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Extrait de l’ouvrage du Chanoine Lucien Quaglia :
La Maison du Grand-Saint-Bernard des origines aux temps actuels
Au début du XIXe siècle, le champ de l’hospitalité exercée par le Saint-Bernard se double par la création de l’hospice du Simplon dans les circonstances que nous allons exposer.(46)
– Par la victoire de Marengo, le 14 juin 1800, Napoléon s’était assuré la domination de la Haute Italie qu’il songea aussitôt à relier à la France par une bonne voie de communication. Le 7 septembre 1800, il donna l’ordre de commencer la route de Genève à Domodossola par le Valais et le Simplon. Le tronçon de Glis à Gondo fut commencé en 1801. Il présentait de telles difficultés que, malgré la multitude des ouvriers (plus de cinq mille parfois), il ne fût viable qu’en 1805. Son achèvement demanda encore plusieurs années. Ce tronçon, construit sous la direction de l’ingénieur en chef Nicolas Céard, coûta huit millions de francs.
Napoléon, lors de son passage du Grand-Saint-Bernard en mai 1800, avait hautement apprécié l’utilité de cet hospice. Il résolut d’établir un hospice monumental au sommet de la nouvelle route au milieu du tronçon Brigue-Gaby. Le 21 février 1801, sans même consulter les chanoines du Saint-Bernard, il décréta la création sur le Simplon d’un hospice en tout semblable à celui du Saint-Bernard. Le même décret obligeait la République cisalpine à doter l’Ordre du Saint-Bernard, à qui le nouvel hospice était confié, de biens-fonds rapportant vingt mille francs annuellement et cela dès le 21 mars de la même année.
Comme cette création demandait du temps et qu’un hospice serait fort utile durant la construction de la route, les maîtres d’oeuvre demandèrent au gouvernement l’installation d’un hospice provisoire. Le vieil hospice était tout indiqué (47). Dès le 30 juin 1802, le prévôt y envoya le chanoine Gabriel d’Allèves pour commencer l’exercice de l’hospitalité en attendant les dispositions du chapitre. Celui-ci se réunit le 31 août 1802. Il décida d’accepter la desservance de l’hospice parce qu’elle n’était qu’une extension de son activité hospitalière. Au reste la bienveillance magnifique des consuls envers le Saint-Bernard lui en faisait un devoir. Il réserva toutefois l’approbation du Saint-Siège. Il désigna comme premier recteur provisoire le chanoine Laurent-Hyppolite Ballet laissant au prévôt le soin de lui assigner un compagnon.
Avant la fin de l’année, trois religieux étaient établis dans le vieil hospice fort délabré, bien loin d’être un magnifique château féodal en parfait état, comme l’avaient écrit les Français aux chanoines du Saint-Bernard, il n’était qu’un paradis pour la vermine et les rats. Le toit était en si mauvais état que la pluie ou la neige entrait dans la maison quand il faisait du vent. L’hiver, sauf dans les deux chambres chauffées, » tout y gèle à fendre « . D’Allèves écrivait en 1810: » Il est incomparablement plus dur d’y rester qu’à l’hospice du Grand-Saint-Bernard « . Sa destination durant les cinq dernières années explique son état : d’abord prison pour les Valaisans accusés de trahison (du point de vue français), il fut ensuite occupé par les Autrichiens, puis par les Français.
On dut s’occuper d’aménager la maison. Il fut convenu avec la famille Stockalper d’une location de vingt louis d’or pour le bâtiment et de trente pour les montagnes et les prés. En outre, les enfants du baron avaient droit à la nourriture et au logement dans l’hospice durant l’été; par contre les chanoines devaient être hébergés au château Stockalper lors de leurs passages à Brigue.
