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Des décennies d'incitations inopportunes entraînent l'agriculture suisse dans un gouffre économique
La valeur ajoutée et la rentabilité de l'agriculture suisse occupent le bas du classement en comparaison internationale. Les facteurs principaux sont les incitations inopportunes créées par de fortes subventions et le soutien aux prix. Parce que la Confédération publie dans ses statistiques chaque fois des chiffres maquillés sur la situation économique de l'agriculture, les politiques et le public ont jusqu'à présent à peine réalisé l'ampleur réelle du désastre.
Pendant des décennies, des incitations inopportunes très fortes, en comparaison internationale, sous forme de subventions, ont entraîné l'agriculture suisse dans une dépendance totale face à l'État et l'industrie.
En 2009, l'agriculture suisse n'a pour la première fois gagné aucun centime de sa production. Depuis, les coûts de la consommation intermédiaire, comme ceux du fourrage, de l'énergie et des machines, dépassent les recettes provenant de la production. Dans ce calcul n'est même pas intégré le soutien au marché assumé par les consommateurs à travers la protection aux frontières. S'il était inclus, les exploitations agricoles suisses inscriraient aujourd'hui environ deux milliards de pertes avant de s'être versé un salaire. C'est ce que montrent les analyses de Vision Landwirtschaft. La Confédération publie en revanche à ce jour des chiffres massivement embellis.
Les subventions ne maintiennent pas seulement en vie des structures non rentables, mais elles favorisent même activement une production toujours plus intensive et particulièrement non rentable, dont les coûts continuent à augmenter plus fortement que les augmentations des profits et que les recettes de ses propres produits. L'agriculture est devenue une passoire. Ses rentrées d'argent alimentent en fin de compte totalement la branche en aval. Des groupes agro-alimentaires voient leur chiffre d'affaires augmenter d'année en année. Et parallèlement surgissent des dommages environnementaux massifs dûs à l'utilisation élevée de technologie et de matières auxiliaires.
Poursuivre la politique actuelle serait économiquement irresponsable. Les chiffres et les faits sont sur la table. Vision Landwirtschaft revendique pour 2021 une correction en profondeur de la politique agricole.
Contributions sur ce thème
ECO SRF / AGROSCOPE / 25.9. 2017
Production laitière: gagner plus avec moins d’aliments concentrés et plus de pâturage
Ce que Vision Agriculture avait montré en 2016 dans une Fiche Info, a maintenant été confirmé par Agroscope dans des analyses détaillées d’exploitations: la production laitière pourrait être beaucoup plus efficace, plus respectueuse de l’environnement et plus rentable dans de nombreuses exploitations suisses, en donnant moins d’aliments concentrés et en renforçant le pâturage. Ce n’est cependant pas adapté pour les races performantes. C’est l’une des raisons pour lesquelles une petite minorité d’exploitants commencent à produire du lait de cette manière. ECO fait état des efforts pour l’élevage d’une "nouvelle vache suisse" dans un reportage.
Agriculture : pourquoi la réduction des pesticides est possible
La thématique des pesticides est au cœur des préoccupations de nos voisins français. Quelques jours après la publication des résultats navrants des statistiques nationales sur ce sujet, une étude, basée sur le monitoring de nombreuses fermes témoins, montre qu'une forte réduction du recours aux pesticides n'entame pas la productivité. La proportion de 42% est même avancée. Pour rappel, les chiffres du plan de réduction des pesticides en Suisse sont du même ordre de grandeur, ceci pour les mesures à court terme !
Smart Farming: une issue contre le manque de valeur ajoutée?
Machines d’alimentation pour le bétail, drones appliquant automatiquement des pesticides, robots de désherbage: "Smart Farming" promet de nouvelles perspectives à l’agriculture. Une conférence à Agroscope a montré tout ce qui est possible aujourd’hui. L’avenir montrera si la nouvelle technologie aidera les agriculteurs à créer de la valeur ajoutée et assurer un développement durable, ou si elle va rendre l’agriculture encore plus coûteuse et non rentable. Une euphorie serait en tout cas prématurée. Dans un article dans la NZZ, Vision Agriculture plaide en faveur d’une retenue. C’est à chaque exploitant de décider s’il veut s’en remettre encore plus à l’industrie pour son travail et sa valeur ajoutée.
