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Depuis plusieurs siècles les plus grands philosophes, écrivains ou artistes sont venus chercher en Suisse l’inspiration ou la paix pour donner au monde le meilleur d’eux mêmes. Voltaire, Rousseau, Châteaubriand, Dumas, Victor Hugo … pour ne citer qu’eux, ont fait le voyage en Suisse prélude d’un grand tour en Europe. Ils ont tous trouvé sur les bords du Léman, l’envie et l’énergie d’ajouter de nouvelles pages à leurs ouvrages.
Jean Anouilh (1910-1987
Comme Jean Giraudoux ou Albert Camus, Jean Anouilh a marqué de son génie le théâtre français du XXème siècle. S’il connaît le succès dès 1937, avec le Voyageur sans bagage puis avec Antigone jouée en pleine occupation en 1942, l’écrivain est très critiqué à la Libération. On lui reproche son manque d’engagement public pendant
l’Occupation – période pendant laquelle il a pourtant hébergé la femme d’origine juive d’André Brasacq dans son propre appartement – et sa prise de position en faveur de la grâce de l’écrivain Robert Brasillach. A partir de 1947, le dramaturge prend l’habitude de séjourner de plus en plus souvent en Suisse d’abord à Chesières près de Villars-sur-Ollon puis à Pully où il décide de s’installer définitivement.
Henri Bergson (1859-1941)
Lauréat du premier prix de mathématiques au concours général, ce garçon issu d’une famille de musiciens choisit d’étudier la philosophie. Henri Bergson entre à l’Ecole Normale Supérieure en 1878, puis devenu agrégé, il part enseigner d’abord à Angers et Clermont Ferrand avant de revenir à Paris. En 1900, il publie l’un de
ses premiers grands succès : Rire, essai sur la signification du comique et quatre ans plus tard accède à la chaire de philosophie moderne à la Sorbonne, où le tout Paris se presse pour assister à ses cours. Toute sa vie, le philosophe entretiendra des liens étroits avec la Suisse. Agé de 78 ans, il vient souvent passer les étés à Gingins avec ses parents car son père Michel Bergson dispense des cours de piano au conservatoire de Genève. Plus tard l’illustre professeur de la Sorbonne se fait construire une maison face au Mont Blanc à Saint-Cergue qu’il baptise … l’Echappée. Bergson prendra l’habitude de passer dans ce refuge propice à l’écriture tous les étés ou presque de 1919 à 1930. L’altitude lui étant déconseillée pour raison médicale, l’écrivain doit prendre ses quartiers à Vevey. L‘université de Lausanne souhaite lui décerner le titre de docteur honoris causa en 1939 mais la guerre éclate et l’auteur de la Pensée et du Mouvant décède à Paris en 1941.
Jean-Anthelme Brillat-Savarin (1755-1726)
Si son nom est peut être ignoré du grand public, mais au moins un de ces aphorismes est passé à la postérité. Qui n’a déjà au moins entendu une fois ces fameuses petites phrases ? « Dis moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es ». « Un repas sans fromage est comme une belle à qui il manque un oeil ». Ils ont pourtant été écrits par un homme né à Belley en 1755: Jean-Anthelme-Savarin, avocat et député du Tiers Etat à l’Assemblée Constituante, puis à l’Assemblée Nationale en 1789. Défenseur de la peine de mort, girondin, il doit s’exiler pendant la terreur. Il séjourne quelques mois en Suisse, d’abord à Moudon chez des parents, dans la famille Trolliet (où il découvrirait la recette de la fondue !!!), puis à Lausanne à l’hôtel du Lion d’Argent avant de s’installer aux Etats-Unis. Revenu en France en 1799, il reprend du service dans l’armée, puis l’administration comme magistrat. Il connaît la gloire quelques mois avant sa mort avec la publication en 1825 de ses méditations gastronomiques : la Physiologie du goût. Le fromager Androuët aussi lettré qu’habile artisan choisit en 1930 de lui rendre hommage en lui dédiant un fromage triple.
