Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06924.jsonl.gz/1315

31/05/2009
Un orage gronde au loin. On passe à autre chose. Mais l'orage ne passe pas. Les coups de tonnerre se succèdent avec la régularité d'une bataille rangée. On ne voit rien. On entend juste ce sourd battement prémonitoire d'angoisses enfouies.
L'orage lointain me ramène à un tableau de Balthus. On y voit l'église de Larchant dans un paysage étrangement calme et sous un ciel bleu qui pourtant préfigure la guerre imminente. Le peintre sera mobilisé puis blessé en Alsace.
Le clocher de l'église ressemble à une guillotine. Dans le magnifique roman du peintre Jacques Biolley ce tableau qui se situe au coeur de l'intrigue me renvoie à une lointaine blessure. Calme et mystérieux tableau éclairé par les lignes de Jean Starobinski: "Larchant sera toujours, pour moi, le tableau du recueillement avant l'épreuve de la guerre... Quelque chose de fatidique marque le lieu et le moment."
Est-ce la lecture des premières lignes des mémoires de Claude Lanzmann, le Lièvre de Patagonie, qui vient raviver un souvenir?
"La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d'administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie. Cela a commencé très tôt." Chapitre II: "De même que j'ai pris rang dans l'interminable cortège des guillotinés, des pendus, des fusillés, des garrotés, des torturés de toute la terre, de même, je suis cet otage au regard vide, cet homme sous le couteau. On aura compris que j'aime la vie."
J'approuve et je souligne en continuant la lecture tout en venant, comme l'auteur, à ne plus croire à ce qu'il est en train d'énoncer.
Pas difficile de se souvenir du nom de l'inventeur de la machine à couper les têtes. Encore fallait-il la construire. Biolley (p.268) nous rappelle que le prototype fut l'oeuvre d'un facteur de piano allemand, Tobias Schmidt.
Et c'est ici que je disjoncte grave. Le piano fut pour moi (un Schmidt-Flohr?) un vrai instrument de torture. J'ai eu toutes les peines à me débarasser de cet instrument maudit, bien que son chêne-buis eut été du plus bel effet sur le tableau de bord d'une Bugatti Veyron destinée à un potentat africain. Les leçons de piano données par la fille d'une véritable baronne étaient un cauchemar partagé. Elles se donnaient au-dessus du Chat noir. Par un concours de circonstance, mon ami Nanard, tout aussi peu motivé par le clavier, nous vengea en tirant les cheveux, ou le peu qu'il lui en restait, à son ancien professeur de musique et éminent musicologue Henri Jaton. C'était un soir... au Café du Chat noir!
Fin de la parenthèse qui me permet de faire le deuil d'un épisode pleu glorieux et franchement inepte de ma vie, d'un rendez-vous manqué avec un bel instrument.
Le tableau de Balthus ne me lâche pas. La tour de l'église de Larchant n'est pas une invention, mais bien une relique d'un conflit puisque son aspect mortifère remonte à la guerre des Religions!
28/05/2009
(Genève, 27 mars 2009, 17 heures) Un billet comme un simple hommage au travail des photographes d'agence. Sans image, l'information ne passe pas.
Une centaine de cochons roses en carton ont été plantés mercredi devant l'Organisation mondiale de la santé (OMS) par un réseau internet de citoyens qui réclame une meilleure régulation des élevages de porcs industriels après l'apparition de la grippe porcine, selon l'AFP.
La modeste manifestation devant le siège de l'OMC signait la remise d'une pétition signée par plus de 225 000 membres d'Avaaz.org ( the largest global online advocacy network ) provenant de 221 pays et territoires. La pétition a été remise auprès de l'OMC. Alice Jay, directrice de la campagne a pu s'entretenir avec le Directeur de la Sécurité alimentaire de l'OMC. Selon ses déclarations à une chaîne TV hispanophone, un des rares médias présents, l'entretien a été constructif: l'OMS transmettra le dossier à sa direction régionale.
La pétition a également été adressée au Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Dr Jacques Diouf. Elle demande de retravailler le lien qui avait été primitivement établi entre le triple hybride de la grippe A (H1N1) et les méga-porcheries industrielles "sales, dangereuses et inhumaines".
Elle rappelle que le premier cas de grippe porcine avait été constaté au Mexique sur un petit garçon de la région de Veracruz, non loin d'une gigantesque ferme d'élevage de porcs appartenant à une compagnie américaine, leader mondial des produits de charcuterie. Entre temps, la compagnie a démenti tout lien avec la présence du virus. Il n'en demeure pas moins que les grands lacs de lisiers constituent un facteur de maladies et un risque pour l'environnement. Selon de nombreux scientifiques, ces grandes usines constituent des bombes sanitaires
Lors de l'assemblée générale de l'OMS du 20 mai dernier, son Directeur, le Dresse Margaret Chan, avait reconnu que l'on ne savait pas tout. La grippe se transmet par aérosol (72% des passagers d'un avion seraient touchés après un vol de quatre heures) mais d'autres vecteurs ou risques de mutations ne peuvent être exclus. Des travaux fondamentaux s'avèrent indispensables...
avaaz.org Contact presse:
Alice Jay +34608934971 or <email-pii>
avaaz (ce qui veut dire voix dans plusieurs langues) est une communauté de 3,5 millions de membres.
27/05/2009
J'ai goûté l'image de la semaine, prise par Pierre Le Tulzo, parue dans 24 Heures de samedi. D'abord, nous étions dans ce bouchon. Ni le premier, ni le dernier. Mais celui de ce mercredi 20 mai avait un goût particulier, pas forcément déplaisant pour nous.
