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Revue vaudoise de généalogie et d'histoire des familles 2012
Sommaire
- LAGGER, Simon, La relation éducative à distance entre des parents et leurs fils à la fin du XVIIIe siècle.
- BORBOEN, Lydie, Contrats de mariage et testaments des femmes de la famille de Blonay, au XVe siècle.
- JOHNER, Aline, Sexualité et familles dans la paroisse de Montreux aux XVIIIe et XIXe siècles.
- THONNEY, Grégory, Une structure familiale en transition: les Guiguer au château de Prangins (1771-1786).
- FAVEZ, Pierre-Yves, Quelques notes sur une famille huguenote réfugiée à Vevey: les Seignoret.
Les auteurs :
Simon LAGGER, né en 1981 à Aigle, il a obtenu sa Maîtrise ès lettres en histoire à l'Université de Lausanne en août 2012. Il a suivi un cursus académique en histoire et français médiéval avec un programme à options dès 2005. Entre 2011 et 2012, il rédige un mémoire de maîtrise intitulé « Vous allés travailler, mes chers amis, à devenir des hommes de mérite ». La relation à distance entre un père et ses enfants à l'aune d'un projet de formation nobiliaire à la fin du XVIIIe siècle en Pays de Vaud, sous la direction de Danièle Tosato-Rigo. En 2013, il est nommé directeur de l'Établissement scolaire de Genolier et environs (ESGE).
Lydie BORBOËN,née en 1988 à Lausanne, a obtenu sa Maîtrise ès lettres en histoire à l'Université de Lausanne en 2012. Elle a suivi un cursus académique axé principalement sur la période médiévale, dans lequel elle rédige un mémoire intitulé : dernières volontés des femmes de la famille de Blonay (XIIIe - XVIe siècle) sous la direction de Bernard Andenmatten. Assistante étudiante en Section d'histoire durant ses études, elle commence aujourd'hui une formation de maître secondaire à la Haute école pédagogique de Lausanne.
Aline JOHNER, née en 1979 à Neuchâtel, a obtenu sa Maîtrise ès lettres en histoire à l'Université de Lausanne en 2012. Elle a choisi de rédiger un mémoire en histoire moderne intitulé : Entre société et famille, la sexualité avant et hors mariage dans la paroisse de Montreux de 1700 à 1803, sous la direction de Sandro Guzzi-Heeb. Actuellement, elle débute un projet de thèse dans cette même thématique.
Grégory THONNEY, né en 1977 à Morges, a obtenu sa Maîtrise ès lettres en histoire de l'art à l'Université de Lausanne en 2008. Il rédige un mémoire intitulé : La distribution du château de Prangins à l'époque du baron Louis-François Guiger /1771-1786), sous la direction de Christian Michel et Chantal de Schoulepnikoff. Aujourd'hui, il travaille à la bibliothèque municipale de Lausanne.
Pierre-Yves FAVEZ, né en 1948 à Bâle, licencié en histoire médiévale de l’Université de Lausanne, est archiviste depuis 1983 à 2013. En 1987, il fonde le Cercle vaudois de généalogie qu’il préside en 1987-1990, 1997-1998, 2005-2006 et 2011-2012. Vice-président de la Société suisse d’études généalogiques de 1992 à 1998, il est l’auteur de nombreuses publications dans les domaines de l’histoire, de la généalogie et de l’héraldique.
Avec le soutien :
- de la Fondation du Château de Blonay
- du Musée national suisse - Château de Prangins
- de la Commune de Montreux
24Heures - 17 octobre 2013
Les chasseurs d'ancêtres dépoussièrent leur revue
Le Morgien Loïc Rochat donne un coup de jeune et un nouvel élan à l'histoire des familles
On décrit souvent le généalogiste comme un vieux bonhomme parcourant à la loupe une montagne d'archives et de registres poussiéreux. L'image n'est pas totalement fausse car c'est l'âge venant qu'on commence à s'intéresser à ses ancêtres. Pour preuve, les quelques 300 membres du Cercle généalogique vaudois, fondé il y a vingt-cinq ans, sont pour la plupart des retraités. Certains ont été surpris, ces jours, de découvrir leur bulletin annuel. Car son responsable, l'historien et archiviste Loïc Rochat, lui a donné un sacré coup de jeune en changeant non seulement sa forme graphique et éditoriale, mais en le rebaptisant Revue vaudois de généalogie et d'histoire des familles.
