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CHAPITRE XIII : ALTÉRATION DE LA LITURGIE ET DU CHANT, DURANT LE XIV° ET LE XV° SIÈCLE. NECESSITE D'UNE REFORME. LEON X. CLÉMENT VII. PAUL III. FERRERI ET QUIGNONEZ. BURCHARD ET PARIS DE GRASSI. LITURGISTES DU XIV° ET DU XV° SIÈCLE.
Il était difficile que la Liturgie, après la correction franciscaine, se maintînt dans une entière pureté. Le Siège apostolique n'avait point obligé les Églises à recevoir les livres ainsi réformés, et l'adoption qu'on en avait faite en plusieurs lieux avait été purement facultative. D'un autre côté, dans les endroits où cette adoption avait lieu, on retenait beaucoup d'anciens usages qui accroissaient encore la confusion ; en même temps qu'une dévotion ardente chargeait de jour en jour le calendrier de nouveaux saints, avec des offices plus ou moins corrects.
Quoique l'ancien fonds de la Liturgie romaine restât toujours, ainsi qu'on peut s'en convaincre en feuilletant les livres qui nous restent encore, il est facile de penser quelle anarchie de détail devait exister dans les usages des différents diocèses. L'imprimerie manquant pour multiplier des exemplaires uniformes, on était réduit au dangereux procédé des copies manuscrites dont il fallait subir toutes les incorrections. Ces copies n'étaient pas seulement corrompues par l'ignorance, ou l'incurie de leurs auteurs ; mais elles se chargeaient d'une foule d'additions grossières et même superstitieuses, ainsi qu'on le peut voir
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par les ordonnances des conciles qui se plaignent souvent, durant le XIV° et le XV° siècle, des abus en ce genre.
Ces additions consistaient principalement en des histoires apocryphes, inconnues aux siècles précédents, quelquefois même rejetées par eux, et qu'on avait introduites dans les leçons, les hymnes ou les antiennes ; en des formules barbares insérées pour complaire à un peuple grossier ; en des messes votives qui prenaient la place des messes ordinaires et qui présentaient des circonstances superstitieuses dans leur nombre ou dans le rite qu'on devait y garder; en des bénédictions inconnues à toute l'antiquité, et placées furtivement dans les livres ecclésiastiques par de simples particuliers. En un mot, au lieu d'être la règle vivante, l'enseignement, la loi suprême du peuple chrétien, la Liturgie était tombée au service des passions populaires, et certaines fictions qui étaient parfaitement à leur place dans les Mystères que représentaient les clercs de la Basoche, avaient trop souvent envahi les livres de l'autel et ceux du choeur. Pour comprendre toute l'étendue des abus dont nous parlons, il ne faut que se rappeler le sang-froid avec lequel le clergé livrait les cathédrales aux farces étranges de la fête de l'Ane et de la fête des Fous ; on pourra s'imaginer alors jusqu'à quel point cette familiarité dans les choses les plus sacrées du culte divin compromettait la pureté de la Liturgie.
Au siècle dernier, c'était la mode de vilipender le moyen âge, comme une époque de barbarie ; aujourd'hui, et très-heureusement, la mode semble être d'exalter les siècles qu'on appelle siècles catholiques. Assurément il y a un grand progrès dans ce mouvement ; mais quand on aura étudié davantage, on trouvera que le XII° et le XIII°siècle, bien supérieurs sans doute à ceux qui les ont suivis jusqu'ici, nous en convenons de grand cur, eurent aussi leurs misères. Si donc nous relevons en eux les inconvénients graves et nombreux de l'ignorance et de
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la superstition, nous parlons comme les Conciles et les Docteurs de ces temps héroïques ; mais par la nature même des reproches que nous leur adressons, nous les mettons déjà infiniment au-dessus des siècles que dégradent le rationalisme et les doctrines matérialistes.
L'antique dépôt de la Liturgie courait donc de grands risques, au milieu de cette effervescence d'un zèle peu éclairé qui produisait de jour en jour, en tous lieux, des dévotions chevaleresques. La Liturgie, comme la foi chrétienne, appartient à tous les siècles. Tous l'ont professée, tous l'ont ornée de quelques fleurs ; mais il n'eût pas été juste que l'antique fonds élaboré par les Léon, les Gélase, les Grégoire le Grand, fût totalement recouvert par les superfétations de deux ou trois siècles privilégiés qui, ravisseurs injustes de la gloire des âges précédents, enlevassent aux suivants l'honneur et la consolation d'écrire aussi leur page au livre des prières de l'Église, et, par elle, du genre humain. La fête et l'office du saint Sacrement sont la seule uvre liturgique que l'Église ait voulu garder de ce XIII° siècle si fécond d'ailleurs en toute sorte d'inspirations pieuses; et, certes, la gloire de ce siècle est grande d'avoir doté le peuple chrétien d'une si sublime institution, que l'on serait tenté de la regarder comme le complément de l'année liturgique, si l'on ne savait d'ailleurs que l'époux ne cesse jamais de révéler à l'épouse de nouveaux secrets.
Un grave péril, outre celui dont nous parlons, était né de l'anarchie en matière liturgique. L'uvre d'unité accomplie par Charlemagne et les Pontifes romains, en même temps qu'elle garantissait la pureté de la foi, consolidait une nationalité unique en Occident. C'était ce grand bien que les rois guerriers et législateurs de l'Espagne, d'accord avec saint Grégoire VII, avaient voulu assurer à leurs peuples, en embrassant la Liturgie romaine. Mais si cette Liturgie, livrée aux caprices des hommes,
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venait à se morceler non-seulement par nations, mais par diocèses et par églises, où était le fruit de tant d'efforts entrepris pour détacher de leurs anciens usages les peuples retombant dans un état au-dessous du premier ? Dans un temps plus ou moins long, la prière cessait d'être commune entre les diverses races européennes, l'expression de la foi s'altérait, la foi même était menacée. Nous verrons plus loin les mesures que prit Rome pour ramener l'unité, et le succès dont elles furent couronnées.
Au reste, en subissant une dégradation, dans le XIV° et le XV° siècle, la Liturgie suivit, comme toujours, le sort de l'Église elle-même. L'abaissement de la Papauté après Boniface VIII, le séjour des Papes à Avignon, le grand Schisme, les saturnales de Constance et de Baie, expliquent plus que suffisamment les désordres qui servirent de prétexte aux entreprises de la prétendue Réforme. Nous plaçons l'altération de la Liturgie au rang des malheurs que l'on eut alors à déplorer. Aussi verrons-nous le saint concile de Trente préoccupé du besoin d'une réforme sur cet article, comme sur les autres. Mais nous ne devons point anticiper sur ce qui nous reste à dire : nous n'avons pas encore signalé tous les abus qui s'introduisirent dans les formes du culte, au XIV° et au XV° siècle.
L'architecture religieuse, surtout durant le XV° siècle et une partie du XVI°, présenterait à elle seule de graves sujets de plainte. Cet art si pur, si inspiré, si divin au XIII° siècle, se prostitua bientôt jusqu'à donner l'ignoble caricature des choses saintes, non-seulement sur les galeries extérieures, mais jusque sur les chapiteaux et les boiseries du sanctuaire. Des images indécentes de clercs et de moines souillèrent les abords de ces niches où l'âge de saint Louis avait placé l'effigie placide et pure des Bienheureux et de la Reine des Anges. Rabelais n'est pas plus cynique, pas plus indignement contempteur du sacerdoce
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chrétien, que certains architectes et sculpteurs de l'époque que nous racontons. Ajoutons à cela la confusion, la bizarrerie, le caprice de l'ornementation, ouvrant la porte aux formes païennes, aux mélanges si déplacés des symboles mythologiques les plus charnels avec les emblèmes mystiques de notre culte. Nous ne faisons qu'indiquer ici les traits généraux ; mais il faut bien comprendre que si le paganisme recommença dans les arts, au XVI° siècle, la place lui avait été préparée de longue main par la frivolité et l'extrême liberté dans lesquelles s'était jeté déjà l'art du moyen âge. Sachons-le bien, il y avait deux peuples, dans nos siècles catholiques, comme aujourd'hui : seulement les enfants de Dieu étaient plus forts que les enfants des hommes.
Le chant ecclésiastique, non-seulement se transforma à cette époque, mais faillit périr à jamais. Ce n'était plus le temps où le Répertoire grégorien demeurant intact, on ajoutait pour célébrer plus complètement certaines solennités locales, ou pour accroître la majesté des fêtes universelles, des morceaux plus ou moins nombreux, d'un caractère toujours religieux, empruntés aux modes antiques, ou du moins rachetant, par des beautés originales et quelquefois sublimes, les dérogations qu'ils faisaient aux règles consacrées. Le XIV° et le XV° siècle virent le Déchant, c'est ainsi que l'on appelait le chant exécuté en parties sur le motif grégorien, absorber et faire disparaître entièrement, sous de bizarres et capricieuses inflexions, toute la majesté, toute l'onction des morceaux antiques. La phrase vénérable du chant, trop souvent, d'ailleurs, altérée par le mauvais goût, par l'infidélité des copistes, succombait sous les efforts de cent musiciens profanes qui ne cherchaient qu'à donner du nouveau, à mettre en évidence leur talent pour les accords et les variations. Ce n'est pas que nous blâmions l'emploi bien entendu des accords sur le plain-chant, ni que nous réprouvions
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absolument tout chant orné, par cela seul qu'il n'est pas à lunisson; nous croyons même, avec l'abbé Lebuf, que l'origine première du Déchant, qu'on appelle aujourd'hui contrepoint, ou chant sur le livre, doit être rapportée aux chantres romains qui vinrent en France, au temps de Charlemagne (1). Mais l'Esprit-Saint n'avait point en vain choisi saint Grégoire pour l'organe des mélodies catholiques ; son uvre, réminiscence sublime et inspirée de la musique antique, devait accompagner l'Église jusqu'à la fin des temps. Il devint donc nécessaire que la grande voix du Siège apostolique se fît entendre, et qu'une réprobation solennelle fût portée contre les novateurs qui voulaient donner une expression humaine et terrestre aux soupirs célestes de l'Eglise du Christ. Et afin que rien ne manquât à la promulgation de l'arrêt, il dut être inséré au corps du Droit canonique, où il condamne à jamais non-seulement les scandales du XIV° siècle, mais aussi et à plus forte raison ceux qui, de nos jours encore, profanent un si grand nombre d'Églises, en France et ailleurs. Or, voici les paroles de Jean XXII, dans sa fameuse Bulle Docta sanctorum, donnée en 1322, et placée en tête du troisième livre des Extravagantes Communes, sous le titre de Vita et Honestate clericorum.
