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« Quand j’ai rencontré Arman, mon activité musicale se bornait à chanter dans une chorale, une chorale professionnelle, la chorale Delpierre.
À Nice, chez mes amis, un couple chez lesquels j'habitais. Le mari était sculpteur, il avait un atelier là-bas,
Quand j'ai débarqué à Nice, j'étais immédiatement dans un milieu que j'avais déjà plus ou moins côtoyé à Paris avec mes amis de lycée entre autres.
J'avais côtoyé déjà cet univers d'artistes qui me fascinait effectivement infiniment plus que tout.
Enfin oui... Je dirais, curieusement qu'il n'y avait que la campagne. À la limite j'aurais préféré, si j'étais restée dans ce milieu devenir paysanne.
J'aurais opté pour la campagne, mais les amis de mes parents, cela ne m'amusait pas beaucoup, il n'y avait que mon grand-oncle que j'aimais bien.
Il avait une certaine culture, j'avais un assez grand appétit de culture.
Ce n'est pas par hasard si, à l'école élémentaire, j'étais toujours la chouchoute.
Ce qui me valait d'avoir plutôt des ennuis avec les comparses de mon âge, et dans toutes les classes.
Tant que j'étais au lycée Fénelon, tous les ans j'avais mon tableau d'honneur. En deuxième mes parents ont décidé de me mettre en pension.
J'avais osé tricher sur mes horaires de travaux pratiques qui avaient lieu le mardi après-midi tous les quinze jours.
Ce que je m'étais bien gardée, évidemment, de mettre sur l'emploi du temps qui était affiché au dessus de la table.
Un mardi sur deux j'avais rendez-vous avec mes copines. Jusqu'au jour où le pot au rose a été découvert. C'était tout au début de ma seconde.
J'ai été mise en pension à Saint-Mandé et là j'ai essayé le défi de faire à la fois la seconde et la première en même temps, histoire d'en finir.
Il y avait plusieurs petites salles fermées de pianos, je m'étais remise au piano toute seule.
De temps en temps je me faisais virer par la Directrice parce que je ne prenais pas de leçon de piano à cet endroit-là.
Mais à un moment elle a abandonné ... Alors, je faisais...
C'était pas désagréable cette année de pension ceci étant. Je dirais même que c'était peut être pour la première fois de ma vie que j'étais à peu près tranquille, sauf en dehors de la Sarthe.
C'est pour cela que j'ai loupé mon bac : faire une seconde et une première en six mois c'était pas très malin. »
« …entre mes onze et seize ans, …vers la fin de l’enfance et l’entrée dans l’adolescence.
A cet âge, on vit avec une certaine insouciance. Au moment de l’avancée des Allemands, pendant l’été 1940, j’étais dans le centre de la France, chez mon grand-père maternel,
à côté de la Chaise-Dieu, dans la Haute-Loire.
Vers septembre, nous nous sommes tous retrouvés à Nice, qui était aussi en zone libre.
J’y ai vécu les trois phases de la guerre. Je me rappelle une patrouille de carabinieri italiens qui se déplaçait à vélo. L’un d’eux portait une guitare dans le dos.
Il voulait sans doute donner la sérénade à une fille. C’était assez folklorique. Les Allemands sont arrivés en 1942. Ils avaient une autre allure. La guerre, pour eux, c’est un fonds de commerce.
Dès qu’ils sont arrivés, ils ont organisé la mort sur le plan de la défense comme de l’attaque. Ils ont quadrillé la ville, construit des fortifications.
La gestapo a commencé à pourchasser les Juifs et les résistants. Moi, je suis devenu « équipier national ».
…
La secrète idée de mon père était que je devienne commerçant comme lui. Son second choix était commissaire-priseur.
…
Mais entre dix-sept et dix-huit ans, j’ai pris ma décision : je serai comme Van Gogh. Depuis, je n’ai jamais cessé de peindre.
…
J’ai rencontré Yves Klein en 1947, au judo. Claude Pascal pareillement.
…
Yves, Claude Pascal et moi étions concernés par l’astrologie, le zen, le bouddhisme, le gurdjieffisme, la Rose-Croix. On ne s’intéressait pas à la drogue, mais on cherchait la voie de la sagesse.
…
Nous avions des préoccupations métaphysiques, mais nous étions plus théosophes que sartriens. Nous recherchions le Saint-Graal.
On a dit qu’Yves Klein, c’était Tintin à la recherche du Graal. C’est vrai. On jeûnait, on méditait, on regardait la Lune durant des heures. On essayait de sortir de notre corps. Nous étions fous à lier. »
Ils ne sont pas seulement amoureux, ils ne se sont pas seulement accordés de se cacher du monde du désaccord des regards de leurs parents.
Ils sont contents, tous les deux et ensemble de DÉSOBÉIR. Déjà actifs, tout de go, à précurser et remettre en questions les fictions dominantes.
Oui, le monde de l’art fait leur indéfectible terrain d’entente.
Et dans ce monde là, ils aiment aussi se lancer à l’aventure de toutes les remises questions, en appétit constant de s’y déployer.
Ce mariage du caporal et de la couturière fera concession et issue à la double difficulté, bientôt suivie du tiercé gagnant,
de la non fiabilité de la célèbre méthode Ogino comme garantie contraceptive du moment !
Si jeunes et déjà tant de responsabilités. Et si cet ingrédient qu’ils ont su partager faisait part à l’affaire de ce qu’ils sont devenus ?
De l’avoir ASSUMÉ.