Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07191.jsonl.gz/1174

Le paysage traditionnel de la Vallée d'Urseren
Hans Ulrich K¢gi, Brütten Parmi les divers éléments qui déterminent le paysage de la Vallée d' Urseren, les avalanches jouent un rôle considérable, conditionnant le choix du site des villages ou des habitations isolées. Même si une lutte active contre les avalanches a fait défaut pendant longtemps, le dur combat mené par les habitants pour maintenir le trafic au Gothard toute l' année n' en est pas moins remarquable. C' est aussi un combat contre l' isolement, et cet effort fondamental pour garder une liaison avec l' extérieur doit être considéré comme un facteur essentiel de la géographie humaine.
Un climat rude avec des températures relativement basses et d' importantes variations thermiques, lié à des précipitations abondantes, crée une' Tiré de la contribution du même nom à la géographie humaine, parue comme thèse à Zurich en 1963.
situation favorable à l' élevage mais n' offrant guère de chances de succès à l' agriculture..
Il est probable qu' il a existé à l' origine une couverture forestière continue sur les deux versants, jusqu' à l' épaulement de la vallée ( à 2000 m environ ). Vu les importantes masses de neige qui recouvrent chaque année la vallée, une intervention humaine relativement bénigne a suffi à accélérer la destruction de la forêt par les avalanches. Ceci a du se passer très tôt, probablement à l' époque de la colonisation par les Walser et de l' ouverture des Schöllenen ( XIIIe siècle ) et s' ex principalement par l' importance de la région comme lieu de passage et comme pâturage. Le défrichage, destiné à gagner de nouvelles terres ou à maintenir les pâturages existants, semble avoir été important et s' être concentré d' abord sur le versant ensoleillé, particulièrement convoité en tant que pâturage et prairie. Le paysage de la vallée s' est donc forme sous le signe des avalanches et de la pauvreté en bois. Aujourd'hui encore, les avalanches menacent souvent la vallée, malgré d' importants travaux de protection et de reboisement.
Le terrain exploitable de la Vallée d' Urseren se répartit entre une surface privée relativement restreinte et une aire commune étendue.
Le terrain agricole privé consiste pour la majeure partie en prairies dont l' exploitation, traditionnelle, ne comporte guère de phase intensive. La production de fourrage se base sur les prairies naturelles que l'on fauche une fois par année ou deux fois dans les bonnes années. En automne, le terrain privé est soumis depuis des siècles au droit de vaine pâture ( pâture commune ). Le faible degré de morcellement du terrain utilisé en privé démontre que la dominance de l' élevage a toujours existé dans la vallée. Les cultures semblent n' y avoir joué qu' un rôle très faible, pour des raisons non seulement climatiques, mais aussi économiques. Quant au système de mise en valeur du sol, il n' a jamais représenté une liaison entre Haut-Valais, Rhétie et Léventine.
La nécessité d' une économie fermée ( et le déve- loppement de l' agriculture consécutif à cette nécessité ) a probablement été ressentie assez fortement au Moyen Age, mais elle a disparu à mesure que les échanges augmentaient. En même temps, au bas Moyen Age, les conditions de vente des produits laitiers et du bétail s' améliorèrent. Il semble que le couvent de Disentis n' ait jamais encourage les paysans à cultiver des céréales. A une époque plus récente, on fit de rares essais de culture d' orge, de seigle d' été et de lin, essais peu concluants d' ailleurs. En revanche, la culture de la pomme de terre était plus répandue, et elle fut particulièrement encouragée au XIXe siècle par la corporation, puis elle reprit une certaine importance durant les deux guerres mondiales. Aujourd'hui, elle est insignifiante.