« La docte autorité des saints Pères a décrété que, durant les offices par lesquels on rend à Dieu le tribut de la louange et du service qui lui sont dus, l'âme des fidèles serait vigilante, que les paroles n'auraient rien d'offensif, que la gravité modeste de la psalmodie ferait entendre une paisible modulation ; car il est écrit : « Dans leur bouche résonnait un son plein de douceur. Ce son plein de douceur résonne dans la bouche de ceux qui psalmodient, lorsqu'en même temps qu'ils parlent de Dieu, ils reçoivent dans leur cur et
(1) Traité historique du Chant ecclésiastique, pag. 73
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allument, par le chant même, leur dévotion envers lui. Si donc, dans les Églises de Dieu, le chant des psaumes est ordonné, c'est afin que la piété des fidèles soit excitée. C'est dans ce but que l'office de nuit et celui du jour, que la solennité des messes, sont assidûment célébrés par le clergé et le peuple, sur un ton plein et avec gradation distincte dans les modes, afin que cette variété attache et que cette plénitude d'harmonie soit agréable. Mais certains disciples d'une nouvelle école mettant toute leur attention à mesurer le temps, s'appliquent, par des notes nouvelles, à exprimer des airs qui ne sont qu'à eux, au préjudice des anciens chants qu'ils remplacent par d'autres composés de notes demi-brèves et comme imperceptibles. Ils coupent les mélodies par des hoquets, les efféminent par le Déchant, les fourrent quelquefois de triples et de motets vulgaires ; en sorte qu'ils vont souvent jusqu'à dédaigner les principes fondamentaux de lAntiphonaire et du Graduel,ignorant le fonds même sur lequel ils bâtissent, ne discernant pas les tons, les confondant même, faute de les connaître. La multitude de leurs notes obscurcit les déductions et les réductions modestes et tempérées, au moyen desquelles ces tons se distinguent les uns des autres dans le plain-chant. Ils courent et ne font jamais de repos ; enivrent les oreilles et ne guérissent point ; imitent par des gestes ce qu'ils font entendre : d'où il «arrive que la dévotion que l'on cherchait est oubliée, et que la mollesse qu'on devait éviter est montrée au grand jour. Ce n'est pas en vain que Boëce a dit : Un esprit lascif se délecte dans les modes lascifs, ou au moins, s'amollit et s'énerve à les entendre souvent, C'est pourquoi, Nous et nos Frères, ayant remarqué depuis longtemps que ces choses avaient besoin de correction, nous nous mettons en devoir de les rejeter et reléguer efficacement de l'Église de Dieu. En
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conséquence du conseil de ces mêmes Frères, nous défendons expressément à quiconque d'oser renouveler ces inconvenances, ou semblables dans lesdits offices, principalement dans les Heures canoniales, ou encore dans la célébration des messes solennelles. Que si quel-ce qu'un y contrevient, qu'il soit, par l'autorité du présent Canon, puni de suspension de son office pour huit jours, par les ordinaires des lieux où la faute aura été commise, ou par leurs délégués, s'il s'agit de personnes non exemptes; et, s'il s'agit d'exempts, par leurs prévôts ou prélats, auxquels appartiennent d'ailleurs la correction et punition des coulpes et excès de ce genre ou semblables, ou encore par les délégués d'iceux. Cependant nous n'entendons pas empêcher par le présent canon que, de temps en temps, dans les jours de fête principalement et autres solennités, aux messes et dans les divins offices susdits, on puisse exécuter, sur le chant ecclésiastique simple quelques accords, par exemple à l'octave, à la quinte, à la quarte et semblables (mais toujours de façon que l'intégrité du chant demeure sans atteinte, et qu'il ne soit rien innové contre les règles d'une musique conforme aux bonnes murs); attendu que les accords de ce genre flattent l'oreille, excitent la dévotion, et défendent de l'ennui l'esprit de ceux qui psalmodient la louange divine (1). » C'est ainsi que dans tous les temps, à Avignon comme à Rome, la Papauté enseignait le monde, avec cette admirable précision qui concilie l'inviolabilité des principes catholiques et le véritable progrès de l'art. Elle maintient fortement la dignité, la gravité du chant ; mais elle ne proscrit pas, elle encourage même une musique sainte et mélodieuse qui élève l'âme à Dieu, sans la dissiper, qui fait valoir et n'étouffe pas l'antique et sacré rythme que
(1) Vid. la Note A.
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toutes les générations ont répété. Nous verrons plus loin la suite des efforts que firent les Pontifes romains pour l'amélioration de la musique à l'époque de la grande réforme catholique.
Cette réforme catholique fut précédée, comme l'on sait, de plusieurs tentatives infructueuses, mais qui attestaient le malaise qu'on éprouvait de toutes parts. Les audacieuses ordonnances de Constance et de Bâle,pour la réformation de l'Église dans son Chef et dans ses membres, comme on parlait alors, rencontrèrent dans les Pontifes romains la résistance qu'elles devaient rencontrer, et Eugène IV, Nicolas V et Pie II, seront à jamais bénis pour n'avoir pas tenu compte des insolentes fulminations qui furent lancées de leur temps contre la Chaire de Saint-Pierre. Toutefois, les successeurs de ces immortels Pontifes ayant dégénéré de leur vertu, après Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI, on vit Jules II et Léon X, qui pourtant n'étaient pas de la race des hommes par lesquels devait être sauvé Israël, entreprendre l'uvre de la réformation. Le cinquième concile de Latran, et les bulles qui l'accompagnent, sont un monument de ce zèle auquel il ne manqua que la persévérance pour opérer des fruits durables.
La Liturgie sembla dès lors un objet fait pour attirer l'attention des réformateurs apostoliques; mais comme le malheur de ces temps était qu'on n'apercevait pas toute la grandeur de la plaie à guérir, il arriva aussi que, faute de maturité dans les jugements, on ne se préoccupa guère que de la forme extérieure qui, en effet, était vicieuse. Mais le moment était mal choisi pour décider sur la forme la meilleure, alors que Rome subissait les influences de cette littérature profane que l'étude trop exclusive des classiques grecs et latins avait enfantée. La première pensée de corriger la Liturgie vint à Léon X, au moment où la cour romaine était peuplée de poètes et de prosateurs dont le goût ne pouvait supporter la barbarie
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du latin ecclésiastique. Celui-ci désignait le Dieu des chrétiens sous le nom de Numen, la vierge Marie sous celui dAlma Parens; celui-là récitait ses Heures en grec ou en hébreu; tel autre avait suspendu la lecture des Épîtres de saint Paul, dans la crainte de compromettre la pureté de son goût. On trouva donc que le principal défaut de la Liturgie était l'incorrection du style, et, sans se préoccuper des droits que l'antiquité donne aux formules sacrées, sans songer que le respect de cette vénérable antiquité exigeait simplement qu'on élaguât les additions et interpolations indiscrètes, on crut, dans ce siècle de poésie, que la principale chose à réformer tout d'abord était lHymnaire. Mais veut-on savoir comment on s'y prit ? Le génie du catholicisme, dans tous les temps, a été d'améliorer, de compléter, de réformer; la destruction violente d'usages suivis durant des siècles, et la substitution soudaine de formes toutes nouvelles aux anciennes est sans exemple dans ses annales. C'est pourtant ce qui serait : arrivé si la Providence eût permis que le projet de Léon X , eût réussi. Ce pontife donna ordre à Zacharie Ferreri de Vicence, évêque de la Guarda, de composer un recueil d'hymnes pour toutes les fêtes de l'année, et d'y employer un style qui fût digne de la littérature du XVI° siècle. Le prélat mit tous ses soins à cette uvre; mais Léon X, enlevé par la mort, ne put jouir par lui-même du fruit des travaux de Ferreri. L'ouvrage ne vit le jour que sous Clément VII, successeur de Léon X, et, comme lui, grand amateur de l'ingénieuse antiquité.
En 1515, on vit paraître à Rome le recueil tant attendu ; il portait ce titre magnifique que nous transcrivons en entier, attendu que l'ouvrage est devenu rare :
Zachari Ferrerii Vicentini, Pont. Gardien. Hymni novi ecclesiastici, juxta veram metri et latinitatis normam a beatissimo Patre Clémente VII, Pont. Max. ut in divinis quisque eis uti possit approbati, et novis Ludovici
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Vicentini, ac Lautitii. Perusini characteribus in lucem traditi. Sanctum ac necessarium opus.
Breviarium Ecclesiasticum ab eodem Zacharia longe brevius et facilius redditum et ab omni errore purgatum prope diem exibit.
A la fin du volume, on lit ces paroles : Impressum hoc divinum opus Rom, in dibus Ludovici Vicentini et Lautitii Perusini, non sine privilegio. Kal. Febru. MDXXV.
L'ouvrage lui-même répond parfaitement à une si fastueuse annonce. Les hymnes qu'il contient sont telles qu'on , avait droit de les attendre du siècle et de l'auteur. Tout y est nouveau. Les mystères de la naissance, de la passion, . de la résurrection du Sauveur ; ceux de la Pentecôte, du saint Sacrement ; les fêtes de la sainte Vierge et des saints; tout, en un mot, y est splendidement célébré dans des odes qui n'ont rien de commun pour la forme, ni pour l'expression, avec les antiques hymnes de saint Ambroise, de Prudence et des autres poètes de l'Église catholique. En revanche, on y trouve, dans la plus incroyable naïveté, toutes les images et les allusions aux croyances et aux usages païens qu'on pourrait rencontrer dans Horace. Nous ne citerons qu'un seul trait : Ferreri ayant à raconter l'élection de saint Grégoire à la papauté, dit naïvement que les Flamines le choisirent pour Pontife souverain. Toutefois, pour être juste, il faut dire aussi que plusieurs de ces hymnes sont simples et belles, par exemple, celle des Apôtres, Gaudete, mundi principes; celle en l'honneur de la sainte Vierge : O noctis illustratio. Dans un grand nombre d'autres, les figures tirées de l'Écriture sainte, les souvent empruntés aux traditions catholiques sur les saints, leurs actions et leurs attributs, jettent un certain charme sur ces compositions, en dépit de la forme trop servilement imitée des uvres d'une littérature païenne. En un mot, telles qu'elles sont,
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ces hymnes sont certainement préférables à la plupart de celles qui ornent les modernes bréviaires de France, et parce qu'elles sont au fond l'uvre d'une inspiration forte et pure qui se reconnaît encore à travers le masque de la diction classique, et, surtout, parce qu'elles ont été approuvées par le Saint-Siège qui, s'il a, plus tard, révoqué cette sanction, ne l'eût du moins jamais donnée, si ces hymnes n'eussent renfermé une doctrine pure.