La valeur ajoutée de l’agriculture plonge dans les chiffres rouges
La valeur ajoutée produite par l’agriculture suisse est en queue de peloton sur le plan international. En comparaison avec l’année précédente, les chiffres du Rapport agricole 2015 indique une diminution de 15% pour se situer à 1.8 milliards de francs. Cependant, les chiffres de la Confédération ne reflètent qu’une partie de la réalité, car ils considèrent le soutien des prix comme partie intégrante de la valeur ajoutée. Le déficit compensé par ce soutien s’est en réalité empiré pour passer de 1.5 milliard de francs en 2014 à 2.3 milliards pour 2015.
(VL) La nouvelle mouture du Rapport agricole est sortie ce mardi. L’année agricole 2015 a été bien en retrait par rapport aux bons résultats de 2014. Les résultats officiels fournis par l’Office fédéral de la statistique (OFS) indiquent une valeur générale de la production de 10.1 milliards de francs (-6%) et une valeur ajoutée de 1.8 milliard (-15%). Selon les calculs de l’OFS, la valeur ajoutée est en recul de 300 millions par rapport à l’année précédente. Selon l’Institut fédéral de recherche Agroscope, ce recul s’explique par la chute des prix du lait et de la viande de porc, ainsi qu’une production végétale en baisse à cause de l’été sec.
Ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité économique, car la production bénéficie d’un fort soutien au prix. Ce soutien, supporté par les consommateurs et les contribuables, est considéré comme faisant partie intégrante de la valeur ajoutée de l’agriculture. Ceci contribue également à exagérer le rôle que joue l’agriculture suisse dans l’économie nationale. En parallèle, les bénéfices générés pour notre société par l’agriculture sont passés sous silence, mais aussi les externalités comme certaines pollutions. Ces différentes raisons avaient poussé Vision Agriculture à calculer toute une série d’indices selon la méthodologie définie par l’OCDE pour l’année 2014 (voir Fiche Info n°6). Voici donc la suite de ces résultats pour l’année 2015.
La véritable valeur ajoutée a diminué d’un milliard de francs
La valeur de la production agricole de 2015, convertie aux prix européens, a diminué de 1.2 milliard par rapport à l’année précédente (-19%). Pour des produits suisses qui ont atteint une valeur de 10.1 milliards de francs sur le marché national, grâce aux soutiens au prix, des acheteurs étrangers auraient payé de 5.5 milliards pour des produits équivalents. L’une des cause de ce recul drastique se trouve aussi dans l’abandon par la Banque Nationale en janvier 2015 du taux plancher de conversion de 1.20 franc pour un euro. De ce fait, les coûts de productions sont 85% plus élevés en Suisse qu’à l’étranger, selon l’OCDE, alors qu’il ne l’était que de 59% l’année précédente. La dernière fois que cette différence était aussi importante date d’il y a 10 ans.
La valeur effective du service rendu à la population par l’agriculture a progressé de quelques 200 millions et s’élève actuellement à 1.4 milliard (+16%). La majeure partie de cette haute est due aux contributions à l’estivage (+96 millions) ainsi qu’aux contributions à la qualité du paysage (+55 millions). Il est à noter que cette augmentation n’est pas liée aux contributions de transition. Cependant, l’agriculture ne génère pas que des bénéfices pour notre société, mais cause aussi des externalités supportée par la population. Il n’y a aucune évidence que ces coûts aient récemment évolués de manière significatives et la valeur de 0.9 milliard de francs pour toujours être considérée comme valable.
L’une des raisons de ces coûts élevés de l’agriculture suisse est « la valeur ajoutée de sa multifonctionnalité », ainsi que la valeur ajoutée nette des services rendus à la population, qui combinés génère un coût de 2.3 milliards de francs et font plonger les chiffres dans le rouge. La valeur totale est constituée d’un part par la valeur marchande des biens produits (5.5 milliards) et les services rendus à la population (1.4 milliards) et d’autre part par les externalités supporté par la société (-0.9 milliard), les achats des moyens de production (-6.2 milliards) et les amortissements (-2.0 milliards). La balance de la valeur ajoutée nette est donc moins élevée de 800 millions de francs que l’année précédente.
