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Originaire de Corcelles-près-Payerne où son grand-père était paysan, Jean-Jacques Rapin voit le jour le 19 septembre 1932 à Vevey où son père exerce le métier de maître boulanger. Il reçoit ses premières leçons de violon à onze ans. Il entre à l’Ecole normale en 1948 où il est l’élève pour la musique de Hermann Lang puis Robert Piguet.
Breveté instituteur, il est nommé à Neyruz, dans la Broye vaudoise, en 1952, où il tient une classe de campagne qui comprend tous les degrés d’âges.
Parallèlement, il poursuit sa formation musicale au Conservatoire de Fribourg avec Juliette Bise pour le chant et Aloÿs Fornerod pour l’histoire de la musique et les branches théoriques
La rencontre avec ce chef d’orchestre est riche de conséquences: pour Jean-Jacques Rapin, l’éthique passe avant l’esthétique, l’engagement musical procède d’une attitude à la fois philosophique et spirituelle au sens large, conviction qui ne le quittera pas. Il fait la connaissance à la même époque de Marcel Regamey qui, sur le plan général, renforce la sensibilité libérale dont il a hérité par la tradition familiale.
Chrétien engagé, il partage avec lui l’idéal spirituel réformé auquel il restera attaché.
Il terminera sa carrière en 1988 comme lieutenant-colonel. Grand connaisseur et passionné d’art militaire, il est pendant cinq ans l’adjoint du chef du Service historique de l’armée. Fondateur en 1974 de l’Association Saint-Maurice pour la recherche de documents sur la forteresse, dont il assure pendant quinze ans la présidence, il signe de nombreux articles consacrés à la fortification moderne (notamment dans la Revue militaire suisse) et est nommé en 1988 membre d’honneur de l’Association des anciens combattants de la Ligne Maginot.
Jean-Jacques Rapin épouse Marianne Leyvraz en 1955, qui collaborera étroitement à la direction des formations chorales qui lui seront confiées, parmi lesquelles La Lyre de Moudon (1957-1984) et l’Union chorale de Vevey (1970-1984); il sera membre puis président (de 1976 à 1984) de la commission musicale de la Société cantonale des chanteurs vaudois. Le couple aura deux enfants: Christophe, pasteur, et Martine, infirmière. Brevet en poche, l’instituteur est nommé maître de musique en 1960 au Collège de Béthusy à Lausanne, puis professeur à l’Ecole normale en 1966, poste qu’il conservera jusqu’à son accession à la tête du Conservatoire de Lausanne.
Parmi les grandes réalisations de cette époque figurent l’ouvrage À la découverte de la musique (chez Payot à Lausanne en 1969), ainsi que les recueils La Fête aux chansons et La Ronde aux chansons destinés aux élèves en début de scolarité, dont il préside en 1983 le groupe de travail mandaté par le Département de l’instruction publique du canton de Vaud. De 1967 à 1984, il dirige à vingt-deux reprises l’Orchestre de Chambre de Lausanne: une collaboration dont il tire une grande fierté. Il présidera l’institution de 1989 à 2000.
Jean-Jacques Rapin est un homme d’idées et de convictions. Malgré ses galons d’officier et sa passion pour les canons de forteresse, sa meilleure arme est la plume. Il la met au service d’Ernest Ansermet – dont il participe en 1979 à la création de l’Association, conçoit l’Exposition du centenaire présentée dans vingt-six villes du monde entier et dirige la publication des écrits chez Robert Laffont (collection Bouquins) –, de Wilhelm Furtwängler – dont il prend une part active à la diffusion des Carnets –, de Marcel Brion – dont il accueille la Bibliothèque en 1994 au Conservatoire –, de Gustave Doret, de Gustave Roud, et aujourd’hui de l’historien Jean-Jacques Langendorf, dont il défend entre autres les écrits consacrés à la Suisse et à son rôle durant la Seconde Guerre mondiale.
