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Avant la création d’un alphabet répondant aux besoins spécifiques de la langue nationale, la Parole de Dieu se diffusait oralement en Arménie. C’est à partir de l’an 400 ap. J.-C. que les chefs spirituels locaux se penchèrent sur le travail long et exigeant des premières traductions bibliques écrites.
Très tôt, dès les premiers temps de l’évangélisation, les livres de la Bible furent transmis oralement en Arménie. Or, rapidement et avec toujours plus d’acuité, le besoin d’une Parole écrite se fit sentir. Les chefs spirituels comprirent que sans bible écrite, il serait difficile d’enraciner le christianisme dans le pays.
Plusieurs étapes successives
Selon les principales sources historiques, la traduction de la Bible en grabar, l’arménien ancien, fut accomplie en deux phases: une première traduction fut effectuée peu après l’invention de l’alphabet arménien, entre 407 et 412 de notre ère, et une seconde entre 433 et 436, soit deux ans après la tenue du Concile œcuménique d’Ephèse. Mais examinons les choses dans l’ordre: saint Mesrop Mashtots développa l’alphabet et le scribe helléniste Ropanos de Samosata (Grèce) en dessina les lettres. C’est dans cette même ville que Mesrop entreprit la traduction de la Bible avec deux de ses élèves, Hovhan Ekeghetsatsi et Hovsep Paghnatsi, en commençant par les Proverbes de Salomon. Il retourna en Arménie pour terminer ce travail avec le soutien du catholicos (ou patriarche) Sahak (ou Isaac) 1er.
Ensuite, quatre érudits, dont l’élève Hovsep Paghnatsi, furent envoyés à Edesse et à Constantinople afin d’apprendre l’art de la traduction. Après le Concile d’Ephèse, les quatre rentrèrent en Arménie et entamèrent la seconde phase de la traduction: ils révisèrent les textes de l’Ancien Testament en suivant la version grecque de La Septante.
Le texte de la Bible arménienne fut ainsi défini pendant les années 30 du Ve siècle déjà. Cette «Traduction Sahak-Mesrop» constitua le texte officiel et canonique de l’Eglise apostolique arménienne. Les manuscrits et les analyses textuelles prouvent que certains livres furent traduits du grec et d’autres du syriaque.
Une production extrêmement riche
Depuis lors, et jusqu’en 1666, date de sa première édition imprimée, des milliers de manuscrits furent copiés et illustrés par des scribes et des enlumineurs. Les plus anciens manuscrits trouvés à ce jour datent du XII e siècle; quant à la plus ancienne copie illustrée de cette bible, elle est conservée à Jérusalem et fut réalisée en 1269.
En 1666, Oskan Erevantsi, avec le soutien de riches patrons arméniens bien organisés, fonda à Amsterdam la Presse arménienne et inaugura l’âge d’or de l’imprimerie en publiant la première bible arménienne. La deuxième édition de la Bible en arménien ancien fut produite en 1805, précédant de peu la première édition critique de la Bible, sortie en 1860.
Arménien oriental ou occidental?
Au cours de la moitié du XIXe siècle, l’arménien ancien fut remplacé par l’arménien vernaculaire (ou askharabar), qui se sépara en deux variantes, orientale et occidentale, basées respectivement sur les dialectes d’Ararat et de Constantinople.
En ce qui concerne l’arménien oriental, l’Evangile de Matthieu fut traduit depuis l’arménien ancien et sortit de presse en 1813. En 1834, le Nouveau Testament fut publié. Un autre nouveau testament, traduit, lui, sur la base du grec, fut édité en 1882; et la bible complète, inspirée des textes hébreux et grecs et publiée en 1883, fut révisée en langue littéraire moderne par la Société biblique arménienne (SBA). En 1994, à l’initiative du Saint Siège de l’Eglise apostolique arménienne, avec le concours de la SBA, la Bible d’Arsène Bagratuni (Venise 1860) fut publiée et réimprimée à plusieurs reprises jusqu’en 2012. C’est la première édition officielle de l’Eglise apostolique arménienne. Cette édition comprend les livres écrits en grec de l’Ancien Testament, appelés livres deutérocanoniques ou apocryphes.
Pour ce qui est de l’arménien occidental, la première bible dans cette langue fut imprimée en 1863. De nos jours, il existe de nombreuses éditions de la Bible en arménien, tant oriental qu’occidental. La SBA travaille actuellement à la révision de la «Traduction d’Etchmiadzin», éditée pour la première fois en 1994 et réimprimée en 1999 et en 2012. Parallèlement, elle est sur le point de sortir la «Traduction d’Ararat».
Lacroze, arménologue européen (1661-1739), a décrit la Bible en arménien classique comme la Reine des traductions, faisant allusion notamment à l’exactitude de la traduction par rapport à d’autres versions, ainsi qu’à la beauté et à la souplesse de la langue.
Arshavir Kapoudijon,
Société biblique arménienne