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22/01/2013
Rien que de l'instinct
Fin 2013, le canton de Genève élira ses 7 Conseillers d'État et les 100 députés au Grand Conseil. Les grands fanatiques de politique comme moi tentons déjà de deviner les résultats de l'élection. D'abord le Grand Conseil; sa composition actuelle est la suivante:
- Parti Libéral-Radical (PLR, 31 députés, dont 20 Libéraux et 11 Radicaux)
- Parti Écologiste (les Verts, 17 députés)
- Mouvement Citoyen Genevois (MCG, 17 députés)
- Parti Socialiste (PS, 15 députés)
- Parti Démocrate-Chrétien (PDC, 11 députés, dont Guillaume Barazzone, démissionnaire)
- Union Démoctatique du Centre (UDC, 9 députés)
Les principales alliances sont l'Entente (PLR-PDC: 42 députés) et l'Alternative (les Verts-PS: 32 députés); l'alliance MCG-UDC (26 députés) n'a pas permis à ses membres de remporter des succès notoires, elle est de plus très lâche.
Le Grand Conseil
Sur le canton, il existe d'autres mouvements qui ont une importance certaine. On peut citer celui qui pourrait récolter le plus de voix: l'Alliance de Gauche (AdG), qui, comme son nom l'indique, rassemble divers mouvements de gauche, dont le parti SolidaritéS (deux Conseillers Administratifs en Ville de Genève), le Parti du Travail (PdT), ou encore le Parti Communiste Genevois. Actuellement, les deux premiers sont réunis dans une alliance nommée Ensemble à Gauche en Ville de Genève uniquement (11 députés sur le total de 80). L'Alliance de Gauche aurait, si elle a lieu, des chances de franchir le quorum de 7% des voix nécéssaires pour entrer au Grand Conseil.
Il y a également le Parti Vert'Libéral (PVL), mené par l'ancien Conseiller Administratif de Plan-les-Ouates Laurent Seydoux. Arrivé récemment à Genève, il a présenté ce dernier à l'éléction complémentaire au Conseil d'État, avec une lourde défaite (environ 2.5% des voix) qu'il faut cependant relativiser, vu le caractère complémentaire de cette élection, qui visait à remplacer le démissionnaire PLR Mark Muller, et la volonté du PVL d'y sonder l'opinion plutôt que de réellement gagner le siège. Ce parti progresse justement dans la mentalité politique genevoise, s'attirant souvent les faveurs d'électeurs écologistes déçus par certains dogmatiques de l'environnement trop absolutistes, des PLR désireux de s'écarter de la rigidité du parti dominant du canton, ou encore de plusieurs centristes ne se sentant pas représentés dans la seule tendance du centre (c'est-à-dire les PDC dits "Chrétiens Sociaux", dont faisait partie le désormais indépendant Didier Bonny). Il est difficile de dire si les Vert'Libéraux parviendront à franchir le quorum, mais la perte de vitesse du PDC pourrait les aider en ce sens.
Le Parti Bourgeois-Démocratique, encore officiellement inexistant pour l'heure sur Genève mais représentant la sensation des dernières élections fédérales, a pour sa part extrêmement peu de chances d'entrer au Grand Conseil. Il en va de même pour le Parti Pirate, qui progresse cependant, mais très lentement, à la faveur de sa grande expérience dans le domaine peu abordé mais ô combien important de la protection des données personnelles. Là où ce parti si inhabituel brille en Allemagne, il vient seulement il y a quelques mois de voir élu son premier magistrat en Suisse. Enfin, il y a encore le Parti Évangélique, mais il est extrêmement absent de la scène politique genevoise.
Mon pronostic pour l'heure est le suivant:
- Le PLR devrait, si rien ne se passe d'ici l'élection, garder ses sièges actuels, voire en gagner un ou deux.
- Les Verts vont certainement perdre des sièges quoi qu'il arrive. Très peu de leurs initiatives ont en effet passé la rampe, et leur Conseillère d'État étant la bouc-émissaire de n'importe quel souçi de mobilité, l'opinion est très disposée à les sanctionner, d'autant plus qu'il existe une alternative qu'on peut qualifier de semi-écologique du PVL. Je prédis une perte d'environ quatre sièges.
