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DEFINITION DES 3 ENTRAINEMENTS BOUDDHISTES
1. ENTRAINEMENT A LA DISCIPLINE
Il s’agit ici d’éviter les actes négatifs et de cultiver les actes positifs. Mais que signifie faire un acte négatif ? C’est faire quelque chose qui nous rend malheureux tout en souhaitant être heureux.[1][1] Où est la racine de ces comportements ? Elle est dans l’esprit :
« Tous les états mentaux ont l’esprit pour avant-coureur, pour chef ; ils sont crées par l’esprit. Si un homme parle ou agit avec un mauvais esprit, la souffrance le suit d’aussi près que la roue suit le sabot du bœuf tirant le char. Tous les états mentaux ont l’esprit pour avant-coureur, pour chef ; ils sont crées par l’esprit. Si un homme parle ou agit avec un esprit purifié, le bonheur l’accompagne d’aussi près que son ombre inséparable » (Dhammapada).
En fait, c’est l’ignorance, l’inconscience attachée à notre esprit qui est la cause de tous les problèmes.
Prenons l’exemple de la drogue : tous le monde reconnaît que l’absorption de drogue provoque dans un premier temps une extase, un état de plénitude et dans un deuxième temps une souffrance, un état de manque. Une partie des gens disent que c’est l’aspect extatique qui prédomine sur l’aspect douloureux (en général ceux qui consomment de la drogue), tandis que l’autre partie dit que c’est l’aspect douloureux qui prédomine sur l’aspect extatique (en général ceux qui n’en consomment pas). Mais tout cela est faux ! En réalité la drogue ne provoque pas une extase, mais une anesthésie, c'est-à-dire que l’on ne sent plus la douleur ni le plaisir, on ne sent plus rien. Notre corps et notre esprit ne fonctionnent plus normalement. Consécutivement, notre comportement devient anormal. Si par exemple nous sommes assis dans un canapé et qu’au bout d’un moment nous avons une douleur dans le dos, naturellement nous changeons de position afin de nous soulager. Mais, une personne qui a consommé de la drogue n’aura pas ce réflexe, car elle est anesthésiée et ne sent pas son dos. Une fois que la drogue a cessée de faire de l’effet, elle ressent des douleurs au dos, et se dit qu’elle est en manque de drogue. Donc, la drogue ne provoque ni extase ni manque, mais une première souffrance liée à l’anesthésie, suivie d’une deuxième liée aux conséquences de l’anesthésie. Acheter de la drogue signifie donc payer pour obtenir une double souffrance ! Il devient donc clair que ceux qui font des actes négatifs agissent sous l’influence de l’ignorance et de l’inconscience.[2][2]
Certains disent « j’agis ainsi, mais je sais que c’est mal ». Mais il faut bien comprendre que ce qui définit que quelque chose est « mal », est que cette chose est une source de mal-heur, de mal-être, de mal-adie. Donc « faire le mal » signifie « se faire du mal », et « faire le bien » signifie « se faire du bien ». Lorsque nous disons « j’agis ainsi, mais je sais que c’est mal », nous voulons en fait dire « j’agis ainsi, mais je sais que c’est mal à long terme, mais bénéfique ou nécessaire à très court terme ».
On pourrait objecter que la pratique du dharma, qui n’est évidement pas un acte négatif, peut être la cause de multiples souffrances (lorsque nous commençons à méditer, nous pouvons par exemple avoir mal aux jambes). Mais la souffrance causée par les actes négatifs est une souffrance inutile, alors que la souffrance liée à la pratique du dharma est utile, car elle nous protège et nous délivre d’une souffrance encore plus grande.
« Les médecins eux-mêmes guérissent les maladies au moyen de traitements désagréables ; donc, je dois supporter quelque inconfort pour vaincre de multiples souffrances » (déclare Shantidéva).
A la base de tout acte négatif, il y a une mauvaise pensée, un désir négatif, une tentation. Cette mauvaise pensée, ce désir négatif, cette tentation est pour nous une souffrance. Et comme nous ne voulons pas souffrir, nous essayons de nous débarrasser de cette mauvaise pensée, de ce désir négatif, de cette tentation. Et nous pensons que si nous disons oui à cette pensée, à ce désir, nous ne serons plus tourmentés[3][3]. Cette méthode marche, mais elle marche mal. En effet, quand nous accomplissons un désir, celui-ci cesse temporairement de nous tourmenter, puis réapparaît progressivement. Ainsi, nous passons toute notre vie à satisfaire nos désirs et n’obtenons jamais un bonheur durable. La seule solution, c’est d’arriver à ne pas écouter la tentation, à ne pas être affecté par le désir, ce qui n’est pas facile. Pour y arriver, il est indispensable de fuir les occasions de se comporter négativement, et de rechercher les occasions d’accomplir des actes positifs. Si nous savons que certaines personnes, certains lieux ou certaines situations ont une mauvaise influence sur nous, nous devons les éviter. Au contraire, si nous savons que certaines personnes, certains lieux ou certaines situations ont une influence bénéfique pour nous, nous devons les rechercher.
