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L'OMS, dans sa grande sagesse, distingue au sein de ses secteurs principaux les maladies transmissibles : VIH, tuberculose, diarrhées infectieuses, etc., des maladies non transmissibles : diabète, hypertension, pour ne citer que les plus importantes. Cette distinction sous-entend qu'il manque un élément de contagiosité pour les maladies non transmissibles. La Palice n'aurait pas raisonné différemment.Quelle ne fut pas ma surprise en lisant dans le British Medical Journal, journal en général sérieux s'il en est, le titre suivant (traduction personnelle) : le risque des couples mariés pour la même maladie : une étude transversale.1 En y regardant de plus près, je n'y trouvai point des statistiques édifiantes sur la prévalence de certaines maladies microbiennes, dotées le plus souvent d'un qualificatif à tonalité légèrement réprobatrice, et sur le mode d'infection desquelles je ne vais guère m'appesantir, puisque susceptible de jeter un trouble potentiel dans les esprits sur la fidélité relative de l'un ou l'autre membre du couple. Non, il ne fut mention que de dépression, hypertension, maladies coronariennes, attaque cérébrale, hyperlipidémie, ulcère peptique, asthme ou maladie pulmonaire obstructive chronique.Les données provenaient de l'étude de 8386 couples mariés (fait intéressant, cela correspondait très exactement à 16 772 individus ) de 30 à 74 ans, à partir d'une population de 29 000 sujets environ. Les éléments pertinents furent tirés des dossiers de dix généralistes pratiquant dans la région. L'essentiel des trouvailles peut se résumer ainsi : si l'un des partenaires souffre d'asthme, de dépression, d'hypertension, d'hyperlipidémie ou d'ulcère peptique, l'autre a jusqu'à 70% de risques supplémentaires d'être atteint de la même maladie. Pour ceux que les chiffres précis rassurent, surtout en face de nouvelles aussi révolutionnaires, le rapport des cotes (vocable familier aux habitués du PMU) ou l'odds ratio (expression à la signification identique, mais au fumet anglo-saxon plus marqué ) était compris entre 1,3 et 2,1. Ces valeurs, il va sans dire, avaient été ajustées en fonction de l'âge, des habitudes tabagiques et de l'index de masse corporelle (rapport entre le poids et la taille).Les auteurs concluent que cette étude confirme l'importance des facteurs environnementaux dans le développement de certaines maladies.Un coup d'il critique, dans la meilleure tradition d'EBM, paraît indiqué avant d'accepter sans autres de telles conclusions. Y avait-il eu un problème dans la sélection de la population testée ? Une réponse partielle peut être esquissée en passant d'emblée à la deuxième question : quelle était donc la définition du couple marié ?«Deux individus, entre 30 et 74 ans, habitant à la même adresse, de sexe différent, avec le même nom de famille et une différence d'âge de moins de 15 ans».On réalise d'emblée que cette étude date. Quoique conduite en 1998, elle exsude un certain conservatisme dont certains pays, parmi lesquels, ô miracle, la Suisse, mais non le Valais, ont jugé bon de se débarrasser en élargissant la définition du couple, ou des couples, devrait-on dire.Que le partage d'identité, dont on sait l'effet sur la voracité du fisc, fasse partie de la définition, laisse apparaître à nouveau un biais vers un certain conformisme et une vision sociétale traditionnelle. Compte tenu de l'importance quantitative du concubinage (nos auteurs parlent plus pudiquement de cohabitation) au sein de nos sociétés dites modernes, je ne suis pas sûr que la population étudiée réponde à tous les critères de représentativité.Une différence d'âge de moins de 15 ans était aussi une condition nécessaire pour la reconnaissance de l'état marital. A nouveau, une vision que d'aucuns jugeraient étroite. Elle eut, si appliquée en ces temps, prévenu Molière d'écrire bon nombre de ses comédies, où un vénérable, quoique légèrement lubrique, barbon courtise assidûment une fraîche et rougissante jeune fille, dont le cur est systématiquement ailleurs.Ces réserves faites, force est de reconnaître l'intérêt indiscutable de cette information, qui n'a pas encore reçu d'explication satisfaisante. L'hypothèse du rôle d'un partage de conditions environnementales identiques est présentée avec la conviction empreinte de réserve qui sied à des investigateurs distingués, sachant prendre une certaine distance face à l'événement. Une explication alternative, moins convaincante, serait la similitude des comportements des deux membres du couple dans la prise en charge de leurs problèmes de santé. Avec une tristesse contenue, les auteurs rejettent, comme cause crédible, la théorie de l'accouplement assorti (assortive mating), qui peut se transcrire légitimement en «qui se ressemble s'assemble». On eut aimé en ce cas déceler une relation avec un index de masse corporelle substantiel, l'obésité pour être plus clair ; elle fut recherchée, mais non trouvée.Les conséquences potentielles résultant de cette étude au niveau de la société ne sont pas bénignes. Elles pourraient être un encouragement à changer systématiquement de partenaire dès la survenue d'une dépression, ulcère peptique ou asthme, avant l'irrémédiable, c'est-à-dire l'apparition de la même affection chez le conjoint. Les caisses-maladie, toujours soucieuses du bien-être de leurs assurés et promptes à faire valoir leur fonction d'élément social responsable, pourraient accorder une ristourne en cas de divorce. Cependant, comme il s'est agi d'une étude transversale, le rôle du facteur «temps» n'a pas pu être pris en compte. Les auteurs admettent qu'ils n'ont mis en évidence qu'une association. Une relation temporelle aurait permis de suggérer de façon plus plausible la notion de causalité, mais il n'y a pas encore de substrat expérimental pour l'envisager.En attendant les résultats de l'étude prospective, longitudinale à venir, ce qui risque bien de prendre quelques décennies, vous pouvez encore dormir dans le lit conjugal sur une oreille, sans devoir guetter avec l'autre les sibilances annonciatrices de l'asthme de votre partenaire, asthme qui risque fort de vous affecter vous aussi prochainement, surtout si vous avez le même nom.1 Hippisley-Cox J, Coupland C, Pringle M, et al. Married couples'risk of same disease : Cross sectional study. BMJ 2002 ; 325 : 636-8.