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Ce daguerréotype, de même que le portrait de la famille Eynard au bord du lac (2013 001 dag 040), datée au verso de 1840, fait probablement partie des plus anciennes vues personnelles datées et datables de Suisse. Dans ces deux exemples, Eynard met en scène ses proches. La vue du Temple de Saturne à Rome, datable de mars ou avril 1840, que l’on voit sur un autre daguerréotype (84.XT.255.38), serait quant à elle la preuve matérielle la plus ancienne de l’activité de daguerréotypiste d’Eynard. Le portrait de famille qu’Eynard fixe devant la maison de maître de Beaulieu daterait de 1841, d’après l’âge des enfants représentés : debout entre ses grands-parents Jean-Gabriel et Anna Eynard, Hilda Eynard, née en 1835, pourrait avoir environ cinq ans ; sur les marches de la terrasse, l’un en vêtements sombres, l’autre à droite, Gabriel et Féodor Eynard, nés respectivement en 1834 et en 1837, seraient donc âgés de sept et quatre ans.
Le groupe est vêtu comme pour partir en promenade. Anna est coiffée d’un chapeau-capote à large passe, Jean-Gabriel Eynard a posé son haut-de-forme sur une chaise et les enfants portent des capes. Le fait que les figures soient placées sur un plan perpendiculaire à la façade crée un effet de profondeur. Les chaises vides qu’on voit à côté et derrière les personnages, dont celle sur laquelle Jean-Gabriel Eynard s’appuie pour stabiliser sa pose, constituent un élément récurrent de ses compositions.
La surface noire à l’arrière-plan, que devrait remplacer un fond végétal (voir fao 38356 et de 044), trahit un défaut de maîtrise technique. En 1841, dans ses Nouvelles instructions sur l’usage du daguerréotype, Charles Chevalier recommande d’éviter de se placer sous des massifs d’arbres dont le feuillage absorbe une grande quantité de lumière lorsqu’on opère dans un jardin (Chevalier, Paris 1841, p. 50). Le vert des feuilles ou d’un vêtement se traduit en noir sur la plaque ; aussi les frères Montmirel recommandent-ils de fuir cette couleur (Montmirel, Le daguerréotype mis à la portée de tout le monde, Paris, 1842, p. 60). Ce daguerréotype d’Eynard illustre à merveille ce problème. (U. Baume-Cousam)
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