Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07189.jsonl.gz/808

Que s'est-il passé le jeudi 18 juin 2015 et les jours qui ont précédé la mort de cette patiente de 86 ans, souffrant d'hypertension artérielle pulmonaire sévère et progressivement invalidante, d'insuffisance cardiaque et de dyspnée (ndlr. difficultés respiratoires)? Son médecin de famille, adulé par sa patientèle, a-t-il vraiment planifié, avec l'accord de l'époux de l'octogénaire, son décès au domicile du couple?
A-t-il commis un meurtre au sens de l'article 111 du Code pénal suisse (CPS): «Celui qui aura intentionnellement tué une personne sera puni d'une peine privative de liberté de cinq ans au moins»? A-t-il violé les règles de l'art médical en prodiguant une injection létale de curare pour permettre à sa protégée de s'en aller dignement et sans souffrances? Avait-il obtenu son assentiment auparavant? Pourquoi le constat de décès fait état d'une «mort naturelle» suite à un «ACR» pour arrêt cardio-respiratoire?
Acte criminel pour le Parquet
Le Ministère public est intimement convaincu que le praticien a franchi la ligne rouge en procédant à une euthanasie active directe, autrement dit à un homicide intentionnel, ainsi que le régit le Code pénal. Dans son acte d'accusation qui sera décortiqué en audience, le procureur général Eric Cottier dresse le portrait d'un prévenu, qui avait tout organisé avec la complicité d'un mari désespéré de voir son épouse si diminuée, si proche de la fin. Qui avait tout anticipé.
Si l'on se réfère aux allégations et aux conclusions du magistrat instructeur, le déroulement des faits, jour par jour puis heure par heure en ce jeudi noir de juin 2015, fait froid dans le dos. Tant s'agissant de l'époux de l'octogénaire, mis en prévention dans un premier temps et qui sera finalement entendu à la barre comme témoin, que s'agissant de celui qui comparaît pour meurtre. Malgré des directives anticipées datant de 2012, stipulant que la patiente refusait tout acharnement thérapeutique, le Parquet n'en démord pas. Pour le procureur Cottier, l'accusé a commis un crime et fait le geste de trop.
Charges extrêmes pour la défense
Face au procureur, l'on retrouvera Me Stefan Disch. C'est lui qui assurera la défense du spécialiste FMH en médecine interne. Le pénaliste vaudois estime que le Parquet va très loin en retenant la qualification de meurtre. Il nous confiait jeudi que «le Ministère public va même jusqu'à remettre dans une certaine mesure en doute l'existence d'une situation effective de fin de vie lors de l'intervention du médecin. L'acte d'accusation repose sur une analyse à la fois sélective et orientée des témoignages et des pièces». Me Disch relevait aussi combien les charges retenues contre son mandant «suscitaient son incompréhension et le blessaient profondément tant soigner et soulager étaient ses préoccupations permanentes.»
Le procès est prévu sur deux jours et se tiendra dans l'ancienne salle du tribunal veveysan, plus vaste. Hormis la presse, de nombreux patients ont prévu de venir soutenir leur médecin. C'est la première présidente, Sandrine Osojnak, qui aura la lourde tâche de mener les débats. Des débats complexes parce qu'ils traiteront, d'une part, du cas particulier d'un praticien qui ne conteste pas avoir accéléré le décès de sa patiente; d'autre part et plus largement, parce qu'ils déborderont sur la délicate question de l'euthanasie.
Evelyne Emeri