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21/06/2016
Les statistiques d'exportation des montres horlogères dépendent directement du nombre de jour mensuel ouvert, c'est-à-dire travaillé par les douanes suisses.
En effet, les exportations horlogères sont l'expression du "sell in" à savoir des montres envoyées dans les magasins à l'étranger et prêtes à la vente (le "sell out" étant l'acte de la réelle vente). Donc les statistiques expriment ces envois vers du stockage en magasin hors de Suisse.
Et ces envois on lieu tous les jours ouvrables de tous les mois ... si bien que si un mois il y a un jour de moins ouvrable ... c'est 5% d'exportation en moins ...1/20=5% ... c'est mathématique.
Une des conséquences de cette manière de calculer fait que les statistiques mensuelles peuvent présenter artificiellement des variations importantes de plus ou moins 5% et dans des cas exceptionnels de 10%.
Cette année, les mois d'Avril et de Mai ont eu chacun un jour de plus ouvrable par rapport à 2015... on a donc un biais de 10%.
Il faut savoir lire les statistiques ... surtout horlogères !
Ainsi par exemple pour le mois de mai 2016, les chiffres viennent de tomber à -9,7% comparé au mois de mai 2015 ... en fait comme il y a eu un jour ouvrable de plus cette année on est plus proche de -15%.
Voilà la vérité ... des chiffres.
15/06/2016
Face à la crise du Quartz, la Confédération avait répondu dans les années 70, par un projet de relance en mettant notamment beaucoup d'argent à disposition du CSEM nouvellement créé à cet effet.
Aujourd'hui, face à la menace des montres connectées...il faudrait faire la même chose en lançant le financement d'un "CSEM Bis" dédié à la création d'une montre "smart" à la "Swiss Made" afin de répondre à la menace des californiens et des sud-coréens...
Le socle de compétences industrielles, créé à l'époque par le CSEM et le Centre de Marin (Groupe ASUAG) avait permis de sortir seulement quelques années plus tard la fameuse SWATCH, véritable réponse "inventive" à la menace japonaise de la montre à quartz (plus performante et moins chère).
Sur cette base, on a pu par la suite reconquérir le terrain perdu... avec notamment le concept de "Haute Horlogerie" ... il faut refaire la même chose...
Ainsi, la Suisse doit posséder son propre socle industriel de savoir-faire numérique... le Conseil fédéral peut y pourvoir via des programmes d'aide à l'innovation comme la CTI, par exemple.
Mettre à disposition 40 Millions par an à un "CSEM Bis" permettrait d'acquérir rapidement les compétences encore manquantes ... car en effet, on peut considérer que l'ETHZ possède les compétences software pour faire un "Swiss OS" pour le wearable et que d'autres, ont des compétences en électronique... Par exemple: la puce pourrait faire l'objet d'une opérations avec les genevois de STMicroelectronics....
Bref, tout mettre en oeuvre pour "sauver" notre industrie horlogère ... berceau d'une industrie mondiale unique et "romande" est un priorité.
04/06/2016
Les Anglo-Saxons parlent de smartwatch et nous de montre connectée. Pourquoi?
C’est sans doute qu’inconsciemment nous mettons l’accent sur le côté connecté de la montre et eux, sur le côté intelligent. Cela semble évident à dire, mais c’est symptomatique des conceptions divergentes que l’on peut se faire du futur de la montre. Nous pensons qu’à l’avenir la montre sera reliée au monde de l’Internet des objets et qu’elle va évoluer vers des fonctionnalités liées à l’extension des capteurs et de leurs connexions. Les Anglo-Saxons, en particulier les Californiens, misent sur l’intelligence artificielle, les Big Data, le "deep learning", etc. Ils voient la montre décupler à terme nos capacités intellectuelles et sensorielles.
Et si nous commencions à penser comme eux, est- ce que cela changerait notre point de vue sur les montres connectées ?
Certainement !
Il en existe plus de 200 modèles à ce jour qui tous, indiquent l’heure tout en proposant quelques dizaines de milliers d’applications supplémentaires, sortes de complicaions soft. Le digital a donc remplacé la mécanique dans les complications. Cela représente un changement profond de pro- duit car le fait de cumuler toutes ces fonctionnalités software rend ces smartwatches de plus en plus smart et ceci bien au-delà du simple fait qu’elles soient connectées.
Aujourd’hui, l’offre de smartwatch est pléthorique
C’est énorme, si l’on songe qu’il y a moins d’un an que l’Apple Watch a fait sa première entrée dans le monde horloger. Elle a d’emblée pris des parts importantes du marché des montres connectées, estimées à plus de 50%, mais surtout elle a contribué à installer ces dernières dans l’uni- vers de la montre. C’est un exploit !
