Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07208.jsonl.gz/1235

Internement de Peter K.
La nouvelle est tombée le 20 novembre 2013. Peter Hans Kneubühl que l’on a surnommé « le forcené de Bienne » a été définitivement déclaré irresponsable de ses actes et sera placé en milieu psychiatrique fermé.
Or il semble bien que cette décision d’internement ne soit le fruit de l’avis que d’une seule experte, Anneliese Ermer, directrice du service de psychiatrie pénitentiaire à l’Université de Berne.
La question de l’indépendance de l’experte psychiatre est ouverte. En effet cette affaire résulte d’un long conflit entre Peter Hans Kneubühl et l’administration. Or l’experte en question est certainement, de par sa fonction, bien plus encline à satisfaire les aspirations de ses collègues de l’administration que ceux de Peter Hans Kneubühl. On ne peut exclure également que l’experte, toujours de par sa fonction, ne soit amenée à superviser directement ou indirectement l’internement de Peter Hans Kneubühl. Cela constituerait un évident conflit d’intérêt.
Les arguments invoqués par l’experte semblent bien fragiles : le rapport mentionnerait un « trouble caractérisé par la survenue d’une idée délirante unique ou d’un ensemble d’idées délirantes apparentées, habituellement persistantes, parfois durant toute la vie ». Avec cela, on pourrait enfermer les religieux de tous bords, en commençant par le Pape…
L’experte évoque également que Peter Hans Kneubühl souffrait de « troubles délirants chroniques paranoïaques au moment des faits ». Comment l’experte pouvait-elle constater ces troubles au moment où le policier fut grièvement blessé ?!
Un autre argument de l’experte laisse perplexe : « On ne peut exclure que le sexagénaire reproduise les actes de septembre 2010 s’il devait à nouveau se sentir acculé ». La maison familiale dans laquelle Peter Hans Kneubühl habitait ayant été vendue, on voit assez mal comment le scénario pourrait se reproduire. Il convient aussi de préciser que la possibilité d’une éventuelle récidive n’est pas en soi un motif d’irresponsabilité pénale.
Selon l’article 19 du code pénal suisse, l’irresponsabilité est définie ainsi : « L’auteur n’est pas punissable si, au moment d’agir, il ne possédait pas la faculté d’apprécier le caractère illicite de son acte ou de se déterminer d’après cette appréciation ». Les cas où cet article s’applique devraient rester exceptionnels, uniquement lorsque le doute quant à l’irresponsabilité n’existe pas.
Alors que bien souvent il est difficile d’obtenir des aveux ou des explications de la part de criminels, Peter Hans Kneubühl semblait au contraire vouloir répondre de ses actes. Les nombreuses lettres qu’il a envoyées aux autorités et aux médias en attestent.
Son internement psychiatrique définitif sur la base d’un unique expertise paraît peu solide. Cela prive également la société d’un procès qui aurait pu lever une partie des nombreuses zones d’ombres de cette affaire.
N’ayant pas accès au dossier, la réflexion sur cette affaire s’appuie sur les éléments parus dans la presse, notamment dans le Journal du Jura.