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Acouphènes: vers une meilleure prise en charge?
Aucune thérapie efficace n'a encore fait ses preuves pour aider les personnes souffrant d’acouphène subjectif chronique à vivre avec leur trouble, qui touche 10 à 30% de la population générale. A ces bruits perçus sans stimulation acoustique extérieure et sans cause physiologique, s'ajoutent, la plupart du temps, un stress important, des troubles anxieux, des phases dépressives, des insomnies ou encore des difficultés à se concentrer. Souvent, c'est tout le quotidien de la personne qui est déstabilisé.
Aujourd'hui, les traitements n'ont pas pour objectif de soigner les causes de la pathologie, mais au contraire de faire reculer ses symptômes secondaires et d'améliorer la qualité de vie des personnes touchées. Suite à la comparaison récente de deux méthodes thérapeutiques utilisées couramment au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), certaines précautions ont pu être définies pour optimiser le parcours thérapeutique.
Comparer deux approches thérapeutiques
Pendant une année, 38 volontaires, souffrant d'acouphènes depuis plus de trois mois et ayant une audition normale par rapport à leur âge, ont complété une étude visant à comparer deux des thérapies les plus répandues actuellement. Parmi ces volontaires, la moitié a suivi le traitement Tinnitus retraining therapy (TRT), ou thérapie d'habituation des acouphènes, qui consiste à porter un casque bruiteur pendant six à huit heures par jour. L'appareil délivre un bruit blanc, assimilable à «l'effet de neige» que l'on peut entendre sur un téléviseur. Avec cette technique, le patient se désensibilise progressivement de ses acouphènes en les percevant avec une intensité réduite.
L'autre groupe a, quant à lui, suivi une thérapie biopsychosociale (BPS). Cette approche consiste à identifier, avec un psychologue, l'ensemble des facteurs psychologiques, sociaux, médicaux et comportementaux de la vie du patient qui favorisent la survenue des acouphènes. Une fois ces éléments déclencheurs identifiés, le binôme patient/psychologue met en place des stratégies pour y faire face.
Afin de mesurer les résultats obtenus, les participants ont été soumis à des questionnaires avant le début du traitement, au bout de trois mois, puis de un an. Ces grilles d'auto-évaluation standardisées permettent au patient de faire un point sur son état général de santé comme sa mobilité, son autonomie, l'intensité de la douleur qu'il ressent ou encore son degré d'anxiété.
Des conclusions en demi-teinte
Globalement et contrairement à d'autres études réalisées précédemment, ces travaux n'ont pas démontré, dans les deux groupes, des changements dans la perception des acouphènes ou d'amélioration des symptômes secondaires. D'après les auteurs, ce résultat insatisfaisant est très probablement dû à la puissance faible de l'échantillon provoquée par un nombre d'abandons trop important: 38 patients ont terminé l'étude alors que 66 étaient enrôlés initialement. Huit renoncements ont été observés dans le groupe TRT et vingt dans celui faisant appel à l'approche biopsychosociale. La meilleure adhésion au traitement TRT pourrait s'expliquer par le fait qu'utiliser un casque bruiteur aurait un effet rassurant sur les patients anxieux. Se concentrer activement sur l'écoute d'un bruit blanc serait un bon moyen pour se déconnecter de certaines souffrances psychologiques.
Le fort décrochage des volontaires dans le groupe traité avec l'approche BPS, dont 75% présentaient une anxiété élevée, trouverait vraisemblablement son origine dans la fréquence réduite des entretiens avec le psychologue clinicien. Quatre séances thérapeutiques de 45 à 60 minutes tous les trimestres semblent être insuffisantes pour des personnes sensibles émotionnellement et non aptes à établir une relation de confiance rapidement.
Autre résultat, encourageant: indépendamment de la thérapie mise en place, ce sont les patients ayant un diagnostic complexe, c'est-à-dire accumulant des troubles sévères à la fois dans les domaines médicaux, psychologiques et sociaux, qui ont amélioré leur état de santé.
Dès le début de la prise en charge, l'approche BPS est utile pour dépister le niveau d'anxiété des personnes souffrant d’acouphènes et ainsi les orienter adéquatement vers des thérapies spécifiques comme la psychiatrie, la relaxation ou encore la pharmacopée. Diminuer cette anxiété est un paramètre clé pour pallier à l'abandon des traitements ou à leur inefficacité. Enfin, les patients présentant un diagnostic lourd ont davantage de chances d'améliorer leur état de santé en suivant un parcours de soins coordonnés et faisant appel à plusieurs types de disciplines.
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Références
Adapté de «Perspectives thérapeutiques dans la prise en charge de l'acouphène subjectif chronique», Lise Colin Tixhaj et Pr Friedrich Stiefel, Service de psychiatrique de liaison, CHUV; Drs Emina Sabani et Raphael Maire, Service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale, CHUV; Philippe Estoppey, Acoustique Riponne. In Revue Médicale Suisse 2015;11:1791-5, en collaboration avec les auteurs.