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La gauche institutionnelle est soulagée : à une voix près (huit contre sept), le Comité d'initiative " s'organiser contre l'échec scolaire et garantir une formation pour tous les jeunes " a décidé de retirer ladite initiative, au grand soulagement d'au moins deux partis politiques (les Verts et le PS) qui craignaient que l'initiative de la gauche, prônant l'hétérogénéité des classes du cycle, fasse un plus mauvais score que celle du réseau " Réel ", qui prônait le rétablissement de sections homogènes et l'instauration d'y système sélectif. Qui furent les huit partisans du retrait, et les sept partisans du maintien, d'un texte qui ne faisait après tout que réaffirmer de bons et solides principes de gauche ? Lequel des huit aurait pu changer d'avis et faire basculer la décision ? A vrai dire, on s'en fout. Le fait est là : dans le débat sur l'école, la gauche genevoise s'est déculottée.
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De l'hétérogénéité des positions politiques
Le Parti socialiste n'a pas encore pris (ou plutôt repris) position sur " l'initiative 138 " (" s'organiser contre l'échec scolaire et garantir une formation pour tous les jeunes ") qu'une palanquée de socialistes annoncent que finalement, tout compte fait, les choses étant ce qu'elles sont et les élections approchant, le PS ne devrait plus soutenir une initiative dont il a approuvé le lancement par une coordination dont il est membre. Et ces hérauts de l'hétérogénéité des choix politiques socialistes d'invoquer d'hypothétiques " accords politiques " passés entre le PS et la droite, accords que les socialistes " trahiraient " s'ils soutenaient une initiative dont ils sont co-auteurs. On nous annonce donc que le PS aurait " confirmé aux radicaux qu'il rejetterait les deux initiatives " et que les Verts et le PS " invitent d'ores et déjà les Genevois à rejeter l'initiative 138 cet automne ". Or à ce jour, la seule position que le PS ait prise sur l'initiative 138, c'est celle de contribuer à son lancement et à son aboutissement. Ce qui implique évidemment de la soutenir A moins bien entendu de confondre hétérogénéité et schizophrénie.
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Un premier tri a été fait dimanche entre deux projets de réintroduction des sections au Cycle d'Orientation -deux contre-réformes, en somme. Le projet qui est sorti vainqueur, celui d'une " homogénéité douce " s'opposant à l' " homogénéité dure " prônée par " Réel ", sera opposé le 27 septembre prochain (à moins qu'elle soit retirée par ses auteurs) à l'initiative lancée par la Coordination Enseignement (qui rassemble toute la gauche), laquelle suggère une hétérogénéité complète et la disparition des sections. Pour deux partis, le PS et les Verts, le choix à faire sera un choix entre deux cohérences : la cohérence politique à court terme, que la droite lui suggère avec insistance, et qui consisterait à continuer de soutenir le contre-projet du Grand Conseil et surtout de se ranger, en pleine campagne électorale, derrière le Conseil d'Etat où ces deux partis sont ensemble majoritaires, et la cohérence politique à long terme, qui devrait les inciter à soutenir une initiative dont Verts et socialistes sont co-auteurs, et qui exprime une position de principe qui est la leur depuis qu'ils en ont une sur l' " école moyenne " : elle doit être un instrument de l'égalité des droits, non de la reproduction des inégalités de situation.
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Or donc, le vote sur l'initiative pour un " Cycle qui oriente ", lancée par le " Réseau école et laïcité " (REEL), et concurremment sur le contre-projet du gouvernement et du parlement, a été annulé (alors qu'il avait déjà commencé) par le Tribunal administratif, sur recours des initiants, fâchés de la présentation de leur initiative par le Conseil d'Etat dans la brochure détaillant les objets mis en votation cantonale. Et le marigot politique se met à clapoter, tous les batraciens du biotope (à quelques originaux près) coassant à la violation des droits populaires et au déni de démocratie, pas moins, les plus bruyants d'entre eux (comme l'UDC qui voit carrément la " démocratie en péril " et " la dictature à nos portes ") exigeant la démission collective du Conseil d'Etat. Dans cette histoire, tout le monde prend le citoyen pour un crétin décérébré : les initiants, en le supposant au garde-à-vous devant la parole du gouvernement; le gouvernement, en jouant désormais l'air de " on l'a pas fait exprès "; et les juges du TA, en annulant un vote déjà engagé parce qu'un texte ne se trouvait pas à la bonne page d'une brochure que pas grand monde ne lit. " Le Conseil d'Etat a gravement failli à son devoir d'information objective ", estiment les juges. Qui accusent le Conseil d'Etat d'avoir été partisan. Ce que tout gouvernement est par définition.
