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L'ouvrage de Saint Gobain Modane / vallée de la Maurienne / France.
L'ouvrage de Saint-Gobain fait partie de la ligne Maginot des Alpes. Il se trouve sur la rive droite de l'Arc, quelques kilomètres en amont de la ville de Modane. Il forme avec le fort Saint-Antoine (établi sur la rive opposée), une position de barrage destinée à verrouiller l'accès vers Modane et la basse Maurienne, en cas d'invasion italienne par le col du Mont-Cenis. Le but était de bloquer l'avance italienne en amont de Modane et du tunnel du Fréjus. L'équipage comprenait 154 hommes (149 soldats et sous-officiers, commandés par 5 officiers).
L'entrée
L'ouvrage ne comporte qu'une seule entrée pour les hommes et les munitions, établie à contre-pente et suffisamment loin des blocs de combat pour la protéger des tirs de contrebatterie ennemis. Elle est défendue par un fossé diamant qu'enjambe un pont-levis actionné manuellement, grâce à une chaîne et à un système de contrepoids qui facilite la manœuvre. Un poste de garde complète la défense. Il est équipé de 2 créneaux FM, d'une cloche GFM et d'un créneau mixte (jumelage de mitrailleuses et canon antichars de 47mm).
La galerie principale
Après avoir pénétré dans le local du matériel (protégé par un créneau FM), franchi la porte blindée qui coulisse dans les murs et traversé le sas de pressurisation, on accède à la galerie principale. Pour faciliter l'acheminement des munitions et du matériel vers les blocs de combat, elle est équipée d'une voie ferrée de 60 cm d'écartement, sur laquelle circulaient des wagonnets poussés à bras, pouvant transporter jusqu'à 800 kg de charge. Aux intersections, des plaques tournantes permettent de diriger les wagonnets vers les galeries secondaires conduisant aux blocs.
L'usine
La centrale électrique abrite 3 moteurs CLM de 375 chevaux qui entraînent, par accouplement indirect, un alternateur triphasé avec excitatrice en bout d'arbre. Chaque génératrice produit 50 kW sous 220 V. Les moteurs tournent à 600 tours/min. en pleine charge et consomment environ 12 litres de fuel à l'heure. Le lancement des moteurs s'effectue avec de l'air comprimé (30 kg/cm2) contenu dans des bouteilles, qui sont rechargées par un compresseur actionné par un petit groupe auxiliaire. Ce dernier produit également le courant nécessaire à l'éclairage de secours de l'usine, en cas de panne de l'alimentation électrique. L'usine abrite également 3 réservoirs d'eau de 12'000 litres (utilisées notamment pour le circuit de refroidissement des groupes) et 4 cuves à carburant de 6'000 litres (mazout), garantissant une autonomie de 720 heures de fonctionnement à pleine charge. Un petit atelier mécanique, équipé d'un tour, permettait d'effectuer des réparations de fortune. L'usine est complétée par la salle de ventilation qui regroupe le système d'aération et de ventilation de l'ouvrage ainsi que les filtres chargés de neutraliser les éventuels gaz de combat.
Les casernements
Les casernements, installés à distance des soutes à munitions et à une profondeur les mettant à l'abri des projectiles de gros calibres, regroupent les locaux nécessaires à la vie dans l'ouvrage. La cuisine est située près de l'entrée pour raccourcir au maximum la longueur du tuyau de fumée. Elle est équipée d'une cuisinière fonctionnant indifféremment au mazout ou au charbon, d'une capacité de 200 rations. L'ouvrage possède également une petite infirmerie permettant de fournir les premiers soins aux blessés et aux malades, et de pratiquer des interventions chirurgicales sommaires.
Cantonnements
Les dortoirs de la troupe ont une capacité maximale de 24 hommes et ne comportent que 2 lits pour 3 hommes d'équipage (un tiers de l'effectif étant toujours debout). Le dortoir des sous-officiers comprend 12 lits. Les officiers étaient logés à part, le commandant de l'ouvrage étant le seul à disposer d'une chambre individuelle. L'ouvrage ne comportant aucun réfectoire communautaire, les hommes prenaient leurs repas dans les chambrées, sur des tablettes fixées aux murs.
