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C'est en fonction du principal matériau utilisé que, en Europe centrale, les préhistoriens désignèrent la période de 800 à 30 av. J.-C. environ du nom d'âge du Fer. Dès 1866, Adolphe Morlot distingua un premier âge du Fer et un second âge du Fer, auxquels on donna en 1874 le nom de deux sites caractéristiques, Hallstatt dans le Salzkammergut autrichien et La Tène au bord du lac de Neuchâtel, respectivement civilisation de Hallstatt pour la période de 800 à 480 et civilisation de La Tène pour la période de 480 à 30 av. J.-C. La notion de Hallstatt n'a pas seulement une signification chronologique, elle est aussi l'expression d'une réalité géographique et culturelle. La recherche qualifie de Protoceltes les populations qui diffusèrent la civilisation de Hallstatt, s'étendant de l'est de la France, par le Moyen Pays suisse et le Jura, jusqu'à l'Allemagne méridionale, la Bohême, la Basse-Autriche et la Slovénie; il s'agit dans tous les cas du substrat d'où émergèrent les Celtes au cours des derniers siècles av. J.-C. La diversité des offrandes funéraires et des modes d'inhumation permet de distinguer deux aires culturelles hallstattiennes, occidentale et orientale. Les préhistoriens se fondent sur l'apparition, avant le milieu du Ve s. av. J.-C. encore, d'un nouveau style ornemental, notamment dans la production métallique, pour fixer le passage à la civilisation de La Tène. Au IVe s. av. J.-C., des changements sont perceptibles dans les coutumes funéraires d'abord, puis finalement dans la structure de l'habitat.
Au cours de la seconde moitié du IXe s. av. J.-C., des changements climatiques entraînèrent l'abandon des sites littoraux du Bronze final. Le déplacement des populations coïncida avec la généralisation de l'usage du fer, qui était alors déjà connu. L'évolution des nouveaux sites de l'âge du Fer sur le Plateau suisse - habitats groupés ou isolés à l'écart des zones humides et inondables - est difficile à appréhender. Il est en revanche possible de suivre, au cours de la période de Hallstatt, des coutumes, un mobilier et une architecture funéraires caractéristiques apparus au Bronze final. Les tombes de cette époque sont marquées par des tumulus plus ou moins visibles qui ont depuis longtemps attiré l'attention, donnant ainsi lieu, vers le milieu du XIXe s., à des fouilles motivées par l'espoir de découvrir un riche mobilier. De nombreux tumulus ont donc été la proie des pilleurs et de chercheurs qui ne disposaient encore d'aucune méthode systématique de fouille, de sauvegarde et de documentation. Au Tessin, les principales nécropoles de l'âge du Fer furent mises au jour lors de la construction de la ligne de chemin de fer du Gothard, et non lors de fouilles archéologiques traditionnelles. Une bonne partie du mobilier a échoué dans un marché des antiquités alors en plein essor.
Si l'on considère le rapport entre trouvailles funéraires et découvertes d'habitats, le Rheintal saint-gallois, le nord et le centre des Grisons ainsi que l'Engadine offrent une image complémentaire au reste de la Suisse. Les vestiges de sites habités y sont en effet la principale source archéologique pour la connaissance de l'âge du Fer, la nécropole de Tamins-Unterm Dorf, à la confluence du Rhin antérieur et du Rhin postérieur, constituant une exception.
Auteur(e): Biljana Schmid-Sikimić / LA
Les méthodes empruntées aux sciences naturelles ne sont pas d'un grand secours pour la datation des découvertes hallstattiennes. S'agissant d'une période relativement courte, la méthode du carbone 14, dont la précision est de plus ou moins cinquante ans, est peu appropriée. Les bois se prêtant à une datation par dendrochronologie sont extrêmement rares et seuls ceux retrouvés dans les sites littoraux les plus récents de l'âge du Bronze ont permis de fixer un terminus post quem au seuil du VIIIe s. av. J.-C. pour le début de Hallstatt. Dans quelques cas isolés, il a été possible de préciser la chronologie par la méthode indirecte du cross-dating, c'est-à-dire à l'aide d'objets datés provenant d'autres régions, principalement de la céramique grecque d'importation.
