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Marssonina hiverne sur les feuilles mortes. Les études les plus récentes montrent que de nouveaux acervulis se développent pendant l’hiver sur les feuilles mortes. Les conidies qui vont contaminer les arbres depuis les feuilles mortes grâce aux éclaboussures des gouttes de pluie sont formées dans les acervulis au moment du débourrement. La formation des conidies dans les feuilles mortes s’arrête entre mi- et fin juin. L’infection des feuilles des pommiers nécessite de longues périodes d’humidité foliaire et des températures de plus de 15 °C. Chez nous, ces conditions ne sont en général réunies qu’à partir du mois de juin. La propagation continue ensuite aussi à partir des premières feuilles infectées grâce aux éclaboussures des gouttes de pluie. La pullulation survient avec un développement épidémique après un temps chaud et humide persistant. L’infection nécessite plus de 30 heures d’humidité foliaire si la température est de 15 °C et moins de 18 heures si les températures sont plus élevées. Les feuilles peuvent être assez endommagées pour commencer à tomber (à partir de la mi-août) déjà deux semaines après l’apparition des premiers symptômes. En plus des conidies, des petites spores qui pourraient jouer un rôle important dans le développement sexué de la maladie se forment dans les acervulis vers la fin de l’automne.
Le champignon, Diplocarpon mali, avec son anamorphe Marssonina coronaria, a été décrit pour la première fois en 1907 au Japon. Les premières apparitions suivantes ont été signalées en Roumanie (1960), en Corée (1963), au Canada (1971), au Brésil (1986), en Chine et en Inde (1992), et en Italie (2001). Cette maladie a été observée pour la première fois de manière importante en Suisse en 2010, surtout dans la région du lac de Constance, dans un verger bio et dans plusieurs vergers extensifs. En 2012 par contre, l’été humide a permis à Marssonina de s’établir dans différentes régions de Suisse allemande, surtout dans des vergers bio,des vergers haute-tige et des jardins privés, et plusieurs cas assez importants ont été signalés en 2013 et en 2014.
Symptômes
Les premiers symptômes de Marssonina apparaissent souvent après de longues périodes de pluie en juillet et en août. À partir des premières petites taches nécrotiques se développent des taches diffuses gris-noir qui se rejoignent avec le temps. La maladie peut cependant aussi se présenter sous forme de nombreuses mouchetures nécrotiques sur les feuilles (illustration 1).
Les petites apothécies (fructifications sexuées) noires rondes à ovales, les acervulis, sont aussi typiques de Marssonina. Ces apothécies sont tout d’abord brillantes et le restent tant qu’elles sont encore remplies d’une sorte de liquide huileux, puis elles se ratatinent (illustration 2). Les fortes attaques peuvent aller jusqu’à une chute précoce et totale des feuilles (illustration 3) avec des conséquences négatives sur le rendement et la qualité des fruits, mais aussi sur la fructification de l’année suivante à cause de l’affaiblissement des arbres.
Des symptômes sous forme de taches généralement vert-olive et légèrement renfoncées peuvent aussi se présenter sur les fruits (illustration 4). Les fortes attaques provoquent le déclassement des fruits de table et une diminution de leur aptitude à la conservation. La maladie a jusqu’ici touché surtout des vergers de pommiers extensifs ou bio, et en particulier aussi des variétés de pommes résistantes à la tavelure. Une apparition sous forme de foyers isolés peut être observée surtout au début d’une épidémie, ce qui signifie que certains arbres ou groupes d’arbres sont déjà fortement attaqués et perdent leurs feuilles alors que les arbres voisins sont pratiquement exempts de symptômes.
Mesures indirectes
L’ensemble du développement du champignon et de sa transmission l’année suivante se déroule dans les feuilles. Favoriser la décomposition des feuilles mortes est donc une mesure de régulation indirecte importante et efficace. La décomposition des feuilles mortes peut être fortement favorisée par un mulchage ou un épandage de compost mûr (photos ci-dessous). Enlever les feuilles mortes peut se faire de manière très efficiente avec un aspirateur à feuilles ou en ratissant à la main les feuilles hors des lignes d’arbres pour les mulcher ensuite. Vu que l’humidité favorise la propagation de la maladie, les vergers doivent être plantés dans des endroits bien ventilés et il est important que les arbres soient être taillés de manière à favoriser l’aération des couronnes.
Mesures pour favoriser la décomposition des feuilles mortes et donc aussi du potentiel de multiplication des spores pour l’année suivante en …
Les relevés effectués en Suisse et à l’étranger ont montré de nettes différences de sensibilité entre les variétés. Malheureusement, les variétés résistantes à la tavelure comme Topaz, Ottawa et Rubinola sont plutôt sensibles à Marssonina. Les mesures de protection phytosanitaires volontairement extensives pratiquées pour ces variétés à cause de leur résistance à la tavelure pourraient bien être au moins en partie responsables de ces différences. Et selon des études réalisées en Chine, il y a aussi des différences de sensibilité entre les porte-greffes. Les types M 9 les plus utilisés chez nous ne montrent cependant aucun effet influençant le développement de la maladie.
Efficacité des produits phytosanitaires biologiques
Les essais faits ces dernières années en Suisse et à l’étranger avec des produits biocompatibles ont montré que des produits acides à base d’argile comme Myco-Sin ou Myco-San possèdent la meilleure efficacité contre Marssonina. Le cuivre et la bouillie sulfocalcique ont une efficacité satisfaisante. La bouillie sulfocalcique n’est cependant pas autorisée en Suisse pour l'agriculture biologique, et la petite quantité de cuivre autorisée est surtout utilisée pendant le débourrement pour lutter contre la tavelure. Les produits à base de bicarbonate de potassium (Armicarb, Vitisan) et le soufre ne sont pas ou très peu efficaces. Les préparations à base d’argile sont donc actuellement la seule possibilité de circonscrire l’épidémie pendant l’été.
Recommandations pour la lutte directe
D’après ce qu’on sait actuellement, Marssonina peut produire des infections depuis la floraison jusqu’en septembre. Des études indiquent que les évolutions épidémiques dépendent surtout des infections survenues à partir du début juin. Pour qu’une infection soit forte, il faut que les feuilles restent mouillées pendant 2 à 3 jours par des températures de 20 à 25 °C.
Les épidémies de Marssonina peuvent être prévenues avec des traitements effectués depuis la mi-juin jusqu’à trois semaines avant la récolte (respecter les délais d’attente) avec un produit à base d’argile. Les traitements sont surtout indiqués avant des précipitations importantes survenant par temps chaud.
Les produits à base d’argile peuvent être combinés avec du soufre pour qu’ils agissent en même temps contre la tavelure, l’oïdium, les pseudomonases et les pourritures à Gloeosporium. Il ne faut par contre pas les mélanger avec des produits à base de bicarbonate de potassium (Armicarb, Vitisan), du savon de coco (Cocana) ou des préparations de granulovirus pour la lutte contre le carpocapse des pommes. Il faut donc alterner avec les traitements avec des produits à base de bicarbonate de potassium (Armicarb, Vitisan) + soufre et év. Cocana pour que les pommes soient suffisamment protégées contre la maladie de la suie.
Le graphique ci-dessous présente un plan de traitement possible contre Marssonina établi en fonction des conditions météorologiques de 2012 à Frick.
Dernière actualisation de cette page: 04.08.2015