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Cette année, mon camarade Michel Dunand a publié, chez l'éditeur Jacques André, un nouveau recueil de poésie: Les Toits du cœur. Il y poursuit son tour de la Terre et de l'Art en aphorismes délicats, évoquant Van Gogh, le Kirghizistan, le Tibet. Il doute de plus en plus, apparemment, que les mots puissent exprimer l'expérience profonde de l'âme: non seulement chez lui ils sont toujours aussi rares, mais il le dit explicitement. Il parle de l'inaccessible absolu. Il s'agit désormais de se fondre dans une éternelle lumière, et les mots sont un poids.
Dans les recueils précédents, de symboliques images venaient porter l'âme vers le tout, vers les hauteurs; mais elles sont cette fois moins présentes. Deux moments m'ont frappé, à cet égard: l'escalier du soleil qui fait allusion à un monument de Lhassa; et la statue de Lénine, à laquelle il fait dire: J'étais un phare. / Une étoile. / Ou je le pensais, / je le disais, / je le croyais: le poète n'a pas l'air convaincu. Toute image évidemment peut donner lieu à de l'idolâtrie, et susciter un mensonge.
Mais j'avoue être de ceux qui la croient nécessaire. Comme disait Rudolf Steiner: C'est par l'image formée en nous-même que les forces de ce dont nous avons fait l'image peuvent affluer vers nous. On peut trouver que vouloir transfigurer le monde est vain, et que l'âme du poète doit plutôt se dissoudre dans l'absolu, aimer sans limites, anéantir l'ombre. Mais je crois plutôt qu'elle est appelée à faire luire son individualité immortelle, et que, pour cela, elle doit déjà s'être formée à partir des images: l'image d'elle-même idéalisée, sublimée - devenue pareille à un phare, comme eût dit Victor Hugo. Plus qu'ils ne bloquent le regard porté vers l'absolu, les escaliers dorés des temples asiatiques sont une aide; l'escalier de cristal qu'emprunta Bouddha pour rejoindre le quatrième ciel et y rencontrer Indra peut être gravi par les poètes - au moins pour les premières marches.
Ce que montrent, de la main, des yeux, les statues, a aussi sa signification utile. Lénine peut-être est un faux astre; mais est-il pire qu'une voie si abstraite qu'on n'y distingue rien?
Cela dit, le recueil de Michel reste très agréable à lire - plein d'or et d'encens. Il parvient à créer des états mystiques voluptueux.