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Quand il visite un village, le président bolivien, Evo Morales, a pris l’habitude de prendre du temps avec les habitants pour jouer au football. Ce dimanche 20 octobre, jour du premier tour de l’élection présidentielle, l’ancien syndicaliste paysan a gagné le match aller. Selon les premiers chiffres donnés par le tribunal électoral (sur 86% des bulletins), il obtiendrait 45,28% des suffrages, contre 38,16% pour son principal concurrent Carlos Mesa, qui dénonce l’interruption temporaire et qui continuait ce mercredi de la publication des résultats. Reste donc à remporter le match retour.
En effet, pour être élu dès le premier tour de scrutin, il faut, selon la loi en vigueur, soit convaincre un électeur sur deux, soit recueillir plus de 40% des voix et distancer son adversaire de plus de 10 points.
Dimanche soir, Evo Morales espérait encore que les résultats des votes dans les zones rurales, encore non parvenus, lui soient favorables pour s’éviter l’épreuve d’un second tour, le 15 décembre.
Le vote déterminant des plus jeunes
Car celui-ci ne serait pas joué d’avance. Carlos Mesa, un libéral qui a déjà exercé la fonction de président bolivien entre 2003 et 2005 et responsable de la seconde guerre du gaz, cherchera à transformer le scrutin en un référendum pour ou contre Evo Morales.
Il pourrait ainsi rallier les électeurs des deux candidats malheureux du premier tour: l’évangéliste Chi Hyun Chung, surnommé le «Bolsonaro bolivien», qui a convaincu 8,77% des électeurs, et un autre candidat de droite, Oscar Ortiz, 4,47%. Ce dernier a appelé sans ambiguïté à voter Mesa, tandis que Chi Hyun Chung s’est dit ouvert au dialogue avec Mesa… à condition d’en finir avec la défense de la «théorie du genre». Il a en outre estimé que le cycle ouvert par Evo Morales en 2005 s’était achevé.
Un facteur politique s’est montré déterminant dans ce scrutin: le vote des plus jeunes. 40% des électeurs ont moins de 30 ans et n’ont aucun souvenir des politiques libérales menées par Carlos Mesa et consorts.
La pauvreté a reculé
Toutefois, du côté présidentiel, on affichait sa satisfaction, au vu des résultats des élections législatives qui se tenaient le même jour. «Nous avons gagné une fois de plus, se réjouissait le chef d’État dimanche soir. Cela fait quatre élections consécutives que nous remportons. C’est historique et inédit.» Cependant, les projections en sièges sur la base du scrutin législatif données par la presse en début de semaine ne confirmaient pas ces propos: à l’Assemblée législative, le Mouvement au socialisme (MAS) de Morales, bien que premier parti, pourrait avec 62 ou 64 députés sur 130 manquer de peu la majorité absolue.
Au Sénat, il ne remporterait que 18 des 36 sièges. Si l’opposition actuelle rafle la présidence en décembre, le Parlement pourrait lui mettre des bâtons dans les roues dès qu’il sera question de revenir sur les conquis sociaux instaurés par Evo Morales et le MAS, depuis 2005.
Si Evo Morales voit son score reculer (61% en 2014, 64% en 2009 et 54% en 2005), peu de dirigeants peuvent se prévaloir en Amérique latine d’un score de 45% au terme d’un troisième mandat. Une performance d’autant plus remarquable dans un contexte de poussée des droites autoritaires sur le continent.
Elle s’explique par le soutien populaire dont jouit le président sortant, fruit d’une politique volontariste de lutte contre la pauvreté, qui a donné des résultats: elle a reculé, passée de 60% à 33% entre 2005 et 2018, à la suite des réformes d’augmentation salariale et de redistribution de la rente gazière.