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A vrai dire, la réponse aurait été non - si j'avais été capable de trouver des mots à cet instant-là -, je ne le savais pas : je pensais avoir été "uniquement" franche et directe.
J'aurais certainement pu, peut-être dû, argumenter et préciser ma pensée, redire avec d'autres mots ce que je venais d'exprimer mais je doute que cela aurait présenté un intérêt quelconque, à ce moment-là du moins : le mal était fait.
Et ce mal est double puisque, blessé par mon message, mon vis-à-vis a exprimé son ressenti d'une manière qui m'a fait l'effet d'une sentence sans appel possible, d'un avis "universellement" reconnu, faisant de moi une femme globalement incapable de formuler une opinion sincère avec nuance, avec finesse. En d'autres termes, nous sommes quittés très tristes l'un comme l'autre.
Et depuis, je doute. Je doute du bien-fondé de mon opinion (donc du fond), de ma capacité à communiquer (et, partant, de la forme); je doute de ma capacité à trouver un moyen pour présenter mes excuses de façon à ce qu'elles soient recevables pour l'autre sans pour autant "renier" ma position, donc sans "retourner" ma veste par souci de pacification.
Ce qui m'amène à ce qui ressemble furieusement à un sujet de dissertation, à savoir "toute vérité est-elle bonne à dire ?" Je ne ferai toutefois pas de "thèse, anti-thèse et synthèse" parce que j'ai beau examiner la question depuis des jours dans ma tête, je ne sais toujours pas : Sally Kohn dit dans une récente "TED" qu'elle n'est pas le dalaï-lama, ce qui nous fait un sérieux point commun puisque j'ai réalisé il y a déjà fort longtemps que je ne suis pas championne du monde de la communication non violente : n'empêche, malgré mes maladresses, j'adhère à son souhait de rechercher le "émotionnellement correct".
Certaines personnes, conscientes qu'elles ont l'alcool "mauvais" comme on dit, ont décidé de ne plus en consommer afin d'éviter de blesser les autres par leurs propos et leurs gestes : je pourrais donc renoncer à communiquer puisque je sais qu'il y a un risque que je m'exprime comme un pied (hors contexte professionnel) et, du coup, de causer du tort à des gens auxquels je tiens. Le problème, c'est que je déteste viscéralement la langue de bois et le politiquement correct; le problème, et cela m'amène au titre de mon billet du jour, la frontière entre une certaine franchise et la brutalité est mince, très fragile même et pourtant capitale.
Si je ne suis pas responsable des émotions des autres, je suis responsable de ma manière de parler, le hic étant que je ne suis pas un caméléon ou alors seulement un caméléon très lent : je ne m'adapte de toute évidence ni vite ni bien à mon interlocuteur.
Pour ne pas faillir à la tradition des lundis Poppins, une question à toutes celles et tous ceux qui ne sont pas arrivés sur cette terre avec des compétences innées en matière de communication : comment avez-vous fait pour progresser dans vos échanges avec autrui ? Les "HP" de la parole, passez votre chemin !
Mais une fois n'est pas coutume, ma question ne sera pas conclusive : je vais y ajouter mes excuses contrites à cette personne, espérant d'une part que, par un heureux hasard, elle lira ce billet, d'autre part que je saurai prochainement trouver les mots pour dire au lieu d'écrire.