Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07275.jsonl.gz/218

S'il est un corpus de textes qui a profondément pâti de son élévation au rang de monument de la littérature française, c'est bien l'oeuvre prédicative de Bossuet. A considérer de plus près le travail de ses éditeurs successifs, aux 18e et 19e siècles, on pourrait croire que ceux-ci se sont efforcés par tous les moyens de fixer, et pour tout dire de figer un texte par essence mobile et voué à des performances multiples. J'aimerais pour ma part redonner à l'oeuvre de Bossuet le statut qui lui est propre afin d'en renouveler l'approche critique.
Il s'agit d'abord de reconstruire le protocole qui préside à la création de chaque sermon, pour montrer ensuite qu'on ne saurait réduire la pratique de Bossuet à la simple application d'un processus d'invention hérité de la rhétorique antique. Le caractère mobile et variable de l'événement prédicatif répond en effet à une exigence théologique plus profonde. C'est que la prédication constitue pour Bossuet un sacrement similaire à celui de l'eucharistie : chaque sermon commémore et perpétue un acte de parole originel lié au mystère du Verbe incarné. Reste que cet événement fondateur, qui constitue à la fois le point d'origine et d'aboutissement de l'acte prédicatif, laisse son empreinte dans le texte de Bossuet : je m'attacherai en dernier lieu à repérer ces traces, et à étudier les rapports qu'elles entretiennent avec le sermon.