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31/08/2016
Que l'esprit de la religion d'État n'ait pas réellement disparu même dans les pays à prétention laïque est attesté par l'idée qu'un État puisse valider ou non une vision historique, dire celle-ci juste, celle-là fausse. En effet, la religion d'État comprenait bien une part historique: elle imposait l'histoire sainte comme authentique. En un sens, la poursuite de cette méthode crée une histoire sainte d'un nouveau genre, sans supprimer le concept. Sartre même s'en moquait, dans Les Mots: il ironisait sur l'histoire sainte de la République, réputée avoir créé la liberté en supprimant les rois et les empereurs - et voici que maintenant tout allait bien.
La laïcité, ici, n'est pas dans l'absence d'intervention de l'État dans le travail ou l'expression des historiens, puisqu'elle a lieu, mais dans la prétention à la Science par suppression notamment du merveilleux. L'histoire d'État ne traduit plus dès lors la neutralité, mais le scientisme, le positivisme – le matérialisme. Même si elle ne se dit pas athée, elle affirme que les faits doivent être compris sans dieu, et donc, elle promeut l'athéisme.
Néanmoins, c'est assez illusoire, car si la République est la liberté apportée au peuple contre la tyrannie, on est déjà dans le mythe: il suffit d'être attentif aux personnifications. Car qui peut apporter la liberté si ce n'est une personne? On retombe sur l'idée d'une nation qui est un être spirituel distinct. Elle n'est simplement pas assumée par des historiens qui essaient de faire passer, jusqu'à leurs propres yeux, leur sentiment républicain pour un concept scientifique: ils ne veulent donc pas de merveilleux franc, visible, et passent par des personnifications abusives dont ils minimisent la portée (si même ils en sont conscients) - et le font d'autant plus qu'ils les reprennent, souvent, de leurs aînés, et qu'ils les assimilent, ainsi, à des évidences, à des faits objectifs: si grande est l'illusion que peut à cet égard donner la tradition! Mais, à l'origine de cette tradition, il y avait bien la mythologie républicaine de Hugo, de Michelet.
On peut me dire que cela n'existe pas, que l'histoire enseignée sous l'égide de l'État reste scientifique et ne contraint pas au nationalisme. Mais je suis sceptique sur le droit qu'aurait un historien de collège de raconter à ses élèves que la Savoie a beaucoup perdu à se rattacher à la France. D'ailleurs, en quoi raconter l'histoire de la France est plus scientifique que de raconter l'histoire de la Chine? La science se fonde sur une raison à vocation universelle. Si on raconte l'histoire de France en France, c'est bien mû par un sentiment national, qui n'a rien de scientifique, qui émane du sentiment personnel, de la religion privée. On le fait parce qu'on croit à la France.
À la rigueur je n'y suis pas opposé; mais en ce cas il faut l'assumer.
Mais si on l'assumait, peut-être, la neutralité obligatoire de l'État détacherait l'enseignement de celui-ci et autoriserait les professeurs à s'opposer aux croyances des classes dirigeantes sur la grandeur de la France et la divinité de la République, en racontant tout autre chose...
Il y a là une certaine inconséquence. D'ailleurs, même l'idée que l'histoire doit se passer de dieu nous rappelle que selon Charles Duits, l'athéisme et le matérialisme reviennent à vouer un culte au Dieu sans Tête: on place dans la matière aveugle et stupide l'origine de l'évolution historique.
Toute orientation préétablie rompt le principe de neutralité. Il n'existe pas d'histoire neutre. Les historiens doivent donc être libres, et l'éducation à l'histoire se faire par l'exposition de plusieurs explications possibles, non par celle d'une seule explication présentée comme absolument vraie - soit au nom de la Bible, soit au nom de la Science. L'élève seul peut choisir.
29/08/2016
Michel Butor (1926-2016) vient de mourir, et je dois dire que je n'ai pas lu ses romans, mais plutôt sa poésie, notamment celle qu'il a consacrée à son havre de Lucinges, dans le Faucigny. Lui-même minimisait l'importance du roman en général, le disant un genre périmé, et de sa participation au Nouveau Roman en particulier, préférant se dire poète.
J'ai écrit sur lui quelques articles (reproduits dans mon livre Écrivains en pays de Savoie), dont un a été approuvé par lui après que je le lui ai envoyé, et qui portait sur un aspect que j'ai réellement aimé, dans ses vers. Car il aimait les images fabuleuses, et partageait volontiers celles de l'occultisme, quoique discrètement. Il a ainsi affirmé que l'hiver, les gnomes, sous terre, préparaient, dans leurs officines, le bourgeonnement du printemps, et que, quand celui-ci advenait, cela sifflait sur les branches des arbres comme des machines à vapeur. J'ai beaucoup aimé ces figures tirées de l'industrie, des machines, appliquées mystérieusement à la nature.
