Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06986.jsonl.gz/1025

Permettez-moi, avant de prononcer mon discours rectoral, d'adresser quelques paroles de gratitude au rectorat sortant de charge et à son recteur.Messieurs,
Vous avez présidé pendant quatre ans à la destinée de notre université; vous n'avez épargné ni vos soins, ni votre temps; vous avez mis tous vos talents à résoudre les problèmes qui n'ont cessé de se multiplier et vous nous confiez aujourd'hui une Haute Ecole qui, à juste titre, peut être fière de ce qu'elle est. Le nouveau rectorat vous en exprime sa reconnaissance.
Quelques esprits superficiels pourraient s'imaginer peut-être qu'il est plus aisé de gérer une certaine prospérité que de faire face à la pénurie, Ils se font illusion. II est plus délicat de développer un organisme — car cela exige des choix — que de le faire survivre — cela ne réclame que de la peine. Et vous venez de montrer d'ailleurs que cette peine vous avez su la prendre. Le nouveau rectorat vous en exprime ses félicitations.
J'aimerais aussi m'adresser à vous, Monsieur le recteur qui sortez de charge.
Au moment où la communauté universitaire s'apprête à accrocher votre portrait aux cimaises de notre Maison — afin sans doute que votre effigie ne cesse de veiller sur elle — au moment où je me dispose à placer dans votre fauteuil ce qu'il convient étymologiquement d'appeler mon subconscient, il me plaît de vous rendre hommage.
Certes, Monsieur, vous n'étiez pas seul. Messieurs les vice-recteurs, Monsieur le secrétaire général vous entouraient; le Conseil rectoral, avec ses doyens, ses professeurs, ses chefs de travaux, ses assistants, ses étudiants; le Conseil de l'Université, avec quelques-uns des plus éminents représentants du pays, le Département de l'instruction publique enfin, s'ils vous contrariaient parfois, vous conseillaient et vous appuyaient. Il n'en
reste pas moins que c'est vous qui, d'abord, deviez affronter les difficultés et qui, ensuite, deviez assumer les solutions. Toutefois, vous avez été privilégié. Vous avez eu avec vous l'alliée la plus puissante, celle qui dès l'aurore de l'Humanité n'a jamais cessé d'être à ses côtés dans tous les combats qu'elle a livrés pour sa survie: je veux dire la mathématique.
Elément distingué du groupe de vos pairs, vous avez toujours su bien ordonner l'ensemble de vos décisions. Point fixe, vous avez résisté aux esprits les plus compacts, lesquels sont, comme chacun le sait, des fermés et bornés. A la suite monotone et croissante de vos tâches, vous avez donné un ordre strict et vous avez procédé à une répartition normale des aléas de votre condition. Jamais vous n'avez manqué de trouver les filtres indispensables à vos idéaux, de sorte que le corps de vos actions entoure désormais notre Maison d'un anneau de lumière.
Enfin, mon cher collègue, je voudrais vous dire combien nous sommes heureux que ce soit précisément votre fils qui, aujourd'hui, nous ait offert les plaisirs de la musique. Qu'il en soit, lui aussi, remercié.
Je commencerai par dire que le thème que je vais traiter — et qui est l'étude du phénomène de la contradiction au sein de la logique naturelle — fait l'objet d'une recherche collective. Elle associe, pour la logique naturelle, les collaborateurs de notre Centre de recherches sémiologiques. Mmes Marie-Jeanne Borel, Marianne Ebel et M. Aldo Licitra, et, pour la contradiction, Mme Gilberte Le Bonniec du Centre d'étude des processus cognitifs et du langage de la VIe Section de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris. Je rapporte ces faits non seulement pour rendre hommage aux personnes avec lesquelles je travaille, mais pour qu'il soit bien entendu que, s'il m'arrive de dire «je», ce ne pourra être que de façon abusive. Plusieurs années de travail en commun font qu'il est impossible de rendre à chacun son dû. C'est là le prix dont il faut payer le travail en équipe. Mon exposé comportera trois parties: 1. Je montrerai d'abord comment nous posons le problème. 2. Je dirai ensuite sommairement en quoi consiste ce que nous appelons la logique naturelle. 3. Enfin, j'esquisserai quelques-uns des résultats déjà obtenus.
