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Depuis le milieu des années ’20, l’athlétisme féminin n’a plus droit au chapitre sur le plan international. Les performances réalisées par les athlètes helvétiques sont désormais fort éloignée du niveau des meilleures mondiales. Une qualification pour les Jeux Olympiques représente actuellement une marche beaucoup trop haute pour nos compatriotes. Cependant l’Union Européenne d’Athlétisme (U.E.A.) nouvellement créée projette d’organiser des championnats d’Europe féminin (séparés des hommes) en 1938. Voilà de quoi stimuler deux ou trois des meilleures athlètes du pays car cette compétition-là leur serait bien plus accessible.
Leyla de Pol et Ilsebill Pfenning, deux Tessinoises bondissantes
En 1934, la Tessinoise de 18 ans Leyla de Pol (FC Lugano) apparaît dans les bilans du saut en longueur en étant la première en Suisse à franchir plus de cinq mètres, le 29 juillet chez elle à Lugano, avec un saut mesuré à 5,02 m. Sur ce même sautoir, elle améliore son record suisse le 21 juillet 1935 avec 5,23 m, puis elle saute à trois reprises à 5,35 m : le 27 juin 1936, toujours à Lugano, le 30 août 1936 à Zurich lors des championnats suisses et le 3 juillet 1938 à Lugano une nouvelle fois. À ses côtés apparaît en 1936 une autre Tessinoise de 18 ans : Ilsebill Pfenning (FC Lugano), qui est une spécialiste du saut en hauteur. Son style n’est pas le traditionnel saut en ciseaux, mais le spectaculaire rouleau occidental appelé en au États-Unis « Western Roll ». Cette technique est celle qui avait été popularisée par l’Américain George Horine en 1912 en devenant le premier homme à franchir une barre placée à 2,00 m. Quant aux femmes, c’est Mildred Didrikson qui reste la dernière recordwoman du monde dans ce style avec ses 1,65 m réussis lors des Jeux Olympiques de 1932 à Los Angeles. La différence fondamentale entre le rouleau occidental et les différents styles en ciseaux réside dans la direction d’approche – du côté opposé, de sorte que la jambe de décollage est celle la plus proche de la barre. Dans le cas de la Tessinoise, on la voit partir du côté gauche du sautoir. Après sa course d’élan, elle réalise son appel de la jambe droite qui est vigoureusement propulsée en direction de la barre, ce qui soulève son corps dans une position sur son côté gauche au-dessus de la barre, avec sa jambe droite repliée sous sa jambe d’appel. Après avoir franchi la barre, son corps pivote pour faire face au sol et son atterrissage dans le sable s’exécute tant bien que mal sur sa jambe droite et ses deux mains.
La clé du « Western Roll », c’est d’assimiler le soulèvement rapide de la jambe d’appel en direction de la barre, ce que la jeune Ilsebill semble s’en accommoder avec facilité. Alors que le record suisse du saut en hauteur est détenu depuis 1935 par Rösl Grunkin (Old Boys Basel) avec 1,45 m, Ilsebill Pfenning franchit 1,50 m le 30 août 1936 lors des championnats suisses au stade Utogrund à Zurich, où six autres records suisses sont battus à cette occasion. La progression de la Tessinoise se poursuit le 13 juin 1937 à Lugano avec un saut à 1,54 m, puis deux mois plus tard le 8 août lors des championnats à Bâle où ses 1,57 m font sensation. Ilsebill Pfenning arrive ainsi aux portes du niveau international puisqu’elle pointe à la fin de cette saison 1937 au douzième rang mondial de la discipline.
Parmi les résultats de cette période, il faut encore relever les deux records suisses de Doris Christen lors des championnats suisses le 30 août 1936 à Zurich. La Bernoise de Bâle réussit 34,02 m au javelot et totalise 219 points au pentathlon. Deux autres records tombent en sprint le 4 octobre 1936 à Bâle grâce à Emmi Sauer (Old Boys Basel) qui court d’abord le 60 m en 7″8, puis le 100 m en 12″9. Sa camarade Trudy Hoffmann (Old Boys Basel) devient quant à elle championne suisse du lancer du disque le 8 août 1937 à Bâle avec un nouveau record suisse placé à 33,41 m.
La montée en puissance de Lux Stiefel
Parallèlement on assiste à une autre belle montée en puissance, celle de Lux Stiefel (SG Zürich / photo). Comme Ilsebill Pfenning, elle apparaît dans les bilans nationaux en 1936, mais on pense qu’elle ne fera pas faire long feu dans son sport car elle est déjà âgée de 23 ans. C’est pourtant mal connaître cette solide jeune femme qui va s’illustrer principalement au javelot et au pentathlon. Sa première saison lui permet de battre à deux reprises le record suisse du poids avec 10,42 m, puis 10,57 m lors des championnats suisses à Zurich. Mais c’est au lancer du javelot qu’elle s’illustre vraiment, ceci dès le 19 juin 1937 à Zurich où elle améliore d’un mètre septante le record suisse de la Bâloise Doris Christen avec 35,72 m, puis lors des championnats suisses le 8 août à Bâle, elle frôle les 36 mètres avec 35,93 m. Elle semble avoir acquis la technique nécessaire pour atteindre rapidement la ligne des 40 m, ce qui était impensable jusqu’à présent. Les fruits de son entraînement hivernal se révèlent payants lors de la saison 1938. Le 14 août à La Chaux-de-Fonds lors de championnats suisses disputés sous la pluie, elle pulvérise son record suisse de plus de deux mètres avec un joli 38,06 m, puis elle confirme sa très bonne forme deux semaines plus tard à Zurich où elle lance son engin à 39,70 m. Elle paraît fin prête pour la compétition majeure de cette saison 1938 : les championnats d’Europe à Vienne, où elle sera bien accompagnée puisque Ilsebill Pfenning a elle aussi brillé au cours de cette saison, notamment le 4 septembre à Varese où elle a franchi 1,60 m, soit la huitième performance mondiale de la saison.
Deux Suissesses aux championnats d’Europe 1938 à Vienne
Les deux femmes débarquent à Vienne pour les championnats d’Europe qui se déroulent les 17 et 18 septembre au Prater Stadion. Quatorze nations ont répondu à l’appel, pour un total de huitante participantes réparties dans neuf disciplines. Au lancer du javelot, la Zurichoise Lux Stiefel sait que les lanceuses du Reich Allemand sont imbattables, mais elle compte bien relever le défi des autres concurrentes. Comme prévu, les Allemandes réussissent le triplé avec Lisa Gelius (45,58 m) devant Susanne Pastoors (44,14 m) et Luise Krüger (42,49 m). Derrière, c’est une très bonne surprise, on retrouve Lux Stiefel au quatrième rang avec un magnifique nouveau record suisse à 40,50 m. Elle a pu se placer derrière les trois favorites en repoussant les assauts de ses adversaires, notamment ceux de la Lettone Lavize Aldzere-Puce qui reste trente centimètres derrière la Suissesse. De l’autre côté du stade se dispute le saut en hauteur avec Ilsebill Pfenning. La Tessinoise se sent tellement en forme, qu’elle tente la veille de la compétition à l’entraînement une barre placée à 1,70 m. Malheureusement ces efforts lui ont coûté pas mal d’énergie et son concours ne s’est pas très bien passé puisqu’elle termine au septième rang seulement avec 1,55 m. La gagnante, l’Allemande Dora Ratjen, a franchi 1,70 m soit un nouveau record du monde. On reparlera pourtant bientôt d’elle, mais en termes nettement moins flatteurs…
PAB
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