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Les milieux universitaires américains sont en pleine ébullition. Les diffuseurs et les marques s'agitent et tentent de dénicher la prochaine perle, de capitaliser sur des jeunes qui offrent un spectacle. Les affluences, l'argent, la popularité, ce cocktail de gloire et d'espoir aspire des sportifs dans la tourmente de la pression constante. Trop tôt? C'est le cas.
La gloire à portée de main, l'argent qui brûle les doigts, de nombreux spécialistes commencent à s'alarmer de la détresse (toujours plus grande) des athlètes universitaires poussés à bout par leurs désirs de s'en mettre plein les poches. Le sport en a sauvé plus d'un, il s'est aussi dressé comme un fossoyeur de rêves. Outre-Atlantique, la pression est infiniment plus élevée que sur le vieux continent.
L'Université de l'Alberta a sorti un rapport au début de l'année pour souligner des chiffres édifiants: environ 24% de l’ensemble des étudiants-athlètes canadiens ont déclaré des niveaux de détresse psychologique suffisamment élevés pour justifier une intervention clinique.
A contrario, selon un rapport norvégien sur les athlètes (élite) universitaires en Norvège, la santé mentale est meilleure:
Autre détail particulièrement intéressant à relever: l'augmentation de la charge d'entraînement est plus nocive que bénéfique. Le rapport souligne que «les athlètes féminines qui s'entraînent 14 heures ou plus par semaine ont signalé une moins bonne santé mentale dans la plupart des mesures de résultats.»
Pourquoi? Outre des différences culturelles, la réponse se niche dans ces circuits universitaires: la NCAA aux Etats-Unis ou encore les U Sports au Canada peuvent devenir un véritable piège pour les jeunes athlètes. Une pression continue et bien trop rapide pour eux. Surtout, c'est une question de gros magots. La NCAA pèse 1,1 milliard de budget en 2019, selon le New York Times, mais la ligue ne verse rien à ses acteurs.
Dans le documentaire Netflix Bad Sport: triche organisée, le joueur de basket Stevin «Hedake» Smith, joyau de l'université Arizona State entre 90 et 94, se plaignait:
Dans ce cas précis, Smith va truquer des matchs et céder aux sirènes de l'argent facile. Pour des gamins qui viennent de milieux modestes, l'offrande est trop belle. Et les vautours, les mafieux sont aux aguets et rôdent pour corrompre de naïfs sportifs. Une inégalité que la NCAA a décidé de conjurer: l'organisation universitaire a accepté en 2019 de rémunérer les sportifs.
Une bonne chose à première vue, mais insidieuse dans le fond. Pat Coyle, chroniqueur, s'est exprimé sur le site Sportico sur la toxicité des réseaux sociaux pour un jeune sportif. Il faut savoir que la NCAA a articulé une nouvelle règle pour les étudiants-ahtlètes: la Name, Image and Likeness (Nil). C'est là que le bât blesse.
L'appât du gain engendre une pression inédite, la quête effrénée de visibilité pour attirer les annonceurs; la popularité sur Instagram ou TikTok peut se transformer en épée de Damoclès. Cible numéro une des grandes marques en 2019, Zion Williamson est une victime d'un modèle qui avale un gamin de 19 ans - avant son entrée en NBA, Forbes dévoilait un futur contrat mirobolant de 120 millions de dollars. Une somme promise alors que la saison du prodige de UCLA n'était pas tout à fait finie en championnat universitaire.
A ce jour, l'ailier-fort des Pelicans de la Nouvelle-Orléans est dans le creux de la vague, blessé, en net surpoids, et l'impact des réseaux sociaux n'est sûrement pas anodin. Si bien qu'il n'est plus très actif sur Instagram, par exemple.
Le modèle annoncé «juste et égalitaire», décrit par le président de la NCAA Mike Emmert, est une bombe à retardement dans les milieux sportifs universitaires. Ces nouvelles «opportunités» de capitaliser sur le nom, l'image, ont des conséquences psychologiques potentiellement graves, voire très graves pour les sportifs. Entre mars et avril, USA Today évoque pas moins de quatre suicides d'athlètes, la pression étant souvent trop forte.
Des associations commencent à mettre en place des «day off social» pour préserver les sportifs. L'impact des réseaux sociaux oblige des spécialistes à payer des athlètes pour se sauver. Pat Coyle est le fondateur de cette journée. Il explique:
Coyle n'hésite pas à décrier cette fameuse recette surnommée NIL. Ces athlètes qui monnayent leur popularité deviennent accros à ces plateformes. Le «day off social» est censé aider les athlètes-universitaires à prendre du recul. Et pour qu'ils n'utilisent pas les médias sociaux, ils sont même payés pour ne pas y passer du temps - des fonds sont octroyés par des marques, des donateurs et des fans qui partagent ce désir commun de soutenir les athlètes universitaires.
Ce cocktail indigeste entre pression pour performer en classe, rester compétitif sur le terrain et briller sur les réseaux sociaux, ces tâches ne font qu'alourdir le quotidien de jeunes qui glissent dangereusement de l'accomplissement à la perdition.
Le Covid-19 m'a eu. Et assez violemment: frissons, douleurs dans les membres et la tête, vertiges, 40 degrés de fièvre. Pendant trois jours, mon corps était en crise. J'ai pourtant 35 ans, je suis sportif, j'ai été vacciné trois fois. Je n'ose pas imaginer les dégâts que le virus aurait pu causer si j'avais eu un système immunitaire moins résistant. Me voici désormais coincé dans une petite chambre à Londres, à espérer que mon état s'améliore.