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© Marcel Burkhardt
Le pic à dos blanc en forêt de production
Le pic à dos blanc passe pour une espèce typique des forêts primaires et occupe les massifs proches de l'état naturel, riches en feuillus et en bois mort. Cette conviction a cependant été acquise à l'exemple presque exclusif de forêts qui ne sont plus exploitées depuis longtemps. Dans les forêts exploitées d'Europe centrale, on ignore quasiment tout de l'habitat exigé par ce pic spécialisé.
Objectifs
Avant l'utilisation intensive des forêts du 15e au 19e siècle, ce pic était certainement largement répandu en Suisse et ailleurs en Europe centrale. Le pic à dos blanc est aujourd'hui le Picidé le plus menacé et le plus rare d'Europe centrale. L'extension de son aire de répartition dans le Vorarlberg, au Liechtenstein et en Suisse orientale depuis les années 1970 ouvre d'intéressantes perspectives pour la protection de la nature en forêt. Le projet traite des aspects suivants :
1. Choix de l'habitat et coléoptères du bois mort
L'étude cherche à mettre en évidence les caractéristiques locales et la structure des forêts, pour la plupart exploitées, occupées par le pic à dos blanc en Suisse orientale, dans le Vorarlberg et au Liechtenstein. Pour ce faire, elle examine le lien entre la présence de l'espèce et des facteurs tels que l'altitude, l'exposition, la déclivité, le degré de fermeture de la canopée, la composition en essences des peuplements et la proportion de bois mort. La corrélation entre la présence du pic à dos blanc et l'incidence des coléoptères du bois mort est également étudiée. Cette partie de la recherche est menée en collaboration avec le BOKU à Vienne, le WSL à Birmensdorf, la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires HAFL à Zollikofen, et l'Université de Zurich.
2. Utilisation de l'espace
Aucune recherche utilisant la radiotélémétrie n'a pour l’heure été publiée sur les exigences du pic à dos blanc en matière d'espace. C'est pourquoi nous cherchons, dans un autre volet du projet, à en apprendre plus sur la taille des domaines vitaux et sur les structures écologiques effectivement utilisées. On capture donc des pics à dos blanc, on les équipe de petits émetteurs de radiotélémétrie, et on enregistre régulièrement leur localisation et leur activité. La télémétrie permet de localiser les animaux à tout moment, et de récolter ainsi des données objectives sur l'utilisation de l'espace et la taille du domaine vital. Connaître le domaine vital des individus est très utile pour comprendre les besoins des populations en matière de surface.
Procédé
La recherche portant sur le choix de l'habitat et sur les coléoptères du bois mort a été menée sur 60 carrés de 1x1 km dans le Vorarlberg, au Liechtenstein et en Suisse orientale. Le pic à dos blanc avait été signalé avant le début de notre étude dans environ la moitié des 60 carrés kilométriques, dans l'autre moitié on a admis que l'espèce était absente. Chaque carré kilométrique a été parcouru deux fois pour vérifier la présence ou l'absence de l'espèce, en utilisant la repasse. Après le débourrage des feuilles, nous avons relevé différentes structures d'habitat dans chacun des 60 carrés, que nous avons choisies d'après la littérature et les avis d'experts. Pour estimer la fréquence des coléoptères, les galeries creusées par les insectes ont été dénombrées sur des bandes de 20 cm de large dans le bois mort sur pied et couché.
Pour déterminer les besoins en matière d'espace, nous capturons les pics en utilisant des hauts-filets et la repasse. Ils sont ensuite bagués, mesurés et équipés de petits émetteurs télémétriques, représentant 3 % de leur poids. Les émetteurs sont collés sur les deux rectrices centrales et tombent au plus tard lors de la mue d'été/automne. Les premières observations montrent que les émetteurs ne gênent pas les pics pour voler, ni pour leurs autres activités. Chaque individu est pointé plusieurs fois par semaine, puis observé durant plusieurs heures.
Importance
Le pic à dos blanc figure dans la Liste Rouge globale de l'UICN comme non menacé (least concern), quoique avec populations tendant à la baisse. Il est classé comme vulnérable dans la Liste Rouge des oiseaux nicheurs de Suisse, et comme menacé dans la Liste Rouge d'Autriche. Par ailleurs, le pic à dos blanc figure dans l'annexe I de la directive pour la protection des oiseaux de l'UE, ainsi que dans l'annexe II de la Convention de Berne. Les recherches sur l'écologie de ce pic spécialisé sont donc d'une actualité brûlante pour des raisons de politique de protection de la nature.
L'étude apportera des connaissances très utiles sur les facteurs qui influencent la présence du pic à dos blanc. Contrairement à d'autres recherches sur cette espèce, notre étude est réalisée dans des forêts qui sont en partie exploitées. Cela montrera dans quelle mesure les résultats concernant les exigences d'habitat concordent avec les connaissances dont on disposait jusqu'alors. Nous comptons en particulier obtenir des informations sur les valeurs limites concernant la disponibilité en bois mort (sur pied et couché), l'âge des arbres (arbres vivants) et leur densité, à partir desquelles le pic à dos blanc est présent dans les forêts exploitées. Ces données sont nécessaires pour que soient exploités d'une façon favorable au pic à dos blanc les habitats forestiers potentiellement adéquats. De plus, grâce au fait qu'il s’agit d'une « espèce parapluie », de nombreux autres organismes des forêts feuillues riches en bois mort pourraient également en bénéficier.
Résultats
En 2015, la présence du pic à dos blanc a été attestée sur 20 des 60 carrés kilométriques. Les premières analyses quant au choix de l'habitat montrent que la probabilité de présence de l'espèce est corrélée positivement au diamètre moyen des arbres vivants et des arbres morts sur pied ou au sol. Une incidence élevée de coléoptères du bois mort et une altitude plutôt modérée semblent également favoriser le pic à dos blanc.
Au printemps 2016, trois femelles et trois mâles ont été capturés et munis d'émetteurs dans le Vorarlberg et au Liechtenstein. Ils ont utilisé un vaste domaine, ce qui concorde avec les observations antérieures. Il s'est avéré toutefois très difficile d'obtenir des informations sur leur activité, car malgré les émetteurs, les oiseaux n'ont pu être observés que rarement.
Responsable de projet
Partenaire
Thibault Lachat, Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires HAFL, Zollikofen
Hanna Kokko, Institut für Evolutionsbiologie und Umweltwissenschaften, Université de Zurich
Sabine Hille, Department für Integrative Biologie und Biodiversitätsforschung, BOKU Vienne
Ueli Bühler (expert du pic à dos blanc, Grisons)
BirdLife Vorarlberg