Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06965.jsonl.gz/100

Début secteur de contenu
Début navigateur
Fin navigateur
Jusque dans les années 70 du siècle dernier, en Suisse, des enfants et des jeunes ont été placés d'office, sans leur consentement et souvent avec l'accord des Églises, dans des foyers ou des exploitations agricoles. Parce qu'ils étaient pauvres, qu'ils étaient nés hors mariage, qu'ils connaissaient des circonstances familiales difficiles, parce qu'ils étaient eux-mêmes considérés comme « difficiles » ou qu'ils étaient turbulents ou récalcitrants. Nombre de ces jeunes ont subi de grandes souffrances, qui continuent de marquer leur vie aujourd'hui. Ces enfants placés de force ont été exploités dans des fermes ou maltraités physiquement et psychiquement dans des foyers et des centres de redressement. D'autres ont été internés dans des établissements psychiatriques ou des prisons, sans possibilité de s'opposer juridiquement à ces mesures. Des cas de stérilisation forcée sont aussi avérés, ainsi que des cas d'enfants retirés de force à leurs parents pour être donnés à l'adoption.
Pour commémorer ce triste chapitre de l'histoire suisse, les victimes ont été conviées à une cérémonie de commémoration au Kulturcasino de Berne, à l'invitation de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, ainsi que des organisations représentant les personnes concernées, de l'Association des communes suisses, de l'Union des villes suisses, de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS), de la Conférence des cantons en matière de protection des mineurs et des adultes (COPMA), des Églises nationales et d'organisations représentant des foyers et des institutions d'assistance sociale.
Quelque 700 anciens enfants placés dans des exploitations agricoles ou des foyers, personnes enfermées par décision administrative, victimes de stérilisation forcée et autres victimes de mesures de coercition à des fins d'assistance ont répondu à l'invitation et ont pris part à cette cérémonie. Quelques-uns d'entre eux ont pris la parole et raconté, pour l'exemple, l'histoire de cet épisode dramatique de leur vie.
« Nous ne pouvons plus continuer à détourner le regard, car c'est précisément ce que nous avons fait pendant trop longtemps », a dit la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga dans son discours. Elle a souligné que cette journée de commémoration devait aussi être l'occasion de réaffirmer notre volonté de regarder les choses en face et de lancer un appel contre la tentation de refouler les pans les moins reluisants de notre histoire, contre l'oubli. Au nom du gouvernement Suisse, la ministre de la justice s'est adressée aux victimes et a demandé pardon, sincèrement et du fond du cœur, pour les souffrances qui leur ont été infligées.
Le début d'un travail de mémoire
La cérémonie de commémoration n'est pas une fin, mais le début d'un travail approfondi qui devra englober des aspects juridiques, historiques et financiers, a ensuite déclaré Mme Sommaruga. Une table ronde réunissant toutes les personnes concernées sera convoquée prochainement. Elle sera animée par l'ancien conseiller aux États Hansruedi Stadler, que la conseillère fédérale avait nommé, en décembre déjà, délégué aux victimes de mesures de coercition à des fins d'assistance. M. Stadler coordonnera les demandes des victimes et jouera un rôle de conciliation concernant les souhaits des personnes concernées, les besoins des cantons et des communes et les possibilités de la Confédération. Sur la page internet www.mesuresdecoercitionadesfinsdassistance.ch (alternativement www.mcfa.ch), le délégué informera régulièrement des résultats et de l'état des discussions de la table ronde.Dès maintenant, les personnes concernées peuvent solliciter des conseils auprès de centres d'accueil des cantons. Certains cantons ont chargé les centres d'aide aux victimes d'infractions de cette tâche, d'autres ont mis en place une structure ad hoc. Des informations sont disponibles sur le site internet mentionné ci-dessus.