Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07252.jsonl.gz/894

Avec des « si » et des « la », on fait de la musique? Mais pas depuis toujours et pas partout. Déjà parce que le do-ré-mi-fa-sol-la-si-do n’existe que depuis le XIe siècle. C’est un moine bénédictin italien, Guido d’Arezzo, qui l’a inventé. Il a utilisé un hymne de saint Jean-Baptiste dont chaque vers commence sur un ton plus élevé que le précédent. Et à chaque ton, il a donné la première syllabe de chaque vers. Ça donnait ceci: «UT queant laxis, REsonare fibris, MIra gestorum, FAmuli Tuorum, SOLve polluti, LAbii reatum, Sancte Iohannes.» Bien que vous ayez sans doute tous compris de quoi il s’agit, voici, pour la forme, la traduction: « Pour que puissent résonner sur les cordes détendues de nos lèvres les merveilles de tes actions, enlève le péché de ton impur serviteur, ô Saint Jean.» Le si n’existait pas; allez savoir comment ils s’en sortaient. Il n’a été rajouté qu’au XVIe siècle! Et le do a alors remplacé le ut.
Avant le XIe siècle, on ne faisait donc pas de musique? Bien sûr que si. Mais la gamme avait des allures d’alphabet. Dès la Grèce antique, les notes étaient désignées par des lettres: A pour la, B pour si, C pour do, D pour ré, E pour mi, F pour fa et G pour sol. Et c’est toujours le cas dans les pays protestants, anglo-saxons et germaniques.
Pour apprendre la musique, on chantait ses gammes: une méthode d’exercices et de lecture musicale répondant au nom de solfège, inventée par le même moine à partir des deux notes sol et fa.
Ce même Guido d’Arezzo ne s’est pas arrêté en si bon chemin: la portée, sur laquelle on pose les notes, et les clés de sol, de fa et de do qui décident de leur hauteur, sont aussi ses trouvailles. La classique clé de sol sonne le sol proche du la du diapason (répétez la phrase rapidement à haute voix) et prévaut comme étalon officiel. Elle devait son design à la lettre G (pour sol), mais des centaines de copistes et de décennies plus tard lui ont donné sa forme actuelle de sorte de violoncelle. Idem pour la clé de fa, dérivé de la lettre F ou le C de la clé d’ut. Mais en plus déformé…
Auteur: Isabelle Kottelat
Photographe: Konrad Beck