Sanitaires
Les sanitaires comprennent un robinet pour 12 hommes d'équipage et un WC turc pour 40 hommes ou 15 sous-officiers. Il n'y a ni douche ni eau chaude. Le papier WC était rationné à 10 feuilles par jour et par homme.
Réserves de guerre
Les réserves de vivres et de vins avaient été calculées pour 3 mois. La réserve d'eau générale comprenait 2 cuves de 19'000 litres, alimentées par camions en période de paix et par captation d'un ruisseau amené par des conduites souterraines en situation de guerre. Avant d'être stockée, l'eau était stérilisée par l'adjonction d'un produit neutralisant les impuretés (traitement dit de Verdunisation).
Soutes à munitions
Elles contenaient 3200 coups pour les 4 mortiers de 81 mm, 140'000 cartouches par jumelage de mitrailleuses, 40'000 cartouches par FM, ainsi qu'une réserve de grenades F1 destinées à être utilisées dans les goulottes pour permettre la défense rapprochée des blocs de combat.
Armement
L'armement de l'ouvrage comprenait 4 mortiers de 81 mm, 2 canons antichars de 37 et 47 mm, ainsi que 6 jumelages de mitrailleuses Reibel. Tous les blocs sont équipés de goulottes lance-grenades.
Les blocs de combat
L'ouvrage possède 4 blocs de combat auxquels on accède par des galeries secondaires qui se ramifient à partir de la galerie principale.
Le bloc 1
On y accède par une galerie latérale de 30 m et par un escalier de 52 marches qui monte en colimaçon autour du monte-charge, après avoir franchi un sas de pressurisation qui isole le bloc de la galerie principale. Le bloc comporte 2 niveaux: le premier abrite le PC et les loges à munitions des mortiers. Au-dessus se trouve la salle des mortiers (2 pièces de 81 mm), un cloche GFM et la sortie de secours débouchant dans le fossé diamant, protégée par un créneau FM.
Le bloc 2
Le bloc 2 est relié à la galerie principale par un couloir de 60 m, barré par un sas de pressurisation. Il débouche dans la soute à munitions de l'ouvrage. Cet étage inférieur est relié au premier étage, situé 17 m plus haut, par un monte-charge à munitions et par un escalier en colimaçon de 90 marches. Le 1er étage abrite le PC du bloc, la salle des artificiers (où l'on procédait à l'assemblage des obus de 81mm) et un dortoir pour l'effectif du bloc. Le second niveau, situé plus haut, abrite les organes de combat proprement dit, soit: 2 mortiers de 81 mm, deux jumelages de mitrailleuses, dont un mixte couplé avec un canon antichars de 37 mm, un cloche périscopique et une cloche JM.
Le bloc 3
Ce bloc, établi au même niveau que la galerie principale, est relié à celle-ci par un couloir de 25 m de longueur. Il abrite un créneau optique qui permettait de communiquer visuellement avec le Fort Saint-Antoine, situé de l'autre côté de la vallée, au moyen de signaux lumineux en morses. Ce créneau est défendu par un FM sous béton et posséde une cloche périscopique.
Le bloc 4
Situé plus bas que la galerie principale, on l'atteint par un escalier rectiligne de 80 marches. Cet escalier longe un plan incliné à 45°, qui permettait de descendre jusqu'au bloc les munitions, grâce à un wagonnet relié à un treuil à bras. L'armement de ce bloc comprend 2 jumelages de mitrailleuses et un cloche GFM.
Le mortier de 81 mm modèle 1932 des ouvrages Maginot
Le mortier de 81 modèle 32, d'un poids de 2 tonnes, équipait de nombreux forts de la ligne Maginot, aussi bien dans l'Est que dans les Alpes. Cette arme à tir courbe était destinée à battre les replis du terrain qui ne pouvaient être atteints par le tir direct des canons, de façon à supprimer tout angle mort aux abords des ouvrages.
