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Les carnets du Beau
20.02.2020
Regards à l'oeuvre: Strada nuova, "rue des rois, reine des rues"
Qui s’arrête à Gênes sera surpris de découvrir, en quittant l’enchevêtrement de la ville médiévale vers le haut, une rue où de puissants palais s’alignent côte à côte. Actuelle Via Garibaldi, elle s'appelait autrefois Strada Nuova et son aménagement remonte aux années 1550.
L'antique ville portuaire de Gênes s'est formée sur un terrain exigu et accidenté. Pour survivre, elle développa le commerce maritime jusqu’à en devenir une des principales puissances. Flairant mieux que ses concurrentes les enjeux du capitalisme naissant, elle inventa des montages financiers dignes de nos banques actuelles; ses élites constituèrent d’énormes fortunes en prêtant notamment aux rois d’Espagne l’argent nécessaire à la guerre dans les Flandres.
Ces familles – les Spinola, Doria, Grimaldi et autres – se devaient de recevoir dignement leurs clients, les grands de ce monde. Mais comment y parvenir dans leurs maisons datant du Moyen âge, étroites et si hautes qu’elles assombrissaient les ruelles ? De surcroît, ces maisons étaient vieillottes; ayant voyagé à travers le monde, les Génois s’en rendaient bien compte; les bâtisseurs lombards actifs en ville leur proposaient d’ailleurs de nouvelles manières d’habiter, des édifices plus spacieux, lumineux et commodes, pourvus de vastes cours entourées d’arcades et de jardins rafraîchissants. Mais il manquait la place pour de telles merveilles. C’est ainsi qu’en 1551, le gouvernement de la République décida de mettre à disposition des terrains à bâtir situés sur les hauteurs de la ville, loin des miasmes du port et dotés d’une vue époustouflante. Par cette vente, il comptait accessoirement redresser les finances communales et rénover la cathédrale menaçant ruine.
Toutefois l'espace du futur quartier chic n’était pas vierge. A côté d'une vingtaine de modestes maisons dans leurs jardinets, qu'on s'empressa d'exproprier malgré les protestations, trônait...le lupanar public. Une véritable institution! Concours officiel d'architecture à l'appui, on le réinstalla en amont de la nouvelle rue, dans une forteresse désaffectée. Puis un maître bâtisseur tessinois établit pour la République un "masterplan" afin de vendre les parcelles ainsi libérées aux plus offrants. Pour les siècles à venir, les palais qui s’y construisirent alors offriront aux élites génoises et à leurs illustres hôtes tout le luxe imaginable, impressionnant jusqu'au jeune peintre Rubens qui édita plus tard des relevés de cette fameuse rue dans un de ses recherchés recueils de gravures.
Coqueluche des voyageurs du Grand Tour, Strada Nuova ne cessa d'attirer les commentaires élogieux. Dont ceux d'une certaine genevoise, née Germaine Necker. Je me demande si notre inspirée baronne de Staël connaissait cette histoire de lupanar lorsqu'elle baptisa Stada Nuova de ce joli surnom qui lui resta: " la rue des rois, la reine des rues"?
Par bonheur, Strada Nuova a survécu aux aléas du temps. Magnifiquement restaurées, ses bâtisses ont reçu en 2006 le label Unesco « Patrimoine de l’humanité ». Un joli titre pour un site à l'histoire si "humaine".
Verena Villiger Steinauer
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Des oeuvres et des sites choisis en vertu de leur exceptionnelle capacité créatrice à incarner notre histoire. Une approche lente, sensible et en profondeur afin d'en révéler le sens, comprendre mieux qui nous sommes, et, pourquoi pas, construire une expérience personnelle de la beauté. Des voyages d'art cousus main, en petits groupes d'une dizaine de personnes. Voyager le monde...autrement.