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En 1875, la Suisse signait à Paris, avec dix-sept autres Etats (dont ses voisins), la Convention du mètre et s'engageait à adopter les unités de mesure internationales. La loi fédérale de 1875 imposa le système métrique, fondé sur le mètre, le litre et le gramme, à partir de janvier 1877. Un siècle plus tard, la Suisse révisa ses dispositions légales en la matière et adhéra en 1977 (entrée en vigueur en 1978) au système international d'unités (SI), dont les bases sont le mètre, le kilogramme, la seconde, l'ampère, le kelvin, la candela et la mole. Cette décision fut le dernier acte d'une histoire proprement nationale des poids et mesures.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
A l'origine, on mesurait en se référant à des éléments corporels (pouce, bras, pied, pas) ou à des récipients d'usage quotidien (gobelet, cruche, seau, sac). Ces réalités concrètes servirent ensuite à définir et à nommer des unités de mesure.
L'usage de poids et mesures est attesté archéologiquement sur le territoire suisse depuis l'arrivée des Romains (Ier s. av. J.-C.), qui y introduisirent leur système, comme dans le reste de l'Empire. Vers 200 apr. J.-C., les Helvètes recommencèrent à utiliser, à côté du mille romain, la lieue gauloise (2,22 km ou 1,5 mille romain); les milliaires dressés le long des routes indiquaient les distances, à partir d'une ville d'un certain rang (colonia), soit en lieues, soit en milles. En revanche, l'emploi d'autres mesures gauloises (comme le pied de 31 cm env.) n'est guère perceptible.
La chute de l'Empire et la colonisation alémane firent disparaître le système romain de poids et mesures sur le territoire suisse. Ce dernier cependant fut englobé dans un espace assez vaste (royaumes burgonde et mérovingien) où les poids et mesures évoluèrent de concert et où la tradition romaine resta influente. Ainsi subsistèrent, avec des valeurs légèrement différentes, le pes (pied, Fuss), l'uncia (once, oncia, Unze), le cubitus (braccio, Elle) et la decempeda-pertica (perche, pertica, Rute), ainsi que la subdivision romaine des poids. En outre, quelques unités comme la libbretta tessinoise et la livre poids de marc qui valait 1,5 libra sont d'origine romaine. Dans les mesures de capacité, certains noms survécurent (modius, sextarius, hemina, soit muid, setier, émine), mais ne désignèrent plus les mêmes réalités. Les mesures postérieures à l'époque romaine se caractérisent par le fait qu'elles n'entrent pas dans un ordre mathématique cohérent. Pour chaque matière quantifiable, il existait diverses mesures qui, au début, étaient mal reliées entre elles et n'avaient aucun rapport avec celles utilisées pour les autres matières. Il y avait ainsi des mesures différentes pour les liquides et pour les grains, alors que, dans les deux cas, on avait affaire à des mesures de capacité.
Notre connaissance des poids et mesures historiques repose principalement sur les concordances calculées au XIXe s. Pour les époques antérieures, on trouve des noms dans les documents administratifs (rôles fiscaux, censiers), mais on ignore le plus souvent quelle grandeur concrète ils recouvraient. Tout aussi rares sont les témoignages archéologiques (récipients médiévaux correspondant avec certitude à des mesures). Les données du XIXe s. saisissent l'état ultime d'une longue évolution, aboutissement d'un processus mal connu de réforme grâce auxquelles les autorités avaient tenté dès le bas Moyen Age de mettre de l'ordre dans un domaine d'une incroyable diversité.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Au Moyen Age, il revenait aux seigneurs (laïques ou ecclésiastiques), dans le cadre de leurs compétences économiques (octroi du droit de marché), judiciaires et fiscales, de définir les poids et mesures en vigueur dans les territoires qu'ils possédaient et de les contrôler sur les marchés. Au bas Moyen Age, quand les villes acquirent peu à peu les droits de leurs anciens seigneurs, elles prirent aussi la haute main sur les poids et mesures, mais en général seulement dans un ressort limité à leurs environs immédiats. Le cas de Berthoud qui, en 1383, obtint des comtes de Kibourg le contrôle des poids et mesures dans toute la Haute-Argovie est exceptionnel. Dès le XVe s., les chefs-lieux des cantons-villes s'efforcèrent d'unifier les poids et mesures dans l'ensemble de leur territoire. Ils y parvinrent en partie pour les poids, les mesures de longueur et de surface, voire de capacité; mais quand ces dernières s'appliquaient aux grains, les populations locales s'opposaient vivement aux tentatives de réformes (par exemple dans les campagnes lucernoises au XVe s. ou dans le Pays de Vaud bernois en 1616-1617), parce qu'elles craignaient les incertitudes que cela pouvait entraîner sur le paiement des cens et dîmes.
