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28/04/2016
La flamme Olympique
Plus de 80 délégations et 5000 athlètes défilent sur la piste du stadio olimpico lors de la belle cérémonie d’ouverture, solennellement menée par le président de la République italienne dans la liesse populaire, en pleine dolce vita. Ces Jeux sont les 17e de l’ère moderne, qui débute en 1896 à Athènes et n’est interrompue que pendant les deux guerres mondiales, les olympiades de 1916, 1940 et 1944 ne pouvant être organisées. Ils héritent d’une tradition antique de plus de douze siècles. Les Jeux de Rome ont été suivis de bien d’autres tous les quatre ans, jusqu’à la 30e olympiade, la dernière en date à l’heure où le présent ouvrage est terminé: les Jeux de Londres qui ont rassemblé en 2012 plus de 200 équipes et près de 11 000 athlètes.
Les Jeux de l’Olympiade – ou Jeux d’été – sont complétés depuis 1924 par des Jeux dits d’hiver pour les sports sur neige et sur glace et, depuis 2010, par des Jeux dits de la jeunesse d’été ou d’hiver réservés aux athlètes de moins de 18 ans.
Ces rassemblements réguliers d’athlètes – et de spectateurs –, qui représentent les plus grandes manifestations pacifiques organisées aujourd’hui par l’humanité, sont dus au Comité international olympique (CIO). Celui-ci désigne les villes olympiques depuis sa fondation à Paris, en 1894, à l’instigation de Pierre de Coubertin, un éducateur et essayiste français né en 1863 et mort en 1937. Le CIO et surtout les Jeux sont devenus au fil des olympiades de puissantes structures qui occupent tous les deux ans l’espace médiatique. (Les Jeux d’hiver alternent les années paires avec ceux d’été depuis 1994.) La croissance continue des Jeux est à la fois la marque du succès d’une certaine idée du sport (baptisée Olympisme), mais aussi d’un problème assez ancien que l’on nomme, dans les cercles olympiques, le gigantisme, en tout cas depuis Munich 1972, les premiers Jeux auxquels l’auteur a assisté en personne (sur une vingtaine au total).
La quarantaine de disciplines sportives organisées aux Jeux d’été (et la quinzaine organisées aux Jeux d’hiver) nécessitent presque autant d’installations qui doivent être en partie construites car elles n’existent jamais toutes dans la même ville ou région. Les Jeux sont en effet attribués, selon la tradition, à une ville plutôt qu’à un pays, comme d’autres grandes compétitions sportives telles que la Coupe du monde de football ou le championnat du monde de hockey sur glace. De plus, la ville olympique doit disposer d’infrastructures de transport, d’hébergement, de télécommunication, etc., à la mesure de l’accueil non seulement des athlètes (pour lesquels un ou plusieurs villages olympiques doivent être aménagés), mais de tous les accompagnateurs, volontaires, journalistes et officiels, qui étaient près de 300 000 à Londres en 2012, sans compter les spectateurs (plus de 8 millions la même année). Le nombre de représentants des médias est depuis longtemps plus du double de celui des compétiteurs. Ces proportions sont également valables pour les Jeux d’hiver, qui sont devenus depuis les années 1990 de « grands » Jeux, bien que nettement moins importants que les Jeux d’été. Les Jeux de la jeunesse restent très modestes à tout point de vue.
Malgré cette renommée et croissance que rien ne semble freiner depuis les années 1960, beaucoup de villes hésitent aujourd’hui à se lancer dans une candidature en vue de l’accueil des Jeux. Le nombre de candidats qui était encore, au début du 21e siècle, d’une dizaine, s’est réduit à quelques-uns (trois pour les Jeux d’hiver 2018, deux pour ceux de 2022, un seul pour les Jeux de la jeunesse 2016). Le phénomène n’est pas nouveau puisque, à la suite des Jeux de Montréal 1976 fortement déficitaires, il n’a été déposé qu’une seule candidature pour les Jeux d’hiver de 1980 (Lake Placid, Etats-Unis) et une seule pour les Jeux d’été de 1984 (Los Angeles). De même, au début du 20e siècle, des villes désignées par le CIO comme Chicago et Rome se sont désistées respectivement pour 1904 et 1908. Au point que Coubertin envisageait de construire une «Olympie moderne » à Lausanne, c’est-à-dire un site permanent des Jeux, une solution régulièrement remise en avant depuis. Plus récemment, plusieurs referenda ou menaces de referenda ont bloqué des candidatures (à Munich, St-Moritz, Cracovie, Boston, Ham- bourg, etc.).
