Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06989.jsonl.gz/1252

Fondation Ling
La lettre de la Fondation - n° 4/mai 1993
UN
PLAIDOYER IMPOSSIBLE ?
APPRENDRE A PEKIN: APERCUS DES DEUX VOYAGES D'HIVER
PEKIN, FEVRIER 1993:
"IL Y A UN AUTRE MONDE, MAIS IL EST DANS CELUI-CI
PEKIN, FEVRIER 1993:
NEIGONG, TAIJIQUAN ET LUNE GELEE
PEKIN, MARS 1993: QIGONG
DE SANTE ET TOHU-BOHU
PEKIN, MARS 1993: PEKIN
QUATRE ANS PLUS TARD
UNE ENQUETE
PRESENTATION DES
MEMBRES DU SEMINAIRE
L'EXPERIENCE DE MERE
SOFIA
MALADIE ET MALHEUR
: TEMOIGNAGE D'UNE PHILOSOPHE
RINNIE TANG: LA VOIE DE
LA VOIX
UN CONCERT DE JOSE
BARRENSE-DIAS
DE LA COCA AMERINDIENNE
AUX ZOMBIES DE HAITI APERÇUS DE L'ETHNOPHARMACOLOGIE
FORUM DES SOIGNANTS
- ACTE UN
UN PLAIDOYER IMPOSSIBLE ?
Parmi les sujets présentés dans ce numéro 4 de La Lettre figure l'enquête consacrée aux aspects révélateurs et constructifs de la maladie et du malheur.
Mettre en évidence les aspects révélateurs et constructifs de la maladie et du malheur, de la "chose" (comme Marie Cardinal qualifie la maladie), le "ça" de Céline, ou la "grâce" qu'est la maladie pour Proust?
Et si la maladie et le malheur n'étaient porteurs d'aucun espoir, n'avaient aucun sens, mais créaient seulement un sentiment de haine, d'injustice, ou la perte de la foi religieuse (comme si en quelque sorte il y avait un lot de santé, de salut auquel chacun avait droit)?
La souffrance liée à la perte d'un être cher, la perte d'un emploi, la maladie, l'exil, l'enfermement carcéral, n'aurait-elle rien à nous dire des ressources de l'homme? Ces événements sont-ils seulement épouvantables, entièrement aléatoires? Aucune aide ne peut-elle être espérée de quiconque en de pareils cas? Ne s'imposeraient alors que le ressentiment, la certitude que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, que l'épreuve ne sert à rien et que la solitude est notre lot?
Mais alors quel sens auraient ces proverbes : "le malheur des uns fait le bonheur des autres", ou "à quelque chose malheur est bon"?
De tous temps, les médecins, les philosophes, les hommes de religion et les écrivains ont recherché le sens de l'expérience de la maladie et d'innombrables modèles ont été élaborés. Mais au-delà de ces modèles, qui n'appréhendent que leur cause éventuelle, la question demeure de savoir si la maladie et le malheur peuvent revêtir un sens, et lequel, entre un "non.sens" qui ne révèle rien et que rien ne peut justifier (et la résignation qui s'ensuit), le caractère abject de la maladie (selon Céline), humiliant, ou à l'extrême inverse, son caractère bénéfique (la "chance" donnée à Fritz Zorn par son cancer).
La Fondation Ling, sans a priori, mais avec la volonté de donner la parole à toute personne ayant été frappée par la maladie ou le malheur, aimerait entendre sa représentation de la maladie et tenter de saisir cette réalité au moyen d'un questionnaire que vous trouverez en annexe au présent numéro de La Lettre , questionnaire mis au point par un groupe d'étude depuis près d'une année.
Les travaux de ce groupe d'enquête, que je vous encourage vivement à soutenir, permettront peut-être de déterminer quel type de réponse est associé à quel type d'événement; cette enquête est ouverte à tous, membres ou non de la Fondation Ling, et chaque témoignage sera utile.
Les témoignages seront réunis sous forme d'une anthologie que nous publierons et qui permettra d'orienter les recherches et travaux à venir de la Fondation Ling vers un concept plus humaniste de la santé et du "bonheur".
APPRENDRE A PEKIN: APERCUS DES DEUX VOYAGES
D'HIVER
Après le succès des deux voyages qu'elle a organisés en Chine en été 1992, la Fondation Ling a mis sur pied cet hiver deux autres voyages d'un style différent, à Pékin, d'une durée de 15 jours chacun, en collaboration avec l'Agence Voyages et Culture de Lausanne. Chacun de ces deux voyages constituait à la fois un stage d'apprentissage ou d'entraînement d'une discipline (taijiquan ou qigong) et un séjour d'agrément et de découverte de la ville de Pékin.
Le premier voyage s'est déroulé du 7 au 21 février 1993, dirigé par Luc Defago (enseignement du taijiquan). Le second s'est déroulé du 14 au 28 mars 1993, dirigé par Véronique Terrier (enseignement du qigong de santé). Trouvez ci-après quatre textes qui vous donneront un bref aperçu du plaisir et de l'intérêt éprouvés par les deux groupes de voyageurs (chacun comptant une vingtaine de participants).
Rappelons que Luc Defago et Véronique Terrier sont tous deux enseignants de taijiquan en Suisse Romande, membres de la Fondation Ling et du groupe de recherche Coraling. Ils ont pu compter à Pékin sur la précieuse collaboration du Professeur Zhuang Yuanyong, membre de la Fondation Ling et son représentant pour la République Populaire de Chine. Le deuxième groupe a bénéficié sur place de l'enseignement de M. Li Zhi Nan, secrétaire général de la Société Chinoise de Recherche Scientifique du Qigong.
Merci à tous ces précieux amis et collaborateurs pour ces deux belles nouvelles réussites!
PEKIN, FEVRIER 1993: "IL Y A UN AUTRE
MONDE, MAIS IL EST DANS CELUI-CI
La Chine nous a offert des moments où la communion était splendide; je pense aux démonstrations de maîtres de taiji et à d'autres temps forts, aux carrefours des badauds chinois et nous. Bon voyage aux prochains partants, et comme le dit Eluard: "Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci".
Nous fîmes connaissance pendant le trajet, ceci après que les chapelets et autres objets de culte (parmi lesquels des récipients aux inscriptions étranges, Salvagnin, Fendant, je me demande encore ce que c'était) eurent disparu. Nous nous trouvâmes tous extrêmement sympathiques, beaux et intelligents (sans compter une modestie naturelle qui ne gâche pas le paysage), et décidâmes qu'on était une bande de sacrés potes. Ceci se confirma tout au long du voyage, où nous pûmes admirer les capacités d'écoute, d'attention et d'endurance de chacun d'entre nous.
Les journées commençaient à cinq heures (merci Henri) avec du nei-gong (méditation, pour ceux qui font semblant de savoir ce que c'est), et se poursuivaient avec du taiji au parc. Les chinois ont eu des regards curieux, mais jamais méchants, et donnaient des conseils sur la façon de tenir le derrière et les jambes, ne sachant pas qu'il existe une forme différente de celles qu'ils pratiquent habituellement. Ensuite, taiji de 9h30 à midi pour tous. Les plus avancés faisaient l'épée et l'éventail, les autres les duans et les treize postures. Nous avons eu le bonheur de voir des démonstrations de formes différentes par quelques maîtres: splendeur et émotion... Ils nous ont aussi expliqué les compétitions de tuishou dans un cercle, le premier qui est déséquilibré ayant perdu. Chaque combat dure trois minutes, et il y a des tournois au niveau régional et national.
