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Le terme de dividende a une connotation sibylline, même chez les lycéens parisiens qui s’insurgent contre l’augmentation de l’âge de la retraite alors qu’ils sont rarement en mesure de gérer leurs économies !
En fait, le concept du dividende remonte au 12ème siècle, sous une autre appellation, le « partison », qui désignait la distribution de blé aux « pariers », propriétaires de moulins qui touchaient un seizième du poids des grains apportés. Cette proportion de répartition perdurera jusqu’au dix-neuvième siècle, époque qui verra la création croissante de sociétés anonymes, ainsi dénommées car les actionnaires ne font pas forcément partie de l’organisation familiale de l’entreprise.
Cela nous amène tout naturellement à la notion de dividende, qui est la part des bénéfices que la société verse à ses actionnaires, généralement en espèces, mais aussi ponctuellement en nature ou en actions, ce qui permet d’augmenter sa participation ; Donc un certain nombre d’avantages qui ne justifie guère l’ostracisme de la gauche à l’égard du capital, dont les dividendes. Avec un peu plus de clairvoyance, ses représentants devraient faire fi de leurs réticences d’un autre âge et participer à la vie économique. Le tonitruant Georges Marchais, secrétaire du parti communiste pendant plus de 20 ans, l’avait bien compris en prenant des participations discrètes mais déterminantes dans la culture, l’édition, la publicité ou l’Université, avec une rigueur managériale surprenante de la part d’un ancien ouvrier de l’industrie aéronautique.
Mais, revenons au dividende ; La distribution du dividende dépend bien entendu de la trésorerie de l’entreprise et de la décision des actionnaires. Toutes les sociétés ne versent pas de dividende, soit faute de moyens, ce qui est le signe d’une mauvaise santé financière, soit par choix, l’entreprise préférant utiliser ses ressources financières pour se développer. Un des exemples les plus connus est celui de Berkshire Hathaway, M. Warren Buffet ayant décidé une fois pour toutes qu’il ferait un meilleur usage des fonds disponibles, contraignant ainsi ses actionnaires à une épargne forcée.
La périodicité du payement des dividendes varie : d’une base annuelle, le cas le plus fréquent en Suisse, à deux ou trois fois par an dans les pays européens, généralement quatre aux USA, voire mensuellement pour une sélection de valeurs canadiennes et américaines.
Se pose naturellement la question de la pérennité du payement de dividende, l’investisseur moyen ayant logiquement une vision d’investissement de plusieurs années. Des spécialistes financiers ont étudié la question et élaboré une notion, celle des valeurs dites aristocratiques caractérisant les entreprises qui payent régulièrement un dividende depuis au moins 25 ans ; ce délai a été raccourci à 15 ans pour les pays européens faute de quoi la liste aurait paru singulièrement étriquée.
Afin d’éviter une lecture fastidieuse et rendre ces listes volontairement utilisables, nous les avons élaguées ne retenant que les quatre ou cinq premières raisons sociales. Commençons par la Suisse, un quatuor connu : Nestlé, Novartis, Roche et Lindt. Chez nos amis français, on relève les noms d’Air Liquide, Hermès, l’Oréal, Total Energie et Sanofi. Parmi les autres pays européens, on retiendra Diageo, Coloplast, Assa Abloy, BAT et Novo Nordisk. Le marché américain étant plus dense, nous retiendrons les noms de dix sociétés admises dans le club aristocratique : Abbott Lab., Air Products, Caterpillar, Exxon Mobil corp, General Dynamics, IBM, Johnson Johnson, McDonalds, Procter & Gamble et Wal-Mart Inc.
Mais les analystes américains sont perfectionnistes ; ils ne se sont pas contentés des aristocrates, ils ont créé la notion de « King dividends » regroupant les entreprises qui s’acquittent du payement d’un dividende depuis plus de 50 ans, la plupart du temps réajustés annuellement à la hausse ; paradoxalement, si l’on regarde les dix premières raisons sociales des « King dividends » distribuant depuis plus de 65 ans, on observe que si Procter & Gamble, 3M , Colgate ou Coca-Cola sont célèbres, peu d’investisseurs retiennent les noms d’American States Water, Dover Corp, Northwest Natural Holding ou Parker Hannifin dont les cours ont progressé souvent de plus de 50% en 5 ans !
Abordons pour terminer un aspect plus sulfureux de cette chronique, inimaginable deux ans en arrière, avant que la Federal Reserve américaine n’augmente plus de dix fois les taux d’intérêts, jetant ainsi une lumière crue sur la rémunération des capitaux et ses insuffisances. Les taux obligataires éprouvant de la peine à décoller, on découvrit des actions payant un dividende mensuel pouvant dépasser les 10% ; elles sont légion avec des fortunes diverses en ce sens que la stagnation, voire la contraction de leur cours au fil du temps, laisse parfois l’impression que la société se ratatine à force de vouloir distribuer. Si on fait cependant soigneusement son marché dans la multitude des possibilités, on repère une dizaine de sociétés qui non seulement distribuent des dividendes mensuels pouvant dépasser les 10%, mais dont l’évolution de cours depuis 5 ans peut dépasser les 50%. Une rapide recherche sur Google permet de repérer une poignée de ces valeurs de qualité en termes de rendement et de pérennité des distributions, sans omettre de jeter un coup d’œil sur l’évolution de la valeur au cours des cinq dernières années.
La conclusion de ce qui précède va de soi : quels que soient les aléas de l’économie ou de la politique, la bourse fait montre, sur la durée, d’une remarquable résilience, encore que nous n’ayons pas retenu l’hypothèse d’un réinvestissement des dividendes. Qui évoque encore le crash dramatique du Covid en mars 2020 ? Des effondrements de 20, 30, 40%, parfois davantage ont été colmatés en quelques jours ! Un panachage princier ou royal et une pincée de condiments de distributions mensuelles garantissent un avenir prometteur.