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Les ruines de la forteresse autrefois imposante du Frohbourg occupent un vaste emplacement au haut du Hauenstein. Des investigations archéologiques ont permis d'éclaircir bien des questions relatives à l'origine de cet ouvrage, dont la construction s'est étendue du milieu du XIe siècle à la première moitié du XIVe siècle. Au début, les modestes maisons de bois, ne comprenant qu'une pièce et un foyer à tout usage, étaient entourées d'une enceinte fort simple, faite en partie de maçonnerie à sec. Puis apparut vers 1050 un nouveau type de maison, pourvu d'une cuisine avec foyer ouvert et d'une pièce chauffée par un poêle de faïence. C'est à cette même époque qu'on se mit à construire des maisons de pierre à maçonnerie brute et qu'on érigea une nouvelle enceinte.
Aux XIIe et XIIIe siècles, période la plus glorieuse que connut la forteresse, on procéda en plusieurs étapes à un remaniement complet de l'ouvrage. La résidence des comtes comprit alors un donjon carré et un vaste corps de logis. A quoi s'ajoutaient plusieurs grands bâtiments destinés aux usages les plus divers; nous ne citerons parmi ceux-ci qu'une remarquable fonderie. Juchée sur un promontoire rocheux aux pentes escarpées, l'imposante forteresse de Frohbourg servait de lieu d'habitation et de domaine d'activité aussi bien à la famille comtale et à tous ses domestiques qu'à des vassaux issus des milieux de la chevalerie, à des fonctionnaires, des artisans et des fermiers.
La construction prit fin vers 1250, date à partir de laquelle les maisons ne furent plus que partiellement habitées. Puis elles se délabrèrent peu à peu. Le grave tremblement de terre de 1356 en acheva la ruine.
La forteresse du Hauenstein appartenait aux comtes de Frohbourg. On ne connaît pas exactement l'origine de cette famille, les documents n'en faisant mention qu'à partir du XIe siècle. Son domaine le plus ancien se trouvait en Argovie et s'étendait de la vallée de l'Aar aux pays de Schwytz et d'Unterwald. Comme sa fondation date d'avant l'an mille, il est permis de supposer que les Frohbourg étaient une branche latérale de la lignée des comtes d'Argovie, dont ils doivent s'être séparés vers 950 déjà. Ils s'établirent dans les régions boisées du Jura et fondèrent leur nouveau siège au Hauenstein. D'ici, ils se créèrent un domaine considérable en déboisant peu à peu de nombreuses contrées. Les seigneurs de Bechburg et les comtes de Homberg les empêchèrent toutefois de s'étendre plus encore.
Les Frohbourg parvinrent à renforcer la position dominante qu'ils avaient acquise dès le début du xiie siècle en fournissant des évêques au siège épiscopal de Bâle. Entre 1133 et 1179, trois membres de leur famille se succédèrent à ce poste. C'est durant cette période que les droits de comté furent concédés à la maison de Frohbourg. Différents voisins leur rendant toujours plus difficile la libre acquisition de nouvelles terres, les comtes eurent recours à d'autres moyens pour accroître leurs biens et leur puissance; nous pensons notamment à leur habile politique matrimoniale, à l'édification de nouveaux châteaux et surtout à la fondation de villes. Ainsi, ils érigèrent le couvent de Schönthal et, dans ses environs, le château et le bourg de Waldenbourg, de même que la collégiale de Saint-Maurice à Zofingue Cette ville, comme Liestal, Olten, Fridau et Wiedlisbach, doit elle aussi son origine aux comtes de Frohbourg. C'est de plus à leur instigation - ou pour le moins avec leur consentement - qu'ont été construits les châteaux de Wartenberg, de Dietgen, de Hagberg près d'Olten et d'Erlinsburg au-dessus d'Oensingen. Après une guerre privée menée contre le chevalier de Kienberg, les seigneurs d'Aarbourg, vaincus eux aussi, durent céder leur forteresse aux comtes de Frohbourg, ce qui assura à ces derniers une liaison directe entre Olten et Zofingue. Après que le château de Neu-Bechburg eut également passé en leurs mains, ils firent de cette forteresse leur second centre d'administration dans le Buchsgau, le premier se trouvant à Bipp. Peu à peu, leur ancien château patrimonial perdit ainsi de son importance.
