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On dit souvent qu'Internet est un formidable outil pour l'expression libre, mais je pense que cela ne sera vrai que pour un temps; je crois qu'il viendra un moment où les États l'utiliseront pour leur intérêt propre, et qu'alors, Internet sera en réalité un moyen de répandre plus efficacement encore qu'autrefois les idées qui arrangent ces États. La phase de l'absence de réglementation de la parole publique, de ce point de vue, est nécessaire pour que, chez les peuples, le goût pour Internet et l'habitude de s'en servir s'imposent. Car cela ne peut avoir lieu, précisément, que si cela apparaît comme un outil d'expression personnelle.
Je crois qu'on commence à voir cela advenir. On peut déjà faire l'expérience d'espaces de discussion électroniques créés par des institutions qui peu à peu interdisent les débats, et ne s'en servent que pour diffuser plus rapidement et plus efficacement les informations que les responsables de ces institutions jugent utiles. Dans son propre milieu professionnel, je pense que chacun a déjà pu fréquemment constater ce phénomène.
Internet est à mon avis déjà plus contrôlé - souvent par des voies détournées - qu'il n'y paraît. Parfois, il l'a été ou l'aura été trop tôt, et cela peut avoir pour conséquence une désaffection qui réduira finalement l'efficacité de cet outil, pour les dirigeants. Mais il faut voir que les États qui subissent plus qu'ils ne gouvernent Internet, pour le moment, sont forcément fébriles. A cet égard, une compétition existe, car certains États ont d'emblée plus d'influence que d'autres sur cet outil.
On peut bien sûr parler de démocratie, et se griser de jolis mots de ce genre; quand on est lié à des États qui tendent à modeler Internet plus qu'à le subir, c'est un peu facile. Toute technologie diffusant des images et des informations peut faire et fait effectivement l'objet de manipulations. Toute machine nouvelle accroît le pouvoir des particuliers en proportion de celui qu'ils possèdent déjà; les dirigeants s'en trouvent toujours renforcés.