Il aimait l'imagerie de la science-fiction, allant jusqu'à envisager de collaborer avec les adeptes de celle-ci, avant de déclarer qu'ils avaient une vision de la littérature qui demeurait classique, et ne permettait pas réellement l'innovation.
À cet égard, je l'ai souvent trouvé mystérieux. Il n'expliquait pas très clairement ce qu'il entendait par l'innovation qu'il appelait de ses vœux et qu'il disait désormais impossible au roman, y compris de science-fiction. Peut-être justement un merveilleux affranchi des dogmes traditionnels. Mais cela peut aussi être ce qui m'arrange, de le penser. Car c'est plutôt ma façon de voir. Sous ce rapport, le récit tel que l'a pratiqué Charles Duits était réellement innovant, et je ne sache pas que Butor en ait jamais parlé.
Parfois, quand il critiquait la légèreté du discours public, il suggérait des remèdes; mais j'étais alors plutôt désarmé, car je les trouvais banals, plus issus de son métier de professeur, ou de promoteur des sciences, que de la poésie.
Il était difficile à cerner, car il pouvait donner le sentiment qu'il aimait surtout faire part de ses expériences personnelles en les mêlant de figures fabuleuses, tirées de ses lectures ou de ses voyages. Or, on avait du mal à en saisir la construction d'ensemble, même s'il tendait à ouvrir toujours davantage le champ de vision; mais c'était une technique qui ne créait des liens que symboliques, entre les éléments qu'il évoquait.
Il enchantait sa vie par ses écrits charmants. Mais on n'y entrait pas toujours avec lui.
Je l'ai rencontré une fois, et le dialogue, malgré une mienne tentative, ne s'est pas engagé.
Assez récemment, il avait publié un épais recueil de vers dans la collection poésie de Gallimard, et la tentation m'est venue de l'acheter et de le lire. Mais il y a tellement de choses à lire. Je le ferai peut-être.
25/08/2016
Flaubert critiquait, dans sa correspondance, l'idée que la République fût un absolu: pour lui elle ne l'était pas plus que la Monarchie – et n'était qu'une forme adaptée à son temps. Un temps nourri de tradition classique, dans laquelle la république était glorifiée. On se référait à Caton, à Pompée – aujourd'hui complètement oubliés. La France n'est plus marquée comme autrefois par la culture antique.
Les dirigeants semblent s'épuiser à réveiller sans arrêt le mot de république, dont le sens devient toujours plus diffus, et se confond toujours plus, dans le peuple, avec la France. La république apparaît souvent comme une manière de bénir cette dernière, de la dire juste et bonne. Mais quant à ce que le terme recoupe concrètement, qui s'en souvient?
Il ne se confond pas même avec la démocratie, puisque, pour l'unité de la République, il semble autorisé d'imposer à une partie du peuple une culture qu'il n'aurait pas spontanément. En effet, c'est l'argument donné pour justifier le caractère national des programmes d'enseignement. Mais je ne sais si cela a un sens. Car si la nation est une réalité, elle unit déjà les gens, et donc, si on laissait les familles libres de choisir leurs écoles, leurs professeurs, leurs programmes, la nation apparaîtrait d'elle-même dans la cohérence des choix; et la démocratie n'empêcherait pas du tout l'unité de la république.
Mais, au fond, on sait très bien que des différences se feraient jour, et qu'on serait contraint d'accepter, non une dissolution, comme on veut le faire croire, mais un régime fédéral. La cohérence ne pourrait pas exister au même degré. On sait bien que si en France la démocratie était pleinement opérative, la république d'origine romaine devrait faire place à une Confédération gauloise.
Ceux qui craignent ou feignent de craindre la dissolution sont souvent dans le simple cas concret de détester l'idée d'une confédération, parce que leur modèle est l'ancienne Rome, et qu'ils se rêvent à la tête d'un empire universel, non à celle d'un ensemble populaire, composite et vivant - d'une réalité ordinaire, délestée de ses fétiches glorieux.
Pourtant la politique gagnerait, contrairement à ce que certains prétendent, à être plus réaliste, à s'insérer dans le réel normal des vrais gens. Les problèmes de la France, et le mécontentement populaire, viennent de ce que, à Paris, on adopte la posture des civilisateurs galactiques, et qu'on oublie les effets sur le peuple de ces hautes mais irréalistes visées.
23/08/2016
Dans le dernier épisode de cette geste du Génie d'Or, nous avons laissé celui-ci alors qu'il venait de terminer le récit de ce qu'il avait appris en regardant dans le fond des yeux de l'Homme-Dragon, Estordül, que lui et ses amis arrivaient en vue du palais de Cyrnos, et que Sainte Apsara lui demandait s'il s'apprêtait à les quitter, à présent.
