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L'Eglise anglicane vient de prendre position dans le douloureux débat sur la conduite thérapeutique à tenir vis-à-vis des grands prématurés lourdement handicapés. Elle estime en substance que, dans certains cas exceptionnels, l'acharnement thérapeutique pour les maintenir en vie n'était pas forcément souhaitable. Dans un document qui ne manquera pas de faire date et qui, sans aucun doute, va alimenter une polémique au sein de la famille chrétienne, les dirigeants de cette Eglise estiment que certains devraient être «autorisés à mourir» et ce au titre du concept de «compassion». «Il se peut qu'il y ait des occasions, où, pour un chrétien, la compassion l'emportera sur la "règle" que la vie doit être inévitablement préservée, estime Tom Butler, évêque de Southwark. Un traitement disproportionné dans le but de prolonger la vie en est un exemple.»Ce document dont le détail est publié dans l'hebdomadaire britannique The Observer, daté du 12 novembre, est destiné à une commission d'éthique britannique la commission Nuffield qui s'apprête à formuler des recommandations sur la conduite à tenir vis-à-vis des grands prématurés lourdement handicapés. Dans sa contribution à la réflexion de la commission Nuffield, l'évêque de Southwark affirme encore, au nom de l'Eglise anglicane, que «dans certaines circonstances, il peut être juste de stopper ou retirer un traitement, sachant qu'il est possible, probable ou même certain, que cela provoquera la mort.»L'évêque ne va toutefois pas jusqu'à préciser quelles sont ces «circonstances». Il insiste en revanche sur le fait que cette décision doit être prise «avec réticence», lorsque toutes les autres possibilités ont été explorées. Il évoque aussi avec une grande prudence la dimension économique de la réanimation et du maintien en vie de ces nouveau-nés invoquant à cet égard le «principe de justice», l'économie ici réalisée permettant de sauver «d'autres vies». Il y a quelques jours le Collège royal britannique des gynécologues-obstétriciens avait réclamé l'ouverture d'un débat sur la possible légalisation de l'euthanasie pour les nouveau-nés les plus lourdement handicapés. Il avait pris soin, dans sa contribution à l'enquête de la commission Nuffield, lancée en octobre 2004, de préciser qu'il n'était pas forcément pour, mais que la question méritait d'être posée.1Pourquoi le Royaume-Uni s'intéresse-t-il actuellement à la question de la survie des grands prématurés lourdement handicapés ? Pour une bonne part, nous explique le bureau londonien de l'Agence France-Presse, en raison d'une bataille judiciaire très médiatisée concernant le maintien ou non en vie d'une petite fille aujourd'hui âgée de trois ans, Charlotte Wyatt. Charlotte était née à six mois de grossesse, pesait 450 grammes et mesurait 13 cm à sa naissance. Ses parents l'avaient dans un premier temps emporté contre les médecins, qui souhaitaient ne pas la maintenir en vie à tout prix arguant de ses souffrances et des lourds handicaps à venir. Charlotte a survécu. Elle est dans un état quasi végétatif, sourde, pratiquement aveugle et ne vivant que grâce à un respirateur artificiel, alimentée par sonde. Ses parents se sont depuis séparés, et les services sociaux de l'hôpital de Portsmouth qu'elle n'a jamais quitté lui cherchent actuellement ce qu'il est convenu d'appeler «une famille d'accueil».1 Sur ce thème, on peut se reporter aux deux récentes chroniques «En marge» intitulées «A quel titre ne pas tuer les enfants malformés ?». Rev Med Suisse 2006;2: 2140 et 2202.