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Précis de l'histoire du Club alpin suisse
PAR MAX OECHSLIN, ALTDORF-URI
Le 30 juillet 1861, lors d' une course dans les Alpes glaronnaises, le Dr Théodore Simler, professeur de chimie et de géologie à Berne, en compagnie de son camarade de cordée Georg Sand et du guide Heinrich Elmer d' Elm, se trouvaient - première ascension - sur la cime neigeuse du Piz Russein dans le massif du Tœdi. Dans son récit {Jahrbuch des SAC, I/1864 ), il raconte que tout en admirant la couronne de cimes étincelantes qu' ils avaient sous les yeux, ils constataient que la plupart de ces montagnes restaient encore à gravir et à explorer: « Un grand nombre de points n' avaient jamais été visités. On ne savait rien des glaciers de Gliems, de Pontaiglas et de Frisai; le Bifertenstock, qui dresse sa masse audacieuse et provocante, était encore vierge; inconnue aussi était la longue crête du Selbsanft. J' en étais comme subjugué. Je me rendais compte que mes seules faibles forces ne suffiraient jamais pour explorer ces chaînes. C' est alors que germa en moi l' idée d' une association...»En Angleterre, V Alpine Clubava.it été fondé en 1857 déjà, qui se donnait pour tâche l' exploration des régions glaciaires des Alpes. En 1862 avait suivi la fondation de VÖsterreichischer Alpen-Verein. Au cours de ses courses glaciaires ultérieures, Simler discuta de la chose avec ses camarades J. J. Weilenmann, Abraham Roth, l' avocat Hauser, Georg Sand et d' autres jeunes grimpeurs. Le 20 octobre 1862, il adressa aux montagnards de sa connaissance une Lettre-circulaire aux alpinistes et amis des Alpes de la Suisse, où il disait notamment:
« Honorés Messieurs, Depuis quelques années, les courses sur les glaciers et en haute montagne se multiplient; il semble qu' une vraie émulation anime particulièrement les touristes suisses. Vous n' ignorez pas que le Club alpin anglais, de par sa constitution, fait une forte concurrence aux touristes suisses, et il pourrait advenir bientôt que lorsque le public suisse voudra se renseigner sur la région des glaces et des neiges éternelles, il devra recourir aux publications du club britannique. Cet état de fait nous paraît fâcheux, voire presque humiliant, alors qu' il existe chez nous des forces magnifiques qui, par leur union, pourraient certainement faire mieux et davantage pour le pays que le club étranger précité. Malheureusement elles sont dispersées, et le résultat de leur activité, si excellent qu' il soit, reste inconnu du grand public.
C' est aux Suisses néanmoins que revient le mérite d' avoir été les premiers à révéler les beautés incomparables du monde des Alpes et des glaciers qu' ils exploraient du point de vue scientifique. Il suffit de rappeler les noms de Conrad Gessner, Josias Simler, J.J. Scheuchzer, H. B. de Saussure, Escher de la Linth, Hugi, L. Agassiz, Ed. Desor, G. Studer, M. Ulrich, J.J. Weilenmann. Mais d' hui les circonstances sont différentes, et il serait souhaitable que les alpinistes suisses s' unissent en une grande association dans l' intention d' explorer méthodiquement les régions glaciaires jusque dans leurs derniers replis et de livrer l' assaut aux cimes encore vierges. Après quoi, par des descriptions vivantes et instructives, nous ferions part au public de nos expériences.
Les trois derniers alpinistes nommés ci-dessus ont déjà montré l' exemple. Dans le livre qu' ils ont publié collectivement sous le titre Berg- und Gletscherfahrten in den Hochalpen der Schweiz, ils ont raconté leurs courses, individuelles ou autres. Quelle magnifique moisson n' aurait pas si vingt ou trente de nos alpinistes suisses travaillaient ensemble?
Mais le Club alpin ne se bornerait pas à faire connaître les Alpes à un public plus large. Disposant de moyens financiers plus importants, il serait en mesure de rendre d' éminents services à la science. Les hautes régions recèlent encore de nombreux phénomènes physiques, chimiques et géologiques qui appellent l' étude. Les recherches de cette nature sont souvent coûteuses et pénibles par suite de la difficulté d' accès. Elles seraient grandement facilitées par la construction de refuges dans les endroits les plus intéressants. Non seulement les naturalistes, mais les peintres, les photographes, etc., pourraient séjourner et travailler plus longtemps dans tel site pittoresque. Prenons par exemple le Tœdi. Bien des alpinistes seraient heureux de passer la journée entière sur ce sommet s' ils étaient sûrs dé trouver quelque part à la hauteur de la „ Gelbe Wand " un abri contre le froid de la nuit. A l' aide de notre excellent Atlas topographique de la Suisse, nous pourrions explorer systématiquement la haute montagne, et nos descriptions constitueraient bientôt un complément précieux et indispensable de la carte.
Comment organiser au mieux les excursions collectives d' été, comment régler tous les détails de son activité, ce sera l' objet des délibérations de la future association.
Tels sont, Messieurs, les principaux motifs qui nous portent à proposer la création d' un Club alpin suisse et donner tout notre appui aux sociétés de cette nature là où elles existent déjà.
Nous vous prions de bien vouloir examiner le projet d' organisation ci joint. Si vous l' approuvez, et êtes disposés à participer à la nomination du comité de fondation, vous voudrez bien apposer votre signature au bas de cette circulaire.
Dans cette attente, nous vous prions d' agréer, etc.
Berne, le 20 octobre 1862.
Au nom de plusieurs amis montagnards, Dr R. Théodore Simler » A la circulaire était joint un projet de statuts pour la future association alpine. En 13 articles, l' auteur fixait le processus de la fondation, qui deviendrait effective « dès qu' un certain nombre d' alpinistes suisses, vingt au minimum, se seraient entendus, verbalement ou par correspondance, pour se constituer en comité de fondation d' une plus grande société ».
La proposition tombait en terrain propice; 130 approbations s' annoncèrent au cours de l' hiver: de Bâle 28, de Berne 18, de Coire 6, de Genève 3, de Glaris 22, de Lausanne 10, de Neuchâtel 2, de St-Gall 23, de Zurich 10, et 6 d' autres localités. Comme l' a écrit le Dr Ernst Buss dans la brochure Les 25 premières années du Club alpin suisse ( 1889 ), Théodore Simler put ainsi convoquer joyeusement ses amis le 19 avril 1863 à Olten pour y tenir Y assemblée constituante. 35 alpinistes se rencontrèrent à cette séance de fondation: Berne 7, Bâle 15, Zurich 2, St-Gall 1, Glaris 3, Lucerne 1, Aarau 2, Olten 3 et Buochs 1.
Signalons une particularité: le 17 avril, soit deux jours avant la séance d' Olten, 16 alpinistes de Bâle s' étaient rencontrés dans une salle du « Rheinbrücke » et avaient fondé la section de Bâle du CAS, avec Chr. Meyer-Bischoff comme président et le Dr G. Bischoff comme secrétaire. Il fut décidé que la création de la section bâloise serait annoncée à Olten.
A Olten, le Dr Simler ouvrit la séance en rappelant la création de clubs alpins en Angleterre et en Autriche; il ne convenait pas que la Suisse, le pays des Alpes centrales, restât en arrière. « Il insista sur la haute valeur scientifique et patriotique d' une société suisse dont le but sera l' explora approfondie de la haute montagne, dont les beautés et les énigmes sont encore si mal connues et qui, plus généralement, favorisera le développement intellectuel de notre belle patrie. » L' assemblée d' Olten donna à la nouvelle société le nom de Club alpin suisse; R. Th. Simler en fut le premier président, avec l' ingénieur Edm. von Fellenberg comme secrétaire et Abraham Roth comme vice-président. On laissa aux Bernois le soin de choisir les quatre autres membres de ce premier Comité Central. Il fut résolu que la société serait formée de sections, avec une direction centrale pour assurer l' unité de vues. Toute liberté était laissée aux sections dans leur organisation interne. On parla déjà de fixer un champ d' excursions officiel; le groupe du Tœdi fut choisi comme tel, et l'on décida de construire une cabane-abri à la « Gelbe Wand » pour en faciliter l' ex. Il fut encore décidé de publier à 500 exemplaires une carte d' excursions dans le massif et un annuaire, le Jahrbuch. Outre le rapport annuel et les comptes, celui-ci donnerait les résultats de l' exploration du massif choisi; il contiendrait aussi des récits de courses dans d' autres régions alpines. La décision de mettre à la disposition des membres du club 50 thermomètres portatifs montre toute l' importante que l'on attachait à la recherche scientifique dans l' exploration des Alpes.
