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On le sait: l’histoire de l’herméneutique est ramifiée et multiforme. Elle présente un ensemble complexe de textes fort variés. On a essayé d’y mettre de l’ordre en faisant valoir différents types d’herméneutique. Il s’agit de classifications aujourd’hui généralement reconnues, dont deux semblent être particulièrement pertinentes: celle par facultés, qui distingue entre autres les herméneutiques théologique, juridique, psychologique et même philosophique. Puis la classification méthodologique, qui comprend surtout une herméneutique philologique et une herméneutique historique. Depuis quelque temps on s’efforce de retracer l’histoire de ces différentes branches en se concentrant — tout au moins dans les études de langue allemande — avec prédilection sur les textes groupés autour de la fameuse Hermeneutik de Schleiermacher. Ces recherches historiques sont souvent menées dans l’espoir de trouver réponse à des questions d’ordre méthodologique qui se sont posées dans un champ herméneutique précis. Par contre, il est rare qu’elles s’accompagnent d’une réflexion sur le fait qu’elles sont elles-mêmes l’application d’une herméneutique particulière. A moins de ne trahir qu’une naïveté méthodologique, cette lacune ne doit pas s’expliquer nécessairement par des raisons d’économie; en effet, une justification lui est fournie par la revendication universelle de l’herméneutique, dont Hans-Georg Gadamer passe pour le principal représentant. Cette revendication culmine dans la thèse: Sein, das verstanden werden kann, ist Sprache (l’être susceptible d’être compris est langage). Cette thèse, qui se rattache expressément à la pensée heideggerienne, ne nous intéresse ici qu’à titre de formule-clé du cercle herméneutique (hermeneutischer Zirkel), de modèle mettant en rapport les notions d’«être», de «sujet pensant» et de «langage». Ainsi, la revendication universelle de l’herméneutique prenant appui sur la liaison de ces trois concepts, il ne semble plus rester à la réflexion philosophique que deux expériences possibles: celle de sa circularité ou de la clôture herméneutique d’une part, celle d’autre part de l’exercice herméneutique spécifique, c’est- à-dire de la pratique d’un des genres herméneutiques évoqués.