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Après la conquête du Caucase par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle, Chouchi devint la troisième ville la plus importante du Caucase après Tbilissi et Bakou ainsi que l’un des principaux centres culturels arméniens, contribuant considérablement au rayonnement de la langue et de la culture arméniennes dans toute la région. C’est dans cette ville que fut fondée en 1827, par la Mission de Bâle, la seconde imprimerie en Arménie Orientale, après celle d’Etchmiadzine (1771).
La Mission de Bâle a été fondée en 1815 par des Wurtembergeois travaillant pour la Christentumsge-sellschaft établie à Bâle depuis 1780 et par des pasteurs bâlois, comme institut de formation missionnaire. Contactée par la succursale de Saint-Pétersbourg de la Société Biblique de Londres, la Mission de Bâle décida en 1821 d’envoyer des missionnaires bien formés dans la région du Caucase, où des colonies de paysans de l’Allemagne du Sud et de la Suisse étaient établies au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Le Rév. T. Blumhardt, responsable exécutif de la Mission, y vit l’opportunité d’une mission étendue au-delà des besoins spirituels de ces colonies. Il espérait ainsi une vaste expansion du christianisme parmi les peuples musulmans vivant dans les pays adjacents et autour de la Méditerranée.
En 1821, le comte Felician Martin von Zaremba se rend à Saint-Pétersbourg, à la tête d’un groupe de missionnaires. Ces premiers missionnaires, qui obtiennent l’approbation du tsar Alexandre 1er, ont pour tâche de diffuser la parole de Dieu dans toutes les langues et tous les dialectes des peuples autochtones, d’acquérir des connaissances dans les langues principales parlées dans la région, de fonder un collège d’enseignement avancé pour les élèves persans et tatars fréquentant les écoles élémentaires nationales et d’établir une imprimerie pour la traduction de la Bible et de la littérature protestante.
Après un séjour à Astrakhan dans le but d’apprendre des langues, Felician Zaremba, Augustus Dietrich et Henry Benz de la Mission de Bâle arrivent à Tiflis (Tbilissi) au printemps 1823. Ils cherchent à s’installer quelque part entre les mers Caspienne et Noire près de la frontière de la Perse en vue de propager le christianisme parmi les musulmans notamment en Perse, ne connaissant pas encore les caractéristiques principales de l’islam dont celle interdisant, sous peine de mort, à un musulman de se convertir à une autre religion. Au cours de leurs voyages à Chamakhy et à Bakou, Zaremba et Dietrich – Benz étant décédé entre-temps à Tiflis – découvrent une large population arménienne. C’est ainsi que l’Eglise arménienne attire l’attention de ces missionnaires, qui portent un intérêt particulier aux anciennes Eglises d’Orient.
Selon le rapport du Rév. E. Smith (1833), des lettres auraient été adressées à l’archevêque Nerses Achtaraketsi à Tiflis et au Catholicos de tous les Arméniens à Etchmiadzine pour expliquer la situation dans laquelle se trouvait la population arménienne avec l’espoir que les frères chrétiens de l’Europe de l’Ouest puissent les aider en établissant des écoles dans lesquelles le Nouveau Testament et le Psautier seraient utilisés comme livres scolaires. Ces lettres seraient restées sans réponse.
Le succès d’une telle mission dépendait beaucoup de l’emplacement géographique de la nouvelle colonie. Le choix des missionnaires se porta finalement sur la petite ville de Chouchi, capitale de l’ancienne province du Karabagh, considérée comme le lieu idéal pour diffuser la parole de Dieu vu la présence importante d’une population arménienne dans toute la région et les liens étroits que celle-ci entretenait avec les autres communautés arméniennes en Perse et en Turquie.
Le 23 janvier 1824, Zaremba et Dietrich arrivent à Chouchi, y achètent une maison et ouvrent une école pour enseigner le russe. A leur arrivée, la ville compte cinq églises arméniennes et douze prêtres. Les activités des missionnaires sont interrompues en juillet 1826 lors du siège de Chouchi par l’armée persane.
