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Par Suzanne Balharry
Une critique du spectacle :
Richard III / de Shakespeare / mise en scène le Puppentheater Magdeburg / Théâtre du Passage à Neuchâtel / le 12 novembre 2013
Richard III est devenu roi et désire maintenant jouer au golf. Selon son bon plaisir, il souhaite le faire debout sur un homme. Dans son adaptation de la pièce de Shakespeare pour le théâtre de marionnettes, la compagnie Puppentheater Magdeburg souligne l’horreur des manipulations, séductions et trahisons d’un personnage dont le cynisme politique dépasse toutes les limites.
Le tyran que le désir de pouvoir a rendu fou est incarné par une marionnette habilement manipulée à vue par un comédien : le dispositif nuance l’effroi que pourrait provoquer la scène du golf. Rassurés – c’est une poupée que nous avons sous les yeux – nous contemplons et jugeons son délire.
Le Puppentheater Magdeburg, fondé en 1958, propose une adaptation de la pièce qui ajoute aussi l’humour à la terreur. Au milieu du spectacle, juste avant l’entracte, l’une des marionnettes est «égorgée»: les os de son cou se brisent alors avec un bruit horrifiant. Avant de sortir de scène, les comédiens révèlent que ce fracas était produit par l’écrasement d’une bouteille en plastique. Le public rit de soulagement en découvrant le mécanisme.
La pièce de Shakespeare, écrite à la fin du XVIe siècle, présente une intrigue politique macabre dans laquelle Richard, le duc de Gloucester, décide de tout mettre en œuvre pour parvenir au pouvoir. Le roi Edouard IV, son frère, est mourant, mais Richard n’est pas son successeur immédiat. Pour s’emparer de la couronne, il va tuer son frère aîné, ses neveux, ainsi que tous ceux qui s’opposeront à son ascension.
Le metteur en scène Moritz Sostmann transpose l’histoire à l’époque contemporaine et situe par exemple le couronnement du roi pendant un talk show, le peuple représenté par les téléspectateurs est séduit, aveuglé au point de le soutenir sans réserve. Les traits des marionnettes créées par Atif Hussein sont ceux de personnages médiatiques d’aujourd’hui, de Robert de Niro à Margaret Thatcher. Le spectacle se réfère ainsi à notre réalité, représentant avec quelque amertume la corruption politique contemporaine.
Toute l’action se joue autour d’une table de conférence, qui symbolise tour à tour les nombreux lieux imaginés par Shakespeare. Les huit comédiens qui manipulent les marionnettes donnent à chacune d’entre elles une vraie personnalité. Nis Søgaard, qui personnifie admirablement Richard III avec une voix tantôt grave et convaincante, tantôt enfantine et hallucinée, présente ainsi un personnage dont les actes sont effroyables mais, de façon presque rassurante, mis sur le compte de la folie.
Le spectacle s’achève sur une musique religieuse qui marque l’absence de repentir du protagoniste principal et nous laisse des sentiments mêlés, entre bouleversement et enchantement face au monde de la marionnette – et face au monde des puissants.