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Les valeurs que l’homme porte en lui sont aussi les valeurs essentielles dont l’architecture doit témoigner.
Pour le nouveau Musée qui signerait l’entrée dans le troisième millénaire, il fallait un geste architectural fort, le projet fut confié à Mario Botta. L’architecte avait construit des églises, comme à Mogno, des lieux de ferveur où la lumière se jouait des espaces et des ombres. Il disait « son refus de léguer aux générations futures un monde plus pauvre que celui que nous avons reçu ». En humaniste, il entra en profonde sympathie avec la collection qu’il découvrit : « Vous détenez, disait-il, le patrimoine de l’humanité ». L’idée de construire un temple des écrits universels le séduisait. « Dans une ville contemporaine, avait-il déclaré, le musée s’élève au statut d’une cathédrale nouvelle, à celui de lieu de mémoire et de relations avec les autres époques à travers les œuvres d’art présentées », ajoutant : « Plus je vieillis et plus je comprends que le territoire sur lequel doit travailler l’architecte est celui de la mémoire. »
Il respecta avec une réelle humilité le cadre existant, adoptant le principe d’une architecture souterraine entre les deux pavillons. L’esplanade composée de bandes alternées de granit et de marbre, l’alignement de cinq puits de lumière qui laissaient pressentir un espace en sous-sol, tout en captant les regards en direction du lac et de l’autre rive, l’entrée différée en contrebas au bout de la cour, signaient à l’extérieur son œuvre. A l’intérieur, le trait de génie fut d’exiger « que les livres volent », en jouant sur les trois dimensions dans l’espace des vitrines, car il ne fallait surtout pas, notait-il avec humour, « aligner les livres comme des chocolats dans une boîte ».