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2050, pas 1984...
"Que nous apporte la nouvelle loi sur l'énergie ?", font mine de se demander dans une annonce publicitaire ses opposants de droite (il n'y en a pas de gauche). Réponse : moins de sécurité, une baisse de la qualité de la vie, des douches froides à 3200 francs, une hausse massive des coûts, la destruction du paysage par les éoliennes (les centrales nucléaires, en revanche, ne détruisent pas le paysage, elles l'agrémentent, si, si), la surveillance par l'Etat de la consommation d'énergie des particuliers, plus de bureaucratie et d'économie planifiée. 1984, quoi, avec une génération de retard. On est dans la "vérité alternative" à la Trump ou à la Le Pen : dire n'importe quoi pourvu que cela fasse effet. Restons sérieux : la question à laquelle on répondra le 21 mai prochain, en votation populaire sur la "stratégie énergétique 2050", est de savoir si on veut rester dans un mode de production énergétique dominé par les énergies fossiles (dont le nucléaire) ou promouvoir, pour les remplacer, les économies de consommation et les énergies renouvelables : photovoltaïque, éolienne, géothermique, hydroélectrique (la liste n'est pas close). Ces modes de production énergétique ont certes, tous, des inconvénients -mais ils sont dérisoires si on les compare à ceux basés sur le charbon, le pétrole, l'uranium ou le plutonium. On ne va pas couvrir la Suisse de milliers d'éoliennes (même le chiffre de 1000 avancés par les opposants relève de la "vérité alternative") massacrant 100'000 oiseaux chaque année. On va revanche fermer les centrales nucléaires, et laisser disparaître les petites centrales hydroélectriques qui perturbent l'équilibre des rivières (et de leur faune) sans produire assez d'énergie pour que cela soit utile.
Défend-on "la nature" en pérennisant ce qui la bousille ?
Quelle est l'alternative à la "stratégie énergétique" soumise au vote le 21 mai ? Rester dans la dépendance actuelle des sources d'énergie (indigènes ou importées) non-renouvelables, polluantes, déréglant le climat et, pour la source nucléaire, produisant à la fois des dangers considérables et des déchets à la nuisance millénaire...
Avec la "stratégie énergétique" 2050, on sort du réflexe de peur que les catastrophes nucléaires de Tchernopbyl et de Fukushima avaient suscité, et transformé en opposition au nucléaire à partir du seul principe de précaution, pour entrer dans une démarche plus rationnelle. Un peu trop lente à notre goût, mais qui peut -et qui doit- rassembler une majorité de citoyennes et de citoyens, pour pouvoir passer du stade du slogan à celui d'une mise en oeuvre. Cette stratégie aboutit au renoncement à la construction de toute nouvelle centrale nucléaire : les centrales actuelles pourront continuer à fonctionner tant qu'elles seront jugées sûres, et seront désaffectées les unes après les autres, à commencer par celle de Mühleberg, en 2019. Elle veut promouvoir une production éolienne jusqu'à la faire représenter 7,5 % de la production électrique, une production géothermique pour 15 % et une production photovoltaïque pour 20 %. Si on y ajoute la production hydroélectrique (les 600 barrages et centrales hydroélectriques, qu'il est prévu d'aider à raison de 180 millions de francs), la production par des énergies renouvelables assurerait la majorité de la production et de la consommation totales d'électricité, ce qui est d'ailleurs déjà le cas, mais grâce à la seule production hydroélectrique (qui produit 60 % du courant indigène). Le parlement a en outre décidé d'ajouter au "paquet" de la stratégie énergétique une aide aux grandes infrastructures hydroélectriques, que la chute du prix de l'électricité a fragilisées économiquement. Politiquement, cela avait en outre l'avantage de s'assurer l'appui des cantons alpins, et de leurs forces politiques dominantes à droite, les mêmes qui s'étaient opposées à l'initiative populaire proposant un basculement plus rapide dans une politique énergétique nouvelle.
Alors, s'opposer à une politique de substitution d'énergies renouvelables à des énergies fossiles, de modes de production énergétiques propres à des modes de production énergétiques sales, en accusant cette politique de "sacrifier la nature à l'énergie", ne relève que d'une forme de fétichisation d'une "nature" fantasmée : il n'y a plus en Suisse de "nature" que construite, gérée, protégée, administrée, déterminée par nous. Les organisations de protection de la nature, à commencer par le WWF, ne se déclarent pas favorables à la stratégie énergétique 2050 par aveuglement ou après avoir été corrompues par le lobby éolien : elles s'y déclarent favorables parce que cette stratégie, en réduisant la demande en énergie et la dépendance aux sources fossiles, réduit les atteintes à l'environnement dont le mode actuel de production énergétique peut être rendu responsable.
Une éolienne est mal placée, fait trop de bruit, bouche la vue, dépare le paysage ? on peut la démonter et la déplacer en quelques jours -il faut des décennies pour démanteler et neutraliser un site nucléaire. Et des millénaires pour que les déchets qu'il a produit cessent d'être dangereux.
Défend-on "la nature" en pérennisant ce qui la bousille ?