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vertu d'actes authentiques d'achat (justo emptionistitulo). » Dans le cas où toutes ces conditions se trouveront remplies, le roi Henri VII se déclare prêt à satisfaire les vœux de Léopold (relocare volumus et tenemus); sous cette réserve, toutefois, que, « si l'on vient à découvrir, sous son propre règne ou sous celui de l'un de ses successeurs, qu'un droit quelconque appartient à l'Empire sur les biens restitués, Léopold et ses frères seront obligés de se conformer envers le monarque à ce qu'exigera la loi (ordo juris)o. » Ce document, daté du camp devant Brescia, le 15 juin 1311, est d'une grande importance pour préciser la condition politique des Waldstätten, et il confirme tout ce que nous en avons dit. La définition qu'il donne de la double origine des droits de l'Autriche dans les vallées, en rattachant les uns à la dignité comtale (ratione comitatus), et les autres à la possession de biens patrimoniaux (ratione hereditatis), cette définition résume les témoignages antérieurs de l'histoire et leur imprime le sceau d'une irrécusable exactitude**. Il en est de même pour ce qui concerne les relations entre les Waldstätten et l'Empire. Le soin que met le rescrit royal à distinguer entre les actes de juridiction des deux premiers Habsbourg, selon qu'ils aurOnt agi cOmme rois Ou cOmme comtes, atteste, d'un côté, que c'était sur la confusion de ce double pouvoir dans une même personne que reposaient en partie les prétentions de l'Autriche. La réserve exprimée sur ce point, et celle qui est relative à l'inaliénabilité des droits royaux, montrent, d'autre part, que c'était toujours de l'Empire représenté par son chef, et de l'Empire seul, que les Waldstätten avaient obtenu et pouvaient attendre des garanties d'indépendance. Aussi, quoique l'enquête ordonnée par le roi Henri VII semblât remettre en question les franchises qu'il avait naguère, avec plus de libéralité qu'aucun de ses prédécesseurs, accordées aux confédérés, l'insistance avec laquelle il maintenait les imprescriptibles prérogatives de la puissance impériale devait leur rendre confiance. Ils devaient se dire que, ne pouvant songer à vivre en dehors de ce grand Empire d'Allemagne dont ils faisaient de tout temps partie, mais pouvant y secouer le joug d'une souveraineté secondaire, ils continueraient encore à trouver dans le chef suprême de cette vaste société politique, l'appui nécessaire pour devenir eux-mêmes l'un de ces groupes indépendants dont l'ensemble constituait le corps impérial, en sorte qu'à côté des princes, des évêques, des villes, qui formaient les Etats de l'Empire, ils parviendraient à obtenir une place pour la libre confédération des montagnards de la haute Allemagne. Leur attente ne fut pas trompée. On ne sait quel eût été, pour leur indépendance, le résultat de l'enquête qu'Eberhard de Bürglen et le comte de Toggenbourg avaient reçu l'ordre d'entreprendre; mais cette enquête n'eut pas lieu. Le premier de ces commissaires, celui du roi, était, quand il fut nommé, retenu en Italie ; d'autres causes de délais survinrent ensuite, si bien qu'un an après le décret de Brescia, le duc Léopold, revenu de ce côté-ci des monts, en était à solliciter le roi Jean de Bohême, fils de Henri VII, et qui remplaçait son père dans le gouvernement de l'Allemagne, de faire commencer l'enquête. Il n'obtint de ce prince, le 25 juillet 1312, qu'une promesse qui resta aussi vaine que l'engagement qu'avait pris Henri VII, et celui-ci mourut le 24 août 1313, sans avoir satisfait à la demande des ducs d'Autriche, ni donné aucune suite à la recherche
et à la reconnaissance de leurs droits*. Quels qu'aient été les motifs de cette politique d'atermoiements, elle était tout au profit des Waldstätten, qui conservèrent ainsi, durant le règne d'Henri VII, la position privilégiée où ce prince les avait mis presque aussitôt après son accession au trône d'Allemagne. C'était la premièrefois que l'Autriche se trouvait aussi longtemps et aussi complétement exclue de toute ingérence souveraine dans les affaires intérieures des trois vallées ; c'était la première fois que la puissance impériale intervenait, par l'entremise d'un seul et même haut fonctionnaire, dans le gouvernement de ce nouveau groupe politique, et consacraitainsi l'indépendance comme l'unité de la Confédération. Après avoir déjà signalé Louis le Germanique, le roi Henri fils de Frédéric II, et cet empereur lui-même comme ayant efficacement concouru à préparer pour les Waldstätten, et par conséquent pour la Suisse, les voies vers la liberté, nous devons, à côté d'eux, placer le roi Henri VII qui, plus qu'aucun autre, a contribué à favoriser l'émancipation politique des premiers confédérés. Mais cet hommage ne saurait nous faire perdre de vue le vrai caractère de cette émancipation. Ni les donations, ni les diplômes, ni les faveurs des princes n'auraient suffi pour rendre libres les habitants des petits cantons, ou ceux des pays et des villes qui plus tard entrèrent dans leur alliance, si l'ardent amour de la liberté ne les avait pas perpétuellement inspirés, leur enseignant à profiter des circonstances, à user tour à tour de prudence ou de résolution, à savoir attendre comme à savoir persévérer, à avancer à petits pas, mais à avancer toujours, à ne se rebuter point et à ne désespérer jamais.
