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On vote dimanche sur le "Mariage pour toutes et tous", sur l'instauration de l'égalité des droits entre couples homo- et hétérosexuels. D'entre ces droits, il y a ceux à l'adoption, à la naturalisation facilitée et à la procréation médicalement assistée (PMA). La démarche est logique : il n'y aurait pas d'égalité des droits dans le mariage si les couples hétéros disposaient de droits niés aux couples homos.. mais tout se passe comme si l'opposition au "Mariage pour toutes et tous" s'était repliée comme dans une redoute sur une opposition à la possibilité d'une PMA pour les couples de femmes... Il est tout de même assez étrange qu'un vote sur le mariage, sur son élargissement aux couples homosexuels, suscite un débat concentré sur les enfants et l'invocation d'une "loi naturelle" de la procréation, comme si on ne se mariait que pour avoir des enfants. Comme s'il n'y avait, aujourd'hui, avec un mariage exclusivement hétéro, de familles qu'autour de couples mariés avec enfants, et pas de familles monoparentales. Ce n'est pas le mariage homosexuel qui est contradictoire de la "loi naturelle", mais le mariage lui-même. Et la famille elle-même. Mariage et famille sont des constructions sociales, comme le genre, et la seule "loi naturelle" qui s'impose à la procréation humaine, c'est celle qui lui impose la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule. D'où qu'ils viennent, et comment qu'ils se rencontrent. Cela fait des millénaire que l'humanité tente, pour finalement y réussir, d'émanciper sa procréation (et celle de son bétail, de ses animaux de compagnie, de ses fleurs, de ses fruits et de ses légumes), de la "loi naturelle". D'où vient alors qu'on se remette aujourd'hui à l'invoquer comme une limite à ne pas dépasser ? On ne voit de réponse à cette question que celle qui tient en deux mots : l'homophobie, conjuguée à la misogynie. Car c'est bien la possibilité donnée à un couple de femmes de procréer avec pour seul concours masculin celui d'un spermatozoïde dont seule la qualité importe et non l'origine, qui horrifie l'opposition au "mariage pour toutes et tous". D'où ses hurlements post-freudiens sur la "mort du père"...
L'invocation régulière, chamanique, de la "loi naturelle" de la procréation
La procréation médicalement assistée (PMA) est interdite en Suisse pour les couples homosexuels, même ayant contracté un partenariat, mais autorisée pour les couples hétérosexuels mariés. Et autorisées dans d'autres pays, comme l'Espagne. Ou les couples de femmes résidant en Suisse peuvent donc y recourir, si elles en ont les moyens (cela coûte des dizaines de milliers de francs, en voyages successifs pour les tentatives successives de fécondation in vitro). A la naissance de l'enfant, seule la conjointe qui en a accouché est actuellement reconnue par la loi suisse comme parent, et le couple doit attendre un an de vie commune pour se lancer dans une démarche d'adoption, qui prend encore au moins un an avant d'aboutir. La loi proposée au vote populaire remédiera à ces absurdités : la conjointe de la mère sera automatiquement reconnue comme mère, elle aussi, de l'enfant si le couple s'était marié avant la naissance et que l'enfant a été conçu dans une clinique en Suisse. Quant au "père biologique", c'est-à-dire plus crûment, au producteur du spermatozoïde, l'enfant devenu grand, à 18 ans, pourra en connaître l'identité, comme c'est déjà le cas des enfants de couples hétéros ayant eu recours à la PMA.
Le projet de "mariage pour tous" contient donc la possibilité d'un don de sperme pour les couples de femmes. Du coup, freudiens en diable, les opposants au projet dénoncent une sorte de "meurtre légal" du père, assurent que le père va disparaître du code civil (c'est évidemment un mensonge, le père restera mentionnée dans une centaine d'article du code), annoncent des enfants à venir auxquels il manquera un modèle masculin, qu'ils ne définissent pas mais qui pour eux ne saurait être que donné par un père (freudien, on vous dit...). Comme si des enseignants, des oncles, des frères, des cousins, des amis ne pouvaient être des "modèles masculins", que le monde des couples de femmes était un monde sans homme (et le monde des couples d'hommes un monde sans femme et que les enfants de mères lesbiennes se développeraient différemment des enfants de couples hétéros, ce que seize publications internationale de 1997 à 2017 démentent.
Et puis, il y a l'invocation régulière, chamanique, de la "loi naturelle" de la procréation : un enfant naît de l'union charnelle d'une femelle et d'un mâle... Or cette "loi naturelle" n'a rien à voir avec le mariage, qui est une norme sociale, un acte civil arbitraire et, ici et aujourd'hui, un choix (ailleurs et hier, ce fut une obligation, une contrainte, mais hic et nunc on n'en est plus là, sauf exceptions condamnables). Les animaux sexués (et nous ne sommes rien d'autre) n'ont pas besoin se se marier pour enfanter, ni de pouvoir ou vouloir enfanter pour se marier, de sorte que ce n'est pas le mariage homosexuel qui est contradictoire de la "loi naturelle", mais le mariage lui-même. Vous voulez respecter la "loi naturelle" ? commencez par abolir le mariage, qu'il soit exclusivement hétéro ou puisse être homo, qu'il soit ou non un préalable ou un accompagnement de la procréation. Vous voulez maintenir le mariage ? faites-en un droit offert à tous les couples, et distinguez-le de la procréation. Et soutenez le "Mariage pour toutes et tous"...
L'histoire du cadre de la procréation humaine est celle d'une succession de dissociations : dissociation du sexe et de la reproduction (l'acte sexuel n'est plus, en tout cas plus seulement, un acte reproducteur, et on peut désormais procréer sans acte sexuel au sens commun du terme), du mariage et de la procréation (on peut se marier sans vouloir d'enfants, et avoir des enfants sans se marier), du mariage et de la famille...et cela fait des millénaires, depuis qu'il y a médecine ou quelque chose qui y ressemble, que la procréation humaine est, ou peut être "médicalement assistée" et qu'on laisse traces de médications contre l'infertilité, la stérilité, l'impuissance, et donc d'une volonté délibérée de contrarier une "loi naturelle" de la procréation... "Un homme et une femme sont seuls à même de procréer ensemble naturellement", proclame le Conseiller national valaisan Jean-Luc Addor. Qui se trompe lourdement d'époque : une fois passé le moment de la conception ("naturelle" ou médicalement assistée), on ne procrée plus dans nos pays qu'avec une assistance médicale -ce qui, rappelons-le au passage, a permis de faire chuter le nombre des femmes mourant en couche et des accouchements d'enfants morts-nés. Et quelle femme, dans nos pays, passe encore sa grossesse et accouche encore sans assistance médicale ?
La seule "loi naturelle" de la procréation sexuée est que deux individus de même sexe ne peuvent avoir d'enfant ensemble, mais que chacun d'entre eux peut en avoir, "naturellement" ou non, hors du couple qu'ils ou elles forment. Contourner la "loi naturelle", "l'ordre naturel", c'est d'ailleurs ce que fait l'humanité depuis qu'elle existe -et sans doute n'existe-t-elle encore que parce qu'elle a été capable de ce contournement, qu'il s'agisse de domestiquer le feu, de se vacciner contre la rage, la tuberculose ou la covid, d'accoucher dans une maternité hospitalière ou d'avoir un enfant en usant d'une méthode de procréation médicalement assistée.