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Delémont, le 4 novembre 2008
Depuis 2004, une série d'investigations archéologiques limitées ont été réalisées à Porrentruy dans le quartier de la Perche, au gré des constructions d'immeubles et de villas particulières. Chaque année a apporté son lot de découvertes inattendues. La dernière campagne a permis la mise au jour d'un imposant bâtiment de 45 mètres de long, probablement lié à une villa gallo-romaine. Cette découverte renouvelle la question de l'occupation antique de la cité bruntrutaine dont la connaissance archéologique se limite jusqu’ici essentiellement à des données du XIXe siècle.
En 2004, la viabilisation du quartier de la Perche a permis la découverte de plusieurs édifices et fours à chaux d’époque romaine. Depuis, plusieurs interventions archéologiques ont permis d’établir la présence d'au moins trois bâtiments gallo-romains. Cependant, l'état de conservation très variable des vestiges et l’étendue des constructions romaines sur des parcelles anciennement viabilisées, n’ont malheureusement pas permis de connaître l’extension maximale de ces édifices ni leurs fonctions exactes.
Il en va différemment du deuxième bâtiment situé devant l’ancien stand de tir de Porrentruy, dont la fouille a été reprise à la mi-septembre par une petite équipe de la section d’archéologie de l'Office cantonal de la culture. Il s’agit d’une importante construction de 45m sur 28m formée d’une grande halle rectangulaire, flanquée de deux bas-côtés délimités par deux rangées de dés en pierre. Ces dés servaient de bases aux piliers sur lesquels reposaient l’importante charpente et la toiture de tuiles. Plusieurs indices attestent de l’existence d’un sol sur plancher en bois dans cette partie du bâtiment. Une série de petits locaux bordaient la partie ouest de l’édifice. Sur le côté sud, un rétrécissement du mur, associé à la découverte de gonds en fer, permet de restituer à cet endroit l’emplacement d'une entrée.
On trouve facilement ce type d’édifice dans les cours agricoles (pars rustica) des grandes villae du Plateau suisse, où ils remplissent différentes fonctions, telles que grange, entrepôt dévolu au stockage de denrées alimentaires (horreum) ou habitation réservée aux ouvriers agricoles.
Cette dernière campagne de fouille archéologique atteste ainsi de l’existence d’un nouvel établissement rural d’époque gallo-romaine de grande importance en Ajoie et permet d’attribuer les trois bâtiments découverts à la partie agricole de cette villa. Ces domaines ruraux comportent toujours une partie exclusivement réservée au propriétaire (pars urbana), qui, dans notre cas, n’a pas été identifiée, si ce n'est sous la forme de quelques tesselles en pâte de verre témoignant de mosaïques richement décorées.
On supposait déjà l’existence d’une petite agglomération à Porrentruy en raison de sa situation privilégiée à la croisée de plusieurs voies de communication et de la présence d’un sanctuaire gallo-romain aux abords du cimetière municipal. Toutefois, rien ne laissait jusqu’alors présager l’existence d’un tel établissement rural.
Quel peut être le lien entre cette villa et la petite agglomération de Porrentruy que la répartition des trouvailles anciennes et récentes situe entre le bas de la vieille ville et l'église Saint-Germain ? Compte tenue de notre méconnaissance du sous-sol archéologique de la ville actuelle, il est difficile de donner une réponse à cette question. Néanmoins, la proximité des deux sites pourrait laisser croire qu’un hameau s’est constitué aux alentours de la villa et lui aurait peut-être succédé au Haut moyen âge. L'église Saint-Germain, dont l'existence est attestée dès 1140, est en effet considérée par les historiens comme l'un des noyaux pré-urbains de Porrentruy et pourrait remonter à cette période.
Le mobilier mis au jour comprend de nombreux objets en fer, de la céramique, des monnaies et plusieurs fibules en bronze. Ces objets situent la construction de cet édifice dans le courant du IIe siècle ap. J.-C. Un incendie survenu après 267 ap. J.-C., ainsi que l'atteste une monnaie de l'empereur Gallien (253-268), a mis fin à l’occupation du bâtiment. La destruction de cet édifice est peut-être à mettre en relation avec les incursions alamanes de 275-278 ap. J.-C.