Commentaire du photographe: "Avant d'arriver sur les lieux, j'ai vu un type un peu dérangé qui cherchait à se rendre à la patinoire et qui me demandait son chemin. Un quart d'heure après, il marchait sur l'autoroute avec ses valises!"
Vu la chaleur, le manteau n'était pas indispensable... En voyant la scène, j'ai immédiatement pensé à Un taxi pour Tobrouk, film en noir et blanc de 1961 avec des dialogues de Michel Audiard.
Assis sur une caisse, Maurice Biraud s'adresse ainsi à Charles Aznavour:
Je crois, docteur, que l'homme de Néanderthal est en train de nous le mettre dans l'os. Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche.
25/05/2009
Malheureusement elle n'est pas nouvelle puisque nous la devons à Henri Roorda, "mort d'une effroyable crise neurasthénique" (selon la presse du moment) en novembre 1925. Le Musée Historique de Lausanne lui consacre une exposition visible jusqu'à fin juin ainsi qu'un ouvrage.
Voici cette citation:
On dit que le journal paraît parce qu'il importe d'apprendre au public
des choses intéressantes. C'est, au contraire, pour pouvoir paraître
régulièrement que le journal accorde une importance exagérée aux
choses qu'il publie... la seule chose importante pour un quotidien
n'est-elle pas de paraître tous les jours ?
crédit: coll.BCU Lausanne
Au temps où l'on lisait un quotidien... L'espace - temps s'est rétréci, bien avant Internet. En avril 1935, Ramuz écrit dans Questions:
Or l'auto est venue, l'avion, la T.S.F. Tout le monde est voisin, tout le monde communique. le monde entier prend part chaque jour à un grand débat où il cherche à déterminer son sort; et le monde découvre qu'il a un sort commun, qui n'est plus celui d'une patrie, ni d'une race , ni d'une langue, mais qui est celui de l'homme tout court. De sorte que telles mesures qui déjà s'appliquent en un lieu tendent avec force à s'appliquer partout, intéressant non seulement tous les pays, mais tous les ressortissants de chacun de ces pays.
Les idées sont devenues collectives. Que peut faire l'individu? Ramuz encore:
Il ne peut certainement rien contre elles, mais il peut encore les considérer, et, les considérant, les connaître, et, en les connaissant, les aimer.
Et, plus spontanément, ainsi que je l'ai entendu dire par Alain Maillard dans son émission Médialogues:
L'information n'est pas faite seulement pour informer mais aussi pour partager !
23/05/2009
Il fait beau et je peux rêver. Le début d'un poème de quatre quatrains. Il est en allemand et je le découvre dans ce petit journal édité depuis 66 ans par Rolf Sigg. Paru le 15 mai 1924, sous le pseudonyme de Theobald Tiger, Parc Monceau est de la plume de Kurt Tucholsky.
Quatre Américaines vérifient les indications du guide Cook qui mentionne les arbres du parc.
Paris de dehors et Paris intime.
Elles ne voient rien et doivent tout voir.
Sous le soleil, le poète en exil voit du dedans et peut se reposer de sa patrie. En 1933, les nazis brûleront ses livres et le déchurent de sa nationalité. Puis, deux ans plus tard, sa disparition tragique en Suède. Deux épitaphes:
"Tout ce qui est éphémère est allégorique ", tirée du Faust II de Goethe et une seconde autobiographique:
Ici repose un cœur en or et une grande gueule
Bonne nuit!
Sur la photo, Kurt et Lisa Matthias en 1929. Derrière mes pensées s'évadent. nous sommes des Roseaux pensotants et nos yeux ont besoin d'oeillières. NOS OREILLES N'ONT PAS DE PAUPIERES. "Hélas! Quand nous ne voudrions pas entendre, nous entendons tout de même."Menue monnaie d'Henri Roorda, maître de mathématiques lausannois désabusé. Comme Tucholsky, il n'était pas fait pour vivre "dans un monde où l'on doit consacrer sa jeunesse à préparer sa vieillesse."
Café du Port de Rolle en ce dernier mercredi radieux
Je m'y trouve, guidé par le hasard, en compagnie de la délicieuse T. La courbe de ses yeux (*), Chasseurs de bruits et sources de couleurs, (et de mon coeur...)
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Quand nous ne voudrions pas entendre, nous entendons tout de même.A la table voisine, François Silvant! Madame Pahud a invité un vert monsieur alémanique qui dans un français parfait s'extasie sur la qualité des filets de perche. Un homme de goût (!) et de culture. Ne tarissant pas sur la pureté de l'eau, il évoque les travaux d'un docteur honoris causa sur l'eau du robinet. Madame Pahud, qui donc l'invita, désire mettre à profit la science du monsieur fort courtois en l'aiguillant sur la politique. Depuis le formidable Ogi, madame Pahud passa tout le Conseil fédéral en revue, même le socialiste Leuenberger qui "grâce à la Realpolitiket à l'éducation de ss pairs est encore capable de faire quelque progrès selon le docte interlocuteur. Le Valaisan est un peu carré et il veut augmenter les impôts pour aider les handicapés. Quant à la Calmy, elle parle beaucoup et parfois elle ferait mieux de se taire..."
Nous n'entendîmes pas tout. Je pris T. par la main et j'ai murmuré des mots à son oreille attentionnée. Nous avons marché au bord du lac pendant que les jardiniers procédaient au dernier toilettage des plate-bandes en prévision de la grande parade des bateaux de la CGN de ce dimanche.
J'ai oublié de dire à T. que la courbe de tes yeux est également un très, très beau poème d'Eluard. Dommage seulement qu'il soit inscrit au programme du bac français!
La Courbe de tes yeux
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,
Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.
Paul ELUARD, Capitale de la douleur, (1926)