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Le positivisme est un courant de pensée né au XIXème siècle autour des théories d’Auguste Comte, qui ne donne de crédit qu’aux différents domaines qu’il nomme sciences. Les faits de la vie de tous les jours sont toujours explicables par la science sous forme d’expérience et d’observation. Le positivisme est un évolutionnisme par la science.
Pour le positivisme, le progrès de l’humain est tel que toute chose peut être expliquée par les découvertes des 6 sciences fondamentales (chimie, physique, biologie, mathématique, astronomie, sociologie). Auguste Comte nous dit qu’avec le positivisme nous entrons dans la troisième étape du progrès de l’esprit humain: l’étape scientifique, qui vient remplacer les étapes métaphysique et théologique.
Le positivisme en détail
Bref historique
Le terme « positivisme » est un néologisme admis par l’Académie française en 1878. C’est Auguste Comte qui est considéré comme le fondateur de la science positive, bien que ses influences et les concepts fondant cette science prennent leurs racines avant le philosophe. L’idée de progrès de l’homme est une des idées fondamentales du siècle des Lumières, particulièrement en France.
Des auteurs tels que D’Alembert avait déjà commencé à théoriser sur la supériorité de la science, mais c’est Auguste Comte qui sera le principal porte-drapeau du mouvement positiviste.
Comte naît en 1798 et meurt en 1857. Il développe l’idée des sciences positives pendant les premières années de sa vie, puis celle d’une religion positive de l’humanité. Les principes de sa doctrine seront repris par la suite dans des domaines tels que le droit et la logique. Aujourd’hui, le positivisme peut paraître quelque peu désuet. Néanmoins, l’influence que la doctrine de Comte a eue sur le monde anglo-saxon et en Europe n’est pas négligeable, et les héritages de sa doctrine pèsent lourd dans nos sociétés.
La notion de progrès
Le positivisme, tel qu’il est pensé par Auguste Comte, est une déclinaison de l’évolutionnisme en ce sens que la notion de progrès est au centre de l’Histoire. L’être humain progresse, et son histoire est une évolution continuelle vers le meilleur dans tous les domaines (technique, science, philosophie). L’être humain tend vers l’excellence à mesure qu’il avance dans le temps. Cette pensée est théorisée tout d’abord par les philosophes des Lumières et elle perdure jusqu’au milieu du vingtième siècle, notamment à travers la sociologie et l’anthropologie.
Auguste Comte voit cette progression dans l’Histoire de la philosophie. En effet, les philosophes de l’Antiquité cherchaient des réponses métaphysiques aux grandes questions naturelles et humaines; les philosophes médiévaux, quant à eux, évoluaient vers une recherche de réponses théologiques; et depuis le début de la modernité, les philosophes cherchent des réponses scientifiques aux questions naturelles et sociales. Cette évolution dans la pensée philosophique est à la base de la réflexion d’Auguste Comte.
Les trois états de Comte et la sociologie
Comme nous venons de le noter, Comte remarque une évolution de l’être humain à travers l’Histoire de la philosophie. À partir de là, Comte va construire sa philosophie évolutionniste des trois états. Le premier état, métaphysique, laisse la place à l’état théologique pour finalement évoluer vers l’état scientifique. L’homme se concentre d’abord sur des entités transcendantes, puis sur une représentation transcendante de l’homme (Dieu), et finalement sur l’être humain tout simplement.
Cette focalisation sur l’être humain se retrouve tout au long des œuvres de Comte. Il partira du constat de ces trois états pour justifier la concentration des études sur l’être humain directement. L’innovation apportée par Comte est ici importante. En effet, il ne va plus seulement se concentrer – comme depuis le début de la modernité – sur le statut naturel de l’être humain, mais également sur son côté social. C’est la naissance de la sociologie.
Le positivisme et la méthode expérimentale
S’étant développées à la même époque et visant toute deux un progrès décisif dans la manière de considérer la science, la théorie positiviste de Comte et la méthode expérimentale de Claude Bernard sont souvent assimilées. Il est important de ne pas confondre ces deux approches. En effet, alors que la méthode expérimentale conçoit une méthode d’expérimentation scientifique basée sur la répétition d’expériences contrôlées et la production de résultats empiriques, la méthode de la science positive est toute autre. Auguste Comte pense que l’observation est au centre de tout processus scientifique. Cette dernière doit être, dans un premier temps, sans contrôle de l’humain sur l’expérience. Dans un second temps, cette première observation sans contrôle pourra permettre l’observation productive du même phénomène dans une expérience contrôlée. La méthode expérimentale est donc secondaire selon Auguste Comte; l’observation est la méthode qui vient en premier, suivie par la comparaison et finalement par l’expérience.
Les ordres de la science positive
Il s’agit maintenant d’aborder le contenu de la science positive. Qu’est-ce qui nous permettra d’arriver à une connaissance complète, centrée sur l’être humain et la science, ou plutôt sur l’être humain comme science?
