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Néophytes : les nouveaux venus dans nos jardins
Les néophytes sont des plantes exotiques qui se sont acclimatées dans nos contrées. Il arrive que certaines espèces envahissantes prolifèrent avec une telle force qu'elles supplantent la flore indigène et nuisent à la santé humaine et animale.
De nombreux néophytes s'intègrent sans mal dans notre flore indigène, quitte à disparaître à nouveau sans intervention aucune. La majorité des espèces non indigènes ont été récoltées aux quatre coins du globe dans le but d'être cultivées chez nous comme plantes d'ornement dans des espaces verts aménagés ou dans des jardins botaniques. Les autres se sont retrouvées chez nous à notre insu, par le biais des transports longues distances et du commerce international.
Pas d'ennemis naturels
On recense en Suisse quelque 550 espèces de plantes non indigènes. Celles qui posent le plus de problèmes se divisent en trois catégories:
- L'ordonnance sur la dissémination promulguée par la Confédération proscrit la culture et le commerce de 16 néophytes.
- 24 plantes néophytes sont envahissantes. Plus précisément, en l'absence d'ennemis naturels, elles se multiplient fortement par drageonnement ou par des semences dans des emplacements favorables et disputent l'espace aux plantes indigènes. Les plantes néophytes sont sur une liste noire car comme elles nuisent à la biodiversité, à la santé et à l'économie, leur prolifération doit être jugulée.
- 20 néophytes figurent dans ce qu'on appelle la liste d'observation. En ce qui les concerne, il convient d'en surveiller le peuplement et, le cas échéant, de les endiguer.
Les prolifiques
En voici quelques exemples : la verge d'or américaine (solidago gigantea) et la verge d'or canadienne (s. canadensis) sont des pionnières qui ont une faculté d'adaptation extraordinaire. Elles ont une prédilection pour les surfaces rudérales sans végétation, les chantiers ou friches industrielles par exemple, où elles s'opposent à la germination d'autres espèces de plantes en les privant de lumière ou en concurrençant l'enracinement.
La renouée du Japon (fallopia japonica) compte parmi les plantes les plus préoccupantes en Suisse. Elle forme rapidement d'importantes populations contre lesquelles il n'existe pratiquement que l'arme chimique pour les combattre. Ses stolons souterrains peuvent atteindre une longueur de 20 m. Il suffit déjà d'un fragment de rhizome pour constituer un nouveau peuplement. Dite aussi impatiente glanduleuse (impatiens glandulifera), elle prolifère sur les berges et dans les forêts alluviales. Chaque individu produit plus de 4000 graines. Une fois mûrs, les fruits éclatent au moindre contact et éjectent les graines jusqu'à 7 m.
Parmi les néophytes, il en existe aussi qui représentent un danger pour notre santé, comme la berce géante (heracleum mantegazzianum) ou l'ambroisie (ambrosia artemisiifolia). Lorsqu'on la touche, la berce secrète de la sève qui provoque des brûlures au soleil. Quant à l'ambroisie, son importante production de pollen peut déclencher des allergies.
Les néophytes suisses
On peut toutefois avoir aussi des plantes originaires de Suisse qui développent un comportement invasif dans d'autres pays. C'est ainsi que la salicaire (lythrum salicaria), très populaire dans nos contrées, cause bien des soucis aux Etats-Unis et en Australie, où elle se propage massivement dans les zones humides, avec pour conséquence d'importantes pertes de rendement dans l'agriculture. La lutte contre la salicaire génère des coûts considérables. Dans plus de 20 pays, le millepertuis véritable (hypericum perforatum) est lui aussi envahissant parce qu'il se répand au détriment de la végétation indigène. Chez nous par contre, le millepertuis est une plante prisée pour son action médicinale.
Revue «Schweizer Garten» (Erwin Jörg, Josef Kleinhenz, Kaspar Heissel, Livia Hofer) Imprimer l'article