L'après-midi était consacré aux sorties et aux achats, ainsi qu'aux repas qui sont, au début du moins, un tour de force. Les charmantes personnes qui viennent prendre votre commande sont aussi démunies en anglais que vous en chinois. On finit par pointer les bols de la table d'à côté, et à Bouddha va.... Nous avons goûté aussi à de la cuisine exclusivement végétarienne, ainsi qu'à de la cuisine à base de plantes médicinales, et plus d'excellents repas (pour 6 fr.s.) dans de minuscules restaurants. Grâce à l'habileté de Luc et de bien d'autres personnes, nous avons encore eu l'occasion de visiter un hôpital de médecine traditionnelle qui a été très révélateur de la conception chinoise de la santé et de la maladie.
Voilà, je ne parlerai pas de l'opéra, de la maison de thé, du Palais d'Eté, de l'Homme de Beijing, etc., car il faut voir cela sur place. Par contre, je peux vous dire que le Professeur Zhuang est splendide en français, qu'il est une mine de renseignements et d'explications, et qu'il nous a bravement supporté pendant deux longues semaines. Il est donc vacciné et vous attend de pied ferme.
PEKIN, FEVRIER 1993: NEIGONG, TAIJIQUAN
ET LUNE GELEE
La Fondation Ling me demande de guider et enseigner le taijiquan pour un groupe de voyageurs de 22 personnes, en Chine. OK. Je leur avais promis le soleil et - 15 degrés C. Arrivée à Pékin. Brume opaque. Le groupe: Alors, Luc, où est le soleil? Il ne faisait que moins cinq degrés (maigre consolation). Heureusement, dès le jour suivant, le Ciel fut clément et le soleil irradia de tous ses feux l'azur.
Visites de temples : taoiste "des Nuages Blancs", bouddhiste "des Lamas", de Confucius, du Ciel, de la Terrasse (Lingtai Shi et Jietai Shi). Visite de jardins (Prince Gong), du palais impérial (Gugong), du Palais d'Eté (Yuanmingyuan), de sites préhistoriques (l'homme de Pékin à Zhoukoudian est vieux d'un million six cent mille ans). Notre séjour fut bien rempli et enrichissant. Nous habitions le Peace Hotel, près du centre commercial, la rue Wangfujing, à 10 minutes à pied de Tiananmen. Tous les matins neigong de 5h à 6h, puis taijiquan de 6h15 à 7h30, dans la première enceinte du Palais Impérial, entre le mur et les douves où se reflétait la lune sur l'eau gelée. En face, dans la pénombre, on devinait un groupe de femmes qui exerçait un "qigong des petits oiseaux". Les marchands arrivaient avec leurs carrioles-vélos lâchant de sonores Hô !
Après le taiji, aux premiers rayons du soleil sur les murs rouges du Palais, un chanteur d'opéra répétait avec un compère au violon à deux cordes (er-hu ). Le marché était déjà animé le long des douves. On y trouvait de tout à manger et une diversité impressionante de légumes pour la saison. Il y avait aussi sur le trottoir d'en face ceux qui pratiquaient l'épée, et les coiffeurs qui oeuvraient avec un linge, une chaise, des ciseaux et un balai! Pour pas cher, d'ailleurs, mais par moins cinq, il ne faut pas avoir froid aux yeux. Un peu plus loin, les troquets servaient le petit déjeuner chinois sur la "terrasse" (trottoir, table pliante, tabourets). Lait de soja fumant, galettes, pains fourrés, youtiao ou youpian . Je ne m'en privais guère, bien qu'à l'hôtel m'attendait un deuxième petit déjeuner-buffet (nouillettes sautées chinoises, croissants, omelettes, etc.) A 9h30, taijiquan jusqu'à midi. Repas sur le pouce. A 13h30, départ pour les visites diverses, dont la Grande Muraille et les tombeaux Ming et Qing de l'Est. Le soir, de succulents repas se succédaient : canard laqué, marmite mongole, cuisine impériale, cuisine médicinale... J'oubliais la maison de thé, l'Opéra de Pékin, le spectacle d'acrobaties. Tout celà grâce à notre ami le Professeur Zhuang Yuanyong, qui organisa le séjour avec brio et commenta les visites de façon éclairée, avec sa chaleur et sa gentillesse coutumières. Le dernier soir, nous le fêtâmes avec joie et Shao Hsing ! Il insista pour nous inviter, dans un petit restaurant discret où nous pûmes chanter et lâcher nos clameurs à notre aise! Le Prof. Zhuang nous organisa également la visite d'un hôpital de médecine traditionnelle chinoise où nous pûmes voir le département d'acupuncture, celui de traumatologie avec un traitement par massage (tuina ), puis la pharmacie traditionnelle de l'hôpital - avec explications sur les préparations des herbes.
Autres aperçus plus techniques de ce séjour. Le deuxième jour, nous assistâmes à une rencontre internationale de taijiquan et de wushu au Palais des Sports de la municipalité de Pékin. Démonstrations intéressantes d'enfants et d'adolescents champions nationaux aux armes (sabres, bâtons, perche, épées) ainsi que démonstrations de qigong et de taiji.
Le 9ème jour, nous invitâmes le chef de la section des arts martiaux de Pékin, M. Wu Bin. Ceci grâce à Hong Lan, épouse de Wen, notre ami de Genève. Wu Bin est directeur de l'Institut National de Recherche en wushu et directeur de l'Association Municipale de wushu de Pékin. L'accompagnaient M. Liu Gao Ming, directeur pour le taijiquan "yang" de l'Association Municipale de taijiquan de Pékin (le taiji est une des disciplines du wushu et l'Association Municipale de taiji est subordonnée à l'Association Municipale de Wushu), ainsi que M. Gao Zhi Hua, 70 ans, directeur pour le taijiquan "chen" et "wu" de l'Association Municipale de taijiquan de Pékin. Ils vinrent tous trois à 9h30 à l'hôtel, dans la salle où nous pratiquions chaque matin. Nous fîmes une démonstration du 1er duan et des 13 postures, ce qui nous a valu les éloges de ces trois sommités. Puis j'appris que Wu Bin est en correspondance avec Maître Wang, et que c'est lui qui l'a invité pour le gouvernement chinois à visiter Pékin et la Chine continentale en juin et juillet de cette année. (Liu Gao Ming est au demeurant natif de la même ville que Maitre Wang). Ensuite, M. Liu nous fit une magnifique démonstration du 1er duan de la forme yang et M. Gao de la forme wu et de la forme chen. Puis M. Liu nous montra la forme-synthèse des trois formes de taiji - utilisée pour les compétitions de forme. Enfin M. Liu et Wu Bin nous montrèrent quelques mouvements de tuishou, comme peng-lü-an-ji (parer-tirer-pousser-presser). La réunion se poursuivit par un débat animé sur le taijiquan en Chine. De plus en plus de jeunes pratiquent et le nombre absolu de pratiquants en Chine augmente chaque année. Le taijiquan est enseigné à l'école primaire (il y a une école à Pékin où 500 enfants le pratiquent dans la cour chaque matin). Des hôpitaux l'utilisent avec le qigong comme thérapeutique. Ce premier contact fut donc très chaleureux. Un nouveau pont était jeté entre nous et Pékin. En même temps, nous avons préparé involontairement le retour de Maitre Wang en Chine continentale.
