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Jacques Chirac a été condamné pour des actes illégaux dont tout le monde savait qu'il les avait commis. On a pu trouver le jugement sévère, parce qu'au fil des ans, il s'était rendu sympathique. Mais cela prouve que la justice est impartiale, car c'est précisément la sympathie que certaines personnes inspirent qui les empêchent d'être condamnées autant que d'autres, et l'antipathie qu'on inspire aggrave également le cas dans lequel on se trouve, voire crée des erreurs judiciaires: qui l'ignore?
Plus en profondeur, la question de l'immunité du Président de la République de France a été évoquée. Certains regardent ses fonctions comme trop importantes pour qu'on puisse lui faire un procès. Je ne pense pas que ce soit vrai: il existe un Parlement, et le Gouvernement est dirigé par le Premier Ministre. Tout ce monde peut se passer de Président pendant un certain temps. Ce n'est pas très grave. Dans beaucoup de pays, le Président est sans pouvoir; qu'il le perde en France n'est pas une si grande catastrophe. Pour moi, cela relève du fétichisme hérité de la monarchie absolue: le chef de l'État est une personne sacrée. Il est comme un roi absolu le temps de son mandat. Le titre délivré par le Peuple est sacré, parce que la voix du Peuple est la voix de Dieu: on ne le dit pas, mais cela existe, sous la forme d'un sentiment.
Naturellement, la République ne l'admet pas, étant laïque. Le Peuple est seulement libre de faire ce qu'il veut: c'est le sens de sa souveraineté. Cela ne signifie pas qu'il ait forcément raison. Et puis le Peuple a aussi élu le Parlement. Ce n'est donc pas un argument. Il faut que le Président puisse être mis en cause durant son mandat par des juges indépendants. En laisser la prérogative à une commission parlementaire est très dangereux, car un Président peut rendre complices d'éventuels manquements à la loi un grand nombre de députés, qui ainsi empêcheront que soit réglé le problème, ce qui créera forcément des désordres indescriptibles, car il ne saurait être question que les citoyens acceptent qu'un Président, un jour, se comporte comme l'ont fait quelques empereurs romains dont l'histoire a retenu les noms - et qu'on pourrait facilement citer -, ne serait-ce que durant le temps d'un mandat! D'ailleurs, s'il est réélu jusqu'à sa mort, cela revient à garantir son impunité: ce qui n'est pas admissible. Qu'on fasse comme s'il était évident qu'un criminel ne puisse pas être réélu à l'infini est encore une marque qu'on croit que la voix du peuple est d'origine divine. Mais la justice l'est bien davantage, à mon avis.
Je crois que François Hollande, Éva Joly et François Bayrou vont dans ce même sens de la réforme du statut du chef de l'État pour qu'il devienne un justiciable comme les autres.