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En Occident, le mot « Feng Shui » évoque le plus souvent une vague idée d’un mode de pensée asiatique. Ce terme associé au jardin devient dans les esprits soit poétique, soit franchement exotique.
Avant de parler des jardins concrètement, il est nécessaire de revenir aux origines fort lointaines du terme Feng Shui, littéralement traduit par « vent et eau ». Il correspond à une vision du monde développée par les Chinois primitifs, il y a environ 5000 ans. Le Feng Shui traditionnel s’est développé grâce à l’analyse de l’environnement immédiat des populations de l’époque. Ils étaient entourés par des fleuves et des montagnes; La préoccupation principale des rois chamanes était de trouver un endroit favorable pour s’installer à l’abri des variations du niveau des eaux.
En observant les cycles naturels, une notion fondamentale est très vite apparue, celle de la circulation de l’énergie vitale ou « Chi », avec comme corollaire la notion abstraite du yin et du yang. Cette polarité indissociable est traduite maladroitement dans notre culture occidentale par la nuit et le jour ou la femme et l’homme, en autres. C’est un concept de variation de la qualité d’énergie dans un lieu donné et à un instant précis du temps et se nomme la loi du Tao. La création de l’univers provient selon la théorie des anciens Chinois de la séparation du yin et du yang de l’unité primordiale nommée i.
Parallèlement se développe une forme visuelle et plus pratique du Feng Shui, appelée l’école des Formes. En observant la nature, les Chinois primitifs constatèrent que pour la sécurité de leur village il était nécessaire d’avoir à l’arrière une colline arrondie, bordée à gauche par une chaîne de montagne arborisée et élevée et à droite du village par une autre chaîne de montagne arrondie, plus basse, et devant un dégagement. Symboliquement, chaque zone à été nommée :
- à l’arrière la tortue noire,
- à gauche le dragon vert,
- à droite le tigre blanc,
- devant le phoenix rouge
- au centre le serpent.
Une autre constatation très importante s’est vite implantée dans l’esprit des Chinois, à savoir la loi du cycle de création et de contrôle des éléments naturels ou loi des 5 éléments. Ils ont nommés les 5 éléments fondateurs, à savoir le Feu, la Terre, le Métal, l’Eau et le Bois.
Chaque élément est créateur du suivant.
Comme nous le constatons, le bois alimente le feu, le feu produit la terre, la terre contient le métal, le métal produit l’eau par combinaison chimique et l’eau fait pousser le bois. Dans le cycle de contrôle, nous avons le feu qui fond le métal, le métal qui coupe le bois, le bois qui épuise la terre, la terre qui contrôle l’eau et l’eau qui éteint le feu. Les Chinois ont depuis des millénaires approfondis ce raisonnement. Tout élément de la nature est une composition par la forme, la couleur et la texture, d’un ou plusieurs éléments cités et bien sûr reliés à une qualité énergétique yin ou yang.
Une autre partie des fondements du Feng Shui provient de données de géomancie et de calculs complexes développés à partir de la loi du Tao. Plusieurs grands sages jalonnent l’histoire du Feng Shui.
L’un des fondateurs est connu sous le nom de Fu Hsi. Il est à l’origine du « Ho-t’u », soit l’explication chiffrée de la représentation de l’univers idéal. Le « Ho-t’u » sera repris plus tard par le roi Wen et modifié pour devenir le « Lo Shu » ou l’univers en mutation. A partir de cette découverte, le Feng Shui s’est structuré et plusieurs écoles de pensées sont apparues. La méthode « Sam Hap » était populaire aux environs de 2600 avant JC ; Ensuite la méthode du « Ba Chop » est connue vers 2200 avant JC et enfin la méthode du « Yuen Hom » révélée sous la dynastie Zhou (1121 – 770 avant JC).
Toutes ces méthodes sont toujours utilisées actuellement et peuvent faire appel à l’utilisation d’une boussole chinoise appelée le « Lo Pan. » Ces traditions se sont développées différemment suivant le milieu naturel dans lequel la population vivait, mais une constante demeure : la globalité ternaire à savoir : le ciel – l’homme – la terre, représentée concrètement par le trigramme (3 traits).
La symbolique de l’univers a été transmise de manière simplifiée en Occident par l’amalgame du « Lo Shu » (8 palais) et les directions cardinales utilisées dans le Lo Pan. Dans une analyse Feng Shui, l’homme est placé au centre de son milieu naturel et de son habitat. Il y a trois niveaux d’analyse, reliés dans une globalité de l’interprétation. Le Feng Shui est l’art de relier harmonieusement le jardin à l’homme dans un ordre cosmologique défini par la Tradition. Le grand avantage de la pensée chinoise est d’avoir transmis, sans rupture jusqu’à nos jours, une quantité de données statistiques liées au calendrier lunaire et vérifiées par des générations de praticiens.
