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C'est tout simplement en me baladant dans Nîmes, et plus précisément autour des arènes, que j'ai été frappée par l'incongruité de la chose : alors que je vous soûle avec les monuments Romains de la cité, je n'ai même pas pris le temps de vous parler de son emblème ! Et Jupiter sait qu'il a pourtant toute sa place dans ces pages...
|Nîmes, place du Marché.|
L'emblème de Nîmes, donc, c'est un crocodile attaché à un palmier. Ce qui soulève une double énigme : 1) quel rapport entre Nîmes, le palmier et le crocodile d'une part ? et 2) quel rapport entre l'Empire romain, le palmier et le crocodile d'autre part ? Reconnaissez qu'au premier abord, ça n'a rien d'évident. A priori, un palmier et un crocodile, ça évoquerait plutôt l’Égypte, le Nil, Cléopâtre, etc.
Et précisément, voilà qui tombe très bien puisque c'est vers l’Égypte et vers Cléopâtre que nous allons devoir nous tourner ! Pour être exacte, nous allons remonter à la bataille d'Actium où, en 31 avant J.C., la reine égyptienne s'allie à son amant, Marc Antoine, pour affronter Octave-qui-n'est-pas-encore-Auguste. Celui-ci remporte la victoire, signant la fin des ambitions du couple terrible et instaurant sa domination sur l'ensemble du futur Empire.
|La bataille d'Actium. (Toile de Lorenzo Castro.)|
Or, Nemausus obtint le droit de frapper une monnaie célébrant l'évènement : l'as de Nîmes (aussi désigné comme dupondius au crocodile) , pièce de bronze qui se répandit dans tout l'Empire, et très courante dans la région - au point qu'autrefois, les habitants ne pouvaient pas faire un pas dans un champ sans tomber sur un exemplaire! Il y en eut trois tirages successifs - la fabrication s'étalant sur 40 ans tandis qu'elle fut largement imitée, y compris après la fin de la frappe. Sur l'avers, on y voit l'Empereur Auguste et son gendre Agrippa (commandant de la flotte à Actium et principal artisan de la victoire) et, au revers, le fameux crocodile enchaîné à un palmier couronné de lauriers, surmontés de l'inscription "Col. Nem.”.
Soit d'un côté, les deux chefs de guerre victorieux et de l'autre, la représentation symbolique de l’Égypte (crocodile et palmier) soumise à Rome (la couronne de lauriers). Quant à COL NEM, il s'agit de l’abréviation de COLonia NEMausensis - colonie nîmoise.
|Blason de Nîmes au moyen-âge.|
Au moyen-âge pourtant, les armoiries de Nîmes représentaient un "simple champ de gueules" (soit un fond rouge uni), après avoir figuré pendant longtemps les trois consuls, maîtres de la ville.
|Armoiries de Nîmes, accordées en 1516.|
Puis, en 1516, on ajouta un taureau d'or au blason préexistant. Pour autant, les Nîmois restaient attachés à cette pièce de bronze, que l'on continuait à déterrer un peu partout. 20 ans plus tard, lorsque François Ier visita la ville, les consuls (à l'origine, les délégués du Comte de Toulouse) eurent alors l'idée de lui demander la permission de prendre pour emblème de la commune la fameuse pièce de monnaie romaine, ce qui leur fut accordé en 1536, leur permettant d'adopter un blason " de gueules, à un palmier de sinople, au tronc duquel est attaché, avec une chaîne d'or, un crocodile passant, aussi de sinople, et une couronne d'or liée d'un ruban de même, posée au premier canton du chef de l'écu." Et comme un beau dessin vaut parfois mieux qu'un long discours (surtout s'il est héraldique !) :
|Blason du Nîmes Olympique.|
|Logo revu par P. Starck, sur l'un des clous de l'esplanade.|
Blasons reproduits avec l'aimable autorisation du site www.nemausensis.com , qui m'a d'ailleurs été fort utile dans la rédaction de ce billet. Allez jeter un coup d’œil : c'est une mine d'informations sur l'Histoire, les traditions, etc. de Nîmes et de la région.