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1. Que nos reins soient ceints, et que des lampes brillent dans nos mains (Luc. XLI, 35). » « Que nos reins soient ceints, » afin d'imiter la purification de Marie; « Que des lampes brillent dans nos mains, » afin de nous représenter par un signe sensible la joie de Siméon portant la lumière dans ses bras. En d'autres termes, soyons chastes de corps et purs de cur, et nous reproduirons la purification de Marie: soyons brûlants de dévotion et enfants de lumière par nos œuvres, et, avec Siméon, nous portons Jésus-Christ dans nos mains. Cependant, Marie ne s'est pas tant purifiée qu'elle ne nous a recommandé le mystère de la purification, en remplissant la purification légale, et en symbolisant la purification spirituelle. Que pouvait-il y avoir à purifier en celle qui, conçue vierge, enfanta vierge et resta vierge, que dis-je qui eût été entièrement purifiée par sa conception, si elle avait été en quelque chose tant soit peu impure? Que peut avoir à purifier en sa conception, « celui qui seul peut rendre pur celui qui a été conçu d'un germe impur (Job. XIV, 4), » celui qui a ouvert une fontaine pour purifier ceux qui sont immondes, la fontaine de la maison de David, qui coule encore aujourd'hui, qui coule sans relâche pour purifier l'homme pécheur et la femme souillée (Zach. XIII, 1)? Cependant, la mère de toute pureté, a accompli extérieurement toutes les prescriptions légales de la Purification, afin de nous donner l'exemple d'une humilité pleine d'obéissance et de nous confirmer la vérité de la purification évangélique. Où est maintenant l'homme qui, avec autant d'erreur que d'audace, osera présumer de sa sainteté, et refusera de recourir aux remèdes qui purifient les pénitents ? Supposons qu'il est saint ; l'est-il autant que la très-sainte reine des saints, que Marie qui enfanta le Saint des saints? Plùt au ciel, mes frères, que nous eussions dans nos péchés, la même humilité que les saints dans leurs vertus. Mais n'insistons pas sur cette réflexion, et continuons le sujet que nous avons commencé. Nous développerons la purification spirituelle que Marie nous a inculquée, en offrant pour elle et son Fils une paire de tourterelles ou deux colombeaux. Si nos pères, comme vous le savez parfaitement, ont tout clairement expliqué; vous n'ignorez pas avec quel soin ils ont exposé comment la tourterelle se rapporte à la chasteté de la chair, la colombe à la simplicité de l'esprit, sans passer sous silence la signification dit sacrifice d'une tourterelle oit d'une jeune colombe, et de l'holocauste de lautre. Nous n'ajouterons qu'une pensée, c'est que plus ces mystères sont connus, plus on exigera avec justice et sévérité que nous accomplissions les uvres qu'ils recommandent, parce que « celui qui connaît le bien et ne l'accomplit pas, pèche (Jac. IV, 7) ; » et, « le serviteur, connaissant la volonté de son maître et n'y répondant pas, sera frappé de plus de coups (Luc. XII, 47). »
2. Laissant donc de côté ce qui a été suffisamment développé, attachons-nous de préférence à expliquer, si cela vous plaît, ce que rappelle ou ce que prêche cette très-belle coutume de porter aujourd'hui des cierges à la main. Je ne crois pas que la signification vous en soit inconnue, quand bien même vous n'en auriez jamais entendu parler. En effet, qui, en portant aujourd'hui un cierge allumé à la main, ne se souvient pas de suite de ce vieillard qui, prenant en ce jour, dans ses bras, l'Enfant Jésus, qui est le Verbe dans la chair, comme la lumière est dans la cire, attestait que cet enfant. était la lumière destinée à éclairer les nations. Il était, lui aussi, un flambeau ardent et luisant, rendant témoignage à la lumière, ce vieillard qui, conduit par l'Esprit dont il était rempli, ne vint au temple que pour recevoir, ô Dieu, votre miséricorde, au milieu de cette enceinte sacrée, et pour annoncer que cet enfant était notre miséricorde et la lumière de votre peuple. En vérité, auguste vieillard, vous portiez la lumière, non-seulement dans vos mains, mais encore dans vos sens, vous qui étiez aussi parfaitement éclairé, longtemps avant cette illumination des gentils , que vous le seriez aujourd'hui, si la clarté de notre foi brillait à vos regards au milieu des ténèbres de l'infidélité judaïque. Réjouissez-vous, saint vieillard, voyez déjà ce que vous aperceviez d'avance; les ténèbres du monde dissipées, les nations marchant à votre lumière que vous cachiez dans votre sein, on plutôt à la chaleur de laquelle vous ranimiez vos sens. O foyer d'amour, ô amour suave et doux qui réconforte l'âme ! Vous êtes tout à fait suave, tout à fait doux, même lorsque vous nous tourmentez et nous brûlez ; vous êtes un tourment heureusement délicieux, un feu salutairement rafraîchissant. Mes frères, caché dans la poitrine, ce feu ne brûle pas les vêtements ce qui est mieux encore, il consume un autre feu qui, caché lui aussi dans notre sein, consume non-seulement nos vêtements , mais encore ce que les vêtements recouvrent, c'est-à-dire le corps et l'âme tout à la fois. « Notre Dieu, dit l'Écriture, est un feu consumant (Deut. IV, 24) : » Car, il refait l'âme, il adoucit l'esprit, il récrée le cœur, et répare l'homme qui périssait. Siméon n'ignorait pas la force de ce feu, lui qui se réjouissait de le porter entre ses bras, et qui réchauffait à ses ardeurs sa poitrine sénile. Qu'il réchauffe plus salutairement et plus délicieusement notre vieillard qu'Abisag la sunamite ne réchauffait David (III Reg. I, 4) ! A moins qu'Abisag ne fût ce feu même, c'est-à-dire la sagesse, dont les étreintes rendent non-seulement la chaleur à ceux qui sont froids, mais encore la vie aux morts.
