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La nouvelle aile du Musée national avec vue sur le parc du Platzspitz, 2016. Photo: Musée national suisse / aura
La longue histoire de l'extension du musée
Enfin concrétisée en 2016, la rénovation du Musée national ne s’est pas faite en un jour: des problèmes de financement, des litiges et le départ à la retraite d’un personnage important vont retarder l’extension de l’établissement pendant tout le XXe siècle.
L’idée d’une extension est plus ancienne que la construction de l’établissement elle-même! En 1890, Zurich se porte candidate pour accueillir le Musée national en argumentant notamment que le bâtiment situé sur le Platzspitz « pourrait se déployer et se développer dans toutes les directions ». Car dès l’ouverture au public en 1898, il apparaît clairement que les collections qui s’étoffent à un rythme soutenu vont vite se retrouver à l’étroit dans ces murs.
Un avant-projet d’agrandissement est proposé dès 1906. Mais à l’époque, l’avenir de l’école des arts appliqués logée dans l’aile est attenante constitue un facteur d’insécurité. L’enjeu est simple: si l’école s’installait dans un bâtiment en propre, le musée pourrait non seulement occuper l’espace déserté mais également intégrer celui-ci dans un plan d’extension. Gustav Gull, architecte de la ville et constructeur du Musée national, décide donc en 1912 de présenter un plan prévoyant l’aménagement à l’ouest d’une annexe en direction de la Sihl et l’édification, à l’est du bâtiment, d’une nouvelle aile le long de la Museumsstrasse. Or le fait que la planification soit confiée à Gull n’est pas du goût de la commission du Musée national, notamment de l’ancien directeur Heinrich Angst, qui s’insurge avec véhémence contre ce choix. Les deux hommes s’étaient déjà pris de bec lors des travaux initiaux, marqués par de nombreux problèmes. Ces bisbilles, l’insécurité liée au financement du projet et le manque de stabilité au sein des commissions dont la composition varie sans cesse, retardent plusieurs fois la prise de décision. Finalement, le Parlement estime en 1924 que l’extension n’est pas une priorité...
La mini-extension de 1935
Quelques années plus tard, une autre décision tombe: en 1932, l’école des arts appliqués de Zurich et le Musée des arts décoratifs (le Musée du design actuel), déménagent dans un nouveau bâtiment situé sur l’Ausstellungsstrasse. La voie est ainsi libre pour « l’annexion » par le musée de l’aile abandonnée. Gustav Gull, qui avait alors déjà 70 ans, fait de nouveau partie de l’équipe chargée de la rénovation et de l’extension de l’établissement. Comme 20 ans auparavant, il présente un projet prévoyant une nouvelle aile et une annexe côté Sihl. Mais une nouvelle fois, le dossier échoue pour des divergences de vue entre la Confédération et la ville en ce qui concerne le financement. Le plan d’extension est recalé à l’exception de la rénovation de l’aile auparavant occupée par l’école des arts appliqués afin de répondre aux besoins du musée. L’inauguration en grande pompe de cette nouvelle section a lieu le 23 mai 1935. Ce sera la dernière pour les 80 années à venir.
Les plans d’extension pendant la Deuxième Guerre mondiale
Pour les promoteurs du projet, l’installation dans les anciens espaces dévolus à l’école d’arts appliqués ne constitue que la première étape d’une extension plus large car la place manque toujours pour accueillir les nouvelles collections. Juste avant la Deuxième Guerre mondiale, une crise de l’emploi éclate et l’occasion se présente de relancer le projet grâce à des programmes d’embauche et des crédits d’urgence d’autant que l’imminence du conflit fait naître le besoin de construire également un abri de protection. On exhume une nouvelle fois les suggestions soumises par Gustav Gull en 1930 mais un peu plus tard, le groupe de travail propose d’organiser une mise au concours auquel prennent part sept architectes. Gustav Gull s’y oppose, craignant que les nouveaux concepts n’abîment l’aspect extérieur de l’ancien musée. De l’autre côté, la direction du musée, échaudée par les mauvaises expériences faites avec l’ancienne construction, exige que ce soit le nouveau projet qui s’adapte aux besoins du musée et non l’inverse. L’architecte de la ville, Hartmann Herter, un ancien élève de Gull, dessine alors en 1941 de nouveaux plans d’agrandissement du Musée national qui prévoient la construction d’une annexe du côté de la Sihl. Cependant, en 1942, lorsqu’il faut passer à la planification détaillée et lancer la procédure d’autorisation, Herter a pris sa retraite… Son ancien professeur Gustav Gull meurt la même année.
