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Depuis le mois d'août 2012, de nombreux oiseaux forestiers déferlent sur les cols alpins, où les stations de baguage en capturent un nombre record : il s'agit notamment de la Mésange noire (près de 3'000 captures d'août à début octobre), de la Sittelle torchepot (plus de 70 captures) et du Cassenoix moucheté (près de 100 captures). Ces espèces sont le plus souvent sédentaires mais peuvent adopter un comportement migratoire marqué certaines années, suite à une bonne reproduction couplée à une pénurie de nourriture.
La distribution du Cassenoix moucheté s’étend des Alpes au Katchatka, dans les montagnes et à travers les forêts nordiques d’Eurasie. La sous-espèce nominale niche dans les Alpes, Balkans, Carpates, Sudètes et d’autres massifs d’Europe centrale, ainsi que du sud de la Norvège et de la Suède et de la côte est de la Baltique à travers le nord de la Russie jusqu’au bassin du fleuve Petchora, remplacée par N. c. macrorhynchos de l’Oural au Kamtchatka, l’Oussouri, au sud jusqu’à l’Altaï et la Corée ; 7 autres sous-espèces se trouvent dans les Tien Shan, au Japon et aux îles Kouriles, dans l’Himalaya, en Chine et à Taiwan. Avec plus de 45'000 couples, la Roumanie est le pays d’Europe (Russie non comprise) le plus peuplé, suivi de la Suisse. L’espèce est généralement sédentaire, mais les jeunes entreprennent de courtes migrations certains automnes ; des irruptions d’oiseaux sibériens de la sous-espèce N. c. macrorhynchos se produisent certains automnes en Europe occidentale, atteignant rarement la Suisse.
En Suisse, le Cassenoix est répandu au-dessus de 700 m d’altitude dans le Jura et au-dessus de 1'000 m dans les Alpes, montant jusqu’à la limite supérieure des forêts. Une nidification a probablement eu lieu au bord du Léman à Territet VD 400 m, où des nourrissage ont été observés en juillet 1985. L’espèce est généralement sédentaire, mais des mouvements migratoires ont lieu certains automnes, décelables notamment sur les cols alpins de Bretolet VS et de Jaman VD ou au défilé jurassien du Fort-l’Ecluse F.
L’espèce est généralement sédentaire, les aller-retour d’approvisionnement débutant parfois en juillet, généralement d’août à octobre. Le Cassenoix est très fidèle à son territoire, mais certains oiseaux le quittent en hiver, et des migrations impliquant des oiseaux indigènes (jeunes surtout) se produisent certains automnes : en 1993, un afflux a été constaté dès le 23 août et jusqu’en octobre à l’extrémité occidentale du lac de Constance à Engen D ; en 1997, 93 captures ont été effectuées d’août à octobre au col de Jaman VD. L’espèce apparaît rarement en hiver sur le Plateau et dans la région de Bâle. Au cours du XXe siècle, des invasions de la sous-espèce sibérienne N. c. macrorhynchos, provoqués par une faible fructification du Pin de Sibérie Pinus sibirica, ont atteint la Suisse en automne 1911. Il est possible que des immigrants sibériens soient passés inaperçus durant d’autres invasions, étant donné la difficulté de les distinguer de la sous-espèce indigène. Bien qu’il soit difficile, pour la même raison, d’estimer le nombre d’oiseaux orientaux parvenus en Suisse lors de ces invasions, il semble que les afflux de Cassenoix sibériens ont été plutôt négligeables, à la possible exception de celle de 1911. Les invasions de 1911 et 1954 ont débuté durant la première décade d’octobre et se sont terminées en décembre. En 1968, les premiers oiseaux sont apparus en Suisse à fin août déjà, mais les premières données certaines ne datent que de février 1969. Les observations printanières d’oiseaux sibériens sont extrêmement rares.