La surveillance seigneuriale des poids et mesures contribuait à assurer la paix du marché. La répression des fraudes incombait donc au tribunal du marché. Les vendeurs devaient, contre émolument, utiliser les poids et balances du seigneur ou faire expertiser les leurs par des préposés qui les comparaient à un étalon. Dès le XIIIe ou le XIVe s., les contrôles se faisaient les jours de marché sous la responsabilité d'agents désignés par la ville, le seigneur ou les corporations. Le responsable du poids public, des péages ou de la souste disposait de balances officielles, notamment pour le poisson, le riz, le beurre et l'argent-métal. En dépit de tous les contrôles, les poids et mesures de fabrication locale destinés à l'usage quotidien étaient souvent défectueux (déformation des parties en bois, rouille des ferrures) et d'une exactitude toute relative. Seuls les changeurs et les apothicaires avaient des balances un peu plus précises.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Dans la diffusion des étalons, la puissance politique jouait un moindre rôle que l'influence des grandes zones économiques. A cet égard, la Suisse méridionale (Tessin et vallées du sud des Grisons) regardait vers l'Italie du Nord; la Suisse romande vers la Savoie, la France et la Franche-Comté; la ville de Bâle vers l'Alsace; la campagne bâloise et le Moyen-Pays vers l'Allemagne du Sud; la Suisse orientale vers les pays sis au-delà du Rhin et du lac de Constance. En revanche, les liens des Grisons avec le Vorarlberg et le Tyrol étaient plus lâches.
Arrivés en Suisse à la faveur d'échanges commerciaux avec les centres internationaux, des étalons étrangers pouvaient y prendre pied et évincer plus ou moins les unités indigènes: livres d'Anvers ou de Cologne, poids de marc français, pieds de Nuremberg ou du Rhin, pied de roi, aune de roi, braccio di Milano. Dans le commerce international, ces mesures gardèrent leur valeur, mais à l'échelle locale elles donnèrent naissance à de nouvelles références, surtout dans les régions productrices de grains, à l'économie développée. L'espace économique bernois favorisa une certaine unification sur un vaste territoire. L'empreinte des marchands zurichois se marqua du Rhin jusqu'aux cols grisons. Le marché de Lucerne fit de la Suisse centrale, sise sur une ligne de démarcation allant du Napf au Rhin par la Reuss et l'Aar, une région charnière où les influences de l'est (Zurich) se combinaient à celles de l'ouest (Berne) et du nord (Alsace, Rhénanie), celles du sud en revanche restant insignifiantes.
Aux abords des cols alpins, la situation se présentait différemment. Coire avait un système particulier inspiré des étalons de Zurich, du Vorarlberg et du Tyrol, mais ne put guère l'étendre vers le sud et l'Engadine. En Valais, chaque vallée avait ses unités, ce qui souligne l'autonomie des dizains et la faiblesse des autorités centrales; une ouverture au système français ne se produisit qu'au XVIIIe s. Sur la route du Gothard, il n'y eut pratiquement aucun rapprochement entre les unités locales d'Uri (tourné vers les marchés aux grains et aux vins de Lucerne) et du Tessin (orienté vers la Lombardie). Ce particularisme ne se retrouvait pas dans les régions alpestres, où l'unité commune, appelée droits de vaches, se fonde sur le nombre de bêtes que peut nourrir un pâturage.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Alors que les Romains privilégiaient les divisions par dix et par douze, les systèmes postérieurs reposent généralement sur les chiffres quatre (quarteron, quart, quartanée), six (setier, Setier (liquides), stère), huit, douze et seize. On évitait les chiffres cinq et sept; les divisions décimales remontent aux réformes introduites aux XVIIIe et XIXe s.
