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Le castor d'Europe (castor fiber)
Historique
Connu sous le nom de Castoroides Ohioensis le castor géant était le plus gros rongeur connu du Pliocène¹ il y a environ 3 à 7 millions d’années. Sa taille était impressionnante car il pouvait mesurer jusqu’à 2,4 mètres de long et peser près de 217kg. Son extinction remonterait à près de 10’000 ans, lors de la dernière ère glaciaire. A uneépoque, certains individus d’Eurasie migrèrent en Amérique lorsque les deux continents étaient encore réunis par un isthme. Puis, suite à la dérive des continents, le castor nord-américain se différencia. On estime que cette séparation remonte à environ 12’000 ans. A l’origine, l’aire de répartition du castor s’étendait sur de vastes parties d’Eurasie et d’Amérique du nord. Actuellement, il existe deux espèces de castors ; l’une que l’on rencontre en Europe qui est le Castor fiber (castor européen) l’autre en Amérique du nord qui est le castor canadensis (castor américain).
Aujourd’hui encore, on ignore toujours s’il s’agit de deux espèces distinctes puisque les différences morphologiques sont très faibles. Jusqu’a présent, aucun accouplement entre les deux espèces n’ont permis de reproduire de descendants. Jusqu’au XVIIe, le castor était appelé Bièvre.
¹ Le Pliocène est une époque de courte durée, charnière entre le Miocène, qui a vu culminer l’expansion des mammifères, et les glaciations quaternaires avec leur faune de grands mammifères comme le mammouth.
Le castor eurasien (Castor fiber) n’est qu’une des nombreuses espèces de castors qui s’est différenciée depuis l’apparition de l’ancêtre originel. Comme son nom l’indique, cette espèce a colonisé la quasi-totalité de l’Eurasie. C’est à l’époque où l’Alaska était encore rattachée à la Sibérie par une langue de terre que le Castor fiber s’est largement répandu. Ce n’est que par la suite, lorsque cette langue s’est abîmée, que les effectifs nord-américains se sont retrouvés isolés des populations d’Eurasie.
Extinction
Autrefois, le castor était un mammifère fréquent et répandu en Europe, mais l’homme l’a chassé jusqu’à la fin du 19ème siècle et de ce fait, a presque réussi à l’exterminer totalement. Heureusement, le castor européen a survécu dans de rares régions comme : sur le cours inférieur du Rhône, sur l’Elbe, au sud de la Norvège et dans quelques rivières de Russie. En Suisse, les dernières populations autochtones de castors se sont éteintes au début du 19ème siècle. La valeur de sa fourrure a certainement été la cause principale de la chasse intensive et un facteur déterminant de son éradication. En outre les pouvoirs bien faisants de sa sécrétion, le castoréum, n’ont pas non plus été étrangers à sa disparition. Cet onguent musqué était sensé guérir de nombreux maux ; ce qui n’était pas faux puisque le castoréum contient des traces d’acides salicylique au pouvoir analgésique. La chair du castor était aussi appréciée. Sa queue était considérée comme délicatesse. Animal assimilé au poisson, le castor pouvait aussi être mangé pendant le carême. De plus, on accusait ce pur végétarien de manger des poissons et des crustacés, une raison de plus de lui faire la chasse. C’est ainsi que le castor est resté absent de notre pays près de 200 ans.