Dotation. – Aux termes du décret du 21 février 1801, la République cisalpine devait constituer un revenu de vingt mille francs comme dotation du Simplon. Charvet, commissaire de la route du Simplon, demanda à cette république de faire un noble geste en faveur de l’hospice. Par décret du 12 novembre 1802, la République italienne assigna définitivement à l’hospice une propriété située dans les communes de Guardabiate et de Corbesate provenant du monastère Senatore de Pavie, monastère supprimé, et mesurant deux mille sept cent nonante-neuf perches de Milan et une autre, située dans les communes de Carpignago et de Torre del Mangano, provenant des cisterciens supprimés de la chartreuse de Pavie et mesurant mille neuf cent dix-neuf perches. Les deux terres ensemble étaient estimées valoir quatre cent trente-cinq mille six cent soixante-neuf francs et procurer un revenu annuel de vingt et un mille sept cent quatre-vingt-trois francs. Les chanoines du Saint-Bernard ne pouvaient entrer en possession de ces biens ecclésiastiques sans l’autorisation du Saint-Siège. La Sacrée Pénitencerie les autorisa, le 25 février 1803, à garder ces biens à la condition qu’ils soient disposés à s’en tenir aux ordres de l’Eglise quant à leur restitution.
Deux autres fermes, celles de Tagnani et de Santa Cristina situées à Borgomanero (Novare), estimées à quarante mille francs, furent affectées en 1804 à l’entretien du Simplon par la République cisalpine, en compensation de l’insuffisance des biens de la dotation.
Après la chute de Napoléon, l’Autriche, qui avait repris possession du Milanais, était-elle disposée à maintenir la dotation du Simplon? Des oppositions étaient à prévoir. Les chanoines demandèrent au Saint-Siège une ligne de conduite. Il leur fut répondu, par l’entremise du nonce de Lucerne le 12 février 1816, qu’il n’y avait pas lieu de craindre un changement. La dotation fut maintenue.
Construction. – En 1801, le prévôt et le général Turreau se rendirent au Simplon pour un premier examen des lieux où devait se construire l’hospice. En septembre de la même année, d’Eymard, préfet du Léman, un chanoine député par le prévôt et des experts choisirent définitivement l’emplacement de l’hospice en un lieu spacieux à l’abri des avalanches et à proximité d’un ruisseau, le Krumbach, donnant une eau suffisante. La même année, l’ingénieur Lescot en dressa le plan. Son exécution n’aurait pas coûté moins de huit cent mille francs. Céard l’estima trop coûteux et déclara que le devis ne devait pas dépasser le demi-million. Lescot fit un deuxième plan en se limitant au strict nécessaire; ce plan fut proposé à Céard par l’ingénieur Plainchant, Lescot étant mort entre temps à Brigue. Céard critiqua les dimensions exagérées du clocher et de l’église pour un hospice. Plainchant ne se laissa pas décourager et envoya son plan à Paris. Le Ministère de l’intérieur était si absorbé par la construction de la route qu’il laissa dormir ce plan jusqu’en 1808, année où l’ingénieur Houdourat commença à creuser les fondements de l’hospice. Ce travail fut bientôt abandonné. Le recteur d’Allèves se plaignit amèrement à l’ingénieur Plainchant, par lettre du 23 janvier 1810, du retard de la construction de l’hospice et menaça d’abandonner le Simplon si l’on ne se mettait promptement à l’oeuvre. Cette lettre ne fut pas sans effet. Le 11 juin 1811, on mit en soumission la construction de l’hospice pour trois cent quarante mille francs Ce fut sans succès.
