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Le monde scientifique célèbre cette année l'aboutissement des efforts de décryptage du génome humain et la publication d'une séquence de référence. L'événement coïncide avec les cinquante ans de la publication de la structure de l'ADN par James Watson et Francis Crick, le 25 avril 1953.Bruno Strasser, biologiste et chercheur devenu historien des sciences,1 a participé aux commémorations à sa manière : il montre dans la revue Nature comment les commémorations de découvertes scientifiques influencent l'avenir de la science (Nature 2003 ; 422 : 803-4).Le chercheur ne donne jamais l'impression d'être un rabat-joie, un humaniste qui serait investi du devoir de déterrer les ficelles que tirent naïvement les arrogants scientifiques. Bruno Strasser se passionne simplement pour l'histoire des idées et de l'institution scientifique, comme il s'est passionné pour la biologie. Il retrace les faits que la mémoire collective a bizarrement oubliés et s'interroge sur ceux qu'elle a retenus.Jean-Luc Vonnez : La communauté scientifique célèbre cette année les cinquante ans de la publication de la structure de l'ADN, le 25 avril 1953 dans la revue Nature, par James Watson et Francis Crick. Comme historien des sciences, quel regard portez-vous sur ces festivités ?Bruno Strasser : L'anniversaire de la double hélice s'inscrit d'abord dans une tendance de fond, typique de la fin du XXe siècle : la multiplication des rituels commémoratifs, du bicentenaire de la Révolution en France au 400e de l'Escalade à Genève, en passant par le cinquantenaire de la mobilisation en Suisse. D'habitude, on fait immédiatement une lecture politique de ces événements. Lors du cinquantenaire de la mob par exemple, on a vu d'emblée des sociétés patriotiques défendre une certaine idée qu'elles se font de l'Etat.Mais dès qu'il s'agit de commémorations scientifiques, on oublie complètement l'arrière-plan politique. Comme si la science, étant guidée par la logique, échappait à l'histoire et à la culture. Pourtant, si l'on refuse ce grand partage la science d'un côté, le reste de la société de l'autre on découvre beaucoup de choses très intéressantes. Les festivités de cette année marquent à la fois la fin officielle du séquençage du génome humain et le cinquantenaire de la double hélice. Or, de ces deux raisons de célébrer, c'est la commémoration qui l'emporte. La génomique se tourne-t-elle vers le passé par manque de projets ? Ce ne sont pas les projets qui manquent, mais c'est vrai qu'il existe certains signes d'une incertitude sur les directions à prendre. Les commémorations s'inscrivent souvent dans des contextes politiques ou sociaux difficiles et dans des moments de doutes sur l'avenir. La commémoration de la double hélice serait une manière de réaffirmer qu'on est sur la bonne voie. Car chacun est bien conscient que la post-génomique sera infiniment plus difficile et plus chère que la génomique. Le travail ne pourra pas être automatisé de la même façon. Les clés technologiques, et peut-être intellectuelles, manquent encore pour penser la suite. La biologie traverse une période passionnante, plus ouverte que jamais sur l'avenir. Peut-on imaginer d'autres raisons à ces commémorations ? On manque malheureusement de recul. Les célébrations ont culminé à Cambridge et à Londres en avril. Les institutions scientifiques américaines et françaises organisent des célébrations pendant toute l'année. Il faudra au moins deux ou trois ans pour que l'on commence à comprendre ce qui s'est passé ces dernières semaines. La grande question, ce sera de savoir pourquoi, en 2003, on a commémoré l'événement de cette façon. Car dans cinquante ans, on racontera une autre histoire autour de Watson et de Crick. Vous affirmez dans votre article dans Nature que la célébration de découvertes symboliques, comme celle de Watson et Crick, influence très concrètement le cours de la science. En effet, ces célébrations enrichissent la mémoire collective scientifique, et cette mémoire fournit des modèles aux chercheurs. Le passé nous sert toujours pour penser le présent. Les chercheurs n'étudient pas toutes les questions intéressantes qui pourraient se poser. Il y en a toutes sortes qu'on laisse de côté, non parce qu'elles ne sont pas scientifiques, mais parce qu'on ne les juge pas intéressantes. Ce n'est pas un problème ; c'est comme cela que ça fonctionne. Les chercheurs sont par exemple jugés à leur taux de citation. S'ils se penchent sur quelque chose qui n'intéresse personne d'autre, ils n'ont aucune chance. Or, pour décider ce qui est intéressant de ce qui ne l'est pas, les chercheurs se réfèrent forcément à des modèles, à une mémoire de leur discipline. Quel type de science la commémoration de Watson et Crick encourage-t-elle ? Pour la double hélice, c'est encore difficile à distinguer. Mais l'histoire fournit quelques exemples spectaculaires. La pénicilline est une découverte