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06/08/2010
Joan MIRO naquit à Montroig, près de Taragone en Espagne, le 20 avril 1893, d’un père orfèvre qui lui a peut être transmis indirectement son talent de créateur. Enfant déjà, il dessinait alors que ses résultats scolaires restaient assez médiocres.
A l’âge de quatorze ans, il s’inscrivit à l’Ecole des Beaux-Arts de Barcelone où il demeura durant trois années, avant qu’on ne le plaçât comme commis dans un magasin qui vendait des produits coloniaux. Las de la monotonie commerciale dans laquelle il évoluait, il quitta son emploi pour devenir en 1912, élève de l’Ecole d’Art créée par l’architecte baroque Gaudi, à Barcelone.
MIRO prit alors conscience que l’enseignement traditionnel, si bon fût-il, ne pouvait pas lui apporter la réponse à son envie de créer d’une manière très personnelle. Son ami Dalmau, alors marchand de tableaux, organisa à Barcelone en 1918, la première exposition de ses œuvres de jeunesse, dans laquelle se côtoyaient des portraits et des paysages influencés par le Fauvisme, et par Van GOGH, ou encore des nus Expressionnistes. L’année suivante, alors que sa peinture avait évolué vers des compositions remplies de détails s’organisant dans des coloris délicats, MIRO se rendit à Paris, pour découvrir la capitale française, et retrouver PICASSO dont il avait fait la connaissance auparavant à Barcelone. Ce dernier l’influença par son Cubisme, et les réalisations de MIRO s’en ressentirent par un dessin qui devint plus anguleux.
Mais sa personnalité d’artiste, sa conception intuitive des valeurs, et son amour de la couleur se soumirent difficilement au Cubisme qui faisait alors appel à l’intellect seul. MIRO, catalan anarchiste, s’en remit alors au Dadaïsme qui convenait mieux à ses convictions, en prônant la faillite de l’intelligence ainsi que la supériorité de l’intuition.
Le Chanteur
Durant l’été 1923, il composa deux toiles qui furent décisives pour la suite de sa carrière, « Terre labourée » et « Paysage Catalan », qui devinrent les deux premiers tableaux irrationnels d’une importante production qui allait alors voir le jour. MIRO délaissa alors dans ses réalisations la troisième dimension, et transforma les animaux, les personnages et la végétation terrienne en signes simples qui s’échangeaient leurs particularités.
MIRO se partagea alors entre Paris et l’Espagne, et apposa sa signature sur le
Traité du Surréalisme que publia André Breton en 1924. L’année suivante vit s’ouvrir à la Galerie Pierre une exposition dans laquelle MIRO présenta ses dernières créations exposées aux côtés d’œuvres de KLEE qui fit grande impression sur l’artiste catalan.
A compter de ce jour, MIRO réunit tous les éléments qui allaient constituer l’originalité de son œuvre, en le démarquant sensiblement des autres artistes, et en révélant au grand public son sens inné du merveilleux, en opposition à l’humour sombre des Surréalistes. Il s’associa à Max ERNST pour créer les décors et les costumes du Roméo et Juliette de Diaghilev, et poursuivit l’accomplissement de son œuvre dans la sérénité de son talent. Touche-à-tout, et grand travailleur comme le fut son ami PICASSO, il s’initia à la lithographie qui devint un de ses moyens d’expression préféré en 1930, après sa première exposition new-yorkaise.
Intérieur Hollandais
Ses mains s’intéressèrent aussi à la sculpture et aux collages de toutes sortes. Son esprit créateur se complut alors dans une originalité qui le poussa à s’abandonner complètement à ses dons particuliers. Son sens naturel de la couleur, sa naïveté artistique, et son assurance pour composer des taches, des surfaces et des lignes dans un espace pictural, sans prendre en considération les effets esthétiques ou décoratifs, lui firent alors acquérir une renommée internationale qu’il n’avait pas vraiment cherchée, mais qui honora l’authenticité de son talent.
Son succès engendra beaucoup de grandes expositions mondiales, et les commandes diverses pour des décors de théâtre, ou pour des tapisseries, ou encore pour des peintures murales ou des sculptures importantes ne le déstabilisèrent pas. Il poursuivit la voie qu’il s’était tracée, en continuant de créer au travers du pastel, de l’aquarelle, de la gouache ou de la gravure, avant de s’intéresser également à la céramique.
Artiste remarquable par l’unité de son œuvre, MIRO s’est fait seul, et sans rechercher cette célébrité mondiale qui est aujourd’hui la sienne. Inimité depuis, et peut-être inimitable, il a su par les détours des chemins qu’il a empruntés seul, inventer un Art Plastique en perpétuel renouvellement, malgré les indéniables similitudes qui caractérisent l’investissement de la surface de ses tableaux, ou les jeux rythmiques et chromatiques qui animent leur composition. Frank Elgar a remarquablement résumé les composantes de l’Art de MIRO : « Capricieux, cocasse, de larves, de madrépores, d’amibes remuantes, de longs et sinueux filaments, de lignes vagabondes terminées par des sortes de bilboquets ou de cerfs-volants ». MIRO mourut à Palma de Majorque en 1983, à l’âge de quatre vingt dix ans, un pinceau à la main…
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Alain VERMONT