« Si nous savons qu’en nous rendant à un certain endroit, nous risquons d’y voir des choses ou des gens avec qui nous nous mettrons en colère et avec qui nous risquons de nous disputer, en renonçant à y aller, nous aurons évité de nous mettre en colère et si nous avons préféré dormir, nous aurons bien fait. » (D’après Guéshé Rabten)
Précisément, les 5 actes négatifs qu’un bouddhiste doit éviter sont : tuer (cela s’applique pour les hommes évidement, mais aussi pour les animaux), voler, mentir, avoir des relations sexuelles incorrectes (c'est-à-dire avec un moine ou une nonne, dans ou à proximité d’un édifice religieux ou encore avec une femme enceinte), s’intoxiquer (avec de l’alcool, du tabac ou de la drogue).
Ajoutons que dans bouddhisme, il existe de nombreux exemples de personnes ayant commis de graves crimes, des meurtres, du brigandage, etc, et qui, après avoir rencontré les enseignements du bouddha et ouvert leur cœur, ont atteint l’éveil suprême, parfois même en peu de temps.[4][4]
2. ENTRAINEMENT AU CALME MENTAL
Pour pouvoir méditer sérieusement, il faut d’abord réunir certaines conditions. Le plus important est un comportement en adéquation avec l’éthique bouddhiste. Mais il faut aussi veiller à manger[5][5] et à dormir de manière équilibrée :
« Il est important de dormir suffisamment mais sans excès. Il est évident qu’une certaine quantité de sommeil est indispensable pour que le corps et l’esprit soient frais, reposés et dispos au réveil. Mais si nous dormons trop, nous nous sentons le corps lourd, l’esprit vague et confus ; nous sommes retardés dans notre travail et ne pouvons pas être efficaces. En observant une juste mesure, nous éviterons ces inconvénients. » (D’après Guéshé Rabten).
Il est aussi nécessaire que le lieu où nous méditons, ainsi que notre corps, soient propres, car cela permet à certaines forces positives d’agir en notre faveur. Avant de méditer, nous prenons refuge (faisons éventuellement des offrandes d’eau, de lumière, de nourriture, ou de fumée aux triple joyaux), puis nous pouvons nous lancer dans la pratique de la méditation.
Certains pensent que pour méditer sérieusement, il est nécessaire de se dépouiller de tout.
Méditer signifie se concentrer. Il existe 2 types de méditations : la méditation analytique et la méditation de fixation ou concentration. La méditation analytique est une méditation avec pensées, où nous réfléchissons sur certains enseignements bouddhistes. Nous pouvons notamment penser à notre mort, à la loi du karma, nous interroger sur la nature de nos perceptions, de nos pensées, etc. Tandis que la méditation de fixation est une méditation sans pensée, qui consiste à se concentrer sur un objet, à fixer notre esprit sur lui. Il peut s’agir d’un objet avec forme ou d’un objet sans forme. Au début, lorsque nous plaçons notre esprit sur un objet, celui-ci n’y reste que quelques secondes, puis vient une pensée qui l’emporte ailleurs. Lorsque nous nous en apercevons, nous devons simplement replacer notre esprit sur l’objet de la méditation, sans nous énerver ni perdre patience. Plus nous nous entraînons, plus notre esprit pourra rester longtemps focalisé sur l’objet de la méditation, jusqu’au jour où nous aurons atteint une telle maîtrise de notre esprit que celui-ci pourra rester collé à l’objet pendant des heures ou des jours sans dévier. L’esprit est un peu comme un petit enfant qui parle sans cesse de tout et de rien : quand nous réagissons à ces pensées, c’est-à-dire quand nous leur accordons de l’importance, le petit enfant, c’est-à-dire l’esprit, s’excite et il y a encore plus de pensées. Au contraire, si nous ne réagissons pas à ces pensées, si nous n’accordons pas d’importance à leur présence, alors l’esprit devient silencieux et apaisé.
Pourquoi accorder tant d’importance aux pensées, pourquoi les laisser avoir tant d’influence sur notre vie ? Elles sont comme des cadavres emportés par une rivière. Pourquoi comparer les pensées à des cadavres ? Parce qu’elles ne ressentent rien, n’éprouvent rien. Pourquoi dire qu’elles sont emportées par les flots d’une rivière ? Parce que l’on a jamais vu une pensée immobile; les pensées sont toujours passantes, il est impossible « d’arrêter » une pensée.
