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Jean-Jacob Fazy, que l’on appellera James dès sa tendre enfance, naît à Genève le 12 mai 1794. Il est le second fils de Jean-Samuel et de Jeanne-Marie Fazy. Jean-Samuel Fazy dirige une fabrique d’indiennes (toiles peintes) aux Bergues, qui emploie plus de 1'200 ouvriers. Très vite, il axera l’éducation de James sur la pratique des affaires.
L’éducation élémentaire de James Fazy sera assurée par sa mère. A l’âge de 8 ans, il est envoyé avec son frère aîné chez les Frères moraves en Allemagne à Neuwied (Rhénanie-Palatinat). Il y apprendra l’allemand durant 4 ans, de 1802 à 1806, avant de gagner Paris (Choisy-le-Roi, 1806-1807) puis la Normandie (à Bolbec) pour se former à la manufacture des indiennes.
En 1811, Fazy achève des études commerciales à Lyon. Il marque à cette période un premier et très vif intérêt pour les sciences économiques et politiques. Il entame ensuite des études de droit à Paris dès 1814 à la chute de l’Empire.
La nouvelle constitution aristocratique de la Genève de la Restauration l’affecte beaucoup, même s’il se réjouit de l’admission de Genève au sein de la Confédération helvétique.
James Fazy comprend alors qu’il n’est pas fait pour être commerçant et se tourne vers le journalisme. En 1818, il publie "Le privilège de la Banque de France" considéré comme nuisible aux transactions commerciales puis "L’Homme aux portions" en 1821, dans lequel il affirme que "le bonheur des peuples n’est point dans les dispositions de ceux qui sont appelés à gouverner, mais dans la séparation et la définition exacte des pouvoirs".
James Fazy dont "L’Homme aux portions" intéresse les libéraux français, fait la connaissance du général Lafayette. A son contact, Fazy découvre le bicaméralisme des institutions américaines dont il s’inspirera par la suite. De retour à Genève entre 1821 et 1823, James Fazy publie une brochure : Observations sur les fortifications de Genève. Les fortifications étaient en effet l’enjeu d’une lutte sans merci entre conservateurs, désireux de conserver le statu quo, et libéraux, qui souhaitaient leur destruction. Là encore, Fazy aura l’occasion d’appliquer certaines de ses idées 25 ans plus tard.
En 1825, James Fazy est de retour à Genève. Déçu par le régime de Charles X en France, il est bien décidé à combattre la constitution conservatrice et aristocratique genevoise de 1814. Il commence par fonder, avec quelques membres de l’opposition le "Journal de Genève". Le premier numéro du "Journal de Genève" paraît le 5 janvier 1826. Fazy entend en faire un "organe où l’on pourra discuter soit le perfectionnement des institutions existantes, soit la possibilité du retour à une démocratie sincère fondée sur le suffrage universel, et le rétablissement du Conseil général (= corps électoral) comme électeur du pouvoir exécutif".
Il abandonne le journal quelques mois et repart pour Paris en 1827. Il demeure six années dans la capitale française, années qu’il consacre à une intense activité de journaliste. Il est tout particulièrement engagé au sein de la presse d’opposition au gouvernement de Louis-Philippe. Affecté par les échecs des différents périodiques pour lesquels il rédige et qui sont accablés d’amendes, Fazy quitte Paris et gagne définitivement Genève en 1833.
Pendant treize ans, il rédige des centaines d’articles dans trois journaux d’opposition qu’il fonde lui-même et se lance dans une lutte acharnée contre les conservateurs. Il devient progressivement le leader de l’aile gauche du libéralisme, tendance qui réclame des réformes et transformations plus radicales et qui donne naissance au radicalisme. En fondant le quotidien "L’Europe centrale" en 1833, Fazy expose les principes politiques et économiques qui devraient sous-tendre la constitution genevoise de 1814 et le pacte fédéral de 1815. Faute de ressources financières, le quotidien est abandonné deux ans après son lancement.
En 1835, il se lie avec Louis-Napoléon Bonaparte et participe à la préparation du coup d’Etat de Strasbourg en 1836.
Le 3 mars 1841, "l’Association du Trois-Mars", qui regroupe une partie de la Genève économique et intellectuelle, voit le jour. Ce groupe de pression politique prône la suppression du suffrage censitaire, la réduction du nombre de membres du Conseil d’Etat et du Conseil représentatif (organe législatif) et demande un accroissement des compétences de ce dernier en matière législative et budgétaire. Le 22 novembre 1841, au terme d’une manifestation populaire sur la Treille lors d’une session parlementaire du Conseil représentatif, les autorités cèdent à la pression populaire et acceptent de convoquer une assemblée constituante. La nouvelle Constitution genevoise, adoptée en votation populaire le 7 juin 1842, est en partie l’œuvre de James Fazy qui fut membre de la Constituante puis élu au Grand Conseil.
La loi fondamentale de 1842 établit le suffrage universel, garantit le droit de pétition et diminue le nombre de Conseillers d’Etat et des députés au Grand Conseil qui remplace l’ancien Conseil représentatif et se voit doté de réelles prérogatives législatives. La majorité sortie des urnes en 1842 est toutefois conservatrice et les lois votées par le parlement seront appliquées dans un esprit fortement conservateur. Afin de lutter contre le nouveau gouvernement, Fazy fonde un nouvel organe de presse, la "Revue de Genève" qui paraîtra de façon régulière durant vingt ans.
