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Il y a, quelque part du côté de Rolle, un vieux cinéaste ironique et ronchonnant qui, dans ses "histoire(s) du cinéma", effeuille "toutes les histoires", "une histoire seule"... "seul le cinéma", "fatale beauté"... "la monnaie de l'absolu", "une vague nouvelle"... "le contrôle de l'univers", "les signes parmi nous"... effeuillons alors par les mêmes mots, non des histoires de cinéma, mais l'histoire d'un cinéma, d'une salle de cinéma que l'on voudrait condamner et démolir, et que nous voulons sauver -l'une des plus belles salles de Genève : le Plaza...
Le cinéma, ça se projette quelque part. Sur un écran plus grand que le spectateur. Avec des images plus grandes que ceux qui les regardent. On n'est pas devant une télé, on est dans une histoire, enveloppé par elle, par l'image, par le mouvement. Quant le train filmé par les frères Lumière arrivait sur l'écran, des spectateurs prenaient peur. D'ailleurs, comme dirait Godard (il l'a d'ailleurs presque dit comme cela), ce n'est sûrement pas un hasard si les inventeurs du cinéma s'appelaient les frères Lumière et pas les frères Pénombre.
"s'il n'y avait pas le cinéma, je ne saurais pas que j'ai une histoire" (JLG)
Quand on tente de convaincre des conseillers municipaux de droite de la légitimité, et, pour le moins, de l'utilité pour la Ville de consacrer quelque ressource à soutenir les salles de cinéma indépendantes, parce qu'elles seules permettent à Genève que se projettent d'autres films que ceux qui font les choux gras du distributeur presque (à ces salles près) monopolistique, et que sans elles le 90 % des films suisses ne seraient tout simplement pas projetés dans une salle de cinéma, ces braves conseillers municipaux nous rétorquent que les salles de cinéma, à part le Grütli et le Spoutnik, sont des entreprises commerciales, qu'on n'a pas à soutenir des entreprises commerciales, et que si on devait se mettre à soutenir des salles de cinéma, on ne voit pas pourquoi on ne soutiendrait pas aussi des charcuteries, des fitness ou des bordels. Alors on essaie d'expliquer, pas avec les mots de Godard mais avec ceux qui nous viennent en tête, qu'une salle de cinéma, c'est plus qu'une entreprise commerciale : que c'est un lieu culturel. Un lieu où il se passe autre chose qu'une transaction mercantile.
"Le passé n'est jamais mort. Il n'est même pas passé", écrit Godard : Inauguré en 1952 (excellente année, par ailleurs), le Plaza était alors le plus grand cinéma genevois, avec ses 1250 places. Il est toujours là, mais fermé depuis plus de onze ans, après qu'une programmation volontairement médiocre ait pu, en réduisant sa fréquentation, donner prétexte à cette fermeture, avant que de donner prétexte au refus de sa réouverture. Les propriétaires actuels du bâtiment ont déposé en début d'année une demande d'autorisation de démolir la salle, sans projet de reconstruction, mais en annonçant clairement qu'ils n'avaient pas l'intention d'en refaire une salle de cinéma. Et c'est au moment où le cinéma suisse rendait pieusement, à Genève, hommage à Godard (qui n'en avait apparemment pas, ou plus, grand chose à cirer) qu'on apprenait que, sans attendre la réponse à leur demande de démolition du Plaza, ses propriétaires avaient commencé de la vider de son mobilier, de ses équipements intérieurs et de son matériel de projection. Et au passage, exigé la censure des photos de l'intérieur de la salle publiées sur Facebook et menacé les photographes de poursuites judiciaires en cas d'utilisation de leurs images. On a affaire à des esthètes de l'art...
Le bâtiment abritant la salle du "Plaza", conçu par l'architecte Marc-Joseph Saugey (qui est aussi l'architecte de la salle), est exemplaire de l'architecture de l'époque. A ce titre, il a été classé en 2004, classement confirmé par le Tribunal fédéral. En 2011, cependant, sur intervention du Conseil d'Etat, la salle n'a pas été inscrite au patrimoine. Cette contradiction inexplicable menace aujourd'hui directement une salle aussi exemplaire et digne de classement que le bâtiment qui l'abrite, œuvre du même architecte qu'elle.
Une intervention politique est requise, parce qu'elle est nécessaire, pour sauver une salle de cinéma splendide, et pour faire respecter le Plan d'Utilisation des Sols dont la Ville de Genève s'est dotée, qui prévoit le maintien de l'affectation de lieux tels qu'une salle de cinéma. Cette intervention publique passe par trois démarches, qu'on ne saurait trop vivement vous inciter, patients lecteurs et patientes lectrices, à soutenir : la réouverture de la procédure de classement de la salle, l'opposition à sa démolition, sa réaffectation en salle de cinéma, unique ou multiplex, ce qui d'ailleurs n'exclut pas qu'elle puisse, en plus, servir à autre chose, à l'exemple de l'ancien cinéma "Paris" de la place du Cirque, devenu l'Auditorium Arditi.
Donc, des lettres sont parties pour demander au département cantonal compétent de faire en sorte que la salle soit sauvegardée, une pétition a été lancée* pour demander à la Ville de Genève (à qui elle sera remise à la session d'avril du Conseil Municipal) de s'opposer à la demande de démolition et "d'entreprendre toute démarche et de faire toute proposition, y compris de rachat, le cas échéant en partenariat, afin de maintenir l'affectation de la salle du Plaza en salle(s) de cinéma, dans le respect de son architecture", une motion a été déposée au Conseil Municipal, portant la même demande, et un groupe facebook "Touchez pas au Plaza" n'attend que vous.
Tout ce qui est né en 1952 mérite d'être protégé... "s'il n'y avait pas le cinéma, je ne saurais pas que j'ai une histoire" (Jean-Luc Godard -encore lui ? Ben oui, encore lui...)
*Pour signer la pétition, la télécharger sur http://www.fichier-pdf.fr/2015/03/20/petition-plaza-1/ et la renvoyer
ou la signer "on line" sur http://www.petitions24.net/le_plaza_ne_doit_pas_etre_demoli_et_doit_rester_un_cinema