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Armand Niquille naît le 30 mars 1912 à Fribourg. Il est le fils de Césarine Niquille, née Barbey. Celle-ci est mariée depuis 1908 à Auguste Niquille, tout d’abord boulanger puis, dès 1913, employé des trams fribourgeois. Quatre ans avant la naissance d’Armand, le couple a eu un fils, Max, né le 20 mars 1908 et décédé à l’âge de deux semaines, le 3 avril.
Enfance. Armand Niquille passe son enfance dans le quartier d’Alt, à la rue du Varis 29, puis à la rue Grimoux 8 où sa mère tient une épicerie. Le 24 juin 1921, âgé de quarante et un ans, Auguste Niquille meurt de tuberculose. Armand a neuf ans. Il reste très proche de sa mère qui ne mettra pas au monde d’autre enfant.
Au moment de ses débuts en peinture, Niquille disposera d'un modeste atelier au domicile familial, à la rue Grimoux. A l’école primaire, Armand attire l’attention par son aspect rêveur. Dans son grand âge, il aimait à dire qu’on le surnomma très tôt « le poète », notamment à cause de sa passion précoce pour les livres qu’il allait acheter chez un bouquiniste lorsqu'il disposait de quelques sous. Il évoquait également les fréquentes bagarres qui le voyaient affronter pour son plus grand plaisir une horde de garçons enclins à défier celui qui se distinguait du commun.
Jeunesse. Durant sa jeunesse, il est membre du mouvement scout, très en vogue à cette époque. Les témoignages recueillis auprès de ceux qui l’ont connu à mcette époque permettent d’imaginer un jeune homme sociable et dynamique, mais qui manifeste également une attirance pour la solitude, la réflexion et les grandes discussions philosophiques nourries par ses nombreuses lectures. A cet égard, il est frappant de constater que, sur nombre de documents photographiques qui nous sont parvenus, Niquille apparaît en léger décalage par rapport aux autres personnes posant devant l’objectif.
La tentation religieuse. Niquille confiera plus tard qu’il envisagea un temps de devenir moine et d’entrer au Couvent des Chartreux de La Valsainte. Sa vocation ne sera pourtant pas celle-là. Il s’en rend compte, aidé par un père Chartreux qui le persuade qu’il peut vivre "dans le monde" sans pour autant délaisser ses élans spirituels. Tel sera son choix. Il n’en reste pas moins que Niquille porte en lui cette aspiration qui se concrétise par le goût pour un certain ascétisme, lequel est d’ailleurs favorisé par une véritable situation de pauvreté.
Les années 1930. Durant les années trente, gagner sa vie n’est pas chose facile. A plus forte raison si l’on a pour passion le métier d’artiste-peintre. Comme beaucoup, Armand Niquille intègre très tôt le sens de la débrouillardise ainsi que la capacité à s’adapter à toutes circonstances. Datant de cette époque, il existe un étonnant bloc de factures qui a pour en-tête “Armand Niquille - Denrées coloniales”. Il rappelle que le jeune homme transportait des sacs de marchandise qu’il livrait, depuis la gare de Fribourg, chez certains épiciers de la ville.
Années de formation. En dépit des circonstances matérielles difficiles, Niquille semble vivre ses débuts avec enthousiasme et bonne humeur. Devenir artiste-peintre représente une gageure. Il se montre persévérant et déterminé, car entraîné par une vraie passion. Il poursuit sa scolarité au Collège St Michel puis il commence sa formation artistique en 1927 au Technicum cantonal de Fribourg. Jusqu’en 1931, il a pour professeurs Oswald Pilloud, Hiram Brülhart, Oscar Cattani et Henri Robert. Quelques documents photographiques nous le font découvrir dans cette étape charnière de sa vie. Ses premières œuvres sont marquées par une forme de lyrisme romantique. Il s’agit essentiellement de paysages peints en extérieur d’une manière spontanée et parfois virulente. Dès l’année 1929, (Niquille n’a que 17 ans) apparaissent sous son pinceau des sujets religieux (scènes bibliques, Nativités, anges). C’est plus tard que la figure du Christ en Croix deviendra dominante dans ce registre religieux. A partir de l’âge de 18 ans, Armand Niquille pratique, selon son expression, “la peinture de chevalet”. Familier de l’huile, il utilise également l’ancestrale technique à l’œuf, dite “a tempera”.
Les années 40. Durant la guerre, Armand Niquille effectue de longues périodes de service militaire. Il en subsiste certaines photographies ainsi que de nombreuses anecdotes qu’il se plaisait à raconter. Malgré ces circonstances, il parvient à être très actif sur le plan artistique. Les divers genres qui marquent son œuvre se mettent en place : scènes symboliques, évocation de la tragédie guerrière, figure du Christ comme emblème de la souffrance humaine, vues de Fribourg, allées d’arbres, natures mortes. Son style au graphisme personnel s’élabore et s'affirme.
