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Le présent recueil réunit les textes que Nicolas Bouvier a écrit sur la photographie entre 1965 et 1996. A de nombreuses occasions, l'auteur genevois avait parlé de son métier d'iconographe, notamment dans le petit livre Le hibou et la baleine, paru en 1993, mais sa réflexion sur l'acte photographique restait à découvrir. Jusqu'à ce jour, les écrits qu'il a dédié à ce sujet (préfaces, articles de presse, introductions à des catalogues d'exposition) restaient dispersés. Près de quarante textes se trouvent ainsi rassemblés ici. Parmis eux, certains relatent également son activité de « chercheur-traqueur d'images », qui aura été son gagne pain durant près de trente ans. Il nous a paru intéressant de les reprendre ici, d'autant plus que quelques-uns de ces textes sont totalement inconnus et n'ont jamais été republiés.
Photographe à ses débuts (par nécessité), portraitiste (par accident), chroniqueur (« aliboron ») : la photographie est une constante dans le parcours de l'écrivain voyageur. Nicolas Bouvier s'intéresse à la photographie parce qu'il entretient un rapport passionnel à l'histoire de l'estampe. Les images qu'il affectionne n'appartiennent jamais à la « grande » peinture classique mais toujours à l'art populaire. Dans les textes qui composent ce recueil, il est beaucoup question de ses tâtonnements : l'important pour l'écrivain étant d'élaborer une esthétique de l'effacement puis de se « forger une mémoire iconographique ». Il tirera son enseignement de ses nombreux voyages et des recherches infatigables dans les bibliothèques du monde entier.
En 1994, les Presses universitaires de Princeton publient un ouvrage intitulé Geneva, Zurich, Basel : History, Culture & National Identity. On demande à Nicolas Bouvier de s'occuper du chapitre sur Genève ; il écrit dix pages dans lesquelles il aborde avec lucidité et non sans humour ce qui a fait la spécificité de la ville, tout comme les grands noms qui ont marqué son histoire. En commençant par la guerre des Gaules, il fait la part belle à tous les "grands thèmes genevois" : rigueur du protestantisme calviniste, banques, pédagogie, botanique, humanitaire...
On y découvre le double visage d'une République qui, au fil des siècles, a tantôt recueilli quelques-unes des plus grandes personnalités étrangères, tantôt rejeté ses plus illustres penseurs ; une République qui, parce qu'elle a toujours été prise dans l'étau de puissances adverses et parfois hostiles, a su se façonner une identité propre ; et où les sciences ont pu trouver un terrain de développement favorable alors même que les arts sont souvent restés en rade.
Sans complaisance mais avec une évidente affection pour sa ville natale,
Histoire d'une dynastie de photographes, 1864-1983.
Une conjonction, pour l'astrologue, est un événement à la fois exceptionnel et nécessaire. Telle apparaît la rencontre, réalisée dans cet ouvrage, entre un écrivain et son sujet. Sans effort, la verve de Nicolas Bouvier entre en résonance avec l'art de vivre ingénument génial, sagement déraisonnable (sous les dehors un peu surannés et contraints d'une famille bourgeoise de Genève), des pionniers de la photographie que furent les Boissonnas. L'audace créatrice mariée à une industrieuse énergie trouve son répondant dans la jubilation savamment contenue du narrateur.
La même sympathie, la même distance amusée, fruits d'une amitié discrète et d'une admiration spontanée, ont présidé au choix des photographies, paysages, portraits, documents, dont l'intérêt et la perfection technique suscitent un émerveillement constant. L'histoire d'un atelier de photographie promis à une renommée internationale s'insère dans la "saga" d'une famille d'artisans d'origine dauphinoise huguenote, installée à Genève depuis le début du XVIIIe siècle.
Fred Boissonnas, qui emporta ses appareils en Grèce et en Egypte pour de prodigieux reportages, en est la figure la plus marquante, mais on ne saurait le détacher de l'ensemble du clan familial, et en particulier des cinq autres artistes qui incarnèrent l'atelier : Henri-Antoine, le père, fondateur de l'entreprise, Edmond-Victor, le frère, inventeur des plaques "orthochromatiques" qui assurèrent pour longtemps à l'atelier une remarquable avance technique, et les trois fils dont le dernier, Paul (qui ouvrit à l'auteur les riches archives de la famille et de l'atelier établies par ses soins), a choisi Gad Borel-Boissonnas, son gendre, pour continuateur et gardien d'une oeuvre collective unique en son genre.