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C'est lors de la rentrée scolaire de 1983 que je découvris une bien étrange machine installée au fond de la classe. Je devais avoir 10 ans à cette époque. Ma curiosité piquée au vif, je m'approchai de cette machine. Il y avait un petit téléviseur monochrome qui affichait de drôles de phrases que je ne comprenais pas du tout, à l'exception d'un seul mot : "Menu". Ma première question à l'enseignant fut "C'est quoi ça ?", suivi de la réponse "Tu verras bien plus tard !"
Notre enseignant fit effectivement plus tard la présentation de cette machine, à moi et mes petits camarades. Je me souviens toujours très bien du petit jeu dans lequel il fallait guider le lapin Alex à travers un labyrinthe.
C'est depuis ce jour-là que j'ai contracté pour de bon le virus de l'informatique. Je n'ai plus compté les heures devant l'ordinateur de la classe qu'était l'Apple IIe, en-dehors des horaires scolaires. Vint ensuite l'Apple //c que je transportais entre l'école et la maison à chaque fois que j'en avais envie les mercredi après-midi, les week-ends ou les vacances scolaires. Mes parents rachèteront ce même ordinateur en 1985 pour m'éviter ces trajets : ce furent de nombreuses années de découverte avec l'informatique, le BASIC et les séances de disc-jocking avec les disquettes 5.25" de seulement 140Kb par face…
Même avec le temps, vingt ans plus tard, ma passion avec les Apple II n'est jamais éteinte. Certains utilisateurs du Mac croient à tort que les Apple II font partie de la famille Macintosh, mais c'est en fait une plate-forme complètement distincte qui avait permis d'assurer l'essor initial de la société du même nom, et assuré le financement de la conception du premier Macintosh…
Tout naturellement, j'ai essayé tous les émulateurs disponibles, tant sur les plates-formes PC que Macintosh, pour revivre les excellents moments d'il y a deux décennies. Petite explication sur le terme "émulateur" : c'est un logiciel qui permet de reproduire le fonctionnement d'un plate-forme sur une autre, sans avoir recours à des composants matériels spécifiques. En effet, ces composants matériels sont simulés par le logiciel qui peut être ainsi qualifié "d'émulateur".
Sur Macintosh avant l'avènement de MacOS X, les émulateurs existants sont plutôt décevants : la grande majorité d'entre eux ne sont jamais finalisés ou sont abandonnés par leurs développeurs respectifs. Seul Bernie ][ The Rescue s'en sort mieux, bien qu'il émule en fait l'Apple IIgs. Lorsque MacOS X a enfin débarqué, il n'y avait évidemment pas le moindre émulateur développé nativement sous ce système d'exploitation.
Il a fallu attendre bien longtemps avant que les premiers émulateurs natifs fassent leur apparition. J'ai évalué Virtual ][ dès son apparition en 2003, mais il n'était pas suffisamment abouti pour mes exigences et a été rapidement oublié au fin fond de mon ancien PowerMac G3 Yosemite.
Bien plus tard, lors d'un ménage des disques durs, je suis tombé tout-à-fait par hasard sur le dossier contenant Virtual ][. Je me suis dit qu'il faudrait mettre à jour cet émulateur et visiter le site internet de son développeur. Je me suis rendu compte par la suite que Virtual ][ a énormément évolué en grand bien, avec de très nombreuses fonctionnalités qui m'ont laissé bouche bée. Par conséquent, j'ai pris un bon moment pour essayer Virtual ][, qui fait l'objet de ce présent test.
Que peut faire Virtual ][ ?
Mais pratiquement presque tout comme une véritable machine d'origine ! Nous allons faire le tour de ses possibilités.
Lorsque Virtual ][ est lancé pour la première fois, il se peut qu'il affiche le message suivant, indiquant qu'un fichier ROM est introuvable. En effet, pour des raisons évidentes de copyright, aucun fichier ROM n'est inclus d'office avec Virtual ][.
Officiellement, l'utilisateur de Virtual ][ doit copier la mémoire ROM de son propre ordinateur Apple II. De toute manière, la récupération de la mémoire ROM est assez compliquée si l'on ne dispose pas du matériel adéquat. En effet, les disquettes 5.25" sont difficilement lisibles sur les plates-formes actuelles. La solution la plus simple est tout simplement d'aller récupérer le fichier ROM en question sur le fantastique site Asimov, une véritable corne d'abondance abritant des dizaines de milliers de logiciels rien que pour l'Apple II.
