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L'affaire de l'"Angolagate" jugée à Paris
Ce cas mine depuis huit ans les relations entre la France et le
régime du président José Eduardo dos Santos en dépit d'une visite
en mai à Luanda du chef de l'Etat français pour solder "les
malentendus du passé".
Ventes pour 791 millions
Les hommes d'affaires Pierre-Joseph Falcone et Arcadi Gaydamak,
principaux protagonistes de ce dossier, sont notamment poursuivis
pour commerce illicite d'armes, abus de biens sociaux et trafic
d'influence. Ils encourent jusqu'à dix ans d'emprisonnement.
Le premier, après un an de détention provisoire en 2001, est
devenu en juin 2003 ministre-conseiller à la délégation permanente
de l'Angola auprès de l'Unesco. Le second, visé par un mandat
d'arrêt international, brigue la mairie de Jérusalem. Et ne devrait
pas, sauf surprise, venir au procès.
La justice les accuse d'avoir vendu, sans autorisation
gouvernementale française, armes et matériels lourds au régime du
président Dos Santos entre 1993 et 1994. Le montant de ces ventes,
étalées entre 1993 et 2000, est estimé à un peu moins de 791
millions de dollars.
Des prévenus connus et inconnus
Falcone et Gaydamak sont renvoyés avec 40 autres prévenus, issus
d'horizons aussi différents, mais aux frontières parfois ténues,
que sont les affaires, la politique et le show-business. Tels le
fils de l'ancien président de la République François Mitterrand,
Jean-Christophe Mitterrand, le sénateur et ancien ministre de
l'Intérieur, Charles Pasqua, l'ex-député européen du MPF,
Jean-Charles Marchiani.
On compte aussi Jacques Attali, ancien "sherpa" de François
Mitterrand et ex-président de la Banque européenne pour la
reconstruction et le développement (BERD), un général à la
retraite, Claude Mouton, ou encore un magistrat, Georges Fenech et
l'écrivain à succès Paul-Loup Sulitzer.
La justice considère que Falcone et Gaydamak ont, avec l'argent
des ventes d'armes, acheté l'influence de certaines personnalités
ou accordé des gratifications indues à leur entourage professionnel
et personnel. Jean-Christophe Mitterrand, qui a mis en contact
Pierre-Joseph Falcone et Eduardo dos Santos, a reçu près de 2,7
millions de dollars de Pierre Falcone sur un compte en
Suisse.
agences/cer
Publié le 06 octobre 2008 à 11:35 - Modifié le 28 juin 2010 à 13:16
Les suspects et ce qu'ils encourent
- Pierre-Joseph Falcone, 54 ans. Cet homme d'affaires est le représentant de l'Angola auprès de l'UNESCO depuis 2003 et bénéficie de ce fait d'une immunité diplomatique contestée par la justice française. Il encourt dans cette affaire jusqu'à dix ans d'emprisonnement et 375'000 euros d'amende.
- Arcadi Gaydamak, 56 ans. Cet hommes d'affaires d'origine russe est visé par plusieurs mandats d'arrêts internationaux. Réfugié en Israël, il brigue la mairie de la Ville sainte. Il encourt dix ans de prison et 375'000 euros d'amende.
- Charles Pasqua, 81 ans. L'ancien ministre de l'Intérieur, actuel sénateur des Hauts-de-Seine, est notamment poursuivi pour "trafic d'influence passif" et "recel d'abus de biens sociaux". Il risque jusqu'à dix ans d'emprisonnement et 375'000 euros d'amende.
- Jean-Christophe Mitterrand, 61 ans. Le fils aîné de l'ancien président de la République est considéré comme l'interface entre Pierre-Joseph Falcone et le régime angolais. Il risque jusqu'à dix ans de prison et 375'000 euros d'amende.
- Jacques Attali, 64 ans. Cet ancien conseiller de François Mitterrand, écrivain, a été président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
- Paul-Loup Sulitzer, 62 ans. Cet écrivain à succès est poursuvi pour "recel d'abus de biens social". Il encourt cinq ans d'emprisonnement et 375'000 euros d'amende.