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Portrait du chef d’orchestre Youri Temirkanov, de passage à Genève le 22 mai, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg.
par Pierre JAQUET
« La Musique doit réveiller une émotion. » Cette devise du chef pétersbourgeois sera sans doute au centre de la prochaine édition des Concerts-Club.
En avril 1988, Youri Temirkanov est nommé Directeur Musical et Chef Principal de l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Il succède ainsi au mythique Evgueny Mravinsky qui vient de décéder. Le nouveau responsable n’est alors pas un débutant, loin s’en faut !
- Youri Temirkanov
- credit Sasha Gusov
Parcours
Né en 1938, dans la cité caucasienne de Naltchik, Youri aborde l’apprentissage de la musique à neuf ans. Quand il a treize ans, on l’envoie fréquenter à Leningrad l’« Ecole des Enfants talentueux », au sein de laquelle il travaille le violon et l’alto, puis la direction d’orchestre. Diplômé en 1965, le maestro voit sa carrière lancée en 1966 quand il gagne le Concours national soviétique de chef d’orchestre. A la fin des années 60 et au début des années septante, Temirkanov est l’assistant de Mravinsky à Leningrad. On le trouvera aussi à l’opéra (Théâtre du Kirov), mais c’est surtout dans le répertoire symphonique qu’il s’est fait connaître.
Dans les années qui suivent, le chef multiplie en effet les collaborations avec les ensembles, dont les disques sont autant de témoins. En 1977, il fait ses débuts à Londres avec le Royal Philharmonic Orchestra où il se produira pendant 7 ans.
L’artiste russe dirige souvent aux Etats-Unis les orchestres de New York, Philadelphie, San Francisco, Los Angeles et surtout Baltimore, de 1998 à 2006. Pour autant la pratique des langues étrangères n’est pas devenue son fort, ce qui est bien dommage pour les journalistes en quête d’interviews !
En Europe, on l’a applaudi avec l’Orchestre National de France, le Santa Cecilia à Rome, ou l’Orchestre Symphonique de la Radio Nationale Danoise.
Quand l’artiste a pris la tête de l’Orchestre Philharmonique de Leningrad (devenu Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg), le système communiste était en train de s’écrouler. Le musicien a dû se battre pour assurer un avenir matériel à sa phalange et lui conserver une cohésion, beaucoup d’interprètes s’étant vus offert des conditions de travail bien meilleures à l’Ouest. « Nous avons réussi à conserver notre bonne image. » Cette affirmation fait sa fierté !
Avoir eu pour prédécesseur Evgueny Mravinsky n’était pas une mince affaire ! On pourrait, à ce niveau, établir une comparaison avec Furtwängler et Karajan. On dit d’ailleurs que, tout comme à Berlin, l’aîné se sentait menacé par le cadet. Youri Temirkanov parle, lui, avec admiration de son maître : « Quand nous étions étudiants, nous allions assister à toutes les répétitions, même si ce n’était pas trop permis ! »
Retenue
Lors de l’établissement des programmes, le directeur artistique avoue avoir fort à faire pour ne pas se trouver enfermé dans le répertoire russe, même s’il reconnaît être particulièrement à l’aise dans la musique nationale. « Je ne sais pas où résident mes qualités. Mais en tous les cas, je trouve stupide de vouloir exiger d’un Allemand qu’il conduise avant tout un répertoire germanique ou d’un Russe qu’il se spécialise dans la musique de son pays. » Le disque confirme cette impression : L’art de Temirkanov n’a rien de ces excès et de cette passion, voire de cette ironie grinçante, qui définissent souvent les Slaves. Quand il s’exprime pour donner ses indications, c’est d’une voix douce, presque timide. Mais pour autant, son jeu n’est pas excessivement distancié. Le résultat est construit, les crescendos et decrescendos soigneusement disposés. « Quand on construit une maison, on commence par les fondations et non par le sommet ! Pour moi, les fondations ce sont les contrebasses, puis viennent les violoncelles, les altos, les violons et les vents. »
Dans ses concerts et ses disques le chef pratique donc une relative économie des moyens, sans jamais être fade pour autant ; cette relative retenue va de pair avec une conception souvent épisodique de la partition. Il a d’ailleurs souvent rappelé que ses professeurs avaient eu l’occasion de travailler sous la baguette illustre de Gustav Mahler ! On observe encore que Temirkanov bâtit des sonorités pleines, mais jamais massives ou fortement réverbérées, ce qui est souvent une marque de fabrique russe.
Pierre Jaquet
Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Victoria Hall, le 22 mai 2008 à 20h30
(Chostakovitch : Symphonie N° 7, op. 60, « Leningrad ».)
Location : SCM , tél. 022 319 61 11
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