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Les Rogations
Les jours des Rogations sont, dans le calendrier liturgique, les trois jours précédant immédiatement le jeudi de l'Ascension, c'est-à-dire les 37ème, 38ème et 39ème jours après Pâques.
Les Rogations consistent à l'origine en des rituels (chants religieux, prières d'intercession, processions) visant à conjurer le sort, et à favoriser la prospérité des moissons. Analogues aux anciens rituels printaniers de fécondité adressés aux dieux du feu et aux déesses de la fertilité, et ayant lieu dans diverses sociétés de subsistance de par le monde, ces pratiques consistent à implorer la pluie, le mûrissement et la moisson des grains, ou la protection contre des maladies des céréales qui provoquent depuis l'époque néolithique de grands dégâts sur les plantes cultivées.
Au Moyen-Âge, les aléas climatiques et les attaques de ravageurs de plantes favorisent cette pratique religieuse issue de la christianisation de la fête religieuse romaine des Robigalia, et qui perdure dans les campagnes jusqu'à la seconde moitié du XXème siècle.
Le terme rogation, en latin rogatio, signifiait originellement "demande" et a pris le sens de "prière, supplique" en bas latin, et de "prière accompagnée de processions" en latin ecclésiastique. De nos jours, les différentes processions ont disparu, sauf celle de la Fête-Dieu.
Assemblée primaire des bourgeois qui a lieu le dernier samedi de janvier, les Rogations ont trois fonctions essentielles:
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rendre compte de l'administration annuelle
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accueillir les "entrages"
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conforter le sens corporatif de la bourgeoisie
Le boulanger, le caviste, le clavandier, l'enchérisseur, le porte-drapeau sont encore, à ce jour, les fidèles serviteurs de la Bourgeoisie durant cette journée. Les jeunes bourgeois entrant dans leur 19ème année, ainsi que des entrées tardives ou autres demandes d'agrégation, font officiellement leur entrage. Ils se présentent spontanément à l'assemblée afin de reconnaître la Bourgeoisie. Ils restent tout au long de la journée à une table séparée, aux ordres du boulanger (service à table, vaisselle et rangement de la salle en la fin de journée). L'année suivante, ils pourront s'assoir à la table des bourgeois actifs.
Le vin du Glacier
Une curiosité valaisanne qui remonte loin dans le temps. Les propriétaires de la région de Sierre et du val d'Anniviers cultivent la rèze, cépage blanc autochtone, dont on fait cuver les raisins. Le vin est ensuite transporté dans des fûts de mélèze en altitude, jusqu'à St-Jean. Dans des caves au pied du glacier, le vin y acquiert au bout de quelques années un cachet, un bouquet et un arôme délicieux. C'est alors seulement qu'on lui décerne le nom de "glacier". La quantité soutirée est immédiatement remplacée, et d'année en année, on rajoute le vin de la dernière récolte. D'innombrables millésimes y cohabitent, le dernier venant se superposer aux précédents. Voilà pourquoi la source est intarissable, un immortel de la vigne en quelque sorte.
Le Glacier peut également être issu de malvoisie ou d'ermitage.
Ce vin des bourgeoisies a toujours conservé un usage social; on le sert lors des assemblées, aux hôtes de marque, aux personnalités politiques, religieuses, militaires, etc. Sa saveur un peu sauvage correspondant bien au tempérament des gens de là-haut.
Les channes
Les channes font partie de la vaisselle usuelle du Valais et ceci dès avant le XVème siècle jusqu’au XVIIème. On trouve également cet ustensile en Allemagne, en Italie et en France à la même époque. Le matériau utilisé pour sa fabrication est tiré d’une roche stannifère. Très malléable et inaltérable à l’air, il se présente comme un métal gris et porte le nom d’étain. Il ne se travaille par pur, mais sous la forme d’un alliage comprenant du cuivre et de l’antimoine en faible quantité. Malgré ces composants qui augmentent sa dureté, l’étain reste une matière qui se cabosse aisément.
L’étain est connu et employé depuis l’Antiquité où il portait le nom de stannum ou stagnum. Au Moyen Age, son usage se répand, et les artisans potiers s’en servent pour réaliser de la vaisselle de table, des instruments médicaux et des bocaux de pharmacie. Du XVème jusqu’au XVIIème, il demeure une substance en vogue. Dans la moitié du XVIIème, il se met à décliner à cause du développement de l’industrie de la faïence
Les channes présentent des tailles et des contenances diverses. Au sommet, le poucier (levier pour le pouce) est orné en général de deux glands, de deux grenades ou deux de têtes de bélier. Dans de rares cas, il est surmonté d’une tête de loup. Actuellement on les trouve souvent sous la forme de séries de 13 pièces qui rappellent l’époque où le Valais était partagé en 13 dizains.
Autrefois, le pichet à vin constituait une pièce coûteuse du mobilier et était fabriqué par des artisans de la région, mais également de Genève et de l’Italie voisine. Cette tradition a perduré puisque la famille Della Bianca de Viège continue de travailler l’étain et s’est transmis le savoir-faire de ses ancêtres venus du Val d’Ossola en 1796.
La première trace écrite relatant l’existence d’une channe en Valais date de 1467. En effet, à cette date, l’inventaire des biens d’un homme de Bramois, exécuté pour sorcellerie, comprend entre autres objets : "une channe carrée contenant un quarteron, une autre channe contenant un demi-pot". Bien que de nombreux indices permettent de supposer l’existence de pichets en Valais avant la Renaissance, peu de vieux pichets ont été retrouvés. Une channe de Chandolin forgée en 1631 semble l’exemplaire le plus ancien répertorié dans le canton.
Dès le XVIIIème siècle, la fonction de la channe change. Elle devient trophée, distinction et récompense. Elle symbolise aussi une certaine aisance matérielle, puisqu’une règle faisait loi aux notables d’en offrir une à la Bourgeoisie du village. Le don d’un pichet à vin permettait aussi à celui qui l’offrait de prendre place à la "grande table". Cependant, cet impôt en nature ne se réglait pas toujours en temps voulu. Les compte-rendus des audiences des municipalités contiennent un certain nombre de rappels à l’ordre en ce qui concerne la remise des channes. Ainsi, en 1917, une bourgade du Valais central s’impatiente et communique que: "les magistrats et divers titulaires qui n’ont pas encore fait à la bourgeoisie l’offrande de la channe traditionnelle sont gracieusement invités à ne pas attendre des jours meilleurs".
De nos jours, un Musée des Etains comprenant une importante collection de channes valaisannes rassemblées par Gaspard-André Caloz peut se visiter. Il se situe dans le bâtiment de l’Hôtel de Ville de Sierre et dépend de l’administration communale qui l’ouvre sur demande.