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CHRONIQUES HISTORIQUES DU 1ER SIECLE
1878 Premiers pas...
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1890 1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970
Voilà ! Sur un lac d'ardoise, les cheminées du village fument blanc. La nuit tombe vite, ce soir de Noël 1878. Il n'y a pas eu de grandes festivités, à part le sermon du pasteur Peclard, le matin, au temple. Après l'heure où l'on a abreuvé les vaches, le village a été gagné par le silence de l'hiver. Quelques fenêtres éclairées ça et là, par la flamme immobile des lampes. Chardonne s'endort... et pourtant quelques jeunes hommes sont venus, seuls ou par petits groupes, frapper à la porte de la cure (l'ancienne cure, au nord du poids public), ils ont soigneusement essuyé leurs souliers avant d'entrer, ils sont réunis, les uns de Chardonne, les autres de Jongny. M. Delessert, instituteur à Jongny, qui les a convoqués, parle :"Depuis quelques années", dit-il, "il désirait voir se former dans la paroisse une société de chant "; la difficulté de trouver un directeur qui put se charger de cette tâche avait été le principal obstacle. Or, maintenant, M. Belet, instituteur a Paully, dont les capacités pour ces fonctions étaient connues, offrait de l'assumer. M. Delessert pensait donc que le moment était venu de mettre son projet à exécution."Cette proposition fut chaleureusement accueillie par les assistants. Le pasteur Peclard s'occupa de la formation de la société, trois instituteurs assurèrent leur concours et un choeur d'hommes fut fondé entre les deux villages. Un mois plus tard, il comptait plus de quarante membres. C'est ce que nous racontent les feuillets jaunis du vénérable premier livre des procès-verbaux de la société. Sur la première page, quelqu'un s'est appliqué pour dessiner et rehausser de couleurs un écusson vaudois et un écusson suisse, avec la devise : DIEU, PATRIE, AMITIE. Et puis, on a mis liberté, et au-dessous, encore : Musique - Art - Littérature. Ne souriez pas ! A cette devise, la société a été fidèle. Ces buts qu'elle s'est proposée, elle les a touchés. Nous le verrons.
1879
On sait qu'il en faut beaucoup pour mettre en marche un Vaudois, pour l' "emmoder", mais, une fois en route, il en faut davantage encore pour l'arrêter. Aussi les séances de la nouvelle société ne traînent-elles pas : on se réunit le lundi et le samedi, de sept a neuf heures du soir !
18 janvier. L'assemblée décide de tenir les deux tiers des séances à Chardonne et un tiers à Jongny. (Ne l'oublions pas, pendant un siècle, la Société va être un des meilleurs liens entre les deux communes voisines.) On exerce, le samedi, un psaume qu'on chantera le lendemain à l'église. Souvenez-vous de la devise : DIEU. .
La finance d'entrée est fixée à 2 francs, l'amende pour absence à 50 centimes et la cotisation de membre, payable tous les deux mois, à 50 centimes également. On s'organise : M Jean Ducret-Cheseaux est élu premier président de la société, M. Charles Taverney, vice-président, M. Victor Taverney, secrétaire, M. Edouard Neyroud, caissier et M. Henri Mouron, cinquième membre du comité. Avec ces noms-là, tout Chardonne et tout Jongny sont représentés ! Mais, au fait, la société n'a pas de nom ! Bonne occasion pour se réunir, le 15 février, à l'Hôtel Belle-vue, en soirée familière.
Un nom ? Qu'à cela ne tienne ! La société marche déjà bien. On l'appellera Le Pélerin : d'abord à cause de "notre" montagne, ensuite parce que cela évoque le voyageur en marche "vers le beau et vers le bien". Et le "Pélerin" marchera, durant cent ans, et comment ! Dans la joie de ce baptême, on chante ! Tout ce que l'on a appris jusqu'à maintenant, peut-être pas les psaumes, mais six churs du
recueil de Zofingue, et puis des chants individuels. La cotisation perçue ce jour-là suffira juste à payer le vin bu pendant la soirée, qui se prolongea "assez tard" AMITIE !
Il faut le dire : le " Pélerin", dans sa route, a chanté le vin les vignes et les vignerons. Mais qu'il a eu raison ! S'en est-il bu, des demis, des bouteilles et des litres, après les séances, aux soirées et aux courses, entre amis ! Un chanteur, ça a plus vite soif qu'un autre homme, non ?
9 mars. Un grand jour. Pour la première fois, le coeur battant, la société se produit en public. Elle chante l'Invocation patriotique à l'église, au service du matin. Les syndics des deux communes offrent un verre de vin à la sortie pour témoigner leur reconnaissance. PATRIE .. La devise y est !
Dorénavant, fidèlement, le "Pélerin" participera aux fêtes patriotiques et aux actes officiels de la vie des deux communes. Et puis, il faut ce qu'il faut. La société se donne un règlement. Comme il se doit, l'article premier en définit le but : "La société a pour but de propager et d'améliorer le chant, de créer et d'entretenir des liens de fraternité entre ses membres".Il vaut la peine de souligner le rôle social d'une société de chant, en ville, et encore davantage à la campagne. Cette habitude de se réunir régulièrement ailleurs --qu'à la pinte-- pour exercer en commun le chant choral, un art qui implique avant tout l'harmonie des voix, a contribué à faire régner aussi l'harmonie des churs. Que de liens d'amitié tissés entre les membres, que de mariages au sein de cette grande famille, souvent même que de vieilles dissensions de clans apaisées par l'exercice en commun de l'art vocal. Et comme est vraie la devise du drapeau de 1928 : "Par l'harmonie des voix, l'union des coeurs !
Si l'on fait l'historique des origines du chant choral en Suisse, on voit que c'est bien cette intention qui a prédominé dans la formation des diverses sociétés de chant. Déjà dans les premières années du XIXe siècle, Hans-Georg Nägeli, fondateur a Zurich des premières sociétés de chant et considéré comme le "Père du choeur d'hommes", entend faire chanter le peuple tout entier : la musique a, pour lui, une mission sociale à remplir. Le coeur d'hommes, notamment, doit contribuer à élever toutes les classes et à former l'individu à la véritable humanité. Dans le grand brassage d'idées qui agite --et peut-être menace-- la Suisse en cette première moitié' du XIXe siècle, il était essentiel de développer solidement un esprit national et d'entretenir le patriotisme. Ce rôle fut joué par les sociétés de tireurs, de gymnastes et de chanteurs, qui contribuèrent à rapprocher les classes en fixant un idéal commun, moral et social. Ainsi, de la grave crise que fut, en 1847, la Guerre du Sonderbund, la Suisse sortira, non seulement intacte, mais encore renforcée.
Fondée en 1819, la Société d'étudiants de Zofingue considère le chant comme un excellent moyen de créer une patrie plus forte et plus unie. Les Zofingiens favorisent largement le développement du chant populaire en publiant plusieurs recueils de chants. C'est dans le recueil de Zofingue que, à ses débuts, notre "Pélerin" choisit ses choeurs.
Dans notre canton de Vaud, on ne peut pas omettre de citer le nom de Jean-Bernard Kaupert, allemand d'origine, qui, par les cours de chant qu'il entreprend des 1831, avec un immense succès, dans diverses localités vaudoises, donne le départ à un extraordinaire éveil de l'art choral. Dans son sillage se fondent les premières sociétés. L'ouverture, en 1833, de l'école normale, va favoriser cet essor. Les instituteurs et institutrices, initiés à la musique vocale, se font les propagateurs convaincus du chant populaire dans le canton. Les débuts du " Pélerin", puis sa carrière tout entière, en sont une belle preuve. Enfin, n'oublions pas que, dans la région de Vevey, grâce à la Fête des vignerons, le chant populaire jouira d'une faveur toute particulière.
Et le "Pélerin" chante la patrie : le Cantique suisse, le Ranz des Vaches (déjà un succès !), Le Mal du Pays. Avec La saison des gros travaux de la vigne, les séances sont limitées à une par semaine. De nouveaux membres arrivent, cependant qu'un ou deux chanteurs sont sévèrement rayés de la liste pour absences répétées : le gros problème des sociétés ! Puis vient l'été : beaucoup de vignerons ont, en plus, des foins à faire sur les côtes ou au Mont-Pélerin. On suspend donc les répétitions. Vacances encore en octobre, pour les vendanges. Avec les "bossettes" tirées par des boeufs, les pressoirs à palanche, elles duraient plus longtemps que maintenant !
14 décembre. Evénement ! La jeune société donne son premier concert, avec le concours de la Société de musique instrumentale "La Lyre" de Vevey : cortège à travers le village, vin d'honneur, concert au temple l'après-midi, puis, sur invitation de la Municipalité, collation a Bellevue, "ou le vin figure en abondance". Jolie réunion familière, entrecoupée de toasts, de discours fleuris, de chansons et de productions diverses. Les deux sociétés se séparent en se promettant de se revoir.
Le poème composé à cette occasion est un morceau d'anthologie ! Et voilà la première d'une longue série de soirées qui ponctueront la vie du " Pélerin".
1880
Le 1er janvier, la société chante à l'église, après le sermon. Début d'une tradition qui va se maintenir longtemps...
22 février. Le "Pélerin" a pris goût aux fêtes ! Il lui manquait un drapeau. Un comité de dames s'est dévoué pour lui en offrir un. La remise et l'inauguration de cet emblème sont l'occasion d'une parade qui anime les villages de Chardonne et de Jongny : cortège conduit par la musique "La Veveyse", escorté de jeunes filles parées d'écharpes bleues, partie familière à Bellevue et, pour terminer, un bal qui devait durer "jusqu'a dix heures du soir, au plus tard ! "
A ces manifestations, les autorités des deux communes sont présentes. Sont invités également les représentants de sociétés voisines, de même que des représentants du "Pélerin" sont invites aux soirées des sociétés soeurs. Autant de liens nouveaux qui se tissent ainsi dans toute une région : celle-ci y gagne en ouverture d'esprit et en cohésion sociale.
8 mai. Dotée d'un nouveau président, M. Henri Mouron, la Société voit grand. Elle se lance dans un concert de bienfaisance au temple de Chexbres ! Elle s'y rend en passant par Rivaz, ou elle va accueillir la société de musique de la Ville de Lausanne qui prête son concours et impressionne tout le monde avec ses costumes flamboyants. Verrées avant, pendant et après le concert ! Il peut déjà faire chaud, en mai ! Toujours est-il que le résultat financier est loin d'être brillant, et qu'une contribution spéciale doit être perçue pour combler un déficit de 36 fr. 70...
29 août. Autre date à noter : c'est celle de la première course de la société. Course modeste, il est vrai, puisque, accompagnée de la Société amie "Le Chur d'Hommes" de Corsier et d'une infatigable fanfare, le "Pélerin" se rend en bateau à vapeur (ah ! Les beaux bateaux d'autrefois !) au Bouveret. Cortèges, fraternisation, rafraîchissements, choeurs d'ensemble : un joli dimanche de 1880...
Le " Pélerin " a bien mérité son nom. Depuis cette première promenade, que de courses, à pied, en char, en bateau, plus tard en train, et puis en autocar, jusqu'au jour ou le " Pélerin" s'envolera dans les nuages... Mais n'anticipons point ! Que de sorties joyeuses, que d'aventures relatées, avec une discrétion malicieuse parfois, dans de pittoresques comptes rendus ! Que d'exploits pédestres aussi, difficiles à imaginer de nos jours ! Comme il faudrait pouvoir les faire revivre toutes, ces journées ! Ici ou là, nous ne pourrons résister au plaisir d'en citer quelques échos, tant ces courses ont marqué des moments importants dans la vie de la société.
18 septembre. Invitation de M. Obrist, à Vevey, pour qui l'on chante, et qui "débouche une quantité de bouteilles et fait circuler les verres entre chaque chant " !
27 novembre. La société décide de demander son admission à la Société cantonale des Chanteurs vaudois. Elle sera acceptée le 18 décembre, avec entrée le 1er janvier 1881.
Lancée lors d'un concert collectif qui eut lieu à Thierrens en 1852, l'idée de créer une association cantonale des chorales est mise à exécution en 1853 à Orbe. Quinze sociétés se trouvent réunies et se produisent dans six choeurs d'ensemble. Déjà à ce moment, la Chorale du Brassus se distingue particulièrement. Le véritable début des concours se situe à Lausanne en 1861, où, pour la première fois, un jury est appelé à fonctionner.
1881
Et une page tourne. C'est l'hiver. Le "Pélerin" se réunit deux fois par semaine. Elle a chanté à l'église le 1er janvier. Et tout va, dans le petit train-train d'une vie de société : les absences --et les amendes-- les comptes, les cotisations, les nominations (il faut maintenant nommer un porte-drapeau).
Les répétitions se terminent souvent dans un des cafés -un vieux y raconte-t-il ses souvenirs de la Guerre du Sonderbund ? - mais aux séances, du sérieux ! " Le président invite les membres de la société à s'abstenir de fumer pendant les exercices de chant ". En revanche, il leur faisait goûter, au repos, un verre de mousseux. Savez-vous encore ce que c'est, vous autres ? Ce long jet blanc de lait de chèvre dans le verre en flûte, cette mousse pétillante qui fuit les lèvres et pique le nez, cette saveur sucrée et aromatisée, petite galanterie des caves offerte autrefois aux rares dames ou demoiselles qui y pénétraient.