Aujourd’hui, que peut-on conclure sur l’avenir de la montre mécanique ou de la quartz? Sont-elles en grand danger? Y a-t-il un marché pour tout le monde? Comment les choses peuvent-elles encore évoluer?
C’est précisément l’objet de cet article: comprendre pour mieux anticiper!
La montre connectée, on le sait maintenant, est là pour durer et donc va continuer à stresser les horlogers suisses. Car, en ouvrant cette nouvelle voie, la montre digitale risque bien d’en fermer d’autres plus anciennes. Cela a ainsi déjà été le cas pour d’autres industries! Souvenez-vous de l’industrie du disque : le vinyle d’abord, puis les bandes magné- tiques, les cassettes, le MP3 et enfin le streaming ont tour à tour cannibalisé les supports musicaux précédents... Certains ont même totalement disparu...
L’histoire industrielle de la montre n’est pas à l’abri d’une pareille évolution! Car dans le cas où les smartwatches seraient capables d’apporter une valeur ajoutée tellement supérieure, il se pourrait qu’à terme, elles fassent disparaître la montre traditionnelle ou du moins se partagent un marché global comme c’était le cas pour les cassettes et les bandes magnétiques dans l’exemple précédent.
La réponse à la question de la valeur ajoutée est évidemment centrale pour pouvoir anticiper correctement l’avenir.
Donc d’un côté, on voit la montre mécanique évoluer vers un segment de plus en plus dit haut de gamme ou de haute horlogerie convergeant vers la bijouterie, et de l’autre la montre intelligente occuper une place importante dans les deux segments dits de moyen de gamme. Le bas de gamme reste l’apanage de la très grande série, souvent pro- duite en très grand volume par l’industrie chinoise (montre à moins de 200 CHF).
Ces deux segments marchands concernés par les montres digitales sont centraux car ils couvrent des prix variant, disons de 200 CHF à 500 CHF et de 500 CHF à 3’000 CHF, ce qui représente le gros des ventes (en volume) des montres suisses. Ce n’est pas anodin car c’est sur cette base que s’est construit l’appareil industriel horloger suisse. En garantissant certain volume, il offre une base industrielle pour le haut de gamme.
Il ne faut pas oublier qu’il n’y aurait jamais eu de haute horlogerie sans un appareil industriel de qualité capable de produire aussi de la quantité.
Cet équilibre entre qualité et quantité, aujourd’hui bien implanté dans l’horlogerie suisse, pourrait parfaitement être remis en question par l’arrivée de la concurrence des smartwatches si l’on n’est pas apte à les produire en partie en Suisse. L’enjeu industriel est là.
L’enjeu commercial est par contre uniquement lié aux consommateurs et au risque qu’ils puissent se détourner des produits suisses.
Comment mesurer ce risque?
Essentiellement en anticipant les envies et les besoins futurs des consommateurs. Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que le monde de la consommation a changé. Il a tourné vers l’être (vivre quelque chose) plus que l’avoir (posséder quelque chose), vers la personnalisation (identité propre) plus que la classe (appartenance à un groupe social), vers le storytelling (l’expérience racontée) plus que la mode (pour ressembler aux autres), vers le smart (l’intelligence, tous les savoirs) plus que la fonction (un seul savoir-faire).
Ces changements induisent évidemment des comportements et l’avènement de produits nouveaux. Voyez plutôt la fascination qu’exercent auprès du grand public les voitures électriques/électroniques de Tesla ou de Google – avec sa conduite intelligemment assistée – ou l’usage devenu quotidien des assistants personnels tels que Siri ou Watson dans notre vie active, voire encore les télévisions intelligentes qui cherchent, stockent et rediffusent nos émissions préférées.
Bref, le monde évolue rapidement vers des supports d’intelligence artificielle: la montre ne sera pas épargnée par ce mouvement de fond, elle en sera une composante maîtresse !
Le risque maintenant bien réel serait plutôt que la smartwatch entraîne une lente fin de la fabrication de la montre traditionnelle.
Ce risque porte sur deux niveaux. D’abord sur l’appareil industriel et ensuite sur le produit lui-même.
Il est bien clair que si les industriels suisses ne participent pas d’une manière ou d’une autre à la fabrication des nouvelles montres, alors les dommages seront nombreux et profonds jusqu’à mettre en péril un cluster industriel multiple. En effet, cela provoquera des contraintes jusque dans la haute horlogerie car en termes de formation, de "swiss made", de concurrence, de diversité des choix clients pour les marques, etc. tout le monde a besoin de tout le monde. Il faut bien comprendre que le déploiement d’un secteur industriel d’importance mondiale comme celui de l’horlogerie suisse nécessite une palette de savoir-faire immense tant au niveau de la conception, de la production que de la commercialisation. Perdre un pan comme celui de la production industrielle équivaut à la disparition d’un cluster. Les exemples industriels suisses de la chaussure, des arts graphiques ou des tissus devraient être là pour nous le rappeler.
