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L’article du Pr. Giovannini cité ci-dessous, paru en version courte dans Le Temps (LT), est sur la page http://www.bgiovanno.ch/ Le titre de la lettre est celui choisi par l’auteur, différent de celui de la parution le 7.11.2013.
L’éditeur
Lettre de lecteur
Bien distinguer énergie et puissance électriques, et énergie thermique
Le Pr Giovannini écrit (LT 31 octobre) que le remplacement de l’électricité nucléaire par des sources d’énergie renouvelables (SER) est «probablement praticable», soit remplacer une énergie par une autre, électricité nucléaire par électricité renouvelable. Il omet le fait que la demande électrique est basée sur une énergie de ruban, d’une puissance de 5 GW (gigawatts) permanente, jour et nuit, été comme hiver, grâce à 2 GW d’hydraulique et à 3 GW de nucléaire. Même si les SER arrivaient à produire les 25 TWh (milliards de kWh) du nucléaire, elles ne pourront pas assurer une contribution constante de 3 GW à cette puissance de ruban, étant aléatoires et intermittentes. Le stockage de l’électricité par pompage-turbinage peut être une solution pour le cycle jour/nuit, si les conditions météo sont favorables, mais pas pour un cycle saisonnier été/hiver, les ouvrages à envisager étant énormes, dépassant le potentiel alpin réalisable.
Il y a aussi une affirmation erronée concernant un «facteur de plus de quinze», soit le rapport entre la teneur calorifique de la consommation brute de tous les agents énergétiques fossiles, soit 175 TWh thermiques, et la production électrique d’une grande centrale nucléaire, tel l’EPR, soit 12 TWh électriques. Le Pr Giovannini écrit qu’il faudrait «la construction d’un nombre respectable de centrales» pour remplacer ces agents fossiles. La comparaison énergétique est évidemment à faire ici avec l’énergie primaire thermique des centrales nucléaires, soit 34 TWh thermiques pour l’EPR. Le facteur n’est donc plus que de cinq. Ne pas mélanger énergie thermique (moteurs à 25% de rendement) et énergie électrique de grande valeur (pompes à chaleur au coefficient de performance de 4 et voitures électriques à moteur électrique de 95% de rendement)! Si «un tel programme est aujourd’hui politiquement impensable», comment vont diminuer les agents fossiles?
Christophe de Reyff, Pensier (FR), le 4 novembre 2013
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Commentaire:
Nous allons tirer les conséquences des remarques de M. De Reyff, en montrant sur des exemples d’une actualité brûlante combien il a raison de protester !
Le premier problème sous-jacent à toutes les discussions sur l’énergie est la violation des lois de la physique, qui consiste par exemple …
… à ne tenir compte que des inventaires et des sommes de l’énergie, et pas des dérivées selon le temps, par exemple des puissances, selon les heures dans la journée ou selon le calendrier; c’est ce qui va interdire de remplacer une usine nucléaire (donc thermique) par autre chose que de l’électricité au charbon (usine thermique) comme sécurité, bel exploit écologique allemand. Cela vient de ce qu’on ne sait pas accumuler pareilles quantités d’électricité, jusqu’à nouvel ordre, et que pour les fabriquer pendant les absences des sources renouvelables, seule une usine thermique est assez puissante. Comme le gaz est beaucoup plus cher que le charbon, et que ces usines ne peuvent pas être arrêtées en un clin d’oeil, le désastre est programmé: si le réseau électrique est stabilisé, il y aura des excédents.
… ou à oublier la loi de Carnot (qui permet de calculer des rendements thermiques de moteurs ou de pompes à chaleur, et donc interdit d’additionner des KWH thermiques avec des KWH électriques).
§ Par suite, on se trouve devant des propositions ou même des systèmes réalisés, qui ne tiennent pas la route, soit par inadéquations de puissances, soit par défauts de fournitures à temps; s’ensuivent des fournitures excédentaires, par suite des sérieux défauts structurels inhérents à l’ensemble “énergies renouvelables + charbon” … un désastre financier et écologique (au CO2) en train de se produire sous nos yeux, sous les coups d’importations d’électricité excédentaire à prix bradés, en concurrence directe avec nos centrales hydrauliques. Un tel développement signifie qu’il y a eu violation de l’éthique de l’ingénieur: on a mis en place à l’étranger un système déséquilibré et instable, qui sème durablement la pagaille en Suisse.
André Bovay-Rohr, Colombier (VD), 14.11.2013