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Une amie à moi vient d'être hospitalisée pour des coliques néphrétiques. Elle m'explique que les douleurs étaient littéralement insupportables, et pour appuyer ses dires, me dit que ces douleurs sont au même niveau d'intensité que celles de l'accouchement, sur les diverses échelles médicales qui essaient de mesurer les douleurs de la manière la plus objective possible. La question suivante me vient à l'esprit: "Alors tu viens de revivre ton accouchement?" "Oh, c'était très différent" me dit-elle. "Là, je savais que ma grossesse compliquée touchait à son terme et que j'allais bientôt avoir la joie de tenir mon bébé dans les bras!"
Cette conversation m'a rappelé que la douleur n'est qu'une partie du ressenti, et que la souffrance pèse tellement plus lourd dans la balance. En effet, on ne perçoit jamais la réalité directement et de manière objective, mais notre vie se déroule comme un film projeté sur l'écran de notre conscience. Et on est tellement relié au film qu'on croit à cette histoire, comme si elle était bel et bien réelle. On n'est rarement directement connecté à la prise de courant du projecteur, à la lumière à la source de la projection. Alors que la douleur est l'intensité électrique qui nous traverse dans l'instant, la souffrance oscille entre le passé et le futur. Dans le cas de l'accouchement, cette oscillation réduit la perception de la douleur, en nous libérant du passé et en nous promettant un joli bébé. Dans le cas des coliques néphrétiques, elle amplifie la perception de la douleur, en faisant planer l'ombre de complications dont on ignore l'ampleur. Alors que le scenario du premier film est joyeux et porteur de promesses, le scenario du second film est sombre et annonciateur de malheurs. A douleur égale, la part de souffrance fait la différence.
Alors que faire?
Chaque fois que je me sens mal, je me rappelle la présence de la part de souffrance qui pèse sur la douleur. J'essaie alors de me libérer du poids du passé et de celui du futur en me connectant à ma douleur présente, qu'elle soit physique ou mentale, et uniquement à ma douleur présente.
- Je me connecte à mon ressenti et dis "Ma molaire droite me fait mal" au lieu de penser "il faut que je trouve un créneau pour prendre un rendez-vous chez le dentiste, et cette histoire risque d'être douloureuse financièrement parlant aussi. Je sais de quoi je parle..."
- Je me relie au présent et dis "Je me sens triste car j'ai raté mon train et ne pourrai pas passer la matinée avec mon amie, comme nous avions projeté de le faire" au lieu de penser "Après tous nos efforts pour trouver un moment pour nous voir, le rendez-vous de l'année est manqué et la prochaine occasion ne va pas se présenter de sitôt. A ce train, notre amitié risque fort de ne pas résister à l'éloignement..."
Cette clarté d'esprit reconquise s'accompagne toujours d'un soulagement immédiat. Mais le bénéfice de cette prise de conscience ne s'arrête pas là. Il me permet d'avoir l'esprit plus libre. La sensation de tiraillement et d'étroitesse qui me faisait me sentir prisonnière des circonstances s'efface. La crainte et le doute qui m'empêchaient d'agir font place à la confiance, ce qui m'évite de retomber dans les vieux travers et les sentiers battus.
- Je prends conscience que ma molaire est une priorité et que faire la politique de l'autruche ne peut qu'aggraver les choses. Je bloque une matinée, prends un rendez-vous d'urgence chez le dentiste - pour éviter d'en arriver au traitement de la racine comme la dernière fois - et je décide de me récompenser en enchaînant par une séance chez le coiffeur.
- Je prends conscience de l'importance de cette amitié et décide de créer des rituels plus limités dans le temps mais plus fréquents (un "chat" sur Skype tous les 15 jours, un petit déjeuner à chaque début de saison…) pour ne pas faire dépendre cette relation de la ponctualité des chemins de fer.
Maintenant, c'est à vous d'expérimenter...