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Un plongeur du Doyen à l'honneur

Dernière modification le:
03 juin 2014|

5000 plongées
dont 1375 à plus de 100 m
Maurice Badoux figure parmi les pionniers de la plongée.
Si l'instructeur fédéral montheysan a abandonné son «Mistral standard» pour un détendeur plus récent, il jette un
regard lucide sur l'évolution d'un sport qui est devenu un loisir.
Maurice Badoux est un
être à part. Il n'est pas rare de le croiser du côté de Chillon ou de La Tour-de-Peilz, sites sur lesquels il atteint des profondeurs abyssales.«Fenzy», «ordi» et professeur
Bühlmann
S'il se fie à son ordinateur pour calculer ses paliers de décompression, vous ne le verrez jamais avec
une «stab» sur le dos. Il préfère sa «Fenzy» orange, qui rappelle, au besoin, que le Montheysan fit
partie des pionniers valaisans de la
discipline.
Agé de 63 ans, il a commencé la plongée en 1967. «J'ai passé mon premier échelon au CSS
Vevey. A l'époque, c'était sans doute le seul club qui existait dans tout l'Est vaudois. Simultanément, des
groupes de plongeurs se sont créés au sein des sociétés de sauvetage. A Vevey toujours, il y avait
par exemple le Vétéran.»
Son premier certificat de moniteur, il le passe en 1972. Suivront un titre de moniteur fédéral en
1974 et un brevet d'instructeur fédéral en 1979, le plus haut grade helvétique sur la plan de la
formation. «Au niveau national, je n'étais pas à proprement parler un pionnier. La Fédération existait
depuis 1957 et comportait des clubs dans plusieurs cantons. Mais, en Valais, ce sport s'est développé plus tard. Ce qui est
normal, car l'accès aux plans d'eau est limité.»
- Quel regard portez-vous sur l'évolution de la plongée?
Deux tendances se sont dégagées, indissociables l'une de l'autre. Le matériel a subi une évolution importante et a pris une place
énorme. En parallèle, les formations physique et théorique sont moins pointues.
- Entendez-vous par là que l'enseignement actuel est lacunaire?
Je dis simplement que les exigences sont moins grandes. Il faut pourtant se rappeler que, dans
l'eau, nous évoluons dans un élément auquel nous ne sommes pas naturellement adaptés et qui nous
fait perdre nos repères.
Aujourd'hui, on peut se former à la carte. Une semaine de vacance au bord de la mer permet à
n'importe qui d'obtenir son premier brevet, même s'il sait à peine nager. A l'époque, l'apprentissage
s'étendait sur de nombreuses semaines. Le candidat devait faire ses preuves dans des conditions
variables de visibilité et de température. Ça l'aguerrissait...
Des facteurs psychologiques entraient aussi en ligne de compte. Les cours étaient suivis en
parallèle aux activités quotidiennes, lesquelles véhiculaient leur lot de stress et de soucis. Autant de
facteurs à gérer. Aujourd'hui, si vous êtes en vacances, vous n'avez que ça à faire. L'état d'esprit n'est plus
le même.
- Les enseignements varient d'une fédération à l'autre. On entend parfois dire que certaines
persistent à vouloir former des «plongeurs de combats», alors que d'autres mettent l'accent sur
le loisir...
Cette notion de «plongeur de combat» est peut-être critiquable, mais avait au moins le mérite de
préparer à répondre aux dangers de l'environnement. Il peut sembler inutile de faire nager un élève
sur des centaines et des centaines de mètres en surface, mais le jour où, dans la houle et contre le
courant, le bateau tardera à venir le chercher, ça lui servira.
Ce qui est intéressant, c'est qu'on voit aujourd'hui apparaître des «plongeurs de combat»
version «loisir». Je parle de certains adeptes de la plongée technique qui se
baladent avec une pléthore de matériel redondant et encombrant.
Certains ne jurent que par l'utilisation des mélanges qui leur permettent soit de rester plus
longtemps à une profondeur donnée sans effectuer de palier, soit d'atteindre des profondeurs plus
importantes. C'est un comportement humain tout à fait compréhensible qui consiste à se distinguer de
la masse. Or ces plongées «particulières», certains les effectuent avec un simple «bi-bouteilles» sur le
dos, rempli à «l'air du Bon Dieu».
- Vous avez effectué 1375 plongées à plus de 100 mètres, bien au-delà des limites
communément admises. Respirer de l'air à de telles pressions peut être très dangereux.
Droguiste de formation, je voulais comprendre ce qui se passe. On peut trouver les
descriptions dans les livres, mais je trouvais plus gratifiant de découvrir moi-même les symptômes.
Une chose est mieux comprise lorsqu'elle est vécue.
