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La paroisse catholique de Veyrier (GE) conserve une ancienne tradition, à savoir le partage entre toute la communauté du pain bénit, le jour de la fête patronale de Saint Maurice et de ses compagnons martyrs, protecteurs de la paroisse. C’est le 22 septembre que l’on fête Saint Maurice ou le dimanche qui suit, quand se déroule la vogue annuelle.
En Suisse, 56 paroisses ont choisi Saint Maurice comme saint patron, dont deux à Genève : Bernex et Veyrier.
Rappelons brièvement qui fut Saint Maurice. Originaire de Thèbes en Egypte, c’était un mercenaire chrétien au service de l’empereur romain. Il commandait une légion (environ 6000 hommes). Vers la fin du IVe siècle de notre ère, voulant étendre son empire au-delà des Alpes, l’empereur Maximilien envoya cette légion qui traversa les montagnes et s’installa dans la région d’Agaune (aujourd’hui le Bas-Valais). Les pays occupés devaient fournir leur contingent de militaires aux armées impériales.
Surprise ! ces populations sont chrétiennes et Maurice et sa troupe refusent d’attaquer et de massacrer des frères dans la foi.
Informé de la situation, l’empereur ordonne à ses propres troupes de décimer, puis d’anéantir la légion thébaine.
Depuis plus de 15 siècles, le souvenir de Maurice et de ses compagnons est vénéré dans la région d’Agaune, aujourd’hui Saint-Maurice, et notamment à la célèbre abbaye qui se trouve juste sous la montagne, dans l’étroit défilé.
Revenons au pain bénit. A Veyrier, il se présente sous la forme de plusieurs couronnes (genre couronnes des Rois) de tailles diverses. Elles sont placées sur une sorte de brancard et forment une pyramide d’environ 1m50 de haut, garnie de fleurs, de rubans et surmontée de la statue du saint.
Autrefois, cet assemblage était préparé à la salle de paroisse et le cortège formé de nombreux enfants de chœur, de fillettes avec des fleurs et de responsables paroissiaux traversait la place du village et entrait dans l’église où le pain était béni par le célébrant et distribué pendant la messe, ce qui faisait la joie des gamins présents.
Aujourd’hui, le cérémonial a été simplifié et la pyramide des couronnes est placée à l’entrée de l’église, puis amenée dans le chœur. La bénédiction donnée, le pain est coupé à la sacristie puis distribué à toute la communauté à la sortie de la messe, sur le parvis de l’église avec le verre de l’amitié.
La tradition, bien respectée, veut que chaque année une famille ou un groupement paroissial offre ce pain bénit. Par exemple, en 2010, c’est l’abbé Xavier Lingg, qui fut curé de Veyrier de 1970 à 1981, qui a offert ce pain, à l’occasion de ses 50 ans de sacerdoce.
Au début du XXe siècle, le pain de la fête, aujourd’hui préparé dans la boulangerie locale, était commandé à Carouge et une délégation en chars à bancs allait le chercher le matin de la fête. A l’entrée du village, le cortège était salué par le tir des « boîtes », sorte de petites marmites en fonte remplies de poudre, avec une mèche et un bouchon en bois. Le maniement de ces boîtes, assez dangereux, était connu dans tous les villages, à l’occasion des vogues, mariages, enterrements de « vies de garçons », etc.
A Veyrier, il fut remplacé en 1932 par un petit canon qui salue le début de la fête populaire et qui pontue le discours du Banquet du Tir, lorsque le meilleur tireur, le Roi, reçoit l’hommage de ses pairs.
Depuis quelques années, ce petit canon est utilisé lors de la fameuse Course de l’Escalade de Genève, au début décembre, pour donner le départ des nombreuses catégories de concurrents.
Sachons garder nos belles traditions.
Maurice Babel