Un nouveau départ sous le sceau de la modernité
Lorsqu’il prend ses fonctions en 1943, Albert Heinrich Steiner, successeur d’Herter au poste d’architecte de la ville, abandonne les « vieux » plans de ses prédécesseurs. Au lieu de cela, il présente de nouvelles idées, qui traduisent une conception radicalement plus moderne de l’architecture, avec des constructions indépendantes les unes des autres et très différentes de celles de l’ancien musée. Steiner se démarque également sur le plan spatial: s’il prévoit lui aussi une extension vers la Sihl, les points de contact avec l’ancien bâtiment sont minimes. Le projet suscite une large approbation, surtout auprès des responsables du musée. Des espaces d’exposition aménagés de façon neutre, une salle de conférence, des monte-charges et une collection d’études sont prévus dans la nouvelle extension. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, on est plus près que jamais de pouvoir concrétiser les plans d’agrandissement mais une fois encore, le projet va échouer pour d’obscurs problèmes de financement. Après la guerre, la ville doit également revoir ses priorités car l’on a besoin d’écoles, d’hôpitaux et de logements.
Les maquettes de Herter de 1941 (à gauche) et de Steiner de 1944 (à droite). Celle d’Albert Heinrich Steiner est beaucoup plus moderne sur le plan des formes. Photos: Musée national suisse
Décentralisation
Les nouveaux plans d’extension s’enlisent donc eux aussi. Les années suivantes, le Musée national choisit de se décentraliser. On crée des sites extérieurs et on utilise les locaux d’autres institutions pour présenter des expositions: la maison de la corporation zur Meisen en 1956, le Wohnmuseum de la Bärengasse en 1976, le Musée suisse des douanes de Cantine di Gandria en 1978, le Forum de l’histoire suisse Schwytz, créé en 1995, et, depuis 1998, le Château de Prangins. À partir de 2007, la collection déménage dans le Centre des collections Affoltern am Albis, qui vient d’être bâti. En revanche, il n’est plus question d’agrandir concrètement le siège principal de Zurich et cela restera ainsi pendant longtemps.
L’odyssée racontée ci-dessus, rythmée tour à tour par des plans d’extension refusés, des études inabouties et des problèmes de financement menant dans l’impasse, s’appuie sur l’histoire circonstanciée qu’Hanspeter Drayer a consacrée en 1998 à la construction et au développement du Musée national.
Enfin le bout du tunnel!
Comme nous le savons aujourd’hui, l’idée d’un plan d’extension du musée a finalement connu une issue favorable en 2016. Tout commence en 2000 avec la mise au concours du projet d’assainissement et d’extension du musée ouverte aux architectes étrangers. Contrairement aux solutions précédentes, on envisage pour la première fois une extension en direction du parc du Platzspitz. Le projet retenu est celui des architectes bâlois Christ & Gantenbein, qui a su convaincre le jury avec son savant dosage d’ancien et de moderne, le tout en respectant le parc. Le fait que l’extension permette de faire la liaison entre les deux ailes a sans doute aussi joué un rôle décisif dans ce choix. Le nouveau bâtiment reprend la façade en tuf de l’ancien et les planchers en béton poli offrent une réinterprétation contemporaine du sol de la terrasse de l’édifice initial.
Le projet d’extension est remanié plusieurs fois au cours de la planification et de la mise en œuvre des travaux qui durent une bonne vingtaine d’années. Mais il « survit » également à deux votations populaires. Lors de la première organisée en juin 2010, 54,2% des électeurs de la ville de Zurich acceptent le projet et, six mois plus tard, la population du canton emboîte le pas en glissant un oui clair et net dans l’urne (62,3%). Les travaux commencent en 2012 et le 1er août 2016, l’aile assainie de l’ancienne école d’arts appliqués et le nouveau bâtiment doté de 2200 m² de surfaces d’exposition modernes ouvrent leurs portes. Tout est bien qui finit bien: après plus d’un siècle d’atermoiements, le vieux projet d’extension du Musée national imaginé par Gustav Gull trouve enfin une issue favorable.
Les 120 ans du Musée national Zurich
Le Musée national suisse a ouvert ses portes le 25 juillet 1898 à Zurich. À l’occasion de cet anniversaire, nous revenons pendant une semaine sur des épisodes marquants de ces 120 ans d’histoire.
Lundi:
Défilé inaugural
Les festivités qui durent trois jours, culminent l’après-midi du 25 juin 1898 par un défilé en grande pompe dans la vieille ville de Zurich.
Mardi:
Visite
L’aménagement spectaculaire des salles d’exposition suscitait vers 1900 l’enthousiasme du public qui venait visiter le nouveau Musée national
Mercredi:
Cartes postales
Symbole de la ville de Zurich, le Musée national était un motif très volontiers représenté sur les cartes postales. Des millions de cartes où il figure ont été envoyées.
Jeudi:
Dans les coulisses
Regard dans les bureaux, les ateliers et les collections du Musée national dans les années 1970.
Vendredi:
Élargissement
Un agrandissement du Musée national est déjà envisagé lors de son inauguration en 1898. Il faudra attendre 118 ans pour qu’il devienne réalité.
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