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Pourquoi un rapport?
Avec les attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center (WTC) de New York et le bâtiment du Pentagone de Washington, le terrorisme a pris une nouvelle dimension dans le monde: pour la première fois dans l'histoire, des avions de ligne aux réservoirs pleins de carburant ont été utilisés comme des armes offensives contres des êtres humains et des bâtiments civils. La violente force de destruction qui s'en est suivie a entraîné l'effondrement des deux tours du WTC et la destruction de toute une partie du bâtiment du Pentagone. Ces attentats ont fait plus de 3000 victimes.
Ce scénario de menace d'un nouveau type a soulevé, en l'espace de quelques jours, la question des conséquences qu'aurait un crash d'avion délibéré sur une centrale nucléaire. Il s'agissait de savoir si pareille attaque pouvait conduire à une catastrophe nucléaire. A l'automne 2001, le Conseil fédéral a accepté un postulat sur cette question. Le présent rapport est la réponse à ce postulat.
Pour être en mesure d'évaluer de manière plus précise et complète le niveau de danger effectif que fait encourir ce nouveau scénario, la DSN a exigé fin septembre 2001 que les exploitants des centrales nucléaires suisses analysent la protection de leurs installations en cas de chute d'avion délibérée. Pour ce faire, ils ont mis en place un groupe d'experts.
Délimitation des études
Conformément à un postulat parlementaire, les études se sont concentrées sur les conséquences qu'entraînerait un crash d'avion délibéré sur une centrale nucléaire suisse. On ne s'est pas occupé d'attaques terroristes perpétrées contre d'autres installations civiles industrielles et de services. Les centrales et autres installations nucléaires ne sont en effet que quelques-unes des nombreuses cibles potentielles d'attaques terroristes; il faut en tenir compte dans l'évaluation des risques. Par ailleurs, les centrales nucléaires suisses font partie des installations industrielles les mieux protégées. Les menaces que le terrorisme international peut ou pourrait faire peser sur la Suisse n'ont pas non plus fait l'objet du présent rapport. Les questions sur ce sujet sont traitées par les instances compétentes de la Chancellerie fédérale, du DDPS et du DFJP (OFP, service Analyse et prévention). Dans un communiqué de presse du 17 septembre 2001, le Conseil fédéral constatait qu'il n'y avait pas de signe de menace directe sur la Suisse. Ces constatations sont toujours valables aujourd'hui.
Les mesures de sécurité prises dans les aéroports et au niveau de la technique aéronautique ne sont pas précisées dans le présent rapport. Ces questions sont traitées par l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC).
Analyses des conséquences d'une chute d'avion délibérée
Les conséquences d'une chute d'avion délibérée sont largement déterminées par les paramètres spécifiques à l'avion et au vol. Ainsi, le type d'avion et de moteur, l'angle de l'impact et les données topographiques de l'environnement immédiat d'une centrale nucléaire ont une influence déterminante sur les conséquences. Des études ont montré que l'attaque d'une centrale nucléaire par un avion de transport civil n'est en fait possible qu'avec un angle d'approche plat et des vitesses limitées. Des exercices de simulation de vol et la consultation de pilotes expérimentés ont permis cette conclusion. Aucune déclaration n'a par contre été faite concernant la probabilité d'une attaque terroriste depuis l'espace aérien contre une centrale nucléaire suisse; les études la supposent comme un fait établi. Si cette probabilité était évaluée, ce qui n'est toutefois pas du domaine des compétences et des possibilités des exploitants et de la DSN, les résultats seraient encore plus favorables.
Ce sont par ailleurs les constructions et les systèmes spécifiques à l'installation qui jouent un rôle décisif dans l'évaluation.
Quand on conçoit des centrales nucléaires, on réalise des modèles de sécurité complets et systématiques qui tiennent compte aussi de l'éventualité d'un crash d'avion. Il s'agit notamment du modèle des barrières multiples indépendantes. En cas de crash d'avion, le bâtiment réacteur joue un rôle capital en tant que barrière externe, puisqu'il fait obstacle à la pénétration de parties de l'avion, notamment le bloc moteur, le fuselage et le carburant. La deuxième barrière interne importante est constituée de nombreuses parois massives en béton, qui sont présentes à l'intérieur du bâtiment réacteur pour la division de l'espace et la protection contre les radiations. Ces structures internes massives présentent des épaisseurs de paroi typiques de 1 à 2 mètres et augmentent la rigidité de la construction externe. Les deux barrières protègent ainsi le cœur du réacteur, soit la cuve du réacteur, le système de refroidissement du réacteur et la plus grande partie des systèmes de sûreté par plusieurs mètres de béton en tout.
