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Chers lecteurs,
J'ai aujourd'hui le plaisir d'héberger une nouvelle publication de mon camarade Maxime Mercier. Bonne lecture ! AF
Parmi les critiques récurrentes adressées au libéralisme, nombreuses sont celles concernant la consommation. Cette philosophie politique serait à ce sujet responsable de deux maux, pourtant contradictoires entre eux :
(1) Le libéralisme conduirait à la paupérisation des travailleurs par leur exploitation, dans le cadre de leur travail.
(2) Les sociétés de consommation, dites libérales - même lorsqu'il s'agit en fait d'économies mixtes - seraient une source d'aliénation des masses et de servitude volontaire sur la base d'un consumérisme grégaire et aveugle.
Dans la première assertion, c'est donc l'absence d'abondance qui est critiquée. Dans la seconde, l'abondance est vue comme un processus d'uniformisation d'individus payant sans discernement pour des biens et services futiles, au moyen d'un formatage réflexif, biaisant leurs choix en tant que consommateurs. C'est ce second point que je souhaite ici développer.
J'ai récemment observé, au détour d'un commentaire, l'expression de ce raisonnement sous une forme paroxystique : il y était question de « fascisme du libéralisme, de la consommation et de la finance ». Je me focaliserai ici sur les deux premiers aspects de ce commentaire, car intégrer le troisième dans ma réflexion, nécessiterait un développement supplémentaire. Ce commentaire fait écho en moi à toutes les remarques du même acabit, que j'entends ou lis assez fréquemment.
Outre le fait que fascisme et libéralisme sont sémantiquement opposés, ces propos semblent aller dans le sens de l'idée d'une insuffisance intellectuelle, qui permettrait de raisonner au mieux, de faire les choix les plus rationnels possible. A moins que le marché, et ses sournoises autant qu'implacables stratégies communicationnelles, aille jusqu'à instaurer une hégémonie culturelle altérant ou abolissant ces mêmes facultés ! Je ne serais alors moi-même qu'un esclave qui s'ignore, tenant des propos avec une docilité qui n'atteindrait pas le seuil de ma conscience ! On remarquera, blague à part, que cette même personne se considère vraisemblablement comme étant passé entre les mailles du filet de la manipulation, puisqu'elle en fait la critique.
Je répondrai à ceux partageant ces vues qu'en cas de consumérisme grégaire et aveugle, rien ne ne vous oblige à vous y conformer. Si cela vous semble si horrible, ne le faites pas. Adoptez des modes consommation plus judicieux et vous pourrez vous en féliciter. Profitez-en éventuellement pour convaincre les autres de faire de même. Si vous le souhaitez, ne consommez même plus du tout : libre à vous ! Même si je vous le déconseille, si vous avez pour projet de rester en vie. En effet, la consommation consiste en l'utilisation de biens et de ressources dont on ne peut se servir qu'en les détruisant ou en les transformant : ce sont des choses qui arrivent, ne serait-ce que lorsqu'on mange, que l'on boit, que l'on se vêtit, que l'on se loge, pour ne prendre que ces exemples. Dire cela semble trivial, mais je préfère le rappeler, quitte à enfoncer des portes ouvertes.
Considérer que libéralisme et consumérisme aveugle, grégaire, sont inhérents, est une erreur, sauf à considérer que toute consommation est mauvaise, auquel cas, je conviens du fait que vous ne pouvez que vous réjouir des pénuries dans les régimes socialistes ! Vous pouvez trouver que les choix de tels ou tels ne sont pas pertinents. Peut-être ne le sont-il pas. Vous pouvez penser que ces personnes sont manipulées. Peut-être le sont-elles.
Ceci étant dit, comment comptez-vous vous y prendre, pour accroître hypothétiquement leur sagesse ? En les forçant à agir autrement ? Cela revient à dire que vous savez mieux qu'elles ce qui est bon pour elles, et c'est très condescendant. Dans pareil cas, vous faîtes comme si vous aviez connaissance de tout ce qui se passait dans leur esprit, ce à partir de quoi, vous seriez en mesure de conclure. Or, le fait est que vous l'ignorez au moins en partie. Si le changement ne vient pas de la volonté de l'individu, par un déclic, mais que vous le contraignez à changer d'habitudes, vous êtes le tyran de l'histoire. Vous me voyez désolé de vous adresser ce qualificatif des plus péjoratifs. J'espère qu'il ne vous correspond pas.