Par un bref du
(1) Cum nuper pro divini cultus splendore hymnos ecclesiasticos variis omnipotentis Dei, et Maria; semper virginis, et plurium sanctorum diebus festis, ac totius anni circulo, et tempori congruentes veris metris, sensibus, ac latinitate perspicuos pro suo, et fidelium Christianorum, peritorumque praecipue sacerdotum solatio spirituali texuerit (Ferrerius), et excusserit, eosque uno volumine congestos, et a plerisque viris doctis, etiam nonnullis ex fratribus nostris S. R. E. cardinalibus celebratos Nobis et Apostolicas Sedi dicaverit, et obtulerit; Nos animo tenentes in sacro eloquio scriptum esse bonorum laborum gloriosum esse fructum, cupientesque tot studia frustra non esse impensa, sed pro communi omnium praecipue peritorum Christianorum fruge ac spirituali utilitate in lucem et publicam editionem prodire et in usum esse, motu proprio et ex certa nostra scientia, ut quilibet etiam sacerdos eosdem hymnos etiam in divinis legere, et eis uti possit, tenore praesentium, auctoritate Apostolica concedimus, et mandamus. (Ce Bref se trouve à la tête du recueil des Hymnes de Ferreri.)
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Ainsi, par cette mesure, unique jusqu'alors, il était permis à tout ecclésiastique de se servir en particulier d'une forme liturgique qui n'était point universelle; le choix des prières à réciter, au moins dans une certaine proportion, était livré à la volonté de chacun; à des maux publics il était apporté un remède privé. C'était donc encore là un de ces palliatifs qui ne réformaient rien et qui n'appelaient que plus haut la grande et solide réformation du Concile de Trente, et des Pontifes qui en interprétèrent et en appliquèrent si énergiquement les décrets.
On a dû remarquer sur le titre de lHymnaire de Ferreri, l'annonce d'un nouveau bréviaire élaboré par le même, et qui est recommandé comme devant paraître sous une forme abrégée, plus simplifiée que l'ancien, et devant être exempt de toute erreur. C'est qu'en effet, il ne suffisait pas de donner un nouveau recueil d'hymnes, si le fond de l'office lui-même avait besoin de réforme. Toutefois on conviendra que c'est une singulière idée de mettre en évidence, comme la première des recommandations, la brièveté du bréviaire expurgé qu'on veut substituer à l'ancien. La longueur des prières du divin service ne peut pas être mise au rang des abus, au même titre que les interpolations de faits apocryphes qui pouvaient s'y être
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glissées. Mais tel était l'esprit
général, durant la première - moitié du XVI° siècle. On sentait qu'il y avait
quelque chose à faire, et, pour le découvrir, on tâtonnait, on cherchait bien
loin ce qu'on avait sous la main. Saint Pie V fit autrement. Ferreri étant
mort, sans avoir pu donner son bréviaire . abrégé, Clément VII chargea de l'exécution de ce projet le
cardinal
Quignonez expose d'abord les raisons pour lesquelles l'Église a fait un devoir aux clercs de réciter l'office canonial. Il en reconnaît trois. La première se tire de la consécration spéciale qui les lie au service de Dieu ; la seconde, du besoin qu'ils ont d'un secours contre les tentations du démon. « La troisième, dit-il, est qu'étant appelés à être les précepteurs de la Religion, il est nécessaire qu'ils s'instruisent par la lecture journalière de la sainte Écriture et des histoires ecclésiastiques, et que, comme dit Paul, ils acquièrent une diction fidèle, conforme à la doctrine, devant être puissants pour exhorter dans une saine doctrine et pour reprendre ceux qui contredisent. Que si quelqu'un considère avec soin le mode de prière établi par la tradition des anciens, il verra clairement s'ils ont pris garde à toutes ces choses ; mais il est arrivé, je ne sais comment, par la négligence des hommes,
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que l'on a décliné peu à peu de ces très-saintes institutions des anciens Pères. En effet, les livres de l'Écriture sainte, qui devaient être lus à des temps marqués de l'année, à peine sont-ils commencés dans l'Office, qu'on les interrompt. Nous citerons en exemple le livre de la Genèse qui commence dans la Septuagésime, et le livre d'Isaïe, dans l'Avent; à peine en lisons-nous quelques chapitres, et il en est de même des autres livres de l'Ancien Testament, que nous dégustons plutôt que nous ne les lisons. Quant aux Évangiles et autres Écritures du Nouveau Testament, on les a remplacés par d'autres choses qui n'y sont comparables ni pour l'utilité, ni pour la gravité, et qui, chaque jour, sont plutôt l'objet de l'agitation de la langue que de l'intention de l'âme. Des psaumes étaient destinés pour chaque jour de la semaine, la plupart du temps ils ne sont d'aucun usage; seulement, il en est quelques-uns que l'on répète presque toute l'année. Les histoires des saints, placées dans les Leçons, sont écrites d'une manière si inculte et si négligée, qu'elles semblent n'avoir ni autorité, ni gravité. De plus, l'ordre et la manière de prier sont si compliqués et si difficiles, que, parfois, on mettra presque autant de temps à rechercher ce qui doit être lu qu'à le lire. Clément VII, souverain Pontife d'heureuse mémoire, ayant considéré ces choses et compris que, s'il était de sa charge de pourvoir à l'avantage de tous les chrétiens, il se devait principalement aux clercs, dont il se servait comme de ministres dans le sein du troupeau commis à sa garde, m'exhorta et me chargea, autant que le pouvaient comporter mes soins et ma diligence, de disposer les prières des Heures, en sorte que les difficultés et défauts dont je viens de parler étant retranchés, les clercs fussent engagés à la prière par l'attrait d'une plus grande facilité. J'acceptai volontiers cette commission, tant par obéissance au souverain Pasteur qui commandait une
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chose si convenable, que pour contribuer, suivant mes forces, au bien public. Ayant donc employé le concours de plusieurs de mes familiers, hommes prudents, habiles dans les saintes lettres et le droit canonique, autant que savants dans les langues grecque et latine, j'ai mis tous mes soins à remplir ma commission pour l'avantage et l'utilité publique ainsi qu'il suit.
« On a omis les antiennes, capitules, répons, beaucoup d'hymnes et beaucoup d'autres choses du même genre qui empêchaient la lecture de l'Écriture sainte ; en sorte que le bréviaire est composé des Psaumes, de l'Ecriture sainte de l'Ancien et du Nouveau Testament, et des histoires des saints que nous avons tirées d'auteurs grecs et latins, approuvés et graves, ayant eu soin de les orner d'un style un peu plus châtié, mais sans recherche. On a laissé celles des hymnes qui ont semblé avoir plus d'autorité et de gravité. Les Psaumes ont été distribués de façon qu'en retenant, autant qu'il a été possible, l'institution des anciens Pères, on les puisse tous lire, chaque semaine de l'année, savoir, trois à chaque heure, la longueur des uns étant ainsi compensée par la brièveté des autres ; ce qui fait que le travail de la récitation journalière est complètement le même pour toute la semaine comme pour toute l'année......
..................Par suite des variations du temps pascal et des autres fêtes qu'on appelle mobiles, nous n'avons pu éviter entièrement de statuer quelques-unes de ces règles dont auparavant le bréviaire était tellement rempli, qu'à peine la vie d'un homme suffisait pour les apprendre parfaitement ; mais nous les avons rendues si graves et si claires, qu'il est facile à chacun de les comprendre.......
« Cette manière de prier a trois grands avantages. Le premier, que ceux qui s'en servent y acquièrent la connaissance des deux Testaments. Le second, que l'usage en
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est très-expéditif, tant pour la grande simplicité de l'arrangement que pour une certaine brièveté. Le troisième, que les histoires des saints n'y présentent rien qui, comme te auparavant, offense les oreilles graves et doctes ....
« La différence entre ce bréviaire et celui dont nous avons usé précédemment est donc que, dans l'ancien, contrairement à la volonté des anciens Pères, qui voulaient qu'on lût, chaque année, presque toute l'Ecriture sainte, on lisait à peine une petite partie des livres ; tandis que dans le nôtre, tous les ans, on lit la grande et principale partie de l'Ancien Testament et tout le Nouveau, moins une partie de l'Apocalypse : on répète même les Épîtres et les Actes des Apôtres.....
« Quoique nous ne nous soyons pas proposé la brièveté de l'office, mais la commodité de ceux qui récitent, nous espérons cependant avoir atteint l'une et l'autre. Les leçons sont plus longues dans ce bréviaire, il est vrai, mais il n'y en a jamais plus de trois; tandis que, dans l'ancien, les Leçons sont au nombre de douze, avec autant de versets et de répons, si l'on compte l'office de la sainte Vierge. Que si quelques Psaumes, dans notre bréviaire, sont plus longs, dans l'autre on en lit chaque jour un beaucoup plus grand nombre, en comptant ceux qu'on répète.....
« L'ordre que nous avons établi est très-propre à menace ger le temps et à soulager la fatigue. La première et la seconde Leçon sont disposées invariablement pour toute l'année, qu'il tombe une fête ou non. La seule différence de l'office d'une fête, d'un dimanche ou d'un jour de férié, est dans la variation de l'invitatoire, des hymnes à Matines et à Vêpres, de la troisième Leçon et de l'Oraison : le reste demeure toujours sous la même forme (1). »
(1) Vid. la Note B.
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Telles étaient les intentions de Quignonez, tel avait été le but de Léon X, de Clément VII, de Paul III, savoir: de réformer l'office en l'abrégeant, et, pour ne point fronder les usages extérieurs de la Liturgie, d'introduire une distinction entre l'office célébré au chur, et l'office récité en particulier. Au moyen d'une certaine variété dans les prières et les lectures, en évitant, autant que possible, les répétitions, en retranchant tout ce qui se rapporte à l'assemblée des fidèles, comme n'ayant plus de sens dans la récitation privée, on pensait ranimer le goût de la prière chez les clercs, et l'on ne voyait pas que c'était aux dépens de la Tradition ; que l'antique dépôt des prières liturgiques une fois altéré, ne tarderait pas à périr ; que cette forme d'office, inconnue à tous les siècles chrétiens, pénétrerait bientôt dans les Eglises, au grand scandale des peuples ; en un mot, que c'était une Réforme désastreuse que celle à laquelle on sacrifiait tout le passé de la Liturgie.
Si aujourd'hui nous nous permettons de juger aussi sévèrement une uvre qui appartient à plusieurs Pontifes romains, puisqu'elle fut accomplie sous leur inspiration, ce n'est certes pas que nous ne soyons résolu toujours d'accepter comme le meilleur tout ce qui vient de la Chaire suprême sur laquelle Pierre vit et parle à jamais dans ses successeurs : mais il s'agit d'une uvre qui ne reçut jamais des trois pontifes que nous venons de nommer, qu'une approbation domestique, qui ne fut jamais promulguée dans l'Église, et qui, plus tard, par l'acte souverain et formel d'un des plus grands et des plus saints papes des derniers temps, fut solennellement improuvée et abolie sans retour.
