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Les matières premières sont devenues un contributeur clé des expositions et de la performance des stratégies CTA.
Depuis le mois de juillet 2020, les stratégies CTA ont nettement repondéré le poids des matières premières, passé d'une exposition nette courte de -30% en moyenne à une position longue de presque +60% aujourd'hui. Les matières premières agricoles se taillent la part du lion (+16%), suivies de l’énergie (+15%), des métaux de base (+12%) et des autres segments plus petits (+12%). Les métaux précieux sont loin derrière (moins de +3%). Dans l'ensemble, le bêta des gérants CTA par rapport aux indices de matières premières s'élève à 0,5 (contre 0,1 en moyenne). Il est donc pertinent de s’interroger sur la capacité des matières premières à être un moteur structurel des rendements des CTA, souvelant dans le même temps la question controversée d'un éventuel début de nouveau «super-cycle».
Les matières premières bénéficient de puissants facteurs macroéconomiques positifs. L'amorce de sortie de la récession soutenue par les différentes politiques de relance économique apportent de précieux soutiens. De plus, la liquidité s'est envolée, dopée par la relance monétaire, laquelle sera relayée par l'épargne accumulée par les ménages et les entreprises en attendant d’être remise en circulation. Cette liquidité abondante, en quête de destinations d'investissement, sera partiellement dirigée vers les matières premières. En outre, avec la remontée à venir des taux d’intérêt et de l'inflation, les investisseurs vont rechercher la protection offerte naturellement par cette classe d'actifs. Dans un contexte de recul de la demande en valeurs refuges et de dégradation de la position extérieure des États-Unis, une dépréciation supplémentaire du dollar pourrait également se révéler favorable.
des matières premières cycliques et des matériaux de construction.
Certains facteurs de marché fondamentaux viennent soutenir cette tendance positive, bien que de façon inégale. Même si l’on anticipe un déficit de l'offre par rapport à la demande, conséquence à la fois de la crise financière, et plus récemment de la guerre commerciale sino-américaine puis de la pandémie, un rebond de la demande est à prévoir au fil des campagnes de vaccination. Mais la situation n'est pas la même pour toutes les matières premières. Par exemple, le déficit d'offre sur la demande à venir sur le marché du pétrole devrait être en partie comblé par des capacités de production excédentaire. Le cuivre connaît aussi une pénurie d'offre, contrairement au nickel et au fer ou aux produits agricoles qui, structurellement, ne font pas l'objet d'une sous-offre. D'autre part, la saturation du commerce international fournira probablement aux producteurs un plus grand pouvoir de tarification, tandis que les coûts des transports devraient également grimper. En effet, les tensions dans les relations commerciales risquent de perdurer en raison des stigmates de la guerre économique conduite par Donald Trump et des pressions sur les technologies et les chaînes d'approvisionnement sous le mandat de Joe Biden.
Pour finir, la demande et les prix devraient être soutenus par des tendances séculaires. Un rebond du marché immobilier est à l'œuvre, en particulier aux États-Unis, tandis que la décarbonation et l'essor des véhicules électriques devraient stimuler la demande pour certains métaux de base. Les perspectives d'envolée des dépenses d'infrastructures profiteront à la plupart des matières premières cycliques et des matériaux de construction.
Quatre grands risques menacent toutefois ce scénario favorable. Premièrement, le potentiel de croissance mondiale va certainement s'affaiblir, en partie sous l'effet d’un retour à la normale de la croissance chinoise. Deuxièmement, la demande sera freinée par l'accroissement de l'efficacité énergétique conjugué à la baisse de l'utilisation des énergies fossiles, aux progrès du recyclage et à la digitalisation des processus industriels. Troisièmement, la transition vers une économie plus tertiaire risque de plafonner la demande en biens d'équipement. Enfin, la dynamique pourrait s'interrompre en cas de désaccord sur les investissements ambitieux prévus par les États-Unis dans le domaine des infrastructures.
En définitive, le début d'un nouveau « super-cycle » des matières premières s'étendant sur une décennie n'est pas encore acquis et devra surmonter d'importants obstacles. A minima, il est probable que ce «boom» des matières premières, typique d'un début de cycle, ne dure qu’une ou deux années. Dans ce contexte, les CTA pourraient représenter un moyen intéressant de s'exposer à la classe d'actifs.