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18/04/2008
Pionnier égyptien du développement durable, Hassan Fathy (1900-1989) a été célébré dans le monde entier de son vivant. Persuadé qu'il fallait offrir au peuple égyptien des maisons bon marché et adaptées au climat, faites dans la technologie traditionnelle de la brique crue (tub il ahdar), il construisit dès la fin des années 1940' un village situé sur la rive ouest de Louxor, le Nouveau Gourna. Ce village-modèle de terre aux lignes d'une grande modernité ne fut jamais achevé; une vingtaine d'années plus tard Hassan Fathy publia le récit de cette expérience dans un ouvrage qui fit le tour de la planète et fut traduit dans plusieurs langues. Le titre français de cet ouvrage est Construire avec le peuple (1971).
Fathy fait état de la nécessité de revenir aux matériaux traditionnels pour des raisons économiques et climatiques; il explique sa redécouverte de la technologie de la terre crue, décrit comment il implique les Gournis dans le dessin de ce nouveau village selon les usages de leurs tribus et à leurs mesures, comment il leur apprend avec l'aide de maîtres-maçons nubiens la fabrication et la mise en oeuvre des briques séchées au soleil. Parce que "si un homme ne peut pas construire seul une maison, dix hommes ensemble peuvent faire dix maisons".
Le village devait donner de la dignité à ses habitants. Il devait être le lieu de la résurgence des savoir-faire artisanaux traditionnels, dont la vente pouvait procurer des revenus supplémentaires. Les enfants disposaient d'une grande et belle école. Il y avait même un théâtre pour les représentations de spectacles à but pédagogique et une aire de jeux pour les divertissements folkloriques. Un marché pour les produits artisanaux sur la place centrale et un marché pour les denrées agricoles près de l'entrée principale constituaient les deux pôles économiques du village. Chaque maison était spacieuse, clairement organisée, et propre à héberger le bétail de chacune des familles.
De toutes ces dispositions, si pleines de mérite et si avant-gardistes du point de vue écologique, il ne reste que lambeaux. Certes la mosquée, restaurée, se dresse toujours sur la place centrale, accompagnée, non loin de là, du bâtiment du théâtre, qui a aussi fait l'objet de soins. Le khan des produits artisanaux et les halles du marché aux bestiaux menacent ruine, de même que plusieurs maisons. L'école des garçons, parmi d'autres bâtiments, a été détruite.
Les développements récents de Louxor et le manque de protection de ce patrimoine, aussi fragile qu'emblématique, ont suscité l'émotion de nombreux architectes et scientifiques; une association internationale s'est créée en février 2008 à Genève sous le nom SAVE THE HERITAGE OF HASSAN FATHY (voir http://fathyheritage.over-blog.com). L'adhésion des spécialistes internationaux de l'architecture de terre, le soutien de nombreuses personalités internationales et égyptiennes donnent à espérer que Nouveau Gourna pourra être préservé et restauré pour continuer de témoigner d'une éthique sans faille et d'une pensée architecturale juste.
13/04/2008
Le Lignon, cité pour 10.000 habitants, la cité des cités dans la Genève des années 1960', tout au bout de la ligne du bus 7 de l'époque, si loin de Genève ... On y allait en excursion le jeudi après-midi, comme on allait à Meyrin, autre cité nouvelle avec son centre commercial, sa succursale de l'Uniprix de l'époque et sa Migros toute moderne. Un peu d'Amérique avec ses immeubles-barres, ses gratte-ciel s'offrait à nous dans la périphérie de la vieille Genève! La nouvelle ville-dortoir du Lignon souleva l'étonnement puis l'effroi: deux tours inatteignables par les échelles de pompiers, un bâtiment unique zigzaguant sur un peu plus d'un kilomètre de longueur. Le tout bâti dans un site naturel exceptionnel, offensant le regard des habitants de la zone villas située en contrebas.
Une vieille tante expropriée de sa villa de La Chapelle sur Pinchat, à l'emplacement de laquelle se construirait le bâtiment des TPG au Bachet de Pesay, emménagea un beau jour dans la grande tour du Lignon. Toute la famille se transporta avec curiosité pour visiter les lieux. Contre toute attente l'appartement était bien distribué, la vue grandiose et il y avait une piscine sur le toit ... Cet ancrage familial de même qu'une suppléance assurée quelques années plus tard dans le cycle d'orientation du Renard, à proximité immédiate de ladite cité, me procurèrent maintes occasions de revenir au Lignon.
