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A travers ses 7 facultés, l'université de Bâle est la plus vielle de Suisse. Rencontre avec son recteur Antonio Loprieno.
Comment se porte l'université de Bâle?
Je dirais que nous allons très bien. Nous sommes dans une phase d'essor. Depuis le 1er janvier 2007 l'université de Bâle est soutenue par les deux cantons, Bâle campagne et ville. C'est un cas unique en Suisse. Cette autorité responsable supplémentaire va beaucoup nous apporter. Nous allons donc très bien!
Quelle est la position stratégique de votre université par rapport aux autres universités suisses? Quels sont ses atouts et ses lacunes?
Par rapport aux autres universités, nous possédons une caractéristique spécifique qui est un avantage mais aussi un inconvénient, nous avons un entourage trinational. En Suisse, il y a ces endroits stratégiques comme Zürich, le triangle Azur, Berne et le plateau, nous sommes un peu en dehors, mais nous considérons ce désavantage géographique au niveau suisse comme un avantage au niveau international. Car nous sommes prédisposés à être l'université la plus internationale des universités suisses.
Dans quel domaine votre université est-elle à la pointe de la recherche?
L'université de Bâle s'est fixée deux points principaux pour lesquels elle aspire à l'excellence. Un de ces points est le domaine des Sciences de la Vie, ceci en rapports avec les liens qu'entretient l'université avec les industries pharmaceutiques de la région. Le deuxième point important est la culture, de par la tradition humaniste de l'université de Bâle. Cette université est de loin la plus ancienne de Suisse, elle a été fondée en 1460.
Quelle vision avez-vous de l'étudiant bâlois classique?
Au niveau Bachelor, l'étudiant classique vient de la région bâloise, des cantons avoisinants et aussi des pays qui nous entourent comme l'Allemagne. Au niveau doctorat, nous pouvons relever un autre profil. Là, l'étudiant classique serait plutôt un étudiant international, qui vient pour des domaines de recherches intéressants pour lui comme la Physique, la Chimie, les Sciences de la Vie. Le profilage international au niveau doctorat représente pour nous une clientèle très importante, parce que nous avons un problème avec la relève dans les Sciences naturelles en Suisse.
Quelles sont les connexions/relations qu'entretient votre école?
Tout d'abord au niveau local, nous avons une série de relations avec des institutions culturelles et des entreprises. Je peux vous citer par exemple l'académie de musique qui est très importante pour nous, ainsi que des relations très intenses avec des partenaires de l'industrie pharmaceutique tels que Roche et Novartis. Nous entretenons également des relations très étroites avec des personnalités de la culture locale ainsi qu'avec des personnalités de l'économie. Nous sommes en relation avec les Etats-Unis, la Floride, Miami où l'Art Basel a lieu une fois par an. De plus, Bâle ville, et de ce fait l'université, ont un lien spécial avec le Massachusetts. Novartis a un centre de recherche à Boston et il existe une collaboration spécifique avec le MIT (Massachussetts Institute of Technology).
Quelle est votre opinion face à l'importance de plus en plus grande du privé dans le financement de l'enseignement?
Je crois que c'est une question qui est en rapport avec notre culture, notre pays et notre société. J'ai un avis très positif concernant le financement par l'économie privée. Il règne souvent une sorte de scepticisme à l'égard de l'économie privée, car on pense qu'elle apportera seulement quelque chose à l'université si elle peut en tirer profit. Là, l'université de Bâle fait très attention, elle veille à ce que l'intervention de l'économie privée se fasse toujours dans la recherche fondamentale, afin qu'il n'y ait pas d'intérêts propres qui se cachent derrière les investissements. Si on regarde les grandes universités dans le monde, elles sont au minimum très fortement financées par les fonds privés. De plus, on ne peut pas prouver que l'économie privée influence une université plus que les institutions publiques. Si en tant qu'université moderne nous voulons développer la recherche, nous sommes alors obligatoirement dépendants de l'aide de l'économie privée.
Quelles collaborations entretient votre université avec les HES voisines?
D'autres projets similaires sont-ils à l'ordre du jour ? Nous avons, à la mi-décembre, signé un partenariat avec la Haute Ecole Suisse du nord-ouest (organe qui résulte de la fusion des HES de Bâle, Argovie et Soleure). Cette collaboration est déjà très intense dans plusieurs secteurs, surtout dans le domaine de la technologie. La HES du nord-ouest participe aussi à un de nos points de recherche principaux: le NCCR (national centres of competence and research), dans le domaine de la critique de l'image. Il existe vingt de ces centres en Suisse et nous en avons trois chez nous, dans les domaines des Nano Sciences, de la psychologie du développement et de la critique de l'image (iconic criticisme). La HES du nord-ouest est intégrée dans ces points de recherches particuliers. En ce qui concerne les Hautes Ecoles, les étudiants peuvent déjà suivre les programmes de la formation continue. Pour accéder au niveau universitaire, il existe désormais une collaboration permettant aux étudiants des Hautes Ecoles d'intégrer des programmes universitaires moyennant toutefois des conditions particulières.
Est-ce que les accords de Bologne vont encore modifier certains de vos cursus?
Cette question aurait été d'actualité il y a quelques années. Il y a eu en effet de grands changements, surtout dans le domaine des Lettres et des Sciences sociales qui ont été les filières les plus touchées au niveau de leur structure. Et honnêtement oui, il y aura encore des changements. Avant Bologne, il était possible qu'un professeur gère seul un cursus. Maintenant ce n'est plus possible, vous êtes dépendant d'une collaboration et il y aura de ce fait certainement des changements. Je pense que l'offre de Bologne ne changera pas fortement dans les prochaines années le paysage disciplinaire. Si vous regardez actuellement l'offre des filières à l'université, oui vous pourrez voir des changements. Mais pour finir on peut toujours étudier le grec, le français et l'art. Je n'attendrais pas de changements révolutionnaires, mais tout simplement des adaptations au nouveau système.
Comment répondez-vous à l'inquiétude des étudiants face à Bologne que l'on présente parfois comme un système d'études élitaire?Pour Bâle cela ne devrait pas être le cas car nous avons fait attention à ce que les étudiants qui se sont adaptés à Bologne gardent la possibilité d'organiser leurs études librement. On n'est pas obligé de faire telle ou telle tâche pour la fin d'un semestre, mais on peut s'organiser comme on veut. Cependant, je peux vous dire que cette question est bien fondée, car une sorte de réglementation a eu lieu. Désormais c'est grave de manquer une journée d'uni, ce qui n'était pas le cas auparavant. Si vous pensez que ce système est élitaire alors ma réponse est oui… Il faudrait peut-être aussi se poser la question de savoir si la notion d'élitisme est exacte ici, car quand le système de Bologne a été créé celui-ci était basé sur la démocratie; l'intention était de donner à tout le monde, et non pas seulement aux riches, la possibilité de faire des études, qu'on puisse mieux gérer dans le temps. C'est vrai que c'est un domaine qui provoque certaines tensions. A Bâle nous avons essayé de régler différemment ce problème mais nous ne savons pas si cela va marcher. Nous sommes au stade des premières expériences.
Avez-vous un message pour les étudiants de l'Université de Bâle et pour ceux qui n'ont pas choisi Bâle?
Oui, j'en ai un. Nos étudiants peuvent, non seulement se dire heureux d'avoir la possibilité d'être à l'université de Bâle, mais aussi être fiers de faire partie d'une telle institution. Je crois que l'université de Bâle est une excellente université. Et si vous aimeriez un message pour tous ceux qui ne se sont pas décidés pour Bâle, je dois dire: Nobody is perfect!