Le pasteur Ernst Buss terminait le compte rendu de la première séance du CAS par une réminiscence: « Un repas, assaisonné de discours et de toasts sérieux ou badins, puis une promenade aux ruines de la Wartburg marquèrent la fin de l' assemblée constituante du club. La note humoristique, provenant d' autres sources, n' y avait pas manqué. En effet, quelques journaux ayant annoncé la création probable d' un club alpin suisse, l' industrie privée, avant le 19 avril déjà, avait cherché à s' attacher l' enfant pas encore né: Un imprimeur de Walenstadt recommandait son journal Bade-Cur- und Touristenzeitung pour les publications du club; un guide de Mühlestalden offrait ses services pour le transfert d' un refuge de la Windegg au Thälistock et pour la construction éventuelle de cabanes; enfin un instituteur de Ponte se présentait comme guide pour les étrangers. » Le CAS était fondé; il comptait en 1863 huit sections et 358 membres. Dix ans plus tard, ces chiffres se montaient à 18 sections et 1744 membres et en 1888, lors de la fête du 25e anniversaire, le club comptait 34 sections avec 2989 membres. Il avait pris de profondes racines et était devenu le lien national et le porte-parole des alpinistes suisses et des amis de la montagne. Le Dr Buss était d' avis que le club, « ayant étendu son réseau sur toute la Confédération, ne s' accroîtrait plus beaucoup ». C' était en 1888. Mais voyez: les objectifs de notre association sont si enthousiasmants que son attirance persiste. En 1913, lors du cinquantenaire, il comptait 58 sections groupant 13 496 membres; en 1938, après 75 ans, 84 sections avec 31 226 membres et aujourd'hui, pour le centenaire, 92 sections et 43 000 membres.
L' Assemblée des délégués de 1866 à St-Gall fixa de façon plus précise les tâches et les buts du CAS. Ce qui fut alors décidé et libellé dans les articles 1 et 2 des statuts garde aujourd'hui encore toute sa valeur et montre qu' à travers les adjonctions et modifications ultérieures les principes fondamentaux qui inspiraient les fondateurs sont restés vivants, profondément enracinés avec la tradition du club.
Que disent ces articles?
Art. ler « Le CAS se donne comme tâche d' explorer les Alpes suisses, de les étudier plus exactement à tous les points de vue, de les faire mieux connaître et d' en faciliter l' accès. Il doit être en outre le centre de ralliement de tous ceux qui aiment les courses de montagne. » Ainsi donc, un siècle avant nous, nos prédécesseurs ont créé le club dans l' intention d' aider les alpinistes actifs, de faciliter leurs escalades, mais aussi et non moins les simples touristes, c'est-à-dire les montagnards passifs, en faisant du club un centre de ralliement où les amis de la montagne pourront se rencontrer et, autour de la table, créer des liens de camaraderie alpine qui deviendront des amitiés pour toute la vie.
Art. 2. « Le CAS s' efforcera d' accomplir sa tâche:
a ) par des courses collectives périodiques des sections; b ) par l' exploration annuelle des champs d' excursions; c ) par l' appui efficace qu' il donnera aux entreprises de ses membres et des sections visant à l' exploration du territoire alpin, la construction et l' aménagement de refuges; d ) par le développement et l' amélioration du corps des guides; e ) par des publications périodiques littéraires et graphiques. » Ces principes fondamentaux sont restés debout. Ils ont été complétés dans la suite par des mesures en vue de favoriser le développement du ski, la création des Organisations de jeunesse, celle des Postes de secours alpins, l' introduction de Y Assurance contre les accidents de montagne, par la publication de Guides manuels, de Précis de géologie et de botanique, et enfin par l' organi périodique d' Expositions d' art alpin.
En 1924, l' article premier des statuts fut modifié comme suit:
« Le CAS est une association d' amis du monde des Alpes. Son but est de faciliter les courses alpestres, d' étendre la connaissance des Alpes suisses et, en veillant à la conservation de leurs beautés, de renforcer l' amour de la patrie. » Le CAS prenait là une position claire et ferme en faveur de la protection de la nature et du patrimoine national dans les régions montagneuses, dont font aussi partie les Préalpes et le Jura. Cette nouvelle tâche prend une importance de plus en plus grande depuis que la technique, voici vingt ou trente ans, a fait irruption avec une puissance insoupçonnée dans le monde alpin: lacs de barrages, usines hydroélectriques, conduites forcées, etc., de dimensions toujours plus gigantesques, funiculaires et téléfériques de toutes sortes, sans parler de l' atterrissage d' avions et d' hélicoptères. L' aviation alpine, à côté de ses vols d' exer et de participation à des sauvetages est en train, sous des voiles et prétextes divers, de devenir une entreprise commerciale de tourisme, ce qui a provoqué, lors de l' Assemblée des délégués de Coire en 1961, le dépôt d' une motion invitant le CAS à intervenir plus vigoureusement en faveur de la création de réserves - certains massifs et vallées des Alpes - où tout empiétement humain sur la nature serait interdit.
L' accomplissement de toutes ces tâches est l' affaire des membres du club. De par son origine, de par la place qu' elle tient dans le pays et dans le peuple, notre association doit servir d' exemple. Il y a 25 ans, rédigeant l' histoire du club de 1863 à 19381, Ernst Jenny écrivait au sujet du recrutement des membres: « Dès ses premiers débuts, le CAS a recruté ses adeptes non seulement parmi les universitaires et les hommes favorisés par le sort ou la fortune. Les statuts de 1863 disaient: „ Tout habitant de la Suisse et tout Suisse habitant l' étranger peut demander son admission dans le club. " En 1866, on fit un pas de plus vers la tolérance: „ En tant que société nationale, le CAS est d' abord composé de citoyens suisses; cependant, les étrangers peuvent y être admis. " Toutefois, au début de ce siècle, lorsque le nombre des étrangers augmenta jusqu' à dépasser le 10% de l' effectif de certaines sections, et que la guerre 1914-1918 excita aussi en Suisse les sentiments 1 Les Alpes, octobre 1938. 8 nationaux, il y eut dans le club de vives discussions sur la question des étrangers. Leur nombre augmenta dès 1920; ils étaient 1480 sur un total de 18 000 membres. C' est pourquoi l' AD de 1923 à Berne ajouta à l' art. 5 des statuts la clause suivante: „ Le nombre des étrangers, dans chaque section, doit être limité de sorte que le caractère national du club soit maintenu. " Aux termes de la constitution de 1863, les nouveaux membres pouvaient être admis par les sections et par l' assem annuelle de l' ensemble du club. » On renonça par la suite à ce dernier mode d' admission, et l'on s' arrêta à ce qui est demeuré la règle jusqu' à ce jour: les membres du CAS appartiennent aux sections; ils se recrutent généralement parmi les amis de la montagne de telle ou telle ville et de ses environs. Les sections s' organisent par régions. On peut être membre de plusieurs sections; toutefois, aux termes des statuts actuels, les droits et devoirs d' un clubiste n' existent et ne s' exercent que dans la section qui l' a reçu à l' origine. Les personnes juridiques et les femmes ne peuvent faire partie du club. Au début, les sections étaient libres d' admettre des femmes comme membres, bien qu' il fût entendu lors de la fondation du club que celui-ci devait être composé de citoyens suisses. Très peu de femmes ont eu l' honneur de faire partie du CAS. En 1907, l' AD prononça catégoriquement qu' aucune femme ne pouvait être admise dans le club; celles qui se trouvaient dans telle ou telle section y seraient tolérées, mais n' auraient pas le droit de porter l' in. La question revint sur le tapis en 1917, à l' AD de Zofingue; comme en 1880, 1887,1895 et 1907, ce droit leur fut refuse. Du fait de la fondation en 1918 du Club suisse des femmes alpinistes, le sujet n' eut dès lors plus sa raison d' être. Avec ses 56 sections groupant 6500 membres, le CSFA est devenu un précieux et fidèle collaborateur du CAS.
Dans Y Histoire de la section Tœdi 1863-1913, se trouve ce passage concernant l' admission des femmes dans le CAS: « En 1895, la section ( Tœdi ) admit en qualité de membre Mme Jenny-Streiff, qui avait beaucoup contribué au développement de l' alpinisme et avait rendu de grands services dans ce domaine. Se fondant sur la décision de 1880, le CC refusa de délivrer à l' intéressée la carte de membre. Cela engagea le comité ( de la section Tœdi ), de même que celui de la section Bernina, à proposer une modification de l' art. 3 des statuts, afin que le CAS soit ouvert à la gent féminine. Cette proposition fut favorablement accueillie par le CC d' alors ( Interlaken ), mais rejetée à une forte majorité par l' AD de Schwyz en 1895, sur quoi Mme Jenny renonça spontanément à sa qualité de membre de la section Tœdi. » Le comique de toute cette histoire est que pendant de longues années il y eut une femme clubiste dans une section ( bernoise ), sans que personne ne s' en doute dans les cercles dirigeants du club. Elle était inscrite sous le nom de « M. H. B., artiste-peintre, B... » Elle payait régulièrement les cotisations et recevait ponctuellement le Jahrbuch et les autres publications du club. Cela dura jusqu' au jour ou Mme B., rendue attentive par des amis à l' irrégularité de sa qualité de membre du CAS, mit fin à la plaisanterie en se faisant connaître. Cette dernière clubiste bien connue dans le monde artistique, a fêté en 1958 son 75e anniversaire.
Si, lors de la fondation du CAS, celui-ci comprenait surtout des universitaires et des commerçants aisés, le cercle de ses adeptes s' est heureusement élargi au cours des décennies: savants, hommes d' église ou de robe, médecins, ingénieurs, techniciens, négociants, artisans, employés d' ad et de bureau, ouvriers et paysans. De ce mélange d' hommes honorables de toutes conditions, au-dessus de toutes les différences de classe et de milieu, sont sorties les solides cordées d' amis et de camarades, unis dans un commun sentiment envers la patrie. Les gens à qui ce sentiment est étranger n' ont jamais trouvé et n' auront jamais leur place dans le CAS. A la base de la qualité d' alpiniste il y a le respect de la montagne et la conscience de ses propres devoirs envers le cercle étroit de sa famille et celui plus large de la communauté.