En cas de fascisme, les soldats, les fusils, les camps, vous obligent à changer vos habitudes, si la propagande ne suffit pas. Dans le cadre de régimes coercitifs plus modérés, les sanctions pénales se succéderont. Dans le cadre d'une société fortement ou intégralement libérale, vous y êtes incités par la persuasion, ou des arguments. La décision du choix appartient à la personne. Cela ne veut pas dire qu'elle n'est pas potentiellement conditionnée, mais le fait est que si une personne se fait facilement conditionner par des informations dans les journaux et les publicités, elle se fera, vraisemblablement, également conditionner par des dirigeants, dans le cadre d'un régime politique, plus ou moins coercitif. Or, l'adhésion des uns au pouvoir, par leur crédulité, moutonisme, naïveté, torpeur intellectuelle et j'en passe, dans pareil cas d'étatisme, a des retombées négatives, également sur ceux qui n'adhèrent pas à ce pouvoir. Tant et si bien qu'être doté d'une capacité de réflexion, en régime fasciste, n'est plus un avantage, mais un inconvénient, en terme de survie.
J'élargirais volontiers la réflexion à d'autres modalités du pouvoir. Prenons le cas de la démocratie directe où les citoyens pourraient directement voter les lois par référendum. Je ne vois aucune raison de considérer que cela serait plus vertueux et pertinent qu'un régime de liberté individuelle. Si je n'ai pas confiance en l'intelligence de mon voisin quand il va faire ses courses, je n'ai aucune raison d'avoir confiance en lui quand il vote, alors même que les décisions de la masse électorale dans laquelle il s'inscrit, auront/auraient des répercussions sur moi.
Dès lors, si tout au plus, le consumérisme de masse, dans une société libérale, prospère sur la bêtise grégaire ou y invite, à coup de campagnes de communication (ce qui n'est pas rien cela dit, convenons-en), les sociétés étatisées (toutes le sont hélas plus ou moins), y contraignent, quant à elles. Plus précisément, la force soumet les individus intellectuellement émancipés, aux despotes, par le biais des multitudes embrigadées.
Si un publicitaire, un journaliste, un vendeur, un concepteur produit, considèrent envisageable de tirer profit de la paresse intellectuelle/crédulité/ignorance d'autrui, il n'y a aucune raison pour qu'un dirigeant ne le fasse pas, en vue du fait que ce dernier dispose en plus de la persuasion, d'un potentiel d'agression. Il n'y aurait pas plus de raison de penser que les décisions de la majorité, dans le cadre de démocraties directes mentionnées ci-dessus, seraient une garantie d'un éclaircissement des consciences.
Revenons-en au libéralisme. Il réside dans l'idée que la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres, avec le souhait de rapprocher l'agression de zéro. De ce fait, je récapitulerai ainsi mon propos : si l'on va jusqu'à considérer que la plupart des gens sont intellectuellement médiocres, alors le respect du principe de non-agression, évite l'imposition de décisions médiocres à tous. Je pourrais douter du fait qu'ils le sont, et j'aurais raison de le faire. Je tenais toutefois, ici, à l'envisager comme une prémisse, pour tenter d'évaluer cette fameuse remarque du « fascisme du libéralisme et de la consommation », dans l'optique où l'hypothèse de la manipulation des masses, serait valide.
Comme je me plais à le penser ces derniers temps : la lutte pour la propagation de la connaissance, permettant hypothétiquement à chacun de faire les choix les plus judicieux, est une lutte trans-système. C'est un instrument, au quotidien, pour des rapports introspectifs et inter-subjectifs, pour des choix individuels et collectifs, plus opportuns. J'espère ne pas me tromper en estimant que libéraux et antilibéraux de bonne foi, peuvent au moins se rejoindre sur ce point : dans le but de niveler la société par le haut, il est fondamental de proposer une altérité réflexive à son prochain pour extirper du sommeil sa capacité de discernement (si tant est, donc, qu'elle était endormie).
D'ici là, portez-vous bien, et n'oubliez pas de consommer régulièrement de l'eau et de la nourriture, il paraît que c'est bon pour la santé !
Maxime Mercier