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L'éthologie, définie originellement comme l'étude des comportements instinctifs, se définit actuellement, plus généralement, comme la biologie du comportement.
Campan et Scapini ont publié récemment un manuel en français qui couvre l'entier du domaine, et qui est plutôt bien écrit. On pourra lui reprocher sa vision très classique de l'éthologie, mais c'est probablement actuellement le meilleur ouvrage général en français. (Campan R., Scapini F. Ethologie: Approche systémique du comportement. Bruxelles: De Boeck Université, 2002).
Campan et Scapini, dans leur manuel, essaient de distinguer et de détailler les filiations des différents courants de pensée (à vrai dire très imbriqués les uns dans les autres) qui régissent l'étude du comportement animal dès les 17ème et 18ème siècle. Pour simplifier, on peut voir deux grandes tendances:
Dans la suite des deux traditions mentionnées plus haut, on observe dans la première moitié du 20ème siècle une scission sévère entre deux façons opposées d'étudier le comportement, scission matérialisée par l'Océan Atlantique; de part et d'autre de cet océan, les questions de base sur le comportement n'étaient même pas identiques.
Les éthologues posent la question des mécanismes du comportement, de sa fonction et de son évolution. Ils étudient les comportements innés dans de nombreuses espèces (notamment afin de saisir les différences et les points communs), et, pour comprendre la fonction normale du comportement, ils essaient souvent d'étudier l'animal dans son habitat naturel ou dans des environnements simulant cet habitat naturel.
La psychologie comparée, et particulièrement l'école béhavioriste, met par contre l'accent sur les mécanismes et le développement du comportement. A ce titre, les psychologues étudient surtout l'apprentissage. Ils sont à la recherche de lois générales du comportement, et pensent que le comportement doit être étudié de manière contrôlée, dans un laboratoire. Très peu d'espèces les intéressent: essentiellement le rat surmulot (dans sa version de laboratoire), Rattus norvegicus, et le pigeon, Columba livia.
Durant la décennie 1930-40, deux pionniers, Konrad Lorenz et Niko Tinbergen, créent le premier cadre théorique cohérent concernant le comportement animal: celui de l’éthologie objectiviste, qualifiée plus tard de classique. Ce sont principalement les événements préparatoires, immédiatement antérieurs au comportement, et ceux qui contrôlent finalement l’exécution du comportement, qui sont au centre de ce premier cadre théorique. Lorenz et Tinbergen ont été récompensés par le Prix Nobel de Médecine en 1973.
Né en 1903, Konrad Lorenz étudie la médecine, l'anatomie comparée, la philosophie et la psychologie. Jusqu'en 1940, l'essentiel de son travail d'éthologue consiste en des observations d'animaux domestiques dans la maison familiale à Altenberg. Il pensait que le comportement des animaux dans leur milieu naturel ne pouvait pas se réduire à des processus identifiés sur les rats de laboratoire. Il a donc cherché à fonder un ensemble explicatif théorique et une méthode, qui rendraient compte d’une manière générale de la diversité des comportements instinctifs, notamment chez les oiseaux et les poissons, tels que l’on peut les observer ou les révéler par l’expérimentation dans les milieux naturels ou dans des conditions aussi proches que possible de la nature.
Niko Tinbergen: Né en 1907, il a une formation de zoologue. Il étudie les goélands et les sternes, puis les guêpes, avant de travailler avec Lorenz sur les oies (1938). A partir de cette époque, il apporte sa contribution à la fondation de l'éthologie objectiviste. Comme on le verra plus bas, Tinbergen a joué un rôle unificateur de premier plan dans l'étude du comportement animal.
En réalité, même si les noms de Lorenz et de Tinbergen sont les plus indissociables de l'éthologie, entre les années 1940 et 1960, deux positions s'affrontent (dont, avec le recul, on se rend compte qu'elles ne sont qu'une question d'accent; mais le contexte politique les a radicalisées):
Le rapprochement a eu lieu ensuite, sous l'impulsion de la génération suivante d'éthologues: Baerends, Hinde, Manning, Marler, Bateson, Immelman, et notamment de Tinbergen.
