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Que faire pour lutter contre la malaria ? La question appelle naturellement des réponses comportant les mots «médicament», «vaccin» ou «moustiquaire», voire «insecte génétiquement modifié». Or d'autres voies sont possibles. Il suffit pour s'en convaincre d'interroger à ce sujet l'entomologiste d'origine suisse Hans Rudolf Herren, directeur du Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes (ICIPE) à Nairobi, au Kenya, comme le fait La Revue Durable dans son numéro de décembre 2003.Herren s'est notamment fait connaître en trouvant un moyen de lutte biologique contre la cochenille du manioc, introduite en Afrique il y a une trentaine d'année. Ces travaux, récompensés en 1995 par le Prix alimentaire mondial, illustrent sa méthode : comprendre les milieux, les liens entre l'homme, le bétail, les insectes, les plantes, dans le but de combattre les déséquilibres de façon pragmatique et environnementalement supportable. Le fait que cet effort scientifique parte des insectes n'empêche pas une vision très panoramique.Dans La Revue Durable, Herren s'exprime notamment sur le paludisme. Il regrette que la lutte contre cette maladie se focalise sur la mise au point de médicaments et de vaccins, ou sur la distribution de moustiquaires, sans accorder beaucoup d'importance à l'écologie de l'anophèle. Les chercheurs de l'ICIPE ont découvert que, sur les hauts plateaux d'Afrique, le moustique se reproduit essentiellement dans des trous creusés par les fabricants de briques aux abords des villages, ou dans les arbres creux à la saison sèche.Le lieu de reproduction de 80% des larves étant connu, l'ICIPE préconise l'usage local de bio-insecticides, notamment la bactérie Bt (Bacillus thuringiensis), afin non pas d'éradiquer l'anophèle, mais de contrôler sa population dans les zones habitées. Et pour que le prix des traitements ne soit pas un obs-tacle, le chercheur a trouvé des partenaires pour construire en Afrique une première usine de production de Bt reposant sur un procédé de fermentation chinois.Les chercheurs de l'ICIPE se sont également intéressés à la mouche tsé-tsé. Ils ont découvert que le vecteur du tripanosome ne se nourrit jamais du sang d'une espèce précise d'antilope et sont parvenus à synthétiser la molécule répulsive produite par cet animal. Des colliers à bétail imprégnés de cette substance éloignent efficacement les mouches. Avec les pièges attractifs existants, tous les ingrédients d'une stratégie de lutte «push-pull» sont réunis. A l'exception des moyens financiers.Les mesures proposées par Hans Rudolf Herren contre les maladies à vecteurs n'ont pas encore pu faire leurs preuves comme cela a été le cas en agronomie. Mais le point de vue de l'entomologiste enrichit la perception du problème, et surtout élargit le spectre des moyens de lutte possibles.