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Les historiens sont pour la plupart d'accord avec le fait que le 1er Août 1291 n'est pas la date de naissance de la Suisse. Longtemps le Pacte de 1315 fut l'acte constitutif de la première Confédération. Le document a été scellé à Brunnen au lendemain de la bataille de Morgarten, dont Schwyz et Zoug, qui se disputent le lieu exact de l'événement, vont commémorer le 700e anniversaire le 1er novembre prochain.
Qu'importe, l'histoire est faite de symboles et de rites. Quasi religieux. Le 1er Août est désormais ancré dans l'imaginaire des Suisses d'autant plus fortement que la mondialisation galopante les déboussole. La manifestation a été créée à la fin du XIXe siècle, à l'occasion du 600e anniversaire de la Confédération, en pleine montée du nationalisme.
A Genève, la fête du 1er Août a longtemps été qu'une manifestation marginale. Je me souviens, enfant, être monté quelque fois au château d'eau de Landecy, point culminant de la commune de Bardonnex, où la mairie organisait alors un feu de joie, sans tambour ni trompette ni feux d'artifice. Mais le plus souvent on restait à la maison.
Au crépuscule, le maire prononçait un discours de circonstance à la lumière des lampions. On allumait le feu, dont les bûchilles éteignaient les étoiles. On chantait «Ô monts indépendants» et la «Prière patriotique». Puis, dans le silence de la nuit, chacun rentrait chez soi, préoccupé par les moissons qui avait lieu alors entre la fin juillet et le début août. Aujourd'hui, Bardonnex se distingue en organisant la Fête nationale le 31 juillet. Une coquetterie qui a pour origine la demande de l'amicale des pompiers, qui fait griller les saucisses et tient la buvette, et des Dames paysannes, qui vendent les tartes aux abricots et qui, très majoritairement, n'ont plus de lien avec la production agricole. Ces deux associations peuvent ranger tranquillement leurs stands le lendemain, jour férié depuis 1994.
Aujourd'hui, dans toutes les communes ou presque, on tire des feux d'artifice, mais l'esprit de la manifestation demeure: le maire et un invité prononcent les discours officiels, on confie à un enfant la lecture du <a href="https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/conseil-federal/histoire-du-conseil-federal/pacte-federal-1er-aout-1291.html?lang=fr">Pacte de 1291</a>. On allume le feu de joie. Le Cantique suisse a remplacé le «Ô monts indépendants» dont la musique est celle du «God save the Queen». La cérémonie garde un sens religieux prononcé, dans ce pays où les rapports entre les protestants et les catholiques n'ont pas donné lieu aux tueries qui ont ensanglanté des nations voisines.
A Genève, un des rares cantons de la Confédération à avoir officiellement séparé les Eglises et l'Etat (en 1907) et à avoir inscrit le principe de la laïcité dans sa constitution (en 2012), les religieux ne figurent plus dans aucune manifestation publique. En Pays de Vaud voisin, le pasteur ou le curé ou les deux selon les communes, participent à la cérémonie à côté du syndic.
Cependant, selon Patrick Baud, modérateur de la compagnie des pasteurs de l'Eglise protestante de Genève (EPG), il y a une dizaine d'années encore, les autorités politiques assistaient à la commémoration organisée par les trois Eglises chrétiennes à la cathédrale Saint-Pierre à laquelle elles ont toujours été invitées. Elles n'y répondent plus, constate sans commentaire, le pasteur de l'Eglise protestante qui présidera la cérémonie de ce 1er Août 2015 à 18 heures.
Pour le religieux qui s'est confié au service de presse de l'EPG, «la signification de cette cérémonie se rapporte vraisemblablement au préambule de la Constitution qui commence par «Au nom de Dieu Tout-Puissant!». Il s’agit de rappeler ce dans quoi s’ancre la Constitution et son histoire». «Lorsque les trois cantons primitifs ont signé le pacte, Dieu ne pouvait pas être absent de leur dessein, c’était grâce à Lui que l’alliance pouvait fonctionner», ajoute le modérateur.