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Louis de Caix d'Hervelois
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Biographie
Paris
Jusqu'à récemment, parler de Louis de Caix dHervelois tenait en réalité de la gageure tant les informations sur sa vie et sa carrière restaient très approximatives. Si les récentes recherches tendaient à le faire naître « vers » 1680 à Amiens, on sait désormais quil naquit dans la Somme, à Ainval. Les lacunes des archives sur cette période empêchent d'en préciser la date, mais il était originaire de la paroisse Saint Martin et que ses parents, Louis d'Hervelois et Marie de Caix, étaient décédés dès 1714. « Louis D'hervelois de Caix », manière dont le compositeur signait en réalité, était ainsi le cousin issu de germain de François Joseph, ordinaire de la musique de la chapelle et de la chambre du roi qui donna la branche « lyonnaise » des de Caix.
Louis séteignit à Paris le 17 octobre 1759, dans l'une de ses maisons, scise rue du Jour, face au portail de léglise Saint-Eustache où il résidait depuis plus de trente ans. Les scellés qui furent apposés sur sa porte permirent, selon la tradition, deffectuer son inventaire après décès lequel révéla la présence de quelques dobjets de valeur et de trente violes de gambes de différents facteurs, partiellement ou totalement montées. Comme bon nombre de ses contemporains, ce sont finalement les éditions de ses uvres qui nous apporteront les maigres éléments chronologiques permettant daffiner le déroulement de sa vie.
On sait, par lédition de son second Livre de pièces de viole, que le jeune Louis XV lui accorda en novembre 1719 la permission « de faire imprimer et graver et donner au public divers ouvrages de Musique, tant Vocale quinstrumentale, et pour la basse de Viole à deux, ou plusieurs parties », et ce pour neuf années consécutives. Visiblement, Caix dHervelois ne fit renouveler ce privilège pour six ans quen juillet 1731 à loccasion de sa troisième uvre. On perd ensuite la trace de nouveaux privilèges malgré la publication du Quatrième Livre en 1740 puis du Cinquième en 1748. Il poursuivit néanmoins sa production en 1751 et 1753 avec deux recueils de pièces pour par-dessus de viole. Toutefois, si lon pense quil fit circuler dès 1712 un manuscrit de pièces de viole (perdu), certains les musicologues datent par tradition le premier livre de Caix dHervelois vers 1715. À cette époque, lauteur résidait déjà rue Saint-Sauveur à Paris (actuelle rue Léopold-Bellan), entre la rue Montorgueil et la rue Saint-Denis. Cinq ans plus tard, il se trouve « rue des Prouvelles près Saint-Eustache ». Après un court épisode « rue de larbre sec, dans une porte cochère vis-à-vis un Notaire », en 1726, on pouvait désormais le rencontrer, en 1731, rue du Jour, devant le parvis de Saint-Eustache, « à la tour dor », « chez un Horlogeur » puis « au cigne de la croix ». Ces quelques adresses, loin de dénoter un caractère instable, suivent simplement le prix de limmobilier, elles prouvent que le compositeur resta toujours fidèle à ce quartier traditionnel dartistes, compris entre la rue Saint-Honoré et léglise des Halles. Foisonnant, très animé, privilégiant la création, cet ensemble abritait danseurs, musiciens, peintres et surtout commerçants à lexemple du célèbre marchand de partitions François Boivin (mort en 1733) et plus tard de sa veuve Elisabeth Catherine Ballard (morte en 1776), résidant « à la règle dor ». Si Caix dHervelois sinstalle bien vite rue du Jour cest quil y rejoint son ami de toujours, Joseph Bodin de Boismortier, lorrain de naissance, catalan de cur et parisien bien en place depuis 1723. Ce dernier, lun des auteurs les plus féconds du XVIIIe siècle, parfaitement au fait des goûts et des tendances du moment, fut sans doute pour beaucoup dans lévolution du style du gambiste.