Démarche historique
« Il s'agit de dépasser la formule de l'arbre généalogique, des inventaires de noms et de dates pour ouvrir la revue à des articles sur la parenté, les réseaux sociaux, dans une démarche plus historique et littéraire », résume Loïc Rochat, qui espère ainsi élargir son lectorat. Pour marquer le coup, le premier numéro fait appel à des étudiants de l'UNIL, qui ont porté un regard sur la famille à travers leur mémoire de maîtrise.
Parmi eux, Simon Lagger, directeur de l'établissement scolaire de Genolier, s'est intéressé à la manière dont une famille nobiliaire de la Côte encadrait l'éducation de ses fils à la fin du XVIIIe siècle. Quant à Grégory Thonney, de Lavigny, il s'est penché sur le cadre de vie de la famille Guiguer dans son château de Prangins (lire ci-dessous).
Du côté de la Riviera, Lydie Borboën a décortiqué les testaments de 27 épouses et bâtardes de la famille de Blonay, alors qu'Aline Johner, en épluchant les procès-verbaux de consistoires - tribunaux des moeurs des régions protestantes - et registres de naissance, s'est penchés sur la sexualité avant mariage de trois famille de Montreux. Enfin, Pierre-Yves Favez, président du Cercle vaudois de généalogie, publie quelques notes sur les Seignoret, une famille huguenote réfugiée à Vevey.
Comment la famille Guiguer se couchait
La façon dont la famille Guiguer a organisé sa vie au château de Prangins, autour de 1780, est révélatrice de l'évolution des sentiments et des relations familiales à la fin de l'Ancien Régime. Grâce au journal rédigé par le baron, Grégory Thonney a décortiqué la vie quotidienne et l'intimité du couple. Ainsi, contrairement à l'usage nobiliaire du XVIIIe siècle, qui veut que chacun ait ses appartements où l'on reçoit, Monsieur et Madame font chambre commune, occupant la plus belle pièce du premier étage. Ils se sont mariés non par pur intérêt familial ou financier, mais par amour. Les enfants, autrefois relégués dans le quartier des domestiques, ont une chambre près de celle des parents. Ils participent à tous les événements importants qui marquent la vie du château. Quant aux domestiques, ils sont logés à l'écart, dans des dépendances ou les combles. « Cette distribution matérialise le renfermement de la famille dite « moderne » sur elle-même, modèle qui sera celui des XIXe et XXe siècles », écrit l'auteur. Mais a demeure n'accorde aucun autre espace réservé à la vie de famille. Au rez, cabinets et salles de réception sont ouverts sur la communauté.
Des conseils éducatifs pour les fils de Mestral
C'est en tombant par hasard sur un petit cahier contenant des conseils éducatifs rédigés par Charles-Albert de Mestral que Simon Lagger a eu l'idée d'en faire le sujet de son mémoire. En fait, ce descendant d'une famille vaudoise de la vieille noblesse d'épée, dont les titres remontent à 1306, a écrit cinq recueils de préceptes à l'intention de ses deux fils. Henri (1 ans) et Armand (15 ans) montent le 30 avril 1787 dans une berline qui les emmène de leur maison d'Aspre, à Aubonne, jusqu'au fin fond de l'Ecosse. Ils resteront deux ans et demi outre.manche avant de revenir par Paris. Contrairement à la pratique qui consistait à envoyer les jeunes nobles voyager, de Mestral, imprégné des lectures de Diderot et de Rousseau, envoie ses fils étudier en Angleterre, pays à la point des inventions et des idées nouvelles. « Le fait de coucher sur papier ses conseils révèle l'enjeu que représentaient l'éducation de ses fils et les valeurs qu'il voulait leur transmettre, et cela jusqu'à l'âge adulte », relève Simon Lagger, qui s'est aussi fondé sur la généalogie de la famille pour analyser les propos et les visions de ce père à la fois conservateur et novateur.
