Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07115.jsonl.gz/1430

Le Paléolithique, terme créé en 1865 par le naturaliste britannique John Lubbock, désigne la très longue période préhistorique précédant l'époque des premiers pasteurs et agriculteurs. A l'origine, le concept d'âge de la Pierre ancienne fut basé sur la technologie des outils. On opposait l'âge de la Pierre taillée (Paléolithique) à celui de la Pierre polie (Néolithique). De nos jours, ces deux périodes correspondent surtout à des modes de vie différents. Les Paléolithiques sont des prédateurs mobiles dont la subsistance repose sur la chasse, la pêche ou la cueillette, tandis que les Néolithiques, en général sédentaires, s'orientent vers une économie de production dominée par l'agriculture et l'élevage. On sépare ces deux grandes périodes de l'âge de la Pierre par une phase intermédiaire dite Mésolithique.
En Europe, où l'arrivée de l'homme est plus tardive qu'en Afrique ou au Proche-Orient, la totalité du Paléolithique prend place dans la dernière période géologique de l'histoire de la terre, le Quaternaire, ère de grande instabilité climatique. Le Pléistocène, étage géologique correspondant au Paléolithique, est marqué par une alternance de plus d'une vingtaine de stades glaciaires et interglaciaires majeurs provoquant le développement cyclique d'immenses glaciers continentaux (Glaciations). Dans les régions montagneuses, particulièrement en Suisse, ces phénomènes climatiques périodiques ont induit l'alternance d'accumulations et d'érosions provoquant la disparition de la quasi-totalité des vestiges paléolithiques les plus anciens. Plus qu'ailleurs, la préhistoire helvétique est donc conditionnée par les oscillations du climat.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
Le Paléolithique de la Suisse et des régions limitrophes peut être subdivisé en quatre phases principales: archaïque, ancienne, moyenne et supérieure.
Le Paléolithique archaïque débute avec l'arrivée de l'homme dans les bassins rhénan et rhodanien vraisemblablement avant un million et demi d'années. Il comprend les cultures caractérisées par des éclats de pierre grossièrement retouchés ou des galets taillés sur une ou deux faces. Souvent désignée par le terme anglo-saxon de Pebble Culture, cette époque correspond au Pléistocène ancien et se termine conventionnellement avec un changement paléomagnétique majeur du Quaternaire daté d'environ 780 000 ans avant notre ère. Les restes humains les plus anciens découverts en Europe appartiennent à la fin de cette époque et ne sont attestés, au début du XXIe s., qu'en Italie et en Espagne. Il s'agit d'une forme archaïque d'homo erectus de type européen désigné sous le nom générique d'homo antecessor.
Au Paléolithique ancien ou inférieur (env. 800 000-300 000 ans), les industries archaïques perdurent tandis qu'apparaissent les premières cultures à bifaces dites acheuléennes. Cette époque correspond géologiquement au Pléistocène moyen et au développement des premiers anténéandertaliens regroupés sous le type général de l'homme de Mauer ou homo heidelbergensis.
Le Paléolithique moyen (env. 300 000-35 000 ans) correspond au développement d'une nouvelle technologie de taille de la pierre, dite méthode Levallois. Elle permet de prédéterminer la forme des éclats qui, sans transformation ultérieure ou par un minimum de retouches, fournissent des outils plus légers et plus rapidement fabriqués que précédemment. Cette longue période est subdivisée en Paléolithique moyen ancien (Prénéandertaliens) et en Paléolithique moyen récent (Néandertaliens classiques) à partir de l'avant-dernière grande période interglaciaire qui débute voilà environ 130 000 ans. Seule cette deuxième partie, regroupant un ensemble de cultures sous le vocable général de Moustérien, est bien attestée en Suisse.