Les repères de datation absolue restant sommaires, la chronologie relative, qui se fonde sur le mobilier découvert pour distinguer des phases successives, conserve toute sa valeur. Au début du XXe s., le savant allemand Paul Reinecke, l'inventeur de la séquence chronologique qu'il appliqua pour la première fois à l'Europe centrale, voyait dans la précédente civilisation des Champs d'Urnes non seulement un précurseur, mais une phase précoce de la civilisation de Hallstatt, qu'il subdivisa en deux étapes, Hallstatt A et Hallstatt B. La recherche moderne n'a par contre retenu que les étapes C et D, le niveau Ha C correspondant au Hallstatt ancien, le Ha D au Hallstatt final. Dans les régions alpines de la Suisse orientale et méridionale, l'indéniable influence de l'Italie du Nord a nécessité le recours à d'autres modèles chronologiques. La notion de Hallstatt y est l'équivalent du premier âge du Fer (prima età del ferro). Vu que dans cette zone les différences observées entre les vestiges matériels permettent d'isoler géographiquement divers groupes de population, on y applique pour chacun d'entre eux un schéma d'évolution spécifique.
Auteur(e): Biljana Schmid-Sikimić / LA
De même qu'aux époques antérieures, le territoire de la Suisse actuelle connut entre 800 et 480 av. J.-C. une diversité régionale. Le nord du pays se rattachait aux territoires avoisinants de l'Allemagne méridionale, tandis que le nord-ouest, poursuivant les traditions de l'âge du Bronze, s'apparentait à la vallée du Rhin, et le nord-est aux groupes du Hegau et du haut Danube. Ces attributions se fondent sur des comparaisons typologiques de céramique et surtout sur les bijoux et accessoires vestimentaires déposés dans les tombes. La Suisse centrale n'a actuellement livré de découvertes hallstattiennes que dans les cantons de Lucerne et de Zoug. Les trouvailles de l'âge du Fer faites à Amsteg-Flüeli (UR) témoignent peut-être du fait que les cols des Alpes centrales reliant la vallée de la Reuss au Rhin antérieur et au Tessin eurent de l'importance avant le Moyen Age. Il ne s'agit cependant que de quelques fragments de céramique provenant de la région rhénane alpine ou du sud des Alpes.
Pendant la période de Hallstatt, la région des trois lacs subjurassiens continua à offrir, par son potentiel agricole, des conditions favorables à un peuplement dense. Le mobilier découvert atteste l'apparentement étroit du Moyen Pays bernois et de la région des lacs. Le relief peu accidenté, les lacs et les vallées de la Sarine et de l'Aar favorisèrent la circulation et le transport de marchandises en direction du sud, vers le lac Léman, et du nord, vers le Rhin. Les relations de cette région avec l'est de la France, à travers les vallées jurassiennes, ne furent pas moins intenses.
Malgré une évolution culturelle propre, que la recherche actuelle ne peut toutefois identifier que de façon limitée et circonscrite à la métallurgie ("bracelets valaisans"), le Valais entretint durant la période de Hallstatt des contacts avec l'ouest et, à travers les cols alpins, avec le sud. Les vestiges archéologiques, ici aussi presque exclusivement funéraires, révèlent les liens du Bas-Valais et du Chablais vaudois avec la région lémanique, le Jura et le Moyen Pays bernois. En revanche, les tombes et les sépultures mises au jour dans le Haut-Valais portent la marque d'influences méridionales.
Dans le nord des Grisons, la situation était comparable à celle du Valais: la vallée alpine du Rhin et les cols grisons durent jouer un rôle analogue pour le transport et le commerce entre les deux versants des Alpes. Parallèlement, les découvertes attestent la poursuite des relations établies au Bronze final avec l'Engadine et le Tyrol du Sud. Au cours du VIe s., les groupes méridionaux représentant la civilisation de Golasecca étendirent leur influence.
Les vallées méridionales du Tessin et de la Mesolcina se rattachaient intégralement à la civilisation de Golasecca implantée en Lombardie occidentale et dans le Piémont. La Suisse orientale présentait une situation comparable, l'Engadine étant culturellement liée au Tyrol du Sud tout en ayant des échanges avec le nord des Grisons et la vallée alpine du Rhin.
