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"Mais le bien qui prime tous les autres est que tu sois tel qu’il y ait sous ton règne plaisir, avantage à avoir des enfants. Tous les pères désormais ne redoutent plus pour leur fils que les vicissitudes de la fragilité humaine et on ne range plus la colère du prince parmi les maux incurables."
Pline Le Jeune, Panégyrique de Trajan, 27 (texte traduit par M. Durry, Paris, CUF, 1947).
A l’époque républicaine, l’Etat fournissait du blé ou de l’argent aux citoyens pauvres. Y avaient droit les enfants de 10 ans révolus. Les esclaves étant à la charge de leur maîtres, ils ne bénéficiaient pas de cette aide. En théorie, les affranchis n’en bénéficiaient pas non plus, puisqu’ils étaient censés recevoir de quoi pouvoir profiter de leur liberté.
Auguste élargit ces donations aux enfants de moins de 10 ans, et lors de ses voyages dans les provinces italiennes, il donnait mille sesterces par enfant aux plébéiens qui pouvaient prouver en avoir. Mais ces pratiques étaient irrégulières à Rome, et seulement occasionnelles en province. Elles étaient tributaires des déplacements de quelque prince, ou de l’initiative de particuliers.
Trajan systématisa ces pratiques, en créant une institution stable et durable, dans un premier temps pour Rome, et ensuite pour toute l’Italie. On dressa des listes de noms d’enfants pauvres, et ceux qui y étaient inscrits recevaient des libéralités. Les bénéficiaires étaient inscrits par tribus.
C’est à la découverte de deux monuments, et à leur interprétation successive, que nous devons d’avoir aujourd’hui des informations sur l’assistance publique à Rome et en Italie, à l’époque impériale:
La première découverte est une table de bronze, datant de 104 après J.-C., trouvée dans la Gaule Cisalpine en 1747. L’interprétation de la longue inscription qu’elle contient, a permis de connaître en détail cette institution.
La deuxième confirme l’interprétation de la précédente. Il s’agit d’une autre table, dont l’inscription date de 101 après J.-C., qui fut trouvée en 1832 à Campolattaro, dans le Sud de l’Italie. Elle contient un document similaire au premier, concernant la colonie des Ligures-Cornéliens-Bébiens.
Ces monuments nous apprennent, que l’inscription sur les listes, pour bénéficier des distributions gratuites, était un privilège qui se transmettait héréditairement, du moins à Rome.
Avant Trajan, Nerva avait conçu le premier l’idée d’élargir aux cités italiennes, la munificence dont l’Etat avait comblé Rome. On en veut pour preuve une pièce de monnaie, portant l’inscription TVTELA ITALIAE, et figurant Nerva qui tend la main à un jeune garçon et à une jeune fille, avec, à leurs côtés, une femme se tenant debout. Toutefois, c’est Trajan qui est considéré comme le créateur des alimentaria, car c’est lui qui les a exécutées et organisées.
En quoi consistait exactement cette institution? Trajan prêtait à faible intérêt, un capital à des propriétaires dans différentes cités. Ces derniers hypothéquaient leur domaine pour une somme égale au montant prêté, puis versaient le revenu du prêt dans la caisse municipale, ceci afin qu’elle fut employée pour l’entretien des enfants pauvres. Ce faisant, Trajan aidait les petits propriétaires, en même temps qu’il assurait une aide aux enfants nécessiteux, et, puisque la garantie hypothécaire était perpétuelle, cela entraînait la perpétuité de l’aide impériale.
Après Trajan, l’institution alimentaire se perpétua pendant plus d’un siècle. Antonin et Marc-Aurèle fondèrent des institutions semblables, en les appelant du nom de leurs épouses, qui toutes deux s’appelaient Faustine (alimentariae Faustinianae, puellae Faustinianae et novae puellae Faustinianae); puis, sous Septime Sévère, il y eût les Mammaeani pueri puellaque. On pense que ces institutions furent abandonnées à l’époque de l’anarchie militaire, à cause de la dépréciation des terres.