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Du fait de l’incidence du cancer dans notre population, une stratégie de prévention primaire efficace pourrait avoir un rôle sanitaire important. Afin d’évaluer l’impact d’une prise quotidienne d’aspirine sur la mortalité liée au cancer, les auteurs ont analysé les données individuelles de plus de 23 000 patients suivis pendant au moins quatre ans dans des études de prévention cardiovasculaire par aspirine.
Pour tous les patients, la cause de la mort a pu être analysée, parfois jusqu’à vingt ans après le début du suivi, et les décès liés à un cancer ont pu être quantifiés et corrélés à la prise d’aspirine. Ces analyses montrent que la prise quotidienne d’aspirine permet de diminuer significativement la mortalité liée à un cancer, avec un effet détectable dès cinq ans de suivi, qui persiste jusqu’à vingt ans, et cela même après arrêt du traitement d’aspirine. Cette baisse est homogène dans les populations étudiées, et peut être constatée pour la plupart des types de cancers communs. Les auteurs concluent que ces résultats sont probablement généralisables, et que l’aspirine pourrait être proposée en prévention primaire pour diminuer la mortalité oncologique.
Commentaire : Contrairement à des études observationnelles plus anciennes, cette étude montre un effet bénéfique de l’aspirine. Cet effet est important (> 30% dès cinq ans) et constatable pour la plupart des cancers. Malgré les limitations importantes inhérentes à ce type d’analyse, et du fait de la faible probabilité de conduite future d’une étude randomisée et contrôlée concernant cette question, l’évidence d’un effet positif est donc renforcée. Il est important de souligner que seules les études pour lesquelles la prise d’aspirine était quotidienne ont été prises en compte, et que les résultats ne s’appliquent probablement pas à une prise irrégulière. Comme cet effet positif n’est pas démontré pour d’autres antiagrégants, l’utilité de l’aspirine en prévention primaire semble consolidée car elle permettrait de diminuer la mortalité cardiovasculaire et oncologique, justifiant une utilisation plus large. La prise quotidienne généralisée d’aspirine sera-t-elle donc proposée dans les recommandations futures ?