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70 MoNARCA. .. . . . . . . .. capitaine John Gell.
A 10"30" du matin, le commandant en chef de l'escadre française fit le signal de commencer le feu. Le combat ne s'engagea pas avec la même vigueur sur tous les points. La ligne de relèvement sur laquelle les Anglais avaient navigué n'était pas celle du plus près; elle faisait un angle assez prononcé avec elle. Il en résulta que, lorsqu'ils vinrent au vent, le chef de file était à portée de mitraille de la tête de la colonne française, tandis que le dernier était à une distance qui permettait à peine aux boulets de l'atteindre. De part et d'autre, les 6 premiers vaisseaux se battirent avec acharnement et les deux amiraux qui, après trois mois seulement, se trouvaient de nouveau en présence, tenaient également à sortir vainqueurs d'une lutte qui pût autoriser l'un d'eux à faire la preuve d'une victoire, car jusque-là, il n'y avait eu d'avantage décisif d'aucun côté. Ce fut en vain que le chef d'escadre de Suffren voulut mettre sa gauche en position de donner d'une manière efficace; le dernier vaisseau ne put réussir à se rapprocher. Le chef de file de la colonne française fut écrasé et contraint de sortir de la ligne; mais il avait mis un de ses adversaires dans la nécessité de se retirer du feu. Un autre vaisseau français dont le grand mât avait été abattu se trouva dans une position fort critique ; le commandant en chef lui fit un abri avec le Héros et le dégagea. Grâce à cette intervention, ce vaisseau put travailler à déblayer son pont encombré sous des débris de grément et de mâture. Telle était la situation lorsque, vers 1" de l'après-midi, le vent en sautant du S.-O. au S.-S.-E., vint jeter le désordre dans les deux escadres. Les vaisseaux français reçurent l'ordre de virer lof pour lof et de se former en bataille, les amures à bâbord, sans avoir égard aux postes. Deux vaisseaux furent masqués, abattirent sur tribord, et alors que les autres s'éloignaient pour effectuer leur évolution, ils restèrent au milieu des vaisseaux ennemis. Cette fois encore le commandant en chef aperçut le danger qu'ils couraient et bientôt un des deux fut dégagé. Une fausse appréciation de la situation, un moment de faiblesse qu'on peut comprendre, mais qui n'est pas excusable en présence de l'ennemi, sauvèrent le second vaisseau qui n'avait pu faire le tour. Les Anglais prirent aussi la bordée du Sud. Il fallut du temps aux uns et aux autres pour se rallier. On tira bien encore jusqu'à 4" 30", mais la saute de vent avait par le fait mis fin au combat ; les engagements partiels qui suivirent ne furent plus que des escarmouches entre des vaisseaux qui cherchaient à rallier leur escadre. Le HERo faisait des signaux de détresse; le MoNARCA, entièrement désemparé, ne gouvernait plus; le WoRCESTER avait aussi beaucoup souffert. Les avaries des autres vaisseaux anglais étaient si considérables, que le vice-amiral Hughes déclara qu'illuieûtétéimpossible de continuerlecombat,et qu'ilavait dû renoncer au projet qu'il avait formé de le recommencer le lendemain. Cela ne l'empêcha pas de dire que son escadre avait eu une supériorité marquée sur celle des Français et que, si le vent n'eût pas changé, il avait tout lieu de croire que le combat se fût terminé par la prise de quelques vaisseaux français. Le capitaine Mac Lellan avait perdu la vie. Les Français laissèrent tomber l'ancre à 6" devant Karikal, la Bellone traînant le Brillant à la remorque (1). Plusieurs vaisseaux avaient de graves avaries; outre le Brillant et le Flamand déjà mentionnés, le Héros et le Sévère avaient été très-maltraités. Le Sphinx avait aussi beaucoup souffert et son capitaine était blessé. Voici la part que chaque vaisseau prit à ce combat.
Il était près de 10" 45" lorsque le Flamand tira ses
(1) Karikal, petit comptoir français à 60 milles au Sud de Pondichéry. ll avait été cédé à la France en 1758 par le roi de Tanjaour.
