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«Mon tonton, cʼest Napoléon, dont je descends directement six générations plus tard, ainsi que Joachim Murat, maréchal et roi de Naples, dont jʼai hérité du titre. Mais je suis aussi issue dʼune lignée dʼautres généraux. Je suis la Grande Armée à moi toute seule! Tout cet héritage donne des occasions de rencontres extraordinaires. En 2015, pour les célébrations du 200e anniversaire de la Grande Armée, jʼai été invitée par lʼarmée suisse qui avait installé une stèle commémorative à Gruyères pour les Confédérés partis avec Napoléon. Jʼai refusé le parapluie alors quʼil pleuvait des cordes: beaucoup de ces soldats sont morts dans les affres de lʼhiver russe, quand même! Depuis, je suis la marraine dʼun régiment suisse, le troisième, basé à Genève (qui inclut les sapeurs avec la gendarmerie du canton).
Je suis la plus proche descendante de Caroline de Bonaparte et de Napoléon. Ma grand-mère était une Ney, du nom dʼun général qui comptait parmi les «braves des braves», et mon arrière-grand-mère une Wagram, dont lʼaïeul sʼest illustré dans la logistique. LʼEmpereur dira quʼil lui avait manqué à Waterloo! Napoléon serait la deuxième personnalité la plus citée dans le monde après Jésus. Je ne suis pas loin de toute cette grande histoire, car mon père mʼa eue très tard, à plus de 60 ans. Il était beau comme un dieu. Marcel Proust a écrit sur lui dans «Pastiches et mélanges». Papa a aussi été un valeureux combattant, aviateur durant la Première Guerre mondiale pour laquelle il a eu la médaille militaire et la Victoria Cross: un personnage! Alors que je jouais pour la reine Sofia au Teatro Real à Madrid, jʼai entendu un cri dans la salle. Ma copine assise à côté de mon père ce soir-là avait touché par mégarde sa jambe en bois. Il est mort en faisant des mots croisés!
Jʼai été élevée dans la nostalgie du passé. Du côté de maman, par contre, cʼest la passion de la musique qui emporte tout. Je suis concertiste grâce à elle, papa ne voulait pas en entendre parler. Jʼai effectué ma carrière sous le nom de Caroline Haffner et jʼai notamment gagné le Concours international de Genève: à peine deux lignes dans «Le Figaro»! Les musiciens classiques nʼont longtemps pas eu la cote. Maria Callas a révolutionné leur statut, qui nʼétait pas loin auparavant de celui de chanteur de rue. Pensez que Chopin et Liszt nʼétaient pas plus considérés à leur époque que de simples précepteurs dʼenfants! On admirait lʼartiste mais lʼhomme restait en marge.
Je suis souvent invitée, cela rend les gens heureux dʼavoir une princesse à table. Jʼai toujours travaillé, lʼoisiveté ne mʼintéresse pas. Je ne laisserai peut-être pas grand-chose derrière moi, mais jʼaide les gens. Jʼai participé à la création du Verbier Festival avec Martin Engström, avec lequel jʼai cofondé lʼAcadémie, une grande source de plaisirs. Jʼai créé mon festival à Gstaad en 2005, le roi Constantin de Grèce et la reine Anne-Marie du Danemark ont été mes premiers parrains. Jʼinvite beaucoup de jeunes musiciens pas très connus, ce nʼest pas forcément bon pour les comptes du festival mais il faut soutenir la nouvelle génération.»
Son actu