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Qu’est-ce que le « Siècle d’or » hollandais ? Cette notion n’est jamais interrogée pour elle-même : les historiens de l’art ont l’habitude de l’utiliser pour qualifier la civilisation néerlandaise du XVIIe siècle et, plus spécifiquement encore, l’art hollandais du XVIIe siècle ; mais ils font comme si elle allait de soi, comme si elle n’avait pas de dimension normative et comme si elle n’avait elle-même pas d’histoire. Ce projet entend repenser la notion de « Siècle d’or » en proposant d’analyser la manière dont elle a été définie, pensée et décrire au XVIIe siècle, par les Hollandais eux-mêmes comme par les observateurs de leur pays.
Description
De nombreux lieux communs gravitent autour du « Siècle d’or » hollandais. Depuis le XIXe siècle, on a voulu croire que la situation politique, confessionnelle et sociale fort singulière des Pays-Bas du Nord avait eu pour effet d’isoler ce territoire de ses voisins et de donner à ses arts une identité parfaitement idiosyncrasique. En enfermant les arts de Hollande en Hollande, au moment même où l’idée de « nation hollandaise » se construit, l’historiographie a eu tendance à mettre de côté la question de la mobilité des artistes et des œuvres. De même, dès la fin du XVIIe siècle, et surtout à partir du XVIIIe siècle, la production picturale des Provinces-Unies, victime de préjugés sur sa supposée singularité, a été cantonnée à la « peinture de genre », tandis que triomphait la peinture d’histoire, à l’âge de la Contre-Réforme, en France, en Italie, en Espagne et dans les Flandres. Enfin, les enjeux et les structures de la commande, essentiels dans la compréhension des arts européens du XVIIe siècle, ont été éclipsés par ceux du marché de l’art, associée au calvinisme, et jugé prédominant dans les Provinces-Unies. De fait, l’idée même de « Siècle d’or » est fondée sur une perception faussée de la production artistique des Pays-Bas du Nord au XVIIe siècle. Pour éviter de plaquer sur cette période les catégories historiques et normatives qui sont les nôtres, la seule méthode est d’en revenir aux jugements et aux témoignages des acteurs et des observateurs du XVIIe siècle. C’est la raison pour laquelle nous proposons de constituer et d’analyser l’ensemble des récits de voyages dans les Pays-Bas du Nord, de la fin du XVIe au début du XVIIIe siècle, afin de comprendre comment les artistes hollandais ont construit l’image de leur propre « Siècle d’or »– le terme qu’ils emploient abondamment est le Gulden Eeuw –, mais aussi comment cette image a été perçue par les visiteurs de leur jeune pays.
Projets de recherche
Cette enquête n’a de sens que si elle est correctement contextualisée, autour de quatre axes de recherche.
En complément de l’analyse du corpus, le premier axe de recherche tentera de comprendre, à travers l’analyse des textes et des images néerlandais, comment la notion de « Siècle d’or » s’est construite au XVIIe siècle. Il s’agira également de questionner cette notion du point de vue de la production et de la réception des œuvres.
Le deuxième axe appréhendera de manière plus fine les conditions de la production picturale, en procédant à sa réévaluation dans la direction des récentes études d’histoire sociale de l’art. Il s’agira de comprendre comment les artistes eux-mêmes, en encourageant le traitement de certains thèmes iconographiques et le développement de certaines esthétiques, ont contribué à construire l’image d’un « Siècle d’or ».
Le troisième axe abordera la même question, mais du point de la vue de la réception, en s’interrogeant sur les attentes sociales, économiques, religieuses et théoriques et en se demandant quel était le « besoin de Siècle d’or » dans la Hollande du XVIIe siècle.
Enfin, et pour arracher l’art hollandais du XVIIe siècle à son exceptionnalité supposée, le quatrième axe nous permettra, à travers une réflexion sur les échanges artistiques entre les Provinces-Unies et plusieurs régions culturelles européennes, de mettre en évidence les interconnexions fortes entre les acteurs et les territoires.