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Au cours des millénaires, le cheval fut d'abord chassé par l'homme puis, après sa domestication, il lui servit d'animal de selle, de somme et de trait. Chez les Celtes et les Germains, il eut aussi une fonction cultuelle. Comme son entretien était fort coûteux, sa possession était signe de prestige social dans la plupart des sociétés. Avec les progrès de l'industrialisation, le cheval fut éliminé comme animal utilitaire par les nouveaux moyens de transport et outils de travail, mais il connaît depuis quelques décennies un renouveau comme animal de loisirs.
D'après les vestiges retrouvés dans des grottes, les petits objets d'art et les ossements paléolithiques, le cheval sauvage faisait partie des ongulés qui vivaient dans la steppe et la toundra vers la fin de la période glaciaire. Dans les sites magdaléniens suisses, on a retrouvé comme ailleurs des restes de chevaux sauvages capturés; à Hauterive-Champréveyres, le cheval est même l'animal dominant. Après les reforestations qui suivirent la dernière période glaciaire, l'aire d'habitat du cheval sauvage s'amenuisa progressivement. Au Mésolithique, des indices indiscutables de sa présence font défaut en Suisse pour le moment.
Les premiers signes d'une domestication du cheval sauvage proviennent d'Europe de l'Est dans la première moitié du quatrième millénaire av. J.-C. (Animaux domestiques). Vers 3900 av. J.-C., on retrouve en très petites quantités des ossements dans plusieurs sites néolithiques, ces restes pouvant appartenir, il est vrai, à des chevaux sauvages. Les recherches sur la domestication du cheval ne sont pas achevées et la possibilité qu'elle se soit faite à plusieurs reprises est encore en discussion (péninsule Ibérique). Pour le territoire suisse, des chevaux domestiques n'apparaissent qu'au début de l'âge du Bronze comme en témoigne la présence des mors dits mors-bâillons. Le développement du mors indispensable à la conduite d'un attelage fut la condition d'une utilisation généralisée du cheval comme animal de selle et de trait, à l'armée et dans la vie civile. L'archéozoologie montre que les chevaux apparaissent de plus en plus régulièrement au cours de l'âge du Bronze, mais leur importance quantitative reste faible. Ils étaient de type élancé et leur hauteur au garrot atteignait en moyenne 1,3 m.
L'importance cultuelle et sociale grandissante du cheval durant l'âge du Fer se manifeste par de nombreux vestiges archéologiques tels que des représentations de chevaux sur des épées ou les restes de sacrifice à La Tène. Les chevaux laténiens avaient une hauteur au garrot de 1,14 à 1,43 m (usine à gaz de Bâle, Ier s. av. J.-C.). Des ossements de l'époque romaine, à Augusta Raurica par exemple, laissent supposer une hippophagie occasionnelle; mais la viande de cheval n'était pas très considérée et n'était pas la préférée. Chez les peuples germaniques, le sacrifice de chevaux, qui étaient ensuite mangés, constituait l'un des rites essentiels de la fête des morts et d'autres rites. L'interdiction formelle prononcée par l'Eglise au VIIIe s. de consommer du cheval était indirectement dirigée contre les cultes païens germaniques; elle continua d'exercer ses effets jusqu'à nos jours. A Emmenbrücke, on trouvait à côté du gibet l'équarissoir, où quelque 500 chevaux ont été ensevelis ou brûlés du XVIe au XIXe s.
Au haut Moyen Age, la technique guerrière se modifia sous la pression des peuples cavaliers d'Europe orientale et d'Asie. Tandis que la simple piétaille perdait de son importance, la cavalerie joua dès le VIIIe s. le rôle principal dans les recrutements carolingiens. A la différence de l'âne, le cheval de selle était estimé à un haut prix, d'où l'aspiration seigneuriale à en élever, comme le montrent les directives détaillées du Capitulare de villis, dont s'inspirait probablement aussi le couvent de Saint-Gall. Les écuries du plan idéal de l'abbaye, de même que la première mention de fers à chevaux comme redevance seigneuriale dans les sources du IXe s., indiquent qu'on élevait des chevaux au couvent. Parmi les vestiges archéologiques, les plus anciens fers à chevaux apparaissent aux IXe/Xe s. (Bellinzone). Des fers, des éperons et des pièces d'équipement de cavaliers sont retrouvés régulièrement dans les fouilles de châteaux forts. La catégorie privilégiée des guerriers à cheval du haut Moyen Age donna naissance à la chevalerie au Moyen Age classique. Le cheval permettait au chevalier de paraître selon son rang lors des fêtes, comme le montre le Codex Manesse, ou lors des guerres. Son entretien coûteux, son alimentation en foin et en avoine l'hiver et les soins exigeants qu'il demande firent du cheval le symbole des classes supérieures. Contrairement au bétail, à l'abri sous des hangars, le cheval était logé dans des écuries, dont on retrouve les traces dans certains châteaux (à Wolhusen, comm. Werthenstein ou à Scheidegg, comm. Gelterkinden par exemple). Un cheval utilitaire coûtait au Moyen Age environ trois fois plus cher qu'un bœuf (Bovins) et les destriers atteignaient une valeur encore plus élevée. Les races locales, généralement de type élancé, atteignaient en moyenne 1,45 m au garrot. Les représentations sur des sceaux laissent supposer que la haute noblesse du bas Moyen Age chevauchait des animaux de taille supérieure. Nourri d'avoine, le cheval était aussi en concurrence avec les classes inférieures pour l'alimentation.
