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La chronique
de Lionel Maumary
Un Hibou petit-duc rescapéLionel Maumary, Oiseaux.ch, 06.08.2011
Un Hibou petit-duc capturé par un chat à Villars-sous-Yens VD mi-avril 2011 a été soigné à la Vaux-Lierre d'Etoy puis relâché. Il s'agit du 2e individu de cette espèce arrivé dans ce centre en 25 ans. C'est l'un des oiseaux nicheurs les plus rares de Suisse, où la population ne compte plus qu'une dizaine d'individus confinés en Valais central. La présence d'un Petit-duc sur la Côte est toutefois encourageante et suggère que l'espèce pourrait recoloniser des biotopes revitalisés avec des vergers à haute tige.
Le Petit-Duc niche dans les zones climatiques méditerranéenne et continentale dEurasie ainsi quau Maghreb. La sous-espèce nominale niche en France, en Italie, sur les îles centrales de Méditerranée jusquau nord de la Grèce et de la Turquie et la Transcaucasie, remplacée au sud-ouest par O. s. mallorcae de la péninsule Ibérique au Maghreb ; 4 autres sous-espèces sétendent de la Volga à travers lAsie centrale jusquau lac Baïkal, du sud des Balkans au Moyen-Orient, à Chypre et du golfe Persique au Pakistan. LEspagne et la Croatie se partagent 55'000 couples, soit 65 % de la population européenne. Toute la population hiverne dans la ceinture sahélienne en Afrique tropicale, seuls quelques oiseaux demeurant toute lannée dans la région méditerranéenne.
Lespèce atteint la limite septentrionale de son aire de nidification régulière en Valais central, où elle trouve sur ladret un climat estival de type méditerranéen ou continental, principalement entre 800 et 1'250 m, jusque vers 1'400 m daltitude à Montana. Le Petit-Duc a disparu comme nicheur régulier de la plaine valaisanne en 1969 (à Sierre jusquen 1968 ; à Sion jusquen 1972), ainsi que des vallées latérales (dernière observation le 26 mai 1966 à Vollèges), tout comme des vallées chaudes et ensoleillées du Tessin et des Grisons, où des chanteurs sont toutefois encore entendus certaines années : lespèce fait défaut à Lugano depuis 1966 mais un couple sest cantonnés aux Bolle di Magadino de 1993 à 1995, où il a niché en 1994 au moins ; les dernières preuves de nidification grisonnes datent de 1992 dans la vallée du Rhin à Bonaduz et de 1995 à Vella dans le Lumnez. Ailleurs en Suisse, des oiseaux se cantonnent parfois et nichent exceptionnellement dans des régions où lespèce se reproduisait probablement régulièrement jusquau milieu du XXe siècle, comme la champagne genevoise (jusquen 1956), la basse plaine de la Broye VD/FR, le Seeland BE, le pied du Jura vaudois, le Lavaux VD ou le Chablais vaudois (à Bex jusquen 1966 ; une nidification a été signalée dans le canton Schwytz et un chanteur a été entendu à Andermatt. Au XVIIIe siècle, ce hibou habitait également la vallée de la Venoge VD, la plaine de lOrbe VD, celle de la Wigger, ainsi que la région de Thun BE, le Haslital et près de Bâle. Dans les régions limitrophes, le Petit-Duc nichait également dans le Haut-Rhin, en Alsace F voisine, jusquen 1985 et subsiste encore aujourdhui dans le nord de lItalie (Trentin notamment). Les migrateurs peuvent aussi être observé en montagne au-dessus de la limite de la forêt, le franchissement des Alpes étant documenté par une capture au col de Bretolet VS.
Les sites de nidification sont désertés pendant la première moitié de septembre, des migrateurs étant encore occasionnellement observés ou capturés en octobre. Au printemps, les nicheurs arrivent dès mi-avril, surtout à la fin de ce mois et en mai. Lobservation la plus hâtive date du 25 mars 1957 à Rarogne VS. Dautres arrivent bien plus tard : un mâle non apparié est revenu chanter deux années de suite au Mont-Pèlerin VD à partir de fin juin seulement et jusquà fin juillet ; il sagissait probablement dun oiseau sétant reproduit une première fois plus au sud en avril/mai.
