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Étranges créatures
Des mondes inexplorés: les grands fonds marins
DPA
28.9.2018
On en sait moins sur les grands fonds des océans que sur la surface de la Lune, a-t-on coutume de dire. Même si cet espace vital reste largement inexploré, cela fait longtemps qu'il n'est plus épargné par les effets de la civilisation humaine.
C'est la curiosité scientifique, et non la soif d'aventure et de voyage, qui pousse Angelika Brandt à prendre la mer, à naviguer entre les icebergs et à s'aventurer dans des zones climatiques particulièrement inhospitalières. À ce jour, la biologiste marine de l'Institut de recherche Senckenberg de Francfort-sur-le-Main a déjà participé à 27 expéditions de recherche polaire et océanographique. «Nous ne pouvons protéger que ce que nous connaissons», soutient-elle.
Dans son secteur d'étude, les grands fonds, il y a énormément de retard à rattraper: «Environ 90 pour cent de toutes les données en notre possession se réfèrent aux fonds situés jusqu'à 50 mètres de profondeur», explique-t-elle. Environ neuf pour cent des données de recherche concernent les fonds situés jusqu'à 200 mètres de profondeur. Cependant, c'est juste après que commencent les grands fonds, qui atteignent jusqu'à 11'000 mètres de profondeur dans la fosse des Mariannes.
Les grands fonds représentent plus de 60 pour cent de la surface terrestre
Avant, les scientifiques pensaient qu'aucune vie n'était possible au plus profond des océans, où l'obscurité est permanente et les rapports de pression extrêmes. Ce n'est qu'au 19e siècle qu'une expédition a permis de réfuter l'affirmation selon laquelle il n'y a plus de vie possible en-dessous de 600 mètres de profondeur. «Il s'agit d'un milieu de vie tout à fait normal pour les organismes ne comportant pas de corps creux remplis de gaz», assure Angelika Brandt.
La tasse de café en polystyrène que les chercheurs ont accrochée à leur équipement lors d'un prélèvement d'échantillons à environ 4500 mètres de profondeur montre les répercussions que peut avoir la pression en haute mer. Les bulles d'air contenues dans le matériau ont implosé et la tasse est remontée à la surface en version miniature, avec deux centimètres et demi de moins.
Les grands fonds représentent plus de 60 pour cent de la surface terrestre – en termes de surface, il s'agit donc du plus grand écosystème terrestre. Mais également du plus inaccessible. C'est pourquoi il reste encore largement inexploré. Pour accéder aux grands fonds, il faut déployer énormément de moyens techniques. «Pour une expédition de six semaines, il faut débourser environ 1,5 million d'euros rien que pour le voyage en bateau», explique Angelika Brandt au sujet des coûts d'un voyage de recherche. Il faut parfois six heures pour ramener un seul échantillon à la surface.
Le bathynome géant peut mesurer jusqu'à 47 centimètres
Cependant, l'exploration de cet environnement est capitale, soutient Angelika Brandt: «Pour identifier les possibles répercussions de nos atteintes à l'écosystème.» Aujourd'hui, par exemple, on retrouve même du microplastique dans les grandes profondeurs. L'objectif de ces découvertes scientifiques est donc de donner à la politique les moyens d'intervenir. «Nos recherches ont pour objectif l'établissement de zones de protection.»
Robert Watson, président de l'organisation scientifique IPBES, la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité, souligne lui aussi l'importance de protéger les espaces de vie dans les grands fonds et ailleurs dans le monde. «Nous devons étudier dans quelle mesure nous menaçons leur sécurité». Cela vaut également pour les organismes qui, comme les habitants des grands fonds, sont invisibles pour la plupart des gens.
La responsable du département de zoologie marine à l'Institut Senckenberg s'intéresse surtout à un organisme en particulier: le bathynome géant. Contrairement aux autres créatures des grands fonds, généralement très petites, il peut mesurer jusqu'à 47 centimètres. Angelika Brandt jette un coup d'œil à un animal issu des collections de l'Institut Senckenberg. Il est conservé dans un bocal en verre. «Je n'ai jamais eu la chance de pouvoir étudier un bathynome géant», regrette-t-elle. Quoi qu'il en soit, elle a pu étudier de proches parents de l'espèce, bien que plus petits, dans des aquariums.
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