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Les coureurs suisses ont réussi un inoubliable doublé il y a un quart de siècle à Liège – Bastogne – Liège, le monument le plus exigeant du cyclisme professionnel. Mauro Gianetti en 1995 et Pascal Richard un an plus tard ont inscrit leur nom au palmarès de la «Doyenne».
La classique ardennaise de 260 km est sans doute la plus redoutée, avec sa succession de côtes dans sa partie finale et, même à cette époque, cette interminable montée vers l'arrivée dans la cité d'Ans. Gianetti s'était imposé en solitaire à la faveur d'une attaque à 4 km de l'arrivée, tandis que Richard avait triomphé au sprint devant Lance Armstrong et... Gianetti.
Un premier jour de gloire pour Richard
Ce 21 avril 1996 fut le premier jour de gloire pour le futur champion olympique Pascal Richard. Le Vaudois a déjà remporté deux Tours de Romandie (93-94), un Tour de Suisse (94) et un Tour de Lombardie (93). Alors sous le maillot de l'équipe italienne MG, il passe toute la première partie de la course bien caché dans le groupe des favoris, son coéquipier Michele Coppolillo s'étant lancé dans une longue échappée en solitaire.
Le Transalpin rejoint, le trio Armstrong-Gianetti-Richard se détache dans la côte de la Redoute à une trentaine de km de l'arrivée. «Lorsque vous arrivez à trois comme Gianetti, Armstrong et moi à Liège, le coeur bat la chamade. Ce sont des moments intenses, inoubliables mais qui peuvent pour un détail négligé, déboucher sur une immense déception», relevait le Vaudois à l'époque (réd: il n'a pas répondu aux sollicitations de Keystone-ATS)
Cette fois-ci, Richard ne laisse pas passer sa chance. Dans la côte d'Ans, Gianetti attaque à la flamme rouge. Armstrong ramène Richard sur le Tessinois. Richard passe lui aussi à l'offensive, mais Armstrong contre également. Finalement, le Vaudois se montre le plus rapide au sprint. Les deux coureurs suisses, nés tous deux le 16 mars 1964, avaient-ils fomenté un plan pour désarçonner Armstrong ? «Non, on parle ici d'une victoire à la Doyenne. C'était chacun pour soi», se souvient Mauro Gianetti, en confinement au Tessin.
Météo dantesque
Le Tessinois, qui portait alors les couleurs de l'équipe italienne Polti, regrette encore d'avoir mal joué ses cartes. «Je pense que j'étais supérieur physiquement à l'année précédente, lorsque je m'étais imposé. A la TV, ça semble simple mais à 180 pulsations, ce n'est pas toujours évident de prendre la bonne décision. Mais respect pour celui qui gagne. Pascal n'a rien volé», souligne-t-il.
Gianetti avait connu son heure de gloire le 15 avril 1995, après une saison 1994 gâchée par une hernie hiatale. Bien revenu dans les dernières courses du calendrier (2e de Milan – Turin, 11e du Tour de Lombardie), il avait quitté la Mapei pour la formation Polti. Sa progression fut étonnante. Le week-end de Paris – Roubaix, il avait ainsi disputé une course en Espagne où il s'était lancé dans une longue échappée avec l'homme fort du moment: Laurent Jalabert.
Quatre jours avant la Doyenne, les voyants sont au vert. Mauro Gianetti prend une cinquième place à la Flèche Wallonne. Il sait qu'il est dans une bonne condition. Il lui faudra bien ça pour affronter une météo dantesque le dimanche suivant: à l'aller vers Bastogne, les coureurs ont rendez-vous avec la neige. «C'était terriblement éprouvant. La moitié du peloton a bâché à Bastogne», se souvient-il.
La Gold Race une semaine plus tard
«Quand tu as la forme, tu supportes ces conditions. Ce fut une véritable course à élimination. Jalabert avait pris 2' d'avance, mais je suis resté tranquille derrière», poursuit le Tessinois, qui se retrouve en compagnie de Gianni Bugno, Michele Bartoli et Jalabert dans la montée vers Ans.
«Je savais que si je pouvais créer un petit écart, ils allaient se regarder derrière. J'ai pu prendre 15'' d'avance. Je savais que personne n'avait envie d'assumer la poursuite dans ce trio de favoris. Celui qui embrayait pour revenir sur moi avait perdu la course», conclut-il.
Mauro Gianetti, qui n'avait jamais brillé à un tel niveau, ne sera plus rejoint. Il sidérera encore une fois son monde une semaine plus tard avec un succès à l'Amstel Gold Race au terme d'un sprint millimétré victorieux face à l'Italien Davide Cassani.