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Avec les sorties presque simultanées sur le sol helvète de son dernier long-métrage To Rome with Love, du documentaire Woody Allen et de ce Paris Manhattan dans lequel il a été invité, Allen semble occuper une bonne partie des sorties cinéma du moment. Dans cette comédie romantique française, il apparaît comme l'idole absolue de l'héroïne principale, tout comme celui de sa réalisatrice Sophie Lellouche. Mais peut-on considérer ce film comme un hommage à son cinéma?
Les références "allenesques" jalonnent en effet le film durant toute sa courte (1 heure 17) durée, dans le contenu plus que dans la forme. L'héroïne Alice vient d'une famille juive aimante, aisée, mais quelque peu dysfonctionnelle : mère alcoolique, soeur névrosée, père anxieux, adultérins, des personnages-types puisque "tous ses films parlent de ça", souligne le personnage de Patrick Bruel. Et surtout, la jeune célibataire intello et un peu garçon manqué entame dès son adolescence une espèce de psychothérapie personnelle - un sujet cher au maître - avec le réalisateur new-yorkais, c'est à dire en conversant avec son poster collé au mur et en écoutant du jazz à outrance, ce qui fait de Paris-Manhattan plutôt une révérence à l'homme qu'à son cinéma: Allen comme réponse à tout, comme remède à tout - la gentille pharmacienne distribue ses dvd à ses clients en mal de tout - Allen comme guide philosophique et coach amoureux, Allen au centre de tout, Allen über alles.
S'en suit malheureusement des dialogues bavards qui frisent l'artificialité une fois qu'ils sortent de la bouche des acteurs, ainsi qu'une intrigue destructurée par des névroses plus fatigantes qu'amusantes. Le final, inattendu et conclu comme un "show" un peu grandiloquent à l'américaine est paradoxalement le moment le plus sincère du film, celui où la fascination des comédiens pour Allen semble véritablement se révéler à l'écran, ce qui augmente considérablement le capital sympathie du long-métrage. Cette romance avec fond intello-populaire se pose parfois comme irritante, mais n'est dans l'ensemble pas aussi désagréable que les comédies romantiques platissimes que produit souvent l'Hexagone.