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vec le couronnement du roi Charles III le 6 mai 2023, il est beaucoup question des attributs du pouvoir. Et notamment de la, ou plutôt des couronnes que le souverain britannique portera ce jour-là.
L’usage veut que le monarque soit couronné par l’archevêque de Canterbury dans l’abbaye de Westminster avec la couronne de saint Edouard, nommée d’après Edouard le Confesseur (1004-1066), dont la version actuelle a été réalisée en 1661 pour Charles II afin de remplacer la couronne médiévale qui avait été fondue en 1649. Le Palais de Buckingham Palace avait annoncé en décembre dernier qu’elle avait quitté son présentoir de la Tour de Londres pour permettre quelques ajustements avant le couronnement du samedi 6 mai 2023. Cet ornement étant très lourd - sa base d’or massif pèse 2,23 kilos - le roi portera également la couronne d’État impériale pendant l’office.
La reine consort, quant à elle, arborera la couronne réalisée par le joaillier Garrard & Co. pour la reine Mary en 1911, mais légèrement adaptée par le bijoutier Mark Appleby. Les différentes pièces étant détachables, quatre arches sur les huit existantes ont été ôtées afin d’alléger le joyau. Enfin, les diamants Cullinan III (93,4 carats), IV (63,6 carats) et V (18,8 carats), qui appartenaient à la collection personnelle de bijoux de la reine Elizabeth II, ont été montés sur la couronne pour remplacer le fameux diamant Koh-i-Noor, dont la propriété est contestée par l’Inde. Une manière d’éviter d’éventuelles complications diplomatiques avec les autorités indiennes qui réclament régulièrement sa restitution.
Si les couronnes ont longtemps été l’apanage des grandes familles royales européennes, les bijoux de têtes, couronnes, tiares, aigrettes ou diadèmes se sont fortement démocratisés, et ce grâce aux riches héritières américaines qui ont épousé des aristocrates aussi titrés qu’ils étaient désargentés, à l’aube du XXe siècle. S’il est un grand joaillier reconnu pour ses bijoux de tête, c’est Chaumet. Claire Gannet, la directrice du patrimoine de la maison, répond à nos questions.
Europa Star: Comment se fait-il que, contrairement à d’autres grands joailliers, Chaumet n’a jamais cessé de créer des tiares et des diadèmes?
Claire Gannet: Le diadème est effectivement, depuis la naissance de la maison, un élément phare et emblématique des créations et collections Chaumet. Elle a pris son élan sous l’Empire. Les diadèmes, empruntés à l’esthétique antique, étaient alors une démonstration du pouvoir de l’Empereur qui exigeait que les dames de la Cour apparaissent coiffées de ce bijou de tête lors des événements officiels. L’histoire était lancée et la mode des diadèmes n’a, depuis quasi deux siècles et demi, jamais cessé de se réinviter, au fil des différentes époques et courants artistiques, en suivant les modes et les goûts du moment.
«Les diadèmes étaient une démonstration du pouvoir de l’Empereur.»
Quelles sont les trois plus belles tiares du patrimoine Chaumet?
Le choix est vraiment difficile, car la collection patrimoniale comporte des merveilles mais il y a notamment trois diadèmes qui me tiennent particulièrement à cœur. Tout d’abord le diadème Epis de Blé, le plus ancien de la collection (1811), lié à l’Impératrice Joséphine, figure tutélaire de la Maison. Ensuite, le diadème Pensées (1850), si poétique, telle une couronne de fleurs fraiches posée dans la chevelure, mais en diamants! Enfin, l’Aigrette Soleil Rayonnant (1916) qui dit la fête, annonce les années folles, les femmes qui portent de pantalons et coupent leurs cheveux. On peut ajouter peut-être le diadème de la princesse Henckel von Donnersmark, qui appartient à une collection privée. Encore aujourd’hui, il s’agit du diadème le plus cher du monde.
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- Le diadème Aigrette Soleil Rayonnant
Les bijoux de tête, qui étaient souvent des commandes spéciales, répondaient-ils aux règles de style des autres pièces de haute joaillerie - style géorgien, guirlande, art nouveau, art déco - ou en étaient-ils libérés?
Un bijou est toujours à la fois la création d’une époque - et par là même influencé par un style, par exemple le style art déco - et aussi influencé par le goût de celle qui le commande. Ces deux éléments sont parfois équilibrés, et parfois, l’un l’emporte très clairement sur l’autre.
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- Le diadème Epis de Blé
La maison Chaumet, toujours en quête d’agrandir son patrimoine, recherche-t-elle aussi des bijoux de tête?
La Maison Chaumet poursuit depuis plusieurs années une politique d’acquisitions ambitieuse, notamment de diadèmes, en lien avec les maisons de vente aux enchères mais aussi de grands marchands et propriétaires privés.
«Depuis deux siècles, la mode des diadèmes n’a jamais cessé de se réinviter.»
Quelle tiare particulière la maison rêverait-elle d’acquérir?
Le diadème Œillets est un trésor qui aurait toute sa place dans la collection, mais nous avons de nombreux rêves!
Comment expliquez-vous le regain d’intérêt pour les tiares de la part de nouvelles générations issues de familles fortunées?
Le diadème peut symboliser le début d’une dynastie, avec les enjeux de transmission propres à la joaillerie. Il peut aussi illustrer une histoire d’amour. Il a enfin une réelle dimension spirituelle: porter un diadème, c’est être plus proche du ciel, c’est s’élever.
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- Le modèle Déferlante
Les couronnes et les tiares étaient historiquement les attributs de l’aristocratie et des membres des familles royales. Comment sont-elles passées sur la tête de la haute bourgeoisie: était-ce dû aux princesses du dollar, ces riches héritières américaines qui ont épousé des aristocrates désargentés dès la fin du 19ème siècle?
Plusieurs raisons peuvent être avancées. De nombreux mariages ont eu lieu entre la grande et historique aristocratie britannique - et aussi française mais dans une moindre mesure - et les milliardaires américains à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Les fortunes du nouveau monde ont volé au secours de l’aristocratie de l’ancien monde. Ces grandes familles industrielles, apparues au 19ème siècle sur le devant de la scène, voulaient briller dans les dîners et événements mondains. Le diadème est un élément iconique de la fête tout comme des célébrations officielles. Il est théâtral, glamour. Mais il parle aussi au côté «princesse» que chaque petite fille ou femme peut avoir en elle.
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- La tiare Chant des Sirènes
Sans révéler de secrets, quel genre de clientèle s’offre ou se fait offrir un diadème ou une tiare aujourd’hui ?
Les diadèmes sont aujourd’hui encore offerts dans le cadre d’un mariage ou d’une naissance. Ils peuvent aussi être portés par une femme d’affaire, démontrant ici le pouvoir et la force que donne un bijou à celle qui le porte. Des grandes familles en Asie notamment peuvent être séduites par l’histoire majestueuse de Chaumet.
Est-ce que Chaumet continue de créer des couronnes pour les membres des familles royales?
La maison a servi jusqu’à récemment encore - dans les années 1960-70- de grandes familles royales, qui, ceci étant, ont souvent dans leurs coffres de fabuleux diadèmes de famille qu’elles sont heureuses de porter et transmettre de génération en génération.