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Detail
HEMMELER, Marc
* Lyons, 16.05.1938, † Auch, 27.08.1999; Piano
Marc Hemmeler, c'était le talent à l'état pur. Pianiste autodidacte, il avait un toucher et une sensibilité exceptionnels. Swingman furieux – son inspiration venait en droite ligne de Oscar Peterson et de Wynton Kelly – il possédait un sixième sens, le feeling, ce qui avait fait de lui l'un des meilleurs joueurs de Ballades que l'on pût entendre. Stéphane Grappelli ne s'y était pas trompé, puisqu'il en fit son pianiste durant plus de 12 ans.
Hemmeler, parti vivre à Paris vers l'âge de 22 ans (1960), devint d'abord le pianiste de ... Johnny Halliday, avec qui il resta quatre ans. C'est néanmoins le jazz qui est son idéal et dès 1964 il fut pianiste attitré au Blue-Note d'abord, puis au Bilboquet durant une quinzaine d'années, en Trio d'une part, dans le premier Club, avec Jimmy Gourley et Kenny Clarke, puis free-lance, où il accompagnait les meilleurs américains de passage á Paris, Stan Getz, Harry Edison, Eddie Lockjaw Davis, Bill Coleman, aussi bien que les grands européens comme Guy Lafitte, René Thomas, et bien d'autres.
Heureusement, Marc Hemmeler laisse quelques très bons disques. Outre la production de Grappelli de l'époque, il y a un superbe 33 tours enregistré à Montreux avec Bill Coleman au début des années 70, où l'on trouve aussi Guy Lafitte et Daniel Humair, tous en très grande forme. Mais surtout, il reste quatre disques en Trio ou Duo d'une qualité rare. L'un, fait à Los Angeles avec Ray Brown et Shelly Mane – ses deux idoles – contient quelques grands moments, de ces moments décrits plus haut, mais que heureusement là, on peut retrouver sur des galettes de vinyle sans qu'ils n'appartiennent qu'au souvenir.
D'autre albums sont de la même veine, ou presque, dont un Trio avec Alvin Queen; mais surtout – mon préféré – "Easy does it", autre trio avec Ray Brown et Daniel Humair, gravé en 1981. On peut aussi y juger là les qualités d'Hemmeler comme compositeur: un très bon "Stéphane's Song", et encore "Clodi Clodo" composé pour Claude Nougaro et popularisé par le fameux chanteur jazzy toulousain. Enfin, sorti des oubliettes il y a seulement une année par J.-M. Reisser, un splendide CD en Duo avec Ray Brown, "For Betty". Cette publication tardive est regrettable, mais bien satisfaisante, parce que, gravée en 1982 elle laisse entendre les deux musiciens à une époque de leur meilleure forme: Marc était au sommet de son jazz.
Mais... "Nobody is perfect", Marc Hemmeler ne gérait malheureusement pas sa vie aussi bien que sa musique.
D'un caractère très attachant et souvent très drôle, il était pourtant capable du pire comme du meilleur! Le pire, ce n'est un secret pour personne, c'était l'alcool. Tranquillement et inexorablement, durant 25 ans, il s'autodétrusit jusqu'à connaître la déchéance finale. Si bien qu'un jour, plus personne ne voulut travailler avec lui, ni les musiciens, ni les patrons de boîtes.
Petit à petit oublié, presque sans moyens d'existence, il s'exila dans le Gers, pour y finir des jours malheureux et réalistes. Sa femme y mourut un année avant lui, il ne le supporta pas; il s'enferma dans un monde que nous ne pouvions plus percer. Il n'avait même plus de piano! Au milieu du mois d'août, des voisins l'ont retrouvé dans une sorte de coma duquel il n'est pas ressorti.
(Source: One More Time)
[Pierre Bouru]