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L’épidémie de COVID-19 arrive à sa fin, et avec le déconfinement, les maires prennent l’occasion pour repenser la ville. Ils veulent en finir avec la promiscuité, et garantir assez d’espace pour tout le monde. Et pour ça, ils s’attaquent au plus grand gaspillage d’espace public urbain: les voies de circulation automobile.
En supprimant des voies de circulation, on se retrouve avec plein d’espaces publics, qui peuvent être utilisés pour plein d’autres usages: terrasses de restaurant, espaces de jeux, promenades…
Bien sûr, la réaction des automobilistes ne s’est pas faite attendre: sans voies de circulation on ne pourra aller nulle part, sans voiture les vieux seront obligés de rester à la maison, on ne peut pas faire du vélo si on est en minijupe et talons aiguilles, pensez aux plombiers et aux maçons…
Contre tous ces discours, la stratégie est simple. Il faut sortir tout l’armement utilisé lors des luttes féministes, et l’adapter au nouveau contexte, pour créer une nouvelle discipline intersectionnelle, le Cycloféminisme.
Le Cycloféminisme part du principe que l’émancipation des femmes et l’émancipation des cyclistes sont parfaitement superposables, et se prêtent bien à une convergence des luttes.
Dans cette nouvelle discipline:
- La condition des piétons et des cyclistes est analogue à de celle des femmes
- Le privilège masculin correspond au privilège des automobilistes (car-triarcat)
- L’oppression systèmique correspond à l’occupation de la plus grande surface d’espace public par la circulation automobile.
On peut par conséquence adapter le langage féministe à la défense de la mobilité douce, simplement en substituant au préfixe MAN- le préfixe CAR-.
Nous aurons donc droit aux mots suivants:
CARSPLAINING
Le Carsplaining est lorsque les automobilistes veulent expliquer aux cyclistes et aux piétons le bon usage de l’espace public. Selon eux, les cyclistes doivent rouler le plus possible à droite, les piétons doivent traverser vite, et seulement où il est indiqué, et il faut que tout le monde s’arrête aux feux rouges et qu’ils respectent à la lettre le code de la route. Et pour eux, le code de la route a un et un seul but: laisser les rues aux voitures.
CARSPREADING
Le Carspreading est lorsque les automobilistes essaient d’occuper tout l’espace public, même quand il est destiné à quelqu’un d’autre. Pour les automobilistes, tout espace plus large que 2.50 m est à utiliser pour circuler ou pour y parquer une voiture: la chaussée, les pistes cyclables, les trottoirs. Dans les cas plus extrêmes, même les halles d’immeuble et les balcons peuvent devenir des places de parc.
NOT ALL CARS
Not All Cars est une figure réthorique visant à déresponsabiliser les automobilistes pour les dégâts qu’ils provoquent, en mettant la faute sur quelques élements accessoires: un conducteur qui roulait bourré, un autre qui regardait son téléphone, un autre qui n’avait pas assez dormi. Vice-versa, quand des cyclistes font des accidents (ou même quand ils n’en font pas, mais ils sont beaucoup à rouler, comme sur la photo ci-dessus), selon la philosopie « Not All Cars », c’est toujours la faute de la catégorie toute entière.
CARS WILL BE CARS
« Cars will be Cars » est le concept sur lequel se base la sécurité routière, telle qu’on l’enseigne à l’école. Les voitures sont grosses, rapides, et quiconque se trouve sur leur parcours risque de se blesser gravement ou de mourir. Donc, les piétons doivent se tenir sur les trottoirs (encore, faut-il qu’il y en ait), traverser aux passages piétons ou (encore mieux) aux passages souterrains, et ne pas trainer inutilement sur la chaussée.
JE SUIS AUSSI CYCLISTE, MAIS…
Je suis aussi cycliste, mais… (analogue de « je ne suis pas raciste, mais… ») est toujours suivi par une phrase qui critique les cyclistes:
- …mais je trouve que les pistes cyclables d’aujourd’hui sont trop larges
- …mais je respecte les règles
- …mais je roule à droite, pas au milieu de la chaussée
Toutes ces expressions démontrent une chose: que ceux qui les prononcent sont cyclistes parce qu’ils ont roulé quelques fois en montagne en VTT. Leur expérience du trafic urbain s’est toujours faite, et se fera toujours, depuis le pare-brise d’une voiture.
LES ENFANTS! LES VIEUX! LES MAÇONS!
Quand un cycliste dit qu’il peut tout faire à vélo, on lui répond « oui, mais vous êtes jeune! pensez aux enfants! Pensez aux vieux! Pensez aux maçons, aux plombiers, à tous ceux qui ont besoin d’une voiture pour vivre! »
Cette réponse vient souvent de ceux qui « sont aussi cyclistes, mais… », qui voient uniquement le cyclisme comme une activité de loisir. Ils ne savent pas que, avec le vélo on peut faire presque tout. Et où il n’est pas possible d’utiliser le vélo, on peut toujours utiliser des petits véhicules qui roulent à 20-30 km/h.
Vous avez des autres expressions? N’hésitez pas à les écrire dans les commentaires!