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Excursions à skis dans la haute montagne en Valais
dans la haute montagne en Valais
Avec 4 illustrations.Par Alfred Moll.
S' il vous arrive une fois au printemps de bénéficier d' une quinzaine de vacances pour faire du ski et si, de surplus, vous êtes un skieur bien entraîné sur les pentes plutôt escarpées, voici ce que nous vous proposons:
Sortez les skis de leur réduit, dépendez corde, piolet, crampons et peaux de phoque et partez avec quelques camarades alpinistes; faites vos provisions et expédiez-les à Zermatt d' où elles prendront en temps voulu le chemin de la cabane Bétemps.
Vous partez donc pour Zermatt; peut-être même vous proposez-vous de monter le même jour à la cabane du Théodule, puis le lendemain au Breithorn; peut-être aussi avez-vous pensé à vous entendre avec le gardien de la cabane afin d' avoir la certitude que celle-ci sera ouverte. Toutefois, par le temps qui court, tous ces beaux projets risquent fort de ne pas avoir de suite: ces dernières années, le temps est toujours maussade le dimanche! Et, en effet, à peine avez-vous quitté le tunnel du Lœtschberg que les flocons de neige fouettent les glaces du wagon, et tandis que le train remonte la vallée de Zermatt, la couche de neige atteint une telle épaisseur que c' est une pitié! Dans ces conditions, il est bien inutile de songer à atteindre la cabane du Théodule en une demi-journée. Le plus raisonnable est de rester tranquillement à Zermatt et d' attendre que la neige fraîche se soit tassée; ou plutôt essayez d' aller jusqu' à la cabane Bétemps. Il se peut qu' il se trouve encore d' autres optimistes que vous. Peut-être même quelqu'un vous a-t-il devancés et frayé le passage. De fait, une trace ni trop étroite ni trop large est visible qui traverse le Gornergletscher, se dirigeant tout droit vers la cabane. Ce que vous n' osiez guère entreprendre devient une promenade malgré la charge pesante que vous avez sur le dos. A la cabane Bétemps, vous trouvez ceux qui sont partis de Zermatt avant vous et vous arrivez juste au moment voulu pour leur aider à faire le feu, fondre la neige, cuisiner, souper et dormir.
A Bétemps.
Le jour commence à poindre, vous allez à la fenêtre qui, d' habitude, encadre si bien le Cervin; c' est en vain que vous vous frottez les yeux: les montagnes sont dans le brouillard! Tout autour de la cabane, cinquante centimètres de neige fraîche! Déception! Pourquoi donc n' être pas resté à Zermatt? Vous auriez pu dormir confortablement, faire tranquillement votre toilette et vous asseoir devant un copieux déjeuner bien servi, puis acheter des journaux et discuter avec vos compagnons... Au diable ces pensées séductrices! Un sportif ne doit pas faire de réflexions de ce genre, ni surtout leur permettre de s' emparer de son esprit. Chaussez bien plutôt les skis et, afin de ne pas vous engourdir complètement, tracez la voie jusqu' à l' Obere Plattje. Plus tard, cette piste vous sera certainement utile. Que vous serez fiers demain ou après-demain en constatant que tout le monde suit vos traces! Et Pon vous bénira; le skieur malin attend effectivement toujours que quelqu'un de moins égoïste que lui ait frayé le chemin. Après des virages en stemm plus ou moins réussis, vous vous retrouvez à la cabane pour le repas de midi. Les camarades vous donnent un coup de main afin de pouvoir entreprendre encore quelque excursion au cours de l' après. Telle la troupe qui suit le chemin indiqué par son chef, toute la compagnie suit vos traces à travers l' Untere Plattje. Puis, à tour de rôle, chacun prend la tête du groupe dans la direction nord-est à travers le glacier du Mont Rose jusqu' au Gornergletscher. La récompense est une douce descente vers ce qu' on appelle, en été, le lac de Gorner. Là vous faites un virage autour du Nez et vers le soir vous voilà de nouveau à Bétemps. De cette façon, vous avez bien gagné repas et sommeil.
À la Pointe Dufour.
