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«Voilà une façon de perpétuer les idées d'un homme que j'apprécie sans réserve : publier sa correspondance ! Il y a d'emblée cet immense avantage : que la valeur des idées n'est pas décidée par celui qui les a conçues, mais par un groupe d'amis et de critiques, d'autant plus libres et plus exigeants dans leur jugement qu'il s'agit d'un mort dont ils veulent montrer au monde les aspects les plus forts et les plus lumineux.»Voilà donc le projet d'Eça de Queiroz : dresser le portrait d'un homme, Fradique Mendes, visionnaire, d'une grande érudition, un brin provocateur et attachant qui vit entre Paris et Lisbonne où il côtoie les intellectuels et artistes de son temps : Baudelaire, Leconte de Lisle, Théophile Gautier ... Fradique Mendes est un dandy dont la biographie, prétendument écrite après sa mort par son meilleur ami, introduit le livre. Suivent 24 lettres qui sont adressées à des personnages réels, contemporains et amis d'Eça de Queiroz lui-même ainsi qu'à d'autres personnages fictifs... Elles présentent une grande diversité de thèmes : philosophiques, politiques, religieux, amoureux ou encore des sujets plus légers comme la dissertation sur l'art de s'habiller... On y lit des portraits hilarants de personnages « types » à la façon de Balzac. D'autres de ces lettres sont des moments d'anthologie comme l'arrivée nocturne à la gare de Lisbonne déserte... La société bourgeoise portugaise y prend aussi pour son grade. Publié à titre posthume, Fradique Mendes est indubitablement un chef-d'oeuvre : Eça de Queiroz sait capter et révéler à merveille l'air du temps, cette fois-ci, en proposant une sorte de roman épistolaire qui brouille les frontières du genre et par conséquent celles de la réalité ... Qui se cache derrière Fradique ? Eça lui-même ? Peut-on parler d'un premier hétéronyme ? Le côté expérimental de l'oeuvre lui donne un côté indéniablement moderne. D'une grande intelligence, un délice de lecture, fin et drôle !
Jorge Luis Borges considérait Eça de Queiroz comme «un des plus grands écrivains de tous les temps» : Les Maia, paru en 1888, est indubitablement son chef-d'oeuvre. Il appartient au genre des romans «cycliques» où l'on suit le destin non seulement d'une personne, mais d'une famille, précédant ainsi Les Buddenbrooks de Thomas Mann et la Forsyte Saga de Galworthy.
Le noeud de l'action est une sulfureuse histoire d'amour dans le goût romantique, mais le grand intérêt du récit est ailleurs : dans la peinture d'une société bourgeoise décadente; dans l'évocation de la ville de Lisbonne qu'arpente le héros, Carlos de Maia, de la rue des «Janelas Verdes» jusqu'au Chiado; en?n dans le personnage d'Ega, type du Portugais cultivé, hyperconscient, cosmopolite, enclin à dénigrer son pays auquel il est profondément attaché - comme Eça lui-même.
À la fois histoire d'une passion fatale, peinture de moeurs objective et virulente satire, ce livre, dont le rythme rappelle les romans anglais par son style à la fois lumineux, attendri et ironique, a immortalisé Lisbonne dans la littérature.
