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Dans le « Tao Te King » rédigé par Lao Tseu, il est écrit :
Cette figure géométrique est la plus simple et c'est la première réalisable. Elle symbolise le chiffre trois, le ternaire. Trois est universellement un nombre fondamental. Il exprime les triades ou la Trinité, un ordre intellectuel et spirituel, en Dieu, dans le cosmos ou dans l’homme. Il synthétise la tri-unité de l’être vivant : Corps, Âme et Esprit, au sens de la Tradition primordiale. Il résulte de la conjonction du binaire ; l’opposition des contraires dans la dualité représentée par le chiffre deux. Le ternaire complète le binaire par le passage à la stabilité.
Les Grecs ont toujours affirmé avoir trouvé en Égypte et en Mésopotamie les matériaux de base pour leur astronomie et leur géométrie. Les premiers mathématiciens grecs sont issus d’Asie Mineure. Le début du développement des mathématiques grecques s’est fait au carrefour de ces civilisations.
En géométrie, concernant les triangles, les pythagoriciens ont obtenu différents résultats sur la somme des angles d’un triangle, sur des figures régulières et commencé à développer ce qu’on appelle la méthode d’application des aires.
Le théorème d’Euclide repose sur une égalité de surfaces. En fait, on démontre que le carré sur l’hypoténuse se partage à l’aide de la hauteur relative à cette hypoténuse en deux rectangles "égaux" aux carrés sur les côtés de l’angle droit.
Une figure mère de la géométrie
Le triangle peut être représenté par l’intersection de trois droites. Mais pour tracer une figure géométrique quelconque, il faut d'abord commencer par marquer un point. Ce point est l'origine, le principe de la figure. Cela est fondamental car, sans lui, il n'y aurait rien de fait. Le Triangle est ainsi formé par un point de départ et de trois traits, ce qui fait quatre éléments et ce qui montre que le ternaire ouvre la voie au chiffre quatre, le quaternaire, figure mère de la matière et de l’espace. René Guénon précise dans " Symboles de la Science Sacrée " que : « Le quaternaire est représenté géométriquement par le carré, si on l’envisage sous l’aspect “statique”, mais, sous l’aspect “dynamique“, il l’est par la croix. La dernière, lorsqu’elle tourne autour de son centre, engendre la circonférence, qui, avec le centre, représente le dénaire, lequel est le cycle numérique complet. »
Plus prosaïquement, le triangle est une figure mère symbolisant les trois dimensions spatiales dans lesquelles nous vivons. Il ne peut rien exister de tangible, de mesurable, de matériel, si les trois dimensions ne sont pas réunies. Chaque élément, pris séparément, est une abstraction qui n'a de manifestation effective qu'à partir du moment où il est associé aux deux autres. Une quatrième dimension s’impose ici, le temps. Car si toute chose est représentée par une dimension, celle-ci évolue dans une durée qui commence et se termine. Rien de matériel n’est éternel.
Ainsi, pour qu'une chose existe réellement, il est indispensable que les trois conditions primordiales, c'est à dire les trois dimensions dans l’espace, soient réunies, plus une quatrième, le temps. Tant qu'elles ne le sont pas, rien n'existe effectivement, il n'y a pas de manifestation matérielle hors d’un continuum temps. Mais dès qu'elles sont réunies et tant qu'elles le sont il y a effectivement manifestation matérielle. Dans la nature, toutes les matières existantes sont exprimées par ce ternaire associé au temps et, tant qu’on ne peut pas dissocier les trois principes de la manifestation dans l’espace, rien ne se créé, rien ne se détruit.
la « Vesica Piscis »
Dans l’antiquité, le triangle, était formé à partir de la « Vesica Piscis » qui est l'intersection de deux cercles de même diamètre dont le centre de chacun fait partie de la circonférence de l'autre. Le nom veut dire littéralement en latin la vessie du poisson. Cette figure est aussi appelée mandorle (de l'italien « mandorla », (amande). C'est une forme d'œil crée par l'intersection de deux cercles identiques, de telle manière que le centre de chacun soit sur le périmètre de l'autre.