Je me rappelle encore la visite que nous fîmes au Lignon en compagnie de Maurice Besset, un de nos professeurs d'histoire de l'art. Un architecte, peut-être Addor ou Julliard, nous attendait pour nous faire visiter un appartement-témoin de la barre d'un kilomètre de long et nous expliquer le parti urbanistique et architectural, le projet massé n'occupant qu'à peine 10% du paysage arboré, la préfabrication, les appartements traversants, les façades verre et alu. Puis il conclut en disant que l'amortissement avait été prévu sur 50 ans. Et je me souviens encore de m'être demandé si cela signifiait que les bâtiments pouvaient ensuite être bons à jeter, à l'ère de la toute nouvelle société de consommation, celle des bas nylon, qui filaient si vite!
Or, à l'heure du développement durable, chacun sait que les bâtiments ne sont pas des biens de consommation périssables, qu'ils doivent être considérés comme des ressources, qu'avant d'envisager les démolir on doit se poser la question de leur survie et de leur adaptation. Très décrié et accusé injustement de trop de maux par certains, le Lignon fut pourtant considéré par les autorités et une majorité d'usagers comme la juste réponse aux problèmes de logement dans les années '60. L'ensemble continue de remplir pleinement cette fonction et pour cette seule raison il mérite d'être entretenu avec respect, dans l'esprit de ses concepteurs. Le classement, mesure de protection extrême, inventée au XIXe siècle pour sauver des monuments, n'est sans doute pas la plus adéquate des mesures pour protéger le plus grand projet résidentiel jamais construit à Genève. Il semble malheureusement que l'arsenal légal en vigueur ne laisse toutefois pas beaucoup d'autre choix!
10/04/2008
Vous me permettrez d'ajouter un petit couplet au chapitre de l'entretien des bâtiments publics, d'un bâtiment de l'état en l'occurrence, d'un bâtiment universitaire. L'ancienne Ecole de Chimie, construite à la fin des années 1870 par les architectes Henri Bourrit et Jacques Simmler, le même tandem qui réalisera l'Ecole des Arts industriels, puis décoratifs (actuelle HES Arts visuels) un peu plus tôt. Le bâtiment de l'Ecole de Chimie fut conçu comme un palais dans la tradition de l'architecture fédérale "à la Semper", inaugurée en Suisse avec les bâtiments de l'EPFZ. Le budget de l'époque se monta à près d'un million de francs dont la moitié fut prélevée sur le legs récent du duc de Brunswick.
La mémoire des hauts faits architecturaux est malheureusement courte. Dans les années 1980 la chimie déménagea dans le bâtiment de Sciences II et l'Ecole de Chimie fut abandonnée. On songea même, dans les années 1960, à la démolir sur l'autel de la circulation automobile. Il n'en fut rien: le palais florentin de la chimie genevoise se maintint. Derrière sa belle façade en molasse verte à bossage et refends, exhibant savamment des réminiscences renaissantes, l'édifice demeura quelque temps vide. Jusqu'à ce qu'on décidât d'y loger plusieurs départements de la Faculté des Lettres (au nombre desquels le département d'histoire de l'art et de musicologie), qui s'y trouvent toujours aujourd'hui.
Depuis nombre d'années on se sert donc de l'auguste édifice comme d'"une commode dont on changerait les tiroirs", ce que m'avait expliqué jadis un responsable du service des bâtiments universitaires. Cette métaphore du bâtiment-commode, si elle satisfait au confort mental d'un gestionnaire, fait peu de cas du patrimoine architectural. Au titre de commode, l'Ecole de Chimie s'est donc vue transformée sans plan d'ensemble, au coup par coup. Une partie de l'imprimerie de l'Université a été installée au rez-de-chaussée inférieur, jouxtant bruyamment les salles de cours et les bureaux des enseignants-chercheurs! Le petit amphithéâtre qui faisait pendant au grand amphithéâtre (toujours opérationnel mais qui attend impatiemment l'ébéniste qui viendra redonner un peu de jeunesse aux vieux bancs), a été remplacé par une salle de séminaire, devenue dépôt de livres et perdue pour les enseignements qui manquent pourtant d'espaces. Des murs porteurs ont été percés provoquant fissurations et nécessitant renforcements. Les peintures de faux marbres, qui ornaient les vestibules et le grand escalier, ont été badigeonnées de blanc ... et les beaux sols de terrazzo sont réparés par des pièces en bitume ... Un projet est désormais à l'étude!
Dans l'intervalle les usagers, parents pauvres de l'Université, s'accomodent des lieux! Et dans ces locaux l'Uni prend l'eau, au sens propre du terme! Une fois encore, hier, l'entreprise Guimet a été convoquée d'urgence pour une inondation des couloirs du rez-de-chaussée inférieur, ceux qui mènent à la bibliothèque de l'Unité d'histoire de l'art. Les canalisations obstruées d'une courette ont entraîné de nauséabonds débordements transformant le couloir en un canal qu'il fallait passer à gué. A ce genre d'inconvénient n'importe quel concierge ou service de conciergerie, n'importe quel contrat d'entretien du bâtiment pourraient facilement remédier, en attendant que se réalise un jour, que l'on espère prochain, le Grand Projet de remise en état de l'intérieur du bâtiment.
