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Le référendum des opposants au CEVA ayant abouti, le peuple devra trancher dans le vif de la côte de Champel, le 29 novembre, en votant sur le crédit complémentaire de 113 millions accepté par le Grand Conseil. Le MCG était le seul parti à soutenir les opposants, mais il a été rejoint par l'UDC (on se souvient de son fameux placard publicitaire affirmant que le CEVA n'est qu'un moyen de transport supplémentaire pour amener à Genève la " racaille d'Annemasse ", alors que, fonctionnant dans les deux sens, il amène aussi à Annemasse la " racaille de Genève ", y'a pas de raison…) et au sein du parti libéral, les opposants disposent de relais non négligeables. Rien ne garantit donc le soutien populaire au projet-phare du développement des transports publics ferroviaires à Genève. En fait, le vote du 29 novembre est probablement, s'agissant du développement de Genève et de sa région, le plus important depuis la fusion des communes de 1930... Pour la Genève réelle, l'alternative est simple : c'est le CEVA ou l'embolie.
Eppur si muove
La région genevoise, transfrontalière, bi-nationale, bi-cantonale, n'est pas un projet politique : c'est une évidence. La réalité, comme toujours, précède sa reconnaissance et il suffit de monter au sommet du Salève et de porter son regard vers le bas, vers la cuvette dans laquelle se love Genève, pour constater l'inexistence réelle de la frontière. Et la nécessité de dépasser, dans la réalité même du développement urbain, les héritages administratifs du tout début du XIXe siècle. Rien, et surtout pas la pétrification intellectuelle des fétichistes de la frontière, ne peut plus empêcher Genève d'être la capitale d'une région bientôt deux fois plus peuplée que la République, et trois ou quatre fois plus étendue. Condamné pour avoir constaté que le terre se mouvait, et tournait autour du soleil, Galilée aurait murmuré, après s'être rétracté pour éviter de finir comme Giordano Bruno, sur le bûcher, " Eppur si muove " : " et pourtant, elle bouge ". Quoi qu'en disent les petits chefs du MCG, de l'UDC et du mouvement indigéniste de Champel, et même s'ils devaient obtenir le blocage du CEVA, la région genevoise est, se développe, se peuple et s'étend. La question est dès lors de savoir dans quelles conditions. Sans un développement volontariste des transports publics, dont le CEVA est à la fois l'expression régionale et la condition matérielle, toute la région, à commencer par son centre urbain (la ville de Genève et les grandes commune suburbaine) étouffera sous un trafic automobile (ou plutôt un gigantesque embouteillage) impossible à maîtriser. Or il n'y a pas d'alternative crédible au tracé du CEVA, et donc pas d'alternative crédible par le " barreau sud " brandi par les opposants du CEVA comme LA solution miracle : un tracé qui aboutit à une impasse, ne dessert pas les zones les plus peuplées de la région, et bute sur le Salève. Un tracé qui ne sert à rien, n'aboutit nulle part et ne bénéficie d'aucun financement garanti. Un tracé qui ne se fera pas. Le but n'est d'ailleurs pas qu'il se fasse, mais de faire croire qu'on peut se passer du CEVA, qu'on peut ne pas toucher à Champel, et préserver les fragiles indigènes de la colline où fut brûlé Servet de la racaille d'Annemasse, des Pâquis, de Plainpalais et des Eaux-Vives. Bref : de la Genève réelle.