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Coordination rédactionnelle : Marc Archinard«Docteur, je suis boulimique !» Quel sens ce mot peut-il bien avoir pour ma patiente ?Le langage commun est un faux ami pour bon nombre de pathologies psychiatriques («c'est déprimant, il est parano, maniaque, mégalo, etc.») et la boulimie n'échappe pas à ce type d'abus de langage. Qui n'a pas entendu dire de quelqu'un qu'il ou elle était «boulimique», soit parce qu'il ou elle mangeait trop ou présentait une surcharge pondérale ?Or, rien n'est plus faux que d'associer ce terme à des bombances gargantuesques qui connotent la convivialité, le goût de la bonne chère et la joie de vivre. Les personnes qui présentent une telle affection environ dix fois plus de femmes que d'hommes, principalement des adolescentes sont terrassées par des crises alimentaires : elles mangent de grandes quantités d'aliments riches en calories, rapidement, sans en apprécier le contenu, et présentent fréquemment une comorbidité dépressive.Conservant un poids normal (index de masse corporelle : 20 à 25 kg/m2) grâce à diverses stratégies pour contrôler leur poids : vomissements, recrachages, lavements, laxatifs, jeûne, utilisation de substituts de repas ou d'anorexigènes, exercices physiques intenses, etc., elles souffrent d'un mal difficile à détecter puisque leur comportement est le plus souvent dissimulé à ceux qui cohabitent avec elles. La perte de contrôle que représentent les crises de frénésie alimentaire et le recours aux vomissements s'accompagne de sentiments de honte. Elles craignent par conséquent d'en parler, redoutent l'incompréhension de leurs proches : l'aveu de leur conduite va contribuer à les isoler encore davantage.Pour toutes ces raisons le secret est généralement bien gardé. Cependant, depuis une vingtaine d'années, la médiatisation des troubles du comportement alimentaire s'accroît et il est de moins en moins rare que certaines patientes certainement pas la majorité ! abordent le sujet avec leur médecin traitant. Deux pistes permettent de détecter une boulimie : les aspects psychologiques et les conséquences somatiques.Aspects psychologiques et comportementauxCes patientes ont généralement une faible estime d'elles-mêmes, une humeur dépressive (bien que certaines donnent le change) et elles sont obsédées par leur poids et par la nourriture. On observe parfois un isolement social qui se manifeste notamment lors des repas familiaux ou amicaux auxquels elles ne participent que rarement.Conséquences somatiquesLes régimes provoquent à long terme l'effet «yoyo», une reprise des kilos perdus et parfois des altérations endocriniennes (dysménorrhée). Les crises alimentaires peuvent induire une dilatation de l'estomac (voire une rupture gastrique), une pancréatite, des perturbations des menstruations et des douleurs aux glandes salivaires et parotides ; on observe souvent une hypertrophie de ces glandes avec un élargissement du bas du visage.Les vomissements sont à l'origine de déshydratation, de troubles électrolytiques (perte de potassium avec troubles du rythme cardiaque, perte de sodium avec risque de confusion, voire de crises d'épilepsie). Ils peuvent provoquer des dommages rénaux. L'acide gastrique provoque une érosion irréversible de l'émail dentaire. Les patientes se plaignent de douleurs à la déglutition (sophagite) et d'un enrouement chronique. Il y a parfois, en raison probablement d'une fréquence importante des vomissements, des reflux gastro-sophagiens spontanés dus à un relâchement inapproprié du sphincter inférieur de l'sophage qui nécessite dans de rares cas une intervention chirurgicale. Finalement, pour l'anecdote, il arrive que l'on détecte une irritation aux commissures des lèvres et un cal sur le dos de la main, dû aux frottements des dents lors de l'induction manuelle des vomissements.Les laxatifs avec le danger de l'accoutumance et de la dépendance peuvent s'accompagner de rétention d'eau, d'dèmes, de stéatorrhée, d'une hémorragie gastro-intestinale, d'une modification du tube digestif et d'un syndrome de malabsorption.Les diurétiques sont aussi à l'origine de troubles électrolytiques.Les anorexigènes (ou les coupe-faim) constituent, chez ces patientes, une demande fréquente de prescription aux généralistes. La plupart du temps, ils contiennent des amphétamines dont les effets néfastes à court et à long termes sont connus. Ils ne devraient en aucun cas être prescrits à une personne souffrant de boulimie.Si vous constatez la présence d'un ou de plusieurs de ces indices, la meilleure façon de procéder est de prendre du temps pour investiguer : a) l'image corporelle et psychologique que la patiente s'est faite d'elle-même ; b) ses habitudes alimentaires (avec la description d'une journée standard) ; c) ses éventuelles expériences anorexiques pendant l'adolescence. Si tout converge vers une suspicion de trouble alimentaire, l'avis d'un spécialiste sera indiqué.Bibliographie : Flament M, Jeammet Ph, Rémy B. La boulimie, comprendre et traiter. Paris : Masson, 2002.