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La mise en œuvre de la Stratégie énergétique 2050 exige des adaptations de l’infrastructure énergétique. Certaines adaptations seront l’œuvre d’acteurs privés - industriels ou particuliers. D’autres en revanche, telles que celles relatives aux réseaux de gaz ou de chaleur, aux réseaux électriques, à la réalisation de centrales de production renouvelable, devront être réalisées par des entreprises de services énergétiques.
L’approvisionnement et la consommation énergétiques suisses d’aujourd’hui peuvent être schématiquement décrits par le diagramme des flux de la figure 1 [1]. L’énergie primaire totale y est présentée sous la forme de 129 unités. Le combustible nucléaire en occupe 32. Le pétrole (pétrole brut et produits pétroliers raffinés) pèse 50 unités. Les importations sont représentées par 97 unités, tandis que les productions indigènes (biomasse et déchets, géothermie et solaire thermique, hydraulique, autres formes d’énergie électrique renouvelable) le sont par 32 unités.
L’énergie primaire est en principe transformée avant d’être livrée au consommateur. Ainsi, la transformation de l’énergie nucléaire en énergie électrique génère des pertes qui sont évacuées dans l’environnement sous forme de rejets thermiques et qui, sur la figure 1, correspondent à 21 unités. De même en est-il lorsque l’incinération des ordures ménagères produit de l’énergie thermique et de l’électricité. Ainsi, l’énergie finale livrée aux 5 groupes de consommateurs (industrie, transports, ménages, services, agriculture) correspond à 100 unités: les formes d’énergie de type thermique, entre autres carburants et combustibles, en représentent 75 et l’énergie électrique, 25.
L’énergie finale à son tour ne se transforme pas entièrement en énergie utile. Ainsi par exemple une ampoule à incandescence ne transforme pas entièrement l’énergie électrique consommée en énergie lumineuse: une partie est dégagée sous forme d’énergie thermique et est à considérer comme perdue. Le moteur à essence d’une auto ne transforme qu’une petite partie de l’énergie contenue dans le carburant en travail de propulsion, la grande partie étant évacuée sous forme d’énergie thermique par les gaz d’échappement.
Le système énergétique actuel fonctionne grâce à des infrastructures nombreuses et variées, par exemple les centrales nucléaires, la raffinerie de Cressier, les barrages et les usines hydroélectriques, les réseaux de transport et de distribution de gaz et d’électricité, la multitude des stations-service, etc.
La loi révisée sur l’énergie (LEne du 30 septembre 2016; [2]), vise à réduire la consommation d’énergie en améliorant l’efficacité énergétique, à promouvoir les énergies renouvelables indigènes et à abandonner progressivement les centrales nucléaires. Le tableau 1 présente les valeurs que la loi vise pour 2035: production d’électricité issue des énergies renouvelables et consommation par personne d’énergie finale et d’électricité. Ces valeurs sont accompagnées de valeurs personnelles pour 2050, qui montrent que, entre 2018 et 2050, l’énergie finale se réduit de 100 à 58 unités et que l’électricité croît de 25 à 27 unités. Ceci implique que les carburants et combustibles chutent dans la même période de 75 à 31 unités.
Dans l’hypothèse de la réalisation de tous les buts visés par la Stratégie 2050, la production hydroélectrique et celle attendue des nouvelles formes d’énergie renouvelable (solaire, éolien, mini-hydraulique, biomasse et incinération des déchets, etc.) ne suffisent pas à couvrir la consommation électrique 2050: il manque une quantité correspondant à 5 unités: On va ici imaginer que 3 unités proviennent d’importations, les 2 autres étant produites par des centrales à gaz (1 GW) au fonctionnement hivernal en ruban (fig. 2).
Pour ce qui est des 31 unités d’énergie finale thermique (carburants et combustibles) on a considéré, par rapport à la situation 2018, une augmentation de 50% des productions biomasse et déchets ainsi que de celles du solaire thermique et de la géothermie. Les 14 unités manquantes restent à couvrir avec des énergies fossiles importées, par exemple 8 unités de gaz et 6 unités de produits pétroliers.
