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40 075 kilomètres soit 21 638 milles : telle est la circonférence de la Terre et la distance autour du monde de référence. Une révolution effectuée en 74 jours et 3 heures lors de la dernière édition du Vendée Globe. Ce périple planétaire est avant tout un voyage climatique pour descendre l'Atlantique, traverser l'océan Indien et le Pacifique, puis remonter de nouveau l'Atlantique... Au programme : un départ des Sables d'Olonne au milieu de l'automne, un trajet au cœur des mers du Sud en plein été austral et un retour hivernal en Vendée.
Dans la réalité lors des huit précédentes éditions du Vendée Globe, la plupart des concurrents ont parcouru parfois plus de 28 000 milles (soit quasiment 52 000 kilomètres). Les solitaires doivent composer avec le vent, les vagues, la houle, les glaces. La trajectoire des bateaux n'est donc qu'une succession de lignes brisées, de zigzags, de détours et de changements de caps.
Les solitaires du Vendée Globe doivent en permanence jouer avec les systèmes météo. Ils sont composés d'anticyclones, zones de hautes pression plutôt stables et peu ventées et de dépressions, le plus souvent génératrices de vents forts. Cette confrontation des hautes et des basses pressions va déterminer la stratégie à adopter dans chaque zone du parcours du Vendée Globe. La trajectoire nord-sud pour descendre l'Atlantique et la traversée sud-nord pour le remonter sont perpendiculaires au mouvement général des perturbations alors que dans les mers du Sud, le franchissement de l'Indien et du Pacifique s'effectue dans le sens du déplacement des systèmes météo.
Lors de la première phase entre les Sables d'Olonne et le cap de Bonne Espérance, à la pointe de l'Afrique du Sud, les solitaires doivent longer l'anticyclone des Açores dans l'Atlantique Nord, puis celui de Sainte Hélène dans son équivalent austral. Le jeu consiste à trouver le bon équilibre : suffisamment loin des centres dépressionnaires pour éviter les vents les plus forts sans se faire engluer dans les hautes pressions. La deuxième période consiste à profiter des phénomènes météo venant de l'ouest pour se faire pousser rapidement entre Bonne Espérance et le Horn, tandis que la troisième partie ressemble à la première avec l'anticyclone de Sainte-Hélène et celui des Açores à contourner. Il va aussi falloir gérer le passage d'un hémisphère à l'autre : c'est la zone de convergence intertropicale (ZCIT) appelée communément Pot au Noir. Ici, les masses d'air chaudes et humides portées par les alizés des deux hémisphères se rencontrent et génèrent un air instable où calmes blancs et grains orageux alternent sans véritable logique. Vigilance et intuition sont indispensables pour sortir de ce piège.
Le 8 novembre 2020, jour du départ, deux cas sont envisageables : si l'anticyclone des Açores s'étend jusqu'à l'ouest de l'Europe, un temps maniable est au programme pour s'extraire du golfe de Gascogne. A contrario les dépressions atlantiques qui s'engouffrent entre Terre-Neuve et l'Espagne peuvent générer des vents forts et contraires. Ce début de course entre Les Sables d'Olonne et le cap Finisterre peut donc s'avaler en une petite journée, comme s'avérer une très dure entrée en matière... Une fois les côtes du Portugal longées, la flotte glisse vers le Cap-Vert : les concurrents devront veiller à ne pas subir les perturbations des îles (Madère, Canaries, Cap-Vert), ni prendre le risque de se laisser prendre dans les calmes de l'anticyclone des Açores... Ce moment névralgique conditionne en effet le futur lieu d'entrée dans le Pot au Noir, en général entre le 27° et le 30° parallèle Ouest. Le point d'entrée détermine aussi le point de sortie : les vents de secteur nord-est passent en effet au secteur sud-est de l'autre côté de l'équateur ! Or plus la trajectoire se rapproche de l'Afrique, plus la route se raccourcit pour faire le tour de l'anticyclone de Sainte-Hélène...
Les hautes pressions de l'Atlantique Sud sont volages en cette fin de printemps austral : l'objectif des solitaires est alors de longer les côtes brésiliennes le plus au large possible et d'accrocher l'une des dépressions qui se créent dans la baie de Rio pour aller mourir dans l'océan Indien ! Que l'anticyclone se fragmente en cellules aussi éphémères que mobiles et la flotte se retrouve dispersée en petits groupes avec des conditions météo très différentes : la fracture est souvent rédhibitoire…
En à peine un mois, les frimas vendéens font place aux chaleurs équatoriales, aux déluges tropicaux puis au froid polaire subantarctique. Les mers du Sud qui représentent quasiment les 3/5èmes d'un tour du monde, n'offrent qu'une succession de dépressions venues du Brésil, de Madagascar, de Nouvelle Zélande... C'est ce train de vents portants que les solitaires doivent conserver, glissant d'une perturbation à l'autre sans se faire phagocyter par les tentacules anticycloniques. Vents de nord-ouest puissants, passage de front avec grains violents d'ouest, bascule au sud-ouest glaciale, l'enchaînement est très sollicitant pour les hommes comme pour les machines...
