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Ce texte fait suite à celui appelé Le Sauf-Conduit de Tornither le Brave, dans lequel j'évoque la bénédiction reçue par Ithälun et notre séparation d'avec le seigneur du lieu, Tornither. J'ai rappelé que nous avions ensuite repris notre voiture volante et qu'Ithälun avait annoncé que nous devions camper pour nous reposer et que nous ne risquions rien grâce au sauf-conduit du berger enchanté.
Nous nous posâmes sur le flanc de la montagne de droite, descendîmes de voiture, et Ithälun entreprit de dresser une tente, grâce à une toile proche de la soie par sa douceur, qu'elle accrocha à des piquets qu'elle planta dans le sol avec mon aide, après avoir sorti ce matériel du coffre de la voiture, comme l'auraient fait n'importe quels mortels dans leur pays périssable. Par terre, elle étendit un tapis mou et doux, parfumé, et y plaça des oreillers et une couette remplie de plumes d'eider, qu'à ce titre je ferais mieux d'appeler du vieux mot d'édredon. Comme l'air frais venait à mes narines mais que je n'avais nulle impression de froid grâce à cet édredon orné de figures pourpres, je m'apprêtai à passer l'une de mes meilleures nuits, car j'aime l'air du dehors, et il me semble que mon âme quitte mieux mon corps quand je le respire, et s'en va plus aisément, par les ailes des vents, dans le pays des esprits où tout être trouve le repos, consciemment ou non.
Toutefois, je dois avouer que je fus d'abord troublé par la proche présence d'Ithälun, car sa chaleur venait jusqu'à moi, et son odeur naturelle, qui était saisissante, et propre à enflammer les sens. Elle en était consciente, mais son regard lumineux, dans la nuit, m'en imposait, et elle me souhaita une bonne nuit d'une voix qui ne laissait pas d'autre réplique que de la lui souhaiter en retour. Sa beauté, loin de susciter en moi des émotions qui m'eussent privé de sommeil, me rassurait comme la présence bienveillante d'un astre, m'apaisait tout en se tenant hors de ma portée: jamais je n'eusse osé porter ma main sur elle. Je pensais, à tort ou à raison, qu'elle ne l'aurait pas permis. Car au-delà de sa bonté était en elle un air sévère.
Au reste, pourquoi le cacher? si je m'endormis d'abord sans peine, je me sentis, à demi somnolent, attiré encore vers elle, et je me pressai contre son corps, en plaçant mon bras sur son ventre. Mais elle se déplaça, pour ne pas sentir mon contact, et je me retournai, pour continuer à dormir. J'en avais usé avec elle comme je l'avais fait tant de nuits avec mon épouse, mais elle n'avait pas accepté que je fusse son mari, si j'ose m'exprimer ainsi.
Plus tard dans la nuit, je m'aperçus même qu'elle n'était plus à mes côtés, m'éveillant une fois encore. Je regardai dehors, par l'ouverture de l'espèce de tente qu'elle avait dressée, et elle était debout, armée, luisante sous la clarté des étoiles et de la lune, et sa cuirasse reflétait leurs lueurs comme si elle eût été effectivement un astre terrestre. Or, elle regardait devant elle, et je vis, dans la direction de son regard, une sorte de nef flottante, qui laissait derrière elle, en avançant dans l'air, un sillon d'or.
Et, comme s'il se fût agi d'un rêve, je la vis monter, elle, dans cette nef, après qu'une passerelle se fut silencieusement déployée de son flanc droit, jusqu'à se rendre accessible au pied léger d'Ithälun. Elle entra dans la nef, qui partit aussitôt, reprenant le chemin qu'elle avait pris en venant. Dans l'ouverture, j'avais cru distinguer la forme d'un homme que je ne connaissais pas.
(À suivre.)