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Les rassemblements de foule sont de plus en plus gigantesques et spectaculaires. Ils doivent donner dans le superlatif, souvent au détriment de la sécurité. Cependant, le public d'une manifestation, qu'elle soit à but lucratif, sportif ou touristique, a le droit à la sécurité. Dans la littérature, on ne trouve pas de définition précise du rassemblement de foule. Les auteurs français et américains s'accordent à définir intuitivement un rassemblement de foule à partir de 1000 personnes réunies pour un événement, en un même lieu et pendant une durée de temps déterminée.1
R. Noto définit le risque comme un danger éventuel, plus ou moins prévisible.2 M. Lesbats donne une définition du danger comme étant un événement non souhaité susceptible de provoquer des effets non souhaités sur l'individu, la population, l'écosystème et les installations.3
Cette dernière définition introduit deux paramètres distincts. Le premier est relatif à l'événement redouté, appelé «danger» et mesure les conséquences de la survenue de cet événement. Le deuxième paramètre, relatif au terme «prévisible» introduit une notion aléatoire de probabilité d'occurrence d'un événement, c'est-à-dire le pourcentage de chances que l'on a de voir un événement se réaliser. On peut alors proposer, comme définition du risque, l'exposition à un événement redouté, plus ou moins prévisible, qui menace la sécurité ou l'existence des personnes.1
On peut également dire que le risque résulte de la conjonction d'un aléa et des enjeux en présence (aléa : probabilité d'un événement qui peut affecter le système étudié/enjeux : personnes, biens, équipements, environnements menacés et susceptibles de subir des dommages et des préjudices).1
De plus, le risque sera diminué d'autant qu'il aura été planifié des mesures préventives. D'où l'équation :
Risque = aléa x enjeux
Prévention
Tout rassemblement de foule crée un risque, c'est-à-dire que le fait même qu'un grand nombre de personnes soient réunies en un même endroit crée un potentiel d'accident à cet endroit précis pendant une unité de temps déterminée. Le risque d'accident peut être limité ou aboutir à une catastrophe.
On peut en distinguer deux groupes, les activités qui ne comportent habituellement pas de risque accidentel spécifique et les activités comportant un risque accidentel spécifique.1 Parmi les premiers, on peut citer les rassemblements religieux, politiques, artistiques où le rassemblement crée à lui seul un potentiel de risque. Ce risque peut être modulé par des facteurs additionnels tels que le climat, la sociologie de la foule réunie, la structure d'accueil du rassemblement, le service d'ordre qui joue un important rôle de surveillance et de répression.1 Parmi les seconds, au risque inhérent au rassemblement de foule il faut ajouter le risque propre à l'élément technique, motif du rassemblement. C'est le cas des courses automobiles,4 meetings aériens,5 feux d'artifice, ou attractions foraines.
Ammirati et coll. dans leur étude sur les rassemblements de foule et moyens sanitaires1 distinguent le risque individuel du risque collectif. Dans la part de risque individuel, on considère que des porteurs de pathologies préexistantes peuvent présenter une décompensation. Cette pathologie préexistante est plus ou moins présente en fonction du type de foule réunie. Lors de concerts de musique ou d'un meeting sportif on peut considérer une foule relativement jeune et en bonne santé avec un risque de pathologie préexistante faible. En revanche, un rassemblement politique ou religieux amène une foule beaucoup plus hétéroclite associant jeunes enfants, personnes âgées, handicapés, invalides, etc. et le risque de survenue d'une complication d'une pathologie préexistante est plus élevé.
Le risque collectif est particulièrement présent dans les manifestations musicales (phénomènes de compression dans les fosses au-devant des scènes) et sportives (rixes pouvant dégénérer en mouvement de panique, en particulier lors de matches de football).
Sur la base de l'algorithme établi par Maurer,6 chef du service de lutte contre les incendies de la ville de Karlsruhe, l'Interassociation suisse de sauvetage (IAS)6 publie une manière chiffrée d'évaluer le risque lors de grandes manifestations. Les risques saillants découlent généralement des éléments suivants : nombre de participants autorisés et de fait, du site (locaux fermés, plein air), du lieu et de son accessibilité, du genre de manifestation, de la participation de personnalités importantes, etc. Ces différents critères sont caractérisés par des coefficients définis dans les tableaux 1 et 2. Ceci donne une valeur du risque intégrant ces différents paramètres (tableau 3) ce qui permet de définir les moyens sanitaires nécessaires et adaptés pour encadrer la manifestation (tableau 4). Toutes ces données sont basées sur l'expérience vécue dans de nombreuses manifestations, expériences qui ont fait l'objet d'études critiques et dont les dispositifs ont été corrigés. De même, la détermination du coefficient de risque permet de déterminer de quelles structure de conduite il est nécessaire de disposer (tableau 4). A titre d'exemples, l'analyse de trois manifestations différentes est présentée dans les tableaux 5, 6 et 7.