Le castor
Ordre : Rodentia (rongeur)
Sous ordre : Castorimphora
famille : Castoridae
Genre : castor
Espèce : Castor fiber (Castor d’Europe)
Crépusculaire et nocturne le castor est le plus grand rongeur d’Europe. Très farouche et prudent, il peut parfois même s’observer en pleine journée s’il n’est pas dérangé. Sa silhouette est lourde et trapue. Son pelage est gris, noir, ou brun très foncé. Ses oreilles et ses yeux sont petits. Ses pattes postérieures sont grandes et palmées, ses pattes antérieures non palmées sont plutôt petites et habiles. Hors de l’eau, le castor a une démarche plutôt dandinante et maladroite. Dans l’eau, son élément, il est un excellent nageur, rapide et vif. Il peut atteindre facilement la vitesse de 7 km/h. Dans l’eau, il se propulse au moyen de ses pattes postérieures et replie ses membres antérieurs sous le thorax. Pendant la nage, en surface, seuls son nez, ses yeux et ses oreilles sont visibles, ce qui lui permet de surveiller son environnement sans être vu. Lorsqu’il perçoit un danger, avant de plonger, il frappe violemment la surface de l’eau avec sa queue pour donner l’alarme et alerter ses congénères. Sous l’eau, le castor peut parcourir plus de 750 m et la durée normale de plongée est de 2 à 4 minutes. S’il est immobile, le castor peut se maintenir sous l’eau sans respirer jusqu’à 15 minutes. Un castor adulte pèse en moyenne entre 20 et 38 kg. La longueur totale de son corps est d’environ 120 cm (80 cm pour le corps et 38 cm pour la queue). Le castor possède de puissantes incisives adaptées à sa vie particulière de rongeur. Celles-ci poussent sans cesse et sont recouvertes d’un émail orange très solide. Son ouïe et son odorat sont bien développés. Aucun critère externe ne permet de distinguer les mâles des femelles. Seules les femelles allaitantes présentent deux paires de mamelles pectorales bien visibles qui peuvent servir de critère de différenciation. Le sexe de l’animal ne peut être déterminé généralement qu’en le capturant (narcose pour les captures sauvages) et en têtant les organes sexuels situés à l’intérieur du corps.
Biologie
Le castor vit dans les biotopes aquatiques les plus divers, ce qui témoigne de sa grande capacité d’adaptation. Territorial, le castor a besoin d’un espace minimum vital de rives de 1 à 3 km. Cette distance dépend en partie du type de rives et des ressources alimentaires disponibles. Les écorces de bois tendre constituent sa principale nourriture hivernale. Il coupe des arbres atteignant 20 cm de diamètre, et parfois plus. Il fréquente principalement les eaux douces et libres, stagnantes ou courantes qui ne gèlent pas totalement en hiver et qui ne s’assèchent jamais complètement en été. Il n’apprécie pas les courants trop rapides. Son plan d’eau idéal est profond de 1 à 2 m. Il aime les rives terreuses colonisées de buissons et d’arbres à bois tendre. Le long des cours d’eau, Il marque son territoire avec
le castoréum¹. Selon les lieux, il creuse des terriers dans les berges (avec un orifice immergé et une cheminée d’aération). Sous nos latitudes, le castor vit dans des terriers simples ou des terriers avec auvent, plus rarement dans des huttes. Les terriers ou les huttes peuvent être utilisés par plusieurs générations de castors qui les améliorent, de même qu’une famille peut utiliser plusieurs terriers dispersés sur un seul et même territoire. Les barrages qu’il aménage peuvent atteindre plusieurs mètres de long, leur hauteur peut être variable selon la topographie du lieu ou il s’est installé. Il construit aussi des barrages avec des troncs, des branches, de la boue et des végétaux. Le barrage lui garantit un niveau d’eau constant pour maintenir l’entrée de son gîte sous l’eau, et permet de rendre plus aisé le transport de nourriture. Le castor ne s’éloigne guère de l’eau, ainsi il ne s’active rarement à plus d’une trentaine de mètres de la berge.
Depuis toujours, le castor a contribué à la dynamique des habitats. Véritable générateur de biodiversité, où il s’installe, il favorise le retour de nombreuses espèces animales et végétales.
Son pelage
Le pelage du castor est gris-noir ou brun très foncé. Il recouvre toute la surface de son corps à l’exception de sa queue. Sous le ventre, le pelage est plus clair. Caractère typique des mammifères amphibies, le pelage est très dense. Un centimètre carré du ventre ne comporte pas moins de 23’000 poils. Le pelage du castor est un élément important, car il lui assure une protection thermique et une imperméabilité parfaite. Afin de lui garantir cette fonction, l’animal doit entretenir constamment sa toison. Pour cela, il possède sur le deuxième ongle du pied une griffe spéciale, appelée "griffe de nettoyage". Celle-ci fait office de peigne et permet de redistribuer l’huile naturelle contenue dans le pelage et ainsi de le réimperméabiliser.
