Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07151.jsonl.gz/1395

Diagnostic et traitement de la borréliose de Lyme chez l'adulte et l'enfant : recommandations de la Société suisse d'infectiologie
Dans la première partie de cet article l'épidémiologie et le diagnostic biologique de la borréliose de Lyme (BL) ont été abordés. Dans cette deuxième partie, nous allons traiter de la clinique et du traitement. La troisième partie traite de la prévention, de situations particulières (grossesse, états d'immunodéficience) et du syndrome post-borréliose de Lyme.
Lorsque l'on se réfère aux publications scientifiques, il faut être attentif au fait que les manifestations cliniques et l'évolution de la borréliose de Lyme diffèrent entre les Etats-Unis et l'Europe. En effet, les vecteurs et les espèces de borrélioses diffèrent entre les deux continents (voir paragraphe épidémiologie en Suisse).
Réaction locale aiguë après piqûre de tique
Une réaction locale peut survenir quelques heures et jusqu'à deux jours après une piqure de tique et doit être distinguée d'un érythème migrant. Elle se distingue par son apparition soudaine et son déclin rapide. En outre, la lésion excède rarement un diamètre d'un centimètre et ne s'étend pas, contrairement à l'érythème migrant.1 Des surinfections bactériennes après une piqûre de tique (par exemple érysipèle) sont rares.
Erythème migrant
Au site de la piqûre de tique, l'érythème migrant (EM) se développe après trois à trente-deux jours (en moyenne sept jours) une papule érythémateuse ou une macule. Une lésion annulaire avec un centre pâle s'étendant lentement en périphérie se forme après quelques jours, voire quelques semaines, cette lésion est appelée «érythème migrant». Rarement il arrive que le centre de la lésion subisse des modifications de type urticarien, bulleux ou nécrotique. Le plus souvent, la lésion est indolore, elle peut toutefois être accompagnée de brûlures et de démangeaisons. Les sites de prédilection sont l'aisselle, le pli inguinal et le creux des genoux chez l'adulte, le cou et la nuque chez l'enfant.2
Des EM multiples sont moins fréquents en Europe qu'aux Etats-Unis mais peuvent s'observer en Suisse.3 L'érythème multiple peut occasionnellement se manifester de manière ovalaire, triangulaire ou linéaire.4
L'EM peut être accompagné de symptômes généraux d'allure grippale. Ceci est plus fréquent aux Etats-Unis (jusqu'à 80%) qu'en Europe (10-30%) ceci en rapport avec la présence de différentes espèces de borrélies.
Pour différencier l'érythème migrant d'une réaction locale aiguë les Centers of Disease Control and Prevention (Etats-Unis) pour les études épidémiologiques, requièrent un diamètre d'au moins 5 cm. En pratique clinique courante, il est évident que des érythèmes migrants de plus petite taille peuvent être observés. Ce qui est déterminant pour distinguer une EM d'une «simple» réaction à la piqûre de tique, est son apparition chronologique, ainsi que l'évolution de la lésion cutanée. Lors d'une étude réalisée en Suisse romande on a pu observer que chez 376 personnes piquées par une tique ne présentaient au moment de la consultation médicale aucune lésion cutanée. Chez les patients se présentant avec une petite réaction cutanée locale (moins de 2 cm), le taux de séroconversions était de 7,2%. Un érythème migrant typique (confirmé au moyen d'une séroconversion ultérieure), ne s'est développé en revanche que chez 0,8% des patients.5
Sans traitement antibiotique, l'EM régresse spontanément en l'espace de quelques semaines à quelques mois. Sous antibiotique la régression de la lésion se fait en quelques jours.4 Un indice précoce pour la dissémination de l'infection est l'apparition concomitante de plusieurs EM.6-8 Le diagnostic différentiel de l'érythème migrant inclut Tinea corporis, cellulite, hypersensibilité aux piqûres d'insecte, urticaire, pityriasis rosé de Gibert, exanthème médicamenteux fixe, granulome annulaire et érythème multiforme.4
Examens de laboratoire : des examens sérologiques ne sont en général pas indiqués, l'érythème migrant apparaissant le plus souvent avant toute séroconversion.
Points à retenir
* Le diagnostic d'érythème migrant repose sur les manifestations cliniques. La sérologie est souvent encore négative au moment de l'apparition des signes cliniques.
