Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07107.jsonl.gz/1558

Quand nous vieillissons, nous assistons à une perte progressive de notre masse musculaire et de notre force, ce qui peut amener à un état connu comme la sarcopénie.
Ce processus est souvent progressif et relativement banalisé par la plus part des gens. Dès l’âge de 50 ans, nous perdons approximativement 1 à 2% de masse musculaire par année et la force musculaire décline souvent à un taux supérieur
Ainsi chez un jeune homme, la masse musculaire représente 50% du poids du corps alors que chez une personne de 80 ans elle ne représente plus que 25%. Aux États-Unis, on estime qu’une personne sur quatre, entre 50 à 70 ans, présente des signes de sarcopénie et ce taux atteint plus de 50% après 80 ans.
Ce déclin musculaire reste toutefois modulé par nos habitudes de vie, particulièrement l’alimentation et la sédentarité.
De plus, la masse grasse remplace souvent le muscle perdu avec des effets négatifs sur notre métabolisme. Les hommes jeunes ont deux fois plus de muscles que de masse grasse alors que chez la personne âgée le rapport est inversé. On assiste fréquemment à une augmentation également de notre quantité de graisse viscérale ce qui représente un facteur de risque de développer un syndrome métabolique, un diabète de type 2 ou une maladie cardiovasculaire. On constate souvent que la sarcopénie et l’obésité avec graisse viscérale ont ensemble un impact synergique aggravant autant les risques de maladie cardio-vasculaire que le déclin fonctionnel (1)
Pour le Dr Sreekumran Nair, éminent chercheur de la Mayo Clinic, la perte musculaire a un impact fondamental dans le processus de vieillissement. Certaines études montrent également que la sarcopénie chez les personnes âgées augmente le risque de mortalité (toute cause confondue) (2,3).
De plus, la sarcopénie, de par la limitation de la force et des performances physiques qui lui sont associées, joue un rôle prépondérant dans le risque de chute, d’autant que la plus grande partie des fractures osseuses chez la personne âgée résulte d’une chute. Sur un terrain osseux vieillissant, ostéoporotique, le risque de fracture est très important même pour une chute à basse énergie (chute de sa hauteur). Au moins 10% des chutes se compliquent d’un traumatisme important et dans plus d’un quart des cas, une fracture va survenir. Dès lors, la sarcopénie et le risque de chute qui lui est associé est un facteur défavorable essentiel qui contribue à l’entrée dans la dépendance aux soins médicaux, l’institutionnalisation, mais aussi le décès.
Dés lors à partir d’un certain âge l’évaluation de notre masse musculaire et de sa capacité fonctionnelle devient un outil d’évaluation important de notre état de santé et permet d’organiser une prise en charge optimale pour mieux vieillir en gardant le plus longtemps possible nos capacités fonctionnelles.
Mécanismes de la sarcopénie
La perte de notre masse musculaire avec l’âge est en partie influencée par un déclin hormonal impliquant diverses hormones telles que l’hormone de croissance et les hormones sexuelles comme la testostéronerone chez l’homme ou les estrogènes chez la femme (4). L’augmentation de la résistance à l’insuline avec l’âge est également associée avec une perte de la fonction musculaire et une augmentation des dépôts graisseux dans les cellules musculaires.
Un état inflammatoire représente une cause importante d’altération du métabolisme musculaire. En effet, une augmentation des messagers de l’inflammation (IL-1, IL-6, TNF alpha) est accompagnée par une diminution de la synthèse des protéines et une augmentation de la dégradation des petites fibres musculaires (5).
Plusieurs études ont également mis en évidence une relation inverse entre les taux de vitamine D et la sarcopénie chez les hommes obèses, alors que la résistance à l’insuline et une augmentation de la CRP (protéine de l’inflammation) était plus reliée à une sarcopénie des femmes obèses (6).
Comment évaluer une sarcopénie
Le diagnostic d’une sarcopénie tient compte de plusieurs critères comprenant la mesure de la masse musculaire, la mesure de la force musculaire et l’évaluation des performances physiques.
Dans une unique consultation spécialisée, ces 3 éléments peuvent être successivement évalués afin de d’identifier la possible existence d’une sarcopénie.
