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Photographie de Nu par Gertrude Fehr, 1936
Épreuve au gélatino-bromure d’argent, solarisation, 27,5 × 21,8 cm
Cette photographie de nu noir et blanc a été réalisée par la photographe d’origine allemande Gertrude Fehr (1895-1996), née Gertrude Fuld. Le torse cambré d’une femme y est présenté. De dos, cette dernière se retourne légèrement dans l’angle de la photographe, laissant apparaître le galbe de son sein droit, ainsi que le profil de son ventre. Autour de sa taille qui se devine, en bas de l’image, un tissu clair est noué. En haut, le cadrage s’arrête au niveau du cou du modèle, laissant délibérément son visage hors de l’image. Les bras qu’elle lève sortent également du cadre de la photographie.
A côté de ses portraits d’artiste, Gertrude Fehr est connue pour ses images de nu. Si, comme dans cette photographie, elle choisit parfois de placer le visage hors du cadre c’est pour désindividualiser son modèle. Cet effet, elle l’accentue par le principe de la solarisation qu’elle applique dans cette image. La solarisation est une inversion partielle ou totale des densités d’une photographie. Celle-ci est rendue possible après une forte exposition à la lumière blanche durant le développement. Ce traitement de l’image était particulièrement apprécié du temps de l’argentique – période allant de l’invention de la photographie (1839) à l’apparition du numérique (1981) –, notamment pour les photographies de nu. Tout comme dans l’image de Gertrude Fehr, cet effet donne l’impression au spectateur de se trouver face à une œuvre à mi-chemin entre photographie et dessin, s’éloignant du caractère documentaire de celle-ci. Les contours du modèle y sont plus marqués, comme dans l’image de Gertrude Fehr où le pourtour du corps de la femme est souligné par une ligne gris foncé fine et vaporeuse. L’aspect aérien et immatériel de cette figure lui donne une impression de flottement et lui confère un caractère énigmatique.
Cette photographie de Gertrude Fehr rappelle certaines images de l’artiste américain Man Ray (1890-1976), artiste à l’origine du procédé de solarisation, dont l’œuvre aura une grande importance pour la photographe. Au cours de ses années passées à Paris (1933-1939), Gertrude Fehr exposera à ses côtés, ainsi qu’aux côtés d’autres représentants de la Nouvelle Vision photographique. Le travail de Gertrude Fehr se rapproche des idéaux de ce mouvement artistique né dans les années 1920 en Europe, comme en témoigne cette photographie. Cherchant à se distancer des modes de représentation frontal et horizontal hérités du siècle précédent, ces artistes proposent un langage visuel nouveau fait de cadrages et de points de vue inédits. Cette approche innovante de la photographie, elle l’enseignera dans l’école avant-gardiste Publiphot qu’elle ouvrira à Paris avec son futur mari, le peintre suisse Jules Fehr, en 1934. De confession juive, après avoir quitté l’Allemagne, Gertrude sera à nouveau contrainte de fuir à cause du nazisme et ainsi de fermer son école. Cet établissement sera transféré à Lausanne, puis à Vevey dans l’actuelle l’Ecole des arts et métiers. Parmi les élèves qu’elle comptera, nous pouvons nommer entre autres Henriette Grindat, Monique Jacot et Luc Chessex.
Vous avez devant vous la représentation tactile d’une photographie sur une page aux dimensions de 27,5 cm par 21,8. L’image est entourée d’un cadre carré qui vous permet d’en distinguer les contours. Pour débuter la lecture de l’image, dirigez votre main vers le cercle qui se trouve sur le côté inférieur droit, à droite du cadre. Cette zone circulaire en relief est duveteuse.
Depuis ce point, déplacez-vous légèrement vers la gauche pour entrer dans l’image. Vous allez sentir une ligne épaisse la traversant de haut en bas. Face à cette ligne, sur la gauche de l’image, vous allez sentir un deuxième trait vertical qui parcoure également la photographie dans son entier. Ces deux tracés constituent le pourtour du dos et buste dénudés de la femme photographiée. La ligne de droite révèle le ventre de ce modèle. Arrivé à la moitié il dessine une bosse constituant la poitrine de la femme. Puis, directement après cette forme ronde, la ligne redevient droite et s’élève jusqu’en haut de l’image. Ce dernier trait présente le bras droit de la figure.
La ligne sur la gauche indique le dos et le cou de la femme. Les quelques traits ondulés que vous sentirez tout en haut de cette deuxième ligne représentent les cheveux bouclés du modèle. Si vous revenez sur cette ligne, jusqu’en bas de l’image, vous sentirez trois petits traits perpendiculaires. Il s’agit du tissu qu’elle porte à la taille. En suivant la ligne du cadre vers la droite, vous sentirez également deux lignes semblables. Il s’agit de ce même tissu.
Autour de la figure principale, le fond de l’image est parsemé de petits points disposés de façon aléatoire. Ils rappellent la texture particulière de cette photographie due au principe de solarisation utilisé par Gertrude Fehr.