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Ce carton en noir et blanc est un projet pour le vitrail de gauche du choeur de l’église Saint-François-d’Assise de Neirivue (Lauper, 2012, p. 153). L’atelier Kirsch & Fleckner réalise l’ensemble des vitraux de l’église en 1910, comme l’indique une inscription sur le vitrail de la remise des clefs à saint Pierre, situé à droite du choeur.
Bien que ce carton et l’ensemble des vitraux de Neirivue ne comportent aucune signature de l’artiste cartonnier, il est indiscutable que l’ensemble du cycle verrier de l’église est l’oeuvre de Raymond Buchs, grâce à sa comparaison stylistique avec les cycles contemporains d’Onnens (1911-1913) et du Jaun (1908-1910). On retrouve non seulement la précision du trait et le souci du détail animant chacune de ses oeuvres, mais également ce style classique qui lui est propre. En 1911, Buchs est de retour d’Allemagne où il a initié, parallèlement à ses créations verrières, une belle carrière de graphiste (Rudaz, 2001a, p. 13-15). Il continue à travailler pour l’atelier Kirsch & Fleckner, où il a fait son apprentissage entre 1894 et 1897 et pour lequel il n’a cessé de travailler depuis l’étranger (Rudaz, 2001b, p. 20). Il collabore avec lui jusqu’en 1913, année où il abandonne définitivement le vitrail, n’étant plus en phase avec les exigences des paroisses et souffrant vraisemblablement d’une absence de reconnaissance.
Le carton correspond trait pour trait à la partie narrative du vitrail, à l’exception du nimbe de la Vierge, orné d’une inscription sur le vitrail: “Je suis l’Immaculée conception”. Seule la partie centrale figurée est représentée sur le carton, avec la forme de la découpe de la bordure, sans l’encadrement architectural visible sur le vitrail qui a fait, comme fréquemment, l’objet d’un carton séparé qui a également été utilisé pour l’encadrement identique du second vitrail du choeur consacré à la Remise des clefs à saint Pierre.
La même année que la réalisation du cycle verrier de Neirivue, alors que l’atelier Kirsch & Fleckner est en train de terminer la réalisation des vitraux pour l’église Sankt-Stephan au Jaun sur la base des cartons de Buchs, l’atelier reçoit une commande supplémentaire de la paroisse du Jaun pour un vitrail à la nouvelle cure (VMR_10038). Sa comparaison avec le vitrail et le carton de Neirivue indique non seulement que Buchs en est l’auteur, mais aussi que celui-ci s’est basé sur le même modèle, dont seuls quelques détails ont été modifiés. Comme ce vitrail est plus large, le dessin a du être adapté : ce sont essentiellement les rochers qui ont été prolongés vers l’extérieur. Bernadette Soubirous, pour les mêmes raisons, a été placée légèrement plus éloignée de la Vierge et n’a plus les mains écartées devant elle, mais tient un cierge allumé.
Ce carton pour Neirivue est très proche de deux autres projets sur le même thème qui sont également de la main de Raymond Buchs (KF_795 et KF_816).
L’un de ces cartons (KF_795) est une version pour un vitrail posé à l’église de Villaraboud, datant de 1911. Il lui ressemble fortement, à la différence de la tenue de Bernadette Soubirous et de l’ajout d’un cierge qu’elle tient dans sa main. Il y a également plus de végétation sur les roches autour de la Vierge, et le nimbe de celle-ci est orné de l’inscription : “Je suis l’Immaculée Conseption” (faute dans le texte).
Un autre carton similaire (KF_816), qui n’a pas encore pu être identifié à un vitrail dans un édifice particulier, montre Bernadette Soubirous vêtue différemment, avec un voile tombant plus largement sur son bras droit et jusqu’à ses pieds face à la Vierge, qui est représentée les mains jointes devant sa poitrine. Les roses sur ses pieds sont plus petites et l’encadrement architectural du vitrail est présent sur la partie gauche du dessin, alors qu’il est absent sur les deux autres cartons.
Ces variations autour d’une même composition sont intéressantes. Elles démontrent que l’artiste s’est basé sur un même modèle (dessin issu d’un cahier de modèles utilisé par de nombreux artistes illustrant les thèmes iconographiques les plus populaires) qui a ensuite été adapté selon son imagination, les souhaits des commanditaires et les contraintes liées au format de chaque création. Des inconnues demeurant quant à l’attribution de certains de ces projets, il est impossible de déterminer lequel de ces cartons a été réalisé en premier. Ils ont vraisemblablement été conçus dans les mêmes années.
L’attribution à Raymond Buchs de l’ensemble de ces cartons, possible grâce à la comparaison stylistique avec des cycles qui lui sont attribués de manière sûre (Onnens, le Jaun, Neryuz, Villarlod), illustre la grande productivité de cet artiste. Il demeure cependant anonyme, puisqu’aucun vitrail ne porte sa signature (alors que plusieurs de ses cartons sont signés), à l’exception de deux petits vitraux réalisés en 1897 pour la tribune de l’église d’Ueberstorf, probablement son travail de fin d’apprentissage, et son dernier vitrail réalisé en 1913 pour la cage d’escalier de l’école du Bourg à Fribourg, qui porte sa signature en lettres majuscules. Cet anonymat, lorsqu’il rentre en Suisse en 1911, n’a pu le laisser indifférent et est aussi probablement une des raisons qui lui ont fait abandonner le vitrail.