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Une page de l'histoire suisse est tournée. En abolissant l'article constitutionnel sur les évêchés, les citoyens ont supprimé l'ultime discrimination dont les catholiques étaient victimes. Des questions demeurent toutefois en suspens concernant les relations entre l'Eglise et l'Etat.
A vrai dire, l'acceptation de l'abrogation de l'article sur les évêchés n'est pas une surprise. Tous les grands partis soutenaient cette modification constitutionnelle. Par ailleurs, l'opposition, quoi qu'un peu diffuse, n'a jamais représenté une menace sérieuse.
Grâce à ce vote, l'Eglise catholique pourra ériger de nouveaux évêchés sans demander la bénédiction de la Confédération. Ce faisant, la Suisse satisfait désormais aux critères internationaux en matière de liberté religieuse. En déniant à l'Eglise catholique le droit de s'organiser elle-même, le pays contrevenait en effet à la Déclaration des droits de l'homme.
Le oui des Suisses prouve aussi que les tensions religieuses entre protestants et catholiques appartiennent désormais au passé. Mieux, aucun canton à majorité protestante n'a refusé l'abrogation de l'article sur les évêchés.
Il n'en reste pas moins qu'un tiers des Suisses auraient préféré maintenir un contrôle de l'Etat sur l'Eglise catholique. Cette minorité comprend bien sûr des protestants, mais aussi beaucoup de catholiques.
Le fait que quelque 30% des citoyens des cantons à forte majorité catholique (Fribourg, Valais, Uri, Obwald) se soient prononcés contre l'abrogation démontre, en outre, l'existence d'un certain malaise entre la politique vaticane et les fidèles de la base. L'imposition de Mgr Haas à Coire, il y a une dizaine d'années, a certainement laissé des traces.
Une partie des opposants entendaient par ailleurs remplacer l'article sur les évêchés par un nouvel article régissant les relations entre l'Etat et les différentes Eglises officielles. De nombreux cantons ont déjà entrepris ce travail au cours de la révision de leur constitution. A n'en pas douter, l'Etat fédéral ne pourra faire l'économie de ce débat longtemps encore.
Olivier Pauchard, Palais fédéral