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Regula Rytz veut obtenir le premier siège vert lors de l’élection de renouvellement du Conseil fédéral ce 11 décembre. Au détriment de qui? Le siège qui pourrait vaciller est celui du ministre libéral-radical des Affaires étrangères. Mais son éviction est peu vraisemblable, analyse le politologue Michael Hermann.
La «formule magique» est-elle encore de circonstance?
Tant les politiques que les médias sont divisés sur l’importance de la formule dite magique pour la représentation des partis au gouvernement fédéral. En 1959, ses sept membres ont été élus pour la première fois selon la répartition 2 PLRLien externe, 2 PDCLien externe, 2 PSLien externe, 1 UDCLien externe. L’inventeur de la formule, l’ancien secrétaire général du PDC Martin Rosenberg, a légitimé cet instrument en disant qu’«avec cette collaboration équitable entre les grands partis, toutes les forces politiques sont mobilisées pour le bien du pays et du peuple». La formule a tenu plus de 40 ans, mais en 2003, la modification de la représentation des partis au parlement a entraîné une modification. On est resté à un 2-2-2-1, mais l’UDC, au vu des ses gains électoraux, a gagné un second siège au détriment du PDC.
Certains observateurs politiques sont aujourd’hui d’avis que la formule n’est plus adaptée. Mais il n’y a toujours pas d’accord sur une alternative appropriée.Fin de l'infobox
Les élections d’octobre ont fait des Verts la cinquième force du parlement. Ils entendent maintenant avoir leur mot à dire au gouvernement. Les partis du centre et de la droite ne veulent pas en entendre parler. Les deux camps invoquent notamment la fameuse formule magique. Le politologue Michael HermannLien externe plaide pour des solutions plus flexibles.
swissinfo.ch: Regula RytzLien externe, conseillère nationale verte très populaire, veut accéder au Conseil fédéral. Cette candidature est-elle légitime selon vous?
Michael Hermann: Absolument. Il y a de bonnes raisons pour une candidature verte. D’une part en raison du score électoral des écologistes, mais aussi parce qu’ils ont réussi à obtenir cinq sièges à la Chambre haute [Conseil des États]. Jusqu’ici, ils s’étaient vu refuser un siège au gouvernement également au prétexte qu’ils n’étaient forts qu’au Conseil national.
Et qui devrait céder sa place?
C’est là que la situation est la plus discutable: les partis de droite PLR et UDC n’ont de loin pas la majorité au parlement, mais au gouvernement, ils occupent quatre sièges sur sept.
Et de fait, cette majorité gouvernementale PLR-UDC est une situation exceptionnelle. Depuis 1959, quand a été introduite la formule magique, c’est presque toujours le parti du centre, le PDC, qui a pu faire pencher la balance. Il pouvait soit voter avec la droite, soit avec la gauche pour créer une majorité.
Si la volonté des électeurs devait se refléter au gouvernement, les Verts auraient-ils droit à un siège, ou non?
Si l’on s’en tient à leur seule force électorale, on peut dire que oui. Mais la formule magique n’est pas une clé mathématique que l’on applique sans discuter. Il n’y a pas qu’une seule perspective.
Lors de ces élections, le PS a aussi enregistré de lourdes pertes. Or le PS et les Verts défendent souvent exactement les mêmes positions. La question se pose donc de savoir si le camp rouge-vert a vraiment droit à trois sièges.
Comment expliquer aux nombreux jeunes qui ont voté pour les Verts en raison du réchauffement climatique que leur parti n’aura quand même pas encore de siège au gouvernement et devra éventuellement attendre quatre ans, si les Verts confirment leur force électorale?
Jusqu’ici, la pensée des partis en place est imprégnée par l’idée de se maintenir au pouvoir. La Suisse reste certes un pays très stable, mais les rapports avec les électeurs sont devenus plus mouvants. Aujourd’hui, de nombreux citoyens votent une fois à droite et la prochaine à gauche, ou même pour les Verts.
Dire qu’il faudra attendre quatre ans me semble discutable d’un point de vue démocratique. Le camp des Verts est fort pour cette législature et ils aimeraient maintenant avoir leur mot à dire.
Les représentants des partis en place argumentent que les conseillers fédéraux en exercice ne devraient pas être démis de leur fonction. Qu’en pensez-vous?
Ce qu’il faudrait maintenant, c’est un système plus souple, capable de réagir aux opinions actuelles de l’électorat.
Soit on arrête avec ce système du retrait stratégique d’un membre du gouvernement en milieu de législature, ou alors on permet qu’un ministre puisse ne pas être réélu.
Pourquoi, dans une démocratie, un membre du gouvernement ne pourrait-il pas être évincé?
Si on a peur de ne pas être réélu, il ne faut pas faire de politique. La fonction ne doit pas être seulement une étape d’un plan de carrière personnel, mais on doit aussi admettre que le mandat puisse prendre fin de manière imprévue.
Cela dit, il ne s’agit que d’un siège. Finalement, ce n’est pas un bouleversement total.
Mais même si ce siège ne devait pas bouger, ou faut-il s’attendre à une surprise?
Si l’on en croit les déclarations qui ont été faites, la répartition des sièges restera inchangée. Ni les UDC ni les PLR ne voteront contre leurs propres conseillers fédéraux. Et une majorité des PDC ne voudra pas contribuer à leur non-réélection. Et il ne semble même pas que Regula Rytz puisse compter faire le plein des voix du PS et des Verts libéraux.
Les chances des Verts sont minces, mais l’élection se fait à bulletins secrets. Regula Rytz vise un siège libéral-radical. Lequel des deux conseillers fédéraux PLR doit-il trembler le plus?
Le ministre des Affaires étrangères Ignazio CassisLien externe. C’est surtout une question de popularité. La ministre de Justice et Police Karin Keller SutterLien externe s’est fortement intégrée au collège et semble bien établie. Ce qui protège Cassis, par contre, c’est son statut de seul représentant de la Suisse italienne.
(Traduction de l’allemand: Marc-André Miserez)