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Critique
"A partir de 1943, les nazis ont construit leurs fusées V2 en utilisant les Juifs déportés au camp de concentration Dora. Lorsque les Russes et les Américains entrent à Berlin, l'enjeu de chacune des deux puissances est de mettre la main, avant l'autre, sur le savoir-faire des savants allemands. Ce fait historique sert de toile de fond au nouveau film de Steven Soderbergh. Le premier plan, lui, observe la psychologie des protagonistes de l'immédiat après-guerre, ceux qui tentent de survivre, ceux qui se nourrissent de remords, ceux qui profitent du trouble extrême de cette période.
Le correspondant de guerre Jake Geismer (George Clooney) revient à Berlin pour couvrir la conférence de Potsdam. Il tombe des nues en constatant que son chauffeur, alerte opportuniste (Tobey Maguire), vit avec son ancienne amie, Lena (Cate Blanchett). Lorsqu'on retrouve Tully assassiné, Jake ne comprend pas pourquoi l'affaire est étouffée. Il va mener sa propre enquête, à ses risques et périls, et tenter de découvrir ce que Lena cache derrière ses mensonges.
Steven Soderbergh remue le passé à travers le scénario qu'il adapte du roman de Joseph Canon (L'ami allemand). Mais pas seulement. Son cinéma aussi est entièrement puisé dans celui de l'époque, mettant en valeur le rôle de l'éclairage et la puissance dramaturgique de l'image en noir et blanc. Il choisit aussi de diriger le jeu des acteurs de façon plus théâtrale que réaliste: ""Le comédien s'adresse à la caméra au lieu de se laisser capter par elle. Il ne lui est pas demandé d'intérioriser, mais de délivrer un message"", explique George Clooney. Pas de scènes de sexe non plus, elles étaient inimaginables dans ce cinéma-là. Et de ce point de vue, la réalisation prouve à ceux qui ne l'ont pas encore compris, que la tension du non-dit est bien plus violente que l'étalage.
Voilà pour la forme et son clin d'œil à Casablanca. Un clin d'œil seulement. Car si la confection du film mérite l'attention, son contenu laisse le spectateur sur sa faim. Le scénario manque de force, malgré l'importance du thème qu'il défend. George Clooney et Cate Blanchett ne sont pas encore Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Cate Blanchett surtout, dont le jeu figé porte mal le mystère qui s'accroche à son personnage. La gravité de l'enjeu n'émerge pas de cette histoire compliquée. Ni la portée du mensonge et de l'hypocrisie. Ni surtout, le terrible sentiment de culpabilité ressenti par ceux qui ont survécu à l'horreur."
Geneviève Praplan