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En Belgique, francophones et néerlandophones ne s'entendent plus et le roi Albert II se démène pour sauver le pays de l’éclatement.
La Suisse et la Belgique se ressemblent par leur taille et leur système fédéraliste. La différence, c’est que le multiculturalisme s’exprime par le consensus chez la première, et par la confrontation chez la seconde.
«Deux langues, deux cultures, deux économies et une méconnaissance croissante de la réalité du voisin.» Telle est la définition de la Belgique par Jean Faniel, chercheur au Centre de recherche et d’information sociopolitiques (CRISP) de Bruxelles.
«C’est la fin du début ou le début de la fin, comme on pouvait le prévoir dès la création de ce pays qui n’existe pas.» C’est le verdict de Jacques Neyrinck, politicien démocrate-chrétien suisse d’origine belge.
Le 23 août, la Belgique s'est enfoncée dans la crise, lorsque le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, vainqueur des élections de juin, a échoué à former un gouvernement de coalition.
Du jamais vu depuis l’Indépendance du Congo belge en 1960: le roi lui-même a dû s’en mêler. Albert II multiplie les consultations pour renouer le dialogue entre libéraux et chrétiens-démocrates, tant flamands que francophones.
Le blocage porte sur une nouvelle répartition des pouvoirs entre l'Etat fédéral et les trois régions du pays, voulue par les Flamands et rejetée par les Wallons. C’est surtout le sort des francophones des communes flamandes de la périphérie de Bruxelles (ville francophone) qui fait problème.
Jacques Neyrinck n’est pas surpris, «tant les divergences se sont creusées» entre le nord néerlandophone à majorité chrétienne-démocrate, et le sud francophone, dominé par un parti socialiste miné par la corruption et grand perdant des élections.
Une histoire qui divise
«La Belgique a exercé dès sa création, en 1831, une domination culturelle, sociale et économique sur les Flamands, qui ont accumulé des frustrations», explique Jean Faniel à swissinfo.
Longtemps, ces derniers avaient des revendications d’ordre culturel. Depuis qu’ils ont conquis le pouvoir économique, dans les années 70, «ils ont renversé la situation et ne veulent plus partager avec les Wallons».
«Ce pays est le produit des guerres napoléoniennes et de la volonté des grandes puissances, qui n’ont pas tenu compte de la volonté populaire», analyse Jacques Neyrinck. A la différence de la Suisse, dont les 26 cantons se sont associés peu à peu afin d’échapper aux grandes puissances.
Par ailleurs, les Suisses, ont connu des conflits politiques et religieux. «Il a donc fallu que chacun y mette du sien», rappelle Thomas Fleiner, directeur de l’Institut du fédéralisme de Fribourg.
Deux fédéralismes
Dans le but de combler les inégalités, «le fédéralisme belge s’est développé dans le sens d’un Etat centralisé vers un Etat fédéral», poursuit Jean Faniel.
Si les Belges doivent tenir ensemble deux régions conflictuelles, avec un gagnant et un perdant, les Suisses, eux, doivent tenir compte de nombreuses différences. «C’est pour cela que le fédéralisme suisse s’est développé, lui, par centralisation, Berne jouant un rôle fédérateur», explique Thomas Fleiner.
C’est ainsi que le «fédéralisme d’union» belge a débouché sur de nouvelles revendications de la Flandre, qui réclame plus d’autonomie, en ne laissant à l’Etat belge que quelques compétences, comme les Affaires étrangères.
De l’autre côté, «par aveuglement et par peur d’y perdre financièrement, la Wallonie rejette farouchement toute nouvelle réforme».
«Les Flamands ont développé le sentiment que ce qu’ils perdent dans l’escarcelle de l’Etat fédéral est redistribué au profit des Wallons, dit encore le politologue belge. Alors qu’en Suisse, vous avez un mécanisme de redistribution entre les cantons.»
Vers la scission?
Résultat: les Flamands menacent de divorcer. Selon un sondage, ils sont quatre sur dix à le souhaiter, faisant tomber un tabou. «Les idées séparatistes progressent, poursuit Jean Faniel, car la nouvelle génération de politiciens est moins attachée à la Belgique.»
Pour le politologue belge, «ce n’est pas pour tout de suite». Mais Jacques Neyrinck est convaincu que le plus tôt sera le mieux. «La Tchécoslovaquie s’est scindée en deux et le vit très bien. Une séparation à froid est tout de même plus souhaitable que dans la violence.»
Et la Suisse? Pour Thomas Fleiner, c’est la démocratie directe qui fait toute la différence. «Les questions conflictuelles sont réglées par les citoyens et la Confédération doit trouver un consensus afin de proposer des compromis acceptables par tous.»
swissinfo, Isabelle Eichenberger
Petite histoire belge
Etat fédéral et monarchie constitutionnelle dont le chef d’Etat est le «roi des Belges».
Sur 10,5 millions d’habitants, près de 60% parlent néerlandais (Flandre) et un peu plus de 40% français (Wallonnie et Bruxelles). La capitale a un statut bilingue mais sa banlieue fait partie de la Flandre.
La Belgique est née en 1831, après que la noblesse francophone a chassé les Hollandais. La cohabitation est inégale et difficile.
Après la 2e Guerre mondiale, l'industrie wallonne périclite et la Flandre se développe. En 2005, le chômage était de 8% en Flandre et de 18% en Wallonie.
La Constitution a été amendée en 1993 pour adopter un système fédéral et gommer les dernières inégalités. Mais les Flamands veulent plus d’autonomie et les Wallons y sont opposés.
La crise
Le 10 juin, le parti chrétien-démocrate flamand a récolté 30% des suffrages en Flandres et 30 sièges sur 150 à la Chambre basse du Parlement. Son leader Yves Leterme, associé à une petite formation indépendantiste, demande une fédéralisation accrue du pays. Ce que les francophones – surtout chrétiens-démocrates - refusent.
Chargé en juillet par le roi Albert II de constituer un gouvernement de coalition, il a jeté l’éponge le 23 août et le roi a désigné deux médiateurs pour renouer le dialogue.