Le Paléolithique supérieur (env. 35 000-12 000 ans) est l'époque de l'homme moderne (homo sapiens sapiens) représenté en Europe par le type de Cro-Magnon. Cette période s'achève avec la dernière époque glaciaire. En raison de la prédominance de la chasse au renne, le Paléolithique supérieur est souvent désigné comme l'âge du Renne. C'est pourquoi, après la disparition de cet animal entre 12 500 et 12 000 ans av. J.-C., on isole la fin du Paléolithique supérieur en la dénommant Epipaléolithique ou Paléolithique final. En Suisse, les cultures de la première partie du Paléolithique supérieur sont inconnues en raison des érosions provoquées par la dernière grande avancée glaciaire dont la phase la plus intense se situe de 22 000 à 18 000 ans avant notre ère. Le Magdalénien (18 000-12 000 ans), dernière culture paléolithique des chasseurs de rennes, est donc le seul complexe culturel du Paléolithique supérieur bien attesté en Suisse. Au sud des Alpes, le Magdalénien est inconnu et remplacé par les cultures épigravettiennes. Globalement, outre l'outillage de pierre très diversifié et allégé par l'emploi systématique de lames comme support des outils, le Paléolithique supérieur est caractérisé par le développement des outils en os, ivoire ou bois de cervidés, l'apparition de l'art et l'usage systématique de la parure.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
Bien que les traces des plus anciennes cultures aient aujourd'hui disparu, plusieurs indices permettent de penser que l'homme était déjà présent en Suisse avant 500 000 ans. Les plus anciennes traces humaines bien datées à proximité sont situées en France (couloir Saône-Rhône, Auvergne, Provence) et en Italie (plaine du Pô); les toutes premières occupations remontent à plus d'un million d'années. Il s'agit, le plus souvent, de stations de plein air proches d'un point d'eau. Au nord de la plaine d'Alsace, à Achenheim (Bas-Rhin), on a trouvé des galets taillés datés de plus de 500 000 ans par les observations géologiques. Dans le Sundgau alsacien, quelques trouvailles isolées témoignent du passage des hommes au pied du Jura à une époque très ancienne. De nombreux galets taillés ont également été trouvés dans le nord-ouest de la Suisse et dans la région de Berthoud, mais leur datation reste incertaine.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
En Suisse, l'Acheuléen n'est représenté que par quelques spécimens typiques. Ces trouvailles sont dues à des découvertes fortuites et n'ont pas donné lieu à des fouilles de contrôle. Découvert en 1974 sur le versant sud de la vallée du Rhin, le biface de Pratteln, particulièrement épais, est d'une morphologie comparable aux bifaces de l'Acheuléen ancien français. En raison de sa position stratigraphique et de sa morphologie, on peut envisager pour cet objet une datation minimale d'au moins 400 000 ans. Le biface de Schlieren, trouvé en 1954, n'a fait l'objet d'aucune observation lors de sa découverte. Il s'agit d'un grand spécimen à pointe dégagée à bords concaves et base inachevée. L'état de conservation de cet objet permet de penser qu'il n'a pas ou peu été déplacé et que l'endroit où il a été découvert correspond à une station acheuléenne.
L'homo antecessor et ses descendants prénéandertaliens ont évolué lentement dans le courant du Paléolithique ancien. Habiles chasseurs, capables d'abattre des animaux de grande taille, ces hommes vivaient par petits groupes et s'installaient soit en plein air, sur une position dominante permettant une bonne observation du territoire, soit à l'abri des porches de grottes et cavités à proximité d'un point d'eau. Vers 400 000 ans, la découverte de l'usage du feu constitua une étape essentielle. A partir de cette époque, on observe une organisation de l'habitat. L'homme construit des habitations rudimentaires comprenant un foyer; des zones d'atelier de taille apparaissent et l'on observe une séparation nette entre espace intérieur et extérieur. Les chasseurs, nomades, passaient peu de temps dans ces sites ce qui explique la faible quantité d'objets retrouvés.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
En Suisse, le Paléolithique moyen correspond à la première période bien attestée d'une occupation préhistorique généralisée. Le passage du Paléolithique ancien au Paléolithique moyen y est mal connu. Quelques stations de plein air difficiles à dater pourraient appartenir à cette période. Il s'agit de découvertes isolées de bifaces de type micoquien dans le Fricktal (Möhlin, Zeiningen, Magden). Les sites du Paléolithique moyen récent sont caractérisés par l'emploi très fortement majoritaire d'éclats comme pièces supports des outils. Par habitude, toutes ces industries sont désignées du nom de Moustérien. Ce complexe est habituellement subdivisé en faciès définis à partir des techniques de débitage et des proportions de groupes d'outils. Ce n'est qu'à partir de 80 000 ans environ que les sites deviennent relativement nombreux en France, dans la basse vallée du Rhône. L'extension maximale des groupes moustériens se situe peu avant leur extinction entre 50 000 et 35 000 ans. C'est sans doute à cette dernière période qu'appartiennent la majorité des sites helvétiques. Cependant quelques stations de plein air, difficilement datables, présentent des caractères typologiques rappelant des groupes français rhodaniens plus anciens.