Par leur position et leurs relations avec la noblesse de l'Empire, mais aussi par leurs liens de parenté avec les évêques bâlois, les comtes de Frohbourg furent tout naturellement mêlés à la grande politique. Partisans des Staufer, ils traversèrent plus d'une fois les Alpes avec eux pour se rendre en Italie, où on les rencontre à Udine, Bergame, Roncaglia, Crémone, Frascati et bien d'autres endroits encore. Lorsque, en 1177, fut signée à Chioggia la mémorable paix entre Barberousse et le pape, l'évêque Louis de Frohbourg était présent, accompagné de trente hommes de sa suite. Les Frohbourg demeurèrent également fidèles au jeune Frédéric II, lui rendirent leurs devoirs à Bâle en 1212 et le rejoignirent à plusieurs reprises en Italie. Il est possible que le splendide «onyx de Schaffhouse», qui sur sa facette arrière porte le nom de Louis de Frohbourg, ait été offert aux Frohbourg par l'empereur qui tenait à les remercier de leur aide militaire. Les relations des comtes avec l'empereur se refroidirent toutefois vers la fin du règne de Frédéric II.
Après 1250, la maison des Frohbourg commença à se désagréger peu à peu. Elle abandonna ses propriétés de Schwytz et d'Unterwald et vendit Waldenbourg à l'évêque de Bâle, qui les lui rétrocéda à titre de fief. Puis elle céda à la maison habsbourgeoise les châteaux du Wartenberg, près de Muttenz, de même que les villes d'Aarbourg et de Zofingue et ses autres propriétés argoviennes. Dans le Buchsgau, les comtes de Nidau devinrent copropriétaires de la seigneurie des Frohbourg; ils avaient en 1307 déjà acquis le château patrimonial de l'illustre famille comtale. II y eut plusieurs causes à la décadence des comtes de Frohbourg, la principale étant peut-être les liens politiques qui les unissaient aux Staufer. Après la mort de Barberousse, ils n'exercèrent plus aucune influence sur l'évêque bâlois et à la longue, leur politique ne leur permit plus d'accroître leurs biens, à quelques exceptions près il est vrai. La situation géographique de leurs propriétés, dispersées entre l'Alsace et les Alpes, rendait d'autre part impossible un groupement satisfaisant de leurs biens et de leurs droits et les efforts qu'ils déployèrent pour créer une seigneurie d'un seul tenant ne furent pas toujours très habiles. Les comtes ne surent pas non plus saisir la réelle occasion qu'ils avaient eue d'être les maîtres des cols jurassiens et de pouvoir ainsi contrôler les échanges commerciaux entre le nord et le sud. Certes, ils firent quelques pas importants dans cette direction, notamment en construisant des châteaux et en fondant des villes, mais ils en restèrent à ces débuts. Les Frohbourg ne réussirent pas non plus à s'attacher la noblesse d'essartage qui vivait dans leur voisinage, et encore moins à la rendre dépendante d'eux. Tout au cours de la lutte que se livrèrent l'évêque de Bâle et la maison habsbourgeoise pour obtenir la prédominance dans la région supérieure du Rhin, les Frohbourg, en raison du morcellement de leurs propriétés, ne réussirent jamais à intervenir de façon efficace. Enfin, le partage de leur lignée en différentes branches et les riches donations faites en faveur de couvents et d'abbayes affaiblirent les capacités de la famille. Seul Werner II de Frohbourg-Homberg tenta, au début du XIVe siècle, de parer à la décadence menaçante. II se rangea aux côtés d'Henri VII, partit avec lui pour l'Italie et prit part aux luttes menées par les Gibelins contre les Guelfes. La famille s'éteignit en 1366, à la mort de l'abbé Hermann VI, son dernier représentant.
Bibliographie