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Panel: Sexualité et pouvoir dans la seconde partie du XXème siècle en Europe
Organisateurs : Sarah Baumann et Caroline Rusterholz
Participants : Caroline Rusterholz, Alain Giami et Christel Gumy
Modération : Sarah Baumann
Le panel, organisé par SARAH BAUMANN et CAROLINE RUSTERHOLZ, s’est inscrit dans une histoire culturelle de la sexualité, envisagée comme une construction sociale, un produit édifié par des discours, populaires et scientifiques, pour en étudier les bâtisseurs et en examiner les normes et les déviances. Au travers de trois interventions, les producteurs de savoir dans le domaine de la sexualité ont été soumis à un examen minutieux, qui a permis de mettre à jour des relations, des jeux et des luttes de pouvoir.
En premier lieu, Caroline Rusterholz a présenté une analyse du rôle des femmes médecins comme agentes de changement dans les débats sur le contrôle des naissances. Elle s’est pour cela penchée sur les conférences tenues en Europe de l’Ouest entre 1920 et 1935, des plateformes où les discours médicaux ont exercé leur influence, notamment sur les politiques de population de la Grande-Bretagne et de la France, respectivement marquées par une optique eugéniste et pro-nataliste de la question. D’abord considérée essentiellement comme une solution aux problèmes sociaux, la rhétorique eugéniste entourant le contrôle des naissances a évolué tout au long des années 1920 pour adopter un vocabulaire scientifique, abandonnant les critères moraux pour des aspects plus techniques. L’intervenante a souligné le rôle essentiel des femmes médecins anglaises dans le débat sur le contrôle des naissances, notamment grâce à leur expérience pratique, qui leur a conféré un certain pouvoir au sein de ces conférences, en médicalisant le débat. En revanche, tout au long de sa présentation, Caroline Rusterholz a insisté sur le retard de leurs homologues françaises, notamment dans le domaine de la formation, et ainsi sur leur suivisme de l’opinion pro-nataliste de leurs collègues masculins, appuyée par de puissantes associations. Le poids des mouvements religieux, et spécialement du catholicisme en France, a également été relevé par un membre de l’audience.
ALAIN GIAMI a ensuite dressé un tableau historique de la sexologie, pour remettre en perspective non pas les comportements sexuels, mais les dispositifs, au sens foucaldien, de ce domaine de recherche qui bénéficie de ses historiens attitrés, qui sont en majorité des acteurs qui écrivent leur propre histoire au sein de leurs propres institutions. Son exposé visait à promouvoir une histoire de la médicalisation de la sexualité et de la sexologie qui s’appuie sur trois disciplines. Une histoire des sciences, et de leurs découvertes ; une histoire des fonctions sociales de la sexologie ; et une histoire ethnographique, c’est-à-dire de ses organisations et de ses acteurs. Revenant sur la préhistoire du champ de recherche, depuis le XVIIIe siècle, son intervention a d’abord retracé les progrès et les inventions de la sexologie, qui s’est longtemps concentrée sur les dysfonctionnements érectiles, se focalisant, plus près de nous, sur le traitement des troubles du désir féminin. De cette manière, Alain Giami a démontré la persistance des stéréotypes caractérisant la sexualité masculine comme essentiellement physiologique et son pendant féminin comme quasi uniquement psychologique, en faisant des deux caractéristiques des éléments mutuellement exclusifs.
CHRISTEL GUMY, opérant quant à elle un retour à une perspective plus locale, a examiné le rôle de la ligue Pro Familia et des acteurs de la sexologie dans le canton de Vaud, pour étudier historiquement le traitement des problèmes du désir sexuel féminin. Soulignant le large soutien dont a bénéficié l’association de la part des autorités, sa présentation est notamment revenue sur le travail entrepris pour favoriser l’entente sexuelle au sein du couple, et ceci dans une perspective essentiellement de sauvegarde du mariage, en se tenant éloigné des revendications féministes. Au rythme de jalons chronologiques tels que l’arrivée du planning familial puis de l’éducation sexuelle au cours des années 1960, ou des différentes consultations et cours mis à disposition dans les années 1970, Christel Gumy a proposé une étude sur une période étendue, qui l’a emmenée jusqu’à la polémique suscitée par le « sexoterrorisme » évoqué par le Dr Maurice Hurni au début des années 2000. Son analyse a ainsi détaillé l’évolution d’une approche médico-sociale du désir féminin, en proie aux conceptions morales et aux débats sur l’avenir de la famille.
Les trois intervenant-e-s, au travers d’objets et de méthodes apparemment bien distincts, ont offert des réflexions convergentes quant aux forces en action à l’intérieur des débats médicaux sur la sexualité et la sexologie, ainsi que sur les enjeux puissants qui sous-tendent les discours de ce champ scientifique, politique et social. Tout au long de ces trois exposés panoramiques, l’importance des groupes d’intérêt et des centres de pouvoir a été soulevée, notamment dans leur capacité à affecter l’agency des acteurs féminins. En abordant ces divers aspects dans leur contexte ouest-européen, tout au long du XXe siècle, ces présentations ont clairement démontré les logiques de pouvoir qui étaient en jeu, en identifiant les forces en présence, puis en éclaircissant leurs motivations et en analysant leur répertoire d’actions.
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Aperçu du panel:
RUSTERHOLZ Caroline, Du birth control au family planning, transferts culturels à travers le monde medical féminin. Analyse transnationale France, Angleterre, 1930-1935
GIAMI Alain, De la sexologie à la médecine sexuelle: la médicalisation de la sexualité et de la sexologie
GUMY Christel, « La frigidité c’est de l’absentéisme ! ». Problèmes de désir sexuel chez les femmes versus émancipation féminine ?