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De manière générale, le terme de restauration désigne le rétablissement d'un ordre politique; la Restauration est l'époque où s'est imposé le système de Metternich, dès la fin de la période révolutionnaire et de l'hégémonie napoléonienne. Le concept apparaît dans l'ouvrage du spécialiste de droit public bernois Karl Ludwig von Haller Restauration de la science politique (6 vol., 1824-1875, all. 11816-1825); pour lui, contrairement aux idées du contrat social de Rousseau, l'Etat n'est pas une institution créée par les hommes, mais l'expression de l'ordre divin et éternel. En Suisse, la Restauration s'étendit de la fin de la Médiation (1813) au début de la Régénération (1830-1831). Elle se caractérisa par des systèmes politiques conservateurs dans quelques cantons, par l'affaiblissement du pouvoir fédéral, la modernisation de l'économie et l'apparition d'une opinion publique bourgeoise libérale, opposée aux anciennes élites.
Après la bataille de Leipzig en octobre 1813 et l'entrée des troupes alliées en Suisse en décembre de la même année, les forces conservatrices retrouvèrent un nouvel élan dans plusieurs cantons. A Berne, le patriciat revint au gouvernement le 23 décembre et exigea que les cantons de Vaud et d'Argovie redeviennent sujets de Berne. A Soleure, à Fribourg et à Lucerne, le patriciat reprit aussi le pouvoir au début de 1814; quant aux Grisons, ils menacèrent de se séparer de la Suisse. Les cantons à landsgemeinde rétablirent les anciennes inégalités juridiques et les villes à régime corporatif imposèrent à nouveau leur domination sur les campagnes. Même les constitutions des nouveaux cantons furent marquées par les idées réactionnaires, notamment avec la réintroduction d'un suffrage censitaire restrictif et le rôle prépondérant de l'exécutif. L'Ancien Régime ne fut cependant pas complètement rétabli.
Alors que les cantons faisaient face à ces bouleversements internes, un conflit éclata au sujet du nouveau Pacte fédéral. A un parti modéré, désireux de réformer l'acte de Médiation et de trouver une solution fédérale, s'opposait un parti conservateur qui voulait avant tout restaurer les rapports de force en vigueur avant 1798. Le 29 décembre 1813, dix anciens cantons invalidèrent l'acte de Médiation et exigèrent une nouvelle constitution, qui ne rétablirait toutefois pas les pays sujets. Le 17 mars 1814, une Diète dissidente des cantons conservateurs se prononça pour le retour à la Confédération des treize cantons et le rétablissement des liens de sujétion. Les puissances alliées persistèrent à ne reconnaître que la Confédération des dix-neuf cantons, menacèrent d'intervenir et exigèrent la dissolution de la Diète séparée, ce qui fut fait le 25 mars. Une Diète commune siégea à Zurich d'avril à août (avec des interruptions), d'où son surnom de Longue Diète. Les ambassadeurs des grandes puissances y jouèrent un rôle important.
La Diète adopta le Pacte fédéral le 9 septembre 1814 et y admit le 12 trois nouveaux cantons, Neuchâtel, Genève et le Valais. Le Pacte ne réglait pas les demandes d'indemnités ni les contestations de frontières. En tant que pouvoir central, la Diète était plus faible qu'à l'époque de la Médiation. Zurich, Berne et Lucerne étaient à tour de rôle canton Vorort pour deux ans, mais cette présidence était plus administrative qu'exécutive. Les cantons disposaient d'une autonomie presque totale, ce qui compliquait sérieusement la politique extérieure et économique de la Suisse. Le Pacte comportait une garantie des couvents et des chapitres, mais rien sur le droit de cité suisse, ni sur la liberté d'établissement, d'entreprise et de croyance. Il tentait en revanche de pallier la faiblesse de l'organisation militaire. Une armée fédérale, formée de contingents cantonaux et dirigée par un Conseil de guerre fédéral, fut créée au moyen du règlement militaire de 1817 et une école militaire fédérale pour cadres fut fondée à Thoune en 1819 (Armée).