Pour limiter le risque de rencontres avec des icebergs, la Direction de Course établit une zone interdite à la navigation, la (Zone d'Exclusion Antarctique ZEA) qui fait le tour de l'Antarctique entre le 45°S du côté des îles Crozet et le 68°S au large du Cap Horn. De fait ce bornage de sécurité impose une trajectoire plutôt nord qui flirte avec l'anticyclone des Mascareignes (Indien) et celui de l'île de Pâques (Pacifique). Des concurrents peuvent se faire ainsi piéger dans une zone de hautes pressions quand leurs adversaires surfent sur une dépression !
Si le passage du Cap Horn après plus de 50 jours de mer marque la réduction drastique du stress de la casse et la remontée des températures, les 7 000 milles qui restent à courir jusqu'aux Sables d'Olonne ne sont pas les plus simples, surtout si d'autres concurrents pointent leur étrave à portée de lance-pierre ! Car une fois la Patagonie dans le tableau arrière, c'est encore l'anticyclone de Sainte-Hélène qu'il faut contourner tout en négociant les dépressions orageuses venant du Brésil. Des brises contraires et irrégulières, des bascules de vent conséquentes, des fronts à traverser, bref loin d'être d'une sinécure...
Une fois les côtes brésiliennes plus ou moins en vue, le Pot au Noir pointe à l'horizon avant de retrouver les alizés de l'hémisphère nord. De nouveau, les concurrents doivent éviter de se faire engluer dans les calmes redoutables de l'anticyclone des Açores jusqu'à toucher enfin les dépressions atlantiques qui peuvent au mois de janvier, être plus dévastatrices que leurs homologues australes... Après 70 à 75 jours de mer, le vainqueur du Vendée Globe 2020 pourra enfin apercevoir la bouée Nouch Sud qui marque la ligne d'arrivée du Vendée Globe, aux Sables d'Olonne.
Source © vendeeglobe.org
Le golfe de Gascogne : « Un des endroits les plus durs de la course, que ce soit à l’aller ou au retour. Les conditions y sont souvent difficiles, avec beaucoup de trafic maritime, peu de soleil… Avec en plus le stress du départ et la fatigue de l’arrivée. C’est une étape compliquée ! »
Le pot au noir : « C’est un peu la roulette russe, ça passe ou ça ne passe pas, ça dépend de tellement de choses… La météo change très vite, le vent peut tourner de 360° en 5 minutes à peine. Il est vraiment difficile de s’y frayer un chemin et il peut avoir un réel poids sur le reste de la course. »
La descente de l’Atlantique sud : « L’enjeu est de trouver le meilleur passage pour rejoindre au plus vite le grand Sud. Parfois la route la plus longue se révèle la meilleure, comme en 2016, mais souvent il faut juste foncer tête baissée, toutes voiles dehors pour attraper la première dépression. »
Les mers du Sud : « L’Autoroute du rêve : de la lumière 20 heures par jour, les vagues et le vent qui nous portent, pleine balle. Le graal de tout surfeur, sauf que notre planche fait 18 mètres de long et qu’il y fait tellement froid qu’on en oublierait qu’on n’est pas seul sur Terre. »
Le cap Horn : « Une pointe magique, comme dans les récits des grand marins. Si on est chanceux on peut voir ce beau caillou qu’on n’arrive à passer que si l’océan l’a décidé. Le Horn, c’est la fin du grand Sud mais aussi le début d’une remontée compliquée. »
La remontée de l’Atlantique sud : « On a souvent peu de vent, les voiles qui claquent et les nerfs à vif ! On essaye de trouver le bon chemin dans des conditions parfois compliquées, avec la fatigue d’un tour du monde dans les jambes, mais on reprend du poil de la bête en retrouvant la chaleur en se rapprochant de l’équateur. »
L’Atlantique nord : « c’est la dernière ligne droite, le plus dur. On compte les jours jusqu’à la ligne d’arrivée. Avec le golfe de Gascogne pour finir, dans le froid et le sentiment que la fin de l’histoire approche… »
Photo © Christophe Breschi