Mais d’autre part, l’envie du smart pour le consommateur sera si pressante commercialement qu’à l’avenir même le luxe devra s’y soumettre. Regardez, la voiture de luxe Tesla: on peut changer le logiciel de conduite à distance depuis l’usine. Pour ne prendre qu’un exemple !
Le luxe sera lui aussi smart à n’en pas douter. Le vintage sera une minuscule niche propre à satisfaire les esprits proches du collectionneur. On a un exemple tragique dans l’industrie des jouets avec l’arrivée des jeux vidéo qui a laissé sur le carreau bon nombre de marques aujourd’hui vintage comme Märklin!
Le vintage est un marché très restreint, même s’il peut rapporter gros.
L’arrivée des smartwatches coïncide en plus avec le développement du Big Data, du data mining, du machine learning et de tout l’appareillage de l’intelligence artificielle dans l’économie digitale y compris le cloud computing et l’Internet of things. Plus d’un million d’emplois seront créés dans ce domaine aux USA, dans les deux à trois pro- chaines années.
C’est ce que l’on appelle la révolution 4.0, les Américains préfèrent parler de smart industry revolution. Encore une fois, l’enjeu est le smart!
Pourquoi tant d’insistance sur ce mot? Est-ce juste un effet marketing? Y a-t-il vraiment une réalité économique derrière tout cela?
Apparemment oui. L’Intelligence Artificielle a trouvé un second souffle grâce à la possibilité de traiter technologiquement de grandes quantités de données non-structurées et de mettre en évidence des caractéristiques sous-jacentes de ces données. Elles produisent désormais de la prédiction.
Des montres Apple ont ainsi pu prévoir et donc prévenir des crises cardiaques!1
C’est tout simplement surprenant...
En peu de temps, on est passé d’un monde dominé par les statisticiens qui exprimaient par leurs relevés et autres rapports une vision du passé, à des "data scientists" qui anticipent l’avenir. C’est un basculement phénoménal. Modéliser l’avenir à partir du passé (le travail classique des statisticiens) ou prédire l’avenir à partir du présent (data scientists) est totalement différent. Les uns projettent, les autres prédisent. Les uns affichent des chiffres forts à partir de données structurées avérées et les autres amplifient des signaux faibles issus de données non-structurées.
Raconter l’avenir à partir du passé, c’est une démarche prospective par contre chercher l’avenir dans un présent continu qui se développe sous nos yeux est une démarche prédictive.
Voilà la nouvelle magie du monde numérique.
La montre jouera alors un rôle clé dans ce nouvel uni- vers. Elle sera à la fois l’instrument de mesure (bourrée de capteurs), de stockage (mémoire locale personnalisée et sécurisée), de traitement (machine learning) et de communication (montre connectée). Dans cette guerre vers l’intelligence, la montre au poignet sera un objet culte.
Alors que faire pour sauver notre horlogerie?
Il faut lancer un grand projet industriel national qui mobiliserait tous les acteurs et tous les savoir-faire de type software et hardware. En même temps, il faudrait créer une plateforme intelligente issue du Big Data et du deep learning pour pou- voir un jour rivaliser avec Google, Apple et Samsung, mais aussi renforcer l’industrie 4.0, notamment celle des capteurs suisses. Cela permettrait de concevoir et d’assembler la prochaine génération des montres intelligentes, celle qui viendra après les montres connectées actuelles. On aurait alors un pur Swiss made de type smart. Mais évidemment cela nécessite une mobilisation générale des chercheurs, des créatifs, des start-ups et surtout des industriels suisses.n
1) Voir le site www.livescience.com_52313-apple-watch-detect-health-problems pour plus de détails.
Note: cet article a paru dans le bulletin de la Société Suisse de Chronométrie - du mois de mai 2016
24/05/2016
Quatre trimestres consécutifs de forte baisse de l'activité horlogère on peut donc parler de récession, de crise (-11,1% sur un an). C'est presque une habitude: l'horlogerie suisse semble devoir passer par des phases de crise profonde avant éventuellement de rebondir. Deux grandes crises au XXème ont contribué à forger cette idée... en tout les cas, dans les montagnes jurassiennes, on en est convaincu ... alors petit rappel historique pour découvrir aussi comment la sortie de crise se prépare.
