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Le marché du travail suisse a tenu bon face à la pandémie
Les indemnités versées en cas de réduction de l’horaire de travail ont permis d’éviter des licenciements après la première phase de la pandémie, surtout dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration. (Image: Keystone)
La pandémie de Covid-19 a entraîné la fermeture des commerces, des entreprises et des institutions culturelles et de loisirs, l’effondrement de la demande de marchandises et de services et des interruptions dans les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale; en outre, elle a considérablement restreint la mobilité nationale et internationale. Une étude réalisée sur mandat de la Confédération se penche sur les répercussions de la pandémie sur le marché du travail et sur le rôle de l’assurance-chômage (AC) pendant la crise[1] (voir encadré).
Une reprise rapide
Contrairement à la crise économique et financière de 2008, la pandémie de Covid-19 a eu très vite un impact considérable sur le marché du travail suisse, alors prospère. Les offres d’emploi ont immédiatement chuté, tandis que le chômage augmentait de plus de 50% (par rapport avec le mois correspondant de l’année précédente) au cours des deux premiers mois de la pandémie pour toucher 160 000 personnes. Entre février et mai 2020, le taux de chômage est passé de 2,6% à 3,4%. La situation s’est toutefois rapidement stabilisée au mois de juin 2020, après la levée des mesures strictes qui avaient été mises en place pour endiguer la pandémie, et ne s’est pas dégradée l’hiver suivant, malgré un nouveau durcissement des mesures. Depuis le début de l’année 2021, les offres d’emploi dépassent le niveau d’avant la crise, tandis que le chômage se situe au-dessous de ce niveau depuis le début de 2022.
À l’instar d’autres crises, ce sont surtout les jeunes et les personnes les moins bien formées qui se sont retrouvées au chômage lors de la pandémie. Mais ces personnes ont retrouvé du travail rapidement quand le marché de l’emploi s’est redressé. En raison de sa structure sectorielle, la Suisse alémanique a été plus durement touchée par les pertes d’emploi et a récupéré plus lentement que la Suisse romande et le Tessin. Enfin, on ne constate aucune différence entre les sexes ou les situations familiales en ce qui concerne l’impact de la pandémie sur la participation au marché du travail, le temps de travail hebdomadaire et le chômage.
Des problèmes de recrutement dans la restauration
Bien que les secteurs du tourisme et de la restauration, suivis de l’industrie manufacturière et de la logistique, aient été les plus touchée par le recul des postes vacants et l’augmentation du chômage, ils se sont rapidement rétablis et se trouvaient même dans une meilleure situation en mars 2022 qu’en mars 2019. Alors qu’il affichait beaucoup plus de postes vacants en 2022, le secteur de la restauration a été confronté dans le même temps à des problèmes de recrutement. Au début de 2022, le chômage dans l’industrie manufacturière et la logistique se situait encore au-dessus du niveau d’avant la crise, mais il est passé au-dessous entre-temps.
Pendant la pandémie de Covid-19, le nombre de salariés ayant changé de métier ou de secteur était, dans l’ensemble, moins élevé qu’auparavant. Cela peut s’expliquer par le fait que les périodes de crise s’accompagnent d’une plus grande insécurité (ressentie) sur le marché du travail et de moins de possibilités de changement. Le recours aux indemnités en cas de réduction de l’horaire de travail (RHT) a certainement aussi fait obstacle aux changements de poste. En ce qui concerne les personnes en recherche d’emploi, le pourcentage de départs de certains secteurs et professions n’a que très peu varié de manière générale. Toutefois, comme le nombre de demandeurs d’emploi a considérablement augmenté pendant la pandémie, des transferts notables ont eu lieu en chiffres absolus: de nombreuses personnes qui travaillaient jusqu’alors dans l’hôtellerie, la restauration ou le tourisme ont cherché un poste dans un autre secteur. À cela s’ajoute le fait que l’on pouvait recruter moins de personnes occupant déjà un emploi salarié étant donné que celles-ci affichaient une volonté moindre de changement, tous secteurs confondus. Tous ces éléments, associés à une demande de travail en nette augmentation, pourraient expliquer les difficultés de recrutement auxquelles ces secteurs font face actuellement.
