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L'agriculture a certes permis à l'Humanité de planifier ses récoltes et donc son alimentation, mais cela a un coût (social, environnemental et sur la santé):
- Depuis les débuts de l'agriculture, les surfaces de terres arables rendues peut-être définitivement stériles ou carrément transformées en déserts, ne se comptent plus. Cela s'explique par le fait que transformer des terres où régnait une polyculture naturelle avec des échanges de bons procédés entre le règne végétal et le règne animal, par des monocultures intensives de plantes gourmandes en eau comme le blé, le maïs, le riz ou le soja est évidemment un bouleversement majeur de la qualité du sol. Cela était déjà vrai à l'époque des romains. C'est encore plus vrai aujourd'hui avec l'usage des intrants chimiques,
- Irriguer massivement ces cultures a tendance à saliniser les terres (même l'eau douce contient une certaine quantité de sel(s)), ce qui accélère la désertification
- Pour faire de la place aux cultures on a abattu des surfaces colossales de forêts (et cela continue encore aujourd'hui, en Amazonie par exemple) sur tous les continents
- On a également asséché des surfaces importantes de zones humides. Les 2 biotopes étaient des milieux d'une richesse biologique qui ne sont pratiquement plus que des souvenirs
- On cultive à peu près n'importe où, sans se préoccuper si l'endroit convient. Au fond, l'agriculture, si elle voulait avoir un éco bilan neutre, ne devrait se pratiquer que là où les conditions le permettent (qualité des sols, hygrométrie, températures, pluviométrie, etc...). Ce n'est absolument pas le cas et l'homme a causé des dégâts irréversibles pour pouvoir cultiver n'importe quoi, n'importe où. Pensons à l'assèchement de la mer d'Aral à cause du détournement de 2 fleuves, pour cultiver du coton. Pensons aux grandes plaines américaines qui sont devenues le grenier du monde alors que les [... étés y sont beaucoup trop chauds, les tempêtes beaucoup trop fréquentes et les pluies trop irrégulières]. Ceci est compensé, ici comme ailleurs, en asséchant des fleuves et en puisant dans des réserves d'eau fossile qui seront définitivement perdues.
L'être humain vit des 3 principaux groupes de nutriments que sont les lipides, les glucides et les protéines. Lorsque l'on diminue une source de nutriments comme le font les végétaliens on est obligé de compenser en augmentant les apports d'un autre groupe, typiquement les céréales. Outre que les céréales ne sont pas dénuées d'effets parfois néfastes sur la santé individuelle (on le verra dans un autre billet), les végétaliens oublient ou omettent de se confronter au fait que si la production de viande est, sous certaines conditions, désastreuse pour l'environnement, la production massive de céréales pose des problèmes au moins aussi importants. Chaque terre transformée en désert depuis les débuts de l'agriculture, est une perte sèche en termes de biodiversité et signe la mort de milliers d'espèces vivantes, depuis les micro-organismes vivants dans les sols jusqu'aux animaux qui vivaient dans les forêts primaires.
Un autre facteur déterminant qui n'est jamais abordé est le fait que les plantes ne poussent pas par miracle. Elles ont besoin de trouver leurs nutriments dans le sol. Et pour cela, il n'y a pas 30'000 solutions. Ou bien on établit un vrai cycle où les animaux jouent un rôle essentiel pour nourrir les sols et favoriser leur vie microbienne, ou bien on apporte des engrais organiques sous forme d'os et de sang d'animaux ou bien on recourt aux engrais chimiques. Comme les 2 premières solutions sont inacceptables pour les végétaliens, il ne reste presque que la troisième solution. Or les engrais chimiques sont doublement faits à partir de pétrole dont les réserves ne sont pas éternelles. La découverte et l'utilisation massive desdits engrais, cela s'est appelé la révolution verte et cela a été un grand désastre écologique. Il est connu que l'épaisseur de la couche arable, à cause des intrants chimiques à la place des excréments d'animaux et d'un labourage beaucoup trop profond, diminue chaque année.
