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Dans La Nouvelle Héloïse, on peut lire, au sein d'une lettre que Julie adresse à Saint-Preux: Tu reçus du ciel cet heureux penchant à tout ce qui est honnête: n'écoute que tes propres désirs, ne suis que tes inclinations, naturelles. On reconnaît l'idée de l'être parfait que Rousseau plaçait dans la nature. Peut-être était-elle liée à celle de la prédestination, que défendait Calvin. Certes, Rousseau admettait que la nature était souvent corrompue par l'homme - qui la polluait de ses projets fantastiques -, et dans une autre lettre de Julie, on peut lire le reproche que Saint-Preux croit trop qu'il peut faire le bien sans se fatiguer, parce qu'à ses propres yeux, ce qu'il veut est toujours bien en soi; mais finalement, il retrouvera sa vraie nature fondamentale en respectant le choix de Julie de se marier avec un autre, que l'auteur de ses jours - son père - lui impose! L'autorité sacrée du père était également un principe énoncé par Calvin.
Pour Rousseau, la vraie nature de l'être humain le poussait à retrouver l'état édénique, et l'union d'un homme et d'une femme sous le regard de Dieu! Il suffisait de mettre à jour cette image tapie au fond de l'âme: il était persuadé que le récit d'Adam et Ève renvoyait à l'état de nature. Pourtant, selon quelques commentateurs, cet épisode symbolique renvoie à un état antérieur à celui de l'être humain corporel: les deux personnages expriment des états intérieurs, indépendamment de la chair. Louis-Claude de Saint-Martin voyait les choses ainsi. Joseph de Maistre, sans doute, a critiqué les spéculations qu'on pouvait faire au sujet de l'expression de la Bible selon laquelle Dieu a donné à Adam et Ève des habits de peau; mais il n'en admettait pas moins que le monde physique était d'emblée une dégradation, que l'être humain n'était pur que dans le sein de Dieu, et saint Augustin regardait aussi toute naissance comme marquée par le péché: la matière faisait choir l'être humain.
François de Sales, pareillement, estimait que le Ciel était la vraie patrie de l'âme; que la nature de l'âme était céleste.
On sait que Rousseau était fasciné par les plantes: ne sont-elles pas chastes tout en ayant la faculté de se reproduire? Il admirait les bons sauvages, et les Indiens d'Amérique disaient qu'à l'aube des temps, l'homme était mêlé à la fleur - au règne végétal: cela a peut-être un rapport! Mais Rousseau n'a jamais été aussi imagé: il se l'interdisait. Il ne voulait admirer que la pure nature des Romains historiques; à ses yeux, ils matérialisaient la Vertu. Il osa même prétendre qu'ils agissaient mieux que leurs propres dieux! Ils étaient plus en symbiose avec la nature, sans doute! Une telle idée eût fait bondir Platon; il faut avouer qu'elle est un peu ridicule. Rousseau croyait vraiment qu'il existait des nations incarnant la perfection. Saint-Preux pouvait en être!