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Recourir à sa voix pour encourager un cheval peut métamorphoser ce dernier. Mais ce geste implique chez le cavalier une autre vision : Il doit apprendre à percevoir les efforts de sa monture et les saluer comme il se doit.
Le cheval est un animal qui est rempli de bonne volonté, et qui cherche toujours à bien faire. Si votre cheval semble plutôt vouloir à tout prix vous mener la vie dure et ne rien faire de ce que vous voudriez, il est parfois dur de croire que l'on est en selle sur un animal qui n'aurait que de la bonne volonté !
Il faut être dans un certain état d'esprit pour bien progresser à la voix. Etre félicité pour un petit effort donne envie d'en faire d'avantage, alors qu'être grondé lorsqu'on fait une bêtise dissuade de recommencer dans le futur. Beaucoup d'études le démontre : On obtiendra toujours plus d'un chien, chat, cheval par la récompense que par le renforcement négatif ( et c'est pareil chez les hommes, d'ailleurs!). A comprendre par là, que si vous voulez que votre cheval se montre généreux, c'est tout d'abord à vous de l'être ! Il faut apprendre à voir ce qu'il fait de bien, et lui montrer votre satisfaction, au lieu de juste considérer son obéissance comme normale. Sa bonne volonté va de ce pas se développer et prendre de plus en plus d'ampleur.
C'est de cette manière que fonctionne l'équitation éthologique : Il s'agit en premier lieu d'améliorer l'oeil du cavalier pour lui apprendre à repérer et récompenser le moindre progrès : un centimètre de cession, un demi-pas dans le sens demandé,... C'est en saluant chaque petit progrès que le cheval comprendra dans quelle situation évoluer.
Maintenant, encore faut-il savoir exprimer son contentement avec des termes compréhensibles pour le cheval. L'opération se fait en deux temps : D'abord, on utilisera un code sonore ou vocal, comme « oui, brave » ou « c'est bien », qui pointe sur le champ la bonne réponse, sans déranger le cheval dans son exercice. Puis ensuite vient la récompense, petite ou grande, diffisée en 5 étapes : (1) Relâchement immédiat des aides, (11) mise en liberté relative ( détendre les rênes), (III)pause au pas ou à l'arrêt, (IV) grattage ou caresse, (V) friandise.
Au départ, l'association entre le mot et les conséquences positives doit être systèmatique, et dans un délai le plus court possible. Peu à peu, le cheval va capter le lien de cause à effet, et commencer à rechercher les félicitations vocales car il les apprécie.
L'objectif majeur est de donner suffisament de sens aux félicitations pour pouvoir ensuite les utiliser en pleine action, par exemple lors d'un saut, d'un changement de main ou d'un obstacle difficile à franchir. Les récompenses les plus fortes pouvant alors intervenir à l'issue de l'effort, sans que le lien de cause à effet ne soit perdu.
La plupart des cavaliers montant en équitation classique s'arrêteront à la première étape, c'est à dire le relâchement immédiat des aides. Les cavaliers western obtiennent de bons résultats en s'arrêtant à l'étape trois, la pause au pas ou à l'arrêt. Et l'équitation éthologique à la quatrième, le grattage ou caresse. Pourtant, la friandise est un excellent moyen de créer chez le cheval une réelle volonté de faire juste, de se creuser la tête pour trouver ce que son cavalier lui demande. En récompensant avec une friandise, le cheval sera d'autant plus curieux de savoir quel mouvement a provoqué l'arrivée de la récompense, ou de lui faire aimer le travail qu'on lui fait faire.
Mais attention, comme chaque outil puissant, la friandise reste d'un usage très délicat, qui réclame un certain savoir-faire. En effet, s'il ne comprend pas pourquoi les friandises lui tombent sous le nez, le cheval devient vite agité et fébrile. Un manque de cohérence de la part du cavalier qui donne les friandises est souvent une cause d'un mauvais usage de la friandise. C'est là que la voix devient importante, elle permet de pointer le comportement qui sera par la suite récompensé. Sans ce signal post-friandise, le lien de cause à effet restera flou pour le cheval.
Il est normal que dans un premier temps, le cheval aura tendance à s'arrêter net quand il sera félicité. Cette réaction prouve que le lien de cause à effet s'établit gentiment mais sûrement. Pour passer à l'étape suivante, il suffit de rendre la friandise aléatoire. Par exemple, on félicitera le cheval plusieurs fois en disant « c'est bien » sur un parcours de saut, et dès que le cheval arrive à être félicité sans ralentir, on lui dira « c'est bien, arrête ». Une pause récompense suivra ce code. Peu à peu, les félicitations cesseront de briser le mouvement ou exercice en cours, et après quelques temps le mot « arrête » pourra même être utilisé pour stopper le cheval sans rênes !
Source : Cheval magazine, janvier 2012, « Motiver à la voix »