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Nous avons vu que Imbolc célébrait donc l’Avènement solaire,
bénissant de la grâce de ses rayons la Terre-Mère et ainsi la réveillant de son
sommeil hivernal.
De cette fête, reste essentiellement des traces celtiques, christianisées avec le temps. Mais en grattant un peu plus la pierre recouverte, on découvre de plus anciennes traces, gallo-romaines.
D’après « La guerre des Gaules », relatée par J. César: "
La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est
habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui
dans leur propre langue se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces
peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois ...».
Ces variations sont constatées dans les différents épithètes celtiques du Soleil-Apollon.
La zone Grannus au nord ; la zone Borvon en Bourgogne (dont Apollon -Moritasgus serait une variante locale); et la zone Bélénos au sud.
Voyons de plus près leurs similitudes et différences qui les rapprochent.
Grannos
( latinisé Grannus)
Le visage prééminent de l’Apollon gaulois au nord de la Bourgogne est celui d’ Apollon-Grannus. Son culte semble avoir débuté chez les Ligures, puis chez les Leuques à Grand, avant d’être essaimé dans toute la Gaule.
Grannos "le lumineux" (Est et Nord-Est de la Gaule, axe Rhône-Saône-Moselle). Luxovios lui était entre autre dédié (Luxeuil-les-Bains), où l’on retrouve aussi l’étymologie de Lugh.
Une épigraphie identifie explicitement Apollon Grannus à Phœbus — la manifestation solaire de l’Apollon classique. D’autres l’identifient comme Amarcolitanus ou à Mogounus (à relier au dieu germano-breton Moguns).
On consacrait à Grannus, du moins dans la ville de Limoges, une fête de dix nuitées, à savoir le Decamnoctiacis Granni (dix nuitées de Grannus), dont les détails restent encore obscurs pour le moment.
Les Eaux thermales d’Aix-la-Chapelle, la ville d’Aquae Granni (Eaux-de-Grannus) dans l’Antiquité, étaient déjà réputées, et si les structures y sont modernes, les eaux thérapeutiques ont attiré des patients depuis l’ère de Caracalla, et sans doute bien avant...
À Grand, probablement appelée Andesina, dans les Vosges, les ruines historiques témoignent d’un certain culte solaire dédié à l’Apollon-Grannus; tout comme au Temple du Donon, un des sommets majeurs alsaciens...
De l’Auvergne au Jura, Grannus subsiste dans le folklore dans ce qui est l’origine du carnaval des Brandons ; où il consistait d’allumer un Feu principal, parmi de plus petits éparses, à l’aide de torches de bruyère, sarments, paille et genévrier, tout en chantant « Granno-Granno mio » et dansant dans une procession villageoise, puis bénir les arbres fruitiers et chasser l’Hiver...
Quelques Inscriptions dédiées à Apollon Grannus :
• Grannus
• deo Apollini Granno Amarcolitan (Lugd. I)
• Apollini Granno (×3), Apollini Granno Phoebo, [deo Apollini Gr]anno, [Gra]nni (Belg. I)
• Apollini Granno Mogouno (Max. Seq.)
• Apollini Granno, Grani, Apollini Grann[o] (Germ. Sup.)
Il arrive souvent que les Gaulois honorent un dieu romain à côté
d’une déesse celtique. Puisque leurs rôles complémentent ceux des dieux, on
qualifie ces dernières de « parèdres » et laisse songer qu’il s’agit
nécessairement d’époux ou d’amants. (En anglais, où le mot « parèdre » est
inconnu, les érudits parlent plutôt de consorts.) Ici c’est le cas de
Ðirona/Sirona,
une déesse qui accompagne Apollon dans les figurations et les inscriptions.
Le plus souvent, on invoque soit « Apollon Grannus » seul, soit « Apollon et Ðirona » sans faire mention du « Grannus ». Cependant, la partenaire celtique peut posséder une iconographie et un rôle qui lui sont bien propres. Il y a de fortes raisons pour identifier ces deux divinités, y compris quelques inscriptions exceptionnelles, qui invoquent Apollon Grannus et Ðirona.
