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La dynastie de Zähringen - Le duc Conrad s’empare du gouvernement de la Bourgogne transjurane – Conséquences de la Trève-Dieu – Querelles intestines – Rodolphe de Rheinfelden - recteur Bourgogne – L’empereur et le pape – Henri IV à Canossa – Triomphe de l’Eglise – Rodolphe de Rheinfelden se fait proclamer empereur – Les Zaeringen: Berthold IV fonde la ville de Fribourg – Berthold V fonde la ville de Berne – Déchéance des Zaeringen – Un coup mortel à la féodalité.
La mort du faible Rodolphe III, dont la sépulture se trouve à Notre-Dame de Lausanne, a réveillé mille ambitions. Eudes, comte de Champagne et neveu du défunt, s’empara des places fortes et une partie des gens préféra la domination d’un prince français alors qu’une autre partie avait une préférence pour le duc de Souabe.
Cependant le duc Conrad 1er de Zähringen, peu disposé à abandonner l’héritage de son père Rodophe III, héritage comprenant entre-autres ce Royaume de Bourgogne transjurane légué par le craintif Rodolphe, reconnut l’indépendance des Transjurans, qui à leur tour, le reconnurent pour prince à Payerne, le 2 février de l’an 1033.
Pendant son règne, les grands vassaux bourguignons fortifièrent leur pouvoir et, en l’absence de l’empereur, la guerre des châteaux ayant recommencé avec une intensité nouvelle nous avons vu l’Eglise recourir à la trêve de Dieu.
Le successeur de Conrad le Salique, l’empereur Henri III dut intervenir dans la Transjurane (1043) pour défendre les évêques contre les attaques des seigneurs. Or d’autre part, l’Helvétie romande ne se pouvait soumettre sans peine et sans lutte à l’empire allemand. A la mort de Henri III, (1056), son fils Henri IV n’avait que six ans mais sa sœur, marie à Rodolphe de Reinfelden obtint le rectorat du duché de la Bourgogne. Il se maintint pendant vingt ans et fut tué en 1089 et sa mort mis fin au gouvernement de sa maison dans l’Helvétie bourguignonne. Son fils vécut encore une douzaine d’années sous la protection de Berthold II de Zaeringen.
Les Berthold et Fribourg
Son descendant Berthold IV de Zähringen n’avait plus beaucoup d’autorité dans la Transjurane car les évêchés de Genève, Lausanne et Sion luttèrent pour s’en affranchir. Berthold essaya de reconquérir la bourgeoisie et la population agricole; dans ce but il entreprit en 1178 de faire construire une ville protégée par sa position et par ses murailles. Ainsi naquit cette cité sur les rochers escarpés de la Sarine. En souvenir de la ville de Brisgau, il lui donna le nom de Fribourg, la cité franche. Avant de justifier son nom, le nouveau Fribourg eut à repousser, les attaques des gens armés du monastère de Payerne, auquel avait appartenu cet emplacement. Il fallut quelques années avant que Fribourg en Uechland fût respectée comme ville impériales.
Les habitants y vinrent nombreux de Brisgau, de la Souabe et du Pays de Vaud. Berthold leur accorda une charte constitutionnelle « qui fut le premier flambeau des libertés communales qui brilla dans l’Helvétie romande » (Eugène Secretan – Berthold IV et Berthold V de Zaeringen »).
Cette charte nommée Handfeste règle l’administration civile et judiciaire de la cité, les impôts en cas de guerre, les successions, les droits réels des femmes et des mineurs, la police, etc. Les seigneurs du Pays de Vaud ne virent pas sans inquiétude s’élever ainsi une communauté que des droits remarquablement réglés devaient rendre forte et par là dangereuse pour la féodalité.
