Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06870.jsonl.gz/530

Le chanvre est-il un stupéfiant ?
D’après la définition succincte de l’art. 1 LFStup, un stupéfiant prohibé est une substance "qui engendrent la dépendance (toxicomanie)".
D’après l’Encyclopédie Hachette est appelé stupéfiant toute substance toxique agissant sur le système nerveux, soit comme narcotique, soit comme euphorisant et dont l’usage abusif provoque des perturbations graves physiques et mentales ainsi qu’un état de dépendance et d’accoutumance.
Les termes dépendance et toxicomanie sont très délicat à définir. En 2003, le Centre International pour l’Avancement du Traitement de la Toxicomanie, avec le support de la Edmond de Rothschild Foundation, publiait une étude sur cette problématique : "Les nombreuses controverses qui entourent le sujet de la toxicomanie tiennent en grande partie à la disparité des définitions des termes et concepts. Étant donné le manque d’homogénéité parmi les définitions adoptées même dans les milieux médicaux, il est inévitable que la confusion règne dans le public, y compris chez les personnes directement touchées par la toxicomanie". www.toxicomanies.info.
En 1952, un premier comité d’experts de l’Organisation Mondiale de la Santé propose une définition de la toxicomanie : "Un état d’intoxication périodique ou chronique engendré par la consommation répétée d’une drogue naturelle ou synthétique. Ses caractéristiques sont : un invincible désir ou besoin de continuer à consommer la drogue et à se la procurer par tous les moyens, une tendance à augmenter les doses, une dépendance d’ordre psychique et généralement physique à l’égard des effets de la drogue, des effets nuisibles à l’individu et à la société". OMS (1952) Comité d’experts des drogues susceptibles d’engendrer la toxicomanie, Série des rapports techniques, no 57.
En 1964, un nouveau Comité d’experts de l’OMS abandonne le concept de toxicomanie et décide de le remplacer par le terme de dépendance. Cette notion de dépendance est d’abord décomposée en dépendance physique et en dépendance psychique. Puis celles-ci furent englobées sous le seul terme de pharmacodépendance définie comme "l’ensemble des phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques d’intensité variable dans lesquels l’utilisation d’une ou plusieurs substances psychoactives devient hautement prioritaire. Ses caractéristiques essentielles sont le désir obsessionnels de se procurer et de prendre la substance en cause et sa recherche permanente". OMS (1964) Comité d’experts des drogues engendrant la dépendance, Série de rapports techniques, no 273.
En 1975, une nouvelle définition de la dépendance est proposée par l’OMS : "Un état, psychique et parfois physique, résultant de l’interaction entre un organisme vivant et un produit, caractérisé par des réponses comportementales ou autres qui comportent toujours une compulsion à prendre le produit de façon régulière ou périodique pour ressentir ses effets psychiques et parfois éviter l’inconfort de son absence (sevrage). La tolérance peut être présente ou non". L’OMS ratisse large et ces textes alambiqués ne facilitent pas la compréhension du commun des mortels, ni même des spécialistes qui recherche encore la définition parfaite.
Dernière en date, le document de consensus publié récemment (2001) par l’ American Association of Physicists in Medicine (AAPM)/ American Physical Society (APS)/ American Society of Addiction Medicine (ASAM). "Toxicomanie : Maladie neurobiologique primaire chronique, dont le développement et les manifestations sont influencés par des facteurs génétiques, psychologiques et d’environnement. Elle se caractérise par un ou plusieurs des comportements suivants : usage incontrôlé de drogues, usage compulsif, persistance à user de drogues malgré les méfaits causés et état de manque".
Le chanvre est-il un narcotique ou un euphorisant toxique qui engendre une dépendance et l’accoutumance ?
Le mot toxique vient du grec toxicon "poison à l’usage des flèches". A partir de la fin du 16ème siècle, il prend le sens de vénéneux. D’après le Rapport sur le Cannabis de la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues, Septembre 1999 : "La toxicité aiguë du cannabis est généralement considérée comme rare. En transposant la dose létale pour un macaque Rhésus à l’homme, le décès ne surviendrait qu’après avoir fumé 100 grammes de haschisch. Aucun décès par intoxication aiguë au cannabis n’a été signalé, pas plus en Suisse qu’ailleurs".
Utilisé par les services publics aux États-Unis, les narcotiques désignent un large éventail de substances illégales, telles que la cocaïne, le cannabis, etc. La définition générale du terme, en revanche, (Webster’s Unabridged Dictionary) est : "toute substance qui provoque un sommeil profond, un état léthargique et l’allégement de la douleur ; il s’agit généralement d’un opiacé". Et la définition pharmacologique, telle qu’utilisée dans les textes de référence courants (Goodman et Gilman), est : "la morphine et les opiacés assimilés produisant leurs principaux effets sur le système nerveux central". Le chanvre n’est pas assimilé à un opiacé.
