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Pourquoi la Chine n'a-t-elle qu'un seul fuseau horaire? Et d'où viennent les baguettes? Comment a évolué l'écriture chinoise? Posez vos questions et Papiers de Chine enquêtera pour vous.
Pour cette deuxième semaine olympique, Papiers de Chine vous propose chaque jour le portrait d'un Chinois qui a réalisé quelque chose d'exceptionnel pour les Jeux. Nous élirons dimanche, jour de la cérémonie de clôture, l'aventure la plus étonnante. Choisissez vos médaillés!
Ce jour-là, c’est à la sortie de métro Tiananmen que sévit Zhang Yue. Tel un félin qui a repéré sa proie, il s’élance sur un passant. En quelques enjambées, il le rattrape, se contorsionne et hop! subtilise la cigarette à peine allumée. «Ça fera toujours une de moins pour aujourd’hui!» lance-t-il à un col blanc en costume gris, encore sous le choc. Sans lui laisser le temps de répliquer, Zhang Yue lui tend une brochure sur les méfaits du tabac. De quoi occuper les doigts du fumeur privé de son plaisir.
Il a l’air de rien, Zhang Yue, avec sa tête toute ronde et son sourire neutre. Mais gare à ceux qui osent protester ou réclamer la cigarette qu’il vient de leur voler: il leur assènera alors une salve d’arguments sur les méfaits du tabac. Et lorsqu’il commence à parler, avec son fort accent provincial, il ne s’arrête plus.
Ancien instituteur dans la province du Henan, Zhang Yue s’est lancé en 2001 dans une croisade anti-fumée pour tenter de raisonner les 350 millions de fumeurs chinois. L’attribution des JO à la Chine a-t-elle été le déclencheur? «Sport et fumée ne sont pas compatibles. Mais Jeux olympiques ou pas, j’aurais tout de même mené mon combat.» Le réel moteur: son père, fumeur invétéré, «mort trop jeune». «S’il avait arrêté à temps, il serait certainement encore vivant.» Dans son village natal, les fumeurs emportés par un cancer à 50 ans ne se compteraient plus, dit-il tout en scannant les mains des passants.
Le voilà qui repart à la chasse. Zhang Yue arrache cigarette après cigarette avec un naturel qui déroute. Du coup, «très rares» seraient ceux qui râlent. «Au début, je me contentais de distribuer des brochures, puis j’ai réalisé qu’il fallait les choquer un peu, mime-t-il, équarquillant les yeux. Leur montrer que oui, une cigarette peut être jetée, même avant d’être terminée.» Cet après-midi-là, c’est 100% de réussite. Tous écoutent sagement la leçon de Zhang Yue, même ce jeune en blouson de cuir, qui a l’air d’un petit garçon pris sur le fait. «Le seul inconvénient avec cette activité, c’est que mes mains puent le tabac le soir», dit-il, partant dans un grand éclat de rire.
Aidé en partie par le Ministère de la santé, mais surtout grâce à des dons privés, Zhang Yue a déjà traversé 200 villes chinoises: «Je vais continuer, à travers toute la Chine, en passant par chaque ville du pays, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus le moindre fumeur… », annonce-il, avec conviction et enthousiasme avant de lancer: «Puis j’irai faire la même chose à l’étranger!»
Papiers de Chine