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La bonne performance de l’acteur Franz Rogowski n’aura pas suffi à combler le vide scénaristique du nouveau film du cinéaste américain Ira Sachs. Présenté au Sundance Film Festival et à la Berlinale (section Panorama), Passages explore les relations dysfonctionnelles qui se développent au sein d’un triangle amoureux composé de personnages manquant cruellement de profondeur - et pour lesquels on ne ressent aucune empathie…
Alors que sa relation avec son mari Martin (Ben Wishaw) semble s’essouffler, le réalisateur allemand Tomas (Franz Rogowski) fait la rencontre d’Agathe (Adèle Exarchopoulos), dont il tombe immédiatement amoureux. La suite du film se résume aux allers-retours incessants de Tomas entre Agathe et Martin, ce dernier entamant parallèlement une liaison avec un écrivain (Erwan Kepoa Falé) qui provoque la jalousie du réalisateur. Ne pouvant se résoudre à choisir entre Agathe et Martin, Tomas essaye tant bien que mal de maintenir ces deux relations sans visiblement se soucier des émotions de ses partenaires. Le narcissisme et l’égoïsme de Tomas tendent à justifier son indécision: il les aime tous deux, alors pourquoi choisir?
La séquence d’ouverture de Passages montre Tomas en train d’ajuster les positions et mouvements des acteurs lors d’un tournage: tout le monde obéit à ses ordres afin que la scène corresponde à ses désirs. Si ce comportement «tyrannique» semble lui réussir au cinéma, ce n’est pas le cas dans sa vie sentimentale. En effet, le film montre ainsi en quelque sorte l’auto-sabotage du personnage antipathique qui perd pied face à la complexité des relations amoureuses.
Malgré quelques séquences intéressantes - notamment lorsque Tomas subit l’interrogatoire des parents d’Agathe à l’occasion d’un repas où il doit leur prouver qu’il ferait un bon père -, le film comporte trop de scènes inutiles dans la construction psychologique des personnages. De plus, celles-ci n’ont aucun réel intérêt narratif, le film étant constitué d’une succession de scènes de la vie des personnages presque indépendantes les unes des autres.
Ira Sachs cherche à partager l’intimité de ses protagonistes en les filmant essentiellement dans des intérieurs avec une mise en scène très sobre - appuyée par l’absence de musique extradiégétique. Le film se situe néanmoins bien loin de Jean Eustache, Chantal Akerman ou encore Maurice Pialat, auxquels le réalisateur est parfois comparé.
Autre petit bémol: bien qu’il s’agisse du premier film d’Ira Sachs tourné en France - l’intrigue (s’il y en a vraiment une) se déroule à Paris -, la majorité des dialogues (assez bien écrits par ailleurs) sont en anglais, ce qui nuit notamment à la performance d’Adèle Exarchopoulos.
Joas Maggetti
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