Tiens! Les brouillards sont presque entièrement dissipés; cependant, ils eachent toujours le Breithorn et le Cervin. Autour du Lyskamm, de lourdes et épaisses vapeurs rôdent encore, mais le massif du Mont Rose resplendit déjà au soleil matinal. Seuls quelques lambeaux de brouillard sont restés accrochés ici et là; tantôt ils lèchent perfidement les arêtes, tantôt ils tourbillonnent gaîment en une danse folle autour des sommets. C' est dans cette direction qu' il convient de se risquer aujourd'hui. Jusqu' à l' Obere Plattje suivez les anciennes traces. Là commence le glacier proprement dit, c' est le moment de s' encorder. Les crevasses sont disposées de telle façon que — cette année aussi — vous pouvez suivre à peu près la route marquée sur la carte de Zermatt pour skieurs. Lentement, vos phoques montent en glissant le long du glacier du Mont Rose, tantôt évitant une grande crevasse à droite, tantôt contournant de formidables rimaies à gauche. Sur une pente assez régulière, à travers la Schotte, vous atteignez la Satteldohle. Ensuite la montée devient plus raide. Plantez alors skis et bâtons dans la neige, sortez le piolet du sac et, comme dans les courses d' été, creusez des marches dans la pente de neige croûtée jusqu' à ce que vous arriviez au Sattel. Si vous en avez envie et que vous ne vous sentiez pas trop fatigués, mettez les crampons, déposez le sac et, en suivant l' arête, poussez jusqu' à la pointe Dufour, notre plus haut sommet en Suisse. Pour cela, je vous souhaite de bons poumons; mais si vous en avez déjà assez en arrivant au Sattel, rebroussez chemin sans honte. Après tout, vous êtes déjà à 4354 m ., vous avez pile suffisamment de neige fraîche et n' êtes, d' ailleurs, pas encore acclimatés; rappelons-nous, en outre, que de telles ascensions à skis sont plus épuisantes que les grimpées à pied dans de bonnes conditions. De retour auprès de vos skis, vous atteindrez, par de légers christianias en zigzag et en suivant la trace de montée, les régions inférieures du glacier du Mont Rose.Vers le bas, la neige devient plus molle et force est de recourir aux détestables virages en stemm jusqu' à ce que cela vous semble si pénible que vous préférerez faire demi-tour. Vous EXCURSIONS A SKIS DANS LA HAUTE MONTAGNE EN VALAIS.
Au col du Théodule et au Breithorn.
Cette fois, point n' est besoin de partir de bonne heure. La matinée est réservée aux emplettes; une fois achetés Zwiebacks, lard cru et pruneaux secs, vous avez encore le temps de vous offrir un dîner au milieu du luxe. Après quoi départ! Deux routes conduisent au col du Théodule. L' une, la plus courte, partant du Gornergletscher, passe par le glacier inférieur du Théodule. Si ce chemin vous semble trop banal, grimpez d' abord — à la sueur de votre front — jusqu' au Lac Noir, puis glissez lentement en montant sur l' interminable désert enneigé du Furgg-Gletscher et du glacier supérieur du Théodule. Le coucher de soleil est magnifique! Vers le col du Théodule, les pentes enneigées resplendissent en gammes de nuances allant du rose au bleu-violet, l' azur du ciel devient de plus en plus foncé jusqu' au moment où les étoiles commencent à scintiller. Tel un spectre, le Cervin se dresse derrière vous dans le ciel nocturne.Vous finissez tout de même par arriver à la cabane du Théodule. Elle se présente froide et sombre sur l' ar, exposée à tous les vents. L' entrée en est formée par une étroite caverne de neige. Dans la chambre, un petit poêle irradie sa chaleur à une distance d' un ou deux mètres. Le long des murs, le froid est glacial. Si vous ne voulez pas souffrir du froid asseyez-vous dos au fourneau le plus près possible. Arrivant si tard, vous n'&tes pas, pour le gardien italien de la cabane, des hôtes très bienvenus. Et surtout ne vous figurez pas être là dans un restaurant on vous n' avez qu' à commander! Estimez-vous bien heureux si, à cette heure tardive, il veut bien vous préparer un potage auquel vous pourrez ajouter quelques gorgées de Chianti rouge tempéré sur le petit po&le. Et quand le sommeil viendra, retirez-vous à l' étage supérieur qui consiste en hauts dortoirs, genre cellules, où deux fois deux couchettes superposées peuvent recevoir chacune un touriste. Les doigts glacés, on a peine à arriver dénouer les souliers. Toutefois, les hôtes de ces « chambres d' hôtel » sont bien certains de se réchauffer en s' enfouissant sous une demi-douzaine de couvertures. Mais le lendemain matin, les souliers sont encore gelés, raides, et la neige apportée la veille avec les pieds jonche le sol, intacte. Cependant, un rais de lumière filtrant par une fente des volets vous invite à sortir de vos couvertures. En bas, le café est déjà pr&t. On se met en route au lever du soleil, ce qui est fort heureux, car sans ses chauds rayons, il ferait bigrement froid!
