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La promotion des médicaments directement auprès des patients est rentable et largement pratiquée aux Etats-Unis. En Suisse, on observe depuis deux ans une vaste campagne d’affichage publicitaire rendant la population attentive à des problèmes de santé (ne devant pas être obligatoirement traités par des médicaments) pour lesquels il est judicieusement suggéré d’en parler avec les professionnels de la santé : leur médecin pourrait leur prescrire un médicament très efficace, pour ne pas dire miraculeux. Une étude américaine a porté sur l’évolution des pratiques promotionnelles et sur les dépenses publicitaires des firmes pharmaceutiques durant les dix dernières années au niveau des médecins et des «consommateurs» que sont les patients. Aux Etats-Unis, de 1996 à 2005, le budget global dédié à la publicité est passé de 11,6 milliards à 29,9 milliards de dollars, chiffres qui pourraient être largement sous-estimés. Les dépenses pour la publicité directe auprès du patient consommateur ont augmenté de 330%, correspondant à 14% des frais promotionnels totaux en 2005 pour les produits récents. Cette publicité concerne essentiellement les années suivant le lancement d’un médicament (rare durant la première année, période de commercialisation à risque d’un retrait du marché qui discrédite les firmes pharmaceutiques). Le pourcentage moyen du budget des firmes pharmaceutiques lié à la publicité est passé de 14,2% en 1996 à 18,2% en 2005: il est à relever qu’un pourcentage record est rapporté pour les inhibiteurs de la pompe à protons (34%), les statines (34%) et l’érythropoïétine (31%). Cette dernière est par ailleurs plus utilisée pour augmenter les performances sportives qu’à des fins thérapeutiques! Le fait que la Food and drug administration (FDA) ait émis un nombre d’interpellations pour violation des règles publicitaires en constante baisse, passant de 142 en 1997 à 21 en 2006, est stupéfiant! Les annonces publicitaires, plus nombreuses, seraient-elles devenues plus éthiques?
Commentaire: Nous nous devons d’être attentifs à l’évolution des pratiques promotionnelles des firmes pharmaceutiques qui, même si elles sont autorisées sous certaines formes, détournent subrepticement la décision médicale et nuisent à l’indépendance du clinicien en le rendant un prescripteur exécuteur vulnérable face aux exigences et attentes des consommateurs d’une part et aux contingences des assureurs et des prestataires d’autre part. De plus, ces pratiques suggèrent la possibilité d’une thérapie innovante et hautement bénéfique. Ceci pourrait discréditer le corps médical qui devra décevoir les patients en évoquant l’efficacité réelle du produit. Un nouveau rôle du praticien serait-il de parfois tempérer les ardeurs des patients motivés par cette propagande sur internet ou par affiches publicitaires?