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Sans faire trop de bruit, la Chine vaccine des millions de personnes. Où en est le reste du monde?
Les investisseurs mondiaux ont placé une grande partie de leurs espoirs d’une reprise économique en 2021 dans les vaccins contre la Covid-19, mais le rythme de la mise en œuvre des campagnes de vaccination varie considérablement d’un pays à l’autre.
En Chine, où la propagation du coronavirus a été bien circonscrite, environ 23 millions de doses ont été administrées depuis la mi-décembre, selon les autorités sanitaires. Trente millions de doses supplémentaires pourraient être administrées au cours des prochaines semaines, à l’occasion du Nouvel An chinois, qui aura lieu le 12 février et qui est traditionnellement une période de pointe pour les voyages (mais naturellement moins cette année).
L’économie s’est plus redressée en Chine que dans la plupart des autres pays, et les autorités de Pékin accélèrent maintenant le déploiement d’un vaccin produit localement, en tirant parti de ses capacités de mobilisation de masse. La croissance annuelle de 2,3% de son PIB en a fait la seule grande économie à enregistrer une croissance positive en 2020. Mais la Chine n’est pas la seule à accélérer le déploiement des vaccins : d’autres pays qui lui emboîtent le pas rapidement, comme Israël, le Royaume-Uni ou les États-Unis, font également preuve d’une puissance logistique supérieure ou d’une technologie avancée en matière de vaccins.
Toutefois, contrairement à la plupart des pays occidentaux, la Chine donne dans un premier temps la priorité à la population active – soit les personnes entre 18 et 60 ans – pour la vaccination. Si cette disposition est principalement due à l’insuffisance des résultats des essais cliniques pour les personnes âgées, l’un des effets potentiels est que l’économie chinoise devrait bénéficier d’une main-d’œuvre mieux protégée. Le nombre de nouvelles infections étant tombé à des niveaux extrêmement bas dans le pays, les personnes âgées qui ne travaillent pas sont généralement considérées comme à faible risque, même sans vaccination.
En revanche, dans d’autres pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, par exemple, les personnes âgées font partie des populations prioritaires vis-à-vis du vaccin. Dans l’ensemble, on s’attend à ce que les jeunes patientent, dans certains cas jusqu’à l’été et même au-delà. Cette approche est également justifiée d’un point de vue épidémiologique et économique, car étant donné l’ampleur de l’épidémie dans ces pays, les personnes âgées sont confrontées à des risques beaucoup plus élevés qu’en Chine. Elles occupent généralement la majorité des lits d’hôpitaux (qui sont en nombre insuffisant).
Les stratégies d’inoculation évoluent. Au départ, le gouvernement britannique avait prévu de donner la priorité à la vaccination des personnes âgées, en supposant que l’économie pourrait rouvrir une fois cette protection offerte. Mais les récentes mutations du virus ont compliqué les choses, les charges virales plus élevées menaçant de créer davantage de super propagateurs parmi les jeunes. Les autorités sanitaires britanniques ont récemment élargi leur champ d’action et prévoient désormais de vacciner tous les adultes d’ici l’automne.
Une autre différence notable en Chine est la dépendance presque totale aux vaccins développés localement jusqu’à présent. La Chine déploie actuellement un vaccin viral inactivé traditionnel, fabriqué par le groupe public Sinopharm, dont le taux d’efficacité se situe entre 79 et 86% selon les essais cliniques réalisés dans différentes régions. Plusieurs autres vaccins chinois sont entrés dans la troisième phase d’essais.
Les pays occidentaux comptent majoritairement sur des méthodes plus récentes. Deux des principaux vaccins américains utilisent la technologie de pointe de l’ARNm, qui fait appel à des fragments de matériel génétique produits en laboratoire pour donner au corps humain les instructions nécessaires à la fabrication de l’antigène. Le principal vaccin britannique, basé sur la technologie du vecteur viral, utilise le virus du rhume classique modifié (le vecteur) pour stimuler l’expression de l'antigène.
