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Les uniformes sont des habits de coupe, de couleur et d'étoffe identiques que revêtent pour leur service les représentants d'institutions étatiques (armée, police, gardes-frontières et douaniers par exemple), de régies (chemins de fer, poste) et d'organisations privées (formations musicales, Armée du Salut, éclaireurs, cadets). L'uniforme symbolise l'appartenance à l'organisation, dont il donne une image homogène vis-à-vis de l'extérieur. A l'interne, il montre le rang hiérarchique de celui qui le porte (Habillement). Science auxiliaire de l'histoire, l'uniformologie étudie l'évolution des uniformes à travers le temps, leur aspect et leur signification au sein de la société (Antiquités juridiques).
Au Moyen Age, fantassins et valets d'armes portaient les couleurs de leur maître. Les membres de la garde des rois de France et, plus tard, de celle du pape étaient vêtus de manière uniforme. D'autres seigneuries, des villes notamment, suivirent cet exemple pour leur garde ou leurs sergents de ville. La guerre de Trente Ans marqua le passage à l'uniformité des tenues, d'abord dans le cadre des régiments, puis des armées entières.
Les uniformes des troupes cantonales de l'ancienne Confédération étaient influencés notamment par ceux des armées au service étranger (France, Provinces-Unies, Naples ou Etats pontificaux). Les villes disposaient de corps de troupe habillés de manière uniforme auxquels elles faisaient aussi appel pour les cérémonies. Etant donné le coût de l'équipement, elles préféraient souvent leur faire porter le costume local en y ajoutant un insigne (cocarde, brassard). Vers 1800, la France introduisit des nouveautés qui furent adoptées dans toute l'Europe: shako de feutre et de cuir pour protéger contre les coups de sabre, à la place du tricorne et de la perruque blanche poudrée, habit cintré à basques et non plus tunique large, pantalon long et courtes guêtres au lieu de la culotte avec de hautes guêtres.
Après le départ des Français en 1803, les cantons rééquipèrent leurs milices en faisant de copieux emprunts aux uniformes français, mis à part quelques éléments inspirés des armées d'autres Etats. Rien n'entravait la fantaisie et les troupes cantonales présentaient une diversité haute en couleur. Les tentatives visant à uniformiser l'équipement des contingents cantonaux institués par le règlement militaire de 1817 se limitèrent à des recommandations pour les nouvelles acquisitions. A partir de 1842, les hommes de la même arme furent habillés et équipés de manière uniforme ou pour le moins de la même couleur. Mais la crise du Sonderbund, dans les années 1840, mit momentanément fin à ces efforts.
Auteur(e): Jürg Burlet / LA
L'adoption de la Constitution fédérale de 1848 entraîna une nouvelle règlementation de l'équipement. Il était toujours de la compétence des cantons d'équiper leurs troupes, mais pour les nouvelles acquisitions au moins, ils devaient se conformer aux règlements fédéraux. Les nouveaux uniformes s'inspirèrent avant tout de modèles français et, pour la cavalerie, allemands. En 1861, ces uniformes de belle allure mais peu pratiques furent adaptés aux besoins utilitaires et à la mode, toujours d'après des modèles français. Seule la coiffure intégra des éléments d'uniformes italiens ou autrichiens. D'autres modernisations eurent lieu en 1868, 1875 et 1898. L'uniformisation progressa rapidement après 1874, lorsque l'armée devint de la compétence de la Confédération.
L'importance grandissante du camouflage fut reconnue vers 1900. Mais, en dépit de nombreux essais, l'armée suisse ne réussit pas à s'équiper d'un uniforme aux couleurs moins voyantes et, à la déclaration de guerre en 1914, dut improviser avec des survêtements gris à enfiler par-dessus la tunique et le képi. C'est pendant la guerre seulement que furent introduits les nouveaux uniformes gris-vert et les casques d'acier, qui donnèrent au soldat suisse l'aspect qu'il allait conserver jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. Les nouveaux besoins créés par l'évolution des méthodes de combat et les expériences de la guerre amenèrent, durant le second conflit mondial encore, aux premiers essais de tenues camouflées. Celles de combat modernes, à dessin bariolé, furent finalement introduites dans les années 1960 et 1970.
