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Le nom du domaine fait référence au bidon, au ventre, évoquant cette forme avancée de montagne sur la vallée, avec une exposition au soleil mais aussi aux vents. La propriété avait été créée de toutes pièces lors de la première moitié du XXème siècle par un riche homme d'affaires de la vallée, un original. Ce dernier avait le projet fou, pour sa retraite, de créer un domaine viticole là-haut, dans les arbres, à même la montagne. Las, arrivé à l'âge de la retraite, son bébé enfin prêt, il décède et ne pourra en profiter. Jacques Granges découvre quant à lui ce lieu au sortir de ses études d'ingénieur et en tombe fou amoureux. N'écoutant que son cœur, il décide de s'y installer. On est en 1971. À cette époque on le traite de fou. Il s'en moque !
Les Granges sont des passionnés de la nature avant tout. Des fous de botanique, proches du vivant, de la faune et de la flore valaisanne, des amoureux de la terre, qui militent pour une diversité préservée. Les parcelles constituant le domaine agricole se situent à trois niveaux différents : 1. dans la plaine, où ils cultivent des pommes, des poires, des herbes médicinales et aromatiques et des légumes, sur trois parcelles au lieu-dit "Grand-Blettay" ; 2. sur le premier coteau de Fully, au départ de l'installation de téléphérique (qui les mène chez eux), au pied des lilloises de Beudon, avec deux vignes ; 3. et enfin à l'étage supérieur, le Domaine de Beudon proprement dit. Ici le vignoble est orienté plein sud, sur un plateau qui domine la plaine du Rhône, s'étirant sur environ 6 hectares, de 740 à 890 m d'altitude entre les chênes pubescents, les pins, les châtaigniers et les amandiers. Le coin est particulièrement nanti en espèces végétales et animales (on y trouve, par exemple, la plus grande diversité de papillons de Suisse). Dans le vignoble haut-perché de Beudon, on observe pèle mêle des plants de fendant, pinot noir, humagne rouge, müller thürgau (appelé ici riesling x sylvaner), gamay, petite arvine, etc. Donc une grande variété de cépages, cultivés selon différents modèles de taille. Ici les pentes sont terrifiantes, les plus douces affichant 35% et les plus fortes flirtant avec les 100%. La viticulture y est héroïque.
Un mot enfin pour dire que les Granges cultivent les vignes, mais ne vinifient pas. C'est un ami à eux, Pierre-Antoine Crettenand, qui s'en charge depuis déjà de nombreuses années. Ainsi donc, précisons qu'au moment des vendanges, les raisins noirs sont descendus via le téléphérique et vinifiés "en bas" par ce dernier ; les blancs sont quant à eux pressés "en haut", puis descendent la montagne via un fin tuyau souple, une sorte de pipeline. Les jus sont récupérés en bas et ensuite les vinifications commencent. On notera enfin qu'il n'y a au domaine de Beudon pas de sélections clonales, uniquement des sélections massales, les Granges ayant leur propre conservatoire de cépages. Les vins sont tous issus d'une culture biodynamique empirique et non dogmatique, ce depuis 1993, ce qui en fait des pionniers.
Un mot pour finir sur le style des vins, qui n'a ici rien d'habituel : a contrario de crus valaisans puissants et riches en alcool, à Beudon, altitude et terroir obligent, les vins se signalent par un caractère digeste et très frais étonnant. Vinifiés et élevés sans l'aide du bois, jamais levurés ni chaptalisés, ils affichent régulièrement des titres alcoométriques compris entre 11 et 12.5°. Ce qui ne veut pas dirent qu'ils pêchent par manque de densité ; c'est même cela qui surprend le plus, à savoir cette conjonction de densité et de finesse, de naturel d'expression. Avec qui plus est un grand potentiel de garde. À ce sujet, le domaine vend ses vins en décalé avec des millésimes prêtes à boire, mais pouvant également encore vieillir, ce qui est une aubaine pour l'amateur, surtout à des tarifs aussi raisonnables et pour une viticulture aussi couteuse. D'ailleurs pour clore sur cette dernière, on rappellera que c'est au contact de Jacky et Marion Granges que Marie-Thérèse Chappaz et Valentina Andrei ont eu le déclic de la biodynamie.
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