Ses liens privilégiés avec de nombreux cercles musicaux, littéraires, philanthropiques et universitaires profitent directement au Conservatoire, dont la dimension «culturelle» prend sous sa direction une ampleur inédite, à l’image des Jeudis du Conservatoire qu’il crée dès son arrivée en 1984 en étroite collaboration avec le Centre de recherches sur la littérature romande de l’Université de Lausanne.
Passeur dans le plus noble sens du terme, il fait partie des initiateurs en 1985 avec le Conseiller d’Etat Pierre Cevey et de l’écrivain Bertil Galland de la Fondation vaudoise pour la création et la promotion artistiques.
Il préside également jusqu’en 2005 la Fondation Pierre et Louisa Meylan (dont il est membre depuis sa création en 1975), qui remet tous les deux ans des prix substantiels à des musicographes vaudois.
Laissons à l’ami Bertil Galland le soin d’évoquer les contours de cet accomplissement, qui dépassent largement les murs des anciennes Galeries du Commerce. Ces mots portés par le souffle d’une admiration vraie et légitime, sont extraits d’un «Portrait d’un musicien» issus d’une somme remarquable offerte au directeur au moment de son départ à la retraite en 1998 par Jean-Louis Matthey et Jacques-Michel Pittier sous la bannière de la Revue musicale de Suisse romande: baptisée «Musique et humanisme», celle-ci porte en ses pages un bouquet d’articles aux horizons aussi vastes que les centres d’intérêt de Jean-Jacques Rapin. Mieux qu’une biographie: un testament spirituel.
«Dans l’ancien immeuble de la rue du Midi, lorsque Rapin y pénétra en nouveau directeur, l’atmosphère était celle d’une pension-famille pour hypocondriaques. Il commença par toucher le fond. Il comprit qu’il ne lui restait qu’à rebondir avec la dernière énergie. En 1990, l’inauguration des Galeries rénovées, la torsade ascendante de l’escalier monumental et la lumière filtrant par un dôme en vitrail exprimèrent physiquement une renaissance et quelque bénédiction indicible.»
Bientôt le bruit courut qu’au Conservatoire de Lausanne «un colonel avait ramené l’ordre», et l’on était trop précautionneux pour ajouter «le plaisir».
«Mais ce personnage n’imposait en vérité que la discipline allègre dont il donna l’exemple, aimant le travail de l’aube, ne laissant aucune lettre sans réponse, prêtant une absolue concentration à chaque exécution musicale, interdisant le glissement des comptes vers le déficit, détestant toute forme administrative, affective ou mélodique du laisser-aller. En cas de discorde avec l’humble ou le puissant il suscitait, pour la résoudre, un tête-à-tête. Il avait peut-être repris de ses amis officiers français les gestes du gentilhomme, la tenue droite, l’attention courtoise envers les dames et certains avis cassants, certaines démangeaisons de flanquer à la porte le flandrin.»
«De nouveau il s’applique à déployer une stratégie. Toute routine est mortifère. Sa mission première est d’enseigner la musique au plus haut niveau.
Délivrer certificats supérieurs, diplômes de pédagogues, prix de virtuosité ou licences de concert implique d’abord qu’il n’ait pas trop à rougir de comparaisons avec l’excellence d’autres écoles.
Cette élévation, on ne l’atteint pas en un tournemain, mais un jour, lorsque Rapin était encore maître à l’Ecole normale et qu’il avait comme élève Marcello Viotti, futur chef d’orchestre de renom, celui-ci fut invité à jouer une musique de son choix. L’étudiant présenta des pièces pour deux pianos.
Le second instrument était confié à l’un de ses amis, dont les qualités parurent à Rapin si extraordinaires qu’il en fera l’un de ses professeurs, dès qu’il dirigera le Conservatoire
Un autre jour Rapin entend ou plutôt il écoute Christian Favre dans un récital chez Gianadda à Martigny. Il lui suggère aussitôt un rendez-vous et il en fait une autre étoile de sa maison. Une autre fois encore passe à portée, quoique très haut à l’horizon, un certain Pierre Amoyal. Il propose au violoniste virtuose un port d’attache sur le Léman et parvient à le convaincre.
