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Durant les années 2000, le canton de Fribourg avait des budgets excédentaires. Dans ce contexte, les partis bourgeois, majoritaires au gouvernement, imposèrent des baisses d’impôts sur les personnes physiques et les entreprises. Ceci pour entrer dans une logique de concurrence fiscale acharnée avec les autres cantons et pays. Ces baisses n’étaient évidement favorables qu’aux plus riches. La crise du capitalisme de 2008 arriva avec un certain retard à Fribourg, à cause de son économie centrée sur l’agriculture et l’industrie. Ainsi le canton connut des budgets déficitaires au début des années 2010. La constitution fribourgeoise interdisant de voter de tels budgets, il était évident pour la droite majoritaire qu’il fallait mettre en place une politique d’austérité qui protégerait les acquis de la bourgeoisie. Aucun retour en arrière de l’imposition ne fut discuté.
Une austérité classique
La politique d’austérité est nécessaire pour que la bourgeoisie puisse continuer d’engranger toujours plus de profits alors que le système capitaliste est en récession. L’austérité mène aux privatisations des services publics, qui sont une conquête du mouvement ouvrier durant le XXe siècle. Ces privatisations ainsi que l’affaiblissement des services publics augmentent l’exploitation des travailleurs en les fragilisant et les jetant dans la misère.
L’austérité fribourgeoise s’articule de manière relativement classique. Elle touche les plus précaires et les jeunes, ceux qui souffrent déjà de la crise du capitalisme. Tout d’abord, le gouvernement conclut que les aides sociales (notamment les subsides de formation) sont trop nombreuses. Elles ont donc été réduites. Ensuite ce fut au tour de l’éducation. Malgré l’augmentation importante d’enfant en âge scolaire dans le canton, la direction de l’instruction publique ne crée pas de nouveaux postes. Ainsi, le nombre d’élèves par classe a augmenté. Le Conseil d’Etat a formulé un projet de donner des compensations financières aux professeurs ayant de grandes classes. Ceci révèle la vision capitaliste de l’éducation, où celle-ci s’achète. Heureusement, ce projet est refusé lors des négociations avec les syndicats, qui exigent la création de nouveaux postes et répondent par une pétition de plus de 1300 signatures demandant la diminution du nombre d’élève par classe. Le Conseil d’état reste toujours sourd à cette pétition. Pour continuer, l’austérité s’impose de manière terrible dans la santé.
Malgré la croissance de la population fribourgeoise, le gouvernement exige la fermeture de lits au sein de l’hôpital public, poussant de plus en plus de personnes à se soigner dans le privé. De manière plus directe, le service de gastro-entérologie est privatisé, alors qu’il s’agit d’un des services économiquement les plus rentables de l’hôpital. Ensuite, la crèche affiliée à l’hôpital a été privatisée. La baisse du budget de l’hôpital permet ainsi aux capitalistes de récupérer au maximum le marché de la santé qui lui échappait à cause d’un important hôpital public. L’Hôpital public fonctionne selon une logique peu capitaliste, puisqu’il ne recherche pas le profit et qu’il n’enrichisse aucun capitaliste à travers les dividendes.
A Fribourg, le département de la santé est dirigé par une membre du Parti Socialiste (PS), qui n’a jamais montré médiatiquement sa désapprobation de telles mesures d’austérité et les a parfaitement appliquées comme la bonne élève de la bourgeoisie. La présence d’une élue du PS au département de la santé est utilisée par la majorité bourgeoise pour faire accepter plus facilement la politique d’austérité, en s’assurant de l’absence de réaction de la gauche fribourgeoise qui se sent liée à sa conseillère d’état. La fameuse sacro-sainte collégialité du conseil d’état est invoquée par la direction du PS pour la protéger.
Avant l’application de ces mesures d’austérité, le canton de Fribourg a retrouvé spontanément des budgets fortement excédentaires renflouant l’immense trésor public (126 millions de bénéfices). Malgré la disparition de son excuse officielle, la bourgeoisie continue sa politique d’austérité.
Lutte contre l’austérité
La privatisation de la crèche est le point de départ d’une mobilisation des travailleur-euse-s. Une grève de la crèche fortement suivie a lieu fin mars 2015 en réaction à cette attaque d’un service de l’état. Celle-ci est soutenue à travers pétitions et déclarations syndicales par l’ensemble des corps de métier de l’hôpital, des médecins aux aides-soignants. Dans un autre hôpital du réseau fribourgeois, les travailleur-euse-s de la buanderie se mettent également en grève pour lutter contre l’externalisation de celle-ci et de leur futur renvoi. Devant une possible généralisation du mouvement où les employé-e-s de la santé auraient pu porter leurs revendications anti-austérité, le Conseil d’Etat renvoie la directrice de la crèche car la grève est jugée illégitime. Celle-ci avait effectivement appelé l’ensemble de ses employé-e-s à se mettre en grève.
