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Le 31 décembre, le New England Journal of Medicine a mis en ligne l’étude de phase 3 du vaccin à mRNA de Moderna (mRNA-1273). C’est l’occasion de revoir les publications très parallèles des vaccins BioNTech/Pfizer (BNT162b2, papier mis en ligne le 10 décembre dernier) et Moderna. À noter que les données complètes de ces études sont accessibles au public (www.fda.gov/advisory-committees/advisory-committee-calendar).
Après démonstration de l’immunogénicité et de l’efficacité de ces vaccins dans des modèles animaux et de leur immunogénicité et sécurité dans des études de phase 1 et 2, les études de phase 3 ont été organisées au printemps et débutées l’été dernier, juste à temps pour profiter de l’arrivée de la seconde vague permettant d’obtenir des résultats significatifs plus rapidement. C’est ainsi que les études BioNTech/Pfizer et Moderna randomisent respectivement 43 548 adultes de plus de 16 ans, sans histoire de Covid-19, à recevoir 2 x 30 µg de BNT162b2 ou de placebo à 21 jours de distance, et 30 420 adultes de plus de 18 ans sans histoire de Covid-19 à recevoir 2 x 100 µg de mRNA-1273 à 28 jours de distance. Le profil de sécurité des deux vaccins est quasiment semblable: 80 % de réactions locales (essentiellement douleurs faibles à modérées) et des symptômes systémiques environ deux fois plus fréquents qu’après placebo. Les effets adverses sont plus marqués après la deuxième injection.
Concernant l’endpoint primaire: le vaccin BioNTech/Pfizer, 8 cas de Covid-19 débutant au moins 7 jours après la seconde dose ont été observés chez les vaccinés vs 162 parmi les récipients de placebo. Cette répartition des cas correspond à une efficacité vaccinale de 95 % (Intervalle de confiance à 95 %: 90,3 à 97,6).
Concernant le vaccin Moderna: 11 cas de COVID-19 ont été observés parmi les vaccinés vs 185 dans le groupe placebo, correspondant à une efficacité de 94,1 % (IC 95 %: 89,3 à 96,8 %).
Parmi les analyses d’endpoint secondaires, mentionnons dans l’étude BioNTech/Pfizer un seul Covid-19 sévère dans le groupe vacciné versus 7 dans le groupe placebo, et dans l’étude Miderna 0 dans le groupe vacciné versus 30 dans le groupe placebo: ces résultats excluent le risque de « enhanced respiratory disease » dont on craignait qu’il puisse être lié à certains vaccins.
Des sous-analyses révèlent une efficacité comparable parmi les groupes à risque de Covid-19 sévères inclus dans l’étude (> 65 ans, et différentes comorbidités), quoiqu’évidemment avec un pouvoir statistique plus faible au prorata de la taille des sous-groupes.
À remarquer, dans les figures 3 des deux papiers, les courbes d’incidence cumulative de Covid-19 chez les vaccinés et leurs contrôles, qui divergent 10 à 15 jours après la première dose de vaccin, montrant qu’une protection débute à un moment où les taux d’anticorps neutralisants sont très faibles !
Parmi les critères d’exclusion des deux études: immunosuppression (en dehors de VIH à un stade non avancé), et réactions allergiques de type I. Il n’est donc pas étonnant de n’avoir pas détecté
d’effets adverses de ce type dans le cadre de l’étude, alors que le suivi postmarketing en détecte, d’ailleurs probablement plutôt liée au polyéthylène glycol de l’excipient. L’apparition d’autres effets adverses rares doit d’ailleurs être suivie, comme le léger excès de paralysie faciale essentielle chez les vaccinés dans les deux études !
Le follow-up lors de cette première analyse est limité à peu de mois, le nombre prédéterminé d’endpoint primaires ayant été atteint très rapidement durant le déferlement de la second vague. Il reste donc des questions critiques en termes de durée de la protection, et aussi de corrélats de laboratoires (taux d’anticorps neutralisants, réponses cellulaires ?) de cette protection.
Commentaire: Ces deux études montrent des profils d’efficacité et de sécurité identiques. Elles permettent de calculer, même si des effets adverses rares devaient encore être identifiés, un rapport risque/bénéfice extrêmement favorable, à tout le moins pour tous les individus à risque. En l’absence de données sur l’effet du vaccin sur la transmission (même si les données expérimentales animales laissent prévoir une très forte réduction du risque), il est plus difficile d’évaluer le rapport risque/bénéfice chez les jeunes en bonne santé.