27 février. Bannière déployée, la fanfare " La Veveyse" en tête, le "Pélerin" s'en va, a pied, par Granges, donner un concert à Palézieux pour renflouer sa caisse. Concert réussi, l'on rentre, joyeux, par Attalens, vers les dix heures du soir, les chants rythmant la marche dans la nuit. Cependant, de grandes choses se préparent. Tout le printemps y est consacré.
12 juin. Le "Pélerin" part pour son premier concert d'arrondissement à La Tour-de-Peilz ou il exécute notamment un choeur d'ensemble avec les six autres sociétés invitées. Enfin, les
18, 19 et 20 juin, le "Pélerin" se rend en train à Payerne, prendre part à la Fête des Chanteurs vaudois. Mémorable sortie ! Classé dans la division artistique, "honneur dont la société se serait volontiers passée ", le "Pélerin" arrive beau dernier avec La Prière d'un Soir ! Mais qu'importe : il reçoit néanmoins une coupe et ses membres la fêtent dans une cité généreusement illuminée et arrosée, avant d'aller goûter quelque repos sur la paille fraîche de la caserne. Le lendemain, la société part pour Fribourg, qu'elle régale d'un petit concert. Un retour à pied depuis Palézieux, avec arrêt à chaque village, fait que la fête ne se termine que le 3e jour ! Dans l'élan de cette année si animée, le " Pélerin" prévoit un concert à Chardonne pour le 28 août. Mais, hélas, l'on ne sait jamais ce qui peut venir du ciel, dans le vignoble. Un terrible orage de grêle saccage les vignes, le dimanche 21 août. Triste spectacle. Le cur n'y est plus, le concert est annulé et les répétitions ne reprennent qu'a fin octobre. Heurs et malheurs des vignerons, cela aussi fait partie de l'histoire de la société.
1882
15 janvier. L'élan est repris. Le "Pélerin " organise ses premières soirées publiques avec tombola, dans une salle d'école, sur une scène improvisée. Incroyable succès, cohue indescriptible. Des spectateurs jusque sur et dans l'armoire ! ... Et un coquet bénéfice pour la caisse de la société.
II ne faut pas l'oublier. Il fut un temps où ces soirées étaient la seule distraction, le seul spectacle de la population. Le village entier s'y retrouvait, avec des amis venus d'ailleurs. Et ce n'est pas un des moindres mérites des sociétés de chant ou de musique que d'avoir offert ces divertissements bienvenus. Petit village, le monde tourne autour de toi : en Allemagne, il y a Bismarck, qui tire les
ficelles de l'Europe, et Wagner, qui fait jouer Parsifal. La France et l'Angleterre se lancent dans la colonisation totale l'Afrique. Manet peint Paris et Verlaine à écrit Sagesse. En Russie, Alexandre III fait régner -déjà- un terrible despotisme... Petit village, tu vis au rythme des travaux de la vigne et des champs ; tes gens parlent encore souvent le patois, qui est la vraie langue d'ici ; mais, voilà, ce soir, il y à la répétition de la société de chant, et cela aussi marque le temps...
4 juin. Le " Pélerin " donne un concert à Chardonne, au profit du fonds des orgues et de la bibliothèque publique. C'est l'occasion de faire cortège depuis Jongny: Belle journée, arrosée tant au dehors par une pluie d'orage diluvienne qu'au-dedans par de copieuses rasades. Quant au bénéfice, ma foi, il s'élève à 8 fr. 95 !
6 octobre. Le premier directeur de la société, M. Belet, démissionne et c'est M. W. Pilet, professeur à Vevey, qui le remplace.
1883
4 mars. Seconde soirée, avec tombola. Mais, cette fois-ci, une nouveauté: les chants sont entremêlés de"représentations théâtrales assez bien réussies", saynètes brèves, dont l'une en patois, début d'une longue série de pièces qui feront pénétrer la connaissance et le goût du théâtre dans nos campagnes et nos vignobles.
3, 4 et 5 juin. Fête cantonale des Chanteurs vaudois, dans un Vevey fleuri et décoré comme pour une Fête des Vignerons. Le "Pélerin " est en progrès : classé en division populaire, il obtient le 16e prix sur 19 ! La fête dure trois jours, et, le lundi, se termine par une rafraîchissante excursion au Bouveret.
1884
Année sans histoire : la tombola les répétitions, un concert public et la course d'été aux Salines de Bex et aux gorges du Trient.
1885
La société, devant le succès de ses précédentes soirées, décide de doubler ses représentations: l'une le samedi, l'autre le dimanche, une initiative qui va se transformer en habitude. Il faut dire que l'on dispose maintenant d'un rideau tout neuf derrière lequel chanteurs, acteurs ou diseurs attendent, le coeur battant, de paraître devant le public. Il faut préciser aussi qu'à cette époque, les soirées ont lieu à la salle d'école, située dans le bâtiment ou furent longtemps là laiterie et la boulangerie, et ou se trouve maintenant le carnotzet de la Société de développement. Local assez vaste, mais peu aéré et ou régnait parfois une chaleur étouffante. Mais les finances sont en baisse ! Et, par mesure d'économie, le "Pélerin ", fidèle au proverbe "Selon ta bourse, règle ta bouche ! " , décide de se retirer de la Société cantonale des Chanteurs vaudois: Les dépenses occasionnées par la participation aux concours cantonaux sont trop lourdes !
1886
Pour remplir la caisse, deux brillantes soirées, dont on admirera la richesse du programme; dégustez ces quelques phrases du pittoresque compte rendu qu'en fait le régent Bezençon: " Aux churs du Pélerin alternèrent (sic) d'autres productions musicales, puis des productions littéraires, en vers, en prose, en français académique, en français des halles, en patois romand; puis le vaudeville Brouillés depuis Wagram vint clore cette première partie. La seconde, intitulée Collation, fit sur plusieurs l'effet d'une de ses douces pluie fertilisantes sur un sol desséché. Discours, chansons, rondes et rondeaux se firent entendre jusqu'à une heure avancée de la nuit. Au premier réveil du lendemain, plus d'un se tâta le pouls pour s'assurer s'il était encore en vie; plus d'une tête aussi, après cet examen, retomba sur l'oreiller pour demander au sommeil les forces que réclamait une dernière apparition sur la scène... "
Il faudrait dire encore ce que fut la course des 15 et 16 août de cette année-là. Quels marcheurs ! La lecture seule de son itinéraire donne soif ! Chardonne, le col de Jaman, Rossinière, Château-d'Oex, ou l'on dort, puis les Mosses, le lac Lioson, l'ascension du pic Chaussy en passant, pour se garder en forme, et la descente par le Sepey jusqu'à Aigle ! D'accord, on prend le train d'Aigle à Vevey, mais il faut encore remonter a pied ! A Chardonne, on finit la soirée au café, puis dans la cave du syndic ! Des solides ! Il ne devait pourtant pas y avoir beaucoup de monde dans les vignes, le lundi matin !
1887
Les finances sont meilleures, après une soirée le 19 mars. Le "Pélerin" se place un petit capital de 500 francs au Crédit du Léman ! Ce qui n'empêche pas l'assemblée de nommer un lampiste, chargé d'alimenter en pétrole et de fournir en tubes les lampes qui doivent éclairer les répétitions.
Il faut s'imaginer ces séances, en hiver, avec la chaude mais faible lumière des lampes, et la grande ombre du directeur multipliée contre les murs... Et le fourneau a bois que l'on entend pétiller pendant les silences...
1888
5 février. Grandiose journée: le "Pélerin" participe, à Vevey, à la proclamation de la Fête des Vignerons de 1889. Sur la place de l'Hôtel de Ville, éclairée à la lumière électrique "du plus bel effet", le syndic Reller annonce la fête. M. Cérésole, abbé-président de la Confrérie des Vignerons, remercie les sociétés présentes et demande leur appui pour "la réussite de la plus belle de nos
fêtes". Et puis, cet été-là, une de ces courses dans le Jura, mes amis ! Un départ à minuit de Chardonne pour aller, à pied, bien sûr, prendre le premier train du matin à Lausanne ! Il faut bien marquer ses 10 ans d'existence !
De plus, la société révise ses Statuts et n'omet pas de terminer l'année par un banquet d'anniversaire dont on ne sait ce qu'il faut envier le plus, du menu ou du prix !
1889
Des membres du "Pélerin " participent à titre individuel à la Fête des Vignerons, cependant que la société se donne un nouveau directeur en la personne de M. Bize, instituteur à Vevey. A coté du chansonnier de Zofingue, c'est dans le recueil de Hössli que les chants sont choisis.
1890
En mars, le "Pélerin" accompagne avec tristesse à sa dernière demeure le pasteur Péclard, considéré comme son père spirituel, en même temps que son conseiller et son ami fidèle. La vie d'une société, c'est aussi cela : une liste de présence, avec de petites croix, semaine après semaine, pour marquer ceux qui sont là; et parfois, des noms qui disparaissent, biffés; c'est un drapeaux qui est allé s'incliner sur une tombe ouverte...
La soirée familière apporte un renouveau et un attrait particulier: pour la première fois, les rôles féminins dans les pièces sont tenus "par de véritables demoiselles et non par des garçons" ! Cependant, la faible récolte de 1889 et les dépenses de la Fête des Vignerons ont forcé chacun à restreindre ses dépenses. Le bénéfice de la soirée est maigre.
Le jour de l'Ascension, participation à une vente en faveur de l'installation d'un orgue au temple. La manifestation remporte, cette fois-ci, un succès magnifique.
1891
Le nouveau pasteur, M. Brossy est nommé membre honoraire.
1er août. Le "Pélerin", après une course mémorable en Gruyère, va célébrer le 6e Centenaire de la Confédération. Chardonne est en liesse, comme tout le pays: cortège, flambeaux, lanternes vénitiennes, le drapeau escorté de membres habillés en Vieux-Suisses, des armaillis en costume. Et, le lendemain, en char, la société va assister à une représentation du Major Davel à Oron.
1892
13 mars. Jusqu'alors, l'entrée aux soirées était gratuite et seule la tombola rapportait quelque bénéfice. Cette année-là, on tente l'inverse: entrée payante et pas de loterie. Le résultat est plus que médiocre !
Un ancien membre a émigré au Transvaal, en Afrique du Sud; Il envoie à la société une superbe corne de buf, laquelle, rehaussée d'argent, va devenir un emblème fameux du "Pélerin ", qui nommera dorénavant, toute révérence gardée, un porteur de corne. Est-ce cela qui lui donne le goût de l'exotisme? Le"Pélerin " part pour l'étranger ! Pas très loin, il est vrai, puisqu'il se contente d'une course aux Allinges, au-dessus de Thonon.
1893
Et les années passent: répétitions, élections, admissions, démissions, réception et collation, soirée et verrée, rimes riches ou pauvres, " le Pélerin" avance sur sa route, rafraîchi de temps à autre par un verre de vin offert à l'occasion du mariage d'un sociétaire ou d'une production à l'église.
9 avril. La société unanime et sérieuse s'immortalise en une pose dûment étudiée chez le photographe Rebmann, à Vevey.
1894
Des grincements. Cela peut arriver. Le directeur, M. Bize, n'est pas reconduit dans ses fonctions. Le régent de Jongny, M. Michot, le remplace.
1895
De soirée en course et de course en soirée, le "Pélerin " progresse: le bal de mars dure jusqu'à 4 heures du matin ! Lors de la sortie du mois d'août, I'on essaie la toute nouvelle ligne du Bière-Apples-Morges, mais l'on grimpe aussi à la Dent de Vaulion et, sur ce sommet, la chorale entonne ses plus beaux chants qui "contrastent avec le tintement des clochettes".
Tout va vite et lentement à la fois. Le monde change. Cette année-là, Röntgen découvre les rayons X et les frères Lumière réalisent le premier appareil cinématographique...
1896
12 janvier. En un cortège où figure presque toute la population, l'on rend hommage à Pestalozzi, né 150 ans plus tôt. Au temple, la société exécute une cantate en son honneur.
24 et 25 août. Le "Pélerin" affronte la grande ville. Il se rend à l'exposition de Genève, où, d'attraction en découverte --on y voit déjà le cinématographe--, il réussit quand même à se retrouver à la pinte vaudoise, et y arrose ce que cette année pluvieuse a encore laissé de sec.
1897
Le siècle des grands changements tire à sa fin. Adler a réussi son premier vol en aéroplane. Le " Pélerin", lui, a encore bien les pieds sur terre.
1898
24 janvier. Centenaire de l'Indépendance vaudoise. Le matin, à l'église, le "Pélerin" chante La Marche patriotique. L'après-midi, cortège et plantation d'un marronnier sur la terrasse de l'église. Chaque enfant passe devant l'arbre de la liberté et jette une poignée de terre dans le trou. Un canon venu de Morges tonne sans relâche. On se rend à Jongny pour continuer la cérémonie. PATRIE...
Après chaque soirée, la caisse de la société verse une certaine somme au fonds de la Bibliothèque publique de Chardonne. Rôle culturel du " Pélerin".
26 juin. M. Eugène Ducret, président pendant 10 ans, décline une réélection. Il est nommé président d'honneur, et c'est M. Louis Forestier qui prend la présidence.
23 novembre. Moments de tristesse. La chorale perd son directeur, M. Michot. Il sera remplacé par M. Cand, instituteur à Chardonne.
29 décembre. Le banquet de fin d'année permet de fêter le 20e anniversaire de la société.
1899
La dernière année du siècle s'écoule sans histoire pour le " Pélerin ".
