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On ignore quelle fut l'occasion de cette reprise d'hostilités; mais il est permis de la chercher, par conjecture, dans des circonstances analogues à celles qui avaient déjà suggéré aux sujets de Habsbourg leur première tentative d'affranchissement. Le rapprochement, qui après une courte interruption de leurs bons rapports s'était opéré entre le comte de Habsbourg et Frédéric II, venait de cesser, et une nouvelle rupture, irrévocable cette fois, les avait séparés l'un de l'autre. L'interdit lancé contre l'empereur par le pape Innocent IV, et sa déchéance, sanctionnée par le concile de Lyon en juillet 1245, furent évidemment la cause de la défection définitive de Rodolphe le Taciturne. Cette défection rouvrit aux Schwyzois la route de l'émancipation; assurés du concours de nouveaux auxiliaires, ils la reprirent immédiatement.
Ecoutons ce que dit à ce sujet le comte de Habsbourg lui-même : < Foulant aux pieds les serments qu'ils avaient prêtés, et ne tenant nul compte de l'excommunication lancée contre les adhérents et fauteurs de Frédéric, ils sont devenus infidèles à leurs engagements, se sont soustraits à toute autorité, et assistent de toutes leurs forces le susdit Frédéric, en se tournant contre moi-même, et contre l'Eglise2'. > C'était au pape Innocent IV, que Rodolphe, ne pouvant avoir raison de la résistance des gens de Schwyz, adressait cette plainte. Le souverain pontife répondit aux doléances de son dévoué partisan en lançant contre eux et leurs confédérés, le 28 août 1247, un bref qui les déclarait excommuniés et qui frappait leur pays d'interdit, dans le cas où ils persisteraient à défendre la cause de l'Empereur plutôt que celle de l'Eglise (tiisi a Frklerieo ad Ecdcsiam revertantur), et où ils refuseraient de rentrer sous la domination du comte, leur légitime souverain (ipsiquc Comiti relut Domino suo studeant obsequi). Ce bref forme avec le diplôme impérial accordé sept ans plus tôt aux Schwyzois par Frédéric II un parfait contraste. Car, tandis que ce dernier document semble ne connaître à Schwyz que des hommes libres, l'acte pontifical ne paraît pas admettre qu'il y existe autre chose que des sujets en état de révolte. Cette contradiction s'explique aisément, quand on se rappelle que le diplôme avait été rédigé d'après le dire des Schwyzois, et le bref d'après les assertions du comte de Habsbourg. C'étaient deux prétentions contraires qui tendaient l'une et l'autre à s'affirmer seules, et dont le conflit devait durer jusqu'à ce qu'elles se fussent conciliées ou exclues.
Les Schwyzois, qui de tout temps se montrèrent peu sensibles aux censures ecclésiastiques quand leurs intérêts étaient en jeu, ne se soumirent point aux injonctions du pape. Ils avaient trouvé, nous l'avons dit, d'efficaces auxiliaires dans leurs voisins de l'Unterwalden et de Lucerne, et il paraît que leur opposition aux Habsbourg se prolongea, comme nous le verrons plus loin, un certain temps encore après la mort du comte Rodolphe le Taciturne, survenue le 6 juillet 1249. Cependant, autour d'eux les événements marchaient, et la cause des Hohenstaufen, fortement ébranlée, allait de jour en jour perdant du terrain. Les revers qui frappèrent les dernières années de l'empereur Frédéric, et "le règne malheureux de son fils Conrad, qui lui succéda le 25 décembre 1250, rendirent de plus en plus difficile la position de leurs partisans. La résistance des Schwyzois perdait son point d'appui, et ils durent finir, après le trépas du roi Conrad, (mai 1254), par échanger le régime de liberté dont ils avaient momentanément joui sous le gouvernement d'un bailli impérial, contre la suprématie directe des fils de Rodolphe le Taciturne et la subordination qui en était la conséquence.
C'est à ce changement de situation que l'on a rapporté, avec une grande vraisemblance, un acte, aujourd'hui perdu, par lequel, dit le sommaire qui en a été conservé, < le comte de Fro bourg délie les gens de Schwyz de leur serment et déclare qu'ils appartiennent aux Habsbourg (das sii den voti Habspury angehôrent)s\> On a supposé que, dans cet acte, qui serait postérieur à la mort du roi Conrad, c'était en qualité d'avoué impérial des Sehwyzois qu'intervenait le comte de Frobourg, et que c'était de leurs obligations envers l'Empire qu'il les dégageait. Que cette conjecture soit juste, comme nous le pensons, ou qu'il s'agisse au contraire, dans l'acte en question, des droits seigneuriaux possédés par le comte de Frobourg dans le pays de Schwyz, et que l'on trouve plus tard entre les mains des Habsbourg, il n'en demeure pas moins certain que la tentative d'émancipation des Sehwyzois avait échoué, qu'ils avaient perdu le privilége de relever immédiatement de l'Empire, et que cet insuccès eut pour résultat de faire pencher la balance, d'une manière plus sensible qu'auparavant, du côté où les Habsbourg avaient jeté le poids de leurs prétentions.
