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La sélection naturelle appliquée au monde de l’esprit. Comment les idées, les concepts, évoluent-ils ? La mémétique est une théorie, un modèle permettant d’expliquer l’évolution de la culture. Le meme est l’unité fondamentale de la transmission culturelle. Il est le réplicateur de base du monde de l’esprit, l’analogue du gène dans le monde de la biologie. Il cherche à se propager, à se multiplier, à assurer sa survie. Cette théorie controversée amène un nouveau regard sur l’explication des phénomènes culturels qui nous entourent, nos comportements, ainsi que sur les idées qui dominent notre quotidien. Je résume dans ce premier article une partie des propos de Richard Brodie, issue de son livre “Virus of the Mind”.
Les organismes les plus adaptés survivent, les autres disparaissent. Sélection naturelle. Telle serait la loi, brutale et honnête de la nature. L’homme, organisme complexe, serait le fruit d’une très longue évolution. Il aurait été taillé, ciselé à travers les pressions, les forces s’exerçant dans son environnement et disposerait des meilleures attributs (attributs sélectionnés par la nature) pour y survivre. Les espèces qui survivent et qui se reproduisent beaucoup “restent”, les autres disparaissent.
Richard Dawkins propose un changement de perspective. Le gène est l’unité de base de l’hérédité, et c’est lui, et non pas l’individu (ou l’espèce), qui subit la sélection naturelle. Les organismes, comme les humains sont des machines jetables, périssables qui servent à la réplication des gènes. De ce point de vue, nous sommes des robots programmés pour reproduire nos gènes le mieux possible. Les gènes qui survivent sont ceux qui se répliquent le mieux (qui survivent et se reproduisent beaucoup). Expliquer l’évolution à travers le prisme des gènes, et non des individus permettraient de comprendre l’évolution de comportement tels que l’altruisme. Comment rationaliser le fait que certains individus soient prêts à donner leur vie pour leurs enfants, ou même pour un groupe (d’amis, par exemple) ? La sélection naturelle préconise la survie du plus fort, survival of the fittest. Les individus altruistes, naturellement défavorisés par la sélection naturelle, ne devraient même pas avoir survécus jusqu’ici ! Mais du point de vue du gène, l’altruisme peut le bénéficier. Le but d’un gène, c’est de se répliquer, il est égoïste. Une mère qui se sacrifie pour ces enfants se sacrifie pour son patrimoine génétique, qui sera perpétué à travers sa lignée. Le sacrifice d’un petit nombre permet donc la réplication des gènes.
Ce sont nos gènes qui nous programmeraient pour que nous remplissons les fonctions de la vie le mieux possible: survivre et nous reproduire. Nous survivons et nous reproduisons afin de répliquer et de voir nos gènes subsister. L’évolution favorise la reproduction des meilleurs gènes, pas des meilleurs humains (ou des meilleurs humains au sens des gènes, c’est à dire les humains qui sont les plus efficaces pour la reproduction et la survie). Nous sommes les moyens, et non la fin. Tant que nous, humains, sommes de bons véhicules pour répliquer les gènes, que nous continuons à nous reproduire, à conquérir le globe, l’évolution génétique nous favorisera
Pourquoi cela nous intéresse-t-il ?
En parallèle à ce changement de perspective sur l’évolution, Dawkins s’intéresse à ce qu’il appelle le “meme”, un concept représentant l’unité fondamentale de la transmission culturelle. Aujourd’hui, nous allons essayer d’éclaircir cette théorie.
Qu’est-ce qu’un meme ?
Il ne s’agit pas d’une image, au demeurant drôle, mais souvent puérile et éphémère qui circule à grande vitesse sur la toile. Alors que le gène peut être décrit comme le réplicateur fondamental du monde de la biologie, le meme est le réplicateur fondamental du monde de l’esprit. Le meme vit dans notre esprit. Il se comporte comme un gène, c’est à dire qu’il crée des copies de lui-même, il se propage, il survit. Notre cerveau est capable de stocker, de copier, et de diffuser des informations, et cela à une vitesse phénoménale. Il est donc un merveilleux environnement pour le foisonnement des memes. Nos idées sont des memes qui sont transmis d’esprit en esprit, de cerveau en cerveau. Au fur et à mesure que le temps passe, certains memes disparaissent, tandis que certains, comme des religions, subsistent. La définition brute d’un meme est “un élément d’une culture pouvant être considéré comme transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation”. Comme son analogue dans le monde génétique, une erreur peut apparaître lorsqu’un meme est copié: le meme mute. Il peut muter grâce à l’innovation, qui est un processus conscient, ou à travers une simple erreur.