Quand nous méditons, la dualité entre le sujet (celui qui médite) et l’objet (sur lequel on médite) disparaît, ainsi que la réalité que nous percevons habituellement. Nous expérimentons alors un état d’extase (samadhi) qui surpasse de loin tous les bonheurs mondains :
« A force d’entraînement, vous finirez par acquérir une parfaite concentration, libre de tout obstacle. Développant ainsi le contrôle de votre esprit dans la méditation, vous ferez l’expérience d’une paix et d’un bonheur sans cesse grandissants, jusqu’à connaître une félicité infiniment supérieure à toutes les joies que vous connaissez d’ordinaire. Vous atteindrez alors un stade où il est possible de demeurez en concentration plusieurs jours durant, sans la moindre interruption. (…) Parvenu à ce niveau de concentration, le méditant se nourrit du samadhi lui-même. C’est ce qu’on appelle la nourriture du samhadi. La concentration maintient le corps en bonne santé et lui donne plus d’éclat. Enfin, vous atteindrez un stade où votre expérience de paix et de bonheur physiques et mentaux surpasseront tous ceux que vous aurez éprouvé lors des niveaux précédents. Vous aurez la sensation d’un corps si léger qu’il vous semblera capable de voler. La puissance, l’acuité et la clarté de votre esprit seront telles que vous aurez l’impression de pouvoir distinguer et compter les molécules d’une paroi devant vous » déclare Géshé Rabten.
A ce moment, nous risquons de penser que nous sommes proches de l’état de bouddha, que nous avons atteint un très haut niveau dans la hiérarchie bouddhiste. Mais en réalité, à ce stade, nous ne sommes même pas encore entré sur le chemin du bouddha. La voie bouddhiste proprement dite débute au-delà de ce stade, nommé le calme mental (samatha). La réalisation du calme mental, c’est-à-dire la capacité de concentrer notre esprit sur objet indéfiniment, ne libère pas du samsara. En effet, les 2 premiers entraînements sont des entraînements communs aux bouddhistes et aux non-bouddhistes. C’est lorsque nous prenons pour objet de notre concentration la vacuité elle-même, la nature ultime des phénomènes, que nous pratiquons l’entraînement à la vision profonde (vipassana), et c’est uniquement cette pratique qui nous libère du samsara. Mais cette réalisation ne peut être obtenue qu’une fois que le calme mental a été réalisé grâce à l’entraînement à la concentration. De même qu’un oiseau a besoin de ses 2 ailes pour voler, de même nous avons besoin du calme mental et de la vision profonde pour atteindre l’éveil. Le calme mental est surtout lié à la pratique de la méditation de fixation, tandis que la vision profonde est surtout liée à la méditation analytique. Mais le calme mental et la vision profonde ne peuvent être développés que sur la base d’une discipline sans faille ; l’entraînement à la discipline est donc le plus important, puisqu’il est le fondement des 2 autres.
Le calme mental est un état dans lequel notre esprit est pleinement conscient et vide de pensée. Lorsque nous essayons d’établir le calme mental, 2 états extrêmes peuvent se présenter : la torpeur et l’agitation. Lorsque notre esprit est inconscient et vide de pensée, il est sous l’emprise de la torpeur, tandis que lorsqu’il est conscient et plein de pensées, il est sous l’emprise de l’agitation. Les bouddhistes enseignent de nombreuses techniques (qui ne sont pas développées ici) pour vaincre la torpeur et l’agitation.
La conscience et la pensée s’excluent mutuellement. Prenons un exemple : quand nous sommes en train de regarder un tableau et que quelqu’un nous demande « que penses-tu de ce tableau ? » commence le processus suivant : nous créons une image mentale du tableau, puis nous fouillons dans notre passé pour trouver des images mentales de tableaux vus précédemment. Si l’image mentale du tableau ressemble aux images mentales de tableaux vus précédemment que notre esprit a classé dans la catégorie « beaux tableaux », nous disons « oui, c’est une belle œuvre ». Mais durant tout de processus, nous avons porté notre attention sur nos pensées et non sur le tableau, nous avons cessés de voir le tableau. Nous n’étions plus dans l’instant présent – dans ce qui est – conscients du tableau, nous étions dans nos pensées, dans le passé – dans ce qui n’est pas –. Il est impossible de voir quelque chose et de juger cette chose dans le même temps. (Donc, lorsque nous voyons une personne telle qu’elle, nous ne la jugeons pas ; et lorsque nous jugeons une personne, nous ne la voyons pas). Si nous sommes devant un tableau et que nous déclarons « quel beau tableau ! », à ce moment, nous ne voyons plus le tableau, ce que nous voyons c’est la pensée « quel beau tableau ! » L’objet de la pensée, c'est-à-dire ce à quoi nous pensons, est toujours dans le passé ou le futur, jamais dans le présent. Nous voyons un beau tableau, et une seconde ou une fraction de seconde après, nous pensons : « quel beau tableau ! ». Donc il y a eu un décalage – peut-être enfime – entre la pensée et son objet. La pensée se produit toujours dans le présent, tandis que son objet n’est jamais dans le présent. Nous pouvons donc vivre de 2 manières : dans l’instant présent, en observant les pensées, ou dans le temps, en observant l’objet des pensées. La deuxième voie conduit au samsara ; la première voie au nirvana.
