Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06874.jsonl.gz/456

Genève sur sa colline dominait de sa superbe le petit hameau savoyard de Carouge, au point que le duc de Savoie et Roi de Sardaigne Victor-Amé décida de construire à la place de Carouge une grande ville qui devait rivaliser en beauté et en grandeur avec la capitale de la Réforme… Las, la Révolution mit fin à ses ambitions et Genève demeure, depuis la Réforme, une capitale arrogante.
A l’époque de la Réforme, justement, une femme eu l’arrogance de braver Jean Calvin : Marie Dentière. Née à Tournai, dans les Flandes, en 1495, elle étudie la théologie dans un couvent, avant d’adopter la Réforme, de se marier avec un ancien curé et de venir en Suisse romande. Très vite après la mort de son époux, Marie se remarie avec un pasteur connu, Antoine Froment, de 12 ans son cadet. Le couple défraie la chronique genevoise, notamment en publiant une « Epistre très utile… » qui fustige avec fureur l’hypocrisie et la misogynie des autorités genevoises et des Réformateurs : « Avons-nous deux Évangiles, l’un pour les hommes, et l’aultre pour les femmes ? L’un pour les sages, et l’aultre pour les folz ? Ne sommes-nous pas un en nostre Seigneur ? ». Le texte d’abord attribué à Antoine est en fait bien écrit par Marie. La théologienne Isabelle Graesslé a récemment découvert un manuscrit daté et signé par Marie Dentière. Elle ne pense pas que l’on puisse vraiment attribuer le terme féministe à cette pionnière, le concept n’existant même pas à l’époque, mais elle a beaucoup œuvré pour sa réhabilitation. C’est grâce à Isabelle Graesslé, vigoureusement soutenue par le Carougeois Olivier Barde, qu’en 2002 le nom de Marie Dentière est inscrit sur une grosse pierre placée à droite devant le Mur des Réformateurs.
Cet automne, un tour de ville sur quelques lieux de la contestation féministe, se terminait au Parc des Bastions, dans le but de montrer cette fameuse pierre. Mais impossible d’y lire le nom de Marie Dentière : même la nature cherchait à dissimuler cette brillante intellectuelle du 16
ème siècle : son nom était alors rendu invisible, caché par de gros buissons… Décrite comme une « orgueilleuse vindicative, mauvaise conseillère de son époux » par Guillaume Farel, et comme « faulce, ridée et de lengue diabolique » par l’abbesse Jeanne de Jussy, qu’elle voulut convertir à la nouvelle religion, Marie Dentière été occultée par l’histoire. Pendant des siècles, ce personnage historique a été mésestimé. Elle est maintenant enfin aujourd’hui reconnue à sa juste valeur comme l’une des premières intellectuelles de la Réforme, historienne, pédagogue et fine théologienne.
L’association Kyrielle, dont le but est de valoriser les femmes dans la culture, a adressé une pétition au Service des Espaces verts qui a eu son effet. La pierre a été dégagée et le nom de Marie Dentière est maintenant bien lisible devant le Mur des Réformateurs (et non des Réformatrices comme nous le dessine joliment Marion Jiranek…). Les participant-e-s au tour de ville ont été intrigués par cette personnalité et Kyrielle a demandé à Isabelle Graesslé de raconter l’histoire et la pensée de cette Réformatrice haute en couleurs. La conférence aura lieu en Vieille-Ville où vécut Marie Dentière, tout en haut de la Maison de Quartier Chausse-Coq 6 rue du Chausse-Coq, mercredi 1er mars 2017 à 20 h. Bienvenue !