Sa queue
La queue est sans conteste la principale caractéristique de l’animal. Elle est constituée d’un tiers de muscles et de deux tiers de consistance tendineuse et de tissus adipeux. En été, la queue joue un rôle vital car elle est un important organe de régulation thermique. Celle-ci constitue également une réserve de graisse en hiver et un castor adulte peut ainsi vivre facilement plusieurs jours sans se nourrir. Lors des fortes chaleurs, il suffit au castor d’immerger sa queue dans l’eau pour permettre une régulation rapide de sa température corporelle. L’aspect de la queue est surprenant car elle est recouverte d’un cuir faussement écailleux. Dans certains cas, l’observation de la queue peut être très utile. En effet, elle permet d’évaluer l’état de santé général de l’animal. La queue d’un adulte mesure environ 38 cm de long, pour 12 à 16,5 cm de large. La queue joue un rôle important de par sa masse et sa puissance dans la marche bipède ainsi que dans la lutte. Elle sert aussi de contrepoids lorsqu’il transporte un fardeau jusqu’à l’eau ou lorsqu’il doit lever la tête pour se nourrir. Lorsqu’il nage, elle sert de gouvernail et de propulseur. Lorsque l’animal perçoit un danger il l’utilise comme signal d’alarme. Il frappe la surface de l’eau pour avertir ses congénères et faire comprendre qu’un intrus s’est aventuré trop près. Contrairement à ce que l’on pense, la forme de la queue ne permet pas l’identification exacte du sexe ; seule la capture de l’animal permet de le faire.
Ses pattes
Les pieds du castor sont caractérisés par la très grande différence de taille entre les antérieurs et les postérieurs. En outre, les seconds ont une palmure très développée, résultat d’une évolution liée au milieu aquatique. Chaque pied possède 5 doigts. Les dimensions des pieds des adultes ne semblent pas varier entre les sexes. Cette appréciation est délicate car il est quasi impossible, sur le terrain, de distinguer monsieur de madame. Le pied antérieur mesure : 5,1 à 6 cm de long et 4,3 à 5,5 cm de large. Le pied postérieur mesure : 9,5 à 17 cm de long et 8,9 à 10,1 cm de large.
La patte antérieure possède de puissants ongles qui permettent à l’animal de s’accrocher au substrat des berges, le long des coulées et de creuser son logis.
Elles sont également de véritables petites mains qui lui servent à manipuler avec précision les branches, à pétrir la boue ou encore à saisir ses aliments.
Ses pattes postérieures sont palmées et servent à se propulser dans l’eau. Elles possèdent aussi une particularité ; le deuxième orteil du pied.
Celui-ci est pourvu d’une double griffe appelée "griffe" peigne que le castor utilise pour nettoyer et entretenir son poil.
Ses dents
Les dents du castor sont un outil vital. Taillées en biseau, leur croissance est constante. Dans l’action d’abattage, les incisives servent d’appui, tandis que les inférieures,
mieux affûtées, font office de véritables ciseaux à bois. Elles exercent une force d’environ 80 kilos. Deux carrés de poils raides et courts (les brosses labiales) obturent
la bouche protégeant ainsi la muqueuse et empêchant les copeaux d’abattage de pénétrer accidentellement dans l’arrière gorge. Les prémolaires et les molaires font
office de broyeur. Sur le devant, les incisives sont recouvertes d’un email orange spécial très solide.