Virtual ][ est capable de prendre en charge trois types de ROM, à savoir l'Apple ][ original de 1977, l'Apple ][+ de 1978 et enfin l'Apple //e étendu de 1987 (qui est en fait une version améliorée de l'Apple //e d'origine de 1983). Dans cet article, j'ai préféré me concentrer sur l'Apple //e, sur lequel j'ai fait mes premières armes, et à vrai dire je n'arrive pas à me faire aux limitations des Apple ][ et ][+ !
Comme une vraie, la machine virtuelle attend patiemment qu'une disquette soit insérée dans le lecteur idoine. En fait de disquettes, ce sont en réalité des fichiers "image-disque" qui reflètent le contenu de ces disquettes. Il suffit de réaliser un glisser-déposer de l'image-disque vers le lecteur idoine, pour que la machine puisse démarrer et charger le programme. Et pour éjecter l'image-disque, rien de plus simple que de cliquer sur le clapet du lecteur de disquette !
Opération certes simple, mais la nostalgie n'y est plus la même : il n'y a pas d'enveloppe protectrice à retirer, il n'y a pas besoin de faire attention à insérer la disquette du bon côté. D'ailleurs cela m'était arrivé une seule et unique fois : après avoir inséré la disquette du mauvais côté, le lecteur avait produit des vibrations épouvantables…
Le lecteur de disquettes de l'Apple II a en effet pour réputation de n'être pas particulièrement silencieux. Lors du démarrage du système, il produit toujours le même bruit si particulier. Cela revient de même pour les accès en lecture/écriture, ainsi que le légendaire bruit produit par le réalignement des têtes en cas de problèmes rencontrés lors de l'accès à la disquette. Les vibrations sont particulièrement prononcées et j'ai toujours le souvenir de les ressentir au bout des doigts. Virtual ][ tente bien de reproduire ces bruits par le biais du haut-parleur, mais cela n'est malheureusement plus identique à l'original : la seule solution serait d'incorporer des vibreurs dans le clavier du Mac, comme pour les manettes des consoles de jeu, mais c'est une autre histoire…
Plus qu'une machine virtuelle
Lorsqu'on parle de machine virtuelle… Une machine virtuelle est simplement un état qui est géré par voie logicielle, et il est donc possible qu'il y ait plusieurs machines virtuelles qui tournent simultanément, de manière totalement indépendante. Virtual ][ fournit bien sûr cette possibilité et il n'y a pas de limite à part l'évidente exception des performances du Macintosh. La capture d'écran suivante montre trois machines distinctes et ayant des ROM différentes, ce qui est mis en évidence par le comportement particulier lors de l'amorçage de chaque machine.
Au delà de la configuration de base
Il n'est que trop évident de souligner que le grand succès de la lignée Apple II vient de son architecture ouverte. Ceci grâce au génial Steve Wozniak qui avait jugé que l'Apple II devait accepter huit cartes d'extension pour étendre les possibilités de la machine. Et dire que Steve Jobs s'y était opposé et voulait limiter le nombre de cartes à un maximum de deux… Fort heureusement Jobs n'était pas écouté !
Virtual ][ reprend donc fidèlement la philosophie de l'Apple II en offrant la même possibilité de moduler la machine virtuelle entièrement à la guise de l'utilisateur. Cela m'a fortement impressionné, car il fallait dépenser des fortunes pour pouvoir acheter les périphériques tant désirés, chose qui n'était pas possible pour moi à l'époque. J'ai donc pu essayer les différents périphériques qui étaient jadis hors de portée, histoire de rattraper mes manques !
Voici un exemple de configuration, certes exagérée, mais qui démontre les possibilités de configuration de Virtual ][. Il y a 4 unités de disques amovibles, six lecteurs de disquettes et un lecteur de cassettes !
Le bouton Setup de la barre d'outils affiche une fenêtre déroulante permettant d'affiner la configuration de la machine virtuelle, presque exactement de la même façon qu'avec une machine d'origine. En fait, la seule différence vient du fait que les cartes sont entièrement virtuelles. Mais cela n'enlève rien à la puissance d'extension !
