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Photo: La Région Nord Vaudois / Duperrex
On connaît sans doute mieux l’avenue Haldimand que l’homme qui lui a donné son nom. Jean-Néville Dubuis, secrétaire du conseil général de Suchy, s’est lancé dans le pari fou de mieux faire connaître le militaire yverdonnois né en 1718. Plusieurs représentations théâtrales en plein air sont prévues durant le mois de juin, dans le parc d’Entremonts à Yverdon. Rencontre.
Tu as monté une pièce sur Pestalozzi, une autre sur Pierre Viret, maintenant, Haldimand… Est-ce une volonté de révéler les hommes derrière des plaques de rues ?
J’ai joué et fais jouer des dizaines de pièces. Mais c’est vrai que, parmi elles, on trouve souvent un certain goût pour des destins de personnages locaux. Haldimand, c’est sans doute le défi le plus compliqué : faire parler un militaire qui a laissé peu de traces écrites.
Pourquoi lui alors ?
Joël Fillion, un ami comédien du Québec, m’a un jour désigné la plaque de la rue Haldimand en me demandant si je savais qui c’était. Un militaire, ai-je répondu. Oui, me dit-il, mais il a surtout été gouverneur du Québec ! Je n’en savais rien et je trouvais cela intéressant quand on imagine ce que signifient les voyages au XVIIIè siècle. L’idée d’une pièce a ainsi germé en 2011. Un Yverdonnois gouverneur du Québec : ce n’est pas banal ! Après avoir servi la Prusse et la Hollande, Haldimand s’engage en effet en 1756 au service d’Angleterre. Il est successivement gouverneur de la région de Trois-Rivières, avant de passer six ans en Floride, puis devient gouverneur de la province de Québec en 1777. Là, il persuade les colons français qu’il vaut mieux être sous la protection anglaise qu’américaine. Remplacé en 1786, il fait construire la maison de Champ-Pittet, mais ne pourra pas s’y installer : il meurt avant la fin de la construction, en 1791.
Malgré tout cela, on ne connaît pas grand-chose sur Frederick Haldimand, non ?
Les recherches ont été compliquées oui. Je suis allé au Québec pour des vacances studieuses; j’ai aussi eu des contacts avec la British Library qui possède un fonds important avec la correspondance entre Haldimand et son ami Henri Bouquet, un autre Suisse engagé par la couronne anglaise. J’ai reçu 229 pages de leur part et c’était uniquement le catalogue des documents… La bibliothèque militaire fédérale m’a aussi aidé. Mais Haldimand écrivait peu. Et quand il s’est mis à écrire un journal intime, c’est essentiellement pour dire à quelle heure il s’est couché et ce qu’il a mangé. Difficile donc de se faire une image précise à partir de ces sources. Mais j’ai plusieurs indices qui me font penser à un personnage à la philosophie humaniste.
Comment parviens-tu à donner de le chair à ce personnage qui reste entouré de mystères ?
La pièce s’appelle « Haldimand… je me souviens d’Yverdon ! » ; ce n’est pas une biographie mise en scène mais une évocation. Toute la première partie de la pièce évoque l’histoire et la vie d’Yverdon au XVIIIe siècle par le biais d’un Haldimand qui se souvient de son enfance dans la région. Je fais aussi allusion à la difficulté des voyages à l’époque. Et la deuxième partie s’ouvre sur un Noël au Québec.
En somme, tu ne fais pas un documentaire sur Haldimand…
Je ne suis pas un historien, mais un homme de théâtre ; je pense en termes de spectacle. Et d’abord, en termes de spectacle en plein air. J’ai toujours eu la fibre pour le plein air et j’adore que notre plafond soit la voûte étoilée, malgré toutes les contraintes imposées par la météo. Le plein air demande une respiration. Cela signifie aussi une pièce dynamique, populaire, qui veut trouver un équilibre entre apprendre et distraire. Lorsque la ville d’Yverdon m’a proposé le parc d’Entremonts, j’en suis tombé amoureux. J’avais trouvé mon lieu. Et, curieusement, c’est bien après que j’ai appris qu’Haldimand avait vécu dans la maison de ce parc !
Finalement, est-ce plus qu’une pièce de théâtre que tu monteras en juin ?
C’est d’abord une pièce de théâtre, mais je veux faire participer des acrobates de l’école du cirque, des comédiens confirmés et des amateurs, passer aussi des projections sur des écrans. Et il y aura aussi des farces qui seront jouées en divers endroits à Orbe et à Yverdon pour annoncer le spectacle. Ce sont des farces de Thomas-Simon Gueullette, un auteur du XVIIIè, évidemment. C’est un grand projet et je me réjouis des mois à venir.
Thierry Herman
QUELQUES INFORMATIONS
Le spectacle écrit et mis en scène par Jean-Néville Dubuis cherche encore des bénévoles et une partie du financement ! Une campagne de crowdfunding a lieu sur https://wemakeit.com/projects/haldimand-en-scene
Le site officiel est : http://www.haldimand.ch/ ou https://www.facebook.com/haldimand2018/
Les dates ? 14, 15, 16, 20, 22, 23, 27, 28, 29 juin (et quelques dates de réserve si la pluie s’en mêle) Le spectacle de joue à 21h00, mais le parc est ouvert à 18h00 pour découvrir la scène, manger une petite assiette ou boire un verre.