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Le marbre de Saillon fut découvert en 1832. Au début, seul le blanc et le turquin étaient extraits de la montagne et travaillés sous forme artisanale.
C’est la découverte, à la fin de l’année 1873, du fameux MARBRE CIPOLIN (mot tiré de l’italien « cipolla » qui veut dire veiné comme un oignon) qui lancera l’exploitation industrielle. Vingt-cinq sociétés valaisannes, suisses et européennes, dont certaines avec un capital-actions énorme pour l’époque, se succéderont jusqu’en 1930.
Différentes variétés de marbres
La carrière en partie souterraine, comporte différentes variétés de marbres. Parmi les principales qui furent exploitées, on distingue :
- le « Cipolin vert moderne » (fond vert clair avec un réseau serré de veines très foncées)
- le « Cipolin grand antique » (fond blanc ou ivoire clair avec des veines gris-bleu foncé, vertes et violettes) ainsi désigné à cause de sa grande ressemblance avec le Cipolin d’Eubée (Grèce)
- le « Cipolin vert rubanné (fond jaune ivoire clair avec de veines d’un gris violet et vert foncé)
- Un marbre blanc statuaire avec de rares veines grises (il fut comparé au marbre de Carrare (Italie)
- le « Portor suisse » ou « Turquin de Saillon » (marbre bleu avec quelques veines blanches et jaunes or)
- Des niveaux de marbres gris-bleu, gris-blanc, blancs et gris, noirs, etc. ont également été décelés.
Variabilité des couleurs et des dessins du marbre de Saillon. Photo: Stefan Ansermet – Musée cantonal de géologie, Lausanne
Ce marbre, à veines vertes, violettes et souvent rubanées fera la gloire de cette carrière à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Cette renommée sera principalement acquise grâce à l’architecte Charles Garnier qui l’utilisa dans la décoration de l’Opéra de Paris.
Celui-ci fut médaillé en 1878 à l’exposition universelle de Paris et largement exporté.
Quelques édifices où il a été fait emploi de marbre Cipolin de Saillon
- FRANCE: l’Opéra et l’église Saint-François-Xavier à Paris, l’église Notre Dame-de-Fouvière à Lyon;
- SUISSE : le grand Théâtre de Genève, le Palais fédéral à Berne, le Kunsthaus de Zurich;
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PAYS-BAS : l’église du Sacré-Coeur à la Haye;
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ANGLETERRE : l’Université d’Oxford, plusieurs monuments de Londres (notamment le British Museum);
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ETATS-UNIS : le palais du milliardaire américain M. WanderbiltDeux piliers de marbres cipolin de Saillon au Kunsthaus de Zurich qui entourent une toile de Ferdinand Hodler
- Ce marbre a également été utilisé pour la fabrication de vitraux d’église. Le collage sur des plaques de verre de lames de marbre d’une épaisseur inférieure à 1 mm. permettait d’obtenir de véritables vitraux.
Dès le début de l’exploitation, les difficultés de la descente des blocs depuis 1’000 mètres d’altitude et le franchissement du Rhône, avec comme corollaire le non-respect des délais de livraison, ont provoqué plus souvent l’infortune que la gloire des exploitants.
Funiculaire
Pour résoudre ces difficultés de descente, on construit en 1880 un funiculaire à voie étroite qui achemina les blocs en plaine jusqu’à une marbrerie sise au pied de la montagne, au hameau de la Sarvaz. En 1895, l’arrivée du premier système de sciage au moyen du fil hélicoïdal a permis l’extraction de colonnes monolithes mesurant jusqu’à six mètres de longueur pour des diamètres allant jusqu’à un mètre!
Arrêt et reprise de l’exploitation
Vers 1930, pendant la crise mondiale, alors qu’elle est exploitée par une multinationale belge, l’extraction cesse et l’usine de sciage se ferme. Les nombreux blocs déjà descendus en plaine seront vendus jusqu’en 1950.
Tout au début des années 1960, une entreprise de la région, Lathion S.A., a relancé l’exploitation du site. Un téléphérique a été construit pour descendre les marbres destinés au broyage et ensuite à la réalisation de carreaux reconstitués dans une usine aménagée à Evionnaz. Son activité se poursuivra jusqu’en 1975.
Pulications
Cette histoire a été « coulée dans le marbre », deux livres d’Henri Thurre publiés en 2009 et 2014 intitulés « Du marbre aux coeur des Alpes. Histoire de la carrière de Saillon », aux éditions faim de siècle à Fribourg.
Association des Amis du marbre de Saillon (AAMS)
Dans le but de sauvegarder les traces de ce qui fut une aventure industrielle entre 1832 et 1975 et une épopée entre 1877 et 1927, s’est constituée l’Association des Amis du marbre de Saillon.
Formation du marbre de Saillon
Le marbre de Saillon et les ardoises de Leytron se situent dans la nappe de Morcles (domaine externe des Alpes ou domaine helvétique), un ensemble de terrains sédimentaires complètement désolidarisés de leur socle lors de la collision entre les plaques continentales africaine et européenne. Cette nappe forme un grand pli couché à l’ouest du massif des Aiguilles Rouges et dans la dépression au nord de la culmination Mont-Blanc – Aiguilles Rouges.
Rédaction : Encarnita Graf
Sources :
Livre: Géotopes. Un voyage dans le temps, par Danielle Decrouez, Peter Jordan et Franz Auf der Maur
http://www.faimdesiecle.ch/catalogue/du-marbre-au-coeur-des-alpes