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Vous avez sûrement déjà vu ou participé à une vente de pâtisseries, levant des fonds pour un quelconque projet. Mais vous êtes-vous demandé d’où venait cette pratique ? Débutées dans les années 1800, les ventes de pâtisseries connaissent un tournant à la fin du XIXe siècle, lorsqu’elles deviennent un moyen pour les suffragettes de militer et financer leur cause politique…
Au XIXe siècle, la «sphère privée» était considérée comme le domaine des femmes, en opposition à la «sphère publique», réservée aux hommes. Cantonnées aux tâches domestiques, les femmes de certains milieux avaient également l’obligation morale de s’occuper de charité. C’est ainsi que dans les années 1800, les ventes de pâtisseries et de nourriture débutent.
Elles sont à l’origine un moyen de récolter des fonds pour des causes caritatives. Ce sont ainsi les femmes qui les organisent, les gèrent, et préparent la nourriture qu’elles y vendent. À cette même époque, les activités caritatives et philanthropiques féminines peuvent prendre d’autres formes, comme des distributions de nourriture aux démunis ou l’organisation de tombolas. Dans ce dernier cas de figure, les pâtisseries sont des lots à gagner.
À la fin du XIXe siècle, lorsque les mouvements féministes suffragistes se multiplient, les ventes de pâtisseries prennent un nouveau tournant. Elles servent alors à récolter des fonds pour des causes politiques et sociales, finançant les campagnes politiques des suffragettes.
Cette nouvelle facette des ventes de pâtisseries s’observe surtout aux États-Unis au début du XXe siècle. Cette manière de lever des fonds a un double but: financer les mouvements suffragistes, et montrer, par leurs talents culinaires, que l’obtention de droits civiques n’est pas incompatible avec la cuisine. Elles prouvent ainsi que droits politiques et devoirs domestiques ne s’opposent pas.
L’administration totale de la charité laissées aux femmes démontrait également leurs capacités à gérer des comptes, organiser des évènements et à intervenir dans certains aspects de la sphère publique.
Les suffragettes ont également financé leurs campagnes en vendant des livres de cuisines. Plusieurs livres de recettes ont été publiés aux Etats-Unis entre 1886 et 1920, l’année où les femmes américaines ont obtenu le droit de vote.
Recettes salées y côtoient pâtisseries, pains et boissons nourrissantes. Ces ouvrages sont représentatifs de l’alimentation et des habitudes de l’époque charnière entre le XIXe et le XXe siècle.
Voici deux exemples de recettes, tirées de The Woman Suffrage Cookbook, ouvrage compilé par Mme Kleber et publié en 1905.
Vous voulez découvrir une autre recette historique?
La cuisine des suffragettes. Recettes recueillies par Mme L.O. Kleber. Marchand de feuilles, Montréal, 2020.
Kennedy, Alice. « When Is a Bake Sale a Protest? ». The Nation, 15.07.2020. En ligne ici.
Stevens, Ashlie. « From suffrage to abortion access: A brief, subversive history of women baking for liberation». Salon.com, 03.05.2022. En ligne ici.
« Woman-led philanthropy: From organizing bake sales to advocating for woman suffrage». American History, 10.06.2016. En ligne ici.
Images 1 à 3: Domaine public, Wikimedia Commons.
Image 4 : Photographie de l’auteure