3. Embrassez donc, ô bienheureux vieillard, la sagesse de Dieu, et que vos sens se raniment et se réchauffent ; pressez contre votre sein, la miséricorde de Dieu, et votre vieillesse sera dans la miséricorde de la mamelle. « Il demeurera entre mes mamelles (Cant. I, 32) : » mais quand je l'aurai remis à sa mère, il restera avec moi. Et quand il sera placé sur le sein maternel, il demeurera néanmoins sur ma poitrine et il enivrera mon cœur de la miséricorde qui coule comme le lait de son sein, mais non autant que le cœur de sa mère. Car, de même que cette vierge incomparable, est, d'une manière unique, la mère de la souveraine miséricorde, de même elle a par excellence des mamelles riches en miséricorde. Je vous félicite et je vous remercie, ô femme pleine de grâces, vous qui avez enfanté la miséricorde que j'ai reçue, qui avez préparé le flambeau que j'ai pris en main. Vierge des vierges, vous avez fourni la cire à la lumière que vous aviez reçue dans votre sein, lorsque, mère sans corruption, vous avez revêtu d'une chair sans tache, le Verbe incorruptible. Allons, mes frères, le cierge brûle entre les mains de Siméon, empruntez-lui sa lumière pour allumer vos cierges, je veux dire, ces flambeaux que le Seigneur nous ordonne d'avoir à la main. (Luc. XIII, 35). Approchez-vous de lui et soyez éclairés, en sorte que vous ne portiez pas de flambeaux, mais que plutôt vous soyez vous-mêmes des flambeaux, luisant au dehors et au dedans, pour vous et pour les autres. Que la lumière soit donc dans votre cœur, dans vos mains et dans votre bouche. Que la lumière de votre cœur luise pour vous; que celle de votre main et de votre bouche luise pour vos frères. La lumière dans le cœur, c'est la piété de la foi; la lumière dans la main, l'exemple de la bonne œuvre; la lumière dans la bouche, les paroles d'édification. Il faut que non-seulement nous brillions devant les hommes par les œuvres et par les paroles, mais encore devant les anges par la prière et devant Dieu par l'intention. Notre lumière devant les anges, c'est la dévotion pure, longue; en présence de ces esprits bienheureux, nous psalmodions avec sagesse ou nous prions avec ardeur : la lumière devant Dieu, c'est l'intention simple qui nous fait plaire à celui-là seul à qui nous nous sommes attachés à nous rendre agréables.
