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«Ne tiens pas ton livre trop près des yeux !» La plupart des enfants myopes se souviennent sans doute de cette injonction. Ou encore des explications de l'ophtalmologue qui ne corrigeait pas totalement le défaut «pour éviter la paresse de l'il». Ces pratiques supposent que le cours de la myopie est influencé par les expériences visuelles. Des études de plus en plus convaincantes, chez l'animal comme chez l'homme, viennent confirmer cette hypothèse, comme le constate Douglas Fredrick, ophtalmologue à l'Université de Californie, dans une revue de la littérature à ce sujet (BMJ 2002 ; 324 : 1195-9).Les chercheurs ont ainsi montré, chez les primates ou le poulet, que s'ils empêchaient une image claire de se former sur la rétine de jeunes animaux, ceux-ci développent une forte myopie, notamment par élongation excessive de l'il. La croissance de la sclérotique ou de la rétine semble régulée par les percep-tions visuelles, et certaines études mettent même en évidence des altérations de l'expression de certains gènes lorsque la vision est troublée. L'homme est sans doute doté de mécanismes semblables, puisqu'on observe des myopies sévères associées à certaines maladies qui altèrent la vision chez les jeunes enfants.D'autres observations confirment l'hypothèse d'une myopie acquise. Il existe par exemple une corrélation entre la profession exercée et la prévalence de la myopie. Le vieux cliché de l'intellectuel à lunettes n'est pas si faux. Autre argument : la myopie est présente chez les aborigènes qui ont suivi une éducation de type occidental, alors qu'elle est très rare dans les populations ayant conservé leur mode de vie originel. L'augmentation de la prévalence de la myopie dans de nombreuses parties du monde s'expli-querait par l'évolution des habitudes visuelles.L'hérédité joue également un rôle majeur, comme le confirment de nombreuses études. Compte tenu de cette double influence, Douglas Fredrick propose un modèle de développement de la myopie où facteurs génétiques et expérience visuelle se conjuguent pour aboutir à des degrés divers de myopie.Dans ce modèle, la vision à courte distance (lecture, travail rapproché) peut induire une myopie progressive aggravant une myopie acquise ou touchant un individu emmétrope parce que les objets rapprochés produisent des images optiques imparfaites, susceptibles de provoquer une déformation oculaire.Douglas Fredrick évoque les mesures thérapeutiques susceptibles de freiner la progression de la myopie. Par exemple, les verres de contact rigides qui stabilisent mieux la myopie que les lunettes. Quant aux substances qui modulent la croissance de la sclérotique, elles sont étudiées chez l'homme.