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Au beau milieu de cet été 2005, brutalement, un nouveau vertige devant les formidables perspectives entrouvertes par une équipe de biologistes américains. Allons d'emblée à l'essentiel puisque c'est bel et bien le dogme central de la biologie de la reproduction qui est aujourd'hui remis en cause par cette équipe dirigée par le Pr Jonathan L. Tilly (Harvard Medical School, Massachusetts General Hospital, Charlestown).Nous avons tous appris sinon enseigné que dans la plupart des espèces mammifères le stock des ovocytes est établi une fois pour toutes au cours de la vie ftale. Et le consensus est général pour dire que ce stock s'épuise ensuite progressivement sous le double effet des ovulations et de l'apoptose. Rappelons ici que c'est à compter de 1920 que l'on commença à bâtir la théorie selon laquelle les mammifères femelles naissaient avec un stock donné d'ovocytes conçus durant la période ftale. Une situation qui ne se retrouve pas chez d'autres groupes d'animaux. Confortée par différentes observations, cette théorie s'est transformée dans les années 1950 en une forme de vérité première.«Si on examine ce dogme du point de vue de l'évolution il est vrai que l'on ne voit pas l'avantage que constituerait la formation de cette réserve ovarienne qui ferait reposer une fonction aussi essentielle que celle de la perpétuation de l'espèce sur un stock fixe de cellules qui finissent par vieillir (de la vie ftale à l'adulte...), au contraire de ce qui est observé chez la mouche, l'oiseau ou le poisson chez lesquels l'ovogenèse se poursuit chez l'adulte» observe le Pr Bernard Jégou, biologiste de la reproduction (Université de Rennes, directeur de l'Unité 625 de l'Inserm). Et si, précisément, la vérité n'était pas ce que l'on professe depuis longtemps en chaire ? Si tout dans ce domaine était encore plus complexe ? Si beaucoup restait à découvrir ?On ne peut plus faire l'économie de ces questions après avoir lu, dans le numéro daté du 28 juillet 2005 de la revue Cell, la publication signée du Pr Tilly et de ses collaborateurs.Ces derniers y exposent en effet une série de preuves expérimentales obtenues chez des souris adultes qui bouleversent connaissances et certitudes.«Cette publication contient un certain nombre de points essentiels, souligne le Pr Jégou. Les auteurs mettent tout d'abord en évidence, à l'aide d'un anticorps spécifique dans l'ovaire de souris adulte normale, d'une zone le point G comme... germinal (enfin trouvé !) proche des vaisseaux sanguins et contenant des cellules germinales souches. Ils mettent ensuite en évidence, dans la moelle osseuse puis dans le sang circulant de ces mêmes souris, des marqueurs spécifiques des cellules germinales souches. Ils apportent enfin la démonstration que les ovaires et la moelle osseuse communiquent de telle sorte que lorsque l'ovaire puise dans ses réserves, la moelle peut les reconstituer.»On ajoutera que la démonstration est également fournie qu'il est possible de greffer des ovaires de souris dépourvus de cellules germinales avec les cellules souches et de générer une ovogenèse/folliculogenèse.Pour le dire en d'autres termes il existerait, inconnues jusqu'alors, des voies de communication entre la moelle osseuse et les ovaires. Les auteurs rappellent aussi qu'il existe, dans la littérature médicale, des données montrant que la greffe de moelle a dans certains cas permis à des femmes ayant été stérilisées du fait de traitements antimitotiques de retrouver leur fertilité ; un phénomème inexpliqué qui prend bien évidemment aujourd'hui une nouvelle dimension.«Les retombées de tout ceci vont être considérables en santé, en zootechnie, en thérapie cellulaire et d'un point de vue "sociétal" estime le Pr Jégou. La greffe germinale pourrait notamment concerner les femmes souffrant de ménopauses précoces ou de stérilités générées par les traitements anticancéreux. On peut aussi penser au débat qui va ici s'instaurer sur autogreffes versus allogreffes.... Songer aussi à la tentation éventuelle de thérapie germinale, à la possibilité de corriger des anomalies génétiques par cette voie (isoler les cellules souches germinales, effacer une mutation, réinjection, etc.). En matière de zootechnie c'est la possibilité d'isoler et de stocker et d'implanter chez des porteuses des germinales porteuses de caractères génétiques d'intérêt, sauvegarde d'espèces en danger...»Une proportion croissante de femmes des pays industriels exprimant de facto le souhait de procréer de plus en plus tard irons-nous jusqu'à succomber à la tentation de faire des autogreffes voire des allogreffes visant à retarder l'âge de la ménopause ?L'été 2005 restera-t-il, pour reprendre la formule du Pr Jégou, comme celui de la découverte du point G de ma souris adulte ? Cette découverte en préfigure-t-elle d'autres, autrement plus troublantes ? Jusqu'où irons-nous dans la remise en cause des concepts et des dogmes forgés à l'époque où la biologie coexistait avec une métallurgie triomphante et comment passer de cette métallurgie à la plasticité ? Quels fantasmes ces nouvelles perspectives vont-elles nourrir chez nos contemporains ? Il est bien évidemment trop tôt pour répondre à ce chapelet interrogatif. Mais peut-être n'est-il pas trop tard, en cet été 2005, de commencer à l'égrener.