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Alors que la consommation modérée d’alcool est liée à un risque plus faible de développer une maladie coronarienne, l’impact d’une consommation plus importante d’alcool sur les facteurs de risque cardiovasculaire (FRCV) et la maladie coronarienne est moins clair. Nous avons étudié l’association entre la consommation d’alcool, les FRCV et l’estimation du risque à dix ans de faire un événement cardiovasculaire dans l’étude populationnelle lausannoise CoLaus. Dans cette étude, 73% des participants consomment de l’alcool, 16% consomment de 14 à 34 unités d’alcool par semaine et 2% consomment 35 unités ou plus par semaine. Cet article montre notamment l’impact d’une consommation importante d’alcool sur les FRCV et passe en revue les liens entre la consommation d’alcool, le type de boissons et les FRCV.
Une étude effectuée au Royaume-Uni3 a montré une diminution du risque de maladie coronarienne à dix ans pour une consommation jusqu’à 21 unités/semaine (1 unité = 1 verre de vin, une bouteille de bière ou un «shot» de spiritueux), mais n’a pas pu examiner l’effet d’une consommation plus importante qui était rapportée par un trop petit nombre de sujets. Dans la littérature, la plupart des études analysant l’effet de la consommation d’alcool sur les FRCV se limite à une consommation maximale de 14 unités/semaine, en particulier aux Etats-Unis. Dans l’étude lausannoise CoLaus, 18% des participants consomment 14 unités ou plus par semaine. Nous avons donc pu étudier l’effet de plus hautes consommations d’alcool sur les FRCV, notamment les lipides, la tension artérielle et l’estimation du risque de maladie coronarienne dans la population lausannoise, et comparer ces résultats avec la littérature.
Nous avons utilisé les données de l’étude CoLaus, une étude populationnelle transversale menée de 2003 à 2006, concernant des adultes caucasiens, âgés de 35 à 75 ans, vivant à Lausanne.4,5 Seuls les participants sans antécédents de maladie cardiovasculaire préalable et pour lesquels les données sur la consommation d’alcool étaient complètes ont été inclus dans cette analyse (n = 5769). La consommation d’alcool a été catégorisée en fonction du nombre d’unités standards d’alcool que les participants indiquaient avoir consommé au cours des sept derniers jours précédant l’examen. Une unité standard de boisson a été définie comme un verre de vin, une bouteille de bière ou un «shot» de spiritueux, ce qui correspond approximativement à 10-12 g d’éthanol par unité.6 Les participants ont été classés selon deux groupes de critères : 0, 1-6, 7-13, 14-20, 21-27, 28-34 et ≥ 35 unités/semaine, ou en non-consommateurs (0 unité/semaine), consommateur modéré (1-13), important (14-34) et très important (≥ 35 unités/semaine). Dans l’étude CoLaus, 73% des participants sans maladie cardiovasculaire indiquaient con sommer de l’alcool ; plus de la moitié (55%) avaient une con sommation modérée (1-13 unités/semaine), 16% une con sommation importante (de 14-34 unités/semaine) et 2% une consommation très importante (≥ 35 unités/semaine) (figure 1).
De manière générale, les femmes rapportaient une consommation d’alcool moindre que les hommes. La prévalence des fumeurs ainsi que de l’hypertension artérielle augmentait avec la consommation d’alcool (tableau 1).
Comme dans la plupart des études sur la consommation d’alcool, la consommation d’alcool était autorapportée, ce qui peut parfois amener à une mauvaise classification des gros consommateurs.7 Cependant nous avons mesuré les taux sanguins de Carbohydrate–Deficient Transferrin (CDT, une combinaison d’asialo- et de disialo-transferrine), un marqueur qui permet de détecter une consommation chronique et abusive d’alcool,8 pour valider partiellement la consommation d’alcool rapportée par les participants. Dans notre étude, les taux de CDT augmentaient proportionnellement avec la consommation autorapportée d’alcool (tableau 1).
Une autre limitation de notre étude est liée au fait que seule la consommation d’alcool au cours des sept derniers jours a été considérée, ce qui a pu potentiellement classer comme non-consommateur des vrais consommateurs qui n’avaient rien consommé au cours de la semaine précédente. Cependant, on sait qu’une période de rappel courte est meilleure pour évaluer les consommations importantes d’alcool.9
Globalement, dans l’étude CoLaus, les valeurs de tension artérielle et du HDL-cholestérol augmentaient avec la consommation d’alcool (figure 2). Les taux sanguins de triglycérides augmentaient de 1,17 à 1,32 mmol/l et le cholestérol total de 5,52 à 5,95 mmol/l en parallèle avec la quantité d’alcool consommée.
