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En publiant ce recueil, le Conseil de la presse rend une nouvelle fois compte de ses considérations et constatations. Il ne publie pas tous les cas qui lui ont été soumis, car certains d'entre eux ont été liquidés par un simple commentaire écrit et informel, ou alors il n'est même pas entré en matière sur certains autres. Les cas publiés dans ce recueil répondent au contraire à des questions de principe. Ils sont à même d'éclairer les réflexions relatives à l'éthique des médias. De mon point de vue, ils méritent que le public en prenne connaissance et en discute. |
Car si les médias revendiquent une fonction de critique et de contrôle, s'ils rendent encore et toujours publics - et à raison - les défauts du système politique et économique, ils doivent également accepter une critique relative à leur propre activité et rendre compte des défauts du système des médias. Une attitude différente laisserait conclure à de l'arrogance et à de la pleurnicherie.
Ce sont exactement ces éléments que les trois constatations suivantes semblent dénoter:
1. Le Conseil de la presse reçoit plus de plaintes que jamais. Elles sont dirigées de plus en plus souvent contre des médias hebdomadaires qui sont moins liés à l'actualité et à des sujets imposés et qui, à leur place, procèdent à des investigations très poussées. La notabilité des recourantes et recourants augmente également: Département militaire fédéral, Société des coopératives Migros, Conseiller aux Etats Cottier, Conseiller national Blocher, ancienne Conseillère communale Giger, banques, autorités d'instruction cantonales. Le Conseil fédéral en personne s'est même adressé au Conseil de la presse.
2. Le Conseil de la presse a traité de quelques thèmes fondamentaux, comme le comportement lors d'interviews convenues d'avance, les conditions de travail des photographes de presse, la combinaison d'activités politiques et de journalisme ou encore les limites éthiques de la satire. De nombreux rédacteurs en chef ont contribué à la recherche et à la finalisation de la décision concernant la séparation entre journalisme et politique. Concernant la satire, ce sont plusieurs spécialistes de la satire, philosophes et professeurs de littérature qui ont apporté leur contribution. Les prises de position fixent de nombreux garde-fous aux journalistes. Sitôt rendues, elles ont été publiées et largement diffusées.
3. A l'exception de la thématique de l'interview (cas Cottier/„Facts"), qui a été traitée lors de la conférence de presse annuelle 1996, les prises de position n'ont rencontré pratiquement aucun écho médiatique. Cela signifie que les médias se moquent de thèmes les concernant, que les journalistes ne veulent même pas savoir quelles sont les conclusions de l'organe d'auto contrôle de leur branche. Ils ne sont visiblement pas intéressés au développement futur de la compréhension de leur propre profession et de leurs méthodes.
Cet état de fait m'enrage. Il m'enrage plus qu'une contradiction. Car toute contradiction est bienvenue. Le Conseil de la presse n'est pas une instance qui proclame ex cathedra les dernières vérités. Nous voulons lancer le débat, inciter à réfléchir. Nous voulons rendre possibles des réflexions relatives à l'éthique des médias au sein même des rédactions. Et nous voulons faciliter le travail des personnes actives dans le domaine des médias en leur offrant notre aide. Ceci présuppose toutefois que nos considérations et constatations soient connues. C'est là que résiderait la responsabilité des éditeurs, des directeurs de programme, des rédacteurs en chef et des journalistes des médias.
Pour la première fois en 1996, une décision du Conseil de la presse a été attaquée en justice (cas „I Serbi", no 3/95). ? À ce stade de la procédure, le Conseil de la presse a obtenu gain de cause devant les instances judiciaires; mais cette affaire n'est pas près d'être tranchée. Ceci montre que les personnes concernées prennent au sérieux les décisions du Conseil de la presse. Toutefois, une dispute devant le microphone de la radio ou dans les colonnes de la presse me plairait bien mieux qu'une confrontation sous les augures de la justice. Le double jubilé que nous célébrons en 1997 - les 25 ans de la „Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste" et les 20 ans du Conseil de la presse - nous donne la possibilité de faire une pause et de dresser un bilan: l'instrument Conseil de la presse est-il inutile? Ou l'investissement qu'il représente en vaut-il malgré tout la peine? Roger Blum, président du Conseil de la presse