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Tour de Suisse: Marie Velardi

Le cadran d’une horloge est le centre autour duquel la structure du Désorientateur temporel est construite; à partir de celui-ci se développe une spirale constituée par les dénominations des ères géologiques, disposées en ordre chronologique, qui aboutit à la période actuelle. Les calendriers grégorien, musulman et hindou sont représentés par des séries de dates, chacune d’une couleur différente, qui créent des courbes qui semblent pousser depuis le cadran de l’horloge vers l’extérieur de l’installation. Cette construction du temps en spirale correspond à un modèle géologique qui permet de représenter le caractère cyclique et l’évolution de la biodiversité durant les âges, avec un point de départ central qui se développe de façon de plus en plus articulée et multiple, comme les ramifications des racines d’un arbre renversé.
L’ensemble de chiffres et de mots qui s’entremêlent dans l’installation a sur le spectateur un effet de désorientation.
Le Désorientateur temporel ne constitue pas une exception dans le travail de l’artiste genevoise, qui fait de la réflexion sur les notions de temps, de futur, de relations entre différentes temporalités un des nœuds fondamentaux de sa pratique artistique. Par exemple, dans sa recherche et son travail intitulé Futurs Antérieurs, XXIe siècle / Future Perfect, 21st Century (2006-[en cours]), elle cherche dans des sources de science-fiction les espoirs et les craintes imaginés pour le XXIe siècle.
L’œuvre Futurs Antérieurs, XXIe siècle est un recueil d’événements imaginés pour le XXIe siècle dans les romans de science-fiction, disposés sur une ligne du temps. Malgré l’apparence linéaire de ces projections, le lecteur s’aperçoit que des éléments contradictoires se suivent. Cette œuvre emblématique du travail de l’artiste, qu’elle continue à mettre à jour, explore les diverses perceptions du futur selon les contextes culturels : chaque époque, chaque environnement produit des attentes, des images de l’avenir. Le futur se définit alors comme un projet commun en réécriture permanente, partagé par tous ceux qui sont insérés dans le même contexte. Marie Velardi propose dans cette œuvre un voyage multidirectionnel dans le temps : les limites entre différentes temporalités deviennent floues et rendent possible une conversation entre elles.
Une façon, pour cette artiste, de s’intéresser aux relations entre les différentes temporalités passe aussi par l’écologie, en tant qu’étude des conditions d’existence des êtres vivants, de leurs relations entre eux et avec leur environnement – la Terre – ainsi que leurs actions et les effets qui en découlent. Dans son travail, des projections hypothétiques permettent de représenter des changements des conditions de vie sur la Terre, et des visions sur le long terme. Les images qu’elle propose n’ont pas d’implications morales : il n’y a pas, dans sa pratique artistique, la volonté de critiquer ou d’imposer des idéaux. Loin de donner des réponses univoques à la grande question du futur, ou d’en donner une vision déterministe, Marie Velardi partage une multiplicité de projections, dans le désir d’ouvrir le champ des possibles.
Par une pratique multiforme – qui se développe souvent en dialogue avec les lieux et les contextes d’exposition – cette artiste donne des formes sensibles aux relations avec d’autres temporalités, à la réflexion sur notre époque, à l’ouverture et aux multiples possibilités dont le futur est constitué et à partir desquelles on peut construire un avenir.
Texte: Emilia Colciaghi
Publié dans le cadre du cours Tour de Suisse. L’art et ses institutions en Suisse, une collaboration entre l’Institut d’histoire de l’art de l’Université de Zurich et du Domaine d’Histoire de l’art de l’Université de Fribourg, avec le soutien de la Fondation Boner pour l’art et la culture.
Marie Velardi, „Impermanences n°7“, 2015, dessin au crayon et à lʼaquarelle liquide sur papier, 48 x 36 cm.
«Future Perfect, 21st Century», 2006-2014, impression laser et textes manuscrits sur papier, 41 x 551 cm, avec table lumineuse. Vue d’exposition: «Whorled Explorations», Kochi-Muziris Biennale 2014, Curated By Jitish Kallat (12.12.2014 – 29.03.2015), Kochi, Inde. Photo: Kochi-Muziris Foundation
Marie-Velardi, „Terre-Mer (Venezia)“, 2014, crayon et aquarelle sur papier, 75 x 109 cm.
Artikel auf Swiss Art Awards Journal