Davantage de mémoire avec la carte RamWorks
Disponible uniquement sur la plate-forme Apple //e, cette carte permet d'étendre la mémoire vive jusqu'à un maximum de 8 méga-octets. Cela peut être considéré gigantesque pour l'époque, mais encore une fois cela démontre les possibilités d'extensions de la plate-forme Apple II. Hormis la possibilité de l'exploiter comme disque virtuel, à ma connaissance un seul logiciel exploite à fond cette carte : il s'agit de l'intégré Appleworks (à ne pas confondre avec celui disponible sur Macintosh), qui a également sa part dans le succès de la lignée Apple II. Toutefois, Appleworks est incapable de gérer plus que 4 méga-octets. L'auteur de Virtual ][ m'a donné une explication : aucune carte de plus de 4 méga-octets n'était commercialisé à l'époque. Il s'est simplement calqué sur le maximum théorique de mémoire que peut offrir la carte RamWorks.
Imprimer avec la carte Grappler+
La carte Grappler+ constitue une interface parallèle pour brancher (virtuellement tout de même) une imprimante. Virtual ][ ne permet de gérer qu'un seul modèle d'imprimante, l'Epson FX-80. Le choix de ce modèle vient du fait qu'il était fort populaire à l'époque, ce qui permet de maximiser la compatibilité avec les logiciels. Virtual ][ permet également de régler les "cavaliers" de l'imprimante, avec un panneau de configuration heureusement plus agréable ! Je me souviens encore d'avoir dû ressortir à plusieurs reprises le manuel de l'imprimante pour savoir où ajuster chaque cavalier !
Une autre particularité de la carte Grappler+ vient de sa capacité à traiter les commandes graphiques avant d'envoyer le résultat à l'imprimante. La carte est de toute de façon déjà configurée pour piloter l'imprimante Epson FX-80. Il y a tout de même un option Transparent Mode à cocher si l'on veut court-circuiter la carte pour que les commandes soient directement traitées par l'imprimante. J'ai eu recours à cette option pour pouvoir imprimer correctement sous AppleWorks.
Pour imprimer à partir de la machine virtuelle, il suffit d'avoir pensé à configurer correctement le logiciel pour tenir compte de la carte Grappler+ et de l'imprimante Epson FX-80. Lorsqu'une impression est lancée, l'icône Printer, qui se trouve dans le tiroir en bas de chaque machine virtuelle, se met à clignoter alternativement entre le vert et le rouge. Lorsqu'elle s'arrête de clignoter, le résultat de l'impression peut être examiné en cliquant sur l'icône.
Cela a pour résultat un aperçu de l'impression effectuée. La possibilité est offerte de la sauvegarder dans un fichier PDF, ou bien de continuer en conservant le tirage en mémoire. La prévisualisation reproduit fidèlement le papier continu, avec les côtés perforés. Il manque juste les bourrages que l'imprimante pouvait causer si l'on ne faisait pas attention à l'entraînement du papier !
Une chose que j'ai toujours détestée avec les imprimantes matricielles, c'était l'inévitable effet de bande (cliquer sur la miniature ci-dessus pour mieux le voir). Par dessus tout, Virtual ][ gère très bien cet effet de bande ! Heureusement que la teinte est parfaitement noire, car j'avais également pesté contre l'usure des rubans !
La seule contrainte pour pouvoir bénéficier de telles impressions, c'est qu'il faut Mac OS X 10.3 (Panther) ou ultérieur. Une "impression" rudimentaire sous forme d'un fichier texte placé sur le bureau est proposée pour les versions antérieures à Panther.
Faire du CP/M avec la carte Z80
Cette carte a eu un très bon succès et se retrouve donc naturellement dans Virtual ][. Elle porte un co-processeur Z80 permettant de faire tourner le système d'exploitation CP/M sur la plate-forme Apple II. Cela avait permis d'accéder à une grande bibliothèque de logiciels CP/M qui n'étaient pas disponibles sur la plate-forme native, tels que Fortran. Je dois dire que je n'ai jamais travaillé sous CP/M, à peine essayé un tout petit peu sur les énormes ordinateurs de la fiduciaire de mon père. Cette carte ne présente un intérêt que pour les utilisateurs chevronnés du système CP/M.
