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Les eaux de surface du lac, qui s'étendent jusqu'à 10 mètres de profondeur, ont atteint la température de 13,62 degrés de moyenne sur l'année 2022, selon(CIPEL). C'est du jamais vu depuis 1990, d'autant que cette température est supérieure de 1,2 degré à la moyenne sur les 30 dernières années.
Les eaux du Léman se réchauffent à une vitesse incomparable à celle des océans. Ces derniers augmentent en moyenne de 0,1 degré par décennie depuis les années 70, selon les données de l'Institut royal météorologique de Belgique, contre 0,46 degré pour le Léman.
Brassage des eaux incomplet
Ce réchauffement a de graves conséquences pour l'écosystème du lac. Il prive notamment les organismes vivants en profondeur, comme l'omble chevalier, de brassage complet des eaux.
Ce mécanisme qui n'a plus eu lieu depuis 11 ans. Normalement, chaque année en hiver, les vents forts et les températures fraîches du lac font descendre les eaux de surface riches en oxygène au fond et remonter les nutriments accumulés dans les profondeurs vers la surface. Les brassages incomplets représentent un risque d'asphyxie pour ces organismes.
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Par ailleurs, les stocks importants de nutriments - notamment le phosphore - qui s'accumulent depuis toutes ces années au fond du lac pourraient remonter d'un seul coup à la surface lors d'un éventuel brassage complet, augmentant ainsi la prolifération d'algues nuisibles à la baignade, la pêche et l'eau potable.
"On saura au mois de mars si le brassage complet des eaux a pu avoir lieu cet hiver", indique Nicole Gallina, secrétaire générale de la CIPEL dans le 12h45 de lundi. Selon elle, les spécialistes sont pessimistes. "En janvier, le brassage n'avait atteint que 70 mètres sur les 300 mètres de profondeur que compte le lac Léman", avertit-elle.
"Cette augmentation des températures favorise aussi l'apparition des cyanobactéries. Si elles deviennent trop nombreuses, c'est la potabilité de l'eau du lac qui sera en danger", précise encore la représentante de la CIPEL.
Ecosystème en danger
Les 7,8 degrés que l'eau a connus en janvier sont trop chauds pour les poissons, témoigne dans La Matinale un pêcheur au port de Clarens (VD): "Le réchauffement de l'eau du lac est un problème pour certains poissons, comme la féra. Elle a besoin d'une eau à 6 degrés pour déclencher les hormones et pondre au bord du lac", explique-t-il.
Le pêcheur indique encore que l'écosystème du lac s'est modifié depuis les 50 dernières années. Depuis la prolifération des cormorans arrivés en 1972, les truites se font rares, note-t-il.
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Selon plusieurs études, si les émissions de gaz à effet de serre, à l'origine du réchauffement climatique, se poursuivent à leur rythme actuel, les lacs péri-alpins pourraient connaître une augmentation de près de quatre degrés d'ici à la fin du siècle. Cela mettrait en danger de mort la faune aquatique du plus grand lac d'Europe occidentale.
Qualité des eaux menacée
"Les changements de température peuvent bouleverser l'équilibre physico-chimique et biologique du Léman et son fonctionnement naturel", indique Nicole Gallina dans La Matinale de lundi. Elle appelle les autorités à réagir.
"C'est extrêmement important et impératif que nos responsables politiques prennent pleinement conscience de la valeur inestimable que représente le Léman aujourd'hui, ainsi que des menaces considérables qui pèsent sur la qualité des eaux", insiste-t-elle. Le Léman est en effet le réservoir d'eau d'un million d'habitants.
Nicole Gallina regrette que la politique actuelle soit davantage concentrée à garantir la quantité, "bien que cruciale", que la qualité de l'eau. "Si la qualité de l'eau se détériore, les conséquences seront très très graves ", avance-t-elle.
Sujet radio: Foued Boukari / Katia Bitsch
Adaptation web: juma
"Rendre le Léman résilient"
"La CIPEL fait tout pour inverser" la tendance de réchauffement des eaux du lac, assure encore Nicole Gallina.
Elle évoque le dernier plan d'action. Il a pour vocation de "rendre le Léman plus résilient face au réchauffement climatique", annonce-t-elle.
"Un lac résilient est un lac naturel", donc la commission essaie de "limiter les nutriments qui arrivent dedans, mais également de limiter tout autre [facteur] qui peut impacter la qualité de l'eau", conclut-elle.