Le caractère de l'influence que le Siège apostolique exerça sur la publication du bréviaire de Quignonez, contraste avec tout ce qu'on a pu voir dans tous les siècles, avant ou après. Rome semble désirer qu'on embrasse cette forme d'office, et craindre, d'un autre côté, d'en faire une
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loi. On sent comme un état de passage qui doit durer jusqu'à ce que le pontife désigné de Dieu pour successeur des Léon, des Gélase, des Grégoire, dans l'uvre liturgique, paraisse et réforme saintement le culte divin, comme parle l'Église (1). En attendant, Paul III explique en ces termes ses intentions au sujet du bréviaire de Quignonez : « Nous accordons à tous et à chacun des clercs ou prêtres séculiers seulement (2), qui voudront réciter cet office, de n'être plus tenus à la récitation de l'ancien office qui est maintenant en usage dans la Cour romaine ou dans toute autre Église ; mais ils seront censés avoir satisfait à la récitation de l'office et des heures canoniales, comme s'ils eussent récité l'ancien office, pourvu que chacun d'eux ait soin d'obtenir du Siège apostolique une licence spéciale pour ce pouvoir faire; laquelle licence nous ordonnons devoir être expédiée par simple signature et sans autres frais (3). »
Dans l'année même où il paraissait à Rome, en i535, le bréviaire de Quignonez ayant pénétré en France, y fut l'objet d'une attaque vigoureuse et rudement motivée de la part des docteurs de l'Université de Paris. Il avait été
(1) Deus qui ad conterendos Ecclesiae hostes et ad divinum cultum reparandum, Beatum Pium, Pontificem maximum, eligere dignatus es, etc. (Brev. Rom. ad diem V. Maii.)
(2) On voit que Rome craignait d'énerver la milice régulière, en lui . permettant l'usage de cet Office abrégé, et aussi d'ébranler les traditions
antiques qui se conservent dans les cloîtres mieux que partout ailleurs,
(3) Et insuper omnibus et singulis clericis, et presbyteris duntaxat secularibus, qui illud recitare voluerint, concedimus, ut ad veteris Officii secundum usum Romanae curiae, vel alterius Ecclesiae, quod nunc in usu habetur, recitationem minime teneantur, sed recitationi officii et horarum canonicarum, perinde ac si vêtus officium recitassent, satisfecisse censeantur, dummodo singuli specialem super hoc licentiam a sede Apostolica obtineant, quam per solam signaturam absque alia impensa expediri mandamus.(Ce bref, joint à la première édition du Bréviaire de Quignonez, de 1535, porte cette suscription : « Dilectis filiis Thomasio et Benedicto Junctae, Antonio Blado, et Antonio Salamanca Romoe librorum impressoribus. »)
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déféré à la Faculté par le Parlement de Paris : nous extrairons quelques parties de la censure. Elle débute ainsi :
« Il faut d'abord remarquer que ledit bréviaire est en contradiction avec tous les autres bréviaires de quelque diocèse que ce soit, et particulièrement de l'Église romaine ; car tous les autres bréviaires renferment beaucoup de choses saintes, salutaires et propres à entretenir la piété et la dévotion des fidèles; lesquelles choses ne se trouvent point dans ledit bréviaire; tels sont, par exemple, les Heures de la sainte Vierge, les antiennes, les répons, les capitules, les homélies ou expositions des docteurs catholiques sur les Évangiles et autres Écritures, Tordre et le nombre des Psaumes, le mode de les réciter dans l'Église, enfin l'ordre observé jusqu'ici dans l'Église dans la lecture des saintes Écritures, aux Matines, suivant la différence des temps. Ces institutions salutaires ayant été gardées dans les offices ecclésiastiques depuis l'origine de l'Église, pour ainsi dire, jusqu'à nos temps, on a droit de s'étonner en voyant que celui qui a fait ce nouveau bréviaire rejette toutes ces choses et décide qu'elles doivent être rejetées comme ne conduisant, dit-il, ni à la piété, ni à la connaissance de la sainte Écriture. A l'en croire, les antiennes, les répons et autres choses susnommées ne seraient d'aucune utilité dans l'Église, et on les devrait retrancher comme superflues et inutiles. Cependant cette doctrine est erronée et nullement conforme à cette piété qui est suivant la doctrine.
« Il nous a semblé aussi ne montrer point, en sa sagesse, une sobriété suffisante, quand on le voit préférer sans rougir son sentiment à lui seul aux décrets des anciens Pères, à l'usage commun et approuvé de l'Église, aux histoires les plus authentiques. Afin donc que tous connaissent combien est dangereuse et intolérable la
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publication de ce bréviaire, nous allons montrer d'abord qu'il n'est permis à personne de s'écarter des règlements antiques des Pères et des statuts universels de l'Église, lesquels ont pour but de soutenir la piété. En second lieu, qu'il faut garder le rite commun et approuvé de l'Église. De plus, que dans les choses dont il s'agit, l'Église ne s'écarte point des maximes professées dans les livres des docteurs de la foi. Enfin nous exposerons a les maux qui résultent de la curieuse nouveauté de ce bréviaire. »
Les docteurs s'attachent ensuite à démontrer, avec l'érudition de leur temps, ces trois propositions et discutent en détail les divers reproches qu'ils font au bréviaire de Quignonez, rapportant les raisons de l'institution de toutes les particularités de l'office qu'il a cru pouvoir supprimer; et, venant enfin aux inconvénients qui peuvent s'ensuivre de l'adoption de cette nouvelle forme liturgique, ils s'expriment ainsi :
« Enfin ce changement du bréviaire semble une chose dangereuse ; car il est à craindre que si on le recevait, on n'en vînt à changer de la même manière le missel et l'office de la Messe, et qu'on n'en ôtât des choses saintes et salutaires ; ce qui serait pour la destruction et non pour l'édification.
« Avec la même facilité on pourrait retrancher aussi les cérémonies et solennités, ainsi que les autres sacramentaux, comme sont les consécrations d'églises, d'autels, de calices, le chant ecclésiastique, les fêtes des saints, l'eau bénite, et beaucoup d'autres choses semblables : d'où l'on voit clairement quelle voie dangereuse est ouverte par ce changement de bréviaire et cette nouveauté.
« De plus ce serait un péril imminent et considérable, si, sous la signature d'un simple particulier, on en venait : à abandonner l'usage commun jusqu'ici observe dans
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l'Église, en sorte que les églises cathédrales, collégiales et paroissiales, ayant accepté ce nouveau bréviaire, l'Église se trouvât en possession d'un office garanti uniquement par la signature dont nous parlons ; ce qui tournerait à grand scandale pour le peuple et entraînerait péril de sédition, desquels malheurs Dieu nous veuille garder (1). »
Cette vigoureuse critique, si gravement motivée, tombait à la fois et sur Quignonez et sur l'autorité qui semblait l'avoir mis en avant. Le cardinal fit seul semblant de s'en apercevoir. Il introduisit dans son uvre quelques changements presque imperceptibles; mais ce qui dut surtout désarmer les docteurs, fut le ton significatif de simplicité avec lequel il s'exprima, l'année suivante, dans ja préface de sa nouvelle édition de 1536. Il s'adresse à Paul III, comme dans la première édition, et s'exprime ainsi (2) :
« Le bréviaire romain, composé par nous, suivant le désir de Clément VII, ou plutôt ramené à la lecture plus abondante des saintes Écritures et à la forme primitive des saints Pères et des anciens conciles, enfin, publié par votre volonté, très-saint Père, a été reçu et approuvé avec une si grande faveur de la plupart des hommes graves et doctes (ainsi que je l'ai remarqué), qu'ils n'y ont rien trouvé à changer. En même temps, j'ai connu que d'autres, graves et prudentes personnes, n'approuvant pas la forme de ce bréviaire, affirmaient qu'il y manquait plusieurs choses. Ce n'est pas que j'aie jamais douté que sur un si grand nombre de personnes, il ne s'en trouvât qui, ayant vieilli dans la pratique d'une forme différente de prières, n'auraient pas pour agréable notre travail, pensant qu'en aucune façon il ne
(1) Vid. la Note C.
(2) La préface de cette seconde édition est, comme la première adressée Paul III.
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pourrait être permis aux clercs de s'écarter de la coutume envieillie de prier. De plus, en publiant la première édition du bréviaire, nous n'avions pas eu intention de faire une sorte de promulgation de loi, mais plutôt d'ouvrir une délibération publique, à l'effet de recueillir le jugement de plusieurs, proposant ainsi le premier notre sentiment, et résolu de suivre le parti qui de tous semblerait le plus avantageux et le plus conforme à la religion et à la piété, suivant le jugement du plus grand nombre des hommes prudents et graves........
« C'est pourquoi, ayant pesé les avis que beaucoup nous ont adressés, les uns de vive voix, les autres par écrit, et voulant déférer aux avis de ceux qui ont semblé avoir fait preuve d'une prudence plus remarquable, nous avons volontiers ajouté certaines choses, changé quelques-unes, et revu avec soin tout l'ensemble, mais en retenant toujours la forme générale de ce bréviaire. Toutefois, puisque c'est une chose fondée sur la nature, que rien de ce qui est à l'usage des hommes, quelque légitime et raisonnable qu'il soit, s'il est nouveau, ne peut éviter de déplaire à quelques-uns, ce ne sera point une témérité de notre part si, dans cette seconde édition, nous expliquons avec un peu plus de soin et d'étendue le plan de tout notre travail que nous n'avions d'abord développé qu'en abrégé (1). »
On voit que Quignonez ne dédaigne pas de se disculper devant la Faculté, et on a lieu d'être frappé de la naïveté avec laquelle il convient que son bréviaire est un livre comme un autre, destiné à subir la critique du public, sujet à la censure, uvre toute humaine, en un mot, et qui ne pouvait avoir de vie dans l'Église éternelle. Moins de quarante ans suffirent à sa durée; mais en attendant,
(1) Vid. la Note D.
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la brièveté de cette forme d'office séduisit grand nombre de personnes. La Sorbonne elle-même, avec la légèreté dont son histoire offre tant de traits, souffrit que, sous ses yeux mêmes, une édition du bréviaire contre lequel elle avait tonné si fortement, s'imprimât à Paris, dès 1539. On l en trouve encore trois autres publiées dans cette capitale, sans parler de dix, au moins, qui furent imprimées à Lyon, et dont la dernière est de 1557 (1). Il yen a, en outre, un grand nombre d'autres publiées à Rome, à Venise, à Anvers; ce qui fait que l'on trouve encore assez facilement aujourd'hui des exemplaires de ce fameux bréviaire, en différents formats.
