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Au salon du livre de Passy, dimanche, j'ai pu feuilleter, sur le stand de son éditeur, le gros volume sur la Littérature savoyarde publié récemment par Louis Terreaux, l'aimable président de l'Académie de Savoie. J'ai vu qu'il me citait en note, à propos de la littérature romantique savoyarde, me remerciant de l'avoir aidé à écrire le chapitre. Mon influence est sans doute liée à Jacques Replat, que j'aime beaucoup, et qui fut souvent très méprisé. Le paragraphe écrit par Louis Terreaux sur cet écrivain commence, de fait, par critiquer ses poèmes, et plusieurs vers sont cités. Et puis en quelques lignes, il est dit que ses récits en prose sont très bons, et on me cite de nouveau en note, pour me féliciter de la préface que j'ai écrite pour la réédition de son Siège de Briançon; c'est très gratifiant.
Remarquons, cependant, que Louis Terreaux n'entre pas dans le détail du style de Replat, qui tendait à créer des images fabuleuses et à sublimer l'histoire en l'insérant dans une forme de mythologie, sur le mode antique ou médiéval: le cycle arthurien, notamment, l'a beaucoup inspiré. En profondeur des actions, il plaçait ce qui vivait dans les âmes. Dans ses derniers livres, il alla jusqu'à placer dans le paysage de vivants symboles resurgis de sa propre mémoire. Or, Louis Terreaux s'est contenté de lier ses ouvrages à l'élan patriotique qui a dominé le romantisme savoyard sous la Restauration sarde, laquelle chercha à rétablir le prestige de la dynastie de Savoie et du catholicisme salésien; mais Replat ne le fit pas de façon mécanique et figée: lui-même vivait l'image lumineuse de la Savoie des rêves au sein de l'air qu'il respirait, lorsqu'il se déplaçait autour d'Annecy - où il demeurait!
J'avais d'ailleurs aussi envoyé à Louis Terreaux, à sa demande! une notice sur Maurice-Marie Dantand, qui créa une mythologie thononaise incroyable, et une autre sur François Arnollet, qui fit de même pour la Tarentaise; or, cela n'a pas été réutilisé dans le livre. Celui-ci fait, visiblement, l'impasse sur la tendance des anciens Savoyards à créer de nouveaux mythes - au sens antique. Il évoque en détail des auteurs qui livraient des images du monde spirituel - François de Sales, Joseph de Maistre, Jean-Pierre Veyrat -, mais je n'ai pas eu le temps de voir si c'était mentionné; car ces auteurs se sont aussi exprimés d'une façon plus conventionnelle.
Le résultat est peut-être qu'on a peut-être du mal à saisir une spécificité de la littérature savoyarde. Ou en est-ce la cause?
Je dois avouer qu'on m'avait demandé d'écrire le chapitre sur le romantisme savoyard, mais il fallait que je montrasse qu'il n'avait pas débouché sur grand-chose, qu'il était peu intéressant sur le plan littéraire; j'ai donc refusé: je pensais exactement le contraire! Je ne pense pas être une sorte de nègre devant développer les idées des autres. Le fait est que je me suis passionné pour la littérature de l'ancienne Savoie justement parce qu'elle créait un monde fabuleux. Jacques Replat a à cet égard joué pour moi un grand rôle. Le reste ne m'intéresse au fond que secondairement.
Comme dit Amiel, toute foi repose sur des miracles, c'est-à-dire la vision du divin derrière la nature.