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29/06/2016
L'exploration de la fin du monde
Dans The House on the Borderland (1908), William Hope Hodgson (1877-1918) fait avoir des visions étranges à un homme perclus de douleur parce qu'il a perdu celle qu'il aimait, et après qu'il s'est isolé dans une maison mystérieuse, en Irlande, au bord d'un ravin. Le Thononais Maurice Dantand (1828-1909) avait eu une démarche semblable, dans L'Olympe disparu: sa défunte épouse l'emmenait dans le cosmos et il assistait aux combats des dieux à l'aube du monde. Mais chez Hodgson, c'est plus tragique.
Son personnage parcourt l'univers, va au-delà des étoiles, et s'il parcourt aussi le temps, c'est en allant dans l'avenir, au soir du monde.
Par-delà les étoiles il trouve un espace rouge sang, plein de nuages, entouré de montagnes où sont des divinités hideuses - telle Kâli, reine de la Mort. Au pied des montagnes qui font comme un cercle, une maison, bizarre parce qu'elle est exactement comme la sienne, se dresse. Un être bipède mais à la tête de porc en fait le tour, menaçant. Naturellement, à la fin du récit, il le verra s'approcher de sa maison, sur Terre. Le lieu aux confins de l'univers demeure mystérieux. Est-ce un lieu de l'âme? Sans doute.
À la fin du monde, la Terre sort de son orbite et se rapproche du Soleil, qui lui-même s'éteint. Le narrateur du récit voyage donc dans le cosmos sans quitter la Terre. Et cela, d'autant plus que le Soleil aussi voyage, et se rapproche d'une immense étoile verte, à côté de laquelle il n'est qu'un nain. Il en sort des rayons violets dans lesquels sont des traits de feu qui apparaissent comme des étincelles lorsqu'elles sortent du globe vert ou y retournent. Ce sont des messagers, nous dit le narrateur: des anges. Est-ce l'échelle de Jacob? On n'en saura pas plus.
Des sphères sortent aussi en foule du disque d'émeraude: certaines sont blanches et contiennent des âmes heureuses et une mer de sommeil, et le narrateur a la chance, alors, de revoir sa bien-aimée. Mais elle doit le quitter. D'autres sphères apparaissent, noires et rouges, et les êtres qui sont dedans sont des âmes malheureuses et aveugles, dont les orbites oculaires sont vides: vision affreuse!
Puis le narrateur, revenu sur Terre, est attaqué par l'homme-porc. Il est empoisonné par son chien lui-même atteint, et meurt; sa maison s'écroule dans le ravin qu'elle surplombe.
Ce récit énigmatique emporte dans des visions mythologiques et grandioses, mêlant subtilement le cosmique au mystique, mais refusant de donner un sens clair aux images. C'est peut-être ce qui justement permet le glissement du monde physique au monde psychique - glissement incomplet, puisqu'on ne sait pas si les phénomènes lumineux distingués au fond de l'univers sont réellement de nature spirituelle: c'est suggéré, dit, mais aucune explication distincte n'est donnée.
Il est certain que l'exploration cosmique débouche ici sur le mythologique, mais la mythologie n'en est pas claire pour autant. C'est sans doute ce qui permet sa force, sa suggestivité. C'est aussi ce qui frustre et angoisse. Comme dans les films de David Lynch, on est saisi de terreur parce qu'on ne comprend pas l'ensemble de ce qu'on voit, et que cela apparaît comme abominable. Mais Hodgson emmène plus loin, dans le temps et l'espace, que le cinéaste américain.