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25/07/2013
Vichy et l'ordre moral par Marc Boninchi
Titre : Vichy et l'ordre moral
Auteur : Marc Boninchi
Éditeur : Presses Universitaires de France 2005
Pages : 318
Quand on parle du gouvernement de Vichy on a tout de suite en tête l'image d'une France gouvernée par des hommes réactionnaires qui n'eurent aucun état d'âme à collaborer avec l'occupant allemand. Une période marquée par une répression importante et un retour vers l'ordre moral incarné par l'importance de la famille, du travail et de la patrie devenus nouvel hymne du pays. Sans mettre en doute un grand nombre de faits avérés cette image oublie une partie importante du régime de Vichy: la continuité avec la IIIème République et l'héritage important des normes juridiques léguées à la IVème puis à la Vème République. L'auteur, Marc Boninchi, docteur en droit nous offre ici une thèse qui tente de comprendre l'histoire des normes juridiques vichyste ainsi que leur continuité dans l'histoire française.
Il accomplit ce lourd travail en analysant la création et l’usage des lois dans six chapitres qui vont de la définition de l'ordre moral à la lutte contre l'avortement. L'auteur utilise des archives inédites qui lui permettent d'entrer dans la mise en place intime des lois. Ce qui lui permet, non seulement, de comprendre à quel point les lois morales de Vichy sont originaires de la IIIème République et de certains cercles mais aussi de voir de quelle manière elles ont été reçues et appliquées par les magistrats. Il observe aussi, et surtout, une hausse importante du pouvoir des bureaux de fonctionnaires tandis que le pouvoir politique des chambres est mis en sommeil. Ce pouvoir est si fort que de simples fonctionnaires peuvent refuser un projet de loi sans en déférer à leur ministre. Mais ce travail est aussi un moyen d'examiner le pouvoir de la répression. Marc Boninchi montre de nombreuses lois répressives qui ont échoué. Quel en est la raison? Selon l'auteur, ces lois sont souvent trop répressives pour être applicables et ne réussissent pas à atteindre leur cible. C'est le cas, par exemple, de la lutte contre l'alcoolisme qui est menée en 1940 par une loi qui impose la fermeture des débits de boissons même pour les crimes les plus mineurs comme une simple pancarte.
Le texte de l'auteur est très riche. Il examine un grand nombre d'aspects légaux qui sont encore importants dans les lois de la Vème République même si un certain nombre de crimes ont été dépénalisé dans les années 70 (comme l'avortement et l'homosexualité). Son livre permet non seulement à l'historien de posséder des informations sur la manière dont les lois sont créées et appliquées durant l'occupation mais aussi aux juristes de réfléchir sur l'usage de la répression grâce à un exemple historique de cette pratique.
Image: Éditeur