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D'une époustouflante modernité, les créations consacrées à la mode par l'artiste Sonia Delaunay (1885-1979) ne cessent de fasciner. Et pour cause : elle fait descendre l'art dans la rue en pleine Belle Epoque. Participant aux avant-gardes artistiques du début du 20e siècle (expressionnisme, fauvisme, abstraction, etc.), elle a l'idée d'appliquer à ses textiles ses recherches picturales.
Dès 1913, elle crée par exemple des robes « simultanées » aux rythmes et formes déterminées par la couleur et le mouvement. Couleurs vibrantes, rehaussement d’or, ces textiles témoignent magnifiquement de l’esthétique Art déco. L'artiste peintre d'origine russe explore les jeux de couleur en projetant toutes sortes de gammes chromatiques sur un corps humain réduit à des formes géométriques élémentaires. Le monde visible se décompose alors en cercles, triangles, rectangles, etc. parés de combinaisons dynamiques de couleurs et de tons.
Par son travail, elle confirme la loi du contraste simultané des couleurs énoncée en 1839 par le chimiste français Michel-Eugène Chevreul qui montre que dans la coloration d'une texture quelconque, ce ne sont pas les pigments qui posent problème pour obtenir la teinte recherchée, mais bien les tons colorés qui se trouvent à proximité.
En effet, il prouve scientifiquement qu'une couleur donne à une couleur avoisinante une nuance complémentaire dans le ton : les complémentaires s'éclairent mutuellement, alors que les non-complémentaires semblent "se salir" l'une l'autre. Toujours valable de nos jours, cette théorie influencera bien des peintres et des écoles artistiques tels l'impressionnisme, le pointillisme, le cubisme orphique et plus directement les simultanéismes dont Sonia Delaunay est l'une des représentantes majeures.
C'est pendant les années 20 que son activité dans les domaines de la mode et de la décoration va passer au premier plan : création d'écharpes, de robes et de manteaux, de tissus simultanés pour l'habillement et l'ameublement, de costumes pour le théâtre (Le Cœur à gaz, de Tristan Tzara, 1923) et le cinéma (Vertige, de Marcel L'Herbier, 1926), décoration d'une automobile en 1925, année où elle ouvre avec Jacques Heim, à l'occasion de l'Exposition des arts décoratifs une boutique simultanée.
|Jacques Catelain dans Le Vertige de M. L'Herbier, 1926|
Elle lance notamment son concept de "robe poème" qui rappelle ses collaborations avec la sphère de l'illustration (Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, avec Blaise Cendrars, 1913-14), de la reliure et de la danse (elle travaille à Madrid en 1918 pour les Ballets russes de Diaghilev).
Jusqu'à la fin de la sa vie, elle se consacrera à des oeuvres transmédiales conjuguant son attrait pour la peinture, l'optique, l'art décoratif, l'urbanisme, l'architecture et les arts appliqués. Toutes ces oeuvres manifestent avec brio les talents multiples et les intérêts croisés d'une femme qui a su fait éclater les frontières de l'art et de la vie.
Elle a également su proposer aux femmes un outil possible pour leur émancipation : la création en prise avec l'humain et son milieu environnant, loin des tours d'ivoire masculines dégagées des contingences matérielles. Rejoignant celles de Claude Cahun, les figures androgynes de Sonia Delaunay l'illustrent d'ailleurs avec humour et intelligence.
La majorité des illustrations sont tirées de :
-Sonia Delaunay. Mode et tissus imprimés, Jacques Damase (éd.), Paris, 1991.
-Sonia Delaunay. Art Into Fashion, New York, 1986.
-Sonia Delaunay. Mode et tissus imprimés, Jacques Damase (éd.), Paris, 1991.
-Sonia Delaunay. Art Into Fashion, New York, 1986.
Pour approfondir, en plus des deux ouvrages cités, voir: