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Infos Pratiques
Jean Rouch anthropologue-poète
On vient de fêter dans le monde entier, auprès de groupes cinéphiles peu sensibles à la portée médiatique de leurs actions, le centenaire de Jean Rouch. Né le 11 mai 1917, mort le 18 février 2004 dans un accident d'automobile près de Niamey, au Niger, il fut dès le début, avec Henri Langlois, l'amical soutien de notre institution et occupe maintenant un rôle majeur dans l'histoire du septième art.
Ingénieur des ponts et chaussées, sensible bien avant au film Rendez-vous de juillet (1949) de Jacques Becker (portrait d'une jeunesse avide de vivre), il part exercer son métier en Afrique. Il se livre tout de suite, caméra d'amateur au poing, à la représentation des traditions ou de l'existence quotidienne des villageois, mais ses carnets de voyage, ses considérations réalistes sur les mœurs ou la religion sont déguisées également en enquêtes sociologiques: le nature et la culture s'interrogent et se répondent au gré des gestes sociaux. En 1954, Les Maîtres fous gagne le Prix du Festival de Biarritz où plusieurs cinéastes discutent de l'avenir du septième art. Ils y repèrent, comme l'écrivit André Bazin, que derrière le reportage d'une transe collective se livrait à l'écran une sorte de «commedia dell'arte» et, du coup, se précisèrent alors les notions de «direct» et de «cinéma-vérité» (celle-ci n'étant pas vraiment véridique malgré la confusion des termes).
Rouch fut appelé au Musée de l'Homme, à Paris, par Marcel Griaule et devint un artiste qu'on retrouvera plus tard, à l'ombre de Flaherty, auprès des Canadiens (Colin Low, Pierre Perrault, Michel Brault) ou des Américains (Richard Leacock, Pennebaker, Lionel Rogosin). En 1959, Godard, dans un article magistral, y voit un sens qui permettra le recours à une influence qui s'annonce clairement et à des thématiques formelles que la Nouvelle Vague connaîtra.
Avec 120 films, dont quelques chefs-d'œuvre (La Chasse au lion à l'arc, en 1965, par exemple), Rouch a gagné dans l'histoire du siècle un rôle éminent. Le Ciné-club de Lausanne le salua en 1956 (Cimetières dans la falaise, des scènes dudit pays dogon, au Mali) et, en 1960, deux bateaux de la CGN emportèrent ses membres à Evian pour découvrir Moi, un Noir (1959), car ses films ne furent jamais distribués en Suisse. Rouch, également ami de notre cité, s’y est rendu à de nombreuses reprises pour voir ses amis, dont Jacqueline Veuve, ou parler de la technologie des appareils du son ou de l'image avec Stefan Kudelski, en particulier au moment de Chronique d'un été (1960, avec Edgar Morin et Marceline Loridan, rescapée des camps nazis). Il fut un habitué de notre ville comme il fut participant attentif, pendant longtemps, du Festival de Locarno.
Freddy Buache, directeur de la Cinémathèque suisse de 1951 à 1996