Ðirona est surtout connue en Gaule du nord, du centre et de
l’est ; elle est l’une des déesses les plus caractéristiques de cette région.
Le culte de Ðirona s’étendait dans les pays danubiens de la Rhétie jusqu’à
Sarmizegetusa (actuel district roumain de Hunedoara).
Les contextes privilégient son rôle comme Guérisseuse à travers les eaux thermales et relient Ðirona à Apollon Grannus en particulier.
Son nom peut signifier « grande étoile, étoile sublime, la
stellaire » et désigner une déesse de la lumière lunaire assimilable à Diane,
Déesse guérisseuse des sources et des fontaines. La lumière lunaire, selon les
croyances anciennes, a un rôle attractif sur l'eau souterraine. La croyance des
jardiniers au calendrier lunaire en est un héritage. Le phénomène des marées,
corrélé aux phases de la lune, reste une explication de cette croyance
généralisée de l'action lunaire sur les eaux ou sur les milieux vivants où
l'abondance de l'eau est vital
Son nom peut aussi signifier« génisse » ; très proche de Damona, qui fait allusion à sa potentialité de nourrisseuse, de même que dans l’ancienne Irlande, le nom de la grande déesse Boann passé à la rivière Boyne serait dérivé du protoceltique *bou-vinda « vache blanche » qui personnifie la prospérité.
Mais le plus simple est de le faire dériver du gaulois siros, « long », qui a aussi un sens temporel, ce qui donnerait « longue vie » ; un nom qui sied bien à une déesse proche d’Hygie, la déesse grecque de la santé, de l’instinct et de la vie. Le serpent de la déesse semble d’ailleurs correspondre au dauphin du dieu, peut-être parce que la terre est un élément féminin, la mer un élément masculin.
Déesse guérisseuse des sources, de la régénération et de la
fertilité, mais aussi de la prophétie. Elle est souvent associée à Apollon par
ses «adorateurs». Elle apparaît aussi aux côtés de Borvo/Bormo (Bourbon-Lancy),
de Moritasgus (Alise-Sainte-Reine), d’Albius (Aignay-leDuc) ou avec plusieurs
d’entre eux à la fois (Bourbonne-les-Bains),
Cela ne signifie pas forcément qu’elle est « polyandre », mais que ces noms ne sont que des épiclèses d’un même dieu. À Hochscheid, une dédicace à l’entrée du temple (Deo Apollini et Sancte Sirone) indique que la parèdre d’Apollon Grannus est Ðirona. Un haut-relief représente la déesse vêtue d’une longue tunique plissée, avec dans sa main gauche une coupe contenant trois fruits ou trois œufs qui symbolisent la fécondité et la régénération, et qu’il faut bien sûr mettre en relation avec les triades des grandes Mères celtiques.
Le dieu semble être aussi associé à Ðirona sur une des stèles de Mavilly. La déesse y est représentée comme une jeune femme vêtue d’une palla.
Ðirona tient parfois une grappe ou un épi, ce qui la rapproche de Perséphone. Elle préside à la source qui, à Mavilly, prend la forme d’un grand serpent à tête de bélier qui s’enroule autour de l’autel de part et d’autre duquel le dieu et la déesse se font face.
L’iconographie de Ðirona la relie à la déesse grecque Hygie et à
son homologue romain Salus.
Son animal familier est donc le serpent, symbole de la régénération et ainsi de la guérison (à comparer la coupe d’Hygie aussi bien que la couleuvre d’Esculape...).
On voit souvent une Ðirona qui nourrit le serpent des œufs
qu’elle tend dans une patère. Elle porte normalement un diadème, et elle est
vêtue d’une longue robe.
Le diadème — ornement relativement peu fréquent chez les Romains et les Gaulois — souligne l’aspect stellaire sur lequel on reviendra.
Le serpent et la patère font partie de l’iconographie normale d’Hygie,mais on voit également Ðirona à la corne d’abondance (comme à Vienne-en-Val), aux tiges de blé (comme à Sainte-Fontaine), aux fruits. C’est que Ðirona préside non seulement à la guérison, mais à la croissance, les bons évènements qui suivent à la santé.
