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Max Eiselin – un pionnier courageux et perspicace.
C' est sous la conduite de Max Eiselin, âgé alors de 28 ans, que le Dhaulagiri - sixième sommet du monde - a été gravi pour la première fois. Cette expédition sans sponsors, mais animée d' une grande dose d' idéalisme, a réalisé un exploit taxé « d' im » par les sept précé-dantes. Bernhard Rudolf Banzhaf a rencontré Max Eiselin à Lucerne.
Bernhard Rudolf Banzhaf: Ton équipe dix-huit carats comprenait des gens de différents pays. Comment vous êtes-vous trouvés?
Max Eiselin: Hajdukiewicz était interné en Suisse durant la guerre et il étudiait la médecine. J' ai fait sa connaissance en 1957 au pied de l' Eiger. C' est lui qui a amené Skoczylas, son ami polonais. Diener vivait en Suisse et formait avec Forrer une cordée très performante. Tous deux faisaient partie des meilleurs grimpeurs de l' Alpstein, un club d' escalade de renom. De plus, nous avons réussi à convaincre Diemberger et Dyhrenfurth de participer à notre expédition; ces deux alpinistes avaient déjà une grande expérience de l' Himalaya.
Comment l' expédition a-t-elle été financée?
La principale source de revenus était une action « cartes postales ». L' idée était d' Albert Eggler. d' hui, de telles actions sont courantes, mais à l' époque c'était encore inhabituel. Nous n' avions aucun sponsor au sens où on l' entend aujourd'hui. Mais la presse nous a suivis d' une façon exemplaire. Nous avions établi un i budget de 24000 francs par person-d ne. Or à l' époque, le salaire moyen » d' un employé était de 800 francs par £ mois; c' est dire que participer à notre „ entreprise représentait un sacrifice " énorme pour les participants.
Très franchement, Max à combien évaluais-tu vos chances de réussite?
Je les jugeais bonnes! Les conseils de Bernhard Lauterburg, chef de l' ex AACZ-Dhaulagiri, et mes propres observations faites en 1958 montraient que l' arête nord-est était la voie la meilleure et la plus praticable. Cet itinéraire ressemble au « Biancograt », il ne présente des dangers objectifs que tout en bas et suit une ligne évidente jusqu' au sommet. Je ne comprenais pas pourquoi les équipes précédentes avaient toujours tenté la « voie des poires » - sans succès.
En 1960, la plupart des huit mille avaient été gravis. Est-ce que les connaissances acquises dans ces expéditions ont représenté un avantage pour vous?
La section genevoise du CAS, qui avait acquis une expérience précieuse lors de son expédition à l' Everest de 1952, a patronné notre entreprise. Le Dr Wyss-Dunant nous a donné des conseils précieux pour l' acclimata. Il disait que nous pourrions nous adapter à une altitude supérieure à 5000 mètres si nous « restions couchés et buvions beaucoup durant une semaine ». Vu les connaisances actuelles, l' acclimatation commence déjà, dans le meilleur des cas, à 2500 m.
Avez-vous profité de progrès décisifs en ce qui concerne le matériel?
Entre 1950 et 1960, le matériel n' a pas fait de bonds aussi spectaculaires qu' aujourd. Nous avions des bottes en peau de renne développées par Bally qui avaient déjà fait leurs preuves à l' Himalaya, en 1952. Et puis nous avions des cordes en perlon ( polyamide ). Les tentes s' étaient améliorées, mais pour des raisons financières, nous n' avons pas pu en profiter. Nos amis polonais ont fabriqué de leurs mains les tentes que nous avons utilisées au Dhaulagiri, c' était leur contribution en nature. L' oxygène nous a posé de grands problèmes. Les bouteilles utilisées n' avaient pas assez de pression, si bien que nous sommes devenus par obligation la première expédition sans oxygène! Quand on regarde les photos dans le livre, on voit bien quels « sacs de misère » nous traînions pour grimper; c' est aussi une preuve évidente de la modestie de notre budget. Mais nous avions un avantage psychologique immense: la certitude que les huit mille étaient à notre portée, vu que douze d' entre eux avaient déjà été gravis.
Ton expédition a utilisé un avion comme moyen de transport jusqu' à 5600 m, ce qui était faire œuvre de pionnier. Est-ce que ce fut la clé du succès?
Le Yeti était plutôt une mascotte de notre équipe. Bien sûr, une grande quantité de matériel a été acheminée par avion, ce qui nous a permis d' employer moins de porteurs au début. Au bilan, le Yeti était donc « neutre » du point de vue des coûts.
Comment juges-tu le potentiel de danger des expéditions actuelles purement commerciales?
Elles sont semblables à celles des expéditions conventionnelles. Le recours à des agences commerciales implique aussi la responsabilité personnelle, au moins à partir du camp de base. Sur le terrain, une sélection naturelle s' opère du fait des capacités de chacun. L' avantage de ces nouvelles expéditions est que les gens ne se connaissent pas. Ils s' engagent sans péjugés et sans attendre le soutien de leurs compagnons d' ascension.