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S’apprêtant à quitter le vieux théâtre où il a auditionné toute la journée des comédiennes pour le rôle principal de la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas (Mathieu Amalric) se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. C’est alors que fait irruption une femme (Emmanuelle Seigner) détrempée par une averse, vêtue de cuir noir sexy, l’œil exagérément charbonneux. Elle veut le rôle et n’en démordra pas. Elle se montre d’une vulgarité et d’une ignorance de midinette. Elle dit s’appeler Vanda, comme la Wanda de Sacher-Masoch, l'héroïne de «La Vénus à la fourrure», que Thomas vient d'adapter pour la scène.
A force de gouaille, l’effrontée réussit à retenir le metteur en scène et le force à l’auditionner dans une courte scène de la pièce. Elle sort alors de son sac une robe d’époque qu’elle revêt, et une veste d’intérieur achetée aux puces qu’elle lui tend, le convaincant de lui donner la réplique puis carrément de filer toute la pièce avec elle. Elle connaît le texte par cœur, ce qui semble incroyable à celui qui vient à peine d'en finir d’adaptation. Elle se métamorphose peu à peu en une femme mystérieuse et troublante mais aussi finement lettrée, forçant peu à peu son partenaire à sortir du personnage qu’il joue pour être lui-même et révéler des parts de son inconscient. Elle réussit au final transformer son partenaire en son esclave, comme le fait la Wanda de Léopold von Sacher-Masoch, dans le roman qu’il a écrit en 1870 et à la fin duquel il résume ainsi son propos: «La femme, telle que la nature l'a faite, et telle qu'elle attire l'homme de nos jours, est son ennemie et ne saurait être que son esclave ou bien son tyran, mais jamais sa compagne. Cela, elle ne pourra l'être que lorsqu'elle sera son égale en droits, son égale aussi par son éducation et par son travail ». Roman Polanski transforme le huisclos de ces deux personnages filmés dans un décor unique en une étrange etdéroutante variation sur les rapports entre hommes et femmes, entre dominés et dominants, s’inspirant en fait plus directement de la pièce de théâtre écrite par l’Américain David Ives et jouée en 2011 sur la scène à Broadway. A 80 ans, Polanski atteint à l’épure avec cet face à face magnifiquement cadré et subtilement éclairé. Malicieux, ironique parfois, le réalisateur à la réputation sulfureuse fait sourire à plusieurs reprises et ne fait à aucun moment du théâtre filmé ni ne tombe dans la vulgarité et la pornographie. Mais ce duo en vase clos est parfois un peu long à suivre dans toutes les métamorphoses de ses deux personnages. Triomphante, la Vénus au miroir de Titien vient ponctuer le film, suivie de tout un cortège d’autres Vénus célèbres, peintes par les plus grands.
Nicole Metral
Le théâtre est décidément une bonne source d'inspiration pour Polanski. Après Carnage de Yasmina Reza, c'est une pièce de David Ives d'après le roman La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch qui donne chair et esprit à son nouveau film. Unité de temps, de lieu et d'action caractérisent ce dernier. On se trouve dans un petit théâtre parisien, en fin de journée; Thomas (Mathieu Amalric), metteur en scène, est harassé par une série de vaines auditions au cours desquelles il espérait trouver celle qui incarnerait Vanda, la Vénus à la fourrure. Au moment où il s'apprête à partir, voilà que surgit une candidate inattendue (Emmanuelle Seigner), culottée et frondeuse, qui parvient à lui arracher l'occasion de se présenter. D'abord réticent, Thomas est peu à peu séduit par la comédienne qui, par surcroît, se prénomme Vanda... Il lui donne la réplique et constate qu'elle connaît la pièce par coeur. En un huis clos captivant, tous deux décortiquent les caractéristiques de leurs personnages et s'identifient peu à peu à eux. Le mot de la fin est tiré du livre de Sacher-Masoch: «Et le Tout-Puissant le frappa et le livra aux mains d'une femme.»
Projeté le dernier matin du festival, le film a été plutôt fraîchement accueilli par la critique. Assurément, c'est plus du théâtre filmé que du cinéma - mais, bon sang, quels dialogues et quelle progression dramatique! Quel cadeau et quel hommage fait par Polanski à son épouse, qui aurait mérité le prix d'interprétation féminine! Et Mathieu Amalric est loin de démériter, ajoutant à son talent une piquante ressemblance avec le réalisateur...
Daniel Grivel
Serge Molla
|Nom||Notes|
|13|
|Georges Blanc||15|
|Daniel Grivel||16|
|Antoine Rochat||18|
|Geneviève Praplan||18|
|Nadia Roch||16|