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ABB fait les frais d'une acquisition malheureuse aux Etats-Unis. L'entreprise helvético-suédoise a hérité d'une plainte collective, déposée par 66 000 Américains qui estiment être les «victimes des activités de la compagnie dans le secteur de l'amiante». Résultat: le titre du groupe a chuté de 16% à la Bourse.
En effet, ABB a commis l'erreur de racheter en 1990 l'américain Combustion Engineering, un fabricant de chaudières. Depuis, l'entreprise helvético-suédoise a revendu la société, mais garde sur les bras 66 000 plaintes d'Américains qui se déclarent victimes des effets de l'amiante, présent sur des chaudières de Combustion Engineering. Certains auraient développé des cancers.
Les représentants d'ABB aux Etats-Unis se refusent à tout commentaire sur cette affaire. Ils s'abstiennent ainsi de préciser l'ampleur du problème rencontré, que ce soit le montant des dommages-intérêts réclamés par les victimes ou même la date à laquelle remonte la dernière exposition des plaignants à l'amiante. Ils se gardent aussi de faire un lien entre la plainte collective et la dégringolade de l'action ABB sur les marchés financiers.
Ces plaintes sont-elles recevables? ABB risque-t-il d'y laisser des plumes? Aucun analyste financier n'en sait rien, ni ne peut donner de réponse. Mais il suffit qu'une grande banque allemande déconseille à ses clients de conserver des titres ABB, pour qu'aussitôt 4,4 millions de titres soient échangés en une seule journée et que l'action perde 16%.
Le plus absurde dans l'histoire, c'est que les plaintes contre Combustion Engineering remonte à une époque où la société n'appartenait même pas à ABB, et où la législation concernant l'amiante était beaucoup plus laxiste qu'aujourd'hui.
En clair, le groupe risque de payer cher pour une faute qu'il n'a même pas commise. Et cette dégringolade va freiner son implantation aux Etats-Unis prévue pour 2001.
Pour sa part, Bill Kelly, porte-parole de la filiale américaine d'ABB, se borne à souligner que cette plainte collective est la seule à laquelle le groupe zurichois doit faire face aux Etats-Unis.
La relation entre l'amiante et le cancer a été établie par les épidémiologistes dans les années 60. Depuis, de nombreux procès, souvent lancés par des ouvriers du secteur de la construction appuyés par des syndicats, ont abouti à des indemnisations records pour les victimes, et parfois même, à la faillite pour les entreprises visées.
Marie-Christine Bonzom à Washington avec Ian Hamel