Dès le début, la conduite des affaires du club fut confiée à un Comité central avec à sa tête un Président central, charges de l' administration générale et de l' exécution des décisions de Y Assemblée des délégués. Au début, les attributions du PC consistaient surtout dans la présidence des assemblées générales, l' élaboration du programme des courses collectives dans le champ d' ex et dans la rédaction du rapport annuel sur les événements marquants de la vie du club. Mais au cours des années, l' accumulation des affaires devint telle qu' elles durent être sériées et confiées à un chef de département dans le sein du CC, composé de membres élus dans la section choisie. On a créé aussi des commissions de travail formées de spécialistes qui, avec voix consultative, collaborent avec le CC: Commission des cabanes, des guides, des courses d' été et d' hiver, du ski ( pour le développement du ski alpin et la publication de Guides-skieurs ), des publications ( la revue trimestrielle Les Alpes et le Bulletin mensuel ). Cette commission s' occupe également des nombreuses publications du CAS ( Guides-manuels, cartes, ouvrages spéciaux ) et des expositions tri-sannuelles d' art alpin. Il y a enfin une Commission de la Bibliothèque centrale du CAS et une pour les Organisations de jeunesse. La Commission du Musée alpin de Berne est indépendante.
Secondé par un secrétariat permanent ( depuis 1907 ), le CC gère les affaires courantes de l' en du club, dont le volume a considérablement augmenté avec le nombre croissant des membres. Il représente le CAS à l' étranger et veille à l' application et à l' observation des prescriptions et règlements concernant les cabanes, l' assurance, les postes de secours alpins, etc. Chaque année a lieu Y Assemblée des délégués, dans laquelle chaque section est représentée par un nombre de délégués proportionnel à son effectif, un au minimum. Actuellement les 92 sections y envoient environ 175 délégués. Les attributions suivantes sont réservées à l' AD: nomination du Président central, des contrôleurs des comptes et des membres d' honneur ( les sections peuvent nommer leurs propres membres d' honneur ), approbation du rapport de gestion et des comptes, votation du budget, fixation de la cotisation centrale des membres, octroi de subventions à la construction et à l' acquisition de refuges ( dans la règle, les cabanes sont la propriété des sections qui les gèrent et les entretiennent ), décisions concernant l' assurance contre les accidents de montagne, adoption des règlements pour les cabanes, les organisations de sauvetage, les publications, surveillance et contrôle de l' activité du CC ( au vu du rapport annuel ) et des contrôleurs des comptes ( selon les prescriptions du CCS ), institution des fêtes centrales ( tous les trois ans ). Les sections ont leurs propres statuts, qui doivent être conformes aux statuts centraux; elles organisent librement leur activité intérieure particulière: assemblées, conférences, courses collectives, etc., tandis que le CC organise des cours centraux pour la formation de chefs de courses d' été et d' hiver, de chefs de postes de secours, des semaines générales de courses, qui peuvent se dérouler en dehors des frontières de notre pays.
Le siège du CAS est toujours celui de la section qui fournit le Comité Central. Depuis la fondation du club, les CC ont été pris dans les sections suivantes:
1. 1863BernePrésident Central: Théodore Simler 2. 1864BâleChr. Meyer-Bischoff 3. 1865Rœtia ( Coire)Johann Coaz 4. 1866St-GallFried, von Tschudi 5. 1867-1869Uto ( Zurich)Melchior Ulrich 6. 1870-1872BâleAlbert Hoffmann-Burckhardt 7. 1873-1875Pilatus ( Lucerne)H. Zaehringer 8. 1876-1878GenèveAlbert Freundler 9. 1879-1881 BerneRudolf Lindt 10. 1882-1884Diablerets ( Lausanne ) Eugène Rambert 11. 1885-1887 Uto ( Zurich)Joh. Emanuel Grob 12. 1888-1891 Tcedi(Glaris)Rudolf Gallati 13. 1891-1895Oberland ( Interlaken ) H. Baumgartner et F. Michel 14. 1896-1899 NeuchâtelF. A. Monnier et Eug. Colomb 15. 1900-1903 E. Bosshard 16. 1904-1907Weissenstein ( Soleure ) Robert Schcepfer 17. 1908-1910 Moléson ( Fribourg)Jules Répond 18. 1911-1913 Rstia ( Coire)August Herme 19. 1914-1916 St-GallA.J.anggen 20. 1917-1919 GenèveAlph. Bernoud 21. 1920-1922 AarauAlbert Tschopp 22. 1913-1925 BerneGeorg Leuch 23. 1926-1928Diablerets ( Lausanne ) Henri Fas 24. 1929-1931 Uto ( Zurich)Emil Erb 25. 1932-1934 BadenFélix Gugler 26. 1935-1937 Monte Rosa ( Sion)Alph. de Kalbermatten 27. 1938-1940 ÖltenAdolf Spring 28. 1941-1943 PontresinaRudolf Campell 29. 1944-1946 MontreuxRobert Furer 30. 1947-1949 BienneHugo Kistler 31. 1950-1952 Tœdi ( Glaris)Mathias Jenni 32. 1953-1955 NeuchâtelPierre Soguel 33. 1956-1958 BaleRobert Wenck 34. 1959-1961 Rsetia ( Coire)Georg Calonder 35i 1962-1964 GenèveEd.Wyss-Dunant Au cours des 100 dernières années, ces 35 Comités centraux ont géré et réglé les affaires du CAS. Nous insistons sur le terme « régler », car durant les trois années qu' ils sont en charge, les membres du CC doivent « régler » une quantité incalculable d' affaires et cela sans aucune rémunération. A peine sont-ils « rodés » dans leur fonction qu' ils doivent transmettre leurs dossiers à un nouveau chef de département. A maintes reprises, des voix ont proposé de prolonger la durée des fonctions du Comité central; cette suggestion a toujours été repoussée, pour la bonne raison que ce turnus préétabli a cet avantage qu' il permet aux diverses régions du pays de conduire une fois la barque, et d' alterner les CC de langues alémanique et latines. En outre, chaque région peut ainsi placer sur le plateau de la balance ses problèmes particuliers, qui seront discutés et résolus ou transmis au CC suivant. Il en résulte une vitalité permanente qui, au cours du siècle, s' est avérée très propice au développement du club, sans que la tradition en souffre. C' est peut-être là une forme typiquement suisse de procéder; chaque section, si variée et hétérogène que soit sa composition, a la possibilité de discuter en famille les problèmes alpins, pour les soumettre ensuite au CC et au forum de l' Assemblée des délégués, avec la certitude que l' idée sera accueillie et examinée. On respecte ainsi la loi de la démocratie, car il s' agit de se soumettre à la décision de l' en de l' association alpine. Le CAS forme une cordée dans laquelle le plus fort accorde toute son aide au plus faible pour atteindre ensemble le sommet et où l'on sait aussi, lorsque les circonstances l' exigent, interrompre la course à mi-chemin.
En conclusion de l' article qu' il écrivit pour le 75e anniversaire du club, Ernst Jenny résumait en ces lignes le caractère et la tâche du club: hier, aujourd'hui et demain:
« Le CAS a vécu et prospéré sur les bases fixées par ses fondateurs, même si, inévitablement, de nouvelles tâches et de nouvelles conceptions se sont fait jour. Sous peine de perdre sa valeur et sa force vitale, il ne doit pas s' écarter de la ligne et des vues idéales des fondateurs. S' il vent contribuer à développer dans notre peuple le sentiment de la nature et le respect du monde alpestre comme l' une des plus belles œuvres de la création, il doit lui-même, en tant qu' élite, montrer le chemin. C' est là sa plus haute mission. » Aujourd'hui - après 25 ans - il est de nouveau de notre devoir de regarder en arrière, de considérer l' œuvre accomplie, dans un présent qui menace le champ de nos loisirs. La technique, le mercantilisme d' une large couche de la population, et surtout une forme de vie hâtive et désordonnée qui voudrait entraîner le monde entier dans sa ronde ensorcelante touchent aussi nos montagnes. De temps à autre, jusque dans les milieux de notre CAS, des voix s' élèvent qui ne comprennent pas ou ne comprennent plus que pour nous la montagne et le paysage alpin forment un tout qui doit être considéré comme tel. Ils en isolent purement et simplement une partie, choisissant telle paroi pour en faire leur terrain de jeu, leur Klettergarten et s' y adonner à une forme exclusive d' alpinisme, oubliant totalement que l' alpinisme, dans le sens qu' il avait autrefois -et bien que l' exploration scientifique et autre des Alpes puisse être regardée comme plus ou moins achevée - a gardé sa raison d' être, l' alpinisme qui rafraîchit et réconforte le corps et l' âme, l' esprit et le cœur.
