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La métamorphose de l'ancienne gare des marchandises de Zurich, observée depuis la fenêtre du cinéaste, devient l'objet d'une réflexion personnelle. Ce journal filmé se déploie pendant la construction d'une prison et d'un centre de police, avec comme fond sonore les récits de réfugiés en attente d'expulsion de Suisse. L'effacement du passé et son remplacement par le tout sécuritaire sont révélés.
Un bourdon parmi les fleurs de cerisiers. Des feux d'artifice. La mandibule d'un tractopelle croque un lampadaire. Des amoureux s'embrassent. Un avion s'apprête à atterrir… Que ce soit très près, capturé au téléobjectif ou en plan très large découvrant la ville, le point de vue est toujours le même : l'homme qui se trouve derrière la caméra filme constamment de la fenêtre de son atelier qui donne sur l'endroit où se trouvait autrefois la gare des marchandises de Zurich. Il filme de nuit comme de jour, même s'il pleut ou s'il neige. Il filme la démolition des bâtiments, témoins historiques, de l'ancienne gare, puis la construction d'un bâtiment froid et inaccessible qui abritera une prison et un centre policier. En slow motion, en accéléré ou en marche arrière, les images 35mm enregistrées au fil des saisons rendent compte du temps qui passe. La voix off qui les accompagne égrène des récits personnels ou empruntés à des réfugiés prisonniers en attente d'expulsion, témoin d'une histoire construite déjà avec la peur de l'étranger. À l'image de la capsule temporelle enterrée au début du chantier sous des airs de cor des Alpes, Nemesis garde la trace de ce que l'on voudrait camoufler.
Madeline Robert