Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07006.jsonl.gz/1601

L'entraîneur croate de l'Association de football de Bellinzone, en course pour la promotion en Super League et finaliste de la Coupe de Suisse ce dimanche, parle de sa conception du sport et de la vie.
Il parle parfaitement italien, mais la langue de la famille reste le croate. «Bien sûr, mes enfants discutent entre eux en italien, mais je trouve important de préserver notre identité culturelle. Pour moi, c'est un enrichissement et non pas un obstacle à l'intégration, qui, elle, dépend de la volonté de chacun», explique Vladimir Petkovic.
L'entraîneur de Bellinzone connaît bien le sujet, puisqu'il est venu de Sarajevo en Suisse il y a une vingtaine d'années et qu'il a joué comme professionnel dans plusieurs régions du pays. Depuis quelques années, il vit au Tessin, où il a obtenu d'excellents résultats en tant qu'entraîneur. Mais cette activité n'est que secondaire, puisque l'ancien footballeur est en fait employé à plein temps par l'association caritative Caritas Tessin.
swissinfo: Comment votre manière d'être entraîneur a-t-elle évolué ces dernières années?
Vladimir Petkovic: Par nature, je suis précis, pointilleux même. Au début de ma carrière sur le banc, j'étais très sévère et j'attendais de mes joueurs qu'ils le soient aussi. D'une certaine façon, je vivais dans mon monde. J'avais une équipe de première ligue (Malcantone Agno) mais je voulais que mes joueurs atteignent le niveau de la Ligue des champions! (rires)
Avec l'expérience, j'ai compris ensuite l'importance du dialogue avec les joueurs. C'est fondamental de réussir à nouer des contacts individuels et spécifiques. J'ai donc pris cette direction.
swissinfo: Dans ce cadre, quel rôle a joué votre activité professionnelle chez Caritas?
V. P.: A côté du football, j'ai passé un diplôme de formateur pour adultes et, dans ce cadre, j'ai travaillé dans le domaine de l'enseignement, avec notamment d'étroits contacts avec les chômeurs. C'est une activité qui m'a permis de rencontrer des groupes de gens très hétérogènes, avec lesquels il faut donc établir des relations différenciées.
Cela m'a beaucoup enrichi au niveau personnel, surtout en ce qui concerne la gestion de groupes et de conflits. Ces expériences se sont avérées très précieuses pour mon travail d'entraîneur. Aujourd'hui, le foot n'est plus un travail exclusivement physique. Il faut aussi toute une préparation intellectuelle pour se mettre en condition et transmettre ensuite les indications de manière adéquate.
A moyen terme, cependant, j'aimerais pouvoir me concentrer entièrement sur le football car le cumul des deux activités est fatigant, surtout au niveau du mental.
swissinfo: Dans quelle mesure le foot est-il un moyen d'intégration?
V. P.: C'est un moyen très important. Les gens voient d'un bon œil les personnages connus et populaires, comme peuvent l'être les footballeurs. Par conséquent, le lieu d'origine de la personne passe au deuxième plan et l'intégration s'en trouve grandement facilitée.
Mais attention: cela ne suffit pas si l'athlète ne manifeste pas une réelle volonté d'intégration. Pour entrer dans une nouvelle réalité, il faut s'adapter à des situations nouvelles et accepter la différence, même quand il y a des aspects qui peuvent déranger. Ceci vaut d'ailleurs pour les sportifs comme pour les citoyens ordinaires.
Ce cheminement est fondamental pour réussir une carrière sportive dans un pays étranger, mais aussi son parcours humain et professionnel en dehors des terrains de foot.
swissinfo: Quand un joueur d'origine étrangère, mais qui a grandi en Suisse, décide de ne pas revêtir le maillot à croix blanche de l'équipe nationale, cela provoque de vives polémiques. Est-ce un problème d'intégration ratée?
V. P.: Non. C'est un problème lié typiquement à la carrière sportive du joueur et, évidemment, à ses aspects financiers. En fait, jouer pour certaines équipes nationales offre une vitrine plus intéressante aux jeunes talents, qui cherchent à profiter de l'occasion.
Je sais que, dans ce genre de situation, il y a un important aspect émotionnel, mais je crois que les perspectives sportives et financières sont prépondérantes dans la décision. Il ne faut pas oublier le rôle des agents de joueurs, qui les poussent à opérer les choix les plus rentables économiquement.
swissinfo: Le FC Bellinzone est dans la course pour la promotion en Super League et va tenter le remporter la Coupe de Suisse ce dimanche. Quelle est la clef du succès?
V. P.: Soigner les détails. Dans le foot moderne, c'est ce qui permet de faire la différence au niveau des résultats. Parmi ceux-là, il y a l'aspect mental et la gestion des émotions. Si on prend par exemple la finale imminente de la Coupe: peu d'éléments sont déjà entrés sur le terrain devant des dizaines de milliers de supporteurs. Il sera donc essentiel de garder une bonne concentration, surtout au début du match.
Il est aussi important de ne pas se reposer sur ses lauriers: je ne cesse de répéter aux joueurs que l'étape la plus importante est la prochaine. Il est clair que je dois planifier à long terme, mais je leur demande de se concentrer uniquement sur le prochain match, de vivre le présent.
Interview swissinfo: Andrea Clementi, Bellinzone
(Traduction de l'italien: Isabelle Eichenberger)
Vladimir Petkovic
Né en 1963 à Sarajevo, ce fils d'enseignants obtient en 1985 le titre de champion national pour l'équipe de sa ville.
Deux ans plus tard, il arrive en Suisse comme professionnel, grâce à une décision du gouvernement d'ex-Yougoslavie permettant aux sportifs d'aller à l'étranger. Sa sœur, qui était également la meilleure joueuse de handball, a profité de la même opportunité (elle est actuellement entraîneuse en France).
Dans le championnat suisse, Petkovic a disputé 17 saisons comme professionnel à Coire, Sion, Martigny, Bellinzone et Locarno. Il a été ensuite entraîneur à Buochs, Malcantone Agno (devenu ensuite AC Lugano) et Bellinzone, où il a obtenu d'excellents résultats. Il devrait obtenir en juin la licence UEFA d'entraîneur professionnel.
Marié à Liljana et père de deux enfants, il vit à Locarno et travaille à 100% pour Caritas Tessin. Il possède les passeports suisse et croate.