Traditionnellement, l'étude de la contradiction appartient à trois domaines principaux.
1. A la dialectique, en tant par exemple que Lénine la définit comme «l'étude de la contradiction dans l'essence même des choses». (Cahiers philosophiques, Paris, Ed. Sociales, 1955, p. 211.)
2. A la rhétorique, en tant qu'elle constitue une «figure» que Fontanier, dans son Manuel classique pour l'étude des tropes, appelle paradoxisme et qu'il définit comme «un artifice de langage par lequel des idées et des mots, ordinairement opposés et contradictoires entre eux, se trouvent rapprochés et combinés». (Paris, Flammarion, 1968, p. 137.)
3. A la logique mathématique, en tant que l'un de ses objectifs prioritaires est de prouver la non-contradiction des systèmes formels qu'elle étudie.
Il se trouve que nous empruntons à chacune de ces disciplines. Non bien sûr certaines de leurs méthodes: on ne constitue pas un domaine de connaissance à l'aide d'instruments importés. Ce que nous leur empruntons, ce sont certains de leurs accents. De la dialectique, nous tirons l'idée qu'une contradiction n'est jamais donnée, mais qu'elle est engendrée par une activité de pensée. De la rhétorique, nous retenons que la contradiction est intimement liée au discours et qu'il est possible d'en aborder l'étude non en tant que le locuteur «tombe dans une contradiction», mais en tant qu'il l'utilise comme un procédé. De la logique mathématique enfin, nous gardons qu'elle a montré la nécessité d'un certain niveau d'abstraction et d'un type déterminé de visée.
Tout ceci exige un bref commentaire qui doit éviter des malentendus. En présence d'un texte, nous ne cherchons pas à en dégager le sens, ni même un des sens. Nous ne voulons pas non plus mettre en évidence les lois du langage qu'il utilise. Nous ne nous demandons pas quel peut être l'effet de ce texte sur un auditoire, non plus que les causes qui l'ont produit. Nous ne sommes donc ni herméneutes, ni linguistes, ni psychosociologues. Ce qui nous importe, ce sont les opérations logicodiscursives, qui engendrent le texte et, dans le cas dont je traite ici, qui engendrent les contradictions.
Pratiquement, nous nous sommes posé trois questions.
1. La lecture, même rapide, de textes qui se servent de la contradiction — et nous nous en sommes tenus jusqu'ici à ceux où elle se trouve explicitement dénoncée — laisse entendre qu'il en existe de plusieurs espèces. De là le désir d'établir une typologie des contradictions.
2. Puisque, encore une fois, nous n'étudions pas les cas où la pensée tombe dans la contradiction, mais celle où elle l'utilise, la question se présente des différents rôles qu'elle peut jouer. 3. Enfin, et en conséquence de notre visée «logique», il s'agit de dégager le fonctionnement de la contradiction.
Il est possible, pour aborder cette problématique, de partir d'un constat qu'enseigne la logique mathématique et c'est que toute production de contradiction exige un certain type de fermeture. Dans cette discipline, le type de fermeture requis est parfaitement défini. C'est celui des systèmes formels avec leurs symboles univoques et leurs règles explicites, Il est inutile d'insister sur ce qu'il n'en va pas du tout de même dans la pensée
discursive, ne serait-ce que parce que ce qu'on peut appeler le moment syntaxique et le moment de l'interprétation ne peuvent jamais se distinguer. Il s'ensuit que l'on peut dire que, si la logique mathématique traite de la contradiction formelle, nous avons à étudier la contradiction matérielle, au sens aristotélicien du terme.
Dans ces conditions, le problème est de trouver, pour la pensée discursive, l'analogue des systèmes formels, ce qui me conduit à dire quelques mots de ce que nous appelons la logique naturelle.
Le point de départ est à la fois simple et banal. Il consiste à constater que raconter une histoire, plaider une cause, faire un sermon, donner une leçon, prononcer un discours —bref parler — c'est toujours créer pour soi et pour les autres une sorte de microunivers. C'est produire ce que nous appelons une schématisation. D'une façon un peu plus précise, une schématisation est l'expression, dans une langue naturelle, d'une représentation que se fait un locuteur, représentation destinée à un auditeur (ou à un auditoire) dans une situation donnée.
