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Partir dans le Gd Nord avec seulement quelques vagues projets sur place est l'état d'esprit dans lequel j'ai décidé de faire ce déplacement en solitaire, concrétisant également une envie profonde et pour une fois, sans me poser trop de questions. Ce voyage a été une réussite totale et je me propose de vous en donner un aperçu en plusieurs épisodes : "Inuvik la nouvelle cité du nord", "la fête du Muskrat", "Tuktoyaktuk la sentinelle" et enfin "Arctic Chalet".
Je vais quitter Vancouver le 6 avril au matin pour gagner Whitehorse en avion et y passer une nuit. La température dans cette dernière localité est déjà bien remontée par rapport à notre précédent séjour, il y a un mois et la débâcle a déjà commencé sur le fleuve Yukon. Le lendemain matin j'embarque dans un bimoteur, un Hawker de 1967, qui fera escale à Dawson City et Old Crow avant d'atteindre Inuvik, ma destination, à environ 3'800 km de Vancouver. Les aérodromes où nous atterrissons semblent sortir d'une bande dessinée et nous nous réfugions à chaque fois, sans formalité ou contrôle particulier, à l'intérieur des bâtiments en bois pour nous réchauffer, pendant que les deux pilotes s'occupent eux-mêmes de la maintenance et du plein de carburant de l'appareil. Après Dawson City le spectacle est grandiose, nous survolons tout d'abord une région de forêts boréales et lacs, pour dominer ensuite de superbes massifs de montagnes enneigés qui finalement laisseront la place à cette nature authentique du Gd Nord, constituée de vastes plaines, criblées de cours d'eau, lacs et fleuves gelés. A l'escale d'Old Crow, je fais la connaissance d'Isabelle, une jeune québécoise, vivant à Montréal et qui vient rendre visite à son ami Eric, enseignant à Inuvik, où nous atterrissons après quatre heures de vol environ. Eric me véhicule également et nous fait faire un petit tour de ville avant de me poser à l'hôtel pour la première étape de mon séjour. Cette localité, qui compte 3'500 habitants environ, est située dans les Territoires du Nord Ouest (NWT), à l'est du Yukon, au dessus de la Colombie Britannique, de l'Alberta et du Saskatchewan. Cette région a une superficie de 1'346'106 km2 et compte une population de 43'000 habitants, ce qui représente une densité de 0,03 hab au km2, comparativement aux 41'285 km2 et 7'455'000 d'habitants, soit une densité de 181 hab au km2, pour notre bonne vieille Helvétie. Inuvik est à 2 degrés au dessus du cercle arctique et 10 degrés est plus loin que Vancouver, située sur le fleuve et delta du Mackenzie. La région forme un vaste plateau de forêts boréales, aux arbres de dimension réduite, qui rejoint les montagnes du Richardson. De fin juin jusqu'en août cette contrée compte 56 jours de soleil 24 heures sur 24 et en décembre de 30 jours de nuit complète. Quant à la température elle peut atteindre + 30 degrés en juillet et -55 en janvier. C'est en 1950 que le gouvernement du Canada a décidé de bâtir Inuvik, pour remplacer Aklavik, distante de 60 km, atteignable par la route en hiver seulement, trop exposée aux inondations en été, alors que la nouvelle cité se trouve à la fin de la Dempster Highway, qui débute un peu avant Dawson City, située à environ 750 km. Les premières constructions datent donc de 1954. Pour autant Aklavik n'a pas été abandonnée par les autochtones, qui ont tout simplement refusé de partir, contraignant ainsi Ottawa à maintenir cette ancienne localité en continuant à financer toutes les infrastructures publiques.
Après quelques courses au supermarché et une première impression de cette localité, je m'engage sur un sentier tracé par les motoneiges, qui me conduit dans une clairière et un peu plus loin au bord d'un petit lac que je traverse pour suivre la rivière, qui va se jeter dans le fleuve Mackenzie, que j'emprunte pour rejoindre le port. C'est assez impressionnant de pouvoir ainsi marcher sur ces cours d'eau entièrement saisis par le froid sur une épaisseur de glace qui varie entre 2 à 4 mètres. La température est encore clémente, moins 15 degrés seulement avec un soleil très agréable qui ne se couchera qu'à 22h 30. Je fais également un saut au Family Center pour assister à l'ouverture du Muskrat Jamboree 2006, une fête locale qui va durer trois jours et qui me permettra de découvrir les deux communautés autochtones, les Inuvialuits qui sont des inuits de l'ouest de l'arctique et les Gwich'in, de culture athapascane, nommés aussi loucheux et kutchin indians par les premiers trappeurs. Ils se partagent la région par deux traités, les premiers au nord et les second au sud et parlent deux langues très différentes. Bon nombre d'habitants vivent encore de manière traditionnelle ainsi que de la pêche et de la chasse, pour se nourrir, se vêtir et fabriquer des objets utiles ou de décoration. Ces deux peuples constituent les deux tiers des habitants, l'autre tiers étant représenté par des gens venus de l'extérieur pour vivre également dans cette région. Les gisements de pétrole et gaz constituent la principale et importante activité de cette contrée et c'est aussi un point stratégique pour permettre au Canada d'avoir un contrôle sur l'Océan Arctique, également convoité par les russes, les américains et les danois pour les ressources naturelles. Plusieurs projets de transport de ces énergies, soit par d'énormes tankers qui rejoindraient la côte est par le nord et/ou la construction d'un pipe line à travers la vallée du Mackenzie, sont actuellement en discussion et passablement controversés pour des raisons écologiques évidentes, en raison des dangers de pollution en cas de catastrophe, ou également pour la faune et les migrations de caribous du fait de la présence de la route le long du pipe line.
Inuvik est une cité construite sur le pergélisol, ce qui implique des techniques particulières de construction pour éviter que la chaleur du bâtiment ne réchauffe le sous sol, ce qui pourrait entraîner de fâcheuses conséquences sur la stabilité des édifices. Par ailleurs toutes les canalisations sont construites hors sol, formant un réseau apparent, que vous pourrez apercevoir sur quelques photos, sur lequel il est ainsi assez aisé d'intervenir en cas de problème. La ville est alimentée en électricité par deux énormes générateurs qui fonctionnent en permanence, alimentés par le fuel. La rue principale rassemble tous les commerces, administrations, l'église en forme d'igloo, ainsi que la librairie où j'ai passé un moment pour consulter certains documents et ouvrages et observer encore les gens qui la fréquentaient, jeunes et plus âgés.
Enfin je profite encore de cette première soirée pour assister à un magnifique couché de soleil avant de regagner mon hôtel. Il est presque 23h et il fait encore jour.
Pour les photos, voir l'album No 23. Le prochain article sera consacré à la fête du Muskrat pour mieux approcher les gens de ce pays aussi extrême et étonnant.