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Un musée discret au coeur de la cité...
Le musée Fondation Tatiana Zoubov, indiqué par une discrète plaque dorée au n°2 de la rue des Granges est situé au cœur de la vieille ville de Genève, dans une ruelle étroite, quelque peu austère où les hôtels particuliers se succèdent.
Au 17e siècle, le paysage était bien différent, la rue longeait le sommet d’une colline appelée « le crêt de la Chauvinière » parsemé de bâtiments rustiques, bordé de granges, d’étables et d’écuries.
C’est au début du 18e siècle, grâce à de fructueux placements bancaires, que de grandes fortunes se bâtirent, créant prospérité, richesse et la construction à tour de bras, entre 1719 et 1724, de magnifiques ensembles architecturaux.
Au temps des Lumières…
Aux n° 2, 4, 6, rue de la Grange le chantier commence en 1720 et durera trois ans avec la construction en pierre de taille de trois hôtels particuliers, aux proportions symétriques, au décor simple et dépouillé avec juste quelques mascarons à têtes de faune côté jardin. Ces hôtels destinés à Jean Sellon (père de Jean-Jacques de Sellon) et ses beaux-frères Pierre et Gaspard Boissier répondent à l’esthétique classique du 18e siècle.
A Genève, une période de bien-être s’installe, c’est aussi le siècle des Lumières où « L’esprit court les rues et les salons » !
J.J. de Sellon…
Jean-Jacques de Sellon, dit aussi Comte de Sellon, fut à la fois écrivain, philanthrope, fervent opposant à la peine de mort, fondateur en 1830 de la « première Société de la paix sur le continent européen ». Collectionneur d’art et mécène, il consacra une partie de sa fortune à l’aménagement de lieux culturels, ouvrit les portes de sa demeure aux amateurs d’art et aux peintres afin de présenter les tableaux hérités de son père donnant ainsi à la population genevoise un certain engouement envers la culture. La belle demeure patricienne restera dans la famille de Sellon et chez ses descendants de 1723 à 1955, soit pendant deux cent trente-deux années !
La comtesse Rosario Julia Zoubov …
En 1955, l’Etat de Genève fit l’acquisition de cet ensemble et des travaux de réfection furent entrepris pour louer les appartements, à l’exception du rez-de-chaussée conservé par l’Etat pour la réception de ses hôtes illustres.
En 1958, l’Etat donna son aval pour emménager dans l’appartement réservé de cet hôtel particulier à une hôte de marque : la Comtesse Rosario Julia Zoubov (1882-1984), l’une des plus riches héritières de l’Argentine.
Au cours de son enfance, la comtesse vint régulièrement à Cologny où elle épousa en 1922, en secondes noces, le Comte Serge Zoubov (1881-1964), descendant de la famille du Prince Platon Alexandrovitch Zoubov, général d’infanterie, chevalier de Saint-André et favori de l’Impératrice Catherine II.
L’installation de la comtesse eut lieu quelque temps après le décès de sa fille unique, Tatiana née en 1924 à Plainpalais, décédée dans un tragique accident de voiture en Uruguay à l’âge de trente-trois ans. Son corps fut rapatrié au cimetière Saint-Georges (Genève), où est enterrée toute la famille.
La comtesse eut le goût des beaux objets et acquit au cours de ses voyages une importante collection d’objets d’art, la plupart datant du 18e siècle, une période qu’elle affectionnait plus particulièrement. C’est dans le cadre de la mise en valeur de ce précieux mobilier et ses objets d’art, qu’un accord fut conclu entre l’Etat propriétaire des murs de l’Hôtel particulier et la comtesse.
En 1959, la comtesse offrit sa riche collection à l’Etat de Genève en mémoire de sa fille Tatiana. Cette entente permis aux autorités genevoises d’accueillir les plus grandes personnalités du monde politique dans un endroit digne des visites protocolaires et à la comtesse de trouver un lieu exceptionnel pour exposer sa collection, investir les lieux en respectant jusqu’au détail près, la tradition décorative des salons du 18e siècle.
Naissance du musée…
En 1973, la Fondation « In memoriam Comtesse Tatiana Zoubov » fut créée, l’appartement devint musée et accessible au public, tout en permettant à l’Etat de recevoir ses invités de marque dans un splendide décor du 18e siècle.
