Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06977.jsonl.gz/448

ABDERRAZAK HAMOUDA – CALLIGRAPHE
Le calligraphe Abderrazak Hamouda est né en 1953 à Gabès, une oasis maritime et saharienne du Sud Tunisien où il a fait toutes ses études primaires et secondaires avant de rejoindre la Faculté des Lettres de Tunis. A Tunis il débute des études de langue et civilisation anglaises. Il quitte ensuite l’Université pour travailler dans une compagnie américaine OFF Shore au large de la Baie de Tunis puis à Djerba. A l’âge de 22 ans, Abderrazak rejoint Paris pour y poursuivre ses études d’anglais, à l’Université Paris 7 notamment. Sa rencontre avec les iraniens de Paris et le déclenchement de la Révolution iranienne constituèrent un tournant capital de sa vie. Il décide alors d’apprendre la langue persane pour mieux comprendre ce peuple et sa civilisation et se plonge dans la lecture d’Omar Khayam, dans sa version persane. Il s’inscrit donc à l‘INALCO (Institut des Langues et Civilisations Orientales) et obtient une Licence complétée en parallèle par une licence en langue et civilisation arabes. A Paris, ou il a vécu 13 années d’affilée, sans bourse d‘études, Abderrazak doit faire divers petits boulots, pour gagner sa vie : plongeur dans un restaurant, veilleur de nuit dans divers hôtels parisiens, …
Très tôt engagé dans la lutte contre l’Apartheid et pour la libération de Nelson Mandela, Abderrazak prolonge cet engagement comme Secrétaire Général de l’Association des Juristes Africains (AJAF). Cela lui permet de visiter l’Afrique, de rencontrer certains de ses dirigeants et d’organiser le Concours Africain d’affiches « Free Mandela ». Chargé de sillonner la Capitale en long et en large pour déposer toute sortes de publicités dans les boites aux lettre, sous les paillassons et sur les pare-brises des voitures, Abderrazak a ainsi, avec deux de ses amis, été comme hiver et même par grand froids, découvert Paris, une ville dont il connait désormais presque tous les recoins: « à Paris j’ai retrouvé le sens de la liberté, je m’y suis redécouvert en prospectant tout mon potentiel intellectuel et artistique. J’y ai enfin rencontré ma femme et la calligraphie. Je peux dire, sans hésiter que la calligraphie est un don de Paris ».
Puis, à 32 ans, Abderrazak s’installe à Genève. Il y passe une difficile période de chômage en enchainant à nouveau les petits boulots ( animateur de centre de loisirs, enseignant dans une école privée, ateliers et des conférences sur la calligraphie arabe). Il trouve un job – fonctionnaire intercommunal – qui lui permet d’avoir enfin une certaine stabilité et lui donne la possibilité de se consacrer pleinement à la calligraphie arabe, de mieux apprivoiser cet art, de s’y identifier et d’en faire son outil d’expression par excellence. « Mes calligraphies sont l’expression la plus sincère de ma pensée. C’est par elles et seulement par elles, que vous comprendrez qui je suis ».
