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L’Aigle royal est présent dans l’ensemble des Alpes suisses au-dessus de 1'500 m d’altitude, et fait des incursions de plus en plus fréquentes dans le Jura, où il hiverne parfois et où il a niché pour la première fois au XXe siècle en 1994 à l’ouest de Genève, sur territoire français.
Il a niché en 2009 dans le Jura suisse pour la première fois depuis 150 ans (Jura soleurois/bernois). Ces nidifications augurent probablement d’un retour durable de l’espèce dans cette chaîne, pour autant que les ressources alimentaires soient suffisantes et que les dérangements restent limités.
C’est l’aigle le plus répandu dans le monde, avec une distribution holarctique : six sous-espèces sont distribuées en Afrique du Nord, en Amérique du Nord et dans la majeure partie de l’Eurasie, du Tropique du Cancer jusqu'à 70°N. La Suisse se situe dans le noyau de la population alpine, qui compte 1’100-1’200 territoires.
Après avoir disparu de maintes régions en Europe, surtout dans les stations les plus basses, suite aux persécutions dont il a été victime au XIXe siècle, ce grand rapace a pu se rétablir en Suisse dès sa mise sous protection en 1926. On comptait 40-50 couples dans les Alpes Suisses vers 1950 et environ 72 en 1964, l’espèce ayant disparu du Jura et de la région de Genève. La population s'est fortement accrue depuis les années septante pour atteindre 306 couples cantonnés en 1996. Les effectifs ont suivi des évolutions très diverses selon les régions: ils sont restés stables dans les Préalpes romandes et bernoises, alors qu'ils ont été renforcés du quart voire de moitié dans l'est des Grisons. La population alpine de l’Aigle royal est de nouveau soumise à une dynamique naturelle dans laquelle des effets régulateurs dépendant de la densité influencent le succès de reproduction et la mortalité.
L’espèce est essentiellement sédentaire, mais les jeunes issus des populations nordiques sont migrateurs. Bien qu'aucun mouvement migratoire n’ait été mis en évidence en Suisse, ce rapace peut parcourir de grandes distances pendant l’exploration de son territoire et l’erratisme des immatures peut être très important. Sur les points de passage, des rassemblements sont parfois observés, comme par exemple 6 oiseaux cerclant ensemble au col de Jaman sur Montreux VD le 21 septembre 1997. La traversée du Léman entre Hucel F et le Mont-Pèlerin VD a été observée le 16 mai 2003.
Notre pays a une responsabilité au niveau européen pour la conservation de cette espèce, dont l’effectif s’est reconstitué après l’interdiction du tir sur l’aire et du prélèvement des nichées par la loi fédérale sur la chasse et la protection des oiseaux de 1926. La plus grande menace moderne pour l’Aigle royal, d'un naturel farouche à proximité de son site de nidification, est le développement des loisirs en montagne. Certaines aires ont été abandonnées en raison de survols trop fréquents par des parapentes à proximité des sites de nidification ; en effet, une interruption de l’incubation, même de courte durée, peut provoquer la mort des embryons. Le suivi du succès de reproduction d'un couple d'Aigle royaux démontre l'importance des dérangements dus aux parapentes. L’empoisonnement par les métaux lourds pourrait également constituer une menace pour la population alpine.

A propos de Lionel Maumary