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Comme promis, un petit topo sur les convertisseurs et les réservoirs des stylo-plumes!
Les convertisseurs
Pour beaucoup de stylo-plumes, la source d'encre peut être soit une cartouche jetable, soit un réservoir qui peut remplacer la cartouche, appelé "convertisseur" car il convertit le stylo-plume à cartouche en stylo-plume à réservoir. Ces types de stylo-plumes offrent une grande flexibilité: on a quelques cartouches avec soi en cas de détresse, et autrement on se fait plaisir en utilisant le convertisseur et une des nombreuses encres adaptées aux stylo-plumes.
Il existe beaucoup de types de convertisseurs, nous en décrivons deux ici, utilisés dans les modèles de stylo-plumes vendus à L'Ecritoire design. Les convertisseurs les plus courants sont des convertisseurs à piston, comme dans le stylo-plume Cross blanc montré ci-dessous. Un bouton visseur (petite flèche à droite sur la photo au centre) actionne le piston, montré en position intermédiaire (grande flèche). On fait complètement descendre le piston, on peut alors tremper le bec dans l'encre, et on fait ensuite remonter le piston jusqu'à tout en haut (flèche sur la photo de droite), ce qui aspire l'encre et remplit le réservoir.
Un autre type de convertisseur est celui utilisé dans le stylo-plume Pilot "custom 74" montré ci-dessous. Dans ce cas, on trempe le bec de la plume dans l'encre et on appuie d'un coup ferme sur le bouton poussoir (petite flèche à droite dans la 3ème photo ci-dessous). Ceci a pour effet de i) repousser le bouchon noir (grande flèche blanche sur la 3ème photo et petite flèche blanche sur la 4ème photo) tout en bas et ainsi boucher le réservoir, et ii) comprimer un ressort et ainsi faire descendre le piston blanc (flèche noire, 4ème photo), ce qui chasse de l'air hors du réservoir. On relâche alors le poussoir, le ressort se détend et repousse le piston blanc en haut du réservoir, créant ainsi un vide; le bouchon noir n'est donc plus poussé contre le fond du réservoir et l'encre est aspirée dans le réservoir. On répète l'opération plusieurs fois jusqu'à ce que le réservoir soit plein.
Les stylo-plumes à réservoir
Si les convertisseurs offrent l'avantage de la flexibilité cartouche-réservoir, ils ont une capacité relativement réduite, ce qui oblige ceux qui écrivent ou dessinent beaucoup à de fréquents remplissages. Pour ceux-ci, des stylo-plumes à réservoir sont peut-être un meilleur choix. Leur fonctionnement est simple: comme pour les convertisseurs, il s'agit généralement de mécanismes à piston. Le piston s'actionne par un bouton visseur situé au bout de la plume. Nous en montrons deux exemples ci-dessous. D'abord, une plume Pilot "custom heritage 92", transparente, avec le bouton visseur dévissé (flèche blanche, 1ère photo) et le piston en position basse (flèche blanche, 2ème photo), et le bouton visseur revissé (3ème photo) et le piston en position haute (4ème photo), après remplissage. Ensuite, une plume Pelikan noire à anneaux, avec le bouchon visseur dévissé pour remplir le réservoir, puis revissé après remplissage.
Un dernier exemple de réservoir: celui présent dans un des modèles de stylo-plumes Recife. Il s'agit du réservoir le plus simple que l'on puisse imaginer: un récipient que l'on dévisse, puis que l'on remplit d'encre par sa bouche (flèche sur la deuxième photo ci-dessous) avec un compte-goutte ou un seringue sans aiguille. Son avantage: une énorme capacité.
Ainsi, il existe un stylo-plume qui convient à chaque personne, non seulement de par son type de bec mais aussi de par son type de système de remplissage!
Différentes encres pour stylo-plumes
Encres pour calligraphie
Un des grands plaisirs du possesseur de stylo-plumes, c'est la cérémonie du remplissage du réservoir. Nous écrirons sur les types de réservoir la semaine prochaine. Aujourd'hui, nous nous intéressons aux encres. Les encres modernes pour stylo-plumes sont basées en général sur des colorants de synthèse, noirs d'aniline ou autres, dissous dans un solvant et assortis de différents additifs qui rendent l'encre permanente ou au contraire effaçable, brillante ou matte, etc. Elles sont formulées pour ne pas être corrosives et donc ne pas endommager les stylo-plumes. Le choix de couleurs est immense, et les encres sont en général fournies dans de très belles petites bouteilles en verre, recherchées par certains collectionneurs. Mais l'encre a une très longue histoire qui précède largement l'invention de la chimie de synthèse, puisque son invention remonte à plusieurs millénaires!
Historiquement, les encres se sont déclinées en deux grandes familles: les encres de Chine et les encres métallo-galliques. L'encre de Chine existe depuis environ cinq mille ans et a probablement été inventée en Chine puis adoptée en Inde. Dès le milieu du 17e siècle, elle est importée depuis l'Inde, ce qui mène au terme anglais "India Ink", ou encre d'Inde. Le terme "encre de Chine" ou "India ink" recouvre toute une collection de préparations qui ont une propriété commune, celle d'être à base d'un pigment de carbone. Dans le temps, on utilisait de la suie (le "noir de fumée") que l'on mélangeait à un liant d'origine animale tel que de la colle de poisson ou de la colle de peau. L'encre était ensuite séchée en bâtonnets. Pour obtenir de l'encre liquide, on frottait ces bâtonnets contre une "pierre à encre" pour obtenir de la poudre que l'on mélangeait à de l'eau. De nos jours, on utilise du noir de carbone produit à partir de produits pétroliers, et si l'encre de Chine en bâtonnets existe encore, elle est vendue beaucoup plus couramment sous forme liquide, que l'on peut diluer pour obtenir différents tons de gris.
Les encres métallo-galliques apparaissent peu après l'encre de Chine, et sont utilisées en Egypte dès 2500 ans av. J.-C. Elles sont plus fluides que l'encre de Chine et conviennent bien à l'écriture avec des plumes d'oiseaux. De ce fait, elles sont les encres les plus courantes en Europe du 12 au 19e siècle, utilisées notamment par les moines copistes avant l'invention de l'imprimerie. Ces encres consistent en un mélange i) de sels métalliques (le plus souvent du sulfate de fer), ii) de tanins d'origine végétale, en particulier d'acide gallique, un tanin que l'on peut extraire des noix de galle (excroissances qui se forment sur les chênes suite à la piqûre d'un insecte), iii) d'un liant, en général de la gomme arabique, et iv) d'eau. Elles ont donc la particularité de ne pas contenir de pigments, la couleur noire se développant par réaction chimique: le sulfate de fer et l'acide gallique forment des complexes qui s'oxydent peu à peu au contact de l'air pour donner des composés noirs insolubles. Cependant, comme ces encres sont assez peu colorées lors de l'application, on y ajoutait souvent un peu de noir de fumée pour les rendre plus visibles. Les encres métallo-galliques sont légèrement corrosives, aussi bien pour des plumes en métal que pour le papier, ce qui d'une part les rend inutilisables dans les stylo-plumes et d'autre part cause une lente dégradation de la cellulose, principal composant du papier. Ainsi, d'anciens manuscrits et dessins rares et précieux deviennent cassants et menacent de se désintégrer, ce qui crée un grand problème de conservation. Néanmoins, les encres métallo-galliques ont duré des centaines d'années. A voir si nos encres modernes seront encore lisibles dans cinq cents ans!

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Juin 2019
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