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Il faut toujours écouter les épidémiologistes, même lorsqu'ils pronostiquent le pire. Depuis la fin de 1999, la quasi-totalité de ceux qui ont en charge l'évaluation du risque sanitaire lié au prion pathologique de l'encéphalopathie spongiforme bovine expliquaient que, Grande-Bretagne et Portugal exceptés, tous les pays de l'Union européenne devaient être classés dans la même catégorie. En d'autres termes, ils exprimaient de manière diplomatique et courtoise leur surprise de voir que des pays comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et l'Autriche affirmaient haut et fort qu'ils étaient «ESB-free». Il n'aura fallu que quelques jours, en janvier 2001, pour que la cartographie épidémiologique soit bouleversée et que ces quatre pays acceptent de regarder la réalité en face.
A l'heure où nous écrivons ces lignes, les autorités du Tyrol viennent d'annoncer que le premier cas de maladie de la vache folle avait été diagnostiqué sur une bête autrichienne vendue et soumise à un test en Allemagne. L'animal, âgé de sept ans, qui a été élevé dans le Tyrol autrichien, a été abattu dans le Land du Bade-Wurtemberg et a été révélé positif. La veille, c'était l'Italie qui reconnaissait ne plus être indemne. «Depuis hier soir, le consommateur italien devrait se sentir plus sûr. L'absence totale de cas de vache folle dans les élevages italiens était vaguement suspecte. L'idée qu'un quelconque et mystérieux saint protecteur aurait tenu loin de notre pays les vaches folles était aussi illogique que scientifiquement et statistiquement improbable», écrit l'éditorialiste du quotidien La Repubblica. Dès que les tests sont devenus plus efficaces et nombreux, il était inévitable qu'un animal tombe dans le filet.
«On ne peut pas oublier que, ces dernières années, trois ou quatre pays ont, par une minorité de blocage au sein du Conseil agricole européen, empêché que différentes mesures sanitaires soient prises dans la lutte contre l'épidémie d'encéphalopathie spongiforme bovine, au motif qu'ils n'étaient pas concernés par la maladie. Ces pays estimaient notamment qu'on leur demandait la France tout particulièrement de prendre «trop de précautions», a pour sa part déclaré au Monde Jean Glavany, ministre français de l'Agriculture. C'est un discours que j'ai entendu de manière permanente et auquel je répondais amicalement que les scientifiques de la Commission européenne avaient eux-mêmes établi que le classement des pays de l'Union européenne faisait que la majorité des états membres étaient de ce point de vue dans le même groupe que la France compte tenu, notamment, des milliers de tonnes de farines animales d'origine britannique importées par ces pays dans la période la plus critique».
Pour Jean Glavany, les choses sont claires : «on est toujours rattrapé par la vérité quand on se la masque. Et bien évidemment, les gouvernements qui ont durant longtemps caché la vérité à leur opinion sont plus en difficulté politique que ceux qui ont opté pour la transparence totale, même si cette transparence peut également coûter très cher». La judiciarisation croissante des affaires de santé publique fera, immanquablement, que l'on cherchera un jour prochain à déterminer ici les responsabilités, à savoir si l'attitude de l'Allemagne, de l'Espagne et de l'Italie a fait perdre plusieurs années dans la mise en uvre d'une véritable réduction du risque sanitaire. Les scientifiques rediront sans doute que l'essentiel de la réduction du risque a été obtenu dès 1996 avec les premières mesures d'exclusion des chaînes alimentaires des matériaux à risques spécifiés et que tout ce qui est fait depuis ne se situe qu'à la marge. Mais l'heure sera-t-elle, alors, à la hiérarchisation ? Ne faut-il pas au contraire penser que le procès sera global, l'instruction remontant à l'année 1986 et portant sur la gestion internationale, on ne peut plus calamiteuse de cet énorme dossier ?
Depuis octobre 2000, la consommation de la viande de buf a baissé en moyenne de 27% dans l'ensemble de l'Union européenne, vient de faire savoir, à Bruxelles, un porte-parole de la Commission européenne. Dans le même temps, le prix moyen de la viande de buf a diminué de 26,2%. Pour Franz Fischler, commissaire européen à l'Agriculture, cette crise pourrait être l'occasion de «corriger certaines erreurs». «La politique agricole doit prendre en compte de manière plus forte les cycles de la nature», a-t-il déclaré. Il est vrai que l'on compte désormais, dans le champ politique, de nouvelles victimes. En Allemagne, les ministres de l'Agriculture et de la Santé ont démissionné le 9 janvier, reconnaissant avoir commis des erreurs dans la gestion de la crise. Et en Espagne, le ministre de l'Agriculture de la région de Galice, Castor Gago, a été démis de ses fonctions : sur les cinq premiers cas d'ESB détectés en Espagne, trois l'ont été en Galice. W