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L’hypertension pulmonaire (HTP) est une condition clinique caractérisée par une augmentation de la pression artérielle pulmonaire moyenne (PAPm, mesurée par cathétérisme cardiaque droit) égale ou supérieure à 25 mmHg au repos en conséquence de différentes pathologies cardiaques ou pulmonaires.
L’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) est une condition clinique rare et sévère caractérisée par une augmentation progressive des résistances pulmonaires menant à la défaillance cardiaque droite, en absence d’une cause postcapillaire du cœur gauche (pulmonary artery wedge pressure PAWP-pression artérielle capillaire bloquée inférieure ou égale à 15 mmHg).
En présence d’une PAWP supérieure à 15 mmHg, on est confronté à une HTP secondaire à une pathologie du cœur gauche ou mixte (isolée ou d’origine mixte pré et postcapillaire) (tableau 1).
L’HTP est classée en cinq groupes étiologiques (tableau 2). Les pathologies du groupe 1 sont responsables d’une HTAP et doivent être traitées avec des médicaments spécifiques.
L’HTP est fréquente chez les patients avec une insuffisance cardiaque gauche ou une hypoxémie chronique ; l’HTAP est une condition clinique rare (3‑5 cas/100 000), plus fréquente dans certains groupes à risque (par exemple, sclérodermie, hypertension portale, après embolie pulmonaire, prise de médicaments anorexigènes).
Le bilan d’une HTP doit permettre de confirmer le diagnostic ainsi que déterminer le groupe étiologique, la sévérité et la thérapie optimale pour le patient.
L’HTAP est une chimère et la présentation clinique initiale du patient avec une HTAP est très aspécifique, surtout dans la phase précoce de la maladie. Une dyspnée à l’effort, une fatigue ou parfois des douleurs thoraciques sont souvent les seules plaintes du patient.
Les symptômes de la défaillance cardiaque droite ou des syncopes à l’effort sont généralement l’expression d’une maladie avancée, avec une dyspnée au repos ou lors d’une activité physique légère (dyspnée classe III ou IV). Le plus souvent, le diagnostic est établi à ce moment, 2 ans ou plus après la survenue des symptômes initiaux.
Le pronostic d’une HTAP non traitée est mauvais et comparable à celui d’une maladie oncologique avancée. Un diagnostic et un traitement précoces améliorent le pronostic, et une prise en charge précoce et combinée est maintenant proposée par les recommandations internationales récentes.
L’examen clinique initial d’une dyspnée à l’effort nécessite de rechercher la présence de signes d’une défaillance cardiaque droite, d’une hypertension pulmonaire ou d’une pathologie associée (connectivite, hypertension portale, histoire de maladie thromboembolique).
Le bilan initial comprendra typiquement une radiographie du thorax, un électrocardiogramme et une spirométrie. Ces examens peuvent être normaux à la phase précoce de la maladie. D’autres pathologies plus fréquentes doivent être exclues (par exemple, un asthme ou une autre pathologie pulmonaire, une atteinte cardiaque ischémique ou autres, une maladie neuromusculaire). Si la cause d’une dyspnée isolée à l’effort reste inexpliquée, une hypertension pulmonaire doit être envisagée. Dans les groupes à risque, le niveau de suspicion pour la présence d’une HTAP doit être plus bas.
L’échocardiographie transthoracique représente l’examen de choix pour le dépistage d’une HTP (figure 1) et permet une estimation de la pression artérielle pulmonaire systolique souvent – mais pas toujours – fiable. D’autres examens complémentaires doivent être considérés (ergospirométrie, scintigraphie de ventilation/perfusion, CT-scan thoracique). Un bilan sanguin en fonction de la présentation clinique sera effectué (bilan immunologique et thyroïdien, dépistage des hépatites B et C ainsi que d’une infection par le VIH). Chez les patients atteints de sclérodermie, un dépistage annuel de l’HTAP par échocardiographie est recommandé.
Finalement, un cathétérisme cardiaque droit avec un test de réactivité vasculaire pulmonaire est indispensable pour confirmer le diagnostic, définir correctement l’étiologie puis débuter un traitement spécifique.3
La prise en charge du patient présentant une HTAP, dont le diagnostic est complexe, est typiquement multidisciplinaire et doit s’effectuer dans un centre de compétence HTAP (figure 1). Un cathétérisme droit avec test de réactivité vasculaire est essentiel pour poser un diagnostic correct et définir le traitement.
En présence d’une HTAP/HTP du groupe 1 et d’une réactivité vasculaire, un traitement avec des anticalciques sera débuté. En l’absence de réactivité vasculaire, on utilisera un traitement spécifique avec un antagoniste de l’endothéline, un inhibiteur de la phosphodiestérase 5, un stimulateur de la guanylate-cyclase, un analogue des prostaglandines par voie systémique ou encore un des nouveaux agonistes du récepteur des prostaglandines par voie orale.
Auparavant, à partir d’une dyspnée de classe III, une monothérapie était souvent prescrite. Aujourd’hui, une monothérapie ou plus souvent une thérapie séquentielle combinée sont envisagées à partir d’une dyspnée de classe II, selon des objectifs (symptômes, tolérance de l’effort, hémodynamiques, laboratoire) bien définis. Des mesures générales et la nécessité d’une supplémentation en oxygène seront également discutées. Une anticoagulation orale n’est plus recommandée de façon générale chez les patients avec une HTAP.
Ces dernières années, le diagnostic précoce de l’HTAP et une approche thérapeutique combinée ont beaucoup amélioré le pronostic et la mortalité des patients atteints. Une réévaluation régulière, tous les 3‑6 mois, du patient et de son profil de risque – avec idéalement l’objectif que le patient reste en catégorie « low risk » (risque estimé de mortalité à une année < 5 %) – reste obligatoire (tableau 3).
Au contraire des patients avec une HTAP, ceux avec une HTP du groupe 2 (insuffisance cardiaque) ou 3 (maladie pulmonaire hypoxique) ne doivent pas être traités avec des médicaments spécifiques de l’HTAP, à l’exception de rare cas sélectionnés.
Pour les patients avec une maladie thromboembolique chronique (CTEPH (chronic thromboembolic pulmonary hypertension), HTP du groupe 4) l’indication à une chirurgie (thrombendartérectomie de l’artère pulmonaire) doit être discutée dans un centre de référence, avant une thérapie médicamenteuse, qui n’est indiquée que pour les patients non opérables. Dans des cas sélectionnés, un traitement par thromboangioplastie de l’artère pulmonaire pourrait être considéré dans un centre d’expertise.
Au stade précoce, l’HTAP est paucisymptomatique et les symptômes sont aspécifiques. Les options thérapeutiques de l’HTAP sont aujourd’hui diversifiées et améliorent la qualité de vie, les symptômes mais aussi le pronostic des patients, surtout lorsque le diagnostic est posé précocement.
Le médecin de premier recours doit donc être particulièrement attentif à reconnaître les symptômes d’une possible HTAP, en particulier dans les populations à risque (surtout en présence d’une sclérodermie, mais aussi d’une hypertension portale ou de la persistance d’une dyspnée après une embolie pulmonaire). La présence d’une dyspnée d’effort isolée non élucidée devrait faire suspecter une HTAP.
L’échocardiographie représente l’examen de choix pour le dépistage initial. Le diagnostic d’HTAP doit être confirmé par un cathétérisme cardiaque droit. Une approche multidisciplinaire et une prise en charge par un centre spécialisé dans l’HTAP sont recommandées. Le traitement spécifique d’une HTAP est recommandé à partir d’une dyspnée de classe fonctionnelle II.