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SAN DIEGO – Malgré des recommandations médicales de prendre quotidiennement de la vitamine D sous forme de complément alimentaire, une étude présentée le 14 mars 2017 à un congrès annuel de chirurgiens orthopédistes américains (AAOS) à San Diego en Californie a montré que seulement 45,7% des patients qui ont souffert de fracture de la hanche ont reconnu prendre régulièrement des compléments alimentaires de vitamine D, un traitement efficace pour prévenir l’ostéoporose. L’objectif de consommer de la vitamine D est de prévenir de nouvelles fractures. Creapharma a pu interroger l’un des co-auteurs de cette étude canadienne pour obtenir des précisions intéressantes sur ce travail de recherche.
Ostéoporose, maladie surtout féminine
Aux Etats-Unis, environ 44 millions de personnes souffrent actuellement d’ostéoporose. Une femme sur deux et un homme sur quatre âgés de plus de 50 ans souffriront d’une fracture osseuse provoquée par l’ostéoporose. Ces fractures, souvent provoquées par une chute, peuvent se manifester au niveau de la hanche, de la colonne vertébrale, du poignet, des jambes ou des bras. Certaines mesures ou thérapies comme des exercices de musculation, la prise de vitamine D, de calcium ou d’hormones à base d’oestrogène peuvent prévenir les fractures.
Combien de vitamine D par jour ?
Deux institutions de référence aux Etats-Unis, la U.S. Food and Nutrition Board (FNB) et l’Institute of Medicine of The National Academies, recommandent pour les adultes la prise quotidienne de 600 UI de vitamine D et de 800 UI chez les Américains âgés de plus de 71 ans ou plus. Au Canada, les autorités de santé recommandent en général pour chaque adulte une prise quotidienne de vitamine D sous forme de complément alimentaire comprise entre 400 et 600 UI. La Société canadienne du cancer recommande des doses plus élevées (1’000 UI/jour) de vitamine D à certains moments de l’année comme en automne et en hiver. Au Canada, les autorités de santé conseillent même aux personnes qui pour différentes raisons ont suffisamment de vitamine D (par exposition au soleil ou l’alimentation) de consommer des compléments alimentaires de cette vitamine toute l’année. Des sociétés savantes d’autres pays ont parfois des recommandations différentes (lire notre page complète sur la vitamine D pour connaître ces différences).
Pas seulement au Canada
Co-auteur de cette étude, le Dr Earl Bogoch de l’Université de Toronto qui est aussi chirurgien orthopédique a expliqué dans une interview donnée à Creapharma qu’en hiver il est effectivement difficile pour les Canadiens d’avoir de la vitamine D en quantité suffisante de la part du soleil, comparé à plusieurs pays d’Amérique du sud par exemple. Néanmoins, il relève que même dans des pays avec beaucoup de soleil les personnes ont souvent un niveau insuffisant de vitamine D dans le sang. Par exemple, les personnes âgées qui sortent peu ou qui couvrent en grande partie leur peau mais aussi les personnes à la peau foncée ont de la peine à synthétiser cette vitamine même dans des pays ensoleillés. Une étude espagnole publiée également en 2017 a montré qu’à Valence en Espagne, l’ensoleillement en hiver était insuffisant pour garantir un apport suffisant de vitamine D grâce aux rayons UV du soleil.
Etude en détail
Pour revenir à cette étude, des chercheurs canadiens ont interrogé lors de visites médicales 573 patients qui ont souffert d’une fracture de la hanche sur leur consommation de vitamine D sur une période de 2 ans suivant la chirurgie après la fracture. L’âge moyen des patients était de 74,1 ans et la majorité étaient des femmes (66,3%).
Résultats
Moins de 50% des patients, soit 47,5%, prenaient régulièrement des compléments alimentaires à base de vitamine D comme recommandés par le médecin, 35,6% prenait cette vitamine mais de façon irrégulière et moins de 19% ne prenait aucun complément. Malgré des études cliniques montrant l’efficacité de la vitamine D dans la prévention des fractures et des recommandations (guidelines) claires, un nombre trop faible de patients prenaient véritablement cette vitamine. Cela montre le besoin de développer et d’évaluer d’autres stratégies pour inverser cette tendance relève les chercheurs.
Meilleure formation des médecins et patients
« La prise de compléments alimentaires de vitamine D après une chirurgie de la hanche est très insuffisante, » a expliqué dans un communiqué de presse un autre co-auteur de cette étude le Dr Mohit Bhandari de l’Université McMaster au Canada. Le scientifique qui est aussi chirurgien orthopédique précise : « En fonction de sa capacité potentielle à augmenter les fonctions du patient indépendamment d’autres thérapies, il semble qu’un plaidoyer et une formation continue des médecins et patients sur la prise de compléments alimentaires de vitamine D soit à la fois digne d’intérêt et basé sur les preuves. »
Le Dr Earl Bogoch rajoute : « Les bénéfices, la sécurité et la prise facilitée de la vitamine D semblent avoir été inconnus ou ignorés par ce groupe représentative d’une cohorte de patients âgés souffrant d’ostéoporose qui sont identifiés par plusieurs guidelines comme étant ceux qui pourraient le plus profiter de la vitamine D. »
Incitations ?
Interrogé par Creapharma.ch sur des incitations possibles que les autorités de santé pourraient mettre en place pour lutter contre ce problème, le Dr Earl Bogoch se montre prudent : « Les incitations pour que les personnes prennent de la vitamine D, ou pour suivre toute autre recommandation bénéfique pour la santé, sont très discutées (actuellement). Il s’agit d’un problème de politique de santé publique et les réponses vont varier en fonction des autorités sanitaires dans chaque juridiction et seront acceptées ou non en fonction de la culture des personnes dans ces différents pays. »
Ce travail de recherche présenté lors du congrès annuel de chirurgiens orthopédiques à San Diego en mars 2017, Annual Meeting of the American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS), n’a comme le veut la tradition pas encore été publié dans une revue scientifique mais devrait l’être ces prochains mois. L’AAOS précise en commentant cette étude que les médecins américains devraient de façon proactive dépister, surveiller et si nécessaire aider les patients âgés ou à risque d’ostéoporose de suivre un traitement préventif pour prévenir d’autres fractures.
Le 14 mars 2017. Sources : Communiqué de presse à l’occasion du congrès annuel médical de chirurgiens orthopédistes à San Diego : Annual Meeting of the American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS). Interview en anglais avec le Dr Earl Bogoch réalisée par e-mail entre le 14 et 15 mars 2017. Crédits photos : Fotolia.com. Infographie : Creapharma.ch (Pharmanetis Sàrl)