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Une conférence incapable de surmonter ses contradictions
La COP 25, celle de Madrid, qui devait mettre en oeuvre l'accord de Paris, s'est close sur une accumulation de contradictions sans synthèse -et donc sans accord qui vaille la peine d'être mentionné : contradictions entre les Etats (en particulier entre les gros producteurs de nuisances climatiques et les plus vulnérables à ces nuisances), entre l'économie et la politique, entre les châteaux et la rue, entre les discours et les actes. Les COP réunissent des représentants d'Etats -leurs dirigeants ou leurs sous-fifres. Mais les Etats ne se préoccupent ni du sort de l'humanité, de la vie ou de planète, ils se préoccupent de leur propre sort. Le pouvoir pense au pouvoir, pas au climat. Sa survie l'obsède. Sans doute la plus grande partie des représentants des Etats dans une conférence comme la COP 25 (et les précédentes, et les suivantes) sont-ils sincères -mais le sont-ils au point de risquer leur chefferie ? de s'émanciper de leurs idéologies respectives ? par idéologie, on entend un ensemble d'idées structurées autour d'une idée centrale, première, fondamentale : la liberté pour les uns, l'égalité pour les autres, la fraternité pour d'autres encore, et la liberté, l'égalité, la fraternité pour les plus radicaux, les plus ambitieux...
« Une civilisation où le « progrès » ne se définirait pas par la création d’un monde douillet à l’usage de petits hommes grassouillets »
La Convention cadre des Nations Unies sur le climat (la COP) réunit 197 Etats -seule une minorité d'entre eux, ne totalisant qu'un peu plus du dixième des émissions planétaires de CO2, se sont engagés (et encore, sans que l'on puisse parier grand chose sur le capacité à tenir cet engagement) à accentuer leurs efforts. Et la COP 25 n'a même pas réussi à revoir les "permis de polluer", c'est-à-dire les quotas d'émissions de gaz à effet de serre. Quant à aborder la question, sans doute plus clivante encore, du respect des droits humains et de ceux des peuples autochtones, il en fut encore moins question. L'Accord de Paris que la COP 25 avait mandat de concrétiser posait comme objectif celui de la neutralité carbone d'ici 2050 ? la Pologne, la République tchèque et la Hongrie, dépendantes des énergies fossiles (notamment le charbon) ont fait savoir qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient pas tenir cet engagement -du moins dans ce délai, et le Premier ministre hongrois, soutenu par le président français (évidemment, puisque 71 % de l'électricité produite en France, qui en exporte -notamment en Suisse- est d'origine nucléaire) en profite pour proposer la substitution de l'énergie nucléaire à l'énergie carbonière.
On n'attendait pas grand chose de la COP 25, et elle a même réussi à décevoir cette attente résignée de presque rien. On dirait du Jankélévitch : on est passé du presque rien à rien du tout. Faut-il s'en étonner ? Les contradictions d'une conférence comme celle-là, avec les acteurs qu'elle rassemble, sont les nôtres (et sans doute aussi celles de nombre des manifestants de cette année, pour la "justice climatique") : on sait qu'on n'atteindra pas les objectifs minimaux (et insuffisants) posés par l'accord de Paris sans un profond changement des comportements individuels et des choix collectifs, on sait que le temps presse, on sait que reporter les choix qu'on est incapables de faire aujourd'hui alors que cela fait 25 ans qu'on les sait cruciaux, mais on est rarement prêts à payer le prix du changement nécessaire. On peut ainsi parler de "green new deal" sans vouloir renoncer à prendre l'avion quand on pourrait prendre le train (ou renoncer à un voyage), ni renoncer à son ordinateur, sa tablette et son téléphone portables -tous produits à grand renfort de métaux rares dont l'extraction est une calamité écologique. On peut aussi croire, comme Jeremy Rifkin, en l'avènement d'un "capitalisme social", sans achopper sur cet oxymore, plutôt qu'adhérer comme Naomi Klein à un projet de rupture politique et sociétale qui remettrait bien plus fondamentalement en cause des modes de vie considérés comme des droits acquis... "Des gens meurent chaque jour à cause de notre politique climatique et ici on s'énerve pour quelques rues bloquées" par "Extinction Rebellion", observe la capitaine du "Sea Watch", Carola Rackete.
« Je suis un semi-intellectuel décadent du monde moderne, et j’en mourrais si je n’avais pas mon thé du matin et mon « New Statesman » chaque vendredi. Manifestement. Je n’ai pas envie d’en revenir à un mode de vie plus simple, plus fruste et probablement fondé sur le travail de la terre. Mais en un autre sens plus fondamental, j’ai envie de tout cela, et peut-être aussi en même temps d’une civilisation où le « progrès » ne se définirait pas par la création d’un monde douillet à l’usage de petits hommes grassouillets » : tout n’est-il pas dit là par George Orwell de nos contradictions et de nos incohérences ?