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Reflex numérique plein format de 22,3 millions de pixels doté d'un système autofocus à 61 collimateurs et capable d'effectuer des prises de vue en continu à 6 im./s. « C'est un appareil facile à utiliser dans toutes les situations. Il est rapide et permet de prendre des photos sans trop se creuser la tête », explique Olivia.
Olivia Arthur, photographe de l'agence Magnum : révéler le quotidien invisible, au-delà des apparences
Olivia Arthur, membre de Magnum Photos, est née à Londres et a grandi principalement au Royaume-Uni. Sa famille devait déménager tous les deux ou trois ans pour suivre son père, qui était diplomate. C'est peut-être ce qui lui a donné le goût du voyage et de l'exploration, et l'a amenée à parcourir le globe en tant que photographe documentaire, du Moyen Orient à l'Asie.
Comme elle l'avoue elle-même, la notion de « foyer » ne lui évoque pas un endroit précis, mais plutôt un sentiment d'appartenance. C'est sans doute la raison pour laquelle elle aime tant mettre en lumière les personnes dont la place dans le monde est incertaine ou ambiguë, révéler la face cachée de leur quotidien et dépeindre la vie au carrefour de différentes cultures.
Olivia est tombée amoureuse de la photographie en participant à un journal étudiant de l'Université d'Oxford, où elle étudiait les mathématiques. Une fois son diplôme en poche, elle est entrée au London College of Printing pour étudier le photojournalisme et a remporté le Guardian Media Award for Student Photographer of the Year (Prix du photographe étudiant de l'année du Guardian) en 2002.
Les premiers projets d'Olivia
En 2003, elle s'est installée à Delhi, en Inde, où elle a travaillé en tant que photographe indépendante pendant deux ans et demi. C'est pendant cette période qu'Olivia a commencé à s'intéresser concrètement à la vie des femmes. Son approche en matière de photographie a également évolué, cherchant à capter le calme et la quiétude dans un environnement « agité, coloré et chaotique ».
Pendant son année de résidence en 2006 à la Fabrica, un « laboratoire de création » libre en plein cœur de la campagne italienne, elle s'est consacrée à des projets plus personnels. Invitée à participer à une exposition collective du Centre Pompidou, à Paris, Olivia a sillonné la frontière entre l'Europe et l'Asie pendant quatre mois afin de recueillir les récits de femmes vivant à la croisée des chemins, sur ces « lignes de faille » entre l'orient et l'occident. Le projet né de cette démarche, The Middle-Distance, mêle des récits de Turquie, de Géorgie, d'Azerbaïdjan, du Kazakhstan et de Russie. Il s'intéresse notamment aux jeunes femmes, au moment crucial de leur vie où elles doivent faire un choix entre formation, travail et famille.
Ce périple l'a amenée à voyager en Iran et en Arabie Saoudite. C'est en photographiant la vie des femmes dans la société saoudienne sous un nouvel angle surprenant qu'est née l'idée de son premier livre, Jeddah Diary, publié en 2012.
En 2010, Olivia a lancé India Stories, un projet au long cours englobant de nombreux récits. La même année, elle a cofondé la maison d'édition et la salle d'exposition photo Fishbar à Londres avec son ami, le photographe Philipp Ebeling, qui partage aujourd'hui sa vie.
Au-delà des apparences
Olivia a rejoint l'agence Magnum Photos comme nominée en 2008 et est devenue membre à part entière en 2013. Son deuxième livre, Stranger (2015), réalisé pendant sa période à Dubaï, décrit la transformation qu'a subi le pays au cours des 50 dernières années à travers les yeux d'un survivant imaginaire d'un naufrage ayant réellement eu lieu au large de Dubaï en 1961.
Curieusement, le livre est imprimé sur du papier transparent. Le lecteur découvre ainsi une multitude de superpositions et de niveaux de profondeur laissant entrevoir son contenu. Olivia explique que cette superposition du texte et de l'image établit un pont entre la conception et la narration afin de refléter les différents niveaux de lecture et de renforcer l'immersion.