Après avoir identifié les risques, les avoir quantifiés et doté la manifestation en ressources humaines, vecteurs de transport de patients, il convient de passer en revue les mesures préventives à considérer.
Leurs objectifs sont de prévenir qu'un incident ne dégénère en accident majeur ou en catastrophe, d'anticiper sur une situation d'exception, écourtant ainsi la période de chaos initial, et de permettre d'assurer des soins courants en déchargeant les hôpitaux. Lors de grands rassemblements, la détermination de secteurs dans la zone des spectateurs s'est révélée utile. Ainsi, lors de la Coupe du monde de Football de 1998, de la visite du pape à Lyon avec 600 000 personnes, les responsables ont mis sur pied des dispositifs sanitaires importants. Ceci a montré l'utilité de compartimenter les foules en blocs d'environ 3000 personnes.
D'autres mesures, prises au niveau des stades de football, comme la séparation des groupes de supporters, l'institution des «stadiers» (membres de la sécurité tournés vers les gradins et chargés de la surveillance sanitaire d'un groupe de spectateurs), la délocalisation préalable des moyens SAMU à proximité des lieux de rencontre, se sont révélées efficaces. Concernant la délocalisation des moyens et des personnels dans le cadre d'un dispositif préventif la même constatation a pu être faite lors de la catastrophe de Furiani, en 1992.7,8 En effet, la médicalisation préalable du match par des éléments du SAMU, comportant des professionnels de l'urgence et des installations de type PMA déjà sur place ont permis une prise en charge rapide des victimes. Ceci a permis de limiter le bilan morbide avec seulement trois décès d'emblée, puis cinq dans la nuit au centre hospitalier de Bastia. Sur environ 3500 chutes, 1200 victimes ont pu être triées et 813 hospitalisées. Dix-huit victimes ont été réanimées et intubées sur le site.
Pour toutes les manifestations d'envergure, il incombe à l'organisateur la responsabilité de mettre sur pied et de financer une couverture sanitaire. C'est le service sanitaire privé. Bien souvent, par soucis d'économie, l'aspect sanitaire est considéré comme secondaire et les organisateurs tendent naturellement à recourir au bénévolat non professionnel au détriment du professionnalisme, qui lui a un coût.
Selon les recommandations actuelles, basées sur les expériences vécues (Furiani, Coupe du monde de football, Fête des vignerons, etc.), il faut envisager des dispositifs médicaux et de secours internes à ces manifestations, appuyés par les services publics en cas d'événement majeur. Dans ce dernier cas, ce sont les plans de secours publics habituels qui s'appliquent, le dispositif privé de l'organisateur lui devenant alors subordonné. Le rôle des pouvoirs publics, en temps normal, doit être d'agréer le dispositif privé, de réguler les évacuations vers les hôpitaux et de prendre les dispositions nécessaires à l'organisation d'un plan de secours en cas de situation exceptionnelle.
Le directeur médical (ou manager) est le véritable coordinateur du dispositif privé. Interface avec le service public, il a autorité sur le dispositif sanitaire interne au site, y compris sur le dispositif secouriste. Il gère l'événement avant, pendant et après. Il est responsable de l'enclenchement des différentes procédures, en fonction de l'évolution de la manifestation. Les médecins des postes de secours devraient être préférentiellement des urgentistes au bénéfice d'une expérience de terrain avérée.
Des infirmiers(ières), ayant si possible une expérience professionnelle dans un service d'urgences, ainsi que des ambulanciers diplômés complètent le team des professionnels de la santé. En effet, si par le passé on pouvait se contenter des secouristes seuls, l'évolution de la société actuelle, avec ses attentes de plus en plus élevées, fait que ces manifestations ne peuvent plus se passer des professionnels de l'urgence. Mais, rappelons que cela a un coût. Des secouristes en nombre suffisant forment enfin le gros des ressources en personnel sanitaire sur site. Ils relèvent de l'autorité du directeur médical.
Au plan de l'équipement, il faut avoir des lots d'urgence classiques, et de quoi mettre en condition un ou plusieurs cas graves (perfusions, défibrillateur cardiaque, réserves d'oxygène). Ce matériel doit être similaire à celui du service public. Lors d'une manifestation d'envergure il faut encore prévoir des sites d'hébergement : une ou plusieurs infirmeries ou postes de secours, selon l'importance et l'étendue de la manifestation.
En dernier lieu, des équipes mobiles, éventuellement médicalisées, dotées de matériel portatif, d'équipements de radiocommunication légers et de moyens de déplacement adaptés au type de manifestation (motocyclette, scooter, vélo, trottinette ou voiture légère, etc.) donnent au dispositif la souplesse nécessaire sur des sites parfois étendus.
