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2016 : une douceur hivernale extrême, un premier semestre très humide, chaleur record en fin d’été, manque de neige en début d’hiver
En 2016, la température en Suisse a dépassé la norme 1981-2010 de 0.6 à 0.7 degré. Moyennée sur l’ensemble de la Suisse, 2016 fait partie des 10 années les plus chaudes depuis le début des mesures en 1864. L’année a débuté avec une douceur hivernale proche des records. Le Nord des Alpes a régionalement enregistré son premier semestre le plus pluvieux depuis le début des mesures. L’été n’est arrivé qu’en juillet, mais une chaleur inhabituelle s’est manifestée jusqu’en septembre. A la fin de l’année, à la suite de conditions anticycloniques persistantes, le manque de neige en montagne a été frappant.
Deuxième hiver le plus doux
L’hiver 2015/2016 a été caractérisé par des conditions très douces presque sans interruption. Décembre 2015 a été anormalement doux avec un écart à la norme 1981-2010 de près de 4 degrés. Il a été 1 degré plus doux que le précédent mois de décembre record qui datait de 1868. Une fraîcheur bien hivernale avec des températures largement sous la normale et une couche de neige jusqu’à basse altitude ne se sont présentées que pendant quelques jours vers la mi-janvier. Moyennée sur les 3 mois de l’hiver, de décembre 2015 à février 2016, la température a dépassé la norme 1981-2010 de 2.5 degrés. L’hiver record 2006/2007 avait connu des conditions similaires avec un écart à la norme de 2.6 degrés. L’hiver 1989/1990 avait également dépassé la normale de 2.4 degrés. Tous les autres hivers doux depuis le début des mesures en 1864 avaient connu un excédent thermique inférieur à 2 degrés.
Un début d’année très contrasté sur les précipitations
Janvier a été copieusement arrosé au Nord des Alpes. Les précipitations ont été fréquentes avec une activité forte à la fin du mois. Certains postes de mesures ouverts depuis plus 100 ans ont comptabilisé la somme pluviométrique la plus élevée pour un mois de janvier : 185 mm à Eschenz/TG vers le lac de Constance, 189 mm à Mormont/JU. Le deuxième mois de janvier le plus pluvieux a été relevé à Saint-Gall avec 165 mm et à Bâle avec 132 mm. Pour les régions de plaine du Nord des Alpes, janvier 2016 a souvent été le deuxième mois de janvier le plus humide depuis le début des mesures en 1864. En revanche, le Sud des Alpes n’a régionalement recueilli que la moitié des précipitations habituellement relevées en janvier. Là-bas, des mois de janvier sans précipitations se sont déjà produits.
Une fin d’hiver extrêmement douce
Au cours du mois de février, plusieurs épisodes doux se sont manifestés. Le 21 février, la température à Samedan a grimpé jusqu’à 11.7 degrés, égalant la valeur record pour un mois de février relevée le 19.2.1998. Les données de températures maximales à Samedan ont été homogénéisées jusqu’en 1869. A Berne, les 16.4 degrés mesurés constituent la cinquième valeur la plus élevée pour un mois de février depuis le début des mesures en 1864.
Fortes chutes de neige en mars au Sud
Début mars, de fortes chutes de neige ont affecté le Sud des Alpes avec 22 cm en un jour à Locarno-Monti, 15 cm à Lugano et 61 cm au San Bernardino (à 1640 mètres). Les mesures de neige à Locarno-Monti remontent jusqu’en 1935 et seule la journée du 17 mars 1975 avait connu encore plus de neige fraîche en mars avec 25 cm. Au San Bernardino, le record de neige fraîche pour un mois de mars qui date de 1979 a été égalisé. Toutefois, les mesures de neige fraîche pour cette station ne sont disponibles que depuis 1968.
Des records de pluie localement en mai
Le printemps s’est souvent montré pluvieux dans l’ensemble. Seul le mois de mars a été plus sec que la normale, à l’exception du Sud des Alpes. En avril et surtout en mai, les quantités de précipitations ont souvent été excédentaires. Localement, les sommes de mai ont représenté l’équivalent de 180 à 250% de la norme. Lucerne avec 270 mm, Château-d’Oex avec 239 mm et Thoune avec 198 mm ont connu leur mois de mai le plus pluvieux depuis le début des mesures au 19ème siècle.
