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Rudolf Steiner ne croyait pas aux extraterrestres, ou à ce que nous nommerions tel: il affirmait qu’il n’y avait pas d’hommes sur les autres planètes. Mais il y avait bien des habitants: des êtres spirituels. Il a en particulier évoqué ceux de la Lune, les plus proches de ceux de la Terre, et il en a dit ce qu’en avait déjà dit, en son temps, Cyrano de Bergerac: ils se sont mêlés aux hommes dans les époques anciennes, leur inspirant diverses choses grandioses, avant de retourner sur leur astre.
Dans une conférence donnée à Vienne le 30 septembre 1923, il déclarait que, à l’œil intérieur, la Lune se présente comme une sorte de forteresse dans le cosmos. L’action extérieure de la Lune consiste à renvoyer vers la Terre non seulement les rayons lumineux du soleil, mais encore toutes les activités extérieures de l’univers. (Pour Steiner en effet la Lune reflétait aussi le rayonnement des autres planètes et des étoiles, des constellations.) Mais à l’intérieur de la Lune se trouve un monde clos, un monde qui, de nos jours, n’est accessible qu’à celui qui s’élève, en un certain sens, jusqu’au monde de l’esprit.
Ce monde clos est peuplé des êtres dont nous avons parlé, inspirant les hommes par la voie de l’instinct, et dont Cyrano de Bergerac (puisqu’il s’exprime de façon comparable à Steiner) a déclaré que le plus grand d’entre eux avait été le fameux démon de Socrate: celui qui lui inspirait, disait-il, l’idée de rester sur place, ou d’aller plus loin, selon ce que les dieux voulaient qu’il fît, et les rencontres qu’ils cherchaient à lui faire faire.
Steiner parla aussi dans cette conférence des habitants de Saturne; ils sont tels, dit-il, qu’ils conservent la mémoire de tout ce qui s’est passé dans le système planétaire: sur eux se reflètent tous les événements qui ont présidé à la création de ce que la science habituelle appelle le système solaire.
Steiner dit aussi, un peu comme plus tard C. S. Lewis, que l’univers apparemment vide est plein de vie invisible, et qu’à cet égard les instruments de l’astronomie ne peuvent rien montrer. L’impression que nous ne sommes pas seuls est souvent interprétée dans la culture contemporaine par l’idée que des sortes d’êtres organiques intelligents vivraient sur d’autres mondes et nous rendraient visite au moyen de vaisseaux spatiaux incroyables; parfois cela est spiritualisé. Mais pour Steiner il s’agit d’êtres seulement spirituels, dont on sent la présence en soi, et qu’on ne peut pas déceler extérieurement, ou au moyen d’instruments. En revanche, ils peuvent venir d’astres tout proches, pas forcément de planètes immensément lointaines, comme on l’imagine en général.
Étranges perspectives, sans doute. Mais coordonnées avec les observations physiques, qui n’ont décelé aucune vie ailleurs que sur Terre, et avec le sentiment qu’il en existe une quand même.