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La dette américaine, une arme de dissuasion massive pour Pékin?
Principal créancier des États-Unis, l'Empire du milieu peut-il se risquer à déclencher une guerre des devises en réduisant ses investissements dans les bons du Trésor américain?
Les relations tendues entre Washington et Pékin risqueraient-elles de pousser le gouvernement chinois à réduire ses investissements dans la dette américaine? Les bons du Trésor américain pourraient-ils devenir une arme de poids dans cette guerre commerciale?
Selon Bloomberg, une réduction de ces investissements pourrait porter un coup dur au billet vert, mais surtout protéger le yuan. La Chine détient environ $ 1120 milliards de bons du Trésor américain, faisant d’elle le créancier numéro un des États-Unis, dont l’ensemble de la dette s’élève actuellement à $ 22 325 milliards. Une telle mesure pourrait déclencher une guerre des devises entre les deux pays.
Quels effets sur l'économie chinoise?
S’en débarrasser pourrait cependant plus nuire à l’économie chinoise qu’à celle des États-Unis. La Chine devrait assurément préférer privilégier la stabilité de son système financier: une forte volatilité des taux de change serait en effet dommageable à son économie, les investisseurs domestiques étant sensibles au niveau de 7 yuans par dollar. Toutefois, la Chine affirme fièrement ne plus être dépendante entièrement de ses exportations, la demande intérieure devenant le moteur de sa croissance économique. La consommation interne assurerait ainsi plus de 60% de la croissance du PIB chinois.
Que faire de telles liquidités?
Si la Chine décidait tout de même de s’alléger de quelques milliards de dollars, que ferait-elle d’une telle masse de liquidités? Les obligations américaines sont des bons placements qui rapportent un intérêt évoluant actuellement aux alentours de 2,3% (bons du Trésor à 10 ans). À titre de comparaison, le Bund allemand ou les bons du Trésor japonais présentent actuellement des taux négatifs. Conscients de cette situation, les États-Unis ne devraient donc pas s’en inquiéter. Une vente causerait non seulement des pertes pour la Chine, mais déstabiliserait également les marchés obligataires sans même parler de la guerre des devises déjà évoquée entre les deux premières puissances commerciales au monde.
Opération habituelle?
Au mois de mars dernier, Pékin vendait pour $ 10 milliards d’emprunts de l’État américain de court et long termes. Ces ventes étaient les premières depuis quatre mois. Difficile d’y voir une réponse aux provocations du président américain, puisqu’en mars les relations entre les pays étaient plutôt bonnes. Ce montant n’est par ailleurs pas inhabituel, puisqu’il s’inscrit dans une moyenne de fluctuation de l’ordre de $ 17 milliards depuis 2013. Il est donc impossible de dire s’il s’agit d’une volonté de vendre ou d’une opération coutumière.
Une rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping est prévue fin juin à Osaka, dans le cadre du sommet du G20.
Publié dans le commentaire hebdomadaire "Matinale Express - Actions" de la salle des marchés de la BCV, le 28 mai 2019