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Genève était gratifiée d'un gouvernement de " centre-gauche " avec un parlement très, très à droite. C'était une originalité, une spécialité locale, quelque chose entre la longeole et la marmite de l'Escalade. Pour quatre ans, on est retombé dans la normalité. La question était de savoir qui, des Verts ou des socialistes, allait en faire les frais et perdre, au profit de la droite, le siège qui allait donner la majorité au camp majoritaire. Ce siège perdu au profit des libéraux est un siège socialiste, alors même que le PS a obtenu plus de bulletins que le parti libéral, mais au final, ça s'est joué à 1200 suffrages. Une paille… Ce qui a fait la différence, ce sont les alliances : aux bulletins libéraux se sont ajoutés les bulletins PDC et radicaux, qui présentaient également les deux candidatures libérales, alors qu'aux bulletins socialistes ne se sont ajoutés que les bulletins verts, en l'absence de bulletins de solidaritéS ou du PdT, et d'une recommandation de vote des communistes. Pris en tenaille entre la progression des verts et la division de la " gauche de la gauche ", le PS était la victime toute désignée de la normalisation politique genevoise. Il n'y aurait échappé qu'en la faisant payer aux Verts, dans un jeu à somme nulle : si le siège gagné par les libéraux n'avait pas été celui revendiqué par Véronique Pürro, c'est Michèle Künzler qui aurait fait les frais du basculement de majorité. Il fallait bien que quelqu'un paie l'addition du changement de majorité : c'est le PS qui casque, et ça n'est pas une surprise.
Crise du parti, crise du projet
Le résultat de l'élection du Conseil d'Etat genevois n'est ni une catastrophe (du moins si nous sommes capable d'en faire bon usage), ni un effondrement : il est l'instantané d'une situation politique donnée, transitoire par définition, et remédiable par obligation. Des erreurs tactiques, des erreurs stratégiques, des erreurs rhétoriques ont sans doute été commises par le PS, mais aucune d'entre elle, ni même toutes ensemble, n'expliquent son recul. Et toutes auraient effacées par une dynamique unitaire de l'ensemble de la gauche... Ces erreurs commises l'ont d'ailleurs été le plus démocratiquement du monde : aucun des choix faits par le parti ne lui a été imposé, tous ont été proposés, débattus et ratifiés, à des majorités plus que confortables par des Assemblées générales tout ce qu'il y a de plus représentatives du parti. Au sein du PS, l'heure est à l'introspection, aux états d'âme et à quelques angoisses existentielles. De temps à autre, ça fait du bien. A condition de ne pas s'y éterniser. Car ce ne sont pas seulement des questions de stratégie, de tactique, de positionnement que le PS a à se poser mais d'abord, et surtout, une question d'identité. : De qui sommes nous le parti ? Au nom de qui agissons-nous ? Quel projet politique défendons-nous, et sur quoi le faisons-nous reposer ? Sur l'Etat ou sur un mouvement social ? Sur l'administration publique ou sur les administrés ? Le projet social-démocrate reposait, et repose toujours, sur trois piliers : l'Etat de droit, l'Etat social, l'Etat entrepreneur. Lorsque ces trois piliers sont en crise, il n'est pas surprenant que le projet qui repose sur eux le soit aussi. Il est plus surprenant que la majorité des socialistes semble n'en pas tirer les conséquences, et n'ait pour toute ambition, et tout objectif, que s'accrocher aux places conquises depuis cinquante ans, en oubliant au passage que depuis que les partis socialistes existent, deux cultures y cohabitent et s'y confrontent : celle de gouvernement et celle d'opposition, celle d'administration et celle d'alternative. Aucune de ces deux cultures politiques n'est réellement et durablement majoritaire au sein du mouvement socialiste, ce mouvement gagne quand il les conjugue, perd et se perd quand l'une des deux tente de l'épurer de l'autre.