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A la fin du XIXe s., on constate à la fois une diminution du nombre des domestiques et une rationalisation des travaux ménagers (Ménage). Dès 1869, les Américaines Catherine Esther Beecher et Harriet Beecher-Stowe (auteur de La case de l'oncle Tom) avaient remis en question le recours à la domesticité, au moment où les esclaves étaient libérés, et imaginé des cuisines mieux équipées et plus fonctionnelles. Sous l'influence du taylorisme, Christine Frederick prescrivait, dans The new Housekeeping, publié en 1914, une gestion du temps très précise. Dans un livre très novateur, Der Neue Haushalt - Ein Wegweiser zur wirtschaftlichen Hausführung, Erna Meyer insistait en 1926 sur l'électrification, et Emma Mettler intégra ses conclusions dans l'enseignement ménager en Suisse (Economie domestique). "Economisez du temps, des forces et de l'argent" était la devise du département "économie ménagère" de la Saffa en 1928. Ce mot d'ordre coïncidait avec les efforts du mouvement féministe qui militait pour que les Travaux ménagers soient reconnus en tant que profession. L'esprit rationnel, associé à l'électrification, fit de tâches exécutées jadis par les domestiques une activité acceptable pour les femmes de la bourgeoisie.
L'architecture moderne appuya cette tendance, notamment dans le domaine des cuisines, tandis que l'industrie s'inspirait de l'exemple américain et concevait des appareils ménagers qui mirent du temps à s'imposer en Europe et restèrent inaccessibles au grand public jusque dans les années 1950. A Zurich par exemple, dans les années 1930, très peu de foyers disposaient de l'électricité. Par ailleurs, une vision conservatrice de la famille et de la femme, valorisant le rôle traditionnel de la mère et de la ménagère, de même que le chômage, freinèrent le mouvement de rationalisation. La machine à coudre, qui permettait à la femme de travailler, soit pour gagner sa vie (Travail féminin), soit pour les besoins du ménage, avait déjà réussi à s'imposer au XIXe s.; à côté des modèles électriques, la machine à pédale survécut encore longtemps après la Deuxième Guerre mondiale. Des marques suisses comme Bernina, Helvetia et Elna vinrent concurrencer les produits étrangers. La cuisinière à gaz se répandit dès le début du XXe s. Des cuisinières et tables de cuisson électriques apparurent sur le marché dès 1910, mais restèrent rares jusqu'à l'entre-deux-guerres. Les fourneaux de la maison Therma se firent connaître par leur design, après 1945.
Le boom de l'après-guerre vit le triomphe des appareils ménagers. L'Institut suisse de recherches ménagères (IRM) y contribua. Ce laboratoire d'essais et bureau de conseils, créé en 1947, était à la fois une émanation du mouvement des femmes (le troisième congrès des intérêts féminins de l'Alliance de sociétés féminines suisses l'avait demandé en 1946), d'associations économiques et de l'EPF de Zurich. Dans les années 1950, le réfrigérateur fit son entrée dans les foyers: face au petit Sibir, de fabrication suisse, le Bosch ou le Frigidaire, produits d'importation aux formes aérodynamiques, s'imposèrent comme articles phares, à l'instar de l'automobile, et s'associèrent dans les réclames à l'image de la ménagère séduisante et sophistiquée. A en croire la publicité, cuisiner était désormais un geste d'amour naturel et spontané envers le mari et les enfants. Deux facteurs allaient faire passer en quinze ans le réfrigérateur du statut d'article de prestige à celui d'instrument utilitaire indispensable: le nouveau concept de cuisine encastrée, diffusé notamment à la Saffa de 1958, et la séparation de moins en moins marquée entre la cuisine, la salle à manger et le salon à partir des années 1960.
