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Par Christophe Leuthold.
Le bois raméal fragmenté est la technique qui consiste à épandre
sur le sol des rameaux d'arbres et d'arbuste vivant broyés, dont le
diamètre n'excède pas 7cm de diamètre, dans le dessein de réactiver
le réseau trophique (chaîne alimentaire) du sol, et par là sa
fertilité.
Cette technique est issue d'une prise de conscience, en constatant
que le sol cultivé est déficitaire en humus et en éléments minéraux
alors que le sol forestier est stable et même qu'il
s'enrichit.
Ainsi, l'homme depuis fort longtemps, a - pour pallier le manque
de rendement - développé des stratégies culturales (une agronomie
d'oxydation et de minéralisation) dispendieuses en énergie
(laboure, incorporation de fumier, épandage de lisier,
fertilisation minérale chimique, compostage, etc.) qui présentent
aujourd'hui un tableau peu réjouissant (érosion, pollution de
l'eau, faible résistance aux pathogènes, etc.).
À l'inverse les mécanismes d'aggradation (processus de
construction d'écosystèmes de plus en plus complexe qui s'oppose
aux mécanismes inverse de dégradation) que proposent les BRF à
l'instar de l'écosystème forestier fonctionnent en symbiose et à
faible énergie.
En simplifiant, nous pourrions dire que tout ce qui
contrarie la vie du sol par des pratiques culturales intempestives
se solde par un déficit difficile à corriger.
La grande difficulté de l'homme
d'aujourd'hui, quant on parle du sol, réside dans son regard
essentiellement « épigé », c'est-à-dire qu'il ne voit de vie que ce
qui se trouve au-dessus du sol et occulte la plus grande partie de
celle-ci souterraine. Ainsi, « sous la semelle d'une chaussure de
pointure 44, on trouve entre 2 et 5 millions d'animaux
unicellulaires, 10 larves d'insectes, 2000 à 5000 collemboles et
acariens, et une demi-douzaine de vers de terre, araignées,
mollusques, cloportes et mille-pattes » (Pillet et Longet, cité par
Asselineau et Domenech pg. 31 in « De l'arbre au sol, les bois
raméaux fragmentés »).
Sans oublier les Fungi (Champignons) qui sont le plus souvent
reconnus par leur carpophore (fructification des Ascomycètes et
basidiomycètes en plusieurs formes possibles, chapeau, boule,
coupe, etc.). Ce que l'on sait moins c'est que leur vie est d'abord
souterraine par des réseaux de mycéliums interconnectés aussi
étendus que les racines des arbres. Ces mycéliums sont
seuls capables de briser les grosses molécules de lignines
qui protègent les cellules du bois, ouvrant la voix à la microflore
(bactéries, etc.) du sol.
L'écosystème arbre est le véritable fondateur des sols, partout
où les forêts ont pu s'épanouir nous trouvons les sols cultivés
(sous nos latitudes, il faut environ 10 000 ans pour créer une
épaisseur de sol de 1-2 m). La fertilité leur est intrinsèquement
liée. Partout où l'homme dans ces pratiques culturales, c'est
éloigné de la synergie sol/arbre, il a dû compenser par des
intrants extérieurs important (fumier, compost, fertilisation
chimique,) et une technicité toujours plus lourdes (laboure
profond, enfouissement, irrigation, traitement phytosanitaire,
manipulation génétique, etc.). Le sol moribond n'est plus qu'un
support inerte sous perfusion.
À l'inverse, il suffit d'observer la vitalité des forêts capables
de nourrir sur des sols maigres (forêts équatoriales) des arbres de
40m et cela depuis des centaines de milliers d'années. N'oublions
pas que la forêt restitue un volume bien plus important de matière
ligneuse (rameaux, branches sèches) au sol que de feuilles. L' «
âme » de l'humus semble bien être ces petits rameaux, par lesquels
tout peut commencer...
L'étude des bois raméaux fragmentés est encore relativement
récente -ils commencent, il y a une trentaine d'années- mais
suffisante pour retenir quelques lignes directrices.
- « La clef de voûte » de la création du sol fertile c'est le
couple lignine-champignons. Plus les rameaux et les branches sont
jeunes et frais plus rapides est la transformation de la lignine,
qui va ensuite activer toute la chaîne alimentaire.
- La couverture de BRF « simule » la canopée forestière et protège
le sol du rayonnement solaire et ainsi évite une évaporation
importante. Comparables à un paillis qui est lui plutôt inerte, les
BRF s'en différencie par la colonisation des Fungis qui, à l'aide
de leurs « veines » de mycélium de plusieurs mètres, solidarise
tout le milieu et en régularise l'humidité.
- La présence massive de Fungis dans le sol attire d'autres êtres
vivants au festin de la lignine, pour être à leur tour proie dans
une complexification croissante jusqu'à l'autorégulation. Le
système s'approvisionne en énergie par la photosynthèse (énergie
solaire) délivrée par les arbres et les autres plantes, car nous
les savons liés aux fungis par les mycorhizes (80% des plantes
herbacées le sont, hormis certaines crucifères comme les choux) de
leurs racines de même pour l'eau et les éléments minéraux
accessibles dans le substrat environnant.
L'action principale des BRF et de redonner au sol cette
auto-fertilité perdue, car aucun fumier (bovin, cheval), guanos ou
compost ne peuvent stimuler suffisamment le réseau trophique d'un
sol en déficit. Un sol stable est capable de s'auto-régénérer à
l'infini si, dans l'intervalle, l'homme ne l'a pas privé d'un de
ces éléments fondateurs en l'occurrence ici, de petits rameaux de
bois fragmentés !
- « Le BRF, vous connaissez ? (Bois Raméal Fragmenté)
De Jacky Dupéty et Bernard Bertrand aux Editions de Terran,
Août 2007.
- « De l'arbre au sol, les Bois Raméaux Fragmentés »,
De Eléa Asselineau et Gilles Domenech aux Editions Du
Rouergue,
Octobre 2007.
- « Plaidoyer pour l'Arbre »,
De Francis Hallé, aux Editions Actes Sud,
Septembre 2005.