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Laissant de coté la polémique qui entoure les nombreuses facettes de la crise du Coronavirus, celle-ci a mis en lumière deux interrogations qu’il est désormais impossible d’esquiver : d’une part quelle est la place de la Chine dans le monde et, d’autre part, comment le parti communiste Chinois gère le pouvoir à l’intérieur du pays.
Que le virus ait fait son apparition dans la région de Wuhan est généralement acquis. Comment et à quelle vitesse le gouvernement chinois a réagit et encore sujet a polémique.
Les leçons de 2002
Tirant les leçons de la l’épidémie du SARS en 2002, le parti communiste chinois étaient arrivé à la conclusion que la lenteur du gouvernement central à réagir à la crise avait été en grande partie causé par le fait que la première réaction des autorités locales avaient été de minimiser le problème pour ne pas dire de l’étouffer plutôt que d’en référé aux autorités supérieurs. Pour éviter une répétition de ce scénario les autorités avaient mis en place un système d’alerte qui était censé réagir dans les plus brefs délais. Le problème était que le système avait été conçut en fonction du SARS. Il n’était pas programmé ni avait la flexibilité pour évaluer une problématique avec des caractéristiques différentes à savoir le Covid-19.
Pas de mauvaises nouvelles
Ne pas faire état de mauvaises nouvelles était une tare qui avait gravé les autorités chinoises depuis des millénaire. Elle était fondée sur le principe que le pouvoir réside au haut de la hiérarchie et filtre vers le bas et non le contraire et qu’il n’appartient pas à la base de perturber la sérénité de l’Empereur.
Il est évident que le parti communiste chinois est parfaitement conscient que l’on ne gère pas un pays en ignorant ce qui ne va pas. Il n’en reste pas moins que vu la nature autoritaire du régime un processus de communication indépendant venant de la base n’est pas encouragé car il pourrait déborder dans la sphère politique et représenter un danger pour le pouvoir.
Un système peu flexible
Pour tenter de résoudre ce dilemme le pouvoir avait mis en place ses propres canaux ce communication. Or ceux-ci fonctionnent selon des schémas et des protocoles bien établis et ne sont pas à leur mieux confrontés à une situation qui n’avait pas été prévue et qui exige un degré de flexibilité et d’adaptabilité qu’ils n’ont pas. Le régime se retrouva ainsi dépendant du système de communication qu’il avait lui-même mis en place avec un bémol ; si le système se grippe il n’a pas de solution de rechange.
Un ophtalmologue parmi d’autres
En décembre 2019 un ophtalmologue opérant à Wuhan, le Dr Li Wenglian tira la sonnette d’alarme. Il croyait avoir identifié une nouvelle source d’infection qui ressemblait au SARS mais qui ne l’était pas et qui avait infecté certains de ses patients.
Pour les autorités locales avec lesquelles le Dr Li partagea ses soucis la question était simple. Le Dr Li était un ophtalmologue, pas un virologue. Il ne travaillait pas dans un centre de recherche et sa fonction n’était pas d’attirer l’attention des autorités sur un problème qui ne relevait pas de ses compétences.
Perturbateur
Dans une société ou chaque individu est censé opérer dans le cadre professionnel qui lui est assigné et ou une des responsabilités de la police est de préserve « l’harmonie sociale », le Dr Li était un « élément perturbateur » qui agissait en delà de ses fonctions. Il fut donc réprimandé pour avoir « répandu des rumeurs « et réduit au silence. Un mois, au moins, fut perdu.
Ce qui suivit fut un enchainement d’éléments qui ne firent qu’aggraver le problème. Si l’épidémie aurait éclaté 50 ans plus tôt il est probable qu’elle aurait été circonscrite à la Chine pour ne pas dire à la région de Wuhan. Mais la révolution dans le domaine des transports changea la donne.
100 millions de touristes
En 2019 on estime que quelques cent millions de chinois se sont rendus à l’étranger comme touristes. La magnitude de ce chiffre fait qu’il existe une réelle possibilité qu’un chinois amène à l’étranger une maladie contractée en Chine, ou ramène en Chine une maladie contractée à l’étranger.
La problématique fut encore aggravée par l’état des relations entre la Chine et les USA. Depuis la guerre de Corée on n’a jamais vu un tel niveau de tension entre les deux pays et ce qui, à l’origine avait été perçut comme une guerre commerciale a en fait débordé pour affecter l’ensemble des relations entre les deux pays. Au niveau de la coopération scientifique entre Chine et Etats-Unis l’effet a été désastreux et n’a fait qu’amplifier le manque d’information sur le virus qui régnait au début de la crise. Et la politique du Président Trump de ne pas manquer une occasion de s’en prendre, a tort ou a raison, à la Chine n’était pas fait pour encourager un régime déjà par sa nature peu porté à la transparence à être plus ouvert qu’il n’aurait normalement été.
Une fois le problème identifié, les mesures d’urgence prises par les autorités chinoises se révélèrent efficace sur le plan national. Mais entre temps le virus avait migré et ce qui avait débuté comme un problème Chinois était devenu une catastrophe planétaire.