* Lors d'une piqûre de tique, la lésion d'hypersensibilité peut se développer et s'étendre pendant 48 et 72 heures. Seul l'érythème migrant continue toutefois à s'agrandir.
* Les EM multiples sont l'expression d'une dissémination. En présence d'une arthrite, d'une cardite ou d'une neuroborréliose, ce sont ces manifestations qui sont déterminantes pour le traitement (antibiotique, voie d'application et durée du traitement).
* Chez l'enfant où l'érythème migrant se manifeste fréquemment au niveau de la tête et du cou, la forme ovalaire à ronde peut être difficile à reconnaître en raison de l'implantation des cheveux.
* Des manifestations cutanées atypiques d'une borréliose peuvent être, le cas échéant, confirmées au moyen d'une biopsie et d'une PCR.
* Lors de manifestations cutanées douteuses, il peut être utile pour le diagnostic différentiel de comparer un sérum initial (au moment de l'apparition de l'érythème migrant), avec un sérum convalescent ultérieur. Différents laboratoires congèlent gratuitement un sérum initial et le mettent à disposition pour des investigations ultérieures.
Lymphocytome bénin
Il s'agit d'une manifestation rare (1% de toutes les borrélioses de Lyme). Un érythème migrant précède ou accompagne le lymphocyte chez près de 79% des adultes.9 Le lymphocytome bénin peut apparaître jusqu'à dix mois après une piqûre de tique, il s'observe cependant en général dans les deux mois qui suivent celle-ci.10
La lésion se présente sous la forme d'un nodule ferme ou d'une plaque rouge ou brunâtre à violacée, qui se développe chez les enfants de moins de 12 ans au niveau du lobe de l'oreille et chez l'adulte au niveau des mamelons.11 Des localisations atypiques sont le scrotum, le nez, les bras et les épaules.12 La lésion s'accompagne de démangeaisons, de douleurs et de symptômes systémiques. Sous antibiotiques la guérison prend en moyenne trois semaines chez l'enfant. Après un traitement de quatorze jours, 86% des patients guérissent dans un délai de six semaines.11
Examens de laboratoire : une sérologie de Lyme est indiquée dans cette situation clinique, et la sensibilité est d'environ 80%.
Points à retenir
* Lors de localisations atypiques d'un lymphocytome bénin présumé, ou lors d'une augmentation de volume ou de persistance après un traitement adéquat, un lymphome cutané devra être exclu au moyen d'une biopsie.
L'atteinte du système nerveux a lieu des semaines ou des mois après la piqûre de tique, elle se manifeste cliniquement par une méningite aseptique, une radiculite, ou une parésie des nerfs crâniens. Cette neuroborréliose dite précoce, survient en général en été ou en automne. La triade classique du syndrome de Garin-Bujadoux-Bannwarth, consistant en une méningite aseptique, une neuroradiculite hyperalgique et une parésie des nerfs crâniens, ne se manifeste que chez 15% des patients touchés.13,14 La présence antérieure ou concomitante d'autres manifestations d'une borréliose de Lyme est utile pour le diagnostic.
Examens de laboratoire : une sérologie de Lyme est indiquée dans cette situation clinique et la sensibilité est d'environ 80%. Au cours des deux mois qui suivent la piqûre de tique la sérologie peut toutefois être négative.
Elle est plus fréquente chez les enfants que chez l'adulte. Au premier plan, on trouve des céphalées modérées et fluctuantes, mais qui peuvent persister pendant des jours voire des semaines. Etat fébrile, méningisme, nausées et vomissements sont rares.14 Pour le diagnostic différentiel et pour rechercher des infections mixtes, une sérologie à la recherche du virus de l'encéphalite verno-estivale est recommandée. Dans les rares cas d'érythème migrant multiple, l'examen du LCR est anormal, en l'absence de symptômes neurologiques.15
Les anomalies du LCR en cas de neuroborréliose précoce sont les suivantes :
La radiculite survient une à douze semaines (en moyenne quatre à six semaines) après une piqûre de tique ou un érythème migrant. Initialement les douleurs radiculaires sont au premier plan. Elles atteignent leur acmé en quelques heures à quelques jours. La radiculite peut être suivie en l'espace d'une à quatre semaines de syndromes neurologiques déficitaires. Les déficits moteurs asymétriques sont caractéristiques, associés parfois à des déficits sensitifs.14 La radiculite guérit spontanément en l'espace de cinq à six mois.16 Les enfants ne sont que rarement atteints par une radiculite.
