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Le « si » formé de seulement deux lettres pose une hypothèse, voire une condition. Deux lettres ennuyeuses qui peuvent tout faire basculer : je t’aime… si tu fais ceci ou cela. En revanche, il n’en va pas de la même condition lorsque l’on dit : nous irons en excursion si le temps le permet. Dans cette seconde formulation, la condition est externe aux protagonistes et ne conditionne pas la relation interpersonnelle, il n’y a pas de manipulation.
Dans l’extrait de la première lettre de Jean assistons-nous à un « si » conditionnel ou interrogatif ?
« Si nous obéissons aux commandements de Dieu, nous pouvons avoir la certitude que nous connaissons Dieu. Si quelqu’un affirme : « Je le connais », mais n’obéit pas à ses commandements, c’est un menteur et la vérité n’est pas en lui.
Celui qui prétend vivre dans la lumière, tout en haïssant son frère, se trouve encore dans l’obscurité. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et ainsi il n’y a rien en lui qui puisse l’entraîner dans l’erreur. Mais celui qui a de la haine pour son frère se trouve dans l’obscurité ; il marche dans l’obscurité sans savoir où il va parce que l’obscurité l’a rendu aveugle. » (1 Jean 2, 3-4 et 9-11)
Pour faire réfléchir ses lecteurs, Jean leur pose des hypothèses qui permettent de clarifier et de vérifier la cohérence entre ce qui est dit et ce qui est vécu. Si on prétend connaître Dieu et que l’on agit à fin contraire, où est la cohérence ? Ici, quand un croyant prétend croire en Dieu et qu’il est dans un sentiment de haine pour son frère, sa sœur… heu, il y a un gros problème. D’où le rappel d’obéir aux commandements de Dieu. Or ces commandements se résument dans le fait d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même. On peut donc affirmer ici que ne pas s’aimer, c’est aussi enfreindre un commandement vital.
Qu’est-ce qu’un commandement si ce n’est une parole de vie de la part de Dieu, une parole qui nous rappelle où se situe la vraie vie. L’amour en est l’expression ultime. Le verbe aimer en grec, agapè, dit un amour qui est fait de charité, d’affection que l’on porte à son prochain, à commencer par son frère ou sa sœur dans la foi. Appartenant à la même communauté de croyants, ce lieu de la communauté est un espace où l’on apprend à exercer l’amour pour l’autre dans une attention bienveillante. Or, malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Un peu comme dans sa propre famille qui est le premier lieu d’exercice de la vie en société. De nos jours, la communauté paroissiale a perdu cette dimension de vie communautaire de partage où l’on vit le cœur du message du Christ. Est-ce que cette pandémie pourrait nous aider à nous reposer la question de ce qui est un peu plus essentiel à notre équilibre de vie et à notre bonheur ?
Vivre dans la lumière… est une magnifique expression. Pourtant parfois nous vivons dans la lumière de quelqu’un d’autre. Avant, les femmes vivaient dans la lumière de leur mari… autrefois… heureusement que les projecteurs se sont déplacés depuis lors. En fait, elles ne vivaient pas dans la lumière de leur mari mais dans leur ombre. Ici, être dans la lumière de Dieu, c’est vivre en vérité et en cohérence avec la foi qui nous porte, c’est vivre directement de la source qui vitalise l’existence et ne pas dépendre du vouloir de quelqu’un d’autre.
Vivre dans la lumière… est ne pas chercher à cacher sa vie dans une ombre, dans les ténèbres, c’est-à-dire cacher des intentions pour lesquelles on ne souhaite pas rendre des comptes et qui ne sont pas si vertueuses que ça. Vivre dans la lumière, c’est plutôt être en phase avec ses choix profonds, ses convictions intérieures. On le sent bien quand quelqu’un est en phase avec lui-même, on perçoit une harmonie de vie. Pour cela, il n’est pas question de passivité ou d’abandon. L’harmonie intérieure peut aussi se manifester dans des combats, des luttes à mener pour plus de justice, plus de respect. Vivre dans la lumière, Jésus l’a réalisé pleinement et il a connu l’adversité dont la croix est l’ultime expression.
A l’inverse, être dans les ténèbres, c’est perdre ses repères et errer, tourner en rond dans une vie sans sens, une vie où la relation aux autres ne produit rien. Paradoxalement, Jean utilise l’expression que « la ténèbre a aveuglé ses yeux ». Le sombre, la nuit a volé la lumière, a empêché de voir. Comme si le jugement de l’humain perd de son acuité, de la possibilité de se faire une idée de la situation par lui-même quand il se trompe lui-même, quand il est incohérent et n’intègre plus cette parole de vie que Dieu lui offre au quotidien de son existence.
Pensez-vous vivre de cette lumière intérieure qui vient du Seigneur ? Pour vous seulement ou pour les autres aussi ? Et si ce n’est pas le cas, sachez que la demander au Seigneur n’est pas interdit.
Oui, Seigneur, viens et éclaire ma vie de ta lumière afin que j’apprenne toujours plus à vivre de ta Parole. Amen.
Jean Biondina, pasteur