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La première communauté juive libérale de Suisse voit le jour à Genève au début des années 1960, dans le milieu des expatriés anglo-saxons. Un soir de tempête de neige, le vol d’Hugo Gryn, un rabbin libéral londonien de passage à Genève, est annulé. Il propose à des amis juifs anglophones habitant la ville, de célébrer le shabbat selon les pratiques des juifs libéraux, au domicile de l’un d’entre eux. Ravis de l’expérience, ceux-ci décident de la reconduire après le départ du rabbin. Ainsi naît l’English-Speaking Jewish Community of Geneva. Elle se développe rapidement et se structure de telle sorte qu’à la fin des années 1960, elle compte 60 familles et fait partie de la branche européenne de l’Union Mondiale pour le Judaïsme Libéral. Les offices d’abord célébrés dans le cadre privé prennent ensuite place au premier étage de la Maison juive, 10 rue Saint-Léger. La communauté, qui fait venir pour les grandes fêtes, un étudiant d’une école rabbinique ou un rabbin à la retraite, se met en recherche d’un responsable religieux anglophone régulier. C’est François Garaï, jeune rabbin français de retour d’un séjour de huit mois aux Etats-Unis, qui est proposé lors d’une réunion à Londres des communautés juives libérales. Il entre en fonction en 1968. Invité l’année qui suit à célébrer un mariage dans une famille juive francophone, il suscite, par sa manière d’officier, un intérêt, au sein des invités, pour le judaïsme libéral. Intérêt qui va donner lieu à la volonté de créer le pendant francophone de l’English-Speaking Jewish Community of Geneva. C’est chose faite en décembre 1970 avec la naissance du Groupe Israélite Libéral de Genève (GIL). François Garaï, qui a œuvré à sa création, en devient le rabbin. Il est remplacé au sein de la communauté anglophone, qui disparaîtra finalement en 1976, ses membres ayant, pour beaucoup, quitté Genève pour des raisons professionnelles, ou rejoint la communauté francophone qui dispense depuis des offices bilingues. Cette dernière s’installe d’abord à la rue Moillebeau puis déménage au quai du Seujet en 1984, date à laquelle elle prend le nom de Communauté israélite libérale de Genève-GIL (CILG-GIL). En 2008-2010, elle fait construire sa propre synagogue à la route de Chêne.
Sources :
SION, Brigitte, L’aventure du judaïsme libéral à Genève, une histoire de la CILG-GIL, Communauté israélite libérale de Genève, 2006.
François Garaï, Rabbin de la CILG-GIL.
La synagogue de la Communauté israélite libérale de Genève-GIL a été inaugurée en 2010. Elle prend place dans un bâtiment de 1600m2 comprenant, à l’étage, des salles de cours et des bureaux, au rez-de-chaussée, une grande salle communautaire et au sous-sol, une salle pour les jeunes et un mikve. Cet édifice a été construit selon les standards Minergie-P qui assurent une consommation d’énergie plus basse que les standards Minergie classiques. Il est le premier bâtiment d’intérêt public à avoir obtenu ce label à Genève.
Le bâtiment se veut riche de symboles. Sa forme évoque le shofar (instrument à vent fabriqué avec une corne de bélier et utilisé certains jours de fêtes) et son enveloppe, de béton et de verre, rappelle les Dix Commandements : côté rue, le béton est percé de cinq ouvertures qui représentent les cinq premiers commandements – « ceux-ci définissant les relations de l’homme à Dieu, ces ouvertures sont étroites car la lumière de Dieu éblouit » explique le rabbin. Côté cour, le bâtiment entièrement vitré renvoie aux cinq derniers commandements (symbolisés par cinq montants métalliques) qui définissent les relations à l’autre, exprimé en langage architectural par la transparence et l’ouverture. La façade porte une grande menorah, dessinée par le bureau d’architectes en charge de la réalisation du bâtiment.
La synagogue elle-même possède un plafond de sept travées qui représentent les sept jours de la semaine. L’assemblée est assise en demi-cercle devant l’arche en forme de ה, cinquième lettre de l’alphabet hébraïque, symboliquement associée au souffle de vie et au nom de Dieu. Ses dimensions, 248 x 365 cm, évoquent par ailleurs le nombre de mitzvot*présents dans la Torah. La pièce est percée à son sommet d’ouvertures horizontales qui couronnent la salle de lumière.
La Communauté israélite libérale de Genève-GIL compte environ 600 familles membres. 60 à 80 personnes viennent régulièrement aux offices de shabbat alors que les jours de fêtes rassemblent facilement un millier de personnes (chiffres communiqués par la communauté.). Une centaine d’enfants assistent aux cours d’éducation religieuse hebdomadaires et des activités culturelles régulières participent à maintenir les liens entre les membres (cours de cuisine, conférences, projections de films, sorties concerts et théâtre, cours d’hébreu).
