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Nauru est le pays qui reçut le moins de touristes en 2014. Selon Gunnar Garfors, l'auteur de la liste des pays les moins visités, seuls 160 visiteurs s'y seraient rendus l'année passée. Le lecteur watson David Rossel est l'un de ces rares touristes.
Par Leo Helfenberger
David, qu'est-ce qui t'a amené à te rendre dans cet État insulaire le plus isolé au monde?
David Rossel: Je me suis toujours intéressé à la géographie et aux pays étrangers lointains. Un jour, je suis tombé sur Nauru, la plus petite république du monde. Elle m'a immédiatement fascinée, mais il n'y avait que très peu d'information disponible à son propos. Je devais présenter un pays en voie de développement pour un projet de cours. C'est là que j'ai commencé à faire des recherches intensives sur ce petit pays fascinant à bien des égards. Une facette intéressante, par exemple, est que Nauru a figuré sur la liste des pays les plus riches au monde. Mais aujourd'hui, c'est un pays en développement. Dans le cadre de mon travail de maturité, je me suis penché sur la langue nauruane. Je me suis procuré des informations et des nouvelles sur le pays dans des anciens livres datant de l'ère coloniale et des journaux australiens.
Et tu as ensuite décidé de t'envoler pour Nauru?
Oui. Ça faisait longtemps que je voulais m'y rendre, mais je n'avais pas l'argent. J'ai pu économiser lorsque j'ai commencé un job d'étudiant. J'ai finalement pu m'envoler pour Nauru en été 2008, en passant par Singapour et Brisbane. Le voyage a duré près de 30 heures. J'ai reçu mon visa du consulat de Nauru à Melbourne. La condition à remplir est d'avoir une réservation pour une chambre dans le seul hôtel appartenant à l'état. La nuit coûte 110 dollars. J'y ai passé 4 nuits, puis je suis allé dans une pension privée moins chère. Elle était encore en construction.
Encore en construction: c'est-à-dire?
Il lui manquait encore au moins un étage. Les piliers pour le troisième étage étaient déjà érigés sur le toit, mais l'étage lui-même ne fut jamais terminé. Les maisons de ce genre abondent à Nauru. La charpente y est, mais les maisons n'ont finalement pas été construites. On y trouve aussi de nombreux entrepôts abandonnés, encombrés de déchets. Et bien sûr les vestiges de l'extraction du phosphate.
L'exploitation du phosphate est-elle encore actuelle?
Non, l'exploitation a presque complètement cessé. Mais tout l'intérieur du pays ressemble à un paysage lunaire. Tout se déroule le long de la côte, sur une bande d'environ 300 mètres de large. Ce qui est particulièrement impressionnant, ce sont les traces que l'exploitation du phosphate a laissé sur les habitants de Nauru. Lorsque la république gagna son indépendance en 1968, elle commença à exploiter le phosphate elle-même. Soudainement, la nation nageait dans l'argent. Des travailleurs immigrés venant des îles voisines, comme les Fidji, furent chargés du travail manuel. Les Nauruans, eux, avaient la belle vie. Ils allaient faire du shopping en Australie en jets, et s'achetèrent tous deux, trois voitures.
Une voiture sur une île si petite?
Oui. Imaginez-vous ça: Nauru a environ 20 km de routes pavées et les seuls feus de circulation sont à l'aéroport. Mais pendant ces années fastes, il y avait des bouchons tous les jours! A vélo, je pouvais faire le tour de l'île en 45 minutes. La santé des habitants se détériora rapidement suite à cette richesse soudaine et à leur mode de vie erratique. Une grande partie de la population est obèse et souffre de diabète. Ajoutez-y les niveaux de phosphate dans l'air, et cela explique leur espérance de vie de 65 ans.
Les Nauruans ne font-ils pas de sport?