Quand nos prédécesseurs, lors de la fondation du CAS, parlaient de marquer des chemins pour faciliter V exploration des Alpes, ils entendaient par là, en un certain sens, que leur tâche était de trouver des voies qui puissent être parcourues du fond de la vallée jusque sur les hauteurs par les plus modestes touristes. Et lorsqu' ils parlaient de refuges à construire dans les hautes Alpes afin que le savant, le peintre ou le dessinateur puissent partir de là vers le sommet en bonne forme pour faire leur travail et y revenir le soir, ils ne voulaient guère autre chose que ce que nous faisons aujourd'hui en construisant nos cabanes alpines: des relais sur le chemin de la vallée au sommet, des lieux de repos où l' alpiniste peut se remettre des fatigues de la première étape, afin de pouvoir, aux premières lueurs de l' aube, partir d' un pied souple et léger pour gravir la cime.
La cabane du Grünhorn au Tœdi fut le premier refuge alpin du CAS. Elle fut construite en 1863 déjà. C' était une construction très rustique, quatre murs recouverts d' un toit, à l' intérieur un foyer, des couchettes, une table et un banc. Elle coûta 867 francs. Elle a été depuis entretenue avec amour par la section Tœdi, et peut encore aujourd'hui abriter une dizaine de touristes.
En 1937, le nombre des cabanes du club s' élevait à 116; à la fin de 1962 il est monté à 148. Voici leur répartition par régions:
Alpes vaudoises et valaisannes42 Alpes bernoises36 Alpes d' Unterwald, d' Uri et de Schwyz19 Alpes de Glaris et de St-Ga1115 Alpes grisonnes25 Alpes tessinoises11 Total 148 f Les nouvelles cabanes sont en général plus confortables et ressemblent plus ou moins à des auberges de montagne, sauf qu' on n' y trouve pas de chambres à un ou deux lits. Lorsque l' AD discute et vote les subventions de la Caisse centrale, il y a toujours des voix pour demander que le CAS s' en tienne à des refuges, c'est-à-dire à des cabanes où les clubistes seront chez eux; on ne veut pas d' hôtels de montagne comme il s' en trouve hors de nos frontières. L' AD de Coire, en 1961, appelée à donner son approbation au nouveau Règlement des cabanes, se prononça nettement contre l' affermage de nos refuges à un gérant-hôtelier, comme c' est le cas par exemple dans les Alpes autrichiennes. Mieux vaut, fut-il dit, une cabane sans gardien qu' une cabane tenue par un hôtelier. Depuis une dizaine d' années, les sections et le club construisent des bivouacs-fixes, petits refuges situés dans des endroits écartés, et qui ne risquent pas d' être encombrés par des promeneurs de la catégorie pittoresquement désignée par le terme de « punaises de cabanes ».
La Liste des cabanes publiée en 1961 par le CC de Coire donne des renseignements précis sur chacun de nos refuges alpins; altitude, situation d' après les coordonnées de la Carte nationale, nombre de places, chemins d' accès, section propriétaire. Les cabanes du Trient, du Sustli et le bivouac du Laggin ( Monte Rosa ) ont été construites avec une importante aide financière du CSFA.
Contrairement à ce que font les clubs alpins étrangers, le CAS ne s' est occupé des sentiers que pour autant qu' ils servent de voie d' accès aux cabanes. Le nouveau Règlement des cabanes de 1961 précise ( art. 10 ) que les chemins d' accès aux cabanes doivent être conçus pour des montagnards, et non pas sous forme de promenades ou de petites routes. Ce principe, qui figurait déjà dans le premier règlement, a pris une importance nouvelle considérable depuis que les véhicules à moteur pénètrent de plus en plus loin dans les hautes vallées alpestres. Le fait qu' actuellement les téléfériques déposent des foules de touristes jusque dans le voisinage de certaines cabanes, a provoqué une décision de l' AD de Coire ( 1961 ) d' après laquelle les AD décideront à l' avenir si telle cabane qui, par suite des conditions profondément modifiées, ne répond plus à son but primitif, et que la section propriétaire ne tient pas à garder, peut être vendue ou cédée. L' AD décide souverainement de la vente, ou cession, de l' emploi du produit de la vente et de la rétrocession à la Caisse centrale du subside reçu lors de la construction.
Remarquons en passant que le CAS a toujours renoncé à solliciter des pouvoirs publics des subventions pour la construction de ses refuges. Néanmoins ils sont en tout temps accessibles à chacun, car ils restent toujours ouverts, sauf quelques-uns dont la clé peut être obtenue chez un dépositaire connu. La règle de priorité pour l' admission dans les cabanes est fixée comme suit: 1° malades et blessés; 2° membres du CAS, leur épouse et leurs enfants accompagnants jusqu' à 20 ans; membres de l' OJ, du CSFA et des clubs alpins au bénéfice de la réciprocité, avec guides et porteurs; 3° les autres touristes avec guides et porteurs. Celui qui projette de faire le lendemain une ascension importante jouit d' un droit de priorité dans sa catégorie. Lorsque la cabane est gardiennée, le gardien est chargé de l' application de cet ordre. Pour ce qui est de la réserve des places, les % des couchettes peuvent être retenues à l' avancedoit être maintenu disponible jusqu' à 22 heures, à disposition des membres du CAS, et désigné comme tel par un écriteau spécial. Pendant la haute saison, la réserve de places pour militaires, écoles et sociétés n' est pas admise en fin de semaine Ces prescriptions ne sont malheureusement pas toujours observées; elles n' en gardent pas moins leur plein droit d' application.
Une autre tâche que le CAS a prise en main dès le début est l' organisation de cours de guides de montagne, afin que les alpinistes trouvent dans les Alpes suisses des guides capables et de toute confiance. De 1874 à 1912, il y a eu, dans l' un ou l' autre des cantons alpins, 41 cours pour la formation des guides, de 1913 à 1962 42 cours.
Le nombre toujours plus grand d' alpinistes « sans-guides » a engagé le CAS à publier des Guides-manuels décrivant les routes d' ascension aux sommets; il a public en outre des guides pour la géologie et la botanique, et la liste des cabanes du club. La fusion, opérée en 1925 de Y Annuaire ( Jahrbuch ) avec Y Echo des Alpes et Y Alpina en une revue mensuelle Les Alpes, a apporté l' unité souhaitée dans les publications périodiques du CAS. En 1957 est intervenue une nouvelle modification: la revue mensuelle, contenant une partie littéraire avec illustrations et une partie administrative a été remplacée par un cahier trimestriel de caractère surtout littéraire, complété par un Bulletin mensuel où paraissent les communications officielles du club, les chroniques des sections et des nouvelles sur tout ce qui touche à la montagne: cabanes, guides, OJ, protection de la nature, accidents, ascensions nouvelles, notices nécrologiques et bibliographiques. Le Bulletin publie aussi de brefs articles sur des sujets alpins. Afin que les nécrologies n' occupent pas trop de place - car chaque clubiste décédé laisse un vide douloureux dans sa section et dans le cercle de ses compagnons de cordée - le CC a décidé en 1947 que seuls auront droit à une notice nécrologique dans le Bulletin les anciens membres des Comités centraux, les membres d' honneur du CAS et des sections. On rappellera également le souvenir et l' activité des clubistes ayant rendu des services éminents et des alpinistes de notoriété reconnue. La revue Les Alpes et le Bulletin sont trilingues et même quadrilingues; nos quatre langues nationales ont le même droit de s' y faire entendre.
Le CAS a participé à l' exploration des chaînes de montagnes d' autres continents par l' envoi en 1959 d' une expédition dans les Andes du Pérou. Cette expédition officielle avait été précédée de nombreuses entreprises privées, surtout dans l' Himalaya où elles ont accompli du beau travail. Rappelons l' expédition de 1956 au Mont Everest, dirigée par le Bernois Albert Eggler, au cours de laquelle Ernest Schmied et Jürg Marmet effectuèrent la 2e ascension de l' Everest, suivis de Adolf Reist et Hans Rudolf von Gunten qui en firent la 3e ascension, tandis que la cordée Ernst Reiss et Fritz Luchsinger réussissaient la lre ascension du Lhotsé, 8501 m. En 1960, l' expédition au Dhaulagiri, 8222 m, sous la conduite de Max Eiselin, accomplit un double sur cette cime redoutable. La première cordée, composée de Ernst Forrer, Kurt Diemberger, Albin Schelbert et Peter Diener, avec les sherpas Nawang et Nima Darjee, fit la lre ascension, qui fut répétée par Hugo Weber et Michel Vaucher. L' expédition de 1959 dans les Andes, placée sous la direction de Rudolf Schatz, effectua l' ascension de 17 sommets de 5000 et 6000 m dans les massifs du Pumasillo et de la Panta ( Cordillera Vilcabamba et Cordillera Blanca ). Le groupe scientifique de l' expédition en rapporta une riche moisson de matériaux et d' observations: Peter Fricker pour la géologie, Charles Terrier pour la botanique, tandis que Ernst Spiess dressait la carte du massif de la Vilcabamba. Il y a 100 ans, les fondateurs du CAS s' étaient fixe la tâche d' explorer les Alpes suisses. On peut dire qu' au cours de ces cent années aucune chaîne de montagnes n' a été étudiée aussi à fond au point de vue géologique, minéralogique, glaciologique, géographique, botanique et géobotanique, zoologique, entomologique et ethnographique. Le CAS a maintenant transporté cette activité sur des montagnes étrangères. Si jamais il envoie une nouvelle expédition en dehors de notre pays, ses buts devront être aussi bien scientifiques qu' alpinistiques. C' est la tradition du CAS.
