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Les «régimes», l’approche cognitive et comportementale
Le thème précédant renseignait sur l’appétit et les séquences qui conduisent la satiété. Cette description intégrée de ce phénomène a fait penser qu’il était sans défaut, et que le maintien du poids était toujours un projet facile. Mais il n’en est rien!
Les «régimes»
Dans les problèmes de surpoids, l’accent a été mis historiquement, et cela est encore le cas actuellement pour la plupart des interventions proposées par des procédés publicitaires, sur les «régimes». Ces «régimes» partagent une partie au moins des aspects suivants:
- un cadre théorique relativement rigide, qui a emprunté les connaissances qu’il met en valeur à la diététique, mais qui n’a gardé que des fragments de connaissances exactes, qui sont détachées d’un ensemble équilibré
- une simplification exagérée qui focalise sur des aspects partiels, incapables de rendre compte de la complexité du problème, et qui concourt à:
- l’attribution de qualités d’ordre moral (bon/mauvais) à des classes entières d’aliments, qui sont de fait discriminées de manière erronée
- la promesse de résultats rapides, en 2 à 3 semaines
- des objectifs irréalistes
- l’absence de prise en charge de la «post-cure»
Cet ensemble a pour effet de contraindre la personne à des schémas de pensée qui lui sont a priori étrangers, pour un temps défini, et de lui faire adopter un comportement détaché de ses goûts et perceptions habituels.
L’effet habituel est, après une phase où des résultats rapides et probants peuvent effectivement être obtenus, que l’arrêt du « régime » se solde par un retour aux habitudes antérieures, et une reprise pondérale assez rapide, dépassant même souvent le poids de départ (effet yo-yo). Une culpabilisation ou un découragement, quelquefois intenses, apparaissent, et compliquent la vie de la personne. Plusieurs tentatives successives, éventuellement par des méthodes différentes, mais qui conduisent à des résultats toujours partiellement décevants, finissent quelquefois par convaincre la personne de l’inanité de ses efforts, et de la fatalité de l’échec.
L’approche cognitive et comportementale
Rien n’est vraiment facile dans le domaine alimentaire, et l’on sait qu’une bonne proportion de personnes mange sous le coup de l’émotion, sans en être conscientes cependant. Elles ne parviennent pas à mettre des mots sur leurs sensations.
Une voie d’approche qui redonne la main à la personne concernée est l’approche cognitive et comportementale. Cette approche ne vise pas à modifier en profondeur l’ensemble de la personnalité mais a pour but de modifier le comportement qui gâche la vie de cette personne. Cette technique a ses bases dans les travaux des années 70, et vise à découpler ce qui déclenche le comportement du comportement lui-même, et qui peut devenir un réflexe allant à fin contraire. On part du principe que ce qui a été «appris» peut être défait.
L’intérêt est d’associer à ces modifications volontaires du comportement, décidées de plein gré, les pensées qui entravent la liberté de l’individu de choisir un autre comportement. On analyse les schémas de pensée responsables du comportement déviant, et on propose d’autres modèles, d’autres représentations mentales mieux adaptées. On parle de restructuration cognitive.
(La restructuration cognitive peut avoir lieu sur plusieurs modes: des protocoles et techniques d'identification et de modification des pensées, des techniques de résolution de problèmes, des techniques d'auto-instruction et d'autocontrôle cognitif, des techniques de rééducation et de réhabilitation cognitive).
Description de cette approche
L’utilité de cette méthode est de se baser sur une analyse fonctionnelle du problème dont le but est de dégager la dynamique négative qui crée la pathologie.
On réunit des informations plus ou moins étendues concernant:
- les aspects descriptifs du problème (topographie, fréquence, intensité, durée des conduites inadaptées)
- les conditions qui influencent le comportement problématique (déclencheurs particuliers, conséquences renforçantes, styles comportementaux, affectifs et cognitifs privilégiés favorisant le maintien du problème, patrimoine génétique, maladies chroniques, conflits internes ou interpersonnels, environnement défavorable, etc.)
- Les ressources mobilisables
A partir de ces éléments, analysés dans une perspective nutritionnelle, on élabore avec la personne un objectif thérapeutique réaliste. Le thérapeute invite donc son patient à déterminer de façon précise le contenu concret des changements auxquels il aspire, puis à reconsidérer ses désirs sur la base des questions suivantes:
- L'objectif est-il concret?
- Est-il réaliste?
- Le client a-t-il les capacités de parvenir aux changements souhaités?
- Les ressources concrètes mobilisables sont-elles suffisantes?
- L'entourage constitue-t-il un obstacle majeur?
- Le changement voulu est-il moralement et éthiquement acceptable?
Le choix et le timing des modifications à opérer sont faits par la personne elle-même à la suite du bilan. La progression est maintenue en se fixant successivement des objectifs réaliste, réalisables dans le mois, et qui ne coûtent à la personne qu’une frustration acceptable et le plus souvent contrôlable.