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Le grand collisionneur électron-positon LEP du CERN1 a été remis en service pour la physique à la date prévue du 2 mai, ce qui constitue un accomplissement remarquable pour les techniciens et les ingénieurs du Laboratoire qui ont travaillé d'arrache-pied à réparer les dégâts causés par un acte de sabotage commis au début de l'année.
Le sabotage avait été découvert le lundi 13 février. Environ 1300 modules électroniques avaient été retirés du système de commande de deux des accélérateurs du Laboratoire, le synchrotron à protons (PS) et le synchrotron injecteur du PS, qui font partie de la suite qui se termine par le LEP. Tous les équipements manquants ont été rapidement découverts, non détériorés et disséminés sur l'ensemble du Laboratoire, et le pénible travail de réassemblage a commencé. Outre la mise en place des 1300 modules, il a fallu reconnecter plusiers milliers de câbles. C'est là un très beau succès pour le personnel qui en était chargé, et on mesurera sa motivation quand on saura que le programme de physique du CERN de 1995 a pu commencer à la date prévue. A la suite du report de l'exploitation, la perte réelle pour les activités de recherche du Laboratoire ne représentera qu'une semaine du programme des antiprotons, qui a démarré le 21 avril et est déjà exploité à plein régime.
Le compte à rebours pour la reprise des collisions dans le LEP a commencé lorsque les quatre expériences, ALEPH, DELPHI, L3 et OPAL, ont fermé leurs détecteurs le samedi 22 avril. Le premier faisceau de positons de 20 GeV a été injecté le mème jour à 16 heures, et à 19 heures les ingénieurs du LEP étaient déjà revenus auprès de leur machine, après la longue période d'arrèt hivernale, pour mettre en orbite les positons sur la totalité des 27 km de l'anneau du LEP. Des faisceaux d'électrons ont été injectés et mis en orbite pendant la nuit, et le lundi, à l'heure du déjeuner, les premiers faisceaux de 1995 étaient accélérés à la pleine énergie de 45 GeV. Le reste de la semaine a été consacré à la mise en service de nouveaux équipements qui permettront d'avoir des fréquences de collisions jamais atteintes auparavant, et les faisceaux ont été finalement amenés en collision le 2 mai à 23 heures.
L'année 1995 s'annonce passionnante pour le CERN. L'expérience CP LEAR recueille déjà des données de bonne qualité avec les antiprotons et devrait permettre de mieux comprendre le phénomène, connu sous le nom de violation de la symétrie combinée CP (inversion à la fois de la charge et de l'espace), qui a probablement conduit à la prédominance de la matière sur l'antimatière dans l'Univers. On espère que les deux expériences CHORUS et NOMAD, consacrées à l'insaisissable neutrino, permettront de jeter un peu de lumière sur la matière sombre de l'Univers. CHORUS poursuivra sa moisson de données, tandis que NOMAD commencera à saisir des données de routine après les périodes préliminaires de 1994. Enfin, le LEP lui-mème est tout prèt à battre de nouveaux records cette année et les physiciens, confiants, escomptent plus de données que jamais.
Note(s)
1. Le CERN, Laboratoire européen pour la physique des particules, a son siège à Genève. Ses Etats membres sont les suivants: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, la République slovaque, la République tchèque, Royaume-Uni, Suède et Suisse. La Fédération de Russie, Israël, la Turquie, la Yougoslavie (le statut d'observateur est suspendu après l'embargo de l'ONU, juin 1992), la Commission des Communautés européennes et l'UNESCO ont le statut d'observateur.