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Le fou est enfermé dans l’île de l’outre-raison. Il regarde par les ouvertures grillagées du mur d’enceinte. Il observe aussi les grilles elles-mêmes. D’un pas lent, il avance de fenêtre en fenêtre, de cadrage en cadrage, attentif à ce qui chaque fois change un peu.
San Servolo est une île de la lagune de Venise.
Depuis le VIIIe siècle, ses parties construites ont abrité successivement un monastère bénédictin, un hospice, un dépôt de grains, un lieu de quarantaine pour pestiférés et un hôpital.
A partir de 1725 et pendant 250 ans, San Servolo fut « l’île des fous ». Hôpital militaire pour aliénés au XVIIIe, elle devint asile central de la Vénétie sous Napoléon. Avec ce statut, l’institution accueillit plus de 250’000 patients, avant d’être rebaptisée hôpital psychiatrique en 1932 et de fermer ses portes en 1978 par effet de la fameuse loi Basaglia.
San Clemente, l’île que l’on voit en face, à travers les grilles, joua au fil de l’histoire des rôles analogues à ceux de San Servolo et fut en particulier « asile central des femmes » de la fin du XIXe siècle à la fin du XXe.