Jean Calvin (1509-1564)
Ce fils d’un notaire, au service de la cathédrale de Noyon, dans le Nord de la France, monte à l’âge de 14 ans à Paris poursuivre ses études au collège de la Marche sous la conduite d’un pédagogue novateur Mathurin Cordier, puis au collège de Montaigu réputé pour sa discipline mais aussi pour la qualité de son enseignement. En 1528 son père qui le destinait jusqu’alors à une carrière ecclésiastique, se brouille semble-t-il avec les autorités religieuses. Du coup, il préfère envoyer son fils à la faculté de droit d’Orléans où Jean suit les cours de professeurs admirateurs de Luther. En 1531, son père meurt excommunié car il ne s’est pas réconcilié avec le chapitre de la cathédrale de Noyon depuis sa brouille en 1528. Jean Calvin décide alors de rentrer à Paris, licence de droit en poche, il suit les cours du tout nouveau Collège Royal fondé par François 1er. Catholique de formation, il décide en 1533 de se convertir au protestantisme et doit partir s’exiler à Bâle pour publier son premier livre l’Institution de la religion chrétienne. Sur son chemin à Strasbourg, il s’arrête une nuit à Genève où Guillaume Farel lui demande de rester. Il le fera mais trois ans plus tard, où il mènera une grande réforme de la ville de Genève cette fois avec l’approbation du conseil de la ville et ses habitants. Jean Calvin va alors s’imposer en Europe comme la grande figure de la réforme protestante en Europe.
Gustave Courbet (1819-1877)
Le chef de file de la peinture réaliste est décédé en 1887 en Suisse, à la Tour-de-Peilz très exactement. Il connaît la gloire et le succès quand la chute de la Commune va changer le cours de son destin. Courbet remplit alors les fonctions d’une sorte de directeur des Beaux-Arts en tant président de la commission nommée par les artistes pour veiller à la conservation des musées, mais il souffle l’idée d’un transfert aux Invalides de la colonne Vendôme, sans intérêt artistique et coupable à ses yeux de propager des idées belligérantes aux Invalides. En mars 1871, Paris connaît durant deux mois une violente vague insurrectionnelle qui laissera son nom dans l’histoire sous le nom de la Commune. Matée par les Versaillais, la Commune tombe au terme d’une semaine sanglante, en mai 1871. Jugé seul coupable de la destruction de la Colonne Vendôme, Courbet est condamné à six mois de prison, il est refusé par le salon de mai 1873. Mais il doit aussi participer sur ses propres deniers à la reconstruction de la colonne. Accablé de dettes, il s’exile la même année en Suisse. S’il y continue de peindre, ses contemporains dont en tête Zola, n’auront de cesse de crier à sa déchéance et son long martyre sur le lac Léman. En septembre 2014, le Musée Rath de Genève a cherché à revenir sur le réel héritage de l’oeuvre des dernières années du peintre français.
Alexandre Dumas père (1802-1870)
En 1832, le futur auteur des Trois mousquetaires échappe de justesse au choléra. Pour se refaire une santé, il choisit de partir en Suisse. Au lieu de s’y reposer comme un sage convalescent, l’intrépide déambule en berline, à pied ou en barque à la recherche de futures histoires ou anecdotes pour ses prochaines pièces ou romans de Genève à Martigny ou Lausanne. Lausanne, « dont les maisons blanches semblent de loin, une troupe de cygnes qui se sèchent au soleil, et qui a placé au bord du lac la petite ville d’Ouchy, sentinelle chargée de faire signe aux voyageurs de ne point passer sans venir rendre hommage à reine vaudoise ». Curieux insatiable et voyageur infatigable, il continue son périple en direction du Valais, se lance à la conquête du Saint-Bernard puis à la découverte de Berne et de la véritable histoire de Guillaume Tell.
Léon Gambetta (1838-1882)
Avocat, député, orateur émérite, père-fondateur de la IIIème république française, ce tribun de la politique française passe de nombreuses vacances d’été en Suisse. A l’invitation de l’homme d’affaires Emmanuel Vincent Dubochet, il séjourne plusieurs fois entre 1872 et 1876 à Clarens au fameux Château des Crêtes qui compte pas moins de 36 pièces. Mais le populaire avocat sait aussi y apprécier les distractions simples. Il s’échappe volontiers dans les vignes pour y discuter avec les paysans du coin et ne rechigne pas à jouer avec les villageois des alentours aux parties de quilles ou de pétanque.