Le soutien des consommateurs s’est accru de 800 millions de francs
Cette différence de prix, énorme en comparaison étrangère, signifie aussi que le soutien des consommateurs pour l’agriculture s’est fortement accru en 2015. Toujours selon les chiffres de l’OCDE, ce soutien s’est élevé à 4.4 milliards de francs (3.6 Mia pour l’année précédente). Le soutien total dont a bénéficié l’agriculture en 2015 s’élève à 8.2 milliards (7.4 Mia pour 2014) si l’on compte les subventions versées par la Confédération et financées par les contribuables. Les soutiens indirects par le protectionnisme à la frontière dépassent même ces soutiens directs, comme le prouve le budget fédéral. Cependant, ces 8.2 milliards ne sont pas que des subventions, au sens strict de l’OCDE (paiement sans contrepartie). Une portion de ces paiements va effectivement pour des services rendus à la population ainsi qu’à la gestion administrative des exploitations. Si ces valeurs sont soustraites des données de l’OCDE et les coûts externes ajoutés (comme soutien externe indirect), la valeur de ce soutien n’a pas de contrepartie. Et ce montant est passé de 6.8 à 7.4 milliards entre 2014 et 2015 (+8.4%).
En toute logique, le niveau des services rendus à la population devrait être proportionnel aux dépenses fédérales en matière d’agriculture. Sur l’entier des paiements directs (2.8 Mia) versé en 2015, 48% sont destinés à des services pour la population (43% en 2014). Dans le budget agricole total (3.4 Mia), 42% sont consacrés aux paiements de services rendus à la population, tandis que 43% sont consacrés à la production de nourriture et d’autres biens. De manière générale, plus de la moitié de l’argent dépensé par la Confédération pour l’agriculture, sous diverses formes de soutien, l’est en fait sans contrepartie.
L’agriculture perd pendant que l’industrie gagne
Les chiffres montrent que la situation économique réelle de l’agriculture suisse a continué à se détériorer. Et ceci passe inaperçu parce que la Confédération ne présente qu’une version partiale des réalités économiques de l’agriculture, ce qui a pour effet d’embellir la situation. Dans les faits, la valeur ajoutée de l’agriculture suisse est extrêmement négative, ce qui aurait de quoi inquiéter en comparaison internationale. De plus, la situation continue de se détériorer, conséquence d’une politique agricole chaotique ces dernières années.
La valeur ajoutée de l’agriculture restera négative ces prochaines années tant qu’une réforme en profondeur de la politique agricole ne sera pas entreprise. Cette valeur négative est l’expression pure et simple d’une production beaucoup trop intensive. Les investissements colossaux en machine, en aliments concentrés et en énergie augmentent considérablement les coûts, bien plus que ce que peuvent compenser les gains additionnels générés par l’augmentation de la productivité.
La situation catastrophique de la valeur ajoutée est causée par une agriculture très intensive, motivée par des incitations à la production directes ou indirectes. On y trouve pêle-mêle des primes par kilo de lait, par hectare de betteraves, par kilo de sucre ou par tonne de carburant, mais également des paiements à taux fixe, tout cela sous couvert de la « sécurité de l'approvisionnement » et de « contributions au paysage cultivé », le tout pour un coût de 1.5 milliard de francs par année. C’est 5 à 10 fois plus qu’à l’étranger et l’agriculture suisse reste donc dépendante de ces diverses primes. Et les filières en amont ou en aval profitent largement de ces primes. Pendant que la valeur ajoutée de la production agricole essuyait une perte massive entre 2014 et 2015, les profits du groupe Fenaco ont bondi de 65% pour atteindre 96 millions de francs.
