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Nombre d'entre nous apprécient le café. Pourtant, depuis les années 70, la communauté scientifique ne cesse de nous culpabiliser en nous déroulant une liste interminable de ses possibles ravages : problèmes cardiaques, cancer de la vessie, malformations congénitales, hypertension, surpoids, réduction de la fertilité, fragilité des os
Et les adeptes du café d'arguer de ses bienfaits : qualités antidépressives, meilleure performance mentale, mais aussi un risque réduit pour le diabète, les cancers du foie et du colon, la maladie de Parkinson, et la maladie d'Alzheimer
Alors ? Qui croire ? En buvant une tasse de café, nous ingurgitons près de deux milles entités chimiques différentes. Quant à savoir quelle molécule exerce quel effet
mystère. Quoiqu'il en soit, nous commençons à mieux connaître l'une d'entre elles : la caféine. En temps normal, les vaisseaux sont maintenus dilatés grâce à une substance particulière, l'adénosine. Or, il semble que la caféine puisse contrarier la fonction de cette dernière. Par conséquent, si la caféine n'est pas efficacement éliminée, elle provoque une vasoconstriction et le risque cardiovasculaire augmente. Comment la caféine est-elle éliminée ? Par une protéine, une enzyme du foie, qui est chargée de la dégrader : le cytochrome P4501A2, ou CYP1A2. Il a été récemment découvert que les effets de la caféine peuvent être nuisibles aux uns, mais ne le sont pas nécessairement aux autres
L'explication se trouve auprès de CYP1A2. Cette protéine est codée par différents gènes selon les individus, dont deux formes particulièrement répandues. Les individus porteurs de la forme CYP1A2*1F du gène métabolisent la caféine lentement. Par conséquent, la caféine persiste plus longtemps dans leur sang, circonstance favorable aux maladies cardiovasculaires. En revanche, ceux qui portent la forme CYP1A2*1A éliminent la caféine bien plus rapidement et sont moins exposés aux accidents vasculaires.Deux effets différents, deux protéines différentes ? Non. Les deux formes protéiques sont rigoureusement identiques, comme deux surs jumelles ; leur différence d'efficacité pour l'élimination de la caféine réside uniquement au niveau du gène et non de la protéine même. En effet, la forme CYP1A2*1A du gène produirait vraisemblablement un plus grand nombre de protéines CYP1A2, ce qui rendrait l'élimination de la caféine plus rapide. La différence s'expliquerait donc simplement par une régulation du taux de fabrication de la protéine CYP1A2 et non par une forme plus performante que l'autre.Institut suisse de bioinformatique Groupe de GenèveCet article est adapté de la rubrique «Instantané» du mois. Cf. N° 48 p. 174.