Dans tous les systèmes, on peut distinguer diverses catégories de poids et mesures. La catégorie la plus fréquente comprenait les unités correspondant à des quantités moyennes, telles que l'on pouvait en manipuler dans l'usage quotidien, officiel ou privé, par exemple dans le monde des commerçants, des aubergistes, des meuniers et des artisans: pied, aune soit Elle, quarteron, pot et livre. Pour les grains, le vin et le sel, on trouvait de petites unités pour la vente de demi-gros (ainsi le setier, la brante), d'autres qui s'appliquaient aux transports de masse par bateau, par char ou par bêtes de somme comme le sac et le muid et des unités de compte abstraites, purement administratives, valant de 250 à 1000 litres.
Le principe "à chaque type d'objet son unité" connaissait des exceptions. Ainsi, dans les régions de montagne, les mesures de capacité pour les grains (quarteron, fichelin, bichet, mesure, Viertel, staio, staro) servaient aussi à mesurer la surface que l'on pouvait ensemencer avec l'unité en question.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Les Romains avaient utilisé le pas (gradus, passus), la coudée (cubitus) et le pied (pes), qui furent conservés sans grandes variations de valeur. La mesure de longueur la plus courante en Suisse romande et alémanique était le pied (all. Fuss ou Schuh), de 26-36 cm, dont trois variantes dominèrent dès le bas Moyen Age: à l'ouest le pied de roi ou de Paris et le pied de Berne, à l'est et au nord le pied de Nuremberg. Le pied de Berne s'utilisait dans l'Etat bernois (canton de Berne, Pays de Vaud et Argovie), mais aussi chez ses voisins, Fribourg, Soleure, Bienne et Neuchâtel, concurremment avec le pied de roi. Ce dernier évinça au XVIIIe s. le pied de Savoie à Genève et des pieds locaux dans l'évêché de Bâle et en Valais. Le pied de Nuremberg pénétra par la Suisse orientale jusqu'à la Reuss et au centre des Grisons. Le pied court de Lucerne se rapprochait des pieds d'arpenteurs (pied de commissaire vaudois, pied de champ neuchâtelois, Feldschuh bâlois). Des pieds locaux survivaient en montagne (Oberland bernois, Suisse centrale, Engadine, Erguël). En un même endroit, on trouvait généralement des pieds de différentes valeurs, certains métiers, comme les maçons, les tailleurs de pierre, les charpentiers ou les arpenteurs, ayant leurs propres références.
L'aune des drapiers équivalait à quatre pieds environ (mais elle ne dérivait pas du pied); en Suisse alémanique et aux Grisons, on trouvait l'Elle de deux pieds et le Stab de quatre (aune soit Stab). En Suisse méridionale, le braccio, équivalent de l'aune, servait pour les textiles et remplaçait le pied, inconnu avant le XIXe s. Dans les régions vouées à la fabrication et au commerce des textiles, on recourait à des mesures différentes pour les tissus de lin, de laine ou de soie et souvent empruntées au pays de destination. Le Tessin partageait avec la Lombardie le braccio lungo pour le drap et le braccio corto pour les soieries. Les aunes de Suisse orientale ressemblaient à celles d'Allemagne du Sud. L'exportation de drap vers la France imposa à l'ouest de la Sarine, dès le bas Moyen Age, l'aune de roi, dont dérivèrent ensuite des mesures locales de valeurs diverses et qui pénétra aussi en Suisse alémanique, sous le nom de Pariser Stab, pour les cotonnades et la mousseline.
La toise (Klafter) et la perche (Rute) étaient généralement un multiple du pied courant local, sauf aux Grisons, à Saint-Gall et en Valais (les toises valaisannes reposaient sur d'anciens pieds tombés en désuétude). Elles servaient aux arpenteurs pour les longueurs et pour les surfaces (toise et perche carrées). Utilisée aussi dans la construction, la toise mesurait en outre les volumes de foin, de tourbe, de charbon (toise cube) et ceux de bois de feu, mais sur une base plus courte dépendant de la longueur des bûches (toise pour le bois, moule, corde spazzo tessinois).
