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A quoi ressemblera notre planète dans cinquante ans? Premier écologiste au monde élu dans un parlement national, le conseiller national vaudois Daniel Brélaz répond à cette question dans L’avenir est plus que jamais notre affaire.
En l’an 2069, il est possible qu’un «grand acteur (californien) rêve de devenir le maître du monde en utilisant la valorisation boursière pour racheter toutes les entreprises d’avenir. Comme Uber, il laisse survivre les acteurs locaux, mais tout juste. Pour ce type d’entreprises, il s’agit de se réserver la quasi-totalité des bénéfices en laissant le minimum vital, mais pas plus, aux acteurs locaux indispensables à sa propre croissance». C’est l’un des dix scénarios que Daniel Brélaz imagine pour l’avenir. Parmi les autres: la Chine qui prend la place des Etats-Unis en devenant le leader économique mondial grâce à ses technologies tout en empêchant les autres pays de pénétrer son économie; les états-majors militaires et leurs troupes de robots qui prennent le pouvoir sur les humains; à moins que des actionnaires voraces n’asservissent les masses de plus en plus pauvres et avachies par les outils numériques. Si ce contenu a été écrit et publié en été 2019, c’est-à-dire avant la crise de la Covid-19, il reste très actuel de par la multitude de sujets épineux abordés: revenu, alimentation, énergie, éducation, espérance de vie.
La crise sanitaire a engendré une crise économique qui augmente la pauvreté, déjà croissante. Le revenu de base inconditionnel pourrait-il devenir réalité et l’endiguer?
«L’aide sociale est déjà une forme de revenu universel.»Daniel Brélaz: – Oui et non. En 2016, les Suisses ont rejeté l’initiative populaire qui proposait de l’introduire. L’écrasante majorité de ceux qui ont voté contre disaient: «Ce sont des flemmards qui ne veulent pas travailler ». Pour que ce projet revienne sur le devant de la scène, il faudrait trouver un moyen de le financer et, surtout, comprendre les causes de la pauvreté. Si elles sont en lien avec l'automatisation, la taxation douanière des robots pourrait, par exemple, dégager une partie des sommes nécessaires à ce salaire mensuel universel, que la Banque nationale et les impôts complèteraient. Et, afin de faire accepter aux contribuables cette taxe supplémentaire, le revenu de base inconditionnel devrait être lié à des prestations d’utilité publique. Ses bénéficiaires s’engageraient à fournir des services à la communauté. Notez que l’aide sociale que la plupart des pays de notre continent offre est déjà une forme de revenu universel car, en Europe, on accepte l’extrême pauvreté, mais pas l’idée de laisser les gens mourir de faim.
A propos de faim, croyez-vous vraiment que l’on se nourrira à l’avenir de fausse viande et de vrais insectes?
– C’est une possibilité même si la consommation de viande continue à croître d’environ 2% par an dans le monde. Toutefois, les mouvements végétariens et végans sont une réalité, dans les pays européens principalement. A tel point que Nestlé propose des produits aux végétaux, comme des hamburgers, qui ont l’apparence, voire le goût, de la viande. Pour ce qui est de la vraie viande, des start-up travaillent actuellement à sa production en laboratoire à partir de cultures de cellules animales. Cette méthode permettrait de multiplier cette denrée sans passer par l’agriculture intensive, qui pollue la planète, et résoudrait aussi, en partie, la question de la souffrance animale.
Encore faudrait-il convaincre les chasseurs...
– Il y aurait évidemment un «primitif de service» qui ne manquerait pas de déclarer qu’il est un chasseur et qu’il veut tuer ses animaux pour les manger. Mais bon, si le produit de synthèse parvient à imiter la saveur recherchée par les carnivores, il pourrait être une solution.Quant à la consommation d’insectes, c’est une fois de plus une question de préférence gustative. Même si cette alternative serait également un moyen de préserver l’environnement et d’éviter le gaspillage alimentaire.
Si l’on parle de gaspillage de ressources, comment évaluez-vous l’utilisation des différentes sources d’énergie dans le futur?
– Vraisemblablement, dans quarante ans, environ 80% de l’énergie proviendra du solaire via les panneaux photovoltaïques et du vent via les éoliennes. Le reste se répartira entre les ressources hydrauliques, pétrolières et gazières. A condition de trouver un moyen de stocker l’énergie solaire et l’énergie éolienne.
La crise actuelle contraint déjà les étudiants à suivre des cours en ligne. Si ceux-ci se généralisent, ne risquent-ils pas d’émousser la qualité de leurs connaissances?
