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Autres vues aériennes de Moudon
Les notices ci-dessous sont extraites du livre de Monique Fontannaz, Les monuments d'art et d'histoire du canton de Vaud, VI, La ville de Moudon
L'origine du bourg de Moudon remonte à l'époque protohistorique. De nombreux objets trouvés lors de fouilles, en particulier certaines inscriptions, prouvent que les Romains déjà s'êtaient établis dans cette région. L'emplacement d'une colonie sur le cours supérieur de la Broye, au bord de la route qui d'Avenches menait au Léman, permit à l'endroit de conserver son importance des siècles durant. Au Xe siècle, Moudon appartenait au domaine royal de Haute-Bourgogne. Une forteresse semble déjà avoir existé à cette époque; elle devait se trouver dans la partie supérieure, le quartier du Bourg de la future ville. Tous les ouvrages fortifiés qu'on peut encore voir de nos jours sont toutefois plus récents.
Le plus vieux d'entre eux, c'est la tour massive qui se dresse sur la crête séparant le haut bourg de la basse ville, plus récente. Ce monument, aujourd'hui une ruine imposante, a déjà souvent été attribué aux premiers temps féodaux, en raison surtout de son caractère défensif Ni l'appareil régulier de ses murs ni sa base considérable ne laissent toutefois supposer qu'il ait été construit avant la seconde moitié du XIIe siècle. D'après son type, la tour de Broye appartient plutôt aux imposants donjons qui ont vu le jour vers la fin du XIIe siècle, à l'époque des ducs de Zaehringen (Nydegg à Berne, Thoune, Berthoud). Le peu qu'il en reste ne permet malheureusement pas de se faire une idée de ce que fut sa superstruction. On peut toutefois admettre que la tour devait, primitivement au moins, avoir un étage de plus et être coiffée d'un gros toit de bois. Encadrée de maisons de date beaucoup plus récente, elle est le dernier élément encore visible d'un ouvrage fortifié d'une certaine importance, dont aucun vestige extérieur n'a subsisté; il se pourrait toutefois que quelques-uns de ses fragments aient été englobés dans les murailles des demeures avoisinantes.
L'imposante tour de Moudon reflète l'histoire mouvementée de ce bourg. En 1011, Rodolphe le Fainéant, roi de Haute-Bourgogne, remit à l'évêque de Lausanne la bourgade de Moudon, qui déjà devait être fortifiée. L'évêque ne put toutefois pas jouir longtemps de sa nouvelle acquisition car au XIIe siècle, Moudon passa aux mains des comtes de Genevois, les seigneurs les plus puissants du Pays de Vaud dans ce temps-là. L'évêque dut se contenter d'un droit féodal formel sur la place fortifiée. Lorsque, vers la fin du XIIe siècle, les ducs de Zaehringen, venant du bassin de l'Aar, pénétrèrent en terre vaudoise, Moudon devint leur base d'opérations la plus importante. C'est probablement au duc Berthold V que le bourg fortifié doit d'avoir été élevé, avec la basse ville, au rang de ville. Et c'est aussi ce duc qui a vraisemblablement fait construire le donjon. Mais sa politique territoriale, en particulier ses visées sur le Pays de Vaud, était opposée aux intérêts des comtes de Savoie. Ce fut là l'origine d'un conflit qui devait durer de longues années. Berthold ne parvint pas à conserver la base très avancée qu'était Moudon; il semble que Thomas de Savoie ait réussi à s'en emparer avant 1200 déjà. Après l'extinction de la dynastie des Zaehringen, en 1218, plus personne ne revendiqua cette place forte; elle resta donc entre les mains des Savoyards, qui l'inféodèrent à l'évêché de Lausanne. Siège administratif du bailliage de Vaud et lieu de réunion des Etats et lieu de réunion des Etats vaudois, Moudon connut alors une longue période de prospérité. Les importantes franchises dont jouissaient ses bourgeois furent à plus d'une reprise confirmées par la maison savoyarde. Le château, résidence des fonctionnaires savoyards, était habité par le châtelain savoyard et, depuis 1263, par un bailli, qui exerçait la juridiction sur l'ensemble du territoire vaudois. L'importance accordée à Moudon par la maison comtale savoyarde fut encore soulignée par la construction de plusieurs édifices publics, destinés aussi bien à des fins profanes qu'ecclésiastiques. Si Moudon ne se défendit pas lors de la conquête de Vaud par la ville de Berne (1536), l'état du château de Moudon, inlogeable, obligea les baillis à aller s'installer au château tout proche de Lucens.
