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L’art de durer : le fascisme au Portugal revient sur la méconnue dictature salazariste. Ce régime, construit autour de la figure centrale de Salazar, a dirigé le Portugal de 1933 à 1974. Extrait d’un entretien avec son auteur.
Il y a vingt ans, il était rare d’entendre quelqu’un dire en public que Salazar n’était pas fasciste. Que s’est-il passé depuis ? Au niveau européen et nord-américain, l’histoire a connu une évolution tendant à penser que, finalement, le seul véritable fascisme était italien ou, alors, dans un cas extrême le nazisme. De ce point de vue, l’État nouveau salazariste était une sorte de « dictature douce », guidé par un « professeur d’université », un régime « blanchi », adouci. Ces interprétations renvoient au contexte de la Guerre froide, dans lequel l’Allemagne nazie et l’Union soviétique furent mises dans le sac des « régimes totalitaires ». En dehors de ces régimes, il y avait des « dictatures anticommunistes » qu’il était avantageux de placer dans le camp de l’anticommunisme. De là proviennent une certaine déculpabilisation et, au fond, un blanchiment du régime salazariste. […]
Aucun régime fasciste n’a jamais pris le pouvoir par sa seule force. Il y a tout un système d’alliance entre le mouvement fasciste et des secteurs des droites conservatrices, qui se « fascisent » dans le contexte des années 1920–1930. Ces classes dominantes voient dans les expériences fascistes une manière de répondre à la crise économique et sociale qui balaie une bonne partie de l’Europe. C’est de cette union que surgissent les régimes fascistes. Le régime salazariste constitue une modalité de cette alliance, avec toutefois un poids de la droite conservatrice bien plus important que dans d’autres expériences.
Extraits d’un entretien accordé à la Radio Afa. Synthèse par notre rédaction. Texte intégral sur editionssociales.fr
Fernando Rosas, L’art de durer : le fascisme au Portugal, Les Éditions sociales, 2020
Vétéran de la gauche révolutionnaire au Portugal, co-fondateur du Bloco de Esquerda, Fernando Rosas a publié de nombreux ouvrages sur l’histoire de la dictature salazariste.