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Au XVe siècle, la France et l’Angleterre revendiquent le trône de France. Croyant que Dieu l’avait choisie, la jeune Jeanne (Lise Leplat Prudhomme) dirige l’armée du roi de France. Lorsqu’elle est capturée, l’Église l’envoie en procès pour hérésie. Refusant d’accepter les accusations, la gracieuse Jeanne d’Arc restera fidèle à sa mission.
Critique
Sélectionné à Cannes cette année (Un certain regard), Jeanne est la suite de Jeannette (2017). Ainsi se trouve bouclée l’adaptation de la pièce de Charles Péguy « Jeanne d’Arc ». (...) Si Jeannette tirait du côté de la comédie musicale, celui-ci fait une large part à la psychologie et au dialogue même si les chansons composées par Christophe jouent un rôle important.
Ne pas s’attendre avec Bruno Dumont, cinéaste libre s’il en est, à une reconstitution dans la tradition du film historique. Il n’en a ni la volonté ni le budget. Aucun décor construit par exemple. Ainsi les tractations entre Jeanne et les seigneurs pour aller délivrer Paris se tiennent-elles au milieu de dunes sablonneuses, les protagonistes entrant et sortant des buissons environnants comme des coulisses d’une scène de théâtre. (...) Un anachronisme délibéré parmi d’autres, tel le choix des langues parlées : si les dialogues entre seigneurs et prélats sont dans une langue tenue propre à l’élite, c’est la langue des jeunes d’aujourd’hui qui est attribuée aux serruriers occupés à la fabrication des instruments de torture (...). Mais on avait compris très vite que le film serait brechtien. La seule dépense visible du film ce sont les armures et les costumes, mais, pour montrer Jeanne mettre son armée en ordre de bataille, Dumont a fait appel à la Garde Républicaine qui effectue une parade de chevaux de cirque longuement filmée depuis un drone...
(...) Première surprise, Jeanne est une enfant (Lise Leplat-Prudhomme a 10 ans) alors que la vraie Jeanne avait 19-20 ans. Et Bruno Dumont de faire remarquer, non sans raison qu’ « aucune actrice incarnant Jeanne d’Arc dans l’histoire du cinéma n’a eu l’âge exact de Jeanne, ses 19 ans à sa mort. Renée Falconnetti avait 35 ans, Ingrid Bergman 39 ans... ». Mais s’il a confié le rôle à Lise alors qu’il était prévu de le faire reprendre par l’actrice qui jouait Jeanne à 15 ans à la fin du premier volet, c’est que les essais ont montré « qu’elle avait mystérieusement quelque chose d’extraordinaire, une expression très unique de l’enfance et de l’innocence, comme le trait de ce qui en chacun de nous est intangible et permanent. » De fait la curiosité du spectateur tout au long du film est tenue en éveil par le mystère du respect manifesté par la plupart des seigneurs et prélats de tous bords qui connaissent la vie, la politique et les hommes envers cette enfant innocente fidèle à ses voix et très déterminée.
(..) Au spectateur de comprendre ce qui est la grande question posée par le procès, celle de la relation au divin hors l’Eglise, et les positions diverses de ses juges, depuis celles des collabos purs et durs des Anglais à celles qui laissent deviner un sentiment de culpabilité, les hypocrisies, les tentatives de manipulation et de chantage à l’égard de Jeanne. Tout cela éveille plein d’échos aujourd’hui. (...)
Christian Bernard, Scènes Magazine