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Une équipe de chercheurs français dirigée par Patrizia Paterlini-Bréchot (Unité Inserm 370, Carcinogenèse hépatique et virologie moléculaire, Hôpital Necker-Enfants malades, Paris) vient d'annoncer avoir mis au point la première technique à la fois non invasive et efficace permettant un diagnostic prénatal de l'amyotrophie spinale. Cette méthode de dépistage qui fait l'objet d'une publication dans The Lancet daté du 22 mars1 se fonde sur une simple prise de sang de la femme enceinte afin de procéder à l'analyse de fragments du génome des cellules circulantes dans le sang maternel mais d'origine ftale. Cette publication, qui survient treize ans après la première identification du gène impliqué dans cette affection, illustre l'avancée des progrès diagnostiques ayant, durant cette période, été accomplis dans ce domaine.On sait que l'amyotrophie spinale infantile (ou maladie de Werdnig-Hoffmann) est une affection héréditaire transmise selon un mode récessif touchant environ un nouveau-né sur huit mille. Cette maladie se caractérise par l'apparition très précoce (souvent dès la naissance) d'une série de symptômes majeurs, hypotrophie et paralysie musculaire notamment. Lorsqu'ils apparaissent quelques mois après la naissance, ces symptômes touchent successivement le bassin, les muscles de la ceinture, de la nuque, puis ceux des membres avant de gagner les muscles respiratoires, entraînant alors une mort rapide. Cette affection, qui trouve son origine dans des lésions dégénératives des nerfs moteurs, survient chez des enfants dont le développement intellectuel est tout à fait normal. Aucune thérapeutique ne peut être proposée pour cette maladie, tout comme pour l'ensemble des amyotrophies dites «spinales progressives» dont fait partie la maladie de Werdnig-Hoffmann.En avril 1990, deux équipes travaillant de manière indépendante, l'une à New York (dirigée par Conrad Gilliam, Columbia University), l'autre à Paris (Unité 12 de l'INSERM dirigée par le Pr Jean Frézal), annonçaient une percée majeure. Ces deux équipes, grâce à de nombreuses collaborations internationales, avaient pu réunir les échantillons biologiques provenant de plusieurs dizaines de familles connues pour être à risque vis-à-vis de la maladie de Werdnig-Hoffmann. Grâce aux techniques de biologie moléculaire de ces chercheurs et au terme d'un long travail, les deux équipes avaient pu localiser le gène dont le dysfonctionnement est à l'origine de l'affection : ce gène se trouve dans une zone très précise, située sur le bras long du chromosome numéro 5. «Cette découverte nous permettra rapidement d'identifier le ou les gènes défectueux, de mettre au point une méthode de diagnostic anténatal, à terme d'isoler la protéine correspondante» expliquait alors au Monde le Pr Arnold Munnich (Hôpital Necker, Paris).Ce test fut effectivement mis au point et, ces dernières années, le diagnostic prénatal faisait appel soit à la technique de l'amniocentèse, soit à celle de la biopsie de villosités choriales. Ces deux procédés invasifs (à l'origine de fausses couches dans environ 1% des cas), dont la spécificité est de 100%, ne peuvent être pratiqués qu'aux environs de la quinzième semaine de grossesse.C'est dans ce contexte que s'inscrivent les travaux de l'équipe de Patrizia Paterlini-Bréchot (Inserm U 370, Paris.) Il y a un an cette équipe annonçait avoir développé une méthode originale de tri des cellules épithéliales d'origine ftale dans le sang circulant maternel, ces cellules se distinguant des cellules sanguines maternelles par leur taille. Afin de confirmer que les cellules retenues étaient bien d'origine ftale, cette équipe avait complété l'identification par typage moléculaire avec extraction et amplification de leur ADN et analyse comparative de microsatellites.La fiabilité de la méthode mise au point par l'équipe parisienne avait alors été évaluée sur des échantillons de sang prélevés chez treize femmes enceintes, à onze ou douze semaines de grossesse. La recherche de chromosome Y, pour les ftus de sexe masculin, et l'analyse des microsatellites, pour ceux des deux sexes, avaient alors permis de confirmer l'origine ftale des cellules sélectionnées à partir d'une simple prise de sang effectuée chez la femme enceinte. La porte, dès lors, était ouverte à la réalisation d'un diagnostic anténatal non invasif.(A suivre)1 Beroud C, Karliova M, Bonnefont JP, et al. Prenatal diagnosis of spinal muscular atrophy (SMA) by genetic analysis of circulating fetal cells. Lancet 2003 ; 361 : 1013.