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"Chez les plus anciens Romains on n'accordait ni à la naissance, ni à la richesse d'honneur plus prestigieux qu'à l'âge, et les aînés étaient honorés par les plus jeunes presque comme des dieux ou des pères ; [...]. Mais quand les naissances parurent nécessaires à la cité et qu'il y eut besoin de récompenses et d'encouragements pour en augmenter le nombre (allusion aux Lex Julia et Pappia Poppeae), alors dans certains cas ceux qui avaient une femme et ceux qui avaient des enfants furent placés avant des hommes plus âgés qui n'avaient ni femmes ni enfants." Aulu-Gelle, Les nuits attiques, 2.15.1 et 3 (texte traduit par R. Marache, Paris, CUF, 1967).
Se marier et avoir des enfants représentaient pour les Romains un devoir religieux et civique. Camille et Postumius, lors de leur censure en 403 av. J.-C., avaient imposé une taxe aux célibataires, leur rappelant leurs devoirs: "Si la nature vous fait naître, elle vous prescrit aussi de procréer et vos parents en vous élevant vous ont imposé l'obligation de faire grandir pour eux des petits-enfants, si vous avez quelque sens de l'honneur.[...]." (Valère Maxime, Faits et dits mémorables I, 1-3, 2.9.1)
Selon Tite-Live, le nombre des citoyens atteignait 273 000 lors de la conquête de l'Italie, au 3ème siècle av. J.-C. Mais l'expansion de Rome dans le bassin méditerranéen, entre 262 et 121 av. J.-C. entraîna une diminution de la population en raison d'incessantes guerres. Parallèlement, on assista à une transformation des mœurs dès le 2ème siècle av. J.-C.: triomphe du célibat, mariage sine manu, divorce courant, émancipation de la femme et diminution du nombre d'enfants. Vainement, le censeur Q. Metellus essaya de réagir en 131 av. J.-C. en prononçant un célèbre discours en faveur de la natalité. Il ne put enrayer le phénomène.
Face à la décadence des anciennes valeurs, Auguste se résolut à rétablir les antiques idéaux de devoir, piété, chasteté et sobriété. Parallèlement, il tenta de rétablir les anciens cultes tombés en désuétude. Peu après la bataille d'Actium, il édicta une première loi qu'il dut immédiatement retirer en raison de l'opposition qu'elle suscita. En 18 av. J.-C., le princeps promulgua la Lex Julia de maritandis ordinibus et la Lex Julia de adulteriis. Ces mesures provoquèrent un ressentiment, particulièrement dans les classes privilégiées et chez les propriétaires terriens. En 9 ap. J.-C., les chevaliers manifestèrent contre ces lois. L'ampleur de la contestation força Auguste à les modifier. C'est alors qu'il décréta la Lex Pappia Poppeae plus douce que les précédentes. Ultérieurement, les juristes ont échoué à différencier toutes ces lois. Dans les grandes lignes, on peut dire que la Lex Julia de maritandis ordinibus encourageait le mariage, que la Lex Julia de adulteriis réprimait l'adultère et rendait le divorce plus difficile et que la Lex Pappia Poppeae tenta de promouvoir la procréation. Tertulien déclara au sujet de ces lois : "La Loi Pappia, loi vaine et absurde, qui force de procréer des enfants avant le temps où la lex Julia exige le mariage malgré l'autorité que lui donnait sa vieillesse, n'a-t'elle pas été réformée naguère par Sévère, le plus conservateur des princes?" (Tertullien, Apologétique, 4.8)
Voici quelques principes de ces lois :
- Ces lois ont supprimé des barrières sociales en matière de mariages : affranchis et personnes libres avaient l'autorisation de se marier.
- Le pater familias ne pouvait empêcher le mariage de ses enfants.
- Le fait d'avoir trois enfants dans la classe politique permettait d'avoir la priorité dans l'obtention d'une fonction et une promotion plus rapide.
- Avant Auguste, il y avait des limitations à ce qu'un homme hérite de sa femme et réciproquement. Sous la nouvelle législation, chacun des époux pouvait hériter entièrement de l'autre si certaines conditions étaient remplies, par exemple s'ils avaient un enfant en vie ou s'ils avaient perdu un enfant au-dessus de l'âge de la puberté. Mais les couples sans enfants ne recueillaient que la moitié de l'héritage du conjoint.
Cependant, selon l'avis général, ces lois n'eurent pas l'effet escompté. Les pénalités de la Lex Pappia Poppeae concernaient surtout les héritages, c'est-à-dire qu'elles visaient les riches. Les pauvres qui formaient l'immense majorité n'étaient pas concernés par celles-ci et n'avaient pas les moyens d'entretenir une famille pour la plupart. De plus, il était facile de contourner ces lois. A une époque ultérieure au règne d'Auguste, les témoignages ne manquèrent pas attestant la pratique courante du célibat et de la dénatalité. Au 2ème siècle ap. J.-C., l'empereur Marc-Aurèle dut recruter les soldats parmi les esclaves et les bandits pour affronter les Marcomans. En dépit de ce fait, ces lois furent maintenues par les empereurs successeurs d'Auguste. Elles n'ont été abrogées qu'avec la suprématie du Christianisme, qui remit en valeur le célibat.