Il répondit: Oui, étoile d'or; oui, Talaniel (car tel était son nom, et il l'avait lu dans l'air qui s'exhalait d'elle: des profondeurs de son souvenir - de sa mémoire d'une autre vie -, il y était apparu en lettres lumineuses)! Peut-être je reviendrai. Mais il faut que je retourne parmi les mortels, et à Paris, qui est la ville que je protège. Fantômas s'y trouve, il y lève une armée, il enrôle des gargouilles, et elles débordent de la Seine et envahissent les rues. Pour le moment elles sont encore faibles et les mortels parviennent à les repousser. Mais ils auront bientôt besoin de moi. De grandes gargouilles, aux forces décuplées, surgiront des profondeurs, et seul un maître des arts occultes, tel que je suis, pourra les renvoyer dans leur abîme.
Et voici! Captain Corsica, ajouta-t-il en se tournant vers ce dernier, je vais aller voir Cyrnos ton père, et lui demander la permission d'emprunter la porte secrète du Sanctuaire, celle qui mène au pays divin; car je veux, avant de revenir à Paris, rendre visite à ma Dame, Ithälun la belle, et prendre conseil et repos auprès d'elle.
- Mais n'arriveras-tu point trop tard, dès lors, à Paris? intervint le Cyborg d'argent.
Le Génie d'or répondit en souriant (comme le montrait l'éclat accru de sa visière): Non, ami; car dans le pays de ma Dame, je connais les voies par lesquelles le temps de la Terre se remonte. Là, ne le sais-tu pas? le passé n'est qu'un endroit où l'on peut se rendre. Mais je ne dois pas t'en dire davantage. Je ne puis savoir si tu es prêt à entendre ces choses. D'ailleurs Cyrnos les sait, et il te les révélera en temps voulu, s'il le juge utile.
- Moi, il m'en a déjà dit quelques mots, dit le héros de la Corse libre. Il en sera donc fait comme tu veux, Solcum; et nous irons voir mon père, et je suppose qu'il te laissera emprunter cette voie divine.
Ayant dit ces mots, ils se levèrent et descendirent du vaisseau, car ils étaient arrivés. Ils se rendirent auprès de Cyrnos heureux de les revoir, et la demande du Génie d'Or fut prononcée.
Elle fut agréée, bien que le Roi feignît de ressentir du chagrin d'être trop rapidement privé de la présence de ce nouvel ami. Le Génie d'or répondit qu'en vérité, il risquait de devenir encombrant, ayant avec lui trop de couleurs de la Dame de la Lune, dont Cyrnos depuis si longtemps s'était exilé! Ils rirent, car ce n'était là que plaisanteries légères et jeu de paroles, sans qu'on fût dupe des sentiments qui étreignaient les cœurs. Et le grand Cyrnos se leva, et tous accompagnèrent le Génie d'or jusqu'à la porte mystérieuse.
Sur le seuil, ils s'embrassèrent, et se jurèrent amitié éternelle. Et le Génie d'Or regarda dans les yeux longuement Sainte Apsara, comme si un lien spécial les unissait; et il fit de même avec Captain Corsica, mais le lien était différent: car il ne renvoyait point au passé, ni à un secret lignage commun, mais à l'avenir et à l'amour qui était désormais entre eux et les rendait frères dans leur cœur et les rendrait frères de sang dans une autre sphère - où, étrangement, le sang n'existe plus, mais est remplacé par de la lumière, s'il est possible. Que celui qui peut comprendre comprenne.
Mais cet épisode commence à être long et on en saura davantage sur les adieux que les héros se firent une prochaine fois.
21/08/2016
Les hommes politiques, et les philosophes qui les relaient, en France, ne cessent d'évoquer les symboles, vaguement conscients qu'ils donnent une direction morale au peuple. Ils en créent, en célèbrent, mais cela ne marche pas vraiment, car un symbole authentique ne naît pas de l'intellect et de buts matériels, tels que la paix civile ou la réussite économique, mais des profondeurs de l'âme; et, quand la culture est assez brimée pour interdire ce qui émane des profondeurs de l'âme de se manifester, il naît des événements eux-mêmes. Finalement, dans la culture postclassique du dix-huitième siècle, un grand symbole fut le Collier de la Reine. Dans la France d'aujourd'hui, le Coiffeur du Président est sans doute devenu aussi un symbole. (C'est ce qu'on appelle un détail qui tue.)
Le classicisme rejetait ces faits ou objets matériels qui faisaient sens, parce que, pour lui, la matière ne faisait jamais sens. Ainsi, lorsque Victor Hugo, dans ses drames, a parlé de fenêtres, il a choqué. Mais le symbolisme n'est pas l'allégorie, et il ne devrait pas pouvoir, non plus, s'appuyer sur des figures rebattues, issues des mythes antiques ou de la Bible - et dont on a expliqué la signification d'un milliard de façons, de telle sorte qu'on les a vidées de leur vie, de leur force.
