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13/05/2016
Bien qu'il y ait aujourd'hui une forme de quasi-consensus en faveur du subventionnement étatique des arts (caché pudiquement sous le nom desubventionnement de la culture), cet état de fait est en violation totale avec les principes libéraux et ne trouve aucune justification éthique ou philosophique valable. Au contraire, seul un marché libre des arts est capable de maximiser la créativité et le progrès artistiques, l'innovation et le caractère critique des arts, ou encore de répondre au mieux aux demandes et aux préférences du public. Pour comprendre cela, nous allons devoir revenir à la nature même d'une œuvre d'art réussie.
1. Qu'est ce qu'une œuvre d'art réussie ?
Le caractère réussi d'une œuvre d'art est-il quelque chose de subjectif, dépendant uniquement de l'appréciation individuelle ? Ou existe-il des critères permettant de déterminer objectivement (universellement) ce qu'est une œuvre d'art réussie ? Supposons que l'on accepte le postulat sur le caractère subjectif du succès d'une œuvre d'art. Dans ce cas il semble qu'il n'existe aucune « autorité », politique ou artistique, qui soit compétente pour déterminer ce que l'argent des individus devrait financer en matière de créations artistiques. Il apparaît évident que, dans ce cas, il ne reste plus qu'à laisser chacun financer les artistes et les créations artistiques qu'il apprécie en fonction de ses goûts et de ses préférences propres. Donc, si l'on accepte le caractère subjectif du succès (de l'excellence) d'une œuvre d'art, alors le débat sur le subventionnement des arts s'arrête ici puisqu'on se retrouve sans justification valable en faveur de ce dernier.
Mais n'y a-t-il pas des critères pour évaluer les œuvres d'art ? Après tout, il existe des critiques d'art et des écoles d'art qui doivent bien se fonder sur quelque chose dans leur travail quotidien. Un critère probable réside dans la capacité artistique à innover et à faire preuve d'originalité. En effet, il semble inintéressant pour n'importe qui d'observer des œuvres d'art identiques ou s'inscrivant dans des schémas de création similaires (par exemple un énième monochrome rouge n'est pas original de nos jours, mais le premier monochrome incarne une véritable innovation et présente donc un intérêt certain). Un second critère se trouve probablement dans une aptitude à faire preuve de rigueur et de cohérence. Généralement, un artiste qui fait n'importe quoi ne produira pas une œuvre d'art très intéressante (par contre si sa démarche est de faire n'importe quoi pour voir ce que cela va donner cela peut présenter un certain intérêt, mais alors il y a une certaine rigueur et cohérence dans sa démarche artistique).
2. Qui peut déterminer le caractère réussi d'une œuvre d'art ?
Il y a donc probablement au moins deux critères pour nous permettre d'évaluer la qualité d'une œuvre d'art. Mais qui donc est capable d'évaluer une œuvre d'art ou un projet de création artistique en appliquant ces critères dans un domaine particulier des arts ? L'autorité politique ? Les critiques d'art ? Le grand public ?
Il n'y a aucune raison de penser qu'un politicien élu ait a priori des compétences ou des connaissances particulièrement fournies ou développées dans un domaine de l'art. Par conséquent, il n'y a aucune raison pour que des politiciens soient en charge de redistribuer de l'argent des individus à certains artistes ou à certains projets artistiques car ils n'ont pas la compétence nécessaire à cela (et l'admettre n'est pas se rabaisser mais faire preuve de sagesse et d'humilité).
On pourrait alors penser qu'une autre option consisterait pour les politiciens élus à sélectionner des experts, des critiques d'art, pour que ces derniers se chargent de déterminer quels artistes doivent recevoir de l'argent des individus. Mais une telle option ne fait que déplacer le problème sans en changer la nature : il n'y a aucune raison de penser qu'un politicien élu ait a priori des compétences pour déterminer qui sont les experts les plus compétents dans un domaine particulier des arts.
En conséquence, il semble que le subventionnement étatique ne se heurte à un problème d'incompétence, ou d'absence des compétences suffisantes de la part de l'autorité politique.
L'alternative consiste à faire confiance dans le libre choix des individus, dans la libre expression des goûts et des préférences individuelles, et dans la libre-concurrence sur le marché des arts. Un marché libre des arts mettrait en concurrence l'ensemble des acteurs du monde artistique, y compris les critiques d'art, qui seraient obligés d'être les plus compétentes possibles et les plus fiables possibles pour guider les consommateurs. Les artistes médiocres devraient s'améliorer ou se reconvertir, les consommateurs trouveraient plus facilement une offre répondant à leurs demandes, et les artistes en disgrâce politique ne serait pas privé de débouchés. En conclusion, je ne peux qu'inviter les élus à cesser tout subventionnement des arts, puisque celui-ci ne repose sur aucune justification valable.
Cet article a été publié dans le numéro de printemps du Jeune Genevois, journal des Jeunes Libéraux-Radicaux Genevois.
25/02/2016
La définition du concept de culture est véritablement une tâche particulièrement ardue. Je me suis arraché les cheveux dessus pendant des semaines en cherchant à découvrir si le concept avait un fond ou s'il était vide et ne désignait rien de clairement identifiable. Je pense à présent que je peux proposer une définition possible.
