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Dans la première partie de l’interview avec le «Bulletin» (édition 09/19), la vétérinaire de discipline de la FSSE Dr méd. vét. Selma Latif expliqua les raisons pour lesquelles autant de chevaux souffrent de problèmes de dos et dans quelle mesure cela est dû à l’élevage du cheval de sport moderne. Maintenant, dans la deuxième partie de l’entretien, elle révèle comment repérer les éventuelles faiblesses physiologiques de votre cheval et comment l’entraîner en ménageant son dos.
Le contrôle de la selle est un élément important dans l’évaluation des problèmes de mouvement du cheval. (Photo: zVg)
Quelle posture serait saine pour le cheval?
La posture dont nous avons besoin sous le cavalier peut également être trouvée dans la nature lorsqu’un cheval cherche à impressionner un autre: il porte son dos, allonge sa ligne supérieure et abaisse ses hanches. Une tension élastique se crée alors dans la ligne supérieure permettant au cheval de relever sa cage thoracique et de placer ses postérieurs sous le centre de gravité.
Le cheval n’est alors ni «électrique» et en fuite, ni arrêté avec le frein à main tiré. L’énergie du mouvement circule de manière fonctionnelle à travers tout le corps. Les chevaux réagissent de manière très individuelle s’ils ne sont pas suffisamment stabilisés fonctionnellement. Certains chevaux incapables de s’étendre vers le bas de manière correcte vont «courir» sur l’avant-main, d’autres en revanche donneront l’impression de ne pas vouloir s’étirer vers le bas. La manière dont les chevaux gèrent leur hypermobilité est certainement aussi une question de caractère.
Une stabilisation correcte avec une ceinture scapulaire active, une cage thoracique portée et une arrière-main avançant sous le centre de gravité peut être atteinte dans une position d’extension tout comme dans une position rassemblée. Cette tension positive devrait pouvoir être conservée à tous les niveaux dans le sport, elle ne se limite pas au niveau FB et Jeunes chevaux. Il est cependant également important de ne pas confondre stabilité et raideur - un cheval stable a une très grande amplitude de mouvement en raison de sa musculature travaillant librement. Le cheval raide, quant à lui, essaie d’atteindre la stabilité en contractant sa musculature locomotrice, ce qui réduit l’amplitude du mouvement de manière générale.
Une ligne dorsale affaissée et parfois combinée à une grosse circonférence abdominale n’est pas forcément liée à l’IMC mais plutôt à une mauvaise posture. Photo: S. Latif
En tant que propriétaire de cheval, comment puis-je déterminer si mon cheval a des problèmes de dos?
Lorsque l’on me présente des chevaux, les propriétaires ne me disent pas: «Mon cheval est inactif au niveau de la ceinture scapulaire.» Ils rencontrent plutôt des problèmes lorsqu’ils cherchent à incurver leur cheval ou à le mettre en main. Ils observent peut-être aussi une irrégularité des allures ou remarquent que le cheval présente des réactions de défense lorsqu’ils le brossent ou le sellent. Parfois, les chevaux peuvent aussi se déporter lors de la mise en selle, se montrer réticents sous le cavalier, mais ne présenter aucun problème à la longe. Certains cavaliers viennent aussi me voir, car ils stagnent dans la formation de leur cheval et que l’entraîneur ne sait pas comment les aider.
De manière générale, chacun peut apprendre à voir si un cheval a une ligne supérieure tombant vers l’avant, s’il a des affaissements derrière les omoplates et une encolure pas suffisamment développée resp. un muscle fléchisseur de l’encolure trop prononcé. Parfois, l’on sent même le sternum tombant vers l’avant et vers le bas lorsque l’on tâte le poitrail du cheval. Un autre indicateur peut être un gros ventre qui n’est pas lié au surpoids, mais causé par un manque de musculature abdominale supposée apporter une large contribution au port du tronc. Tous ces aspects sont des signes précurseurs de problèmes de dos.
