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Vers 1490, Léonard de Vinci créé une académie portant son nom où il enseigne pendant quelques années son savoir, tout en notant ses recherches dans de petits traités. La fresque La Cène (1494-1498) est peinte pour le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie.La Cène de Léonard de Vinci est un chef d’œuvre murale qui représente le dernier repas de Jésus-Christ avec ses douze apôtres le soir du jeudi saint, juste avant d’être arrêté par les Romains. Soir, qui n’est autre que la veille du jour de sa crucifixion. On retrouve de gauche à droite les douze apôtres entourant Jésus: Barthélemy, Jacques le Mineur, André, Judas, Pierre, Jean, Thomas, Jacques le Majeur, Philippe, Matthieu, Thaddée et Simon.
Léonard commence à se mettre à l’ouvrage en 1494 ou 1495, alors qu’il travaille encore à la statue équestre de Francesco Sforza, il Cavallo. Matteo Bandello, neveu du prieur de Santa Maria delle Grazie, nous le décrit partageant son temps « quand lui en venait l’envie ou la fantaisie » entre « ce superbe cheval de terre cuite » et la Cène de Santa Maria delle Grazie. Nous savons que Léonard travaille toujours à la Cène en 1497 puisque le 29 juin une lettre du chancelier de Milan, Marchesino Stanga, le prie de se hâter, afin de passer à l’autre mur du réfectoire.
Une lenteur qui déplait profondément au prieur qui sollicite une rencontre avec Léonard et le duc, pendant laquelle l’artiste se défend en affirmant qu’il ne trouve pas de modèle pour Judas, et que si le prieur insiste il lui donnera en fin de compte ses traits. L’année suivante, le mathématicien et humaniste Luca Pacioli célèbre dans sa dédicace à Ludovic Sforza de son De Divina Proportionne, le 9 février 1498, l’achèvement de la Cène par Léonard et l’embellissement de Milan qui est devenue « la plus belle des résidences » pour le duc. Mais la fortune du More sera de courte durée. Il est vaincu par les Français en 1499. Léonard de Vinci quitte Milan pour Mantoue puis Venise fin 1499.
Considérée par les Chrétiens comme un des piliers de la foi chrétienne, elle représente la commémoration d’institution de l’Eucharistie. L’Italie étant le berceau du catholicisme, les souverains de l’époque, les Sforza, envisageaient de faire du couvent de la Sainte Marie Des Grâces un mausolée. Ainsi, le jeune duc, Ludovic Sforza fit appel aux services de Léonard de Vinci pour décorer la chapelle, le réfectoire et certaines pièces du couvent. Et c’est ainsi qu’en 1494, Léonard commença son chef-d’œuvre. Grand observateur des écrits bibliques, Léonard a su capter l’essence même du moment où Jésus annonça à ses disciples que l’un d’eux allait le trahir.
À l’époque de la Renaissance, l’on n’avait encore jamais entendu parler de 3D, mais en observant la Cène, on pourrait dire que Léonard de Vinci en est le précurseur. D’une part, un trompe l’œil sur le plafond prolonge la salle et d’autre part, grâce aux techniques appliquées, les visiteurs qui se trouvent directement en face de la fresque croient être devant des statues ou ont le sentiment de se trouver inviter au repas. Ils ont même l’impression que le regard de Jésus les suit quelque soit leur emplacement. En fait, le génie a centré tous ses dessins sur Jésus.
Pour élaborer la Cène Léonard reprend une innovation apparue au milieu du Quattrocento : la perspective. Ainsi, le Christ occupe-t-il une position centrale à la fois par rapport aux apôtres, mais aussi par rapport au mur du fond de la fresque, comme un second tableau dans le premier. Tous les apôtres sont donc eux-mêmes répartis symétriquement par rapport au Christ, en quatre groupes de trois, mais les groupes sont dissymétriques entre eux, donnant ainsi de l’animation à la scène et paraître plus naturelle malgré une composition très géométrique et réfléchie.
Une construction qui reprend enfin l’architecture dans laquelle la peinture a été réalisée : la Cène se trouve sous trois lunettes qui prolongent la salle du réfectoire, dans lesquelles Léonard a placé les armoiries de la famille Sforza, répartissant ainsi les apôtres en deux groupes à l’extérieur sous les plus petits arcs et deux groupes avec le Christ ensemble sous l’arc central.
Léonard exploite donc jusqu’à ses limites le principe de la perspective centrale. Une perspective très géométrique et régulière qu’il abandonne ensuite comme principe de construction de ses tableaux : la table et les apôtres semblent être peints en avant du plan du début de la perspective, au point que le cadre et la bordure peinte sont dépassés par un des apôtres, sur la droite, et donc par l’ensemble de la table et des convives.
On considère généralement que la peinture réalisée par Léonard illustre la parole prononcée par le Christ :« En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera », et les réactions de chacun des apôtres. Léonard recommandait dans ses écrits de peindre « les figures de telle sorte que le spectateur lise facilement leurs pensées au travers de leurs mouvements ». À cet égard, la Cène est une illustration magistrale de cette théorie des « mouvements de l’âme » (motti dell‘anima), saint Thomas sceptique tendant l’index, saint Philippe, se levant pour protester de son innocence, saint Barthélemy, indigné, appuyant les mains sur la table… ».