Culture : terme désignant un ensemble A de propriétés/caractéristiques que peuvent posséder/s'approprier (volontairement ou non) des individus.
Ainsi, la culture hippie désigne un certain ensemble de caractéristiques, telles que (liste non exhaustive) : être pacifiste, consommer des drogues psychédéliques, avoir les cheveux longs, ou encore écouter du rock. Mais si un hippie n'a pas les cheveux longs, dira-t-on de lui qu'il n'est pas un hippie ? Non, pas forcément. Toutefois, le hippie chauve semble moins hippie que le hippie chevelu. Cet exemple nous montre quelque chose d'intéressant sur l'appartenance à une culture (l'identité culturelle) : on est plus ou moins membre d'une culture selon le nombre de caractéristiques de cette culture que l'on possède.
Par conséquent, on peut observer que :
1. La culture A désigne l'ensemble A de caractéristiques (a, b, c, d).
2. X est un membre de la culture A s'il possède au moins une caractéristique de l'ensemble A.
3. Si x possède la caractéristique b, alors x est membre de la culture A.
Évidemment, les cultures partagent souvent des caractéristiques. Supposons qu'un chrétien très conséquent soit un pacifiste, alors le chrétien très conséquent appartient un peu à la culture hippie (et vice-versa). Autrement dit, x appartient à la culture A (dont les propriétés sont a, b et c) et à la culture B (dont les propriétés sont c, d, et e), s'il possède la propriété c.
Comme tous les êtres humains partagent certaines caractéristiques propres au comportement humain basique (manger, boire, se déplacer, etc.), tous les êtres humains sont membres d'une même culture humaine (éventuellement par opposition à d'éventuels extra-terrestres très différents des humains, par exemple si ceux-ci ne se nourrissaient pas et ne se déplaçaient pas).
Les cultures incluent et excluent donc certains individus en fonction de la possession de certaines caractéristiques. Ce qui détermine les caractéristiques propres à une culture est un processus de sélection au sein des membres d'une culture. Ce sont les représentations dominantes (majoritaires) au sein d'une culture qui forgent les caractéristiques nécessaires à la détermination/définition d'une culture particulière. Le débat au sein d'une culture peut l'amener à changer : certaines caractéristiques peuvent en être exclues, d'autres ajoutées. La confrontation entre certaines cultures peut aussi amener les membres de chaque culture à la faire évoluer.
Voilà donc une définition possible du concept de culture. A partir de cette définition, on peut aborder les débats sur le multiculturalisme, les théories de la reconnaissance, les conséquences négatives de certains "courants culturels" (fascisme, nazisme, sexisme, racisme, homophobie, etc.) ou encore l'évolutionnisme (darwinisme ?) culturel de Hayek.
25/11/2015
La culture est un concept qui n'est pas vide de tout contenu. On peut la définir comme l'ensemble de nos appartenances, de nos identités, de nos représentations, comme un prisme qui nous sert à percevoir et appréhender le monde. Les langues que je parle, mes croyances spirituelles, ésotériques ou religieuses, mes préférences culinaires, les célébrations auxquelles je prends part, ma manière d'interpréter le monde selon certains symboles, tout cela représente un ensemble de pratiques culturelles quasiment quotidiennement usitées.
Mais on ne peut classer réellement les individus par culture. Il n'y a pas les individus chrétiens qui appartiennent à la culture chrétienne, il y a des catholiques, des protestants, des orthodoxes, et une multitude d'autres variations. Puis, au sein du catholicisme, il existe une grande variété de regroupements qui peuvent encore être découpés en plus petites entités ad eternum jusqu'à ce qu'on parvienne à l'individu et à son interprétation personnelle du christianisme qui différera toujours d'un iota de celle d'un autre individu. En outre, chaque chrétien n'est pas que chrétien, il est aussi un habitant d'un pays, d'une région, d'une localité, d'un quartier, d'un immeuble, il parle telle ou telle langue, voire plusieurs langues, il se nourrit un jour d'une certaine façon et un autre jour d'une autre, etc. Chaque chrétien a donc une multitude d'appartenances, de pratiques, d'identités, et ne peut être réduit à sa seule appartenance religieuse. Voilà pourquoi la culture est quelque chose d'individuelle. Chaque individu a sa propre culture qui est irréductible à la culture d'un autre individu.
C'est pourquoi ceux qui aimeraient classer les individus en groupes, en cultures, en nations, ceux qui nous parlent de choc des civilisations, de guerre des cultures, ceux qui voient le monde en cultures figées et stratifiées, tous ceux-la sont des ignorants qui nient la complexité de l'individualité humaine. Face à eux nous devons nous écrier : je refuse d'être réduit à une culture, à un groupe, à une identité unique, je suis un individu libre et indépendant, capable de me construire selon mes propres choix et de m'émanciper de ma culture de naissance, maître de mon devenir et de mon destin. On veut nous enchaîner à un groupe, nous refusons ces chaînes. On veut collectiviser notre identité, nous affirmons son caractère irréductible et individuel. La culture ne l'emportera pas sur l'individu !