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Je dois vous prévenir: c’est une folie contagieuse. Qui y touche n’en sort pas indemne. En plus c’est fait pour. Pour être contagieux. Côa, côa, on nous prépare une nouvelle pandémie? Un nouveau virus?
On peut le dire comme ça. Dudamel est une sorte de virus. Il vient du Vénézuela. Au Vénézuela il y a des musiciens, beaucoup de musiciens, formés grâce à el sistema. El sistema est une activité particulière de l'orchestre Simon Bolivar des jeunes du Vénézuela.
«Le but est d'initier les enfants les plus jeunes (dès l'âge de 2 ans) et les plus démunis à la pratique de la musique classique. Grâce au Sistema, le Vénézuela compte, pour 22 millions d'habitants, 250 000 jeunes pratiquant la musique classique au sein de 125 orchestres, ainsi que 36 orchestres symphoniques professionnels, 15 000 professeurs de musique et 136 centres de formation et conservatoires. Ce projet a été mis en place à la fin des années 1970 par José Antonio Abreu, économiste, chef d'orchestre et homme politique, devenu en 1988 ministre de la Culture. Chaque enfant désireux de jouer reçoit un instrument, se voit affecter un tuteur et peut commencer très vite à pratiquer en formation, plusieurs heures par jour.»
Il s’agit d’une activité sociale, éducative et solidaire. L’orchestre des jeunes du Vénézuela joue aussi bien du Mahler, du Beethoven, Debussy, que du mambo, des musiques populaires d’Amérique du sud, du Leonard Bernstein.
- Et Dudamel?
- J’y viens.
Dudamel se prénomme Ernesto. Drôle de nom pour un virus. Il est né en 1981 et est marié. Son père est tromboniste. Rien jusque là qui le prédispose à la folie. Ah si: à six ans il déchiffre la partition de la 5e symphonie de Beethoven. Puis il apprend le violon, la composition et la direction d’orchestre. Il dirige l’orchestre symphonique de Göteborg.
- Mais de quoi donc est-il fou?
- Il est fou de la musique, fou d’une joie qu’il communique aux musiciens et à la salle. Il communique le virus de la joie, il fait de la musique une fête. Si bien qu’il n’est pas rare de voir les spectateurs l’écouter debout et les musiciens danser avec leur instrument.
Le voir diriger un orchestre est plus que découvrir une oeuvre: c’est une extase.
Et quand on voit comment il se lâche, avec quel bonheur il dirige ses musiciens, et la liberté dans laquelle il passe de la musique populaire au classique avec des musiciens très doués, on peut reléguer nos névroses au placard.
Le catastrophisme ambiant, les agressions sournoises, les peurs de l’avenir, la négativité à la mode, pfuit! Du balai! Place à la joie, à la communication, à l’envie de vivre, de bouger, de rire, de danser.
Tant de plaisir et de bonheur partagé: très subversif, Gustavo Dudamel. Dans une époque qui cultive les névroses et qui vit sur la peur et la déprime, la joie est devenue le moteur psychique le plus révolutionnaire, le plus subversif. Dudamel est un vrai révolutionnaire, de la révolution de la joie.
Alors il vaut la peine de prendre un peu de temps pour le découvrir, à travers les 2 vidéos ci-dessous. Dans le premier extrait il faut suivre ce violoniste dirigé par Ernesto Dudamel. Il joue avec l’orchestre des jeunes du Vénézuela, qui ont été formé grâce à el systema. Sur le 2e, je pense que vous n'avez pas souvent assisté à un tel concert, donné par des musiciens formés autant au classique qu'aux musiques de fête!... Il n'y a plus de frontière entre les musiques. Les deux extraits décoiffent à leur manière. Bon pour le coeur et la tête.
Si vous êtes parfois pessimiste, c'est à consommer sans modération: Dudamel et ses musiciens sont la preuve que l'humain peut être génial et qu'il faut y croire.
Je vous souhaite d'y trouver autant de bonheur que moi. Viva la vida!
PS: Et viva Max Göldi, otage de Kadhafi depuis 20 mois.