A l'exception du nerf olfactif, tous les nerfs crâniens peuvent être atteints. L'atteinte du nerf facial sous la forme d'une paralysie faciale périphérique est la plus fréquente. L'atteinte bilatérale du nerf facial est quasi pathognomonique, elle survient presque exclusivement chez les enfants. En été et en automne plus de 90% des paralysies faciales chez les enfants sont causées par une borréliose de Lyme, alors que chez l'adulte une borréliose n'est responsable que dans 20% des cas. Une pléiocytose dans le LCR parle en faveur d'une borréliose et contre une paralysie faciale idiopathique.17 Une paralysie faciale due à des borrélies peut toutefois être observée en l'absence de pléiocytose du LCR. La paralysie faciale régresse en général en l'espace d'un et deux mois. Des paralysies persistantes sont observées chez 5-20% des adultes.14,16
Points à retenir
* Le diagnostic d'une neuroborréliose précoce peut s'avérer difficile lorsque la recherche d'anticorps est encore négative dans le sérum et qu'aucune autre manifestation spécifique (érythème migrant) d'une borréliose de Lyme n'est présente. Une ponction lombaire avec numération et recherche de production d'anticorps intrathécaux peut s'avérer utile dans de tels cas.
* Lors d'une paralysie faciale isolée et en l'absence d'autres symptômes neurologiques ou systémiques, une ponction lombaire n'est pas indiquée chez l'adulte.
* Une sérologie de Lyme est indiquée chez les patients souffrant d'une paralysie faciale, en l'absence de signes cliniques ou anamnestiques clairs, explique l'origine de cette paralysie faciale. En effet, une parésie faciale associée à une borréliose de Lyme peut survenir en l'absence de toute autre manifestation d'une borréliose de Lyme. L'absence anamnestique d'une piqûre de tique ne permet pas d'exclure une borréliose, dès lors que cette piqûre passe souvent inaperçue.
* Chez l'enfant une parésie faciale associée à une borréliose de Lyme s'accompagne souvent d'une atteinte du SNC (méningite). C'est la raison pour laquelle une ponction lombaire est en règle générale indiquée dans cette situation, dès lors que l'atteinte du SNC (méningite) rend nécessaire le recours à un traitement intraveineux.18
Avec une incidence de 0,3 à 4%, la cardite est une manifestation rare en Europe. Elle atteint l'homme de manière prédominante dans un rapport de 3:1.19,20 Les symptômes surviennent quatre jours à sept mois après une piqûre de tique (en moyenne vingt et un jours), le plus souvent entre juin et décembre.21 La cardite s'accompagne fréquemment d'autres manifestations de la borréliose de Lyme (érythème migrant, manifestations articulaires, symptômes neurologiques). La borréliose de Lyme peut toucher toutes les structures cardiaques à l'exception des valves.
Les plaintes consistent en vertiges, palpitations, syncopes et occasionnellement dyspnée. Les manifestations les plus courantes sont des blocs de la conduction AV en général asymptomatiques, fluctuants et transitoires, observés dans 87% des cas.20 Une alternance de brady- et tachycardie est caractéristique, mais d'autres signes de bloc AV sont également possibles. Un bloc AV complet du troisième degré peut survenir, il régressera en général en une à deux semaines. Des stimulateurs cardiaques (pacemakers) temporaires sont nécessaires dans 38% des cas. Les blocs AV régressent en général spontanément en l'espace de six semaines. Des modifications diffuses de l'onde T et du segment ST, une cardiomégalie, ou des signes d'une insuffisance cardiaque, peuvent être l'expression d'une myocardite qui est une complication rare. L'implication des borrélies dans l'étiologie d'une cardiomyopathie dilatative est contestée et n'a été décrite que dans des cas isolés.22-25 Avec 0,5%, l'incidence de la cardite chez les enfants est minime.26,27
Examens de laboratoire : une sérologie de Lyme est indiquée dans cette situation clinique et la sensibilité est d'environ 80%.
