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Les sifflements et trémolos mélodieux des Courlis cendrés résonnent à nouveau sur les rivages du Léman ! Les températures très basses de janvier ont provoqué le retour des Courlis cendrés sur l’île aux oiseaux à Préverenges. Il y en avait au moins 4 le 5 janvier, puis leur nombre a augmenté jusqu’à un maximum de 115 le 17 janvier. Comme pendant l’hiver 2005/06, ils viennent entre 17h et 18h pour passer la nuit sur l’île et partent se nourrir tôt le matin en Haute-Savoie F et sur La Côte. Rappelons que le Courlis cendré, suite à la disparition des nicheurs dans la basse plain du Rhône en 1943, était devenu un oiseau de passage rare dans tout le bassin lémanique. Ce n’est qu’à partir de la construction de l’île entre l’automne 2001 et l’été 2002, que l’espèce est revenue hiverner dans la région. Le spectacle de l’arrivée, plus ou moins groupée selon les circonstances, de ces grands limicoles au bec improbable n’est à manquer sous aucun prétexte !
Le Courlis cendré est largement distribué dans la zone tempérée et boréale d’Eurasie, la sous-espèce nominale nichant des îles Britanniques et de la côte atlantique française à la Volga et l’Oural, remplacée plus à l’est par la sous-espèce N. a. orientalis, qui s’étend à travers le Kazakhstan jusqu’à la Mandchourie (Chine). Avec 40'000-60'000 couples, la Finlande héberge plus d’un tiers de la population européenne, dont la population continentale est très morcelée ; la Grande-Bretagne quant à elle compte 38'000-43'000 couples. La population du Paléarctique occidental hiverne de l’Islande et des îles Britanniques aux côtes de la Méditerranée et de l’Afrique du nord, à l’est jusqu’au golfe Persique et l’ouest de l’Inde.
En Suisse, située à la limite méridionale de l’aire de nidification, l’espèce est sur le point de disparaître comme oiseau nicheur. Entre 1993 et 2003, 1-4 couples nichaient encore sur la rive du haut lac de Zurich, en 3 secteurs dans la réserve naturelle de Frauenwinkel entre Freienbach SZ et Hurden SZ. En migration, le Courlis cendré peut être observé dans toutes les zones humides du Plateau et du Tessin, plus rarement à l’intérieur des Alpes et dans le Jura. Des groupes de plus de 100 individus hivernent régulièrement dans la région du Chablais de Cudrefin VD/Fanel BE/NE, le long du haut lac de Zurich à Rapperswil SG et à Nuolen SZ et surtout sur les rives du lac de Constance : l’effectif hivernal y est d’environ 1'000 individus, partagés entre Egnach TG et Frasnacht TG, le delta du Rhin A, l’Eriskircher Ried D, le bassin d’Ermatingen TG/D et l’embouchure de la Radolfzeller Aach D.
Dès fin juin, des femelles arrivent dans les quartiers de mue au delta du Rhin A, où leur nombre augmente rapidement en juillet, les mâles s’observant surtout fin juillet/début août. Leur séjour se prolonge jusqu’en novembre, le temps nécessaire pour terminer la mue. Ailleurs, la migration postnuptiale débute dans la 2e décade de juillet et culmine dès mi-septembre et en octobre avec le passage des jeunes, puis s’amenuise en novembre et décembre pour ne laisser que les hivernants en janvier. Les vagues de froid provoquent parfois un afflux d’oiseaux nordiques.
La population nicheuse d’Europe s’est effondrée dans la plupart des pays dès 1950. L’effectif nicheur helvétique était encore estimé à 60-80 couples vers 1960, 15 couples en 1972-76, au maximum 10 en 1980, 6-8 en 1992 et plus que 3-4 en 1993-96, confinés dans un seul carré d’atlas, ce qui représente une diminution de 95 % pendant la seconde moitié du XXe siècle.
Le nombre d’observations en Suisse est par contre en nette augmentation depuis la fin des années 80 AN1. La région du lac de Constance est l’un des sites d’hivernage les plus importants dans le centre de l’Europe continentale avec en moyenne 1'000 individus, au maximum 1'100 pendant l’hiver 2000/01. Les effectifs y ont augmenté continuellement pendant les 30 dernières années. Dans toute la Suisse, l’effectif de mi-janvier est passé de 333 individus en 1997 à 1'149 en 2001, probablement en raison d’un climat plus doux et de faibles chutes de neige, mais il s’est réduit lors des hivers rigoureux suivants. La population hivernante est en recul dans les quartiers d’hiver le long des côtes du nord-ouest de l’Europe et d’Afrique du Nord. La France, la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas sont les seuls pays européens où la tendance des effectifs nicheurs est légèrement positive.
L’avenir du Courlis cendré en Europe centrale paraît sombre, le taux de reproduction y étant souvent si faible qu’il ne suffit plus au renouvellement des populations. Le déclin qui devrait en résulter est occulté par la grande espérance de vie de l’espèce et sa fidélité remarquable au site de nidification. Les causes du déclin de l’espèce sont multiples : assainissement des marais, intensification de l’exploitation des prairies, abandon du fauchage des marais permettant leur embuissonnement, recours systématique aux engrais et produits chimiques et augmentation des activités de loisirs provoquant des dérangements incessants sur les lieux de reproduction, notamment par la divagation des chiens non tenus en laisse. La conservation et la renaturation des prairies humides, le maintien d’un niveau élevé de la nappe phréatique, le débroussaillage et le fauchage des marais, l’extensification des prés gras et la canalisation du public sont des mesures favorables à la nidification du Courlis cendré. En migration et en hivernage, cette espèce généralement farouche a besoin d’îles ou de bancs de sable à l’écart des dérangements pour y passer la nuit, comme le montrent les hivernages au lac de Constance ainsi qu’à Préverenges VD et Yverdon VD dès la construction des îles artificielles. Depuis l’abolition de la chasse dans le bassin d’Ermatingen TG/D le 1er octobre 1985, les courlis y demeurent volontiers toute la journée et effectuent moins de déplacements entre leurs dortoirs et leurs gagnages.

A propos de Lionel Maumary