Stocker ses données avec la carte Disk ][
C'est LA carte que tout utilisateur de la plate-forme Apple II se doit de posséder afin d'avoir accès à l'immense bibliothèque de logiciels. Elle doit également être présente dans la configuration de Virtual ][, sans quoi impossible de travailler confortablement. D'ailleurs cette carte a permis l'essor de la plate-forme Apple II, en rendant possible l'exploitation de lecteurs 5.25" à un prix plus abordable pour la majorité des utilisateurs. Cela vient du fait que la carte gère entièrement les lecteurs rattachés : auparavant, le pilotage était pris en charge par chaque lecteur lui-même, ce qui augmentait le prix du lecteur. En simplifiant le schéma par la centralisation du contrôle sur la carte, le nombre de composants nécessaires pour chaque lecteur et les coûts de fabrication ont ainsi été largement diminués.
Avec Virtual ][, il est possible de brancher au maximum deux lecteurs 5.25" par carte. Comme déjà mentionné plus haut, il faut simplement utiliser des images-disques à la place de disquettes physiques. Les principaux formats d'image-disque sont parfaitement gérés par Virtual ][, dont le format "DSK" qui est très répandu et le format "NIB" qui est une représentation bas-niveau d'une disquette, permettant ainsi de faire fonctionner des logiciels protégés.
Davantage d'espace de stockage avec la carte SCSI-II
Longtemps considérés comme du véritable luxe pour la majorité des utilisateurs de l'Apple II, les disques durs (virtuels) sont bien sûr gérés par Virtual ][ par le biais de cette carte SCSI-II polyvalente. Il est possible d'émuler au maximum deux unités de disques durs. Chaque image de disque dur peut disposer de 800 kilo-octets (représentant une image de disquette 3,5") à 32 méga-octets, qui constitue la limite maximale pour le système d'exploitation ProDOS.
Les fins connaisseurs de la norme SCSI pourraient soulever une remarque sur la restriction à deux unités par carte SCSI. En réalité cela est dû à une limitation du système d'exploitation ProDOS, qui n'autorise pas plus de 2 unités sur chaque baie d'extension. Cela n'est pas vraiment un problème à vrai dire, car il suffit d'assigner une carte SCSI supplémentaire dans un autre baie d'extension libre pour augmenter le nombre d'unités !
Quant à la manipulation de périphériques de stockage
Le tiroir des périphériques peut s'enrichir d'unités en fonction de la configuration de la machine virtuelle. Dans l'exemple de configuration suivant, il y a donc deux unités de disques amovibles et deux unités de disquettes 5.25" en plus de l'imprimante et du lecteur de cassettes.
Lecteur de cassettes ? Eh oui, Virtual ][ ne manque pas de cordes à son arc et est donc capable de créer et lire des fichiers AIFF qui reflètent le contenu des cassettes audio. Toutefois, l'utilisation de telles "cassettes" est trop archaïque et leur utilisation n'est pas des plus commodes. Dans l'aide en ligne de Virtual ][, il est même vivement recommandé d'utiliser les disquettes ou disques durs pour avoir le meilleur confort possible, la gestion de cassettes se limitant à la nostalgie des années 1970. J'en ai fait un trop bref essai et franchement il m'a été difficile de me faire à ce système spartiate !
Comme déjà indiqué plus haut, il est très aisé de glisser-déposer des images-disques vers l'unité de stockage souhaitée. A coté des unités de stockage se trouve une série de miniatures de différents supports de stockage. Les icônes de la rangée du haut ouvrent le sélecteur de fichiers pour charger une image-disque existante de format correspondant. Dans la rangée du bas, chaque icône symbolise une boîte de disques vierges et permet de créer une nouvelle image-disque du type de média souhaité.
Très simple de créer une nouvelle image-disque en spécifiant l'emplacement de l'unité de stockage et la taille voulue.
A noter l'option à cocher Make part of configuration (disponible également lors de la sélection d'une image-disque existante) permettant de spécifier que l'image-disque fasse partie intégrante de la configuration de la machine virtuelle. Cela signifie que l'image-disque en question sera toujours disponible à la même place lors des prochaines sessions, afin d'éviter de devoir la chercher à chaque fois. Toutefois c'est dommage que cette option ne soit accessible qu'à partir du sélecteur de fichiers, il n'y a nulle part d'autre possibilité pour l'activer. Si l'on a inséré une image-disque par glisser-déposer et qu'on veut l'intégrer à la configuration, il faut l'éjecter et passer par le sélecteur de fichiers pour pouvoir cocher l'option en question !