En décembre 1904, Euclides da Cunha (1866-1909), un des auteurs clé de la littérature brésilienne du XXe siècle, quitte Rio de Janeiro pour se rendre à Manaus et entamer une mission de reconnaissance du bassin ouest de l'Amazonie. L'expédition qui le mène jusqu'à la région frontalière avec le Pérou le poussera au bord de la folie, mais elle lui permettra aussi de se familiariser avec la dernière part obscure du Brésil. Sa découverte de la nature équatorienne et des populations qui vivent sur les rives des fleuves le bouleverse et sa vision du drame qui s'y joue - l'esclavage des ouvriers du caoutchouc, la destruction silencieuse des Indiens - l'amène à projeter d'écrire, après son chef d'oeuvre Hautes Terres, consacré à la guerre de Canudos, un « deuxième livre vengeur ». Son grand récit amazonien (il lui donne le titre de travail Un paradis perdu) ne verra cependant jamais le jour : Euclides da Cunha meurt quatre ans après son voyage, abattu en août 1909 à son domicile à Rio par l'amant de sa femme. Néanmoins, tout laisse à croire que le texte aurait été porté par une ferveur qui ne le cède en rien à celle qui sous-tend son plaidoyer précédent : si ses esquisses et les notes préparatoires ont disparu, la vingtaine d'articles et de récits qui subsistent témoignent de son ambition et de la beauté de sa prose. L'invention de l'Amazonie se compose de trois de ces récits, tous issus du recueil À margem da história (« En marge de l'Histoire », inédit en français), que l'auteur a encore lui-même pu organiser. Ils disent le vertige qui nous empêche de voir l'Amazonie, les triomphes et misères que la vie dans les limbes peut susciter, la proximité entre création et destruction. Avec son oeil pour les ruines à venir, da Cunha n'y livre pas seulement un aperçu de la modernité, il propose aussi un regard saisissant sur la région, une réflexion qui reste pertinente jusqu'à nos jours.
Eliete, 42 ans, mariée, deux enfants, « moyenne en tout », étouffe dans son rôle de femme et de mère dévouée et délaissée. Animée de mille questions et d'un manque d'auto-estime, elle voit sa vie basculer peu à peu quand sa grand-mère bien-aimée se met à perdre la tête. Comment vivre sa vie de femme quand on se rend bien compte que ceux qui nous sont apparemment les plus proches nous deviennent étrangers, tandis que des inconnus se bousculent aux portes de nos réseaux sociaux pour de furtifs moments charnels? Comment vivre sa vie de femme quand la vie normale nous étouffe, nous écrase et nous mine ? Quand la maladie d'un proche attise notre souci du temps et de la mémoire, et remet insidieusement tout en question ? Dans Eliete, ou la vie normale, Dulce Maria Cardoso brosse le portrait d'une femme tiraillée entre les fantômes du passé, les affres du présent et les incertitudes d'un futur apparemment tracé mais peut-être bien à (re)construire. Le portrait d'une génération née après la Révolution du 25 avril, ayant grandi dans l'abondance des fonds communautaires puis vécu de plein fouet la grande crise qu'a traversé le Portugal après 2008. Une génération désireuse d'oublier le passé et s'inscrivant dans une course effrénée vers la société actuelle - une société qui délaisse ses aïeux et fait fi du temps et de l'espace réels pour mener une vie parallèle via les réseaux sociaux et autres virtualités dévorantes. Dans ce roman mené tambour battant, au rythme des mille et unes pensées et questions habitant la protagoniste, l'auteure manie avec habileté le langage et le récit pour suivre au plus près la réalité brute d'une femme guettée par la vie.
L'ombre regarde le visage de la femme. Ses yeux sont très clairs et grands ouverts comme s'ils voulaient comprendre. L'ombre la touche. - Je suis le Diable - dit l'ombre. Et la nuit les enveloppe. La nuit tombe sur le Tage. Une certaine nervosité règne sur les berges du fleuve. Des silhouettes s'agitent. On entend des cris, des coups. Un corps bascule dans les eaux sombres sous le regard discret d'une ombre rampante. Un immigrant russe au nom de guerre Oulianov, ex-agent du KGB, puis ex-prisonnier à Lisbonne, sera contraint de mener la bataille la plus difficile de sa vie lorsqu'il mènera sa propre enquête pour retrouver sa soeur disparue et découvrir ses assassins. Dans ce roman noir où la ville de Lisbonne est un personnage à part entière, Pedro Garcia Rosado dresse un portrait au vitriol de la société lisboète où défilent la jet-set des beaux-quartiers et des environs chics avec son ancien capitaine d'industrie et ses deux rejetons tout puissants, des fonctionnaires municipaux corrompus et des policiers véreux (ou pas), des immigrés russes et des prostituées et, surgi des sous-sols inexplorés de la ville aux remugles fétides, un bien étrange personnage...
