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Retour sur les films qui feront partie de la compétition officielle de la 72ème Mostra de Venise, ainsi que les titres les plus attendus hors compétition.
Venise 2015: Lion d'Or à Bertrand Tavernier pour sa carrière
Le réalisateur français Bertrand Tavernier est honoré par un Lion d'Or pour l'ensemble de ses réalisations au 72ème Festival international du film de Venise A cette occasion, le cinéaste sélectionnera quelques titres rares, oubliés ou sous-évalués, pour la section Venice Classici.
Le directeur de la Mostra de Venise, Alberto Barbera, a déclaré: «Tavernier est un auteur complet, instinctivement conformiste, hardiment éclectique. L'ensemble de ses films est un corps dans l’anormalité dans le panorama du cinéma français de ces quarante dernières années. Il faut souligner l'attention à la traction narrative, les soins dans la construction des personnages, l'attitude à l'introspection psychologique, la présence constante d'une œuvre littéraire comme substrat. Chez Tavernier, l'importance accordée à la taille de l'objet artisanal pénètre dans deux autres composantes: l'amour pour le cinéma classique américain dont Bertrand Tavernier a assimilé la capacité de faire le spectacle sans renoncer à une dimension expressive, et sa passion innée pour les questions politiques et sociales, qui donnent à ses films des caractéristiques très personnelles et originales.»
Portrait
Bertrand Tavernier a concouru deux fois en compétition à Venise en 1986 avec Round Midnight, qui a obtenu un Oscar pour la bande-son et une nomination pour le protagoniste, le saxophoniste américain Dexter Gordon et en 1992 avec L.627.
Tavernier a remporté l'Ours d'Argent au Festival de Berlin pour son premier long métrage L’Horloger de Saint-Paul (1974), adapté de Simenon, et aussi en 1995 pour L'Appât. En 1984, il a remporté le Prix du meilleur réalisateur à Cannes pour Un dimanche à la campagne.
Alberto Barbera souligne que: «Tavernier est aussi un critique de cinéma passionné, caractérisé par un goût fort antiacadémique et une préférence pour la découverte et l'appréciation des artistes inconnus. Il constitue une référence pour quiconque veut connaitre l'histoire du cinéma français, américain et italien en particulier par l'aspect raffiné et décalé d'un cinéphile qui évite toute tentation dogmatique, faisant preuve d’ouverture d'esprit, de curiosité et d’une ampleur inhabituelle de la vision.»
Rappelons que Bertrand Tavernier, qui est né en 1941 dans la ville de Institut Louis Lumière, en est aussi le président. Réalisateur, scénariste, producteur et écrivain, il a de qui tenir puisqu’il est le fils de l'écrivain, poète et membre de la résistance René Tavernier. Passionné par le Septième Art dès l’adolescence, il déménage à Paris après la guerre, où il rencontre un camarade de lycée, Volker Schloendorff, qui l'a amené à la Cinémathèque.
Bertrand Tavernier a travaillé comme critique de cinéma dans les années 60 dans plusieurs grands magazines: Les Cahiers du Cinéma, Positif, Cinéma, Présence du Cinéma. En 1970, il a publié avec Jean-Pierre Coursodon 30 ans de cinéma américain (Omnibus). Ce travail, mis à jour et réédité en 1995 avec le titre 50 ans de cinéma américain, est considéré par de nombreux cinéphiles comme la bible française sur ce sujet. Avide cinéphile, Tavernier est l'un des premiers à interroger et analyser le travail des grands réalisateurs américains comme John Ford, John Huston et Raoul Walsh, et de faire découvrir en France des cinéastes comme Dalmer Daves, André De Toth et Budd Boetticher, Martin Scorsese, la redécouverte du réalisateur Michael Powell.
Il a fait ses débuts au cinéma comme assistant de Jean-Pierre Melville, expérience qu’il va évoquer dans le documentaire Au nom de Melville(2008).
Depuis ses débuts, Tavernier cultive l’éclectisme, traitant de différents genres. Que la fête commence, 1975, avec Noiret, lui a permis de remporter le César du meilleur réalisateur et scénario. Ses œuvres contemporaines marquent une préférence pour les questions sociales: Une semaine de vacances, 1980), en 1976 Le Juge et l'assassin, une réflexion sur les institutions et leurs excès répressifs avec Noiret et Michel Galabru, puis en 1980 La Mort en direct, analyse prédictive de la dérive de la télévision et l'une des dernières apparitions de Romy Schneider; ce film a consacré le succès international du realisateur.
Ancrée dans la culture américaine, Tavernier adapte en 1981 un roman amère de Jim Thompson, situé dans l'Afrique coloniale, Coup de Torchon, avec Noiret et Isabelle Huppert, suivi de Round Midnight(1986), une déclaration d'amour au jazz. Si La Passion Béatrice (1987) a pour fond la guerre de Cent Ans, les conflits plus contemporains passionnent le cinéaste qui traite la Première Guerre Mondiale dans La Vie et rien d'autre (1989), puis Le Capitaine Conan (1996); la guerre d'Algérie dans le documentaire La Guerre sans nom (1992); l'occupation nazie dans Laissez-passer (2002).
Dans les années 90, Tavernier, qui déclare au critique Jean-Luc Douin que «les cinéastes sont les sismographes de leur temps», continue à observer la société en en faisant une peinture réaliste du monde de la drogue (L.627) ou les enseignants dans Tout commence aujourd'hui(1999). Tavernier reçoit l'Ours d'or à Berlin pour L'Appât (1995), un message alarmant de la violence dans une jeunesse malavisée. Particulièrement proche de questions touchant sa profession (défense de l'exception culturelle, contrainte à la censure), Tavernier est engagé sur d'autres fronts comme en témoigne le documentaire sur l’intégration raciale De l'autre côté du périph (1997) signé avec son fils Nils. Avec sa fille Tiffany (auteur et scénariste), il écrit Holy Lola (2004), étude de l'adoption au Cambodge. Dans une Louisiane dévastée par l'ouragan Katrina, Tavernier tourne ensuite Dans la brume électrique (2009).
Rencontré lors de la présentation en compétition à Cannes de La Princesse de Montpensier (2010), il confiat aimer plonger au cœur des intrigues de l'amour et de la puissance en France au XVIe siècle tout en faisant la part belle à la musique. Avec la comédie Quay d'Orsay (2013), récompensé pour son scénario au Festival de San Sebastian, il traite de la politique française, en confiant la tâche à Thierry Lhermitte d'interpréter un ministre des Affaires étrangères fortement inspiré par Dominique de Villepin.
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