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Quel est le problème de l'élevage intensif ?
L'élevage intensif est problématique à différents niveaux. Nous savons qu'il nuit à l'environnement et au climat depuis des années, mais il entraîne également des problèmes d'ordre social, comme cela a été le cas au printemps 2016, lorsque nous avons découvert que des travailleurs œuvrant dans la production de volaille américaine portaient des couches car ils n'osaient pas demander une pause pour se rendre aux toilettes.
Dans l'élevage industrialisé, les conditions de détention et de traitement des animaux sont particulièrement mauvaises. Par exemple, les poulets de chair sont génétiquement modifiés depuis des années. Ils sont soumis à un gain de poids conséquent qui pèse sur leurs os et les empêchent souvent de se déplacer. L'élevage repose sur l'efficacité économique, sans aucun égard pour la vie : les poussins mâles sont abattus immédiatement après l'éclosion car ils ne donneront jamais d'œufs et ne contribueront donc pas à la viabilité économique de l'élevage.
Les conditions de détention de l'élevage intensif doivent être aussi bon marché que possible. Voilà pourquoi les animaux sont entassés dans de petits espaces, sans égards pour leurs besoins fondamentaux. Ils peuvent être parfois soumis à des mutilations douloureuses, parmi lesquelles la caudectomie (découpe de la queue) pour les porcs, le débecquage pour les dindes ou l'écornage pour les bovins. Ces pratiques visent à adapter les animaux à leur environnement de détention, alors que cela devrait être l'inverse. Les animaux de l'élevage intensif ne sortent jamais de leurs installations et ne disposent pas d'équipements appropriés.
Outre les conditions de détention, le transport et l'abattage des animaux revêtent une importance cruciale. Les trajets trop longs et le manque de mesures de contrôle adaptées entraînent de graves problèmes au niveau du bien-être des animaux. Les abattoirs manquent de transparence et de contrôles, empêchant toute amélioration permettant d'aller vers un abattage respectueux des animaux.
Pourquoi le temps de transport des animaux est-il aussi conséquent ?
L'agriculture industrialisée regroupe des entreprises spécialisées axées sur l'efficacité économique. La production de viande repose, quant à elle, sur un nombre croissant de processus de travail et de spécialisation différents : les animaux doivent donc effectuer des trajets supplémentaires entre les différentes étapes de production, d'autant plus que nombre d'entre eux naissent, grandissent et meurent dans des lieux différents.
Le transport ne revêt aucune importance d'un point de vue financier, notamment parce que le coût réel du transport en camion n'est pas connu. Les animaux ne sont donc pas automatiquement acheminés vers l'abattoir le plus proche et il est parfois moins cher de les abattre plus loin, quitte à les faire voyager à travers l'Europe. Certains effectuent de nombreux trajets alors qu'ils sont blessés ou malades, ce qui est contraire à la législation en vigueur. Une fois arrivés à l'abattoir, les animaux ne reçoivent pas toujours les soins nécessaires. Ils sont abattus alors qu'ils se trouvent dans un état de santé déplorable et ne peuvent pas supporter un éventuel trajet de retour. Bien souvent, les abattoirs ne sont pas en mesure de fournir des informations sur leurs activités d'approvisionnement car ils disposent de trop peu de vétérinaires pour s’en occuper dans le détail. De plus, les vétérinaires ne sont pas libres de leurs actes étant donné qu'il doivent se conformer aux besoins des clients des abattoirs, c'est-à-dire les entreprises qui fournissent les animaux. Voilà pourquoi beaucoup de vétérinaires dévoués ont été muselés ou licenciés par la société ou l'abattoir qui les employait et se sont résignés à accepter les abus.
Chaque année, plus d'un milliard de volailles et 37 millions de bovins, de porcins, d'ovins, de caprins et d'équidés sont transportés au sein de l'UE, comme en dehors. Chaque jour, 3 638 animaux sont transportés dans 2 438 camions sur les routes allemandes (depuis 2016). Seul 1 % des trajets effectués sont contrôlés. Les mauvais traitements infligés aux animaux pendant le transport, notamment le manque d'eau et de nourriture, ou encore l'entassement pour des trajets durant jusqu'à 29 heures, ne sont presque jamais punis. Les animaux destinés à l'abattage sont, quant à eux, transportés dans des conditions particulièrement inappropriées pendant plusieurs jours, ce qui entraîne des blessures graves, voire des décès. D'autre part, il n'existe aucune mesure de contrôle adéquate en matière de transport des animaux.
Notre objectif doit être en premier lieu de réduire le transport d'animaux vivants sur de longues distances, puis d'y mettre fin à long terme. Ce ne sont pas les animaux vivants qui doivent être transportés, mais plutôt la viande. Le transport des animaux ne doit pas dépasser les huit heures.
Imaginons que nous arrêtions de consommer de la viande. Pouvons-nous continuer de manger du poisson ?
Nous avons tendance à oublier que les poissons sont, eux aussi, des animaux de rente. On a longtemps pensé que leur comportement reposait uniquement sur des réflexes et qu'ils ne ressentaient donc aucune sensation de douleur. En réalité, les poissons ressentent, eux aussi, l'anxiété, le stress et la douleur. En 2016, une étude a montré que le comportement et les niveaux de sérotonine des poissons de l'élevage intensif pointaient vers une dépression semblable à celle des mammifères.
L'élevage intensif des poissons, c'est-à-dire l'aquaculture, fournit plus de poissons que la pêche en haute mer. À l'instar des animaux de la ferme, les poissons sont entassés, souffrent de dépression et ne peuvent pas donner libre cours à leur comportement naturel. Étant donné que certains d'entre eux ne se reproduisent pas, des prises sauvages sont insérées dans les bassins d'aquaculture.
