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Edgar Morin
Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 1987
pour l’ensemble de son œuvre
Né le 8 juillet 1921 à Paris, Edgar Morin passe sa licence en histoire et géographie, puis sa licence en droit en 1942. Engagé dans la Résistance – où il adhère au parti communiste –, il est lieutenant des forces françaises combattantes de 1942 à 1944. À la fin de la guerre, il est nommé chef du bureau de propagande auprès du gouvernement militaire français en Allemagne occupée.
À partir de 1947, il se consacre prioritairement au journalisme puis, en 1950, il entre au Centre national de recherche scientifique où il est aujourd'hui encore directeur de recherche. Il y commence la grande aventure transdisciplinaire qui sera au cœur de ses réflexions sur l'homme et les moyens de sa connaissance. Exclu du parti communiste en 1951 pour résistance au stalinisme, il poursuit son engagement politique en fondant le Comité des intellectuels contre la guerre d'Algérie; en 1957, il crée aux Editions de Minuit la revue Arguments, dont il s'occupera jusqu'en 1963 pour en faire le carrefour cosmopolite et polycentriste des courants avant-gardistes des années 60. À cette époque, il touche aussi au cinéma en collaborant à Chronique d'un été, un film de Jean Rouch paru en 1961. Plus tard, il prendra la direction de la revue Communication pour laquelle il travaille toujours.
Sociologue, il s'intéresse aux problèmes fondamentaux des sciences de l'homme et, après des séjours à l'Institut Salk d'études biologiques à San Diego en Californie, il se dirige vers une anthropologie articulée sur le biologique. Ceci le conduit à prendre la direction du Centre d'études transdisciplinaires de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris, à côté de sa féconde activité de publiciste et d'écrivain.
L’ouvrage: Penser l’Europe
Les premières pages du livre couronné par le Prix Européen de l'Essai, donnent un support autobiographique à la prise de conscience européenne de l'auteur et éclairent quelques aspects de la formation personnelle d'Edgar Morin:
« Je n'avais reçu aucun héritage religieux ni culturel de mon ascendance, mais j'avais tiré de mon expérience juive la connaissance douloureuse de l'humiliation et de l'offense faites à autrui. C'est du reste le titre du roman, Humiliés et offensés, qui, quand j'avais quinze ans, m'a fait aller à Dostoïevski. C'est cela que j'ai ressenti très jeune et qui ne m'a jamais quitté, l'horreur du mépris ...
... l'accident irréparable de ma vie: la perte de ma mère à l'âge de neuf ans. Ce manque me poussa à chercher une matrie plutôt qu'une patrie et, fils unique, je rêvais d'un univers de frères. La politique avait fait irruption dans nos cours de récréation en février 1934, alors que j'avais treize ans. ... Je croyais qu'il fallait éviter la guerre à tout prix. Mais elle advint, en trois temps, ne révélant qu'au troisième son visage. Ce fut d'abord la guerre sans guerre – la "drôle de guerre" –, puis l'effondrement de la France et, enfin, l'entrée des troupes allemandes en URSS. Alors, et alors seulement, je fis ma conversion au communisme bien qu'il fût stalinien et que je l'eusse, auparavant, rejeté pour cette raison même. ...
Pourtant je rendais inconsciemment hommage à l'Europe en la reniant. Adolescent, je m'étais fait, comme tant d'autres, sans le savoir, une éducation européenne. C'est son empreinte qui m'a fait préférer l'Humanité aux Patries, c'était elle qui m'invitait à contester les nationalismes et à goûter le cosmopolite, c'était l'humanisme européen qui m'entraînait au-delà de la province européenne au nom de l'universel. »
(Penser l'Europe, pp. 10 et 11.)
Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :
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