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Quelle est l'origine de l'affirmation selon laquelle le premier signe de civilisation serait un fémur cassé puis soigné ?
Date de la réponse: 20.11.2020
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
On trouve plusieurs personnes faisant référence à cette anecdote. De plus, il semble qu’en cette période de pandémie du Covid-19 elle aurait même tendance à gagner en popularité, notamment sur les réseaux sociaux où elle est abondamment relayée.
A titre d'exemple, voici un billet publié le 6 novembre 2020 sur le Blog des médecins vaudois dans lequel son auteur, la docteur Sandy Estermann, y fait référence.
L'anthropologue Margaret Mead aurait donc évoqué cette histoire en réponse à une question posée par un étudiant lors d'un cours à l'université.
S’il n’est pas difficile de trouver l’origine de cette histoire, il est par contre plus difficile de vérifier son authenticité.
Le 9 septembre 2020, le site Dirigeant.fr relatait l’origine de cette anecdote, dans son article Le premier signe de civilisation, ainsi :
« Il y a des années, un étudiant a demandé à l’anthropologue Margaret Mead ce qu’elle pensait être le premier signe de civilisation dans une culture. L’étudiant s’attendait à ce que Mead parle d’hameçons, de casseroles en terre cuite ou de moulins en pierre. Mais ce ne fut pas le cas.
Mead a dit que le premier signe de civilisation dans une culture ancienne était un fémur cassé puis guéri. Elle a expliqué que dans le règne animal, si tu te casses la jambe, tu meurs. Tu ne peux pas fuir le danger, aller à la rivière boire ou chercher de la nourriture. C’est n’être plus que chair pour bêtes prédatrices. Aucun animal ne survit à une jambe cassée assez longtemps pour que l’os guérisse. Un fémur cassé qui est guéri est la preuve que quelqu’un a pris le temps d’être avec celui qui est tombé, a bandé sa blessure, l’a emmené dans un endroit sûr et l’a aidé à se remettre.
Mead a dit qu’aider quelqu’un d’autre dans les difficultés est le point où la civilisation commence. »
Cet article cite comme référence l'ouvrage d'Ira Byock : Les meilleurs soins possibles : un médecin veut transformer les soins palliatifs traduit de The best care possible. Cet ouvrage n'est toutefois pas disponible en bibliothèque à Genève.
Néanmoins, d'après nos recherches, l'ouvrage à avoir relaté pour la première fois sous forme d'anecdote cette histoire est : Fearfully and wonderfully made du médecin et évangéliste Paul Brand paru en 1980. Son livre n'est pas disponible dans les bibliothèques genevoises mais vous en trouvez la traduction - Tes oeuvres sont admirables - à la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel. On trovue toutefois le passage en question dans la version numérisée de ce livre dans Google livres.
Reste à savoir si Margaret Mead a réellement dit cela ou s'il s'agit du fruit de l'imagination de Paul Brand.
Quoi qu'il en soit, la question du « début de la société » fait débat chez les scientifiques. Ils ne sont pas d’accord sur les premiers signes sociétaux chez l’homme préhistorique. Pour en savoir plus, nous vous conseillons d’écouter l’épisode Société humaine : une histoire d’émergences diffusé le 4 janvier 2018 dans l’émission radio La méthode scientifique de France culture.
Enfin, si vous voulez en savoir plus sur Margaret Mead, vous pouvez lire l’article Margaret Mead, anthropologue (1901 – 1978) écrit par Micheline Bélisle disponible sur le site Femmes savantes 2, tiré du tome 2 de Femmes savantes, femmes de science disponible en ligne. Plusieurs de ses livres sont également disponibles dans notre bibliothèque si vous souhaitez les lire.
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle
Pour www.interroge.ch