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Ces 20 dernières années, le nombre de personnes au bénéfice d’un diplôme universitaire n’a cessé de croître dans le monde. C’est aussi vrai en Suisse, même si cette proportion est historiquement plus faible que dans d’autres pays. Que nous disent les chiffres à ce propos?
L’enseignement supérieur n’est plus le système sélectif et élitiste d’autrefois, mais un marché mondial de masse. La proportion d’adultes au bénéfice de qualifications de niveau supérieur (ou universitaire) a cru de plus de 10% entre 2000 et 2011 au sein des pays membres de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).
Les dirigeants vouent une croyance presque sans bornes dans la relation entre niveau d’éducation, emploi et revenus. Au cours des dernières décennies, les gouvernements un peu partout dans le monde ont ainsi amélioré les opportunités d’accès à l’éducation supérieure pour leurs citoyens en augmentant le financement des universités et en harmonisant les diplômes universitaires. Ce fut le cas par exemple lors de l’introduction du système de Bologne.
Et ils ont en apparence raison de le faire: en moyenne, au sein des pays de l’OCDE, 4,8% des personnes ayant achevé des études tertiaires étaient au chômage, contre 12,6% de ceux sans formation de niveau secondaire. En 2008, la différence moyenne de revenus entre les personnes disposant d’un faible niveau d’éducation et ceux tout en haut de l’échelle était de 75 points de pourcentage dans les pays de l’OCDE.
Niveaux d’éducations
En s’appuyant sur les standards internationaux, le niveau d’éducation des adultes peut être classé en trois groupes:
Enseignement obligatoire: comprend l’école primaire et le premier cycle de l’enseignement secondaire.
Deuxième cycle de l’enseignement secondaire: commence à la fin de la scolarisation obligatoire. L’âge d’admission est généralement de 15 ou 16 ans. Il inclut l’apprentissage et les études préparant à l’université ou aux hautes écoles.
Enseignement supérieur ou tertiaire: universités ou hautes écoles spécialisées.
Y a-t-il des limites?
Si la promotion de l’enseignement supérieur a été bénéfique à la fois aux individus et aux finances étatiques, existe-t-il une limite au-delà de laquelle l’accès à l’enseignement supérieur devrait être restreinte? Trop de jeunes adultes avec un haut niveau d’éducation peut en effet entraîner une inadéquation entre les compétences qu’ils possèdent et les besoins du marché. Certains ne trouvent pas d’emploi ou sont contraints d’accepter des postes pour lesquels ils sont surqualifiés.
D’après l’Organisation internationale du travail (OIT),Lien externe l’incidence moyenne de la surqualification dans les économies dites développées était de 10,1% en 2010, en hausse de 1,6 point de pourcentage par rapport à 2008. Par ailleurs, avec l’augmentation de la demande pour l’enseignement supérieur, les coûts ont constamment augmenté. Les sources de financement sont de plus en plus privées ou émanent directement des étudiants, ce qui engendre des contraintes financières sur les jeunes qui investissent dans l’enseignement supérieur sans par la suite qu’ils en tirent un quelconque avantage.
Cette question est particulièrement d’actualité lorsque l’on considère l’augmentation de l’enseignement supérieur et la vague de chômage des jeunes qui a frappé l’Europe depuis la crise financière de 2008 (plus de 50% en Espagne et en Grèce).
La Grèce, l’Espagne et le Portugal sont clairement aux prises avec le chômage des jeunes, contrairement à la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, qui ont jusqu’ici été épargnées par ce phénomène. L’explication la plus évidente des fortes différences qui existent entre ces deux groupes de pays réside dans la nature de leur économie. L’Espagne, la Grèce et le Portugal ont été davantage affectés par la crise de l’euro. Toutefois, la présence du chômage des jeunes dans de nombreux pays de l’UE, par exemple en Espagne avant la crise, implique que la croissance économique seule ne suffira pas à résoudre ce problème. On peut également relever que l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse sont les trois pays où le système d’apprentissage est le plus répandu.