Si le règne de cette étrange Liturgie eût été long, on l'eût vue remplacer en tous lieux l'ancienne forme des offices romains, et briser le lien qui unissait les siècles de l'antiquité aux âges modernes. En effet, du cabinet du bénéficier ce bréviaire s'était glissé jusque dans le choeur, et, pour ne parler que de l'Espagne, les cathédrales de Saragosse, de Tarragone, de Palencia, avaient renoncé à l'antique office pour inaugurer, aux yeux des peuples, une manière de prier que nul ne connaissait. Des troubles mêmes s'étaient élevés dans Saragosse à ce sujet, et le peuple, scandalisé, désertait l'église cathédrale pour aller entendre l'office des moines. C'est ce que nous apprenons d'un document précieux, manuscrit de la bibliothèque vaticane, indiqué par Montfaucon (2), et dont Arevalo a donné d'importants fragments dans sa dissertation spéciale sur le bréviaire de Quignonez (3). C'est une consultation d'un docteur espagnol nommé Jean de Arze, qui fut rédigée à Trente, durant la tenue du concile, en 1551, et qui porte ce titre : De novo breviario Romano tollendo consultatio.
(1) Zaccaria, Biblioth. Ritualis, tom. I, pag. u3. Arevalo, Hymnodia Hispanica. Appendix II, pag. 391.
(2) Biblioth. Bibliothecarum MSS., tom. I, pag. 122.
(3). Hymnodia Hispan. ad calcem. Appendix II, pag. 423 et suiv.
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Quelque facilité que l'on mît à
permettre l'usage du bréviaire de Quignonez, facilité devenue si excessive, au
rapport de Jean de Arze, que l'unique clause de l'induit qui s'accordait non
plus seulement à Rome, mais dans les légations et les nonciatures, était que l'orateur
fût capable de s'en servir, ut possit tali novo breviario uti;
néanmoins, on voit sur la consultation en question, que plusieurs personnes
graves résistaient de tous leurs efforts à ce relâchement; que des évêques
s'opposaient vigoureusement à l'introduction de cette nouvelle forme dans les
offices publics. Mais la plus imposante de toutes ces improbations est celle
que donna saint
Certes l'autorité de l'incomparable apôtre des Indes est d'un grand poids dans la question, et nous aimons à la rapprocher de celle non moins sainte, et plus grave encore, de Pie V et de tous ses successeurs sans exception. Au reste l'uvre de Quignonez, outre les tristes
(1) Insignem vero ejus in hoc genere religionem fecit illorum licentia temporum. Nuper novum ternarum lectionum Breviarium (sanctas Crucis dicebatur) ad occupatorum hominum levamen editum erat; ejusque usus Francisco propter occupationes ab initio concessus. Ille tamen quaravis ingentibus curis negotiisque distentus, nunquam permissa uti voluit licentia; vetusque Breviarium novenarum lectionum haud paulo longius perpetuo recitavit. (Tursellini, Vita S. Francisci Xaverii, lib. VI, cap. V.)
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fruits dont nous avons parlé, en eût produit, si elle eût duré, un plus lamentable encore. Le bréviaire abrégé enfanta un missel abrégé qui fut imprimé à Lyon, en î550, et qui renfermait grand nombre de nouveautés des plus audacieuses (1). Ainsi l'envie de simplifier l'office privé des ecclésiastiques avait donné naissance à un bréviaire par lequel était répudiée la forme antique des divins offices, par lequel le prêtre cessait d'être en communion avec les prières du chur, et voilà qu'en suivant une pente toute naturelle, on était amené à défigurer le livre sacré qui renferme les rites du sacrifice, et dont la forme, si elle est maintenue pure et inviolable, est d'un si grand poids pour prouver, contre les sectaires, l'antiquité vénérable des mystères de l'autel.
En attendant le récit que nous ferons bientôt de la régénération liturgique, commencée par le saint concile de Trente et accomplie par les grands Pontifes qui en appliquèrent les décrets, nous placerons ici un événement principal dans la Liturgie, qui marqua la fin du XV° et le commencement du XVI° siècle. C'est la publication définitive du Corps de rites et observances sacrées, connu sous le nom de Rubriques : ensemble admirable de lois à la fois mystérieuses et rationnelles, que ceux-là seuls méprisent qui ont perdu le sentiment de la foi, ou le goût des choses sérieuses. Ces lois, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et dont le commentaire complet nécessiterait une histoire générale des formes du Culte catholique, dont elles sont l'expression, se montrent de plus en plus détaillées dans la série des Ordres romains, à l'usage de la chapelle du Pape. Mais il manquait un recueil dans lequel elles se trouvassent traitées à l'usage de tous les prêtres, et qui renfermât les particularités que les Ordres romains, dont l'objet est tout spécial, ne contenaient pas, et qui
1) Arevalo, ibid., 424
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avaient été jusqu'alors confiées à la tradition orale. Cette uvre fut entreprise et accomplie par Jean Burchard, de Strasbourg, qui exerça l'importante charge de maître des cérémonies pontificales, dans la chapelle des papes Sixte IV, Innocent VIII et Alexandre VI. C'est le même qui a laissé un journal si important sur les actions privées de ces trois souverains Pontifes. Son travail fut imprimé en 1562 à Rome, sous ce titre : Ordo servandus per sacerdotem in celebratione Miss (1). Merati et Zaccaria en indiquent encore d'autres éditions postérieures à la mort de Burchard, qui mourut évêque de Citta di Castello, en 1503; elles portent un titre différent de la première. Enfin, dès 1534, on vit des missels auxquels cet appendice était joint; c'est ce qu'atteste le cardinal Bona.
Quant aux rubriques du bréviaire, elles ont tant d'affinité avec celles de la messe, et les unes et les autres se supposent si constamment, que leur origine doit être jugée la même. On en trouve le principe dans les ordres romains, et leur rédaction définitive, si elle n'appartient pas à Burchard, doit avoir eu lieu au temps de cet illustre cérémoniaire, qui donna aussi celles du pontifical, en 1485. Les bréviaires antérieurs à celui de saint Pie V, les présentent à peu près dans la forme sous laquelle ce saint Pontife les promulgua.
Nous laisserons les esprits superficiels blasphémer ce qu'ils ignorent, et tourner en ridicule cet admirable résumé de toutes les traditions liturgiques. Nous nous contenterons de remarquer ici ce fait unique dans l'histoire des législations : c'est que, depuis bientôt trois siècles qu'un tribunal a été établi à Rome, sous le nom de congrégation des Rites, pour dirimer toutes les difficultés
(1) Merati, Annotat, in Gavantum, tom. I, p. 4. Zaccaria, Biblioth. Ritualis, tom. I, p. 58.
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d'application, ou d'interprétation des rubriques, tant du missel que du bréviaire romains, après plus de six mille consultations et réponses qui ont été imprimées, il est inouï que les juges aient été obligés de s'écarter du texte de la loi dans les arrêts qu'ils ont rendus. C'est ainsi qu'une des institutions de l'Église romaine, celle qui semblerait la moins grave, la moins sérieuse, à ceux du moins qui ne savent pas la haute importance du dépôt des traditions rituelles, peut défier en solidité, en immutabilité, tout ce que les sociétés les plus civilisées ont établi de plus sage dans leurs formes gouvernementales.
Après Burchard, nous mentionnerons ici son successeur dans la charge de cérémoniaire pontifical, Paris de Grassi, qui fut plus tard évêque de Pesaro, et qui a laissé à l'exemple de Burchard, un journal fameux qui contient les événements privés des pontificats de Jules II et de Léon X. Il était digne de recevoir et de transmettre à d'autres les traditions liturgiques que Burchard avait lui-même reçues de ses prédécesseurs. Sans ces deux hommes fameux, dont l'un clôt les fastes de la chapelle papale au XV° siècle, et l'autre les rouvre au XVI°, tout le passé liturgique de Rome était en danger de périr, à cette époque où le besoin de nouveautés travaillait tout le monde, où Quignonez, organe de Clément VII et de Paul III, ne voyait dans la science des règles du culte divin qu'une matière à d'inutiles fatigues, et dans la récitation de l'office, qu'une lecture privée de la Bible et de quelques Psaumes. Burchard et Paris de Grassi étaient les hommes qu'il fallait pour dominer cette tendance, et quoique déjà morts à l'époque du fameux bréviaire de Sainte-Croix, leur uvre, qui d'ailleurs avait ses racines dans le passé, avait revêtu assez de solidité pour échapper à l'anarchie liturgique dont nous avons fait le récit.
La raison du succès qui s'attacha ainsi à l'uvre de ces
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deux grands cérémoniaires, et la sauva de la destruction, est dans le sérieux qu'ils surent toujours mettre dans l'accomplissement de leurs fonctions minutieuses aux yeux des gens légers, mais si graves pour l'homme de foi, et si intéressantes pour l'antiquaire. Nous avons un monument fameux de cette fidélité inviolable et même passionnée aux traditions liturgiques, qui est du génie pour un cérémoniaire, dans la conduite de Paris de Grassi, lors de la publication du livre contenant les Cérémonies de l'Église romaine. Ce recueil avait été rédigé par Augustin Patrizi, évêque de Pienza, en Toscane, d'après les ordres d'Innocent VIII ; mais on n'avait pas jugé à propos de l'imprimer. En i5ro, sous Léon X, Christophe Marcelli, évêque de Corfou, à l'instigation d'un cardinal, se permit de le faire imprimer à Venise, où il parut sous ce titre : Rituum ecclesiasticorum, sive sacrarum Cremoniarum Sanct Romanae Ecclesi libri tres non ante impressi. Rien ne pourrait peindre l'indignation de Paris de Grassi à cette nouvelle. En effet l'impression de ce livre ne pouvait se justifier par des raisons d'utilité publique, puisqu'il s'agissait d'un ensemble de rites exclusivement propres, pour la plupart du moins, à la personne du Pape. C'était, de plus, un attentat contre la majesté de cérémonies si augustes, que de les livrer ainsi au contrôle du public et même des hérétiques, en les dépouillant pour jamais du mystère qui les avait jusqu'alors enveloppées ; l'office de préfet des cérémonies pontificales se trouvait par là déshonoré, soumis à la critique du premier venu qui aurait feuilleté le livre, et par là à une véritable déconsidération ; enfin, ce qui était plus fâcheux encore, cet ouvrage, livré furtivement aux imprimeurs, renfermait des fautes, des méprises, des altérations de la véritable tradition liturgique.
Paris de Grassi porta devant Léon X les plaintes les plus énergiques, dans un mémoire curieux que dom Mabillon
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nous a conservé (1). Il ne demandait rien moins au Pape que défaire brûler l'auteur avec son livre, ou tout au moins de le corriger et châtier convenablement. Librum cremoniarum nuper impressum omnino comburi simul cum falso auctore; aut saltem ipsum auctorem corrigi et castigari. Léon X était plus porté à choisir le dernier parti, comme on devait bien le croire ; cette affaire, toute fâcheuse qu'elle était, s'assoupit d'elle-même. Comment, en effet, arrêter les diverses éditions qui ne pouvaient manquer de sortir de celle de Venise, ainsi qu'il arriva en effet ? Car ce livre, tout imparfait qu'il est, toute frauduleuse que soit son origine, est et doit être recherché de tous ceux qui veulent prendre une connaissance tant soit peu profonde de la Liturgie.