En résumé, la méthode de calcul utilisée par la Confédération permet de présenter sous un jour très favorable les résultats de l’économique agricole, pendant que le contribuable et le consommateur par leur soutien aux prix continuent à maintenir une valeur ajoutée élevée. Si l’on corrige pour l’inflation, la valeur ajoutée perd un autre milliard pour se retrouver à moins 2.3 milliards de francs. En parallèle, les subventions se sont accrues entre 2014 et 2015 de 6.8 à 7.4 milliards de francs, ceci sans contrepartie.
Une évaluation réaliste, sans fard, de la situation économique de l’agriculture suisse est essentielle pour permettre à la politique agricole de tirer les conclusions qui s’imposent, ce qui permettrait ainsi d’établir quels sont les facteurs clés pour les orientations à donner dans le futur.
Les données utilisées proviennent des chiffres officiels de l’Office fédéral de la statistique (OFS), de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pour évaluer les services rendus à la population et les externalités, d’autres sources ont dû être utilisées. La méthode est décrite en détail dans la Fiche Info n°6 de Vision Agriculture. La compilation des indices économiques pour la période 2010-2015 sont disponibles ici.
Fiche Info Nr. 7, août 2016: Systèmes de pâture plutôt que stratégie de haut rendement dans la production laitière suisse
Comparaison entre haut rendement et pâture intégrale assortie d'une faible utilisation d'aliments concentrés
Au cours des dernières années, plusieurs études ont montré qu'une réduction des coûts de production pouvait sensiblement améliorer les revenus des exploitations laitières suisses. A cet égard, la réduction de l'utilisation d'aliments concentrés et le recours à des systèmes de pacage en lieu et place d'une stabulation à grands frais offrent des possibilités notables de diminution des coûts.
La majorité des exploitations laitières suisses misent aujourd'hui sur une stratégie de haut rendement, avec stabulation et emploi d'aliments concentrés. Le présent document examine les possibilités d'amélioration des revenus et les principales incidences écologiques résultant de l'adoption de systèmes de pâture assortis d'une diminution substantielle de l'emploi d'aliments concentrés. Les calculs se fondent sur des études ayant établi une comparaison empirique de diverses stratégies de production laitière.
Quelle est la valeur ajoutée de l’agriculture suisse ? Elle est indiquée dans les comptes économiques suisses de la Confédération : 2,2 milliards de francs. Mais ce chiffre est trompeur et camoufle la situation économique réelle de l’agriculture car ni la protection à la frontière, ni les prestations d’intérêt général fournies par l’agriculture ne sont prises en compte. Une nouvelle étude montre ce à quoi devrait ressembler un calcul proche de la réalité qui se base sur les chiffres de la Confédération et de l‘OCDE. La différence avec les chiffres officiels se monte à plus de 3 milliards de francs.
(VL) La valeur ajoutée de l’agriculture occupe une place privilégiée dans les débats de la politique agricole. Dans le rapport explicatif du Conseil fédéral sur l’actuelle politique agricole 2014–17, le terme "valeur ajoutée" apparaît 58 fois. La valeur ajoutée est calculée dans les comptes économiques agricoles de la Confédération comme la valeur de production moins les consommations intermédiaires moins l’amortissement égal à la valeur ajoutée nette.
1. Valeur des prestations d’intérêt général non prise en compte
L’agriculture n’apporte pas seulement de la valeur ajoutée à travers la production de denrées alimentaires, mais aussi grâce à la production de biens non commercialisables que l’on dénomme prestations d’intérêt général, par exemple les contributions à la sécurité de l’approvisionnement, un paysage attractif ou la promotion de la biodiversité. Mais dans les comptes économiques agricoles, la valeur de ces prestations d’intérêt général est tout simplement occultée.
Sa valeur peut être déterminée approximativement en se fondant sur les paiements directs versés à cette fin. Vision Agriculture a effectué cette évaluation dans son étude et estimé chacune des composantes des paiements directs résultant des prestations d’intérêt général. 43% des paiements directs sont versés aux prestations d’intérêt général avec la politique agricole 2014-17, les autres paiements directs représentent un soutien au revenu qui ne génère pas de valeur ajoutée.
