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Editorial
Comme promis lors de notre dernier numéro, nous allons traiter du deuxième sujet sur l’AVS qui sera soumis au vote le 3 mars prochain: l’initiative sur les rentes.
Il s’agit d’une initiative des jeunes libéraux-radicaux, qui vise à assurer le financement de l’AVS à long terme en agissant automatiquement sur l’âge de la retraite en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie.
Concrètement, l’âge de la retraite pour les hommes et les femmes serait amené dans un premier temps à soixante-six ans d’ici à 2033, puis augmenterait de 80% de la durée de vie moyenne en plus.
Prenons un exemple: en 2022, l’espérance de vie à soixante-cinq ans était pour les hommes de vingt ans et pour les femmes de vingt-deux ans et demi1. Donc, si en 2033 ces données restent les mêmes, nous travaillerons une année de plus et toucherons une année de rente en moins, soit, selon les estimations, une baisse des dépenses de 2 milliards de francs par année. A partir de ce moment, chaque augmentation de l’espérance de vie se verra reflétée sur l’âge de la retraite à 80%, soit deux cent nonante-deux jours de travail en plus par année de vie supplémentaire. Ces augmentations ne pourront pas dépasser deux mois par année, comme dans le cas improbable où une avancée médicale fulgurante nous permettrait de vivre d’un coup en moyenne quatre mois de plus.
Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l’initiative au motif qu’elle est trop rigide et que la fixation de l’âge de la retraite doit se baser sur d’autres critères, comme l’état de santé de la population ou la situation économique. Ces arguments sont faibles, car l’état de santé de nos concitoyens se reflète logiquement sur l’espérance de vie, et on ne voit pas en quoi la situation économique devrait exercer une influence sur l’âge de la retraite; cela n’a jamais été le cas à notre connaissance.
La solution proposée par les initiants est, à mon avis, intéressante en ce qu’elle apporte une réponse mesurée et concrète au problème de la pérennité de l’institution. Elle est plus favorable aux retraités suisses que ce qui se fait dans d’autres pays de notre entourage, qui ont déjà décidé du passage à soixante-sept ans dans de brefs délais, et n’implique pas pour l’heure d’augmentation des impôts.
Il est à part cela curieux de remarquer que toutes les projections tiennent pour acquis que l’espérance de vie ne peut aller qu’en augmentant. Or, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, sur les vingt dernières années, l’espérance de vie des hommes augmente plus vite que celle des femmes, ce qui revient à dire que cette augmentation se ralentit chez les femmes. En dehors du fait que c’est une intolérable différence genrée, on s’interrogera sur les causes qui font que les hommes rattrapent les femmes, et si, finalement, ces causes pourraient à terme provoquer un renversement de la tendance et une baisse de l’espérance de vie. Si cela devait être le cas, le mécanisme d’adaptation automatique que propose l’initiative permettrait en toute logique une baisse de l’âge de la retraite.
Enfin, pour conclure et élargir le débat, on pourrait se demander si, finalement, l’idée même d’âge de la retraite est opportune. Et en cela, je rejoins le Conseil fédéral et sa préoccupation de prendre en compte les cas particuliers. Pourquoi un artisan qui a travaillé et cotisé depuis l’âge de seize ans devrait-il cesser de travailler au même âge qu’un avocat qui n’est entré dans le monde du travail et n’a contribué à l’AVS qu’à trente ans? Pourquoi une personne aux besoins limités ne pourrait-elle pas décider de prendre sa retraite à cinquante-cinq ans, et un passionné par son métier à huitante? On pourrait supprimer la notion même d’âge de la retraite et laisser les individus choisir le moment adéquat pour cesser leur activité en adaptant les montants versés tant par l’AVS que par le deuxième pilier en fonction de l’espérance de vie. Cette souplesse permettrait entre autres aux secteurs où le travail est le plus pénible de proposer des plans de prévoyance pour leurs travailleurs qui leur permettraient de se reposer avant les autres.
Mais pour revenir aux votations du 3 mars, nous voterons OUI à l’initiative sur les rentes.
Michel Paschoud
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