Ce jour-là, la neige est tombée sur Pékin en gros flocons virevoletant sur nos invités. Un signe? La neige était attendue depuis deux mois.
PEKIN, MARS 1993: QIGONG DE SANTE ET TOHU-BOHU
Pékin, à l'heure d'un petit déjeuner tardif... Couverture sous le bras, indifférents aux regards interrogateurs qu'ils suscitent, une vingtaine d'occidentaux en tenues de gymnastique sillonnent les couloirs du Beijing International Hotel.
Heureux participants au deuxième voyage 1993 de la Fondation Ling ["Apprendre à Pékin"], nous nous réunissons chaque matin, trois heures durant, autour de Mr Li Zhi Nan, secrétaire général de la Société Chinoise de Recherche Scientifique du Qigong.
L'homme est serein, solaire. Bien qu'il nous avoue jouer les professeurs pour la première fois, notre "maître" se révèle être un brillant pédagogue, doublé d'un guide attentif. Au-delà du strict enseignement de son art, c'est une véritable leçon de vie que nous offre celui avec qui avec sincérité, patience et amour, s'applique à nous transmettre les notions de base essentielles du statique et méditatif "Qigong de santé".
Humilité, tolérance et simplicité sont implicitement au programme. Via les timides mais souriantes traductions d'une jeune interprète chinoise fraîchement diplômée*, la sagesse de cet homme - et à travers elle celle d'une civilisation plusieurs fois millénaire - nous incite à reconsidérer les modes de vie et de pensée auxquels nous nous agrippons avec ténacité. Rien que pour cette seule prise de conscience, la rencontre s'avère déjà bienfaisante.
En élèves motivés, assidus et disciplinés, nous ne manifestons que très peu de contrariété à pratiquer nos exigeants et difficiles exercices dans un tohu-bohu peu propice à la concentration. Seul bémol pouvant s'inscrire à la clef d'un séjour harmonieux, dans une quinzaine sans fausse note, nos séances de "recueillement" se déroulent sur un coin de moquette de couloir, entre une terrasse intérieure et l'entrée d'un restaurant de l'hôtel, lieu de passage relativement animé que baignent d'une musique de grande surface les hauts-parleurs placés juste au-dessus de nos têtes!
Excursions, visites, spectacles ou repas ont également su nous séduire ou nous émerveiller, même si le temps nécessaire à une meilleure compréhension et à une plus authentique découverte de ces mille et une richesses ne fut, bien sûr, que très rarement au rendez-vous. Emmenés par le délicieux Zhuang Yuanyong, Professeur de français à l'Université des Langues Etrangères de Pékin et membre de la Fondation Ling dont il est le représentant en Chine, avec curiosité, notre petit groupe s'est laissé étonner, charmer et fasciner, à l'heure où les bourgeons éclataient au soleil nouveau. Du Temple du Ciel à celui des Nuages Blancs, des tombeaux des Ming à ceux des Qing, de chez Confucius au Palais d'Eté, en passant par l'Opéra ou une maison de thé, sans oublier les mythiques Grande Muraille et Cité Interdite, poésie, raffinement et démesure semblaient jouer à cache-cache.
Paroxysme des émotions, les visites de parcs au lever du jour, lorsque le corps, l'esprit et le cosmos ne font souvent plus qu'un, resteront, pour tous ceux qui les ont vécues, comme un des instants privilégiés de ce voyage.
Comment évoquer encore cette "escapade" au pays des collines parfumées, sans remercier du fond du coeur Véronique Terrier, précieuse accompagnatrice, qui tel un ange gardien, veilla sur nous tous avec compétence et discrétion!
Rencontres, partages, découvertes et émotions pourraient résumer ce modeste "pélerinage" au pays des sages, qui indubitablement restera gravé en lettres d'or dans la mémoire de chacun.
* Elève du Prof. Zhuang Yuanyong (NDR).
PEKIN, MARS 1993: PEKIN QUATRE ANS PLUS
TARD
Je t'ai fuie en juin 89, tu étais en sang et en larmes : les tanks avaient déchiré l'asphalte de tes artères, des carcasses de métal brûlées achevaient de se tordre à tes carrefours désertés. Tu étais marquée dans ta chair, stupéfaite et impuissante, comme j'étais marquée dans mon coeur.
Je suis revenue à toi, appréhendant de comparer mes cicatrices avec les tiennes. Et durant trois jours j'ai erré. Je faisais alors corps avec toi, je t'habitais, tu m'habitais. Maintenant j'étais un fantôme désorienté et perdu.
Tu as voulu effacer toutes traces de ce coup de folie, tu as cligné un peu des yeux, repris ta marche comme si de rien n'était. Et ton énergie tranquille et forte m'a rassurée, m'a portée. J'ai retrouvé ton rythme, je m'y suis coulée, et j'étais à nouveau à ma place, curieuse de te voir aussi légère et confiante, épanouie de tes nouvelles richesses et de tes nouveaux riches.
Bien sûr, des gratte-ciels surgissent de ton ventre, bien sûr, les échangeurs font leurs noeuds hallucinants un peu partout, mais l'ambiance de tes parcs au petit matin, la sérénité grandiose de la Cité Interdite, et surtout l'humour et la douce chaleur de tes habitants, tous ces signes préservent ton âme au fil du temps.
UNE ENQUETE
Qui l'ignore encore? La santé, ce n'est pas seulement le résultat d'une frénétique répression des symptômes, ou je ne sais quel "silence des organes" comme disait Leriche (chirurgien français considérable, mais dont l'horizon épistémologique se résumait à notre tuyauterie artérielle). L' organisation Mondialede la Santé, elle, nous dit que la santé doit être "un état de complet bien-être physique, mental et social". Nous voilà bien avancés. Dans ces conditions, qui ose encore prétendre jouir d'une bonne santé? Au rebut, tous ceux qui boîtent, qui zozotent, qui névrotisent ou qui digèrent mal le papet. Ils ne sont pas "en santé". Quelle différence entre eux et un traumatisé crânien, un cancéreux, un schizophrène ou un sidéen? La médecine a parfois de ces définitions...
Mais là n'est pas le vrai problème. Le vrai problème, c'est peut-être d'avoir fait de la santé un tel idéal humain, qu'il est devenu désormais mal vu de souffrir. Vous avez la mauvaise idée de fumer, de vous taper une bronchite chronique ou même un infarctus? Vous n'êtes plus au top 50. On vous regarde d'une mine dégoûtée, ou pire, d'un oeil plein de compassion. On vous assène mises en garde et conseils. Comme si la vérité absolue se trouvait du côté des bien-portants. "Faites donc du régime, n'oubliez pas votre jogging matinal, surveillez votre cholestérol, ré-examinez votre thème astral, ouvrez vos chakras". Voilà ce dont on nous rabat les oreilles.
Et si, après tout, la "santé" impliquait aussi - et paradoxalement - le droit d'être malade sans honte ni culpabilité? Sans exclusion, sans rejet par la caste des bien-portants et la médicocratie officielle ou complémentaire? (Plus que jamais règne, de nos jours, une certaine "tyrannie" des moyens de prévention, dans les couloirs du CHUV comme dans les souks de Mednat). Certes, prévenir est sage, défendre la santé est une évidence. Mais quand on ne sait pas vraiment où s'arrête la santé et où commence la maladie, comment décider des bonnes stratégies de prévention et de soins?