La répartition et le rôle de ces structures sont variables selon le type de l'événement. Ainsi, lors d'événement sportif ou socio-politique, il convient d'envisager une zone de déchocage et des infirmeries réparties sur le site. Lors de la Coupe du monde de football 1998 en France, les stades comportaient une infirmerie principale avec déchocage, pouvant prendre en charge son bloc de spectateurs, et trois autres infirmeries. Cette répartition des infirmeries (une par bloc, soit Nord, Sud, Est, Ouest) permettait un drainage des spectateurs par bloc.
Lors de méga-concerts, devront être prévus des postes de secours légers aux entrées, une zone de déchocage, deux postes chauds de part et d'autre de la scène (zone de tri rapide), une zone de repos dite poste tiède (gestion des cas bénins) ainsi que des infirmeries (postes froids) réparties sur le site.
Dans tous ces cas de figure il faut disposer de moyens de télécommunication avec la centrale de régulation (Centrale 144) et avec les différents partenaires des secours.
Une équipe médicale peut être déléguée sur place, afin d'anticiper sur une situation d'exception, ou de servir de référent au dispositif privé. Les responsables des services publics, privés et les autres partenaires de la sécurité privée et publique doivent se rencontrer au préalable, lors de réunions de préparation. Leur objectif est d'une part de prévoir les risques et de prévenir leur survenue, d'autre part d'élaborer les moyens d'y faire face. Pour cela, ils précisent l'implication de chaque partenaire public ou privé, et les modalités de coordination de leurs moyens.
Ainsi sont prévues les situations d'exceptions, avec la création préalable d'accès et d'itinéraires prioritaires pour les secours, indépendants des cheminements de fuite du public. Après avoir effectué une reconnaissance sur site, on pourra préciser le lieu de rassemblement des ambulances et désigner les zones potentiellement utilisables pour placer au mieux les installations sanitaires, notamment le poste médical avancé (PMA). Lors de ces réunions, les services privés exposent leurs propres concepts et moyens pour qu'ils puissent être agréés. Il est communément admis que ces grandes manifestations nécessitent un Poste de commandement (PC) commun, regroupant les représentants de chaque organisme, public ou privé. Chaque service dispose de son propre réseau de télécommunication. Il est défini un canal commun de sécurité. Ainsi, chaque organisme peut communiquer en réseau interne et avec les partenaires si nécessaire.
L'Expo.02 permet d'illustrer la mise en place d'un concept sanitaire pour une manifestation de longue durée, qui attend de nombreux visiteurs, et avec une offre variée d'événements («events») comportant divers degrés de risques. Dans un tel cas de figure, il faut distinguer le quotidien de l'exceptionnel. Au quotidien, le service sanitaire est du ressort de l'organisateur. Il y a donc un service sanitaire privé, médicalisé. Sur chaque Arteplage il y a au moins une infirmerie avec une permanence médicale. L'Arteplage de Bienne, en raison de son étendue, en a une deuxième. Le dispositif est complété par des patrouilles sanitaires avec défibrillateur et oxygène. Les patrouilles sont en liaison radio avec la centrale sanitaire de l'infirmerie. Lors d'un événement particulièrement grave, l'infirmerie recourt aux moyens publiques de proximité (ambulances, Service mobile d'urgences et de réanimation (SMUR). Ainsi, il y a complémentarité public-privé.
Lors d'un accident majeur, ce serait les moyens publics du canton sur lequel surviendrait l'événement qui conduiraient les opérations de secours selon les procédures habituelles, que l'événement survienne sur l'Arteplage ou en dehors. Une entraide intercantonale est prévue alors que des renforts militaires sont également prêts à l'engagement. De nombreuses réunions de préparation et de planification de la sécurité ont eu lieu et continuent à être mises sur pied. Ces rencontres regroupent tous les partenaires concernés par des opérations de secours, publics et privés.
Des cas stratégiques quant à la survenue d'un événement dans tel ou tel secteur ont été retenus (aussi bien sur l'eau que sur terre). Les états-majors de sécurité ont planifié des dispositifs précisant, notamment au plan sanitaire, l'emplacement des installations (poste médical avancé, place de rassemblement des ambulances, hélisurface, itinéraires prioritaires (certains sont d'ailleurs déjà fléchés), voies d'évacuation du public non touché, etc.).
L'organisation sanitaire lors de rassemblement de foule obéit à quelques principes clairs de planification. L'identification des risques permet de déterminer les besoins en personnel de santé, en vecteurs de transport sanitaires et en médicalisation. L'anticipation sur une situation qui pourrait dégénérer permet de gagner du temps s'il y a réalisation du risque et d'éviter que la période de chaos ne soit trop longue. Une prise de dispositions adaptées évite d'alourdir les bilans. En fin de compte, ce sont les patients qui bénéficient d'une soigneuse planification. W