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17/06/2009
J.R.R. Tolkien & le prophétisme de saint Jean
Le célèbre auteur du Seigneur des anneaux choqua un jour son ami C.S. Lewis en se reconnaissant une dévotion particulière pour saint Jean, en tant qu’il était l’auteur de l’Apocalypse. Lewis comprenait bien ce que voulait dire son camarade: il s’agissait d’une dévotion liée à son activité d’écrivain. Tolkien regardait la création mythologique à laquelle il s’adonnait comme pouvant être comparée à l’art de la prophétie, puisque saint Jean utilise lui aussi des figures d’ordre mythologique, comme les anges ou les dragons. Et comme Lewis était croyant, et que Tolkien l’était aussi, on ne pouvait méconnaître que le second regardait la création mythologique comme pouvant être divinement inspirée.
Lewis pensait plus classiquement que les mythes avaient une valeur allégorique, qu’ils parlaient à la raison, en même temps qu’ils étaient agréables à parcourir: il avait une pensée de type baroque, comme on pouvait l’avoir du temps de Shakespeare. Tolkien désapprouvait cette orientation, et il avoua ne pas goûter beaucoup la série des Narnia, marquée précisément par la portée que Lewis donnait au merveilleux. Auparavant, dans es romans de science-fiction, Lewis avait été plus mystique, plaçant les anges dans l’invisible lumière qui sépare les corps éclairés, au sein de l’espace intersidéral. Il était alors plus directement sous l’influence de Tolkien.
On comprend quoi qu’il en soit que ce dernier a pu - tel Castellion, en son temps - regarder les poètes païens aussi comme divinement inspirés, le cas échéant. Il n’avait pourtant pas de réelle sympathie pour le paganisme, en soi: sur ce point, on a souvent fait erreur. Il regardait les religions païennes comme profondément scandaleuses: il les blâmait sur le plan moral. Il allait dans le sens de François de Sales, à cet égard. François de Sales, du reste, n’a pas non plus condamné le merveilleux: tout au contraire, il le pensait émané de l’Esprit, s’il était moralement conforme aux préceptes chrétiens. Il raconte par exemple que saint François d’Assise eût vu Jésus crucifié en véritable image, créée dans son âme par un séraphin céleste. Tolkien voyait au fond les choses de la même façon. Son lien avec l’art de la prophétie rappelle la recommandation de saint Paul de le pratiquer, si on y a un don, et si on en a en soi la charité, sans laquelle même cet art n’est rien. Cela explique que Tolkien ait mystérieusement déclaré que tous les mythes étaient appelés à devenir vrais.