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Giorgio Brianti, véritable pilier du CERN tout au long de ses quarante années de carrière, est décédé le 6 avril dernier, à l'âge de 92 ans. Il a joué un rôle majeur dans les réussites du CERN, en particulier pour le projet de Grand collisionneur électron-positon (LEP), et a marqué de son empreinte l'ensemble du complexe d’accélérateurs.
Giorgio entame des études d'ingénieur à l'Université de Parme, qu’il prolongera pendant trois ans à Bologne, où il obtiendra son diplôme, en mai 1954. Animé par le goût de la recherche, il apprend par son directeur de thèse qu'Edoardo Amaldi entreprend des démarches pour créer à Genève une organisation internationale, le CERN, et il est invité à le rencontrer à Rome en juin 1954. Dans son autobiographie – destinée à sa famille et ses amis – Giorgio décrit cette rencontre en ces termes : « Edoardo Amaldi m'a reçu très chaleureusement et, après divers échanges, il m’a dit : “Vous pouvez rentrer chez vous : vous recevrez prochainement une lettre d’engagement en provenance de Genève”. J'ai ainsi eu le privilège de participer à l'une des aventures intellectuelles les plus importantes d'Europe, si ce n’est du monde, une aventure qui, en un demi-siècle, a fait du CERN “le” laboratoire mondial de la physique des particules. »
Giorgio voue une admiration sans bornes à John Adams, recruté par Edoardo Amaldi un an plus tôt : « John n'avait que 34 ans, mais il était doté d'une autorité naturelle. Dire que nous avons eu une conversation serait exagéré, tant mon anglais était encore hésitant, mais j'ai compris que j'étais affecté au groupe “Aimant” ». Après avoir participé à la conception des principaux aimants de courbure du Synchrotron à protons (PS), Giorgio est envoyé par John Adams à Gênes, où il supervisera pendant trois ans la construction de 100 aimants fabriqués par la principale entreprise italienne du secteur, Ansaldo. À son retour au CERN, il se voit confier le groupe « Contrôle » et, en 1964, il est nommé chef de la division Synchrocyclotron (SC). Après seulement quatre ans, Giorgio est chargé de créer une nouvelle division pour la construction d'un synchrotron très innovant – le Booster – capable d'injecter des protons dans le PS et d'augmenter notablement l'intensité du courant accéléré. Il décrit cette période comme étant peut-être la plus heureuse sur le plan technique. John Adams, nommé directeur général du nouveau Laboratoire II du CERN pour la construction du Supersynchrotron à protons (SPS) de 400 GeV, confie également à Giorgio la conception et la construction des zones d'expérimentation et de leurs lignes de faisceaux. Le 40e anniversaire de leur inauguration est célébré avec Giorgio en 2018 ; l'actuel programme d’expériences à cible fixe bénéficie encore aujourd'hui de sa clairvoyance.
En janvier 1979, Giorgio est nommé chef de la division SPS, mais deux ans plus tard, il est appelé par le nouveau directeur général du CERN, Herwig Schopper, à un poste encore plus important, celui de directeur technique. Comme l'écrit Giorgio : « Ma principale mission était de construire le LEP..., qui devait être installé dans un tunnel de 27 km de circonférence et de 100 m de profondeur, et d'achever le programme proton-antiproton du SPS, une entreprise très risquée, mais dont le succès, en 1982 et 1983, a été décisif pour l'avenir du CERN ». L'énorme travail technique requis pour transformer le SPS en un collisionneur proton-antiproton, qui conduira à la découverte des bosons W et Z, s'est déroulé parallèlement à la construction du LEP et au lancement du projet de Grand collisionneur de hadrons (LHC), dans lequel Giorgio s'est personnellement investi à partir de 1982.
Giorgio se consacrera au LHC pendant près de 15 ans, en partant pratiquement de zéro. Il écrit : « Il s'agissait au départ d'une activité quasi clandestine : nous voulions éviter les réactions des délégués des États membres, qui n'auraient pas compris qu’un projet soit mené parallèlement au LEP. La première présentation publique du projet potentiel, qui portait déjà le nom de Grand collisionneur de hadrons, a eu lieu lors d'un atelier tenu à Lausanne et au CERN, au printemps 1984 ».
Le projet LHC reçoit un coup d’accélérateur grâce à Carlo Rubbia, qui devient directeur général du CERN en 1989 et nomme Giorgio directeur des futurs accélérateurs. Alors que le LEP fonctionne à plein régime, de nouvelles technologies sont développées sous sa direction et les premiers prototypes d'aimants supraconducteurs à champ élevé sont créés. Le programme de construction du LHC est approuvé de manière préliminaire en 1994, sous la direction de Chris Llewellyn Smith. En 1996, un an après le départ à la retraite de Giorgio, le LHC est définitivement approuvé. Et Giorgio n’entend évidemment pas s’arrêter là ! En 1996, il accepte notamment de présider le comité consultatif de l'étude PIMMS (Proton Ion Medical Machine Study). Ce groupe de travail, établi au CERN, vise à concevoir et à développer un nouveau synchrotron à des fins médicales pour le traitement de tumeurs radiorésistantes au moyen de faisceaux d'ions carbone. La première installation est construite en Italie, à Pavie, par le Centre national italien d'hadronthérapie oncologique (CNAO). Giorgio est également un membre actif du comité de rédaction de l'ouvrage « Technology meets Research », qui célèbre 60 ans d'interactions au CERN entre technologie et science fondamentale.
Giorgio nous a laissé un héritage non seulement intellectuel mais aussi spirituel. C'était un homme d'une grande rigueur morale, doté d'une foi chrétienne forte et contemplative, déterminé à atteindre ses objectifs, mais en veillant toujours à ne pas blesser les autres. Il était très attaché à sa famille et ses amis. Au-delà d’une nature réservée, son intelligence, sa gentillesse et sa générosité transparaissaient dans ses yeux et touchaient la vie des personnes qu'il rencontrait.
Ses collègues et amis