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20/05/2012
Méfiez-vous du peuple, le bon sens est dangereux!
Le 17 juin prochain, nous voterons sur l'initiative de l'Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), demandant que le peuple soit consulté dans le cadre d'accords internationaux liant notre pays dans des domaines importants. Nous assistons à cet égard à une étrange, mais compréhensible, coalition politico-économique contre cette initiative, qui serait dangereuse, impraticable, et dont les conséquences affaibliraient notre pays.
En d'autres termes, demander l'avis au peuple ralentirait notre réactivité politique, et serait nuisible à la Suisse. Pour convaincre les indécis, nos milieux économiques, qui sont apparemment très satisfaits de la soumission actuelle de nos politiques, ne manquent pas de moyens. Ainsi, à grands renforts d'avis d'experts universitaires (chacun sait qu'il est préférable et plus crédible de faire dire par un expert ce que l'on pense soi-même), le texte de l'initiative serait impraticable. En effet, quelle définition donner à la notion de « domaines importants » ?
Les mêmes experts ne semblent pourtant pas voir de problème à l'interprétation de l'article 147 de notre actuelle Constitution fédérale, qui parle de « traités internationaux importants »...La raison est simple : il appartient à la loi de mettre en application les principes constitutionnels et de définir les notions juridiques indéterminées. L'argument juridique ne tient donc pas, et c'est bien dans la stratégie politique qu'il faut rechercher la motivation des opposants à cette initiative.
Le risque que voient certains à consulter le peuple est bien moins avouable. Les intérêts particuliers d'une minorité, et non seulement économiques, ne pourraient que difficilement être dévoilés dans une campagne. Si le peuple n'avait pas été consulté le 6 décembre 1992, la Suisse ferait partie de l'EEE, et s'il ne devait l'être, elle serait dans l'UE. Toutes nos lois nouvelles sont d'ailleurs adoptées dans cette perspective d'eurocompatibilité. Pourtant...qui pourrait vouloir entrer dans une Europe telle qu'elle est aujourd'hui ? Même les pro-européens, dont j'étais, doutent. Avec raison.
Le bon sens populaire est donc souhaitable, même si nos politiques s'en méfient, car il ne peut se négocier avec la même aisance que des accords de cabinet. Le bon sens, garde-fou bénéfique, n'est ni de gauche ni de droite, c'est le bons sens, un point c'est tout. Que ceux qui ont des arguments à faire valoir pour lier notre pays dans des domaines importants qui toucheront le quotidien de nos concitoyens, le fassent dans le cadre d'une campagne ouverte. Le peuple n'est pas stupide, loin de là !
Ainsi, avant de donner 180 millions à la Roumanie dans le cadre du Fonds européen de cohésion (http://www.erweiterungsbeitrag.admin.ch/fr/Home/Pays), que l'on demande au peuple suisse s'il n'entend pas lier cette aide à une politique responsable et respectueuse de ce pays à l'égard de ses ressortissants « Roms ». Evidemment, cela risque d'en fâcher certains. Peu importe.
Ce sont d'ailleurs les mêmes qui s'opposent à l'élection du Conseil fédéral par le peuple. Cela nuirait à la cohésion nous dit-on. Comprenez «à la compromission ». Il ne faut pas s'étonner que notre Conseil fédéral soit le premier à s'y opposer dans son communiqué du 16 mai 2012 (http://www.ejpd.admin.ch/content/ejpd/fr/home/dokumentati...), car avec une élection populaire, la majorité de ses membres n'y serait tout simplement pas.
Alors entre deux risques, celui de ne pouvoir convaincre le peuple de la justesse d'une position, et celui de laisser diriger la Suisse du XXIème siècle, avec les nouveaux défis qui sont les siens, par des intérêts partisans, j'ai choisi. Je voterai en faveur de cette initiative.