Sa nourriture
Le castor possède un régime alimentaire exclusivement végétarien. Il ne consomme donc jamais de poisson ni de viande. Même s’il a des préférences bien marquées, il totalise plus de 300 espèces végétales à son menu. C’est surtout au printemps et en été qu’il se nourrit de bois tendre, de plantes et des herbes les plus diverses (voir notre cahier " exigences écologiques et nutritives du castor " ). Quotidiennement, un castor consomme un peu plus de 1,5 kg de nourriture ligneuse. En automne et jusqu’au début du printemps, il ne se nourrit que d’écorces. Les arbres abattus sont débités en morceaux transportables, puis tirés jusque dans l’eau par l’accès le plus direct. Les petites branches sont directement écorcées et généralement consommées sur place. Le castor immerge ses réserves de nourriture à proximité immédiate de l’entrée de son gîte. Ce comportement n’est pas systématique, tout dépend si le plan d’eau gèle en hiver et si le terrier abrite des jeunes. Dans les régions où la surface de l’eau gèle des semaines ou des mois durant, la constitution de garde-manger est alors une obligation. En effet, le castor n’hiberne pas ; même si son activité est réduite à la mauvaise saison, il continue à s’alimenter régulièrement. Il mange souvent très près de l’eau et en eau peu profonde, en bordure de berge, prêt à plonger au moindre danger. Les reliefs de nourriture, accumulés souvent à la même place, prennent alors le nom de "réfectoire". Au printemps et en été, il ronge surtout des peupliers, des saules et des trembles. Lorsqu’il se dresse sur ses pattes antérieures le castor peut couper des branches ou écorcer des arbres jusqu’à une hauteur de 1,10 m. Il suffit de quelques heures au castor pour couper des arbres de 20 cm de diamètre et parfois plus, mais les tiges de 3 à 8 cm sont les plus souvent consommées.
Les castors se nourrissent de façon à dépenser le moins possible d’énergie. Pour cela, il choisissent une nourriture de haute qualité énergétique, qu’ils ce procurent dans un minimum de temps et avec un minimum de manipulations. Ainsi nous pouvons dire que le castor se nourrit généralement à partir d’un point central. C’est-à-dire qu’il cherche sa nourriture dans toutes les directions à partir de son gîte principal. Le castor est très sélectif dans ses choix alimentaires. Lorsque la nourriture est en suffisance , le castor ne cherchera pas à trop s’éloigner de la rive et de son gîte pour se nourrir. 75 à 83 % des coupes sont faites dans les quatre premiers mètres de rives. Cette distance dépend uniquement de la quantité et de la qualité de la nourriture disponible. Lorsque toutes les ressources en bordure de rives ont été exploitées, le castor cherchera à trouver une autre source alimentaire plus en profondeur sur les berges. La pente de la berge n’est pas un facteur militants : le castor peut escalader des escarpements supérieurs à 45°. La distance maximale d’éloignement au cours d’eau est alors estimées entre 15 ou 20
mètres et au maximum 30 mètres. Si la nourriture devient trop éloignée sur les petits cours d’eau, le castor peut alors facilement édifier des barrages. Il cherchera ainsi à réduire la distance vers ses lieux de nourriture et à faciliter le transport des matériaux qu’il utilise. Le barrage lui permet donc d’étendre son domaine vital. Pour chercher sa nourriture Le castor se déplace de préférence toujours vers l’amont. Ainsi il lui est plus aisé de descendre le courant avec une branche bien fournie que de remonter le courant avec celle-ci.
Son appareil digestif
L’oesophage du castor est exposé à des dommages par l’ingestion de bois, mais celui-ci se régénère rapidement. Il possède un estomac de petite taille. L’intestin atteint six fois la longueur corporelle de l’animal. C’est dans le caecum que s’opère la pré-digestion de la cellulose, base de l’alimentation du castor. Comme beaucoup de rongeurs, le castor pratique la coecotrophie (sorte de rumination) qui lui fait ré-ingurgiter à la sortie de l’anus des boulettes alimentaires pour un deuxième tour de circuit digestif. Les crottes finales sont brunes claires et très friables (fibres ligneuses). Elles sont souvent déposées dans l’eau où elles se désagrègent rapidement. C’est la raison pour laquelle il est extrêmement rare de trouver des crottes de castor sur la berge.