De Clochemerle à Picrochole
Heureuse République que celle, parvulissime et quérulente, qui devrait s'embraser pour un texte que presque personne n'a lu, et dont presque personne n'a ou n'aurait tenu compte pour prononcer son vote. Selon que l'on préférera le XVIe ou le XXe siècle, Rabelais ou Chevallier, on situera la querelle à Picrochole ou Clochemerle. Parce qu'à Genève, ça doit bien faire quelques décennies que les citoyens se contrefoutent des avis de leurs gouvernants lorsqu'un projet leur est soumis. Et qu'on espère bien n'en pas revenir à la situation monégasque 0ù vaticane, celle d'une microcratie où l'avis des gouvernés se doit d'être à l'unisson de celui des gouvernants. " Le Conseil d'Etat a voulu influencer les électeurs " en usant de termes " polémiques ", écrit le Tribunal administratif... La belle affaire ! vouloir " influencer les électeurs ", c'est ce que font les gouvernements depuis qu'il y a des gouvernements et des électeurs. Et user de termes " polémiques ", c'est ce que font les acteurs du débat politique depuis que débat politique il y a. Et c'est d'ailleurs ce qu'ont fait sitôt la décision du Tribunal administratif connue les initiants de REEL, l'UDC, le MCG... et le président du parti radical, tout frétillant d'envie de voir son Conseiller d'Etat préféré reprendre le département de l'Instruction publique. Et surtout quitter celui de l'action sociale. Parce qu'en période de crises financière, économique et sociale, être chargé de l'action sociale, c'est pas très porteur politiquement et électoralement. Surtout pour un parti à la limite du quorum et en passe de se faire bouffer par son grand frère libéral.
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Votation cantonale sur le Cycle d'Orientation :
L'école de Pépé ou l'école de Papa ?
On votera le 30 novembre prochain sur le Cycle d'Orientation. On aura le choix entre une initiative réactionnaire et un contre-projet centriste, le Grand Conseil ayant adopté à l'unanimité un contre-projet, proposé par le Conseil d'Etat, aux deux initiatives contradictoires (une de gauche, une de droite) sur le Cycle d'Orientation, les deux initiatives étant donc condamnées soit à se mesurer l'une après l'autre au contre-projet gouvernemental (si celui passe le vote du 30 novembre), soit à se mesurer l'une à l'autre l'année prochaine (si l'initiative réac est acceptée). Et c'est d'ailleurs là que se trouve la principale qualité du contre-projet : être le moyen de se débarrasser d'une initiative (celle de REEL) qui ressemble furieusement à une machine à remonter le temps. Choisir entre l'initiative de REEL et le contre-projet, c'est un peu choisir entre le Cycle d'Orientation d'il y a plus de quarante ans, celui des débuts, et le Cycle d'Orientation d'aujourd'hui, un peu (pas trop) rénové. En soutenant le contre-projet dans dix jours, on évacue le risque d'un retour en arrière. Pour aller de l'avant, on attendra 2009, et le vote sur l'initiative de la Coordination enseignement.
Cycle d'Orientation ou de sélection ?
A ma gauche, une initiative proposant l' " hétérogénéité " de l'école moyenne; à ma droite, une initiative qui en revient à une sélection précoce et rigide, réintroduit les notes de " comportement " et ressuscite une filière ghetto pour les élèves en difficulté. Au centre, un contre-projet gouvernemental qui refuse à la fois l' " hétérogénéité " prônée par la gauche et la sélection exclusive prônée par l'initiative réac. Dire que le choix du 30 novembre nous enthousiasme serait excessif. Mais enfin : ce choix est d'abord un choix tactique : vaut-il mieux que l'initiative de gauche soit opposée en 2009 à celle de REEL ou au contre-projet du Conseil d'Etat et du parlement ? Nous en tenons pour le contre-projet parce qu'à le comparer à l'initiative, il dessine une " école moyenne " acceptable. Sans plus. Mais avec un peu plus de moyens. Le contre-projet " rénove " prudemment le Cycle d'Orientation, sans en changer grand chose. Le changement, c'est l'initiative " de gauche " qui le propose. Coût de la réforme proposée par le Conseil d'Etat et le Grand Conseil : une paille, 32 millions, pour engager 244 professeurs et ouvrir 80 classes supplémentaires. Devoir choisir entre l'école de pépé prônée par REEL et l'école de Papa rénovée par le contre-projet ne nous fait pas bondir d'admiration devant la qualité du choix proposé, mais quand on sera débarrassé des propositions les plus réactionnaires (celles de REEL), on pourra commencer à débattre sérieusement des nôtres. Et commencer à se battre pour qu'elles soient acceptées l'année prochaine. En clair : le contre-projet fait le ménage en balayant une grosse poussière. Au pays de la putze, on peut se résigner, temporairement, à ce retour aux traditions.