dont la reconstruction mémorielle a joué un rôle extrêmement important pour la médecine moderne, presque autant que la découverte en soi. Dans l'après-guerre, la pénicilline, le radar et la bombe atomique, ces trois avancées de la recherche dirigée des années de conflit, deviennent trois symboles du succès de la recherche scientifique. La découverte de la pénicilline donne un nouveau modèle à la recherche biomédicale : celle-ci se fera au laboratoire, elle se concentrera sur une molécule particulière, avec une méthode contrôlée, etc.Et peu importe si la véritable histoire de la pénicilline ne correspond pas exactement à ce modèle. Entre l'observation fortuite des effets bactéricides et l'arrivée des antibiotiques, par exemple, il y a eu une longue phase que la mémoire laisse de côté. Une période plus compliquée, durant laquelle l'Etat et l'industrie sont beaucoup intervenus. On a tendance à croire que ce n'était pas vraiment de la science, que la partie était déjà gagnée, alors que le passage à une production de masse posait un problème scientifique extrêmement sérieux. Un autre exemple ? Linus Pauling. Voici quelqu'un qu'on commémore et qu'on cite encore abondamment aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que ce chercheur a fait le lien entre des gènes altérés, une molécule altérée, et une pathologie, l'anémie falciforme. Il a proposé que la thérapie intervienne au niveau des gènes et des molécules. Aujourd'hui, ceux qui essaient de défendre la thérapie génique ce dont elle a bien besoin, car du point de vue médical, c'est un échec patent se réfèrent souvent à cette découverte. Ils disent : «Pauling a montré la route, il faut essayer de soigner l'anémie falciforme de cette façon, d'abord en étudiant la structure de la molécule, ce qui est fait, puis en étudiant le gène, également connu aujourd'hui, et enfin en essayant d'intervenir à ce niveau-là». Or, il y a d'autres voies possibles. Les traitements d'aujourd'hui ne doivent d'ailleurs pas grand chose à cette tradition de recherche. On voit à quel point la référence à Pauling peut influencer la recherche aujourd'hui. Il y a bien entendu d'excellents scientifiques dans ce domaine, qui avancent des arguments rationnels pour défendre leurs travaux. Mais la référence à Pauling leur permet de s'inscrire dans une tradition scientifique illustre et glorieuse. Souvent, les découvertes mythiques sont présentées d'une façon déformée. Est-ce le cas pour celle de la double hélice ? Entre ce que les historiens voient d'un événement et la manière dont il est commémoré, les décalages sont fréquents. Plutôt que de simplement relever les erreurs, de signaler que l'événement a été «mal» commémoré, il est beaucoup plus intéressant de se demander pourquoi les décalages sont apparus. Dans le cas de Watson et Crick, vous avez constaté que les citations de l'article de 1953 sont peu nombreuses jusque dans les années 1990. Bizarre, pour un travail censé avoir changé la face de la biologie... On présente généralement la double hélice comme quelque chose qui est tombé du ciel et qui a tout de suite enthousiasmé tout le monde. Or dans les années 1950, elle suscite un intérêt assez limité. Mais dans les années 1960, on reconstruit cette découverte, rétrospectivement, comme le début d'une grande épopée scientifique. Croire aujourd'hui à un succès immédiat, c'est une façon de mettre entre parenthèses tout le processus de reconstruction qui a rendu la découverte célèbre. Mais découvrir que l'ADN a une structure compatible avec la conservation d'information génétique, c'était tout de même révolutionnaire. En 1952, beaucoup de biologistes estiment que ce sont les protéines qui servent de support à l'hérédité, même si depuis 1944, un certain nombre de travaux montrent que l'ADN joue vraisemblablement un rôle important. Watson lui-même est convaincu que cette molécule est responsable de l'hérédité, raison pour laquelle il s'y intéresse avec autant d'acharnement. Le fait que la structure qu'il découvre soit compatible avec cette fonction de support héréditaire renforce l'idée, déjà existante, d'une hérédité liée à l'ADN. L'article de Crick et Watson n'est d'ailleurs jugé important que par ceux qui croient déjà au rôle de l'ADN. La prise de conscience du rôle de l'ADN est donc progressive. Pourquoi a-t-on choisi comme symbole la découverte de Crick et Watson plutôt qu'une autre contribution ? Ces deux chercheurs ont d'abord bénéficié d'une caisse de résonance extraordinaire avec le groupe de génétique des bactériophages, un réseau de scientifiques créé dans les années 1930 pour étudier ces virus attaquant des bactéries. Ayant appris la découverte, le physicien Max Delbrück, l'un des pères spirituels du groupe, a invité Watson à présenter son modèle devant le symposium de biologie quantitative, à Cold Spring Harbor. C'est à cette occasion qu'a été prise cette photo du jeune chercheur en shorts, présentant son modèle devant