- Pronostiquer le résultat du MCG est difficile. Son grand gourou Eric Stauffer fait l'objet d'une kyrielle d'accusations en justice, très souvent fondées, et fait régulièrement la une des médias à l'occasion d'une bagarre ou d'un échange vigoureux. Cependant, nous avons pu assister récemment à la démission d'une députée PDC partie rejoindre ce parti, un signe qui sera comme d'habitude surexploité par le MCG. Je prédis une perte d'un ou deux sièges, voire plus.
- Le Parti Socialiste ne semble pas être sujet à un gain ou une perte de popularité d'importance. Je m'attends au statu quo.
- Le PDC a eu un score de 9.91% aux éléctions de 2009, y perdant déjà un siège. Flirtant avec la limite des 7%, il est très possible que le PDC soit éjecté du Grand Conseil pour les raisons suivantes: lorsque Didier Bonny a quitté le parti et s'est ensuite porté candidat au CA de la Ville de Genève fin 2012, contre (notamment) le PDC Guillaume Barazzone, puis lorsque la députée en Ville Sandra Golay a muté au MCG, l'attitude du parti a été détestable. Sachant que le PDC a déjà perdu des membres influents, tel Mauro Poggia (MCG), ricaner et critiquer n'est assurément pas la bonne attitude. Le PDC rassemble encore un électorat constitué par exemple de grandes familles genevoises, mais le PDC est clairement sur le déclin. Je pronostique une défaite du PDC, qui quitterait le Grand Conseil.
- Comment examiner le cas de l'UDC Genève? À part la récente candidature d'Eric Betinat au CA de la Ville de Genève, ce parti ne semble avoir de véritable présence dans la vie politique du canton que lors des campagnes du parti national (bref, les grands objets pleins de bonne vieille xénophobie à la Blocher). Ils sont pourtant là, et peut-être qu'ils perdront encore des sièges au profit du MCG. Peut-être.
- L'Alliance de Gauche, si elle est constituée cette année, pourra probablement, au vu de ce qui précède, entrer au Grand Conseil en dépassant timidement le quorum (notez qu'elle n'existe plus depuis les élections de 2001).
- Le Parti Vert'Libéral pourra lui aussi entrer au Grand Conseil, suivant son pourcentage de suffrages, entrer au Grand Conseil (avec, suivant son positionnement dans la liste électorale, Jérémy Seydoux, le plus jeune député de tous les temps, à 18 ans!)
En résumé, voici mes prévisions:
- PLR 25-28% 30-33 sièges
- Les Verts 12-13% 12-14 sièges
- MCG 13-14% 15-17 sièges
- PS 12-13% 14-15 sièges
- PDC 5-6% 0 sièges
- UDC 6-7% 0 ou 8 sièges
- AdG 7-8% 8-10 sièges
- PVL 7-9% 8-10 sièges
(je précise que ces résultats ne représentent pas mes espoirs, mais uniquement mes pressentiments)
Le Conseil d'État
D'abord, la composition actuelle:
- Charles Beer (PS), président du Conseil d'État (DÉMISSIONNAIRE)
- Pierre-François Unger (PDC; DÉMISSIONNAIRE)
- David Hiler (les Verts; DÉMISSIONNAIRE)
- François Longchamp (PLR)
- Isabel Rochat (PLR)
- Michèle Künzler (les Verts)
- Pierre Maudet (PLR)
(classés par ordre d'ancienneté)
On voit clairement que le PLR domine la vie politique genevoise, avec trois Conseillers d'État. François Lonchamp (département de l'urbanisme) en est une personnalité connue et respectée. Ses collègues Isabel Rochat (département de la solidarité et de l'emploi), malgré des hauts et des bas, et Pierre Maudet (département de la sécurité), jeune et dynamique machine politique fraîchement élue par les urnes, forment avec lui le trio du parti pour l'élection du Conseil d'État. Tous trois de grandes chances d'être élus.
