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30/10/2011 09:26 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, matin dimanche, dessemontet
Une géographie politique de la Suisse, version 2011
Pour la première fois depuis 1991, les élections fédérales ne se sont pas traduites par la montée de l’UDC et des Verts au détriment des autres partis. UDC et Verts accusent une baisse sensible de leur score, le PS relève la tête, radicaux et démocrates-chrétiens ralentissent leur baisse séculaire: après vingt ans de réajustement, le paysage politique se stabilise. Deux nouvelles formations apparaissent, les Vert’libéraux et le PBD, des Verts de droite et une UDC plus centriste qui signalent une envie de retour à la concordance.
Le premier parti de Suisse, l’UDC, a connu une baisse particulièrement sensible là où le PBD est le mieux implanté, aux Grisons et à Berne. L’UDC baisse également là où elle était très forte en 2007: à Zurich, en Argovie et en Suisse orientale. En revanche, là où elle était plus faible, comme en Suisse romande, au Tessin et en Suisse centrale, l’UDC a progressé. Le parti est donc devenu un peu plus national encore qu’en 2007: en ce sens, il poursuit sa conquête entamée en 1991.
Au plan national, le PS enregistre une légère baisse, mais son évolution est très contrastée selon les régions: forte progression sur Vaud et Fribourg, maintien sur le plateau alémanique, baisses sensibles à Bâle, à Schaffhouse et dans les Alpes, même si, par suite d’une chance insolente, elles ne se traduisent en perte de sièges qu’au Tessin. Conséquence: les Romands composeront 40% du groupe. A mesure que la Suisse romande glisse à gauche, le PS devient de plus en plus romand.
Suite à la fusion entre libéraux et radicaux, le PLR est parvenu à se maintenir en Suisse romande, où son score est nettement supérieur à la moyenne nationale. C’est en Suisse alémanique qu’il enregistre l’essentiel de ses pertes ainsi que dans les Alpes. Par endroits, Berne, Bâle, Thurgovie, Zurich, le PLR semble être en phase terminale de déclin. Là aussi, un tiers du groupe parlementaire parlera désormais français.
Le PDC montre une évolution très contrastée: il résiste dans ses bastions catholiques, où il ne perd qu’un siège. En revanche, l’irruption des Vert’libéraux a condamné la tentative du PDC de s’implanter dans les grands cantons urbains: le PDC courtisait en effet le même électorat, et les pertes de sièges qu’il enregistre vont aux Vert’libéraux. Le PDC semble ainsi devoir redevenir un parti dominé par les périphéries.
Les Verts subissent un brutal coup d’arrêt en perdant le quart de leur députation au Conseil national. La baisse est générale, plus marquée là où les Vert’libéraux ont cartonné, c’est-à-dire dans la moitié orientale du pays, plutôt moins en Suisse romande et à Bâle. Par rapport à 2007, la carte des Verts s’est un peu différenciée, avec une forte présence sur l’axe Genève-Bâle, et un relatif effacement ailleurs. Ici aussi, les Romands pèseront le tiers du groupe parlementaire.
Les Vert’libéraux, vainqueurs du scrutin, ont un électorat métropolitain: à l’exception des Grisons, le parti réalise ses meilleurs scores dans le Grand-Zurich, et se montre fort autour des grandes villes du pays, Bâle, Berne, Lucerne, l’arc lémanique. Par rapport aux Verts, on retrouve une vieille dichotomie gauche-droite: les Vert’libéraux sont plus forts en Suisse alémanique et dans les banlieues, les Verts en Suisse romande, dans les grands centres et dans l’arc jurassien.
Le PBD, enfin, constitue la surprise du scrutin en réalisant un score bien meilleur qu’attendu. Logiquement, il l’emporte aux Grisons, à Glaris et à Berne; mais, au-delà, son score est remarquable de Bâle à Saint-Gall, tout en se montrant clairement plus fort dans les zones les plus rurales de cette région – à ce titre, le PBD a le profil d’un vrai parti agrarien.
Finalement, le vainqueur de ces élections est le centre: il gagne 15 sièges. De plus, les profils géographiques des partis du centre sont complémentaires: le PDC est implanté en terre catholique, les Vert’libéraux en métropole, et le PBD dans les campagnes protestantes – de quoi peser lors de la prochaine législature.
Pierre Dessemontet,
fondateur de Microgis