Le symbole est bien un fait porteur de sens, de force, d'esprit. D'une certaine manière, l'atome est un symbole, car on projette sur lui une puissance causale, ou du moins on l'a longtemps fait. Le gène est un tel symbole, et c'est pourquoi certains croient voir Dieu dans l'acide désoxyribonucléique, ce qui donne lieu à toute une littérature, à une science-fiction dont le principe est d'ériger en symboles les éléments découverts par les instruments de la Science. De façon assez illusoire voire hallucinatoire, à vrai dire, mais là n'est pas le problème.
Le génie authentique est celui qui, à une force spirituelle, donne une forme accessible, et sait voir, dans certains faits, une force spirituelle. C'est à cause de cela que Baudelaire faisait de Joseph de Maistre un voyant quand il faisait de la révolution française un symbole. Quand Hugo faisait de la machine le symbole du progrès, Baudelaire était moins enthousiaste. Mais rejeter la machine du monde des symboles n'en demeure pas moins une erreur, car elle est bien le symbole de quelque chose, le revêtement d'une force cachée. C'est là la légitimité de la science-fiction, qui du reste n'exclut pas que la machine soit assimilée au diable, même si beaucoup veulent absolument que la science-fiction ne parle jamais d'êtres spirituels ou mythiques. Tolkien faisait bien habiter les machines par l'esprit du malin, et son ami Lewis l'a formalisé dans un roman (That Hideous Strength) au sein duquel une machine faisant survivre artificiellement la tête d'un gourou énonce d'horribles oracles en fait prononcés par l'Esprit infraterrestre.
Cette imagination mythologique étant interdite au fond en France, les informations, dans la culture populaire, deviennent des symboles. C'est ce que ne distinguent pas les hommes politiques qui, étant de culture classique, nagent dans les abstractions, restreignent les symboles à des allégories et à des constructions intellectuelles, et ne saisissent pas - pas plus que Louis XVI celle du Collier de la Reine - l'importance du Coiffeur présidentiel. Ils méprisent, comme la critique qui blâmait Victor Hugo, les objets matériels auxquels on donne sens, car pour eux ils n'en ont aucun, et le peuple qui leur en donne un est stupide. Jacques Chirac, visitant le musée des Arts Premiers, s'intéressait aux pouvoirs magiques des fétiches; peut-être qu'il avait encore quelque chose de romantique, qui s'est complètement perdu depuis.
17/08/2016
Dans son livre sur les Mythes et mythologies dans la littérature française (Paris, Armand Colin, 1969), Pierre Albouy raconte (p. 48) que John Milton, dans son Paradise Lost, faisait tirer du canon par les anges, et que, dix auparavant, dans son Saint Louis, le Père Le Moyne avait fait pareil. On ne peut pas nier que si les êtres célestes existent, ils disposent des mêmes machines que les hommes, et même sous une forme supérieure.
Jack Kirby, l'auteur célèbre de comics légendaires, affirmait que les machines des immortels étaient tout autres que celles des mortels, qu'elles étaient douées de vie propre, et qu'elles s'apparentaient à la magie; mais cela ne l'empêchait pas, lorsqu'il dessinait, de les représenter comme des machines, même si son imagination tentait de les rendre plus incroyables, de faire ressortir leur supériorité ontologique.
Il existe une école qui veut absolument laisser les dieux dans leurs contextes historiques, faire de Thor non un dieu de l'orage mais un Scandivave ancien, et interdire à Mars de se servir du téléphone. Car c'est ce qu'il fait dans un épisode de la série Wonder Woman, et des lecteurs s'en sont plaint. On peut le représenter avec une épée et une armure antiques, mais il n'a pas le droit de se servir du téléphone, alors que si les hommes ont inventé des machines, ils les tiennent forcément des dieux, qu'ils ont plus ou moins bien imités.
Le téléphone de Mars, sans doute, se présente différemment du nôtre. Il est fait d'êtres élémentaires qui véhiculent directement, sous son ordre, ses pensées auprès de ses guerriers. Pareillement, on pourrait aussi représenter le canon des anges comme étant un dragon qui jette du feu à leur commandement. Le téléphone est donc un objet symbolique. Il peut apparaître comme comique, tenu par un dieu de l'Olympe; mais dans cet éclat de rire est une sagesse profonde, car sur le plan animique, le téléphone enserre aussi des êtres élémentaires, et donc le lien est réel, et l'image judicieuse.
Si on privait Mars de la possibilité de se servir des machines des hommes, si on le laissait à l'âge de pierre, un récit l'impliquant à notre époque n'aurait aucun sens, aucune substance. Et Wonder Woman même, qui tient ses pouvoirs des dieux de l'Olympe, serait vidée de son essence, et la narration s'effondrerait. Ne fut-ce pas le sort de la poésie parnassienne, qui prétendit restituer un état d'esprit antique, et laisser les dieux dans leurs contextes? Elle apparaissait du coup comme une forme vide.
