Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07194.jsonl.gz/1261

Foi
Je n'ai jamais "eu la foi." Je l'avoue. Je l'assume. Je ne crois en rien. Ces trois lettres - f o i - n'ont de sens à mes yeux que leur place dans l'alphabet.
La foi, c'est pour moi une légende périurbaine. La foi, c'est pour moi une chanson marmonnée sans conviction. La foi, c'est pour moi les oubliés du système qui tentent de se faire entendre sans trop d'illusions, car le système n'écoute pas les oubliés: il les enterre sous des mètres cube de mépris.
Mais c'est probablement le plus gros mensonge que je n'ai jamais énoncé, car au plus profond de moi, je crois. Je ne crois pas en Dieu, ni en l'impossible, ni en l'improbable. Je crois en moi. Je sais que certains pensent que c'est de la vanité, que c'est de l'orgueil, que c'est un déni de modestie. Néanmois, et je ne m'en excuse pas, je crois en moi et je l'ai toujours cru.
Croire en moi-même, c'est surtout croire en ma capacité à influencer le monde qui m'entoure. C'est croire en ma capacité à écouter les marginaux, à entendre les sans-voix, à voir les invisibles, et à toucher les intangibles.
Pourquoi, me direz-vous. Pourquoi perds-tu ton temps à croire en l'incroyable? Pourquoi croire en la vertue inexistente d'une société si méprisante?
Parce que je crois en ma capacité à un jour faire avancer la société.
Après tout, je ne souffre pas depuis des mois afin de devenir professeur pour rien. C'est ma bouée de sauvetage - comme j'aime à le dire - que de croire en ma capacité à "changer les choses." C'est peut-être une illusion, ou c'est peut-être une ambition, mais c'est certainement une affirmation du plus profond de mon être: je crois en moi-même, et je vous invite à m'imiter, car on a trop besoin d'âmes charitables qui s'attèlent à rappeler à nos âmes le monde des oubliés.