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Une famille féodale portant le nom de Bettens est attestée vers l'an 1100, avec le dénommé Richard de Bettens. Quant au village, l'abbaye du Lac de Joux y possède des biens dès le XIIe siècle et l'hospice du Grand-Saint-Bernard y établit un prieuré rural, mentionné dès 1177 et accompagné d'une chapelle. Au XIV siècle, la famille de Bettens se divise en deux branches qui deviennent vassales de la maison de Cossonay. Au début du XVIe siècle, ces deux branches s'éteignent. L'une des seigneuries, appartenant à Louise de Bettens et à son époux Guillaume de Praroman, est vendue à deux bourgeois de Berne, Pierre Zehnder et Christophe Mannlich, et l'autre, échue à Hugonin d'Arnex, est rachetée par Mayre Gondard d'Echallens et Jean-Louis Loys, seigneur de Marnand. Ainsi, de 1553 à 1570 environ, le village et son territoire sont aux mains de quatre seigneurs. Les Mannlich rachètent peu à peu les différents droits seigneuriaux dont ils finissent, à la fin du XVIIe siècle, par détenir la totalité. En 1751, Georges Mannlich, colonel au service de France, meurt sans héritier mâle et la seigneurie revient à sa fille, Angélique, épouse de David de Saussure, baron de Bercher et seigneur de Bavois-Dessous. Ce dernier, baptisé en 1697 et mort en 1765, est, au cours de sa vie, boursier de Lausanne, membre du Petit Conseil et banneret de cette ville, lieutenant du maréchal de Saxe à Fontenoy et lieutenant-général, puis colonel d'un régiment suisse en France. Après la mort d'Angélique Mannlich, survenue en 1753, ii épouse Anne-Marie dite Marianne de Chandieu, fille du seigneur de Corcelles- le-Jorat, et, en 1758, il se retire à Bettens. En 1753, son fils, Philippe-François-Jacques de Saussure, baptisé en 1727 et mort en 1804, hérite des biens de sa mère dont la seigneurie de Bettens En 1792, il la remet en dot à sa fille, Louise, épouse de Louis Guillaume Mercier, officier aux gardes suisses, qui reste propriétaire du château après la Révolution vaudoise, survenue en 1798. En 1829, le château revient à Philippe Mercier qui le vend, en 1841, à Marc-François Grussel de Bettens, ancêtre des propriétaires actuels. Sous l'Ancien Régime, le village de Bettens dépend du bailliage de Moudon et de la châtellenie Daillens.
Une carte postale envoyée en 1924
Documents historiques concernant le château La première mention d'un édifice situé au lieu dit "En la Riaz", soit à l'emplacement actuel, remonte à 1685, date à laquelle Nicolas Mannlich reconnaît une maison seigneuriale signalée comme "nouvellement construite". Cette maison s'accompagne d'une annexe, servant de four et cave, d'un jardin, d'un petit verger et de dépendances rurales comprenant, en contiguïté, un logement, deux granges et trois étables. En 1756, un acte notarié mentionne des travaux que le maçon Pierre Lebet (ou Debet), originaire de Buttes dans le Val-deTravers, exécute à Bettens pour le compte du baron de Bercher, soit vraissemblablement David de Saussure. Il pourrait s'agir de la reconstruction de la maison seigneuriale sous sa forme actuelle, ce qui correspond à son style architectural et à l'âge donné par le tableau de taxation d'immeubles établi en 1836. Les travaux doivent être terminés en 1758, puisque, à cette date, David de Saussure vient s'installer à Bettens. En 1763, sur un plan cadastral de la commune, le château apparaît tel qu'aujourd'hui, avec une cour fermée de composition symétrique, un verger et un jardin. Au sud du verger se situent les dépendances rurales dont l'affectation est identique à celle décrite en 1685. En 1837, le château, propriété de Philippe Mercier, comprend des logements et la commission de taxation d'immeubles lui donne "plus de 80 ans". Cet âge est repris du tableau des bâtiments dressé en 1836 qui indique 80 ans précis, ce qui nous reporte à 1756, date de la mention des travaux exécutés par le baron de Bercher. En ce qui concerne le rural, il est reconstruit vers 1814 et comporte, en 1837, trois granges, trois écuries, une remise, un battoir à grains et une adjonction pour étables à porcs et bûcher.
