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Newcastle est devenu potentiellement le club de football le plus riche du monde. L’écurie du nord de l’Angleterre – actuellement 19e de Premier League et où joue l’international suisse Fabian Schär – a été rachetée jeudi par le Fonds public d'investissement d'Arabie saoudite. Ce fonds souverain est l'un des plus riches de la planète, avec une fortune estimée à environ 400 milliards d’euros.
Quels objectifs se cachent derrière ce rachat et quelles sont ses implications? Raffaele Poli, directeur de l’Observatoire du football au Centre International d'Etude du Sport (CIES) de l’Université de Neuchâtel, répond à ces questions.
Le Fonds public d'investissement d'Arabie saoudite vient de racheter Newcastle. Derrière cette appellation, y a-t-il directement l'Etat saoudien?
RAFFAELE POLI: Oui clairement, ce sont des fonds gérés au plus haut niveau de l’Etat saoudien. La Premier League, dans son communiqué, s'est bien gardée de parler du lien direct entre ce fonds d’investissement privé et le gouvernement. Parce que ce lien n'est pas politiquement correct. Mais:
Quelles sont les intentions de l'Arabie saoudite avec ce rachat? Cherche-t-elle à redorer son image dans l'opinion publique?
Beaucoup parlent d'image, mais je ne suis pas sûr que ce soit le premier objectif de cet investissement et qu'il ait un effet positif à ce niveau. Certes, il met l'éclairage sur l'Arabie saoudite, mais il fait aussi parler des problèmes liés à ce pays. Il y a eu le même phénomène avec le Qatar et son organisation de la Coupe du monde, par exemple.
Entre les Saoudiens, les Qataris au Paris Saint-Germain et les Emiratis à Manchester City, il y a un effet d'émulation à cause de la rivalité locale. Ils perçoivent le football comme intéressant pour accroître leur sphère d’influence politique. C'est du soft-power. En étant propriétaire d'un club, vous détenez un moyen de pression sur une ville ou un pays comme l’Angleterre. Le football, à travers les connexions qu'il crée, est aussi une porte d'entrée pour organiser de grands événements ou développer d'autres business, comme le rachat d’entreprises dans l'immobilier.
🤝 An investment group led by the Public Investment Fund, and also comprising PCP Capital Partners and RB Sports & Media, has completed the acquisition of 100% of Newcastle United Limited and Newcastle United Football Club Limited from St. James Holdings Limited.— Newcastle United FC (@NUFC) October 7, 2021
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Des Etats propriétaires de clubs, c'est désormais le seul modèle possible pour créer une grande équipe capable de rivaliser avec les meilleures?
Oui, parce que le prix d’entrée dans la cour des grands est énormément monté. Les instances dirigeantes du football ont échoué à créer un système équilibré et la globalisation a permis aux grands clubs d'augmenter leurs recettes beaucoup plus que les autres du fait de leur notoriété mondiale. Il n'y a pas de redistribution suffisante des richesses entre les clubs, il y a une concentration des ressources pour ceux du haut du panier, qui ont des moyens de plus en plus conséquents. Il devient donc très difficile de régater avec eux, y compris pour des clubs historiques. Certains mastodontes ont beaucoup plus de poids que les ligues ou même les fédérations internationales comme la FIFA et UEFA. Ce sont eux qui dictent les règles.
Que dit ce rachat sur le football en général?
Il montre l’importance politique du football, qui permet à ces pays acquéreurs d'avoir une visibilité et de diversifier leur économie. Ils veulent avoir un poids géopolitique et le font à travers ce sport. Il y a des enjeux énormes. Ce rachat est aussi symptomatique du manque de gouvernance dans le football au niveau de la redistribution d'argent entre les clubs. Elle aurait dû être plus égalitaire. Les instances du football, à l’échelle nationale ou internationale, ont été incapables de mettre en place des systèmes qui permettent de tels investissements sans que ceux-ci fassent perdre de la compétitivité à la plupart des autres équipes. Mais les supporters de ces clubs rachetés sont plutôt contents, tout comme les ligues où ils évoluent, parce que l’intérêt pour le championnat devient plus grand avec des clubs de premier plan et de nombreuses affiches alléchantes. Mais ces investissements mettent à mal la philosophie du football, qui stipule que tout le monde a une chance de gagner. Les instances du foot en sont les principales responsables.
Quels avantages un club anglais présente-t-il pour des investisseurs?
La Premier League assure la meilleure visibilité au niveau mondial. Le prix d’entrée y est plus cher qu'ailleurs, mais ça reste raisonnable dans le cas des Saoudiens à Newcastle. Ils ont déboursé 300 millions d'euros pour le rachat et devront encore mettre de leur poche un milliard pour monter une équipe de premier plan mondial. A court terme, ce n'est pas une affaire rentable, mais à long terme, le championnat anglais est celui qui permet le meilleur retour économique dans la mesure où les droits TV et le sponsoring rapportent beaucoup plus qu'ailleurs.
Pourquoi l'Arabie saoudite a-t-elle opté précisément pour Newcastle?
Les Saoudiens ont clairement misé sur la Premier League, mais le choix du club est une question d’opportunité. Comme les clubs anglais sont très prisés par les investisseurs, ceux qui arrivent vont là où il y a de la place et des vendeurs potentiels. Newcastle présente aussi l'avantage d'être une équipe avec une histoire assez prestigieuse et d'avoir un public large et fidèle.
Ce rachat présente-t-il un risque pour l'image de la Premier League et pour le club de Newcastle?
Il y a quelques voix critiques qui s’élèvent, mais le risque est limité parce que les suiveurs du football ont maintenant l'habitude des investisseurs étrangers dans les clubs. Il y a par exemple des fonds chinois dans plusieurs clubs de Premier League, les Emiratis à Manchester City ou les Qataris à Paris. En plus, l'image de l'Arabie Saoudite n'est plus aussi mauvaise que juste après l'affaire Jamal Khashoggi ou celle du piratage des droits TV dans le foot. En plus, ce faible risque est largement compensé par l'augmentation de l'intérêt sportif pour la Premier League grâce aux affiches alléchantes qui deviennent plus nombreuses avec un très grand Newcastle.
Leader incontesté du genre grâce notamment à ses licences (véritables noms des joueurs, des équipes, des stades, des compétitions...), Fifa est développé chaque année par l'éditeur américain Electronic arts (EA) depuis 1993. Avec un succès florissant: le jeu s'est écoulé à plus de 325 millions d'exemplaires, selon des chiffres publiés par EA début 2021, ce qui en fait la simulation sportive la plus vendue de l'histoire.