Rassembler qui et quoi? Les écoles de musique du canton de Vaud! Dispersées, médiocrement financées dans un temps où se multiplient les enfants doués, elles s’étaient isolées, usées en démarches locales, cuvant d’anciennes jalousies envers le Conservatoire de Lausanne. Rapin joue la carte du fédérateur, rencontre, écoute, combine les efforts de tous, inscrit dans un plan commun les besoins de toutes les écoles existantes. Il recourt à l’influence qu’il s’est acquise auprès du conseiller d’Etat Pierre Cevey, après leurs réussites communes, et grâce à lui fait passer les subventions à l’ensemble de cet enseignement musical, dans le budget de l’Etat de Vaud, de 100’000 francs à un million. Tel est l’un des rapides accomplissements de l’Association vaudoise des conservatoires et écoles de musique (AVCEM), créée en 1986. […]»
«À Genève, Rapin n’a plus affaire aux caciques qui découvraient, avec une surprise finement amusée, sur les rives lémaniques à l’est de la Versoix où ils possédaient quelques propriétés de famille, une certaine agitation culturelle dont il leur importait peu d’avoir une idée précise et dont, en dernière analyse, ils se fichaient comme de colin-tampon.
À la tête du Conservatoire de Genève, Philippe Dinkel se trouve être jeune et d’origine vaudoise. Pas trace ici de condescendance. Son intelligence déliée se prête à toutes les collaborations. Pour la première fois en 134 ans, les Conseils des Conservatoires de Lausanne et de Genève font connaissance et siègent en des séances communes. […]»
Citons en épilogue de ce portrait les mots de deux grands personnages vaudois. D’abord ceux de l’écrivain Jacques Chessex, tracés en post-scriptum d’une lettre de 1977:
«Jean-Jacques Rapin est un grand chef, un musicien de haute venue, un homme au cœur pur, courageux et soucieux de notre monde comme de la métaphysique. Il a la vertu de tenir ses engagements et de fonder sa vie sur eux. C’est un croyant, au sens le plus élevé du terme. Sa force et son intelligence rayonnante sont fertiles dans ce pays.»
Enfin les mots du Conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, extraits d’une Lettre au «grand irrigateur» adressée depuis son lit d’hôpital le 16 février 1998, quelques mois avant sa disparition:
«Je te dois [ma] reconnaissance, avec le Pays de Vaud, avec la Suisse, parce que tu es généreux en partage et éloquent en communication. Tu donnes aux nombreux aspects de ta culture leur traduction concrète. Et elle est si fervente, si profondément marquée de ta vocation de transmettre que tes concitoyens en font le plus large profit. Tu révèles, tu instruis infatigablement, tu déclenches des convictions. Tu provoques des engagements, des enthousiasmes là où, d’habitude, coule l’eau tiède. Telle est l’explication de la qualité de ‹grand irrigateur› que je t’attribue. Car une première chose est de savoir, une autre est de vouloir partager ce savoir.»
Jean-Jacques Rapin s’éteint à Lausanne le 23 juillet 2015, à l’âge de 82 ans. Le service funèbre a lieu le 29 juillet 2015 à la cathédrale de Lausanne. C’est Antonin Scherrer, légataire des droits de À la découverte de la musique, qui prononce son éloge – ainsi en avait-il décidé plusieurs années auparavant. Le voici en guise de point d’orgue.
Les dates, les faits, les chiffres.
Les 150’000 exemplaires de la Découverte de la musique, les 76 Steinway du Conservatoire de Lausanne, les 28 villes du monde qui ont accueilli l’Exposition Ernest Ansermet, les 1515 jours de service…
Lauriers du grand homme, entre mille.
S’il aimait à les répéter, Jean-Jacques Rapin ne le faisait pas comme on exhibe des médailles, mais pour entendre résonner le chant de la basse continue, enveloppant, serein, rassurant, comme une confirmation du travail accompli, et plus encore du chemin parcouru.
La belle voix grave de la basse continue, qui enveloppe, qui dirige.
C’était une présence, une stature, Jean-Jacques Rapin, irradiante, imposante, intimidante parfois. Un regard, une franche accolade, un doigt tendu, mais c’était aussi une voix, superbe voix de baryton – que l’on retrouve chez Christophe, et qui longtemps encore résonnera en nous.
