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On joue à Kisékikalaplusgrosse ?
Nos Magnifiques Seigneurs Syndics ne se parlent peut-être pas beaucoup, mais ils s'écrivent. Le Conseil d'Etat a donc écrit au Conseil administratif. Pour exiger de lui qu'il convoque une séance extraordinaire du Conseil Municipal afin de lui faire voter des « douzièmes provisionnels » (le budget de l'année précédente découpé en tranches mensuelles), le Conseil d'Etat ayant « suspendu » la ratification du budget 2011 de la Ville. Ce conflit entre la droite cantonale et la gauche municipale tiendrait de la querelle de préau d'école entre garçonnets prébubères se disputant l'honneur d'avoir la plus grosse ou de pisser le plus loin, s'il ne portait sur le droit de la Ville à faire son travail social, et la volonté du canton de l'en empêcher. Parce que ce travail de la Ville met en évidence les lacunes de la politique sociale du canton.
Quand les élections sont passées, le bailli se réveille (proverbe genevois)
Donc, le Conseil d'Etat a écrit au Conseil Administratif. Pour exiger qu'il convoque une séance extraordinaire du Conseil Municipal afin de lui faire voter des « douzièmes provisionnels » après que le gouvernement cantonal ait «suspendu » le budget municipal au prétexte d'un recours de la Ville contre l'interdiction qui lui a été faite par le bailli d'accorder à de nouveaux bénéficiaires les prestations municipales complémentaires aux prestations cantonales complémentaires aux prestations AVS-AI. Dans un premier temps, le Conseil d'Etat avait renoncé à annuler le budget municipal ou la ligne budgétaire qui permet de financer les prestations municipales : « Malgré de nombreuses déclarations d'intention depuis plus de quatre ans, (le Conseil d'Etat) n'a pas osé priver les rentiers genevois de prestations dispensées depuis 28 ans », se félicitait la Municipalité. Le gouvernement cantonal semblait avoir par admettre ce qu'il refusait depuis des années : que la Ville de Genève pouvait délivrer des prestations municipales aux retraité-e-s et aux invalides, en complément des prestations cantonales, elles-mêmes complémentaires aux prestations fédérales. Pour la gauche municipale, c'était une victoire. Et pour la droite municipale qui avait à peu près tout tenté pour aligner la Ville de Genève sur l'apolitique asociale des communes les plus réactionnaires du canton, une claire défaite, Genève n'allait pas s'aligner sur Céligny. Pour sauver la face (aux frais des plus démunis, mais comme la clientèle électorale de sa majorité n'en est pas, ça ne lui coûte rien), le gouvernement a d'abord refusé à la commune le droit d'admettre de nouveaux bénéficiaires à ses prestations. La Ville s'est interrogée sur le « bien-fondé de cette décision, qui aurait pour conséquence d'exclure à l'avenir de potentiels bénéficiaires qui appartiennent aux catégories les plus vulnérables de la population, et d'introduire une inégalité de traitement » entre des personnes à la situation comparable, mais dont les unes bénéficieraient de droits acquis niés aux autres, et l'exécutif municipal a donc fait recours contre la restriction imposée à sa politique sociale par le canton. La proximité des élections municipales n'était évidemment pas pour rien dans la volte-face du canton, mais les élections passées, et la Municipalité (sinon le Conseil Municipal) étant restée à gauche, on peut reprendre le petite guéguerre sur le dos des rentiers. Saisissant le prétexte du recours de la Ville, le canton a donc décidé de suspendre , en attente de la décision de justice, le budget municipal. Le recours était-il une erreur tactique, donnant au bailli l'occasion de reprendre la main dans le jeu du Kisékikalaplusgrosse ? peut-être, mais sur le fond, c'est la Ville qui a raison, de ne pas abandonner « ses habitant-e-s les plus précarisé-e-s » au bon ou mauvais vouloir du canton, et de vouloir « se battre sur les plans juridique et politique afin de préserver leurs droits et de leur garantir les moyens de mener une existence digne ». Reste que cette passe d'arme pose encore et toujours la même question politique : comment passer du statut de contre-pouvoir au rôle d'alternative ? il n'est personne à gauche qui n'aimerait faire autre chose de la Commune que la bouche-trous de la politique sociale du canton, mais il se trouve que, de démantèlement social en démantèlement social, de reports de charges en reports de charges, la Ville, dans ce canton, contre le canton, malgré le canton, doit assumer des responsabilités qui devraient être celles du canton. S'il y a des hommes et des femmes à Genève qui ont besoin pour vivre correctement des 185 francs que la Ville leur accorde chaque mois en complément de ce que le canton leur accorde, c'est bien que sévissent des pyromanes sociaux : ceux qui depuis des années s'attaquent à l'assurance-chômage, à l'assurance-invalidité, à l'assurance-vieillesse, qui viennent de supprimer le revenu minimum cantonal d'aide sociale -et qui nient à la commune le droit d'aider les victimes de leurs propres politiques. La Ville de gauche pourra cesser de combler les béances de la politique sociale du canton et de la Confédération quand les majorités politiques du canton et de la Confédération cesseront de les ouvrir et, constamment, de les agrandir. Et cela, ce n'est pas l'affaire des tribunaux : c'est affaire de choix et de rapports de force politiques.