La Côte - 24 octobre 2013
L'histoire sous l'angle familial
Le « Bulletin généalogique vaudois », rajeuni et remanié, gagne en épaisseur et en vision historique.
Le Cercle vaudois de généalogie, à l'occasion de son 25e anniversaire, s'est offert une publication annuelle entièrement remodelée. Sous l'impulsion de l'historien et généalogiste morgien Loïc Rochat, le « Bulletin généalogique vaudois » est devenu la « Revue vaudoise de généalogie et d'histoire des familles ». Son premier numéro vient de sortir. Nouveau titre, nouvelle charte graphique et ligne éditoriale, ainsi qu'un contenu enrichi, la publication connaît un regain de dynamisme.
« On souhaite apporter une démarche historique aux travaux généalogiques « classiques », tels que les arbres généalogiques ou chroniques familiales, explique Loïc Rochat, rédacteur responsable. Auparavant, les contributions émanaient principalement des membres du Cercle. Aujourd'hui, on aimerait les élargir au milieu académique et à tous les auteurs, également généalogistes amateurs, qui traitent de la thématique de la famille dans son ensemble. Car l'objectif n'est pas d'en faire une revue hyperélitiste. »
Ce premier numéro aborde des thématiques en lien avec la famille à toutes les périodes de l'histoire vaudoise. La Côte y a une place de prédilection, tant par les sujets que par ses auteurs qui vivent dans la région.
Tout est parti d'un vieux cahier de 1782
Un article, rédigé par l'historien Simon Lagger, également directeur de l'Etablissement scolaire de Genolier et environs, traite de la relation éducative à distance d'un membre de la famille de Mestral, à la fin du XVIIIe siècle. Cette famille noble compte encore aujourd'hui de nombreux descendants dans la région. Avant de reprendre des études d'histoire et d'être nommé directeur d'établissement, Simon Lagger était enseignant, d'où son intérêt pour le domaine de l'éducation. C'est au cours de son travail de mémoire qu'il s'est penché sur le fonds d'archives des de Mestral. « Je suis tombé par hasard sur un vieux cahier qui datait de 1782 dans lequel Charles-Albert de Mestral avait écrit une somme de préceptes à l'attention de ses deux fils Henri et Armand qui partaient faire des études à l'étranger. Puis j'ai découvert la correspondance. Ce sont des sources assez rares », raconte l'historien. Simon Lagger, pour cet article, a étudié le premier recueil de préceptes - cinq autres suivront tout au long de sa vie - ainsi que les deux ans de correspondance épistolaire qui ont suivi.
Un autre article, signé par Grégory Tonney, de Lavigny, évoque la famille de Louis-François Guiguer, de Prangins. « L'idée centrale de cet article est de comprendre comment un dispositif architectural, la distribution du château de Prangins autour de 1780, peut offrir une image de la structure familiale des personnes qui l'habitent » , explique son auteur. Il s'est appuyé sur de nombreux documents architecturaux, mais surtout sur le « Journal » de Louis-François Guiguer. Rédigé entre 1771 et 1786, il couvre quinze années de la vie au château.
Pour un regard de non initié, l'histoire, grâce à cette approche, apparaît sous un angle, à la fois précis et scientifique, intime et humain. En parcourant les deux articles, on pénètre dans l'intimité de familles de la noblesse, que ce soient par le biais de l'éducation donnée aux enfants ou de la chambre à coucher des châtelains de Prangins (lire encadré).