A la fin du XIXe et au début du XXe s., l'uniforme devait satisfaire aux exigences contradictoires de sa fonction de représentation et des nécessités pratiques dictées par les techniques de combat. Plusieurs armées s'équipèrent donc de tenues de service et de parade. Une solution aussi coûteuse n'était pas envisageable pour une armée de milice comme l'armée suisse, raison pour laquelle, jusqu'à l'acquisition des tenues de combat, elle posséda des uniformes pouvant servir aux deux usages. Au début du XXIe s., les militaires suisses ne portent l'uniforme (modernisé) que pour les sorties et les cérémonies officielles (uniforme de sortie), alors que l'activité quotidienne se fait en tenue de service ou en tenue de travail camouflées.
L'importance économique de la confection des uniformes - tant la fabrication du drap que la couture, confiée à des travailleurs à domicile - fut de tout temps une réalité. Au XXe s. encore, de nombreux uniformes de troupe étaient cousus à domicile en Suisse, ce qui offrait des possibilités de revenu appréciables à des régions économiquement marginales. Ceux des officiers étaient faits sur mesure par des tailleurs et des fabriques agréés. Au début du XXIe s., la plupart des uniformes sont achetés sur le marché international conformément aux normes de l'OMC sur les appels d'offres.
Auteur(e): Jürg Burlet / LA
Les uniformes civils sont également très répandus dans la vie publique. Ils sont le signe d'une distinction sociale, contribuent à la cohésion du groupe et renforcent le sentiment d'appartenance. Ils confèrent aux représentants de l'Etat et des entreprises publiques la respectabilité et la légitimation dont ces derniers ont besoin pour leur travail, par exemple dans le cas des policiers, des gardes-frontières, des sapeurs-pompiers, des employés de la poste, du personnel de surveillance et des agents des entreprises de transport. C'est au XIXe s. que l'usage des uniformes civils fut le plus répandu. Puis, après la Première Guerre mondiale, la quasi-totalité des Etats abolirent les uniformes des fonctionnaires de rang moyen et supérieur, ne les conservant que pour les agents en service extérieur, tels les employés des chemins de fer et des postes. L'uniforme ou des tenues apparentées ont également été adoptés par des organisations de jeunesse (éclaireurs, cadets, Jungwacht), de même que par l'Armée du Salut, les corps de musique, les hôtels et les entreprises du gaz et de l'électricité. Au Tessin surtout, quelques écoles firent porter un uniforme à leurs élèves, qui cependant avait peu d'éléments communs avec les uniformes classiques.
Depuis la fin du XXe s., l'uniforme tend à devenir un habit de travail pratique apparenté aux tenues civiles et aux vêtements de loisirs. La tunique a été remplacée par une veste ou un anorak, le ceinturon a disparu et la casquette a fait place au béret ou au feutre, quand le couvre-chef n'a pas été purement et simplement supprimé. Au lieu de passepoils, les pantalons ont maintenant des poches latérales. Les insignes et emblèmes sont souvent le seul moyen d'identifier un porteur d'uniforme et de l'attribuer à une organisation.
Les influences réciproques entre mode militaire et mode civile ont toujours existé, plus ou moins fortes. Les tendances de l'habillement civil (la coupe, par exemple) sont reprises après un certain temps dans les uniformes, tandis que les stylistes adoptent des caractéristiques typiques des uniformes. Dans les années 1960, les anciens habits militaires étaient très en vogue chez les jeunes et, depuis les années 1990, pantalons et vestes à dessin de camouflage sont à la mode.
Auteur(e): Jürg Burlet / LA
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