L'oeuvre de Fernando Pessoa (1888-1935), génie poétique universel qui dissimule ici ses traits sous le domino d'Álvaro de Campos, a fait à ce jour l'objet d'innombrables éditions, études et traductions. Max de Carvalho nous livre ici une nouvelle traduction de ce qui est peut-être le plus beau texte de Fernando Pessoa après Le Livre de l'intranquilité. Les éditions Caractères et Unes ont publiées tour à tour les traductions d'Armand Guibert et de Rémy Hourcade, toutes deux datent des années 80. Max de Carvalho poète et traducteur a voulu proposer une version de son temps et de sa plume. Il nous livre une traduction sensible qui nous envoûte de sens et de son et accompagne ce grand poème d'autres poésies d'Álvaro de Campos non moins savoureuses... Livre bilingue, traduction en vis-à-vis.
L'oeuvre de Fernando Pessoa (1888-1935), en grande partie posthume, est considérée aujourd'hui comme l'une des plus importantes du XXème siècle, la découverte de sa poésie et du Livre de l'Intranquillité ayant été une révélation dans le monde entier. Le projet complexe de Pessoa consiste, par l'écriture, à « tout sentir de toutes manières », ce qui l'a conduit à éclater son « moi » en plusieurs écrivains fictifs, les « hétéronymes », dotés chacun d'un nom (Alberto Caeiros Álvaro de Campos, Ricardo Reis, Fernando Pessoa lui-même, Bernardo Soares, etc.) d'un style propre et d'une vision du monde singulière.
La présente anthologie, très concise, est une introduction à cette oeuvre multiforme et inclassable. Elle permet de découvrir ce précurseur génial de notre modernité, en appréhendant l'essentiel de son « dispositif hétéronymique », pour en saisir, dans une présentation bilingue, la force et la beauté, la variété et l'unité.
Jacinto, dandy et riche héritier d'une famille de notable portugais, vit à Paris depuis tout petit. Fasciné par la ville lumière, son mouvement et sa modernité, il collectionne dans sa résidence du 202, Champs-Élysées, toutes sortes d'inventions propres à l'époque. Des objets incongrus représentants selon lui le summum du raffinement, la haute civilisation et donc la condition à son bonheur ! Lampes électriques en tout genre, brumisateurs, tissus précieux, bibliothèque au quelque 30 000 milles volumes... La maison déborde de cette civilisation !
Zé Fernandes, jeune homme originaire d'un petit village du nord du Portugal s'installe chez son ami Jacinto pour suivre ses études à Paris. Initié aux plaisirs de la société moderne, il découvre la ville lumière, déambule dans ses rues y rencontre ses groupes d'intellectuels et d'artistes.
La fascination de Jacinto pour la technique, sa croyance illimitée dans le progrès est insatiable et le mènera bientôt à la dépression. Son jeune ami décide pour l'aider de le faire revenir aux plaisirs d'une vie frugale et simple. Il l'incite à quitter Paris pour rejoindre son village du nord du Portugal. Nous entrons alors dans la deuxième partie du roman.
L'exubérance et la superficialité des plaisirs parisiens laissent place à la simplicité et à l'apaisement de la campagne. Ce voyage n'est pas sans péripéties mais le retour aux sources sera fructueux pour nos deux compères.
202, Champs-Élysées, titre posthume d'Eça de Queiroz, propose une savoureuse satire de la modernité. Dans ce roman incisif et enjoué les dérives du progrès sont dénoncées. La vacuité des plaisirs urbains, l'accumulation des objets et de nouvelles techniques prophétisent la décadence d'une société en perte de repères. L'auteur que l'on ne présente plus, oppose deux mondes en utilisant sa verve ironique tant appréciée. À la ville prétentieuse il oppose un monde simple, la campagne, où le plaisir y est pur. Somme toute, une thématique tout à fait contemporaine !
