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Dépression postpartum - une mère nous raconte
Pour nombre de femmes, un test de grossesse positif est l'une des plus belles expériences de la vie. Préparer la chambre du bébé à naître, se promener dans les allées du département pour enfants pour y dénicher les plus jolis pyjamas ou autres accessoires indispensables, ou encore comparer sur Internet les derniers modèles de poussettes. L'attente semble interminable, jusqu'au jour où les premières contractions se font enfin ressentir. Mais qu'en est-il lorsque tout se passe différemment de ce à quoi la mère s'était préparée pendant la grossesse? Lorsque l'accouchement s'avère long et exténuant? Lorsque apprendre à connaître son enfant n'est pas aussi facile que ce qu'on croyait? Et lorsque les parents font face à la tristesse et l'exténuement plutôt qu'au bonheur d'accueillir un enfant?
Andrea Borzatta, co-présidente de l'Association Dépression postpartum, nous parle dans une entrevue de la période éprouvante qu'elle a traversée après la naissance de son enfant.
MyHandicap: Mme Borzatta, qu'est-ce qui a déclenché votre dépression postpartum et comment s'est-elle manifestée ?
A. B.: Je ne sais pas s'il y avait un vrai déclencheur. La dépression s'est installée de manière plutôt insidieuse. Pendant longtemps, je ne savais pas ce qui clochait chez moi. Certes, j'ai vécu un accouchement traumatisant - en raison d'une grave intoxication pendant la grossesse, mon enfant a dû naître prématurément. Au début nous avons été séparés l'un de l'autre, même si nous étions tous les deux en bonne santé; j'aurais dû être positive et regarder vers l'avenir - comme tout le monde me l'avait conseillé. Mais d'une certaine façon, je n'y suis pas parvenue. Mon quotidien était ponctué de peurs et de craintes au sujet de mon enfant, et des reproches que je m'adressais à moi-même, car j'avais l'impression de ne rien faire de bien. Personne ne pouvait m'aider, car je ne laissais personne s'approcher de moi. J'ai essayé de construire une façade intacte et parfaite afin d'avoir l'air solide à l'extérieur, mais intérieurement, je n'étais qu'une épave. Je n'étais même plus en mesure de faire des activités de tous les jours, comme faire les courses ou la lessive. J'aurais préféré me cacher sous la couverture et ne plus voir personne. Tout ce qui me concernait, moi et mon entourage, me dégoûtait. Mais à qui devais-je en parler, maintenant que nous étions parents d'un fils si merveilleux et que les conditions difficiles des premiers temps étaient derrière nous?
MyHandicap: Un grand nombre de parents se sentent dépassés face à une telle situation. A quel moment avez-vous réalisé que vous n'étiez pas seulement en train de vivre le fameux «baby blues», mais que vous souffriez d'une dépression postpartum?
A. B.: Pendant longtemps, je me suis sentie trop faible. Je me suis dit: «Beaucoup de gens avant toi sont passés par des expériences similaires, alors prends sur toi». Certes, j'avais entendu parler du baby blues, mais je ne savais pas que si ces sentiments persistent pendant plus de deux semaines, il s’agit alors d’une dépression. Après environ quatre mois, lorsque j'ai entendu parler pour la première fois de la dépression postpartum par une de mes amies, je me suis sentie soulagée. J'ai cherché des informations sur Internet, puis ai découvert l'association suisse Dépression postpartum. J'avais enfin trouvé un nom pour ce que j'étais en train de vivre, peut-être n’étais-je pas incompétente, mais plutôt malade?
MyHandicap: Malheureusement, la dépression postpartum est encore un sujet tabou. A qui vous êtes-vous d'abord confiée?
A. B.: Je pleurais chaque fois que je rencontrais la conseillère en périnatalité. Un jour, elle m'a rendu visite à la maison et m'a demandé si j'avais déjà envisagé de prendre des antidépresseurs. Je suis tombée des nues. Et pourtant, j'étais heureuse que quelqu'un reconnaisse que j'avais besoin d'aide, que j'étais malade et que j'avais besoin d'une thérapie. Les antidépresseurs m'ont été prescrits par mon médecin de famille; j'ai aussi pu commencer une psychothérapie et, avec le temps, je me suis sentie de mieux en mieux. À ce moment-là, cependant, je n'avais pas été en mesure de faire face au traumatisme et au problème fondamental de ma maladie, mais je n'en ai pris douloureusement conscience qu'après la naissance de mon deuxième enfant.
MyHandicap: Comment votre entourage a-t-il réagi au diagnostic de dépression postpartum?
A. B.: Au début, mes proches se sont sentis dépassés, personne ne comprenait pourquoi je ne pouvais pas être satisfaite, pourquoi je ne pouvais pas être un peu plus détendue, peut-être même me considéraient-ils ingrate. C'est pourquoi j'ai essayé, autant que faire se peux, de correspondre à l'image de la mère heureuse, afin de sauver les apparences. Après la naissance de notre deuxième enfant, j'ai été honnête dès le début. Lorsqu'on me demandait comment j'allais, je commençais à pleurer. Mes proches étaient mieux à même de voir comment j'allais et ma maladie était plus visible. Même dans de tels cas, certaines personnes se sentaient encore dépassées, mais au moins je n'avais pas à me cacher. Tous savaient ce que je vivais, et pouvaient décider par eux-mêmes comment gérer une telle situation.
