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Sciences
Après une distillation très imparfaite de feuilles de laurier noble pour obtenir une huile essentielle, je devrai en faire une 2eme et peut-être 3eme ! Avec tous ces chauffages avec un alambic de fortune, le produit résultant risque d'être dénaturé.Ma question: en congelant le liquide (huile dissoute dans l'eau) peut-on les séparer (mais peut-on séparer l'eau d'une huile dissoute ?) avec le sel, oui, mais c'est un "minéral" (le terme n'est pas adapté mais représente une différence de nature).
Réponse de Didier Perret
Docteur
Section de chimie et biochimie
Université de Genève
La préparation des huiles essentielles destinées à l’aromathérapie est connue depuis l’Antiquité, l’objectif étant d’extraire d’une plante les ingrédients qui présentent des propriétés particulières pour l’être humain.
Il existe principalement trois méthodes reconnues par les autorités permettant d’obtenir une huile essentielle: l’extraction à la vapeur, la distillation sèche, et l’expression à froid. Ces procédés sont brièvement décrits ci-dessous.
L’extraction à la vapeur consiste à chauffer de l’eau dans un premier récipient et faire passer la vapeur d’eau résultante au-travers de la plante aromatique contenue dans un deuxième récipient. La vapeur d’eau entraîne les substances aromatiques (l’huile essentielle) sous forme de phase vapeur vers un troisième récipient, qui est refroidi (en général, il s’agit d’un serpentin qui véhicule la vapeur et autour duquel circule de l’eau froide); dans ce troisième récipient, la vapeur d’eau et d’huile essentielle est condensée sous forme liquide. Ce liquide est conduit dans un quatrième récipient, où la phase huileuse et la phase aqueuse se séparent, car elles ne sont pas miscibles; il suffit alors de récupérer l’huile essentielle, qui surnage au-dessus de la phase aqueuse plus dense. La phase aqueuse, appelée hydrolat, contient des impuretés et autres substances solubles dans l’eau, et elle est éliminée.
La distillation à sec se pratique dans un grand récipient chauffé de manière modérée contenant la plante aromatique sèche; les substances aromatiques volatiles s’évaporent et s’élèvent vers le haut du récipient, qui est refroidi (en général par de l’eau froide). Au contact de la surface froide, les vapeurs aromatiques se condensent et forment l’huile essentielle liquide, qui tombe (toujours dans le grand récipient) dans un récipient plus petit. Comme le chauffage est faible (inférieur à 100°C, température d’ébullition de l’eau), l’huile essentielle subit moins de dénaturation que lors de l’extraction à la vapeur, mais le rendement d’extraction est nettement plus faible que par extraction à la vapeur.
L’expression à froid est une méthode mécanique se déroulant à température ambiante; le procédé, généralement utilisé pour obtenir des huiles essentielles d’agrumes, consiste à abraser la surface du fruit sous un faible courant d’eau; les résidus solides (écorce du fruit) sont alors séparés de la phase liquide par centrifugation et éliminés.
Notre internaute indique utiliser le procédé de la distillation pour obtenir son huile essentielle de laurier noble. Cependant, la méthode couramment utilisée pour le laurier noble est celle de l’extraction à la vapeur.
La préparation d’huile essentielle de laurier noble par extraction à la vapeur (procédé réputé avoir un rendement d’extraction nettement supérieur à la distillation à sec) conduit toujours à un rendement très faible: on considère qu’il faut entre 800 et 1000kg de feuilles de laurier pour obtenir un maigre litre d’huile essentielle.
Il m’est d’avis que si notre internaute utilise la distillation dans une installation de dimensions modérées, ce ne sont que quelques rares gouttes d’huile essentielle au final. Une ou plusieurs étapes supplémentaires de distillation conduiront effectivement à une chute drastique du rendement et une éventuelle dénaturation de l’huile essentielle (qui est composée de dizaines de molécules, dont certaines ne sont pas thermiquement stables).
La congélation du mélange eau-huile ne permettra pas de mieux séparer les deux phases que si l’on refroidit la vapeur. Chimiquement parlant, l’ajout de sel dans le mélange eau-huile devrait permettre de mieux séparer l’huile essentielle de la phase aqueuse, car l’eau salée aura un effet "repoussant" pour l’huile.
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