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En ce mois d’avril, nous célébrons les noces de diamant de la merveilleuse rencontre entre Sidney Lumet, réalisateur de « Un après-midi de chien », « Serpico », « Le Verdict » ou encore « 7h58 ce samedi-là » et le cinéma. En avril 1957, il y a soixante ans exactement, sortait le tout premier film de la très prolifique carrière de Sidney Lumet.
Ce film est très rapidement devenu un classique et est régulièrement cité en exemple dans toutes les écoles en Suisse pour son aspect sociologique. Il est également cité en exemple dans bon nombre d’écoles de cinéma pour la justesse de son écriture et son sens du cadre. Ce film n’est autre que « 12 hommes en colère ».
Un contre tous
A la fin des années cinquante, un jeune garçon est accusé du meurtre de son propre père. Le film commence au terme du procès, lorsque les douze membres du jury quittent le tribunal pour délibérer, et il se concentre uniquement sur le débat entre ces douze personnages.
Lors du premier vote, onze personnes votent coupable contre une qui vote non coupable. Le film se déroulant aux Etats-Unis, la loi veut qu’un verdict soit unanime. Le fait qu’un des membres du jury vote non coupable pousse les personnes présentes à revoir entièrement les faits dans l’espoir de le convaincre que l’accusé est effectivement coupable et qu’il mérite la chaise électrique pour son acte.
Lors de sa sortie en 1957, « 12 hommes en colère » était l’un des premiers, ci ce n’est le premier film à proposer une histoire se déroulant complètement dans la salle de délibération d’un tribunal. Le cas de figure classique aurait été de se concentrer soit sur l’avocat de la défense, soit sur l’accusé lui-même. Dans ce dernier cas de figure, nous sommes obligés de suivre le procès de A à Z et, finalement, nous ne nous concentrons que très peu, voire pas du tout, sur la phase de délibération des membres du jury.
Soixante ans plus tard, il est difficile de trouver un autre film qui a tenté cet exercice de style, sûrement de peur de ne proposer qu’une pâle copie de ce chef d’oeuvre réalisé par Lumet.
Huis clos
Écrit et produit par Reginald Rose, qui n’a malheureusement pas eu une aussi belle carrière que Sidney Lumet, le film se concentre sur les douze hommes qui composent le jury du procès d’un homme dont on ne connaîtra jamais le nom. Il est d’ailleurs très intéressant de remarquer que dix des douze jurés ne sont jamais nommés par leur prénom durant le film et que la totalité des membres du jury ne sont jamais nommés durant la phase de délibération. Nous suivons donc la vie de douze inconnus qui débattent sur le sort d’un accusé, sans nom, dans une affaire dont nous ne connaissons pas grand chose… Wow.
En faisant cela, Sidney Lumet donne l’impression d’avoir convié au dernier moment le spectateur dans une histoire où il n’était vraisemblablement pas attendu.
Les personnages ayant assisté au procès, ils en savent donc beaucoup plus sur l’affaire que le spectateur qui vient juste d’arriver alors que les délibérations commencent. De ce fait, les personnages auront toujours un temps d’avance sur les spectateurs mais, malgré tout, la progression narrative est faite de manière à ce que le spectateur ne soit jamais largué par le débat entre les membres du jury. Pour ce faire, les éléments de l’enquête sont passés en revue, très rapidement, de façon large avant que les membres du jury n’y reviennent un par un de façon plus précise. Nous avons très vite l’impression d’avoir également assisté au procès et nous nous demandons quelle mouche a piqué le juré numéro huit, joué par Henry Fonda, pour voter non coupable lors du premier vote à main levée.
« 12 hommes en colère » est un film qui respecte les règles du théâtre classique qui veut qu’une histoire se déroule dans la même unité de temps, de lieu et d’action. Au cinéma, lorsque nous parlons d’un film se déroulant exclusivement, ou quasi exclusivement, au même endroit ainsi que dans le même temps, nous parlons d’un film à « huis clos ». Rares sont les réalisateurs qui s’y sont risqués du fait de la difficulté de garder un rythme soutenu et que le film repose en grande partie sur les dialogues et l’interprétation des acteurs. De plus, il est extrêmement difficile de mettre en scène une histoire se déroulant à huis clos du fait des limites imposées par les murs entourant les personnages.
Sidney Lumet, pour son premier film, a eu le courage de se lancer dans une tâche qui, sur le papier, aurait pu faire fuir les plus grands réalisateurs, tellement elle semblait compliquée.
Film d’école par excellence
« 12 hommes en colère » par le biais de ses douze personnages est une analyse très poussée de l’Homme et de son comportement. Chaque personnage venant d’un milieu différent, ayant un âge différent et ayant un travail différent, vient à ce procès avec son lot de préjugés sur les gens et la vie en règle générale. Aucun d’entre eux ne se comporte de la même manière face aux défis que réserve cette délibération, qui amènera peut-être à l’exécution d’un jeune homme avec lequel la vie n’a pas été tendre.
Malgré ses soixante ans, le film reste d’actualité car l’Homme restera à jamais l’Homme. Il n’est pas du tout surprenant que les écoles publiques prennent ce film en exemple pour des cours d’histoire, de sociologie ou de psychologie.
De plus, d’un point de vue technique, Sidney Lumet a fait de ce film une référence, utilisant des objectifs de focales croissantes, au fur et à mesure de l’avancée du film, donnant une impression accrue d’enfermement des personnages dans cette pièce où la ventilation peine à marcher. En outre, Lumet a choisi de cadrer ses personnages d’abord depuis le haut et de façon aérée pour finir par des plans en contre-plongée tout en enfermant les personnages dans le cadre. En conséquence, Sidney Lumet a réussi à trouver une cohérence parfaite entre le fond et la forme de son récit, faisant ainsi de « 12 hommes en colère » un classique du cinéma en général, et du film de tribunal en particulier.
12 hommes en colère
De Sidney Lumet
Avec Henry Fonda, Lee J. Cobb, Ed Begley, E. G. Marshall, Jack Warden