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La Liberté, le 11 mai 2015
Arrivez-vous à trouver un peu de temps pour regarder la télévision ou écouter la radio?
J'utilise beaucoup les podcasts parce que je n'ai pas souvent le temps d'écouter ou regarder une émission en direct. Je m'intéresse surtout aux émissions politiques ou économiques et parfois, le dimanche, je regarde un film ... romantique.
Cela vaut-il les 450 francs de redevance que vous payez?
Oui, je suis prête à payer ce prix pour les émissions culturelles, sportives ou autres, qui sont de bonne qualité, faites en toute indépendance, dans toutes les langues du pays. Si je compare avec ce que vous devez payer pour une chaîne payante ou d'autres abonnements, ce prix me paraît correct.
Etes-vous surprise par la virulence de cette campagne?
Oui, je suis un peu surprise. Durant la consultation sur la révision et la discussion au parlement, l'USAM s'activait à trouver des exonérations ou des simplifications en faveur de l'économie. C'est son travail de le faire. Et on a trouvé des solutions pragmatiques. Alors je ne comprends pas pourquoi elle dépense tant d'argent contre ce projet. Mais c'est comme ça, c'est la démocratie.
Cette campagne n'est-elle pas en train de tourner en procès contre la SSR et ses programmes?
On assiste à un matraquage de la SSR. Elle a certes de la puissance, mais si on affaiblit la SSR, qui en profitera? En tout cas pas les autres entreprises médiatiques et pas non plus le consommateur. C'est la cohésion nationale qu'on affaiblirait. Le débat sur la SSR est légitime, mais ce n'est pas le bon moment de le mener. Nous votons uniquement sur un changement de système de perception de la redevance.
N'avez-vous pas mis la charrue avant les bœufs? N'aurait-il pas fallu débattre d'abord du mandat de service public de la SSR?
Nous avons une définition de ce mandat dans la Constitution. Nous avons une loi, une concession. Ce mandat paraissait clair jusqu'à présent, et ce depuis des décennies. On peut en rediscuter, mais cela demandera beaucoup de temps. Et même si on le redéfinit, cela ne change rien au besoin d'un nouveau système pour l'encaissement de la redevance. Grâce à cette révision, les ménages et beaucoup d'entreprises vont pouvoir profiter rapidement d'une réduction de leur facture.
La SSR n'a-t-elle pas toute latitude pour définir ce qui fait partie de son mandat de service public?
Non, la concession attribuée par la Confédération à la SSR définit dans le détail ce qu'on attend d'elle. Pour le reste, la Constitution garantit l'autonomie à la SSR dans le choix des programmes et des émissions.
La diffusion de matchs de Champion's league entre le Barça et le Bayern fait-elle vraiment partie de son mandat de service public?
Oui, absolument. Et le sport est un bon exemple. Regardez ce qui se passe dans les pays qui ont décidé de sortir le sport du mandat de service public. Il faut payer pour voir un match, alors qu'ici c'est intégré dans les 400 francs que les ménages payeront à l'avenir. Et cette redevance permet aussi la diffusion d'images de disciplines commercialement moins attractives, comme le volleyball ou la gymnastique.
D'aucuns reprochent à la SSR son arrogance et sa taille, avec ses 7 chaînes de télévision et 17 de radio?
Ceux qui suggèrent qu'on peut supprimer une chaîne de télévision et de radio en italien, je les invite à aller expliquer cela au Tessin. Qu'ils disent publiquement combien ils sont prêts à financer pour la cohésion entre les différentes régions linguistiques du pays.
Pourquoi doit-on se dépêcher de revoir le système de perception de la redevance?
Aujourd'hui, plus de 92% des ménages et près de 100% des entreprises ont un accès à internet. La technologie s'est développée et il faut adapter le système actuel lié à la possession d'un appareil de réception. C'est un système très bureaucratique, avec l'obligation de s'annoncer auprès de Billag et des contrôles.
