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Texte écrit dans le cadre de la SHS Enjeux Mondiaux Climat.
Auteur·ices: Edern Prigent (GM), Charles Arbet-Engels (GM), Tim Reuteler (SV), Daniel Jenelten (GM), Dimitris Maret (EL)
La découverte de tapis flottants d’algues formant la Mer des Sargasses dans l’Atlantique Nord remonte à l’époque de Christophe Colomb au XVe siècle. Ces algues jouent un rôle important dans cet environnement où elles servent d’habitat et de source nutritive pour divers organismes. Depuis 2011, une forte augmentation de sargasses a été observée sur les côtes Caraibéennes et en Afrique de l’ouest. Les hypothèses concernant l’augmentation et l’expansion des tapis de sargasses pointent vers le réchauffement climatique et l’enrichissement en nutriments. Les chercheurs estiment que le réchauffement des océans, combiné aux apports en nutriments provenant du fleuve Amazone, créent des conditions favorables à la prolifération des sargasses. L’enrichissement des eaux de ce fleuve peut être expliqué par l’intensification de la déforestation ainsi qu’à l’utilisation de fertilisant1,2.
Lorsque les bancs de sargasses atteignent les côtes, cela a un impact négatif sur tout le littoral. Des quantités importantes de sargasses s’échouent sur les côtes, provoquant une diminution significative de la diversité des algues et des organismes présents. De plus, ces bancs empêchent la lumière d’atteindre les fonds ce qui impacte les coraux et les herbiers du littoral. En outre, les sargasses présentent sur les plages empêchent les tortues de pondre leur œufs. La décomposition des algues entraîne l’anoxie (manque d’oxygène) des eaux ce qui cause la mort de nombreux organismes2. Des métaux lourds et des nutriments sont relâchés lors de la dégradation des sargasses, et se retrouvent dans le sable des plages touchées3. L’accumulation de sargasses a également des conséquences sur la santé des habitants aux alentours des zones d’échouement. En effet, lors de la décomposition des algues de grandes quantités de gaz toxiques, comme le sulfure d’hydrogène ainsi que l’ammoniac, sont produits4. Le tourisme et la pêche sont particulièrement touchés par les accumulations de sargasses. Les algues empêchent effectivement la navigation, obligeant les pêcheurs à rester au port. Il est estimé qu’en 2015 des hôtels ont perdu près de 40-50% de leur chiffre d’affaires3.
La seule solution possible à ce jour est la plus simple à imaginer : ramasser les sargasses dans l’eau ou directement sur la côte, par l’action combinée de filets placés avant la côte et de bateaux ramasseurs (le bateau Sargaboat du projet The Ocean Cleaner5, par exemple, ramasse jusqu’à 500 m3 d’algues par jour). Ensuite, plusieurs compagnies locales valorisent les algues en engrais, terreaux ou en biocarburants, permettant ainsi de transformer les algues en une ressource économique.
Les enjeux techniques sont dûs notamment à la présence de sable, de sodium et de métaux lourds dans les sargasses , ce qui complique le processus de revalorisation des algues ramassées. Toutefois, il existe déjà des solutions à ces problèmes (à titre d’exemple, la société martiniquaise Holdex, spécialisée dans le traitement des sargasses, affirme avoir des quantités de métaux lourds “bien en deçà des seuils fixés en la matière”6 dans leurs produits finis.
Les enjeux environnementaux coïncident avec les enjeux techniques de par la présence de produits nocifs dans les algues, et donc dans les terreaux en engrais produits. Mais aussi par le ramassage des algues. Il faut en effet ramasser les sargasses sans abîmer les fonds et le matériel. Pour palier à cela, une solution est par exemple la conception de bateaux ramasseurs pouvant évoluer en eaux peu profondes, à l’instar du Sargaboat5.
Sur le plan socio-économique, la plupart des sociétés de ramassage et traitement des déchets sont locales, apportant ainsi de la valeur ajoutée et de l’emploi aux territoires touchés. Toutefois, on peut relever que des conflits d’intérêts sur l’exploitation des rivages (entre les pêcheurs et les sociétés de traitement des algues notamment) pourraient émerger, bien que les intérêts du ramassage soient communs à toute la population touchée.
Pour empêcher les sargasses de nuire aux Caraïbes, la seule solution est laborieuse, et comporte donc beaucoup d’inconvénients techniques, socio-économiques et environnementaux. Mais si bien mise en place, alors elle pourrait transformer les algues brunes en ressource, et dynamiser le pays.
- 1.Wang M. The great Atlantic Sargassum belt. Science. 2019;365:83-87.
- 2.Amador-Castro F. Valorization of pelagic sargassum biomass into sustainable applications: Current trends and challenges. Journal of Environmental Management. 2021;283:112013.
- 3.Anses. Expositions aux émanations d’algues sargasses en décomposition aux Antilles et en Guyane. Published online 2017.
- 4.Resiere D. Sargassum seaweed on Caribbean islands: an international public health concern. The Lancet. 2018;392:2691.
- 5.The Ocean Cleaner – France – SARGASSES, SALVINIA ET DÉCHETS FLOTTANTS, LA SOLUTION! https://theoceancleaner.fr/
- 6.LAULE. Holdex Environnement, une solution de valorisation des sargasses 100% martiniquaise! Martinique 2030. Published online 2018. https://www.martinique2030.com/non-classe/holdexenvironnement-une-solution-de-valorisation-des-sargasses-100-martiniquaise