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Le personnage qui se tient au centre de cette image occupe presque toute la pièce où il se trouve. Est-il trop grand ou ladite pièce trop basse de plafond, trop petite? Ou s'agit-il simplement d'un effet de perspective? Il tient une petite boîte entre ses mains et observe de côté avec un air méfiant et dur. Lui, c'est Faust, incarné par cet immense comédien que fut Emil Jannings. Adossé à lui, une statue se trouve nichée dans le mur. Et en face de lui, au-dessus d'un meuble du style commode, un reflet de lumière découpe un rectangle imparfait. La même source de lumière éclaire le meuble obliquement. Ce jeu d'ombres et de lumière est essentiel dans ce plan, comme dans tout le film de Murnau. Il crée même un espace propre au film, une sorte de dimension parallèle aux influences picturales - Rembrandt, Georges de La Tour, pour ne citer qu'eux - constantes.
Il suggère également une dualité basique, entre bien et mal, tout comme une relecture des codes esthétiques de l'époque, y compris ceux de l'expressionnisme allemand. Nous sommes en 1926, presque à la fin du muet, et celui-ci parvient enfin à s'imposer comme art à part entière, dépassant le strict cadre illustratif qu'il proposait dans sa préhistoire pour devenir un langage en soi et traduire en signes palpables les obsessions poétiques de ses auteurs. Murnau au sommet? Oui. Mais cela dit, Murnau n'est jamais ailleurs qu'au sommet, dans toutes ses réalisations. Sur Faust, une légende allemande, on relira avec intérêt l'essai d'Eric Rohmer, L'organisation de l'espace dans le Faust de Murnau, éditions Cahiers du Cinéma.
Faust de F.W. Murnau sera projeté dimanche 25 janvier à 17 heures au Victoria-Hall, avec improvisations à l'orgue de Wolfgang Seifen, dans le cadre des Concerts du dimanche de la Ville de Genève. Pour les billets, cliquer ici.