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Indépendance ou Empire Européen (Le Non Irlandais à Nice)
L’alliance irlandaise pour la paix et la neutralité (PANA, Peace and Neutrality Alliance) fut fondée dans le but de promouvoir l’idée d’une politique extérieure irlandaise indépendante. L’alliance préconise le maintien de la neutralité de l’Irlande ainsi que la sauvegarde de la sécurité de l’Irlande dans le cadre de l’organisation des Nations Unis réformée et dans le cadre de l’OSCE. L’alliance est donc de l’avis que l’Union Européenne devrait être une association d’états souverains et démocratiques sans vocation militaire. La classe dirigeante irlandaise tente de son côté d’abandonner la politique extérieure irlandaise indépendante. Elle souhaite également abandonner le principe de neutralité irlandaise et elle poursuit une politique de sécurité qui favorise la transformation de l’UE en superpuissance européenne dotée d’un armement nucléaire. Cette nouvelle superpuissance sera un allié docile des Etats Unis, mais en fait, certains milieux de la droite irlandaise craignent que les « Européeens » pourraient faire preuve de « trop d’indépendance ». La classe politique en Irlande voudrait mettre fin à la participation de l’armée irlandaise aux actions de maintien de la paix des Nations Unis et transformer son armée en régiment de la force d’intervention rapide au sein de la future armée européenne.
par Roger Cole, Peace and Neutrality Alliance of Ireland
Le référendum irlandais sur le traité de Nice
Les résultats de plusieurs référendums qui ont précédé le « référendum de Nice » ont montré qu’un nombre croissant d’Irlandaises et d’Irlandais s’opposent au projet de militarisation de l’UE et à la construction d’une superpuissance européenne. En effet, le nombre de votants qui se prononcent contre la transformation progressive du marché commun des années 1970 en superpuissance impériale n’a cessé de croitre. Plus de 38% du peuple irlandais ont voté contre le traité d’Amsterdam. Un sondage de 1999 a révélé que 58% des Irlandais sont contre la création d’une armée européenne. L’alliance PANA a donc conclu, l’année dernière, qu’elle pourrait s’opposer avec succès au traité de Nizza.
Nous étions également encouragés par le fait que le peuple danois avait désavoué sa propre classe politique lors de la votation sur l’Euro. Bien que la question monétaire fût officiellement l’objet du référendum, la campagne avant la votation avait été centrée principalement sur le thème « démocratie » contre « superpuissance impériale ». En Irlande, le traité de Nice a fourni l’occasion d’affirmer leur opinion aux Irlandais qui souhaitent le maintien de l’indépendance et de la neutralité. L’élite politique a redouté l’échec dès le début de la campagne. Ainsi, elle a farouchement combattu l’idée d’un référendum sur la participation irlandaise dans le « Partenariat pour la Paix » de l’OTAN, qui, en réalité, sert de camp d’entraînement pour une future adhésion à l’OTAN. Il n’y a pas eu de référendum sur cette question, bien que M. Ahern, devant le Parlement, admît que la procédure consistant à rejoindre le « Partenariat » sans votation préalable était « fondamentalement antidémocratique ».
Le traité de Nice
Les élites européennes ont négocié le traité de Nice dans des tractations quasiment secrètes qui ont été bouclées en décembre 2000. Le gouvernement irlandais était de l’avis que ce traité ne nécessiterait pas de référendum, mais par la suite, il a été désavoué par la Cour Constitutionnelle irlandaise. La Cour a statué que la souveraineté revient au peuple et non à la classe politique, et que par conséquent, il n’était pas possible de déléguer la compétence de prendre certaines décisions aux instances bruxelloises sans consultation préalable par votation populaire. Le traité de Nice préconise en effet un transfer de compétences du peuple irlandais et de ses représentants élus au Conseil des Ministres, puisqu’il est prévu de limiter de façon importante les domaines soumis au véto des états membres. En même temps, il est prévu d’augmenter l’influence des grands pays comme la France et l’Allemagne qui disposeront de plus de voix que dans le passé.
De plus, il est prévu dans le traité de Nice de limiter le droit des pays à une représentation permanente dans la Commission Européenne. Après une période initiale de transition, le siège irlandais devrait être partagé selon un mode de rotation avec d’autres pays, et ainsi l’Irlande se verrait privée d’une représentation directe dans la Commission pendant des périodes prolongées. Le gouvernement irlandais a tenté de présenter cette perte comme « victoire » en avançant l’argument « qu’on risquait de perdre bien davantage ».
