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La lutte chimique contre les organismes nuisibles est connue depuis des millénaires. L’application du soufre, du plomb ou de l’arsenic était déjà utilisée dans la Grèce antique. Plus proche de nous, les propriétés insecticides du tabac (nicotine) étaient connues dès le XVIIe siècle. La chimie a fait de grands progrès au XIXe siècle et de nouvelles molécules à base de sulfate de cuivre ont permis de lutter contre les maladies fongiques de la vigne. Au XXe siècle, les sels de mercure ont commencé à être utilisés pour traiter les semences. En raison de leur toxicité, ces substances ont rapidement été interdites.
Le terme générique « pesticide », dérivé du latin « tuer une maladie contagieuse », regroupe différentes substances (insecticides, fongicides, herbicides et parasiticides) dont le but est d’éliminer les organismes considérés comme nuisibles. Les pesticides agissent donc contre les insectes ravageurs, les champignons, les « mauvaises herbes », les parasites. Les pesticides comprennent de nombreuses molécules à usage domestique (sprays contre les fourmis, poudre contre les poux, boules antimites, colliers antipuces…), ou zoosanitaire (traitement des bois contre la putréfaction…) et surtout phytosanitaire ou phytopharmaceutique, utilisé en agriculture, sylviculture et horticulture.
Le premier pesticide de synthèse est le fameux DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane), créé en 1874, mais utilisé comme insecticide depuis la 2e Guerre mondiale. Il a permis de lutter contre les vecteurs de maladies redoutables comme le paludisme, le typhus exanthématique ou la peste bubonique. En raison de son impact environnemental important, de ses effets secondaires sanitaires majeurs et de sa persistance élevée, dont on retrouve encore des traces dans le sol aujourd'hui, il a été interdit dans la plupart des pays dès 1970.
Dès le début des années 1980 de nouvelles molécules insecticides apparaissent sur le juteux marché des pesticides. Ces produits de synthèse sont des milliers de fois plus puissants que le DDT initial.
Ils ont des propriétés inquiétantes :
Ils sont hydrophiles, c’est-à-dire qu’ils sont disséminés par la pluie vers le réseau des eaux de surface (rivières, lacs, fleuves, mers…) et souterraines (nappes phréatiques dont est pompée notre eau potable…). On se rappellera que lors de l’application d’un traitement de pesticide par pulvérisation, 90% du produit n’atteint pas l’organisme cible mais aboutissent directement dans les sols ou dans l’air par la pression de sortie de la sulfateuse avec les conséquences que l’on connaît dans les zones habitées.
Ils sont conçus pour enrober les semences et diffuser dans toutes les structures de la plante traitée, des racines jusqu’aux étamines qui produisent le pollen. Cette propriété diabolique s’appelle « systémique » et permet une dissémination sans aucun contrôle chez les pollinisateurs.
Ils ne ciblent par les organismes nuisibles et atteignent de très nombreuses espèces utiles, voire indispensables du point de vue écologique (pollinisateurs). Par ailleurs, ils sont transmis à des espèces supérieures par la chaîne alimentaire (par ex. les insectes contaminés ou les vers de terre saturés de pesticides sont dévorés par les oiseaux ; les poissons contaminés par l’eau sont mangés par des mammifères, qui à leur tour entrent dans l’alimentation de l’homme…).
Ils ont enfin une durée de vie extrêmement longue, de l’ordre de plusieurs années ! En agriculture, ils ne sont pas appliqués pour traiter une pathologie particulière, mais sont administrés en prévention de toute maladie éventuelle causée par un nuisible, et ce tout au long de l’année ! Donc souvent les traitements ne servent à rien et les cocktails de multiples molécules multiplient les effets néfastes sur les organismes non ciblés.
La classe des Néonicotinoïdes est encore plus sournoise. Ce terme barbare (néo = nouveau ; nicotinoïde = qui ressemble à la nicotine) regroupe des molécules qui agissent sur le cerveau des insectes, entraînant, entre autres, des troubles de l’orientation par interférence avec la transmission de l’information chimique entre les cellules nerveuses. Comme la nicotine, ces molécules sont addictives, poussant les insectes à revenir sans cesse sur la plante traitée et finalement à accumuler les doses du poison mortel. D’autres effets sont également prouvés : diminution de la fertilité des insectes mâles et femelles, diminution globale de leur survie.
Les pesticides agissent non seulement sur les invertébrés mais, par diffusion dans l’écosystème planétaire et par la chaîne alimentaire, se retrouvent finalement chez l’homme. Ces pesticides sont soupçonnés d’avoir des effets sur le cerveau (maladies neuro-dégénératives, troubles du développement cérébral chez l’embryon), sur l’immunité (apparition de néoplasies) et sur le système de reproduction (stérilité masculine).
De très nombreuses études ont prouvé que les pesticides sont responsables de la disparition des ¾ de la biomasse des insectes depuis 1980, en Europe de l’Ouest. Dans la revue PLOS One, une étude montre que « le paysage agricole américain est aujourd'hui 48 fois plus toxique qu'il ne l'était il y a 25 ans pour les abeilles et probablement d'autres insectes. Une étude américaine publiée en septembre 2018 montre les dégâts du glyphosate sur les abeilles : cet herbicide altère leur flore intestinale, barrière contre de nombreux pathogènes. L’industrie phytosanitaire persiste à nier les résultats de ces études scientifiques et indépendantes et continuent à prétendre que l’effondrement des pollinisateurs est un mystère. La pression des grands groupes agro-alimentaires exercée sur les systèmes législatifs empêche toute décision raisonnable d’abandonner les pesticides. Lorsque des interdictions d’utilisation de ces produits dans un pays producteur sont approuvées, les exportations de ces substances toxiques sont autorisées vers des pays en voie de développement. C’est vraiment le comble du cynisme économique !
Voir aussi les articles :
Bibliographie
Stéphane Foucart, 2019, « Et le monde devint silencieux », Seuil, 2019
Inserm (direction), Pesticides : Effets sur la santé, Paris, Inserm, coll. « Expertise collective », 2013
J. E. McWilliams, American Pests: The Losing War on Insects from Colonial Times to DDT, Columbia University Press, 2008
Joseph J. Nocera, Jules M. Blais, David V. Beresford, Leah K. Finity, Christopher Grooms, Lynda E. Kimpe, Kurt Kyser, Neal Michelutti, Matthew W. Reudink et John P. Smol, Historical pesticide applications coincided with an altered diet of aerially foraging insectivorous chimney swifts [archive], en ligne le 18 avril 2012, DOI:10.1098/rspb.2012.0445, Proc. R. Soc. B, 7 août 2012, vol. 279, no 1740
Yves Miserey, La preuve des ravages du DDT sur les oiseaux [archive], Le Figaro, mis à jour 18.042012
Jean-Paul Krivine, « DDT et lutte contre le paludisme : la réécriture de l’histoire » [archive], sur pseudo-sciences.org, avril 2014.
INRA (2005) Pesticides, agriculture et environnement - Réduire l'utilisation des pesticides et en limiter les impacts environnementaux, Rapport INRA, 12 décembre 2005 [archive]
Évaluation mondiale du mercure [archive], PNUE, décembre 2002
« La confrérie des insectes », ces scientifiques indépendants qui enquêtent sur la disparition des abeilles », Le Monde, 29 août 2019
« Maîtrise des produits phytosanitaires (pesticides) » [archive], sur agriculture.gouv.fr
« Aux États-Unis, les insectes décimés par des pesticides toujours plus toxiques » sur National Geographic, 9 août 2019
|Author:||Divers auteurs. Résumé par Claude Pfefferlé|