Sur la colline du Bourg se dressent encore aujourd'hui:
Le château de Carrouge (rue du Château n° 47) et ses dépendances occupent tout le côté Broye du sommet de la colline. Ces bâtiments ont pris la place de nombreuses parcelles appartenant aux puissants seigneurs de Vulliens, chargés probablement, comme les vidomnes côté Mérine, de surveiller l'entrée sud de la ville primitive. Le château lui-même s'élevait sur des bases médiévales, avant d'être profondément remanié en 1897 (architecte Francis Isoz) pour abriter l'Institut des sourds muets. Seuls vestiges des transformations du XVIIIe siècle, une fontaine en forme de conque et l'ancien portail d'entrée du bâtiment principal, qui montre les armoiries de Graffenried et de Diesbach sculptées vers 1772 par un artiste dont on retrouve la main sur la façade de la maison rue Grenade n° 10. L'aile occidentale a conservé ses fenêtres géminées à amortissements baroques, identiques à celles du pavillon; elle résulte certainement des travaux entrepris vers 1645 par Antoine de Graffenried, seigneur de Carrouge et avoyer de Berne, qui fit sans doute aménager à la même époque la vaste terrasse dont on jouit d'une très belle vue sur le Vieux Bourg et la campagne environnante.
La maison de Rochefort doit essentiellement sa physionomie actuelle aux travaux de la fin du XVIe et du début du XVIIIe siècle, qui lui donnèrent son volume imposant, dominant la silhouette de la Ville haute. Elle était prise auparavant dans une rangée de maisons contiguës dont elle a conservé plusieurs vestiges.
Histoire.
Les documents du XIVe siècle mentionnent, dans l'emplacement de l'actuelle maison de Rochefort, une boucherie, puis une halle des marchands. Dès la fin du XVIe, et pour plus de deux siècles, le bâtiment fut propriété de la famille Cerjat, qui possédait aussi la maison voisine. L'auteur des transformations de 1595 était François Cerjat, seigneur d'Allaman, châtelain de Moudon. La maison resta liée à la branche des seigneurs d'Allaman, notamment au rameau détenant le fief de Rochefort (à Aubonne), ce qui lui valut le nom qu'elle porte encore aujourd'hui. En 1710, elle fut reprise par la branche des Cerjat seigneurs de Denezy et resta, jusqu'en 1933, englobée dans la propriété couvrant la moitié ouest de la colline, perdant peu à peu de sa vocation résidentielle. Les travaux entrepris entre 1729 et 1731 par Sigismond Cerjat, allaient déjà dans le sens d'une affectation utilitaire, avec la construction de l'étage du grenier. Un auditoire pour la paroisse allemande de Moudon y avait été établi peu avant. La tourelle d'escalier fut utilisée par la Ville comme base d'un clocheton portant l'horloge qui se trouvait jusqu'alors sur l'Eglise Notre-Dame, démolie à ce moment-là. Dès le début du XIXe siècle, le bâtiment remplit diverses fonctions artisanales (brasserie et vinaigrerie, manufacture de tabac). Acquis par la commune en 1933, il fut aménagé une quinzaine d'années plus tard pour accueillir le musée du Vieux-Moudon (inauguration en 1950). Dernière restauration en 1989-2000.
Description.
