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"Bori", "r(R)omni" et "Faraoance" : genre et ethnicité chez les Roms dans trois villages de Roumanie
Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2007 ; Th. 1962.
Cette thèse explore l’interrogation suivante : qu’est-ce que le genre dans le terrain anthropologique circonscrit ici, à savoir celui des Roms/Tsiganes dans trois villages de Roumanie ? L’auteure y adopte une définition constructiviste du genre, entendu comme un rapport de forces relationnelles. Elle décrit la manière dont la frontière interethnique et le système de genre chez ces... MoreAdd to personal list
- Résumé
- Cette thèse explore l’interrogation suivante : qu’est-ce que le genre dans le terrain anthropologique circonscrit ici, à savoir celui des Roms/Tsiganes dans trois villages de Roumanie ? L’auteure y adopte une définition constructiviste du genre, entendu comme un rapport de forces relationnelles. Elle décrit la manière dont la frontière interethnique et le système de genre chez ces Roms créent "les Roms" comme groupe distinct, comme communauté, tout en concevant les hommes et les femmes comme membres ayant des statuts différents. L’ethnographie des institutions montre d’emblée une relation complexe et instrumentalisée politiquement par les Gadje (non-Roms) dominant-e-s dans le sens d’une stigmatisation des Roms/Tsiganes. De leur côté, les Roms/Tsiganes tentent d’échapper au contrôle gadje par des stratégies spécifiques. Ce tandem est constitutif de la vision rom du monde. Les Roms et les Gadje sont proches spatialement, mais éloigné-e-s les un-e-s des autres par toute une série de pratiques institutionnalisées et performées avec une inépuisable conviction quant à l’existence d’une différence objective entre les un-e-s et les autres. En même temps, dans le contexte postcommuniste de la Roumanie, les un-e-s et les autres adoptent un même modèle de réussite sociale qui est celui du patron. Pour certain-e-s Roms enrichi-e-s grâce à l’essor du commerce de l’aluminium de récupération, devenir effectivement patron est une modalité de renversement de la domination des Gadje. La thèse met l’accent sur la façon particulière dont les Roms/Tsiganes placent la conjugalité et l’hétérosexualité au coeur de leur pensée et de leurs actions. C’est principalement dans la dynamique et la dialectique de la bori (épouse, bru) et de la romni (femme mariée) que se joue, parfois de manière très violente, le contrôle et/ou l’autonomie des femmes : chez les Roms, on se bat pour avoir une bori et pour être une romni. En même temps, Rom et Romni, homme et respectivement femme marié-e, sont des appellatifs ethniques : nous avons affaire à une communauté d’individus mariés car on ne naît pas Rom, on le devient une fois marié-e, à savoir au premier rapport sexuel. La dualité homme-femme recoupe celle du pur-impur, que ce soit dans l’importance accordée au mariage et à sa défaite (un trafic généralisé des femmes), ou dans les pratiques concernant la pollution où l’on performe une séparation symbolique du haut (bouche) et du bas (sexe) du corps, renvoyant systématiquement, comme dans un système de fractales, à la dualité du monde : rom et gadje. La jupe, vêtement ouvert porté obligatoirement par les femmes mariées et revêtu rituellement lors de la cérémonie de mariage, est un élément matériel crucial qui structure les relations sociales dans le village, dans la famille, entre femmes, entre femmes et hommes. Les jupes propagent la pollution sexuelle contenue dans le sexe ouvert des femmes, tout en protégeant de cette même pollution. Les Faraoance sont des sirènes peintes sur les mûrs, les charrettes, les portes. Ces représentations rappellent les femmes habillées en jupes avec un bas du corps caché car impur. Les femmes et la féminité sont alors centrales pour se représenter le monde divisé en deux. Les Gadje, à leur tour, utilisent l’image de la féminité tsigane pour se représenter cet Autre, "étranger de l’intérieur", comme on le voit dans les expositions ethnographiques, dans la littérature et le cinéma. La représentation gadje de la féminité rom fait également une place centrale aux jupes. Les conditions de la production des données anthropologiques sont amplement décrites par l’auteure. Elle leur accorde de l’importance dans une réflexion qui porte sur la rencontre non seulement cognitive, mais aussi émotionnelle avec l’Autre, rencontre faite de peurs, de gaffes, de renoncements, de frustrations. Au niveau théorique, la thèse explore les débats contemporains concernant l’ethnicité et la culture, en montrant la nécessité de considérer le genre dans ce cadre.