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Le concert
Un certain mythe entoure les œuvres inachevées, à l’instar du Requiem de Mozart dont le manuscrit s’arrête brutalement après les huit premières mesures du « Lacrimosa ». Rien de tel pour que l’imagination s’emballe : on voit le compositeur de génie puiser dans ses dernières forces pour coucher sur papier la musique qui est en lui, jusqu’à ce que la mort l’emporte, la plume encore en main…
Pourtant, bien d’autres raisons, parfois obscures, peuvent mener un compositeur à ne pas terminer sa partition. C’est le cas de la Symphonie inachevée de Franz Schubert que nous vous jouons ce soir. Schubert écrivit les deux premiers mouvements ainsi qu’une ébauche du troisième en 1822, soit six ans avant que la mort ne l’emporte à l’âge de 31 ans. Pourquoi n’a-t-il pas poursuivi la composition de cette symphonie
qui devrait comporter quatre mouvements ? Parmi les hypothèses avancées, mentionnons la maladie (Schubert était alors gravement atteint de la syphilis) ou la commande d’une composition pour piano par un virtuose viennois, offre bien plus lucrative pour laquelle Schubert délaissa sa symphonie (et qu’il honora avec sa fameuse fantaisie « Wanderer »).
Dans tous les cas, cet abandon ne semble pas dû à un défaut de qualité de l’œuvre : Schubert n’a pas jeté son manuscrit au feu, mais en a fait cadeau à un ami de longue date qui était alors directeur de la Société de musique de Graz, garantissant par ce geste le passage de l’œuvre inachevée à la postérité. Et la musique parle d’elle-même : les deux mouvements sont parfaitement aboutis et font de cette symphonie l’une des plus connues du compositeur.
Autre partition inachevée, la Symphonie n°3 d’Alexandre Borodine est la dernière symphonie à laquelle s’attaque le compositeur russe en 1886. Sa mort en février de l’année suivante l’empêchera de mener à bien l’écriture de cette œuvre pourtant déjà aboutie dans sa tête, comme en attestent des témoignages de Borodine jouant au piano sa symphonie à un cercle d’amis.
On doit l’existence de cette partition à Alexandre Glazounov qui entreprit de reconstituer le premier mouvement d’après les esquisses laissées par Borodine, s’efforçant de rester dans le style musical indéniablement russe de son ami. Le deuxième mouvement, un scherzo endiablé au rythme irrégulier de 5/8, aurait dû occuper la troisième place de la symphonie. Borodine avait prévu de reprendre pour ce mouvement une pièce écrite plusieurs années auparavant pour quatuor à cordes. Le travail de Glazounov consista donc à orchestrer cette partition pour lui donner les dimensions propres à un effectif symphonique.
Il en résulte une symphonie « patchwork », certes difficilement attribuable uniquement à son auteur nominal, mais qui représente un opus important dans l’œuvre mince de Borodine qui, chimiste de profession, ne pouvait s’adonner à la composition qu’à ses heures perdues.
Quant à Blumine de Gustav Mahler, il s’agit d’un cas à part dans la série des « inachevés ». Ici, Mahler a bel et bien écrit une suite à la partition, mais a exclu en 1896 ce morceau de l’œuvre en cinq mouvements dont Blumine occupait la deuxième place pour en faire sa Première Symphonie.
Notre orchestre ayant joué en juin dernier cette Première Symphonie dans sa forme « achevée », c’est-à-dire définitivement voulue par le compositeur sans Blumine, il nous a semblé un beau clin d’œil d’inclure dans notre « Concert sans fin » ce magnifique moment musical, jamais publié du vivant de Mahler et resté des décennies dans l’ombre d’un carton d’archives jusqu’à sa redécouverte en 1966.
Date
24 février 2018, 20h00
Point favre
Avenue F.-A. Grison 6
1225 Chêne-Bourg
Entrée libre
Concert offert par les communes
de Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg et Thônex