d'abord humiliés en leur cœur, parce que la bonne nouvelle les réjouira. Votre parole toute-puissante, Seigneur, est ce discours tout à lait bon et consolateur, qui, un jour, est descendu des demeures royales dans le sein de la Vierge, où il s'est construit une habitation royale aussi; bien qu'il y soit présentement assis, comme un roi entouré, dans les cieux, de l'armée des anges, il est cependant le consolateur de ceux qui sont attristés sur la terre.
3. En effet, la Vierge, issue d'une race royale, fut noble par son extraction, et plus noble encore par sa vertu ; en sorte que le roi éternel, le fils du roi recevait un honneur royal de la noblesse de sa mère, et que, en descendant de la demeure royale de son père, un trône l'attendait dans le sein virginal de la reine sa mère. C'est en elle et c'est d'elle, en effet, que la sagesse s'est bâtie une maison, en elle et par elle qu'elle s'est préparée un trône, car c'est en elle et par elle qu'elle s'est formée un corps si parfait et si complètement organisé qu'il lui sert de demeure pour habiter, et de trône pour juger, après lui avoir servi de tente pour le combat et de chaire pour instruire. Voyez si elle n'est pas ce « siège de David son père, » que l'ange annonce qu'on lui donnera (Luc. I, 32), non que David l'ait jamais occupé, mais parce qu'elle a été tirée et formée du sang de David. Et certainement si elle n'est pas à David, elle est, ô Dieu, votre trône dans les siècles. Si elle n'est pas le siège de David, elle est le trône élevé et dominant toute créature. Si quelqu'un entend par ce grand trône, « par le trône d'ivoire que Salomon se construisit (III Reg. X, 48), » le corps même que notre roi pacifique a pris aujourd'hui de Marie, il ne s'écartera pas beaucoup de la vérité, puisque les paroles suivantes : « et il le revêtit d'un or extrêmement roux, » conviennent assez à ce même corps que le Seigneur revêtit d'une beauté et d'un éclat éblouissants. « Il le revêtit, » dit le texte sacré « d'un or jaune. » Si vous interrogez les apôtres qui le virent transfiguré sur la montagne, ils vous diront qu'il était trop brillant, c'est-à-dire que sa splendeur était si grande. qu'ils ne purent en supporter l'éclat, bien que, dans la coutume de l'Écriture, « trop » soit employé pour beaucoup. Les autres détails que donne le texte sacré, sur la magnificence de ce trône, si quelqu'un veut les examiner, s'appliqueront parfaitement au corps du Christ qui est l'Église.
4. Pour moi, je préfère admirer à présent l'ivoire si précieux, disons mieux, inappréciable de la chasteté virginale ; c'est la matière que choisit, pour faire son trône, celui qui est assis sur les Chérubins; voilà, s'écrit-il : .« l'endroit de mon repos dans les siècles des siècles ; c'est là lieu que j'habiterai parce que je l'ai choisi (Psalm. CXXXI, 14). » Que cet ivoire est brillant puisqu'il a plu à un monarque si riche et si puissant, aux yeux de qui largent est sans valeur ! comme il est froid, il n'a pas connu les ardeurs de la conception ! comme il est solide, l'enfante ment même ne l'a point altéré ! quel mélange de blanc et de rose en lui, l'éclat de la lumière éternelle et le feu du Saint-Esprit l'ont rempli de toute leur plénitude ! En effet, Marie est aussi plus blanche que la neige, plus foncée que l'ivoire antique ; la chasteté lui a donné une blancheur éclatante, et la charité ou le martyre une teinte rose que n'ont point possédée les anciens élus. Le glaive a transpercé son âme, afin que la mère de celui qui a été vierge et martyr à un souverain degré, fut, elle aussi, vierge et martyre, blanche et rose, de même que son bien-aimé est blanc et rose (Cant. V, 10). Et, comme Salomon, dans tous ses trésors et toutes ses richesses, n'eut rien de si précieux qu'il estimât au dessus de ce trône magnifique de sa gloire , de même, Marie, plus que tous les anges et que tous les élus, a trouvé grâce auprès de Dieu, a conçu et enfanté le Fils de Dieu, et la sagesse du Très-Haut s'est formée, sans le secours de la main de l'homme, de l'ivoire de son corps, un trône plein de gloire. Oui, ce fut un trône bien glorieux et bien admirable que celui dont l'Écriture a dit : «Dans aucun royaume on ne fait un ouvrage pareil (III Reg. X, 20). » Ce qu'il serait facile de faire attester par les anges qui désirent avec une avidité toujours renaissante de contempler l'éclat et la beauté du corps du Seigneur. Puis donc que dans aucun autre royaume il ne s'est fait aucun ouvrage semblable, il faut que tout ce qui a été fait fléchisse les genoux devant lui dans le royaume des cieux, sur la terre et dans les enfers. Bienheureux donc est ce sein d'ivoire, d'où a été tirée la chair d'ivoire du Rédempteur, le prix des âmes, la merveille des anges, le trône de la majesté suprême, le sujet de la puissance, l'aliment de la vie immortelle, le remède du péché, le rétablissement de la santé. «Tous ceux qui le touchaient, » dit le texte sacré, a étaient guéris de leurs langueurs (Marc. VI, 56). » Car « il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous (Luc. VI, 19). »