Auteur(e): Biljana Schmid-Sikimić / LA
Le Moyen Pays et la région des lacs subjurassiens étaient densément peuplés. Dans les Alpes, ce sont surtout les vallées des grands cours d'eau (Rhône, Rhin, Inn) qui attirèrent la colonisation. En montagne, les villages s'établirent de préférence sur des hauteurs et des éperons rocheux offrant une protection contre les crues et les avalanches. Dans le Rheintal saint-gallois, les inondations, fréquentes durant la préhistoire, jouèrent un rôle prépondérant dans le choix de sites de hauteur. Les découvertes de Scuol-Munt Baselgia (Basse-Engadine), Lantsch-Bot da Loz ou Oberriet-Montlingerberg (Rheintal) montrent toutefois que la qualité défensive n'était pas le seul critère pour le choix d'un site à l'âge du Bronze et à l'âge du Fer. La proximité de sols fertiles, l'approvisionnement en eau, le climat local et la situation stratégique sur les axes de passage jouaient un rôle tout aussi décisif.
Le Moyen Pays a également livré des vestiges d'habitats de hauteur: Sissach-Burgenrain, Wittnau-Wittnauer Horn, Zurich-Üetliberg, Zoug-Baarburg et Posieux-Châtillon-sur-Glâne. La quantité de tumulus découverts dans le Moyen Pays et dans le Jura permet de supposer que le nombre total de sites habités était considérablement plus élevé que celui des sites de hauteur identifiés, dont l'emplacement était principalement déterminé par le tracé des voies de circulation. Ainsi, de petits sites ruraux, établis surtout sur des terrasses ou dans des vallées, commencent à peine à être étudiés. Les villages de Frasses-Praz au Doux ou Fällanden-Fröschbach, de même que d'autres découvertes de Suisse occidentale comme Avenches-En Chaplix, Faoug-Derrière-le-Chaney ou Marin-Epagnier-Les Bourguignonnes, en sont quelques exemples. Les sites de vallée, qui sont l'équivalent alpin des villages du Moyen Pays, sont moins fréquents: Brigue-Glis-Waldmatte et Coire-Welschdörfli comptent parmi les rares exemples connus.
Auteur(e): Biljana Schmid-Sikimić / LA
Les changements qui affectèrent le climat et l'environnement au IXe et au VIIIe s. av. J.-C. sont à l'origine du déplacement de l'habitat, mais n'ont probablement pas causé de crises profondes propres à bouleverser la structure économique ou sociale. Il semble en être allé de même avec l'introduction du fer et de sa technologie. La nouvelle matière première, malgré ses qualités, ne fut d'abord que timidement adoptée. Un des avantages du fer était que sa mise en œuvre n'exigeait pas le recours à des composants qui devaient être importés de régions lointaines, comme l'étain pour le bronze. En outre, le minerai de fer est beaucoup plus répandu en Suisse que le cuivre nécessaire à l'alliage du bronze, et ses gisements ne sont pas confinés à la région alpine. Mais en dépit de la présence abondante du minerai, il n'existe sur le territoire de la Suisse actuelle aucun indice de sa réduction (transformation du minerai en fer métallique) ou four de fusion pour la période de Hallstatt. L'importante quantité d'objets de fer amène toutefois les archéologues à supposer l'existence de forges au Hallstatt ancien déjà; des scories à haute teneur en fer découvertes dans les sites habités de Russikon-Furtbüel et de Neukirch-Tobeläcker sont les indices d'activité de forgerons.
Le fer, par la dureté, mais aussi l'élasticité et donc la longévité que lui conférait le forgeage, se prêtait particulièrement bien à la fabrication d'armes, d'outils ou de pièces de char. En revanche, le fer était rarement utilisé pour les parures et les accessoires vestimentaires tels que bracelets, colliers, épingles, fibules ou boucles de ceinture. Pendant la période de Hallstatt, tant au nord qu'au sud des Alpes, le fer resta réservé aux hommes, et il fut d'abord l'expression d'un statut. Ce n'est qu'au second âge du Fer que son usage commercial se généralisa.
Le fer ne réussit jamais à évincer totalement le bronze, qui restait le métal le plus approprié pour les bijoux, les bracelets, les colliers ou les fibules coulées dans des moules, mais aussi pour les vases en métal repoussé et pour les larges plaques de ceinture décorées. Les coupes et les bassins de bronze tels ceux découverts à Corminbœuf-Bois Murat, Wohlen-Hohbühl ou Zollikon-Fünfbühl, étaient des produits de luxe destinés à satisfaire les besoins d'une élite sociale. Il en est de même des situles et des cistes, récipients de bronze fabriqués probablement au sud des Alpes. L'impressionnante découverte d'un dépôt de 3800 objets de bronze à Arbedo atteste l'importance que conservait ce métal et l'intérêt qu'il y avait à le récupérer. Mais au nord des Alpes, aucun dépôt du premier âge du Fer n'a été mis au jour.
