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L’œuvre prolifique et géniale de l’artiste espagnol Pablo Picasso lui a valu de laisser une trace indélébile dans les pages de l’Histoire. Sa vie, son œuvre et son engagement politique sont bien documentés et notoires. À l’occasion du cinquantenaire de sa mort, je vous propose de revenir sur un épisode un peu moins connu de la vie de l’artiste, que l’on nomme le « miracle de Bâle ».
Art et référendum
L’histoire débute en 1967, lorsque la compagnie d’aviation suisse Globe Air fait faillite à la suite d’un accident meurtrier impliquant un appareil de sa flotte. Cette compagnie est majoritairement détenue par Peter G. Staechelin, homme d’affaires et collectionneur d’art bâlois. Pour payer ses créanciers, celui-ci doit se résoudre à se séparer d’œuvres d’art faisant partie de sa collection. Parmi ces œuvres d’art, on trouve deux tableaux de Picasso, « Arlequin assis » et « Les deux frères », confiés en dépôt par l’homme d’affaire au Kunstmuseum Basel.
Le musée d’art bâlois s’oppose farouchement à ce que les tableaux quittent le musée et met tout en œuvre pour convaincre le gouvernement bâlois de racheter les deux tableaux à l’homme d’affaires. Le gouvernement bâlois accepte finalement de mettre 6 millions de francs suisses sur les 8,4 millions de francs suisses nécessaires à l’opération. Cette décision est par la suite approuvée par le Parlement bâlois.
La décision est accueillie très favorablement par une grande partie de la population bâloise, qui se met alors en quête de récolter de l’argent pour financer le reste de l’opération culturelle. La jeunesse bâloise se mobilise de manière importante et manifeste dans les rues de la ville pour afficher son attachement aux œuvres de Picasso exposées au Kunstmuseum Basel. Les grandes fortunes issues de l’industrie pharmaceutique bâloise ne sont pas en reste et apportent leur soutien financier. C’est ainsi que très rapidement les 2,4 millions de francs suisses manquants sont réunis.
Toutefois, certains estiment que l’argent du contribuable ne devrait pas être utilisé pour acheter des œuvres d’art. Ainsi, un référendum est lancé contre la décision du Parlement bâlois. S’ensuit une campagne politique très animée et marquée par une forte mobilisation de la population bâloise de tous milieux et âges. La population est toutefois très divisée et il est difficile pour les observateurs de prédire l’issue de la votation. Heureusement pour les amateurs d’art de toute la Suisse, le peuple bâlois approuvera finalement l’achat des deux tableaux par 54,2% des voix !
Le « miracle de Bâle »
Picasso, âgé de 86 ans au moment de ces événements, sera très touché par la mobilisation de la jeunesse bâloise. Il sera également très surpris par le fait que la décision d’acheter les tableaux ait dû faire l’objet d’une votation populaire. Il décidera alors de faire don de quatre tableaux au Kunstmuseum Basel. Le musée d’art bâlois qui quelques temps auparavant risquait de ne plus avoir d’œuvres de Picasso à exposer, se retrouvera alors avec six œuvres du génie espagnol. On a nommé cette succession improbable d’événements le « miracle de Bâle ».
Ces événements ont fait rayonner non seulement l’art mais aussi la démocratie directe suisse. Trois ans après la votation, sur les braises de cette mobilisation populaire pour l’art, sera lancée Art Basel, l’une des plus célèbres manifestations artistiques au monde.
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