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"Présent!" a crié le jeune radical Murat Alder à l'énoncé de son nom par la benjamine de la Constituante, à qui est revenu l'honneur de présider la cérémonie de la prestation de serment des 80 constituants. Les rires des quelques 300 personnes présentes ont couvert le commentaire de Louise Kasser. Qui, imperturbable, à appeler un à un tous ses collègues: "Je le jure", "je le promets", "je m'y engage". Il faudra engager un sociologue pour établir la géographie des serments des constituants. Les croyants affichés semblent avoir préféré le "Je le jure", les croyants citoyens le "Je le promets" et les agnostiques et les athées le "je m'y engage", une tentative typologique parmi d'autres, qui se discute évidemment.
Murat Alder eut droit à un second appel. Avant que Christianne Perregaux, une des quatre présidents de l'assemblée, ne relise le serment pour Louise Kasser, qui rentrait dans le rang. Non sans émotion et sous les applaudissements de ses collègues conquis par l'aisance de cette jeune femme à la poigne de fer. Bonne mère avant l'heure, elle aura sacrifié un semestre de ses études aux premiers pas de la Constituante et aura aussi eu la chance d'avoir un employeur compréhensif.
Voir aussi de sympathiques photos dans Planète Photos, le blog de Haykel EZZEDDINE chasseur d'images et pourfendeur des contradictions et surtout fan du Jet d'eau
Sous l'ancien arsenal, protégé de la rue par des bâches de plastique translucide - dommage qu'on n'ait pas choisi un plastique transparent, un dispositif sommaire mais efficace a donné à l'événement un côté populaire, même si le peuple a largement boudé l'invitation des constituants.
Le Conseil d'Etat était présent, sagement aligné devant l'estrade. On notait cependant l'absence de Robert Cramer retenu, paraît-il, par une réunion du projet d'agglomération franco-valdo-genevois. Une manière de marquer sa différence?
Le président du Grand Conseil était lui aussi flanqué de son huissier. Le bioviticulteur de Peissy, un UDC avec qui l'Entente pourrait s'entendre, s'attira les applaudissements nourris du gouvernement quand, dans un discours chaleureux, il rappela aux constituants que la réalité du pouvoir était toujours et encore dans la Constitution actuelle et ses institutions le Grand Conseil et le Conseil d'Etat. Il a posté son message sur son blog http://leyvraz.blog.tdg.ch
L'insertion d'une historienne Irène Herrmann, trahie par un début d'angine, et surtout d'un astronome, Pierre Dubath, un brin professoral et trop long, offrit néanmoins deux échappées belles dans le temps et dans l'espace.
Mais que viennent donc faire, l'histoire, l'espace et les galaxies dans cette affaire, se demandait le public? La tête dans les étoiles, quoi de plus poétique. Une façon d'installer le petit prince au coeur des débats de la Constituante. S'en souviendra-t-elle? D'autres mesureront l'infinie relativité de l'oeuvre humaine. D'autres encore soulèveront peut-être la question du grand constituant qui fit la terre et les univers.
Trois étudiants françaises fraîchement débarquées de Paris m'interpellent. Qu'est-ce donc que cette manifestation? Dans le brouhaha et les toniques accords de la fanfare du loup, je les initie aux mystères de la démocratie suisse. Aux droits populaires des Genevois, au subtile équilibre des coalitions et des collèges gouvernementaux. Des fleurs fragiles comme les mimosas et les tulipes des arrangements floraux.
Le buffet campagnard était proposé par le traiteur André Vidonne, grand prêtre charcutier du porc laineux genevois. Mais aussi du goûteux porc vaudois que l'entreprise travaille à Genève. C'est cette cochonnaille confédérale qui fut servi chaude dans des petits pains moelleux avec une soupe de légumes. Un délice Région Terre Avenir. [cliquer pour agrandir les photos]
JFM