L'invention de diverses améliorations (fer à cheval, collier d'épaules et autres pièces de l'attelage) rendit possible l'utilisation du cheval comme bête de trait. Le collier d'épaules, connu dès le Ier s. ap. J.-C. et utilisé fréquemment au Moyen Age, permettait une meilleure transmission de la puissance du cheval et ne gênait pas sa respiration. En dépit de l'accroissement du rendement, l'importance du cheval pour l'agriculture médiévale ne doit pas être surestimée. En Europe, le rapport entre bœufs et chevaux présente des variations régionales; en Suisse, le bœuf a été de tout temps l'animal de trait le plus répandu. Dans l'iconographie ancienne, le cheval apparaît surtout comme bête de trait et de somme; pour les travaux des champs, le cheval est de préférence attelé à la herse. Dans l'espace alpin et le long des principaux axes de circulation, l'élevage paysan semble avoir joué un certain rôle. A la fin du XIVe et au cours du XVe s., l'élevage chevalin commence à s'orienter vers le marché, et les paysans y participent de plus en plus, aux côtés des seigneurs ecclésiastiques et laïques. Le couvent d'Einsiedeln, l'un des plus importants éleveurs au XVIe s., livrait, aussi comme intermédiaire, des chevaux aux troupes pontificales et aux Vénitiens sur les marchés du Tessin et de la Lombardie (Commerce de bétail). Le "Franches-Montagnes", cheval de trait léger, est élevé depuis la seconde moitié du XIXe s. La perpétuation et la promotion de cette race, la seule autochtone, sont l'une des tâches du Haras national suisse, fondé en 1898 à Avenches comme dépôt fédéral d'étalons et de poulains. Restructuré à la fin du XXe s., il est désormais surtout chargé de soutenir l'élevage chevalin et la garde de chevaux dans les exploitations paysannes.
Si l'emploi du cheval de bât disparut complètement (Sommage, Mulet) dans la seconde moitié du XIXe s., la mécanisation de l'agriculture et le développement du réseau routier, en particulier l'introduction de services de diligences dans les cantons alpins, entraînèrent néanmoins un accroissement du nombre de chevaux, qui ne diminua qu'au moment où les cols s'ouvrirent à l'automobile (début du XXe s.). La motorisation mit fin à l'importance du travail du cheval dans l'agriculture: entre 1955 et 1975, le nombre de tracteurs tripla tandis que celui de chevaux passait de 131 000 à 46 000 entre 1951 et 1978. En même temps, la motorisation des troupes, en particulier de l'artillerie, provoqua un recul de l'utilisation des chevaux dans l'armée. En 1972, les Chambres fédérales décidèrent de supprimer la cavalerie. Au début du XXIe s., les chevaux ne sont plus élevés que pour l'équitation et pour la boucherie.
|Année||Nombre de chevaux|
|1866||100 324|
|1886||98 622|
|1906||135 372|
|1921||134 147|
|1941||144 387|
|1966||67 022|
|1978||45 770|
|2000||50 347|
Bibliographie
– Panorama du Pays jurassien, 2, 1981, 35-38, 46-55
– U.A. Müller-Lhotska, Das Pferd in der Schweiz, 1984 (avec bibliogr.)
– H.-P. Uerpmann, «Die Domestikation des Pferdes im Chalkolithikum West- und Mitteleuropas», in Madrider Mitteilungen, 31, 1990, 109-153
– U.L. Dietz, «Zur Frage vorbronzezeitlicher Trensenbelege in Europa», in Germania, 70, 1992, 17-36
– J. Manser et al., Richtstätte und Wasenplatz in Emmenbrücke (16.-19. Jahrhundert), 1992
– SPM, 1, 85-102; 2, 81
– W. Grundbacher, éd., Pferde, 1993
– N. Benecke, Der Mensch und seine Haustiere, 1994
– Th. Frei, éd., Pferdeland Schweiz, 1994
Auteur(e): Peter Lehmann, Karlheinz Steppan / WW