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Quelques repères historiques
Pierre Mac Orlan qui possédait plusieurs bouledogues français disait de lui : « Le petit bouledogue français est un chien si l’on veut, mais c’est plutôt ce qu’on appelle quelqu’un ! » Parlant de son boule, Colette a dit : « Le bouledogue n’aime, au sens pur, total du mot, qu’une seule race, la nôtre ! » « Ce n’est pas un chien, c’est un bouledogue ! » Combien de fois n’ai-je pas entendu cette remarque en écoutant les propriétaires évoquer leurs boules au museau renfrogné et aux oreilles de chauve-souris. En outre, il ronfle et il pète… comme un humain ! Bref, la complicité unissant ce petit molosse à son maître est aujourd’hui légendaire.
Les spécialistes de la race estiment que ce chien descendrait des grands dogues et bulldogs anglais qui auraient, quant à eux, pour ancêtre commun le dogue du Tibet, qui après avoir lui-même donné naissance au dogue de Macédoine, aurait débarqué en Angleterre avec les Phéniciens. Cet animal musclé, courageux était un redoutable guerrier. Les Anglais exploitèrent d’ailleurs sa combativité pour organiser de spectaculaires et sanguinaires affrontements entre chiens et fauves, chiens et taureaux et finalement, entre chiens eux-mêmes. Suite à l’abolition de ces combats, au milieu du XIXe siècle, les éleveurs maintiennent ce type de molosse en le croisant avec des terriers, ce qui a pour résultat de diminuer peu à peu la taille des animaux, d’offrir à l’homme de la rue un précieux auxiliaire pour chasser les nuisibles, doublé d’un fidèle chien de compagnie et de garde. Entre 1840 et 1870, des éleveurs et amateurs de bulldogs obtiennent même un chien miniature, le toy-bulldog, lequel disparaît avec la guerre.
Le chien des dentelliers
Lorsque les dentelliers et drapiers anglais, confrontés à une rude crise entre 1848 et 1860, prennent le chemin de la France et s’installent dans la région de Calais, ils emmènent naturellement avec eux leurs chiens, n’hésitant pas à vendre leurs bêtes de second choix aux Parisiens. Séduits par ces petits bulldogs, les bouchers, commerçants, cochers, ouvriers parisiens fréquentant les quartiers de la Villette et du Marais entreprennent alors de les croiser avec leurs ratiers caractérisés par des oreilles droites et une robe bringée, très répandus des les faubourgs de la capitale. Ils leur donnent tout naturellement le nom de bouledogues français. Les spécialistes précisent alors que ce petit molosse courageux, dans les veines duquel coule le sang des ratiers, fit encore l’objet d’un croisement avec le lillois, petit chien originaire du nord de la France, aujourd’hui disparu, issu du carlin. Ce croisement accentue encore le caractère brachycéphale du boule.
Né dans le caniveau
Le premier club de race de ce chien issu des faubourgs parisiens et par conséquent des classes les plus pauvres de la population, est créé en 1888 par monsieur Roger, tandis qu’une autre association voit le jour en 1890 : La réunion des amateurs de bouledogue français, sous le patronage de la SCC. Le standard est définitivement fixé en 1898. Le boule devient à ce moment-là si populaire dans les années 1900, aussi bien en France qu’en Angleterre, Allemagne, Autriche ou aux Etats-Unis que toutes les grandes dames de la Belle Epoque ne sortent qu’accompagnées de leur chien. Etrange destinée pour ce petit personnage né dans le caniveau! Le mini molosse parisien fait également un tabac chez les aristocrates et dans les cours royales, en Angleterre, en Russie. Sa popularité décline après la deuxième guerre mondiale. Dans les années cinquante, le bouledogue français devient extrêmement rare. Aujourd’hui, il semble reprendre très nettement du poil de la bête puisqu’en France, selon les statistiques fournies par la SCC (Société Canine Centrale), le nombre de naissance aurait passé de 109 en 1976 à 4286 en 2007. Pour en savoir plus : lire le passionnant ouvrage de Françoise Girard, Le bouledogue français, Editions de Vecchi, collection Animaux, paru en 2006.
Article paru dans Le Chien Magazine mars 2009 Armande Reymond