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Le Comité du patrimoine mondial de l´UNESCO tient sa session annuelle cette semaine en Australie. Il va inscrire plusieurs nouveaux sites au répertoire de l´héritage culturel et naturel de l´humanité. Les châteaux de Bellinzone devraient en faire partie.
Selon la Convention adoptée par l'UNESCO en 1972 pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, c'est à un Comité spécial qu'il revient chaque année de sélectionner de nouveaux sites parmi ceux que les pays de la planète proposent d'inscrire sur la «Liste du patrimoine mondial».
Son choix repose sur des évaluations techniques et des critères précis. Au sens culturel, un patrimoine est un monument, un ensemble de bâtiments ou un site qui se distingue par ses valeurs historique, esthétique, ou autres. S'agissant des sites naturels, ce sont alors leurs aspects physiques, biologiques ou géologiques exceptionnels qui entrent en considération.
Cette Liste s'attache donc à présenter une série de sites choisis comme les meilleurs exemples universels du patrimoine qu'ils représentent et que la communauté internationale se doit de protéger. Elle compte aujourd'hui 630 sites, en majorité culturels, répartis dans 118 pays. Il existe aussi une liste spéciale de 27 sites considérés comme patrimoines en péril.
Trois sites culturels suisses - la vieille ville de Berne, le couvent de Saint-Gall et le couvent bénédictin Saint-Jean-des-Sœurs à Mustaïr (Grisons) - ont été inscrits en 1983 déjà sur la Liste du patrimoine mondial. Ils ont été jadis les lieux d'intenses activités et traditions civilisatrices, ils témoignent encore et toujours de richesses artistiques hors du commun.
A Cairns, en Australie, le Comité du patrimoine mondial doit examiner les dossiers de 71 nouveaux sites répartis dans 43 pays. Pour la Malaisie et l'Azerbaïdjan, c'est une première. Pour la Suisse, c'est l'occasion de faire enregistrer un quatrième site, en l'occurrence les châteaux, muraille et remparts du bourg de Bellinzone, chef-lieu du Tessin.
Cet ensemble monumental, peut-on lire dans l'argumentaire présenté par la Suisse, «est le seul et unique exemple, encore visible sur tout l'arc alpin, d'architecture médiévale qui se compose de trois châteaux, d'une muraille qui barrait l'entière vallée du Tessin et de remparts qui entouraient le bourg pour la défense de la population civile.»
Une première mission d'expertise s'était rendue sur place au début 1999, mais elle avait demandé un supplément d'enquête pour savoir si les travaux de restauration et de reconstruction entrepris au début des années 50 n'avaient pas entamé l'authenticité du lieu.
Au printemps dernier, le président du Comité et le directeur du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO ont personnellement fait le déplacement à Bellinzone. Ils ont pu noter à cette occasion que ces aménagements n'avaient pas affecté l'essentiel de l'édifice. D'où leur recommandation d'inscrire les châteaux de la capitale tessinoise sur la Liste. Ce qui, en principe, devrait donc être fait dans le courant de la semaine.
Francesca Gemnetti, la présidente de la Commission nationale suisse pour l'UNESCO et présente à Cairns, se veut néanmoins prudente. Elle réfute en tout cas fermement les doutes émis ici et là en Suisse sur la valeur de cette candidature: «il ne s'agit pas de faire cadeau d'un quatrième site à notre pays ni de plaire à la minorité italophone».
Si Bellinzone obtient cette reconnaissance, ajoute-t-elle, c'est sur la base d'une recherche historique solidement étayée. Ce système de défense moyenâgeux a valeur de symbole, c'est l'un des rares vestiges d'une génération de constructeurs. D'ailleurs, la ville de Luxembourg figure dans la Liste pour les mêmes raisons. Alors pourquoi pas les Castelgrande, Montebello et autres Sasso Corbaro?
Bernard Weissbrodt