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02/06/2013
Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire par Dominique Kalifa
Titre : Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire
Auteur : Dominique Kalifa
Éditeur : Seuil 2013
Pages : 394
En tant qu'étudiant je suis très intéressé par les populations oubliées, marginales et marginalisées ainsi que les représentations qui les entourent. Avec ce livre je suis servi. Dominique Kalifa y examine les représentations des bas-fonds et l'histoire de ces dernières entre le XIXe et le XXe siècle. Les bas-fonds, ce terme regroupe une idée très forte que nous connaissons tous. Des lieux froids, sombres et sales dans l'intérieur des villes. Des personnes louches, furtives, qui passent rapidement et qui chuchotent entre-eux. Dominique Kalifa examine ce sujet en dix chapitres divisés en trois parties.
La première partie est composée de trois chapitres. L'auteur y examine l'imaginaire social qui fonctionne derrière le terme "bas-fonds". Pour cela il examine la production culturelle de manière large ce qui lui permet de découvrir l'origine du terme ainsi que sa signification d'origine. L'auteur y examine la manière dont on considère la ville. Un endroit dans lequel une contre-société est possible dans les endroits les plus sinistrés. Mais le terme a aussi une origine biblique qui repose sur Sodome ainsi que sur Babylone puis Rome. L'idée qui en ressort est celle d'un monde inverse de voleurs, mendiants, meurtriers et prostituées. La contre-société est aussi sexuellement insatiable. Mais c'est aussi un lieu qui regroupe ce que l'on considère comme les classes sociales dangereuses. Des émeutiers qui peuvent mettre en danger si ce n'est détruire la civilisation. Les bas-fonds ne sont pas seulement un lieu de crimes mais un lieu inverse à la civilisation qui peut mettre en danger cette dernière.
La seconde partie concerne ce que l'auteur nomme "scénographies de l'envers social". Derrière ce terme se cache quatre manière d'écrire, de montrer, les bas-fonds divisés en autant de chapitres. Le premier concerne la manière dont la police décrit ces lieux. L'auteur y montre que le point principal est la création de liste permettant de classer les personnes dans des cadres précis. Ainsi, les mémoires de policiers comportent tout différents noms pour autant de spécialisation décrites. La seconde chapitre concerne l'idée des princes déguisés. Ces hommes, et femmes, qui visitent les lieux criminels et pauvres en douce et sans donner leur identité pour remettre les choses en ordre. Le troisième chapitre me semble proche puisque l'auteur y examine les visites faites par l'aristocratie et la bourgeoisie dans les lieux mal-famés de la ville. Une visite qui se doit d'être dangereuse et qui permet de se frotter à des personnes peu recommandables sans risques. Enfin, il y a l'usage des poésies et autres romans.
La dernière partie analyse la fin des bas-fonds dans les villes en trois chapitres. Tout d'abord, la seconde partie du XXe siècle est l'heure de l'état providence. Les pauvres sont de moins en moins pauvres et leur statut socio-économique donne moins lieu à des discours sur leur criminalité supposée. Ce n'est plus l'immoralité qui crée la pauvreté mais cette dernière qui implique l'immoralité. Dans le même temps, les villes sont modifiées et les pires lieux de celles-ci sont détruits et reconstruits. Les criminels changent aussi. De pauvres ils gagnent en argent et entrent dans l'idée du "milieu". Les criminels en costumes proches de la bourgeoisie et des politiciens sont de plus en plus visibles. Mais ces transformations n'impliquent pas la fin de l'idée que pauvreté équivaut à criminalité. L'idée des mauvais pauvres est toujours d'actualité mais se transforme dans l'idée des profiteurs de l'état providence ces derniers étant souvent étrangers. Enfin, l'auteur conclut sur des considérations concernant la fascination des bas-fonds qui existe encore aujourd'hui.
Au final j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre. Il permet de comprendre comment un imaginaire a pu se constituer autours de cette notion de bas-fonds. Un imaginaire qui fonctionne encore aujourd'hui dans les productions culturelles. L'auteur utilise aussi des exemples et productions académiques très larges qui viennent autant de France que du monde anglophone, germanophone ou espagnol. Une telle connaissance du sujet et des œuvres écrites sur celui-ci est impressionnante et permet de faire une histoire large des bas-fonds. Malheureusement, ce livre ne permet pas de voir les gens. En effet, ce qui est analysé est une production d'un imaginaire social et non la réalité sociale. Et j'aurais apprécié de savoir à quel point cet imaginaire est proche ou dissemblable à la réalité.
Image: Site de l'éditeur