Nos comportements seraient le résultat de l’influence de nos gènes et de nos memes (mêlé à l’environnement externe dans lequel nous baignons). Les gènes nous poussent à nous comporter d’une certaine façon via nos instincts. Les memes sont des bouts d’informations qui sont transmis de cerveau en cerveau (à travers la communication par exemple), et qui vont, à l’aide de l’influence de notre environnement, résulter dans un comportement. Ce comportement pourrait la création d’objets culturels: des immeubles ou des pantalons.
Quel est l’objectif d’un meme ?
Tout comme le gène, c’est de créer des répliques de lui-même, de se propager et de survivre. A proprement parler, un meme n’a pas d’objectif conscient. Lorsque l’on dit qu’un meme se propage, crée des copies de lui-même et survit, on essaye de prendre du recul et d’observer son fonctionnement. Son objectif n’est pas de se répliquer. Se répliquer est ce qu’il fait, et donc nous appelons cela son objectif.
Cette entité, le meme, doit encore vous sembler bien floue – quelle est encore cette lubie, vous demandez vous certainement ? – Nous allons, ci-dessous, illustrer ce concept. Cependant, avant de nous lancer dans le vif du sujet, souvenez-vous : selon la mémétique, tout comportement qui n’est pas instinctif (manger, dormir, respirer, se reproduire) est le résultat de notre programmation interne, établi par les memes. Cette programmation interne est souvent acquise sans effort conscient de notre part. Notre religion, l’exemple que nos parents nous donnent de comment une relation fonctionne, les programmes télévisés que nous regardons sont tous des exemples de memes qui construisent notre programmation interne, et qui vont donc influencer notre comportement.
1. Les memes de distinction
Nous ordonnons le monde, à travers notre pensée, en catégorisant les choses qui le définissent. Lausanne est un meme de distinction. C’est une façon de nommer, de catégoriser cet espace empli de terre (et désormais, de bâtiments). Les langues sont toutes des memes de distinction: des bruits, des sons qui définissent des concepts et des idées dans notre têtes.
2. Les memes stratégiques
La stratégie est une croyance : sur les causes et les effets. Lorsqu’on est programmé avec un “meme de stratégie”, nous pensons que nous comporter d’une façon va nous conduire à obtenir un certain résultat. Ces stratégies sont souvent le résultat de ce que nous avons vus et appris en grandissant.
Peut-être qu’à l’âge de deux ans, lorsque nous nous mettions à bouder, notre mère interrompait toutes ces activités et venait nous consoler. Nous avons donc rapidement intégré le fait que bouder était une façon de gagner de l’attention et de l’amour. D’autres enfants ont développé d’autre stratégies pour obtenir de l’attention de la part de leurs parents (leur environnement): hurler, sourire, pleurnicher…
Leur comportement est la cause (bouder) d’un effet (recevoir de l’amour) dans un environnement donné (les parents donnent de l’amour lorsque l’enfant boude).
Ces stratégies, ces notions de cause à effet sont si profondément ancrées dans notre cerveau que nous ne nous rendons pas compte que nous continuons à les reproduire passé l’âge des larmes et des cajoleries.
Richard Brodie déclare que les bureaux du monde sont remplis d’adultes qui continuent à reproduire ces stratégies issues de l’enfance: crises de colère, flatteries, boudages, afin d’essayer inconsciemment de combler un besoin. Un joyeux bordel!
3. Les memes d’association
Une association lie plusieurs memes dans notre tête. Lorsque vous entendez le son des cigales, vous pouvez vous sentir relaxés, apaisés. Le son de la cigale a déclenché une pensée, un sentiment d’un autre concept dans votre tête, celui du Sud de la France et du farniente. Les associations sont souvent utilisées dans le monde de la publicité: les femmes sont associées à de belles voitures, les bouteilles de Coco-Cola a des moments de partage entre amis, etc…
Comment sommes-nous programmés ?