Dans ce texte écrit en 1880, Eça de Queiroz reprend un thème récurrent de la tradition littéraire : le pacte avec le diable. Teodoro, fonctionnaire d'État, mène une vie banale à Lisbonne, faite d'habitudes bien ancrées, de courbures d'échine face à ses supérieurs, de repas servis à l'heure et de prières automatisées, sa vie médiocre prend un nouveau tournant lorsque lui apparait dans un livre un message aussi troublant qu'attirant. Le diable lui-même lui propose de sacrifier la vie d'un vieil inconnu, un mandarin vivant au fin fond de la Chine et de récupérer ainsi son incommensurable fortune ! Il n'a qu'à appuyer sur une sonnette posée à ses côtés pour réaliser ce funeste exploit !
D'abord, la stupeur, la peur et puis la fascination. Le désir d'une vie nouvelle presse et bien sûr le confort d'un crime non-identifié ne manque pas d'attrait ! Et puis quoi ?! La vie d'un vieux décrépi contre une jeunesse pleine de désirs ! Teodoro appuie sur la sonnette. Une vie d'abondance et de luxure débute, entre voyages et grandes fêtes, ce personnage ridicule est sauvé par les apparences du luxe. Bientôt, sa conscience viendra contrarier ses plaisirs multipliés et le fantôme du mandarin sacrifié le hantera sans repos. Les délices de cette vie vécus au dépens d'un autre deviendront sans saveurs. Le personnage entamera alors un voyage vers la Chine pour expier sa faute auprès des descendants du mandarin. Guidé par une volonté molle, ce dernier sera sans succès !
L'entrée dans l'écriture fantastique de Eça de Queiroz n'enlève rien à son ton hautement critique. On y lit une société gouvernée par les apparences au sein de laquelle la morale est décimée sans vergogne par l'appât du gain. Le ton est ironique, cynique parfois, Eça comme à son habitude ne laisse passer aucun détail de la psychologie humaine souvent faite d'hypocrites contradictions. La mesquinerie y est dépeinte sans concession et la lucidité mordante de l'auteur n'épargne personne !
Le mandarin est un conte savoureux, drôle et cruel, qui ne manquera pas d'interpeller le lecteur ! « Et pourtant, au moment où j'expire, une idée me console prodigieusement, celle de savoir que, que du nord au sud et d'est en ouest, de la Grande Muraille de Tavarie aux vagues de la mer Jaune, dans tout le vaste empire chinois, aucun mandarin ne resterait en vie si tu pouvais aussi facilement que moi le supprimer et hériter ses millions, toi, lecteur, créature improvisée par Dieu, mauvaise oeuvre faite d'un mauvais argile, toi, mon semblable, mon frère ! »
Publiés pour la première fois en 1851, les Légendes et récits d'Herculano ont été rédigés sur le modèle des romans de Walter Scott, à une époque où, partout en Europe, on se passionnait pour les chroniques médiévales et les vieilles légendes, croyant y trouver l'âme profonde des nations.
Les Légendes et récits sont avec Les Lusiades et les Histoires tragico-maritimes, est devenu un des grands classiques de la culture portugaise. Ces textes palpitants ont pour cadre le Portugal médiéval (Xe-XVe siècles) : oeuvre de fiction, elles reposent sur de solides fondements historiques, qui contribuent à donner une impression d'authenticité. Herculano s'y révèle conteur efficace et vigoureux ; il excelle en particulier à tenir le lecteur en haleine par des effets et des coups de théâtre savamment dosés. L'auteur met en scène des personnages de drame dont les faits et gestes sont dictés par des sentiments tyranniques tels que l'amour, la haine, la vengeance...
Macau, 1984 : un juge - futur procureur-général de la République -, trois policiers, un médecin et un présentateur de télévision créent une maison de passe clandestine qu'ils nomment le « Club de Macao ». Ses membres recourent à des adolescentes chinoises qui paient le prix fort dans l'espoir de rejoindre l'Europe. Lorsque l'une d'entre elles est assassinée le club est dissout.
Vingt plus tard, à Lisbonne, les anciens membres du club se retrouvent lorsque le procureur-général de la République souhaite se présenter à la présidentielle. Son ambition se voit empêchée alors par des scandales qui font surface. Leur mission à tous : faire en sorte que les fantômes du passé ne viennent pas troubler le présent.
