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Argentina
Il y a trois décennies, Carlos Saura a opéré un tournant dans sa filmographie, montrant sa veine musicale à travers sa trilogie: Bodas de sangre, Carmen et El amor brujo. Depuis, il est resté mélomane, particulièrement féru de musique populaire latino-américaine auquel il consacre un documentaire, Zonda, intitulé Argentina pour sa diffusion en pays francophones. Le choix du titre pour la version française surprend quelque peu puisque le titre d’origine cible plus clairement le sujet du film, la zonda étant un genre musical argentin.
En effet, le film de Carlos Saura passe en revue les spécificités musicales de l’Argentine, selon les régionalismes et les influences importées lors des vagues d’immigrations successives: Sevillanas, Flamenco, Tango, Iberia, Fados, Flamenco, Zonda. Le cinéaste propose une sorte d’encyclopédie musicale de l’Argentine, chorégraphiée dans des décors stylisés, des jeux de lumières et de couleurs recherchés, réalisant un échantillon varié de divers genres: samba, chacarera, Malambo (aux échos africains), chamamé (à partir des flux migratoires allemands, polonais ou ukrainiens).
Il y a de très beaux moments, comme la double chacarera de clôture, hommage émouvant à Mercedes Sosa, dont la projection de l'artiste chantant est reprise en choeur par un groupe d'écoliers assis à leur pupitre.
Peut-on parler d’un film musical d’un documentaire d’un film au sens classique du terme? Ce que réalise le cinéaste espagnol Carlos Saura avec Zonda s’apparente à une déclaration d’amour de Saura au folklore argentin musical dans sa forme la plus pure, inclassable, mais dont la forme s’apparente une captation de répétitions pour un festival.
Comme le réalisateur aime le définir, il s’agit d’un document historique, un héritage qu’offre une poignée d'artistes de musique populaire argentine dans l’exécution d’une réalisation sans prétentions à un enregistrement audio et visuel de la musique autochtone.
Il y a une histoire, certes, une chronologie ou peut-être même une intention didactique. La trame est contenue dans les chansons elles-mêmes, dans les regards, dans les voix, les instruments ou la danse, exécutée dans un immense entrepôt de La Boca par des artistes qui défilent sur un ensemble de conception minimaliste mais au son maximal.
Saura entame une esquisse minimaliste de l'origine de chaque rythme folklorique, comme Zamba Salta acquise sous la forme qu'il a aujourd'hui; la Vidala du Nord-Est ou Chacarera de Santiago del Estero.
Derrière le matériel iconographique pur des artistes qui fonctionne pour l'oeil du spectateur comme une partie intégrante de la magie créée, cette production est destinée à la consommation nationale plus qu’internationale.
Si l'ombre et la lumière sont réglés comme un mécanisme de montre par Saura, qui reste absent, et même si le tout offre un panel exhaustif des musiques argentines, le résultat demeure linéaire, alignant une succession de saynètes qui finit par lasser vu qu’il n'y a aucun argument: il n'y a que des interprétations.