Afin d’établir le calme mental, il est donc nécessaire d’abandonner toutes les pensées relatives au passé ou au futur, afin de pouvoir être absorbé par l’instant présent. Mais l’instant présent est-il réel ou non ? On considère généralement que le temps est composé de 3 parties : le passé, le présent et le futur. Quelle est la durée de ces 3 parties ? La durée du passé ainsi que celle du futur sont infinies, tandis que la durée du présent est nulle. Mais le passé est passé et l’avenir est à venir : ils n’existent donc pas. Nous pouvons nous rappeler du passé, mais ce rappel a lieu dans le présent ; nous pouvons imaginer l’avenir, mais l’action d’imaginer a lieu dans le présent. Il nous est impossible d’expérimenter autre chose que l’instant présent. En résumé, le temps est composé du passé et du futur qui ont une durée infinie, mais qui n’existent pas, et du présent qui existe, mais qui a une durée nulle ! De plus, un évènement existe dans le futur avant d’exister dans le passé, ce qui signifie que le futur précède le passé ! Conclusion : le temps est une illusion. Donc, l’instant présent, si l’on considère qu’il est situé à l’intérieur du temps, est une illusion ; mais si l’on considère qu’il est situé à l’extérieur du temps, il est réel.
En fait, notre esprit est continuellement si agité, que – même si cette affirmation peut paraître très étonnante – nous ne sommes pas capables de voir, de marcher, ni de respirer. Nous ne savons pas ce que ces mots signifient, nous ne savons pas ce qu’est un arbre ou une fleur, ni ce qu’est une sensation de chaud ou une sensatin de froid. Nous ne savons rien sur rien ! Si par exemple nous posons une bougie devant nous et que nous essayons de ne rien faire d’autre que de la regarder pendant 5 minutes, nous réaliserons que nous en sommes totalement inccapables. Dès que nous essayons, notre esprit saute, se met à vagabonder, et nous ne sommes plus alors dans l’action de « regarder », mais dans l’action de « penser ». Nous pouvons faire ce test avec n’importe quoi, la respiration, la marche, etc, nous arriverons toujours au même résultat.[6][6]
Ajoutons que tout ce que nous percevons dans notre quotidien peut devenir un support à la méditation. Par exemple, les choses et les gens peuvent symboliser la réalité relative, tandis que l’espace qui les entoure peut symboliser la réalité ultime. Les sons peuvent symboliser la vérité conventionnelle, tandis que le silence peut symboliser la vérité absolue. La terre peut symboliser le samsara, la lune le nirvana, la gravité l’égoïsme et l’apesanteur l’altruisme, etc.
« Vous pouvez, vous aussi, trouver des reproductions de peinture qui éveillent en vous le sens du sacré, et les accrocher aux murs de votre chambre. (…) Vous pouvez faire du lieu où vous méditez un paradis tout simple, grâce à une fleur, un bâton d’encens, une bougie, la photo d’un maître qui a atteint l’éveil ou la statue d’une déité ou d’un bouddha. (…) Et si vous trouvez difficile de pratiquer la méditation chez vous en ville, faites preuve d’imagination, partez dans la nature. (…) Pour calmer votre esprit, promenez-vous dans un parc à l’aube, ou admirez la rosée posée sur la rose d’un jardin. Allongez-vous sur le sol et contemplez le ciel. Laissez votre esprit se perdre dans son immensité. Que le ciel extérieur éveille le ciel intérieur de votre être. Debout près d’un ruisseau, laissez votre esprit se mêler à la course de l’eau. Unissez-vous à son murmure incessant. Asseyez-vous près d’une cascade et laissez son chant purifier votre esprit. (…) Asseyez-vous près d’un lac ou dans un jardin et, tout en respirant paisiblement, laissez le silence s’établir en vous tandis que la lune monte, lentement et majestueusement dans la nuit claire. Tout peut ainsi devenir une invitation à la méditation : un sourire, un visage aperçu dans le métro, la vue d’une petite fleur poussant dans l’interstice d’un trottoir, une cascade d’étoffe chatoyant dans une vitrine, un rayon de soleil illuminant des fleurs sur rebord d’une fenêtre. » (Sogyal Rinpoché)
3. ENTRAINEMENT A LA VISION PROFONDE
