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Un document pourrait renverser les théories admises pour l’histoire des Philippines. Il s’agit d’une plaque de cuivre découverte en 1990 dans la baie de Laguna près de Manille, et qu’on a baptisée « Laguna copperplate ». Écrite dans un alphabet similaire à celui des inscriptions javanaises de la même époque, dans un mélange de sanscrit, de vieux-javanais, de vieux-malais et de vieux-tagalog, elle porte la date de 822 de l’ère Saka, soit 900 après J.-C.
L’archipel de Sulu dans le sud des Philippines se trouve sur une route maritime qui va de la Chine aux Moluques. Le commerce avec les marchands chinois fait sa prospérité. Le royaume de Sulu est sans doute fondé à la fin du XIVe siècle.
La période espagnole
Ferdinand Magellan (Fernão Magalhaes), explorateur portugais voyageant pour le compte de l’Espagne, est le premier Européen à arriver aux Philippines, le 16 mars 1521. Les îles ont été nommées ainsi en l’honneur de l’Infant d’Espagne, le futur Philippe II d’Espagne, par Lopez de Villalobos peu après leur découverte. L’archipel est entré dans l’Empire colonial espagnol à partir de 1565.
En 1578, l’Espagne lance une expédition contre le sultanat de Sulu. Sulu réplique en pillant les villes côtières des Visayas et Luzon, contrôlées par les Espagnols. Le gouvernement colonial envoie au moins cinq expéditions punitives contre Sulu. En 1638, il occupe la capitale, Jolo, et y laisse une garnison. En 1646, cette garnison est rappelée à Manille et Sulu est abandonnée.
En 1611 (soit moins d’un siècle après le débarquement de Magellan), la première université du pays, mais aussi d’Asie, est fondée : c’est Santo Tomas, qui demeure l’une des grandes références manilènes actuelles.
À défaut de disposer d’or et d’épices, le pays a été considéré comme une tête de pont pour l’évangélisation de la Chine et du Japon. Le premier saint philippin, Lorenzo Ruiz, est d’ailleurs un Indio emmené avec lui par saint François-Xavier. Si l’objectif religieux a échoué suite aux réactions, négatives pour le moins, des empires chinois et japonais envers la présence chrétienne, l’Église a été rapidement investie aux Philippines, par les monarques espagnols, de pouvoirs étendus (justice, ordre public, collecte des impôts). C’est ce que les historiens philippins évoquent par le vocable de friocracy – le règne des frères (au sens des ordres religieux).
De fait, jusqu’au début du XIXe siècle, l’autorité officielle dans l’archipel a été exercée depuis le lointain Mexique, où résidait le vice-roi chargé des Philippines. Éloignement de Mexico, éloignement de Madrid : l’influence de l’Église n’en a été que plus forte, avec un certain nombre de conséquences encore visibles aujourd’hui : un chapelet d’édifices religieux uniques en Asie (et dans le monde, si l’on songe à l’architecture typique des églises philippines) ; une économie dominée par l’importance de la propriété immobilière (lorsque les ordres se sont séparés de leurs biens après l’indépendance de 1898, ils les ont vendus à quelques grandes familles blanches ou métisses toujours puissantes) ; une culture à la fois relativement non-violente et conservatrice sur le plan du contrôle des naissances, notamment. Le professeur Teodoro A. Agoncillo, auteur d’une History of the Filipino people (8e éd. 1990) parle à ce sujet d’un phénomène d’ amalgamation of Church and State. La mainmise des pouvoirs religieux est finement décrite et analysée dans les romans de José Rizal (1861–1896).
Dans les années 1840, l’intérêt des puissances coloniales pour Sulu s’accroît. Le gouvernement colonial espagnol occupe de nouveau Jolo en 1851. Le sultanat s’étendait sur l’archipel de Sulu et la côte nord-est de Bornéo (soit l’est de l’actuel Sabah en Malaisie). En 1877, le sultan, qui s’était réfugié sur une autre île, donne ses possessions de Bornéo en bail à la British North Borneo Chartered Company. Après une longue résistance, Sulu accepte de devenir vassal de l’Espagne en 1878. L’Espagne évacue Sulu en 1899.
