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On a tout dit ou presque sur Stanley Kubrick (1928-1999). L’homme est aussi célèbre, si ce n’est plus, que ses films. C’est une légende: un mégalomane enfermé dans son manoir protégé par un circuit de caméras qui ne fait pas un pas sans un thermos de thé, qui signe ses contrats par télex, qui conduit une voiture en portant un casque de motard, qui ne prend pas l’avion, qui est un sadique doublé d’un perfectionniste forcené…
Il est dirigiste certes, méticuleux et très au clair sur ce à quoi son œuvre doit ressembler, mais il est loin, très loin de sa légende.
Stanley Kubrick est surtout et avant tout un formidable réalisateur. D’abord photographe. Une première époque américaine sous le double signe du film noir et du pamphlet antimilitariste. Un jour, il accepte de remplacer Anthony Mann sur le tournage du film "Spartacus" (1960) et ne tarde pas à s'en mordre les doigts. Il ne tournera plus jamais pour personne et ne filmera que des histoires qui l’intéressent.
Après le tournage de "Lolita" en 1962, il décide de s'installer définitivement en Angleterre et réalise une série de films dont il est le maître absolu. Il en est à la fois le producteur, le metteur en scène, le coscénariste, choisissant les musiques, supervisant les décors. Il s'occupe aussi de la distribution.
L'époque anglaise est jalonnée d'oeuvres aussi troublantes, impénétrables, qu’excitantes : "2001 l’Odyssée de l’espace", "Barry Lyndon", "Orange mécanique" ou "Shining". Partout la mort, le néant, la déchéance.
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Kubrick est un pessimiste avoué. Est-ce pour cela que les films de guerre lui parlent autant?
"Full Metal Jacket" est le quatrième film que Stanley Kubrick consacre à la guerre après "Fear and Desire", "Les Sentiers de la gloire" et "Dr Folamour".
Dans "Les Sentiers de la Gloire", Kubrick utilisait l’empathie pour émettre un point de vue antimilitariste tandis que dans "Dr Folamour", il joue du pamphlet et du sarcasme pour montrer l’absurdité de la guerre et la folie des classes dirigeantes.
Avec "Full Metal Jacket", il va un cran plus loin. Cette fois, il veut concevoir le film de guerre parfait. Un film où on se préoccupe davantage de mettre en lumière la dualité de l’homme que de dénoncer les coupables et les victimes d’un conflit aussi absurde que les autres.
Stanley Kubrick sur le tournage de "Full Metal Jacket". [Natant/Stanley Kubrick Productions/AFP]
Le cinéma est une expérience non verbale pour le réalisateur. Sous une forme ou sous une autre, la guerre en est toujours le sujet. Ou plutôt l’état de guerre qui définit à peu près tous les rapports sociaux ou intimes. "La guerre", dit Kubrick, "crée des situations très dramatiques et très visuelles. Dans une guerre, en un court laps de temps, les gens traversent une fantastique période de tension".
Ce qui permet au cinéaste de décrire avec une grande concision l’évolution d’un personnage. A l’écran, tout ça se cristallise dans la transformation des adolescents en machines à tuer. La mise en scène est au diapason de la tension, suivant au plus près et toujours en mouvement, des hommes et une guerre, créant une dramaturgie d’une extrême précision.
Kubrick fait un film qui ne ressemble à rien d’autre. Pas d’exotisme ici, peu de palmiers, pas de rizières, à peine le temps d’une courte séquence avec une putain adolescente, pas non plus de message bien explicite. Instruites pour tuer, les jeunes recrues, sur place, se font tuer et tuent. Et les survivants provisoires défilent en chantant leur joie d’être indemnes, sur l’air du Club de Mickey.
Selon Michael Herr, Stanley Kubrick n'a pas, à l'époque, l'intention de réaliser un film antiguerre, mais plutôt de montrer "à quoi la guerre ressemble vraiment". Est-ce que c’est vraiment possible. En tous cas, il y a l’intention et des images fortes à l’écran.
>> A voir: un extrait du film