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Nous comptons en Suisse cinq réacteurs nucléaires dans quatre centrales en activité : Mühleberg en, service depuis 1972, les deux réacteurs de Beznau, entrés en service en 1969 et 1971, Gösgen, qui fonctionne depuis 1979, et enfin Leibstadt, mise en service en 1984. Les premières centrales ont été construites pour une durée de 30 ans et les plus récentes pour une durée de 40 ans, une marge existant en tous les cas. Le nombre d’années prévu est aujourd’hui largement dépassé en ce qui concerne les plus anciennes, or une seule fermeture est prévue : Mühleberg, en 2019. Et le Parlement a refusé d'inscrire dans la loi des mesures pour renforcer la sécurité des centrales en fin de vie. C’est pour ces raisons que les Verts ont lancé l’initiative « Pour une sortie programmée du nucléaire », portée aujourd’hui par un panel d'organisations et de personnes allant bien au-delà du parti. Ce texte prévoit un arrêt des centrales après 45 ans d’activité. Ainsi, le premier réacteur de Beznau serait mis hors service un an après l’acception, viendrait ensuite le deuxième réacteur, puis Mühleberg, deux ans plus tôt que prévu. Quant à elles, les centrales de Gösgen et de Leibstadt devraient fermer respectivement en 2024 et 2029. 2029 serait donc la date à laquelle la Suisse serait théoriquement sortie du nucléaire.
Une sortie trop rapide ?
Avec trois centrales mises hors service d’ici fin 2017, il y a de quoi s’interroger sur une possible pénurie d’électricité. Doris Leuthard affirme que « les énergies renouvelables ne seront pas assez développées pour compenser la fermeture de Gösgen ». La conseillère fédérale insiste sur la probabilité d’un déficit : « Il faudrait alors importer beaucoup d’électricité et celle-ci serait notamment produite pas des usines à charbon ou à gaz. Est-ce cela que veulent les Verts ?». Toutefois, selon Christian van Singer, cela dépend de la vitesse à laquelle sont réalisées les installations d’énergie renouvelable et de l’augmentation de l’efficacité des systèmes existants. « Même si, pendant une période transitoire, on devait recourir à ces importations d’énergies de centrales à gaz ou de l’étranger, ce ne serait pas une catastrophe. Ce ne serait la question que de quelques années. Et d'ailleurs c'est déjà le cas actuellement en hiver». Avec le nucléaire, nous dépendons totalement de l’étranger, étant donné qu’il n’y a pas de mine d’uranium dans notre pays. De plus, en Suisse, 30'000 installations susceptibles de produire de l’énergie renouvelable sont encore sur une liste d’attente, freinées par la majorité politique. Il se trouve que la Suisse a largement les ressources pour combler le déficit d’énergie qu’engendrerait la sortie du nucléaire : l’énergie nucléaire produit en moyenne 25 TWh par année, tandis que le potentiel d'augmentation du renouvelable électrique est d’environ 23 TWh et le potentiel d’énergie par l’économie et l’efficacité tourne autour des 22 TWh. Ainsi, mis ensemble, ces derniers pourraient fournir pratiquement le double de l’énergie nucléaire, permettant de combler le manque et de répondre à d’éventuels nouveaux besoins engendrés par l’utilisation toujours plus accrue des appareils électroniques. Le problème est que, pour prendre des mesures, Christian van Singer affirme qu’il faut une politique décidée et convaincue : « Personne ne va investir de façon résolue dans le renouvelable et l’efficacité tant qu’aucune date précise n’est fixée pour l’arrêt des centrales nucléaires ».