Sa vie de famille
Les castors sont territoriaux et vivent en groupes familiaux, dont le territoire, en Suisse, englobe un tronçon de rivière allant de 300 m de long à 3 km. La femelle occupe hiérarchiquement la première place dans la famille. C’est elle qui choisit et participe à la plus grosse part des travaux. Le mâle assure la surveillance et la sécurité du territoire. Le groupe se compose idéalement d’un couple d’adultes (ADU), des juvéniles de l’année précédente (SUB) et de la portée de l’année en cours (JUV). En moyenne, une famille compte 5 individus. Les castors sont monogames et fidèles. Ils ont chaque année des jeunes, qu’ils élèvent conjointement. L’accouplement a lieu en janvier et février dans l’eau. La durée de gestation est de 105 à 109 jours. La portée annuelle comprend 1 à 2 (3) petits. Les jeunes naissent poilus, les yeux ouverts et pèsent environ 500 g. La femelle possède 4 mamelles.L’allaitement dure environ 2 mois, mais les jeunes goûtent aux premiers végétaux déjà après 2 semaines. La part de l’alimentation végétale augmente constamment jusqu’au sevrage, qui survient à l’âge de 2 mois. Cette transition est très progressive car le tube digestif doit subir une importante adaptation physiologique. La mortalité est particulièrement élevée durant cette période. A l’âge de 2 à 3 semaines, les jeunesquittent le gîte pour la première fois en compagnie de leurs parents. Ils sont alors très vulnérables. La maturité sexuelle est atteinte au terme de la 2ème année, et les jeunes quittent alors leurs parents pour chercher un nouveau territoire et un partenaire. Le territoire est marqué à l’aide du castoréum, afin de prévenir les intrusions de congénères. Selon des études, d’autres informations sont également véhiculées par le castoréum.
Les sens développés du castor
L’odorat est le plus important sens de communication. Le castor possède une glande spéciale appelée glande à castoréum. Celle-ci donne une grande quantité d’informations aux autres castors. Plus de 50 corps entrent dans sa composition chimique. Elle fournit les informations diverses comme : le sexe, l’âge, l’état de santé, l’appartenance du groupesocial, l’étendue du territoire, les intentions. Le castoréum est utilisé comme borne. Avec cette sécrétion, il inscrit stratégiquement son territoire. Il marque son chemin avec ses glandes anales. Le castor recueille peu d’informations par sa vue, car elle est mal adaptée. Par contre, une silhouette en mouvement ou même immobile sur fond clair est parfaitementidentifiée par l’animal. Le castor possède une bonne mémoire. Il connaît rigoureusement son territoire et son environnement. Toute forme insolite, hors de portée de son odorat attire son attention.Les grincements de dents et le souffle sont interprétés souvent comme des menaces. Effrayé, inquiété ou excité, dans l’eau la menace est interprétée de façon spectaculaire par un bruit caractéristique très puissant et compris de tous ; le castor utilise sa queue et frappe violemment la surface de l’eau avant de plonger. Après cela le castor peut mettre quelques heures avant de réapparaitre.
Les terriers
En Suisse, le castor vit généralement dans les berges et dans des terriers discrets. Parfois, il construit aussi des huttes. Il tapisse la chambre de son gîte avec de nombreux copaux qu’il produit et renouvelle souvent. L’entrée du terrier est toujours immergée, afin de la protéger des intrus, la chambre est située au dessus du niveau de l’eau, afin de rester au sec. Lorsque la rive n’est pas suffisamment surélevée pour permettre cela, le castor perce le plafond de la chambre et construit un toit de branches. Il colmate le tout à l’aide de glaise et d’autresmatériaux de colmatage. Dans des cas extrêmes, seule l’entrée subaquatique du terrier est creusée dans la berge, alors que le gîte est une vaste hutte, entièrement bâtie au-dessus du niveau du sol. Un territoire comprend généralement plusieurs gîtes. Le castor possède sur son territoire plusieurs logis, souvent des gîtes temporaires qu’il utilise, selon le niveau de l’eau. Certains gîtes peuvent avoir plusieurs entrées et galeries de fuite.
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L’habitation principale se compose toujours des éléments suivants :
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Un tunnel d’entrée (toujours sous l’eau) ;
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Une première chambre d’accès ou le castor travaille les tronçons de bois (nourriture, litière). Il y fait sa toilette et s’y ébroue pour sécher sa fourrure ;
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Une chambre d’habitation : située au dessus de la chambre d’accès et bien entendu au dessus de l’eau, parfaitement protégée par les branchages colmatés de boue et d’herbe aquatique.C’est ici que le castor dépose sa litière de copeaux bien secs. Celle-ci est changée tous les deux jours. Il s’y repose la plus grande partie de la journée et la femelle y allaite ses petits ;
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Une cheminée d’aération : recouverte de bois, cet espace a une température douce et reste très propre ;
En cas d’effondrement de la berge ou de baisse du niveau de l’eau, le castor compense la difféence par un apport de bois au dessus du couloir d’accès. Cet avant toit porte alors le nom "d’auvent". Selon la quantité de bois, le terrier devient alors un terrier hutte. Le terrier hutte est l’habitation que nous rencontrons le plus souvent. Si la berge l’empêche de creuser, il peut alors construire une hutte de berge. Plus rare, la hutte en île entièrement faite de bois est construite sur un haut fond. Dans les zones enrochées, il utilise des cavités naturelles ou des terriers artificiels. (Voir notre cahier gîtes et indices)
Les barrages
Les barrages sont sans conteste les ouvrages les plus spectaculaires que peut construire le castor.