«L’essentiel est de développer le sens critique et la capacité d’analyse.»– Les cours en ligne sont un excellent système de répétition pour des élèves qui ont des manques ou des difficultés d’apprentissage spécifiques. Les apprenants doivent cependant aussi être accompagnés par des professeurs. L’essentiel est de développer leur sens critique et leur capacité d’analyse de manière à les prémunir contre les dérives extrémistes, voire intégristes. Des cours en présentiel couplés avec des cours en ligne pourraient ainsi se révéler très intéressants pour eux.
On promet une longévité record à cette nouvelle génération. Peut-on vraiment croire à cette promesse, au vu de la pollution, du changement climatique, des pandémies et de la crise économique?
– Pour les gens qui ont les moyens, oui. Pour les populations des pays prospères et en paix, aussi. En Suisse, l’allongement lent mais constant de la durée de vie est une réalité. Et les progrès de la médecine promettent des organes de synthèse amenés à remplacer ceux touchés par les maladies. Mais cette qualité de vie n’est pas une réalité pour toutes les populations: en Russie, par exemple, une étude montre que l’espérance de vie est plus courte de six ans à cause de la pollution provoquée par le chauffage au charbon et la vodka. Le facteur clé de la longévité dans le monde sera la répartition des ressources et des richesses. .
Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de vous?
– Qu’ils retiennent ce qu’ils voudront. L’important est qu’ils soient sensibles aux idées que je diffuse et qu’ils soient prêts à faire des pas dans la bonne direction. Le reste m’importe peu. Je n’attends pas de reconnaissance qui prenne la forme d’une rue ou d’une impasse à mon nom.
Propos recueillis par Anne Aznaour
Daniel Brélaz, L’avenir est plus que jamais notre affaire (Editions Favre, 148 pages).
Un enfant qui se devinait grand
Sur la photo de ses six ans, le regard du garçonnet, entouré de quatre camarades d’école primaire, frappe par sa retenue lucide: il sera un grand homme. Au propre comme au figuré. D’ailleurs, sa première victoire, il l’a déjà remportée. A quatre ans et contre la grande faucheuse. La vilaine avait essayé de le «cueillir» sur un passage piéton. Propulsé à douze mètres par une voiture qui l’avait percuté, le petit garçon avait vacillé entre la vie et la mort durant une semaine à l’hôpital. Il s’en était sorti après l’ablation des trois quarts de la rate, opération innovante pratiquée en Suisse, par chance, depuis peu.
Les années suivantes sont marquées par de brillantes études scientifiques. Mathématicien fraîchement diplômé de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), le jeune homme veut changer le monde. Une ambition nourrie par la première Conférence mondiale sur l’environnement que les Nations unies organisent à Stockholm en 1972. Bien médiatisé, l’événement expose les risques encourus par notre planète que le progrès technologique et l’industrialisation commencent sérieusement à mettre en danger. A l’époque, ces discussions réunissaient surtout des juristes, des agriculteurs, des syndicalistes et des représentants patronaux. Il est temps que des scientifiques intègrent ce cercle. Le jeune chercheur lausannois saisit cette opportunité: il s’engage sur cette voie d’où naîtra l’homme politique.
SUCCÈS ET RÉALISATIONS
Daniel Brélaz n’a que 29 ans quand il devient le premier Vert au monde à être élu dans un parlement national. Viennent ensuite l’ascension politique et... la fille rencontrée dans un trolleybus. Coeur d’artichaut, lui? «Pas vraiment», se défend-il en ajoutant sobrement: «C’était un concours de circonstances favorable». Toujours est-il que la Fribourgeoise Marie-Ange Buchs dit «oui» à l’homme de 39 ans après neuf mois de cour et lui donne un garçon, Alexandre, à 42 ans.
Les décennies suivantes sont celles des grandes réalisations. Syndic de Lausanne, Daniel Brélaz dote sa ville natale d’un métro et met de l’ordre dans les finances de la cité et de sa caisse de pension. Ces succès lui confèrent une solide notoriété locale. Largement dépassée toutefois par la célébrité presque mondiale – francophone en tout cas – acquise en 2020 sur les réseaux sociaux avec la vidéo de son intervention de deux minutes contre l’achat d’avions de combat à la tribune du Conseil national. Pragmatique et factuel, l’écologiste restera à coup sûr dans la mémoire collective pour son humour pince-sans-rire et peut-être les prévisions de son livre, si elles se réalisent.
AA
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