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En poursuivant sa réflexion sur la technique, Jacques Ellul a produit deux ouvrages supplémentaires : Le système technicien (1977) et Le bluff technologique (1988). Le premier vise à élaborer un modèle d’analyse théorique de la société moderne, basé sur l’idée que la technique forme désormais un système englobant, résultat de l’interconnexion croissante de tous les réseaux (banques de données, flux, productions, circuits de distribution, publicité etc.). C’est un phénomène que le développement de l’informatique promet encore d’amplifier. Dans le second ouvrage, Ellul étudie les dysfonctionnements du système technicien et de sa rétroaction, ainsi que les vaines tentatives de correction de ses propres erreurs. Sa thèse principale est que le système technicien, exalté par la puissance informatique, a échappé définitivement à la volonté directionnelle de l’homme.Continuer la lecture de « Jacques Ellul (1912-1994) : la technique comme système »
Même s’il porte sur la « déshumanisation de l’humanité », le second volume de L’obsolescence de l’homme ne pouvait a priori guère aller au-delà du point où Anders considère le danger d’une disparition réelle de l’humanité. Son sous-titre porte néanmoins Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle. Pour Anders, une nouvelle révolution industrielle est en effet survenue depuis le moment où les machines ont fabriqué d’autres machines, devenant ainsi des moyens pour d’autres moyens. Cette troisième révolution advient lorsque l’on considère ce qui est possible comme absolument obligatoire, et ce qui peut être fait comme devant absolument être fait. Ce stade industriel est définitif et irrévocable parce que même s’il ne conduit pas à la fin des temps, il ne pourra plus être suivi par un nouveau stade, de sorte qu’il restera pour toujours le temps de la fin. Cela signifie que les êtres humains vont conserver pour toujours leur nouvelle essence, même s’il s’agit en réalité d’un état artificiel dans lequel nous nous sommes plongés nous-mêmes. Seules des modifications à l’intérieur de ce système sont désormais susceptibles de se produire…Continuer la lecture de « Günther Anders (1902-1992) : technique et histoire »
Après La technique ou l’enjeu du siècle (1954), Jacques Ellul publie Propagandes (1962), puis L’illusion politique (1965), dans lequel il décrit la politique comme une activité envahissante, à tendance autoritaire, mais aussi illusoire, puisque ce sont les techniciens qui opèrent en réalité les choix décisifs. Le citoyen moderne, explique Ellul, charge la politique d’organiser la société idéale car il est persuadé qu’elle peut résoudre tous ses problèmes. Mais si la politique est efficace en matière d’organisation bureaucratique, administrative et économique, elle ne permet pas en revanche de répondre aux besoins profonds de l’homme, en particulier le problème du sens de la vie et celui de la responsabilité devant la liberté. Parce qu’au fond nous ne voulons pas vraiment être libres et prendre les responsabilités qui sont les nôtres, nous demandons à l’Etat de nous donner ce que nous voulons. Autrement dit, puisque nous n’avons pas le courage d’assumer la question morale et éthique, c’est-à-dire de faire l’effort de chercher ce qu’est le vrai, le juste et le bien, nous chargeons l’administration de s’en occpuer pour nous. Ce faisant, l’homme devient le serviteur de l’Etat : il se déshumanise au profit « du plus froid des monstres froids ». Et malgré cela, la politique n’a pas, au bout du compte, le pouvoir de ses ambitions. Elle est illusoire.Continuer la lecture de « Jacques Ellul (1912-1994) : les horizons philosophiques de la technocritique »
Dans les deux premières sections de son célèbre ouvrage Small is Beautiful (1973), Schumacher analyse de manière critique les tendances profondes du monde moderne et en particulier sa tendance à gaspiller les ressources. Il met notamment en évidence le rôle dominant et les lacunes d’une pensée économique qui ne se préoccupe que de production, même au détriment des besoins les plus essentiels de l’être humain. Il pointe aussi les lacunes d’une éducation orientée toute entière vers les moyens au détriment des fins. Ayant identifié la démesure technologique comme la principale responsable des tendances destructives des sociétés modernes, il plaide pour le développement de techniques à visage humain, techniques dites intermédiaires parce qu’elles se situent entre les outils primitifs et l’hubris technologique moderne, et qu’elles tiennent compte des limites humaines aussi bien que de la nécessité de préserver les équilibres naturels. C’est ce qu’il exprime par la formule demeurée célèbre : « Small is beautiful ». Continuer la lecture de « Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): la société duale et le développement »
Biographie
Mathématicien de génie né à Berlin en 1928 d’un père anarchiste russe d’origine juive (Alexander Schapiro) et d‘une mère journaliste allemande (Johanna Grothendieck). Il prend le nom de sa mère en raison de la montée de l’antisémitisme. En 1933, ses parents quittent l’Allemagne pour la France, puis en 1936 pour l’Espagne, où ils se battent aux côtés des anarchistes. Le jeune Alexander est recueilli par une famille aisée, qui l’emmène à Paris rejoindre ses parents en 1939. Son père est ensuite enfermé au camp du Vernet, réservé aux exilés politiques, d’où il sera déporté et mourra à Auschwitz en 1942. La mère et l’enfant vont au camp de Rieucros, près de Mende, puis Alexander est hébergé dans une maison d’enfants du Secours suisse au Chambon-sur-Lignon. Il étudie ensuite au collège Cévenol, puis les mathématiques à l’Université de Montpellier (licence en 1948), enfin à l’ENS à Paris. Il soutient sa thèse à Nancy en 1953. Il passe ensuite deux ans à l’université de Sao Paulo puis se rend États-Unis, notamment à l’université de Harvard. Il visite ensuite de nombreux pays où il est invité comme mathématicien, mais, par conviction politique, refuse de se rendre dans l’Espagne de Franco.Continuer la lecture de « Alexander Grothendieck (1928-2014): la responsabilité du chercheur »
Historien, sociologue, théologien protestant et philosophe libertaire, Jacques Ellul est un penseur fondamentalement inclassable surtout connu pour ses réflexions sur la technique et l’aliénation au XXe siècle. Il est tout à la fois un théoricien marxien (plutôt que marxiste) de la révolution politique et sociale et un anarchiste chrétien considérant la Bible comme un livre libertaire et appelant au rejet des institutions. Adepte résolu de la résistance non-violente aux conformismes, aux lieux communs et aux sollicitations de l’environnement social, il accorde une importance fondamentale à la liberté. Son œuvre, qui est immense, ne peut être présentée qu’à travers des thèmes et des fragments choisis, principalement ici à travers son approche du phénomène technique telle qu’elle est développée dans La technique ou l’enjeu du siècle (1954), qui restera son ouvrage majeur.