Les gisements moustériens se répartissent en trois groupes principaux: les stations de plein air dans le nord-ouest, les habitats en grottes et abris du Jura et enfin les sites d'altitude des régions alpines. Les stations de plein air sont rares et limitées à l'arc jurassien. Dans la région de Bâle, elles se situent sur les rebords des moyennes et hautes terrasses du Rhin et de la Birse, à des altitudes comprises entre 300 et 350 m. Il s'agit de courtes haltes de chasseurs le long du fleuve en particulier à l'embouchure des vallées affluentes. Dans la région de la Löwenbourg, des affleurements de calcaire livrent un silex de très bonne qualité. La quête de matière première conditionne celle de la nourriture par la fabrication d'armes de chasse et d'outils appropriés au dépeçage des proies. C'est pour cela que les Moustériens s'y sont installés. La fonction de ce vaste ensemble de campements de plein air est vraisemblablement multiple car les gisements occupent un site particulier à 570 m d'altitude, sur un éperon dominant la vallée de la Lucelle et formant un petit plateau bien ensoleillé, en pente douce vers le sud. On peut imaginer l'établissement d'habitats assez durables, au moins pendant la bonne saison, en raison de conditions favorables de la topographie et de la présence à la fois de la matière première, de l'eau et du gibier. Dans la région de Porrentruy, les sites d'Alle-Noir Bois et Pré Monsieur correspondent à une situation analogue où les Moustériens pouvaient, en surplombant légèrement une rivière (470 m), s'approvisionner en matière première.
Les gisements en grotte ou sous abri se répartissent à des altitudes moyennes entre 350 et 700 m, à l'exception de quelques grottes d'altitude comme celle des Plaints (Couvet). Moins nombreux qu'en Franche-Comté, où se trouve le site de référence du Moustérien jurassien à la Baume de Gigny, les sites se concentrent dans la région de la Birse et, plus bas, sur les contreforts dominant la région au sud de Neuchâtel. Là s'ouvre la grotte de Cotencher qui demeure, plus d'un siècle après sa découverte, le site majeur du Moustérien helvétique. Sa riche faune est constituée d'une association d'animaux très différents qui, de nos jours, ne pourraient coexister dans aucun milieu naturel connu. Cela suppose une grande variété de paysages, une mosaïque d'écosystèmes relativement contrastés où la steppe glacée pouvait côtoyer des zones forestières refuges. Par rapport aux sites de plein air, les gisements en grottes présentent le plus souvent plusieurs périodes d'occupations. Les vestiges laissés par les Moustériens sont en général peu abondants mais témoignent d'activités diversifiées.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
Jusqu'au début du XXe s., on pensait unanimement que le massif alpin avait été colonisé très tardivement, c'est pourquoi la découverte en 1904 par Emil Bächler d'un gisement paléolithique en altitude dans le massif du Säntis suscita un intérêt considérable. Les fouilles de la grotte du Wildkirchli, puis du Drachenloch conduisirent Bächler à élaborer une théorie concernant des chasseurs d'ours paléolithiques qui auraient pratiqué un culte de la chasse et du sacrifice. Aujourd'hui, la plupart de ces hypothèses ont été abandonnées. On sait que ces grottes d'altitude ont avant tout servi de refuge au grand ours des cavernes (Ursus spelaeus). Sur le pourtour de l'arc alpin, un certain nombre de grottes s'ouvrant à des altitudes très variables de 600 à plus de 2000 m a connu une occupation au Paléolithique moyen. On peut distinguer quatre groupes de sites: la région du Säntis (Wildkirchli 1477 m, Wildenmannlisloch 1628 m et Drachenloch 2445 m); l'Oberland bernois (Schnurenloch 1230 m, Chilchlihöhle 1810 m et Ranggiloch 1845 m); la Haute-Savoie et la région d'Onnion (plusieurs grottes à des altitudes autour de 1200 m); la région d'Orta à Côme, au sud du Tessin (Monfenera 670 m, Buco del Piombo 695 m).