Pour y voir plus clair, la Fondation Ling a décidé de donner la parole à ceux qui ont des symptômes, aux malades, en somme, à ceux qui ne sont pas "en santé". Afin qu'ils nous aident à comprendre un peu mieux cette forme d'expérience de la vie.
D'où un séminaire d'étude consacré aux aspects révélateurs et constructifs de la maladie et du malheur .
Epithètes fort peu usuelles pour des calamités, direz-vous. "Révélateur", passe encore, mais "constructif"? Et pourtant, nombre de soignants en sont témoins dans leur pratique quotidienne: la maladie, le malheur, ce n'est pas que du "négatif". Quelque chose peut émerger de ce type d'expérience, une sorte d'apprentissage, douloureux, mais puissant, une forme de découverte de soi-même, du monde, de nos relations avec nos semblables... Frappés d'un deuil intolérable, d'une maladie éprouvante, d'une catastrophe existentielle, voilà que d'un seul coup, le ciel ne sera plus jamais le même, nous ne verrons plus le monde avec les mêmes yeux, notre "sens des valeurs" aura changé radicalement (comme me le disait un patient ces derniers jours). Il advient que nous sortions de cette épreuve non seulement aguerris par la souffrance, mais plus lucides aussi, avec un coeur plus ouvert qu'auparavent, une capacité d'écoute inattendue envers soi ou autrui, une illumination de l'esprit.
Comment explorer ce problème de façon utile? Nous avons procédé à un petit sondage préalable, en interviewant quelques volontaires. Ceux-ci nous ont ouvert les yeux sur d'autres aspects du problème, grâce à leurs témoignages parfois bouleversants. Et nous avons pu mettre au point quelques questions qui nous paraissent fondamentales (voir le questionnaire ci-joint, que nous proposons à tous ceux qui souhaitent témoigner). Si vous vous sentez concerné, remplissez-le et renvoyez-le nous. Parlez-en aussi autour de vous, distribuez-en des photocopies à vos proches, à vos soignants, à vos patients. Plus nous recevrons de témoignages, et mieux nous serons "équipés" pour les comprendre de façon intelligente.
Une sélection de ces témoignages sera faite avant de les publier, après accord avec les intéressés, sous forme d'une anthologie (anonyme?). Celle-ci sera peut-être une contribution utile à une nouvelle approche du concept de santé. L'équipe de notre séminaire dépouillera ces questionnaires dans la confidentialité. Il va de soi que nous restons ouverts à toute nouvelle suggestion au sujet de cette recherche.
PRESENTATION DES MEMBRES DU SEMINAIRE
Confortablement installés dans la bibliothèque de la Fondation, autour d'un samovar et de biscuits, les rencontres du séminaire se passent dans l'atmosphère de convivialité, de respect de chacun et de travail intense qui caractérise le projet Ling.
Nous sommes sept, invités par Gérard Salem pour nos approches diverses et pourtant réunis par les mêmes questions: comment éclairer de façon plus complète l'expérience de la maladie et du malheur? comment donner la parole aux personnes directement concernées et apprendre d'elles?
Est-il besoin de présenter Gérard Salem? Peut-être simplement lui laisserai-je la parole : "C'est notamment après une grave maladie de coeur que j'ai eu l'idée de cette recherche. Cette expérience (être une fois "de l'autre côté de la barrière") a confirmé pour moi-même, à l'époque, un constat fait maintes fois en tant que médecin : que certaines personnes ayant traversé de grandes épreuves dans leur vie en ressortaient souvent transformées et parvenaient alors à développer des ressources insoupçonnées en elles jusque là. Ce processus reste pour moi mystérieux. C'est ce qui a piqué ma curiosité et m'a motivé, entre autres, à lancer un séminaire de recherche sur ce thème".
Gérard a alors parlé de son projet à Jean-Pierre Müller, ami de longue date et proche confrère, qui avait eu également un accroc de santé assez sérieux. Celui-ci, également psychiatre, poursuivant en outre depuis de nombreuses années une recherche spirituelle et philosophique - au travers de la méditation - s'est tout de suite intéressé au projet : "J'ai pensé qu'à travers cette recherche, nous pourrions peut-être dégager des lignes qui nous "aideraient à aider" les gens dans leurs épreuves, en découvrant du sens par une dimension plus spirituelle et non pas seulement somatique ou psychologique, pour qu'ils puissent intégrer plus totalement l'expérience douloureuse".
Puis l'équipe s'est assez rapidement constituée et nous avons eu notre première rencontre en décembre 1991. Il y avait là Ursula Brentano, à qui Gérard avait proposé de collaborer, non pas seulement pour sa formation professionnelle d'assistante sociale et son travail à Cery et à la Clinique de Nant, mais davantage encore pour sa longue expérience de souffrance personnelle aux détours d'une vie d'épreuves particulièrement lourdes.
Mais il est vrai que l'équipe est plutôt à composante médicale : François Méan est médecin généraliste. Il s'intéresse aux problèmes de toxico-dépendance depuis de nombreuses années, dans le cadre d'une médecine de la personne. Egalement prêtre, François apporte au séminaire une contribution théologique sur la notion d'infortune selon la tradition orthodoxe. Il nous dit : "Les études de médecine ne mettent pas assez l'accent sur le fait que l'on puisse être accompagné lors d'une maladie. La médecine officielle ne reconnaît pas suffisamment l'importance de la relation médecin-malade. L'homme ne se résume pas à une entité uniquement psychosomatique, il comporte aussi une composante spirituelle. C'est ce qui donne le sens ultime à une épreuve. J'espère apporter quelque chose dans ce sens à notre séminaire".
Nous connaissons tous Bertrand Piccard, membre du Conseil de Fondation, psychiatre, issu d'une famille d'explorateurs et de scientifiques, dont récemment les média reflétaient l'audacieuse traversée en ballon de l'Atlantique! Il ne mâche pas ses mots : "Je crois que les êtres doivent évoluer et toute occasion est bonne pour ça. Les lois de la vie doivent être comprises et on peut le faire plus particulièrement au travers de la maladie et du malheur. A mon sens, on ne peut parler de hasard, mais plutôt d'évolution. J'ai donc voulu participer à ce séminaire car cela pouvait être un accès à cette prise de conscience de l'évolution des êtres. Si on croit que tout ça, ce n'est pour rien, on reste en marge de son destin. J'avais besoin de partager ce paradigme avec les autres, et besoin aussi de voir si on peut l'utiliser à des fins thérapeutiques - surtout pour le médecin que je suis".
Anne Spagnoli, secrétaire de la Fondation Ling, que nous connaissons dans La Lettre par deux articles déjà (dont l'un consacré précisément à notre séminaire dans le no 2, et un autre à son expérience hospitalière dans le no3), fait les PV avec une fidélité sans faille. Mais elle participe surtout dans l'optique de son expérience personnelle de la maladie. Elle a exploré de multiples significations possibles de celle-ci.
Moi-même, je suis analyste jungienne et psychothérapeute en privé. Mais ayant traversé des épreuves particulièrement intenses et constaté qu'elles ont modifié du tout au tout ma vision de l'existence, j'ai voulu apporter à la fois mon témoignage et un regard plus philosophique sur le thème du séminaire.
