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Bonjour et Bienvenue !
[ Mot d'accueil et présentation des intervenants ]
D'abord, quelques mots sur la famille d’origine de notre père: son père, William Béguin, était enseignant, puis directeur des écoles au Locle. Il était de conviction socialiste, intéressé au dialogue avec des pasteurs, mais non-religieux.
Sa mère, Louisa, née Rosat, était originaire du Pays d’en Haut, près de Château d’Oex (1886-1934). Le grand-père Henri Rosat était horloger, naturaliste et botaniste. Il avait créé une sorte de jardin botanique autour de sa maison, au Locle. Ce jardin fut encore entretenu par la sœur aînée Rose-Marie Béguin (1913- 20??), institutrice des classes primaires au Locle. Cette famille Rosat a été parmi les fondateurs du «Fonds des étrangers» au Locle. Venant d’un autre canton, ils étaient considérés comme étrangers, et donc non soutenus par la Commune du Locle. Ce fonds a duré plus de 200 ans jusque vers 2012—2014 (?). Philippe Rosat de Neuchâtel en a été le président pendant de longues années.
Louisa était adepte du Socialisme Chrétien, et allait à l’école du dimanche chez les Jacots au Petite Crosettes, le premier enseignement chrétien et proches des premiers objecteurs de conscience, les frères Jacots, luthiers aux Bayards, près des Verrières. À l’âge de 12 ans, il rédige un texte pour la classe d’école, après avoir entendu une conférence de Pierre Cérésole, fondateur du Service Civil (le document a été envoyé plus tard par l’institutrice à la famille).
C'est avec son père et ses frères Pierre, Willy et Maurice, que Max-Henri parcourut les montagnes et les forêts du Jura Neuchâtelois, couverts de pèlerines de laine, et philosophant en chemin. Aussi en solitaire, il prit son inspiration des paysages austères et hivernaux.
Pendant sa première année d’études à Neuchâtel, il partage le logis avec ses frères Pierre et Willy. Il poursuit les études de médecine à Zürich en 1936-38. De là, pour rendre visite à son frère Maurice à Berlin, il part en vélo, sans grande préparation, et avec très peu d’argent, vers Berlin. Là, il assiste de loin à une parade du Führer, qui lui donne des frissons. Lors du voyage de retour, encore en Allemagne, il parle dans les auberges de jeunesse de son inquiétude envers le nazisme, puis passe par la Belgique ou les jeunes soldats sont « insouciants » de ce qui va arriver à leur pays. Les jeunes Allemands, dans les auberges de jeunesse lui disent qu'eux ne peuvent parler aussi librement de choses politiques, vu les contrôles de l’état.
En 1937-1938 (?), pour avoir le droit d’étudier à l’Université de Zurich, il fait son école de recrue. La parole qu’il a dit à l’officier sur sa motivation était selon ses propres termes: «Mes pieds sont ici, car je veux étudier la médecine».
Lors de la convocation au Service actif de la mobilisation, il ne viendra pas à la troupe et, de fait, devient objecteur de conscience et déserteur. Le procès en 1938 a lieu à Porrentruy. Max-Henri est défendu par Maître Arnold Bolle de la Chaux-de-Fonds. Il est condamné à 9 mois de pénitencier, qu’il purge dans le pénitencier «Straf-Anstalt Regensdorf». Le directeur de cet établissement pour prisonniers avait déjà été nommé par l’Allemagne nazie comme Obergauleiter pour la Suisse Orientale (en prévision de la division de la Suisse entre les pays limitrophes, selon les langues parlées). À la fin de la guerre ce directeur s’est semble-t-il suicidé (selon la mémoire de mon père).
Pendant le temps comme prisonnier politique / sous la justice militaire, les conditions de détention étaient très dures, à tel point que papa ne se sentait plus vraiment vivant. Il fut transféré à la Clinique psychiatrique de Zürich, au Burghölzli sous régime carcéral. Son père William a reçu du pénitencier (ou de la clinique ?) une lettre l'informant que la vie de son fils Max-Henri ne tenait plus qu’à un fil. Une signature donnant « décharge » lui était demandée !
Considéré comme psychopathe, et dans la tradition des cliniques allemandes, notre père subit les cures à l’insuline, utilisées dès 1937 en Allemagne par les médecins / psychiatres dans le cadre des expérimentations « scientifiques » dans les asiles. Une probabilité de décès de 20 à 45% existait, dans la psychiatrie répressive par cures d’insuline (cf la brochure «Zentral Bibliothek Zürich über die Insulin Kur»). Le dossier médical de Max-Henri est conservé aux archives du canton de Zürich. Dans le cadre d’un travail de biographie, j’ai pû consulter ce dossier, grâce à l’autorisation donnée par le prof. Daniel Hell, directeur de la PUK en 2012. Sur la feuille de couverture un timbre rouge interdisait la libération sans l’autorisation du procureur militaire (Ober-Auditor der Militär Justiz). Il faut ici mentionner que, à cette époque, Zurich comptait plus de 30% de partisans du Nazional-sozialistisch Partei.
