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Nymph()maniac - Volume 1
Difficile de juger une oeuvre quand on a eu droit de n'en voir que la moitié pour l'instant. D'habitude le seul marketing qui accompagnait un film de Lars von Trier était le fait qu'il était présenté dans l'un des plus prestigieux festivals de cinéma de la planète, à Cannes en particulier. Pour Nymph()maniac, il change complètement de méthode et distille depuis la quinzaine cannoise de 2013 des informations et des visuels de plus en plus explicites, dont une affiche simplifiée à l'extrême grâce à deux parenthèses, se voyant refuser pour certains la vitrine des fameux réseaux sociaux qui montrent vite leur limite en qualité de pudibonderie.
Le film complet ne sera peut-être pas à la hauteur des exigences, mais il faut avouer, qu'il vient de créer le plus magistral coup marketing du Septième Art. Nymph()maniac sort dans une version dites censurée de quatre heures dans les salles sans participer à aucun festival et se voit invité en séance spéciale par le Festival de Berlin dans une version intégrale pour sa première partie. La seconde devrait logiquement bénéficier de la vitrine de Cannes en mai prochain. De deux choses l'une, soit Lars von Trier parvient, et ce serait une première, à montrer un film pornographique dans deux des manifestations cinématographiques les plus prestigieuses, soit sa version intégrale n'a rien à voir avec de la pornographie au sens propre du terme, et comme rien n'a encore filtré de ce montage de cinq heures et demie, personne ne peut encore le dire. Il en est capable. Dans les deux cas, il s'agit d'un coup de génie incontestable.
Ce premier volume qui couvre les chapitres 1 à 5 sur 8, est une comédie très acide qui ne s'écarte jamais du synopsis de base, ce qui est la marque de fabrique du cinéaste danois. Joe est récupérée complètement meurtrie dans une rue par Seligman. Ce dernier l'accueille chez lui et elle commence à lui raconter sa vie découpée en huit chapitres. On se trouve donc face à une oeuvre qui fait le récit d'une nymphomane pour qui les hommes sont de simples objets d'assouvissement, imaginée par un cinéaste que beaucoup qualifient de misogyne.
Dans ce film, le sexe est assimilé à une drogue et tout le monde sait qu'au début une drogue rend joyeux, euphorique, qu'elle désinhibe ou décomplexe comme il est de bon ton de le dire en société à l'heure actuelle, mais elle triomphe toujours en vous rendant esclave de ses effets qui finissent par être aliénants. Judicieusement, Lars von Trier n'amène pas, en tout cas pour l'instant, d'autres toxicomanies dans son film. L'accroche du long métrage sur son affiche le déclare très clairement: oubliez l'amour. Le récit de Joe, dont elle est seul maître, commence comme une comédie où des gamines prépubaires s'amusent à des jeux d'adultes en imitant leurs aînés. La suite devient vite une descente aux enfers pour se procurer sa dose devenue indispensable. Seligman écoute son hôte avec beaucoup d'attention et se permet de l'interrompre régulièrement pour étaler son expérience de personne âgée, ne prenant pas pour argent comptant tout ce que lui déblatère Joe, qui commence son histoire en se déclarant être une mauvaise personne, ce qui fascine le vieux monsieur.
La mise en scène de Lars von Trier prend l'option de la poésie avec tout ce que celle-ci peut comporter de glauque, de sordide, mais aussi de surréaliste ou même de poignant. On y parle certes de sexe, mais aussi de pêche à la mouche, de Bach et des trois voix composant ses fugues, de parcage en créneau, de familles détruites par les pulsions de Joe.
Et, comme très souvent chez le cinéaste danois, on ressent de manière impressionnante l'implication de ses comédiens pour leurs personnages et pour le film lui-même. Dans le rôle du père de Joe, Christian Slater livre sans doute sa performance la plus aboutie faisant imploser l'écran dans le chapitre 4, Delirium. Uma Thurman, confondante de naturel, sans maquillage, est juste estomaquante en mère et épouse bafouée dans le chapitre 3 qui lui est consacrée, Mrs H. Shia Labeouf s'amuse à incarner Jérôme, un petit chef arrogant et vantard. Stellan Skarsgard représente l'auditoire du destin de Joe et montre une nouvelle fois que c'est un comédien qui s'implique corps et âme pour défendre les films auxquels il croit. Et bien sûr il y a les deux actrices qui incarnent Joe, Charlotte Gainsbourg en adulte et Stacy Martin en jeune fille. L'une et l'autre sont époustouflantes en faisant don de leurs personnes à leur réalisateur et surtout au film comme on l'a rarement vu.
Il faut l'avouer, Lars von Trier a réussi son coup et, quand le générique de fin défile devant les yeux des spectateurs, accompagné d'images du Volume 2, à l'instar d'une série télévisée, on ne demande qu'à découvrir la suite en étant à la fois fébrile et inquiet.