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La glace en aval des glaciers du nord-est du Groenland est très importante pour leur stabilité, mais un tiers de cette glace a disparu depuis 1978.
En raclant la roche, les langues de glace s’écoulent du continent vers la mer sur laquelle elles finissent par former des plateformes flottantes, des barrières naturelles qui freinent l’écoulement des glaciers. Dans le climat le plus extrême et isolé au nord-est du Groenland, trente-cinq pour cent de leur volume a disparu depuis 1978.
Romain Millan, géophysicien au CNRS, spécialiste de l’écoulement de la glace à l’Université Grenoble Alpes, et ses collègues du Groenland, du Danemark et des États-Unis, ont étudié leur histoire contemporaine à partir d’observations satellitaires et livré leurs résultats dans Nature Communication le 7 novembre dernier.
Ils ont observé huit langues de glace flottantes et ont évalué leurs volumes. « On s’est aperçu que trois de ces plateformes se sont effondrées autour des années 2000, puis en 2014, la moitié d’une plateforme est complètement partie dans la mer, nous explique l’auteur principal de l’article. Un événement hors du commun qui sort du cycle naturel d’un glacier. »
Entre 2003 et 2009, trois de ces huit plateformes de glace se sont complètement effondrées, comme celle du glacier Zachariæ Isstrøm. Sans cette barrière naturelle en aval, la glace en amont s’écoule plus vite. « En regardant l’apport de glace de la calotte glaciaire dans l’océan avant et après l’effondrement, on s’est aperçu qu’elle avait presque doublé », explique Romain Millan.
Cette accélération de l’écoulement de la glace se traduit par une montée des niveaux des mers plus rapide, ce qui est très préoccupant pour les populations côtières. La calotte du Groenland représenterait à elle seule une élévation de 2,1 mètres si elle disparaissait totalement.
Les changements des conditions climatiques et les vents ont favorisé l’arrivée d’eaux chaudes subtropicales dans les zones continentales sur lesquelles se reposent les glaciers. « À partir des années 2000, les images sont assez précises pour reconstituer la fonte sous-marine et on observe qu’elle est très importante et corrélée au réchauffement de l’océan », ajoute-t-il.
La vulnérabilité de ces glaciers se situe à leur base, dans les derniers mètres qui touche le sol avant que la langue de glace ne flotte sur la mer, c’est-à-dire la ligne d’échouage. « Si celle-ci repose sur une pente inclinée vers le continent, formée par l’affaissement du socle rocheux sous le poids de la calotte du Groenland, le retrait du glacier peut s’emballer jusqu’à ce qu’il retrouve un relief pour se stabilise », décrit l’auteur.
Dans le reste du Groenland, le reste des glaciers de la calotte subissent les effets du changements climatiques depuis le milieu des années 1980. « Avec cette études, nous montrons que c’est maintenant toute la calotte qui subit de pleins fouet le réchauffement global », conclut Romain Millan.
Camille Lin, PolarJournal
Lien vers l’étude : Millan, R., Jager, E., Mouginot, J., Wood, M.H., Larsen, S.H., Mathiot, P., Jourdain, N.C., Bjørk, A., 2023. Rapid disintegration and weakening of ice shelves in North Greenland. Nat Commun 14, 6914. https://doi.org/10.1038/s41467-023-42198-2
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