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Suite à l’inauguration officielle de la Trust Valley le 8 octobre 2020, la population de la région lémanique peut ajouter une nouvelle étiquette à son territoire. Dans la continuité des avatars des Valleys suisses (Health Valley, Food & Nutrition Valley, BioValley, Crypto Valley), il existe désormais une Trust Valley.
La population, doit-elle s’inquiéter de l’américanisation de la désignation de sa région ou de potentiels effets de bord comme la gentrification ou la hausse des loyers comme ce fut le cas dans la Silicon Valley ?
Doit-elle se préoccuper des liens entre Microsoft et le « centre d’excellence académique » nouvellement créé à Lausanne et adoubé par le président de Microsoft Brad Smith qui lors de l’inauguration déclare: « Nous devons travailler ensemble. … J’espère que nous, Microsoft, pourrons continuer à en faire partie, à vous soutenir et, pour ma part, continuer à apprendre de tout ce que vous faites. », comme le met en avant, le communiqué de presse de cet évènement[1] ?.
La devise nationale des États-Unis, que l’on trouve gravée sur les pièces de monnaie et imprimée sur les billets des dollars américains, est « In God We Trust », « En Dieu nous croyons ». Elle peut également se traduire par « Nous avons confiance / foi en Dieu »[2]. Cette devise prend force de concept lié à la croyance et la foi devient alors trait d’union entre croyance et confiance. La formule fait office de promesse et de serment à être fidèle à cette promesse, comme l’est par ailleurs le cas de l’usage de l’injonction « Faites-moi confiance » qui peut aussi être comprise comme une sommation « Croyez-moi ».
L’objet de la foi peut se passer de fait vérifiables et épouser diverses convictions, superstitions ou dogmes auxquels il est possible d’adhérer sans preuve. Les déclarations de foi peuvent alors être considérées comme pouvant faire partie de démarches relevant de la prédication ou du prosélytisme
Il s’agit alors d’une forme d’assentiment de l’esprit qui exclut le doute des opinions auxquelles l’esprit adhère.
La croyance est un mot qui désigne toute certitude sans preuve.
L’adage latin adopté par César « Les hommes croient ce qu’ils désirent » s’applique à l’adhésion à une opinion commune, à une doxa. Cette dernière, pour ceux qui y croient, prend figure de vérité. Mais il ne s’agit pas de vérité basée sur des faits vérifiables et partagée par tous.
Selon Proust[3] « C’est le désir qui engendre la croyance ».
Rêver au paradis de l’économie numérique et des licornes (start-up) par une banale métaphore à la Silicon Valley, peut être pour certains, objet de désir.
En français le mot trust désigne une forme de concentration réunissant plusieurs entreprises sous une direction unique. Dès lors, est-il désirable de considérer la Trust Valley comme un club de partenaires particuliers ? Est-il désirable qu’un conglomérat d’acteurs pouvant potentiellement représenter une forme d’entente et de cartel assez puissant, puissent exercer une influence prépondérante et créer de nouvelles formes de subordination ?
Pouvons-nous objectivement nous fier à la croyance de pouvoir développer un sentiment de confiance dans la protection de nos données personnelles et de notre patrimoine numérique, alors que cette confiance dépendent d’acteurs inféodés aux GAFAMs dont l’expression du pouvoir de prédation et de coercition a, à maintes reprises, démontré la puissance ?
Ne sommes-nous pas en train de confondre le « développement d’une société de l’information fondée sur le dialogue entre les cultures et sur la coopération régionale et internationale » avec une adhésion totale à un modèle unique « Made in Silicon Valley » et l’importation de ce modèle ?
Aussi belles soient-elles, toutes les nouvelles initiatives relatives à la confiance numérique en Suisse, ne peuvent faire oublier au reste du monde l’affaire Crypto AG[5]. Celle-ci a porté un coup fatal à la réputation et à la crédibilité de la Suisse en matière de chiffrement, de confidentialité, de secret et de confiance. Censée être digne de foi, l’entreprise suisse Crypto AG a été en réalité et durant de nombreuses années sous contrôle de services de renseignement étrangers, notamment américain. Ainsi, l’image de la Suisse a été mise à mal par l’implication d’acteurs locaux et étrangers dans un scandale d’espionnage international connu sous le nom d’opération Rubicon[6].
Ce type de scandale illustre les effets désastreux d’une confiance mal placée ou gagnée sur la base d’une adhésion sans preuve à des discours auto-déclaratifs et prophétiques.
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[3] Proust, dans « Albertine disparue ».