L'uvre
Si lon ne sait finalement pas de qui Caix dHervelois tenait ses talents pour la viole et si certains ont logiquement avancé le nom prestigieux de Marin Marais par simple analogie stylistique avec certaines pièces, nous pensons que le compositeur ne dut à son prédécesseur, musicien du roi, quune vague inspiration bien légitime à cette époque. En effet, dans ses deux premiers Livres, et bien quil emprunte encore à Marais son goût pour les vastes pièces de caractère héritées du siècle précédent (La Magnifique), Caix dHervelois sémancipe déjà et oriente son inspiration vers ce quon saccordera à appeler « la petite manière » (La Séjournant). La Régence de Philippe dOrléans au Palais-Royal tout proche puis, les espérances de liberté quengendre alors laccession au pouvoir, en 1723, du jeune Louis XV, allaient bientôt voir lémergence dun style nouveau, axé sur les plaisirs, la fugacité et la sophistication des décors. Étoffes, meubles, demeures tout se transforme désormais en intime, en préciosité exempte pourtant daffects trop appuyés. La musique suit cette tendance en livrant des mouvements plus courts, plus descriptifs encore, proches du sentiment humain et sinspirant, tels La Tourterelle ou Le Papillon, dun formidable engouement pour le naturalisme lequel verra son apothéose sous les Lumières avec Georges Buffon.
À lexemple de Charles Dollé, dAntoine Morel, de Roland Marais ou dAntoine Forqueray même, on ressent dans ces années 1720-1730, une vigueur de ton, une prédilection pour les effets spectaculaires qui vient concurrencer bien souvent lesprit pastoral et populaire avec lequel les auteurs composent sans relâche. Nest-on pas en pleine période de « frous-frous » ? Hyacinthe Rigaud, peintre non officiel de la cour ne représente-t-il pas le marquis de Gueidan en étonnant joueur de musette, paré de tous les pompons et broderies possibles ? Jean-François de Troy, digne fils de son portraitiste de père, ne se plaît-il pas à rendre avec virtuosité les soieries surbrodées et non moins somptueuses des robes des Languissantes, et sous lesquelles on devine la pointe espiègle de prodigieux souliers de satin ? Nicolas de Largillierre ne décore-t-il pas sa demeure de la rue Geoffroy-Langevin détonnants trompe-lil où se mêlent décor de théâtre, festons et animaux amusés ? Lextraordinaire vigueur des pièces de viole de Dollé ou dAntoine Forqueray le père, surnommé « le diable » se retrouve certes avec moins daudace chez Caix dHervelois mais tout autant dintelligence. Ainsi, le Livre V (1748) dont est issue la suite en mi mineur (initialement à deux violes) savère être un habile mélange de douceur et de fougue à lexemple de sa Courante aux motifs déroulants. Mais bien vite Caix dHervelois imite les effets de vielle à roue très en vogue à la cour puisque la reine Marie Leszczynska jouait parfaitement de cet instrument. Alors que La Badine figure avec exactitude lesprit de la conversation, « esprit particulier qui consiste dans des raisonnements et déraisonnements courts » selon Montesquieu ou davantage destiné « à en montrer beaucoup quà en faire trouver aux autres » selon La Bruyère, on retrouvera toute la force deffets descriptifs dans une étonnante Guitare.
Ces effets descriptifs justement, atteignent leur apogée dans La Russienne, pièce sans doute destinée à saluer la venue du czar Pierre le Grand à Paris en 1717, et initiée quelques années auparavant par la fameuse Marche du Czar (Livre II). Dans ce dernier livre est dailleurs comprise La Couprin, agréable moment emprunt de douceur en guise dhommage à François Couperin, sans nul doute. Quant à La Quinson, et selon une tradition héritée de Marais et de Michel de La Barre à peindre les caractères, elle fait sans nul doute référence à Roch Quinson, puissant marchand détoffes de soie, bourgeois puis échevin de Lyon entre 1729 et 1730. Ce détail est loin dêtre anodin car il ramène ici le chercheur à la capitale des Gaules où est attestée la présence dune famille de joueur de viole, les de Caix Son plus illustre représentant, François-Joseph de Caix, vint à Paris avec ses enfants, tous musiciens, dans les années 1730 justement. Son fils aîné, Barthélémy de Caix (né en 1716) enseignera le dessus de viole à lune des filles de Louis XV, Sophie Philippe Élisabeth Justine de France, dite « Madame Sophie », aux alentours de 1740. Quant à la fille aînée de François-Joseph, Marie-Anne Ursule de Caix (1715-1751), elle prouva également ses talents sur la viole. Et nous retrouvons ici Louis de Caix dHervelois puisquil inclut à la troisième suite du Livre V une fort jolie pièce intitulée La Marie-Anne de Caix Serait-ce un simple hommage ou la preuve quun lien de parenté existait bien entre le compositeur et la dynastie lyonnaise ? Était-il leur oncle, issu dune branche fixée très tôt à Amiens, comme tendrait à le prouver lAmiénoise que lon trouve au détour des pages du Livre II ? Le mystère demeure
Versailles ?