Berthold IV mourut en 1186, laissant à son fils Berthold V une grande tâche à poursuivre en même temps qu’un bel héritage. La lutte contre les seigneurs du Pays de Vaud ne tarda pas à éclater plus haineuse, lorsque le nouveau duc voulut étendre à d’autres villes et à autres bourgs les privilèges que faisaient Fribourg un rempart contre les exigences féodales. Les seigneurs ligués avaient à sa tête Roger, évêque de Lausanne, et Guillaume, comte du Genevois, lesquels profitèrent de l’absence de Berthold pour essayer à secouer son autorité. Mais à son retour, Berthold réussit, grâce à ses connaissances militaires, à vaincre les seigneurs et à s’emparer et de fortifier par des remparts, Yverdon, Moudon et Morges.
Maître alors de la Transjurane, il fonde Berthoud dans l’Emmenthal bernois et fait inscrire sur la porte principale de cette ville. Ces paroles orgueilleuses: «Berthold, duc de Zaeringen, qui vainquit les Bourguignons, construisit cette porte ».
Mais une ambition plus grande encore l’émeut. Lui, digne fils du créateur de Fribourg, élevera aussi des remparts d’une cité nouvelle. Il fit donc entourer d’un fossé et d’une muraille une presqu’île qui surplombe l’Aar, dont les eaux l’enserrent de trois côtés. Kuno de Bubenberg fut chargé de diriger la construction, d’une ville, et d’après la tradition, les seigneurs d’Erlach, de Mühlern, d’Egergen, d’autres encore, virent y bâtir des maisons ou des rues, Berne était fondée ; c’était quelques mois après la victoire de Berthold sur la Transjurane, en 1190 ou 1191. Le nom de Berne, à en croire les uns, aurait été donné par le fondateur en souvenir de la ville de Vérone, car ces deux noms étaient identiques dans le dialecte d’alors, et Vérone avait appartenu jadis aux Zaeringen.
Berthold était alors à l’apogée de sa puissance et de sa gloire. A la mort de l’empereur Henri VI (1165-1197), successeur de Frédéric Barberousse, la couronne fut remise à Philippe, duc de Souabe. Un partisan du nouveau monarque était Thomas, comte de Savoie, à qui Philippe lui céda, comme fief impérial, la ville de Moudon. La maison de Savoie possédait déjà le territoire depuis Vevey à Bex et c’est par ces deux portes ouverte que le Transjuran que la dynastie savoisienne pénétra dans le Pays de Vaud et s’y établit.
La guerre éclate. Thomas de Savoie s’embarque à Evian avec des troupes aguerries, descend à Ouchy, détruit le château, traverse les terres de l’évêque, court sur Moudon, s’y établit et attend le duc Berthold, lequel arrive conduisant ses vassaux allemands. Cette fois le sort des armes fut défavorable aux Zaeringen, Berthold fut vaincu, dut signer un accommodement à Haut-Crêt, en 1211. Enfin, en 1216, aigri et vieilli, Berthold V se retira dans son palais de Fribourg en Bridgau où il mourut deux ans plus tard.
Les héritiers du duc n’élevèrent aucune prétention au sujet du Pays de Vaud. Les biens du duc situés en Helvétie étaient tombés en partage au comte de Kybourg son beau-frère, mais in ne se soucia pas d’abord de l’Helvétie romande. Cependant le comte Thomas de Savoie ayant voulu s’emparer de Rue et de Romont qu’il prétendait relever de son fief de Moudon, une querelle aurait éclater entre lui et Kybourg si un arbitrage n’était intervenu qui aboutit à la paix entre les disputants et aux fiançailles de Marguerite de Savoie, fille de Thomas, avec Hartmann, fils ainé du comte de Kybourg.
Ainsi fut partagée entre ces deux maisons et tous les dynastes du Pays de Vaud, la puissance de l’Helvétie romande. Ce fut, pour ainsi dire, le chant du cygne de la féodalité, car, de la Savoie même, allait venir ceux qui porterait le dernier coup à ce régime miné par les Zaehringen.