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L’exposition Artistes fictifs rassemble des œuvres dont les auteurs demeurent cachés – plus ou moins hermétiquement – derrière des pseudonymes ou des hétéronymes.
Vern Blosum, le plus ancien de ces personnages, était actif sur la scène du Pop Art new-yorkais dès 1961. Lorsque la fiction de son identité fut révélée, et bien que deux de ses œuvres aient déjà été acquise par le MoMA, son travail fut perçu comme une imposture et voué à l’oubli durant un demi-siècle. Pourtant, l’artiste dissimulé derrière Vern Blosum avait inventé une figure auctoriale cristallisant la sensibilité artistique de son temps et apportant, plus qu’une ironie formelle, une observation des fonctionnements du système de l’art et de l’importance de ses différents agents.
Ces questions seront également abordées, deux décennies plus tard, par le galeriste Colin de Land. Au sous-sol de son espace, American Fine Arts, il donne secrètement vie à deux hétéronymes : l’un, John St. Bernard, explore la figure du saint au cinéma ou dans la culture populaire ; l’autre, John Dogg, inventé avec la complicité de Richard Prince, s’approprie la pratique du ready-made appliquée à l’univers automobile. Prince, figure centrale de l’appropriation dans les années 1980, est, lui, le sujet des pastiches de Donelle Woolford qui renverse la connotation des Joke Paintings en les attribuant à une artiste africaine-américaine et en les faisant réaliser par ses collaborateurs.
Ce mélange des rôles entre le galeriste, l’artiste et ses prête-noms se retrouve chez Reena Spaulings. Cette héroïne d'un roman écrit collectivement en 2004 donne son nom à une galerie new-yorkaise avant d’exposer – dans d’autres galeries – des œuvres traitant du rapport de l’art à son marché, telles les nappes de vernissages montées en étendards. Henry Codax est, quant à lui, un personnage secondaire du roman Reena Spaulings dont de vrais artistes se sont attachés à réaliser les œuvres.
Cette exposition était aussi l’occasion de revoir la collection Yoon Ja et Paul Devautour, ces « agents d’art » qui inventaient, réalisaient, promouvaient et collectionnaient le travail de seize « artistes artificiels » incarnant chacun un mouvement possible de l’art des années 1980-1990.