2. Protection à la frontière masquée
Dans les comptes économiques de la Confédération, la valeur ajoutée est calculée en utilisant les prix du marché de la production des denrées alimentaires. Cependant les prix du marché ne sont pas très pertinents car ils sont fortement et artificiellement élevés par le biais de la protection aux frontières. Le consommateur paie la différence. La différence de prix, selon l’OCDE d’environ 50%, doit être prise en compte dans le calcul de la valeur ajoutée. Jusqu’à présent, la Confédération l’a pourtant masquée dans son calcul.
3. Autres coûts et soutiens non pris en compte
Si les prestations en faveur de l’environnement sont correctement prises en compte, alors au minimum les coûts environnementaux chiffrables les plus importants de l’agriculture doivent aussi être pris en compte. Ces coûts comprennent les émissions de gaz à effet de serre et d’ammoniac, qui se montent à 0,9 milliard de francs selon les indications de l’OCDE sur niveaux d’émissions.
Calcul correct de la valeur ajoutée : différence massive avec les données de la Confédération
Quelle est la valeur ajoutée de l’agriculture quand on apporte ces corrections ?
La valeur de production de l’agriculture suisse en 2014 s’élevait à 10,7 milliards de francs selon l’Office fédéral de la statistique. Après déduction de la protection à la frontière, il reste une valeur de production de 7,2 milliards de francs. Sur un total de 2,8 milliards de francs, les paiements directs qui compensent réellement des prestations d’intérêt général se montent à 1,2 milliard de francs selon les estimations de Vision Agriculture. Il en résulte une valeur de production de l’agriculture suisse de 8,4 milliards de francs y compris les biens non commercialisables.
Les consommations intermédiaires et l’amortissement doivent être déduits. Selon l’Office fédéral de la statistique, ils représentent au total 8,5 milliards de francs (consommations intermédiaires : 6,4 milliards de francs, amortissement : 2,1 milliards de francs). Sans tenir compte des coûts environnementaux, on obtient une valeur ajoutée nette de moins 0,1 milliards de francs. Si on soustrait les coûts environnementaux (coûts externes de production) de 0,9 milliard comme des coûts de production restants, on arrive à une valeur ajoutée nette de l’agriculture suisse de moins 1 milliard de francs. Ce sont 3,2 milliards de moins que la valeur ajoutée indiquée dans les statistiques officielles de la Confédération, soit 2,2 milliards de francs.
Le calcul actuel conduit à des conclusions erronées
Des chiffres qui ne représentent la vérité qu’à moitié, comme c’est le cas pour les comptes économiques agricoles officiels, induisent en erreur les politiciens et le public. Ainsi on soutient et on encourage toujours avec des incitations étatiques pernicieuses des méthodes de production absurdes du point de vue économique et écologique, qui ne sont viables économiquement que grâce à la protection à la frontière suisse et la non prise en compte des coûts environnementaux. D’autre part, des exploitations agricoles qui fournissent vraiment une bonne valeur ajoutée avec des méthodes de production durables et rentables sont défavorisées du point de vue économique par la politique. Cela nuit énormément à l’agriculture sur le long terme.
En fait, les données chiffrées de l’agriculture suisse sont terriblement mauvaises en comparaison internationale. Aucun autre pays ne présente une valeur ajoutée de l’agriculture aussi faible en raison de consommations intermédiaires et de structures d’exploitation trop chères (actuellement 5-10 fois plus élevées que dans les pays voisins). Une plus grande ouverture des frontières aurait des conséquences catastrophiques sur les exploitations suisses, car une grande partie n’y serait pas du tout préparée.
La politique agricole des dernières décennies a entraîné l’agriculture dans une dépendance étatique immense et injustifiable. L’ampleur de cette dépendance a été jusqu’à présent grandement masquée par des comptes économiques agricoles incomplets, notamment parce que les conclusions nécessaires et urgentes n’ont pas encore été tirées par les politiques. L’une de demandes les plus urgentes qui ressort des comptes économiques agricoles complétés et correctement calculés, est l’élimination et la réallocation des paiements directs non liés à des prestations et qui soutiennent des méthodes de production coûteuses. Avec la politique agricole 2014-17, un premier pas, encore très timide, a été fait dans cette direction.
