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«Insulaire» – Ardeur et fragilité d’une communauté
«Insulaire», film du documentariste carrougeois Stéphane Goël
Colette Ramsauer | Le réalisateur porte une réflexion sur l’isolement d’une communauté. Il raconte l’histoire de l’émigré bernois le Baron von Rodt et sa famille. Entre hier, l’arrivée sur une île sauvage d’un aventurier et aujourd’hui l’obstination de ses descendants et leur entourage à subsister dans des conditions restées difficiles. En Océan Pacifique, dans l’archipel Juan Fernandez, à quelques 600 kilomètres au large de la côte chilienne, le cinéaste les a trouvés sur l’île qui inspira Daniel Defoe pour son célèbre roman de 1719, Robinson Crusoé, et qui en 1966 emprunta ce même nom.
Marié à une Chilienne
Alfred von Rodt débarqua en 1877, il aspirait à faire quelque chose de sa vie. Fils d’une famille d’aristocrates bernois, il s’engagea dans le mercenariat d’où il revint unijambiste. Cet handicap, pas plus que les protestations de ses parents, n’altéra sa détermination. «Désormais l’Océan remplacerait les Alpes». A 34 ans, il quitta le pays et allait faire d’une île au bout du monde, son «Petit Royaume» comme il l’appelera. Marié à une Chilienne, il eut six enfants, dont cinq survécurent. Exerçant la fonction de sous-préfet, de ministre des Postes et des Douanes, pendant près de trois décennies, il s’obstina à développer les ressources de cette terre hostile, aux côtes difficiles d’accès.
Amour inconditionnel
A l’heure où l’île chilienne est connectée par satellite, qu’un petit aéroport et un trafic maritime régulier répondent aux besoins des habitants, ceux-ci au nombre de quelque 800 poursuivent des luttes effrénées contre les ronces envahissantes ou l’invasion massive des lapins (espèce introduite). Ils résistent aux projets d’industrialisation en mer de la pêche à la langouste, leur principale ressource, par les «plasticos», nom donné aux nouveaux arrivants. Car «Celui qui veut s’installer doit faire une promesse: son amour de l’île doit être inconditionnel». La préservation de la faune (otaries, colibris) et d’une flore endémique est une priorité. Son biotop unique au monde attire nombre de botanistes.
Force de l’image, du texte
Le tournage en direct réserve parfois des surprises. C’était pendant le discours officiel de l’ambassadeur suisse lors de l’inauguration, au nom d’Alfred von Rodt, d’une rue de San Juan Bautista: en toile de fond, deux corniauds s’accouplaient sans gêne face à la caméra! Des vues grandioses de celles-ci, sur l’île et l’océan, s’accompagnent d’un texte fort de l’écrivain Antoine Jaccoud, interprété par l’acteur Matthieu Almaric. Imaginant les moments de nostalgie du baron pour son pays natal, l’auteur du texte évoque la Berne fédérale: la Zytglogge et l’atmosphère de la foire aux oignons qui sent bon les marrons chauds. Après Fragments de Paradis en 2015, Stéphane Goël, s’intéressant au destin d’une communauté insulaire, questionne à nouveau sur des points essentiels de l’existence.
« Insulaire » CH, août 2018 – Documentaire de Stéphane Goël
Scénario et texte, Antoine Jaccoud – Narration, Matthieu Almaric – Musique, Sara Oswal
Cinéma du Jorat, 1084 Carrouge, le 19 septembre à 20h en présence du réalisateur
Première romande