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10. Les régents
LES RÉGENTS
Le rôle des régents est d'instruire les enfants qui leur sont confiés. Ils doivent notamment « expliquer fidèlement » les matières étudiées, avec une « gravité modérée », et sans « invectives » à l'encontre des auteurs abordés. Mais surtout, ils doivent leur inculquer l'amour de Dieu et la haine des vices. Ils sont également appelés à discipliner les écoliers, à les tenir en silence, à les reprendre et à les châtier.
Concernant la nomination des régents, l'Ordre du Collège de Genève statue qu'il revient aux ministres et aux professeurs de les élire et de les présenter au syndics et au Conseil, « pour être acceptés et confirmés selon leur bon plaisir ».
Avant leur élection, les candidats sont soumis à des épreuves, dont la difficulté varie en fonction de la classe à enseigner. La première de ces épreuves est un examen écrit, consistant à traduire des passages d'auteurs français en grec et en latin, ainsi qu'à interpréter un auteur grec et un auteur latin.
La deuxième est un examen oral, dit « à livre ouvert » (ad aperturam libri), public, passé devant la Compagnie des pasteurs, en présence des membres du Conseil qui souhaitent y assister. Le modérateur, après consultation de ses collègues, détermine les passages des auteurs grecs et latins à interpréter, au hasard, à l'aide d'une épingle. Les candidats sont également interrogés sur le catéchisme.
La troisième épreuve consiste en un examen pratique. Les candidats sont tenus de diriger la classe pendant une journée au moins, en présence de membres de la Compagnie des pasteurs. Ils doivent composer un thème sur un sujet, donné au moment de rentrer en classe, et le faire traduire par tous les élèves, avant de le corriger à haute voix.
Une fois ces trois épreuves passées, les candidats sont soumis au grabeau, soit à l'examen de leur vie privée et publique. Si celle-ci est jugée satisfaisante, le candidat est proposé au Conseil, à qui il revient de l'accepter ou de le refuser. S'il est agréé, le candidat est nommé régent et prête le serment suivant devant le Conseil :
« Je promets et jure de m’acquitter loyalement de la charge qui m'est commise, à savoir de travailler pour l'instruction des enfants et auditeurs, de faire les lectures qui me sont ordonnées par les statuts de nos seigneurs et supérieurs. Et, en général, de mettre peine que l'école soit conduite en bon ordre. Et de procurer selon qu'il me sera possible (comme j'espère que Dieu m'en fera la grâce) que les écoliers vivent paisiblement, en toute modestie et honnêteté, à l'honneur de Dieu, et au profit et repos de la ville ».
Dès la seconde moitié du XVIIème siècle, le grabeau n'est pas seulement pratiqué à l'occasion des candidatures au poste de régent, mais a lieu chaque année pour examiner les mœurs et l'aptitude des régents.
Grabeau des régents. 8 avril 1701 (A.E.G., Cp. Past. R 18, p. 222-223)

Mr Badolet et sa classe

2ème classe
Mr Badolet manque de gravité, ce qui fait qu'il est méprisé par les écoliers. Le français de ses versions et de ses thèmes n'est pas bon. Il a une très grande lenteur en enseignant, ce qui ne peut que rebuter les écoliers. Il ne les reprend pas quand ils manquent à la quantité, ce qui donne lieu de croire qu'il n'entend [ne comprend] pas bien la prosodie. Pour abréger les infractions dans la piété, qu'il doit faire le samedi, il fait lire les Métamorphoses d'Ovide, dans l'explication desquelles il n'a pas fait paraître toute l'habileté que l'on pourrait souhaiter.
- Examen d’un candidat comme régent. 1er, 5 et 8 juin 1708 (A.E.G., Cp Past. R 19, p. 292).
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