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UBS, révélateur d'un système
Il était une fois une banque. Connue pour sa gestion exécrable et malhonnête - qui lui fit perdre des milliards de francs - et pour le soutien à la fraude fiscale à l'étranger, celle-ci, loin de sanctionner ses dirigeants fautifs, continua à leur distribuer de gros «bonus». Ces gratifications individuelles, totalisant 4 milliards de francs, correspondaient par hasard au montant des économies que la banque entendait réaliser en licenciant 11% de son personnel. Avant de se débarrasser de 8700 collaborateurs, dont 2500 en Suisse, le même établissement avait reçu 60 milliards en dons et en prêts des pouvoirs publics pour lui éviter une faillite retentissante. Auparavant, elle avait déjà licencié environ 10000 autres employés.
Bienvenue dans le monde merveilleux d'UBS. Que les pouvoirs publics continuent à soutenir massivement une institution privée de ce type aide à comprendre qui gouverne vraiment dans ce pays. Le pouvoir politique, sensé prendre des décisions souveraines en vue du bien commun, ou le pouvoir économique, concentré aux mains de quelques-uns? «Si l'UBS faisait faillite, c'est toute l'économie suisse qui entrerait en récession», justifient en chœur des politiques de tous bords. On le voit, ce sont les banques et les grosses entreprises qui déterminent la marge de manœuvre de l'Etat. Les salariés, eux, paient encore une fois l'addition, selon l'adage «privatisons les bénéfices, socialisons les pertes». Qu'on cesse de nous présenter ce cher système capitaliste comme éthique, démocratique et rémunérant le travail de chacun à sa juste valeur!
L'absurdité du système saute aux yeux lorsque l'on compare certains chiffres. D'ici à 2010, les Etats auront injecté 5000 milliards de dollars dans l'économie pour la sauver de l'écroulement. Or, selon les Nations Unies, 30 milliards par an seraient suffisants pour éradiquer la faim dans le monde, dont souffrent un milliard de personnes sur la terre. 30 milliards? Cela correspond à la moitié de ce que la Confédération a injecté dans l'UBS, et un peu moins que la fortune privée d'une seule personne, Ingvar Kamprad, le propriétaire d'Ikea, domicilié en Suisse. Osons enfin penser que cette infamie n'est pas une fatalité!
Christophe Koessler