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L'Ecole des femmes
Créée le 26 décembre 1662 et jouée presque sans interruption jusqu’à Pâques de l’année suivante, L’Ecole des femmes constitue, avec la Sophonisbe de Corneille donnée à l’Hôtel de Bourgogne, l’événement majeur de la vie théâtrale au moment où paraissent les Nouvelles Nouvelles.
Contexte de création
La nouvelle comédie de Molière succède à deux tragédies créées, avec un succès médiocre, au mois de novembre (Arsace, roi des Parthes de Prade pour 6 représentations) et de décembre (Oropaste ou le Faux Tonaxare de Boyer pour 15 représentations), ainsi qu’à une série de reprises de pièces comiques ou tragiques (parmi lesquelles Sertorius de Corneille, originellement créé au Théâtre du Marais en début d’année) ayant occupé la première partie de la saison 1662-1663.
Elle intervient au moment où la troupe de l’Hôtel de Bourgogne, de son côté, rencontre un échec dans la création du Persée et Démétrius de Thomas Corneille, qui fait suite à une demi-réussite avec Agrippa ou le Faux Tibérinus de Quinault. Les comédiens du Roi se reprennent ensuite avec Sophonisbe (à partir du 12 janvier), puis Nitétis de Mlle Desjardins (dès le 27 avril) et Les Amours d’Ovide de Gabriel Gilbert (dès le 1er juin).
Le Théâtre du Marais, quant à lui, ne propose aucune nouveauté durant cette période.
A partir du 1er juin est lancée une nouvelle série de représentations de L’Ecole des femmes, désormais assortie de La Critique de L’Ecole des femmes, qui se prolonge jusqu’à la mi-août. La pièce est ensuite reprise de manière sporadique jusqu’en 1669.
Publication
Le texte de L’Ecole des femmes, accompagné d’un frontispice, d’une épître dédicatoire à Madame (épouse de Monsieur, frère du roi) et d’une préface, paraît le 17 mars 1663, sous forme d’une édition partagée, chez de Luyne, Barbin, Billaine, Guignard, Jolly, Sercy (exemplaire Billaine). Au moment où le tome I des Nouvelles Nouvelles sort des presses (9 février), le texte imprimé de la pièce de Molière n’est par conséquent pas encore disponible.
Caractéristiques de l’oeuvre
L’Ecole des femmes marque un tournant décisif dans la production de Molière, en développant trois caractéristiques qui étaient demeurées à l’état embryonnaire dans les créations précédentes :
L’importance du jeu scénique et des lazzi dans la composition de l’œuvre atteint un niveau encore inégalé pour une comédie versifiée en cinq actes. Les effets que produit la pièce reposent en grande partie sur des actions scéniques engageant déplacements physiques, mouvements du corps et du visage, ainsi que variations subtiles dans la profération. La maîtrise de ce dispositif complexe est un sujet d’émerveillement pour les contemporains : « Jamais comédie ne fut si bien représentée, ni avec tant d'art : chaque acteur sait combien il y doit faire de pas et toutes ses œillades sont comptées. » (Nouvelles Nouvelles, p. 234). Mais, d’un autre côté, elle offre un argument à ceux qui tentent de minimiser le talent de Molière en le réduisant à celui d’un histrion.
L’humour recourt, de manière inédite pour une pièce représentée sur une scène publique, aux ressources de la grivoiserie. Les plaisanteries à caractère sexuel, sous forme verbale ou gestuelle, abondent.
La pièce est construite en sorte de provoquer un effet de scandale et de créer une rumeur avantageuse, selon les techniques du buzz. Elle fait par conséquent un usage soutenu de procédés de provocation (sur la condition féminine principalement, mais également sur l’autorité religieuse ou sur des questions philosophiques, telles que l’adversité ou la réputation). Elle connaît par conséquent un succès public fondé sur une forme d’ambivalence : « Cette pièce a produit des effets tout nouveaux, tout le monde l'a trouvée méchante et tout le monde y a couru. Les dames l'ont blâmée et l'ont été voir. Elle a réussi sans avoir plu et elle a plu à plusieurs qui ne l'ont pas trouvée bonne. » (Nouvelles Nouvelles, p. 232)
Réception de l’oeuvre
L’Ecole des femmes rencontra, dès la première représentation, un succès extraordinaire. Les recettes dépassèrent régulièrement les 1000 livres (1518 livres lors de la première) et la pièce put rester à l’affiche jusqu’au relâche de Pâques. De plus, les comédiens furent invités à la jouer à de nombreuses reprises en visites privées.
Ce succès connut un rebond, à partir du mois de juin, quand Molière proposa au public La Critique de L’Ecole des femmes, représentée en complément de L’Ecole des femmes pour constituer une seule et même séance. La Critique ne se contentait pas de proposer du nouveau en offrant un discours sur L’Ecole des femmes. Elle visait, en créant et en entretenant l’idée que la comédie de Molière subissait les attaques de certains spectateurs, à créer un effet de solidarité envers Molière et sa troupe fondé sur la cohésion des valeurs : les adversaires de L’Ecole des femmes (marquis, précieuse, auteur) apparaissaient forcément comme des individus ridicules à l’aune des pratiques de civilité mondaines.