Hamouda entame alors la présentation d’une longue série d’expositions dans de nombreux pays : Suisse, France, Tunisie, Italie, Autriche, Bahreïn, Dubai, Arabie Saoudite,…. C’est un artiste d’une rapidité étonnante et d’une production phénoménale, dit de lui l’artiste peintre, qui le connaît le mieux, Abbas Al Mossawi à Baheïn qui l’aidera à installer son atelier de 140 m2 (cf photo) à Genève. Avec Al Mossawi, Abderrazak organise de méga ateliers « Peace 2000 ». Ce sont des ateliers qui regroupent dans un même espace plus de 2000 personnes pour les sensibiliser à travers la peinture, à l’idée de la Paix et à la protection de l’environnement. De tels ateliers ont ainsi été organisés au Palais des Nations Unies mais aussi en Inde – devant le Taj Mahal – au Qatar, dans le désert de Bahreïn, en Allemagne, en Italie, en Russie…
Abderrazak Hamouda n’est jamais loin de sa ville natale, Gabès, qu’il visite au moins 4 fois par an pour y retrouver sa famille, ses amis et se ressourcer. C’est à Gabès aussi qu’il affirme dans les actes son attachement à la nécessité de la cohabitation des cultures et des religions. Avec ses amis de l’association Dar El Founoun, présidée alors par Ezzedine Ounis, et avec le soutien de Charles Josselin – dans le cadre de la coopération décentralisée Gabes/Côtes d’Armor – il se lance dans la sauvegarde de la Maison du Rabbin de la vieille ville dite « Houch Khrayef ». Cette demeure du XVIIème siècle est aujourd’hui devenue un lieu incontournable de la vie artistique de la ville. Des expositions locales, nationales et internationales y sont organisées toute l’année avec l’association Dar El Founoun. La toute dernière a été présentée en octobre 2012 comme « Première rencontre Internationale de calligraphie » en introduction à la « Biennale Internationale de la Calligraphie de Gabès » qui se déroulera en mars 2012 en partenariat avec le Ministère de la Culture tunisien. Infatigable chineur, Abderazzak collectionne tout ce qui touche au patrimoine de sa ville natale : cartes postales anciennes, gravures, films, vieux projecteurs de divers formats, appareils photos, vielles portes et fenêtres de Gabès. En 2005, le Musée d’Ethnographie de Genève lui a consacré une exposition entière « Sources et ressources d’un Tunisien de Genève ».
Son parcours d’artiste calligraphe, qui avait commencé à Paris, à l’INALCO où il avait présenté ses premières calligraphies dans une exposition autour du livre, avec la participation de Yves Porter, miniaturiste et de Michèle Vicat, spécialiste de la reliure, le conduit à rencontrer l’artiste peintre égyptien Samir Megally, qui l’invite à participer au 1er Salon de l’Ecriture au Grand Palais de Paris, qui sera suivi d’une exposition à la Galerie de Nesles à St Germain des Prés. Mais c’est à Genève que la carrière de Abderrazak Hamouda va s’affirmer. N’oubliant pas le coup de pousse de ses amis Megalli et Al Mossawi qui lui ont permis de montrer son art, le calligraphe Abderrazak Hamouda, s’est engagé à promouvoir les jeunes artistes et à les aider à montrer leurs travaux. C’est ainsi que, depuis 29 ans, il organise des expositions dans les galeries du Palais des Nations de Genève dont celles qui a regroupé 22 artistes dont 9 femmes d’Arabie Saoudite de Bahrein et de Tunisie.
La calligraphie d’Abderrazak Hamouda est à l’image de sa vie. Elle est le fruit de la jonction entre l’Orient et l’Occident, le résultat de sa réflexion profonde sur le monde :
« Après 30 ans d’exercice de la calligraphe et à l’aube de mes 60 ans, je suis extrêmement redevable à la calligraphie. Elle m’a donné la chance extraordinaire de pouvoir m’exprimer librement et sincèrement. Elle est devenue l’amie à qui je peux me confier à travers tous mes états d’âme. A travers elle je crie mes colères, je partage mes joies, je me rapproche de tous les gens avec qui je partage mon art en ce que j’ai de plus sincère et de plus humble à leur donner. En un mot, la calligraphie a formé ma pensée et mon être : n‘est-ce pas une chance ?. La calligraphie est un point qu’on allonge sur une surface. Ce point devient ligne, puis courbe puis cercle. Elle est aussi l’image du souffle et de la conviction intime. Elle se nourrit du passé, se vit au présent, et tel un bon vin, se bonifie avec le temps. Lorsqu’elle est sincérité intellectuelle, elle devient votre ami, et reflète votre image. Et lorsque tous ces ingrédients se conjuguent ensemble, alors, vous devenez ce point et la page blanche, une planche de théâtre : tout devient alors possible ».
PH
Contact : <email-pii>