une assistance prestigieuse.Le groupe de génétique des phages avait quelque chose de très particulier. Il cultivait cet «esprit de Copenhague», hérité du groupe de physiciens autour de Niels Bohr qui avaient, dans l'entre-deux-guerres, collaboré de façon très étroite en physique théorique. Delbrück avait transposé cela dans la génétique, en créant un réseau très bien organisé, avec une lettre d'information, des cours de formation et des rencontres informelles. On partageait énormément ; la critique mutuelle était très forte. Cette communauté était prête à jouer un rôle amplificateur pour la découverte.Et puis, Crick et Watson répondaient d'une façon élégante à une question simple, celle de la structure de l'ADN. Leur article était illustré d'un dessin aux qualités esthétiques indéniables. Le texte était magnifiquement bien écrit, plein de sous-entendus et de petits jeux de mots que les connaisseurs auront compris. En fait, Watson et Crick n'ont pas seulement fait une découverte, au sens littéral du terme. Ils l'ont fabriquée, ils l'ont érigée en icône dès la rédaction de leur article. Le style décontracté des deux chercheurs a contribué à leur succès... Il est même immédiatement devenu le miroir de toute une frange de jeunes biologistes. L'article lui-même correspondait très précisément à l'image que cette relève, les futurs biologistes moléculaires, avait d'elle-même : décontractée, arrogante, joueuse. Les «Jeunes Turcs de la biologie», disaient les classiques.Watson et Crick se comportent exactement de cette façon : ils bâtissent leur article sur une hypothèse intelligente, mais aussi sur des données expérimentales insuffisantes, «empruntées» à la jeune cristallographe Rosalind Franklin. J'ai trouvé dans des archives privées une lettre magnifique que Watson écrit en juin 1953 à l'un de ses anciens collaborateurs. Il dit : «notre structure est sortie, je croise les doigts pour qu'elle tienne le coup». Il savait à quel point c'était un coup de poker risqué.Les biologistes plus traditionnels n'auraient jamais eu ce culot. Ils écrivaient encore souvent des livres. Prenez par exemple le zoologiste genevois Emile Guyénot, généticien. Il émet à cette époque toutes sortes de nouvelles idées intéressantes, parfois un peu spéculatives, soutenues par des données expérimentales très complexes. Mais lui n'écrit pas un article en anglais dans Nature, comme le font les Jeunes Turcs de la biologie moléculaire : il publie un gros livre en français.Les jeunes biologistes moléculaires font preuve d'une grande audace intellectuelle. D'une grande naïveté aussi, en pensant qu'il suffit d'être intelligent pour faire des découvertes en biologie. Qu'il n'y a pas besoin de connaître le nom des plantes et des animaux comme leurs prédécesseurs. Ils se présentent volontiers dans des poses très décontractées, en shorts comme Watson, sur la plage ou en train de faire des ballades en montagne. Tout un style... Le mythe est né. Peut-on dire qu'il va forcément conduire au séquençage du génome humain ? Le séquençage est à la fois la cause et la conséquence du succès de la double hélice. La conséquence, parce qu'à force de considérer l'hélice d'ADN comme le fondement de la vie, on va forcément justifier les efforts pour la connaître le mieux possible. Le séquençage marque la fin de cette approche qui consiste à pousser la description jusqu'au niveau le plus détaillé possible, la séquence. L'effort de séquençage est aussi une cause du succès de la double hélice, car il renforce cette idée que l'ADN est réellement la clé de la vie. Tout un imaginaire a pu se développer. La double hélice est devenue un symbole universel. Les promoteurs du séquençage ont-ils utilisé Watson et Crick pour, comme vous le disiez, se placer dans une tradition scientifique illustre et glorieuse ? Au début, l'association était tellement évidente qu'il n'y avait pas besoin de la rappeler. Watson était non seulement l'un des promoteurs du projet de séquençage, mais également son premier directeur. Les choses deviennent intéressantes lorsque Collins succède à Watson. Il éprouve, lui, le besoin de réaffirmer la filiation entre la découverte de la double hélice et le séquençage. C'est lui qui donne au projet l'objectif de terminer pour 2003, en soulignant que c'est le cinquantenaire de la découverte de la double hélice. Le séquençage était la suite logique, presque nécessaire, de la découverte de l'ADN. Avait-il réellement besoin d'être défendu ? On a oublié que, lorsqu'il prend forme dans les années 1980, le projet de séquençage a des détracteurs. Beaucoup de biologistes trouvent que ça n'a aucun intérêt. Ils savent déjà qu'une bonne partie de l'ADN ne porte probablement aucune information «utile». Ils disent : «A quoi bon faire travailler des milliers de doctorants pour séquencer des régions qui ne veulent rien dire ? Que vont-ils apprendre, ces jeunes chercheurs ? Ils sauront séquencer un petit quelque chose, mais ce