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L’exposition de la Tate Britain consacrée à Henry Moore permet de redécouvrir le sculpteur britannique.
par Régine KOPP
Le sculpteur britannique Henri Moore (1898-1986) est, à côté de Brancusi ou de Giacometti, une des figures majeures de l’art du XX° siècle. L’exposition de la Tate Britain, qui présente plus de cent cinquante œuvres, sculptures en pierre, bronze, bois ou dessins, aspire avant tout à nous montrer en quoi son art est
« radical, expérimental et d’avant-garde ».
Elle s’attache aussi à placer l’œuvre de l’artiste dans son contexte historique et intellectuel : le traumatisme de la guerre, la naissance de la psychanalyse et de nouvelles interprétations de la sexualité, l’influence des arts premiers et le surréalisme.
Obsession fondamentale
En pénétrant dans la première salle consacrée aux cultures extra européennes, le visiteur est accueilli par une phrase de l’artiste qui donne le ton : « la plénitude de la forme, la tension de la forme, toutes ces choses sont connectées avec la vie et la vie avec le sexe ». Ses premières sculptures, qui datent des années vingt sont fortement influencées par l’art mexicain (Maternité, 1924), mais aussi par les masques africains (Masques 1928, 1929 et 1930). Dans les années trente, l’artiste explore très largement un de ses thèmes favoris, celui de la mère et de l’enfant, auquel toute une salle est consacrée et que l’artiste appelle “son obsession fondamentale“.
- Henry Moore « Reclining Figure », 1929.
- Leeds Museums and Galleries © Reproduced by permission of The Henry Moore Foundation
Ces années correspondent aussi à une transformation stylistique. Les figures féminines deviennent plus abstraites et plus suggestives, comme dans Mère et enfant (1932), ou la petite tête de la mère semble disproportionnée par rapport à son épaule. L’œuvre devient toutefois plus abstraite, lorsque l’artiste imagine sa série des « Reclining figures », figures étendues, réalisées dans les matériaux les plus divers, en bronze, en marbre, en bois, en pierre.
Angoisse transposée
C’est le cœur de l’exposition intitulé “Modernisme“, des sculptures datant des années trente à quarante, en rupture avec l’art de l’époque et qui n’ont rien perdu de leur modernité. Au seuil de la seconde guerre mondiale, Henry Moore transpose son angoisse dans ses sculptures sur le thème du casque (The Helmet, 1939/40).
- Henry Moore « Tube Shelter Perspective Liverpool Street Extension » 1941.
- Tate © Reproduced by permission of The Henry Moore Foundation
Une angoisse qui se lit surtout dans tous ses dessins de cette époque de guerre. Réfugié dans les abris souterrains, Moore explore les thèmes de la claustrophobie, de la peur et du corps fragilisé. Toute une salle de dessins, au crayon, à l’encre ou au pastel témoigne des souffrances d’hommes, de femmes et d’enfants en proie à l’angoisse et au dénuement mais révèlent aussi la force artistique des œuvres de cette période de création de Moore.
Les sculptures de l’après-guerre, sur les thèmes favoris de l’artiste, peuvent aussi être considérées comme une métaphore de l’inquiétude contemporaine, causée par les tensions politiques de l’époque : Tête d’animal (1951) n’est pas sans rappeler certaines têtes d’animaux dans Guernica de Picasso.
Pour ne pas laisser le visiteur sur une note trop triste, l’exposition propose une salle qui réunit quatre grandes sculptures monumentales, Figures étendues (1936, 1939, 1959/64,1976/78), taillées dans du bois d’orme, qui dégagent une douceur et une sensualité réconfortantes.
Régine Kopp
Tate Britain : Henry Moore. Jusqu’au 8 août.