Ce qui émerge à l'heure actuelle de nos travaux, c'est la nécessité d'ouvrir notre équipe à tous ceux qui sont prêts à témoigner, afin que cela ne se limite pas à un débat "d'initiés".
L'EXPERIENCE DE MERE SOFIA
"Aimer un être, c'est le voir comme Dieu a voulu qu'il soit". Tolstoï
" Ce n'est pas ce qu'on a vécu qui compte, mais l'idée qu'on s'en fait" Daniel Schmid
Mère Sofia a fait il y a dix ans le choix de devenir moniale orthodoxe pour pouvoir mieux intervenir auprès de son prochain et pour continuer ce "dialogue avec Dieu" commencé dès son plus jeune âge. Elle a étudié à la fois la psychologie et la théologie, domaines indissociables à ses yeux, pour faire que "les deux pôles se rejoignent", pour pouvoir appréhender l'être humain dans sa globalité. Son dévouement prend de multiples formes : une partie de son travail est d'être, dans ses propres termes, "un agenda de rue" pour les gens qui y vivent et n'ont nul autre point de chute. Elles les oriente vers les diverses institutions existantes, sans leur enlever leur liberté de choix. Elle est également souvent appelée par des patients soignés en milieu psychiatrique, qui lui demandent de faire office de "tampon" entre le corps médical et eux-mêmes pour améliorer le dialogue. Mais son activité principale actuelle se situe dans le cadre du "Parachute", centre d'accueil dont l'objectif premier est d'offrir une vie normale à des jeunes de la rue atteints du sida, en leur proposant une alternative aux structures déjà en place. C'est à la vue de jeunes malades mourant dans les rues de Lausanne dans des conditions épouvantables qu'est née il y a un an et demi la décision d'ouvrir ce centre. Il offre également une vie familiale et un espace de réflexion à des jeunes en difficulté, pour leur permettre de faire un bilan et de se réorienter. S'il n'est pas toujours bien vu par les milieux officiels qui lui reprochent entre autre d'être peu médicalisé, le "Parachute" répond malgré tout à une demande réelle de solutions plus individualisées. Il offre un cadre où les jeunes sont responsabilisés, et peuvent prendre un temps de réflexion, loin des pressions que la société leur impose.
Dans le cadre de l'enquête sur les aspects révélateurs de la maladie et du malheur, nous lui avons demandé pour La Lettre de nous communiquer son point de vue sur ce sujet.
L.L. Vous sortez d'une très grave maladie. Pouvez-vous nous faire part de la manière dont vous avez vécu cette épreuve et ce que vous en avez retiré?
M.S. La maladie et la souffrance sont un enseignement. Ma récente maladie m'a permis de faire le point, de me demander où menait cette vie complètement stressée. Avant cela, le stress restait pour moi quelque chose d'extrêmement théorique. Aujourd'hui, je me suis rendue compte que c'est un problème fondamental. Il est indispensable de prendre le temps de s'écouter. Cette expérience m'a grandi sur le plan spirituel, et elle a renforcé ma foi. Mais pendant cette maladie, j'ai eu une période que j'appelle "le trou noir". Je ne savais pas ce qu'était une dépression et je pensais que cela ne pouvait pas m'arriver. Et bien, je me suis rendue compte que cette maladie m'a menée à une dépression Je n'avais plus aucun contrôle sur quoi que ce soit, j'étais dans le désert, avec mon angoisse. Dans une telle situation, il n'y a que deux solutions: soit vous vous donnez les moyens de vous en sortir, soit vous plongez. J'en ai tiré un enseignement sur la mort, moi qui pensais auparavant l'avoir apprivoisée. Pourtant, j'ai accompagné beaucoup de gens dans la mort, avec sérénité, mais c'était celle des autres. Maintenant je connais ma propre mort, et je suis toujours en sursis. C'est un enseignement qui pour moi n'est que positif, alors que cette expérience aurait tout à fait pu me faire sombrer dans l'opposé. Je comprends aujourd'hui qu'on puisse arriver à un état dépressif tellement aigu qu'on perde pied. Je suis plus consciente quand j'ai en face de moi un être dépresssif, je me dis qu'il n'a peut-être pas pu bénéficier au moment crucial du coup de pouce nécessaire pour remonter la pente.
L.L. Qu'est-ce qui vous a donné ce coup de pouce?
M.S. C'est l'instinct de survie, un réflexe intérieur. Je me suis demandée où j'en étais avec ma foi, si je croyais vraiment à ce que je faisais. J'ai eu une période où j'ai fermé ma porte à tout le monde, où je ne voulais plus voir personne, ce qui n'est pas dans ma nature. Je ne me reconnaissais plus. Il s'agissait d'une histoire entre Dieu et moi et il fallait que je me batte. C'était un moment crucial, et il aurait suffit de très peu pour renoncer. Cette expérience a été positive.
L.L. Vous côtoyez tous les jours des jeunes en détresse. Comment vivent-ils leur souffrance?
M.S. Selon leur propre témoignage, les jeunes du "Parachute" disent évoluer "en qualité", par rapport à eux-mêmes, par rapport à leurs besoins. Cet endroit les aide à accepter leur souffrance et à l'utiliser pour bâtir quelque chose de positif dessus. L'un d'eux m'a dit un jour qu'enfin il avait vu ses limites, et que maintenant il allait pouvoir travailler dessus, parce qu'il en avait pris conscience. L'espace du "Parachute" leur permet de se soustraire à ce stress qui leur est tellement pénible, il leur permet de travailler sur eux-mêmes, et ils en arrivent parfois à demander d'eux-mêmes une référence thérapeutique. C'est un pas très important de la part de jeunes qui ont été institutionalisés, et qui sont absolument réfractaires à toute aide venant de la part d'assistants sociaux, de psychothérapeutes ou d'éducateurs. Quelle que soit l'approche, il faut respecter l'être qui est en face de nous, et lui dire que c'est lui-même qui fait sa propre vie, et que nous ne pouvons que l'accompagner.
Propos recueillis par Giselle Eberhard
MALADIE ET MALHEUR : TEMOIGNAGE D'UNE
PHILOSOPHE
"Vouloir le bien sans le mal, la raison sans le tort, l'ordre sans le désordre, c'est montrer qu'on ne comprend rien aux lois de l'univers, c'est rêver d'un ciel sans terre, d'un positif sans négatif, d'un yin sans yang."
Zhuangzi (Tchouang Tseu)
Quelques réflexions de Mme Du Xiaozhen, professeur de philosophie à l'Université de Pékin, au sujet des aspects révélateurs et constructifs de la maladie et du malheur.
Je crois qu'il est tout à fait possible qu'une expérience grave ou un malheur puissent apporter des aspects positifs et donner une signification à la vie. J'ai fait moi-même cette expérience.
Comme le point de vue philosophique traditionnel chinois le préconise, je pense que le malheur et le bonheur ne sont pas deux choses absolues. Le malheur implique le bonheur. On ne peut pas les séparer. Il est impossible de dire "je suis toujours heureux" ou "je suis toujours malheureux".
Un autre point que j'aimerais souligner, c'est qu'il n'y a pas de critère unitaire pour juger ce qui est malheur, ce qui est bonheur. Le bonheur de l'un peut être le malheur de l'autre. Il faut différencier. C'est pourquoi je dis que le malheur est la plus importante richesse pour un intellectuel, pour quelqu'un qui pense. Pour les écrivains ou les philosophes, le malheur est indispensable. Pour quelqu'un qui n'éprouve jamais le malheur ou la maladie, cela peut signifier que c'est impossible pour lui de faire quelque chose de vrai.