MyHandicap : Thérapie du dialogue? Traitement avec psychotropes? Au final, quelle thérapie a pu le mieux vous aider?
A. B.: En fin de compte, c'était une combinaison de plusieurs approches. Outre les médicaments, la psychothérapie m'a certainement beaucoup aidée. En particulier la thérapie comportementale, à travers laquelle j'ai dû apprendre à réagir différemment dans certaines situations et à réaliser que rien de mal n'arrive. Ce travail a été ardu mais utile. C'était comme si certains processus de pensée étaient mal programmés dans ma tête, conduisant à des peurs et des inquiétudes irrationnelles. J'ai dû les reprogrammer, montrer à mon cerveau qu'il y a d'autres moyens. Aujourd'hui, je crois que la dépression fera toujours partie de ma vie, mais elle ne domine plus, au contraire, elle me rappelle ce qui est précieux et important dans la vie.
MyHandicap : Ne craigniez-vous pas d'avoir à revivre cette période difficile alors que le désir d'un deuxième enfant se faisait sentir?
A. B.: J'étais presque sûre que ça ne m'arriverait plus, et j'attendais l'arrivée du bébé avec impatience. Mais ce n'était qu’un «beau discours», parce que je n'allais pas encore très bien. Ce n'est qu'après le deuxième enfant et après avoir vécu ce processus que je suis aujourd'hui en mesure de dire que je suis en bonne santé et que je peux profiter pleinement du temps passé avec mes enfants.
MyHandicap : Votre deuxième enfant est né! Comment s'est passée cette période d'adaptation avec votre fils?
A. B.: Les 7 premières semaines ont été merveilleuses, je pouvais allaiter, j'étais détendue, mais d'un jour à l'autre mon fils n'a plus voulu boire, ce qui m'a fait perdre pied. Je me suis soudainement sentie submergée par les craintes et les inquiétudes de ma première maternité. Je voulais faire mieux cette fois-ci et ne plus me rendre folle à propos de l'allaitement. J'ai arrêté d'allaiter brusquement, ce qui a empiré les choses. Je me reprochais tout sans cesse, et au début le petit ne tolérait pas le lait en poudre. Pendant cette période, mon mari était le seul qui pouvait et "devait" m'aider. Il se levait pendant la nuit, car je ne pouvais dormir qu'à l'aide de médicaments. Après 7 mois, j'étais au bout de mes forces - s'il y avait eu un bouton qui pouvait anéantir ma vie, je ne serais probablement plus ici aujourd'hui. Il fallait que quelque chose change, sans plus attendre. J'ai passé sept semaines dans un hôpital psychiatrique.
MyHandicap : La durée d'une dépression postpartum varie d'une personne à l'autre. Combien de temps la dépression postpartum a-t-elle duré chez vous?
A. B.: Après la naissance de mon premier enfant, je me suis sentie mieux environ un an et demi plus tard, mais ce n'est que maintenant que je peux me dire vraiment en bonne santé, c'est-à-dire environ 2 ans après la naissance de mon deuxième fils.
MyHandicap : Que ressentez-vous lorsque vous pensez aux moments qui suivirent la naissance de vos enfants?
A. B.: D'une part, je suis triste de ne pas avoir de bons souvenirs de cette époque. Je ne peux me rappeler d'aucun moment pendant lequel je me sentais simplement heureuse avec mon enfant. D'un autre côté, je suis également reconnaissante d'avoir dû aborder de nombreux sujets et d'avoir beaucoup appris sur moi-même, ce que je n'aurais probablement jamais fait autrement. Aujourd'hui, je suis à un autre moment de ma vie, je suis plus forte, je me connais mieux et j'apprécie d'autant plus ce que j'ai.
MyHandicap: Cette période difficile vous a-t-elle rendue plus forte, vous et votre famille?
A. B.: Mon mari m'a toujours soutenue, même s'il lui arrivait aussi d'arriver à ses propres limites. Aujourd'hui, nous croyons tous les deux qu'après tout ce que nous avons vécu ensemble, nous pouvons envisager l'avenir avec confiance en tant que couple. Mais je n'essaie pas d'embellir pas la situation, ces expériences ont certainement laissé des traces, et il est important de rester attentif et indulgent, et d'accepter nos failles et nos blessures. J'espère qu'une thérapie de couple nous aidera à poursuivre notre parcours.
MyHandicap : Qu'aimeriez-vous recommander aux parents qui souffrent d'une dépression postpartum?
A. B.: La chose la plus importante à mes yeux est que personne ne devrait avoir honte de cette maladie. C'est plus facile à dire qu'à faire, je sais. Mais mon expérience m'a montré qu'avec ouverture d'esprit, on trouve souvent beaucoup d'aide et de compréhension. Bien sûr, certaines personnes se sentent vite dépassées, mais il ne faut pas le leur reprocher. Après tout, il y a encore un grand tabou dans notre société au sujet des maladies mentales, et surtout celles qui surviennent après un événement aussi heureux qu'un accouchement. En parlant de nos sentiments, de nos craintes et de nos inquiétudes, nous permettons à notre entourage d'offrir leur aide et leur compréhension - à savoir que la dépression postnatale est une maladie qui peut toucher n'importe qui, pour qui personne n'a besoin d'avoir honte et qui peut être guérie. Cependant, la première étape à cet égard est que les femmes concernées en parlent, même si c'est souvent difficile au début.
Interview: Pascale Nef pour MyHandicap et A. Borzatta - 01/2018