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Du 27 octobre au 5 novembre 2023, le Grand Théâtre présentera pour la première fois à Genève María de Buenos Aires d’Ástor Piazzola.
Créé à la Sala Planeta de Buenos Aires le 8 mai 1968, l’opéra-tango María de Buenos Aires comprend deux parties et seize tableaux. Il a été composé par Ástor Piazzolla pour son quintette de l’époque sur un livret du poète uruguayen Horacio Ferrer.
María de Buenos Aires est une opérette énigmatique, surréaliste, empreinte de symbolisme et ouverte à de multiples interprétations. C’est également une histoire captivante, épique et poétique sur la naissance, la mort et la résurrection de María de Buenos Aires, personnage incarnant le tango, lui-même représentatif de la ville.
Le titre de l’œuvre évoque le nom donné à la capitale argentine, Santa María de los Buenos Ayres, lors de sa refondation en 1580, suite à sa destruction. Comme Buenos Aires, María renaît de ses cendres malgré les tentatives de la détruire. De nombreux éléments du livret suggèrent des parallèles entre le personnage de María et la mère de Jésus (ou Jésus lui-même).
María de Buenos Aires : Une œuvre controversée
Bien que ces dernières années, il y ait eu de plus en plus de productions, certaines sous forme de concert et certaines incluant de la danse, María de Buenos Aires a été peu mise en scène après sa création. Incomprise tant par les amateurs d’opéra classique que par les tangueros traditionnalistes, l’œuvre essuya un vaste échec commercial à sa sortie, la majorité des tangueros considérant qu’Astor Piazzolla était allé trop loin dans son exploration du tango. Par ailleurs, les connotations surréalistes du livret furent vivement rejetées par la critique, tandis que les allusions à l’église catholique provoquèrent la controverse.

« Je suis très connu comme musicien, comme compositeur, mais je ne suis pas connu comme compositeur d’opéra… Je ne suis pas Puccini, je ne suis pas Mozart ou Verdi, ni Alban Berg, je suis Astor Piazzolla. Ma musique représente la cité de Buenos Aires. », déclarait Piazzolla en 1987.
María de Buenos Aires constitue non seulement le premier opéra-tango de l’histoire (et le seul composé par Piazzolla), mais il reflète les différends et les disputes entre avant-garde et tradition qui secouaient alors le monde du tango. Bien que cette œuvre ait vu le jour à une époque où l’expérimentation et l’innovation avant-gardistes influençaient le panorama artistique de Buenos Aires, les défenseurs du tango en tant que musique emblématique de la ville souhaitaient préserver certaines traditions que ce genre gardait jalousement et s’opposaient farouchement à l’incorporation de nouvelles influences.
María de Buenos Aires trace le portrait de la capitale argentine à la fin des années soixante, à une période de grands bouleversements dans la société argentine et au niveau mondial. A une époque où les œuvres conceptuelles et les opéras rock faisaient irruption, Piazzolla et Ferrer apportèrent leur contribution au genre théâtral-musical en reprenant des éléments de la musique urbaine, de l’opéra, de la musique contemporaine et de l’oratorio, créant leur propre langage pour une œuvre qui allait devenir fondatrice dans son genre.
Après Einstein on the Beach de Philip Glass en 2019, le Grand Théâtre accueillera à nouveau la Compagnia Finzi Pasca qui, avec la scénographie de l’Uruguayen Hugo Gargiulo, nous fera voyager au cœur d’une Buenos Aires mise en mouvement par des acrobates, des danseurs et des funambules. Peut-être pour préserver le côté controversé de l’œuvre, tous les rôles solistes seront interprétés par des femmes.
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Photo credit : https://www.gtg.ch/