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Regard sur une prévoyance sortie des griffes des politiciens
Le système de retraite est de plus en plus malade. Certes la crise de l'AVS est repoussée de quelques années. Mais en 2025, le déficit ne pourra plus être compensé par le placement de la fortune du fonds.
Le système de prévoyance est de plus en plus malade. Certes la crise de l'AVS est repoussée de quelques années. Mais en 2025, le déficit ne pourra plus être compensé par le placement de la fortune du fonds. Les syndicats refusent tout «alarmisme» comme si 2025 n'était pas demain. Les jeunes générations critiquent avec raison ce dédain syndical et politique à leur égard.
Il en va de même du deuxième pilier, où les facteurs de redistribution s'accumulent (des jeunes vers les plus âgés), avec un taux de conversion et un taux unique déconnectés de l'économie. Le rendement des caisses de pension n'atteint plus les niveaux promis. La performance moyenne en 2010, qui n'a de loin pas été une année de crise financière, n'a été que d'un maigre 2,95%, selon l'enquête de Swisscanto. Et ce rendement n'exprime qu'une moyenne. Sur cinq ans, l'objectif visé par les caisses était de 4,6%. En réalité, il n'a été que de 1,7%. Combien de temps faudra-t-il pour être réaliste? L'ajustement est extrêmement lent. En 2006, l'objectif de rendement était de 5,2%. Et ce n'est pas la hausse des coûts provoquée par l'OFAS et sa nouvelle réforme structurelle qui améliorera la performance, une OFAS qui préfère organiser une conférence sur les coûts de gestion que sur les charges liées à ses propres actes.
Pourquoi ne pas considérer des systèmes de retraite plus performants? Le système chilien? A sa création en 1981, le quart des salariés avait choisi de changer et de préférer le nouveau système élaboré par José Piñera. Trente ans plus tard, 99% des salariés l'ont adopté. Ce n'est pas de l'idéologie: «Lorsqu'on laisse le choix aux salariés sur les placements nécessaires pour financer leur retraite, la majorité fait confiance au marché, même sur un thème central comme la sécurité sociale», écrit l'auteur de cette réforme dans le dernier ouvrage de l'Institut Libéral (1). La performance chilienne devrait faire taire tous ses détracteurs. La valeur des pensions s'est accrue de 50 à 100% entre 30 ans. La rentabilité moyenne s'est élevée à 9,1% par an, soit deux fois supérieure au rendement nécessaire au paiement des retraites (4%).
Certes, la récente crise financière n'a pas épargné les Chiliens. La valeur des fonds de pension a baissé de 22% en 2008, mais elle a rebondi de 27,7% en 2009 (2). Un grand nombre d'épargnants ont d'ailleurs changé de fonds au printemps 2009 au profit des plus risqués.
La réforme serait même responsable du tiers de la croissance économique. Car plus de la moitié de l'épargne, qui représente plus de 100 milliards de dollars (70% du PIB) est réinvestie au plan local (56% en décembre 2009). Or, la croissance économique s'est élevée à 9,8% au premier trimestre 2011 et à 5% de moyenne au cours de la dernière décennie. La presse préfère ne pas en parler. Cela pourrait vanter les mérites d'une économie de marché.
Le fonctionnement est simple: Il prévoit que 10% du salaire d'un employé soit placé sur un compte d'épargne retraite (25% avec le précédent système). Au-delà de 22.000 dollars de salaire annuel, le salarié peut ajouter mensuellement 10% du salaire (déductible des impôts). Il choisit ensuite une société de pension (AFC) parmi les quelque 15 qui sont soumises à la surveillance des autorités.
Avec la réforme, la décision de placement est prise parmi cinq profils de risque. Les sociétés de pension et les fonds d'investissement sont séparés juridiquement. Si une société de pension fait faillite, la fortune des cotisants n'est pas touchée. D'ailleurs le salarié peut librement changer de société de pension, en fonction du rendement, du service ou des commissions. Les instruments lui sont offerts pour faciliter ses choix, y compris la mise à disposition dans chaque filiale d'une AFC d'un terminal d'ordinateur. Il a ainsi accès au compte individuel, et peut définir les paiements nécessaires pour parvenir à son objectif. L'ancien système de répartition ne permettait pas d'exprimer ses préférences.
Avec le système chilien, le retraité moyen obtient une retraite équivalant à 78% du salaire des dix dernières années (contre 50% avec le monopole d'Etat). Et comme le retraité peut disposer du capital dépassant l'«excédent d'épargne» supérieur à 70%, la valeur totale s'élève à 84% des derniers salaires, selon Pinera. Ajoutons que la rente d'invalidité atteint en moyenne 70% et que le nouveau système a conduit à une hausse de 5% des salaires nets.
Le système chilien comporte aussi l'avantage de sortir l'âge de la retraite du champ politique. L'âge légal est de 65 ans pour les hommes et 60 pour les femmes, mais chacun peut décider du moment de sa retraite.
La réforme a été introduite le jour de la fête du travail, le 1er mai 1981, pour célébrer la liberté de définir soi-même son système de retraite», selon José Piñera. Car «l'Etat ne peut être social», affirme Robert Nef (1, p.186), puisqu'une éthique de l'aide mutuelle ne peut se baser que sur un acte volontaire. Un comportement social suppose une société libre et une économie de marché.
La réforme chilienne a retiré les retraites de la liste des conflits démagogiques et politiques. Le niveau des retraites est défini par l'individu et ses choix personnels et non plus le résultat d'une décision du gouvernement et de la pression de groupes d'intérêts.
Pour souligner le pouvoir des idées, José Piñera explique que les représentants du gouvernement chinois sont venus au Chili pour étudier le système. La Chine a rejeté le projet de l'ancien gouverneur de Hong Kong d'établir un système de répartition en déclarant ne pas vouloir implanter à Hong Kong «les idées coûteuses de l'euro-socialisme».
Un système de répartition comme l'AVS brise le lien entre prestation et rémunération, entre responsabilité personnelle et exigence individuelle. A sa place, on rencontre des contributeurs anonymes et des prestataires anonymes, dans une relation sans cesse changeante et non prévisible.
Un système de prévoyance qui fonctionne mal ne peut être juste dans ses conséquences, ainsi que l'affirme Robert Nef. S'il est dans une impasse, rien ne sert d'appuyer sur l'accélérateur et de relever les contributions. Seule une stratégie de retrait est possible.
(1) Sackgasse Sozialstaat; Alternativen zu einem Irrweg, Christian Hoffmann, Pierre Bessard, Edition Liberales Institut, 2011, 216 pages.
(2) www.contrepoints.org
1. Juni 2011