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Avec l’acquisition de ces estampes japonaises auprès de l’enseignante, poétesse et collectionneuse Émilia Cuchet-Albaret (1881-1962), la collection du Cabinet ouvre un nouveau champ d’acquisition. Il s’agit en effet du premier grand fonds d’œuvres non européennes à être intégré à la collection. Jusqu’à présent, à Genève, la collection d’œuvres sur papier était exclusivement axée sur l’art européen, avec une majorité d’œuvres d’art ancien et seulement une petite partie d’œuvres de création contemporaine.
Cet état de fait était la conséquence de l’acquisition de la collection du graveur François Burillon (1821-1891) entre 1883 et 1886. La ville de Genève avait l’ambition de constituer une collection qui dépassât nettement le cadre régional et qui pût surtout servir d’inspiration et de modèle pour l'horlogerie et l'émaillerie (principales productions de La Fabrique genevoise), non seulement pour les ornements, mais aussi pour d’autres idées. Burillon, lui-même graveur horloger, avait orienté dans ce sens sa collection et rassemblé environ 70 000 pièces. La fonction de collection didactique devant servir à trouver des modèles se renforce dans les années 1890, en premier lieu avec la donation de nombreux lots de gravures par Hippolyte Jean Gosse (1834-1901), collectionneur, homme politique et médecin. Son objectif était de fournir un éventail assez large pour stimuler la production locale, mais aussi pour éduquer le public général. C’est dans ce sens que la politique d’acquisition fut développée. Depuis 1892, le Cabinet des estampes avait quitté le Musée Rath pour intégrer le Musée des arts décoratifs. Son directeur, Georges Hantz (1846-1920), favorisait l’acquisition d’œuvres de jeunes artistes, d’art contemporain international ou d’affiches contemporaines La politique d’acquisition devient plus volontaire et se réoriente avec l’acquisition d’œuvres plus contemporaines. D’importants achats d’estampes de Karl Stauffer-Bern (1857-1891), Albert Welti (1862-1912) ou Evert van Muyden (1853-1922) ainsi que de nombreuses feuilles françaises des dernières décennies du XIXe siècle sont effectués et permettent ainsi d’ouvrir les limites relativement étroites de la collection. Hantz souhaite pouvoir servir différents intérêts, aussi bien ceux des artisans d’art que ceux des collectionneurs ou des amateurs d’art. D’une certaine manière, il s’agit d’une approche multilatérale, pour chacun, mais toujours suffisamment pointue. L’importance de l’art contemporain au sein de la collection augmente massivement, et entraîne en même temps une ouverture des perspectives, notamment à l’initiative ou avec l’accompagnement de collectionneurs privés ou d’artistes.
Même si après la mort de Hantz en 1920, le Musée des arts décoratifs et donc le Cabinet des estampes sont définitivement intégrés au Musée d’art et d’histoire, la structure et l’orientation du Cabinet demeurent en grande partie. La richesse et la variété des fonds permettent d’intégrer aussi d’autres propositions et d’élargir encore plus la vision vers une idée globale de l'art imprimé. Cette ouverture de la collection prépare l’acquisition de 1937. Le Musée d'art et d'histoire présente ainsi en 1936 l’exposition Estampes japonaises anciennes et modernes largement alimentée par la collection d’Émilia Cuchet-Albaret. L’exposition part ensuite pour une deuxième étape à Madrid. Lors de cette étape, le Musée du Prado acquiert quelques feuilles, mais la majorité des œuvres revient à Genève. Émilia Cuchet-Albaret et le directeur du Musée d’art et d’histoire de l’époque, Waldemar Deonna (1880-1959), choisissent alors parmi elles une sélection représentative, tout en ayant un contexte culturel plus large.
À l’origine, Émilia Cuchet-Albaret, avec ces deux expositions à Genève et Madrid, souhaitait promouvoir la culture japonaise et n’envisageait pas de monnayer sa collection et ses connaissances. Intéressée par la culture japonaise en général, elle ne s'est pas limitée à des feuilles historiques, mais a également acquis des œuvres contemporaines, mais faites d'une manière traditionnelle. Pour cela elle a tissé des liens avec les fonctionnaires officiels du Japon pour obtenir le don pour le Musée d’art d’histoire d'un ensemble complet des étapes de création d’une estampe de Kōshirō Onchi (1889-1955) représentant une femme s'habillant après son bain. Des tirages de toutes les étapes d'impression avec les variantes et successions de couleurs sont ainsi entrés dans la collection (Est 0317 à Est 0328).