Le plateau du Breithorn est traverse en un clin d' œil et l'on aboutit au col du même nom. Les skis sont abandonnés, le sac est dépose, on sort le piolet et on entreprend la montée, en direction nord-est, sur l' ar neigeuse que l'on suit en direction de l' ouest en s' assurant au moyen du piolet, et bientôt le sommet est atteint. Le panorama n' est pas extraordinairement étendu, car le Breithorn lui-même et ses voisins cachent une bonne partie de la vue; ce qui frappe surtout, c' est l' aspect sauvage de la haute montagne que l'on n' a pas souvent l' occasion de contempler aussi directement. Les skis sont retrouvés avec joie et la descente est vraiment splendide. Encordés, vous vous élancez sur le plateau du Breithorn, en passant près de la cabane du Théodule et en contournant le petit Cervin jusqu' au Gornergletscher; du pied nord du Triftje, par le pied nord de la Schwserze, en suivant une ligne hori- zontale presque droite, vous gagnez ensuite aisément l' hospitalière cabane Bétemps assez à temps pour avoir toute l' après à consacrer aux douceurs du farniente.
À la capanna Margherita et retour.
La cabane qui porte ce beau nom — la plus haute des Alpes ( 4561 m.sur sol italien, est en même temps un observatoire; c' est le col le plus haut auquel on puisse atteindre à skis, son altitude dépasse celle du sommet du Cervin. C' est quelque chose que l'on doit avoir vu!
Rendez-vous sur le Grenzgletscher en passant entre la Plattje supérieure et l' inférieure. Traversez ce glacier dans la direction du Lyskamm. Vous évitez ainsi plus facilement les précipices du bas. Puis laissez-vous attirer par la Pointe Dufour, montez en spirale autour de la Pointe Parrot et décrivez un grand cercle autour de la Zumsteinspitze en descendant la combe. Il semble que c' est un jeu d' enfant de faire cette ascension à skis, mais voici le hic...: on est déjà au-dessus de 4000 m.I Les pas se font de plus en plus courts et lents; les camarades s' arrêtent de plus en plus souvent... soi-disant pour admirer la belle nature, mais, en réalité, pour reprendre leur souffle. Si l'on ne s' est pas aperçu plus tôt que les skis représentent tout de même un certain poids et qu' à cette hauteur, quand la neige est gelée, on grimpe plus facilement à pied, sans skis, on le réalise alors. Dans ces moments pénibles, on se prend à penser à ces vaillants qui, lors de l' expédition du Mont Everest, atteignirent une altitude de 7000 m. Alors on reprend courage et on continue à s' appliquer à mettre un ski devant l' autre jusqu' à ce que l'on atteigne le Gnifettisattel. Ne vous laissez pas effrayer en constatant que la belle Margherita trône sur un récif rocheux; vous pouvez maintenant enlever les skis. En gens pratiques, vous vous demandez s' il ne vaut pas mieux manger votre picotin à l' endroit où vous vous êtes arrêtés; vous pourrez alors déposer le sac auprès des skis et, armés uniquement du piolet et de la corde, vous pourrez attaquer le sommet qui, dans le bas, est cuirassé de neige durcie, au milieu, de glace et plus haut, de blocs de rochers. Montée qui n' est ni difficile ni périlleuse; cependant, avec des souliers de skis qui ne sont pas du tout ou mal ferrés, il faut faire attention. Comme qu' il en soit, les crampons seront d' utilité.
