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Critique
"Le récit d'une vie qui sort de l'ordinaire - celle d'un génie des mathématiques - racontée sur le mode hollywoodien, mais avec sensibilité et maîtrise.
Le mathématicien John Forbes Nash Jr a reçu en 1994 le Prix Nobel pour ses travaux en sciences économiques. Vouloir réaliser un film sur la vie d'un spécialiste des mathématiques, même brillant, pourrait passer pour une entreprise téméraire... Mais cette existence (racontée dans ""A Beautiful Mind"", biographie consacrée à l'homme de sciences par une journaliste, Sylvia Nasar) n'a rien de banal: au sens littéral du terme, elle est extraordinaire.
Pionnier de la ""théorie des jeux"" avant de devenir, dans les années 50, une véritable star des ""nouvelles mathématiques"", John Nash vit sa carrière universitaire entravée par une maladie grave et tenace qui l'obligea à renoncer à ses recherches. Interné et déclaré schizophrène, il réussit tout de même à surmonter son mal et, avec le soutien de sa femme, à reprendre son enseignement.
Le cinéaste Ron Howard, son producteur Brian Grazer et le scénariste Akiva Goldsman se sont attachés - en évitant la forme du documentaire - à retracer dans les grandes lignes cette trajectoire existentielle assez exceptionnelle, depuis 1947, date de l'entrée de John à l'Université de Princeton, jusqu'à aujourd'hui (Nash vit toujours aux Etats-Unis).
Au premier abord le personnage de John Nash (Russel Crowe) est déconcertant: tempérament farouche, manque évident de charme et de tact, tout cela fait de lui un individu que l'on va éviter. Devenu malgré tout ""vedette"" de son Université à la suite de ses découvertes dans le secteur des doctrines économiques, John Nash enseignera très jeune au Massachusetts Institute of Technology. On est dans les années 50 et la guerre froide fait rage. Un représentant du Département américain de la défense, William Parcher (Ed Harris), le recrute et va l'utiliser pour ses talents de mathématicien et de déchiffreur. Une mission ultra secrète (traquer les messages des espions russes qui préparent très certainement une attaque nucléaire contre les Etats-Unis) lui est alors confiée.
C'est à partir de ce moment-là que sa vie va, pour des raisons que le spectateur découvrira, basculer brutalement, mettant en péril l'équilibre même de sa personne et celui de toute sa famille. Le film se fait alors plus dramatique, plus tendu, plus intéressant aussi: tous les personnages qui gravitent autour de lui - et en particulier sa femme Alicia (Jennifer Connelly) - vont jouer un rôle de plus en plus important, en s'efforçant d'empêcher la dérive de l'individu et du couple.
UN HOMME D'EXCEPTION est une histoire que le spectateur doit gérer au fur et à mesure de son développement. Portrait d'un homme génial qui risque de se perdre dans un univers mental parallèle, le film se lit aussi comme un exemple d'énergie vitale et de courage. Il y a une dimension humaine étonnante dans cette évocation d'une existence qui dérape et qui, avec ses cahots et ses contrecoups, s'avère douloureuse. Le récit a peut-être un côté hagiographique, mais le film est avant tout l'histoire d'un amour adulte, d'une relation complexe entre un homme et une femme placés devant une série d'épreuves à surmonter. Et qui sauront faire face.
UN HOMME D'EXCEPTION est une production typiquement hollywoodienne, mais le film nous réconcilierait presque avec le cinéma américain. Il y a là en effet un effort de réflexion sur l'existence et sur la nécessité de prendre en charge, affectivement et matériellement, les événements de tous les jours. Tout cela n'est pas le pain quotidien du cinéma US.
Le film, de facture toute classique, bénéficie de la présence d'excellents acteurs. Russel Crowe, que l'on a connu en gladiateur ou en négociateur (GLADIATOR, L'ECHANGE) trouve ici un rôle de composition à la mesure de son talent: il est John Nash, de 19 ans à 73 ans, un rôle immense et difficile. Voilà un acteur capable d'assumer le parcours d'une vie entière et de communiquer des émotions sans le secours des gestes ou des mots. Avec une grande économie de moyens: pas de sentimentalisme et pas de dramatisation inutile non plus. A côté de lui, Jennifer Connelly et Ed Harris, chacun dans leur registre, sont parfaits de sensibilité retenue. On sent que Ron Howard a attaché une attention toute particulière au jeu des acteurs et aux dimensions humaines des personnages.
L'itinéraire de vie de John Nash, mathématicien et ""homme d'exception"", est celui d'un destin singulier. Le cinéaste Ron Howard a su raconter l'histoire - vraie - de ce cheminement avec sobriété."
Antoine Rochat