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Après avoir abandonné la peinture abstraite, Mimmo Rotella réalise ses premières affiches lacérées : tracts arrachés des murs, reportés sur la toile où ils sont, parfois, à nouveau lacérés dans un « geste de provocation contre la société ».
C’est le poète et philologue italien Emilio Villa qui, dans un texte de 1949, révèle au public les premiers travaux de M. Rotella. Sa première exposition personnelle a lieu à Rome en 1951 mais ce n’est qu’en 1960 qu’il effectue un voyage à Paris où il rencontre le critique Pierre Restany. L’année suivante, il adhère au groupe des Nouveaux Réalistes aux côtés de Raymond Hains, Jacques Villeglé et François Dufrêne. M. Rotella développera, par la suite, différents modes d’exploitation de l’affiche et explorera également d’autres médias.
« Arracher les affiches des murs est la seule compensation, l’unique moyen de protester contre une société qui a perdu le goût du changement et des transformations fabuleuses. Moi, je colle des affiches, puis je les arrache : ainsi naissent des formes nouvelles, imprévisibles. Cette protestation m’a fait abandonner la peinture de chevalet. » (M. Rotella, Rome, 1957)
Après avoir suivi des cours à l’Académie de Naples, M. Rotella s’installe à Rome où il développe des formes d’abstraction géométrique et s’intéresse à la photographie. Se détournant de ces premières expériences, M. Rotella, qui avait alors trente ans, s’adonne au jazz et à la création de « poèmes phonétiques », réalisés à partir de sons inarticulés et d’onomatopées que lui évoque sa vie à Rome. Dans ses performances, il s’inspire des travaux littéraires d’Henri Chopin, Bernard Heidsieck, Hugo Ball ou Raoul Haussmann et des « Calligrammes » de Guillaume Apollinaire. Cette expression artistique, qu’il n’abandonnera jamais, donne naissance à un « Manifeste Epistaltique » en 1959 et le fait participer à des récitals dans les milieux d’avant-garde.
Ses premiers « décollages », M. Rotella les effectue sans connaître les démarches contemporaines de R. Hains et J. Villeglé. Certains poètes qui promouvaient alors l’avant-garde picturale Emilio Villa, Cesare Vivaldi et Leonardo Sinisgalli ont témoigné avoir vu ces lambeaux d’affiches arrachés des murs de la Piazza del Popolo à Rome dès 1953, et exposés comme œuvres d’art en 1954.
Si M. Rotella arrache l’affiche du mur, la fixe directement sur la toile et, après l’avoir collée sur le support, la déchire à nouveau, c’est pour y découvrir ce qui se cache dans les couches superposées de papier. Jusqu’en 1959, il a préféré décoller des affiches aux motifs abstraits qui s’inscrivaient dans une sorte de continuité de son travail de peintre. Ultérieurement, il en fait émerger les lettres et les mots. Enfin il ouvre les portes du décollage à l’image de style figuratif « Cinecittà » (1960) dont la célèbre « Dolce Vita » (1960) fait partie. D’autres cycles au ton ironique permettent au déchirement de conserver une partie de l’image originale de l’affiche et, au moment du report sur la toile, d’en transformer le message publicitaire et d’en changer la signification.
Après de nombreuses expositions (à Kansas City en 1952, Milan en 1955, Zurich et Londres en 1957, Rome en 1959 et 1961), M. Rotella participe au mouvement parisien du Nouveau Réalisme. En 1961, P. Restany qui est désormais son principal exégète, l’invite à adhérer au groupe des Nouveaux Réalistes, créé quelques mois auparavant par Yves Klein. Entre 1959 et 1963, M. Rotella s’est intéressé de plus près aux affiches de cinéma (« Marylin », 1962, Musée d’Art et d’Histoire, Genève) ou à la publicité (« Chi va chi viene », 1963, Galerie Reckermann, Cologne). Des affiches qu’il décolle pour la beauté de leur matière.
En 1963, l’artiste, qui réside désormais à Paris, dépasse le décollage avec une nouvelle forme d’art, le « reportage photographique » qu’il réalise en produisant des matériaux imprimés sur des toiles émulsionnées. Ce sera la première d’une longue série d’innovations techniques stylistiques. En 1970 par exemple, M. Rotella crée les « Artypo » qui sont choisis directement dans les imprimeries, parmi les déchets de papier ayant été imprimés plusieurs fois et présentant des surimpressions. Après le papier, il utilise les impressions sur plastique qu’il appelle les « Plastiformes » ou « Artypo plastique » (1975). Dans les années 60 et 70, il intègre à sa démarche le 'ready-made' et le détournement d’objets de la vie courante récupérés dans des décharges (« Petit Monument à Rotella », 1960, Musée Sainte Croix, Poitiers).
Après de longs voyages aux Etats-Unis, en Inde et au Népal, l’artiste s’établit à Milan en 1980. Son retour temporaire à la peinture se produit en 1984 à l’occasion de « Cinecittà 2 », un cycle de grandes toiles acryliques s’inspirant de thèmes de films, d’images télévisées et sportives. Ses modifications les plus récentes se répartissent à valeur égale entre les « Coperture » ou « Blancks » des affiches annulées pour cause de fin d’affichage, à savoir des panneaux de zinc couverts de feuilles de papier qui les anéantissent (1980) et les « Sovrapitture » commencées en 1986. Celles-ci ont été l’espace à travers lequel M. Rotella a repris son activité de dessinateur et de peintre en réalisant des bombages et des dessins sur des affiches publicitaires et, en 1987, en exécutant des peintures directement sur les panneaux d’affichage. À partir de 1989, après un long séjour à Berlin, M. Rotella revient à l’affiche qu’il lacère afin de faire apparaître une forme, une couleur, une lettre ou un mot.
Catherine L’Hostis