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Bruno Fuglistaller sj- Méditer à l'aide de la reproduction de Le tissu de méditation de Nicolas de Flue: un tissu de lin peint a tempera de 87,5 x 80,5 cm datant d’environ 1480.
Une histoire complexe
Cette tenture peinture au XVe a été tendue sur un cadre en 1611 et complétée par une inscription. Elle est propriété de la paroisse de Sachseln (dans le canton d'Obwald) où elle est conservée. C’est une copie que l'on peut admirer dans l’église de Sachseln.
Trois sources évoquent cette toile de méditation de Nicolas de Flue de Flüeli-Ranft, charmant village situé sur le chemin de Saint-Jacques, patrie d’origine de Frère Nicolas:
1. Un pèlerin anonyme parle d’une rencontre avec Nicolas de Flue. Il évoque les questions qu'il lui aurait posées et les réponses qu'il aurait reçues. À une question, Nicolas lui aurait répondu: «Je vais te montrer le livre dans lequel j’apprends». Nicolas de Flue lui aurait alors montré la tenture sur laquelle était représenté ce qui ressemble à une roue avec ses rayons. Ce récit a conduit à l’hypothèse que le tissu ne contenait d’abord qu'une esquisse de Roue et que les six médaillons auraient été ajoutés plus tard. Toutefois, accompagnant le même récit se trouve une gravure sur laquelle l’image intégrale est représentée. Il semble donc que ce récit soit faux.
2. Dans la biographe Gundelfingen (1485 – 1488), ce dernier écrit, sans doute après une rencontre avec Nicolas de Flue: «N’a-t-il pas aussi appris à l’école de l’Esprit Saint? Voilà d’où vient l’image qu’il a faite peindre dans sa cellule. Image qui reflète toute la divinité».
3. Dans un échange épistolaire entre Bovillius et Horius (1503), il est question de cette toile de méditation. On parle alors des épées (plutôt que des rayons). Ceci conduisit à la fausse interprétation, selon laquelle Luther (qui a largement diffusé la prière de Saint-Nicolas) s’est senti confirmé dans ses choix.
Histoire d'une œuvre
Qui a peint cette tenture? Qui a conçu cette méditation sur la Trinité et les six médaillons? En fait, on ne le sait pas. Mais nous connaissons le milieu dans lequel elle a été produite. D’un point de vue de l’histoire de l’art, on peut établir un lien avec les tentures de carême du Moyen Âge tardif, avec entre autres par exemple, la tenture de l’Altdorf (1421), de Zoug (1465) et particulièrement celle de Zittau (1472). Ces tentures étaient suspendues devant le grand autel et racontait l’histoire du salut ou la passion afin d’aider à leur méditation. La tenture de Zittau (58 m² contenant 90 scènes de l’histoire de la création) manifeste de nombreuses similitudes avec notre tenture. Le médaillon de la naissance, de l’arrestation et de la crucifixion sont comparables.
D’un point de vue théologique et spirituel, ce sont les auteurs de la mystique rhénane qui ont inspiré l’auteur de la tenture. Ces derniers ont approfondi et diffusé le thème traditionnel de l’établissement de Dieu (Einwohnung) qui était cher à Maître Eckhart, Henri Suso, et Jean Tauler. Chacun d’entre eux aurait pu influencer Nicolas de Flue -pas directement- à travers ses confesseurs et par le climat général dans la spiritualité. Parmi les proches de Nicolas de Flue, il faut compter son ami Heimo Amgrund, curé de Stans, et aussi le curé de Kerns Oswald Isner. Plus tard, aussi son chapelain Peter Bachtaler. C’est le même Esprit Saint qui a inspiré ces mystiques et qui a inspiré l’auteur de la tenture.
(Source: Ce commentaire est largement inspiré de l’ouvrage de Bernard Schubiger, Le tissu de méditation de Nicolas de Flue, une boussole pour la vie, Ed. du Parvis, 2018.)
Quelques pistes pour regarder et méditer sur «Le tissu de méditation de Nicolas de Flue»
La structure de base de l’image est le cercle (la divinité), qui est inséré dans un carré (la terre, l’humain).