Si elle porte normalement une robe et parfois même un voile, le bronze de Mâlain représente Thiron(a) (sic) à moitié nue, un serpent au bras. Un monument médiomatrice de Saint-Avold ne représente qu’un buste, et cela dans une manière stylisée très frappante, on dirait presque d’inspiration égyptienne.
Les sanctuaires de sources accueillaient grand nombre de pèlerins qui devaient dormir sur place pour écouter les prescriptions du dieu dans leurs rêves. Ces sanctuaires sont donc devenus des « lieux sociaux par excellence », avec des auberges, des boutiques et surtout des théâtres. Comme Apollon est, avec Bacchus, un des patrons du drame, il est normal qu’on assiste à des pièces dans ses sanctuaires.
—Le nom de la déesse est intéressant pour plusieurs raisons.
D’abord il faut expliquer la première lettre, que nous écrivons ici comme Ð
mais qui peut s’écrire comme Θ, TH ou (variante la plus fréquente de toutes) S
dans les textes.
Cette lettre polyforme, qualifiée de « tau gallicum » chez Virgile, est en réalité une évolution locale du thêta grec dans l’alphabet gaulois latin (voilà la raison pour laquelle nous mettons ici le Ð entre le H et le I dans l’ordre alphabétique).
De fait, la barre horizontale devrait s’étendre presque d’une côté à l’autre de l’intérieur du D, comme dans le thêta. La prononciation du tau gallicum est discutée. Il est apparenté par l’étymologie aux stet ts proto-indo-européens, mais représenté par une lettre qui représente [th] en grec ancien. La prononciation de [ts] est celle la plus souvent retenue, mais on ne saurait exclure [tθ] ni [θ] non plus.
Tandis que l’orthographie Sirona est majoritaire, nous préférons la variante Ðirona pour souligner qu’il ne s’agit pas d’un son [s] normal.
On y rencontre le même suffixe augmentif -on- qui figure dans tant d’autres théonymes (Epona, Maponos, Matrona, Ritona, etc.).
La racine ðīr- est à rapprocher au sêr gallois (« étoiles ») ; donc, Ðirona serait la « Grande Étoile ». La variante Serona préserverait la forme archaïque ðēr-. Voilà ce qui confirme la complémentarité des rôles d’Apollon et de Ðirona : pour lui, l’aspect solaire est important en Gaule ; pour sa compagne, voilà un aspect stellaire. —
Une inscription à Augsbourg (province de Rhétie) invoque «
Apollon Grannus, Diane la sainte Ðirona », réunissant ainsi les divinités du
soleil, de la lune et des étoiles.
Il faut signaler que l’identification de Ðirona à l’étoile se base pour l’essentiel sur l’étymologie, non pas sur son iconographie ni sur les autres évidences écrites.
Mais poursuivons un instant l’idée d’une Ðirona astrale. Quelle étoile aurait été, aux yeux des Celtes, « La GRANde » ? Voici un résumé de quelques possibilités, toutes incertaines et évidemment non exhaustives qu’elles soient.
On cherche une étoile importante, visible, et qui a par préférence des liens mythologiques avec Hygie ou le serpent.
• L’étoile la plus importante pour les navigateurs est la Polaire (α Ursa Minoris). C’est un astre qui se trouve non loin du Dragon, que l’on peut rapprocher au serpent de Ðirona. Or, Ðirona ne semble pas avoir de rôle spécial comme protégeant les nautes (au contraire de Nehalennia, d’Isis ou des Dioscures, par exemple).
• Quant à la constellation du Dragon, elle termine en un groupe d’étoiles assez brillantes (tête de serpent entourée d’œufs ?), dont β et γ Draconis (Rastaban).
• Un autre candidat pour celui de Ðirona, plus fidèle à la tradition hellénistique, est le Serpent qui se trouve dans les mains d’Ophiuchus. Cet Ophiuchus (« porteur de serpent ») est à identifier chez les Grecs à Esculape, un proche parent d’Hygie qui partage avec elle le serpent comme symbole de la santé. La tête d’Ophiuchus est l’étoile Ras Alhague (α Ophiuchi), qui est assez brillante. Est-ce que les Gaulois voyaient Ðirona à la place d’Esculape ? Ou du moins, est-ce qu’ils attribuaient un astre de cette constellation à la déesse ?
