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Entretien avec Hiroyuki Maegawa, correspondant d'Asahi Shimbun à l'ONU à Genève
Hiroyuki Maegawa travaille pour le quotidien japonais Asahi Shimbun comme correspondant à l'ONU à Genève.
Basé à Tokyo, Asahi Shimbun est l'un des principaux titres de l'archipel, avec un tirage à 7,7 millions d'exemplaires pour son édition du matin et à et 2,9 millions pour son édition du soir. Une version anglaise, chinoise est coréenne est également disponible en ligne. Pas moins de 2000 journalistes, éditeurs et photographes y travaillent, dont 35 correspondants à l'étranger.
Hiroyuki Maegawa nous parle de son travail à Genève, de ses reportages, du rôle que les médias devraient jouer dans la coopération internationale et de son point de vue sur la couverture médiatique de la Genève internationale.
Novembre 2013
Quand êtes-vous arrivé à Genève?
Je suis arrivé en octobre 2010, il y a trois ans, et j'entame donc ma quatrième année ici.
Où étiez-vous auparavant?
J'ai commencé à travaille comme journaliste à Asahi Shimbun en 2001. Avant de venir à Genève je travaillais à la rubrique internationale à Tokyo, couvrant les questions de sécurité, l' armement nucléaire ainsi que le désarmement.
Qu'est-ce qui vous a poussé à venir travailler ici?
Mon rédacteur en chef m'a proposé de partir à Genève comme correspondant et j'ai accepté. Asahi Shimbun a un bureau au Palais des Nations depuis plus de dix ans et je suis, d'ailleurs, également le chef de ce bureau.
Ceci dit le poste de correspondant à l'ONU est resté vacant pendant deux ans et neuf mois avant mon arrivée, et ce pour des raisons financières essentiellement liées à la crise financière et à la restructuration du journal. Pendant ce temps-là les chefs de rubriques pensaient que le travail pouvait se faire depuis Londres, Paris, Rome ou Vienne.
Vous concentrez-vous uniquement sur la Genève internationale ou couvrez-vous également l'actualité genevoise et suisse?
Je couvre à la fois l'actualité de l'ONU à Genève ainsi que quelques actualités suisses.
Quels sujets de la Genève internationale couvrez-vous? Qu'est-ce qui intéresse votre rédaction/vos lecteurs?
Je couvre tout ce qui se passe à l'ONU et dans les autres organisations internationales. Pour ce qui est de notre lectorat et de mon chef de rubrique, ils sont très intéressés aux questions de désarmement. Expliquer les processus que se déroulent à Genève prend du temps et je ne peux pas le faire tous les jours. Je dirais que j'écris un article de ce genre tous les six mois.
Il y a également un grand intérêt pour les questions de droits de l'homme, lorsque cela est en lien avec le Japon ou avec des pays voisins comme la Chine ou la Corée du Nord. Cela a notamment été le cas pour la Commission d'enquête sur la Corée du Nord créée par le Conseil des droits de l'homme. J'ai écrit un article sur ce sujet en coordination avec mon collègue basé à Séoul et ai interviewé l'un des commissaires.
Et naturellement dès qu'on parle de l'Iran ou de la Syrie, cela intéresse tout le monde parce que ce sont des questions d'envergure mondiale. Je couvre aussi ce genre de dossier.
Il m'arrive aussi de recevoir mes collègues venant de Tokyo et de partout ailleurs dans le monde lorsqu'ils viennent couvrir une question en particulier. Par exemple lors des négociations de la la Convention de Minamata (le nouveau traité sur le mercure), un de mes collègues qui s'occupe de ce dossier à Tokyo est venu ici pour suivre ces négociations et écrire un papier. Pendant les pourparlers sur l'Iran, en octobre, j'ai également reçu mon collègue de Téhéran. Je reçois environ cinq à sept collègues chaque année.
Y a-t-il, à votre avis, des sujets qui mériteraient une plus grande couverture médiatique?
Bien sûr, comme la standardisation ou le développement de nouvelles normes. Ce sont des questions très importantes, mais il est très difficile de vendre des articles sur de tels sujets à un chef de rubrique. Le monde est plein de nouvelles brûlantes en lien avec la Syrie, la Corée du Nord, la Chine ou le Japon, où il y a Fukushima. Lorsque vous êtes en compétition avec ce type d'actualité, il peut être très difficile de vendre certains développements qui se déroulent à Genève. Il faut que je trouve un angle, un sens, un intérêt et une histoire qui relie ces discussions à une actualité. C'est mon travail et j'essaie de le faire au mieux chaque jour.
Comment voyez-vous l'évolution, au cours de ces dernières années, de la couverture médiatique de la Genève internationale?
Je dirais que l'importance stratégique de Genève sur la scène internationale diminue. Le monde change. Il y a dix ou vingt ans, les décisions prises en Europe, aux États-Unis ou à Genève avaient une énorme impact. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui avec des puissances et économies émergentes comme la Chine, la Russie, la Turquie, l'Inde, l'Argentine, le Mexique ou encore le Brésil.