Avec les millénaires, cet art de l’interprétation de l’univers a pris des formes complexes et très spécifiques. Prenons comme exemples les jardins dits « zen » ou jardins japonais secs aux formes épurées rappelant la vacuité originelle du Tao, ou au contraire, les jardins de Suzhou, beaucoup plus denses. Chaque époque et région ayant développé un style particulier, en fonction de sa sensibilité et de son histoire.
La constante que nous pouvons retenir est la représentation symbolique de l’univers par deux archétypes de la vie : la montagne énergie de type yin et l’eau énergie de type yang. De manière générale ce qui est statique est yin et ce qui est mobile est yang. La montagne est représentée par des pierres, généralement disposées par trois, une pierre grande et anguleuse dominant les deux autres. Cette trilogie de pierres représente la protection divine et se place généralement au Nord-Ouest d’un jardin.
La forme et la position de la pierre dominante dans le jardin fait l’objet de beaucoup de recherches et n’est pas le fruit du hasard, mais d’une analyse liée au fondement cité précédemment.
L’eau est source de vie, elle représente la prospérité. Elle peut être représentée soit symboliquement sous forme de rivière sèche (graviers ou sable) ou soit à l’état naturel. Un point d’eau se situe généralement au Sud-Est d’un jardin et il est toujours en mouvement. Le sens de l’écoulement de l’eau d’une rivière est très important. Le flux doit suivre le mouvement de création propre à la tradition, à savoir naissance au Nord / Nord-Est et évacuation au Sud / Sud-Ouest.
Si nous examinons un étang à l’intérieur, il y a deux flux : un côté yang et un côté yin, l’aboutissement ou la sortie de la rivière est plus étroit. Les pierres qui bordent l’étang ralentissent le côté yin. D’autres pierres situées sur la rivière régulent harmonieusement le flux à l’extérieur de l’étang. Les pierres représentent l’élément qui maîtrise l’eau dans la loi des 5 éléments. D’un bon emplacement des pierres dépend l’équilibre de toute la zone, d’un point de vue physique et métaphysique. Si l’eau de l’étang est trop stagnante, trop yin, les plantes autour seront à dominante yang (par ex : iris de Kaempfer, Liatris). Dans le cas d’une rivière rapide, les plantes seront de forme ronde (hostas). Avec ces deux éléments la montagne, et l’eau, nous avons créé la structure du jardin Feng Shui.
Maintenant nous pouvons essayer de répondre à la question qu’est-ce qu’un jardin Feng Shui :
Selon la tradition, il est une tentative de représentation d’un univers idéal, dans lequel l’homme est placé en harmonie entre le Ciel et la Terre. L’homme est le maître d’œuvre. Sa vision du monde influence ses choix et sa vie. Garder l’harmonie est au centre des préoccupations des praticiens. Dans la tradition chinoise, un Maître Feng Shui intervient concrètement dans la conception d’un jardin et d’une maison. Il utilise pour cela une boussole géomantique, sur laquelle figure une quantité de données statistiques et il analyse ensuite les formes dominantes et environnantes du terrain. Son travail consiste à trouver un équilibre entre, les énergies magnétiques dégagées par la terre, la période de création ou de modification du jardin et le maître d’œuvre.
Une des théories appelée « » peut s’expliquer de manière très simple en observant les cycles de la nature.
Au printemps une plante sort du sol pour aller chercher la lumière. Nous avons une ascension de l’énergie ;
cette forme d’énergie s’appelle : le Bois.
En été, cette plante va s’épanouir et s’orienter vers le soleil ; Cette forme d’énergie s’appelle : le Feu.
En fin d’été, la plante va perdre de sa vitalité et commencer à s’incliner vers le sol ; Cette forme d’énergie s’appelle : la Terre.
En automne, la plante s’est concentrée et donne des fruits qui tombent sur le sol ; Cette forme d’énergie s’appelle : le Métal.
En hiver, la graine est enfouie au fond du sol et prend des forces pour ressortir ; cette forme d’énergie s’appelle : l’Eau.
Les Chinois ont appelé ce mouvement de l’énergie : « », représenté schématiquement par un cercle. Ces mouvements ont été observés attentivement et plusieurs lois d’application en ont été déduites. Le cycle de création a comme opposé le cycle de destruction. D’une manière concrète, ces cycles, présents dans les végétaux et tout bâtiment, nous renseignent sur la circulation de l’énergie vitale ou Chi.
Chaque élément est interdépendant et créateur ou destructeur d’un autre élément. Une bonne circulation entre les éléments apporte aux jardins et à ces occupants quiétude et harmonie.
Chaque plante symbolise un élément et une qualité de base. L’élément est déterminé en fonction de la forme de la plante, sa structure, sa texture et sa couleur. Sa qualité est yin ou yang.
