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Ethique et morale
"L’éthique est la responsabilité étendue à tout ce qui vit." (Albert Schweitzer)
Helmut Maucher (ancien président de Nestlé SA) a déclaré une fois dans une interview que le blabla éthique et social l’insupportait. Ce n’était selon lui pas le défaut de morale qui était le plus grand problème du management, mais le manque d’agressivité ("fighting spirit"). Et Gerd Gerken, auto-proclamé gourou de la tendance, affirme que celui qui se base sur l’éthique met en jeu son avenir. La morale de l’économie, poursuit Gerken, réside dans le fait qu’elle est amorale.
Cela signifie-t-il que l’éthique dans le management et la gestion conduit à une impasse? Mettons-nous en danger notre avenir lorsque nous assumons plus de morale et de responsabilité sociale? L’éthique et la morale s’accordent-elles avec un management "pur et dur" et avec la formation de celles et ceux qui gèrent sur différents "fronts"?
La recherche du profit est-elle a priori immorale? Ou est-elle une attitude foncièrement altruiste, qui facilite le progrès social? Les cadres "éthiques" sont-ils responsables du dérapage économique de leur entreprise? Combien d’éthique et de morale une entreprise peut-elle donc "supporter"?
Qu’est-ce que: éthique et morale?
L’"éthique", dérivé du grec "ethos" (coutume, mœurs), est un thème philosophique inventé par Aristote, un élève de Platon. Son "Ethique à Nicomaque" fut – bien avant que les théologiens ne s’arrogent la quasi-exclusivité de ce domaine jusqu’à l’époque des Lumières – la première tentative d’énoncer une théorie globale des devoirs moraux de l’être humain. L’éthique est interprétée en général comme la théorie de l’action responsable, où la notion d’éthique d’entreprise est souvent définie sous une forme normative (établissement de normes pour l’action dans l’entreprise ou de l’entreprise). L’éthique est le domaine de la philosophie qui s’occupe des problèmes moraux.
On pourrait considérer la morale elle-même comme le code de comportement d’une société. Même les cultures les plus primitives connaissent des règles morales. Les normes et les évaluations morales se réfèrent toujours à l’action humaine, qu’elles veulent réguler et désigner comme étant "bonnes" ou "mauvaises".
Cela n’a par exemple rien à voir avec la morale si par exemple, le cadre que vous êtes, achetez une superbe voiture de sport décapotable à Stuttgart. C’est là une question de goût personnel. Mais si, au moment de votre achat, vous savez pertinemment que vous allez entraîner votre famille dans la misère, alors vous agissez de manière hautement immorale. Il en va de même lorsque vous vous demandez si vous allez laisser votre voiture au garage lorsque les routes sont verglacées. C’est là une question de sagesse, sauf si vous y allez avec vos pneus d’été. Auquel cas vous seriez confronté à un problème moral et pénal, étant donné que, ce faisant, vous mettriez potentiellement en danger la vie d’autrui. Celui donc qui agit ou veut "bien" agir moralement ne peut et ne doit s’intéresser qu’au bien-être de ses congénères.
Traduit à des termes un peu plus populaires, on pourra dire que l’éthique dit ce que l’on devrait faire pour que notre conscience se taise, alors que la morale dit ce que l’on doit faire pour que les voisins se taisent.
Règles éthiques
A la question de savoir pourquoi l’être humain a besoin d’éthique et de morale, la réponse est relativement simple: l’évolution des êtres humains a eu pour conséquence que leur comportement n’est plus dicté par les lois naturelles. L’insécurité qui en résulte ("que dois-je faire?") requiert donc des prescriptions éthiques.
Certains affirment que nous sommes des singes et que nous nous comportons en conséquence. On dirait que notre civilisation vient tout juste de sortir de la période où nos comportements étaient dictés par l’appartenance à une espèce animale spécifique. Avec les potentiels agressifs et destructeurs que les hommes ont ostensiblement gardé à l’égard de leurs congénères et de la nature. On peut également le constater dans le langage du management que nous utilisons aujourd’hui: nous parlons en effet de reprises inamicales d’entreprises, de la vente au front ou encore, pour reprendre M. Maucher, de "fighting spirit".
Cela fait des millénaires que l’être humain cherche des règles éthiques pour son comportement. Les systèmes moraux ont pour but de régler la cohabitation des personnes vivant en groupe, la taille de ce dernier n’étant pas pertinente. Ne pouvons-nous pas penser également que, de par sa nature, l’homme n’est nullement d’accord d’agir de manière moralement juste, mais qu’il est seulement contraint à passer sa vie au sein de la société?
