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Communiqués de presse
Plainte admise contre une émission de « Temps Présent »
Berne, 28.10.2008 - L’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision (AIEP) a admis une plainte concernant une émission de Temps Présent, intitulé « Le juge, le psy et l’accusé », diffusé le 31 mai 2007 sur la Télévision Suisse Romande TSR. L’AIEP a retenu une violation du principe de la présentation fidèle des événements, dans la mesure où un volet du reportage critiquait, de manière violente et unilatérale, en le citant nommément, un célèbre expert psychiatre.
Le reportage litigieux avait pour but d'illustrer, sur la base de cinq affaires pénales ayant force de chose jugée, le lien complet existant entre la justice, l'expertise psychiatrique et l'accusé. Dans son cinquième volet, le reportage évoquait une affaire pénale genevoise jugée à huis clos, dans laquelle un père avait été accusé par sa fillette d'actes sexuels et d'attouchements. L'expert, intervenu dans le cadre de la procédure d'instruction, avait admis la véracité des accusations portées par l'enfant. La fillette s'étant finalement rétractée, l'affaire s'était conclue par l'acquittement du père. L'expertise du plaignant avait alors été sérieusement mise en cause.
Le diffuseur doit, lors d'émissions d'information, veiller à ce que les faits et les opinions présentés satisfassent aux critères de véracité et de diligence journalistique. Un journaliste fait notamment preuve de partialité s'il ne mentionne pas certains faits objectifs essentiels et s'il ne présente pas le point de vue de celui qui est attaqué. Par un tel comportement, il donne au public une fausse image de la réalité et l'empêche de former librement son opinion. De même, si le journaliste décide de confier à un tiers le soin d'informer sur un aspect du problème traité, son devoir sera de bien choisir la personne en question en fonction de sa fiabilité et de sa représentativité.
L'émission, dans son volet litigieux, donne grandement la parole au conseil du père accusé. L'avocat, mis en scène tout au long du reportage, émet de très vives critiques à l'encontre de l'expert. Quand il s'exprime, il tient différents rôles ; tantôt celui de narrateur exposant les faits du cas pénal, tantôt celui de juge de l'affaire, tantôt celui d'expert tirant un bilan de la justice pénale suisse. En ayant décidé d'octroyer sans aucune réserve la parole au conseil du père, les journalistes auteurs du reportage n'ont pas tenu compte du rôle partial qu'il représentait et ont violé leur devoir dans le choix de la personne interviewée.
L'expert concerné, tenu au secret professionnel et au secret de fonction, avait renoncé par courrier à venir s'exprimer dans l'émission. La mention de ce refus dans le reportage ne dispensait pas les journalistes d'apporter d'autres éléments permettant de sauvegarder les intérêts de l'expert. En effet, celui qui ne prend pas position face à des reproches, surtout lorsqu'il s'agit de graves accusations, est toujours désavantagé, même s'il a de bons motifs à ne pas participer à l'émission. Vu l'absence de connaissances du public, tant en ce qui concernait le procès lui-même que la thématique abordée (fiabilité de la parole d'un enfant en bas âge, risques liés à une expertise sur un enfant etc.), les journalistes auraient dû prendre un certain nombre de précautions pour faire apparaître le point de vue de la personne attaquée.
L'AIEP a ainsi retenu dans sa décision que la version des faits présentée dans le reportage était unilatérale, les téléspectateurs n'ayant pas pu se former librement une opinion. L'intervention récurrente de l'avocat du père durant la totalité du reportage a orienté dangereusement le reportage sans qu'aucun élément à décharge ne vienne contrebalancer cette impression. Pour ces raisons, les membres de l'AIEP ont admis la plainte à l'unanimité. La SRG SSR idée suisse est dès lors tenu d'informer l'AIEP, dans un délai de soixante jours, des dispositions adoptées pour prévenir toute violation similaire à l'avenir. La décision de l'AIEP peut en outre faire l'objet d'un recours devant le Tribunal fédéral.
Adresse pour l'envoi de questions
AIEP
Case postale 8547
3001 Berne
Tél. 031/322 55 33/38
Fax 031/322 55 58
AuteurAutorité indépendante d'examen des plaintes en matière de radio-télévision
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