A la fin du XXème siècle, je crois que la crise de la pensée s'aggrave, soit dans le monde occidental, soit dans le monde oriental, comme en Chine. Je crois que c'est certainement un des problèmes qui ressort des travaux de Levinas ou de Simone Weil.
En ce qui me concerne plus personnellement, deux événements ont marqué ma vie. L'un est la révolution culturelle. Avant la révolution culturelle, je n'avais connu qu'un aspect de la vie. J'ai vécu une jeunesse très calme, très paisible; mes parents m'aimaient beaucoup. J'étais une petite fille très sage et je travaillais très bien à l'école. Quand la révolution culturelle éclata, j'étais en France. J'ai été convoquée par le gouvernement pour participer à la révolution. Et c'était vraiment un cauchemar pour moi. Tout a été détruit, tout a changé. J'ai été éduquée par la révolution culturelle, par les paysans et les soldats. J'ai travaillé dans une ferme militaire pendant 2 ans. La vie y était très dure. Quelquefois, on travaillait 12 heures par jour et c'étaient des travaux insupportables, très lourds pour les filles. Aujourd'hui, c'est impossible de l'imaginer, mais c'était comme ça à cette époque-là. Mais ce qui était encore plus difficile à supporter pour moi, c'était l'oppression mentale. Les soldats qui nous gardaient dans la ferme nous traitaient comme des intellectuels capitalistes, c'est-à-dire des intellectuels bourgeois. Il y avait toujours des réunions de critiques, pour critiquer la bourgeoisie et ils cherchaient dans la tête de chacun s'il y avait quelques points de vue bourgeois.
Ce que j'ai vécu dans la ferme militaire est vraiment une richesse pour toute ma vie. J'ai pu connaître la vie très dure. J'avais l'occasion de rencontrer des paysans, de simples soldats, des gens pauvres et malades. Et j'ai connu des gens pauvres, mais dotés d'un grand coeur, comme ce paysan qui nous offrait les dernières gouttes d'huile pour améliorer nos plats. C'est un souvenir inoubliable.
Je crois que c'est nécessaire de connaître ça. La vie était très dure et la révolution culturelle était vraiment un cauchemar. Mais je crois qu'à travers ce cauchemar, j'ai connu peu à peu ce qui est profond dans la vie. Et j'ai pu m'approcher de gens de plusieurs niveaux intellectuels et sociaux. Aujourd'hui, je travaille en tant que philosophe et pour être une philosophe, il est important de connaître le malheur des gens. Ceci me permet de comprendre différents ouvrages de grands philosophes.
L'autre malheur de ma vie a été le décès de mon mari à l'âge de 28 ans. C'est le malheur le plus important que j'ai vécu. Mon fils avait 1 an. A cette époque-là, je pensais quelquefois que je ne pourrai plus vivre, que je ne pourrai plus jamais entreprendre quelque chose. Des amis m'ont beaucoup aidée. Lorsque nous vivons un malheur, il est très important d'être entouré. La notion de l'autre est très importante pour surmonter les difficultés et les malheurs. Et peu à peu il y a eu un tournant. J'ai pensé à mon fils, à mes parents. J'ai vu de mes propres yeux la mort, mais la vie sans la mort, c'est impensable. La mort est proche de nous. On ne peut vivre éternellement, alors nous qui vivons encore, nous devons nous efforcer de vivre mieux. C'est pour les morts qui nous aimaient de leur vivant. Après ce malheur, j'ai mieux compris la vie et sa signification. Surtout, j'ai senti que je devais aimer les autres.
Les deux malheurs principaux que j'ai vécus m'ont aider à bien juger les philosophes ou les doctrines philosophiques dans le monde. Il y a beaucoup de sortes de philosophies. Il y a des philosophes très aigus, très violents. Je ne peux jamais accepter ces doctrines-là. J'aime bien Levinas, Simone Weil, des philosophes comme ça. Je crois qu'une philosophie cela signifie de donner de l'amour aux autres.
Propos reccueillis à Pékin par Katharina Orville-Frei, collaboratrice de La Lettre , en mars 1993.
RINNIE TANG: LA VOIE DE LA VOIX
Issue d'une famille chinoise de lettrés et d'académiciens, Rinnie Tang a été initiée dès son enfance au chant et à la poésie ancienne de la tradition taoïste. Elle réside actuellement à Paris, où elle donne de nombreux enseignements sur la tradition chinoise (calligraphie, taijiquan, qigong, chant). Pour la Fondation Ling, elle propose un approche de "La voie taoïste des six sons", une méthode traditionnelle qui considère la voix comme la vibration de la vie. Elle est présidente de l'Association Confluences, qui a pour but de promouvoir une meilleure connaissance des cultures traditionnelles du monde entier. Son travail d'ethno-historienne au Musée de l'Homme à Paris l'a amenée à collaborer avec des musées chinois pour la mise en valeur de leurs collections et la préparation d'expositions.
L.L. Qu'est ce qui vous a amenée en Europe?
R.T. Je me suis tournée vers la culture européenne en partie pour me distancer de mes parents. Je suis fille unique de parents fortunés et célèbres dans mon pays comme peintres, écrivains, académiciens. Pour eux tout était facile, les problèmes ne pouvaient pas exister. Alors pour faire autre chose qu'eux, j'ai décidé à 21 ans d'apprendre le chant européen à Shanghai. J'ai donc quitté ma tour d'ivoire et je suis partie étudier à Paris, à la Schola Cantorum et aux Beaux-Arts. L'approche occidentale m'a beaucoup apporté.
L.L.Vous avez étudié le chant classique de l'opéra chinois. Comment avez-vous ressenti la différence entre cette approche et les techniques de chant occidental?
R.T. La différence est très sensible pour moi physiquement. Le travail vocal chinois implique beaucoup plus le corps que le travail vocal européen, qui sollicite davantage le cerveau. La même différence se retrouve dans la langue. Si vous désirez apprendre à bien parler le chinois, vous devez tout d'abord apprendre à situer chaque mot dans votre corps. Le chant chinois est beaucoup plus charnel, il demande une plus grande participation des "tripes". Le chant classique occidental est beaucoup plus "crânial", alors que le chant chinois implique une gymnastique faciale très accentuée. Mais je parle là sur un plan technique de base. Il est évident qu'un artiste complet passe au-delà de ces différences.
L.L. On parle beaucoup aujourd'hui des aspects thérapeutiques du qigong. Cela fait-il partie de votre enseignement?
