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Les majuscules, en gras, ne sont pas une erreur de clavier : elles sont une traduction typographique du volume sonore avec lequel j'ai prononcé hier cette phrase à l'attention de Junior (6,5 ans), qui, à nouveau, confondait son frère avec un punching-ball. Je n'ai malheureusement pas trouvé d'astuce pour que vous puissiez visualiser ma rage et l'écume qui s'échappait de mes lèvres...
Reprenant mon souffle après cette tirade (qui ne passera pas, elle, à la postérité), j'ai réalisé que j'étais totalement incohérente : comment peut-on décemment condamner le recours à la force physique tout en faisant usage de violence verbale ? En effet, j'en suis convaincue, les mots peuvent faire au moins aussi mal que les coups.
Et j'ai soudainement pris conscience une fois de plus que je suis un paradoxe ambulant. Voyez par vous-mêmes.
"Non, tu ne peux pas avoir de chocolat maintenant, on mange dans quinze minutes" est une phrase que je dis souvent à Mini (4 ans), tout en essuyant discrètement mes mains, grasses d'avoir porté à ma bouche quelques tranches de salami, sur mon jeans tandis que je prépare le repas du soir...
"Tu le sais, Junior, je tiens beaucoup à ce que tu respectes certaines règles" est particulièrement débile lorsqu'on se prend, comme moi, souvent des bûches pour avoir dépassé le temps de parcage autorisé.
"Pour moi, trier mes déchets est une évidence : voici les différentes poubelles dont nous disposons à cet effet" est un grand classique lorsque notre famille accueille une nouvelle jeune fille au pair, lors de son introduction. Pour être cohérente, il faudrait toutefois que je m'abstienne de prendre de très (très) longues douches super (super) chaudes...
"Chère secrétaire, je ne comprends pas pourquoi ce travail n'est pas encore fait, je vous avais pourtant donné toutes les indications nécessaires et mes instructions étaient claires" peut avoir un certain sens, à condition de ne pas, parfois, comme moi, user de plein de mots très compliquées en séance pour justifier de ma propre inactivité, causée uniquement par mes rêveries et de multiples cafés bus avec des collègues.
Mon "je ne me fie pas aux apparences" est certes louable parce que l'habit ne fait pas le moine; n'empêche, je suis également capable d'asséner un sonore "ben avec la tronche qu'il a et vu sa dégaine, ça m'étonnerait qu'il soit très dynamique, ce type".
"Mister, tu ne crois pas qu'il serait temps que tu (re)fasses un peu de sport, histoire de diminuer ton stress et de retrouver un peu la forme ?" est une question raisonnable, du moins le serait si je n'étais pas championne du monde de la série télévisée à très faible teneur intellectuelle, option "canapé et cacahuètes au wasabi"...
Etc, etc et la liste pourrait s'étendre pour ainsi dire à l'infini.
En d'autres termes, il ne serait pas absurde de parvenir à la conclusion que je suis une preuve vivante de l'adage populaire qui, pour résumer certains comportements, parle de "faites comme je dis mais pas comme je fais".
Il s'agit là toutefois d'un pas que je ne franchirai pas car, croyez-moi ou pas, j'aimerais tellement être
a) capable de ne jamais m'emporter et, au contraire, de toujours communiquer de façon non violente,
b) un modèle de diététique appliquée, prenant, le matin avant de partir bosser, un fruit pour le goûter, histoire de ne pas me ruer sur tout et n'importe quoi sur le coup de 18h30
c) suffisamment organisée pour m'astreindre à un minimum d'activités sportives régulières
d) assez conséquente pour ne pas abuser de ce bien-être que me procurent les douches, très longues et très chaudes.
"Ben alors, qu'est-ce que tu attends pour appliquer toi-même ce que tu prônes ?" Question plus que légitime, à laquelle je n'ai malheureusement pas d'autres excuses à opposer que - à choix - ma flemme, mon stress, mes méchantes habitudes dont je ne parviens à me défaire et ma distraction - c'est fou ce que l'heure de l'horodateur passe vite -.
Pourtant, qu'est-ce que j'essaie, de toutes mes forces même : chaque fois que Junior, choqué par ma hargne, me regarde avec ses grands yeux bruns, je me jure que cela ne se reproduira plus et que la prochaine fois, je tournerai ma langue sept fois dans ma bouche; chaque fois que je me couche, trop tard et l'estomac brouillé par les cacahuètes au wasabi, je prépare mon sac de sports, me promettant d'aller courir le lendemain durant ma pause de midi, tout en sachant que je n'irai pas, le jogging et cinq heures de sommeil étant incompatibles.
Ainsi, de constats en promesses non tenues, d'efforts en déceptions, je suis toujours à la recherche de stratégies pour être réellement cohérente, avec ce que je prône et ce à quoi j'aspire. Y parviendrai-je un jour, je ne saurais dire.
En revanche, je sais que ce qui me "consolerait" un peu aujourd'hui, c'est de savoir que je ne suis pas la seule à souffrir de ce mal : partagez donc avec moi ces petites et grandes choses qui sont autant de hiatus entre vos désirs et vos propres comportements.
Et si d'aventure, vous avez une astuce pour garder le cap entre penser et agir, n'hésitez pas à m'en faire part, ok ?