Les vaccins viraux inactivés et ceux basés sur le vecteur viral peuvent être conservés à la température du réfrigérateur et ont donc un avantage sur les vaccins de type ARNm sur les marchés émergents, où les réseaux de distribution respectant la chaîne du froid sont souvent insuffisants. Le vaccin ARNm nécessite généralement des conditions ultra-froides pour le stockage et le transport initiaux.
L’approche de la Chine en matière de production de vaccins joue sur ses atouts sectoriels. La fabrication de vaccins viraux inactivés nécessite des laboratoires de type P3 de haut niveau; la Chine a rapidement construit de telles installations en tirant parti de ses prouesses en matière d’infrastructures.
Les travailleurs du secteur logistique, en particulier ceux qui manipulent des cargaisons importées, bénéficient d’un niveau de priorité élevé pour la vaccination en Chine. En effet, comme le nombre de cas d’origine locale est resté extrêmement faible, les marchandises importées sont considérées comme une source potentielle importante d’infection. Les autres groupes prioritaires sont les travailleurs de la santé, les douaniers, les enseignants et les personnes travaillant dans les centres de transport.
Tandis que la production de vaccins atteint son rythme de croisière, le déploiement devient une question purement logistique pour la Chine et de nombreux pays développés. La Chine a la capacité de fournir des doses à la moitié de sa population de 1,4 milliard d’habitants d’ici la fin de cette année. Le contrôle relativement strict du gouvernement sur la société facilite le lancement des programmes de vaccination; sa capacité à mobiliser en termes de contrôles épidémiologiques a été démontrée par le bon déroulement des tests anti-Covid pour des millions de personnes en quelques jours dans plusieurs grandes villes chinoises l’année dernière.
L’un des rares pays occidentaux disposant d’un pouvoir de mobilisation comparable est Israël, où plus de 30% d’une population de 9,3 millions d’habitants a été vaccinée. Le soutien militaire a joué un rôle clé dans la campagne de vaccination à travers le pays. En l’absence de vaccins développés localement, Israël s’est assuré très tôt un important approvisionnement en acceptant de partager les données de vaccination avec Pfizer. Il pourrait être difficile pour d’autres pays développés de faire des compromis similaires.
Aux États-Unis, le président Joe Biden s’efforce d’atteindre l’objectif de 100 millions de doses au cours des 100 premiers jours suivant son investiture du 20 janvier. Jusqu’à présent, environ 27 millions de doses ont été administrées dans le pays, dont quelque 16 millions sous le mandat de Donald Trump. L’absence d’un fort pouvoir de mobilisation dans de nombreux États constitue un défi majeur.
L’Inde, deuxième pays le plus peuplé du monde, a lancé un plan de déploiement encore plus ambitieux, se fixant comme objectif de vacciner 300 millions de personnes d’ici le mois d’août. Le pays a été parmi les plus touchés par le virus de la Covid puisqu’il affiche un bilan de plus de 10 millions d’infections et quelque 150 000 décès. Le groupe Gennova Biopharmaceuticals, basé à Pune, a testé le premier vaccin contre la Covid développé en Inde, et basé sur la technologie de l’ARNm. À ce jour, l’Inde a vacciné moins de 3 millions de personnes.
Au niveau mondial, plus de 86 millions de doses ont été administrées dans 60 pays, selon les données compilées par Bloomberg.
Actuellement, le vaccin ARNm de Pfizer est le plus commandé au monde en raison de la capacité de production élevée du laboratoire. Parallèlement, les vaccins chinois font leur apparition dans les pays émergents, notamment au Brésil, en Turquie et aux Philippines.
Le déploiement des vaccins à travers le monde constitue une course contre la montre, car les mutations suscitent des inquiétudes quant à leur efficacité à long terme. Un déploiement rapide et sans heurts contribuerait à consolider les prémices d’une reprise mondiale.
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