- Vous formez des élèves. Evoquez-vous avec eux ce genre d'expériences?
Je ne conseille à personne d'entreprendre ce type d'immersions, mais si quelqu'un veut
absolument le faire, je peux lui donner quelques recommandations.
- Descendez-vous encore si bas?
(Sourire) Je vieillis et la machine ne répond plus aussi bien. Je ne vais plus à 100 mètres mais
reste plutôt aux alentours des 60-70....
- La règle veut qu'un plongeur soit toujours accompagné. Pour ces plongées extrêmes, vous êtes
seul. Ne vous-êtes-vous jamais fait de frayeurs?
Elles sont toujours survenues en raison d'un facteur extérieur, pas de la profondeur elle-même.
Je me souviens par exemple d'un jour où, remontant de plus de 100 mètres, je me suis retrouvé
accroché à une ligne de traîne, perdue par un pêcheur. Je suis resté bloqué à 50 mètres. Le temps de me
dépêtrer, la durée de mes paliers de décompression avait pris l'ascenseur.
J'ai dû rester 160 minutes sous l'eau. Quand je suis sorti, mes bouteilles étaient presque vides.
- Vous totalisez plus de 5000 plongées, dont 90% en lac. Qu'est-ce qui vous attire encore
dans ce sport?
En guise de boutade, je dirais que je plonge car je ne sais pas jouer du violoncelle...
Je pars en mer au moins une fois par année et c'est toujours l'occasion de faire des rencontres
exceptionnelles. Ainsi, aux Iles Brothers en Egypte, j'ai rencontré à 45 mètres
un poisson-lune dont l'il devait faire 8 à 9 centimètres de diamètre. De quoi rester émerveillé un
joli bout de temps...
- La plongée est devenue une pratique courante. Quel conseil majeur donneriez-vous à ses
adeptes?
Qu'il faut avoir le plus d'égards possibles pour un milieu qui, tout bien considéré, n'est pas
le nôtre. Nous n'y sommes qu'invités. Et ce milieu a des lois qu'il faut connaître et respecter pour
que le plaisir dure.
«Quand j'ai commencé à plonger, on passait
le premier échelon sans employer de gilet stabilisateur», explique Maurice Badoux.
«A partir du second, on apprenait à utiliser une Fenzy, sorte de collerette placée autour
du cou. Elle a d'ailleurs toujours ma préférence. Je la gonfle à la bouche. Elle me
permet de couler avec un lestage minimum. Et pour gérer ma flottabilité, je compte avant
tout sur le principe du "poumon-ballast".»
- Qu'en est-il du reste de votre équipement?
-Nous en sommes arrivés à un point où ce qui apparaît maintenant relève plus du
gadget que du nécessaire. Je me suis toutefois mis au goût du jour dans plusieurs secteurs. A l'époque.
J'utilisais un «Mistral Standard» qui demandait une certaine technique respiratoire.
Actuellement, j'emploie un détendeur identique à celui des plongeurs-spéléo. Quant à la
combinaison, je n'hésite pas à en enfiler une étanche en hiver. Certaines évolutions ont
réellement apporté un plus.
- L'ordinateur de poignet fut une véritable révolution. Certains «puristes»
rechignent pourtant à l'utiliser. Est-ce votre cas?
J'ai tout de suite été convaincu. Il calcule la profondeur, le temps passé en immersion
et permet de déterminer la vitesse de remontée ainsi que les paliers. J'ai fait partie de ceux qui ont testé en
premier ce type de calculateurs. En 1986 est ainsi apparu le «Déco-Brain», bien plus
lourd et volumineux que ce qu'on trouve sur le marché actuel. Mais le principe est
resté le même. Auparavant, tout le monde se basait sur les tables de plongées établies grâce aux expériences menées par des scientifiques. L'un
d'entre eux est le professeur zurichois Bühlman. Au cours de ses tests, il a d'ailleurs fait
appel à moi pour «calibrer» ses calculs. Les plongeurs servaient de cobayes.
- Concrètement, comment cela se déroulait-il?
Il m'a par exemple demandé de plonger à plus de 100 mètres et m'a indiqué les
paliers à respecter. Il m'a fourni deux profils distincts. J'ai effectué le premier, puis,
quelques jours plus tard, le second, plus léger. A la suite de ce dernier, j'ai ressenti un
problème au niveau des articulations de l'épaule gauche. Je lui ai donc écrit pour lui
communiquer mes commentaires. Sur cette base, il a pu déterminer que la première option était meilleure. A l'époque,
c'est ainsi qu'on procédait...
Propos recueillis par
Nicolas MAURY
LA PRESSE
RIVIERA / CHABLAIS