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Le dernier exemple en date de ces murs qui se dressent aux frontières de l'Europe est celui de la Finlande, qui partage plus de 1000 kilomètres de frontière avec la Russie. Helsinki a commencé la construction d'une barrière métallique, avec un projet-pilote de 3 km qui vient de se terminer dans le sud-est du pays. Le projet total, sur 200 km, doit être achevé en 2026.
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Le discours sur les murs devient admissible
Pour Elisabeth Vallet, directrice de l’Observatoire de géopolitique à l’Université du Québec à Montréal et professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean (Canada), c'est un signe de "normalisation des murs".
Ouverture dans le mur de Berlin deux jours après sa chute, le 9 novembre 1989. [Gérard Malie - AFP]"Le fait que la Finlande ait choisi de construire cette barrière envoie un signal fort", dit-elle mardi dans La Matinale de la RTS. "Le tabou du mur est tombé et le fait que ce discours devienne admissible, devienne audible et se normalise, signale aussi un changement important dans la manière dont on perçoit les frontières", poursuit cette spécialiste.
"Pendant la Guerre froide, le mur de Berlin était devenu le symbole d'un monde ancien, de ce monde soviétique", rappelle Elisabeth Vallet. "Le fait qu'aujourd'hui la Finlande revienne sur cet état d'esprit-là veut dire qu'on recompose complètement la manière dont on voit le monde et dont on voit les frontières". Pour l'universitaire canadienne, c'est un peu l'aboutissement d'une longue progression enregistrée sur les deux dernières décennies.
Un mouvement lancé il y a plus de vingt ans
Les trois quarts des barrières contemporaines ont été construites depuis 2001, à l'exemple de la Hongrie vers le sud, de la Pologne vis-à-vis de la Biélorussie ou des pays baltes vis-à-vis de la Russie.
"Une douzaine de pays européens au moins, plus ou moins limitrophes des frontières extérieures, ont construit des barrières", relève Stéphane Rosière, géographe à l’Université de Reims Champagne-Ardenne.
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"Et il faudrait rajouter l'Autriche, qui a même construit quelques kilomètres face à la Slovénie parce qu'il y avait un col au nord de Ljubljana qui permettait le passage vers la Carinthie et il a été 'barriérisé'. Donc là, c'est une barrière entre deux Etats Schengen", précise celui qui est l'auteur de "Frontières de fer: le cloisonnement du monde" (Syllepse Editions).
L'effet de l'annexion russe de la Crimée
Un garde-frontière à la frontière entre la Russie et la Finlande près d'Imatra. [Alessandro Rampazzo - AFP]Et selon les spécialistes, cette augmentation des murs va de pair avec l'actualité. En 2014, quand la Russie a annexé la Crimée ukrainienne, les Etats baltes et la Pologne ont annoncé la rigidification de leur frontière. Et en 2015, après ce que l'on a appelé la "crise migratoire", le Premier ministre hongrois Viktor Orban a fait construire un mur à la frontière serbe.
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Tout récemment, début février, le Conseil européen (qui définit les orientations et les priorités politiques de l'Union européenne) s'est réuni à Bruxelles, notamment pour parler migrations.
Et il a "demandé à la Commission de mobiliser immédiatement des fonds et des moyens substantiels pour aider les Etats membres à renforcer les infrastructures de protection des frontières". L'Autriche réclame ainsi 2 milliards d'euros (l'équivalent en francs suisses) de la Commission pour reconstruire une barrière plus sûre entre la Bulgarie et la Turquie.
La Grèce défend l'efficacité de son dispositif
La Grèce, elle, estime que "les clôtures doivent faire partie de l’enveloppe budgétaire". Et cette position n'est pas nouvelle: Athènes a même fait construire une dizaine de kilomètres de murs en pleine banqueroute. "C'était au moment où la Grèce avait perdu quasiment son indépendance financière, elle était surveillée par la troïka [alliance de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du Fonds monétaire international]", rappelle Stéphane Rosière.
Mur séparant la Grèce de la Turquie près de Feres. [Dimitris Alexoudis - EPA/Keystone]L'accident ferroviaire récent est d'ailleurs un exemple intéressant, souligne le géographe. "Il montre qu'il n'y a eu aucun investissement sur le réseau ferroviaire alors qu'il y a eu des investissements pour construire une dizaine de kilomètres [de mur]. Le pays est en banqueroute, mais il construit dix kilomètres de barrières avec un prix qui varie entre 1 et 3 millions d'euros le kilomètre".
Cette barrière en acier de 5 mètres de haut s'étend aujourd'hui sur 30 kilomètres et la Grèce veut la prolonger. Le gouvernement grec assure que ce type d'infrastructure est efficace. Il estime que sa barrière à la frontière turque a empêché des dizaines de milliers de migrants d'entrer dans le pays en 2022.
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Pour mieux "surligner" les frontières
Mais Elisabeth Vallet évoque d'autres fonctions. "Elle a peut-être le but de filtrer les flux humains qui pourraient passer de part et d'autre de la frontière", dit-elle. "Mais elle a aussi pour but de surligner la frontière avec un voisin pour qui on sait que les frontières sont sujettes à débat", comme on l'a vu avec la Russie en Ukraine.
Pour la directrice de l’Observatoire de géopolitique à l’Université du Québec à Montréal, l'aspect symbolique d'une frontière rigidifiée peut peut-être marcher dans certains cas.
Par contre - et Stéphane Rosière partage cet avis - les murs, les barrières ou les clôtures n'empêchent pas l'immigration clandestine, les trafics en tout genre ou les chars de passer. Ces infrastructures ne font que compliquer la traversée.
Pauline Rappaz/oang