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LONGTEMPS, le quartier du Vallon est resté en marge de la ville. Situé en contrebas de la Cité, on le nommait alors plutôt « La Solitude » ou « Les Eaux », en raison d’une ancienne source alcaline. Celle-ci fut nommée « source de la Poudrière », d’après l’usine toute proche où l’on moulait la poudre noire des armes. Avec un pavillon et une élé- gante allée de marronniers, le quartier était le siège de l’Académie des Eaux, lieu de rendez-vous de la haute société aujourd’hui disparu. Le déclin de la mode des salons littéraires et l’explosion de la poudrière en 1811 marquèrent la fin de cette brillante activité. En 1841, Wil- liam Turner y planta encore son chevalet pour son
La vocation industrieuse, puis industrielle, du quartier se précisa dès la fin du XIXe siècle, avec son urbanisation et l’installation d’élé- gantes casernes ouvrières. On vit apparaître les premières activités sans lien avec l’usage de la force hydraulique du Flon, et le quartier se désenclava avec la construction du funiculaire menant à Sauvabelin. La station aval, miraculeusement conservée depuis sa désaffection en 1949, constitue aujourd’hui, avec la place, le centre du quartier.
Pourtant, la marginalisation du Vallon s’est accentuée avec l’arrivée d’institutions et d’entreprises favorisant l’emploi précaire : la ville y a relégué ses dépôts et ateliers de la voirie ; la fonderie ayant succédé à la poudrière a été remplacée à son tour par une usine d’incinération des ordures ménagères de sinistre mémoire, car elle est responsable de la pollution par la dioxine de toute la ville. Son départ récent plus haut dans le vallon a permis l’arrivée de nouveaux usages, coopératifs, artistiques ou artisanaux. À l’image d’Éric Motte, l’artiste occupant la station du funiculaire, les habitants regroupés en associations veulent prendre en main l’avenir de leur quartier, tout en veillant à ce que la gentrification en cours ne se fasse pas au détriment de la diversité de la population ou de la protection que méritent les habitants les plus vulnérables.
TRADITION • Au cœur du quartier lausannois de la Cité, nichée dans une rue pavée menant de la cathédrale au château Saint-Maire, siège du gouvernement cantonal, La Pomme de Pin respire la tradition. De véritable pinte comme La Pinte Besson, initialement tout en longueur, conformément au parcellaire médiéval étroit et profond, elle s’est muée en restaurant cossu en s’adjoignant une salle à manger dans la maison voisine. La profonde embrasure qui sépare les deux pièces témoigne du percement du mur mitoyen entre deux maisons, dont la construction initiale remonte sans doute au 16e siècle, selon la date «1505» indiquée symboliquement sur la façade.
Un temps stamm des sociétés d’étudiants Belles-Lettres (avant son installation au Lapin Vert) ou Valdésia, La Pomme de Pin a vu dans la première moitié du 20e siècle se tenir de nombreuses assemblées du parti radical-démocrate, des Amis de la Cité ou encore la soirée annuelle du guet de la cathédrale, dans la salle du premier étage désormais transformé en logement.
Rénové successivement dans les années 1930 et 1950, l’établissement a eu droit à un dernier lifting à la fin des années 1980 lors d’importants travaux dans l’ensemble de l’immeuble. La partition de la première salle, avec menuiserie et vitres, date de la première moitié du 20e siècle.
Cité-Derrière 11-13, www.lapommedepin.ch