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Qu'est-ce que l'intersexualité et comment les personnes intersexes sont-elles traitées en Occident? Entre les années 50 et 90, lorsqu'un·e enfant naissait intersexe, c'est-à-dire avec des organes génitaux définis médicalement comme "ambigus" (le terme impliquant que le sexe est flou et non qu'il s'agit d'une simple variation anatomique), l'état d'urgence était déclaré. La santé de l'enfant nouveau-né·e n'étant presque jamais en danger, l'urgence était moins médicale que sociale, celle de déterminer le plus rapidement possible le "vrai" sexe de l'enfant: était-ce un garçon ou une fille? Depuis une dizaine d'années, le temps de réaction s'est rallongé, mais l'impératif culturel de déterminer une fois pour toutes de quel sexe est l'enfant demeure et l'équipe médicale ne parle toujours pas d'intersexualité aux parents.
Au coeur des mouvements de libération des femmes des années 70, une protestation a résonné avec force: Mon corps n'est pas à vendre!". Revendiquer le droit à la libre disposition de son corps, c'était dénoncer le fait que, sous le régime patriarcal, le corps féminin est réduit à une marchandise, un instrument de travail ou encore à un objet sexuel. Ce refus de la "femme-objet" est emblématique du rapport tendu sinon impossible entre féminisme et objet. Il présuppose en effet un rejet de l'objet tout court, comme si le monde et le langage de l'objet ne pouvaient signifier que dépossession, appropriation, domination, instrumentalisation, objectification ou encore déshumanisation du sujet féminin. Le rejet de l'objet n'est pas le propre du féminisme mais il place ce dernier devant un dilemme singulier: si la femme-objet incarne "l'objet type" du féminisme, est-ce à dire que la libération des femmes sera sans objet ou ne sera pas?
"Intellectuelle ou militante? Le serpent de mer fait son numéro": tel est le titre quelque peu énigmatique de l'édito rédigé par le groupe qui a coordonné ce numéro. Serpent de mer, ces deux termes, souvent mis en opposition, hantent régulièrement les milieux féministes Il s'agissait donc d'interroger les liens et les enjeux véhiculés par cette alternative posée par des femmes hors ou dans l'académie, qui se considèrent le plus souvent elles-mêmes comme militantes. Serpent de mer, car cette opposition s'appuie également sur le constant rappel du moment féministe militant initial qui s'instaure en mythe des origines. Quel rôle joue ce dernier aujourd'hui? Quelle en est la fonction? Voici certaines des questions que les éditrices posent à la communauté féministe.
Les médias ont beaucoup parlé ces derniers mois des mères françaises qui viennent se réfugier en Suisse pour échapper au droit de visite accordé à leur ex-conjoint. Nouvelles Questions Féministes publie dans son dernier numéro trois articles de fond qui permettent de comprendre l'émergence de ce genre de situations. L'un d'eux, écrit par Ailbhe Smyth, analyse les politiques qui euphémisent la violence masculine contre les femmes. La tendance aujourd'hui est de psychologiser la violence et d'en faire une affaire de couple ou de famille, "privée". Dans cette optique, on postule que la violence peut être exercée aussi bien par les hommes que par les femmes, on va chercher des hommes battus pour le prouver, et on nie ainsi les rapports de pouvoir qui régissent les relations entre femmes et hommes.