Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07278.jsonl.gz/1015

La dette des entreprises s’est hissée à un niveau record de 8’300 milliards de USD avant le début de la pandémie et bondira de 1’000 milliards de USD de plus cette année.
Points importants
- L’endettement des entreprises dans le monde s’est hissé à un niveau record de 8 300 milliards de dollars en 2019, soit une augmentation de 8,1 % par rapport à l’année précédente, la plus rapide depuis au moins 5 ans.
- La dette a augmenté bien plus rapidement que les bénéfices au cours de ces 5 dernières années.
- En 2020, l’analyse du marché obligataire révèle un endettement en forte augmentation pour faire face aux défis posés par la pandémie. Janus Henderson prévoit une augmentation de la dette des entreprises équivalente à 1 000 milliards de dollars en 2020.
- C’est aux États-Unis et en Suisse que la dette des entreprises a augmenté le plus rapidement.
- La dette nette des entreprises suisses dans l’indice a augmenté de 88 % depuis 2014, pour atteindre 92,4 milliards de dollars, soit une hausse bien plus rapide que la moyenne mondiale.
- Le taux d’endettement des ces entreprises suisses a augmenté de dix points de pourcentage, passant de 23 % en 2017 à 33 % à la fin de 2019.
- Entre janvier 2020 et la fin mai 2020, les entreprises suisses dans l’indice ont augmenté leurs prêts d’obligations d’entreprises de 7,6 milliards de dollars.
D’après le nouvel indice annuel de Janus Henderson relatif à la dette des entreprises («Corporate Debt Index» ou JHCDI), cette dernière battait de nouveaux records avant même que la pandémie ne commence à peser sur les bilans des entreprises. L’endettement net1 dans le monde s’est hissé à un niveau record de 8’300 milliards de dollars en 2019, soit une augmentation de 8,1% par rapport à l’année précédente. Les ressources des entreprises se sont amenuisées suite à des acquisitions financées par des emprunts, des rachats d’actions de grande ampleur, des niveaux records de dividendes, et suite au «gel» des bénéfices causé par les tensions commerciales et un ralentissement de l’économie mondiale. La dette nette dans son ensemble a bondi de 625 milliards de dollars l’an passé, ce qui en fait de loin l’augmentation la plus importante des cinq dernières années. Ces dernières années, la croissance de l’endettement a été favorisé par les taux d’intérêt très bas qui rendent peu onéreux le service de la dette. Les banques centrales ont encouragé ce phénomène pour tenter de stimuler les économies.
À l’heure actuelle, l’endettement des entreprises du Corporate Debt Index (les 900 plus grandes entreprises non financières cotées du monde) a crû de pratiquement deux cinquièmes (37%) par rapport à 2014, et la croissance de la dette a largement dépassé la croissance des bénéfices. Pour ce même groupe d’entreprises, les bénéfices avant impôts ont augmenté de 9,1% dans leur ensemble pour atteindre 2’300 milliards de dollars. Le levier, qui est une mesure du niveau de dette par rapport à l’apport financier des actionnaires, a atteint le niveau record de 59% en 2019 ; la part des bénéfices dédiée au paiement des intérêts a également atteint un nouveau niveau historique.
Ces tendances se sont toutes accélérées en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19. L’analyse des marchés obligataires effectuée par Janus Henderson révèle que les entreprises de son indice ont contracté la moitié de leur dette sous forme d’obligations cotées. Entre le mois de janvier et le mois de mai, elles ont émis 384 milliards de dollars d’obligations supplémentaires, soit une augmentation de 6,6 % par rapport aux bilans du mois de décembre. Les emprunts bancaires ont aussi connu une forte augmentation, bien qu’aucun chiffre précis ne soit disponible pour le moment.
L’endettement net global bondira de 1’000 milliards de dollars cette année, ce qui représente une augmentation de 12%
Plus de la moitié des entreprises de l’indice se sont endettées davantage en 2019, mais une part importante vient d’un nombre relativement faible. Vingt-cinq entreprises ont emprunté, à elles seules, 410 milliards de dollars supplémentaires l’an passé, ce qui représente un tiers de l’augmentation de l’endettement de l’ensemble des sociétés qui se sont endettées davantage.
