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Certains régimes et des apports supplémentaires de «substances naturelles» pourraient avoir un effet sur l'activité d'une maladie rhumatismale.Les sujets suivants sont traités :1. Intolérances alimentaires. Celles s'exprimant par une arthrite sont rares (< 1%). Elles sont souvent associées à d’autres manifestations cliniques, en particulier des urticaires. 2. Apport d’anti-oxydants et d'autres substances qui modifient le processus inflammatoire. Des suppléments de vitamine E et/ou de certains acides gras polyin-saturés ont un certain effet anti-inflammatoire. 3. Modifications de la flore in-testinale par un changement de nourriture. Un jeûne total ou certains régimes à base de végétaux diminuent l’activité inflammatoire chez les malades atteints de polyarthrite rhumatoïde.
Les malades atteints de rhumatisme ressentent souvent le besoin d'entreprendre quelque chose par eux-mêmes, en raison de leur dépendance à l'égard des médecins pour les traitements médicamenteux. Les régimes alimentaires se prêtent par excellence à ce besoin, vu que les malades les choisissent eux-mêmes et que différents régimes sont à la mode et proposés dans de nombreux magazines. On peut définir ces régimes comme une alimentation «raisonnée» ; toutefois tous les régimes ne sont pas toujours raisonnables. Quelques rhumatologues s'y sont intéressés depuis longtemps et il semble bien qu'une modification de la nourriture puisse apporter un bienfait aux malades. Les sujets suivants seront traités : l'intolérance alimentaire ; l'apport d'anti-oxydants et d'autres substances qui modifient le processus inflammatoire ; la modification de la flore intestinale par un changement de nourriture.
Nous avons rapporté dans le passé un cas typique d'intolérance alimentaire1 : il s'agissait d'une femme de 57 ans qui souffrait de douleurs symétriques, avec enflure, des articulations des mains et des chevilles. Les accès d'arthrites, au début très occasionnels, duraient deux à quatre jours, puis après un, voire deux ans, survenaient une à deux fois par semaine, souvent accompagnés d'un urticaire. L'association d'arthrites intermittentes avec de l'urticaire faisait suspecter une intolérance alimentaire. L'anamnèse nutritionnelle relevée par la malade dans un petit cahier, où elle notait tout ce qu'elle mangeait en relation avec les symptômes articulaires, a montré que ces accès suivaient les repas de charcuterie, de viande fumée, de choucroute et de vin blanc. On sait que ces aliments ont en commun le métabisulfite qui est un anti-oxydant utilisé comme moyen de conservation. Un régime excluant la substance suspectée a amélioré les symptômes. Ensuite, en donnant en aveugle du métabisulfite, on a pu confirmer qu'il s'agissait vraiment de la substance responsable. En suivant un régime approprié, la malade était guérie.
Panush et coll.2ont traité quarante malades atteints de polyarthrite rhumatoïde séropositive par un régime spécial qui évitait les produits laitiers et les additifs alimentaires. Cela ne changeait rien à l'évolution de la plupart des malades, toutefois on a relevé une nette amélioration chez deux d'entre eux. Chez ces malades, il ne s'agissait en général pas d'une vraie allergie avec processus inflammatoire par les IgE, mais d'une intolérance sans processus immunologique impliqué. En présence d'un rhumatisme intermittent, sans cause décelable et accompagné d'un urticaire, une anamnèse nutritionnelle s'impose.
Plusieurs substances naturelles anti-oxydantes ont été évaluées. Il a été démontré dans plusieurs études que la vitamine E (a-tocophérol) pourrait avoir un effet bénéfique chez des malades atteints de polyarthrite rhumatoïde3 et d'arthrose en poussées inflammatoires.4 La dernière étude provient d'un groupe de Zurich,5 où 176 malades atteints de spondylarthrite ankylosante ont été recrutés et traités pendant quinze jours par 150 mg de diclophénac ; ils ont ensuite été divisés d'une manière aléatoire, en double aveugle, en trois groupes : le premier groupe continuait le traitement par le diclophénac, le deuxième groupe prenait 900 mg de vitamine E et le troisième groupe recevait du placebo. Le temps écoulé jusqu'à la prochaine rechute des douleurs était nettement plus long chez les malades sous diclophénac ou vitamine E que chez ceux qui recevaient seulement le placebo. On peut donc recommander aux malades souffrant d'inflammations un supplément en vitamine E, toutefois à doses relativement hautes.
