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Au coeur des mouvements de libération des femmes des années 70, une protestation a résonné avec force: Mon corps n'est pas à vendre!". Revendiquer le droit à la libre disposition de son corps, c'était dénoncer le fait que, sous le régime patriarcal, le corps féminin est réduit à une marchandise, un instrument de travail ou encore à un objet sexuel. Ce refus de la "femme-objet" est emblématique du rapport tendu sinon impossible entre féminisme et objet. Il présuppose en effet un rejet de l'objet tout court, comme si le monde et le langage de l'objet ne pouvaient signifier que dépossession, appropriation, domination, instrumentalisation, objectification ou encore déshumanisation du sujet féminin. Le rejet de l'objet n'est pas le propre du féminisme mais il place ce dernier devant un dilemme singulier: si la femme-objet incarne "l'objet type" du féminisme, est-ce à dire que la libération des femmes sera sans objet ou ne sera pas?
L'esthétique littéraire a-t-elle un sexe? Comment expliquer l'absence des femmes écrivains du panorama littéraire et du "canon" des grands auteurs enseignés dans les écoles et reproduits dans les anthologies? Cette absence relève-t-elle de faits objectifs-elles n'ont pas existé, elles n'ont rien écrit, ou ce qu'elles ont écrit n'est pas comparable aux uvres de la tradition-ou de critères de réception implicites qu'une analyse pratiquée dans une perspective de genre peut dévoiler? Ce numéro de Nouvelles Questions Féministes tente de répondre à ces questions en faisant valoir diverses approches élaborées ces dernières années par la critique littéraire féministe.