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La momie nommée Ta Sherit En Imen avait été achetée par un ingénieur Italien, Zaccari Zanoli, à la fin du XIXe siècle. Elle a voyagé du Caire à Brissago, avant d'être léguée à la commune de Brissago à la mort de l'ingénieur. Durant des années, elle est la star de la collection de curiosité exposée dans le palais municipal.
Des décennies dans un galetas
Plus tard, ne sachant où mettre cet objet ancien, qui se dégrade au fur et à mesure, la commune a fini par le placer dans un local exposé à la lumière, à la poussière et à l'humidité. Un environnement peu propice à sa bonne conservation. L'an dernier, le Conseil communal a rejeté une demande de crédit de 123'000 francs pour sa restauration.
Le département de conservation-restauration de la HE-ARC à Neuchâtel a appris l'existence de la momie et le professeur et le restaurateur d'art Valentin Boissonnas a décidé de lancer un projet ambitieux d'étude et de sauvetage. Il va mener, avec divers institutions partenaires et des étudiants en conservation-restauration, la restauration et l'étude de Ta Sherit En Imen.
Une momie sans pieds
Pour assurer le transport de la momie vers Neuchâtel, Valentin Boissonnas, son collègue Tobias Schenkel ainsi que Karolina Soppa de la Hochschule der Künste de Berne, ont dû la préparer en consolidant temporairement les couches picturales afin de renforcer et stabiliser le sarcophage. L'équipe a ajouté encore du papier de soie froissé pour former des coussinets pour combler les espaces vides entre le sarcophage et la momie, avant de placer cette dernière dans une caisse de transport. A noter que Ta Sherit En Imen n'a plus de pieds, ceux-ci ayant disparu ou ayant été volés.
La momie sans pieds [Nicole della Pietra - RTS]
Pour le syndic de Brissago, Robert Ponti, le départ de la momie n'est pas qu'un soulagement. "Tout le monde ne peut pas se targuer d'avoir une momie. Nous sommes tristes de la voir partir", ajoute-t-il, tout en se réjouissant, car elle reviendra une fois restaurée pour une exposition à Brissago.
Découvrir ses secrets
L'intérêt pour la momie vient de son âge, de sa rareté mais aussi de l’exécution artistique du sarcophage. Elle est la seule momie complète en Suisse qui provient de la troisième Période Intermédiaire (1069-664 BC), période de troubles politiques encore peu connue à ce jour. Son visage sur le sarcophage est recouvert à la feuille d'or, ce qui témoignerait de son importance sociale.
À terme, la momie ira à l'Université de Zurich pour découvrir, entre autre, son âge et la cause de son décès. Pour que ce projet voie le jour, il faudra encore rassembler 280'000 francs.
Reportage radio: Nicole della Pietra
Adaptation web: Clotilde Loup