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Ma bonne amie blogueuse Barbie, après avoir lu mon article sur les légendes de Genève, m'a indiqué une page Internet au sein de laquelle on pouvait en lire une. Or, j'ai pu constater qu'elle ressemble de près à une légende qui existe à Viuz en Sallaz sur les meulières de Vouan: chaque année, à Noël, les creux, qui sont des portes, s'ouvrent, et on peut alors accéder à une salle du palais des fées qui contient un trésor grandiose. Mais il faut ressortir avant le douzième coup de minuit - les portes ne s'ouvrant qu'au premier. Inutile de dire que rares sont ceux qui parviennent à s'arrêter à temps: c'est comme quand on va au casino et qu'on commence à gagner. L'intérieur d'un casino est d'ailleurs chatoyant à souhait: un vrai temple enchanté. Celui de Baden-Baden a des peintures de femmes divines, sur ses murs!
Cette légende se trouve aussi en Bretagne, selon Le Braz; mais mon avis est que ces motifs viennent en réalité des prêtres catholiques médiévaux qui racontaient des histoires édifiantes pour frapper les esprits en reprenant des thèmes mythologiques anciens: fées, dames blanches, spectres... Or, il faut se souvenir que Viuz en Sallaz fut sous la sujétion de l'évêque de Genève. On peut après tout imaginer que le même prêtre a raconté à peu près la même histoire, ou que les prêtres du diocèse avaient le même recueil d'exemples à présenter aux ouailles en sermon: les évêques avaient précisément pour charge d'établir ces recueils.
Cela a aussi pu se transmettre de façon orale. Cela expliquerait les menues différences: ruines d'un château pour les citadins que sont les Genevois, parois rocheuses à Viuz en Sallaz, qui est un village! Et donc, fantôme d'une défunte qui de son vivant logea au château, fée du mont au sein de la roche.
La Voix des Allobroges, à l'époque où ce noble journal paraissait sur papier, m'avait demandé des poèmes en rapport avec la Savoie, et je m'étais dit que je pourrais reprendre en vers les légendes locales: je participerais moi aussi à la mythologie universelle! J'en ai donc, alors, publié un sur ces fées de Vouan. La forme - un sonnet assonantique - est un peu imitée de Jean-Vincent Verdonnet, mon ami de Vétraz-Monthoux:
Au Vouan les fées se cachent sous la roche;
Leur cité d'or se tient sous la montagne.
Quand vient Noël soudain s'ouvre une porte
Qui montre aux yeux la splendeur et la flamme.
Jadis plus d'un croyant voir un trésor
Luire à portée a mis toute son âme
A s'emparer d'escarboucles énormes
Qui ressemblaient à de grandes étoiles!
Hélas, sur eux se sont closes les grottes;
Des profondeurs celui qu'on nomme l'Orc
Fit s'étirer ses griffes pour ces hommes.
On les entend gémir dans les abîmes.
Quel héros viendra donc des Terres fines
Les délivrer de ces affres terribles?
Un peu sombre, peut-être, mais quand même pas sans espoir.