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Dans les années 1960 et 1970, le sport international, en général, et les Jeux olympiques, en particulier, ont prospéré grâce à la guerre froide qui sévissait entre le bloc soviétique et le bloc occidental. Le sport d’élite était en effet un des rares secteurs où les «pays de l’Est» faisaient jeu égal avec les «pays de l’Ouest», voire même les dépassaient comme par exemple l’Allemagne de l’Est qui gagna plus de médailles que les Etats-Unis ou l’Allemagne de l’Ouest aux Jeux de Montréal 1976 ou l’équipe de basketball d’Union soviétique qui battit les Américains à Munich 1972.
Après la chute du mur de Berlin en 1989, le système sportif soviétique se délite, des pays disparaissent, d’autres naissent. Les boycotts olympiques des années 1970 et 1980 n’ont plus lieu d’être. La Chine monte en puissance en sport comme dans d’autres domaines. Elle organise les Jeux olympiques à Pékin en 2008 et obtient dans sa capitale plus de médailles d’or que les Etats-Unis (qui restent en tête au total des trois médailles). La Russie devient une distante troisième puissance sportive et même quatrième à Londres 2012.
La présidence russe s’en émeut et décide de relancer la machine sportive soviétique au travers d’un soutien à ses sportifs (sans doute au travers du dopage) et en obtenant l’organisation de grandes compétitions: championnats du monde d’athlétisme Moscou 2013, Jeux olympiques d’hiver Sotchi 2014, Championnat du monde de natation Kazan 2015, Coupe du monde de football 2018, etc.
Les Etats-Unis, qui avaient oublié le soft power du sport ou croyaient avoir gagné la guerre froide, s’en émeuvent à leur tour. Ils combattent résolument le dopage dans le sport international (bien moins leurs sports professionnels traditionnels), comme on le voit dans le traitement des cas Armstrong, Balco et Jones. Ils sont aussi à nouveau candidats à l’organisation de grandes manifestations sportives. Mais ils sont humiliés par des défaites cinglantes pour les Jeux de 2016 (Rio préféré à Chicago, malgré le soutien appuyé du couple présidentiel américain), la Coupe du monde de football 2022 (attribuée au Qatar) et les Championnats du monde d’athlétisme 2019 (donnés à Doha plutôt qu’à Eugene, Oregon).
On ne peut s’empêcher de penser que ces défaites sont à l’origine d’interventions judiciaires américaines dans le sport international sous le couvert des lois FCPA (Foreign Corrupt Practice Act) et RICO (Racketeer Influenced Corrupt Organizations) qui étendent la juridiction américaine à toutes les affaires dès qu’elles se font, par exemple, en dollars ou utilisent des messages électroniques transitant par les Etats-Unis. D’où l’action musclée, en 2015, du Ministère américain de la justice dans le cas de la FIFA (Fédération internationale de football association) ou, en 2016, d’un procureur new-yorkais qui souhaite enquêter sur le dopage aux Jeux de Sotchi.
Assistons-nous au lancement d’une nouvelle guerre froide dans le sport? Les Jeux de Rio 2016, où les équipes d’athlétisme russe ont été disqualifiées du fait de la suspension de la Fédération russe d’athlétisme par la Fédération internationale pour cause de dopage organisé, et la future attribution des Jeux d’été de 2024, pour laquelle Los Angeles est candidate, seront des événements à observer. Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets? Cette concurrence géopolitique sera-t-elle bénéficiaire au Système olympique? L’Europe pourrait-elle mieux utiliser la diplomatie sportive? Seule l’Histoire nous le dira. Nous vivons en des temps intéressants, comme disent les Chinois!
Jean-Loup Chappelet,
Professeur à l’IDHEAP de l’Université de Lausanne