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Lorsqu’elle veut évoquer son amour profond pour l’État, la France invoque volontiers le jacobinisme. Mais je suis sceptique: la passion de l’État vient en fait des anciens Romains, et non des Jacobins. Les États cherchent de toutes façons toujours à renforcer leur autorité morale afin, notamment, d’améliorer leurs revenus: car un citoyen soumis paie plus facilement, et de bon cœur, ses impôts. Dire par exemple que l’État améliore la culture au sein du peuple de façon désintéressée prête volontiers à sourire: car agir d’une façon désintéressée n’a rien de propre à l’État, et il s’agit d’abord d’un besoin individuel, que celui de la culture.
Machiavel disait que le Prince devait apparaître comme généreux, afin de donner une légitimité à son autorité. Il disait aussi qu’il devait créer des vices qu’il était le seul à pouvoir apaiser: des désirs qu’il était le seul à pouvoir assouvir. Pensons à la façon dont les États ont créé la Télévision!
Le centralisme culturel est une manière, pour l’État, d’assumer entièrement les aspirations culturelles des individus, et donc d’apparaître comme la seule voie possible, pour ces individus, de progrès, d’évolution, tant morale que matérielle: d’apparaître comme la source de tout bienfait! Il s’agit d’une divinisation de l’État qui finalement vient de l’empereur Auguste. Et tous les États n’ont-ils pas la tentation de suivre la voie de l’ancienne Rome? Le modèle reste prégnant.
La spécificité du jacobinisme, c’est le souci de l’Égalité. Mais le centralisme favorise en fait la capitale, le centre, comme dans l’ancienne Rome. En France, Paris a bien un statut spécial.
L’égalité n’est pas forcément l’uniformité, notamment sur le plan culturel. Elle me paraît au contraire garantir la liberté individuelle de se réclamer du courant culturel qu’on veut, fût-il purement local. C’était aussi l’avis de Victor Hugo, qui était un républicain pur, dénué d’affection pour les modèles antiques. Il adorait les traditions locales, de fait.