Fiche Info Nr. 6, mars 2016: Données chiffrées concernant l'agriculture multifonctionnelle suisse
Quelle est la valeur ajoutée de l'agriculture suisse ? Elle est indiquée dans les comptes économiques suisses de la Confédération : 2,2 milliards de francs. Mais ce chiffre est trompeur et camoufle la situation économique réelle de l'agriculture car ni la protection à la frontière, ni les prestations d'intérêt général fournies par l'agriculture ne sont prises en compte. Les comptes économiques de l'agriculture conventionnels portent un titre trompeur.
La Fiche Info Nr. 6 de Vision Agriculture montre ce à quoi devrait ressembler un calcul proche de la réalité qui se base sur les chiffres de la Confédération et de l'OCDE. La différence avec les chiffres officiels se monte à plus de 3 milliards de francs. Par ailleurs, il est proposé, et calculé, une série d'autres indicateurs économiques pour l'agriculture multifonctionnelle suisse, comme la part des paiements directs qui rétribuent des prestations, ou le soutien l'agriculture dans l'ensemble (à l'exclusion des paiements pour des prestations) ainsi que la hauteur des coûts environnementaux de l'agriculture.
Portrait d'exploitation: s'émanciper de l'industrie agroalimentaire et des paiements directs
Christophe Viret exploite 45 ha de grandes cultures et de prairies au-dessus de Morges. En bio depuis 2012, il pratique le non labour sur toutes ses parcelles depuis 20 ans, et suit sa propre voie, proche de l'agroforesterie ou de la permaculture, à la recherche de l'autonomie de son exploitation.
Christophe Viret peut contempler avec satisfaction ses champs fertiles qui dominent la Venoge à 500 mètres d'altitude et regarder sereinement vers l'avenir. Le paysan a repris l'exploitation de son père à Gollion, dans le canton de Vaud. Il s'est formé pendant deux ans dans une école d'agriculture et il en est ressorti peut-être un peu trop "formaté" par cet enseignement. Plein de bonne volonté, il a essayé d'appliquer ces techniques et ces concepts sur ses parcelles. Petit à petit, il a constaté certains dysfonctionnements de ce système d'exploitation conventionnel.
A l'exemple d'une parcelle de tournesols bien belle la première année, les années suivantes un peu moins belle, augmentant chaque fois un peu la dose de produits phytosanitaires... Jusqu'à ce qu'il réalise que plus il investissait, moins il gagnait. Déjà couvert de dettes, il a dû faire des choix et chaque année être plus malin pour réussir à survivre financièrement. C'est ainsi qu'il a commencé le non labour : pour diminuer ses frais, maintenir ses marges, "et ne plus travailler que pour payer les intrants". Il faut maintenir durablement un sol vivant, semer, laisser faire tout seul et observer, récolter, bref intervenir le moins possible. "S'il y a des « mauvaises herbes », c'est qu'il y a un problème de structure ou de gestion du sol. Il faut utiliser le végétal pour nourrir le sol, pas le métal."
Christophe Viret a décidé de changer son cheptel et misé sur la race jersiaise. La Jersiaise est en tête des races laitières pour la richesse en protéine et en matière grasse de son lait, apportant une haute valeur ajoutée. De plus, elle est adaptée à une exploitation extensive comme la sienne. Là aussi, les calculs lui ont montré qu'il était plus rentable de nourrir ses bêtes avec le fourrage de l'exploitation plutôt que d'acheter fourrages et compléments alimentaires. Le prix du lait livré aux centrales ne couvrant plus les coûts de production, l'agriculteur a eu un sursaut salutaire et essayé la vente directe de lait à la ferme. Les consommateurs ont tout de suite répondu positivement, prêts à payer un prix juste pour un produit de proximité et de qualité. Même si la vente directe n'a jamais dépassé plus de 10% de la production laitière, cela a permis de ramener des marges non négligeables dans les revenus totaux. A la recherche de création de valeur ajoutée, l'exploitant s'est lancé aussi dans un projet de glaces et yogourts élaborés avec des fruits frais de la ferme ou de la région, sans arôme, ni colorant, ni conservateur. Le succès commercial a été au rendez-vous.
