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L'enseignement de l'histoire et l'identité nationale
Le professeur Dominique Dirlewanger plaide depuis des années pour que l'Ecole vaudoise donne plus de place à l'enseignement de l'histoire. Il y a deux semaines, il exposait ici-même dans quel esprit il concevait cet enseignement, qu'il refuse de «réduire à un récit linéaire progressiste ou à une valorisation conservatrice d'un passé idéalisé.» Entièrement d'accord!
Il affirmait également qu'«une histoire vaudoise sans relation avec les cantons voisins et le reste du continent européen n'a guère plus de sens qu'un récit légendaire sans lien avec la réalité.» Encore d'accord! De la chrétienté médiévale à l'Europe moderne, du monde francophone au canton de Berne, de la Savoie à la Confédération suisse, le pays de Vaud a toujours existé à l'intersection de plusieurs aires de dimensions et de nature différentes. Il a subi de fortes influences de l'extérieur – religieuses, linguistiques, culturelles, politiques, idéologiques – qu'un historien sérieux ne peut ignorer.
Pour autant, «Vaud» n'est pas une simple étiquette désignant la résultante passagère de facteurs historiques généraux se croisant en un lieu quelconque. Il existe bel et bien une réalité vaudoise qui résiste au temps. Cette réalité, c'est un peuple qui vit sur son territoire, de génération en génération, et qui traite à sa manière les influences subies. Au fil des jours et des siècles, il les a mélangées, malaxées et digérées. Il les a synthétisées en une culture propre et un destin unique.
Dès lors, il est normal qu'une histoire vaudoise mette en valeur les événements du passé qui ont déterminé cette culture et ce destin. Vus de Genève ou de Berne, les mêmes événements prendraient bien entendu un sens et une importance différents.
En d'autres termes, soit dit en passant, il n'y a pas d'histoire objective sans point de vue particulier assumé. Ce n'est pas contradictoire, car l'historien travaille toujours en situation.
M. Dirlewanger estime que, «par ses méthodes d'interprétation des faits passés, l'histoire offre des outils pour lutter contre les fake news et exercer un regard critique sur le monde contemporain.» Sans doute, mais c'est surtout pour ceux qui maîtrisent les outils méthodologiques. Au simple écolier vaudois, l'histoire dira d'où il vient et, en partie, qui il est. Elle lui donnera une place dans un ensemble qui le dépasse en extension et en durée. Elle lui fera mieux voir ce qui distingue le canton de Vaud de ses voisins et ce qui les relie à lui. Elle orientera et cadrera ses actions futures, sociales ou politiques. Enfin, elle éclairera le jeune étranger désireux de repiquer en terre vaudoise les racines extirpées de sa terre d'origine.
Pour tous ces motifs, l'engagement de M. Dirlewanger, il n'est d'ailleurs pas seul, pour renforcer l'enseignement de l'histoire est vital.
(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 14 novembre 2017)