Les sépultures richement dotées de l'élite sociale contenant des chars en bois et métal à quatre roues, avec des parties de brides, donnent de précieux renseignements sur l'habileté manuelle des charrons, des armuriers et des orfèvres. Les poignards de fer à manche et fourreau en divers matériaux et ornés selon diverses techniques, les torques ou les bracelets prennent place dans le même environnement social. L'art hallstattien du métal, comme à l'âge du Bronze déjà, se caractérise par un style géométrique. Les motifs figurés sur des bronzes repoussés, fort appréciés dans l'aire hallstattienne orientale et dans l'aire méditerranéenne, restèrent l'exception au nord des Alpes et dans les vallées du versant sud des Alpes. Les représentations d'hommes ou d'animaux apparaissent sous une forme stylisée.
Le travail du bronze connut une innovation avec l'apparition du tour, dont l'existence est déduite de l'examen des faisceaux de lignes très exactement gravés sur des brassards-tonnelets (Tonnenarmbänder, ornements en tôle de bronze pouvant atteindre vingt centimètres de largeur). Les bracelets en sapropélite, apparentés par leur forme aux brassards-tonnelets, étaient probablement aussi fabriqués au tour.
Vers la fin de la période de Hallstatt, l'adoption du tour de potier marqua un transfert progressif de la production de céramique du domaine domestique vers des ateliers spécialisés. Au début, cette technique ne fut utilisée que pour la fabrication de vaisselle de table (coupes, gobelets et bouteilles) alors que la production destinée au commerce restait fabriquée à la main.
Les campagnes créées sur le Moyen Pays par les défrichements des siècles précédents et l'amendement des sols au moyen des fumures produites par l'élevage intensif de bétail eurent des effets positifs sur la culture des céréales et des herbages au nord des Alpes. Il reste toutefois à vérifier si, dans ces conditions favorables, l'agriculture et l'élevage furent réellement capables d'engendrer des excédents qui furent échangés contre des marchandises, et dans quelle mesure ces marchés constituèrent la base de la prospérité observée durant la période de Hallstatt.
Auteur(e): Biljana Schmid-Sikimić / LA
Vers 600 av. J.-C., la fondation de la colonie grecque de Massalia (Marseille), à l'embouchure du Rhône, et la pénétration des Etrusques dans la plaine du Pô eurent pour conséquence l'établissement ou l'intensification des relations avec les régions situées au nord des Alpes. Les objets d'importation méridionale attestent ces contacts dès le VIIe s. av. J.-C., et l'on admet que les objets de luxe, représentés en faible quantité, étaient des cadeaux de prestige servant à s'assurer la loyauté de leur destinataire. Le collier d'or du tumulus d'Anet, le pendentif d'or de Jegenstorf et l'hydrie de la tombe à char de Meikirch-Grächwil en sont des exemples.
Certains sites, généralement des hauteurs fortifiées, sont interprétés comme des chefs-lieux qui, par leur fonction de marchés et de places de transbordement avantageusement situés, semblent avoir non seulement assuré l'approvisionnement des régions environnantes, mais aussi avoir été raccordés aux grandes voies commerciales. Le promontoire de Châtillon-sur-Glâne, par exemple, a livré des fragments de vases de Massalia et de céramique attique (Grèce); sur l'Üetliberg, près de Zurich, et sur le Baarburg, près de Zoug, ont également été découverts des tessons de céramique grecque. Outre le vin et l'huile, dont la présence est prouvée par les vases à boire et par les contenants qui servaient à son transport (amphores), le commerce lointain apportait dans les régions alpines, et plus au nord encore, du corail extrait des bancs de la Méditerranée occidentale ou de l'Adriatique.
Depuis l'Italie, des voies directes menaient vers le nord par les Alpes. Il n'est pas possible d'expliquer autrement l'émergence, dès le début du VIe s., de nombreux sites habités au Tessin et surtout en Lombardie (civilisation de Golasecca) le long des voies d'eau et des routes de franchissement des Alpes. La Suisse méridionale, avec un sol pauvre en matières premières et une agriculture aux possibilités limitées, semble devoir sa prospérité d'alors à sa participation au trafic et au commerce transalpins dont témoigne l'étonnante diversité rencontrée dans les ustensiles et les bijoux de bronze, voire de corail et d'ambre. Les produits fabriqués dans les régions rattachées à la civilisation de Golasecca et découverts dans des sites habités et des cimetières alpins (Brigue-Glis-Waldmatte, Saint-Nicolas, Coire-Welschdörfli et Tamins-Unterm Dorf) ou au nord des Alpes (Fehraltorf-Lochweid) montrent que ces groupes de population jouèrent un certain rôle d'intermédiaire entre le nord et le sud. En revanche, les objets métalliques en provenance des Alpes méridionales (principalement des éléments d'habillement ou de parure) arrivèrent plutôt avec les hommes qui les portaient que comme marchandises importées.
