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Aussi beau que fascinant, Invasion, tout comme le précédent film du réalisateur Shahram Mokri, Fish and Cat, est constitué d'un seul plan-séquence.
Quelques lignes sur un fond noir situent l'action dans une Iran dévastée, de laquelle les habitants tentent de fuir illégalement. Au milieu de ce chaos, des policiers mettent en scène, dans un stade de football, les épisodes qui précèdent le meurtre d'un entraîneur et de deux personnes de son équipe. Ce sont les déambulations d'Ali (Abed Abest), le principal suspect, qui nous guideront au sein de cette énigme. Abed Abest offre une excellente prestation, tant il exprime par son regard un mélange de lassitude, de sincérité, de douceur.
Après ces quelques lignes liminaires, le spectateur est plongé dans un brouillard traduisant l'atmosphère incertaine, confuse, qui règne dans le stade. Bien plus qu'une reconstitution d'un crime, on a l'impression d'être devant un plateau de tournage, sur lequel les joueurs, tous vêtus de noir, les ongles vernis, endossent un nouveau rôle à chaque répétition des événements qui ont mené au meurtre. Par moments, on oublie qu'il s'agit d'une situation fictive, d'une reconstitution et on croit que ce qui se joue est authentique.
L'équipe s'apparente dès lors à une troupe de comédiens qui répète tandis que les policiers se transforment en réalisateurs. Un parallèle s'établit donc entre les acteurs qui ont dû rejouer inlassablement leur personnage et les athlètes qui se font passer pour d'autres personnes de l'équipe, dans le but d'éclaircir les motifs du crime.
Aussi beau que fascinant, Invasion tout comme le précédent film du réalisateur Shahram Mokri, Fish and Cat, est constitué d'un seul plan-séquence. Dans l'un comme dans l'autre, cette contrainte n'implique cependant pas une linéarité dans le récit, ce qui participe précisément de leur complexité. Dans ce dernier film, chaque répétition du crime, différente des précédentes, intègre le passé au présent, le souvenir à la situation actuelle et permet au spectateur d'appréhender les événements sous plusieurs facettes. Ali se soustrait, de plus, à plusieurs reprises au regard des policiers, pour nous dévoiler les dessous de l'intrigue.
Par l'irruption discrète du fantastique dans l'œuvre - la présence de deux vampires jumeaux - une critique voilée sur la situation actuelle de l'Iran semble se dessiner. Créatures légendaires souvent associées dans le cinéma au pouvoir, qui survivent grâce au sang de leurs victimes, leur présence tyrannique se perpétue, suggère le film, inlassablement, sans que leur règne n'en soit vraiment menacé.
Sabrina Schwob
|Nom||Notes|
|Sabrina Schwob||17|