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La vogue des "chinoiseries" au XVIIIe siècle
Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, les élites européennes développent une véritable fascination pour l’Extrême-Orient et collectionnent les "chinoiseries". Les pièces les plus précieuses sont rassemblées dans les salons et cabinets chinois des cours princières, comme ceux de Frédéric II à Potsdam ou de Catherine II à Saint-Pétersbourg. Les amateurs moins fortunés se contentent, quant à eux, de bibelots plus ou moins authentiques. La vogue des "chinoiseries" perdure tout au long du XIXe siècle et dans les premières décennies du XXe siècle.
Soucieuse d’évoquer les fastes des cours princières du Siècle des Lumières, la comtesse Zoubov s’attache à collectionner à son tour les objets orientaux. Il n’est pas anodin que l’un des premiers achats qu’elle réalise, avant 1918, concerne un extraordinaire brûle-parfum en émail provenant probablement du Palais impérial de Pékin.
Les objets exotiques de la comtesse sont en partie rassemblés dans son cabinet chinois, inspiré de celui de Catherine II, mais également du musée chinois de l’impératrice Eugénie à Fontainebleau. D’autres pièces sont dispersées dans les appartements, où elles dialoguent avec subtilité avec les productions occidentales, marque de la fine connaissance qu’avait la comtesse de l’art de l’ameublement tel que prescrit par les manuels du XIXe siècle. Les objets chinois peuvent donc être admirés dans différentes pièces de l’Hôtel Sellon.
Echanges entre Orient et Occident
Pour l’essentiel, les objets chinois de la comtesse datent de la fin de la dynastie Qing, c’est-à-dire de la seconde moitié du XVIIIe siècle et du XIXe siècle.
Beaucoup de ces pièces ont spécifiquement été conçues pour l’export vers l’Occident. Les négociants et artisans chinois, conscients de l’intérêt économique que représentait ce nouveau débouché commercial vers l’Europe, n’ont pas hésité à adapter les formes et motifs traditionnels au goût de leur lointaine clientèle.
Ainsi, plusieurs récipients de la collection, comme les aiguières ou la fontaine, témoignent de cette adoption de formes occidentales sur lesquelles est apposé un décor proprement oriental.
De même, la grande peinture qui orne le salon chinois, malgré ses motifs traditionnels, est assurément une production destinée à l’export, comme le trahit son support inhabituel: de la peau de daim, et non du papier ou de la soie.
D’autres objets traditionnels importés de Chine sont adaptés aux goûts et aux usages européens à leur arrivée en Occident. La comtesse Zoubov donne à voir plusieurs témoignages de ces pratiques: deux tables basses du salon présentent des plateaux dont les délicates laques de Canton ornaient précédemment des paravents. Certaines des porcelaines – dites "Céladon" –, très prisées des collectionneurs, ont reçu un montage en bronze. Des magasins, comme l’Escalier de Cristal à Paris, d’où provient ce vase, étaient spécialisés dans ce type d’assemblage.
De même, le vase couvert qui orne le bureau-cartonnier du grand salon résulte de ces mariages entre Orient et Occident. Le récipient en cristal de roche a probablement été taillé en Chine au cours du XIXe siècle et a reçu en Occident un petit couvercle en bronze, dont la forme et le motif s’harmonisent parfaitement au reste.
Les émaux de Canton
L’ensemble le plus remarquable parmi les objets exotiques de la collection Zoubov demeure la vaisselle en émail de Canton, qui ravit par la richesse de ses motifs et de ses coloris. Si au Siècle des Lumières, la porcelaine chinoise a les faveurs des amateurs fortunés, un siècle et demi plus tard, la comtesse Zoubov leur préfère les objets en émail cloisonné ou peint, moins onéreux, mais à l’effet très proche. Sa collection rassemble de nombreux et remarquables témoignages de cette technique.
Les motifs qui les ornent, appréciés des Occidentaux pour leurs qualités décoratives, cachent souvent un sens symbolique fort, lié au bonheur. Ce langage symbolique joue fréquemment sur l’homophonie des mots, évidemment difficiles à appréhender pour les Européens.