• C’est Sirius (α Canis Majoris) qui est l’étoile la plus brillante dans les cieux, et les Égyptiens l’adoraient comme la déesse Sothis.
• Les planètes sont, pour l’astronomie antique, des « astres vagabonds ». Une planète, voire l’aspect d’un planète, aurait donc pu être l’astre de Ðirona. Chez les Grecs, par exemple, on distinguait souvent Éosphore de Hespéros (Vénus vue respectivement le matin et le soir) ; à une certaine époque, le planète Mercure était Hermès le soir, mais Apollon le matin. Concevait-on Ðirona comme une étoile du matin, héraut du soleil apollonien? Ou du soir, son fidèle disciple?...
Borvon
Dans une zone centrale située autour de la Bourgogne actuelle, on trouve des inscriptions en l’honneur du dieu Borvon ou Bormon, une appellation à interpréter tout simplement comme « source chaude ».Et en effet, les sanctuaires les plus importants de Borvon sont deux sources thermales, Bourbon-Lancy et Bourbonne-les-Bains, qui gardent encore aujourd’hui le nom du dieu. Une inscription à Entrains-sur-Nohain (Nièvre) commémore l’acquittement d’un vœu à Auguste, au dieu Borvon et à Candidus, « le candide », sans doute un parèdre mineur d’Apollon qui rappelle Apollon Virotutis « vérité » et le rôle d’Apollon comme révélateur de la vérité par des oracles. On a découvert à Entrains un sanctuaire monumental (il s’agit d’un fanum circulaire) et une statue immense d’un Apollon à la lyre, assis sur un trône (la lyre est décorée d’un griffon). La posture assise est aussi exceptionnelle que les dimensions de la statue.
À l’inverse d’Apollon Grannus, la parèdre d’Apollon Borvon qu’on rencontre le plus souvent, c’est Damona, un nom qui se traduit par « la Grande Vache ».
Borvon partage la parèdre Damona avec Apollon Moritasgus. L’épithète Moritasgus est localisée aux alentours d’Alésia (haut lieu de la mémoire gauloise sans pair), où inversement on ne fait pas mention de Borvon, il est donc logique d’identifier Moritasgus comme l’avatar alisien de Borvon.
Inscriptions dédiées à Borvon et à Apollon Moritasgus :
• Moritasgus
• deo Apollini Moritasgo (×4), deo Moritasgo (×2) (Lugd. I)
• Boruo (Bormo)
• deo Boruoni Candido (Sen.)
• Boruoni (×6), deo Boruoni (×5), deo Apollini Boruoni ; Bormoni (Lugd. I)
• deus Albius
• deo Albio 1 (Lugd. I)
Damona
Il y a une zone de la Gaule, correspondant grosso modo aux provinces de Lyonnaise-Première et Lyonnaise-Sénonaise, où Ðirona est quasi inconnue. À sa place se trouve la déesse Damona, qu’on représente aussi avec le serpent, la tige de blé et parfois la patère. Tels attributs laissent entendre que Damona présidait elle aussi au salut qui mène à la prospérité. Le partenaire de Damona se nomme soit Borvon (à Bourbon-Lancy et à Bourbonne-les-Bains), soit Apollon-Moritasgus (à Alésia), soit le dieu Albius (autrement inconnu, à Arnay-le-Duc). On trouve parmi leurs adorateurs un bon nombre de personnes qui, à juger de leurs noms, seraient des Gaulois suffisamment importants pour être devenus citoyens romains.
L’invocation des Augustes et le rang de la dédicante soulignent l’importance de la déesse ; mais la procédure de faire une dédicace aux dieux à la mémoire d’une personne défunte est singulière, comme l’est aussi surnom de Matuberginis.
