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Basile Zimmermann
Directeur, Institut Confucius Genève
De quoi vous occupez-vous actuellement ? Qu’est-ce qui se trouve sur votre bureau ?
Mon bureau est plutôt encombré... il y a surtout trois manuscrits de livres dont je m'occupe en parallèle. Le premier porte sur le design d'une base de données environnementales à Beijing, le deuxième concerne les conflits en milieu numérique, avec une ethnographie d'une communauté d'étudiant-es à Damas, le troisième est une tentative de redéfinir les méthodes de la sinologie pour l'adapter aux besoins d'aujourd'hui. Au coeur de ces projets d'apparences très différentes, il y a une ambition redéfinir la culture comme un système de circulation de formes. Pour cette raison, je croise les approches et les disciplines; il y a surtout de l'anthropologie, de l'analyse textuelle, et de l'informatique.
Comment êtes-vous arrivé là, où vous vous trouvez aujourd’hui ?
Il y a eu un concours de circonstances, un parcours imprévu, comme c'est le cas pour la plupart des gens me semble-t-il. J'ai eu la chance de m'intéresser aux langues et civilisations chinoises et arabes dans les années quatre-vingt-dix, à une période où elles suscitaient peu de vocations. Puis, après ma licence ès lettres, j'ai fait de la musique électronique pendant trois ans. Finalement, ces deux grands virages se sont rejoints dans ma thèse de doctorat sur les musiciens électroniques à Beijing. Plus tard, comme les besoins de collaboration scientifique avec la Chine avaient augmenté, l'Université de Genève m'a confié la direction de son Institut Confucius, un centre de diplomatie scientifique sur la Chine contemporaine. Dans ce cadre, j'essaie de m'appuyer sur mon profil pluridisciplinaire pour servir un maximum de facultés et de domaines de recherche.
Qu’est-ce qui vous a motivé à faire votre choix d’études ?
Mes débuts en sinologie sont beaucoup liés à un camarade de classe, alors que je préparais mon baccalauréat au Gymnase de la Cité à Lausanne. Il était fasciné par les langues lointaines, et les écritures différentes de l'alphabet latin. Il me montrait des textes en sanskrit, chinois, tibétain, ou en javanais ancien. A force de l'entendre décrire ces objets d'études avec passion, je me suis dit pourquoi pas? J'ai choisi le chinois et l'arabe car je voulais apprendre des langues vivantes. Je me souviens avoir pensé qu'ensuite je pourrais parler avec des millions de gens, et faire des rencontres qui seraient restées impossibles autrement.
En quoi, votre activité vous fascine-t-elle particulièrement ?
Les études chinoises traversent une période de réforme. Autrefois centrées sur la philologie et l'histoire, elles doivent répondre à des questions différentes désormais. Dans cette perspective, l'Institut Confucius de l'Université de Genève est un projet extraordinaire. C'est une décision du recteur Jean-Dominique Vassalli et du vice-recteur Yves Flückiger qui, en 2008-2010, cherchaient une réponse à l'importance grandissante de la Chine sur le plan scientifique. Cette plateforme d'échanges académiques est un tremplin pour toutes sortes de nouveaux projets. Son fonctionnement souple permet d'essayer de nouvelles approches, et d'expérimenter des idées.
Quel est votre domaine d’expertise particulier ?
L'anthropologie des techniques, avec les zones culturelles de la Chine et du Moyen-Orient. J'ai un intérêt pour les objets logiciels, et une expérience dans les domaines du design et de la musique. Ainsi, je me retrouve souvent à étudier des développements informatiques ou artistiques. Mais je me soucie peu des limites disciplinaires. Pour l'exprimer avec une image, je dirais qu'au lieu de ranger les individus dans des boîtes séparées les unes des autres, on peut aussi les étiqueter avec plusieurs labels. Donc mes étiquettes sont anthropologie, Chine, pays arabes, technologie, musique, design, et Institut Confucius de l'Université de Genève.