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22/11/2013
Suite à la lecture de la critique du Courrier sur la pièce la Chinoise 2013, actuellement en représentation au Théâtre Saint-Gervais, j'ai eu envie de donner quelques éléments complémentaires qui m'ont particulièrement marqué.
Ce que la pièce met en scène, c'est moins une expérience foireuse de communauté de jeunes, mais bien davantage la jeunesse révolutionnaire contemporaine en tant que telle (contemporaine car la pièce parle bien de 2013, et non plus de 1967).
Il s'agit en fait d'une véritable critique de la jeunesse révolutionnaire actuelle, et par conséquent de la jeunesse actuelle en général, mise en scène de manière caricaturale pour bien rendre saillant ses contradictions (supposées).
On contemple en effet un groupe de (petit-)bourgeois oisifs déclamant des salmigondis de concepts marxisant à la sauce soixante-huitard, le tout saupoudré de chansons signées Mao et consort.
Totalement incapables d'accorder leurs paroles à leurs actes, ces jeunes proto-révolutionnaires exploitent une pauvre femme de ménage (presque femme à tout faire en fait), et se dé-crédibilisent tant et plus, en actes, comme en paroles en fait.
Ceci étant dit, il y a une remarque essentielle qu'il faut faire maintenant. Cette pièce ne parle pas de la jeunesse actuelle, non. Cette pièce parle de la jeunesse actuelle telle que vue par l'auteur-metteur en scène, à travers ses souvenirs de la jeunesse soixante-huitarde.
La jeunesse actuelle ne se perd de loin pas (dans sa très large majorité) dans une bourrasque chaotique de concepts marxisant, mais au contraire adhère plutôt massivement à la doxa social-libérale consensuelle contemporaine dans une relative absence de culture politique (et dans un manque marqué de repères idéologiques).
Quant à la jeunesse révolutionnaire contemporaine plus particulièrement, je vais me permettre de prétendre l'incarner pour répondre à la contradiction petite-bourgeoise qui a tellement gêné la génération 68.
La jeunesse révolutionnaire (petite-bourgeoise et étudiante) de 68 affirmait vouloir émanciper le prolétariat, mais ne cherchait en fait qu'à s'émanciper elle-même.
La jeunesse révolutionnaire (petite-bourgeoise et étudiante) de 2013 n'affirme plus vouloir se mettre au service du prolétariat, mais affirme que la réalisation de la société socialiste est souhaitable d'abord pour elle-même, et ensuite seulement pour le reste du monde.
Cet individualisme socialiste assumé est une exigence de lucidité et d'auto-analyse nécessaire à toute démarche politique il me semble.
L'émancipation des pauvres, des veuves et des orphelins, du prolétariat, n'est que l'heureuse conséquence de notre propre émancipation, à nous, la jeunesse révolutionnaire petite-bourgeoise et étudiante, mais elle n'est pas le but premier.
La généralisation de la liberté à tous, voilà notre projet de société, voilà notre éthique individuelle. Mais nous le faisons d'abord pour nous mêmes, ensuite pour les autres.
Lucidité (révolutionnaire), vous dis-je.