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autant de facilité que d'intérêt, si l'on y était préparé par les connaissances nécessaires et surtout par la langue grecque qui est certainement plus aisée et plus attrayante; dans un espace de temps fort court on parviendrait à en acquérir une connaissance étendue, exacte, vraiment utile et agréable, pendant que, selon la marche de nos études gymnastiques, on consacre à cette langue plusieurs années pour l'apprendre sans jugement, sans goût, sans en saisir le génie et les beautés et d'une manière qui n'aboutit qu'à mettre les jeunes gens dans l'impuissance de la jamais bien connaître.
Cette facilité et cet intérêt que les jeunes gens auraient trouvé dans l'étude des langues grecque et latine se répandraient bientôt sur toutes les langues occidentales dérivées du grec et du latin, et même sur celles du nord, qui ont peut-être avec celles-ci plus de rapports qu'on ne le croit communément. Il n'est pas douteux d'ailleurs, que la connaissance de la théorie du langage, de l'art étymologique, de la grammaire générale et des anciennes langues d'orient, ne puissent fournir les plus grands secours pour aplanir les difficultés que présente l'étude des langues vivantes dérivées des anciennes langues européennes, le celte, le slavon, le theuton.
J'ai supposé que pendant tout le cours de l'institution, on a cherché à apprendre aux jeunes gens leur propre langue par l'usage et l'habitude, par des instructions journalières et
par la lecture des bons auteurs en prose et en vers, qui peuvent passer pour modèles d'élocution; rien n'est plus essentiel, en effet, que d'apprendre de bonne heure à parler et écrire purement dans sa propre langue : c'est même pour y avoir manqué dans le premier âge que nombre de gens, d'ailleurs très savants, éclairés et judicieux, ne cessent de pécher contre l'usage et le bon goût, et se voient comme forcés d'apprendre leur propre langue pendant toute leur vie, sans pouvoir jamais venir à bout de la parler aussi bien que ceux qui y ont été formés dès les premières instructions.
Cependant, si l'on veut connaître à fond sa langue maternelle, ce n'est point assez de Vusage et de l'habitude; il faut en faire une étude raisonnée, en mettant à profit les lumières que les instructions précédentes ont pu fournir pour l'apprendre par principes, comme l'on dit. Il s'agit encore de tirer parti de tout ce qu'on connaît sur la théorie du langage, l'art étymologique, la grammaire, les langues grecque et latine, pour acquérir une prononciation plus corracte, une orthographe plus exacte, une diction plus régulière et plus pure, surtout pour s'instruire plus à fond de la valeur originaire et dérivée des mots, de l'usage ancien et moderne, du bon et du mauvais usage, des différentes acceptions des termes, des figures, des tropes, en général du méchanisme et du génie de cette langue qu'une étude approfondie peut seule faire bien connaître.
Capables pour lors de rapprocher cette langue de celles d'où elle est dérivée, et de déterminer exactement la valeur de ses mots, les jeunes gens la saisiraient sous une face en quelque sorte nouvelle, et tout autrement intéressante que celle sous laquelle elle s'était présentée à leur esprit jusques alors, je veux dire sous la forme d'un vrai système de mots correspondant aux idées ou aux choses même, qui seraient autant de peintures de celles-ci, et dont l'existence et la valeur auraient toujours leur raison dans tout l'ensemble de la langue.
Alors les jeunes gens, en état de bien saisir le génie de leur langue maternelle et celui de plusieurs autres langues, d'en sentir et apprécier les beautés particulières, s'occupant sans cesse à faire des parallèles entre les bons auteurs qui ont écrit dans chacune d'elles, entre les beaux morceaux en chaque genre composés sur les mêmes sujets, s'attachant particulièrement à observer les points sur lesquels les auteurs se sont accordés et ceux où ils ont varié, les jeunes gens, d'un esprit mûr et déjà formé par de bonnes études, pourraient presque d'euxmêmes s'élever aux principes qui doivent régler leurs jugements sur les objets du goût, et se former de justes idées de la rhétorique, de l'éloquence, de la poésie et de tous les arts relatifs à
celui de bien parler, qui suppose celui de bien penser, et dès là même un jugement perfectionné.
Alors ces arts intéressants, art de parler, art d'écrire, art de penser, pourraient tous être réduits à des principes communs, et un petit nombre de règles, qui sans cesse répétées sous différents points de vue, deviendraient pour les jeunes gens très familières et d'un usage si habituel qu'ils les suivraient comme sans s'en apercevoir et sans s'en écarter jamais. Les instituteurs, en cherchant par là à diminuer le nombre des règles, auraient soin, d'un autre côté, de multiplier les exemples, mais des exemples bien choisis et tirés des meilleurs auteurs.
Alors, et seulement alors, il serait à propos d'exercer les jeunes gens à des traductions, ou ce qu'on appelle des thèmes; encore pour rendre ces exercices utiles, faudrait-il quelques précautions.
On pourrait choisir quelque morceau de traduction de quelque auteur de la bonne latinité, et après que les jeunes gens se seraient appliqués à le traduire en latin correct et élégant, assorti au génie de la langue, on en ferait ensuite la comparaison avec l'auteur original, pour qu'ils pussent eux-mêmes saisir leurs propres défauts, et ce qu'il y aurait à réformer dans leur style pour atteindre à un plus haut degré de perfection.
Par ces exercices ils se familiariseraient avec les grands modèles, et se formeraient bien mieux le goût que par les règles de la gram
maire et même de la rhétorique. Par là encore, ils se mettraient en état de s'exercer à des compositions originales, ou dans leur langue, ou dans quelque autre où ils se seraient perfectionnés ; mais ce ne devrait jamais être que sur des sujets dont ils auraient acquis une connaissance suffisante pour en parler aux gens instruits. On bannirait dès lors pour jamais ces harangues ou cries moulées sur les règles de la rhétorique, et qui n'offrent le plus souvent rien de sensé, rien de solide, rien même qui annonce le bon goût, parce que ces exercices roulent ordinairement sur des choses que les jeunes gens n'ont jamais ni étudiées ni méditées, et dont ils n'ont que des idées fausses ou superficielles. Par les instructions qu'ils auraient reçues, ils se convaincraient aussi d'eux-mêmes qu'il est fort inutile de composer avant que d'avoir appris à penser et de s'être bien instruit du sujet qu'on veut traiter; enfin, que la première règle d'un discours est d'écarter tout ce qui n'est pas du sujet, et que quand on a dit l'essentiel, tout le reste est superflu.
Toutes les études dont on vient de parler conduiraient encore les jeunes gens à cette fleur de littérature, indispensable pour tous ceux qui se vouent aux sciences, et même aux affaires, et qui manque à nombre de personnes en place, faute d'avoir été bien dirigées dans l'institution; ce qu'on reconnaît aisément à leur façon de s'exprimer de vive voix ou par écrit.