1) Première crise 1931-1941
La grande dépression mondiale (débutée par le crash financier de1929 aux États-Unis) eut un effet désastreux sur l'industrie horlogère. Les entreprises, trop petites et dispersées ont eu recours d'une part à un « dumping » meurtrier afin de survivre et d'autre part, se sont mises à vendre les montres en pièces détachées. Ainsi non seulement les marchés se sont effondrés (crise conjoncturelle) avec un appareil de production en surcapacité (crise structurelle) mais de plus, le système même de production s'est internationalisé (crise systémique). On a parlé de la guerre des "ébauches". La Confédération a du intervenir pour favoriser la création de l'ASUAG, société en charge de racheter la majorité des fabricants d'Ébauches. En créant une sorte de monopole, cette entreprise allait pouvoir rétablir l'ordre. La crise allait pouvoir s'éloigner ... la seconde guerre mondiale puis les "trente glorieuses" allaient définitivement relancer la machine...
2) Deuxième crise 1973-1983
Dans les années 1970, les Japonais suivis de certains Américains se sont mis à la montre électronique grâce à l’apparition de la Quartz bien plus précise et bien moins chère que les montres mécaniques suisses traditionnelles. Les exportations horlogères suisses vont donc chuter d'abord progressivement puis fortement de 1973 à 1983. L'horlogerie suisse paraît alors soudain se retrouver face au gouffre. De 90'000 emplois, on passe à 30'000. La chute du marché semble sans fin et le nombre d’entreprises manufacturières passe de1'600 en 1970 à environ 600 dans les années 80.
Cette crise horlogère fut souvent attribuée à l'apparition de la montre à quartz (crise systémique résultant d'un progrès technologique) mais la crise horlogère suisse de cette époque est également due à d'autres facteurs longtemps ignorés comme l'abandon des taux de change fixe en 1973 qui a abouti à une forte hausse du franc suisse face au dollar américain (crise conjoncturelle) et au manque de rationalisation de la production dans la branche (notamment dû au statut horloger qui a créé une crise structurelle). Pour illustrer en chiffre l'impact de cette crise, les parts de marché des montres suisses en volume (c'est à dire nombre de montres) dans le monde étaient les suivantes: 1970 :83,1 %, en1975 : 58,8 %, en 1980 : 22,2 et en1983 : 15,3 % et aujourd'hui en 2016: 5%. Mais en valeur les suisses représentent toujours plus de 50% du marché mondial.
Sortie de crise (quartz)
Contrairement à ce que l'on pense en général, ce n'est pas tant le lancement de la montre Swatch à l'initiative de Ernst Thomke et d'ETA mais bien l'invention du concept de "Haute Horlogerie" par Franco Cologni au sein de Cartier (concept fondée sur un marketing de marque sélectif) qui constituera le renouveau de l'industrie horlogère suisse. Depuis, les marques horlogères traditionnelles suisses ont retrouvé leur position de leader du marché, principalement avec des montres mécaniques traditionnelles permettant de belles complications mais souvent inutiles.
L'industrie horlogère suisse n'occupe plus que l'extrême pointe du haut de la pyramide en quantité. Durant la première décennie du XXIème siècle, le secteur de l'horlogerie mécanique haut de gamme a connu une forte croissance (entre 12 et 15 % de croissance annuelle pour la période 2004 - 2008); cette expansion étant souvent attribuée à l'apparition d'un nouveau marché dans les pays émergents (surtout la Chine).
3) Et maintenant la prochaine crise ... avant une sortie possible?
On l'a déjà beaucoup écrit (voir ici un post précédent) ... cette crise est multiple, profonde et durable... la montre connectée (crise systémique), la surcapacité de production industrielle (crise structurelle provoquée notamment par l'initiative de Nicolas Hayek père sur la fin de la livraison des calibres par ETA) et la crise conjoncturelle (effondrement du marché de Hong Kong) vont entraîner à nouveau l'horlogerie suisse au bord du gouffre... pour moi il est clair qu'un ensemble de décisions conjoncturelles, structurelles et systémiques sont nécessaires. Les marchés (conjoncture) vont repartir mais la vente sur Internet va rester. Il faut donc attaquer cette nouvelle frontière de vente et ceci même dans le luxe. La surcapacité passe par la fermeture d'usines de production de calibre et l'ouverture d'usine 4.0. L'usine ultra-moderne de la Swatch "System 51" montre le chemin du futur.
Mais surtout, il faut créer une capacité de renouveau technologique nécessitant la maîtrise des puces, des capteurs et des OS. A l'époque le Gouvernement avait créé l'ASUAG pour sortir de la première crise puis le CSEM pour la seconde ... cette fois-ci il faut un centre d'innovation pour la "connected", l'Internet des Objets si l'on veut. La montre connectée "swiss made" doit un jour exister ... sans cela l'horlogerie suisse sera condamnée à un rôle tout à fait anecdotique.
08/05/2016
La Tag Heuer Connected va-t-elle "perdre" son moteur ou est-ce juste une fausse alerte? Leçon pour tous!
