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Le canon fondu de 1871
Ce canon fondu, marqué VAUD, est le témoin direct d’un des épisodes marquants de l’histoire du château de Morges, devenu arsenal cantonal après l’indépendance vaudoise en 1803. En 1871, un soldat français occupé à désamorcer d’anciennes munitions fait accidentellement sauter une cartouche, ce qui entraîne l'explosion des réserves contenues dans l'arsenal. 26 personnes trouvent la mort dans le terrible accident, qui détruit en partie le château. Le souffle fait voler en éclat les fenêtres jusqu’à Thonon.
En savoir plus:
Le canon fondu était une pièce commune de l’artillerie de campagne suisse, stockée à l’arsenal de Morges. Il s’agissait d’un canon à chargement par la bouche de 4 livres (calibre 8,4 cm) de l’ordonnance 1862, monté sur un affut de l’ordonnance 1843. C’est plutôt l’événement dont il porte la trace que la pièce d’artillerie qui en fait un objet exceptionnel.
Après l’indépendance vaudoise en 1803, c’est le tout nouvel Etat de Vaud qui récupère le château de Morges, et décide de le conserver pour ses besoins administratifs en en faisant l’arsenal cantonal. Le bâtiment perd alors sa fonction défensive et connaît d’importantes transformations en 1836-1839, sous la direction de l’architecte Henri Perregaux : les fortifications médiévales (mur d’enceinte, portes, fossé) sont détruites, tandis qu’un grand dépôt doté de deux ailes en retour d’équerre est ajouté du côté occidental.
En 1871, le château de Morges joue un rôle dans ce qui constitue en quelque sorte la naissance de la « Suisse humanitaire » : à la chute de Napoléon III et du Second Empire français face à la Prusse, près de 90'000 soldats français trouvent refuge en Suisse. 780 de ces « Bourbakis » (du nom du général de l’armée de l’Est) sont hébergés à Morges, et leurs armes et munitions stockées à l’arsenal. Le 2 mars 1871, dans l’après-midi, c’est l’un d’entre eux qui est accidentellement à l’origine d’une première explosion, bientôt suivie d’une seconde quelques minutes plus tard. Des gravures et photographies d’époque, notamment par le pasteur et photographe amateur Paul Vionnet, permettent de se rendre compte des effets impressionnants de ces déflagrations et de l’incendie qui s’en suit. La catastrophe coûte la vie à une vingtaine de soldats français ainsi qu’à quelques locaux, comme le lieutenant des carabiniers Louis Thury, tué, dit-on, par la chute d’une poutre alors qu’il dirige les pompiers. Les victimes sont honorées en 1915 par la construction d’un mémorial orné d’un obélisque dans le parc de l’Indépendance, à côté du Château. On déplore également de nombreux dégâts matériels, estimés à l’époque à près de 300’000 francs suisses : 6 bouches à feu sont détruites, 2 douteuses, et 16 restent en bon état. C’est l’un de ces canons fondus qui rejoint les collections du Château de Morges et ses musées, et siège à présent dans l’une des salles du musée de la figurine historique.
Pour aller plus loin:
- Paul Bissegger et Raymond Rapin, Le Château de Morges, Société d'histoire de l'art en Suisse, coll. « Guides des monuments suisses », 1986.
- André Meyer et Heinz Horat, Les Bourbakis : l'internement en Suisse, en 1871, des unités de l'armée Bourbaki, Lausanne, 1983.
- Major de Tscharner, Développement de l’Artillerie de Montagne, Revue d’Histoire Militaire Suisse 36/11, 1891