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Grenade... notre résidence d'été
J'ai déjà écrit quelques lignes sur Grenade en 2006 mais cette île mérite mieux. Je reprends donc la plume après un an sans récit de voyage et je plonge dans mon stock de photos de 2006 à 2012 ! C'est le troisième été que l'on passe par ici, au sud du 13ème parallèle, donc en dehors de la zone des cyclones selon notre assurance. Nous n'avons fait qu'un intermède, en 2010 à Panama, où nous avons eu tellement chaud que nous apprécions d'autant plus l'alizé qui rafraîchit Grenade. Nous surveillons tout de même attentivement la météo car Yvan en 2004 et Emily en 2005 ont fait mentir les statistiques qui n'avaient plus enregistré de cyclone depuis 1955!
Grenade est un état du Commonwealth indépendant depuis 1974 . Il est composé de trois îles habitées, Grenade, Carriacou et Petite Martinique et de nombreux îlots. Il compte 108'000 habitants qui parlent un anglais "créole" peu compréhensible quand ils ne s'appliquent pas ! L'île est très agricole mais le tourisme se développe de plus en plus. De gros paquebots s'arrêtent à St-George, beaucoup de voiliers passent la mauvaise saison dans les baies ou dans les chantiers et quelques beaux hôtels ou resorts luxueux se construisent dans le sud de l'île, comme le "Le Phare Bleu" et son excellent restaurant sur un ancien bateau phare ramené de Suède. Nous aimons y fêter certains anniversaires !
Les muscadiers, principal produit d'exportation, repoussent depuis Yvan qui les avait tous mis à terre et la production de l'"usine" de Goyave atteint les 80% de celle d'avant. Les noix sont séparées du macis, sorte de filet rouge qui les entoure et qui est utilisé aussi en cuisine et en pharmacie. Elles sont séchées sur de grandes claies puis cassées, triées, calibrées manuellement et expédiées dans le monde entier. Le tiers de la production mondiale vient de Grenade, second exportateur après l'Indonésie. De nombreux produits sont élaborés sur l'île à partir de cette épice : du sirop, de la confiture, des crèmes de beauté, des huiles...et... notre préféré... des glaces ! Miam !
L'île produit aussi du cacao. Avec l'engouement pour les produits fins et les chocolats particulièrement, Belmont Estate développe la fabrication entièrement biologique de très bon chocolat noir. Même le transport jusqu'en Europe se fait en voilier, sans énergie polluante ! (N'en consommez pas trop... ils n'arriveront pas à suivre et on devra se mettre au transport de chocolat !) Leurs carrés au gingembre et à la cannelle sont particulièrement réussis. Ici les gens rigolent quand on dit que la Suisse est le pays du chocolat : "mais vous ne cultivez pas le cacao... comment c'est possible !!??" Aprés avoir été extraits de la cabosse et avoir fermenté quelques jours, les grains sont étalées sur de grandes planches et séchés au soleil. A la moindre averse, ou la nuit, les plaques sont roulées à l'abri. Pour retourner le cacao, les employés marchent régulièrement dessus en traînant leurs pieds nus... biologique je vous dis !
C'est en louant une voiture et en faisant le tour de l'île que nous découvrons ces merveilles. Mais le clou, c'est la végétation tout au long de la petite route sinueuse entre Grenville et Goyave. Un nombre incalculable d'essences recouvrent collines et montagnes. Les bords de route sont de vrais jardins avec des héliconias, des alpinias, des bambous, des fougères. Les fromagers et les palmiers royaux surplombent la forêt. On croise des paysans avec leur machette se rendant à leur champs. On ne se lasse pas de ce spectacle. Pour se rafraîchir, une ballade jusqu'à une chute est conseillée. Mais attention, le chemin peut être boueux!
Chaque village traversé est un tableau. Les petites maisons colorées sont aussi accueillantes que leurs habitants, toujours prêts à nous répondre par un salut, un sourire ou le traditionnel "Welcome in Grenada". Au marché de Grenville, Pierre rencontre enfin la femme à barbe ! Et sur les murs, les artistes peintres affichent de bons slogans...
