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La plupart de nos contemporains ont totalement oublié que, il y a cinquante ans encore, la majorité des populations européennes, de l'Ecosse jusqu'à la Russie, en passant par la Norvège, la Slovénie et la Hongrie, attendaient avec une brûlante impatience la montée de la sève à la fin de l'hiver. Plus qu'une tradition, c'était une fièvre qui saisissait collectivement l'Europe. Armés de couteaux, de seaux et de tubes, des centaines de milliers de personnes partaient à l'assaut des forêts pour récolter la précieuse sève de bouleau.
La sève était en effet symbole d'un renouveau et perçue comme un moyen de fortifier son organisme pour attaquer l'année. La consommation de la sève de bouleau est une pratique séculaire dans la plupart des pays nordiques. Entre autre, elle a été une importante source de nourriture pour plusieurs peuples autochtones après un hiver rigoureux. la sève de bouleau était, et est toujours, utilisée à des fins médicinales dans plusieurs régions du monde dans le but de prévenir ou traiter différentes maladies.
On appelait autrefois le bouleau arbre de la sagesse, mais également « arbre aux néphrétiques » pour ses vertus thérapeutiques.
Le célèbre voyageur arabe Ahmad Ibn Fadlan notait déjà en 941 que les populations bulgares turcophones vivant le long de la Volga buvaient de la sève de bouleau. Le savant allemand Conrad de Megenberg (14e Siècle) mentionne qu'elle était utilisée comme boisson rafraîchissante. Le géographe persan Rashid-al-Din témoigne également que les tribus Uriankhai de Sibérie coupaient les bouleaux et collectaient la sève, qu'ils buvaient à la place de l'eau.
En 1565, le médecin Siennois Matthiole écrivait :
« Si on perce le tronc du bouleau avec une tarière, il en sort une grande quantité d'eau, laquelle a grande propriété et vertu à rompre la pierre tant aux reins qu'en la vessie, si l'on continue d'en user. Si on s'en lave la bouche, elle guérit les ulcères qui sont dedans. »
Trois siècles plus tard, Pierre-François Percy, le chirurgien militaire des armées de Napoléon, déclara :
« Dans tout le Nord de l'Europe, jusqu'aux confins de la Russie, l'eau de bouleau est l'espoir, le bonheur, et la panacée des habitants riches ou pauvres, grands et petits, seigneurs et serfs... Les maladies de la peau, boutons, dartres, couperoses etc. lui résistent rarement. C'est un remède précieux dans les affections rhumatismales, les reliquats de goutte, les embarras de la vessie et une foule de maladies chroniques. »
L'ethnologue suédois Gösta Berg suggérait aussi que la sève de bouleau était probablement le médicament le plus courant et le plus efficace contre le scorbut, provoqué par une carence en vitamine C.
En Russie, la dernière bouteille était réservée au Pope du village, le prêtre orthodoxe.
En Amérique du Nord, les Amérindiens Thompson de la Colombie-Britannique consommaient cette sève pour combattre le rhume et la toux, tout comme le faisaient d’autres peuples ailleurs au Canada et dans le nord des États-Unis. En Alaska, les Tanainas mettaient de la sève de bouleau fraîche sur les furoncles et les plaies pour atténuer la douleur et prévenir les infections.
Au Japon, la sève de bouleau a été utilisée traditionnellement par le peuple Ainu situé au nord du pays pour contrer les effets de l’hypertension et traiter les problèmes urinaires et la goutte. La sève était également utilisée comme tonique et un produit favorisant l’état de santé en général donnant ainsi lieu à un festival à chaque printemps. Aujourd’hui, le Japon met sur le marché de la sève de bouleau à des fins de tonique constituant, pour le consommateur, une composante d’une saine alimentation.
En Chine, la pharmacopée chinoise fait mention que la sève de bouleau soulage contre le rhume, réduit l’expectoration et atténue les problèmes de néphropathie, goutte et scorbut. Dans le Great Compendium of Herbs (Liu Zhiwei 2001), il y est mentionné que la sève peut aussi favoriser l’appétit, aider à la digestion et combattre les symptômes de la fatigue en améliorant l’état de santé général.
En Estonie, il existe une journée durant laquelle est personnifié le Vieux Saint-George (old St.George’s day). Au cours de cette journée, ce personnage se nettoie le visage avec de la sève de bouleau afin d'obtenir une peau propre et un teint équilibré, sans tâche de rousseur, en plus de se prémunir contre les maladies de la peau.
En Pologne, la sève de bouleau est fermentée pour en faire une boisson fortement alcoolisée appelée Oskola. Il semblerait que cette boisson favorise la croissance des cheveux et, selon une certaine proportion de sève et d’alcool, la solution résultante est utilisée comme rince à cheveux.
En Finlande, la sève de bouleau est toujours utilisée pour traiter plusieurs maladies telles la goutte, le rhumatisme, l’inflammation urinaire, les problèmes rénaux, le scorbut et les maladies de la peau. Sa consommation permet de combattre la fatigue printanière et le rhume ainsi que d’atténuer la douleur des articulations, d’éviter les maux de tête ou migraines et aider à soigner les ulcères et autres problèmes d’estomac. Elle aiderait également à combattre les symptômes d’allergies au pollen du bouleau et ceux de la sclérose en plaques.
En France, c'est dans les monastères que s'est transmise la tradition de consommer de la sève de bouleau. Les moines de la Trappe des Dombes (Ain) ont jusqu'à aujourd'hui gardé sereinement cette tradition. Chaque printemps, les jeunes moines récolent la sève de bouleau fraîche pour que les plus anciens retrouvent leurs forces vives et souffrent moins de leurs douleurs articulaires.
Source : Forêt modèle du Lac-Saint-Jean, QUEBEC, CANADA
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