Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06987.jsonl.gz/62

En hébreu, les verbes se composent de trois consonnes qui en forment la racine. Ces consonnes sont appelées les radicales. L'une ou l'autre de ces radicales peuvent être "faibles" et engendrer des changements par rapport aux verbes forts. Notre première étape consiste à étudier les principes généraux de la conjugaison des verbes forts.
Il est très important de clairement distinguer conjugaison et mode.
La conjugaison permet de définir la personne (je, tu, il) et le temps du verbe.
Le mode permet de modifier la signification de la racine verbale (actif, passif, etc...).
Le système des conjugaisons de l'hébreu est assez différent de celui des langues européennes. Les conjugaisons ne fonctionnent pas selon un système temporel strict du type passé-présent-futur, mais selon un système aspectuel. L'action est définie par son caractère accompli ou inaccompli, elle peut soit être ponctuelle, soit durer, voire se répéter.
On remarquera que le système temporel de la langue française a également des éléments aspectuels. Ainsi dans la phrase "Lise marchait, lorsqu'elle rencontra Luc", le premier verbe à l'imparfait exprime une action qui dure, alors que le second au passé simple exprime une action ponctuelle. Ces deux actions sont pourtant situées dans le passé.
Le système verbal hébraïque n'en demeure pas moins assez performant, même pour définir la temporalité. Malgré la pauvreté des conjugaisons, la place du verbe dans la phrase et les règles de concordance des temps permettent une traduction du système aspectuel hébreu au système temporel français relativement aisée et fiable. Le contexte d'utilisation du verbe aidera aussi l'hébraïsant.
Le système précis des temps des verbes sera expliqué en détail plus loin. Pour l'instant, on dira que la conjugaison à afformantes (type qatal) décrit une action accomplie, c'est donc plutôt un passé. La conjugaison à préformantes (type yiqtol) décrit une action inaccomplie, ce sera plutôt un futur ou un présent.
On trouve en hébreu deux conjugaisons principales.
Ce premier tableau ne comporte que les éléments préformants ou afformants qui permettent de définir le "temps" et la personne du verbe. Les voyelles attachées aux trois consonnes de la racine ne sont pas indiquées, car elles dépendent notamment du mode.
Alors que dans la plupart des
cas, nous n'encourageons pas les étudiants à apprendre par
coeur les tableaux, celui-ci mérite d'être assimilé assez
rapidement.
Terminologie utilisée pour les conjugaisons.
Dans ce cours, nous utilisons indifféremment deux terminologies basées sur les caractéristiques formelles des conjugaisons.
Conjugaison à afformantes (abréviation
CA), puisque cette conjugaison est caractérisée par la présence
exclusive d'éléments afformants et conjugaison à préformante
(abréviation CP), puisque cette conjugaison présente toujours
des éléments préformants. Nous utiliserons également
occasionnellement une terminologie basée sur le paradigme du verbe
fort (racine qtl = tuer) à la 3ème personne du singulier du
mode Qal. On parle alors de conjugaison de type qatal pour la CA et conjugaison
de type yiqtol pour la CP. Cette terminologie strictement formelle présente
l'avantage d'éviter les contre-sens qui sont la conséquence
des terminologies utilisant l'analogie avec les conjugaisons du français
ou même celles qui insistent sur la signification aspectuelle. Malheureusement,
aucune des grammaires que nous utilisons comme référence n'emploie
notre terminologie. Le tableau ci-dessous clarifie les choses.
Attention, il ne faut pas confondre le mode et la conjugaison. Les conjugaisons peuvent apparaître à tous les modes. Les différents modes affectent la signification du verbe.
La modification du sens des verbes liée aux modes
Les quatre registres principaux sont :
1) Simple. Signification de base
2) Tolératif. Laisser faire
3) Intensif / factitif. Faire quelque chose intensément / faire exister quelque chose (engendrement de l'état indiqué par la forme de base).
4) Causatif: faire faire quelque chose à quelqu'un.
En outre, on trouve des sens
actifs
passifs (être fait)
réfléchis (se faire quelque chose).
Concrètement, ceci fonctionne de la manière suivante.
Exemple : le verbe voir (hébreu r'h)
forme simple = voir.
forme tolérative = se laisser voir, donc apparaître (qui est aussi un réfléchi (se faire voir))
forme intensive active = observer, contempler
forme intensive passive = être observé
forme intensive réfléchie = s'observer mutuellement
forme causative active = faire voir, donc montrer
forme causative passive = être montré
(Avec ce verbe voir, le factitif pourrait être : engendrer quelque chose qui se voit, donc dessiner)
Le verbe enfanter est à la forme simple. Quel est son sens au simple passif, au factitif actif et au causatif actif ?