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
En général, on mesurait les champs et les prairies non pas d'après leurs longueur et largeur, mais à l'aide d'unités correspondant à la superficie qu'un homme pouvait labourer (pose, journal, Tagehri , Mal ) ou faucher (seiteur, faux, matin, Tagwan ) en un jour. Les surfaces ainsi définies étaient plus grandes dans les terres à blé du Plateau que dans les régions de collines et de montagne (sud des Grisons, Valais, Tessin, Jura). A l'origine, les unités appliquées aux prairies étaient tantôt plus petites (Argovie, Zurich), tantôt plus grandes (jusqu'à deux fois à Neuchâtel) que celles en usage au même lieu pour les champs, mais les autorités réussirent souvent à imposer avant la fin du XVIIIe s. une égalisation. En revanche, les vastes poses forestières du Plateau (Argovie, Zurich, Rheintal saint-gallois) se maintinrent jusqu'au XIXe s. Les unités viticoles (fossorier, ouvrier ou Mannsschnitz ) étaient proches de la pose dans les vignobles récents du Moyen Pays, mais nettement plus petites dans les anciens vignobles de Suisse romande et de Suisse orientale. Dans les régions d'économie alpestre, on utilisait, à côté ou à la place des mesures de superficie, des unités fondées sur le rendement, seules significatives, car à surface égale, le rapport d'un alpage varie fortement selon l'altitude, l'ensoleillement, la nature du sol et l'entretien. On estimait donc le nombre de vaches pouvant estiver sur un alpage donné et on l'exprimait en "droits de vache" ou paquiers, traduisant à la fois la capacité du terrain et son régime d'exploitation. Cette méthode a survécu jusqu'à nos jours.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Avant le XIXe s., on mesurait les céréales, les légumineuses, les noix et le sel non selon leur poids, mais selon leur volume, à l'aide de mesures de capacité. Dans certaines régions (Argovie, Suisse centrale et orientale), il existait des mesures différentes pour l'épeautre brut ou égrugé (avec ou sans sa balle). Dans aucun autre domaine, la diversité des mesures n'était aussi grande, car les paysans des terres à blé s'opposaient aux essais de réforme des autorités, de peur qu'un changement n'entraîne une hausse cachée des cens et des dîmes. L'unification ne put réussir que dans des zones qui dépendaient des marchés urbains pour leur approvisionnement en grains (Oberland bernois, Suisse centrale, Grisons).
Les mesures les plus répandues étaient celles, relativement petites (10-38 l), dont on usait sur les marchés. La coutume locale précisait si elles s'entendaient rases ou combles. Elles valaient un quart (quarteron, Fischel, staio) ou un sixième (setier, Sester, Ster, staro) d'unités de transport comme le sac et le petit muid, lesquels correspondaient à des sacs de coutil de 65-150 l, que l'on pouvait transporter à dos d'homme. Le Malter (gros muid), le bichot, le Viernzel étaient des unités de compte (jusqu'à 840 l) purement abstraites. Ces diverses unités formaient des systèmes, qui se contaminaient dans les zones de contact; ainsi Fribourg utilisait aussi bien le sac (du système sac-quarteron vaudois) que le muid et le bichet, analogues au Mütt et au Mäss bernois.
