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La plupart des randonneurs occidentaux qui se rendent sur le sentier du camp de base de l'Everest prennent l'avion de Katmandou à Lukla, village d'altitude situé à un jour de marche de Namche, véritable point de départ des sentiers du Khumbu. De nombreux porteurs lourdement chargés font eux le trajet à pied, sur un sentier de 100 kilomètres de long comportant une dénivellation de 8000 mètres à la montée et 6300 mètres à la descente.L'endurance de ces porteurs d'ethnie Sherpa, Rai ou Tamang continue à intriguer le voyageur occidental. Pour preuve : trois chercheurs de l'Unité de physiologie et biomécanique de la locomotion de l'Université catholique de Louvain, en Belgique, ont tenté de percer le secret des porteurs et ont obtenu, ô surprise, une place dans une grande revue (Science 2005;308:1755).Cette façon mécaniste d'étudier l'autre à la manière d'un phénomène rappelle désagréablement une certaine attitude coloniale. Mais rien ne permet de douter du respect des chercheurs pour les porteurs. Et leurs observations ne manquent pas d'intérêt.En un jour, la veille du marché hebdomadaire à Namche, en plus de 32 yaks, les chercheurs ont dénombré 545 hommes et 97 femmes porteurs grimpant le sentier, âgés de 11 à 68 ans. Des pesées ponctuelles ont montré que les hommes transportent des charges moyennes représentant 93% de leur masse corporelle et les femmes 66%. La plus lourde charge mesurée représentait 183% de la masse du porteur.Les chercheurs ont demandé à huit porteurs, ainsi qu'à des sujets européens, de transporter différentes charges sur un tronçon horizontal. Ils ont évalué la dépense énergétique en mesurant la consommation d'O2 et la production de CO2. Le coût énergétique du portage la différence entre la dépense énergétique durant la marche à vide et la marche chargée, exprimée en joules par kilogramme et par mètre est minimal pour une vitesse de marche de 1,10 mètre par seconde, indépendamment de la charge. Le coût énergétique du portage par unité de masse augmente avec la charge totale.A charge égale, le coût énergétique du transport est environ deux fois moindre pour les Népalais que pour les Européens. Le «doko» népalais, ce panier porté au moyen d'une lanière passant sur la tête, serait-il plus favorable que le sac à dos des alpinistes ? Les porteurs ont-ils une technique de marche plus efficace ? Ou bénéficient-ils d'adaptations physiologiques ? Ces questions restent entières.