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20/03/2009
CEZANNE : L'Artiste torturé
Paul CEZANNE naquit le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence. Son père, qui était chapelier, racheta une banque aixoise en faillite, et fonda avec un associé, en 1848, la banque Cézanne et Cabassol. Au collège Bourbon, le fils Cézanne devint l’ami d’Emile Zola. Parallèlement à ses études, il prit des cours de dessin pour obtenir un deuxième prix en 1858, alors qu’il réussissait son baccalauréat avec mention.
Zola quitta Aix-en-Provence pour aller s’installer à Paris. CEZANNE s’inscrivit alors à la Faculté de Droit pour poursuivre ses études, bien que l’appel du pinceau fût déjà omniprésent. Et le « Jas de Bouffan » que son père acheta en 1859 dans la campagne aixoise, devint le premier atelier de l’artiste qui fréquenta par ailleurs le sculpteur SOLARI, et le peintre Achille EMPERAIRE.
Cezanne négligea alors ses études juridiques, et ne rêva que de s’installer à Paris, après les invitations lancées par Zola. Marquant son désaccord, mais contraint par sa femme de se rendre à l’évidence, le banquier consentit enfin à installer son fils dans la capitale, en 1861. CEZANNE logea alors dans une chambre de la rue des Feuillantines, pour suivre les cours de l’Académie Suisse où il rencontra GUILLAUMIN et PISSARRO dont la peinture le ravit.
On lui refusa l’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts parce que ses travaux n’étaient pas assez dominés, bien qu’ils révélassent un réel talent de coloriste. Il ajouta à cette déconvenue des embarras financiers qui le poussèrent à retourner à Aix où il accepta un emploi dans la banque familiale. Il continua cependant de peindre et de dessiner, en décorant les murs du « Jas de Bouffan », avec les « Quatre saisons ».
En novembre 1862, il séjourna de nouveau à Paris, pour retrouver l’Académie Suisse où il se lia avec BAZILLE, MONET, SISLEY et RENOIR. Il admira alors les tableaux de COURBET et de DELACROIX, et reçut d’eux une telle influence, qu’il resta à jamais imprégné par cet art qui l’empêcha toujours de se diriger dans la démarche de l’Impressionnisme de ses amis.
Il peignit des portraits, puis des compositions d’inspiration romantique qui frôlent la caricature, très sombres, et dans lesquels ne figurent pas ses chefs-d’œuvre.
Son auto-critique presque maladive le tourmenta sans cesse. Il changea très souvent de logement, et n’éprouva pas dans son travail un sentiment de satisfaction. Même la compagnie de ses amis ZOLA, MONET ou RENOIR qu’il retrouvait parfois au Café Guerbois, ne lui apporta pas l’apaisement souhaité. Ces derniers, trop préoccupés eux-mêmes par leurs problèmes, ne l’encouragèrent pas assez à persévérer dans le chemin où il s’était engagé. Ses tableaux furent régulièrement refusés au Salon.
Découragé, il revint à Aix en 1864, et jusqu’en 1870, se partagea ainsi entre la capitale et sa ville natale. En 1867 son tableau « Grog au vin » fut de nouveau refusé par le Salon. Lorsque la guerre franco-allemande éclata, il se réfugia à l’Estaque, près de Marseille, avec un jeune modèle, Marie-Hortense Fiquet, qui devint plus tard sa femme.
Sa peinture, plus ou moins inspirée par le TINTORET, GOYA ou DAUMIER, se signale par la force de l’expression, comme « L’autopsie » ou « La moderne Olympia ».
Après la chute de la Commune, il revint à Paris en 1871. L’année suivante, alors que naissait son fils Paul, il rejoignit PISSARRO à Pontoise. Puis, avec son aîné qu’il admirait tant, il s’installa à Auvers-sur-Oise en 1873, pour rencontrer alors le mécène des Impressionnistes, le Docteur Gachet. Dans cette période de deux années, il peignit de nombreux paysages, parmi lesquels la « Maison du docteur Gachet », en éclaircissant sensiblement sa palette.
