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L’histoire et les origines de l’hypnose
Les origines
Bien qu’il soit impossible de savoir exactement à quand remontent les premières séances d’hypnose, certains indices laissent à penser que les débuts de l’hypnose remontent à des milliers d’années. En effet, on a retrouvé sur un papyrus vieux de plus de 3000 ans, la description d’une induction hypnotique. C’est le papyrus d’Eber sur lequel figure notamment la phrase : « Pose ta main sur la douleur et dis que la douleur s’en aille ».
De nombreuses civilisations, notamment grecque et égyptienne, ont recours à l’hypnose dans des contextes rituels, religieux ou médicaux depuis des centaines d’années. Si l’on se penche sur le phénomène de transe qui a lieu au cours de ces rituels, on se rend compte que ce dernier peut être apparenté à un état hypnotique.
L’hypnose disparaît ensuite pendant des siècles avant de réapparaître, pour être utilisée dans un premier temps dans des spectacles. Et ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle qu’apparaît l’hypnose médicale telle qu’on la connaît aujourd’hui. Franz Anton Mesmer, un médecin allemand installé à Paris en sera le précurseur.
Le fluide magnétique et les magnétiseurs
Mesmer soutient une théorie selon laquelle il existerait un fluide magnétique animal universel qui permettrait aux individus de se soigner eux-mêmes. Il organise des cérémonies au cours desquels, des personnes se tenant debout dans un baquet et reliées entre elles par une corde, entrent les unes après les autres dans un état convulsif. La corde étant censée être le lien par lequel le fluide magnétique passe d’une personne à l’autre. Il prête par ailleurs à ces convulsions un effet thérapeutique.
Mais ces pratiques inquiètent le roi Louis XVI qui demande alors à la commission scientifique de mener une enquête. Les conclusions de cette enquête établissent que le fluide magnétique n’existe pas, mais n’excluent pas la possibilité que l’imagination puisse avoir des effets thérapeutiques.
Une phrase tirée du rapport d’enquête explique même ceci : « l’imagination sans magnétisme produit des convulsions… le magnétisme sans imagination ne produit rien ».
Et ce rapport, loin de mettre fin à ces pratiques, servira de base à l’hypnose moderne.
Le marquis de Puységur est un élève de Mesmer, il va poursuivre le travail de son maître tout en s’éloignant de la théorie du fluide. Il découvre à son tour le somnambulisme induit. Et ouvre la voie à des théories basées sur la relation qui existe entre thérapeute et patient ainsi que sur l’importance des suggestions verbales et des croyances.
À cette époque, on ne parle toujours pas d’hypnose, mais de magnétisme et de magnétiseurs. L’abbé Faria est un prêtre portugais qui a vécu à Paris à la même époque que le Marquis de Puységur. S’éloignant totalement des théories de Mesmer, il soutient que le sommeil induit ne vient pas du magnétiseur, mais bien du patient lui-même. Il hypnotise ses patients en les regardant dans les yeux tout en leur faisant des suggestions, il est l’auteur de la célèbre phrase : « Dormez, je le veux ».
Il est également parmi les premiers à dire que “le sommeil conscient” est un état naturel. Il avance également que l’hypnose peut avoir des effets bénéfiques sur les maladies nerveuses et psychosomatiques. Enfin, il est à l’origine d’une technique basée sur les “ Suggestions post-hypnotiques”.
Malgré cette évolution, l’hypnose conserve durant de nombreuses années une mauvaise réputation. Souvent associée aux charlatans et aux comédies grotesques, elle a beaucoup de mal à se débarrasser de l’étiquette laissée par Mesmer. Et certains pays vont même jusqu’à l’interdire.
Du magnétisme à l’Hypnose
Après avoir connu des heures difficiles, l’hypnose retrouve ses lettres de noblesse grâce à un chirurgien anglais nommé James Braid.
En 1843, ce chirurgien anglais tente de comprendre et d’expliquer le phénomène décrit par Mesmer. Pour lui, le magnétisme animal et le fluide n’existent pas. Il cherche alors à démontrer que ces phénomènes ont une explication scientifique. Au cours de ses recherches, il découvre que l’état hypnotique est lié à une cause physique et utilise un objet brillant pour fixer l’attention du sujet au cours de ces séances. C’est à partir de ce moment-là qu’il qualifie ces techniques d’induction “d’hypnotisme “.
Peu à peu, il peaufine ses techniques toujours à l’aide d’inductions visuelles en utilisant un pendule. Pour lui, l’hypnose est un phénomène scientifique et psychologique, qui repose à la fois sur un savoir-faire et à la fois sur la confiance établie entre le thérapeute et le patient. Il qualifie l’hypnose “d’état de sommeil nerveux”, et va même beaucoup plus loin en pratiquant les premières opérations chirurgicales sur des patients en état d’hypnose.
Ces travaux en termes d’hypnose médicale seront vite oubliés, car la découverte de l’éther à la même époque va révolutionner l’anesthésie chirurgicale aux États-Unis puis en Europe.
