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"Beaucoup avec peu"
Observer que quelqu’un a su “faire beaucoup avec peu” compte parmi les critères récurrents et fondamentaux de l’évaluation de la littérature mondaine des années 1660. Les variations de ce motif, assez éloignées en soi les unes des autres, ont en commun de se fonder sur un même paradoxe apparent : ce qui est de dimension réduite ou de contenu minime (sous entendu, ce qui est négligeable) est en réalité ce qui demande le plus d’esprit, ce qui produit le plus d’effet.
Reposant sur l’idée générale qu’il faut beaucoup d’esprit pour manier de petits sujets, la logique du “beaucoup avec peu” permet ainsi de valoriser différents procédés et formes prisés du public mondain (formes brèves, sujets simples ou nouveaux…) face aux grands genres traditionnels (épopée, formes attendues de la tragédie, …) et s’inscrit donc dans la logique générale de la réévaluation de la littérature, qui prend place au tournant des années 1660.
On peut identifier en particulier deux variations du motif :
Une première variation consiste à valoriser l’auteur qui est à même de dire beaucoup de choses en peu de mots.
C’est notamment le critère fondamental pour évaluer la qualité d’une pointe ou d’une pensée, ainsi que l’a défini Colletet, et que Donneau de Visé reprend dans le début de la “conversation des pointes ou pensées”.
L’idée apparaît notamment à plusieurs reprises dans le texte fondateur pour la littérature mondaine qu’est le Discours sur les oeuvres de Sarasin de Pellisson.
Bouhours la promeut dans ses Entretiens comme une des caractéristiques fondamentales de la langue française, lorsqu’il dit qu’elle “elle prend plaisir à renfermer beaucoup de sens en peu de mots”, ce qui valorise les auteurs capable de suivre ce précepte.
Une seconde variation souligne la capacité d’un auteur à faire beaucoup, quantitativement ou qualitativement, d’une matière a priori négligeable.
Invoquée à de nombreuses reprises au sein des Nouvelles Nouvelles, elle sera reprise par Donneau de Visé dans ses Entretiens d’Aristipe et d’Axiane (1664) lorsqu’il dira avoir préféré “travailler sur des bagatelles, qui semblent à peine fournir de quoi faire une douzaine de lignes […]” (np).
Ce critère connaîtra un écho particulièrement important dans la préface de Bérénice de Racine en 1670, lorsque l’auteur revendiquera que “toute l'invention [de la pièce] consiste à faire quelque chose de rien”.
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