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Depuis 1902, les autorités genevoises projetaient de construire un monument en l’honneur de Calvin. Après de longs débats, c’est finalement un projet sur la Réforme et surtout sur sa place dans l’histoire qui est choisi. Après plusieurs années de construction, le Monument international de la Réformation est inauguré dans le Parc des Bastions le 7 juillet 1917.
N’en déplaise au réformateur le plus connu de Genève, il n’existe pas dans la «Rome protestante» de monument spécialement édifié en l’honneur de Calvin. Une rue porte son nom, mais c’est à peu près tout. Il a également une tombe factice dans le cimetière des Rois. En effet, Calvin a été inhumé dans une fosse commune, selon ses dernières volontés. Il est donc impossible de savoir où il a été enterré dans ce cimetière.
Plusieurs projets ont néanmoins tenté d’ériger une statue en sa mémoire. En 1814, le comte Jean-Jacques Sellon lance un projet de statue de Calvin pour les 250 ans de sa mort. Genève est alors sur le point d’entrer dans la Confédération. Elle préfère donc refuser ce monument pour ne pas accentuer les tensions entre catholiques et protestants.
Dans les premières années du XXe siècle, on constate que les sociétés occidentales font la part belle aux statues commémoratives. À Genève en 1902, on relance l’idée d’une statue de Calvin. On envisage de créer un monument pour l’année 1909, date qui fête les 400 ans de la naissance du réformateur et les 350 ans de l’Académie à Genève. Finalement, après de nombreux débats et plusieurs polémiques, on décide que le monument sera en l’honneur de la Réforme.
Juste avant le concours d’architecture en 1908, Genève vote une loi importante qui relance les débats en 1907. La suppression du budget des cultes. Cette loi induit la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ce qui met à mal la construction d’un monument religieux.
Charles Borgeaud, professeur, juriste et historien au centre du projet, réussit à mettre en avant le côté historique du monument et de la Réforme. Il souligne le rôle fondateur de la Réforme sur les plans de la démocratie, de la politique, de la culture et des relations internationales.
Parmi les 71 concurrents, c’est un quatuor d’architectes lausannois qui remporte le concours. Alphonse Laverrière, Jean Taillens, Eugène Monod et Charles Dubois proposent un mur sculpté d’une centaine de mètres. Les sculpteurs retenus pour la conception sont français : Henri Bouchard et Paul Landowski. Les travaux débutent en 1909.
Sur le projet du mur, on voit la prise de position historique et politique du projet, soutenue par la mise en avant d’une longue chronologie (de 1536 à 1602), ainsi que par les six statues de part et d’autre des quatre réformateurs, qui sont tous sont des dirigeants politiques et militaires des XVIe et XVIIe siècles.
Ainsi, une longue frise chronologique se déroule de l’adoption de la Réforme à Genève en 1536 à l’Escalade en 1602 où Genève sauve son indépendance politique et religieuse. Le mur a aussi un caractère international, montrant des personnalités politiques européennes ayant joué un rôle dans la Réforme. L’amiral de Coligny (France), Guillaume Ier Le Taciturne (Pays-Bas) et Frédéric-Guillaume de Brandebourg (Allemagne) à gauche ; Roger Williams (Nouvelle-Angleterre), Olivier Cromwell (Angleterre) et István Bocskay (Hongrie) à droite.
Le centre du Mur des Réformateurs est évidemment l’élément le plus connu. Il représente trois réformateurs importants de l’histoire genevoise : Guillaume Farel, Jean Clavin et Théodore de Bèze. À leur côté se trouve John Knox, fondateur du culte presbytérien en Écosse, Collaborateur de Calvin, il a passé quelques temps à Genève entre 1554 et 1559 avant de repartir pour l’Ecosse.
De part et d’autre du mur se trouvent deux blocs de pierre. Ils rendent hommage à deux autres grands noms de la Réforme : Luther et Zwingli. Le 3 novembre 2002, les autorités genevoises décident de rajouter quatre noms sur le Mur des Réformateurs. Les trois premiers sont du côté de Luther : Pierre Valdo, John Wyclif et Jan Hus. Tous les trois sont des précurseurs de la Réforme. À l’origine, leurs noms devaient figurer aux côtés de ceux de Luther et Zwingli. Ils n’y seront donc gravés que 85 ans plus tard.
Du côté de Zwingli, un quatrième nom fait son apparition : Marie Dentière. Femme du réformateur genevois Antoine Froment, elle est une des premières théologiennes laïques féministes.
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Fiette, Alexandre. « Le mur des Réformateurs », Blog du Musée d’art et d’histoire, mis en ligne le 10.10.2017. En ligne ici.
« Le monument de la Réformation d’Edmond Fatio, 1908 », Site des Archives d’Etat de Genève. En ligne ici.
« Que reste-t-il de Calvin? » Campus, n°94, avril-mai 2009. En ligne ici.
Photographies de l’auteure