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Les images de la pénurie de neige sur les pistes de ski suisses, parfois réduites à une étroite langue blanche traversant un paysage verdoyant, avaient marqué les esprits et fait le tour du monde en janvier dernier. Le début de l'hiver avait été rude pour les stations helvétiques, confrontées à un important manque de neige naturelle: il y avait jusqu'à 60% d'or blanc en moins par rapport à la moyenne des 30 dernières années.
Ce scénario risque de se produire de plus en plus fréquemment, voire de devenir la norme. Une étude publiée ce lundi dans la revue scientifique Nature Climate Change montre à quel point le réchauffement climatique menace les stations de ski en Europe. Et les résultats sont sans appel: sous certaines conditions, la presque totalité d'entre elles pourrait disparaître.
Les auteurs de la recherche ont étudié 2234 domaines skiables parsemés dans 28 pays européens, allant de la Turquie à l’Islande. Les Alpes suisses comptent 203 stations, auxquelles s'ajoute une partie des 123 installations situées dans les Préalpes franco-helvétiques.
Deux scénarios principaux sont évoqués: une hausse des températures de 2 et de 4°C par rapport à la période 1850-1900. Dans le premier cas, 53% des stations de ski européennes seraient exposées à un «risque très élevé» de manque de neige naturelle. Dans le deuxième cas, le nombre d'installations en danger grimperait à 98%.
Il s'agit de prévisions inquiétantes pour le secteur du ski dans son ensemble: les auteurs de l'étude rappellent que la moitié des stations mondiales se trouvent en Europe, qui concentre 60% des touristes chaque année.
Les prévisions concernant la Suisse sont tout aussi alarmantes: sans recours à la neige artificielle, 87% des stations alpines sont menacées si la hausse se monte à 3°C. Avec une hausse de 4°C, c’est 99% des installations qui se retrouvent dans cette situation.
D'autres zones affichent des valeurs encore plus extrêmes. Il suffirait en effet d'un réchauffement de 1,5°C pour menacer 73% des stations britanniques, 79% des stations ibériques et 50% des stations de Corse et Sardaigne. Une hausse de 2°C pourrait être fatale pour la totalité de ces installations.
Ces scénarios ne sont pas des prévisions abstraites et détachées de la réalité. Le réchauffement est en cours et progresse de manière vertigineuse depuis les années 1980. En 2022, la température moyenne sur la planète était supérieure d’environ 1,15°C à la période 1850-1900, selon l'Organisation météorologique mondiale.
Et même si le monde parvenait à limiter le réchauffement au seuil - très ambitieux - de 1,5°C Celsius fixé par le traité de Paris, un tiers des 2234 stations du continent resterait très vulnérable au manque de neige.
En Suisse, la situation est encore pire. Dans notre pays, les températures ont augmenté de près de 2,5°C au cours des 150 dernières années, note MétéoSuisse, «soit bien plus que la moyenne mondiale». Cette situation a des conséquences très tangibles sur l'environnement alpin: le volume global des glaciers a diminué de près de 60% depuis le milieu du 19e siècle, tandis que le nombre annuel de jours de neige à 2000 mètres d'altitude a baissé de 20% depuis 1970.
Le recours à la neige artificielle permettrait de réduire parfois drastiquement le risque de pénurie. Si la moitié de l'enneigement était réalisé à l'aide de canons, seuls 38% des stations suisses seraient en danger de disparitions avec une hausse de 4°C, contre 99% avec la neige naturelle.
Il ne s'agit pas d'une solution miracle, préviennent les auteurs de l'étude. Tout d'abord, la neige de culture a «peu d’effet» dans les domaines à faible altitude ou situés trop au sud: les températures trop élevées ne permettent pas de fabriquer de la neige de manière efficace.
En effet, les canons à neige ne peuvent produire de l'or blanc que lorsque la température est négative: à partir de -3°C, mais ils deviennent réellement efficaces avec des températures comprises entre -6 et -10°C. Face à ces difficultés, des stations testent des systèmes ne connaissant pas ces contraintes, telles que les «usines à neige». Problème: pour fonctionner, elles consomment une quantité immense d'énergie.
C'est le problème principal soulevé par la neige artificielle: très gourmande en eau et en énergie, sa production contribue à l’accélération du changement climatique. Autrement dit, la solution risque d'aggraver le problème.
Pour ces raisons, la neige artificielle peut, tout au plus, «accompagner l’adaptation des stations de sport d’hiver», a déclaré à l'AFP l'un des auteurs de l'étude. Pour limiter son impact, le secteur du ski devrait passer par des «réductions massives de l'empreinte carbone au niveau des transports et de l'hébergement», argumente l'étude. Avant de conclure:
Les auteurs de l'étude rappellent finalement que le tourisme dans son ensemble est responsable d'environ 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La moitié d'entre elles sont imputables aux transports.
Le samedi 9 mars, les événements ont été désastreux pour une cordée de six alpinistes au col de Tête Blanche en Valais. Une famille valaisanne a vu cinq de ses membres périr et une Fribourgeoise, dont les affaires ont été retrouvées, est toujours portée disparue.