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Ce numéro illustre quelques aspects-clés de l'évolution du concept de thérapie cellulaire. Au cours de ce siècle, les biotechnologies cellulaires, telles que le génie tissulaire et la production de biomatériaux, vont per-mettre de faire de grands progrès, en particulier dans le domaine des greffes de cellules et de tissus.C'est la transfusion san-guine qui a introduit le concept de thérapie cellulaire, grâce à la séparation des composants du sang et à la préparation de con-centrés de globules rouges, de plaquettes et de globules blancs. Aujourd'hui, le dé-veloppement des moyens techniques (poches multiples, séparateurs de cellules, filtres à déleucocyter, anticorps monospécifiques) permet d'obtenir des préparations cellulai-res relativement pures et d'administrer sélectivementle composant sanguin, dontchaque patient a besoin.Depuis les années 1970,la transplantation de moelle osseuse s'est développée, d'abord sous forme d'allogreffe, puis d'autogreffe. L'identification de cellules souches hématopoïétiques (CSH) dans le sang périphérique, le sang de cordon ombilical et le foie ftal a ouvert de nouvelles perspectives, car les cellules de chacun de ces compartiments possèdent des propriétés particulières. Parallèlement, la notion de manipulation in vitro du greffon s'est développée. Une sélection négative permet d'éliminer les cellules tumorales des autogreffes ou les lymphocytes T, responsables de la maladie du greffon contre l'hôte aprèsles allogreffes. Une sélection positive permet de purifier les cellules CD34+, représentant la population des progéniteurs, parmi lesquels se trouvent les CSH capables de recons-tituer l'hématopoïèse. Cette fonction peut être évaluée in vitro par des cultures. Celles-ci permettent d'obtenir une amplification des CSH et selon les combinaisons de facteurs de crois-sance utilisés, on peut induire la prolifération de cellules immatures ou la différenciation en lignées spécifiques de cellules matures. L'aug-mentation des CSH primitives permet de produire un greffon suffisant à partir d'une quantité réduite de cellules et, apparemment, de le purger deses cellules malignes, lors-que le prélèvement a été fait chez des patients souffrant d'hémopathies ou de cancers. En augmentant le nombre de cellules matures transplantées, le but est de raccourcir la durée d'aplasie consécutive à unechimiothérapie. L'expansion ex vivo des CSH ou-vre la perspective de produire différentes catégories de cellules à partir d'un donneur pour les utiliser chez plusieurs receveurs, ayant des besoins différents. Dans le cadre de la thérapie génique, l'expansion des CSH cons-titue une étape préalable au transfert de gènes.Le domaine de la thérapie cellulaire s'étend à l'immunothérapie, recourant à différentes catégories de cellules impliquées dans la réponse immune, telles que les lymphocytes, les macrophages et les cellules dendritiques. Des lymphocytes T du donneur sont injectés au receveur pour traiter les rechutes après allogreffe de CSH. Dans le cadre d'une immunothérapie adoptive, des LAK (Lymphocytes Activated Kil-lers), des TIL (Tumor Infiltrating Lymphocytes) ou des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques des cellules tumorales autologues sont générés ex vivo pour traiter des cancers. Des clones lymphocytaires cytotoxiques sont induits à proliférer pour traiter des infections virales à VEB, CMV et VIH. Des recherches sont en cours avec d'autres catégories de cellules, comme les macrophages activés et les cellules dendritiques, as-sociés à des antigènes ou à des peptides de cellules tumora-les, dans le but de stimuler l'immunité antitumorale et de servir de base à la vaccination contre le cancer.Des découvertes plus récentes nous ont appris les potentialités des cellules souches embryonnai-res de créer in vitro des systèmes cellulaires et des cellules souches mésenchymateuses multipotentes de don-ner naissance à différents tissus mésenchymateux, ainsi que la réversibilité des cellules souches nerveuses en cellules sanguines.Le développement de la thérapie cellulaire doit prendre en considération les contraintes de l'application clinique de matériel biologique, qui nécessite des mesures de sécurité bien connues de la transfusion sanguine. Parmi celles-ci, il faut citer, en premier lieu, la prévention de la transmission de maladies infectieuses aux receveurs. En outre, il faut tenir comptedes exigences imposées par les autorités pour ce type d'activité, telles que la mise en uvre des bonnes pratiques de laboratoire et de fabrication, la traçabilité des produits et des lots de réactifs, ainsi que l'utilisation de procédures normalisées et de protocoles d'essai dans le cadre d'un système d'assurance de la qualité. Lorsqu'une thérapie passe de la phase de développement de laboratoire à la phase clinique, il est indispensable que ces activités soient transférées dans un environnement répondant aux contraintes et exigences mentionnées ci-dessus. Ainsi, il faut songer à créer, dans le cadre des centres de transfusion ou ailleurs, des centres de thérapie cellulaire, dont les activités soient suffisantes pour justifier les coûts d'infrastructures et d'exploitation. Vu la multiplicité des thérapies potentielles, ces centres sont appelés à être polyvalents et exploités sous forme d'un partenariat entre plusieurs disciplines con-cernées.