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Le procès d’intention étant écarté (voir première partie), on peut constater sans passer pour un mangeur d’enfants que la démographie est variable. Au niveau de certaines régions elle diminue ou augmente au fil de l’histoire et des conditions économiques. Au niveau mondial elle augmente globalement depuis des millénaires. Qu’est-ce qui la fait varier? Faut-il ou non l’influencer par une décision politique? Cela fera partie du débat sur cette initiative.
Quelques pistes de réflexion ou de discussion.
La variation - et donc l’augmentation - de la démographie dans une région est la conséquence de deux facteurs variables directs: l’accroissement du taux de natalité et/ou l’immigration, pour un taux de mortalité constant - donc hors épidémie, guerre ou catastrophe naturelle.
La nature semble programmée pour la croissance. Un grain de blé produit un épi contenant des dizaines de grains, soit plus que nécessaire pour sa simple reproduction. Si un grain ne produisait qu’un seul autre grain aucune espèce n’aurait pu se développer. Il faut en effet plus d’individus ou d’éléments (grains) d’une espèce pour qu’elle se maintienne en vie, car il faut compenser les pertes inévitables. Dans le cas du grain de blé la perte peut être due à une tempête qui souffle les grains sur un terrain peu fertile, ou à la sécheresse ou l’excès d’humidité qui détruisent une récolte. Une espèce doit avoir colonisé assez de territoires différents pour survivre même si elle est détruite dans une région donnée. La nature fonctionne selon un principe d’abondance et non de limitation. Celle-ci est toujours imposée par des circonstances particulières.
Les humains sont aussi dans cet ordre des choses. Ils doivent se reproduire en nombre plus grand qu’ils ne sont au départ. Ils faut en effet compenser les pertes possibles dues à la maladie, aux grandes épidémies, aux guerres et aux catastrophes climatiques. Rappelons-nous par exemple l’année «sans été» de 1816: à cause de l’explosion du volcan Tambora en Indonésie, la température moyenne fut exceptionnellement basse dans l’hémisphère nord, avec de la neige en été. Les récoltes furent détruites et ce fut la crise alimentaire. Les gens mangeaient des racines. On estime que la mortalité a doublé à cause de cet événement.
Les guerres ont régulièrement décimé les populations. La deuxième guerre mondiale fut particulièrement meurtrière. Plus anciennes, les grandes épidémies de peste firent baisser la population. On estime que la peste noire du XIVe siècle décima 30% à 50% de la population européenne. C’est ce que j’appelle la régulation «naturelle» ou forcée, non choisie comme telle par une décision politique.
La régulation démographique naturelle s’est faite de tous temps par des poussées expansionnistes qui alternaient avec des pertes importantes. Mais globalement la population mondiale n’a cessé d’augmenter. Actuellement dans les pays industriellement développés la tendance est stationnaire, voire en régression. Les naissances renouvellent tout juste ou pas le niveau de population. Or pour maintenir une activité économique et une relative prospérité la population doit au minimum rester constante. Sa diminution modifiera le mode de vie et le niveau de bien-être matériel.
Et en même temps son augmentation indéfinie se heurtera à la notion d’une planète finie - en terme de surface et de ressources. On ne peut dire avec une certitude absolue quelle est la limite de la croissance démographique. Toutefois elle est dépendante d’au moins un paramètre: la surface de terres cultivables ou productives pour l’élevage. On peut ajouter à cela l’eau nécessaire à la boisson, aux besoins domestiques, à l’irrigation et à l’industrie. On ajoute encore les surfaces laissées à elles-mêmes pour la diversité de la faune et de la flore, les surfaces forestières pour la production d’oxygène, les surface publiques de services: routes, aéroports, aires de loisirs. Il y a ainsi une notion d’espace vital qui n’est pas compressible à l’infini.
Les espèces végétales et animales ont aussi leur espace vital. Une meute de loup a besoin pour vivre de disposer d’un territoire suffisant avec son gibier.
Les méthodes de production alimentaires ont évolué et la Terre nourrit plus d’humains aujourd’hui qu’il y a 50 ans. Il est probable qu’elle puisse en nourrir encore plus. Le réchauffement climatique, s’il continue, permettra de valoriser des terres cultivables dans des régions anciennement trop froides pour cela (Sibérie, Canada). Les ressources énergétiques sont limitées mais pas finies. De nouvelles ressources sont aujourd’hui exploitables comme les hydrates de méthane, dont les réserves pourraient assurer environ un siècle de consommation mondiale en équivalent pétrole. Les carburants à base d’algues ont un avenir prometteur. Cela rien que pour les ressources énergétiques non renouvelable ou partiellement renouvelables.
Mais alors pourquoi s’inquiéter de la régulation démographique? Parce que soit nous le faisons librement, comme un acte politique d’anticipation et une vision à long terme; soit nous attendons une guerre, une catastrophe naturelle ou un virus. Et aussi parce que notre multiplication pèse sur la qualité de vie.
Evidemment la régulation est un acte dirigiste. On pourrait se dire: «Faisons confiance à la nature, et acceptons le destin». Mais une guerre est-elle vraiment un destin inévitable? Je ne le pense pas. Réguler volontairement est donc une manière de ne pas laisser le destin seul maître de notre avenir. C’est aussi tenter d’équilibrer l’interaction humain-nature.
Cela a aussi un inconvénient: le risque de pertes non compensées. En régime de régulation il n’y aurait pas d’avance ou de réserve. Supposons qu’une épidémie de type peste noire ravage l’Europe: il faudrait une ou deux générations pour «refaire» le volume de population. L’économie serait gravement affectée, ainsi que la prospérité légitime à laquelle tout groupe humain aspire. La contrainte d’une limite de population fixée dans la loi fige un pays et donne une marge d’adaptation étroite. C’est ce qui me dérange le plus dans l’idée de régulation.
Un autre inconvénient est que la décroissance n’est pas une programmation positive dans l’expérience humaine. Mais elle existe déjà: en Suisse le taux de natalité ne renouvelle pas entièrement la mortalité, et sans immigration le pays verrait sa population diminuer. Grâce à l’immigration elle est peu sensible. Un troisième inconvénient est donner à l'Etat encore plus de pouvoir sur la liberté individuelle. Il y a là matière à une intéressante réflexion de société.
Cette initiative d’Ecopop a le mérite de poser en cascade toute une série de questions et d’amener un débat très actuel sur notre avenir. Elle touche aussi à un tabou ancestral: imposer une limite à la fonction la plus essentielle pour l'espèce, sa reproduction. D’ici à la votation il y aura je l’espère de nombreuses occasion d’y revenir.