Paris de Grassi a laissé en manuscrit un Ordre romain qui est le dernier de tous, et qui a été publié par dom Martène, au troisième tome de son grand ouvrage de Antiquis Ecclesi Ritibus (2). Il a servi de base, ainsi que les précédents, au cérémonial romain, qui n'est autre chose que la forme des usages de la chapelle papale, adaptée aux diverses églises cathédrales et collégiales du monde chrétien, ainsi que nous le dirons ailleurs. Il est temps de passer à la bibliothèque des auteurs liturgistes du XIV° et du XV° siècle.
(1306). Nous placerons à la tête de notre liste le B. Jacques de Benedictis, plus connu sous le nom de Jacopone, de l'ordre des frères mineurs, mort en i306. On lui attribue la prose Stabat Mater, et plusieurs autres.
(1307). Hermann Grethus, chanoine et écolâtre d'une collégiale d'Allemagne, écrivit de Notabilibus divini Officii Dominicarum et Festorum de tempore et de sanctis. (1310). Jacques Gaétan, cardinal, composa un
(1) Musceum Italicum, tom. II. Appendix, pag. 587 et seq.
(2) Tom. III, cap. XXXIV, pag. 607 et seq.
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Ordinarium sanct Romanae Ecclesi, ouvrage du plus grand intérêt, qui forme le quatorzième Ordre romain dans la collection de dom Mabillon,
(1312). Nicolas de Treveth, dominicain anglais, a écrit, entre autres choses, huit livres de Missa et ejus partibus, et un autre livre de Officio Miss.
(1315). Thomas de Cabham, archevêque de Cantorbéry, écrivit une somme de Ecclesiasticis Officiis, et un livre de Baptismo,
(132o). Timothée II, patriarche des nestoriens, est auteur de l'ouvrage en sept chapitres, de Septem causis Sacramentorum ecclesiasticorum.
( 1333). Nicéphore Calliste, moine de Sainte-Sophie à Constantinople, a laissé des hymnes et autres pièces pour les offices ecclésiastiques.
(1335). Mathieu Blastares, moine grec, a écrit un Catalogue des Offices de la grande Église de Constantinople, et un traité de Appositione cocti frumenti in Officio pro mortuis.
(1340). Hermann de Schilde, ermite augustin, écrivit une Exposition de la Messe, un Manuale Sacerdotum, un traité de Horis Canonicis, et un autre de Comparatione Miss.
(1350). Nicolas Cabasilas, Grec schismatique, a laissé une Exposition de la Liturgie.
(1350). Le Bienheureux Charles de Blois, duc de Bretagne, se montra l'imitateur des princes religieux dont nous avons parlé dans les chapitres précédents. Il ne se con- , tenta pas d'assister avec grand zèle à tous les actes de la Liturgie, mais, à l'exemple de Charlemagne, du roi Robert et de Foulques d'Anjou, il composa plusieurs pièces de chant ecclésiastique. On cite, entre autres, une prose en l'honneur de saint Yves, dont il accompagna les paroles d'un chant si mélodieux, qu'elle fut chantée en divers lieux de Bretagne, et même produite devant les commissaires
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députés pour instruire le procès de sa canonisation..
(1362). Philothée, archimandrite du Mont-Athos, et depuis métropolitain d'Héraclée, a laissé une formule intitulée : Liturgia et Ordo instituendi Diaconum, et plusieurs hymnes et parties d'office à l'usage des Grecs.
(1370). Pierre Amélius, augustin,patriarche de Grade et d'Alexandrie, a laissé un livre de Cremoniis sanct Romanae Ecclesi, qui fait le quinzième Ordre romain dans la collection de dom Mabillon.
(1370). Philippe Macerius ou de Maceriis, chevalier picard, qui devint chancelier du royaume de Chypre, composa, sous le nom de Philothée Achillinus, l'office de la Présentation de la sainte Vierge.
(1373). Arnauld Terreni, canoniste attaché à l'Église d'Elne, écrivit un traité de Mysterio Miss et Horis Canonicis.
(138o). Raymond de Vineis, appelé vulgairement Raymond de Capoue, composa un office pour la Visitation de la sainte Vierge.
(138o). Raoul de Rivo, doyen de l'église de Tongres, a laissé, outre son Calendarium Ecclesiasticum, un curieux livre intitulé : De Canonum observantia in ecclesiasticis Officiis.
(1400). Jean, appelé aussi Ananie, patriarche des jacobites, sous le nom d'Ignace IV, composa une anaphore qui se trouve dans le livre de ces hérétiques.
(1410). Henri de Langestein, chartreux, écrivit un livre de Horis canonicis.
(1410). Siméon, moine, puis archevêque de Thessalonique, fanatique ennemi des Latins, a laissé, outre un recueil intitulé : Precationes sacrae, un ouvrage important sous ce titre : Commentarius de Divino Templo, de ejus Ministris, de sacris eorum vestibus, de sacrosancta Mystagogia, sive missa, ad pios quosdam Cretenses.
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(1411). Pierre d'Ailly, cardinal, évêque de Cambrai, célèbre dans les affaires ecclésiastiques de son temps, publia un Sacramentale.
(1420). Ignace Behenam, patriarche des jacobites, composa une anaphore remarquable par la beauté du style.
(1440). Nicolas Kempht, chartreux, écrivit une Exposition du Canon et de la Messe entière.
(1446). Troïle Malvetius, docteur de Bologne, a laissé un livre de Sanctorum Canonizatione.
(1450). Fernand de Cordoue,
sous-diacre de l'Église romaine, adressa au cardinal
(1456). Jacques Gil, dominicain, maître du sacré Palais, composa l'office de la Transfiguration de Notre-Seigneur, par ordre de Callixte III.
(1460). Jean de Torquemada, dominicain, maître du sacré Palais, cardinal et évêque de Sabine, a laissé un livre intitulé : De Efficacia Aqu Benedict.
(1460). Georges Codinus,surnommé Curopalate, publia, depuis la prise de Constantinople par les Turcs, un livre sous ce titre : De Curi et Ecclesi Constantinopolitan officiis et officialibus.
(1471). Ange de Brunswick, Saxon, écrivit un livre sur le Canon de la Messe.
(1474). Michel Lochmayr, recteur de l'Académie de Vienne, rédigea le Parochiale parochorum, qui renferme beaucoup d'instructions dans le genre de celles de nos rituels modernes.
(1475). Jean de Dursten, augustin, écrivit : De Monocordo; de Modo bene cantandi ; et de collectarum conclusionibus.
(1480). Gabriel Biel, docteur de l'Université de Tubingen, a laissé une Exposition du Canon de la Messe.
(1483). Jean Trithème, abbé de Saint-Martin de Spanheim,
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puis de Saint-Jacques de Wurtzbourg, la grande lumière de l'ordre de Saint-Benoît en son siècle, fut aussi un liturgiste remarquable. Outre plusieurs séquences, il composa un office en l'honneur de sainte Anne et de saint Joachim, et plusieurs messes pour la Compassion de la sainte Vierge, pour l'Ange Gardien, pour saint Pierre, saint André, saint Jean l'Évangéliste, sainte Marie-Madeleine, sainte Marthe, etc.
(1490). Jérôme Savonarole, dominicain, ajoute à ses autres titres de célébrité, celui d'avoir traité les matières liturgiques avec élévation et onction. Il a composé un traité de Sacrificio Miss et Mysteriis ejus, et un autre de Mysterio Crucis, avec un office de la sainte Croix.
(1495). Jean de Lanshem, augustin allemand, écrivit un Speculum Miss.
(1495). Nicolas de Alfentia, carme, composa un volume très-étendu sur l'Ordinaire de la Messe et le Canon.
(1497). Balthazar de Leipsick, abbé cistercien, est auteur d'une Exposition du Canon de la Messe, qui fut imprimée à Leipsick en 1497.
En terminant ce chapitre, nous trouvons un grand nombre de considérations à recueillir pour l'instruction du lecteur, et pour le développement de la véritable doctrine sur la Liturgie.
1° Ce n'est point une forme liturgique durable que celle qui a été improvisée pour satisfaire à de prétendues exigences littéraires.
2° La réforme de la Liturgie, pour durer, a besoin d'être exécutée non par des mains doctes, mais par des mains pieuses et investies d'une autorité franchement compétente.
3° Dans la réforme de la Liturgie on doit se garder de l'esprit de nouveauté, restaurer ce qui se serait glissé de défectueux dans les anciennes formes, et non les abolir.
4° Ce n'est point réformer la Liturgie que de l'abréger;
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sa longueur n'est point un défaut aux yeux de ceux qui doivent vivre de la prière.
5° Lire beaucoup d'Écriture sainte dans l'office n'est pas remplir toute l'obligation de la prière sacerdotale; car lire n'est pas prier.
6° Il n'y a pas de fondement à la distinction de l'office public et de l'office privé : car il n'y a pas deux prières qui soient à la fois la prière officielle de l'Église. Le clerc légitimement absent du chur, de même qu'il y est réputé présent, doit se tenir uni à ses frères en récitant avec eux ce qu'ils chantent en union avec lui. Les lectures qu'il fera dans un bréviaire savant l'isolent de cette prière commune.
7°Ce n'est pas un mal que les règles du service divin soient nombreuses et compliquées, afin que le clerc apprenne avec quelle diligence il faut accomplir l'uvre du Seigneur. Toute satire sur les Rubriques annonce un homme prévenu, ou superficiel, et l'Église répond à ces nouvelles et molles théories, en promulguant plus haut que jamais l'ensemble de ses lois si belles d'harmonie et d'unité.
8° Enfin, s'il n'y a pas à balancer pour la conscience entre saint Pie V, souverain Pontife rétablissant solennellement l'ancien office, et le cardinal de Sainte-Croix, Quignonez, éditeur responsable d'un nouvel office inconnu à tous les siècles, quel choix doit-on faire entre l'office de l'Église catholique, et celui ou ceux qu'auraient improvisés en leur propre nom, ou, si l'on veut, sous un patronage qu'il faut bien reconnaître inférieur à celui de Clément VII et de Paul III, quelques prêtres obscurs, suspects dans la foi, et quelques-uns même frappés des foudres de l'Église ? N'est-il pas à craindre que le jugement de la Sorbonne, de 1535, ne leur soit devenu applicable ?
La suite de cette histoire mettra le lecteur en état de conclure.