La plupart des pièces présentées dans le musée proviennent des fameux palais Pavlovsk et Stroganov de Saint-Pétersbourg ainsi que du Palais impérial de Pékin. La comtesse réalisa un cadre hors du commun avec d’admirables meubles, des céramiques rares, des porcelaines de Sèvres, des tapis précieux et des tableaux signés par les plus grands peintres de l’époque (Louise Elisabeth Vigée Le Brun, Jean-Baptiste Leprince, Jean-François de Troy, Le baron Gérard).
Finalement, la comtesse s’installera à la fin de ses jours à l’hôtel des Bergues où elle décédera en 1984 à l’âge de 92 ans. Elle repose au cimetière Saint-Georges. Grâce à sa fondation et sa volonté d’ouvrir ses portes aux visiteurs genevois et étrangers, elle offre au cœur de la vieille ville de Genève, un nouvel intérêt artistique et culturel.
D’une pièce à l’autre…
Dès l’entrée et d’une pièce à l’autre, le visiteur ne peut que s’extasier devant l’harmonie qui règne dans l’appartement. Ici, le temps s’arrête mais les objets prennent vie, admirablement mis en valeur dans le moindre détail.
En prolongement de l’entrée, le Grand Salon est superbement décoré de belles pièces en porcelaine, tableaux, meubles, dont un canapé d’angle époque Louis XVI, provenant du château Sans-Souci à Postdam.
La pièce maîtresse est ce grand brûle-parfum en émail polychrome cloisonné sur cuivre dont la forme extérieure en forme de « citron digité » est un rappel de la « main de Bouddha ». Il attire immédiatement le regard par la magnificence de sa décoration, sa surface est entièrement recouverte de fleurs symbolisant les quatre-saisons : le lotus de l’hiver, le cerisier du printemps, la pivoine de l’été, le chrysanthème de l’hiver.
La Salle à manger est lambrissée d’une boiserie anglaise de la première moitié du 18e siècle. Au plafond, un lustre en cristal de roche et bronze provenant des Palais impériaux de Saint-Petersbourg et sur l’un des murs, un tableau d’Elisabeth Vigée Le Brun représentant sa fille « Jeanne-Julie-Louise Le Brun ».
S’ensuivent une succession de pièces, salons et cabinets, tous décorés de façon bien distincte : Le Salon chinois et sa collection d’émaux de Canton, le cabinet « Catherine II » où l’éclatante majesté est sublimée par une somptueuse tapisserie. Rappelons-le, le Comte Zoubov est un descendant du favori de l’Impératrice.
Le visiteur poursuit sa visite par la chambre à coucher de la Comtesse et du Comte tout en imaginant la vie de ses occupants entourés d’objets, portraits tous évocateurs d’un voyage, d’un souvenir, d’une rencontre…
Une photo m’interpelle, celle de la comtesse Zoubov et sa fille Tatiana, mains entrelacées, tendrement unies, regards dans la même direction vers un avenir qui se révélera tragique, mais à cet instant, il n’ y a dans cette prise de vue qu’amour et douceur.
La visite se termine à l’arrière de l’appartement dans le jardin avec une vue plongeante sur la Place de Neuve.
On y découvre une grande pierre tombale pyramidale sur la terrasse érigée en 1814 par le huguenot Jean-Jacques de Sellon à l’occasion du jubilé de la mort du réformateur Jean Calvin.
Concernant l’emplacement de cette pyramide, il existe une petite anecdote, que je vous laisserai conter par Janeth, charmante guide des lieux.
La comtesse Rosario Julia Zoubov avait un souhait ; ouvrir son appartement au public.
Je ne peux que vous inciter à répondre à son espérance en venant visiter le musée Fondation Tatiana Zoubov, remonter le temps à l’époque des Lumières, admirer la collection d’une femme de culture européenne et d’esprit international.
Informations extraites du livre du musée Fondation Tatiana Zoubov et du site internet http://www.zoubov.ch
Remerciements à Madame Rachel Schaerer qui m’a ouvert les portes de ce magnifique hôtel particulier et à Janeth pour sa passionnante visite guidée.
Musée Fondation Tatiana Zoubov
2, rue des Granges
1204 Genève - +41 (0)22 312 16 97
Visites guidées le jeudi à 14h45 & 15h45 – Tarifs sur le site
Visites privées uniquement sur rendez-vous – Contact – <email-pii>
Hélène Vibourel