Moins de fins de droits, plus d’indemnités journalières
Des mesures ont été prises afin d’éviter que les chômeurs n’arrivent en fin de droits. Les personnes inscrites au chômage le 1er mars 2020 et ayant droit aux indemnités journalières ont pu obtenir 120 indemnités journalières supplémentaires maximum entre mars et août 2020. De même, les personnes inscrites au chômage le 1er mars 2021 et qui avaient droit aux indemnités journalières, ont obtenu tout au plus 66 indemnités journalières supplémentaires entre mars et mai 2021. Pour comprendre l’effet de l’extension des droits aux indemnités journalières, les auteurs de l’étude ont réalisé, selon l’approche de Blinder-Oaxaca, une décomposition de la variation de différentes grandeurs statistiques du marché du travail pour la période d’avant la pandémie et pendant celle-ci. Ils ont ainsi analysé les changements survenus dans la composition du groupe de demandeurs d’emploi, les postes vacants, la recherche d’emploi et les offres et activités des ORP. Une fois tous ces facteurs pris en compte, l’écart résiduel inexpliqué peut être interprété comme étant une conséquence de l’élargissement de l’attribution des indemnités journalières.
L’analyse montre que l’extension de l’attribution des indemnités journalières a permis d’éviter que de nombreux chômeurs n’arrivent en fin de droits. Cependant, on constate qu’un nombre un peu moins important de personnes a retrouvé un poste et la durée de leurs recherches a légèrement augmenté après l’extension de mars 2020, alors qu’aucun de ces effets négatifs n’est apparu lors de celle de mars 2021. On peut donc en conclure que l’objectif de l’élargissement de l’attribution des indemnités journalières, qui vise à éviter les arrivées en fin de droits, a été atteint et que, selon les cas, l’ampleur des effets secondaires indésirables a été modeste et qu’elle ne portait que sur la première phase de la pandémie.
Recours intensif au chômage partiel
Outre les indemnités journalières supplémentaires, des indemnités en cas de réduction de l’horaire de travail ont également été mises en place à grande échelle. Elles concernaient près d’un quart des entreprises et un tiers des personnes actives occupées en Suisse étaient concernées au plus fort des mesures, en avril 2020. Pendant la première phase de la pandémie, c’est dans la restauration (60%) et le tourisme (50%) que ces indemnités ont été les plus utilisées en moyenne.
Toutefois, les licenciements n’ont pas pu être tous évités au tout début de la pandémie, notamment parce que, lors des crises précédentes, la réduction de l’horaire de travail n’avait guère été instaurée dans les secteurs les plus fortement touchés par la crise du Covid-19 et que l’on manquait d’expérience dans ce domaine. Une autre raison est que les contrats de travail limités à la saison d’hiver, en particulier dans la restauration et le tourisme, arrivaient à échéance au printemps 2020 et n’ont pas bénéficié de la réduction de l’horaire de travail. À cela s’ajoute des retards dans les versements des indemnités aux entreprises.
L’industrie hôtelière et manufacturière a été particulièrement touchée par les licenciements après la première phase de la pandémie, lorsque les versements des indemnités de chômage partiel ont pris fin. En revanche, les entreprises de cette branche ont connu moins de licenciements pendant l’hiver 2020/21 que dans celles n’ayant pas perçu de prestations. Rien n’indique qu’il y a eu davantage de licenciements après la fin de l’attribution des indemnités en cas de chômage partiel, soit au cours de la deuxième phase de la pandémie (juillet 2020 – mars 2021). D’ailleurs, des signes pointent vers une reprise plus rapide dans les entreprises qui avaient obtenu des indemnités (en particulier dans l’industrie manufacturière et en Suisse alémanique) et qui avaient plus de postes vacants à la fin de 2021 que celles qui ne les avaient pas perçues. Les indemnités de chômage partiel ont donc contribué de manière décisive à prévenir une nouvelle hausse du chômage.
- Voir Felder et al (2023). Étude commandée par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) et mandatée par la Commission de surveillance du fonds de compensation de l’assurance-chômage (CS AC).
Bibliographie
- Felder R., Kaiser B., Möhr T. et Wunsch C. (2023). L’impact de la pandémie de coronavirus sur le marché du travail et le rôle de l’assurance-chômage pendant la crise. Principes de base de la politique économique no 38 (en allemand, avec résumé en français). Secrétariat d’État à l’économie (Seco), Berne.
Bibliographie
- Felder R., Kaiser B., Möhr T. et Wunsch C. (2023). L’impact de la pandémie de coronavirus sur le marché du travail et le rôle de l’assurance-chômage pendant la crise. Principes de base de la politique économique no 38 (en allemand, avec résumé en français). Secrétariat d’État à l’économie (Seco), Berne.
Proposition de citation: Thomas Möhr ; Conny Wunsch (2023). Le marché du travail suisse a tenu bon face à la pandémie. La Vie économique, 18 avril.
L’étude utilise des données agrégées du Seco, des données individuelles du service de l’emploi et de l’assurance-chômage, des données des entreprises sur les indemnités pour le chômage partiel, des données de l’enquête suisse sur la population active et des statistiques de l’emploi. Ces données portent sur la période allant jusqu’au 1er trimestre 2022.