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Un canton de montagne très industrialisé (Glaris)
Kurt IV. Müller, Glaris L' expression canton de montagne ou canton alpin éveille presque toujours l' idée que l' économie montagnarde ou alpestre est la principale source de revenus de sa population. Mais le pays de Glaris, malgré sa situation montagneuse, se trouve depuis le XIXe siècle parmi les cantons les plus industrialisés de la Suisse. Sur une population totale d' un peu plus de 36000 âmes, presque deux tiers des 15000 personnes exerçant une activité lucrative sont occupées dans l' industrie et l' artisanat, contre 7% seulement dans l' agriculture, tandis que le reste appartient au secteur des services. Si l'on compare les cantons selon leur degré d' indus calculé par rapport à leur population totale ( chiffres de 1977 ), Glaris se trouve en deuxième position avec 18,6%, derrière Schaffhouse ( 20,5% ) et devant les cantons très industriels de Bâle-Ville ( 17,4% ) et de Soleure ( 16,9il contraste ainsi fortement avec son voisin, le canton montagnard d' Uri, qui n' atteint que 8,87%.
LA LUTTE POUR L' EXISTENCE REND INGÉNIEUX Cette structure économique étonnante du canton de Glaris est cependant une conséquence directe de ses données géographiques. Les maigres perspectives naturelles qu' offre la vallée alpine de Glaris, étroite et ouverte seulement vers le nord, ont de tout temps imposé à sa population une lutte très dure pour l' existence. L' économie agricole et alpestre a constitué la première source de revenus de ses habitants, mais elle s' est révélée rapidement insuffisante. Lorsque l' important apport procure par le service mercenaire vint à tarir, des hommes intelligents s' efforcèrent d' introduire des manufactures dans cette vallée retirée et de l' ouvrir au commerce de leurs produits.
De cette façon, les Glaronnais sont devenus un peuple de « fileurs et de tisserands »; au XVIIIe siècle déjà, cette république de bergers se transforma en un pays de fabriques dont les produits conquirent même les marches extra-européens. Ce processus d' industrialisation s' intensifia au XIXe siècle à tel point que le canton alpin de Glaris devint une des contrées les plus industrielles de la Suisse. Des usines apparurent dans toutes les communes de la vallée principale, puis à Engi, lorsque la vallée de la Sernft fut dotée d' une voie de communication; c' est l' eau, matière première abondante dans ce pays, qui fournit la majeure partie de l' énergie nécessaire. Comme nulle part ailleurs en Suisse, le tissu très serré de relations qui s' est établi entre l' environnement alpin et l' indus a donné son caractère particulier au paysage de Glaris, l' un des plus petits cantons de la Confédération, tant par sa superficie que par sa population.
Pour ce canton très industrialisé, la liaison avec les grands flux commerciaux revêtait une importance vitale, d' autant plus que la voie d' eau, longtemps utilisée autrefois entre les lacs de Walen-stadtet de Zurich par la Linth, ne suffisait plus aux exigences modernes à cause de sa lenteur. Il n' est donc pas étonnant que, grâce à l' initiative d' horn audacieux, le pays glaronnais fut relié, plus tôt que beaucoup d' autres régions du Plateau et des Alpes, au réseau naissant des chemins de fer suisses. Le 14 février 1859, la ville de Glaris était reliée à la métropole de Zurich par la voie ferrée Weesen—Rapperswil—Uster. En automne 1857, la ligne Zurich—Thalwil—Ziegelbrücke fut prolongée jusqu' à Naefels, où elle rejoignit la ligne existante. Le er juin 1879, les trains circulaient qu' à Linthal. Ainsi le chemin de fer avait conquis tout le pays de Glaris jusqu' à la barrière alpine du massif du Tcedi, et la voie était ouverte au véritable « miracle économique glaronnais ».
UNE ECONOMIE DE MONTAGNE VIABLE Une autre caractéristique du canton de Glaris, c' est ce paysage industriel qui s' est intégré à un environnement alpin resté intact par ailleurs, ce qui n' est pas le cas dans d' autres cantons de montagne. Le mérite en revient en premier lieu à l' éco montagnarde et alpestre glaronnaise et, accessoirement, à une gestion judicieuse des forêts. La plupart des 640 domaines agricoles actuels - il y en avait encore 882 en 1975 - sont des exploitations de montagne. Les autorités, tant cantonales que communales, pratiquent une politique pleine d' égards envers la paysannerie, qu' elles considèrent comme une branche indispensable de l' économie glaronnaise.
Les terres agricoles proprement dites n' occu que 11,3% de la superficie de ce petit canton de montagne, 39,3% étant recouverts de pâturages, tandis que la moitié restante est constituée de forêts, de terres improductives ( montagnes, lacs, etc. ) et du terrain bâti qui ne couvre que 2,1 % de l' ensemble. Les fermes les plus élevées, habitées toute l' année, se trouvent à Braunwald, entre 1400 et 1500 mètres d' altitude. Les chalets s' éta jusqu' au de 2000 mètres et les alpages grimpent jusque vers 2400 mètres. Le touriste qui descend de la cabane des Clarides à Obersand par la Beggilücke et le paradis de la flore alpine de Beggenen, peut rencontrer du jeune bétail jusqu' à 2600 mètres d' altitude durant les étés favorables.
Le canton de Glaris appartient donc, avec son économie d' élevage très caractéristique, au « pays des bergers » du nord des Alpes. Il compte 85 alpages et 114 exploitations alpestres ( « Sennten » ) qui peuvent porter 7500 bêtes durant Ito jours environ. Ces animaux font presque tous partie de la race brune et proviennent du cheptel glaronnais comptant en gros 15600 têtes de bétail, ainsi que de celui des cantons voisins. On rencontre, en outre, de grands troupeaux de moutons jusqu' en automne sur certains pâturages.
Une saison estivale produit grosso modo 32000 kilos de fromage d' alpage et 70000 kilos de fromage de chèvre, produits appréciés de l' écono alpestre. L' alpiniste comprendra aisément que l'on utilise, depuis quelques années, l' héli pour le transport vers la vallée de ces produits et le ravitaillement des chalets qu' on ne peut atteindre par la route. Cela permet de maintenir en activité ces pâturages sans demander trop de renoncements et de sacrifices aux personnes qui les exploitent.