Les différents termes de cette quasi-définition demanderaient certes à être précisés. Mais je me contenterai ici d'insister sur deux points,
1. Une schématisation, par contraste avec un modèle mathématique, est fonction de celui qui parle, de ceux auxquels il s'adresse et des circonstances de son discours.
2. Elle est à la fois un résultat et un ensemble d'activités: celles précisément qui lui donnent naissance. Ceci conduit à appeler logique naturelle l'étude, en vue d'une formalisation future, des opérations de pensée qui engendrent des schématisations discursives.
Je noterai en passant qu'il ne s'agit au fond là que d'une extension de la définition que Piaget donne de la logique. La chose est très normale, dans la mesure où la logique naturelle ne s'oppose nullement à la logique mathématique, mais tente seulement de rendre compte de certains aspects que celle-ci néglige. Là où la logique mathématique conçoit locuteur, auditeur et situation comme universels, la logique naturelle cherche à les spécifier dans certaines de leurs particularités. Elle est donc la logique de ce que Aristote appelait les discours pratiques, dans lesquels, comme il le dit dans sa Rhétorique, «les faits particuliers ont une importance plus décisive que les universels» (II, 19, 1393 a 19).
Avant de poursuivre, je voudrais souligner encore que les signes dont s'occupe la logique naturelle ne sont pas vides comme ceux des systèmes formels, où il suffit d'être capable de savoir quand les identifier, quand les distinguer et comment les manipuler. Toutefois, ceci n'implique pas que la sémiologie,
comme telle, doive se préoccuper des référents. Etudier le référent de César est l'affaire de l'historien, et celui de l'ADN l'affaire du biologiste. Ce qui entre en jeu, ce sont les signifiés, c'est-à-dire certaines «unités culturelles», pour parler comme Umberto Eco dans La structure absente (Paris, Mercure de France, 1972, p. 64).
Les objets de la logique naturelle renvoient ainsi toujours non à des «choses», mais à ce que nous appelons du préconstruit culturel, à partir duquel la pensée construit telle ou telle schématisation. Dès le départ donc, les objets sont munis de certaines propriétés, ils sont insérés dans des réseaux de relations, enfin ils sont le support de certains types de transformations à l'exclusion d'autres. De plus, tout ceci reste donc fonction du locuteur, des représentations qu'il se fait de son auditoire et de la situation actuelle.
Dans ces conditions, la distinction classique entre modalités de dicto et modalités de re se généralise et prend une importance décisive. Les scolastiques appelaient de dicto une modalité qui porte, disons, sur l'énoncé:
«Il est probable qu'il existe un monopôle magnétique» Elle est de re, si elle concerne la nature même de la copule:
«Il existe probablement un monopôle magnétique.» Il est superflu de préciser que l'exemple ne figure pas chez Guillaume d'Occam (~ 1300 — ~1350) qui a, l'un des premiers, étudié systématiquement cette distinction.
Au de dicto va correspondre ce qui est actuellement construit dans la schématisation, au de re ce qui est préconstruit, et l'on comprend qu'aussi bien les inférences que les oppositions se présentent à deux niveaux: celui des dits et celui des acquis. Ce n'est pas le lieu d'entrer dans des considérations techniques, mais il est nécessaire de signaler le minimum qui est requis pour pouvoir parler d'une logique. Il faut disposer d'objets, de prédicats et d'opérations pour déterminer les objets.
(1) Nous avons été conduits à concevoir les objets comme ce que Lesniewski appelle des classes méréologiques, c'est-à-dire comme des entités qui non seulement contiennent des éléments, mais d'autres ingrédients encore. Elles sont engendrées dans le discours par trois opérations: l'une ancre la classe dans du préconstruit, une autre y introduit des parties et des agglomérats, la dernière enfin y fait figurer des aspects spécifiés.
(2) Les prédicats sont traités comme des variables sur des classes d'équivalences que nous caractérisons encore assez grossièrement: états, actions, comportements, déclarations, opinions, etc.