C’est seulement en 1827 que les missionnaires Zaremba, Pfänder, Hohenacker, Dietrich et Haas peuvent commencer à mettre en œuvre leurs projets. Les trois premiers sont chargés de travailler parmi les musulmans de la région et notamment de préparer des livres et tracts en dialecte turco-tatar. Pour cela, ils bénéficient de l’aide précieuse d’un Arménien prénommé Harutyun, alias Mirza Ferukh, qui avait été enlevé à ses parents à son jeune âge, converti à l’islam et éduqué à Téhéran. En fuyant la Perse, il vient chez les missionnaires pour apprendre le russe et traduit pour ces derniers des extraits des Ecritures Saintes et le Nouveau Testament.
Les missionnaires Dietrich et Haas, qui avaient appris l’arménien à Moscou, se chargent quant à eux, du «département arménien» qui était créé sans consultation avec le gouvernement, les lois de l’Empire russe sous-entendant l’interdiction du prosélytisme. C’est à travers des écoles et de l’imprimerie qu’ils entendent éclairer et réformer les Arméniens afin que ces derniers les aident dans leur grande mission parmi les musulmans. Au printemps 1827, les missionnaires ouvrent une école pour garçons dont l’enseignement est confié à un Arménien de Moscou. L’école n’a pas le succès espéré et les missionnaires font appel au Père Poghos, enseignant compétent et populaire, qui avait ouvert une école privée sur place. Sous sa direction, le nombre d’élèves ne cesse d’augmenter et atteint le nombre de 130. Il devra cependant être remplacé par un converti en raison des conflits qui l’opposent à ses supérieurs concernant l’enseignement des Ecritures Saintes. Les missionnaires créent en même temps un séminaire pour former des enseignants. Deux diacres de l’Eglise arménienne, Movses et Barsegh, en quête de savoir théologique et désireux d’apprendre le grec et le latin rejoignent les missionnaires et commencent à prêcher parmi leurs compatriotes.
L’imprimerie, qui faisait partie des projets des missionnaires de Bâle à Chouchi, voit le jour le 1er décembre 1827. Elle sera dotée de caractères typographiques arméniens achetés par les missionnaires au collège Lazarian de Moscou et sera dirigée par John Abercrombie, un jeune Tcherkesse élevé par des missionnaires écossais à Astrakhan. En 1830, le comité de la Mission de Bâle envoie à Chouchi l’imprimeur Johann Christian Friedrich de Stuttgart, qui se chargera des travaux d’impression. Des tracts et des livres portant sur la moralité et la religion et notamment des manuels scolaires sont publiés en arménien, persan, arabe et turco-tatar.
Parmi les livres arméniens publiés à Chouchi citons l’Histoire de la Bible1 (traduction du russe) en 1828, Extraits de l’Ancien Testament2 et Grammaire de l’arménien3 de Poghos Gharadaghtsi en 1829, Dictionnaire succinct Grabar-Ashkharhabar4 de Hovsep Artsakhetsi en 1830 et Grammaire de la langue arménienne5 de Mikael Tchamtchian (2ème éd.) en 1833. Les livres religieux et manuels scolaires publiés en arménien vernaculaire par les missionnaires de Bâle à Chouchi sont les premières publications en arménien oriental et ont contribué au développement de la variante orientale de l’arménien moderne.
Dans le cadre de leur vocation de diffuser les Écritures Saintes et le Nouveau Testament dans les langues parlées de la région, les missionnaires avaient distribué à la population arménienne quelque sept cents exemplaires du Nouveau Testament écrit en arménien classique (grabar). Mais ils constatent vite que ceux-ci n’étaient accessibles qu’à un nombre restreint de personnes instruites. C’est pourquoi le missionnaire Dietrich, dont la tâche principale était de préparer des livres arméniens pour l’impression, se consacre à la traduction du Nouveau Testament en arménien oriental avec l’aide du diacre Movses. L’Evangile selon Saint Mathieu6 sera publié en 1831 et le Nouveau Testament7 en 1834, tous les deux à l’imprimerie du collège Lazarian de Moscou.
Il est important de noter que cette publication de la traduction d’Auguste Dietrich du Nouveau Testament en arménien oriental (Araratian) est une première dans la variante orientale de l’arménien moderne. Elle est imprimée en colonnes parallèles avec la version en arménien classique (grabar).
