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On méconnaît l’actualité des idées de l’économiste genevois Sismondi (1773-1842). À l’époque où l’orthodoxie économique s’installait et que ses compatriotes Pierre Prévost (1751-1839) et Etienne Dumont (1759-1829) faisaient connaître Adam Smith, Malthus et Bentham au public francophone, Sismondi s’en démarquait déjà (toutes les citations sont tirées de l’Avertissement sur la seconde édition de ses Nouveaux principes d’économie politique, 1827) :
« J'ébranlais une science qui, par sa simplicité, par la déduction claire et méthodique de ses lois, paraissait une des plus nobles créations de l'esprit humain; j'attaquais une orthodoxie enfin, entreprise dangereuse en philosophie comme en religion.
« J'ai vu … la production augmenter, tandis que les jouissances diminuent. La masse de la nation semble y oublier, aussi bien que les philosophes, que l'accroissement des richesses n'est pas le but de l'économie politique, mais le moyen dont elle dispose pour procurer le bonheur de tous.
« J'invoquais … l'intervention du pouvoir social pour régler les progrès de la richesse, au lieu de réduire l'économie politique à la maxime plus simple, et en apparence plus libérale, de laisser faire et laisser passer.
« Les faits … ont prouvé, bien mieux que je n'aurais pu faire, que les savans dont je m'étais séparé étaient à la poursuite d'une fausse prospérité ; que leurs théories, là où elles étaient mises en pratique, pouvaient bien accroître la richesse matérielle, mais qu'elles diminuaient la masse de jouissances réservées à chaque individu ; que si elles tendaient à rendre le riche plus riche, elles rendaient aussi le pauvre plus pauvre, plus dépendant et plus dépourvu. »