Si j'en crois les réactions de mes chefs de rubrique et de mon lectorat, Genève et certaines institutions doivent en faire plus pour s'adapter à la réalité du 21ème siècle. Elles doivent se réformer et revoir leur ordre du jour. En bref: Genève et l'ONU n'intéressent plus la presse.
Si vous posez la question aux correspondants basés ici à Genève, ils vous diront presque tous qu'ils ont de la peine à vendre leurs papiers à leurs chefs de rubrique. Mais vous avez encore une chance si vous trouvez un angle qui intéresse le lecteur.
En tant que journalistes, nous avons également de la concurrence puisque tout le monde peut communiquer via Twitter et Facebook. En tant que journalistes professionnels, nous devons donc poser les questions qui dérangent, dire les choses comme elles sont et réaliser de bons papiers qui devraient être cités dans les médias sociaux. Et c'est faisable.
Selon vous, quel rôle les médias jouent-ils dans la coopération internationale?
Les médias peuvent amener plus de transparence en ce qui concerne les actions des autorités, comme les processus de prise de décision et l'utilisation des fonds publics, et ce notamment pour les questions liées à la coopération internationale.
Ce qui est le plus important, pour les journalistes et les médias, c'est de faire en sorte que le public ait accès à l'information. Lorsque les autorités et les politiciens répondent à nos questions, le public peut savoir comment ses impôts sont utilisés. Les électeurs délèguent leur souveraineté en élisant leurs représentants et, en démocratie, les autorités devraient rendre des comptes aussi souvent que possible.
Quelle est votre journée type?
Comme je travaille pour un journal japonais je dois composer avec une grosse différence de fuseau horaire, de huit heures en cette saison. Lorsque je me réveille à Genève, c'est déjà le soir au Japon. Donc si je veux qu'on me publie il faut que j'avise mon chef de rubrique à temps, avant la nuit. Mes articles sont toujours en concurrence avec d'autres et s'ils n'intéressent pas le chef de rubrique, il ne les publiera pas. Mon travail fait donc le tour du cadran et parfois je travaille le week-end parce que le journal sort tous les jours, dimanche compris.
Votre prochain sujet?
Je me rends en Afrique du Sud pour un article sur la tuberculose. Comme correspondant à Genève, je m'intéresse au travail des organisations internationales dans ce pays, comme le Fonds mondial par exemple. Je m'intéresse également à la discussion au niveau international portant sur l'éradication de la tuberculose et sur l'élaboration du programme de développement post-2015
Ce que j'essaie de faire c'est de lier Genève au terrain et à ce qui s'y passe. Quand on reste à Genève et qu'on lit des rapports, c'est intéressant mais très sec. J'essaie donc de relier les discussions qui se déroulent ici ainsi que les données qui y sont rassemblées avec le terrain pour que mes lecteurs voient comment Genève et le terrain sont reliés.
Lorsque mon chef de rubrique m'a demandé d'aller à Genève, il m'a dit que je ne devrais pas rester seulement à Genève mais aussi voyager dans les États Membre de l'ONU parce que Genève c'est aussi cela. Toutes les organisations internationales basées ici ont également une présence sur le terrain et il m'a encouragé à utiliser ce réseau.
Très peu de correspondants le font et la plupart des journalistes se contentent de couvrir Genève. Mais j'essaie de faire le lien avec le terrain. C'est difficile, mais ça vaut la peine. Et on se rend compte qu'il y a beaucoup de gens de valeur à Genève qui sont très engagés dans leur travail et qui font tous les jours le lien avec le terrain.
Et le dernier?
J'ai aussi publié un portrait de Klaus Schwab qui vient de recevoir le une décoration remise par l'Empereur. Cet article a été publié en deuxième page du journal, dans le cadre d'une série sur les personnalités. Pour l'écrire, j'ai rencontré Klaus Schwab et je l'ai interviewé.
Combien d'articles publiez-vous en moyenne chaque mois sur la Genève internationale ?
Entre cinq et dix.
Est ce qu''Asahi Shimbun' a également des correspondants dans d'autres villes internationales?
Oui, nous avons un correspondant à New York pour couvrir l'ONU et le Conseil de sécurité. Nous en avions un à Nairobi, mais ce n'est plus le cas. Nous avons aussi un correspondant à Bruxelles pour l'UE et le Benelux et un autre à Vienne pour l'ONU et l'Europe orientale.
Vos impressions sur votre travail et votre vie à Genève?
Quelquefois je ressens l'écart qu'il y a entre le côté sérieux des discussions qui se déroulent ici et la paix et la quiétude propres à Genève. C'est un peu bizarre.
Mais Genève est une ville agréable, calme et sûre. J'y vis avec ma femme et mes deux enfants. Mais je dois dire que c'est un peu ennuyeux. Je ne suis pas du genre sportif, je ne fais ni randonnées, ni ski et je préfère la vie culturelle. Je suis amateur d'opéra et je regrette qu'il n'y ait pas de maison de l'opéra à Genève.