Extérieur. Le grand volume cubique résultant des travaux de 1730 montre encore de nombreux éléments plus anciens. La face orientale donnant sur la place, de molasse appareillée, badigeonnée en ocre conformément aux témoins retrouvés, laisse apparaître, au nord, les traces de deux arcades médiévales (visibles aussi de l'intérieur). Dans la partie sud se lit clairement l'adjonction de 1595, avec sa porte en plein cintre, datée, et ses fenêtres à battue et chanfrein. Les autres baies sont du XVIIe ou du XVIIIe siècle. La façade méridionale, percée de plusieurs baies postérieures à sa construction, n'a gardé d'origine que les petites ouvertures latérales de la tourelle d'escalier. A l'ouest, le bâtiment s'élève sur un niveau supplémentaire de caves. On distingue, dans la moitié nord, des fenêtres à meneaux à simple battue de 1729 et, dans la moitié sud, plusieurs percements, autrefois à croisées de pierre; leurs encadrements moulurés d'un chanfrein et d'un cavet à congé reposant sur des tablettes doivent dater de la fin du XVIe siècle. Avant son effondrement partiel en 1996, la face latérale nord possédait plusieurs petits percements chanfreinés. La tourelle de l'horloge posée en 1730 est une construction de charpente revêtue de tavillons, qui prolonge le gabarit des escaliers de maçonnerie. Chaque face se termine par un couronnement en plein cintre abritant sur les trois côtés visibles un cadran à soleil doré sur fond bleu, restitué selon le modèle originel. La cloche porte sur sa panse le M des armes de Moudon, le nom du fondeur et la date: IAN MARITZ FONDEUR 1731, ainsi que les noms des conseillers et autres notables de cette époque.
Cette demeure aristocratique fut construite en 1649 pour Jacques-François Cerjat, seigneur de Denezy, à l'emplacement de nombreuses parcelles médiévales d'origines diverses. Les façades principales reçurent de nouveaux percements vers 1730, tandis que l'ancienne toiture à berceaux fut remplacée, après incendie en 1851, par l'actuelle couverture à deux pans.
Le plan rectangulaire très régulier est traversé dans sa longueur par un large corridor voûté sur lequel se greffe, perpendiculaire, l'escalier à l'italienne, à deux rampes et repos soutenus par des arcs. Sur le premier palier se lit la date de 1649 et les initiales M PCH / M JeANCH, soit certainement les maçons Pierre et Jean Chevalley de Champtauroz. Les pièces principales côté rue conservent de nombreux plafonds du XVIIe siècle (à solives apparentes, ou à panneaux), ainsi que des boiseries et des cheminées de 1730 environ. De la même période date une peinture murale simulant un grand poêle de catelles à dessins bleus, signée A L (?).
Dans les années 1950, le conservateur du Musée cantonal des Beaux-Arts à Lausanne décida que les oeuvres d'Eugène Burnand n'avaient plus leur place sur les cimaises, il les fit donc mettre dans les caves.
Ayant eu connaissance de cette décision, le docteur René Burnand, fils du peintre, entreprit des démarches auprès de l'Etat de Vaud pour trouver un local et conclure un accord pour le dépôt des tableaux. C'est ainsi que se créa un très modeste musée dans le bâtiment du Grand-Air. Quelques toiles importantes, mal éclairées et parfois dans des locaux plutôt poussiéreux, étaient visibles, à condition de faire l'effort nécessaire pour obtenir la clef qui était en principe déposée à la police municipale.
Lorsqu'en 1986 l'Etat de Vaud décida de restaurer le bâtiment, le syndic de Moudon de l'époque, M. Maurice Faucherre, grand amateur de Burnand, entreprit de réunir les fonds et s'engagea personnellement pour que revive le musée. La réouverture, avec des toiles entièrement restaurées et un environnement superbement refait, put avoir lieu le 14 septembre 1990.