Points à retenir
* Des stimulateurs cardiaques permanents ne sont nécessaires que dans des cas exceptionnels.
* En cas de bloc AV II et III ou d'intervalle PR L 0,3 seconde, la prise en charge sera effectuée en milieu hospitalier sous monitoring ECG, eu égard au risque d'une augmentation du bloc AV pendant le traitement.28,29
* Au titre de traitement anti-inflammatoire, on peut administrer de l'acide acétylsalicylique.
Des manifestations touchant l'appareil locomoteur peuvent être observées entre deux semaines et deux ans (en moyenne quatre à six mois) après une piqûre de tique.6,30 En cas de dissémination précoce des borrélioses, des symptômes d'allure grippale peuvent survenir en même temps que des douleurs migrantes transitoires dans les articulations, les bourses, les tendons et les os. Ce sont avant tout les petites articulations qui sont touchées.31,32
Le plus souvent, il s'agit d'une mono- ou d'une oligo-arthrite asymétrique touchant notamment le genou, mais également le coude ou l'articulation tibio-astragalienne. Elle évolue par poussées, relativement peu douloureuses avec un épanchement important et peu de signes inflammatoires. Le nombre de cellules dans l'épanchement articulaire varie entre 500 et 100 000 cellules/mm3. Il s'agit essentiellement de granulocytes neutrophiles. Des destructions articulaires sont extrêmement rares, contrairement à ce qui est observé avec d'autres arthrites bactériennes. Le kyste de Baker (ou kyste poplité) est une complication fréquente.
Les poussées d'arthrite, qui peuvent durer de plusieurs jours à quelques semaines (rarement des mois) finissent par régresser même en l'absence de traitement, pour disparaître à raison de 10 à 20% par année. Seul un nombre restreint de patients souffre pendant plus d'un à cinq ans de poussées d'arthrite au-delà de cinq ans.8,33-35
Le traitement antibiotique amène une guérison dans 80% des cas. Des arthralgies peuvent toutefois persister en dépit d'un traitement correct, sans que celles-ci ne soient l'expression d'une infection persistante. Des altérations inflammatoires peuvent durer plusieurs semaines. De ce fait, lors d'une suspicion d'échec thérapeutique, une évaluation ne devrait pas se faire avant trois mois.6,36 Cette dernière requiert une (nouvelle) PCR du liquide synovial. En cas d'échec thérapeutique la PCR restera positive. Les causes d'un échec thérapeutique peuvent être une corticothérapie locale ou systémique.
L'arthrite de Lyme chez l'enfant se caractérise par une évolution favorable. Seuls 3 à 5% de l'ensemble des arthrites sont dus à une borréliose. La durée de l'arthrite augmente avec l'âge. Chez le petit enfant, l'arthrite se manifeste fréquemment par un état fébrile et un début aigu. Chez les enfants de 2 à 4 ans elle dure en moyenne quatre semaines 37 et vingt-deux semaines chez l'adolescent.30 Des évolutions chroniques peuvent être observées après dix ans, elles sont néanmoins exceptionnelles, en particulier en Europe.
Selon des sources américaines, 5% des enfants et 10% des adultes avec arthrite de Lyme non traitée présentent une oligo- ou une monarthrite chronique d'origine immunologique (voir Arthrite de Lyme chronique).
Examens de laboratoire : une sérologie de Lyme est indiquée dans cette situation clinique et la sensibilité est d'environ 80-90%. L'examen du liquide synovial ou la biopsie synoviale et l'identification de l'agent pathogène au moyen d'une PCR est utile pour le diagnostic et pour suivre l'évolution du traitement.38
Points à retenir
* Les arthrites et arthralgies au stade précoce de la dissémination peuvent être diagnostiquées au moyen d'une sérologie (sérum) ou d'une PCR du liquide synovial. Une sérologie initialement négative pourra être répétée après quatre à six semaines.
* Une arthrite chronique des petites articulations dans le cadre d'une borréliose de Lyme est une exception. Le diagnostic différentiel devra exclure d'autres causes éventuelles.
* Une sérologie positive y compris un Western blot sont des conditions nécessaires au diagnostic d'une arthrite de Lyme.39
Acrodermatite chronique atrophiante
Une acrodermatite chronique atrophiante peut se développer chez les enfants 40 et les adultes dans un délai de six mois à huit ans après une piqûre de tique.
