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Les plumes de l'Erguël
Les professionnels de l'Erguël prennent leur plumes pour partager évocations, méditations, réflexions.
Textes parus dans la Feuille d'Avis du District de Courtelary depuis le 27 mars 2020.
La Plume de Richard Riesen
Ne me touche pas!
On pourrait croire que cette phrase est issue directement de la pandémie actuelle. Nous avons envie de nous serrer la main, de nous prendre dans les bras, de nous embrasser, mais nous savons que cela n’est pas conseillé, par solidarité envers les personnes à risque. Cette phrase date de presque 2000 ans, elle se trouve dans l’évangile selon Jean, au chapitre 20, lorsque Marie de Magdala se rend au tombeau le matin de Pâques, pour embaumer le corps de Jésus qu’elle pensait mort : « Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai. Jésus lui dit: Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni ! c'est-à-dire, Maître ! Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères et soeurs, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Marie alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses ». Pourquoi cette réponse de Jésus, « ne me touche pas » ? Marie avait rencontré Jésus de son vivant, et ce matin-là elle voulait lui rendre un dernier honneur, embaumer le corps. En ne voyant pas le corps dans la tombe, elle pensait que quelqu’un l’avait enlevé. Le tombeau vide, signe de la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, de la résurrection de Jésus de Nazareth, était dans un premier temps pour elle signe de tristesse, parce qu’elle n’avait pas du tout imaginé que ce Jésus était ressuscité des morts. Sans doute Marie veut toucher Jésus, se rendre compte qu’elle ne rêve pas, mais aussi quelque part retenir ce Jésus dans une relation d’avant la résurrection. Jésus en lui demandant de ne plus la toucher, veut la préparer à cette nouvelle étape, nouvelle situation, où Jésus ne sera plus présent de la même façon, où on ne pourra plus le serrer dans ses bras comme avant sa mort, mais le serrer dans son cœur, guidé par le St-Esprit qui conduira dans toute la vérité. L’amour de Dieu est le même, il triomphe de tout, mais le monde a changé, Jésus sera présent, mais différemment, et pour tout le monde, et non seulement dans le petit pays d’Israël, même si déjà de son vivant Jésus a rencontré juifs, grecs, romains, hommes, femmes. Marie et les disciples sont invités par Jésus à répandre la bonne nouvelle de sa résurrection, espoir pour toute l’humanité.
Richard Riesen, pasteur
La plume de Gilles Bourquin
Gilles Bourquin est pasteur dans la paroisse de Rondchâtel. Il tient aussi son propre blog traitant de théologie et spiritualité.
Une nature plus revêche que prévu
Le discours désormais dominant de l’écologie contemporaine affirme que l’harmonie naturelle de l’écosystème Terre a été progressivement perturbée par le développement des civilisations humaines. L’agriculture, l’élevage, l’usage du feu, l’invention de la roue, jusqu’aux innombrables progrès techniques des sociétés modernes, sont responsables d’un envahissement des biotopes sans précédent, entrainant une crise toujours plus irréversible de la biodiversité et des climats. La nature est donc le bien originel, et l’homme la cause du mal, car il ne respecte pas le bien.
Or, nous le savons, ce sont nos manières de nous raconter notre histoire qui forgent nos croyances. Avant l’ère écologique, une façon inversée de raconter nos origines a prévalu. Selon cet autre discours, la nature est un cortège de forces chaotiques qui rendent toute vie pénible dans l’écosystème Terre. Les perturbations climatiques font violence aux êtres vivants, qui luttent les uns contre les autres pour leur survie. Dans leur milieu naturel, les hommes primitifs étaient soumis à une vie très rude.
Tous les progrès des civilisations, à commencer par l’agriculture, l’élevage, mais aussi l’usage du feu, la construction d’abris contre les prédateurs, puis d’habitations et de réseaux de communications, ne visent qu’à juguler et normaliser le monde désordonné de la nature, afin de créer de meilleures conditions de vie, moins dangereuses et plus confortables. Selon cette optique, la nature est la source du mal-être originel, et l’homme cherche à augmenter son bien-être en rendant son milieu de vie plus humain.