Personne dans le monde horloger ne semble relever le fait que les récentes annonces d'Intel*, qui vient d'annoncer l'arrêt probable d'une partie des processeurs de la famille Atom, a mis une pression considérable sur la Connected de Tag Heuer. Les horlogers de la Chaux-de-Fonds vont-ils devoir remettre en question la stratégie "Android sur architecture Intel" que Jean-Claude Biver (CEO du pôle horloger de LVMH) nous avait livré comme "la" solution, il y a six mois ou est-ce juste une fausse alerte? La communication grand public d'Intel est confuse (voir ci-dessous) ... quant à Biver il assure que leur processeur spécifique d'Intel n'est pas concerné ... et Gregory Pons (le fameux journaliste horloger) en rajoute une couche (à lire ici) ... tout cela reste à être vérifié dans les prochains mois bien sûr...
De cette épisode il y a quelques leçons a retenir pour les horlogers suisses.
1/ Celui qui fabrique les processeurs tient tout le monde en joue
Si Intel stoppe la production d'Atom alors Tag Heuer va devoir rapidement trouver une solution ou un autre partenaire: Qualcomm ou un autre fournisseur. Mais une telle situation va pouvoir se reproduire à l'avenir, souvenez-vous de l'histoire de Nokia et Intel (déjà eux!). Donc les suisses feraient mieux de se bâtir une compétence processeur/moteur à l'avenir.
2/ Celui qui détient l'intégration processeur/plateforme peut aussi menacer tout le monde
La durée de vie de la Tag Heuer Connected vient -après une seule annonce- de s'en trouver considérablement raccourcie. Faute de support à moyen terme d'Intel (2 ou 3 ans?) tout les partenaires horlogers de la marque californienne vont devoir cesser leur production de montres. Intel finance en effet le gros du développement soft qui lie son architecture matériel à la plateforme Android et il est peut probable qu'Intel continue dans ces conditions.
3/ L'enjeu sur l'internet des Object et le "cloud" semblent être aujourd'hui plus important que la montre pour les géants des ICT!
L'horlogerie traditionnelle (y compris suisse) qui se met au connecté, va connaître de lourdes difficultés. Il faut maîtriser toute la fabrication ou alors acheter ses entreprises ayant des compétences "processeurs". Le bricolage ne va certainement plus suffire à l'avenir et la montre connectée ne sera qu'un des objets de l'internet des objets...ni plus ni moins...
4/ Il n'y a pas d'esprit de tradition dans les ICT...et il n'y en aura jamais!
Après la percée de l'Apple Watch, voilà le recul d'Intel. On peut noter que les géants des ICT font souvent des mouvements stratégiques brusques et laissent tomber des pans entiers de leurs savoirs faires sans crier gare. Nokia, Digital, IBM, Dell, etc. l'ont démontré fréquemment ces dernières décennies.
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* Une information que l'on trouve chez VIPresse.net ... voici un extrait de ce magasine en ligne: "... Intel est-il en train de solder en catimini les erreurs stratégiques du passé ? Divers médias américains ont annoncé ce week-end l’abandon par le numéro un mondial des semi-conducteurs de ses processeurs Atom notamment pour smartphones. Après l’annonce officielle d’un plan de suppression de 12'000 emplois réduisant ses effectifs de 11% afin de déplacer son centre de gravité des PC vers les centres de données et l’Internet des objets, Brian Krzanich, CEO de l’entreprise a pris la plume la semaine dernière pour expliquer la stratégie et le futur d’Intel... Intel va ainsi abandonner avec effet immédiat ses plateformes Atom SoFIA et Broxton pour smartphones et tablettes, afin de consacrer ses ressources à des produits offrant un meilleur retour sur investissement et plus en phase avec la stratégie du groupe, aurait déclaré un porte-parole d’Intel. "
25/04/2016
Aujourd'hui 25 avril à Berlin et demain à Hanovre (Messe), une importante délégation d'entrepreneurs romands et de chercheurs/professeurs (+54) sont en déplacement en Allemagne pour découvrir la réalité de l'avenir industriel du monde.
Boris Zurcher, notre "ministre" du travail accompagne ces derniers car l'un des enjeux est l'emploi de demain... En effet, allons nous assister à une vague de délocalisation ou de licenciement des entreprises? Et ceci, non pas tant liée au franc fort mais plutôt à cause du numérique! C'est une question centrale qui a été débattue à l'Ambassade de Suisse à Berlin, aujourd'hui. La réponse n'est pas évidente. Ce qui est certain, c'est que les emplois de demain ne seront pas les mêmes qu'aujourd'hui et le système suisse de la formation est véritablement sous pression de la révolution "numérique" pour se réformer en grande hâte...
