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Construction: bilan des syndicats genevois de la période caniculaire sur les chantiers
Les syndicats genevois ont mis en place des équipes spécifiques pour visiter les chantiers et vérifier si les entreprises ont respecté leurs obligations légales notamment en mettant en place des dispositions spéciales afin de protéger la santé des travailleurs. Ces équipes ont visité des centaines des chantiers.
Le résultat est plus qu’inquiétant
Tout d’abord, une grande majorité des entreprises n’a pas appliqué son devoir de former et d’informer les travailleurs sur les risques liés à la canicule et sur les mesures à prendre pour protéger leur santé. Ce manquement est par ailleurs généralisé pour les travailleurs temporaires; les entreprises-clientes et les agences de placement se renvoyant la balle sur qui doit faire quoi et qui doit mettre en place les mesures de protection.
Si certaines entreprises ont mis en œuvre une partie des dispositions, d’autres n’ont même pas organisé la distribution d’eau fraîche aux travailleurs comme elles doivent légalement le faire; certaines d’entre elles ont fourni une gourde aux travailleurs afin qu’ils s’organisent eux-mêmes pour en avoir, transférant ainsi sur les employés leur obligation d’organiser la distribution.
Quelques entreprises ont fourni de la crème solaire aux travailleurs, mais les vêtements légers adaptés aux fortes chaleurs sont restés en boutique. Une infime partie des entreprises ont distribué des lunettes de soleil, tandis que d’autres ont indiqué que si les travailleurs les avaient demandées, ils les leur auraient évidemment données. Manifestement, les entreprises concernées, et cela est particulièrement grave, n’ont toujours pas compris qu’il incombait aux employeurs d’assurer la protection du personnel.
Certaines sociétés de génie civil ont mis à disposition des travailleurs des protège-cou, mais la plupart d’entre elles, notamment celles des échafaudages et des parcs et jardins, n’ont pas jugé bon de le faire.
L’obligation des entreprises de mettre à disposition des travailleurs des lieux frais pour les pauses n’a pas été respectée sur la plupart des chantiers.
La pause de l’après-midi a rarement été organisée spontanément mais souvent sur injonction des syndicats lors de leurs visites sur les lieux de travail.
Les entreprises n’ont également pas organisé les activités de manière à ce que le travail le plus pénible soit effectué le matin et le plus léger l’après-midi. L’organisation du travail pour protéger les travailleurs a clairement été inexistante. Certaines entreprises du génie civil, dans le cadre de travaux publics, ont même maintenu le goudronnage de routes dans l’après-midi, par une chaleur extrême, mettant en danger la santé et la sécurité des travailleurs, alors que les pics de canicule étaient connus de toutes et tous. Il faut remarquer que certaines de ces entreprises sont récidivistes.
Du 13 juillet au le 12 août, les syndicats sont intervenus directement auprès de 25 entreprises et ont effectué 50 dénonciations auprès de l’OCIRT et de l’IPE, organismes de contrôle qui prennent des mesures et des sanctions contre les entreprises qui se dérobent à leur obligation et mettent les travailleurs en danger.
Si nous savons que l’IPE a effectué quelques contrôles sur le terrain, selon nos informations l’OCIRT effectue les contrôles par courrier, en demandant aux entreprises si elles ont mis en œuvre les mesures.
Face au manquement des entreprises à leur devoir et aux contrôles effectués par courrier, les syndicats ne peuvent que faire un constat alarmant de la situation et tirer la sonnette d’alarme. Faut-il avoir des morts sur les chantiers, comme dans d’autres pays, pour que la protection des travailleurs soit une priorité avant l’avancement des travaux?
L’Etat peut-il continuer à ne pas prendre ses responsabilités et à permettre que les routes soient goudronnées pendant la période caniculaire?
Les organes de contrôle ont-ils continué à ne pas sanctionner les entreprises qui mettent en danger les travailleurs? Car, soyons clairs, aujourd’hui, selon l’expérience des syndicats sur le terrain, la tendance qui prédomine est plutôt à la mansuétude à l’égard des entreprises qui dysfonctionnent alors que les infractions commises constituent, au sens du code pénal, de véritables mises en danger de la santé et de la vie des travailleurs.
Les syndicats ne sont pas disposés à laisser perdurer une situation qu’ils jugent socialement inacceptable. Ils exigent une prise de conscience de tous les acteurs de la construction. Ils appellent les associations patronales à assumer leurs responsabilités, les organes de contrôle à être plus réactifs et fermes dans leur intervention qui doivent se conclure, au besoin, par des sanctions exemplaires, et l’Etat à une plus grande responsabilité sur leurs chantiers, même si le délai des travaux dû aux intempéries ou à la canicule doit être rallongé.
Les syndicats exigent enfin que le fonds intempéries-canicule qui est discuté depuis le début de l’année, au sein d’un groupe de travail tripartite, soit mis sur pied avant la fin de l’année.
La santé et la sécurité des travailleurs n’ont pas de prix, elles doivent être une priorité absolue!