R.T. Tout est thérapeutique, mais je ne suis pas médecin, je suis artiste. Cette distinction est d'ailleurs elle-même moderne. Pour la génération de mes parents, un médecin n'était jamais uniquement médecin. Les Chinois traditionnels sont en majeure partie d'éducation confucianiste, et Confucius a toujours dit que même si vous avez tout lu, mais que vous ne maîtrisez pas les six arts (tir à l'arc, équitation, chant, musique, peinture, GO), vous ne pouvez pas être considéré comme un homme accompli. Je crois qu'on revient petit à petit vers cette notion de l'homme global. Chez nous, le mot "spécialiste" était dans le passé employé pour désigner quelqu'un qui a des connaissances limitées à un certain domaine. Le qigong, en Chine, fait partie de l'art de vivre. On n'a pas besoin d'être malade pour pratiquer le qigong. Le développement du qi aide à amener tout ce que l'on entreprend à un état supérieur, même pour ceux qui pratiquent un art martial. Le travail du qi augmente l'énergie intérieure. Les chanteurs d'opéra chinois appliquent aussi l'exercice du qi pour la maîtrise du souffle. Les hommes politiques développent leur qi pour favoriser l'art de la communication avec le public, ainsi que pour sauvegarder leur sérénité intérieure. L'aspect santé, "thérapeutique", n'est qu'une des nombreuses facettes du qigong.
En Chine traditionnelle, les enfants apprennent toutes les différentes formes d'art: musique, peinture, calligraphie, etc. Plus tard, chacun peut développer une ou plusieurs de ces talents artistiques, selon son penchant. Soulignons que la Chine moderne suit plus ou moins la voie occidentale, et par conséquent, le savoir se cloisonne de plus en plus. Chose curieuse, il suffit parfois d'avoir un certain recul pour ouvrir son esprit. Moi-même par exemple, grâce à mon séjour en Occident, j'ai commencé à comprendre les avantages d'une éducation globale.
L.L. Que cherchez-vous à transmettre à vos élèves et par quel moyen?
R.T. J'essaie de leur enseigner l'art de vivre, la joie. Pour moi aussi l'enseignement est un apprentissage. Mes élèves m'apportent autant que je leur donne. De nombreuses formes de qigong se sont développées depuis l'antiquité, mais la base du travail est restée la même. On peut comparer l'apprentissage technique du qigong à celui de la grammaire d'une langue. Deux formes d'esprit peuvent très bien coexister chez une même personne, à savoir l'esprit du chercheur et l'esprit du technicien. Dans l'apprentissage d'un art, il y a certainement tout d'abord la technique à maîtriser, mais à la longue, les progrès ne sont possibles que si l'on arrive à se libérer de la technique. Pour moi, les pinceaux, les sons, les épées ne sont que des outils, et j'essaie de faire comprendre cela à mes élèves. Il est nécessaire que le "disciple" ressente à un certain moment l'envie de faire autrement que le "maître", car il n'existe pas deux personnes au monde qui soient semblables et qui s'expriment de manière identique. C'est pourquoi ce n'est pas très important que mes élèves reproduisent exactement ce que je fais, car ils ne peuvent trouver ce qui est juste qu'à travers eux-mêmes.
L.L. Mme Ducommun, vous êtes l'élève de Rinnie Tang. Comment vivez-vous son enseignement ?
A.-M. D. C'est un cheminement riche et varié pour regarder à l'intérieur de soi-même, en alliant le travail corporel par les sons, les épées, le taiji, à celui de l'esprit. Notre éducation est beaucoup plus cérébrale que l'éducation chinoise. Celle-ci aboutit concrètement à développer la réceptivité envers les autres, à vivre avec plus de joie, et moins de hâte frénétique. L'enseignement de Rinnie Tang comporte aussi un pas vers la calligraphie, par une approche corporelle et gestuelle. Il ne faut pas confondre calligraphie et écriture. Nous pouvons tenter d'approcher le trait en le mettant en relation avec notre respiration, ce qui aboutit à un trait consistant vrai qui n'est pas uniquement une copie. Mais ce n'est pas encore de la calligraphie, ce n'est qu'un autre moyen de mieux se connaître.
R.T. Vous êtes calligraphe quand votre liberté intérieure arrive jusqu'au papier. Le papier n'existe pas, le pinceau n'existe pas, la main n'existe pas, c'est une transposition directe. Mais si vous n'avez rien à dire, vous n'êtes toujours pas calligraphe. Le but de mon enseignement c'est de faire sentir à ceux qui désirent travailler avec moi, au moins une fois, que cet éveil subit, cette transposition directe, sont possibles.
Propos recueillis par Giselle Eberhard
UN CONCERT DE JOSE BARRENSE-DIAS
Ce mardi 9 mars 1993 revêt une importance toute particulière pour l'équipe d'organisateurs de la Fondation Ling. C'est en effet à l'occasion de cette soirée que la Fondation fête son deuxième anniversaire, en accueillant pour un concert de soutien le guitariste José Barrensé-Dias.
14 heures. Salle des Fêtes de Casino de Montbenon. Les préparatifs commencent, José Barrensé-Dias arrive de la radio où il vient d'enregistrer une demie heure d'émission avec Roselyne Fayard, qui sera diffusée à 17 h sur Radio Suisse Romande la 1ère. L'artiste s'installe et commence par accorder sa guitare, construite, il me paraît intéressant de le préciser, par le Dr Bertrand Martin, vice-président de la Fondation. L'artiste installe son matériel de sonorisation et durant près de trois heures, il va répéter son spectacle afin de le régler dans les moindres détails.
15 heures. L'équipe technique de Baraka (qui retransmettra le concert en direct) prend elle aussi possession des lieux et jusqu'à 18 heures, c'est un va et vient auquel j'assiste un peu médusée, car cette dizaine de techniciens, travaillant presque silencieusement, sont conscients que la qualité du spectacle repose sur leurs épaules. A 18 heures, le projet devient réalité: la Halle des Fêtes est devenue une salle de café-concert chaleureuse et conviviale.
19 heures. Arrivée des premiers spectateurs. Baraka prend l'antenne et accueille au micro pendant une trentaine de minutes le Dr Bertrand Piccard, membre du Conseil de Fondation, qui en direct sur les ondes va, avec ce charisme qui lui est propre, expliquer aux auditeurs l'origine et les buts de la Fondation Ling.
20 heures. La salle lentement s'obscurcit, les spectateurs, installés autour de petites tables, applaudissent avec beaucoup de chaleur l'entrée en scène du guitariste brésilien. Pendant près de deux heures, José Barrensé-Dias va envoûter un public attentif et connaisseur, alternant avec subtilité les pièces gaies et enjouées, toutes empreintes du folklore brésilien, et des compositions plus intimes qui évoquent avec beaucoup de pudeur une grande richesse intérieure.
José Barrensé-Dias joue et chante à son image. Celle d'un homme de la terre qui détient la simplicité, l'authenticité qui donnent à sa musique un goût de vérité. Il chante et joue des thèmes simples: la vie, l'amour, la mort; rien de très original en fait, mais qui, traduits en son langage, touchent à une dimension universelle.
Le bilan artistique de cette fête fut donc réjouissant, comme d'ailleurs l'audience donnée à la Fondation Ling, pendant près de quatre heures sur les ondes de la RSR-1. Si nous pouvons également nous réjouir d'avoir donné un aperçu de nos activités et de nos objectifs aux quelques 130 spectateurs, nous pouvons aussi regretter l'absence et le manque d'intérêt apparent de la plupart des membres de la Fondation à cette soirée. En effet, seule une quarantaine de membres se sont manifestés, alors que nous espérions que tous auraient à coeur de venir ou d'envoyer quelques amis se réjouir de notre deuxième anniversaire en nous apportant leur soutien. Dommage, car la soirée fut très belle!
