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Tabac chauffé: vraiment moins nocifs que les cigarettes?
Les fabricants de tabac s'appuient sur des études réalisées en grande partie en interne pour défendre la moindre nocivité des produits de tabac chauffé par rapport aux cigarettes. Une étude indépendante sur l'iQOS a montré que cela pourrait ne pas être si vrai !
Les cigarettiers misent depuis des années sur des produits à risques potentiellement réduits (potentially reduced risks products ou pRRPs). Parmi ces produits, certains chauffent le tabac mais ne le brûlent pas. L'absence de combustion en ferait des produits du tabac moins toxiques que des cigarettes. En bref, pas de combustion, très peu de toxicité. Un des groupes les plus avancés est Philip Morris qui commercialise un vaporisateur de tabac (iQOS). Leurs études annoncent que leur produit de tabac chauffé contient beaucoup moins de substances toxiques que les traditionnelles cigarettes. Selon Philip Morris, la nocivité de l'iQOS serait réduite de 90% par rapport à une cigarette classique. (1) L’aérosol serait donc significativement moins toxique que la fumée de cigarette. Leurs études cliniques réalisées en interne (sur de courtes durées, 2 semaines à 3 mois) ont conclu que les fumeurs qui ont adopté iQOS ont réduit leur exposition à 15 constituants nocifs et que les niveaux d'exposition mesurés ont approché ceux observés chez les personnes qui ont arrêté de fumer. (2)
Produits de tabac chauffé : une étude indépendante remet en doute la moindre toxicité
Une étude publiée dans le JAMA Internal Medicine a fait grand bruit (3). Cette étude indépendante menée par des chercheurs lausannois a trouvé des taux de substances toxiques dans la fumée de l'iQOS plus élevés que ceux annoncés par le groupe Philip Morris. Principaux chiffres : ce vaporisateur de tabac dégage l'équivalent de 82% de l'acroléine (substance très toxique et irritante) d'une cigarette Lucky Strike Blue Lights, l'équivalent de 74% du formaldéhyde et 50% du benzaldéhyde. Il dégage près de 3 fois plus d'acenaphtylène, un goudron. L’aérosol de l'iQOS contient aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et aussi du monoxyde de carbone (CO), ce qui est signe de pyrolyse. Les auteurs concluent que "la fumée dégagée par l'iQOS contient des éléments provenant de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle". Pour eux, l’iQOS émet de la fumée comme une cigarette classique. Un avis qui n’est pas partagé par Valerio Cozzani, Directeur d’études en génie chimique (Bologne) pour lequel l’iQOS ne produit pas de fumée. Cependant, il y aurait bien une faible pyrolyse. (4)
Produit de tabac chauffé IQOS : il y a bien une pyrolyse !!
Le groupe Philip Morris s'est dit "étonné de ces résultats". Ils ont publié une réponse en plusieurs points. (5) Ils contestent notamment la présence d'acenaphtylène et réaffirment l'absence de combustion. Mais ils reconnaissent la pyrolyse et la présence de CO, sans être d'accord avec les taux trouvés dans l'étude indépendante. Or, c'est bien la pyrolyse et la combustion incomplète des cigarettes qui occasionnent la formation de composés chimiques toxiques. Reste à savoir maintenant de façon certaine ce que la pyrolyse de l’iQOS peut entraîner comme constituants nocifs, et dans quelle mesure.
Pour le groupe, des différences méthodologiques expliquent les différences de résultats, notamment la non-utilisation d'une cigarette standard de recherche développée par les fabricants mais pas commercialisée (3R4F). Les chercheurs lausannois ont en effet utilisé des Lucky Strike Blue Light et ont utilisé une technique de fumage non-standardisée.
Cependant, un document interne de Philip Morris que des journalistes suisses ont pu se procurer (6) révèle bien dans la vapeur D'iQOS la présence à peine moins élevée que dans une cigarette type 3R4F, d'acétyldéhyde (29% dans la vapeur d’iQOS contre 11% dans la fumée d’une cigarettte type), de formaldéhyde (15% contre 27%), de benzopyrène (10% contre 15%). La vapeur d'iQOS contiendrait même plus d'ammoniac (51% contre 39%).
Les auteurs lausannois sont en train de préparer leur réponse à Philip Morris International. À suivre... Espérons que de nouvelles études indépendantes vont venir éclaircir les données disponibles. Les effets sur la santé de l'iQOS doivent être davantage étudiés pour que les fumeurs aient une information exacte avant d'adopter un produit censé être moins toxique.
Auteure : Anne-Sophie Glover-Bondeau (sept.2017)
Références :