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A Genève, dans l'antre du Bâtiment des Forces motrices, le Ballet du Grand Théâtre fait rire son public, quand il se libère des carcans du classique.
Mais diantre, que la musique de Jean Sébastien Bach est belle! Sûr qu'en la jouant, l'homme atteint Dieu. D'autant s'il se met à danser la «Partita No1 pour Violon solo en Si mineur» du compositeur.
C'est sur ce violon céleste que trois danseurs se relaient pour un seul et même solo, interprétant tour à tour leur variation. Force est de reconnaître, cependant, que leur danse s'envole davantage à l'horizontale qu'à la verticale, précisément suggérée par Jean Sébastien Bach.
Peu importe, le solo de Hans van Manen - troisième pièce du programme - recueille un tonnerre d'applaudissements dans le public, très bourgeois en la circonstance.
Flash-back: tout a commencé par une rose, un pas de deux et le piano délicat des «Valses poétiques» d'Enrique Granados. La première pièce chorégraphique de Nacho Duato «Remansos» a défilé sur un écran blanc, puis vert, jaune, bleu et enfin rouge comme cette fleur de la passion qu'offrait furtivement le prétendant à sa belle.
Après l'entracte, la version du «Sacre» de John Neumeier était censée être le clou du spectacle. Il ne le fut que par moments. Comme si le printemps avait quelque peine à s'éclore sur cette scène des Forces motrices. Tout le Ballet du Grand Théâtre de Genève a tenté pourtant de rendre un hommage inspiré au célèbre compositeur Igor Stravinski.
Ces trois pièces retracent en tout cas le langage chorégraphique hérité de la tradition classique. Ou plus exactement, le foisonnement artistique qui anime la création chorégraphique de ces trente dernières années.
Mais c'est au deuxième tableau que nous nous sommes surpris à sourire, avec «The Envelope» de David Parsons. En contrepoint des trois autres pièces précitées, ce chorégraphe américain s'est distancé de l'héritage classique pour nous offrir le meilleur du programme.
Un livre pour objet de désir ou de ralliement. Et sept danseurs (quatre hommes et trois femmes) irrévérencieux qui, portant cagoules et lunettes noires, narguent le geste convenu, l'idée préconçue et la parole moralisante sur «l'Ouverture entraînante de La Pie voleuse».
A mourir de rire, ces pingouins qui dansent du Rossini!
Emmanuel Manzi
Prochaines représentations: 11, 13, 14 et 15 octobre à 20h.