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L’écologie est fondamentalement conservatrice. Son discours depuis quarante années est rempli de mots et expressions comme: conserver le patrimoine naturel, préserver les ressources, rétablir l’équilibre antérieur, sauver la planète contre la surconsommation. L’Homme est perçu idéalement comme un gardien de la nature, pas un exploitant. Ou alors un exploitant sage et mesuré, ne cherchant à satisfaire que des besoins fondamentaux.
Une doctrine conservatrice et néomarxiste
Dans la philosophie de l’écologie, conservatrice par vocation, ou par nature (sans jeu de mot), on retrouve des paroles de sages et de chefs amérindiens, par exemple:
«Nous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons: toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre.
L'homme n'a pas tissé la toile de la vie, il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même.»
L’écologie peut être comprise comme une réaction: une réaction contre le progrès débridé, contre la surpopulation, la surconsommation, la surexploitation, la commercialisation, la société marchande, les modifications de l’environnement. Partir élever des chèvres au Larzac dans les années 1970 était réactionnaire. On refusait le progrès technologique.
Le monde, la nature, les niveaux et types de besoins humains, étaient comme figés. La référence était le passé, de même qu’aujourd’hui les références climatiques sont celles d’un passé qui n’avait rien à voir avec notre mode de vie. D’une certaine manière le passé représentait le monde pas encore sali par l’homme, dans une vision de pureté très romantique. Les purs, les sauveurs, étaient les écolos, bien sûr. Les autres étant les nouveaux mécréants.
Dans ce monde figé, dont le référent, le modèle était le passé, l’humain fut vite pris pour cible et auteur du massacre de la planète. On l’a en quelque sorte extrait de la nature pour l’opposer l’un à elle. Il y a encore des discours dans ce genre: «il vaudrait mieux que les humains disparaissent». Une des idées récurrentes dans l’écologie est: «C’était mieux avant, on va dans le mur». Il n’y aurait donc plus de salut hors les chefs de la tribu écolo et hors des décisions autoritaires pour sauver la planète.
Ecologie sociale
Je cite cet extrait qui concerne la partie Ecologie sociale:
«une économie morale et municipalisée
Il faut un retour à une société humaine plutôt qu'à une société de marché. Aux velléités de croissance économiques, de la production pour la production et à la consommation détachée des besoins réels, l’écologie sociale prône une vision morale de l’économie, gérée par en assemblées populaires par les citoyens, avec une gestion des ressources à disposition pour apporter à chacun ce dont il a besoin pour une vie décente sans porter atteinte à la nature. Surtout, elle prône la suppression du luxe inutile, du marketing, de la bureaucratie, de tous les métiers dévoués uniquement à l’économie (gestion de fortune, traders, etc.). Epurer le monde économique du travail des dérives de la compétition et relier l'économie réelle aux besoins reels...»
Que trouve-t-on dans cette doctrine? Une volonté de mettre l’économie sous contrôle. On n’est donc pas dans le libéralisme. Qui dirigera l’économie? Des assemblées populaires. Des soviets, quoi. L’incompétence au pouvoir. Or la démocratie, même économique, n’est pas la dilution des pouvoirs dans des mains nombreuses et inexpérimentées. On sait que les assemblées populaires votent selon des mouvements téléguidés ou selon l’orateur qui fera le plus d’effets de manche ou saura le mieux parler.
La vision morale de l’économie est comme un néocalvinisme. L’économie n’est pas morale, ce sont les comportements qui le sont. Encore faut-il bien définir ce qui est moral de ce qui ne l’est pas. Par exemple les disparités de revenus ne sont pas un problème moral, mais les trop grands écarts dissolvent la cohésion sociale. C’est cela le vrai danger. Pour le reste il n’est pas immoral de faire plus d’argent que son voisin si l’on en est capable.
Le retour de la morale d’Etat
Ensuite, «apporter à chacun ce dont il a besoin pour une vie décente sans porter atteinte à la nature»: mais qui définit les besoins? Qu’est-ce qu’une vie décente (encore une sorte de morale): n’y a-t-il pas automatiquement atteinte à la nature dès que le corps existe?
Suppression du luxe inutile: qui décide de l’utilité des choses et des besoins réels? Tiens, je propose que nous roulions tous en Bentley ou en Maserati, soit de bonnes voitures, durables, assurant correctement la sécurité des passagers. C’est du luxe? Le luxe fait tourner des sous-traitant et de nombreux travailleurs en vivent. Et puis, à force de ne porter les yeux que sur les plus riches, les écolos en oublient les gens simple qui vivent au jour le jour. Ceux-ci polluent aussi, n’achètent qu’une fois l’an un parfum coûteux, et laissent une empreinte carbone plus importante que les classes riches parce qu’ils sont beaucoup plus nombreux.
Enfin le mot «épurer», après «vie décente», après l’économie «morale», les besoins «réels» et le pouvoir même économique aux «assemblées populaires»: on trouve dans ce simple paragraphe toutes une série de contraintes à venir au nom de «l’urgence» de sauver la planète, et une idéologie qui ouvre la porte à rentrer dans la tête des gens pour leur dire ce qui est bon pour eux. Ce sont des gens qui parlent de domination, qui veulent abolir la domination, mais qui n’ont pas encore commencé à mettre en question leur forme de pensée qui est justement dominatrice, sous le couvert de sauver la planète. Etait-ce bien la peine de séparer l'Eglise de l'Etat si c'est pour réintroduire aujourd'hui de nouvelles religions et morales d'Etat?
Cela c’est pour le côté conservateur et réactionnaire de l’écologie en tant que doctrine sociale et politique.
Nous verrons au prochain billet que la nature elle-même tient tête à ses défenseurs est met en place une résilience inouïe là où l’on pensait que le combat pour «sauver la Terre» était perdu.
De nouveaux écosystème évolutifs se créent sur nos déchets et sur ce que nous pensions être des interventions humaines erronées. La nature s’adapte et se réinvente. Là où nous prévoyons des catastrophes insurmontables, la nature voit des opportunités évolutives.
A suivre.