Ce n’est qu’en août 1813 que fut posée la première pierre sous laquelle on plaça une plaque de métal avec cette inscription : La première pierre de l’hospice du Simplon, construit en exécution de l’arrêté des consuls du 2 ventôse an 9 (21 février 1801) a été posée août MDCCCXIII par le comte Claude Philibert de Rambuteau, préfet du Simplon sous le règne de Napoléon le Grand Son Excellence le comte de Montalivet étant ministre de l’intérieur, Monsieur le comte Molé, directeur général des Ponts et Chaussées. Dans la pierre fut placé un écrin renfermant cent trois médailles de bronze, souvenirs des hauts faits de Napoléon et de la Grande Armée, entre autres : Campo Formio, les Pyramides, Austerlitz, le passage du Saint-Bernard; la plus récente représente la marche sur Moscou en 1812. Après la pose de la première pierre, la bâtisse de l’hospice avança sous la direction de l’entrepreneur Mosca. La construction atteignait au premier étage quand survint la débâcle de Napoléon. Les Français s’enfuirent du Valais et le département du Simplon s’effondra comme un château de cartes. La bâtisse du Simplon passa à l’arrière-plan sauf pour l’entrepreneur Mosca qui, n’ayant rien reçu de la France, demandait pour ses travaux quinze mille francs au Valais.
Le Valais les lui paya mais n’entendait pas pour autant prendre en charge les obligations que l’empire avait assumées relativement à l’hospice du Simplon, car ses finances étaient en détresse. Le Saint-Bernard de son côté ne se sentait aucunement tenu à continuer à ses frais un hospice que l’empire lui avait imposé. Interrogé par l’Etat, il répondit qu’il avait l’intention de continuer l’hospitalité au Simplon, mais qu’il ne pouvait assumer les frais de la bâtisse. Cependant, à la demande de l’Etat, il voulut bien accepter d’achever l’hospice à ses frais, mais à certaines conditions qui ne furent pas agréées et qui donnèrent lieu durant dix ans à de vifs débats. Il sembla impossible d’arriver à une entente au sujet du remboursement des quinze mille francs payés à Mosca, de la jouissance du bâtiment, de la surveillance de l’Etat et de l’assignation des bois nécessaires, pour ne signaler que les différends les plus importants.
Les tractations devinrent particulièrement vives à la fin de 1824. Le Valais mit le chapitre devant cette alternative : ou bien le Saint-Bernard s’en tient au décret de fondation du Simplon avec obligation de rendre ses comptes à l’évêque et au Conseil d’Etat, ou bien il consent à mettre à exécution les propositions faites en 1820. Le chapitre répondit le 16 novembre 1824, par un ultimatum : il s’engage à construire l’hospice si le gouvernement renonce aux quinze mille francs, à toute prétention sur les bâtiments, au contrôle des comptes et s’il accorde l’exemption des droits d’entrée pour les approvisionnements. Il déclara n’être pas tenu aux propositions de 1820, puisque d’autres avaient suivi. Le Saint-Bernard s’attira une réponse » fulminante » de l’Etat qui le sommait de présenter les comptes de l’hospice du Simplon à la résidence épiscopale le 9 décembre. Le 3 décembre, le prévôt écrivit à l’Etat que la maison ne se regarde pas comme liée par les décrets de Napoléon et qu’elle refuse de rendre compte. Quelques jours après cette rupture diplomatique, le Saint-Bernard proposa un compromis : il payerait les quinze mille francs et l’Etat renoncerait à toute reddition de comptes. La Diète du 27 mai 1825 accepta et elle passa la convention définitive le 25 octobre 1826 : le Saint-Bernard prend à sa charge la construction de l’hospice, y compris les quinze mille francs déboursés par l’Etat, et obtient par contre toute liberté d’action dans la construction de l’hospice, l’exercice de l’hospitalité et l’administration.