Les memes peuvent être des idées. Ces idées peuvent influencer notre vie à un degré inimaginable.
“People cannot own ideas, but ideas can sometimes own you”.
On peut considérer les idées attachées aux rôles des hommes et des femmes dans la société comme des memes. “La place d’une femme est dans la cuisine”, “le rôle d’un homme est de protéger sa famille”. Ces memes définissent, construisent une certaine réalité. Cette réalité va alors, à son tour, réduire les opportunités des hommes et des femmes dans la société. Ne sommes-nous pas en train de vivre un changement de paradigme immense sur les rôles sociaux de l’homme et de la femme ? De nouveaux memes sont en train d’être diffusés à travers la population: “l’égalité salariale”, “chances et opportunités égales pour toutes et tous”, qui influencent notre comportement.
Comment nos memes influencent notre comportement ?
Par prophétie auto-réalisatrice, par exemple. Il suffit, pour comprendre, de considérer les nombreuses études sur le leadership. Nous avons des croyances, des stéréotypes, autrement dit des memes qui définissent l’image d’un leader (un homme). Si l’on n’y correspond pas (par exemple si l’on est une femme), on subit les jugements et la discrimination. Une femme, ayant un rôle bien précis dans la tête de chacun, peut donc difficilement accéder à un poste à responsabilité. Elle est contenue, réduite dans les rôles qui lui sont assignées dans les croyances populaires. De façon similaire, une femme ne va pas s’identifier au stéréotype, à l’image, au meme d’un leader, et va donc modifier son propre comportement, l’empêchant d’atteindre une position plus haute dans la hiérarchie. Elle se jette des bâtons dans les roues, dues à ces croyances. Nos memes peuvent donc déterminer nos actions futures. Ils peuvent également contrôlés la façon dont on perçoit l’information. Notre réalité est fondamentalement altérée par eux.
Les memes sociétaux
Nous pouvons vivre en société car nous avons des idées, des règles, des normes acceptées par tous et toutes, qui définissent et régissent nos vies. Ainsi des milliers de petits humains peuvent vivre en harmonie. Que se passerait-il si du jour au lendemain nos contrats, nos propriétés, nos documents d’identité n’avaient plus aucune valeur ? Ces règles sont appelées les memes sociétaux et ont une influence immense sur la façon dont nous menons nos vies. Ces memes ne sont pas immuables: en revanche, ils sont tr-è-è-è-è-s difficiles à changer.
Chaque humain se conforme, en général, aux règles de la société. Ce ne sont pas les seules règles auxquelles il se soumet: en effet, existe également la très célèbre pression de groupe. Chaque personne qui interagit avec un groupe est soumis à la pression de groupe: agir comme le groupe le fait. Une entreprise peut également être considéré comme un groupe qui agit selon une certaine norme. Dans une entreprise, ces normes seront définies par la “culture de l’entreprise”. On peut s’y retrouver, l’apprécier, s’y conformer, ou alors s’y sentir complètement étranger. On finira alors, en toute vraisemblance, par quitter ce milieu. Toutes ces règles, ces normes influençant notre quotidien peuvent être regroupées dans le grand paquet des memes.
Vous l’aurez donc compris: les meme sont des éléments qui peuvent être des idées, des concepts, des théories, qui vont influencer notre comportement dans un environnement donné. Les memes voyagent dans le monde de l’esprit: ils se diffusent de cerveau en cerveau, notamment par la communication. Comme les gènes, l’objectif (ou l’essence) d’un meme est de se reproduire et de survivre. Certains memes sont ancrés dans la société (les memes sociétaux). Si pour simplifier, nous considérons qu’un meme est une croyance, alors il peut influencer notre comportement par des mécanismes tels que ceux de la prophétie auto-réalisatrice. Lorsqu’un meme est diffusé à une vitesse ultra-rapide et qu’il se propage massivement, on peut le qualifier de “virus de l’esprit”. La plupart des virus de l’esprit ont des caractéristiques néfastes.
La guerre des memes
Selon Brodie, le monde est empli de memes qui se battent pour obtenir une part de notre attention.
