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Une consigne sur les emballages pour boissons est censée contribuer à la lutte contre le littering. Quels arguments opposez-vous à cette thèse ?
Les faits montrent qu’une consigne sur les emballages pour boissons ne résout pas le problème des déchets sauvages. 87 % du littering est dû à des déchets comme les emballages des plats à l’emporter, les journaux ou les mégots de cigarettes. Ajoutons que 6 % sont des emballages pour boissons qui ne sont pas retournables, comme les briques pour boissons, les tessons de bouteilles et les fermetures. 93 % des déchets seraient donc toujours là malgré une consigne obligatoire.
Le législateur a rejeté de manière répétée une consigne obligatoire, car celle-ci serait préjudiciable au système suisse de recyclage, qui se distingue à l’échelle mondiale. Un retour serait possible uniquement via les points de vente. Il ne resterait que 7000 des 100 000 points de collecte actuels. De plus, ils ne seraient accessibles que pendant les heures d’ouverture des commerces. Il est très improbable que les taux de recyclage s’en trouveraient améliorés. Par contre, il en résulterait assurément une perte de confort massive pour le consommateur.
Une consigne favoriserait-elle l’usage des bouteilles en verre réutilisables au détriment des bouteilles en PET jetables ?
Au contraire. Les emballages pour boissons ne pourraient plus être retournés que dans les points de vente. Les magasins devraient collecter 300 000 tonnes supplémentaires de verre, d’alu et de PET. Afin d’optimiser la logistique, ils seraient portés à utiliser davantage de bouteilles en PET et des canettes en alu, qui sont légères et comprimables.
L’exemple de l’Allemagne montre qu’une consigne obligatoire n’accroît pas le taux de bouteilles réutilisables. Depuis l’introduction de la consigne obligatoire en 2004, ce taux a chuté de 24 %. L’Office fédéral allemand de l’environnement constatait déjà en 2010 qu’une consigne ne contribue pas à accroître le taux de bouteilles réutilisables
Pourquoi le PET présente-t-il un taux de recyclage inférieur à l’aluminium et au verre ?
Comme elles sont incassables et légères, les bouteilles en PET sont des emballages pour boissons très prisés, qui sont très souvent utilisés pour la consommation mobile. Dans ce cas, la collecte est particulièrement difficile, car bon nombre de consommateurs ne sont pas disposés à transporter leurs bouteilles en PET vides sur de longues distances. En l’absence d’un point de collecte pour le PET, ces bouteilles atterrissent souvent dans la poubelle.
Une consigne obligatoire aggraverait encore cette situation, car un grand nombre de points de collecte disparaîtraient. Une large alliance formée d’organisations de recyclage, d’associations et de corporations de droit public rejette de ce fait l’idée d’une consigne obligatoire.
Une consigne obligatoire renforce-t-elle le système de recyclage ?
Dans les pays qui ne disposent pas d’une infrastructure de collecte fonctionnelle, la consigne peut être une mesure propre à accroître le taux de recyclage. En Suisse, nous disposons d’un système de recyclage non contraignant, qui a largement fait ses preuves et qui est très ancré dans la population. Au demeurant, on y fait aujourd’hui déjà appel à un système de consigne dans les cas où cela se révèle judicieux.
Une consigne obligatoire générale ne serait pas un complément judicieux pour le système suisse, qui est aujourd’hui très efficace. Les solutions de recyclage librement consenties pour les canettes en alu, les bouteilles en verre et les bouteilles en PET seraient de fait anéanties. Une consigne aurait aussi des incidences négatives pour les organisations qui ne cessent d’optimiser le système de recyclage. Un système de consigne se concentre uniquement sur la collecte. Ce qui risque d’entraver le développement de solutions de recyclage intelligentes. Loin de le renforcer, une consigne obligatoire affaiblirait le système de recyclage.