La technique de congélation connut une diffusion plus lente. A la campagne, des chambres froides collectives divisées en casiers individuels et les premiers congélateurs privés servirent de garde-manger pour les légumes et les fruits du jardin. Avec l'apparition des self-services et l'offre accrue des produits surgelés et des menus tout prêts, les congélateurs entrèrent dans le mobilier de cuisine usuel, sans s'imposer toutefois avec la même évidence que les réfrigérateurs. Complément idéal de cet appareil, le four à micro-ondes connut une rapide diffusion à partir des années 1980, en particulier dans les ménages d'une seule personne, les plus nombreux dès les années 1990. Avec les nouvelles techniques, la composante émotionnelle et relationnelle des travaux domestiques féminins, surtout de la préparation des repas, menaçait de disparaître au profit du seul côté matériel. Mais grâce à l'essor des éléments encastrés, comprenant désormais machine à laver la vaisselle et four électronique, la cuisine conserva son rôle symbolique. Les presse-fruits électriques, mixers, friteuses, grille-pain et machines à café, qui se vulgarisèrent à partir des années 1960, occupèrent dans la cuisine encastrée une place discrète, car ces appareils complémentaires, produits en grande série et de moins en moins coûteux, avaient perdu leur prestige initial.
La mécanisation des procédés de nettoyage connut une évolution analogue. L'aspirateur équipé d'un moteur électrique, inventé au début du XXe s., apparut sur le marché au début des années 1920 et, en 1930, un premier modèle fut proposé dans le catalogue de vente par correspondance Jelmoli. Mais c'est seulement à partir des années 1950 qu'il devint accessible à toutes les couches de la société, et la tapette en osier resta longtemps encore un instrument indispensable. Les cireuses électriques, appréciées dans les années 1960 et 1970, s'avérèrent bientôt superflues avec la vitrification des parquets et l'expansion de la moquette. La publicité pour les machines à laver remonte à la fin du XIXe s. La Zinguerie de Zoug (Metallwaren Zug) vantait régulièrement dès la fin des années 1920 ses machines de lavage (centrifugeuses) et de prélavage, qui facilitaient la Lessive en associant cuve à eau et moteur électrique (dès 1913). Mais seuls les modèles automatiques des années 1950 firent entrer le lavage à la machine dans les mœurs. Les premiers petits appareils d'après-guerre avec centrifugeuse et calandre à manivelle pour l'essorage furent remplacés par des modèles à tambour avec essoreuse intégrée. Dans les nouveaux immeubles, chaque buanderie fut équipée d'une machine automatique, accompagnée d'un sèche-linge dès les années 1980. Mais, désireux de maîtriser leur emploi du temps, les ménages acquirent aussi de plus en plus leur machine à laver à séchoir intégré. Plus de lavage implique plus de repassage. Le fer à repasser électrique, dont l'usage s'était répandu dès l'entre-deux-guerres, fut remplacé dans les années 1960 par des modèles plus légers et réglables, tels ceux de la marque Jura. Le fer à vapeur rendit superflu l'humectage préalable du linge sec. Mais malgré la mécanisation, et compte tenu des nouveaux standards d'hygiène et de propreté auxquels permettent d'accéder les appareils ménagers, on consacre à la lessive et au ménage à peine moins de temps qu'avant le mouvement de rationalisation. L'utilisation de la vapeur, qui apparaît comme la toute dernière conquête ménagère, ne changera rien à cette situation.
Fonds d'archives
– Coll. et expo. permanente Wandel im Alltag, BHM
– Coll. et expo. permanente Schaulager der Designsammlung, MFG
– Coll. et expo. permanente Kulturgeschichtlicher Rundgang, MNS
Bibliographie
– G. Heller, Propre en ordre, 1979
– L. Berrisch, «Rationalisierung der Hausarbeit in der Zwischenkriegszeit», in RSH, 34, 1984, 385-397
– S. Giedion, La mécanisation au pouvoir, 21983 (angl. 1948)
– Waschtag, cat. expo. Bienne, 1988
– HaushaltsTräume, 1990
– E. Joris, «Die Schweizer Hausfrau», in Schweiz im Wandel, éd. S. Brändli et al., 1990, 99-116
– Oikos, éd. M. Andritzky, cat. expo. Stuttgart, Zurich, 1992
– S. Meyer, E. Schulz, éd., Technisiertes Familienleben, 1993
– F. Blumer-Onofri, Die Elektrifizierung des dörflichen Alltags, 1994
– A. Bähler, «Die Veränderung des Arbeitsplatzes Haushalt durch das Eindringen der Haushalttechnik», in Arbeit im Wandel, éd. U. Pfister et al., 1996, 171-192
– C. Glauser, Die Geschichte des Staubsaugers, 1999
Auteur(e): Elisabeth Joris / FS