De l'art de placer les cartes
Il y a encore quelques autres cartes dont un bref résumé sera tout de même donné :
|Uniquement sur les plate-formes Apple ][ et ][+|
|Carte 16 Ko||Ajoute 16Ko de mémoire supplémentaire aux 48Ko de base.|
|Carte 80 colonnes||Donne accès à un écran de 80 colonnes sur 24 lignes.|
|Carte AppleClock||Implémente un horloge.|
|Sur toutes les plate-formes|
|Carte horloge ProDOS||Implémente une horloge pour ProDOS|
|Carte souris||Permet de connecter une souris — l'intégration avec la souris de Mac OS X est parfaite.|
|Carte Mockingboard||Fournit une sortie sonore de qualité, qui est exploitée par certains jeux comme Ultima III. Impossible de la tester, étant donné que je suis sourd ;-)|
Avec toutes ces cartes, il est tout à fait possible de jouer au meccano et de réaliser la configuration la plus complète possible. Ou presque, car Virtual ][ met en place quelques garde-fous : il n'est pas possible de placer les cartes mémoire ailleurs que dans la baie d'extension (ou slot) zéro. La carte 80 colonnes ne peut également se trouver que dans le troisième slot.
Il faut également respecter certaines contraintes logicielles : par exemple la carte Disk ][ doit se trouver dans le slot 6 car de nombreux programmes exigent cet emplacement précis pour fonctionner correctement. De même pour la carte Grappler+ qui devrait se trouver dans le slot 1, pour les mêmes raisons.
De l'utilisation de la manette de jeux
Virtual ][, comme tout émulateur qui se respecte, prend en charge la gestion de la manette de jeux, soit par le biais de la souris et du clavier, soit en exploitant une manette connectée au Macintosh.
La configuration est des plus simples : il suffit de brancher une manette pour que Virtual ][ la prenne en charge. Si nécessaire, le bouton Pad ouvre une fenêtre de configuration permettant de calibrer et d'assigner les différentes commandes de la manette.
L'utilisation du joystick par le souris et le clavier est sévèrement limitée, car cela n'émule pas un vrai joystick mais deux paddles, qui conviennent plutôt à des jeux du style "casse-briques". La grande majorité des jeux nécessite une vraie manette. C'est un inconvénient sévère pour les utilisateurs nomades, comme moi, qui n'ont pas toujours la possibilité d'emporter une manette. J'en ai touché un mot au développeur de Virtual ][ qui m'a confié que ce serait une excellente plus-value à son logiciel, moyennant une refonte complète de l'interface utilisateur. Espérons vivement que cette nouvelle fonctionnalité sera implémentée dans une prochaine version de Virtual ][ !
Marre de refaire 5 niveaux avant de parvenir au bout du jeu ?
Avec tant de possibilités de configuration, Virtual ][ permet évidemment d'enregistrer les réglages de la machine virtuelle dans un fichier de configuration. Ces fichiers peuvent être lancés directement depuis le Finder afin d'ouvrir une machine virtuelle avec les réglages voulus.
Exemples de fichiers de configuration : le premier fichier représente une configuration incluant un disque dur virtuel. Les deux fichiers suivants représentent des états sauvegardés.
Cerise sur le gâteau, Virtual ][ intègre une gestion d'état directement dans les fichiers de configuration, aussi est-il tout-à-fait possible de restaurer une session telle qu'elle était la dernière fois. Cette possibilité est surtout pratique pour les jeux auxquels il vaut la peine d'éviter de refaire plusieurs niveaux avant de parvenir jusqu'au bout. C'est un peu de la triche, certes, mais étant donné que tous les moyens sont permis…
En vingt ans, je ne suis toujours pas parvenu à terminer le jeu CONAN, même en utilisant la restauration de l'état de la machine… Lorsque mon personnage meurt, il suffit de fermer et rouvrir la machine virtuelle dans l'état précédent. Il est également possible de supprimer l'état en conservant seulement la configuration.
De l'échange de documents entre le virtuel et le réel
Il arrive de temps en temps qu'il soit nécessaire d'importer ou exporter des fichiers spécifiques se trouvant dans des images-disques. Virtual ][ offre une solution simple et très élégante : il suffit de glisser un dossier depuis le Finder vers l'une des unités de disques amovibles ou 5.25".
