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Classement des décors et mobilier de Jean Jaquet
Dans le cadre de l'examen de la requête en autorisation pour la rénovation intérieure des bâtiments du Parc Barton et la pose de panneaux solaires en toiture, la Commission des monuments, de la nature et des sites a demandé à ce que soit menée une procédure de classement visant l'ensemble des éléments de décor et de mobilier attribués au sculpteur ornemaniste Jean Jaquet installés dans la "villa Barton", ainsi qu'une procédure d'inscription à l'inventaire des cinq pavillons réalisés sur les plans du bureau André et Francis Gaillard en 1961.
En 1858, Sir Robert Peel, fils de ministre anglais, rachète à Jean-Pierre Philippe Dunant le domaine de Sécheron-dessous. Le Britannique procède à l'agrandissement de la maison d'origine, la transforme en pittoresque cottage anglais et la baptise "Lammermoor", du nom du domaine de son beau-père, le marquis de Tweedale, en Écosse.
Il installe un peu plus tard, dans l'aile sud du bâtiment, un ensemble de décors provenant d'un immeuble sis rue de Chantepoulet 25, la "Maison Roux"1. Selon les sources, ces décors auraient été acquis par l'architecte Marc Camoletti vers 1887. Un examen d'un plan d'élévation du salon de la maison Roux conservés au Musée d'art et d'histoire confirme qu'une partie de ces boiseries correspondent bien à celles de Sécheron et qu'elles pourraient provenir de l'appartement de cinq pièces situé au deuxième étage de la maison, le seul bénéficiant d'un balcon. Mais l'ensemble provient probablement de plusieurs pièces reconstituées, en partie complétées et en tous les cas ajustées à leur nouvel emplacement.
Décédée en 1935, la dernière propriétaire du domaine, Alexandra Peel-Barton, institue la Confédération héritière du domaine. Dans son testament, elle stipule : Je lègue à la Confédération suisse ma propriété dite Villa Lammermoor, 132, route de Lausanne à Sécheron à Genève, soit les immeubles composant cette propriété, ainsi que les boiseries et fontaines Louis XVI de Jaquet du petit salon et de la salle à manger, ceci à l'express condition que la propriété ne soit jamais partagée et que les arbres restent dans leur état actuel sans être coupés.
Cette précision explique peut-être le fait que lors du réaménagement de la parcelle mené au début des années 1960 à la faveur d'une meilleure installation de l'HEID (l'Institut des Hautes Études Internationales occupe les lieux dès 1937), les deux pièces boisées ont été préservées, tandis que la villa subit d'importantes transformations. La maison de maître est surélevée et totalement réaménagée par les architectes Marc Tzala et Samuel Buffat. Elle abrite depuis des salles de cours, la bibliothèque et l'administration.
La première pièce adjacente au hall d'entrée est dédiée au bureau du directeur de l'Institut. Le salon comporte corniches, cheminée, trumeaux sculptés, colonnes cannelées, consoles, miroirs, dessus de portes et portes à deux ventaux: Un examen attentif permet cependant de relever que les parois du côté de la grande porte et de la fenêtre semblent être une interprétation des motifs usuellement employés par Jaquet. Cette partie des panneaux aurait été conçue afin de compléter le décor. La richesse du programme et la qualité des reliefs restent cependant tout à fait remarquables.
Depuis le salon on accède à la salle à manger, employée comme salle de soutenance de thèse. Également richement décorée, elle comporte en outre une jardinière et une fontaine en faïence insérées dans une niche encadrée de pilastres et de colonnes de part et d'autre de la fenêtre donnant sur le lac. S'il n'est pas certain que ces éléments proviennent de la maison Roux, ils ornaient certainement dès l'origine une salle à manger. Les motifs employés se rattachent aux productions de Jaquet.
Inscription à l'inventaire des cinq pavillons du Parc Barton
A la fin des années 1950, parallèlement aux travaux de transformation de la villa Barton, le bureau d'architectes André et Francis Gaillard développe un projet de cinq pavillons s'implantant au sein du parc4, prenant en compte l'obligation de ne pas abattre d'arbres et cherchant une circulation propre aux activités de l'Institut au sein d'un parc désormais public. Le programme prévoyait une salle de conférence de 120 places environ, une salle de séminaire pouvant service d'extension de la grand salle - 50 places supplémentaires, un club-cafétéria, 15 chambres pour étudiants-boursiers avec un cabinet de toilette chacun, une conciergerie.
Les frères Gaillard prennent le parti de répartir le programme dans cinq petits volumes implantés dans la pente douce et de les placer en dehors de la circulation générale, de manière à donner aux étudiants la possibilité de jouir du parc sans être importunés. Le système constructif des cinq bâtiments est analogue sur une base de béton brut, les structures sont en bois collés, les façades constituées librement de panneaux lambrissés et de panneaux de verre.
La loge d'entrée, d'un seul niveau est restée proche de son état initial. Les autres pavillons ont fait l'objet de transformations qui n'ont toutefois pas dénaturé leur qualité architecturale.
L'intérêt de cette réalisation réside également dans l'adéquation entre l'implantation des bâtiments et leur architecture adaptée à la nature du lieu. La typologie intérieure des de trois des pavillons est particulièrement intéressante en raison du noyau distributif qui se lit dans sa verticalité.
Auteure: Nadine Doublier / IMAH-OPS
Photographies : BGE / CIG, IHEID
Note:
1 À noter que la Maison Roux, construite entre 1791 et 1792, propriété d'un peintre en émail David Étienne Roux, est inscrite à l'inventaire depuis 1986 (MS-i-VGE-3). Un lustre à 6 feux et quatre "athéniennes" (trépied supportant une vasque) de Jean Jaquet indiqué comme provenant du même immeuble se trouvent dans les collections du Musée d'art et d'histoire depuis 1921.
Bibliographie :
- el-Wakil, Leila et Office des constructions fédérales: Lammermoor: étude historique, 1989, archive ouverte UNI GE, https://archive-ouverte.unige.ch/unige:106534/ATTACHMENT0l
- Amsler, Chrisine, Magnusson, Carl : Rapport de visite avec analyse sommaire des riches décors Louis XVI parant deux salons contigus de l'ancienne maison de maître, archives DPS-SMS, juillet-août 2010
- Magnusson, Carl : Les sculptures d'ornement à Genève au XVIIIe siècle, Genève, 2015, p. 144
- Winiger-Labuda, Anastazja, L'ancienne Maison Roux rue de Chantepoulet, in MAH, t.lI, Genève, Saint-Gervais, pp. 359- 363
- Jaquet, Martine: Des alpes à la mer, l'architecture d'André Gaillard, ACM 2005, pp. 204-207
- Fatio, Guillaume: Les parcs de Genève, in Das Werk, n° 24 (1937), pp.167-168