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En ce début de 21ème siècle résolument « English », la langue de Molière serait-elle has-been? Une question qui se pose à l’occasion de la 40ème Journée de la Francophonie qui a lieu ce samedi.
Mais avant tout, qu’est ce que c’est la Francophonie? D’après l’éminent mais pas moins Petit Robert, la Francophonie se définit par la communauté constituée de pays francophones, prenant aussi le nom officiel d’Organisation Internationale de la Francophonie. Une sorte de Commonwealth regroupant principalement les anciennes colonies françaises, mais pas seulement. En effet, des pays tels que la Suisse, la Roumanie, la Moldavie ou la Grèce en font partie. En tout, une cinquantaine d’états qui ont en commun la langue ainsi que des valeurs telles que la démocratie, la protection de l’environnement et la paix. Une notion plus que large du terme « Francophonie » à ne pas confondre avec la francophonie, son homonyme au f minuscule qui définit l’ensemble des gens parlant le français.
C’est cette dernière définition qui va nous intéresser plus particulièrement.
En termes chiffrés, le nombre de francophones dans le monde se monte à plus de 200 millions de locuteurs. Ce qui en fait la sixième langue la plus parlée dans le monde.
Plus localement, 1.5 millions de Suisses parlent le français.
Le français est loin d’être une langue en voie de disparition. Son nombre de locuteurs a même augmenté de 16 millions en dix ans. Alors le français, langue à la mode? Pas si sûr…
Au niveau international pour commencer, la plupart des organisations travaillent en français, comme l’ONU qui l’utilise en binôme avec l’anglais. Cependant, combien de temps la langue française pourra bien subsister sur le plan diplomatique international avec une France de moins en moins influente économiquement et politiquement? L’irrésistible croissance du Brésil, de la Chine ou de l’Inde ne va définitivement pas dans le sens d’une prochaine réaffirmation du français.
Il fut effectivement un temps, de plus en plus lointain, où le français était la langue internationale par excellence. A partir du 18ème siècle, il était utilisé par tous les diplomates et personnalités influentes du monde occidental. Puis, les deux Guerres Mondiales redistribuèrent les cartes linguistiques. La toute puissance américaine, autant militaire qu’économique, propulsa l’anglais sur le devant de la scène.
A la fois visible du matin au soir sous forme de slogans publicitaires et audible par le biais d’une écrasante production musicale, les maîtres du monde ont définitivement imposé leur langue. Certes, cette avalanche d’anglicismes nous pousse a l’apprendre, à découvrir de nouveaux auteurs et artistes, voire même à effectuer un voyage à l’étranger pour se projeter corps et âme dans la culture anglo-saxonne. Cependant, aujourd’hui, la question n’est plus « Suis-je intéressé ou non à apprendre l’anglais? » mais bien « Est-ce que mon First Certificate sera suffisant au yeux de mon futur patron? ». L’anglais, incontournable culturellement, l’est aussi économiquement et les employés francophones doivent s’y adapter.
Le problème de la compétitivité entre les différents locuteurs se pose dans un marché du travail qui tend vers l’internationalisation (à l’image de l’accord de libre échange européen dont la suisse fait partie) Un exemple: Prenez un chimiste suisse et un autre, américain. Dans ce domaine, il est communément accepté que la langue de travail lors de conférences internationales soit l’anglais. Alors que le chercheur américain pourra pleinement se concentrer sur la matière de ses recherches, le Suisse devra lui en plus réfléchir à ses mots, en partant du principe que l’anglais n’est pas sa langue maternelle. On le voit donc, l’utilisation universelle de l’anglais entraîne un favoritisme notoire envers des personnalités qui le maîtrisent bien, voire parfaitement.
Certains gouvernements ont pris des mesures pour contenir cette invasion langagière. Au Québec par exemple, il n’est pas envisageable de trouver une explication ou un titre en anglais sans sa référence en français. Aucune chance de recevoir votre HappyMeal dans un McDonald québecois, essayez plutôt de commander un JoyeuxFestin. Sur un continent nord-américain à écrasante majorité anglophone, le Québec joue donc la carte du conservatisme en bannissant tout « franglais ».
La France n’est pas en reste bien que les réglementations soient plus souples. La loi de Toulon définit le français comme langue officielle du pays et contribue à sa préservation en obligeant par exemple les slogans publicitaires en anglais à être accompagnés d’une traduction.
Et la Suisse romande dans tout ça? Pays résolument multilingue à la base, les anglicismes et (bien que rares) germanismes et italianismes sont tolérés voire encouragés, car plus vendeurs. Est-ce que la population se détourne pour autant de sa langue maternelle? L’utilisation de mots anglais dans le parler de tous les jours est clairement visible. On peut donc parler d’une évolution d’un français pur vers une langue plus anglicisée. Néanmoins, la mutation d’une langue est une étape obligatoire à sa survie. Le latin par exemple est aujourd’hui une langue morte, car restée presque pareille durant 2000 ans. Le français n’est que son héritier mutant, à nous de le faire vivre tout en continuant, à faible dose pour ne pas l’empoisonner, de le nourrir de nouveautés, anglaises ou autres. Car fort heureusement, comme l’a écrit Marcel Prévost: « La langue française est une noble gueuse, et elle ne souffre pas qu’on l’enrichisse malgré elle. »
Alexandre Meunier
A suivre:
La journée internationale de la Francophonie, ce samedi 20 mars, sera suivie de festivités dans différentes villes francophones du monde, en Suisse compris. Dans ce cadre sera tenu le 13ème Sommet de la Francophonie à Montreux du 22 au 24 octobre prochains. Tink sera sur le coup! Pour plus d’information, rendez-vous sur http://www.francophonie.org/
Extra:
Le franglais dans toute sa splendeur, by Renaud of course!