Cliniquement elle se manifeste de manière biphasique avec une phase inflammatoire précoce, caractérisée par des tuméfactions cutanées indurées rouges à violacées, nodulaires ou en forme de plaques, situées au niveau des extenseurs des extrémités. Occasionnellement ces lésions peuvent également apparaître au niveau de la face ou du tronc. Après une évolution fluctuante pouvant durer des semaines voire des années, il s'établit un stade chronique atrophique avec une peau fine «en papier à cigarette», caractérisée par une visibilité marquée du réseau veineux sous-jacent. Outre une desquamation, on peut également observer une hyper- ou une hypopigmentation. L'acrodermatite chronique atrophiante peut être associée à des douleurs, un prurit, des hyperesthésies et des paresthésies. Localement il peut y avoir une lymphadénopathie ou une subluxation des articulations voisines. Une guérison de la maladie par traitement antibiotique peut être obtenue au stade précoce de la maladie, alors qu'au stade tardif on ne pourra en général que retarder ou stopper la progression.
Examens de laboratoire : une sérologie de Lyme est indiquée dans cette situation clinique et sa sensibilité s'élève à 99%. En cas de doute diagnostique l'identification de l'agent pathogène par PCR sur biopsie cutanée peut être effectuée dans un laboratoire spécialisé, la sensibilité de cet examen est de 70 à 80%.
Points à retenir
* Ce n'est que grâce à un diagnostic précoce (sérologie et Western blot pour B. afzelii ou biopsie cutanée avec histologie et PCR) que le passage au stade chronique atrophique pourra être évité.
Arthrite de Lyme chronique
Les manifestations rhumatologiques du stade II ont été décrites sous «Manifestations rhumatologiques».
En Europe, le développement d'une oligo- ou d'une monoarthrite des grosses articulations, survenant après des mois voire des années, peut s'observer dans de très rares cas, au cours de l'évolution d'une borréliose de Lyme non traitée, ceci chez les enfants comme chez les adultes. Aux Etats-Unis 50 à 60% des patients non traités développent une arthrite. Chez environ 10% des patients souffrant d'une arthrite, des signes inflammatoires peuvent persister pendant des mois ou des années malgré un traitement antibiotique adéquat.33 Les évolutions cliniques différentes en Europe et aux Etats-Unis s'expliquent par l'existence de différentes espèces de borrélies sur ces deux continents.
Lors de troubles articulaires persistant pendant plus de douze mois et en présence d'une PCR négative pour les borrélies de Lyme dans le liquide synovial ou la biopsie synoviale, d'autres diagnostics doivent être évoqués. Une infection par borrélies peut provoquer une arthrite chronique aseptique chez des patients porteurs d'une constellation HLA DRB1 et DRB4.7 Après exclusion d'une infection active ou d'autres causes l'indication à un traitement par hydroxychloroquine ou synovectomie sera discutée.41,42 L'arthrite de Lyme chez l'enfant est caractérisée par son évolution bénigne et ne passe que rarement au stade chronique.
Examens de laboratoire : une sérologie de Lyme est indiquée dans cette situation clinique et la sensibilité est d'environ 80-90%. L'examen du liquide synovial ou la biopsie synoviale et l'identification de l'agent pathogène au moyen d'une PCR peut être utile pour le diagnostic et pour suivre l'évolution du traitement.38
Points à retenir
* Une arthrite chronique due à une borréliose de Lyme non traitée est rare en Europe, contrairement aux Etats-Unis. D'autres étiologies doivent être exclues.
* Une sérologie positive y compris un Western blot sont des conditions préalables au diagnostic d'une arthrite de Lyme.39
* L'identification de l'agent pathogène au moyen d'une PCR de liquide synovial ou d'une biopsie synoviale est indiquée et présente une sensibilité de 80%.
Neuroborréliose chronique
Les patients traités de manière adéquate ne développent pratiquement jamais et les patients non traités ne développent que rarement, une neuroborréliose chronique.7,8 Cette dernière se développe en général entre deux à trois ans (fourchette : quelques mois à quatorze ans), après une piqûre de tique.