Il est normal de laisser les êtres célestes se servir des machines, puisque les machines humaines ont forcément les leurs pour modèles, et même les rêves de machines futures viennent de celles qu'ils utilisent. C'est ainsi que les extraterrestres munis de machines fabuleuses, dans les récits de science-fiction, ou les hommes du futur dans le même cas, apparaissent en réalité comme des images inconscientes des êtres célestes, tels qu'ils sont dans le présent. Et c'est, peut-être, lorsque les hommes l'auront compris, que leurs machines atteindront réellement un stade supérieur - sortiront, paradoxalement, du principe mécaniste, et, comme l'annonçait Arthur C. Clarke, se confondront avec la magie. Elles seront alors de vraies œuvres d'art - ce qu'elles prétendent être à tort, pour le moment.
15/08/2016
Ceux qui défendent politiquement la Savoie réclament souvent pour elle de nouvelles institutions représentatives: un Département, une Région, un État. Chaque option est défendue avec vigueur par le parti qui l'a adoptée. Cela me rappelle parfois Joseph de Maistre fustigeant la manie des révolutionnaires français de créer des constitutions: ce n'est pas ce qu'on pense et écrit avec l'intellect qui crée le réel, disait-il.
Néanmoins, que beaucoup de personnes rêvent d'institutions représentant mieux la spécificité savoisienne montre qu'en eux vit encore l'esprit de l'ancien Duché - qu'il n'a pas, pour ainsi dire, disparu de l'atmosphère terrestre. Le génie de la France ne l'a pas complètement effacé. Joseph de Maistre, de même, eût pu admettre que la frénésie constitutionnelle des révolutionnaires attestait qu'en eux vivait un souffle nouveau, même s'il avait raison de dénoncer la manière dont leur pensée l'interprétait. Le génie de la Liberté, tel que l'invoquait François-Amédée Doppet, ou plus tard Victor Hugo, est une figure qui somme toute a mieux représenté ce souffle que les constitutions de Saint-Just et de ses amis. Il faudrait peut-être dessiner d'abord l'image de la Savoie pour le cœur, avant d'essayer de saisir par la raison ce qu'elle exige.
Pour cela, eût dit François de Sales, la raison peut tout de même jouer un rôle préparatoire: la connaissance est une base pour la foi, écrivait-il. Il est donc bon de connaître la littérature de l'ancienne Savoie; cela est même nécessaire. Pourquoi en particulier elle? Pourquoi pas la langue, ou l'histoire?
Pour l'histoire, elle ne manifeste le génie d'un pays qu'indirectement; encore faut-il sonder les faits. Or les historiens modernes se l'interdisent: ils ne créent que des projections théoriques sans admettre qu'elles représentent imaginativement l'âme des peuples, pour eux pas une réalité.
Pour la langue, elle n'est pas spécifique à l'ancienne Savoie. Le Duché utilisait le français, dans sa culture propre. La langue locale était la même que dans les provinces frontalières, en France et en Suisse. Lyon même l'avait.
Il faut donc regarder la littérature de l'ancienne Savoie, qui émane du Duché en tant qu'institution, et qui, romantique, évoquait directement le génie du peuple - l'esprit national savoisien, comme on disait alors. Elle l'incarnait par de hautes et nobles figures, notamment Amédée VI le Comte Vert, ou par les anciens Burgondes.
Une fois qu'on a exploré de l'intérieur la Savoie grâce à cette littérature, la manière dont elle doit évoluer institutionnellement apparaît de soi-même, sans pour autant que cela bute sur une structure déterminée a priori. Il s'agit d'une chose vivante qui se positionne réactivement, en fonction des circonstances.
Et la première chose qui apparaît est que la littérature savoisienne n'étant pas représentée par les institutions éducatives françaises, il lui faut une structure spécifique, un concours de l'Agrégation, une École Normale Supérieure, un Rectorat. C'est ce qui paraît logique. Et peut-être que c'est déjà assez révolutionnaire pour une première étape, plus qu'il ne semble, puisqu'elle s'appuie sur des institutions fermées sur elles-mêmes, qui ne dépendent pas de votations, et qui, par conséquent, semblent détachées du peuple. Or elles ne le sont pas; elles sont même centrales, puisqu'on peut bien dire que par elles le vote du peuple est modelé. C'est la limite de la démocratie, en France: le bloc par lequel la république se tient, même en dehors des élections. Il est donc normal de penser que c'est là qu'il faut d'abord agir.
13/08/2016
Ce texte fait suite à celui appelé Une Cité végétale, dans lequel je racontais être entré dans une cité mêlée au végétal, et même faite entièrement de végétal, dont jusqu'aux pierres étaient imprégnées de fibres vivantes.
