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Un homme au goût autoproclamé pour les jeunes filles de moins de 16 ans... pour le tourisme sexuel avec des garçons en Asie... Longtemps, le comportement de Gabriel Matzneff semblait ne déranger personne.
Consigné dans, le témoignage de Vanessa Springora, trente ans après les faits, met non seulement en lumière les agissements de l'écrivain, mais aussi la tolérance que la société avait envers la pédophilie. De nos jours, cela paraît impensable.
Le sociologue Pierre Verdrager est l'auteur du livre. Pour lui, l'affaire Matzneff est "un tournant important dans l'histoire de la pédophilie dans la mesure où – s'agissant de Matzneff – c'est la première fois qu'une de ses victimes prend la plume pour donner l'autre version", explique-t-il au micro de la RTS, dans l'émission Forum.
"Depuis de nombreuses années, Gabriel Matzneff écrit de façon euphorique sur la pédophilie et décrit les relations qu'il a pu avoir avec des jeunes filles très très jeunes et de jeunes garçons. Il décrit également les séances sexuelles à Manille avec des enfants de huit ans". Pour lui, le livre de Vanessa Springora va amener un autre récit: "On va sans doute avoir une rupture dans cette histoire un peu trop linéaire".
Pierre Verdrager souligne que Gabriel Matzneff "publie sans difficulté son journal depuis des décennies" et précise qu'un nouveau volume de son journal vient de sortir, le mois dernier,.
Une "singularité" prisée des arts et de la littérature
Comme l'énonce le titre du livre du sociologue, la pédophilie n'a pas toujours été scandaleuse. Pierre Verdrager dit l'avoir découvert en travaillant sur les années 1980 et 1990: "Dans ces années-là, les années post-1968, un certain nombre d'acteurs du, se sont mis en tête de tenter de valoriser, de donner sens à la reconnaissance de la pédophilie comme une sexualité légitime".
Le 26 janvier 1977, des dizaines de personnalités – dont Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Jack Lang, Bernard Kouchner – publientpour demander la dépénalisation de la pédophilie. A la question de savoir si cela était particulier au monde des lettres, le sociologue répond par l'affirmative en expliquant: "Ces thèses pédophiles revenaient en écho très important dans cet univers pour une raison assez simple: les univers de la création – le monde de la littérature ou des arts – ce sont des univers qui sont orientés par la question de la singularité, du refus de l'ordre établi. Et la pédophilie, dans un tel contexte, c'est ce que l'on peut avoir de mieux en matière de singularité".
Le "produit d'une époque"?
L'ancien animateur de télévision, Bernard Pivot, avait reçu à plusieurs reprises Gabriel Matzneff dans son émission littéraire "Apostrophes". Avant de finalement s'excuser, dans un premier temps, il s'est expliqué sur Twitter en disant que c'était "le produit d'une époque".
Pour le chercheur, "c'était en effet l'époque d'une certaine catégorie de gens: des élites culturelles et sociales qui avaient accès à la publication et qui ont pensé qu'une telle entreprise de légitimation politique pouvait avoir lieu. La défense de Bernard Pivot a eu deux phases: il a d'abord essayé de relativiser son attitude... ou du moins la gravité de son attitude en faisant référence à cela. Puis, il s'est légèrement dédit en considérant que, effectivement,lorsqu'il avait invité Matzneff. Et il faut rappeler qu'il l'a invité à plusieurs reprises".
Interview radio: Esther Coquoz
Adaptation web: Stéphanie Jaquet