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Critique
"Autant le dire tout de suite, ANYTHING ELSE est un film léger, une comédie sentimentale distrayante, mais un opus mineur dans l'œuvre de Woody Allen. A se demander même ce que le cinéaste avait dans la tête. Le film procède-t-il d'un pari? Celui de choisir Jason Biggs - acteur tête d'affiche des piètres AMERICAN PIE -, de l'extraire de cette très douteuse série et de le remodeler pour en faire un écrivain-scénariste débutant du nom de Jerry Falk? Woody Allen crée ici un personnage assez naïf qui ne peut se passer ni d'un manager financier, ni d'un professeur d'université pour résoudre les menus problèmes de son existence professionnelle et sentimentale. Sans compter que ledit Jerry, pourtant si bien coaché, manifestera encore le désir récurrent de s'adresser directement au spectateur, pour le prendre à partie et lui expliquer ses états d'âme.
Sans doute Woody Allen a-t-il voulu, une fois de plus, se mettre en scène à travers un ""double"" de lui-même. Mais cela sent la redite: tentatives amoureuses plus ou moins ratées, introspection constante, inévitables séances de psy, tout cela sur un fond de dérision et de culpabilité, c'est du déjà vu. Le reste sentirait même l'air du temps: les quelques tirades sur la criminalité, la sécurité ou la drogue ne font guère sourire. Il y a, c'est vrai, une jolie galerie de portraits dans ANYTHING ELSE. A côté de Jerry, on croise Amanda (Christina Ricci), une fille pour le moins instable et volage. Il y a Woody Allen bien sûr, en Pygmalion sceptique qui s'accroche aux basques de Jerry. Et Harvey (Danny DeVito), manager hystérique et parasite, sans oublier Paula (Stockard Channing), la mère-enfant d'Amanda (à mieux la connaître, on commence à pardonner bien des choses à sa fille). Tout ce petit monde s'agite et bavarde à n'en plus finir, à table, en déambulant le long des boulevards, en voiture, sur le divan du psy ou au lit. La logorrhée n'est jamais très loin, les jeux de mots ne sont pas toujours très bons et le spectateur peine à s'intéresser aux petits ennuis quotidiens de ces jeunes adultes qui se cherchent, qui tombent amoureux à chaque coin de rue, mais dont les amours s'effilochent vite, toujours à la recherche d'anything else...
Derrière tous ces personnages, on sent l'œil observateur et critique d'un Woody Allen inquiet. Et peut-être plus que dans ses œuvres précédentes - malgré un humour toujours présent - apparaît ici un fond de mélancolie et de pessimisme. ""On doit toujours se débrouiller tout seul"", lâche le cinéaste en guise de point final. Fallait-il vraiment près de deux heures pour nous le dire?"
Antoine Rochat