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C'est une histoire triste autant qu'édifiante ; une histoire de notre temps. Elle se passe à Miami dans le bel Etat de Floride gouverné par Jeb Bush, frère du président des Etats-Unis. Au moment où nous écrivons ces lignes (nous sommes le 22 octobre 2003) une sonde alimentaire vient d'être réinstallée sur Terri Schiavo, une Américaine de 39 ans dans le coma et en état végétatif depuis 1990 à la suite d'un accident vasculaire. Il y a une semaine, cette même sonde avait, sur décision judiciaire, été retirée ; les médecins estimaient alors que Mme Schiavo mourrait dans un délai d'environ dix jours.C'est à la demande de l'époux de cette dernière que la justice s'était prononcée. Michael Schiavo estimait, comme les soignants, que son épouse n'avait aucune chance de sortir de son profond coma ; il affirmait d'autre part qu'elle lui avait fait part de sa volonté, le cas échéant, de ne pas être maintenue artificiellement en vie. Tel n'était pas le point de vue des parents de la malade, Bob et Mary Schindler, qui ont combattu avec la dernière énergie pour que leur fille soit maintenue en vie, persuadés que son état de santé pouvait s'améliorer. «Lors des visites, elle me répondait, elle savait que j'étais là» affirmait Mary Schindler le jour où l'on retirait la sonde alimentaire. «Pour nous, c'est un assassinat» a accusé son mari.Ces parents ont tenté, jusqu'au dernier moment, de renverser le jugement, en saisissant lundi la cour d'appel et en demandant mardi l'intervention du gouverneur républicain de Floride. Ils ont aussi mené une campagne médiatique, créant un site web appelant les visiteurs à contacter des journalistes influents et diffusant des vidéos de leur fille prouvant, selon eux, que celle-ci essaie de parler.Plusieurs dizaines de personnes ont organisé une «veille» devant le centre médical de Pinellas Park, où était hospitalisée Terri. Nous étions alors le 15 octobre.A l'initiative de Jeb Bush et de plusieurs élus républicains de Floride, le congrès de cet Etat votait le 20 octobre 2003 une loi permettant de maintenir en vie une personne en état végétatif à la demande de membres de sa famille. Cette personne ne doit toutefois pas, dans ce cas de figure, avoir auparavant exprimé par écrit son opposition à être maintenue en vie, dispose ce texte de loi, aussitôt baptisée «loi Terri». Opposés au maintien en vie de Terri Schiavo, des représentants démocrates ont qualifié cette loi d'anticonstitutionnelle car violant, selon eux, la séparation des pouvoirs entre les domaines politique et judiciaire. Pour autant, le 22 octobre Jeb Bush ordonnait de reposer la sonde alimentaire ; ce qui fut fait.C'est peu dire que tout cela «relance», outre-Atlantique, la controverse sur l'euthanasie et le suicide assisté qui, aux Etats-Unis, n'est autorisé que dans l'Etat de l'Oregon. Une controverse polluée par Jack Kevorkian surnommé le «docteur suicide» qui en 1999 a été condamné, dans l'Etat du Michigan, à dix ans de prison incompressibles pour avoir tué à sa demande - un malade souffrant d'une affection incurable. «Symbole» de la lutte pour la légalisation du suicide médicalement assisté, ce médecin affirmait avoir aidé 130 personnes à mourir depuis 1990.«Malgré leurs efforts pour légaliser cette pratique dans d'autres Etats, les partisans du suicide assisté n'y sont pas parvenus pour l'instant» a expliqué à l'Agence France-Presse Marc Spindelman, professeur de droit spécialisé sur les questions d'euthanasie à l'Université de l'Etat de l'Ohio. La loi dite «Mourir avec dignité» promulguée en 1997 par l'Oregon, dispose que les malades doivent, pour obtenir une assistance au suicide, faire deux demandes orales et une demande écrite dans un intervalle d'au moins deux semaines. Ils doivent aussi être en phase terminale de leur affection avec un espoir prévisible de vie de moins de six mois et être considérés par deux médecins comme mentalement capables de prendre cette décision. Les malades doivent encore s'administrer eux-mêmes la substance mortelle.«Le suicide médicalement assisté a donné lieu dans l'Etat de l'Oregon à moins d'une mort par mille habitants. En 2002, cinquante-huit patients ont demandé et obtenu des prescriptions, mais seuls trente-huit d'entre eux les ont utilisées, écrivait il y a peu dans les colonnes du Monde Charles H. Baron, professeur de droit constitutionnel à la Boston College Law School. Cependant, même ceux qui décident de ne pas utiliser la prescription en tirent le sentiment de conserver la maîtrise de leur vie, par le seul fait d'avoir le médicament à portée de main. (...) C'est la raison pour laquelle les éléments conservateurs de l'administration Bush ont tenté d'employer le pouvoir fédéral pour renverser la loi de l'Oregon. Jusqu'à présent, ces efforts n'ont eu aucun succès. Des tentatives pour obtenir du Congrès fédéral qu'il renverse la loi ont échoué par deux fois. Un règlement fédéral, édicté par le ministre de la Justice Ashcroft et qui interdisait aux médecins de prescrire des barbituriques dans le but d'aider au suicide, a été annulé l'an dernier par un tribunal fédéral de l'Oregon. Le jugement a été contesté devant une cour d'appel fédérale, qui devrait statuer très prochainement.» Prochainement ? Terri sera, peut-être, encore «en vie».