Certains facteurs inflammatoires, comme les prostaglandines et les leucotriènes sont produits dans le corps à partir des membranes cellulaires. Ces membranes consistent en phospholipides et contiennent surtout, comme acide gras, de l'acide arachidonique. Un apport en graisses insaturées peut modifier la composition des membranes cellulaires. Il s'agit surtout d'acides gras polyinsaturés tels que l'acide eicosapentoïque ou l'acide gammalinoléique. Ce sont surtout les graisses de poissons qui sont riches en acide eicosapentoïque. Plusieurs études ont démontré une légère amélioration du processus inflammatoire, et donc un besoin diminué en anti-inflammatoi-res, chez des malades qui ingèrent 10 g d'huile de poisson. L'acide gammalinoléique se trouve surtout dans certaines plantes, par exemple dans les graines des belles de nuit («evening primerose»). La combinaison des deux huiles a un effet nettement reconnaissable, comme démontré dans l'étude de Belch et coll.6 Nous avons nous-mêmes évalué si des repas de poissons (au moins quatre fois par semaine) pouvaient apporter le même enrichissement en acides polyinsaturés dans les membranes cellulaires que la prise d'huile de poisson. Le résultat de cette étude a été clairement positif.7On peut donc recommander aux malades qui aiment le poisson de manger au moins quatre fois par semaine des poissons de mer. Toutefois, il faudrait éviter le saumon qui, la plupart du temps, provient actuellement d'élevages. Ces saumons ne se nourrissent plus d'algues ais d'apports nutritionnels non définis procurés par les pisciculteurs. Il faudrait donc plutôt choisir des poissons sauvages comme le thon et les sardines.
Il est connu depuis longtemps qu'un jeûne complet diminue l'inflammation. Naturellement, cette approche est limitée dans le temps. Une étude très intéressante s'est faite en Norvège à ce sujet.8 Après une semaine de jeûne complet, suivi d'une année de régime composé essentiellement de légumes et crudités apportant du lactobacillus, on a relevé des améliorations spectaculaires en comparaison au groupe qui suivait un régime moins strict. Toutefois, à la fin des treize mois de traitement, certains de ces malades présentaient des signes de malnutrition. Environ 30% d'entre eux ont arrêté ce régime. On a par contre constaté une amélioration significative des paramètres cliniques chez les 70% restants, en comparaison avec le groupe contrôle. Une autre étude faite en Finlande a confirmé cette approche. Il pourrait y avoir au moins deux explications à cette amélioration : tout d'abord on sait que la malnutrition diminue l'immunité, ce qui pourrait être une des explications. Pour le traitement de la polyarthrite rhumatoïde nous utilisons souvent des immunosuppresseurs. Toutefois nous n'avons aucune indication si les malades mentionnés dans ces deux études avaient développé une déficience immunologique. La deuxième explication pourrait être un changement de la flore intestinale, ce qui a d'ailleurs été démontré dans ces deux études.10,11 Ceci est confirmé par le fait que les malades avec une polyarthrite débutante ont une flore intestinale différente de leur entourage.12 Des études chez les animaux confirment également cette hypothèse : des rats non susceptibles à l'induction d'une arthrite expérimentale peuvent en développer une si on les élève dans des conditions sans microbes («germfree»). Un autre exemple s'observe chez les rats chez qui on a introduit plusieurs copies du gène pour l'HLA-B27 humain. Ces rats développent des arthrites du type spondarthrite séronégative et des lésions intestinales ressemblant à la colite ulcéreuse.15Si ces rats sont élevés dans des conditions sans microbes, ils ne développent pas de maladie analogue aux spondarthrites. L'analyse de la flore est toutefois très compliquée et, chez les malades cités dans les deux études mentionnées, nous ne savons pas exactement quels changements qualitatifs et quantitatifs ont eu lieu. En pratique clinique, il est à ce jour encore trop compliqué de modifier la flore intestinale pour pallier une maladie rhumatismale.
En conclusion, nous pouvons proposer aux malades qui aiment le poisson d'en manger ou, comme alternative, d'ingérer des comprimés d'huile de poisson. La prise de vitamine E aurait un effet clinique analogue. Un article plus complet à ce sujet a récemment été publié par Mangge et coll.16