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Vues aériennes de Sierre
Ancienne résidence d’une famille patricienne du Valais, le Château de Villa possède une histoire se résumeant à cinq siècles d’incognito, ou presque.
De nombreux lieux-dits du Valais portent le nom de Villa. Cette toponymie indique que des vestiges d’une occupation humaine remontant à l’Antiquité se trouvent à proximité. Il ne s’agit en général pas d’une villa romaine, mais plutôt d’un village ou d’un hameau dont l’histoire a été oubliée.
Le «Villa» qui nous intéresse constitue aujourd’hui une zone périphérique de la ville de Sierre. Il y a huit siècles de cela, il formait une petite paroisse serrée autour de son église. Jusqu’à l’endiguement du Rhône et l’arrivée du chemin de fer, la ville du soleil présentait un aspect particulier. En effet, elle se composait d’une confédération de hameaux et de quartiers relativement éloignés les uns des autres, unis administrativement dans la «Noble et Louable Contrée de Sierre». Cette entité regroupait ainsi les communes, aujourd’hui indépendantes, de Veyras, Miège, Venthône, Mollens et Randogne.
La date précise de la construction du château demeure inconnue. Les indices découverts dans les archives et l’étude architecturale du manoir laissent penser que les parties les plus anciennes du bâtiment ont été édifiées entre 1530 et 1545 par un membre de la famille Preux. Cette dynastie originaire de Vevey est entrée en possession de Villa et de Miège grâce à une alliance matrimoniale avec les Platea, qui régnaient alors sur une bonne partie du Valais central. Elle va conserver la propriété jusqu’au début du XXème siècle..
Les siècles suivants ne distillent des informations sur le château qu’au compte-gouttes. Seules la tour octogonale et l’aile orientale semblent originales. Il faut attendre encore près de cent ans pour que des transformations conséquentes soient entreprises. Celles-ci donneront à l’édifice son aspect actuel. La décoration intérieure, tout comme le mobilier, montrent par contre une évolution plus linéaire. Des dates sur les fourneaux en pierre ollaire, sur les boiseries et sur les portes rendent compte des ajouts apportés par les différents maîtres des lieux. L’aisance financière de la famille de Preux, devenue incontournable dans le canton, permet aux propriétaires successifs d’en faire une magnifique habitation.
Les archives écrites, qui ne donnent pas beaucoup de détails, deviennent presque muettes au XIXème siècle. L’histoire connue de la demeure reprend après la Première Guerre Mondiale. La dernière châtelaine, Catherine Meyer, meurt en 1923. Elle ne possède par d’héritiers directs mais de nombreux parents éloignés. La gentilhommière est vendue en 1939 à une Vaudoise, Mme Panchaud de Bottens, qui projette d’y créer un musée des costumes suisses. Ruinée par un escroc, la propriétaire doit abandonner son projet.
Hypothéqué auprès de la Banque Cantonale du Valais, endommagé par le tremblement de terre dévastateur de 1946, le Château de Villa vit des heures difficiles. La légende veut qu’il ait été sauvé au moment où les pelles et les pioches des démolisseurs commençaient à entrer en action. En réalité, son sauvetage est dû à quelques notables de la région qui ont pris conscience de l’importance de ce patrimoine. Sur leur conseil, la commune de Sierre achète le manoir en 1950 au nom de la Fondation du Château de Villa pour une somme de 125'000 francs.
Véritable vitrine du terroir valaisan, le Château de Villa comprend plusieurs entités qui reflètent la beauté et les tourments de l’âme du Vieux-Pays.
Lors de la création de la Fondation du Château du Villa, les initiateurs cherchent à transformer le manoir en un centre d’échanges culturels au sens le plus large de l’expression. L’art, la sauvegarde du patrimoine, la gastronomie ainsi que l’œnologie y ont leur place.
Le Relais du Manoir englobe un caveau présentant les vins du Valais et un restaurant centré autour des spécialités gastronomiques du canton. Les débuts n’ont pas été faciles, car les cafetiers-restaurateurs de Sierre font tout pour s’opposer à la naissance de l’établissement. La municipalité accorde la patente mais, pour apaiser les esprits, le Relais s’engage à ne proposer que des plats simples et traditionnels. Il se limite à la viande séchée, aux asperges, aux plats au fromage et aux fruits de saison. Pour la même raison, seules les bouteilles et demi-bouteilles de vin peuvent être vendues. Les ballons et les eaux minérales sont proscrits. Ces restrictions feront paradoxalement le succès du lieu qui n’a étoffé sa carte qu’en matière de sodas et de desserts. Sans compter bien sûr le développement du caveau qui est devenu la mecque des vins valaisans.
