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La sarcopénie se définit comme une baisse progressive et généralisée de la masse musculaire, de la force et de la performance musculaire. Par la bio-impédance spectroscopique, il est actuellement possible de mesurer la masse musculaire au lit du patient. Le but premier de cette étude pilote est de déterminer s’il existe une corrélation entre la mesure de la masse musculaire par bio-impédance spectroscopique et les différentes mesures cliniques de la force musculaire et de la performance. L’étude a mis en évidence une bonne corrélation entre la mesure de la masse musculaire par bio-impédance spectroscopique et les mesures de la force musculaire. Elle n’a en revanche montré aucune corrélation entre les mesures de la masse musculaire et la vitesse de marche ou le test de Tinetti.
La sarcopénie se définit comme une baisse progressive et généralisée de la masse musculaire (MM), de la force et de la performance physique pour des patients en âge gériatrique.1-5
La méthode de référence pour la détermination de la MM est l’absorptiomètre biphotonique (dual X-ray absorptiometry – DEXA) du corps entier. Par analogie avec la densitométrie osseuse, les patients sont considérés comme sarcopéniques lorsque leur index de masse musculaire squelettique (exprimé par m2) est de plus de deux déviations standards (DS) en dessous des valeurs d’une population de référence jeune de même sexe.6 Cette technique est cependant difficile d’accès et reste encore réservée à des centres spécialisés.
Ces dernières années, l’utilisation de la «bio-impédancemétrie» s’est fortement développée7-9 et, tout récemment, est apparu sur le marché un appareil de bio-impédancemétrie spectroscopique (BCM),10 surtout utilisé dans les centres de dialyse (figure 1).
Les courants de basse fréquence passent dans l’espace constitué par l’eau extracellulaire, alors que les courants de haute fréquence traversent les espaces constitués par l’eau extracellulaire et intracellulaire (voir texte pour davantage de détails).Source : BCM – Body composition monitor. Technology & Literature Review, p 5410.
Par rapport à l’analyse conventionnelle, le Body composition monitor (BCM) réduit la composition corporelle à trois parties seulement : la masse de tissu sans graisse, la masse de tissu avec graisse, et l’eau extracellulaire (figure 2). Il compare les valeurs obtenues à celles des populations de référence dont les masses maigre et grasse sont connues (figure 3).
Les valeurs sont exprimées en kg par m2 de surface corporelle sous la forme d’un index. Ainsi, l’index de masse maigre (lean tissue mass index ou LTI) varie de 14 à 20 kg/m2 pour un homme de 60 ans, et de 11,5 à 15,5 kg/m2 pour une femme de même âge, correspondant respectivement aux percentiles 10 et 90 de la figure 3.
Etant donné l’importance accordée à la sarcopénie dans la littérature gériatrique actuelle et la disponibilité du BCM et après une préétude de faisabilité, nous avons initié, en juin 2009, une étude clinique simple dans la population gériatrique (50 patients âgés de plus de 65 ans) hospitalisée au Centre de réadaptation et de traitement Riviera (CTR-R). Les patients présentant une maladie de Parkinson, un hémisyndrome moteur, une sclérose en plaques, une sclérose latérale amyotrophique, une démence sévère à très sévère,11 une insuffisance cardiaque, rénale ou hépatique avec œdème et/ou une ascite cliniquement manifestes, ainsi que ceux nécessitant une demande d’aide pour les transferts (selon les critères de Barthel) et les patients en fin de vie ont été exclus. De même, sur la base des recommandations du fabricant du BCM, les patients avec un pacemaker et ceux porteurs d’un stent coronarien n’ont pas été inclus dans l’étude.
L’étude a été approuvée par la Commission d’éthique de la recherche clinique de l’Université de Lausanne. Tous les patients ont été informés de façon détaillée par le premier auteur et ont signé un formulaire de consentement éclairé avant d’être enrôlés dans l’étude.
L’objectif primaire de l’étude était de déterminer si la mesure de la MM par ce nouvel appareil (BCM) était reproductible et corrélée aux mesures de la force musculaire et de la performance utilisées plus traditionnellement au CTR-R. L’objectif secondaire était la recherche d’une corrélation entre le LTI et l’état nutritionnel, l’état inflammatoire (y compris l’hémoglobine) et certains marqueurs biologiques du métabolisme musculaire.
Le tableau 1 résume les évaluations et mesures effectuées chez les patients inclus dans l’étude.
Pour chaque patient, nous avons comparé le LTI aux différentes mesures des tests de force et de performance physique et aux valeurs biologiques relatives au métabolisme musculaire, puis établi les différentes droites de tendance. Le calcul du p a été fait à l’aide du programme Stat 8.0 par un des auteurs (MAK). Pour calculer la reproductibilité, les mesures de la force et de la vitesse de marche ont été réalisées trois fois chez quinze patients. Il a été procédé de même pour le LTI, en changeant les électrodes de place à trois reprises (mesures interobservateur) sur un autre collectif de quinze patients du centre de dialyse.
