Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07285.jsonl.gz/556

Cigarette électronique et industrie du tabac
Face à la montée en puissance des cigarettes électroniques et à la baisse des ventes de cigarettes classiques, les cigarettiers réagissent, soit en rachetant les fabricants de cigarettes électroniques, soit en proposant leurs proposes marques de e-cigarettes ou de nouveaux produits du tabac chauffés et non fumés - pour attirer les fumeurs qui souhaitent préserver leur santé- Avec un objectif: dominer le marché!
L'investissement dans les cigarettes électroniques
Les cigarettes électroniques représentent un chiffre d'affaire de 2’500 millions de dollars aux États-Unis (contre 100 milliards pour celui des cigarettes classiques). Et ce chiffre devrait encore s'accroître dans les années à venir. Le marché mondial des cigarettes électroniques estimé à 3 milliards de dollars aujourd'hui devrait atteindre 17 milliards de dollars en 2017. De nouveaux produits, dont les produits du tabac chauffés mais non fumés, vont bientôt compléter cette offre de produits vaporisant la nicotine sans combustion. D'aucuns prédisent même que la consommation de cigarettes électroniques sera supérieure à celle des cigarettes d'ici 10 ans. Les industriels du tabac, qui misent sur la formidable croissance de ce marché, et font face à la baisse de la vente de cigarettes combustibles, investissent donc. Les grands groupes rachètent des sociétés qui fabriquent des cigarettes électroniques et qui ont les plus grandes parts de marché. Ainsi, les trois plus grands producteurs de cigarettes aux États-Unis, RJ Reynolds (marques Camel et Winston), Lorillad et Philip Morris, ont racheté des sociétés produisant des cigarettes électroniques. Tout comme Imperial Tobacco qui a acquis en novembre 2013 Dragonite l'entreprise de l'inventeur de la cigarette électronique afin de disposer de ses brevets. Imperial Tobacco a également acquis Blu e-cigarettes en 2014. Les derniers en date? Philip Morris International qui a racheté l'entreprise britannique Nicocigs Ltd (un des leaders du marché anglais qui vend la marque Nicolite), Japan Tobacco qui a racheté Zandera Ltd, maison-mère de la marque E-lites, marque de cigarette électronique la plus vendue au Royaume-Uni. Le leader sur le marché de la e-cig pré-remplie est pour l'instant le groupe Imperial Tobacco qui <détient la marque Blu, représentant 45% du marché américain (les statistiques sur les marques rechargeables sont plus difficiles à obtenir).
Les fabricants de tabac créent aussi des filiales pour vendre leurs propres cigarettes électroniques (avec comme argument de vente le fait qu'ils les améliorent, en leur donnant un "meilleur goût" par exemple). Ainsi, la filiale de RJ Reynolds, RJ Reynolds Vapor Co, commercialise la cigarette électronique de marque Vuse et ITC, Imperial Tobacco la e-cigarette Puritane. Un des grands fabricants indiens de cigarettes commercialise lui deux cigarettes électroniques sous les marques Eon et Kwiknik. L'objectif avoué? Recruter de nouveaux consommateurs parmi les fumeurs soucieux de leur santé. Enfin, certains groupes proposent leur propre cigarette électronique et rachètent aussi des fabricants de cigarettes électroniques: ainsi, Altria a sa propre marque d'e-cigarette, Markten, et a racheté au début de l'année 2014 la marque Green Smoke.
Le marché des produits du tabac non fumés
En plus de racheter des entreprises de cigarettes électroniques et de recharges, l'industrie du tabac innove pour garder ses clients fumeurs dans son escarcelle. Les fabricants de tabac veulent proposer des produits du tabac chauffé mais non fumé pour que les fumeurs soucieux de leur santé puissent continuer à inhaler arômes et nicotine en évitant la combustion et sans adopter la cigarette électronique. Ces produits représentent une méthode de réduction des risques pour les fumeurs.
Japan Tobacco international a ainsi lancé une nouvelle forme de tabac chauffé vendu sous la marque Ploom®, entre cigarette traditionnelle et e-cigarette. Le Ploom® permet de chauffer du vrai tabac encapsulé, de l'eau et du propylène glycol à 180 degrés pour produire de la vapeur qui est ensuite inhalée. Philip Morris International (PMI) est en train de développer un portefeuille de produits à risque potentiellement réduit (principalement par l'élimination de la combustion du tabac: on parle de tabac chauffé, non brûlé- heat non burn-). Un de ceux-ci a pour nom iQos (prononcer aïkos): le dispositif comprend des sticks de tabac (de marque Marlboro) et une gaine électrique qui chauffe le tabac à une température bien inférieure à celle d'une cigarette classique. PMI prévoit de vendre 30 à 50 milliards de ces cigarettes "à risque réduit " (ils ont vendu en 2012 24 milliards de cigarettes classiques) pour un bénéfice estimé de 720 millions à 1, 2 milliards de dollars. Une autre approche consiste à utiliser une réaction physico-chimique pour vaporiser la nicotine (pyruvate de nicotine). Une autre technique encore consiste à chauffer le tabac au moyen d’un charbon ardent (sans électronique et sans bruler le tabac). PMI a investi 2 milliards de dollars dans le développement de ces nouveaux produits. Enfin, la société Nicoventures, propriété de British American Tobacco, développe un produit nommé Voke, qui vaporise la nicotine au moyen d’une technologie proche de celle utilisée pour les vaporisateurs pour l’asthme, utilisant un gaz propulseur.
L'industrie du tabac est donc en train de changer. Des analystes prévoient même que dans quelques années, certains groupes vendront plus de cigarettes électroniques que de cigarettes traditionnelles. Ainsi, une analyste de Wells Fargo Securities estime que le chiffre d'affaire des ventes de cigarettes électroniques chez RJ Reynolds sera supérieur à celui des ventes de cigarettes traditionnelles en 2021. Nul doute que les multinationales du tabac vont s'organiser pour avoir le monopole du marché des cigarettes électroniques et des produits du tabac à risque réduit, notamment en influençant la réglementation pour éliminer les petits concurrents, moins capables de survivre dans un marché réglementé.
Sources
Wells Fargo Securities
Auteur : Anne-Sophie Glover-Bondeau / août 2014