Ce sont là des qualités qui ne se donnent ni ne s'octroyent,
mais qui seules, dans la lutte pour l'indépendance, finissent tôt ou tard, pourvu qu'elles persistent, par donner la victoire. Cela ne s'est jamais mieux vu que dans la fondation de la Confédération suisse, et, pour l'avoir déjà dit, nous ne voulons pas moins le redire. Si le théâtre est étroit, si les intérêts en jeu sont loin d'être grandioses, si la conduite n'est pas irréprochable, si les détails sont chétifs et les incidents de bien médiocre importance, tout se relève et s'anoblit par le sentiment énergique, intelligent et vivace de la liberté, qui fait le fonds de cette modeste histoire. En se produisant sur un plus vaste théâtre, ce sentiment aurait eu sans doute et plus d'ampleur et plus d'éclat, mais il ne saurait être ni plus sincère, ni plus résolu, ni plus persévérant. C'est un bel exemple donné sur une petite Scène. Achevons de l'étudier.
LES WALDSTAETTEN PENDANT L'INTERRÈGNE ET LE SCHISME DE L'EMPIRE (1313-1315).
Henri VII était mort en Italie le 24 août 1313, quatorze mois après avoir été revêtu, le premier des rois d'Allemagne depuis Frédéric II, du titre d'Empereur. Il fallait lui choisir un remplaçant.Ainsi se rouvrait pour l'Empire une nouvelle ère d'incertitudes et d'agitations; pour les Waldstätten, par contre-coup, une période nouvelle d'angoisse et d'inquiétudes. Du choix qui allait être fait dépendait leur sort : un adversaire de l'Autriche sur le trône achevait de consolider et de consommer leur affranchissement; la couronne d'Allemagne rendue aux Habsbourg remettait en question tout ce qu'ils avaient jusque-là conquis d'indépendance. Il ne semblait pas, puisque l'Empire ne pouvait avoir qu'un chef, que ce ne fût pas l'une de ces alternatives qui dût se réaliser. Nous verrons bientôt que les choses se passèrent différemment, et qu'après avoir attendu plus d'un an pour donner un roi à l'Allemagne, les Électeurs finirent par lui en donner deux. Durant cet interrègne, où tout pouvoir central était comme suspendu et où chacun des membres de l'Empire reprenait sa pleine liberté, les Waldstätten pouvaient craindre que l'Autriche ne mît le temps à profit pour se tourner contre eux et les ramener sous sa dépendance. Mais l'Autriche avait, heureusement, en ce moment même, de plus pressants intérêts qui lui faisaient porter ailleurs son attention et ses forces. Elle ajournait du côté des Waldstätten une revendication qu'elle se croyait sûre d'obtenir, lorsqu'elle le voudrait sérieusement. Ce qui, pendant l'interrègne, se passa dans les trois vallées, nous ne le savons que très-imparfaitement, mais le peu que nous en savons nous est mieux connu qu'aucun des événements antérieurs. Ce sont encore les gens de Schwyz qui sont en scène, et c'est encore à l'occasion d'Einsiedeln que leur humeur batailleuse se donne libre carrière. Le déplaisir que doit causer cet épisode de leur histoire est racheté d'avance par la perspective du brillant fait d'armes qui devait bientôt le suivre et l'éclipser. Si c'est un triste moyen d'affirmer son indépendance et sa bravoure, que de se mettre en campagne contre des moines sans défense, ce sont des mœurs grossières qu'il en faut accuser et non pas une sorte de lâche bru