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Fondé en 1974 par les quelques héroïques premiers pratiquants genevois du deltaplane (dont un certain Marcel Lachat, animateur de la première école genevoise), le Delta Club Genève (DCG, devenu ensuite le Delta Parapente Club Genève (DPCG), et finalement le Club de Vol Libre Genève) est né la même année que la Fédération Suisse de Vol Libre FSVL dont il fait partie.
En ces temps préhistoriques, une petite dizaine d’années avant que le parapente ne voie le jour, le vol delta, première concrétisation populaire d’un rêve d’Icare vieux lui de quelques milliers d’années, balbutiait, les pionniers utilisant des appareils avec lesquels les survivants d’aujourd’hui auraient une trouille bleue de s’élancer dans les airs.
Il faut savoir que les premiers vols delta effectués en Californie dataient du début des années 1970 soit a peine 4 ans auparavant, utilisant des deltas inspirés d’un concept d’aile volante souple imaginé par un ingénieur de l’armée américaine puis de la Nasa nommé Francis Melvin Rogallo (né en 1912), lui-même fortement inspiré par les études de Léonard de Vinci, ainsi que les expériences pratiques effectuées dans les années 1891 à 1896 par un allemand nommé Otto Lilienthal (1848-1896 – expériences qui lui coûtèrent la vie, soit dit en passant). Ces premières ailes commercialisées par des fabricants souvent artisanaux présentaient un certain nombre de défauts de conception qui les rendaient particulièrement dangereuses et trop de pilotes ont à l’époque payé de leur vie leur nouvelle passion.
Le Salève avait déjà connu des activités « libéristes » dans les années 1910, quelques joyeux drilles s’élançant à l’époque des pentes de la région de Bossey avec des ailes constituées de bois, bambou et soie, pour atterrir dans la zone dite « des marais », celle-là justement où se trouve aujourd’hui le terrain d’atterrissage du CVLG. L’un de ces illustres prédécesseurs, David Deluz, compte d’ailleurs un petit-fils parmi les membres du CVLG en la personne de Henning Deluz, également auteur du premier looping effectué en delta au Salève en 1980. Cette activité du début du vingtième siècle, trop marginale de par sa dangerosité due autant aux matériaux disponibles qu’aux notions d’aérodynamique approximatives de l’époque, s’était éteinte d’elle-même jusqu’à ce que, aidés par les évolutions de la technologie du vingtième siècle, nous reprenions le flambeau.
Depuis la fondation du club, notre zone d’activité s’est toujours située entre le Salève et la zone « des marais » située sur les communes de Troinex et Veyrier, le club louant ses terrains d’atterrissage aux exploitants agricoles en fonction des disponibilités et, il faut le dire, également des bonnes volontés. Après deux déménagements, le club a finalement occupé le terrain actuel qui n’a plus changé depuis une bonne quinzaine d’années.
Vers la fin des années 1970, alors que les libéristes de l’époque (encore appelés « vélideltistes », voire « deltistes » tout court) découvraient tranquillement leurs premières joies de « vélivoles » en bouclant des distances de vol de plus en plus considérables, trois volatiles inattendus s’essayaient au décollage de pente avec des voiles de parachutes de saut depuis le site de vol delta de Mieussy (Haute-Savoie) dans le but de diminuer les coûts de leur entraînement de précision d’atterrissage en économisant les frais d’avion (André Bohn, Jean Claude Bétemps et Gérard Bosson / premier vol réussi à Mieussy le 27 Juin 1978). Cette drôle de pratique ne passa évidemment pas inaperçue aux deltistes qui fréquentaient le site, dont un certain Didier Favre qui prévint son vieux pote Laurent de Kalbermatten qu’il y avait là une grande idée à creuser. Aussitôt dit aussitôt fait et, quelques temps plus tard, le parapente était né avec un premier fabriquant de voiles spécialement étudiées pour le vol de pente : les « Ailes de K » (de « L. de K. », les initiales de Laurent de Kalbermatten, concepteur de la « Randonneuse », le premier « parapente » en 1985). Chacun connaît aujourd’hui l’essor impressionnant du parapente, aujourd’hui largement majoritaire sur le bon vieux « deltaplane » de papa que le public a quasiment sorti de son inconscient collectif.
Et voici que le Delta Club Genève, gestionnaire du site de vol du Salève avec son homologue français le Delta Club Salève (les deux clubs sont jumelés depuis le début de notre aventure, le club suisse gérant les atterrissages situés en Suisse et le club français les décollages situés en France), se retrouve confronté à toute une jungle de voiles multicolores volant dans tous les sens, décollant et atterrissant n’importe où et générant ainsi de multiples réclamations adressées au DCG qui ne gérait jusqu’alors que les activités deltistiques et qui ne voyait pas bien comment raisonner tous ces nouveaux pratiquants avec lesquels il n’existait quasiment pas de communication simple.
