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Dans le dernier épisode de cette série fantasque, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il venait de vaincre le robot bleu de Fantômas, et d'en arracher l'âme sous la forme d'un gnome noir et déchu.
Le Génie d'or retourna au bord de la Seine, tenant toujours sous son bras gauche le gnome maudit, et le livra à ses amis les Nains. Il avait bien vu, en effet, qu'il était de leur race, quoiqu'il fût passé à l'Ennemi; et il songeait qu'Alastor, leur roi, saurait bien le juger, et lui donner le châtiment qu'il méritait.
Alastor le reçut, en révélant son nom: il s'appelait Docmül – et il lui fit des reproches, lui rappelant l'infamie de Fantômas, et sa propre trahison lorsqu'il s'était rallié à lui. Et Docmül ne dit rien mais, encore tout entier imprégné des promesses folles du monstre et de la vision de ses énormes pouvoirs, il soutenait, de son regard de feu, le regard étincelant d'Alastor – et celui-ci s'en effraya, car il le constata possédé en profondeur par l'esprit du Démon. À travers lui, il voyait non seulement Fantômas, mais d'autres êtres plus obscurs, plus immondes, et auxquels il n'avait aucunement envie de songer, encore moins de prononcer leurs noms. Nous ne les redirons pas non plus ici, mais il faut savoir que leur ancienneté était grande, et que l'être humain même n'était qu'un songe, lorsqu'ils apparurent dans le monde, déjà formés et rassemblés en cités. Cependant parler d'eux est périlleux, il ne le faut pas.
Or Alastor fit emmener Docmül le Traître dans l'une de ses geôles, en attendant qu'il fût jugé. Et le Génie d'or partit, car il devait désormais s'en prendre au robot violet, qui s'affairait à dévaster le quartier béni de la Bastille.
En particulier, il accablait de coups la Colonne de Juillet, afin qu'elle s'écroulât, et que le symbole qu'elle portait fût anéanti – et ne portât plus, à son tour les cœurs des Parisiens: car, on s'en souvient, cette colonne porte le génie dit de la liberté, qui est une des nombreuses formes de Solcum même.
En effet, le sculpteur qui avait créé cette forme, Auguste Dumont, l'avait établie selon les directives du roi Louis-Philippe, mais plus particulièrement selon les indications d'un conseiller privé de celui-ci, aujourd'hui complètement oublié – et peu connu du reste de son temps même, appelé Justin Sagaus. On sait peu de chose, de cet homme, mais il donna tant d'indications à Auguste Dumont – l'assistant tout au long de son œuvre, parfois faisant lui-même des retouches –, que le sculpteur développa l'idée saugrenue que ce Justin Sagaus avait vu, lui, directement, ce génie de la liberté, et qu'il indiquait ce qu'il en était d'après sa propre mémoire.
Un jour, il lui fit part de ce soupçon, et Justin Sagaus sourit énigmatiquement, sans rien répondre. Mais plus tard il lui avoua qu'il l'avait effectivement vu, dans le ciel, lors d'un rêve qui l'avait vu s'élever dans les airs, et marcher sur les nuages. Là se tenait, debout, le génie de la liberté. Il était bien vivant, il parlait et bougeait, quoiqu'il fût doré comme le soleil.
Et il lui avait donné une étoile – et, à son réveil, qui avait suivi immédiatement ce moment, dans sa paume il vit, curieusement, une médaille en or représentant une étoile, qui était suspendue à un délicat collier. Il le montra le lendemain à sa maîtresse: peut-être l'avait-elle oublié là; mais elle ne le reconnut pas, et lui fit même une scène, le soupçonnant d'accueillir d'autres femmes dans son lit. Ce qui n'était pas. Il le montra aussi à sa domestique, qui ne le reconnut pas non plus. Il le mit dans un tiroir, et l'oublia jusqu'à ce que, un soir de pleine lune, il le vît luire: la lumière, passant par les interstices du bois, le réveilla. Et de nouveau, dans sa chambre même, le génie de la liberté, ou l'être qui en tenait lieu, lui apparut.
Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étonnante histoire.