La végétation qui recouvrait tout n'était point envahissante, mais pareille à un tapis moelleux, et luisant, rappelant les jardins artificiellement créés par les hommes. Certaines parties rappelaient, peut-être, les jardins à la française, mais le jardin anglais et, plus encore, japonais, on s'en doute, étaient mieux représentés. Toutefois il m'arriva de me demander s'il ne s'agissait pas d'une tapisserie jetée sur le sol et créée par des géants, tant c'était un paysage irréel.
Mais le paysage, que je connus plus largement par la suite, ne fut pas le plus beau de cette visite. Dès que nous fûmes entrés dans la maison, la dame nous fit étendre sur des couches d'un gazon doux et tiède, parsemé de fleurs odorantes, et s'y trouvaient des coussins d'une matière que je ne saurais définir, rappelant la soie. Alors les trois êtres me regardèrent, et attendirent; ils semblaient attendre que je parlasse. Mais je ne savais que dire. Je craignais de poser des questions stupides.
Soudain, une porte s'ouvrit. Et voici! trois jeunes filles d'une merveilleuse beauté s'avancèrent, chacune portant un plateau d'argent. Trois jeunes hommes tout armés les suivaient, portant des flambeaux.
Sur le premier plateau était une coupe d'or ciselée, sertie de pierres précieuses; et son contenu jetait une grande clarté. Sur le second plateau était une épée brillante, dans un fourreau d'ivoire, où étincelaient de l'or, des diamants et des perles; au pommeau de l'épée était un splendide cristal vert.
Sur le troisième plateau était un cœur palpitant, rouge et clair, et comme laqué, mais se mouvant aux lueurs qui l'entouraient.
J'étais stupéfait. Les six jeunes gens passèrent devant moi sans que j'osasse dire un mot.
Je me demandais à qui avait appartenu ce cœur, et s'il était encore vivant, puisqu'il battait encore. Et si l'épée lui appartenait aussi, et la coupe. Mais aucune question ne sortit d'entre mes lèvres sèches. Les six jeunes gens passèrent, et disparurent par une porte. Les trois êtres qui m'avaient amené me regardaient, et regardaient aussi la porte laissée vide par où s'en étaient allés les six jeunes gens, et ne disaient rien. Segwän soupira et alla fermer cette porte qu'ils avaient empruntée.
Elle revint, s'assit, et fixa sur moi son regard. J'en fus extrêmement embarrassé. Je baissai les yeux. Quand je les relevai, elle regardait ailleurs, par la fenêtre: elle s'était rouverte, et l'on voyait les collines verdoyer. Des formes étranges passaient sur l'herbe, comme des voitures, mais auxquelles je ne vis aucune roue. Des êtres merveilleux, de la race de Segwän et de son fils, y étaient assis. Je n'aurais su dire si elles glissaient sur ou au-dessus du sol, ou si leurs roues m'étaient cachées. Mais je songeai à nouveau aux six jeunes gens. Et je murmurai: « Mais qu'est-ce que cela veut dire? »
Le guerrier d'or me regarda et dit: « Écoute, Rémi, je m'appelle Solcum, et l'on m'appelle fréquemment le Génie d'Or. Tu es ici dans un royaume perdu, demeuré de temps anciens, et pur. Il est en danger, parce qu'un homme a été divisé en trois: nous n'avons gardé de lui que sa coupe, son épée et son cœur. Et le secret de leur réunion doit être retrouvé. »
Je murmurai encore: « Mais qui le connaît? Et quel rapport avec moi?
(À suivre.)
09/08/2016
J'étais content, entre Barcelone et Saragosse, de pouvoir encore entendre une station de radio française, et donc l'allocution du 14 Juillet de François Hollande, alors que, me rendant en Andalousie en voiture, je cherchais à éviter l'ennui.
Le point le plus important de ce noble échange avec des journalistes m'a paru être l'affaire du coiffeur à dix mille euros par mois. Les journalistes s'excusaient de l'aborder. Mais cela intéressait les gens.
François Hollande répond de façon catastrophique: il évoque des sommes abstraites, jure qu'il a baissé son budget de fonctionnement. Mais sans donner aucun exemple précis. On lui en donne un: le coiffeur. Il dit qu'on lui passera cela, au vu du reste. Mais le reste est abstrait. N'a-t-il pris aucun cours de rhétorique? Ne sait-il pas que l'exemple concret est le bout du raisonnement, ce qui va parler, notamment au peuple? Le reste pour lui n'est que beaux discours.
D'ailleurs, a-t-il compris de quoi il s'agissait? Peut-il regarder autre chose que sa noble personne? Car le contribuable s'étonne simplement qu'il doive payer dix mille euros par mois à un coiffeur, alors que lui-même généralement touche moins. Mais François Hollande visiblement pense surtout à ses problèmes de cheveux. Il voudrait qu'on se montre compréhensif.
Le coiffeur était pourtant un moyen de lui rendre service: puisqu'il cherche des moyens de faire des économies, on lui en avait trouvé un auquel il n'avait pas pensé; quelle reconnaissance en montre-t-il?