En 1846, James Fazy fonde le Parti radical genevois dont la genèse remonte à 1835 déjà.
Des événements extérieurs vont toutefois porter les radicaux au pouvoir et précipiter la chute du Conseil d’Etat et du Grand Conseil conservateurs. La députation genevoise qui se rend à la Diète fédérale le 3 octobre 1846 refuse, au nom de la souveraineté cantonale, de voter la dissolution du Sonderbund, ligue séparée qui regroupe sept cantons catholiques conservateurs.
Les radicaux genevois, emmenés par James Fazy, sauront parfaitement exploiter cette décision politique. Le 5 octobre 1846, le quartier populaire de St-Gervais se soulève et repousse victorieusement les troupes gouvernementales le 7, alors que le Conseil d’Etat avait donné l’ordre de démanteler les barricades. L’émeute fait 17 morts et 55 blessés, avant que ne soit prononcé un cessez-le-feu qui consacre la victoire des insurgés. Le Conseil d’Etat est contraint à la démission. Le soulèvement populaire porte Fazy et les radicaux au pouvoir.
Le 9 octobre, alors que le Grand Conseil siège en séance extraordinaire, les radicaux se rassemblent au Molard pour décréter l’instauration d’un gouvernement provisoire. Après l’émeute et le décret, certes illégal, du Molard, l’intrusion en force des radicaux, James Fazy en tête, dans la salle du Grand Conseil pour chasser les députés met le point final à la révolution.
La nouvelle Constitution genevoise du 24 mai 1847 garantit les droits individuels, consolide les acquis du suffrage universel et modifie les attributs des pouvoirs législatif et exécutif. Elle établit aussi de nouveaux rapports entre Eglise catholique et protestante.
Le nouveau régime radical décrète aussi la démolition des fortifications, la création d’un réseau ferroviaire autour de Genève et la fondation de l’Hôpital cantonal et de l’Asile des vieillards, point de départ d’une politique de santé publique.
James Fazy fonde également deux établissements de crédit, nécessaires selon lui à l’accomplissement de sa politique économique : La Caisse hypothécaire et la Banque de Genève. Pour favoriser la relance économique, le gouvernement Fazy s’engage dans un programme de grands travaux, couvert par l’emprunt. La démolition des fortifications permit de doubler la superficie de la ville. Le Conseil d’Etat donne également une impulsion à la formation primaire, professionnelle et académique. Sous l’impulsion du radical Antoine Carteret, l’instruction sera désormais publique et gratuite. Les écoles professionnelles se développent également.
En proposant sa nouvelle Constitution le 21 avril 1847, il présente un 157ème article visant à assurer une retraite décente aux gens modestes, par la création simultanée d’une Société d’Assurance Mutuelle sur la vie et d’une maison pour personnes âgées. Le 26 mai 1849, un projet de loi est présenté par James Fazy au Grand Conseil qui sera voté et accepté le 27 juin 1849 fondant ainsi la Maison d’Asile et la Société d’Assurances Mutuelle, ancêtre des Rentes Genevoises (cf historique des Rentes Genevoises).
Au cours d’une séance du Grand Conseil du 3 mars 1852, James Fazy, président du Conseil d’Etat, présente un projet de loi relatif à la création d’un institut national genevois. Sa raison d’être de l’époque, de fonder à Genève un corps semblable à l’Institut de France qui devait, par le moyen de ses sections, assurer "la corrélation nécessaire entre les différentes branches des connaissances humaines et encourager ainsi les manifestations de l’intelligence". Fazy entendait faire de l’Institut national genevois une institution populaire, largement ouverte à tous grâce à l’organisation de conférences suivies de débats et destinées à la publication de certains travaux formant les Actes de l’institut.
Aujourd’hui, l’Institut est actuellement divisé en trois sections : Economie, Sciences morales et politiques, Beaux-arts, musique et lettres. En outre, 2 sociétés savantes sont affiliées à l’Institut national genevois. Ce sont la Société genevoise des écrivains et le Club de la Grammaire.
La carrière politique de James Fazy ne se limitera pas à la République et canton de Genève puisqu’il siégea durant plusieurs années au Conseil des Etats qu’il présida en 1854-1855. Le radical genevois prit également une part active à l’élaboration de la Constitution fédérale de 1848, notamment la mise en place d’un système bicaméral (Conseil national et Conseil des Etats) inspiré des institutions américaines. Apre défenseur du fédéralisme, Fazy combattit ensuite la Constitution fédérale de 1874 qui instaurait des compétences fédérales en matière civile et pénale.
En 1861, James Fazy essuie une importante défaite électorale, il doit quitter le pouvoir. Il n’est pas réélu bien que la majorité radicale soit reconduite. Il est encore battu en 1863 puis lors d’une élection partielle en 1864, laquelle a été suivie d’une émeute le 22 août. A ces échecs politiques s’ajoutent des difficultés financières aiguës. A la fin de sa vie, le Conseil d’Etat charge James Fazy de l’enseignement des cours de législation et d’histoire constitutionnelle à la Faculté de Lettres. Il décède le 6 novembre 1878 à l’âge de 84 ans.
James Fazy reste dans l’histoire comme le père de la Genève moderne et démocratique.
James Fazy a donné son nom à un boulevard de la rive droite. Partant de la Place Cornavin, le Boulevard James-Fazy la relie au Pont de la Coulouvrenière.