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18 mai | 18:1515CF
“Français et Allemands peuvent-ils se comprendre?” Ce qu’en pensent E. R. Curtius et André Gide
Cette question – qui n’a rien perdu de son actualité dans l’Europe d’aujourd’hui -, c’est Ernst Robert Curtius qui la soulève au lendemain de la Première Guerre dans un article qui a alerté Gide. Les deux hommes étaient entrés en contact à la suite du chapitre que Curtius avait consacré à Gide dans son livre pionnier de 1919, Die literarischen Wegbereiter des neuen Frankreich. Il y présentait non seulement Gide, mais aussi Claudel, Valéry, Suarès, Proust, Péguy et d’autres. Une révolution dans la critique d’alors. Au lendemain du conflit, Gide, comme Curtius, était préoccupé par la nécessaire réconciliation franco-allemande, mais Curtius était moins optimiste que l’auteur des Caves du Vatican. Les deux hommes sont néanmoins restés amis jusqu’à la mort de Gide. En témoigne leur Correspondance, que Peter Schnyder vient d’éditer (Classiques Garnier). Elle jette une lumière très vive sur les difficultés inhérentes à tous les transferts culturels. Elle montre aussi quelle était la vie d’un intellectuel libre dans l’Allemagne des année sombres, que Curtius a traversées en émigré de l’intérieur. Son étude de la Romania comme soubassement de la culture européenne dans son maître livre Littérature européenne et Moyen Age latin est à lui seul une protestation contre l’exaltation alors obligatoire de la Germania.