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10/09/2012
Un voyage sur la Lune par J. R. R. Tolkien
J. R. R. Tolkien écrivit dans ses jeunes années un récit qu’il destinait à ses enfants, et qui a été publié assez récemment: Roverandom. Or, il y est question d’un voyage sur la Lune effectué par un petit chien doué de raison, et il est intéressant de voir comment Tolkien a construit, à partir de cet astre, des éléments de mythologie. En effet, il a crée ensuite un monde dans lequel il pouvait déployer librement son imagination en s’affranchissant de toute dette au réel, se contentant de donner à son univers la consistance du réel.
Il n’a pas toujours fonctionné ainsi: au départ, il voulait relier sa mythologie à l’espace physique, et le Silmarillion a été conçu comme devant servir de mythologie originelle à l’Angleterre, à peu près comme l’Énéide de Virgile pour Rome.
Le Silmarillion se projetant dans un passé dont aucune trace n’était demeurée, Tolkien a paru pouvoir y créer ce qu’il a voulu. La fin du cycle ne correspond qu’à la chute de l’Atlantide - ou Númenor. Mais Roverandom place des êtres fabuleux dans une image de la Lune qui doit trop aux observations matérielles qui en avaient déjà été faites à l’époque où il a été écrit. Il la présente comme blanche ou grise et plutôt désertique, ayant un ciel parfaitement noir. Et pourtant, il y place son fameux Homme de la Lune, sur lequel il avait composé plusieurs poèmes, qui est évoqué dans Le Seigneur des anneaux, et dont l’origine se trouve dans la poésie médiévale anglaise - et, au-delà, dans la mythologie germanique, qui faisait de l’esprit de la Lune un homme et de l’esprit du Soleil une femme, au rebours de la mythologie grecque.
Malgré quelques demeures dont les fenêtres jettent des lueurs rouges dans l’espace blanc à la façon de volcans, l’Homme de la Lune ne règne pas sur un monde dont le merveilleux soit véritablement grandiose, comme même Cyrano de Bergerac, jadis, avait pu le peindre. Tolkien paraît avoir repris des figures toutes faites, sans vie pour les animer. Voulant par exemple acclimater à la Lune physique un symbole célèbre de la mythologie européenne, il y place un dragon de couleur blanche qui n’est pas désagréable, mais qui ne fascine pas comme le dragon rouge du Hobbit; dans ces lieux, il manque de naturel. Il n’a pas su donner à la Lune une âme profonde: à lui créer un monde qui lui fût propre, avec un peuple d'immortels qui l'habitât. Son évocation du Pôle Nord, dominé par le Père Noël et ses gnomes, convainc davantage, dans la série de lettres envoyées par Santa Claus à ses enfants.
Il n’était sans doute pas dans la nature de Tolkien de pouvoir imaginer du merveilleux sur les corps planétaires tels que les concevait la science actuelle. Dans le Ciel, il plaçait des divinités abstraites, liées à sa foi catholique; ou bien des corps inertes, hérités de la connaissance du monde physique: il ne parvenait bien à mêler les deux mondes que pour la Terre, et encore était-ce souvent en pénétrant dans un monde de fiction, parallèle au nôtre. En cela, il demeurait tributaire de la tradition médiévale.