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Vous êtes présidente de la Task force sur le Covid-19 de la Confédération. Comment définissez-vous vos tâches en tant que scientifique dans la pandémie?
Tanja Stadler: Au fil des mois depuis le début de la pandémie, les connaissances sur le virus Sars-Cov-2 évoluent à une vitesse incroyable. En tant que scientifique, il est de mon devoir d'avoir une vue d'ensemble sur l'état actuel de la recherche et d’apporter mes perspectives à l’ensemble de la situation. En tant que présidente de la Task force, je souhaite informer les autorités et le public de manière aussi claire et compréhensible que possible sur les connaissances scientifiques et contribuer ainsi à ce que tous disposent d'une bonne base de décision.
Comment la Task force décide-t-elle quels résultats de recherche sont pertinents pour endiguer le virus en Suisse?
Dans le domaine scientifique, nous avons des méthodes pour évaluer les résultats des différentes études. Quelle est la qualité des données? Quel est le degré d'incertitude? Si nous constatons que de nouvelles connaissances répondent à ces exigences scientifiques, nous examinons si elles peuvent être pertinentes pour la Suisse et, le cas échéant, dans quelle mesure.
Dans le cas du variant Omicron, les différents chiffres et opinions partagés par divers experts sont très déstabilisants. Comment la science génère-t-elle des données sur Omicron?
En sciences, les opinions ne comptent pas, seuls les faits et les données sont pris en considération. Le processus est le même pour Omicron comme pour tous les autres éléments de la pandémie. Nous essayons de trouver un consensus scientifique dans le monde entier, basé sur les données disponibles: Qu’est-ce qu’on peut dire sur Omicron? Qu’est-ce qu’on ne sait pas?
Quelle est la pertinence des données à l'heure actuelle?
Une chose est sûre: Omicron se développe extrêmement rapidement. Face à cette évolution, la vaccination complète protège relativement bien contre les hospitalisations et le rappel de vaccinal protège contre les nouvelles infections. Ce qui est moins certain, ce sont les données qui proviennent d’autres pays. Elles ne sont pas toujours entièrement transposables à la Suisse. De plus, le nombre de personnes qui doivent être transférées aux soins intensifs à cause du variant Omicron reste inconnu. Il n’y a également que très peu de données sur les conséquences du variant sur le Covid long, car il ne circule pas depuis très longtemps. On ne sait pas non plus si les enfants sont davantage touchés.
D'un point de vue scientifique, quelles mesures introduiriez-vous aujourd'hui pour endiguer la pandémie?
Ce n'est pas mon rôle de décider des mesures à prendre, et encore moins de les mettre en place. Nous savons tous ce qui fonctionne: moins de contacts et, si des contacts sont nécessaires, les rendre sûrs par le port du masque, des tests et la vaccination. La question se pose donc aussi de savoir ce que nous, en tant qu’individu, pouvons faire dans l’immédiat? Ou alors, est-ce qu’on attend que quelqu'un introduise des mesures plus strictes?
Vous avez déclaré, à la mi-décembre, qu'Omicron serait bientôt le variant dominant en Suisse. C'est désormais le cas. Vous aviez alors expliqué que le nombre de cas augmenterait et que la charge hospitalière serait plus élevée qu'avec le variant Delta. Est-ce encore d'actualité en l'état actuel des connaissances scientifiques?
Oui, Omicron est désormais dominant. Nous nous attendons à ce que le nombre de cas augmente très rapidement dans les jours à venir, ce qui entraînera une augmentation différée de la charge hospitalière. Pour les personnes non vaccinées, Omicron est, dans l'état actuel des connaissances, aussi dangereux que les virus du Sars-Cov-2 qui circulent en Suisse depuis février 2020.
Lors du même point de presse, vous avez déclaré que la vaccination n'offrait plus qu'une protection réduite contre le variant Omicron. Pouvez-vous expliquer pourquoi la protection vaccinale diminue face au variant Omicron?
