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Le nouveau prix Nobel de Littérature est niçois, et comme je connais bien Nice, où j'ai eu de la famille, et que Nice a des liens forts avec la Savoie, cela me fait patriotiquement plaisir. Je garde un souvenir vif et émerveillé du splendide fort de Villefranche-sur-Mer, dont la rade abritait la flotte du royaume de Sardaigne.
Les Savoyards ne furent pas de grands marins, sans doute ; mais Garibaldi rappelle que Nice eut cette vocation portuaire, qu'elle eut en son sein des corsaires, en quelque sorte, à la façon de la Bretagne, ou du Pays basque. Ce fort de Villefranche en tout cas est à visiter: son style, exotique, coloré à souhait, le rend complètement différent de celui d'Antibes, que bâtit Vauban pour faire face à celui de Villefranche.
Je connais assez peu Le Clézio écrivain, n'ayant lu de lui qu'une nouvelle, qui était dans un recueil recommandé pour les élèves du Collège. Elle se situait justement à Nice, et évoquait poétiquement le désastre qu'a représenté, pour cette noble cité, l'urbanisation: c'est une expérience qu'on peut faire dans tous les lieux de vacances, y compris en Savoie.
Le Clézio montrait dans cette petite œuvre une tendance à une vie intérieure riche : il évoquait la lumière qu'on a en soi, les souvenirs de la Grèce antique et de ses dieux. Mais si je puis me permettre, comme cette lumière n'empêchait pas que l'âme même fût saisie d'épouvante face aux progrès de la modernité, je ne sais pas ce qu'elle peut réellement représenter: sa force restait théorique.
Un défaut formel peut-être pas sans rapport avec cette contradiction morale est que Le Clézio se répétait beaucoup, comme s'il craignait que les mots n'eussent pas assez de puissance magique pour soumettre le monde aux espérances humaines! Or, paradoxalement, cette forme de redondance tendait justement à priver la parole de sa force opératoire, si je puis dire.
Il n'en demeure pas moins que globalement, ce récit était d'une grande poésie, qui n'était pas sans rappeler Giono: il avait été écrit par une âme généreuse, qui ne se perdait pas dans le formalisme, mais laissait parler la force de l'émotion.