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Autres vues aériennes de St- Saphorin sur Morges
Flanquée à l'orient d'un majestueux érable et d'un hêtre rouge planté en 1847, la façade sud de la demeure est quelque peu austère, très classique et rectiligne, avec ses deux ailes à peine décrochées et son fronton triangulaire où sont sculptées les armoiries des Mestral. Dont la devise est "Sans varier". Juste: on ne varia guère au cours de ce XVIIIe siècle qui vit, en Pays de Vaud, l'édification de nombreuses demeures du même style. C'est une constatation, non une critique. D'autant moins que la façade nord de l'édifice nous semble plus avenante, ornée en son centre d'une tourelle au toit conique d'une architecture fort réussie, avec une porte d'entrée monumentale au fronton - toujours néo-classique - épousant l'arrondi de l'ensemble.
Bref. Saint-Saphorin est un château sévère mais non dénué de charme. Notamment grâce aux gracieuses dépendances qui l'entourent, à l'église qui le flanque au nord - l'ancienne chapelle du château, dit-on - et à la verdure qui l'égaie.
Comme bien d'autres gentilhommières en Pays de Vaud, remontant au XVIIe ou au XVIIIe siècle, le château de Saint-Saphorin a été bâti pratiquement sur les vestiges d'une maison forte. Mais ici, l'ancienne demeure féodale avait une disposition particulière: elle comportait deux donjons... pour abriter deux coseigneurs. En effet, au début du XVIe siècle, la terre de Saint-Saphorin se divisait en deux coseigneuries: celle des nobles de Saint-Saphorin et celle des Colombier.
C'est par la famille de Colombier que Saint-Saphorin changea de mains, Marguerite de Colombier ayant épousé François d'Allinges au milieu du XVIe siècle. En 1592, Elisabeth d'Allinges épousa André de Pesme d'une famille noble de Franche-Comté établie à Genève vers le milieu du XIVe siècle déjà. C'est François-Louis de Pesme qui, en 1710, acheva de réunir toute la seigneurie de Saint- Saphorin.
François-Louis de Pesme (1668-1737). Né au château de Saint-Saphorin, sujet de LL. EE. de Berne, donc exclu de tout emploi public, il embrassa la carrière des armes. Mais contrairement à de nombreux Suisses de l'époque, il ne se mit pas au service de la France, ne pardonnant point au Roi Soleil ses persécutions contre les Huguenots. A ce titre, François-Louis de Pesme joua un rôle essentiel dans la lutte de l'Europe contre l'hégémonie de Louis XIV, qui dit un jour de lui: "Il est l'ennemi le plus dangereux que la France ait en Suisse."
Tout à tour au service de la Hollande, puis de l'Autriche, il deviendra enfin lieutenant général de Sa Majesté britannique et... ambassadeur d'Angleterre à Vienne. Il restera six ans à ce poste et rentrera à Saint-Saphorin en 1722 pour gérer son domaine, en véritable passionné d'agriculture. Il fera aussi démolir son château féodal natal pour ériger tout près - en utilisant même certains murs épais de l'ancienne maison forte - le château actuel. Sur le modèle de celui de Vullierens.
On ne compte pas les voyages de François-Louis de Pesme, ni ses campagnes diplomatiques et militaires à travers l'Europe. On soulignera toutefois qu'il devint rapidement un très habile marin, ce qui lui valut de battre les Turcs en 1695 entre Belgrade et Petervaradin. C'est ainsi qu'il devint amiral de la flotte du Danube. Rappelons qu'il est aussi connu dans l'Histoire sous le nom de Général de Saint-Saphorin. Homme cultivé, auteur de plusieurs traités politiques et diplomatiques, il possédait à Saint-Saphorin une bibliothèque qui faisait l'admiration de tous.
François de Pesme eut un fils, mort avant lui, et une fille, Judith-Louise, qui épousa Gabriel-Henri de Mestral, seigneur de Pampigny. Cette dernière famille, qui conserva la seigneurie de Saint-Saphorin jusqu'à la Révolution, possède toujours le château et son domaine.
Comme propriétaires successifs, citons Armand - François- Louis de Mestral (1738-1805), diplomate, représentant du Danemark auprès du roi de Pologne, Albert-Victor de Mestral (1807-1877) et son fils Henri-Georges de Mestral (1847-1933). Cet homme, propriétaire terrien, avait hérité d'un oncle le château et le domaine de Vullierens; sa fille Georgina, épouse de Samuel Bovet, missionnaire en Afrique du Sud, en hérita, d'où ce cousinage entre les deux familles et les deux châteaux!
Fils du précédent, Albert-Georges-Constantin de Mestral (1878-1966), ingénieur agronome, reçut le château de Saint-Saphorin et le transmit à ses quatre fils. Puis le domaine devint propriété de George de Mestral, ingénieur EPFL - décédé le jeudi 8 février 1990 - et de ses deux fils Henri et François.
Bibliographie