Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06989.jsonl.gz/570

Prévenir les maladies cardiaques grâce à la brosse à dents
Bien que ce lien puisse paraître paradoxal, on soupçonne de plus en plus la mauvaise hygiène dentaire de participer directement au risque d'être atteint par une maladie cardiovasculaire. Plusieurs études épidémiologiques avaient déjà pointé du doigt la relation étroite qu'entretenaient les maladies cardiaques et les maladies parodontales. Celles-ci résultent d'une inflammation chronique touchant l'ensemble des structures de soutien et des tissus entourant la dent, ce que les spécialistes nomment le parodonte.
Sachant que la parodontose, qui regroupe diverses infections bactériennes des gencives, est l'affection orale la plus fréquente après les caries, et que l'ensemble des maladies cardiovasculaires est encore à l'origine d'environ un décès sur trois dans les pays industrialisés, cette relation hygiène buccale/cœur n'est pas sans importance pour la santé publique.
C'est donc pour y voir plus clair que l'équipe de Karim El Kholy, de l'Université de Harvard et de l'Institut Forsyth de Cambridge (USA), a décidé de passer en revue les diverses études cliniques effectuées récemment sur ce sujet. Ces chercheurs viennent de publier leurs résultats dans Trends in Endocrinology and Metabolism (Tendances en endocrinologie et métabolisme).
Les bactéries identifiées
Les auteurs remarquent tout d'abord que plusieurs études longitudinales (qui ont pour but de suivre un groupe d'individus pendant une période déterminée en notant régulièrement leurs états de santé) montrent que les maladies buccales joueraient un rôle dans la survenue d'un infarctus, et qu'elles auraient même une responsabilité encore beaucoup plus grande dans le déclenchement d'un accident vasculaire cérébral (AVC).
Ils relèvent ensuite que les deux types d'affections considérés résultent d'une inflammation des tissus: celle des gencives et de la cavité orale d'une part, et de l'autre celle des parois internes des artères, où se forment les plaques d'athéromes typiques de l'athérosclérose, associée à l'infarctus et à l'AVC. Or, plusieurs études ont pu mettre en évidence la similitude entre les bactéries retrouvées sur les deux sites, ce qui renforce l'hypothèse voulant que la bouche constituerait l'une des sources principales de la dissémination des bactéries vers les tissus vasculaires.
On a même analysé l'année dernière l'ADN des diverses espèces de bactéries identifiées soit dans les maladies parodontales soit dans les plaques athéromateuses. Et la comparaison est éloquente: alors que l'on a identifié 84 espèces différentes de bactéries dans les parois vasculaires et les plaques d'athéromes chez des individus touchés à la fois par une maladie cardiovasculaire et une parodontose, on n'a dénombré que 18 espèces différentes chez les malades cardiaques dépourvus de parodontose.
Le lapin à la rescousse
Il devient donc évident que le microbiome buccal, à savoir la flore bactérienne qu'abrite notre bouche, joue un rôle non négligeable dans l'apparition des maladies cardiovasculaires. Reste toutefois à comprendre le mécanisme grâce auquel les bactéries responsables de la parodontose parviendraient à affecter le système cardiovasculaire, par delà une simple migration des bactéries via le sang. Car mieux connaître ce mécanisme pourrait mener à de nouvelles pistes de prévention des maladies cardiaques, et aurait donc une importance capitale en santé publique.
L'une des hypothèses fait intervenir certaines cellules du système immunitaire, par exemple les cellules dendritiques du sang, ou les cellules phagocytaires, qui toutes deux pourraient migrer vers les plaques d'athéromes dont elles augmenteraient le volume, ce qui ajouterait au risque cardiovasculaire. Malheureusement, pour des raisons à la fois techniques et éthiques, on ne peut confronter ces hypothèses à des études cliniques interventionnelles prospectives chez l'homme. Il a été en revanche possible de les tester dans un modèle animal, en l'occurrence chez le lapin ou la souris. Ainsi, une parodontose provoquée par l'injection de bactéries P. gingivalis a bien été suivie, chez le lapin, d'une augmentation importante du dépôt athéromateux lipidique.
Il faudrait pouvoir faire quelque chose de similaire chez l'homme, soulignent les auteurs américains. Par exemple en traitant l'inflammation buccale, et en vérifiant qu'il s'ensuive un bénéfice en termes de maladies cardiovasculaires.
Pour l'instant, on a relevé une coïncidence intéressante qui fait réfléchir. Les statines, médicaments destinés à réduire le taux du mauvais cholestérol sanguin, ont aussi une action anti-inflammatoire. Or il a été constaté, dans une étude de suivi, que ces statines réduisaient en même temps le taux des maladies cardiovasculaires et celui des inflammations parodontales!
_________
Référence
Karim.El Kholy, Robert J. Genco, Thomas E. Van Dyke, in Trends in Endocrinology and Metabolism, Volume 26 , no 6 , 315-321.