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Après le longmétrage de Jalil Lespert sur Yves Saint Laurent, qui fut agréé par Pierre Bergé, le compagnon de longue date du couturier, voici le film de Bertrand Bonello sur le célèbre styliste qui s’inspira de Mondrian pour créer l’une de ses plus célèbres collections et qui lança le smoking pour les femmes. Lui aussi se complaît à dépeindre le côté sombre de la vie intime du styliste aux prises avec ses démons.
Le film de Bonello fait en effet la part belle aux épisodes sulfureux de la vie du couturier entre 1967 et 1976, décrivant de façon crue les partouzes sadomasochistes auxquels Yves Saint Laurent (Gaspard Ulliel) participait en écoutant la Callas, s’attardant sur sa liaison avec le jeune amant de Karl Lagerfeld (Louis Garrel), ses crises de folie, ses cauchemars de drogué halluciné. Car la drogue, l’alcool et la cigarette sont omniprésents dans le film, la mode n’y tenant en fait qu’une part pour le moins secondaire. Quand Bertrand Bonello filme un défilé, il coupe le bas des modèles et les pieds des mannequins, empêchant de voir le beau tomber d’un pantalon ou la coupe d’une robe, ou alors il fait du «screen splitting», divisant l’écran, par exemple pour faire défiler à la fois les actualités de l’époque en noir et blanc sur la gauche de l’écran et les mannequins à droite.
A aucun moment Bonello ne cherche à rendre son personnage attachant: il en fait un dandy solitaire et décadent, un éternel adolescent, un prince de la mode riche et drogué. Il n’épargne pas non plus Pierre Bergé. Mais est-il bien nécessaire de connaître la vie intime d’un artiste pour apprécier son oeuvre? Des films aussi bien de Lespert et que de Bonello, Yves Saint Laurent ne sort pas grandi. «Est-ce que je ne suis pas en train de devenir un vernis à ongles ou un sac à main dans un Prisunic?», se demande le couturier alors que son nom devient une marque. Il est assurément devenu, à travers le regard de Bonello, une icône sulfureuse, malgré le sourire craquant d’un Gaspard Ulliel, si ressemblant au personnage qu’il incarne, et malgré l’esthétique soignée du film.
|Nom||Notes|
|11|
|Georges Blanc||14|
|Daniel Grivel||12|
|Geneviève Praplan||12|
|Anne-Béatrice Schwab||8|