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Toots and the Maytals: retour du reggae gospel
S’il est un artiste qui peut se targuer d’être, de son vivant, une légende du reggae aux côtés de Bob et de Peter, c’est bien Frederick «Toots» Hibbert, figure emblématique depuis plus de 40 ans de Toots and the Maytals. Sur True Love, sorti le 17 mai dernier, la voix la plus «soul» du reggae démontre une nouvelle fois son talent phénoménal, entourée d’une série hallucinante d’artistes allant de Willie Nelson à Keith Richards, en passant par Clapton, Ben Harper ou encore Bootsy Collins. Un disque incontournable pour les amateurs de reggae, comme pour les passionnés de soul.
Frederick «Toots» Hibbert est né en 1945 à Maypen en Jamaïque et a été, dès son plus jeune âge, plongé dans la culture gospel de son père, prêcheur adventiste. A sept ans il intègre un chœur baptiste et à 17 ans il se rend à Kingston et forme The Maytals avec Nathaniel «Gerry» McCarthy-Matthias et Henry «Raleigh» Gordon. Comme beaucoup de jeunes artistes de l’époque le trio se présente au fameux «Studio One», régit par Clement Sir Coxsone Dodd’s, et est reçu par Lee «Scratch» Perry, alors en charge des auditions pour Coxsone. Avec un premier contrat précaire en poche The Maytals entrent en studio et enregistrent leur premier single «Six And Seven Books Of Moses». Suivront de nombreux autres morceaux, dont «Hallelujah», premier single des Maytals diffusé en Grande Bretagne. Rapidement, le trio gagne en notoriété en Jamaïque et s’assure une forte réputation «gospel», qui ne le quittera plus.
La jungle des producteurs
Malgré le succès fulgurant des Maytals, Coxsone rechigne à les payer, sortant nombre de titres sous le nom de «The Vikings» ou encore «The Flame». Furieux, le groupe quitte Coxsone en 1964 pour travailler avec une autre grande figure de l’époque: Prince Buster. Ils enregistrent une série de classiques comme «Little Flea», «Domino», «Pain in my Belly» ou encore «Dog War» (aussi connu sous les titres «Brodway Jungle» et «Jamaica Ska»), chanson qui dénonce l’attitude de Coxsone à l’égard des artistes qu’il exploite.
En 1966, The Maytals signent avec Byron Lee et remportent la première édition du «Jamaica’s Prestige Song Competition» avec l’excellent titre «Bam Bam» qui sera réenregistré en 1982 pour la bande originale du film «Countryman». Durant la «période Byron Lee» The Maytals confirment leur position de leaders incontestés du ska avec des titres comme «It’s You» ou «Fever» mais s’orientent également peu à peu vers le Rocksteady, avec des morceaux plus lents comme «Daddy» et «Treat Me Bad».
Arrêté pour possession de ganja, Toots Hibbert, qui a toujours nié les faits arguant qu’il ne fumait pas encore à cette époque, est condamné à une peine de 18 mois de prison. A sa sortie, en 1967, le trio se reforme et signe avec Leslie Kong, seul producteur honnête de l’île à cette époque, aux yeux de Toots. Le single qui marque le «come-back» du groupe est le fameux «54-46, Was My Number», un des plus époustouflants Rocksteady jamais réalisé, qui retrace l’expérience de Toots en taule. En hiver 1968, The Maytals évoluent du Rocksteady vers un style plus rapide, plus dansant et sortent «Do the Reggay», à l’origine du mot Reggae qui qualifiera ce style musique. La collaboration avec Leslie Kong est extraordinairement fructueuse et le trio aligne standard sur standard, dont «Pressure Drop», «Monkey Man» et «Sweet and Dandy», titre avec lequel, en 1969, The Maytals gagnent une nouvelle fois le «Jamaica’s Prestige Song Competition».
Le 9 août 1971, Leslie Kong meurt d’une crise cardiaque à l’age de 38 ans et The Maytals doivent retourner travailler avec Byron Lee. En 1972, ils gagnent une nouvelle fois le «Jamaica’s Prestige Song Competition» avec le fameux «Funky Kingston», titre sous lequel sort l’année suivante, chez Trojan, leur premier album, empreint de soul et de gospel. The Maytals deviennent à cette occasion «Toots and the Maytals» en voient leur succès exploser au niveau international. En 1974, leur second album In the Dark confirme leur ascension. Le groupe signe l’année suivante chez Island, sortent Reggae Got Soul et se lancent dans une tournée internationale.
L’Otis Redding jamaïcain
C’est dans ses concerts que Toots laisse exploser toute l’ampleur de son talent. Sa présence scénique, comme sa voix, font penser aux grands noms de la soul que sont James Brown ou Wilson Pickett et ce n’est pas un hasard si Toots a été surnommé par des critiques impressionnés l’«Otis Redding de la Jamaïque». Le 29 septembre 1980, le trio donne un concert au Hammersmith Palais de Londres et en une nuit, le groupe mixe l’enregistrement et presse 5000 vinyles. Le lendemain matin, les plaques se trouvaient chez les disquaires de la capitale! Toots and The Maytals Live est non seulement l’album live sorti le plus rapidement de l’histoire de la musique, mais il est aussi considéré par de nombreux critiques comme un des meilleurs enregistrement de concert, avec Live at the Apollo de James Brown, Live at the Lyceum de Marley et Otis Redding in Europe.
En 1981, le trio se sépare et Toots continue seul l’aventure. Il travail entre autre avec les incontournables Sly Dunbar et Robbie Shakespeare et enregistre, en 1983, «Spiritual Healing», un pur soul-reggae en clin d’œil à Marvin Gaye, qui sera un tube dans le monde entier. En 1988, Toots se rend à Memphis pour enregistrer un album de reprises des classiques du fameux label Stax (Otis Redding, Sam & Dave, Isaac Hayes, etc.). Enregistré en 10 jours Toots In Memphis est un de ses meilleurs albums d’après 1981.
True Love
Avec True Love, Toots revisite ses classiques entouré d’une palette d’artistes venant d’horizons divers et qui apportent chacun leur touche particulière dans les 17 duos que compte l’album. Le casting est impressionnant. On retrouve les maîtres britanniques du blues blanc, Jeff Beck, Keith Richards et Eric Clapton, comme les figures rock Bonnie Raitt et Ryan Adams. On croise aussi les rappeurs Rahzel, The Roots et No Doubt. Sans oublier évidemment une série de potes de la Jamaïque: Shaggy, The Skatalites, U-Roy, Ken Boothe, Marcia Griffith et Bunny Wailer. A noter également la présence du roi de la basse funky: Bootsy Collins et celle d’un Ben Harper très inspiré. Le duo le plus époustouflant est probablement celui que Toots fait avec Willie Nelson sur un reggae composé par l’artiste country: «Still is Moving To Me». Plus convenu, mais néanmoins sympathique, le duo avec Manu Chao sur «Merry Blues».
True Love est indéniablement une très grande et très bonne surprise, rappelant l’extraordinaire talent de Toots, particulièrement lorsqu’il s’agit de métisser le reggae avec d’autres styles musicaux. Et il est à conseiller à toutes les amatrices et les amateurs du genre de ne pas manquer l’occasion de le voir sur scène, le 16 juin prochain, à l’Usine à Genève.
Erik GROBET
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