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Questionnements autour d'un programme de parti majoritaire
Comme je le disais récemment, il faut aux partis de gauche un programme de parti majoritaire, et pas uniquement un programme de parti minoritaire (un programme de petits pas).
Non pas que je réfute le bon sens d'un programme pragmatique, conscient du rapport de force politique historique en Suisse, mais c'est que je crois fermement dans l'utilité mobilisatrice et la force rassembleuse des idées. Ainsi, un programme de parti majoritaire aurait comme avantage d'ouvrir à nouveau le monde des possibles aux militants, et de déverrouiller la porte de l'espérance idéologique à la population.
Le programme du PS de 1959 a cela de bon (malgré sa modération) qu'il identifie avec précision les secteurs économiques appelés à être transformés sous un gouvernement socialiste et les mécanismes à mettre en place. De cette façon, il ne se contente pas de parler du rôle de l’État-providence ou de l’État interventionniste keynésien, mais les dépasse par un État producteur et planificateur. On notera que c'est un peu de cette manière qu'est articulé certains aspects du programme du Front de Gauche.
Il y a donc un très grand nombre de réponses auxquelles il nous faudrait répondre pour aller au-delà des valeurs, et au-delà des principes généraux.
Quelle forme doit prendre la socialisation des moyens de production ?
Quel équilibre faut-il rechercher entre étatisation et socialisation de l'économie ?
Quelles limites à la socialisation de l'héritage ?
Quelles limites à l'étatisation du logement par rapport aux coopératives ?
Dans quelle mesure faut-il laisser les coopératives productrices autogérées libre de tout contrôle ?
Quels domaines économiques faut-il planifier, quels domaines faut-il laisser se gérer par les mécanismes du marché ?
Quels sont les secteurs prioritaires à étatiser ou à socialiser ?
Quels sont les secteurs prioritaires à planifier ?
Comment réaliser une planification écologique efficace ?
Comment établir une transparence générale des acteurs économiques privés et étatiques ?
Faut-il auto-gérer les services publics ?
Quelles limites à l'autogestion ?
Comment développer un tournus des fonctions dans les entités économiques productrices ?
Quelle forme devrait prendre la prise de décision collective dans les activités économiques ?
Comment inscrire ces mutations dans le cadre juridique suisse ?
Comment adapter la sphère juridique aux exigences de la réalisation du socialisme ?
Comment réformer l'enseignement de manière à mettre fin à sa fonction de reproduction des inégalités sociales ?
Quelle étendue à la redistribution des richesses ?
Qu'est-ce qu'une distribution égalitaire des fruits de la production dans une économie socialiste ?
Quel commerce international et avec qui ?
Etc.
Je pourrais proposer d'ores et déjà des réponses.
Mais ce travail devrait être réalisé collectivement, soit par le cercle Gramsci, soit par la Jeunesse Socialiste, soit par une autre structure encore à définir.
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Questionnements autour d'un programme de parti majoritaire
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Le PSS et son programme de 2010
J'ai entrepris la lecture du programme du PS suisse, adopté en 2010 au congrès de Lausanne.
Après une lecture partielle du document je peux d'ores et déjà affirmer deux choses :
- L'analyse du PS sur la société et l'économie contemporaine n'est pas une analyse marxiste.
- Les solutions programmatiques avancées par le PS vont vers un socialisme de marché, mais ne s'arrêtent pas au capitalisme social-libéral.
En cela, il est donc faux de dire que le PS n'a pas d'ores et déjà théorisé le dépassement du capitalisme qu'il prône.
Pour revenir sur mon historique publié précédemment, on ne peut donc pas parler de tournant marxiste réformiste en 2010, mais d'amorce de tournant socialiste (quoique le programme de 1982 prévoyait déjà une sorte de dépassement du capitalisme via l'autogestion généralisée).
Je note sur le coup l'importance de différencier social-libéralisme, socialisme marxiste réformiste, et socialiste démocratique non marxiste.
La JS suisse, avec son propre document de fond Démocratie Socialiste, n'en reste pas moins davantage visionnaire, quant aux modalités du dépassement du capitalisme.
Pour conclure, je ne peux résister à l'envie de vous citer un fragment du programme du PS suisse de 1904 :
« La démocratie socialiste pose en fait que les moyens de réalisation de son programme lui sont donnés par le développement économique lui-même: le transfert des moyens de production de la propriété privée à la propriété sociale, et la substitution, à l'ordre économique capitaliste, d'un ordre communiste, à bases démocratiques.
Dans les conditions actuelles, l'activité de la démocratie socialiste prend la forme de la lutte des classes. Mais alors que les luttes de classe de la bourgeoisie ont pour but de renforcer et d'élargir ses privilèges particuliers, la classe ouvrière travaille en vue de la disparition de toute domination de classe et de toute exploitation. C'est pourquoi le but final de la lutte des classes prolétarienne consiste en la prospérité et en un avenir assuré du peuple tout entier. »