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Dans le subconscient, on assimile volontiers l'énergie nucléaire à quelque chose de miraculeux: il s'agit, pour beaucoup, de libérer les forces constitutives de la matière, dont au fond on estime qu'elles sont divines - qu'on pense ou non croire en Dieu. Et dans les fables contemporaines, cela donne l'étrangeté du sang radioactif de Spider-Man, que créa Stan Lee. Celui-ci a d'ailleurs souvent utilisé le procédé consistant à raconter que la technologie avait permis, directement ou non, la création de surhommes - de véritables anges terrestres: Captain America est aussi dans ce cas, et puis Iron Man, et de nombreux autres. Faisant feu de tout bois, il les mêlait aux dieux de la mythologie, ou à des extraterrestres ayant reçu des grâces d'entités cosmiques mystérieuses.
Mais le sang radioactif de l'Homme-Araignée est célèbre et participe inconsciemment de la croyance que l'énergie des atomes est liée au divin, et peut par exemple fondre l'être humain et d'autres espèces, en donnant notamment au premier les qualités des animaux: son pouvoir s'étend de façon universelle; il franchit le seuil des formes extérieures - des apparences.
Le cinéaste David Cronenberg, de façon plus réaliste, commence son film La Mouche comme si effectivement de s'être mêlé physiologiquement à une mouche donnait des pouvoirs surnaturels, et puis finit par montrer que cela dissout la personnalité et la corporéité, rend l'homme mauvais et infâme.
Libérer la radioactivité revient au fond à chevaucher des dragons: les forces morales doivent forcément être décuplées, si on veut rendre crédible l'idée qu'on les contrôle parfaitement et qu'on ne les utilise que pour le bien de l'humanité. La nature humaine en rien ne semble propre à le faire d'emblée: seule, elle tend à exploiter ses pouvoirs dans le sens de l'égoïsme. Mais on est sans doute assez pressé de regarder comme miraculeuse la technologie moderne pour avoir envie de croire autre chose: il suffit, pense-t-on, de le décider en toute conscience pour qu'elle soit au service de tous! Comme si la tentation de l'utiliser au moins au service de l'État dont on dépend au détriment des autres n'était pas constante - comme si, même, on n'y cédait pas presque constamment, dans le monde!
Il y a là une profonde naïveté, propre à l'art populaire - et aux gouvernements, que, sans doute, ces illusions tendent à arranger.