« La généalogie a un extraordinaire potentiel d'ouverture sur des approches multiples. A partir d'une trame généalogique, l'on peut faire l'histoire socioprofessionnelle d'une famille, de l'éducation ou de la politique, confirme Loïc Rochat. Faire de l'histoire sociale sans connaître les connexions familiales, c'est prendre le risque de passer à côté de l'essentiel, et de mal comprendre, par exemple dans le jeu des alliances et des liens de parrainage. »
Dans l'intimité de familles nobles
AMOUR FILIAL
« Vous allez travailler, mes chers amis, à devenir des hommes de mérite », lance Charles-Albert de Mestral à ses deux fils en partance pour des études en Angleterre, en 1782. Un père qui se révèle profondément impliqué dans l'éducation de ses enfants depuis leur adolescence et jusqu'à son propre décès. L'Aubonnois, après ce premier cahier, en rédigera cinq autres à leur intention. « Dans le premier cahier et dans la correspondance, j'ai été étonné du pragmatisme de ce père qui donnait des conseils très précis autant sur la moralité, la conduite à tenir que le but des études, mais également, de façon plus anecdotique, précisait l'heure idéale du coucher et du lever pour être un homme de bien ou encore donnait des conseils sur la façon de diriger des domestiques », analyse Simon Lagger. L'historien relève que l'éducation de Charles-Albert de Mestral oscillait entre un côté traditionnel hérité des familles nobles et un aspect plus moderne induit par Jean-Jacques Rousseau. « C'est que ces écrits se situent à un moment charnière de l'histoire vaudoise, proche de la Révolution vaudoise. Charles-Albert de Mestral semble avoir pressenti que ce tournant historique allait avoir des conséquences sur le statut nobiliaire de sa famille » , conclut Simon Lagger.
AMOUR CONJUGAL
Grégory Tonney a une approche originale de l'histoire: en observant l'utilisation de l'espace d'habitation de la famille Guiguer dans le château de Prangins à la fin du XVIIIe siècle, il réussit à démontrer qu'un vent de modernité souffle sur cette famille. Trois exemples. « Au XVIII e siècle, l'usage nobiliaire veut que les appartements de Monsieur et de Madame soient distincts. A Prangins, au contraire, Louis-François et Matilda font chambre commune », souligne Grégory Thonney.
La chambre à coucher devient ainsi un espace privé, réservé au couple et non plus un lieu de réception. Les Guiguer se montrent modernes dans l'agencement de leur espace intime mais également dans la manifestation, nouvelle, des sentiments qui les lient. Selon certains spécialistes, l'apparition de l'amour et de l'affection dans le couple est l'un des changements fondamentaux qui transforment la vie familiale et en fait une famille moderne. « Dès lors, on se marie de plus en plus par affinité plutôt que pour des intérêts familiaux », note l'historien. De même, chez les Guiguer, les enfants ont une chambre à eux, alors qu'habituellement ils dormaient généralement dans les antichambres et les garde-robes ou avec les domestiques. « Ce lien spatial entre chambre des parents et chambre des enfants est la manifestation d'un rapprochement affectif. A travers ce dispositif, un mode de vie plus centré sur la famille nucléaire se dessine donc, un nouveau mode relationnel où la sociabilité familiale s'oppose de plus en plus à la sociabilité publique et mondaine », relève l'auteur. Autre signe d'un changement d'époque: à Prangins, les domestiques ne vivent plus dans la maison avec leurs maîtres, mais ont des logements séparés, dans des dépendances ou dans les combles.
Le Temps - 16 décembre 2013
«Quand on veut étudier une société, il faut s’intéresser à sa cellule de base: la famille»
Propos recueillis par Philippe Simon
Loïc Rochat , historien, rédacteur en chef de la «Revue vaudoise de généalogie et d’histoire des familles»
La généalogie est vieille comme le monde. Est-elle immuable pour autant? Chez les généalogistes du Pays de Vaud, on est loin de le penser: parvenu à son quart de siècle, le Bulletin généalogique vaudois fait sa mue, et celle-ci est profonde. L’objet change de nom, on l’appellera désormais Revue vaudoise de généalogie et d’histoire des familles.
Ce nouveau titre accompagne la refonte d’une problématique: remonter l’échelle des ancêtres n’est plus un but en soi, mais devient un outil apte à éclairer des perspectives historiques plus larges, comme l’évolution des rapports filiaux, ou du sentiment religieux. Entretien avec l’artisan de ce changement, Loïc Rochat, rédacteur en chef de la Revue.
Le Temps: Pourquoi ce nouveau titre ?