La voix de l’instituteur de Neyruz qui éveille aux mystères du monde les enfants de la terre de l’arrière-pays de Moudon.
Celle du maître de musique qui, au Collège de Béthusy puis à l’Ecole normale guide avec foi et rigueur des générations d’élèves et de futurs musiciens dans le dédalle merveilleux de la cathédrale des sons.
Celle du président de la Commission de musique de la Société des chanteurs vaudois, qui ouvre les portes et les fenêtres, rénove les outils, jette des ponts entre amateurs et professionnels, comme il le fera avec les fanfares et les écoles de musique du canton: la musique avant toute chose, de qualité et pour tous.
La voix du commandant de compagnie aussi, qui dans l’aube de Saint-Maurice et de ses forts, sonne l’appel avec fraîcheur et détermination, alors que le soir d’avant il dirigeait Doret à la Grange Sublime. Des vocations se forgent, ici et là-bas, sous l’illustre charpente de bois du Jorat, comme sous le rocher d’Agaune.
Celle bien sûr du directeur de Conservatoire, qui marque l’espace des anciennes Galeries du Commerce, amiral ferme et toujours présent. La musique source d’émotions, mais aussi d’élévation: révélation du mystère par-delà les mots.
Celle du guide précis et passionné à travers les vestiges de Vauban ou de la ligne Maginot.
Celle du choriste de Robert Mermoud à Chailly-sur-Clarens, où il chante avec sa mère comme plus tard ses enfants à leur tour le rejoindront en cette vibrante communion des voix; puis du choriste d’André Charlet au Chœur des jeunes de l’Eglise nationale vaudoise, qui épouse le mouvement fascinant de la baguette d’Ernest Ansermet dans Le Roi David de Honegger.
Dans ses rangs, il a rendez-vous avec celle qui deviendra son épouse, son phare, Marion. Ils auraient fêté 60 ans de mariage dans quelques semaines.
Deux voix unies par la musique, deux voix franches qui s’engagent dans la vie. L’évidence. À l’image de sa demande… dont elle se souvient comme si c’était hier.
Marion est là pour veiller sur le foyer, pour accueillir les amis et les hôtes de passage, les petits et les grands, les solides et les cabossés, présence lumineuse et discrète, mais qui sait s’il le faut conduire les chœurs lorsque la patrie retient l’officier au loin.
Elle a le sang de la vigne – des coteaux de Lavaux –, il a le sang du pain, de cette boulangerie paternelle à Vevey et des champs du grand-père paysan, au souvenir desquels il s’accrochait comme à une ancre. L’essentiel.
Cet attachement aux choses simples n’est pas une posture chez lui, il est constitutif de son rayonnement. La simplicité du verbe, la simplicité de l’idée: clairs et directs, parés à l’action.
Comment expliquer tant d’accomplissements en une seule vie sinon par la force d’un esprit limpide, doublée d’une conviction, et plus encore d’une confiance inébranlables.
Jean-Jacques avait la foi.
Dans les plans du Très Haut, pour lui et pour nous tous, point de départ et aboutissement de toute chose, logique inébranlable.
Dans les gens et dans les institutions de ce pays, qu’il n’a cessé de servir et de défendre à l’aulne de ses valeurs: cette armée notamment, qui à ses yeux incarnait autant la forteresse que le ciment social – cette mixité de vies, de cultures, de trajectoires, qui fondait également la beauté de ses chœurs: cette Lyre de Moudon, cette Union chorale de Vevey, qui sous sa baguette touchaient au cœur, par-delà les différences – comme en témoignera tout à l’heure le très bel enregistrement du Requiem de Fauré réalisé en 1983 à Saint-Martin en hommage à Ansermet: sa lumière a accompagné Marion ces dernières semaines.
Jean-Jacques avait la foi également – et peut-être par-dessus tout – en l’amitié: en cette faculté qu’ont les rencontres, quelles qu’elles soient, à se transformer en richesse, à faire grandir, avancer, à ouvrir, à questionner, puis à accompagner. Il fallait bien sûr le suivre, accorder son tempo, mais lorsqu’il donnait, il donnait vraiment.
