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Vallorbe, Barrage du Day, lac du Miroir et Usine des Clées232 - 160710, Energies 14.08.2010
¨En 1955, la nouvelle usine souterraine des Clées fut mise en service. Elle mit fin à un galvaudage de cet or bleu, qui était mal rentabilisé entre Vallorbe et Montcherand.
Entre le canal de fuite de La Dernier à Vallorbe et la prise d’eau de l’usine de Montcherand, l’Orbe a un dénivellement de près de 200 mètres. Dès 1889, plusieurs compagnies se répartissaient les eaux de l’Orbe et de la Jougnena, sur sept chutes, mais avec des installations anciennes et des rendements médiocres.
L’étude faite par la compagnie de Joux en 1950, avec un projet de 20 millions de francs, consistait à créer une nouvelle usine aux Clées, avec une hauteur de chute passant de 44 m à 174 m. Mais pour cela, le nouveau barrage du Miroir, situé en aval du viaduc de Vallorbe modifiait les installations existantes de la Jougnena et l’usine de turbinage fut détruite car noyée sous le nouveau bassin de retenue.
Comme décrit dans le projet de la Jougnena, une nouvelle usine de turbinage fut construite et ensuite, en 1970 un nouveau barrage pour gagner de la hauteur.
Les travaux concernant le nouveau barrage, la conduite d’amenée et l’usine souterraine des Clées furent menés très rapidement, peut-être trop rapidement, ceci au détriment de la qualité du barrage, dont une réfection importante eut lieu en 1992 déjà. En 1955, soit moins de trois ans après le début des travaux, l’usine des Clées était opérationnelle.
Le barrage du Day
Lorsque le projet fut présenté au public, la presse vaudoise l’avait assez mal accueilli. Dans la Gazette de Lausanne du 18 septembre 1945, on pouvait lire: Le projet de construction d’un lac sous le viaduc du Day, provoque une vive inquiétude et une forte réaction de la part des usiniers, des communes intéressées, des sociétés de développement, des amis de la nature et des pêcheurs. En effet la construction de ce lac mettrait à sec jusqu’aux Clées les splendides gorges de l’Orbe plusieurs mois par année».
Dix ans plus tard, le 21 juin 1955, le même journal écrivait :
«Un nouveau lac dans le Jura. Les travaux du barrage du Day touchent à leur fin. Commencés il y a plus de deux ans, le nouveau dispositif vient d’être mis en charge. La nappe d’eau ainsi créée s’étend sur plus d’un kilomètre et baigne les piles du viaduc du Day. Si d’aucuns regrettent le grondement de la rivière tumultueuse, ils devront bien reconnaître que le lac ne dépare pas le paysage. L’ancienne usine électrique du Châtelard (de 1897) a été démolie récemment. Ses restes sont maintenant noyés…
Malheureusement, en aval du barrage la nature a perdu ses droits. Pour conduire l’eau jusqu’à la conduite forcée de la nouvelle usine, on a creusé une galerie d’amenée de près de quatre kilomètres. Les matériaux d’excavation ont été en partie déposés devant le mur de retenue et ils emplissent la gorge sur une bonne centaine de mètres transformant ce tronçon en une vallée morte.
Privée d’une bonne partie du débit de la rivière, la magnifique chute du Day ne retrouvera son éclat qu’en temps de crue. Souhaitons que les constructeurs effacent, dans la mesure du possible, les stigmates de leur passage dans les gorges de l’Orbe».
Le nouveau barrage mesure 32 mètres de haut et une longueur de couronnement de 102 mètres et le volume d’eau retenue est de 600’000 m3.
Lors de la mise en service de l’usine des Clées en 1955, chacun s’était félicité de la rapidité des travaux. Au vu des dégâts constatés sur le barrage, en été 1992 déjà, soit moins de 40 ans après sa construction, il a fallu procéder à d’importants travaux d’entretien, ce qui a nécessité la vidange du barrage et un profond lifting fut nécessaire.
Les armatures de l’ouvrage s’étaient mises à rouiller, laissant apparaître des fers corrodés. Ceux-ci ont été dégarnis, puis sablés, recouverts de peinture antirouille et réintégrés dans du mortier de reconstitution de haute qualité. Ces importants travaux durèrent quatre mois et l’évacuateur des crues situé en amont du barrage subit également ce traitement de choc.
De plus, le nettoyage du fond du lac a posé un gros problème, la quantité de limon déposée derrière le barrage ayant été complètement sous estimée; des 500 m3 prévu, il s’en échappa 2’000! Une grande partie des sédiments va s’accumuler dans le cours de la rivière et sur de nombreux kilomètres, déchaînant la colère des pêcheurs et des défenseurs de la nature. C’est à la suite de cet incident que l’association «L’Orbe vivante» fut créée, dans le but de défendre les pêcheurs et d’effectuer une surveillance et des contrôles constants du cours d’eau, de sa faune et de sa flore.
Il fallut réaliser une expertise des dommages et un autre problème reste constant : celui du débit minimum de la rivière après le barrage. Près de 20 ans après ce malheureux événement, le problème du débit minimum n’est pas encore fixé clairement. La loi prévoit 700 litres par seconde et actuellement on en relâche 400 seulement. Si pour les compagnies d’électricité les litres d’eau maintenus dans la rivière pour la survie des truites ne sont que des kilowatts perdus, pêcheurs et promeneurs ont bien évidemment, un tout autre avis!
La solution qui permettrait de mettre tout le monde d’accord est le projet de turbiner l’eau relâchée au pied du barrage, en une ou deux étapes, la deuxième au pied du Saut de Day. L’étude est terminée mais la réalisation se fait attendre.
L’usine des Clées
Cette usine souterraine, accessible depuis Lignerolle par un tunnel muni d’un funiculaire, fut construite en même temps que le barrage du Day. Mise en service en 1955, sa puissance était dix fois supérieure à l’ancienne usine des Clées de 1896, passant de 2’660 kW à 25’392 kW.
En 1992, après la vidange du lac du Miroir et réfection du barrage de béton, de nouvelles turbines Francis de Va Tech Hydro Vevey furent installées, avec une augmentation de la puissance à 30’600 kW. Elle produit annuellement 103 GWh ou 103 millions de kWh, correspondant à la consommation de 25’000 ménages.
C’est la plus importante production du cours de l’Orbe, devant Montcherand 50 GWh et La Dernier 33 GWh.
L’eau sortant de l’usine souterraine est amenée ensuite par une conduite au lac de retenue de Montcherand pour être turbinée 90 mètres au dessous. L’usine de Montcherand fera partie du prochain article sur les usiniers de l’Orbe.
Photo Ernest Badertscher