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Trump dans la tourmente. L'inflation persiste. L'indépendance des banques centrales, un bien supérieur.
Les marchés se sont reconcentrés sur la politique intérieure des USA ces derniers jours, après des semaines troublantes en matière de politique étrangère. L'ancien directeur de campagne de Trump, Paul Manafort, a été jugé pour fraudes fiscale et bancaire; Michael Cohen, l'ancien avocat de Trump, a, quant à lui, plaidé coupable devant le FBI. Trump devrait être moins touché par la condamnation de Manafort, en l'absence d'un lien concret avec les élections présidentielles. En revanche, Cohen a été accusé, entre autres, d'une infraction directement liée aux élections. En effet, il aurait payé le silence de deux femmes pour des affaires antérieures présumées, ce qui équivaudrait à un financement illégal de campagne. Trump, plus tard le président élu, était le commanditaire de l'infraction. Or, ce dernier devrait mieux pouvoir s'en tirer que ne l'espèrent les démocrates actuellement, car toute destitution par le Congrès exige l'aval du Sénat et de la Chambre des représentants. L'ensemble de cette Chambre, et un tiers du Sénat, seront réélus en novembre, lors des élections de mi-mandat. Les Républicains devraient pouvoir conserver la majorité au moins dans le Sénat, et ainsi diminuer toute chance d'une destitution. Or, d'ici novembre, la politique repassera davantage au premier plan sur les marchés financiers. Dans sa politique étrangère, Trump voudra faire jouer ses muscles, soit entrer en confrontation, dans le pire des cas. Dans le meilleur, en revanche, cela pourrait aboutir à des «accords» visant à réduire les tarifs douaniers.
des indicateurs fiables sur le plan économique.
Les marchés devraient se préoccuper des problèmes juridiques de Trump au cours des prochains jours également. L'Allemagne et la Suisse annonceront des indicateurs fiables sur le plan économique. L'indice Ifo du climat des affaires témoigne du moteur de croissance en Europe qu'est l'Allemagne. Après une correction au premier semestre, l'indice s'est restabilisé quelque peu en juillet. L'intermezzo dans le conflit commercial avec l'UE après la réunion entre Trump et Juncker pourrait stabiliser davantage la situation. Le baromètre conjoncturel KOF suisse illustre l'état de santé de l'économie. Mais les conflits commerciaux et la résurgence d'un franc fort empêcheraient cependant que le baromètre augmente davantage.
L'accent en fin de semaine portera à nouveau sur les chiffres de l'inflation, et donc les perspectives de taux, et donnera une estimation quant à l'évolution des prix à la consommation dans la ZE. L'inflation devrait rester supérieure à l'objectif de 2% fixé par la Banque centrale européenne (BCE) (cf. graphique). Or, la BCE a déjà annoncé qu'elle augmentera à nouveau les taux au plus tôt après l'été 2019. La différence d'intérêt avec les Etats-Unis continuera donc à augmenter. Le procès-verbal de la réunion de la Fed en août suggère une nouvelle hausse des taux en septembre, soit le huitième du cycle actuel de hausse des taux qui a débuté en décembre 2015. On se rapproche donc de la zone, qui ne permet plus de décrire la politique US sur les taux comme clairement expansionniste.
La conférence annuelle des banquiers centraux débute aujourd'hui à Jackson Hole aux USA. La réunion s'accompagne de fausses notes venant de la politique et qui se sont faites entendre en amont. Ainsi, Donald Trump n'a pas manqué de lancer une attaque contre la Fed cette semaine, exprimant son désaccord avec une hausse continue des taux, malgré l'inflation à environ 3%, et d'une économie en plein essor, avec ce qui pourrait être caractérisé de plein emploi. Le Président US n'aime pas la force du dollar, celle-ci défavorisant généralement l'économie du secteur des exportations sur le marché international.
Que les hommes politiques essaient d'influencer les banquiers centraux, n'est un phénomène ni nouveau, ni singulier. Quant aux marchés, ils tablent sur le fait que de telles tentatives se révèlent inefficaces au sein des banques centrales. Les probabilités implicites sur les marchés à termes indiquent, dans le cas de la Fed par exemple, que les acteurs du marché présupposent, encore aujourd'hui, que la Fed maintiendra sa politique monétaire (cf. graphique), malgré l'opposition de Trump.
Attentes du marché envers taux directeur US (bande supérieure), réunions de la Fed jusqu'en fin d'année
Les représentants des banques centrales ont meilleur temps, en principe, de résister à toute tentative d'influence, afin de ne pas compromettre la crédibilité de leurs institutions. Car si la banque centrale était une branche de la politique, elle pourrait être obligée de stabiliser les prix à long terme (BCE), voire de faire perdurer la croissance économique à long terme (Fed), et, en même temps, utilisée, de manière abusive, à des fins électorales à court terme.
Les doutes quant à l'indépendance totale de la banque centrale ne peuvent toutefois pas être éliminés entièrement, soit, parce que ses membres les plus hauts placés font l'objet d'une procédure de sélection politique, soit parce qu'elle est en permanence accusée de financement public, comme dans le cas de la BCE.
avec une bonne dose de confiance en soi.
En Suisse, les dernières années ont révélé que, malgré les convoitises qu'elle ne cesse d'attiser, la BNS a réussi à prouver son indépendance, avec une bonne dose de confiance en soi. Depuis trois ans et demi déjà, elle maintient sa politique de taux d'intérêt négatifs, malgré les critiques sans relâche, en partie très nombreuses, de la part des épargnants. En même temps, elle ne cède pas à la demande précipitée d'intervenir massivement sur le marché des devises, afin d'affaiblir le franc, à l'image dans la phase actuelle d'appréciation du franc (cf. graphique).
EUR / CHF et dépôts à vue des banques nationales, en mia CHF
Les banques centrales, que ce soit la Fed, la BCE ou la BNS, restent exposées aux critiques de groupes d'intérêt, qui peuvent être justifiées en partie. Le malaise qu'une telle autorité puissante ne soit soumise à aucun contrôle démocratique est tout à fait compréhensible du point de vue politique. Or, l'indépendance des banques centrales est, selon nous, un bien supérieur, et doit être défendu à tout prix. L'Histoire a prouvé - à l'instar de l'impression massive d'argent par l'Allemagne en 1933, afin de financer l'armement en guise d'exemple particulièrement extrême - que les banques centrales peuvent entraîner des conséquences dévastatrices, si elles deviennent des instruments politiques.