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Conséquences pour les pays asiatiques ?
Un euro fort par rapport au dollar, quelles conséquences pour les pays asiatiques ? la Chine, le Japon notamment.
Partant de leurs excédents commerciaux (30 milliards de dollars en 2002 pour la Chine) les banques centrales asiatiques achètent des titres publics américains qui viennent gonfler leurs réserves. Si elles interviennent tant sur le marché des changes c’est uniquement dans le but que leur monnaie ne s’apprécie pas. Avec une monnaie dont le change avec le dollar reste stable permet aux pays asiatiques de rester compétitifs. Les monnaies se retrouvent ainsi sous-évaluées. Au cours des années 2001, 2002 et 2003, la Banque Centrale du Japon a engrangé ainsi plus de 500 milliards de dollars de réserves, 330 milliards pour celle de Chine, 130 milliards pour celle de Corée du Sud et 80 milliards pour celle de l’Inde. Pour maintenir une paix sociale qui leur permet de rester au pouvoir, les dirigeants politiques asiatiques cherchent donc à maintenir par tous les moyens la parité de leurs monnaies par rapport au dollar.
La Chine doit continuer à acheter du Dollar
Depuis le début des années 80, la Chine a accru notablement son poids dans l’économie mondiale. En termes de PIB ce poids a été multiplié par 4. La croissance de la Chine est impressionnante, frôlant les deux chiffres. Ses importations et surtout ses exportations ont explosé. Le fait marquant de 2003 aura été l’affirmation de la Chine comme l’un des moteurs de l’économie mondiale que l’épidémie de SRAS aura à peine freinée, sa croissance s’établissant à 9,3%. Le développement de la Chine passant par des exportations de plus en plus dynamiques la stratégie d’intervention sur le marché des changes s’imposait. Et pour maintenir sa stratégie les sommes engagées doivent être de plus en plus énormes. Les réserves officielles de la Banque centrale chinoise ont été multipliées par trois entre 1999 et 2004.
L’an passé, le développement de ses importations a contribué pour 30 % à la progression du commerce mondial. Sa croissance, tirée par les investissements étrangers mais aussi domestiques, a entraîné dans son sillage les autres économies de l’Est asiatique. Elle a été impulsée par un accroissement massif de la formation de capital (+ 25 % en 2003). Les investissements directs étrangers ainsi que l’investissement en infrastructures et résidentiel ont été particulièrement dynamiques en 2003.
Entre 2001 et fin 2003, grâce à la sous-évaluation du yuan, plus d’une centaine de millions d’emplois ont été créés en Chine dans des entreprises industrielles alors que 3 millions d’emplois ont été supprimés aux Etats-Unis. Les malheurs des uns font le bonheur des autres. Les pauvres Chinois qui travaillent maintenant provoquent le mécontentement des riches Américains au chômage. Le jeu est subtil, car les chinois ont absolument besoin des investissements des entreprises américaines pour assurer une croissance de 20 % dans les zones qui leur sont ouvertes, et réciproquement, les entreprises des Etats-Unis réalisent souvent leurs bénéfices grâce à leur production en Chine. Les deux parties sont à la fois des adversaires et des partenaires.
La sous-évaluation du yuan permet de rendre très rentable la fabrication de produits industriels en Chine par rapport aux pays développés mais aussi par rapport à la fabrication dans les autres pays asiatiques dont les coûts de la main d’œuvre et la productivité sont comparables.
Globalement l’Asie du Sud-Est a vu son activité accélérer légèrement à partir d’un rythme de croissance déjà très soutenu; la croissance de la zone s’est établie à 7,0 % en 2003 après 6,1 % en 2002. Et le dynamisme de la demande chinoise y est pour beaucoup en élargissant les débouchés de leurs exportations. Face à l’ogre chinois les investissements en Asie sont restés atones, affectés par les délocalisations vers la Chine.
