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Dans son nouveau rapport du 3 mai 2022, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) met en garde contre l'ampleur de l'épidémie d'obésité. Plus de la moitié des adultes en Europe sont en surpoids ou obèses, et la tendance est à la hausse. Selon l'OMS, il y a néanmoins de l'espoir : l'épidémie peut être endiguée grâce à des mesures politiques appropriées.
Le nouveau rapport de situation de l'OMS montre que 59 % des adultes et près d'un tiers des enfants en Europe sont touchés par le surpoids ou l'obésité. L'Europe est donc, après l'Amérique, la deuxième région où la prévalence de l'obésité est la plus élevée. Le surpoids et l'obésité augmentent le risque de maladies non transmissibles (MNT) telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète, le cancer et les maladies respiratoires, et comptent parmi les principales causes de décès et d'invalidité.
Les MNT pèsent sur le système de santé
Différents facteurs sont à l'origine des MNT, notament le mode de vie : en menant une vie saine, on peut en réduire le risque d'apparition et en atténuer les conséquences. Or, les deux dernières années de la pandémie, en particulier, ont entraîné des changements négatifs dans ce domaine. L'OMS estime que le déséquilibre alimentaire et le manque d'activité physique vont avoir de lourdes conséquences dans les années à venir. Non seulement la prévalence des MNT va augmenter, mais les coûts qui en découlent pour le système de santé aussi. Selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), une grande partie des coûts du secteur de la santé peuvent déjà être imputés aux MNT à l'heure actuelle.
Les phases de la maladie étant souvent longues, le traitement est lourd et il prend du temps. [...] Les dépenses occasionnées par l’ensemble des MNT s’élèvent à plus de 50 milliards de francs, soit environ 80 % des coûts.
L'OFSP prévoit en outre une aggravation de cette problématique liée à l'évolution démographique, raison pour laquelle il souhaite agir contre ce phénomène grâce à la stratégie MNT.
Mesures contre les MNT et l'obésité
Selon l'OMS, il est essentiel de réduire la prévalence croissante de l'obésité pour atteindre les objectifs de développement durable d'ici 2025. Toutefois, aucun des États membres européens – dont la Suisse fait partie – n'a atteint l'objectif mondial de l'OMS en matière de MNT. Le directeur régional de l'OMS pour l'Europe, le Dr Hans Henri P. Kluge, reste néanmoins confiant :
En instaurant des environnements plus favorables, en encourageant les investissements et l’innovation dans le domaine de la santé, et en élaborant des systèmes de santé solides et résilients, nous pouvons infléchir la courbe de l’obésité dans la Région.
Dans son rapport, l'OMS propose quelques interventions politiques au niveau de l'ensemble de la population afin d'enrayer l'épidémie d'obésité et de mettre en place des systèmes alimentaires respectueux de l'environnement. Il est notamment question de « subventions aux aliments sains » et d'« efforts pour améliorer l’alimentation », les « mesures en milieu scolaire » étant explicitement mentionnées. Le « marketing de produits alimentaires peu sains auprès des enfants » devrait également être limité.
Situation en Suisse
Un coup d'œil sur la Suisse montre qu'il y a encore du travail à faire en ce qui concerne les mesures proposées par l'OMS :
- Au lieu d'encourager le subventionnement d'aliments sains, la majeure partie des paiements directs agricoles est consacrée à la production d'aliments d'origine animale. En 2020, les paiements directs de la Confédération à l'agriculture suisse se sont chiffrés à 2,8 milliards de francs. La Confédération a tout de même décidé, dans le cadre du train d’ordonnances agricoles 2022, de promouvoir la culture de protéines végétales pour l'alimentation humaine. Jusqu'à présent, ces paiements directs étaient exclusivement réservés aux aliments pour animaux. Il serait néanmoins judicieux d'encourager davantage la production d'autres aliments végétaux comme les fruits et les légumes et d'introduire une taxe sur la viande.
- L'argent du contribuable est dédié non seulement à la production d'aliments d'origine animale, mais aussi à la publicité pour la viande. Celle-ci est subventionnée à hauteur de six millions de francs par an. La publicité de l'industrie laitière est elle aussi soutenue par des fonds publics. L'une de ses plus grandes campagnes publicitaires est la Journée du lait à la pause de Swissmilk, qui a lieu chaque année en novembre. Ce jour-là, élèves et enseignant-e-s reçoivent gratuitement du lait de vache, qui leur est présenté comme « une alternative saine et variée aux snacks et aux boissons sucrées », et ce bien que les effets des produits laitiers sur la santé soient sujets à controverse. Il serait plus judicieux de lancer davantage de projets tels que l'action « pomme récré » afin d'encourager la consommation d'aliments sains et végétaux. En effet, l'enquête nationale sur l'alimentation menuCH montre qu'en Suisse, on consomme trop de viande, de produits sucrés et salés et pas assez de légumineuses, de fruits et de légumes. Ces habitudes alimentaires malsaines favorisent l'apparition de MNT et provoquent 50 % des cas de mortalité prématurée.
Pour atteindre les objectifs de l'OMS, nous demandons à la Confédération de promouvoir plus intensivement la consommation et la production d'aliments végétaux. Cela permettrait non seulement d'améliorer l'état de santé de la population, mais aussi de générer un impact positif sur l'environnement.
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