Barak Obama est aussi venu inaugurer la plus grande "Messe" industrielle du monde: l'Amérique étant le pays hôte cette année. Son discours rappelle que les USA sont les leaders de la révolution du "numérique" (surtout en ce qui concerne le software) et qu'ils veulent le rester. Mais évidemment côté industriel (hardware), les allemands sont les meilleurs.
Alors la guerre industrielle va atteindre un nouveau paradigme car qui du software ou du hardware va dominer le monde? Devinez!
Du côté des suisses, c'est aussi franchement très tendu... on est en retard à la fois sur le software et le hardware... alors que nos usines sont souvent plus modernes que celles de nos concurrents allemands et américains... car elles ont été construites par ces derniers... Et c'est peut-être là l'enjeu final de l'industrie 4.0: seul la production compte!
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La délégation suisse est conduite sous l'égide d'un programme national d'innovation régionale appelé Manufacture 4.0 (regarder les liens ci-dessous). La CNCI (dirigé par Florian Nemeti) et le Swiss Creative Center (Neuchâtel) portent ce projet.
A lire les articles produits par le projet Manufacture 4.0
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21/04/2016
La dégradation observée depuis juillet 2015 dans l’évolution des exportations horlogères suisses s’est accélérée en mars.
Avec un recul de 16,1% par rapport à l’année passée, leur valeur marchande n’a indiqué que 1,5 milliard de francs.
L’ampleur de la baisse est inhabituelle puisqu’il faut remonter à la crise de 2009 pour trouver des taux en chute libre de cet ordre.
Les trois principaux marchés des horlogers suisses ont été particulièrement touchés:
- Hong Kong a enregistré un de ses plus forts reculs, avec -37,7%.
- Les Etats-Unis ont suivi la même pente en mars (-32,9%), accélérant nettement leur baisse.
- La Chine a été aussi clairement négative (-13,7%).
Ainsi ce que nous annoncions ici même - depuis maintenant deux ans - ce concrétise... ce qui reste curieux c'est le manque de réactivité des dirigeants...
Messieurs les actionnaires réveillez-vous!
01/04/2016
Voilà les trois fondamentaux nouveaux que Baselworld vient de nous apprendre:
A.- On est passé dans un marché d'acheteurs... c'est lui qui fixe les conditions de l'échange commercial ... désormais ce sont les commerçants, les grossistes et les revendeurs qui ont (re)pris le pouvoir... cela faisait plusieurs décennies que cela n'était plus le cas ... fini de dicter sa loi (les volumes, les marges et les prix) depuis les montagnes...
B.- La crise horlogère se développe maintenant sur trois niveaux stratégique:
- conjoncturel avec par exemple Hong Kong toujours dans le rouge...
- structurel avec une sur-capacité industrielle de l'horlogerie suisse...
- systémique avec la transformation vers le tout connecté...
C.- Les propos des patrons de l'horlogerie de luxe suisse dans la presse, notamment ceux de Monsieur Stern (Patek Philippe) démontre que le luxe peut désormais se passer d'un tissu industriel régional (donc l'idée de cluster horloger vole en éclat)... en fait ce qu'ils disent précisément, c'est que les marques vont produire le plus possible de manière interne, et que sinon ils peuvent acheter n'importe où... en d'autres termes la chaîne de la valeur n'est plus régionale ... et le Vallon de St.-Imier, la Vallée de l'Arve (décolletage) ou la Corée du Sud, c'est du pareil au même pour une chaîne de valeur industrielle numérique ...
26/03/2016
ON CHANGE D'HEURE! OUI... MAIS DANS QUEL SENS?
QUESTION: Ce soir: j’avance ou je recule ma montre?
Cela fait exactement 30 ans (depuis 1976) que personne ne sait quoi faire
... lors du changement vers l'horaire d'été (ou d'hiver)
... alors voici une petite astuce:
"En avant mars...*".
Ainsi plus moyen de se tromper:
"on avance d'une heure au printemps on recule à l'automne..."
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22/03/2016
Les exportations horlogères suisses sont restées sur une pente négative, pour le huitième mois consécutif. Leur valeur s’est établie à 1,7 milliard de francs en février 2016. Il s’agit d’une baisse de 3,3% par rapport à 2015, qui a été grandement influencée par l’évolution du marché de Hong Kong.
Les montres-bracelets ont enregistré un recul de leur valeur moins prononcé, avec -2,0%. Les garde-temps bimétalliques ont tiré les chiffres vers le bas, alors que les produits en acier ont affiché une progression. En volume, la baisse a été plus substantielle et nettement influencée par les montres en acier paradoxalement.
Les montres de plus de 3'000 francs (prix export) ont retrouvé le chemin de la croissance en février, aussi bien en valeur qu’en nombre de pièces. Au-dessous de cette barre, tous les segments de prix ont présenté un repli.
