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Alors qu'il brigue un siège au Conseil national, le Valaisan Philippe Nantermod apparaît en septembre 2015 dansdu comité de soutien à l'initiative "Vache à lait". Il y déclare tout le bien qu'il pense du texte qui vise à attribuer à la route l'ensemble des taxes payées par ses usagers.
Sept mois plus tard, le conseiller national fraîchement élu a retourné sa veste. Devenu vice-président du PLR, il suit la ligne de son parti et appelle à rejeter le 5 juin le projet de la faîtière des importateurs automobiles Auto-Suisse.
1000 francs
Pourtant, Philippe Nantermod avait promis son soutien à Auto-Suisse. Il s'était même engagé par écrit, dans un document, signé le 1er juillet, que la RTS s'est procuré.
Ce document montre comment les lobbys approchent en pleine campagne les candidats, généralement à la recherche de soutiens.
La faîtière promet d'appuyer la campagne du candidat et, notamment, d'appeler à voter pour lui sur sa plateforme. En contrepartie, le Valaisan y stipule son soutien au second tube du Gothard et "aux contenus" de l'initiative "Vache à lait". Par ailleurs, le conseiller national a également reçu 1000 francs de la part d'Auto-Suisse pour sa campagne, .
Traduction: "Je suis candidat à l'élection au Conseil national et-ou au Conseil des Etats du 18 octobre 2015 et souhaite bénéficier du soutien d'Auto-Suisse. (...) Oui, je soutiens les contenus et les buts de l'initiative populaire pour un financement équitable des transports (initiative vache-à-lait)." [RTS]
Indépendance?
Ce soutien ne réduit-il pas l'indépendance du conseiller national? "Ma campagne a coûté 107'000 francs. Il y a eu des centaines de donateurs et je ne me suis pas engagé auprès de chacun d'entre-eux pour vendre mes prises de position", répond le Valaisan.
Philippe Nantermod n'est pas un cas isolé. Des dizaines de candidats ont signé ce document durant leur campagne pour les élections fédérales. Depuis, plusieurs politiciens soutenus par Auto-Suisse ont retiré leur appui à l'initiative "Vache à lait".
C’est notamment le cas du démocrate-chrétien tessinois Fabio Regazzi, qui a lui aussi obtenu de l’argent d’Auto-Suisse. D'autres, comme Petra Gössi et Gerhard Pfister, élus à la présidence du PLR et du PDC, se sont retirés de la campagne.
>> Lobbies sous la Coupole fédérale: l'analyse de Pierre-Olivier Volet
"Manque de loyauté"
Irrité, le président d'Auto-Suisse François Launaz souligne le "manque de loyauté" de certains politiciens: "Une fois que leur objectif est atteint, ils nous lâchent. Dans l'industrie, on ne peut pas travailler comme ça".
Philippe Nantermod se défend d'avoir changé de position. Il affirme être un défenseur de la route, mais estime que le fonds routier FORTA est plus approprié que l'initiative.
Et d'ajouter: "Je suis très étonné qu'aujourd'hui Auto-Suisse fasse comme s'ils avaient acheté un parlementaire. Ils n'avaient qu'à se présenter eux-mêmes s'ils pensaient que ça se passait comme ça".
Linda Bourget/vtom
Les images de Philippe Nantermod et Ueli Maurer utilisées par les initiants
Le comité d'initiative a également diffusé la semaine passée un tout ménage présentant une photo du grand argentier de la Confédération Ueli Maurer et une citation sortie de son contexte, laissant penser entre les lignes que le ministre UDC était favorable à l’initiative.
Officiellement, Ueli Maurer n'a pas donné d'autorisation pour l'usage de son image. Son staff estime qu'il est clair que dans l’esprit des citoyens, il est le "Monsieur NON" de la campagne contre l'initiative vache à lait et qu'ils vont identifier la supercherie.
Mais le fait de calmer le jeu autour du conseiller fédéral pourrait être interprété comme un signal positif par ceux qui voudraient réitérer l'exercice du détournement d'image dans une autre campagne… Et au passage, prêter le flanc à ceux qui estimeraient qu'Ueli Maurer joue dans cette campagne un double jeu.
>> Les explications de Stéphane Deleury dans Forum