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Petite déjà, je passais énormément de temps dans la nature, j'observais tous les animaux avec grand intérêt; les chats, les chiens, les poules, les lapins, tous les animaux de la ferme d'à côté, les poissons, les grenouilles, les oiseaux, les limaces, les écureuils, les hérissons, tout mais absolument tout me fascinait. Les arbres, les fleurs, les feuilles d'automne, les flaques d'eau dans lesquelles je m'amusais à sauter dedans les pieds joints, j'adorais me mouiller et me salir, pour le plus grand désespoir de ma mère.
Les élastiques dans les cheveux et les jolis coiffures de petite fille qu'elle me faisait ne tenait gère une demi-journée, à voir même pas une heure. Je voulais avoir les cheveux dans le vent, me sentir libre, vivante. Je dessinais avec mes doigts dans la boue des traces d'animaux imaginaires, de dragons et d'elfes, je décorais tout avec des petits bâtonnets et des cailloux, je remplissais mes poches avec des branches et des herbes sauvages, des escargots ou des glands. Je ne voulais pas être une petite princesse comme beaucoup de filles; je voulais être une petite indienne sauvage ou une pirate. On jouait souvent dans une carrière proche, on construisait des radeaux, des cachettes avec des planches de bois et on allumait du feu.
Vivant au bord du lac de Zürich, je profitais de chaque instant que je pouvais pour enlever mes bottes et mes chaussettes, marcher dans l'eau, patauger et nager. J'éprouvais une fascination pour les couleurs changeantes de l'eau, allant d'un bleu royal à un bleu ciel très fin voir transparent, des lignes d'argent ou de l'or à la surface, des turquoises profondes, des nuances de gris, de l'anthracite noir juste avant les orages. Même sous la pluie je voulais rester dehors, dans la nature, je n'avais pas peur du diable ni des tonnerres ni de l'éclair, je voulais rester pour sentir les odeurs et entendre les bruits de chaque saison, du printemps, de l'été, de l'automne et de l'hiver, le sifflement des vents et les hurlements des sorcières.
Depuis ma tendre enfance j'avais une fascination pour l'art, la peinture, le bricolage, les nombreux outils à mon père, les forges, les forgerons, les ciseaux avec lesquels je coupais absolument tout ce qui passait dans mes mains y compris les cheveux de mes poupées et les sils, les habits de ma copine Irène qui pleurait comme une Madeleine quand je massacrais son T-shirt ou je coupais des franches dans la jolie nappe de table de ma mère et dans les rideaux du salon.
En vacances avec ma famille en France, je bouffais de mes yeux les artistes dans la rue, installés sous des parasols qui proposaient des portraits au crayons. Un jour j'en ai vu un qui avait qu'un seul bras, une grosse barbe, les yeux d'un fou, un perroquet assis sur son épaule, une bouteille de vin blanc à côté de ses pieds nus très sales . Il dessinait très rapidement le portrait d'un touriste. Un dessin extrêmement précis, beau, magnifique, parfait, immédiatement reconnaissable, pour juste quelques francs que l'on laissait tomber dans son chapeau au sol. Eternel souvenir de Marseille. Je voulais devenir artiste.
Plus tard, en visitant des expositions, je suis tombée sous le charme des sculptures. Bronze, acier, marbre, pierres, or, argent, verre, vitrail et surtout tout ce qui était grand. Ou énorme. Ma petite collection de livres sur l'art brut me remplit de sentiments profonds d'admiration.
Après une formation de 3 ans dans une école d'art à Bern, selon la méthode Stern; je pratiquait durant quelques années des journées de peinture de libre expression pour des enfants et des adultes en difficulté psychologique. Ce fut une expérience géniale. Mais pour gagner un peu d'argent, j'ai travaillé pendant 25 ans comme secrétaire comptable au Service archéologique du Canton de Fribourg. Chaque minute de libre on fabriquait des objets d'art et on organisait des expositions; un investissement personnel énorme toute en rêvant de pouvoir un jour ouvrir notre propre parc à sculpture.
La création était durant toute ma vie et encore aujourd'hui ma raison d'être, mon bonheur absolu, je suis heureuse quand je peux inventer, créer et fabriquer mes idées dehors, à tous les temps ou, parfois, dans notre atelier, toute seule ou en collaboration avec mon homme.
J'aime ce défi de trouver un compromis (ou pas ...) quand nous réalisons nos ouvres , des chaises, des tables, des bancs, des miroirs, des bougeoirs mais notre grande passion reste la sculpture, les totem, les têtes, les visages. Nos idées se discutent (ou se disputent...), se dessinent, se mélangent, se marient, se complètent. Nos sculptures se sont nos enfants, nos bébés.