Après douze mois de forte baisse, la tendance ne s’est pas retournée à Hong Kong, qui est resté en net recul pour le treizième mois consécutif. Les Etats-Unis ont mis fin à cinq mois de baisse et ont renoué avec la croissance, en dépit d’un effet de base défavorable. Le Japon a en revanche profité d’une base de comparaison plus facile et a confirmé le très bon résultat du mois de janvier. Cette évolution a contrasté avec celle de la Chine, dont le niveau a continué de fléchir plus que la moyenne mondiale. Dans l’ensemble, l’Europe a affiché une progression de 4,0%. L’Italie n’a pas bougé par rapport à février 2015, tandis que l’Allemagne s’est inscrite en hausse sensible.
(selon le communiqué de la FHS)
Remarque finale: pour sortir de Hong Kong et de ses boutiques de luxes en quasi-faillites ...cela va coûter cher, très cher aux horlogers suisse!
16/03/2016
AlphaGo (Deep Mind) a battu l'homme!
C’est énorme : un jeu d'algorithmes auto-apprenants est parvenu, les 8, 10, 12 et 15 mars à battre le Sud-Coréen Lee Sedol, un des meilleurs joueurs de go au monde. Après trois partie gagné par l'Intelligence Artificielle les jeux étaient faits. Même-ci lors de la quatrième partie la machine a concédé une défaite. Petit espoir? Non la défaite a été entérinée hier!
Dans la première partie, après un peu plus de trois heures de jeu, le programme conçu par des chercheurs de Deep Mind (Google) a remporté la manche d’une série de cinq matches, au terme d’une partie très serrée jusque dans les tous derniers moments.
Le même logiciel était parvenu, il y a quatre mois à battre l’un des meilleurs joueurs européens, mais la partie s’annonce plus difficile face à M. Sedol considéré comme le troisième mondial.
En début de première partie, le champion du monde semblait avoir pris un léger avantage sur la machine. Les deux compétiteurs se battaient pour le contrôle du coin inférieur gauche après une série de coups peu classiques de M. Sedol auxquels les algorithmes ont répondu aussi de manière peu conventionnelle.
Mais lorsque le match arrivait à sa fin, la machine ne semblait pas perdre le nord (si on peut le dire ainsi pour une partie de go !). La fin de partie est réputée favorable à la machine, qui dispose de moins d’options et peut donc mieux optimiser sa puissance de calcul. Dans les derniers mouvements du jeu, le différentiel de points était estimé à un ou deux points seulement - une marge faible dans une partie de go. Mais soudain l'homme céda et se déclara perdant.
Dans la seconde partie (10 mars), après cinq heures de jeu et une partie serrée qui est allée au bout du temps imparti, M. Sedol, visiblement fatigué, a perdu aux points après un affrontement durant lequel Deep Mind a joué de manière agressive.
Le 12 mars, AlphaGo a gagné la troisième partie. C'en est alors fini de l'homme, du moins de son intelligence au jeu...de go!
Le 13 mars, Lee Sedol est revenu dans le jeu avec beaucoup d'agressivité, qui est habituel pour lui. La machine a fait quelques coups "étranges" et à finalement concédé la défaite.
Hier, l'homme n'a rien pu faire...les algorithmes dominent...
Donc, 4-1 au final.
Du jamais vu à ce niveau!
L’enjeu de cette compétition a été hautement symbolique: le jeu de go, qui nécessite à haut niveau d’excellentes capacités de réflexion stratégique, est le dernier jeu classique dans lequel la machine ne parvient pas à battre les meilleurs joueurs humains.
C'est donc fait l'homme... a trouvé son maître. Ce jour tant redouté est arrivé... l'intelligence artificielle nous dépasse...
Question: est-ce que la machine sera à notre service ou à l'inverse allons-nous en être tributaire ?
Pas clair... car si la machine devient vraiment si intelligente que cela alors pourquoi elle s'encombrerait d'une créature finalement nuisible à son environnement et qui ne semble pas apprendre vraiment avec le temps ... comme l'homme?
06/03/2016
Une excellente description de l'activisme "Biverisme" (cela vous rappellera forcément quelqu'un ... les insultes en moins)... par notre confrère "blogueur" Grégory Pons "posté" sur son Site Internet: Business Montres (texte reproduit ci-dessous)
Aujourd’hui à Genève pour un événement au salon de l’Auto, avant-hier aux Etats-Unis pour le football (Business Montres du), hier à Londres pour lancer l’horlogerie dans le tatouage chic, demain à Beijing pour un partenariat stratégique avec l’équipe chinoise de football, bientôt dans les paddocks du Grand Prix dAustralie avec une canette de Red Bull à la main, après-demain sur le glacier de la Jungfrau pour un concert de pop on the rocks. Un jour avec une casquette Hublot. Un jour avec une casquette TAG Heuer. Un jour prochain avec une casquette Zenith. Toujours avec du fromage d’alpage et entre deux avions…
On ne l’arrête pas parce qu’on ne le refera pas : le moule est cassé. Il a passé la surmultipliée pour entraîner deux et bientôt trois marques dans un rêve impossible : saturer la capacité d’attention de ses clients potentiels en investissant la moindre part de cerveau disponible. Axée autour du concept de « répétition » [s’imposer avec une message unique dans toutes les étapes de la vie quotidienne d’une clientèle donnée], cet état de saturation mentale voit les maisons TAG Heuer et Hublot aligner chacune près de 300 événements par an sur toutes les terres émergées. Le jour où la Patagonie sera un marché émergent, on ne verra plus que lui dans les brumes du cap Horn.
