Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07260.jsonl.gz/70

Economie solidaire : prendre ses affaires en main
Hors-série d'Alternatives Economiques présentant l'économie sociale de A à Z
Les manuels d'économie réduisent le plus souvent l'économie à deux secteurs: d'un côté, une économie marchande, dominée par les entreprises de statut capitaliste ; de l'autre, une économie publique, où État et collectivités locales offrent les biens et services que le marché est incapable de produire. Cette image ne correspond pas à la réalité. Au sein de l'économie marchande, de nombreuses entreprises poursuivent d'autres objectifs que d'enrichir des actionnaires. Coopératives de production, banques mutualistes et coopératives, mutuelles d'assurance ou de santé sont certes tenues d'équilibrer leurs comptes pour assurer leur pérennité, mais leur réussite ne se mesure pas au niveau de leurs résultats. Leur but premier est de satisfaire leurs adhérents, associés ou sociétaires. Elles montrent en actes que la force du nombre peut se révéler plus forte que le pouvoir du capital. Elles font pénétrer du collectif, du « public » dans le « privé ».
L'économie non-marchande ne se limite pas plus à l'État et aux collectivités locales. De multiples structures issues de l'initiative citoyenne, associations, mais aussi désormais fondations, prennent en charge des besoins collectifs que le marché ne satisfait pas ou mal. Elles, à l'inverse, introduisent ainsi du « privé » dans le « public ». Les unes et les autres forment ce qu'on appelle l'économie sociale (1). Une économie ni capitaliste ni publique, fondée sur des principes démocratiques, qui pèse aujourd'hui plus de 10 % de l'emploi privé et produirait un pourcentage bien plus important de richesse si l'on mesurait la valeur de l'activité bénévole qui s'y déploie.
L'économie sociale n'est pas parfaite. Sa démocratie est toujours à construire, ses valeurs à défendre et ses objectifs à redéfinir. Mais elle apporte la preuve que notre société n'est pas une collection d'individus à la recherche de leur seul intérêt individuel, sous l'autorité d'un Léviathan bienveillant qui veillerait sur l'intérêt général. Elle révèle que les citoyens sont prêts à s'organiser pour résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Et c'est bien souvent de leurs initiatives que sont issues les politiques publiques qui, au fil du temps, ont assuré une meilleure sécurité à tous.
(…)
Extrait de l’éditorial de L'économie sociale de A à Z, hors-série pratique, Alternatives Économiques, numéro 22, janvier 2006, en vente notamment à La Librairie du Boulevard.
Note 1 d'APRÈS: Note d’APRÈS : en France, la distinction a été faite entre économie sociale et économie solidaire, tandis qu’en Suisse, on parle communément d’économie sociale et solidaire.