Une Chine impériale
Si chaque pays a affronté la pandémie selon ses moyens, son économie, sa culture et, surtout, la crédibilité de ses autorités il y a deux éléments fondamentaux qui sont incontournables.
Le premier relève de la politique intérieur chinoise. Il est incontestable que le parti communiste a sorti la Chine de l’ornière dans laquelle l’avaient laissé les invasions étrangères, l’effondrement du système impérial et les guerres civiles. De même le parti a réussit de découpler le pays des aberrations du système soviétique. Et quant au « socialisme avec des caractéristiques chinois », qui prime aujourd’hui, c’est en fait le système impériale version 21 éme siècle. Ainsi le régime a évolué d’un système totalitaire à un régime à parti unique et une économie hybride état/privé. Dans cet environnement le chinois moyen n’a jamais été aussi libre. Il est libre de choisir son métier, monter une affaire, s’habiller comme il l’entend, gagner de l’agent et voyager à l’étranger. La seule liberté qu’il n’a pas, c’est de monter un contre-pouvoir au parti communiste.
Le résultat c’est une sorte de contrat social ; le parti assure la stabilité de l’empire et la prospérité de la population. Le population, elle, délègue l’exercice du pouvoir au parti. La Chine a ainsi passé d’un totalitarisme inefficace à un dirigisme performant.
Si le chinois moyen s’accommode de ce régime la société chinoise, elle, a évolué et est devenue non seulement plus mobile mais aussi plus complexe. Or on a à faire ici avec une Chine de 1 milliard 400 millions d’habitants ce qui pose des problèmes de gestion que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur terre. Sans pouvoir politique alternatif, ONG indépendantes, ou journalistes d’investigation le régime est dépendant de ses propres institutions pour garder le contacte avec la base. Et à force de vouloir à tout prix « préserver l’harmonie sociale « il risque de se couper d’une réalité qui finira inévitablement par le rattraper.
La paix à tout prix ?
Ainsi des procédures de sécurité laxistes que personne ne conteste dans un centre de recherche qui fait une étude sur les chauves souris au fin fond du pays peuvent avoir des conséquences qui vont bien au delà d’une seule institution.
La crise du Covid-19 devrait être l’occasion pour le parti communiste chinois de réexaminer la façon dont il gère – et non seulement étouffe – une information qui n’est pas nécessairement générée par des mécanismes officiels.
En revanche, une fois le problème identifié et la décision politique d’intervenir prise au sommet de la hiérarchie, l’efficacité du système n’est plus à démontrer. En cela le contraste avec les Etats-Unis est saisissant. Là une société ouverte, une presse libre, des ONG à ne plus compter, des institutions médicales réputées se sont révélées d’une inefficacité flagrante face à une absence de volonté politique au sommet de la hiérarchie.
L’autre interrogation soulevée par le Covid 19 relève de rien de moins que la place de la Chine dans le monde. Lorsque la Chine s’est ouverte au monde extérieur, la formule, vue de Washington était : « conçut aux Etats-Unis, assemblé en Chine ». Ainsi les américains pensaient se focaliser sur la recherche et le développent tout en délocalisant vers une Chine aux bas salaires leur capacité manufacturière.
La Chine se réveille
Trente ans plus tard il leur fallut déchanter. Cette Chine aux bas salaires était devenu une puissance industrielle dont la recherche et la haute technologie était en train de les dépasser. Et si le fait de délocaliser leur production avait payé a court terme il était en train de saper la base même de l’économie américaine.
Or pour Washington le concurrent, ici, n’était pas une autre économie de marché mais une sorte d’hybride, avec une économie en partie étatisée et en partie privée, obéissant à ses propres règles et dirigée par un parti unique dont la seule loi était son bon vouloir.
En cela la situation est complètement différente de celle qui prévalait durant la guerre froide. A l’époque, l’Union Soviétique et l’Occident avaient deux systèmes économiques dont les échanges étaient limités et qui opéraient en parallèle.
Concurrence loyale ?
Avec la Chine, en revanche, on assiste aujourd’hui à l’existence de deux systèmes économiques qui se chevauchent. Ainsi, à moins de revenir à la situation qui prévalait dans les années 1950 ou le régime de Pékin était littéralement en quarantaine, la Chine aujourd’hui est, sur le plan mondial, une réalité dont on ne peut pas faire abstraction. Reste, pour l’occident à savoir comment gérer une relation avec un partenaire incontournable mais dont la logique relève d’une autre métaphysique. Une relation qui n’aura trouvé son équilibre que le jour ou ce sera la Chine de se plaindre du vol des sa propriété intellectuelle ou de pratiques commerciales douteuses de la part d’acteurs étrangers plutôt que l’inverse.
Les états reprennent leurs droits
Alors que la crise du Covid 19 est désormais un phénomène mondial les seuls qui ont été à amenés à réagir ont été les états à titre individuel. En effet ce qui passe pour des structures ou des institutions internationales s’est tout à coup révélé inexistante. Bruxelles a littéralement cessé d’exister et les Nations Unies avec un Secrétaire Général timoré, un Conseil de Sécurité absent et une OMS sous le feu ne fait plus partie du paysage. Ce qui laisse les états et leurs citoyens seuls à mener le combat. Et il sera long.