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Après avoir décelé l’âme des nébuleuses, le narrateur de Star Maker (1937), d’Olaf Stapledon, acquiert une conscience cosmique: il se sent faire un avec l’univers. Dans le même temps, néanmoins, il se sent décliner - entrer en déliquescence: l’univers même a une fin, va vers sa destruction. Il dirige son regard vers le Suprême Moment de la création, et distingue une étoile éclatante, qui est le Star Maker, Créateur d’étoiles - ou faut-il dire Créateur-Étoile? Une vision surgit: I, in the supreme moment of my cosmical expérience, emerge from the mist of my finitude to be confronted by cosmos upon cosmos, and by the light itself that not only illumines but gives life to all. Il se trouve face à la lumière divine.
Cependant, une fois passée, cette révélation ne peut être décrite: elle est bien trop au-delà de la nature humaine. Il devra, pour parvenir à la dire, user de la métaphore, le langage des mortels étant impropre à la vérité métaphysique! Il en sortira un écho, un symbole, un mythe, un rêve fou, méprisable par sa crudité et fallacieux, mais pas totalement dénué de signification - affirme-t-il. Plus loin, il reconnaît que l’ensemble de son livre doit être pris de cette façon…
Il reprend alors la conception de saint Augustin: d’un côté, Dieu est l’être incompréhensible et absolu, sur qui toute pensée est dénuée de sens, de l’autre, il est celui qui crée l’univers et qui devient à ce moment une personne, comparable à l’Homme. La distinction entre les deux est aussi indicible que chez l’auteur des Confessions, mais cela permet à Stapledon d’évoquer le créateur à la manière d’un artiste génial, quoique perfectible.
Il s’adonne, de fait, à mille expériences différentes - dont beaucoup sont décrites. Elles sont souvent bien difficiles à concevoir: dans celle-ci, les choses, sans épaisseur, ne sont que des sons; dans celle-là, le temps n’existe pas, l’espace est statique… Dans l’occultisme, ces mondes se superposent au nôtre; chez Stapledon, ils le précèdent, ou lui succèdent. Mais dans l’éternité, tout n’est-il pas contemporain?
Hors du temps d’un certain point de vue, le créateur, ici, est évolutif sous un autre: il croît, grandit, mûrit, vieillit.
Finalement, il matérialise un univers qui est le plus beau de tous, parce qu’il synthétise les qualités de tous. Face à cet accomplissement, chacun de ceux qui l’ont précédé n’est comparable qu’à un atome face au corps humain: c’est dire l’impossibilité où l'on se trouve d’en donner une idée exacte.
Alors l’esprit créateur redevient le dieu absolu dont en apparence il s’était distingué. Désormais le narrateur est complètement privé de parole: même la métaphore devient vide. Appeler esprit cet être devient faux, non parce qu’il n’est pas cela, mais parce qu’il est bien davantage! Seule l’adoration désormais convient: l’intellect doit s’effacer.
L’instant d’après, le narrateur se réveille sur Terre, et affirme que son voyage aux confins de l’espace et du temps l’aidera à affronter les périls de son époque: allusion au nazisme qui menace le monde. La vision cosmique renvoie l’être humain à ses tâches propres, et lui dévoile mystérieusement de quelle façon elles participent du Tout et la place qu’elles y occupent. Loin de rendre fou, le voyage au fond de l’éternité aiguise la conscience morale, l’élargit, l’approfondit, et éveille à l’action.
Une philosophie magnifique, qui une fois encore manifeste la grandeur de Stapledon.