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Son histoire recoupe celle de la colonisation, par l’Occident, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. C’est une pathologie due à un flavivirus, une arbovirose des singes des forêts équatoriales, transmise par des moustiques du genre Aedes : la fièvre jaune, également connue sous les appellations de vomito negro, « peste américaine » ou « typhus amaril ».
L’OMS estime chaque année à environ deux cents mille le nombre de cas de fièvre jaune et à trente mille celui des décès causés par cette maladie à travers le monde. Après une incubation d’une semaine, la maladie débute avec une association de fièvre, frissons, douleurs musculaires et maux de tête. Elle évoque alors une grippe, une dengue ou un paludisme. Dans les formes graves, au bout de trois jours, une rémission passagère précède l’apparition d’un syndrome hémorragique avec vomissement de sang noirâtre, d’un ictère (qui donne son nom à la maladie) et d’une albuminurie. La mort survient alors dans 50 à 80 % des cas, après une phase de délire, de convulsions, et un coma.
Toutes les formes curables entraînent une immunité définitive. Il n’existe aucun traitement spécifique contre la fièvre jaune, les seules armes pour combattre l’infection une fois qu’elle a été contractée sont le repos, la réhydratation et l’administration de médicaments visant à limiter la fièvre, les vomissements et les douleurs.
« Dès 1932, la vaccination était rendue possible par des chercheurs de l’Institut Pasteur de Dakar, à l’aide d’une souche vivante atténuée, baptisée “souche française neurotrope”, rappelle l’Institut Pasteur de Paris dans un dossier actualisé qu’il vient de publier.1 Résistant à la chaleur, administrable par scarification, ce vaccin a permis de faire disparaître la fièvre jaune épidémique en Afrique francophone. Mais il pouvait entraîner des réactions neuroméningées : à partir de 1960, il ne fut plus utilisé chez l’enfant de moins de 10 ans, et sa production à l’Institut Pasteur de Dakar a cessé en 1982. »
En 1937, un deuxième vaccin (souche 17D), préparé à partir de virus atténué par Max Theiler (Prix Nobel de médecine 1951) avait été mis au point à l’Institut Rockfeller aux Etats-Unis, et rendu thermostable par une équipe de l’Institut Pasteur à Paris. Son efficacité et son innocuité, progressivement améliorées, en font l’un des meilleurs vaccins viraux actuels. C’est ce vaccin qui, aujourd’hui, est notamment produit à l’Institut Pasteur de Dakar ; un laboratoire agréé par l’Organisation mondiale de la santé pour fournir le vaccin contre la fièvre jaune aux programmes élargis de vaccination en Afrique.
A savoir : la réglementation internationale impose la vaccination anti-fièvre jaune avant tout premier voyage en zone endémique (un document prouvant la vaccination est demandé à l’entrée des pays concernés). Une seule injection, qui permet la protection à vie, est maintenant recommandée. Cette vaccination est d’ailleurs la seule obligatoire pour les voyageurs se rendant en zone endémique intertropicale d’Afrique ou d’Amérique du Sud.
A savoir également : la fièvre jaune est aussi une maladie d’importation ; des touristes, des voyageurs non vaccinés peuvent s’infecter en zone d’endémie et développer la maladie de retour de voyage. Plusieurs cas mortels ont ainsi été observés ces dernières années, notamment en Allemagne (1999), aux Etats-Unis (1999) et en Belgique (2001), respectivement de retour de Côte d’Ivoire, du Venezuela et de Gambie.
« De larges épidémies ont affecté l’Amérique tropicale aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle et en firent la “maladie la plus redoutée des Amériques”, rappelle encore l’Institut Pasteur de Paris. Aujourd’hui, la maladie sévit dans les régions intertropicales d’Amérique et d’Afrique, là où la couverture vaccinale est faible. Mystérieusement, elle n’était jamais parvenue en Asie jusqu’à ce que quelques cas soient déclarés en Chine en 2016 : des Chinois, travaillant en Angola, sont rentrés dans leur pays avec la maladie. »
À l’échelon mondial les stocks de « vaccin amaril » demeurent insuffisants
L’Afrique est, de loin, le continent le plus touché, avec 95 % des cas recensés dans le monde. La fréquence des épidémies et des cas isolés a régulièrement augmenté au cours de ces dernières années, notamment au Mali et au Soudan en 2005, ou en Angola et en République démocratique du Congo en 2016 (où des campagnes de vaccination d’urgence ont été mises en place). Autrefois limitées à la savane et en bordure de forêt, les épidémies africaines gagnent les cités en expansion qui procurent aux moustiques de nouveaux gîtes (vieux pneus ou bidons pleins d’eau). Les épidémies observées à Abidjan en Côte d’Ivoire en 2001 et 2008 en témoignent.
La maladie avait presque disparu d’Amérique du Sud dans la première moitié du XXe siècle. Toutefois, avec la forte réapparition des moustiques vecteurs, une résurgence de l’infection est observée (en Colombie et au Brésil). En 2016, le Brésil a connu sa plus forte épidémie de fièvre jaune depuis 100 ans. Des milliers de cas ont été recensés parmi lesquels plus de six cents décès. Publiés dans la revue Science,2 les travaux d’une récente collaboration internationale entre des chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Université d’Oxford et du Fiocruz ont permis de comprendre la constitution génétique du virus de la fièvre jaune ainsi que la distribution spatiale en âge et en sexe des cas humains.
Plus précisément la fièvre jaune est aujourd’hui endémique dans quarante-sept pays d’Afrique et treize pays d’Amérique latine. « Elle atteint des zones où elle avait disparu et, partout, elle impacte surtout les populations, et parfois le développement et l’économie, précisent les spécialistes pastoriens. En 2017, le Centre national de référence “Arbovirus, virus des infections respiratoires et Hantavirus” de l’Institut Pasteur de la Guyane a confirmé un cas d’infection sur le territoire guyanais. Le dernier cas de fièvre jaune diagnostiqué datait de 1998. Les chercheurs ont confirmé l’infection par la sérologie et en mettant directement en évidence la présence des matériels génomiques du virus dans les prélèvements biologiques. »
Et parce qu’elle est transmise par divers moustiques, cette maladie (qui touche en premier lieu les singes de la forêt équatoriale) ne pourra que très difficilement être éradiquée – et ce d’autant plus que la complexité de l’agent pathogène freine la bonne adaptation des stratégies vaccinales.
On sait que différentes espèces de moustiques, Aedes en Afrique et Haemagogus janthinomys en Amérique du Sud, transmettent le virus amaril à des singes. On sait aussi que contrairement aux singes d’Afrique, les singes du Nouveau Monde sont très sensibles à l’infection avec une mortalité importante. Le moustique à l’origine des épidémies urbaines est Aedes aegypti. C’est aussi le vecteur de la dengue et du virus Zika, autres arboviroses en pleine extension à travers le monde. Le réchauffement de la planète pourrait accélérer l’implantation de moustiques capables de transmettre ces maladies dans l’hémisphère nord, où l’expansion y est déjà favorisée par les échanges commerciaux.
Il est d’autre part de notoriété publique qu’à l’échelon mondial les stocks de « vaccin amaril »3 demeurent insuffisants. Face à ce problème, des essais de vaccination à dose réduite (le plus souvent à 1/5e de la dose) ont été effectués en zone endémique – et ce avec succès. Les autorités sanitaires sont aussi parfois contraintes à adapter les indications de vaccination (des « recommandations » plutôt que des « obligations »).