Ainsi, le traité de Nice aura comme conséquence une limitation progressive de la démocratie en Irlande et constituera un pas supplémentaire vers la construction d’une superpuissance européenne dirigée par les élites françaises et allemandes. Pour notre alliance cependant ces aspects n’ont pas été au coeur du débat. Nous considérions comme important de tenter d’empecher la consolidation de la tendance de militarisation de l’UE, prévue par le traité de Nice. En effet, le principe de la création d’une force européenne d’intervention rapide, déjà acquis par le traité d’Amsterdam, devait être concrétisé et instituionalisé par le traité de Nice.
Le traité d’Amsterdam
Lors du référendum sur le traité d’Amsterdam, l’élite politique avait déjà essayé de mener les votants irlandais en bateau. La votation a eu lieu en même temps que le référendum sur l’accord « Good Friday » (« Good Friday Agreement »); par conséquent, les média n’ont pas prêté beaucoup d’attention au traité d’Amsterdam. Ce traité comporte cependant déjà des dispositions visant à militariser l’UE.
Ainsi l’article J3 du traite d’Amsterdam stipule:
« (1) Le Conseil de l’Europe arrête les principes et les finalités d’une politique étrangère et de sécurité commune, et ceci en prenant en compte les questions touchant à la défense. »
L’article J7 stipule:
« (1) La politique étrangère et de sécurité commune touche à tous les aspects relatifs à la sécurité de l’Union, y compris la mise en place progressive d’une politique de défense commune telle qu’elle est défini par l’article 2, qui pourra donner lieu à une défense commune si le Conseil de l’Europe en décide ainsi. »
Les forces politiques danoises qui cherchent à préserver la démocratie au Danemark sont plus puissantes que notre alliance en Irlande. Ainsi, ils ont obtenu du gouvernement danois qu’il se batte pour un amendement du traité concernant le Danemark. Cet amendement stipule que:
« Le Danemark ne participera pas aux mesures prévues dans les articles J3, premier alinéa, et J7 de l’Union Européenne. Il n’est pas partie prenante dans la mise au point et la mise en oeuvre de décisions et mesures de l’Union qui touchent aux questions de défense. Le Danemark n’empechera cependant pas les autres états membres à mettre au point une collaboration accrue dans ce domaine. Par conséquent, le Danemark ne participera pas au processus de décision concernant de telles mesures. Le Danemark n’est pas obligé de contribuer au financement des dépenses qui pourraient résulter de telles mesures. »
Déjà à l’époque, notre alliance a appelé à voter « Non » contre le traité d’Amsterdam et elle a demandé une renégociation de ce traité afin d’obtenir un amendement analogue à celui concédé au Danemark. L’alliance PANA s’est à nouveau opposée au traité de Nice lors de sa négociation, en demandant qu’une clause permettant à l’Irlande de rester à l’écart de la militarisation de l’UE soit ajoutée. Il n’a pas été tenu compte des exigences du PANA.
Les taches militaires de la « superpuissance UE »
L’article J.7.2 du traité d’Amsterdam stipule:
« (2) Le présent article inclut tous les aspects qui touchent l’aide humanitaire, les opérations de sauvetage et de maintien de la paix, les opérations militaires lors de la gestion de crises, de même que les mesures visant à rétablir la paix. »
Lors des débats sur le traité d’Amsterdam, notre alliance a fait valoir que cet article donnait à l’UE le droit de participer à des opérations de guerre. Il nous fut retorqué que non, et nous étions qualifiés « d’extrémistes » et «d’isolationnistes ». Cependant, une fois le débat terminé, John Bruton, alors président du Fine Gael, a déclaré au cours d’un discours au Parlement le 22.10.99:
« Le rétablissement de la paix consiste à mettre en place des conditions de paix par l’usage de la force, en utilisant les moyens choisis par celui qui impose la paix. Il est très difficile de distinguer un tel processus d’une guerre, sauf si on se laisse entraîner dans des discussions subjectives concernant les motivations qui sont très malléables. » (texte original: « Peacemaking means imposing, by the use of force, peaceful conditions under the terms laid down by the peacemaker. It is very difficult to distinguish that from war making unless one gets into subjective questions of motivation which are highly elastic. »)
Cette déclaration met en lumière le mépris de l’élite politique pour le peuple, puisque les conséquences prévisibles de l’acceptation du traité d’Amsterdam n’ont été admises qu’après le débat public. Cette expérience laisse à penser que le même scénario se répétera lors du débat sur le traité de Nice.