Ces memes ne servent pas notre bien-être. Ils ajoutent de la complexité et de la confusion, du brouillard, dans nos vies. Nos cerveaux sont des outils ultra- performants, susceptibles d’être infectés par des virus de l’esprit. Les virus de l’esprit pénètrent donc notre esprit, car nous aimons apprendre. Nous les copions en les communiquant à d’autre gens (via cet article, je crée des copies que je diffuse dans votre cerveau). Ces virus peuvent nous transformer en nous programmant avec de nouveaux memes qui vont influencer notre comportement. Des exemples de virus de l’esprit ? Les modes ou les cultes religieux ! Quels sont les virus susceptibles d’envahir notre esprit ? Avant de répondre à cette question, nous devons déjà comprendre pourquoi nous prêtons plus d’attention à certaines idées que d’autre.
L’évolution du cerveau
Notre cerveau s’est développé afin de nous permettre de répliquer nos gènes. Il nous permet d’améliorer nos chances de survie, de trouver un partenaire adéquat, d’accroître nos chances d’avoir des enfants. Notre cerveau nous permet donc d’adresser nos instincts, nos besoins de la meilleure façon possible. La peur, la vision, la mémoire, le besoin d’appartenance à un groupe sont tous des fonctions qui dérivent de nos instincts (de survie et de reproduction).
Quels sont les memes les plus influents ?
Toute information qui nous protège et qui améliore les chances de réplication du gène est donc primordiale. Nous devrions donc avoir tendance à nous intéresser en majorité à des informations qui tournent autour du danger, de la nourriture et du sexe. Vrai ou faux ?
Nous pouvons aller un peu plus loin. Les informations qui nous stimulent sont liés à des thèmes bien spécifiques: les crises, les missions, les problèmes, les dangers et les opportunités qui s’offrent à nous. En plus de cela, nous avons des besoins d’appartenance (appartenir à un groupe nous permet d’agrandir nos chances de survie), de distinction (afin d’avoir accès à plus de partenaires sexuels), des besoins de nous occuper, d’aimer autrui, des besoins d’acceptation et finalement, des besoins d’obéir à l’autorité. Ces besoins secondaires dérivent de nos besoins primaires: survivre et se reproduire.
Naturellement, nous sommes prônes à écouter, à accorder de l’attention à des memes qui mettent ce genre d’informations en avant. Dans la crise du coronavirus, le message diffusé était celui de rester chez nous pour le bien de nos proches, des plus vieux et des plus vulnérables. Ce message exploitait notre côté tendre, notre besoin de prendre soin de ceux qui nous entourent (et c’est tant mieux). Le message, étant diffusé de la part d’une autorité, nous étions très susceptibles de l’écouter (besoin d’obéir à l’autorité), surtout face au danger imminent (menaçant notre survie).
Nos cerveaux n’ont pas évolué afin de nous permettre de comprendre le monde qui nous entoure. Ils ont évolué pour effectuer des tâches spécifiques qui correspondaient à l’environnement d’antan. Mais notre environnement a tellement été bouleversé, il s’est transformé tellement rapidement que nos corps, nos instincts ne sont plus adaptés à nos modes de vie. Résultat? Nous sommes en conflit avec nos besoins, nous investissons beaucoup de temps dans des éléments insignifiants et nous nous comportons souvent d’une façon qui nous échappe.
La sélection naturelle dans le monde de l’esprit
Les idées, les attitudes et les mythes qui se propagent, qui sont diffusés, qui survivent dans le temps sont ceux auxquels nous donnons le plus d’attention. Nous sommes construits de façon à prêter attention à des messages qui étaient importants il y’a des milliers d’années, des informations qui ne sont plus pertinentes aujourd’hui, et qui happent des morceaux entiers de notre temps, de notre vie. Ces informations sont liées au danger, au sexe, à la nourriture et aux besoins évoqués plus haut. Globalement, elles sont toutes liées à des informations qui nous permettent de survivre et de transmettre nos gènes de la meilleure façon possible. Ce ne sont pas les idées qui nous permettent de mener une vie heureuse et paisible comme nous le désirons, ce sont les idées qui permettent de favoriser la reproduction des gènes dans notre milieu de l’époque !