Une nouvelle bataille commence avec une manifestation réunissant tous les syndicats de la santé (SSP et FEDE), pour obtenir la réintroduction de la directrice en question le 5 mai 2015. Elle réunit 200 personnes. Le PS fait son apparition en envoyant un conseiller national exprimer verbalement son indignation et sort enfin du rang en menaçant d’un dépôt d’une motion parlementaire au Grand Conseil. Cependant le PS Fribourgeois veut porter le conflit uniquement au niveau parlementaire et médiatique, il délaisse la rue. La Jeunesse Socialiste (JS) est cependant présente physiquement lors de cette manifestation. Devant la réaction d’une gauche unie autour de la directrice, celle-ci est réintroduite et la direction syndicale stoppe la mobilisation, préférant négocier quant au choix du repreneur de la crèche pour assurer le maintien des postes. La direction syndicale veut aussi avoir une victoire à offrir pour récompenser la mobilisation. Cependant en stoppant la mobilisation c’est le Conseil d’Etat qui a réussi son tour de force : la crèche reste privatisée et l’austérité continue. La direction des syndicats pense être victorieuse alors qu’elle bloque une mobilisation qui aurait pu réunir l’ensemble des travailleurs de la santé dans une lutte contre le conseil d’état avec comme point de départ le refus de l’austérité. Le canton de Fribourg a connu une « paix sociale » durant les dernières années ayant créé une direction des syndicats peu expérimentée ou prônant un réformisme mou. Le conseil d’état ayant rompu cette « paix sociale », la nouvelle génération de syndicalistes doit gagner rapidement en expérience et analyser les causes de l’arrêt du mouvement.
Le mois suivant, en Novembre 2015, les syndicats décident la réalisation d’une manifestation de la fonction publique, après les horaires de travail pour ne pas appeler à la grève, sur le thème du refus de l’austérité. Celle-ci réunit 500 personnes (un nombre élevé pour Fribourg) avec de nombreux jeunes travailleurs se mobilisant pour la première fois. Le PS est présent verbalement sans avoir transmis un appel à manifester. Cependant plusieurs membres du PS et de la JS se mobilisent et rejoignent spontanément la manifestation.
La volonté de lutter radicalement contre l’austérité augmente au sein du PS qui a besoin d’une direction refusant le compromis réformiste et suivant les travailleurs et les membres actifs du PS dans la mobilisation anti-austéritaire. Fribourg, tout comme la suisse, a besoin d’un PS avec une direction et un programme clairement socialiste, le point de départ de ce mouvement doit être la lutte contre l’austérité. Concernant la RIE III cantonale, le PS et les syndicats (SSP, SIT) ont fondé un comité unitaire sur la base d’un refus de toutes pertes de rentrée fiscale. On peut y voir une possible conséquence de la mobilisation des travailleurs contre l’austérité.
Dans ce contexte de lutte contre l’austérité et de nouveau bras de fer contre le conseil d’état, une manifestation unitaire est prévue pour le 12 Octobre pour défendre les services public et refuser la RIE III. Par la suite, ce comité unitaire devrait exiger la renationalisation des secteurs privatisés et obtenir un contrôle des services public par les employés pour obtenir de nouvelles conquêtes ouvrières.
Conclusion
L’austérité fribourgeoise est un exemple typique de l’austérité en Suisse. La lutte uniquement au niveau cantonal affaiblit le mouvement. L’austérité ayant la même base idéologique partout : la domination de la bourgeoisie, il nous faut une lutte unie dans l’ensemble des cantons pour bénéficier de l’expérience de chacun et ainsi aider à la conscientisation large des travailleurs. Les directions syndicales pourraient bénéficier de l’expérience de mouvements les plus avancés (ex: Genève) pour gagner en efficacité de lutte mais aussi partager avec d’autres cantons l’expérience engrangée dans ce combat. Cette lutte doit aussi exister au niveau international dans une autre mesure.
L’austérité est la réaction de la bourgeoisie, représentante d’un système capitaliste à bout de souffle. Unissons notre lutte contre l’austérité comme point de ralliement de lutte contre le capitalisme pour obtenir le renversement de celui-ci par les masses et ainsi construire le socialisme !
Aristide Veillon
JS Fribourg
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