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La légèreté apparente du titre de l’exposition de Tom Dale est sans doute à prendre au sérieux, comme on appréhenderait une plaisanterie dont la tension ne seraitpas entièrement résolue par sa chute. Une chute qui viendrait au contraire accentuer l’impression de gravité et de pesanteur auxquelles nous sommes soumis, non pas pour dénoncer les termes de la tension, mais dans le but de retrouver les conditions nécessaires à une proposition nouvelle. L’impact sur le sol, ce lieu d’où nous nous élevons pour inévitablement y retourner, soulève une partie de la matièrede ce niveau zéro, particules issues des fondations pour lesquels il s’agira alors de trouver une nouvelle forme.
Dans une série de sculptures et de vidéos, Dale s’était confronté à cette thématique en s’inspirant du parcours d’Evel Knievel. Ce cascadeur (et véritable héros) américain s’était fait connaître en effectuant à moto des sauts improbables par dessus des alignements de bus ou de voitures, des fontaines ou des canyons. Toujoursrevêtu d’une cape et d’une combinaison arborant les étoiles américaines, Knievel espérait que sa popularité l’élèverait jusqu’à la présidence des Etats-Unis. Dale a alors cré de gigantesques rampes au couleurs des USA (ou d’autresnations), mais dont la forme distordue, la courbe improbable, prédit la chute du téméraire, même si l’on tentait de faire abstraction des lois de la gravité. Une partie des oeuvres présentées dans l’exposition Formal Pleasure reprennent cette thématique, comme par exemple une série de feux d’artice moulés en béton qui semblent donc condamnés à rester au sol. Mais il faut alors comprendre ce sol comme l’assise du présent, le temps et le lieu de la critique d’une potentialité trop inessentielle pour chercher à l’actualiser ; mais aussi le temps et le lieu de la mise en forme d’un autre possible.
Avec l’oeuvre centrale de l’exposition, Department of the interior, légèreté et pesanteur sont abordées d’un autre point de vue. L’installation consiste en un imposant château gonable réalisé en faux cuir noir. Si le gonflable, le pneumatique et le souffle renvoient encore à ce premier thème, ils ouvrent également d’autres champs d’investigation en provoquant une série de collisions frontales entre espaces public et privé, exercice du pouvoir et expression personnelle, émancipation et contrainte. Cet objet, qui génère généralement un espace ludique, inclusif et participatif, convoque donc, par simple transposition de matériaux, une foule de notions conictuelles. Si cette oeuvre permet a Dale de revenir sur le politique – thème qu’il avait déjà abordé avec ses rampes inspirées de Knievel – et d’introduire une réflexion sur une sexualité fantasmée, elle aborde surtout le thème central de toute son oeuvre : le ou grandissant qui s’empare de la limite entre le collectif et l’individuel, le public et le privé. L’humour permet à Dale une mise à distance critique, mais en assumant la pesanteur propre à notre condition tant humaine que sociale, il tente de réinventer une terra firma apte à générer apparitions et visions.
L’exposition Formal Pleasure multiplie les points de vue sur ces thématiques complexes en proposant de nombreuses oeuvres crées pour l’occasion, passant du montage photographique à l’installation, et de la vidéo à la sculpture.