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Les bases scientifiques ont été fournies par Agroscope. Les scientifiques ont développé, d’une part, une méthode simple de calcul des émissions de gaz à effet de serre (GES) de chaque exploitation. Ce qui permet de quantifier l’objectif de réduction total d’IP-Suisse et celui de chaque exploitation. D’autre part, Agroscope a calculé le potentiel de réduction des différentes mesures. Une tonne de réduction de CO 2 équivaut à un point. Un nombre de points peut ainsi être attribué à chaque mesure.
Les mesures doivent être applicables dans les exploitations sans recul de la production.
Pour que la mesure soit considérée dans le système de points, les réductions des émissions de GES doivent être clairement démontrées, même si elles s’avèrent faibles pour certaines mesures. De plus, les mesures doivent être applicables dans les exploitations sans recul de la production.
Objectif calé sur la structure
D’après une modélisation, les exploitations IP-Suisse ont émis en 2016 environ 1,37 million de tonnes d’équivalents CO 2. Pour que chacune d’entre elles puisse contribuer à la réduction de ces émissions, un objectif basé sur ses données structurelles lui est attribué. Parmi toute une série d’indicateurs facilement disponibles, ce sont la surface et le cheptel qui donnent la meilleure corrélation avec les émissions de GES. L’importance de ces indicateurs a été déterminée à partir de données issues d’exploitations pilotes. Les terres ouvertes sont corrélées avec les émissions de protoxyde d’azote (gaz hilarant), provenant de la fumure, et les effectifs du bétail avec les émissions de méthane et plus généralement les émissions de GES liées à la production fourragère.
Quatre modèles d’exploitation
Pour le calcul de sa contribution à l’objectif de réduction d’IP-Suisse, chaque exploitation indique les mesures qu’elle applique. La liste a été établie par IP-Suisse en collaboration avec Agroscope et d’autres experts. Pour calculer le potentiel de réduction des GES des diverses mesures et leur influence sur d’autres domaines de l’environnement, Agroscope s’est servi de quatre modèles d’exploitation reflétant la moyenne de la production suisse : une exploitation de grandes cultures, une exploitation laitière, une exploitation bovine particulière et une exploitation avec élevage porcin. La valeur de réduction finale de chaque mesure représente la moyenne des réductions de GES observées pour les modèles d’exploitation. On a aussi calculé l’impact de ces mesures sur d’autres domaines de l’environnement, comme les extrants de nutriments.
Conflits d’objectifs
Des mesures d’économie des ressources fossiles, comme la récupération de la chaleur produite lors du refroidissement du lait ou le recyclage des films d’enrubannage, permettent une nette réduction des émissions de GES, sans impacter d’autres domaines de l’environnement. D’autres mesures sont en revanche sources de conflits d’objectifs. Ainsi, l’utilisation des graines de lin comme complément fourrager réduit certes nettement les émissions de GES, mais remplacer certains éléments du fourrage par du lin augmente les besoins en surface, en eau, ainsi que les extrants de nutriments. En revanche, la culture du lin demande moins de produits phytosanitaires que la production des aliments fourragers usuels.
Seul compte le total de points
Le monitoring des résultats de l’application des mesures fonctionne de la manière suivante : à partir du système de points d’IP-Suisse, chaque exploitation indique les mesures qu’elle applique. Ces données permettent de calculer si le label IP-Suisse dans son ensemble atteint son objectif de réduction. Les exploitations indiquent également les mesures qu’elles avaient déjà mises en place avant 2017. IP-Suisse ne peut certes pas les comptabiliser dans les 10 % de son objectif de réduction, mais elles montrent le travail de pionnier fourni par ces exploitations avant la date de référence. Ce monito ring permettra de savoir si les exploitations peuvent déjà réduire suffisamment leurs émissions de GES avec les mesures existantes ou si le catalogue doit encore être étoffé, et de quelle manière.
Initiative de la base
En lançant son système de points pour la protection du climat et des ressources en juin 2021, IP-Suisse a rencontré un écho favorable. De nombreuses exploitations sont en effet motivées à rendre visibles leurs engagements en faveur de la protection du climat et contribuent activement à proposer de nouvelles mesures. Outre une majorité de réactions positives et constructives, IP-Suisse a aussi enregistré des critiques, notamment concernant la question de la rétribution des mesures appliquées. Comme le système de points a été lancé à l’initiative des productrices et producteurs, son développement requiert aussi leur participation. IP-Suisse
« Nombre de mesures du système de points sont bonnes pour le porte-monnaie »
Oskar Brunner dirige une exploitation IP-Suisse respectueuse du climat dans le canton d’Argovie. Dans sa stabulation de 45 places, il produit du lait des prés sans soja. Il ajoute du biochar dans sa ration fourragère. Sa pompe à vide est équipée d’un variateur de fréquence et il récupère la chaleur produite par le refroidissement du lait pour chauffer l’eau de lavage de son installation de traite. Il lave enfin le sol du stand de traite avec de l’eau de pluie. Oskar Brunner réduit ses émissions de GES de 95,5 tonnes d’équivalents CO 2 par an avec un ensemble de dix mesures. Les plus efficaces sont l’augmentation du nombre de lactations et une gestion du purin respectueuse du climat.
Revue UFA : L’ordonnance sur les paiements directs contraint déjà les exploitations à s’acquitter d’une foule de tâches administratives. Comment avez-vous surmonté votre colère quand IP-Suisse a lancé son programme de points pour le climat ?
Oskar Brunner : Je n’avais aucune raison de me fâcher. Nous devons bien entendu veiller à ce que l’on ne nous ajoute pas en permanence des tâches administratives. Mais le système de points est léger. Actuellement, nous devons uniquement saisir l’effectif du bétail. Grâce à la numérisation, le surcroît de travail est maîtrisable.
On n’accepte un travail que si l’on en retire quelque chose. Est-ce le cas ?
Je ne fais pas partie de ceux qui se plaignent d’un été caniculaire. Pas plus que je ne crois que tout va s’effondrer dans cinq ans. Mais quand on regarde sur plusieurs années, on constate les changements. Nous, les paysans, devons affronter toujours plus souvent des phénomènes météorologiques extrêmes. On ne peut pas échapper au problème climatique. Des mesures sont nécessaires. Le système de points motive les exploitations à être actives. Mais celui qui applique des mesures doit aussi être récompensé. Pour l’opinion publique, le système de points est un atout supplémentaire en faveur de nos exploitations.
Pour économiser à peine 100 tonnes d’équivalents CO 2 , vous avez beaucoup investi. Est-ce économiquement viable ?
Les gros investissements ne peuvent pas être financés par la trésorerie de l’exploitation. Ils ne sont viables et judicieux que lors d’une nouvelle construction, comme c’était le cas chez nous, ou lorsqu’il faut remplacer une installation. Mais le système de points contient aussi de nombreuses mesures qui sont bonnes pour le porte-monnaie. Ainsi, demain, je peux me donner pour objectif d’augmenter le nombre de lactations. Et ça ne me coûte rien de demander à mon voisin si une collaboration l’intéresse. Mais pour cela, pas besoin d’être un paysan IP-Suisse.
Interview : Stefan Gantenbein