Géométriquement, cette figure est impliquée à la base de la construction du pentagone et de l'hexagone, et peut être utilisé pour construire divers polygones. C'est un symbole sacré, et la géométrie qui le représente traduit en fait, des rapports et des proportions qui, pourraient être assimilés aux proportions qu'utilisa le Démiurge, dans la Timée, pour façonner l'âme du monde. Le nom de cette figure en soi, évoque la forme d'un poisson, l'un des premiers symboles du Christ. Cela évoque aussi la graine, l'œil, et le Yoni. De bien des manières, ce symbole représente la manifestation du potentiel, au manifesté. Dans les premières Traditions (connues), l'être Suprême était représenté par un cercle, le symbole d'un être avec ni début, ni fin, existant continuellement, formé parfaitement et intrinsèquement symétrique.
Le « vesica pisces » a été le thème de plusieurs spéculations mystiques, les premières furent probablement celles des Pythagoriciens qui le considérait comme une figure sacrée. Pour eux, le rapport entre la largeur (longueur entre les extrémités du poisson sans la queue) et la hauteur était de 265/153, qui est une très bonne approximation de √3.
Le nombre 153 apparait, par ailleurs, dans l'Évangile selon Jean (22:11) comme étant le nombre de poissons que Jésus attrape lors de la pêche miraculeuse[i].
Enfin, certains auteurs new âge ont pu interprétés le « vesica piscis » comme étant un « yoni » (du sanskrit : lieu), c'est-à-dire une représentation des organes génitaux féminins[ii]. C’est dire si le triangle peut être plus qu’une figure géométrique.
Le triangle Sacré
La Géométrie Sacrée comprend toutes les formes élémentaires de la Géométrie : Cercle, Carré, Rectangle, Triangle Équilatéral. Une figure se distingue de l'ensemble : le Triangle 3-4-5, ou Triangle Sacré dont la proportion dorée cachée est : , origine du mystique Nombre d'Or[iii].
"Le Triangle Sacré porte plusieurs autres noms : triangle 3-4-5, triangle égyptien, et triangle de l'Arpenteur, à savoir "celui qui sert à tracer les angles droits". Les artisans de l'Antiquité et du Moyen-Age traînaient dans leur besace une corde à treize noeuds espacés de douze intervalles égaux. Ils traçaient un triangle au sol, en enfonçant trois piquets de façon à ce que les trois segments du triangle soient reproduits : 3 + 4 + 5 = 12 intervalles entre les segments de 3 et 4 intervalles, l'angle est parfaitement droit (90°).
L'appellation de Triangle d'Or est impropre : le Nombre d'Or n'est explicite que dans les structures intimes du Triangle, pas sur ses trois segments. En revanche "Triangle de Pythagore" lui va très bien : Pythagore a généralisé la première propriété ce ce triangle rectangle : « Le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres cotés ». Soit : 5x5 = 3x3 + 4x4 (25 = 9 + 16)." (Yvo Jacquier)[iv].
Le Triangle Sacré est né de l'observation du Soleil dans la région de Louxor dans l’Égypte antique. La coïncidence du solstice de Louxor avec la bissectrice dorée du Triangle Sacré se produit sur une aire géographique particulièrement favorable. Cette zone est culturellement propice l'accueil d'un telle observation astronomique.
C'est parce qu'ils connaissaient bien les lois fondamentales de la géométrie que les initiés de la géométrie sacrée ont choisi la symbolique du triangle pour exprimer le divin. Le choix de cette figure géométrique, est notamment, la base symbolique de la Franc-Maçonnerie, ce qui permet de supposer que ses créateurs étaient des Initiés et qu’ils étaient dans le fil de la Tradition d’une école initiatique. Cependant, en ésotérisme, un symbole tout seul a bien une signification mais cela ne suffit pas. Pour en savoir plus, il faut souvent regarder où il se trouve et surtout ce qui l'entoure.
Si la Franc-Maçonnerie est une école initiatique qui a pour but de perfectionner la faculté de comprendre de ses membres. Le développement spirituel ne peut se faire que par l'étude des grandes Lois primordiales de la Nature qui sont contenues et résumées dans les symboles qui nous entourent. Tant que ce principe ne sera pas compris et appliqué consciencieusement, le processus initiatique sera vain. L’initié véritable doit prendre conscience de son ignorance pour pénétrer dans le Temple de l'Esprit afin de jouir des bienfaits de la connaissance.
l’œil dans le Delta
Il se trouve que certains concepteurs de la Franc-Maçonnerie empruntèrent à leur tour des symboles à plusieurs cultures religieuses et notamment talmudiques, égyptiennes, hermétiques, celtes, chrétiennes et même soufies. Ainsi, le Delta Lumineux que nous voyons au-dessus de l’Orient de nos Temples fait partie de cet héritage culturel. Le triangle équilatéral avec le hiéroglyphe du Verbe-Lumière en son centre est typiquement d’origine égyptienne. Parfois, le hiéroglyphe est remplacé par le mot sacré « YHVE » dont l’une des significations est voisine.
