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Lorsque le rideau final tombe à 1 h 25, heure de Londres, les larmes coulent. «Je suis heureux, pas triste. C'était une soirée fantastique et j'en avais envie. Je ne voulais pas partir seul dans mon coin», a déclaré Roger Federer.
Les larmes coulent. Les siennes, d'abord, mais elles sont contagieuses. Roger Federer les partage avec Nadal. Avec Mirka. Avec les enfants. Tous le réconfortent comme ils peuvent mais ils ont beaucoup à faire avec leur propre émotion.
Tout le monde est venu pour le dernier match de sa carrière. Les quatre enfants, Myla et Charlene, Leo et Lenny. Les parents, Robert et Lynette. Alors que Federer les remercie une dernière fois, sa femme lui envoie des baisers aériens. Et il dit: «Sans vous... Sans vous rien de tout cela n'aurait été possible.»
Avantage, service, revers, faute, break. Amour, victoire et défaite: le tennis parle le langage de la vie. Chaque jeu en est le déroulé à sa petite échelle. Chaque match offre son lot de hauts et de bas. Un condensé de la vie. Roger Federer a joué 1526 matchs en simple et 224 matchs en double.
Roger Federer était sur le court pour la première et la dernière fois depuis son élimination en quart de finale de Wimbledon l'an dernier. Le fait qu'il se soit incliné aux côtés de son ami Rafael Nadal 4-6 7-6 (7/2) 11/9, devant Jack Sock/Frances Tiafoe, après avoir raté une balle de match, restera anecdotique.
L'adieu le bouleverse, c'est difficile pour lui. Parce qu'il n'est pas prêt à ça. «Mais les signaux de mon corps étaient clairs à la fin. Je dois réaliser que c'est fini. Le moment est venu, même si ça fait mal.»
Le tennis est un sport individuel, il n'y a qu'un seul gagnant et de nombreux perdants dont personne ne se soucie. Vous sortez généralement par la porte de derrière. Les adieux sont solitaires. Pas pour Federer. Il est accompagné de sa famille de tennis.
Pour son dernier match, il est avec un rival devenu ami. Toutes les légendes du tennis sont là. Rod Laver, Björn Borg et John McEnroe pour le passé. Rafael Nadal et Novak Djokovic pour le présent, plus Andy Murray. Et Félix Auger-Aliassime, qui a exactement 19 ans de moins que lui, ou Frances Tiafoe, pour le futur.
Et tout cela à la Laver Cup. Un tournoi où les adversaires deviennent des alliés. Une compétition que Federer a fondée. C'est son héritage au tennis, une déclaration d'amour. À Londres. Dans la ville de ses plus grands succès.
Lorsqu'il a été le dernier joueur de l'équipe européenne à entrer sur le terrain à 13 h 10, heure locale, c'était comme si un ouragan balayait l'O2 Arena. Comme toujours ces vingt dernières années. Comme partout. Une dernière fois.
Il a suivi les premiers matchs avec enthousiasme, à l'écart, parfois depuis le vestiaire - en retrait et uniquement suivi par des caméras. Jusqu'à 23 heures, heure locale, lorsqu'il est entré en scène pour la dernière fois en tant que professionnel du tennis, dans la lumière des projecteurs, les yeux et les caméras braqués sur lui, au centre du public mondial.
Rafael Nadal, l'O2 en ébullition, c'était clair: il s'est trompé. Sa carrière se termine d'une manière qu'il n'aurait jamais cru possible: par un petit match entre amis. Après 20 titres du Grand Chelem, 310 semaines en tant que numéro 1 mondial, avec l'or olympique en double et l'argent en simple, avec 103 victoires en tournois.
Federer craignait les larmes et les émotions, le moment où le dernier rideau tombe. «Parce que je ne veux pas que ce soit comme un enterrement. Ce doit être joyeux, puissant, une grande fête.» Malgré la mélancolie, malgré les larmes, pour lui et ses fans. Malgré les craintes sur son état physique.
Il redoutait une fin un peu plombée. La crainte n'était pas fondée. C'est devenu une fête. C'est devenu ce que c'était censé être: pas un adieu, mais un au revoir de sa famille de tennis – devant ses proches.
Il y avait aussi Severin Lüthi, qui a toujours été plus que «juste» son entraîneur. Il y avait encore son ami d'enfance Marco Chiudinelli. Sans doute qu'il y avait d'autres personnes dans la foule qui comptent beaucoup pour Federer, mais qui ont préféré rester discrets. Le fait qu'ils étaient à ses côtés ce soir-là, des décennies après l'ascension au sommet du monde, n'a peut-être pas rendu l'adieu plus facile, ni moins touchant. Mais moins solitaire.
De tous les cadeaux que le tennis lui a offerts, les personnes qu'il a rencontrées au fil du temps sont les plus grands: «Mes amis, mes rivaux et surtout les fans qui insufflent la vie à ce sport.»
Pour Roger Federer, le tennis ne parle pas seulement le langage de la vie. Il est sa vie. «On m'a donné un talent particulier pour le tennis et je l'ai joué à un niveau que je n'aurais jamais pu imaginer, bien plus longtemps que je ne l'aurais cru possible», a conclu le joueur de 41 ans. «Je me considère comme l'une des personnes les plus heureuses au monde». C'était la dernière danse de Roger Federer.
(adaptation française: chd)
La Suisse ne sait pas encore si elle sera au rendez-vous des 8es de finale, mais elle sait déjà ce qui l'y attendrait: