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L’APA (Apprentissage Par l’Autonomie) est expliqué ainsi par Marie-Louise Zimmermann, Dr ès Sciences de l’Education et professeur à l’Ecole Jean Piaget, LDES, Université de Genève : « Une séquence d’enseignement se compose de trois phases. Dans la phase d’investigation, l’enseignant fixe le thème et l’apprenant réalise une recherche (expérimentale ou sur document). La seconde phase, appelée de « mise en commun », permet une confrontation entre élèves et l’élaboration d’une réponse commune caractéristique de la classe. Les connaissances et savoir-faire sont réinvestis dans la phase dite de « réinvestissement » » (citation tirée de l’article : Comment l’Apprentissage Par l’Autonomie contribue à la formation du citoyen).
Cette approche didactique est très semblable à ce que l’on appelle souvent aujourd’hui la classe inversée, fort bien expliquée dans la vidéo que vous trouverez sous ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=uLKmLDrGyjw
Petit rappel historique
Ce genre d’approches pédagogiques, favorisées aujourd’hui par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, remonte en fait assez loin dans le passé.
Un professeur genevois, Adolphe Ferrière (1879-1960), a joué un rôle majeur dans le développement de ce qu’on appelait alors l’éducation nouvelle. https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolphe_Ferri%C3%A8re
S’intéressant très tôt aux premières écoles nouvelles au Royaume-Uni et en France, il enseigne dans une école expérimentale en Thurgovie, mais doit bientôt renoncer à cette activité, car il devient sourd. En 1909, il publie un Projet d’école nouvelle.
En 1921, il crée la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle. De nombreux pédagogues célèbres comme Maria Montessori, Célestin Freinet ou Edouard Claparède fréquenteront les congrès qu’il organise.
De nombreuses institutions appliquent les principes de l’éducation nouvelle, comme par exemple l’Ecole Nouvelle de la Suisse Romande, fondée à Lausanne en 1906.
Les CEMEA (Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active), qui forment encore aujourd’hui de nombreux moniteurs de colonies de vacances dans de très nombreux pays, sont fondés en 1937 par Gisèle de Failly, elle aussi disciple de Ferrière. (J’ai personnellement eu l’occasion d’apprécier la valeur des formations des CEMEA avec leur caractère pratique et collaboratif en participant dans les années 70 à un camp de théâtre et à un camp d’étude de la nature).
Un des grands défenseurs des méthodes d’éducation active aujourd’hui est le pédagogue français Philippe Meirieu, professeur à l’Université Lumière-Lyon 2 depuis 1985. Il a été l’inspirateur d’importantes réformes pédagogiques pour les lycées français à la fin des années 90, comme l’introduction des TPE (Travaux Personnels Encadrés).
Un autre expert souvent cité ces dernières années est Marcel Lebrun, pédagogue belge actif à l’Université de Louvain-la-Neuve et physicien de formation. Il s’est beaucoup intéressé aux effets des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) sur l’apprentissage et a publié en 2015 un ouvrage intitulé : « Classes inversées, enseigner et apprendre à l’endroit ».
Quelques exemples contemporains
Dans un intéressant article publié par le journal Le Temps le 3 mai 2018, Ariane Dumont, conseillère pédagogique et professeur à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion d’Yverdon-les-Bains, affirme : « Même en écoutant un prof très charismatique, il n’en reste pas grand-chose à la fin du cours. Pour apprendre, l’étudiant doit expliquer à ses pairs ce qu’il a retenu. L’activité cérébrale d’un étudiant qui écoute passivement est la même que lorsqu’il regarde la télévision ».
Les moyens d’enseignement nouveaux, comme les fameux MOOCs (Massive Open On-line Courses), des cours gratuits sur internet, permettent aux élèves d’apprendre chez eux, d’échanger avec des professeurs ou d’autres apprenants, ce qui est à mes yeux un immense progrès, mais je suis d’avis qu’ils ne suffisent pas à eux seuls à entretenir la motivation nécessaire sur le long terme. En témoignent les taux d’abandon très élevés de ce type de formation en ligne, de l’ordre de 90 %. D’où l’importance de la classe, et de l’interactivité dans la classe.
Toujours dans le même article, Ariane Dumont affirme détester les tablettes à l’école : « Je trouve horrible ces enfants assis en classe devant une tablette ou un ordinateur. Pendant les cours, il faut privilégier les contacts humains ».
L’apprentissage par l’autonomie et la classe inversée gagnent progressivement du terrain à divers niveaux de formation. Le programme du baccalauréat International, centré autour de l’élève, leur accorde une grande place. Il en va de même dans des universités privées, telles les business schools.
L’ESM, Ecole de Management et de Communication à Genève a développé un programme de MBA (Master of Business Administration) basé sur le principe de la classe inversée. Dans un article publié le 9 mars 2018 par le quotidien 24 Heures, Jean-Claude Charrière, directeur de l’ESM, cite une maxime bien connue de Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». La dimension critique liée à cette démarche n’est pas oubliée par Jean-Claude Charrière : « L’étudiant apprend des autres et apprend aux autres. Il trouve le savoir sur internet ou dans les livres, puis exerce son esprit critique afin de trier l’information, de séparer le bon grain de l’ivraie ». C’est en visitant l’Ecole 42 à Paris, école d’informatique fondée par Xavier Niel et basée sur le principe pédagogique du « peer-to-peer learning », qu’il a eu l’idée de développer un concept similaire pour une formation de 3e cycle.
Jean-Claude Charrière
A BSL Business School Lausanne, la classe inversée est également pratiquée dans plusieurs cours, depuis plusieurs années. Le programme de MBA, conçu sous formes de modules de deux jours et demi, repose, lui aussi, largement sur ce principe. Pour chaque module, les participants doivent fournir un travail personnel de recherche avant le cours (« pre-course assignment » et un autre après (« post-course assignment »).
A l’Ecole Lémania enfin, cette approche est également mise en œuvre dans le cadre du CFC (Certificat fédéral de capacité) de commerce dont le responsable, Denis Makhlouf, a rédigé son mémoire de licence d’études pédagogiques sur ce thème.
Conclusion
L’apprentissage par l’autonomie, dont les prémisses remontent assez loin dans le temps, semble être une tendance qui se renforce dans de nombreuses écoles et centres de formation. Elle concerne tous les niveaux d’études, et les écoles privées y jouent un rôle important.
A une époque où le savoir est très largement à la portée de tous (il suffit de penser au succès de Wikipedia), il devient crucial à mes yeux d’aider les apprenants à développer leur sens critique, afin qu’ils puissent évaluer la qualité et le bien-fondé des informations trouvées et les organiser en un savoir cohérent, solide et bien maîtrisé.
L’école secondaire doit absolument s’y mettre, afin que les porteurs d’une maturité fédérale, d’un baccalauréat français ou d’un baccalauréat international ne se sentent pas perdus au moment d’entamer leur formation universitaire. A ce niveau, il est primordial que le professeur donne des instructions très claires aux élèves (ils n’ont en effet pas encore l’habitude d’effectuer de telles tâches) et que le fruit de leurs recherches débouche sur des activités créatives en classe.
Je pense enfin que cette approche pédagogique est également utile à ceux qui ne désirent pas se lancer dans une formation académique, mais veulent rejoindre le monde du travail. En effet, les nouvelles formes d’organisation dans de nombreuses entreprises requièrent toujours davantage les compétences que l’apprentissage par l’autonomie permet de développer.