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"Par un jour d’été
Ça faisait maintenant une heure qu’ils étaient là. C’est Matéo qui en premier avait lancé le mouvement, mais bien évidemment, tout le monde avait suivi; il faut dire que personne ne voulait louper la découverte. Au début, ils avaient essayé de grimper sur le bois, mais la structure était trop lisse pour laisser place à ce genre d’acrobatie. De toute façon, elle était bien trop haute car après tout Matéo ne faisait que 1 mètre trente et il était le plus grand de la bande. Certains essayèrent de sauter pour mieux apercevoir si ce que Matéo avait qualifié de Trésor d’Evian se trouvait effectivement au-dessus de la poutre; ils couraient depuis la plateforme en bois, le choc de leur pied contre le sol rythmait la cadence, puis arrivé à la fin de la plateforme, comme si le sol venait de disparaître, ils sautaient en direction de cette étrange toile blanche comme si elle allait leur permettre de voler.
Perspective d'un enfant face aux géants en bois
Comme atteindre le sommet semblait de plus en plus irréalisable, Alan, le bagarreur de la bande, commença à jeter des cailloux sur la structure, l’objectif étant que ceux-ci fassent basculer le trésor. Mais bien qu'il soit le plus téméraires, Alan n’arrivait pas à toucher sa cible ; les projectiles rebondissaient constamment contre quatre perches qui comme un chien de garde, protégeait l’accès à cette forteresse.
De toute façon, cela n’avait plus grande importance, la maîtresse annonçait déjà le départ. Tous les enfants partirent en courant, slalomant à travers le labyrinthe en bois.
Le trésor d’Evian venait de disparaître, aussi vite qu’il était apparu."
Comme Matéo et ses copains en course d’école, nous avons également initié une course d’école de type architecte en herbe. Nous suivions alors les pas de nos prédécesseurs de l’année précédente.
L’aventure a commencé par un réveille bien matinal afin d’apprécier l’air frais mais surtout de quitter la Suisse pour une découverte de la ville d’Evian en France. La traversé du lac avait un caractère paisible mais bien vite nous avons pu réaliser que ce métier demande littéralement de gravir des montagnes.
Montée du "mont Evian"!
Néanmoins le temps automnal et ces multi-couleurs changeantes nous ont permis d’apprécier au mieux les beautés de la nature.
A la fin de notre petite initiation à l’alpinisme, nous avons pu découvrir le site sur lequel nous allions baser notre projet dans le cadre de « MEASURES ».
Section en S du site à mesurer
Le site en soi était à coté de la Grange au lac construit par l’architecte Patrick Bouchain. Celui-ci est pionnier de la réhabilitation de lieux industriels en milieux culturels. Il fait de ce projet une apologie du bois et du comment sublimer la matière par une connaissance de son essence, de ses mesures, de ses proportions et par son association à des artifices (ex. la lumière, aluminium) qui ne font que transcender la beauté de mère nature. Il arrive alors à nous faire réévaluer les prétentions/préjugés que nous pouvions avoir sur la matière (ex. extérieur de la grange) par son contraste saisissant avec l’intérieur de l’édifice.
Grange au lac par Patrick Bouchain - Architecte
A l’instar de cela, nous même avons commencé à habiter le site construit par les étudiants de l’année précédente afin d’en sortir une connaissance de ce dernier. Ayant par binôme une trame à évaluer, nous nous sommes engagés dans la mesure de chaque morceau de bois, chaque croisement de bois. L’intention était multiple. Certes comprendre la singularité des différentes parties de la construction afin de "quitter une donnée complexe, confuse, parfois même insaisissable, afin de la projeter, dans la sphère de la réalité abstraite", c'est à dire le monde "grapho-numérique de la grille" (Codex-Measures, p.10) mais aussi ressortir les aspects permettant justement d’exprimer la complexité du site qu’on ne voit pas forcément au premier abord, ainsi que sa logique de montage.
Notre intérêt s’est donc dirigé vers les interstices mais tout particulièrement sur celui permettant la mise en commun de l’écran de projection et de la matrice de la proto-structure.
Interstice sous différents angles
On remarque alors que cette zone de transition diffère de l’édifice de base. En effet, la portée de la poutre porteuse au point de contact avec l’écran, en comparaison à la distance entre 2 poteaux de la proto-structure est plus petite (1m39 vs 1m69). L’autre particularité de cet interstice est la présence de 2 sets de diagonal partant de l’extrémité-écran de la poutre porteuse en direction du poteau porteur de la matrice (1 set en direction du sol/plancher et l’autre en direction du ciel).
Ces diagonales ont alors une fonction de contreventement encore plus renforcée par la présence du voile de l’écran mais aussi une fonction de soutien à l’écran. Elles finissent alors par définir aussi cet espace singulier.
