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Quelle est l'origine de la prestation de serment ?
Date de la réponse: 28.03.2022
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Dans le Dictionnaire Le Robert, nous trouvons pour commencer une définition du terme « serment » :
« Affirmation ou promesse solennelle faite en invoquant un être ou un objet sacré, une valeur morale reconnue. ➙ jurer ; parole d'honneur.
Prêter serment. Témoigner sous serment. — Engagement solennel prononcé en public. Serment professionnel (➙ assermenté). Serment d'Hippocrate, énonçant les principes de déontologie médicale. »
Les premières traces d’une prestation de serment sont bien anciennes, comme en témoigne Emile Benveniste dans son article L’expression du serment dans la Grèce ancienne, paru en 1947 publié dans la Revue de l’histoire et des religions : « C’est un fait singulier qu’il n’y ait pas en indo-européen d’expression unique pour "jurer" et "serment", alors que l’usage du serment est mentionné dès les premiers monuments littéraires. »
Françoise Létoublon mentionne, dans son article intitulé Le serment fondateur paru en 1989 dans la revue Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, un texte bien connu : celui de l’Iliade :
« Le serment est un acte de langage "fort", c’est-à-dire qu’il engage absolument son prestataire, dans sa vie et dans celle de ses descendants. Comme dans presque tous les cas que nous connaissons […], le langage, ou l’aspect oral du rituel, semble avoir eu à l’origine le rôle de commenter l’acte rituel, complexe parfois, qu'il accompagne, ainsi dans l’Iliade purification des mains, libation de vin [« Dans l'Antiquité, offrande rituelle à une divinité d'un liquide (vin, huile), que l'on répandait sur le sol ou sur un autel. » - définition du Dictionnaire Larousse] et sacrifice des deux agneaux. Le sacrifice a pour fonction de donner au serment, pacte entre les hommes, la garantie religieuse de témoins divins : la sanction potentielle de la transgression est ainsi métaphysiquement garantie. »
Le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), dans son article sur le serment écrit par Michele Luminati, fait lui aussi mention de l’ancienneté de cette pratique :
« Le serment est l'un des fondements juridiques et religieux des anciennes sociétés européennes. Associant le geste et la parole (souvent une formule de malédiction conditionnelle contre soi-même), il rattachait l'ordre juridique à l'ordre divin. En raison des pouvoirs surnaturels qui lui étaient attribués, plusieurs époques ont évité d'y recourir. Malgré la distinction opérée au Moyen Age par la théologie et le droit canon entre serment assertoire (affirmation de vérité) et serment promissoire (promesse solennelle), il doit être regardé comme une institution unique. Jusqu'à l'époque moderne, on ne faisait guère de différence entre faux serment et violation de serment, tous deux condamnés au titre de parjure (lat. perjurium) par les autorités ecclésiastiques et civiles. »
Toujours dans le DHS, nous trouvons l'article d’André Holenstein portant sur le serment de fidélité :
« Par serment de fidélité, on entend la promesse que fait un individu ou une collectivité politique de servir loyalement une personne et le pouvoir qu'elle représente, ou un corps politique. La promesse de fidélité fait partie des nombreux serments exigés des sujets sous l'Ancien Régime et s'apparente notamment au serment que les vassaux doivent à leur seigneur dans le système féodal , les tenanciers d'un manse et les sujets à leur seigneur foncier, justicier ou territorial, mais aussi au serment prononcé par les bourgeois envers leur ville, à celui des communiers ou à celui des habitants envers leur canton dans les cantons campagnards. […] Le serment de fidélité, tout comme l'infidélité associée au parjure, avait des conséquences juridiques spécifiques qu'il n'est guère possible de résumer en termes généraux. Dans cette conception du droit, les sujets coupables d'opposition à l'autorité établie avaient ainsi rompu le lien de fidélité et d'obéissance, raison pour laquelle celui-ci devait être rétabli après un soulèvement. »
La notion de serment prend forme dans différents aspects de la société. Dans les articles du DHS, il est déjà été fait mention de l’aspect juridique du serment. Le serment peut aussi prendre un aspect éthique avec le serment d’Hippocrate. Sur la page de la Fondation Dialog Ethik vous trouverez le Serment Suisse : Promesse solennelle pour médecins.
Il peut aussi avoir un aspect légendaire, comme nous le précise le DHS avec l’article « Trois Suisses » de Georg Kreis : « les Trois Suisses sont les représentants des cantons primitifs qui prêtèrent serment sur la prairie du Grütli en 1291 ou en 1307, faisant d'eux les fondateurs de la Confédération. »
Pour couvrir ces différents domaines, l’Enyclopédie Universalis propose plusieurs articles. Celui intitulé « Preuve judiciaire » revient sur l’utilisation du serment dans le contexte juridique. Vous trouverez également des informations dans les articles consacrés à la foi et à l’ordalie.
Il est important de préciser que la notion de serment ne se limite pas au monde occidental.
Dans son ouvrage Le serment, Raymond Verdier étudie aussi cette notion dans d’autres cultures, telles que le Japon médiéval ou les Bashi du Kivu (R.D. Congo). Et Manga Bekombo Priso, auteur du livre intitulé Penser l’Afrique : regards d’un ethnologue Dwálá, y a consacré un chapitre entier de son livre.
Enfin, les actes du colloque Le sacré et la parole : le serment au Moyen Âge, dont vous trouverez le contenu sur le site de l'éditeur, pourraient également vous intéresser.
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève
Pour www.interroge.ch