Liens avec Balthus, Yoki, Jacques Thévoz et Fred de Diesbach. En 1943, Armand Niquille rencontre le peintre Balthus, de quatre ans son aîné, qui est réfugié à Fribourg. Ils s’échangent des visites à leur atelier respectif. Niquille manifeste une grande estime pour ce peintre qui, comme lui, a pour maître Piero della Francesca. Même si les deux hommes se perdent de vue par la suite, des liens subsistent. Pour preuve le catalogue de l’exposition « Balthus », à Lausanne, que Niquille reçoit, en 1993, dédicacé de la main de Balthus. Armand Niquille se lie d’amitié avec de nombreux artistes de son époque : Yoki, de dix ans son cadet, avec lequel il partage de grandes discussions à propos des arts. Le photographe Jacques Thévoz. L’artiste belge Jacques de Sadeleer. L’ami Fred de Diesbach qui l’accueille très souvent au Château de Bourguillon où les deux hommes peignent parfois ensemble. Le très respecté Hiram Brülhart. Gaston Thévoz, artiste-peintre lui aussi. Le chevronné Henri Robert, au métier si sûr. Oswald Pilloud, Raymond Buchs, Jean de Castella, Alexandre Cingria, le virtuose Teddy Aeby et bien d’autres. Pourtant, malgré ses nombreux contacts, Niquille restera à l’extérieur du Mouvement de St Luc qui, dès 1936-1937, marquera l’époque et verra s’affirmer une nouvelle génération d’artistes.
Des amitiés et un cheminement original. Le parcours de Niquille est à la fois singulier, voire solitaire, et tourné vers ses contemporains. A plusieurs reprises, il rencontre sur son chemin des personnes qui savent reconnaître sa valeur et le soutiennent. Alors que l’Université de Fribourg, nouvellement construite, apporte un grand élan à la vie culturelle de la ville, le Conseiller d’Etat Joseph Piller, qui a entière confiance en Niquille, lui attribue le mandat d’installer le charmant et célèbre musée-galerie en rotonde situé au-dessus de l’Aula de l’Université. Armand Niquille se met à l’œuvre avec enthousiasme et réussit cette réalisation née d’une alliance amicale et passionnée entre un politicien aux idées dynamiques et un artiste. De plus, grâce à la bienveillance de l’architecte Denis Honnegger, venu de Paris, Niquille peut désormais disposer d’un atelier qui se situe dans le minuscule local destiné à accueillir le vase d’expansion du système de chauffage. C’est ce même Honegger qui lui demandera plus tard de réaliser le Chemin de Croix de l’Eglise du Christ-Roi. Dans ce même contexte d'effervescence culturelle, Niquille a l’occasion de rencontrer de nombreux intellectuels français venus donner une conférence à l’Aula : Paul Valéry ou Paul Claudel font partie des écrivains que Niquille a rencontrés à ce moment-là.
Restauration d'art. Dès 1940, Armand Niquille reçoit certains mandats du Musée pour restaurer des œuvres d’art, notamment des autels. En 1946, il devient membre de la SPSAS (Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses). Il est également membre de l’Oeuvre (OEV, Association suisse d’artistes, d’artisans et d’industriels).
Le Collège St-Michel. En 1947, il obtient un poste de maître de dessin au Collège St Michel. Il le conservera jusqu’à sa retraite, en 1977. A travers cet emploi, il voit défiler pendant trente ans de nombreuses volées de collégiens qui apprécient cette figure originale, attachante et quelque peu mystérieuse pour les classes de jeunes élèves dont il avait la charge.
Première exposition. 1947 est également l’année de sa première exposition dans une salle du Musée d’Art et d’Histoire, située à l’Université (en compagnie du sculpteur Antoine Claraz).
Mariage. Le 28 mars 1949, il se marie avec Simone Amey, née le 18 mars 1916 à La Sagne. Dès lors, sa femme l’accompagne activement dans sa vie. Grâce à ses talents dans le domaine de la dorure à la feuille, elle réalise les cadres nécessaires aux œuvres de son mari. Ensemble, ils effectuent certains travaux de restauration, en particulier sur la statuaire gothique.
