Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07152.jsonl.gz/1074

Est-il possible que le taux de suicide soit affecté par des événements de la vie publique tels que certains jours fériés ou mêmes des compétitions sportives, voire même qu’un attentat influe sur le taux de suicide d’un pays ? Ce sont les questions auxquelles le chercheur Driss Hamadouch a souhaité répondre dans sa thèse en médecine. Dans son article écrit pour le blog de Stop Suicide, Mehdi Oubenali, assistant communication et média au sein de l’association, présente les résultats de cette étude.
Pour mener à bien cette recherche, plusieurs études ont été compilées. Elles ont toutes comme caractéristique commune de traiter du taux de suicide d’une population, pendant et à la suite d’événement ou de jours de fête majeurs et connaissant de ce fait une médiatisation importante. Citons par exemple le mondial de football ou les fêtes de fin d’année, à catégoriser comme évènements « positifs », mais encore les attentats du 11 septembre ou ceux du métro de Londres, à catégoriser comme événements « négatifs ».
Ainsi, concernant les événements sportifs, M. Hamadouch a pu constater qu’une majorité d’études rapportaient une fluctuation dans les taux de suicides lors de compétitions sportives très populaires. Pour exemple, des chercheurs ont mis en évidence, lors de la coupe du Monde de football se déroulant en France en 1998, une baisse de 10.3% du taux de suicide durant la compétition et, mieux encore, une baisse de 19.9% du taux de suicide le lendemain du match à l’occasion duquel l’équipe de France s’est montrée victorieuse (1). D’autres études ont montré que les victoires réduisent le taux de suicide, et certaines d’entre elles ont posé l’hypothèse que les événements sportifs peuvent avoir un effet protecteur si le sport dont il est question est populaire et que les résultats de l’équipe ou du sportif soutenus sont bons.
Concernant les jours fériés, le chercheur a aussi constaté un changement dans le taux de suicide relevé par les différentes études consultées. Le taux de suicide est, là-aussi, en diminution pendant les périodes de fête tels que Thanksgiving, Noël ou le jour de l’An. Certaines études catégorisent les jours fériés en deux classes : il semblerait que le taux de suicide baisse avant, pendant et après certains événements tels que Noël, alors que pour d’autres événement tels que le Nouvel An, si le taux de suicide est moins élevé le jour-même, il augmenterait les jours suivants.
Les études portant sur le taux de suicide suite à des attentats ont, quant à elles, des résultats plus nuancés. Sur les neuf études traitant du sujet, six démontrent des changements dans les comportements suicidaires alors que trois ne constatent aucun changement.
Grâce à cette revue de littérature scientifique, Driss Hamadouch a pu mettre en évidence l’existence d’événements qui seraient associés à une baisse ou une hausse du taux de suicide dans la population puisque qu’une majorité d’études – 26 pour un total de 31 études – constatent des modifications.
Il est donc possible d’identifier des évènements vulnérants ou protecteurs quant aux comportements suicidaires. L’épidémiologie du suicide, et particulièrement les nouvelles techniques de l’épidémiologie digitale, offre alors la possibilité de mieux connaître et cibler de tels moments, permettant par là-même d’améliorer encore les méthodes de prévention du suicide déjà existantes.
Pour en savoir plus :
Driss Hamadouche. Peut-on parler d’évènements associés au suicide ? Revue de littérature et perspectives de recherche. Thèse pour le diplôme d’État de docteur en médecine présentée et soutenue publiquement le 6 février 2019. Lille : Faculté de médecine Henri Warembourg de l’Université du droit et de la santé, 2019.
Référence :
(1) Encrenaz G, Contrand B, Leffondré K, Queinec R, Aouba A, Jougla E, et al. Impact of the 1998 Football World Cup on Suicide Rates in France: Results from the National Death Registry. Suicide Life. Threat. Behav. 2012 avr 1;42(2):129-135.