En 1874, PISSARRO l’imposa à la première exposition des Impressionnistes chez NADAR. Il accrocha là quelques toiles comme la « Maison du pendu » ou « Paysage à Auvers ».
Sa peinture devint ce jour-là l’objet de la plus grande risée du public qui cria au scandale. Il reçut néanmoins le soutien du Docteur Gachet qui lui fit vendre quelques tableaux dans son entourage. Il commença alors une intense période de travail qui le fit s’éloigner de ses influences Impressionnistes. Il abandonna peu à peu la peinture par touches de couleurs distinctes, et la division des tons, pour s’orienter vers de larges surfaces grâce auxquelles il parvint à une unité de construction plus structurée.
En 1876, il renonça à l’exposition des Impressionnistes qu’il retrouva l’année suivante pour y accrocher seize tableaux. Le résultat fut catastrophique, et son père qui n’admettait ni sa vocation, ni sa liaison avec Hortense, lui retira ses subsides mensuels. Zola l’aida alors matériellement, mais CEZANNE s’enferma dans une misanthropie qui entraîna peu à peu la fuite de ses amis Impressionnistes.
Le peintre GUILLEMET qui appréciait sa peinture, parvint à l’imposer au Salon de 1882. Durant la même année, CEZANNE quitta Paris pour s’installer définitivement en Provence où le visitèrent parfois RENOIR et MONET. En 1883, il fit la connaissance de MONTICELLI, et peignit en sa compagnie dans la région de Gardanne. Il retrouva parfois la capitale pour de brefs séjours, et épousa Hortense en 1886, lorsque son père mourut en lui léguant une fortune de deux millions de l’époque.
Il se fâcha alors avec Zola qui venait de publier « L’œuvre », en s’inspirant de lui pour décrire dans son livre le personnage du « peintre raté ». En 1888, CEZANNE s’installa à Paris pour deux ans, et fréquenta VAN GOGH, GAUGUIN et Emile BERNARD, le Nabi. Mais en 1891, sa misanthropie s’accrût sous les fortes poussées du diabète qui le rongeait. A l’automne 1894, il séjourna chez MONET à Giverny et rencontra alors RODIN. Dans un accès de colère, et sans raison particulière, il se brouilla avec MONET. En 1895, le marchand Ambroise Vollard lui offrit une première exposition qui regroupait ses dix dernières années de création. Ses meilleurs chefs-d’œuvre furent exposés là, comme « Le vase bleu », « La commode », ou les « Joueurs de carte ».
En 1899, Vollard organisa une nouvelle exposition de CEZANNE, rue Laffitte, et dans laquelle se côtoyaient cent soixante œuvres de l’artiste. La presse et le public exprimèrent alors une vive réaction, mais les amateurs d’art apprécièrent la cohésion de l’ensemble en achetant sept tableaux. Plusieurs expositions, comme celle de Bruxelles en 1901, le rendirent finalement célèbre.
Malgré leur brouille, il resta très affecté par la mort de Zola en 1902. Il apprécia ensuite sa victoire définitive sur les « Officiels », lorsque le Salon d’Automne lui consacra une salle entière en 1904. L’année suivante, le même Salon honora de nouveau sa peinture, et Cézanne acheva les « Grandes baigneuses » sur lesquelles il travaillait depuis sept ans. Séparé de sa femme et de son fils depuis la mort de sa mère en 1898, il habita un appartement d’Aix, en poursuivant son œuvre puisqu’il s’était juré de « mourir en peignant ».
Le 15 octobre 1906, alors qu’il composait un « Cabanon dans la campagne aixoise », il fut surpris par un orage, et attrapa une pneumonie dont il mourut le 22 octobre 1906, chez lui, à l’âge de soixante cinq ans, après avoir reçu les derniers sacrements.
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Alain VERMONT