Les besoins qui dominent notre vie sont ceux de la reproduction et de la survie. Le sexe prend une place immense dans nos vies. Nous sommes tous le résultat d’une lignée ininterrompue de milliers de générations d’hommes et de femmes qui ont tous réussi à trouver un partenaire sexuel. Comme l’apparence est un critère important pour trouver un partenaire, des dizaines d’industrie se sont construites autour du culte de la beauté. La mode, le maquillage, la chirurgie, le fitness… Nous semblons tous être obsédées par notre apparence. L’évolution aurait également poussé la différentiation sexuelle: certains comportements auraient donc émergés chez l’homme, d’autres chez la femme. Les hommes avides de pouvoir, au sommet de la hiérarchie de dominance étaient ceux qui obtenaient le plus de partenaires sexuels. A travers l’histoire, les hommes sont souvent ceux qui ont voulu repousser les frontières, étendre leur pouvoir, leur territoire. Les femmes, elles, voulaient la sécurité, un environnement sain pour que leurs progénitures grandissent en paix. Ces différences dérivent de nos gènes: les gènes des hommes gagnent en encourageant leur hôte à trouver le plus de partenaires sexuels, tandis que les gènes des femmes tendent à gagner lorsqu’elles créent un environnement sain et sécure pour leurs enfants.
Selon Brodie, l’accès au sexe serait une force majeure derrière nombreux aspects de nos cultures. Pourtant, aujourd’hui, nous pouvons nous reproduire sans avoir d’enfants. Nous avons hacké le jeu ! Nos gènes ne le savent pas encore: nous sommes toujours programmés pour avoir des tendances sexuelles très fortes. Aujourd’hui, ce qui va déterminer si nos gènes sont reproduits ou pas, c’est la décision d’avoir un enfant. Cette décision est influencée par notre culture. Ce sont nos memes aujourd’hui qui décident si nous voulons avoir une famille. Les memes ont détrônés nos gènes(exclamation à prendre avec des pincettes!).
Notre instinct de survie s’exprime lui via une réponse bien connue: la peur. La peur nous permettait, dans l’environnement d’antan, d’échapper à des dangers physiques. Aujourd’hui, nous traitons l’échec culturel comme l’échec physique – littéralement, se faire manger par un ours. Pour pouvoir progresser, atteindre le succès, nous devons aller à l’encontre de nos instincts : combattre la peure. Qui n’a jamais été figé avant de prendre la parole en public ? Une peur bien inutile mais pourtant ancrée en nous, que l’on combat par la rationalisation et par l’habitude.
Notre cerveau aurait évolué pour produire des tâches spécifiques dans un environnement spécifique. Aujourd’hui, nos instincts ne sont plus en adéquation avec notre environnement. Notre vie tourne autour du travail, et non de la chasse. Nous devons continuellement “éteindre” nos instincts, les combattre afin d’atteindre le succès. Les memes qui peuvent devenir des virus de l’esprit sont souvent ceux qui font appel à nos instincts. Il s’agit des memes qui happent notre attention, qui s’installent dans notre cerveau et que nous propageons à d’autres.
Les virus de l’esprit
Les institutions culturelles seraient toutes des virus. En dépit de leur première intention, elles évoluent désormais toutes avec le but de survivre, de subsister. Vu que les ressources de ce monde sont finies, et que de nouvelles organisations émergent, les organisations existantes n’ont pas le choix que de devenir meilleure au jeu de la survie. Les institutions culturelles évoluent donc selon les mêmes règles que les gènes. Elles cherchent à survivre, à se répliquer, à grandir.
Que faire de tout ce paquet d’informations ? Avant toute chose se souvenir que cette théorie est elle aussi, un meme. Une façon d’observer, d’analyser notre réalité. Les memes sont notre programmation interne. Ils évoluent dans le monde de l’esprit, se copient et se propagent bien plus rapidement que nos gènes, et déterminent grandement notre comportement. Les memes sont influencés par nos instincts, puisque notre cerveau, l’environnement des memes, a évolué pour nous aider à survivre et à nous reproduire. Nous prêtons donc naturellement attention à tout ce qui permet à nos gènes de se propager et de se reproduire: c’est tout simplement ancré en nous. Certaines idées sont créés par l’humain: si elles se propagent rapidement et massivement, elles deviennent des virus de l’esprit. Richard Brodie décrit, à cet effet, le nazisme comme un virus pathologique de l’esprit. Dans un prochain article, nous examinerons quels sont les virus prévalents dans notre société, comment ils évoluent, s’ancrent dans notre tête, et comment, éventuellement, s’en défaire.