Avec nos expositions nous pouvons parcourir le monde, la planète, les pays, les villes, les villages, nous pouvons voyager, bouger, être libre et indépendant, embrasser la lune, dormir à la belle étoile, dans une tente, à l'hôtel, dans une maison, un château, une grotte, un bateau, un camion, une voiture, une caravane, un mobilhome, chez des amis ou encore dans une cabane dans les arbres.
Une vie de poésie, de bohème, de passion, de fantaisie, de musique, de chant, de tristesse, de joie, de souffrance, d'amour, d'espoir, de désespoir, de maladie, de bonheur absolu, de drames, de cirque, de gitans.
Et notre parc à sculpture est prêt: nous organisons plusieurs fois par année des portes-ouvertes (avec le soutien de l'Office de Tourisme); pour les touristes de la région et les visiteurs amateurs d'art, des familles avec enfants cherchant des activitées culturelles ou tout simplement à tous ceux qui aimeraient découvrir notre travail.
Le rêve, notre rêve, nous l'avons réalisé!
JACKY
L'homme aux mains d'or
La Bretagne profonde, loin de la mer, dans les terres, en traversant des kilomètres de forêt vierge, on arrive dans un petit village très ancien, un endroit où tout le monde se connait, mais que les jeunes gens se font de plus en plus rare et où, malheureusement, les magasins ferment les uns après les autres. C'est surtout des personnes âgées qui se rendent au petit marché sur la place du village non loin d'une immense église. Beaucoup de volets sont fermés, une bonne partie des maisons tombent en ruine.
Beaucoup d' anglais ont découvert cet endroit perdu et achètent des anciennes maisons pour les rénover et leur redonner une renaissance avec une allure magique d'autre fois. Le long des petites routes on peut voir des milliers de buissons d'Hortensias.
En quittant le village pour aller encore plus loin au milieu de nulle part, surgit, après une éternité de rien du tout, une vieille ferme avec de nombreuses dépendances pour les bêtes, entouré d'immenses champs à perte de vue. C'est ici que je suis né.
L'électricité est arrivée ici qu'en 1955.
Pour aller à l'école, il nous fallait marcher 15 kilomètre aller-retour tous les jours. Mais il fallait surtout aider à la ferme, traire les vaches et réparer des machines agricoles avec les moyens les plus simples. Si le temps le permettais, je coupais du bois et je fabriquait des petites sculptures et objets avec les ciseaux à bois. Mais il fallait surtout travailler et ne pas trop discuter, si possible. Silence à table!
A l'âge de mes 30ans j'ai décidé de quitter cette vie qui était pourtant ancré profondément dans ma chair. Je voulais aller voir autre chose, découvrir le monde. C'est comme chauffeur de poids lourd que j'ai pu voyager dans toute la France, la Suisse, la Roumanie, la Bulgarie, tous les pays de l'est et j'en avais pas assez de mes yeux pour découvrir un million de choses.
Installé finalement dans une belle ferme en Suisse, je me suis rapidement remis à travailler le bois, pour fabriquer des étagères de cuisines, des chaises, un lit et des petites sculptures avec des visages. Je pensais que le bois était mon matériau préféré pour toujours. Je voulais construire une maison entièrement en bois au milieu d'une forêt, loin de toute civilisation.
Mais c'est en visitant une exposition d'un artiste sculpteur métal et bronze que j'ai commencé à m'intéresser de plus près à l'acier. A partir de ce moment là, j'ai commencé à admirer, à adorer tout travail avec le métal.
J'ai suivi une formation de soudeur et j'ai commencé à travailler le fer. Au début je fabriquais des sculptures et par la suite je me suis mis à mon compte comme serrurier. Aujourd'hui je fabrique et j'installe tout ce qui est construction métallique, je soude les différents métaux comme le laiton avec le cuivre, l'acier, l'inox ou l'aluminium.
Mais ma grande préférence restera la création des oeuvres d'art.
Le hasard de la vie a donc fait que je suis devenu constructeur métallique et artiste sculpteur. Je me suis installé à Yvonand avec ma femme, nous avons acheté et rénové un ancien poulailler au Vursy à Yvonand et nous en avons fait un petit bijoux. Ici, nous pouvons vivre et travailler dans nos ateliers.
Je suis resté un homme très lié à la terre, à mes origines bretons et à mon âme de Cro-Magnon préhistorique .
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