Il fait bon voir des gens, fidèles à leurs travaux comme à leurs joies, contents de leurs soirées familières, de leur course au Moléson, de la bouteille de vin partagée à la fin d'une répétition.
Cependant qu'au-dehors roule le torrent de l'histoire: la guerre des Boers en Afrique, l'Angleterre et la France qui finissent de rafler le monde et qui ont bien failli entrer en conflit à cause de Fachoda, les Etats-Unis qui étendent, non sans peine, leur impérialisme sur les Philippines et l'Amérique centrale, la Chine en ébullition.
1900
1er janvier. Comme le veut la tradition, le "Pélerin "chante à 'église puis, invité par la Municipalité, s'en va boire un verre au café de M. Ferdinand Ducret.
Ainsi à commencé le siècle qui va donner la lune à l'homme... Le 25 juillet 1900, il faut signaler un événement régional l'entrée en service du funiculaire Vevey-Chardonne-Pélerin, qui va intensifier les contacts entre les hauts et les bas du pays. Il ne semble pas que le Pélerin ait pris part à l'inauguration, mais le Buffet de Baumaroche devient une nouvelle étape pour les sorties, témoin la fameuse virée improvisée du 24 novembre, qui mériterait sa place dans la chronique.
1901-1902-1903
Les soirées, toujours plus fréquentées, font déplorer l'exiguïté de la salle d'école qui tient lieu de salle de spectacle et des voix se font entendre en faveur de la construction d'un local plus vaste. Une somme de Fr. 200. --est versée sur un fonds spécial destiné à l'édification d'une grande salle.
14 avril 1903 Le "Pélerin " se produit au temple pour marquer le Centenaire du canton de Vaud et chante Pour la Patrie. Il faut mentionner, bien que les archives de la société n'en parlent pas, qu'à l'occasion des fêtes du Centenaire vaudois fut donnée à Mézières, dans la remise des tramways, la première représentation de La Dîme de René Morax, avec la participation de la population tout entière. Ces débuts du théâtre populaire vaudois aboutirent en 1908 à l'ouverture du Théâtre du Jorat. L'influence profonde que ce genre de spectacle exercera mérite d'être signalée: rupture avec le genre trop facile des "vaudoiseries " et avec la tradition des pièces moralisantes. De même, la musique chorale qui accompagne ses représentations dramatiques -- pour La Dîme, celle d'Alexandre Dénéréaz--, influencera peu à peu le goût des sociétés de chant du pays, au même titre que l'influencera la musique des Fêtes des Vignerons. Pour l'époque, elle représente un pas en avant non négligeable.
26 décembre La société fête le 25e anniversaire de sa fondation et, accessoirement, le 25e anniversaire de son directeur, M. Cand, par un banquet au Buffet de Baumaroche.
1904
6 et 7 août La course du "Pélerin" dans les Alpes vaudoises, cet été-là, reste célèbre par le récit en vers (38 quatrains, s'il vous plait! ) qu'en donne M. François Grand.
29 octobre M. Henri Ducret prend la présidence.
18 décembre La société prend part à un concert au temple, où se succèdent morceaux d'orgue, de violon, et churs. Le bénéfice est destiné au fonds de la Grande Salle, dont le besoin se fait de plus en plus sentir.
1905
Cette année est marquée par la célébration de la Fête des Vignerons, à laquelle participent plusieurs membres du " Pélerin ". L'activité de celui-ci est quelque peu ralentie.
1906
Les finances sont en hausse ! La société dépose150 francs au fonds de la Grande Salle, augmenté son capital en banque et consacré 300 francs à sa course annuelle, course de trois jours à la Gemmi, au Simmenthal et en Gruyère, ceci pour compenser celle de 1905, qui n'a pas eu lieu à cause de la Fête.
16 décembre La société donne un nouveau concert à l'église en faveur de la Grande Salle et déborde de lyrisme en exécutant: Lever de Soleil dans les Alpes, Chant du Soir, Salut, ô Printemps et Salut, mon Beau Pays !
1907
La société, comme d'ailleurs d'autres oeuvres de la commune, est l'objet des largesses d'un philanthrope français, M. Emile Robin, fixé à Chardonne. Elle lui témoigne sa reconnaissance en lui donnant une sérénade à l'occasion de son anniversaire.
1908
Dorénavant, la société se produit régulièrement à l'église, lors des fêtes de Pâques, de Noël et du jour de l'An. Le pasteur Brossy ne manque pas de relever les progrès musicaux effectués par nos chanteurs sous la direction de leur jeune et expert directeur, M. Cand.
En ce mois de juin ensoleillé, dans un Théâtre du Jorat tout neuf, sentant bon le sapin, se joue à nouveau La Dîme de René Morax. Cette fois-ci, le " Pélerin", embarqué sur deux chars enguirlandés, s'y rend en nombre. Arrêts pour la soif; repas copieux, l'euphorie est à son comble quand la représentation commence, au début de l'après-midi. Un succès, un triomphe ! Le "Pélerin" chante quelques churs à la sortie"pour manifester sa reconnaissance aux indigènes"... et rentre, non sans s'arrêter à la fête de l'Abbaye de Palézieux ! Et voyez-les revenir, dans la douceur du soir, au pas tranquille des chevaux, la tête pleine de chants et d'images...
24 septembre Le goût des fêtes est revenu. Le " Pélerin" décide de solliciter à nouveau son admission dans la Société cantonale des Chanteurs vaudois. II s'inscrit sagement en 3e division.
1909
5-6 juin La société prend part au concours de Montreux, avec quelque succès, semble-t-il, puisqu'elle en rapporte une couronne de chêne obtenue au concours d'exécution.
Août. Décidément, les mécènes ne manquent pas à Chardonne ! Après M. Robin, qui renouvelle ses dons au " Pélerin" et à la commune, c'est la famille de Muralt qui invite la chorale à une collation au château, puis lui offre une course au Sanetsch. La belle Époque !
Et pourtant, sous un ciel apparemment sans nuages, des craquements se font parfois entendre : l'empire turc se fissure de partout, la vieille poudrière des Balkans, où s'affrontent les intérêts de la Russie, de l'Autriche, de l'Allemagne, de l'Angleterre, fume déjà ! Et puis, en juillet, étrange Pélerin des airs, Blériot a traversé la Manche en avion... Tout va si vite, et cependant le lac, les montagnes, les murs des vignes sont là, comme éternels... bleu de l'eau, bleu de l'air bleu du sulfate...
10 octobre La présidence passe à M. Joani
1910
26 juin Jour faste ! M. Robin remet à la Municipalité de Chardonne un capital de Fr. 2500., dont les intérêts doivent être affectés à la course annuelle de la société de chant, ainsi que 100 francs pour la sortie de l'année en cours ! Pluie de biens...
1er août On sait recevoir, mais on sait aussi donner. Depuis quelques années le "Pélerin" anime la cérémonie du 1er août. La collecte qui se fait à cette occasion est versée à des communes suisses victimes de l'incendie ou de l'inondation.
7 et 8 août Les moyens désormais mis à sa disposition permettent au "Pélerin", pour sa course, de s'en aller affronter la Mer de Glace (près de Chamonix), avant de visiter Genève.
1911
1er et 2 avril Une date d'importance, non seulement pour le "Pélerin", mais pour toute la commune : l'inauguration de la Grande Salle tant désirée,"confortable et moderne", aménagée pour pouvoir servir de salle de spectacle, de local de répétition et de halle de gymnastique. La société du "Pélerin" a d'ailleurs bien contribué à cette réalisation: elle a paye l'installation de la scène et acheté pour plus de 800 fr. de décors et de rideaux. Elle fera en outre l'acquisition d'un piano et d'un buffet pour ranger le matériel. Lors de la soirée, où la partie théâtrale le dispute à la partie chorale, il est rendu hommage à la cheville ouvrière de cette édification, le président d'honneur Eugène Ducret, syndic de Chardonne.
C'est un nouveau printemps pour le "Pélerin "...
27 octobre Mais ce n'est pas tout. 1911 fut la grande année pour le village. En automne, c'est l'inauguration du Collège, ce bâtiment caractéristique, visible depuis tout le bassin haut-lémanique et qui permettra à Chardonne de ne jamais manquer de locaux scolaires jusqu'à notre époque. Cortège, allocutions, productions et collation...
1912
28 avril Concert d'arrondissement à Vevey.
26 septembre Le "Pélerin" se dévoue lors d'une vente en faveur de la restauration du temple. Qu'il soit redit ici combien la société est présente dans tout ce qui concerne l'aménagement du village.
1913
Pendant tout le printemps, on répète pour prendre part au Concours de Morges, et, en mai, le "Pélerin" peut aller y gagner deux couronnes...
M. Emmanuel Ducret est nommé président.
26 octobre Belle collection de moustaches: le"Pélerin " se fait photographier par M. Rebmann à la Grande Salle...
Mais son directeur, M. Cand, malade, doit abandonner la baguette. On fait appel à un autre instituteur, M. Lugeon.
Morges 1913
1914
Et vont commencer les années terribles... Comme un bois trop sec. le monde soudain prend feu avec une rapidité que l'on ne pouvait imaginer. Il y avait des années que le temps était lourd, ainsi qu'avant un orage. Mais l'on est toujours surpris... On sulfatait, dans les vignes, il a fallu tout laisser, sortir les uniformes, partir précipitamment... Seules les choses, les plantes, les oiseaux sont demeurés, indifférents dans la beauté de cet été.
La plupart des chanteurs sont mobilisés, aux frontières. Les répétitions cessent. Mais, pour maintenir la tradition, un petit groupe d'anciens membres se réunit pour interpréter au temple, le 1er janvier 1915, le chur La Sainte Alliance des Peuples.
1915
A Pâques aussi, la société tient à ne pas faire défaut. Et en septembre, elle prend part à un culte en plein air, célébré pour la première fois à la Perettaz, sur Jongny. Mais les répétitions s'espacent. Juste une petite course au col de Sonloup.
1916
Les gaz, les chars d'assaut, Verdun, l'Europe en feu...
Mais il faut chanter quand même, marcher quand même, le "Pélerin " ! ... On chante au 1er août, avec une émotion particulière, on marche à travers la Gruyère, où l'on retrouve la gaieté pour quelques bonnes heures.
1917-1918
Années creuses: début mars 1917, on tire la tombola. Le premier prix est une pendule à coucou. Le citoyen gagnant, dans sa joie, offre à boire à la société, cependant que les premières heures marquées par son coucou seront celles de la grande révolution russe, à Petrograd...
1919
La crise met du temps à s'apaiser: la grippe, la vague de révolution qui vient rouler jusque chez nous, la division des esprits. En cette trouble période, l'énergie de la Suisse romande sauve le pays du découragement.
1er août L'émouvante manifestation patriotique à laquelle participe le "Pélerin " comprend la remise de médailles aux mobilisés de la guerre. C'est dire que plus de la moitié du chur est en uniforme. Sont également décorés par la Municipalité les vétérans de 1870-71.
1920
Après une courte présidence de M. Henri Chollet, M. Henri Ducret reprend la tête de la cohorte. Cependant, d'autres sociétés se sont créées à Chardonne.
31 octobre C'est le baptême du drapeau de la jeune Section de gymnastique de Chardonne, cérémonie ou la société du "Pélerin " figure comme marraine et offre à sa cadette une coupe en argent.
1921
La fréquentation laisse à désirer et l'on est inquiet pour le prochain Concours cantonal de Lausanne. Des chanteurs de l'extérieur viennent renforcer le chur. Il faut dire que le répertoire a évolué: c'est ainsi que nos choristes doivent s'attaquer à un extrait d'Iphigénie en Tauride, de Gluck.
21-22 mai Les chanteurs ont fait un effort: du Concours de Lausanne, la société, sous la direction de M. Pitton, rapporte deux couronnes de lauriers et la mention "excellent ".
5 juin Dans l'euphorie de la victoire, le "Pélerin"se fait à nouveau immortaliser par le photographe de service, M. Rebmann, et, le 10 juillet, se rend en char à Mézières pour assister, au Théâtre du Jorat, à la représentation du Roi David, de René Morax et Arthur Honegger.
C'est le contact avec une musique nouvelle, révolutionnaire. On parle de " bolchevisme musical" ! Pourtant, le poème dramatique de Morax inspiré de la Bible, révèle au monde un grand compositeur de musique sacrée. Contrastes de Mézières: le rustique des tables et des bancs de sapin avec le modernisme des tendances... Révolution ou évolution
1922
Le "Pélerin " a renoncé à son banquet de fin d'année. La soirée de mars sera peu fréquentée. Les temps sont durs. Toute l'Europe ressent la crise économique qui suit la guerre. Inflation, mécontentement. En octobre ce sera la marche sur Rome, Mussolini au pouvoir.
20 avril Tristesse pour le "Pélerin", qui perd son grand ami, le pasteur Charles Brossy, membre honoraire.
10 novembre Le "Pélerin", qui n'a pu prendre part à la cérémonie du 1er Août faute de directeur, a la chance d'en trouver un nouveau en la personne de M. Georges Reymond, instituteur à Chardonne, qui commence ainsi une longue et brillante carrière.
1923
Tout le canton de Vaud, et surtout le Pays lémanique, célèbre le bicentenaire de la mort du major Davel.
24 avril Au temple, après une allocution du pasteur Dubuis, le "Pélerin " exécute la Cantate de Davel, avec le concours (car il faut un chur mixte) de l'Union chrétienne de jeunes filles de la localité et de deux classes d'enfants. Puis, le 1er juillet, il se rend au Théâtre du Jorat, par un temps radieux, pour assister à une représentation de Davel (une des plus belles pièces qu'on ait vues jusqu'à présent ), de René Morax et Gustave Doret.
