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Ces dernières années, l’Orchestre Amabilis a eu l’occasion de se produire aussi bien avec des jeunes solistes qui entament une carrière prometteuse qu’avec des concertistes confirmés jouissant déjà d’une réputation internationale. Le concert des 8 et 9 octobre appartient à cette deuxième catégorie. En effet, Amabilis a aujourd’hui le grand honneur d’accompagner Alexandre Dubach. Et lorsqu’un orchestre comme le nôtre a cet immense privilège, il est légitime de vouloir en tirer le plus grand parti et de proposer au public de plus longs moments de bonheur musical.
Lors de nos premiers contacts avec M. Dubach, nous nous sommes rapidement mis d’accord pour jouer le Concerto de Beethoven, plus une pièce brève pour violon et orchestre. Au fil des discussions et sous l’effet d’un enthousiasme partagé, la pièce brève est devenue… un deuxième concerto. La démarche est extrêmement rare aujourd’hui dans les programmes de concert, même si le deuxième concerto programmé est en effet beaucoup plus court que le grand opus beethovenien.
Les concertos de Beethoven et de Bruch, écrits à 60 ans d’écart, seront mis en rapport avec une ouverture de Mendelssohn, compositeur de la génération intermédiaire et également auteur d’un célébrissime concerto pour violon. C’est justement Mendelssohn qui dirigea celui de Beethoven en 1844 ; il avait été créé en 1806, sans faire l’unanimité de la critique, ni du public. L’interprétation de Mendelssohn fut une sorte de seconde première pour la partition, à partir de laquelle elle fut reconnue comme œuvre de tout premier plan dans son genre.
Il est curieux de constater que Beethoven et Bruch commencent leur concerto de la même façon : une intervention solo exécutée par les timbales (cinq coups chez Beethoven, un roulement chez Bruch) suivie d’un court motif énoncé uniquement par les vents. Si le public de 1806 a pu être troublé par ce départ sans aucun précédent, celui de 1866, date de la création du concerto de Bruch, a pu reconnaître le modèle de Beethoven. La première entrée du violon est également insolite dans les deux cas, puisqu’elle a lieu sur une phrase cadentielle, au lieu d’exposer le thème principal, comme c’était le cas dans la plupart des concertos. Cependant, la volonté de Bruch de rendre hommage à Beethoven n’a pas à notre connaissance de preuve écrite. Il est vrai que le motif des timbales puis celui des vents prennent dans les deux œuvres des destinées bien différentes, et que la première entrée du violon arrive beaucoup plus tôt chez Bruch que chez Beethoven. Mais les coïncidences dans des procédés tout à fait atypiques à l’époque sont, pour le moins, étonnantes. Il se trouve aussi que le dédicataire de l’œuvre de Bruch est le grand violoniste Joseph Joachim (1831-1907), qui suggéra au compositeur quelques remaniements de la partition. Et savez-vous qui était le soliste dans le concerto de Beethoven dirigé par Mendelssohn, dont nous venons de parler ? Exact. Joseph Joachim. A l’âge de 13 ans. Vingt ans après, au moment d’écrire son premier concerto, Bruch connaissait bien celui de Beethoven.
Voici donc, en une seule soirée, deux des concertos pour violon les plus célèbres de toute la littérature. L’un, celui d’un visionnaire clairement en avance sur son temps ; l’autre, celui d’un compositeur né au siècle suivant mais fidèle représentant du conservatisme musical et du respect de la tradition. On pourrait donc dire que les deux œuvres arrivent presque à se toucher, comme le font les dernières symphonies de Beethoven et les premières de Brahms. Et, pour faire définitivement le lien entre les deux, le Retour de l’étranger de Felix Mendelssohn.
Ferran Gili-Millera