Le 20 mars 1815, le congrès de Vienne régla la question des indemnités, fixa les frontières et reconnut les vingt-deux cantons. Dans l'intérêt de tous les Etats européens, notamment des grandes puissances qui voyaient d'un bon œil la présence d'une zone neutre, la neutralité perpétuelle de la Suisse fut inscrite dans le second traité de Paris du 20 novembre 1815. La Suisse adhéra à la Sainte-Alliance conservatrice en 1817.
Comme les cantons ne disposaient pas du même potentiel de répression que les grandes puissances, de nombreuses personnes poursuivies pour leurs idées politiques cherchèrent refuge en Suisse. A la suite de menaces des puissances conservatrices, la Diète adopta en 1823 le Conclusum sur la presse et les étrangers, qui permettait de contrôler ce que la presse rapportait sur l'étranger et de renforcer la surveillance des réfugiés; ce traité fut cependant abrogé en 1829 déjà. Les idées libérales et nationalistes, qui avaient cours en Europe contre l'esprit réactionnaire, prirent de plus en plus d'ampleur en Suisse aussi, en partie sous l'influence des réfugiés politiques (Libéralisme). Le mouvement libéral y fut porté aussi bien par une élite rurale que par une bourgeoisie cultivée et liée aux milieux économiques, qui aspirait à faire triompher non seulement les idées de liberté de la République helvétique, mais aussi les changements de structures économiques. Lieux de débat politique public, les sociétés jouèrent un rôle important. Malgré les particularismes liés à la constitution, de nombreuses associations fédérales visant à forger une conscience nationale virent le jour. Sous l'influence de la révolution de Juillet en France, des pétitions furent signées et des assemblées populaires (Journées révolutionnaires) eurent lieu dans différents cantons et aboutirent à des modifications constitutionnelles libérales et à la perte de pouvoir des anciennes élites, ce qui marqua la fin de la Restauration et le début de la Régénération. En même temps, il apparut souhaitable de réviser le Pacte fédéral.
Auteur(e): Christian Koller / MBA
La période qui suivit la nouvelle organisation de l'Europe fut marquée par la dernière grande famine de l'histoire suisse, qui frappa particulièrement la Suisse orientale en 1816-1817. L'industrialisation, succédant dès 1800 à la protoindustrialisation d'avant la Révolution, entraîna un processus de transformation de l'ensemble de la société: de 1814 à 1827, la production annuelle de filés passa de 680 à 2800 t et le nombre de broches de 152 000 à 407 000. Zurich édicta sa première loi sur les fabriques en 1815, le premier atelier de tissage mécanique ouvrit ses portes à Rheineck en 1825 et la production industrielle de chocolat débuta dans les années 1820. Vers 1830, la Suisse était le pays européen qui avait le taux d'exportation par habitant le plus élevé. D'autres secteurs économiques furent entraînés dans le courant de la modernisation. Le secteur bancaire, faible jusqu'alors, se développa parallèlement à l'industrialisation; au nombre de dix pour toute la Suisse en 1815, les banques étaient déjà septante-quatre en 1830. Le premier billet de banque fut émis à Berne en 1825. Les transports se modernisèrent grâce à l'aménagement des principales routes alpines, cols du San Bernardino et du Splügen (1818-1823), du Julier (1820-1826), de la Maloja (1827-1828) et du Gothard (1820-1830). La mise en service du premier bateau à vapeur sur le lac Léman et la fin des travaux de correction de la Linth eurent lieu en 1823. Le tourisme prit son essor en 1816 avec l'ouverture d'un hôtel au Rigi-Kulm.
La modernisation économique mina les fondements de l'ordre politique conservateur. Comme dans d'autres régions d'Europe, elle renforça les couches sociales ouvertes aux idées libérales et montra les limites d'une Confédération économiquement et politiquement peu intégrée. Elle fut en outre accompagnée d'une croissance démographique rapide: la Suisse comptait 1,8 million d'habitants en 1810 et près de 2,2 millions en 1837, malgré une importante émigration civile et militaire. Ni l'agriculture, ni l'industrie n'étaient capables d'absorber complètement cette main-d'œuvre, de sorte que la pauvreté traditionnelle des campagnes se transforma en un phénomène de masse qu'on appela paupérisme.
Auteur(e): Christian Koller / MBA