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Les peintures médiévales polychromes reposent sur un épais badigeon blanc appliqué sur un enduit de chaux. Elles ont été recouvertes d’un badigeon peu après la Réforme comme partout ailleurs dans le Pays de Vaud. Fort heureusement elles n’ont pas été piquetées lors du badigeonnage de la Réforme, ce qui atteste de travaux sommaires sans volonté d’ornementation ultérieure.
L'annonciation et la présentation de Jésus au temple
Sur la gauche de la paroi orientale, la scène de l’Annonciation : La Vierge Marie, robe rouge fait face à l’Ange Gabriel, robe violette. C’est l’instant de l’arrivée de Gabriel, ses ailes sont encore déployées. L'index de sa main gauche est levé, ce qui indique qu’il parle. Le texte de l’Annonce faite à Marie, aujourd’hui disparu, devait se trouver sur le phylactère qu’il tient dans sa main droite. La Vierge tient le livre des écritures dans sa main droite. Elle est en méditation lorsque surgit Gabriel. Marie lève la main gauche dans un geste de surprise. Entre les deux personnages, un vase contient un bouquet de fleurs de lys, symbole de la pureté de la Vierge. Le tout sur un fond ocre jaune couleur de la lumière divine.
Sur la droite de la paroi la scène est fidèle à la description de l’Évangile de Luc. La tradition voulait que chaque premier-né masculin soit présenté au temple de Jérusalem et offert au Seigneur. Marie porte son enfant dans ses bras. Dans le temple se trouve le vieillard Siméon dit « juste et pieux » à qui une prophétie a annoncé qu’au moment où il verrait le Christ, il le reconnaîtrait et pourrait désormais mourir en paix. C’est ce moment de reconnaissance qui est montré dans cette scène. Les regards de Siméon et de Jésus se croisent au-dessus de l’autel recouvert d’une nappe. Siméon veut saisir l’Enfant, ses mains recouvertes d’un tissu pour ne pas le toucher. A gauche de la scène, la prophétesse Anne assiste à la scène. Son visage montre son grand âge. Elle tient un cierge de sa main gauche et dans sa main droite un panier, qui devait contenir les offrandes habituelles soit un couple de tourterelles.
Les deux scènes sont surmontées d’éléments architecturaux détaillés représentant deux églises. A gauche une église de style oriental vue de l’extérieure avec des vitraux et un soubassement de pierres taillées. A droite un autre temple vu de l’intérieur avec son plafond en bois.
Une tête très effacée, couronnée d’un nimbe crucifère orne le sommet de l’embrasement de la fenêtre axiale.
Au-dessus, tout en haut de la paroi, se trouvait le Christ en gloire, malheureusement très endommagé par le trou créer en 1818 pour faire passer les poids de l’horloge. La mandorle, les plis inférieurs du manteau et le trône se devinent encore.
De part et d’autre de la figure divine, deux anges aux ailes déployées se sont posés délicatement sur le cadre de la représentation. Ils donnent un concert céleste entourés d’un semis de fleurs. Celui de gauche est peu lisible. On distingue son corps et son instrument du type rebec. Celui de droite, bien conservé joue du psaltérion et l’accorde en pinçant la clé dans un geste d’une grande délicatesse, son corps esquisse un mouvement sinueux et sa tête s’incline gracieusement.
Sur les quatre voûtains, quatre anges disposés symétriquement, les pieds dirigés vers la clé de voûte, sonnent les trompettes du jugement dernier. On distingue encore des traces de chevelures blondes, des ailes et des trompettes. Les voûtes sont parsemées d’étoiles à six branches peintes avec une grande précision.
Les peintures décoratives
Les différentes scènes sont séparées par des frises décoratives toutes différentes : des losanges ocre jaune et blanc sur fond rouge, des dents-de-scie jaunes à points rouges sur fond noir ou sur fond blanc. L’ébrasement de la baie est orné de rinceaux stylisés verts et de rosettes rouges.
Les nervures de la croisée d’ogives sont décorées part une alternance de couleurs ocre-jaune et ocre-rouge, un filet noir enserré dans un filet blanc imite précisément les joints des claveaux. Sur les faces latérales, des motifs de feuilles stylisées avec nervures vertes et noires sont peints avec une grande minutie.
Le style du peintre
Les scènes sont placées étonnamment haut dans la paroi. Il faut probablement tenir compte du sur-élèvement de l’autel et de l’éventuelle présence d’un retable sur celui-ci.
Quelques éléments sont traités de manière étonnante : l’architecture approximatives des églises, le débordement des motifs hors cadre, contraste avec la précision et la minutie des rinceaux sur la fenêtre, le drapé des vêtements et la beauté du visage de la prophétesse Anne. Le peintre a donné plus d’importance à certaines scènes qu’à d’autres éléments.
Il s’est attaché à représenter de façon très sensible les personnages importants dans leur attitude et leurs mouvements : les mains de la Vierge et celle de son fils qui s’entrecroisent, les regards de Jésus et de Siméon qui se cherchent, l’échange de gestes entre Gabriel et Marie qui suggère le dialogue, l’ange qui accorde son psaltérion.
On dépasse les stéréotypes et le côté hiératique qui sont courants à cette époque. Le peintre a voulu transmettre le mouvement de l’instant vécu et la qualité des relations entre les différents personnages, la tendresse entre la mère et l’enfant, le respect de Siméon et d’Anne.
L’artiste de Daillens a peut-être été envoyé par un dignitaire ecclésiastique de la cathédrale de Lausanne. Sa grande habileté et sa peinture, qui peut être qualifiée d’exceptionnelle pour la région, laisserait penser qu’il était en relation avec le chapitre qui possédait une partie de la commune de Daillens.
La comparaison des peintures de Daillens avec d’autres décors peints de la même époque montre des similitudes avec les peintures de la chapelle de Chillon, de la colline de la Cité à Lausanne et de Romainmôtier. Elles datent probablement des années 1320.
Extrait de « Eglise de Daillens, Peintures médiévales », chapitre « Le chœur et son décor » par Brigitte Pradervand, historienne de l’Art.