Le château de Bettens offre l'aspect d'une maison de maître de style classique, avec des éléments décoratifs caractéristiques, dans le Pays de Vaud, des années 1750-1780 environ . De plan rectangulaire, il comporte un étage sur rez-de-chaussée, coiffé d'une toiture à croupes dont la base est relevée par des coyaux. Les deux façades principales, côté cour (nord-est) et côté jardin (sud-ouest), présentent une organisation tripartite et symétrique, avec un avant-corps central couronné d'un fronton et flanqué de deux pilastres colossaux ornés, sur toute leur hauteur, d'une table rectangulaire lisse et en saillie. Les deux niveaux de l'habitation sont surmontés d'un entablement et séparés, sauf au sud-est, par un cordon formé d'un bandeau sous-tendu d'un quart-de-rond suivi d'un cavet. La façade sur cour, au nord-est, avec l'entrée principale, comprend cinq baies en largeur, disposées selon un rythme de 2-1-2. Les ouvertures du rez-de-chaussée sont en arc surbaissé (porte) et à linteau délardé en arc surbaissé (fenêtres), celles de l'étage étant rectangulaires. L'accent décoratif est mis sur l'avant-corps central, dont le parement est en pierre de taille alors que les arrières-corps sont en maçonnerie crépie, et, plus particulièrement, sur l'axe de la porte d'entrée. Cette dernière est munie d'une belle menuiserie de style Louis XV, avec un heurtoir qui paraît d'origine (soit vers 1756), et d'une clé saillante en forme de volute. Au-dessus, une porte - fenêtre permet d'accéder à un petit balcon sur consoles avec un garde-corps en ferronerie de style Louis XV. Les consoles de ce balcon, de même que la clé saillante de la porte - fenêtre, sont constituées d'une volute ornée d'une palmette. La façade donnant sur le jardin est plus sobre et présente six baies en largeur, disposées selon un rythme de 2-2-2. Ainsi, l'avant-corps central comporte deux ouvertures par niveau, l'axe générale de la composition passant par un trumeau (espace entre deux baies) et non par une ouverture, ce qui reste assez rare dans l'architecture classique, car moins canonique . Seule entorse à la symétrie de cette façade, une porte fenêtre située à l'extrémité sud et assurant une sortie directe sur le jardin depuis la cuisine. Les faces latérales sont plus simples, tout en conservant une ordonnance classique. Celle du sud-est est moins régulière, en raison de percements plus tardifs qui ont quelque peu perturbé sa composition d'origine. Les plans de reconstruction du château de Bettens peuvent être attribués à l'architecte lausannois d'origine française Gabriel Delagrange (1715-1794), que l'on considère comme le meilleur architecte régional de la seconde moitié du XVIIIe siècle et qui a beaucoup construit, tant pour leurs Excellences de Berne que pour des particuliers. On lui doit, entre autre, le grenier (dit "prieuré") d'Orbe (1758-60), le temple de Prilly (1765-66), le château de Corcelles-le-Jorat (1769), le clocher de l'église de Vufflens-la-Ville (1777) et plusieurs maisons privées à Lausanne, Yverdon et Le Locle. Les pilastres colossaux à table rectangulaire colossale, le jeu sur l'alternance de la forme des baies et une certaine liberté face aux modèles classiques sont des éléments caractéristiques de sa manière.
Le plan du château de Bettens offre quelques irrégularités qui pourraient indiquer que l'on a récupéré les bases d'un bâtiment antérieur, soit probablement la maison seigneuriale construite vers 1685. En effet, la face sud-ouest n'est pas placée perpendiculairement par rapport aux façades principales et quelques murs de séparation paraissent un peu épais pour de simples refends. Cependant, en l'absence d'analyses archéologiques, ces constatations restent de pures hypothèses. Au rez-de-chaussée, on accède, par la porte d'entrée, à un hall central d'où part, sur la gauche, l'escalier permettant d'accéder à l'étage, avec un garde-corps en ferronnerie qui pourrait être d'origine. A droite du hall (nord-ouest), on entre dans une chambre à coucher munie d'une cheminée dont le trumeau s'orne d'une peinture (scène de chasse), malheureusement fort sombre, prise dans un cadre de style Louis XV, à courbes et contre-courbes, enjolivé d'une palmette et de motifs typiquement rocailles. Le tout est flanqué de deux panneaux allongés, formant comme des pilastres, que l'on retrouve aux deux cheminées de l'étage. Du côté du jardin, trois pièces en enfilade occupent la largeur du bâtiment. Au sud, la cuisine, avec une belle hotte de cheminée et un évier de pierre dont les angles intérieurs sont coupés par un élément en quart-de-rond. Au centre, la salle à manger, avec un buffet-vaisselier et des boiseries à panneaux rectangulaires à compartiments, qui pourraient dater du XVIIIe, et, à l'ouest, un salon avec des lambris de même type que dans la salle à manger et d'autres, plus tardifs, à pilastres cannelés et panneaux rectangulaire à saillies latérales soulignées de gouttes, dans un style Louis XVI assez tardif, caractéristique du premier quart du XIXe siècle. Ce salon est chauffé au moyen d'une cheminée dont le chambranle, en marbre noir, est orné de motifs rectangulaires, carrés et en losange. L'aménagement de l'étage a été davantage modifié. Il faut tout de même signaler le salon de l'angle occidental, avec une cheminée à chambranle en bois et un trumeau de style Louis XV et l'une des chambres à coucher, côté jardin, dont la cheminée d'esprit Empire (premier quart du XIXe ?), est surmontée d'un trumeau plus ancien, de style Louis XV. Quant à la charpente, elle est à fermes trapézoïdales (système dit "à l'allemande"), avec une sous-faîtière placée au niveau de l'entrait supérieur.
Finalement, l'ensemble du bâtiment a conservé un certain nombre de portes et de fenêtres dont la menuiserie et la serrurerie semblent remonter aux XVIIIe, et XIXe siècles
Le château de Bettens, sous sa forme actuelle, a vraissemblablement été construit vers 1756 pour le compte du baron de Bercher, David de Saussure. De style classique, il présente divers éléments de composition et de décor qui sont caractéristiques de la manière de l'architecte Gabriel Delagrange, à qui l'on peut, par conséquent, attribuer cette oeuvre. Il n'est pas exclu que le château ait récupéré des structures d'un bâtiment antérieur, soit une maison seigneuriale bâtie vers 1685 pour Nicolas Mannlich.
L'aménagement intérieur du château de Bettens a conservé bien des éléments qui pourraient remonter aux années 1750-60 (garde-corps de l'escalier, boiseries à panneaux rectangulaires, cheminées et trumeaux de style Louis XV, charpente ....), avec une reprise vers 1800-1820 (salon du rez-de-chaussée, cheminée d'une des chambres à coucher de l'étage...).
Isabelle ROLAND TEVAEARAI Historienne des monuments
Bibliographie