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Depuis la crise financière de 2008-2009, le modèle capitaliste est en crise. À cet effondrement s’est ajoutée la crise climatique. Depuis, l’économie mondiale est entrée dans une période de stagnation séculaire, les États se sont fortement endettés – malgré les programmes d’austérité – et la pensée économique orthodoxe est de plus en plus critiquée. Tour d’horizon des enjeux macro-économiques de cette remise en question.
Richesses inégalement réparties
Dans un ouvrage collectif, le prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz montre comment les injections massives de liquidités par les banques centrales n’ont pas profité à celles et ceux qui en avaient le plus besoin. L’écart entre le petit club des milliardaires et le reste de l’humanité ne cesse d’augmenter. Selon l’Organisation mondiale du travail (OIT), la productivité a triplé depuis 1999, alors que les salaires réels sont restés stables.
Cette inégalité de répartition des richesses s’illustre aussi par le ratio toujours plus grand entre les plus hauts et les plus bas salaires, qui est passé de 20/1 à 354/1 entre 1965 et 2012. Adepte du keynésianisme, Stiglitz conseille de stimuler la croissance et l’emploi par la demande (en augmentant le pouvoir d’achat des plus bas revenus). Il cite aussi une étude qui montre qu’en diminuant l’inégalité des richesses de 10%, on augmente la durée d’une période de croissance de 50%.
La redistribution des richesses est également au centre du modèle de l’économiste britannique Kate Raworth (Doughnut Economics) qui propose par exemple d’introduire un revenu universel de base. Cette idée est encore controversée. La pensée économique classique estime par exemple que c’est par la croissance que ces inégalités vont se résorber. Kate Raworth assure que «cela ne se vérifie pas dans la réalité.» Au contraire, plus une société est inégalitaire, plus elle souffre de problèmes sociaux: criminalité, drogue, obésité et casse sociale. À l’inverse, plus les richesses sont bien réparties, mieux la société se porte. Elle milite donc pour un modèle économique conçu dans son ADN pour redistribuer la richesse.
Le rôle de l’État revisité
Avec le recul, nous savons aujourd’hui que ce sont les banques centrales et les États qui ont sauvé l’économie mondiale. Cet interventionnisme était pourtant considéré comme une hérésie par la pensée économique traditionnelle. Le rôle des gouvernements semble aussi décisif dans les domaines de l’innovation et de la transformation digitale. La plupart des technologies utilisées dans un iPhone ont été inventées par des programmes spatiaux de la NASA, financés par de l’argent public. Les deux géants Apple et Tesla ont reçu des aides publiques à leur démarrage. Sans les infrastructures très coûteuses d’Internet, financées par l’État, les géants Microsoft et Google n’auraient jamais réussi.
Les capitaux privés sont bien sûr incontournables. Ils forment plus de 90% des actifs en circulation dans le monde. Mais les investisseurs privés (Venture Capitalisme) attendent que les bénéfices soient assurés avant de monter à bord. C’est donc aux États de prendre les premiers risques et d’orienter une économie dans la bonne direction. En Allemagne par exemple, l’État a investi massivement dans la production de panneaux solaires. Les prix ont ensuite chuté de 90% plus la demande d’acteurs privés augmentait. La transition écologique de nos économies se fera donc avec l’impulsion des gouvernements.
Décarboner l’économie jusqu’en 2050
La décarbonation de l’économie est un autre enjeu central. Le capitalisme moderne s’est construit sur les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz – qui représentent encore 80% de nos énergies). Ces énergies sont responsables de l’augmentation de la température de 1°C depuis l’industrialisation et cette augmentation va se poursuivre de 1°C au minimum, s’accorde la communauté scientifique. Mais limiter le réchauffement climatique ne suffira pas. Il faudra entrer dans l’ère de la régénération: une économie qui réutilise ses matériaux et qui redonne vie à l’environnement. Cela passera notamment par l’Open Source (accès libre aux procédés de fabrication et aux matériaux utilisés) et par des acteurs économiques interdépendants (permettre à l’un de régénérer les matériaux de l’autre).
Le modèle économique proposé par Kate Raworth (en forme de beignet – voir le graphique ci-contre) permet de visualiser les limites climatiques de la croissance économique à l’extérieur du beignet (réchauffements, eau, pesticides)et ses limites sociales à l’intérieur (inégalité de répartition des richesses, pauvreté, inégalité des chances). Ce modèle circulaire permet aussi de rompre avec le modèle linéaire de 3% de croissance de PIB par année.
Sortir de notre dépendance à la croissance
Inventé durant les années 1930 par l’économiste américain Simon Kuznets, le modèle du PIB (produit intérieur brut) atteint son apogée durant les années 1960 quand le candidat Kennedy promet 5% de croissance du PIB s’il est élu. Mais cette croissance commence déjà à être critiquée dès les années 1970, notamment par l’écologiste américaine Donella Meadows. Une des alternatives proposées est une croissance en forme d’arbre: une période de croissance puis de maturité, avec une récolte des fruits une fois par année.
D’autres ajustements qui devraient nous sevrer de cette addiction à la croissance est de rompre avec la tyrannie du reporting et des bilans trimestriels. Les experts conseillent plus de transparence sur les intentions à long terme des entreprises et d’adapter les plans de rémunérations à cette performance à long terme. Le paiement de primes sous forme de stock-options est critiqué. Cette manière de rémunérer les dirigeants récompense la performance boursière et non la contribution effective de ces dirigeants.
Soigner la nature humaine
Kate Raworth conseille aussi de ne pas limiter notre perception de l’être humain à un homo economicus (qui veut uniquement maximiser son profit). Nous sommes aussi des animaux sociaux. Nous avons besoin des autres, nous vivons même pour les autres. Dans un livre publié en 2020, le DRH américain Steve Browne estime que le rôle principal du RH est de servir les gens avec intention. En clair, cela vaut la peine de discuter avec tous les collaborateurs d’une organisation. «Prenez le temps d’aller vers eux, de les écouter, d’apprendre à les connaître. Si vous vous préoccupez sincèrement des hommes et des femmes d’une organisation, votre métier de RH vous passionnera jusqu’au bout», écrit-il.
Personnes plutôt que process
Steve Browne conseille aussi aux RH d’être «consistants plutôt que justes». Chaque personne est différente et la réaction des uns et des autres à une décision sera forcément différente, écrit-il. C’est donc impossible de fixer des règles et de traiter l’ensemble du personnel de manière équitable. Les règles et les processus sont nécessaires, ils donnent un cadre, mais il conseille de laisser une marge de manœuvre, «pour être créatif, pour explorer d’autres manières de faire». À choisir, il opte pour les personnes plutôt que les process.
La culture est l’affaire des RH
Le levier principal pour transformer une organisation est la culture d’entreprise. Elle est la raison pour laquelle les gens restent ou partent. Si le manager est mauvais, c’est la culture qui tolère son comportement. Si la paie ne convient pas, c’est une affaire de culture. Tout est lié à la culture d’entreprise. Une culture est toujours unique et il existe plusieurs cultures dans une organisation. La culture est l’affaire des RH, pas des CEO.