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Le sport se veut être une activité neutre au niveau religieux et politique. En effet, la charte olympique 50-2 du Comité international olympique (CIO) stipule « qu’aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ». Malgré cette règle, les compétitions sportives ont souvent été influencées par des questions politiques et/ou religieuses. Certains athlètes sont exclus à cause de leur religion ou leur préférences politiques. Le film Berlin 36
sorti en 2009, réalisé par Kaspar Heidelbach a été ma source d’inspiration pour parler d’autres controverses liées à la politique et à la religion dans le sport. Ce long-métrage retrace l’expérience de l’athlète Gretel Bergmann lors des jeux olympiques de Berlin en 1936. Une vidéo publiée sur Instagram par la plateforme média Loopsider
dédiée à l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad m’a inspirée pour parler des athlètes musulmanes qui ont rencontré de nombreux obstacles pour participer à des compétitions internationales en portant le hijab.
Le cas de Gretel Bergmann
En 1936, les Etats-Unis menacent l’Allemagne de boycotter les Jeux olympiques se déroulant à Berlin, si des athlètes juifs ne venaient pas à y participer. Le but du parti nazi dirigé par Adolf Hitler depuis 1933, était de démontrer, grâce à l’organisation de ces olympiades, la supériorité de la « race aryenne » et de faire de la propagande politique pour son parti. Les Allemands se sont pliés aux conditions des Américains mais ont quand même empêché l’athlète juive allemande Gretel Bergmann de participer, ainsi que les athlètes juifs américains Marty Glickman et Sam Stoller.
Gretel Bergmann pratiquait le saut en hauteur, sa carrière sportive avait débuté en Allemagne à Laupheim dans l’association sportive Ulmer FV 1894. Les résultats de Bergmann sont bons dès le début, à l’image de son premier titre lors d’un concours de saut en hauteur en 1931 où elle saute 1,51 mètres. En 1933, avec la montée du parti Nazi le club où Bergmann s’entraînait interdit l’entrée aux juifs. Cet épisode a provoqué son départ du club. L’athlète a fini par partir à Londres en 1934 pour poursuivre son parcours sportif, où elle remporte le Championnat d’Angleterre en sautant 1.55 mètres. Grâce à sa performance, elle gagne de la notoriété au niveau international.
En 1936, Bergmann retourne en Allemagne et intègre l’équipe féminine de saut en hauteur pour se pré-parer pour les jeux. Un mois avant la compétition, elle atteint le record de 1,60 mètres lors du championnat de Württemberg, mais malgré cet exploit, elle sera écartée des Jeux olympiques pour des « performances médiocres ».
Le port du voile dans le sport
La question du port du voile est très controversée et très importante dans l’histoire du sport. Les athlètes musulmanes qui portent le hijab sont de plus en plus nombreuses, mais ce progrès s’est effectué pendant des années. Les premières femmes musulmanes à participer à des compétitions sportives inter-nationales n’ont pas pu porter le voile à cause du règlement de l’époque.
Halet Çambel est la première athlète musulmane à participer aux Jeux olympiques de Berlin en 1936. L’escrimeuse turque a participé cheveux, bras et jambes nus comme beaucoup d’autres athlètes qui ont suivi son exemple : l’athlète marocaine Nawal el-Moutawakel qui remporte la médaille d’or du 400 mètres haies lors des Jeux olympiques de 1984 à Los Angeles et Hassiba Boulmerka qui reçoit la médaille d’or en 1992 à Barcelone sur 1500 mètres. Hassiba Boulmerka marque l’histoire de son pays car c’est la première médaille d’or olympique de l’Algérie, elle sera célébrée mais aussi menacée pour ne pas avoir respecté la doctrine musulmane.
Ce ne sera que 60 ans plus tard en 1996 à Atlanta, qu’une femme portant le hijab participera aux Jeux Olympiques. La tireuse à la carabine iranienne Lyda Fariman devient alors précurseur du port du voile aux Jeux olympiques. En 2008 à Pékin, 14 délégations avec des femmes voilées se présentent, ce qui permet d’inclure plus de femmes dans la compétition.
L’année 2012 sera très importante, car l’International Football Association Board (IFAB) déclare que le hijab n’est plus considéré commun un « signe religieux », mais comme un « signe culturel ». Cette déclaration change la donne en permettant aux femmes musulmanes de porter le voile tout en respectant la charte olympique.
Les championnes voilées : Ibtihaj Muhammad et Zeina Nassar
Ibtihaj Muhammad est la première athlète musulmane à représenter les Etats-Unis d’Amérique aux Jeux olympiques en portant le hijab. Elle est qualifiée pour les Jeux olympiques de Rio en 2016 et remporte la médaille de bronze dans le concours du sabre par équipes. Le parcours de Muhammad n’a cependant pas été facile, elle a été victime d’harcèlement scolaire à cause du fait qu’elle pratiquait du sport en portant le voile. L’américaine explique que ses parents lui ont conseillé l’escrime car c’était le sport qui lui permet-tait de porter le voile et de couvrir tout son corps, tout en ayant le même uniforme que ses adversaires. Muhammad raconte que pendant sa préparation pour les Jeux olympiques, ses coéquipières et son en-traîneur ont souvent été désagréables avec elle à cause de sa confession religieuse. A cause de son expérience personnelle, elle s’est engagée pour changer la perception que les personnes peuvent avoir des musulmans.
Zeina Nassar est quintuple championne allemande de boxe. Boxeuse germano-libanaise, elle découvre ce sport de combat à l’âge de 12 ans. Aujourd’hui âgée de 20 ans, Nassar a réussi à changer la vision du port du hijab dans la boxe en Allemagne et a eu impact au niveau international. Grâce au changement du règlement dans l’association internationale de boxe, elle pourra participer à des compétitions internationales.
Ibtihaj Muhammad et Zeina Nassar sont toutes les deux devenues des icônes en tant qu’égéries de la marque Nike qui a créé des hijabs adaptés pour les athlètes musulmanes en 2017.
La question du port du voile restera au coeur des débats pendant longtemps. En effet, la Ligue du droit international des femmes s’oppose à la charte olympique permettant le port du voile par des athlètes musulmanes. Cette question s’avère donc être très complexe tant au niveau religieux, politique et moral.
Contrairement à l’opposition féministe, le comité olympique a fait preuve de tolérance et de respect envers les athlètes musulmanes en leur permettant de participer aux compétitions tout en respectant leurs valeurs religieuses. Puisque « l’amitié » est l’un des principes olympiques, le sport doit être vecteur d’une meilleure tolérance envers les personnes du monde entier, malgré les grandes différences culturelles.