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Jusqu'à la semaine dernière, le gouvernement nord-coréen avait fermement nié tout cas confirmé de virus à l'intérieur du pays. Une distinction qui en faisait l'un des trois seuls pays au monde à n'avoir pas été contaminé par le virus à ce jour.
Aujourd'hui, le pays compte plus de 1,2 million de cas de «fièvre» et plus de 500 000 personnes sont en quarantaine. Huit nouveaux décès ce lundi ont porté à 50 le nombre officiel de victimes de l'épidémie en Corée du Nord.
Un nombre de décès, qui, selon les experts, pourrait être sous-estimé par les autorités locales compte tenu du fait que le pays ne dispose d'aucun traitement contre le Covid-19 et n'a pas les capacités pour tester massivement sa population.
Selon l'agence de presse coréenne KCNA, qui ne cite pas expressément le Covid-19 mais parle de «fièvre», au moins 564 860 personnes sont sous traitement médical depuis dimanche.
Classé 193e sur 195 pays par une étude de l'université américaine Johns Hopkins l'an dernier, le système de santé nord-coréen est loin d'être exemplaire, avec des hôpitaux qui comptent trop peu d'unités de soins intensifs.
En plus d'un système de santé bancal, la Corée du Nord est l'un des deux seuls pays au monde (avec l'Erythrée) à avoir systématiquement refusé les offres de vaccination de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), de la Chine et de la Russie. Aujourd'hui, aucun des 25 millions d'habitants n'est vacciné contre le coronavirus.
Comme il n'y a que peu ou pas d'immunité préexistante parmi la population nord-coréenne, le variant A.2 Omicron, qui a été détecté à Pyongyang la semaine dernière, est cinq à six fois plus transmissible que la souche originale trouvée à Wuhan selon Vice.
Les experts craignent que la situation ne dégénère en une véritable catastrophe humanitaire. Selon Ethan Jewell, un correspondant basé à Séoul et contacté par Vice, c'est le cocktail parfait: «Les gens ne sont pas vaccinés, ils sont en mauvaise santé et le gouvernement ne semble pas avoir une approche responsable pour prévenir tout cela».
Kim Jong Un semble avoir pris personnellement en main la lutte contre l'épidémie qui, selon lui, provoque «de grands bouleversements» dans le pays. Il supervise des réunions d'urgence quasi quotidiennes du Politburo et les médias nord-coréens ont diffusé des photos de lui visitant une pharmacie à Pyongyang dimanche.
Après avoir commencé par réprimander les autorités sanitaires pour leur gestion de la pandémie, il a ordonné à l'armée de se mobiliser.
Selon l'agence de presse nord-coréenne KCNA, le dirigeant nord-coréen a «fortement critiqué le gouvernement et le secteur de la santé publique pour leur attitude irresponsable». Il s'est notamment plaint du fait que les pharmacies n'étaient pas ouvertes 24 heures sur 24.
Dans la foulée, il a ordonné à l'armée de se mettre au travail «pour stabiliser immédiatement l'approvisionnement en médicaments à Pyongyang», où les premiers cas de Covid-19 en Corée du Nord ont été officiellement détectés la semaine dernière.
Coupé du monde depuis plus de deux ans pour se préserver de la pandémie, le pays semble aujourd'hui avoir perdu le contrôle. Selon Yang Moo-jin, professeur à l'Université des études nord-coréennes à Séoul, le fait que Kim Jong Un attaque en public son propre gouvernement traduit le «sentiment de crise» qui s'est emparé du régime.
«Il met le doigt sur l'inadéquation générale du système de quarantaine», affirme cet analyste. D'après KCNA, le dirigeant nord-coréen a exprimé son intention de s'inspirer de la stratégie chinoise de lutte contre la pandémie.
La Chine est un des derniers pays du monde à pratiquer une politique de «zéro Covid» consistant à confiner des villes entières dès l'apparition du moindre cas et à tracer et isoler systématiquement les malades.
Selon le professeur Yang, Pyongyang aura probablement besoin d'aide pour surmonter l'épidémie, mais celle de la Chine pourrait ne pas suffire. «Si l'aide de la Chine ne suffit pas à surmonter l'épidémie, la Corée du Nord finira par demander l'aide du Sud, des Etats-Unis ou des organisations internationales», prédit-il.
Le président américain Joe Biden est attendu à Séoul en fin de semaine pour rencontrer son nouvel homologue sud-coréen, Yoon Suk-yeol. Les programmes d'armement de Pyongyang et l'épidémie de Covid-19 figureront probablement en tête de l'ordre du jour de ce sommet. (ats)
Un bâtiment insignifiant au sud de Tallinn, la capitale estonienne, enveloppé d'une bâche de construction blanche et flanqué d'un échafaudage. Seuls le mur de béton de plusieurs mètres de haut et les nombreuses caméras de surveillance laissent penser qu'un espace particulièrement protégé se niche ici: le Välisluureamet, le service de renseignement extérieur de l'Estonie.