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ca. 1650
Jean-Louis Guez de Balzac, Les Entretiens de feu Monsieur de Balzac
Paris : A. Courbe, 1657
Discussion autour des comiques latins Térence et Plaute
La discussion porte sur la pièce L’Eunuque de Térence (surtout les vers 458-259, acte III, scène 3). Balzac cite aussi Plaute et aborde des questions de traduction du latin vers le français. Pour comprendre ce passage, on se référera entre autres aux Entretiens de Pierre Costar à qui le texte est adressé.
Je viens enfin à son passage de l’Eunuque de Térence. Il n’y a point de doute que, si Parménon entend parler de Thrason, le point interrogant de Monsieur de Chavigny ne soit très ingénieux et ne donne beaucoup de lumière aux paroles de Térence. Vous savez que ces Thrasons et ces Pyrgopolinices ne sont pas seulement représentés comme vains et fanfarons, mais aussi comme ineptes et impertinents ; et nos Capitans, même aujourd’hui, ne sont pas de moins ridicules personnages que vos Docteurs. Celui de Plaute l’est de telle sorte que son valet ne le peut souffrir et dit de lui : Herus meus elephanti corio circumtectus, non suo, Neque habet plus sapientiae, quam lapis. (Plaute, Miles gloriosus, II, sc. 2, v. 235-236) C’est-à-dire qu’il est moins homme qu’une bête et, en termes de Térence, que ex homine natus non est [v. 495]. À quoi se rapporte encore ce que Gnathon dit, ce me semble, en l’autre scène, sur le sujet de ce roi, de la faveur duquel Thrason se vantait, et quem hominem perpaucorum hominum esse dixerat. Imo, répond tout bas Gnathon, nullorum arbitror, si tecum vivit, c’est-à-dire que nullus homo es, aut ex homine natus non es (Eunuque, III, sc. I, v. 409-410). Pour votre difficulté, que natus ex homine semble plutôt signifier « être humain » qu’« être raisonnable » ; outre que vous vous êtes satisfait là-dessus vous-même, par trois ou quatre passages de votre auteur, vous vous souvenez bien que dans la bonne Antiquité, humanus dit quelque chose de plus que raisonnable, et que humanitas est plus souvent prise pour politesse que pour autre chose. Praxitèle qui propter artificium egregium nemini est paulum modo humaniori ignotus. Ce sont les propres termes de Varron dans les fragments qui nous restent de ses œuvres ; et en une infinité d’autres lieux, l’humanité n’est pas moins opposée à la rudesse de l’esprit qu’à la cruauté de l’âme. […] Au reste, Monsieur de Voiture ne se devrait point étonner de ce que Parménon parlant tout seul use d’interrogation comme s’il parlait à une troisième personne. Il devrait être accoutumé aux figures de Gascogne, et il a vu tant d’honnêtes gens chez Monsieur le Cardinal de la Valette qui se disaient à eux-mêmes : iras-tu, diras-tu, croiras-tu que cet homme soit vaillant ? demeureras-tu à la cour ? t’en retourneras-tu au pays ? etc. Il y a encore dans le monde un de ces honnêtes gens, extrêmement estimé pour son courage et pour son expérience à la guerre, avec lequel j’ai eu autrefois plusieurs longues conversations. Mais il se comptait toujours pour deux et me parlait toujours comme si nous eussions été trois. Il est vrai que par civilité il me disait vous et se disait tu.
Extrait de l'entretien V : « Continuation de la même matière. Au même [Pierre Costar] » disponible sur Gallica, p. 108-112.
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