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Reflet dans un reflet, impossible jeu de miroirs et fausse perspective. Le diable est ici dans le détail (mais pas que). Est-il besoin de reconnaître l'affiche de Gilda, avec Rita Hayworth et sa cigarette, se détachant dans un miroir ovale reflétant un tableau accroché au mur, à gauche du cadre, pour comprendre le film? Pas nécessairement. Et que regarde ici la comédienne Laura Elena Harring, un point hors-champ ou quelque chose situé à l'intérieur d'elle-même? Bienheureux ceux qui ont la réponse. Hollywood, donc. Point de chute fantasmé, lieu où convergent tous les (films?) possibles, miroir d'un imaginaire où même la mort devient mise en scène, capitale des illusions et des rêves dans laquelle tout et son contraire est susceptible de se réaliser.
Entrer en résistance, c'est aussi savoir résister au sens et à l'interprétation. L'expression peut s'appliquer à Mulholland Drive. Comme à n'importe quel film de Lynch? Du tout. Mais le cinéaste n'est jamais meilleur (à mon avis) que lorsqu'il n'explique pas. Lorsqu'il demeure évasif ou incompréhensible, par plan interposé s'entend. Je préfère ainsi cent fois cet impossible objet qu'est INLAND EMPIRE (à ce jour son dernier film, sorti en 2006), à ce faux film de genre qu'est Wild at Heart (Sailor et Lula, Palme d'or à Cannes en 1990), trop explicatif et surfait. Il faut d'ailleurs toujours se méfier des films qui expliquent trop ou qui cherchent trop à plaire - fin de la parenthèse.
Mulholland Drive, dévoilé à Cannes en 2001, se situe quelque part entre INLAND EMPIRE et Eraserhead (le premier Lynch, 1977). Le réalisateur y parle de cinéma, de mémoire perdue, d'amours saphiques (pas seulement, bien sûr). Il se joue des codes et des clichés, les dénature, sème fausses pistes et vraies trappes dans un récit pavé de mauvaises intentions. La route qui conduit à Los Angeles et qui donne son titre au film n'est jamais droite et se perd en sinuosités. Voici donc le chemin qu'il va falloir emprunter, dans une nuit noire comme le souvenir. Bon voyage.
Mulholland Drive sera projeté le lundi 30 mars à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Visions d'Hollywood" du Ciné-club universitaire.