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Selon l'historien américain Peter N. Stearns, il importe de tout faire pour préserver, en France, le repas familial, afin de prévenir dans notre pays la catastrophe que constitue, aux Etats-Unis, le développement sans précédent de l'obésité. Selon M. Stearns, cité par l'Agence France- Presse, l'éducation alimentaire des enfants joue un «rôle fondamental» et dans ce domaine Américains et Français ont eu des attitudes «diamétralement opposées». Participant à un récent colloque parisien intitulé «Corps de femmes sous influences, questionner les normes», l'historien américain a rappelé qu'en dépit des avertissements lancés dès 1900 quant au poids des adultes aux Etats-Unis, presque aucun expert ou parent américain ne s'est inquiété du fait que les enfants pouvaient trop manger.Les manuels d'éducation visaient à s'assurer que les «enfants, en particulier les filles, ne soient pas trop maigres» a-t-il souligné, évoquant notamment la peur de l'anorexie. «Les parents américains poussent aujourd'hui leurs enfants à manger et se montrent plutôt laxistes sur le grignotage, précise-t-il. En France, dès les années 1920, les spécialistes de la puériculture ont invité les parents à contrôler l'alimentation des petits, avec des portions calibrées, des repas à heures fixes et peu de grignotage en dehors du goûter.»Toutefois, l'engouement pour les sodas et le sucre, les longues heures passées devant la télévision ou l'ordinateur plutôt que sur les stades n'épargnent plus les jeunes Français. «En France l'obésité connaît un développement épidémique, vient de déclarer le Pr Maurice Tubiana (Académie nationale de médecine), en conclusion d'une séance commune avec l'Académie de pharmacie consacrée mardi à ce problème. Près de 14% des enfants français de 5 à 12 ans présentent actuellement un excès de poids (environ 3,5% sont obèses et plus de 10% en surpoids) et la prévalence de l'obésité de l'enfant a été multipliée par 4 à 5 depuis les années 1960. Il est urgent de prendre conscience de cette catastrophe annoncée et d'envisager les mesures permettant de lutter contre elle. Les formes graves de la maladie sont de plus en plus fréquentes. Si l'augmentation de la prévalence suit la tendance observée au cours des 30 dernières années, on peut anticiper qu'un enfant sur quatre sera obèse en 2020.»«En France, la discipline et la qualité des repas sont restées une composante de la vie familiale, qui s'avère vitale dans la lutte contre les formes d'obésité qui explosent aux Etats-Unis, observe toutefois Peter Stearns. Les Français ont assoupli le code de la conduite à table, mais en limitant la permissivité concernant les choix alimentaires des enfants et les heures des repas.»Selon une étude présentée le 27 octobre lors d'une conférence de l'American Dietetic Association, les enfants américains de moins de 2 ans ont déjà les mauvaises habitudes alimentaires de leurs parents : les frites sont chaque jour au menu de 9% des bébés de 9 à 11 mois et de 21% des enfants de 19 à 24 mois. Bonbons et boissons sucrées comprises, ces bébés ingurgitent 20 à 30% de calories en trop. Au moins 25% des enfants de 19 à 24 mois consomment une fois par jour hot-dog, bacon ou saucisse, selon cette étude portant sur 3000 enfants menée par l'institut Mathematic Policy Research de Princeton (New Jersey) et financée par le groupe d'alimentation pour bébé Gerber.Ce sont la «quantité» et la «rapidité» qui, selon M. Stearns, caractérisent le mode l'alimentation de l'Amérique moyenne. Cette attitude, confortée par l'ouverture des premiers snacks aux Etats-Unis dans les années 1880, n'a pas présenté de risques tant que le travail physique restait la règle. L'historien observe enfin qu'à la différence de la France, les Etats-Unis ont donné la priorité à la lutte contre le tabac qu'ils jugeaient plus importante que ce combat contre l'excès de poids. L'obésité est dans ce pays directement à l'origine d'environ 300 000 morts prématurées par an.