Pour le sel, objet d'un commerce important, on avait des mesures de capacité (le sac à l'ouest, le Mäss et le Viertel à l'est), des unités de transport (tonneau de 165-270 kg dit Röhrli en Suisse orientale) et de compte (sommée de 495 kg). Au cours du XVIIIe s. (par exemple en 1772 à Zurich), les autorités firent abandonner les mesures de capacité pour le sel, généralement remplacées par la livre poids de marc de 489,5 g.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Les mesures de capacité pour les liquides formaient un petit nombre de systèmes: celui des char, setier ou brante et pot à l'ouest, y compris le Jura et le Valais; celui des Saum , setier (Eimer) et pot (Mass) en Suisse alémanique, du Fürstenberg aux Alpes et du lac de Constance à la Sarine; celui des brenta, staio et pinta (boccale) en Suisse méridionale. Pot, Mass, pinta et boccale (pour l'eau et le vin) contenaient de 1 à 2 l, voire davantage. Les mesures tendaient à être plus petites en ville qu'à la campagne et plus grandes que la moyenne dans les régions d'économie laitière. Conservé en tonneau dans les caves, le vin se transportait (en petites quantités) à l'aide de récipients ouverts en bois (coupe, broc, brante, Tinne , Zuber) qui ont donné leurs noms à des unités de mesures et en grande quantité grâce à des tonneaux (jusqu'à 180 l). Le char, le foudre et la bosse étaient de pures unités de compte. On recourait à des mesures particulières pour le lait, l'huile, le miel, le cidre (dont la production se répandit de l'Argovie à la Suisse orientale aux XVIIe-XVIIIe s.) et pour l'eau-de-vie.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Les unités de poids étaient bien mieux liées entre elles que les autres mesures. Elles reprenaient en majorité les noms et subdivisions des poids romains, dont elles conservaient même parfois la valeur. Dans la Suisse actuelle, on trouvait presque partout la livre, mais ce nom recouvrait des réalités très variées, allant d'un peu plus de 300 g (comme l'ancienne libra romaine) à plus de 900 g. La livre se fractionnait, en fonction de son poids, en un nombre variable d'onces (du latin uncia), elles-mêmes plus ou moins lourdes. Il existait des subdivisions précises, selon les systèmes français (once et denier) et italien (oncia et denaro) ou allemand (Unze, Lot et Quentin).
L'extension des différents poids en Suisse met en évidence l'influence des espaces économiques voisins, des grandes places commerciales et du trafic de transit. La livre poids de marc française et les livres d'Anvers ou de Cologne, références internationales, étaient les principaux poids utilisés dans le grand commerce. On recourait couramment en un même lieu à deux poids, une livre suprarégionale légère pour les épices et les marchandises d'importation, une livre plus lourde pour les denrées locales et pondéreuses. C'est ainsi que l'on trouvait en Suisse méridionale, comme en Lombardie, les libbrette et les libbre grosse. A Zurich, en Suisse orientale et aux Grisons, la livre d'Anvers (appelée à Coire Ladenpfund, dont dérivait la Krinne grisonne) s'opposait à des livres plus lourdes analogues à celles de l'Allemagne du Sud et du Vorarlberg. Dans le premier quart du XVe s., Zurich et Lucerne imposèrent sur leurs marchés la livre de Zurzach ou ancienne livre de Zurich, qui bientôt fut adoptée des rives du Rhin à Uri et aux Grisons. En ville, on disposait en outre de poids spéciaux pour les métaux précieux, le fer, le laiton, les substances médicinales et la soie.
