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«‹Le prix de la paix› est tout sauf idyllique»
La série dramatique historique «Le prix de la paix» (titre original «Frieden») fêtera sa première sur Play Suisse le 7 novembre. Le scénario de la coproduction SRF est signé Petra Volpe, qui s'est déjà fait un nom avec de grands succès comme «L'ordre divin» ou «Heidi». Elle s'est prêtée au jeu de l'interview pour nous expliquer quelle est la part de vérité historique dans «Le prix de la paix» et ce qu'elle espère faire naître chez le public au travers de cette série.
Petra Volpe, vous avez écrit une série sur l'histoire de l'après-guerre en Suisse. Trouvez-vous que c'est un sujet qui a bénéficié de trop peu d'attention jusqu'à ce jour?
A ma connaissance, c'est la première série qui porte précisément sur ce thème. Il y a bien quelques très bons films qui parlent de la Suisse pendant la guerre, mais les médias se sont peu emparés de la période de l'après-guerre, quand bien même les recherches des historien.nes sur ce thème sont maintenant pointues. Par ailleurs, à l'école, je n'ai quasiment pas entendu parler de l'après-guerre, bien que ces années aient profondément marqué notre pays.
Quelle est la part de vérité historique dans la série?
Le processus d'écriture a commencé par une phase de recherches très longue. Les personnages et les événements s'inspirent de faits réels. L'entreprise Frey est inventée, mais ce qui s'y passe regroupe différentes pratiques qui ont réellement été adoptées par le milieu des affaires de l'époque. J'ai simplement représenté l'ensemble de ces pratiques au travers d'une entreprise. De la même façon, j'ai parfois fusionné différentes personnes ayant réellement existé au sein d'un même personnage. En bref, j'ai condensé et romancé le tout. Tout au long du processus d'écriture, j'ai collaboré étroitement avec des historien.nes afin de m'assurer que l'essentiel de l'intrigue reste aussi proche de la réalité que possible.
Qu'est-ce qui vous a le plus surprise au cours de vos recherches sur «Le prix de la paix»?
Que la Suisse ait accepté aussi facilement – et activement – que des Nazis viennent «se mettre au chaud» chez nous. Quand on lit les procès-verbaux du Ministère public de l’époque, on ne peut que s'étonner des négligences volontaires qu'on y trouve. Je vous donne l'une de mes anecdotes préférées: deux agents du Ministère public étaient sur les traces d'un Nazi et l'avaient pris en filature. A un moment, ce Nazi est monté dans un train mais les deux agents ne l'ont pas suivi. Raison: ils n'avaient pas de billet. Je n'ai malheureusement pas pu intégrer cette histoire à la série, elle tenait trop de la comédie pour «Le prix de la paix».
Le titre allemand, «Frieden» (la paix), et l’un des lieux de tournage – le petit village d’Ennenda, dans le canton de Glaris – peuvent suggérer qu'il s'agit d'une série décrivant une Suisse idyllique...
C'est bien une série sur la Suisse – mais ce que raconte «Le prix de la paix» est tout sauf idyllique. La série offre un regard sur une époque qui n'est pas très reluisante. Mais la période de l'après-guerre fait partie de notre histoire, et les Suisses la connaissent très peu.
«Le prix de la paix» sera aussi diffusée en France et en Allemagne. Pourquoi pensez-vous que cette série suisse va fonctionner à l'étranger?
Au fond, «Le prix de la paix» parle de thèmes universels: il y est question de responsabilité et du choix entre la justice et le profit. Cela ne concerne pas seulement la Suisse. Tout pays et tout humain a ses zones d'ombre.
Pourquoi avoir choisi le format d'une série dramatique en six épisodes pour raconter l'histoire du «Le prix de la paix», et non celui d'un film de cinéma, comme pour «Heidi» ou «L'ordre divin»?
Le matériel était trop vaste, c'est pourquoi le format de la série était beaucoup plus adapté que celui du film. Je voulais pouvoir raconter les choses comme dans un roman, les montrer comme au travers d'un caléidoscope.
Qu'est-ce que la série devrait faire naître dans l'esprit du public?
Ce que je souhaite à chacun de mes films, c'est que, dans le meilleur des cas, ils ouvrent une porte dans l'esprit des gens et déclenchent un petit changement de perspective. Au final, pour moi l'important c'est de faire naître de l'empathie et aussi que l'on n'oublie pas notre histoire. Nous sommes tous lié.es à notre passé, car il détermine aussi notre présent.
Informations sur Petra Volpe
D'origine suisse et italienne, la scénariste et réalisatrice Petra Volpe a étudié à la haute école de cinéma «Konrad Wolf» à Potsdam-Babelsberg, en Allemagne. Depuis son diplôme, décroché en 2003, elle est scénariste et réalisatrice indépendante. Son premier film au cinéma, «Pays de rêve», est sorti début 2014 dans les salles obscures helvétiques et a été nominé pour quatre prix suisses. «L'ordre divin», son deuxième film de fiction, a entre autres remporté le Prix de Soleure ainsi que trois prix suisses et a été en 2017 le plus gros succès du box-office en Suisse. Petra Volpe vit à Berlin et à New York.
Diffusion
- SRF 1: les 8, 9 et 11 novembre 2020 à 20 h 05 (deux épisodes chaque soir)
- RTS Un: les 10 et 17 novembre 2020 à 21 h 00 (trois épisodes chaque soir)
- RSI La 1: les 8, 15 et 22 novembre 2020 à 22 h 00 (deux épisodes chaque soir)
- Play Suisse: à partir du 7 novembre, les six épisodes seront disponibles dans toutes les langues (allemand, français et italien).
Pour en savoir plus sur la série «Le prix de la paix», cliquer ici.