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L'Année internationale de l'eau douce touche à sa fin: il est l'heure de dresser le bilan et d'envisager de nouvelles perspectives. Willy Geiger, sous-directeur de l'OFEFP, répond à nos questions.
Monsieur Geiger, la Suisse est le «château d'eau de l'Europe», l'eau y coule en abondance. Pourquoi participer à l'Année de l'eau?
Willy Geiger: C'est justement parce que nous sommes le château d'eau de l'Europe que nous avons des responsabilités. D'une part envers la population qui vit au bord de nos rivières et de nos lacs, et d'autre part au-delà de nos frontières, puisque d'importants fleuves prennent leur source en Suisse pour aller ensuite se jeter dans la Méditerranée ou dans la mer du Nord.
La Suisse n'a-t-elle pas aussi des responsabilités envers les pays qui manquent d'eau?
Bien sûr, et nous réalisons plusieurs projets dans ces pays, notamment en Afrique: la Suisse veut soutenir la gestion intégrée des ressources en eau autour du lac Malawi. Ce lac est important pour l'approvisionnement en eau et pour la pêche, mais il est menacé par la déforestation et les mauvaises pratiques agricoles dans son bassin versant. Toutefois, si nous voulons être crédibles à l'étranger, nous devons aussi être actifs en Suisse.
Quels sont les principaux problèmes en Suisse?
Ces dernières années, la pollution des eaux par les phosphates contenus dans les lessives a considérablement diminué. En revanche, nous sommes maintenant confrontés au problème des micro-pollutions, notamment par les substances à effet hormonal, qui ne sont pas retenues dans les stations d'épuration. Même si nos connaissances dans ce domaine sont pour l'instant limitées, nous pouvons déjà imaginer que ce problème occupera encore toute une génération.
Qu'en est-il des écosystèmes aquatiques?
Ces dernières décennies, les rivières, ruisseaux et lacs ont été considérablement malmenés. Ces écosystèmes doivent retrouver leur état naturel. La renaturation des cours d'eau est utile non seulement à la diversité des espèces, mais aussi à la protection contre les crues.
En matière de protection contre les crues, les rivières ont aussi besoin d'espace pour libérer leur énergie ...
L'espace est essentiel pour la protection contre les crues, tout comme pour la protection de la nature. La protection contre les crues dépend donc de l'aménagement du territoire. A l'avenir, il faudra l'envisager de manière beaucoup plus globale. Ce principe s'applique aussi à la protection des eaux traditionnelle: il ne suffit pas de protéger l'eau d'un ruisseau ou le ruisseau lui-même, il faut s'intéresser à tout le bassin versant.
A l'opposé des crues, il faut également envisager une augmentation des périodes de sécheresse comme celle que nous avons connue cet été.
Nous devons être particulièrement attentifs aux changements climatiques. La sécheresse de l'été 2003 et la pénurie d'eau qui en a découlé nous indiquent l'évolution probable du climat en été. En hiver, par contre, il faut s'attendre à davantage de précipitations au nord des Alpes.
Indépendamment des changements climatiques, quelles doivent être nos priorités, à votre avis?
A l'échelon fédéral, nous allons continuer à lutter contre la pollution par les produits chimiques et les pesticides. Il faudra en outre protéger les écosystèmes à long terme. Même si les habitats particulièrement importants pour la biodiversité - hauts-marais, bas-marais ou zones alluviales, par exemple - sont protégés, nous devons encore améliorer l'application des lois. Il faut que les rivières et les ruisseaux retrouvent suffisamment d'espace pour conserver leur dynamique. Au plan international, il convient de développer un instrument permettant d'éviter la pollution des eaux transfrontalières.
Que retiendra la population de l'Année de l'eau?
Une grande partie de la population a pris conscience de l'importance de l'eau et va modifier légèrement son comportement: prendre des douches au lieu de bains pour économiser l'eau, par exemple. Ce n'est qu'un petit geste, mais s'il est réalisé par de nombreuses personnes, il peut faire une grande différence.
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