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Au nombre de 350 000 environ, les Bwaba vivent en petites communautés villageoises dispersées sur un territoire s’étendant longitudinalement du Sud du Burkina Faso jusqu’à Sofara au Mali. Aux différentes zones d’implantation correspondent, d’après les travaux de Jean Capron (1973 : 24) et de Christopher Roy (1987 : 61) des variantes dialectales de la langue bwamu et des variantes stylistiques des objets de typologie commune. C’est le cas des tabourets féminins. Constitués par un plateau rectangulaire gravé de motifs géométriques et pourvus d’une poignée ornée d’une tête regardant vers le sol, ils se singularisent par la manière dont sont réalisés les pieds.
Le tabouret reproduit ci-contre offre la superbe figuration d’un personnage à genoux s’appuyant sur ses mains et dont le dos fait office de siège. Ce modèle, propre aux zones de Solenzo et de Sanaba, est désigné par le terme dialectal kanmboni.
La réalisation de ces objets, taillés de préférence en bois de pémou (Khaya sene-galensis) par les forgerons-sculpteurs, est étroitement liée aux rituels suivis lors des mariages traditionnels. Selon nos informateurs, le don du tabouret consacrerait le statut d’épouse conféré à la promise à la suite de l’achèvement de différentes étapes rituelles durant lesquelles elle est tenue de manifester sa soumission à l’égard de sa belle-mère et des autres femmes de la maison. Ce n’est qu’après cette sorte de mise à l’épreuve, qu’elle pourra organiser son foyer et utiliser de plein droit son « tabouret de femme ».
Le langage plastique du tabouret traduit ce message. La petite tête aux traits stylisés de la poignée est toujours enrichie par une crête lisse ou frangée. Elle évoquerait la façon de se coiffer des jeunes initiés dès leur entrée dans la société d’hommes. Sa représentation veut rappeler à la mariée que sa position statutaire au sein du groupe familial du mari est subordonnée à celle des autres épouses de la maison, à l’instar de tout initié soumis aux initiés appartenant à la classe d’âge supérieure à la sienne.
La surface du plateau-siège est gravée de motifs géométriques. Réalisés par l’épouse elle-même, ils sont assimilés aux scarifications, marques identifiantes et signifiantes dont l’exécution est le privilège des femmes forgerons qui détiennent la connaissance de leur pouvoir apotropaïque. Gravant son tabouret, l’épouse s’investit ainsi, par analogie, du même savoir reconnu aux femmes forgerons et résume par son geste toute la logique d’une pensée qui la voit maîtresse incontestée de son destin.