Dès le 25 septembre 1825, la commission capitulaire décidait d’envoyer deux religieux au Simplon pour s’occuper de la bâtisse de l’hospice. Le chapitre du 29 août 1826 désigna pour cet office les chanoines Nicolas Giroud et Etienne Pellaux, prieur du Simplon. Sous leur direction, selon les plans de l’architecte Perregaux, domicilié à Lausanne, l’hospice fut achevé en cinq ans. C’est une bâtisse remarquable de soixante-quatre mètres sur vingt, et d’un volume de vingt-six mille mètres cubes. Elle peut contenir trois cents lits. La façade, de style empire, les murs en pierres de taille, jusqu’au premier étage, le haut escalier et la porte monumentale en font un bâtiment solennel. Le coût fut de cent cinquante mille francs environ. (48)
L’hospice étant suffisamment aménagé, le 21 novembre 1831, le prévôt Filliez y conduisit ses chanoines du vieil hospice. Le 20 juin 1832, Fabien Roten, évêque de Sion, consacra l’église et le maître-autel. L’église occupe le quart sud-ouest du bâtiment. Son architecture a été soignée. Les religieux eurent soin de la meubler de stalles en 1834 et 1843, d’un orgue en 1836 et, en 1841, de peintures murales. Celles-ci représentent saint Augustin et saint Nicolas entourant la statue de saint Bernard, placée sur le maître-autel; au-dessus, les trois vertus théologales et, au sommet, dans le demi-cercle de la voûte, une gloire céleste. Elles sont l’oeuvre de deux maîtres français, Nélaton et Carlin, qui les firent en reconnaissance de l’hospitalité reçue en 1840.
Pour l’éclairage du vaste hospice, on recourut à un moyen très intéressant : l’installation en 1906, au rez-de-chaussée, d’une turbine actionnée par les eaux du lac voisin de Rotelsch. Le chauffage central y fut installé en 1911.
Observance. – Les religieux résidant au Simplon n’avaient d’autres règles à observer que celles du Saint-Bernard. Après que Napoléon eut rompu avec le pape, son attitude se fit plus dominatrice à l’égard de l’Eglise. Le Simplon s’en ressentit. Le 19 mars 1808, un décret impérial, concernant l’hospice du Mont-Genèvre et appliqué au Simplon, établissait un contrôle sur l’administration de ces hospices et ordonnait aux ministres de l’intérieur et des cultes de leur composer un règlement. Le 15 mai, le ministre de l’intérieur demandait au prévôt de lui soumettre un projet et, le 25 juin, le prévôt envoyait au Simplon le règlement adopté. Celui-ci s’inspire des constitutions du Saint-Bernard tout en contenant quelques particularités que nous mentionnons : au Simplon, il y aura neuf religieux; si l’hospice fait des déficits, le gouvernement les couvrira; la discipline interne est calquée sur les séminaires; les domestiques seront au nombre de huit, dont deux servantes, ils rempliront l’office de marronniers; la clôture sera observée; le prieur du Simplon aura le premier rang après celui du Saint-Bernard; les chanoines auront leur chapitre conventuel où ils traiteront de la discipline et de l’administration locale sous la présidence du supérieur résidant. L’empire tombé, on ne se soucia plus du tout de ces constitutions de Napoléon. Le chapitre de 1831 renouvela l’obligation de suivre les constitutions du Saint-Bernard. Un règlement, en 1832, les adapta aux circonstances particulières du Simplon : les religieux ne sont pas tenus à la messe et à l’office conventuels, mais doivent dire l’office ensemble; l’horaire de la journée est le suivant :
5h. lever,
5h.30 prière et méditation,
6h. petites heures, puis messe, déjeuner.
Matinée : lecture, études ou autres occupations convenables.
Après-midi : récréation ne dépassant pas deux heures. Limites pour les promenades : du côté de Brigue, la croix; du côté de Simplon-Village, la Coupure; ailleurs, rester en vue de l’hospice. Les descentes au village du Simplon seront rares. Défense de s’exposer dans les précipices.
17h. office, des vêpres aux laudes,
18h. souper et récréation,
20h.30 prière et lecture de la méditation du lendemain.
Le dimanche, messe chantée à 10 heures, lecture spirituelle commune à 14 heures et lecture de la règle de Saint-Augustin.
Ce nouvel hospice fut approuvé en 1833 par le pape, qui lui accorda participation à tous les privilèges et faveurs de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Le nonce Philippe de Angelis exécute le mandat papal le 15 juin 1834.
