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Armida, composée en 1783-4, est le douzième opéra italien de Joseph Haydn et le dernier à avoir été composé pour Eszterhaza; c'est le deuxième opéra seria après Acide (1763). Le livret, inspiré de la Gerusalemme liberata de Torquato Tasse est en fait une compilation effectuée probablement par Nunziato Porta à partir de sources diverses. Notons que les personnages de l'Armida de Haydn sont les mêmes que ceux de l'opéra du même nom d'Antonio Sacchini datant de 1772.Une comparaison très étoffée des deux versions (toutes deux excellentes) disponibles de cet opéra a été publiée (4). Ne connaissant que la version Antal Dorati, disposant d'une distribution prestigieuse, je ne peux que manifester mon admiration pour Jessye Norman, une sublime Armida.
Les opéras composées sur le même sujet jusqu'alors sont très nombreux. En plus de l'Armida de Sacchini, Haydn aurait pu connaitre l'Armida de Nicolà Jomelli (1760) et celle de Tommaso Traetta (1761). Ce dernier compositeur avait effectué dans les années 1758, une réforme de l'opéra italien sur le modèle de la tragédie lyrique française (Cf l'Armide de Jean Baptiste Lully, 1686) en incorporant choeurs et ensembles à la suite souvent monotone d'arias qui caractérisait l'opéra seria italien, réforme qui verra son accomplissement avec Antigona de Traetta (1772) et Idoménéo de Mozart (1780).
J. Haydn semble ignorer cette réforme et prend pour modèle un opéra seria qu'il avait mis en scène et dirigé à Eszterhaza en 1783, Giulio Sabino de Giuseppe Sarti (1). En effet Haydn reprend scrupuleusement le plan adopté par Sarti, comprenant trois actes, le 1er acte se terminant par un duo d'amour, le 2ème acte par un terzetto et le 3ème acte s'achevant avec un bref ensemble. Comme chez Sarti, les ensembles sont donc réduits à leur plus simple expression et les airs et les récitatifs secco et accompagnés constituent le moteur de l'action.
Armida fut le plus joué de tous les opéras (73 titres, tous styles confondus) montés par Haydn à Eszterhaza avec 54 représentations; sa réputation s'étendit au delà des frontières autrichiennes et une exécution triomphale eut lieu à Turin en 1804 (2).
Synopsis
Armida, une princesse magicienne, alliée aux Sarrasins, a, par amour, séduction et peut-être avec l'aide de la magie dompté Rinaldo. "Ce fatal ennemi, ce superbe vainqueur est enfin en ma puissance"; il est prêt à combattre dans les rangs des Sarrasins. La suite consiste dans le conflit qui se joue en Rinaldo entre son honneur de soldat Franc et son amour pour Armida. Cette dernière voyant que Rinaldo épouse progressivement la cause des croisés et lui échappe, le presse de façon de plus en plus intense et frénétique à choisir son camp. C'est celui des croisés que Rinaldo enfin décide de gagner tout en promettant à Armide de la retrouver après la victoire des Francs. Pas dupe, Armide laisse éclater son dépit et sa frustration (3).
Notons que le livret contient une idylle entre Zelmira, la suivante d'Armida et Clotarco, un guerrier franc. Cette idylle se noue dans l'acte I mais est oubliée dans les actes suivants. Malgré cette invraisemblance, le livret a le mérite de centrer l'action autour du combat intérieur de Rinaldo et de la passion de plus en plus désespérée d'Armida. La magie intervient finalement peu ou bien semble bien inefficace pour détourner Rinaldo de son devoir.
Style. Sur cette trame, Haydn a réalisé son opéra le plus parfait. Le découpage en trois actes qui, dans ses "dramme giocosi" précédents nuisait à la progression dramatique, est au contraire tout à fait appropriée ici. On assiste ici à un crescendo de passion et d'émotion au fil des trois actes, le 3ème étant AMHA (In My Humble Opinion) une des plus merveilleuses créations de J. Haydn.
Sommets
Acte I
La sinfonia, probablement la plus belle de tous les opéras de Haydn. On y trouve tous les thèmes utilisés dans les trois actes.
L'air de Rinaldo "Vado à pugnar contento...". Aria di guerra avec da capo, belles vocalises et un magnifique accompagnement de trompettes. Ces dernières joue d'ailleurs un grand rôle tout au long de l'oeuvre.
Le fameux duetto entre Armida et Rinaldo qui clôt l'acte I: "Cara, saro fedele...". Ce duetto qui dure plus de dix minutes, est certainement le plus beau de Haydn avec ses magnifiques vocalises napolitaines.
Acte II
L'intensité expressive croit en intensité et culmine avec le formidable air d'Armida "Odio, furor, dispetto...". L'accompagnement orchestral de cet air est passionnant. La ligne mélodique des basses évoque très nettement le début du concerto pour piano en ré mineur KV 466 (1785).
Un très beau terzetto "Partiro, ma pensa, ingrato..." clôt l'acte II. Ici le contrepoint règne en maître, et on admire la rigueur et la richesse de cette musique.
Acte III
C'est le sommet de la partition. D'une seule pièce, "durchcomponiert" (mis à part un bref récitatif secco d'une minute), c'est une merveille et on retient son souffle jusqu'à la fin.
L'air d'Armida "Ah ! Non ferir, t'arresta..." est le plus émouvant et le plus intense des arie de l'opéra; il ne déparerait pas un mouvement lent de quatuor à cordes (ceux de l'opus 64, 1790 par exemple). Les ornements qui délicatement varient la reprise da capo de l'air sont un enchantement et évoquent fugitivement le début de "Casta diva...!".
Quand Rinaldo se trouve dans le jardin magique d'Armida, l'orchestre a des accents qui évoquent La Création. Mais quand Rinaldo s'approche du Myrte enchanté pour l'abattre, des furies s'en échappent et le tiennent à distance; un magnifique interlude orchestral se déchaine pour décrire les combats de Rinaldo.
A la fin, sur fond de troupes Franques défilant en armes, Armida vaincue, laisse échapper sa douleur et sa fureur en invectivant Rinaldo "Mostro di crudelta...! (monstre de cruauté) et l'opéra s'achève sur de martiales sonneries de trompettes.
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(1) http://www.odb-opera.com/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=139
(2) Marc Vignal, J.Haydn, Fayard 1988.
(3) Wilhelm Pfannkuch, Armida, un dernier opéra pour Eszterhaza, 1978.
(4) Roland Graeme http://muse.jhu.edu/demo/opera_quarterly/v018/18.1graeme01.pdf