Le Saint-Siège d’Etchmiadzine, qui, au début, n’avait pas empêché les activités des missionnaires de Bâle et leur avait même prêté son aide, oppose plus tard une résistance farouche contre eux et envoie une lettre de protestation au commandant-en-chef de la Géorgie, le général von Rosen. Finalement le tsar Nicolas 1er émet un oukase mettant un terme aux activités de la Mission de Bâle à Chouchi. Par cet oukase du 5 juillet (23 août) 1835, il est interdit aux missionnaires de Bâle toute activité religieuse et l’accueil de jeunes Arméniens dans leurs écoles, leur laissant le libre choix d’exercer d’autres activités telles que l’agriculture, les industries ou l’artisanat. Ne pouvant plus continuer leur mission, les missionnaires mettent en vente l’imprimerie et les biens de l’école avant de quitter Chouchi. L’imprimerie sera rachetée par le métropolite Baghdassar Jalalian, deviendra la propriété du diocèse du Karabagh et sera rebaptisée «Imprimerie de l’inspection spirituelle arménienne».
Malgré la courte durée de son activité, l’imprimerie de la Mission de Bâle à Chouchi occupe une place particulière dans les annales de l’imprimerie arménienne par le nombre de ses publications en arménien oriental moderne à une époque où les débats faisaient rage entre les défenseurs de la langue classique et ceux qui préconisaient la nécessité d’une modernisation linguistique. Rappelons que c’est seulement à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle que l’arménien classique (grabar) fut détrôné graduellement par l’arménien moderne (achkharhabar) en tant que langue littéraire.
Maral SIMSAR
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1Պատմութիւն սուրբ գրոց։ Արարեալ համառօտ հարցմամբ և պատասխանեօք յաղագս դեռահաս մանկանց։ Թարգմանեալ ի Ռուս լեզուէ՝ ի պարոն Յարութիւնէ Դաւթեան Ջուղայեցւոյ
2Ընթերցուածք ի սուրբ գրոց Հին Կտակարանի, հաւաքեալ ի պէտս վարժարանաց
3Համառօտութիւն հայկական քերականութեան։ Աշխատասիրութեամբ տեառն Պօղոսի գերիմաստ վարդապետի Ներսիսեան Ղարատաղցւոյ՝ ի միաբանութենէ սրբոյ Ստաթէի
4Համառօտ բառգիրք ի գրաբառէ յաշխարհաբառ։ Ի պէտս համբակաց։ Տեառն Յովսէփայ Արցախեցւոյ գերիմաստ վարդապետի, ի միաբանութենէ վանիցն ս. Յակոբայ
5Քերականութիւն հայկազեան լեզուի։ Յօրինեալ ի Հ. Միքայէլ վարդապետէ Չամչեանց։ Եւ այժմ նորոգ համառօտեալ աշխատասիրութեամբ նորին առ ի դիւրութիւն ուսանողաց
6Սուրբ Աւետարան ըստ Մատթէոսի։ Ըստ հարազատ նախնի թարգմանութեան. Հանդերձ հաւատարիմ բացայայտութեամբ ի հասարակաց լեզու (Գրաբար և աշխարհաբար)
7Նոր Կտակարան տեառն մերոյ Յիսուսի Քրիստոսի. ըստ հարազատ նախնի թարգմանութեան։ Հանդերձ հաւատարիմ բացայայտութեամբ ի հասարակաց լեզուի
Sources :
- Գարեգին Լեւոնեան – Հայ գիրքը եւ տպագրութեան արուեստը, Հայպետհրատ Երեւան – 1958
- Geschichte der Basler Mission, 1815-1915 : mit besonderer Berücksichtigung der ungedruckten Quellen / dargestellt von Wilhelm Schlatter. Bd. 1, Die Heimatgechichte der Basler Mission – 1916
- Jacques Rossel – Itinéraire chrétien sur cinq continents: Mémoires – Editions l’Age d’homme, Lausanne 2008
- Researches of the Rev. E. Smith and Rev. H.G.O. Dwight in Armenia, vol. 1, by Eli Smith – Crocker and Brewster, Boston 1833
- Julius Richter – A History of Protestant Missions in the Near East – Revell, 1910
- The Missionary Register (containing the principal transactions of the various institutions for propagating the Gospel, with the proceedings, at large, of the Church Missionary Society) Volumes 14-25, London,1826-1837.