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Une plongée en apnée dans les méandres des réseaux mafieux et des conflits d'intérêts entre politique et média avec pour décor l'histoire singulière du territoire de Macao, portugais pendant plus de 400 ans avant d'être rendu à la Chine en 1999. Inspiré par le célèbre procès « Casa Pia » au Portugal (2001 à nos jours), Le Club de Macao est le troisième roman de Pedro Garcia Rosado.
Dandy cynique et libertin, Bazilio, de retour du Brésil, entraîne dans l'adultère sa cousine Luisa, jeune bourgeoise de Lisbonne, pendant la longue absence de son mari. Juliana, l'acariatre servante de Luisa découvre leur liaison et la soumettant à un chantage odieux lui mène alors une vie insupportable.
Malgré les vicissitudes conjoncturelles, avec 204 millions d'habitants et une économie qui se place parmi les dix premières du monde, le Brésil appartient aux grandes puissances d'aujourd'hui et représente à lui seul plus de la moitié de l'Amérique du Sud par sa superficie, sa population et son PIB. Faire l'histoire du Brésil ne consiste pas à tracer une évolution rectiligne et déterministe de ce qui serait un « destin national », la construction implacable du « Géant lusophone », depuis l'arrivée des Portugais en 1500 jusqu'à la seconde présidence de Dilma Rousseff, mais à suggérer que bien d'autres destins étaient possibles. Pour rompre avec la linéarité du récit national, ce livre commence bien avant la prise de possession par la Couronne portugaise de la côte de la « Sainte Croix » et évoque le peuplement de cette partie de l'Amérique méridionale par les Amérindiens. À partir de la colonisation, il insiste sur la diversité et les contradictions de la société coloniale, puis du Brésil indépendant. Il rappelle le rôle central qu'exercèrent Portugais et Brésiliens pendant toute la durée de la traite négrière occidentale, le fonctionnement du système esclavagiste, ainsi que les séquelles de longue durée que fait peser celui-ci sur les rapports sociaux et la citoyenneté au Brésil. Il s'efforce, enfin, de faire l'archéologie du « Brésil métis », en plaçant dans son contexte le métissage, ses formes, ses significations et ses enjeux.
Elle a beau ne le porter dans son ventre que depuis sept mois, on comprend vite que cet enfant charpente toute la vie de Joana. Il est la réponse à son désarroi d'orpheline, l'aboutissement du couple qu'elle forme avec le pâle Jorge, plus qu'une raison d'être, une revanche. Aussi, quand elle se réveille d'un cauchemar prémonitoire, elle a perdu les eaux, mais non ses illusions. La bête immonde entre alors dans l'arène hospitalière, baignée par la lueur pâle des néons fatigués. De veulerie en lâcheté, chacun des pitoyables acteurs de ce drame se montre virtuose dans l'art d'esquiver l'inéluctable. Courant derrière son délire, jusqu'à quel point Joana pourra- t-elle refuser de regarder en face la nudité obscène de l'échec ? Dans ce deuxième volet de la trilogie qu'il consacre aux paternités ratées, Valério Romão livre un récit impitoyable, tenant à la fois de l'étude clinique sur l'hystérie et du cinéma de Buster Keaton. Avec la crudité d'un Jean Rustin (seconde manière), il célèbre les noces sinistres du désespoir et du dérisoire.
Au mozambique, au bord de l'océan indien : zeca perpétuo, un ancien pêcheur, n'a d'yeux que pour sa voisine, la mulâtre dona luarmina qui passe le plus clair de son temps à effeuiller des fleurs invisibles.
Leurs conversations quotidiennes, tour à tour cocasses, désabusées ou poignantes empruntent souvent des voies étranges. peu à peu, ils en viennent à délivrer de lourds secrets. iront-ils jusqu'au bout de leur dialogue alors que leur existence, déjà précaire, sombre inexorablement ?.
