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Cette vue inversée appartient à la série des grandes stéréoscopies prises à partir de 1852 ; elle montre la façade sud-est de l’écurie-remise et pigeonnier de la maison de maître de Beaulieu, dont le clocheton et les baies en lancette évoquent une chapelle. Elle révèle l’état d’origine de cette dépendance bâtie en 1827, dont le riche décor néogothique a été simplifié par la suite. Relevons d’emblée la qualité de l’image et de son éclairage, qui mettent en valeur la finesse des divers ornements architecturaux, notamment le lambrequin qui borde les rives du toit, la cage d’envol du pigeonnier et le clocheton rehaussé d’éléments en tôle découpée. Le rucher adossé à la façade, garni d’étagères sur lesquelles sont alignées des ruches en paille, n’est pas conservé, mais cette vue constitue un témoignage précieux pour l’histoire de l’apiculture, tout en attestant l’intérêt qu’Eynard portait à la vie rurale. La composition est très soignée : la façade lumineuse du bâtiment, prise dans sa totalité, est encadrée d’arbres et d’arbustes plus foncés, l’ensemble créant un effet de clair-obscur caractéristique des œuvres d’Eynard. La végétation abondante révèle qu’on est à la belle saison et la lumière généreuse, venue d’en haut, suggère la mi-journée. Étonnamment, les deux cadrans d’horloge placés sur le clocheton indiquent deux heures différentes, le mécanisme s’étant peut-être arrêté. Un homme non identifié se tient debout à droite du rucher ; il anime la scène tout en donnant l’échelle du bâtiment. Habillé d’une chemise, d’un gilet et d’un pantalon clairs, il porte un chapeau de paille. Notons que la vue de droite est un peu plus foncée.
En 1854, Eynard commande à l’artiste italien Antonio Fontanesi une série de lithographies consacrées à son domaine de Beaulieu. L’une d’elles est très proche de ce daguerréotype, mais le cadrage est un peu plus large et conforme à la réalité, c’est-à-dire sans inversion. En outre, le personnage est remplacé par un couple se tenant par le bras, debout de dos à gauche du rucher, tandis que les deux cadrans d’horloge indiquent la même heure. (I. Roland)