L' Assurance contre les accidents de montagne est un autre avantage dont le club a cherche à faire bénéficier ses membres. Elle était facultative au début ( 1917-1925 ), mais la question de l' obli fut constamment remise sur le tapis, jusqu' à ce qu' enfin l' AD de 1925 à Interlaken engloba tous les membres du club dans une assurance générale, accomplissant ainsi un inestimable progrès social au sein du CAS.
L' Organisation de la jeunesse ( OJ ) fut entreprise sur une base plus large. Le CC créa des cours spéciaux pour les chefs OJ. Il en est résulté la création dans les sections de groupes de jeunes gens - certaines sections y admettent aussi les jeunes filles - qui sont initiés à une pratique saine de l' alpinisme. De nombreux clubistes sont sortis de l' OJ, où un bon chef a su leur inculquer l' amour de la montagne.
N' oublions pas ce que le CAS a fait au cours de ce siècle en faveur de fart alpin. On a pu lire dans l' appel adressé par Simler aux amis de la montagne qu' il envisageait déjà la construction d' abris pour servir de refuge aux peintres et aux dessinateurs. Des planches et des panoramas en couleurs furent ajoutés au Jahrbuch en guise de suppléments artistiques, qui contribuèrent à faire pénétrer dans le grand public des œuvres importantes des peintres, dessinateurs, topographes et hommes de science. En 1894, la section Uto organisa la première exposition d' art alpin: huiles, aquarelles, dessins et photos. En 1923, un alinéa fut introduit dans les statuts, par lequel le CAS s' engageait à soutenir les travaux scientifiques et l' art alpin. Dès la première année de la parution de la revue Les Alpes, on y trouva des reproductions en couleurs de tableaux de peintres; les rapides progrès des procédés de reproduction colorée contribuèrent à leur succès. En 1933 eut lieu à Zurich la première exposition officielle d' art alpin, suivie de celles de Genève ( 1936 ), Berne ( 1940 ), Neuchâtel ( 1943 ), Lausanne ( 1946 ), Berne ( 1950 ), Glaris ( 1952 ), Soleure ( 1955 ), St-Gall ( 1958 ) et Thoune ( 1961 ), si bien que cette institution est maintenant bien incorporée à notre vie. Peintres et sculpteurs peuvent en tenir compte.
En 1901, le négociant Paul Utinger lança devant la section de Berne l' idée de la création d' un Musée alpin. Quatre ans plus tard, deux salles du musée de la ville furent mises à disposition des promoteurs. En 1934 enfin, grâce aux efforts des clubistes bernois et autres, et à l' aide du Fonds Coolidge, de la Confédération, du canton, de la ville de Berne et de quelques particuliers, le Musée alpin de Berne put être inauguré. Son importance est reconnue et sa renommée s' étend au-delà de nos frontières.
A côté de celle du Musée alpin se place la création en 1908 de la Centrale de diapositifs, qui dépend aujourd'hui du musée. Cette organisation a beaucoup perdu de son importance du fait de l' extension que la photographie a prise dans le peuple et des nombreuses collections privées de clichés de projection, mais elle possède beaucoup de vues de valeur documentaire. Elle saura sans doute s' adapter aux circonstances actuelles.
En 1874 déjà l' AD avait vote la création d' une Bibliothèque centrale alpine; mais cette décision resta sans suite et trois ans plus tard les volumes que possédait le club furent remis aux sections. Ce n' est qu' en 1890 que l' AD reprit l' idée et que le CC conclut avec la ville de Zurich les accords qui ont donne à la bibliothèque du CAS un siège permanent dans les locaux de la bibliothèque de la ville. La dite AD nomma une commission de la bibliothèque et créa un poste de bibliothécaire adjoint. Grâce à ces dispositions, la Bibliothèque centrale alpine prit son essor; elle est devenue un fonds de recherches pour les alpinistes et les naturalistes. Elle compte aujourd'hui plus de 16 000 ouvrages.
L' apparition du ski apporta de nouvelles tâches au CAS, celles de développer dans une direction précise le ski alpin et l' alpinisme hivernal, car pour l' alpiniste, le ski est surtout un moyen d' approcher la haute montagne en hiver; pour lui, le ski est le soulier à neige. Il est donc du devoir du CAS de favoriser la pratique du ski alpin, mais de laisser à d' autres associations le ski de compétition et le ski de piste. Le ski tout simple donne à l' alpiniste la possibilité de se maintenir en bonne forme physique jusqu' à un âge avancé, tandis que ceux qui s' adonnent au ski de compétition, parfois avec passion, l' abandonnent presque toujours après 10, 20, rarement 30 ans, ne pouvant plus participer aux concours devant des foules de spectateurs. Les médailles et autres trophées ne sont plus pour eux. Le ski alpin est pour le montagnard la prolongation de la saison alpine jusqu' au cœur de l' hiver, le temps du grand silence blanc, dans le soleil éblouissant et les ombres bleutées.
Le clubiste curieux de connaître plus en détail la vie et l' activité du club durant les premières décennies de son existence en trouvera les données dans les trois publications occasionnelles suivantes: Buss Ernst, Les 25 premières années du CAS, Genève 1890; Dübi Heinrich, Les 50 premières années du Club alpin suisse, Berne 1913, Les Alpes, octobre 1938. Numéro spécial publié à l' occa du 75e anniversaire du CAS par le CC d' Olten.
Il ne nous reste donc plus qu' à retracer, d' après les rapports et protocoles, ce que fut la vie et l' activité du club durant la période 1939-1963. Nous nous bornerons à citer les faits et événements les plus importants, pierres de touche du développement constant de notre association.
Nous donnerons d' abord la liste des localités où ont eu lieu les assemblées générales, les assemblées des délégués et les fêtes centrales, en corrigeant postérieurement la numérotation, vu qu' au cours des premières années il y eut quelques solutions de continuité. Ce n' est que pendant les dernières décennies que les dates se succèdent régulièrement. Le nombre des assemblées générales ne correspond pas à celui des rapports de gestion. Le chiffre de ces derniers atteindra juste la centaine avec celui de 1962/63, tandis que l' Assemblée des délégués et la Fête centrale porteront officiellement le n° 103.
Fêtes centrales ( F ) et Assemblées des délégués ( AD ) de 1863 à 1963:
1863 OltenFondation du CAS 1863Glarislre F et Assemblée générale 1864Bâle2e F et lreAD 1865Coire3e F et 2e AD 1866St-Ga114e F et 3e AD 1867Lucerne5e F et 4e AD 1868Berne6e F et 5e AD 1869Genève7e F et 6e AD 1870Supprimées à cause de la guerre 1871Zurich8«Fet 7»AD 1872Lausanne9e F et 8e AD 1873Herisau10e F et 9e AD 1874Sion11e F et 10e AD 1875 Thoune12eFetlleAD 1876Fribourg13e F et 12e AD 1877Glaris13« AD 1878Interlaken14e F et 14e AD 1879Genève15e F et 15e AD 1880Rapperswi116e F et 16e AD 1880Berne17e AD ( extraordinaire ) 1881Bâle17e F et 18e AD 1882Neuchâte118e F et 19e AD 1883Berne19e F et 20e AD 1884Altdorf20e F et 21e AD 1885Villars s/OUon21e F et 22e AD 1886Winterthour22e F et 23e AD 1887Bienne/Bie123e F et 24e AD 1888Olten25e AD 1889Zurich24e F et 26e AD 1890Baden27e AD 1891Zofingue25e F et 28e AD 1892Olten29« AD 1893St-Ga1126e F et 30e AD 1894Langentha131e AD ( extraordinaire ) 1894Baden32e AD 1895Schwyz27e F et 33e AD 1896Aarbourg34e AD 1897La Chaux-de-Fonds ...28e F et 35e AD 1898Langentha136e AD 1899Lugano29e F et 37e AD 1900Brougg38e AD 1901Vevey30e F et 39e AD 1902Brougg40e AD 1903Pontresina31eFet41eAD 1904Olten42e AD 1905Engelberg32e F et 43e AD 1906Olten .44e AD 1907Berne33e F et 45e AD 1908Olten46e AD 1909Zurich47e AD 1910Neuchâte134e F et 48e AD 1911Zoug49e AD 1912Baden50e AD 1913Lucerne35e F et 51e AD 1913Zurich52e AD 4 Le lac de montagne A Rifelalp ( la Dent Blanche a disparu dans les nuages ), Mont Durand, Ober Gabelhorn et Wellenkuppe ( à droite ) Photo Franz Schneider, Lucerne 7 Le gendarme Arête ouest du Piz Vadret ( Grisons ) Photo Lisa Gensetter. Davos ( extraordinaire1938 1914Aarau53e AD ( extraordinaire1939 1915Berne54e AD1940 1915Bâle55e AD1941 1916Genève36e F et 56e AD1942 ( réunion générale1943 1917Zofingue57e AD1944 1918Supprimée à cause de la guerre1945 1919Berthoud/Burgdorf.... 37e F et 58e AD1946 ( réunion générale1947 1919Bâle59e AD1948 1920Schwyz60e AD1949 1921Baden61e AD1950 1922Zermatt38e F et 62e AD1951 1923Berne63 e AD1952 1924Langnau i. E64e AD1953 1925Interlaken39e F et 65e AD1954 1926Lausanne66e AD1955 1927Zoug67e AD1956 1928 Montreux40e F et 68e AD1957 1929St-Ga1169e AD1958 1930Soleure70e AD1959 1931Altdorf41e F et 71e AD1960 1932La Chaux-de-Fonds ...72e AD1961 1933Winterthour73e AD1962 1934Coire42e F et 74e AD1963 1935Berne75e AD 1936Sion76e AD1963 1937Lugano43e F et 77e AD Olten44e F et 78e AD ( 75e anniversaireSupprimée à cause de la guerre Glaris79e AD Bienne80e AD Fürigen81e AD Pontresina45e F et 82e AD Einsiedeln83e AD Fribourg84e AD Montreux46e F et 85e AD Bâle86e AD Sion87e AD Interlaken47e F et 88e AD Zurich89e AD Engelberg90e AD Vevey48e F et 91e AD Davos92e AD Berne93e AD Neuchâte149e F et 94e AD Adelboden95e AD Hérisau96e AD Bâle50e F et 97e AD Yverdon98e AD Winterthour99e AD Coire51e F et 100e AD Montreux101e AD Berne102e AD ( extraordinaire ) Interlaken103e AD et fêtes du centenaire Depuis une soixantaine d' années, les fêtes centrales ont toujours été associées à la nomination du nouveau Comité central. En effet, le transfert du pouvoir des mains du PC sortant à celles du PC entrant en charge prête à ces manifestations une solennité toute particulière. C' est aussi l' occasion pour les PC d' exposer leur programme ainsi que les tâches et voies nouvelles qui se présentent au CAS. La présence aux fêtes centrales et aux assemblées des délégués des autorités du canton et de la ville où siège le CC montre que le CAS garde un contact étroit avec le peuple et l' Etat. En 1940, la Fête centrale de Glaris n' eut pas lieu: on était en plein dans la deuxième guerre mondiale qui faisait rage à nos frontières et l'on n' avait pas le cœur à une joyeuse fête.
