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Mudeerkhan Abash Khel est conducteur de bus aux Transports publics de la région lausannoise (TL). Il est membre du syndicat du personnel des transports SEV.
Mudeerkhan Abash Khel à Lausanne, au volant d’un bus TL. Photo AC
Mudeerkhan Abash Khel sur ses terres, pose fièrement avec son fusils entre deux amis. Il a quitté son pays à l’âge de 24 ans. Il a toujours vécu dans sa province de Khost, une zone tribale où dès l’âge de 14 ans les adolescents se déplacent généralement armés. Photo DR
« Le premier son que l’on fait entendre à un nouveau-né c’est celui d’un coup de feu. Chez nous on dit que cela le rendra courageux. » Mudeerkhan Abash Khel, 39 ans, a des allures de gentleman. Il évoque avec douceur, dans un très bon français, les mœurs guerrières de son Afghanistan natal. Cela a presque l’air de l’amuser de voir l’effet de surprise que provoque son récit dans les yeux de son interlocuteur. Alors il continue de plus belle. « Aux jeunes garçons, leur père explique qu’ils ne doivent pas se faire tuer avec une balle dans le dos, sinon ils ne seront pas enterrés. Mourir avec une balle dans le dos signifie que l’on a lâchement cherché à fuir l’ennemi. »
D’abord requérant d’asile
Mudeerkhan Abash Khel est né le 1er janvier 1966 dans la province rocailleuse de Khost, une zone tribale relativement indépendante du pouvoir de Kaboul, située à l’est du pays, limitrophe avec le Pakistan. Après son lycée, il a entrepris des études d’histoire dans la ville de Jalalabad. Des amis étaient partis en Allemagne. Il a voulu les rejoindre. « Je me sentais coincé dans mon pays. J’ai été arrêté le 26 avril 1990 à la frontière à Bâle alors que je tentais de rejoindre l’Allemagne. J’ai séjourné dans des centres d’accueil pour requérants dans les cantons de Neuchâtel et Vaud. C’est ainsi, le destin a voulu que je m’installe en Suisse. » Mudeerkhan Abash Khel décroche un premier emploi dans une ferme vaudoise. « Après une demi-journée j’avais les doigts en sang. Je n’avais jamais vraiment travaillé de ma vie. Chez moi j’étais un enfant gâté, j’étais l’aîné de 3 frères. Chez ce paysan vaudois, j’ai compris que pour gagner ma vie il fallait travailler dur. » Manœuvre chez un installateur de chauffage et ventilation, il entame une formation à la Croix-Rouge qui lui permettra de travailler durant 7 ans dans le milieu médical comme aide-soignant. Désormais en possession d’un permis d’établissement, il est entré il y a 4 ans aux Transports publics de la région lausannoise (TL).
Il rêve d’un Afghanistan pacifié
Mudeerkhan Abash Khel parle de son pays d’accueil en termes élogieux. « Je me sens très attaché à la Suisse. Je n’ai jamais été la cible de propos racistes. J’aime l’histoire suisse. » Au mois de novembre de l’année passée, il est retourné en Afghanistan. Il a expérimenté le dur dilemme des déracinés. « Quand je suis ici à Lausanne, mon pays me manque. Quand je suis arrivé là-bas, au bout de quelques jours je m’ennuyais. Il y a tellement de misère dans mon pays. » Et il y a les conflits qui perdurent. « J’aimerais que l’Afghanistan retrouve la paix, que toutes les ethnies puissent cohabiter paisiblement entre elles. »
Mudeerkhan Abash Khel apprécie les balades en montagne avec sa compagne, une Suissesse qui travaille dans l’enseignement. « Elle m’incite à découvrir ce beau pays. En contrepartie je cuisine des plats afghans. Nous avons du plaisir de recevoir des amis chez nous. » Mudeerkhan Abash Khel écoute volontiers la musique de son pays. « Avec cette musique, les beaux souvenirs de mon pays me reviennent en tête. Mais ma grande passion c’est la lecture des contes orientaux. Ils sont comme les histoires d’Harry Poter. Ils font s’envoler l’imagination. »
Extrait de l’article paru dans L’Evénement syndical, mai 2005.