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Cette chaise peu commune a appartenu à un chef oromo de la région de Djimma en Ethiopie occidentale. Djimma est aujourd’hui une ville importante du pays et un grand centre de sculpture artisanale du bois. Elle est située près de Jirèn, qui fut jadis la capitale de l’ancien royaume autonome oromo de Djimma Abba Jifar.
La formation des royaumes de Djimma, Gomma, Limmu et Gumma fut le résultat d’un processus historique de spécialisation économique et de formation d’un état indigène qui eut pour conséquence la mise en place d’une structure politique fortement hiérarchisée comprenant des rois, une aristocratie et des chefs. Les membres de cette élite avaient leurs propres insignes de pouvoir, leurs propres objets prestigieux et leurs propres meubles correspondant à leur charge.
Perchée sur une colline de Jirèn, qui n’est plus aujourd’hui qu’un hameau, on peut encore trouver le vieux palais de bois (massera en otominya) du dernier roi de Djimma, Abba Jobir Abba Dulla. Il fut transformé en musée local en 1994 et accueille aujourd’hui une collection impressionnante de mobilier ancien, dans laquelle comptent des chaises et des trônes semblables à l’exemplaire de la collection Barbier-Mueller.
Cette chaise, comme toutes celles du même genre, a été sculptée à partir d’un seul fût de bois dur, comme le Podocarpus gracilior ou le Cordia africana. Elle appartenait à un homme de pouvoir et, comme un trône, n’était utilisée par personne d’autre que lui. Les dirigeants et les chefs oromo possédaient leur propre trône ou chaises sculptés globalement dans le même style.
Cependant, la forme, les motifs sculptés, et les finitions (certains étaient incrustés de bandes de cuivre) différaient. On peut parfois y voir des motifs géométriques turcs, les Turcs ayant longtemps été présents sur la côte éthiopienne aux environs de Massawa. Sur ce spécimen, la complexité des motifs gravés sur le dossier et la forme en C des trois pieds et des côtés du dossier sont remarquables. Les trois pieds solides sont caractéristiques des chaises de chef de Djimma.
Le modèle et le style de cette pièce remontent à la fin du XVIIIe siècle. On lui reconnaît des variantes : certaines ont un dossier ajouré, d’autres non. D’autres encore portent les symboles du double croissant islamique sur leur sommet. L’exemplaire de la collection Barbier-Mueller ne présente ni la couleur ni la patine des chaises anciennes et ne porte par les traces d’un usage intensif. La surface rougeâtre et non polie indique que sons âge ne dépasserait pas vingt ou trente ans.
Par ailleurs, la chaise a probablement été commandée peu de temps avant son acquisition. On ne rencontre plus sur place les meilleurs exemplaires de ces chaises qui pour la plupart sont conservés dans des musées ou des collections privées. Alors que l’on trouve encore régulièrement des chaises de Djimma dans les magasins de souvenirs d’Addis-Abeba, elles ne sont plus guère utilisées dans leur région d’origine. Elle sont très coûteuses et ont été remplacées par une série de tabourets bas tripodes, qui font la renommée des sculpteurs de Djimma en Ethiopie.