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La presse helvétique (allez savoir pourquoi ?) multiplie ces jours les aticles concernant l'idée de faire élire le Conseil fédéral par la peuple plutôt que par l'Assemblée fédérale.
Ces articles dans leur très grande majorité dissertent sur "le soutien politique limité" que recueille cette idée, sur "l'affaiblissement qui en découlerait pour le parlement", sur les "risques de voir les conseillers fédéraux d'être en campagne permanente", etc. Mais peu d'analystes abordent cette proposition avec une hauteur de vue suffisante, celle que donne l'observation de ce qui se passe chez nos voisins depuis longtemps et celle qui fait la part d'une réflexion complémentaire, propre à nos institutions. Des institutions qui visent au multi-partisme.
A l'évidence, une modification de la constitution fédérale serait nécessaire. Et alors ? Voilà, si elle était entérinée par le peuple, qui ne constituerait pas une révolution puisque dans tous les cantons ce sont bien les citoyens qui élisent leur gouvernement.
Plus intéressant par contre est de se demander comment, dans un tel système, le Conseil fédéral pourrait continuer à être réellement représentatif d'une majorité suffisante de la population. Pour répondre à cette interrogation il faut commencer par réaliser que l'élection d'un Conseil fédéral par le peuple ne saurait se concrétiser autrement que moyennant la présentation aux citoyens de plusieurs listes de candidats dites "bloquées", c'est-à-dire de listes non panachables, issues de négociations inter-partisannes, fondées sur de véritables programmes de législature, résultant de coalitions politiques claires et bien évidemment savamment équilibrées pour représenter le mieux possible les minorités, notamment linguistiques, et les divers courants économiques et sociaux du pays.
Ce type d'élections présenteraient au moins deux aspects bien séduisants.
D'abord elles forceraient enfin les partis politiques et les candidats à se situer, à annoncer au peuple ce qu'ils entendent faire du pouvoir avant d'y accéder. Elles impliqueraient donc que dans notre pays des alliances durables se substituent aux marchandages inattendus et aux compromis opportunistes qui marquent la vie politique helvétique actuelle.
Ensuite elles offriraient l'énorme avantage de rendre la politique nettement plus claire et attractive aux yeux des électeurs. Ceux-ci y trouveraient très vraisemblablement d'avantage d'intérêt et de motifs d'engagement actif.
En fait, un tel système pourrait déjà se développer dans les cantons. Alors pourquoi donc, dans aucun d'entre eux, les partis n'y ont-ils recours ?
A cause d'une expérience ratée à Genève à l'époque d'un "monocolore" qui n'en fut pas un et parce que, surtout, malgré leurs hautes cîmes les Suisses ont une sainte frousse du vide et du changement. Rappelons que lors de la récente révision de la constitution vaudoise les constituants avaient caressé l'idée d'institutionnaliser l'élection du gouvernement par la mise en concurrence de liste bloquées avant d'y renoncer sous la pression ... des partis. Pourquoi ? Parce que bien évidemment pour ces derniers les risques d'un tel système se révèlent considérables, le plus gros étant l'éviction d'un pouvoir qu'actuellement ils sont assurés de partager. Avec tous les avantages, financiers notamment mais aussi celui de "durer", qui accompagnent ce statut.