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Les dizaines de milliers de jeunes qui ont battu le pavé des villes suisses depuis le début de l'année n'en purent mais (il est vrai qu'une bonne partie d'entre eux n'avaient pas le droit de vote) : 'initiative des Jeunes Verts contre le "mitage du territoire" a été clairement refusée par les Suisses, et par tous les cantons. Le canton de Genève a donc lui aussi refusé l'initiative, mais à une majorité beaucoup plus serrée (52,3 %) que le reste de la Suisse (63,6 %). Et la Ville de Genève (à 52,1 %), celle de Carouge et le quartier des Avanchets l'ont acceptée (les communes de Chancy, Confignon, Presinge aussi). Et comme pour les objets cantonaux, ce sont les communes et les quartiers de droite, et spectaculairement les communes friquées de la rive-gauche, qui ont fait le résultat. Au plan suisse aussi, les communes qui ont accepté l'initiative sont d'entre celles où la densité de la population est la plus forte : La Chaux de Fonds, Neuchâtel, Lausanne, Fribourg, Bienne, Winterthur (à Berne, Bâle et Zurich, le NON ne s'impose que d'un souffle). Un OUI urbain, un NON périphérique, qu'est-ce que cela dit ? D'abord, que l'initiative, qui préconisait le gel de la surface à bâtir et la compensation des nouvelles zones à bâtir par des zones non constructibles, n'était pas dirigée contre les villes (même si l'Union des Villes Suisses se réjouit de son échec), mais contre leur négation, ces espaces indistincts, gaspillés, qui font la transition entre elles et la vraie campagne -celles des zones vertes protégées et des zones agricoles, pas celle des zones pavillonnaires. Et cela dit ensuite que les citadins n'ont, à raison, pas accordé foi à la prédiction des opposants selon qui l'initiative allait provoquer des hausses de loyers.
La lutte contre le "mitage" est à l'ordre du jour, et y restera
L'initiative des Jeunes Verts allait plus loin, et plus vite, que la révision de la loi sur l'aménagement du territoire (LAT). Peut-être les Suissesses et les Suisses ont-ils et elles voulu attendre de connaître les effets de cette révision de la loi, qu'ils avaient acceptée à la même majorité (63 %) qu'ils ont refusé l'initiative -mais sans l'écraser, puisqu'elle a été acceptée dans une quarantaine de communes, dont deux des trois principales villes du pays, et en faisant donc pression pour une application volontariste de la loi révisée, et pour que les promesses de rigueur et de cohérence de cette application, qui se sont abattues sur le bon peuple comme la vérole sur le bas clergé breton, soient tenues. La Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga s'y engage -mais elle n'est pas seule à décider : la Confédération, les cantons, les communes doivent avant le 30 avril mettre en place les moyens (les lois, les règlements, les instruments) de réduire les surfaces constructibles excessives. Et si ce délai n'est pas respecté, promis, juré, les zones à bâtir seront gelées tant que la mise en conformité avec la loi n'aura pas été opérée. De plus, le gouvernement va proposer au parlement un durcissement de la loi, limitant les exceptions possibles à l'interdiction de construire hors des zones prévues à cet effet -qui permettraient de loger un million et demi à deux millions d'habitants supplémentaires, si on échangeait celles qui sont les plus mal situées, et qui seraient alors rendues inconstructibles, contre de nouvelles zones prélevées sur les zones agricoles, ce que l'initiative permettait.
Si les engagements du Conseil fédéral et des opposants à l'initiative ne devaient pas être tenus, si la loi révisée ou son application devaient décevoir, le combat reprendra. Celui mené pour l'initiative n'a donc pas été inutile : la lutte contre le "mitage" est à l'ordre du jour, et y restera.
Bon, d'accord, sauf en Valais.