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Jake Gyllenhaal figé pour l'éternité dans les glaces de l'Everest. Matt Damon foulant le sol de Mars en parfaite santé. Qu'est-ce qui relie ces deux films? Le motif de la survie, puisqu'il ne s'agit précisément de rien d'autre. Inspiré de faits réels, Everest de Baltasar Kormakur conte l'odyssée tragique d'un groupe d'humains tentant de gravir la plus haute montagne du globe. Pure fiction, The Martian (Seul sur Mars) de Ridley Scott narre comment un astronaute laissé seul sur la planète rouge va s'organiser pour survivre sans l'aide de personne et peut-être s'en échapper. Réalité d'un côté, imaginaire de l'autre. Si on s'amuse à comparer les deux films d'un strict point de vue scénaristique, on pourra constater qu'il est in fine plus facile de résister à la non atmosphère martienne qu'aux rigueurs éprouvantes des massifs himalayens. Dans les deux cas (films), l'homme réalise pourtant - trop tard dans Everest, malgré lui dans The Martian - que la notion de survie est on ne peut plus relative, et que s'en sortir, dans n'importe quelles conditions extrêmes, demeure très très faible, toutes probabilités confondues. Comme si l'univers - la Terre, les autres planètes, l'espace, etc. - n'était pas vraiment prévu pour la vie. Certes, j'extrapole un peu, mais le motif de la conquête, des sommets terrestres ou d'autres planètes rocheuses, révèle rapidement les limites humaines et sans doute animales qui les circonscrivent. Pour faire simple, il n'y a pratiquement pas d'endroit où la vie est naturellement sans risques.
Matt Damon a beau s'échiner à nous convaincre qu'il parvient à colmater une combinaison fissurée, à cultiver des plantes à l'aide de ses excréments ou à recevoir des signaux radios terrestres instantanés (à 12 minutes lumière, soit la distance Terre - Mars, c'est juste impossible), on sait très bien que tout est faux, invraisemblable et irréaliste (ce n'est pas un défaut en soi, le cinéma étant aussi l'art du faux), même si de futures missions sur la planète rouge nous prouveront peut-être le contraire un jour. Et Jake Gyllenhaal a beau avoir l'air invincible et au-dessus de tout par sa personnalité casse-cou, attachante et détachée, on sait très bien que lorsque les éléments se déchaîneront, ceux-ci n'auront aucune pitié pour son charisme et son intrépidité, le ramenant fissa à un destin cruel de cadavre anonyme emprisonné par les glaces. Thème récurrent du cinéma d'action hollywoodien, le motif de la survie stigmatise des peurs ancestrales. Il rappelle notre humaine condition, notre statut dérisoire et éphémère, mais aussi son inverse, soit le désir de se dépasser, de triompher du danger et de se confronter tout simplement à la mort. A différents degrés, ces deux films ravivent nos fascinations pour ces différentes thématiques en les érigeant en spectacle. Et s'ils parviennent à nous rassurer, c'est parce que nous savons pertinemment que tout spectacle suppose une mise en scène préalable, une manipulation du réel et une part de fantasme. Et qu'au cinéma, la mort n'existe pas, sinon à l'état d'idée.
Everest et Seul sur Mars sont actuellement à l'affiche en salles.