« L'INDÉCISION de la pluie n'était pas motif de joie. Malgré tout j'inventai une facétie : mes parents m'avaient toujours traité d'ébahi. Ils disaient que j'étais lent pour agir, attardé pour penser. Je n'avais pas vocation à faire quoi que ce soit. Peut-être n'avais-je même pas vocation à être. Eh bien la pluie était là, clamée et réclamée par tous et finalement aussi ébaubie que moi.
Enfin, j'avais une soeur tellement maladroite qu'elle ne savait même pas tomber. » À Senaller, un village dont on ne peut que partir, la pluie ne tombe plus, elle demeure en suspens. Le fleuve est à sec, la sécheresse menace. Le village est-il la proie d'un châtiment divin ou des rejets de l'usine installée à proximité ? Devant l'impuissance des commandeurs de nuages et des villageois, la mère du narrateur décide de se rendre à l'usine... Devenu le complice malgré lui d'un terrible secret, l'enfant n'a pas d'autre choix que de protéger sa mère de la fureur paternelle. La présence aimante du grand-père est l'unique refuge du jeune garçon. Afin que la pluie tombe à nouveau, la famille devra dérouler les fils de son histoire et revivre la légende des Ntowenis.
Dans ce récit hanté par le conte, Mia Couto déploie toute sa puissance poétique et créatrice pour toucher au plus près la destinée des êtres dans un Mozambique encore à naître.
Comme dans le Fil des missangas, Chandeigne 2010, Histoires rêvérées, de très courtes nouvelles dressent le tableau d'une humanité vent debout. Un grand-père enseigne à son petit-fils à voir l'ailleurs. Une petite fille, ne pouvant se résoudre à abandonner son père au milieu des bombes, se transforme en fleur. Un aveugle, dont le guide est mort à la guerre, nous montre le chemin. Le vieux Felizbento qui, en pleine guerre, refuse de quitter sa maison et qui ne partira qu'à condition d'emmener tous les arbres. Un enfant victime de la barbarie militaire. Le buveur du temps. Une noix de coco pleure et saigne, un hippopotame, dont un dit qu'il serait un trépassé, détruit un centre d'alphabétisation. La guerre des clowns ou comment deux clowns vont semant la guerre de ville en ville... et bien d'autres histoires qui font du rêve le lieu de résistance ultime face aux ravages de la guerre. « Ces histoires parlent de ce territoire dans lequel nous nous reconstruisons et mouillons d'espoir le visage de la pluie, eau rêvérée. De ce territoire dans lequel tous les hommes sont égaux, ainsi : feignant d'être là, rêvant de partir, inventant de revenir » écrit Mia Couto en introduction à ce recueil. Publié en 1994, c'est un recueil fondamental dans la genèse de l'oeuvre de Mia Couto, de son écriture si souvent commentée et de sa filiation avec João Guimarães Rosa. Les néologismes, les idiomatismes, les proverbes détournés, les jeux de mots font ici florès. Autant de singularités que la traduction tente de restituer par des archaïsmes, en détournant l'emploi sémantique ou grammatical des mots, en créant des mots composés ou des néologismes (par la préfixation, suffixation, mots valises et fusion de deux mots), afin de faire entendre le bruissement de la langue.
En 1543, les Portugais sont les premiers Européens à découvrir le Japon, où ils nouent aussitôt des liens commerciaux.
François Xavier y implante dès 1549 une mission jésuite. En 1597, commencent les premières persécutions. Le "siècle chrétien" s'achève tragiquement dans les années 1640-1650 : le pays se referme alors sur lui-même, et interdit son territoire à toute présence étrangère jusqu'en 1868. Le père jésuite Luís Fróis, qui résida plus de trente ans dans l'archipel nippon, fait en 1585 une description comparative des moeurs japonaises et européennes.
Série d'instantanés qui décrivent les principaux aspects de la vie quotidienne, ce texte est aussi extraordinairement moderne, presque oulipien. Souvent très drôle, il développe un discours imprévu sur nous et les autres, tout au long de notations regroupées en chapitres sur les hommes, les femmes, les chevaux, les enfants, la religion, les armes, les maladies, la musique, les navires, etc.
