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Critique
"Woody Allen règle quelques compte avec le milieu du cinéma. Une comédie (mélo)dramatique qui se présente comme un divertissement réussi. A un ou deux détails près.
Woody Allen - comme un ami fidèle - n'oublie jamais son rendez-vous annuel: voici donc, avec beaucoup de ponctualité, sa dernière visite et, disons-le d'emblée, une telle rencontre nous fait toujours plaisir. Cela d'autant plus que le cinéma d'outre-Atlantique, ces temps-ci...
HOLLYWOOD ENDING s'inscrit dans la droite ligne de toutes les dernières comédies du réalisateur américain. Woody Allen explore peut-être d'autres domaines, d'autres genres, mais continue de s'attarder avec beaucoup de persévérance (et de complaisance aussi parfois) sur sa propre personne. Il s'attribue le rôle-clé de cette comédie mélodramatique, celui d'un cinéaste confronté à diverses difficultés d'ordre personnel liées à l'âge, aux échecs professionnels et à une récente rupture sentimentale. Sans omettre tous les autres problèmes qu'il se crée lui-même par sa névrose, son caractère hypocondriaque et ses caprices. Et comme le milieu professionnel décrit est celui du 7e Art, les spectateurs ont droit à quelques coups de patte bien ajustés en direction du monde du cinéma en général et des studios hollywoodiens en particulier.
Le scénario de HOLLYWOOD ENDING est subtil et ne doit pas être dévoilé. Val Waxman (Woody Allen) est un réalisateur qui a connu le succès, mais qui, par son intransigeance et ses penchants psychotiques, ne s'est pas fait que des amis. Il végète en tournant des films publicitaires au Canada. C'est du fin fond de ce pays que son ex-femme Ellie (Téa Leoni), qui vient de le quitter, va essayer de le ramener. Elle cherche à faciliter son retour dans les studios en allant jusqu'à convaincre le producteur Al (Mark Rydell), qui est son amant, de le réengager. HOLLYWOOD ENDING sera l'histoire, pleine d'imprévus, du retour de Val sur les plateaux de tournage hollywoodiens, en même temps que la description des relations amoureuses et conflictuelles qu'il entretient encore avec Ellie.
Ce qu'il y a d'agréable avec Woody Allen, c'est qu'il ne se prend pas au sérieux. Pas apparemment en tous cas. Son humour bien connu, son habituelle auto-critique, la satire qu'il fait du monde du cinéma, son sens du comique verbal et de la répartie, son observation perspicace et critique des relations humaines font de ce film un divertissement de qualité. Et cela parce qu'il n'est pas dupe de ce qu'il nous montre. Il le dit d'ailleurs lui-même (""Tout est dans la pose!"" glisse-t-il ironiquement dans une réplique), et en même temps il reste cet observateur très fin et caustique des travers humains.
HOLLYWOOD ENDING fourmille de trouvailles et sa qualité réside essentiellement dans la présentation fine et amusée du monde du cinéma. Une galerie de personnages dont le cinéaste brosse des portraits le plus souvent critiques. A relever, comme toujours, une direction d'acteurs absolument parfaite et une très grande rigueur dans la mise en scène.
Les quelques réserves que l'on peut faire concernent la baisse de tension assez nette qui survient dans la deuxième partie du film: le comique de situation fait parfois long feu et la chute finale - un ""deus (ou plutôt un filius) ex machina"" très psy - témoigne des difficultés rencontrées par le cinéaste à conclure...
Les meilleurs moments du film, en revanche, sont à chercher dans les séquences que Woody Allen consacre à un univers qu'il connaît bien, celui du cinéma. Les coups de projecteurs sont précis, la critique vive, la satire incisive, tout le monde y passe: actrices et acteurs, imprésarios et producteurs, régisseurs et opérateurs, chacun est égratigné. On sent que le cinéaste, très en verve, règle quelques comptes. A retenir aussi l'idée - en soi originale et fortement symbolique - du film tourné (est-il réussi ou est-ce un gâchis total, comme l'assurent les producteurs?) par un cinéaste qui a perdu l'usage de ses yeux: cette situation paradoxale permet à Woody Allen, de façon ambiguë d'ailleurs, de rappeler que la critique cinématographique est subjective et que ses propres films ont toujours trouvé un accueil meilleur en France (où le film de Val Waxman est effectivement jugé génial!) qu'aux Etats-Unis. Un clin d'œil qui fera plaisir à nos voisins français, puisque HOLLYWOOD ENDING fera l'ouverture du Festival de Cannes, le 15 mai prochain..."
Antoine Rochat