Le volet militaire du traité de Nice
Le traité de Nice consiste d’un ensemble d’amendements qui devront être ajoutés au traité existant de l’UE. L’article 1.5 du traité de Nice stipule que « Indépendamment du traité fondateur de l’UE, un Comité de Politique et de Sécurité suivra la situation internationale en matière de politique étrangère et de politique commune; en prenant position, il contribuera, soit sollicité par le Conseil soit en prenant l’initiative, à la définition de la politique à suivre. Dans ce cadre, le Comité se chargera du contrôle et de la direction stratégique des opérations de gestion de crise ». Le livre blanc du gouvernement irlandais, préparé en vue du traité de Nice, souligne la qualité innovatrice de cette évolution: « Un nouvel organe, le Comité de politique et de sécurité, sera créé ». Cet article du traité de Nice conduira à un renforcement important de la militarisation de l’UE.
L’article 1.2 du traité omet les références à la UEO (Union de l’Europe occidentale - conçue à l’origine comme bras militaire de l’UE). La plupart des compétences de la UEO sont transférées par le traité de Nice à l’UE, qui par la suite, prendra directement en charge la coordination militaire en s’appuyant sur le Comité de Politique et de Sécurité. Pour la première fois, l’UE pourrait en tant que telle être entraînée dans une guerre.
Les liens avec l’OTAN
Selon les déclarations du secrétaire général de l’OTAN, l’alliance entre l’UE et l’OTAN devra être scellée d’ici 2005. Jusqu’à ce moment-là, l’OTAN et l’UE devront entretenir des rapports étroits et de confiance à tous les niveaux. Régulièrement, des échanges informels et formels auront lieu entre les secrétariats et les autorités militaires des deux organismes. Des réunions communes seront organisées, et des fonctionnaires haut placés des deux organismes échangeront des informations de façon régulière (Bruxelles, le 29.03.2000). La nomination de l’ancien secétaire général de l’OTAN, Javier Solana au poste de « Haut représentant de la politique commune étrangère et de sécurité » montre clairement quelle évolution est souhaitée. Lors du sommet de Feira en juin 2000, les politiciens se sont mis d’accord pour « améliorer la consultation, la collaboration et la transparence entre l’UE et l’OTAN. » Le secrétaire général de l’OTAN participera aux rencontres organisées par l’UE, et le président du conseil militaire de l’OTAN assistera aux réunions des instances militaires de l’UE. Ainsi, la domination des Etats-Unis sur l’UE est assurée. Des ressources de l’OTAN ne pourront être mobilisées à travers la force d’intervention rapide européenne sans autorisation préalable de l’OTAN.
La décision de la classe politique irlandaise de rejoindre le « Partenariat pour la Paix » a été contestée pr M. Ahern lorsqu’il était encore dans l’opposition, parce qu’elle annonçait que l’Irlande devait par la suite rejoindre l’OTAN. Mais aujourd’hui, le gouvernement irlandais est enclin à sacrifier la neutralité et à entrer dans l’alliance militaire de l’OTAN, puissance nucléaire par excellence.
Le régiment de la superpuissance impériale
A la suite du traité d’Amsterdam, l’UE a déjà créé une armée européenne, connue sous le nom de « force d’intervention rapide ». A terme, cette armée doit être composée d’environ 250,000 hommes, minimum nécessaire si on veut disposer de 60,000 hommes disponibles pour la guerre. Cette armée sera autorisée à intervenir dans un rayon de 2,500 milles à l’extérieur des frontières de l’UE. Ainsi, une intervention, par exemple, en Afghanistan sera possible. Il existent aussi des projets qui prévoient des interventions même au-delà de ce rayon d’action. On tente de nous faire croire que de telles interventions auront lieu seulement sous mandat des Nations Unis, mais la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie montre clairement que les décideurs de l’UE ne se soucient guère de telles formalités. En effet, le traité de Nice ne contient rien qui exige formellement un mandat de l’UN pour déclencher une intervention à l’extérieur des frontières de l’UE.