Le nom de Damona peut nous surprendre, car il est à traduire comme « la Grande Vache ». Ce genre de nom trouve un parallèle chez Epona, déesse des cavaliers dont le nom signifie « la Grande Jument ». Et si la « grande étoile » de Ðirona s’appelait aussi « la Vache » ? Est-elle donc à situer peut-être dans la constellation du Taureau (peut-être les Pléiades, qu’on reconnaît sur le disque de Nebra, artéfact astronomique de l’Âge de bronze), ou parmi les étoiles en Cancer qui correspondent à la nakshatra de Pushya, dont l’emblème est la vache en astrologie indienne ?...
Bormanus et Bormana
Deux inscriptions invoquent une autre déesse, Bormana, qui devait être apparentée à Damona. L’une, sur un autel à Aix-en-Diois (Drôme), invoque Bormanus et Bormana (le premier serait une forme locale de Borvon, qu’on trouve également à Aix-en-Provence). L’autre inscription, à Saint-Vulbas (Ain), invoque Bormana Augusta seule. Le nom et les sites de Damona/Bormana permettent d’ajouter des nuances, mais on ne saurait dire qu’il s’agisse d’une divinité distincte. Leurs cultes en distribution complémentaires nous font croire à ce que Damona fût l’avatar, non la rivale, de Ðirona dans la région sénonaise.
BELENOS, "Le brillant", est Le dieu du soleil et du
feu de la terre qui fait bouillonner les eaux curatives.
Il est le dieu de la jeunesse, des purifications, de l'oracle, de la Médecine.
La racine indo-européenne bhel* signifie « brillant », « brûlant », « resplendissant », « éclatant », D’où vient aussi le nom de la fête de Beltane (tane=feu).
Ces noms sont liés à la jeunesse et à la beauté, puisque « bouillonnant » est au sens figuré un trait de caractère « jeune » ; comme les sources, jeunes elles aussi car proches de l’origine.
La majeure partie des inscriptions en l’honneur de ce dieu provient du nord de l'Italie, d’Aquilée (ou bien d’Altino — les deux se trouvant près de Venise). Néanmoins, neuf épigraphies en commémorent le culte en Gaule; elles sont rédigées en latin, en grec et en gaulois. Une provient de Clermont-Ferrand, une autre de Nîmes ; les autres sept sont toutes de Provence.
Son nom est très probablement à l'origine des toponymes du type BEAUNE (nom de plusieurs communes françaises (Beaune en Côte-d'Or et Beaune en Savoie, Beaune-d'Allier et Louroux de Beaune dans l'Allier, Beaune-la-Rolande dans le Loiret, Beaune-sur-Arzon en Haute-Loire ; et de villages ou lieux-dits : Beaune-le-Froid à Murol dans le Puy-de-Dôme. C'est aussi probablement l'origine du nom Beaunay, dont le principal bourg de la commune de Beauval-en-Caux (Seine-Maritime), également hameau à Contremoulins (Seine-Maritime) et aux Hogues (Eure), la commune de Beaunay dans la Marne. On peut citer aussi les toponymes dérivés comme Bligny (Bligny-sur-Ouche, en Côte-d'Or, s'appelait Beligny au IXe siècle) ou Bellenot (Bellenot-sous-Pouilly en Côte-d'Or), et tous les dérivés de ces noms. Les toponymes Bel Air, Belmont peuvent découler de la même racine, de même que Belenton, Barenton. En ces endroits a pu exister un culte de Belenos, lié sans doute à son activité de guérisseur et à l'existence de sources sacrées. De telles sources sont attestées à Beaune (Côte-d'Or), où celle de l'Aigue a donné des ex-votos ; à Beaune-d'Allier, la fontaine Saint-Agnan, source sacrée gauloise christianisée, était connue pour ses vertus curatives. Mais la plupart des lieux de culte importants ont été christianisés et renommés par un saint ou un archange
Inscriptions en l’honneur de Bélinos :
• Belino (Gréasque)
• Bellino (Clermont-Ferrand, Pourrières (Var), Saint-Just (quartier de Marseille))
• [Βε]λενου (Marseille)
• Beleno (Narbonne)
• Βηληνος (Nîmes)
• Βελεινο (Saint-Chamas)
• [Βε]λεν[ο (Saint-Rémy-de-Provence)
•
Belenos représente le principe de la Lumière (« jeune dieu aux boucles d’or »). Il représente aussi la force de l’homme jeune (« fils chéri de la Grande Déesse » - déesse dont Belisama est l’une des personnifications) mais il est avant tout, l’Harmonie et la Beauté sous toutes ses formes. Il a intégré tous les contraires, le conscient et l’inconscient, le masculin et le féminin (Belenos/Belisama), le soleil et la lune, le feu et l’eau (Sirona).
