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Après les élections fédérales d’octobre 2015, les commentaires furent unanimes: victoire de la droite au détriment du centre, stabilité de la gauche. Avec pourtant une nuance importante concernant le parti socialiste: s’il sauvait 43 de ses 46 sièges au Conseil national, le PS renforçait encore (12 sièges) sa députation à la Chambre haute.
Cette «demi-victoire» ne doit pourtant pas faire oublier l’évolution de son électorat qui ne peut guère satisfaire le PS (Tableau 1):
Alors que durant des décennies, le PS a mobilisé plus de 20% de l’électorat, il n’a pas atteint ce seuil lors des trois dernières élections. Un recul de 3 points entre 1995 et 2015 peut paraître minime. Mais il correspond à 15% de son électorat.
L’identification partisane en fonction de la situation sociale ou de l’appartenance religieuse, comme elle prévalait au 19e et jusqu’au milieu du 20e siècle (ouvriers votant PS, catholiques PDC, cadres de l’économie et de l’administration PLR), est définitivement révolue. L’identité politique et le choix d’un parti dépendent désormais des préférences individuelles et des affinités partisanes qui se forment au cours de l’adolescence.
Lors des élections, la compétence politique reconnue à un parti et sa capacité à mobiliser le réservoir de ses sympathisants potentiels se révèlent cruciales. Dans ce contexte, les résultats de l’enquête «Selects» sur les élections de l’automne 2015, basés sur plus de 5’000 interviews et présentés par Georg Lutz, donnent des informations intéressantes sur l’électorat du PS.
Depuis longtemps, l’électorat du PS ne correspond plus à l’image d’un parti travailliste rassemblant les salariés modestes. Le graphique 1 montre le profil de tous les partis par rapport aux deux indicateurs les plus importants: le niveau de formation et le revenu. On constate que les électeurs n’ayant suivi que l’école obligatoire (14%) ou au bénéfice d’une formation professionnelle (15%) sont sous-représentés dans l’électorat du PS – mais à l’inverse surreprésentés dans celui de l’UDC. Pour les électeurs de formation supérieure, on observe exactement le contraire.
Le profil diffère quelque peu si l’on considère le niveau de revenu. C’est encore une fois l’UDC qui attire les petits et moyens revenus de manière plus que proportionnelle, alors que le PS connaît une légère surreprésentation des plus bas revenus et aussi des revenus élevés. Les commentateurs qui qualifient le PS de parti de professionnels dotés d’une bonne formation et actifs surtout dans le secteur public ne sont donc pas loin de la vérité.
Examinons le rôle du revenu dans le choix électoral des classes populaires, qui forment le public cible du PS. Dans quelle proportion les ménages disposant d’un revenu mensuel entre 4’000 et 6’000 francs votent-ils socialiste? L’évolution des résultats au cours des 20 dernières années est plutôt décevante pour le PS:
Lors des deux dernières élections nationales, le parti socialiste a perdu une bonne partie de son public cible. Ce n’est plus le PS, mais bien l’UDC qui attire ce public cible dont il est devenu le parti préféré.
Malgré la disparition de l’identification partisane selon le statut social ou l’appartenance religieuse, les citoyens actifs continuent de s’orienter fortement sur l’axe gauche-droite . La polarisation croissante de la politique suisse ne touche pas seulement les partis politiques mais également les votants. Les partisans des deux grandes formations situées aux deux pôles de cet axe se déclarent encore plus à droite (UDC) ou à gauche (PS) qu’autrefois (Graphique 2).
Alors que 80% des électeurs de l’UDC se situent clairement à droite, 73% des électeurs du PS se positionnent à gauche (comme pour les Verts). En revanche, les sympathisants du centre se font plus rares dans les deux partis, particulièrement pour le PS: les «centristes» de ce parti ont diminué de moitié au cours des vingt dernières années.
Ces chiffres doivent être pris avec prudence. D’une part, les petits partis d’extrême droite et d’extrême gauche ont largement disparu depuis 1995; aujourd’hui leurs sympathisants se tournent vers les grands partis des pôles, ce qui contribue à cette évolution. D’autre part, la campagne électorale de 2015 a été fortement focalisée sur les sujets de l’immigration et des réfugiés, thèmes très polarisants qui peuvent avoir influencé le positionnement tant à gauche qu’à droite.
Quelle image les électeurs se font-ils du parti socialiste? Pour répondre à cette question, les auteurs du sondage ont utilisé la perception qu’ont les électeurs de l’action et de la compétence.
Dans le domaine de prédilection du PS, la politique sociale, l’image est assez convaincante: pour les trois quarts des votants, ce parti détient le leadership, mais moins de la moitié d’entre eux estiment qu’il offre les meilleures solutions. En matière de politique migratoire, une proportion des votants égale à celle de l’électorat socialiste place le PS en tête de l’action, tandis que sa compétence est jugée un peu plus favorablement. Pour la politique européenne, c’est l’inverse: ses aspirations à prendre le leadership sont mieux appréciées que les solutions préconisées, convaincantes aux yeux de 14% des votants seulement.
S’agissant d’environnement et de politique économique, le PS semble oublié par les votants. Mais les deux cas sont différents. Pour l’environnement, si les Verts occupent le leadership et la meilleure compétence avec 71% et 42% des votants, le PS doit pas se faire de souci parce que les deux partis sont complémentaires sur le plan politique. Au contraire, pour la politique économique, le défaut de leadership et la faible compétence attribués aux socialistes ont de quoi inquiéter. Qui en effet, sinon le PS, peut offrir des alternatives économiques aux solutions préconisées par le PLR, considéré comme le grand «champion» en la matière, qui entend de plus en plus le chant des sirènes du néo-libéralisme?
L’analyse de son électorat donne quelques indications au PS sur le sens des efforts à faire, en admettant qu’il ambitionne d’améliorer ses résultats électoraux. Le réservoir à gauche est bien exploité. Vu la complémentarité politique, faire concurrence aux Verts n’est pas utile. De nouveaux électeurs ne peuvent donc se trouver qu’au centre. Pour attirer cet électorat potentiel, le PS doit développer des solutions plus convaincantes dans le domaine social. Le même problème – manque de crédibilité – doit être surmonté en matière de politique européenne.
Le défi le plus grand réside dans la politique économique. Il est certes difficile de formuler une alternative face au fort consensus établi sur le capitalisme mondialisé. Malgré l’opinion dominante, et s’il soignait sa crédibilité, le PS serait effectivement le seul à pouvoir offrir cette alternative.