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Le Musée historique de Lausanne se penche sur les loisirs à travers les âges
Jusqu’au 13 avril 2020, cette présentation se prête fort bien à des visites par les classes d’école, auxquelles elle est en partie destinée
Pierre Jeanneret | La notion de loisirs a profondément évolué au cours du temps. A l’époque gréco-romaine, elle est notamment liée aux activités physiques. Ce n’est pas un hasard si l’exposition coïncide avec la tenue prochaine à Lausanne des Jeux olympiques de la Jeunesse. Puis, pendant des siècles, les (rares) loisirs sont liés aux saisons, qui rythment les temps de travail et de repos. Les loisirs s’inscrivent dans des réjouissances et rassemblements collectifs, telles que kermesses et fêtes religieuses. Sous l’Ancien Régime, les jeunes aristocrates font leur Grand Tour, qui les mène en Italie. C’est dans cette même élite sociale que se recrutent les pionniers de l’ascension des Alpes. La révolution industrielle, l’embrigadement de la classe ouvrière dans les fabriques ne laissent que peu de place aux loisirs. C’est par les luttes sociales que le prolétariat conquiert la diminution des heures de travail et, plus tard, l’instauration des congés payés. Au XIXe puis au XXe siècle, les grands spectacles et rassemblements populaires attirent les foules: tirs fédéraux, matches de foot, fêtes fédérales de gymnastique, courses de vélos ou d’autos, défilés militaires, et bien d’autres. La notion de loisirs et de vacances se démocratise peu à peu, surtout après la Seconde Guerre mondiale. Le chemin de fer dès le XIXe siècle, puis l’automobile, enfin l’avion réduisent les distances. C’est l’époque des grandes migrations estivales vers le sud. Depuis les années 60, la télévision entre dans les foyers. Elle se taille une place de choix dans les loisirs contemporains, reléguant au second plan les manifestations collectives. Les loisirs sont de plus en plus commercialisés et liés à la consommation. Le shopping dans des grands magasins qui offrent toutes sortes de séductions, perçu comme activité récréative, n’est pas sans nous interroger… Mais une exposition ne peut se contenter de réflexions théoriques. Tout ce que nous venons de résumer brièvement est fort bien illustré par quelque 200 objets, bien mis en valeur par une scénographie vivante. Parmi les raretés, on verra un strigile, sorte de racloir servant aux athlètes romains à se débarrasser de l’huile, de la sueur et du sable qui imprégnaient leur corps après les exercices physiques. On relèvera aussi la présence de tableaux de valeur, l’un de Brueghel le Jeune représentant une Fête de mai, l’autre de Boudin, prédécesseur des Impressionnistes, montrant une plage de Deauville en Normandie. Ils ne sont cependant pas là pour leur intérêt esthétique, mais pour leur fonction de témoins de phénomènes sociaux-culturels. Parmi les nombreuses photographies, signalons celles qui évoquent les ascensions féminines en montagne, les fêtes de gymnastique et les cafés lausannois, autres lieux de convivialité pour les moments de loisirs. Sport et politique font souvent bon ménage: ainsi dans cette affiche de 1937 «Sportifs! Votez la liste socialiste». Bien que la Municipalité rouge de Lausanne 1934-37 ait créé les superbes bains de Bellerive, très modernes pour l’époque, les socialistes perdront les élections… Bref, le visiteur déambulera à travers quantité d’objets, photos, tableaux et documents de toutes natures, dans une exposition intéressante et vivante, mais malheureusement un peu labyrinthique, vu l’exiguïté des espaces qui lui sont dévolus dans le bâtiment historique de l’Ancien Evêché. Insistons sur le fait que cette présentation se prête fort bien à des visites par les classes d’école, auxquelles elle est en partie destinée.
«Time off. L’usage des loisirs», Musée Historique de Lausanne, jusqu’au 13 avril 2020