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L’artiste japonaise Chiharu Shiota est née en 1972 à Osaka au Japon. Elle vit et travaille depuis 20 ans à Berlin. Ses dernières installations monumentales à la Biennale de Venise en 2015 The Key in The Hand et au Bon Marché en 2017 Where are we going ? ont marqué les esprits. Cette année, de nombreuses expositions lui sont consacrées dont une à Milan qui ouvre le 5 avril 2018. Retour sur son travail qui englobe performance, dessin et sculpture.
À la fin de ses études, le Japon ne lui offrant pas assez de liberté, elle part étudier d’abord en Australie puis à Hambourg, Brunswick et Berlin où elle décide de rester. Elle prévoit un stage auprès d’une artiste polonaise, Magdalena Abakanovicz, mais elle se trompe de nom et atterri dans une classe de formation auprès de Marina Abramovic.
Pendant cette période, elle ressent qu’elle dédiera sa vie à l’art et retient de cette rencontre l’importance et le rôle du corps dans la création de ses œuvres. De 1994 à 2000, lors de ses premières performances, qui s’avèrent violentes et extrêmes, elle utilise son propre corps pour repousser ses limites. Elle se couche nue sous la terre après quatre jours de jeûne ( Try and Go Home, 1997), elle plonge dans de l’eau boueuse d’un champ (I Have Never Seen My Death, 1998). Ce n’est que plus tard, dans les années 2000, qu’elle va utiliser le fil dont elle a fait son médium préféré.
Chiharu Shiota, Try and Go Home, 1997, Domaine de Kerguehennec, France
© Chiharu Shiota
Ses premières installations sont formées de fils tissés entre eux comme une toile d’araignée. Par la suite, apparaîtront des objets noués à ces fils, des chaussures, des lits, des vêtements, des clés. Il est difficile de dire s’il s’agit d’un réseau protecteur ou d’un tissage d’une force maléfique imaginaire.
Ses œuvres ont souvent été décrites comme exprimant des états d’angoisse ou dégageant une atmosphère onirique, elles sont comme « des métaphores de l’emprisonnement dans les rets du cauchemar ». Le noir est souvent utilisé, il permet de fondre les objets usuels, des vêtements, un piano, des chaises comme dans un souvenir prêt à s’évaporer. Comme si les fils retenaient une mémoire collective ou individuelle.
Chiharu Shiota, Dialogue From DNA, Manggha, Centre of Japanese Art and Technology, Krakow, © Chiharu Shiota
Chiharu Shiota, In Silence, 2008, Centre PasquArt, Biel – Bienne © Chiharu Shiota
Chiharu Shiota, During Sleep, 2008, The National Museum of Art, Osaka © Chiharu Shiota
Les thèmes qui traversent ses œuvres sont la vie et la mort. Elle utilise le fil comme métaphore de la vie. Dans ses installations, ni le début ni la fin des fils de laine ne sont visibles. Ceux-ci comme la vie elle-même, restent mystérieux : personne ne sait d’où nous venons ni où nous allons. Les deux extrémités se trouvent quelque part dans le réseau, peut-être même liées l’une à l’autre. L’artiste dit que les fils de laine sont comme les relations humaines, complexes, tendues, inextricables. Les lignes noires illustrent les liens qui se créent entre les hommes, la complexité de leurs relations et la difficulté de communiquer et de vivre.
Les références de Chiharu Shiota sont diverses. La tension de fil est une technique déjà utilisée par l’Américain Fred Sandback. À la fin des années 60, il est le premier à définir des volumes et des plans virtuels avec des fils tendus dans un espace tridimensionnel. Mais le sculpteur américain exclut toute monumentalité au profit d’un minimalisme qui tend à la dématérialisation de l’œuvre. Le langage plastique de Chiharu Shiota est lié aux installations et aux performances des années 1970, de même qu’à la génération d’artistes femmes correspondantes, Marina Abramovic, Rebecca Horn et aussi Louise Bourgeois et Annette Messager.
En 2015, Chiharu Shiota participe à la 56e édition de la Biennale de Venise et propose une œuvre qui marque les esprits, The Keys in the Hand. Il s’agit de deux barques en bois prises dans une mer de fils rouge auxquels sont suspendues 180’000 clefs. Le rouge renvoie à la couleur du sang, à la vue organique de l’intérieur du corps. Difficile de ne pas voir une allusion à la thématique de l’immigration contrainte de notre époque. Les clefs sont ici liées les unes aux autres, elles n’ouvrent pas de nouvelles perspectives mais symbolisent plutôt l’impossibilité d’un ailleurs.
Chiharu Shiota, The Key in the Hand, 2015, The 56th International Art Exhibition – la Biennale di Venezia, Venice / Italy, photo: Sunhi Mang
Chiharu Shiota, The Key in the Hand, 2015, The 56th International Art Exhibition – la Biennale di Venezia, Venice / Italy, photo by Sunhi Mang
Les installations de fils sont la transposition tridimensionnelle de ses dessins. Bien qu’elle ait étudié la peinture et le dessin au Japon, elle sent rapidement limitée par ce médium. Suite à ses performances sur le thème du corps, elle est passée facilement du papier à l’espace pour dessiner. Elle explique: « Tisser dans les airs, seule ou en groupe, est une forme de danse. Je le vis comme une méditation, un monde parallèle, comme les moines zen japonais qui tracent chaque jour un nouveau jardin de pierres. »
En 2017, pour la première fois, elle utilise la couleur blanche dans une installation monumentale intitulée Where are we going ? et exposée au Bon Marché à Paris. Ici, elle abandonne la noirceur et l’angoisse des installations précédentes pour aller vers plus de légèreté. Pour l’occasion, 150 bateaux ont été forgés en Allemagne. Les coques de métal sont dessinées au crayon à papier et naviguent dans les airs du grand magasin. L’artiste veut que ces bateaux symbolisent la notion de destination. Ils flottent gracieusement et semblent nous poser une question qui n’est pas si légère : cette accumulation de réseaux denses et aériens nous permettrons-ils de garder le cap de nos destinées ?
Chiharu Shiota, “Where are we going?“, 2017, Le Bon Marché Rive Gauche, Paris,
photo: Gabriel de la Chapelle
Chiharu Shiota, “Where are we going?”, 2017, Le Bon Marché Rive Gauche, Paris,
photo: Gabriel de la Chapelle
Une nouvelle installation de Chiharu Shiota est à voir au Palazzo Reale de Milan du 5 avril au 13 mai 2018. L’exposition est intitulée Nove viaggi nel tempo. Alcantara e l’arte dell’Appartamento del Principe (Neuf voyages dans le temps, Alcantara et l’art de l’Appartement du Prince).
Il s’agit du troisième volet d’un cycle d’expositions qui depuis 2016 explore les qualités de l’Alcantara comme matériau pour la création artistique et transforme l’Appartement du Prince en porte d’accès à l’art. L’exposition est gratuite et organisée par la Commune de Milan et par Davide Quadrio et Massimo Torrigiani.
Chiharu Shoota, Alcantara, 2018, Nine Journey Through Time, Alcantara and Art in the Apartment of the Prince, Palazzo Reale, Milano
Chiharu Shoota, Reflection of space and time, 2018, Nine Journey Through Time, Alcantara and Art in the Apartment of the Prince, Palazzo Reale, Milano
Nine Journey Through Time
Alcantara and Art in the Apartment of the Prince
Palazzo Reale, Milan
Du 5 avril au 13 mai 2018
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