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Les Winye constituent un groupe ethnique récent, de faible envergure spatiale (une vingtaine de villages), installé au centre-ouest du Burkina Faso à la fin du XVIIe siècle à partir de bribes de populations diverses (selon une logique de «société de la frontière», Kopytoff). Ces éléments sont venus avec des coutumes différentes qui ont dû être aménagées pour que le nouveau groupe ethnique en construction puisse interagir de manière coordonnée aux différents événements biologiques sanctionnés socialement comme la naissance, l’alliance ou la mort.
Avec son livre, Jean-Pierre Jacob propose une réflexion anthropologique directement liée à ces questions de genèse sociétale. Il examine le jeu des temporalités dans les opérations rituelles et leur accumulation comme moyen d’installer des qualités différentes pour les morts célébrés et pour la société qui leur survit.
Dans la vidéo, il explique que «dans les rites funéraires winye circulent des biens qui devraient être versés au début du mariage mais qui ne le sont pas parce que cette société considère qu’un être humain est pourvu de virtualités qui sont concrétisées tout au long de sa vie et ne sont pleinement connues qu’à sa mort. Ainsi on offre des compensations matrimoniales à la femme ou au groupe d'origine de la femme qui se marie non pas à son mariage mais à son enterrement, voire à l'enterrement de ses enfants, car c’est alors qu’elle aura manifesté l’ensemble de son potentiel. (…) Donc ces individus – hommes et femmes – vivent en quelque sorte à crédit, et c’est à leur mort qu’on règle leurs dettes vis-à-vis de leur famille d’origine.»
Dans le futur, l’anthropologue souhaite approfondir sa réflexion sur la philosophie winye, une manière de considérer que les événements qui vont importer pour les individus dans leur vie sociale, biologique, politique, religieuse, etc., sont des événements qui viennent d’ailleurs, du monde de l’origine, mais pour lequel ils ont construit toute une série de dispositifs culturels visant soit à favoriser les virtualités porteuses d’événements positifs, soit au contraire à rejeter, dévier, contraindre, différer des événements dont on peut penser qu’il auront des résultats négatifs dans la vie des êtres humains.
Jean-Pierre Jacob est anthropologue et professeur honoraire de l’Institut. Ses intérêts portent sur trois thématiques: les études des interventions de développement et de la production du service public à l’échelle locale en Afrique de l’Ouest, les questions foncières et l’ethnographie de la société winye du centre-ouest du Burkina Faso, pour laquelle il mène des enquêtes depuis 1983. Il a été visiting scholar au Program of African Studies (Nortwestern University) de 1988 à 1990, directeur de recherche en accueil à l’Institut de recherche pour le développement à Ouagadougou entre 1999 et 2003, puis directeur de recherche du Laboratoire Citoyennetés à Ouagadougou de 2003 à 2008. Il est membre associé du Pôle de recherche sur le foncier rural dans les pays du Sud (Agropolis, Montpellier),
Bannière: extrait de l’image de couverture des Winye du Centre-Ouest Burkina Faso.