Une demande à l’institut pour l’histoire de médecine à Zurich (Medizin-historisches Institut Zürich) d’étudier la manière dont s'utilisaient les cures d’insuline au PUK Burghölzli, par ce professeur, n’a pas été entendue en 2012 par le professeur Morgeli, proche de Christophe Blocher. Il a d'ailleurs perdu ce poste de travail depuis, plus actif qu'il était dans la politique UDC (SVP National Rat) que dans les collections enpoussiérées du Musée de l’histoire de la médecine de l’université de Zurich! Son rôle était peut-être d’empêcher des études sur le rôle de la Klinik Burghölzli, sous ce professeur, dans l’eugénisme et autres méthodes en vogue en Allemagne durant ces années 1936-45. Le travail de relecture de l’histoire de la médecine et de la politique locale à Zurich dans les années 1938-45 n’a pas encore été fait de manière approfondie. La Commission Bergier des historiens s’est surtout occupé du domaine économique, du commerce de l’or entre l’Allemagne et les banques Suisses et aussi des fonds de personnes d’origine Allemande ou Juive, qui se sont trouvés en deshérance dans les années 1980-1985.
Il est vrai que pour la sauvegarde des anciennes fermes de la Chaux-de-Fonds, Max-Henri avait des méthodes particulières, qui ne respectaient pas toujours les droits de propriété privée, le but poursuivi étant de plus haute valeur morale. Ce fut le cas pour le toit de la ferme des Éplatures grises, lors de la chute de la cheminée. Le tuyé en bois étant ouvert, Max-Henri recouvre le toit de bâches de plastique. Ensuite seulement, il parlemente avec un immobilier de Zürich pour faire un échange de terrain (aussi favorable à cause de la ligne à haute tension proche) pour que l’ASPAM puisse acheter ou recevoir cette maison de 1612 et la maison de la Dîme. Plus tard les deux façades des maisons proches de la «Bonne fontaine» ont été reconstruites. Elles hébergent actuellement un home pour personnes âgées, et agrémentent le parc du musée paysan de la Chaux-de-Fonds.
Un autre exemple est la maison Pierre Sandoz, rue de la Charrière 91, près du cimetière. Un entrepreneur, M Nemitz a voulu construire des immeuble en démolissant cette ferme de la famille Sandoz. Par un échange de terrain et avec l’aide de la Commune, la maison est sauvegardée et acheté par la Fondation maison Pierre Sandoz. Le Service Civil International et local ainsi que le club des boulistes ont aidé par la force des bras et la sueur à rénover cette maison qui a gardé sa fonction de restaurant avec cadre historique, avec une cheminée réintégrée provenant de la ferme de la Coronelle, qui avait été auparavant conservée dans le parc du musée d’histoire).
Une sauvegarde particulière : la plus ancienne ferme en bois, la maison dite «Les arbres», près de l’ancien hôpital. Au printemps 1968, sans autorisation de démolir, la famille Grosjean enlève et jette toutes les tuiles du toit de cette belle maison, espérant que la pluie et la décomposition du bois achèvent sa destruction. Cela ne passe pas inaperçu de Max-Henri, qui mobilise un groupe de volontaires et qui, en quelques jours, déroule des rouleaux de plastique de protection provisoire. Le propriétaire est ensuite sommé par la Ville de remettre les tuiles sur le toit. Comme rien ne se passe, l’automne venu les volontaires reviennent et après avoir refixé et doublé la poutre faitière, remettent les lattes et les tuiles sur le toit comme le droit l’a exigé. Je me souviens bien de ce chantier où je passais les tuiles de récupération du sol au bord du toit. La récompense du propriétaire fut un pot de tisane. Cet épisode a été —dans la lutte entre les différentes manières de concevoir et d’appliquer la justice— assez kafkaïen, vu que le propriétaire en question était le Conseiller d’État Radical Carlos Grosjean, chef de la police et de l’armée au niveau cantonal.
Cet épisode a pu être ressenti comme une atteinte à la propriété privée, mais un intérêt supérieur –celui de la conservation du patrimoine– a primé dans ce cas. Quant à l'incident des Pradières en 1975 [ci-haut], et d’autres comme la balle perdue retrouvée en octobre 1978 à une cinquantaine de mètres du chantier du mur du Creux-du-Van, il aura été un cran plus loin dans la confrontation assez non-violente.
En tant que jeune adulte, j’ai perdu la confiance dans les institutions dites de protection de la population, comme l’armée de mon propre pays. Au cas où la sécurité de ma famille ou de moi-même serait plus clairement en danger, j’avais envisagé concrètement de me réfugier en France et d’y demander l’asile politique. Cela n’a heureusement pas été nécessaire.
– Pierre-Ami Béguin, 6.10.2018