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L'UE veut instaurer un troc pour échapper aux sanctions américaines
25.09.2018
Les Européens ont annoncé la création d'un système de troc afin de préserver leur commerce avec l'Iran tout en échappant aux sanctions américaines. Cette décision s'apparente à un camouflet: Donald Trump donne mardi un discours à l'ONU pour mobiliser contre Téhéran.
En mai dernier, le président américain Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, signé en juillet 2015 par les puissances du P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne). Dans la foulée, Washington a rétabli une série de lourdes sanctions visant aussi les entreprises ou pays étrangers qui continueraient de faire affaire avec Téhéran.
"Concrètement, les Etats membres de l'Union européenne vont instaurer une entité légale pour faciliter les transactions financières légitimes avec l'Iran", a expliqué la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Federica Mogherini dans une déclaration lue lundi soir conjointement avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif.
"Ce système permettra aux compagnies européennes de continuer à commercer avec l'Iran conformément au droit européen et pourrait être ouvert à d'autres partenaires dans le monde", a-t-elle expliqué. Sous la menace de Washington, nombre de grands groupes très engagés aux Etats-Unis avaient en effet cessé toute activité avec l'Iran par crainte de représailles américaines.
"Chambre de compensation"
Selon des sources européennes, ce "véhicule dédié" (Special purpose vehicle - SPV) pourrait agir comme une bourse d'échanges ou un système de troc sophistiqué permettant aux entreprises concernées d'échapper aux sanctions américaines. Si par exemple l'Iran vend du pétrole à l'Espagne et l'Allemagne des machines-outils à Téhéran, la somme correspondant à la livraison du pétrole servirait directement à payer le fournisseur allemand.
"Il y aura une sorte de chambre de compensation qui vérifie que la valeur des biens exportés et importés par l'Iran se compensent", explique une source diplomatique française. Ce mécanisme "immunise" acheteurs et vendeurs en évitant des transactions en dollars qui pourraient les exposer à des sanctions américaines. Ce système de troc est similaire à celui utilisé par l'Union soviétique durant la Guerre froide.
De nombreux diplomates et analystes ne croient toutefois pas à la capacité de cette entité à contrecarrer les sanctions américaines, notamment parce que Washington pourrait adapter ces sanctions afin d'interdire de telles opérations. "L'essentiel est de garder toutes les options sur la table afin de montrer aux Iraniens que la porte ne se ferme pas", a dit un diplomate français de haut rang.
Rassurer les entreprises
Le 4 novembre, une nouvelle vague de sanctions américaines frappera directement les exportations de pétrole iraniennes et les opérations bancaires avec ce pays qui va se retrouver de facto déconnecté des circuits financiers internationaux.
Les nouveaux canaux de paiement doivent "rassurer les acteurs économiques", a souligné devant la presse Federica Mogherini. Il s'agit de préserver les bénéfices économiques attendus par l'Iran en échange de son maintien dans l'accord et de son renoncement à un programme nucléaire militaire, a-t-elle expliqué en substance.
Lundi, le président iranien Hassan Rohani a affirmé à la chaîne de télévision NBC que son pays avait choisi de rester pour l'instant dans l'accord nucléaire.
Dans son intéret
L'Iran détient les quatrièmes réserves mondiales prouvées de pétrole et nombre de pays, en Asie particulièrement, ont besoin de se fournir en brut iranien, d'autant que leurs raffineries sont spécialement conçues pour traiter cette variété de pétrole et pas une autre.
Les Européens sont déterminés à sauvegarder l'accord afin de prévenir une reprise du programme iranien susceptible de déclencher une course à l'arme atomique dans la région. Ils s'inquiètent aussi d'un affaiblissement du président iranien Hassan Rohani, ardent défenseur de l'accord nucléaire mais qui, pour l'heure, n'en a pas engrangé les bénéfices économiques escomptés, au profit des éléments les plus radicaux du régime.
"La préservation de l'accord est dans l'intérêt de la communauté internationale", a martelé Mme Mogherini.
ats, reu, afp