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Condensé de l'article de Damien Millet(A) et Eric Toussaint(B)
Les solutions pour atteindre cet objectif passent par une politique de souveraineté alimentaire et une réforme agraire. Elles permettront de nourrir la population à partir de la production locale, en limitant les importations et les exportations.
Pour atteindre cet objectif, plus de 3 milliards de paysans devraient pouvoir accéder à la terre en quantité suffisante et la travailler pour leur compte. Grâce à l’aide publique, ils pourraient disposer des moyens pour cultiver la terre. Pour cela, une réforme agraire est nécessaire. Elle permettra la juste redistribution des terres en fournissant un soutien public au travail des agriculteurs.
Le FMI et la Banque mondiale ont une responsabilité dans la crise alimentaire ayant recommandé aux gouvernements du sud de supprimer les silos à grains qui servaient à alimenter le marché intérieur en cas d’insuffisance de l’offre et/ou d’explosion des prix. Ces entités ont poussé ces mêmes gouvernements à supprimer les organismes de crédit public aux paysans. Ceux-ci se sont adressé à des banques ou des prêteurs privés qui pratiquent des taux usuriers. D'où l’endettement des petits paysans.
Ces 40 dernières années, ces deux organismes ont poussé les pays tropicaux à réduire leur production de blé, de riz ou de maïs pour les remplacer par des cultures d’exportation (cacao, café, thé, bananes, arachide, fleurs). Ces institutions ont aussi encouragé les gouvernements du sud à importer des produits bénéficiant de subventions massives provenant des gouvernements du Nord, provoquant la faillite de nombreux producteurs du Sud et une forte réduction de la production vivrière locale.
Besoin est de recréer au sud des stocks publics de réserves d’aliments (riz, blé, maïs), de remonter des organismes publics de crédit aux agriculteurs et de rétablir une régulation des prix des aliments. L’Etat doit garantir aux petits producteurs agricoles des prix de vente suffisamment élevés afin d'améliorer leurs conditions de vie. L’Etat doit également développer les services publics dans les milieux ruraux (santé, éducation, communications, culture, "banques" de semences). Les pouvoirs publics sont à même d'assurer à la fois des prix subventionnés aux consommateurs d’aliments et des prix de vente suffisamment élevés pour les petits producteurs agricoles afin qu’ils puissent disposer de revenus suffisants.
On ne peut prétendre lutter contre la faim sans s’attaquer aux causes fondamentales de la situation actuelle. La dette publique est l’une d’entre elles. La crise qui nous touche aujourd’hui aggrave la situation des pays en développement face au coût de l’endettement. Ce pillage organisé, a conduit les peuples du sud, souvent pourvus en richesses humaines et naturelles considérables, à un appauvrissement général. La dette est un obstacle essentiel à l'accès à une alimentation décente.
On ne peut demander aux pays appauvris par une crise dont ils ne sont nullement responsables, de consacrer une grande partie de leurs ressources au remboursement de créanciers aisés plutôt qu’à la satisfaction de leurs besoins essentiels. Le principe de la dette est immoral: elle a souvent été contractée par des régimes non démocratiques qui n’ont pas utilisé les sommes reçues dans l’intérêt de leur population. Les créanciers des pays industrialisés ont prêté sciemment à des régimes souvent corrompus. Ils ne peuvent pas exiger des peuples le remboursement de ces dettes illégitimes. Les droits des créanciers, rentiers ou spéculateurs ne font pas le poids par rapport aux droits vitaux de six milliards de citoyens, piétinés par le mécanisme de la dette.
La dette représente une nouvelle forme de colonisation. Elle s’ajoute à l'esclavage, l'extermination de populations indigènes, le pillage des matières premières, de la biodiversité, du savoir-faire des paysans (brevets détournés), des biens culturels, de la fuite des cerveaux. Il est temps de remplacer la logique de domination par une logique de redistribution de richesses dans un souci de justice.
A)Damien Millet, mathématicien, est porte-parole du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org).
B)Eric Toussaint docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique. Ils ont écrit ensemble le livre "60 Questions 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale", CADTM/Syllepse, novembre 2008.
Source / auteur : CADTM