DE LA COCA AMERINDIENNE AUX ZOMBIES DE
HAITI: APERÇUS DE L'ETHNOPHARMACOLOGIE
Le soir du mercredi 21 avril 1993, le Dr Laurent Rivier, de l'Institut de Médecine Légale de l'Université de Lausanne, nous a donné une brillante conférence sur l'ethnopharmacologie à la salle de projections du Collège Arnold Reymond, Pully. Docteur ès Sciences, Laurent Rivier avait déjà présenté un exposé dans le cadre du séminaire "Entre Pendule et Scanner" organisé par Ilario Rossi. Il incarne à mon avis l'image même du chercheur de terrain doublé de celui de laboratoire. Il appartient à l'extraordinaire famille d'hommes de science qui, un peu dans la lignée du Professeur Mortimer, n'hésitent pas à s'aventurer, en T-shirt et en pantalon kaki, à bord d'un bateau laboratoire, sur les eaux incertaines de l'Amazone ou du Delta de l'Orénoque, pour traquer l'herbe thérapeutique concoctée par le chaman du coin, se mêler à la tribu (avec la curiosité du savant, mais aussi avec la modestie et le respect d'un humaniste), et analyser les alcaloïdes identifiés dans telle décoction traditionnelle ou observer la façon dont un medicine-man insuffle une substance hallucinogène dans la narine d'un autochtone. Ses collègues et lui n'hésitent pas au besoin à s'utiliser eux-mêmes comme sujets d'expérience, en s'exposant par exemple, une joue gonflée à la façon de Popeye, aux effets attendus de la mastication des feuilles de coca, avant d'en relever les courbes de demi-vie sur un ordinateur.
Comme nous l'a expliqué Laurent Rivier, l'ethnopharmacologie est l'exploration scientifique et interdisciplinaire des agents biologiquements actifs employés ou observés par l'homme. L'objectif est de sauver et de documenter cet héritage culturel important avant qu'il ne soit perdu, en découvrant et évaluant les agents utilisés. L'on imagine sans peine l'apport original d'une telle discipline à la médecine occidentale, et l'on reste impressionné par ses interactions très "Ling" avec d'autres disciplines telles que la botanique, la chimie, la pharmacologie, l'anthropologie, la linguistique, la sociologie, l'histoire des religions, la toxicologie, les statistiques, etc. Et quand on sait que sur 250.000 espèces de végétaux, la littérature scientifique ne repère que 5000 plantes (2%!), dont 400 seront évaluées par des tests biologiques, et que sur la trentaine de plantes émergeant de ce tri difficile, 15 substances actives seront finalement identifiées en laboratoire, on reste forcément rêveur...
Mais voilà déjà l'infatigable Dr Rivier en Haïti, au coeur de pratiques vaudoues, en train de chercher les substances propres à provoquer la catalepsie et la mort apparente de sujets "ressuscités" qui, zombies souriants, répondent tranquillement à ses questions au bord de leur propre tombe!
L'ethnopharmacologie? Non mais, quand est-ce qu'on appareille?
P.S. Ceux qui veulent en savoir plus peuvent consulter la remarquable revue internationale: Journal of Ethnopharmacology , dont Laurent Rivier est éditeur-fondateur avec Jan G. Bruhn de Stockholm.
FORUM DES SOIGNANTS - ACTE UN
Cette première rencontre entre thérapeutes de tous horizons s'est déroulée la veille du deuxième anniversaire de la Fondation Ling, et s'inscrit dans la continuité du séminaire "Entre pendule et scanner". Le but avoué de cette réunion, et des suivantes, est de déboucher sur une mise en place concrète d'un réseau de collaboration interdisciplinaire. Plusieurs personnes en quête d'un thérapeute ont déjà demandé à la Fondation de leur en conseiller un.
L'espace d'une matinée se sont exprimés les avis les plus sincères et les plus divers, articulés autour de ces nécessités unanimes: émousser le clivage entre les thérapies officielles et complémentaires, développer une solidarité nouvelle entre soignants ayant des références différentes, et qui bénéficieraient de mieux se connaître, amplifier la réflexion et l'amener à se concrétiser.
Quelques orateurs ont lancé le débat.
Monique Jaton, assistante sociale, a donné un compte rendu de l'enquête qu'elle a réalisée sur le thème: "cancer et approches complémentaires". Environ 65% des 120 patients interrogés ont "avoué" avoir trouvé de l'aide auprès des thérapies non-conventionnelles (en tout 45 approches différentes), tout en continuant leur traitement oncologique. Le vibrant message que les patients désirent transmettre à travers cette enquête amplifie de façon non équivoque l'urgente nécessité de réconcilier ces médecines, pour éviter que leur quête d'un mieux-survivre ne continue de se réaliser dans la clandestinité et la culpabilité envers leur médecin-traitant.
Jean-Paul Corboz, médecin généraliste, a livré ses réflexions sur le thème de l'oscillation (entre le corps et les émotions, entre la relation humaine et la technique) qu'il ressent comme amplifiée, dans la trajectoire des toxicomanes dont il s'occupe notamment, et qui est bien présente dans nos pôles d'intervention thérapeutique.
Lia Singh, gynécologue, a cité trois lieux romands où la collaboration interdisciplinaire dans l'approche des pathologies féminines est déjà effective et harmonieuse depuis plusieurs années : le centre Rosa Canina (Genève), le centre Prévention et Santé (Colombier), et la Maternité de Châtel-Saint-Denis. Elle a aussi mis l'accent sur la nécessité de rassurer les femmes quant aux hormones et autres traitements officiels qu'on leur propose.
Jean-Christophe Bonvin, naturopathe et acupuncteur, a insisté sur la nécessité pour un soignant d'approfondir sa propre technique, et du danger qu'il y a à en cumuler plusieurs. La collaboration entre thérapeutes lui semble favorable pour une prise en charge polyvalente et différenciée.
Gérard Salem, en l'absence du juriste invité (qui s'est excusé), a cité quelques textes de lois concernant les limites de la concertation entre thérapeutes officiels et complémentaires.
Après la pause-café, la discussion s'est facilement ramifiée entre plusieurs membres de l'assemblée (médecins, naturopathes, astrologue, musicothérapeute, herboriste, acupuncteur, psychologue, logopédiste, sophrologue, infirmières). L'accent a été mis sur les réflexions suivantes: par un travail d'évolution personnelle, le thérapeute doit résoudre son propre clivage intérieur, afin d'élargir son ouverture aux autres pratiques qui lui sont moins connues. Il serait éventuellement souhaitable de créer une référence de qualité professionnelle, pour répondre à la demande des patients qui s'adressent à la Fondation. La communication avec les instances officielles, médicales et politiques, doit être améliorée.
Une controverse s'est dessinée entre les partisans d'une relation duelle soignant-soigné, servant de fil conducteur et de référence rassurante au cheminement vers la santé, et les défenseurs d'une approche polyvalente, centrée sur le patient, sans intégration apparente des multiples approches. Chaque participant a déposé sa petite pierre colorée sur le grand mur vierge des idées et des bonnes intentions; il ne reste plus maintenant qu'à les assembler en une mosaïque cohérente et harmonieuse. Afin de concrétiser ces suggestions et ces souhaits, un groupe d'études a été constitué, et de futures rencontres de ce type seront organisées. Il est très favorable que de nouvelles connections entre professionnels de la santé se nouent, puisque cela répond aux souhaits des patients.
N.B. Ce forum a été enregistré sur audiocassette déposée au studio Ling de la Fondation.
|Réalisation <email-pii>|