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La religion et la philosophie évoluent lentement à mesure que de nouveaux concepts -notamment scientifiques- sont popularisés et intégrés dans la société. En effet, beaucoup de gens diront que la religion promeut des idéaux et des normes sociales, mais lorsque vous contestez la doctrine religieuse à travers le prisme de la science, celle-ci transforme lentement la religion. On l’observe par exemple dans la manière dont l'Église catholique a intégré la théorie de l’évolution ou l’écologie dans de nouveaux modèles théologiques. La science en général évolue lentement, mais les neurosciences sont différentes : les cartographies du cerveau que nous établissons sont souvent dépassées en quelques années.
Lorsque nous avons commencé à chercher une empreinte "spirituelle" dans le cerveau, nous avons fait des études de neuro-imagerie d'un large éventail de pratiques religieuses et ésotériques. Nous avons notamment identifié un circuit impliquant les lobes préfrontal et pariétal, des zones qui régulent la capacité de faire des évaluations conscientes sur nous-mêmes et sur les buts que nous poursuivons. Plus important encore, nous avons découvert que des formes douces de méditation et de prière stimulaient les structures plus profondes du cerveau - en particulier le cortex cingulaire antérieur et l'insula - qui nous rendent plus conscients de nos sentiments et de nos pensées. Les chercheurs qui se sont concentrés spécifiquement sur la pratique de « méditation en pleine conscience » ont confirmé nos conclusions, tout comme ils ont constaté que les pratiques contemplatives stimulaient les réseaux neuronaux de l'empathie et de la compassion dans le cerveau. Au fur et à mesure que ce "circuit psycho-spirituel" s'est popularisé, les neuroscientifiques ont commencé à l'appeler notre cerveau social.
Il en est ressorti un consensus général sur le fait que l’aptitude réflexive (être conscient de soi et des autres) est essentielle pour interagir avec les autres d'une manière pro-sociale. Mais une pratique quotidienne est nécessaire si vous voulez améliorer l'inter-connectivité entre votre esprit conscient (vos lobes préfrontaux) et votre cerveau social (régulé par le cortex cingulaire antérieur, l'insula et les lobes pariétaux). Ce qui est possible en nous immergeant dans n'importe quelle pratique spirituelle qui intègre la notion d'un Dieu aimant et une vision positive de l'avenir. Nous pouvons aussi nous passer de tout concept théologique et nous focaliser sur des valeurs fondamentales (comme la solidarité, la bienveillance ou la bonté) - comme le fait aujourd'hui la pleine conscience - et introduire ces pratiques autrefois spirituelles dans les salles de classe et les entreprises.
L'évolution rapide des neurosciences a changé le regard que nous portons sur les pratiques spirituelles. Par exemple, nous savons maintenant que de brefs moments d'autoréflexion (même 60 secondes !) tout au long de la journée permettent de mieux intégrer nos valeurs personnelles et spirituelles dans notre travail et nos relations avec les autres. Nous savons aussi que de brefs moments de contemplation impliquant la gratitude, l'amour-propre, la compassion et le pardon peuvent changer à la fois le fonctionnement et la structure des principaux réseaux cérébraux d’une manière qui améliore la cognition, l'équilibre émotionnel et le comportement social. Ces pratiques semblent même ralentir les processus de vieillissement du cerveau. Nous, chercheurs, nous nous demandons : comment ces principes scientifiques vont-ils transformer les religions du monde ?
Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman
Anthropologue de la santé, Jean-Dominique Michel est consultant en performance humaine et culture d’entreprise.
Pionnier (avec le Pr Andrew Newberg) de l’étude neuroscientifique des pratiques contemplatives, Mark Robert Waldman enseigne à l’Université Loyola-Marymount (Los Angeles).