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Henri Cartier-Bresson - Biographie d'un regard" est un des derniers films tournés avec la complicité du photographe. Henri Cartier-Bresson commente plusieurs de ses photos. On y trouve également les témoignages d'Isabelle Huppert, Arthur Miller, Josef Koudelka, Elliott Erwitt, Ferdinando Scianna et Robert Delpire…
Critique
On devine, au second plan, les murs blancs d'un appartement. Lui est assis face à la caméra, affable, espiègle, feuilletant, tantôt attentif, tantôt nonchalant, les albums devant lui ouverts. Parfois, une page est tournée en silence, parfois quelques phrases l'accompagnent, parfois plus que cela : les mots répondent aux images, et un souvenir prend forme et vie. Un instant, mille instants dans la vie d'Henri Cartier-Bresson. Et le revoici au Mexique, à Harlem, en Chine ou en Inde, le revoilà en Allemagne, en URSS ou à Paris, auprès de Mademoiselle Chanel ou de Giacometti. Toujours, appareil photo en main. Sa mémoire est, dit-il, « sur ces bouts de papier », que devant la caméra du réalisateur allemand Heinz Bütler, il a accepté d'égrener. Henri Cartier-Bresson à l'écran : l'événement est rare (…). C'est que l'homme est plus que rétif aux apparitions tant soit peu médiatiques, réticent tout autant à parler de son art. L'intérêt de ce film, « Henri Cartier-Bresson. Biographie d'un regard », réside aussi en cela : ces quelques réflexions admirables sur l'art photographique que distille « HCB », cette affirmation sans cesse réitérée selon laquelle la photographie, qui permet « d'enregistrer dans une fraction de seconde l'émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme », n'est profondément pas une affaire sentimentale, mais plutôt la résolution par le regard d'une équation géométrique. Le film de Heinz Bütler n'est pas biographique. Si quelques repères chronologiques sont posés - sa naissance, en 1908, à Chanteloup-les-Vignes, une campagne non loin de Paris ; ses débuts professionnels avec notamment Jean Renoir dont il fut avant-guerre l'assistant, sur Une Partie de campagne et La Règle du jeu ; les premiers reportages et la fondation de Magnum... -, l'essentiel est dans ces réflexions qui, mises bout à bout, tissent la trame d'une philosophie, le fil conducteur d'une démarche plastique qui accorde une place prépondérante à l'oeil - « tout le monde pense, mais le regard qui questionne, c'est rare », dit Henri Cartier-Bresson. Aux propos que lui inspirent les images qu'il revisite, s'ajoutent ceux des photographes Elliott Erwitt, Josef Koudelka et Ferdinando Scianna, de l'écrivain et éditeur Robert Delpire, d'Arthur Miller et d'Isabelle Huppert. Ferdinando Scianna souligne, chez Henri Cartier-Bresson, « l'équilibre entre le regard, l'intelligence et le coeur ». Admiratif, tout autant, Robert Delpire note, se plaçant sur un autre registre, ce sens de l'événement, cette intuition de l'actualité internationale, qui a vu le photographe se trouver sur le théâtre des événements : l'Amérique de la récession, l'Afrique de la décolonisation, Berlin aux premiers temps du Mur, l'Inde au jour de la mort et des funérailles de Gandhi... L'homme à l'oeil d'or sut aussi être en prise directe avec le pouls de l'Histoire immédiate.
Nathalie Crom, La Croix