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Dans un petit ouvrage à grand succès (Du fer dans les épinards, Seuil, 1997), le biologiste français François Bouvet avait dressé un malicieux inventaire des mythes scientifiques les plus tenaces. Il pourrait aujourd'hui allonger la liste. Le «stretching», ce rituel universel d'allongement musculaire, préambule inévitable et conclusion fréquente de toute activité sportive en Occident, n'apporterait presque aucun bénéfice.Ce sont deux physiothérapeutes de l'université de Sydney, Rob Herbert et Michael Gabriel, qui ont osé interroger le mythe. Une méta-analyse (BMJ 2002 ; 325 : 468-70) les a convaincus que le stretching ne diminue pas significativement l'intensité des courbatures 72 heures après l'effort (la réduction moyenne étant de 2 sur une échelle de 100), pas plus que le risque d'accidents (le sujet moyen, selon l'estimation des chercheurs, devrait pratiquer le stretching pendant 23 ans pour éviter un seul accident).Rob Herbert et Michael Gabriel ont retenu toutes les études publiées en langue anglaise, répondant à certains critères de qualité méthodologique et portant sur l'effet du stretching juste avant ou juste après l'effort. Seules cinq études ont satisfait aux exigences, impliquant un total de 77 sujets. La durée d'exercice était comprise entre 5 et 10 minutes selon les travaux, avec une exception à 80 secondes seulement.Avant ou après l'effort, longue ou courte, la séance de stretching ne semble donc conjurer ni les courbatures ni les accidents. Quant à savoir si elle améliore les performances sportives, les auteurs n'ont pu le déterminer faute de travaux concluants. Enfin, l'évaluation de la réduction du risque d'accident repose uniquement sur deux études menées auprès de jeunes militaires. Les chercheurs n'excluent donc pas, dans d'autres catégories de sujets, l'existence d'une valeur préventive à long terme.La lecture de Rob Herbert et Michael Gabriel fait pourtant spontanément émerger les souvenirs qui justifiaient le rituel à nos yeux : le miracle de quelques lendemains de courses sans douleurs, ou au contraire le martyre enduré «comme par hasard» après avoir oublié le stretching salvateur. Puis on s'interroge bientôt sur le genre d'effort envisagé dans les études, sur la fiabilité d'une méta-analyse qui ne porte que sur 77 sujets. Le doute s'insinue, et la démonstration paraît déjà trop fragile pour déraciner le mythe. On ne fait pas baisser sans mal la teneur en fer des épinards.