Les manifestations cliniques englobent une encéphalomyélite progressive (paraparésie spastique, ataxie, parésie des nerfs crâniens, dysfonction vésiculaire, déficits cognitifs) ou encore une polyneuropathie axonale (douleurs radiculaires, paresthésies distales).6
Contrairement à la neuroborréliose précoce, les manifestations de la neuroborréliose chronique ne régressent en général pas spontanément. Une neuroborréliose chronique est rare pendant l'enfance.43
La réponse au traitement nécessite en général deux à six mois, ou plus en présence de symptômes de longue durée. La réponse thérapeutique ne pourra être objectivée, outre l'amélioration clinique, qu'au moyen d'une ponction lombaire. Une pléiocytose du LCR ne se normalise en général qu'après six mois.
Contrairement à la radiculite précoce de la borréliose de Lyme, la polyneuropathie se développe en général plus tard et sera souvent associée à une acrodermatite chronique atrophiante. Les troubles symétriques de la sensibilité périphérique sont prédominants, le plus souvent sans déficit moteur.14
Examens de laboratoire : le diagnostic de neuroborréliose chronique y compris de la polyneuropathie doit être confirmé par une sérologie positive et par un Western blot dans le sérum. Dans cette situation clinique la sensibilité est très élevée avec 99%. Lors d'une suspicion manifeste d'atteinte du système nerveux central, une ponction lombaire est indiquée. Une évidence de production d'anticorps intrathécaux devra être recherchée.44 Une sérologie positive isolée n'est pas une preuve suffisante pour conclure au diagnostic de neuroborréliose et il faut bien sûr exclure d'autres causes à l'origine des symptômes. En fonction de la situation clinique des techniques d'imagerie pourront également être indiquées.
Dans d'une neuroborréliose chronique le LCR présente les anomalies suivantes :
En revanche, la polyneuropathie axonale isolée présente des résultats normaux pour ce qui est de la numération, des protéines et du glucose et aucune production d'anticorps intrathécale n'est démontrable.
Imagerie et autres tests : La résonance magnétique nucléraire cérébrale et médullaire peut mettre en évidence des lésions diffuses au niveau de la substance blanche, ces lésions sont cependant compatibles avec une vaste palette de diagnostics. Ni la PET (tomographie par émission de positons) ni les tests neuropsychologiques ne présentent de spécificité suffisante pour être utiles sur le plan diagnostique.
Points à retenir
* En raison des symptômes peu spécifiques, le diagnostic peut être manqué ou posé tardivement. Ceci est un facteur de risque important de séquelles.
* La sérologie est positive dans plus de 99% des cas lors de neuroborréliose chronique.
* La production intrathécale d'anticorps est en principe obligatoire et démontre l'atteinte du SNC. Dans de très rares cas de neuroborréliose, une culture positive de borrélies ou une PCR positive ont été documentées en l'absence de production d'anticorps intrathécaux. Une atteinte isolée du système nerveux périphérique n'est pas accompagnée de production d'anticoprs intrathécaux.
La plupart des manifestations de la borréliose de Lyme régressent spontanément. Malgré cela, les antibiotiques sont indiqués pour réduire la durée des symptômes et pour prévenir d'éventuelles complications (arthrite, cardite et neuroborréliose).
L'indication au traitement est posée lorsque les critères diagnostiques de la borréliose de Lyme (tableau 3, partie I) sont présents. Le syndrome post-borréliose de Lyme ne constitue pas une indication thérapeutique, pour autant qu'un traitement adéquat ait été instauré préalablement.
Le diagnostic de borréliose de Lyme est fréquemment posé à tort chez l'adulte, comme chez l'enfant. Des études épidémiologiques et cliniques montrent parmi un collectif de patients chez lesquels on a posé un diagnostic de borréliose de Lyme, 23 à 31% présentent une borréliose active et 18 à 20% présentent une borréliose ancienne, le reste des patients ne remplissent en général pas les critères d'une borréliose de Lyme.45-47
L'antibiotique, son mode d'administration (oral ou intraveineux) et la durée du traitement sont fonction du stade de la borréliose de Lyme. Un traitement antibiotique intraveineux n'est indiqué qu'en cas d'atteinte du SNC ou de cardite avec bloc AV du troisième degré. Pour toutes les autres manifestations, le traitement intraveineux ne présente pas d'avantages par rapport au traitement per os.
