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29/11/2012
Attribution du prix Nobel de la paix à l'UE, au pire moment, et si... ?
Le prix Nobel de la paix 2012 a été attribué... à l'Union européenne !
Eh oui, ce n'est pas une blague suédoise, cette année la décision a apparemment surpris tout le monde. D'ordinaire le prix récompense une personnalité, politique ou militante, assez bien connue du grand public et non une alliance supra-nationale. Il est peu dire que la réaction médiatiquen'a pas tardé, la presse n'a pas mâché ses mots : "Bonne idée, mauvais lauréat" (Der Spiegel), "Le prix Nobel de la paix à l'idiotie" (Daily Mail-conservateur anglais). Mais aussi des réactions positifs tels que le titre du quotidien Belge le Soir, "60 ans de paix en dépit des crises".
Parlons de ce prix qui suscite des réactions émotionnelles dans toute l'Europe en crise, monétaire et politique. Le prix Nobel de la paix récompense « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ».
En Europe personne ne niera le rôle de pilier qu'à joué l'Union Européenne dans la construction d'une Europe en paix, des balbutiements économiques (libre échange, acier-charbon) jusqu'à la situation d'après 1989. L'Union a pu aider à la reconstruction, participer au développement économique du continent et essayer de construire une zone de "paix" en pleine Guerre des étoiles quasi post-guerre nucléaire.
Il y a deux choses que je ne comprends pas dans cette attribution : l'heureuse lauréate et le moment choisi.
Premièrement, le prix est attribué à une entité qui subit de nombreux tumultes actuellement et vit une crise de la dette qui risque de plomber toute son économie. J'ai toujours considéré le Nobel de la paix comme un moyen d'aider à faire avancer des causes, à l'instar du cas birman où l'attribution du prix à Aung San Suu Kyi en 1991 a aidé à faire connaître son combat dans le monde entier ! Mais, dans le cas qui nous intéresse, aucun symbole n'est présent (José Manuel Barroso avec un bouquet de fleurs dans les mains, tout le monde retiendra l'image historique...).
A mon avis, ce prix aurait dû être attribué à une personnalité politique ayant travaillé à la construction européenne par le passé. Quelqu'un d'une autre génération, d'une époque où l'idéal européen existait et faisait rêver, quelqu'un comme Jacques Delors, ancien président de la Comission européenne. Delors a grandement participé au développement de l'Union Européenne, type de développement que l'on peut soutenir politiquement ou non. De nombreuses évolutions sont criticables comme le fait que la BCE ne puisse pas prêter directement de l'argent aux états endettés. De même, l'oeuvre de Jacques Delors, soutenue à l'époque par Mitterrand, a aussi montré, à mon avis, les limites de la social-démocratie, si prometteuse fut-elle. Limites qui nous sautent aux yeux en Espagne et en Grèce, après les derniers gouvernements dirigés par des ténors socialistes.
Oui, l'Europe est criticable et son fonctionnement se doit d'évoluer, mais ce qui frappe, ce n'est pas l'attribution de ce prix à l'UE. Finalement, tout le monde s'en fout royalement !
Ce qui frappe c'est le manque de visionnaires en Europe, de personnalités qui puissent voir plus loin que leur mandat politique et leurs intérêts financiers. Finalement, la question est de savoir qui croit encore au projet européen ?
A quand un référendum européen sur une constitution européenne plus courte ? Cohn-Bendit et Verhofstadt le propose. De même que des taux d'emprunts plus équivalents entre les pays et enfin un vrai budget européen (plus que 1% --> 100 Ma). La politique se doit d'être en avance sur son temps et ne doit jamais se contenter d'attendre que le peuple lui dise quoi faire. Les politiciens doivent proposer des idées plus novatrices, soyez réalistes, exigez l'impossible pardi (pardon Dany, c'était facile je sais) !
Peut être que le comité Nobel a ainsi voulu adresser un message aux politiciens européens : la paix en Europe a été construite étapes par étapes, maintenant vous vous devez d'y construire une alliance politique digne de ce nom, et vite, car le fascisme guette en Grèce et le nationalisme monte dans toute l'Europe !
Après avoir agi pour la paix et la prospérité du Continent, il est temps que l'UE agisse pour le rapprochement des peuples en réformant ses institutions et en construisant une véritable alliance politique. La crise actuelle est, à mon avis, l'occasion rêvée pour engager ces réformes. Sans la crise, jamais l'Allemagne ou la Finlande n'aurait, par exemple, accepté que la BCE puisse racheter de la dette souveraine, les discussions auraient duré à n'en plus finir.
Dans les moments de crises, l'Europe a besoin d'idées novatrices, de nombreux think-thanks se créent et le continent bouge enfin. Mais le temps presse et la participation de femmes et d'hommes politiques qui arrivent à se projeter quinze ans en avance sur leur temps est la clé de voute du futur de l'Europe. En terme de vision à long terme, l'abandon du nucléaire et le désarmement me paraissent quelques-uns des combats à mener, afin de ne pas laisser aux prochaines générations le devoir de reconstruire l'Europe, à nouveau.
J'espère que, d'ici l'attribution du prochain Nobel de la paix, l'Europe aura engagé son virage social et visionnaire, couplé d'une vision énergétique commune sur le long terme et d'une vraie monnaie unique.
Et, qui sait, il pourrait être decerné au peuple syrien pour la lutte pacifique qu'il mène avec un courage hors du commun, une année trop tard...