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La somme des contrats notionnels équivaudrait à la richesse mondiale avec un effet de levier d’au moins sept fois et demi.
Le marché des produits dérivés dépasse allègrement la barre des 600’000 milliards de dollars US1. En comparaison, le PIB mondial s’élève à 80'000 milliards. Pour imager ce rapport, la somme des contrats notionnels équivaudrait à la richesse mondiale avec un effet de levier d’au moins sept fois et demi! Ce montant pourrait n’être que la pointe visible de l’iceberg. Toutes les données ne sont pas aisément disponibles, plus particulièrement celles qui concernent les marchés de gré-à-gré (OTC).
Au départ, les produits dérivés (et plus particulièrement les contrats à terme) ont été créés pour protéger les agents économiques des fluctuations de prix sur les matières premières. Aujourd’hui, largement dépassés par les dérivés sur produits financiers, les contrats sur commodities n’atteignent que 1'862 milliards de dollars US; une goutte d’eau dans un océan d’instruments et de transactions.
D’après les statistiques de la Banque des Règlements Internationaux, le marché de gré-à-gré comprenant les contrats à terme sur devises, sur actions et les swaps de taux d’intérêts, est évalué à 531'000 milliards de dollars. Ces derniers sont les plus prisés et en représentent 80%. Sur les marchés standardisés, les options sur taux d’intérêt et les futures sur taux d’intérêts totalisent 105’150 milliards de dollars pour des flux journaliers réels de 10%. En revanche, les autres types de contrats ne sont pas clairement définis.
Ce marché des dérivés - qui propose des produits des plus inventifs - est très profitable pour les négociants inondés par les liquidités des spéculateurs. La portion échangée sur les bourses est bien réglementée et bénéficie de mécanismes de compensation éprouvés. Par contre, le marché OTC reste relativement opaque malgré la surveillance mise en place depuis 2008. Des books de produits dérivés en tous genres, inscrits sur les comptes hors-bilan des banques, pourraient se retrouver en première ligne lors d’une crise systémique. D’ailleurs, Warren Buffet a déjà émis ses habituelles mises en garde, qualifiant ces produits de « bombes potentielles », prêtes à exploser en période de stress.
Certaines institutions ont déjà subi des dégradations spectaculaires de leurs livres. En 2012, Bruno Michel Iksil, dit « la baleine de Londres », a généré une perte de 6 milliards de dollars chez JP Morgan sur des positions liées à des CDS (Credit Default Swap). C’est la chute, en 1998, du hedge fund Long Term Capital Management qui reste la plus retentissante dans ce domaine. Suite à une perte de 4,6 milliards de dollars sur des swaps de taux d’intérêt, la Réserve Fédérale a dû intervenir pour éviter un effondrement du système financier.
Au cours des dernières années, les pays du G20 ont développé des centrales d’enregistrement des transactions OTC afin de mieux maîtriser les risques sur les actifs sous-jacents. Elles apportent une meilleure transparence des prix entre intervenants mais n’empêcheraient pas nécessairement une nouvelle débâcle. D’ailleurs, les différences de règlementation entre pays ne favorisent pas une réconciliation des positions au niveau international, loin s’en faut.
Après son fantastique essor à la fin des années 90, le marché des dérivés a atteint une amplitude propre à déclencher une chute vertigineuse des marchés s’il n’est pas correctement maitrisé.
1 Statistiques publiés par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) fin 2017