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Le Ministère public, incarné par le procureur général Eric Cottier, a requis ce mardi matin une peine de cinq ans de réclusion contre le médecin de famille pulliéran qui avait abrégé les souffrances d'une patiente âgée en 2015. Le procureur a retenu le meurtre à l'encontre du praticien.
Le médecin soutient avoir mis fin aux souffrance de sa patiente depuis sept ans, qu'il aurait trouvé agonisante à son domicile. Ce n'est pas l'interprétation que le Parquet a retenue des éléments issus de l'enquête, même s'il a relevé qu'il ne lui était pas facile de mettre en accusation pour meurtre un médecin chez qui il se rendrait en toute confiance comme patient. Mais, pour Eric Cottier, Christian Mathey «est sorti du rôle du médecin, il s'est laissé complètement déborder par son émotion.»
Un médecin sous influence?
Le magistrat évoque un geste planifié, sous l'influence de l'époux de la défunte. Celui-ci aurait été intimement convaincu de la fin de vie de sa compagne, souffrant de plusieurs pathologies sévères, et alarmé par ses souffrances au point d'avoir réclamé d'y mettre fin à plusieurs reprises au personnel du centre de réadaptation où elle séjournait.
«Le médecin n'a pas pris de renseignements de son côté sur sa patiente auprès du personnel du centre de réadaptation. Il s'est privé du recul par rapport à une situation inévitablement vécue sur le plan émotionnel par son patient, qui lui rapportait l'état de santé de sa femme. Il m'est incompréhensible que l'excellent médecin qu'il est ne se soit pas préoccupé de sa patiente pendant qu'elle était hospitalisée en prenant des nouvelles ou en lui rendant visite. Il s'est laissé convaincre qu'elle était victime d'acharnement.»
Le procureur soutient que dans cet état d'esprit, le médecin de famille s'était préparé à donner la mort. «En arrivant ce soir-là à 17h sur place, Christian Mathez était déterminé à faire en sorte que Madame C. quitte notre monde. Il y a une coïncidence extraordinaire entre la venue du médecin et cette décompensation soudaine de la patiente. Je n'y crois pas du tout.»
Le choix du rocuronium
Et de relever le choix du produit, le rocuronium, dérivé du curare et quasiment jamais utilisé par les praticiens de cabinet, aux dires de la pharmacienne cantonal. Une substance dont le médecin dit qu'elle a simplement hâté un décès en cours. «Mais il n'a pas hâté le décès ou raccourci la vie. Il a provoqué le décès, supprimé la vie.»
Qui plus est le processus a eu lieu au sein d'un huis clos empreint d'émotion, le couple C. étant affecté émotionnellement par une situation médicale complexe.
De son côté, le Tribunal s'est réservé lundi soir la possibilité de retenir, plutôt que le meurtre, le «meurtre sur la demande de la victime», passible d'une peine de prison de trois ans au plus ou d'une peine pécuniaire, soit une sentence moins sévère que celle prévue pour le meurtre. Le code pénal prévoit cette disposition pour les cas de figure où la personne qui a donné la mort l'a fait en «cédant à un mobile honorable, notamment à la pitié.»
Cet article ne s'appliquerait pas ici, selon le représentant du Ministère public. «Il faut pour cela qu'il y ait une demande instante et sérieuse de mourir de la part de la patiente, un consentement qualifié qui ne peut pas être implicite, on ne peut la présumer, cela ne suffit pas.» Or lors des débats, le médecin n'a à aucun moment affirmé que la patiente, encore consciente à son arrivée, n'avait exprimé verbalement son désir de mourir.
L'avocat de la défense, Stefan Disch va plaider dans la foulée.
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