Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07004.jsonl.gz/968

Et me voilà en plein ciel via la Terre Sainte, en partie.
Dans mes poches: mon passeport, un carnet de chèques, une petite carte typographique de la Jordanie, un mouchoir et mes clés avec une toute petite boussole au cas où je me perdrais dans le désert.
Mon bagage est celui du parfait touriste attiré par le monde biblique. C’est à dire: sac à dos avec sac de couchage. Et pour tromper l'ennemi: une bible et un guide bleu dépassant de mon sac. Le commissaire voulait que je porte un croix autour de mon cou. J'ai refusé par pudeur et par respect car je ne suis pas un pratiquant.
À la tombée du jour, j'arrive à Amman. Tout se passe bien, on m'a pris pour celui que je ne suis pas. Un taxi me conduit à mon hôtel, pas trop chic, bien entendu, vu mes convictions de bon chrétien. Je me rase, prends une douche, me rhabille rapidement et je descends au restaurant de l'hôtel.
Je m'installe dans un coin et commande en deux mots et trois gestes: un steak, des pommes frites, une salade de tomates et une eau minérale.
Un quart d'heure après, le tout est sur ma table...
J’appelle le garçon et avec des arabesques linguistiques lui commande en guise de digestif un café et des cigarettes.
Le garçon me fait comprendre que l'hôtel ne vend pas cet article mais que lui, il est tout disposé à m'offrir une cigarette.
J'accepte avec un mouvement de tête.
L'homme se retire au pas de course et quelques secondes après il revient avec le café et une boite de cigarettes, une boite métallique.
Il dépose la tasse et la boite devant moi et il s’enfuit comme une étoile filante.
Je prends la boîte dans mes mains et je me mets à la scruter de mes yeux comme un ethnologue ou un archéologue face à un objet provenant d'une curieuse civilisation.
Puis je l'ouvre et je hume l'odeur du tabac qui aussitôt me chatouille le nez et me fait éternuer. Heureusement que j’ai toujours un mouchoir dans ma poche.
Et pendant que je me mouche, une main tenant un briquet allumé me fait sursauter.
Je me retourne et je découvre un homme qui ressemble étonnamment à l'horloger de mon dernier rêve.
- Quelle manie vous avez tous à me faire sursauter, dis-je.
Je prends une cigarette et je l'allume.
L'homme range son briquet dans sa poche et s'assied en face de moi.
Je me sens mal à l'aise.
Puis après quelques interminables secondes, l'homme me dit en français avec un fort accent britannique:
-Je suis ici pour votre sécurité et surtout pour la même raison que vous, Monsieur Delarue.
Le salaud! Il m'a trahi, il n'a pas eu confiance en moi, me dis-je en pensant au commissaire.
- À qui ai-je l'honneur? je demande à l'homme.
L'homme sourit et me dit:
- Vous pouvez m'appeler James.
- James tout simplement?
- Oui, James tout simplement ou James James si vous préférez.
- Je vois.
- Question de sécurité.
- Laquelle? La vôtre ou la mienne?
- Les deux.
Poussé par ma curiosité, je demande à mon futur compagnon de route, il y a bien des chances:
- Vous travaillez pour qu'elle assurance? Assurance ou banque? Ce sont les lingots d'or qui vous intéressent, n’est-ce pas? Ou les passagers?
L'homme sort une carte de son veston, me la montre à distance et me dit:
- Je travaille pour la reine d'Angleterre.
L'image de White me vient à l'esprit.
- Vous connaissez White alors? je demande naïvement.
L'envoyé de la reine se mord la lèvre inférieure et me répond:
-Mon pays est un grand pays.
- Mais White travaille aussi pour votre reine, lui dis-je avec un sourire au bout des lèvres.
- Nous sommes plusieurs à travailler pour elle. Dans quel service est-il?
- Le même que le vôtre.
- Vous vous faites de fausses idées, Delarue.
- Et vous, vous avez tendance à prendre tous les gens pour des imbéciles.
- Certainement pas.
- Alors comment se fait-il que vous soyez au courant de mes faits et gestes?
James James se frotte l'oreille gauche et me dit:
- Je ne connais pas votre ami White mais je connais personnellement celui qui a organisé votre voyage.
- Le salaud!
- Ce n'est pas un salaud, c'est un vieil ami à moi. Et il a jugé bon que je vienne vous donner un coup de main.
Il s'approche de moi et me dit à voix basse:
- L'affaire est de haute importance. Ce n'est pas une banale affaire locale mais une affaire internationale très, très compliquée.
- En somme vous êtes au courant de tout.
- Pas du tout. Le commissaire m'a seulement dit où vous étiez.
- Il vous l'a dit ou on l'a forcé à vous le dire?
- Il y a un peu de ça. Que voulez-vous, on ne peut pas garder pour soi un secret dont plusieurs gouvernements...
Il s’arrête net.
Je souris.
- Pourquoi souriez-vous? me demande James James d'un air très étonné.
- Parce que vous croyez que je ne suis pas courant de toute l'histoire, je lui réponds.
Je précise:
- De toute l'histoire.
James James se frotte maintenant l'oreille droite.
- Dites ce que vous savez, dit-il.
- Très subtil!
- Je ne crois pas à la puissance de vos rêves.
- Je constate que vous savez sur moi plus de choses que vous prétendez.
- Vos rêves c’est de la blague, n'est-ce pas?
- Pas du tout.
- Je ne vous crois pas.
- C’est vous ou votre reine qui ne me croit pas?
- Elle et moi.
- Eh bien, sa majesté et son fidèle serviteur se foutent majestueusement le doigt dans l'oeil.
- Et vos histoires font sourire toute l’Angleterre.
- Ça m'étonnerait car elles ne font pas la une de vos journaux, pour une raison bien précise.
- Laquelle?
- Vous avez peur de couvrira de merde votre drapeau britannique.
James James est outré.
- Et puis, je m'en fiche, dis-je. Après tout je n'ai rien à gagner dans cette histoire. Je vais vous dire tout ce que je sais. L'avion se trouve à Pétra.
Un sourire discret se dessine sur le visage de James James.
- Vous connaissez? dis-je.
- J’y étais il y a deux jours, me répond-t-il sèchement. Suite à une de vos déclarations à votre commissaire.
- Le salaud, le salaud, le salaud! C'est sûrement lui le traître.
- Calmez-vous Delarue. Votre commissaire est un parfait gentleman. Mais un parfait menteur. Et vous, vous n'êtes qu'un pitre. Un faux ou un vrai pitre. L'avion ne se trouve ni à Pétra, ni ailleurs dans ce pays. Un avion touristique muni d’un appareil sophistiqué a survolé la région. Du sable, rien que du sable.
Le doute commence à me vaincre.
- Ça m’étonne.
Subitement une image d'un rêve éclate dans ma cervelle. Celle d’un avion en flamme.
- Et si l'avion a été découpé au chalumeau, dis-je, mis en pièces dans des grottes. Car je crois qu’il y a d'étranges grottes à Pétra. On l’a enterré dans le sable.
James James est tout pensif.
- Un appareil photographique aussi puissant soit-il n’aurait servi à rien. Qu’en pensez-vous?
James James se lève d'un bond et me dit avec un humour:
- Delarue, ce petit détail de grande importance a échappé au service de sa majesté. Je crois qu’ensemble nous allons découvrir les mines du roi Salomon... à suivre