Il devient intéressant de visualiser le paradoxe entre l’armature de la voile (lourd) et la notion de légèreté associée à cet espace. Sans l’association de ces diagonales, l’écran ne pourrait exister.
De voir qu'un enchevêtrement de bois "simple" en remplissant sa fonction qu'on imagine de base, c'est à dire de soutiens et de résistance aux défis naturels, vient par la même occasion créer un espace propre, est quelque chose de remarquable.
Forts de ces données nous avons initié des croquis et dessins nous permettant par la suite de mouler l'espace induit par ce nœud de transition qui est l'interstice.
Monge (plan + 2 élévations) de la protostructure à l'échelle 1:10 avec axonométrie de l'interstice à l'échelle 1:5
Reproduction du détail en projection de Monge et axonométrie (échelle 1:5)
Axonométrie éclatée horizontale - Démontage/remontage - Echelle 1:5
Les diagonales créant un espace propre, nous avons essayé de le reproduire sur papier à l'aide d'une perspective. L'idée était de se ramener à la petite histoire que nous avions créer, et qui jouait une place de fil rouge dans notre ouvrage, pour essayer de projeter par le papier est le crayon l'impression que faisait la structure sur ces enfants en pleine course d'école. Cela rejoins aussi nos réflexions sur la mesure. L'idée étant qu'en mesurant nous influençons nos mesures (action du mesureur sur le mesuré), car nous ne sommes pas neutre par rapport à l'objet. Cette subjectivité est illustrée par cette perspective, où un enfant de 8 aura un regard complètement différent sur l'objet que si le point de référence avait un été un adulte de 1m80.
Perspective-Projection par un enfant (1m30)
Ayant comme indication que le site était éphémère et qu’il allait être déconstruit pour être potentiellement réinstallé ailleurs, nous devions imaginer son processus de démontage et de remontage. La démarche pourrait alors s’apparenté au fonctionnement d’un cirque itinérant. Raison pour laquelle nous nous sommes axés sur des idées d’économie d’énergie, de temps et de ressources.
Par analogie, notre réflexion créatrice s’est alors focalisé sur la production d’un moule permettant la fabrication d’un interstice en une pièce unique permettant de mieux faire transparaître l’espace induit par cet interstice.
L’idée était donc de conserver ces critères de rapidité, d’efficacité et d’économie financière. Le postulat étant que malgré l’investissement de temps dans sa phase de conception, qu’un moule bien pensé et construit permet une économie, de temps quand l’action de remontage doit être répété à plusieurs reprises, une économie financière de par l’accessibilité de la matière première, une économie des moyens humain quand la pièce est produit en 1 seul élément versus d’une multitude devant être emboîté les unes aux autres.
Détail du moule en Monge - Echelle 1:3
En déterminant le carton comme moyen d'expression du moule (2mm) et le plâtre (+ eau) comme nouvelle essence de la structure originel, nous avons finalement pris la décision de faire le moule en 2 pièces. Le compromis pourrait paraître bien timoré face à notre intention de base mais étant donné que l’idée de base demandait la juxtaposition de 7 niveaux structurels pour le moule et que avec les propriétés du plâtre et du carton il aurait été difficile d'assurer l'intégrité du moulage finale. En effet il fallait trouver le bon dosage dans la préparation du plâtre liquide tout en gardant une fluidité optimale de celui-ci sans qu'il imbibe trop le carton. De plus il fallait s’assurer que tous les recoins du moule soient atteints par le plâtre pour que notre conception soit efficace, or sur un moule à 7 étage, avec de nombreux coins à remplir, il est très difficile de ne pas créer des trous d'air (chose qui nous est en tout cas arriver sur un moule à 4 étages).
Ces limitations expliquent pourquoi nous avons décidé de faire le moule en 2 phase par juxtaposition de 4 niveau structurels au lieu de 7.
Un labyrinthe en moule
Il est fascinant d'observer qu'à l'instar des contreventements sur la structure réelle, les contreforts ont aussi une position de maître dans notre moule. A nouveau, sans eux, notre moulage ne peut voir le jour. De plus, l'adjonction stratégique de chacun de ces éléments offre un labyrinthe structurel dans un processus de découverte de cette interstice.
Après avoir coulé, nous avions un produit final avec plusieurs zones d’imperfection. En effet, comme nous pouvions le craindre au début, le plâtre liquide n’est pas toujours allé dans toutes les zones de l’espace induit par l’interstice.
Interstice en plâtre
Nous pouvons toutefois conclure que la complétude de notre imaginaire, la concrétisation physique d’une idée nous remplit d’un sentiment de satisfaction presque enivrante car même dans toute son inexactitude l’idée d’un moule unique reste quelque chose d’atteignable et de faisable. Reste à perfectionner les résistances de zones de fragilité du moule (adjonction de contreforts) et la technique de dosage et d’application du matériau pour une intégrité absolue du moulage. Au final, l’ingéniosité rime rarement avec facilité…