Le groupe entretient des liens étroits avec la Communauté Israélite de Genève (CIG) avec qui il a créé, en collaboration avec la Communauté Israélite de Lausanne et du canton de Vaud, la CICAD (la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et le racisme). Il est aussi membre de la Plateforme interreligieuse.
Le judaïsme réformé, dit aussi libéral ou progressiste (l’appellation varie selon les pays du fait de l’évolution de la réforme ; en Europe on parle de judaïsme libéral) vit le jour en Allemagne au début du 19e siècle. Il se forma en réponse aux changements sociopolitiques entrainés par l’émancipation des juifs et dans le sillage de la Haskala, le mouvement juif des Lumières.
La réforme juive se développa autour de l’idée que la tradition, tant écrite qu’orale (à savoir la Bible et la tradition rabbinique) a évolué et qu’elle peut donc continuer à évoluer avec le temps et être réinterprétée à la lumière de la modernité. Plusieurs tendances apparurent au sein du courant réformateur mais les différents penseurs de ce mouvement allèrent dans le sens d’une universalisation des idéaux bibliques, d’une valorisation de « l’esprit » ou de « l’éthique du judaïsme » plutôt que des pratiques religieuses, et d’une réforme du culte – passant par la simplification de la liturgie, l’introduction de musique dans la synagogue (interdite depuis la destruction du Temple de Jérusalem) et la récitation des prières dans la langue du pays. Le mouvement s’étendit en Europe et aux Etats-Unis où beaucoup de juifs européens émigrèrent au moment des révolutions qui secouèrent l’Europe en 1848. Sur le territoire américain, où n’existait aucune institution juive, le judaïsme réformé trouva son expression radicale, porté par la liberté individuelle et religieuse qui y régnait. C’est aujourd’hui encore le courant le plus représenté aux Etats-Unis.
L’idéal du judaïsme libéral a varié dans le temps et l’espace depuis le 19e siècle. Aujourd’hui, les communautés réformées, libérales ou progressistes, dans leur diversité, se retrouvent autour de l’idée que la halakha (la loi juive) doit être interprétée dans une démarche rationnelle ainsi qu’une recherche éthique. Elles sont regroupées au sein de la World Union for Progressive Judaïsm. La plupart admettent l’étude et l’interprétation personnelles des textes et leur lecture critique, acceptent le rabbinat des femmes et permettent aux filles de célébrer leur Bat Mitzvah de la même façon que les garçons célèbrent leur Bar Mitzvah[1]. Les offices religieux sont dits en hébreu et dans la langue du pays. Les hommes et les femmes y sont assis ensemble (traditionnellement, ils sont assis séparément).
[1] Dans d’autres courants, il existe aussi une cérémonie marquant l’accession à la majorité religieuse pour les filles mais elle diffère, dans sa forme, de celle célébrée pour les garçons.
Comme tous les juifs, les juifs libéraux croient en un Dieu unique et créateur qui a scellé une alliance (berit en hébreu) avec le peuple juif, alliance établie avec Abraham, symbolisée par la circoncision (berit milah), et renouvelée avec Moïse par le don des Dix commandements.
Les juifs libéraux se distinguent par la posture adoptée vis-à-vis de la tradition écrite (la Bible) et orale (la tradition rabbinique), considérées comme évolutives et sujettes à une lecture critique appelant à la raison et à l’éthique contemporaine. Dans cet esprit, les rituels ne sont pas figés et se veulent conformes à l’évolution de la pensée religieuse. Les juifs libéraux accordent en revanche tout autant d’importance que les autres courants à l’observation du shabbat et des fêtes religieuses ainsi qu’à la pratique quotidienne des mitzvot, mais ils insistent plus sur l’esprit que sur la mise en application stricte de ces commandements.
Dans un certain nombre de communautés libérales, on considère que la transmission de la religion juive se fait tant par le père que par la mère (traditionnellement seulement par la mère), ce qui a permis d’accepter comme juifs les enfants issus de mariages mixtes ayant une mère non-juive.
Indications bibliographiques :
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SKOLNIK, Fred, BERENBAUM, Michael (ed.), Encyclopaedia Judaica, Macmillan Reference USA in association with the Keter Pub. House, 2007 (2nd ed.).
WIGODER, Geoffrey, Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf/Robert Laffont, 1996.
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ATTIAS, Jean-Christophe, BENBASSA, Esther, Petite histoire du judaïsme, Librio, 2007.
BEBE, Pauline, Le judaïsme libéral, Chantez à l’Eternel un chant nouveau, Jacques Grancher, 1993.
GARAÏ, François A., Le monde des mitzvot, la pratique juive dans le monde d’aujourd’hui, Fédération du judaïsme libéral, 1998.
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FACKENHEIM, Emil L., Judaïsme au présent, Albin Michel, 1992.
KRIEF, Hervé, Les grands courants de la spiritualité juive, Peter Lang, 2008.
LANGE, Nicholas de, FREUD-KANDEL, Miri (ed.), Modern Judaism : an Oxford guide, Oxford University Press, 2005.