Niquille et le clergé. Malgré l’importante part religieuse de son œuvre, Niquille a été peu sollicité par le clergé. Certaines réalisations existent néanmoins. En 1954, un Chemin de Croix à l’Eglise de Nuvilly (FR). En 1955, le Chemin de Croix de l’Eglise du Christ-Roi à Fribourg. En 1966, un vitrail à la Chapelle de Sévaz (FR), ainsi que des vitraux à l’Ecole secondaire du Belluard à Fribourg. En outre, Niquille a peint plusieurs décors de théâtre au Collège St. Michel, notamment pour La Belle au bois, de Supervielle, en 1948. Philoctète, de Sophocle en 1950. La Marmite de Plaute en 1951.
Les fidèles. Le parcours de Niquille est jalonné par le soutien bienvenu de plusieurs admirateurs qui utilisent leur talent et leur énergie pour donner à cette œuvre la place qui lui revient. Claude Pochon, à l’écriture vive et inspirée, parvient à valoriser les expositions de Niquille grâce à des articles nombreux et marquants dans la presse. Il est le fidèle parmi les fidèles. Marcel Strub, homme de lettres à la grande culture, a écrit très tôt des textes d’une grande finesse à propos de Niquille. En 1966, il organise au Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg une grande rétrospective (254 œuvres) qui marquera profondément les esprits. Son successeur, Michel Terrapon, à la sensibilité artistique très vive, met également sa plume au service de l’œuvre de Niquille. En 1976, il invite le peintre au Musée d’Art et d’Histoire afin de présenter une vaste exposition qui met en lumière la Peinture nocturne de Niquille et connaît un grand succès. Grâce à ces manifestations publiques dues à l’initiative de deux directeurs éclairés, Armand Niquille est désormais connu du grand public fribourgeois. Néanmoins, il reste fidèle à une éthique personnelle particulière qui l’amène à ne pas rechercher la reconnaissance en dehors de sa ville. Durant cette période de progressive affirmation, le peintre et sa femme habitent à la rue du Temple 5, à Fribourg. Ils réalisent ensemble quelques voyages d’été, notamment en Italie, en Espagne et en France.
1967, décès de la mère de l'artiste. Le 14 août 1967, Césarine Niquille, la mère du peintre, décède. Dès 1980, Armand et Simone Niquille emménagent à la rue du Tivoli 15, dans un bel appartement qui, au cours des ans, accueille les œuvres anciennes, surtout baroques, que Niquille peut acquérir. En 1981, une belle exposition personnelle à la Galerie de la Cathédrale est ponctuée par la publication d’un livre écrit par Claude Pochon pour les Editions « Les Fontaines ».
Expositions et livres. Durant les sept dernières années de la vie de Niquille, trois expositions d’importance, ainsi que deux livres richement illustrés, permettront de porter sur son œuvre un regard plus large. En 1989 tout d’abord, un ouvrage réunissant plus de 240 œuvres est publié aux Editions Fragnière. Conjointement, une rétrospective de 231 œuvres a lieu à Fribourg, à l’Ancienne Douane, au printemps 1989. L’affluence du public est importante. En 1992, une exposition intitulée Le Centre et l’harmonie fête les 80 ans de Niquille au Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg (173 œuvres). Enfin, au printemps 1996, six mois avant le décès d’Armand Niquille, a lieu au Château de Gruyères, une exposition intitulée Réalités et images du sacré, mise sur pied par Etienne Chatton et accompagnée par la parution d’une monographie écrite par Jacques Biolley.
Décès du peintre (1996) puis de sa veuve (2000). Hospitalisé à plusieurs reprises en 1995 et 1996, Armand Niquille ne renonce jamais à renouer avec le travail et la sérénité de son atelier situé à la Rue de Romont, à Fribourg. En convalescence au Home médicalisé de la Providence, il est transporté le mardi 17 décembre 1996 à l’Hôpital cantonal où il meurt en fin de journée, avec sa femme à ses côtés. Simone Niquille lui survit quatre ans. Elle s’éteint le 31 décembre 2000.
Création d'une fondation. En respect de la volonté de feu son mari, Simone Niquille a fait en sorte que soit créée de manière posthume une “Fondation Armand Niquille” dont le but est de préserver et de faire connaître l’œuvre de son mari. L’activité de cette Fondation a débuté officiellement le 25 novembre 2002.
Fonds Armand Niquille à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg (BCU)
La Fondation A. Niquille a confié en 2007 à la Bibliothèque cantonale et universtaire de Fribourg (voir : http://www2.fr.ch/bcuf/) le soin de conserver et de mettre à disposition du public les riches archives de l’artiste : correspondances, écrits, photos, documents personnels, documentation sur les œuvres et les expositions. L’inventaire, dressé par S. Zehnder-Jörg, disponible dans la même bibliothèque, permet d’accéder au Fonds Armand Niquille dont la consultation est ouverte au public