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Un compromis après 17 ans de blocage!
Ruth Dreifuss a quitté le Conseil fédéral fin 2002. C’était il y a 15 ans. Elle avait élaboré le « message sur la 11e révision de l’AVS ». Lorsque le Conseil fédéral envisage une telle révision, il le fait au moyen d’un « message » adressé au Parlement. Cette révision est restée en suspens jusqu’à aujourd’hui.
Le successeur de Ruth Dreifuss fut Pascal Couchepin. Il changea expressément du Département fédéral de l’économie (DFE) à celui de l’intérieur (DFI), avec pour objectif de mettre enfin en place une politique sociale de droite, après Ruth Dreifuss la « rouge ». Il reprit le dossier de l’AVS et modifia le projet de sa prédécesseure. Comme il l’avait annoncé, il fixa de nouveaux objectifs. Alors que le Conseil national et le Conseil des États approuvait sa version, le PS et les syndicats lançaient le référendum. Ils gagnèrent significativement la votation avec le double des voix. Pascal Couchepin menaça encore d’élever l’âge de la retraite à 67 ans, déconcertant ainsi la population.
Le Valaisan était un conseiller fédéral fort. Son échec dans l’AVS lui enleva le goût de la politique sociale. En 2009, il transmit ce dossier non réglé à son successeur, Didier Burkhalter. Il se mit rapidement au travail afin de massacrer encore un peu le concept de Pascal Couchepin.Cette tentative rencontra l’insuccès escompté. « L’alliance contre nature » de l’UDC et du PS la coula déjà au Conseil national. Pour l’UDC, les amendements n’allaient pas assez loin – pour le PS, beaucoup trop. De cette manière, le second projet fut également abandonné.
Didier Burkhalter leva le pied. Lorsque Micheline Calmy-Rey quitta ses fonctions de conseillère fédérale en 2011, il reprit le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) après seulement deux petites années au DFI. Cela signifia par la même occasion la fin de la politique PLR en matière l’AVS. Alain Berset entreprit de présenter enfin une réforme capable d’obtenir la majorité. Entre-temps, le problème s’était aggravé. Nous vivons plus vieux et percevons en conséquence des rentes AVS plus longtemps. L’AVS a besoin de plus d’argent, d’un nouveau financement dès 2020. Par la même occasion, le second pilier, la prévoyance professionnelle, est en danger. La politique d’intérêts faibles de la Banque nationale réduit les revenus d’intérêts des caisses de pension. Alain Berset a, en accord avec le Conseil fédéral, proposé une révision liée de l’AVS et des caisses de pension.
La majorité du PDC et du PS au Conseil des États a écrit ainsi l’Histoire. Elle a pu conclure un bon compromis avec trois ou quatre libéraux. Au national, elle est parvenue à surmonter l’obstacle UDC-PLR en obtenant la majorité à exactement une voix près. Après 17 ans de blocage politique, nous voterons enfin sur cette question le 24 septembre.
La « Prévoyance vieillesse 2020 » sera combattue le plus âprement par le PLR, economiesuisse et l’Union patronale suisse. L’UDC vota au Parlement contre, mais a peur de sa base. L’Union suisse des paysans s’est prononcée en faveur du OUI. Les salarié-e-s qui soutiennent l’UDC pour leur politique migratoire et européenne votent pour une AVS renforcée financièrement. C’est pourquoi les dirigeants du parti ne disent non que du bout des lèvres. Le PDC et les partis du centre soutiennent le compromis de l’AVS, tout comme le PS, les syndicats, l’association suisse des employés de commerce et des unions patronales romandes.
Conclusion : après 17 années de statu quo, les modérés du pays se mettent en mouvement et disent OUI à la Prévoyance vieillesse 2020. Il en est grand temps.
Helmut Hubacher, ancien président du PS Suisse