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En seulement quelques semaines, la grande banque suisse se retrouve au cœur de deux scandales financiers. Des milliards sont en jeu.
Deux médias, deux visions. La NZZ rapporte que Crédit Suisse est «une fois de plus en difficulté». Le «Financial Times» s'exprime sans mâcher ses mots: «A quoi pensaient donc l‘une des plus grandes banques du monde lorsqu'elle a prêté des milliards à un Family Office dont le fondateur a un passé douteux?».
Comme la banque japonaise Nomura ou encore la Deutsche Bank, la banque suisse a prêté beaucoup d'argent à un fond spéculatif américain, nommé Archegos Capital. Parler de Fonds spéculatif est un peu exagéré. L‘Archegos est un «family office», qui gère des actifs privés.
Bien mal lui en a pris. La banque met en garde contre les «pertes importantes» qu'elle pourrait subir à la suite de cette opération. Les pertes «significatives» s’élèvent à environ quatre milliards de francs. Les actions du Crédit Suisse ont perdu près de 15 % de leur valeur lundi et encore 3% mardi.
Cette perte abyssale est d'autant plus dommageable qu'elle résulte d'une activité que la banque a voulu garder secrète après la crise financière. Cet échec est dû à la banque d'investissement aux États-Unis, domaine d'activité que la banque voulait pourtant réduire au profit de la gestion de patrimoine.
Le Capital Archegos est un fonds spéculatif américain. Dirigé par Bill Hwang, un gestionnaire de fonds qui a travaillé dans le fameux Tiger Fund de Julian Robertson. Hwang a été condamné en 2012 à une amende de 44 millions de dollars pour pratiques commerciales illégales. En 2014, il a été suspendu comme trader à Hong Kong.
Ce n'était apparemment pas un problème pour les banquiers d'affaires du Crédit Suisse. Hwang spéculait principalement sur les titres du groupe médiatique Viacom-CBS et sur les valeurs technologiques chinoises. Lorsque le prix de ces titres a chuté de manière inattendue, il a reçu les «appels de marge», c'est-à-dire qu'il a dû injecter de l'argent supplémentaire pour couvrir ses transactions.
Comme Hwang n'avait pas cet argent, il s'est retrouvé dans un cercle vicieux: il a dû vendre et très rapidement. Ce qui a dévalué ses titres et il a dû vendre encore plus vite. Maintenant, il serait au bout du rouleau - et les banques ne savent pas quoi faire.
Cette question se pose lorsque l'on sait que la banque s'est comportée de manière imprudente encore une fois. Le Financial Times revient là-dessus :
C'est le deuxième flop monstrueux pour le Crédit Suisse sur un très court laps de temps. La banque a également spéculé avec Greensill, une société de portefeuille financier qui promettait de rendre accessible le secteur de la comptabilité de la chaîne d'approvisionnement.
Dans un passé récent, deux scandales ont ébranlé le monde financier: l'effondrement du fonds spéculatif LTCM et Enron. L'effondrement d'Archegos est déjà comparé à celui de LTCM, mais pas à la même échelle. Greensill, quant à elle, fait penser à une sorte d'Enron, la société énergétique américaine qui a réalisé une méga-fraude au début du siècle.
Crédit Suisse a le «triste» honneur de jouer un rôle de premier ordre dans l’affaire d’Archegos et Greensill. Il faut commencer à s'inquiète pour notre bonne vieille banque traditionnelle!
Ce texte a été traduit. Retrouvez ici l'article original.