Auteur(e): Biljana Schmid-Sikimić / LA
Dans le nord, l'ouest et l'est de la Suisse, la variété des aménagements funéraires est un reflet de la diversité des statuts dans la société hallstattienne. Ainsi la présence ou l'absence de char, d'objets d'importation méditerranéens, d'or, de vases métalliques ou d'armes (épées, plus tard poignards et lances) amène à distinguer plusieurs classes parmi les sépultures masculines des tumulus. Dans plusieurs cas, les tombes des femmes des couches sociales les plus élevées étaient aussi richement dotées que celles de leurs maris. Il semble que dans le nord-est de la Suisse, le dépôt d'un vase de bronze était plus fréquent dans les tombes féminines, qu'il s'agisse d'une situle, d'une ciste à cordons ou d'un chaudron (Wohlen-Hohbühl, Russikon-Eggbühl, Bonstetten-Gibel, Zollikon-Fünfbühl). La femme inhumée dans la tombe à char de Gunzwil-Adiswil-Bettlisacker, munie d'ornements de coiffure, de colliers, de bracelets et d'anneaux de cheville en or, jais, ambre et bronze, appartenait certainement à la classe sociale la plus élevée. Même les mobiliers funéraires les plus modestes de Suisse occidentale, orientale ou centrale, où l'on recense "seulement" des accessoires d'habillement et des bijoux, ne doivent nullement être qualifiés de pauvres: ils appartenaient à des représentants d'une classe sociale jouissant pour le moins d'un certain bien-être. Quant aux tombes des défunts de condition plus modeste, leur emplacement est présumé en dehors des tumulus, dans des zones qui, jusqu'à ce jour, ont été peu touchées par des investigations archéologiques.
La situation des tombes, isolées au centre d'un tumulus ou comme inhumation ultérieure dans le remblai, constitue également un critère d'appréciation, toutefois seulement pour la phase du Hallstatt final. Auparavant, les sépultures regroupées étaient marquées chacune par un tertre plus ou moins visible (Unterlunkhofen-Im Bärhau). Ce n'est qu'à partir de la fin du VIIe s. que l'on connaît de grands tumulus abritant, en plus de la tombe principale au centre, d'autres sépultures de membres d'un même clan (Thunstetten-Tannwäldli, Wohlen-Hohbühl).
Les tombes les plus richement dotées témoignent de l'existence d'une élite sociale dont le niveau de vie permettait de produire des excédents et d'exhiber ostensiblement des objets précieux et des biens importés de la région méditerranéenne. Reprenant un modèle social emprunté au Moyen Age, de nombreux chercheurs ont qualifié de "princes" les défunts inhumés dans ces éminentes sépultures, et de "résidences princières" les hauteurs fortifiées où sont attestées des importations du commerce lointain, en particulier de la céramique grecque. Ce schéma d'interprétation est aujourd'hui remis en question. Il s'avère en effet que la relation spatiale entre une "résidence princière" et une chambre funéraire richement dotée est rarement établie. La tombe d'Eberdingen-Hochdorf (Bade-Wurtemberg), l'une des plus riches de l'aire hallstattienne occidentale, marquée par un imposant tertre de terre et de pierres, voisine avec un site rural ouvert dont la forme et la dimension ne conviennent aucunement à l'image que l'on peut se faire d'une "résidence princière".
En Suisse méridionale, où les types de dépôts funéraires ne présentent pas de différences frappantes de l'un à l'autre, les possibilités de hiérarchisation sociale des sépultures sont limitées. Là où les différences existent, elles se réfèrent plutôt au sexe qu'au rang social du défunt. Il serait toutefois prématuré d'en déduire une structure sociale égalitaire. Le dépôt d'un vase métallique - même s'il s'agit le plus souvent d'une urne cinéraire - dans les tombes masculines (Mesocco-Coop) est par exemple un indice de l'appartenance à une classe élevée, de même que chez les femmes la présence d'un collier qui peut compter jusqu'à quatre-vingts perles d'ambre.
Auteur(e): Biljana Schmid-Sikimić / LA