Victor Hugo (1802-1885)
L’auteur des Misérables est venu cinq fois en Suisse. Un record pour l’époque et ses contemporains. Son oeuvre prolixe garde la trace de son plus long séjour, dix-huit jours en1839, sous forme de lettres adressées à sa femme et ses amis, qui seront plus tard réunies et publiées dans un même recueil baptisé Le Rhin en 1842. De Bâle à Zurich, Hugo prend plaisir à croquer habitants, paysages ou villes comme Lausanne « un bloc de maisons pittoresques, répandu sur deux ou trois collines qui partent d’un même noeud central, et coiffé de la cathédrale comme d’une tiare. J’étais sur l’esplanade de l’église devant le portail, et pour ainsi dire sur la tête de la ville. Je voyais le lac au-dessus des toits, les montagnes au-dessus du lac, et les étoiles au-dessus des nuages. C’était comme un escalier où une pensée montait de marche en marche et s’agrandissait à chaque degré. »
Romain Rolland (1866-1944)
Le prix Nobel de Littérature (cru 1916) qui a lancé en France la vogue des romans cycles avec les dix volumes de Jean-Christophe perd dès le début de la grande guerre son cher ami Charles Péguy. Rolland est alors en Suisse, où il a pris l’habitude de séjourner presque chaque année depuis 1882, pour garder sa liberté et se mobiliser au service du pacifisme, il décide de rester en pays neutre. Jusqu’en juillet 1915, il travaille bénévolement pour l’agence des prisonniers de guerre à Genève. En novembre 1915, il publie plusieurs articles en faveur de la paix, réunis sous le titre Au dessus de la mêlée. Un plaidoyer pour la réconciliation future de l’Allemagne et de la France, qui lui vaut autant d’admiration (un prix Nobel), que de critiques et d’inimitiés. Avec la paix revenue, Rolland tente un retour en France en 1919 mais regagne vite la Suisse pour s’établir à Villeneuve en 1922. Sur la riviera, il reçoit Stephan Zweig avec il correspond pendant près de trente ans, mais aussi Gandhi, Tagore, Gide, Istrati. Avec eux il rêvera de refaire le monde pour tenter de tirer les leçons de la grande guerre et d’en éviter une nouvelle.
Juliette Récamier (1777-1849)
Muse et mécène, elle est la reine des salons parisiens du XIXème siècle. Sa beauté autant que son esprit charme les plus grands hommes de son époque : Ampère, Benjamin Constant, Lucien Bonaparte, Auguste de Prusse, Saint-Beuve, Victor Hugo et surtout René de Chateaubriand avec qui elle noua une liaison de près de 30 ans. Elle vint plusieurs fois à Suisse à Coppet près de Genève où elle rejoint dans son exil sa très chère amie Germaine de Staël. Pour fuir l’épidémie de choléra qui ravage Paris en 1832 et retrouver Châteaubriand, elle séjourna aussi quelques jours au château de Wolsberg, propriété de la lectrice de la reine Hortense, mère du futur Napoléon III qui vivait tout près au château d’Arenenberg.
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
L’écrivain phare des Lumières nait en 1712 à Genève, alors petite république calviniste indépendante. Fils d’horloger et orphelin de mère, après une jeunesse tumultueuse, il sillonne l’Europe d’Annecy à Turin en passant par Lausanne et Vevey, avant de s’installer à Paris en 1742. Il collabore avec Diderot à la rédaction de l’Encyclopédie. Il
publie en 1750 le Discours sur les sciences et les arts (Premier prix de l’Académie des sciences) puis le Discours sur l’origine de l’inégalité des hommes en 1755 qui lui valent célébrité et postérité. Toutefois, c’est avec Julie ou la Nouvelle Héloïse, un roman qui narre les amours contrariées d’une jeune fille et de son précepteur que Rousseau devient l’auteur le plus lu de son époque. Précurseur du romantisme, le genevois impose la riviera vaudoise comme terre de pèlerinage de l’intelligentsia du XIXème et XXème siècle.
Germaine de Staël (1766-1817)
Chassée de France par Napoléon Bonaparte, la fille du banquier Jacques Necker trouve le refuge dans le château familial de Coppet en Suisse. Cette femme de lettres riche et érudite décide d’y recevoir ses amis écrivains pourchassés ou en délicatesse avec le pouvoir. Ce sont les Etats généraux de l’opinion européenne qui se réunissent à Coppet dixit Stendhal. Effectivement de Benjamin Constant à Chateaubriand, Goethe, Grimm, Sismondi ou Charles de Villers, premier traducteur de Kant, il n’y a pas de bel esprit qui ne fasse route jusqu’à la demeure de l’auteur de Corinne ou l’Italie. Hélas en 1817, Madame de Staël meurt subitement et le groupe de Coppet perd son âme.