5. Heureux donc, ô Seigneur Jésus, le sein qui vous a porté ! Heureuse la chasteté de ce sein virginal qui a fourni la matière dont vous avez été formé. Oui, bienheureuse,' mes frères, la blancheur de cet ivoire, c'est-à-dire l'éclat de cette chasteté; notre Salomon ne lui préfère ni l'or de la sagesse du monde, ni largent de l'éloquence, ni le diamant de n'importe quelle grâce, à condition toutefois que l'humilité la rehausse, parce que le Seigneur a regardé l'humilité de sa servante (Luc. I, 48). Salomon, en effet, au Can tique de l'amour, après avoir exalté par ses louanges la chasteté de la Vierge ou celle de l'Épouse ou de l'Époux, car leur esprit et leur chair étant un, la plupart du temps ils reçoivent une louange unique et commune, pour nous apprendre que cette chasteté et la nôtre doivent être aussi ornées des autres vertus, ajoute : « Son ventre est d'ivoire, diapré de saphyrs (Cant. V, 14). » Afin de vous faire connaître que la chasteté est l'écrin des autres vertus et des autres grâces: les chambres à parfums et à poudres de senteur de notre Salomon ne sont que des demeures d'ivoire, ainsi que David le chante, dans son épithalame, dont le titre: « Cantique pour le bien-aimé, y montre qu'il se rapporte à l'époux de l'Église. « La myrrhe, » dit-il, « l'aloès et la eanelle se répandent de vos habits, des maisons d'ivoire, dont ces filles des rois ont tiré des senteurs délicieuses pour vous honorer (Psalm. XLIV, 9). » En effet, les corps d'ivoire des saints sont la demeure de Jésus-Christ, son vêtement, ses membres, le temple du Saint-Esprit. De ces habits du Christ, de ces habitations d'ivoire s'échappent toutes les odeurs de vertus et de grâces, par lesquelles les âmes saintes, qui sont filles des apôtres et des prophètes, réjouissent et honorent le roi des rois. Vous avec connu par expérience, vous aussi, mes frères, depuis que vous avez commencé à posséder chacun votre corps dans la sainteté et l'honneur, quand nous le possédons dans les passions et les désirs, comme les nations quine connaissent pas Dieu ([ The. IV, 4), quels parfums, quelles senteurs, la largesse divine a répandues en vous, en sorte que ce corps, qui naguère était une sentine infecte, est devenu à présent le sanctuaire vénérable de l'Esprit-Saint, et que ce qui était naguère un gouffre de vices, est à présent un séjour de grâces.
6. La myrrhe, » dit le Psalmiste, « l'aloès et la canelle, de vos vêtements et de: maisons d'ivoire. » Nous habitons, à la vérité, des maisons de boue; mais si elles sont de boue par la matière dont elles sont construites, elles deviennent d'ivoire par la vertu de continence; si par la mortification des sens, la myrrhe commence à s'en échapper, bientôt après s'en exhaleront d'autres espèces de parfums, qui feront sentir la grâce multiple des vertus. Elles s'exhaleront d'une façon très-agréable pour Jésus-Christ, comme si elles sortaient de ses vêtements ; elle se répandront aussi au loin et au large pour le prochain, comme la bonne odeur de Jésus-Christ en tous lieux. Aussitôt que le Seigneur sent l'agréable exhalaison des vêtements du Christ, il s'écrie comme Isaac : « Voici que l'odeur de mon fils est comme, l'odeur d'un champ que le Seigneur a béni (Gen. XXVII , 27). » L'Époux dit aussi à l'Épouse, qui est son corps et son vêtement : « L'odeur de vos habits est comme l'odeur de l'encens (Cant. IV, 11). » Ce parfum quia l'odeur si agréable pour l'Époux, la piété de vos cœurs le répandra, mes frères, s'ils se trouvent tellement fervents et embrasés, que votre prière se dirige, comme l'encens, en présence du Très-Haut, si elle monte devant lui, « comme une colonne de fumée d'aromates de myrrhe et d'encens (Cant. III, 6). » Vos corps lui font sentir la myrrhe, il me la font sentir pareillement. Plaise au ciel que l'encens s'échappe de vos cœurs, que l'Époux vous trouve chastes et dévots, et daigne vous honorer plus souvent de sa visite et dire : « J'irai pour moi, à la montagne de la myrrhe et à la colline de l'encens (Cant. IV, 6). » Cette parole parait être la prophétie de Salomon accomplie aujourd'hui par Jésus-Christ. En effet, le Sauveur est venu aujourd'hui à la montagne très-élevée, montagne non-seulement de la myrrhe, et de l'encens, mais de tous les parfums; je veux dire la vierge des vierges, remplie de toutes les grâces, parmi lesquelles embaumaient principalement, si je ne me trompe, la myrrhe de la chasteté et l'encens de la piété. Cette odeur, mes frères, est plus forte que celle de tous les aromates; elle altère et sollicite le Seigneur de majesté, à incliner les hauteurs des cieux et à descendre, comme nous en trouvons la preuve en ce jour où le Très-Haut, après avoir envoyé un ange du ciel, est descendu, lui aussi, dans les entrailles de sa mère, lui qui reste toujours dans le sein de son Père, avec lequel il vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.