De longues périodes avec du foehn
En avril déjà, le foehn a soufflé pendant plusieurs heures dans les endroits classiques à foehn. A Altdorf, il a soufflé pendant 65 heures, soit pendant presque 3 jours sans interruption. Un mois plus tard, il a soufflé sans interruption pendant 93 heures, soit presque 4 jours, du 7 mai en matinée au 11 mai en matinée. Il s’agit de la deuxième période la plus longue avec du foehn à Altdorf depuis le début des mesures continues en 1981. En fait, l’épisode de foehn avait déjà commencé 2 jours auparavant, mais le foehn était brièvement tombé pendant 2 bonnes heures le 7 mai. Ainsi, Altdorf a été sous l’influence du foehn pendant 5.5 jours. En avril 1993, l’épisode de foehn le plus long à Altdorf a persisté pendant 138 heures et 20 minutes, soit pendant presque 7 jours.
Des températures au printemps conforme à la normale
En moyenne nationale, les températures du printemps 2016 ont été conformes à la norme 1981-2010 avec toutefois de nettes différences régionales. Sur le nord-ouest du pays, les températures du printemps ont connu un déficit jusqu’à 0.6 degré par rapport à la normale. En revanche, au Sud du pays, l’excédent a localement atteint jusqu’à 0.7 degré. Mars et mai ont souvent été trop frais. Par contre, avril a présenté un excédent d’un à 2 degrés au Sud des Alpes et en montagne.
Début de l’été avec des intempéries
Le mois de juin a globalement été gris et pluvieux. Au cours de la première quinzaine, des orages ont provoqué de fortes précipitations et des inondations locales. Vers la mi-juin, de l’air méditerranéen humide a généré de fortes précipitations sur la Suisse méridionale et orientale. Les sols, déjà bien détrempés par les pluies répétées depuis le début du mois, ont fortement réagi à la suite de ces nouvelles précipitations avec des inondations et des glissements de terrain, ce qui a localement créé d’importants dégâts. Le lac de Constance et le Walensee ont débordé, tandis que le Rhin a été en crue. La dernière décade du mois a connu des orages parfois violents avec de nouveaux dégâts sur la moitié orientale du pays.
Record de pluie au premier semestre
En raison de conditions météorologiques souvent pluvieuses depuis le début de l’année, le premier semestre 2016 s’est régionalement terminé au Nord des Alpes avec les sommes de précipitations les plus élevées depuis le début des mesures en 1864. A l’exception du mois de mars, tous les autres mois ont connu des quantités de précipitations largement au-dessus de la normale. A Bâle avec 732 mm, à Neuchâtel avec 771 mm et à Lucerne avec 875 mm, les sommes de précipitations mesurées de janvier à juin n’ont jamais été aussi élevées depuis le début des mesures il y a 153 ans.
Enfin un peu d’été
En raison d’un mois de juin gris, seules 3 à 8 journées estivales (avec températures égales ou supérieures à 25 degrés) ont été comptabilisées au Nord des Alpes. Pour le Sud des Alpes, le chiffre a tout de même été entre 12 et 16 journées estivales. En juillet et en août, il a été relevé 20 journées estivales par mois au Nord des Alpes, 26 à 28 par mois au Sud des Alpes, si bien que la chaleur estivale là-bas a presque été continue.
Brève canicule record
A partir du 22 août, un anticyclone s’est installé au-dessus de l’Europe centrale et a déterminé le temps en Suisse jusqu’au 28. L’ensoleillement a été maximal et les températures au Nord des Alpes ont fréquemment grimpé au-dessus des 30 degrés à partir du 25 août. La période du 25 au 31 août a connu une chaleur record. Le 27 août, il a fait jusqu’à 33.5 degrés à Genève et 33.8 degrés à Bâle. Pour Genève, il s’agit très nettement de la valeur la plus élevée pour une fin août depuis le début des mesures en 1864. Bâle avait déjà connu une température maximale similaire le 27 août 1992 avec 33.7 degrés.