Sérieusement, la réponse à donner était: Oui, je vais voir ce que je peux faire, je comprends que pour la plupart des électeurs cela représente une somme exagérée, et si j'estime avoir besoin de ce coiffeur, je réduirai encore mon traitement en le payant de ma poche. Qui ignore que De Gaulle payait de sa poche ses notes d'électricité, au palais de l'Élysée?
Quels conseillers en communication François Hollande a-t-il? Il leur manque assurément un sens moral, pour établir une juste hiérarchie entre les exemples concrets et les idées abstraites, une direction claire dans le discours.
Le soir même, un horrible attentat était commis à Nice, et les plaintes de François Hollande sur les reproches qu'on lui faisait de son coiffeur étaient oubliées, ou faisaient un contraste terrible.
Le mode de vie français à protéger, la laïcité, étaient réduits à peu de chose.
07/08/2016
On se souvient que Rimbaud avait qualifié de voyants Victor Hugo et Lamartine, même si le second lui paraissait engoncé dans de vieilles formes. Quant à Baudelaire, il réserva constamment ce titre à un écrivain très décrié, et savoyard de surcroît, Joseph de Maistre; dans sa correspondance, il s'écriait: « de Maistre, le grand génie de notre temps, - un voyant ! » (Ch. Baudelaire, Ecrits intimes, Paris, Incidences, 1946, p. 175.)
Le spécialiste universitaire de Hugo Jean Gaudon, plus tard, a fait de Maistre un faux maudit, un écrivain médiocre grandi par l'illusion réactionnaire. Ou bien est-il minimisé par l'illusion progressiste? Peut-être que Baudelaire avait plus de jugement que Jean Gaudon.
Plus récemment, Valère Novarina déclarait que le vrai grand écrivain maudit, ce n'était pas Sade, dont l'importance a été grossie par les surréalistes et leur désir de choquer, mais Joseph de Maistre. Et il faut avouer que le philosophe savoyard suscite toujours des réactions passionnées, et Philippe Sollers raconte que quand dans sa revue il l'a évoqué avec intérêt, il a reçu des bordées d'injures. Au reste Baudelaire écrivait déjà à un intellectuel qui avait dans un livre médit de l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg.
On lui en veut personnellement d'avoir osé écrire l'histoire d'une façon mythologique sans affecter la fiction, ou le jeu. C'est ce qui le rend si grandiose, effectivement. Trop philosophe pour plaire aux amateurs de romans, trop imaginatif pour plaire aux historiens, il n'a pas sa place dans un monde partagé entre le scientisme et le loisir du dimanche, entre le trop sérieux et Disneyland. Mais il faut avouer que c'est ce qui donne raison à Baudelaire.
05/08/2016
Jerez de la Frontera est une ville d'Andalousie de la province de Cadix, en Espagne, et elle possède une cathédrale dans laquelle une chapelle est consacrée à Jean-Paul II. Cela m'a surpris, car, en France, le catholicisme est essentiellement une cristallisation du vieux temps: la créativité y est invisible. En Espagne, on continue à développer la religion, et à créer des figures vénérables. Des artistes du vingtième siècle ont imité l'art classique pour bâtir des retables à l'ancienne, et on honore notamment les saints prêtres martyrs de la guerre civile (qui donnent sans doute un autre visage, plus nuancé pour ainsi dire, à celle-ci et au camp républicain que celui qu'on donne en général en France).
Mais le plus étonnant est que, à l'extérieur de la cathédrale de Jerez, sur la place publique, on trouve aussi une statue de Jean-Paul II. Or, en France, c'est interdit. On autorise la statue et donc la vénération imprégnée d'esprit sacré de Jules Ferry, mais pas celle de Charles-Joseph Wojtyla.
À vrai dire, je ne suis pas, moi-même, ravi en extase face à la figure de ce noble pape, et je veux bien reconnaître que le catholicisme a une tendance fâcheuse à vénérer ses clercs, c'est à dire à se vénérer lui-même. S'il parvenait à canoniser de simples particuliers, il se montrerait plus créatif. L'Église pourrait par exemple béatifier des écrivains laïques qui ont chanté sa gloire et celle de ses Pères, tels Joseph de Maistre et Jean-Pierre Veyrat. Mais voyager en Espagne et en particulier en Andalousie n'en montre pas moins une façon d'aborder la religion totalement différente des pays du nord. En Espagne, notamment du sud, la tradition est sacralisée, et continue de vivre, quoique sans doute de façon moins glorieuse qu'autrefois. La situation est la même qu'en Asie.
Quand j'entends dire, par certains, que l'art baroque leur déplaît, je me demande ce qu'ils peuvent intégrer de la culture de l'Espagne ou de l'Allemagne catholique, ce qu'il leur reste pour apprécier une large partie de l'Europe, dont au fond la Savoie fait partie. Car elle aussi a cultivé l'art baroque.
