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« Quis ædificavit ipse Ædificator ? »: où le pluriconstructivisme est affronté à la régression des constructeurs et à l’antinomie du constructeur premier.
L’objet de connaissance du constructivisme épistémologique est le développement des connaissances humaines. Dans ce cadre théorique, le « mode de production du phénomène » que constitue ce développement est l’équilibration psychogénétique. Mais si les connaissances y cessent d’être un donné, un factum (celui de la « structure sans genèse » des épistémologies fixistes) pour prendre le statut du fieri d’une genèse actuelle, l’équilibration elle-même reste un donné théorique. « L’équilibration des structures cognitives » (Piaget xxxx) reste ainsi le pour le constructivisme le « problème central du développement » comme l’indique le sous-titre de cet ouvrage, tandis que le problème de son origine y est renvoyé, à juste titre, à la biologie, car dans la perspective constructiviste le méta-schématisme initial de l’équilibration ne s’auto-construit pas: il fait partie du noyau initial des schèmes héréditairement transmis, dont l’origine se trouve dans la biologie et non dans la psychologie.
La question de l’origine (et de l’évolution) des formes des l’équilibration est en revanche, inhérente au cadre théorique même du pluriconstructivisme cybernétique, où elle introduit d’emblée le problème de la « régression logique des constructeurs » et du constructeur premier. Cette problématique débouche sur une antinomie homologue à celle de la « causa sui » qui apparaît si l’on donne à la question « quelle est la cause de la cause première » l’une des réponses traditionnelles: « la cause première est cause d’elle-même ». En effet ce type d’antinomie peut être transposé sur la question de savoir qui a construit le constructeur premier (origine de tous les constructeurs, et ainsi, par transitivité, « constructeur de tous les constructeurs qui ne se construisent pas eux-mêmes ») . Si ce constructeur premier se construit lui-même, il construit un non-autoconstructeur de trop: lui-même; s’il ne le fait pas, il devient un constructeur qui ne se construit pas lui-même et qui n’est construit par aucun constructeur. Cet auto-constructeur émerge et subsiste en dehors de la filiation génétique rationnelle (celle qui reconstitue le mode de production du phénomène), et forme non seulement une création ex nihilo, mais un créateur ex nihilo, celui d’un Jardin de l’Éden auto-créationniste à la fois méta-physique et méta-rationnel. Si dans le cadre de cette problématique l’équilibration est le mécanisme constructeur des connaissances, quel est alors le constructeur de ce constructeur ? La réponse du constructivisme épistémologique est: « le constructeur de l’équilibration est en partie elle-même, et en partie le système génétique de l’espèce ». En effet, dans la mesure où, par exemple, au cours de la psychogenèse artificielle qui sous-tend l’acquisition d’une discipline artistique, scientifique ou pratique, nous apprenons d’autrui (ou nous différencions spontanément) de nouveaux schèmes d’élaboration de plans de solutions (qui constituent les variantes ou essais de l’équilibrateur), ou de nouveaux modes d’évaluation de ces essais, ou encore de nouveaux modes d’application de ces plans, nous modifions le mécanisme même de notre équilibration cognitive, de telle sorte que cette partie modifiée de ce mécanisme provient de lui-même et que le constructeur de l’équilibration est bien « en partie lui-même ».