Mais le tour de l'île en voiture, nous ne le faisons qu'occasionnellement. Notre quotidien, c'est plutôt le mouillage, le trajet en bus jusqu'au marché de St-Georges, les soirées avec les copains dans le cockpit ou à terre à écouter de la musique. Car Grenade a beaucoup de succès depuis que le Venezuela et même Trinidad ont mauvaise réputation. Les chantiers pour laisser le bateau hors de l'eau se réservent longtemps à l'avance et nombreux sont les navigateurs à rester dans les mouillages plusieurs mois. Du coup, les habitudes se prennent : soirées musique live avec Barracuda à Prickly le vendredi, jam session à Whisper Cove le dimanche après-midi, reggae sur Hog Island le dimanche à 16h, happy hour ici, deux pizzas pour une là... si vous aimez voir du monde il y a de quoi faire ! Et entre deux, tout se trouve facilement pour réparer une bricole ou même entreprendre de gros travaux.
De notre côté, nous préférons le calme de Saga Cove, juste en face de la très luxueuse île privée de Calvigny ! Le cadre est superbe avec les roches noires surplombées de cactus et de frangipaniers. On peut y nager en toute sécurité, ça ne roule pas, les récifs ne sont pas trop éloignés pour Pierre et grâce à notre bonne annexe, nous rejoignons en 5 min le fond de Clarks Court Bay pour prendre un bus et aller au marché. Le dimanche, les bateaux traditionnels locaux régatent dans la baie et nous rappellent Les Saintes.
Le bus, voilà le point fort de Grenade. On n'attend jamais plus de 10 min, c'est plutôt lui qui nous attend s'il nous voit au bout du chemin, ou même qui vient nous chercher parfois jusqu'au ponton. Musique à fond, il s'arrête n'importe où (sauf en ville) quand on frappe contre le carrosserie. Mais pour repartir de la gare routière, c'est une autre histoire. Il faut attendre qu'il soit plein : 16 passagers bien entassés par 35 °C... mieux vaut arriver dans les derniers ! Selon les chauffeurs c'est rastarocket ou rastacool ! Parfois on se croirait en rallye, à se cramponner pour ne pas écraser son voisin, et d'autres fois on a envie de secouer le conducteur qui va au rythme du reggae.
Une fois à St-Georges, nous avons aussi nos petites habitudes. Nous descendons du bus le long du "Carénage" avec ses bateaux de pêche et de transport et ses bâtiments de petites briques rouges, ancien ballast des navires venant d'Europe. Nous montons Young Street et y faisons un premier stop à la coopérative agricole puis descendons sur le marché.
Tout au bout, sur le quai, se trouve celui aux poissons pour acheter un bout de thon ou de dorade à 5 euros le kilo. Avant, il y a celui à la viande... on saute en se bouchant le nez ! Mieux vaut aller chez les Canadiens de Whisper Cove Marina qui utilisent les mêmes abattoirs mais savent découper et faire rassir la viande. Pour les fruits et les légumes, on parcourt les étals recouverts de vieux parasols en demandant les prix (c'est rare qu'on essaie de nous arnaquer mais mieux vaut être attentifs) et en faisant un brin de causette par-ci par-là. J'ai ainsi appris la recette du "oil-down", le plat typique de Grenade. Malheureusement, Pierre n'aime pas le calaloo (sorte d'épinard) qui entre dans sa composition. Actuellement c'est la pleine saison des mangues et des fruits de la passion. Je fais des glaces pour le goûter, du chutney, des confitures, des jus. Nous préférons prendre notre café sur Anegada, qualité garantie, avant d'aller à terre. Mais nous avons quelques bonnes adressses pour un rafraîchissement. Entre autres le milk-shake banane dans le mall des paquebots... avec air conditionné, quel luxe ! Et nous revenons souvent avec un "rotie" (crêpe indienne fourrée au curry de poulet ou autre) pour le repas de midi.
Quand nous avons envie de changer d'air, (ou d'eau !), nous naviguons en une demi-journée jusqu'à Carriacou où les eaux sont plus claires car moins influencées par les courants venant de l'Amérique du Sud et ses grands fleuves. Tyrrel Bay est le mouillage principal de Carriacou. On y trouve un chantier naval où nous viendrons certainement caréner en novembre, une voilerie et Dominique, le soudeur. L'eau du mouillage est turquoise et quelques petites échopes à terre permettent de faire des courses de base ou de prendre un apéro en regardant le coucher du soleil. J'ai découvert les club de plongée Lumbadive et ses gérants québécois, Richard et Diane, très sympathiques. L'occasion de passer mon deuxième niveau et surtout d'admirer les fonds extraordinaires entourant l'île et les divers îlots de la région. Le mur de Sisters est incroyable et un instructeur de plongée américain m'a dit qu'il connaissait bien des sites par le monde et qu'il trouvait celui-ci au-dessus de tout. J'ai malheureusement tendance à idéaliser des endroits comme Carriacou et la mésaventure qui est arrivée à Richard et Diane, juste après ma dernière plongée, m'a bien secoué. Ils ont trouvé au matin une bonne partie de leur matériel détruit par jalousie ou vengeance. On ne reste pas assez longtemps dans les endroits pour vraiment connaître leurs mauvais côtés. C'est une chance ?
