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Les experts parlent de 200 décès supplémentaires par cancer en
Suisse dus à Tchernobyl.
Bien que les concentrations de radionucléides artificiels ont
décru et pénétré dans les couches plus profondes du sol, la
présence de césium 137 est toujours attestée en Suisse, en
particulier au Tessin. Selon une étude parue mardi dans le Bulletin
de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), les valeurs
maximales suivantes ont été mesurée en 2005 dans ce canton: jusqu'à
660 becquerels (Bq) par kilo dans le sol, 97 Bq par kilo de matière
sèche dans l'herbe et 9 Bq par litre de lait.
La teneur en radioactivité artificielle des aliments a toutefois
clairement diminué depuis 1987 pour se situer aujourd'hui aux
environs des valeurs mesurées avant l'accident de Tchernobyl, à de
rares exceptions. Ainsi, la viande de sangliers chassés au Tessin
durant l'hiver 2001/2002 a présenté sporadiquement jusqu'à quelques
milliers de Bq de césium 137 par kg. De même, jusqu'à 160 Bq par kg
de matière fraîche ont été mesurés sur des champignons sauvages, à
savoir des bolets bais et des pholiotes ridées.
200 décès supplémentaires
S'agissant des conséquences sur la santé, l'OFSP estime que la
population suisse a reçu en moyenne une dose d'irradiation
supplémentaire attribuable à Tchernobyl de 0,5 millisievert (mSv)
par an, à comparer avec la dose d'irradiation annuelle moyenne de 4
mSv. Dans les régions les plus touchées - et en particulier pour
les consommateurs vivant de leurs propres productions - les doses
ont toutefois été jusqu'à dix fois supérieures à la moyenne.
Selon les extrapolations basées sur les données des survivants
d'Hiroshima et Nagasaki, les experts estiment à 200 le nombre de
décès supplémentaires par cancer en Suisse dus à Tchernobyl. Des
incertitudes existent quant à une éventuelle augmentation du nombre
des maladies de la thyroïde, car, dans de nombreux endroits, il
n'existe pas de registre des cancer et les données comparatives
font défaut.
Vigilance de mise
La Suisse a tiré les enseignements de la catastrophe. La
surveillance de la radioactivité et l'organisation en cas
d'intervention ont été restructurées, la centrale nationale
d'alarme a été renforcée et la capacité de mesures a été améliorée
et complétée par des réseaux automatiques de surveillance et
d'alarme. Par ailleurs, des tablettes d'iodure de potassium ont été
distribuées à la population résidant dans un rayon de 20 km autour
des centrales nucléaires suisses. En cas d'accident, celles-ci
empêchent l'iode radioactif, présent dans la nourriture ingérée et
dans l'air respiré, de s'accumuler dans la thyroïde.
En dépit de toutes les mesures de sécurité prises, un accident
nucléaire ne peut toutefois pas totalement être exclu, souligne
l'OFSP. Une préparation sérieuse et une vigilance constante sont
donc indispensables.
AP/sch
Pour Greenpeace, le bilan a été largement sous-estimé
Le rapport de l'ONG se base sur les recherches menées par l'Académie nationale des sciences de Biélorussie. Ces estimations sont largement supérieures à celles de l'ONU. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) estime en effet que le bilan final avoisinera les 4000 morts.
«Il est écoeurant de constater que l'AIEA étouffe les conséquences du plus grave accident nucléaire de toute l'histoire de l'humanité», a déclaré Ivan Blokov, le directeur de la campagne antinucléaire de Greenpeace.
Le 26 avril 1986, l'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale ukrainienne de Tchernobyl a créé un énorme nuage radioactif au-dessus de l'Europe et jusqu'à la côte est des Etats- Unis.
Dans son rapport fondé sur une compilation de diverses études, en particulier des ouvrages russes, dont une partie n'a pas encore été publiée à l'échelle internationale, Greenpeace estime à 200 000 le nombre potentiel de décès en Russie, Ukraine et Belarus entre 1990 et 2004 suite à des cancers et d'autres maladies.
Selon le rapport de l'organisation, le nombre de cancers a augmenté de 40 % en Biélorussie et l'organisation signale également une augmentation du nombre de leucémies dans la région.