Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06936.jsonl.gz/261

Eric Vigié, directeur de l’Opéra de Lausanne, a programmé Amahl et les visiteurs du soir de Gian Carlo Menotti pour son traditionnel spectacle Jeune public (lequel ravit généralement petits et grands!). Menotti lui-même avouait avoir un faible pour cette œuvre composée pour la TV et donnée la première fois le 24 décembre 1951. «J’aime écrire pour les enfants, avouait-il, peut-être parce que je n’en ai jamais eu». Amahl et les visiteurs du soir sera donné en français par la maîtrise «Opéra» du Conservatoire de Lausanne, l’orchestre de l’HEMU sous la direction d’Hervé Klopfenstein, dans une mise en scène de Gérard Demierre. On entendra un jeune élève-chanteur dans le rôle-titre et Marina Viotti qui vient de remporter brillamment le prix Kattenburg dans celui de la mère.
Gian Carlo Menotti, c’est bien sûr le compositeur du Medium, du Téléphone, du Consul et de vingt autres opéras, mais aussi de nombreuses œuvres de musique de chambre et pour orchestre. Précisons que Menotti tenait à être considéré comme italien, même s’il a passé la plus grande partie de sa vie aux Etats-Unis et aimait la langue anglaise dans laquelle il a écrit la plupart de ses livrets.
Sixième enfant d’une fratrie de huit, Menotti est né en 1911 à Cadeglino, près de Lugano, dans une famille aisée. Son père, qui mourra alors que Gian Carlo est adolescent, était commerçant, sa mère pianiste amateur. Il savait à 6 ans déjà qu’il voulait être compositeur! A 11 ans, il écrit son premier opéra… pour marionnettes. A 17 ans, il part pour les USA sur conseil de Toscanini, car l’enseignement musical en Italie était académique et sans intérêt. Il entre au Curtis Institute et, encore étudiant, voit un de ses opéras monté à Philadelphie, puis au Met à New York. Il sera le compositeur d’opéra le plus célèbre et le plus joué dans les années 1950 et 1960. Il mourra à Monaco en 2007.
L’artiste, un explorateur
Loquace et plein d’humour, Menotti, rencontré en 1990 à Davos, n’hésitait pas à afficher son mépris pour les recherches avant-gardistes, car «un compositeur, s’il veut pouvoir communiquer, et c’est le but de la musique, doit se servir du langage existant. Le langage évolue, mais ce n’est pas au compositeur de le changer», estimait-il. «Le compositeur n’a pas à inventer, mais à trouver. L’artiste est un explorateur. Il recherche dans la conscience collective ce qu’il y a de plus noble.» Et de citer Michelangelo qui expliquait: il y a le bloc de marbre et la statue est dedans; il suffit d’ôter ce qu’il y a de trop. La musique de Menotti, basée sur la voix tant pour le timbre que pour le phrasé, s’inscrit dans la tradition des Verdi, Puccini, voire de Schubert, sans pour autant craindre des harmonies et des couleurs orchestrales originales, riches en effets multiples, bien loin d’un conservatisme ennuyeux.
Librettiste et metteur en scène
Menotti écrivait lui-même ses livrets, car, à son avis, il faut être musicien pour savoir doser le texte, en sacrifier parfois une partie, entendre la musique des mots et celle de la langue. Il a même écrit les livrets de certains opéras de Samuel Barber, son camarade d’études et son compagnon de vie pendant de longues années. Menotti était également metteur en scène. Il l’a fait d’abord pour ses propres œuvres «pour les protéger des autres», ces «parasites» qui s’emparent de l’œuvre d’un créateur pour l’adapter à leurs idées, à «leurs limites», alors que le metteur en scène doit être un interprète comme le chef d’orchestre, le pianiste, le violoniste, disait-il.
Spoleto, la rencontre de deux mondes
Menotti a aussi fondé en 1958 un festival, par «besoin de se sentir nécessaire». Spoleto était une ville pauvre, abandonnée, oubliée, et lorsque Menotti a dit au maire qu’il allait l’aider avec de la musique, celui-ci a eu quelque peine à le croire. L’idée était de créer au travers de cette manifestation hors circuit mondain un terrain de rencontre entre deux cultures et deux mondes artistiques, l’américain et l’européen. Des artistes célèbres y sont venus presque pour rien; il a lancé des noms encore inconnus: Yo Yo Ma, Jacqueline Dupré, Zuckerman. Il créera un autre festival du même genre en 1977 à Charleston et rêvait de construire un petit opéra à Harlem, rêve qui ne s‘est pas réalisé. Pourquoi la musique? «Jamais pour divertir, l’art est un acte d’amour.»
Opéra de Lausanne, Amahl et les visiteurs du soir, les 8, 10, 11,12 et 15 novembre.