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L'Harelde présente depuis le 22 décembre à St-Sulpice s'est fait prendre le 28 décembre au hameçon d'une gambe, planté dans son épaule. Elle traînait au bout de la gambe une Mouette rieuse morte, accrochée par le bec au hameçon terminal. L'Harelde ne pouvait plus ni plonger, ni voler, et serait ainsi probablement morte d'inanition si elle n'avait pu être libérée le lendemain. Les hameçons traînants des lignes de pêche, oubliés ou abandonnés, provoquent la mort de nombreux oiseaux d'eau.
L’Harelde a une distribution circumpolaire. Elle niche au Groenland, en Islande, au Spitzberg, en Scandinavie et au bord de l’océan arctique en Sibérie, en Alaska et au Canada. Une population isolée niche sur les côtes de la Baltique, dans le golfe de Finlande et dans celui de Botnie. La population scandinave est très petite comparativement à celle du nord-ouest de la Sibérie, qui compte environ 5 millions d’individus. L’espèce hiverne sur les côtes du nord de l’Europe, ainsi que sur la côte atlantique de l’Amérique du Nord et de part et d’autre du Pacifique. Les côtes de la Baltique accueillent 90 % de la population européenne en quelques énormes concentrations pendant l’hiver, le reste se distribuant sur les côtes de la mer du Nord ainsi que sur celles d’Islande.
La Suisse est située très au sud de l’aire d’hivernage habituelle de l’Harelde, raison pour laquelle elle n’y est que très rare en hiver sur les grands lacs du Plateau. La plupart des observations proviennent du Léman (surtout le Petit Lac) et du lac de Constance (surtout sur le lac Inférieur dans le bassin d’Ermatingen et dans la baie d’Hegne ; Heine et al. 1999). L’espèce est exceptionnelle à l’intérieur et au sud des Alpes (Engadine, val Poschiavo, Tessin). En l’absence de reprise d’oiseau bagué, la provenance des oiseaux observés en Suisse est énigmatique, mais la prédominance du Léman pourrait indiquer une origine plutôt occidentale.
Le nombre moyen d’oiseaux atteignant la Suisse en hiver ne semble guère avoir changé depuis le milieu du XXe siècle, mais l’apparition de la Moule zébrée a sans doute favorisé l’installation des hivernants. Des afflux se produisent certains hivers, comme en 1980/81, 1988/89 1990/91 et 1993/94, mais aucune tradition ne s’instaure car ces oiseaux ne reviennent jamais les hivers suivants. L’afflux de l’automne 1988 coïncide avec celui de l’Eider à duvet et de la Macreuse brune.
En automne, les premiers oiseaux n’apparaissent que rarement dès mi-octobre, en règle générale dès mi-novembre avec les premières vagues de froid. Les effectifs augmentent en fonction de la rigueur de l’hiver pendant le mois de décembre pour se stabiliser jusqu’à mi-mars. Les oiseaux quittent alors leur quartier d’hiver, certains y restant jusqu’à fin mai, époque à laquelle des migrateurs peuvent être observés hors des sites traditionnels, comme par exemple cet oiseau observé le 17 mai 1986 sur le lac de Poschiavo. Seuls quelques rares cas d’estivage sont connus : un mâle blessé a séjourné tout l’été 1958 à l’embouchure de la Venoge, et un individu du 12 décembre 1984 au 1er septembre 1985 sur l’Aar près de Leuzingen ; un oiseau a également été observé le 15 juillet 1953 aux Grangettes.
Principalement diurne, l’Harelde recherche les fonds aquatiques bien garnis en Moules zébrées, crustacés et larves d’insectes, qu’elle pêche généralement à des profondeurs de 3 à 10 m, mais elle s’éloigne volontiers très au large car elle peut atteindre des profondeurs de 30, exceptionnellement 55 m. Elle peut rester immergée pendant une à deux minutes (généralement 30 à 60 secondes) et réapparaît à des dizaines de mètres de son point de départ. Elle se fixe souvent pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois au même endroit. On la rencontre généralement isolée ou par petits groupes comptant 2 à 4, rarement 5 à 8 oiseaux ensemble, exceptionnellement jusqu’à 35 individus lors d’afflux. Si les oiseaux isolés peuvent devenir très confiants lorsqu’ils se sentent en sécurité, les groupes gardent leurs distances vis-à-vis de l’homme. L’espèce est généralement silencieuse pendant l’hiver, mais elle devient plus bavarde au printemps : la parade nuptiale, qui s’observe parfois en Suisse au mois de mars ou en avril, s’accompagne de sons harmoniques modulés “ah-ou-a”, exhalés aussi bien en vol que posé sur l’eau. Sur les terrains de nidification, ces vocalises nasillardes et plaintives qui portent relativement loin sont à l’origine de plusieurs surnoms donnés par les Inuits, dont le nom américain actuel de “Old Squaw” (vieille femme).

A propos de Lionel Maumary