1924
Année sans histoire, sinon que, pour la première fois, le "Pélerin" effectue sa course en autocar...
10 décembre M. Jean Forestier devient président de la société.
1925
Depuis quelques années, le 1er janvier ne se passe pas sans un traditionnel vermouth offert au Café "Bon Vin", après le culte. Une tradition qui durera...
A Pâques, exécution du chur A la Musique, de Franz Liszt, avec accompagnement d'orgue.
16 et 17 mai Le Concours cantonal d'Yverdon voit arriver 43 chanteurs bien préparés, mais qui seront pourtant au comble de la surprise et de la joie en apprenant qu'ils obtiennent deux couronnes de laurier avec mention "excellent". Ils en reportent en bonne part l'honneur sur leur infatigable directeur, M. Reymond.
1926
Le comité est porté de 5 à 7 membres, ce qui n'empêche pas que l'on a de la peine à les trouver. La présidence passe à M. Henri Pinget.
La société a des soucis avec la location de son piano et de ses décors, très demandés par toutes les sociétés voisines à l'époque des soirées.
1927
20 février. Le "Pélerin " participe avec honneur à un concert d'arrondissement donné au Casino du Rivage, à Vevey. La société est bien rôdée. Elle a ses traditions, son esprit. Y apparaissent maintenant, jeunes membres qui passent d'abord un sérieux examen d'entrée en présence du chur, des hommes qui sont encore aujourd'hui de fidèles amis du "Pélerin". Les soirées, fruits d'une longue expérience, sont des spectacles goûtés dans toute la région; et la "Feuille d'Avis de Vevey " en fait d'élogieux comptes rendus. On y entend chaque fois un savoureux récit en patois qui contribue heureusement à conserver quelque vie à notre ancien langage.
1er août C'est à la fois la Fête nationale et la "première " de la Fête des Vignerons. Le "Pélerin" est là, bien que plusieurs de ses membres soient enrôlés dans la troupe d'Automne. Cérémonie sur le préau du Collège, que le mauvais temps vient interrompre !
Mais après les fêtes, qui se souvient de la pluie ? L'on n'en garde que le soleil!
25 septembre La jolie chapelle de Paully est inaugurée. Le "Pélerin " agrémente cette manifestation par deux churs de circonstance. La fête a-t-elle renouvelé le goût du chant?
Toujours est-il que de nombreux candidats chanteurs se présentent.
29 octobre M. Henri Ducret reprend la présidence pour la troisième fois. Longues discussions sur les projets du nouveau drapeau.
1928
20 janvier Une commission pour la commémoration du Cinquantenaire du "Pélerin" est constituée, sous la présidence de M. Eugène Ducret, député. Sont prévus un concert gratuit, une collation, un cortège et, bien sûr, un banquet pour terminer.
11 mars Pour la première fois, la chorale se rend à l'Hôpital du Samaritain et chante pour les malades.
3 juin Concert du Cinquantenaire. Tout a été préparé dans la fièvre. Après le culte du matin, le concert de l'après-midi présentait un programme très varié. S'y succédaient morceaux de fanfare, churs, soli de soprano ou de baryton, pièces pour violon et piano. Après l'inauguration du Drapeau, le "Pélerin " interprète la cantate Helvétie, de Plumhof. Parmi les artistes, on relevait le jeu de Mlle Cand, pianiste, qui allait demeurer très attachée au "Pélerin" ! La cantate fit beaucoup d'impression et l'on félicita le directeur, M. G. Reymond, d'avoir osé mettre en chantier et dominé une oeuvre de cette importance. L'émouvante transmission du drapeau neuf, dont la société de gymnastique était marraine, l'adieu au vieux drapeau, permirent de rappeler à tous la devise que portait le nouvel emblème: "Par l'harmonie des voix, l'union des curs ". Puis ce furent, dans l'allégresse générale, des discours, des collations, un cortège à travers le village décoré d'arcs de triomphe et pavoisé. Le banquet final réunit 270 personnes autour d'une douzaine de tables (construites pour l'occasion). Là autour, un essaim de 25 gracieuses demoiselles du village, portant le costume vaudois ou celui de la Fête des Vignerons, chargées d'orner le cortège, de servir à la collation et au banquet, et d'agrémenter la soirée de leurs chants.
Il faut voir ce qui a passé et voir aussi ce qui n'a pas passé. Dans la giration toujours accélérée de l'histoire, ces cinquante années ont apporté plus de changements que des siècles, autrefois, n'en apportèrent. Pour la société de chant, les locaux sont différents, finies les lampes à pétrole, on va plus vite et plus loin; mais le cur est resté le même: le sens de l'amitié, l'amour de la musique et du chant, incarné dans ce groupe d'hommes autour duquel tourne une partie de la vie du village.
L'amour, donc, du beau et du bien...
Et le "Pélerin", ce regard en arrière jeté, ce repos pris, repart d'un bon pas, comme il l'a fait dans tant de ses courses.
Un petit détail: peu après le Cinquantenaire, a lieu une soirée familière à laquelle sont invitées une brochette de ces fameuses demoiselles, qui "se font un plaisir de nous égayer par quelques chants", chants auxquels ces messieurs donnent la réplique. Il y a quelque chose dans l'air, et il pourrait bien y avoir du nouveau dans un avenir pas trop éloigné !
Repartir d'un bon pas ? Dès octobre, M. Reymond prépare sa chorale pour le prochain concours. Dorénavant aussi, la société se dote régulièrement d'une commission littéraire.
1929
Activité débordante.
7 mars Le "Pélerin" fait ses adieux à son directeur honoraire, M. Cand, instituteur pendant plus de 30 ans à Chardonne, qui dirigea la chorale durant une quinzaine d'années.
Mai Il donne à Corseaux et à Chardonne deux concerts qui servent de répétition générale.
8 et 9 mai Concours cantonal à Aigle. Ah ! Cette atmosphère des concours, avec la tension de l'attente avant de passer, le "trac" au moment de l'exécution devant le jury, les supputations anxieuses avant la proclamation des résultats: tout autre chose qu'une production en soirée, devant les amis et les connaissances, si exigeants soient-ils. Et puis, il faut étancher la soif créée par l'émotion tout en conservant la voix juste: tout un art !
Brillants résultats, puisque la lecture à vue vaut au "Pélerin" une couronne de laurier et la mention "très bien", l'exécution une couronne de laurier et la mention "excellent". La voie du progrès...
7 novembre M. Henri Ducret passe le fauteuil présidentiel à M. Jean Forestier.
28 décembre Le banquet de fin d'année enthousiasme les participants: il faut dire que M. Pierre Pelot était major de table...
Aigle 1929
1930
Les mariages se succèdent au sein de la société, dont celui de son directeur, M. Reymond, avec Mlle Juliette Cand. Il a été décidé d'offrir dorénavant une petite channe en souvenir à ces occasions. En décembre, on décide de faire réviser entièrement le piano, qui a valeureusement servi jusque-là; Soirées, bals, déplacements, il en a vu de toutes les couleurs, le brave!
1931
6 février Décès du pasteur Dubuis, que le "Pélerin" accompagne à sa dernière demeure.
26 avril La société et son directeur sont couverts d'éloges par la presse, après le concert d'arrondissement de Montreux, ou le chant d'ensemble fut dirigé par Carlo Hemmerling.
16 août Renforcé de quelques anciens membres, le " Pélerin" chante à la cérémonie du nouveau pasteur, M. Paul Vittoz. La société reste fidèle à sa tradition et prend une part active aux événements qui touchent la paroisse.
21 novembre M. Charles Forestier est élu président.
1932
Malade pendant toute la première moitié de l'année, M. Reymond, directeur, est remplacé par M. Aug. Goy. A plusieurs reprises, le "Pélerin" témoigne par une aubade son amitié à M. Reymond, qui reprendra la baguette a fin juillet.
12 et 13 mars La soirée habituelle peut cependant avoir lieu, grâce au dévouement de M. Goy.
Influence de la commission littéraire ? En tout cas, l'on a abandonné les vaudoiseries, parfois lourdes et aux plaisanteries de gros sel, pour une pièce de plus haut niveau, L'Ami Fritz. Certes, le naturel du jeu y a perdu, et il est bien difficile d'effacer un accent solidement ancré comme le nôtre pour incarner un Alsacien ou un Parisien. Seulement, il faut savoir entendre et sentir à travers les différences.
1933
Le "Pélerin" redouble d'activité: il se produit dans deux concerts à Chardonne, dont l'un en faveur de la restauration de la Grande Salle, il chante à des mariages, des enterrements, à une assemblée du parti radical, à une visite d'église. Tout cela le maintient en forme pour affronter le concours cantonal de mai. Or, I'enjeu est d'importance: classé jusque-là en tête de la 3e division, le "Pélerin" s'apprête à concourir pour la première fois en 2e division.
27-28 mai Concours cantonal de Vevey. C'est à nouveau l'appréhension de l'attente, le moment redouté (ou il suffit d'un sourire et d'un coup d'il du directeur, au bon moment, pour rendre confiance en soi à la chorale et lui faire donner le meilleur), et enfin les résultats: pour l'exécution, une couronne de laurier et la mention "très bien", pour la lecture à vue, une couronne de laurier et la mention "excellent". Les chanteurs acclament leur directeur. Tout est pour le mieux en ce bel été! Pourtant, en Europe, de lourds nuages s'amoncellent à nouveau.
Depuis janvier Hitler est au pouvoir en Allemagne, la SDN s'effrite, l'URSS connaît la famine et les grandes purges, la France est agitée par les luttes sociales.
1934
Une grande innovation à Chardonne: lors des soirées de mars, un groupe de dames et demoiselles chante une Barcarolle de Mendelssohn puis, en mixte avec le "Pélerin", exécute le choeur Chante, Montagnard ! Tels sont les débuts d'une collaboration appelée à durer. Encouragé de toutes parts, le groupe féminin se constitue le 23 novembre sous le nom de Chur de dames du Pélerin, avec l'accord (que l'on ne peut qualifier d'unanime) des chanteurs, à qui l'on a bien précisé qu'il s'agit "simplement d'une société de dames qui nous prêterait son concours au moment ou le besoin s'en ferait sentir"! Le Chur de dames élit une présidente en la personne de Mme Juliette Parisod, se donne des Statuts et son effectif atteint la vingtaine avant la fin de l'année.
II n'y paraît peut-être plus aujourd'hui, mais c'est un grand pas accompli là. Avec l'entrée --par la petite porte! -- du charme et de la délicatesse féminine dans la société, le " Pélerin" va, peu à peu, cesser d'être un " compartiment pour hommes seuls". Il y gagnera en finesse, dans ses soirées, dans ses courses et dans ses productions.
A cette époque ou il ne saurait être question d'accorder un droit civique quelconque à nos compagnes, c'est une petite révolution.
1935
1er janvier. Dès le premier jour de l'An, au cours d'une soirée en faveur de la restauration de la Grande Salle, place est faite aux dames. II en sera de même à la soirée du 2 mars, où elles interprètent seules quatre churs, avec un léger "trac" bien compréhensible, cependant qu'elles font merveille en formation mixte avec Ah! Oui, que je suis à mon aise ! , de Carlo Boller, qui demeure un succès de la société.
5 mai Il est vrai que les dames ne chantent pas avec le "Pélerin" au concert d'arrondissement donné à Blonay, mais elles y sont généreusement invitées !
Devant les menaces totalitaires qui se précisent en Europe, s'affirme, d'abord discrètement, la volonté de défense nationale de la Suisse.
23 juin Le Théâtre du Jorat reprend la pièce de Morax et Doret Tell. Le "Pélerin" s'y rend et en remporte une profonde impression.
1936
M. Charles Forestier demeure le dévoué président du "Pélerin" cependant que Mme Baechtold préside le chur de dames. Soirée en commun au printemps, productions à l'église à diverses reprises, où le chur mixte chante César Franck, Schutz et Bach, puis les dames seules Mendelssohn. Mais il n'est pas question d'elles à la course. Resterait-il une discrimination ? Une, en tout cas: après certaines manifestations, le "Pélerin" va avec plaisir déguster quelques verres de vin, alors que ces dames vont apprécier "un très bon thé" !
Achat d'un nouveau piano, décision de rénover les Statuts, souscription à l'Emprunt de Défense nationale: le "Pélerin" va de l'avant.
13 décembre A Vevey, la société chante sous la direction de Carlo Hemmerling une cantate de Plumhof, Helvétie.
1937
6 mars. La soirée du "Pélerin" voit le programme se partager fort équitablement entre les productions du chur d'hommes et du chur de dames, qui apportent fraîcheur et gaieté au spectacle. On souligne la qualité d'homogénéité de la chorale, due à un travail assidu et à la direction énergique et consciencieuse de son directeur, M. Reymond. Voilà qui donne courage pour le concours cantonal de Payerne.
