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Pourquoi ne pas opter pour une abolition totale des forces aériennes?
«L’armée (…) assure la défense du pays et de sa population. Elle apporte son soutien aux autorités civiles lorsqu’elles doivent faire face à une grave menace pesant sur la sécurité intérieure». Voici ce que stipule l’alinéa 2 de l’article 58 de la Constitution fédérale. Ce principe, la Loi sur l’armée ainsi que les évaluations en matière de politique de sécurité régulièrement effectuées par le Conseil fédéral constituent le fondement de la force aérienne suisse. L’ordonnance sur la sauvegarde de la souveraineté sur l’espace aérien y ajoute une explication plus concrète: les forces aériennes surveillent l’espace aérien et entreprennent les mesures de police aérienne nécessaires lorsque la situation l’exige.
Le commandement de l’armée suisse estime à présent que les forces aériennes doivent être mises à la pointe de la technologie au moyen d’une nouvelle génération d’avions de combat. Compte tenu de la flotte des Tiger F5, toujours en service quoique rouillée, cette volonté est compréhensible.
Si tous les textes visant à renouveler la flotte d’avions de chasse étaient rejetés au cours des 30 années à venir, les forces aériennes ne pourraient plus remplir leur mission.
Mais on comprend également la résistance dont fait preuve une partie de l’opinion publique suisse face à une dépense de plus de trois milliards de francs. «Inutile en matière de sécurité», estiment les Vert’libéraux, tandis que les sociaux-démocrates parlent même d’un «pur luxe».
Mais l’affaire a un hic: il est difficile d’ordonner aux forces aérienne sde garantir la souveraineté sur l’espace aérien tout en intervenant à tout-va lorsqu’il s’agit de l’acquisition des moyens dont elles ont besoin pour parvenir à cet objectif.
Si l’on pousse la réflexion des opposants au Gripen jusqu’au bout, le fossé entre le rêve (mandat de la force aérienne) et la réalité se creuse au fur et à mesure que le temps passe. Si tous les textes visant à renouveler la flotte d’avions de chasse étaient rejetés au cours des 30 années à venir, les forces aériennes se verraient reléguées au rang d’une «unité de nostalgie» et ne pourraient plus remplir leur mission. Elles seraient pour ainsi dire dissoutes par rejet populaire.
Certes, la manière de procéder des opposants au Gripen est correcte du point de vue des principes démocratiques. Certes, l’armée a manqué l’occasion d’alimenter une tirelire au cours des 20 dernières années pour financer le successeur du F/A18. Mais ces constats ne facilitent pas la chose.
Il serait tout de même plus honnête que les opposants avoués aux nouveaux avions de chasse – parce qu’en réalité, ils ne sont pas opposés au Gripen, mais au principe même de l’achat de nouveaux avions de combat – se prononcent directement pour l’abolition totale des forces aériennes (à l’exception des hélicoptères destinés aux exercices de sauvetage et de maintien de la paix). Dans ce dossier, on se trompe clairement de cible.
On comprend pourquoi jusqu’à présent, personne n’a osé revendiquer l’abolition des forces aériennes. Si le rejet par les urnes d’un nouvel avion de combat semble tout à fait possible, la revendication d’un ciel sans avions de chasse arborant la croix suisse serait clairement vouée à l’échec. En effet, les forces aériennes jouissent d’un soutien populaire considérable, notamment en raison de la Patrouille Suisse. Le chef du DDPS, Ueli Maurer, avait d’ailleurs provoqué une telle réaction populaire il y a quelque temps.
P.S. à l’adresse des opposants au Gripen: peut-être que la meilleure solution serait d’opter pour un compromis – l’abolition des forces aériennes suisses combinées à l’achat de prestations correspondantes à l’étranger.