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Il faut attendre la fin des guerres napoléoniennes et l’arrivée des premiers voyageurs anglais pour que le Léman prenne une nouvelle dimension et qu’il soit considéré comme un espace d’agrément, un lieu de villégiature prisé pour ses croisières et son paysage idyllique.
Au XVIIIe siècle, chaque été, les rives du Lac Léman sont soumises aux aléas des crues saisonnières. Ces débordements réguliers expliquent pourquoi les berges sont alors considérées comme insalubres et hormis quelques tanneurs, pêcheurs ou bateliers personne n’ose y habiter.
Sous l’effet des vagues et de la variation du niveau des eaux, les rives reculent victime d’une lente érosion et l’instabilité du sol constitue une réelle menace, en témoigne, en Juin 1875, l’effondrement dans le lac d’une maison à Vevey.
Face à ce fléau, les populations du pourtour lémanique se concentrent dans les villes, les habitations étant construites en retrait du lac, parfois même lui tournant le dos. A cette époque, le lac est alors conçu comme un espace fonctionnel regroupant une vocation stratégique (navigation, défense), un aspect « nourricier » (eau potable, poisson) et une composante énergétique (force motrice pour les moulins).
Dès 1823, l’arrivée des premiers bateaux à vapeur (le « Guillaume Tell », le « Winkelried », le « Léman ») contribue à l’essor du tourisme, les Alpes vues depuis le lac devenant un véritable spectacle.
Cet afflux de voyageurs métamorphose les rives du Léman. La découverte du « paysage lacustre » rend impossible la coexistence de touristes, de palaces, de pêcheurs et de moulins sur le même espace. Genève expulse en aval du Rhône ses activités utilitaires et réaménage sa rade pendant que Morges et Vevey solidifient leurs berges par des enrochements.
En 1884, la construction de l’usine de la Coulouvrenière à Genève permet enfin une meilleure régulation du niveau du lac, prélude au développement esthétique des berges. A cette époque, la volonté de développer l’interface entre le lac et la terre se traduit par le remaniement des rives qui s’agrémentent alors de quais, de belvédères, d’escaliers accédant à l’eau, de murs de soutènement et parfois même d’îles, comme l’île de la Harpe à Rolle.
Source : Yariv Britschgi « Un litige entre riverains : la lancinante question du niveau des eaux du Léman (1720-1884), Revue suisse d’histoire (63/2013)