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Images commentées
C’est dans le massif des Gastlosen, à la frontière des cantons de Fribourg et de Berne, que Suzi Pilet et Alexis Peiry procèdent à la mise en scène, dans un décor réel, des photographies destinées à Amadou alpiniste, l’album qu’ils cosignent et qui sortira de presse en 1955. Pour une fois, c’est la photographe qui est capturée par l’objectif de son compagnon écrivain, alors qu’elle place la poupée incarnant Amadou sur un éperon rocheux à même de se transformer, grâce à un bon cadrage, en un pic inviolé.
C’est à des images comme celle-ci que Charles-Albert Cingria doit sa réputation de « clochard cosmique » – clochard quand même : le dénuement dans lequel il vit depuis les années 1920 va de pair avec une vie vagabonde, dont le seul point fixe est l’appartement qu’il loue à Paris, rue Bonaparte, où il revient régulièrement. Henriette Grindat a capté ici, en juillet 1947, une scène qu’Henri Noverraz – chez qui la photographie a été prise, et que l’on aperçoit sur le divan – a évoquée ainsi : « Vers la fin du repas, la conversation s’alentissait. L’un de nous se mettait au piano ; ou Charles-Albert désirait dormir. Il dédaignait le divan, et ne voulait pas que je tire les contrevents, afin que je puisse travailler, si le désir m’en venait. Il nouait un mouchoir en bandeau sur ses yeux, pour se condamner la lumière, et s’installait, comme un chat, à même le parquet, sous le piano qui devenait un noir baldaquin ».
Gendre d’Edmond Gilliard, établi en Suisse alémanique, Jean Moser est depuis les années 1930 un intellectuel engagé dans les mouvements de gauche : dans les années 1950, il siège au Conseil communal de Bâle dans les rangs du parti du Travail, ce qui lui vaudra quelques ennuis personnels pendant les années de la guerre froide. Ses sympathies marxistes expliquent ses voyages en URSS, où a été prise cette photographie qui témoigne des activités de propagande, ou de vitrine, du pouvoir soviétique, tel qu’il se donne à voir aux visiteurs occidentaux. À partir de 1965, Moser travaillera comme traducteur pour le compte du régime maoïste, et séjournera à plusieurs reprises en Chine.
Si l’on en croit la Gazette de Lausanne, le premier « Bal de l’Arc-en-ciel », organisé par la Société des peintres, sculpteurs et architectes à l’hôtel Palace de Lausanne le 12 mars 1927, aurait été « le plus élégant et le plus brillant [des] dernières années ». Destinée à soutenir un projet de création de « Maison des Arts », cette soirée costumée se tient dans des salons entièrement redécorés pour l’occasion, et se termine par une remise de prix aux meilleurs déguisements. Aucune des personnes réunies sur cette image ne semble avoir séduit le jury… La photographie permet de constater combien la « Maison des Arts » est un projet fédérateur, soutenu aussi bien par le cercle des proches de C. F. Ramuz, dont sa femme et sa sœur, et celui du peintre Charles Clément – tous « transformés par le costume et pressés d’acquérir pour un soir une âme nouvelle et un peu de folie », selon le journaliste de la Gazette.