En raison de l'altitude et du fait de l'intense action du gel dans les couches sédimentaires, les artefacts ont été complètement défigurés par pressions naturelles. Cette morphologie particulière, due à des actions naturelles, confère à toutes ces industries un aspect identique qui a conduit de nombreux préhistoriens à envisager l'existence d'une culture particulière aux régions alpines, dénommée "Paléolithique alpin" ou "Moustérien alpin". Tous les gisements alpins ont en commun la pauvreté de l'outillage. Les hommes ont en général utilisé les roches dures d'origine locale, ainsi au Wildkirchli les éclats sont taillés dans des quartzites d'assez bonne qualité. Parmi les pièces reconnaissables, il y a des éclats levallois, racloirs, pièces à encoche et denticulés. Il s'agit bien d'un Moustérien dont on ne peut, faute d'un matériel suffisamment abondant, définir le groupe.
En Suisse, les restes néandertaliens, bien que limités, permettent de tirer des conclusions intéressantes. Ainsi, dans une aussi petite région, au moins deux types d'hommes de Néandertal sont représentés et se sont vraisemblablement succédé, l'un de type méditerranéen daté d'environ 40 000 ans (Cotencher), l'autre beaucoup plus robuste de type classique daté autour de 30 000 ans (Saint-Brais). Ces Néandertaliens sont tout près de leur extinction définitive et l'on peut supposer qu'ils forment une population résiduelle, sur des territoires que les Cro-Magnon porteurs des nouvelles cultures du Paléolithique supérieur n'ont pas encore découverts ou n'ont pas encore jugé nécessaire d'exploiter. Il est en effet hors de doute que les derniers hommes de Néandertal ont été les contemporains des premiers hommes modernes. Les rapports qu'ils entretenaient restent l'une des grandes questions de la préhistoire européenne.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
Dans les régions proches de la Suisse, en France et dans le sud de l'Allemagne, le Paléolithique supérieur débute vers 35 000 ans avant notre ère. A l'exception du Châtelperronien, limité à la France et qui semble être la dernière culture des hommes de Néandertal, toutes les civilisations suivantes sont le fait de l'homme de Cro-Magnon (homo sapiens sapiens). Le Paléolithique supérieur helvétique se réduit au seul Magdalénien (18 000-12 000). Pourtant, au nord, la vallée du Rhin a dû constituer au début du Paléolithique supérieur une zone de passage privilégiée entre l'Europe centrale danubienne et l'Europe atlantique. L'Aurignacien et le Gravettien sont d'ailleurs bien attestés près des frontières au nord de Schaffhouse, dans le Jura souabe.
