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Critique
C'est la rentrée universitaire. Eloi et Alexandre débarquent à la Sorbonne et font la connaissance d'André, un étudiant brillant qui les fascine par son aisance et sa culture littéraire. André leur offre son amitié, il a les qualités d'un chef et il va exercer sur eux une évidente emprise. Eloi et Alexandre se soumettent à cette autorité, dont ils savent qu'ils peuvent retirer quelque bénéfice.
Un jour André les quitte, ayant obtenu semble-t-il une bourse d'études aux Etats-Unis. Tous deux vont se sentir d'abord abandonnés, mais ils comprendront aussi qu'ils sont désormais prêts à affronter l'existence...
On ne peut résumer LES AMITIES MALEFIQUES en quelques lignes: le scénario est très complexe, tout comme le sont les caractères des personnages et les relations (évolutives) qu'ils entretiennent les uns avec les autres. Emmanuel Bourdieu (c'est son deuxième long métrage en tant que réalisateur) a une longue formation de scénariste derrière lui, ainsi qu'une large expérience de l'écriture et de la mise en scène théâtrale. Ce n'est sans doute pas un hasard si tous ces étudiants se retrouvent en Faculté des lettres: le film s'articule autour d'une réflexion assez approfondie sur l'écriture, et sur le besoin impérieux d'écrire que ressent la plupart des protagonistes.
Le film parle des relations et des amitiés parfois un peu troubles qui se nouent entre l'adolescence et l'âge adulte, durant cette période de vie où l'on évolue souvent en groupes pour s'entraider, pour se rassurer devant les choix à faire. A cet égard le portrait d'André, redoutable manipulateur abusant de son pouvoir mais révélant en même temps la vérité à son entourage, est tout particulièrement réussi. Personnage complexe et intéressant, André s'investit dans les causes de ses amis, certes pour des raisons narcissiques, mais aussi parce qu'il sait leur montrer les chemins à suivre.
Tous les comédiens (Malik Zidi, Alexandre Steiger, Natacha Régnier, Jacques Bonnaffé - dans le rôle d'un prof. d'Uni assez caustique - et surtout Thibault Vinçon - dans celui d'André) sont remarquables. Les dialogues, subtils, sonnent juste. Le film possède de plus une structure narrative solide et une élégance formelle qui tranchent avec le fréquent bâclage de certaines productions (françaises pour ne pas les nommer) actuelles.
Antoine Rochat