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Inventé en 1899 par le politologue suédois Rudolf Kjellen pour expliquer les rivalités impériales de la fin du XIXe siècle, développé par l’Anglais Mackinder, l’Allemand Haushofer et l’Américain Spykman, le concept de géopolitique a longtemps senti le soufre après l’épisode nazi. Puis il a repris du service à la fin de la Guerre froide avant d’être à nouveau condamné aux oubliettes par la chute du Mur de Berlin et la disparition du bloc soviétique.
Avec l’avènement de la démocratie libérale et du libre marché universels, puis grâce à la révolution des nouvelles technologies de l’information qui devaient permettre de connecter les 8 milliards d’êtres humains en permanence, l’idée même de géopolitique devenait obsolète, voire obscène, annonçaient les prophètes de la fin de l’histoire et du libre-échange mondialisé des biens, des idées et des hommes. Grâce à la bienveillante protection de l’armée américaine qui allait assurer le maintien du nouvel ordre et veiller à remettre aux pas les récalcitrants, le monde était parti pour mille ans de bonheur.
Il n’en a rien été. Il aura fallu moins d’une décennie pour balayer cette illusion.
Parce que le projet était vicié dès le départ.
Dans un tel contexte, la géopolitique ne peut que refaire surface car elle seule permet de mettre des noms sur ce qui se passe, avec réalisme, sans fards ni propagande idéologique. Le monde qui s’annonce est de plus en plus incertain et de moins en moins sûr. Les rivalités politiques ne peuvent que s’exacerber, les puissances installées – Europe et Etats-Unis – refusant de céder une partie de leur pouvoir aux puissances émergentes. Dans ce jeu, les démocraties libérales ne s’avèrent ni meilleures ni moins impérialistes que les régimes dits autoritaires, comme on vient de le voir avec l’annexion de l’Ukraine par l’Union européenne et l’OTAN sous prétexte de choix démocratique. La guerre des valeurs va redoubler, l’universalisme occidental étant de plus en plus considéré par le reste du monde comme un instrument de domination. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut interpréter la rébellion islamiste contre le modèle occidental, d’inspiration matérialiste et agnostique.
Bref, il va falloir apprendre à vivre avec ces nouvelles données, lucidement, sans œillères, avec le moins de préjugés possibles. Et dans ce cadre, la géopolitique, qui a pour but d’analyser les rapports de force et les tendances lourdes dans leur brutale nudité, peut nous fournir des outils utiles.