À la fin du XIXe siècle s’est développé un mouvement de libération, dont l’un des personnages clés fut le poète et écrivain José Rizal. Chirurgien ophtalmologue formé en Europe, il nourrit son projet révolutionnaire d’une conception inspirée par ses lectures de Don Quichotte. Surnommé le Don Quichotte des Philippines, il est exécuté par les autorités espagnoles en 1896. Il devient aussitôt un martyr national, ce qui renforce la résistance au régime colonial.
La période américaine
Les États-Unis encouragent le mouvement d’indépendance et se décident à intervenir militairement aux Philippines à l’appel d’Aguinaldo (guerre hispano-américaine). Le 10 décembre 1898, le traité de Paris met fin au conflit. L’Espagne cependant n’accorde pas l’indépendance aux Philippines mais les vend aux États-Unis pour 20 millions de dollars. La colonisation dès lors se poursuit sous le joug d’un nouveau maître. C’est pourquoi, dès le 4 février 1899, une nouvelle guerre oppose les indépendantistes philippins aux États-Unis (guerre américano-philippine). Commence une période intensive de déshispanisation au profit d’une anglicisation de la culture. En 1935, les États-Unis accordent aux Philippines un statut de semi-autonomie destiné à accompagner le pays vers son indépendance. À partir de cette date, un président élu les représente au niveau international. Le premier est Quezon, qui a donné son nom à l’une des villes de la banlieue de Manille.
En 1937, sur proposition du National Language Institute, le président Quezon fait du tagalog, le dialecte parlé autour de la capitale et de la rivière Pasig, la langue nationale. On note à ce sujet que cinquante ans plus tard, la Constitution de 1987 (article XIV, section 6) précise que la langue nationale est le philippin, notion plus large que le tagalog. L’anglais a néanmoins sa place : « for purposes of communication and instruction, the official languages [à distinguer donc du national language] are Filipino and English » (article XIV, section 7).
L’occupation japonaise
En 1942, lors de la Seconde Guerre mondiale, le pays passe sous occupation japonaise, les mouvements de résistance sont très actifs et la répression japonaise, féroce. Les forces d’occupations commettent de nombreuses atrocités dont la marche de la mort de Bataan (environ 20 000 morts) et le massacre de Manille en février 1945, où plus de 100 000 civils trouvent la mort. Le général Douglas Mac Arthur, qui ne réussit pas à repousser l’invasion initiale et doit fuir en Australie en abandonnant ses hommes, prend sa revanche en 1944–1945 et libère l’archipel. Le pays obtient son indépendance le 4 juillet 1946.
La période contemporaine
À l’issue de la guerre, les Philippines sont malgré tout l’un des pays les plus développés d’Asie. Par la suite, le développement prend du retard à cause d’une faible croissance économique, d’une démographie galopante et d’un fort taux de corruption. Actuellement, la croissance y est modérée par rapport aux pays voisins du Sud-Est asiatique, essentiellement portée par les contributions d’une importante population de travailleurs émigrés, les OFW – Oversea Filipino Workers (souvent installés à Hong-Kong, à Singapour, dans les pays du Golfe Persique, mais aussi aux États-Unis et en Europe, notamment en Italie) – ainsi que par les investissements directs étrangers. Ces investissements ont lieu dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication (NTIC) mais aussi dans les secteurs qui demandent une main-d’œuvre à faible coût.
Le sud du pays, en particulier l’île de Mindanao, connaît une crise politique due à des mouvements séparatistes musulmans comme Abu Sayyaf et le Front Moro de libération islamique, s’opposant depuis les années 1970 aupouvoir de Manille, très proche de l’Église catholique.