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Demolition
Jean-Marc Vallée pourrait être assez facilement classé comme un "cinéaste d'acteurs". Ses deux derniers films, Dallas Buyers Club (2013) ou Wild (2014), lui ont valu diverses nominations. Tous les espoirs étaient donc permis pour son nouvel opus Demolition, porté par Jake Gyllenhaal et Naomi Watts
Gyllenhaal y incarne David Mitchell, un banquier d'investissement qui perd brutalement sa femme dans un accident de voiture. Peu à peu il sombre dans un somnambulisme éveillé suscitant l’effarement de ses collègues de travail. il ne veut plus d’une maison qu'il n'aime plus puisqu’elle lui rappelle feue sa femme. Après avoir versé des sous sans obtenir le sachet de M & Ms qu’il convoitait dans un distributeur automatique, il commence une série de lettres au département de service à la clientèle de l’entreprise, une série de lettres qui s’apparente à une thérapie pour susciter un séisme bienvenu dans l'inertie objective qui étouffe sa vie. Naomi Watts incarne Karen, l’employée qui lit ses lettres et, inexplicablement, s’émeut devant leur contenu. Le tandem entame alors une amitié improbable David sert de modèle masculin au fils de Karen, adolescent en difficulté et en rupture, ce qui lui permet de trouver un moyen de se connecter à nouveau avec le monde.
Bien que l'intrigue sonne comme un mélodrame doucereux, singeant des films tels que Things We Lost in the Fire, Demolition vise à défier l'attente des spectateurs dès le départ. Gyllenhaal interprète un veuf incapable de pleurer sa défunte femme, luttant pour ne pas remettre en question son amour pour elle, même si les doutes s’acroissent. Il est à un carrefour de sa vie qui aurait pu conduire à un territoire intéressant sur le plan scénaristique, sombre et psychologiquement dense mais il n‘en es rien dans le scenario de Bryan Sipe qu signe indubitablement une histoire ennuyeuse que l’excellente interprétation du tandem d’acteur ne parvient malheureusement pas à sauver.
L'un des principaux problèmes avec l'intrigue est l'invraisemblance pure de la succession des événements. Les lettres de Gyllenhaal symbolisent le combat peu convaincant, presque analytique, de David pour sortir de ce monde uniforme qui l’entoure et il est difficile de croire à la véracité de sa rencontre avec Karen par le truchement de ses lettres. Les deux protagonistes évoluent dans une relation dont la dynamique manque cruellement de chimie.
Gyllenhaal fait de son mieux mais reste cantonné dans des dialogues convenus: «Avez-vous jamais l'impression que tout est une métaphore?» Finalement, il joue moins un personnage mais plutôt une succession de pensées. Watts a encore moins à interpréter que lui et disparaît durant une grande partie du film alors que son fils à l'écran devient bizarrement la bouée de sauvetage de David dans le monde réel.
Le scénario improbable se heurte à des tentatives infructueuses de réalisme magique et des métaphores peu subtles. Le personnage de Gyllenhaal devient obsédé par la démolition - d’où le titre - des objets, des meubles et de sa maison. Mais, comme on peut aisément le deviner, tout cela a une signification profonde sur sa vie. Plus la déchéance physique et émotionnelle sont prononcées, plus la démolition physique est exacerbée.
Le film est trop désespéré pour atteindre un certain niveau de profondeur qu'il manque résolument de conviction dans le processus. Son vide sidéral et son récit confus donnent le sentiment d'un remake laborieux d'un film étranger qui aurait perdu tout sens et toute verve dans la traduction. Il y a un noyau intéressant d'une idée qui aurait pu explorer des personnages qui se rebellent contre l'âge adulte et les relations de bienséance sociale mais Jean-Marc Vallée ne parvient pas à traiter ave justesse ces diverses thématiques pourtant prometteuses. Au lieu de cela, le film s’effondre progressivement dans une gentillesse mièvre et insupportable s’enlisant dans un scénario où la sentimentalité prévaut.