UNE RENAISSANCE APRÈS QUINZE SIÈCLES D’OUBLI
Pendant plus de douze siècles, des Jeux se sont déroulés à Olympie, bourgade grecque située à l’ouest du Péloponnèse et aujourd’hui à quatre heures de route d’Athènes. Selon les dates officielles retenues par l’histoire, cette période s’est étendue entre 776 av. J.-C. et 393 ap. J.-C. Des Jeux étaient sans doute organisés à Olympie avant –776, mais à cette date correspond le nom du premier vainqueur connu de la course du stade (environ 200m), un certain Corœbos. Les derniers Jeux eurent lieu en 393, après quoi ils furent interdits par l’empereur romain de Constantinople Théodose Ier. Les Jeux étaient en effet avant tout une célébration religieuse païenne et un symbole de l’hellénisme. Ils ne correspondaient plus culturellement à l’époque chrétienne naissante et disparurent sans heurts. Le sanctuaire d’Olympie fut ensuite détruit par des tremblements de terre ou un tsunami en 522 et 551.
Le site est redécouvert au 19e siècle par des archéologues français, anglais et allemands. L’hellénisme étant alors à la mode en Europe et en Amérique du Nord, plusieurs personnes proposent le rétablissement des Jeux olympiques et organisent même plusieurs éditions (Athènes 1859, 1870, 1875 et 1889 ; Ramlösa (en Suède) 1834 et 1836; Grenoble dès 1832; Montréal en 1840 et 1844 ; Much Wenlock en Angleterre, annuellement depuis 1890). Mais Pierre de Coubertin est le premier à proposer en 1892 des Jeux tous les quatre ans qui se déplacent dans les grandes cités du monde. C’est ce qui fera leur succès, du fait de la concurrence ainsi instaurée entre villes (puis pays), comme à la même époque l’émulation suscitée par l’accueil des expositions universelles.
A part les courses et le lancer du disque, les Jeux antiques n’ont pas grand-chose à voir avec les Jeux modernes. Coubertin sut y introduire les sports qui se développaient au début du 20e siècle (cyclisme, aviron, haltérophilie, etc.) et arriva à intéresser les journalistes à ces rencontres internationales largement inédites à l’époque. Il fonda en 1894, avec quelques connaissances, le Comité international olympique, à l’occasion d’un congrès tenu à Paris, et devint le deuxième président du CIO (après le Grec Vikelas) jusqu’en 1925. L’organisation des premiers Jeux modernes fut attribuée à Athènes pour 1896, notamment afin d’éviter la concurrence entre Paris et Londres.
Depuis 1896, les Jeux d’été – ou Jeux de l’Olympiade – ont eu lieu tous les quatre ans sans discontinuité, sauf pendant les deux guerres mondiales (1916, 1940 et 1944), d’Athènes 1896 à Tokyo 2020. Au sein de cette succession quasi ininterrompue, on peut distinguer cinq périodes: des débuts difficiles (1896 - 1912), la montée en puissance (1920 - 1936), l’après-guerre (1948 - 1968), le spectre des boycotts (1972 - 1988), la mondialisation (1992-2020).
Après un succès initial avec Athènes 1896, il faut attendre Stockholm 1912 pour que les Jeux se détachent des expositions universelles et deviennent viables. En 1906, les Grecs organisent avec succès des «jeux intermédiaires» pour commémorer le dixième anniversaire des Jeux rénovés. Après la Première Guerre mondiale, les «vrais» Jeux montent en puissance grâce au symbolisme olympique inventé durant cette période (anneaux entrelacés, drapeau, hymne, serment, podium, relais de la flamme, etc.). Après la Deuxième Guerre mondiale, les Jeux repartent sous l’impulsion de la concurrence entre Est et Ouest, stimulée par la guerre froide. En 1956, ils sont pour la première fois organisés hors d’Europe et des Etats-Unis (l’édition de Tokyo 1940 est annulée à cause de la guerre), alors que les nouvelles nations nées de la décolonisation commencent à participer. Les années 1970 et 1980 voient poindre des menaces de boycotts qui se concrétisent parfois, en particulier lors des dernières années de la guerre froide, même si le premier boycott sérieux affecte les Jeux de Melbourne 1956. A partir de Barcelone 1992, tous les pays se remettent à participer aux Jeux, y compris l’Afrique du Sud libérée de l’apartheid, et les Jeux se mondialisent pour de bon. Ainsi, au fil des six dernières olympiades, la taille des Jeux n’a cessé d’augmenter, même si un frein a été mis à la croissance sportive à partir de Sydney 2000, comme on peut le voir sur le tableau suivant.
Extrait du titre Jeux Olympiques : Raviver la flamme De Jean-Loup Chappelet dans la collection Le Savoir Suisse Publié aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR)