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On parle beaucoup de Vilfredo Pareto ces temps-ci. Dans Le Dictionnaire des professeurs de l’Université de Lausanne1 évidemment. Mais le « principe de Pareto » plaçant « l’injustice sociale au rang de loi naturelle, aussi inviolable que la gravitation universelle ou la vitesse de la lumière » a été rappelé dans Le Nouvel Observateur qui mentionne qu’il « avait remarqué que dans tous les pays, à toutes les époques, 20 % des individus possédaient environ 80 % de la richesse ». Enfin, et surtout, Fiorenzo Mornati du Centre d’études Walras-Paretto de l’Université de Lausanne, vient de publier dans la Revue suisse d’histoire2 un texte sur l’évolution de l’opinion de Pareto sur la démocratie suisse.
Quelques indications pour inciter à la lecture : Pareto avait, à son arrivée à Lausanne, « une vision mythique de la politique et de la société suisse et vaudoise ». Il concevait le « référendum en tant que dernier rempart du modèle politique suisse face à un socialisme d’Etat, en progression inexorable dans le reste de l’Europe à l’exception de l’Angleterre ». Il a fini par être déçu. En ce qui concerne sa conception des socialismes, Pareto définit le socialisme d’Etat comme
« l’utilisation du pouvoir étatique par une classe sociale dans le but de l’accaparer aux dépens des autres. Donc, il y a socialisme d’Etat bourgeois (ou socialisme d’Etat tout court) lorsque la classe spoliatrice est bourgeoise et socialisme d’Etat populaire (ou socialisme populaire tout court) quand la classe spoliatrice est le prolétariat ».
L’évolution amène Pareto à « re-viser » son image idyllique de la démocratie vaudoise et suisse en raison, d’une part, de certains votes populaires (monopole de l’alcool, rachat des chemins de fer, par exemple) et, d’autre part, à cause de l’attitude du radicalisme vaudois, notamment quand il y a introduit un impôt sur les successions directes pour assainir la situation financière cantonale précaire en 1898, alors que les libéraux réclamaient des économies. Par ailleurs Pareto a un différend avec les autorités en raison d’un héritage qu’il a reçu. Il finit par déménager dans l’enclave genevoise de Céligny, où il mourut en 1923.
L’article de Fiorenzo Mornati démontre que l’Etat entrepreneur et social édifié au 20e siècle avait un aspect homéopathique : conserver le pouvoir par tous les moyens. Il n’est donc pas étonnant de constater que les démolisseurs d’aujourd’hui ont souvent la même couleur politique que ceux qui énervaient Pareto. Le but n’a pas changé, mais personne ne semble le remarquer. cfp
1Olivier Robert et Francesco Panese, Dictionnaire des professeurs de l’Université de Lausanne, Université de Lausanne 2000 ; 2Fiorenzo Mornati, « Pareto observateur du libéralisme économique suisse et vaudois à la fin du siècle », Revue suisse d’histoire, 3/2000.