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La puissance d'une exposition se mesure à la manière dont elle est mise en scène et présentée. Si vous trouvez une exposition entièrement installée, mais sans spectateurs, on serait dans le contraire de l'exposition du vide et de la dématérialisation d'Yves Klein à Paris. Dans mon exposition, l'espace est saturé non seulement par des oeuvres, mais aussi par des changements dans l'exposition, alors que le spectateur reste à l'extérieur.
Une question philosophique s'ouvre donc, qui n'est pas sans nous rappeler la fameuse phrase de Marcel Duchamp à propos des Ready Made: "je crois vraiment que le regardeur est le co-réalisateur de l'oeuvre". L'oeuvre existe-t-elle sans personne pour la voir? Cela s'apparenterait-il alors à ces univers invisibles mais dont nous savons qu'ils existent?
Par conséquent mon exposition pose la question: suffit-il d'organiser une exposition si personne n'y a accès? Que vaut l'expression d'un artiste, d'une oeuvre, sans public? Ce sont les questions qui se posent depuis le début du confinement à tous les artistes sans public.
Ma proposition à huis clos rebondit ainsi sur l'actualité récente. La création ne peut pas vivre sans produire et l'amateur d'art a besoin de son côté de découvrir des formes nouvelles, des impulsions différentes. C'est dans la combinaison des deux, la production sans public et le public empêché de voir, que se noue une oeuvre holistique.
La frustration d'une exposition à huis clos reflète ces questions. Une telle représentation conduit à une expérience directe par la fusion de deux formes d’expression, d’une part matérielle et d’autre part symbolique.