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Les élèves de Sainte-Croix
Les premières étudiantes de l’Académie Sainte-Croix , en 1904, ne sont que 27, dont 6 Fribourgeoises, 8 Suissesses et 13 étrangères, quasiment toutes de langue allemande. Ce caractère cosmopolite, propre aux années 1900, s’atténue cependant dès 1918 et disparaît 20 ans plus tard. L’effectif total augmente après la transformation de l’Académie en Lycée: ce dernier compte 81 élèves en 1916 et passe progressivement à 250, nombre atteint en 1957. Cette lente croissance se fait dans un cadre qui ne change pas ou très peu : la majorité reste alémanique et interne jusque vers 1950 - 1960, Fribourgeoises pour la plupart et de plus en plus francophones. Ces étudiantes sont formées jusque-là dans un cadre assez strict, qui privilégie leur identité de futures femmes et mères de famille chrétiennes. L’identité de Sainte-Croix est alors forte, entretenue par la prégnance de l’internat sur leur quotidien : outre les études, les élèves sont encadrées dans leurs loisirs au fil d’un calendrier ponctué par les fêtes religieuses. Les élèves qui poursuivent leurs études à l’Université choisissent principalement la médecine, le droit, l’enseignement ou la pharmacie.
Aux premiers craquements des années cinquante, succèdent les remises en cause et l’évolution de l’effectif durant les décennies suivantes : en quelques années, les élèves changent, et leur collège avec elles. A la discipline étroitement surveillée succède rapidement des comportements plus individualisés, l’identité religieuse se perd, le langage évolue en même temps que s’impose une nouvelle vision des choses, au grand regret des sœurs qui assistent, impuissantes, à la fin d’un monde qu’elles avaient créé et entretenu durant un demi-siècle.
L’effectif d’abord : de 255 élèves en 1960, le Lycée passe à 429 en 1970, puis à 885 en 1978. Le maximum, à ce jour, sera atteint après 2000, le nombre des élèves approchant presque le millier lors de certaines rentrées avant de connaître un léger mouvement de recul dès 2012 - 2013. Autres éléments importants d’évolution, l’identité de ces élèves : les internes disparaissent (1982) et les Alémaniques deviennent minoritaires (1962). Le Collège Sainte-Croix devient un établissement bilingue mais essentiellement francophone et accueille des élèves qui proviennent surtout du Grand Fribourg, son bassin de recrutement privilégié. L’ouverture des classes, alémaniques d’abord (1973), aux garçons, change également l’identité du Lycée mais, sauf années exceptionnelles, les étudiantes restent les plus nombreuses. Le problème de la place devient dès lors pour tout le second demi-siècle et jusqu’à nos jours l’enjeu récurrent qui occupe toutes les rectrices qui se succèdent à la tête de l’établissement. La fermeture du pré-gymnase, dans les années 1980, n’apporte en effet qu’un répit passager : tombé à 462 élèves en 1987, l’effectif reprend l’ascenseur dès l’année suivante pour atteindre des sommets qu’aucune prévision n’avait envisagés. Le concours d’architecture ouvert au printemps 2013 cherche à apporter une solution plus durable au manque place, à l’exiguïté et aux insuffisances des locaux disponibles face aux exigences du nombre, de la vie intérieure de l’établissement et des méthodes récentes d’enseignement.
La composition sociale des élèves évolue parallèlement : au discours des années 1960 sur la démocratisation des études répondent des chiffres qui, s’ils révèlent effectivement l’arrivée d’élèves de familles de condition modeste, soulignent que ce sont les classes moyennes qui investissent majoritairement les écoles du degré secondaire II dès cette époque. Cet ensemble de jeunes filles et de jeunes gens
Ces changements, nettement perceptibles dès 1960, modifient en conséquence la sociabilité interne du Lycée : les anciennes fêtes et les moments de loisir disparaissent. Un premier conseil des élèves est testé sans suite dans les années 1970. L’expérience, soutenue par la direction, est reprise avec plus de succès en 2002. Un chœur est créé en 1976 et repris une dizaine d’années plus tard, après une brève interruption. Son concert annuel et ses prestations à l’extérieur contribuent à la diffusion de l’image de l’établissement, à laquelle participe aussi depuis peu un jazz-band qui complète aussi l’éventail des activités musicales réunissant élèves et enseignants. Des journées thématiques et sportives renouent parfois avec des activités passées mais tombées dans l’intervalle en désuétude et, par conséquent, renouvelées pour être intégrées au calendrier et aux exigences de la nouvelle maturité.
Organisés ponctuellement dans les années 1980, les voyages d’études deviennent rapidement systématiques pour les classes de troisième avant de disparaître au tournant de 2000, n’étant d’ « études » plus que de nom. Les enseignants des langues anciennes ont cependant maintenu cette tradition par des voyages en Grève ou en Italie destinés à permettre une rencontre des élèves avec l’Antiquité et sa civilisation. Dix ans plus tôt, une nouvelle coutume naissait avec l’organisation d’une journée des quatrièmes années (1991) qui animent aussi, quelques jours auparavant, un bal ouvert aux élèves et aux enseignants. Globalement, ces manifestations, au nombre desquelles s’est ajoutée la fête de Noël faite essentiellement d’un concert donné par les étudiants pratiquant un instrument classique ou de variété, sont des moments qui cherchent à entretenir une identité renouvelée pour des jeunes qui ne passent plus que quatre ans au sein de l’établissement et pour lesquels la vie sociale extérieure a pris plus ou moins le pas sur celle interne au Collège. Cette vie culturelle et sociale à la fois propre à Sainte-Croix mais ouverte au public s’est enrichie récemment des expositions des travaux d’élèves auxquelles des espaces sont désormais réservés.