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Qui ne connaît, ne serait-ce que de réputation, The American Heart Journal ? Et combien seront surpris d'apprendre que cette Bible mensuelle de la cardiologie de notre époque publie, dans sa livraison d'avril, une étude visant rien moins qu'une évaluation bénéfice-risque de la pratique de la prière ? L'affaire est traitée dans le volume 151, dans la rubrique chirurgie, entre les pages 934 et 942. En langue anglaise, cela donne : «Study of the therapeutic effects of intercessory prayer (STEP) in cardiac bypass patients : A multicenter randomized trial of uncertainty and certainty of receiving intercessory prayer». Cette STEP est signée de 16 praticiens dirigés par le Dr Herbert Benson, cardioloque et directeur du «Mind/Body Institute» situé près de Boston. L'article a été adressé le 5 janvier 2005 et accepté le 6 mai de la même année. Sa publication est accompagnée d'un éditorial qui, en introduction, cite une célèbre phrase d'Albert Einstein plaidant en faveur du développement de la recherche scientifique dans le champ de la religion, deux domaines qui, à ses yeux, n'avaient rien d'inconciliable. Souvenons-nous ici que la prière fut longtemps «un acte de religion par lequel on s'adresse à Dieu pour l'implorer ou pour l'adorer» avant de devenir une banale «invitation polie». Par intercessory prayer, il faut comprendre qu'il ne s'agit ni d'une prière visant au bénéfice de celui qui l'effectue, ni d'une prière faite par une personne qui espère des bénéfices divins pour l'un de ses proches. En d'autres termes il s'agit, si l'on comprend bien, d'adresses collectives à Dieu pour le compte de tierces personnes. Les auteurs de la publication de l'American Health Journal nous apprennent qu'il s'agit là de pratiques très répandues. Ils ajoutent aussi que ces pratiques ont jusqu'ici réussi à échapper à la sagacité de la raison, de la science et de la médecine basée sur les preuves. Grâce à la célèbre technique du double aveugle, mais sans l'aide du placebo, le temps était venu, en somme, de faire la lumière. Et la lumière est.Le travail a été conduit auprès de 1802 personnes qui s'étaient portées volontaires avant de subir, entre janvier 1998 et novembre 2000 et dans six établissements hospitaliers américains, un ou plusieurs pontages aorto-coronariens. Trois congrégations religieuses, deux catholiques et une protestante,1 ont été chargées de prier pour «la réussite de l'opération chirurgicale et une guérison rapide sans complication» des malades dont elles recevaient le prénom et l'initiale du nom de famille. Après tirage au sort trois groupes furent constitués. Le premier et le deuxième étaient respectivement composés de 604 et de 597 personnes. Toutes avaient été tenues informées du fait qu'elles pourraient ou non faire l'objet de prières alors que ces dernières ne devaient concerner que le premier groupe. Les 601 personnes du troisième groupe firent quant à elles effectivement l'objet de prières et elles en furent préalablement informées. Toutes ces prières furent prononcées durant une période de quatorze jours commençant la nuit précédant l'intervention de chirurgie cardiaque. Le premier critère de l'étude était la survenue ou non d'une complication médicale au 14e et au 30e jour. Le second concernait les taux d'accidents graves ou mortels. Dans les deux premiers groupes (ceux composés des personnes ne sachant pas si on priait ou non pour elles), les auteurs de ce travail ont observé une égalité presque parfaite des conséquences de l'intervention. Des complications survinrent chez 315 des 604 personnes du premier groupe et chez 304 des 597 du deuxième, soit des taux respectifs de 52 et 51%. Mais quid du troisième groupe, pour lequel les prières étaient effectivement effectuées et les malades informés qu'elles l'étaient ? Contre toute attente le taux de complications fut de 59% (352 sur 601). La fréquence des nouveaux infarctus fut aussi supérieure (18% contre 13%). Quant aux taux de mortalité, ils furent les mêmes dans les trois groupes.Les auteurs de ce travail tirent deux conclusions. Non seulement cette forme de prière n'a pas, du moins ici et dans cette indication, démontré la preuve de son efficacité mais il est désormais établi qu'elle peut avoir des effets nocifs. Du moins quand les malades savent que des inconnus s'adressent à Dieu pour implorer qu'il uvre à prévenir les complications d'un pontage aorto-coronarien. Tout le monde, croyants ou non, aimerait bien évidemment comprendre. Les signataires avancent l'hypothèse du stress subi par des patients inquiets de se savoir «si malades que l'on avait dû avoir recours, les concernant, à un groupe de prière». The New York Times précise que ce travail a coûté 2,4 millions de dollars, une somme pour l'essentiel fournie par la puissante Fondation religieuse John Templeton qui cherche à mettre en uvre le souhait d'Albert Einstein. Il faut, enfin, indiquer que cette étude n'était en aucune manière destinée à «déterminer si Dieu existe ou s'il exauce ou non les prières». Une interrogation est soulevée : cette publication met un terme à la question qui fut à son origine ? On peut d'ores et déjà répondre par la négative. Plusieurs des auteurs estiment qu'il ne faut pas en rester là. Car de multiples pistes sont désormais grandes ouvertes. Pourquoi devrait-on se borner aux pontages aorto-coronariens ? De nombreuses pathologies peuvent désormais se prêter à ce type d'essai clinique, à commencer par le feu du zona et les douleurs postzostériennes qui furent longtemps prises en charge, non sans succès dit-on, dans les enceintes sacrées. On pourra aussi à l'avenir ne pas se borner aux effets sur les malades et évaluer les possibles effets bénéfiques de la pratique de la prière chez ceux qui y ont recours, pour eux-mêmes ou pour ceux qu'ils aiment. Avant d'être réinventé par un Sigmund Freud qui privilégia de coûteux, brefs et répétés alitements aux agenouillements gratuits ou presque, le confessionnal catholique fut-il toujours sans vertus thérapeutiques ? Est-il définitivement trop tard pour engager des travaux scientifiques dans ce domaine ? L'examen de conscience ne réveille-t-il que la souffrance d'avoir offensé Dieu ? Et faudrait-il définitivement admettre que des pans entiers de l'activité humaine échapperont éternellement à la raison raisonnante ? 1 St Paul's Monastery (St Paul), Community of Teresian Carmelites (Worecester), Silent Unity (Kansas City).