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À l'avenir, moins de réserves de doses seront stockées pour les vaccinations. Les pharmaciens cantonaux prennent à partie le fabricant Moderna et exigent que les livraisons soient assurées et annoncées bien à l’avance.
La Suisse «assouplit ses mesures» et «vaccine plus rapidement», ce sont les deux messages de la semaine à retenir! Le premier a été annoncé par le Conseil fédéral mercredi dernier et le deuxième communiqué hier par la Confédération et les cantons.
Concrètement, comment va-t-on vacciner plus rapidement? A l’avenir, selon la nouvelle recommandation de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), les cantons devront disposer d’une réserve de doses plus petite et administrer les vaccins déjà livrés à un rythme plus élevé.
Jusqu’à présent, l’OFSP recommandait aux cantons de réserver une deuxième dose de vaccin pour chaque personne vaccinée. C'est l'une des raisons pour lesquelles de nombreuses doses n'ont pas été administrées. A ce jour, 2,3 millions de doses ont été livrées aux cantons mais seulement un peu plus de 1,8 million ont été injectées, soit 79% de la quantité totale. Cela a soulevé de nombreuses questions, comme le fait qu’il faudrait vacciner plus rapidement avec les doses disponibles. Dès aujourd’hui, les cantons vont donc se référer à la dernière recommandation de l'OFSP.
Selon le communiqué de l’OFSP, étant donné que les volumes de livraison vont à nouveau «fortement augmenter» en mai, les réserves doivent être réduites car la deuxième dose de vaccination est «garantie par les livraisons à venir».
D’une part, cela signifie donc que le rythme de la vaccination devrait s’accélérer. D’autre part, cela prouve également que la Suisse prend plus de risques: si une livraison n’est pas honorée, un problème survient, car les dates de vaccination prévues doivent alors être annulées.
Thomas Steffen est le médecin cantonal de Bâle-Ville et membre du comité de l'Association des médecins cantonaux suisses. Il se positionne comme l'un des hommes en première ligne de la campagne de vaccination. Le docteur Steffen estime que la Suisse a raison de mettre le pied à l'étrier, tout en soulignant que cela comporte un certain risque.
À Bâle-Ville, 73% des doses de vaccin ont été administrées jusqu'à présent. C’est moins que la moyenne nationale. Le médecin affirme qu'au début de la campagne de vaccination, les citadins bâlois ont montré un réel enthousiasme. Mais, en février, les doses de vaccin fabriquées et annoncées par l’entreprise Moderna, n'ont pas pu être livrées dans les délais. En conséquence, le docteur Steffen et son équipe ont dû reporter les rendez-vous et retarder le rythme de vaccination.
L’expérience a marqué les esprits car elle était «émotionnellement difficile». «Nous avons dû annoncer la mauvaise nouvelle et cela a anéanti les espoirs de la vaccination», explique Thomas Steffen. Pire encore, la confiance a été perdue et c’est pour cela que les institutions ont commencé à former des réserves pour la deuxième dose. A présent, il est donc important de prévenir la population que «même si la situation d’approvisionnement est plus stable, les choses peuvent quand même vite mal tourner». Les gens doivent être prêts à affronter ce type de situation.
Pharmacien cantonal à Berne, Samuel Steiner dit aussi être la bête noire de l’histoire lorsqu’il s’agit d’annoncer les retards de livraison. En tant que président de l'Association suisse des pharmaciens cantonaux, il est aussi le pharmacien le plus haut placé du pays et se positionne également au front de la campagne de vaccination suisse. Selon lui, le fait que les cantons prévoient d’avoir moins de réserves représente un changement de paradigme.
Le pharmacien bernois soutient l’approche de l’OFSP. Toutefois, il met en garde contre le pire scénario qu’il puisse arriver. Si une grande livraison n’est pas honorée, des milliers de rendez-vous devront être reportés – ce qui entraînerait des dépenses énormes dans les centres de vaccination, mais surtout dans les cabinets de médecins généralistes.
Samuel Steiner aborde un sujet très discuté – surtout auprès des cantons: le manque de certitude en matière de planification des livraisons du vaccin Moderna. Et pourtant, à ce jour, aucun autre fournisseur n'est plus important. Selon l’OFSP, la Suisse attend cinq millions de doses de ce vaccin d'ici la fin du mois de juin.
Le problème de livraison des vaccins Moderna comporte deux éléments: la date exacte de l’arrivée d’une livraison en Suisse n’est confirmée que dans un délai très court et les livraisons ne sont jamais sûres à 100%. Alors que Pfizer-Biontech a déjà confirmé ses livraisons jusqu'à la fin mai, Moderna a seulement pris un engagement ferme pour cette semaine, et un autre provisoire pour une prochaine livraison fin avril.
Pour le mois de mai, Samuel Steiner et les autres pharmaciens cantonaux ne disposent que d'une prévision du nombre de doses que leur canton peut attendre. «Il est vrai que Moderna a récemment livré de manière fiable les quantités annoncées», dit-il. «Cependant, il serait très important, pour la planification du calendrier et du personnel dans les centres de vaccination, que nous recevions des dates de livraison fermes avec un préavis plus long, a-t-il finalement déclaré.
Selon les rapports officiels, cette problématique est également abordée à plusieurs reprises lors des réunions régulières des cantons avec l'OFSP. Sur demande, l’administration publique fédérale indique être consciente que les confirmations de Moderna arrivent dans un délai très court. Elle est en contact avec l'entreprise afin de trouver des solutions.
Ce texte a été traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz.