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En France, on prône volontiers la clarté, en littérature, dans le langage; on finit même par croire qu'elle est la condition nécessaire de la Vérité - de la correspondance du langage à la réalité. Mais je me souviens d'un bon mot d'un avocat auquel on opposait, précisément, la clarté du récit d'un accusé que lui croyait coupable: C'est clair, mais c'est faux. On a tellement l'habitude de vénérer la clarté qu'on peut être tenté d'oublier que même une fiction peut être claire, si elle est effectuée par un esprit habile!
Du reste, le réel, lui-même, est-il toujours si clair? Il faudrait être bien dogmatique, je crois, pour affirmer d'emblée que toute énigme, en ce monde, n'est qu'illusion. Or, si cela n'est pas, l'excès de clarté ne devient-elle pas un mensonge?
On pourrait se satisfaire d'un discours qui reculerait devant le mystère; mais sait-on jamais vraiment où celui-ci commence? On affirme si souvent qu'une chose est évidente simplement parce qu'on est certain d'une opinion! Même si on affiche qu'on s'arrêtera toujours à la porte du mystère, on n'en sera pas empêché de pouvoir se montrer clair sur des choses en soi obscures: l'évaluation de l'endroit où commence le mystère est elle-même aléatoire.
Saint Paul, indirectement, nous éclaire, sur l'origine du souci de clarté. Dans ses lettres, il dit que le prophète hermétique, celui qui s'exprime d'une façon mystérieuse, a une place légitime, dans la communauté des fidèles, mais qu'il est souhaitable de trouver des gens susceptibles d'expliquer ce que sa parole signifie. Le prophète hermétique peut tout à fait, en soi, transmettre la parole de Dieu, et dire la vérité, mais il n'en demeure pas moins souhaitable que tout un chacun puisse en profiter.
La clarté n'est donc pas le vrai, mais le moyen de le partager avec autrui. Elle est souhaitable d'un point de vue social, mais n'a pas de valeur philosophique en soi.
Amiel l'a exprimé en comparant les Français et les Allemands dans leurs œuvres philosophiques respectives: à ses yeux, seuls les seconds étaient d'authentiques philosophes, mais les premiers avaient mis leurs concepts en forme, les rendant accessibles à tous. On a pu dire que François de Sales avait clarifié les mystiques rhénans; c'est aussi Sartre adaptant Heidegger au goût français, sans doute.