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C’est en effet en 1821 que commença la lutte pour l’indépendance de la Grèce, qui aboutit en 1830. À cette occasion, une petite exposition a été organisée, au Forum de l’Hôtel de Ville, par les cinq associations gréco-suisses de Lausanne. Elle est certes austère, car elle contient beaucoup de textes, mais instructive et rendue vivante par de nombreuses illustrations et quelques objets. Elle s’articule autour de trois thèmes: le soulèvement grec, le philhellénisme, enfin la personnalité de Ioannis Capodistrias (appelé aussi Capo d’Istria), son rôle dans l’histoire grecque et ses liens profonds avec la Suisse. Reprenons-les donc successivement.
La lutte du peuple grec
Après la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, la Grèce et une partie de l’Europe centrale tombent sous le joug ottoman. À plusieurs reprises ont lieu des tentatives de soulèvement, durement réprimées. Alexandre Ypsilantis, un Grec officier du tsar de Russie, déclenche la révolte, le 25 mars 1821. Celle-ci échoue, mais marque le début d’une longue série de batailles pour l’indépendance. Celle-ci est marquée par des massacres de la part des Turcs, comme sur l’île de Chios, qui a donné lieu à un tableau fameux de Delacroix. Et par des épisodes héroïques, comme la défense de Missolonghi assiégée, rendue immortelle par la participation de Lord Byron. Longtemps, les Grandes Puissances n’interviennent pas au secours des Grecs: leur lutte insurrectionnelle allait contre la politique de statu quo européen prônée par la Sainte-Alliance des monarchies en 1815. Cependant, sous la pression populaire, elles se décident à intervenir en 1827, date à laquelle elles détruisent la flotte turco-égyptienne à Navarin. S’ajoute à cela le fait que la guerre contre les Turcs a pris l’aspect d’une «croisade» (terme utilisé par Chateaubriand) du christianisme contre l’Islam. L’indépendance de la Grèce, sur un territoire beaucoup plus petit que celui du pays actuel, est confirmée en 1830.
Mouvement philhellénique européen et suisse
La tardive intervention militaire européenne est en partie le fruit du puissant mouvement philhellénique. Celui-ci se réfère à la fois à la nostalgie de la grande civilisation grecque antique et aux aspirations à la liberté dans toute l’Europe. Le poète anglais Shelley écrit dans Hellas: A Lyrical Drama: «Nous sommes tous des Grecs. Nos lois, notre littérature, notre religion, nos arts prennent tous leurs racines en Grèce». Dès 1821, des sociétés philhellènes se créent en Suisse. Elles organisent des livraisons d’armes, de munitions et de nourriture pour les combattants. Dans le canton de Vaud, ses figures les plus marquantes sont Frédéric-César de La Harpe, Benjamin Constant et Juste Olivier. Ce mouvement va alors de pair avec les aspirations à un État fédéral plus unitaire, qui aboutiront à la Constitution fédérale de 1848.
La vie de Capodistrias et son séjour en Suisse
Le comte Ioannis Capodistrias naît à Corfou en 1776. De 1800 à 1807, il participe activement à l’éphémère république des Sept-Îles, première tentative d’un État grec indépendant. Puis il entre au service du tsar Alexandre Ier de Russie, espérant de sa part un soutien à la cause grecque. Sur ce point il sera déçu. En 1814, il est envoyé en mission en Suisse. Il contribue notamment à l’autonomie du canton de Vaud. C’est pourquoi son buste a été érigé à Ouchy en 2009, alors qu’une allée portant son nom vient d’être inaugurée. Il est aussi l’un des artisans importants de l’intégration de Genève, où il s’est installé, dans la Confédération helvétique. Il y a d’ailleurs un quai à son nom.
Capodistrias est très actif dans le cadre du mouvement philhellène. En 1828, il retourne en Grèce, appelé par ses compatriotes. Comme gouverneur, il organise le nouvel État. Profondément démocrate et progressiste, il entreprend la construction d’écoles, sur le modèle de Pestalozzi. Mais sa volonté de réformes sociales, notamment la distribution de terres au plus démunis, se heurte aux privilèges des notables. Ceux-ci le font assassiner en 1831. La Grèce replonge dans le désordre. Les Grandes Puissances lui imposent alors un roi d’origine bavaroise. Mais cette monarchie étrangère ne sera jamais populaire. Elle finira par tomber en 1973, sous le régime des colonels, et ne sera pas rétablie avec le retour de la démocratie.
C’est donc une plongée en textes et en images dans l’histoire de la Grèce et de son combat pour l’indépendance que nous offre cette exposition commémorative. Signalons déjà qu’une autre exposition d’une plus grande ampleur, rappelant les liens d’amitié entre Capodistrias et Genève, se tiendra au Musée d’art et d’histoire du 15 octobre au 23 janvier 2022.
«Ioannis Capodistrias, le canton de Vaud et la révolution grecque», Forum de l’Hôtel de Ville de Lausanne, jusqu’au 19 juin.