En suivant l’ordre des médaillons (de bas en haut), on voit :
• l’Annonciation,
• la Nativité,
• le Père qui bénit la création,
• l’arrestation de Jésus et le baiser de Judas,
• la Crucifixion,
• l’Eucharistie,
• et au centre, le Christ roi.
Deux médaillons ne sont pas présentés dans l’ordre chronologique de la vie du Christ. La bénédiction de la Création devrait représenter l’enseignement de Jésus; mais il est venu pour révéler l’amour et la miséricorde de Dieu le Père. La scène de l’Eucharistie devrait en fait être la scène de la résurrection; mais ce sacrement est lui-même la fête de la mort et de la résurrection du Christ. Il est la présence réelle qui est manifestée par ce rayon. Le rayon qui vient du centre et va directement pointer le pain eucharistique qui est devenu le corps du Christ.
Interprétation des médaillons par le biais des vertus théologales
La foi
Elle est le chemin du disciple qui est devenu un pèlerin du Christ. Si nous regardons les objets qui se trouvent sur le sol dans les six médaillons, nous découvrons le chemin du pèlerin, qui laisse tomber ses béquilles.
Avec la naissance il prend le bâton de pèlerin et le sac et s’en remet à la providence qui apporte boissons et nourriture. Il devient intérieurement et extérieurement libre et dépose tout au pied de la croix. Dans l’adoration eucharistique le Christ est comme un miroir, qui lui permet de voir toute sa vie commune histoire de salut. Par l’adoration eucharistique le disciple entre dans le mystère de la Trinité qui est présente dans sa vie et son cœur.
L’amour
Par la prière le disciple découvre les six œuvres de charité. Six clés montrent le chemin pour arriver au royaume: visiter les malades (les béquilles), accueillir l’étranger, particulièrement le pèlerin (bâton et sacs), donner à manger et à boire (pain et cruches), visiter les prisonniers (menottes), vêtir ceux qui sont nus (les habits), honorer les morts (cercueil). Au centre on voit alors Dieu sur son trône au moment du jugement dernier.
L’espérance
Trois rayons, fin au centre et large aux extrêmes: par les oreilles nous entendons le père est créateur, par les yeux nous contemplons Jésus en croix et par la bouche nous recevons le souffle de l’Esprit Saint. La Trinité se révèle par ces trois grands mystères et se réunit dans l’unité. Trois rayons fins dans les extrémités et larges au centre: Dieu se fait tout petit dans la naissance, de sorte que chacun peut le recevoir et l’accueillir, il vit tout dans l’humilité et l’abandon (arrestation) et se rend présent dans l’humble hostie.
Les quatre médaillons carrés représentent les quatre évangélistes qui par leur message permettent d’accéder à ces mystères.
L’espace pictural est divisé en deux, avec les médaillons ronds du bas (Annonciation, Nativité, Eucharistie) qui représentent la scène dans un espace clos ou en tout cas délimité. Ceci peut mettre en évidence l’abaissement du Christ. Et les médaillons ronds du haut (Bénédiction de la Création, Arrestation de Jésus et Crucifixion) qui manifestent une action à portée «illimitée».
Le rouge joue aussi un rôle important. Il marque le cadre de la toile. On le trouve aussi autour des médaillons des évangélistes, tout comme dans le cercle entourant le Christ roi et immédiatement proche de lui. On le voit encore dans plusieurs scènes: l’Annonciation, dans la cape de l’ange; dans la cape du Père bénissant la Création; dans le vêtement de la personne qui couronne le Christ d’épines, dans le cadre du tableau d’autel du médaillon de l’eucharistie. Curieusement il est absent des scènes de la Nativité et de la Crucifixion.
Bruno Fuglistaller sj
Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
(d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)
Dates: les 30 octobre 2019 et 27 novembre 2019, et les 29 janvier (exceptionnellement cette saison, il n'y aura pas de session en février et en mars), 29 avril, 27 mai et 24 juin 2020.
Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45)