Jean-Frédéric Perregaux (1744-1808)
Appartenant à l’une des plus anciennes familles neuchâteloises, Jean-Frédéric Perregaux s’installe à Paris dès la fin de ses études, à vingt-et-un ans, et travaille pour Jacques Necker, futur ministre des finances de Louis XVI. En 1781, il fonde sa propre banque avec l’aide du financier Jean-Albert Gumpelzhaimer. Sa clientèle, constituée d’aristocrates anglais et français, dont la célèbre Germaine de Staël, prospère rapidement. Fortune établie, il acquiert un hôtel à la Chaussée-d’Antin, le plus beau de la rue, à l’instar de son confrère Jacques Récamier. Féru d’opéra et de théâtre, Perregaux se montre un mécène généreux et se lie d’amitié avec plusieurs artistes. Lors de la Révolution française, inquiété pour son implication dans plusieurs affaires compromettantes, il quitte précipitamment Paris pour la Suisse, mais pas pour longtemps. Sous le Directoire, il retourne à Paris et rétablit ses relations. Proche de Bonaparte, il fut l’un des commanditaires du coup d’Etat du 19 brumaire. Il en sera récompensé, Bonaparte le nomme conservateur au Sénat et Régent de la Banque de France. Décédé en 1808, ses cendres sont enterrées au Panthéon.
Jean-Louis-Ebénézer Reynier (1771-1814)
Fougueux Général de la Révolution du Premier Empire, Reynier naquit à Lausanne en 1771. Après ses études à l’Ecole des Ponts et Chaussées à Paris, il fut nommé ingénieur de l’armée du Nord. Ses aptitudes à concevoir des plans d’attaque pertinents et à mener les troupes ont été vite reconnues. Successivement adjoint à l’état major, adjudant-général, général de brigade de la division du Général Joseph Souham, chef d’Etat-major de l’armée du Rhin, il traversa l’Egypte et la Syrie. Une campagne qu’il détaille dans ses mémoires passionnantes, annotées d’observations personnelles « Si les ruines magnifiques des temples de la Haute-Egypte sont des monuments d’habilité dans les arts, n’en sont-ils pas aussi de l’esclavage… ». A la tête de l’armée d’Italie, il s’empara du Royaume de Naples et en devint Ministre de la Marine et de la Guerre. Il mourut à l’âge de 43 ans à Paris et repose au Panthéon.
Henri Verneuil (1920-2002)
« Mélodie en sous-sol », «Un singe en hiver », « Le clan des Siciliens », restent et resteront dans la mémoire de tous les cinéphiles. Henri Verneuil décédé en 2002 a imprimé sa patte au cinéma français du XXème siècle. Il a vécu les dernières années de sa vie à Pully, petite cité sur les vignes du Lavaux, tout près de Lausanne.
Eugène Violet-le-Duc (1814-1879)
Pour les Français, il reste celui qui a restauré l’église de Vézelay et Notre Dame de Paris, pour les Suisses, celui qui redonna son lustre à la cathédrale de Lausanne. Autant dire que cet architecte dessinateur inspiré et visionnaire aura marqué de son empreinte autant la France que la Suisse. « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir…, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais exi
sté dans un moment donné », écrit il dans son ouvrage phare Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle. Sa maison “La Vedette” dont il avait imaginée la réalisation à Lausanne a malheureusement été détruite. Eugène Violet-le-Duc repose au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne.
Voltaire (1694-1778)
L’audace et l’universalité de ses écrits ont valu à Voltaire une longue suite de poursuites judiciaires et d’exils successifs. Les vingt dernières années de sa vie seront relativement plus paisibles et coïncident avec son installation en Suisse. L’auteur d’OEdipe s’est d’abord installé à Genève vers la fin 1754 dans une propriété qu’il a rebaptisée les Délices avant de s’installer au château de Ferney où il va mener une vie sociale et littéraire intense. Il décède lors de son dernier voyage à Paris en 1778 alors que le public se presse à la Comédie Française applaudir sa pièce Irène.
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