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21/06/2014
En quoi la philosophie politique sert-elle la lutte ?
J'entreprends la mise par écrit d'une présentation que j'ai donnée à la journée de formation de la Jeunesse Socialiste Genevoise ce mardi. Cette présentation était intitulée : « De la genèse à l'éclipse du projet socialiste : pourquoi nos idées ne parlent plus à la population européenne et comment y remédier ».
Pour des raisons de lisibilité et de clarté, je la publierai morceau par morceau, en commençant dès à présent dans ce billet-même avec une mise au point sur le rôle de la philosophie politique. Étant donné que nous sommes ici à l'écrit, ma présentation orale originelle sera ici enrichie de divers ajouts et compléments visant à la rendre plus complète et plus stimulante.
Le premier point que je souhaite aborder est celui de l'utilité de la philosophie politique à la lutte politique et militante que les organisations de gauche mènent.
A l'origine, il y a les Idées (platoniciennes ou pas selon les positions, cela ne pose pas de problème particulier à ma démonstration) et celles et ceux qui s'y intéressent et les manipulent : les théoriciens. Toutefois, il est faux de penser que les théoriciens (qui peuvent être des universitaires aussi bien que des autodidactes) produisent toujours des concepts (assemblages d'idées) et des théories (assemblages de concepts) à partir des Idées dans une liberté totale. Bien souvent, les théoriciens s'inscrivent dans un cadre de recherche (= un paradigme) dans lequel sont (pré-)déterminées les questions et les méthodes adéquates. Cette pré-détermination est le fait d'autres théoriciens, des méta-théoriciens, qui réfléchissent exclusivement sur quels sont les cadres de recherche valables. C'est donc dans ces paradigmes (qui changent régulièrement) que les théoriciens produisent des théories, que ces-dernières soient d'ordre scientifique, artistique, ou philosophique.
Les théories qui nous intéressent dans le cadre de cet exposé sont les théories de philosophie politique. Ces théories de philosophie politique se manifestent dans des livres, des textes, des articles, ou encore à travers des cours ou des conférences. La diffusion de ces théories se fait ensuite par le biais de quatre vecteurs principaux : premièrement, en touchant les journalistes, la presse, les médias, la télévision, la radio, internet, les blogs, etc. ; deuxièmement, en se diffusant sur le marché du livre, dans les librairies (et autres points de vente), ou les bibliothèques (ou autre point de location) ; troisièmement, par le biais de l'enseignement, des enseignants et professeurs, dans l'ensemble des établissement de formation, de scolarité, et de recherche ; et quatrièmement, par la production artistique et littéraire. Par la suite, ces différents vecteurs vont retransmettre des contenus théoriques (pas les théories dans leur entier, mais des morceaux choisis probablement) à leurs divers publics (qui constitue le grand public). Finalement, c'est donc une importante partie de la population qui est atteinte par les théories de la philosophie politique, certes pas sous une forme forcément académique ou originelle, mais plutôt sous une forme vulgarisée et plus accessible (ce qui n'est pas un mal à mon sens). Cette influence se traduit in fine dans l'organisation que prend la société, que ce soit la forme que prennent ses institutions, son (éventuel) État, et son économie.
Selon Gramsci, l'influence que peuvent avoir les théoriciens (qu'il appelle « intellectuels ») montre l'importance qu'il faut donner à la lutte intellectuelle et théorique dans le cadre de la lutte politique et militante (et de la lutte des classes). Selon lui, il est nécessaire de renverser l'hégémonie culturelle, idéologique, morale, que le système capitaliste (ses classes dominantes et ses intellectuels) produisent afin d'empêcher les classes dominées de prendre conscience de leur exploitation et de leur domination, pour pouvoir espérer transformer l'organisation sociale et économique en place. C'est pourquoi il parle « d'intellectuels organiques » pour désigner les théoriciens (dont lui-même) défendant les intérêts des classes dominées et luttant pour leur émancipation. La lutte culturelle (et théorique) pour l'hégémonie intellectuelle et culturelle devient donc chez Gramsci un facteur important de la lutte militante qu'il ne faut pas négliger.
Voici en complément un autre de mes croquis (merveilleusement réalisés sur paint) présentant diverses approches de cette question.
Pour exemplifier ce qui a été précédemment exposé, on peut réfléchir à comment chacun d'entre nous (les militants) s'est engagé en politique, et je pense que l'on verra que cet engagement se fait la plupart du temps à travers des vecteurs de diffusion théoriques directement influencés par la philosophie politique. En effet, bon nombre d'entre nous se sont engagés suite à la lecture de journaux critiques, par l'influence d'un enseignant informé, ou encore par la lecture d'un roman stimulant ou le visionnage d'un film inspirant.
En conclusion de cette première partie, il me semble donc que s'il y a bien une chose à retenir, c'est que la lutte théorique a son rôle à jouer dans le cadre de nos luttes militantes, de par l'influence qu'elle exerce sur la société.