C'est la publication, par Tinbergen, d'un article ("Les buts et les méthodes de l'éthologie") en 1963 qui a produit l'unification du domaine. Tinbergen a mis l'accent (dans cet article et dans toute sa carrière) sur la nécessité de comprendre le comportement à différents niveaux: phylogenèse, adaptation (fonction pour la survie et la reproduction), mécanismes, et développement.
L'étude du comportement animal est devenue un programme unifié, avec en son noyau l'hypothèse centrale que tout comportement a une histoire évolutive, une fonction biologique, un mécanisme neural sous-jacent, et une histoire développementale. Cette unification a fait que les distinctions traditionnelles se sont effacées.
Au travers des quatre questions de Tinbergen, l'éthologie vise donc:
En recherchant et en apportant bon nombre de réponses à ces questions au cours des 4 dernières décennies, l'éthologie a acquis le statut d'une discipline à part entière dans la biologie.
Ces quatre questions se répartissent de toute évidence entre des questions "Comment" et des questions "Pourquoi".
Comment les systèmes nerveux et musculaires sont-ils intégrés pour permettre la réponse?
Quel est le stimulus qui déclenche la réponse, et comment est-il détecté?
Comment l'ontogenèse affecte-t-elle le comportement?
Quelle est la relation entre gènes et comportement?
Quelle est la fonction du comportement, en ce qui concerne la survie et la reproduction?
Comment le comportement a-t-il évolué au cours de la phylogenèse?
Si elle était à l’origine une discipline indépendante, aujourd’hui, en relation avec les développements spectaculaires de la biologie en direction de l’approche moléculaire, et des avancées théoriques sur le front des mécanismes de l’évolution, l’éthologie tend à s’intégrer à des démarches explicatives pluridisciplinaires telles que l’éco-éthologie, la neuroéthologie, la génétique du comportement, les neurosciences, les sciences cognitives, la sociobiologie et la psychologie évolutionniste. On trouve d'ailleurs de plus en plus rarement le terme d'éthologie, qui est resté associé surtout à l'éthologie objectiviste classique de Lorenz. Cette désignation est le plus souvent remplacée par des désignations plus spécifiques au domaine, ou plus neutres comme "Etude du comportement animal".
Comme le relèvent Campan et Scapini dans leur ouvrage, au cours des deux dernières décennies, le champ de l’éthologie a réduit les "four why’s" de Tinbergen à deux ensembles, celui de la causalité proximale et celui de la causalité ultime. Cette bipolarisation conduit, comme l’avait prédit Wilson en 1975, dans le premier chapitre de sa Sociobiologie, pour l’an 2000, à une scission relativement claire entre deux ensembles de chercheurs, de concepts et de méthodes relevant de deux champs différents:
On peut avoir l'impression que l'éthologie (ou plus exactement les disciplines qui en sont issues, sous l'une ou l'autre des désignations ci-dessus) est un domaine marginal dans les sciences du vivant et peu reconnu en Suisse. Il n'est est rien. Si le prix Marcel Benoist (le "Nobel" suisse) a été attribué en 2003 à Denis Duboule, biologiste genevois, pour ses travaux sur les gènes architectes, l'année précédente (2002), ce même prix a été attribué à Rüdiger Wehner (Zürich) pour ses travaux sur l'orientation spatiale de la fourmi du désert. Ce type de travaux représente typiquement une approche portant sur le pôle de la causalité proximale.
Cependant, en fréquentant les congrès de la Société Suisse de Zoologie, il est facile de se rendre compte que l'étude du comportement, en Suisse, est très orientée du côté du pôle de la causalité ultime. Parmi les représentants de ce courant, on trouve quelques noms très connus du grand public, comme Laurent Keller, à Lausanne (prix Latsis National, plus haute distinction décernée par le Fonds National Suisse de la Recherche, en 2000), pour ses études portant sur des fourmis et concernant la manière dont gènes et sélection naturelle interagissent.