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Accusé d'avoir tenté de faire entrave à une inspection gouvernementale japonaise, le Credit Suisse est à nouveau dans l'oeil du cyclone. Le procureur du Tribunal de district de Tokyo veut le condamner à une amende de 444 800 dollars.
Au Japon, le Credit Suisse a déjà perdu sa réputation, des clients ainsi qu'une licence bancaire. Mais si le tribunal du district de Tokyo suit la recommandation du procureur, l'un de ses ex-directeurs sera condamné à quatre mois de prison ferme.
Sa filiale des produits dérivés à Londres devra payer une amende de plus d'un demi-million de francs. Le groupe suisse deviendra ainsi la première banque étrangère à être reconnue coupable d'un délit au Japon.
Les «crimes commis contre l'économie japonaise» par la banque suisse - pour reprendre l'expression d'un membre du gouvernement japonais - sont connus. A la fin des années 90, le Credit Suisse a vanté auprès d'institutions financières japonaises au bord de la faillite la formidable capacité de ses produits dérivés à dissimuler à l'étranger leurs mauvaises dettes.
Il n'a pas déçu ses clients aux abois à la suite de l'implosion de la «bulle» spéculative financière japonaise et il a aussi réalisé d'énormes bénéfices.
Aujourd'hui, le gouvernement japonais s'acharne à vouloir faire du groupe suisse un exemple même si, à l'époque, le Ministère des Finances (MOF) n'ignorait rien de ses pratiques douteuses. Qu'il a déclaré illégales rétroactivement.
Pourquoi un tel acharnement? Parce que le Japon est en train de libéraliser son système financier archaïque pour le mettre au niveau de celui de Wall Street. En le rendant transparent, soumis à des règles précises, il veut signaler aux autres banques étrangères qu'elles ne bénéficieront plus d'un traitement de faveur.
Longtemps, lorsqu'elles ne représentaient pas une concurrence sérieuse pour ses banques, le gouvernement japonais garda un oeil mi-clos sur leurs activités à la limite de la légalité.
C'est d'autant plus facile d'attaquer le Credit Suisse que la Suisse n'est pas membre de l'Union européenne. Mais cette banque aurait dû comprendre plus tôt que le gouvernement japonais avait décidé d'appliquer les mêmes règles qu'à Wall Street. Et qu'il avait besoin d'un bouc émissaire pour faire oublier qu'il tarda à résoudre la plus grave crise financière de son histoire d'après-guerre.
Le Credit Suisse a pêché par cupidité. Son agressivité a fini par devenir insupportable aux dirigeants de la deuxième économie du monde.
Georges Baumgartner, Tokyo