C'est une rencontre fortuite qui a amené Christophe Viret à commencer l'aventure des variétés anciennes de céréales, mieux adaptées aux conditions de son exploitation, avec une bonne production sans utilisation de produit phytosanitaire. Il est encore dans une phase d'essais mais il observe qu'autour de lui la demande de telles variétés connaît un véritable boom et vise là aussi la vente directe de farines de qualité. Pour lui, restaurer les semences appartient à l'agriculture, pas à l'industrie. Le paysan doit comprendre que les semences lui appartiennent. Quand il en donne, c'est un peu de lui-même qu'il donne. Il faut le faire précautionneusement, et pas à n'importe qui. Il faut une approche humble aux antipodes de la recherche de profit à tout prix.
La reconversion bio est le fruit d'une longue rélfexion. Pendant des années, Christophe Viret a étudié la question, mais cela ne convenait pas vraiment à ses idées ou sa situation. Au fur et à mesure de l'évolution de l'exploitation, comme le changement de bétail, le choix a fini par s'imposer à lui. Il a aussi planté des arbres sur ses parcelles, convaincu du potentiel de l'agroforesterie. Si en Suisse, l'agroforesterie ne concerne pratiquement que les arbres fruitiers, dans les pays voisins on plante aussi des arbres seulement pour leur bois. Peu importe, le but c'est de planter un arbre sur la parcelle, même si cela ne peut pas lui rapporter de paiements directs ou qu'il doive sortir cette surface de la SAU considérée comme surface boisée. Il suit sa ligne et sa vision à long terme: s'équiper afin de pouvoir continuer le travail passé les 65 ans, une fois qu'il n'aura plus droit aux paiements directs, et que les travaux physiques deviendront plus pénibles, et ainsi continuer à vivre sur son exploitation en toute autonomie. "Je ne peux plus imaginer revenir en arrière ou faire une agriculture comme avant, politique agricole ou pas, je m'octroie la liberté de faire comme je veux."
Est-ce qu'il y des craintes pour son avenir? Non, faire de l'agroforesterie et optimiser sa production laitière, c'est ce qu'on peut faire de mieux."
La réforme agraire amorcée depuis bientôt deux décennies s'est arrêtée pratiquement à mi-chemin. Les instruments actuels de la politique agricole ne sont pas conformes à l'article constitutionnel de 1996. Le Livre blanc de l'agriculture suisse offre une analyse de la situation complète et accessible à tous ; elle met en évidence quelles réformes s'avèrent indispensables à la mise en œuvre d'une politique agricole porteuse d'avenir et conforme à la Constitution. En publiant ce livre, Vision Landwirtschaft pose une première pierre sur laquelle devra s'appuyer le débat qui s'instaurera au sujet de la politique agricole dans les années à venir.
Analyse scrupuleuse. Dans le Livre blanc de Vision Landwirtschaft, les auteurs offrent une documentation complète et critique des derniers développements de la politique agricole suisse et une analyse accessible à tous de leurs répercussions au niveau des exploitations agricoles, de la production de denrées alimentaires et de l'environnement. Sur la base d'un état des lieux scrupuleux, ils proposent des améliorations de la politique agricole, axées de manière ciblée et transparente sur le mandat constitutionnel de l'agriculture – et, partant, sur l'indemnisation des prestations d'intérêt général d'une agriculture productive. Les incidences de l'amélioration du système des paiements directs sont analysées en détail à l'aide de modélisations.
Réalisation des objectifs.Les résultats dévoilent un potentiel d'optimisation inattendu. Les réformes proposées permettent d'atteindre voire de surpasser les objectifs politiques fixés dans le cadre du budget agricole actuel, tout en assurant à moyen terme des revenus supérieurs et une production agricole nette plus élevée. L'agriculture sera ainsi beaucoup mieux armée pour l'avenir, indépendamment d'une plus grande ouverture des marchés.
Le Livre blanc de l'agriculture est en vente dans les librairies ou au secrétariat de l'association. Les membres de Vision Landwirtschaft bénéficient d'un rabais de 10% sur le prix en librairie.