Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07239.jsonl.gz/121

Réputé mineur, l'ornement n'en a pas moins joué un rôle majeur dans le développement de "l'art pour l'art" par excellence: l'art abstrait à partir du début du XXe siècle
La onzième exposition de la Fondation Beyeler, depuis que celle-ci a ouvert ses portes en automne 1997, est aussi la plus raffinée et agréable aux yeux. Elle traite de l'ornement et de son influence sur la genèse et le développement de l'art abstrait au XXe siècle. Mais l'effet de cette manifestation thématique, riche de près de trois cents objets, dépasse la seule jouissance esthétique.
Elle amène à réfléchir sur les liens existant entre l'ornementation, notamment l'ornementation islamique, liée à l'interdit de la représentation, et les mouvements d'avant-garde dans l'art occidental. Et non seulement les mouvements notoirement inspirés par l'arabesque, comme l'Art Nouveau, ou par la géométrie, comme le cubisme, mais jusqu'aux plasticiens minimalistes américains des années cinquante et soixante.
L'idée consiste à voir en le décor un pont entre les cultures. L'exposition juxtapose un nœud signé Dürer et une peinture de Gustav Klimt, une urne étrusque et un bol des Indiens du Brésil, un carreau de céramique du Maroc et un pastel d'Augusto Giacometti, un arrangement calligraphique du Pakistan et un dessin de Paul Klee, des gravures baroques et des sculptures de Frank Stella.
Des œuvres contemporaines, notamment des installations réalisées pour l'exposition, attestent la reviviscence de la dimension ornementale dans l'art occidental ou post-colonial: un Français, Daniel Buren, une artiste afro-américaine, Kara Walker, un plasticien chinois, Yue Minjun, et un Américain, Sol LeWitt, illustrent la dimension internationale de cette «contamination» de l'ornement.
Laurence Chauvy
L'exposition est visible jusqu'au 7 octobre à la Fondation Beyeler à Riehen près de Bâle (tél. 061/645 97 00).