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01 juillet 2016
Europe : villes globales contre États-nations ?
Les maires de Londres et de Paris ont réagi au Brexit par une apologie des grandes métropoles. Le résultat du référendum à Londres indique par exemple une volonté de rester dans l’UE à 59,9%, alors que le refus global est de 52%.
Cette fracture entre les métropoles et le reste des pays a donné des idées à leurs maires respectifs. Qui verraient bien la fin des Etats-nations au profit des villes globales, sortes de villes-États (une ville globale est une ville ayant une position stratégique à l'échelle mondiale et constituant un noeud de communications au sein d'un réseau).
Ce n’est pas nouveau. L’Italie médiévale en connaissait déjà. La Suisse a vu des villes corporatistes:
« Il s'agissait de villes-Etats autonomes (Saint-Gall toutefois n'avait pas de territoire sujet), où les fabricants, les artisans (Artisanat) et les marchands dominaient l'économie et disposaient constitutionnellement d'une grande influence politique. »
Le développement de l’autonomie de ces cités allait de pair avec un environnement à domination marchande bien plus que militaire. Comme aujourd’hui. J’ai donc toujours quelques difficultés à comprendre ceux qui critiquent l’Europe parce qu’elle serait trop libérale, entendez par là trop mercantile. Alors justement que cette Union Européenne n’est pas assez libérale, comme le rappelle Adrien Faure sur son blog.
L’argument économique est doublé d’un argument « moral »: les villes globales sont opposées aux États-nations parce qu’elle seraient plus ouvertes au monde et plus dynamiques, alors que les seconds seraient léthargiques et cadre du repli sur soi.
Bien, voilà encore une petite opposition pour rien – sauf pour promouvoir une morale de bazar. Car il n’est écrit nulle part que nous devrions être toujours ouverts sur le monde. Ouvert ou fermé sont des options que l’individu choisit en fonction des circonstances et non parce qu’un politicien juge son comportement.
Faut-il être ouvert à tout, par principe, par morale? Certainement pas. Ouvert, fermé, à tel moment ou à tel autre, sur tel ou tel sujet, reste de l’ordre de la libre détermination de chacun.
Une ville globale permet-elle de se passer le l’État-nation? Non. Cette ville est dans un territoire plus vaste. Les revenus cumulés par la ville globale sont en partie redistribués aux autres régions. Une ville qui remplacerait l’État-nation profiterait de la plus grande richesse puisqu’une grande part de l’activité économique s’y concentre, laissant les régions pauvres devenir encore plus pauvres.
De plus si la ville de Londres restait dans l’Union européenne, il faudrait établir des frontières et des barrières douanières avec le reste du pays qui lui ne serait pas dans l’UE. Insensé, sauf à vouloir faire crever les bouseux qui n’ont pas la chance de vivre en ville.
C’est une nouvelle fracture économique au nom d’une impérieuse morale de l’ouverture qui se pose en camp du Bien. Oui, c’est bien d’être ouvert. Mais parfois c’est bien aussi d’être fermé. Dans un système de liberté, chacun se détermine librement. Les maires de Paris et de Londres peuvent donc retourner au bac à sable et faire la morale – car c’est de cela qu’il s’agit – aux vers de terre. Aucun problème pour eux: ils n’ont pas d’oreilles. Ils ne risquent donc pas de se soumettre à cette pseudo morale où valeurs humanistes et psychologie sont allègrement mélangées sans discernement.