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Alors que le président américain Donald Trump se targue d'avoir été l'un des leaders qui a réagi le plus rapidement au monde face à la menace liée au nouveau coronavirus, des lenteurs et une sous-estimation du phénomène de l'administration ont déjà été mises en lumière par la presse américaine.
Mardi, la chaîne ABC News a enfoncé le clou en présentantqui affirme que les renseignements américains ont alerté Washington dès fin novembre sur la menace que constituait la propagation d'un nouveau virus dans la ville chinoise de Wuhan.
Des inquiétudes précoces ?
Selon ABC News, les premières inquiétudes auraient été transmises via un rapport rédigé par le National for Medical Intelligence (NCMI) de l'armée, une agence de renseignement sous la juridiction du Département de la Défense qui a pour mission de surveiller les événements sanitaires mondiaux pouvant avoir un impact important sur les civils et les militaires américains.
Ce rapport serait le fruit d'analyses effectuées sur des interceptions de câbles et de communications numériques ainsi que sur des images satellites.
Les conclusions auraient été pour le moins alarmantes, selon plusieurs sources proches du dossier que la chaîne américaine a pu contacter. L'une d'entre elles explique que les analystes auraient estimé qu'il pourrait s'agir d'une événement "cataclysmique".
Toujours selon ces sources, l'Agence du renseignement de la Défense aurait ensuite été informée à plusieurs reprises de cette situation préoccupante.
Dans le "President's Daily Brief" dès janvier
Les sources qu'a pu consulter ABC news expliquent que ce premier rapport aurait été suivi de nombreuses séances d'information incluant des décideurs du gouvernement fédéral ainsi que le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche.
Au final, cet avertissement serait entré dans le "President's Daily Brief" (un document présenté chaque matin au président qui contient un résumé d'informations classifiées en lien avec la sécurité nationale) dès le début du mois de janvier.
Si le laps de temps entre le premier rapport et l'arrivée plus formelle de l'information à la Maison Blanche s'explique par un temps d'analyse nécessaire, les sources du NCMI affirment que le document a été très largement diffusé aux différentes agences de renseignement par des canaux confidentiels dès novembre.
Démenti du Pentagone
Mercredi, le Pentagone a tenu à démentir ces informations à la chaîne ABC: "En principe, le NCMI ne commente pas des questions spécifiques au renseignement. Cependant, par souci de transparence et dans les circonstances spécifiques à cette crise de Santé publique (...) nous pouvons confirmer que ce rapport n'existe pas."
Le Conseil de sécurité national et la Maison Blanche se sont de leur côté refusés à un commentaire.
Une confusion de la part des sources ?
Sur Twitter, plusieurs journalistes et spécialistes de la Chine ont réagi à cette enquête de ABC et émettent l'hypothèse que les sources internes ont, sciemment ou non, fourni une information erronée.
Pour Bill Bishop, du portail spécialisé Sinocism China Newsletter, l'information apparaît peu crédible, et ces fuites avaient certainement pour objectif d'attaquer Trump alors que d'après James Palmer, journaliste pour Foreign Policy, il pourrait s'agir d'une erreur plus banale: les sources auraient confondu la propagation du Covid-19 avec une petite épidémie de peste qui avait touché le nord du pays à la mi-novembre.
Un manque de réaction déjà critiqué
Difficile donc, en l'état, d'affirmer avec certitude que le renseignement américain ait eu accès à ces informations à ce moment-là. Que cela se confirme ou non, ABC News n'est cependant pas le premier média à pointer du doigt la lenteur du gouvernement américain à réagir face à la crise.
Il y a un peu moins d'une semaine, c'est le Washington Post qui dressait unde l'action de l'administration Trump, relevant notamment qu'il avait fallu 70 jours au président américain pour qu'il arrête de traiter le Covid-19 comme une "menace lointaine" ou encore "une grippe inoffensive" et qu'il le considère enfin comme "une force meurtrière" qui avait "débordé les défenses américaines".
Dans les faits, l'administration américaine a reçu une première notification officielle sur l'épidémie de coronavirus en Chine le 3 janvier.
Si Donald Trump s'est vanté d'avoir restreint les vols vers la Chine dès le 31 janvier, il a passé plusieurs semaines à dire aux Américains qu'il n'y avait "rien à craindre".
Le 22 janvier, quand il a été questionné la première fois sur le sujet, il a par exemple estimé que "le virus était sous contrôle"
Ce n'est que le 13 mars qu'une urgence nationale a été déclarée et que l'administration a ordonné la mobilisation de larges ressources du gouvernement fédéral pour aider les agences de santé publique à faire face à la crise.
Jeudi, l'épidémie de coronavirus aux Etats-Unis avait contaminé près de 430'000 personnes et causé plus de 15'000 décès.
Tristan Hertig