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Intervenant:
Romain Karsenty : Né le 10 novembre 1987, diplômé de philosophie en 2010 (Panthéon-Sorbonne), Romain Karsenty est actuellement doctorant aux Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles où il mène une recherche sur les rapports de Castoriadis au marxisme et à l’engagement politique.
Exposé:
Pour qui tente d’adosser un effort de réflexion et d’intelligence du monde à un projet d’émancipation politique et sociale, la rencontre avec Marx et le marxisme paraît inévitable. En effet, l’auteur de la onzième thèse sur Feuerbach (« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde diversement, ce qui importe c’est de le transformer. »), en même temps qu’il rendait intelligible le mouvement historique qui se développait sous ses yeux, a exercé sur lui une influence profonde et durable, d’une importance majeure pour le siècle à venir. Marx ouvrait ainsi une brèche non seulement dans l’histoire de la pensée mais dans l’histoire tout court.
Mais si l’héritage de Marx s’impose à tous ceux qui tentent de définir et mettre en œuvre des stratégies de lutte ouvrant la voie à l’émancipation, il donne également lieu à de nombreuses réévaluations critiques. Cela d’autant plus que, sous le nom de « marxisme », la défiguration grossière de quelques thèses a pu servir de justification et de couverture idéologique à un ordre politique et social violemment oppressif, voire « totalitaire ». Ainsi, pour toute une lignée de penseurs hétérodoxes, le sens authentique et la force subversive du marxisme devaient être retrouvés dans la lettre marxienne elle-même, par-delà ses différentes dénaturations historiques – Marx devenant lui-même, selon le titre du célèbre ouvrage de Maximilien Rubel, un « critique du marxisme ».
Cornelius Castoriadis, qui anima en France le groupe et la revue Socialisme ou Barbarie au lendemain de la seconde guerre et jusqu’au milieu des années 60, se détourne pourtant rapidement de cette voie « marxiste hétérodoxe » et refuse de dissocier absolument la théorie et la « pratique historique et sociale à laquelle elle correspond, en laquelle elle se prolonge ou qu’elle sert à recouvrir ». A partir de l’analyse de l’URSS, société « capitaliste bureaucratique » d’un type nouveau, il élabore progressivement une critique des catégories économiques de Marx qui, de proche en proche, atteint tout l’édifice théorique et pointe sa dépendance fondamentale à l’égard de l’idéologie dominante et de la philosophie héritée. C’est donc au nom du projet révolutionnaire et de l’exigence de confrontation à l’histoire que Castoriadis adhère d’abord au marxisme puis s’en affranchit lorsqu’il juge que celui-ci devient un obstacle à sa propre perspective libératrice.
Comment rendre compte et quelles leçons tirer de cette démarche originale, souvent mal comprise ou déformée ? Le dilemme de Castoriadis – marxisme ou révolution – est-il toujours d’actualité ? Peut-il être une source d’inspiration pour ceux qui, avec exigence et lucidité, tentent aujourd’hui de penser notre situation historique et les voies de l’émancipation ?
Horaire
Vendredi 26 octobre
11h00 – 12h45
Amphimax, Anthropos Café
Panel – Pratiques politiques et stratégies transformatrices: Le facteur subjectif dans les processus d’émancipation.