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Il y a, dans Twin Peaks: The Return, un motif sublime, au début bizarre, mais qui, finalement, est rempli d'une poésie infinie, et qui est constitué par les protections spéciales dont bénéficie Dale Cooper, quand il revient du monde spirituel sous l'identité d'un certain Dougie Jones. Il est alors comme enfermé au fond de son corps, et sa conscience ne parvient pas à s'éveiller: il est complètement idiot.
Mais il est pur et innocent et une sorte d'ange gardien, à l'allure d'un manchot borgne, depuis le monde des esprits l'aide et le guide. Il lui apparaît, parfois, lui fait signe. Et d'autres fois, ce secours providentiel se manifeste par des flammes, des lumières, et soudain, des points brillants sur des dossiers d'assurance que son patron lui a ordonné de remplir alors qu'il n'y comprend goutte, attirent son attention et le portent à créer des dessins singuliers. Or, ce patron, en les contemplant, découvre des malversations, résout des problèmes, et Dougie Jones devient son employé idéal. Le moment où, sur les feuilles, apparaissent les points lumineux est sublime, et ces points ont réellement quelque chose d'angélique.
Auparavant, Dougie Jones était entré dans une salle de jeu, et de petits êtres de flamme avaient brillé au-dessus des machines à sous prêtes à porter chance: guidé comme un automate doué d'un début de volonté, il mettait des pièces - et gagnait systématiquement le gros lot. Cela permettait à sa femme de payer une dette contractée par le précédent Dougie Jones, et d'échapper aux mafieux qui voulaient se venger sur lui qu'il n'ait pas pu payer les intérêts.
Ainsi, les anges, tels qu'ils apparaissaient dans Twin Peaks: Fire Walk With Me, n'étaient pas présents dans cette troisième saison, mais des signes féeriques les remplaçaient, plus discrets, plus légers, mais pas moins porteurs, peut-être, de force merveilleuse.
Le plus étrange était qu'une fois revenu à lui-même, Dale Cooper devenait le maître des êtres mystérieux qui l'avaient protégé de leur propre initiative, et leur demandait de lui permettre de voyager dans le temps - et de devenir, à son tour, une sorte d'ange énigmatique. Il ne parvient pas exactement, ce faisant, à sauver Laura Palmer, qu'il veut aller chercher avant sa mort: la destinée de celle-ci apparemment ne l'y autorise pas, mais il n'en prend pas moins, brièvement, l'air d'un divin héros. L'action en est relancée, et en même temps on sort de l'illusion, de la mythologie, pour retourner à la question intime, et morale: le problème reste la passion exercée par Laura Palmer, après sa mort, sur Dale Cooper. Il est obsédé par elle. Il doit en quelque sorte s'en libérer. Comme il n'y parvient pas, la dernière image, qui le rend manifeste, a des échos tragiques. Tout se mêle, d'une façon profondément belle.