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Critique
LE PRIX DU DESIR, c'est l'histoire d'un écrivain qui vit caché et d'une femme qui cherche à le démasquer. Très vite on subodore l'existence de secrets profondément enfouis dans le passé de Daniel Boltanski, auteur à succès d'origine polonaise, qui ne se contente pas de vivre une seule vie, mais en possède au moins deux - l'une publique, dans laquelle il se glisse incognito, et une autre privée, dans sa famille à Genève.
Inutile de résumer l'intrigue du film, fort compliquée (personnages à la recherche de leur propre identité, relations affectives complexes, esprit de vengeance, machinations et chantage). On signalera toutefois, dans LE PRIX DU DESIR, l'amorce d'une réflexion qui aurait pu être intéressante sur le métier d'écrivain. Pourquoi Boltanski veut-il se cacher (en empruntant un pseudonyme)? Cherche-t-il en même temps à se libérer d'une partie de ses secrets, en se glissant dans la peau de ses personnages? Il y a quelque chose d'obscur et d'intrigant chez Daniel, mais le film, au lieu de partir à la recherche d'une explication - même partielle - de ce mystère, dérape en direction d'une forme banale de suspense dans lequel le cinéaste prend plaisir à brouiller encore les pistes. On aurait pu rêver d'un jeu de miroirs entre le passé et le présent, entre les deux facettes du personnage, on aurait souhaité découvrir la vraie identité de chacun des protagonistes, de Daniel en tout cas, mais tout cela se dilue dans une intrigue qui s'enlise dans l'épaisseur d'une atmosphère lourde où chantage et vengeance font bon ménage.
Anna Mouglalis campe le personnage gracile de Mila, d'abord séductrice déterminée et mystérieuse, puis amante passionnée et destructrice. Elle le fait avec un certain talent, mais sans parvenir à sauver le film. Daniel Auteuil s'efforce de prêter un regard égaré au personnage égoïste et hypocrite du romancier faussaire tombant dans le traquenard qu'on lui tend. On n'en saura guère plus sur lui, et c'est frustrant. Quant à Greta Scacchi, elle sera la femme fidèle et tolérante (mais bien naïve) jusqu'au moment où elle découvrira le rapport entretenu par son mari et la femme de son fils.
LE PRIX DU DESIR est un film à l'atmosphère de plus en plus pesante, une histoire de pièges et de mensonges finalement lassante. Le héros s'emmêle toujours plus dans les complications et les invraisemblances, au point d'entamer la crédibilité même que l'on pouvait encore accorder à cette histoire. On ajoutera qu'au-delà d'un suspense (modeste) et d'une intrigue (finalement sans grand intérêt), le cinéaste italien Roberto Andò - pourtant ancien assistant de Rosi, Fellini et F. F. Coppola (excusez du peu!) - ne parvient pas à dépasser le niveau d'un récit lisse, beaucoup plus proche d'un téléfilm que d'une œuvre cinématographique.
Antoine Rochat