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Le Joran
S'il est familier de tous les habitants du pied du Jura, le Joran reste en revanche assez mystérieux pour tous les autres. Phénomène météorologique intéressant, le Joran vaut le détour car il fait intervenir plusieurs concepts clefs en météorologie. Voici donc...
Qu'est-ce que le Joran
L'image ci-dessus (source : roundshot.ch) montre une nébulosité coiffant les crêtes du Jura, absolument typique et indissociable du Joran.
Le Joran est un vent étroitement associé aux passages de fronts froids sur la Suisse, et résulte du brusque déversement de l'air polaire post-frontal sur le Plateau Suisse. En effet, l'air froid originaire de l'Atlantique, et plus dense que l'air méditerranéen présent à l'avant de la perturbation, tend à s'accumuler sur la France voisine, créant une surpression à l'ouest du Jura. Lorsque cette différence de pression dépasse un certain seuil, l'air froid franchit le Jura et "tombe" sur le Plateau. En montant le long des crêtes jurassiennes, la masse d'air se sature et forme ce nuage applati caractéristique, lequel se dissipe immédiatement par compression au moment de la chute de la masse d'air sur le Plateau ; ceci explique les typiques éclaircies sur le Plateau occidental. Ces caractéristiques rendent le Joran brusque et turbulent, parfois violent, très froid... et difficilement prévisible !
Différence entre le Joran et le foehn
Il existe une différence notable entre le Joran et le foehn. Le foehn est un vent dynamique réagissant essentiellement à un gradient de pression et à un soutien des vents d'altitude. C'est en revanche un vent "léger", de température potentielle élevée et qui, de ce fait, peine à atteindre les basses couches de l'atmosphère où l'air est plus dense. Il ne peut le faire que sous certaines conditions : soit une vigeur exceptionnelle, soit un lac d'air froid peu important dans les fonds de vallées, soit une instabilité marquée.
Le Joran ajoute à la composante dynamique bien présente une composante gravitaire. C'est en effet un vent "lourd" composé d'air froid et dense qui s'écoule naturellement vers le bas. En météorologie, on appelle cela un vent catabatique, dont le modèle par excellence est la brise nocturne de vallée.
On peut donc dire que le Joran est en quelques sorte une "avalanche d'air froid". Il s'apparente donc bien plus à la Bora (voir le blog du 10 mars 2016) des côtes dalmates qu'au foehn dont il est pourtant voisin.
Le Joran : exemple concret
Le samedi 4 mars vers 13h, un front froid a abordé la Suisse romande. Nous avons pu mesurer la différence de pression entre Besançon et Neuchâtel. Le graphique ci-dessus montre une évolution très nette, avec une surpression à Neuchâtel à l'avant de la perturbation (valeurs positives), puis un renversement du gradient et une surpression à Besançon (valeurs négatives). S'agissant d'une advection froide relativement modeste, on constate que les pressions entre ces deux villes se sont rapidement égalisées, mettant un terme à la situation de Joran.
L'exemple du 4 mars est un peu gentillet, mais le Joran peut se montrer nettement plus furieux ; ce fut le cas le 21 octobre 2014, illustré par les deux graphiques ci-dessous. Le premier montre la direction et la force des rafales de Joran, le deuxième l'effet du vent sur les températures et le point de rosée à Neuchâtel.
Le prochain coup de Joran aura lieu lundi soir
Une vigoureuse perturbation touchera la Suisse lundi. Dès lundi soir, l'afflux d'air froid en provenance de la France se mettra en place. Les cartes ci-dessous (période : milieu de nuit) montrent respectivement la hausse de pression à l'arrière de la perturbation ainsi que la direction du vent dans la région des Trois-Lac.
Le mot de la fin...
Durant l'été, des rafales de Joran sont également associées aux orages se développant sur le Jura. Le principe est le même, l'afflux d'air froid et la hausse de pression étant cette fois provoqués par les courants descendants de l'orage. Une différence de taille en revanche, le Joran est encore plus difficile à prévoir !