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AVIS
Nous avons fait, non-seulement en France, maïs encore dans les principaux pays de l'Europe, des recherches longues et nombreuses pour découvrir les derniers manuscrits originaux de la Défense de la Déclaration du clergé de France.
On sait que Bossuet tint sur le chantier, si l'on nous permet de le dire, cet ouvrage pendant près de vingt ans ; il y travailla à trois reprises différentes, de 1683 à 1685, de 1695 à 1696 et de 1700 à 1702, On trouve sans difficulté des copies de la première et de la deuxième rédaction ; mais les copies de la troisième, les seules qui renferment la dernière pensée de l'auteur, semblent défier toutes les investigations : plusieurs pensent, non sans probabilité, qu'elles ont été détruites. Nous avons longtemps attendu, négocié longtemps dans l'espoir d'obtenir une copie mise sous séquestre par suite d'une contestation judiciaire ; nos peines et nos démarches, et nos sollicitations sont restées sans résultat : Tempus et operam perdidi ; mais la consolation a remplacé nos espérances déçues : car nous avons appris, de science presque certaine, que la copie refusée si généreusement, avec une si grande intelligence du bien public, était de la première rédaction, par conséquent de nulle valeur. Si nous étions plus heureux dans l'avenir que nous ne l'avons été dans le passé ; si, contre toute attente, nous venions à découvrir un manuscrit authentique de la dernière révision, nous ne reculerions devant aucun sacrifice pour rétablir la Défense dans la pureté du texte primitif.
Privé de tout document original, nous avons imprimé d'après la première édition pour ainsi dire officielle, qui fut donnée en 1745 par l'abbé Leroy sur les manuscrits et l'on peut ajouter suivant les instructions de l'évêque de Troyes. La nécessité pouvait seule nous imposer une si triste résolution ; car, tout le monde le sait aussi bien que nous, l'édition de 1745, non plus que toutes les autres, ne mérite aucune confiance. Bossuet resta longtemps pour ainsi dire cloué sur un travail ingrat, sans pouvoir l'abandonner ni le terminer jamais ; après avoir fait, refait, corrigé, changé, raturé, interligné, apostillé son ouvrage, [ii] il en vint, en 1700 à le bouleverser entièrement pour en faire un nouveau, qui devait remplacer tout à la fois celui de 1685 et celui de 1695. Ensuite l'évêque intriguant et l'éditeur janséniste parurent, qui se sont arrogé le droit et la tâche de publier tout cela contre la volonté de l'auteur ; ils ont recueilli, assemblé, ajusté ces feuilles jetées pêle-mêle et ces morceaux de papier brouillés mille et mille fois ; ils ont terminé ces textes inachevés, mis d'accord ces phrases discordantes, déchiffré ces caractères souvent indéchiffrables et fait parler ces ratures ; et toutes ces interprétations, tous ces assemblages, tous ces remaniements, ils les ont fait avec l'habileté et la bonne foi que l’on sait. Et cependant aucun manuscrit de Bossuet n'offrait de si grandes ni de si nombreuses difficultés, aucun par conséquent n'exigeait autant de soins intelligents ni autant d'impartiale probité.
Il faut dire encore, et cette remarque pourra servir au lecteur, que Bossuet avait rejeté de longs passages, des livres et des parties essentielles de son travail : d'abord le titre même de l'ouvrage : Défense de la déclaration du clergé de France, pour le remplacer par celui ci : La France orthodoxe ou Apologie de l’École de Paris et de tout le clergé de France ; ensuite après la Dissertation préliminaire, dans la Défense proprement dite, le IVe livre, principalement à cause des accusations soulevées contre Grégoire VII ; après cela tout le supplément qui se trouve à la fin, sous le titre de Appendix ad defensionem ; enfin un très-grand nombre de passages et de morceaux qu'il serait trop long de signaler par des indications particulières. Le premier éditeur a bien dit quelques mots des trois premiers retranchements que voulait faire Bossuet ; mais il n'en a point tenu compte dans son travail : Il a tout imprimé.
De ces quelques mots, nous concluons deux choses : l'une qu'on ne peut attribuer la Défense à Bossuet, puisqu'elle a été publiée contre ses intentions ; l'autre, que toutes les éditions de cet ouvrage, sans en excepter aucune, se trouvent viciées dans la première. Voilà tout ce qu'on peut dire et du livre et des éditions ; voilà aussi tout ce que nous en dirons. – Abeat... quo libuerit ! (Dans ce volume, Gallia orthodoxa, chapitre x.)