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Le dernier volet filmé des aventures de Harry Potter contient de jolies couleurs et de jolis décors, mais l'histoire ressemble beaucoup à celle des films de la Guerre des étoiles de George Lucas, qui contiennent aussi des armes dont les feux sont teintés, des nappes de force qui épaississent l'air en scintillant, des morts qui reviennent du pays des ombres sous la forme de spectres lumineux - mais chez Lucas, ces choses sont globalement plus élaborées sur le plan esthétique, les couleurs étant plus rutilantes, et elles ont, également, une intensité dramatique plus profonde. Les sacrifices qu'il faut faire sont plus grands, la vie est plus douloureuse, le mal plus ambigu et plus puissant, l'existence plus amère. Les gens apparemment gentils, dans le cycle de Star Wars, sont fréquemment de vrais monstres qui se cachent, mais dans Harry Potter, c'est le contraire: les gens apparemment passés du mauvais côté dépendaient en réalité d'un plan secret qui allait dans le bon sens, et dont le méchant, isolé, était somme toute trop bête pour déceler les ressorts. La mort est présentée comme une chose finalement pas très désagréable, on peut d'ailleurs passer sa porte à volonté - quand on s'appelle Harry Potter: car il a le choix, paraît-il, entre partir dans l'au-delà inconnu ou revenir parmi les vivants, alors qu'il se tient dans une sorte de salle d'attente toute blanche en compagnie de son mentor. Or, c'est là une grâce assez rare, et on ne sait pas trop ce qu'il a fait pour la mériter.
Une défunte amusante prend fréquemment la forme d'une étoile, et c'est joli, mais on a vu cela, déjà - et avec également plus d'intensité -, dans Lieutenant Blueberry, de Jan Kounen: une femme de la mort de laquelle le héros se sentait responsable lui réapparaissait, dans son souvenir vivifié, sous la forme de motifs de lumière cristallisée, et c'était assez beau, car il lui fallait racheter sa faute, vis-à-vis d'elle, et il devait entrer dans le monde des esprits, pour résoudre ce problème. Or, dans Harry Potter, c'est juste un fantôme à qui on peut demander un renseignement - qui prend cette forme étoilée.
On dirait que pour les auteurs de Harry Potter, il suffit de postuler l'existence de la magie pour qu'aussitôt tout glisse, tout soit gentil et beau: le merveilleux a juste pour fonction d'embellir le monde dans lequel se situe l'histoire. Mais cela ne fonctionne pas très bien, car, pour devenir substantiel, le prodige ne doit pas seulement être une image, un mot, mais se lier à la vie morale - qui est le vrai monde magique, disait Joseph de Maistre: il voyait un plus grand miracle chez un jeune homme qui parvenait à contrôler ses pulsions érotiques que chez un mage faisant partir des éclairs de sa baguette de sureau. Je ne pense pas qu'il avait tort.