Voici, d' après la chronique des 25 dernières années, quels furent les faits principaux de la vie du CAS de 1938 à 1963:
1938. L' AD coïncidait avec la célébration du 75e anniversaire du CAS. Dans le compte rendu qu' il en donna, le rédacteur de la revue Les Alpes, Ernst Jenny, relevait entre autres: « Des centaines de clubistes s' y étaient donné rendez-vous. Chacun des participants avait le sentiment qu' ici battait le cœur du Club alpin; ici est le pays 1\ » La présence de nombreux représentants des autorités fédérales et cantonales, de la Ville d' Olten, de plusieurs associations alpines étrangères, de la Société suisse des sciences naturelles, montrait dès l' abord que le Club alpin signifiait quelque chose en Suisse et à l' étranger. Le PC Adolf Spring tenait le sceptre. Hugo Meyer, à la fois syndic de la ville et vice-président du CC d' Olten, exposa avec amour, de façon pertinente et complète, l' histoire et la signification du club, ses réalisations au cours des 75 années de son existence, 1 Les Alpes, 1938, Varia, p. 271.
2Les Alpes - 1963 - Die Alpen sa mission culturelle et patriotique dans l' avenir: « La grandeur à la fois patriotique et humaine qui, dans l' esprit de Th. Simler, devait résulter de l' union non pas seulement superficielle, mais profondément éprouvée des montagnards en une association alpine helvétique, de leur activité conjuguée, dit le Dr Meyer, cette noble idée qu' il fit partager aux fondateurs du club fut ensuite transmise par eux à des milliers, puis à des dizaines de milliers de compatriotes. Cet idéal qui a survécu à tous les changements survenus parmi les hommes et à l' évolution des temps, qui a perduré victorieusement à travers les épreuves et les mauvais jours, et qui ne périra pas aussi longtemps que nos successeurs lui resteront fidèles, ce solide fondement base sur l' amour de la patrie, le dévouement à I' idéal dont s' inspire le montagnard et sur l' amitié qui lie ensemble les compagnons de cordée, tout cela, dans ce jour de fête et de célébration, doit être proclamé publiquement. » Ces paroles décisives exprimaient bien ce que fut, est, et demeure le CAS, des paroles énergiques qui gardent leur pleine valeur en cette célébration du 100e anniversaire. Le conseiller fédéral Ph. Etter termina par ces mots le salut qu' au nom de la plus haute autorité du pays il adressa aux participants: « Je fais mes vœux pour l' heureux développement futur du Club alpin suisse. Puisse-t-il être comme une forteresse pour la défense spirituelle du pays. » Et c' est bien là ce qu' est le CAS: un front de patriotes debout pour la protection de la patrie.
L' Assemblée des délégués de cette année 1938, en humeur de fête, décida la participation du CAS à l' Exposition nationale de Zurich, sous la forme d' une cabane alpine authentique ( qui a trouvé ensuite, sous le nom de cabane de Leutschach, son site définitif dans les Alpes uranaises ). Les délégués votèrent des subventions pour les cabanes du Doldenhorn, du Mont Rose et de la Krönte. Ils rejetèrent la proposition de créer un bureau de presse du CAS. L' AD discuta des rapports entre notre OJ et l' instruction préparatoire obligatoire, souhaitant que notre Organisation de jeunesse reste indépendante. Enfin, elle adopta le Règlement des expositions d' art alpin.
1939. Commencée sous un ciel plus ou moins serein, l' année devait apporter la guerre entre les pays qui nous entourent. L' activité externe du CAS en fut profondément gênée, car la plupart des clubistes furent mobilisés pour la protection de nos frontières. L' AD qui devait siéger à Glaris dut être renvoyée à des temps meilleurs. Le rapport annuel du CC mentionne cependant un gros travail interne. Dans les jours difficiles du début de la deuxième guerre mondiale, alors qu' il s' agis de lutter contre l' idéologie débordante du nazisme, c' est dans les rangs du CAS que se maintenait l' esprit d' unité confédérale hérité de nos ancêtres.
1940. A la fin d' avril, la mort inattendue du rédacteur des Alpes, Ernst Jenny de Zofingue, jeta sur le club une ombre qui fut longue à se dissiper, car avec lui disparaissait une figure de proue du CAS. L' alpiniste bâlois Carl Egger, peintre et écrivain, occupa ad intérim le poste de rédacteur jusqu' au moment où le choix du successeur d' Ernst Jenny fut fixé. L' auteur soussigné de ce travail entra en fonction au printemps 1941. Des questions d' assurance, de sauvetage, les choses concernant les cabanes restaient les tâches les plus importantes du CC qui, comme les sections elles-mêmes, était grandement gêne dans son activité par la prolongation du service actif et par la guerre dont le champ ne cessait de s' étendre. Aussi est-ce dans une atmosphère de gravité que se tint Y AD de Glaris. Elle vota des subventions pour la reconstruction des cabanes du Mountet, du Balmhorn et d' Albigna. La section de la Haute Engadine fut chargée de fournir le CC pour les années 1941-1943. La section de Berne organisa la 3e exposition d' art alpin.
1941. \JAD de Bienne dut prendre une décision sur une dérogation à l' art. 8 des statuts par laquelle la section Angenstein fut autorisée à avoir son siège à Bâle, à côté de la section de cette ville, exception qui n' a jamais amené la moindre dissension. Des subventions furent attribuées pour la construction des cabanes des Vignettes et du Tierbergli, et des suppléments pour dépasse- ments de devis aux cabanes des Clarides et du Balmhorn. Le nom de la Commission des périodiques fait place à celui de Commission des publications, car ladite ne s' occupe pas seulement de la revue Les Alpes, mais aussi de toutes les autres publications du CAS, particulièrement des guides-manuels et des expositions d' art alpin. L' assemblée confirma l' interdiction de vente d' alcool dans les cabanes du club, et prit des décisions pour le règlement des frais des colonnes de secours.
1942. Le rapport de gestion du CC nous apprend que malgré la prolongation de la guerre ( ou à cause de - ), l' activité interne du club n' a pas chômé: collaboration avec l' armée en ce qui concerne l' OJ et l' instruction militaire préparatoire, l' occupation des cabanes par la troupe, les postes de secours, etc. UAD de Fürigen s/Stansstad vota une contribution à la construction de la cabane de Lidernen, et un subside de fr.20 000 à l' Institut fédéral des avalanches du Weissfluhjoch. Les délégués décidèrent également la publication d' un manuel de technique de l' alpinisme et l' orga de cours centraux pour faire connaître et pratiquer les nouvelles techniques. Des voix nombreuses insistèrent énergiquement pour que le club intervienne à temps utile pour défendre les vallées alpestres contre les entreprises des grandes sociétés hydroélectriques.
1943. Collaboration encore plus étroite entre l' armée et le CAS dans le domaine des organisations de sauvetage et les guides alpins. On crée un fonds spécial de sauvetage avec un versement initial de fr. 6000. Des subventions sont votées en faveur des cabanes Coaz et de la Blümlisalp et le nouveau contrat d' assurance obligatoire contre les accidents de montagne est adopté; il prévoit des indemnités de fr. 8000 et fr. 10 000. L' honneur de fournir le nouveau CC est dévolu à la section de Montreux. Neuchâtel organise la 4e exposition d' art alpin, un clair soleil égaie la Fête centrale à Pontresina.
