Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06901.jsonl.gz/861

João Félix, Rúben Dias, João Cancelo, Diogo Jota, Bernardo Silva, Pepe ou bien sûr Cristiano Ronaldo: l'effectif du Portugal est certainement l'un des plus impressionnants du monde sur le papier. Paradoxalement, sur le terrain, c'est compliqué.
Les Lusitaniens ont terminé 2e de leur groupe de qualifications à la prochaine Coupe du monde, derrière la Serbie, après plusieurs prestations poussives et une dernière catastrophique à la maison contre les Serbes (défaite 1-2) qui a poussé Fernando Santos et ses hommes en barrages.
L'entraîneur du Portugal, ingénieur civil de formation, est le premier à avoir apporté un trophée au pays (Euro 2016) mais il pourrait également rester dans l'histoire comme celui qui a gâché la plus belle génération de footballeurs de l'histoire du Portugal. Tentative de décryptage du phénomène.
"Fernando Santos maintenu", titre la presse portugaise ce matin. "Il dirigera l'équipe lors des barrages", écrit A Bola.— 𝗡𝗶𝗰𝗼𝗹𝗮𝘀 𝗩𝗶𝗹𝗮𝘀 𝘉𝘰𝘢𝘴 (@nicolas_vilas) November 16, 2021
Record affirme que "les joueurs sont fatigués" et qu'ils "sentent que les idées du sélectionneur sont dépassées". 🇵🇹 pic.twitter.com/8ucFLY47LE
Le peuple portugais est habitué à souffrir. Pas qu'au football. Socialement, le pays a surmonté plusieurs crises, politiques ou économiques. L'écrivain et journaliste portugais Raul Brandão en avait fait la trame de fond de ses œuvres, dans lesquelles il maniait parfaitement les mots pour expliquer les souffrances du peuple portugais entre la fin du 19e et le début du 20e siècle.
L'exode massif des Portugais vers la France, l'Allemagne, le Canada puis, plus tard, vers la Suisse, déclenché par la dictature, les guerres coloniales puis les crises économiques, a également créé un sentiment largement partagé par les Lusitaniens, celui de la «saudade». Intraduisible, il représente une sorte de tristesse qui envahit tout Portugais lorsqu'une pensée, un souvenir, une rencontre le ramène au pays. Un état d'âme qui a inspiré l'un des patrimoines artistiques du pays, le fado.
Le fado s'est épanoui au Portugal au point de devenir l'image même du pays et d'une certaine "âme portugaise", celle de la saudade. Un cliché ? Peut-être. Mais le fado est davantage qu'une image d'Épinal : il est une pratique bien vivante.https://t.co/w2sPeLinoU— France Culture (@franceculture) February 18, 2022
Parfois, ce sentiment est apaisé par le football et par la sélection nationale, qui permet aux Portugais de se reconnecter avec leur nation et de ressentir, non pas de la tristesse, mais une profonde fierté. Aux victoires s'ajoutent bien évidemment les défaites, et les déceptions. Malgré une équipe de classe mondiale et son statut de favori, le Portugal galère quasiment à chaque campagne de qualifications à une grande compétition internationale :
Le Portugal ne se qualifiera donc jamais sans faire souffrir ses supporters...🤦🏽♂️— kévin Diaz (@kevindiaz11) October 14, 2019
Cette expérience des barrages pourrait être un atout cette année, mais il se pourrait également que ce challenge soit celui de trop. En cas d'échec, ce serait la première grande compétition internationale que le Portugal manquera depuis...la Coupe du monde 1998!
Tous les regards se tourneraient alors vers Fernando Manuel Fernandes da Costa Santos, un sélectionneur réputé pour ses qualités de meneur d'hommes mais limité tactiquement, et qui assume un style de jeu froid et calculateur porté uniquement vers le résultat. Une caractéristique également profonde du football portugais où les trois grands clubs (que Santos a successivement entraînés) sont constamment sous pression, portés sur le court terme et à la recherche de trophées afin d'assoir leur supériorité.
Depuis son arrivée à la tête de l'équipe nationale en 2014, Fernando Santos (67 ans) a donc imposé un style de jeu décrié par les amoureux du football portugais malgré la victoire à l'Euro 2016. L'ancien ingénieur avait totalement assumé, alors, sa tactique tournée résolument vers la défensive. «Ça ne me dérange pas du tout d'être un vilain petit canard ou un calimero. Ce qui m'importe, c'est d'aller en finale et de la gagner. Est-ce que j'aimerais être beau? Oui, mais entre être beau mais à la maison, et être moche mais ici... je préfère être moche.» Ces propos avaient été éclipsés par les résultats et la victoire finale contre la France. Mais depuis, les limites de cette stratégie ont été atteintes.
L'entraîneur est de plus en décrié et cette dernière campagne de qualification passe très mal. La communication de Fernando Santos est également dérangeante. Après le match en Irlande où le Portugal s'est fait dominer par son adversaire et s'est contenté d'un triste 0-0, le sélectionneur s'était dit «satisfait» et avait jugé le résultat «très positif».
On pourrait également souligner son incapacité à s'adapter au football moderne et son manque d'idées. Ses limites tactiques avaient été criantes lors du dernier match de l'Euro contre l'Allemagne, où le Portugal avait été totalement surpris par les pistons adverses et s'était fait déborder et surclasser tactiquement par l'Allemagne.
On peut également citer le double pivot à mi-terrain, composé de Danilo Pereira et William Carvalho, deux joueurs aux caractéristiques similaires, le positionnement de Bernardo Silva sur le couloir, alors qu'il a démontré être bien plus à l'aise dans l'axe du terrain, ou encore l'absence de Renato Sanches dans le onze de base lors des grandes compétitions. La liste est longue, contrairement au réservoir d'idées du sélectionneur portugais.
Au-delà du style de jeu et de la communication défaillante du sélectionneur, ses choix sont également, pour le moins, intrigants. La dernière liste des convoqués n'a pas manqué de faire réagir. Fernando Santos a notamment sélectionné trois latéraux droits et uniquement trois défenseurs centraux. Conservateur, le sélectionneur a ses hommes et peine à convoquer les jeunes talents ou les révélations du championnat.
Ainsi, l'absence de Vitinha, milieu de terrain qui éclabousse le championnat portugais avec le FC Porto, n'étonne pas vraiment les observateurs du football portugais. Tout comme le rappel de Cedric Soares, 31 ans, pour pallier l'absence de Nelson Semedo et préféré à une autre révélation du championnat, le latéral du FC Porto Joao Mario. Devant, pas non plus de Ricardo Horta, meilleur buteur portugais du championnat national et meilleur joueur de Braga cette saison. Fernando Santos suit ses idées et ses plans avec une froide minutie, sans fantaisie ni créativité.
Pourtant, des idées, il en faudra au sélectionneur portugais, qui va devoir composer notamment sans les blessés Ruben Dias et Renato Sanches pour battre, tout d'abord, la Turquie, puis éventuellement l'Italie ou la Macédoine.
Les supporters portugais sortiront toutefois gagnants de cette semaine de barrage. En cas de victoire bien évidemment, ils verront leur nation se qualifier pour la Coupe du monde. Un échec devrait logiquement sonner la fin de l'ère Fernando Santos et du «joga mochito».
Après quelques dizaines de mètres à marcher dans une allée, on débouche directement sur un court en terre battue. Autour, quelques rangées de chaises orange en plastique. Les badauds passent leur route, certains curieux s’arrêtent. Le tout dans un brouhaha auquel vient s’ajouter, au loin, la sono du court central.