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access_time Publié 20.09.2016
Petite-table-sois-mise!
Dr. med. Marc Müller
Online first
Petite-table-sois-mise!
20.09.2016
Nous avons besoin de chaque «Gourdin-sors-du-sac» pour atteindre nos objectifs
Un tailleur a trois fils et une seule chèvre qui les nourrit tous de son lait. La chèvre doit dès lors être bien traitée, et les fils se relayent chaque jour pour l’emmener paître. Le fils aîné la conduit aux abords du cimetière, où l’herbe est bien tendre. À la fin de la journée, il demande à la chèvre si elle est bien repue. La chèvre dit que oui et ils s’en retournent chez eux. De retour à la maison, la chèvre, cependant, dit au tailleur qu’elle n’a rien eu à manger. Alors, le tailleur, fou de rage, traite son fils aîné de menteur et le chasse de chez lui en le frappant avec son aune. Au cours des jours suivants, les deux autres fils connaissent exactement le même sort que leur grand frère. Les trois fils partent en apprentissage, l’aîné chez un menuisier, le second chez un meunier et le plus jeune chez un tourneur. A la fin de son apprentissage, l’aîné reçoit de son maître une petite table qui, lorsqu’on lui dit «Petite table sois mise!», se garnit d›une nappe avec tout le couvert nécessaire, des plats alléchants et un grand verre de vin. Le deuxième fils reçoit de son maître un âne qui, lorsqu’on lui dit «Briquelebritte!», produit de l’or par devant et par derrière. Les trois fils finissent par pardonner leur père et pensent que le père aussi pourrait oublier sa rancœur dès qu’il aura vu la table et l’âne. Ils décident alors de revenir chez leur père. Toutefois, sur le chemin du retour, les deux fils les plus âgés passent par une auberge dans laquelle, imprudemment, ils montrent les propriétés de la table et de l’âne. L’aubergiste profite de la nuit pour échanger la petite table contre une autre et l’âne contre un autre. A la fin de son apprentissage, le troisième fils reçoit un gourdin dans un sac qui, en cas de mauvaise rencontre, lorsqu’on lui dit «Gourdin, sors du sac!», surgit et frappe la personne malintentionnée. Il suffit ensuite de dire «Gourdin, dans le sac!» pour que le gourdin disparaisse. Le jeune homme arrive ainsi dans l›auberge où ses deux frères ont été roulés. Il parle du trésor qu›il garde dans son sac, ce qui éveille la curiosité et la convoitise de l›aubergiste. La nuit, celui-ci se rend dans la chambre du jeune homme pour subtiliser le sac. Le jeune homme fait surgir le gourdin, qui roue de coups le voleur. Le lendemain matin, le jeune homme revient chez son père avec table, âne et gourdin [1].
La Swiss Family Docs Conference de cette année, qui s’est déroulée à Montreux, fait déjà partie du passé. Sous la devise «Ensemble», la table était richement garnie. Le comité d’organisation du congrès, comme d’habitude dirigé d’une main de maître par Heidi Fuchs et son agence medworld, a concocté un programme prestigieux et varié. Outre les Keynote Lectures et les ateliers portant sur tous les domaines de la médecine de famille, nous avons tenté de jeter les bases pour une collaboration améliorée et renforcée avec nos partenaires de la médecine de premier recours. L’interprofessionnalité, l’un des principaux thèmes stratégiques de notre association professionnelle, nous occupe depuis des années et nous essayons également de tirer des enseignements des expériences faites à l’étranger. Dans son exposé, le Prof. Ivy Oandasan, médecin de famille et Director of Education au College of Family Physicians of Canada, nous a avec compétence montré la voie pour «jouer ensemble dans le bac à sable de la médecine de premier recours» à l’avenir. Le magnifique temps et le superbe cadre du centre des congrès de Montreux étaient une invitation à la flânerie et à l’entretien des contacts amicaux entre les participants.
Et malgré tout, le nombre de participants au congrès de cette année était relativement modeste. La ville de Montreux est-elle trop éloignée pour les Suisse alémaniques? Est-ce pareil que pour Berne, il y a 1 an, qui n’avait pas attiré beaucoup de Suisses romands? Sommes-nous saturés? Comme l’a clamé la chèvre dans le conte mentionné ci-dessus: «Je suis rassasiée, je ne peux plus rien avaler»…
Au cours des 7 dernières années, nous, médecins de famille et de l’enfance, avons atteint beaucoup de choses. Une association professionnelle percutante et une société de discipline médicale commune forte, la SSMIG, ont été créées. Un titre de spécialiste commun a été mis en place. Une votation populaire a été remportée. Notre travail a également été revalorisé sur le plan financier dans le cadre du Masterplan.
Et malgré tout, notre assemblée générale (AG) ne semble pas exercer un très grand pouvoir d’attraction sur nos membres, même si un membre ayant assisté au congrès a souligné que la qualité des personnes présentes était plus importante que la quantité. C’est bien dommage, car c’est à l’occasion de l’AG qu’a été présenté pour la première fois le concept de médecine de premier recours que nous avons élaboré. Nos membres avaient l’opportunité d’exprimer leur opinion à ce sujet, avant que le concept ne soit adopté lors de l’assemblée des délégués du mois de novembre. Ce concept de médecine de premier recours doit permettre aux médecins de famille et de l’enfance, dont le profil professionnel a été élaboré par la SSMIG et présenté dans le dernier numéro de PHC, de se positionner dans leur environnement professionnel futur.
Le succès est-il devenu une évidence? L’évolution est-elle trop rapide? Ou, au contraire, va-t-elle dans la mauvaise direction? A nouveau en référence aux frères Grimm, courons-nous parmi les tombes pour nous nourrir, mais n’y trouvons pas une seule feuille?
En tant qu’association professionnelle, nous nous devons cependant de rester le plus possible en contact avec nos membres, de prendre le pouls et de connaître votre opinion. Nos congrès s’y prêteraient parfaitement, avec un cadre et une ambiance particulièrement propices à un échange intensif. C’est uniquement en nous unissant que nous pourrons atteindre nos objectifs et consolider nos succès. Si l’on tente de nous subtiliser la «Petite table sois mise!» ou l’«Ane-à-l’or», nous avons besoin de chaque «Gourdin-sors-du-sac» pour préserver nos intérêts et atteindre nos objectifs!
C’est pourquoi, je vous en conjure: venez à nos congrès, participez à nos AG, lisez les mails adressés aux membres ainsi que cette revue et prenez position lors de nos sondages!
De nouvelles négociations tarifaires approchent, après l’échec des dernières. Nous n’avons pas le temps de nous reposer sur nos lauriers! L’union fait la force!