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"Je ne suis pas votre nègre", au coeur des tensions raciales aux Etats-Unis
C'est un film "à gros risques artistique et politique" qui dénonce le "racisme de Donald Trump et de tous ses semblables", indiquait récemment Raoul Peck à l'AFP. "La mainmise sur l'histoire est celle de l'homme blanc dominant", ajoutait-il.
Dans Je ne suis pas votre nègre, qui vient de gagner le Prix du public pour le meilleur documentaire au Festival de film de Berlin, le cinéaste haïtien fait résonner le roman inachevé de l'écrivain afro-américain James Baldwin, entrepris en 1979 pour rendre hommage à trois de ses amis, défenseurs de la cause noire, Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King, tous morts assassinés "avant 40 ans".
L'oeuvre, intitulée "Remember This House", ne dépassa jamais trente pages. Mais les mots de James Baldwin, figure littéraire du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, restent d'une puissance absolue dans cette Amérique où, malgré huit ans de présidence Obama, la question raciale est loin d'être apaisée.
Pour comprendre le racisme, il faut le regarder en face
Dans une interview accordée à la RTS, Raoul Peck précise que "tout est fait dans la société américaine pour que les citoyens n'aient pas à faire face à ces questions raciales. Tout est mis en oeuvre pour leur faire croire qu'ils font partie d'une grande mythologie: celle du rêve américain".
Il rajoute qu'il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que ce mythe du pauvre qui peut devenir millionnaire est entretenu. En Europe aussi. "On vous fait comprendre que vous êtes du bon côté des choses. Et, comme le disait James Baldwin: quand vous êtes du bon côté des choses, vous n'avez pas envie de savoir ce qui se passe de l'autre côté du mur."
Un demi-siècle de lutte
La présence d'images de récents heurts raciaux à Ferguson ou Baltimore suffit d'ailleurs à rappeler à quel point le sujet reste d'une actualité brûlante. Leur juxtaposition avec des archives -telles que les émeutes de Birmingham en 1963- illustre s'il le fallait qu'un demi-siècle n'a pas suffi à combler le fossé existant entre noirs et blancs outre-Atlantique.
En choisissant une narration originale qui mêle extraits d'interviews, de discours et de textes manuscrits, lus dans la version française par Joey Starr, Raoul Peck livre au public les propos de l'écrivain, sans filtres, leur donnant "une nouvelle fraîcheur", presque trente ans après sa mort, comme le relevait le Wall Street Journal début février lors de la sortie du documentaire aux Etats-Unis.
En compétition aux Oscars
Reste à savoir si ce film engagé, qui rend à James Baldwin un hommage d'une actualité troublante, convaincra le jury des Oscars face aux quatre autres nominés, dont le très salué "Fuocoammare, par-delà Lampedusa" de l'Italien Gianfranco Rosi, Ours d'or à Berlin en 2016, et "13th", de la réalisatrice Ava DuVernay, qui met en lumière le lien existant entre l'esclavage et le système pénal américain actuel.
"L'adéquation entre la forme exigeante et punchy des images d'archives et les propos percutants et tellement contemporains de James Baldwin donne au film toutes ses chances pour gagner un Oscar, dans une période troublée où le désert intellectuel veut prendre le dessus sur la complexité et la réflexion", estime pour sa part Joëlle Bertossa, directrice de Close Up Films, la société genevoise qui a coproduit le film avec des partenaires étrangers.
Juliette Galeazzi, RTS