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Si la «Premier League» est le championnat qui fait le plus rêver dans le monde, l'équipe nationale d'Angleterre a plutôt tendance à décevoir. Mais elle possède des fous furieux en Romandie. Rencontre.
Manu Broccard est Valaisan et professeur à la haute école de gestion à Sierre. David Orlando, le Chablaisien, est un ancien joueur de football professionnel reconverti entraineur dans les ligues régionales. Célestin N'Zita écume les talus de la riviera vaudoise. Arcady Guinand a 12 ans et joue au football à Genève. Tous nourrissent une passion commune pour l'équipe nationale d'Angleterre. Une passion énorme. Etrange?
Si la Suisse a de fortes attaches avec des nations comme l'Italie, la France ou le Portugal, du fait de leur proximité immédiate ou d'une grande diaspora dans notre pays, notre lien avec l'Angleterre est bien plus modeste. La passion de ces Romands peut donc surprendre au moment où la plupart de nos régions brandissent des drapeaux italiens.
Pour David Orlando, ancien joueur de Sion et Bâle notamment, c'est une question de valeur: «Ce que j'aime, c'est la mentalité du football anglais, le fait de tout donner sur le terrain. Et ça va même plus loin que le football: j'aime cette ferveur dans les stades, aller voir un match dans un pub. Mon premier souvenir, c'est le match Angleterre - France au Mondial 1982. Depuis, j'ai toujours suivi les grandes compétitions avec le maillot de l'Angleterre. D'ailleurs, je suis né le jour d'un Suisse - Angleterre, le 13 octobre 1971.»
L'amour d'un football rugueux, on le retrouve également chez Manu Broccard, Valaisan et professeur HEG: «Dans les années 80, on ne pouvait pas voir de football anglais à la télévision, il fallait attendre la finale de la Cup commentée par Jean-Jacques Tillman à la télévision suisse romande. Je l'attendais toute l'année, ce match. J'ai tout de suite croché sur ce football de contact, physique, où les mecs ne trichent pas sur le terrain. J'aime ce football de gentleman.»
La passion trouve des origines légèrement différentes chez les plus jeunes générations auxquelles appartient Célestin N'Zita, 30 ans: «Je suis un immense fan de Liverpool, et le fait de supporter l'Angleterre est un prolongement de ma passion pour les «Reds». C'est difficilement explicable, je suis Angolais d'origine, je supporte parfois le Portugal, mais je m'identifie plus à l'équipe d'Angleterre.»
Pour Arcady Guinand, 12 ans, le football anglais représente encore un rêve comme pour des milliers de jeunes footballeurs: «Le foot anglais, c'est celui qui me fait rêver, je joue au football à Genève mais je rêve de jouer un jour dans ce championnat.»
Les week-ends entre amis à Londres, Liverpool ou Manchester pour aller voir un match de Premier League, on les connaît tous. Ils forgent quelque peu la vision que l'on a de ce pays qui vit au travers de son football, notamment dans l'imaginaire collectif. Lorsque l'on pense à l'Angleterre, on pense forcément au football. Une passion dans laquelle se retrouve David Orlando:
Les voyages outre-manche, Manu Broccard, qui oeuvre dans l'industrie touristique depuis de nombreuses années, les connaît bien. Il a également parcouru l'Angleterre du football pour y nourrir sa passion: «Je suis membre du «fans club» de l'équipe d'Angleterre, de Liverpool et de Manchester United. Je me rends régulièrement en Grande-Bretagne pour y voir du football. À chaque fois, je suis comme un gamin, comme ce gamin qui attendait chaque année avec impatience la finale de la Cup à la télé. Je vibre, c'est comme ça.»
Célestin nous explique que sa passion anglaise lui est venue à travers la télévision, avec son père, qui regardait tous les week-ends le football international et la Premier League. Depuis, il est abonné aux médias anglais, ne loupe aucun match de son Liverpool et de son équipe d'Angleterre.
Programme similaire chez Arcady pour qui la Premier League et l'Angleterre sont une source d'inspiration: «J'ai même appris l'anglais pour lire les médias et suivre encore plus l'actualité du championnat et de l'équipe nationale. Je m'inspire de ce que je vois et j'essaye de le reproduire sur le terrain. Je suis un grand fan de Tottenham, j'observe des joueurs comme Harry Kane puis j'essaye de les imiter sur le terrain.»
Une autre des raisons qui pousse ces Romands vers les «Three Lions», c'est son championnat. Le plus médiatisé et le plus compétitif (encore que) au monde. Au-delà du niveau footballistique, c'est tout ce qu'il y a autour qui plait à nos Romands, comme nous l'explique Célestin:
Si pour Célestin, joueur du Napoli Vevey récemment promu en 3ème ligue vaudoise, la Premier League peut paraître un peu compliquée à atteindre, elle reste encore dans l'esprit d'Arcady, 12 ans, joueur du FC Champel et futur membre de l'Etoile Carouge: «Pourquoi pas? Je regarde ce championnat toutes les semaines, c'est le plus beau du monde. Quel joueur ne rêverait pas de jouer un jour dans l'un de ces stades?»
La Premier League, David Orlando, aurait pu y gouter, dans un autre monde : «J'ai joué avant l'arrêt Bosman, c'était quasiment impossible d'aller jouer en Angleterre.» Le Chablaisien s'est donc contenté d'écumer les stades de football en Suisse. Et si une offre était venue d'Angleterre, même en division inférieure ? On lui a posé la question:
Manu a eu la chance de vivre en Angleterre pendant un an et demi. De par sa carrière dans le milieu du tourisme, il a eu la chance de côtoyer un peuple qu'il décrit comme fier, travailleur et passionné. Un peuple qui vit pour son football, pour le club de sa ville. Une passion unique, pragmatique, qui a prolongé l'amour du Valaisan pour le royaume de Sa Majesté.
«On est maudits.» David Orlando connait bien cette frustration qui habite tout supporter des «Three Lions», lui qui suit l'équipe depuis le Mondial 1982: «Je me rappelle les séances de tirs au but en 1990 et 1996 contre l'Allemagne, celles de 2004 et 2006 contre le Portugal, le rouge de Beckham en 1998. Toutes ces déceptions, au final, ne font que renforcer ma passion et je suis à chaque compétition encore plus chaud.»
Sentiment similaire chez Manu Broccard, pour qui les valeurs sont plus importantes que les résultats:
Ces défaites passent un peu moins bien chez la jeune génération représentée par Célestin et Arcady, pour qui le temps est venu d'enfin remporter un trophée: «Je n'ai vécu que des déceptions, c'est dur. À chaque grand tournoi, on alignait une équipe de stars, de grands noms, mais pas de collectif. L'exemple parfait, c'était Lampard-Gerrard qui, pour moi, étaient incompatibles sur le terrain. Southgate a enfin créé une équipe, qui joue ensemble. Cette grosse génération, multiculturelle, est représentative de l'Angleterre et je pense qu'elle peut aller au bout.»
La confiance de Célestin, on la retrouve également chez Arcady: «Je suis jeune, j'ai vécu peu de grandes compétitions mais j'ai déjà été passablement déçu. Par contre, je suis sûr que cette année, c'est la bonne. Football is coming home.»
Si l'Angleterre entière semble convaincue que le football va rentrer à la maison lorsque l'on regarde les (très drôles) vidéos de supporters anglais sur les réseaux sociaux, qu'en est-il pour nos supporters valaisans, vaudois et genevois ? Leur réponse.