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Le quartier des Pâquis tire son nom des pâturages qui s’étendaient ici, hors des murailles et fossés entourant Genève, sur le territoire de la commune du Petit-Saconnex. Les énormes fortifications passaient au 18e siècle sur le tracé des actuelles rues de Chantepoulet et du Mont-Blanc. A la porte de Cornavin convergeaient les routes qui menaient aux autres villes de Suisse, au Pays de Gex et au Mandement. Deux hôtels existaient déjà à cette époque dans ce qui sera plus tard les Pâquis : l’un vers l’actuelle place de la Navigation, l’autre à Sécheron. Ils accueillaient les voyageurs qui arrivaient après la tombée de la nuit, lorsque les portes de la ville étaient refermées. Un hameau s’était également développé entre les tracés actuels de la rue de Lausanne et de la rue des Pâquis. Plus au nord, dans le secteur actuel du Prieuré, quelques grands domaines appartenaient aux nouvelles familles bourgeoises issues de l’industrie horlogère, des manufactures et des banques.
Vers le milieu du 19e siècle, les fortifications sont progressivement démantelées, et la ville obtient la cession du périmètre actuel des Pâquis, des Grottes et de Montbrillant par la commune du Petit-Saconnex, donnant le coup d’envoi à une urbanisation rapide du quartier.
Sur les fossés remblayés de l’ancien bastion de Chantepoulet est construit un large boulevard. La première gare de Cornavin est inaugurée en 1858. Le long de la rue du Mont-Blanc, on privilégie de vastes constructions, des édifices imposants. Le quai du Mont-Blanc est aménagé dès 1857. Le long du lac, on construit des hôtels de luxe : Hôtel de Russie, Hôtel de la Paix, Richemond, Beau-Rivage, d'Angleterre, ou alors l'Hôtel National, aujourd’hui le Palais Wilson. De belles maisons entourées de jardins voient également le jour. Autre lieu emblématique de Genève, les premiers Bains des Pâquis, construits en bois, sont aménagés en 1872.[1]
|Panorama de Genève depuis la nouvelle gare Cornavin (1858) Source : Wikicommons|
Mais au-delà, l’apparition de la petite industrie et de la gare a déjà drainé une importante population de condition modeste qui contribue à la densification du quartier. L’ancien faubourg se couvre alors d’habitations, construites un peu au hasard. « Maisons et maisonnettes de matériaux légers, ateliers, hangars construits souvent par de simples locataires, devaient, à partir de 1840, pousser comme des champignons après la pluie, dans un inexprimable désordre . . . Echappant habituellement aux règlements de propreté en vigueur dans notre ville, sans éclairage, sans écoulement des eaux, exposés à l’incendie, cette agglomération de masures constitue un foyer d’insalubrité, d’immoralité et de misère. »[2] De fait, le nord des Pâquis se constelle déjà à cette époque de lieux de plaisir – bistrots, cabarets, maisons closes et hôtels de passe. Un autre commentateur ajoute en 1902 : « Ce quartier, dont la population sera bientôt la plus dense de l’agglomération genevoise, ne possède pas actuellement, chose monstrueuse, une seule artère pouvant recevoir une double voie de tramways, pas un endroit où l’on puisse planter un arbre, ceux qui existent encore étant condamnés à tomber, chassés par les constructions neuves. »[3]
Des « mesures d’assainissement » sont prises : on perce des rues, pour faire pénétrer l’air, la lumière, faciliter les circulations. Les rues à angle droit reçoivent le nom de villes suisses : Neuchâtel, Fribourg, Berne, Bâle ou Zurich. Durant la seconde moitié du 19e siècle, on construit un centre civique – l’école de la rue de Zurich, puis un peu plus tard celle de la rue du Môle. La population augmente fortement.
En 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Société des Nations (ancêtre de l’Organisation des Nations Unies) est installée au Palais Wilson en attendant la construction du Palais des Nations. C’est le début de la Genève internationale, qui influencera également fortement les Pâquis. Mais la Deuxième Guerre mondiale donnera un nouveau coup de frein à la construction.
Dans l’après-guerre, Genève retrouve son rôle international et connaît une période de haute conjoncture économique. Mais l’augmentation de la population et la réduction de la taille des ménages va susciter une crise du logement. Le quartier des Pâquis est soumis à la pression immobilière. De nombreuses opérations de démolition-reconstruction ont lieu – plus de la moitié des immeubles sont reconstruits ou rénovés en 40 ans. Les immeubles de bureaux se multiplient également. Combiné avec l’augmentation des loyers, de 1960 à 1980, les Pâquis perdent près d’un tiers de leur population. Des « internationaux » viennent s’établir dans les nouveaux logements, tandis qu’une nouvelle population immigrante pauvre vient s’installer dans les immeubles délabrés. En 1984, le quartier compte presque 50% d’étrangers et l’école de Pâquis-centre compte 66% d’allochtones. Pourtant, le tissu social reste fort, et les habitants du centre-ville se mobilisent de plus en plus contre l’emprise des secteurs tertiaire et commercial au détriment des logements. (voir Historique de SURVAP).
À la fin des années 1980, un projet prévoit la reconstruction des Bains des Pâquis dans un style moderne. Les utilisateurs et les habitants du quartier lancent alors une campagne de protestation. Un référendum en septembre 1988 voit 72 % des votants refuser le projet proposé. Les Bains seront finalement rénovés grâce aux fonds récoltés par des spectacles et fêtes qui regroupent différents artistes bénévoles.
[1] Les « bains Henri » — du nom de leur propriétaire d'alors — seront entièrement reconstruits en 1931.
[2] Edmond Barde (1937), « En marge de l’histoire : Quartiers nouveaux, vieux souvenirs. » Journal de Genève, 26 mars au 3 mai 1937.
[3] Guillaume Fatio (1902), « La construction des villes », Bulletin de la Société pour l’amélioration du logement, 3 avril 1902, p. 68.