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Dans le dernier épisode de cette série spéciale, nous avons laissé l'Homme-Cygne, gardien secret de Genève, alors qu'il venait d'être capturé par le démon des tempêtes, qui lui a annoncé qu'il allait l'emmener dans le nid d'une araignée géante pour qu'elle le dévore.
Et ainsi fit-il: il emmena le Père Noël et le divin protecteur de Genève vers le puits qui servait de nid à son amie, ce qui conduisit celle-ci, affamée, à les suivre, et à accepter de s'y replacer. D'ailleurs, elle craignait le jour plus encore que Mérérim, et, dans sa conscience obscure, elle prévoyait qu'il aurait besoin d'elle, qu'il la ressortirait de ce puits dès qu'elle aurait disposé de ces deux proies. D'ailleurs leur digestion pouvait être longue, et elle promettait de si grandes joies, de si profondes voluptés, qu'au grand jamais l'araignée n'y aurait résisté. Les vagues raisons qu'elle se donnait pour se convaincre de se laisser enfermer étaient peu de chose, face à son désir!
Lorsque le couvercle du puits fut sur eux refermé, l'Homme-Cygne sombra dans le désespoir. Jamais plus il ne reverrait sa mère, ni la lumière du jour. Devant luisaient les quatre yeux du monstre qui le fixaient, et de sa bouche dégoulinait une bave verdâtre, car elle salivait, en préparant en pensée un festin que longuement elle comptait savourer.
Et ce fut son erreur. Car le dégoût qu'elle inspira à l'Homme-Cygne redonna à celui-ci des onces de force, et il put, en traversant psychiquement le couvercle de granit, projeter ses pensées non seulement vers sa mère (qu'il épouvanta, en lui montrant son sort horrible), mais aussi vers un ami qui lui était cher, et qui était le seul être d'origine humaine avec lequel il eût quelque intime contact direct: Captain Savoy.
Dès qu'ils le voulaient, ces deux amis se parlaient à distance, télépathiquement, comme chacun de son côté ils pouvaient le faire qui avec sa mère dans le palais du Léman, qui avec sa femme dans le château de la Lune. Leur lien était si profond qu'il en était bien ainsi.
Et, dans sa base du Grand Bec, en Tarentaise, ayant entendu cet appel, Captain Savoy, qui méditait les yeux fermés sur son fauteuil divin, ouvrit les yeux, et ils étaient éclatants, lumineux, et ils portaient en eux les pensées de l'Homme-Cygne, ils portaient en eux son appel. Il se leva, vêtit son armure (qui était en même temps son costume), et se saisit de sa lance.
Puis il s'éleva dans les airs par la trappe soudain ouverte dans le flanc du Grand Bec, et, volant par dessus les monts enneigés, s'élançant sur le pont d'émeraude que son anneau forgeait dans l'air à mesure qu'il le lui ordonnait en pensée, il se dirigea flamboyant vers le nord, vers le lac Léman. Telle une comète rouge croisée de blanc aux curieux feux verts, ou bien telle une étoile filante munie de bras, de jambes et d'un visage, en quelques minutes il parcourut la distance qui le séparait de la noble cité de Calvin, puis fondit sur le puits qui servait de nid à l'atroce Ataliuth. Ne pouvant en briser le couvercle protégé d'un sort majeur même pour lui, il se glissa dans la crypte qui s'étend sous la cathédrale en ouvrant une brèche dimensionnelle entre les roches - ce qui se fit par un mouvement arrondi de sa lance et par un cercle tracé dans l'air de sa pointe d'or -, puis parvint face au mur du puits, moins protégé par le flanc, ainsi que sa vue perçante et pouvant traverser les pierres le lui avait montré. D'un coup de lance il le fendit. Le sol trembla. L'on crut, à Genève, à un séisme. Ataliuth leva la tête au moment où elle s'apprêtait à attraper dans sa bouche le pied gauche du Père Noël, afin de le sucer et de l'y faire fondre par son suc venimeux.
Mais il est temps, lecteur, de renvoyer à une autre fois la suite de ce récit, et le combat de Captain Savoy contre l'araignée séculaire de Genève: cet épisode fut déjà bien assez long.