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Dans quelle approche – transversale ou chronologique – faut-il croire pour effectuer des prévisions financières?
Les prévisions, qu’elles soient faites par un haruspice qui examine les entrailles d’un animal sacrifié ou par un économètre qui transpose une matrice, ont toujours eu un rôle à la fois essentiel et mystérieux dans notre société. Le désir de l’humanité à vouloir prévoir l’avenir est intrinsèquement lié à son ambition de le manipuler. Aujourd’hui, la presse et le grand public considèrent les économistes comme des prévisionnistes. Bien qu’il s’agisse d’une caricature de la profession, il est vrai que de nombreux économistes cherchent à faire des prévisions de qualité. La qualité d’une prévision est basée à la fois sur sa précision et sa capacité à expliquer son résultat. Tant que les décisions financières seront prises par des êtres humains, qui peuvent être vus comme des atomes et des molécules rebondissant les uns contre les autres, il conviendra de se contenter de prévisions qui sont précises au niveau de la moyenne.
Les prévisions financières sont généralement réalisées à l'aide de modèles de régression. Il existe deux courants de pensée quant à l’approche à employer: l’approche transversale qui considère plusieurs titres à un moment donné et l’approche chronologique qui considère un seul titre sur plusieurs périodes.
Dans le cadre d’une stratégie de momentum basée sur l’approche transversale, les investisseurs prennent des positions longues sur les actifs dont le rendement est supérieur au rendement transversal moyen et des positions courtes sur ceux dont le rendement est inférieur. Une stratégie transversale est donc une stratégie d’investissement de type zéro net, puisque pour chaque dollar investi dans la position longue, un dollar est désinvesti de la position courte. Dans une stratégie de momentum basée sur l’approche chronologique les investisseurs prennent des positions longues sur les actifs affichant des rendements supérieurs à zéro et des positions courtes sur ceux affichant des rendements inférieurs à zéro. Une telle stratégie est donc de type long net lorsque le marché est haussier et de type court net lorsque le marché est baissier.
ou courtes nettes et peut donc nécessiter un financement tiers.
Des résultats empiriques portant sur les actions cotées au NYSE entre 1946 et 2013 révèlent, en choisissant les actions sur la base de leurs performances au cours des douze derniers mois et en les conservant durant un mois, que l’approche transversale offre un rendement annuel de 5%, alors que l’approche chronologique affiche un rendement annuel de 9%. Malgré cela, il est impossible de conclure qu’une approche soit plus performante que l’autre, car ces deux approches reposent sur des bases d'investissement différentes.
Le principal problème à résoudre concerne la différence de financement entre les deux approches. Comme expliqué, l’approche transversale est une stratégie d'investissement de type zéro net, tandis que l’approche chronologique consiste à prendre des positions longues nettes ou courtes nettes et peut donc nécessiter un financement tiers. Compte tenu de la forte croissance du NYSE au cours de la période considérée, le portefeuille construit selon l’approche chronologique affichait une position longue nette sur des actifs risqués. Comme la prime de risque associée aux actifs risqués était positive au cours de cette période en question, le portefeuille construit selon l’approche chronologique a généré des rendements supplémentaires grâce à sa position longue nette. Pour placer ces deux approches sur pied d’égalité, il est nécessaire d’ajuster le rendement obtenu avec la stratégie transversale pour tenir compte du risque et rendement supplémentaires de l’approche chronologique.
Une nouvelle analyse révèle que l’approche transversale ajustée affiche un rendement annuel de 9% au lieu de celui de 5% précédemment calculé. Ce rendement transversal ajusté est donc similaire à celui obtenu avec l’approche chronologique. Cette même conclusion, quant au rendement identique entre les deux approches, tient également lorsque d’autres périodes de sélection et de conservation d’actions sont considérées.
Une partie de la littérature affirme que les investissements effectués selon l’approche chronologique sont plus profitables que ceux effectués selon l’approche transversale. Ceci est faux, tout simplement. Les modèles les plus récents montrent que les approches chronologique et transversale ajustée offrent la même qualité de prévision pour le rendement des actions. Dans le cadre de prévisions sur des actifs internationaux, les stratégies se basant sur l’approche chronologique sont moins performantes que celles se basant sur l’approche transversale ajustée.
Rédigé par le Dr Cyril Pasche sur la base des travaux du Pr Amit Goyal.
Publié en février 2019 dans le Practioner Roundup du Swiss Financial Institute.
Copyright: Swiss Finance Institute, 2019