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par M. Jukka Laaksonen, directeur général de l'autorité finlandaise de la radioprotection et de la sûreté nucléaire STK. Exposé présenté lors de la conférence de presse du 2 février 1999 à Berne de la Direction du développement et de la coopération (DDC)
Au début de la présente décennie, on commença à prendre conscience dans tous les Etats anciennement socialistes qu'une autorité de sécurité puissante constituait un élément important de l'infrastructure de tout pays désireux de s'assurer une utilisation sûre de l'énergie nucléaire. C'est pourquoi le cadre légal de tous ces Etats fut modifié.
L'un des buts de ces modifications législatives était de renforcer les pouvoirs et les compétences des autorités de sécurité.
Le développement d'organisations de contrôle de la sécurité des centrales nucléaires dans les anciens Etats socialistes fut pourtant difficile et ne se réalisa que lentement.
Dans ces pays, la conviction générale était que les ingénieurs destinés à travailler pour l'autorité de sécurité devaient avoir acquis une vaste expérience dans le domaine de l'exploitation de l'énergie nucléaire. En pratique, il s'avéra cependant malaisé de trouver de tels spécialistes. L'une des raisons de cette difficulté était que les sociétés d'exploitation de l'énergie et les autres industries pouvaient offrir de meilleurs salaires que les traitements du secteur public que proposait l'autorité de sécurité. En conséquence, il fallut beaucoup de temps pour mettre sur pied les organisations de contrôle.
Le deuxième problème fut que la surveillance de la sécurité nucléaire ne comprenait pas la pratique d'analyses systématiques. Les activités de contrôle se limitaient encore, au début de cette décennie, à la simple vérification de la qualité des installations. Les logiciels nécessaires à l'analyse de la sécurité, utilisés en Occident depuis le début des années 70, n'étaient pas disponibles.
La situation de la Slovaquie, en matière de développement d'une autorité de sécurité, était particulièrement difficile. Après la division de la Tchécoslovaquie, il n'existait en fait aucune autorité de sécurité slovaque, alors que quatre centrales nucléaires étaient en exploitation et que l'arrêt des deux plus anciennes faisait l'objet de pressantes demandes sur le plan international. Parallèlement, et malgré les vives critiques provenant de l'étranger, la construction de la centrale de Mochovce se poursuivait.
Néanmoins, un dirigeant dynamique fut choisi pour diriger l'autorité de sécurité de Slovaquie, et il était bien décidé à développer cette organisation sans se laisser arrêter par les préjugés ou les tabous.
Le soutien apporté par la Suisse à la Slovaquie est d'une grande efficacité par rapport à son coût et a contribué à renforcer la sécurité.
Les autorités suisses ont offert leur aide à la Slovaquie d'une manière unique sur le plan international. La Suisse a en effet accepté de former durant deux ans un groupe de jeunes experts en sécurité nucléaire, en assumant leur rémunération. De la sorte, on put rassembler de nouvelles ressources humaines pour assumer les tâches de sécurité. Sur la base de l'expérience désormais acquise, on peut affirmer aujourd'hui que cette méthode a été d'une grande efficacité par rapport à son coût et a abouti à un excellent résultat.
Le salaire versé directement par la Suisse à de jeunes professionnels disposant d'une bonne formation de base était en réalité la seule possibilité concrète de recruter un groupe motivé de spécialistes au service de l'autorité de sécurité. En outre, ces jeunes collaborateurs ont pu disposer d'outils de travail modernes et d'un enseignement adéquat grâce à l'appui des conseillers occidentaux.
Lors de l'examen des résultats acquis au cours de deux années de formation, il fut constaté que le groupe de jeunes professionnels financé par la Suisse avaient atteint un haut niveau de compétence et suscité l'appréciation favorable de leurs collègues plus âgés. A l'avenir, c'est la Slovaquie qui assumera elle-même le financement des salaires et des autres frais relatifs à cette équipe performante.