Les barrages servent principalement :
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Créer un plan d’eau navigable permettant le transport du bois avec aisance ;
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Maintenir le niveau de l’eau pour conserver l’entrée immergée de son logis ; . Etendre son domaine vital si la nourriture devient trop éloignée.
Les barrages servent indirectement à :
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Réguler le cours d’eau et préserver les berges contre l’érosion ;
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Servir de réservoir naturel en cas de sécheresse ;
Contribuer à la création de nouveaux habitats pour de nombreuses autres espèces.
Les barrages sont construits avec des morceaux de bois sélectionnés et soigneusement entremèlés. Ils sont disposés de façon ingénieuse contre le courant. Le tout est ensuite "cimenté" de boue, de pierres, de branchettes et de végétaux de toutes sortes. Un castor ne peut supporter que de l’eau s’échappe. Aussi il colmate les brèches, trous et siphons. Le castor s’avère être un véritable technicien hydraulique.
Les abattages
Le castor ronge les arbres à leur base d’un seul côté, sur les deux faces opposées ou sur le pourtour. Cela dépend de la taille et de la position de l’arbre. Il ne sait toutefois pas contrôler leur chute. L’arbre s’abat le plus souvent en direction du cours d’eau. Le diamètre des arbres qu’il abat est variable. Les arbres ainsi abattus serviront à bâtir la hutte, le barrage et la couche. Les rejets donneront un port buissonnant aux arbres taillés et seront exploités pour leurs feuilles et leur rameaux.
Cette formation arbustive donnera à de nombreuses espèces d’oiseaux et de mammifères un refuge et un lieu de reproduction. Les souches ainsi coupées donneront une meilleure stabilité à la berge et renforceront les rives contre l’érosion. La durée de l’abattage peut être variable mais il lui suffit de 30 minutes pour couper un arbre de 12 cm de diamêtre. Il ne s’éloigne guère de la rive et reste toujours une trentaine de mètres alentour. Le castor préfère les jeunes arbres, au tronc de 5-10 cm de diamètre qu’il peut abattre en quelques minutes, mais les grands arbres ne sont pas pour autant à l’abri, quelque soit leur diamètre. La sélection des arbres semble souvent arbitraire. Certains troncs entamés sont ensuite délaissés, puis brusquement réattaqués un ou deux ans plus tard. Les prédictions sont pratiquement impossibles.
Son habitat
Le castor possède une très bonne capacité d’adaptation et peut se sentir à l’aise même en dehors des zones alluviales. Lié au milieu aquatique, le castor est un animal de plaine, qui apprécie les eaux à faible courant, calmes et stagnantes tels que les étangs, bras morts de rivières d’une profondeur minimale de 60 à 80 cm. Les eaux ne doivent ni geler entièrement en hiver, ni se dessécher en été et ne pas présenter de grandes fluctuations de niveau d’eau. Les berges doivent permettre la construction de terriers et offrir de bonnes ressources alimentaires. Dans notre pays la grande majorité des castors vivent dans des terriers.
Sa carte d’identité
Classe : Mammifères
Ordre : Rongeurs
Famille : Castoridaés
Espèces : Castor fiber (castor européen)
Espèce voisine : Ragondin, rat musqué
Distribution : Le castor était jadis très répandu dans le nord de l’Eurasie. Aujourd’hui, ses populations sont réduites ; on le trouve en Allemagne, en ex-URSS, en Norvège, en Scandinavie, en France et en Suisse où il fut réintroduit en 1958.