L'idée de placer systématiquement le mortier 81mm sous tourelle à éclipse, envisagée un temps par la CORF, fut très vite abandonnée pour des raisons budgétaires, le coût étant jugé trop onéreux (2,5 millions de francs) par rapport à la puissance de feu de l'arme. Seuls certains ouvrages importants de l'Est, situés sur les fronts les plus exposés, furent effectivement équipés de tourelle de mortiers de 81 mm, les autres devant se contenter de mortiers sous casemates.
La cadence de feu réglementaire était de 13 à 15 coups/min., mais elle pouvait être momentanément doublée en cas de situation d'urgence. La portée des pièces permettait de battre les abords des ouvrages dans un rayon de sécurité assez large. Le chargement s'effectuait par la culasse. Le tube, incliné à 45°, tirait avec un angle constant, ce qui permettait de réduire au minimum les dimensions des embrasures des casemates et des masses couvrantes des tourelles (le tube ne mesurant que 1,57 m de longueur).
L'inclinaison du tube étant invariable, le réglage de la portée s'effectuait par l'intermédiaire de charges et de charges-relais d'appoints qui permettaient de rallonger le tir et de dépasser les 3'500 m de portée avec le projectile F.A. modèle 1936 de Région fortifiée à empennage spécial. L'affinage était obtenu en ouvrant plus ou moins des évents sur le tube, qui laissaient échapper une partie des gaz de propulsion au moment du départ du coup, diminuant ainsi plus ou moins la portée du projectile. Le refroidissement était à eau et nécessitait 50 litres par jour en moyenne.
Au total, 128 mortiers de 81 mm modèle 32 furent installés dans les divers ouvrages de la Ligne Maginot, soit en casemate, soit sous tourelle. Pour des raisons de sécurité, ces armes furent systématiquement installées par groupe de deux, de façon à garantir une continuité du feu en cas de problème sur l'une des pièces. A ce total, il convient d'ajouter un certain nombre de mortiers utilisés pour l'instruction ou comme matériel de remplacement.
Les 42 pièces installées sous tourelle (soit 21 tourelles) sont toutes situées dans l'Est et le Nord-Est de la France. La seule tourelle de mortier de 81 mm prévue dans les Alpes était celle de l'ouvrage de Plan Caval, mais elle ne fut pas montée.
Les 86 pièces installées sous casemates équipent soit des ouvrages de flanquement, soit des installations d'action frontale, en blocs isolés ou associés à d'autres armements. La majorité de ces mortiers sous casemates - 68 pièces - est située dans les Alpes où le relief très accidenté et compartimenté impliquait une utilisation très importante des armes à tir courbe. On n'en compte que 18 dans la région du Nord-Est.
Durant les combats de 1939-40, plusieurs accidents survinrent avec des mortiers de ce type sous tourelle, notamment à l'Immerhof et au Métrich, provoqués par l'éclatement du tube ou le départ prématuré de l'obus en raison de l'échauffement important de la culasses lors de feux de série. Ces accidents étaient dus à la précipitation et au stress des servants, ou à des cadences de tir trop élevées.
Principaux gaz de combat (2ème guerre mondiale)
Les gaz fugaces se dissipent ou s'évaporent rapidement (par dilution chimique dans l'atmosphère ou par brassage par un courant d'air). Il n'en va pas de même des gaz persistants dont l'effet intoxiquant se prolonge dans la durée car ils déposent une fine pellicule qui s'incruste et contamine les objets ou les êtres vivants qui y sont exposés, nécessitant un nettoyage en profondeur (processus de décontamination).
Les gaz dits suffocants, par définition très volatiles, sont inhalés par les voies respiratoires et s'attaquent aux poumons, provoquant, en cas d'exposition prolongée, une mort atroce par suffocation. Ceux dits vésicants, sont absorbés par l'organisme par simples contacts avec des surfaces de peaux exposées.
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