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La théorie des choix publics est une théorie développée dans les années 1960 aux USA. Elle analyse les phénomènes politiques à l’aide des méthodes économiques, l’objectif étant de comprendre comment sont prises les décisions politiques et d’expliquer les défaillances de l’Etat. Cette théorie étudie notamment le vote, le fonctionnement de l’Etat, la bureaucratie et les groupes de pressions.
Théorie
Origines et auteurs
L’Ecole des choix publics (« Public Choice ») prend sa source dans les travaux de Nicolas de Condorcet, un intellectuel des Lumières qui a notamment proposé une théorie sur les systèmes de vote. Utilisant les mathématiques, il montre, avec le « paradoxe de Condorcet », la difficulté à trouver un système de scrutin où les désirs des électeurs soient représentés correctement.
Dans les années 1950-60, des auteurs tels qu’Anthony Downs, James M. Buchanan et Gordon Tullock contribuent à ce champ de recherche et élargissent la problématique au fonctionnement de l’Etat. L’oeuvre de Buchanan et Tullock « The Calculus of Consent » (1962) constitue l’ouvrage de référence pour l’analyse des choix publics. Ces deux auteurs ont oeuvré pour la création d’un centre d’étude sur les choix publics, qui a vu le jour en 1969 à l’Université de Virginie.
Une analyse économique des phénomènes politiques
Dans les années 1960, Buchanan et Tullock posent un regard nouveau sur l’analyse politique. Ils abordent les phénomènes traditionnellement étudiés par la science politique (l’Etat, le vote, les élections, …) à l’aide d’approches venant de l’économie: l’individualisme méthodologique et la théorie de l’action rationnelle. Selon ces théories, les phénomènes sociaux sont explicables par les comportements individuels des acteurs. Ceux-ci agissent rationnellement, c’est-à-dire en calculant les coûts et les avantages de leur action et en fonction de leur intérêt personnel. Il s’agit des postulat de base de la microéconomie sur laquelle repose l’économie néoclassique.
En microéconomie, les comportements humains sont simplifié par la figure de l’Homo oeconomicus. Il en est de même pour les phénomènes politiques avec l' »Homo politicus », sensé maximiser son utilité et poursuivre son intérêt personnel. Pour les théoriciens des choix publics, l’individu suit donc dans la sphère politique la même logique qu’il applique dans la sphère marchande: celle de la poursuite de son propre intérêt.
Ce comportement se retrouve chez l’homme politique au pouvoir: de par sa fonction, sa priorité devrait être l’intérêt général, et on donc pourrait l’imaginer comme désintéressé et au service du bien commun. En réalité, il cherche avant tout à maximiser son intérêt. Ainsi, il oriente son comportement en fonction de calculs qui lui permettent de se faire réélire: en proposant donc des mesures qui reflètent l’opinion de ses électeurs. Certains phénomènes comme le protectionnisme sont expliqués de cette manière (Rainelli, 2003): le politicien peut par exemple accepter d’oeuvrer pour la protection d’un secteur de l’économie (par exemple l’automobile) car il sait que cette décision plaira aux électeurs de sa circonscription.
De même, le bureaucrate cherche à maximiser son intérêt plutôt que celui de l’administration pour laquelle il travaille. Son souci est de maximiser le budget de son administration, ceci représentant à la fois un meilleur revenu, mais aussi plus de prestige et de chances de promotion.
Dans le cas du citoyen qui se rend aux urnes, la théorie des choix publics dit qu’il agit en acteur rationnel: ne pouvant pas être correctement informé sur tous les programmes des candidats (cela prendrait trop de temps) et étant donné que sa seule voix compte peu sur le résultat final, son choix rationnel est de rester dans l’ignorance ou de s’abstenir. Son ignorance mène donc à prendre des décisions qui ne sont pas forcément les meilleures.
Trois axes de recherches sont principalement développés par l’Ecole des choix publics. Le premier traite du vote, où comment sont agrégés les choix individuels dans un cadre démocratique. Il s’agit d’analyser les différents types de scrutins, leurs caractéristiques et leurs effets sur le système politique. Le second axe porte sur les assemblées et parlements, et la possibilité que ceux-ci prennent des décisions politiques inefficaces qui ne bénéficient qu’à un petit nombre (par exemple à cause des groupes de pression). Le troisième axe concerne la bureaucratie et les stratégies que mettent en place les bureaucrates pour maximiser leur utilité, c’est-à-dire augmenter la taille et le budget de leur administration. Depuis les années 1980, les recherches de l’Ecole des choix publics ont évolué vers des analyses plus normatives, cherchant les conditions pour lesquelles des décisions politiques efficaces aient plus de chances d’être mises en oeuvre.
La théorie des choix publics sert notamment à montrer les fonctionnements de l’Etat, les mécanismes qui font que les décisions prises ne sont pas toujours les plus efficaces et le fait qu’elles profitent à certains groupes sociaux, fonctionnaires et élus. D’inspiration libérale, elle a pour but de montrer les défaillances de l’Etat, de montrer que finalement Etat et marché fonctionnent de manière similaire et ont des défaillances. Elle marque une rupture avec la pensée économique préalable, qui postulait que l’Etat ne peut pas être décrit par la théorie économique, en raison de la différence dans la manière de prendre des décisions. Ce faisant, elle remet en cause l’intervention de l’Etat dans le cas de défaillances du marché, puisque l’Etat n’intervient pas de manière impartiale et dans l’intérêt général.
Bibliographie commentée
Buchanan, J. M., & Tullock, G. (1962). The Calculus of Consent: Logical Foundations of Constitutional Democracy. Ann Arbor: University of Michigan Press.
Il s’agit de l’ouvrage de référence pour la théorie des choix publics. Après avoir présenté les postulats méthodologiques sur lesquels se base l’analyse, Buchanan et Tullock analysent les différents systèmes de vote et montrent qu’aucun d’entre eux n’est parfait. Ils se penchent ensuite sur les phénomènes de marchandages de voix qui ont lieu dans les assemblées parlementaires et leurs effets néfastes sur les dépenses publiques. Enfin, ils développent l’idée que l’intervention de l’Etat n’est ni impartiale, ni efficace pour l’intérêt général.
Références
Ferey, S. (s. d.). Choix publiques école des, ou Public Choice School, économie. In Encyclopaedia Universalis [en ligne]. Consulté à l’adresse http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/choix-publics-public-choice-school/
Marchand, C. (1999). Economie des interventions de l’Etat : théorie des choix publics. Paris: Presses universitaires de France.
Rainelli, M. (2003). Le commerce international (9e éd.). Paris: La Découverte.
Theillier, D. (2012, janvier 9). James Buchanan et la théorie des choix publics. In Nicomaque: Le blog de philo d’un prof de philo. Consulté à l’adresse http://nicomaque.blogspot.ch/2012/04/demystifier-les-elections-avec-la.html