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Les yeux humides et la voix tremblante, Natalia raconte sa fuite de Marioupol. Cette ville n'a plus accès à l'eau ni à l'électricité depuis le début du mois de mars et se trouve au milieu des conflits armés entre la Russie et l'Ukraine. Après que sa voiture a été détruite par un missile et qu'elle «aurait pu être touchée à tout moment», Natalia a fui la ville du sud-est de l'Ukraine le 5 mars avec son fils de 10 ans. Elle a dû laisser son mari derrière elle, le père de son fils. Sans savoir si la famille se reverrait un jour.
La jeune femme et son fils vivent désormais dans un abri collectif construit pour les personnes déplacées à Drohobych, une ville de l'ouest de l'Ukraine. Ici, elle se sent «comme au paradis», elle est extrêmement reconnaissante pour le soutien qu'elle a reçu aussi bien pendant sa fuite que dans son logement temporaire. Natalia ne sait pas ce qu'il adviendra d'elle et de son fils. Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne peuvent pas retourner à Marioupol. Leur appartement a été complètement détruit.
Manuel Bessler écoute avec fascination les récits de Natalia. Lors de sa mission de quatre jours dans l'ouest de l'Ukraine, le délégué à l'aide humanitaire et directeur suppléant de la Direction du développement et de la coopération (DDC) veut découvrir comment les mesures de soutien financées et lancées par la Suisse sont mises en œuvre sur place. Manuel Bessler cherche également à savoir si des adaptations doivent être effectuées compte tenu de la guerre qui se poursuit.
La première visite concerne précisément le logement dans lequel Natalia, son fils et environ 80 autres personnes déplacées ont trouvé refuge. Les bâtiments ont été aménagés et préparés pour accueillir les déplacés internes par la Caritas ukrainienne, avec la participation financière de la Suisse.
Les croix suisses sur les grandes tentes installées sur la pelouse adjacente sont reconnaissables entre mille. Après avoir été utilisées pendant les premières semaines de la guerre à la frontière entre la Pologne et l'Ukraine, elles servent, désormais, de logements temporaires, d'entrepôts ou de bureaux dans divers endroits de l'ouest de l'Ukraine. Le chef de Caritas ukrainienne est satisfait des tentes et s'enthousiasme de leur «good quality».
Le soutien d'organisations partenaires en tant que bailleur de fonds constitue l'un des trois rôles de l'Aide humanitaire suisse. En plus de cela, elle s'engage en tant qu'avocate du droit international humanitaire et fournit elle-même une aide d'urgence en tant que partie prenante. Dans ce rôle, la Suisse a organisé de nombreux transports de biens humanitaires depuis le début de la guerre. Plus d'une douzaine de livraisons ont été effectuées par train, camion ou avion, apportant notamment des denrées alimentaires, du matériel médical, des tentes, des chauffages et des couvertures en Ukraine et dans les pays voisins.
Actuellement, toutes les activités sont encore financées «à crédit», comme le dit Manuel Bessler. Le Conseil fédéral a certes alloué 80 millions de francs à l'aide humanitaire en Ukraine, mais ce montant doit encore être officiellement confirmé par le Parlement lors de la session d'été. Même si cela ne devrait être qu'une formalité, Manuel Bessler explique:
L'Aide humanitaire de la Suisse se retrouve actuellement à Lviv. C'est là que se situe, depuis un mois, un bureau pour l'équipe d'intervention. Celle-ci se compose d'expertes et d'experts du Corps suisse d'aide humanitaire. Il s'agit d'un corps de milice composé de divers groupes d'experts.
Selon les besoins, les personnes sont engagées pour des missions allant de quelques jours à plusieurs mois. Actuellement, une équipe dirigée par Silvio Flückiger et Barbara Jäggi coordonne les activités en Ukraine. La mission est étroitement accompagnée par plusieurs conseillers en sécurité du Département de la défense. Ils analysent quotidiennement la situation, accompagnent les déplacements et s'occupent de la sécurité de l'équipe.
A présent, les transports de denrées alimentaires de la Suisse vers l'Ukraine sont terminés, l'aide directe et immédiate est réduite. Selon Manuel Bessler, l'accent est désormais mis avant tout sur «le soutien financier des organisations locales dont les actions répondent à un besoin précis et actuel»
Un exemple: dans la ville d'Ivano-Frankivsk, la Croix-Rouge ukrainienne a aidé à transformer un bâtiment scolaire en logement pour les personnes déplacées, en fournissant notamment des lits, des couvertures et des machines à laver. Le projet est financé entre autres par des fonds suisses. Plus de 60 personnes sont actuellement hébergées dans les salles de classe.
Le centre d'hébergement est dirigé par la directrice de l'école qui est devenue sans hésiter directrice du foyer. Lors de l'entretien, elle se montre impressionnée par la grande solidarité qui règne au sein de la population ukrainienne:
Nicole Ruder partage cette impression. La Suissesse est cheffe de la coopération internationale à l'ambassade de Suisse à Kiev. Le bâtiment est toujours physiquement fermé.
Son équipe est, cependant, toujours opérationnelle et étroitement impliquée dans l'aide actuelle de la Suisse qui opère depuis Lviv. Ruder explique:
Elle cite, en exemple, les activités dans le domaine de la santé. La DDC finance depuis des années un projet de santé mentale. En raison de la situation de guerre aiguë, les responsables ont adapté leur travail. Ainsi, à la gare centrale de Lviv, des bénévoles accueillent actuellement les personnes déplacées qui arrivent de l'Est par les trains d'évacuation.
Comme l'explique le responsable du projet, plus de 60 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays se sont rendues chaque jour à Lviv via le train au cours des premières semaines après le début de la guerre. Aujourd'hui, quelques centaines de personnes supplémentaires arrivent chaque jour de l'Est. Beaucoup d'entre eux n'ont pas pu fuir plus tôt, la fuite aurait été trop dangereuse.
Afin de pouvoir accompagner psychologiquement les personnes traumatisées le plus tôt possible, les responsables du projet «Mental-Health» ont aménagé, avec l'aide de nombreux bénévoles, une salle de séjour avec des lits ainsi qu'un bureau séparé pour les entretiens psychologiques. Un jeune homme d'une trentaine d'années, graphiste indépendant de Lviv, est assigné à la réception.
Au début de la guerre, il faisait des cocktails Molotov avec des amis. Aujourd'hui, il aide chaque week-end à encadrer les réfugiés qui arrivent. Le jeune homme est l'un des nombreux à apporter son aide dans tout le pays, dans la mesure des moyens disponibles.
Pour cela, trois lignes d'action ont été définies pour les mois à venir:
Il s'agit donc de trouver des solutions d'hébergement à plus long terme pour toutes ces personnes hébergées temporairement. Pour ce faire, les projets de coopération au développement et d'aide humanitaire établis depuis des années en Ukraine doivent se coordonner dans la mesure du possible. Ce n'est pas une tâche facile dans un pays où la fin de la guerre n'est pas en vue. (aargauerzeitung.ch)
Traduit de l'allemand par Nicolas Varin
Le bouchon avant la frontière ukrainienne est long de trois kilomètres du côté polonais. Nous faisons la queue. L'autoroute est vide, à l'exception de la longue colonne de véhicules qui attendent. Il n'y a pratiquement pas de circulation en sens inverse. Des forêts de pins à gauche et à droite. Pendant que nous attendons, nous observons des cigognes qui claquent des becs sur un arbre.