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Rustique mais charmante, cette sonnerie fribourgeoise de quatre cloches !
Alors que leurs concurrents étaient capables de réaliser des cloches avec une grande justesse de ton et avec des décors finement ciselés, les derniers fondeurs fribourgeois étaient à la peine !
De la chapelle à l’église – Le premier lieu de culte à Neyruz fut une chapelle édifiée en 1432. La petite cloche gothique déposée devant de la cure en est la relique. Agrandie au début du XVIIIe siècle, cette chapelle fut remplacée par une église quand Neyruz obtint le droit de se séparer de Matran et de s’ériger en paroisse. Les travaux de terrassement de l’église débutèrent en 1845 et le chantier s’acheva trois ans plus tard. Ce n’est toutefois que le 20 septembre 1857 que le sanctuaire fut consacré. Coût des travaux : 53’000 francs de l’époque, dont 8’327 pour les cloches, nous apprend Deillon dans son Dictionnaire des paroisses du canton. Pour l’anecdote, en 1880, un ouragan souffla la flèche du clocher et causa des dégâts considérables.
Une sonnerie rustique mais charmante – La sonnerie se compose de quatre cloches. Trois sont l’oeuvre de Louis-Alexis Roelly de Fribourg en 1848, alors que la plus récente fut coulée par Ruetschi d’Aarau en 1959. Cette dernière remplace très certainement une cloche de 1848 fêlée ou brisée : Deillon mentionne en effet clairement que quatre cloches furent coulées par le fondeur fribourgeois. Les jougs en chêne ont laissé la place à des montures en acier de la maison Bochud, qui motorisa la sonnerie. A noter que la cloche la plus récente ne possède pas le même type de joug. La sonnerie n’est équipée que pour la volée, il n’y a ni mécanisme de tintement horaire, ni cadran. La présence d’un clavier de type « manche de brouette », désaffecté, nous apprend que jadis, les cloches pouvaient être carillonnées pour les fêtes. La cloche de l’ancienne chapelle, aujourd’hui déposée, est attribuée à Hensli Follare de Fribourg. Non datée, mais de belle facture, elle aurait été coulée durant la seconde moitié du XVe siècle. Les cloches de 1848, elles, présentent de nombreux défauts de coulée. Leur justesse de ton est également plus qu’approximative. Si l’aspect rustique de cette sonnerie nous apparaît aujourd’hui comme tout à fait charmant, on comprend mieux pourquoi les dernières générations de fondeurs fribourgeois eurent beaucoup de mal à lutter contre la concurrence des artisans de régions voisines.
-Cloche 1, note mi3 -50/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
-Cloche 2, note fa#3 -18/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
-Cloche 3, note la3 +6/100, coulée en 1959 par Rueschi d’Aarau
-Cloche 4, note si3 -59/100, coulée en 1848 par Louis-Alexis Roelly de Fribourg
[Cloche déposée, note si4 +11/100, coulée durant la seconde moitié du XVe siècle par Hensli Follare de Fribourg]
Mes plus vifs remerciements à la paroisse de Neyruz, et tout spécialement à M. Maurice Vionnet, responsable des bâtiments. Amitiés à mes camarades campanaires du jour : Anthony, Dominique, Guilhem, John et Stefan.
Sources :
Dictionnaire historique et statistique des paroisses catholiques du canton de Fribourg volume 9, par le Père Apollinaire Deillon, imprimerie Saint-Paul, 1896
Le patrimoine campanaire fribourgeois, éditions Pro Fribourg, 2012.