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La palme des ravages
Un comité a lancé le référendum contre un accord de libre-échange (accepté par les Chambres fédérales) passé entre l'Indonésie et l'Association européenne de libre échange, dont la Suisse est membre. Les référendaires (Uniterre, SolidaritéS, les Jeunes Verts, Longo Maï, Solidarité sans frontières, le parti Nouveau Radical, SolidaritéS) font de ce référendum un moment de la lutte contre un "libre-échangisme" des marchandises sans critères sérieux de respect de l'environnement et des droits humains -car après l'accord avec l'Indonésie se profilent d'autres accords sortis du même tonneau libéral, avecla Malaisie et le Mercosur sud-américain. Tous accords qui cautionnent des conditions de travail calamiteuses et concourent à la destruction de la forêt tropicale Dans le cas de l'Indonésie, c'est sous le slogan "Stop à l'huile de palme" que le référendum est lancé : la production de l'huile de palme cumule en effet toutes les tares des produits dont des accords de libre-échange comme celui qui devrait être passé avec l'Indonésie favorisent la production et l'exportation : un désastre environnemental à la production, un autre au transport intercontinental, un désastre social pour les travailleurs dans le pays exportateur et les paysans dans le pays importateur. Alors on signe le référendum (ultime délai : le 9 avril), parce que la seule palme que mérite l'accord qu'il conteste mérite, c'est celle de l'aveuglement.
*On peut télécharger les feuilles de signatures sur https://nein-zum-freihandel.ch/fr/home-2/
Conjuguer les urgences démocratique, environnementale et sociale
La moitié de la production mondiale d'huile de palme est assurée en Indonésie. Cette production, pour laquelle on a défriché par brûlis (en produisant des quantités considérables de CO2) a entraîné la destruction du quart de la forêt tropicale indonésienne, ce qui menace la survie de trois espèces animales emblématiques : les orangs-outans, les éléphants de forêt et les tigres. En revanche, l'espèce des traders de matières premières prolifère -mais moins en Indonésie qu'en Suisse, notamment à Genève. Le secrétaire d'Uniterre Rudi Berli résume : "l'objectif de l'industrie agroalimentaire est de se procurer des matières premières aussi librement que possible et au prix le plus bas". Au prix le plus bas pour cette industrie, mais pas pour les populations des régions que ravage la monoculture industrielle à grand renfort de pesticides, de travail des enfants, de travail forcé des adultes, de destruction del'écosystème et d'expulsion des populations autochtones. C'est cela, fondamentalement, que dénoncent les personnes et les organisations qui lancent le référendum contre un accord de libre-échange qui prévoit que les deux tiers des 30'000 à 40'000 tonnes d'huile de palme exportées en Suisse bénéficieront de concessions douanières. Mais quel sens cela a-t-il d'importer ces dizaines de milliers de tonnes d'un produit qui va concurrencer des huiles (de colza ou de tournesol) produites ici ?
L'accord de libre échange avec l'Indonésie s'inscrit, comme ceux déjà annoncés (avec l'Amérique du Sud et avec les USA,avec la Malaisie) et comme celui passé avec la Chine, s'inscrit dans un cadre d'échanges de marchandises sur de longues distances, à un coût environnemental considérable. Mais que pèsent les coûts environnementaux et sociaux pour les fauteurs de ce genre d'accords ? Sans doute cet accord tient-il les habituelles précautions rhétoriques sur le "développement durable", mais sans mécanismes de contrôle du respect des normes évoquées et sans sanction de leur irrespect. En décembre 2013, à la socialiste Jacqueline Fehr invitait le Conseil national à soumettre l'accord de libre échange entre la Suisse et la Chine au référendum facultatif, avec comme argument de principe que "la démocratie ne doit pas s'arrêter devant la porte de l'économie" (c'est ce qu'elle fait, la démocratie, depuis qu'elle a été instaurée); le Conseil national avait répondu par la surdité, et avait ratifié le traité après avoir refusé de le renvoyer au gouvernement avec mandat de le renégocier pour y intégrer des garanties en matière de droits humains : une simple référence à la Charte des Nations Unies et aux normes de l'OIT (mais la Chine n'a ratifié ni la convention contre le travail forcé ni celle sur la liberté syndicale) avait suffi à la droite majoritaire au parlement fédéral. Le peuple suisse, qui peut se prononcer sur la vignette autoroutière, ne le pouvait pas sur un traité avec la première puissance industrielle et la deuxième puissance économique mondiale. Le référendum, contre l'accord avec l'Indonésie ne réparera pas le contournement de la démocratie sur l'accord avec la Chine, mais il permettra, s'il aboutit (et il faut qu'il aboutisse...) de rétablir le primat de la démocratie sur les déraisons du libre-échangisme mercantile.
Car la démocratie est gênante. On l'a vu lorsqu'à Berne on s'est arrangé pour qu'elle ne sanctionne pas un accord avec la Chine, on le voit aussi lorsque la majorité politique du parlement fédéral fait tout pour qu'une initiative qui conteste les pratiques des multinationales ne soit pas acceptée par le peuple et les cantons. Peu avant noël et sous la pression des porte-valises des multinationales, le Conseil des Etats avait recouru à une manœuvre (proposer un contre-projet vide de sens et de contraintes) pour ôter à l'initiative une partie de l'électorat prêt à la soutenir. Le contre-projet ne contient qu'une recommandation faite aux multinationales ne publier une fois par an une autojustification de ses pratiques à l'égard de l'environnement et des droits humains. Et grâce aux manoeuvres dilatoires de l'un des lobbyistes des multinationales, le vote populaire ne sera organisé, au plus tôt, qu'en septembre prochain : la droite veut se donner un maximum de temps et de moyens financiers pour sa campagne.
D'ici là, le référendum contre l'accord de libre-échange avec l'Indonésie doit aboutir -parce qu'il conjugue dans seul geste, celui de le signer, les urgences environnementale, démocratique et sociale.