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06.01.2003
Le Temps

La Suisse est trop grande
pour ne pas se soucier de l'Europe
Conseiller national socialiste zurichois, Andreas Gross plaide pour une participation active de la Suisse aux affaires du monde.
Micheline Calmy-Rey doit tout d'abord montrer qu'on ne peut plus parler d'une «politique étrangère» dans le sens classique du terme. Elle devra davantage s'occuper de politique intérieure européenne et mondiale. Une politique qui, comme n'importe quel Etat de la planète, concerne aussi la Suisse, en tant que pays européen et désormais partie intégrante de la communauté politique mondiale.
Nous devons savoir que la Suisse est beaucoup trop grande pour ne pas se soucier de l'Europe et du monde. Et cela indépendamment du fait que nous pouvons apporter notre riche expérience pour aider a construire une Europe démocratique et fédéraliste. Dans ce sens, pourquoi ne pas créer une grande Fondation suisse consacrée à l'Europe avec une participation importante de la Confédération? Cela permettrait d'éditer des livres, de publier des écrits, de tenir des conférences et de mener une véritab1e discussion sur le sujet dans chaque commune suisse, mais aussi au sein de l'UE.
La Suisse a besoin de l'UE si elle entend rester forte. Mais l'UE a elle aussi besoin de plus de démocratie et d'un véritab1e fédéralisme si elle veut s'assurer un grand avenir. Au cours des sept prochaines années, nous devons expliquer dans chaque coin du pays pourquoi les Etats qui appartiennent à une même tradition historique doivent s'unir. Cc n'est qu'ainsi qu'on créera les bases d'un succès lors d'une votation populaire sur l'UE dans dix ans.
D'ici là pourtant, si l'on veut mener une realpolitik efficace, le bilatéralisme n'est pas la solution. II suggère en effet une symétrie qui est depuis longtemps devenue illusoire. Ce qu'il faut, c'est un véritable partenariat avec d'autres Etats membres de 1'UE. Pourquoi par exemple ne pas en créer un avec l'Autriche et la Finlande en matière de politique de sécurité? Pourquoi ne pas développer avec la Norvège, le Canada et l'Afrique du Sud une politique onusienne, qui serait plus courageuse, plus créative et enthousiasmante que le travail que l'UE mène sans conviction au sein de l'ONU?
Dans ce contexte, j'aimerais souligner que je suis content d'avoir une ministre des Affaires étrangères qui va aussi s'engager pour une politique intérieure solidaire au sein du Conseil fédéral. Car la majorité des Suisses(ses) ne sera convaincue de la nécessité d'une politique étrangère engagée que si elle n'a pas l'impression d'avoir elle-même été socialement pour compte.
Propos recueillis par Y. P.
Andreas Gross
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