(3) La détermination des objets par les prédicats requiert ce que nous appelons une polyopération, c'est-à-dire une correspondance qui applique simultanément, et avec des poids différents, un ensemble de départ sur plusieurs ensembles d'arrivée. La polyopération de détermination fait correspondre à un objet: un type de prédicats, une valeur (affirmative, négative, interrogative) et une modalité.
D'autres opérations et polyopérations sont encore nécessaires. Les principales transforment les déterminations en énoncés et d'autres permettent de composer entre elles les déterminations et entre eux les énoncés.
Cette instrumentation, quoique encore très imparfaite, nous a néanmoins permis d'apporter déjà quelques réponses aux trois questions que nous nous sommes posées.
1. Typologie des contradictions. Je vais me limiter aux catégories les plus générales que je décrirai à l'aide de trois notions: (1) celle du siège S de la contradiction qui est souvent un animé, (2) celle de l'objet O de la contradiction qui est simple ou double, (3) celle d'une relation r, simple ou double, entre S et O. Une combinatoire élémentaire permet de prévoir quatre types de contradictions générales, dont chacun est d'ailleurs attesté, quoique avec des fréquences différentes.
I. La relation r est simple et l'objet O est contradictoire en lui-même, ce que notre définition d'objet-classe rend possible. Exemple: J.-J. Rousseau, Contrat social.
«Ainsi de quelque sens qu'on envisage les choses le droit d'esclavage est nul, non seulement parce qu'il est illégitime mais parce qu'il est absurde et ne signifie rien. Ces mots esclavage et droit sont contradictoires.»
C'est l'objet «droit d'esclavage» qui est lui-même contradictoire. Il. La relation r est double et l'objet O est simple.
Exemple: Discours électoral de G. Pompidou (Le Monde, 12. 6. 1969).
«M. Poher nous avait dit que s'il était candidat, il abandonnerait l'intérim. Il ne l'a pas fait. C'est une première contradiction.» L'objet est «l'intérim» et la contradiction se trouve entre les deux relations «promettre de faire», «ne pas faire» qui mettent en rapport le siège «M. Poher» avec l'objet.
III. La relation r est double, l'objet O aussi et l'un dépend de l'autre. Exemple: R. Martin du Gard, Les Thibault.
«Chaque fois qu'Antoine songeait aux «idées» de Jacques, il se heurtait toujours à cette contradiction fondamentale: son frère qui de toutes ses forces haïssait la violence... comment avait-il pu, pendant des années, militer pour la révolution sociale, c'est-à-dire la pire violence...»
Le siège est «Jacques'» qui est relié de façon contradictoire à «la violence» par « haïr» et à «la révolution sociale» par «militer».
IV. La relation r est double mais chacune est compatible avec l'autre, l'objet O est aussi double cependant que l'un exclut l'autre.
Exemple: P. Gassé, Toi le petit dieu.
«L'un des hommes qui ont le plus contribué au développement du déterminisme, Claude Bernard, penchait sans le dissimuler vers le finalisme. Alors, la pensée du génial physiologiste serait-elle entachée de contradiction?»
C'est «Claude Bernard» qui pourrait être le siège d'une contradiction par l'intermédiaire de «contribuer au développement» et «pencher» qui le mettent en rapport avec «déterminisme» et «finalisme», généralement conçus comme antithétiques.
Il ne s'agit là que du cadre le plus général. A un niveau d'analyse plus poussé, on s'aperçoit que certaines contradictions sont intérieures en ce sens qu'elles se situent au niveau des déterminations (genre de re), tandis que d'autres sont extérieures et se situent donc au niveau de l'énonciation (genre de dicto). De plus, les prédicats du type FAIRE, VOULOIR et DIRE se combinent entre eux pour engendrer de nouvelles espèces.
2. Rôles des contradictions. La logique mathématique en connaît deux. L'un est le raisonnement par l'absurde qui permet d'affirmer la négation d'une hypothèse qui conduit à une contradiction. L'autre se résume au principe classique du ex falso quod libet sequitur: si, en cours de déduction, on rencontre une proposition et sa négation, n'importe quelle proposition peut être affirmée.
