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16/09/2014
J’ai longtemps pensé que le libertarianisme n’était qu’une forme de libéralisme un peu extrême, mais après réflexion j’en suis venu à considérer cet anglicisme comme n’étant pas réductible au libéralisme. Certes, on ne peut nier l’héritage du libéralisme classique, mais Sébastien Caré a raison de rappeler que le mouvement libertarien américain s’est aussi construit sur l’isolationnisme et l’anarchisme individualiste. Le libertarianisme n’est donc pas qu’un autre terme pour nommer une forme radicale et éclairée de libéralisme, mais bel et bien le résultat d’une fusion de plusieurs éléments.
Bien sûr, on pourrait considérer que le libertarianisme incarne la forme la plus pure du libéralisme et la plus fidèle à ses valeurs de base. Néanmoins il y a polémique et bataille sur cette question. Les libéraux interventionnistes dans la lignée de Mill ou de Keynes (aujourd’hui Rawls ou Audard) n’ont d’une certaine façon pas totalement tort lorsqu’ils se réfèrent aux libéraux classiques, car ces derniers n’étaient jamais parvenus aux positions libertariennes (sinon les libertariens n’auraient pas besoin de se distinguer des libéraux classiques évidemment). Il y a donc innovation avec le libertarianisme, que l’on apprécie ou pas ce terme quelque peu barbare.
La logique interne et naturelle du libertarianisme l’amène en outre à soutenir une position anarchiste (ou du moins anarchisante pour les plus modérés des libertariens) qui m’amène à une observation stimulante.
Le fait que l’aboutissement du libertarianisme soit un monde panarchique implique que le libertarianisme permet tout à fait la formation et l’émergence de sociétés communistes (où tout est mis en commun volontairement), socialistes (coopérativistes et a-hiérarchiques), ou encore conservatrices (où les mœurs sont encadrés par la tradition par exemple). Cela montre la nature divergente du libertarianisme d’avec le libéralisme, puisque les libéraux sont généralement moralement libéraux et favorables à un mode de production hiérarchique ou salarial.
Ainsi, bien que le libertarianisme réalise le libre-marché dans le respect des droits de propriété, il n’est pas réductible au libéralisme. Il innove et incarne en lui-même une nouvelle philosophie politique.