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Ce texte fait suite à celui appelé Le Cheminement du génie, dans lequel je rapporte que, sous la forme de Radûmel le Fin, je venais de vaincre une série d'ennemis, dont les derniers, flamboyants et clairs mais corrompus et tentateurs, vivaient dans les nuages.
Donc je montai sur les nuages, qui faisaient ou cachaient comme un escalier de marbre, et je parvins à une porte. Elle semblait être l'entrée d'un temple – dont cependant je ne distinguai que mal les contours, entourés qu'ils étaient de nuages moutonnants. Je ne pouvais voir, à droite et à gauche, que des fragments de colonnes, et, en haut, sur le fronton, des images intermittentes de guerriers flamboyants, et de spectres obscurs les combattant. L'or et les pierres précieuses les ornaient, et je me dis que cela devait être un temple particulièrement beau, et même excessivement splendide; mais je ne pouvais le voir en entier, et le regrettai.
Je descendis toutefois de cheval, et voici, ouvrant la porte en abaissant sa poignée, je la passai, et devant moi se tenait un homme divisé – et il s'agissait de Rémi Mogenet lui-même, mais en trois parties! Je le reconnus immédiatement, malgré sa division, et sus ce qu'il en était, en scrutant ces parties une à une.
La première était sous le sol du temple où j'étais entré; comme en un lac sombre elle se mouvait obscurément, flamme bleue dans une brume grise. Je reconnus des esquisses de ses jambes, de ses bras, de son ventre.
La seconde était évanescente mais ses couleurs étaient multiples: elles tendaient au violet, puis au rouge, et même un peu de vert s'y trouvait; et elles étaient dans un orbe argenté, tournant lentement à hauteur d'homme, suspendu dans l'air et le chœur du temple; et je reconnus, à certaines lignes dorées, se mouvant derrière la paroi diaphane, une poitrine, un cou, des mains.
La troisième était, au plafond du temple, dans un triangle doré, incrusté dans le marbre constellé d'étoiles – et, dans le jaune lumineux, on distinguait, dilué, un visage, les yeux clos – ou absents, je ne pouvais pas le dire, les traits étant trop diffusément tracés.
Et les trois parties principales n'avaient pas de lien; le corps qui les unissait d'habitude était en plusieurs fragments, qui vivaient pour ainsi dire séparément, sans chercher même à s'assembler. C'était effrayant, mais, ayant reçu l'enseignement secret des anges, je m'attendais à trouver cela, en vérité. Toutefois, le découvrir de mes propres yeux n'en restait pas moins étonnant; j'étais même choqué, mais aussi plein de pitié, face à ce triste spectacle.
D'abord je ne sus que faire. Comme précédemment, je portai la main à l'épée; la tirant d'instinct à demi, elle jeta un éclair en sortant du fourreau, éclairant ce temple plein de pénombre. Un son même se fit entendre, comme si elle chantait à l'idée de boire le sang d'autres ennemis: le bruit du glissement de l'acier sur le cuir du fourreau, et le tintement de ma main gantée de fer sur la poignée dorée, ornée d'une étonnante opale. Car telle était mon épée, jadis forgée par les anges. Et dans l'opale on trouvait les cendres d'un doigt consumé d'Alar, l'étoile des guerriers, lorsque jadis d'un coup de dent Orcalün le trancha, et qu'on dut le récupérer dans sa bouche morte, mais crispée sur ce doigt. Ensuite on le brûla solennellement, comme chacun sait, et sa cendre fut distribuée auprès des meilleurs d'entre nous, qui devions garder de nos efforts la paix installée par le sacrifice d'Alar.
(À suivre.)