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09.12.2018
Quotidien Jurassien
Mosaïque de la Démocratie
Fragment no 99
La philosophie du «père du fédéralisme»
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Nous avons rappelé récemment les mérites du philosophe genevois Jean-Jacques Burlamaqui (1694-1748), premier auteur à parler des droits de l’homme et partisan d’un État favorisant la recherche du bonheur par les citoyens (LQJ du 28.7.2018). Les actuelles difficultés des Européens à s’organiser nous poussent à évoquer le père du fédéralisme, Johannes Althusius (1586-1638), lui-même inspiré par le protestantisme allemand et le calvinisme genevois.
La présente phase de globalisation sauvage se caractérise pour beaucoup par des structures super centralisées et loin des individus. La plupart des gens se sentent à la fois dépendants de puissances lointaines et opaques, et abandonnés par la société, privés de liberté, isolés, dépourvus du confort de la solidarité. En même temps, ils constatent que la politique nationale faiblit sans cesse. Elle ne peut plus contenir la force du capital et imposer plus d’équilibre. De ce fait, les gens vivent dans des conditions très disparates, des régions entières s’appauvrissent et se vident de leurs habitants.
En droit public, Johannes Althusius a opposé le concept d’en bas à celui d’en haut, le pouvoir centraliste absolu professé en France par Jean Bodin (1529-1596). Il s’est basé sur la vie en communauté, au contraire de Bodin qui se référait à la puissance illimitée du roi et de la monarchie. L’historien saint-gallois Alois Ricklin le dit ainsi: «Le fédéralisme d’Althusius évolue dans l’autodétermination et la cogestion de toutes les communautés. La petite ne cède à la grande que l’indispensable. La souveraineté revient au peuple, conçu non comme la somme des individus, mais comme ensemble collectif.»
Malheureusement, c’est la conception du pouvoir de Bodin qui a dominé durant les quatre derniers siècles, plutôt que l’organisation plus humaine envisagée par Althusius. Les révolutions ont été trop rares et ne sont pas toujours allées assez loin quand elles ont réussi. Par conséquent, les États fédéralistes restent une exception, à l’échelle mondiale comme en Europe. Cela se manifeste aussi dans l’UE, beaucoup trop structurée à la française; paradoxalement, même un président français se casse aujourd’hui les dents sur son réaménagement. À cet égard, les Jurassiens ont justement montré comment surmonter la contradiction apparente entre Bodin et Althusius, ou même les concilier. Sans les principes fédéralistes d’Althusius, le Jura, autrefois imprégné par la culture de Bodin, n’aurait pas pu se retrouver et s’affirmer. En début de semaine, Reinhard Mü ller, rédacteur à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, terminait son éditorial par ce constat: «Une communauté démocratique respectant les droits humains ne peut pas être durablement dirigée par le haut.»
Johannes Althusius est né en 1563 dans une famille paysanne de Bad Berleburg (Allemagne). Après avoir étudié le droit, notamment à Bâle et Genève, il a publié l’une des premières théories calvinistes de l’État. Grâce à son ouvrage Politica (1603), il est considéré comme le père
du fédéralisme. À sa mort en 1638, Althusius était syndic d’Emden,
ville proche de la Hollande parfois appelée Genève du Nord.
«
La politique est l’art d’associer les gens pour qu’ils puissent créer, entretenir et perpétuer une vie communautaire. (...) Dans la simple communauté privée (famille, maisonnée, village), différentes personnes concluent par contrat une symbiose, dans laquelle ils placent ce qu’ils possèdent et ce qui contribue à leur bien-être. (...) Dans la communauté publique (communes, cantons, Confédération), plusieurs communautés privées s’associent pour créer un ordre juridique. (...) la communauté n’existe pas grâce au roi, mais le roi et tout autre magistrat suprême par la volonté de la communauté.
»
Tiré de Politica (1603), principal ouvrage de Johannes Althusius.
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