Les hommes ont toujours enfreint les règles morales. Thomas Hobbes l’a explicité notamment avec sa thèse "homo homini lupus" (l’homme est un loup pour l’homme). Nous trouvons par ailleurs l’affirmation suivante dans l’Ancien testament (Exode 20, 20): "Car c’est pour vous mettre à l’épreuve que Dieu est venu, et pour que sa crainte vous soit présente, afin que vous ne péchiez pas". La crainte de Dieu doit donc prévenir les hommes de commettre des péchés. Mais cela ne fonctionne parfois pas comme on le voudrait.
Nombre d’entreprises se retrouvent parfois en situation de crise, qu’elles ont parfois elles-mêmes créées. Les conflits de répartition et de valeurs dans l’économie et la société ne cessent de s’aggraver. Les problèmes structurels et conjoncturels augmentent. L’image de l’économie s’est passablement dégradée auprès du grand public ces dernières années en raison des nombreux scandales dont elle a fait l’objet. Il est donc tout naturel que l’on fasse appel à l’éthique et à la morale dans de telles circonstances. Ce qui semble ne rien coûter et être facile à mettre en œuvre.
Les quatre vertus cardinales de l’agir moral
Il s’agit ici des quatre vertus premières classiques, qui ont eu une place centrale chez les Anciens grecs et romains (Platon, Sénèque, Aristote, Cicéron), et qui sont tout à fait pertinentes pour notre management et/ou le développement de ce dernier. Il s’agit de:
la prudence
la tempérance
la justice et
le courage.
Depuis le moyen âge, ces vertus premières sont également appelées "vertus cardinales" (lat. cardo = charnière, pivot). On signifie par là qu’il s’agit de vertus autour desquelles tout tourne; ce sont les pivots de la morale, qui renvoient à la stabilité et la durabilité dans le changement.
La prudence, ou sagesse, capacité de juger, formation, savoir. Mais la sagesse résulte uniquement de la combinaison du savoir et de la morale. Sans morale, le savoir conduit à l’inhumanité, pour la simple raison que des prescriptions éthiques font défaut. Sénèque l’a bien dit il y a quelque 2000 ans: à quoi cela me sert-il de savoir comment partager un terrain si je ne sais pas le partager avec mon frère?
La tempérance: Goethe le formule ainsi: "Celui qui vit seul et pour lui-même peut s’accorder nombre de souhaits, seul celui qui veut guider les autres doit être capable de les manquer". La glorification du bien-être – notamment chez l’élite dirigeante – est une atteinte au principe de la modération dans toutes les situations existentielles. Platon donne dans son "Protagoras" la liste des 7 sages qui se sont réunis à Delphes pour offrir leurs devises au dieu Apollon et qui, à la maxime "connais-toi toi-même" ont ajouté "rien de trop".
La justice est très difficile à réaliser dans une société où l’on a tendance à se réaliser soi-même au détriment des autres. Nous pouvons l’observer nous-mêmes: d’une part, tous les collaborateurs sont "égaux", d’autre part, le cadre doit être suffisamment sensible pour pouvoir se régler sur chacun. Tout cadre se trouve donc confronté à un dilemme: créer un équilibre entre des attentes et des exigences parfois contradictoires, voire incompatibles, et ce, sans toucher à l’identité de l’entreprise. Il faut impérativement pour ce faire des règles d’action éthiques. Le problème de la répartition juste dans le cadre de la création de valeur dans l’entreprise (p. ex. l’attribution d’un salaire juste) n’a pas encore été résolu à ce jour, ni sur le plan théorique ni sur le plan pratique, et reste donc une source de conflits, ouverts ou larvés.
Le courage, ou le courage civil comme on dit encore de nos jours, ne prospère que là où la justice est voulue. Peut-être que cette vertu fait également souvent défaut à de nombreux cadres parce que font défaut des règles de comportement acceptées par tous, règles sur la base desquelles on peut décider ce qui est juste et injuste, bon et mal. Il n’est dès lors pas étonnant de constater que beaucoup de cadres pensent, parlent et agissent de manière divergente. Alfred Herrhausen a dit une fois dans ce contexte: "Nous devons également dire ce que nous pensons. Nous devons également faire ce que nous disons. Et nous devons également être ce que nous faisons."
La question de la mise en œuvre pratique des quatre vertus cardinales trouve la réponse suivante, que Schopenhauer a suggérée:
- prêcher la morale est facile
- fonder la morale est difficile
- vivre la morale un idéal.
Ethique et morale - Gérer signifie littéralement montrer la voie. Vous ne pouvez donc que réussir en tant que cadre que si vous montrez la voie de l’éthique et la vivez.