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[s. d.]
Guy Marais, Furetiriana
Paris, Guillain, 1696
Habitude des comédiens et grivoiserie d'un spectateur
Un marquis assiste à une représentation d'une troupe de campagne. L'anecdote traite des comportements des comédiens de province et des moeurs des comédiennes.
Monsieur le Marquis G**, passant un jour par Lyon sur la fin d’une campagne, fut le soir à la comédie qu’on jouait alors dans une salle de l’archevêché. Il n’y fut pas plus tôt entré qu’un visage tout barbouillé lui fit une profonde révérence au milieu du parterre. C’était un des comédiens qui le connaissait et qui était tout habillé pour jouer la petite pièce (parmi les comédiens de campagne, c’est le bel air que de rôder le parterre en habit de Pantalon). Un homme salué aussi pompeusement que le fut Monsieur de G*** attache sur lui la vue de tous les spectateurs. Aux affectueuses civilités du comédien, on le prit pour un de ses camarades. Ce comédien le mena sur le théâtre. Toute la troupe s’efforça de lui plaire, mais surtout celui qui faisait les premiers rôles sérieux, qui se flattait de s’en faire un ami pour faire une brigue considérable de siffleurs en sa faveur contre ceux qui lui disputeraient la place de Baron, laquelle fut donnée à l’essai cette année-là. Ce comédien donc, qui faisait ce jour-là le rôle d’Alcibiade, parut avec Palmis dans le quatrième acte. Il s’épuisa dans cette scène. Jamais on ne l’avait vu si bien faire. Toutes les femmes en pleurèrent, car on pleure assez souvent à la comédie de province. Il n’eut pas plus tôt achevé les deux derniers vers de cette scène que Monsieur de G***, indigné de la manière cruelle dont Palmis trait un prince si passionné et si digne d’être aimé, se leva de sa place et, par un enthousiasme plein de bonté, dit tout haut à ce comédien : "Parbleu, pauvre prince, tu me fais pitié ! Donne-lui seulement quatre pistoles, comme j’ai fait tantôt, en montrant Palmis, tu en viendras à bout sur ma parole".
Ana disponible sur Gallica.
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