À travers des balades urbaines faites de rencontres, ce livre invite le lecteur à découvrir la relation particulière que Lisbonne entretient avec les contrées de culture islamique depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours.
Les témoignages archéologiques et architecturaux sont exhumés au fil des rues, des palais et des constructions plus contemporaines de la capitale lusitanienne comme autant de traces de cette relation faite de présences et d'influences réciproques.
Les itinéraires proposés se basent sur un vaste travail de documentation historique et présentent tout un pan du patrimoine immatériel intégré de façon inconsciente au quotidien des Portugais (culture lisboète, gastronomie, poésie, musique, langue portugaise, sciences, art de la navigation...) D'Olisipo, nom donné à Lisbonne pendant l'Antiquité, à Al Usbûna, appellation qui lui est attribuée pendant la domination arabo-musulmane qui dure environ quatre siècles, en passant par la Lisbonne des Grandes Découvertes qui se projette dès le xve siècle au Maroc et par la Lisbonne contemporaine qui abrite une communauté musulmane de plus de 40 000 membres, cette enquête ravira tous ceux qui désirent connaître un aspect méconnu de la métropole portugaise.
Lisbonne, 1940. Après la chute de Paris et la fermeture des ports méditerranéens, la capitale portugaise offre la dernière porte de sortie à une Europe en guerre. Réfugiés politiques de toutes origines, apatrides, anonymes, intellectuels et artistes tels Man Ray, Julien Green et Hannah Arendt fuient l'Occupation et traversent les Pyrénées dans l'espoir de trouver une place à bord d'un navire et d'embarquer vers New York ou Rio de Janeiro. Quelques hectares en tout, étendus sur le maillage serré des rues du centre-ville, auxquels s'ajoutent quelques demeures cossues dans le quartier des ambassades et les palaces de la station balnéaire d'Estoril, forment la scène sur laquelle se déroule cet Exode moderne : les terrasses des cafés de Lisbonne bruissent de langues étrangères, dans les foyers des hôtels se produisent des rencontres inattendues. Face à l'afflux des réfugiés, un sentiment d'urgence saisit la ville. Les libraires bradent les oeuvres de Stefan Zweig et de Romain Rolland, le marché noir fleurit, les bagages s'entassent sur les quais du Tage. Comment revenir sur cette histoire, faite de milliers de destins individuels, de coïncidences et de drames ? Tandis que, à Belém, António Salazar fait revivre la mémoire de la grandeur d'une nation qui, 450 ans plus tôt, a initié le siècle des Découvertes, Jean Renoir et Antoine de St. Exupéry montent ensemble à bord du «SS Siboney». Jean Giraudoux passera par Lisbonne à la recherche de son fils parti s'engager à Londres ; Tadeus Reichstein, le grand-père de l'auteur, inventeur de synthèse de la vitamine C, prix Nobel de chimie, traverse la ville à l'occasion d'un aller-retour à New Jersey. Juif polonais naturalisé Suisse, sa correspondance privée jettera un éclairage sur l'envers de ces années de guerre.
Tizangara, village imaginaire du Mozambique, est le théâtre d'événements délirants. Les casques bleus, venus surveiller le processus de paix après la fin de la guerre civile, explosent sans laisser de traces, si ce n'est celle de leur membre viril. Massimo Risi, inspecteur italien des Nations Unies, est dépêché sur les lieux pour élucider ces morts mystérieuses.
Accompagné d'un traducteur, il arpente Tizangara à la recherche d'indices.Ana Deusqueira la prostituée, Sulplício le père du narrateur, Temporina la jeune ensorcelée, le prêtre Muhando, le sorcier Zeca Andorinho et Estêvão Jonas l'administrateur corrompu du village sont les personnages bigarrés de cette farce à la fois grotesque et tragique.
Mia Couto dépeint avec un humour décapant l'histoire du Mozambique contemporain, de l'immense espoir suscité par l'indépendance et la confiscation du pouvoir par les héros d'hier à la période qui a suivi la fin de la guerre civile sous le regard complice de la communauté internationale. Fable du chaos, Le dernier vol du flamant s'élève contre les vies brisées par le fracas des guerres et l'indigence des gouvernants.