Si! Deux activités sportives dominent: l'haltérophilie et le football australien, qui est la variante australienne du football américain. On dit même que les Nauruans seraient les footballeurs les plus costauds au monde, car ils ne jouent pas sur de l'herbe, mais sur un sol dur en corail. Ils ont leur propre ligue avec huit clubs, ce qui est remarquable pour une île avec une population de 10'000 habitants. Le président de l'époque que j'ai pu rencontrer était un ancien athlète olympique d'haltérophilie.
Tu as rencontré le président? Comment est-ce arrivé?
Eh bien, j'ai passé deux semaines sur l'île de Nauru. La plupart des touristes ne restent qu'un ou deux jours pendant un séjour de transit. La nouvelle qu'un touriste suisse errait sur l'île en prenant des photos s'est transmise de bouche à oreille. J'ai aussi passé du temps dans les archives des autorités pour rassembler et copier des fichiers pour un projet à venir. Finalement, j'ai demandé à la secrétaire s'il serait possible de parler au président. Elle m'a répondu qu'elle allait voir ce qu'elle pouvait faire, et le lendemain, je serrais la main du président de Nauru.
Il était comment?
Il était très sérieux mais amical, il a répondu à toutes mes questions. Je lui ai par exemple demandé s'ils avaient des relations diplomatiques avec la Suisse. Il m'a répondu que tout se faisait au travers de l'UE. J'ai rétorqué que la Suisse ne faisait pas partie de l'UE. Surpris, il me dit que dans ce cas, nous n'étions pas en relation diplomatique. Il était un des premiers présidents qui put maintenir son poste pendant une période prolongée. Avant lui, les changements étaient fréquents, parfois même une histoire de semaines. A Nauru, un des 18 membres du parlement est élu comme président. Le parlement est souvent bloqué dans des votes à 9 contre 9. Les décisions politiques importantes sont ainsi retardées pendant une éternité, comme par exemple la réforme constitutionnelle qui s'impose depuis longtemps.
De quoi les Nauruans vivent-ils, maintenant que l'extraction du phosphate est interrompue?
La principale source de revenus vient des camps de réfugiés. L'Australie a externalisé deux camps de réfugiés sur Nauru, pour lesquels elle compense l'île financièrement. C'est ce qu'ils appellent la «Pacific Solution». En 2001, une insurrection pris place dans l'un des camps et la résidence présidentielle fut incendiée. Les fondations sont encore visibles aujourd'hui, comme si le feu avait été éteint hier. Des discussions sont en cours qui considèrent la mise en place sur l'île d'un stockage de déchets nucléaires. Cela représenterait une source de revenu supplémentaire. En outre, Taïwan investit de l'argent ici et là pour que Nauru reconnaisse Taïwan comme État indépendant. Le seul avion de la compagnie aérienne nauruane est par exemple sponsorisé par Taïwan.
Penses-tu que le tourisme pourrait un jour subvenir aux besoins du pays?
Cela demanderait beaucoup de travail. Le paysage lunaire de l'intérieur du pays devrait être remis en état, une infrastructure devrait être mise en place et les plages devraient être aménagées pour accueillir les touristes. Quand je m'y suis rendu, ils n'avaient pas de réseau mobile ni de bancomats, et un seul café Internet. Chercher une plage idyllique est sans espoir, car l'île est entourée d'un récif d'une centaine de mètres de largeur. L'eau n'a qu'un mètre de profondeur, puis cela chute soudainement. Et les courants sont puissants, j'en ai fait l'expérience en m'aventurant vers l'extérieur. Ils n'ont pas d'attractions particulières à offrir et les séjours restent très chers si l'on ne connaît personne sur place. À l'hôtel déjà très cher s'ajoute le vol Australie-Nauru de près de 1'000 francs! Pendant mon séjour, les habitants m'ont souvent demandés pourquoi j'étais venu de si loin pour voir une île morte. Mais pour moi, c'était une conclusion impressionnante après avoir étudié Nauru de façon si intensive.