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La ville de Uwajima est composée de hautes montagnes boisées qui plongent dans les eaux bleues profondes de l’océan, le long d'une côte en dent-de-scie. Dominant les alentours, son château fait partie du visage de la ville. Sa symétrie est un des symboles de la région. Construit il y a plus de 400 ans par le célèbre Todo Takatora, il fait partie des douze châteaux du Japon qui ont conservé leur structure originelle. Au sommet se trouvent des shachihoko. Ce sont des animaux mythiques japonais à la tête de tigre et à la queue de carpes. Ils sont capables de faire tomber la pluie et représentent des protecteurs du feu et des incendies.
Lumières d'ailleurs
Un homme nous fait de grands signes. Saiki Toshio nous attendait. Il a eu écho de notre passage dans la préfecture de Ehime et nous accueille chaleureusement le long de la route. Il est jovial, enthousiaste et dynamique. Il nous accompagne vers la prochaine ville et nous emmène dans une maison traditionnelle japonaise.
Longeant les méandres de la rivière Shimanto et ses fabuleux paysages, nous rejoignons la petite ville de Kihoku et sommes accueillis par son démon. Assis, il attend patiemment avec son air féroce et son gourdin. Il a le corps rouge et les muscles saillants. Ses cornes, ses longues dents et ses griffes accompagnent son regard sévère. C'est le gardien de la ville, le protecteur. Son air terrible est nécessaire pour faire fuir les démons maléfiques. Et suivant le mythe de la région, la statue de sa mère a aussi été édifiée. Sensuelle, elle contraste avec l'image de son fils.
Nous pénétrons dans le dojo, le lieu d'entrainement, ici c'est dans une école. Une quinzaine d'élèves sont alignés. Ils portent tous les vêtements des archers, un dogi, une sorte de kimono blanc ; un hakama noir, les pantalons amples ; et les tabi, des chaussettes blanches. Le silence règne dans la pièce et la concentration se lit sur tous les visages. Ils sont à l'écoute du Maître.
C'est la fin de l'après-midi, il fait déjà nuit noire. Céline lit un livre à Nayla dans la tente. Les nuits sont longues et rendent notre cheminement plus difficile. C'est surtout le froid qui fait à nouveau son entrée. L'hiver nous a rattrapés et il gèle à nouveau. L'air est glacial et l'humidité est telle qu'elle condense en goutte d'eau. Tout est détrempé, y compris notre sac de couchage au petit matin. Nayla commence à être fatiguée du froid. Elle rechigne à se lever et reste le plus longtemps possible confinée dans la douce chaleur de son sac de couchage.
Un col nous emmène au-delà des monts boisés. Au sommet, une vue plongeante sur l'océan et la côte se dégage. L'océan est face à nous. Puis la route sinueuse poursuit son cheminement dans les rizières jaunes, passages entre les montagnes. Les petits villages aux maisons traditionnelles sont paisibles. Une douceur émane de ce lieu. Loin des intempéries de l'océan, une énergie cristalline et légère nous emmène.
La côte est somptueuse. Les falaises plongent dans l'océan bleu indigo qui accueille chaque été les baleines à bosse. L'eau est claire, limpide et son murmure est doux. Nous nous endormons bercés par son chant et éclairés par la lueur d'une pleine lune gigantesque. Au petit matin, les premiers rayons du soleil nous réchauffent et illuminent le somptueux paysage. Toute la journée, nous longeons la côte, traversons les petits villages de pêcheurs et les criques à l'eau bleue turquoise. L'eau est particulièrement belle, si claire, aux teintes incroyables. Il y a une magie qui se dégage de cette route sinueuse au panorama sublime.
À Kochi, nous sommes invités à un spectacle sur les danses traditionnelles japonaises. Les femmes vêtues de kimono dansent en petit mouvement parfaitement placé sur des musiques traditionnelles. Elles prennent des poses distinguées avec leurs éventails. Toute la rigueur japonaise se lit dans les minutieux détails de chaque mouvement. Nous sommes aussi impressionnés de voir des femmes âgées de plus de 90 ans qui dansent sur scène.
C'est ici sur sa Terre mère, sur le Cape de Muroto, au bord de l'océan Pacifique, que Kūkai (774-835) a eu l'illumination. Nous passons devant ce lieu sacré que tant de femmes et d'hommes vénèrent. C'est aussi un passage le long du pèlerinage des 88 temples sacrés de Shikoku, sur les traces de ce Bodhisattva, plus connu sous le nom de Kōbō Daishi. Cela fait plus d'un millénaire que des pèlerins marchent autour de l'île dans un voyage de plus de 1400 km. Un cheminement spirituel, et aujourd'hui pour certain une recherche de sens à la vie. Au-delà de l'aspect religieux, ce sont des personnes en recherche d'elles-mêmes qui effectuent cette marche sacrée. Pourtant, ce passage est connu pour être un test. Ici et dans la préfecture de Kochi, les distances sont longues, le temps est fougueux et les conditions peuvent être délicates, plaçant les pèlerins face à eux-mêmes.
Le chemin qui nous emmène à la maison de Noda San est parsemé de framboisiers sauvages. Une multitude de baies fuchsia et délicieusement sucrées sont cachées sous les feuilles. Nous les ramassons avec délicatesse et euphorie, alors que Nayla a déjà les lèvres barbouillées de rouge.
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