A Carriacou, c'est à Hillsborough que nous allons au marché. Si la boulangerie ne paie pas de mine dans son hangar, le pain y est très bon. Et les maisons en tavillons le long de la rue principale recélent quelques secrets : Chez Patty's Deli, on trouve du jambon à la coupe, du bleu et d'autres délices. Le bus de Carriacou est plus familial sur cette petite île où tout le monde se connaît.. Un samedi, pour revenir, nous avons fait un grand tour car notre chauffeuse a ramené plusieurs personnes jusqu'à leur domicile après avoir fait toutes les rues de la ville en klaxonnant pour récupérer du monde et quelques magasins pour charger les courses et les paquets laissés en attente par les clients! Tout cela dans la bonne humeur bien sûr ! Un autre jour, le chauffeur s'est carrément arrêté pour ramasser des mangues sous un arbre.
Winward, la plage au vent de l'île est le fief des constructeurs de goélettes traditionnelless, les "schooners". Depuis que de riches anglais ou américains se sont pris de passion pour ces embarcations, plusieurs sont construites chaque année afin de participer au circuit de régate comme la Semaine Classique d'Antigua, la West Indies Regatta de St-Barth ou les Régates de Carriacou. Mais les bateaux de commerce ou de pêche de Grenade proviennent d'ici aussi, ou de Petite Martinique, la voisine. Pas de hangar ou d'outils sofistiqués... c'est à même la plage que naissent ces bateaux taillés à la hache dans du bois choisi dans les forêts de Grenade.
Malheureusement, les maisons traditionnelles semblent moins à la mode et ne sont pas entretenues à leur juste valeur. On se prend à rêver de leur donner un coup de pinceau... mais est-ce que ce serait suffisant ?
Nous sommes à Carriacou depuis un mois en cette saison des cyclones 2012... et en voilà un qui se pointe à l'horizon. Grâce à internet, on le piste tous les jours, puis deux fois par jour, puis toutes les 6 heures... Les discussions vont bon train entre navigateurs : on reste, on part au sud, on se cache dans la mangrove... chacun a son avis. Nous aurions bien envie de rester mais le matin où trois puis six puis dix bateaux quittent la baie et que les probabilités de développement en tempête tropicale nommée passent à 60 %... on lève l'ancre. Décision prise en une demie-heure ! Cap sur le sud de Grenade et ses baies profondes : Port Egmond, en cas de situation sérieuse, est un bon trou à cyclone et Trinidad est à une nuit de navigation, si vraiment... Mais Ernesto passe finalement plus au nord sans avoir pris trop d'ampleur. Au suivant... une onde vient de partir de l'Afrique et la traque commence !
Avant de repartir pour la Suisse dans dix jours, nous allons encore profiter du carnaval (les photos datent de l'an dernier). C'est la principale fête de l'île, celle que tout le monde attend, pour laquelle les groupes se préparent : création de déguisements pour défiler ou de nouvelles musiques pour nous casser les oreilles. Nous ne sommes pas très amateurs de soca ! Nous préférons les steel-band mais pour les écouter, il faut aller au stade assister à leur finale où les orchestres regroupent plusieurs dizaines de pan. Dans le petit film, c'est un prof de musique qui nous fait une démo dans les locaux d'un groupe à St-Georges.
Voici donc notre programme du 11 au 15 août, avant de nous envoler pour la Suisse en laissant le bateau dans la superbe nouvelle marina de Port Louis, à St-George. C'est dommage, Anegada tout seul ne va pas profiter des sanitaires de luxe, du wifi, de la piscine et du jardin tropical ! Chaque fois qu'on entre dans une marina c'est pour laisser le bateau et depuis le 1er décembre 2011 nous n'avons fait que du mouillage ! On amortit notre ancre et on peut ainsi la jeter à l'eau sans regrets après quelques années !