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Dernière modification le 26-12-2023 à 12:52:59
Les concepts économiques d’expansion, de récession, de dépression, d’effondrement ou de décroissance ne sont pas toujours très clairs. Pour en avoir une vision claire, il faut se baser sur des notions comme la valeur ajoutée et le PIB qui sont souvent mal connus. Plutôt qu’une nouvelle explication, on peut tenter une comparaison avec la vie courante et imaginer ces situations économiques transposées dans la vie d’une personne.
Expansion ?
Une économie est en expansion quand son PIB est en croissance, que la production et les revenus augmentent. C’est la conjoncture ardemment désirée par les dirigeants politiques et les milieux économiques. On connaît une variante sous la forme de la « croissance verte » qui implique aussi une augmentation des revenus et de la consommation, donc de la consommation d’énergie et de ressources naturelles.
Ramené à une personne, ce serait la situation de celui ou de celle qui travaille à 100 % (ou plus !). Grâce à son revenu, cette personne peut consommer, voire constituer une épargne. Sa situation économique est considérée comme saine. Mais travailler beaucoup dans ce monde stressé implique souvent que cette personne mange trop, fume beaucoup ou n’a pas assez d’activité physique. Sa santé est en jeu, mais elle n’imagine pas un instant un changement de comportement. Sa vie sociale n’est pas très stable et reste subordonnée aux impératifs de la productivité de son travail : il lui faut se motiver, tenir bon, pour s’assurer une augmentation de salaire en fin d’année.
Récession ?
Une économie est en récession quand son PIB est en baisse et que les revenus baissent. De manière cyclique, l’économie connaît périodiquement, suite à des crises, des récessions qui prennent fin avec une reprise, lorsque le PIB repart à la hausse.
Ramené à une personne, ce serait la situation de celui ou celle qui vient d’être licencié(e) et doit aller pointer au chômage. Cette personne reçoit une part de son revenu précédent pendant une durée limitée. Sa situation économique est nettement moins avantageuse et il faut renoncer à certaines choses, comme des vacances au long cours. Sa santé n’est certainement pas meilleure, l’ennui en plus, en fumant encore plus. Sa vie sociale peut devenir plus instable et ses relations souffrent de cette situation inquiétante. Il faut essayer de retrouver un travail rapidement.
Dépression ?
Une économie est en dépression quand son PIB baisse très fortement ou sur une longue durée, donc que la production et les revenus chutent. La récession cyclique est aggravée et se prolonge, le déclin devient structurel.
Ramené à une personne, ce serait la situation de celui ou celle qui aurait été licencié(e) deux ans plus tôt et ne pourrait plus pointer au chômage. Cette personne reçoit maintenant l’aide sociale. Son revenu est beaucoup plus bas et il faut renoncer à tout ou presque et se limiter aux dépenses nécessaires. Sa santé devient mauvaise et elle évite de se rendre chez le médecin car elle n’en a plus les moyens. Elle devient dépressive et n’a plus vraiment de vie sociale. Retrouver un travail est un espoir vain et la situation semble sans issue.
Effondrement ?
Une économie s’effondre quand les services fondamentaux ne sont plus assurés. L’Etat ne fonctionne plus, les actes de violence sont plus nombreux et chacun se replie sur sa propre survie. L’économie subit une simplification drastique, les villes se dépeuplent et la production se concentre sur les moyens de survie.
Ramené à une personne, ce serait la situation de celui ou celle qui ne se rend plus au bureau de l’aide sociale, qui a perdu son logement et qui vit désormais dans la rue en mendiant. Cette personne récupère de temps en temps de quoi acheter à manger ou passer une nuit à l’abri. Sa santé est déplorable et sa vie est souvent en danger. Sa vie sociale est un lointain souvenir, elle est désormais très seule. Elle est à la merci des dangers et sa situation est sans espoir, sauf miracle.
Décroissance ?
Une économie serait en décroissance si la population décidait de limiter sa consommation pour vivre plus sainement et de façon soutenable écologiquement et socialement. On ne se préoccupe plus de PIB et on concentre la production sur ce qui est nécessaire en mettant la priorité sur les besoins des humains et de la nature.
Ramené à une personne, ce serait la situation de celui ou celle qui décide de travailler à temps partiel. Cette personne se contente désormais d’un revenu moins élevé et d’un plus petit logement. Elle a renoncé aux voyages lointains et à la voiture individuelle, se déplace à pied ou à vélo, produit elle-même une partie de ce qu’elle consomme et se consacre à des loisirs peu coûteux comme la lecture, les randonnées et les jeux de société. Elle partage certaines choses (voiture, appareils, outils, etc.) avec ses voisins et amis. Sa santé est plutôt bonne : elle dort suffisamment, prend le temps de se reposer, fait de l’exercice régulièrement et entretient une vie sociale riche en rencontres stimulantes en bénéficiant du temps libre dont elle dispose. L’avenir ne l’inquiète pas, car elle sait qu’elle peut vivre avec assez peu de choses.
Il s’agit bien évidemment d’une présentation très simple des choses. Son but est toutefois d’orienter la discussion vers la nécessité de réfléchir à ce que nous voulons vraiment. Passer à un autre mode de société, à une autre économie, implique plus de sagesse que de savoir. Nul besoin d’équations compliquées ou de raisonnements complexes : si nous voulons réussir à sauver nos conditions de vie sur Terre, nous devons retrouver des formes de sagesse qui nous conduiront à consommer différemment, à vivre différemment et à mieux nous intégrer dans la nature. A nous de décider ce que nous préférons : l’expansion économique, avec ses récessions récurrentes et le risque d’une dépression plus grave, voire d’un effondrement économique violent, ou alors le choix d’une forme ou d’une autre de décroissance. L’avenir n’est pas encore écrit.