Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07257.jsonl.gz/24

La Fondation de l’Hermitage continue son exploration de la modernité artistique avec son exposition automnale dans laquelle les Beaux-Arts rencontrent le cinéma
Les cinéastes et les plasticiens s’influencent de façon réciproque depuis les balbutiements du cinéma à la fin du XIXe siècle. L’exposition qui s’article de manière chronologique, joue sur cette réciprocité jusqu’à la Nouvelle Vague opérée avant par Jean-Luc Godard.
Pour cette exposition originale, imaginée par Dominique Païni, ancien directeur de La Cinémathèque française, c’est le cinéma qui vient au musée et qui occupe le devant de la scène.
La première salle a pour thème Avant le cinéma. Elle explore les prémices du cinéma, à savoir dans quel contexte artistique et scientifique s’inscrit la naissance du cinéma en 1891. Les artistes travaillent sur la restitution du mouvement, illustrée par un nu académique de Théodore Géricault et sur le temps qui passe. La photographie permettra de comprendre et démontrer comment bouge un corps grâce à des prises de vue successives.
La salle suivante est consacrée aux Frères Lumière et l’impressionnisme. Quand les peintres comme Monet ou Pissarro exploraient les paysages industriels et les scènes de vie familiale, les Frères Lumière témoignaient des transformations de la vie moderne. Comme les impressionnistes, ils s’installaient en plein air pour rendre compte du ballet des voyageurs ou des vagues se brisant sur les rochers.
A l’étage, la révolution cubiste est mise en scène à travers le personnage de Charlot. Ce célèbre personnage interprété par Charlie Chaplin serait à l’origine de l’intérêt que Fernand Léger porte au cinéma. Les rouages et autres éléments mécaniques ont évidemment inspiré le film Les Temps Modernes (Modern Times, 1936) mais aussi les peintres de l’époque à l’instar de Kupka, Delaunay ou encore Ribemont-Dessaignes.
Suivent ensuite les Rythmes formels avec les avant-gardes qui tentent de s’affranchir de la matière en travaillant les formes, les couleurs et les rythmes. Le cinéma se veut expérimental et les artistes tels que Picabia, Duchamp, Richter ou encore Eggeling trouvent des équivalences entre la toile et la pellicule.
L’Expressionnisme allemand et russe qui émergent au début du XXe siècle se retrouvent sous le chapitre Inquiétudes expressionnistes. Ce mouvement fait place à la vision émotionnelle et subjective du monde. Les chocs sont visuels pour le spectateur et les couleurs agressives. Pour ce thème, sont projetés des extraits du film Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1919) et Metropolis de Fritz Lang (1927), film de science-fiction qui est traditionnellement rattaché au expressionniste.
Le volet russe est représenté par Dziga Vertov. Influencé par le futurisme, le cinéaste exalte les machines, la vitesse et la vie urbaine dans son film L’Homme à la caméra (1929).
L’exposition se poursuit dans les étages inférieurs dans lesquels Dalí et Ernst donnent leur vision du Surréalisme. C’est en 1928 qu’André Breton ouvre son manifeste Le Surréalisme et la peinture par la phrase : «L’œil existe à l’état sauvage». C’est donc avec un oeil nouveau que les surréalistes appréhendent le monde tout en cherchant à déstabiliser le regard du spectateur. Toujours sur le thème de l’oeil, il faut avoir le coeur bien accroché pour visionner l’œil tranché au rasoir dans Un chien andalou de Luis Buñuel (1929).
Le couloir qui mène aux dernières salles sert de support aux projections de films sur les gestes des peintres. Matisse, Picasso ou encore Pollock sont ainsi filmés en pleine création.
Place au cinéma moderne avec la Nouvelle Vague portée par Jean-Luc Godard. Le réalisateur ouvre l’esthétique du cinéma aux autres arts, et en particulier à la peinture moderne. Des extraits de Pierrot le Fou (1965) ou encore À bout de souffle (1960) font écho aux oeuvres de Yves Klein et Nicolas de Stael.
Les affiches de films inspirent également les artistes. Des oeuvres de Mimmo Rotella sont ainsi exposées comme La Storia del cinema (1991) que la fondation a choisi pour illustrer son exposition.
Pour clore cette exposition, le cinéma se veut politique et militant. Dans les années 1960, la couleur est omniprésente au cinéma et dans les arts visuels. En mai 1968, le plasticien Gérard Fromanger collabore avec Jean-Luc Godard sur un tableau-affiche représentant le drapeau français dont le rouge coule sur le reste des couleurs.
Dans sa série Boulevard des Italiens, les silhouettes rouges de Fromanger semblent se diriger vers les cinémas du quartier.
Arts et cinéma est une exposition riche qui passe de l’expérimental au populaire et raconte les stimulations réciproques entre les arts qui n’ont ni frontière ni hiérarchie.
Arts et Cinéma
Fondation de l’Hermitage, Lausanne
Jusqu’au 3 janvier 2021
www.fondation-hermitage.ch
A noter que l’exposition suivante sera consacrée aux Chefs-d’oeuvre de la collection Bemberg (à partir du 22 janvier 2021) avec des toiles de Bonnard, Cranach, Fantin-Latour, Matisse, Monet ou encore Véronèse.
Toute reproduction interdite
© http://www.arteez.ch 2020