Le triangle équilatéral est lui-même un hiéroglyphe se rapportant au divin principe : les trois côtés égaux de ce triangle représentent une trinité divine. Le Delta lumineux, qui représente le divin, doit donc obligatoirement être un triangle équilatéral avec, en son centre, le hiéroglyphe « Soleil dans Bouche »[v].
Le triangle plat, quant à lui, avec un véritable œil dans son centre, représente l’homme-individu évoluant vers sa propre perfection. L’œil est sa conscience. La base du triangle plat (le plus grand des 3 côtés) représente l’espace-temps, tandis que les deux petits côtés convergent vers l’achèvement de l’Homme. L'origine est égyptienne, c'est L'œil d'Horus, connu sous le nom d'Oudjat (udjat/wedjat), ce qui veut dire en égyptien "complet", œil du faucon qui voit tout, symbolisait l'entier, l'intégrité, la lumière et la connaissance, l'invulnérabilité, la fertilité, la santé, la clairvoyance, en somme la victoire sur le mal.
Il semble pourtant incohérent de placer un œil au centre du Delta Lumineux, plutôt que le hiéroglyphe du Verbe-Lumière ; ce serait trahir le Prologue de Jean qui est la référence suprême choisie par la Franc-Maçonnerie dont le but est de retrouver la Parole perdue dont le Prologue de Jean est l’une des pistes. Nous devons respecter cette Tradition ou aller voir ailleurs !
Pourtant, dans la symbolique maçonnique, au centre du triangle se trouve souvent un œil. Ce symbole est souvent placé, à l’Orient, il est visible par tous et semble être l’œil qui voit tout. Les travaux maçonniques étant essentiellement spirituels et philosophiques, ils sont nécessairement liés au principe de Conscience et de Connaissance. L’œil semble représenter ainsi la recherche de la conscience du vrai.
Cette symbolique du ternaire est placée à l’origine du Temple et des Travaux. Elle représente donc l’origine de la tradition, l’origine primordiale et l’humilité dans la recherche de la Connaissance. Si dans le triangle, il y a un œil. Cet œil est formé par une forme ovale entourant un rond avec un point central. Mais le vrai symbole n'est pas l'œil. L'œil n'est ici qu'un leurre destiné à bloquer le chercheur novice sur le sens symbolique élémentaire de « l'œil qui voit tout ». Cette interprétation qui est très juste dans un premier temps, empêche de voir le principal. Comme toujours en ésotérisme les symboles ne sont là que pour égarer les non-initiés, pour cacher l'essentiel.
Car le vrai symbole, est le rond avec un point central. C’est le signe du soleil, de la Création. Ce symbole existe depuis la plus haute antiquité, dans toutes les Écoles initiatiques. Il est employé pour désigner l'Éternité par le rond et le Principe par le point central. Si le point peut être seul, la circonférence n’a d’existence que par rapport au centre. On dit alors que la circonférence est dominée par le centre et le cercle n'a pas de commencement ni de fin. C'est un trait qui continue sans que l'on puisse distinguer s’il commence comme il finit, s'il finit exactement comme il commence ou s'il ne s'arrête jamais. Le point signifie le principe, le commencement de toutes choses. Le mélange de ces deux significations peut s'exprimer de la façon suivante. Le Principe dans l'Éternité, l'Éternité du Principe ou encore le Principe Éternel. Ce signe a donc pour mission de représenter le divin. Pas le dieu des religions mais le Principe premier de toutes créations ; Le Grand Architecte des Mondes.
C’est en ce sens, qu’il n’y a pas d’ésotérisme sans exotérisme ; de Connaissance sans Foi. De spirituel sans transcendance. Cela peut être exprimé par deux éléments primordials : l’un étant le Feu (l’esprit) et l’autre l’Eau (l’âme), deux éléments symbolisés l’un, par un triangle pointe en haut et l’autre par un triangle pointe en bas. Leur réunion est l’étoile à six branches, symbolique de l’union de la matérialité et du divin. L’Homme avec en lui l’étincelle du principe éternel de création. Le divin incarné en l’Homme.
