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Média ou communauté?
La crise du coronavirus que nous vivons actuellement a poussé les institutions et les individus à publier plus de contenus sur le web. En analysant de près les manières de faire, on constate que les premières utilisent le web comme un média alors que les seconds en font un outil communautaire.
Le web institutionnel comme média
L’abandon des rencontres physiques a poussé les paroisses, régions, Églises et institutions para-ecclésiales a publier plus de contenus sur le web. C’est une excellente nouvelle. Désormais, on voit les productions de ces institutions plutôt que les annonces des productions auxquelles elles souhaitent attirer du monde.
Mais le bilan n’est qu’en demi-teinte. Internet est avant tout utilisé comme un média; un moyen de distribution des contenus qui ne peuvent plus être diffusés dans une rencontre physique.
Le schéma global reste similaire au connu. Ce sont les ministres et laïques reconnus institutionnellement qui proposent des contenus à une communauté qui les reçoit. Une communication frontale classique (par exemple pour le culte) ou amplifiée (les rencontres de discussion sont remplacées par des messages unidirectionnels).
Pour dire les choses crûment, les publications institutionnelles servent avant tout à conserver la communauté pré-existante sous perfusion. Elle est nourrie de contenus spirituels pour garder quelque chose du temps d’avant.
Dans la forme, cette situation se manifeste par la publication de contenus fermés. Pas de liens qui renvoient vers d’autres sites, pas d’incitations à prolonger ses réflexions en suggérant d’autres contenus. Tout reste en vase clos: une institution dite ce qu’elle a à dire à celles et ceux qu’elle connaît.
En pratique, les personnes qui publient ne sont souvent pas celles qui produisent des contenus. Elles remplissent leur mission: mettre en ligne ce qui doit l’être. Finalement, que le contenu reste au plus proche des codes admis, pour ne surprendre personne.
Les blogs comme outils communautaires
Le contraste avec les blogs et les sites personnels (dont la forme n’est forcément celle du blog) est saisissant. Ces sites existaient souvent avant la crise actuelle. Ils n’existent pas pour palier un impossibilité contextuelle, mais parce que leurs auteur·e·s les estimaient nécessaires.
Le blog n’est pas utilisé comme un média (même s’il en est un, par sa fonction), mais comme un outil communautaire. Le blogueur Martin Grandjean l’avait brillamment expliqué dans Un blog est un réseau.
Sur un site personnel, c’est une personne qui s’exprime. Elle fait partie de plusieurs réseaux (professionnels, associatifs ou institutionnels) et les incarne par sa seule personne. Elle n’est pas une voix qui tirerait sa légitimité de sa fonction, mais de ce qu’elle écrit. On ne se rend pas sur son blog à cause de son prestige, mais pour ses contenus.
Le blog n’a pas vocation à maintenir l’existant, mais à proposer des contenus thématiques qui créent du nouveau. Les communautés des blogueuses et blogueurs qui entrent en contact, des lectrices et lecteurs qui prennent goût à des contenus si humaines (personnels, artisanaux et imparfaits), des personnes citées, etc. Le blog est toujours une brique des communautés en devenir, jamais le ciment de celles qu’il faut conserver.
Dans la forme, les sites personnels proposent des contenus ouverts. Des liens renvoient vers d’autres sites de collègues ou d’amis, les billets intègrent des contenus venus d’ailleurs et invitent à poursuivre sa navigation sur le web. Ils ne s’adressent à personne, justement parce qu’ils s’adressent à toutes et à tous, sans distinctions.
En pratique, les personnes qui publient sont celles qui produisent leurs contenus. Elles ne se contentent pas de mettre des choses reçues en ligne, par devoir. Elles pensent leurs publications pour qu’elles soient variées, ouvertes et plaisantes. Le blog ne formate pas le contenu, il pousse par nature à l’inventivité.
Et les contre-exemples…
La distinction entre institutionnel et personnel est caricaturale. On pourrait citer eglisepro.ch, site institutionnel créé par des professionnels, qui aide à faire communauté. On pourrait citer aussi tous ces blogs qui ne proposent jamais de liens dans les contenus et sont, au final, des médias.
Si caricaturale soit-elle, cette distinction n’en reste pas moins utile. Un site personnel ou blog, c’est autre chose qu’une manière de formater et structurer des pages et autre chose que la mise en avant de soi-même.
Tenir un blog, c’est adopter un état d’esprit. Penser que le partage est plus important que la communication frontale. Imaginer qu’être imité (suite à un partage d’expérience) est une chance. Et que la liberté de s’exprimer est un privilège.
Pour poursuivre: