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Qualifié déjà comme le «procès de la décennie», le procès de l'un des banquiers les plus célèbres de Suisse, Pierin Vincenz, suscite toutes les passions. Mais pourquoi fait-il donc autant jaser?
Bâtisseur de Raiffeisen, le troisième groupe bancaire helvétique, Pierin Vincenz a dirigé la banque de 1999 à 2015.
Mais ce n'est pas n'importe quel grand directeur de banque. Selon Le Temps, il est peut-être l'unique banquier à avoir joui d'une telle popularité. Pendant des années, il est non seulement considéré comme une star de la finance, un bâtisseur de banque talentueux, mais également comme un patron qui se distingue des requins cupides de la finance par sa modestie.
Pierin Vincenz comparaîtra aux côtés de six autres prévenus. Le plus notable d'entre eux est son ancien partenaire d’affaires, Beat Stocker, ex-patron de la société d'émission de cartes de crédit Aduno.
Selon l'acte d'accusation (qui fait pas moins de 364 pages), on leur reproche notamment:
Parmi les faits reprochés, les deux hommes se seraient accordé des avantages financiers indus lors de rachats d'entreprises. Ils auraient empoché ainsi illicitement la somme de 25 millions de francs.
Les partenaires auraient également perçu des indemnités irrégulières basées sur des notes de frais illégitimes. Pierin Vincenz aurait dépensé plus de 560 000 francs au détriment de Raiffeisen, dont un peu plus de 200 000 francs comptés comme frais professionnels dans des cabarets, des clubs de strip-tease et autres bars de nuit.
Dans le cadre de voyages privés avec sa famille et ses amis, il aurait facturé à Raiffeisen des vols, un hébergement et des repas pour environ 251 000 francs.
Les deux accusés se seraient en outre fait promettre d'autres avantages illégaux d'un montant de 22,5 millions de francs. Mais ces plans ne se sont pas concrétisés.
Quant aux cinq autres prévenus, ils sont accusés de complicité d'escroquerie ou d'abus de confiance.
Le Ministère public requiert des peines de six ans de prison ferme contre les deux principaux prévenus. La Schweizer Radio und Fernsehen (SRF) précise que Beat Stocker risque également de devoir rembourser les seize millions de francs suisses indûment perçus, tandis que Pierin Vincenz devra rendre neuf millions.
Le «procès de la décennie», considéré comme le procès économique le plus important en Suisse depuis celui de Swissair en 2007, devrait durer quatre jours. Toutefois, un ou deux jours supplémentaires seront peut-être nécessaires.
En effet, le procureur et six des avocats de la défense ont annoncé un temps de parole de 39 heures, selon des informations d'Inside Paradeplatz, qui ont été confirmées à l'agence Keystone-ATS par le tribunal de district. Du coup, en plus d'une audience de réserve prévue le 9 février, le tribunal envisage d'y ajouter une journée supplémentaire.
Compte tenu de l'affluence attendue, les audiences se déroulent dans la salle du Volkshaus et non au tribunal de district de Zurich. Le tribunal prévoit une centaine de personnes le premier jour du procès, dont de nombreux représentants des médias.
Pierin Vincenz et Beat Stocker ont déjà rejeté les accusations portées contre eux. Ils sont tous les deux présumés innocents.
«Dans de futurs dossiers» concernant, eux aussi, le respect de la vie privée, «nous devrions revoir toutes les jurisprudences», a écrit le juge de la haute juridiction Clarence Thomas, dans un argumentaire personnel qui accompagne la décision.