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Les coureurs du Tour de Romandie utilisent tous les moyens à la limite de la légalité pour gratter quelques secondes sur leurs adversaires. Florilège des tendances que vous pourrez sans doute observer dès le 27 avril et jusqu'au 2 mai.
La théorie: la manoeuvre consiste à garder sa main collée au bidon (le jargon cycliste pour désigner la gourde) tendu par le directeur sportif lors d'un ravitaillement. Le coureur bénéficie ainsi de quelques secondes de répit durant lesquelles il est tracté par la voiture. Les organisateurs tolèrent cette «béquille temporaire» quand il s'agit d'un cycliste récupérant des boissons en faveur de ses coéquipiers. Dans d'autres situations, et si le contact est prolongé, ils peuvent y déceler une aide illicite et sanctionner. Primoz Roglic avait écopé d'une amende de 200 francs suisses pour remorquage illicite lors du Giro 2019.
La pratique:
L'idée consiste à revenir sur un groupe de coureurs ou un peloton en bénéficiant de l'aspiration d'une voiture. L'action est répréhensible (on appelle ça un «abri derrière un véhicule») mais comme souvent en cyclisme, il y a la règle et l'esprit de la règle. Les commissaires de course peuvent se montrer compréhensifs dans le cas où un coureur aurait été victime d'une chute ou d'un incident mécanique.
Les coureurs n'ont pas le droit d'être ravitaillés dans les 20 derniers kilomètres sous peine de sanction sévère. Or ils ressentent parfois le besoin de reprendre des forces pour avoir la socquette plus légère, comme ils disent. Leur manière de contourner le règlement consister à demander à un coéquipier déjà largué au classement général de se sacrifier pour eux et de leur transmettre ensuite ⚠️ discrètement ⚠️ la boisson ou la barre énergisante.
On insiste sur la discrétion car elle est essentielle à la réussite du procédé. En 2013 sur la Grande Boucle, Richie Porte avait ravitaillé Chris Froome en sucre dans la montée vers l'Alpe d'Huez. Les commissaires de course avait surpris le manège de la formation Sky et sanctionné les deux hommes de 20 secondes de pénalité, à la stupéfaction de Froomey: «Les règles sont les règles et j’accepte la sanction mais c’est Richie Porte qui va à la voiture et qui me ravitaille ensuite. Ça devrait être pris en considération.»
Lors du dernier Tour, Julian Alaphilippe s'était mis tout seul dans l'illégalité en récupérant un bidon à 17km de la ligne. Il avait perdu 20 secondes et le maillot jaune dans l'aventure.
À l'époque, on appelait ça «faire la crevaison», souffle un dirigeant, qui raconte: «Chaque coureur présent dans le dernier kilomètre de l'étape et victime d'un incident mécanique ou d'une chute était classé dans le même temps que le vainqueur. Or si le mec sentait qu'il allait se faire distancer sur la fin, il s'arrêtait et dégonflait son pneu. J’ai vu des commissaires prendre la pompe pour voir si le pneu était bel et bien crevé!»
La règle a depuis évolué, les moeurs aussi. Les coureurs sont désormais «protégés» lors des trois derniers kilomètres mais dans un environnement où chaque geste est filmé puis décrypté, et au prix des vélos, aucun ne s'amuserait à saboter lui-même son matériel.
Il arrive parfois, surtout lors des classiques pavées, que certains champions empruntent les trottoirs pour une progression plus fluide, en d'autres termes moins traumatisante pour le corps et la machine. La pratique est en principe interdite car elle met en danger les spectateurs, mais les fautifs ne sont pas toujours démasqués.