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Le 29 septembre 2022, le Conseiller national Vert bernois Kilian Baumann déposait le postulat 22.4109 « Protéger la création de valeur ajoutée agricole. Stop à la promotion de viande bon marché ! ». Le 28 février 2024, le Conseil national a rejeté le texte, suivant la position du Conseil fédéral.
Dans son texte, l’élu rappelait que « le marketing et la publicité agressive servent surtout à attirer le consommateur dans les magasins et à l'inciter à consommer », et que la viande mise en avant vendue à un prix dérisoire « provient souvent de l'étranger et ne respecte pas les normes agricoles suisses, que ce soit sur le plan du bien-être animal ou sur celui de l'écologie ». Pour lui, « de telles stratégies font pression sur les prix de la viande, sapent la création de valeur des exploitations suisses et entravent les exploitations qui s'engagent en faveur d'un mode de production exemplaire (viande labellisée) ». Kilian Baumann demandait donc au Conseil fédéral « d'examiner les moyens et les mesures qui permettraient de limiter la publicité et le marketing pour les promotions de viande à bas prix ».
Le Conseil fédéral recommande le rejet du texte
Malgré ces arguments pleins de bon sens, le Conseil fédéral a recommandé, sans surprise, de rejeter le postulat. Dans sa réponse du 16 novembre 2022, il expliquait approuver « le fait que les acteurs des différentes filières de l'agroalimentaire cherchent des moyens de rendre leur activité plus durable et plus tournée vers la création de valeur, et les mettent en œuvre par eux-mêmes ». Par ailleurs, il a déclaré qu'il n'existait « aucune base légale justifiant que l'on introduise des restrictions dans les opérations publicitaires des détaillants » sauf quelques exceptions, et que « l'activité visée par le présent postulat, de même que la formation des prix, sont l'affaire du secteur privé ».
pour l'udc, impossible d'accepter une baisse de la consommation de viande
Durant le débat du 28 février 2024, Kilian Baumann a rappelé que « les prix des produits agricoles sont de plus en plus bas, les magasins des grands distributeurs proposent régulièrement des produits alimentaires à des prix bien inférieurs à leur valeur. » Il a également insisté sur le fait que « le marketing et la publicité agressifs des actions de viande à bas prix attirent les consommateurs dans les magasins et les incitent à une consommation supplémentaire. Dans ce contexte, les actions de viande à bas prix avec des marchandises importées sont particulièrement choquantes ». Parmi les personnes opposées au texte, de nombreux élus UDC se sont exprimés pendant le débat. Parmi eux, Mike Egger, également membre du comité directeur du Fleischfachverband St. Gallen – Liechtenstein, ou encore le Fribourgeois Nicolas Kolly. Celui-ci a redouté que la proposition de l’élu Vert vise « de manière sous-jacente, à attaquer uniquement la publicité pour la viande et, par-là, la consommation de viande ». Un autre élu UDC, Manuel Strupler, a même reproché au texte d’être « une tentative de déresponsabiliser les consommateurs ». Kilian Baumann a fini par s’étonner qu'une « telle résistance se manifeste actuellement du côté des agriculteurs. ». L’UDC Vaudois Yvan Pahud a résumé la crainte commune de son parti : « on a l'impression que c'est une attaque contre la viande ». Impossible, semble-t-il, pour l’UDC, d’accepter une quelconque baisse de la production ou consommation de chair animale, malgré les problèmes éthiques, écologiques et de santé publique en jeu. A noter que tous ces élus ont des notes proches de 0/5 sur notre plateforme.
Le Parlement a suivi la position du Conseil fédéral
Guy Parmelin a assuré que le Conseil fédéral voulait « promouvoir une consommation plus durable et plus saine, en améliorant la transparence du marché dans le sens d'une plus grande vérité des prix ». Mais il a conclu en arguant qu’il « n'existait pas de base légale permettant d'introduire des restrictions dans les actions promotionnelles des détaillants », et que « l'activité visée par le présent postulat, de même que la formation des prix, reste donc l'affaire du secteur privé ». On rappelle au passage que la note du Conseil fédéral sur notre plateforme est catastrophique : 0.47/5. On ne pouvait donc pas espérer mieux de sa part sur cette question.
La majorité du Parlement a suivi la position du Conseil fédéral et a rejeté le postulat, par 124 voix contre, 66 pour et 2 abstentions. Dans le détail, la totalité des élu·e·s UDC se sont sans surprise opposé·e·s au texte. A l’inverse, les Vert·e·s et socialistes l’ont accepté. Au PLR et au Centre, deux élu·e·s de chaque parti ont eu l’audace de voter contre la tendance de leur groupe parlementaire et ont accepté le texte. Il s’agit de : Anna Giacometti (PLR–Grisons), Niklaus-Samuel Gugger (PEV-ZH), Marc Jost (Centre-BE), Matthias Samuel Jauslin (PLR-AG). Enfin, chez les Verts-Libéraux, seule une élue, la bernoise Kathrin Bertschy, a voté favorablement. La raison de ce refus invoquée par le parti est qu’il n'est « pas dans son ADN de dicter aux entreprises privées leur stratégie marketing ».
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