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Il ne lui manquait que deux tirs à trois points pour s’emparer du record mythique de Ray Allen, tout le public new-yorkais se levait à chacune de ses prises de balle, lorsque Stephen Curry a fait ça:
Ce shoot était au départ une tentative de plus dans la carrière de Curry; il est devenu le 2974e tir à trois points réussi par le sniper le plus prolifique de l'histoire du jeu. Un moment d'anthologie, que l'entraîneur des Warriors a étiré en prenant un temps-mort dans la foulée, de sorte à ce que tout le Madison Square Garden puisse ovationner le prodige.
Autant que l'exploit, c'est la rapidité avec laquelle Stephen Curry l'a réalisé qui est sidérante. Ray Allen avait eu besoin de 1300 matchs pour établir son record; son poursuivant n'aura mis que 789 rencontres pour le briser. Et il n'a que 33 ans.
L'histoire va donc continuer à s'écrire et elle est belle, cette histoire, qui a débuté très tôt en Caroline du Nord, lorsque le petit Stephen assistait aux matchs de son père Dell depuis son berceau, entre un biberon et une berceuse.
Stephen Curry est du genre pressé. Mais il a quand même attendu de savoir marcher pour assister aux matchs de son paternel avec les Hornets. Il y a très tôt découvert un nouvel univers dont il s'est imprégné.
Ah, le shoot de son père. Tout un poème! Dell Curry pouvait marquer de n'importe où sur le terrain. Il a terminé sa riche carrière (quinze saisons) avec une statistique insolente: plus de 40% de réussite au tir. «Stephen est né avec une génétique de shooteur à trois points», en conclut Paul Rigot, basketteur professionnel et auteur d'une vidéo explicative sur les prouesses de Curry junior.
L'expert poursuit: «On va pas se mentir, ce serait un peu fou de penser qu'il pourrait y avoir une génétique permettant de tirer un morceau de caoutchouc dans un arceau. Mais la famille Curry prouve que c'est vrai». Seth, le fils de Dell et frère de Stephen, brille lui aussi dans l'exercice à trois points. «Il a une arbalète à la place du bras», trouve Paul Rigot.
Existe-t-il pour autant un gène de la performance sportive? Oui, selon David Epstein. Dans son ouvrage Le Gène du sport, publié en 2014, le journaliste américain expliquait à grand renfort d'exemples que la performance ne découlerait pas uniquement d'un entraînement acharné, mais résulterait pour beaucoup du talent naturel, à savoir du patrimoine génétique. «Selon certaines estimations, 60 % de nos capacités sportives seraient même reçues génétiquement de nos parents», souligne le magazine Science et Vie.
C'est le travail aux entraînements, ainsi que le milieu dans lequel pousse la graine de champion, qui permettent ensuite au talent d'éclore. Or, Stephen Curry a bénéficié du meilleur apprentissage dans ces deux registres. Son bras, il l'a entraîné dans la cour de ses grands-parents en Virginie, où il a passé des heures à viser un vieux panier de guingois.
A force d'enquiller les paniers à la maison, il a décidé de ne plus se contenter de regarder les matchs de son père. Il descendait carrément sur le parquet. A Milwaukee, il n'était pas rare que Stephen (onze ans) participe à la séance de tirs d'avant-match. «George Karl les laissait participer au "shootaround". Donc, ils venaient, nous faisions des exercices et ils étaient là avec nous. Et ils tenaient leur rang», décrit Ray Allen.
Quelques années plus tard à Toronto, il jouait presque tous les jours. Il avait même pris pour habitude d'affronter Vince Carter en un contre un à l'échauffement. Sa voie était toute tracée. Dans un reportage consacré à son père en 2002, on y voit le jeune Stephen (quatorze ans) annoncer fièrement ses ambitions en NBA.
Il était déjà un très bon joueur, quoique sous-dimensionné. Surtout, sa gestuelle de tir le handicapait. Son père l'a poussé à tout reprendre à zéro. Stephen Curry se souvient:
Il en est revenu plus fort, la rage au ventre et le feu dans les mains. «Baby-Faced Assassin» avait définitivement quitté le berceau pour aller chercher les titres qui lui étaient dus.
Son père s'attendait-il à pareille moisson? Lui jure que non. Il y a quelques jours, il a raconté cette anecdote dans les médias américains: «J’étais à Chicago récemment et j’ai vu le père de LaMelo Ball qui portait une casquette "I Told You So" (je vous l’avais dit). Ben moi, ma casquette, ce serait "I Had No Idea" (je n’en avais aucune idée)».
Preuve que Stephen Curry a aussi hérité de l'humilité du paternel. Avec le talent, ça faisait déjà beaucoup pour un seul homme.
Le football est parfois cruel. C'est ce que doit se dire Badra Ali Sangaré, le gardien de la Côte d'Ivoire, ce dimanche soir.