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Les situations dans les prisons sont très variables d'un pays à l'autre, voire d'une région ou d'un établissement à l'autre. Les mesures ont également été bien différentes. L'émission Tout un monde a recueilli plusieurs témoignages.
Ainsi, Eric était détenu en Pennsylvanie aux Etats-Unis. En février, il a été placé dans un établissement intermédiaire avant sa libération. Il se souvient de l'incompréhension lors des premiers décès en décembre dernier: "Le confinement officiel a été décrété le 6 mars de cette année par l'administration pénitentiaire fédérale américaine. Les détenus étaient terrorisés, il y avait des gens qui mouraient déjà. Le système de soin en prison est pire que pauvre. Le staff médical, si ce n'est pas très grave, te laisse tomber. Le drame, c'est que le système pénitentiaire américain est basé sur le séparatisme. Les Blancs et les Noirs ne peuvent pas interagir. Alors avec le Covid qui est venu s'ajouter à tout cela, tout le monde est devenu dingue."
Le système de soin en prison est pire que pauvre
La situation ne s'est pas améliorée entre les deux vagues, estime Eric, qui a étudié le droit en prison et aide ses ex-co-détenus dans leur demande de libération anticipée pour cause de Covid.
Autre exemple, avec Carlitos, la cinquantaine, incarcéré au Guatemala, qui a contracté la maladie ce printemps. Il a choisi de se soigner avec des médecines traditionnelles: "je ne suis pas allé à l'hôpital parce que cela veut dire qu'on te sort de prison et qu'on t'emmène dans un lieu où personne ne veut parler avec toi, ni te voir… Là-bas, tu vas pour mourir! Ce qui se passe c'est que, par pure précaution, les médecins et les infirmiers ne s'approchent pas de toi si tu es contaminé, même pour t'apporter un verre d'eau. Cela affecte le malade parce que ça te rapproche de la mort".
Ouverture et fermeture
Pour éviter que le nouveau coronavirus ne décime les rangs dans ces environnements clos, les établissements pénitentiaires ont réagi avec un double mouvement: une ouverture et une fermeture.
Concernant la fermeture, ce sont des parloirs interdits, pour les familles, mais aussi pour les avocats et avocates, pour éviter de ramener le virus à l'intérieur des murs. Cela signifie aussi des activités bloquées (sports, travail, bibliothèques… ).
Ces fermetures ont des effets sur le moral mais sous certaines latitudes, les conséquences sont très pratiques: la nourriture est souvent apportée par les familles. La drogue aussi traverse les murs par toutes sortes de filières, ce qui a amené à des sevrages violents.
A noter que le siterecense les conditions de détention pays par pays.
L'arrêt des visites a en revanche ouvert une petite porte sur des contacts d'un genre nouveau. Certaines prisons ont ainsi donné accès à des visites virtuelles. L'ouverture a aussi représenté la mise en liberté de prisonniers, soit ceux qui étaient à quelques mois d'une fin de peine, soit des personnes détenues pour des délits mineurs. Ceci pour désengorger des prisons surpeuplées, comme l'a expliqué Roksana Naserzadeh, avocate en France et vice-présidente de Prison Insider. "Comme il y a eu considérablement moins d'audiences, il y a eu moins de condamnations et moins d'emprisonnements".
Il est tout à fait désolant pour un pays comme la France de constater qu'il faille une pandémie pour que la situation des prisons soit plus conforme à l'état de droit
Mais "il est tout à fait désolant pour un pays comme la France de constater qu'il faille une pandémie pour que la situation des prisons soit plus conforme à l'état de droit, soit un taux d'occupation qui ne dépasse pas 100%. Mais cet effet n'a duré que peu de temps. Au mois de novembre, nous sommes revenus à un temps d'occupation plus élevé", a encore relevé l'avocate.
Quatorzaine mise en place
Actuellement, en France, les visites sont de manière générale à nouveau permises, mais une mesure majeure été établie pour cette deuxième vague: la quatorzaine pour tout nouvel arrivant (nouvelle condamnation ou application d'une peine), mais aussi pour les personnes au bénéfice d'une permission de sortie, pour voir la famille, un futur employeur, passer un examen, en fait des personnes qui sont dans un processus de réintégration:
"Quand ces personnes rentrent à nouveau en détention, elles sont placées en quatorzaine dans un quartier particulier, appelé quartier des arrivants. Mais s'il n'y a plus de place dans ce quartier, elles sont alors placées dans des cellules d'isolement ou même des cellules disciplinaires. Leurs conditions de détention sont ainsi dégradées uniquement parce qu'elles sont placées en quatorzaine pour qu'il n'y ait pas de risque de contamination", a encore expliqué Roksana Naserzadeh.
La pandémie rend la vie en prison plus compliquée pour les détenus, mais également pour le personnel.
Laurence Bolomey/lan
La situation en Suisse
En Suisse, la gestion pénitentiaire est du ressort des cantons, les mesures varient donc beaucoup. La fondation REPR, qui informe et soutient les familles de détenus en Suisse romande, liste les conditions de visite dans les différents établissements sur. En principe, les visites sont à nouveau permises, avec plexiglas et sans contact physique la plupart du temps. L'utilisation de Skype est toujours possible, une ouverture que la fondation REPR souhaite voir perdurer aussi après le Covid.
La quarantaine pour tout nouvel arrivant est aussi décrétée dans des établissements en Suisse.