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Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a établi la semaine dernière un rapport des plus alarmants pour l'humanité: le réchauffement de la planète s'accélère plus rapidement que prévu et pourrait atteindre vers 2030 le seuil de +1,5°C, soit dix ans plus tôt que prévu.
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Les recommandations pour inverser cette tendance préconisent d'agir rapidement et de manière drastique. En Suisse, les investisseurs agissent, mais ne semblent pas répondre très rapidement à l'urgence.
La BNS investit un milliard dans Exxon Mobil...
Commençons ce tour d'horizon par un très gros acteur: la Banque nationale suisse (BNS), qui investit près de 200 milliards de francs sur les marchés financiers. Certes, la BNS achète pour des dizaines de milliards d'actions Apple, Microsoft et Amazon. Mais elle investit également dans Exxon Mobil, à hauteur de plus d'un milliard de francs. Il s'agit même du 23e actionnaire de cette société pétrolière.
Pour Vincent Kaufman, le directeur de la fondation Ethos spécialisée dans l'investissement socialement responsable, "la BNS investit de manière totalement aveugle dans le marché, elle prend une exposition à l'ensemble des entreprises cotées et investit donc dans des sociétés très polluantes et qui ne sont pas prêtes à faire des changements pour le climat."
Selon lui, une société comme Exxon Mobil se place aujourd'hui au dernier rang des classements de sociétés sensibles aux questions climatiques. "Ce genre de sociétés pourraient être exclues de la BNS", estime Vincent Kaufman. Mais pas seulement. "La BNS pourrait exercer son droit de vote dans les sociétés américaines et s'exprimer de manière plus importantes lors des assemblées générales. Chose qu'elle ne fait actuellement qu'en Europe, mais pas aux Etats-Unis", déplore le directeur d'Ethos.
... mais renonce au charbon
Interrogée par la RTS, la BNS dit qu'elle "s'assure que son portefeuille d'actions est exposé aux divers risques de manière à peu près similaire à l'ensemble des entreprises cotées dans le monde et qu'il reflète les changements structurels de l'économie mondiale".
La BNS précise toutefois qu'elle déroge au principe de couverture intégrale du marché dans deux cas: "elle renonce à acquérir des actions de banques d'importance systémique de tous les pays [...]", et "s'abstient d'acheter des titres d'entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l'environnement ou qui sont impliquées dans la fabrication d'armes condamnées sur le plan international."
En guise d'exemple, la BNS dit avoir décidé, en décembre 2020, d'exclure de ses placements les titres de toutes les entreprises principalement actives dans l'extraction du charbon comme source d'énergie.
Se passer du plastique?
Toutefois, pour être totalement cohérent avec les conclusions du GIEC, il n'y a pas que les sociétés pétrolières qui devraient être exclues des investissement responsables.
"On peut exclure les sociétés qui extraient du pétrole. Mais il faut être cohérent et conscient qu'environ 51% est utilisé pour l'énergie. Le reste, ce sont les plastiques: les emballages, les pneus de nos voitures au quotidien, les chaises des restaurants", rappelle Olivier Ferrari.
Pour le directeur général de Coninco explorers in finance, une société qui conseille les caisses de pension, le problème n'est pas d'exclure, mais d'investir pour changer cette transition économique: "Les investisseurs doivent saisir les opportunités de remplacer tout ce qui utilise du pétrole aujourd'hui. L'exclusion, quant à elle, doit être dans toutes les utilisations de matières premières à usage unique." En résumé, l'avenir de l'investissement doit favoriser l'économie circulaire.
Urgence climatique VS démographique
Qu'en est-il réellement au coeur de notre système: les caisses de pension, qui doivent livrer des rentes aux assurés, sont-elles GIEC-compatibles?
"C'est une priorité dans le deuxième pilier", assure Jean-Rémy Roulet, président de l'Association suisse des institutions de prévoyance (Asip). "Mais il y en a une autre, qui est peut-être moins visible, qui est l'urgence démographique. Nous devons payer des rentes. Il y a à disposition de moins en moins d'actifs, pour des pensionnés de plus en plus nombreux".
Certaines caisses ont toutefois pris des mesures pour réduire leur impact carbone. "En fin d'année passée, les instances de la Caisse ont décidé d'exclure le charbon et dans un deuxième temps, à moyen terme, le gaz et le pétrole", ajoute Jean-Rémy Roulet.
Et pour conclure ce tour d'horizon, certaines entreprises suisses montrent aussi la voie. Zurich assurances et Swiss RE, par exemple, ont pris les devants et n'assurent plus les producteurs de charbon.
Philippe Lugassy, Feriel Mestiri
Investissements de 387 milliards pour le zéro carbone en Suisse
Des investissements importants de 387,2 milliards de francs - 2% du PIB helvétique - sont nécessaires pour que la Suisse atteigne la neutralité carbone d'ici 2050, ont estimé l'Association suisse des banquiers (ASB) et le cabinet d'études Boston Consulting Group (BCG). La place financière helvétique serait en mesure de financer la vaste majorité de ces investissements.
L'objectif de neutralité carbone nécessiterait d'investir chaque année 12,9 milliards de francs et les banques suisses seraient capables de financer 91% de cette somme par l'octroi de crédits et le marché des capitaux. Le solde pourrait être levé par des partenariats public-privé, ont estimé jeudi la faîtière des banques suisses et BCG.
Conditions-cadres
"Il est essentiel que les entreprises et les particuliers investissent en permanence dans les projets axés sur la durabilité, comme les rénovations de bâtiments, la transition vers des processus de production offrant une meilleure performance énergétique ou encore la conversion des parcs de véhicules", ont détaillé les auteurs de l'étude.
Pour l'ASB, "la place financière peu apporter une contribution importante dans le cadre de cette transition". Mais l'association a souligné qu'il "appartient à l'Etat de créer les conditions-cadres optimales" à cette transition, notamment en limitant "les entraves et les restrictions réglementaires ou fiscales aux activités de financement".