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10 juin 2012
Le drapeau japonais flotte sur Ploucland
Nous à Ploucland, quand on a vu que le drapeau japonais flottait tout seul sur l’Elysée, on a fait pareil. Et comme on devait prendre une photo de notre président, on a demandé au photographe Ramon Sanpardon s’il voulait bien réaliser deux ou trois clichés souvenirs à l’extérieur, comme à la plage.
Ramon Sanpardon a dit qu’il faisait seulement des photos normales en amateur. On lui a dit c’est parfait, c’est ce que veut notre président, faire peuple, faire simple, normal, acratopège. Montrez le costume serré et trop court aux manches, les mains qui l’encombrent, le visage lisse, l’air de pas savoir quoi faire, et ses cuisses de grenouilles. Faites-nous un président dans lequel les paysans endimanchés et les représentants de commerce se reconnaissent.
Alors voilà, on a fait comme lui. Le président français Fanfrelande - c’est lui sur la photo, pas le majordome de l’Elysée - s’est fait photographier avec le drapeau japonais sur l’Elysée. Notre président aussi. Il y en a qui trouvent que cela ne se fait pas. Ils disent que s’il y a une réception de dignitaires japonais, ou un événement lié au Japon, on devrait faire figurer les deux drapeaux. Et encore: si c’est le cas on devrait faire figurer le drapeau japonais ailleurs, pas tout seul sur le Palais.
Imaginez le drapeau Italien tout seul sur la Maison Blanche, ou le drapeau chinois tout seul sur le Kremlin. Ou le drapeau Afghan tout seul sur le Palais Fédéral à Berne. On se demande si le pays a changé de main. Ca jette de la confusion. On pourrait aussi se demander si c’est pas, vu de loin, le drapeau de la Croix-Rouge, parce que le jour de la Croix-Rouge il y a partout des drapeaux à croix rouge sur fond blanc. Non, c’est le 8 mai. Fanfrelande était pas intronisé.
Regardons bien la photo en première image et l’extrait isolé de la deuxième image (cliquer pour agrandir): le drapeau du Japon flotte seul sur l’Elysée, bien au centre de ce symbole de la République. En troisième image, le drapeau français est à la même place, comme «normalement», avant l’élection de Fanfrelande. Moi je dis que c’est bien. Ce sont des amateurs, comme chez nous à Ploucland. Ça fait pauvre. C’est le riche président pauvre. On peut chanter: «Tout seul, dans ce parc, pauvre président riche».
Il y en a qui trouvent que c’est de l’amateurisme. C’est que des jaloux. Ils disent que cela augure mal de l’avenir de la France. Ils disent qu’on avait reproché à Sarkozy d’avoir banalisé la fonction présidentielle. Qu’ici, ce n’est même plus banaliser. C’est une balle dans le pied. Et du gros calibre. Ben chez nous à Ploucland on aime bien le drapeau japonais sur le palais du président. Du blanc et du rouge, c’est comme le photographe Sanpardon: ça donne l’impression d’avoir de la culture.
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Il y en a qui disent que l’Elysée peut refaire les photos. Que c’est de l’argent jeté par les fenêtres. Que l’Elysée est aux mains d’un amateur et d’une amazone. Ils sont pas gentils avec Fanfrelande. Un amateur ça peut être un bon gars.
En attendant il y en a qui aiment sa photo. Par exemple Le Monde Politique:
«C'est un retour à la tradition. François Hollande a choisi un grand photographe, avec une reconnaissance institutionnelle. Depardon est reconnu en tant qu'auteur, comme un artiste à part entière. S'il n'est pas connu pour ses images extraordinaires, c'est un observateur du quotidien, comme il l'a montré à travers ses documentaires. Cette signature prestigieuse démontre un retour à la culture, au patrimoine, alors que son prédécesseur Nicolas Sarkozy, avait choisit Phillippe Warin, le photographe attitré de la Star Academy.»
Sur ce coup son observation du quotidien semble défaillante. Mais tout le monde peut se tromper. Pour ce qui est de la culture sur cette image... ben vous n’avez rien compris, c’est de l’humour!
Plus loin l’article confirme l’amateurisme. Au premier ou au second degré?
«C'est clairement un clin d'œil à la photographie amateur, notamment au niveau du format carré : on dirait un polaroïd ou une photo Instagram. (...) Cet hommage à la photo amateur, c'est une très bonne idée pour un président qui se revendique comme normal.»
Nous aussi on a un président normal. Un président si parfait, si différent du précédent. Il voyage en jet privé à 30‘000 euros, et fonce à 140 ou 180 sur les autoroutes et dans les tunnels. Et il sait manier les grands symboles comme le drapeau japonais. C'est vraiment un président différent.
Bienvenue à Ploucland.