Laquelle des deux histoires correspond le mieux à la réalité ? Le Covid-19 fait pencher la balance du côté du second discours : l’écologie est donc momentanément en sourdine. Et de quel côté penchent les récits bibliques des origines ? C’est difficile à dire. Dans le livre de la Genèse, on trouve un mélange des deux histoires : Dieu crée la nature bonne et le péché n’arrive qu’avec l’homme, qui est chassé du paradis. Du coup, la situation de l’homme dans la nature est problématique dès les origines : il doit travailler dur pour labourer la terre et la femme enfante dans les douleurs. Le rapport de l’homme à la nature n’a donc jamais été simple, et il n’est pas près de se résoudre !
La plume de Werner Habegger
Confinés
Le soir même du jour de pâques, les disciples sont confinés dans leur maison. Confinés par peur des autorités. Après avoir exécuté leur maître elles s’en prendraient à eux. Il se passe alors quelque chose d’étrange, une apparition. Pour décrire l’inexplicable l’évangéliste Jean écrit trois récits d’apparition. Pas un récit d’esprits, pas une vidéo conférence. Une apparition. Il y a de la présence, il y a du corporel, il y a une parole : que la paix soit avec vous. Une semaine plus tard rebelotte avec Thomas. Il a besoin de voir, de toucher. L’apparition de leur maître transforme les disciples et les remplit de joie.
Ça fait maintenant un mois et demi que nous sommes confinés à cause du virus.
J’suis pas bien. Bien sûr, je ne suis pas à plaindre. J’ai tout ce qu’il faut, un bel appartement, une terrasse, un bois tout proche, une auto pour m’évader, une épouse à mes côtés. On prend soin de moi, je communique par téléphone, par Skype et finalement j’ai de la chance d’être en Suisse.
Et pourtant j’suis pas bien. Je me vois dans la peau de Thomas, j’ai besoin de plus que des promesses ou des encouragements. Le contact humain me manque, mes enfants, mes petits-enfants, mes amis me manquent. J’ai besoin de les serrer dans mes bras, j’ai besoin de toucher. J’suis pas bien. C’est aussi ma protestation ; je ne veux pas d’un monde sans contacts humains seraient.
Nous nous engageons depuis peu dans la phase de déconfinement. L’évangéliste Jean écrit un dernier récit d’apparition. Les disciples ont repris leur métier de pêcheur. Ce jour-là la pêche n’est pas bonne et voilà que Jésus se tient sur le bord du rivage. Une apparition et il ne le reconnaissent pas tout de suite. Il veut manger avec eux et demande du poisson. Il faudra quelques conseils de pêche pour que le repas ait lieu.
Pour nous aussi la vie professionnelle reprendra progressivement. On nous rappelle bien que ce ne sera pas comme avant et mon besoin de toucher, de prendre dans mes bras attendra encore un peu, ah, ces fameux deux mètres de distance !
Pourtant un changement est possible. Le ressuscité se tient devant nous, sous les formes les plus diverses, même si nous ne le reconnaissons pas. Il se tient sur le bord de la plage, dans la forêt. Il se tient dans les humains lors des rencontres et dans un bon repas. L’expérience de cette présence n’est pas une fois pour toute, elle est à refaire chaque jour. Elle est source de joie et de paix.
Werner Habegger, pasteur
La plume d'Alain Wimmer
Libération
En cherchant un récit de la Bible qui puisse entrer en résonnance avec notre situation de semi-enfermement, c’est à un épisode des Actes des apôtres que j’ai pensé (Ac 12, 3-17). Cela se passe plusieurs années après la mort et la résurrection de Jésus, mais comme pour Jésus, cela commence aux jours de la fête de la Pâque.
