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08/05/2014
Avec la reformulation que j'ai donné dans mes derniers articles du militantisme, qui a provoqué un certain nombre de réactions positives ou au contraire clairement négatives, quand ce n'est pas carrément indignées voire fâchées, j'ai mis un accent particulier sur un élément, le phalanstère.
Cette tradition des phalanstères, dont le terme a été inventé par Fourier, se retrouve en réalité dans toute l'histoire des familles socialistes, communistes, et anarchistes. Marx et ses successeurs, de même que des anarchistes comme Bakounine ou des utopistes comme Owen, ont en effet toujours mis en évidence l'importance des coopératives ouvrières dans la construction du mouvement socialiste, tandis que les municipalités rouges ont joué un rôle non négligeable dans l'amélioration des conditions de vie des travailleurs. Aujourd'hui, la municipalité de Marinaleda, la coopérative de la Librairie du Boulevard à Genève, les Zones à défendre, les squats autogérés, les expérimentations communautaires hippies ou de nos jours décroissantes, le quartier « indépendant » Christiana, mais aussi dans une certaine mesure la section genevoise de la Jeunesse Socialiste (ou d'autres organisations de gauche autogestionnaires), sont quelques exemples contemporains de ces phalanstères, espace de vie alternatifs où il est permis de vivre dans l'immédiat des rapports sociaux différents de ceux de la société capitaliste.
Je pense que l'on peut classer les différents types de phalanstères en cinq catégories.
1. Le micro-phalanstère (l'individu-phalanstère) est l'unité fondamentale de tout espace de vie alternatif. Il s'agit de l'individu et de la modification de son environnement qu'il provoque par son comportement et son attitude simplement en agissant selon les normes éthiques socialistes/communistes/anarchistes. En soi, l'individu crée un espace vivant (social) autour de lui qui est d'ores et déjà un espace partiellement insoumis aux règles capitalistes.
2. La réunion de micro-phalanstères (le phalanstère nomade) consiste en la création d'espaces, sporadiquement ou de manière régulière, mais géographiquement non fixes (nomades), de plus grande ampleur. Ces réunions se traduisent par exemple dans les cercles de lecture ou d'étude, dans les bureaux de recherche, dans les clubs festifs, qui se rassemblent de manière itinérante sans occuper les mêmes lieux.
3. Le phalanstère est cet espace de vie alternatif qui existe continuellement et sur un espace défini. Il s'agit des coopératives ouvrières ou de logement, des squats établis, des zones occupées sur une certaine durée, des librairies, clubs, bibliothèques, fixes, ou encore des organisations politiques autogestionnaires.
4. Le réseau de phalanstère est une succession diffuse, en chaîne, de nœuds de résistance spatialement fixes mais organisé en alliance. Cette fédération de phalanstère constitue les fondements de la contre-société révolutionnaire et peut espérer sur le long terme concurrencer le capitalisme et le miner de l'intérieur.
5. Enfin, l’État-phalanstère (le macro-phalanstère) représente la constitution du réseau de phalanstères en un territoire relié et continu. Si tout phalanstère peut se fixer ses propres règles (par le biais de l'autogestion et de la démocratie directe), l’État-phalanstère se fixe en tout cas des règles sans tenir compte des règles de l’État capitaliste. Autrement dit, il s'agit du stade où la contre-société est suffisamment organisée (c'est uniquement en ce sens que j'emploie le mot « État ») pour pouvoir tenter une confrontation directe (et éventuellement totale) avec les autorités capitalistes.
Un mot de conclusion ?
Créez et incarnez vos phalanstères !