1944. A l' annonce du projet de faire de la Riederalp une place de tir qui aurait englobé toute la région du Finsteraarhorn-Schreckhorn-Eiger-Mönch-Jungfrau-Breithorn-Aletschhorn, le CAS s' allie à d' autres associations ( Société helvétique des sciences naturelles, Ligue suisse pour la protection de la nature ) pour lutter avec succès contre ce dessein. Plusieurs cours sont organisés pour développer le ski alpin. UAD a"Einsiedeln vote des subventions pour les cabanes des Vignettes ( Jenkins ), de la Tœschalp et du Vélan. Elle décide la création d' une Commission des organisations de jeunesse, placée sous la direction du chef OJ du CC.
1945. La deuxième guerre mondiale enfin terminée, et bien que la liquidation de ces temps difficiles crée de nouvelles tâches et de nouveaux problèmes, on respire plus librement. « Les fréquentes et longues absences dues aux mobilisations, les restrictions de tout genre, les difficultés de transport, etc., ont eu leurs répercussions sur l' activité des clubistes, des sections et du CC, dit le rapport de gestion; néanmoins, malgré tous ces empêchements, le CAS n' a cessé de s' étendre et de se développer. Il a construit des cabanes, organisé des semaines clubistiques, des cours d' été et d' hiver. » Le nombre des membres a augmenté. Après la démobilisation des troupes, le CAS reprend à son compte, en collaboration avec diverses institutions civiles, le corps de chiens d' avalanches créé par l' armée durant la guerre. UAD de Fribourg vote une subvention pour la construction de la cabane du Trift; elle charge le CC de pousser activement au développement de l' alpinisme hivernal, afin que l' expérience acquise dans ce domaine durant les mobilisations soit maintenue et augmentée. Une Commission d' alpinisme hivernal est créée à cet effet.
1946. On revient peu à peu à la vie normale. L' activité proprement alpine des clubistes et des sections connaît une progression réjouissante. Le groupe de Nyon de la section des Diablerets ( Lausanne ) se constitue en section autonome sous le nom de « La Dôle » et devient la 87e section du CAS. Grande activité dans le domaine des publications; la liste des guides-manuels s' enrichit de plusieurs nouvelles éditions. Lausanne voit le succès de la 5e exposition d' art alpin. UAD de Montreux subventionne la reconstruction des cabanes Concordia et de l' Etzli; preuve que le CAS s' efforce d' adapter les anciens refuges aux exigences de l' époque en augmentant le nombre des places au dortoir et au réfectoire. Le Règlement des cours de guides, pour l' obtention du brevet, celui des postes de secours et des postes d' appel sont modifiés et complétés. La section de Bienne fournira le CC pour la période 1947-1949.
1947. UAD de Bàie vote des subventions pour les cabanes de Bertol et d' Eseltschuggen ( Zermatt ). En acceptant t' augmentation du coût de l' abonnement aux Alpes, elle témoigne de l' intérêt qu' elle prend à la revue du club. Elle décide en outre que le CAS ne sollicitera aucune subvention des pouvoirs publics pour la construction des cabanes, et n' acceptera celles d' autres corporations que si elles ne limitent en rien la liberté du club dans son activité.
1948. A l' occasion du 100e anniversaire de la Constitution fédérale de 1848, qui a créé l' unité actuelle de la Confédération, l' Association des membres britanniques du CAS adresse au CC un télégramme de félicitations, exprimant au CAS les vœux les plus chaleureux de nos collègues britanniques. UAD de Sion approuve la convention signée entre la section Rossberg et le CSFA touchant l' utilisation de la cabane du Sustli, à la construction de laquelle les dames alpinistes ont contribué par un subside important. Les délégués votent des subventions pour l' agrandissement ou la reconstruction des cabanes Coaz, Legier, de Sciora et de Moiry.
1949. Le renchérissement consécutif à la guerre se fait aussi sentir dans les comptes du CAS, particulièrement au chapitre des publications, obligeant le CC à faire des économies sur divers postes du budget. Malgré cela, l' activité du club n' en est pas moins très vive, surtout en ce qui regarde les courses collectives, les cours d' instruction et de perfectionnement: il faut liquider les restrictions imposées par les années de guerre. La section Mythen organise la première réunion générale des « Ojiens ». UAD, qui eut lieu à Interlaken en même temps que la Fête centrale, acclama le nouveau Président central et le CC de Glaris. Des subventions furent votées pour l' agrandissement des cabanes Jürg Jenatsch, Britannia et de la Blümlisalp, non sans que quelques voix aient de nouveau protesté contre l' existence de très grandes cabanes.
1950. Siégeant à Zurich, Y AD vota des subventions pour la reconstruction des cabanes de Tschierva et du Mutthorn, approuva le nouveau Règlement de la Commission des publications qui en était déjà à sa 25e année, ainsi que le nouveau contrat d' assurance. Elle recommanda aux parents ou descendants des victimes de l' Alpe de ne pas poser de plaque commemorative sur le lieu de l' accident, et pria les propriétaires desdits lieux de ne pas autoriser ces monuments afin d' en restreindre le nombre. Elle émit une protestation contre l' inclusion du Parc national de la Basse Engadine dans les projets de construction d' usines hydroélectriques. La section de Berne organisa la 6e exposition d' art alpin.
1951. Le CC de Glaris introduit une innovation sous forme de conférences entre le pouvoir central et les présidents des sections. Ces rencontres facilitent considérablement les travaux des assemblées des délégués; les affaires importantes peuvent y être discutées préalablement, les avis et opinions des sections s' y faire entendre et le contact entre sections et le CC y gagne beaucoup. UAD d' Engel accorde les subventions nécessaires pour la reconstruction sur un nouvel emplacement de la cabane Rambert et l' adjonction d' un étage à la cabane de la Dent Blanche. Elle approuve le nouveau Règlement des expositions d' art alpin et charge une commission ad hoc, nommée par le CC, d' étudier la révision des statuts centraux.
7952. Un legs de fr. 5000 de Paul Montandon est mis à la disposition de l' expédition suisse à l' Himalaya dirigée par le Dr Ed. Wyss-Dunant et financée d' autre part par la Fondation suisse pour explorations alpines. Le CAS montre par là l' intérêt qu' il prend à cette expédition. Au nom du CAS tout entier, le CC proteste contre le projet de construction d' un téléférique au Cervin. L' AD siège à Vevey/La Tour-de-Peilz. Pour répondre au renchérissement incessant, le prix de l' abonnement à la revue et la cotisation centrale sont augmentés l' un et l' autre de fr..50 et portés à 7 fr. 50 et 6 fr. 50. Des subventions sont votées pour la reconstruction des cabanes d' Albigna et du Gspaltenhorn. Les nouveaux statuts centraux sont adoptés après une discussion approfondie. Puissent-ils rester en vigueur pendant 30 ans, comme ceux de 1923. Neuchâtel est désigné comme siège du CC pour les années 1953-1955.
1953. Le CAS ne pouvant pour l' instant organiser sa propre expédition dans les montagnes d' autres continents témoigne de son intérêt en appuyant celle du Club alpin académique de Zurich au Dhaulagiri. L' AD de Davos accorde un subside aux guides de Zinal pour la construction d' un refuge à l' Ar Pitetta.
1954. La monographie du guide Alexander Taugwalder, 1897-1952, rédigée par Hermann Fietz, est donnée en supplément à la revue, en français et en allemand. Le major hindou Jayal, chef de l' Ecole d' alpinisme de Darjeeling, et le sherpa B. Tensing, qui accompagnait Sir Emund Hillary lors de la première ascension de l' Everest, participent au cours de guides en Valais. UAD de Berne vote des subventions pour les cabanes d' Enderlin et de Schönbiel. Elle décide la création d' une Commission de sauvetage qui sera présidée par le chef des postes de secours du CC en charge. Elle se prononce contre la construction d' un téléférique Fräkmuntegg—Pilate ( ce qui n' a pas empêche l' octroi de la concession ni la construction ). Elle décide enfin d' adresser au Conseil fédéral une pétition exprimant le souci du CAS devant la profanation et l' exploitation du monde alpestre qu' amène la prolifération des téléfériques de tous genres, et priant notre haute autorité de fixer de façon précise les conditions d' octroi pour téléfériques, télésièges, skilifts, etc. ( ce qui ne s' est pas fait jusqu' ici; les demandes de concession pour ces engins sont examinées de cas en cas, parfois par la Commission fédérale des chemins de fer de montagne, à titre consultatif ). La semaine clubistique organisée en Corse par le CC de Neuchâtel connaît un grand succès.