C'est vrai qu'il existe l'agriculture biologique, mais elle n'est pas exempte de problèmes. Cette agriculture repose sur un cahier des charges qui fixe une obligation de moyens à mettre en œuvre, mais qui ne fixe pas une obligation de résultats. Le recours parfois massif à des engrais d'origine végétale a tendance à favoriser le développement de moisissures dans le sol, ce qui se répercute sur les cultures. L'emploi d'huiles essentielles pour essayer de venir à bout de ces micro-organismes n'est pas forcément une garantie de qualité pour le consommateur final, même si cela fait moins peur que les produits chimiques utilisés dans l'agriculture intensive.
Mais dans un monde idéal, seule une terre en bonne santé peut donner des plantes en bonne santé et les animaux qui vivront dessus le seront également. Les humains, au bout de la chaîne seront alors eux aussi en bonne santé. A l'inverse, comment peut-on imaginer être en bonne santé si nous mangeons des plantes et des animaux malades ayant grandi sur des terres malades ?
L'absurdité dans l'agriculture et dans l'élevage est que nous avons tout compartimenté. Les cultures d'un côté, les animaux de l'autre, dans des camps de concentration. Ce qui rompt totalement les échanges entre les animaux et les plantes et mène à tous les déséquilibres: d'un côté il faut des engrais chimiques pour nourrir les plantes et de l'autre, les déjections animales concentrées dans des espaces restreints, provoquent une pollution épouvantable, ce qui ne serait pas le cas si les cultures et l'élevage étaient mieux intégrés, l'un nourrissant l'autre. En fait, c'est justement à cause des engrais chimiques que les animaux sont devenus inutiles sur les propriétés agricoles. Et pourtant les engrais chimiques sont un leurre, car ils ont transformé l'énergie fossile du pétrole en calories alimentaires. Nous vivons dans une grande illusion, celle d'un approvisionnement constant et éternel, alors que ce n'est pas le cas. Loin s'en faut. Qu'adviendra-t-il de notre approvisionnement alimentaire lorsque les réserves de pétrole seront épuisées ou même proches de l'épuisement et que nos terres agricoles seront biologiquement mortes ?
L'élevage est problématique car pour améliorer les rendements, on a modifié l'alimentation des bovins. Ce sont fondamentalement des ruminants, avec un appareil digestif fait pour digérer la cellulose (qu'ils trouvent dans les pâturages). Les 4 estomacs de ces animaux contiennent les bactéries nécessaires à cette dégradation, ce qui n'est pas notre cas par exemple. Or, pour augmenter la production de lait (production multipliée par 10 en 50 ans), on donne du maïs et des tourteaux de soja (quand ce n'est pas des farines animales) à ces bêtes, d'où les 70% de terres agricoles nécessaires à les nourrir. Etant des ruminants, elles n'ont absolument pas l'appareil digestif pour digérer du maïs ou du soja, ni les bactéries et enzymes digestifs appropriées, ce qui les rend malades. D'où grande production de méthane, un gaz qui ne se forme que lorsque l'appareil digestif est peuplé de bactéries pathogènes. Il est donc critique de revenir aux pâturages pour l'élevage des ruminants (c'est assez rassurant de voir encore des troupeaux de vaches dans les alpages suisses durant la belle saison).
La vraie question
Le vrai débat n'est donc pas de savoir s'il faut manger ou non des produits d'origine animale. Refuser d'intégrer les animaux dans la production d'aliments est une mauvaise réponse à une bonne question. Les animaux, depuis les plus petits animalcules jusqu'aux bovins, sont indispensables à la bonne santé naturelle des sols.
Le véritable et seul enjeu est de savoir comment créer un environnement favorable et durable à la production responsable d'aliments qui assurent le meilleur équilibre pour tous, pour les sols, pour les nappes phréatiques, les rivières et les fleuves, pour les plantes, pour les animaux et pour l'homme. Et pas de continuer de produire des aliments qui apportent seulement de confortables bénéfices économiques à la filière de l'agro business (par l'entremise des généreuses subventions payées avec nos impôts, subventions dont ces entreprises connaissent tous les rouages législatifs et les meilleures façons de les récolter légalement), mettent les agriculteurs en quasi esclavage (et c'est encore pire avec les OGM) et détruisent l'environnement.
Dans le prochain billet, j'essayerai d'exposer quelques solutions telles qu'exposées par Lierre Keith et les conséquences parfois préoccupantes d'une alimentation sans produits d'origine animale sur la santé individuelle, même si ces sujets sont extrêmement controversés.