Il est donc évident que l’armée européenne interviendra partout où les instances de l’UE le souhaitent afin de défendre leurs intérêts. Le président français a été assez clair à cet égard lors de la signature du traité de Nice. Supposons que les unités militaires de l’UE soient envoyées un jour dans la région de la mer Caspienne afin de défendre les « intérêts européens », et que des Irlandais participent à cette action, pour combattre par exemple une population qui réclame un usage plus juste des ressources naturelles de la région: Peut-on vraiment imaginer que la population locale fera la distinction entre les unités « neutres » irlandaises et les troupes de la superpuissance européenne?
Désengagement de l’Irlande des actions de maintien de paix des Nation Unis
Pendant le débat sur le traité d’Amsterdam et le « Partenariat pour la Paix » notre alliance a avancé l’argument que le gouvernement irlandais était en réalité en train d’abandonner la neutralité irlandaise par une politique des petits pas. Nous craignions que la longue tradition de l’armée irlandaise de participation dans des actions pacifiques sous l’égide des Nations Unis ne s’arrête brutalement dès que l’armée irlandaise serait intégrée dans les structures militaires de l’UE et de l’OTAN. Le général irlandais Général Gerry MacMahon lui-même, chef des forces irlandaises entre 1995 et 1998 qui s’est battu pendant longtemps pour cette intégration, a déclaré que cette politique était synonyme d’un abandon des Nations Unis par l’Irlande (« desertion of the United
Nations »).
En 1999, le gouvernement irlandais a signé le traité d’assistance mutuelle de l’UN (UNSAS) en promettant de mettre jusqu’à 850 hommes à la disposition de l’UN pour des actions visant à maintenir la paix. Cependant le livre blanc du gouvernement irlandais concernant la défense contient la déclaration que ce traité faisait partie de la politique irlandaise et signifiait nullement un engagement ferme vis-à-vis des Nations Unis (« an expression of policy and not a binding commitment »).
Notre engagement dans le cadre de l’UN a essentiellement pris fin au mois de mai 2001 lorsque les forces irlandaises déployées au Liban pour le maintien de la paix ont été retirées.Il est clair que, vu le nombre limité des forces irlandaises, des choix politiques s’imposeront. Il n’est tout simplement pas possible de mettre à la fois à la disposition des Nations Unis des unités pour le maintien de la paix et de fournir un régiment à l’Union Européenne. En réalité, le choix a déjà été fait. Les gouvernants ont déjà abandonné - à part quelques petits engagement d’ordre formel - le rôle pacifique que l’Irlande avait joué au sein des Nations Unis, alors que les Nations Unis constituent le seul organisme global qui tente de préserver la paix internationale par une collaboration internationale et un système commun de sécurité.
La « coalition du nouveau programme »
La « coalition du nouvel programme » réunit sept gouvernements (Irlande, Brésil, Méxique, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Slovénie et Suède) qui souhaitent promouvoir ensemble l’idée d’un monde sans armes nucléaires. Lors de la conférence des signataires du traité de non-prolifération des armes nucléaires en 2000, un « nouveau programme » a été accepté, avec le but de réaliser un monde sans armes nucléaires. Ceci constitue en particulier un succès pour le gouvernement irlandais. Patrick Smith, alors correspondant pour l’UE de l’« Irish Times » a cependant fait remarquer à juste titre qu’un tel engagement et un tel succès n’auraient pas été possible dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité de l’UE. Un tel engagement ensemble avec des pays qui ne font pas partie de l’UE ni sont candidats à une adhésion, ne serait aujourd’hui plus possible. Ceci met en lumière l’opposition fondamentale qui existe entre les ambitions d’une politique étrangère indépendante irlandaise et celles de la superpuissance impériale de l’UE. Ceci montre également que l’élite politique irlandaise a désormais opté pour la superpuissance - et a mis aux oubliettes l’initiative en faveur d’un avenir sans armes nucléaires.
La neutralité doit être ancrée dans la constitution!