Toutefois, en perdant le bénéfice de la franchise impériale, la communauté des hommes libres de Schwyz ne cessa pas, pour cela, de subsister; elle rentra seulement dans la situation où elle était placée avant le rescrit de l'empereur Frédéric U. Nous la retrouvons, en effet, quand Rodolphe de Habsbourg fut monté sur le trône, exactement dans les mêmes conditions où nous l'avons laissée en 1217 du temps de son aïeul. Mais l'excessive rareté des documents authentiques rend impossible de savoir avec quelque certitude ce qui se passa pour Schwyz, durant cette période d'anarchie, appelée le grand interrègne, qui accompagna et suivit en Allemagne la chute des Hohenstaufen. On apprend seulement, par une tradition, qui semble trouver sa confirmation dans un acte officiel postérieur, que vers l'an 1269, le comte Eberhard de Habsbourg-Laufenbourg, qui avait hérité à Schwyz des droits et des propriétés de son père, Rodolphe le Taciturne, permit à une partie de ses ressortissants, habitant le district de Steinen, de se racheter à prix d'argent des obligations auxquelles ils étaient tenus envers lui, ce qui les plaçait, paralt-il, dans une position semblable à celle des autres hommes libres habitant le reste de la vallée ".' On pourrait considérer cette concession comme un marché que le besoin d'argent fit conclure; on pourrait aussi l'envisager comme une preuve de la persistance des Schwyzois dans leur entreprise d'émancipation, qui, commencée du temps de Rodolphe le Taciturne, aurait repris sous son fils, de manière à contraindre celui-ci de céder quelque chose de ses droits. On devra donner la préférence à cette seconde supposition, si l'on veut admettre, sur le témoignage d'un chroniqueur suisse (qui écrivait à la vérité cent cinquante ans plus tard), que la branche cadette des Habsbourg fut constamment en lutte avec les Waldstâtten, et que ce fut la lassitude qu'elle ressentit de cet antagonisme, qui la décida à se défaire de ses droits sur les vallées en faveur des < ducs d'Autriche, > c'est-à-dire de la branche aînée de sa maison. Quelle que soit la valeur de cette allégation, un fait est certain, c'est qu'en 1273, Eberhard de Habsbourg-Laufenbourg vendit < tout ce qu'il possédait à Schwyz et dans les Waldstàtten, en hommes et en terres ", > à son cousin le comte Rodolphe, qui, devenu roi, releva pour ses fils le duché d'Autriche.
Sans sortir de la maison de Habsbourg, Schwyz changeait donc de maître en passant d'une branche à l'autre, et il est incontestable que le roi Rodolphe y jouit, sans la moindre trace d'opposition, des droits de toute nature, tant seigneuriaux que politiques, que lui avait cédés son cousin. C'est ce qui ressort avec évidence des documents peu nombreux, mais précis, qui nous restent de cette époque. Ainsi, dans un acte de 1278, Rodolphe mentionne expressément, parmi les biens qui devaient servir de gage au douaire de sa future bru, fille du roi Edouard I d'Angleterre, < la vallée de Schwyz, avec les domaines de Kybourg et de Frobourg. > Mais le mariage n'eut pas lieu, et les biens hypothéqués redevinrent disponibles. Aussi voit-on, en 1281, que Rodolphe avait assigné sur les dits domaines, à ce même Eberhard qui les lui avait vendus, une somme de vingt-huit marcs d'argent, pour garantie d'un prêt qu'il en avait reçu, plus, < sur les hommes libres de Schwyz, soixante marcs > (de liberis hominîbus de Stvitz mar. Ix). Dans les deux cas que nous venons de citer, ce n'est pas comme roi, mais comme chef de sa maison, que Rodolphe de Habsbourg engage des propriétés ou des redevances qui lui appartiennent à titre privé, comme biens de famille, en sorte qu'il ne peut les aliéner qu'avec le consentement exprès de ses fils, auxquels ces biens doivent, le cas échéant, < revenir de droit (libere), en leur qualité d'héritiers légitimes2S. >
Que Rodolphe consentît une hypothèque sur ses domaines particuliers, il n'y a rien là que de conforme aux