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La session d'automne en cours est cruciale pour l'avenir de la coopération internationale. Dans cinq jours, le Parlement débattra de l'engagement de la Suisse dans les pays pauvres. En attendant, la crise du coronavirus menace de réduire à néant des années de progrès dans la lutte contre la pauvreté et la faim dans l’hémisphère sud. Face à cette tragédie, la Confédération doit investir davantage dans son aide au développement efficace et couronnée de succès.
Il est encore impossible de mesurer précisément l'ampleur réelle de la crise du coronavirus et de ses multiples incidences négatives dans l’hémisphère sud. Mais une chose est d’ores et déjà claire : la pandémie et le marasme économique mondial qu’elle provoque réduisent à néant des décennies de progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté et la faim dans le monde. La réalisation des objectifs convenus sur la scène internationale dans le cadre de l'Agenda 2030 de développement durable est reportée dans un lointain avenir – par exemple dans les domaines de la santé et de l'hygiène, de la pauvreté et des inégalités ou de la nutrition et de la faim.
Partout où l’eau salubre, les équipements sanitaires et l’hygiène font défaut, contenir l'épidémie du coronavirus lance un défi quasi insurmontable : 40 % de la population mondiale ne peut toujours pas se laver les mains avec du savon à domicile. Plus d'un milliard de personnes dans le monde vivent dans des bidonvilles et des lotissements informels – les unes sur les autres et sans possibilité de maintenir entre elles la distance nécessaire. La situation est encore plus complexe dans les camps de réfugiés surpeuplés à travers le monde.
La pauvreté et la faim s’étendent
Dans le contexte des mesures de confinement prises partout sur la planète, les travailleurs journaliers, les marchands de rue, les ouvriers agricoles et les employés des petites entreprises ont été, du jour au lendemain, privés de leur gagne-pain. Selon une estimation de l'Organisation internationale du travail (OIT), la crise a déjà touché au moins 1,6 milliard de travailleurs informels dans le monde, dont les revenus ont fondu ou totalement disparu. L’ONU estime que cette situation pourrait faire passer de 85 à 420 millions le nombre de personnes vivant avec moins de 2 francs par jour. Au total, l'extrême pauvreté dans le monde pourrait ainsi franchir le triste seuil d'un milliard de personnes cette année.
Compte tenu des pertes d'emplois massives, les inégalités de revenus et de richesses existantes menacent de s'accentuer encore pendant la crise. Les femmes sont particulièrement touchées : dans le monde, les trois quarts du personnel des professions sociales et des soins sont des femmes. Elles effectuent trois fois plus de travail de soins non rémunérés que les hommes et, souvent, travaillent de manière disproportionnée sans relations de travail réglementées ou dans des emplois précaires. Elles sont de surcroît fréquemment privées de sécurité sociale et guère en mesure de compenser un manque à gagner. En fin de compte, ce sont surtout elles qui soignent les malades et les blessés, que ce soit à titre professionnel ou bénévole. Elles sont donc davantage exposées au virus.
La crise du coronavirus a aussi déstabilisé les nombreux migrants économiques qui ont perdu leurs opportunités de gain à l'étranger sur la toile de fond du marasme économique. La Banque mondiale estime que les transferts d'argent (les « remises ») des travailleurs migrants vers leurs familles ont chuté de 20 %, soit de 100 milliards de francs, rien que cette année. À titre de comparaison, le total de l'aide publique au développement des pays riches avoisine 150 milliards de francs par an. Pour les personnes les plus pauvres dans les pays d'origine, la suppression des envois de fonds n’est rien moins qu’un coup de poing dans le ventre – elles n’ont plus les moyens d’acheter suffisamment de nourriture ou de médicaments essentiels.
Finalement, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la crise du coronavirus pourrait se muer en crise alimentaire mondiale si des mesures ne sont pas prises rapidement. Il faut agir pour protéger les plus pauvres, maintenir les chaînes d'approvisionnement mondiales et atténuer les effets négatifs de la pandémie sur l'ensemble du système alimentaire. Indépendamment du coronavirus, les pays les plus pauvres souffrent déjà gravement des mauvaises récoltes dues au changement climatique et aux dégâts causés par le fléau acridien. Actuellement, 135 millions de personnes souffrent de famine aiguë. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, ce chiffre menace de doubler d'ici la fin de l'année 2020.
Pendant la crise, les pays riches ont rapidement mis en place des plans de sauvetage économique à l’intérieur de leurs frontières et adopté des mesures visant à couvrir les besoins vitaux. Les pays les plus pauvres ne peuvent pas se le permettre. En effet, de nombreux pays en développement n’ont pas cette marge de manœuvre financière. Ils pâtissent de la chute des prix des matières premières et du déficit de recettes d’exportation. Les investissements étrangers s'effondrent et les envois de fonds de leurs ressortissants à l’étranger reculent. Au printemps déjà, les Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont lancé d'importants programmes d'aide aux pays en développement. Les pays industrialisés ont prolongé les délais de remboursement des dettes.
Il faut maintenant des subsides non remboursables pour des mesures humanitaires d'urgence ainsi que des programmes de développement à long terme visant à stabiliser l'économie et la société dans les pays gravement touchés. La dette doit en parallèle être non seulement reportée mais aussi annulée – et les créanciers privés tels que les grandes banques suisses qui ont accordé des prêts aux pays du Sud doivent aussi être impliqués.
Davantage de marge de manœuvre financière pour le conseiller fédéral Cassis
Si le Conseil fédéral et le Parlement ont rapidement mis en place des mesures substantielles pour soutenir les PME et certains secteurs, les chômeurs partiels et les demandeurs d'emploi, l'aide internationale fait encore largement défaut. Le 15 septembre, le Parlement suisse débattra de la stratégie de coopération internationale pour les quatre années à venir. Le chef du DFAE, Ignazio Cassis, a besoin de davantage de moyens financiers pour faire face à la crise à long terme. C'est le bon moment pour investir dans la solidarité mondiale et les mesures d'urgence contre la pandémie, ainsi que dans la reconstruction durable et viable dans le Sud pendant et après le coronavirus.
Photo : Travailleur de terrain en Inde, Sager, 2018. Alexandra Wey/Caritas Suisse