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Le mouvement des jeunes pour le climat met au centre de l’agenda international le problème de la responsabilité de l’humanité face à l’environnement. Pour Michael Löwy, la question écologique est la question «politique, morale, culturelle, sociale et économique de notre époque». Le socialisme a délaissé la question écologique pendant près d’un siècle et demi. Notamment parce que la crise environnementale n’avait pas atteint les mêmes proportions du temps de Marx, note ce chercheur franco-brésilien qui se revendique d’un marxisme non dogmatique.
Löwy est mondialement connu non seulement pour ses ouvrages sur des penseurs révolutionnaires comme Georg Lukács, Rosa Luxembourg et Che Gevara, mais aussi pour ses travaux sur le creuset intellectuel juif d’Europe centrale (Walter Benjamin, Franz Kafka, Martin Buber) et sur la théologie de la libération d’Amérique latine. La croyance qu’un changement des rapports de production permettant de libérer les forces productives pourrait émanciper l’humanité a pu contribuer à la mise à l’écart de la question écologique dans l’esprit des socialistes. Et de reconnaître que l’Union Soviétique, à cause de l’idéologie productiviste qui y prévalait, a représenté une expérience très négative du point de vue de l’écologie.
L’écosocialisme: alternative au capitalisme et à l’abîme
Cependant, la révolution écosocialiste que Löwy appelle de ses vœux, se pense, à l’instar du socialisme historique, en alternative radicale au système capitaliste. Reprenant l’allégorie de Walter Benjamin pour qui les révolutions étaient l’acte par lequel «l’humanité qui voyage dans le train tire les freins d’urgence», Löwy estime que, si rien ne retient sa progression, la civilisation industrielle, capitaliste, moderne se précipite directement vers l’abîme. Pour qu’une civilisation fondée sur les valeurs de solidarité, de liberté et d’égalité puisse advenir, un programme révolutionnaire doit être mis à l’ordre du jour.
Il implique un changement des formes de propriété, de production et de consommation. Il s’agit non seulement de réduire la consommation, mais aussi de produire en fonction des vrais et non des faux besoins humains. Ces faux besoins sont générés par l’industrie de la publicité, rappelle le chercheur, selon la logique réificatrice du capital finement analysée notamment par Max Weber, Karl Marx et Karl Polanyi. Ils provoquent la consommation perpétuelle et inutile de biens et services à l’obsolescence programmée.
L’oligarchie des énergies fossiles
L’écosocialisme se veut une éthique responsable. Dans son ouvrage fameux, Le Principe de responsabilité (1979), le philosophe allemand Hans Jonas a mis en exergue les menaces que la destruction de l’environnement par la technologie moderne font peser sur les générations futures.
Depuis sa parution, la crise écologique s’est considérablement accentuée. Elle fait courir à l’humanité des risques colossaux et imprévisibles. Löwy s’inquiète particulièrement du pouvoir de nuisance de dirigeants qui nient la réalité du réchauffement climatique, tels que Donald Trump ou Jair Bolsonaro. Il évoque leurs liens très étroits avec l’oligarchie pétrolière. Il souligne la responsabilité des banques et des élites économiques, qui choisissent d’investir dans le gaz, le charbon et la pétrochimie. Ses propos prennent une résonance particulière dans le contexte de la place financière suisse.
Fustigeant une conception néolibérale, faisant payer aux pauvres l’addition de la transition écologique, il insiste sur la nécessité d’une transformation profonde des mentalités collectives. Les consciences sociale et écologique sont indissociablement liées. Elles s’acquièrent ou se consolident dans le cadre de luttes locales pour la transformation, à l’instar du mouvement de Notre-Dame-des-Landes. Et elles peuvent prendre de l’ampleur. Elles s’observent par exemple aujourd’hui dans les rangs d’une grande partie des Gilets jaunes. Les changements de sources d’énergie, de moyens de transport (notamment via la gratuité des transports publics) impliquent des transformations profondes, notamment dans le domaine de l’urbanisme. Les énergies alternatives (éolienne, solaire et hydraulique) devront croître et être développées jusqu’à devenir majoritaires.
Michael Löwy, Écosocialisme: L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, 1001 nuits, 2011.