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Crise cardiaque: inégalités liées au sexe dans la prise en charge et le pronostic
Des chercheuses d’Unisanté ont mené, pour la première fois en Suisse, une étude de large échelle sur les cas d’infarctus du myocarde sous le prisme des différences hommes-femmes. L’analyse des données des hôpitaux suisses entre 2009 et 2017 révèle que les femmes sont moins bien prises en charge et ont un moins bon pronostic que les hommes, avec notamment une probabilité plus élevée de complications et une hospitalisation plus longue.
Un infarctus du myocarde se produit lorsqu'un vaisseau sanguin du coeur se bouche, de sorte que certaines parties du muscle cardiaque, le myocarde, ne sont plus oxygénées. Chaque année en Suisse, près de 30'000 personnes sont touchées par un infarctus du myocarde ou par son signe précurseur, l’angine de poitrine. Mais hommes et femmes ne sont pas logés à la même enseigne.
Des chercheuses d’Unisanté, menée par la professeure Carole Clair, ont réalisé la première étude analysant les données administratives hospitalières des cas de crise cardiaque au niveau suisse sous le prisme des différences hommes-femmes. Les résultats ont récemment été publiés dans la revue «BMJ Medicine».
L’étude prend en compte plus de 224’200 cas d’adultes, dont 32,5% de femmes, ayant été admis à l'hôpital pour un infarctus du myocarde entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2017 dans n'importe quel hôpital de Suisse. L’analyse des données révèlent que les femmes admises à l'hôpital pour un infarctus étaient en moyenne plus âgées (âge moyen: 74,9 ans) que leurs homologues masculins (âge moyen: 67 ans). Les femmes étaient moins susceptibles de subir des procédures de diagnostic (ex. coronarographie) et des traitements (ex. pontage aorto-coronarien).
En outre, les femmes avaient un moins bon pronostic que les hommes, avec une probabilité plus élevée de complications et un séjour hospitalier plus long. Les femmes plus jeunes sont particulièrement exposées à un mauvais pronostic, avec une probabilité de décès 38% plus élevé pour les femmes de moins de 50 ans par rapport aux hommes du même âge et un risque de décès 25% plus élevé pour les femmes de 50 à 65 ans par rapport aux hommes du même âge. A noter encore que la mortalité a diminué au fil des ans pour les deux sexes, mais un écart important subsiste entre les hommes et les femmes: la mortalité des femmes étant de 8% en 2009 et de 7,5% en 2017, tandis que celle des hommes était de 5,8% en 2009 et de 5,3% en 2017.
Des inégalités liées au sexe existent donc bel et bien dans la prise en charge des crises cardiaques dans cette population de patientes et patients d'un pays à revenu élevé avec une bonne couverture médicale. Ces inégalités ont un effet sur la mortalité et les potentielles séquelles de l’incident, en particulier chez les femmes. Pour les chercheuses, des efforts sont nécessaires pour surmonter ces inégalités, notamment par des programmes éducatifs destinés aux professionnel·les de la santé afin de permettre une meilleure équité dans la prise en charge des patientes et des patients.
Travail récompensé
Elodie Huber, auteure principale de l’étude, a déjà été récompensée pour ce travail faisant partie intégrante de son travail de thèse de doctorat en médecine. La Ligue Vaudoise contre les Maladies Cardiovasculaires et la Société Suisse de Médecine Interne Générale (SSMIG) lui ont remis un prix respectivement en septembre 2022 et 2020.
Référence
Huber Elodie, Le Pogam Marie-Annick, Clair Carole. Sex related inequalities in the management and prognosis of acute coronary syndrome in Switzerland: cross sectional study. BMJ Medicine 2022;1:e000300. doi: 10.1136/bmjmed-2022-000300