4. Et pour montrer que, en ce que nous disons, nous n'avons point suivi nos propres imaginations, faisons voir plutôt que, en tout ceci, nous nous sommes attaché aux témoignages de l'Ecriture; que la foi soit un flambeau, Salomon nous l'atteste quand il parle de la femme forte, « sa lumière ne s'éteindra pas durant la nuit (Prov. XXX, I, 18); » ce qui veut dire que la foi ne défaillira point au temps de la tentation. Car, en ce qui regarde la charité, qui n'est autre chose que la foi opérant par la dilection, nous lisons dans le même Salomon : « les lampes, sont des lampes de feu et de flammes. Les grandes eaux n'ont pu éteindre la charité, et les fleuves ne la submergeront pas (Cant. VIII, 6).» La bonne œuvre est aussi un flambeau, la lumière de la vérité nous l'indique elle-même, lorsqu'elle dit : « Que vos reins soient ceints et que des lampes brillent à vos mains (Luc. XII, 35), » et : « Que votre lumière luise aux yeux des hommes, afin qu'ils aperçoivent vos bonnes actions (Matth. V, 16.) » Le discours d'édification est une lumière, David nous l'apprend : « votre parole est une lumière pour mes pieds et un flambeau pour éclairer mes pas (Psal. CXVIII, 105). » Et l'apôtre saint Pierre dit au, sujet des paroles des prophètes: « vous faites bien de les considérer, ils sont semblables à une lampe qui brûle dans un lieu plein d'obscurité (II. Petr. I, 19). » La manifestation des discours du Seigneur éclaire elle aussi, « et donne de l'intelligence aux petits enfants (Psalm. CXVIII, 1 30) : » soit lorsque les pages de l'Évangile éclairent les ombres de la loi; soit lorsque les pages de l'Évangile ou de la loi sont expliquées par des expositions lucides, sans lesquelles ils paraissaient obscurs aux petits enfants qui ne les comprenaient pas; et qu'ainsi nous entendons dans la lumière ce que l'on clous avait dit dans les ténèbres. Aussi Philippe, qui est l'image de tout docteur de l'Église, a-t-il été appelé bouche de la lampe, parce que de sa bouche sortait avec éclat la parole du Seigneur, pleine de feu pour éclairer ses auditeurs. Par discours du Seigneur, j'entends, mes frères, tout ce que son esprit, dans sa bonté, daigne exprimer pour vous, toute parole qui peut édifier dans la foi et enflammer la charité. « Si donc quelqu'un d'entre vous parle, » que ses paroles soient « comme les discours du Seigneur (I Pert. IV, 11); » en sorte que même dans vos conversations privées, aucune parole malséante ne sorte de votre bouche, mais qu'il n'en sorte que de capables d'édifier dans la, foi, et de communiquer la grâce à celui qui les entendra, et qui vous rendra grâce en vous disant : Bénies soient les paroles tombées de votre bouche, parce qu'elles « sont une lumière pour guider mes pieds, et un flambeau pour diriger mes pas (Psalm. CXVIII, 105). » Que la prière soit aussi une lumière, surtout si elle est éclairée d'en haut, nous le déduisons de ce que Salomon dit : « Le souffle du Seigneur est, dans l'homme, une lampe qui découvre ce qu'il y a de secret dans ses entrailles (Prov, XX, 27).» En effet, la lumière qui tombe: sur: nous du haut du ciel, quand nous prions ou psalmodions, est ce souffle de vie, qui nous fait agréablement respirer. Job paraît penser à ce flambeau, lorsque, dans la tristesse de la tentation, il s'écrie, en poussant un soupir, au souvenir de ses joies et de ses consolations passées: « qui me donnera d'être reconnu dans les mois anciens, comme aux jours où Dieu me gardait, alors que sa lumière brillait sur ma tête, et qu'à sa lueur je marchais au milieu des ténèbres. (Job. XXIX, 2) ? » Lorsque ensuite, on dit que cette lumière sonde tous les secrets des entrailles, c'est-à-dire de l'âme, ce n'est point là, la menace que le Seigneur profère, de scruter les cœurs, un flambeau à la main ; puisque d'un côté, il s'agit de l'effet d'une grâce qui éclaire, et d'un autre, de la rigueur du jugement qui recherche les fautes (Soph. I, 12). » La potion du médecin ne pénètre pas les entrailles de la même manière que le fer du bourreau. Maintenant, quant à l'intention, personne ne doutera qu'on ne lui donne le nom de flambeau, si pourtant on comprend cette parole de l'Évangile : « la lumière de votre corps, c'est votre œil (Matth. VI, 22). »
5. Afin de vous éclairer de tant de flambeaux, mes frères, approchez-vous de la source de la lumière et recevez-en les éclats, je veux parler de Jésus, qui brille entre les bras de Siméon: qu'il illumine.. votre foi, éclaire vos œuvres, vous donne les secours pour l'utilité du prochain, enflamme votre prière et purifie votre intention : en sorte que, soit par actions, soit en paroles ou dans vos prières, vous cherchiez à, être agréables, dans la terre des vivants, à celui qui doit examiner Jérusalem à la lueur des flambeaux, et analyser même votre lumière. Une fois toutes ces lampes allumées, ô enfant de la lumière, vous ne marcherez plus dans les ténèbres, vous n'aurez pas à craindre cette sentence de malédiction : «Qui aura maudit son père ou sa mère, son flambeau s'éteindra dans les ténèbres (Prov. XX, 20) : » C'est-à-dire, les ténèbres extérieures fondant d'un côté sur lui, les ténèbres intérieures de l'autre, il sera privé de la consolation de cette lumière. Pour vous, à qui tant de lampes prêtent leur éclat quand sera éteint le flambeau de la vie présente, vous verrez s'allumer l'inextinguible lumière de la vie, et, le soir, brillera au dessus de votre tête, l'éclat même du midi : « Et lorsque vous vous croirez consumé, vous vous lèverez comme Lucifer, pet vos ténèbres, seront comme le midi (Job. XI, 17). » Vous n'aurez plus de soleil pour briller dans le jour, la lune ne vous prêtera plus ses rayons; ce sera le Seigneur qui sera votre lumière éternelle, parce que la lampe de la Jérusalem nouvelle, c'est l'agneau à qui soit bénédiction et gloire dans les siècles des siècles. Amen.