Quant aux poissons sauvages, presque toutes les méthodes de capture et d'abattage leur infligent une souffrance extrême. Par exemple, l'extrémité inférieure des grands filets de pêche expose les poissons à des blessures externes et internes au moment de leur capture.
Ensuite, les poissons sont étouffés. Cela peut prendre des minutes, voire des heures. De nombreux poissons sont également éviscérés vivants. En outre, ils sont souvent plongés dans de l'eau glacée ou posés sur de la glace, où ils peuvent rester pendant très longtemps.
Environ 80 millions de tonnes de poissons ont été capturés en mer en 2012 : la surpêche représente un problème majeur. Plus de 85 % des stocks mondiaux de poisson sont exploités au maximum ou surexploités. Des plans de gestion stricts sont nécessaires pour renouveler les stocks de poisson. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), la surpêche présente des conséquences dévastatrices et incontrôlables pour l'ensemble de notre écosystème.
Pour assurer le bien-être des animaux, il nous faut remplacer les produits d'origine animale par des alternatives végétales. D'autre part, nous avons besoin de toute urgence de lois en matière de bien-être animal et d'abattage des poissons.
Sommes-nous exposés à une carence en nutriments si nous arrêtons de manger de la viande ?
Ce n'est pas parce que nous sommes carnivores, végétariens ou végans que nous avons forcément une alimentation saine. Par exemple, on peut être végan et se nourrir de chips, c'est-à-dire un aliment qui n'est pas plus sain que la viande contenant des antibiotiques et des hormones du stress. Il convient donc d'avoir une alimentation équilibrée et variée, que nous mangions des produits d'origine animale ou pas.
Pour ce qui est des carences en nutriments, les nombreuses études réalisées sur le sujet présentent malheureusement des résultats divergents. Par exemple, l'étude effectuée par T. Colin Campbell en Chine indique que les produits laitiers sont très dangereux, qu'ils peuvent provoquer le cancer et empêchent tout apport en calcium. D'autres études viennent, quant à elles, contredire ces résultats.
Ce qui est sûr, c'est que chaque être humain peut absorber l'ensemble des vitamines et des éléments nutritifs dont il a besoin dans le cadre de son régime alimentaire, à l'exception de la vitamine B12 : les végans doivent prendre des suppléments de vitamine B12 afin d'éviter toute carence.
Quelle est la différence entre le lait et les œufs bio et ceux issus de l'agriculture conventionnelle ?
L'agriculture biologique prévoit des normes de bien-être animal largement supérieures à celles en vigueur dans le cadre de l'élevage conventionnel.
En principe, l'agriculture biologique offre aux animaux plus d'espace et leur permet de passer du temps à l'air libre, même si toutes les exploitations ne les font pas évoluer en liberté.
En outre, les élevages biologiques effectuent moins d'interventions sur les animaux et respectent leur comportement naturel. Par exemple, les poules pondeuses sont élevées en liberté et bénéficient du système de production d'œufs le plus adapté à leurs besoins (bien que les conditions de détention des animaux varient selon les élevages).
À l'heure actuelle, les produits d'origine animale biologiques constituent le plus souvent la meilleure alternative pour les consommateurs. En effet, ils permettent de véhiculer un message fort sur le plan économique et d'avancer vers une nouvelle réflexion sur le bien-être animal et l'agriculture biologique.
Que peut-on faire pour protéger les animaux au quotidien ?
La décision la plus cohérente et la plus respectueuse des animaux serait de vous passer complètement de produits d'origine animale. La bonne nouvelle, c'est que vous pouvez également tout simplement utiliser le principe des « 3 R » (Reduce, Refine, Replace), c'est-à-dire réduire, améliorer et remplacer, au quotidien.
Toute réduction de votre consommation de viande et de produits d'origine animale (« Reduce » ou réduire) constitue un important pas en avant en faveur du bien-être animal et peut avoir un impact sur les effets néfastes de l'élevage intensif sur l'environnement et le climat pointés par de nombreuses études. Cela vous permet de contribuer à long terme à la réduction du nombre d'animaux de rente et donc, des souffrances auxquelles ils sont soumis.
La deuxième étape consiste à passer les produits et le type d'élevage dont ils sont issus à la loupe (« Refine » ou améliorer) : les produits biologiques sont, bien entendu, bien plus respectueux du bien-être animal. Pour connaître le type d'élevage dont sont issus les œufs, il suffit de regarder le code qui est apposé sur leur coquille : vous pouvez acheter les œufs avec le chiffre 0 sans craintes étant donné qu'ils proviennent d'élevages respectueux de l'environnement. Ce système de code vous permet d'être sûr que le bien-être des animaux a été respecté au niveau de l'élevage, du transport et de l'abattage. Vous devriez toujours privilégier les produits respectueux des animaux.
Enfin, il convient de remplacer les œufs, la viande et le lait par des alternatives végétales (« Replace » ou remplacer). Les laits végétaux, notamment d'avoine ou d'amande, sont délicieux. D'autre part, les substituts de viande tels que le seitan et le tofu sont de plus en plus utilisés. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a décrété que 2016 était l'année des légumineuses : les lentilles, les haricots et les pois peuvent, en effet, nous offrir les sources de protéines dont nous avons besoin, sans affecter les animaux. La FAO conseille leur consommation dans le cadre d'un régime alimentaire sain afin de prévenir l'obésité et les maladies chroniques telles que le diabète ou le cancer. Il suffit quelquefois de faire tout simplement preuve d'un peu d'imagination en cuisine !