La gastronomie ne constitue pas l’unique préoccupation du Château de Villa. Une commission des arts née en 1952 propose une première exposition pour l’inauguration du Relais. Loin de rester inactive, elle parrainera plus de 130 expositions picturales entre 1953 et 1989. Tous les artistes valaisans d’importance y transitent. Outre Olsommer, Lathion ou Bille, on peut admirer également des peintres étrangers comme Dominko, ainsi que des expositions internationales comme la Biennale des Alpes. Le choix des artistes et l’excellente gestion de la commission permet à la galerie de dégager d’importants bénéfices réutilisés dans l’acquisition d’œuvres pour la collection du château. Hélas arrive en 1989 une nouvelle équipe artistique présidée par Charles-André Monnier qui veut «donner un nouvel élan» et «élargir le champ de vision de la culture». Les résultats ne se font pas attendre: toutes les expositions deviennent déficitaires, plus aucune œuvre ne vient enrichir la collection existante, le dernier artiste expose en 1992. Quel chemin parcouru depuis le 1er janvier 1989, surtout lorsque l’on sait que la commission possédait à cette date une fortune de 100'000 francs!
Alors même que la vocation artistique du Château de Villa était ruinée, un des projets initiaux de la Fondation prend son envol après 40 ans de tergiversations. 1992 voit l’inauguration du Musée valaisan de la Vigne et du Vin dont les collections sont partagées entre le Château de Villa et la Maison Zumhofen de Salquenen. En 1951, la création d’un musée ethnographique était évoquée mais le projet sera abandonné au profit d’une «cave folklorique». En 1957, des amoureux du vin créent l’Ordre de la Channe. Cette confrérie se donne aussi pour mission d’aménager «une maison du vin comportant un musée et une bibliothèque du vin». Sous la direction d’Elie Zwissig, président de la Fondation, des objets sont regroupés au château. Par malheur, sa collection ne lui survit pas. Dans les années 80, les antiquités vinicoles sont mélangées aux meubles cassés et aux cageots vides. Certaines traces du passé subissent des dommages irrévocables. Le restant, nettoyé et restauré, forme le noyau du futur musée.
Depuis cinq ans, une salle de dégustation, le Sensorama, a été créée au Château de Villa. Cet auditoire destiné à la dégustation technique accueille aussi bien des concours que des cours ou des séminaires. Sa modernité en fait un outil apprécié des professionnels posant cependant certains problèmes de rentabilité à la Fondation du Château de Villa.
Avec plus de 650 vins valaisans disponibles, l’oenothèque du Château de Villa offre des crus qui ne peuvent être dégustés dans aucun autre établissement.
Lorsque le Caveau des Vins du Valais ouvre ses portes en 1952, la carte originale est la suivante.
A l’inauguration, on dénombrait 39 crus d’une vingtaine de producteurs différents et 5000 bouteilles étaient vendues par le Relais du Manoir. Le panel des cépages augmente d’année en année et on y remarque bientôt de l’Humagne Blanche, du Muscat, du Riesling-Sylvaner, du Chardonnay, de la Dôle Blanche, de l’Humagne Rouge, de la Syrah, du Gamay ainsi que du Cabernet-Sauvignon. En 1991, 35 encaveurs proposent 112 vins dont un peu moins de 30'000 bouteilles sont écoulées.
En une décennie, le changement s’avère encore plus flagrant. Des crus au verre de même qu’au demi-verre permettent de se faire une idée des particularités des vignobles situés entre Saint-Maurice et le Simplon. La carte continue à s’agrandir. Ainsi, avant l’automne, 500 vins étaient disponibles aussi bien à l’achat à l’oenothèque que sur la carte du restaurant. Parmi ce demi-millier de flacons, on trouve des raretés comme le Lafnetscha, le Gouais, la Rèze ou l’Eyholzer Roter qui ne sont cultivés que par quelques vignerons.
Depuis le début de l’année 2005, le restaurant du Château de Villa a été confié aux bons soins d’un nouveau directeur, Dominique Fornage. Cet autodidacte passionné de vin est connu pour avoir mis sur pied le Label Nobilis. Il a maintenant pris ses quartiers dans ce qu’il appelle la plus grande oenothèque du monde -de vins valaisans, bien sûr!- et va pouvoir insuffler une dynamique nouvelle.
Dès le mois d’octobre 2005, la carte des crus va encore s’étoffer puisque deux salles ont été libérées dans les caves du bâtiment pour accueillir 150 nouvelles références de la viticulture valaisanne. L’oenothèque se fournit désormais chez 107 encaveurs et 8 distillateurs. Avec le remaniement provoqué par ces modifications, un espace sera réservé aux bouteilles de garde ou de prestige qui entoureront un muid (grand tonneau de 700 litres) au contenu mystérieux.
La perfection n’étant pas de ce monde, il nous faut déplorer que l’écrin des joyaux viticoles sis dans le Château ne soit pas à la mesure des merveilles qu’il renferme. Je ne parle pas du bâtiment en lui-même, dont les poutres apparentes et les moellons renforcent le charme, mais des présentoirs à bouteilles (achetés sans doute chez un soldeur suédois), des ajouts architecturaux dans la nouvelle annexe (une sorte de sas de sécurité récupéré des stocks de l’armée) et le mobilier de la terrasse (encore un soldeur). Détails esthétiques qui, on doit le dire, s’effacent bien vite devant un verre de Vieilles Vignes.
Textes: Alexandre Truffer
@RomanDuVin.ch 2005
Bibliographie