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Carrés réservés dans les cimetières, abattage rituel: des questions d’aujourd’hui… ou du XIXe siècle? Comment la Suisse, composée de communes et de cantons religieusement homogènes, a-t-elle passé à un modèle de liberté religieuse? Puis, une fois un principe installé dans la loi, comment a-t-elle fait de ce principe une réalité vécue? Parcours historique avec Sarah Scholl, docteure en théologie et en histoire, spécialiste des relations entre religieux et politique. Elle a notamment publié un ouvrage sur la création de l’Église catholique-chrétienne de Genève au cœur du Kulturkampf (1870-1907).
La tolérance désigne aujourd’hui une attitude bienveillante envers la différence. Historiquement, la tolérance a été avant tout un principe d’organisation politique qui, affirmant un lien très fort entre une confession, le pouvoir et la vérité, tolérait d’éventuelles dissonances. Les juifs ont été «tolérés» durant la plus grande partie de l’histoire européenne. Avec l’Edit de Nantes, en 1598, le Roi de France accorde une tolérance aux protestants. L’édit est révoqué en 1685, dans le cadre d’une intense persécution contre les réformés, sonnant le glas d’un mode de coexistence confessionnelle. Dans le siècle qui suit, celui des Lumières, le concept de tolérance cède la place à celui de liberté religieuse. Cette dernière devient un Droit de l’homme et fait partie alors du programme des Révolutions de la fin du XVIIIe siècle. Liberté de conscience, liberté de culte et liberté d’association forment le cocktail décisif de la modernité démocratique. Elles prennent près d’un siècle, le XIXe , à se mettre en place. Ces libertés ne trouvent leur plein accomplissement que dans un contexte de pluralisme religieux. L’exemple de la Suisse est particulièrement intéressant.
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Le XIXe siècle voit aussi s’inscrire dans la Constitution une autre limitation à la liberté religieuse: l’interdiction de l’abattage rituel des animaux. La mesure est complexe à analyser, car elle est à la fois le fruit d’une initiative de la Société protectrice des animaux (SPA) et le résultat d’une flambée d’antisémitisme, en particulier dans les cantons suisses alémaniques. Il s’agissait de la première initiative populaire de l’histoire suisse. Elle a été acceptée par 60% des votants le 20 août 1893. La violence des propos contre les juifs tenus durant la campagne montre que la liberté religieuse n’est rien sans une dimension éthique, sans le respect d’autrui et de ses convictions. Ainsi, une fois la liberté religieuse acquise dans la loi, le sens du mot «tolérance» doit se redéployer, pour exprimer, hors du champ juridique, les modalités d’un rapport pacifié à l’autre et à ses différences culturelles et religieuses.
Cet extrait provient de l’article «Liberté religieuse et tolérance. Petit parcours historique» de Sarah Scholl. Il est disponible dans le n°45 de la Revue des Cèdres: La tolérance se cherche une religion.