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Le château de Tournay, qui se dresse sur une éminence dominant le village de Pregny, ne rappelle guère un château fort médiéval. Diverses transformations et restaurations entreprises aux XVIIe et XVIIIe siècles ont en effet effacé dans une large mesure son caractère défensif original. Et pourtant, la construction d'aujourd'hui recèle encore bien des traces de murs anciens et, dans ses grandes lignes, le plan de la forteresse primitive est facilement reconnaissable. Autres vestiges du premier ouvrage: un fossé sec et, herbu et l'esquisse d'un important donjon carré.
L'ancien mur d'enceinte était flanqué de tours rondes; leurs restes sont maintenant intégrés aux jardins qui entourent le château. Aucune source écrite ne nous fournit des précisions sur son origine. Après création, aux XIIe et XIIIe siècles, de plusieurs autres seigneuries foncières, les comtes de Genevois perdirent peu à peu le contrôle du territoire, les nouveaux seigneurs ayant réussi à s'assurer une position plus ou moins autonome. C'est à ce processus que la petite seigneurie de Tournay doit son origine. Datant probablement du XIIIe siècle, elle comprenait les villages de Pregny et de Chambésy et était placée sous la suzeraineté des seigneurs de Gex. Sans nouvelles fouilles, il est impossible de dire si un château fort servit dès le début de centre de la seigneurie ou si les seigneurs habitèrent tout d'abord un autre bâtiment, plus modeste, d'où ils pouvaient tout aussi bien administrer leurs biens.
On ne sait rien non plus des premiers propriétaires de Tournay. Appartenaient-ils à une branche des chevaliers de Pregny qui, au XIVe siècle, occupaient une forteresse à Pregny, là où se dresse aujourd'hui le château moderne de Penthes ? On l'ignore. A la fin du Moyen Age, le fief changea à plusieurs reprises de teneur. En 1353, il passa, avec la seigneurie de Gex, aux mains de la maison de Savoie. Au début du XVIe siècle, Tournay appartenait à la famille de Brosses. Lors de la conquête du pays de Vaud par les Bernois, ceux-ci acquirent aussi des droits de souveraineté sur la seigneurie gessienne; ils les restituèrent toutefois au comte de Savoie en 1567. Ce qui fit accéder le château-fort à l'honneur - douteux - de servir de base aux comtes lorsqu'ils lançaient quelque action militaire contre Genève.
A cette époque, la Savoie aurait en effet bien voulu s'emparer de cette ville et la lutte qu'elle mena pour parvenir a ses fins fut longue et dévastatrice. Propriétaire du château de Tournay vers 1590, Jean de Brosses sympathisait avec les calvinistes genevois, et cela bien que Tournay fût un fief savoyard. Pour éviter que les parties belligérantes ne mettent la main sur sa propriété, il offrit d'en raser les fortifications, de combler les fossés et d'abattre le mur d'enceinte. Ainsi, Tournay n'aurait plus pu servir de point d'appui aux Savoyards. Son offre fut toutefois vaine, car les troupes genevoises incendièrent le château au cours d'une de leurs incursions en pays savoyard. Le conflit fut réglé en 1603 par le traité de paix de Saint-Julien et les de Brosses firent reconstruire leur château, mais renoncèrent à en réparer les ouvrages fortifiés.
Tournay prit ainsi le caractère d'un élégant manoir. Au XVIIIe siècle, la petite seigneurie de Tournay fut érigée en comté par la maison de Savoie. Voltaire la loua à vie en 1758. Mais comme il y fit donner des représentations théâtrales, il s'attira l'hostilité des calvinistes genevois et préféra aller s'établir à Ferney, où il jouit d'une plus grande liberté de mouvement. La seigneurie de Tournay fut dissoute pendant la Révolution française et aujourd'hui, le château appartient à des particuliers.
Bibliographie