Comment satisfaire aux besoins en carburants et combustibles de plus de 10 millions de personnes uniquement avec le 40% de la quantité utilisée en 2018? La voie proposée est celle de l’efficacité énergétique, les deux secteurs les plus sollicités étant ceux du bâtiment et de la mobilité. L’assainissement énergétique des bâtiments permet de diminuer les besoins en énergie de chauffage, tout en améliorant le confort thermique. De même, pour la réduction des besoins en carburants: mobilité douce augmentée, redéfinition de l’interface entre transports en commun et transports individuels, ajustement de la taille et de la masse des véhicules automobiles et électrification de ces derniers.
De manière similaire, l’énergie électrique disponible en 2050 n’est suffisante qu’avec un parc d’appareils électriques à efficacité augmentée ainsi que des réalisations indirectes telles que la mise en place de réseaux de chaleur à basse température (eau de lacs ou de rivières, rejets de chaleur), qui améliorent le coefficient de performance de pompes à chaleur et fournissent du rafraîchissement de bâtiments à moindre consommation énergétique.
La modification entre 2018 et 2050 des quantités d’énergie utilisées dans les différents secteurs (fig. 3) donne une idée de l’adaptation des infrastructures:
La Stratégie énergétique 2050 implique une baisse des besoins dans les domaines des transports et du chauffage des bâtiments. Si l’électrification du parc de véhicules automobiles peut se faire sans surcoût notoire, l’assainissement énergétique du parc de bâtiments représente une dépense considérable, peut-être 300 milliards de francs d’ici à 2050, ce qui correspond à 10% la valeur globale de ce dernier [5]. Les investissements nécessaires sont à la charge des propriétaires.
Il est ensuite indispensable de renforcer la production d’hydroélectricité et d’activer des productions d’énergie renouvelable telles que solaire photovoltaïque, éolien, géothermie de moyenne profondeur ou autres. Les investissements à consentir sont à la charge de compagnies de services énergétiques mais aussi, pour le photovoltaïque, de propriétaires de bâtiments.
Enfin, des infrastructures spécifiques nouvelles font le lien entre les nouvelles productions et les nouveaux besoins: adaptation du réseau de gaz, mise en place de réseaux de chaleur à haute et à basse température, renforcement du réseau électrique. Des compagnies de services énergétiques sont les acteurs de ces développements.
Avec la Stratégie énergétique 2050, la Suisse réduit sa dépendance par rapport aux importations d’énergie, surtout en ce qui concerne les énergies fossiles. Mais, fait nouveau, elle en devient aussi dépendante pour son approvisionnement électrique, avec la conséquence que l’image du système énergétique suisse va fortement dépendre du mode de production de l’électricité importée!
La Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral soutient la mise en œuvre de la Loi sur l’énergie (LEne) et se déploie sur 3 axes: La promotion de l’efficacité énergétique (bâtiments, mobilité, industrie), le soutien à la production d’énergie renouvelable (encouragement financier, adaptation du cadre juridique) et la sortie progressive du nucléaire.
[1] OFEN (août 2019): Statistique globale suisse de l’énergie 2018
[2] Confédération suisse (septembre 2016): Loi sur l’énergie; RS 730.0
[3] Conseil fédéral (septembre 2013): Message relatif au premier paquet de mesures de la Stratégie énergétique 2050 et à l’initiative populaire fédérale «Pour une sortie programmée de l’énergie nucléaire»
[4] Le Figaro (25 sept. 2019): EDF: Le projet Hinkley Point C devrait coûter entre 2 et 3 milliards d’euros de plus que prévu
[5] Staub, P; Rütter, H. et al. (2014): Die volkswirtschaftliche Bedeutung der Immobilienwirtschaft der Schweiz. pom+, HEV Schweiz (éd.), Zürich
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