Je ne sais pas si une Savoie non soumise au régime français ferait comme l'Espagne méridionale, - ou comme la Catalogne, qui a essayé de concilier, avec Gaudí et Verdaguer, la modernité et la tradition, le romantisme et le catholicisme, - ou simplement comme la France, qui a essayé de créer une modernité non catholique. La troisième possibilité est douteuse. Car, à cet égard, durant le vingtième siècle, après son annexion, la Savoie n'a fait qu'imiter platement la France, et on ne peut pas dire qu'elle ait été à la pointe par exemple du mouvement surréaliste.
Néanmoins, après l'effervescence issue de l'instauration de la République, en 1870, la France semble aujourd'hui à bout de souffle. Elle ne cesse de ressortir les mêmes concepts, les mêmes icônes, bloquée en quelque sorte sur Jules Ferry. Je me dis qu'au moins Jean-Paul II est une figure plus récente, c'est à dire plus moderne.
Est-ce que le régime de la laïcité interdirait aussi d'ériger une statue de Pierre Teilhard de Chardin, sur la place publique? Le doute qu'on peut en avoir a un côté tragique, car il est pour moi le grand homme dont le souvenir peut redonner à la France contemporaine un souffle nouveau, des perspectives encore inexplorées, et fructueuses. Il est celui qui a donné sens à l'humanisme progressiste hors du matérialisme historique, qui est désormais périmé, et il est donc celui par qui les valeurs européennes peuvent retrouver une vie.
01/08/2016
Tzvetan Todorov a créé une définition du fantastique qui a servi de modèle à son enseignement au collège, en France, durant de longues années. Pour faire court, il affirmait qu'il s'agissait d'un genre essentiellement intellectuel, dans lequel on se demandait si le surnaturel était réel ou non.
C'est une erreur, de mon point de vue, car cela ne se recoupe pas avec la réalité du genre fantastique, qui n'est pas si foncièrement intellectuel, et ne pose pas réellement des questions métaphysiques sur l'existence de Dieu, mais cherche à cristalliser, au sein d'une atmosphère sinistre et lugubre, des figures de l'esprit.
Ambiguës, certes, sont ces figures. Mais Todorov prétendait que dans le genre du merveilleux, elles se posaient comme une réalité. Là encore, illusion. Les poètes antiques, lorsqu'ils s'adonnaient au merveilleux, n'hésitaient pas à émettre des doutes; combien de fois ne peut-on pas lire, chez Ovide, une expression du type: s'il faut en croire la tradition!
Illusion, encore, si l'on réfléchit à la chose suivante: on range dans le fantastique les récits qui placent du surnaturel dans un monde à la fois familier et sombre, triste, comme est Dracula. On appelle aussi fantastique ce qui ne fait intervenir que des êtres surnaturels mauvais, parce que justement ils cristallisent une atmosphère sinistre et lugubre.
La question métaphysique - et bourgeoise - de l'existence des esprits peut se poser à partir de n'importe quelle œuvre d'art. Mais l'œuvre d'art ne prétend aucunement la poser en se demandant si c'est oui ou non; en réalité, elle répond, et dit que c'est oui et non. Car, d'un certain point de vue, dans l'art, l'être spirituel existe et n'existe pas: cela dépend sous quel angle on regarde la chose. Dans certaines œuvres, c'est vrai, c'est un grand oui et un petit non; dans d'autres, un grand non et un petit oui. Là, on peut admettre qu'en moyenne, ce qu'on identifie comme le merveilleux répond plus franchement oui que le fantastique; mais que le fantastique répond plus franchement oui que le réalisme, aussi. On peut admettre que le fantastique équilibre souvent le oui et le non, mais pas qu'il débouche sur une question théorique entre le oui et le non.
La raison en est que les anges du Ciel disent plus oui au surnaturel que les fantômes, parce qu'ils en participent plus, pris en eux-mêmes: ils sont plus éloignés de la Terre. Ils le sont même plus que le diable. Mais au fond même l'homme, dans le réalisme, est un être surnaturel, puisqu'il a des aspirations morales que le matérialisme dénie à la nature. Jusque dans le naturalisme, il y un petit oui; car quand Zola nous attriste par les malheurs d'êtres humains, il renvoie à ce par quoi l'âme humaine touche à des mondes plus beaux - et se brise, finalement, sous le poids de la nature.
Il est quoi qu'il en soit maladroit de poser face à des collégiens la question du fantastique sous une forme intellectuelle: c'est les heurter dans leur nature profonde, qui aime le fantastique justement parce qu'il cristallise un sentiment, qu'il image le mystère. Il faut donc s'appuyer sur le sentiment, non sur l'intellect. C'est nier le fantastique, que de placer sous un voile faussement pudique sa tendance à représenter le monde de l'esprit.