Belenos, est un dieu gaulois dont de nombreuses inscriptions ont été mises au jour en Gaule cisalpine, en Gaule transalpine, en Illyrie et en Norique. Cette divinité brillante, brûlante, resplendissante a des correspondants évidents dans la mythologie celtique, à commencer par Grannos, Grannus en latin, chez les autres peuples celtes du continent. Il est parfois désigné par le théonyme de Maponos, c'est-à-dire le grand fils, qui rappelle le Mabon gallois. Il a les mêmes pouvoirs curatifs que le Diancecht irlandais. Belenos, en latin Belenus, a été assimilé précocement à l’Apollon du panthéon classique gréco-romain, à l'instar de Grannus.
Les tribus gauloises adoraient Belenos et Belisama sa soeur et «épouse », sa parèdre continentale; « la très brillante ou très rayonnante». Il est probable que la Vierge noire adorée à Chartres, des siècles avant la cathédrale chrétienne, était une représentation de Belisama, qui est, entre autres, une déesse guerrière et guérisseuse, patronne des forgerons et maîtresse du Feu, et qui peut être son épouse, sa sœur ou sa mère…! Quoi que principe solaire au féminin, elle correspond aussi à la Pleine Lune et symbolise la maturité et l’épanouissement (et par extension, à la période de développement « extérieur » de la personnalité et de l’individualité).�On peut aussi lui associer Sirona, représentant l’astre lunaire, pour former une dualité lumineuse à la manière d’Artémis et Apollon. Cette association peut encore être renforcée par le fait que si Belenos, le guérisseur, est à l’origine du jaillissement des sources bienfaisantes, Sirona est celle qui protègerait les fontaines…�Car on sait que l’Eau et le Feu, bien qu’antagonistes, sont aussi complémentaires: l’eau principe passif et humide, opposé au principe actif et sec du feu, est associée à la lune, à l’inconscient et au rêve, tandis que le feu évoque le soleil, le conscient et l’activité, ce qui renvoie au couple ciel et terre et à la Fécondité. Notons aussi que ces deux éléments sont symboles de Purification et qu’ils jouent tous les deux un rôle fondamental dans les rites d’Initiation.
Belisama est protectrice des sources sacrées (thermales) et
possède donc des pouvoirs de guérisseuse. On la représente armée, et parfois en
compagnie de Mars, ce qui témoigne qu'elle présente aussi un caractère
guerrier; telle la soleil de février et d’avril entourant Mars...
Gardienne du foyer et des temples, elle est associée à tous les métiers placés sous le signe du Feu sous toutes ses formes:
Feu du Foyer;
Feu de la Terre;
Feu du Soleil;
(l’utilisation même se retrouve dans les qualités que Prométhée, le grec, partagea avec les Hommes...)
De par cette maîtrise du feu, elle est aussi chargée de l'artisanat du métal et du verre, et notamment l'art métallurgique (plus particulièrement la fabrication des armes), c’est la déesse des forgerons dans son aspect guerrier;
Elle est aussi responsable des arts, en particulier du tissage.
On trouve des traces de cette divinité guérisseuse et guerrière
dans une zone géographique s’étendant jusqu'à Saint-Lizier dans les Pyrénées.
Le nom celtique de Belisama est attesté par une vingtaine de toponymes français
tels que Blesmes, Bellême, Balesmes, Blismes, Velesmes.
Une inscription en latin "Minervae Belisamae sacrum" découverte en 1840 à Vaison la Romaine (Vaucluse), où un nemeton lui était dédié, fait de Belisama le surnom de Minerve. L'assimilation à Minerve est soutenue par une inscription gallo-romaine découverte en ré-emploi dans un pont de Saint-Lizier - ancien chef-lieu du peuple des Consoranni - en Ariège.
