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La littérature alpine
La littérature alpine semble n' avoir jamais eu une vogue pareille à celle dont elle jouit depuis quelques années, aussi bien dans les pays de langue française que partout ailleurs. Il serait intéressant de dresser un catalogue complet des ouvrages parus depuis 1920, relatifs aux Alpes et à l' alpinisme, et plus intéressant encore d' avoir la liste de toutes les publications, périodiques ou autres, consacrées à la montagne en général et aux montagnes de chaque pays, tant en Europe qu' en Asie, en Amérique, en Afrique ou en Australie.
Ces publications, à en juger par les journaux qu' il nous est donné de lire, sont extraordinairement nombreuses, toutes proportions gardées quant au sujet traité. Peut-être pourrons-nous présenter un jour quelques notes susceptibles d' amorcer un travail plus important. Aujourd'hui, nous nous contenterons de soumettre aux lecteurs de la Revue des considérations d' une portée très générale, en priant tous les collègues qui seraient en mesure de le faire, de nous transmettre leurs observations et les renseignements en leur possession.
Et d' abord, quelle peut bien être la cause de cette vogue? Il est évidemment difficile de l' indiquer de façon précise. On pourrait peut-être la trouver dans le développement extraordinaire que l' alpinisme a pris de nos jours. On pourrait aussi supposer que les grandes expéditions entreprises tant en Afrique que dans le Thibet ne sont pas étrangères à ce mouvement: les relations de ces expéditions ont, en effet, paru dans tous les quotidiens, non pas, à la vérité, jour après jour, mais bien chaque semaine environ, pour ce qui concerne l' Everest tout au moins; elles ont ainsi pénétré dans un très large cercle de lecteurs de tous les pays, de toutes les conditions, de tous les âges et ont éveillé chez beaucoup le désir de « faire de la montagne ». Ce n' est pas ici le lieu de porter un jugement sur cet engouement subit, ni sur les conséquences qui en ont découlé; il ne s' agit, aujourd'hui, que d' une question purement littéraire. Il est une troisième hypothèse qui vient irrésistiblement à l' esprit: la guerre a joué ici un rôle considérable. Que de récits ont été faits des prouesses des troupes de montagnes des armées belligérantes! Que de souvenirs ont été évoqués dans la suite! Il y avait bien là de quoi enthousiasmer les jeunes.
Mais laissons là les hypothèses — on en trouverait encore d' autres — et venons-en au fait.
Les ouvrages parus ces dernières années dans le domaine de l' alpinisme — nous ne parlerons ici que des ouvrages écrits ou traduits en français — traitent de la plupart des questions intéressant un alpiniste. La technique y a sa place, ainsi que l' équipement, comme dans ces guides, tels ceux du C.A.S., que l'on pourrait appeler manuels-guides, ou encore ceux qui pourraient être désignés sous le titre de guides du touriste. Ensuite viennent les récits d' ascension, simples récits purement descriptifs ou récits d' un genre plus élevé, contenant des aperçus philosophiques ou psychologiques. Dans un autre ordre d' idées, scientifique celui-là, nous notons les études de géologie ou de géographie alpines et sciences connexes, flore, faune, habitat, vie sociale, etc.; puis les romans dont l' action se passe à la montagne, les recueils de légendes, les pièces de théâtre, ou encore les biographies de montagnards célèbres. Et, enfin, des ouvrages qui, pour ne pas être littéraires, n' en jouent pas moins actuellement un rôle des plus importants dans la diffusion du goût de l' alpinisme — les films cinématographiques, où l'on retrouve la même division, le même classement que nous venons d' indiquer.
Il va sans dire que c' est dans les périodiques alpins que l'on rencontrera le plus de renseignements, et, spécialement — si nous voulons nous en tenir aux journaux des grands clubs — dans l' Alpina ( Club alpin suisse ), l' Echo des Alpes ( l' organe regretté des sections romandes du C.A.S. ), la Montagne ( Club alpin français ), la Revue alpine ( Section lyonnaise du C.A.S. ) et quelques autres. On ne commettrait certainement pas d' erreur en considérant ces diverses revues comme la source des ouvrages plus importants parus en librairie ( nous nous permettons de rappeler qu' il ne s' agit que d' ouvrages parus ou traduits en français et qu' il n' est ici question ni du Club alpin anglais, ni du Club alpin italien, etc. ).
Au nombre des autres publications, disons que l' éditeur averti qu' est M. Jullien ( de Genève ) a publié un « Catalogue de littérature alpine » qui contient plus de 1100 titres d' ouvrages consacrés à la montagne à tous les points de vue. Il y a là une mine de renseignements précieux.
Les Comptes rendus du Congrès de l' alpinisme à Monaco seront consultés avec fruit, étant donné qu' ils renferment toutes les communications faites au congrès, et il y en a de fort remarquables dans toutes les divisions du domaine alpin.
Dans l' Annuaire du C.A.S., les articles en français sont rares, mais le rapport de M. le prof. Dr Mercanton sur le Mouvement des glaciers suisses vaut à lui seul plusieurs articles.
Quelques éditeurs en France et en Suisse, dont nous aurons, plus d' une fois, l' occasion de citer les noms, se sont fait une spécialité des ouvrages alpins. C' est à eux que l'on en doit le plus grand nombre.
Parmi les auteurs qui ont écrit, ces deux ou trois dernières années, des ouvrages en français sur tout ce qui touche à la montagne, ou dont les ouvrages ont été réédités, il suffit de citer, au hasard de la mémoire: Daniel Baud-Bovy ( dont un ouvrage en collaboration avec F. Montagnier ), Ch. Durier, H. Beraldi, Général Lebrun, Philippe Arbos, Robert Perret, Ch. Gos, Albert Dauzat, E. Gaillard, L.W. Collet, J. de Lépiney avec E. de Gigers et Dr A. Mégot, Comte de Saint-Sand, H. et J. Vallot, H. Dübi et Marcel Kurz, sans parler des cartographes ( Albert Barbey et d' autres encore ), ni des Guides édités par le C.A.S., ni du Bulletin de la Section Chaux-de-Fonds du C.A.S.
Et si nous mentionnons aussi les traductions, nous n' aurons garde d' oublier celles des ouvrages de Guido Rey, d' Achille Ratti — S. S. Pie XI —, d' Howard Bury, du Général Bruce ou de D.W. Freshfield.
Et l'on nous annonce pour 1925 toute une série d' ouvrages édités en Suisse et dont les auteurs sont des écrivains suisses. Nous espérons pouvoir en parler prochainement un peu en détail.
Cette très courte esquisse, permet cependant, malgré sa brièveté, de constater le développement qu' a pris la littérature alpine.
On ne peut que se réjouir de voir la montagne étudiée avec tout ce soin, non seulement en tant que montagne elle-même, en tant que chose, mais encore pour les sentiments qu' elle évoque en nous et les réflexions qu' elle nous suggère par sa beauté, par sa pureté, par les difficultés mêmes que l'on V rencontre.A. Roussy