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02/07/2010
Robert Cramer répond à "Douze questions dans la sciure"
Image forte et fondatrice du mouvement écologiste à Genève et en Suisse, Robert Cramer a présidé l'alors "confidentiel" Parti écologiste genevois il y a quelques lustres.
Il a siégé au Conseil municipal de la Ville de Genève, au Grand Conseil et douze ans au Conseil d'Etat (premier magistrat vert) qu'il présida à deux reprises.
Depuis 2007 il représente Genève au Conseil des Etats.
1.« Je crois finalement que je suis de Belgique, même si on ne sait pas très bien ce qu’est la Belgique on peut dire que l’on est Belge. » (Amélie Nothomb)
Savez-vous ce qu’est la Suisse ?
R.C. : La notion de « Willensnation » me convient bien. L'originalité et la richesse de la Suisse ce sont ses institutions, dès lors qu'il n'existe pas de langue, de littérature ou de musique « suisse »
2. Voudriez-vous citer 5 personnages (vivants ou non) qui incarnent votre idée de la Suisse ?
R.C. : Blaise Cendrars, en tout premier, et il y a aussi Nicolas de Flue. Jean Piaget. Guillaume-Henri Dufour, urbaniste, géographe et humaniste. Et Alfred Escher.
3. « L’art de la politique c’est de savoir où il faut s’arrêter.. et d’aller un peu plus loin »
Allez-vous souvent plus loin ? Pourquoi/Pourquoi pas ?
R.C. : Toujours, je l'espère, parce que faire de la politique c'est porter un projet.
4. « En politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. (Clemenceau)
Un commentaire ?
R.C. : Il s'agit d'une assertion cynique et paresseuse. En réalité, c'est le contraire qui est frappant: les politiciens sont des gens engagés (il est plus facile de se faire reconnaître dans le monde de l'économie que dans le monde politique) qui ont un réel sens de l'intérêt public. Et pour ceux que cela ferait ricaner, il suffit de penser au faible taux de corruption que connait notre pays et à la qualité de ses institutions politiques qui ne connaissent que très peu de politiciens professionnels.
5. « Etre populaire quand on veut gouverner, cela ne s’est jamais vu » (Raymond Barre)
La popularité y veillez-vous ?
R.C. : Généralement, quand on porte un projet avec conviction, cela est reconnu. Il faut donc surtout veiller à conserver cette flamme.
6. « L’instant de la décision est une pure folie » (Kierkegaard)
Comment décidez-vous ?
R.C. : Comme chaque politicien, avec une certaine dose d'informations et une certaine dose d'intuition. Enfin, pour chacune et chacun, ce dosage diffère...Je ne ferai pas d'autres commentaires...
7. Pensez-vous qu’un jour la Suisse adhérera à l’Union européenne ? Le souhaitez-vous ?
R.C. : J'en suis convaincu, et hélas, cela ressemblera à une capitulation. Alors que notre pays était destiné de par ses institutions à être un modèle et un fer de lance de l'Union européenne.
8. Le système démocratique suisse est-il viable à long terme ? L’aménageriez-vous ? Comment ?
R.C. : Il existe depuis très longtemps dans plusieurs régions du pays et il est certainement viable à long terme sans modification majeure.
9. Vos refuges pour vous extraire des turpitudes de la politique (famille, musique, voyages…….)
R.C. : Mes amis qui sont pour la plupart d'entre eux ceux avec qui je partage mes engagements.
10. Dans l’exercice de la politique avez-vous déjà eu peur ? (exemples…commentaires)
R.C. : Oui, jamais pour moi mais dans la crainte que d'autres n'aient à subir les conséquences de mauvaises décisions ou d'interventions infondées. Comme membre d'un gouvernement on est amené à prendre des responsabilités dans le domaine, par exemple, de l'ordre public que, en conscience, on devrait prendre en tremblant.
11. Le doute est-il une qualité nécessaire à l’exercice du « métier politique » ?
R.C. : Il faut surtout avoir des convictions, cela n'empêche pas la distanciation , le sens de l'humour et la capacité de se remettre en question.
12. La question que vous auriez aimé qu’on vous posât ?
R.C. : Ce questionnaire est fort redoutable, pour que l'on ne souhaite pas le voir se prolonger !
Je remercie chaleureusement Robert Cramer d'avoir accepté de répondre à ces questions.