La majorité des sites du Magdalénien suisse se situent sur l'arc jurassien, entre Genève et Schaffhouse. Quelques stations, parfois de très grande importance comme celle de Moosseedorf-Moosbühl indiquent une pénétration sur le Plateau, d'autres atteignent les Préalpes jusqu'à des altitudes voisines de 1000 m. La colonisation des territoires libérés par le retrait des glaciers s'est effectuée à partir des régions plus clémentes où les hommes s'étaient réfugiés. Globalement, la migration vient de l'ouest, c'est-à-dire des foyers magdaléniens de l'est de la France. En raison des barrages créés par le gigantesque glacier du Rhône dans le bassin lémanique, c'est par le nord-ouest de la Suisse, libre de glace, que les premiers Magdaléniens ont entamé la conquête de ces nouveaux espaces. Ils ont ensuite suivi le Rhin jusqu'au lac de Constance et les bords du Jura jusque dans le pays de Neuchâtel.
L'étude de la mise en place des grands lacs actuels puis de leur fluctuations montre que la fonte des glaciers était déjà bien amorcée il y a 18 000 ans. L'occupation magdalénienne est d'abord attestée dans la vallée de la Birse à la Kastelhöhe (comm. Himmelried). La couche moyenne de ce gisement, datée d'environ 18 000 ans, a livré une industrie de Magdalénien ancien, caractérisée par un outillage encore fréquemment réalisé sur éclats. La fin de cette période correspond au Magdalénien moyen à triangles et baguettes demi-rondes non décorées qui pourrait être représenté dans le site de Birseck-Ermitage (comm. Arlesheim). La faune trouvée dans ce niveau est franchement glaciaire et les paysages steppiques.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
C'est la première grande étape du peuplement magdalénien de la Suisse. A partir des centres de Schaffhouse et de la vallée de la Birse, les gisements se multiplient et se diversifient. L'homme occupe des vallées plus petites et commence à s'établir jusqu'aux environs de 500 m d'altitude. La chasse est variée et les sites spécialisés soit dans le petit gibier (perdrix des neiges, lièvre variable, renard polaire) soit dans les espèces montagnardes (bouquetin) soit dans la chasse des grands troupeaux (renne, cheval). Cette première phase de colonisation est certainement liée à l'amélioration climatique du Bölling, mais la faune dite froide n'a pas encore disparu. Les cultures de cette période correspondent au Magdalénien supérieur classique. La célèbre grotte du Kesslerloch présente une stratigraphie complexe qui s'étend sur l'ensemble du Magdalénien supérieur. Les nombreuses pointes de sagaies courtes à long biseau évoquent encore le Magdalénien III français, tandis que les harpons à un rang de barbelures font le lien avec le Magdalénien V. La faune associée, qui comprend le mammouth, le rhinocéros laineux et le bœuf musqué, disparaît de Suisse avant l'oscillation du Bölling vers 13 000 av. J.-C.
La deuxième partie de cette période correspond à une extension rapide des Magdaléniens supérieurs à partir de 13 500 av. J.-C. L'industrie est caractérisée par l'abondance des lamelles à dos. Si l'outillage lithique présente beaucoup d'analogie avec celui du Kesslerloch, l'outillage osseux est beaucoup plus pauvre. Denise Leesch subdivise ce Magdalénien supérieur en deux groupes: le premier, dans lequel les sites d'Hauterive-Champréveyres et de Neuchâtel-Monruz peuvent être pris comme référence, comporte plus de 50% de lamelles à dos simple, tandis que le second avec, comme représentant typique, la station de plein air de Moosseedorf-Moosbühl, compte de fortes proportions de lamelles à dos tronquées, des rectangles et des perçoirs à longue pointe.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
La phase d'amélioration climatique suivante conduit à un changement important dans la végétation qui, de steppique, devient rapidement arborescente. L'interstade du Bölling est bien marqué par un développement rapide du genévrier et des bouleaux arborés. L'extension humaine se poursuit, en particulier en altitude. La colonisation du Moyen Pays s'amorce et l'homme s'établit entre Alpes et Jura dans la région bernoise. Les Magdaléniens venant de Savoie pénètrent à leur tour dans la région de Genève et atteignent l'extrémité du Léman. Pendant cette période perdurent les Magdaléniens supérieurs classiques et apparaissent de nouveaux groupes dont les assemblages lithiques sont caractérisés par des pointes à dos anguleux et des pointes à cran de type hambourgien. Les stations de Winznau dans la région d'Olten, de la Kohlerhöhle (comm. Brislach) et de la Brügglihöhle (comm. Nenzlingen) dans la région de la Birse caractérisent bien ce Magdalénien final. La faune de ces gisements est de type glaciaire steppique (association renne, cheval, lièvre variable) auquel s'ajoutent des éléments plus forestiers.
