Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07080.jsonl.gz/703

La ténacité du juge Paul Perraudin a porté ses fruits. En mettant à jour un trésor de guerre de 50 millions de francs suisses, la justice du Liechtenstein a enfin accepté de collaborer avec le magistrat genevois chargé de l'enquête sur le volet helvétique de l'affaire Elf.
Carlo Ranzoni va, peut-être, laisser son nom dans l'histoire judiciaire de la principauté. Ce jeune juge d'une trentaine d'années a en effet commencé à mettre à jour les circuits financiers imaginés, dès 1996, par Alfred Sirven, l'ancien numéro deux d'Elf. C'est le premier magistrat du Liechtenstein à répondre sérieusement à une commission rogatoire internationale.
Mais qu'a-t-il concrètement transmis à son homologue de la Cité de Calvin? Qu'Alfred Sirven - qui disposait d'une quinzaine de comptes à Genève, Lausanne, Berne et Lugano - a préféré dissimuler une partie de ses économies à Vaduz. A savoir, quelque 25 millions de francs qui dormaient dans les coffres de la banque Armand von Ernst & Cie à Berne, et 25 millions supplémentaires qui, eux, se trouvaient à la Banque de dépôt et gestion à Lausanne.
Bernard Taverney, l'ancien directeur de la Banque de dépôt et de gestion, reconnaît qu'il assurait personnellement le suivi des comptes d'Alfred Sirven. Et qu'il s'est occupé, dès 1994, en tant que gestionnaire privé, des titres et des placements de l'ancien homme fort de la compagnie pétrolière française.
Mais, deux ans plus tard, lorsque la justice commence à fourrer son nez dans le dossier Elf, Alfred Sirven a décidé de mettre son pactole en sécurité dans un vrai paradis fiscal, le Liechtenstein. Il s'est d'ailleurs personnellement à Vaduz.
Le juge Carlo Ranzoni a retrouvé dans la documentation d'une fiduciaire locale des notes écrites indiquant «rencontré M. Sirven au guichet», ou encore «M. Sirven est de passage». Ces 50 millions de francs auraient permis à l'ancien numéro deux d'Elf d'organiser sa fuite et celle de sa compagne, Vilma Medina, aux Philippines.
Ce changement d'attitude de la part de la justice du Liechtenstein ne sera vraisemblablement pas sans conséquences. D'autant que ce n'est pas une mais huit commissions rogatoires au total que le magistrat genevois Paul Perraudin a envoyées à Vaduz depuis 1998.
Ian Hamel