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... Il n’y a rien de plus bavard qu’un arbre, quand il est apprivoisé. Et aussi, ils ont des yeux partout, sur toutes les feuilles. Mais ça, personne ne le sait. Comme les arbres sont un peu timides, ils gardent généralement les yeux fermés quand il y a un homme dans les environs. (…) Evidemment, tous les arbres ne sont pas pareils. Il y a le chêne (qui s’appelle Hudhudhudhud) qui est un arbre sérieux. Il a un regard profond qui vous fait un peu frissonner. Il pense tout le temps à des tas de choses sérieuses. C’est lui qui regarde interminablement les étoiles, la nuit. Il connaît le nom de toutes les constellations, et il suit gravement les phases de la lune. Il y a le bouleau, qui porte un nom très compliqué : il s’appelle Phuiii Wooo Woooit Tihuit, qui ne pense qu’à s’amuser. Il aime bien la lumière du soleil, et il s’amuse à envoyer des reflets dans les yeux des autres arbres. Non, il n’est vraiment pas sérieux. Il y a aussi un érable vénérable, qui s’appelle Whoot. Il est très vieux et son tronc est séparé en deux au niveau des racines. Il a reçu beaucoup de fois la foudre, et il aime bien raconter aux autres comment cela s’est passé. Il y a beaucoup d’autres arbres, des cèdres des frênes, des chênes-liège, des lauriers, des sycomores, des peupliers, des saules, des poivriers, de noisetiers. Ils sont tous là, dans la forêt, serrés les uns contre les autres, et ils bavardent sans cesse. Il y a aussi beaucoup de sapins sombres, élancés. Eux ne disent pas grand-chose. Ils sont un peu taciturnes, comme les ifs. Mais ils servent de gardiens à la forêt. Dès que quelqu’un s’approche, ils font trembler leurs aiguilles, et ça fait un bruit de froissement précipité, comme si la pluie allait tomber.
Immédiatement, tous les arbres cessent de parler et ils se mettent au garde à vous. Ils ferment tous leurs yeux, et ils font les morts. (…)Les arbres sont comme ça, ils parlent tout le temps. Ils dorment un peu, puis ils se réveillent et ils commencent à jaser. Ils se racontent des histoires d’arbres, des histoires sans queue ni tête qui ne sont pas pour les hommes. Ils parlent de la pluie et du beau temps, des orages, des dernières nouvelles qui viennent de l’autre bout de la forêt. Les bouleaux et les trembles parlent tout le temps, sans s’arrêter, avec leurs petits sifflements aigus qui fatiguent un peu les oreilles. Et ils agitent leurs quantités de feuilles. Les peupliers aussi sont très bavards.
Ceux qui parlent le moins, bien sûr, ce sont les chênes et l’érable vénérable. Ils ont de drôles de voix caverneuses, et ils racontent des histoires vieilles de deux cents ans. Les pins et les ifs sont tristes et les saules pleureurs aussi. Le noisetier, les noyers, les châtaigniers sont durs, ils ont mauvais caractère. De temps en temps, ils se mettent en colère, et ils font de grands bruits de craquement.
(prix Nobel de littérature)