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Pruniers et virus
Le maïs est la première plante génétiquement modifiée autorisée à la culture en France: c’est la preuve que les autorités ont accepté l’application du génie génétique pour l’amélioration des plantes. A Bordeaux, nous avons appliqué cette méthode à la lutte contre une maladie virale, la sharka.
Cette maladie, qui frappe surtout les arbres fruitiers à noyau (abricotiers, cerisiers, pêchers et pruniers), a été découverte en Bulgarie (en bulgare, son nom signifie " variole "), et elle s’est rapidement propagée dans tous les pays voisins. Les pays d’Europe centrale et les pays balkaniques en sont des foyers endémiques. La France a aujourd’hui une politique d’éradication très stricte: tout fruitier malade est arraché.
L’agent pathogène est un virus nommé plum pox virus (PPV). Les maladies à virus sont graves, parce que les plantes ne guérissent pas. Sélectionner des variétés résistantes semblait une démarche longue et incertaine, d’autant que l’on doutait de la nature monogénique ou polygénique des résistances. Entre temps, les arboriculteurs choisissaient des variétés fruitières tolérantes, dont la production fruitière n’est pas amoindrie par la maladie, mais qui propage le virus.
Les progrès réalisés dans l’analyse du génome viral nous ont conduits à mettre en place une nouvelle stratégie de lutte, fondée sur la transgenèse, et qui consiste à intégrer le gène codant la protéine de capside (" l’enveloppe ") d’un virus, dans le génome d’une plante, afin de produire des plantes résistantes. L’origine du travail est lié à l’identification de ce gène de capside virale: nous avions découvert qu’une grosse protéine virale est traitée, après synthèse, par trois enzymes virales afin de former dix protéines, dont la protéine de capside. C’est le gène qui code cette dernière qui nous intéressait. Nous l’avons identifié, puis intégré dans la bactérie Agrobacterium tumefaciens, en 1992.
Puis nous avons utilisé la bactérie transformée pour modifier la plante hôte herbacée Nicotiana benthammiana, au cycle végétal court. Nous avons ainsi observé que le gène transféré conférait la résistance contre la sharka. Encouragés par ce succès, nous sommes passés aux plantes ligneuses: en collaboration avec Ralph Scorza, des services agronomiques américains, nous avons transformé des cellules de prunier avec les bactéries génétiquement modifiées. Des cals se sont développés sur un milieu de régénération, puis les cals se sont différenciés en plantules. L’inoculation des pruniers par les virus de la sharka a révélé leur résistance: le virus ne se réplique pas dans la plante, parce que les cellules de la plante rejettent le transgène et le virus envahisseur. Les pruniers résistants ont été plantés dans divers pays frappés par la sharka; les résultats de ces essais devraient permettre de valider la résistance de ces plantes dans les conditions naturelles d’infection.
Pour la Science, janv. 1998