Les Verts ont deux Conseillers d'État qui les représentent. L'un d'entre eux, David Hiler (département des finances), est démissionaire, après ce qui est reconnu par un grand nombre comme du très bon travail. En revanche, sa collègue Michèle Künzler (département de l'intérieur, de la mobilité et de l'environnement) est outrageusement et excessivement raillée (voir à ce sujet ma note intitulée "Michèle Künzler, la mal-aimée"). Il est décevant de voir de nombreux Genevois s'acharner à imputer à la seule Conseillère d'État "normale" la faute de tous leurs petits souçis quotidiens de mobilité, et il est probable que les Verts perdent de ce triste fait un représentant au Conseil d'État. Je ne connais pas encore leur classement dans la liste du parti, mais les candidats seront Michèle Künzler et Antonio Hodgers, Conseiller National (ce dernier pourrait être davantage plébiscité par l'électorat).
Le Parti Socialiste détient un siège tenu par Charles Beer (département de l'instruction publique), qui est démissionaire, après un mandat qui lui a valu de nombreuses critiques, émanant également de son propre camp (j'ai d'ailleurs personnellement milité pour une pétition en faveur du maintien de l'enseignement du latin en 9e HarmoS, cause qui est née de la suppression de cette branche par Charles Beer). Il est extrêmement peu probable que le PS perde ce siège, ou qu'il en obtienne un de plus. Les candidats sont actuellement trop nombreux (Anne Emery-Torracinta, Roger Deneys, Sandrine Salerno et Thierry Apotheloz), une primaire aura donc lieu lors du congrès du 9 mars. Tous ces candidats présentant des qualités certaines, je penche plutôt en faveur d'Anne Emery-Torracinta, une femme qui sait ce qu'elle veut et ne sombre pas dans la démagogie, qui fait un travail fabuleux au Grand Conseil et qui a une personnalité admirable. Malgré sa défaite en juin dernier face à Pierre Maudet, elle est digne des exigences de la charge de Conseillère d'État.
Le PDC détient le dernier siège, qui sera libéré par le retrait de Pierre-François Unger (département des affaires régionales, de l'économie et de la santé). La question est ouverte: le PDC aura-t-il un élu au Conseil d'État, et pas de groupe parlementaire au Grand Conseil? Je n'ai pas fouillé les textes légaux assez en profondeur pour vérifier si ce cas de figure est possible, mais une telle situation serait inouie. Je pose cette question car si le parti perd de la popularité au point de ne pouvoir être élu au Grand Conseil, il reste plusieurs personnalités qui peuvent convaincre au-delà des frontières partisanes. Les candidats actuels du PDC, c'est-à-dire Luc Barthassat (Conseiller National), Serge dal Busco (Conseiller Administratif et député au Grand Conseil) et Guy Mettan (député au Grand Conseil), sont-ils de ceux-là? La question est une fois de plus ouverte. Le PDC a d'ores et déjà annoncé ne choisir que deux candidats.
Il reste ainsi quelques partis qui pourraient prétendre à un siège au Conseil d'État: le PVL, suivant les suffrages qu'il obtient (on peut bien évidemment s'attendre à une candidature de Laurent Seydoux, mais rien n'a, semble-t-il, été officiellement annoncé), ou une éventuel candidat commun UDC-MCG, Eric Stauffer semblant, dans cette hypothèse, être désigné à l'avance.
Enfin, dans les autres petits partis, le Parti Pirate semble se diriger vers la nomination attendue d'Alexis Roussel, vice-président de la formation au niveau national. Il n'a selon toute vraisemblance absolument aucune chance d'être élu.
En résumé, la répartition des sièges devrait être la suivante suivant mes pronostics:
- PLR, trois sièges (François Lonchamp, Isabel Rochat et Pierre Maudet)
- PS, un siège
- Les Verts, un siège
- PVL, un siège
- PDC, un siège
Mais en joignant les pronostics à mes espérances par rapport aux candidats actuels, voici mon Conseil d'État idéal:
- PS: Anne Emery-Torracinta
- PS: Thierry Apotheloz
- Les Verts: Antonio Hodgers
- Les Verts: Michèle Künzler
- PLR: Pierre Maudet
- PLR: François Longchamp
- PP: Alexis Roussel
J'ai expliqué plus haut pourquoi Anne Emery-Torracinta a tout d'une Conseillère d'État extrêmement compétente.