Ce concept est à l'image de sa photographie. Comme elle l'a indiqué dans une interview avec le New Yorker, « Pour moi, la photographie tire en partie sa force de l'ambiguïté des images. Elle éclaire une scène ou un événement tout en laissant la place à l'interprétation. Les photographes cherchent toujours à saisir l'atmosphère d'un événement sans pour autant le représenter au pied de la lettre ».
L'atmosphère était au centre du projet Deutschlandreise qu'Olivia a réalisé en 2013. Elle figurait parmi les quatre jeunes photographes de l'agence Magnum sélectionnés pour visiter différentes régions de l'Allemagne et présenter leur vision personnelle du pays et de ses habitants. Olivia s'est rendue à Bonn, où elle a vécu plusieurs années dans son enfance avec sa famille, et a proposé une vision revisitée du carnaval annuel. Sa série, poétique et onirique, reflète l'atmosphère étrange du carnaval et non celle de la vie quotidienne. Elle explore certains de ses thèmes de prédilection : l'identité, la multiplicité des niveaux de lecture et la découverte de dimensions insoupçonnées.
Dans cet entretien, nous nous intéressons aux motivations d'Olivia, à la façon dont elle utilise son appareil Canon et aux moyens qu'elle met en œuvre pour raconter une histoire…
Pourquoi la photographie documentaire ?
« J'aime le sentiment de découverte et d'exploration qu'offre la photographie. Cela me permet de tisser des liens avec le monde et les personnes que je rencontre. De décortiquer les apparences du monde qui nous entoure ».
« The Middle-Distance » était votre premier projet non destiné à la presse. Cela a-t-il influencé votre style et votre technique ?
« C'était la première fois que je travaillais sur un projet qui ne racontait pas d'histoire à proprement parler. J'ai dû prendre du recul, ce qui m'a permis de libérer ma photographie. J'observais le monde qui m'entourait et je réagissais en prenant des photos de façon bien plus décontractée. Tout pouvait devenir un sujet potentiel et j'étais à l'affût en permanence. C'était libérateur et épuisant en même temps ! »
Vos photos superposent différents aspects de la vie de vos sujets. Est-ce une volonté de votre part ?
« Je pense qu'il y a une part d'inconscient. C'est quelque chose qui m'attire vraiment. J'aime l'idée de pouvoir découvrir de nouveaux détails à chaque visionnage. Ces clichés sont silencieux. À l'image du temps que je passe avec les gens. J'aime penser que mes photos créent un lien entre ces sujets et les personnes qui les regardent ».
À propos des personnes que vous côtoyez, combien de temps passez-vous à développer votre relation avec un sujet avant de le prendre en photo ? Et que recherchez-vous chez un sujet ?
« C'est une véritable démarche. Je rencontre des personnes, je passe du temps avec elles. Quelquefois, je les côtoie plus longtemps, je finis par bien les connaître, nous nous retrouvons en dehors du travail. Il m'arrive même de passer la nuit chez elles, ce qui renforce les liens qui nous unissent. D'autres fois, en revanche, c'est plus éphémère. Parfois, je ressens cette « connexion », ce petit je-ne-sais-quoi chez les personnes que je photographie. J'imagine que c'est précisément ce que je recherche ».
Tous vos sujets sont conscients de votre présence. Vous ne les photographiez jamais à l'improviste ?
« Cela m'arrive de temps en temps, mais je n'ai pas vraiment l'âme d'une photographe de rue. Le projet Stranger contient plusieurs photos de ce genre, car je cherchais justement à comprendre l'endroit à travers les yeux d'un survivant imaginaire, en arpentant les rues. Il y a donc un mélange de préparation et d'imprévu, mais je développe la plupart du temps des relations avec mes sujets. Ces projets prennent du temps, et je passe souvent du temps avec eux pour apprendre à les connaître personnellement, pas seulement en tant que photographe ».
En tant que femme, vous avez pu photographier les femmes d'Arabie saoudite dans le cadre de votre projet Jeddah Diary, ce qui aurait peut-être été impossible pour un homme. Le fait d'être une femme dans ce milieu vous a-t-il aidé d'une autre manière ?
