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Ce tableau de Louis Rivier représente un paysage de montagnes alpines. On est à la fin du printemps, lorsque la neige a fondu mais que les sommets sont encore blancs. C’est un paysage construit par plans successifs et se développant en sens horizontal.
Au premier plan, Louis Rivier peint un pré parsemé de rochers, de quelques fleurs rose orangé et, sur la droite, confondu parmi le vert et le marron du terrain, d’un arbre. Il s’agit d’un conifère encore petit. On distingue le tronc, court et fin, ainsi que les branches légèrement tombantes et ondulantes, recouvertes d’aiguilles vert foncé et de pives. Sa présence manifeste, dans ce contexte naturel grandiose, acquiert une signification symbolique. Il évoque une sorte de résistance solitaire et de persévérance. Les parois rocheuses, moussues et partiellement végétalisées, occupent le plan suivant. Les sommets, pointus sur les côtés et plus doux au centre, sont partiellement enneigés. Le pré et la chaîne de montagnes encerclent un petit lac, situé dans la partie centrale de la composition, sur la droite. La partie supérieure du tableau est, quant à elle, dévolue au ciel, bleu azur foncé, strié de quelques touches, presque imperceptibles, de blanc.
Les trois-quarts de la composition, à partir des rochers du premier-plan jusqu’aux pieds de la chaîne, sont dominés par les verts, les bruns, et les gris et gris-vert. Louis Rivier applique la couleur par touches répétées et serrées, virevoltantes aussi, souvent vives. La juxtaposition des touches enrichit la palette utilisée par le peintre en créant, grâce à un effet optique, différentes nuances. De plus, ce procédé confère à la composition un certain dynamisme traduit par une lumière fractionnée et vibrante.
La rudesse des cimes est comme adoucie par l’amalgame de différents bruns des montagnes ; les couleurs fusionnent donnant vie à une surface à l’aspect presque malléable.
Le tableau est dans son ensemble lumineux, baigné d'une lumière étale. Les ombres rythment la composition, des ombres portées, qui n’obscurcissent pas le paysage, mais soulignent les volumes des roches et les aspérités du terrain.
La disposition des éléments naturels, organisés par Louis Rivier d’une manière théâtrale comme une scène, invite le spectateur à parcourir avec son regard et son esprit ce paysage immense, solitaire et silencieux.
Ce paysage présente plusieurs points en commun comme la structure générale et le style pictural, avec La chaîne du Weisshorn, 1921-1922) et Paysage de montagne avec lac, datant des mêmes années. Cette oeuvre se rapproche de certains paysages de Giovanni Segantini.
Bon état.
Louis Rivier adopte la détrempe dès 1906 jusqu’à la fin des années 1930. La détrempe est une technique traditionnelle de la Renaissance italienne (tempera all’uovo). « La tempera à l’œuf italienne était l’héritière directe de la tradition byzantine […]. Le nombre de tableaux peints à tempera est considérable […]. Elle est pourtant tombée en désuétude au cours des XVIe - XVIIe siècles. ». (François Perego. 2005. Dictionnaire des matériaux du peintre, Paris : Ed. Belin, p. 706).
La recette de Rivier, mise au point par Théophile Robert, comporte du jaune d’œuf, de la résine d’Avar ou copal, de l’huile de noix pure, du vinaigre blanc et de l’eau. (Dario Gamboni, Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, p. 97).
Au cours de sa carrière, Louis Rivier rencontre plusieurs difficultés quant à l’emploi de la détrempe. Ces obstacles l’amènent à abandonner momentanément cette technique au profit de l’huile. Mais, « […] après quelques années de tentatives obstinées, il finit par maîtriser la détrempe à tel point qu’il put l’utiliser pour ses paysages aussi bien que pour ses portraits, et pour d’autres compositions. » (Francesco Sapori, Louis Rivier, p. 38).
En 1938-39, Rivier invente, à partir de dessins aux crayons de couleurs, le « procédé spécial », technique qu’il emploiera pour presque toutes ses œuvres même en grand format et réalisées pour des décorations murales. Une exception notoire est la décoration de l’Église orthodoxe grecque de Lausanne qui a été réalisée entièrement à la détrempe, et cela sur une durée de plus de 15 années, jusqu’en 1940.
Entre 1921 et 1922, Louis Rivier séjourne dans les Alpes et, en particulier, à Zermatt. Il réalise plusieurs croquis de paysages et de montagnes dont Le Cervin et les Mischabels dans son agenda et ses carnets. En 1921, il participe au Salon de la Nationale à Paris, au Salon de la Société des artistes français à Paris encore et à une Exposition de la SPSAS à la Kunsthaus de Zurich. En 1922, il expose au bâtiment Arlaud à Lausanne. A La Neuveville, il réalise la polychromie et les vitraux du temple. Il peint ce paysage alpin dans son atelier à Jouxtens.
- Site de l'Association des Amis de Louis Rivier www.art-louisrivier.ch