Chaleur extrême en septembre
La première quinzaine du mois de septembre a vu des conditions anticycloniques persistantes et cette quinzaine a été la plus chaude depuis le début des mesures en 1864 en Suisse romande, en Valais et au Sud des Alpes. De nouveaux records pour l’ensemble d’un mois de septembre ont été relevés avec une température dépassant la norme 1981-2010 de 3.1 degrés à Locarno-Monti, 3.2 degrés à Sion et 2.7 degrés à Neuchâtel. A Lugano, le précédent record qui a dépassé la norme de 2.8 degrés a été égalé. Pour Genève, la température a dépassé la normale de 2.6 degrés et n’a juste pas atteint le précédent excédent record. Pour les autres régions de plaine du Nord de la Suisse, il s’agit globalement du quatrième mois de septembre le plus chaud depuis le début des mesures en 1864.
Offensives hivernales en automne
Octobre 2016 a été nettement plus frais que la normale et a brusquement mis fin à la chaleur inhabituelle de septembre. La neige est tombée jusqu’en moyenne montagne et plusieurs gelées au sol jusqu’en plaine ont plutôt donné un caractère hivernal à ce mois. La première quinzaine de novembre a connu une fraîcheur bien hivernale. Vers la mi-novembre, il a abondamment neigé en montagne. Quelques domaines skiables relativement élevés ont déjà pu ouvrir.
Foehn record
En novembre 2016, le foehn s’est manifesté avec une durée inhabituellement longue. Du 20 au 24, il a soufflé sans interruption pendant plus de 4 jours à Vaduz et à Altdorf. Pour Vaduz, avec 108.2 heures, il s’agit de la plus longue période de foehn sans interruption depuis le début des mesures automatiques en 1981. Pour Altdorf, avec 109.3 heures, il s’agit de la deuxième plus longue période de foehn sans interruption. Comme le foehn a encore soufflé à 2 reprises au début du mois, la somme mensuelle avec du foehn à Vaduz s’est élevée à 137 heures, ce qui constitue un record pour un mois de novembre. A Altdorf, cette somme s’est élevée à 135.5 heures, soit la deuxième valeur mensuelle pour un mois de novembre.
Peu de neige pour le début de l’hiver
Jusqu’à la mi-décembre, la plupart des régions de la Suisse ont connu un temps sec. Quelques régions sont même restées sèches depuis le 20 novembre déjà. La longue période de foehn à la fin du mois de novembre et les conditions anticycloniques persistantes en décembre avec un temps doux en montagne, ont fait fondre la neige tombée en novembre. A la mi-décembre, on ne trouvait pas de neige dans les Alpes jusqu’à près de 2000 mètres d’altitude. Vers 2500 mètres, les hauteurs de neige n’atteignaient qu’entre 20 et 30 cm.
Bilan annuel
La température annuelle en 2016 a dépassé la norme 1981-2010 de 0.4 à 0.9 degré dans la plupart des régions de la Suisse. Pour certains sites de mesures, la normale n’a été dépassée que de 0.2 à 0.3 degré, tandis que pour d’autres, l’excédent thermique a été supérieur à 1 degré. En moyenne nationale et en tenant compte de l’évolution prévue jusqu’à la fin de l’année, il faut s’attendre à une température dépassant la normale de 0.6 à 0.7 degré. Ainsi, 2016 fait partie des 10 années les plus chaudes depuis le début des mesures en 1864.
Les précipitations annuelles au Nord des Alpes ont fréquemment dépassé la norme 1981-2010 en atteignant l’équivalent de 100 à 125%. Dans les Alpes et au Sud des Alpes, il est tombé l’équivalent de 80 à 110% des sommes annuelles. En raison du premier semestre qui a été exceptionnellement humide au Nord des Alpes, il était déjà tombé au 30 juin l’équivalent de 75 à 90% des valeurs annuelles.
Pour toute la Suisse, les sommes annuelles d’ensoleillement ont représenté l‘équivalent de 90 à légèrement plus de 100% de la norme 1981-2010. En moyenne nationale, seuls les mois d’août et de septembre ont connu un ensoleillement supérieur à la normale. Un ensoleillement normal à supérieur à la normale a été relevé en juillet dans toute la Suisse, en mars dans les Alpes et au Sud des Alpes. Les autres mois de l’année ont souvent connu un ensoleillement déficitaire.