Dans bon nombre de cas, le vétérinaire peut aider le cheval de manière ponctuelle si celui-ci a des douleurs. Mais l’absence de douleurs ne conduit pas automatiquement à une meilleure locomotion - celle-ci doit être travaillée de façon ciblée afin d’attaquer le mal à la racine. Il s’agit de déterminer si une éventuelle irrégularité des allures est plutôt liée à un déséquilibre musculaire et une mauvaise posture ou à des modifications structurelles de l’appareil locomoteur. Dans ce contexte, il est tout à fait compréhensible qu’une cause clairement localisable d’une faible boiterie ne peut pas toujours être trouvée.
Le travail stabilisateur à la main n’est pas une promenade décontractée au pas. Afin d’entraîner la tension du corps du cheval, le travail sur différents terrains dans un rythme de base au pas défini individuellement ainsi que des transitions au pas et au trot sont de grande importance. Photo: S. Latif
Par où faut-il alors commencer si le cheval a autant de points faibles?
Il est tout particulièrement important que toutes les personnes concernées tirent sur la même corde. Un sellier ne peut pas simplement modifier une selle mal adaptée si le dos présente des défaillances. Les meilleures intentions peuvent rester vaines tant que les mécanismes compensatoires du mouvement mis en place par le cheval au fil des années n’ont pas été changés. D’un autre côté, le cheval ne va pas porter son dos si la selle appuie sur la base du garrot par exemple.
Il s’agit du même problème lors de l’enseignement du cavalier. Que les cavaliers prennent des leçons d’assiette afin de s’améliorer est une très bonne chose, mais le développement d’une bonne condition physique de base me semble également être une condition préalable importante dans ce contexte. Tant que le cavalier n’est pas stable en lui-même, c’est-à-dire tant qu’il n’a pas encore développé sa propre musculature stabilisatrice, les exercices d’assiette visant à éliminer les asymétries ne peuvent pas porter de fruits!
Il y a donc ici des parallèles entre le cheval et le cavalier. Dans le cadre d’un entraînement thérapeutique vétérinaire, le cheval doit aussi tout d’abord stabiliser son corps de manière fonctionnelle, donc modifier ses mécanismes du mouvement et les fortifier en développant les muscles utiles resp. en réduisant les muscles inutiles. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut corriger les asymétries. Autrement, il est difficile d’atteindre des objectifs sportifs tout en restant en bonne santé.
Des exercices ciblés à l’arrêt peuvent compléter le travail d’assouplissement quotidien de manière efficace. Photo: Vetsuisse-Fakultät, UZH / M. A. Oesch
Comment attaque-t-on donc concrètement cette modification des mécanismes du mouvement?
Je conseille dans de nombreux cas de travailler le cheval au sol pendant un certain temps afin qu’il puisse trouver la bonne posture corporelle dans le mouvement d’abord sans le cavalier.
Une fois que les bases sont établies, l’on recommence à monter. Ce faisant, il peut être judicieux de d’abord mettre le cheval dans une tension positive en travail au sol et de commencer à trotter dès que l’on s’est mis en selle. En effet, il est plus facile de maintenir une position correcte avec l’élan du trot qu’au pas.
Le cavalier joue un rôle incroyablement important lors de la réhabilitation de son cheval. Même si je faisais tout mon possible en tant que vétérinaire, mes efforts seraient vains sur le long terme si le cavalier n’effectue aucun travail sur lui-même et qu’il ne développe pas la qualité de son équitation. Une bonne part de responsabilité personnelle et de remise en question est nécessaire de la part des cavaliers et cavalières souhaitant prendre ce chemin. Mais, s’ils sont motivés et déterminés à effectuer ce travail, les améliorations obtenues au cours de seulement quelques mois sont impressionnantes.
Interview réalisée par
Cornelia Heimgartner
Le contrôle de la selle est une partie importante de l’analyse des problèmes de mouvement chez un cheval. Photo: Vetsuisse-Fakultät, UZH / M. A. Oesch