|Suisse alémanique||Suisse romande||Suisse italienne|
|longueur||Fuss||pied|
|Elle||aune||braccio|
|Stab||aune|
|superficie||Juchart||pose||pertica|
|Manngrab||fossorier, ouvrier|
|Mannwerk, Mad||seiteur, faux|
|cubage||Klafter (Holzklafter)||toise, moule, corde||spazzo, catasta|
|pour céréales||Viertel, Sester||quarteron, quart||staio, staro|
|Mäss, Fischel||bichet, mesure, fichelin, boisseau|
|Mütt, Sack||muid, coupe, sac||moggio|
|Malter, Viernzel||bichot|
|sel||Sack, Wagen||sac, sommée|
|pour liquides||Mass||pot||pinta, boccale|
|Schoppen||pinte||boccale|
|Eimer, Ohm||setier||staio|
|Brente, Zuber||brante, tinne||brenta|
|Saum, Lagel||soma|
|Fuder||char, bosse|
|poids||Pfund, Krinne||livre||libbra, libbretta|
|Unze||once||oncia|
|Zentner, Ledi|
|mesures de longueur||1 pied = 10 pouces = 100 lignes = 1000 points|
|1 toise = 6 pieds = 1,8m|
|1 perche = 10 pieds = 3m|
|unité: 1 pied fédéral = 30cm|
|1 lieue = 16 000 pieds = 4,8km|
|mesures de superficie||1 pied carré = 0,09m²|
|1 pose fédérale= 40 000 pieds carrés = 36a|
|mesures cubiques||1 toise fédérale = 6 x 6 x 6 pieds = 5,8m³|
|1 moule = 6 x 6 x 3 pieds = 2,9 stères|
|mesures de capacité pour les matières sèches||1 Malter= 10 Viertel = 100 Immi ou 40 Vierling|
|unité: 1 Viertel (quarteron fédéral) = 15l|
|mesures de capacité pour les liquides||1 Saum = 4 setiers, brantes) = 100 pots|
|unité: 1 pot fédéral = 1,5l|
|poids||1 livre = 32 Lot = 128 Viertellot|
|1 quintal = 100 livres|
|unité: 1 livre fédérale = 500g|
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Le nouveau système métrique décimal basé sur le mètre et le gramme apparut dans la France révolutionnaire, entre 1790 et 1799. La Suisse reçut en 1801 une copie du mètre étalon déposé à Paris. La République helvétique élabora et promulgua aussitôt une loi sur le système métrique, qui cependant ne fut jamais appliquée. En 1803, le contrôle des poids et mesures passa aux cantons; une unification nationale était laissée à leur seule initiative, d'autant que la Diète n'avait pu se mettre d'accord sur une réforme.
Pour favoriser le commerce avec la France, les cantons romands introduisirent le système métrique, entièrement ou partiellement, entre 1800 et 1827, mais en donnant aux nouvelles unités les noms traditionnels. Le Tessin reprit à son compte, en 1826, une partie des anciennes unités milanaises. Dès 1828, une commission intercantonale élabora un système suisse qui s'appuyait sur le mètre tout en se rattachant aux vieux usages. Ses travaux aboutirent à un concordat que douze cantons signèrent en 1835 et mirent en vigueur en 1838-1839.
La création de l'Etat fédéral (1848) fit passer les poids et mesures sous l'autorité de la Confédération. Les cantons restaient chargés du contrôle, mais sous la haute surveillance du Bureau fédéral des poids et mesures (dès sa fondation en 1862). La loi fédérale de 1851 tenta de mettre fin à la diversité régnante en rendant obligatoire le système partiellement métrique du concordat de 1835; mais la Suisse romande et le Tessin refusèrent d'abandonner leurs nouveaux systèmes et Uri s'obstinait à conserver le sien. La légalisation en 1868 du système métrique, à côté de celui du concordat, fut un premier pas vers l'adhésion de la Suisse à la Convention du mètre, signée à Paris en 1875. L'adoption du système métrique en janvier 1877 permit enfin d'unifier les poids et mesures dans l'ensemble de la Suisse.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
Lors de l'introduction de nouvelles unités pré-métriques (opérations qui se déroulèrent entre 1800 et 1857 selon les lieux), les étalonneurs cantonaux déterminèrent, à la demande de leurs gouvernements, la valeur des poids et mesures traditionnels par rapport aux nouveaux modèles. Ils établirent ainsi des tables de conversion, conservées dans les archives et bibliothèques cantonales, qui permirent à Friedrich Ris-Schnell, directeur du Bureau fédéral des poids et mesures à Berne, de dresser une première vue d'ensemble, publiée dans le Volkswirtschafts-Lexikon der Schweiz (4 vol., 1889-1892) d'Alfred Furrer. Les tables cantonales offraient une haute précision, grâce à l'emploi des techniques les plus récentes; mais en appliquant cette précision à des unités qui fonctionnaient avec une certaine marge d'erreur et souvent sans étalon de référence, elles firent croire à une diversité plus grande qu'elle n'était en réalité. Elles ne s'intéressaient en outre qu'aux principales mesures et laissèrent de côté des variantes locales et de nombreuses sous-unités que l'on peut repérer toutefois dans les glossaires consacrés aux dialectes.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / PM
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