Autre grand pays asiatique, le Japon a subit et souffre pour maintenir le Yen à un niveau acceptable
Pour le Japon la nécessité de rester compétitif découle pour beaucoup de la stratégie monétaire chinoise. Une grande partie des exportations japonaises est en direction de la Chine. Et la demande chinoise est des plus vigoureuses depuis son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce fin 2001. La croissance nippone a alors redémarrer grâce aux exportations qui sont soutenues par un taux de change yen / dollar compétitif. C’est par l’intervention sur le marché des changes de la banque centrale japonaise, la BoJ, adoptant une stratégie de suiveur, que le cours du yen a pu résister. Mais pour suivre la Chine les efforts ont dû être conséquents. En 2003 les variations des réserves de la BoJ dépassaient les 100 milliards de dollars. Les réserves officielles de la Banque du Japon ont été multipliées par quatre entre 1999 et 2004. Les dirigeants japonais sont d’autant plus enclins à défendre la parité du yen par rapport au dollar que le yuan n’est pas convertible. Il est défini arbitrairement par rapport au même dollar selon un cours fixe qui fait apparaître une sous-évaluation importante estimée à environ 10 % par rapport au dollar. Si le Yen était réévalué, les produits chinois seraient encore plus compétitifs au Japon, ce qui pousserait vers une déflation déjà présente au Japon.
En 1993 la part de l’export nippon à destination de la Chine était de 4,8 % alors qu’elle fut de 12,2 % en 2003. Sur la même période elles sont passées de 30 % à 24,6 % à destination des Etats-Unis. Entre 2002 et 2004 la demande adressée par la Chine a encore doublé. L’importance de plus en plus forte de la Chine dans le commerce extérieur japonais justifie nettement les interventions de la BoJ. Néanmoins il ne faut pas négliger la place tenue par les USA et donc l’effet positif pour le commerce extérieur d’une compétitivité maintenue par un yen ne se dépréciant pas face au dollar. On peut au passage signaler que l’arrimage du yen au dollar aura nuit à la zone euro dont les débouchés vers les USA mais surtout la Chine auront été encore plus concurrencé.
Les exportations japonaises ont donc pu progresser de 7,9 % en 2002 et de 10,1 % en 2003, 80 % des exportations supplémentaires partant vers l’Asie. Entre 2002 et 2003 la contribution des exportations à la croissance a été de 42 % et celle de l’investissement des entreprises de 39 %. En effet le dynamisme exceptionnel de la demande extérieure a incité les entreprises à investir à nouveau, d’autant que leur situation financière leur permet d’être mieux en mesure d’autofinancer leurs investissements.
Leurs investissements se sont donc inscrits en forte progression dès le second semestre 2002, contribuant pour plus de 80% à la croissance de la demande intérieure en 2003. La consommation des ménages ayant continué de soutenir l’activité, comme elle l’a d’ailleurs fait depuis le début de la décennie 1990, la croissance japonaise ne pouvait être que bonne. Elle s’est établit à 2,7 % en 2003.
Alors que le dollar se dépréciait par rapport à l’euro les efforts énormes déployés par la banque centrale du Japon auront permis au pays du soleil levant de connaître une croissance quasi inespérée. La croissance japonaise est d’ailleurs jugée au dessus de son potentiel depuis deux ans. Et certains économistes en profitent pour rappeler que l’histoire monétaire de ces dernières décennies a montrée que toutes les tentatives menées par les banques centrales pour contrer un mouvement puissant sur des marchés libres étaient vouées à l’échec. Le combat monétaire de la BoJ serait perdu d’avance. Il ne ferait que retarder inutilement les échéances en cherchant à différer les adaptations douloureuses mais nécessaires de l’économie japonaise. A y regarder les sommes toujours plus conséquentes qui sont nécessaires pour contenir le cours du yen à un niveau acceptable (plus de 100 yens pour 1 dollar), cela ressort plus que réaliste.
En outre,
et les USA, quelles conséquences ?