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Dans le cadre d’une nouvelle commémoration de la journée de lutte des femmes, en pleine crise climatique et civilisationnelle, tentons de réfléchir à la manière dont le processus de masculinisation, qui a commencé il y a des milliers d’années, a pu pénétrer tous les domaines de la vie. Ce processus de masculinisation naît, selon les féminismes éco-territoriaux, au moment de la révolution néolithique. Celle-ci est marquée par le passage du nomadisme au sédentarisme, offrant les bases matérielles et symboliques pour générer une division sexuelle du travail, soutenue par un binarisme des sexes, dans lequel les femmes seront traitées comme un bien d’usage et d’échange pendant les guerres pour le contrôle de la terre.
Avec la naissance des grandes civilisations, cette masculinisation se développe au fil de l’implantation de l’agriculture et de l’élevage. Un système hétéro-patriarcal de domination hiérarchique et autoritaire se construit, où la création de l’État, de la famille et de la propriété privée, jette les bases de l’inégalité sociale, mentale, sexuelle et raciale. Certains groupes sont infériorisés au fil du temps, en raison de leur plus grande proximité avec le «naturel» (femmes, autochtones, noirs, queer, fous, migrants, pauvres, enfants).
Cette division tranche avec la période précédente, marquée par l’existence de groupes de chasseurs-cueilleurs, qui a duré plus de 290’000 ans dans l’histoire de l’Homo sapiens (soit 97% de l’histoire de l’humanité). Cette période est caractérisée par leur insertion beaucoup plus durable avec leur environnement, provenant de manières d’être animistes et coopératives, où la division homme-non-homme, femme-homme n’exisstait pas telle qu’elle a été imposée à partir du Néolithique. Au cours de la période prénéolithique, les communautés étaient organisées autour de clans matriarcaux, où le centre était le soin de la vie.
Avec le sédentarisme, on assiste à une diabolisation du féminin et au contrôle de toutes les formes de vie, comme c’est le cas des cycles de reproduction des femmes, par la création de castes sacerdotales et militaires, contrôlées par certaines élites. C’est ainsi que la masculinisation du monde sera renforcée par les grandes guerres pour le contrôle des territoires et par un besoin impératif de domination et d’accumulation des ressources humaines et non humaines, où le pouvoir clérical, colonial, industriel et financier imposera ses logiques de guerre, mais aussi par de grands récits universalisants, tels que le salut, la civilisation, le progrès et le développement.
C’est ce dernier récit, celui du développement, qui est peut-être le discours masculinisé qui a le plus pénétré le monde au cours des 70 dernières années. Il a aussi généré le plus de dégâts dans la possibilité de penser un monde où plusieurs mondes de vie peuvent s’intégrer, un pluriel, comme le mouvement zapatiste l’a bien posé ces 25 dernières années, en remettant en question l’idée de mettre au centre l’idée d’une croissance économique infinie sur une planète finie. Soulever l’idée de la démasculinisation, implique de laisser derrière soi un processus qui a non seulement nié l’expérience de millions de femmes, mais aussi de nombreuses autres alterités historiquement réduites au silence.
Bien que la masculinisation ait été un processus qui, avec l’occidentalisation du monde, à partir de 1492 et la conquête des Amériques, a atteint un format à l’échelle mondiale, la crise climatique actuelle nous ouvre la possibilité de nous repenser en tant qu’êtres vivants. Nous arrivons au moment précis pour rendre visibles et connecter des notions et des expériences qui peuvent être de véritables alternatives au moment présent, et non de simples solutions de et pour les élites, comme les Villes intelligentes, l’économie verte, la géo-ingénierie, l’écomodernisme, le transhumanisme, entre autres.
Pour dé-masculiniser le monde, il est nécessaire de rassembler toute la diversité des points de vue et des expériences de nombreux mondes de vie. Celles-ci vont de l’agroécologie à la biocivilisation, en passant par les agdales (mise en défense «traditionnelle» des milieux forestiers et pastoraux de la montagne berbère au Maroc), la décroissance, les droits de la nature, la démocratie écologique, les écovillages, l’agaciro (Rwanda), le Slow Movement, le Sumak Kawsay (du peuple aymara), le Suma Qamaña (du peuple quechua), le Küme Mongen (des Mapuches), l’Ubuntu (d’Afrique du Sud), le Teko Kavi (du peuple guaraní), le Shiir Waras (des indiens ashuar), la Permaculture, la Souveraineté énergétique, le Minobimaatasiiwin (des peuples aborigènes), le Nayakrishi Andolon (agriculture organique du Bengladesh), les Nouveaux Matriarcats, le Kyosei japonais (soit vivre et travailler ensemble en visant le bien commun permettant à la coopération et la prospérité mutuelle), le Swaraj (Inde), le Kametsa Asaike (bien-vivre des Indiens asháninka péruviens), et tant d’autres modes de vie durables et écocentriques nécessaires à notre époque.