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Vues aériennes de Bossonnens
Probablement partie du domaine royal de Bourgogne, les territoires d'Attalens, de Bossonnens et de Granges ont été remis sans doute, durant le dernier quart du premier millénaire, à l'abbaye royale de Saint-Maurice qui les possédait comme terres allodiales ou de franc-alleu, c'est-à-dire de pleine propriété, indépendamment de tout suzerain. Donné en 1068 à Otton, avoué de l'abbaye, de la famille de Blonay vraisemblablement, le village d'Attalens avec son église a conservé ce statut privilégié, de même que Bossonnens et Granges, qui sont parvenus aux mains de la même famille au cours du 11è siècle certainement.
Propriétaire de cette grande seigneurie, la puissante famille de Blonay fit construire durant la seconde moitié du 12e siècle le château du village qui porte son nom, ainsi peut- être que les tours carrées d'Attalens et de Bossonnens. Ainsi, dès cette époque, il dut y avoir un château à Attalens et un autre à Bossonnens.
Ayant hérité, probablement de son oncle maternel de Blonay, Rodolphe 1er d'Oron devint seigneur d'Attalens, Bossonnens et Granges durant le premier quart du 13e siècle. En 1221 il est mentionné pour la première fais comme propriétaire à Bossonnens, où le chapitre du Grand-St-Bernard faisait construire une chapelle. Sous le règne de l'un des fils de Rodolphe, Amédée 1er, fondateur de la branche d'Oron-Bossonnens-Attalens, la seigneurie indépendante réunissant ces deux villages et Granges connut son apogée durant le dernier tiers du 13e siècle. Siégeant au château de Bossonnens, Amédée 1er fut un riche et puissant seigneur parmi les petits dynastes du Pays de Vaud. Il fut créancier des comtes de Savoie dès avant 1282 et jusqu'en 1295 au moins; il agrandit largement son domaine en direction de l'est par l'acquisition de Vuarat, Tatroz, Remaufens, La Siva et La Rougève (mais non pas vers le sud - Fruence - qui revint au comte de Savoie fondateur de Châtel-St-Denis). Le comte était suzerain d'Amédée 1er pour les territoires nouvellement acquis, les premières propriétés demeurant de pur et franc-alleu.
Ayant construit dans les années 1260 un donjon circulaire de type savoyard au point le plus haut du site fortifié de Bossonnens, Amédée 1er fonda un bourg minuscule entre ce nouveau donjon et le château de la terrasse nord. Ainsi, à la tête d'un vaste domaine rural, l'ambitieux Amédée essaya d'y implanter une agglomération urbaine, comme la maison de Savoie l'avait fait en de nombreux endroits du Pays de Vaud. Le 14e siècle fut pour la grande seigneurie édifiée par Amédée 1er le temps de la stagnation territoriale, du partage, de la perte d'indépendance pour Attalens, du déclin et de la disparition de la maison d'Oron, et le début de la fin pour les petits bourgs de Bossonnens et d'Attalens. La mainmise des comtes de Savoie sur le Pays de Vaud, amorcée dans la seconde moitié du 13e siècle et achevée au 14e siècle, obligea la plupart des seigneurs de la région - y compris ceux de la famille d'Oron - à se mettre au service des comtes en devenant leurs ministériaux (baillis et châtelains).
A la mort d'Amédée 1er en 1307, ses fils Rodolphe IV et Wuillerme V obtiennent respectivement Attalens et Bossonnens, séparés pour devenir le siège de deux branches distinctes de la famille. Wuillerme V fut châtelain pour le baron de Vaud Louis II de Savoie, alors que son fils Aymon II, qui ne devint seigneur de Bossonnens qu'en 1344, après avoir été pupille de son oncle le doyen Girard II, fut successivement bailli de l'évêque de Sion, châtelain de Rue, bailli de Vaud et châtelain de Romont.
A Attalens, Rodolphe IV fut un grand seigneur, remaniant le château probablement et fondant un petit bourg au pied de celui-ci. Mais le déclin de cette seigneurie fut très rapide, et en 1370 François II est contraint de la remettre au comte de Savoie et de la reprendre aussitôt en fief. Attalens perdit ainsi son statut de franc-alleu. En 1374 ce nouveau fief savoyard est remis au seigneur de Bossonnens Aymon II, qui teste en 1375, séparant une nouvelle fois les deux villages voisins au profit de ses deux filles, Marguerite et Catherine. Sans héritier mâle, la famille d'Oron disparait en divisant son patrimoine.