Pierre, le chef des disciples, est jeté en prison par le méchant roi de l’époque. Et pour être sûr qu’il ne s’évade pas, le roi ordonne à seize soldats de le garder ! La nuit - est-ce un rêve, Pierre ne sait pas vraiment - un ange apparaît, avec une grande lumière, comme il se doit : les chaînes tombent des mains de Pierre qui s’habille, attache ses sandales et sort à la suite de l’ange, toutes les portes de la prison s’ouvrant devant eux…
C’est ma compréhension d’enfant écoutant ce récit qui me revient d’abord à l’esprit. Celle d’un enfant à qui le côté magique de l’histoire ne pose aucun problème : le beau récit d’un humain libéré des mains des méchants par une ange. Et puis, avec l’âge adulte, une compréhension plus symbolique : la conviction que les prisons sont bien souvent intérieures… et que dans ces obscurités-là aussi j’ai besoin de lumière, que de ces prisons-là aussi j’ai besoin d’être libéré.
Mais pourquoi alors, ai-je l’impression aujourd’hui que nous, adultes, attendons une libération, presque magique, du Coronavirus ?
Non, libération magique il n’y aura pas. Mais libération il y aura j’en suis convaincu. Et grâce à un « ange » aussi. Pas un ange ailé, mais un ange constitué de toutes celles et ceux, qui jour après jour, soignent, aident, sauvent, s’isolent, nettoient, désinfectent, nourrissent, acheminent, assument, accompagnent, consolent, donnent… Et à une lumière faite de tous les espoirs partagés, de toute la confiance reçue et donnée.
Deux détails de ce récit me parlent encore. D’abord quand il précise que « l’Eglise priait Dieu avec ferveur pour Pierre ». On peut y voir une simple pratique religieuse, mais aujourd’hui cette référence me fait penser plutôt aux applaudissements, cris, danses, chants et musique de chaque soir. Si c’était ça prier ? Plus qu’un signe de religiosité, un acte de solidarité ?
Le second est un trait d’humour du récit : Pierre libéré à main forte va frapper à la porte de la maison des disciples, mais la maisonnée est si surprise que tout le monde commence à laisser éclater sa joie ou à discutailler pour savoir si c’est possible… laissant Pierre enfermé dehors… Quand nous serons libérés, j’espère que nous n’oublierons pas d’ouvrir nos portes aux autres. Parce que, de solidarité, nous en aurons plus que jamais besoin !
Alain Wimmer, pasteur
La plume de Serge Médebielle
La peur, mauvaise conseillère ?
Il y a quelques semaines, au début de ce qui s’est avéré être une pandémie, certaines voix ont égrené ce refrain dans le but de faire comme si de rien n’était – ou presque : « faut pas céder à la panique, on exagère », parfois sur un ton supérieur…dans le but éventuel de continuer toutes sortes d’activités, comme prévu.
Il y eut d’un seul coup deux camps : ceux qui n’avaient pas peur et ceux qui avaient (trop) peur.
Depuis, les sans-peur se sont fait les chantres du « restez chez vous » tout en vous prodiguant leurs consolations…de loin.
Alors, au-delà de ces péripéties de la nature humaine vieilles comme le monde, une question générale demeure : est-ce juste d’avoir (parfois) peur ? « Ma » réponse est : oui.
La peur nous invite à rester humble face aux événements, naturels ou autres, que nous ne pouvons toujours maîtriser. La peur est un signal déclencheur : face à l’irruption de l’extra-ordinaire, il faut réagir et changer notre regard et nos habitudes. La peur révèle tous ces visages anonymes d’ayant-peur-pour-le-prochain qui se dévouent à autrui en prenant des risques en toute discrétion. La peur nous révèle une vérité naturelle qui peut devenir libératrice : elle se trouve résumée dans le titre d’un roman italien, « Tuttalpiù muoio », « Au pire, je meurs ». Mortels.
Il y a les sans-peur qui refoulent cette vérité dans une inconscience qui serait risible si elle n’était pas dangereuse.
Et ceux qui dont la peur reflète leur humilité de mortels et leur désir courageux d’agir avec cœur pour autrui (le mot courage vient d'une racine latine « cor » qui signifie : cœur).
Tous les grands personnages bibliques ont eu peur ; même au matin de Pâques (Marc 16, 8). C’est la foi qui les a remis debout et non l’absence de peur.