8 et 9 mai Le Concours de Payerne fut un tel triomphe que le procès-verbal du "Pélerin" n'en parle même pas ! La presse s'en était chargée, sans doute ! Fort heureusement, nous avons le récit des dames, qui avaient été libéralement invitées à venir assister à la fête et qui en avaient profité pour s'offrir leur première course en autocar. Est-ce la présence de leurs beaux yeux ? Toujours est-il que le "Pélerin" se surpasse: à la lecture à vue, couronne de laurier, frange argent, mention "bien"; mais à l'exécution, c'est une couronne de laurier, frange or, avec mention "excellent ". Les commentaires sont des plus élogieux": interprétation claire, intelligente, séduisante à souhait". Le chur à choix est jugé "d'une musicalité parfaite et certainement le point culminant des productions de la 2e division, " interprétation d'une musicalité subjuguante (sic)", "pure merveille d'art complet et d'émotion ". Toutes ces fleurs atténuent peut-être, qui sait, le léger sentiment de culpabilité de ces messieurs qui, laissant leurs admiratrices rentrer seules au bercail, s'en vont en car faire une course de trois jours en Alsace!
Payerne 1937
1938
Pour mettre un atout de plus dans leur jeu, ces dames ont décidé de créer un costume: une robe bleu clair, façon paysanne, avec tablier et fichu blancs, ornés de chardons et de chardonnerets brodes. Pour en payer une partie de l'étoffe (car la façon dépend de leurs doigts de fées), elles vont donner en mai leur propre concert, avec le concours de Mlle Anne-Marie Grunder, violoniste.
26 février A la soirée du "Pélerin ", et pour la première fois, le chur de dames apparaît dans son charmant costume. Dès lors, les amis du chant dans la région prendront l'habitude de voir le bleu lavande du Chur de dames égayer l'ensemble plutôt foncé des messieurs.
20 avril Une première également: le "Pélerin" et les dames vont enregistrer quelques chants au Studio de La Sallaz, puis peuvent se "réentendre". Mais, au soir, on rentre le cur serré, car il gèle cruellement dans le vignoble.
1er Août Puis Jeune fédéral. Le chur, dans son ensemble, participe avec ferveur à ces deux manifestations.
Le ciel d'Europe s'assombrit de plus en plus. En mars, l'Anschluss, puis l'affaire des Sudètes; en septembre, c'est la conférence de Munich; des menaces planent sur les petits pays. Déjà l'Autriche a perdu son indépendance. On chante donc avec une conviction encore plus grande qu'à l'ordinaire la patrie et la liberté.
1939
1er avril. Après les soirées très réussies des 11 et 18 mars, la chorale se rend à nouveau à la Sallaz, où elle enregistre 16 morceaux, dont 3 en italien. Cette émission vaudra au directeur plusieurs lettres de félicitations.
7 mai Concert d'arrondissement à Cully, où ne se produit que le chur d'hommes.1er Août On célèbre et l'on chante la Suisse libre.
En mars, la Tchécoslovaquie a été occupée ; en avril, l'Albanie. Puis c'est le pacte germano-soviétique et, le 1er septembre, l'invasion de la Pologne, qui déclenche le cataclysme mondial.
13 novembre A l'assemblée générale, la société se retrouve privée de plus de la moitié de ses membres par la mobilisation. On décide de continuer quand même. Il fait bon "se sentir les coudes" dans de pareilles circonstances.
1940
Pendant les périodes ou M. Reymond sera mobilisé, il sera remplacé à la direction par M. Samuel Dutoit.
17 février M. Reymond peut cependant conduire la soirée annuelle qui obtient un succès énorme. Décembre Le chur de dames va chanter chez quelques personnes âgées, attention qui est fort appréciée.
1941
22 février Malgré les incertitudes et les absences dues à la mobilisation, la soirée peut avoir lieu avec succès. La conclusion du compte rendu dans le journal est significative: "Nous constatons le réel privilège pour Chardonne de posséder des sociétés telles que le Chur de dames et le "Pélerin ", que leur chef dirige avec bonheur du côté du beau et du bien. Le concours de ces forces
ne peut avoir que d'heureux résultats, tant au point de vue social qu'artistique."
1er mai Le Chur de dames va faire l'hommage de quelques chants à des notabilités, dont le conseiller fédéral Celio, au Tea-room du Mont-Pélerin.
4 mai Concert d'arrondissement à Vevey, où les deux formations font honneur à leur village et à leur directeur. Tant dans les churs que dans les discours prédomine la note patriotique.
8 novembre M. Charles Bidaud est porté à la présidence.
25 novembre M. Eugène Ducret, membre fondateur du "Pélerin" et président honoraire, est décédé. La chorale accompagne ce grand ami du chant à sa dernière demeure.
25 décembre Le Chur de dames participe à la célébration de Noël.
1942
28 février. Les soirées annuelles se déroulent normalement. Lors de la partie familière, on décerne à M. Louis Forestier le titre de président honoraire et celui de vice-président honoraire à M. Henri Ducret. M. et Mme Reymond sont vivement remerciés de leur inlassable dévouement, ainsi que M. Charles Forestier, président pendant 10 ans.
15 mars Le "Pélerin " sait penser aux infortunes: après avoir donné, avec d'autres sociétés locales, une soirée en faveur du Secours suisse aux familles nombreuses, il va, ce jour, chanter pour les malades de Mottex, du Samaritain et de la Providence.
19 avril Après plusieurs répétitions, c'est à nouveau un enregistrement à la Radio. Décidément, le "Pélerin" et ses Dames ont la cote. Dès cette époque, que de fois les entendra-t-on chanter sur les ondes, notamment dans l'émission du Disque de l'auditeur.
3 juin La mode est une chose, le Règlement en est une autre; le Comité du Chur de dames doit rappeler à ses membres les canons impératifs de la tenue du costume: 30 crn du sol au bas de la robe, 15 cm du bas de la robe au bas du tablier ! Ah mais! On sait s'aligner ! Il n'est pas encore temps, les mini-jupes! ...
La guerre fait rage en Europe et dans un monde à feu et à sang. Pouvait-on encore rire et chanter ? Non seulement on le pouvait, mais on le devait. II a dû parfois faire bon chanter, à pleines voix, attentif à des finesses de lignes, à des subtilités d'intonation, pour oublier les bruits sinistres du conflit, le fracas absurde des bombes et des obus. Chacun faisait des sacrifices pour le pays, mais il en est un qui fut au-dessus des forces des chanteurs: l'Office cantonal de l'Economie de guerre demanda à la société défaire un effort en faveur du don des métaux non-ferreux en se défaisant de ses channes, coupes, etc. La, non ! Pas ça ! Le président décida qu'on attendrait un appel plus pressant...
L'on s'entend bien pour chanter, mais pour les courses, chaque formation va de son côté. Il n'y a que le directeur qui a la chance de faire les deux!
15 novembre Concert fort bien réussi du Chur de dames et de M. Eric Dutoit, violoncelliste.
18 novembre Service funèbre de M. A. Cand, directeur honoraire, au cours duquel le "Pélerin " rend un ultime hommage à celui qui l'a dirigé et animé pendant 15 années.
13 décembre Ces dames se rendent seules (mais avec leur directeur) à la Sallaz, faire fixer leurs jolies voix dans la cire docile.
1943
27 février et 6 mars. Deux soirées bien réussies, au cours desquelles M. G. Reymond reçoit son diplôme de directeur honoraire pour 20 ans de direction. Chaque année, les sociétés de Chardonne, dans un élan commun, donnent une soirée variée en faveur des familles nombreuses suisses.
7 mai Les deux sociétés mettent à profit un nouvel enregistrement à la Sallaz pour aller chanter auparavant à l'hôpital.
9 mai Concert d'arrondissement à Lutry, où le chur mixte remporte un franc succès.
15 août Grande nouveauté: pour la première fois, le " Pélerin" part en course en compagnie du Chur de dames et, dit le procès-verbal, "l'essai n'a pas du tout été désagréable"! Après une grimpée à Nendaz, l'on se retrouve à Sion, en compagnie de la Chorale sédunoise, reçue en mai à Chardonne. Et je vous laisse à penser si le "valaisan", capiteux ou sec, coula à flot et fit merveille!
8 septembre Le Chur de dames va chanter devant la cure, en signe d'adieu et de reconnaissance au pasteur Vittoz qui s'en va. Le 31 octobre, le chur mixte participera au culte d'installation du nouveau pasteur, M. H. Dony.
1944
4 et 11 novembre " Le " Pélerin " est toujours égal à lui-même: il garde comme un trésor une rare qualité d'expression musicale. Une fois de plus à l'occasion des soirées annuelles, la presse couvre d'éloges les deux sociétés de chant et leur directeur.
28 avril Cela devient une habitude : la Radio enregistre les dernières uvres étudiées par nos chanteurs et chanteuses.
Août Malgré les belles paroles de l'an dernier, le chur d'hommes s'en va en course seul, le chur de dames organisant une sortie de son côté.
Novembre M.Reymond malade est remplacé par M.A.Badan, instituteur. Cependant le cur de dame fête fièrement se dix ans, un âge que l'on peut encore avouer ! Galamment, le " Pélerin " lui fait un cadeau en espèces.
Cette année qui s'achève a vu la libération de la France voisine, mais elle représente un paroxysme de la guerre. La suivante verra encore bien des horreurs, avant que ne pointe l'aube de la paix.
Heureux qui peut. En ce temps-là, conserver le goût à la musique, au chant et au rire !
1945
29 avril concert d'arrondissement à Chexbres. Succès encore une fois, mérité par tant de minutieuses répétitions.
10 mai Ascension, mais aussi culte de l'Armistice, auquel participe le chur mixte, avant d'aller donner des petits concerts dans tous les hôpitaux de la région.
5 août Cette fois-çi, la course se fait en commun à la Dent de Vaulion.
13 décembre La participation aux répétitions chez les dames est bien meilleure que chez les messieurs. C'est ainsi que le comité peut remettre à Mlle Marie Forestier, qui n'a jamais manqué, un gobelet d'étain, tradition qui se poursuivra.
1946
2 mars La soirée mûrement préparée, est un succès. On y relève l'Alphabet de Mozart, pour chur de dames, et Aubade, pour chur d'hommes. Quant au programme, il est fort riche : une comédie en 2 actes, Coup de Foudre, et une opérette qui restera longtemps dans les mémoires : A la Croix Fédérale.
Les deux sociétés prennent l'habitude d'aller chanter, soit sur leur propre initiative dans les hôpitaux régionaux, chez les malades, pour des anniversaires, soit sur demande, à la Foire de Vins, au Tea-room du Pélerin, lors de conférences. Ces productions, trop nombreuses pour être toutes recensées, apportent parfois quelque appoint financier aux caisses, Souvent aussi, l'on chante au profit d'une uvre comme le Secours Suisse d'Hiver, le Fond Général-Guisan ou le Village Pestalozzi (pour lequel on recueille plus de 600 francs).
28 juillet Course mixte au Jaunpass.
28 novembre Le Chur mixte chante lors d'une conférence du général Guisan à Chardonne
1er décembre Concert de l'avent à l'église St-Martin, à Vevey, avec M.Demierre organiste.
1947
1er et 9 mars Nouvelle soirée à succès, où l'on joue Eugénie Grandet, d'après Balzac. M.Reymond fête ses 25 ans de direction et reçoit un cadeau-souvenir.
29 mars Enregistrement à la radio, où l'on devrait pouvoir, actuellement, reconstituer le répertoire complet de cette époque.
14 et 15 mai Concours cantonal à Nyon : les dames accompagnent en spectatrices le Chur d'hommes, puis rentrent rapidement à Chardonne pour organiser la réception des lauréats qui rapportent deux couronnes or et deux mentions " excellent ".
24 août Joyeuse course commune au Niesen.
La société fait des efforts pour recruter des membres et de bonnes voix. En fin d'année, une dizaine de nouveaux chanteurs viennent se joindre au chur. M.Charles Forestier reprend la présidence.
1948
28 février Soirée traditionnelle réussie ! Le chur mixte l 'Apothicaire facétieux, de Vincent d'Indy, a beaucoup de succès.
25 juillet A voir les divers mariages survenus entre membres du Chur d'hommes et du Chur de dames, l'on comprend que la course d'été soit effectuée " en mixte " !
La chorale deviendrait-elle une agence matrimoniale? Après tout, pourquoi pas? II n'y a pas de meilleur moyen de se connaître et de s'apprécier que de participer ensemble au même effort régulier et persévérant que requière l'art vocal. Donc, course en " flèche rouge" à Bâle et Schaffhouse. L'on fait plus de kilomètres, mais l'on marche moins qu'autrefois. Pourtant, curieusement, la soif est toujours la même.
10 novembre On enregistre la démission de M. Henri Ducret, président honoraire, membre actif depuis 60 ans!
27 novembre Le "Pélerin" fête son 70e anniversaire par un banquet commémoratif.
18 décembre Pour marquer cet événement, la société donne un concert classique au temple de Chardonne, avec le concours d'un quatuor à cordes, de l'orgue et d'un groupe de violonistes.
1949
5 et 12 mars Il est dans la vie des sociétés, des périodes où les malheurs semblent s'accumuler.
Ainsi en fut-il des soirées de cette année. D'abord le directeur, malade, dut quasiment sortir du lit pour venir diriger. Ensuite, l'heroine principale de la pièce, Le Médecin malgré lui, de Molière, tomba malade et dut être remplacée au pied levé par une étudiante d'art dramatique de la région. Enfin, le Chur de dames, entre les deux soirées, perdit une de ses plus dévouées chanteuses, décédée subitement. La Chorale, le cur serré, accompagna cette amie à sa dernière demeure et, le soir même, maîtrisant son émotion, chante impeccablement à la seconde soirée.
17 juillet Course mixte en Gruyère, après un passage à Leysin, où la Chorale chante pour les malades.
