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24/07/2009
Nombreuses sont les manifestations à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Charles Darwin. J’ai lu « Darwin et le bouleversement du monde » (1), du scientifique français Jean-Claude Ameisen. Il brosse un tableau de l’histoire des idées sur l’évolution du vivant et la place de l’homme dans la création, jusqu’aux développements actuels dont il est lui-même un acteur.
D’un point de vue d’éthique sociale, Ameisen évoque la figure de Francis Galton, cousin de Darwin qui a présenté et nommé la notion d’eugénisme, écrivant des choses comme « limiter la fécondité de ceux qui ont socialement échoué ». Sur la base de quoi on a plus tard parlé de « darwinisme social ». On sait comment cette notion a été utilisée de manière défavorable à la solidarité sociale (et c’est un euphémisme !). Ameisen : « Il y a, dans la démarche du darwinisme social, une proclamation de fidélité à Darwin qui constitue une trahison. Darwin s’était inspiré de la sélection artificielle des éleveurs pour découvrir la sélection naturelle, aveugle et spontanée. Dans une forme de retournement que Darwin avait évoquée mais pour la condamner et la refuser, Galton part du frein qu’exerce la société sur la sélection naturelle pour proposer l’instauration d’une sélection intentionnelle par une nouvelle catégories d’éleveurs, ceux de l’espèce humaine à venir » La plupart des grands scientifiques du début du XXe siècle soutiendront le « darwinisme social » et il faudra les combats de politiques et de juristes, entre autres, pour s’y opposer (la crise de 1929, où beaucoup de gens qui avaient « socialement réussi » basculeront dans la misère, jouera aussi un rôle).
Dans la même veine sociale : « Aucune fin ne justifie la souffrance et l’abandon. Aucun avenir radieux ne justifie un enfer présent » (Ameisen). De Darwin lui-même « Si la misère de nos pauvres est causée non par les lois de la nature mais par nos institutions, grand est notre péché ».
Enfin, cette citation par Ameisen du physicien R. Feynman m'a frappé : « Ce qui n’est pas entouré d’incertitude ne peut être la vérité ». Fondamental. Comme les choses seraient plus sereines dans le monde si chacun – notamment les leaders politiques et religieux - s’en imprégnaient ; on a le droit d’avoir des convictions fortes mais la collaboration et l’élaboration de solutions communes seraient tellement plus aisées si nous gardions à l’esprit ce constant halo d’incertitude qui devrait nous protéger de toute arrogance.
08/07/2009
Bien intéressante interview ce matin d’Alexandre Adler (pourtant pas un homme de gauche - à part ses livres, travaille au Figaro), sur la RSR 1 un peu avant 8 h., sur la place de la Suisse et la perspective (certaine selon Adler !) de son adhésion bien plus tôt qu’on ne l’imagine aujourd’hui…
Des observateurs avisés, voisins et néanmoins amis, nous font part des enseignements qu'ils tirent de l'évolution de la situaton internatinale, de nos points forts et de nos faiblesses et, peut-être surtout, du rôle que nous pourrions jouer.
La question reste, comme depuis plusieurs années: "Quand nous réveillerons-nous ?" Grosso modo, l'alternative est connue : entrer la tête haute ou à reculons et aux strictes conditions qu'imposera l'UE.
Bon été.
A ré-entendre.
07/07/2009
Encore sur le livre de Jean-Christophe Rufin "Un léopard sur le garrot - Chroniques d'un médecin nomade"
Au début des années 1990, il entre au cabinet du ministre de la Défense pour s’occuper d’aspects humanitaires dans le cadre d’opérations de maintien de la paix. Impliqué dans plusieurs missions délicates en ex-Yougoslavie. A propos de la guerre de Bosnie : « Guerre de voisins, guerre entre gens profondément semblables, j’entrais dans le monde abominable et ridicule de cette tragédie balkanique. Elle faisait écho en chacun de nous car elle procédait d’un sentiment que nous avons tous éprouvé un jour ou l’autre : la haine du prochain, forme à peine transposée de la si banale haine de soi ». Il cite cette terrible formule de Marcel Achard : « Ce qu’il y a de bien avec les guerres civiles, c’est qu’on peut rentrer dîner à la maison ».
« Quotidiennement, dans l’humanitaire, on constate la difficulté de nommer les situations historiques. Ce qui se déroule devant nous, les convulsions des peuples, ces évènements qui par la suite portent un nom et le conservent dans l’Histoire, se présentent à l’observateur direct sous des formes partielles et déroutantes. Bien après et parce qu’on le lui dira, il comprendra qu’il a vécu une immense bataille, une date majeure ». Paraphrasant Clausewitz, Rufin a cette formule « L’humanitaire est la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens que la guerre » (237)
Sur la difficulté à parvenir à ceux qui sont en grandes difficultés : « Partout, les victimes, les laissés-pour-compte, sont cachés, difficiles à atteindre. Partout des forces politiques font écran entre eux et ceux qui viennent leur porter secours (…) Pour arriver jusqu’à ceux qui ont besoin d’aide, il faut d’abord comprendre où ils se trouvent, qui les opprime, qui les représente et pour servir quels intérêts » (198)
Médecine technique et médecine qui privilégie l’écoute, qui respecte
Ayant débuté sa carrière par une formation médico-hospitalière classique, l’auteur est revenu à plusieurs reprises à la clinique. Eclairages : un de mes patrons « avait coutume de dire qu’il est plus nécessaire (et plus difficile) d’intéresser un auditoire à un SDF (sans domicile fixe) entré pour une banale cuite qu’à une forme rare de maladie". Plus loin, il fait référence à la médecine « qui se fait avec les yeux, les mains, les oreilles et beaucoup d’intuition, car les SDF s’expriment peu et mal sur leur corps. La plupart de leurs plaintes ne correspondent à rien de sérieux, tandis que les vraies maladies, celles qui les rongent et les tuent, sont chez eux particulièrement muettes ».
Rufin aborde emfin le thème de la mort, que la médecine triomphante du troisième quart du XXe siècle n’admet plus, considère toujours comme une défaite, en se laissant tenter par l’acharnement. Il lui paraît qu’elle n’est plus respectée comme le faisaient la médecine et la société d’avant : « Ce respect de la mort étendait aussi sa protection sur tous ceux qui, par leur grand âge, l’intensité de leur souffrance ou la gravité de leur pathologie, étaient condamnés. La sagesse médicale consistait à savoir jusqu’où il était nécessaire de se battre. Au-delà d’un certain seuil il fallait respecter la paix du patient et le laisser accueillir la mort avec sérénité (…) Malheureusement, nous avons goûté à la toute-puissance ».