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par Laurence Desbordes
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Surfant sur la vague des séries télé, les récits se mettent à la page et nous transportent vers ce que l’on appelait autrefois le roman-feuilleton. La preuve en plusieurs tomes.
Le phénomène du roman-feuilleton est loin d’être nouveau puisqu’il date du XIXe siècle, néanmoins il reprend vaillamment du service ces derniers temps puisque des auteurs tels que Douglas Kennedy, Pierre Lemaitre, Katherine Pancol ou Elena Ferrante se sont lancés avec succès dans ce modèle de narration.
Mais quelles sont les origines de ce style de narration qui a connu son apogée au XIXe siècle? Le mot feuilleton est dérivé de feuillet, qui servait, il y a encore peu, à calibrer le nombre de lignes. Dès 1800, tout ce qui était publié dans un journal était taxé et soumis à la censure. Alors les frères Bertin, propriétaires du Journal des débats – le principal organe de presse en France sous l’ère napoléonienne – eurent l’idée d’utiliser la marge pour y placer des infos qui ne seraient ni imposables ni relues par la censure car jugées non importantes. Cette « case » ouverte fut nommée feuilleton.
Mais quelles sont les origines de ce style de narration qui a connu son apogée au XIXe siècle? Le mot feuilleton est dérivé de feuillet, qui servait, il y a encore peu, à calibrer le nombre de lignes. Dès 1800, tout ce qui était publié dans un journal était taxé et soumis à la censure. Alors les frères Bertin, propriétaires du Journal des débats – le principal organe de presse en France sous l’ère napoléonienne – eurent l’idée d’utiliser la marge pour y placer des infos qui ne seraient ni imposables ni relues par la censure car jugées non importantes. Cette « case » ouverte fut nommée feuilleton.
Au début, le feuilleton est surtout utilisé pour publier des petites annonces originales, des charades, des logos, des devinettes, des jeux, puis de la critique littéraire ou dramatique. C’est un espace interactif dans lequel le lecteur peut intervenir et parfois aussi un espace de résistance, car non censuré. Par la suite, les textes deviennent de plus en plus longs et sont des rendez-vous réguliers entre lecteurs et chroniqueur ou critique. Au fil du temps, les feuilletons se transforment en récits de voyage, puis récits de voyage fictionnalisés, puis en contes et enfin en fiction pure. Le premier roman-feuilleton paraît en 1836 lorsque Émile de Girardin crée un nouveau journal La presse. Il engage toute la jeune génération romantique d’écrivains et leur confie cette fameuse case. Ce sont eux qui vont donner vie au roman-feuilleton. Ils ont à peine 20 ans et se nomment Gautier, Dumas, Balzac… Et c’est précisément sous la plume de Balzac que naîtra le premier roman-feuilleton. Son titre? La vieille fille. Certains allèguent que cette histoire ne répond pas vraiment à la définition du genre car l’histoire, très descriptive, possède un style poétique. Mais quoi qu’il en soit, La vieille fille a été séquencée en treize épisodes et reste dans les mémoires comme le premier roman-feuilleton publié. Toutefois, même si de Girardin a l’idée de baisser le prix de l’abonnement annuel de son quotidien pour le rendre plus démocratique, la somme à débourser reste très élevée pour l’époque et le journal demeure un medium bourgeois destiné à une élite. Entre juin 1842 et octobre 1843, Les mystères de Paris voient le jour sous la plume d’Eugène Sue.
Publiée par Le Journal des débats, cette histoire rencontre un énorme succès populaire. Même ceux qui ne savaient pas lire connaissaient les personnages de Rodolphe et de Fleur-de-Marie. Quant aux personnes ayant peu d’argent, elles faisaient la queue au cabinet de lecture pour connaître la suite des aventures de ces héros tellement populaires qu’on les retrouvait peints dans les jeux de l’oie, sur des assiettes ou même sur figurines en pain d’épice…
Cet engouement fait que, dans la mémoire collective, le roman-feuilleton endosse une réputation de grand roman populaire encore vivace aujourd’hui ; pourtant, quasiment toutes les fictions du XIXe sont publiées dans cette « case » qui deviendra aussi une sorte de laboratoire pour le roman réaliste avec des auteurs tels que Sand, Stendhal, Flaubert, Zola, etc.
