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Saveurs
Apprendre à manger avec les mains
Tout-petits Plutôt que d'être nourris à la cuillère avec de la purée, certains bébés découvrent les aliments par eux-mêmes, avec leurs mains. Le point sur cette nouvelle méthode, encore peu connue en Suisse.
Article
Des grimaces aux exclamations de satisfaction: les bébés passent par tous les états lorsqu'ils découvrent les aliments! En Suisse, en plus du lait maternel ou du lait pour nourrissons, les professionnels recommandent l'introduction des premiers aliments solides entre le 4e et le 6e mois de vie. Ils seront d'abord mixés, puis écrasés et enfin simplement coupés, avec l'apparition des premières dents.
La plupart des enfants apprennent à connaître la saveur d'une carotte, d'une pomme ou d'un steak grâce à des purées. D'autres les expérimentent directement sous la forme de morceaux, avec l'alimentation autonome du bébé (en anglais: Baby Led Weaning). Cette méthode découle d'une étude réalisée en 2011 à l'Université de Nottingham, en Angleterre. En effet, cette dernière avait conclu que les enfants qui mangent avec les mains sont moins attirés par le sucré que ceux qui sont nourris de purées et compotes à la cuillère. Conditions sine qua non: il faut que l'enfant sache se tenir droit sur sa chaise haute et qu'il soit capable d'amener des aliments à sa bouche. En d'autres termes, qu'il ait au moins 6 mois.
Manger d'abord avec les mains pourrait aider à prévenir l'obésité»
Réguler sa prise alimentaire
Au Québec, de nombreux parents s'intéressent à cette méthode. La nutritionniste Sandra Griffin l'a enseignée à un millier de mamans depuis trois ans. Elle en a entendu parler alors qu'elle était enceinte de son deuxième enfant, Gilbert (4 ans). Elle l'a appliquée avec succès avec lui et sa petite sœur Louise (22 mois). «L'un des avantages, c'est que l'enfant va tolérer différentes textures et une grande variété d'aliments. D'autre part, il est conscient du processus: on ne lui met rien dans la bouche. Il devient capable de bien réguler sa prise alimentaire, en fonction de ce que son corps lui dit. Cela pourrait aider à la prévention de l'obésité», témoigne-t-elle. En Suisse, la méthode est méconnue. «On a seulement quelques parents qui nous questionnent à ce propos dans le canton de Vaud», indique la diététicienne Laurence Margot, qui collabore avec le Centre de référence cantonal pour les infirmières petite enfance, à Lausanne. Elle se montre ouverte à l'approche: «Les parents ont le choix de nourrir leur enfant comme ils pensent que c'est le mieux. Il y a de grandes différences entre les cultures», ajoute-t-elle. Un constat corroboré par Irene Maffi, professeure en anthropologie à l'Université de Lausanne: «Il y a une grande variabilité des théories selon les époques et les pays. Elles sont souvent contradictoires et c'est difficile à gérer pour les mères.»
L'éveil aux saveurs passe par le toucher… donc par les éclaboussures!
Carences, étouffement: attention!
Catherine Bussien, diététicienne aux Hôpitaux universitaires de Genève, reste sceptique avec l'alimentation autonome du bébé. Elle voit d'un bon œil le fait que l'on ne force pas l'enfant à manger: «C'est toujours à éviter, au risque de voir apparaître des problèmes de comportement alimentaire ou du surpoids si l'enfant se laisse gaver.» Mais elle s'interroge sur des carences potentielles: «Après 6 mois, surtout si l'enfant est encore allaité, il y a risque de carence en fer, zinc ou vitamine B12 selon ce que l'enfant arrive à manger seul. La nourriture en morceaux proposée précocement peut aussi provoquer des risques d'étouffement, il est important d'adapter la texture aux capacités de l'enfant.» Sandra Griffin confirme qu'il est impératif d'offrir à bébé autre chose que des morceaux d'orange ou de carotte cuite: «Il a besoin d'aliments variés, intégrant la viande, le poisson, les œufs, les légumineuses et le tofu. La méthode est sécuritaire si on a un bébé de 6 mois ou plus qui est assis droit dans sa chaise, qu'il porte lui-même les aliments à sa bouche, que le parent est présent et l'observe pendant le repas. On doit éviter de donner des aliments petits, durs et ronds et des textures collantes.» Elle encourage les parents à cuisiner des céréales enrichies en fer, par exemple sous forme de crêpes ou de gaufres.
Et elle met en garde les familles qui dégustent leur pizza ou leurs saucisses avec un tout-petit: «Ce n'est pas du tout adéquat. Si l'on partage le repas avec son bébé, il faut qu'il soit sans sel et riche en fer.»
Cette mère de famille estime qu'il faut éviter de confronter une technique à une autre. Sa conclusion: «Soyons informés et fions-nous à nos bébés. Certains adorent être nourris à la cuillère par leurs parents, d'autres pas.»
Conseils aux parents
- Toucher. Laisser un enfant toucher aux aliments, c'est lui permettre de s'éveiller à leurs différentes textures et odeurs. Il découvre ainsi petit à petit le plaisir de manger.
- Patience. Chaque enfant a son rythme et il est important de le respecter. Prenez votre mal en patience: il finira bien par manger seul et proprement.
- Modèle. Montrez l'exemple en mangeant lentement et proprement à table.
- Calme. Essayez de ne pas vous énerver quand bébé jette sa cuillère ou retourne son assiette: le jeu contribue à son développement. Mieux vaut lui expliquer calmement que ça ne se fait pas de jeter la nourriture.
- Persévérence. Les goûts des enfants changent beaucoup. S'il a refusé de manger des pommes de terre ou des carottes cet été, il les aimera probablement cet automne.
- Hygiène. Évitez de partager la cuillère de bébé, au risque de lui transmettre des bactéries responsables des caries.
- Propreté. Après le repas, la chaise haute et le sol sont jonchés de nourriture. Un coup d'aspirateur et de chiffon humide imbibé de détergent et il n'y paraîtra plus!