Les entreprises suisses figurant dans l’indice n’ont que très peu de crédit par rapport à leurs concurrents mondiaux et européens. Cependant, l’endettement des entreprises en Suisse a augmenté beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale ces dernières années. La dette nette a augmenté de 88 % au cours des cinq dernières années, passant de 49,3 milliards d’USD en 2014 à 92,4 milliards d’USD en 2019. Le secteur le plus endetté est celui de la consommation de base (32 % de la dette totale), suivi par les secteurs de la santé et de l’industrie pharmaceutique (31 %). Cela est principalement dû aux acquisitions de Nestlé et de Novartis financées par la dette. La croissance rapide de la dette s’est intensifiée depuis le début de l’année à la suite de la crise de Covid : les entreprises suisses de l’indice ont augmenté leurs emprunts en obligations d’entreprises de 7,6 milliards de dollars entre janvier 2020 et la fin mai 2020. Les faibles taux d’intérêt dans ce pays profitent aux entreprises endettées dans la mesure où elles ne doivent dépenser qu’une très petite partie de leurs bénéfices en paiement d’intérêts.
La société la plus endettée du monde est Volkswagen : son niveau d’endettement net, d’un montant colossal de 192 milliards de dollars, est proche de celui de la dette souveraine de l’Afrique du Sud ou de la Hongrie, bien que celle-ci soit gonflée par son importante activité de financement automobile. Toutes les entreprises n’empruntent pas. Un quart des sociétés de l’indice de Janus Henderson ne sont pas du tout endettées, et certaines disposent de réserves de liquidités importantes. La plus importante d’entre elles s’élève à 104 milliards de dollars et appartient à la maison-mère de Google, Alphabet. Ce qui ressemble à de la prudence n’est toutefois pas souvent très populaire auprès des actionnaires, qui pourraient faire meilleur usage de ces capitaux.
Tom Ross, gérant de portefeuille d’obligations d’entreprises chez Janus Henderson a déclaré: «Avec la fin brutale du cycle économique cette année, les entreprises ont eu recours à un niveau d’endettement historique pour faire face au ralentissement. Elles se sont empressées d’émettre de nouvelles obligations ou d’emprunter aux banques pour s’assurer qu’elles avaient suffisamment de liquidités à disposition pour s’adapter aux mesures de confinement plus ou moins strictes de par le monde. Certaines entreprises ont bénéficié de mesures de soutien d’urgence de la part des gouvernements au plus fort de la crise, lorsque leur financement commercial est devenu temporairement très coûteux. Avec des conditions de marché plus apaisées, grâce au soutien des banques centrales et à la réouverture progressive des économies, les entreprises chercheront à réduire leur dépendance aux aides des États, c’est pourquoi nous prévoyons que l’émission d’obligations continue d’augmenter.
Quand les financements d’acquisitions, de rachats d’actions et des dividendes sont tous faits par l’emprunt, cela annonce souvent une récession économique.
Cela a certainement été le cas cette fois-ci. À mesure que la récession mondiale s’installe, les bénéfices et les flux de trésorerie vont fortement diminuer. Cette année, les besoins d’endettement seront énormes, bien que les entreprises de notre indice ne devraient pas distribuer plus de 300 milliards de dollars de dividendes, ce qui représente une diminution de 140 milliards2, et bien qu’elles restreignent considérablement leurs rachats d’actions, qu’elles suspendent leurs acquisitions et qu’elles réduisent leurs dépenses en capital. La mesure avec laquelle ces nouveaux emprunts seront dépensés ou conservés sous forme de réserves de liquidités sera déterminante pour beaucoup de choses, tout comme le nombre de nouvelles actions émises par les entreprises pour renforcer leur bilan. Toutefois, il est évident que l’année 2020 verra la dette nette des entreprises s’envoler et atteindre un nouveau record, dépassant de 1 000 milliards de dollars l’année 2019.
Comme pour tout, certaines entreprises font les choses mieux que d’autres. En tant qu’investisseurs obligataires, nous nous préoccupons avant tout de la capacité d’une société à rembourser ses dettes. Et surtout, nous rechercherons les signes indiquant qu’une entreprise renforce sa position lorsque les conditions s’améliorent, en utilisant les excédents de trésorerie pour rembourser les dettes au lieu de les dépenser, ou d’émettre de nouvelles actions dans le but de rééquilibrer les sources de financement, entre actions et endettement. Cela fait progresser les prix des obligations, et génère des plus-values pour les investisseurs.»
Sven Weideborg, Sales Director Suisse Romande chez Janus Henderson, déclarait: «L’endettement n’est pas une mauvaise chose tant qu’il est pertinent, car il peut augmenter les rendements pour les actionnaires. De plus, les obligations présentent également d’intéressantes opportunités d’investissement. Avec des taux d’intérêt bas, les entreprises dans l’ensemble sont en mesure de payer les intérêts de leur dette, ce qui est crucial. Tant que les entreprises disposent de liquidités suffisantes pour combler le manque créé par le confinement, les obligations d’entreprises sélectionnées resteront attrayantes pour les investisseurs.»
1. Dette totale moins la trésorerie et les équivalents de trésorerie
2. Source : Janus Henderson Global Dividend Index, édition 36, mai 2020