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Les dernières élections ont vu les Verts progresser fortement et les femmes élues dans une proportion jamais atteinte. Les nombreuses et amples manifestations en faveur du climat et de l’égalité ont certainement contribué à cette double poussée. Dans ce contexte, on aurait pu s’attendre à une participation en hausse. Or au contraire ce taux a diminué de 3,4 points, passant de 48,5% en 2015 à 45,1%.
Dans sa chronique hebdomadaire paraissant dans le journal en ligne Republik Daniel Binswanger note qu’une baisse de participation lors d’une élection où un thème a fortement dominé la campagne n’est pas un phénomène nouveau. Ainsi en 1995, le taux de participation atteint son étiage à 42,2%. Certes aucun thème mobilisateur n’a inspiré la campagne, mais après le refus de l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen, les élections de 1995 marquent le début de la polarisation politique, l’UDC et le PSS progressant fortement au détriment des autres partis. En 1999, l’arrivée de 50’000 Kosovars fuyant la guerre permet à l’UDC de capitaliser sur la peur de l’étranger. Ce parti progresse de 7,6 points, sans que pour autant la participation augmente de manière significative.
Binswanger constate que, dans un contexte général de faible participation, les modifications importantes de rapports de force résultent aussi bien de la passivité d’une partie de l’électorat que de la mobilisation de nouveaux électeurs. Les premiers sondages post-électoraux indiquent clairement que les Verts ont profité de la mobilisation de nouveaux électeurs, avant tout des jeunes et des femmes. Alors que l’UDC a pâti de l’abstention de son électorat.
Si Binswanger ne se plaint pas des pertes de l’UDC, il constate néanmoins que cette démobilisation touche les bas revenus. En effet, l’UDC reste le premier parti des couches populaires. Dans la catégorie des revenus mensuels de 3’000 à 5’000 francs, elle attire le tiers des votants. Le PSS doit se contenter de 17%. Chez les personnes n’ayant suivi que l’école obligatoire, l’UDC arrive également en tête, avec 36% des votants, contre seulement 14% pour le PSS.
Par contre les Verts attirent un électorat beaucoup plus diversifié, aussi bien en termes de revenu que de formation. Sont-ils en passe de devenir un nouveau parti généraliste?
En démocratie, l’abstention agit comme un poison. D’où la question que pose Binswanger: une partie toujours plus importante de la population à faibles revenus et qualifications se met hors jeu politique. Les Verts et les partis de gauche en général sauront-ils contrecarrer ce désistement?