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Les Programmes nationaux de recherche (PNR) du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) suivent une approche thématique qui lui permet de soutenir des projets d’une grande importance sociale et politique (voir encadré). Toutefois, selon le sujet retenu, il n’est pas à exclure qu’une seule discipline scientifique bénéficie des fonds supplémentaires alloués à la recherche. Pour cette raison, les branches de la science qui déplorent un manque d’appui à leurs activités de recherche souhaitent fréquemment être intégrées dans un PNR. De 1980 à 2000, le FNS a ainsi consacré trois grands PNR à la recherche en éducation[1] et encouragé, dans trois autres, l’étude de domaines spécifiques subordonnés à la thématique générale[2].
L’origine du financement de tous les projets de recherche en éducation lancés durant une année a fait l’objet d’une analyse. Celle-ci montre que pour les années durant lesquelles ont été lancés des PNR consacrés principalement à l’éducation (1980, 1993 et 2000), la part des projets financés par le FNS est nettement supérieure à celle enregistrée les autres années, durant lesquelles les chercheurs dépendaient du soutien par projet accordé par le FNS (voir illustration). Pour 2003 et 2005 toutefois, deux années durant lesquelles la recherche en éducation n’était « qu’un » axe parmi d’autres des PNR, aucun effet sur la part des projets financés par le FNS n’est observé.
Part du FNS dans le financement de la recherche en éducation (en %), 1976-2011
Remarque : en rouge, les années durant lesquelles un PNR consacré à l’éducation a démarré. En 2003, le FNS a lancé deux programmes partiellement axés sur l’éducation.
Source : CSRE / La Vie économique
Les aides à la recherche se substituent à l’autofinancement
Si l’on s’en tient à une analyse au premier degré, il semble que la politique de spécialisation du FNS porte ses fruits. Toutefois, les analyses de régression – qui tiennent compte de la pluralité des facteurs influençant le nombre de projets de recherche lancés en un an – aboutissent à une autre conclusion : les années durant lesquelles débute un PNR dont l’une des priorités est l’éducation n’enregistrent pas forcément une augmentation du nombre de projets lancés. Ce constat est particulièrement vrai pour les deux premiers programmes « Éducation et vie active » et « Efficacité de nos systèmes de formation », conçus pour ainsi dire sur mesure pour les sciences de l’éducation, ainsi que pour deux PNR dont un seul volet est consacré à ce domaine (« Intégration et exclusion » et « L’enfance, la jeunesse et les relations entre générations dans une société en mutation »). Dans ces programmes, les aides allouées par le FNS se sont donc pour l’essentiel substituées aux efforts d’autofinancement déployés par les institutions éducatives du tertiaire.
Seuls les programmes « Formation et emploi » (lancé en 2000) et « Diversité des langues et compétences linguistiques en Suisse » (lancé en 2005) sont parvenus à générer des projets de recherche supplémentaires dans le domaine de l’éducation. Ces deux PNR étaient axés sur l’éducation, sans pour autant négliger d’autres disciplines, comme l’économie et la linguistique.
Nous ne pouvons certes pas nous prononcer sur une éventuelle diminution du nombre des autres projets de recherche dans ces deux dernières disciplines. Cependant, la modification des priorités qui y a été enregistrée, entraînée par le choix des thématiques, était assurément l’un des objectifs des programmes nationaux. De surcroît, si les PNR n’ont pas eu d’effet quantitatif sur les résultats de la recherche dans les disciplines classiques de la recherche en éducation, nous ne pouvons pas pour autant exclure un effet qualitatif. Il est tout à fait possible, en effet, que les instituts de recherche aient affecté aux projets financés ou à d’autres projets les fonds que le FNS leur a permis d’épargner, sous la forme d’un financement additionnel, de sorte à en améliorer la qualité.
Un constat qui s’applique à l’ensemble des sciences humaines
Les résultats présentés ici se fondent sur l’étude d’un seul champ de la recherche. Cependant, nous savons, grâce à une précédente analyse des facteurs influençant l’encouragement par le FNS de projets individuels de recherche[3], que les PNR se substituent en général aux demandes individuelles de financement présentées au FNS. Une augmentation des fonds disponibles ne génère pas davantage de demandes de financement en sciences sociales et humaines (contrairement à ce qui se passe dans les autres disciplines). En d’autres termes, l’effet purement substitutif des programmes étroitement liés à la recherche en éducation peut sans doute s’extrapoler à d’autres champs de recherche appartenant aux sciences sociales et humaines.
En ciblant des thématiques précises, les institutions d’encouragement de la recherche espèrent obtenir une plus-value en lien direct avec le financement. Toutefois, lorsque le domaine visé ne présente qu’un nombre limité d’idées dignes de soutien durant une période donnée, il est tout à fait possible que cet appui se substitue simplement à d’autres sources de financement vers lesquelles les instituts de recherche se seraient tournés si le FNS n’avait pas lancé de nouveau programme. Dans un tel cas, c’est la source de financement de la recherche qui varie, pas son résultat. Si l’on veut augmenter durablement les résultats quantitatifs de la recherche dans un domaine précis, il faut donc chercher d’autres stratégies, qui ne se limitent pas à un soutien purement financier.
- Éducation et vie active (PNR 10) ; Efficacité de nos systèmes de formation (33) ; Formation et emploi (43).
- Intégration et exclusion (PNR 51) ; L’enfance, la jeunesse et les relations entre générations dans une société en mutation (52) ; Diversité des langues et compétences linguistiques en Suisse (56).
- Wolter et al. (2007).