Les jardiniers chinois ont répertorié et classifié les végétaux en fonction de la qualité énergétique dégagée. Par exemple :
Le Saule (Salix Babylonica)
Elément : bois
Qualité : yin
Symbolisme : la grâce
Ce grand arbre, utilisé pour ses vertus médicinales est fort apprécié des herboristes chinois. Il est synonyme de souplesse et de longévité.
Sa place est principalement au bord des rivières.
Son élément est le Bois, de part sa forme et sa couleur.
Ses feuilles étroites et pointues apparaissent de bonne heure au printemps et tombent tardivement.
L’élément Bois correspond au printemps, à la force de démarrage et à la vigueur.
Le Saule en a toutes les caractéristiques.
La qualité yin se réfère à la souplesse de sa forme.
Une analyse de jardin est uniquement faite sur la base d’un examen sur place, mais pour vous donner un petit aperçu des critères pris en considération et vous donner une idée pour concevoir votre jardin, voici quelques petits conseils feng shui.
Premièrement, selon la théorie des 5 animaux, nous veillerons à garder un espace ouvert et lumineux avec des formes souples à l’avant de la maison.
Un principe de base est de garder un flux harmonieux entre le portail d’entrée sur une propriété et la porte de la maison.
A l’arrière de la maison, le jardin principal doit être bien délimité de chaque côté, avec au fond un bosquet plus volumineux.
Ensuite nous organisons l’espace intérieur.
L’aménagement est fait en fonction de la forme du terrain et de la maison, en combinaison avec les orientations cardinales.
Je vous propose ci-dessous un choix de plates-bandes et d’arbres ou arbustes
« » qui stimuleront selon leur emplacement cardinal le cycle des 5 éléments.
Les autres méthodes d’analyse sont applicables à la géomancie du terrain et ne peuvent s’appliquer théoriquement.
Au Nord, une rocaille basse avec des petits conifères à port vertical ou pyramidal.
Les tons roses, rouges et violets seront privilégiés au fil des saisons (Fuchsia, Aster de Chine, Primevère, Sedum Remarquable Rosea /Carmen, Silène, Rosier miniature, Bruyère).
Les azalées et les rhododendrons sont bien sûr vivement recommandés.
Les tons bleus peuvent aussi être indiqué dans cette direction mais en quantité minoritaire par rapport aux tons roses.
Au Nord-Est, le compost et tout arbre à grande stature (Epicea, Pin, Mélèze) ou des bambous, graminées ayant une grande force interne et des plantes telles les fougères.
Les couleurs associées à cette direction sont jaunes et oranges, les tons rouges sont aussi conseillés si la porte d’entrée de la maison donne au Nord-Est. (Impatiens, Physalis, Pensées).
A l’Est, le potager ou un carré de plantes condimentaires (les indispensables : Coriandre, Fenouil, Menthe, Sauge, Marjolaine, Persil, Anis).
Au Sud-Est, une fontaine ou un étang ou une tonnelle de forme carrée avec des grimpantes bleues (Glycine de Chine, Clématite), et/ou des arbustes tel les lilas communs (Condorcet bleu foncé, Katherine Hanemeyer) une bordure de lavande (Munstead, Hidcote). Une touche de tons rouges est très bénéfice dans cette zone. (Nénuphar à fleurs rouge, Pavot d’Orient), ou le prunier (Prunus cerasifera Blereana).
Au Sud, des massifs d’annuelles dans les tons jaunes, oranges et blancs, (Roses trémières, giroflées, glaïeuls, rosiers, les arbustes (Forsythia, Buddleia) et des arbres tels le magnolia blanc, les arbres fruitiers tels le pêcher ou l’amandier.
Au Sud-Ouest, une plate-bande de Lis blancs et jaunes (Lilium Regale, Lililum Candidum, Lilium Longiflorum, Lis Citronella, Lis Juliana, Lis Enchantement) ou des arbres fruitiers tel les cerisiers, abricotiers ou arbres tel le saule. (Salix Erythroflexuosa).
A l’Ouest, privilégiez les formes rondes (Buis, Catalpa Boule), les couleurs à introduire sont les jaunes, oranges, roses (Gaillardia, Gazania, Gerbera), la couleur rouge doit être très minoritaire.
Au Nord-Ouest, des mélanges de camellias blancs et roses, (Camellia Margaret Davis) ou de pivoine de Chine (Paeonia lactiflora) ainsi que les arbres suivants : Olivier, Eucalyptus et Ginkgo.
Les arbres et les plantes proposées ci-dessus ont été choisis en fonction de leurs formes et aussi par rapport à leur tradition symbolique liée à la croyance des anciens Chinois.
Le Feng Shui est l’harmonie entre l’homme, le ciel et la terre.
Le jardinier amateur cherchera avant tout une fluidité des formes et des couleurs, en privilégiant ses goûts personnels.