Nous pouvons constater que durant notre vie, nous jouons différents rôles, que certains personnages prédominent en nous. Nous savons quel rôle nous jouons, mais nous ne savons pas qui joue ce rôle et ne cherchons pas à le savoir. Nous connaissons le personnage que nous interprétons, mais nous ne nous souvenons plus de notre nom ni de notre adresse et ne cherchons même pas à nous en souvenir. Si nous nous identifions au personnage que nous interprétons au point de croire que nous sommes ce personnage, au point d’être possédé par ce personnage, d’être prisonnier d’un rôle, que ce soit un rôle de briguant ou un rôle de saint, nous sommes dans le samsara. Si nous jouons le rôle de pratiquant du dharma et que nous nous identifions à ce personnage, nous obtiendrons tout au plus un ego spiritualisé et une renaissance en tant que dieu, mais nous ne sortirons pas du samsara. Par contre, un disciple authentique sait qu’il joue un rôle et que le personnage qu’il incarne n’est pas lui. L’état de disciple est donc un état élevé, difficile à atteindre. Lorsque nous sommes capables de rester dans cet état en tout lieu et en toute circonstance, nous pouvons alors être considéré comme un maître. Pour avancer dans cette direction, nous devons nous poser des questions du genre : Qui suis-je ?[7][7] Qui joue ces différents rôles ? Qui pense qu’il est heureux ou malheureux, qu’il est ceci ou cela ? Qui pense ? Où les pensées apparaissent-elles, où disparaissent-elles ? Laissent-elles une trace ? Sont-elles dans le corps ou hors du corps ? Faire l’expérience du bonheur, est-ce la même chose que de penser faire l’expérience du bonheur ? Faire l’expérience de quelque chose, est-ce la même chose que de penser faire l’expérience de quelque chose ? Si nous pensons à du feu, nos pensées sont-elles chaudes, si nous pensons à de l’eau, nos pensées sont-elles humides ? Etc, etc…
Considérons notre être comme un royaume, ou comme un pays, la France par exemple. Imaginons que se soit une personne ordinaire qui obtienne le pouvoir de diriger ce pays, un petit enfant, un chasseur, un débile léger, etc… Les conséquences en seraient désastreuses pour tout le pays, pour l’ensemble de la population. Le petit enfant ferait des lois afin que toute sucrerie soit gratuite, le chasseur ferait des lois qui permettent de tuer des animaux sans limite, etc… Mais les gens ordinaires ne sont ni mauvais, ni dangereux : si ils restent à leur place, sans prendre le pouvoir, ils aident et participent au bon fonctionnement du pays. Le fait est que les gens ordinaires se préoccupent seulement de leur propre bonheur, à court terme, ils n’obéissent qu’à leur volonté ; tandis qu’un disciple authentique, lui, se préoccupe du bonheur du plus grand nombre, à long terme, il obéit à une volonté supérieur. C’est pour cela que si l’on donne le pouvoir de diriger au disciple, c’est tout le pays qui sera prospère, l’ensemble de ses habitants qui seront heureux.
Les êtres ordinaires vivent entre 2 mondes : le premier, c’est « ce qui est » et le second, c’est « ce que l’on voudrait qui soit ». Ces 2 mondes forment ce que l’on nomme la dualité. Quand le deuxième monde se rapproche du premier, les gens ordinaires font l’expérience du bonheur. Quand le deuxième monde s’éloigne du premier, les gens ordinaires font l’expérience du malheur. Quand le deuxième monde reste à la même distance du premier, les gens ordinaires ne ressentent rien. Les gens ordinaires sont perpétuellement partagés entre l’espoir et la peur : l’espoir que le deuxième monde soit uni au premier, et la peur qu’il en soit séparé. Hélas, être entre 2 mondes signifie être dans aucun monde. Etre dans aucun monde signifie être nulle part, ne pas exister. Mais le disciple, lui, ne vit que dans le premier monde, dans l’unité et pas dans la dualité. L’être ordinaire est comparable à un sot ou à un enfant, tandis que le disciple est comparable à un sage ou à un adulte.
En générale, nous cherchons toujours le confort et fuyions l’inconfort. Pourtant, il peut arriver que confrontés à une situation difficile (une guerre, une tempête, etc) qui peut-être met notre vie en danger, nous ressentions une paix et une joie que nous ne ressentons jamais dans notre quotidien. Ce qui s’est passé, c’est que face à cette situation difficile, le sot, l’enfant, a fuit, il est passé au second plan, tandis que le sage, l’adulte, est venu au premier plan. La conséquence de ce double mouvement est d’éprouver une joie indicible. Reconnaître que la joie peut apparaître au cœur de l’inconfort, comme une fleur de lotus peut s’élever de la boue, c’est ce que les bouddhistes nomment la folle sagesse.
