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Remportée dix fois sur treize par des Français, la Transat anglaise partira pour sa quatorzième édition le 2 mai de Plymouth, après un warm up de Saint-Malo. Le triple vainqueur Loïck Peyron s’alignera sur Pen Duick II, afin de faire perdurer la légende que Tabarly a commencé à construire en 1964.
C’est en remportant la deuxième édition de la Transat anglaise en 1964 – alors nommée OSTAR (Observer Single-handed Trans-Atlan-tic Race) – que Tabarly a construit son mythe. En s’imposant au nez et à la barbe des Anglais, juste devant Chichester et Howells, le skipper de Pen Duick II rappelait à ses compatriotes que la France était une nation de voile. Car la réputation de la Transat anglaise s’est notamment construite sur la concurrence séculaire qui oppose l’Hexagone à la Perfide Albion. Sur les treize éditions disputées, dix ont été remportées par des Français, ce qui ne réjouit évidemment pas les britan-niques, à la culture maritime historique. Les Anglais n’ont eu l’occasion d’humilier leurs en-nemis de principe qu’une seule fois, lors de la première édition. Le seul Français en lice ter-minait alors cinquième sur cinq, après 76 jours de mer, soit 35 de plus que Chichester, pre-mier vainqueur. En 1964, Tabarly a donc fait la fierté de son peuple qui le considère toujours comme un héros pour cette victoire.
Un parcours très dur
Un des autres facteurs qui a contribué à rendre cette épreuve célèbre, est son parcours. Une traversée de l’Atlantique Nord d’est en ouest qui constitue à chaque fois un défi contre les éléments. Avec un départ en mai, les marins doivent être prêts à affronter des systèmes très actifs sur l’ensemble du parcours. Tabarly (toujours lui) confiait lors de son arrivée victorieuse en 1976, avoir traversé cinq dépressions avant de rejoindre les USA. La course se joue la plupart du temps au près, dans du vent très fort et les concurrents doivent parfois jouer avec les icebergs. Contrairement aux autres épreuves du genre, la Transat anglaise ne propose pas de seconde partie au soleil et au portant. Réservée aux « durs-au-mal », elle a pourtant toujours attiré les marins en grand nombre. Elle a en effet réuni deux fois dans son histoire plus de 100 bateaux. L’édition 1976 comptait 125 solitaires au départ, et celle de 1980, 110.
Renaissance
Organisée depuis 2004 par OC Sport de Mark Turner, la régate avait été mise de côté en 2012 pour une incompatibilité de calendrier avec d’autres épreuves, ainsi qu’un contexte économique défavorable. Le groupe qui possède une filiale à Lausanne avait alors, repoussé la course à une date ultérieure, ce qui a longtemps laissé pensé qu’elle ne survivrait pas. Parallèlement, le Royal Western Yacht Club, créateur de l’épreuve original, avait poursuivi avec une épreuve amateur disputée en 2005, 2009 et 2013, sur le même parcours, en temps compensé. Un format toujours très en vogue outre-Manche.
C’est lors du Nautique de Paris que le Gevevois Hervé Favre, directeur des événements Course au Large chez OC Sport, a annoncé le retour de l’événement sur son calendrier original, qui le place en prologue du Vendée Globe. Six IMOCA sont d’ailleurs inscrits. Les concurrents s’élanceront donc de Plymouth, mais à destination de New-York, et non plus Boston. S’agissant de la plus frenchie des courses anglaises, un warm up au départ de Saint-Malo est prévu afin d’offrir un maximum de spectacle au plus grand nombre. Les bateaux seront donc réunis dans la cité Corsaire du 20 au 24 avril, avant de rejoindre le port anglais, distant d’environ 130 milles. Il n’est pas exclu que ce prologue soit fait avec des invités à bord des voiliers. Limité à 40 inscrits, le nombre de participants devrait avoisiner la trentaine. Trois femmes sont en lice en Classe 40.
Format incontournable
Pour cette quatorzième, les organisateurs ont réussi à réunir un plateau de qualité, qui compte les meilleurs skippers du moment. François Gabart, Armel Le Cléac’h, Jean-Pierre Dick, Vincent Riou, Thomas Coville, Sébastien Josse ou encore Yves Le Blevec sont attendus. Les classes admises sont identiques à celles des autres épreuves transocéaniques françaises, soit les Classe 40, les Multi 50, les IMOCA et les Ultimes. Certains regretteront les flottes bigarrées des grandes années qui ont fait la gloire de cette course, mais ces quatre catégories présentent aujourd’hui suffisamment de diversité pour satisfaire la majorité. Fini les IRC et autres systèmes de classement complexes tant chéris des Britanniques, et pourtant toujours à l’honneur de courses comme la Sydney-Hobart ou le Fastnet. Les fans de temps compensé devront donc se tourner vers la version amateur de la transat, qui doit théoriquement suivre l’année prochaine.
L’exception Pen Duick
Les organisateurs ont cependant fait une exception à leur règle d’admission pour continuer à faire vivre le mythe. Ainsi, le vainqueur de la dernière Route du Rhum et surtout triple lauréat de l’épreuve Loïck Peyron – bien connu sur le Léman pour avoir participé au circuit des D35 – participera à la barre de Pen Duick II, le ketch de 13,60 qui a fait la légende de la course. Peyron compte prendre le départ, hors classement, à l’ancienne, avec le matériel de navigation et les équipements dont disposait Tabarly. « J’espère qu’il y a encore des cirés de l’époque », a-t-il plaisanté en présentant son projet. Avec une personnalité telle que Peyron, The Transat va à coup sûr reprendre sa place parmi les courses de référence. Rendez-vous à New York mi-mai pour en parler.
Les vainqueurs de la Transat anglaise au fil des éditions
1960 Francis Chichester GBR en 40 j 12 h
1964 Éric Tabarly FRA en 27 j 3 h
1968 Geoffrey Williams GBR en 25 j 20 h
1972 Alain Colas FRA en en 20 j 13 h
1976 Éric Tabarly FRA en 23 j 20 h
1980 Phil Weld USA en 17 j 23h
1984 Yvon Fauconnier FRA en 16 j 6 h
1988 Philippe Poupon FRA 10 j 9 h
1992 Loïck Peyron FRA en 11 j 1 h
1996 Loïck Peyron FRA en 10 j 10 h
2000 Francis Joyon FRA en 9 j 23 h
2004 Michel Desjoyeaux FRA en 8 j 8 h
2008 Loïck Peyron FRA en 12 j 11 h
Le record a été établi par Michel Desjoyeaux en 2004 avec
un trimaran ORMA (18,28 m) en 8 j 8 h et 29 min.