Vif, audacieux, impertinent, rossant sans arrêt le commissaire (qui ici, en l’occurrence, s’appelle l’inspecteur Ganimard), traînant les cœurs après lui et mettant les rieurs de son côté, se moquant des situations acquises, ridiculisant les bourgeois, portant secours aux faibles, Arsène Lupin, gentleman cambrioleur est un Robin des Bois, de la » Belle Époque ». Un Robin des Bois bien français : il ne se prend pas trop au sérieux, ses armes les plus meurtrières sont les traits d’esprit ; ce n’est pas un aristocrate qui vit comme un anarchiste mais un anarchiste qui vit comme un aristocrate.Arsène Lupin, après plus d’un demi-siècle, n’a pas vieilli. Il ne vieillira jamais en dépit de son chapeau haut de forme, de sa cape et de son monocle.
Collection:
Le livre de poche
Editeur
LGF/Le Livre de Poche
Nombre de pages
184
Format
Poche
Date de parution
juin 2007
Au fil du temps, on a fini par classer ces romans en différents genres ou même générations : le romantique avec Les mystères de Paris de Sue ou Le comte de Monte-Cristo de Dumas, celui de cape et d’épée avec Les trois Mousquetaires, toujours de Dumas, puis le roman à péripéties avec les œuvres de Pierre Alexis de Ponson du Terrail, qui a écrit plus de 200 fictions en 20 ans, dont Rocambole, qui a donné naissance à l’adjectif rocambolesque, et enfin ceux à énigmes ou policiers comme les œuvres d’Émile Gaboriau et son enquêteur Lecoq, Gaston Leroux avec son Rouletabille, de Maurice Leblanc avec Arsène Lupin ou de Fortuné du Boisgobey et son Crime de l’omnibus.
Beaucoup critiquent encore la faiblesse de l’écriture, l’usage à foison des lieux communs et bien sûr le fameux tirage à la ligne, car plus on écrivait, plus on était payé. Pourtant, on ne peut nier l’efficacité du genre et le plaisir que chacun prend, encore aujourd’hui, à lire Le comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas ou Le rouge et le noir de Stendhal.
Certes, ces romans ne se classent pas dans une catégorie dite élitaire, qui s’est d’ailleurs construite contre le roman-feuilleton, mais il semblerait que passablement d’auteurs aient envie de tutoyer cette verve d’antan et y reviennent à coup de grands tomes. D’ailleurs, le fantastique et la littérature pour adolescents se sont engouffrés avec succès dans cette voie avec les Harry Potter de J. K. Rowling, Hunger Games de Suzanne Collins, L’épreuve de James Dashner, et j’en passe… qui suivirent l’exemple de leurs ancêtres d’origine anglo-saxonne comme Charles Dickens, Harriet Beecher Stowe ou Anthony Trollope, qui publiaient leurs histoires appréciées par un jeune lectorat dans les journaux anglais ou américains du XIXe ou dans ce que l’on appelait des « Dime novels », (des feuillets qui coûtaient un dime et étaient vendus à la criée comme les journaux).
Mais pour revenir au roman-feuilleton contemporain, que l’on appelle aussi série, il s’adresse également aux adultes. Le triomphe remporté par la mystérieuse Elena Ferrante avec les quatre tomes de son Amie prodigieuse, dont le dernier L’enfant perdue vient de sortir, le prouve bien. En effet, les lecteurs sont à chaque fois au rendez-vous car ils s’attachent aux personnages et vivent avec eux ou par eux durant plusieurs années, le temps que tous les volumes sortent .
Ce fut aussi le cas avec Les sauvages, quatre tomes écrits sur deux ans par Sabri Louatah et qui retracent la vie d’une famille kabyle durant les élections présidentielles auxquelles se présentent Nicolas Sarkozy et Idder Chaouch, un socialiste d’origine algérienne. Le ton est percutant, l’histoire passionnante, le style dostoïevskien et les résultats furent excellents pour une première publication tant du côté des lecteurs que de celui de la critique ou des pairs de Louatah. Ce jeune prodige âgé de 28 ans à l’époque de la sortie de son premier tome, avouait qu’il était féru de séries américaines et de littérature russe, et qu’il ne se voyait pas sortir un roman de 1500 pages d’un coup, et qu’il avait préféré séquencer son histoire. Autre auteur qui a décidé de sortir une trilogie plutôt qu’un maousse pavé, c’est le grand Pierre Lemaitre, l’homme qui remporta le Goncourt en 2013 avec Au revoir là-haut. Le monsieur vient de nous pondre un nouveau petit bijou au titre fauve Couleurs de l’incendie dans lequel on continue de suivre avec émotion et bonheur le chemin périlleux et cabossé de la famille Péricourt. On attend évidemment le troisième volume en trépignant.