Le verbe connaître est à la forme simple. Quel est son sens au causatif actif et au factitif passif ?
signifie être roi à la forme simple.
Introniser, est un ...?
On constate qu'une seule racine permet de générer plusieurs significations dérivées, là où le français a besoin de plusieurs verbes différents.
Remarque: attention ! on ne peut pas construire de manière absolue les divers sens des verbes. Il faut toujours consulter le dictionnaire. On signalera notamment que les intensifs et les causatifs ont souvent des sens très voisins.
Caractéristiques formelles des modes.
Le tableau ci-dessus montre que l'hébreu
connaît sept modes différents
Qal
Il s'agit de la forme simple. Sa caractéristique formelle est précisément de ne pas en avoir. C'est la forme de base du verbe. En outre, on cite un verbe au Qal 3 m sg (qatal). On constate sur la partie inférieure du tableau qu'il existe trois formes de Qal (qâtal, kâbed, qâton). Le premier type (qatal) est de loin le plus courant, les deux autres apparaissent surtout pour les verbes d'état.
Nif'al
A la base, il s'agissait d'un tolératif (se laisser voir). Mais en hébreu classique, on le trouve souvent pour exprimer le passif du Qal (être vu) ou encore comme réflexif (se faire voir).
Le Nifal a un nun préfixé qui demeure dans la conjugaison à afformantes, mais qui est assimilé, et engendre donc un redoublement dans la conjugaison à préformantes. Ainsi dans , la racine du verbe est qtl, le yod est la préformante (cf. grammaire 10a) et le dâgesh dur dans le qôph exprime l'assimilation du nun du nif'al (yi-n-qâtel* devient yiqqâtel)
Les 3 intensives
Les formes intensives ou factitives provoquent un redoublement de la seconde radicale, que l'on repère grâce à la présence d'un dâgesh dur dans celle-ci.
Observer cela dans les trois dernières lignes du tableau ci-dessus.
Pi'el
C'est la forme active de l'intensif, elle se distingue du passif par la vocalisation.
Pour la conjugaison à afformante: vocalisation i-e
Pour la conjugaison à préformante : vocalisation e-a-e.
Pu'al
Il s'agit de la forme passive de l'intensif, qui se caractérise par une vocalisation CA: u-a , CP e-u-a. Signalons que les sons "ou" et "o" caractérisent les passifs.
Hitpa'el
Cette forme intensive réfléchie est assez facile à reconnaître, car un préfixe hit apparaît en plus du redoublement. A la CP, le he du préfixe disparaît et est remplacé par la préformante.
Les causatifs
Ils se caractérisent par la présence d'un préfixe he.
Hif'il
Causatif actif (montrer, faire voir). Un préfixe hi- caractérise la conjugaison à afformantes. De plus, la deuxième radicale est vocalisée par un hîræq magnum. A la conjugaison à préformantes, le h est assimilé. Une vocalisation patah caractérise la préformante. Le hîræq magnum de la deuxième radicale demeure.
Hof'al
Causatif passif (il arrive souvent qu'il s'agisse non pas du passif du hif'il, mais du qal). A la CA, on trouve un préfixe he vocalisé par un qâmæs hatuph.
Comme au hif'il, le h est assimilé à la CP. Le qâmæs hatuph vocalise la préformante.
Qal signifie léger.
Les autres formes sont basées sur un verbe = faire, qui, chez les premiers grammairiens, servait de paradigme. Plus tard, les grammairiens ont constaté que l'exemple était assez mauvais puisque la racine est faible, notamment à l'intensif : la deuxième radicale "ayin étant une gutturale, elle ne peut être redoublée. Aujourd'hui, le paradigme standard est le verbe tuer qui est parfaitement régulier.
Analyser les formes suivantes et traduire.
A propos de la traduction, en dépit du fait que les conjugaisons ne puissent pas toujours être traduites par la même conjugaison française, nous traduirons par convention la conjugaison à afformantes par un passé composé et la conjugaison à préformantes par le futur simple.
Lorsque l'on analyse un verbe, il faut toujours mentionner successivement la personne, la conjugaison, le mode.
Simple passif : être enfanté, donc être né.
Factitif actif: faire émerger l'état de l'enfantement, donc aider à accoucher pour une sage-femme.
Causatif actif: faire enfanter quelqu'un, donc engendrer pour le mâle.
Réponse 2:
Causatif actif: faire connaître, donc enseigner
Factitif passif: être conditionné
Réponse 3:
Introniser signifie faire être roi, c'est
donc le causatif actif d'être roi.