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L'atelier Master 2014-15 en sociologie à l'Université de Genève - « Mattmark, 50 ans après » - porte sur la plus grande tragédie industrielle d'après-guerre de la Suisse, survenue le 30 août 1965 dans la vallée de Saas (Canton du Valais).
Contexte
La construction du barrage hydroélectrique de Mattmark démarre en 1960 et suscite, dès le début, la polémique. Initialement contesté par la population valaisanne, le projet est finalement accepté car il répond à deux besoins pressants: développer le marché du travail dans le Canton et, surtout, développer l’énergie électrique dans une Suisse en plein boom économique. Comme pour tous les projets de construction du milieu du XXe siècle, la main d'œuvre étrangère est centrale: des travailleurs saisonniers, provenant d’Italie, d’Espagne et des autres pays voisins constituent la majorité des ouvriers sur le chantier de Mattmark. C'est dans ce contexte alliant industrialisation, immigration et politique énergétique que la catastrophe survient.
La catastrophe
Le chantier situé à 2197 mètres d'altitude s'effondre sous 2 millions de m3 de glace qui se détachent soudainement et à grande vitesse du glacier de l’Allalin en surplomb. Le bilan: 88 morts dont 56 Italiens, 23 Suisses, 4 Espagnols, 2 Allemands, 2 Autrichiens et 1 apatride. Considérée tout d'abord comme une catastrophe naturelle, la tragédie de Mattmark fait apparaître des causes anthropiques. Suite aux pressions des médias suisses et internationaux ainsi que des syndicats italiens, les questions liées à la prévisibilité de la catastrophe, aux erreurs de planification du chantier et aux mesures de sécurité prises sont soulevées. La recherche des responsables s’engage mais restera finalement sans suites.
Le 22 février 1972, sept ans après la catastrophe, le procès initié par les familles des victimes débute et se conclue quelques semaines plus tard avec l'acquittement des 17 accusés. Le verdict: l'accident ne pouvait pas être prévu. La consternation des familles s’exprime en particulier en Italie et en Suisse, d’autant plus que celles-ci doivent payer les frais du procès selon la loi valaisanne. Quant à l’opinion suisse, elle se départage entre deux pôles. D'un côté, la tragédie suscite une réaction de compassion envers les victimes qui se manifeste à travers des actions de solidarité organisée par la Chaine du Bonheur ainsi que par les organisations syndicales. De l’autre, une virulente opposition se manifeste à l'égard des revendications des familles des victimes auprès des autorités suisses.
Le cinquantenaire de Mattmark
Le 30 août 2015 marque la commémoration des 50 ans de la tragédie industrielle, mais aussi humaine, de Mattmark. Cette catastrophe, malgré son importance pour l'histoire suisse, n'a pas encore donné lieu à des études scientifiques d'envergure. Dirigé par les professeurs Sandro Cattacin et Rémi Baudouï et mené par le Dr. Toni Ricciardi, le projet du Fonds National Suisse de la recherche scientifique (FNS, 2013-2015) comblera cette lacune. Dans le cadre de cette analyse socio-historique, l’atelier de recherche apportera plusieurs compléments en se focalisant essentiellement sur les aspects médiatiques et mémoriels de la catastrophe.
L’atelier de recherche : médias et mémoires de Mattmark
Le récit médiatique de la catastrophe sera analysé dans la presse écrite suisse et internationale. L'objectif est d'identifier les caractéristiques des récits de différents journaux avant, pendant et après la catastrophe et de situer ces récits politiquement et géographiquement. Cette analyse touchera à des domaines transversaux au projet du FNS tels que la sécurité au travail, les migrations, l’industrialisation et les politiques publiques.
Un autre point important qui servira à mieux rendre compte de la mémoire des victimes lors de la commémoration du cinquantenaire est le travail d’analyse des archives de la Fondation Mattmark. Cette Fondation possède les 88 dossiers des victimes et a joué un rôle important en soutenant financièrement les familles des victimes de la catastrophe. Les questions de recherche de l'atelier seront les suivantes : en quoi l’indemnité de la Fondation a influencé la vie des familles ayant perdu l’un de leur membre et comment cette indemnisation de la souffrance influence-t-elle leur mémoire et leur identité?
Des questions plus globales seront aussi abordées durant l'atelier : quelle est la place de la tragédie dans la mémoire collective du Valais et de la Suisse ? Quels sont les liens entre la tragédie et les mouvements xénophobes de l’époque ? Comment a-t-elle influencée la sécurité au travail en Suisse ? Pour traiter de ces problématiques, nous développerons une démarche audiovisuelle en nous entretenant avec les différents acteurs qui ont vécu la catastrophe.
L’équipe de l’atelier et ses invités
L'équipe de l'atelier comprend le professeur Sandro Cattacin, le maître-assistant Toni Ricciardi, l’assistante Irina Radu et les étudiant(e)s Yasmine Ahamed, Lucie Cinardo, Caroline Deniel, Dan Orsholits, Steffanie Perez, Elena Rocco, Julien Ruey, Katleen Ryser, Cynthia Soares et Karen Viadest.
Les résultats des travaux de toute l’équipe seront valorisés durant l’année du cinquantenaire de la catastrophe.
Durant l’année, plusieurs expert(e)s seront invités et aideront l’équipe à poser les bases théoriques et méthodologiques nécessaire à l’analyse médiatique et mémorielle de la catastrophe.
Ces invités sont:
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Rémi Baudouï, Université de Genève, Thème: Introduction la société du risque
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Valérie Gorin, Université de Genève, Thème: Introduction à l'analyse de presse écrite
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Morena la Barba, Université de Genève, Thème: Le migrant italien dans le cinéma suisse des années 60s
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Philippe Bender, historien, Thème: L'histoire du Valais des années 50s et 60s
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Vitaliano Menghini, Thème: Expérience de l'immigration italienne des années 60s en Suisse
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Matthieu Leimgruber, Université de Genève, Thème: Discussion sur le développement de la sécurité sociale en Suisse, en particulier la sécurité au travail
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Patrick-Yves Badillo, Université de Genève, Thème: Discussion sur le paysage médiatique des années 60s
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Kurt Regotz, Syna, Thème: Discussion sur le mouvement syndical en Suisse et en Valais
Archives
Posant les bases de l’atelier de recherche, les archives utiles au projet FNS et récoltées par Dr. Toni Ricciardi sont :
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Les archives fédérales
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Les archives sociales (Zürich)
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Les archives de la Fondation Mattmark
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Les archives de la Croix Rouge
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Les archives des "Missioni Cattoliche"
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Les archives de Sion
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Les archives des "Colonie Libere Italiane"