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Dans ses installations, Gabriela Löffel confronte les spectateurs à des problématiques telles que la représentation de la violence, la banalisation de la guerre, ou encore, la manipulation des discours à des fins économico-politiques. Löffel s’intéresse aux situations où la réalité côtoie la fiction et, en manipulant les codes et les techniques du cinéma, elle met en abîme les contradictions de notre société. Toujours critique, sans pour autant se limiter à une lecture politique univoque, son oeuvre fragmente les strates narratives et multiplie les références afin de créer des espaces de réflexion. En ce sens, les installations Offscreen (2013) et Setting (2011) exemplifient toute la complexité et l’engagement de sa démarche.
Le dispositif d’Offscreen se compose de trois projections et deux pistes audio: les haut-parleurs émettent une bande son abstraite qui dialogue avec les images, et un casque sans fil permet de se concentrer sur la voix du narrateur et de déambuler dans l’installation. Deux projections sur écran montrent successivement des décors d’intérieurs — comme le green screen ou la réplique d’un avion —, et d’extérieurs de cinéma — tels que la reconstruction de la Berlinerstrasse utilisée par Polanski dans Le Pianiste. Entre les deux écrans, une projection murale suit une équipe de cascadeurs qui répètent des séquences extrapolées du récit du narrateur. À nouveau, l’interprétation du narrateur ajoute un caractère fictionnel au témoignage et montre la puissance du storytelling.
De la conception, en passant par la production, jusqu’à la réalisation des ces installations, Löffel utilise la procédure du doublage et la méthode de la fragmentation: du témoignage au récit, du son créé au son évoqué, ou encore, de l’enregistrement en prise directe à la mise en abîme de décors de cinéma, Löffel fragmente et redouble les points de vue, ainsi que les sources visuelles et sonores, afin de brouiller les pistes et d’activer le questionnement chez les spectateurs. De la sorte, Löffel interroge à la fois une approche documentaire et fictionnelle, puisqu’elle part du témoignage direct pour engendrer ensuite un travail de montage et de scénarisation qui juxtapose les interprétations des narrateurs, mais également les images et les sons. À travers un va-et-vient constant entre l’expérience subjective et la compréhension universelle de la guerre, l’artiste nous montre comment le réel, la vérité et la fiction sont aujourd’hui des catégories difficilement discernables lorsque nous nous penchons sur la question des guerres actuelles et de leurs représentations. Entre la guerre — télévisée — du Vietnam et la guerre — sans images — du Golfe, l’artiste choisit de ne pas montrer les guerres du XXIème siècle, mais de les raconter de manière indirecte à travers les expériences du voyageur et de la figurante, grâce à la voix désincarnée — la voix-off — de narrateurs. Ce refus questionne profondément la valeur des images des médias de masse, mais, de la sorte, Löffel critique également les aspects idéologiques et économiques inhérents à leur production. »
Extrait du texte d’Andrea Cinel « Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout », Collection Cahiers d’Artistes, Pro Helvetia, 2015