Le geste du Christ condense deux moments, celui de la trahison de Judas — il semble désigner de sa main droite le plat de Judas — celui de l’institution du sacrement de l’eucharistie, capitale pour les dominicains — il ouvre ses bras vers le vin et le calice. Saint Jacques le mineur se tourne vers André. Giula Bologna juge que cet écart « donne une aura de paix » au Christ.
Le visage du Christ est d’autant plus mis en valeur qu’il ressort sur le paysage et le ciel clair sur lesquels s’ouvre la porte du fond. Contrairement à toute la tradition, et pour la première fois dans les représentations de la Cène après le Moyen Âge, Judas n’est pas mis à l’écart ni représenté de dos, puisque la solution conventionnelle consiste à le placer comme seul apôtre devant la table et non derrière. Il est assis de profil, un peu en recul, touchant la bourse contenant l’argent de sa trahison.
Enrica Crespino y voit une demande explicite des Dominicains. « L’ordre avait fait du libre arbitre un thème fondamental de sa prédication, et c’est probablement pour illustrer la position des dominicains en la matière que Judas est représenté de la même façon que ses compagnons : comme un homme qui pouvait choisir entre le bien et le mal et qui a choisi le mal». Il reste cependant dans l’ombre. La diagonale de lumière qui vient de la gauche touche les apôtres, mais l’évite.
La Cène devint vite « un véritable recueil de modèles pour certains artistes, qui créèrent leur propres compositions à partir d’éléments tirés de l’exemple de Léonard de Vinci », en particulier, Philippe pour le Portrait d’un jeune homme de Giorgione, et le Jugement de Salomon de Sebastiano del Piombo, Judas pour le Repas d’Emmaüs du Titien.
Pour ce qui est de la technique de peinture utilisée par Léonard de Vinci pour La Cène, il opta pour la « tempera » (appelée également détrempe). Mais cette technique a une faille, celle de ne pas résister à l’humidité. Quelques années après son achèvement, l’humidité a donc eu raison de la fresque de La Cène. Et au fil des siècles, l’œuvre a été mainte et mainte fois maltraitée. Les occupants du monastère ont jugé bon de poser une porte pour faire communiquer le réfectoire et la cuisine, gâchant totalement la partie basse du chef-d’œuvre. Par suite, la même salle a servi d’écurie à l’armée napoléonienne et cerise sur le gâteau, le monastère a été bombardé. Par le plus heureux des hasards, le mur est resté intact. En total, il y a eu pas moins de 5 interventions pour tenter de rendre sa jeunesse à l’œuvre de Leonard de Vinci.
Malgré la récente prise de conscience et l’admiration vouée à Léonard comme scientifique et inventeur, son immense renommée de la plus grande partie de ces quatre cents dernières années a reposé sur ses réalisations en tant que peintre et sur une poignée d’œuvres — authentifiées ou lui étant attribuées — qui ont été considérées comme faisant partie des plus beaux chefs-d’œuvre jamais créés.
Ces peintures sont célèbres pour de nombreuses raisons et qualités qui ont été beaucoup imitées par les étudiants et discutées très longuement par les connaisseurs et les critiques. Parmi les qualités qui font des travaux de Léonard, des pièces uniques sont souvent citées, les techniques novatrices qu’il a utilisées dans l’application de la peinture, sa connaissance approfondie de l’anatomie humaine et animale, de la botanique et la géologie, mais aussi son utilisation de la lumière, son intérêt pour la physiognomonie et la façon dont les humains utilisent le registre des émotions et les expressions gestuelles, son sens de la composition et celui, subtil, des dégradés de couleurs. Il maîtrisait notamment la technique du « sfumato » et le rendu des ombres et des lumières. Toutes ces qualités sont réunies dans ses tableaux les plus connus, La Joconde, La Cène et La Vierge aux rochers.
Léonard est célèbre pour ses dessins et ses peintures dans lesquels il introduit une conception innovante de la perspective. Vinci estimait que les arts picturaux forment une science. Mais l’utilisation, souvent supposée, du nombre d’or dans son œuvre n’est pas avérée. Son travail sur les proportions, à l’image de l’Homme de Vitruve, se limite à l’usage de fractions d’entiers.
Vinci n’a pas été un peintre prolifique, mais il l’a été comme dessinateur, remplissant ses journaux de petits croquis et de dessins détaillés afin de garder une trace de tout ce qui avait attiré son attention. En plus de ses notes, il existe de nombreuses études pour ses peintures, dont certaines peuvent être considérées comme préparatoires à des travaux tels que L’Adoration des mages, La Vierge aux rochers et La Cène. Son premier dessin daté est un paysage, Paysage de la vallée de l’Arno (1473), qui montre la rivière, les montagnes, le château Montelupo et les exploitations agricoles au-delà de celui-ci dans le plus grand détail.
Les autres dessins d’intérêt comprennent de nombreuses études généralement dénommées « caricatures » parce que, bien qu’exagérées, elles semblent être fondées sur l’observation de modèles vivants. Giorgio Vasari rapporte que, si Léonard voyait une personne qui avait un visage intéressant, il la suivait toute la journée pour l’observer. Il existe de nombreuses études de beaux jeunes hommes, souvent associées à Salai, avec le visage rare, très admiré et caractéristique que l’on appelle le «profil grec». Ces visages sont souvent en contraste avec ceux d’un guerrier. Salai est souvent dépeint dans des costumes et des déguisements. Léonard est connu pour avoir conçu des décors pour des processions traditionnelles. D’autres dessins, souvent minutieux, montrent des études de draperies.