Quelques années plus tard, un certain Alfred-Edouard D’Hont dit Donato étudie les travaux de James Braid et décide de s’en servir pour monter un spectacle. Il parcourt l’Europe et donne une représentation de son spectacle d’hypnose à Paris. C’est ainsi que l’éminent neurologue Jean-Martin Charcot découvre l’hypnose.
Lorsque J.M Charcot découvre l’hypnose en 1878, il est déjà très connu dans le domaine médical. Neurologue reconnu par ses pairs, il est à l’origine entre autres de la découverte de la sclérose latérale amyotrophique. On le surnomme même « Le césar de la Salpêtrière ».
À la base, Charcot s’intéresse à l’hypnose d’un point de vue purement expérimental. Il espère pouvoir comprendre et différencier les paralysies hystériques des paralysies lésionnelles qui jusqu’ici ne peuvent être différenciées qu’après le décès du patient. Mais ses recherches le conduisent à établir une théorie selon laquelle l’hypnose est un état de névrose artificielle. Il prétend même que seuls les patients souffrant d’hystérie peuvent être hypnotisés.
À l’opposé des théories de Charcot, le docteur Bernheim, médecin à la clinique de Nancy, est convaincu que l’hypnose a des vertus thérapeutiques. Ce sont les résultats obtenus par son ami le docteur Liebaut, un médecin de campagne qui l’ont convaincu.
Bernheim pense que les phénomènes hypnotiques sont liés à une propriété physiologique du cerveau. Il pense également que l’hypnose permet d’inhiber certaines sensations comme la douleur, mais aussi les émotions telles que la tristesse, la colère ou l’angoisse. Ses travaux le mènent à développer des méthodes de suggestion hypnotique à l’état conscient pour soigner certains patients. Il appelle cette méthode “psychothérapie “.
À la fin de sa carrière, accompagné des docteurs Liebaut, Jules Liégeois et Henri Beaunis, il va fonder » L’école de Nancy » appelée aussi « école de la suggestion « . Ces quatre médecins iront même jusqu’à déclarer que toutes les personnes peuvent être hypnotisées à l’exception des patients souffrant d’hystérie. Un petit pied de nez à Charcot dont les théories s’opposent totalement aux leurs.
Les travaux de Charcot ont cependant permis à l’hypnose d’être reconnue par l’académie de médecine.
C’est ainsi que de grands noms tels que : Émile Coué, Pavlov et Freud étudieront l’hypnose. Freud s’en servira même au début de sa carrière, avant de l’abandonner définitivement au profit de la psychanalyse.
Le docteur Pierre Janet est un jeune médecin qui travaille à la Salpêtrière. Très vite, Charcot le repère et le nomme directeur du laboratoire de psychologie de la Salpêtrière.
Il considère que l’hypnose repose sur un phénomène de conscience dissocié. Ses travaux portent sur les problèmes de dédoublement de la personnalité, il étudie également le phénomène d’amnésie posthypnotique. Ces travaux ouvriront la voie au concept de syndrome post-traumatique.
Cependant, l’hypnose retombera dans l’oubli durant les années suivantes, remplacée par la psychanalyse et les théories freudiennes.
L’hypnose moderne telle qu’on la connaît aujourd’hui.
C’est Milton Erickson, psychiatre et psychologue américain, qui va véritablement relancer l’hypnose et lui rendre ses lettres de noblesse au XXe siècle. Erickson est daltonien, dyslexique et souffre de poliomyélite. Alité pendant des mois à cause de sa maladie, il va passer des heures chaque jour à s’observer et à observer sa sœur et ainsi développer la perception qu’il a de son corps et de ses mouvements.
Durant ses études de médecine, il va travailler en collaboration avec le docteur Clark L. Hull, avant de poursuivre seul ses travaux. Pour lui, l’inconscient de l’individu regorge de ressources, de connaissances et d’apprentissage. Il va peu à peu développer la notion d’hypnose permissive, car il est convaincu que ce n’est pas le thérapeute, mais bien le patient lui-même qui détient la solution à ses problèmes. Sa méthode repose donc sur le libre arbitre du patient. Le thérapeute n’intervient que pour guider et aider le patient à trouver les ressources nécessaires à sa guérison.
Son approche et ses méthodes ont véritablement révolutionné la pratique de l’hypnose.
La PNL ou programmation neuro linguistique, bien qu’elle ne fasse pas réellement partie de l’hypnose a été créée par Richard Bandler et John Grinder qui étaient eux-mêmes des élèves d’Erickson. La PNL est un système de communication basé sur un mélange de psychothérapie et de méthode d’hypnose. La plupart de ces techniques peuvent se faire sous hypnose. Elle a donc un lien de parenté avec l’hypnose moderne.
Grâce aux appareils d’imagerie médicale, il existe aujourd’hui des preuves formelles des effets de l’hypnose sur le cerveau. L’hypnose est à présent reconnue comme une science et elle est de plus en plus utilisée comme moyen d’anesthésie pour les opérations chirurgicales en France.