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Voyage autour du monde, par la frégate du roi La Boudeuse, et la flûte L’Étoile; en 1766, 1767, 1768 & 1769.
L’ouvrage est dédié au roi ; il est précédé d’un discours préliminaire où l’auteur rend compte de tous les voyages entrepris autour du globe. M. de Bougainville est le premier Français qui ait tenté cette difficile et périlleuse course. Les jeunes années de M. de Bougainville ont été occupées de l’étude des mathématiques, ce qui suppose une vie sédentaire. On ne conçoit pas trop comment on passe de la tranquillité et du loisir d’une condition méditative et renfermée à l’envie de voyager ; à moins qu’on ne regarde le vaisseau comme une maison flottante où l’homme traverse des espaces immenses, resserré et immobile dans une enceinte très-étroite, parcourant les mers sur une planche comme les plages de l’univers sur la terre. Une autre contradiction apparente entre le caractère de M. de Bougainville et son entreprise, c’est son goût pour les amusements de la société. Il aime les femmes, les spectacles, les repas délicats ; il vit dans le tourbillon du grand monde auquel il se prête d’aussi bonne grâce qu’aux inconstances de l’élément sur lequel il a été ballotté si longtemps. Il est aimable et gai ; c’est un véritable Français lesté d’un bord par un Traité de calcul intégral et différentiel, de l’autre par un Voyage autour du monde. Il était bien pourvu de connaissances nécessaires pour profiter de sa longue tournée ; il a de la philosophie, de la fermeté, du courage, des vues, de la franchise ; le coup d’œil qui saisit le vrai et abrège le temps des observations ; de la circonspection, de la patience ; le désir de voir, de s’instruire et d’être utile ; des mathématiques, des mécaniques ; des connaissances en histoire naturelle, de la géométrie et de l’astronomie.
On peut rapporter les avantages de ses voyages à trois points principaux : une meilleure connaissance de notre vieux domicile et de ses habitants, plus de sûreté sur les mers qu’il a parcourues la sonde à la main, et plus de correction dans nos cartes. Les marins et les géographes ne peuvent donc se dispenser de la lecture de son ouvrage. Il est écrit sans emphase, avec le seul intérêt de la chose, de la vérité et de la simplicité. On voit par différentes citations d’anciens auteurs que Virgile était dans la tête ou dans la malle du voyageur.
M. de Bougainville part de Nantes, traverse les mers jusqu’au détroit de Magellan, entre dans la mer Pacifique, serpente entre les îles qui forment cet archipel immense compris entre les Philippines et la Nouvelle-Hollande, rase Madagascar, le cap de Bonne-Espérance, achève son tour par l’Atlantique, tourne l’Afrique et rentre dans son pays à Saint-Malo.