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Critique
GLADIATOR nécessite un double regard. Les personnes férues d'Histoire accepteront mal, et à juste titre, la façon dont le réalisateur joue avec ce que l'on connaît de l'Antiquité romaine. Commode, fils de Marc Aurèle, a été associé à l'empire par son père et proclamé empereur en 180. Son règne est considéré comme désastreux, il finit étranglé par sa maîtresse, en 192. Le Commodus de Ridley Scott est un personnage bien différent, plutôt victime que tyran, et usant de lâcheté pour compenser l'amour paternel dont il prétend avoir été privé. Au lieu de connaissances nouvelles sur une période de l'Empire romain, il faudra donc se contenter d'un mélodrame enrobé d'une analyse psychologique très premier degré.
Le deuxième regard, bien sûr, se tourne vers le spectacle. Oubliés les anachronismes et les facilités du scénario, il reste une production énorme, dont il faut louer la maîtrise. Mélange de décors naturels et de carton pâte, les sites du tournage sont successivement l'Angleterre, l'Ile de Malte, une oasis du Sud marocain et l'Italie du Nord. Il s'y déploie une activité intense, mouvements de guerres, marchés, combats d'arènes avec une foule de figurants, des vues aériennes (!!!) en grand nombre et autres effets grandiloquents. Que tout cela se déroule sans anicroches techniques est donc le mérite que l'on reconnaîtra à Ridley Scott. Le réalisateur ne perdrait rien, toutefois, à revenir à des films plus modestes. On se souvient avec plaisir de son THELMA ET LOUISE (1991) qui n'était pas loin d'une réussite.
Geneviève Praplan