Le modèle de la séparation spatiale protège l'installation contre des événements extérieurs: des systèmes de sûreté redondants sont installés dans différents bâtiments ou espaces.
Les centrales nucléaires ont plusieurs dispositifs de sûreté redondants et diversifiés reposant sur différentes techniques. Par ailleurs, avec leurs systèmes de secours d'urgence protégés, autarciques et séparés du bâtiment réacteur, les centrales nucléaires suisses disposent en plus de plusieurs systèmes de sûreté redondants pour l'arrêt et le refroidissement du réacteur; ces systèmes placés dans des espaces séparés sont sûrs contre les chutes d'avion et à l'abri de toute intervention de tiers.
Dans son analyse, le groupe d'experts a recouru à des modèles, des méthodes et des données actualisés. Il a tenu compte de tous les types d'avion de ligne utilisés aujourd'hui dans le monde entier, de leur poids, des quantités de carburant dans les réservoirs, de la vitesse et autres conditions d'approche. A l'aide d'une analyse de charge limite dynamique, le groupe d'experts a étudié les effets sur l'intégrité et la stabilité des structures des centrales nucléaires importantes pour la sûreté. On a recouru ce faisant à d'importants modèles de crash et d'incendie. L'actuelle protection contre une chute d'avion délibérée a en plus été évaluée par le biais d'une étude probabiliste. La DSN estime que l'utilisation de cette méthode dans l'analyse de ce problème complexe complète judicieusement les analyses déterministes.
Résultats
La DSN rappelle que les gouvernements et les autorités des pays membres de l'OCDE ont décidé d'un commun accord de garder le secret sur les données, les méthodes et les résultats détaillés de ces analyses. Les résultats des analyses réalisées sont donc restitués ci-après de manière largement qualitative. Les détails et résultats quantitatifs ne sont pas publiés dans l'intérêt des mesures internationales prises dans le cadre de la prévention contre le terrorisme.
Il résulte des analyses réalisées en Suisse et à l'étranger que l'approche ciblée d'un avion gros porteur sur des structures de centrales nucléaires importantes pour la sûreté n'est guère faisable à des vitesses élevées, tant pour des raisons de pilotage, de technique aéronautique et de topographie, que du fait de la disposition spécifique des bâtiments des centrales nucléaires.
En cas d'impact sur une centrale nucléaire, un avion est détruit quasi entièrement sans que d'importants éléments de sa structure pénètrent à l'intérieur du bâtiment. De plus, des expériences et analyses internationales récentes confirment que les bâtiments réacteur construits en béton armé massif résistent à une charge nettement plus importante que ce qu'on a démontré jusqu'à présent.
Concernant les centrales nucléaires suisses, les analyses ont donné les résultats suivants:
- Les analyses de charge limite pour les centrales nucléaires suisses récentes de Gösgen et de Leibstadt montrent que leurs bâtiments importants pour la sûreté offrent une protection totale, même en cas de vitesse élevée, contre les effets de la chute d'un avion de ligne gros porteur moderne aux réservoirs pleins. Ces deux installations jouissent ainsi d'un niveau de protection nettement plus élevé que celui qui était exigé par les autorités dans les années 70. A l'époque, on avait demandé une protection totale contre un Boeing 707 contenant un reste de carburant et volant à une vitesse de 370 km/h. Les études probabilistes pour un éventai I de types d'avions et de vitesses d'approche possibles indiquent que la probabilité d'un relâchement de radioactivité suite à un crash d'avion est très faible.
- Concernant les centrales nucléaires suisses plus anciennes de Beznau et de Mühleberg, aucune conception particulière n'était exigée en cas de crash d'avion lors de leur construction. Les analyses de charge limite montrent toutefois qu'elles ont été construites dans le respect des conceptions en cas de chute d'un Boeing 707 qui étaient requises pour les installations suisses plus récentes. Il existe par ailleurs d'autres réserves de sécurité. Les résultats des études probabilistes en cas de crash d'avion montrent que les systèmes de secours d'urgence rééquipés et protégés en cas de chute d'avion, de même que la séparation spatiale des équipements de sûreté, contribuent à la faible probabilité d'un relâchement de radioactivité.
On peut constater en conclusion que les études plus précises révèlent un niveau de protection élevé des centrales nucléaires suisses en cas de chute d'avion délibérée. Le niveau de protection est nettement plus élevé que ce qu'on avait supposé avant le 11 septembre 2001 sur la base d'anciennes analyses moins détaillées.
Source
M. Ulrich Schmocker