Parfois dans la représentation du triangle ou delta, à la place de l’œil, est la lettre « G » ou le tétragramme hébraïque « YHVE » ou encore le monogramme chrétien « INRI », cela pour signifier que la matérialisation du divin est la manifestation de l’Esprit et donc de la Parole. Ce qui nous ramène au prologue du plus ésotérique de tous les évangiles, celui de Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n'a été fait ... »
La parole est l’expression de la pensée, de la volonté, donc de l’existant. Les mots exprimés par le tétragramme ou le monogramme sont le Verbe, ce sont des mots Principes. Principe veut dire début, commencement. On pourrait très bien remplacer notre triangle par la première phrase du prologue de l’évangile de Jean : "Au commencement était le Verbe" ; le sens serait le même.
La Voie du Ternaire
Mais il faut également considérer l'emplacement de ce triangle à l’Orient du Temple. Il y est censé représenter la Connaissance, le Savoir et la Sagesse. Or, l'Est est le point d'où vient le Jour, c'est le printemps, la jeunesse, c'est le point ascendant des Astrologues. En aucun cas, l'Est ne représente la Sagesse, ni le Savoir. Il y a donc une contradiction apparente. À première vue, le triangle devrait être placé sur la colonne du Midi qui, elle, signifie l'Automne, l'âge mûr, les fruits que l'on récolte et, également, la Sagesse, la Connaissance et le savoir qui sont l'apanage des Maîtres.
Pourquoi donc ce symbole se trouve à l'Est ? Car c’est à l’Est que se lève le soleil. C’est de là que sa lumière irradie après l’obscurité de la nuit. C'est pour préciser que ce symbole primordial représente la vraie personnalité du sacré. Selon le rituel d’Abydos, la résurrection d’Osiris par sa veuve, Isis, grâce à la force d’Horus, issu de l’union du principe féminin et du principe masculin unis dans la mort, signe le triomphe de la lumière sur les ténèbres.
De l’union des contraires dans le principe binaire, naît le ternaire. De l’action du ternaire naît un quatrième élément par lequel se produit le retour au principe unique qui fait surgir la lumière. C’est en s’appuyant sur la force que lui confère la trinité biblique, fondement de sa foi, que le gnostique accède à la sainteté par la Gnose et en s’appuyant sur les trois véhicules, que le lama accède à la bouddhéité par la méditation.
Mais en tant que symbole la Trinité divine, les trois lumières ou les trois véhicules sont objet transitionnel, nécessaire incarnation d’une réalité supérieure à ces symboles et que l’acte de méditation ou de prière lui-même, motivé par la Foi, permet de transcender, au travers de l’union des trois essences primordiales que constituent ces Trinités. En ceci, la Foi est donc étincelle nécessaire qui permet la Transcendance, c’est à dire l’évolution verticale vers la perception de la Nature Divine.
Pour Jean-Pierre Bayard[vi], « La construction du temple reste un concept d’harmonie ». Il ajoute un peu plus loin : « Il doit y avoir accord entre l’univers, le temple et le corps humain. Ces proportions sont visibles dans les monuments égyptiens et plus particulièrement dans celles de la Grande Pyramide ». Ainsi, le rapport, de la hauteur de la pyramide de Kheops, par sa demi-base, serait le nombre d’or. La pyramide est constituée de quatre côtés, soit quatre triangles formant un édifice en trois dimensions et un sommet qui renvoie vers le ciel. De par sa structure tout à la fois ternaire, quaternaire et unaire, elle est un modèle d’harmonie qui transcende à la fois le temps et l’espace.
Le triangle inspire à quitter la voie stérile de la dualité, du conflit pout épanouir l’esprit dans la stabilité du ternaire, voie du carré, le quaternaire formé de deux triangles reliés à leur base. Cela évoque à la fois le chiffre trois, l’esprit et le chiffre quatre, la matière. Ce complément symbolique nous inspire qu'il ne doit pas y avoir dans la voie initiatique, de pratique sans théorie, pas de théorie sans pratique et pas de théorie, pas de pratique sans travail effectif sur Soi.
[i] David Fideler : “Jesus Christ, Sun of God : Ancient Cosmology and Early Christian Symbolism”. Quest Books, Wheaton, Illinois, 1993.
[ii] Barbara Walker, “The Woman's Encyclopedia of Myths and Secrets” (Harper San Francisco, 1983).
[iii] Le nombre d'or est une proportion souvent désigné par la lettre φ (phi). Ce nombre irrationnel est approximativement : 1,618 033 988 7.[v] Thierry Énel, « Gnomologie », 1959, Les éditions des Champs Élysées.
[vi] Jean-Pierre Bayard, « La symbolique du temple », Edimaf, 2001.
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