« J'ai beaucoup travaillé sur la condition des femmes dans des sociétés relativement conservatrices, ce qui aurait été impossible si je n'avais pas été moi-même une femme. Je pense que les gens sont également plus ouverts à mon égard, car ils me voient peut-être avant tout comme une personne, et non comme une photographe professionnelle ».
Vous êtes connue pour utiliser de nombreux formats et types d'appareils photo. Comment choisissez-vous votre équipement pour chaque projet ?
« Plus le format est grand, plus cela ralentit le processus. Cela dépend donc surtout de la vitesse à laquelle je souhaite travailler. Parfois, j'opte pour quelque chose de lent et de plus formel, d'autres fois, je privilégie la réactivité pour travailler sur le vif. Il m'arrive aussi de mélanger les deux techniques.
J'opte souvent pour le numérique en plus de la pellicule. J'utilise un Canon EOS 5D et un Canon EOS 5D Mark II, ce qui me permet de travailler plus librement avec un équipement moyen format, par exemple. C'est le cas dans Stranger : les photos un peu plus calmes sont prises sur pellicule, tandis que les autres utilisent le format numérique. Cependant, j'aime penser qu'il y a une cohérence de ton entre les deux, même si les appareils et les formats sont complètement différents.
Parfois, j'aime simplement tenter des choses. Par exemple, la commande du Deutschlandreise a été entièrement réalisée au format numérique, ce qui m'a offert une grande liberté. Cela se ressent dans le résultat final. Je pense que le Canon EOS 5D est idéal pour cela. J'ai toujours eu un faible pour le Canon EOS 5D Mark II, car il est facile à utiliser dans toutes les situations. Il est rapide et permet de prendre des photos sans trop se creuser la tête. Au départ, j'ai choisi cet appareil pour ses performances en basse lumière, qui dépassent de loin celles des appareils argentiques ».
Quels objectifs avez-vous l'habitude d'utiliser avec votre Canon EOS 5D Mark II ?
« J'aime particulièrement utiliser le Canon EF 50mm f/1.2L USM pour les portraits, car il produit des images d'une qualité exceptionnelle et est très polyvalent dans tous les domaines. J'utilise le Canon EF 35mm f/1.4L II USM pour les documentaires et les photos plus générales. L'objectif pancake Canon EF 40mm f/2.8 STM allège l'appareil photo et le rend plus discret ».
Est-il vrai que vous avez appris à plonger pour réaliser les tout premiers clichés de l'épave du MV Dara ?
« Oui. Grâce à mes recherches, j'ai rencontré des plongeurs qui connaissaient l'emplacement de l'épave. J'ai donc appris à plonger et je leur ai demandé de m'y conduire. Je n'avais jamais plongé autre part que dans une piscine, mais c'était fantastique. Je pouvais enfin explorer cette épave que je recherchais depuis trois mois, c'était très émouvant et spectaculaire. Les clichés sous-marins de l'épave, ponctués de photos de la ville telle que je la voyais, m'ont permis de jouer avec l'idée de la mémoire, de la noyade et du passé.
« Pour les prises de vue sous l'eau, j'ai utilisé le Canon EOS 5D Mark II que j'ai enveloppé d'un revêtement étanche spécial, une sorte de sac plastique épais. C'est à peine si je pouvais appuyer sur le déclencheur. Comme je n'avais pas accès aux molettes de réglage, j'ai dû l'utiliser en mode automatique. Je n'avais qu'à espérer que l'appareil fonctionne correctement en mode automatique, c'était un souci de moins.
« Par ailleurs, avant de plonger, j'ai dû imaginer les conditions d'éclairage que je rencontrerais au fond. Une fois sous l'eau, je ne pouvais pas augmenter la sensibilité ISO, par exemple. C'était donc l'appareil idéal pour ce genre de situation ».
Avez-vous eu du mal à vous faire une place dans le monde de la photographie et du documentaire de beaux-arts ? Comment avez-vous surmonté ces difficultés ?