J’ai eu cette chance inestimable de le rencontrer: de profiter de son incroyable sens des gens, de sa vision perçante et humaniste qui cerne d’un coup d’œil les contours d’un être, qui sait reconnaître le frère et lui accorder sa confiance. La reconnaissance est immense.
Pour ses amis, il était une voix, une poignée de main franche, mais il était aussi une plume: l’Histoire se souviendra de ses innombrables publications, dans des domaines aussi divers que la pédagogie musicale et l’art militaire. Tout savoir est bon car il élève, car il élargit l’horizon des possibles.
L’ami, lui, conservera précieusement sa correspondance: graphie élégante (à l’heure où l’informatique gomme toute personnalité), il avait surtout un insatiable besoin de partager, à l’image des écrits qu’il publiait non pour la gloire mais sous l’impulsion d’une profonde nécessité.
Comme beaucoup sans doute, elle m’a accompagné depuis notre première rencontre. Des articles sur le Général, l’art de la fortification ou l’esprit de résistance helvétique, rythmant les longues semaines de service. Plus tard des éclairages inédits sur Ernest Ansermet, Wilhelm Furtwängler, Carl Schuricht, ou l’épopée de la Salle Métropole reconquise au profit de l’Orchestre de Chambre de Lausanne.
Jean-Jacques Rapin savait mettre en garde, rafraîchir les mémoires, forcer parfois le destin, mais il savait tout autant remercier, saluer, se réjouir, comme par exemple lorsque la Haute école de musique de Lausanne, dirigée par un ancien élève, Hervé Klopfenstein, fait appel à son ami Jesús López Cobos pour diriger Rachmaninov lors d’un grand concert fédérateur à Métropole – Cobos l’ancien directeur artistique de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, que Jean-Jacques a présidé après l’avoir souvent dirigé: souvenirs indélébiles et souvent remémorés ces derniers mois.
Le Conservatoire, l’Orchestre de Chambre: des piliers dans l’existence, des institutions qu’il marque également par sa pensée. Une pensée sans cloisons, qui s’émerveille autant des fruits littéraires du Pays de Vaud – tels ceux de Gustave Roud – que des jaillissements du Romantisme allemand – si bien décrits par Marcel Brion dans son Schumann. De la même façon qu’à l’époque, des musiciens comme Charles Troyon, issus comme lui de souche paysanne avant de diriger le Conservatoire de main de maître, allaient boire à la source de la culture germanique sans pour autant renier leurs racines.
La voix, la plume, pour accompagner l’action.
Faire, mais sans oublier à aucun moment qu’il s’agit avant tout… d’être.
Le fils, le régent, l’officier, le directeur, le président, le rédacteur, le confident, l’ami, l’époux, le père, le grand-père… l’arrière-grand-père depuis peu.
C’est d’eux tous, rassemblés en un seul et même cœur, que l’on prend congé aujourd’hui: de l’architecte de ce Requiem de Schumann qui foudroie de transcendance l’écrivain Jacques Chessex en l’église de Moudon; du «grand irrigateur» salué depuis son lit d’hôpital par Jean-Pascal Delamuraz; du compagnon de route et d’esprit – celui en particulier de Jean-Jacques Langendorf et de Bertil Galland: Bertil Galland dont il faut absolument relire le lumineux tableau de vie ouvrant le recueil Musique et humanisme offert à sa retraire du Conservatoire.
Et bien sûr du parent: l’époux aimant de Marion; le père de Martine, qui découvre sa vocation d’infirmière alors qu’est accueilli à la maison le grand-père boulanger en fin de vie; le père de Christophe, dont il se réjouissait tant d’aller partager les cultes-cantates à Villette, rencontre émouvante entre foi et musique; le grand-père attentif de Noémie la libraire, de Bastian le passionné de mécanique, de Noriane la théologienne, et de Jérémie le juriste au verbe sûr et direct.
Un homme qui voit son legs ainsi porté vers l’avenir.
En pleine confiance.
Et en paix.