À l'instar de ses homonymes lyonnais, Caix dHervelois semble avoir été tenté (mais sans y réussir) à établir un contact avec la cour de Versailles, même sil est probable quil vécut simplement de leçons données aux jeunes nobles de la société parisienne. Ses liens avec le marquis de Saché (Pièces pour la flûte, Livre VI, 1736) sont attestés dès 1731 par un gravement intitulé La Sache (Livre III)[3]. De même, le second Livre contient une La Le Mercyer (suite en mi mineur) qui rejoint le dédicataire officiel du Livre III de 1731[4]. Mais, cest avec son Livre V quil franchit un nouveau pas en le dédiant à « Madame », lune des filles de Louis XV, Anne-Henriette de France, qui se fit magnifiquement portraiturer en 1754 par Jean-Marc Nattier, jouant de la basse de viole, et qui avait déjà inspiré de Caix dans son Premier Livre (LHenriette) :
« Madame,
Alors quil navait plus quune dizaine dannées à vivre, Louis de Caix dHervelois espérait peut-être quon lappelât à la cour, à un poste officiel qui pût lui assurer une confortable retraite. Aussi avait-il, en 1726, 1731, et 1736, transcrit certaines de ses pièces pour la flûte traversière, instrument fort en vogue à Paris. Il suivit ainsi la mode courante, probablement à limitation de ses contemporains et surtout, sur les conseils avisés de Boismortier. Ce dernier dailleurs, avait bien vite quitté son domicile de la rue des fossés Saint-Germain-lAuxerrois pour rejoindre Caix dHervelois, en 1736, « au cigne de la croix », face au portail de Saint-Eustache. Le célèbre plan de Paris par Michel-Étienne Turgot (1739), ainsi quune gravure de Mérian (v. 1655) montrent très clairement un petit calvaire installé devant la façade inachevée de lédifice et proche dune maison dangle qui abritait sans doute les deux hommes. Très tôt leur amitié sétait nouée, comme latteste la belle dédicace que Boismortier fit publier en préambule à sa 31e uvre contenant diverses pièces de viole avec la basse (1730) :
« À mon amy De Caix,
De nombreuses analogies existent entre la troisième uvre de Caix dHervelois et celle de Boismortier, à commencer par la notation des doigtés, des tremblements, des battements, des pincés et enfin par le traitement simple mais efficace de la mélodie. Dailleurs, on est à même de se demander si Caix dHervelois na pas aidé Boismortier dans lélaboration de ce recueil puisque ce dernier nétant pourtant pas un spécialiste de linstrument, réussit à livrer cinq suites dune grande qualité. Alors que le compositeur messin quitte définitivement Paris pour sa propriété de La Gâtinellerie à Roissy-en-Brie en 1753, Caix dHervelois ne semble plus avoir vécu quen donnant des leçons particulières de pardessus de viole à quelques jeunes filles éprises de nouveautés. Le seul portrait présumé du compositeur que lon puisse proposer, le montre vieillissant, affublé dune perruque fidèle au siècle précédent. Ainsi disparaît en 1759 Louis de Caix dHervelois, auteur du dernier recueil officiel pour viole de gambe de son époque.
Notes
Catalogue des compositions
Les pièces pour flûte sont principalement des transcriptions choisies par l'auteur de ses pièces de viole.
Liens externes
Sources