Selon les standards définis par l’EWGSOP (European Working Group on Sarcopenia in Older People) (12), la mesure de la masse musculaire peut être déterminé par l’analyse de la composition corporelle. Cette analyse peut être obtenue soit directement par l’intermédiaire de l’absorptiométrie à rayons X (DXA), appareil servant aussi à faire le diagnostic de l’ostéoporose, soit indirectement par l’intermédiaire de la bioimpédance spectroscopique (BIAS), appareillage issue d’une technologie de base permettant d’estimer la quantité de graisse corporelle en mesurant la résistance du corps à un courant alternatif de très faible intensité, inoffensif et indolore.
L’EWGSOP a défini les critères de normalité de la mesure de force musculaire ainsi que de la performance physique par l’intermédiaire de protocoles standardisés et de valeurs références ajustées à l’âge, le sexe et la morphologie de chacun (l’indice de masse corporel) (12,13).
De manière standardisée, la mesure de la force musculaire est aisément réalisable en cabinet médical. Le standard actuel applicable au cabinet médical est la mesure isométrique avec l’aide d’un dynamomètre de Jamar permettant d’obtenir la force maximal de préhension développé par le sujet, marqueur du risque de chute.
Enfin, de nombreux protocoles sont à disposition afin d’évaluer les performances physiques et l’équilibre. Parmi eux, les protocoles essentiels que l’on retrouve mentionnés dans le rapport de consensus 2010 de l’EWGSOP aussi bien que dans les recommandations 2010 de l’ASCO (Association Suisse Contre l’Ostéoporose) (13) inclus :
- Le TUG (Timed up and Go test) mesurant le temps nécessaire à réaliser la séquence / se mettre debout d’une chaise / marcher 3 mètres/faire un demi-tour /revenir à la chaise et s’asseoir.
- Le SPPS (Short Physical Performance Battery) permettant d’évaluer l’équilibre en mode statique, d’évaluer la vitesse de marche, et l’efficacité à réaliser un levé de chaise).
Prise en charge de la sarcopénie
Les recommandations actuelles du groupe d’expert de l’ESPEN (European Society for Clinical Nutrition and Metabolism en 2013) comprennent des apports adéquats de protéines associé à des exercices physiques réguliers (aérobic et exercices avec charges). En effet des programmes d’aérobic et d’exercices contre résistance ont démontré des effets positifs pour réduire la sarcopénie (7).
Sur la base d’études scientifiques, les apports nutritionnels de protéines conseillés comprennent au moins 1gr à 1,2 gr/par kilo de poids corporel/par jour chez les personnes âgées en bonne santé et doivent atteindre 1,2 à 1,5 gr pour les personnes mal nourries ou à risque de malnutrition dans le cas de maladies chroniques.
Une étude récente a montré que chez des femmes âgées, celles qui n’avaient pas d’apport suffisant de protéines avaient une réduction de leur masse musculaire et également de leur densité osseuse. Les rrésultats de cette étude étaient que les femmes qui consommaient plus de 1,2 gr de protéines/kg/j avaient une meilleure masse musculaire et osseuse (8).
Donc une personne âgée pesant 60 kg devrait manger entre 60 et 72 gr par jour de protéines. Si l’on sait que la viande, le poisson et le fromage contiennent approximativement 25% de protéines et un œuf varie entre 7 à 9 gr de protéines, il faudrait manger dans une journée environ un steak de viande ou de poisson de 120 gr, un morceau de fromage et 2 œufs pour couvrir au minimum ces recommandations.
Certaines personnes âgées considèrent ces quantités de protéines comme excessives d’autant plus que certaines personnes avec l’âge sont moins attirées par la viande favorisant les féculents. Les végétariens doivent se tourner vers les protéines végétales équilibrées comme le tofu ou des combinaisons de légumineuses associées à des céréales, afin d’obtenir tous les acides aminés essentiels. Toutefois, obtenir un apport suffisant de protéines reste difficile.
On peut envisager en complément, certaines préparations de protéines végétales équilibrées bénéficiant d’une forte concentration d’acides aminés de bonne qualité. Il peut s’agir de la protéine de pois (pea protein) qui est une source d’acides aminés aussi équilibrée que la protéine de petit lait avec des apports comparables en BCAA (acides aminés branchés) que les œufs ou les protéines du petit lait. Les protéines de chanvre sont également nutritionnellement extrêmement intéressantes possédant tous les acides aminés ainsi que les 9 acides aminés essentiels, amenant également des acides gras oméga 3 en quantité significative.