Concernant les liens entre la quantité d’alcool et les différents FRCV, on a observé une diminution des valeurs de tension artérielle pour des consommations de 1-6 unités/semaine, qui augmentaient pour des consommations supérieures à 13 unités/semaine. Ces résultats sont en accord avec ce qui est retrouvé dans la littérature.10,11 L’éléva tion de la tension artérielle avec la consommation d’alcool contribue à l’augmentation de la mortalité par maladie coronarienne2 et à l’augmentation du risque d’accident vasculaire cérébral.12 Pour le HDL-cholestérol, l’augmentation est continue à travers tous les niveaux de consommation d’alcool.
Nous avons calculé l’estimation du risque de développer une maladie coronarienne à dix ans pour chaque participant en utilisant le score «classique» de Framingham13 qui prend en compte le cholestérol total et HDL, la tension artérielle, le tabac, l’âge, le sexe ainsi que le diabète pour déterminer des catégories de risque. L’estimation du risque de développer une maladie coronarienne à dix ans diminuait chez les buveurs modérés, pour augmenter à nouveau pour des consommations supérieures à 13 unités/semaine (figure 2).
Avec l’augmentation de la consommation d’alcool, l’effet protecteur de l’élévation du HDL-cholestérol est probablement contrebalancé par l’augmentation délétère de la tension artérielle. Une précédente étude prospective conduite en Ecosse7 suggérait une augmentation de la mortalité par maladie coronarienne chez les consommateurs importants (> 15 unités/semaine) en lien avec l’augmentation de la tension artérielle. L’augmentation des taux de HDL-cholestérol a été décrite précédemment dans plusieurs études10,14 et on présume qu’il s’agit du principal mécanisme protecteur de la consommation modérée d’alcool.
Dans l’étude lausannoise CoLaus, le vin était la boisson majoritairement consommée (tableau 1). La bière était essentiellement consommée par les hommes, et sa proportion augmentait avec la quantité totale d’alcool con sommée.
Nous avons également comparé l’effet des différents types d’alcool (vin, bière, spiritueux) sur les FRCV et l’estimation du risque de maladie coronarienne à dix ans. Nous avons observé que le vin avait un plus grand effet sur le HDL-cholestérol, ce qui a déjà été décrit dans la littérature ;10 le vin et la bière avaient un impact similaire sur la tension artérielle et le cholestérol total, alors que la bière et les spiritueux étaient liés à des taux plus élevés de triglycérides.
Cependant, il a été démontré que la boisson majoritairement consommée par une population, en l’occurrence le vin dans la population lausannoise, est celle qui a le plus d’effet sur les FRCV.15 Ces données transversales doivent donc être confirmées par d’autres études.
Sur la base de nos données et celles de la littérature, il apparaît que la consommation d’alcool jus qu’à 13 unités/semaine (environ 2 unités/jour) semble être associée à un moindre risque de maladie coronarienne, alors que des consommations supérieures semblent augmenter ce risque, ce qui nécessite d’être confirmé par des études prospectives incluant suffisamment de gros buveurs. Cette augmentation est liée à une élévation délétère de la tension artérielle, ceci malgré une augmentation favorable du HDL-cholestérol. Dans notre étude, le vin semble avoir un effet plus important sur la hausse du HDL-cholestérol. Cependant, pour la pratique, il serait certainement délétère de recommander aux abstinents de débuter une consommation d’alcool. D’autant plus que les bénéfices cardiovasculaires d’une consommation modérée d’alcool sont à mettre en balance avec le risque augmenté d’accident et de cancer, notamment de cancer du sein chez les femmes, pour une consommation chronique d’alcool.16
> La consommation de plus de 13 unités/semaine est associée à une augmentation de la tension artérielle qui dépasse l’effet bénéfique de la hausse du HDL-cholestérol pour des con sommations importantes d’alcool
> Le vin semble avoir un effet plus favorable sur l’augmentation du HDL-cholestérol ; la bière et les spiritueux semblent être associés à une plus forte péjoration des taux de triglycérides
> L’effet cardioprotecteur d’une consommation modérée d’alcool disparaît probablement à plus forte dose