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Boris Collardi, le chef sortant de Julius Baer, a dit un jour au Financial Times qu'il travaillait 14 heures par jour et qu'il était sur la route 300 jours par an, avant d'ajouter énigmatique: «Ne croyez jamais ce qu'un banquier vous dit.»
La décision de M.Collardi, 43 ans, de quitter son poste de haut niveau chez Julius Baer pour devenir l'un des sept associés du concurrent genevois Pictet est tout aussi surprenante - et a des ramifications bien au-delà des conseils d'administration des banques privées suisses de taille moyenne.
Pour la banque Pictet, engager M.Collardi ressemble à un bon coup. En huit ans à la tête de Julius Baer, il a conduit une hausse de 50% du cours de l'action de la banque avec une stratégie d'expansion implacable. L'intérêt de Pictet à son égard prouve peut-être que le groupe privé genevois est en train de peser le pour et le contre d'un changement de cap: passer d'une gestion d'actifs à une gestion plus agressive en Asie et au Moyen-Orient, ou à un mode de croissance plus rapide.
Pour la banque Julius Baer, le départ de son PDG semble évidemment négatif. Les actions ont chuté de 6% et, en nommant le chef de la gestion des risques comme remplaçant, le conseil d'administration semble mal préparé.
Pour Boris Collardi lui-même, la grande question est: pourquoi?
Une partie de la motivation peut être personnelle. Il peut, par exemple, aimer l'idée de ne plus diriger une société cotée en bourse compliquée, étant donné les longues heures de travail et les tracas que cela implique. M.Collardi, dont le divorce a été révélé au début de cette année, pourrait également se réjouir d'une augmentation de ses revenus. Il est tout à fait logique d'échanger un travail sous haute pression à Zurich contre un poste beaucoup plus lucratif basé près de sa famille à Genève, dit un ami.
Pour quelqu'un qui a gagné 6,5 millions de francs suisses (6,6 millions de dollars) en tant que PDG de Julius Baer l'année dernière, il est facile de sous-estimer l'attrait d'une plus grande richesse. Selon les personnes proches de la situation, M.Collardi pourrait à terme empocher un revenu annuel d'au moins 25 millions de francs, car il participe aux bénéfices de Pictet (plus de 422 millions de francs l'an dernier).
Le conseil d'administration de Julius Baer peut lui aussi se réjouir de la performance de la banque ces dernières années. M.Collardi a apparemment dit à ses amis qu'il s'attendait à un gain «considérable», ce qui peut sembler absurde étant donné qu'il part pour un rival de longue date.
Quoi qu'il en soit, l'intérêt de M.Collardi à abaisser son profil et à amplifier sa richesse marque un net changement d'attitude, compte tenu des ambitions antérieures de pouvoir et d'influence.
Il y a seulement trois ans, alors que Credit Suisse luttait contre sa future identité, M.Collardi était considéré comme le chef potentiel de la direction d'une banque CS-Julius Baer fusionnée, dans l'hypothèse où le groupe se recentrerait sur la gestion de fortune, en se débarrassant de sa banque d'investissement ancrée aux Etats-Unis.
Cela s'apparente bien entendu à la stratégie préconisée par RBR, le fonds spéculatif militant qui a récemment acquis une petite participation dans Credit Suisse, en faveur d'une division tripartite du groupe.
Lundi, RBR a réfuté un article de presse selon lequel il avait vendu son investissement avec des suggestions de banquiers selon lesquelles la participation était maintenant inférieure à 0,2%. De fait, RBR espérait que d'autres investisseurs, comme Saudi Crown Holdings, se joindraient à sa campagne. Cela pourrait encore se produire, bien que le fonds saoudien n'est pas susceptible d'agir avant l'année prochaine, de peur de faire un geste majeur qui déplairait au prince héritier.
Pour l'instant, rien n'indique que la campagne de RBR prenne de l'ampleur. Lors de sa récente rencontre avec le directeur du Credit Suisse, Tidjane Thiam semblait se concentrer sur l'accélération de la réduction des coûts plutôt que sur un changement stratégique global.
Le déménagement de M.Collardi à Genève ne fait que renforcer Credit Suisse et M.Thiam.
Tout d'abord, il enlève de l'équation un ancien stagiaire CS qui avait été largement considéré non seulement comme un chef de la direction potentiel, mais aussi comme un agent de rupture.
Deuxièmement, et plus concrètement, il prive de souffle l'un des plus gros concurrents locaux de CS. Sous la direction de M.Collardi, Julius Baer braconnait depuis des années certains des meilleurs gestionnaires de fortune de CS. Cette tendance risque de ralentir, bien que la question demeure de savoir si Pictet reprend là où Julius Baer s'arrête.
Il est difficile de voir M.Collardi - aussi mystérieux que soit son chemin - disparaître des écrans.
© 2017 The Financial Times Ltd. Originally published at FT.comLien externe
Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, The Financial Times