La philosophie d’Auguste Comte est réglée comme du papier à musique, tout y est décortiqué et ordonné. Ainsi, il distingue six sciences principales, méritant toutes une place au sein de sa science positive: les mathématiques, la chimie, la physique, la biologie, l’astronomie et la sociologie. La chimie est la science principale pour l’observation, la biologie est la science de la comparaison et la physique la science de l’expérience. Ces trois sciences se complètent pour faire ressortir les mathématiques et la sociologie, sciences opposées: abstraction parfaite d’un côté et science des faits purs de l’autre. L’astronomie à une place spéciale dans la genèse de la science positive pour Comte. C’est la première des sciences, en ce sens qu’elle marque la naissance historique du positivisme – qui coïncide avec la naissance de la modernité – avec notamment les thèses de Copernic et de Galilée.
Ces six sciences forment la science positive de Comte, une structure solide qui pose les mathématiques comme aboutissement de l’abstraction, et la sociologie comme nouvelle science à développer dans le but de faire progresser encore l’humanité.
Le culte de l’être humain
La seconde partie du développement de la philosophie d’Auguste Comte placera l’être humain au centre de toute l’attention. Le positivisme y devient une religion et l’homme en est le centre. Il s’agira donc de diviniser l’homme dans un sens historique.
L’étape métaphysique était essentiellement polythéiste et l’étape théologique était essentiellement monothéiste; l’étape scientifique sera centrée sur l’homme au sens où ce dernier va prendre la place et l’attention qu’avaient les religions auparavant. Cet humanisme poussé à l’extrême est dans l’ensemble moins intéressant que la philosophie que Comte développa dans ses premiers écrits, même si fondamentalement il en est un prolongement.
Influences du positivisme
Aujourd’hui le positivisme de Comte n’est plus réellement d’actualité. Néanmoins le succès qu’il connut et les conséquences de sa pensée dans la modernité sont très importants. Des auteurs comme Zola se sont inspirés de ses travaux pour certains ouvrages, et la sociologie a pris une importance décisive dès ce moment-là. Des disciples tels que Pierre Laffitte en France, et Richard Congreve en Angleterre ont continué à enseigner sa doctrine après sa mort en 1857, et sa vision de la modernité a pris alors une plus grande ampleur.
Bibliographie commentée
Comte, A. (1968/69). Cours de philosophie positive. 6 volumes. Paris: Anthoropos. (Œuvres originales publiées entre 1830 et 1842)
Dans ce cours publié en 6 volumes, Comte présente sa philosophie et les réformes sociales qu’elle doit engendrer. C’est par un effort combiné des six grandes sciences que la société humaine pourra continuer d’avancer en progressant. Cet ouvrage est le plus abouti, le plus dense et le plus important du philosophe français. La sociologie y est évidemment présentée comme la science principale, puisque l’homme est désormais au centre des préoccupations de toutes les autres sciences.
Comte, A. (1998). Discours sur l’ensemble du positivisme. Paris: GF Flammarion. (Œuvre originale publiée en 1848)
Dans ce livre, Comte effectue gentiment sa transition d’un positivisme intellectuel et philosophique, dont il rappelle les principales lignes, à un positivisme religieux, dont il expose les causes. Ce glissement n’est pas anodin et va permettre au philosophe de stabiliser sa doctrine, en lui faisant atteindre un statut transcendantal. L’alignement sur le plan religieux permet à Comte de proposer une solution effective pour le remplacement des différentes doctrines religieuses monothéistes.
Comte, A. (1969/70). Système de politique positive ou Traité de sociologie. 4 volumes. Paris: Anthropos. (Œuvres originales publiées entre 1851 et 1854)
Écrit dans la phase religieuse de son positivisme, cet ouvrage est un traité de fondation de la société positiviste. Axés sur le plan politico-religieux, les 4 volumes de cette œuvre représentent les grands projets de Comte pour l’humanité. Il y pense un système tant politique que religieux articulé autour de la religion positiviste, se posant lui-même en grand prêtre de cette religion. Sans s’empêcher de sourire, il convient de voir cet ouvrage comme l’aboutissement des projets de progrès du philosophe: la projection dans le futur des lois sociologiques qu’il a créées.
Mill, J.S. (1999). Auguste Comte et le positivisme. Paris: L’Harmattan. (Œuvre originale publiée en 1865)
John Stuart Mill fut l’un des propagateurs du positivisme en Angleterre du vivant d’Auguste Comte. Ayant correspondu avec le philosophe français, Mill présente sa lecture de la doctrine de Comte, sans pour autant prétendre à l’analyse critique. Deux questions principales séparent les deux penseurs. L’égalité de femmes et les hiérarchies que Comte pose dans sa doctrine. En effet, Mill est un moderne libéral alors que Comte s’accroche à son éducation catholique traditionnelle qui impose un cadre très hiérarchisé.
Références
Comte, A. (1998). Discours sur l’ensemble du positivisme. Paris: GF Flammarion. (Oeuvre originale publiée en 1848)
Kremer-Marietti, A. (2006). Le positivisme d’Auguste Comte. Paris: L’Harmattan.
Kremer-Marietti, A. (2007). Le concept de science positive: ses tenants et ses aboutissants dans les structures anthropologique du positivisme. Paris: L’Harmattan.