Minerve, fille du dieu du Ciel, personnifie l'éclair. Elle est en rapport direct avec le soleil et le feu. Le sens est donc «la très brillante» et il oblige à considérer la divinité comme une parèdre de Belenos et un aspect de «Minerve» pour les Romains.
De par ses qualificatifs, on ne peut que la reconnaître dans ses divers autres noms :
• BRIGHID, BRIGIT fille du Dagda (Irlande)
• BRIGANTIA (Angleterre)
• BRIGANTIS (Bretagne)
• STE CATHERINE (Chrétien)
MINERVE, BRICTA, SULIS...
BRICTA, la déesse des eaux thermale gallo-romaine de Luxovius (Pour Lugh, le dieu polytechnicien) aujourd’hui Luxeuil-les-bains, se rapproche plus de Sirona.
On a déjà fait mention d’Hygie, qui donne une sorte de modèle
pour la Ðirona gauloise. Son homologue latin est normalement Salus,
personnification du Salut.
On rencontre souvent le mot salús sur les ex-votos : « à une telle divinité, un tel a prié pour le salut de quelqu’un ».
Qu’on conçoive Salus comme une divinité à part, ou comme une condition de vie, le mot couvre une variété de significations en latin comme en français : santé, bien-être général, délivrance...
Il est possible d’interpréter une divinité en une autre, sans les confondre. Les Gaulois ont certainement représenté Ðirona en Hygie, et ils ont dû l’appeler Salus pour que les Romains les comprennent (c’est notamment le cas à Rome chez les Equites singulares Augusti, une unité de cavalerie d’élite qui comptait un grand contingent gaulois). Mais cela ne signifie en rien que les identités des divinités en question fussent effacées l’une dans l’autre.
Dans le polythéisme celte pratiqué en Grande-Bretagne, Sulis était une divinité vénérée à la source thermale de Bath (maintenant dans le Somerset). Elle était adorée par les Romano-Britanniques sous le nom de Minerva-Sulis.
On notera dans toute ses personnifications solaires que la mythologie d’Apollon s’ancre dans un doux Nord mythique : Tous les dix-neuf ans, Apollon retournerait à l’île des Hyperboréens, ce pays idyllique au-delà des vents du Nord où tous les habitants, à en croire Diodore de Sicile, étaient comme prêtres d’Apollon. L’ambre qu’on y apportait comme offrande au sanctuaire d’Apollon à Délos provenait des pays d’autour de la Baltique. Plaçant même l’imaginaire grec de l’Apollon dans un nord situé par-delà les contrées celtiques...
Pour conclure,
Le sommaire ci-dessus nous permet de constater, sinon l’identité absolue, du moins la complémentarité des trois grandes variantes de l’Apollon gaulois : Grannus, Borvon, Bélinos.
Tous les trois président, comme nous en renseigne Posidonius, à la guérison des maladies, la mise en valeur de sources chaudes thérapeutiques étant l’une des méthodes préférées du dieu. Pourtant, l’importance d’Apollon en Gaule dépasse de loin sa fonction médicale. C’est une divinité solaire, que l’on représente en dieu-soleil, non pas qu’il soit le dieu-Soleil. Il brille par l’inspiration artistique qu’il donne aux écrivains, aux musiciens, aux danseurs dont notamment à travers les Muses..., mais aussi par l’inspiration oraculaire dont il est censé être l’auteur et le garant d’une véracité séculaire.
Ses différentes parèdres, sont d’ailleurs intrinsèquement toutes liées à l’égide solaire.
De là, quoi de plus normal que de détourner l’attention du sujet par l’église, pour un sujet plus abordable et représentatif de la Mère à l’Enfant.
Peut-on au final, conclure que cette célébration du moment de la fin de l’hiver, du Retour lumineux pour le Païen est la célébration de Celui qui sera, mais n’est pas encore ?...
« Honneurs à sa Gardienne nourrice, de lui conserver sa pureté! ».