Le communal et les alpages d' Urseren sont propriété de la corporation; il n' existe pas d' alpage en propriété privée ou coopérative. Dans l' exploi de cette surface de pâturages d' été, très étendue en comparaison de la petite aire privée qui produit le fourrage d' hiver, il ne s' est pas développé de forme traditionnelle précise; un large champ est laissé à l' initiative de chacun. Ce n' est que dans les cas où d' autres pourraient être désavantages qu' il existe une réglementation stricte, par exemple pour la récolte du foin des prairies sauvages ou l' extraction de la tourbe ( qui constituent d' importants droits d' exploitation supplémentaires réserves aux seuls bourgeois ). L' utilisa des pâturages ne se fonde pas sur leur capacité, mais se fait selon une ancienne habitude, en partie sur une base coopérative ( pâture commune ) et en partie sur une base privée ( pâture individuelle ), sans que des droits d' alpage spéciaux existent. La pâture individuelle était probablement autrefois le principe le plus répandu et doit donc être considérée comme un des facteurs du déboisement de la vallée. Une certaine réglementation de la pâture se fait par le partage du sol de la corporation en zones d' exploitation différenciées, partage qui résulte en gros de la nature du terrain ( exposition et pente ). Mentionnons les alpages libres, les alpages à vaches pour le foin ( alpages « devant les limites » ) et les alpages « derrière les limites » ainsi que les alpages à petit bétail ( chèvres ). Le devoir d' entretien et d' amélioration des alpages de la part des exploitants est resté à peu près inconnu pendant longtemps.
Déplacements du bétail de Realp en pâture commune jusqu' à 1962 Dans le domaine de l' exploitation traditionnelle du terrain, ce sont donc le climat et le relief qui représentent les principaux facteurs géographiques naturels du paysage. Parmi les influences anthropologiques ( dues à l' homme ), il faut souligner l' absence d' autarcie — situation résultant du rôle de la vallée comme lieu de passage. Cela a favorisé 1Vue générale de la Furka et du glacier du Rhône Swissair-Photo SA, Zurich 2Realp au début du siècle Photos Gebr. Wchrly 3umdorf U. Kagi, Brütten ZH
G
Ö O iH 1 1 1—1 T3 SH 4-> Ö
iH des JB es.
Ö -1i—1 4_> c a
$-1 ta:
13
8 5-H M3J s surfao mètres:
es forêts c
J3
T3 ontdi " S u en fi C -O S C' 3 poi T3 .^ -a SUO -rt tes D plicai nivea 8 55 u Ì3 83 8 fac « h s un > u les 4Cabane Rotondo ( 2571 m ) et le Witenwassenstock ( 3082 m ) Photo L. Gcnsctter, Davos 5Pizzo Rotondo ( 3192 m ) Photo Gottfried Selin, Nussbaumen
6 Vue de la cabane Rotondo sur le Leckihorn ( 3065 m ) et le Stellibodenhorn ( 2g88 m ) Photo L. Gensetter, Davos Pizzo Lucendro ( 2962,7 m ) Photo L. Gensetter, Davos l' élevage qui comportait des chances de succès. Un principe fondamental qui s' exprime souvent dans l' activité humaine d' aménagement du territoire a été à l' œuvre au Val d' Urseren comme ailleurs: le but est de tirer de son environnement un profit direct, individuel et aussi important que possible, et de répartir équitablement ce profit entre les exploitants.
Dans ce domaine, on respecte à Urseren une certaine priorité: le pauvre passe avant le riche, le bourgeois avant le résident, l' habitant de vieille date avant le nouveau venu, le paysan qui nourrit ses bêtes en hiver avant le marchand de bétail. Le souci de sauvegarder son environnement ou le désir d' intervenir pour augmenter ses revenus sont peu développés, peut-être parce que le succès est trop incertain.
L' exploitation extensive du sol qui en résulte, la dominance générale de l' élevage s' expliquent en partie par le fait que tout le développement économique de la vallée s' est effectué sous le signe des possibilités de gain supplémentaires non agricoles. Ceci a finalement conduit, au cours de ces dernières années,à diminuer considérablement l' im de la production agricole. Dans bien des cas, l' élevage n' est plus pratiqué que comme activité accessoire,et les principes traditionnels d' ex du sol sont en train de tomber en désuétude.
La situation de la vallée, le long d' un important axe de communication nord—sud, lui a apporté très tôt déjà d' appréciables possibilités de revenus autres que ceux de l' élevage: conduite de voyageurs, transport de marchandises, construction et entretien de routes, commerce et hôtellerie puis ( dès 1410 ) mercenariat aux côtés d' Uri. La situation et l' altitude de la vallée la firent s' ouvrir au tourisme estival dès le XIXe siècle, et plus tard au tourisme d' hiver. Mais au XXe siècle, la base la plus sûre de son économie est la présence mili-taire.Traduit de l' allemand par Annelise Rigo 8Pizzo Rotondo et Witenwassenstock, vus du P. Lucendro Photo L. Gensetter, Davos 9Glacier du Rhône et Gerstenkorn Photo L. Gensetter, Davos