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Discours prononcé par le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz; Fête en l'honneur de la nouvelle présidente de la Confédération Doris Leuthard; Merenschwand, le 3 décembre 2009.
Madame la présidente de la Confédération, chère Doris,
Mesdames et Messieurs,
Depuis hier, nous avons une Mère de la nation. Elle me succèdera à la tête de la Confédération le 1er janvier. Notre Constitution veut que j'assume le rôle de Père de la nation jusqu'au 31 décembre; nous ne pourrons donc pas former un couple de Parents de la nation, comme dans la chanson "Im Argäu sind zwöi Liebi". Mais nous possédons au moins tous deux le droit de cité argovien, Doris ici à Merenschwand, moi à Beinwil am See. La fonction de président de la Confédération reste ainsi formellement en mains argoviennes. Les habitants du canton d'Argovie n'en sont pas peu fiers, de même que ceux du canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures, mon autre patrie.
A la différence des Rhodes-Extérieures, l'influente Argovie était déjà représentée au sein du premier Conseil fédéral de la Suisse moderne, en 1848. Mais le premier conseiller fédéral argovien, Friedrich Frey-Herosé, ne débordait pas d'enthousiasme à l'idée d'aller à Berne. Il écrivit ainsi qu'il devait s'arracher à sa sphère d'activité, quitter sa famille et ses amis, pour s'installer à Berne, pays froid et rocailleux; il lui en a coûté une grande lutte intérieure. Friedrich Frey-Herosé a néanmoins passé 18 ans au Conseil fédéral. Quel contraste par rapport à l'enthousiasme dont tu fais preuve, chère Doris, depuis ton élection en 2006.
Quel est le rôle d'un président de la Confédération? Le président n'a que peu de prérogatives. Cela s'explique par la tradition démocratique suisse: nous répugnons à ce que trop de pouvoirs soient concentrés entre les mains d'une seule personne. En vertu de la Constitution fédérale, le président a pour tâche principale de présider le Conseil fédéral; il a ainsi des fonctions de direction et de représentation.
Le Conseil fédéral réfléchit quant à un renforcement des pouvoirs du président. Il est notamment question d'une période de fonction plus longue et d'un couplage avec le poste de chef du Département des affaires étrangères. Un tel couplage avait été introduit après 1848, alors que notre Etat fédéral était encore jeune. La nécessité d'une certaine continuité en matière de politique extérieure dans un monde de plus en plus globalisé constitue un argument en faveur du renforcement des pouvoirs du président. Notre esprit républicain s'y oppose cependant. La question a de multiples facettes, mais nous la trancherons néanmoins.
En ce qui concerne l'année 2010, chère Doris, je suis persuadé que tu présideras notre collège avec vigilance. Les sept capitaines que nous sommes continueront certes de donner le cap sur leurs paquebots respectifs, mais tu veilleras à ce que nous évoluions en formation serrée.
L'année présidentielle qui t'attend sera certainement riche en imprévus. Il en va généralement ainsi. J'en ai fait moi-même l'expérience, au bon comme au mauvais sens du terme. Chère Doris, le calendrier te sera plus favorable en 2010 qu'il ne l'a été cette année: tu n'auras à affronter qu'un seul vendredi 13 contre trois cette année, dont celui du mois du mars nous restera particulièrement en mémoire en raison de notre décision de reprendre les standards de l'OCDE en matière d'assistance administrative internationale dans le domaine fiscal.
Chère Doris, tu possèdes toutes les qualités pour faire ce qui peut l'être et pour affronter l'imprévu. Tu es intelligente, à l'aise dans les rapports humains, expérimentée dans l'art de gouverner. Et tu as - ce qui est particulièrement important - un bon instinct pour la politique et la mode. En tant qu'ancien fabricant de textiles, je ne peux que m'en réjouir. Une revue a été jusqu'à écrire que tu étais la véritable Miss Suisse.
Comme le Palais fédéral ne comporte pas d'aile présidentielle avec meubles en noyer et lustres en cristal, je ne peux pas te remettre de clé pour ta nouvelle fonction. Mais je te prie d'accepter, à titre de remontant symbolique, cet opuscule du bénédictin allemand Anselm Grün. Il a pour titre "50 anges pour l'âme" et fait l'éloge de vertus platoniciennes telles que la sagesse, le courage, la circonspection et la justice.
Je te recommande de lire en premier le chapitre sur l'humour. Tu seras en terrain connu. Car l'humour est la capacité à dépasser des circonstances adverses. L'idéaliste fuit la réalité, tandis que celui qui a de l'humour l'affronte avec une sérénité joyeuse. Ne t'en départis pas!