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Un tiers de toute la nourriture globalement produite finit dans la poubelle tandis qu’à présent une personne sur neuf n’a pas suffisamment accès à la nourriture pour poursuivre une vie active et saine. Le food waste, soit la différence entre la nourriture produite par et pour les êtres humains et la nourriture effectivement consommée par ces derniers, est une manifestation des contradictions inhérentes du système capitaliste. Même si l’apparition et l’ampleur de ce phénomène se sont opérés relativement récemment, ses origines furent exposées il y a bientôt 200 ans par Karl Marx et sa théorie de la surproduction. Les effets du gaspillage alimentaire sont désastreux à la fois pour l’environnement et la classe ouvrière. Du côté environnemental, il s’agit d’une surexploitation et d’une salinisation des terres, d’une accélération du changement climatique, du gaspillage de l’eau et d’autres ressources. Au bout du compte, une pomme dans la poubelle ne constitue pas seulement le gaspillage d’un fruit mais également de toutes les ressources et le travail qui y étaient investis. De l’autre côté, il semble évident que le gaspillage nuit à ceux qui ne jouissent pas de l’abondance alimentaire.
Phénomène récent, maladie ancienne
« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger, que nous attendons notre diner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts » (Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776)
Ayant vécu l’apparition des crises de surproduction dans la première moitié du 19è siècle, Marx discerne rapidement que la base de ces crises constitue le développement des forces productives dans un système capitaliste depuis l’ère de l’industrialisation. En effet, le développement important des techniques et machines agraires des derniers siècles permettent aujourd’hui des récoltes alimentaires qui dépassent 1.5[1] fois la quantité alimentaire nécessaire pour nourrir toute l’humanité. Le problème de faim se situe dans le mode de production capitaliste et son but ultime, à savoir : l’accumulation de profit. Dans « le Capital » Marx constate que « malgré que l’humanité bénéficie de ressources suffisantes et de capacités scientifiques et techniques immenses pouvant satisfaire les besoins sociaux élémentaires de toute la population de la planète, c’est tout le contraire qui se produit » (Le Capital, Livre III).
Combattre le gaspillage systémique
L’expansion économique, nécessité primaire du système capitaliste, est à un point critique. À la place des aventures impérialistes des siècles passés, les bourgeoisies nationales cherchent à élargir la consommation privée afin de satisfaire leur soif de profit : les quantités alimentaires requises dans les recettes et proposées dans les supermarchés n’ont cessées de croitre depuis la deuxième guerre mondiale, étant en même temps la dernière période de campagnes gouvernementales contre le gaspillage.
Conscientisons-nous du gaspillage alimentaire et ses racines capitalistes et nous pourrons fournir une alternative socialiste basée sur un mode de production durable soumis au contrôle ouvrier direct et démocratique. La lutte pour le contrôle des moyens de productions par les paysans et les consommateurs finaux est une nécessité si nous voulons arriver à une production qui répond aux besoins de l’humanité et non pas à ceux du capital. Non au food waste, c’est non à un système qui exploite l’environnement et la majorité des hommes au profit d’une minorité !
[1] Seufert, V., N. Ramankutty, , and J. A. Foley. 2012. Comparing the yields of organic and conventional agriculture. Nature 485(7397):229-U113. http://dx.doi.org/10.1038/nature11069