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Village fantôme. Dans la région de Mokopane, 300 kilomètres plus au nord, les habitants ont carrément dû partir de chez eux. Cette province – le Limpopo – est la plus pauvre du pays: 40% de la population vit avec moins de 400 francs par an. La plupart des habitants pratiquent une agriculture de subsistance. Dans cette partie septentrionale du Bushveld Complex, l’extraction de platine n’a débuté qu’en 1993, mais les forages se sont multipliés depuis. La roche contenant le métal précieux peut atteindre 90 mètres d’épaisseur ici. Elle est aussi située moins en profondeur. La plupart des mines sont donc à ciel ouvert.
Le bourg de Ga-Pila, situé à moins de 20 mètres de l’une d’entre elles, ressemble à un village fantôme. La plupart des maisons ont été détruites au bulldozer par Anglo Platinum, qui a fait évacuer le village en 2003 pour permettre l’extension de sa mine. Chacun des 7000 habitants a reçu 5000 rands (725 francs) comme compensation et une nouvelle maison dans le village de Sterk Water. Mais 25 familles ont refusé de partir et continuent à vivre ici. «Nous ne voulons pas être relogés, raconte l’une de ces résistantes, Rose Tlhotse. Nos parents sont nés ici, nous aussi. Nous voulons y être enterrés. C’est notre terre ancestrale.» Mais la mine fait tout pour les chasser: «Ils nous ont coupé l’électricité et enterré notre réservoir d’eau sous un tas de déchets de roche», raconte cette femme imposante, assise sur une chaise en plastique au milieu de ce qui reste de son village.
Les habitants de Ga-Pila reçoivent un réservoir d’eau par semaine de la municipalité, mais cela ne suffit pas. Ils s’approvisionnent à la rivière voisine. Une analyse réalisée par l’ONG ActionAid a montré que l’eau contenait trop de soufre et de nitrate, ce qui peut provoquer des cancers ou le «syndrome du bébé bleu». Un craquement sourd interrompt la discussion, faisant trembler toute la campagne environnante. La mine vient de procéder à l’une de ses explosions biquotidiennes. «Cela crée des fissures dans nos maisons et les enfants en sont terrifiés», soupire Rose.
Le bourg d’Armoede paraît presque coquet en comparaison. Ce village «nouveau» a servi à reloger les 10 000 habitants de Motlhotlo, en 2007. A première vue, tout semble impeccable: les maisons de briques sont spacieuses et modernes, les routes bien aménagées. Mais les habitants ne sont pas satisfaits. «Le travail a été fait n’importe comment, s’emporte Phillip Sekhaolelo, le chef de la communauté. Les fondations des maisons sont inexistantes. Chez moi, ils ne sont jamais venus installer la porte d’entrée.» Il montre les fissures qui parsèment sa maison toute neuve.
Plus grave, les villageois n’ont plus accès à des terres arables, malgré la promesse de la mine de remplacer les 3700 hectares perdus par 8800 hectares sur trois nouvelles fermes. Deux d’entre elles se trouvent à plus de 40 kilomètres de là, en terrain montagneux. Impossible pour les villageois de s’y rendre. Ils sont désormais obligés d’acheter de la nourriture en ville. «Anglo Platinum a remplacé notre mode de vie rural par celui d’un township urbain», s’énerve Phillipos Dolo, coordinateur local d’ActionAid.