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Christian Siebenthal, dit « le Zélote », a 23 ans et réside à Perroy dans le canton de Vaud. Ancien blogueur militant engagé en faveur de la social-démocratie, il étudie à la Haute Ecole de Commerce de Lausanne et se définit comme un libertarien minarchiste chrétien. Passionné par le jeu d'échecs et la stratégie militaire, il a en outre rédigé de nombreux billets sur les tactiques élaborées par Alexandre le Grand. Son signe astrologique est Balance et sa couleur préférée est le noir.
AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?
Il peut se définir de manière très scientifique, en théorisant pendant des heures sur un détail ou sur un autre à l’aide de termes capillotractés ; au final, l’idée générale se définit très simplement : « La liberté des uns s’arrêtent là où commence celle des autres ». Pour ce faire, le libertarianisme part du principe que le premier élément perturbateur de la liberté des individus, c’est l’Etat, dans le sens qu’il est le démiurge, ainsi que le convoyeur, de règles inutilement contraignantes. Je dis bien « inutilement », car les libertariens pensent justement qu’il n’y a pas meilleur régulateur que l’auto-régulation, et que cette dernière est mue par les intérêts de toutes les parties impliquées. Le fameux principe de la « main invisible ».
AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?
J’aime passionnément Ayn Rand. Non pas parce qu’elle a dressé une pensée structurée conforme à la mienne, mais car la poésie et la conviction qui imprègnent ses écrits me possèdent. Il faudrait littéralement m’exorciser pour m’affranchir des spasmes qui me saisissent, des orgasmes qui me confisquent, à la lecture de son oeuvre. Ça c’est pour le côté passionné. (rires)
Plus pragmatiquement, je me reconnais dans le minarchisme. J’attends de l’Etat qu’il ne s’adonne qu’à une seule et unique tâche : celle d’assurer la liberté totale de ses citoyens. J’y ajoute ensuite une dimension supplémentaire, à savoir l’amour du Christ et du pardon. Nulle intention d’imposer à qui que ce soit une quelconque forme de spiritualité par une démarche prosélyte, mais j’exerce mon sens des responsabilités - nécessité pour tout acteur d’un modèle libertarien - au sein d’un carcan qui puisse me sauver de mes tentations de forfaiture.
AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?
Voilà qui nous renvoie à ma réponse précédente ! L’éthique de vie est personnelle. Elle habite - ou pas - les individus au sein d’une société libertarienne, mais ne doit pas être imposée. Le libertarianisme consiste précisément à laisser le loisir à tout un chacun d’épouser l’éthique qu’il désire. Le libertarianisme n’est donc pas une éthique, mais la possibilité d’une éthique. En ce qui me concerne, mon projet politique (ou plutôt anti-politique) s’incarne dans le libertarianisme, et mon éthique dans le catholicisme.
AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?
Il fut un temps où les socialos m’avaient complètement embrigadé, en bon propagateur de morale qu’ils savent si bien incarner. Je tenais donc un blog où je déversais quotidiennement ma haine sur tout ce qui ne pensait pas comme moi. Il est évident que l’immaturité, ainsi qu’un mal-être profond y étaient pour quelque chose. C’est d’ailleurs un constat que je fais régulièrement lorsque j’observe des jeunes socialistes à l’oeuvre comme Romain Pilloud. J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose de la névrose profonde qui justifie leur action politique.
Finalement, c’est en faisant l’effort de lire les arguments raisonnés de Thierry Falissard, de toi-même, Adrien, et en consultant les pages de Wikiliberal, que j’ai trouvé le chemin de la raison. A présent, je préfère les concepts aux anathèmes et le pragmatisme à l’émotivité.
AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?
J’ai une admiration profonde pour Frédéric Bastiat, Machiavel et Jésus Christ. Ils incarnent chacun une facette différente de la doctrine que je défends. Voilà pour les morts.
Pour les vivants, ce sont des libertaires 2.0 qui m’inspirent beaucoup, les théoriciens qui peuvent se faire entendre grâce à internet. Parmi eux, les plus éminents sont Grégoire Barbey et GC. Grégoire Barbey a des convictions, mais jamais celles-ci ne feront entrave à son honnêteté de journaliste. Une attitude bien libertarienne que voici ! La tolérance vis-à-vis des opinions divergentes est une condition essentielle du libertarianisme. Et je tiens également à citer Thierry Falissard, grâce à qui de nombreux raisonnements fallacieux de salopards (rires) sont évités...
AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?
- Etre responsable
- Avoir l’esprit d’entreprise
- Avoir le sens de l’honneur
AF. Ton livre libertarien préféré ?
La philosophie dans le boudoir
(de Donatien Alphonse François de Sade, NdAF)
AF. Ta citation libertarienne préférée ?
« Toute volupté de l’esprit, toute bonne humeur vient de ce qu’on a des gens en comparaison desquels on puisse avoir une haute estime de soi-même. »
De Cive, ch.1, Hobbes
AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?
La situation va bien entendu en s’empirant. Et dans « empirer », il y a « empire ». C’est bien de cela dont il s’agit. L’Europe détient à son sommet une force centralisante, une élite coupée du réel, chargée de dicter les conduites, de réguler pour une juridiction toujours plus large. Beaucoup de gens assimilent l’Union Européenne au triomphe libéral. En vérité, il n’en est rien. Et la Suisse, en bon pays soumis par la pression des potentielles sanctions, suit tout à fait la tendance.
AF. Envie d’ajouter quelque chose ?
Merci à Adrien Faure pour son implication de tous les instants. J’espère que tu persévéreras sur ce chemin. Ne te laisse pas mettre des bâtons dans les roues par les jaloux et les médisants. Tu incarnes quelque chose et peut-être bien que tu es en train d’écrire une page de l’histoire. L’Histoire se rappellera de toi et Grégoire Barbey, pas de Romain Pilloud.