28 août Non contentes de cette sortie, les dames organisent, en plus, leur course "entre elles" au lac Champex, ou elles connaissent d'héroïques aventures nautiques...
18 décembre Le "Pélerin" et le Chur de dames poursuivent la tradition du Concert de l'Avent en présentant un programme qui va de Bach à César Franck, de Haendel à Doret et de Palestrina à Henri Gagnebin, avec un accompagnement d'orgue et de violon.
1950
17 janvier. Le Chur de dames est informé de son admission dans la Société cantonale des Chanteurs vaudois à partir du 1er janvier 1950. Il pourra donc concourir en formation mixte à Montreux au mois de mai.
4 et 11 mars Soirées annuelles: "le "Pélerin" touche là à un degré de perfection rarement atteint. Il le faut bien pour envisager de se présenter en 3e division de la Cantonale. La partie littéraire comprend également un gros morceau: Mon Oncle et mon Curé, adapté du roman de Jean de la Brète. Tout cela augure bien de l'avenir.
Entre mars et mai, plusieurs concerts à Corsier, Chardonne (culte de Paques) et Jongny (pour le conseiller fédéral Nobs), permettent de maintenir tout le monde en forme. Attente fébrile et active des grandes journées.
17 et 18 mai Concours de Montreux. Disons tout de suite que le directeur a gagné son pari: Ces dames, pour la première fois, goûtent aux délices du trac... et du soulagement une fois l'exécution terminée. Le"Pélerin " remporte deux couronnes de laurier or avec mention " excellent". Le Chur mixte obtient les mêmes résultats. C'est un retour triomphal à Chardonne: les sociétés amies conduisent le cortège jusqu'à la Grande Salle ou coulent, fort tard, des flots de vin et de discours!
15 au 17 sept Après un tel succès, il ne reste plus qu'à monter à Paris ! C'est ce que fait le "Pélerin" en une course de trois jours, qui a été jugée trop fatigante pour que l'on y invitât les dames ! ...
Retracer la conquête de Paris par les Chardonnerets remplirait un volume, aussi la passerons-nous sous silence. Mais l'on en parle encore dans les chaumières !
Quant aux dames, elles ont aussi eu leur récompense: le 27 août déjà, "tel un charmant essaim de papillons bleus et blancs ", elles s'étaient envolées pour Evolène.
3 novembre M. Ernest Verdan est élu à la présidence. L'activité du " Pélerin" se maintient de façon variée jusqu'en fin d'année: réception de " l'Echo du Léman ", d'Ouchy, boucherie ( !), deux porcs étant sacrifiés et transformés en saucisses pour satisfaire aux exigences de la trésorerie (mais aussi de l'estomac), participation à une conférence de Frederic Fauquex, conseiller aux Etats, concert de l'Avent d'une haute spiritualité et soirée-saucisse ! Qui oserait encore dire, après cela, que l'on s'ennuie à Chardonne?
1951
3 et 10 mars. Soirées de qualité, comme il sied à une société qui a remporté de si hautes distinctions. Mais une fâcheuse épidémie de grippe, en privant l'équipe dramatique de 3 acteurs, faillit tout compromettre. Dans un sympathique mouvement d'entraide, des membres de la Jeunesse paroissiale d'Attalens, qui avaient joué la même pièce, purent les remplacer au pied levé et contribuer ainsi à la réussite de la soirée, tout en resserrant les liens d'amitié qui unissent les deux villages.
27 avril enregistrement d'une série de churs à Radio Lausanne, en une séance qui dure de 14 heures 30 à 19 heures !
Avril-mai-juin-juillet Et c'est à nouveau une série de concerts à Jongny, à l'Hôtel Bellevue, au Mont-Pélerin et dans les hôpitaux. Et puis, ce sont des réceptions où l'on accueille les sociétés amies, gymnastique ou fanfare, au retour de leurs concours.
La vie coule, en ce doux pays de Lavaux, lieu privilégié d'un monde qui a de la peine à se stabiliser. Cette année-là, souvenez-vous, c'est le début de la guerre de Corée, bientôt celle d'Indochine.
Truman décide de fabriquer la bombe H...
2 septembre "Toujours plus haut! " Telle pourrait être la devise du "Pélerin " depuis qu'il vole de succès en succès. Ce jour-la, la société la met pratiquement en application: lors de sa course en autocar autour du lac, elle s'arrête à Cointrin, où les amateurs prennent le baptême avec un honnête DC 3, bimoteur à hélices. Certains en sont à tel point marqués que, pour ne pas gâter ce souvenir, ils ne sont jamais retournés en avion depuis lors!
Mais, comme dans toute société humaine, il y a des difficultés : absences trop nombreuses, démissions dues à des mouvements de mauvaise humeur, petits malentendus. L'on estime qu'il faudrait alléger l'horaire des répétitions. En ces moments, il faut toute l'énergie, la conviction et la diplomatie du président pour redresser la barre et garder le cap.
30 septembre Le Chur de dames, beaucoup plus serein, donne avec succès un concert. On y entend aussi M. J.-J. Forestier qui déclame des poèmes, spécialement de C. F. Ramuz.
1952
8 et 15 mars. Trentième année de direction de M Reymond. Cela mérite d'être marqué ! Aussi les soirées annuelles du " Pélerin " sont-elles particulièrement soignées et réussies.
20 juillet "Pélerin " et Chur de dames vont en commun à Saxon, déguster des abricots (mais aussi d'autres produits locaux) et assister au festival "Les chemins de la Terre", de Jean Daetwyler. Et c'est à nouveau l'été, avec son 1er Août et son cortège, son feu au chemin Rouge, avec un concert à l'Hôtel Mon-Repos et un autre à Jongny.
6 septembre Le "Pélerin" rend hommage au général Guisan, de passage chez des amis à la Baume.
25 octobre À l'assemblée générale, le comité prend des dispositions pour 1953, année qui sera marquée par deux événements importants: le Concours cantonal de Lausanne et la célébration du 75e anniversaire du "Pélerin".
1953
14 et 21 mars. Soirées annuelles qui permettent de mettre déjà bien au point des oeuvres préparées en vue de ce concours.
8 et 9 mai Concours de Lausanne: cette fois-ci, les dames se lancent seules, en première division, où elles obtiennent le 4e rang, une couronne de laurier or et la mention "excellent". Le chur mixte, en 2e division, obtient le 2e rang, une couronne de laurier argent et la mention "très bien. Quant au "Pélerin" lui-même, en 3e division, il atteint le 4e rang, avec couronne de laurier or et un"excellent ".
Octobre La société avait l'habitude, depuis plusieurs années, d'organiser le bal des vendanges en collaboration avec la Société de gymnastique. Il sera dorénavant procédé par alternance et, cet automne, c'est le "Pélerin " seul qui s'en chargera. Des nécessités financières l'y incitent. Mais la société ne pense pas qu'a ses intérêts et fait un important versement à la Chaîne du Bonheur.
21 novembre M. Paul-Henri Forestier est élu président pour 1954.
20 décembre Concert du 75e anniversaire: le programme était extrêmement riche. Il débuta par un chur d'hommes, présentant entre autres un morceau exécuté au Concours d'Yverdon en 1925. Puis ce furent des churs de dames et enfin les churs mixtes. En seconde partie intervenait un orchestre de cordes, flûte et piano, qui permit de terminer par une Cantate de Bach pour chur mixte, soli et orchestre. M. Charles Forestier, président du comité d'organisation, présenta l'historique de la société et fit l'éloge de son infatigable directeur, M. Georges Reymond, qui, en 31 ans d'activité, sut conduire la Chorale aux sommets que l'on connaît. Une réception officielle, présidée par M. Ernest Verdan, suivit ce brillant concert. S'y exprimèrent de très nombreux représentants du monde de la musique et de la politique.
26 décembre Seconde partie de la commémoration, un banquet aux chandelles réunit, ce samedi, les membres du "Pélerin" et leurs familles, ainsi que leurs invités. On y échangea, bien sûr, des discours, on remit des cadeaux au directeur, applaudi avec enthousiasme, et à divers membres distingués par leur fidélité. Puis ce furent des productions, dont un petit chur d'enfants de membres, dirigé par l'un d'eux, " le jeune François Forestier " ! Le compte rendu ajoute:"La crise de recrutement redoutée par le comité semble donc bien près d'être conjurée!" Il y a des paroles prophétiques, tout de même!
1954
1er janvier. Et le "Pélerin " repart pour un nouveau quart de siècle en chantant...
13 et 20 mars Infatigable, on vous dit ! La Chorale donne deux soirées qui connaissent un plein succès, musical et financier. Rameaux Le " Pélerin" donne un petit concert en Bellevue, pour les 20 ans de mariage de M. et Mme Pierre Pelot.
15 mai Toujours en Bellevue, on fête le mariage de M. Jacques Vulliens.
Eté Concerts aux hôpitaux et à Jongny.
16 septembre Avec le reste de la population, l'on prend congé du pasteur Henri Dony, un fidèle ami.
14 novembre Installation du nouveau pasteur, M. Olivier Vuille, qui deviendra, lui aussi, un ami du chant et de la Chorale.
Fin décembre Concert de l'Avent et participation à la fête de Noël.
Il faut dire tous ces événements, qui attestent la présence de notre société de chant dans la vie de tous les jours, dans celle des familles, du village et de la paroisse. C'est en cela qu'elle justifie son rôle et répond le mieux à sa devise " Par l'harmonie des voix, l'harmonie des curs".
1955
8 janvier. Le Chur de dames fête son vingtième anniversaire. Le bel âge ! Le "Pélerin" lui offre un plateau à cette occasion.
5 et 12 mars Soirées annuelles données devant un très nombreux public.
Avril, mai, juin La société, en pleine gloire, donne plusieurs concerts: au Château de Chillon, à Corbeyrier, lors du Giron des Chanteurs de la plaine du Rhône.
Eté Fête des Vignerons. Une bonne partie des chanteurs se retrouvent dans le Grand Chur, d'autres sont figurants, en général dans la troupe d'Automne. Après la fête, autres concerts, rétrospectives de celle-ci, à Jongny et à Aubonne: bonne occasion de ressortir son costume !
Une année bien remplie! Et il faut noter combien, une fois de plus, la musique de la Fête des Vignerons marque d'une empreinte neuve et durable le goût de nos sociétés de chant, habituant l'oreille à certaines hardiesses peu communes jusqu'alors et renouvelant leur répertoire.
4 décembre Une délégation du " Pélerin " se préoccupe des maintenant de la partie littéraire des prochaines soirées. Elle arrête son choix sur Les Amours d'Angélique, opérette de Mme M.-L. Trepey, autrement dit un genre de théâtre particulièrement bien adapté à une société chorale.
18 décembre Très beau concert spirituel au temple de Chardonne. Les débuts d'année sont toujours difficiles.
1956
Les membres ont de la peine à se remettre régulièrement et fidèlement au travail. Pourtant, à l'occasion, il y a exception: le secrétaire signale un record: 30 chanteurs présents à la répétition ! Il souligne le plaisir tout particulier qu'il y a de chanter en rangs serrés. Le travail progresse rapidement et avec entrain.
12 janvier La société se prononce sur les nouveaux règlements du Concours cantonal qui lui sont présentés par ses délégués au comité central. Elle demande que le temps de la lecture à vue soit porte de 2 à 5 minutes.
10 et 17 mars Soirée annuelle: malgré la grippe, Les Amours d'Angelique se passent bien ! Chaque année, des membres sont portés à l'honorariat. Il serait trop long de les indiquer chaque fois et la liste en sera donnée à la fin de cet historique.
13 avril L'"Echo du Forestay ", de Chexbres, fête son 75e anniversaire. Le "Pélerin ", particulièrement en forme, est invité et présente des churs remarquablement bien exécutés: Il n'y a rien de tel que l'émulation.
7 avril Une de ces soirées familières dont le "Pélerin " a le secret: clichés de la Fête des Vignerons, bien sûr, chants et productions diverses, un bon repas bien arrosé et un petit bal, il faut cela de temps à autre pour resserrer les liens dans une société.
Eté A nouveau, un programme de concerts très chargé: Lausanne, au Congrès de l'Union fruitière, Hôtel Mon-Repos au Mont-Pélerin, Jongny. Le"Pélerin " se présente en costumes de la Fête des Vignerons, ce qui ne manque pas d'ajouter à son succès. Les cachets obtenus dans les concerts mixtes sont répartis: 40 % au Chur de dames et 60 % au " Pélerin " , qui supporte tous les frais inhérents à l'organisation.
30 novembre Deux cochons sont transformés en saucisses, à leur grand dam, mais pour le plus grand bien des finances de la société. Reste à savoir si c'est de l'art... ou du cochon !
9 décembre Le "Pélerin " chante en mixte au culte et interprète la liturgie de communion de Pierre Pidoux. C'est un exemple de cette collaboration entre le Chur et son église, souhaitée par le pasteur Vuille, qui participe d'ailleurs comme membre libre à l'activité de la chorale.
1957
9 et 16 mars. Soirées annuelles: M. Reymond atteint ses 35 ans de direction. Un cadeau et des fleurs concrétisent les sentiments de reconnaissance et d'affection de ses chanteurs et chanteuses. M. C. Parisod, qui depuis 30 ans règle la partie littéraire des soirées, est aussi chaleureusement remercié. Lors de cette soirée, on exécute Les Etourneaux, chur qui a été dédié au "Pélerin " par Carlo Hemmerling et Geo Blanc.
