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2. Recommandations générales
Pour la mise en place d’une surface de compensation écologique, la création ou la restauration d’une communauté végétale, les semences et les plants doivent provenir de la zone la plus proche possible du point de vue géographique et écologique.
A cette fin, le partage des provenances de semences entre les producteurs et distributeurs grainiers de toute la Suisse devrait être encouragé.
2.1 Provenance géographique
De manière générale, la semence ou les plants doivent provenir de la région biogéographique où se trouve la parcelle à végétaliser.
La division de la Suisse en régions biogéographiques est basée sur la répartition des plantes et animaux. Gonseth et al. (2001) distinguent ainsi 6 divisions principales et 11 subdivisions (fig. 1). Afin de faciliter le travail des producteurs de semences les 3 divisions principales du nord des Alpes sont réunies en une seule grande région, à savoir A) Jura, Plateau et versant nord des Alpes. Les trois régions principales du sud des Alpes sont B) Alpes centrales occidentales ; C) Alpes centrales orientales ; D) versant sud des Alpes.
Fig. 1. Les régions biogéographiques de Suisse
La recommandation concernant la provenance géographique se résume comme suit:
Pour l'utilisation des semences ou plants d'espèces fréquentes et peu différenciées géographiquement il suffit de tenir compte des 4 grandes régions, même si idéalement et dans la mesure du possible il faut tenir compte des 6 divisions principales. Pour les espèces peu fréquentes et à répartition discontinue il est important de respecter les 11 subdivisions.
2.2 Provenance altitudinale
Les semences et les plants utilisés doivent être issus du même étage de végétation, en distinguant sommairement 3 niveaux :
a. étages collinéen et montagnard : jusqu’à environ 1200 m (1400 m dans les Alpes centrales) ;
b. étage subalpin : de 1200 m (resp. 1400 m) à la limite de la forêt ;
c. alpin : au-dessus de la limite de la forêt.
2.3 Conditions édaphiques
De manière générale, les valeurs indicatrices de l'espèce seront en accord avec les conditions du site qui va recevoir la semence:
a. sec ou humide ;
b. maigre ou riche en nutriments ;
c. basique à faiblement acide ou très acide.
Les mélanges pour prairies (y compris pâturages et prés à litière) combinent par conséquent un mélange de base d’espèces à large amplitude écologique et un mélange complémentaire d’espèces adaptées aux spécificités édaphiques.
2.4 Espèces indigènes non mentionnées
En annexe, différentes listes sont proposées pour des usages spécifiques, elles sont réunies en trois groupes I, II et III (voir annexes 2). Les listes I réunissent les espèces pour des prairies prévues comme surface de compensation écologique, les listes II les espèces pour des compensations écologiques en grandes cultures et les listes III les espèces pour la restauration de pistes de ski et d'autres nivellements aux étages subalpin et alpin.
On peut y ajouter en faible quantité d’autres espèces indigènes non mentionnées, à condition qu’elles proviennent de la même subdivision biogéographique et y occupent (ou aient occupé) des biotopes analogues à la parcelle à végétaliser (se référer à Schinz & Keller, 1923). Pour les espèces polymorphes, il faudra également veiller à n’utiliser que la petite espèce ou la sous-espèce locale.
2.5 Espèces rares ou menacées
Si l’on souhaite introduire des espèces rares et/ou menacées, la semence ou les plants doivent impérativement provenir de la même subdivision biogéographique et si possible toujours de la population la plus proche. Il faut en outre prendre contact avec l’instance cantonale de protection de la nature, qui autorisera ou non la récolte de semences dans la station originelle et l'introduction de ces semences ailleurs (voir les recommandations "Culture ex situ d’espèces sauvages menacées et réintroduction dans des populations naturelles", CPS 2009). Les jardins botaniques peuvent à l’occasion fournir du matériel régional.
2.6 Espèces non indigènes
Les espèces et sous-espèces non indigènes en Suisse ne doivent pas être introduites dans les assortiments de semences ou de plants (LPN, art. 23).
2.7 Variétés et cultivars
Les formes des espèces indigènes sélectionnées par l'homme ne doivent pas être semées ou plantées dans des milieux naturels. Ces cultivars pourraient en effet s'hybrider avec des individus sauvages, occasionnant une "pollution génétique" (voir notamment les préoccupations de Frank & John, 2007). Dans certains cas, on observe alors une perte d'adaptation aux conditions particulières du site, et donc à une régression de l'espèce.
2.8 Espèces indésirables
Sont qualifiées d’indésirables les espèces envahissantes. Ce sont en général des néophytes, mais certaines indigènes peuvent également devenir envahissantes. Pour de plus amples informations, voir Böcker et al. (1995), Hartmann et al. (1995), Weber (2000), Fachstelle Naturschutz Kanton Zürich (2000, 2001) et Wittenberg (2006).
L’introduction, l’établissement et la propagation d’espèces indésirables doivent absolument être évités, car ils entraînent une altération de notre flore. Les listes IVa (Liste Noire réunissant des néophytes envahissantes avérées), IVb (Watch List ou liste d'observation réunissant des néophytes envahissantes potentiels) et IVc (espèces indigènes pouvant envahir des milieux de grande valeur patrimoniale, notamment par carence ou erreur d’entretien) énumèrent les espèces les plus "dangereuses" pour la flore indigène.
La propagation des néophytes envahissantes doit impérativement être empêchée. Mais toute espèce néophyte doit être traitée avec précaution. On ne sait en effet pas lesquelles peuvent devenir envahissantes au cours des ans. De plus, certaines d’entre elles peuvent s’hybrider avec des espèces indigènes comme p. ex. Medicago sativa (luzerne cultivée) avec Medicago falcata (luzerne en faux, indigène), ou Sanguisorba minor subsp. polygama = S. muricata (pimprenelle polygame) avec Sanguisorba minor s. str. (petite pimprenelle). Le problème a notamment été soulevé en Allemagne par Frank & John (2007).
Depuis le 1er octobre 2008, l'Ordonnance sur la dissémination des organismes dans l'environnement, (ODE) réglemente la mise en circulation d'organismes exotiques problématiques. Une liste de plantes interdites est présentée en annexe de cette ordonnance. La liste ne reprend cependant pas la totalité des espèces de la Liste Noire établie par la CPS. Pour les espèces exotiques non citées dans l'ordonnance, la mise en circulation est soumise à un autocontrôle de la part des distributeurs et des utilisateurs. Ceux-ci doivent notamment s'assurer que les risques d'atteinte à l'environnement soient maîtrisés.
Dans la législation agricole, l’Ordonnance du DFE sur les végétaux interdits donne une liste de végétaux (plantes-hôtes du feu bactérien) dont la production et la mise en circulation sont interdites.
2.9 Organismes génétiquement modifiés
L’introduction d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’environnement est interdite. Toute introduction expérimentale est soumise à une procédure d’autorisation fédérale (Ordonnance sur la dissémination dans l’environnement, ODE).
2.10 Entretien des surfaces végétalisées
Les surfaces végétalisées peuvent être entretenues en suivant le document "Compensation écologique dans l'exploitation agricole: conditions – contributions – suggestions" (AGRIDEA, 2008).
2.11 Suivi, surveillance (monitoring)
Il est recommandé de contrôler périodiquement les surfaces végétalisées et si possible d’effectuer un programme de suivi ou de surveillance (monitoring). Cela permet de constater d’éventuels développements fâcheux, comme la prolifération d’espèces indésirables (chap. 2.8), et d’intervenir à temps.