Loïc Rochat: Quand j’ai repris sa rédaction en chef en 2012, le Bulletin allait sur ses 25 ans. Depuis sa naissance en 1988, il avait déjà passablement évolué: à ses débuts, il s’agissait en gros de la feuille interne de l’association, à laquelle on ajoutait quelques pages donnant des conseils sur la façon de faire de la généalogie ou sur la manière d’entrer dans les inventaires des fonds d’archives familiales. Au fil du temps, elle a accueilli de plus en plus d’études originales, et le Bulletin a pris une envergure que son titre même ne décrivait plus. Mon but était de poursuivre cette évolution à une vitesse supérieure: nouveau titre, nouvelle ligne éditoriale, nouvelle ligne graphique… Les membres du Cercle vaudois de généalogie m’ont suivi: je pense que le Bulletin vaudois a d’ailleurs toujours été pionnier, et qu’il doit continuer à l’être, notamment en s’ouvrant à l’histoire de la famille.
– Justement: qu’est-ce que l’histoire de la famille? En quoi se distingue-t-elle de la généalogie?
– Il y a une différence, et elle est importante. Quand on veut étudier une société, il faut s’intéresser à sa cellule de base: la famille, ou la parenté comme disent les anthropologues. L’enquête généalogique est alors une partie fondamentale de ce travail, mais il s’agit ensuite de s’en extraire pour voir plus loin que «le bout de son arbre». La parenté n’est pas forcément biologique, elle peut être aussi spirituelle. Par ce biais familial, on peut ensuite voir d’un autre oeil toute une série de problématiques. Un exemple: je m’étais intéressé, dans un livre*, aux changements qu’a connus la profession d’architecte aux XVIIIe et XIXe siècles. J’ai décidé de le faire en étudiant une dynastie de constructeurs vaudois, les Cugnet, et je me suis rendu compte que cette méthode était fertile. Ce sera mon cheval de bataille pour la Revue: on y fera de la généalogie, et de l’histoire de la famille basée sur des enquêtes généalogiques.
– L’histoire de la famille est un champ d’étude récent…
– Oui: ce n’est que dans les années 1960-70 que des historiens comme Peter Laslett en Angleterre ou Philippe Ariès en France investiguent ce champ d’étude. Puis, dès les années 1980, l’anthropologie, l’ethnologie et la sociologie commencent à s’intéresser au domaine.
– Qu’est-ce qu’on découvre lorsqu’on se spécialise dans ce type d’histoire ?
– C’est extraordinairement varié, dans le sens où l’on peut aborder toute thématique sociale par ce biais. Un exemple entre mille: l’utilisation de l’espace domestique au XVIIIe siècle. On s’est récemment intéressé à la famille Guiguer de Prangins: comment cette famille occupait-elle les bâtiments dont elle était propriétaire? Où logeaient les domestiques? Pour répondre à ces questions, il faut d’abord commencer par une enquête généalogique, déterminer l’extension du cercle familial: «Qui sont-ils?», et ensuite: «Où habitent-ils?». Dans la Revue, ce type d’enquête a par exemple aussi permis à Aline Johner de s’intéresser à une problématique déterminante: celle de la sexualité hors mariage, en se focalisant en l’occurrence sur trois familles montreusiennes (les Cathélaz, les Favre et les Borcard) au XVIIIe siècle.
– Sur quels types de sources travaillez-vous?
– On commence par s’intéresser à des sources sérielles, comme les registres de l’état civil, qui remontent pour la Suisse jusqu’à 1821. Pour remonter plus loin, il faut se plonger dans les registres de paroisse, sur Vaud jusqu’à 1560 au mieux. Par l’édit de Villers-Cotterêts (1539), François Ier obligeait chaque ressortissant du Royaume de France à avoir un nom. C’est un peu l’acte de naissance de ces registres, et l’habitude s’en est vite prise ailleurs: à Lausanne, ils nous permettent de remonter jusque vers 1560, et aux alentours de 1650 pour les campagnes. Il faut aussi s’intéresser aux «terriers», les anciens registres fonciers, ou aux documents qui ont trait aux impôts. Même les familles de paysans avaient souvent recours aux notaires, à l’officialité, ce qui fait qu’il y en a souvent une trace quelque part. On remonte en tout cas sans trop de problèmes jusqu’au XVIIe siècle.