L’alliance PANA propose que la neutralité de l’Irlande soit inscrite dans la constitution. Ainsi, nous espérons que les contradictions de la politique actuelle deviennent visibles pour tout le monde. En effet, la constitution irlandaise, contrairement à celle de Malte par exemple, ne garantit pas expressément le principe de la neutralité. Lorsque la constitution irlandaise fut élaborée la neutralité n’y a pas été inscrite, ceci semblait inutile étant donné que ce principe allait de soi à l’époque. Lorsque la deuxième guerre mondiale a éclaté le Parlement a s’est prononcé pour la neutralité à l’exception d’une seule voix. Même aujourd’hui, l’élite politique déclare vouloir préserver la neutralité - bien qu’en fait elle l’ait abandonné en se pronoçant d’abord pour le traité de’Amsterdam et en signant ensuite le « Partenariat pour la Paix ». Par notre proposition de modification de la constitution, nous voulons faire apparaître à la lumière du jour les véritables ambitions de la politique officielle.
La modification proposée est la suivante: l’article actuel 29.2 de la constitution: « L’Irlande soutient le principe de résoudre les conflits internationaux de façon pacifique à l’aide d’arbitrages internationaux ou des procédures judiciaires » (« Ireland affirms its adherence to the principle of the pacific settlement of international disputes by international arbitration or judicial determination »), devrait être complété par une disposition complémentaire: « Pour atteindre ce but, l’Irelande restera à l’écart des alliances militaires » (« To this end the State shall, in particular, maintain a policy of non-membership of military alliances »).
Nous pensons que la grande majorité des Irlandais est toujours pour la neutralité - c’est en tout cas ce qui semble ressortir des sondages effectués récemment. Contrairement à l’élite politique affirmant que cette attitude ne fait que refléter le souvenir de la deuxième guerre mondiale, nous pensons que les Irlandais souhaitent maintenir leur indépendance et l’autodétermination démocratique.
La neutralité irlandaise
La neutralité irlandaise a été proposée au 18e siècle par Wolfe Tone, le chef des « United Irishmen » lorsque la guerre entre la Grande Bretagne et l’Espagne menaçait d’éclater. Dans les années après 1790, les « United Irishmen » aspiraient à fonder une république irlandaise unie, indépendante et démocratique. Ce mouvement faisait partie de la révolution internationale dirigée contre les monarchies et le régime des privilèges. Leur slogan était « Union des catholiques, protestants et dissidents au nom de tous les Irlandais ».
Ce mouvement a été écrasé de façon brutale par les impérialistes anglais. Pendant le 19e siècle, l’idée de neutralité et d’indépendance a été tenu en grande estime par les mouvements des « Young Irelanders » et de la « Irish Republican Brotherhood ». Ce dernier mouvement a conduit au début du 20e siècle à l’insurrection de 1916 et à la guerre d’indépendance. Le traité qui a précédé la fondation de la nouvelle République, ainsi que l’évolution politique qui a suivi, ont entériné le droit à la neutralité et à l’indépendance de l’Irlande. Dans la même logique, la nouvelle République a soutenu par la suite la Société des Nations, les Nations Unis, le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ainsi que les actions des Nations Unis pour le maintien de la paix.
Cependant, les héritiers des Irlandais qui avaient soutenu l’impérialisme britannique à l’époque, continuent aujourd’hui à mener une politique du même genre: les traditions d’un Redmond et du Lord Kitchener sont ainsi revitalisées. Si à l’époque on voulait être « britannique », on affirme aujourd’hui vouloir être « européen ».
L’élite politique poursuit cette politique pour s’identifier aux élites riches des Etats Unis et de l’Union Européenne. Dans l’intérêt de s’entendre avec celles-ci, elle veut assurer le maintien de l’ordre économique mondial actuel, qui a comme conséquence de laisser les riches s’enrichir de plus en plus au dépens des pauvres de ce monde. Le rôle préconisé pour les forces militaires de l’OTAN et de l’UE consiste à défendre les riches et leurs privilèges. Cependant l’armée irlandaise, qui doit maintenant être intégrée dans l’OTAN, fut fondée pour défendre l’indépendance de la République démocratique. La « guerre contre le terrorisme » est en réalité une guerre des riches contre les pauvres. La décision des sociaux-démocrates de soutenir les riches (comme ils l’avaient déjà fait pendant la guerre de 1914-18), rejette les pauvres dans les bras du fondamentalisme.
