Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06963.jsonl.gz/1036

Dépression: les hommes souffrent autrement
A un moment ou un autre, jusqu’à 20% de la population est touchée par la dépression. La dépression est diagnostiquée deux fois plus souvent chez les femmes que chez les hommes. Toutefois, les statistiques ne correspondent pas toujours entièrement à la réalité.
De nombreux faits indiquent que le taux de dépression chez les hommes est sous-estimé. En effet, bien que la dépression ne soit diagnostiquée deux fois moins souvent chez les hommes que chez les femmes, le taux de suicide est trois fois plus élevé chez les hommes. L’idée que la dépression concerne principalement les femmes touche à un stéréotype et ne correspond pas à la réalité.
Aujourd’hui encore, dans certains endroits du monde, les garçons apprennent que les hommes ne pleurent pas et ne montrent pas leurs sentiments. Le rôle de l’homme en tant que protecteur et pourvoyeur est encore cultivé dans de nombreux endroits.
Faire place aux nouveaux modèles
En fait, ce changement de mentalité concernant le rôle des hommes est souvent en cause dans le nombre élevé de cas de dépression masculine. Les anciennes valeurs, qui considèrent l’homme comme protecteur et pourvoyeur de la famille, disparaissent progressivement. Des chercheurs de l’Université Emory aux E-U ont démontré que la pression de ne plus être en mesure de combler les attentes entraîne souvent les hommes dans la dépression. L’affaiblissement du patriarcat serait en cause dans ce phénomène.
D’autre part, la pression d’avoir à combler ces attentes mène souvent aussi à la dépression. Les problèmes financiers, la crainte de la perte d’emploi, le manque de perspectives professionnelles, les difficultés familiales et la solitude sont tout autant de raisons qui peuvent entraîner une dépression chez les hommes.
Le nombre moins élevé de cas de dépression masculine est souvent dû à l’attitude envers la maladie, souvent différente selon le genre. En effet, les femmes sont souvent mieux informées et plus disposées à en discuter avec un tiers. En général, les hommes consultent leur médecin moins souvent que les femmes, en particulier en cas de problèmes d’ordre mental ou psychique. Souvent, ils cherchent plutôt à cacher de tels problèmes.
Une enquête effectuée par la fondation Selo révèle à quel point les hommes hésitent à confronter les questions concernant la dépression. Un homme sur trois serait disposé à parler de la dépression, tandis qu’une femme sur deux le ferait. Les hommes croient souvent que la dépression est un tabou de société. Près de 10% d’entre eux n’en parlerait pas du tout, ce qui est deux fois plus fréquent que chez les femmes. En outre, les hommes sont souvent moins bien informés que les femmes à ce sujet.
Agressivité et dépendance à l’alcool
Tandis que chez les femmes, la dépression se manifeste souvent par la mélancolie, le découragement et le manque de motivation, les hommes démontrent d’autres types de comportement. Souvent, les hommes dépressifs ressentent une pression intérieure et sont constamment confrontés à un sentiment d’épuisement.
Ils ne se sentent pas malades, mais sont de plus en plus soumis à une certaine tension: ils ont moins de tolérance au stress, ils sont souvent irrités, réagissent souvent compulsivement et perdent le contrôle. Ils subissent des accès d’agressivité ou de violence, alors que cela ne correspond pas à leur personnalité.
Une dépression non-diagnostiquée est souvent compensée par la consommation d’alcool ou de nicotine, ou encore par la fuite dans les activités sportives.
On n’en parle pas
Ces symptômes peuvent éventuellement correspondre à une dépression masculine. Ils sont toutefois rarement perçus comme tels, mais plutôt comme la manifestation de troubles de la personnalité ou d’une névrose.
Cependant, les symptômes classiques d’une dépression, tels l’abattement, le manque de motivation, l’épuisement, le manque de sommeil sont souvent présents. Les hommes ne consultent souvent que lorsque les premiers symptômes classiques apparaissent, c’est pourquoi de nombreuses maladies ne sont pas diagnostiquées.
L’étude Gotland
Les chercheurs tentent depuis longtemps à démontrer les caractéristiques de la dépression qui seraient liées au genre. Une étude réalisée dans les années 80 à Gotland, en Suède, portant sur un programme de prévention du suicide, avait démontré pour la première fois qu’il existait une distinction liée au genre dans les troubles dépressifs.
L’île de Gotland connaissait un taux de suicide très élevé. Grâce à une formation adaptée auprès des médecins, le taux de suicide a diminué de deux tiers. Le nombre de suicide chez les femmes a diminué de 90% tandis qu’il n’avait à peine changé chez les hommes. En cause: en raison de ses symptômes spécifiques, la dépression masculine n’a été prise en considération que comme phénomène de marge par le programme de prévention du suicide.
Une diminution du taux de suicide chez les hommes n’a été réalisée que lorsque des stratégies très spécifiques ont été mises en œuvre pour traiter la dépression masculine. Ces résultats démontrent que la dépression masculine ne correspond pas toujours aux symptômes typiques de la dépression.
Diagnostique difficile
Pour ces raisons, il est difficile d’établir un diagnostic de dépression chez un homme. Seuls les médecins qui sont familiers avec ces symptômes sont en mesure de procéder correctement. Il est très important de traiter la dépression, car lorsqu’elle est prise à temps, les chances de guérison s’élèvent à 80%. Dans un premier temps, les spécialistes doivent identifier les causes et la gravité de la dépression ainsi que d’évaluer le risque de suicide.
Les méthodes de traitement consistent normalement en l’administration de médicaments et la consultation en psychothérapie. La condition essentielle à toutes ces mesures: les hommes doivent pouvoir se confier à un médecin dès qu’ils soupçonnent une dépression.
Texte: P. Gunti
Traduction: MyH – 10/2014
Photos: pixelio.de