n'est pas de la science inventive. C'est de la science industrielle, du Taylorisme.» Les autres disent : «Non, au contraire, ce projet sera un moteur extraordinaire. Ce qui sera intéressant, ce ne sera pas d'abord le résultat, mais les technologies dont il stimulera la mise au point.» Ce en quoi ils n'avaient pas entièrement tort. Toutes sortes de techniques ont été développées autour du projet de séquençage, notamment des outils pour l'analyse des données, l'archivage des séquences, l'organisation de ces quantités énormes d'informations.Il y a vingt ans, il était donc très utile de rattacher le projet à une avancée illustre de la science. De dire que c'était la continuation de la découverte du «secret de la vie». Parce que la légende veut que Watson débarque un jour dans l'Eagle, le pub en face du King's College, en disant : «J'ai découvert le secret de la vie !» Et du coup, le séquençage intéresse tout le monde. Parce que le «secret de la vie», ça intéresse forcément tout le monde. Mieux vaut donc, pour une discipline scientifique, avoir de belles légendes à commémorer. La médecine clinique, par exemple, ne souffre-t-elle pas de ne pas avoir son mythe ? S'il y a déficit de reconnaissance et d'attention, c'est déjà pour une raison qui n'a rien à voir avec les mythes : l'effet d'annonce est très difficile quand on a fait une grande recherche clinique, et qu'on arrive avec des résultats forcément nuancés, un grand nombre d'auteurs, des questions subtiles et des méthodes laborieuses. Lorsqu'on parvient à associer un gène avec une maladie rare, on a beaucoup plus de chances d'attirer l'attention médiatique.D'autant plus qu'il y a cette idée naïve, pour laquelle l'histoire est souvent mobilisée, selon laquelle la découverte au laboratoire passe rapidement au médicament. On en revient à la pénicilline, qu'on imagine devenir antibiotique peu après sa découverte par Flemming. C'est oublier justement toute la phase clinique et industrielle, souvent longue et difficile. Et cela permet aux fondamentalistes de dire qu'«une fois qu'on a isolé une molécule in vitro, c'est bon». Et de réaffirmer ainsi la primauté de la recherche fondamentale. Mais ils y croient sincèrement... Bien sûr. Il y a trois ans, j'ai publié dans Science un article sur Linus Pauling et l'anémie falciforme, en mentionnant, un peu par provocation, que ses travaux sur la structure de l'hémoglobine n'ont pas apporté grand chose sur le plan thérapeutique. Des chercheurs ont répondu de bonne foi qu'au contraire, quatre molécules thérapeutiques très intéressantes sont issues des découvertes de Pauling.En préparant ma réponse, je me suis aperçu que sur les quatre molécules, trois n'avaient été utilisées qu'in vitro ou dans des essais cliniques limités, avec des résultats très nuancés. Quant à la quatrième, qui avait effectivement été acceptée par la FDA, elle était le résultat de recherches cliniques et épidémiologiques, mais n'avait absolument rien à voir avec les travaux Pauling.Dans une deuxième moitié du XXe siècle où la biomédecine se développe de manière extraordinaire autour d'une nouvelle pratique du laboratoire ; la recherche clinique souffre peut-être d'un manque d'histoires à raconter pour mobiliser du financement, de l'imaginaire et les jeunes chercheurs. Cette manière d'aborder l'histoire des sciences et de la médecine, en s'intéressant par exemple à la place de la mémoire collective, rompt avec le récit habituel de la vie et des uvres des grands savants... Depuis une dizaine d'années, l'histoire des sciences a connu un véritable bouleversement. On ne s'intéresse plus seulement à l'histoire des idées, mais également à celle de la pratique scientifique. Car pour comprendre comment se développe la science, et en particulier la biologie et la médecine, il ne suffit pas de dire comment se sont succédées les théories scientifiques au cours du temps. Il faut s'intéresser aux transformations des pratiques de recherche dans une société elle-même en perpétuel changement. On ne fait pas de la recherche aujourd'hui comme il y a deux siècles, en suivant une mythique «méthode scientifique». La science plonge ses racines dans la culture et est inséparable du reste de la société. Qu'apporte cette reconnaissance de la dimension sociale de la science ? Sans elle, l'histoire des sciences serait incapable de réfléchir aux questions les plus importantes que nous nous posons aujourd'hui au sujet de la science. Comment les brevets sur le vivant ont-ils transformé la recherche biomédicale ? Comment la mobilisation des associations de patients a-t-elle influencé la recherche sur le sida ? Comment la recherche privée diffère-t-elle de la recherche publique ? La nouvelle approche en histoire des sciences, elle, permet enfin d'aborder ces questions et de commencer à y répondre. 1 Maître-assistant aux Universités de Genève et Lausanne, chercheur à l'Institut universitaire romand d'histoire de la médecine et de la santé.