Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06968.jsonl.gz/30

«La méthode» Vol. 5 L'humanité de l'humanité. Edgar Morin. Paris : Editions du Seuil, 2001. ISBN 2020227-150Cinquième volume de la «méthode», Edgar Morin poursuit une uvre d'épistémologie des sciences en s'orientant dans ce volume sur la complexité et la diversité des dimensions de l'identité humaine.Dans une première partie La trinité humaine il insiste sur la finalité en boucle de l'individu/société/espèce, qui place la personne humaine au centre d'un enracinement cosmique composant à la fois une diversité infinie et une unité singulière. Comme il l'avait déjà analysé en détail dans ses précédents volumes, les relations entre ces trois instances ne sont pas seulement complémentaires mais aussi antagonistes comportant des conflits «ni juxtaposés, ni superposés, les caractéristiques biologiques et les caractéristiques culturelles sont les termes d'un processus en boucle recommencé et régénéré sans cesse» (p. 48), dont il a effectué la soudure épistémologique reconnaissant le modèle de la complexité et de l'auto-organisation.Ainsi, après cette première partie qui synthétise les analyses de ses précédents volumes, qu'en est-il de la singularité de l'identité humaine (2e partie), des grandes identités sociales et historiques (3e partie) et de l'identité future dans un monde de méta-machines ?L'identité humaine, plurielle et polymorphe porte en elle la forme entière de la condition humaine qui ne se dissout ni dans l'espèce ni dans la société. Individu et sujet, la personne se construit dans un dialogue avec l'Autre mais dans un dialogue avec elle-même, avec une partie d'elle-même qui pense la mort, au terme d'un travail affectif et imaginaire cette «dialogique circulaire, rationalité affectivité imaginaire réel démence névrose créativité. Echappent aux normes, chacun à sa façon, le criminel, le fou, le saint, le prophète, le génie, l'innovateur» (p. 115). En refusant de réduire l'identité humaine à une alternative simplifiante, réductible à une théorie homogène et unique, Morin élargit nos modes de pensée en soulignant la richesse et la complexité de nos liens sociaux affectifs imaginaires mythiques, dans l'organisation sociale de la sexualité, au sein de la famille, dans le cadre des Etats et dans l'historicité de nos institutions. Il l'élargit encore à une identité planétaire vers une société-monde où les méta-machines et les méta-connaissances ne font que se développer. Pour lui, l'avenir est incertain, partagé entre une méta-humanité et une surhumanité.Pour tous ceux et celles qui prétendent détenir les lois et les clés de certaines identités, qu'elles soient issues des sciences de la nature ou de celles de la culture, Morin offre une belle leçon d'humilité et de tolérance. Humilité car la somme des connaissances humaines ne peut plus être l'apanage d'une école, d'une théorie ou d'une académie. Tolérance car la diversité humaine est infinie, en fixer l'arbitraire d'un cadre ou de normes rigides, c'est en arrêter le mouvement par peur, par haine ou par désir de maîtrise. L'avenir nous réserve bien des surprises, Edgar Morin sera parmi ceux qui nous auront aidés à mieux y faire face sans préjugés mais avec lucidité.