Sur les 50 patients enrôlés dans l’étude, cinq ont été exclus pour des raisons techniques (résultats incomplets). Les données de 45 patients, huit hommes et trente-sept femmes, ont donc été utilisées pour l’objectif primaire. Sauf indication contraire, les résultats sont fournis pour le collectif dans son ensemble, hommes et femmes confondus.
Les tableaux 2 et 3 résument les données fonctionnelles, le tableau 4 liste les valeurs de laboratoire.
Les corrélations existant entre LTI, force musculaire, performance et valeurs biologiques ont été évaluées, sous la forme d’une droite de tendance (figure 4).
Le tableau 5 liste ces corrélations.
Nous nous sommes également demandés comment variaient le LTI et les mesures de la force musculaire en fonction de l’âge (pour le groupe CTR entre 65 et 101 ans). Etonnamment, dans le collectif étudié, on ne trouve pas de diminution du LTI par rapport à l’âge (pente de la droite de tendance quasi nulle, p = 0,6), par contre il existe une nette diminution de la force musculaire en fonction de l’âge, p = 0,04 (figures 5 et 6).
Le tableau 6 montre une bonne reproductibilité des mesures.
La sarcopénie se définissant par trois paramètres (diminution de la MM, de la force et de la performance physique), nous avons recherché une corrélation entre ceux-ci et avons trouvé une corrélation significative entre toutes les mesures de la force musculaire et le LTI, pour les hommes, les femmes et les hommes et femmes confondus.
Par contre, nous n’avons pas trouvé de corrélation entre la vitesse de marche ou le test de Tinetti et le LTI. Ceci tient, à notre avis, aux nombreux facteurs de confusion pouvant intervenir dans la vitesse de marche ou le test de Tinetti, parmi lesquels les problèmes articulaires, les troubles de l’équilibre, une vision déficiente.
La créatinine urinaire étant le reflet de la masse musculaire, nous avons cherché, par la détermination du LTI, à établir si l’excrétion de créatinine urinaire de 24 heures était corrélée à l’estimation de la masse musculaire. Après avoir supprimé une valeur aberrante (outlier), nous avons trouvé une corrélation hautement significative (p = 0,006), ce qui confirme la corrélation entre masse musculaire et excrétion urinaire de créatinine et, surtout, confirme l’intérêt de la biométrie pour l’évaluation rapide de la masse musculaire.
Relevons que récemment Fürstenberg et coll. ont démontré l’excellente corrélation entre biométrie multispectrale et DEXA pour la détermination du LTI et du FTI chez des sujets hémodialysés,23 confirmant ainsi l’intérêt du BCM.
Etant donné la corrélation existant entre un déficit en vitamine D et le risque de chute, nous avons également recherché une corrélation entre le LTI et les concentrations de la 25-OH Vit D. Celle-ci n’a pas été confirmée, y compris lorsque l’on ne considérait que les valeurs pathologiques (< 50 nmol/l). Ce résultat négatif pourrait être dû à la petite taille de la population étudiée.
Une corrélation inverse entre le nombre des leucocytes et le LTI a été observée, ce qui semble confirmer de façon simple que l’état inflammatoire reflété par le taux de leucocytes est associé à un LTI bas. En revanche, il n’existe pas de corrélation entre la CRP et le LTI, ce qui jette un doute sur cette hypothèse.
Il n’a pas été observé de corrélation entre le LTI et le taux d’albumine ou de cholestérol, deux paramètres devant en principe traduire l’état nutritionnel. Par contre, l’IMC était bien corrélé avec le LTI.
Cette étude pilote a mis en évidence une bonne corrélation entre le LTI (index de masse maigre) mesuré par bio-impédance spectroscopique et les mesures de la force musculaire. Elle ne montre en revanche aucune corrélation entre le LTI et la vitesse de marche ou le test de Tinetti.
La mesure de la MM par le LTI ou celle de la force musculaire sont simples et pourraient permettre de mieux documenter une sarcopénie. Elles pourraient aussi permettre de suivre un patient au cours de sa réadaptation. Si leur utilité se confirme, elles pourraient ainsi être intégrées à la batterie de tests constituant l’évaluation gériatrique globale, voire en remplacer certains, plus lourds à mettre en œuvre et davantage sujets à des incertitudes de mesure.
Cette étude pilote nous permet de mieux cerner la notion de sarcopénie. Elle met en évidence beaucoup de difficultés méthodologiques, notamment l’absence de valeurs de référence et de seuil associées à un risque accru d’incapacité fonctionnelle, à un échec du retour à domicile ou à un mauvais pronostic. De même, nous ne savons pas si la perte de MM est un facteur de risque indépendant, ni à partir de quelles valeurs cette diminution est pathologique.
Une étude de plus grande envergure est donc nécessaire. En premier lieu, sur une population de personnes âgées autonomes vivant à domicile comparée à une population plus jeune. Ceci devrait permettre de définir les valeurs normales, pour chaque tranche d’âges dans une population locale et de déterminer l’importance de la perte «physiologique» (liée au vieillissement en soi) de la masse musculaire. Une telle étude devrait également comparer les facteurs de risque permettant ou non le maintien d’un patient à domicile et déterminer si la sarcopénie est un facteur de risque indépendant.