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La sociologie d'Abdelmalek Sayad et l'expulsion des étrangers délinquants en Suisse
Mémoire de master : Université de Neuchâtel, 2010.
Pourquoi les sociétés d'immigration éprouvent-elles le besoin d’expulser les délinquants étrangers, même s’ils y ont vécu toute leur vie? Pourquoi l'expulsion est proposée comme une solution à la délinquance des étrangers? Quelle est la part de la stigmatisation et de la criminalisation des étrangers dans ce phénomène ? Comment interpréter les arguments avancés dans la... PlusAjouter à la liste personnelle
- Résumé
Pourquoi les sociétés d'immigration éprouvent-elles le besoin d’expulser les délinquants étrangers, même s’ils y ont vécu toute leur vie? Pourquoi l'expulsion est proposée comme une solution à la délinquance des étrangers? Quelle est la part de la stigmatisation et de la criminalisation des étrangers dans ce phénomène ? Comment interpréter les arguments avancés dans la discussion autour de l’expulsion des étrangers délinquants ?
Interpelés par ces questions, nous avons essayé de concevoir un travail répondant au moins à une partie d’entre elles. En outre, nous avons pris comme base théorique de notre travail l’approche d’Abdelmalek Sayad. Celui-ci est un des premiers sociologues qui a su créer une approche originale sur la migration dans le monde francophone. Son approche sur l’expulsion des étrangers délinquants est une des principales références dans le domaine et, à l’heure actuelle, mérite d’être considérée comme étant la plus aboutie.
l y a bien sûr d’autres motifs qui expliquent notre choix, dont le premier est le désir de mieux comprendre la sociologie de Sayad. Nous sommes d’avis que cette dernière mérite une réflexion critique et que ceci est même nécessaire pour la compréhension de son apport sur l'expulsion des étrangers délinquants. Pourtant, il nous faut indiquer aussi les limites de nos ambitions. Car il est clair qu’analyser la sociologie de Sayad dans sa généralité dépasse largement le cadre d’un mémoire de master. C’est la raison pour laquelle nous essayerons de le faire en nous limitant à sa réflexion concernant notre sujet de recherche. Un autre point important à souligner est que l’approche de Sayad est basée sur l'exemple de l'immigration algérienne. Avec ce travail, outre le désir d'être plus clair en ce qui concerne le cas de la Suisse, nous espérons savoir dans quelle mesure la portée générale que cette approche revendique est méritée, malgré l’immigration particulière sur laquelle elle s’appuie.
Notre travail s'écarte quelque peu d'un mémoire de master classique qui consiste à avancer des hypothèses et essayer par la suite de les confirmer ou infirmer à partir de données empiriques. Or, il ne s'en éloigne qu'en apparence. Car, les principales idées de Sayad sur l’expulsion des étrangers délinquants sont à envisager comme des hypothèses que nous nous efforcerons de vérifier grâce au matériel recueilli.
Le travail que nous réaliserons peut être pensé comme un mouvement circulaire en trois temps. Dans un premier temps, nous présenterons la sociologie de Sayad dans le but de mieux appréhender son apport dans l’étude de l’expulsion des étrangers délinquants. Dans un deuxième temps, nous tenterons d’appliquer certaines idées reprises de la première partie à l’exemple de la Suisse. Cette partie débutera par un bref aperçu de la situation en Suisse, qui aura surtout recours à des statistiques disponibles, à des textes juridiques ainsi qu’à la littérature spécialisée. Dans ce rappel, la dimension historique de la migration en Suisse sera prise en compte dans la mesure du possible. Le reste de cette deuxième partie sera consacré à l’application de l’approche de Sayad au cas de la Suisse. Ici, la législation suisse et la discussion menée autour de l’expulsion méritent une attention particulière. Pour ce faire, entre autres, nous analyserons les interventions dans les forums d’internet. Cette partie terminera avec une étude de cas montrant le déroulement, la complexité et les effets de l’expulsion sur la base de l’exemple d’un jeune étranger expulsé de Suisse.
Dans un troisième et dernier temps, nous reverrons l’apport de Sayad en nous basant sur l’exemple suisse, autrement dit sur les résultats de la partie précédente. Ainsi, le mouvement que nous avons qualifié de circulaire en trois temps touchera à sa fin. Ce faisant, nous espérons pouvoir dire dans quelle mesure la sociologie de Sayad aide à mieux comprendre l’expulsion des étrangers en Suisse ainsi que la discussion menée autour de celle-ci. En outre, il nous sera possible de savoir si le cas suisse permet de montrer ce qui nécessite plus d’investissement dans l'approche de Sayad.