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Critique
"Peter Entell a à son actif un nombre enviable de documentaires. Avec LE TUBE, il s'attaque à l'impact du petit écran sur les téléspectateurs, ressuscitant les théories traduites et publiées en français en 1968 du théoricien des médias Marshall McLuhan, alors très en vogue, selon lequel ""le message est le médium"" (et non pas le contenu de l'émission).
Il en résulte un florilège d'affirmations et d'interviews, y compris les poncifs de rigueur sur les cerveaux gauche et droite, qui n'apprennent pas grand-chose de neuf à ceux qui s'intéressent quelque peu à la communication.
Introduit par de belles images abstraites, le film commence au domicile de Luc Mariot, journaliste à la TSR. Avec sa femme, il observe leur fille Zoé, quatre ans, qui paraît hypnotisée par la vidéo PokEmon défilant sur le téléviseur familial et qui s'enrage quand ses parents décident d'éteindre celui-ci. Luc se souvient que, quelques années auparavant, quelque 600 petits Japonais, lors de la diffusion d'un épisode de ce dessin animé, avaient eu des crises de type épileptique.
L'enquête démarre. L'équipe de tournage se rend à Tokyo et est impressionnée par l'omniprésence d'écrans géants sur les façades du centre ville. Interview d'un médecin et d'un des fabricants de Pokémon; présentation de courbes éloquentes illustrant le scintillement excessif de l'épisode incriminé. Retour à Genève, et recours à l'Internet pour approfondir le sujet, ce qui conduit à un reportage aux Etats-Unis: rencontre avec des ingénieurs pionniers de la General Electric, avec une spécialiste de la ""cyberdépendance"", le fils de MacLuhan (allure très baba... ce qui rappelle que l'usage du mot cool, dont nos chères têtes blondes sont si friandes, est né aux Etats-Unis du milieu des années 60), des chercheurs commandités par des entreprises. Parallèlement, en Suisse romande, on observe des téléspectateurs ayant accepté qu'une caméra les enregistre lorsqu'il sont devant leur petit écran. On constate que le tube cathodique, à l'instar de diverses substances, peut engendrer une dépendance - la navigation sur le net aussi, et on cite le cas de jeunes qui, partis d'une recherche donnée, passent douze heures à pianoter, finissant par aboutir à une destination imprévue -, et que le cerveau d'une personne devant son poste émet des ondes alpha témoignant de la passivité du cortex...
Il y a un travail intéressant de montage et de traitement de l'image, un habile contrepoint entre yeux et écrans, mais si la fin ouverte nous épargne le côté donneur de leçons cher à certains, elle laisse un sentiment d'inabouti. On éprouve l'impression que l'on a de plus en plus fréquemment devant des magazines télévisés où reportage et reconstitutions deviennent difficiles à distinguer. Ce qui amène aussi à penser que, avec un traitement moins superficiel et une analyse plus serrée, avec un journaliste moins ébaubi de découvrir l'Amérique, le format de 52 minutes de ces émissions aurait suffi. Au reste, si le dossier de presse mentionne des remarques pessimistes de directeurs de chaînes redoutant les conséquences de l'enquête, ceux-ci peuvent dormir tranquilles: la machine à décerveler a encore de beaux jours devant elle."
Daniel Grivel