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De la caresse au geste thérapeutique salutaire, la main joue un rôle millénaire. Toucher, masser, frictionner ou manipuler l'emplacement du corps qui fait souffrir: un geste naturel prodigué par soi-même ou par une tierce personne. Peu importe la culture, cet acte a une histoire sans doute universelle.
Ce toucher, de manière empirique, s'est développé jusqu'à se transformer selon les besoins en gestes plus élaborés permettant la réduction d'une luxation ou d'une fracture par exemple.
L'archéologie porte plusieurs témoignages de ces pratiques ancestrales en Egypte (ci-contre: manipulation d'un coude - bas-relief égyptien) ou en Grèce (ci-dessous: Asklépios et un patient - bas-relief grec). Hippocrate vers 460 ans avant Jésus-Christ, rédige son Traité des Articulations où il définit une lésion par un mot signifiant "déboîtement". De là à penser qu'une remise en place peut apporter la guérison... Des écrits et des dessins d'origine asiatique témoignent aussi d'une pratique des manipulations thérapeutiques.
Plus près de nous, Ambroise Paré, Père de la chirurgie moderne (1509-1590), a continué de pratiquer la médecine manuelle. A cette époque, nous trouvons trois corps professionnels: le rebouteur qui pratique sans instrument, mais à l'aide d'un savoir à la fois empirique et transmis par une tradition orale; le chirurgien qui se sert d'instrument pour opérer et se réfère à une tradition écrite existante (écoles de chirurgie) et les Docteurs en médecine soutenus par la Faculté. Peu à peu le rebouteur au fil de l'histoire sera marginalisé en proie à des conflits de pouvoir avec la Médecine officielle représentée par la Faculté.
Si l'histoire de la médecine, comme toute histoire humaine, est traversée de conflits, de luttes internes, de courants de pensée parfois en opposition, de la dénonciation justifiée aussi de certains charlatans, elle a su au fil des ans respecter la plus ancienne des thérapies manuelles qui sans l'apport de médicament arrive à soigner bien des affections.
C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, pays jouissant encore d'une grande liberté, car aucune loi ne régit encore le domaine de la médecine, le Docteur Andrew Taylor Still (1828-1917) crée l'ostéopathie qui se présentera comme médecine manuelle jusqu'en France. Quelque vingt ans plus tard, le Docteur David Palmer (1845-1913) crée la chiropraxie qui jouera un rôle majeur dans l'implantation de la chirurgie non instrumentale. Christian Trédaniel fondera, quant à lui, l'étiopathie (appellation donnée à sa pratique dès 1963): "Je comprenais toute l'importance d'un bon état structural pour le maintien de la santé. Le microbe n'était plus seul en cause, la structure apparaissait dans toute l'évidence de son rôle..." (Histoire du Reboutement, Christian Trédaniel, p 218-219).
Aujourd'hui les praticiens privilégient l'écoute du patient, ils ne pratiquent pas seulement des manipulations, ils donnent aussi des conseils d'hygiène de vie et de nutrition. A leur sens du toucher est lié une parfaite connaissance de l'anatomie. Ils ne s'opposent plus à la médecine traditionnelle, mais leur art est parfaitement complémentaire et très efficace dans une multitude de cas.