Pendant la première moitié du XXe siècle, le Petit-Duc nichait régulièrement en Valais central entre Martigny et Brigue, aussi bien en plaine que sur ladret, avec un centre de gravité entre Saxon et Sierre ; à cette époque, on pouvait même lentendre dans les parcs publics de Sion et Sierre. Le 5 mai 1951, pas moins de 6 chanteurs ont été recensés dans un rayon de 200 m ; au printemps 1948, 4 couples étaient cantonnés sur 5 km entre Erde et Aven. En 1976, moins de 20 chanteurs étaient confinés entre Conthey et Montana, de 650 à 1'100 m daltitude ; en 1978, il ny en avait que 13, mais des recensements plus systématiques en ont comptabilisé plus de 30 en 1982, 16-19 en 1988, 10 en 1993 et 13 en 1997. Aujourdhui, cette population, sur le point de séteindre, nest plus représentée que par 4 chanteurs au maximum depuis 1993. Le déclin de lespèce est aussi sensible au niveau européen, et touche non seulement les petites populations les plus septentrionales mais également les principaux bastions méditerranéens comme lEspagne, la Grèce ou lItalie. Depuis le début du XXe siècle, le Petit-duc est également en régression en France, où il a disparu des stations les plus nordiques de la vallée du Rhône et dAlsace notamment.
En Suisse, les cultures traditionnelles en terrasse possédant une structure bocagère, les prés parsemés de vieux arbres isolés, de vergers à hautes tiges et de boqueteaux, constituent lhabitat optimal du Petit-Duc sur ladret valaisan entre Savièze et Arbaz. Des chanteurs isolés se cantonnent dans la plaine valaisanne, dans des peupliers ou des saules entourés de prés de fauche, aussi en bordure des marais (Grône VS), voire à lintérieur de villages possédant de vieux arbres ; un mâle était cantonné dans une forêt de Mélèzes au fond de la vallée de Conches à Geschinen VS, 1'400 m. Essentiellement nocturne et solitaire, le Petit-Duc se nourrit de gros insectes tels que la Sauterelle verte, grillons, criquets, Hanneton commun, Hanneton de la St-Jean Nom latin et autres invertébrés prélevés au sol ou sur les arbres ; les micromammifères, passereaux (p. ex. Mésange charbonnière, Chardonneret élégant, Bruant ortolan), reptiles et amphibiens sont des proies occasionnelles. Le plus souvent, il scrute le sol depuis un perchoir élevé (arbre, piquet, fil électrique), doù il fond sur sa victime ; les chauves-souris et papillons de nuit peuvent être capturés en vol. Les proies des mâles et des femelles diffèrent. Rarement actif pendant la journée, il se retire dans la cavité dun arbre ou se colle à un tronc, son plumage mimant lécorce le rendant extrêmement difficile à repérer. Dès la nuit tombée, le mâle égrène des « diou » monotone, à intervalles réguliers de 2-3 secondes, tout au long de la nuit entre les épisodes de chasse. Le couple chante parfois en duo, surtout au début de la saison de reproduction, la femelle répondant au mâle avec une tonalité plus élevée. Les mâles peuvent réagir agressivement à limitation de leur chant, croyant avoir affaire à un rival violant leur territoire.
La régression du Petit-Duc est imputable à lélimination des vieux arbres à cavités, à la destruction des vergers pour la construction de zones villas ou laménagement de terrains de golf, à lextension du vignoble aux dépends des prairies et à lextermination des coléoptères et autres gros insectes par les biocides agricoles ; le trafic automobile nocturne y a probablement aussi contribué. La pose de nichoir permet de compenser localement le manque en cavités pour la nidification, mais la sauvegarde de lespèce dépend avant tout de la conservation de son habitat. La disparition complète de la population relictuelle valaisanne semble imminente : elle semble avoir un taux de reproduction trop faible pour compenser les pertes, et ne bénéficie pas dune immigration suffisante en raison de son isolement.