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Des fossiles de plantes révèlent l'effet dévastateur de la grande extinction de la fin du Crétacé, il y a 66 millions d'années, sur les forêts tropicales.
Une équipe internationale de scientifiques, dont le Professeur Daniele Silvestro de l'Université de Fribourg, a utilisé une grande collection de fossiles de feuilles et de pollens provenant de Colombie pour mieux comprendre le sort des forêts tropicales après la grande catastrophe qui a causé la fin des dinosaures.
L'étude, publiée vendredi 2 avril dans la revue Science, révèle que pendant la dernière phase de l'ère des dinosaures, il y a 72 à 66 millions d'années, les forêts tropicales humides différaient nettement de leurs homologues modernes. Avant la fin du Crétacé, les forêts tropicales étaient dominées à parts égales par des fougères et des plantes à fleurs. Les conifères, principalement des parents de l'araucaria et du kaori, en étaient aussi une composante importante. «Ce type d'écosystème n'a pas d'analogue vivant aujourd'hui et fonctionnait sans doute différemment des forêts tropicales actuelles», avance la Dre Mónica Carvalho, première auteure de l’étude et chercheuse postdoctorale au Smithsonian Tropical Research Institute et à l'Université del Rosario, en Colombie. Selon elle, la cime des arbres ne formait pas une couverture dense et presque continue (canopée) qui caractérise les forêts tropicales actuelles. Les légumineuses fixatrices d'azote, abondantes dans les tropiques actuels, étaient alors peu communes.
Un cataclysme qui change tout
Environ 45% des espèces végétales ont disparu des tropiques à la fin du Crétacé suite à l’impact d’un météorite. Cet événement a déclenché une catastrophe écologique qui a permis aux plantes à fleurs de dominer les écosystèmes tropicaux. Les araucarias ont été presque entièrement remplacés et les fougères en sont devenues une composante mineure.
Les auteurs ont comparé les flores antérieures et postérieures à la Grande Extinction avec les forêts pluviales actuelles d'Amacayacu (Colombie) et de l'île de Barro Colorado (Panama). Ils ont constaté que les flores de la post-extinction ressemblaient plus aux homologues modernes qu'aux forêts tropicales pré-extinction. Après l'extinction, les légumineuses sont devenues dominantes et diversifiées, tout comme les autres familles d'arbres qui caractérisent les forêts tropicales actuelles. Les fossiles de feuilles ont montré que les forêts tropicales après l’extinction n'avaient pas d’espaces entre les cimes des arbres et présentaient de nombreuses strates forestières.
Impacts sur les insectes
L'étude indique également que d'autres caractéristiques écologiques ont changé après la fin du Crétacé, telles que les régimes alimentaires des insectes herbivores. Ce phénomène peut s’observer grâce aux marques de mastication sur les feuilles fossilisées. Avant l’extinction, on remarque que chaque espèce d’insectes avait sa plante de prédilection pour se nourrir. Après, en revanche, le régime alimentaire semble se diversifier, d’abondantes traces de mastication apparaissant de manière indiscriminée sur la plupart des espèces végétales. Les changements spectaculaires qui ont résulté du cataclysme de la fin du Crétacé, et que trahissent les fossiles de Colombie, démontrent que cet événement a finalement abouti à l'un des écosystèmes les plus diversifiés aujourd'hui. «C'est un bel exemple de la façon dont un accident historique a changé à jamais le cours de la vie sur Terre, s’enthousiasme le Prof. Daniele Silvestro, non seulement dans le règne animal mais aussi pour les forêts tropicales.»
Une courte vidéo illustrant les résultats de cette publication est disponible sur la chaîne Youtube.