Imaginons une chaîne tendue verticalement. La base de la chaîne c’est l’inconscience, son sommet c’est la conscience. Chaque maillon représente un personnage : un philosophe, un voleur, un alpiniste, un artiste, une mère, un amant, etc. Toute l’illusion est liée au fait que nous croyons être un de ces personnages, un maillon de la chaîne. Les gens ordinaires s’identifient à un personnage à un point tel qu’ils ne peuvent même pas envisager la possibilité de se transformer. Les initiés, les gens qui sont engagés dans une pratique spirituelle, peuvent quant à eux envisager de se transformer, c’est-à-dire cesser de s’identifier à un maillon pour s’identifier à un autre maillon plus élevé. Mais ces 2 façons de voir, la façon de voir des gens ordinaires et celle des initiés, sont incorrectes. En réalité, nous ne sommes pas un maillon de la chaîne, nous sommes toute la chaîne ! Nous sommes un être ordinaire, un bouddha, un ange, un démon, etc, nous sommes tous cela ici et maintenant. Il est clair que nous ne pouvons pas manifester tous les personnages en même temps, que nous ne pouvons pas jouer tous les rôles en même temps. Mais l’illusion de l’ego, c’est de nous faire croire que notre être est infiniment plus petit qu’il ne l’est en réalité, que nous sommes un maillon alors que nous sommes toute la chaîne. Lorsque nous sommes séparés de notre corps (au moment de la mort), nous ne pouvons plus continuer à croire que nous sommes juste un personnage, une petite partie de ce que nous sommes réellement, nous voyons la totalité de nous-mêmes, et cela nous ne pouvons le supporter. De même qu’une personne habituée à vivre dans une grotte obscure est obligée de fermer les yeux lorsque elle se retrouve en plein soleil, de même une personne habituée à s’identifier à une infime partie de ce qu’elle est réellement, sera obligé de fermer son esprit lorsque elle se retrouvera face à elle-même. Fermer son esprit signifie que celui-ci va devenir obscure et inconscient : la mort, c’est cela.
Cette multitude de personnages qui sont dans notre esprit peut être ramenée à 3 personnages : la victime, le bourreau et le sauveur. La victime, c’est ce qui est moi. Le bourreau, c’est ce qui n’est pas moi. La victime réagit aux agressions présumées du bourreau, et se comporte donc comme un agresseur. Le bourreau ne réagit pas, et se comporte donc comme une victime. Le moi est donc une fausse victime et un vrai agresseur, tandis que le monde est un faux agresseur et une vraie victime. Et voilà qu’arrive le sauveur pour réconcilier la victime avec l’agresseur, le moi avec le monde ! Mais si l’on observe la réalité, il est impossible de trouver la frontière qui sépare ce qui est moi de ce qui n’est pas moi. La victime, le bourreau et le sauveur sont donc 3 personnages illusoires. Agressé, agresseur, moi, monde : il ne s’agit que de créations de l’esprit sans lien avec le réel.
Concrètement, à chaque personnage correspond un désir[8][8]. Au personnage de l’alpiniste, correspond le désir de gravir des montagnes, au personnage du mystique correspond le désir d’avoir des expériences spirituelles, au personnage de l’alcoolique correspond le désir de boire, au personnage de la mère correspond le désir de voir son enfant heureux, etc. Toute notre souffrance est liée à ces désirs contradictoires : en effet, l’alpiniste peut fort bien coexister avec le mystique, mais pas avec l’alcoolique. Certaines conditions peuvent être favorables pour un personnage, et défavorables pour un autre. Par exemple, si nous sommes père de famille, mais que nous avons tendance à boire, le fait de perdre notre travail par exemple sera une condition qui tendra à faire que le buveur soit plus présent et que le père soit plus absent.
Parlons maintenant de la peur. Qu’est-ce que la peur ? Avoir peur de quelque chose, c’est être attiré par quelque chose de mauvais pour nous. Avoir peur de faire une expérience signifie avoir le désir de faire une expérience, tout en sachant que cette expérience sera douloureuse. Donc, ce que les gens appellent « désir », c’est le désir pour ce qui est positif ; ce qu’ils appellent « peur », c’est le désir pour quelque chose de négatif.