Avec courage, joie et noble crainte de l’Eternel.
Serge Médebielle, pasteur
La plume de Paula Oppliger Mahfouf
Le temps suspendu
Longtemps j’ai cherché les gens dans leur maison, dans leur jardin. Le jour, en marchant, la nuit observant les lumières.
Longtemps j’ai vu de jolies maisons verdoyantes, harmonie entre la pierre et le végétal, entre les arbres plantés là et l’ouverture des portes sur le jardin.
Longtemps je me suis dit que de si beaux lieux méritaient d’être vivants! Je rêvais de tables déplacées dans un jardin pour se retrouver et manger.
Sortir les chaises, sortir le vin et le repas, le sirop pour les enfants et chanter ensemble le soir devant la lune.
À la place, dans ces jardins, je vois le mobilier gris en faux rotin où personne ne s’assied.
Mais le temps suspendu apparaît. La maison devient hospitalière, un refuge, un foyer. Elle s’anime soudain parce que la vie y grouille : enfants, adolescents, adultes, chien, chat, poissons. Elle est habitée à chaque étage. Dans chaque pièce quelqu’un y travaille, y rêve, regarde par la fenêtre. Casaniers nous n’étions pas, casaniers nous sommes devenus.
Le temps est suspendu.
Tout était vitesse, sortir, entrer. Amener celui-là là, celle-ci ici. Entrer, sortir, revenir tard, se lever tôt, prendre des véhicules, des trains, laisser la maison vide et silencieuse. Laisser les plantes vertes, le mobilier, la vaisselle et le jardin. La primevère fleurit, les pensées éclosent, la clématite exhale, la végétation pousse. Le dimanche, l’enfant sort dans le jardin, le mobilier en faux rotin gris accueille quelques oisifs et l’apéro se prend dehors. Un œil aperçoit le merle, les fleurs, et une voix dit : «votre jardin est beau au printemps »! La vie passe vite, printemps, été, automne, hiver.
Nos horaires sont pétris de rituels. De ceux du travail, des loisirs, des obligations que nous portons. Ce temps là, pour l’instant, est arrêté. Suspendu dans un point d’interrogation, dans l’air de cet espace chargé de particules et d’incertitudes de toutes sortes, parfum de finitude et d’angoisses perceptibles. La chaleur du foyer est une récompense. Dans cette proximité constante, les liens que nous avons tissés avec nos proches se vérifient et se testent sans échappatoire pour aucuns de nous !
Aussi longtemps qu’il existe, coconnez-vous, lovez-vous dans votre petit ou vaste lieu de vie. Plein comme un œuf ou vide à souhaits, c’est votre tanière, votre refuge, votre grotte. Il est façonné par vos images, décorez des objets que vous aimez, il parle de vous, petits, grands. C’est votre bateau dans la tempête qui fait rage ! Naviguez.
Paula Oppliger Mahfouf, catéchète professionnelle
La plume de Lara Kneubühler
Notre productivité et nous
« Il est 7 heures du mat' sur l'horloge de mon existence
Je regarde la petite aiguille et j'imagine son importance »
Grand Corps malade « Midi 20 », Universal 2006
Les rues sont quasi vides, presque tout est fermé et il semble que la vie s’arrête. Nous n’avons plus personne à voir, d’endroits où aller, d’activités à faire. Bien sûr, l’essentiel de l’existence demeure : se nourrir, s’occuper de sa famille, nettoyer le lieu de vie. Le confinement encouragé par la Confédération ralentit toutefois considérablement notre rythme. Ce changement d’une société frénétique et stressée à une société ralentie et mise en suspend n’est pas sans nous secouer au plus profond, dans notre identité même. Cela semble peut-être exagéré au premier abord et pourtant le confinement pose la question : et maintenant, quoi ? Notre réponse en dit long sur notre vision du monde et de nous-mêmes. Beaucoup se sont réjouis d’avoir enfin du temps pour. Ecrire, dessiner, repeindre une chambre, en bref : toutes ces activités qui passent bien souvent à la trappe du quotidien. Rien d’étonnant à cela : notre société moderne se définit par le faire. Pour être valorisé(e), il faut avoir fait beaucoup de choses. Il faut savoir gérer sa vie seul(e) entre travail, loisirs, vie sociale et responsabilités ménagères. Et si possible s’épanouir et se trouver soi-même. Un sacré catalogue de choses à accomplir ! De surcroît, leur accumulation présente une grande pression et charge mentale. En ce sens, il est intéressant de remarquer qu’un certain nombre de personnes ont le réflexe d’importer la frénésie sociétale dans ce temps décéléré. Le temps devient donc un moyen : il faut atteindre, faire, produire. Malheur à nous s’il nous venait à l’idée de nous arrêter un instant ! Rien d’étonnant à cela : notre société moderne se définit par le faire. Or, la perspective du christianisme est toute autre : nous sommes, alors nous avons de la valeur. Le simple fait d’exister suffit. Être suffit. C’est dans l’être et non dans le faire, dans la simple existence en tant que personne aimée et acceptée par Dieu que nous recevons notre valeur.
