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Critique
"Riche d'une belle filmographie, Sydney Pollack ne s'était jamais essayé au documentaire. Ami depuis des années du fameux architecte Frank Gehry (Musée Guggenheim à Bilbao, Walt Disney Concert Hall à Los Angeles) et appréciant ses œuvres, il se voit demander par celui-ci de réaliser un documentaire. ""J'ai cru qu'il était devenu fou. Et pas seulement parce que j'ignore tout de la réalisation de documentaires mais aussi parce que je ne connais rien à l'architecture. 'C'est pour ça que tu es parfait', a-t-il conclu.""
Pollack, en effet, ne convainc guère en tant que documentariste, quand bien même il essaie de transposer le goût de Gehry pour les esquisses et des maquettes ébauchées à partir de feuilles de papier chiffonnées et scotchées par le recours à une mini caméra vidéo numérique. Mais la personnalité de l'architecte est tellement rayonnante et fascinante qu'elle crève l'écran, et le spectateur est confondu par la beauté intemporelle de ses créations sculpturales. N'y a-t-il rien de plus admirable que de voir et d'entendre une grande intelligence s'exprimer? Sans compter que Gehry n'est pas un de ces architectes qui se contentent de jeter des idées sur le papier sans se préoccuper de l'intendance: il se passionne aussi pour les matériaux, les modalités de construction, le coût de l'édifice. Une rencontre esquissée, mais qui donne envie d'en savoir plus.
Daniel Grivel
Ce film est le premier documentaire de Sydney Pollack (OUT OF AFRICA, JEREMIAH JOHNSON, TOOTSIE...) Il l'a réalisé à la demande de Frank Gehry lui-même. Le cinéaste américain n'en croyait pas ses oreilles, ""pas seulement parce que j'ignore tout de la réalisation de documentaires, mais aussi parce que je ne connais rien à l'architecture"". Et comme Gehry lui a répondu: ""C'est justement pour cela que tu es parfait"", Pollack a pris une caméra vidéo légère et suivi l'architecte dans son atelier.
Il faut dire aussi que les deux artistes sont liés par une longue amitié. On sent qu'ils partagent depuis toujours leurs réflexions sur l'art, une connivence les unit dans le débat sur la création. Pour ce film qu'il a mis cinq ans à tourner, Pollack prend le parti de la conversation: entre lui et l'architecte, entre lui et les témoins à qui il tend le micro. De nombreux plans d'édifices coupent ces séquences. Œuvre royale, le musée Guggenheim de Bilbao étale à profusion ses voiles de titane et ses immenses espaces. Gehry, dans son atelier, avec ses assistants, construit des maquettes, froisse des matériaux, tente un ajout de bristol... C'est donc ainsi que se conçoivent ces bâtiments qui font triompher les courbes?
On n'en saura pas beaucoup plus, au risque de rester sur sa faim. Sur sa faim aussi en matière de critique, puisque tant de réalisations de Gehry ont fait l'objet de polémiques. Là où l'on aurait aimé un ou deux autres architectes de renom, respectant Gehry, mais prônant des principes différents, on n'entend que le prof. Hal Foster s'exprimer sur le sens... de la critique. Il n'empêche que ces Esquisses donnent du bonheur par la souplesse de la caméra qui va chercher les jeux de lumière, les angles et les creux, la beauté des formes, l'harmonie des matériaux, l'inscription du bâti dans l'espace. L'esthétique de Gehry est magnifique, Sydney Pollack nous le rappelle. En toute amitié.
Geneviève Praplan"
Ancien membre