Régime. – En dépit des constitutions de Napoléon, l’hospice du Simplon n’eut pas neuf religieux, mais généralement trois prêtres et un frère. Le recteur d’abord, puis dès 1812, le prieur est supérieur de la communauté et dirige l’administration de l’hospice. (50)
Administration – Organe. – L’administration de l’hospice du Simplon fut d’abord exercée par le recteur. En 1806, le recteur Ballet demanda que le procureur général fût chargé de l’administration extérieure. Le procureur s’occupa dès lors des fermes de dotation de Lombardie.
En vertu des constitutions de 1808, l’administration du Simplon fut obligée à rendre ses comptes chaque année à l’évêque et au préfet du Valais et à en expédier des doubles aux Ministères de l’intérieur et des cultes. Cette mainmise impériale dura autant que l’Empire. L’Etat du Valais voulut la continuer mais se heurta à l’opposition irréductible des religieux qui confièrent au seul prieur l’administration du Simplon.
Dès 1830 environ, le prieur ne perçoit plus les revenus des fermes de Pavie, mais le procureur qui lui envoie les sommes nécessaires au train de l’hospice. Peu à peu, l’autonomie administrative du Simplon est absorbée par la procure. En 1889, Camille Carron, procureur, répondant à une question de son frère Angelin, prieur du Simplon, lui déclare qu’il remplit la fonction d’économe et que c’est le procureur général qui administre. Cependant les comptes du Simplon continuent d’être présentés au chapitre et approuvés à part de ceux de la procure jusqu’en 1934. Dès lors, ils sont incorporés aux comptes de la procure pour être présentés au chapitre.
Exercice de l’administration. – Le recteur Ballet acheta, de ses économies en 1806, l’alpage dit Bärnetscha, situé dans la commune du Simplon, sous Engeloch (N.7). Le Saint-Bernard acquit pour le Simplon en 1808 des immeubles à Domodossola, soit deux prés, le Lazareto et le Cantarana, une forêt contigüe au couvent des capucins, une grange et une écurie. Par décision du chapitre de 1809, le recteur du Simplon devait payer à la procure du Saint-Bernard le 5% des sommes engagées dans ces achats. En 1811, ce taux fut réduit à 4%, mais le recteur du Simplon dut livrer à la procure cent louis provenant du spolium du recteur Ballet, mort en 1807 à Villanova, tandis qu’il faisait avec le procureur la visite des fermes d’Italie. La ferme de Domodossola s’augmenta, vers 1837, de biens achetés à l’illustre Maurice Stockalper.
En 1859, le Saint-Bernard vendit la ferme de Santa Cristina pour trente-deux mille cinq cents francs qu’il affecta à l’achat de Saint-Oyen. Comme la ferme de Santa Cristina faisait partie de la dotation du Simplon, en compensation, la procure céda totalement au Simplon les biens de Domo et renonça aux intérêts payés jusqu’alors. Cette ferme de Domo jouait, par rapport à l’hospice du Simplon, le même rôle que celle de Saint-Oyen relativement au Grand-Saint-Bernard.
Le déplacement de la communauté du vieil hospice au nouveau conduisit à un déplacement des propriétés. De 1825 à 1883, par des achats successifs, l’hospice acquit la vaste propriété de Mittebäch (plus de cinquante hectares) d’où il tire le bois de chauffage et de construction et où il paît son bétail durant une partie de la bonne saison. Il se constitua encore une montagne sur le plateau du col en achetant celle de La Souste en 1831, puis celle de Rotelsch en 1896. Ces acquisitions permirent à l’hospice d’abandonner, en 1840, l’alpage de Spitlematten qu’il louait des Stockalper et celui de Bärnetscha qu’il vendit en 1872 pour agrandir celui de Mittebäch.