Dans l'ensemble, les résultats thérapeutiques sont excellents. Il arrive cependant assez souvent qu'en dépit d'un traitement adéquat, les symptômes ne regressent que lentement. De ce fait la réponse thérapeutique définitive ne pourra être évaluée que des semaines, voire même des mois après la fin du traitement. Dans une étude contrôlée et randomisée effectuée aux Etats-Unis, 30% des patients étaient encore partiellement symptomatiques à la fin d'un traitement adéquat pour érythème migrant.48,49 Alors que les lésions cutanées avaient disparu, les symptômes généraux tels que la fatigue et les plaintes musculo-squelettiques persistaient. Après une période d'observation de trois mois, 10% des patients restaient encore symptomatiques. De manière générale un échec thérapeutique en présence d'un érythème migrant est toutefois rare. En Suisse, la fréquence de symptômes généraux durables est plus rare qu'aux Etats-Unis. Ceci s'explique par le fait que les espèces de borrélies les plus prévalentes en Europe provoquent moins de symptômes généraux lors d'un érythème migrant.50
Neuf mois après traitement d'une borréliose de Lyme disséminée avec arthrite, cardite ou neuroborréliose par ceftriaxone respectivement doxycycline, 27% respectivement 14%, des patients présentent des symptômes résiduels tels qu'arthralgies ou fatigue.51 Lorsqu'une neuroborréliose a été symptomatique pendant un à trois mois avant l'instauration d'un traitement, on observe fréquemment des états résiduels.52 Environ 25% des patients présentent encore des symptômes cinq ans après le traitement d'une neuroborréliose. Mais parmi eux, seuls 12% sont limités dans leur activité quotidienne. Une régression des symptômes aura finalement lieu chez 61% des patients au cours des cinq mois suivants.53 Un quart des enfants ayant souffert d'une arthrite de Lyme présentent encore des arthralgies douze mois plus tard, en l'absence de toute infection active.37 Ainsi, l'efficacité du traitement antibiotique ne pourra pas être évaluée avant un délai de trois mois après une arthrite de Lyme, ce délai sera de six mois après une neuroborréliose.37
Comme décrit ci-dessus, de nombreux patients avec une borréliose de Lyme avérée présentent malgré un traitement adéquat une persistance de leurs troubles pendant une durée prolongée, déclinant au cours des semaines, voire des mois après le traitement. De tels troubles persistants ne sont donc pas une raison pour administrer un nouveau traitement.1 Une résistance des borrélies aux antibiotiques n'est pas connue. En cas de doute sur le diagnostic et/ ou lors de troubles persistants il est plus important d'élargir le diagnostic différentiel plutôt que de recourir à un traitement itératif.
Un nouveau traitement n'est généralement indiqué que lors d'une réinfection. Les réinfections sont en effet possibles, une infection passée ne conduisant pas à une immunité durable.
La fréquence des effets indésirables du traitement antibiotique n'est pas négligeable. Lors d'une prise prophylactique unique de 200 mg de doxycycline après piqûre de tique, 30% des personnes ont présenté des nausées et des vomissements.54 Au cours d'un traitement de quatorze à vingt et un jours par ceftriaxone ou doxycycline, en moyenne 57% respectivement 43% des patients présentent des effets indésirables. Sous ceftriaxone, ce sont les troubles gastro-intestinaux tels que diarrhée qui se situent au premier plan, alors que sous doxycycline se sont les réactions cutanées (photosensibilité) qui prédominent.51 Des effets secondaires graves, tels que des cholélithiases ou des cholécystites sous ceftriaxone, des réactions anaphylactiques ou des complications infectieuses après pose d'un cathéter veineux central doivent être pris en considération.55 Des cas mortels ont été décrits après traitement inadéquat ou non indiqué de borréliose de Lyme.56 Comme pour la syphilis et la leptospirose, une réaction Jarisch-Herxheimer peut également survenir lors du traitement antibiotique d'une borréliose de Lyme.
Les modalités thérapeutiques sont regroupées dans le tableau 4 (adultes) et le tableau 5 (enfants). Les recommandations sont basées sur les Evidence-based Guidelines de l'EUCALB,57 de la Infectious Diseases Society of America (IDSA) 58 ainsi que sur celles de la Société allemande d'infectiologie pédiatrique.2