La Margherita n' offre qu' une vue limitée. On y voit l' arête conduisant à la Pointe Dufour et au Jägerhorn, les corniches du Lyskamm et même un peu plus loin. Du côté italien, les rochers descendent perpendiculairement dans la mer de brouillard qui recouvre la plaine italienne. On cherche en vain des spaghettis! La cabane n' est pas habitée en hiver. Pourquoi donc s' arrêter longtemps ici? Après quelques respirations profondes, redescendez où vous avez laissé sacs et skis et vous trouverez une de ces merveilleuses descentes telles que les offre la région de Bétemps. Sans se presser, en 30 à 45 minutes on atteint la cabane.
Autres possibilités.
Une belle course serait le Castor verglacé, que l'on dit pouvoir traverser en hiver, crampons aux pieds et skis sur le dos.
Le Weissgrat et le Jägerhorn peuvent aussi être atteints de ce point.
Par l' Adlerpass à la cabane Britannîa.
Hélas! les vacances touchent à leur fin. Pourquoi retourner à Zermatt? Ecoutez une proposition qui est bien plus intéressante. Suivez les sentiers connus sur l' arête à l' est du Stockhorn, et vous arriverez au glacier de Findelen que vous traverserez. Si la neige est en bonnes conditions, on peut longer l' escarpement enneigé vers l' Adlergletscher, entre l' Adlerhorn et le Strahlknubel. Il vaudrait toutefois peut-être mieux descendre un peu plus bas sur le Findelengletscher et monter au nord du Strahlknubel. En tout cas, vous serez contents d' être sur l' Adlergletscher. Mais ce n' est pas tout. Vous pouvez, sac au dos, glisser encore pendant deux à trois heures sur la carre et vous en donner à cœur joie, jusqu' à ce que vous ayez atteint l' Adlerpass. La partie supérieure est si abrupte que la plupart des alpinistes préféreront porter leurs skis. Chemin faisant vous pouvez encore escalader le Strahlhorn et de là descendre directement sur le glacier de FAllalin, à moins qu' il ne vous arrive ce qui nous advint à mes camarades et à moi: nous avions bien l' intention d' abord de faire le Strahlhorn; mais tandis que, sur l' Adlerpass, nous étions blottis à l' abri du vent contre un bloc de rocher, l' un de nous prétendit que la vue était trop voilée, qu' on allait, après tout, à la montagne pour jouir du panorama; un autre déclara que cette bosse n' était pas intéressante, toute plate et qu' il n' y avait pas là de quoi varapper; le troisième craignait un changement de temps et que le brouillard ne nous surprenne sur le chemin de la cabane Britannia; quant à moi, j' exprimai le regret de ne pas avoir mes crampons ( on me les avait changés à la cabane Bétemps ), mais, à vrai dire, ils n' étaient pas indispensables. Les raisins étaient trop verts 1 Nous étions harassés. Si vous faisiez une expérience semblable, descendez de l' Adlergletscher tout droit par le glacier d' Allalin sur la cabane Britannia.
Le Strahlhorn et le glacier d' Allalin.
Une fois à la cabane Britannia, si vous avez encore deux jours dispo- nibles, vous pourriez, le premier jour, faire le Strahlhorn que vous avez manqué. La descente sur la cabane Britannia en vaut la peine. Le deuxième jour pourrait être consacré à la visite de l' Allalinhorn. De là, deux possibilités se présentent: soit la descente par le Feegletscher à Saas-Fee et, de là, à skis ou en traîneau à mulet à Stalden, soit la descente par le Mellichen- gletscher, le long de la vallée, à Taesch. En ce qui concerne ces deux propositions, je regrette de ne pouvoir vous donner des indications plus précises. Alors que mes camarades et moi étions sur le point d' exécuter cette partie du programme, la fin de la semaine était là avec brouillard, tempête de neige, etc ce qui nous obligea à descendre en toute hâte vers Saas-Fee en longeant le bord est du Feegletscher.
Je vous souhaite dans cette région plus de chance que nous n' en avons eu!