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L'évaluation de sa compétence en orthographe grammaticale: quel effet sur la performance des élèves?
Dernière mise à jour le 14 juin 2013
Priscilla Boyer est professeure à l'Université du Québec à Trois-Rivières.
L'orthographe est un volet de l'enseignement du français particulièrement aride et sa maitrise nécessite plusieurs années d'apprentissage: il faut une motivation forte pour y parvenir. Or, on sait que la motivation est largement fondée sur le sentiment d'efficacité personnelle, une variable pivot dynamisant la mobilisation des efforts et des ressources (Bandura, 2007). En contexte scolaire, le sentiment d'efficacité personnelle a un effet sur l'anxiété ressentie en situation d'écriture, mais également sur l'engagement dans la tâche, la motivation, la participation en classe et la performance (Multon, Brown et Lent, 1991).
Bien que le sentiment d’efficacité personnelle reflète de façon généralement réaliste les aptitudes de la personne, il arrive que cette dernière interprète mal certains indicateurs et que des distorsions surviennent dans le traitement des informations. Selon qu'elle surévalue ou sous‐évalue son efficacité, on dit qu'elle présente un biais positif ou négatif d'évaluation. Or, de tels biais ont un impact majeur sur la trajectoire scolaire des élèves, alors qu’ils tendent à ajuster progressivement leur rendement avec leur perception de compétence (Bouffard et al., 2011).
Une étude centrée sur l'interface entre appareillage cognitif et système affectif et motivationnel
L'originalité de l’étude dont nous rendrons compte dans cette présentation tient au fait qu'elle témoigne d'une conception de l'élève dont les acquis et les apprentissages ne relèvent pas uniquement de son appareillage cognitif, mais aussi d’une interface complexe entre ce dernier et son système affectif et motivationnel. Nous avons examiné la relation entre la performance d’élèves de première secondaire en orthographe grammaticale et les biais d'évaluation de leur efficacité dans ce domaine. La méthodologie que nous avons privilégiée consiste en l'administration de trois outils de collecte de données : une dictée, validée auprès de 140 élèves, un questionnaire sur le sentiment d'efficacité personnelle en orthographe, validé auprès de 230 élèves et l'Épreuve Mentale Otis-Lennon qui nous permet d'obtenir une mesure standardisée de l'habileté scolaire. Nous avons administré ces outils à 295 élèves de la grande région de Montréal (139 f. 156 g.). Selon les résultats de notre étude, au-delà de l’impact de l'habileté scolaire de l'élève, 18,3 % de la variance de la performance s'expliquait par le biais d'évaluation de l'élève et son appartenance à l'un ou l'autre sexe.