Relation entre niveau d’éducation et chômage
L’adage selon lequel l’enseignement supérieur conduit à une meilleure chance d’être employé peut-il être vérifié? Si tel était le cas, les pays comptant davantage de diplômés universitaires présenteraient un taux de chômage des jeunes plus faible. La corrélation entre les différents niveaux d’éducation et le niveau général du chômage des jeunes sont présentés pour certains pays sur la base des données de l’OCDE (2011). C’est la classification dite NEET qui s’applique: on ne comptabilise pas les jeunes qui sont étudiants, employés ou stagiaires.
Le tableau ci-dessous ne montre pas de corrélation évidente entre le nombre de jeunes ayant un diplôme universitaire et le chômage des jeunes en général. C’est plutôt le contraire qui prévaut: l’Allemagne et l’Autriche sont parmi les pays européens présentant le plus faible taux de diplômés universitaires, alors même que le taux de chômage des jeunes dans ces pays est très faible.
L’apprentissage est-il donc la solution, étant donné que des pays comme l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse ont été relativement à l’abri des pics de chômage des jeunes et sont connus pour avoir mis en place des systèmes d’apprentissage très développés?
Au premier regard, il semble que le deuxième cycle de l’enseignement secondaire ne soit que peu corrélé avec le chômage des jeunes. En Autriche, en Allemagne et en Suisse, plus de la moitié des jeunes ont atteint ce niveau d’éducation. En Italie et en Grèce, l’enseignement secondaire de deuxième cycle est également très répandu, mais le chômage des jeunes y demeure pourtant très élevé.
Le deuxième cycle de l’enseignement secondaire englobe les études générales menant à l’université mais aussi l’apprentissage, et il est malheureusement impossible de séparer ces deux catégories à partir des données disponibles. Mais, selon l’OCDE, en 2009, près de trois-quarts des diplômés autrichiens et suisses dont le niveau d’éducation le plus élevé était le deuxième cycle de l’enseignement secondaire avaient suivi la voie de l’apprentissage. En Grèce, ce taux se situait autour de 30% et il était proche de 0% aux Etats-Unis. Dans ces pays, le système d’apprentissage est en effet moins valorisé.
On observe toutefois une corrélation entre le pourcentage des jeunes qui n’ont pas décroché un diplôme de l’enseignement secondaire et le chômage des jeunes. Une fois encore, la Suisse, l’Autriche et l’Allemagne font figure de cas à part: ce sont les pays européens avec le plus faible pourcentage de jeunes ayant pour seul bagage un certificat de l’école obligatoire.
N’importe quelle formation dispensée à la fin de l’école obligatoire semble donc avoir un impact majeur sur la diminution du chômage des jeunes. Si l’enseignement supérieur est devenu un marché de masse au cours des dernières décennies, la formation professionnelle offre une alternative claire, comme le montrent les initiatives prises par certains gouvernements. L’Union européenne a par exemple lancé récemment une série d’initiatives destinées à lutter contre le chômage des jeunes, en exigeant par exemple de ses Etats membres des réformes structurelles concernant l’apprentissage et la formation professionnelle ainsi qu’un coup de pouce à la mobilité européenne des apprentis.
La Banque mondialeLien externe suit également la tendance: «On constate généralement que dans les pays qui maintiennent un système d’apprentissage dual de grande envergure, par exemple en Autriche, au Danemark, en Allemagne et en Suisse, la transition de l’école au monde du travail se fait plus en douceur», écrit-elle dans un rapport.
La Suisse peut certes être fière que son système de formation professionnel soit pris pour modèle à l’étranger. Reste que l’enseignement supérieur y est également en vogue. En raison notamment de l’augmentation des diplômes universitaires, l’apprentissage y est de moins en moins populaire, en particulier dans certains secteurs techniques. Et le nombre de jeunes qui suivent une formation professionnelle n’a pas augmenté depuis 1986.
Le chômage des jeunes et le niveau d’éducation des jeunes ont été mesurés pour différents groupes d’âge. D’autres pays membres de l’OCDE auraient pu être ajoutés dans l’analyse. Cela a été fait et n’a pas modifié sensiblement les résultats. Pour des raisons de lisibilité, seul un sous-ensemble de pays a été choisi. Bien que les niveaux d’éducations entre pays puissent être classés en trois groupes, il existe des différences importantes en ce qui concerne les exigences et les politiques dans chaque pays, en particulier pour l’apprentissage.
(Traduction de l'anglais: Samuel Jaberg), swissinfo.ch