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«Il est important que ma mort reflète les croyances et les valeurs qui m’ont guidée dans la vie», explique Sarah Chavez, directrice de The order of the good death, une organisation d’acceptation du décès qui prône l’enterrement naturel. C'est pourquoi, au lieu de se faire enterrer traditionnellement ou incinérer, elle a décidé que ses restes soient transformés en terre. La mort est un processus naturel, et pour Sarah Chavez, ce serait non seulement un geste écologique, mais aussi un acte de résistance.
«Pendant des siècles, les femmes ont dû et doivent encore se battre pour le contrôle de leur corps dans la vie comme dans la mort. Mon corps et les décisions à son sujet m’appartiennent», a affirmé Sarah Chavez. Mais avant de pouvoir faire le choix de composter son corps, le processus doit devenir légal. Fin février, la députée démocrate californienne Cristina Garcia a présenté un projet de loi qui donnerait aux habitants la possibilité de faire transformer leur corps en terre.
«Avec le changement climatique et l'élévation du niveau des mers qui menacent réellement notre environnement, cette méthode alternative pour la fin de vie permet de réduire les émissions dans notre atmosphère», a affirmé Cristina Garcia dans un communiqué. Cette procédure est considérée comme une alternative plus durable que l'incinération, qui nécessite des combustibles fossiles et libère du dioxyde de carbone contribuant au changement climatique. Le projet de loi n'a pas encore été discuté, mais la Conférence catholique de Californie s'est déjà prononcée contre.
Le processus de compostage d'un corps a été introduit pour la première fois par la société Recompose, basée à Seattle, dans l’État de Washington. Les cadavres sont décomposés par un processus connu sous le nom de «réduction organique naturelle» en plaçant les corps dans des récipients réutilisables, en les recouvrant de copeaux de bois et en les aérant. Ce procédé crée un environnement propice aux développements de bactéries qui transforment le corps en terre, sur une période d'environ 30 jours. Les partisans de ce procédé proposent que les familles utilisent cette terre pour planter un arbre afin d'honorer leurs proches.
En 2018, Recompose a parrainé un rapport de l'Université d’État de Washington qui concluait que ce processus était un moyen sûr de se débarrasser des restes humains. Six sujets de recherche humains ont été décomposés au cours de cette étude de cinq mois. À la suite à ce rapport, l'État de Washington a légalisé la procédure en 2019. Cette loi prendra effet en mai prochain. La société Recompose prévoit d'ouvrir un centre à Seattle en 2021 et, selon son site web, elle fera payer environ 5500 dollars pour ses services.
L'Église catholique a toutefois dénoncé cette façon indigne de traiter les corps. Et pour d'autres, elle apparaît encore comme une façon bizarre de se débarrasser de restes humains. «Ce que je vois dans les commentaires, ce sont des comparaisons avec des films d'horreur et de science-fiction, comme "Oh, nous allons devenir comme dans Soleil vert"», explique Sarah Chavez. Pour Steve Pehanich, un des porte-parole de la Conférence catholique de Californie, «la "transformation" des restes en terre créerait une distance émotionnelle plutôt qu'une marque de respect».
En 2016, alors que la crémation devenait de plus en plus populaire, le Vatican a publié des lignes directrices pour le traitement des dépouilles. Il a exhorté les catholiques à ne pas disperser les cendres en mer, sur terre ou dans les airs. Au contraire, le Vatican a déclaré que si la crémation était choisie, les restes devaient être conservés «dans un lieu sacré», tel qu'un cimetière ou autour d'une église. «Même avec des restes incinérés, ils ont demandé qu'ils soient maintenus dans un lieu commun conforme à la dignité inhérente au corps humain et à son âme immortelle», a rappelé Steve Pehanich.
Le compostage humain s'inspire des sépultures dites «vertes», une pratique qui évite l'utilisation de contenants en métal ou en béton. Dans un enterrement vert ou naturel, le corps n'est pas préparé avec des fluides d'embaumement. «L'objectif est la décomposition complète du corps et son retour naturel à la terre», selon l'organisation à but non lucratif Funeral consumers alliance. Comme l’a fait remarquer la Pew charitable trusts, une ONG au service de l’intérêt public, les enterrements verts prennent de nombreuses formes: «des enterrements sans fioritures dans les cimetières conventionnels aux vastes opérations en pleine nature.»
Dans le Tennessee, la révérende Becca Stevens, une ministre épiscopalienne, a participé à la création de Larkspur conservation, une ONG qui conserve les terres et promeut les enterrements naturels. Cette organisation n’accepte pas les restes embaumés aux fins d’inhumation ni ne permet l’utilisation de contenants ou de voûtes funéraires. Elle favorise plutôt l’utilisation de cercueils biodégradables.
En tant que fondatrice de Thistle farms, une entreprise sociale de femmes qui ont survécu à la prostitution, au trafic et à la toxicomanie, Becca Stevens a déclaré avoir rencontré des familles pauvres qui devaient emprunter de l'argent pour payer les onéreux frais d'obsèques. «Cette option d'enterrement naturel est plus abordable. De plus, une partie de l’argent est reversé pour la conservation des terres.» Becca Stevens estime que cette pratique recevrait «beaucoup de résistance, en particulier dans le Sud». Mais en même temps, les gens «en ont envie». Ils sont sensibles à la question «du sens, de l’économie et de la conservation des terres dans la planification de leurs funérailles et de celles des personnes qu'ils aiment».
David Ponoroff, directeur adjoint de Larkspur conservation, a remarqué que la demande d'enterrements naturels était en constante augmentation. Il a ajouté que les gens n’étaient souvent pas conscients de tous les choix qui s'offraient à eux, mais que dès qu’ils apprenaient ce que le corps peut offrir même dans la mort, l'alternative de l'enterrement naturel «avait tout simplement du sens». En effet, le corps peut nourrir les arbres et les fleurs sauvages et aider à conserver de nouvelles terres, affirme-t-il.
Alejandra Molina, Los Angeles, RNS/Protestinter