Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06887.jsonl.gz/45

Parmi les cinq œuvres de l’artiste coréen Nam June Paik (1932-2006) montrées dans cette salle, deux évoquent directement la personne de Joseph Beuys, figure centrale de l’art allemand d’après-guerre.
Beuys et Paik se sont rencontrés à Düsseldorf en 1961 liant une amitié qui les amena à collaborer à de nombreuses reprises, la première à l’occasion de l’action 24 Stunden à Wuppertal, en 1965, une des dernières à Tokyo, en 1984. Beuys Vox (1961/1986) se regarde comme un album souvenir et couvre toute la durée de leur amitié. On y trouve treize œuvres signées par Paik, quatre par Beuys et une par John Cage. Certaines oeuvres de Paik évoquent explicitement la personne de Beuys (comme le chapeau en ciment, reprise du célèbre couvre-chef porté en permanence par ce dernier) ; d’autres traduisent plus directement l’esprit Fluxus, mouvement auquel chacun des deux amis était lié. Certaines enfin ressortissent à de la documentation, à l’instar de la cassette vidéo de l’installation de Beuys à la galerie Konrad Fischer à Düsseldorf en 1984, Schmerzraum.
Pionnier de l’art vidéo, parfois désigné comme le « Michel-Ange de l’art électronique », Nam June Paik utilise la télévision à la fois comme une forme à part entière (il a créé de nombreuses « sculptures vidéo ») et comme outil de diffusion d’images. Dans T.V. BOYS/BEUYS (1988), elle est à la fois élément d’un univers graphique et façon de réunir une forme ancienne et transhistorique (le tableau) et des images actuelles (l’écran).
Dans Homeless Buddha (1989), un bouddha en cire et un bouddha filmé se font écho, mêlant ainsi, sans hiérarchie, image digitale et forme sculpturale. Paik a commencé à intégrer le bouddha dans son œuvre au début des années 1970 à travers des dispositifs très variés dont le Homeless Buddha. Il permet à l’artiste de tisser un lien entre l’histoire ancienne et la version la plus actuelle de la modernité technologique — voire de l’actualité puisque l’utilisation d’un caddy et le titre de l’œuvre évoquent explicitement un certain état de la misère dans les sociétés capitalistes avancées.
Exposition organisée en lien à la donation Marika Malacorda