1955. L' activité du CAS débute par deux séries de semaines de ski dans le Tyrol. La tradition s' implante de courses collectives d' hiver et d' été à l' étranger. Soleure voit s' ouvrir la 8e exposition d' art alpin. UAD et la Fête centrale ont lieu à Neuchâtel. L' art. 1er des statuts reçoit cette utile adjonction: « Il ( CAS ) peut aussi s' occuper d' explorations et de recherches à l' étranger », ce qui laisse au CC les mains libres pour organiser ses propres expéditions. Il y donne suite en nommant une commission chargée d' étudier les projets et requêtes éventuels. La discussion sur des modifications et adjonctions au règlement des cabanes fait apparaître la nécessité d' une prochaine révision complète de ce document. Bàie sera le siège du CC pour les années 1956-1958.
1956. Outre la conclusion du contrat d' assurance pour les membres de l' OJ, la transformation de la revue Les Alpes fut le travail important de cette année. La partie littéraire paraîtra désormais en quatre fascicules trimestriels, éditions allemande et française séparées. La première contiendra 20% de textes français, la seconde 20% de textes allemands. Les textes italiens seront insérés dans l' édition allemande; les textes romanches dans l' édition française. Par la traduction d' articles en français et en allemand, les clubistes de la Suisse occidentale ( et de la Suisse italophone ) recevront des cahiers contenant 80 % de textes français; ceux de la Suisse alémanique y trouveront 80 % de textes allemands. Le Bulletin, qui correspond aux anciens Varia, continuera à paraître chaque mois. Certaines matières, notamment les communications du CC, n' y figurent que dans une seule langue, allemand, français ou italien. Les lecteurs des divers territoires linguistiques de la Suisse recevront donc une revue dans laquelle leur langue maternelle occupera la plus grande place, tout en conservant le caractère polyglotte de la Suisse.
Dans les milieux du CAS, on enregistre avec une grande satisfaction le succès de t' expédition himalayenne qui, sous la direction d' Albert Eggler de Berne, effectua les 2e et 3e ascensions de l' Everest, et la « première » du Lhotsé. Des félicitations sont adressées à la Fondation suisse pour la parfaite réussite de cette entreprise. Le développement du ski alpin occupe une place toujours plus grande dans l' activité du club, qui ne néglige pas pour autant la formation des équipes de sauvetage, des chefs de courses, des chefs Ojiens. UAD d' Adelboden approuve les transformations apportées à la revue et vote des subventions pour les cabanes du Dom, du Dossen et du Finsteraarhorn. Elle se prononce pour la protection absolue des cascades du Geltenbach dans le Simmental.
1957. UAD siégeant à Hérisau ajoute à l' art. 2 des statuts centraux un paragraphe plaçant l' aide aux recherches scientifiques alpines, à l' art alpin et au Musée alpin de Berne parmi les tâches officielles du CAS. Elle crée une Commission permanente du ski et règle le sort de la vieille cabane en ruines de la Schwarzegg, remplacée aujourd'hui par celle de la Strahlegg. On décide le rachat par le club de la cabane des Diablerets, jusqu' ici propriété privée. Le contrat d' assurance contre les accidents est complété par une disposition permettant de couvrir, moyennant un supplément de prime, les frais résultant d' un accident.
1958. L' alpinisme, en été comme en hiver, prend une extension toujours plus considérable. Les CC continuent à porter toute leur attention à la formation des guides; mais on n' arrête pas l' évolution que subit la pratique de la montagne. La meilleure formation des grimpeurs d' une part, et d' autre part le renchérissement général de la vie font que de plus en plus on se passe des services des guides. A St-Gall, la 9e exposition d' art alpin connaît son succès habituel. UAD de Bâle accorde des subventions pour les cabanes du Weissmies, de l' Alpstein et du Mont Rose. Elle approuve la constitution d' un fonds spécial pour aider les clubistes et les membres de l' OJ à payer les frais des colonnes de secours. L' Office central des clichés de projection est incorporé au Musée alpin; il subsistera comme section du Musée au service des recherches scientifiques et comme fonds de documentation. La décision la plus importante de l' assemblée de Bâle fut d' organiser en 1959 une expédition alpine et scientifique aux Andes du Pérou. Pour financer l' entreprise, la cotisation centrale annuelle fut augmentée d' un franc.
Coire est désigné comme siège du Comité central pour les années 1959-1961.
1959. Signalons en premier lieu le succès de l' expédition du CAS aux Andes, placée sous la conduite de Rud. Schatz. Le cahier I/1960 des Alpes en a donné des récits détaillés. Au point de vue alpinisme, le résultat en est des plus réjouissants, de même que celui du travail de l' équipe scientifique en botanique, en géologie et en topographie. La préparation de la carte de la région explorée exigera un certain temps; la publication en est assurée grâce à l' aide de la Fondation suisse pour explorations alpines. UAD d' Yverdon vota des subventions pour l' agrandissement de la cabane de Susanfe et pour le refuge de Sassfora dans le Val Bregaglia.
Il est donné suite au vœu exprimé que le siège du futur CC soit désigné une année à l' avance, afin que la section intéressée puisse prendre les dispositions nécessaires ( location des bureaux, etc. ). Ainsi la section chargée de fournir le CC sera désignée la seconde année de I' activité du CC en charge, tandis que le Président central, comme ce fut le cas jusqu' ici, ne sera nommé que la troisième année du CC sortant.
Le nombre des membres du CAS a dépassé 40 000.
1960. Le Club suisse des femmes alpinistes, qui dans le passé a fait au CAS des dons importante pour la construction des cabanes du Trient et du Sustli, offre encore au club le bivouac-fixe qui figurait à l' exposition SAFFA à Zurich. Le dit refuge a été attribué à la section Monte Rosa qui l' a place sur un promontoire rocheux au pied du Lagginhorn, côté Simplon. La publication de l' ouvrage La Flore de nos Alpes ( Unsere Alpenflora ) inaugure une nouvelle collection de guides scientifiques. Ce premier volume sera suivi sous peu d' un Guide géologique des Alpes suisses et du Jura qui remplacera le Geologischer Führer ( 1911 ) épuisé depuis longtemps.
L' AD de Winterthour, après avoir vote des subventions pour les cabanes Fridolin, du Spannort et de l' Oberaar, a pris les dispositions suivantes au sujet des publications du centenaire du CAS:
a ) Le fascicule 1 ( ler trimestre ) donnera l' histoire du CAS, particulièrement celle des 25 dernières années.
bLe fascicule II contiendra les notices biographiques des principaux explorateurs suisses des Alpes.
c ) Le cahier III paraîtra sous forme d' un volume consacré à La montagne et les peintres. Il sera pagine séparément et constituera le vrai cadeau du centenaire aux membres du CAS.
d ) Le fascicule IV exposera l' état actuel de l' alpinisme.
Les fêtes du centenaire et l' AD 1963 auront lieu à Interlaken.
La cabane du Piz Sol se trouve actuellement dans le voisinage immédiat d' un téléférique et d' un télésiège; elle a complètement perdu sa qualité de refuge pour alpinistes et doit être abandonnée. Le CC veillera à ce qu' elle ne passe pas, directement ou indirectement, en mains étrangères, et se réservera le droit de rachat éventuel. Le produit de la vente sera place en compte d' attente et servira à la construction d' une nouvelle cabane par la section Piz Sol.
Genève est choisi comme siège du CC pour 1962-1964; c' est donc à la Section genevoise qu' échoit l' honneur de fournir le Comité central du centenaire.
Les membres du CAS ont donne environ fr. 11 000 pour la maison du Tibet.
1961. L' an précédent, le CC avait organisé un cours destiné à faire connaître et exercer les formes modernes de varappe et les moyens utilisés en escalade artificielle. Le cours de cette année a pour but de familiariser les participants avec l' emploi du nouveau matériel de sauvetage. Les expériences faites dans maintes stations alpines montrent que les colonnes de secours du CAS sont nécessaires aujourd'hui comme jadis, et que certaines de leurs tâches ne peuvent être accomplies par la Garde aérienne de sauvetage. L' intervention de celle-ci est précieuse pour le transport rapide d' un blessé amené jusqu' à une place d' atterrissage pour petits avions.
A Thoune a lieu la 10e exposition d' art alpin. C' est à Coire que siège la 700e AD et que se déroule la 57e Fête centrale. Des subventions sont votées pour les cabanes de Leutschach, de Grubenberg, de Tuoi, du Gelmer et Hollandia. Le Règlement des cabanes, dans sa nouvelle révision, conserve les principes fondamentaux: Nos refuges restent ouverts à tout le monde et ne seront pas affermés à un restaurateur. Le renchérissement de toutes choses oblige d' augmenter d' un demi-franc la cotisation centrale et l' abonnement à la revue.
1962. Le Dr Ed. Wyss-Dunant est à la tête du CC de Genève. L' AD de Montreux fut précédée d' une cérémonie au château de Chillon, au cours de laquelle lecture fut donne de la lettre-circu-laire du prof. Théodore Simler ( 20 octobre 1862 ) invitant les alpinistes suisses à se grouper en club alpin. M. Albert Picot y fit un exposé des origines de l' alpinisme en Suisse et de ses pionniers.
L' AD approuva les projets pour les fêtes du centenaire à Interlaken et pour la participation du CAS à l' Exposition nationale de 1964. La décision au sujet de la cabane du Hörnli ( Cervin ) est renvoyée à plus tard.
1963. Assemblée extraordinaire des délégués à Berne, au cours de laquelle on liquide la question de la cabane du Hörnli.
AD et Fêtes du centenaire à Interlaken.Trad. L.S. )