Décision est alors prise lors de l’Assemblée Générale de 198? d’accepter les parapentistes au sein du DCG suivant la logique que « au sein du club, nous pourrons les briefer (ou du moins essayer) et, du fait de leur adhésion, nous encaisserons également plus de cotisations, nous donnant ainsi plus de marge de manœuvre pour communiquer plus largement les divers règlements en vigueur sur le site ». Dans la foulée, le nom du club devient « Delta Parapente Club Genève » (DPCG) en signe de bienvenue pour la nouvelle chapelle parapentiste.
Depuis, malheureusement, le nombre de deltistes a significativement chuté et ne restent aujourd’hui au club plus que quelques dizaines d’irréductibles (dont le soussigné fait partie). La faute en incombe à la facilité d’apprentissage du parapente et à son investissement largement plus faible en temps, en argent et en infrastructure qui a amené l’immense majorité des nouveaux pilotes à flirter avec des voilures souples, peu astreignantes et peu encombrantes, même si largement moins performantes en l’air que les deltas modernes et que la poignée d’ailes rigides issues des nouvelles technologies composites.
Aujourd’hui, donc, si vous vous baladez aux alentours du Salève par météo clémente et que vous levez le nez, vous allez forcément voir une poignée de parapentes qui se promènent entre la Croisette et le petit Salève et, si vous avez un peu de chance, vous pourrez peut-être voir un ou deux deltas. Si d’aventure vous voyez plus de cinq deltas en l’air en même temps, courez vous acheter un billet de l’EuroMillions !!!
De par son orientation au soleil et aux vents, le Salève est un site idéal pour les « vols plaisir » effectués l’après-midi et il devient un excellent site le soir pour voler après le travail. C’est par contre un site exigeant voire peu gratifiant pour les départs en cross (vol de distance libre ou circuits avec retour), étant entouré de plaines et de reliefs peu contrastés où le thermique est souvent faible et difficile à trouver. De plus, il y est difficile de prendre un thermique sérieux avant 13h30, ce qui raccourcit la durée potentielle d’un vol record (celle-ci équivalant la durée d’exposition de la région au soleil). Cela dit, les records du site en delta et en parapente sont quand même tout à fait respectables et leur longévité atteste bien de la difficulté du Salève comme site de records (169km en parapente jusqu’à Meiringen (CH/Oberland bernois) par Martin Muller en 1999 et 198.5km en delta jusqu’à Dieulefit (F/Drome provençale près de Montélimar) par Didier Favre en 1984)…
(le record à été battu en 2008 par Martin Muller avec un atterrissage à 207 Km du Salève, au Tessin!)
Une école de vol libre a toujours été associée au club, tout d’abord celle de Marcel Lachat, le pionnier, puis celle de Philippe Bernard, dit « SuperMax » à cause des films « SuperMax I » et « SuperMax II » dont Philippe tint le premier role avec la collaboration de Claude Ammann et Trevor Avedissian à la camera, pour les présenter en compétition aux festivals du film de vol libre de St Hilaire du Touvet (F/Isère) de 1987 et 1989 (SuperMax I remporta d’ailleurs la palme d’or), puis encore l’école de Christophe Smith, qui s’est rendu lui quelque peu célèbre pour avoir fait voler un aveugle, Alain Bariller, depuis les sommets du Mont Blanc et du Fuji Yama (vous avez bien lu : c’est Alain qui pilotait seul son parapente, guidé en radio par Christophe), et enfin l’école actuelle dirigée par Christian Gehri.
Durant sa vie, le club a organisé quelques éditions du championnat suisse de delta aussi bien que de parapente, et quelques compétitions amicales. Il compte en ses rangs une bonne dizaine de champions suisses en parapente autant qu’en delta, et que je ne vais pas nommer pour éviter d’en oublier. Le club anime aussi l’action bisannuelle « Salève Propre » qui consiste en un nettoyage organisé du Salève auquel se joignent des mairies et collectivités locales, des écoles, diverses associations, etc…
Voila ; que dire d’autre sinon que le CVLG dispose de toutes les facilités qui rendent la pratique du vol libre facile et agréable : école de pilotage, terrains d’atterrissages delta et parapente, minibus avec chauffeur pour monter aux décollages, buvette avec grill pour repas du soir, etc.… Il me reste à souhaiter une cordiale bienvenue à tous les futurs pilotes qui auraient envie de nous rejoindre. D’avance bons vols !
André Roessinger – Août 2006