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Grâce à des entreprises bernoises, Poutine a accès à des machines nécessaires pour la production d’armes et le gouvernement ne s’y intéresse pas.
Le 22 février 2023, le GSsA a organisé une manifestation pour commémorer le début de la guerre de Poutine. Le sujet principal était la livraison d’armes bernoises vers la Russie. Peu après, les deux anciennes secrétaires du GSsA, Rahel Ruch et Seraina Patzen ont déposé une interpellation auprès du Grand Conseil afin de questionner les entreprises qui avaient livré des machines spéciales à la Russie. Le 19 septembre 2023, le Conseil exécutif a publié une réponse on ne peut plus vague. Le gouvernement cantonal avait même attendu que le journal Der Bund s’enquiert de sa position pour condamner la guerre.
L’excellent article du Bund du 20 septembre s’appuie, comme les article de la NZZ et de la WochenZeitung, sur les recherches du Economic Security Council of Ukraine (ESCU), une ONG bien connue. Cette dernière a trouvé qu’en 2018, l’entreprise Fritz Studer AG avait livré deux machines CNC S21 pour 316 millions de roubles à l’usine Kouznetsov à Samara. Cette dernière produit des réacteurs pour des bombardiers stratégiques. L’armée russe utilise aujourd’hui activement ces avions TU-22 en Ukraine. Dans Inform Napalm, une publication en ligne proche du ESCU, on peut lire que la même entreprise a livré une machine CNC S33 au producteur de roquettes Avangard à Moscou en 2019.
Des munitions pour Boutcha
En 2017, l’entreprise biennoise Machining Solutions, filiale de GF, aurait par ailleurs livré une machine CUT 20 P à l’entreprise d’armement IMS en Oudmourtie. Selon l’ESCU, cette dernière produit “86 % des armes de petit calibre en Russie, notamment les pistolets Makarov et Yarygin. Un pistolet de cette entreprise a été retrouvé dans le village de Dymer dans la région de Kiev après le retrait des troupes russes. La population locale est toujours à la recherche de personnes disparues qui avaient été torturées.” La même année, des machines-outils biennoises ont été retrouvées à Ijevsk, dans une usine faisant partie du groupe Kalachnikov.
En 2018 ensuite, GF Machining Solutions aurait livré 23 fraiseuses, 12 centres d’usinage, une machine par enfonçage et une machine CNC à l’entreprise d’armement KPB à Toula, le tout pour 722 millions de roubles. KPB produit entre autres le système de défense aérien Panzir-SI, des missiles guidés, des systèmes de roquettes, des lance-grenades, des fusils de précision, des mitrailleuses, des pistolets et des révolvers. Même après le début de la guerre en Ukraine, l’entreprise biennoise a continué de livrer des biens d’une valeur de 407 millions de francs à Kouznetsov en passant par Galika.
Autre exemple : selon l’ESCU, l’entreprise Sylvalac SA, installée dans le Jura bernois, a livré un système optique d’une valeur de 3 millions de roubles à l’entreprise NPS, une productrice de cartouches pour petits calibres. Cette munition spéciale est utilisée par la garde nationale russe pour son fusil de précision Totchnost, arme qui a également été utilisée durant le massacre de Boutcha en mars 2022. L’ESCU note, quelque peu laconiquement, que “d’une certaine façon, les entreprises suisses ont, elles aussi, participé à la tragédie qui a ravagé la ville”.
Le power play pro-Poutine du PLR
Un article de la NZZ du 12 septembre 2022 nous montre à quel point les livraisons d’armes venant du canton de Berne sont importantes. Dans un dossier intitulé “Machines à double-usage suisses pour l’industrie Russe de l’armement”, Niklas Masuhr, chercheur en sciences militaires écrit : “Les biens à double usage importés jouent un plus grand rôle pour la force de frappe de l’armée russe que les systèmes d’armes déjà construits.”
En principe, suite aux sanctions ayant suivi l’annexion de la Crimée en 2014, le SECO ne souhaitait plus autoriser la livraison de biens à double usage vers la Russie. Le PLR a toutefois fait usage d’un power play massif en faveur d’une “libéralisation”. Ainsi, Karin Keller-Sutter, Conseillère aux Etats à l’époque, a déposé une interpellation en 2015, derrière laquelle se cachait l’entreprise saint-galloise Starrag AG. Celle-ci voulait vendre des machines-outils pour la construction de réacteurs d’avions en Russie. Johan Schneider-Amman, l’entrepreneur bernois et Conseiller fédéral sous l’autorité duquel se trouvait le SECO à l’époque s’opposera à la décision stricte du SECO avec le mot d’ordre: pas de critères de “contrôle idéologique”.