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Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg
ACTE I
A Nuremberg, au XVle siècle.
A la fin d'un office dans l'église Ste-Catherine, Eva (soprano), fille du riche orfèvre Veit Pogner, accompagnée de sa nourrice Magdalene (mezzo-soprano), est approchée par le jeune noble franconien Walther von Stolzing (ténor), qui l'a rencontrée antérieurement et s'est épris d'elle. Il apprend que la main d'Eva doit appartenir au vainqueur d'un concours de poésie chantée organisé le lendemain par la guilde des Maîtres Chanteurs, poètes-musiciens amateurs. Le concours étant réservé aux membres de cette confrérie, Walther décide de briguer l'admission à la faveur d'une réunion imminente.
A la demande de Magdalene, son soupirant David (ténor), apprenti auprès du savetier Hans Sachs (lui-même maître chanteur et éminence grise de la guilde), initie sommairement Walther aux règles abstruses de l'art des maîtres. Ceux-ci se rassemblent petit à petit, conduits par Pogner (basse) et par l'employé de mairie Beckmesser (baryton), esprit mesquin, poète pédant sans inspiration, qui espère gagner la main d'Eva. Walther se présente à Pogner, qui l'accueille avec bienveillance; mais le nouveau candidat excite la méfiance jalouse de Beckmesser.
Après l'arrivée de Sachs (baryton-basse), le boulanger Fritz Kothner (basse) fait l'appel. Pogner s'adresse aux maîtres et leur parle du concours (Das schöne Fest, Johannistag), soulignant que, si sa fille en est le prix, elle aura toutefois le droit de refuser le mariage si le vainqueur lui déplait. Aux questions de son éducation poétique et musicale, Walther répond (Am stillen Herd) en se réclamant du grand poète allemand du XIIIe siècle, Walther von der Vogelweide. En guise d'épreuve probatoire, il doit présenter un chant, et improvise sur le printemps et l'amour (Fanget an! So rief der Lenz). Beckmesser, qui détient la fonction de "marqueur" chargé de relever les fautes (fautes de pure forme commises à l'encontre des règles alambiquées et et arbitraires de la guilde), ne ménage pas ce rival potentiel et couvre son ardoise de traits. La réunion s'achève dans le désordre, alors que Sachs, seul, dépassant le problème du respect des règles, fait remarquer la fraîcheur de l'inspiration du candidat: Mais l'admission de Walther est refusée.
ACTE II
Une rue de Ia ville, avec les demeures de Sachs et Pogner.
C'est la nuit de la Saint-Jean. Les apprentis ferment les volets des maisons. Eva apprend de Magdalene l'échec de Walther. Sachs vient s'assoir pensif; retrouvant le calme en respirant l'odeur du lilas, il médite sur les évènements de la journée (Was duftet doch der Flieder). Sachs, homme mûr, veuf, éprouve une grande tendresse pour Eva, mais il est conscient de l'obstacle crée par la différence d'âge; c'est secrètement blessé sans doute, mais sans profonde amertume qu'en bavardant avec la jeune fille, il prend conscience de l'amour de celle-ci pour Walther; il feint d'être hostile à ce dernier, et Eva le quitte inquiète, mais il a en fait résolu de les aider.
Walther survient, décidé à enlever Eva, ce que Sachs empêche en ouvrant sa fenêtre et en éclairant ainsi la rue, non par jalousie, mais pour éviter au jeune couple une erreur qui serait irréparable dans son environnement social. Beckmesser vient donner la sérénade à Eva; Sachs le perturbe en entonnant une chanson de cordonnier (Jerum! Jerum!). Ils se mettent d'accord: Beckmesser pourra chanter, mais Sachs "marquera" ses fautes en tapant de son marteau … pour achever les chaussures que le pédant lui a commandées en vue du concours.
Sachs s'en donne à coeur joie, mais Beckmesser est prêt à tout supporter à la vue d'Eva qui paraît à la fenêtre - c'est en fait Magdalene, sous les habits de la maîtresse. Sérénade et coups de marteau réveillent les voisins et les apprentis. Une mêlée (en forme de fugue) s'ensuit, où Beckmesser, pris par David pour un soupirant de Magdalene, se fait rosser. La scène se vide comme par miracle au passage du veilleur de nuit.
ACTE III
L'atelier de Sachs.
David récite à son maître une strophe chantée à titre d'exercice, et ravive involontairement la mélancolie de Sachs en évoquant l'hypothèse où celui-ci gagnerait le concours et la main d'Eva. Sachs médite longuement sur la vanité des êtres et des choses, et sur l'amour de Walther et d'Eva (Wahn! Wahn! Überall Wahn!).
Walther vient conter à Sachs un rêve merveilleux; il en fera son chant pour le concours. Sachs le transcrit sous sa dictée, lui donnant au passage quelques conseils sur la forme. Deux strophes sont prêtes; la troisième et dernière manque encore.
Les deux hommes partis, Beckmesser s'introduit: voyant le poème de la main de Sachs, il imagine en celui-ci un rival pour le concours et pour la main d'Eva, et dérobe l'écrit. Revenu, Sachs se rend compte du larcin, mais abandonne le poème à Beckmesser, qui se promet de l'apprendre par coeur, persuadé qu'avec des vers de Sachs, lisera vainqueur.
Eva paraît, soit disant pour se faire réparer un soulier, en fait dans l'éspoir de voir Walther. Celui-ci entre et la vue d'Eva lui inspire une magnifique strophe finale. Alors que Sachs, ému, se donne une contenance en parlant chaussures, Eva, prenant conscience avec trouble de tout ce que le savetier a fait pour elle, lui dit des mots qui sont presque d'amour, qu'il élude en évoquant l'histoire de Tristan, d'Iseult et du roi Marke (auto-citation d'un fragment de Tristan). David et Magdalene surviennent, Sachs nomme son apprenti au grade de compagnon, et on baptise le chant de Walther conformément aux traditions; c'est un moment de bonheur, teinté de mélancolie pour Sachs qui étouffe définitivement l'amour en lui (quintette: Selig wie die Sonne).
La prairie, lieu du concours.
Au milieu de la liesse populaire défilent les corporations, puis c'est la "danse des apprentis", puis entrent les maître chanteurs. En dernier paraît Sachs, que la foule salue avec un enthousiasme particulier en entonnant un choral dont il est l'auteur (Wach auf!). Il remercie en soulignant les sacrifices consentis par les maîtres pour leur art, et détourne subtilement les règles du concours, qu'il annonce ouvert à tous - et non plus aux seuls membres de la guilde - et donc accessible à Walther.
Premier concurrent, Beckmesser se couvre de ridicule, restituant de travers le poème pris chez Sachs, l'affublant d'une mélodie mal venue, et ajoutant une dernière strophe grotesque. Beckmesser accuse Sachs d'être l'auteur, et le savetier en profite pour présenter favorablement Walther à la foule et l'introduire au concours. Walther entonne son chant sous sa vraie forme (Morgenlich leuchtend), se laissant même aller à l'improvisation et terminant dans l'enthousiasme général, au grand bonheur d'Eva et de Pogner. Mais quand ce dernier veut le revêtir des insignes de la guilde, il refuse, encore ulcéré par le mauvais accueil reçu lors de l'épreuve probatoire. Sachs intervient et le persuade de ne pas dédaigner l'honneur qui lui est fait (Verachtet mir die Meister nicht), lui expliquant l'objectif des maîtres, qui est de préserver, face aux influences étrangères corruptrices, les traditions du véritable et saint art allemand. Pour finir, Eva prend la couronne dont elle avait coiffé Walther, et en ceint Sachs sous les acclamations de la foule.