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La ronde du temps dans le hall du musée
Dès les années 1910, nombre d’œuvres d’Albert Angst ponctuent l’espace public de villes suisses et françaises. À Genève, il réalise notamment la fontaine célébrant l’amitié entre Gustave Vallette et Charles Monnier sur le bastion nord-est de la promenade Saint-Antoine et le monument aux morts de la Première Guerre mondiale à la Perle du Lac.
C’est en 1923 que le hall du Musée d’art et d’histoire accueille la sculpture, les Quatre Saisons, en lieu et place de moulages d’antiques. Le sujet universel et la sobriété formelle de ces œuvres, sculptées dans la même pierre que celle qui servit à construire le bâtiment (savonnière de Franche-Comté), coïncident harmonieusement avec le programme décoratif de celui-ci. Deux figures colossales d’Angst acquises en 1920, Le Matin et Le Soir (1916), furent installées ultérieurement à l’étage inférieur, de part et d’autre des portes menant à la cour.
Formé à la sculpture sur bois et à l’ébénisterie, l’artiste privilégie rapidement la statuaire. Quoique sensible à l’expressivité et à la symbolique rodiniennes, il prône l’équilibre formel caractéristique de la sculpture antique, sans concession à l’ornementation vaine. La «merveilleuse nature» et l’émotion toujours renouvelée qu’elle lui procure marquent profondément son œuvre, comme en témoigne le projet qu’il imagine pour le musée.
Waldemar Deonna enthousiaste
Dans un premier temps, Angst prévoit un écho au Passé et à l’Avenir de James Vibert, venus couronner les escaliers en 1922. Trois figures masculines et une figure féminine retraceraient les principales conquêtes de la civilisation: la maîtrise du feu, la culture du blé, la création du droit et la quête de la beauté à travers l’art. Les commanditaires préférant quatre figures féminines, il imagine alors un cycle saisonnier que Waldemar Deonna, alors directeur du musée, décrit avec lyrisme dans Pages d’Art en 1923:
«Dans les niches du vestibule, les Quatre Saisons, nues, forment la ronde du temps, étapes de l’année comme de l’humanité. Une jeune fille […] s’étire; elle semble sortir du sommeil et s’éveiller à la vie; autour d’elle, de petites flammes annoncent la chaleur naissante: c’est le Printemps. Entourée d’épis, une jeune femme aux formes plus pleines, les bras levés, protège ses yeux contre la lumière éblouissante de l’Été – une troisième s’abandonne à la joie de l’Automne qui fait, autour d’elle, mûrir les fruits. De l’une à l’autre la maturité a amplifié les formes du corps féminin. Et voici l’annonce du déclin. L’Hiver est venu; des glaçons ont remplacé les flammes, les épis et les fruits. Pensive, bras croisés sur la poitrine, dans une attitude de repliement sur elle-même, la mère se recueille. Elle songe au passé de l’homme, elle entrevoit aussi l’avenir, et ses flancs alourdis portent l’espoir du renouveau, assimilé de tout temps à l’enfance, à la jeunesse humaine.»