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Dans un débat, le sens des mots utilisés par chacun est important. On lance une idée, d’autres la reprennent et la précisent, la prolongent ou la critiquent, en étant certains d’avoir compris la même chose. Ce n’est pas toujours le cas.
- la définition d’un dictionnaire
- la personne qui nous l’a appris
- le contexte dans lequel il a été appris
- le ton de voix, l’expression du visage et la gestuelle qui l’accompagnent.
Par exemple, si je vois dans un enchevêtrement de grues de chantier une structure complexe se rapprochant de celle d’un minéral, ou dessinant un tableau abstrait s’il y a une petite brume ou un ciel bleu éclatant, je peux trouver cela beau. Quelqu’un d’autre n’y verra peut-être pas la même chose, verra cela comme inesthétique.
Le sens des mots et des choses dépend aussi d’un apprentissage collectif, d’une expérience vécue en commun. En famille ou avec des amis de longue date, nous avons en général les mêmes connotations sur mots et choses car nous avons utilisé ces mots en même temps, dans un même contexte.
Avec des inconnus ce n’est plus pareil. Comment savoir ce qu’une personne inconnue met dans le mot «beau»? Dans un débat où les choses vont souvent vite et où l’on ne redéfinit pas le sens, chacun pense que l’autre pense comme soi. Si ce n’est pas le cas, bonjour les malentendus.
Les débats ne donnent pas de temps à cette explication, à préciser le sens d’un mot pour chacun. Et les débats écrits, comme sur les blogs par exemple, ne fournissent ni le ton de la voix, ni l’expression du visage. Un mot est mal interprété? Ce sont alors parfois des malentendus en cascade. Si je dis «idiot» à quelqu’un, ce peut être dit de manière anodine, presque gentille, ou cela peut être un jugement de valeur. L’autre doit décoder dans l’écrit quelle est mon intention. Elle dépend en partie du contexte de mon écrit, mais cela ne suffit pas toujours.
Comment arrêter la chaîne des malentendus qui surviennent parfois?
- en demandant de préciser le sens du mot ou de l’idée émis
- en demandant de reformuler, ou en reformulant soi-même et demandant si c’est bien cela que l’autre personne a voulu dire
- en demandant de préciser l’intention de l’autre
- parfois en se retirant momentanément du débat pour ne pas ajouter à la confusion.
Poser des questions, faire préciser, n’est pas une perte de temps. C’est un gain de compréhension mutuelle.
Petites phrases de trois écrivains sur le malentendu:
De Tristan Bernard
Beaucoup de divorces sont nés d'un malentendu. Beaucoup de mariage aussi.
D’Albert Camus
Chaque équivoque, chaque malentendu suscite la mort; le langage clair, le mot simple, peut seul sauver de cette mort.
De Charles Baudelaire
Le monde ne marche que par le malentendu.
C'est par le malentendu universel que tout le monde s'accorde.
Car si, par malheur, on se comprenait, on ne pourrait jamais s'accorder.
Mais qu’entendait-il précisément par: malentendu, se comprendre, s’accorder? Un peu tard pour lui demander...