Des expropriations faites à Domo en raison de l’établissement du chemin de fer firent que le Simplon aliéna de 1888 à 1910 toutes ses propriétés de Domo et réalisa une somme dépassant cent mille francs.
Les honoraires de messes des religieux du Simplon devaient être envoyés à l’hospice du Saint-Bernard comme compensation des frais d’entretien des religieux du Simplon durant leur formation et leur vieillesse. En 1871, le prieur du Simplon obtint que ces honoraires restassent au Simplon moyennant le versement à la procure de cinq cents francs chaque année. (51)
Administration de la route. – Pour subvenir à l’entretien de la route une taxe fut perçue sur les bêtes de somme et les voitures par le cantonnier du plateau (N.6).
Cette charge fut confiée ensuite aux religieux qui durent, comme employés d’Etat, prêter serment au gouvernement en 1810. Dès juin 1811, le capitaine Escher choisi par le prévôt perçut les taxes à La Barrière construite à travers la route. Cette fonction était fort onéreuse. Les religieux tentèrent de s’en libérer, mais ne réussirent pas avant l’année 1813. Les entrées de La Barrière étaient
en 1811 : 13 953 fr. / les dépenses pour la route 6 863 fr.
1812 : 34 257 fr. / 34 257 fr.
1813 : 24 745 fr. / 33 325 fr.
Dès lors Escher continua, et durant de longues années, de percevoir les taxes pour le compte de l’Etat du Valais.
Hospitalité. – Les chanoines du Saint-Bernard demeurant au Simplon exercèrent l’hospitalité dans le vieil hospice puis dans le nouveau comme ils le faisaient sur le Grand-Saint-Bernard. La circulation était si intense que certains soirs, le nouvel hospice se révélait insuffisant. Durant la seule année 1899, vingt-sept mille ouvriers italiens furent hébergés. Ils sont innombrables les voyageurs de toute qualité qui y reçurent l’hospitalité. Il nous plaît de signaler le passage au Simplon, le 9 janvier 1911, d’Achille Ratti, le futur Pie XI. L’évêque de Sion, Victor Bieler, passa plusieurs étés à l’hospice du Simplon; il y célébra même sa première messe le 16 juillet 1907.
Par suite du percement du tunnel du Simplon en 1906, l’hospice perdit tout d’un coup, en grande partie, sa clientèle. Dès 1909, le chapitre se préoccupe de cette situation et désigne trois chanoines pour l’étudier. L’année suivante, ceux-ci proposent de construire un hospice pour les pauvres à Brigue ou à Iselle et de diminuer peu à peu le service de l’hospitalité sur le col. Le chapitre retient la proposition d’un hospice à Brigue. Cependant en 1912, il juge bon de temporiser. La question renaît en 1925 : faut-il chercher un nouveau but à l’hospice du Simplon? De nouveau le chapitre confie ce problème à une commission qui propose en 1926 d’établir au Simplon une colonie de vacances sous le nom de Colonie alpine Pie XI; on y recevrait surtout des jeunes italiens, les revenus de l’hospice provenant d’Italie. Le chapitre diffère sa décision. Même attitude en 1928. Enfin en 1932, sur la proposition du prieur Candide Borgeat, soucieux de l’utilisation de l’hospice, le chapitre décide d’y tenir des colonies de vacances dès le 1 er juillet 1933, selon la proposition de 1926.
Elles s’y tinrent en effet, durant quelques années, gratuitement en faveur d’enfants valaisans de familles peu aisées. Puis elles reprirent dès 1947 sous la forme de cours de vacances pour étudiants. Mais, les conditions financières du Saint-Bernard ayant totalement changé, ces étudiants doivent payer leur pension.