A l'avenir, tous les ménages devraient payer. La révision maintient pourtant une exception pendant cinq ans pour ceux qui n'auraient vraiment aucun moyen de réception. Illogique?
Nous avons encore une toute petite partie des ménages qui n'ont aucun appareil de réception, ni accès à internet, ni smartphone, ni radio dans leur voiture. Leur nombre diminue chaque année. Cela me paraît socialement correct de maintenir une exception pour eux durant cinq ans après l'entrée en vigueur de la loi.
Président de l'USAM, Jean-François Rime voit dans cette réforme un chèque en blanc donné au Conseil fédéral pour de futures augmentations de la redevance. N'est-ce pas vrai?
Mais dans le système actuel, il y a déjà ce chèque en blanc, comme il l'appelle. Aujourd'hui, le Conseil fédéral a la compétence d'adapter la redevance. Cela ne changera pas. Par le passé, il s'est contenté d'adapter la redevance au renchérissement, de compenser l'exonération des personnes au bénéfice de prestations complémentaires et de tenir compte de la part ajoutée pour les télés et radios privées.
L'USAM brandit le spectre d'une redevance à 1000 francs d'ici quelques années. Quelle garantie que ce ne sera pas le cas?
Pour garantir le service public avec les prestations requises aujourd'hui, le Conseil fédéral estime qu'il faut disposer d'environ 1,2 milliard de francs pour la SSR et 80 mio pour les télés et radios privées.
Ce chiffre articulé est-il farfelu?
On peut tout dire dans une campagne, mais il n'est vraiment pas correct. Ce n'est ni un plan ni une piste. Pourquoi le Conseil fédéral augmenterait-il la redevance si ce n'est pas nécessaire? Quel intérêt aurait-il à affaiblir l' économie? Si cela se produisait, le parlement serait le premier à réagir.
Pourquoi soumettre les entreprises à la redevance alors que leurs collaborateurs la paient déjà?
C'est déjà le cas aujourd'hui. Il en va de même pour les impôts, l'eau ou l'électricité. Et même si la révision est rejetée, les entreprises continueront à être soumises à la redevance.
Cette réforme n'aurait-elle pas dû justement être l'occasion de les exempter?
Pourquoi les ménages devraient-ils financer l'entier de ce service et l'économie rien? Elle profite largement du service à disposition, avec les informations économiques et boursières par exemple. Le 14 juin, nous voterons aussi sur une initiative pour un impôt sur les successions. C'est un enjeu énorme pour l'économie. Si on n'avait pas d'émissions de radio et de télé sur ce sujet, cela affaiblirait l'information du citoyen. Et quand je vais chez ma coiffeuse, c'est agréable pour moi comme cliente de pouvoir écouter la radio.
Aujourd'hui, les entreprises paient 40 millions de francs pour la redevance. A l'avenir, ce sera 200 mio. Qu'est-ce qui justifie une telle augmentation?
La bonne question serait plutôt : pourquoi l'économie ne paie-t-elle aujourd'hui que 40 mio, alors que toutes les entreprises qui possèdent un appareil de réception sont soumises à la redevance? Avec le nouveau système, l'économie devrait contribuer à hauteur de 15% du total. Les trois quarts des entreprises, toutes celles qui ont moins d'un demi-million de chiffre d'affaires, seront exemptées. Et jusqu'à un million de chiffre d'affaires, elles payeront 400 francs au lieu de 600 aujourd'hui. Pour les grandes entreprises, la taxe demandée est supportable.
Une majorité des entreprises serait donc aujourd'hui dans l'illégalité?
Quand je vois que près de 100% des entreprises ont un accès à internet, je me demande pourquoi elles ne paient pas la redevance.
C'est de la fraude?
Je ne dirais pas cela. Beaucoup ne connaissent pas la loi actuelle. Et ce serait peut-être à l'USAM d'informer ses membres de leurs devoirs.