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Anna Kasyan endossera le rôle de La Calisto dans la production du Grand Théâtre de Genève.
par Martine DURUZ
Lauréate du prix du Cercle du Grand Théâtre et troisième prix du Concours de Genève en 2007, la jeune cantatrice géorgienne Anna Kasyan a été invitée à incarner, au Bâtiment des Forces Motrices, la protagoniste de l’opéra de Cavalli. Elle a le charme de la jeunesse, de l’enthousiasme et de l’intelligence.
C’est à deux ans et demi qu’elle a posé pour la première fois ses doigts sur le piano ET le violon ! Durant sa prime jeunesse, elle a évolué dans un milieu artistique où se côtoyaient les compositeurs, chefs d’orchestre, acteurs, comédiens et musiciens qui fréquentaient la maison familiale.
Enfant prodige
A six mois elle bat déjà la mesure du jingle précédant le journal télévisé et à dix mois, avant de savoir parler, elle chante une première mélodie à la surprise générale. Dès lors sa voie est tracée ! Elle entre à quatre ans et demi dans une école pour surdoués, où elle cultive son intérêt pour les livres et les jeux “intellectuels“. Son père, un homme très en vue à Tbilisi, clarinettiste et joueur de doudouk, qui ne tenait pas vraiment à voir sa troisième fille emboîter le pas à ses deux sœurs, doit se rendre à l’évidence : elle serait, elle aussi, musicienne. Ce père adoré, assassiné en 1994 lors des troubles en Géorgie, l’accompagne quotidiennement dans sa démarche artistique. Elle s’inspire de sa façon de pratiquer le doudouk, une flûte en bois avec laquelle il pouvait faire pleurer n’importe qui. Elle retrouve, dit-elle, les mêmes accents et cette capacité de communiquer les émotions les plus nuancées.
- Anna Kasyan
A trois ans, elle découvre son goût pour les applaudissements. Chargée d’apporter à son père un gros bouquet de fleurs à la fin de son récital, elle se plante sur le devant de l’estrade et fait une révérence pour remercier le public. Deux ans plus tard elle donne son premier concert au piano et au violon et à sept ans elle joue déjà le concerto en fa majeur de Bach avec l’orchestre de Tbilisi. Elle continuera chaque année à se produire avec cette même formation.
Le piano, le violon et puis…. le chant
Anna Kasyan adorait chanter, mais n’avait jamais envisagé une carrière lyrique. Tout a changé le jour où la cantatrice qu’elle était censée accompagner au piano, tomba malade. Elle se mit alors déchiffrer elle-même la ligne vocale et fut soudainement interrompue par le professeur : « Mais qu’est-ce que tu fais ? » demanda la vieille dame. Anna, effrayée à l’idée d’avoir mal agi, entendit avec soulagement l’exclamation suivante : « Voilà ce que tu dois faire ! Tu seras une grande chanteuse d’opéra ! »
Sept mois plus tard elle donnait son premier récital : les airs de Constanze, Serpetta, Servilia, Linda di Chamounix, Misera, dove son, Voi avete un cor fedele… bref, excusez du peu !
Paris
Le départ pour Paris s’imposa d’abord pour des raisons personnelles. L’une de ses sœurs aînées, la plus proche, étudiait la musique médiévale dans la capitale française. La grande sœur manquait à la petite, si bien que cette dernière décida de lui rendre visite en 2003, et resta, ayant été admise à l’Ecole Normale de Musique, puis, parallèlement, au Conservatoire National Supérieur. Elle avait toujours été passionnée par l’histoire et la littérature françaises, qu’elle lisait en russe à l’époque. Elle retourna à Tbilisi en 2004 pour passer son Diplôme mais ne s’y attarda pas.
Anna Kasyan se réjouit d’avoir pu apprendre le français en France. Elle le parle aujourd’hui fort bien, avec peu d’accent. Son souci de la diction est permanent, dans toutes les langues. Elle supporte mal que les spectateurs s’accrochent aux surtitres plutôt que de se concentrer sur ce qu’elle fait sur la scène. Il lui est indispensable de se sentir en contact avec le public.
- « La Calisto »
Une artiste
La jeune soprano est heureuse et reconnaissante des dons qu’elle a reçus. Elle veut les mettre au service des autres, au service de l’art. La voix est un instrument que chacun possède, mais auquel chacun réagit de manière différente ; elle relève ainsi de l’universel comme de l’individuel. C’est elle qui peut transmettre le plus directement les émotions. Anna Kasyan se rend compte de la chance qu’elle a de pouvoir interpréter les partitions que les plus grandes cantatrices ont fait connaître avant elle. Ce qui lui importe surtout, c’est de rester fidèle à la volonté des compositeurs. Elle sait que pour certains rôles, la Traviata, par exemple, il lui faudra mûrir encore, et pas seulement vocalement.
La liste des lieux où elle s’est produite est impressionnante et son répertoire comprend un bon nombre de rôles : Zerline, Rosine, Norina, Fiordiligi, la nymphe Calisto, parmi d’autres. Les œuvres baroques lui plaisent particulièrement par leur richesse à la fois dramatique, lyrique, comique et par l’importance de la virtuosité.
La Calisto lui permettra d’exprimer toute une palette d’émotions, de la rage à la lamentation, et de poursuivre sa recherche constante de “vérité“. La mise en scène genevoise ne la ménage pas : elle est déjà, dit-elle, pleine de bleus !
D’après des propos recueillis par Martine Duruz
Les 13, 15, 17, 18, 20, 22, 24, 26, 28 avril : « La Calisto » de Cavalli, Orchestre de Chambre de Genève, dir. Andrea Stoehr, m.e.s. Philippe Himmelmann. Bâtiment des Forces Motrices (loc. 022/418.31.30)