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AUTOUR DE HYÈNES – FORUM
Les thèmes :
Les artistes suisses ont souvent été amenés à réfléchir au lien entre le local et l’universel, tant les conflits économiques et culturels de ce monde semblent se refléter dans l’histoire de leur pays : la vocation à la fois régionaliste, en raison de l’exiguïté des cantons comme espaces politiques, et universaliste, par son appartenance à trois aires culturelles ayant eu un rôle-clé dans l’émergence de la modernité occidentale, mais aussi, surtout ?, par son rôle de place financière internationale.
Inversement, dans une perspective postcoloniale, les artistes de pays non occidentaux ne peuvent-ils pas se reconnaître dans l’histoire de la Suisse, aussi particulière qu’elle semble ? Pour évoquer la façon dont les contextes suisse et africain peuvent entrer en résonnance, dans un jeu de croisements et de miroirs, nous réfléchirons au dialogue qui s’est établi entre le dramaturge suisse Friedrich Dürrenmatt et le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambéty. (…)
À l’opposé du réalisme sobre que l’on retrouve chez nombre de cinéastes africains, Diop Mambéty parvient à̀ créer dans son film une parabole complexe, en usant d’un langage cinématographique à l’originalité indéniable. Beaucoup des éléments grotesques présents dans le texte original sont conservés; et par des procédés de substitution et d’adaptation, Djibril Diop parvient à̀ actualiser la pièce de théâtre de Dürrenmatt de captivante façon. La manière dont ce film, considéré comme une œuvre-clé dans l’histoire du cinéma africain, transpose la pièce suisse de 1956 à la situation de l’Afrique des années 1990, la façon dont Mambéty traite de la mondialisation et joue avec les mythes du cinéma occidental en utilisant le montage associatif comme équivalent à l’anti-naturalisme de Dürrenmatt, sont particulièrement stimulantes.
Le cadre dans lequel Diop Mambéty transpose l’intrigue met l’accent sur les thèmes de la mondialisation et du tiers-monde. Le temps de l’action n’est pas fixé de manière explicite, mais on reconnaît les couleurs délavées de la France sur le pupitre du maire, et dans une scène qui se déroule dans le commerce de Dramaan, un singe réduit en lambeaux un drapeau français poussiéreux. On peut donc supposer que le pouvoir colonial est encore proche et que le film décrit métaphoriquement et en accéléré la délicate phase de quête de soi dans l’ère postcoloniale.
Linguère Ramatou ne peut qu’incarner la promesse de bonheur aux yeux des habitants de Colobane, tant elle leur fait miroiter un enrichissement immédiat ainsi qu’un accès rapide à la modernité. Comme sa richesse est réputée comparable à celle de la Banque mondiale, il n’est pas étonnant qu’elle se voie attribuer une toute-puissance égale à celle de cette institution. Un critique s’exprime en ces termes: « One must finally ask if the World Bank is not a highclass prostitute. » (Diof 1996, 247). Si l’on pense au pouvoir qu’exerce la Banque mondiale dans ce qu’on appelle les « pays débiteurs » du tiers monde, le rapprochement avec la prostitution est tout à fait justifié. (…)
in Revue transatlantique dʼétudes suisses 1 · 2011, La Suisse, pays-carrefour ? Enjeux culturels, politiques et historiques . Jürgen Heizmann, « La Suisse et l’Afrique en miroir. La visite de la vieille dame (Dürrenmatt) adaptée par le cinéaste Diop Mambéty »
Texte de Jürgen Heizmann, cliquer ici
Point de vue de Frédéric Maire, Passion cinéma, cliquer ici
Point de vue africain de Le Témoin, chronique plurielle Djibril Mambety et Dürrenmatt, cliquer ici