Durant l’hiver aussi, l’hospice devient une ruche bourdonnant d’activité. En 1940, le prévôt Nestor Adam y établit le scolasticat du Saint-Bernard, qui mué en collège alpin, dès 1946, s’ouvre non seulement aux scolastiques du Saint-Bernard, mais à tous les étudiants qui désirent bénéficier de l’air tonique du Simplon durant leurs premières années d’études classiques. Ce collège compte une trentaine d’étudiants en 1951, quand il se clôt pour permettre l’ouverture de celui de Champittet à Lausanne.
Un siècle et demi a profondément modifié la physionomie de la fondation napoléonienne. De militaire, sa route est devenue une des grandes artères du tourisme. L’hospice a cessé d’être un rouage de l’administration impériale et une base stratégique. Il ne connaît plus l’afflux de milliers d’hôtes; mais continue à aider les passants pauvres et à abriter les étudiants durant les cours de vacances. Il se demande ce que l’avenir lui réserve encore…
Martigny, le 15 février 1972.
46 – Les sources utilisées pour cette notice du Simplon sont les archives de l’hospice du Simplon, celles du Saint-Bernard et l’ouvrage de P. Arnold, Der Simplon, Brig 1947, pp.154-192. Nous les citons une fois pour toutes.
47 – Sur le col du Simplon, au lieu-dit Halsen, au-dessus de Gampisch, un hospice existait en 1235, desservi par les chevaliers de Malte et dépendant de l’hospice de Salquenen. Menaçant ruine, il fut vendu en 1590 à Barthélémy Perrig de Brigue. L’hospice étant tombé en ruines, le chevalier Gaspard de Stockalper fit construire vers 1650, à proximité, un édifice important où se continua la réception des passants jusqu’en 1831.
48 – Pour aider à la construction de l’hospice, le prévôt ouvrit un registre, tenu par le garde-barrière, où les passants inscrivaient leurs noms et le montant de leurs offrandes. De 1828 à 1832, cette souscription produisit mille six cents francs.
49 – Le plan primitif plaçait la sacristie devant l’église, dont l’entrée se trouvait au milieu de l’escalier qui va du rez-de-chaussée au premier étage. Le cintre de cette entrée maintenant murée, se voit encore. Perregaux, pour donner plus d’espace à la nef, plaça la sacristie à l’ouest de l’église qui eut son entrée au premier étage.
50 – Liste des supérieurs :
1802 (Juillet et août) Gabriel d’Allèves
1802-1807 Laurent-Hippolyte Ballet
1807-1821 de nouveau Gabriel d’Allèves
1821-1835 Etienne-Sébastien Pellaux
1835 Jean-Baptiste Darbellay
1836-1858 Pierre-Joseph Barras
1858-1861 Pierre-Joseph Deléglise
1862-1875 Basile Frossard
1876-1877 Camille Rosset
1877-1892 Angelin Carron
1898-1910 Maurice Borter
1910-1930 André Favre
1930-1934 Candide Borgeat
1934-1940 Etienne Coquoz
1940-1943 Clément Moulin
1943-1946 Fabien Melly
1946-1950 Antoine Mudry
1950-1952 Lucien Quaglia
1952-1959 René Giroud
1959-1966 Gratien Volluz
1966-1968 Paul Bruchez
1968-1971 Jean Emonet
1971-1974 Jean-Claude Ducrey
1974-1983 Benoît Vouilloz
1983-1995 Klaus Sarbach
1995-2007 Michel Praplan
2007-2009 Jean-Pierre Voutaz
2009-2012 Daniel Salzgeber
2012- 2015 Jean-Pascal Genoud
2015- … François Lamon
51 – Pour compléter ces données sur l’administration du Simplon voici les dépenses et recettes totales pour quelques années :
1822 recettes 18 275 lires de Milan; dépenses 13 538
1827-1829 recettes 57 558 lires de Milan; dépenses 48 467
1835 recettes 34 737 lires de Milan; dépenses 29 007.
52 – A. Donnet, Relation du voyage fait en Valais en août 1810 par François Bourquenoud le Jeune, dans Ann. val. 1949, p.118.