Très tôt, c’est-à-dire dès les années 1930, Ellul s’engage dans l’Eglise réformée de France tout en se passionnant pour l’œuvre de Karl Marx. Cela le situe dans une double perspective, qu’il considère comme une tension porteuse de sens, entre la théologie de la liberté et la sociologie marxiste. Dès 1934, il est aussi engagé avec son ami Bernard Charbonneau dans la mouvance personnaliste. Il anime un groupe non-conformiste, lié d’une part à la revue Esprit, d’obédience chrétienne, et d’autre part avec un groupe intitulé « Ordre nouveau », qui critique la société américaine et les désordres psychologique d’un appareil de production fondé sur les principes du taylorisme et du fordisme. Il mène par ailleurs des études de droit, une matière qu’il enseigne en faculté de 1937 à 1940, date à laquelle il est révoqué pour ses critiques envers le maréchal Pétain. Son père, qui a la nationalité britannique et autrichienne est alors interné, puis déporté. Lui-même se réfugie à la campagne, et participe en 1943-44 à la Résistance. Après la Libération, il enseigne l’histoire des institutions et l’histoire sociale, en particulier la pensée de Marx, à la faculté de droit de Bordeaux (1944-1980). Il devient aussi, pour un temps (1956-1971), membre du Conseil national de l’Eglise, qu’il tente vainement de transformer en mouvement actif au sein de la société française.
De 1973 à 1977, Ellul s’investit avec Bernard Charbonneau, s’investit dans une association écologiste intitulée Comité de défense de la côte aquitaine. Resté toute sa vie fidèle à ses racines provinciales, il considère que ce choix a nui à la reconnaissance et à la diffusion de son œuvre, car la France demeure un pays où les activités intellectuelles demeurent extrêmement centralisées.
Source : Article « Jacques Ellul » de l’encyclopédie en ligne Wikipedia.Continuer la lecture de « Jacques Ellul (1912-1994) : le phénomène technique »
Penseur français connu pour avoir dénoncé dès les années 1930 ce qu’il considérait être la dictature de l’économie et du développement. Dès 1935, il rédige avec son ami Jacques Ellul des Directives pour un manifeste personnaliste dans lequel il critique, au nom d’un idéal de liberté et d’autonomie, l’idéologie productiviste et techniciste qui anime tout autant le libéralisme que le communisme ou le fascisme et conclut par appel pour une cité ascétique afin que l’homme vive. Cette prise de position, et l’œuvre critique qui suivra, lui vaudront d’être considéré a posteriori comme un pionnier de l’écologie politique.
Dans Technics and Civilization (1934), Lewis Mumford développait une vision encore assez optimiste de l’ère néotechnique appelée à succéder à l’ère paléotechnique : grâce à l’électricité, qui devait succéder au règne destructeur de la machine à vapeur et à l’exploitation de l’homme par l’homme, il espérait voir venir une époque où la vie organique reprendrait ses droits et où, après la dureté de l’ère industrielle, l’humanité renouerait avec une croissance harmonieuse.
Rachel Carson est une biologiste marine et une vulgarisatrice scientifique américaine. Elle a fait l’essentiel de sa carrière au Bureau des pêches des Etats-Unis (« US Bureau of Fisheries », puis « US Fish and Wildlife Service »), pour lequel elle rédigeait des articles de vulgarisation, fondés sur des données rigoureuses, destinés à paraître dans la grande presse de l’époque. En 1951, elle publie The Sea around us, qui est un énorme best-seller et lui permet de devenir un écrivain reconnu. Suivent alors The Edge of the Sea (1955), ainsi que la réédition de Under the Sea-Wind, son premier livre qui datait de 1941. L’ensemble constitue une trilogie d’ouvrages sur la mer, qui sont autant d’hymnes à l’interdépendance de tous les êtres vivants, en particulier les poissons, les mollusques et les oiseaux marins. À la fin des années 1950, Rachel Carson se concentre sur la protection de l’environnement et sur les problèmes causés par des pesticides de synthèse, en particulier le DDT. Ceci la conduit à publier Silent Spring (1962), dont le retentissement aboutira quelques années après sa mort en 1964 à la création de l’« Environmental Protection Agency » (1970) et surtout à l’interdiction du DDT aux Etats-Unis (1972).