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Cette année est spéciale pour toute personne de gauche. En effet, il y a cent ans, en 1917, un vent d’optimisme révolutionnaire régnait. Que faire de cet héritage? Faut-il aujourd’hui en avoir honte? Non, certainement pas! A-t-on remisé l’idée de démocratie après l’échec de 1789, qui a débouché sur La Terreur et l’Empire napoléonien? Si l’URSS a failli et que, de leur côté, les sociaux-démocrates ont perdu leurs repères, faut-il pour autant «jeter bébé avec l’eau du bain»?
Si nous nous arrêtons sur les deux principaux héritages, que remarquons-nous? L’URSS a été fondée sur l’idée d’une économie planifiée et centralisée (théoriquement privée de marché), cette tentative s’est écroulée d’elle-même. Mais, est-ce qu’une telle économie est uniquement socialiste? Cette idéologie est l’œuvre d’Enrico Barone qui, en 1908, fut le premier à théoriser une économie «socialiste» (planifiée), n’étant pas lui-même socialiste et encore moins marxiste.
Quant à l’économie planifiée en tant que telle, elle n’a jamais été nommée par Marx (l’idée était implicite). On peut dire sans trop s’avancer, qu’elle tire son origine dans l’économie de guerre: une économie qui fixe des objectifs (industrialisation ultra-rapide, productivité, etc.) et pour atteindre ses objectifs, on leur destine l’ensemble des ressources. Cette méthode n’est, d’ailleurs, pas que socialiste et on imagine mal comment on pouvait faire autrement à la chute de la société tsariste. On connaît la fin.
Le second héritage est celui des sociaux-démocrates. Pour ces derniers, le socialisme est une fin en soi qu’il faut atteindre par des réformes en passant par une économie mixte. Les premiers sociaux-démocrates restèrent fidèles à cette utopie. Une réflexion sincère était latente: comment réformer de manière irréversible la société capitaliste? Après-guerre, l’idée d’une société socialiste fut abandonnée, mais le mouvement réformiste persista. En Suisse, c’est au congrès du PSS de 1959 que l’on décida de rayer toutes mentions «marxistes» du parti, car, arrivés en tête des élections fédérales de 1955, il fallait montrer sa «bonne volonté» pour rentrer au gouvernement! C’est ainsi que les sociaux-démocrates se contentèrent d’une politique d’accompagnement, laissant libre champ à l’économie capitaliste. On connaît la fin.
Ils ont échoué, mais ils ont essayé. A notre tour maintenant de répondre à cette dégénération pathologique du laisser-faire, à cet abandon systématique de toutes réglementations et de tout contrôle des entreprises qui réalisent du profit. Pour arrêter cet intégrisme économique plus proche de la théologie que de la réalité économique, si nous voulons avoir une chance de succès, il faudra se poser les mêmes questions que ceux qui ont essayé durant ces cent premières années, en évitant, peut-être, d’y donner les mêmes réponses.
Joaquim Manzoni