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Lors des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington, le conseiller fédéral Ignazio Cassis a accordé une interview à l’émission «Echo der Zeit» sur la radio alémanique SRF le 13 avril. Il a souligné le soutien à long terme à l’Ukraine, tout en promettant que les fonds destinés à la lutte contre la pauvreté dans le Sud resteraient garantis. Qu’en est-il dans les faits?
Le conseiller fédéral Cassis a expliqué que, dans un premier temps, «une partie de l’argent de la coopération internationale serait placé dans un fonds séparé d’un montant de 1,8 milliard». Mais comment financer ce 1,8 milliard de francs sans grever le budget de la coopération internationale? Selon nos informations, ce montant de 1,8 milliard se compose comme suit:
• 300 millions de francs sont prévus pour 2023-2024 (composés de crédits supplémentaires et du budget courant).
• On savait déjà que la croissance nominale prévue des dépenses de la coopération internationale de 2025 à 2028 (+2,5% par an) serait réservée à la reconstruction de l’Ukraine, ce qui représente environ 650 millions de francs.
• Il manque donc 850 millions de francs, qui seront à la charge du budget 2025-2028 de la coopération internationale.
Mais ce budget a déjà été gelé dans le cadre des décisions financières pluriannuelles1>Communiqué du Département fédéral des finances (DFF) du 10 mars 2023: «Le Conseil fédéral définit les valeurs de référence pour les arrêtés financiers pluriannuels: priorité à l’armée, à l’environnement et à l’Ukraine». (précisément parce que la croissance nominale est entièrement utilisée pour l’Ukraine); en termes réels, il va donc diminuer dans le contexte actuel d’inflation. On pourrait certes argumenter qu’avant la guerre, l’argent de la coopération internationale était déjà utilisé pour l’Ukraine dans le cadre de la «coopération au développement avec l’Europe de l’Est» et qu’il n’y donc pas grand chose à réaffecter. Mais en moyenne sur quatre ans, cela ne représentait que 33 millions de francs par an jusqu’en 2021; il manque donc encore plus de 700 millions.
Peut-on donc, comme le dit le conseiller fédéral Cassis, «maintenir la somme globale pour les programmes normaux de lutte contre la pauvreté et de développement durable»? Non, cette déclaration masque le fait que les priorités au sein de la coopération internationale doivent être redéfinies afin d’économiser 700 millions et que la solidarité avec l’Ukraine se fait au détriment de celle avec d’autres pays. Des pays du Sud qui continuent à souffrir des effets de la crise du covid, de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, et qui sont de plus en plus touchés par la crise climatique.
Alliance Sud demande que l’Ukraine soit généreusement soutenue dans le domaine humanitaire, l’accueil des personnes réfugiées en Suisse et dans la reconstruction. Mais ce soutien doit bénéficier d’un financement supplémentaire et ne pas se faire au détriment de la lutte globale contre la pauvreté. Au contraire, le financement du développement doit enfin être augmenté2>Alliance Sud, communiqué du 12 avril 2023, «Un franc sur quatre reste en Suisse». .
Notes
Laura Ebneter est responsable de la Politique de la coopération au développement à Alliance Sud, www.alliancesud.ch/fr/