Habitat : Il vit dans les eaux courantes ou stagnantes ne gelant pas ou très peu et ayant au moins 60 à 80 cm de profondeur. Les berges proches de son terrier doivent être riches en nourriture et diversifiées.
Taille : Longueur totale 1.20 m (70 à 80 cm sans la queue). Hauteur à l’épaule 16 à 18 cm
Poids : 15 à 38 kg
Durée de vie : Entre 15 et 20 ans
Reproduction : Entre janvier et mars
Gestation : 15 semaines
Portées : 1 portée annuelle de 1 à 3 petits. Naissance entre mai et juillet
Nourriture : Ecorces, rameaux, feuilles, plantes herbaccées. Le tremble, le peuplier, le frêne, l’aulne, le bouleau, les résineux et les arbres fruitiers plantésà proximité de l’eau constituent sa nourriture ligneuse préférée. Le castor est exclusivement végétarien. Il aime aussi le maïs, les pommes et les betteraves dont il raffole. Les provisions d’hiver entassées sous l’eau servent surtout à l’alimentation des jeunes car les adultes subsistent principalement aux dépens de leurs réserves de graisse.
Formule dentaire : 1013 / 1013
Prédateurs : Le glouton, le loup et l’ours brun, en Suisse le chien et le renard sont les principaux prédateurs chez les jeunes castors. Le castor s’est raréfié à la suite de la chasse incessante par le passé. Mais aujourd’hui la canalisation des cours d’eau, la destruction de leur habitat, les pollutions et les accidents de circulation sont les principales causes de mortalité.
Sources
Textes :
-
Beaverwatch - Pierre-Alain Marro
-
Claudine Winter - Der Biber, Wildbiologie
-
Cahier de l’environnement N° 249 - Le castor en Suisse - Recensement, menaces, protection
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OFEFP - Donnée de base d’une protection coordonnée du castor
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OFEFP - Liste rouge des espèces animales menacées de Suisse
-
Cahiers du MHNC N°9 - Le Castor
-
Urs Rahm 2002 - Vade-Mecum pour les amis du castor
-
L’encyclopédie des traces d’animaux d’Europe - delachaux et niestlé
Castor et ragondin peut-on encore les confondre ?
Le ragondin : n’est pas un hôte naturel de notre environnement. Il s’agit d’une espèce sud-américaine qui fut apportée chez nous en 1920 à des fins d’élevage pour la fourrure. Des sujets évadés sont à l’origine de la population actuelle qui occupe une aire de répartition très vaste. Mais tous les sujets présents aujourd’hui ne sont pas des descendants d’animaux échappés. À une époque, certaines sociétés de pêche, qui avaient remarqué l’impact de ce rongeur sur la végétation aquatique ont cru bon d’en introduire pour lutter contre l’envahissement de certains plans d’eau par la végétation. Les services rendus ne sont pas à la hauteur des dégâts commis.
Dans les années 1940/50 on dénombrait plusieurs observations isolées le long du Rhin et vers 1970/80 près de Bâle et en Ajoie. Le Centre Suisse de Cartographie de la Faune (CSCF) indique qu’il n’existe aujourd’hui aucune population de ragondin stable en Suisse. Actuellement l’espèce s’est étendue dans le bassin lémanique et le Tessin. mais il s’agit toujours d’individus isolés. Son expansion rapide en plusieurs points de la planète lui a valu de figurer dans la liste des 100 espèces invasives les plus redoutables de la planète dressée par l’ISSG (Invasive Species Specialist Group). On entend par espèces invasives des espèces qui parviennent dans de nouvelles régions suite à une influence humaine directe ou indirecte et qui y font preuve d’un accroissement et d’une expansion rapides. Les espèces invasives font partie, avec la destruction des habitats, des principales menaces pesant sur les espèces indigènes. L’habitat du Ragondin est souvent étroitement lié au castor ; c’est pourquoi il est intéressant pour nous de pouvoir mieux connaître cet hôte indésirable et apprendre à le différencier correctement du castor. Pour les novices, la reconnaissance entre le ragondin et le castor peut être parfois peu évidente, surtout lorsqu’ils sont dans l’eau, mais avec un peu d’attention, il vous sera facile de les différencier ...