Lara Kneubühler, pasteure
La plume de Marco Pedroli
Les risques et la promesse
Vu mon âge, je suis une personne à risques. D’ailleurs autour de moi il y a plein de personnes à risques. Il y a les retraités, mais pas seulement. Car de nombreuses personnes ont des maladies chroniques et des traitements, contre le diabète, l’hypertension, l’asthme ou des allergies. Elles sont toutes à risques.
Ceux qui ne sont pas eux-mêmes à risques ont dans leur entourage une personne vulnérable, fragile ou malade. Nous sommes tous en lien avec des femmes ou des hommes fragiles et nous dépendons les uns des autres.
« Autrefois », je veux dire avant l’apparition du virus, il n’y avait pas de personnes à risques. Que des biens portants, forts, courageux, musclés, beaux. Ils faisaient la fierté de notre société occidentale bien développée. Tout le monde était heureux, les affaires allaient bien, la bourse bondissait de joie. Les seniors et les personnes atteintes dans leur santé faisaient tout pour vivre en harmonie avec les bien portants, forts et courageux, si bien qu’il n’y avait pratiquement plus de différences.
Juste les très vieux, les très malades et les « quand même un peu bizarre » ne participaient pas au bal. On les mettait à part, dans des maisons spéciales, ou dans des hôpitaux ou alors on les laissait seuls dans leur coin.
Aujourd’hui, nous sommes tous retirés dans notre coin. Confinés comme on dit. Pour éviter les contacts et ainsi arrêter la progression du virus. Nous sommes tous à risques, tous fragiles, tous vulnérables, tous susceptibles de recevoir le virus et de le transmettre.
Plus qu’avant, nous nous rendons compte à quel point nous avons besoin les uns des autres. Pour nous approvisionner et nous soigner bien sûr. Mais aussi, pour parler, pour pleurer, pour souffler et soupirer. Les autres sont indispensables pour nous, peu importe qu’ils soient à risques ou sans. Nous avons besoin de ces contacts, de ces partages, des mots, des signes, des émotions.
Et ça se passe. Des hommes et des femmes, beaucoup de jeunes manifestent leur solidarité avec joie, créativité et inventivité. Ils ne se résignent pas, mais ils trouvent des moyens souvent surprenants d’aider et de soutenir. Ils permettent ainsi que la vie soit possible et généreuse. Et comme par enchantement ce réseau de contacts et de solidarités favorise la re-découverte du sens de notre existence, il nous approche des valeurs essentielles.
J’espère qu’après le virus, lorsque la vie reprendra son cours, nous garderons vivaces des réseaux de solidarité et d’entraide. Qu’à travers ce temps de confinement et de solitude aussi, nous mûrirons et nous approfondirons notre recherche des valeurs essentielles. C’est ainsi que nous vivrons consciemment en lien avec la création et son créateur. Nous découvrirons une nouvelle proximité et la vie aura un goût nouveau. De plus, ceci permettra aux eaux de se régénérer et à la planète de souffler.
Marco Pedroli, pasteur