Grande prêtresse du roman fleuve, la reine Katherine Pancol qui a publié en octobre dernier Trois baisers, une sorte de combo de ses deux précédentes trilogies – les trois tomes de Muchachas avec Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi. On retrouve donc les personnages Hortense, Joséphine, Zoé, Philippe, Gary mais aussi Stella, Léonie, Tom, etc. Les fans de ces héros découvrent avec chaque fois autant de plaisir tout ce petit monde qui s’aime, se déchire, se retrouve, se trompe et se reconstruit, puisque les ventes de Pancol se portent plus que bien.
Contient Muchachas 1 ; Muchachas 2 ; Muchachas 3 et un carnet
Un coffret qui regroupe les 3 tomes : Muchachas 1 Les filles sont partout dans ce roman. Elles mènent la danse. De New York à Paris, de la Bourgogne à Londres ou à Miami. Des filles qui inventent, s’enflamment, aiment. Des filles qui se battent pour la vie. Et les hommes ? Ils sont là aussi. Mais ce sont les muchachas qui dansent, dansent, dansent. Elles font voler les destins en éclats. Et ça n’en finit pas ! Muchachas 2 Ces filles-là sont intrépides. Elles ne demandent rien aux autres. Tout à elles-mêmes. Cachent leur peur sous un sourire. C’est le plus sûr moyen pour avancer, inventer, s’inventer. Elles se sentent pousser des ailes, s’envolent, tombent et repartent de plus belle. Il y a des secrets, des mystères, des trahisons. Des obstacles à surmonter. Des mots d’amour lancés à la volée. La vie, quoi ! Muchachas 3 Pour certaines, c’est l’heure de la revanche. Pour d’autres, celle de la délivrance. Ou de l’espérance. Tout se noue, se dénoue, se renoue. Les muchachas avancent à grand pas. On ne sait jamais ce qui va arriver. On retient son souffle, on croise les doigts. Et viva las muchachas !
Editeur
LGF/Le Livre de Poche
Format
Coffret
Date de parution
mai 2016
La symphonie du hasard, Tome 1
Toutes les familles sont des sociétés secrètes. Des royaumes d’intrigues et de guerres intestines, gouvernés par leurs propres lois, leurs propres normes, leurs limites et leurs frontières, à l’extérieur desquelles toutes ces règles paraissent souvent insensées.
À New York, dans un bureau, une éditrice lit un manuscrit. Une œuvre qui la trouble et qui va la replonger dans son passé et celui de sa famille.
Sur le papier, une famille comme tant d’autres au pays de l’Oncle Sam, un bonheur propret, une vie plutôt confortable. Et pourtant…
Aux années soixante insouciantes vont succéder les années soixante-dix tumultueuses. Et faire exploser au passage toutes ces familles qui croyaient encore au rêve américain…
Collection:
Littérature étrangère
Editeur
Belfond
Nombre de pages
384
Format
Grand Format
Date de parution
novembre 2017
Petit nouveau dans la famille des romans-feuilletons ou séries, Douglas Kennedy. Jusqu’à présent, le plus Européen des Américains nous avait donné à lire des histoires qui s’achevaient à leur dernière page. Ce coup-ci, avec La symphonie du hasard, livre 1, Douglas Kennedy retourne à ses premières amours, le roman fleuve, et développe en 3 volumes une saga familiale sur fond de sixties et de seventies. Le premier tome est prometteur car Kennedy maîtrise depuis des décennies toutes les ficelles du romantisme contemporain.
Douglas Kennedy parle de son approche de l’écriture lors d’une masterclass au Festival International de Films de Fribourg
Première parution de La vieille fille de Balzac dans La Presse du 23 octobre 1836
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