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[s. d.]
[Anonyme], Recueil Tralage
Description de la salle de la Comédie Française
Parmi les extraits concernant le théâtre relevés par Paul Lacroix dans le recueil Tralage, on trouve cette description de la salle de la Comédie Française :
Dans le plafond de la salle où l'on représente la comédie française à Paris, A. P. de Bologne a peint plusieurs figures allégoriques qui répondent aux attributs du théâtre. La figure de la Vérité y est dominante et paraît au milieu de la Tragédie, de la Comédie, de la Poésie et de l’Éloquence. On voit que la Vérité se découvre, pour signifier que le vrai se manifeste dans les caractères différents qui paraissent sur la scène. La Tragédie tient une épée, pour exprimer que dans ses représentations elle a pour objet des événements sanglants. La Comédie tient un miroir pour marquer que tout le monde se voit et se reconnait dans les sujets qu'elle traite. La Poésie tient un livre et s'occupe à écrire, pour montrer que son talent demande une application assidue, etc.
L’Éloquence tient son foudre, pour signifier que l'art de bien dire est une espèce de feu qui embrase des cœurs et dont la force est sans égale.
Dans le milieu du plafond et au-dessus de ces figures qui forment le premier groupe de ces peintures, il y a des enfants qui tiennent des couronnes, pour signifier les prix qui se distribuaient autrefois dans les spectacles du théâtre.
Le second groupe est formé par des figures des vices et de méchantes qualités combattues par les ouvrages du théâtre. Ces figures jettent les yeux sur le miroir que tient la Comédie, comme pour avouer que la comédie sert beaucoup à les faire connaître et à les rendre ridicules ; la Vérité a des plumes de paon sur la tête ; l'Avarice tient une bourse à la main, et la Luxure a un air immodeste.
Dans le haut du plafond on voit la figure de la Nuit, elle est dans un char trainé par des hiboux. Les Heures, qui sont les filles de la Nuit aussi bien que du Jour, ont tiré un rideau pour montrer que la Nuit est venue, parce qu'ordinairement on attend la nuit pour ouvrir la scène et faire paraître, par le secours des illuminations, les portraits du théâtre.
Plusieurs petits Amours sont au-dessus de la corniche et représentent les génies des Grâces. Il y a aussi plusieurs autres Amours qui tiennent des festons pour orner l'architecture, et, dans un balcon feint, on voit des musiciens qui font un concert. Ce tableau est dans la salle des comédiens français à Paris (1692), et cette description a été faite par M. Guillet de Saint-George, historiographe de l'Académie de peinture.
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