24 mars Lors d'une assemblée de délégués cantonaux à Moudon, M. Reymond reçoit l'insigne de vétéran cantonal. Et c'est à nouveau la préparation fébrile du prochain Concours de Moudon, avec ses inspections préalables: M. Rochat inspecte le choeur d'ensemble, M. Burdet le choeur d'hommes.
Vendredi-saint et Pâques La Chorale chante à l'église, notamment le magnifique Gloria, de Vivaldi.
28 avril Concert prélude à Chardonne, avec le concours de la Société de chant de Cully: excellente préparation au Concours cantonal. De même, le11 mai, concert collectif au Casino du Rivage, à Vevey.
18 mai Fête cantonale à Moudon. Le concours commence par l'exécution du chur mixte préparé en 50 minutes, puis des churs mixtes imposés et à choix. Ensuite, mêmes épreuves pour le chur d'hommes. Et le dimanche, après les churs d'ensemble, c'est la proclamation des résultats: quatre couronnes de laurier or, avec mention " excellent ". C'est encore un triomphe ! Je laisse imaginer la réception qui fut faite à Chardonne !
30 mai-2 juin Après la peine, la détente. Voyage du Chur d'hommes à Venise, avec visite de Milan. Une réussite complète et l'occasion, pour beaucoup, de découvrir l'art et la vie du pays du bel canto.
Au retour, la société doit, hélas, rendre les derniers devoirs à M. Samuel Dutoit, ancien instituteur à Chardonne, qui fut un temps son directeur, puis, le13 juillet, à M. Henri Ducret, président d'honneur, un des plus fidèles serviteurs de la Chorale.
Eté Traditionnels concerts à l'Hôtel du Parc, à la Maison du Pélerin, au 1er Août, à l'Hôtel des Trois-Couronnes, à Bellevue, à Jongny.
6 décembre Assemblée générale: M. Jean Forestier est élu président d'honneur, cependant que son fils, Paul-Henri Forestier, demeure président. On fait l'éloge du Chur de dames, du précieux soutien qu'il a été pour le "Pélerin " durant la mobilisation et de sa charmante collaboration.
22 décembre Pas de concert de l'Avent cette année-là, mais le "Pélerin" participe au culte de ce dimanche soir.
1958
Très peu de renseignements sur cette année! Il semble qu'il y ait un creux: diminution des membres, manque d'assiduité aux répétitions.
On décide de reprendre une tradition quelque peu perdue, celle d'aller faire des répétitions à Jongny.
Les soirées sont particulièrement animées, grâce à une pièce vaudoise en un acte de MM. Jean-Jacques et François Forestier, Reste avec nous, qui obtient un très vif succès.
Course en mixte à l'Arpille.
Une fête champêtre organisée par le " Pélerin "vient grossir un peu la caisse. En juin, concert à Yens, avec l'"Harmonie " de ce village. Sympathiques échanges...
Automne La Société organise le bal des Vendanges, opération purement financière. Pas de concert
de l'Avent, mais le " Pélerin "chantera à l'église au Nouvel-an.
1959
6 février. On décide de conférer le diplôme de membre d'honneur à deux dames: Mmes Juliette Reymond et Louise Forestier, en témoignage de leurs nombreux et précieux services. Les soirées sont désormais précédées d'une répétition générale où l'on admet les enfants, ce qui permet de gagner de la place aux représentations proprement dites. Celles-ci ont lieu les 7 et 14 mars devant des salles combles.
26 avril Départ en car pour Pully, au Concert d'arrondissement, ou le "Pélerin" et son Chur de dames chantent en trois formations, se taillant un beau succès.
Eté Désormais traditionnels concerts du 1er Août et dans les hôtels du Mont-Pélerin.
29 et 30 août Une grande fête villageoise, qui réunit toutes les sociétés locales, est organisée au profit du matériel de la Grande Salle. Devant les nombreuses activités de cet été, on renonce à la course.
19 septembre Nos chanteurs se produisent sur le préau du Collège, dans un cadre bien digne de la "Journée du vignoble vaudois"! Puis, bal des Vendanges et boucherie alimentent la caisse. Les répétitions reprennent avec ardeur en novembre et décembre.
1960
1er janvier. L'année commence par des chants, au temple, puis au Café Bon-Vin. Il faut dire que, depuis longtemps, ce lieu sympathique, aux destinées duquel préside M. François Ducret, solide chanteur, est devenu en quelque sorte le " stamm " du " Pélerin", qui y possède, dans la petite salle à l'étage, son armoire à trophées et ses souvenirs.
Le "Pélerin " décide de renoncer à une course prévue en France, dans une petite localité, pour en faire une "de sorte" I'année suivante, après le Concours de Morges. Sagesse ou fatigue ? Ce printemps-là, il entoure deux de ses jeunes membres qui se marient. C'est en de pareilles occasions que se manifeste le mieux l'amitié dont parlent les statuts.
Eté Cinq concerts animent l'été. On est loin de l'époque où cette saison était en priorité réservée aux travaux des champs et de la vigne et où l'activité de la société était complètement arrêtée. Ajoutons à ces concerts une kermesse dans le verger du château.
Et l'année se termine dans la perspective du futur Concours cantonal.
1961
Les temps changent... Constatant la difficulté de trouver des acteurs pour la partie littéraire de la soirée et les frais considérables du montage d'une pièce, on sollicite la collaboration de plusieurs sociétés littéraires de la région.
Il y a quelque chose qui se perd: ce plaisir, quand le rideau se levait, de reconnaître, sous un savant grimage, dans un costume de troupier ou de marquis, la tête de tel ou tel membre de la société, ou encore, déguisée en soubrette ou en élégante américaine, telle ou telle charmante Chardonnerette, quand ce n'était pas un accent familier qui faisait dire tout à coup: " Mais, c'est Jean-Pierre ! " ou " Tu as vu, c'est Joselle ! " Et les voilà qui étaient, pour une heure, tout différents et en même temps semblables. Magie du théâtre...
4 et 11 mars Toujours est-il que les soirées eurent lieu malgré une épidémie de fièvre aphteuse dans la région (il y avait encore pas mal de vaches au village, voila 17 ans). La salle, pour une fois, n'était pas comble...
Le Cercle littéraire de La Tour-de-Peilz joua deux pièces, dont Les Petits Plats dans les Grands, de William Aguet.
Le printemps se passe dans la préparation intense du concours: on va " s'écouter " à la Radio, qui a enregistré certains morceaux difficiles, les Chansons populaires yougoslaves, on donne des concerts pour entretenir la voix, plus un petit bal-tombola pour entretenir la caisse.
6-7 mai Fête cantonale de Morges. Un samedi bien rempli, avec le matin la lecture à vue et l'exécution en hommes, l'après-midi le chur à choix et le chur dit "de cinquante minutes". Puis, c'est la fête, jusqu'au cortège du dimanche et à la proclamation. Les Chardonnerets rentrent une fois de plus en triomphe, chargés de quatre couronnes or.
Mai Dans l'élan, ce sont encore deux concerts au Mont-Pélerin, ou le "Pélerin" interprète entre autres le chant de la landsgemeinde d'Appenzell, qui déchaîne les applaudissements frénétiques de Suisses allemands présents, rendus indulgents à la prononciation des Vaudois par les produits de nos coteaux.
22 juillet La Chorale, en compagnie du Chur mixte de Yens, va, par surprise, agrémenter le dessert du repas de noces de François Forestier.
Cependant, les concerts se multiplient dans la région. On comprend que certains membres ne puissent suivre le rythme et que le " Pélerin" se retrouve parfois à dix chanteurs, ce qui oblige à "en mettre un bon coup "!
29 novembre Le "Pélerin" chante les 3 Psaumes dits "de Lausanne" au culte commémoratif du 450e anniversaire de la naissance de Pierre Viret.
En fin d'année, la société envisage diverses mesures pour recruter de nouveaux membres.
1962
3 et 10 mars. La soirée offre au public un oratorio populaire de Carlo Boller et Maurice Budry, Pays du Lac, sous la direction toujours alerte de M. Reymond, dont c'est la 40e année de "baguette". Dans l'émotion générale, celui-ci reçoit une pendule neuchâteloise et de nombreux témoignages de reconnaissance. A nouveau, ce sont des " étrangers ", la Compagnie du Lycéum, qui assument la partie littéraire.
Et puis, c'est une nouvelle année, avec tous ses concerts, dont un offert au Conseil fédéral en ballade annuelle, et une course mixte dont l'originalité fut son itinéraire-surprise dans le Jura
9 novembre M. Charly Ducret est élu président. L'on décide, pour redonner de l'élan à la Chorale, d'entreprendre l'étude d'une opérette qui sera jouée par des membres du chur lors de la prochaine soirée.
M. Reymond, malade, est remplacé en fin d'année par M. Buffat.
1963
9 et 16 mars. L'opérette est une réussite! Les Deux Moulins, de M.-L. Trepey et Paul Lavanchy, laissent un souvenir durable, tant à ceux qui en furent les brillants interprètes qu'aux spectateurs ravis.
Pâques Le Chur mixte chante deux oeuvres de circonstance à l'église.
12 mai Au Palais de Beaulieu, concert du 3e arrondissement, où la Chorale se produit sous ses trois formations habituelles. Courez par la plaine, de Rameau, Guitare, de C. Boller, Matin, Midi, Soir, de Haendel et La Cigale et la Fourmi, de Gounod, furent les grands moments de son répertoire.
11 juin A l'assemblée générale, une nouvelle de première importance est communiquée à la Chorale: M. Georges Reymond, après 41 années de direction, fait part de sa décision de cèder sa place. M. Charles Forestier, vice-président d'honneur, retrace l'activité de ce directeur infatigable et en souligne l'essentiel: avoir amené le "Pélerin" à une perfection, tout en créant à ses côtés l'heureux complément qu'est le Chur de dames. M. Reymond reste à la tête du chur jusqu'à la fin de l'exercice.
Eté Concerts dans des établissements de la région. Si certains sont très appréciés, d'autres rencontrent une certaine indifférence d'un public de clients peu sensibles à l'art choral. Un concert au début d'août est annulé à cause des dégâts causés au vignoble par l'ouragan du 3 août. Quand le cur n'y est pas...
28 juillet Nostalgique de certaines courses d'antan, le "Pélerin" a décidé de refaire une sortie " entre hommes " au lac de Tracouet, en Valais. L'atmosphère y est certes différente, le "boire" plus abondant. "C'était quand même une belle course!" Quand même? Regretterait-on, tout au fond du cur, le charme féminin ?
Août Dure tâche que celle du comité: trouver un remplaçant à M. Reymond. Après bien des démarches, le choix s'arrête sur M. Lucien Genoux, instituteur à la Tour-de-Peilz.
4 septembre Dernier concert dirigé par M. Reymond, à l'Hôtel Mon-Repos. On présente M. Genoux à la Chorale.
28 septembre Emouvante soirée d'adieu. La société au grand complet rend hommage à son directeur. Chef exigeant, ennemi de l'à-peu-près, M. Reymond a demandé de gros efforts à ses chanteurs mais il a aussi payé de sa personne. Les témoignages de reconnaissance s'adressent aussi à Mme J. Reymond, toute dévouée à la cause du chant, qui l'a toujours précieusement secondé. Une dernière fois, malgré l'émotion qui étreint tout le monde, chanteurs et chanteuses suivent, au doigt et à l'il, la direction de M. Reymond, en y mettant le meilleur d'eux-mêmes.
Mélancolie du temps qui passe... Journées de soleil, puis journées grises. Les vignes ont bien souffert, cette année ! Aussi le bal des vendanges ne sera-t-il que le bal d'automne... Les feuilles tombent...
Décembre Un beau concert de l'Avent, pour que la lumière brille à nouveau.
1964
Durant cette année, les statuts du "Pélerin" sont révisés et la nouvelle rédaction adoptée. Une annexe réglera les rapports administratifs entre le chur d'hommes et le chur de dames.
Eté La Chorale prend une part importante à la"Journée de Chardonne" dans le cadre de l'Exposition de Lausanne.
Et la vie traditionnelle de la société se poursuit, enrichie par la collaboration avec la "Jeune Harmonie" de La Tour-de-Peilz, et marquée de quelques concerts réussis, pour autant que la concision extrême des procès-verbaux permette de le deviner...
21 novembre 30e anniversaire du Chur de dames, que nos chanteuses fêtent au cours d'un souper-saucisse.
1965
Cette année sera marquée par la démission de M. Genoux, pour raisons de santé, et la recherche d'un nouveau directeur... tâche peu aisée. M. Maeder, directeur de la chorale " L'Avenir ", de Prilly, est finalement nommé. Cependant, M. Genoux accepte de mener le chur jusqu'à la Fête cantonale.
Printemps La soirée a été un gros "morceau ": 18 choeurs, pour la partie musicale, une pièce en 3 actes pour la littéraire. La Chorale tout entière a fourni un gros effort qu'il semble difficile de renouveler.
21-22 mai Fête cantonale à Yverdon: les résultats obtenus au Concours sont excellents, dus, en partie, à la bonne discipline dont ont fait preuve les chanteurs. A son retour, la Chorale est chaleureusement reçue par les sociétés du Cartel, au sein duquel règne une heureuse harmonie.
Fidèle à une ancienne coutume, pour se remettre des fatigues du Concours, le chur d'hommes part en course: 4 jours à travers l'Allemagne, que l'on atteint en train, où l'on effectue en bateau la descente du Rhin jusqu'à Cologne et que l'on parcourt en car. Belle occasion d'examiner de près d'autres régions viti- et vinicoles que la nôtre et de faire d'abondantes expertises... cependant que l'on croise les fantômes de Wagner, de la Lorelei, de Beethoven et de Bismarck. Et les dames? Direz-vous. Le mystère le plus complet! Elles ont égaré leur livre de procès-verbaux de l'époque!