Une autre piste alimentaire comprend la supplémentation en acides gras omega 3. En effet l’huile de poisson semblerait avoir un effet anabolisant et protecteur du muscle ce qui a été démontré lors d’études. Cet effet protecteur serait en relation avec la capacité de l’huile de poisson de réduire les messagers de l’inflammation ayant un effet délétère sur le muscle (9,10).
Une consommation régulière de fruits et légumes est conseillée probablement en raison des vertus anti oxydantes et anti-inflammatoires de ces aliments. Une étude publiée en 2014 évaluant plus de 2000 personnes âgées a démontré que la consommation de fruits et légumes était associé à un risque réduit de sarcopénie (11).
En conclusion, la perte progressive de notre masse musculaire et de notre force avec l’âge, peut nous amener dans un état pathologique appelé la sarcopénie. Cet état a un impact fondamental dans le processus de vieillissement affaiblissant notre état de santé générale, diminuant nos capacités fonctionnelles et augmentant notre risque de chute et de fractures pathologiques.
Ces dernières années, suite à de nombreuses recherches médicales sur le sujet, des protocoles d’évaluation validés utilisant des technologies de pointes (DXA, bio-impédencemétrie) nous permettent de quantifier notre masse musculaire et sa capacité fonctionnelle et d’identifier les gens souffrant de sarcopénie. Il est possible par une prise en charge adéquate ciblée, comprenant des corrections nutritionnelles et une activité physique adaptée, de suivre l’amélioration de ces paramètres santé.
Dr Antonello D’oro
Références
- Sarcopenia and Sarcopenic Obesity, Kyung Mook Choi, Endocrinol Metab 2013 ;28 86-89
- Mortality associated with body fat, fat-free mass and body mass index among 60-year old swedish men a f22 year follow-up. Heitmann BL, Obes RElat Metab Disord 2000 ;24 :33-7
- Sarcopenia, sarcopenic obesity and mortality in older adults :results from National Health and Nutrition Examination Survey II, Batsis JA, Eur J Clin Nutr 2014 Sep :68(9) :1001-7
- The Influence of age on the 24hour integrated concentration of growth hormone in normal individual, ZAdik Z, J Clin Endocrinol Metab 1985 ;60 :513-6
- The role of cytokines in regulating protein metabolism and muscles function. Nutr Rev 2002 ;60 :39-51
- Relationships between sarcopenic obesity and insulin resistance, inflammation and vitamine. status : the korean Sarcopenic Obesity Study, Kim tm, Clin Endocrinol 2013 :78 :525-532
- Protein intake and exercise for optimal muscle function with aging : Recommandations from the ESPEN Expert Group,Deutz NE, Clin Nutr 2014 Apr 24 pii : So261-5614(14) 00111-3
- Dietary Protein Intake in Eldery Women : Association With Muscle and Bone Mass Genaro PD, Nutr Clin Pract 2014 Aug 8 pii : 0884533614545404
- Fish oil increases muscle protein mass and modulates Akt/FOXO, TLR4, and NOD signaling in weanling piglets after lipopolysaccharide challenge, Liu Y1, J Nutr. 2013 Aug;143(8):1331-9. doi: 10.3945/jn
- Fish oil positively regulates anabolic signalling alongside an increase in whole-body gluconeogenesis in ageing skeletal muscle, Kamolrat T1, Gray SR, Eur J Nutr. 2013 Mar;52(2):647-57.
- Association of vegetables and fruits consumption with sarcopenia in older adults: the Fourth Korea National Health and Nutrition Examination Survey, Kim KM, Age Ageing. 2014 Mar 27.
- Sarcopenia: European consensus on definition and diagnosis. Report of the European Working Group on Sarcopenia in Older People, Cruz-Jentoft AJ, Age and Ageing. 2010 ; 39: 412-423.
- Criteria for Clinically Relevant Weakness and Low Lean Mass and Their Longitudinal Association With Incident Mobility Impairment and Mortality: The Foundation for the National Institutes of Health (FNIH) Sarcopenia Project,McLean RR, Journals of Gerontology A Biol Sci Med Sci 2014:69,576–583.