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Une statuette du XVe siècle déposée au MAH en 1980
Saint Thibault est représenté en jeune noble pratiquant l’art de la fauconnerie de haut vol; il est revêtu d’une tunique ceinturée et porte un carnier, petit sac pendu à sa ceinture. Son manteau, doublé d’hermine et bardé de trois bandes de la même fourrure (aujourd’hui presque disparues), est l’attribut des dauphins du royaume de France. Le prestige de son père, le comte IV de Champagne, célèbre trouvère (1201-1253) qui portait le titre de roi de Navarre, aurait-il incité les artistes bourguignons et champenois à gratifier le saint d’un tel emblème vestimentaire?
Thibault naquit à Provins en 1033. Il quitta la chevalerie pour vivre en ermite dans une forêt. Après un pèlerinage à Compostelle et à Rome, il devint prêtre et termina ses jours dans le nord de l’Italie. Canonisé en 1073, son culte était très répandu en Bourgogne et en Île-de-France.
Le modèle de cette sculpture pourrait avoir été élaboré par Claus de Werve (vers 1380-1439), neveu et successeur de Claus Slutter, célèbre sculpteur flamand, actif en Bourgogne et Franche-Comté à partir de 1396. Des œuvres apparentées ont été répertoriées dans les églises de Poligny et de Brémur.
Fondation Prévost
En 1973, deux collectionneurs genevois constituaient une fondation destinée à assurer la conservation de leurs biens et leur présentation dans les musées de la Ville. Maurice Battelli (1903-1978) et son cousin Jean Lullin (1893-1985), l’un professeur de droit, l’autre banquier, baptisèrent cette fondation du nom de leur grand-père, le physiologiste Jean-Louis Prévost (1838-1927).
Grands amateurs d’art, tous deux complétèrent les collections respectives initiées par leurs aïeuls. Le premier hérita d’un ensemble de portraits et d’objets d’art se rapportant à la Maison de Savoie et se passionna pour l’art ancien. Le second privilégia l’art du XVIIIe et de la fin du XIXe siècle, rassemblant un ensemble exceptionnel de portraits de personnalités genevoises, des meubles parisiens de l’époque Louis XV, des pièces d’argenterie et de porcelaine, et surtout des toiles de la période impressionniste.
D’entente, ils confièrent cette statuette de saint Thibault aux bons soins du Musée d’art et d’histoire en 1980.
D’après Claude Lapaire