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Le réchauffement n’est qu’une cause mineure de la submersion récente de Venise. Il est pourtant accusé en titre dans de nombreux médias. La dilatation et la faible élévation des océans ne peuvent concurrencer les autres raisons, bien connues.
Les grandes marées, le vent et la pleine lune sont les causes premières. Ce vent de sud-sud-est en particulier accompagne des dépressions saisonnières, qui provoquent elles-mêmes une montée des eaux supplémentaire. La barrière des Alpes favorise une sorte d’épisode méditerranéen. C’est, en moins intense, le même mécanisme que l’onde de tempête des ouragans.
Ensuite vient la topographie du lieu. La mer Adriatique est en cul-de-sac. C’est une baignoire. En automne, le vent dominant souffle du sud. Il pousse d’énormes masses d’eau vers le nord, vers Venise. Sans zone naturelle de déversement ces eaux s’accumulent et montent pour pousser vers l’intérieur du pays. Les hauts-fonds de la lagune amplifient le phénomène de soulèvement de la mer.
Selon Wiki:
« De par sa configuration géographique particulière « en cuvette » (a catino), la mer Adriatique présente des amplitudes de marée plus importantes que le reste de la Méditerranée, la raison est à rechercher dans le fait que sa seiche a une période d’oscillations maximale comparable avec celle de la marée astronomique, rendant possible, de cette manière, la superposition des deux phénomènes.
La marée astronomique résulte plus des phases lunaires et solaires, accentuées en période de nouvelle lune et pleine lune et durant les équinoxes. À celles-ci peut être ajoutée l’action locale des forts vents du sirocco, qui tirant dans l’Adriatique méridionale peut freiner le flux des eaux du bassin entier, ou de la bora, qui soufflant à travers l’embouchure du port de Venise de la lagune peut empêcher la mer d’en ressortir. »
Subsidience
Divers aménagements portuaires et industriels ont modifié la circulation de l’eau et comblé des zones tampons:
« La réalisation de la zone industrielle du port Marghera a aggravé le phénomène de l’acqua alta pour diverses raisons : avant tout, la majeure partie de la zone industrielle a été créée en valorisant une vaste étendue de lagune, servant précédemment de « barene » c’est-à-dire de petites îles à fleur d’eau qui servaient de « vase d’expansion » en cas de hautes marées.
En second lieu, pour permettre aux pétroliers de rejoindre les quais de déchargement, a été creusé le profond « Canal des Pétroliers » qui part de l’embouchure du port de Malamocco et rejoint la terre ferme. Cette œuvre a considérablement augmenté la section de l’embouchure du port, augmentant par conséquent la quantité d’eau entrant dans la lagune. »
Enfin, comme Jakarta, Venise s’enfonce. C’est la subsidience. Le poids des constructions et l’utilisation des eaux souterraines lui auraient fait perdre environ 20 cm au XXe siècle.
Pourtant les relevés systématiques depuis 1923 montrent une augmentation des aqua alta exceptionnelles depuis les années 2000. Est-ce le signe d’une augmentation de fréquence du phénomène, dû au petit supplément d’eau dans les océans et donc au réchauffement?
Étant donné les autres causes humaines (portuaires et industrielles), on ne peut comparer cette période à la précédente. D’ailleurs la montée minime de l’océan est variable. Elle peut être accentuée ou contrecarrée par les vents.
Il faudrait aussi comparer des choses pareilles, soit une aqua alta de 2018 avec une autre des années 1960, dans les mêmes conditions: force et direction du vent, pression barométrique, pluviométrie, coefficient de marées, températures de la mer. Toutes conditions identiques, si l’aqua alta de 2018 est plus forte que celle de 1960, le supplément pourrait être attribué au réchauffement (après ajustement du aux aménagements industriels). Pour cela il faudrait plus de recul. Comme presque toujours en matière de climat, nous manquons cruellement de recul. Dans ce cas, la plus grande fréquence depuis 20 ans n'est pas une tendance de fond.
Cause mineure
Cette petite part du réchauffement ne saurait déclencher de telles submersions, alors que le vent et les marées le font déjà. Le record de 1966 (1,94 m) n’est pas battu.
Cela dit, sans intervention humaine pharaonique donc démesurée, Venise disparaîtra. La vitesse de subsidience la laissera sous deux mètres d’eau avant mille ans. Les autorités comptent sur les écluses particulières du système MOSE, qui devrait entrer en fonction d’ici un ou deux ans. Elles devraient couper des montées d’eau de trois mètres.
La ville est située dans une région propice aux inondations. On croirait presque qu’elle est posée sur l’eau. En réalité elle est construite sur des îlots et un fond de vase, en partie grâce à de grands pilotis dont la coupe à anéanti de vastes forêts:
« L’église Santa Maria della Salute se trouve édifiée sur 1’156’672 pieux de chêne et de mélèze, longs de quatre mètres. Le travail de fondations dura deux ans. Le campanile de Saint-Marc nécessita cent-mille arbres. Le pont du Rialto, d’une seule arche, a deux piles reposant sur un système de pieux de 3,50 mètres en sol dur et de 2 mètres sur sol plus souple. En tout 12.000 pieux en bois d’orme. L’ensemble des bâtiments a fait disparaître des forêts entières, devenues une vaste forêt souterraine supportant une plate-forme de madriers dénommée « zatterone. »
Bref, en l’état je pense que le réchauffement actuel de la planète n’est qu’une cause mineure de la submersion de Venise, et même que son éventuelle influence est très difficile à mettre en évidence.