Malgré tous ces chevaliers et châtelains, les plus importants personnages de la famille d'Oron furent des ecclésiastiques, riches et influents: Girard 1er (décédé après 1307) et son neveu Girard II (décédé après 1349), qui se succédèrent à la chantrerie de Lausanne et au doyennat de Valère à Sion, permettant à des clercs originaires de Bossonnens d'obtenir des bénéfices dans leur mouvance. Girard II, l'aîné des fils d'Amédée 1er . fut le cohéritier de ses trois frères, le tuteur de ses neveux de Bossonnens, mais aussi la sauveur de la seigneurie d'Oron, qu'il put racheter en 1342 pour la remettre à son frère Rodolphe IV d'Attalens. En un mot, sa "neutralité" et sa puissance financière lui ont permis de veiller aux intérêts de toute la famille d'Oron, qui cependant n'allait pas tarder à disparaître, elle qui avait toujours consacré une bonne part de ses rejetons à l'Eglise, pour éviter le morcellement de son patrimoine, affaiblissant du même coup les chances de sa propre survie.
Désormais propriété de la famille de La Sarraz par l'héritage de Marguerite d'Oron en 1410, la seigneurie de Bossonnens au 15e siècle est en pleine décadence: la territoire est très peu peuplé, les paysans abandonnent le bourg, le seigneur s'appauvrit, doit vendre une bonne partie de ses droits et mettre le château en gages. En dernier ressort il l'échange contre un revenu de châtellenie avec le duc de Savoie qui devient seigneur de Bossonnens en 1513.
En 1536, au moment de la Réforme, Bernois et Fribourgeois envahissent le Pays de Vaud, et Bossonnens abandonné par son duc en appelle à Fribourg afin de rester catholique. Berne, qui ne veut pas céder Vevey à son partenaire, lui accorde volontiers son arrière-pays (Châtel-St-Denis, Attalens et Bossonnens]. Fribourg érige Bossonnens en baillage avec pour siège l'ancien château des Oron, où l'on dut réparer les fortifications et construire une nouvelle maison d'habitation en 1553.
Pourtant, en 1615 Fribourg rachète le château d'Attalens, abandonne celui de Bossonnens et le vend à un particulier en 1618. Le site n'est plus que ruines, et une fois la chapelle du château reconstruite au village en 1716, l'ancienne forteresse se voit totalement oubliée, si ce n'est comme carrière.
Fondé dans le dernier tiers du 13e siècle et en grande partie abandonné depuis le milieu du 15e siècle, le bourg de Bossonnens est mentionné pour la première fois en 1306 implicitement. Malgré sa disparition, les cartographes continuèrent à le mentionner jusqu'au 18e siècle! Oubliée depuis lors, son existence a été rappelée en 1981 par le professeur Paul Hofer. Aujourd'hui envahi par la forêt, le site fortifié de Bossonnens comprenait le château au nord, sur une terrasse dont l'entrée était défendue par un donjon carré peut-être de la seconde moitié du 12e siècle, de l'époque des sires de Blonay, et un bourg au sud, sur une pente étroite et malcommode au sommet de laquelle s'élevait un donjon circulaire de type savoyard, des années 1260 probablement, construit par Amédée 1er d'Oron- Bossonnens. Plus ancien que le bourg, le château, où se trouvaient un donjon carré, un corps de logis, une chapelle, un puits et d'autres bâtiments, n'avait qu'un seul accès, au sud: le pont franchissant le fossé et débouchant dans le bourg. Celui-ci n'avait qu'une seule rue, avec deux rangées de cheseaux, protégées par un mur d'enceinte à l'ouest et un autre à l'est. La porte du bourg se trouvait côté ouest, rejoignant le chemin Palézieux-Vevey, qui longeait le site fortifié.
A la fin du 15e et au 16e siècle le bourg comptait 23 cheseaux, dont la moitié environ faisaient partie de la réserve seigneuriale; seules 2 maisons, habitées par les chapelains subsistaient alors. Cet échec du bourg de Bossonnens, fondé à l'apogée de la seigneurie durant le dernier tiers du 13e siècle, s'explique avant tout par les conditions fondamentalement défavorables réunies au départ: le bourg de Bossonnens n'ayant pas de véritables franchises, ne pouvait attirer beaucoup de gens de l'extérieur; la majorité de ses habitants a toujours été paysanne avec statut de serfs au d'hommes liges, c'est-à-dire ne pouvant quitter les terres de leur seigneur. Ces contraintes devaient empêcher la dépopulation de la Haute- Broye qui souffrait alors d'une situation économique défavorable: région pauvre et peu peuplée, mise à l'écart du trafic par l'abandon progressif de la route nord-sud du Grand-St-Bernard; simple arrière-pays de Vevey, où l'on se risqua pourtant à fonder plusieurs petites villes beaucoup trop rapprochées (Châtel-St-Denis, Attalens, Bossonnens, Palézieux, Oron et Rue). C'est pourquoi Bossonnens ne fut jamais qu'un bourg nain de caractère purement agricole; il dura deux siècles à peine et redevint un village ouvert.
Au milieu des arbres et des broussailles, les ruines du château et du bourg de Bossonnens attendaient avec la patience des pierres qu'on veuille bien les "relever" et même les consolider. Depuis quelques années, la commune de Bossonnens entreprend divers travaux de rénovation, de débroussaillage et de consolidation sur le site, sous la responsabilité de l'Association pour la mise en valeur des vestiges médiévaux de Bossonnens.
Bibliographie