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Docta sanctorum Patrum, decrevit auctoritas, ut in divines laudis Officiis, quae débitas servitutis obsequio exhibentur, cunctorum mens vigilet, sermo non cespitet, et modesta psallentium gravitas placida modulatione decantet. Nam in ore eorum dulcis resonabat sonus. Dulcis quippe omnino sonus in ore psallentium resonat, cum Deum corde suscipiunt, dum loquuntur verbis; in ipsum quoque cantibus devotionem accendunt : inde etenim in Ecclesiis Dei psalmodia cantanda praecipitur, ut fidelium devotio excitetur; in hoc nocturnum diurnumque Officium et Missarum celebritates assidue Clero ac populo sub maturo tenore, distinctaque gradatione cantantur, ut eadem distinctione collibeant, et maturitate delectent. Sed nonnulli novellae scholae discipuli, dum temporibus mensurandis invigilant, novis notis intendunt, fingere suas, quam antiquas cantare malunt; in semibreves et minimas Ecclesiastica cantantur, notulis percutiuntur ; nam melodias hoquetis intersecant, discantibus lubricant, triplis et motetis vulgaribus nonnunquam inculcant, adeo ut interdum Antiphonarii et Gradualis fundamenta despiciant, ignorent super quo aedificant, tonos nesciant, quos non discernunt, imo confundunt ; cum ex earum multitudine notarum ascensiones pudicas descensionesque temperatae, plani cantus, quibus toni ipsi secernuntur, ad invicem obfuscuntur; currunt enim, et non quiescunt ; aures inebriant, et non medentur; gestibus simulant quod depromunt, quibus devotio quaerenda contemnitur, vitanda lascivia propalatur. Non enim inquit frustra ipse Boëtius, lascivus animus, vel lascivioribus delectatur modis, vel eosdem saepe audiens emollitur, et frangitur. Hoc ideo dudum nos, et Fratres nostri correctione indigere percepimus, hoc relegare, imo prorsus abjicere, et ab eadem Ecclesia Dei profligare efficacius properamus. Quocirca de ipsorum Fratrum consilio districte praecipimus, ut nullus deinceps talia, vel his similia in dictis Officiis, praesertim Horis Canonicis, vel cum Missarum solemnia celebrantur, attentare prassumat. Si quis vero contra fecerit, per Ordinarios locorum ubi ista commissa fuerint, vel deputandos ab eis in non exemptis, in exemptis vero per praepositos seu praelatos suos, ad quos alias correctio, et punitio culparum, et excessuum hujusmodi, vel similium pertinere dignoscitur, vel deputandos ab eisdem, per suspensionem ab Officio per octo dies, auctoritate hujus Canonis, puniatur. Per hoc autem non intendimus prohibere, quin interdum diebus festis praecipue, sive solemnibus in Missis, et praefatis divinis Officiis aliquae consonantiae, quae melodiam sapiunt,
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puta octavae, quintae, quartae, et hujusmodi supra cantum Ecclesiasticum simplicem proferantur : sic tamen, ut ipsius cantus integritas illibata ermaneat, et nihil ex hoc de bene morata musica immutetur, maxime cum hujusmodi consonantiae auditum demulceant, devotionem provocent, et psallentium Deo animos torpere non sinant. Actum et datum, etc. (Extravagant. Commun, lib. III, tit. I.)
Ad Sanctiss. Patrem, et D. N. Paulum III. Pont. Max. Francisci Quignonii tit. S. Crucis in Jerus. presb. card. in breviarium proxime confectum Prasfatio.
Cogitanti mihi, Pater Sanctiss., atque animo repetenti initia veteris instituti, quo sancitum est, ut clerici sacris initiati, vel sacerdotiis praesidentes, singulis diebus perlegant horarias preces, quas Canonicas etiam appellamus; très omnino causas spectatas fuisse videri solent. Quarum ea prima est, quod cum ceteri homines in quaque civitate aut suum quisque negotium agant, aut in republica administranda sint occupati, clericis ex eo vocatis, ut Hieronymus testatur, quod de sorte Domini sint, quique bonis ecclesiasticis aluntur hoc potissimum negotium divinis et humanis legibus est injunctum, ut in commissum sibi populum, ac de se bene merentem Deum propitium habere cunctis rationibus enitantur. Quod non solum sacrificiis efficitur, sed etiam precibus, quae a pio corde proficiscantur, teste Jacobo, qui nos ad precandum cohortans, orate (inquit) pro invicem ut salvemini, multum enim valet deprecatio justi assidua. Altera causa est, ut qui reliquo populo exemplo debent esse virtutis, et sanctimoniae, assidua precatione Deum alloquentes, minus opportuni reddantur tentatori diabolo, si eos invenerit, ut Hieronymus ait, occupatos, et a cogitationibus caducarum rerum subinde avocati, contemplationi divinarum assuescant. Tertia, ut Religionis quoque futuri magistri quotidiana sacra; Scripturae, et ecclesiasticarum historiarum lectione erudiantur, complectanturque, ut Paulus ait, eum, qui secundum doctrinam est, fidelem sermonem, et potentes sint exhortari in doctrina sana, et eos, qui contradicunt, arguere. Et profecto si quis modum precandi olim a majoribus traditum diligenter con-sideret, horum omnium ab ipsis habitam esse rationem manifeste deprehendet. Sed factum est nescio quo pacto hominum negligentia, ut paulatim a sanctissimis illis veterum Patrum institutis discederetur.Nam primum libri sacrae Scripturae, qui statis anni temporibus erant perlegendi, vix dum incpti a precantibus praetermittuntur. Ut exemplo esse possunt liber Genesis, qui incipitur in Septuagesima, et liber Isaiae, qui in Adventu, quorum vix singula capitula perlegimus, ac eodem modo cetera Veteris Testamenti volumina degustamus magis quam legimus : nec secus accidit in Evangelio, et reliquam Scripturam Novi Testamenti, quorum in loco successerunt alia, nec utilitate cum his, nec gravitate
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comparanda, quas quotidie agitatione linguae magis quam intentione mentis inculcantur. Deinde Psalmorum plerisque, qui singulis hebdomadae diebus erant destinati, rejectis, pauci quidam toto fere anno repetuntur. Tum historiae Sanctorum tam inculte, et tam negligenti judicio scriptae leguntur, ut nec auctoritatem habere videantur nec gravitatem. Accedit tam perplexus ordo, tamque difficilis precandi ratio, ut interdum paulo minor opera in inquirendo ponatur, quam cum inveneris, in legendo. Quibus rebus animadversis, felicis recordationis Clemens VII, Pontifex maximus, cum intelligeret officii sui esse, cum aliorum Christianorum commoditatibus prospicere, tum imprimis Clericorum, quibus ministris uteretur in commisso sibi grege administrando, me hortatus est, negotiumque dedit, ut quantum cura et diligentia niti possem, preces horarias ea ratione disponerem, ut sublatis, quas dixi, difficultatibus, et dispendiis, clerici majoribus etiam commodis ad precandum allicerentur. Quam ego provinciam libentissime suscepi, simul ut bono publico pro mea virili parte servirem. Adhibitis igitur quibusdam meorum domesticorum pruderitibus hominibus sacrarum litterarum, et Pontificii juris doctrina praeditis, eisdemque graece, et latine eruditis, dedi operam quam maxime potui, ut commode ac ex utilitate publica rem conficerem in hune maxime modum.
Omissis antiphonis, capitulis, et responsoriis, ac multis hymnis, ceterisque id genus rébus Scripturas sacra; lectionem impedientibus, Breviarium constat ex Psalmis, et Scriptura sacra Veteris et Novi Testamenti, et Sanctorum historiis, quas ex probatis, et gravibus auctoribus graecis et latinis decerpsimus, easdemque stylo paulo quidem cultiore, non tamen fucato, exornare curavimus. Relicti sunt etiam ex hymnis, qui plurimum omnium habere visi sunt auctoritatis, et gravitatis. Psalmi sunt ita distributi, retento, quatenus licuit, veterum Patrum instituto, ut omnes perlegantur singulis hebdomadis anni, terni singuli horis, unius longitudine cum alterius brevitate sic compensata, ut labor legendi diurnus par propemodum sit tota hebdomada, et perinde toto anno.
Quod pertinet ad ceteram Scripturam sacram ex Veteri Testamento, perleguntur utilissimi, et gravissimi quique libri. Ex Novo autem nihil praetermittitur, praeter Apocalypsim, cujus principium tantum legitur : quin potius Epistolas Pauli cum Canonicis, et Actis Apostolorum repetuntur. Ex lectionibus enim ternis, quas singulis diebus totius anni leguntur, prima est ex Veteri Testamento, secunda ex Novo, qua totum ipsum (dempta, ut diximus, parte Apocalypsis) absolvitur, tertia ex his-toria Sancti, si cujus festum celebratur; quod si nullum fuerit, Apostolorum Acta, et Epistolas tertia lectione repetuntur ordine notato in Calendario.
Propter inconstantiam temporis Paschalis, et aliorum festorum, quas mobilia dicuntur, fieri non potuit, ut regulas omnino vitaremus, quarum tam plenum erat prius Breviarium, ut vix aetas hominis ad carum rationem perdiscendam sufficeret, sed nos tam raras, et perspicuas regulas disposuimus, ut eas cuivis facile sit intelligere.
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Officium beatas Virginia quotidianum non legitur, sed loco ejus ,ad Vesperam, et Matutinum fit commemoratio quotidie, et omnibus sabbatis totum Officium eidem Virgini praestatur, nisi festum inciderit.
Habet hase precandi ratio très maximas commoditates. Primam, quod precantibus simul acquiritur utriusque Testamenti peritia. Secundam, quod res est expeditissima, propter summam ordinis simplicitatem, et nonnullam brevitatem. Tertiam, quod historiae Sanctorum nihil habent, ut prius, quod graves, et doctas aures offendat. Hic autem est ordo, et precandi ratio.
AD MATUTINUM.
Pater noster cum signo crucis, Confiteor Deo, etc., Domine labia mea, etc. Deus, in adjutorium, etc. Deinde sequitur Invitatorium tempori,seu festo conveniens. Psalmus, Venite, exultemus, etc. In cujus fine duntaxat Invitatorium repetitur, non autem in medio. Tum Hymnus destinatus. Post haec sine Antiphona leguntur très Psalmi, deinde Lectiones très quarum quaeque incipitur a benedictione, et desinit in : Tu autem, Domine, etc. Benedictio ante primam Lectionem, quas est ex Veteri Testamento, Deus Pater omnipotens, etc. Ante secundam, quae ex Novo, Unigenitus Dei, etc. Tertia Lectio est vel ex historiis Sanctorum, cum dies est festus, et tune praecedit benedictio, Cujus festum colimus, etc. Vel ex Epistolis, vel Actis Apostolorum repetendo, et tune praecedit benedictio, Spiritus Sancti gratia, etc. In sabbatis autem, in quibus tribuimus Officium beatae Virgini, dicitur benedictio, Per Virginem matrem, etc. Post tertiam Lectionem, Te Deum laudamus, cujus loco in Adventu, et Quadragesima dicitur Psalmus, Miserere mei, praeterquam in festis Sanctorum, in quibus dicitur etiam tunc Te Deum laudamus.
AD LAUDES.
