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L'Initiative des Alpes décerne son «Prix des transports absurdes» à l'usine d'incinération des ordures ménagères de Trimmis, dans les Grisons.
L'organisation s'insurge contre l'importation de déchets en Suisse, en hausse de 25% l'an dernier. Elle réclame une politique coordonnée.
L'Initiative des Alpes (IA) estime qu'il est insensé de «balader» des ordures ménagères sur des centaines de kilomètres pour les incinérer.
A ses yeux, l'importation de déchets prend une ampleur inquiétante, avec plus de 80000 tonnes transportées en 2004 - une augmentation d'un quart en un an.
Cause principale de cette hausse: les capacités d'incinération insuffisantes en Allemagne, suite à l'introduction de l'interdiction de mise en décharge pour les déchets urbains, explique le coordinateur romand de l'IA.
Cette insuffisance de capacité devrait se prolonger jusqu'en 2008/2009 au moins, constate Georges Darbellay.
«Appétit» pour les ordures
En Suisse, les usines d'incinération des ordures ménagères (UIOM) disposent de surcapacité. Elles avoisinent 200'000 tonnes chaque année et devraient dépasser les 300'000 tonnes à l'avenir.
Ces surcapacités entraînent une concurrence forcenée des UIOM depuis une décennie. Elles expliquent leur «appétit» pour les ordures de l'étranger ou d'autres régions du pays, dénonce l'IA.
Selon la loi sur la protection de l'environnement, ces surcapacités auraient dû être évitées.
Et lorsqu'un transport de déchets est inévitable, cette loi demande un transport par le rail. Ce n'est pourtant pas le cas pour les déchets allemands acheminés à l'usine de Trimmis.
Collectés près de Stuttgart et en d'autres endroits du sud de l'Allemagne, ils sont transportés chaque jour dans deux ou trois camions.
Du sud au nord des Alpes
Prétendument moins chers, les trajets par la route occasionnent des nuisances sonores et des émissions polluantes, rappelle l'IA.
L'organisation incrimine aussi le canton du Tessin (sud des Alpes), qui exporte vers Zurich et Turgovie (nord des Alpes) plus de 110'000 tonnes de déchets urbains chaque année.
En conséquence, l'Initiative des Alpes appelle de ses voeux une «vraie» politique de gestion des ordures en Suisse et une coordination des capacités d'incinération de la part de la Confédération.
La part incompressible des déchets doit être traitée dans l'usine la plus proche et les capacités d'incinération se limiter aux besoins de la Suisse.
Coûts externes oubliés
Les bons exemples existent d'ailleurs. Dès 2006 par exemple, 70% des ordures ménagères traitées par la nouvelle usine Tridel à Lausanne y arriveront par rail.
Et dans le canton de Thurgovie, suite à une décision du milieu des années 1990, 67% des déchets urbains sont acheminés par rail à l'UIOM de Weinfelden.
Pour favoriser le transport par le rail, l'IA revendique aussi l'introduction de la bourse du transit alpin: plafonnement du nombre de trajets des camions en transit et mise aux enchères des droits de passage disponibles.
Les transports absurdes ne sont rentables que parce que le trafic ne couvre de loin pas ses coûts externes (pollution, etc), note Christa Mutter, du comité de l'IA.
swissinfo et les agences
Faits
L'Association «Initiative des Alpes» a été fondée en 1989 par les défenseurs de l'environnement et les partis de gauche des cantons alpins.
Son premier fait d'arme a été la proposition de modification de la Constitution fédérale dite «Pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit» (acceptée en 1994).
Elle décerne cette année son «Prix des transports absurdes» pour la quatrième fois.
Les trois premiers «lauréats» ont été la Laiterie centrale d'Argovie, Nestlé Waters et Délifrance (en 2004).
Outre l'usine de Trimmis, le prix 2005 est remis simultanément à plusieurs autres usines de déchets et à l'Office fédéral de l'environnement (OFEFP).