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Eboulement
Depuis environ deux ans, et à intervalles réguliers, il y a une sorte de boule d'angoisse qui se forme entre mon cœur et ma gorge. C'est une sensation difficile à décrire. C'est comme si mes membres étaient rattachés à cet endroit par des fils de tension. A certaines occasions, ces fils émotionnels s'emmêlent en un nœud, qui lui-même se tortille et amplifie le phénomène.
Tout mon être se recroqueville en ce locus d'anxiété. Ma vie se teinte d'une grisaille. Mes pensées deviennent incisives. Mon humeur prend la forme d'un tas de gravats dévalant le flan de la montagne. Mon être est pris d'un aveuglément assourdissant, d'une statique convulsion.
La cause de ce nœud d'angoisse et de tension est relativement imprécise, mais la plupart du temps le nœud se forme en lien avec un événement majeur de ma vie qui a une portée certaine bien qu'incommensurable.
Lorsque je prends connaissance d'un phénomène inqualifiable, mon corps réagit en se contractant. C'est une sorte de lente implosion, un big crunch corporel.
Peut-être est-ce un instinct de survie. Lorsque les choses deviennent si complexes qu'elles sont impossibles à deviner, alors mon Moi se raccroche à ce qu'il a de plus fondamental: lui-même.
Ces périodes de tension surviennent lors d'épisodes d'inaction. Lorsque j'entre dans une phase de méditation poétique, et que je réalise l'impossibilité d'appréhender mon futur, alors mon être se cramponne à lui-même et s'apprête à affronter le glissement de terrain.
Ce nœud d'angoisse, cette chute de gravats, cette compression cosmique, ça m'épuise et me rend las. Je broie du noir.
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J'aime comparer mon expérience en Australie à un séjour en prison, en référence au passé carcéral des premières populations EuroAustraliennes.
Dans ce séjour à Canberra, ma vie est très régulée et organisée. Je me lève, je vais au travail, je mange. Je suis souvent seul avec moi-même. La vie est simple, mécanique, certaine. Il n'y a que peu d'improvisation. D'une certaine manière, c'est une expérience métronomique, rassurante, sécurisante.
Bien sûr, la phase d'adaptation à cette vie carcérale a été difficile au début. Il fût difficile de ne plus prendre de décisions, de se laisser aller au gré du rythme imposé de la capitale australienne. Mais dès lors que j'étais habitué, j'étais aussi serein.
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Cette vie arrive à son terme. J'ai purgé ma peine, et je dois maintenant retourner dans le monde réel. Ça me fait peur. Ça m'angoisse. Je me noue sur moi-même en me tortillant. Je suis pris dans mes propres filets, la victime tragique de mes propres mécanismes de défense.
Alors le nœud se noue, la boule s'agrège, le pan de rocher lentement se détache de la montagne. Je m'enlace intellectuellement, et me prépare à l'éboulement…
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Un tonnerre de percussions martèle mon Moi, m'attirant inexorablement vers les tréfonds de l'inconnu. Arrivé au fond de la vallée, proprement paralysé par la putréfaction punitive de mon manque de préparation, je soupire, abattu, mais vivant.
Mon salut passera par le ruisseau de mes origines, qui repeuplera lentement la vallée de mes pensées. Je le sais. Je ne m'inquiète pas.
La boule d'angoisse, exprimée, semble-t-il s'est allégée.