Deus, in adjutorium, deinde terni Psalmi cum cantico, Benedictus, quod canticum nullo die praetermittetur. Domine, exaudi, etc. Oratio conveniens. Postremo, nisi totum Officium tribuatur beatae Virgini, fit de ipsa commemoratio, item de Apostolis, et omnibus Sanctis. Benedicamus Domino, et, Fidelium animas, etc.
AD PRIMAM.
Pater Noster, cum signo crucis. Deus, in adjutorium. Hymnus consuetus. Terni Psalmi, diebus autem Dominicis additur symbolum Quicumque vult, aliis vero symbolum, Credo in Deum, Domine, exaudi, Oratio consueta, Benedicamus Domino, et, Fidelium animae.
Ad Tertiam, Sextam, et Nonam eodem modo, exceptis symbolis, et dicitur Oratio quas dicta fuerit ad Laudes.
AD VESPERAM.
Pater noster, cum signo crucis, Deus, in adjutorium. Hymnus. Psalmi terni. Canticum Magnificat, quod nullo die praetermittitur. Oratio et commemorationes, ut ad Matutinum
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AD COMPLETORIUM.
Converte nos, Deus. Deus, in adjutorium. Hymnus Te lucis. Psalmi terni, cum cantico, Nunc dimittis, quod etiam dicitur singulis diebus. Oratio Visita. Salve Regina. Oratio Omnipotens sempiterne Deus. Quae omnia supra dicta latius explicantur in prima Dominica Adventus.
Discrimen igitur inter illud, quo hactenus usi sumus, et hoc Breviarium est, quod in illo, quanquam veteribus Patribus placuisset, totam fere sacram Scripturam legi singulis annis, tamen vix una particula legitur carptim libros degustando. In hoc autem legitur singulis annis magna, et praecipua pars Veteris Testamenti, et totum Novum praeter partent Apocalypsis, ut diximus, Epistolis et Actis Apostolorum etiam repetitis.
Quod pertinet ad Psalterium, in illo Breviario pauci quidam Psalmi saepissime repetuntur, plerique ne semel quidem leguntur toto anno. In hoc omnes leguntur singulis hebdomadis, sine taedio, nam singulis horis terni psalmi accommodantur, nullo eadem hebdomada repetito. Deinde in illo Sanctorum historiae non pauc leguntur tam rudi stylo, tam sine rerum delectu et gravitate, ut sint interdum contemptui, atque derisui legentibus. In hoc nihil tale relictum est, omnia sunt cultiora, graviora, et ex historia ecclesiastica, et auctoribus probatis gravibusque decerpta.
Postremo in illo summa erat confusio propter regularum multitudinem, et perplexitatem, et Festorum translationem, et varias commemorationum, versiculorum, responsoriorum, antiphonarum, et sintilium rerum laboriosas ac parum graves incultationes, et iterationes, quae nec ad pietatem, nec ad cognitionem Scripturae sacras magnopere conducebant. In hoc talibus omnibus impedimentis sublatis, in sacrae Scripturae continua lectione potissimum, et gravibus Sanctorum historiis versamur, paucis et perspicuis regulis appositis.
Itaque si quis diligenter animadvertat, et vêtus Patrum consilium, institutumque consideret, plane intelliget hoc Breviarium non tam esse novum inventum, quam Breviarii veteris in commodiorem et cultiorem formam restitutionem, sublatis quibusdam rebus, quae medio tempore praeter judicium et gravitatem obrepserant.
Porro quanquam non fuit nobis propositum brevitati, sed commoditati precantium consulere, utrumque tamen, ut speramus, consecuti sumus. Nam licet lectiones singula; longiores sint in hoc Breviario, sunt tamen très duntaxat, cum in priore adjuncto Officio beata; Virginia sint duodecim cum totidem versiculis, et responsoriis, et licet quidam Psalmi in hoc sint longiores, in illo tamen singulis diebus leguntur multo plures, si repetitos numeres tamque diversos.
Accedit, quod in illo magna est perplexitas, et longitudo Officii tum feriae, tum etiam dominica diei. In hoc nullum, aut minimum est dierum totius anni discrimen; nec enim interest ad longitudinem de dominica, seu feria agatur, an de festo. In illo Psalmi hinc inde cum difficultate, mora et tdio volvendis chartis exquiruntur. In hoc per dies et horas totius hebdomad dispositi sunt. Qui noster ordo non parum
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facit ad temporis brevitatem, et laboris levamen. Adjuvat et idem ordo lectionum- nam prima et secunda simplici et immutabili ordine dispositae sunt in totum annum, sive festum incidat, sive non. Diversitas enim Officii festi dominicae, et ferialis diei consistit in mutatione invitatorii, et hymnorum ad Matutinum, et Vesperam, et tertiae lectionis, et orationis, cetera sunt ejusdem rationis utrobique.
Si cui autem laboriosum in hoc Breviario videbitur pleraque omnia ex libro legi, cum multa in alio, qua; propter frequentem repetitionem ediscuntur, memoriter pronuntientur, compensat cum hoc labore cognitionem Scripturae sacra;, qua; sic in dies augescit, et intentionem animi, quam Deus ante omnia in precantibus requirit (hanc enim majorent legentibus, quam memoriter proferentibus adesse necesse est), et hujusmodi laborem non modo fructuosum, sed etiam salutarem judicabit. Habes, Pater Sanctiss., instituti nostri rationem, habes formulam Breviarii, superest, ut si tibi res, quemadmodum speramus, non improbabitur, ipse quoque faveas incptis nostris, et labori publicae commoditatis gratia suscepto. Vale.
Rationes et motiva propter quae videtur Universitati Parisiensi non recipiendum Breviarium, nuper editum et promulgatum.
In primis advertendum est, quod dictum Breviarium discrepat et dissonum est aliis omnibus Breviariis quarumcumque dioeceseon, etiam Romanae Ecclesiae ; cum alia omnia Breviaria pleraque sancta et salutaria ad pietatem et devotionem fideles inducentia contineant quae istud Breviarum non habet ; cujus generis sunt Horae Beata; Mariae, antiphonae, responsoria, capitula, homiliae, sive expositiones catholicorum Doctorum super Evangeliis et aliis Scripturis, ordo et numerus Psalmorum, et modus legendi illos in Ecclesia,. nec non et ordo legendi sacras Scripturas in Matutinis, juxta varietatem temporum ab Ecclesia hactenus observatus. Cum autem haec usque adeo salutaria Ecclesia; instituta in Ecclesiasticis Officiis a primordiis ferme Ecclesiae, ad haec usque tempora servata fuerint, mirum quonam pacto is qui hoc novum Breviarium condidit, haec omnia rejiciat et rejicienda decernat, tamquam ut inquit, nec ad pietatem, nec ad cognitionem sacras Scripturas magnopere copducant. Quod si verum esset, nulla utique esset antiphonarum, responsoriorum, et reliquorum praenominatorum in Ecclesia utilitas, forentque haec omnia ut superflua et inutilia resecanda. Quod tamen erroneum est, nec ei quae secundum doctrinam est, pietati consentaneum, Parum quoque sobrie sapere visus est hujusmodi scriptor, dum suam unius sententiam antiquis Patrum decretis, communi et approbato usui Ecclesiae et authenticis historiis minime erubuit praeferre. Proinde ut quam periculosa sit nec ferenda hujusmodi Breviarii editio, cognoscant omnes, operas pretium in primis est ostendere, quod a veteribus Patrum ordinationibus et Catholicis
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Ecclesiae statutis ad pietatem conferentibus nemini liceat discedere. Deinde quod servandus sit communis et probatus Ecclesiae ritus. Ad haec, in his
de quibus agitur, nequaquam a receptas Fidei Doctorum scriptis Ecclesia
dissideat. Denique mala, qu ex hac curiosa hujusmodi Breviarii novitate
sequuntur, explicanda sunt............................Caeterum periculosa videtur talis Breviarii mutatio. Nam timendum est, si talis mutatio suscipiatur, ne eadem ratione immutetur Missale et Officium Missae, et multa ex eo sancta et salutaria detrahantur, non in aedificationem, sed in destructionem.
Eadem quoque facilitate auferri possent caeremoniae et solemnitates Sacramentorum, et alia sacramentalia, cujusmodi sunt consecrationes ecclesiarum, altarium, calicum, cantus Ecclesias, festa Sanctorum, aqua benedicta, et alia id genus multa. Ex quo clare apparet quali via, et quam periculosa sequantur ex ista mutatione Breviarii et novitate.
Periculum insuper imminet non mediocre, si sub signatura particularis hominis ecclesiastici, non religiosi, communem usum Ecclesia; hactenus observatum relinquant, ut accipiant hoc novum Breviarium ecclesia: Cathedrales, Collegiales et Parochiales, consimili signatura receptum Officium relinquant Ecclesias, id quod in magnum scandali populi cederet, et periculum immineret inducendi seditionem, a quibus Deus nos avertat. (D'Argentré, Collectio Judiciorum, tom. II, pag. 12-126.)
NOTE D
Ad Sanctissimum Patrem et Dominum nostrum Paulum tertium, Pontificem maximum, Francisci Quignonii tit. Sancta; Crucis in Jerusalem presbyteri cardinalis, in Breviarium proxime confectum ac denuo recognitum praefatio.
Breviarium Romanum nuper a nobis felic. recor. Clementis VII Pontif. Max. hortatu confectum, ac potius in ampliorem sacrarum Scripturarum lectionem ad veterem Sanctorum Patrum, et Conciliorum antiquorum formam revocatum, tuaque voluntate, Sanctissime Pater, aditum, graves plerosque ac doctos viros ita probasse et recepisse intellexi, ut nihil in eo mutandum existimarent. Alios item animadverti graves etiam et prudentes homines, qui ejus rationem magnopere probantes, nonnihil tamen in eo desiderari adfirmarent. Imo vero numquam dubitavi, fore in tanta multitudine nonnullos, ex iis videlicet, qui in diverso precandi ritu consenuissent, quibus labor ille noster non esset perinde gratus, existimantibus ab inveterata illa consuetudine precandi nulla ratione clericis esse discedendum. Imo vero nobis primam editionem Breviarii non tanquam promulgationem legis esse placuerat, sed quasi publicam quamdam deliberationem, ut sic, proposita nostra sententia, judicia multorum exquireremus, et quod omnium commodissimum et religioni ac pietati convenientissimum plerisque prudentibus gravibusque viris esset visum, sequeremur... Itaque multorum sententiis collatis, quae nobis partim vocibus, partim scriptis innotuerunt, judicium eorum
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secuti qui omnium prudentissime sentire visi sunt, libenter qudam addidimus, alia mutavimus, et omnia diligenter recognovimus retenta tamen summa forma Breviarii. Sed quoniam sic fert natura rerum ut nihil sit tam rectum, nihil tanta ratione in vitam usumque hominum inductum, cujus novitas non sit aliquibus ingrata, non temere facturi esse videmur, si rationem totius instituti nostri a nobis prius summatim redditam, nunc adcuratius recognito Breviario, paulo latius explicabimus.