Omicron présente de nombreuses mutations sur les protéines épineuses, ce qui fait qu’il est moins bien reconnu par les anticorps qui se développent après une vaccination ou une guérison. Une troisième dose entraîne une augmentation du nombre d'anticorps qui, au total, protègent mieux face au variant Omicron.
Devrons-nous, à l'avenir, nous faire vacciner tous les quelques mois contre un nouveau variant du virus?
Tout d’abord, mettons les choses au clair: actuellement, nous ne nous vaccinons pas contre certains variants. Jusqu'à présent, seul le vaccin développé sur la base du virus de janvier 2020 est utilisé. Jusqu'à l'apparition d'Omicron, ce vaccin a été extrêmement efficace. Dans le cas d’Omicron, il est toujours aussi efficace après trois doses. Il est encore trop tôt pour dire, si comme pour la grippe, nous nous ferons vacciner chaque automne avec un vaccin adapté. Il faudra voir dans quelle mesure notre réponse immunitaire reste durable contre les évolutions graves de la maladie.
Cela vous frustre-t-il qu'une partie de la population suisse soit apparemment immunisée contre les preuves scientifiques et ne se fasse pas vacciner? En tant que directrice de la Task Force, que devriez-vous faire différemment pour atteindre ces personnes?
Je trouve dommage que de nombreuses personnes ne reconnaissent pas l'utilité de la vaccination pour leur propre santé et qu'elles pourraient contribuer activement et solidairement à la lutte contre la pandémie. Mais je crois aussi que les opinions sont faites. Malheureusement, la science ne peut pas atteindre tout le monde de la même manière, ce qui rend la lutte contre la pandémie plus difficile.
Le variant Omicron mettra-t-il fin à la pandémie parce que, tôt ou tard, tout le monde aura une protection immunitaire contre le Covid?
La forte contagion d'Omicron contribue à ce que de très nombreuses personnes entrent très rapidement en contact avec le virus. Cela conduira à une immunisation de base d'une grande partie de la population.
Swissmedic a autorisé le vaccin de Pfizer-Biontech pour les enfants à partir de cinq ans. En quoi le vaccin Covid pour les enfants diffère-t-il exactement du vaccin pour les adultes?
La substance active est la même, mais le dosage est adapté.
Il n'y a pratiquement pas d'évolution grave de la maladie chez les enfants. Qu'en dites-vous en tant que scientifique: faut-il vraiment vacciner les enfants contre le Covid?
Oui, je suis pour, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, il y a peu d'évolutions graves chez les enfants, mais il y en a quand même. Il en va de même pour le Covid long. La vaccination les protège contre ces conséquences possibles après une infection.
Deuxièmement, les enfants font partie de familles, de classes et de groupes de jeu. Des études nous ont démontré que les enfants souffrent lorsqu'ils risquent de contaminer des personnes en contact. De plus, ces infections peuvent avoir des conséquences potentiellement graves chez les adultes. Si davantage d'enfants sont vaccinés, ils peuvent suivre leur emploi du temps, moins d’activités doivent être annulées et moins de parents seront en quarantaine.
Du point de vue de la directrice de la Task Force Covid: Quel est votre message le plus important en une phrase?
Le virus ne disparaîtra pas, mais il finira par faire partie de notre vie, comme beaucoup d'autres virus. En attendant, essayons de traverser cette crise avec le moins de dégâts possible.
Traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz
C'est un sujet qui revient régulièrement à la table des parlementaires: l'interdiction de l'expérimentation animale. Le peuple a déjà voté et rejeté par trois fois de telles initiatives. La première en 1985 (à 70%), puis en 1992 (à 56%) et en 1993 (à 72%). En Suisse, environ 550 000 animaux ont été utilisés pour des expériences durant l'année 2020. La majorité étant des souris, suivies par des oiseaux et des rats. La plupart des expériences sur des animaux sont effectuées par des hautes écoles et l'industrie.