Même si cela peut paraître étonnant, tous nos désirs sont toujours réalisés, et de façon immédiate. Imaginons une personne qui vient de perdre un proche : elle pleure, et elle croit qu’elle pleure car elle désire que la personne qui est décédée soit encore en vie. Mais c’est faux, elle pleure simplement car elle désire faire l’expérience de pleurer ! En encore, ce n’est qu’une petite partie d’elle qui a ce désir ; mais comme elle est centrée sur cette petite partie d’elle, il lui semble que le désir a envahit tout son être.
En conclusion, atteindre l’éveil spirituel n’est pas difficile ; ce qui est difficile, c’est d’engendrer le désir d’atteindre l’éveil.
[1][1] Les chrétiens connaissent aussi les notions d’acte négatif, d’erreur ou de « péché » (qui signifie littéralement « louper son but, manquer sa cible »). Lorsque nous faisons des fautes, des erreurs, pourquoi demander pardon à Dieu, puisque c’est nous et pas Dieu qui en subissons les conséquences ? Un petit enfant qui apprend à marcher et qui tombe ne demande pas pardon à son père pour s’être fait mal ! Inversement, lorsque tout va bien, si nous voulons absolument remercier quelqu’un, pourquoi pas nous-même. En effet, si nous marchons sans tomber, c’est avant tout grâce à notre propre effort.
Lorsque ses disciples interrogent Jésus pour savoir qu’est-ce qui est péché et qu’est-ce qui est vertu, il leur donne cette sublime réponse : « Veux-tu que nous jeûnions ? Et comment prierons-nous ? Donnerons-nous l’aumône ? Et en ce qui concerne la nourriture, quelle norme observer ? » Jésus dit : « Arrêtez l’hypocrisie, ce que vous n’aimez pas, ne le faites pas. » Cela montre bien que c’est dans notre nature de faire le bien. Si nous faisons le mal, c’est parce que nous ne nous écoutons pas, parce que nous sommes infidèles à nous-mêmes, à notre propre coeur. C’est pour cela que quoi que nous fassions, nous devons le faire naturellement, sans nous forcer ou nous contraindre nous-même.
« Tous les chemins se ressemblent : ils ne mènent nulle part. Pourtant un chemin qui n’a pas de cœur n’est jamais profitable. En revanche, celui qui en a un est aisé – le guerrier n’aura pas à se forcer pour le suivre ; il sera joyeux tout au long du voyage ; tant qu’il ne s’en écartera pas, il ne fera qu’un avec lui. » (Don Juan)
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[2][2] Il s’agit d’un extrait de l’évangile de Marie. Pierre interroge Jésus : « Qu’est-ce que le péché du monde ? » Jésus répond : « Il n’y a pas de péché. C’est vous qui faites exister le péché lorsque vous agissez conformément aux habitudes de votre nature adultère ; là est le péché. Voilà pourquoi le Bien est venu parmi vous ; il a participé aux éléments de votre nature afin de vous ré-unir à ses racines. » Il continua et dit : « Voici pourquoi vous êtes malades et pourquoi vous mourrez : c’est la conséquence de vos actes ; vous faites ce qui vous éloigne… Comprenne qui pourra. » « L’attachement à la matière engendre une passion contre nature. Le trouble naît alors dans tout le corps ; c’est pourquoi je vous dit : « soyez en harmonie… » Si vous êtes déréglés, inspirez-vous des représentations de votre vraie nature. Que celui qui a des oreilles qui entendent entende. »
Voici encore ce que déclare Saint Paul au sujet du péché: « Nous savons, en effet, que la Loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu et asservi au péché. Car je ne comprends pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par là que la Loi est bonne. Et alors, ce n’est plus moi qui agis ainsi, mais le péché qui habite en moi. En effet, je sais que ce qui est bon n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans mon corps, parce que j’ai la volonté de faire le bien, mais je n’ai pas le pouvoir de l’accomplir ; car je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas. Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui agis ainsi, mais c’est le péché qui habite en moi.
Je trouve donc en moi cette loi : quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi. Car, dans mon être intime, je prends plaisir à la loi de Dieu ; mais je vois dans mes membres une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit, et qui me rend captif de la loi du péché, qui se trouve dans mes membres. Misérable que je suis ! Par qui serais-je délivré de ce corps qui m’entraîne à la mort ? (…)
Ainsi donc, je suis moi-même assujetti, par l’esprit, à la loi de Dieu, mais, par le corps, à la loi du péché. »
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[3][3] D’après Oscar Wilde : « le meilleur moyen de se libérer d’une tentation, c’est d’y céder ».
