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Pierre Streit
Anticiper le futur pour mieux comprendre le présent: une tâche primordiale des services de renseignement?
Un reproche courant fait aux services de renseignement est leur apparentement à des services historiques. Au lieu d'anticiper les développements possibles ou probables d'une situation, ils se contenteraient d'en faire le compte rendu… avec une journée de retard. S'il est vrai que pour comprendre une situation actuelle, il est indispensable d'en connaître l'histoire, sur la courte comme sur la longue durée, la tâche première d'un service de renseignement est d'anticiper les événements sous forme de "développements possibles" ou "probables", voire sous forme d'alarmes ou de "warnings".
Evidemment, le risque de "crier au loup" est grand, d'où une grande prudence ... Tout le travail du spécialiste du renseignement tourne autour de trois termes: ce qui est le plus dangereux, ce qui est possible, ce qui est probable. Dans cet ordre d'idées, les grands Etats occidentaux font élaborer des documents de prospective sensés esquisser des tendances pour les 25-50 prochaines années. Le dernier document en date est celui du ministère de la défense britannique. Tout le problème de ce genre de travail est de ne pas sombrer dans des prédictions "à la Nostradamus" et avant tout de bien identifier les tendances "lourdes" (démographie, urbanisation de la population, réchauffement climat) et leurs conséquences "possibles". Toute autre approche conduit à des développements non pas "possibles" et encore moins "probables", mais plutôt apocalyptiques que ne renierait pas un Orwell ("1984") ou un Huxley ("Le meilleur des mondes").
PS