premiers coups de canon. Le vaisseau amiral SUPERB, placé le sixième dans la ligne ennemie, s'étant arrêté par le travers du Héros, les 4 vaisseaux qui précédaient ce dernier se trouvèrent en présence des 5 anglais qui marchaient en avant du SUPERB , et ceux-ci ayant choisi pour adversaire le vaisseau qui leur correspondait, en remontant jusqu'au Flamand, il en résulta que celui-ci échut en partage au HERo et à l'EXETER. Le vaisseau français se ressentit de cette double attaque, et après avoir lutté avec intrépidité, il dut se retirer du feu. Les 2 vaisseaux anglais étaient, au reste, aussi maltraités que leur adversaire. L'Annibal fut attaqué par l'IsIs. Lorsque par suite de la saute de vent, le Brillant se trouva sous le canon de l'EAGLE et du WoRCESTER, l'Annibal prêta le côté à ces deux vaisseaux et contribua à dégager son compatriote. Le Brillant eut le SULTAN pour adversaire, et sentit bientôt les effets de sa puissante artillerie. Son grand mât fut abattu et il se trouva dans une position des plus critiques. Le Héros lui vint en aide ; mais l'efficacité de ce secours fut de courte durée. Lorsque le vent sauta au S.-E., le Brillant masqua et abattit sur tribord entre le WoRCESTER et l'EAGLE. Le commandant en chef, qui suivait tous les mouvements de ses vaisseaux, lui prêta encere assistance et le dégagea de nouveau. Le Sévère eut à combattre le BURFORD jusqu'à la saute de vent. Ce vaisseau masqua alors et, abattant sur tribord, il se trouva sous les batteries du SULTAN. Un fait regrettable et dontje parlerai plus loin se passa, dans cette circonstance, à bord du Sévère. Ce vaisseau put rallier son escadre. Le Héros, ainsi que je l'ai dit, fut choisi pour adversaire par le vice amiral Hughes ; mais la position dans laquelle se trouva le Brillant, par suite de la chute de son grand mât, le fit changer de vis-à-vis. Il doubla le Brillant au vent, lui fit un rempart du Héros et présenta le travers au SULTAN. Plus tard, lorsque le vent passa au S.-E. et que ce même vaisseau masqua, ce fut encore le Héros qui lui vint en aide, car le chef d'escadre de Suffren savait maintenant jusqu'à quel point il pouvait compter sur la coopération de ses sous-ordres, et il faisait ce qu'ils eussent dû faire. Le Sphinx, qui combattait le MoNARCA, remplaça le Héros par le travers du SUPERB et se maintint à ce poste jusqu'au changement de vent. L' Hannibal, l'Artésien, le Vengeur, le Bizarre et l'Orient ne prirent qu'une part secondaire au combat. La distance à laquelle les vaisseaux qui leur correspondaient dans la ligne ennemie tinrent le vent, rendit la lutte sans efficacité dans cette partie. L'Orient reçut l'ordre de se rapprocher; son capitaine essaya de le faire, mais il ne put y réussir. Quant à l'Ajax, il ne se mit même pas en ligne. Le combat que je viens de relater mit le commandant en chef de l'escadre dans une position bien difficile, car, on l'a vu par les extraits de correspondance que j'ai cités, ses vaisseaux n'avaient pas de rechanges : 19 mâts de hune étaient cependant à changer ! Et l'on comprend que là ne s'arrêtaient pas les avaries nécessitant le remplacement immédiat de mâts, vergues, voiles ou parties de grément. La Pourvoyeuse donna tout son grand mât au Brillant et prit celui de la flûte la Fortitude. La mâture de la Sylphide fut donnée aux plus nécessiteux. Quand le commandant en chef eut pourvu aux plus pressants besoins de l'escadre, il se rendit à Goudelour. De leur côté, les Anglais allèrent à Madras. Le lendemain du combat, le vice-amiral Hughes envoya un parlementaire au commandant en chef de l'escadre française pour réclamer le vaisseau le Sévère qui, disait-il, avait continué de combattre après avoir amené son pavillon. Le chef d'escadre de Suffren ne fit pas droit à cette réclamation basée, répondit-il, sur une erreur ; car si le pavillon du Sévère avait un instant cessé de flotter à sa corne, ce devait être par suite de la rupture de la drisse.
Cette demande motiva une enquête sur ce qui s'était passé à bord du Sévère; voici ce qu'elle apprit. Pressé vivement par 2 vaisseaux anglais, le capitaine du Sévère avait donné l'ordre d'amener le pavillon. Dès que cette nouvelle se fut répandue à bord, les officiers firent redoubler le feu, et le capitaine se vit forcé d'ordonner de hisser les couleurs. Le vaisseau anglais SULTAN, qui avait mis en panne pour envoyer amariner le Sévère, fut la victime de cette détermination : il reçut pendant quelque temps, sans riposter, tout le feu du vaisseau français. Le chef d'escadre de Suffren suspendit le capitaine chevalier de Villeneuve-Cillart de ses fonctions. Le capitaine Bidé de Maurville, de l'Artésien, et le capitaine comte de Forbin, du Vengeur, furent aussi remplacés dans leur commandement. Le capitaine Bouvet quitta son vaisseau pour raisons de santé. A la version officielle que j'ai donnée de l'affaire du Sévère, version qui fut accréditée dans l'escadre, je crois devoir joindre un extrait du mémoire justificatif publié par le capitaine de Villeneuve-Cillart. Cet officier prétend d'abord que le Sévère était le plus mauvais marcheur et le vaisseau le plus mal armé de l'escadre ; que quand, à la mort du comte d'Orves, il quitta la frégate la Bellone pour le prendre, il trouva tout à faire et à organiser. « Depuis « le combat du 12 avril, continue-t-il, le Sévère avait fait « beaucoup de pertes, et le nombre de ses malades était « encore si grand, que l'on avait eu beaucoup de peine à « armer les deux batteries; il ne restait personne pour « celle des gaillards, ni pour la manœuvre. « Lorsque le vent passa au S.-E. pendant le combat, le « Sévère avait perdu sa vergue de petit hunier; le grand « hunier était tombé sur le chouque ; son mât d'artimon « était au tiers coupé et son grément tellement haché, que « le capitaine de Cillart se disposait à sortir de la ligne, ainsi « que l'avait fait le Flamand. Cette saute de vent le coiffa « et, incapable de manœuvrer, il tomba dans la ligne an