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Haseeb Ahmed (US, 1985)
Période de résidence: juillet-décembre 2019
Mon travail, qui portait sur la relation entre le vent et le paysage autour du lac Léman, a pris des tournures inattendues. J’ai été confronté à des orages soudains et violents qui enflaient au-dessus du lac pendant les mois d’été. Durant les mois d’hiver, des vents qui balayaient tout et transformaient le lac en mer enragée ont réveillé en moi une peur que je n’avais plus ressentie depuis longtemps.
Ma tentative de reproduire les vents autour du lac Léman est alors passée d’une représentation scientifique à sensible, parlant directement aux sens. Il m’a fallu beaucoup de temps et beaucoup de moments passés à scruter l’horizon pour m’en rendre compte.
Avec l’aide de Pieter Heremans, j’ai alors construit une station météorologique qui a récolté des données pendant plusieurs mois. Ensuite, plutôt de que de simplement traiter ces données, je me suis surpris à chercher des moyens de reproduire les sensations provoquées par l’expérience même du vent.
En même temps, je me suis rendu compte que mon souvenir du temps qu’il faisait était étroitement lié à mes souvenirs de représentations d’orage au cinéma et au théâtre.
Pendant ma résidence, j’ai lu des ouvrages à propos de la signification du vent dans l’art cinématographique, soit un élément qui annonce un changement prochain, révolutionnaire.
Parmi les moyens utilisés pour évoquer le vent au théâtre, j’ai opté pour l’éoliphone, un instrument cylindrique qui reproduit le sifflement du vent. Poursuivant mon travail avec le programmateur Pieter Heremans, nous avons élaboré une machine à vent et l’avons ensuite reliée aux données récoltées par la station météorologique.
Il s’agit d’un moyen de rejouer le temps qu’il fait, comme le ferait un cylindre de cire ou l’un des disques de Luc.
Basé à Bruxelles, Haseeb Ahmed développe une pratique axée sur la recherche. Explorant dans sa pratique le thème du vent, il intègre des méthodologies issues des sciences dures et collabore avec des ingénieurs aéronautiques, des physiciens, des philosophes et des musiciens pour produire des objets et des installations in situ. Son travail a été exposé au Museum of Contemporary Art Chicago, à la Biennale internationale d’art contemporain de Göteborg, au Museum Bärengasse de Zurich ou encore à De Appel à Amsterdam. Actuellement, il poursuit ses recherches en travaillant avec le Prof. Craig Martin, qui écrit une histoire globale du vent à l’université Ca’ Foscari de Venise.