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La reconstruction chronologique de la Pentékontaétie permet de dégager les trois temps forts suivants, qui correspondent aux traits saillants selon Thucydide:
1° La lutte contre le barbare se poursuit jusqu'en ~450 : l'expédition de Cimon à Chypre marque la fin des opérations dans ce domaine.
2° La rupture de l'alliance entre Sparte et Athènes en ~463 ouvre ce qu'on a appelé la première guerre du Péloponnèse. Après une trêve de cinq ans conclue en ~451, les hostilités reprennent brièvement en ~446, pour aboutir aussitôt à la conclusion d'une trêve de 30 ans, en ~446/5.
3° Les entreprises contre les alliés, marquées par quelques temps forts, comme la révolte de Thasos (~464-462), la prise d'Égine (~458-457), l'asservissement de l'Eubée (~447-446), culminent avec la réduction de Samos et Byzance (~440-439).
On peut dire qu'aux yeux de Thucydide, après la victoire des Athéniens contre les Samiens, l'Empire est mis en place.
Environ 40 cités sujettes de l'empire athénien ont bénéficié de réductions du tribut en 446/5 ou en 443/2. (On révisait les bordereaux de taxation tous les quatre ans. Ce sont les périodes de taxation.) Les divers districts fiscaux sont inégalement touchés par ces mesures. Le phoros demeure très stable dans les îles et dans l'Hellespont. En revanche, l'Ionie, la Carie et la Thrace sont largement bénéficiaires, comme on peut s'en rendre compte d'après le graphique ci-joint.
Vu l'état de conservation des documents, il est difficile d'évaluer les conséquences de ces mesures sur le plan financier. Les recettes des hellénotames ont été amputées de 50 à 58 talents, ce qui représente plus du tiers des contributions des cités bénéficiaires de réductions et, si l'on se fie aux estimations des auteurs des Athenian Tribute Lists, environ 15% du revenu annuel du phoros pendant la période II. Je pense que la modération du bordereau de 446/5 peut s'expliquer logiquement si l'on admet que les revers subis par Athènes sur le continent ont eu des répercussions sur l'attitude des cités tributaires. Lors de l'établissement du bordereau de taxation ou dans les temps qui suivirent, Athènes a dû consentir de substantielles réductions de tribut à un nombre important de cités.
Ces faits permettent de mieux apprécier la politique de Périclès, qui domine la scène politique dès ce moment. L'année ~446/5 marque l'arrêt des tentatives d'expansion d'Athènes sur le continent et dans les mers occidentales et sa concentration en Égée, c'est-à-dire la mise en œuvre d'une politique strictement maritime et concentrée sur le bassin égéen. A l'abri derrière ses Longs Murs, reliant Athènes au Pirée, la cité peut se considérer comme une île. C'est la fameuse politique insulaire, analysée par le Vieil Oligarque et expliquée par Thucydide dans son premier livre. Les succès remportés par Athènes lors de la révolte de Samos et Byzance montrent l'efficacité de cette stratégie. Mais il faudrait encore comprendre pourquoi elle fut mise en place.
GRAPHIQUE
La première colonne donne pour chaque district le rapport entre les cités bénéficiaires de réductions et le nombre total des cités ayant payé au moins une fois avant ~430; la deuxième, le rapport entre les mêmes cités et le nombre total des cités ayant payé en ~441. Dans le premier cas, les résultats sont certainement sous-évalués. Dans le second, au contraire, ils risquent dêtre surévalués.