Vers 12 500 av. J.-C., le pin sylvestre, jusque-là discret, se développe rapidement. C'est le début de l'Alleröd. Le renne disparaît, tandis que les espèces forestières se développent (cerf, chevreuil, sanglier). Cette période apparaît surtout comme une phase de conquête du paysage par la forêt, durant laquelle d'autres chasseurs, moins nombreux que les Magdaléniens, occupent alors la bordure du Jura. Il s'agit de groupes aziliens ou de cultures apparentées.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
Les manifestations artistiques figuratives ou ornementales témoignent de l'évolution de la pensée symbolique de l'homme préhistorique. L'art du Magdalénien supérieur se limite aux objets mobiliers. Malgré d'actives recherches spéléologiques, aucune grotte décorée de peintures ou gravures n'a été signalée en Suisse. Actuellement, en ajoutant au territoire helvétique les stations du Petersfels (Bade-Wurtemberg) et de Veyrier (Haute-Savoie), seuls huit gisements magdaléniens ont livré des objets d'art autres que la simple parure usuelle ou les objets utilitaires faiblement décorés. Deux sites appartiennent de façon certaine à l'époque la plus ancienne du Magdalénien supérieur: les grottes du Kesslerloch et de Freudenthal (comm. Schaffhouse); les autres correspondent au Magdalénien supérieur moyen ou final.
Le gisement classique du Kesslerloch a livré une quarantaine de pièces d'art mobilier remarquablement décorées auxquelles s'ajoutent de nombreux os portant des traces non figuratives. La grande majorité des figurations se trouvent sur des objets utilitaires (neuf propulseurs, sept baguettes, quatre bâtons percés). Le reste des objets se partage entre des fragments de bois de renne ou d'os gravés, des sculptures allongées en forme de fuseau, deux plaquettes de lignite gravées et une sculpture énigmatique (peut-être un insecte) en jais. Outre la tête de bœuf musqué, sans doute un élément de propulseur, la pièce la plus fameuse du Kesslerloch demeure le bâton percé orné d'un renne publié par Konrad Merk en 1874.
Les deux gisements voisins du Petersfels et du Schweizersbild ont livré l'essentiel des œuvres d'art du Magdalénien supérieur récent. Les autres figurations proviennent de la Rislisberghöhle (comm. Oensingen), de Neuchâtel-Monruz et de Veyrier. L'art de la fin du Magdalénien se différencie de celui de la phase précédente par une plus grande stylisation des représentations. Les sujets multiples sur un même support deviennent plus nombreux et peuvent être figurés en superposition comme sur la plaquette en calcaire du Schweizersbild gravée de trois chevaux et cinq cervidés. Enfin, et surtout, l'art du Magdalénien supérieur récent de la Suisse est caractérisé par les figurines féminines en jais type Petersfels-Monruz. Réduites à une schématisation extrême, ces très petites statuettes sont le plus souvent perforées à l'endroit où devrait se trouver la tête qui n'est jamais figurée. Elles devaient posséder une signification symbolique très importante. Les figurations féminines du Magdalénien supérieur, qu'il s'agisse de représentations pariétales, de gravures sur des pierres, plaquettes ou tout autre objet transportable ou de statuettes et pendeloques, forment un ensemble très homogène du sud de la France à l'Elbe. Cette similitude due à une symbolisation particulière de l'image féminine et à un style de représentation codifié, souligne l'unité spirituelle du monde magdalénien.
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer
Auteur(e): Jean-Marie Le Tensorer