Internationalisme
Le véritable électorat de l’élite politique dominante irlandaise est constitué du milieu économique qui lui fournit également un soutien financier. Ce milieu soutient les gouvernants dans la mesure où ceux-ci sont au service de la communauté économique internationale. Ainsi, on peut dire que nos gouvernants sont « internationalistes ». L’internationalisme de l’alliance PANA est radicalement différent. Nous cherchons à établir des contacts sur le plan international avec des groupes et des organisations qui voudraient maintenir et assurer la paix internationale par les moyens d’une justice sociale renforcée et un ordre économique mondial plus juste. Nous voulons former une alliance non seulement en Europe et en Irlande, mais dans le monde entier, avec tous ceux qui s’engagent pour les buts suivants: Une organisation des Nations Unis réformée dont la charte garantit la paix et la sécurité internationale, par le développement de rapports amicaux entre les états, par la promotion du respect des droits de l’homme, et par la mise en place d’une plateforme qui permet aux états d’accorder mutuellement leur politique.
Il faudra donc choisir entre l’internationalisme des riches et l’internationalisme des pauvres, entre l’internationalisme des privilèges et l’internationalisme de la démocratie, entre l’internationalisme des marchands d’armes et l’internationa-lisme des mouvements pour la paix. Le vrai choix consiste à choisir entre une organisation des Nations Unis renouvelée et un super-état européen intégré dans l’OTAN, entre la démocratie dans les pays européens et l’élitisme européen. L’élite politique irlandaise a déjà arrêté son choix. Nous avons demandé au peuple irlandais d’exprimer son choix lors de la votation sur le traité de Nice: le peuple irlandais nous a suivis en votant majoritairement « non ». Ce traité est donc légalement mort. Toute tentative d’organiser un deuxième référendum sur le même traité risque d’être rejeté encore plus massivement. Après la votation, le gouvernement irlandais a mis en place un « Forum national sur l’Europe ». L’alliance PANA s’est vu accordée le droit d’y participer dans le cadre du « pilier d’observation » (« observer pillar ») - le nom qui a été donné à ce sous-ensemble du « Forum » montre déjà dans quel rôle on souhaite nous cantonner. En effet, le « Forum » est dominé par des représentants de l’élite politique. Nous participerons tout de même puisque nous sommes prêts à discuter avec tous, mais nous en attendons très peu.
Pendant la campagne sur le traité de Nice, on aurait pu penser que le contentieux concernant la militarisation de l’UE et l’abandon de la neutralité était plutôt abstrait. Mais actuellement, nous sommes témoins d’une nouvelle vraie guerre, la « guerre contre le terrorisme ». Le gouvernement irlandais a mis l’espace aérien et les aéroports à la disposition de l’OTAN. L’Irlande n’est donc de fait plus neutre. L’Irlande se trouve en guerre, une guerre dont la durée est inconnue. L’alliance PANA s’engage ensemble avec d’autres organisations pacifiques contre cette guerre. Notre opposition au traité de Nice apparaît a posteriori encore plus justifiée qu’à l’époque de la votation. Nous demandons une renégociation du traité qui doit expressément exclure l’Irlande de la force d’intervention rapide européeene. Il s’agit pour nous d’une exigence qui est non-négociable.
PANA est un mouvement au spectre politique large, qui comprend des partis politiques, des organisations non-gouvernementales, ainsi que des personnes individuelles.
Notre adresse: 113 Springhill Ave. Blackrock, Co Dublin, Ireland
Tél.: +1-280-6878, +1-280-8247
Courrier électronique:<email-pii>
Les buts de PANA:
- L’Irlande doit assurer sa sécurité dans le cadre de l’OSCE et des Nations Unis (tout en se prononçant pour une réforme de cet organisme), mais non dans le cadre de l’UE.
- L’Irlande doit maintenir une neutralité constructive et une politique étrangère indépendante et se tenir à l’écart des alliances militaires comme la UEO et l’OTAN.
- L’Irlande doit promouvoir une politique européenne et internationale de sécurité basée sur le désarmement et la démilitarisation. L’Irlande doit par conséquent s’opposer à la militarisation de l’UE.
- L’Irlande doit refuser toute collaboration avec des alliances militaires qui se dotent d’armes nucléaires ou d’autres armes à destruction massive.
- Des troupes irlandaise peuvent être envoyées à l’étranger seulement dans des missions destinées à maintenir la paix sous l’égide des Nations Unis.