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Le village de Kražiai, dernière forteresse de l’Europe païenne au début du XVe siècle, fut au XVIIe siècle un haut lieu de la religion et de la culture catholiques. Son collège jésuite eut un rayonnement important dans les universités d’Europe grâce aux écrits de professeurs tels que Sarbievijus. À la fin du XIXe siècle, la politique de russification intense du tsar conduisit au « massacre de Kražiai » : les Cosaques de l’armée russe attaquèrent et dévastèrent l’église, symbole de l’identité lituanienne, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. L’événement, largement relayé à l'époque, marqua le début de l’assouplissement de la politique du tsar en matière de fermeture des églises catholiques, et une dizaine d’années plus tard, il annula la loi qui obligeait les Lituaniens à utiliser l’écriture cyrillique.
Les images de Mindaugas Kavaliauskas datent d’avant l’adhésion de la Lituanie à l’Union européenne et à l’OTAN (2004). Kražiai est un parfait exemple de ces campagnes baltes à la croisée des chemins, des campagnes prises entre l’héritage soviétique, une vie agricole difficile face à un développement économique insuffisant, un vent de liberté et les premières vagues d’émigration à la recherche d’un ailleurs meilleur. Avec la mondialisation, les populations accèdent également aux biens de consommation et découvrent la télévision des reality-shows. Cependant les Lituaniens conservent un fort attachement à leurs racines et aux traditions dont ils sont fiers. La fête de Saint-Roc, au milieu du mois d’août, voit ainsi chaque année revenir à Kražiai tous ceux qui y gardent une origine.
Portait of Kražiai a fait l’objet d’un livre dont le tome II paraîtra cette année pour le 760e anniversaire du village.