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Benoît XVI : 16 Janvier : UN TEMPS POUR RIRE
L’espérance du grain de sénevé, p. 10
Il semble bien problématique d'évoquer le carnaval dans une méditation théologique, puisqu'il ne se rapporte que très indirectement au calendrier de l'année liturgique. Mais, en disant cela, ne nous révélons-nous pas un peu schizophrènes? D'un côté, nous disons très volontiers que le carnaval a tout à fait son droit de cité dans les pays catholiques ; d'un autre côté, nous voulons l'éviter pour des raisons spirituelles, et donc théologiques. Fait-il partie de ces choses qu'on ne peut accepter en tant que chrétien, mais qu'on ne peut pas non plus éviter en tant qu'homme? Mais alors, il faudrait poser la question suivante : de quelle manière le christianisme est-il authentiquement humain? Certes, le carnaval est sans aucun doute d'origine païenne : le culte de la fécondité et l'évocation des esprits y allaient de pair. L'Église devait prendre parti contre cela et prononcer l'exorcisme qui chasse les démons, eux qui subjuguent les hommes et ne les rendent pas heureux. Mais, faisant suite à l'exorcisme, voici qu'advint quelque chose de nouveau et de tout à fait inattendu : une gaieté désatanisée. Le carnaval s'est trouvé relié au Mercredi des Cendres, comme un temps de rire précédent le temps de la pénitence, comme le temps d'une joyeuse ironie à l'égard de soi-même, ironie évoquant en riant une vérité qui rejoint celle des prédicateurs de pénitence. Ainsi, le carnaval désatanisé peut orienter vers ce que disait le sage de l'Ancien Testament: « Il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire» (Qo 3, 4).
De même, pour le chrétien, ce n'est pas toujours le temps de la pénitence. Il a aussi un temps pour rire. Certes, l'exorcisme chrétien a d'abord arraché les masques démoniaques. Mais, derrière, il a fait surgir un rire libéré. Nous savons tous combien le carnaval d'aujourd'hui s'en éloigne souvent ; et combien Mammon y règne en maître, avec ses alliés. C'est pourquoi, nous chrétiens, nous n'avons pas à lutter contre le rire, mais nous devons combattre en sa faveur. Combattre les démons, et rire avec ceux qui rient, ce sont là des choses qui vont ensemble. Le chrétien n'a pas besoin d'être schizophrène : parce que la foi chrétienne est authentiquement humaine.