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Le tour de taille et l'IMC au banc d'essai
Une question agite depuis plusieurs années les spécialistes de la recherche sur l’obésité: vaut-il mieux utiliser le tour de taille ou l’indice de masse corporelle (IMC) pour mesurer les risques encourus par les patients obèses ? Une large étude menée au Danemark et publiée en 2008* apporte des éléments de réponse.
Par Højgaard et al., adaptation Patricia Bernheim
En préambule, rappelons que, si le tour de taille mesure uniquement la graisse abdominale, l’IMC** mesure quant à lui la totalité de la masse grasse et non la distribution des graisses. Or, de nombreuses études ont montré que la distribution des graisses était un facteur de risque important. A partir de là, notre hypothèse était que la combinaison des deux systèmes de mesure allait représenter un meilleur indicateur des différents risques encourus par les personnes obèses.
Bigaard et al. ont récemment insisté sur l’importance d’utiliser à la fois l’IMC et le tour de taille comme facteurs de prédiction de toutes les causes de morbidité. Or, seules quelques études portent sur l’utilisation des deux systèmes de mesures dans l’identification des individus à haut risque et celles-ci se concentrent sur un seul facteur de morbidité à la fois. Par ailleurs, les études précédentes portant sur les coûts de santé dus à l’obésité avaient utilisé soit l’IMC soit le tour de taille.
Combiner l’IMC et le tour de taille
Dans notre étude, nous avons analysé la relation entre les futures dépenses en soins médicaux et l’utilisation de l’IMC et du tour de taille. Nous sommes partis de l’hypothèse que, pour tous les niveaux de l’IMC, un tour de taille élevé impliquait des frais médicaux supplémentaires. Nous nous attendions à ce que l’IMC ait un effet protecteur et que, pour des niveaux donnés de tour de taille, inclure l’IMC allait réduire les dépenses en soins. Nous nous sommes aussi demandé si les prédictions en futurs soins médicaux étaient améliorées en combinant IMC et tour de taille.
Notre étude a porté sur une cohorte de 32 000 Danois, hommes et femmes, âgés de 50 à 64 ans, ne souffrant pas de cancer, avec un IMC de 18,5 ou plus. Il en ressort que les individus avec un tour de taille élevé ont des dépenses de santé plus importantes que ceux dont le tour de taille est normal. Néanmoins, le risque de dépenses en soins médicaux pour les hommes est plus prononcé chez les individus avec un fort surpoids que chez ceux dont le tour de taille est normal ou élevé. Des tendances similaires ont été observées pour les catégories IMC.
Chez les femmes dont le tour de taille est normal, 13,6% avaient un IMC au-dessus de la normale. Chez celles dont le tour de taille est élevé ou très élevé, 36,5% et 6% avaient un IMC normal. Chez les hommes avec un tour de taille normal, 30,2% avaient un IMC plus élevé que la normale et chez ceux dont l’IMC était normal, 15,7% et 1,1% avaient un tour de taille élevé ou très élevé. Les deux échelles de mesures définissent donc clairement les personnes obèses différemment.
De fortes corrélations existent
Les résultats de notre étude sont les suivants: pour un IMC donné (<30), tenir compte du tour de taille améliore l’identification de dépenses importantes par individu. Cela confirme qu’une graisse accumulée dans la partie abdominale induit des dépenses de santé plus importantes. Une analyse complémentaire suggère que la valeur ajoutée de la mesure du tour de taille concerne principalement les individus avec un IMC <30, ce qui correspond aux résultats sur la morbidité.
Les résultats d’études précédentes selon lesquelles l’IMC et le tour de taille avaient des effets opposés sur la morbidité totale quand ils étaient conditionnés l’un à l’autre, que la masse grasse et la masse maigre peuvent avoir des effets opposés sur la santé et que le tour de taille indique les effets délétères de la masse graisseuse sur la morbidité nous a incités à combiner les deux mesures, ce qui aboutit potentiellement à un taux plus élevé d’individus à haut risques. Comme dans beaucoup d’autres études, nous avons trouvé une forte corrélation entre le tour de taille et l’IMC. Malgré cela, le résultat montre que la classification des individus dans des groupes à risques selon leur degré d’obésité diffère entre les deux mesures de l’obésité. Nous avons observé que le tour de taille est un instrument de mesure plus sensible pour indiquer les soins médicaux importants. Les individus avec un IMC normal, mais un tour de taille élevé ou très élevé représentent des dépenses en soins supérieures à un individu qui a un IMC et un tour de taille normaux. Les futures dépenses de santé seront même significativement plus importantes que pour les individus qui sont en surpoids ou obèses, mais ont un tour de taille normal.
Ces résultats illustrent nos découvertes finales: le tour de taille est un meilleur outil de prédiction des futures dépenses en soins. L’utilisation conjointe de l’IMC et du tour de taille ne permet pas de mieux prédire les risques pour la santé que le tour de taille seul.
Toutes maladies confondues
Dans cette étude, nous avons choisi de nous intéresser à toutes les dépenses de santé et pas seulement aux maladies a priori liées à l’obésité, comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Se concentrer sur une seule maladie ne donne qu’une vision tronquée du profil pathologique des personnes obèses. A la place, nous avons choisi une approche non discriminante et nous nous sommes concentrés sur les dépenses en soins pour tous les types de maladie afin de donner une description complète des liens entre l’obésité et le recours aux soins médicaux. Cette approche montre une grande différence dans les dépenses en soins médicaux qui ne peut pas être reliée directement à l’obésité. Même dans ce contexte, nous sommes en mesure de démontrer que le tour de taille est un meilleur indicateur que l’IMC.
Pour conclure, notre étude démontre que l’utilisation conjointe du tour de taille et de l’IMC augmente la prédiction des coûts individuels, pour un IMC donné, reflétant qu’une masse graisseuse abdominale pour un IMC donné conduit à des coûts plus importants. Néanmoins, l’utilisation des informations fournies par l’IMC pour un tour de taille donné n’augmente la prédiction en futurs soins médicaux que pour les femmes avec un IMC de <30 et un tour de taille de <88 cm.
* Waist Circumference and Body Mass Index as Predictors of Health Care
Costs, Højgaard et al.
**L’indice de masse corporelle (IMC) s’obtient en divisant le poids corporel exprimé en kilogrammes par la taille en mètres élevée au carré (IMC = poids en kg/taille en m2).