En attendant, le soleil ne se couche jamais sur l’empire Biver, nouveau Charles-Quint de l’horlogerie internationale. Tous les jours ou presque, un événement vient relancer la mise. Au point que la communication passe désormais prioritairement par l’événement – et non plus par le sponsoring ou la publicité classique, qui ne sont plus que des compléments d’appoint. C’est l’événement qui crée, en soi, la rupture et qui génère des retombées rédactionnelles et promotionnelles. C’est même l’événement – caractérisé par la recherche d’une audience maximale à partir d’une même impulsion [le fameux « 1 + 1 = 3 »] – qui devient le pilote de toute la communication : un événement réussi et bien maîtrisé permet d’ailleurs de réduire de façon significative les budgets annexes. Les médias français vont pouvoir le vérifier bientôt avec la réduction drastique des budgets Hublot pendant l’Euro de football : on peut réduire la pression publicitaire quand plusieurs milliards de téléspectateurs voient systématiquement et simultanément fleurir le logo de Hublot sur les panneaux du quatrième arbitre, à chaque changement de joueurs et lors de l’annonce des temps additionnels.
On voit cristalliser chez Hublot et chez TAG Heuer, bientôt chez Zenith, une pratique nouvelle de l’event marketing, discipline que Jean-Claude Biver est à peu près le seul à maîtriser et à pratiquer avec une telle assiduité. En fait, si on y regarde de plus près, cet event marketing de haute intensité remonte aux années Omega du parcours de Jean-Claude Biver. C’était le coup de pied dans le fond de la piscine qui avait permis à Omega de refaire surface et de se lancer dans une course d’endurance derrière Rolex. Une des plus belles opérations d’event marketing avait été la signature du contrat entre Omega et James Bond au cinéma : l’idée géniale n’avait pas été de faire porter une Seamaster [collection alors moribonde qui s’en est trouvée ragaillardie] à l’agent 007, mais d’associer Omega – pour une somme relativement dérisoire – à l’ensemble des événements organisés pour le lancement des films de James Bond. Vingt ans plus tard, les effets positifs de ce coup fumant profitent toujours à Omega : à la place des écoles de marketing et autres « Sup de luxe », on enseignerait dare dare l’event marketing aux nouvelles générations…
Alors, qu’a-t-il dans la tête à la veille de Baselworld ? Justement, pas grand-chose, ni pour Hublot, ni pour TAG Heuer, ni même pour Zenith ! Émerger à Baselworld est un art difficile quand tous les concurrents parasitent la moindre initiative. Ce qu’on remarque le plus dans cette tempête d’égos managériaux déchaînés, c’est l’understatement, le low profile, la discrétion (relative). Jouer en sourdine quand les concurrents nous tympannisent avec leurs grandes orgues : un plaisir d’esthète et de gourmet. Pas question de refaire en moins bien le coup de la récréation fromagère avec Intel et Google, comme en 2015. Pas question non plus de gaspiller les deux ou trois grosses cartouches que tirera TAG Heuer avant et après l’été, quand il sera temps de causer des choses sérieuses, entre hommes qui savent de quoi ils parlent.
Faisons néanmoins confiance à Jean-Claude Biver pour nous tirer de son chapeau ou du fond de sa poche une ou deux prototypes qui feront saliver dans les chaumières : il ne peut pas s’en empêcher, c’est plus fort que lui. Il sait distribuer à ses courtisans médiatiques – encore un de ses empires sur lequel le soleil ne se couche jamais – quelques friandises et des amuse-bouches qui calment les blessures d’amour-propre et qui rassurent les grands perroquets affectifs. À droite en rentrant, immédiatement après les tourniquets d’entrée (TAG Heuer), puis toujours à droite sur le même trottoir (Zenith), puis en face de l’autre côté de l’année (Hublot), au besoin en passant par les sous-sols spécialement aménagés pour gagner vers le bas ce qu’on ne pouvait plus surélever : le pré-carré bâlois de Jean-Claude Biver est une confédération à la suisse face aux grand empires centraux…