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Hybridité, monstruosité, stérilité: une histoire naturelle des sexes et des races
Sexes et races sont deux problèmes disjoints et pourtant connectés de bien des manières. En 1749, Buffon propose une nouvelle définition de l’espèce: non plus une classe de ressemblance, mais un ensemble d’individus pouvant produire entre eux une descendance féconde. À l’inverse, la stérilité des copulations devient le signe caractéristique que deux individus appartiennent à des espèces différentes. Ainsi, Buffon qualifie les «mulets», fruits du croisement de l’âne et du cheval, de «bâtards indignes de faire race, incapables de perpétuer l’une ou l’autre des deux espèces desquelles ils sont issus». L’Histoire naturelle est pleine de spéculations sur les croisements stériles et féconds, où l’hybridation conduit à des réflexions sur les altérations de la forme. La géographie des Variétés dans l’espèce humaine est, de part en part, sexuelle, évoquant toujours les copulations possibles entre individus de peuples différents, et Buffon décrit comment les natifs amérindiens sont transformés par le climat dans le sens d’un affaiblissement sexuel congénital.
De Buffon à Maupertuis et Diderot, et de Bonnet à Révéroni Saint-Cyr ou Tiphaigne de la Roche, sexes et races cessent d’être des données de nature pour devenir des phénomènes de variations qui s’engendrent à partir des mêmes faisceaux ou des mêmes fibres. Mulets stériles et métis ou bâtards féconds hantent cette histoire naturelle des sexes et des races, qui conjugue hybridité et monstruosité.