Par la suite, les dons généreux reçus des entreprises régionales et de différentes instances permirent la création d'une Fondation du Musée Eugène Burnand, dotée d'un imposant capital, et qui prit forme le 18 octobre 1991. Depuis lors, le musée, qui bénéficie d'une subvention communale, peut ouvrir ses portes au public les mercredis, samedis et dimanches après-midi chaque semaine, de Pâques à mi-novembre. Il est toujours possible, pour des groupes, de demander l'ouverture du musée, en s'adressant à l'office du tourisme.
Il n'existe que très peu de musées réservés exclusivement à la production d'un seul peintre, c'est donc pour Eugène Burnand un honneur que d'être présent, avec une centaine de ses œuvres, dans sa commune de naissance et d'origine.
En effet, Eugène Burnand est né en 1850 à Moudon, dans ce qui était alors la propriété de son grand-père, le château de Billens. Il est décédé à Paris en 1921 et sa tombe, ainsi que celles de sa femme et de plusieurs de ses enfants, se trouve au cimetière de Vulliens, tout proche de Moudon.
Après avoir obtenu, à Zurich, son diplôme d'architecte, car son père considérait qu'il était nécessaire d'apprendre un métier et que celui d'artiste peintre n'en était pas un, Burnand se consacre entièrement à son art.
En 1870, il rencontre à Moudon Julia Girardet, de la grande famille des peintres et graveurs neuchâtelois, qui deviendra sa femme sept ans plus tard et lui donnera neuf enfants dont huit survivront. Durant ces années d'activité intense, la famille vivra à Paris, Florence, Montpellier et, bien entendu, au château de Seppey à Vulliens dont Burnand avait hérité à la mort de ses parents.
Le musée possède des oeuvres peintes dans ces différents lieux de séjour. Comme on le sait sans doute, Burnand a principalement été un témoin très fidèle de la vie en Suisse romande et plus particulièrement dans le Jorat. C'est ainsi que sont nées les grandes toiles décoratives visibles à Moudon. Le peintre avait une très grande rigueur dans son travail. C'est un peintre «vériste» et il ne pouvait imaginer de travailler sans avoir, au préalable, procédé à de nombreuses études de ses sujets. C'est ainsi qu'il fut un remarquable portraitiste, au fusain bien sûr, mais surtout à l'huile, ce qui prouve son grand talent. La série des cent portraits des soldats de la grande guerre est à elle seule un exemple exceptionnel. Cette collection appartient au Musée de la Légion d'Honneur à Paris, mais il est possible de voir tous ces soldats au musée de Moudon puisque des reproductions, à peine réduites, sont projetées sur un écran.
L'œuvre exposé ici peut être divisé en quatre catégories: la campagne vaudoise, les portraits, les illustrations et quelques scènes religieuses qui se distinguent par l'originalité des thèmes. Quatre grandes salles permettent d'exposer dans de très bonnes conditions les grandes toiles de l'artiste. Les autres parties du musée, grand halle et salle réservée aux petits formats, se complètent parfaitement.
Burnand peut être considéré comme un peintre qui a marqué son époque et beaucoup d'œuvres sont encore intégrées à des bâtiments classés monuments historiques. Il a connu de son vivant une grande notoriété et bien des tableaux exposés à Paris ont été couronnés par des médailles, que ce soit lors de l'exposition universelle de 1899 ou lors des salons qui avaient lieu tous les ans. C'est sans doute sa grande notoriété de son vivant qui lui a permis de vendre pratiquement toutes ses œuvres à des conditions très avantageuses. La «fuite de Charles le Téméraire», par exemple, a été vendue 25000 fr. et la deuxième version du «labour dans le Jorat» a été souscrite pour 60000 fr. en 1920, quand une coupe de cheveux valait 1 fr.
Beaucoup d'œuvres sont chez des privés et il est difficile de les voir; cependant les musées de Paris (Orsay), Berne, Bâle, Vevey, Genève, Winterthur, Santiago du Chili, Adelaïde (Australie), Bethany-Church (Philadelphie), possèdent des tableaux. Signalons encore les très beaux vitraux de l'église d'Herzogenbuchsee (BE) dont la finesse des portraits mérite une visite particulière.
Bibliographie