« Je suis entrée dans cet univers par la porte du journalisme. Au début, je ne travaillais que pour des journaux et des magazines. Je pense que j'ai fini par me sentir à l'étroit dans ce genre de publications. Aujourd'hui, le travail du photographe n'est plus vraiment mis en avant. Nos photos ne servent qu'à illustrer le propos, à combler les vides. J'ai donc commencé à travailler pour d'autres types de clients quand l'occasion s'est présentée.
Par exemple, les deux festivals photo auxquels j'ai participé à Brighton, en Angleterre, et à Bombay, en Inde, ou encore la mission que m'a confiée la Hull City of Culture, en Angleterre, m'ont apporté une grande satisfaction. Je pouvais enfin travailler sur un sujet qui me tenait vraiment à cœur.
Concernant les difficultés à surmonter, je pense que nous avons tous traversé des moments difficiles et qu'il n'y a pas de voie royale. Il faut toujours chercher des opportunités, de nouvelles manières de se présenter, de façon originale dans l'idéal, car les canaux traditionnels sont saturés ! »
En quoi votre période au sein de l'agence Magnum Photos a-t-elle façonné votre travail ?
« Magnum m'a permis d'évoluer et de mûrir en tant que photographe. Magnum a toujours eu une grande influence sur mon travail. J'aime particulièrement raconter des histoires, et je privilégie les séries aux photos individuelles. Pour moi, Magnum a toujours incarné ce recul par rapport à l'image en tant que telle, c'est ce qui fait sa particularité. Les photographes ne sont pas de simples faiseurs d'images. »
Quels sont vos prochains projets ?
« Je termine actuellement un projet sur l'identité sexuelle et la sexualité en Inde, intitulé « In Private/Mumbai ». Je vais également travailler au Royaume-Uni et j'aimerais à terme partir en Inde pour achever India Stories. C'est un projet auquel je reviens sans cesse. Il découle des expériences que j'ai vécues en Inde et montre l'influence du système de classes britannique sur la société et son système de castes, à travers de petites histoires. J'ai également des projets plus personnels, plus près de chez moi, que je n'ai pas le temps de terminer, bien entendu ».
Comment votre métier a-t-il changé avec l'évolution du secteur ?
« Je gagne essentiellement ma vie avec des travaux de commande, mais je participe également à des expositions et je publie des livres. Je consacre désormais beaucoup de temps aux livres, c'est sans doute ce qui a le plus changé depuis mes débuts. J'ai publié mon premier ouvrage en 2012. C'était il n'y a pas si longtemps, mais le monde des livres photo s'est considérablement développé entre temps. N'importe qui peut écrire un livre de nos jours et la production a explosé. Cependant, les bons livres sont souvent noyés dans la masse. »
Avez-vous un conseil à donner aux photographes documentaires en herbe ?
« Privilégiez les sujets qui vous tiennent à cœur et que vous aimez traiter. Votre travail ne sera pas toujours apprécié ou récompensé à sa juste valeur, il vaut donc mieux que le plaisir soit au rendez-vous. Ainsi, vous travaillerez mieux, serez plus sincère et aurez plus de chances d'être reconnu ».
Rédigé par
L'équipement d'Olivia Arthur
L'équipement indispensable pour le photojournalisme
Appareil photo
Objectifs
Grâce à son autofocus ultrasonique et à son incroyable ouverture maximale de f/1.2, cet objectif ultra-rapide offre des performances exceptionnelles en basse lumière. « J'aime particulièrement l'utiliser pour les portraits », confie Olivia. « Il produit des images d'une qualité exceptionnelle et est très polyvalent dans tous les domaines ».
Offrant une vision en grand angle avec une perspective naturelle, cet objectif à distance focale classique est très apprécié des photographes de documentaires. Grâce à sa grande ouverture maximale de f/1.4, cet objectif est idéal pour la photographie à main levée en basse lumière.
Un objectif pancake compact et polyvalent qui « allège l'appareil photo et le rend plus discret », selon Olivia. Cet objectif à ouverture rapide propose de réaliser des prises de vue dans des conditions de faible éclairage et un contrôle précis de la profondeur de champ. La technologie STM garantit un autofocus fluide et silencieux lors de l'enregistrement vidéo sur les appareils photo compatibles