- Thierry Apotheloz, de son côté, montre une détermination à aller directement au contact des problématiques que les Genevois tiennent à coeur, afin de résoudre les problèmes qui leur semblent importants, et qui n'a aucune envie de faire croire qu'un problème devrait être pris plus au sérieux que ce qu'il mérite. Bref, un homme honnête, ce qui est, selon le stéréotype, difficile à trouver en politique.
- Antonio Hodgers, sans l'avoir rencontré, figure dans cette liste en raison de l'importance que je choisis de donner à un critère bien déterminé: la jeunesse. La politique manque de jeunes (et de femmes, mais moins): moi qui habite à Thônex, je remarque, au moment où Romain de Sainte Marie (PS, 27 ans) a quitté le Conseil Municipal, que le statut de benjamin est revenu à Pascal Uehlinger (PLR, 39 ans sauf erreur), de 12 ans son aîné. Au Grand Conseil, l'on remarque au PS et chez les Verts la volonté de représenter les femmes et la jeunesse davantage que chez les autres partis (même si le benjamin du Grand Conseil est Guillaume Sauty, MCG), par exemple à l'UDC, où les deux plus jeunes députés ont 43 ans! (avec deux autres à 73 ans!!!)
- Michèle Künzler, j'en fais la défense dans mon billet intitulé "Michèle Künzler, la mal-aimée"
- Je pense qu'à ce stade, mon positionnement en politique n'est un mystère pour plus personne, alors pourquoi soutenir deux PLR? Pierre Maudet d'abord: outre la sympathie que j'éprouve pour lui en raison du fait qu'il soit passé par un Parlement de Jeunes, comme moi en ce moment, j'ai admiré son courage dans le dossier de la prison de Champ-Dollon. Il s'agissait du dossier le plus urgent de son dicastère, mais surtout le plus impopulaire. Et pourtant, il a déjà réussi à trouver une solution, malgré les fortes critiques. En le soutenant, j'espère voir d'aussi grands progrès à l'avenir.
- Ensuite, François Longchamp, principalement parce qu'il s'agit d'un des seuls membres du Conseil d'État qui puisse ne se reprocher d'aucun vice, mais aussi parce que sa personnalité tendant vers la cordialité tout au moins a quelque chose de rassurant, représente pour moi une personne qui ne mérite pas de tomber sous le coup d'une quelconque vindicte.
- Enfin, Alexis Roussel. Je sais qu'il n'a aucune chance et (a priori) aucun soutien garanti, ce personnage particulier a, par son mode de vie politicienne amusant, retenu mon attention. Une fois terminée son intervention en costard-cravate à l'occasion d'un débat politique, il fonce au parc des Bastions griller une clope avec ses amis. Alors que d'un côté il tient des séances autour d'une bière avec une vingtaine des quelque cent membres du Parti Pirate Genevois, il se bat dans l'ombre pour convaincre de l'importance des problématiques défendues par celui-ci (avec parfois des succès non négligeables; je songe notamment, il y a quelque mois, au moment où il annonçait, après de longues négociations avec les autorités, avoir réussi à organiser une équipe de spécialistes pour vérifier le bon fonctionnement du système genevois de vote électronique). Il a d'ailleurs accepté de venir assister à une séance du Parlement des Jeunes Genevois, assis en tailleur sur l'herbe des Bastions avec nous. Bref, il s'agit d'un politicien décontracté, militant pour ses idées sans prise de tête, et qui a gardé toute sa jeunesse d'esprit, avec un caractère qui ne saurait jamais mener à un conflit.
Je précise que cette liste est susceptible de changer au cours de l'année, suivant ce qui se passera lors de la campagne.
J'espère par-dessus tout que les prochains élus pourront abaisser ce quorum de 7% à 5% maximum, afin de garantir une représentation plus fidèle de la volonté populaire.