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Celui qui veut faire carrière après ses études est aujourd'hui confronté à de complexes processus de recrutement. La graphologie est un instrument controversé, mais qui a été largement utilisé pour sélectionner et examiner les candidats.
Ecris-moi quelque chose et je te dirai qui tu es! L'écriture manuscrite est différente chez chacun, comme la gestuelle et la mimique, mais certains peuvent la lire et l'interpréter. Elle se compose de facteurs musculaires, contextuels et culturels, qui peuvent à leur tour être décodés à partir d'une écriture. Les graphologues sont persuadés de pouvoir, à partir de l'écriture, trouver des informations sur la personne concernée, informations qu'elle ne donnerait pas d'elle-même. Cette méthode vise à simplifi er le processus de recrutement: l'employé potentiel est sondé et ses aptitudes réelles peuvent être constatées, suite aux déclarations faites durant l'entretien.
pour pouvoir se mettre au travail, les graphologues ont besoin d'une feuille blanche sur laquelle fi gure un texte écrit au stylo ou à la plume (dans le passé il s'agissait souvent du CV). De plus, ils doivent connaître la date de naissance, le sexe, la nationalité et le pays (dans lequel la personne à appris à écrire) et savoir s'il s'agit d'un gaucher ou d'un droitier. Dans l'analyse, différents éléments seront visés. Les marges, ainsi que les espaces entre les phrases, les mots et les lettres seront des points décisifs. D'autres critères tout aussi importants sont la pression exercée (les textes au feutre ou au crayon sont trop vagues à ce sujet) et la forme des lettres (longues, fines, petites, les premières lettres trop agrandies...).
A partir de l'écriture, des affirmations sur divers traits de caractère peuvent être établies: vitalité, impulsion, endurance, capacité de résistance au stress, force de volonté, concentration, aptitude à travailler en équipe, stabilité émotionnelle, capacités inutilisées, comportement sous responsabilité, capacité de jugement.
Mais la graphologie a des limites: elle ne donne aucun renseignement quant à l'âge, le sexe, les préférences sexuelles, le statut, les maladies et les qualifi cations professionnelles.
En Suisse alémanique, il existe plusieurs écoles de graphologues qui enseignent comme base les modèles psychologiques. L'un des modules de l'Ecole professionnelle de Gebenstorf s'intitule «Connaissances psychologiques de base». Il reprend la psychologie individuelle d'Alfred Adler, la psychologie analytique de Carl Gustav Jung et les théories de la communication de Friedemann Schulz von Thun. L'Ecole de graphologie de Zürich procure elle aussi un enseignement basé sur les théories psychologiques, comme par exemple la «théorie de la forme» de Knobloch: «la graphologie n'est pas un test, mais un procédé de diagnostique de la personnalité qui permet de présenter une image globale et structurée de la personnalité».
Les graphologues n'utilisent pas leurs connaissances uniquement comme instrument dans le processus de recrutement. Ils travaillent aussi comme conseillers pour des questions de personnalité et de relations. A savoir: une expertise graphologique coûte entre 180 et 450 francs.
La dénomination «graphologue» n'est pas un titre protégé. Après six semestres d'études, un travail de diplôme et des examens à l'Ecole de graphologie de Zürich, on peut être qualifié de «graphologue diplômé». Grâce à des critères de sélection très restrictifs pour ces études, on assure un travail sérieux et de haut niveau.
Des études comparant les analyses de l'écriture faites par des graphologues et celles faites par des novices n'ont pas pu livrer une légitimation scientifique, puisque les deux groupes avaient un pourcentage de réussite similaire. La graphologie reste donc controversée: certains la considèrent comme science, alors qu'elle est condamnée par d'autres comme n'étant qu'un tour de passe-passe. Son importance a dès lors diminué ces dernières années.
Sur un site allemand spécialisé en la matière, il est possible d'avoir un aperçu de ce que fait la graphologie. Après avoir recopié un texte donné, il s'agit de répondre à vingt questions sur l'écriture et l'on obtient une analyse grossière de sa personnalité. Sur le site, il est indiqué que les résultats ne sont pas comparables à l'expertise professionnelle, mais permettent seulement d'entrer dans le monde de la graphologie: «la graphologie est en grande partie une science». Le pourcentage de réussite des tests se situe actuellement aux alentours de 82%. Celui qui répond aux questions concernant la hauteur des lettres, la pression exercée et la forme du m et du p, obtient des déclarations du style: «paul est un type impulsif, changeant, à multiples facettes et peu conventionnel. Il n'est pas aisé pour lui de s'adapter. Il est sensuel, chaleureux et imaginatif».
Dans une étude de 1983 auprès de 500 entreprises, 32.3% ont indiqué recourir aux services de graphologues. Lorsqu'il s'agissait d'engager des personnes pour des postes importants, le taux grimpait à 68.4%. Aujourd'hui, ces chiffres ont beaucoup diminué. Des instruments comme les centres de recrutements ont gagné de l'importance. Si une expertise graphologique est demandée, c'est donc uniquement pour confirmer les résultats des candidats. Souvent, les postulants se rétractent quand ils apprennent que la graphologie est un critère de sélection, car les entreprises l'utilisant ne reflètent pas une image sérieuse.
S'il faut fournir un document manuscrit lors de la candidature, cela ne signifie pas pour autant qu'une expertise graphologique sera réalisée. Cette dernière ne peut en effet avoir lieu qu'avec l'accord du candidat.
Les graphologues eux-mêmes soulignent qu'il est important de combiner leur «science» avec d'autres instruments de recrutement, comme les tests de capacité et l'analyse du CV, car ces autres moyens permettent un meilleur contrôle. Cependant, L'Ecole de graphologie de Zürich continue de justifier l'emploi d'expertises graphologiques avec des mots aguicheurs: «la graphologie permet d'épargner du temps... et de l'argent»!