Les migrations qui se produisent certains automnes sont illustrées notamment par 3 reprises en France et 2 en Italie, la plus méridionale étant celle d’un oiseau bagué le 29.9.1968 dans le canton de Berne, tiré le 13.10 suivant dans la Drôme F, 295 km au sud-ouest ; elle coïncide avec l’apparition d’oiseaux sibériens de la sous-espèce N. c. macrorhynchus en Suisse. Ces mouvements impliquent aussi des oiseaux européens : sur 93 Cassenoix de la sous-espèce alpine capturés d’août à octobre 1997 au col de Jaman VD, 2 bagués les 24 et 31 août ont été repris respectivement 1 et 3 jours plus tard au col de Bretolet VS, 37 km au sud-ouest ; un ind. bagué le 27.8.1972 au col de la Berra FR a été tiré le 26.9.1973 en Savoie F, 142 km au sud-ouest ; un ind. bagué le 5.9.1972 au col de Bretolet a été retrouvé au cours du même mois dans le Jura français, 92 km au nord-ouest ; un jeune bagué le 15.6.1976 dans les Grisons a été capturé le 11.10 suivant à Bergame I, 87 km au sud. Trois oiseaux bagués entre le 26.8 et le 14.10 en Suisse (dont 2 à Bretolet) ont été retrouvés au cours d’années suivantes en janvier à Chiavenna I (1) et en septembre dans le Tyrol A (2), jusqu’à 372 km à l’est. Le tiers des reprises sont dues à la chasse, un autre tiers à des contrôles par des ornithologues.
Au XXe siècle, le Cassenoix a profité de nombreux reboisements d’épicéas, qui ont provoqué une poussée démographique et une extension de son aire dans les moyennes montagnes européennes depuis les années trente, comme en Bade-Wurtemberg D, dans les Ardennes et les Sudètes. Entre les périodes d'atlas 1972-76 et 1993-96, le nombre de carrés occupés est passé de 313 à 333, ce qui représente un élargissement de 6.5 % de l’aire de reproduction, notamment dans les Alpes centrales. La variabilité de fructification de l’arole influence surtout le taux de reproduction et ne provoque guère de fluctuations d’effectifs, car les adultes sont fidèles à leurs territoires et vivent longtemps. Il semble que l’espèce habitait les forêts du Jorat VD au milieu du XIXe siècle ; elle y est encore irrégulière observée, du moins hors de la période de reproduction.
Typique des conifères, le Cassenoix est présent dans toutes les forêts de montagne, avec une prédilection pour celles riche en aroles Pinus cembra ou pins de montagne Pinus mugo. Dans les zones où ces derniers font défaut, la présence de ce corvidé essentiellement granivore dépend largement de celle du noisetier Corylus avellana, autre source importante de nourriture ; elle est irrégulière et sa fréquence est faible dans les pessières de basse altitude, dans les pins sylvestres, ainsi que dans les forêts mixtes avec une forte proportion de conifères. Les mélèzes ne sont généralement occupés que si des conifères à aiguilles persistantes y sont disséminés. Diurne, le Cassenoix se nourrit principalement de graines de l’arole et du pin de montagne dans les Alpes, de noisettes ainsi que de glands et de faînes dans le Jura et les Préalpes et de châtaignes au Tessin ; il complète son régime alimentaire au printemps et en été avec d’autres fruits (baies, myrtilles notamment), des insectes (notamment des larves de guêpes et d’abeilles dont il pille les nids), gastéropodes, lombrics, batraciens, reptiles (Lézard vivipare Lacerta vivipara, Orvet fragile Anguis fragilis ), micromammifères, œufs et poussins de petits passereaux et, rarement, de champignons. La nourriture est généralement prélevée à terre et dans les buissons, mais le Cassenoix chasse parfois à l’affût depuis un perchoir peu élevé, d’où il se laisse tomber au sol ; il capture parfois des insectes au vol. Des rameaux portant plusieurs noisettes peuvent être coupés, puis tenus par les pattes pendant que les noisettes sont extraites de leur coupe avec le bec. Le Cassenoix profite localement des nourrissages hivernaux prodigués par l’homme, visitant les mangeoires surtout lors d’importantes chutes de neige ou après une mauvaise récolte, certaines populations apprivoisées venant chercher les graines jusque