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Jette ton pain illustre le désir d’écrire de sa narratrice Christine Grave, contrarié par les valeurs et les usages du XXe siècle. Le huis-clos entre elle et sa mère mourante constitue son moment de vérité, le creuset au sein duquel va se forger le renouvellement de son écriture. Renoncer aux scénarios conventionnels de l’Amour et de la maternité ressassés du point de vue des hommes afin de dire autrement la vie, tel est l’ultime défi lancé par Alice Rivaz pour faire changer notre regard.
En juillet 1981, Marcel Raymond écrit à propos de l’anthologie : «J’ai rouvert la semaine dernière le tome I qui me fut envoyé dédicacé par Ramuz, dédicace curieusement interrompue : “Mais c’est Mademoiselle Golay…” Et en effet le choix des textes a été d’abord l’affaire de Mademoiselle Golay.»
Alice Rivaz avait réussi à identifier six femmes (sur 96 poètes).
Les écrivaines du XXe siècle se sont souvent méfiées des listes qui semblaient les maintenir à part de la littérature des hommes. Alice Rivaz y tenait car elle avait conscience de la facilité avec laquelle les femmes disparaissent de l’histoire littéraire.
Le document de travail en vue du service de presse de Jette ton pain est intéressant à plus d’un titre : on y voit le nom de Simone de Beauvoir, qu’Alice Rivaz ne mentionne nulle part ailleurs, ainsi que l’adresse du département de français de l’Université du Wisconsin, qui produisait un Bulletin de Recherches et d’études féministes, discipline académique encore inconnue en Suisse.
Alice Rivaz exprime la différence, voire la discordance produite par l’irruption d’une voix de femme dans le masculin universel.
Composée de 12 titres parus entre 1940 et 1986, entre fiction et autobiographie, l’œuvre d’Alice Rivaz se caractérise par une recherche constante de la forme juste et le renouvellement de celle-ci de texte en texte.
Pianiste d’abord, peintre à ses heures, Alice Rivaz est romancière avant tout, mais son goût pour la peinture, la musique et le cinéma, qui nourrit toute son œuvre, met en évidence la diversité de ses talents.