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16/05/2016
Mobilité ou immobilisme?
Parmi la multitude d'objets soumis au vote populaire du 5 juin: l'initiative dite "pour un financement équitable des transports". Une fois la supercherie de ce titre démasquée, la chose se réduit à une phrase: vouloir résoudre les encombrements routiers par plus de routes.
C'est revenir trente ans en arrière. Depuis 1983 en effet la moitié de la taxe prélevée sur les carburants est affectée aux routes, et l'autre aux tâches diverses de la Confédération, dont les transports en général. Le montant en discussion est de 1,5 milliard par an.
Depuis le début des années 1980 en effet on a commencé en Suisse à comprendre que les transports forment un système complexe et interconnecté. Chaque mode de transport a ses spécificités, ses avantages et ses inconvénients. Une desserte de base de tout le territoire par des transports publics, assurée par le réseau ferroviaire secondaire, souvent en mains des cantons, et Car Postal, principalement, est un outil essentiel pour parvenir à un minimum d'égalité de traitement entre régions et à un désenclavement des localités périphériques, objectif politique important dans notre pays fédéraliste. Une desserte cohérente en zone d'agglomération pour sa part doit mettre en oeuvre une hiérarchie des modes de transport, en valorisant chacun d'entre eux là où il est le plus adéquat: mobilité douce pour les trajets courts - et qui a besoin d'être mieux sécurisée; voiture automobile pour les parcours plus longs et ne correspondant pas à une offre suffisante en transports publics - automobile qui peut être mieux utilisée par l'autopartage notamment; bus à la demande, lignes fixes de bus, puis de tram et de train - en fonction des densités croissantes de population.
Suivant une telle approche fonctionnelle, des agglomérations comme Bâle, Berne ou Zurich se sont dotées d'un réseau ferré de proximité, en mettant en valeur les réseaux existants, et ce dès les années 1980. Nos villes romandes, engluées dans des polémiques idéologiques (certains partis politiques considérant encore à cette époque les transports publics comme des "véhicules du collectivisme" et érigeant un moyen technique, la voiture, en symbole de liberté...), ont largement raté cette marche et se retrouvent aujourd'hui avec un retard conséquent.
Certes en divers lieux il faut renforcer les capacités du réseau routier, cela peut tout à fait faire sens selon les cas. Mais ne miser que sur de nouvelles routes pour "désengorger" nos villes et les relations interurbaines est une aberration, pire une escroquerie. Plus il y a de routes, plus on incite à la mobilité individuelle, la fuite en avant est programmée et est sans fin. La seule solution réaliste pour désengorger nos voies de transport est une réponse multimodale, intelligente, systémique. Exactement ce qu'on essaie péniblement de faire depuis 30 ans, avec Rail 2000, les tunnels alpins, les dessertes urbaines dont le CEVA est l'illustration dans notre agglomération. L'initiative faussement appelée pour un financement "équitable" des transports nous ferait revenir sur tout cela, réactiverait l'illusion du tout routier, menacerait les subventions fédérales aux transports publics - ce qui ne manquera pas de se traduire par une réduction des prestations et/ou de nouvelles hausses de tarifs. Nous avons besoin d'autre chose que de revenir aux années 1980 et de réallumer sans cesse la guerre des transports. Cette initiative ringarde et abusive doit être fermement refusée.