Eté Comme d'habitude, concerts à Jongny et au Mont-Pélerin. Mais les finances ne sont guère brillantes.
Automne On ne peut citer tout le monde. Mais il faut dire qu'en cette fin d'année, M. André Buffat, qui a assumé pendant longtemps la tâche obscure, mais combien précieuse de vice-directeur, reçoit son diplôme de membre honoraire; que M. Charles Forestier et Fritz Horaczek reçoivent, pour 35 ans d'activité, la distinction de membre vétéran cantonal.
1966
Année sans histoire: un bal le 1er Mai, une course mixte, une série de concerts...
28 avril La société enregistre ses productions récentes à la Radio.
Une gentille soirée familière réunit les membres au sous-sol de la Grande Salle. De bons moments.
En cours d'année, le " Pélerin " doit rendre un dernier hommage à M. Edouard Forestier, membre vétéran cantonal.
1967
Encore une année sur laquelle le procès-verbal est plus que laconique...
1er et 8 avril Soirées. Plusieurs concerts dans la région.
9 juillet L'harmonie règne entre les churs d'hommes et de dames. C'est en tout cas ce que laisse supposer une course surprise qui va conduire tous nos oiseaux chanteurs à Chamonix, puis a Genève.
1968
L'an débute par une soirée-saucisse. La société entame sa 90e année: il s'agit de marquer l'événement.
16 et 23 mars Les soirées annuelles sont complétées d'un concert le vendredi 22 mars: la société exécute des extraits de la Fête des Vignerons 1955, avec le concours de Rose Dobos, pianiste, Charles Jauquier, ténor, Yvonne Perrin, soprano, Robert Roulin, récitant et baryton, et d'un choeur d'enfants préparé par M. Pierre Emery, instituteur. Cette manière de rendre hommage à Carlo Hemmerling et de faire revivre le merveilleux souvenir de la Fête obtient un succès triomphal.
29 juin La Chorale se produit à Vevey, pour la Société valaisanne en Suisse, et renouvelle son brillant concert de mars.
M. A. Maeder, directeur, démissionne. La direction d'une société en trois formations est une lourde tâche, et il n'est pas facile de trouver quelqu'un qui veuille l'assumer. On songe à réduire le programme pour faciliter la candidature d'un directeur. Finalement, M. P. Corthesy accepte de diriger la société en mixte, mais non de la préparer pour le futur Concours de La Tour-de-Peilz en 1969. Cette situation est déplorée par M. G. Reymond, ancien directeur, et par M. Ch. Forestier, ancien président.
15 juillet Course mixte.
Automne La société organise le bal des Vendanges, qui pose parfois des problèmes de police et de nettoyage, vu le public particulier que l'on y trouve.
1969
18 janvier. Le véritable souper du 90e anniversaire permet de bien commencer l'année. La société, n'ayant pas de directeur attitré, ne se présentera pas au Concours de La Tour-de-Peilz. Mais la préparation des soirées peut se faire normalement.
Vendredi-Saint Le "Pélerin " participe au culte.
8 avril M. Henri Delafontaine est nommé directeur de la société.
1er juin Course du chur mixte au lac Bleu: de ces journées qui valent quelques bonnes répétitions, tant on chante!
Une heureuse tradition qui se conserve, celle de consacrer un dimanche après-midi à une tournée dans les hôpitaux de la région pour apporter courage, chaleur humaine et divertissement aux malades. Pourtant l'effectif est en baisse. A la fin de l'année, le chur d'hommes ne compte plus que 18 chanteurs.
Serait-ce que les choses changent trop vite ? Que l'homme est inconstant, qu'il a envie d'autre chose, d'ailleurs ? Souvenez-vous : cette année-la, le 21 juillet, abandonnant pour la première fois cette vieille terre qui l'avait vu naître, il mettait le pied sur la lune. Pourtant, dans la douceur de la nuit d'été, rien n'était changé, les vignes formaient patiemment leurs raisins, il restait des raisons de chanter...
1970
La Chorale commence l'année en participant au culte du jour de l'An et à celui du 11 janvier.
17 janvier Le Chur de dames renouvelle sa sympathique soirée-saucisse.
7 et 14 mars Soirées traditionnellement réussies, mais le public est en diminution.
3 mai La Chorale participe comme société invitée au Giron de la Riviera, qui a lieu à Chexbres.
Août Après les divers concerts de l'été, une broche rassemble joyeusement les membres des deux churs au Mont-Pélerin.
6 septembre Course en car à Grimentz et au lac de Moiry.
Et l'année finit en douceur: le "Pélerin" se doute-t-il que c'est la dernière fois pour lui en tant que chur d'hommes seul?
1971
6 et 13 mars Soirées, dont la partie littéraire, une série de sketches humoristiques dus à M. Henri Delafontaine, contribue à assurer le succès.
Eté Nouvelle série de concerts destinés aux hôtes de notre région.
Automne Le "Pélerin" s'associe au 25e anniversaire de la Fanfare de Chardonne-Jongny. Mais de grands événements se préparent. Il faut le dire: depuis quelques années, la barque du "Pélerin " était en difficulté; diminution du nombre des membres, problèmes de trésorerie, manque de stabilité dans la direction. Le temps des grands triomphes, des lauriers à la brassée, semblait révolu. D'où, à diverses reprises, de timides projets de fusion, d'abord avec des sociétés de chur d'hommes de la région. Cela permettrait peut-être de résoudre la question du directeur, de réaliser des économies, de préparer éventuellement le concert d'arrondissement. Mais cela créerait d'autres problèmes relatifs aux déplacements, à la présence aux répétitions et, surtout, au refus de certains membres devant cette éventualité.
Une autre solution, alors, est peu à peu suggérée par le comité: une fusion avec le Chur de dames. L'on y verrait les avantages suivants: rationalisation de l'activité, uniformisation, diminution de certaines dépenses, suppression des calculs de répartition de certains bénéfices. On précise, pour rassurer quelques inquiets, que les courses pourraient se faire en hommes, en dames, ou en mixte!
Un comité mixte est nommé en juillet pour étudier de nouveaux statuts. II conclut que le chur d'hommes, ce vieux garçon de 93 ans ne peut plus vivre seul ! Il y a, chez certains anciens membres (et ancien directeur!) une solide opposition. Mais il semble que la fusion soit la seule issue raisonnable à la situation présente. Le principe d'une fusion avec le Chur de dames est donc admis par les membres à la quasi-unanimité. Un projet de Statuts est distribué.
22 septembre M. H. Delafontaine, très pris par ses obligations militaires, est remplacé par M. François Forestier.
29 septembre Séance mémorable: les deux sociétés, réunies au sous-sol de la Grande Salle, adoptent les nouveaux Statuts et acceptent la fusion en une nouvelle société qui s'appellera Société chorale "Le Pélerin " de Chardonne-Jongny.
Après une longue fréquentation de 37 ans, le " Pélerin" et le Chur de dames convolent en justes noces ! Mariage de raison et d'amour !
1er octobre Devenue une nombreuse assemblée, la société revoit point par point ses Statuts et procède à des élections. M. P.-H. Forestier se retrouve porté au fauteuil présidentiel. Mme Simone Broyon est élue vice-présidente. Les "Trésors " de l'ancien Chur de dames servent à créer un fonds des costumes.
Décembre La société, après tant d'émotions, ne peut préparer le concert de l'Avent, mais participe à un des cultes de décembre.
1972
15 janvier. L'année commencera par une partie familière et un petit repas. Et l'activité de la société, rajeunie par son mariage, repart de plus belle: soirées annuelles, concert d'été.
8 et 9 juin Le "Pélerin " organise le concert d'arrondissement. 500 chanteurs et 150 enfants exécutent, sous la direction de François Forestier, Les Très Riches Heures, de Robert Mermoud. Une douzaine de sociétés se produisent au cours du concert.
Septembre Lors de l'assemblée générale, la société porte M. Charles Forestier à la présidence d'honneur, cependant qu'elle rend hommage à la mémoire de M. Jean Forestier. M. François Forestier, directeur, présente les avantages qu'il y aurait à collaborer avec l'" Union chorale "de La Tour-de-Peilz pour préparer un concert classique ( Bach, Haydn, Haendel ), ce qui n'empêcherait pas de réaliser une soirée dite "folklorique".
30 septembre Participation à une kermesse de la paroisse de Chardonne.
Décembre La société termine l'année en chantant au culte, puis à la Maison du Pélerin.
1973
24 mars. Soirée à Chardonne: après deux choeurs à capella, le "Pélerin" et "l'Union chorale" de La Tour-de-Peilz, accompagnés de solistes, présentent la Messe de Saint Nicolas, de Haydn, puis, après une partie littéraire due à des amateurs de Clarens, le Te Deum d'Utrecht, de Haendel. Succès sans précédent!
6 mai Concert à la Tour-de-Peilz, qui permet de réentendre les très belles ouvres données à Chardonne, mais cette fois-ci, et pour la première fois, en collaboration avec l'Orchestre de Chambre de Lausanne. Ce concert sera retransmis en juin par la Radio romande.
Juillet Plusieurs concerts dans la région.
23 septembre Le "Pélerin" prend part, au temple, à la dédicace des nouvelles orgues. Et l'on se prépare à se présenter, en 3e division mixte, au Concours cantonal d'Aigle 1974.
16 novembre Bal du vin nouveau, une véritable réussite !
1974
23 mars. Soirée annuelle dont le programme est encore enrichi de plusieurs churs d'enfants préparés par M. Fr. Forestier.
27 avril Un concert de préparation à la Cantonale a lieu à la Tour-de-Peilz. Son bénéfice ira à l'Hôpital de Mottex.
Mai Expérience enrichissante de la participation à la Cantonale d'Aigle. M. Jacques Schaechtelin assume la présidence.
14 juillet Rallye et journée familière au chalet de M. P.-H. Forestier, "En Planches ".
8 septembre Installation du nouveau pasteur M. Germain Nicole.
Fin d'année Le " Pélerin " entame la préparation du Magnificat de K.P.E. Bach, qu'il pense donner avec l'"Union chorale" de La Tour et la collaboration de l' O.C.L.
1975
Les finances sont toujours chancelantes. Mais le programme d'étude des churs est fixé longtemps à l'avance. Pour cette année, il est prévu de faire apprendre au chur d'enfants 4 morceaux des Fêtes des Vignerons de 1889, 1905, 1927 et 1955 ; au "Pélerin", 3 churs également extraits des Fêtes, ceci dans la perspective de celle qui se prépare.
19 avril La soirée présente les oeuvres précitées, ainsi qu'un passage de la Cantate pour un 10 août, de Jean Balissat; en seconde partie, le Magnificat de Bach. En troisième partie, M. R. Mermoud dirige le groupe"Ars Laeta" dans un choix d'uvres modernes.
11 mai Reprise de ce concert à la Tour-de-Peilz. Mme Françoise Ryter devient présidente de la Société Chorale " Le Pélerin ". D'ores et déjà, 34 membres se sont inscrits pour la future Fête des Vignerons.
Et, à nouveau, la société connaît une activité débordante. Les répétitions auront bientôt lieu dans l'agréable salle du Conseil communal, dotée d'un excellent piano, propriété de la chorale.
1976
Il devient impossible d'énumérer toutes les manifestations auxquelles prend part la Société. De nouveaux membres la rejoignent en vue de la prochaine Fête des Vignerons, dont la préparation anime toute la région.
Le programme musical de la saison est déjà en chantier. Outre la préparation de la Fête, il comprend le Requiem de Jean Gilles. La collaboration avec la Société de La Tour-de-Peilz est toujours étroite.
De plus, l'on met tranquillement sur pied le programme d'un grand moment: la célébration du Centenaire de la Société Chorale "Le Pélerin" en 1978. On renonce à l'organisation des bals, qui laissent souvent un déficit et causent plus d'ennuis que l'on n'en souhaiterait !
26 mars Le concert du "Pélerin ", avec ses extraits des anciennes fêtes, et un programme d'une richesse rarement atteinte, remporte un immense succès. Heureuse façon de préparer dans l'enthousiasme, la célébration de la Vigne...
5 septembre Une très bonne idée: un "goûter vaudois" qui laisse un sympathique souvenir... et un coquet bénéfice.
1977
Tout sera centré sur la Fête des Vignerons. Une soirée en janvier, une partie familière en mars, tout cela maintient les chanteurs en forme. Et puis, l'on pense déjà au prochain Concours cantonal de Nyon.
C'est dans le tourbillon multicolore des arènes de Vevey, dans le déferlement des musiques, au milieu de la Fête joyeuse et grave, que nous laissons notre "Pélerin", un moment arrêté, un peu étourdi par tout ce qui vient à lui ! ...
1978
Cent ans ! Voilà... Et surtout, pas de conclusion... Rien ne se ferme, rien ne s'arrête... Pour le " Pélerin", la route continue. Avec lui, nous avons traversé une époque, une région, et revécu l'histoire d'une communauté villageoise. Merci à lui de nous avoir emmené dans sa marche!
Bonne route, " Pélerin " sans âge ! ...................................
Et quelques images de la période 1979-2000
Fête cantonale des chanteurs vaudois, Montreux. 4-5 mai 1985
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