dans la main, comme à Crans-Montana VS ou Arosa GR. D’août à octobre, il peut s’éloigner jusqu’à 15 m de son territoire à la recherche de graines d’aroles et de noisettes, qu’il ramène dans son jabot contenant en moyenne 12-20 (max. 26) noisettes, ou 20-70 amandes d’aroles (max. 134 chez un oiseau abattu dans la forêt pauvre en aroles du Lapé au pied de la Dent de Ruth/Gastlosen !) pour les dissimuler dans la terre, sous des racines, des mousses ou des lichens recouvrant les branches de conifères. Totalement dépendant de son garde-manger en hiver, il mémorise l’emplacement de ses cachettes et les retrouve avec précision dans 80-90 % des cas, même sous une épaisse couche de neige, qu’il atteint le cas échéant en creusant un tunnel oblique jusqu’à 1.3 m de profondeur. Solitaire pendant la période de reproduction, le Cassenoix devient grégaire en fin d’été, les raids vers le pied des montagnes (parcourant jusqu’à 700 m de dénivellation) ou la migration s’effectuant souvent en groupes lâches comptant généralement 2-25 ind., rarement jusqu’à 60 oiseaux, occasionnellement associé à des Geais des chênes. Les cris les plus fréquents sont des « krerr-krerr-krrer » nasillards caractéristiques, souvent répétés plusieurs fois en séries rapides ; d’autres sons semblables à des coups de klaxons sont parfois émis. Le chant, émis en sourdine par les deux sexes, est un babil ventriloque évoquant ceux du Geai des chênes ou de la Pie bavarde, voire le chant de l’Etourneau sansonnet.
Le nid très épais, constitué d’une assise de branchettes vertes et sèches, d’une épaisse couche de lichens et de feuilles, puis d’une couche de bois pourri très sec, le tout formant une coupe chaudement garnie d’herbes fines sèches, de crins, de mousse et de plumes, est situé près du tronc sur un conifère touffu (arole, pin de montagne, épicéa, sapin blanc), généralement à 4-8 (2-20) m de hauteur ; des nids ont exceptionnellement été signalés sur des rebords de fenêtre de chalets. La construction par le couple débute fin février déjà, pouvant être retardée de 3-4 semaines en cas d’importantes chutes de neige ou de retours de froid. La ponte des 3-4 œufs débute le plus souvent avec le mois d’avril, parfois mi-mars, parfois au début de ce mois comme pour deux nichées de 4 jeunes découvertes les 29/30 mars 1959 à Eyson-St. Martin VS ; une couvée exceptionnellement précoce est celle qui a commencé début décembre 1970 dans le Jura bernois à Raimeux BE, où 2 jeunes à queue encore courte accompagnés de leurs parents ont été observés le 23 janvier 1971 (Saunier 1971). Les jeunes quittent généralement le nid en juin, les derniers jeunes encore dépendants ayant été observés dans la première moitié d’août dans la vallée de Tourtemagne VS et le 6 août 1942 à St-Luc VS. L’incubation par le couple dure 18-19 (17-21) jours dès la ponte du dernier œuf, bien que la femelle reste au nid dès la ponte du premier oeuf. Les jeunes, nourris par régurgitation au fond du gosier, quittent le nid au bout de 24-25 (23-28) jours et sont indépendants env. 2 mois plus tard, les liens familiaux perdurant souvent jusqu’à fin août. Il n’y a qu’une ponte annuelle. La maturité sexuelle est probablement atteinte à l’âge de 2 ans. Un adulte transportant un jeune dans une patte a été observé dans les Préalpes fribourgeoises en mai 1991 après une chute de neige. La densité des nicheurs est la plus forte dans les vallées méridionales du Valais ainsi qu’en Engadine GR, et la plus faible dans le Jura. Si la densité des nicheurs peut atteindre plus de 2 couples/10 ha dans les formations d’aroles et de mélèzes, elle est bien plus faible dans les pessières subalpines, comme à Leysin VD, où 20 couples ont été trouvés sur 262 ha ; au Pays-d’Enhaut VD, 9-10 couple ont été recensés sur 100 ha de forêt à la Pierreuse ; 15-23 couples/km2 ont été dénombrés en Haute-Engadine GR.
L’espèce ne paraît actuellement pas menacée. Le Casse noix a autrefois été persécuté sous prétexte de dommages causés aux aroles (Hess 1916).

A propos de Lionel Maumary