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La double crise du coronavirus et du climat aggrave la situation alimentaire dans de nombreux pays en développement. La faim progresse sur la planète. De même, le nombre de personnes « extrêmement pauvres » vivant avec moins de 2 francs par jour dans le monde menace d'augmenter de centaines de millions. Une raison de plus d'investir résolument dans la solidarité internationale, ainsi que dans un développement et une aide d'urgence efficaces à long terme.
Le coronavirus continue de se propager dans l’hémisphère sud, avec des conséquences dévastatrices : les services de santé sont dépassés en bien des endroits. Le médecin le plus proche est souvent (trop) éloigné. Les médicaments, le personnel médical qualifié et les traitements appropriés font défaut. Dans le même temps, l'économie s'effondre, ce qui fait perdre à de nombreuses personnes leurs opportunités de revenus et leurs perspectives d'avenir.
La faim et l'extrême pauvreté vont augmenter de façon spectaculaire dans le monde dans le sillage de la crise du coronavirus. La Banque mondiale parle de 100 millions de personnes qui sombrent dans l'extrême pauvreté à cause de la pandémie. L’ONU estime même que, dans le pire des scénarios, il pourrait s’agir de près de 400 millions d’individus. Cela porterait à plus d'un milliard le nombre de personnes vivant avec moins de 2 francs par jour sur la planète. La crise du coronavirus menace de réduire à néant deux décennies de progrès réalisés à l'échelle mondiale dans la lutte contre la pauvreté.
Pauvreté, conflits violents et changement climatique
La situation alimentaire s'était déjà détériorée avant la crise du coronavirus : après des années de recul, la faim a regagné du terrain depuis 2014. Selon l'ONU, au moins 690 millions de personnes sont actuellement sous-alimentées. Près de 150 millions d'enfants présentent un retard de croissance, ce qui exerce une influence négative sur leur développement et leur capacité d'apprentissage. En raison du manque de vitamines et de minéraux essentiels, deux milliards de personnes, soit une sur quatre sur la planète, souffrent de « faim cachée ». Les prévisions pour les pays d'Amérique latine et d'Afrique subsaharienne surtout n’incitent guère à l’optimisme : la situation alimentaire risque d’y prendre des proportions plus dramatiques encore.
Les Nations Unies attribuent l'augmentation de la faim à la pauvreté et aux inégalités toujours criantes sur la planète, à la situation d'insécurité dans les régions touchées par des conflits et, toujours davantage, à l’avancée du changement climatique : les chocs liés au climat sont déjà l'une des causes majeures des crises alimentaires aiguës pour les Nations Unies. Depuis le début des années 1990, les catastrophes induites par des événements climatiques extrêmes comme les sécheresses et les inondations ont doublé. Les paysans sont particulièrement affectés : les effets dévastateurs du changement climatique détruisent leurs récoltes et leur cheptel, leurs maisons et leurs exploitations et donc, directement, leurs moyens de subsistance.
Il faut empêcher que la crise climatique ne provoque une terrible famine
Face à la double crise du coronavirus et du climat dans l’hémisphère sud, la Suisse doit agir de façon résolue et solidaire : affamées en raison de la pandémie, les personnes vivant dans les zones rurales, dans des régions en conflit et des camps de réfugiés doivent recevoir une aide humanitaire d'urgence plus substantielle. En parallèle, il conviendrait d’intensifier la coopération au développement afin d'améliorer la sécurité alimentaire et la garantie des revenus des personnes pauvres et vulnérables. Par exemple, en soutenant une agriculture durable et agro-écologique, résiliente et respectueuse du climat, orientée vers une alimentation saine et suffisante. Chez nous, des mesures climatiques ambitieuses sont nécessaires sans délai pour lutter contre le réchauffement progressif de la planète dont souffrent particulièrement les populations les plus pauvres du Sud.
Malheureusement, plusieurs décisions prises par le Parlement lors de la session d'été en juin dernier ne donnent guère de raisons d'espérer. Le Conseil national est certes devenu globalement un peu plus écologique et social lors des « élections climatiques » de l'automne 2019. Mais sur les questions internationales, les parlementaires de droite pèsent toujours de tout leur poids. On s’en est notamment aperçu lorsque le Conseil national a débattu pour la première fois de la coopération internationale (CI) de la Suisse pour les années 2021 à 2024. Le Conseil national a suivi la proposition du Conseil fédéral sur la question des montants consacrés à la CI au cours des quatre prochaines années. Et ce, même si sa Commission de politique extérieure avait recommandé d’intensifier les ressources affectées à la CI. La décision du Conseil national fait que l’aide publique au développement n'atteindra même pas 0,5 % du revenu national brut (RNB) de la Suisse. Or la valeur visée par l'ONU, et que notre pays approuve fondamentalement, est de 0,7 % du RNB.
La balle est désormais dans le camp du Conseil des États. Lors de la prochaine session d'automne, il devrait absolument préconiser une hausse des fonds destinés à la CI. Les conséquences sanitaires, économiques, sociales et humanitaires dévastatrices de la pandémie de Covid-19 donnent désormais une raison supplémentaire majeure de renforcer la solidarité internationale, la coopération au développement durable et l'aide humanitaire d'urgence.
Photo : Somaliland, Sahil. Le centre de stabilisation de Berbera. (c) Fabian Biasio/Caritas Suisse
L'engagement de Caritas - Coronavirus : notre solidarité avec les pays pauvres est nécessaire