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Critique
"L'auteur de LA VERITE SI JE MENS raconte avec réalisme et finesse l'histoire de Michou, enfant algérien recueilli par une famille de province.
Pour Nathalie Baye, ""c'est la simplicité des personnages qui est belle"". Elle a raison. Michou d'Auber possède une vérité dont peu de comédies peuvent se prévaloir, mais qui conserve sa place dans un certain cinéma français. LES ENFANTS DU MARAIS, MONSIEUR BATIGNOLE, ou encore LES CHORISTES s'inscrivent dans cette veine, œuvres sans prétention créatrice et sans recherche scénique particulière, soucieuses avant tout de raconter une histoire qui, en définitive, ne sera pas exempte de réflexion.
Comme Gisèle (Nathalie Baye) et Georges (Gérard Depardieu) n'ont pas d'enfants, ils accueillent ceux de l'Assistance publique. Entre 1960 et 1962, la guerre d'Algérie fait rage; le général de Gaulle défend une Algérie libre; en métropole, le racisme anti-arabe est virulent. Si bien que lorsque Gisèle se voit offrir Messaoud (Samy Seghir) par l'orphelinat, elle se résout à cacher son origine à tout le monde. Teint en blond, l'enfant devient Michou d'Auber (il arrive d'Aubervilliers) et part à la conquête de l'ancien militaire qu'est Georges, de sa province d'adoption, voire de quelques succès scolaires.
Comédie dramatique, MICHOU D'AUBER joue avec des faits réels dans lesquels il puise un savoureux mélange de tristesse et d'humour. Servie par des comédiens excellents, la justesse des personnages est telle que jamais la touche ne déborde. Il faut voir Gisèle, femme intelligente, tentée par un ""autre chose"" qu'elle peine à définir, mais qui, de toute façon, ne se présentera jamais à elle. Il faut voir son Georges, homme rude qui a ""fait l'Indochine"" et voue une admiration sans borne au général. Il faut voir aussi le jeune Samy Seghir qui comprend si bien son rôle et se glisse dans la peau de Messaoud/Michou comme la main dans son gant.
La reconstitution des années 60 est une jolie surprise, jusque dans la bande-son qui ne néglige ni Bourvil, ni Dalida. Sans affectation, là encore toute de simplicité et de justesse, elle plonge dans un joli climat de province, entre l'Ami-6 de l'homme, le tablier de ménagère de la femme et le jeune garçon trisomique, parfaitement intégré dans la communauté. Le climat est bucolique, mais lourd le poids du qu'en-dira-t-on. Et plus lourde encore la haine que certains nourrissent contre les Arabes. Le réalisateur la fait nettement ressortir dans les querelles de bistrot. Tandis que Michou, apprécié de tous, démontre malgré lui qu'on en veut à l'inconnu, bien plus qu'à l'étranger.
Histoire touchante et savoureuse d'une famille de province? MICHOU D'AUBER est davantage que cela. Il pousse plus largement la porte sur la voie de la remise en question d'une période tragique pour la France et l'Algérie. Pendant des années, Paris a opté pour une politique du silence. Il n'était pas question des combats, mais des ""événements"" d'Algérie. Ce n'est qu'en octobre 1999, sous le gouvernement Jospin, qu'une loi est promulguée, reconnaissant l'existence de la guerre et en acceptant la commémoration. Depuis, les souvenirs des uns se heurtent aux souvenirs des autres, chacun revendiquant son statut de victime. Thomas Gilou ne craint pas de montrer la violence du climat anti-arabe des années 60. Son film contribuera peut-être à une réflexion plus objective."
Geneviève Praplan