L'autorité slovaque de sécurité nucléaire, responsable de la surveillance des centrales, s'est rapidement développée. Elle est aujourd'hui aussi efficace et aussi professionnelle dans son fonctionnement que les organisations homologues occidentales.
L'autorité se sécurité de Slovaquie a prouvé sa fermeté et son efficacité dans le renforcement de la sûreté des centrales nucléaires du pays. C'est avec rigueur qu'elle a formulé des exigences d'améliorations approfondies, notamment en ce qui concerne les installations plus anciennes de Bohunice, et le respect de ses directives a nécessité d'importants investissements. D'autres moyens financiers devront encore être engagés durant deux ans. Le financement de ces travaux, dont la nécessité est démontrée, ne devrait pas poser de problème.
Parallèlement à la modernisation de Bohunice, la centrale nucléaire de Mochovce a été construite dans le respect des normes de sécurité les plus poussées. Tant dans la transformation de Bohunice que dans l'édification de Mochovce, la technologie d'Europe de l'Est et la technologie occidentale ont été combinées, comme cela avait été le cas dès les années 70 en Finlande. Plus de vingt années d'exploitation harmonieuse de la centrale finlandaise de Loviisa démontrent que le mariage de techniques d'origines différentes aboutit à des installations sûres et fiables.
La Suisse a aussi rencontré un succès hors du commun dans son appui à la Russie
Outre son appui très ciblé à la Slovaquie, la DSN a également connu le succès dans le soutien à la Russie. Là-bas, les conditions-cadres sont encore plus difficiles que dans les pays plus petits; nous l'avons constaté par exemple lors de l'échec de beaucoup de projets menés par l'Union européenne ou par la BERD. La DSN est cependant parvenue à créer, au sein même de l'autorité russe de sécurité nucléaire, un groupe compétent d'experts en analyses de sécurité. De plus, en collaboration avec ce groupe, il a été possible d'effectuer la première analyse crédible des risques d'accident présentés par une centrale nucléaire russe en activité.
Je souhaite plein succès à la DSN dans le transfert efficient de ses compétences et de son savoir-faire dans le domaine de la sécurité.
Les autorités de sécurité nucléaire occidentales ont évalué le niveau de sécurité des centrales nucléaires des pays ayant déposé une demande d'adhésion à l'Union européenne.
Dans beaucoup de pays désireux de rejoindre l'Union européenne, la fourniture d'électricité repose dans une importante proportion sur l'énergie nucléaire. Ces pays sont la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie, la Bulgarie, la Roumanie et la Lituanie.
Les responsables politiques de l'Union européenne, et particulièrement les membres du Parlement européen, estiment important que les centrales nucléaires d'Europe de l'Est présentent un niveau de sécurité comparable à celui des installations similaires en Europe occidentale. Un rapport commun des Etats de l'UE sur la sécurité
Selon les Traités de l'Union européenne, la question de la sûreté des installations nucléaires est du ressort des autorités de surveillance nationales, et l'UE ne dispose donc pas d'une réglementation propre à cet égard. Ainsi, il n'existe pas de niveau de sécurité européen unique avec lequel on pourrait comparer celui des Etats candidats à l'adhésion.
Pour cette raison, les autorités de sécurité des pays de l'UE utilisant l'énergie nucléaire ont convenu d'évaluer ensemble la situation des Nations candidates à l'adhésion. Le travail a commencé en mars 1998; l'objectif fixé est la publication d'un rapport commun au cours du mois de février 1999. Ce document consacrera deux chapitres à chaque pays; le premier traitera de l'organisation du contrôle de la sécurité nucléaire; le second exposera la situation des centrales. Le rapport sera soumis aux organes de l'UE et vous sera remis pour libre utilisation.
Dans le même ordre d'idées, les autorités de sécurité nucléaire des pays de l'UE ont décidé de créer un nouvel organisme de coopération. Son nom est WENRA (Western European Nuclear Regulatory Association), et sa mission principale est de rechercher les voies et moyens d'une harmonisation des réglementations de sécurité européennes. La Suisse est également invitée à y coopérer.
Source
Jukka Laaksonen