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[4][4] « La présence d’imperfections, et même d’imperfections nombreuses et sérieuses, ne saurait être un empêchement permanent au yoga. (…) Le seul empêchement qui puisse être permanent – mais qui ne l’est pas nécessairement, car cela aussi peut changer – c’est l’insincérité. (…) Si l’imperfection était un empêchement, nul homme ne pourrait réussir dans le yoga, car tous sont imparfaits. Et d’après ce que j’ai vu, je ne suis pas sûr que ce ne soient pas ceux qui ont la plus grande capacité pour le yoga qui, le plus souvent, n’ait ou n’aient eu aussi les plus grandes imperfections. » (Shrî Aurobindo)
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[5][5] « Le yoga n’est pas pour celui qui mange avec excès, ni pour celui qui s’abstient complètement de manger » (d’après la Gîta)
[6][6]« Jésus vit des nouveaux-nés qui tétaient. Il dit à ses disciples : « ces petits qui tètent sont semblables à ceux qui entrent dans le royaume ». Ils lui dirent : « alors, si nous redevenons petits, nous entrerons dans le royaume ? » Jésus leur dit : « quand vous aurez fait le deux un, quand vous aurez fait l’intérieur comme l’extérieur et l’extérieur comme l’intérieur, quand le haut sera comme le bas, quand vous aurez fait du mâle et de la femelle un seul être, afin que le mâle ne soit pas mâle ni la femelle femelle, quand vous aurez un œil dans votre œil, et une main à la place de votre main, et un pied à la place de votre pied, et une perception dans votre perception, alors vous entrerez dans le royaume ». (Evangile selon Saint Thomas)
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[7][7] « Lorsque vous vous connaîtrez, alors on vous connaîtra ; et vous saurez que vous êtes les fils du Dieu vivant. Si au contraire vous ne vous connaissez pas, alors vous êtes dans la misère, et vous êtes la misère. » (Evangile selon Saint Thomas)
[8][8] « Mon maître m'a dit un jour: «Vous êtes une foule amorphe », non structurée, non cristallisée. C'est vrai. Que vous utilisiez comme point d'appui de votre compréhension l'image de personnages divers et contradictoires en vous, que vous considériez chaque émotion, chaque peur, chaque désir, chaque état d'âme comme un de ces personnages, que l'image du kaléidoscope soit éloquente pour vous ou non, la vérité, elle, reste la même. Ce dont vous pouvez être absolument certain, c'est que si vous ne prenez pas conscience d'une façon ou d'une autre de la complexité qui est la vôtre, de la multiplicité qui vous compose, il n'y a pas de chemin possible. Beaucoup de ceux qui m'écoutent depuis des années n'ont pas réellement compris ce dont je parle. Ils n'ont pas vu concrètement les contradictions qui les habitent, ils n'ont pas mesuré l'ampleur de leur division intérieure. Se prendre en flagrant délit de contradiction, c'est assumer avec courage un certain déchirement intérieur, c'est perdre l'illusion d'un « je » et d'une volonté stables que nous ne possédons pas. Seul le disciple, personnage d'un autre ordre, est capable de voir en toute lucidité que nous n'êtes pas un mais multiple et d'être le témoin des formes de conscience qui se succèdent en vous. » (Arnaud Desjardins)
Et voici ce que dit Max Loreau à propos de Jean Dubuffet :
« Jean Dubuffet part donc à la recherche d'une vision apte à suggérer ce dont il entend nous persuader: à savoir le caractère précaire et illusoire de nos comportements et démarches. Ce regard aux lueurs contradictoires tel qu'en lui à tout instant chevauchent l'inconscient et elle conscient, le bien et le mal, le concret et le conceptuel, où le trouver intensément vivace sinon dans un esprit à double foyer où s'affronteraient et se confronteraient en permanence le point de vue de l'enfant et celui de l'adulte? A l'enfant de faire trébucher l'adulte sur ses illusions et de troubler les contours si fermes qu'impriment en toute chose le sérieux et l'ennui. A l'adulte de faire la toilette de l'enfance, de ses verts paradis. L'adulte est condamné à l'inconfort: comme s'il vivait parmi des meubles qui se déroberaient sitôt qu'il en approche la main; l'enfant à repousser tout attendrissement oublieux. Toutefois, Jean Dubuffet n'est pas semblable à celui qui, ayant deux paires de lunettes, les porteraient tour à tour, successivement. C'est en même temps qu'il les porte: un verre grossissant à droite, un morceau de quartz non taillé à gauche. Si son regard est double, on ne peut pas dire pour autant que Jean Dubuffet soit possédé par ses personnages. Le lieu où il se tient n'est dans aucun d'eux: il est ailleurs, là où l'esprit peut les soutenir simultanément à l'existence: dans l'intervalle.
Éviter de s'engourdir dans une vision particulière des choses et, dans ce but, dédoubler le regard et se tenir à égale distance des deux perspectives simultanément assumées: c'est là le secret de Jean Dubuffet. Inconfort et malaise: hygiène des rouages mentaux.