Un danger assez peu écarté
Les deux Chambres, qui se sont prononcées en défaveur de l’initiative, prônent la mise en place de la « Stratégie énergétique 2050 ». Pour Christian van Singer, il ne s’agit pas d’une alternative acceptable étant donné qu’elle ne prévoit pas de date limite d’arrêt et ne met pas en place de mesure de sécurité suffisante pour la fin de vie des centrales. Il rappelle en outre que Tchernobyl et Fukushima ont « bénéficié » de conditions favorables dans leur malheur : la centrale de Tchernobyl était entourée par de grandes forêts et des régions très peu peuplées et, à Fukushima, le vent soufflant vers le nord, la plupart de la radioactivité est partie vers la mer. Ainsi, dans les deux cas, ils n’ont pas eu besoin d’évacuer « trop de personnes ». Si le vent avait soufflé vers le sud-ouest à Fukushima, il aurait été question de l’évacuation de 30 millions de personnes. En Suisse, « on n’a ni grandes forêts, ni mers où la radioactivité pourrait partir. On a un plateau densément peuplé ». La Confédération a d’ailleurs fait distribuer, en guise de prévention, 4.9 millions de pastilles d’iode pour se prémunir de l’iode radioactif dans un rayon de 50 km autour des centrales. Mais cela ne s’arrête pas là : on sait que si la bise soufflait, la radioactivité se propagerait jusqu’à Lausanne, Genève, sur toute la Suisse romande et même jusqu’à Lyon. Et si c’est le vent d’ouest qui soufflait, ce serait le plateau suisse allemand qui serait entièrement touché. En résumé, s’il y avait un vent et ensuite l’autre, tout le plateau suisse serait touché par la radioactivité. Le porte-parole insiste d’ailleurs sur le fait que le risque n’est pas faible : sur moins de 500 centrales en activité, 5 ont eu un accident grave (Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima 1, 2 et 3), ce qui fait un risque d’un sur cent. En outre, la Suisse comporte un risque d’inondation majeur : quatre centrales sont situées au bord de l’Aar et les rapports faits lors des anciennes inondations démontrent que l’eau est déjà arrivée bien plus haut que ce que les centrales ne pourraient supporter. Et les risques sont multiples : en plus des catastrophes naturelles, on ne peut pas exclure une erreur humaine, un défaut technique ou même un acte terroriste. « Un accident chez nous est donc possible, conclut Christian van Singer, c’est l’arrogance des scientifiques et des techniciens de dire que ça peut arriver aux autres mais pas à nous. » Le problème central est que la majorité du parlement ne veut pas fixer de date limite pour la fermeture des centrales. En outre, cette même majorité (UDC, PLR et une bonne partie du PDC) vote contre les mesures visant à augmenter la sécurité des centrales en fin de vie, ce qui est indispensable martèle le physicien-énergéticien, car ces installations sont complexes et l’on sait que la fin de vie se situe vers les 30 ou 40 années d’exploitations, pas 50 ou 60 ans comme « les exploitants pour des raisons purement financières essaient de nous faire croire ».
En finir avec le nucléaire ? Plutôt difficile
Bien que les sondages faits après Fukushima montrent que deux tiers de la population suisse souhaitent une sortie du nucléaire, le pari est loin d’être gagné. Une sortie du nucléaire est fortement compromise par les moyens mis en œuvre par les milieux économiques et tous les opposants. Malgré le fait que nos centrales soient en mauvais état et que leur démantèlement ainsi que le traitement des déchets risquent de devoir être assumés in fine par l’Etat, et qu'elles font des millions de déficit chaque année, les commissions énergétiques chargées de discuter ces initiatives comptent plus de la moitié de leurs membres dans des administrations d’électriciens ou de nucléaires. Et, malgré l'état des centrales, les expertises vont toujours dans le sens de la continuation des exploitations du nucléaire. « On trouve toujours des experts prêts, pour quelques dizaines de milliers de francs, à faire des rapports de complaisance, met en garde le porte parole. Mais, aujourd’hui, de plus en plus de voix expertes se lèvent contre le nucléaire, notamment Pierre Lehman, physicien nucléaire, qui est aujourd’hui un grand opposant. Cependant, pour sortir du nucléaire, il faut construire du renouvelable, et bien souvent, la moindre petite éolienne récolte une vague d’oppositions. Or, selon Christian van Singer, si les gens étaient moins habitudinaires, le renouvelable ne serait en aucun cas un problème : il suffirait de construire les éoliennes à des distances raisonnables des villages, à s’habituer à voir des toits bleus et noirs plutôt que rouges et après tout « pour le paysage, il y a 220'000 poteaux de lignes à haute tension et pas grand monde s’en plaint ». Le porte-parole insiste aussi sur le fait qu’un développement des énergies renouvelables et de l’efficacité est susceptible de créer des dizaines de milliers d’emplois d’avenir en Suisse, au contraire du nucléaire qui fait dépendre notre pays de l’étranger par l’importation d’uranium, souvent avec des conséquences désastreuses pour l’environnement et pour les populations locales. « On espère juste qu’il n’y aura pas d’accident d’ici là ».