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Critique
"Réalisatrice indienne née en 1949, Deepa Mehta propose ici le dernier long métrage d'une trilogie comprenant déjà FIRE (Feu, 1996) et EARTH (Terre, 1998). L'action - si l'on peut dire, tant le rythme du film est lent pour des spectateurs occidentaux -, tournée au Sri Lanka, se déroule dans l'Inde de 1938, encore sous domination anglaise mais travaillée par les idées; elle commence par une citation d'un livre sacré vieux de plus de 200 ans selon laquelle une veuve survivant à son mari dans la chasteté gagne le paradis alors que si elle refait sa vie, elle se réincarnera dans le corps d'un chacal...
C'est le temps, pas encore révolu aujourd'hui, où des fillettes sont mariées à des hommes beaucoup plus âgés qu'elles. On suit le destin de l'une d'entre elles, devenue veuve à 7 ans et placée dans une maison où sont cloîtrées des femmes de tout âge, sous la férule d'une matrone tenant davantage de la mère maquerelle que de l'assistante sociale, car elle envoie certaines de ses pensionnaires passer la nuit chez de riches bourgeois. Et l'on assiste au choc entre tradition et croyances désuètes avec l'émergence d'idées plus modernes. Un carton précédant le générique de fin informe le spectateur que, selon un recensement de 2001, quelque 30 millions de veuves indiennes vivent toujours dans un état de déréliction et de soumission invraisemblable et dans des conditions matérielles indignes. On comprend que les autorités du pays se soient opposées au tournage de ce film, pour lequel George Lucas a pris fait et cause.
On serait tenté de dire que le message ne nous concerne pas au premier chef, encore que... Toujours est-il que WATER (allusion à l'eau sacrée du Gange et aux purifications lustrales) présente quelques beaux portraits de femmes: le cheminement de l'une d'entre elles du fatalisme à la découverte des thèses progressistes de Gandhi; l'amour d'une autre pour un jeune juriste à l'esprit ouvert qu'elle s'apprête à épouser jusqu'au moment où elle constate qu'il est le fils d'un de ses ""clients""; la fillette qui, dans sa candeur, navigue comme elle peut entre de nombreux écueils.
Le film aurait gagné à être raccourci (la mise en place jusqu'aux vingt dernières minutes très poignantes est décidément trop longue), mais il est autrement plus profond que les produits bollywoodiens formatés par leurs chants et leurs danses pour le public occidental. Il n'est pas étonnant qu'il ait glané plusieurs distinctions, notamment trois prix aux Génie Awards 2006 d'Ontario (photographie, musique - avec Anushka Shankar -, interprétation de Seema Biswas)."
Daniel Grivel