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No. 76/2 juin 2023
Portrait
Marina Viotti
Par Claudio Poloni
Née à Lausanne, Marina Viotti a étudié à Vienne et à l'HEMU,
et
vient
d'être honorée par une Victoire de la Musique. © dr
Voix chaude et sensuelle, tempérament de feu, la franco-suisse Marina Viotti est en passe de conquérir la planète lyrique. Issue d'une famille de musiciens -- son père n'est autre que le chef d'orchestre Marcello Viotti, disparu en 2005 à l'âge de cinquante ans seulement --, elle fait ses premiers pas de soliste sur les planches des opéras de Lausanne, Lucerne et Genève. Et si la jeune mezzo a déjà chanté sur les plus grandes scènes, dont la Scala et l'Opéra de Paris, la saison 2023-2024 devrait être pour elle celle de la consécration.
RMSR. Marina Viotti, au début mars 2023, vous avez été nommée Artiste lyrique de l'année lors de la cérémonie des Victoires de la musique classique. Quel a été l'effet de cette consécration?
Marina Viotti. Sincèrement, je pensais que les Victoires de la Musique étaient un événement plutôt franco-français, mais en réalité cette récompense a eu un impact énorme à l'international. Je ne sais pas si les choses sont liées, mais le «Met», peu après, m'a proposé un rôle, de même que beaucoup d'autres théâtres qui ne m'avaient encore jamais appelée. J'ai également reçu de nombreuses sollicitations de la part des médias. Cela me permet de m'exprimer sur mes projets de «cross over», d'atteindre un public plus large et de faire connaître mes disques, qui ont toujours pour vocation d'aller vers un autre public. Je vais également -- je ne m'y attendais pas vraiment! -- faire mes débuts dans le monde du cinéma... Il s'agit de deux petits rôles, parlés et chantés, dans deux films différents. J'ai hâte de tourner car je suis toujours très curieuse d'ajouter de nouvelles cordes à mon arc!
Vous avez commencé à étudier le chant à vingt-cinq ans, ce qui est plutôt tard...
Le chant a toujours fait partie de ma vie. A huit ans déjà, je chantais toute la journée. Mais à la mort de mon père, le fait de me tourner vers un autre style de musique -- le métal en l'occurrence -- m'a permis d'extérioriser ma tristesse et de faire mon deuil. Mon père était chef d'orchestre; la musique classique, c'était lui, et j'ai ressenti le besoin de m'en détacher. Cinq ans plus tard, ma vocation initiale m'a rattrapée et j'ai refait face au classique. Cela comportait un risque car j'ai tout quitté sur un coup de tête; j'ai changé de vie sans savoir vraiment si je parviendrais à mes fins. Il y a eu beaucoup de moments de doute, où j'ai été tentée de tout abandonner; et aussi de nombreuses personnes qui m'ont dit que ça ne marcherait pas... Pour moi, les Victoires de la musique classique et le Prix suisse de Musique en 2022 sont la reconnaissance de mon parcours, qui n'a pas été simple. Il m'a fallu beaucoup de volonté, mais j'ai aussi eu la chance d'être accompagnée et soutenue, notamment par ma famille...
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