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L’ancien pilote de F1 Patrick Tambay, qui a habité pendant de nombreuses années à Villars-sur-Ollon, dans le canton de Vaud, est décédé ce dimanche 4 décembre des suites de la maladie de Parkinson qui l’avait considérablement affaibli au cours de ces dernières années. Il rejoint ainsi Enzo Ferrari, pour qui il avait remporté sa première victoire en F1 en 1982, ainsi que Gilles Villeneuve, à qui il avait succédé chez Ferrari, respectivement décédés le 14 août 1988 et le 8 mai 1982.
Tous ceux qui souhaiteraient en savoir davantage sur Patrick Tambay, qui avait disputé 114 grands-prix de F1 et qui en avait remporté deux, les deux fois pour la Scuderia Ferrari, sont invités à parcourir le livre « Patrick Tambay, pilote et gentleman ». Celui-ci, sorti il y a exactement une année, ne revient pas seulement en détail sur la saison 1982, au cours de laquelle il avait remporté sa première victoire en F1, mais également sur les années suisses de Patrick Tambay. Les passages consacrés à la période où il habitait à Villars méritent à eux seuls l’achat de ce livre préfacé par Jean-Claude Killy.
Mais pourquoi donc Jean-Claude Killy, triple champion olympique de ski, a-t-il écrit la préface de ce livre? Parce que Patrick Tambay a été lui aussi un skieur de très haut niveau. «Champion de France junior de descente, Patrick était doué, mais surtout accrocheur. Il était également combatif et courtois», écrit Jean-Claude Killy. Cette ancienne carrière de skieur n’a pas été étrangère au fait que Patrick Tambay s’installe dans la station de ski de Villars quand il courait chez Ferrari.
Patrick Tambay, né le 25 juin 1949 à Paris, n’arrive cependant pas seul dans les Alpes vaudoises. Il y vient avec son épouse Dana et leur fille Esti, âgée d’à peine 8 mois, ainsi qu’avec Joann Villeneuve, la veuve de Gilles Villeneuve, et ses deux enfants, Jacques et Mélanie, que Patrick Tambay inscrit au Collège Beau Soleil de Villars. Bien avant qu’il ne succède à Gilles Villeneuve, décédé le 8 mai 1982 à Zolder, au volant de la Ferrari numéro 27, Patrick Tambay était en effet un ami intime du pilote canadien. Ils avaient couru tous le deux en Canam et avaient débuté tous les deux en F1 lors du Grand Prix de Grande-Bretagne de 1977, Gilles Villeneuve sur une McLaren et Patrick Tambay sur une Ensign.
Le livre « Patrick Tambay, pilote et gentleman », écrit par José Valli avec la complicité d’Olivier Rogar, le fondateur du site www.classiccourses.fr, passe en revue avec une multitude de détails et d’anecdotes toute la carrière de Patrick Tambay (ici deux pages du livre). L’année 1982, « une de ces années à marquer d’une pierre noire l’histoire de la course automobile » pour reprendre les propos du journaliste Johnny Rives (ici notre photo de Johnny Rives avec Patrick Tambay en 2019), cité dans le livre, y occupe une place très importante.
Patrick Tambay avait quant à lui qualifié la saison 1982 de véritable « ascenseur émotionnel, aussi bien en ascension qu’en descente ». La descente, ce sera la mort de Gilles Villeneuve le 8 mai et le gravissime accident dont allait être victime le 7 août son coéquipier Didier Pironi chez Ferrari. L’ascension, ce sera la naissance de sa fille Esti le 12 mars, ses débuts chez Ferrari le 1er juin et sa première victoire le 8 août à Hockenheim, au lendemain de l’accident de Pironi.