Lorsqu'un dossier est glissé sur un lecteur 5.25", Virtual ][ le gère comme une disquette au format Apple DOS 3.3 avec des restrictions importantes : il ne doit pas y avoir de sous-dossiers et la taille totale du dossier ne doit pas dépasser 140 Ko. Lorsque ces limitations sont dépassées, Virtual ][ peut rejeter le dossier à partager. Ces limitations sont inhérentes au système DOS 3.3. Si nécessaire, Virtual ][ peut demander à l'utilisateur d'assigner les types DOS 3.3 pour les fichiers à partager.
Dans le cas d'un dossier glissé dans un lecteur de disque dur amovible, celui-ci est alors vu comme un disque dur au format ProDOS. Les limitations liées au système ProDOS sont un peu moins contraignantes : il peut y avoir des sous-dossiers, toutefois aucun fichier ne doit dépasser 16 Mo et la taille totale du dossier ne doit pas dépasser 32Mo.
Qui n'a pas eu le fameux message d'erreur ProDOS : "DIRECTORY FULL" ? ;-)
Ce procédé d'échange de fichiers est extrêmement souple : il est très facile de récupérer un fichier provenant de la machine virtuelle à travers le dossier partagé. Il est donc possible de réaliser de manière simple un développement en "cross-plateform" entre le Macintosh et la machine virtuelle Apple II.
Depuis la version 4.2, Virtual ][ fournit un outil supplémentaire appelé A2V2 qui a pour tâche de convertir les disquettes physiques 5.25" en des images-disques via une connexion série entre l'Apple II d'origine et le Macintosh. Je n'ai pas testé cet outil car je ne dispose pas du matériel nécessaire, et d'autre part je possède un Apple IIgs sur lequel est branché un lecteur ZIP SCSI. Cela me simplifie d'autant la conversion de telles disquettes. Toutefois, l'outil A2V2 peut apporter une excellente plus-value pour autant que l'utilisateur puisse disposer du matériel requis.
Et Intel dans tout ça ?
Evidemment, c'est une excellente question d'autant plus que j'ai la grosse envie de changer mon iBook lorsqu'il y en aura enfin une version Intel disponible. La bonne nouvelle est que Virtual ][ est entièrement écrit avec XCode en C++, Objective C et Cocoa sans la moindre ligne d'assembleur et en évitant les problèmes de boutien ("endian-ness"). Cela veut dire que le portage vers Intel sera facilité !
En conclusion
Virtual ][ est un émulateur extrêmement puissant avec un degré incroyable de flexibilité. J'ai essayé un tas d'émulateurs, et je dois dire que Virtual ][ est le mieux abouti. La compatibilité est presque parfaite : il n'y a que très peu de logiciels qui ont posé problème.
D'ailleurs le contact avec Gerard Putter, l'auteur de cet émulateur, est excellent. Un forum est justement disponible. Je lui ai signalé plusieurs dysfonctionnements, qui ont été rapidement corrigés. C'est le point fort de Virtual ][ : il n'a jamais cessé de s'améliorer. Et dire que les autres émulateurs Apple ][ sont (trop) souvent à l'état d'abandon…
Il est à noter que Virtual ][ a bien sûr un coût relatif à ses nombreuses fonctionnalités. La version "partagiciel" (shareware) impose une pause toutes les 5 minutes avec un filigrane "Version d'évaluation" sur l'écran. Pour ceux qui ont envie de payer le logiciel afin de lever ces bridages, il y a deux possibilités :
- Version limitée, $19 : chaque machine virtuelle n'a qu'au maximum 128 Ko de mémoire et les fonctionnalités avancées sont désactivées (impression, partage de dossiers). Cette version limitée convient parfaitement aux joueurs. Toutefois, les mises à jour ne sont non plus pas fournies.
- Version complète, $49 : toutes les fonctionnalités décrites dans ce test sont activées et les mises à jour sont garanties.
Pour un prix légèrement inférieur à un jeu Playstation2 et avec un excellent support, Virtual ][ vaut largement la peine avec l'imposante médiathèque de la lignée Apple ][ !
Ah oui, si vous avez envie de l'essayer, il faut visiter le lien suivant, sans oublier de pousser le son à fond : http://www.xs4all.nl/~gp/VirtualII/