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La petite histoire des mots
Sexe
Georges Pop | Au début de cet été, Amnesty International Suisse a lancé sous le slogan original «D’abord oui, ensuite oh ouiii», une nouvelle campagne pour rappeler aux jeunes que tout acte sexuel requiert un consentement mutuel. L’ONG rappelle que selon des chiffres fiables, en Suisse, une femme sur cinq a déjà été victime de violences sexuelles au moins une fois dans sa vie. Dire que le sexe peut être source de délice ou d’affliction selon les circonstances est un lieu commun. Aussi nous contenterons-nous ici pour l’essentiel d’explorer l’étymologie de «sexe» qui étonnamment reste toujours discutée. On sait que le mot «sexe» est apparu dans la langue française au 12e siècle pour parler des organes génitaux et qu’il se généralisa dès le 16e pour désigner les femmes avec des expressions telles que «les personnes du sexe» ou encore «le beau sexe» qui, pour cette dernière, est encore en usage. On sait encore qu’il résulte du latin «sexus», terme qui désignait les attributs génitaux des plantes, des animaux et des humains. Mais les choses se gâtent lorsqu’il s’agit de se déterminer sur les ascendants de «sexus». Pour les uns, il serait un dérivé du verbe «secare» qui veut dire couper ou encore diviser. Ce n’est pas invraisemblable! Dans le «Banquet», le philosophe Platon rapporte cette légende connue aussi bien des Grecs que des Romains: à l’aube de l’humanité, les êtres humains possédaient les deux sexes. Ils étaient androgynes. Mais Zeus, alias Jupiter, pour les punir de l’avoir défié, les coupa en deux. Depuis, chaque moitié recherche l›autre, ce qui explique la quête d’amour entre l’homme et la femme. Cette explication ne convainc cependant par les tenants d’une autre théorie selon laquelle «sexe» serait un enfant du latin «sequi» qui signifie «accompagner» et qui est lui-même issu du sanscrit «sacate» qui veut dire «être uni». Ils font remarquer que pour qu’il y ait reproduction sexuée, il doit y avoir une complémentarité et non une séparation. Difficile de trancher! Mais il est amusant de constater que l’Evolution nous raconte une histoire assez proche de la légende: à l’origine les organismes unicellulaires qui sont à la source de toute vie terrestre se reproduisaient par scissiparité, en se scindant en deux pour donner deux clones. Et puis La sexualité est apparue, sans doute avec les premiers eucaryotes (cellule avec un noyau), il y a environ 1,5 milliard d’années. Pourquoi? Comment? Plusieurs théories sont avancées mais les causes réelles de cette mystérieuse révolution biologique restent encore immensément énigmatiques. Si elle n’avait pas eu lieu, peut-être serions-nous d’ailleurs toutes et tous aujourd’hui des androgynes? Chez les êtres humains les pratiques sexuelles sont le plus souvent associées à l’amour mais aussi au plaisir, sans volonté de se reproduire. C’est le cas aussi par exemple chez les bonobos, ces singes pacifiques où les mâles doivent toujours obtenir le consentement des femelles avant de passer à l’acte; contrairement à certains énergumènes de notre espèce qui se prétend pourtant plus évoluée. Terminons sur une note souriante avec cette citation du regretté dessinateur de presse Georges Wolinski qui a prétendu, sans faire assurément l’unanimité, que «le sexe sans amour n’est pas toujours drôle, mais bien plus drôle que l’amour sans sexe»!