Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07088.jsonl.gz/138

Monsieur l’Adjoint au Maire
Comme je vous l’ai évoqué récemment, Alain Croix, historien et universitaire, a attiré notre attention au sujet d’un couple de nantais, Charlotte et Charles Fuller, qui ont accueilli et caché trois enfants juifs durant l’occupation nazie et aidé une famille juive à passer en zone non occupée. L’histoire de cet acte est quasi-méconnue ou oubliée. Or, le 13 mars 1978, l’Institut de a décerné à Charles et à Charlotte Fuller le titre de « Justes devant les Nations ».
« Les Fuller et leur petit garçon habitaient Nantes (Loire-Atlantique). Charles Fuller, un ingénieur, et son épouse Charlotte s’étaient liés d’amitié avec Vital Naar et sa femme. Ce couple de Juifs parisiens avait trois fils – les jumeaux Roger et Claude et le bébé Jean-Pierre, né en 1938. Peu après le début de l’Occupation, Mme Naar demanda à Charlotte de prendre soin de ses enfants s’il leur arrivait malheur, à elle et à son mari. En novembre 1942, M. et Mme Naar furent arrêtés, internés à Drancy puis déportés vers Auschwitz où ils périrent. Quand les Fuller apprirent l’arrestation de leurs amis, ils se précipitèrent à Paris pour emmener les enfants avant que les Allemands ne les arrêtent eux aussi. Accueillir les trois petits Juifs au foyer des Fuller était non seulement dangereux, mais aussi une lourde tâche : le salaire de Charles Fuller n’était pas élevé et le ravitaillement, en ce temps de guerre, était difficile. Les trois garçons fréquentèrent l’école sous de faux noms et avaient de fausses cartes d’alimentation. Mais pour nourrir tout ce monde, il fallait aussi acheter – fort cher – des vivres au marché noir. Malgré les difficultés et les dangers, les trois enfants furent élevés dans une ambiance chaleureuse. Ils vécurent chez les Fuller jusqu’en 1948. Jean-Pierre, quant à lui, les considérait comme ses parents – ils l’avaient en effet adopté – et demeura chez eux jusqu’à son mariage en 1970. Charlotte et Charles Fuller sauvèrent également la vie de Carmen Silber, de sa belle-mère et de ses trois enfants dont l’aîné n’avait que trois ans. En septembre 1942, après l’arrestation et la déportation de M. Silber, Charlotte aida le reste de la famille à franchir la ligne de démarcation pour passer en zone sud. Elle les accompagna personnellement, portant le bébé dans ses bras. Si elle avait été prise, elle risquait d’être elle-même déportée dans un camp de l’Est. La jeune femme accepta en outre de s’occuper des biens des Silber. Après la guerre, Carmen Silber évoqua l’extraordinaire courage et le dévouement de Charlotte Fuller, qui était catholique, et de son mari Charles, un protestant, qui l’avaient sauvée, elle et sa famille, sans demander la moindre rétribution ».
Quant au couple Fuller nous savons que Charles est né le 7 décembre 1885 à Saint-Gall en Suisse sous le prénom suisse alémanique, Carl Oscar. Il obtient la nationalité française dans les années 1930. Ingénieur, il arrive à Nantes en 1937. Il y est décédé en juin 1971 et il était de confession protestante. Nous attestons l’office religieux effectué au temple le 22 juin 1971 (Registre des décès conservé au temple, place Edouard Normand). Son épouse Charlotte, née Duclos le 12 juillet 1896 à Ivry la Bataille (Eure) a été mariée une première fois en 1914 avec Victor Bezard, décédé durant la première guerre mondiale. Elle épouse en secondes noces Charles Fuller le 4 février 1926 à Levallois-Perret. Elle décède à Nantes le 17 décembre 1983 . Charles Nicol