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Cet article remet en question la notion de privatisation de la religion développée par Max Weber (1920). En effet, loin d’être une affaire privée, la religion garde toujours un lien étroit avec l’Etat en Suisse, dans un contexte de pluralisation de plus en plus marqué. Basée sur diverses recherches menées récemment en Suisse, cette étude postule deux hypothèses: premièrement, l’existence d’un processus de valorisation de la religion chrétienne et une méfiance des autres religions au sein du pluralisme religieux ; deuxièmement, une attente des personnes envers l’Etat afin qu’il exerce un rôle régulateur en favorisant les religions établies tout en étant garant des « nouvelles religions ». Les enquêtes montrent un lien persistant entre les valeurs chrétiennes et le système politique ainsi que l’affirmation du lien entre sentiment politique et religions établies.
Les hypothèses postulées au départ se confirment : une valorisation de l’apport politique, social et culturel de la religion chrétienne est visible dans les discours de la population ainsi que l’existence d’une méfiance envers les autres religions. En outre, la pluralisation religieuse ne conduit pas à une attente de désengagement de l’Etat. Cette recherche d’Irène Becci et de Claude Bovay témoigne d’un climat social orienté vers l’engagement de l’Etat et remet profondément en question la thèse de Max Weber de la privatisation de la religion. Le rôle de régulation étatique attendu par les Suisses pourrait, à l’extrême, s’apparenter à un contrôle des autres religions.
Résumé : Sarah Kiani.