Les euphorisants connus pour entraîner une dépendance comme la nicotine (contrairement au tabac, la fumée de cannabis n’en contient aucune trace) ou la cocaïne contiennent des alcaloïdes. Le chanvre ne contient pas d’alcaloïdes puisqu’il n’en existe pas de forme injectable.
En France, Le rapport de la commission d’enquête parlementaire Henrion, publié en mars 1995, souligne notamment que : "la consommation de cannabis n’est pas mortelle" ; "il n’existe pas de dépendance physique" ; "s’il existe une dépendance psychique plus ou moins marquée selon les individus, elle reste toujours modérée" ; "le cannabis n’est pas dangereux pour autrui, sauf dans certaines circonstances comme la conduite automobile" ; "contrairement à ce qui est souvent avancé, le cannabis ne constitue pas obligatoirement le premier échelon d’un passage aux drogues dures". HENRION R., Rapport de la commission de réflexion sur la drogue et la toxicomanie, Ministère des affaires sociales de la santé et de la ville, Ed. La Documentation française, Paris, 1995.
Le rapport remis en mai 1998 par le Professeur Roques, neuropharmacologiste de renommée mondiale, à la demande de Bernard Kouchner, Secrétaire d’Etat à la Santé, conclut que le cannabis possède une toxicité générale faible.
Le grand quotidien Libération titrait "Rapport Roques Tabac, Alcool : Accusés, Cannabis : Acquitté. À haute dose, il induit des troubles réversibles au niveau de la mémoire, de l’attention et la somnolence mais "moins de 10% des usagers occasionnels deviennent des usagers réguliers". Et "moins de 10% des consommateurs excessifs deviennent dépendants" ce qui n’est pas négligeable mais reste très inférieur au risque induit par les consommations excessives d’alcool ou de tabac. A la demande du ministère et en vue d’une modification de la loi de 1970 sur les stupéfiants, le rapport proposait un classement des substances plaçant le cannabis au même niveau que le café ou le chocolat. Pourtant la loi ne fut pas modifiée.
En novembre 1998, le Professeur Wayne Hall, de Sydney (Centre national de recherche sur les drogues et toxicomanies), publiait les conclusions de son étude sur les effets pathogènes du cannabis dans le mensuel scientifique britannique The Lancet. Celles-ci corroborent les éléments du rapport Roques : "Le cannabis est moins dangereux à long terme que le tabac et l’alcool". Ces données auraient du figurer dans la première enquête épidémiologique menée par l’Organisation Mondiale de la Santé sur le cannabis. Mais devant ces résultats favorables au chanvre, l’organisation genevoise prétendit n’avoir jamais commandé l’étude de Hall, en dénigra le contenu prétendument parcellaire et voulu l’enterrer, (Entrevue décembre 1998, Cannabis : les rapports qu’on vous cachent). Grâce au Lancet et à Internet, le Professeur Wayne Hall a pu tout de même nous faire partager ses découvertes. HALL W., SOLOWIJ N., Adverse effects of cannabis, Lancet, 1998.
Le chanvre n’est pas une substance toxique puisqu’au dosage usuel, il ne provoque pas de séquelles physiques ou de dégradations irréversibles sur le système nerveux. Reste l’accoutumance et le sevrage. Le Rapport sur le cannabis conclut son chapitre sur la dépendance par : "Les conditions d’apparition d’une accoutumance et d’une dépendance, soit de hautes doses de THC pendant longtemps, ne sont pas remplies avec les doses de cannabis couramment utilisées à des fins récréatives, raison pour laquelle ces propriétés du cannabis ne représentent pas un problème majeur".
La question du sevrage des usagers chroniques est largement abordé dans un document de synthèse établit en juillet 2003 par le Ministère de la Santé du Canada : "Le sevrage a été chez des sujets, y compris des adolescents, qui fumaient de la marijuana à des fins récréatives. Ces effets ont été considérés légers comparativement aux "syndromes" physiques vécus par le sevrage de l’alcool ou des opiacés et le modèle de sevrage est moins clair que pour ces drogues".
Ces éléments poussent à suivre les conclusions d’une publication de l’Association Suisse des Amis du Chanvre, 1999 "...d’avoir introduit dans la LFSTUP, loi qui n’englobe normalement que des produits stupéfiants engendrant la dépendance, des produits de chanvre n’engendrant pas de dépendance est une forfaiture et une violation flagrante de la loi".