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Inspirée par l'oeuvre de Gabriel Garcia Marquez, «Chronique d'une mort annoncée», la réalisatrice Li Shaohong dépeint le cadre social avec précision, restitue l'identité profonde de chaque protagoniste par petites touches très expressives, cultive l'art du suspense par le récit en spirales d'une histoire simple: le meurtre d'un instituteur par deux jeunes paysans, prétexte allégorique pour révéler l'état d'une collectivité fermée. Un éclairage sur les zones d'ombre de toute une société en Chine ou ailleurs, celle-là même qui peut conduire au «massacre annoncé» de la Place Tienanmen. Le tournage a été réalisé en 1990, un an après ces événements.
Tant au plan de la construction que sur celui du traitement, avec des images d'une beauté plastique saisissante, «Un Matin couleur de sang» est une oeuvre étonnante. Li Shaohong dessine le portrait de la Chine campagnarde et celui d'une société dans laquelle une tablée d'hommes avinés marchande les femmes à leur destin. Avec un extraordinaire sens de l'évidence, la cinéaste explore les circonstances qui conduisent au meurtre et surtout celles qui font qu'il n'a pu être évité. Il ne s'agit qu'en apparence de découvrir qui est le vrai coubable, Li Shaohong s'intéresse bien davantage aux raisons qui conduisent à un tel acte et à la faillite d'une communauté.