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En 1961, les CFF mettent en service le train électrique TEE, considéré aujourd’hui encore comme la quintessence du voyage de luxe et du progrès technique.
Marc Ribeli
Historien, Marc Ribeli est chargé des Archives photographiques et des Archives vidéo de CFF Historic.
En novembre 1954, huit opérateurs ferroviaires fondent la «commission TEE», dont le siège est situé à La Haye, aux Pays-Bas. Son objectif? Proposer des trains à grande vitesse de luxe. Surmontant certaines divergences de vues, les opérateurs s’accordent sur plusieurs points: les nouveaux trains devront présenter une composition autonome, offrir une apparence identique dans les différents pays et ne proposer que des trajets en première classe. Quatre trains Trans-Europ-Express sortent finalement des usines: les opérateurs ferroviaires allemand, français et italien fabriquent chacun leur propre version, tandis que les CFF s’associent aux Chemins de fer néerlandais pour mettre au point les trains diesel RAm TEE. Les trains sont mis en service à l’été 1957.«Les voitures de chemin de fer doivent offrir aux voyageurs un confort qu’aucun autre mode de transport ne peut égaler.» C’est en ces termes qu’Otto Wichser, directeur général des CFF de l’époque, décrivait dans un rapport de 1957 sur le Trans Europ Express (TEE) ces trains européens nouvellement opérationnels d’un luxe inédit. L’expansion de la voiture et de l’avion, symbole du boom économique, obligent la qualité des services ferroviaires à s’améliorer. On recherche des solutions pour accroître le confort, la vitesse et la régularité des trains. C’est dans le cadre de l’Union internationale des chemins de fer (UIC) que le Hollandais Franciscus Querien, président des Chemins de fer néerlandais, évoque dès 1953 la création d’un réseau européen de trains à grande vitesse. Celui-ci doit accueillir des trains express harmonisés, de composition identique, circulant dans tous les pays et reliant entre elles les villes d’Europe.L’objectif déclaré des CFF est de relier les deux tunnels alpins du Gotthard et du Simplon grâce au réseau européen du TEE. Cependant, les motrices diesel manquent de puissance pour gravir les tronçons les plus escarpés. Les CFF imaginent donc un TEE électrique, solution qui paraît judicieuse compte tenu de l’électrification croissante de l’Europe. Dernier obstacle, mais non des moindres pour les trains électriques à circulation internationale: les différentes lignes ferroviaires européennes ne sont pas toutes équipées des mêmes systèmes de tension. Les CFF chargent donc les industriels suisses de mettre au point un train à traction électrique capable de circuler sur tous les réseaux électriques des huit pays membres de la «commission TEE». La Schweizerische Industriegesellschaft (SIG), la Maschinenfabrik Oerlikon (MFO) et la Brown Boveri & Cie (BBC) participent au projet. Ensemble, elles conçoivent et fabriquent le RAe TEE II.Également qualifiée de train multitension, cette automotrice électrique est dotée de quatre systèmes électriques différents, deux à courant alternatif et deux à courant continu. Le courant continu alimente directement les moteurs de traction tandis que le courant alternatif est converti en courant continu à l’aide d’un transformateur à plot et d’un redresseur d’un nouveau genre. Sur le toit de la voiture motrice, on trouve quatre pantographes différents, à la conception innovante. Chacun se déplie en fonction du système de tension et du pays dans lequel se trouve le train. Cette innovation technique permet de surmonter l’obstacle que constitue pour les trains électriques à grande vitesse la diversité historique des systèmes électriques ferroviaires européens. Dans la foulée, le conseil d’administration des CFF décide en 1959 de créer quatre RAe TEE II, après s’être mis d’accord avec les opérateurs ferroviaires français et italien sur le concept d’horaire et les exigences d’exploitation. Les trains sont mis en service en juin 1961, il y a tout juste 60 ans. On parvient ainsi à relier les réseaux TEE nord-sud aux itinéraires alpins traditionnels du Saint-Gotthard et du Simplon.
Aujourd’hui encore, le TEE est considéré par beaucoup comme le meilleur train jamais construit.YouTube
Les voitures proposant exclusivement des places de première classe, leur aménagement est axé sur le confort du voyageur et le design. La motrice de tête se caractérise par ses lignes aérodynamiques, optimisées en soufflerie. Elle arbore le logo des TEE à l’avant et l’inscription «Trans Europ Express» sur les côtés, le tout dans des tons bordeaux et crème. À l’intérieur, les sièges, peu nombreux, dégagent une impression d’espace, laissant aux passagers toute latitude pour étendre leurs jambes et se déplacer. Les dimensions des voitures (climatisées) sont conçues pour permettre une libre circulation et assurer le confort des voyageurs, y compris lors des longs trajets – il faut en effet huit heures pour rallier Paris depuis Milan via Lausanne.On accorde une attention toute particulière au choix de l’éclairage, des coloris et des matériaux du RAe TEE II: des parois plaquées de bois noble, des stores à lamelles qui s’ouvrent en pressant un bouton... Dans la cabine du conducteur, le mur du fond est en verre, offrant une vue plongeante sur le poste de conduite. Et pour organiser la restauration de manière optimale, la voiture-restaurant, dotée d’un bar, est placée au centre du train. Notons également ses dimensions peu communes: pourvue de 54 places assises, elle est longtemps restée la plus grande voiture-restaurant d’Europe. Les toilettes ne sont pas mixtes. En outre, dans ceux des dames, on trouve un vaste miroir à trois pans.Le confort du voyage et la rapidité des trajets fondent la popularité du TEE, qui enregistre une belle fréquentation. Cependant, à partir du milieu des années 1970, la demande de trains de première classe recule au profit des trains rapides Intercity à deux classes. Les RAm TEE restants sont vendus en 1976 pour être exploités au Canada – le RAe TEE II sert par exemple aux trajets charters et aux visites officielles. La fin des années 1980 marque leur transformation en trains Intercity, qui se caractérisent par un extérieur gris argenté et un intérieur à dominante gris-noir qui leur valent le surnom de «Souris grise». Dans les années 1990, enfin, les trains TEE sont retirés de la circulation. Leur réputation de grand témoin de l’histoire du rail et leur statut de symbole de la machinerie suisse motivent CFF Historic à reprendre en 2001 le mieux conservé des cinq trains RAe TEE II pour le remettre dans son état des années 1960 et le présenter au public.
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