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"Le Chat du Rabbin" de Joann Sfar, regard critique sur le fait religieux
Il y a une vingtaine d'années, Joann Sfar a imaginé un personnage loquace et impertinent, observateur critique de la société algéroise des années 20. Tout le génie du dessinateur réside dans le choix de ce personnage: un chat. Un chat qui parle et partage le quotidien d'un rabbin.
Au fil des épisodes, perché sur l'épaule de son maître, le chat commente les propos de ce dernier, de ses fidèles, mais aussi ceux des autres dignitaires religieux, chrétiens ou musulmans. Une façon pour le dessinateur d'apporter un regard critique sur le fait religieux et surtout sur les crispations identitaires de la société algérienne de l'époque qui, pour Joann Sfar, rappelle celle du monde occidental actuel.
Les problèmes de l'Algérie dans les années 20, à mes yeux ressemblent beaucoup à ceux de l'Europe aujourd'hui, puisque ce sont les mêmes populations qui ont à peu près les mêmes soucis, qui se disputent à peu près sur les mêmes sujets. Mettre ça dans une fable ça aide peut-être à réfléchir un peu à aujourd'hui.
Pour Joann Sfar, notre société vit actuellement un défi extrêmement religieux: celui de l'accueil. Tout le monde parle d'immigration, de réfugiés. Or, comme l'explique le dessinateur, "le point commun des trois grands monothéismes, c'est de dire qu'il faut accueillir celui qui vient, qu'il faut être généreux". Avec "Le Chat du Rabbin", Joann Sfar met cela en relation avec le réel.
Une dimension politique
La dimension politique est centrale dans la bande dessinée de Joann Sfar depuis ses débuts. Le premier volet de la série "Le Chat du Rabbin" paraît en 2002, juste après les attentats de New York. Il a écrit dans les semaines qui ont suivi les attentats du 11 septembre, à un moment où, dit-il, "on parlait de guerre de civilisations".
J'ai voulu inventer une fable qui remette le problème dans le Maghreb, c'est-à-dire la terre d'origine de ma famille paternelle, pour une raison très simple: c'est que le Maghreb est une terre cosmopolite où il n'y a jamais eu de pureté, ni ethnique ni religieuse. Les gens se sont toujours disputés, mélangés, combattus. J'ai essayé de réenchanter ça pour lutter contre les âges d'or que nous vendent les uns et les autres.
A l'heure où la laïcité est brandie comme un étendard contre le terrorisme et que ces sujets sont quasiment devenus "tabous" dans les médias, ou abordés de façon extrêmement tendue sur les réseaux sociaux, "Le Chat du Rabbin est une façon de ramener le fait religieux dans la discussion pour Joann Sfar.
Une fable enchantée et critique
"Le Chat du Rabbin" est un conte orientaliste, enchanté, mais aussi très critique sur le pouvoir du discours religieux et l'appartenance identitaire. La bande-dessinée s'est déjà vendue à plus d'un million d'exemplaires et a été traduite en 15 langues.
"Le Chat du Rabbin", c'est 20 ans à essayer de raconter une petite histoire féérique au milieu d'un quotidien un petit peu déprimant quand même.
Après le dessin-animé en 2011, un film avec des acteurs en chair et en os est actuellement en préparation avec, pour incarner la voix du chat, Omar Sy. Et dans le rôle du Rabbin, Christian Clavier. La sortie est prévue au début de l'année prochaine.
Propos recueillis par Sophie Iselin/Réalisation web: Lara Donnet
Publié le 23 novembre 2017 à 11:56 - Modifié le 04 décembre 2017 à 09:36