La deuxième victoire de Patrick Tambay, obtenue au Grand Prix de St-Marin le 1er mai 1983, allait susciter elle aussi beaucoup d’émotions. «Un an plus tôt, j’avais été appelé par la Scuderia pour pallier la disparition de Gilles Villeneuve», raconte Patrick Tambay dans le livre. « Je portais le numéro 27 et il existait à l’époque un relationnel très profond entre les tifosi et cette Ferrari numéro 27. D’autant plus fort que le précédent Grand Prix de St-Marin avait été le dernier grand prix auquel Gilles avait participé. En outre, il s’était élancé depuis la 3e place sur la grille de départ et les circonstances ont voulu que je sois, moi aussi, placé à cette même position. » Après la course, Patrick Tambay avait relevé qu’il s’agissait du plus beau jour de sa vie de pilote: « Pendant toute la course, je n’ai pas arrêté de penser à Gilles Villeneuve. Je lui dédie cette victoire. »
Entre ces deux victoires, celle de Hockenheim en 1982 (ici, au sommet de la page de droite de cette double-page du livre) et celle d’Imola en 1983, José Valli et Olivier Rogar évoquent la vie de Patrick Tambay dans les Alpes vaudoises. Un de ses amis, le célèbre photographe Paul-Henri Cahier l’immortalise au volant d’une Subaru 4×4 à Villars. Le skieur Bernard Russi n’est ainsi pas le seul sportif d’élite à effectuer de la publicité pour les Subaru 4×4 en Suisse. La photo de Patrick Tambay posant avec sa première épouse devant une Subaru 4WD Super Station est ainsi publiée dans le «Subaru Zytig/Canard Subaru». Un agrandissement géant de cette photo de Paul-Henri Cahier est ensuite exposée au Musée Emil Frey de Safenwil, à l’occasion de l’exposition temporaire consacrée aux 40 ans de Subaru en Suisse.
« C’est Miguel Ernand, un fan inconditionnel de Ferrari, qui m’a trouvé L’Eau vive, le chalet que je louais à Villars. Je peaufine ma préparation physique avec Jean-Michel Heiz, le chocolatier-pâtissier-boulanger de Villars, un athlète affûté qui a fait partie de l’équipe de Suisse de hockey sur glace et qui va devenir mon coach sportif », avait confié Patrick Tambay à José Valli.
« Dans le voisinage immédiat se trouve également Claude Sage, l’importateur Honda pour la Suisse qui est d’ailleurs devenu le parrain de Loïc, le premier de mes deux fils. Je ne peux que remercier mon ami Bernard Cahier, le célèbre photographe, de m’avoir conseillé de m’installer à Villars où j’ai pu préserver ma famille de la folie italienne qui s’emparait des tifosi quand ils croisaient un pilote Ferrari, empêchant toute discrétion », soulignait Patrick Tambay.
Un Patrick Tambay unanimement apprécié, notamment par Mauro Forghieri, l’ingénieur en chef de Ferrari, décédé le 2 novembre dernier, et par Brenda Vernor, la secrétaire d’Enzo Ferrari pour ne citer que deux personnes parmi tant d’autres. Le premier l’a qualifié de « pilote rapide et constant dans ses résultats qui possédait un très bon niveau technique ». La seconde l’a décrit comme suit: « Patrick était un garçon adorable. Il a été le seul pilote pour lequel j’ai pleuré lorsqu’il a quitté la Scuderia. Il était un gentleman, gentil, attentionné, avec de bonnes manières. »
Ses bonnes manières n’avaient pas non plus échappé à Jean-Claude Killy. «Son éducation était excellente et son talent lui a permis d’obtenir de nombreuses victoires et de contribuer aux deux titres mondiaux constructeurs remportés par Ferrari en 1982 et 1983», devait notamment relever le triple champion olympique dans ce livre que l’on peut commander sur le site www.classiscourses.fr. Il comporte 558 (!) pages et de nombreuses photos, notamment de Paul-Henri Cahier, qui a signé également celle de la couverture du livre, et de Bernard Asset, qui est notamment l’auteur du très beau cliché où l’on voit Patrick Tambay en train de skier à Villars avec, sur ses épaules, sa fille Esti, alors âgée de deux ans.
Crédit des photos: Laurent Missbauer / media Ferrari