07/04/2008
Mercredi 9 avril 2008 19h00 - 21h
Auditorium Arditi Place du Cirque
Conférence sur le Patrimoine industriel et ses nouveaux usages
Public et gratuit
Organisé par la Direction du patrimoine et des sites
"La notion de patrimoine industriel dépasse le cadre de la seule approche architecturale pour intégrer les dimensions techniques, sociales et économiques des activités de production. Achevé récemment, le recensement du patrimoine industriel du canton de Genève, qui peut être consulté sur internet, constitue non seulement un outil d’évaluation, mais également un instrument de connaissances.
Quelle contribution cette base de données peut-elle apporter aux nouveaux usages du patrimoine ? Quelle portée économique et
culturelle peut-on lui attribuer ? Comment les récentes interventions architecturales s’inscrivent-elles dans cette problématique ?
Cette manifestation est organisée par le Département des constructions et des technologies de l’information ( DCTI ) et la Fédération des associations d’architectes et d’ingénieurs de Genève ( FAI ) avec le soutien de la Fédération des entreprises romandes Genève, la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, la Fondation pour les terrains industriels de Genève, Patrimoine suisse Genève et l’Union industrielle genevoise.
Introduction
Allocution
M. Mark Muller, Conseiller d’État en charge du Département des constructions et des technologies de l’information ( DCTI )
Conférence
Le recensement du patrimoine industriel et ses enjeux
Bénédict Frommel, historien, Direction du patrimoine et des sites ( DCTI ), Pascal Tanari, architecte
Présentation de réalisations architecturales par leurs auteurs
Surélévation et transformation de l’ancienne usine Bosch pour Médecins sans Frontières par Jean-Pierre Golinelli, architecte / Thomas Büchi, ingénieur bois
Transformation de l’ancienne usine de la SIP à Plainpalais par Devanthéry & Lamunière, architectes
Transformation de l’ancienne usine Tavaro et transformation d’une ancienne usine à la rue de la Muse par Ris & Chabloz, architectes
Débat
Apéritif de clôture
www. geneve.ch/patrimoine"
06/04/2008
Une Association internationale, Save the Heritage of Hassan Fathy, s'est récemment constituée à Genève pour tenter de sauvegarder le village de Nouveau Gourna, sur la rive ouest de Louxor en Egypte. Bien que Hassan Fathy, l'auteur de cette réalisation, soit l'architecte égyptien contemporain le mieux connu au monde, plusieurs de ses réalisations sont actuellement en grand danger. C'est le cas du village de nouveau Gourna, réalisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, négligé depuis et soumis aux bouleversements considérables récemment entrepris à Louxor.
Ce village de Nouveau Gourna a été pour Hassan Fathy l'occasion de développer en Egypte une expérience totalement à contre-courant dans le contexte de l'avènement du Mouvement moderne occidental. Fermement opposé aux technologies lourdes, coûteuses et inadaptées au climat saharien, Fathy a préconisé pour la construction de ce village le retour à la technologie traditionnelle de la brique de terre crue. Cette expérience, controversée pour diverses raisons en Egypte dès le moment de sa mise en oeuvre, a cependant été connue et saluée dans le monde entier.
L'ouvrage de Hassan Fathy qui relate l'histoire de cette entreprise, Construire avec le peuple (1971 en français), a été publié dans plusieurs langues et continue d'avoir une portée considérable dans les pays émergents et auprès des partisans d'une architecture du développement durable. Or, ce faisant, le village de Nouveau Gourna n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même. Des bâtiments ont disparus, certains ont été remplacés par des constructions à ossature béton, ceux qui subsistent sont fissurés et menacent ruine à l'exception du théâtre, de la mosquée et d'une ou deux maisons privées.
La communauté internationale s'insurge contre cette situation et les principaux laboratoires internationaux de l'architecture de terre ont déjà rejoint l'Association Save the Heritage of Hassan Fathy. L'UNESCO, Docomomo sont alertés de même que plusieurs personnalités égyptiennes. Nous avons besoin de votre soutien aussi pour sauver Nouveau Gourna et les autres réalisations de grand intérêt de Hassan Fathy, personnalité majeure de l'architecture contemporaine par son oeuvre bâti et la justesse de sa pensée.
Vous trouverez des informations supplémentaires à l'adresse de notre blog:
http://fathyheritage.over-blog.com/
et nous vous remercions d'avance de votre adhésion à notre association.