II semble que, dans la pensée naturelle, les rôles que joue la contradiction puissent se situer entre ces deux principes mathématiques, lesquels font figure de deux pôles, celui de la fermeture (F) et celui de l'ouverture (O). On aura ainsi en passant sur le raisonnement par l'absurde à proprement parler F1.
F2: le refus d'une proposition, d'une thèse, d'une opinion qui ne va pas jusqu'à l'affirmation explicite de leur négation. Exemple: Cicéron, Tusculanes, livre III, XXIX, 72.
«On loue ceux qui témoignent d'impassibilité devant la mort, et l'on blâme ceux que la mort d'un autre laisse impassibles. C'est raisonner comme si l'on prenait au sérieux le langage familier aux amants, à savoir que l'on peut aimer autrui plus que soi-même.»
La contradiction conduit à rejeter cette thèse: on peut aimer autrui plus que soi-même.
F3: l'obligation d'un choix.
Exemple.' E. Malet dans Le Monde (30.6.1971) à propos de l'affaire des pavillons de Baltard.
«Le préfet a souligné la contradiction qu'il y avait à vouloir construire davantage de logements sociaux sans accepter un déficit financier.»
La contradiction montre qu'il faut choisir: ou l'on veut des logements sociaux et il faut en payer le prix, ou l'on veut éviter tout déficit, et il faut renoncer aux logements sociaux.
03.' le siège est mis en cause et il est dévalorisé.
Exemple: Le fragment de discours de Georges Pompidou rappelé plus haut. Par le biais de la contradiction, M. Poher est présenté comme quelqu'un qui n'a pas tenu une promesse.
02: la contradiction conduit à son explication.
Exemple: A propos de la volonté de réforme des universitaires, le recteur Niveau, de l'Académie de Grenoble, écrivait dans Le Monde (1.4.1971):
«L'une des contradictions de la société tient à notre impatience: nous voulons tout, immédiatement, alors que le processus de transformation prend du temps.»
La contradiction est ici expliquée avant même d'être énoncée.
O1 enfin: fournit l'occasion d'un dépassement, d'une révision. Exemple: Alain, Propos. Au sujet de la musique.
«C'est la musique qui m'a averti de ceci, que l'expression des émotions, dans les arts, était peu de chose. Plus un adagio a d'ampleur et de hauteur, plus le sentiment qu'il exprime est indéterminé. Ces remarques conduisent à une contradiction en ce qui concerne le théâtre musical; car alors, le sentiment est proposé et défini. Il faudrait peut-être dire...»
Suit précisément un aménagement de la déclaration initiale.
3. Fonctionnement de la contradiction. Son étude exige d'entrer de façon beaucoup plus détaillée dans la logique de la schématisation. Je me contenterai donc de signaler deux phénomènes particulièrement significatifs.
(1) Comme toutes les bonnes choses, les contradictions vont rarement seules, et l'on peut en observer de véritables chaînes. Ainsi dans ce fragment d'une étude de Jacqueline Thome-Patenotre sur la politique extérieure française: (Le Monde, 14.7.1973):
«On laisse planer à tort l'illusion selon laquelle la France est capable à elle seule d'assumer son indépendance grâce à la force de frappe... Or, dans le même temps, le président de la République insiste sur «la nécessaire présence des soldats américains en Allemagne» tout en proclamant le dogme de l'indépendance militaire de la France et en refusant l'idée d'une sécurité commune à tous les pays de l'Europe, seule capable d'assumer une véritable autonomie.»
On s'aperçoit, à l'analyse, que l'on est en présence de quatre contradictions, dont l'une sert même de pont entre deux autres.
(2) Une contradiction n'est pratiquement jamais donnée sous sa forme brute. Elle s'accompagne de transformations propres à indiquer comment la lever, quitte naturellement à ce que la schématisation referme aussitôt la porte entrouverte.
Il ne s'agit dans tout ceci que d'un aperçu très sommaire d'un problème complexe qui exigera encore beaucoup de travail. Mais, lorsqu'on sait que le Centre de recherches sémiologiques ne comporte que trois personnes et demie, que l'une d'entre elles, de plus, est devenue recteur, il serait contradictoire d'espérer que les progrès seront rapides.