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Le film
Alfred Hitchcock met en scène Mélanie Daniels, une jeune femme, blonde, riche et belle de San Francisco qui rencontre Mitch Brenner chez un marchand d’oiseaux. Celui-ci regarde un couple d’inséparables, de petits perroquets, qu’il veut offrir à sa jeune sœur. Séduite, elle décide de lui faire une surprise, achète les oiseaux et se rend à Bodega Bay où elle sait qu’il habite.
Elle loue un bateau pour traverser la baie, avec comme intention de déposer discrètement les oiseaux et de repartir. Sur la barque, elle est attaquée par une mouette. Mitch accourt pour la sauver. Ils se réfugient dans un restaurant.
Mitch invite la jeune femme à manger chez lui avec sa mère et sa sœur. Les oiseaux ont des comportements étranges. Les poules refusent de manger, les fils télégraphiques sont peuplés d’oiseaux, une mouette est retrouvée morte sur le seuil.
Au matin, c’est l’anniversaire de la petite sœur. Des mouettes piquent sur les enfants. La panique s’installe. Le soir, une nuée de moineaux pénètrent par la cheminée, volettent dans tous les sens dans la pièce. Le lendemain, les oiseaux attaquent la ville.
L'affiche du film:
La bande annonce du film par Hitchcock:
Le fait divers inspirateur
En avril 1960, Alfred et Alma Hitchcock se préparent à partir pour l’Europe et l’Asie pour assister à la sortie de "Psychose", son dernier film que les critiques attendent impatiemment, car le réalisateur a refusé toute avant-première.
Et pendant qu'Alma supervise les bagages, Alfred boit un thé en lisant le journal. Il tombe sur un article du Santa Cruz Sentinel qui retient son attention. Le journal rapporte que par une tranquille soirée de printemps finissant, à la Jolla en Californie, plus de 1000 oiseaux sont descendus par une cheminée.
Affolés, les oiseaux ont ensuite volé dans tous les sens, détruisant tout dans la pièce et blessant la maîtresse de maison en se prenant dans ses cheveux. Pour Hitchcock, cela fait tilt tout de suite.
Les habitants ont été réveillés vers 3 heures du matin aujourd’hui par une pluie d’oiseaux se jetant contre leurs domiciles. Des oiseaux de mer morts ou assommés jonchaient les rues et les routes dans le brouillard de l’aube naissante. Effrayés par cette invasion, les habitants se sont précipités dehors, dans leurs jardins, avec des torches, puis ont fait demi-tour et se sont rués à l’intérieur, car les oiseaux volaient vers leurs lumières. (…) Quand le jour s’est fait, les habitants ont trouvé les rues couvertes d’oiseaux morts.
Le MacGuffin
Pour Hitchcock, cette violence, effrayante, soudaine, est particulièrement attirante. Les fenêtres fracassées, les réverbères brisés, les voitures endommagées, les piétons griffés, souillés. Voilà qui est étrange.
Cela lui rappelle une étrange nouvelle de Daphné du Maurier, "The Birds", publiée en 1952 dans un recueil dont il a acheté les droits cinématographiques. Hitchcock aime beaucoup Daphné du Maurier, romancière britannique, dont il a déjà adapté "La Taverne de la Jamaïque" et "Rebecca".
Il va falloir attendre encore deux ans pour qu’il se produise, comme dans les films du maître du suspens, le fameux MacGuffin, soit l’événement déclencheur.
L’invasion des oiseaux de mer, qui a si bien titillé Hitchcock pour son film, aurait comme origine un empoisonnement.
Selon une étude de biologistes marins, publiée en 2011 dans Nature Geoscience, en raison de conditions marines particulières, une algue aurait proliféré, algue dont se seraient gavés les petits poissons.
L’acide domoïque, une neurotoxine produite par ces algues, se serait concentré dans la chaîne alimentaire et aurait conduit à l’empoisonnement des puffins fuligineux, oiseaux migrateurs se nourrissant de ces poissons. Les volatiles, désorientés par leur intoxication alimentaire, seraient venus percuter la côte.
Tippi Hedren, l'obsession de Hitchcock
Après divers essais filmés de plusieurs actrices, Pamela Tiffin, Yvette Mimieux, Carol Lynley et Sandra Dee, Hitchcock surprend tout le monde en choisissant un mannequin. À l’automne 1962, le réalisateur est en train de regarder une émission sur la chaîne NBC et remarque une pub présentant une blonde séduisante. Il la veut.
La jeune blonde se nomme Tippi Hedren, elle est mannequin, elle a connu un petit succès à New York et tente sa chance à Los Angeles dans les spots publicitaires. Il ne sait pas si elle sait jouer la comédie, il sait juste que la Mélanie Daniels des "Oiseaux" ne peut être que cette femme.
Tippi Hedren est confiée à Edith Head, à qui, comme pour Grace Kelly et Vera Miles, le réalisateur demande de dessiner une somptueuse garde-robe, sous-vêtements compris.
Tippi Hedren cède de bonne grâce et s’habille comme il le veut. Il la sculpte, la coache. Il la trouve trop maigre et lui ordonne de grossir en faisant livrer 50 kilos de pommes de terre avec ordre de les manger!
Hitchcock, de réalisateur paternaliste et méticuleux, devient carrément obsédé et va développer pour Tippi Hedren une passion destructrice.
Pour avoir la mainmise sur son actrice, il convoque deux membres de l’équipe et leur demande de surveiller attentivement tous les faits et gestes de Miss Hedren.
Il commença à me dire ce que je devais porter pendant mes loisirs, ce que je devais manger, quels amis je devais voir. Il suggéra qu’Untel n’était pas assez bien pour me tenir compagnie ou qu’une autre personne avec qui je pouvais avoir une quelconque obligation sociale n’était pas une personne convenable. Et il s’irritait et s’indignait si je ne lui demandais pas la permission d’aller rendre visite à des amis le soir ou le week-end
Il commença à me dire ce que je devais porter pendant mes loisirs, ce que je devais manger, quels amis je devais voir. Il suggéra qu’Untel n’était pas assez bien pour me tenir compagnie ou qu’une autre personne avec qui je pouvais avoir une quelconque obligation sociale n’était pas une personne convenable. Et il s’irritait et s’indignait si je ne lui demandais pas la permission d’aller rendre visite à des amis le soir ou le week-end
Il n'y a pas de terreur dans un coup de fusil, seulement dans son anticipation.
Des sons et des cris
Il n’y a pas de musique dans "Les Oiseaux", uniquement des sons et des bruitages de vent, de cris, de battements, de frottements, de crissements. L’ami d’Alfred Hitchcock, Bernard Herrmann, son compositeur fétiche, lui sert toutefois de consultant.
Même le générique du début ne fait entendre que des battements d’ailes et des chants stridents des oiseaux qui envahissent l’écran, une manière de plus de faire entre le spectateur dans la fiction.
C’est du génie pur. C’est du Hitchcock.
Extrait du générique du film "Les Oiseaux":
L'émission "Travelling" consacrée au film "Les Oiseaux" d'Afred Hitchcock:
"Travelling" est à écouter tous les dimanche à 11h sur La Première et sur RTS Play
Crédit: Catherine Fattebert
Réalisation web: Olivier Horner, Andréanne Quartier-la-Tente et Miruna Coca-Cozma