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N° 151 (09/07/2009). A la une: Faire reculer les apprentis dictateurs au Honduras! p. 3
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Edito
Faire reculer les apprentis dictateurs au Honduras
Un enjeu fondamental pour l'amérique latine
Depuis l’annonce du coup d’Etat de l’oligarchie hondurienne, le 28 juin dernier, la presse internationale s’efforce d’en restreindre la portée à une querelle au sein des sphères du pouvoir. S’agit-il d’ailleurs d’un coup d’Etat – l’administration Obama n’utilise pas ce terme – ou d’un conflit institutionnel entre le Président d’une part, et le Congrès et la Cour Suprême de l’autre ? Manuel Zelaya Rosales aurait eu l’intention, nous dit-on, de modifier la constitution pour se présenter une seconde fois à la magistrature suprême, ce qu’auraient contesté de façon certes un peu brutale, les autres organes du pouvoir d’Etat. Dès lors, il appartiendrait à la « communauté internationale », les Etats-Unis en tête, de tenter de résoudre ce conflit de façon pacifique et concertée.
Avant l’ère de la United Fruit Co et des républiques bananières, le sort de l’Amérique centrale était déjà entre les mains des grandes puissances, surtout de l’Angleterre et des Etats-Unis, qui projetaient la construction d’une voie ferrée – puis le percement d’un canal – à travers l’isthme de Panama. Pour le Président US Rutherford B. Hayes, tout canal de ce type serait « virtuellement une partie de la côte des Etats-Unis » (1879). Ainsi, l’ancienne Capitainerie générale du Guatemala de l’empire espagnol, qui avait donné naissance aux Provinces Unies d’Amérique Centrale, indépendantes en 1823, va-t-elle très vite éclater en cinq petits Etats aisément contrôlables, à la souveraineté douteuse : le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua et le Costa Rica. Le Panama s’ajoutera à ce chapelet de petits pays en 1903, suite à la sécession d’une province colombienne, soutenue par Washington.
Dès la fin du 19e siècle, l’oligarchie régionale a vendu son âme aux planteurs de bananes yankees. Le Honduras en devient même le premier exportateur mondial. Cet Etat n’a désormais « d’existence que dans la mesure où il brade sa souveraineté auprès des compagnies étrangères ». Le 20 juillet 1920, le Vice-président US de l’une des deux majors bananières, la Cuyamel Co., écrit ainsi à son avocat hondurien : « Il est indispensable de cultiver l’imagination de ces peuples asservis, de les subjuguer à l’idée de notre puissance, et particulièrement tous ces politiciens et autres galonnés que nous devons utiliser. (…) [Il faut] faire en sorte que sa classe privilégiée, dont il importe qu’elle soit à notre service exclusif, se plie à nos intérêts ». Et si les potentats locaux ne sont pas à la hauteur, les marines US se chargent de « rétablir l’ordre » : il le feront à six reprises, en 1903, 1907, 1911, 1912, 1924 et 1925.
Aujourd’hui, les Etats-Unis doivent tenir compte de rapports de force bien différents à l’échelle du sous-continent, notamment du prestige des pays de l’ALBA (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua et Honduras). C’est la raison pour laquelle Barak Obama ne peut pas traiter les putschistes honduriens comme Franklin D. Roosevelt le faisait du dictateur nicaraguayen Somoza : « un fils de pute, mais notre fils de pute ». Avec l’aide précieuse du Mexique, de la Colombie et du Pérou, en tant que partenaires les plus dévoués, mais aussi du Brésil – principale puissance régionale –, il s’agit en effet pour eux d’éviter que les victoires électorales de la gauche latino-américaine, qui se sont multipliées ces dernières années, n’ouvrent la voie à une mobilisation des mouvements sociaux de nature à mettre en danger les intérêts fondamentaux des grandes sociétés occidentales. « Nous poursuivons des objectifs beaucoup plus importants que les bananes », expliquait déjà un diplomate US du début du siècle dernier. C’est dans ce sens que Washington ne peut pas soutenir ouvertement le putsch du Gén. Romeo Vásquez, formé pourtant à l’Ecole des Amériques de Fort Benning (Georgia). Il ne peut pas non plus reconnaître sans autres le nouveau pouvoir du président Roberto Micheletti, comme l’ont fait jusqu’ici Israël et Taiwan.
Ceci dit, le coup d’Etat hondurien bénéficie aujourd’hui de solides appuis aux Etats-Unis, dont la base aérienne de Soto Cano avait servi de tête de pont à la Contra nicaraguayenne dans les années 80. Il n’a d’ailleurs pas pu être préparé sans la complicité même prudente de secteurs de l’administration Obama. En effet, si le retour des dictatures militaires n’est pas privilégié aujourd’hui par les Etats-Unis, elle n’en demeure pas moins une option de dernier ressort envisageable, lorsque les élites locales défaites électoralement ne bénéficient pas d’une légitimité suffisante pour reconquérir le pouvoir par la voie des urnes, en dépit de l’appui massif – politique, économique et logistique – des multinationales et de Washington, surtout dans un contexte où le mouvement social ne cesse de gagner en puissance et en détermination. De ce point de vue, le Honduras constitue un test important pour les forces réactionnaires du sous-continent qui pourrait inspirer d’autres tentatives liberticides, notamment en Bolivie ou au Paraguay.
Raison pour laquelle, la gauche anticapitaliste doit soutenir activement la résistance courageuse du peuple hondurien, aux côtés des mouvements sociaux d’Amérique latine et du monde entier.
Jean Batou
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