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Blocher veut relancer le combat contre l'Europe
20 ans après—
Historique
Le 6 décembre 1992, le peuple suisse refuse d'adhérer à l'Espace économique européen (EEE). Le non à l'EEE l'emporte de justesse par 50,3% des électeurs mais par une confortable majorité de 14 cantons et quatre demi-cantons. La campagne très émotionnelle signe le désaveux de la politique européenne helvétique.
Jean-Pascal Delamuraz, conseiller fédéral vaudois en charge du dossier à l'époque, qualifie cette journée de «dimanche noir». Ce d'autant plus que la Suisse avait déposé en mai à Bruxelles une demande de négociations en vue d'une adhésion à la CEE, future Union européenne (UE).
Le projet d'adhésion à l'EEE était porté par l'économie et la plupart des partis politiques. Les opposants se recrutaient chez l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), une partie de l'UDC emmenée par Christoph Blocher et les Verts, considérant que la protection de l'environnement était menacée au sein d'une telle alliance.
Cette votation a révélé une Suisse divisée entre villes et campagnes, Suisse alémaniques et Romands. Ce refus a ouvert la voie aux accords bilatéraux sectoriels négociés dès décembre 1994. Un premier paquet comprenant notamment la libre-circulation des personnes a été signé en 1999. Ils ont été complétés par une deuxième série en 2004. Le conseiller fédéral Schneider-Ammann avait évoqué en janvier 2011 l'idée de bilatérales III.
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Christoph Blocher craint que le Conseil fédéral ne fasse dans un tel accord d'importantes concessions à l'UE sur la question institutionnelle. Le traité pourrait consacrer la reprise automatique du droit communautaire et la mise sur pied d'une instance arbitrale indépendante pour les accords bilatéraux au sein de laquelle «la Suisse n'aurait plus son mot à dire».
Le conseiller national zurichois compte par conséquent lancer un référendum. Un comité interpartis doit être mis en place avant la fin de l'année afin de sensibiliser la population au plus tôt.
«Il y vingt ans, les choses étaient simples, on votait pour ou contre l'EEE». Aujourd'hui, l'accord sur l'énergie semble à priori inoffensif, ajoute-t-il. «Ce sera à nous de montrer que c'est de la souveraineté de la Suisse qu'il s'agit. Les partisans de l'accord se borneront à parler d'énergie».
Prospérité suisse
Il faut à tout prix éviter une intégration rampante de la Suisse à l'Union européenne, martèle M. Blocher. «C'est parce que la Suisse ne fait pas partie de l'UE qu'elle connaît une si grande prospérité. L'histoire m'a donné raison, même si on ne pouvait pas prévoir en 1992 l'ampleur de la débâcle européenne».
Et l'ancien conseiller fédéral de rappeler qu'il considère que l'adhésion à l'Espace économique européen, si elle avait été acceptée, n'aurait été qu'un premier pas avant l'intégration à l'Union européenne.
Nouvelles bilatérales inutiles
L'ancien conseiller fédéral estime que la Suisse n'a plus besoin de nouveaux accords bilatéraux avec l'UE. «Les besoins vitaux sont tous couverts», assure-t-il.
Il relativise en outre l'effet de ces accords sur la bonne marche de l'économie helvétique. «Ce n'est pas grâce aux bilatérales que la Suisse se porte bien. Nous sommes prospères car nous ne faisons pas partie de l'UE. Nous avons des impôts bas et moins de dettes. En somme, c'est l'indépendance qui fait notre force.»
Le stratège UDC balaie les critiques selon lesquelles l'isolement de la Suisse sur la scène internationale est dangereux, notamment dans la défense du secret bancaire. «Nous n'avons pas besoin d'alliés. Regardez l'Autriche ou le Luxembourg. Eux aussi sont mis sous pression dans le dossier bancaire et ils font pourtant partie de l'UE.»
Et M. Blocher de conclure: «la Suisse a de tout temps été seule. C'est aussi pour cela que nous sommes devenus si forts.»
Doutes en 1992
Si le vice-président de l'UDC se montre aujourd'hui convaincu de la justesse de son combat, il n'en a pas toujours été ainsi. Il se remémore ainsi la votation contre l'EEE: «je ne suis pas prophète. J'étais sûr de moi la journée, lorsqu'il s'agissait de faire campagne. La nuit, je me demandais s'il était possible que tant de gens se trompent. La classe politique et mes amis industriels étaient tous convaincus que la Suisse ferait naufrage si elle choisissait de faire cavalier seul.»
Au-delà du référendum annoncé, M. Blocher compte lutter contre l'UE, cette «construction intellectuelle défectueuse», aussi longtemps que possible. «Je ne sais pas si je serai encore là dans 20 ans, j'aurais alors 91 ans. Mais tant que j'en serai capable, je mènerai le combat.» (ats/Newsnet)
Créé: 15.07.2012, 08h45