À travers le prisme de la fiction, Autisme dépeint sans concession le combat sans relâche d'un couple, Rogério et Marta pour leur fils Henrique atteint d'autisme. Il dresse un constat sans appel sur l'absence de structures adaptées, le manque d'accompagnement, la solitude et le désarroi des parents. Fruit d'une expérience personnelle, Autisme est à la fois le récit de cette lutte quotidienne qui envahit peu à peu toute la vie des parents et une réflexion poignante, universelle, sur la parentalité la transmission et le couple.
En allant chercher son petit-fils Henrique à l'école, Abílio son grand-père apprend qu'il s'est fait renverser par une voiture et qu'il se trouve aux urgences. Rogério et Marta, ses parents, attendent désespérément des nouvelles dans le hall. Autisme est le récit de cette attente hallucinée dans l'univers clos des urgences, entrecoupé de scènes - souvent au vitriol - de la vie quotidienne.
Avec une ironie mordante et un humour décapant, Valério Romão dissèque ses personnages au microscope et orchestre leurs voix tumultueuses par des dialogues incantatoires. Les phrases longues tissent entre eux flux de pensée et dialogues avec un travail sur la langue à la fois soutenu et très oral. Roman polyphonique, ce roman coup de poing se clôt par une magnifique Lettre au père.
Prononcé en 1654 au Brésil, le Sermon de saint Antoine aux poissons est à juste titre le texte le plus célèbre du grand auteur portugais du XVIIe siècle, l'étonnant jésuite António Vieira, en qui Fernando Pessoa saluera l'« empereur de la langue portugaise ».
Le concept baroque et presque animiste de la Nature enseignant les hommes gouverne ces propos écologiques avant l'heure. Vieira s'y montre prophète de notre époque. En donnant la parole au Monde du silence, il dénonce un principe du libéralisme déjà à l'oeuvre dans le Brésil colonial du XVIIe siècle : les petits poissons se font toujours manger par les gros et nous sommes tous des cannibales.
Dans les régions reculées du Nordeste brésilien, s'étend le sertão, désert où la pluie est rare et où seules les herbes épineuses de la catinga parviennent à s'épanouir. Beaucoup de familles abandonnent ce " polygone de la sécheresse " pour trouver de l'eau. Fabiano le vacher, sa femme Sinha Vitória, leurs deux fils et leur chien Baleine font partie de ces infortunés fuyant la famine et la misère. Après une longue marche éprouvante, ils trouvent refuge dans une ferme abandonnée par son propriétaire. La remise en l'état de l'édifice et l'arrivée de l'hiver propice aux pluies redonnent de l'espoir et ravivent les désirs de chacun : Fabiano et son aspiration à communiquer avec les hommes de la ville, Sinha Vitória et son envie d'un lit en cuir, le fils cadet et son ambition de dompter les chevaux sauvages, le fils aîné et sa fascination pour l'au-delà. Mais rapidement, la fatalité reprend ses droits et l'arrivée d'une nouvelle sécheresse fait basculer ce semblant de bonheur à un retour à l'exil.
Publié en 1938, ce roman de G. Ramos a bouleversé les canons de la littérature brésilienne. En proposant un style dépouillé, sec et tendu, à l'image du sertão, Ramos parvient à concentrer en quelques mots la subtilité de la détresse humaine. Souvent fantasmé, fréquemment narré, le sertão a été rarement aussi bien décrit que par la plume de l'un des auteurs les plus remarqués et admirés au Brésil. Cette oeuvre concise et très cruelle réunit admirablement l'unicité de la situation sociale d'un Brésil asséché et l'universalité des émotions humaines.
Considéré comme l'un des livres majeurs du XXe siècle, Vies arides a reçu le Prix de la Fondation William Faulkner en 1962. Déjà traduit en français en 1964, cet ouvrage est aujourd'hui réédité dans une nouvelle traduction qui se rapproche au plus près du texte original.