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Un nouvel outil de dépistage de la démence
Une équipe internationale de scientifiques en Suisse et au Royaume-Uni a identifié une nouvelle façon de dépister le déclin cognitif lié à l'âge en demandant aux gens rien de plus que de détecter des sons et des éclairs: aussi simple que d'appuyer sur un bouton.
Comment différencier les personnes qui subissent des changements caractéristiques du vieillissement en santé et celles qui développent une démence?
La population mondiale vieillit, un phénomène qui s'accompagne d'un flot croissant de problèmes de santé liés à l'âge, y compris la démence, la maladie d'Alzheimer et la déficience cognitive légère (MCI). Étant donné que 30 à 50% des cas de MCI se développent plus tardivement dans la maladie d'Alzheimer, il y a un besoin urgent de diagnostic précoce et d'intervention. Cependant, il n'existe actuellement aucun biomarqueur établi pour le MCI; il n'y a pas de tests sanguins diagnostiques comme ceux pour le diabète. Au lieu de cela, le diagnostic actuel de MCI implique de longues évaluations neuropsychologiques avec des tests de contrôle cognitif et de la mémoire, des questions sur les activités quotidiennes et l'humeur.
En tant que tel, le test nécessite une infrastructure clinique qui prend du temps et des ressources pour les patients et les cliniciens. Premièrement, les matériaux d'essai doivent être achetés. Deuxièmement, les tests ne sont pas informatifs sans des cliniciens formés pour les administrer et les noter. Troisièmement, il n'est pas toujours facile de convaincre les personnes âgées d'accepter une évaluation clinique approfondie. Enfin, les résultats des tests peuvent être influencés par des facteurs tels que le QI de l'individu, le statut socio-économique et les testeurs eux-mêmes.
Dans une étude publiée dans Scientific Reports, Micah Murray, professeur associé à la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL et chercheur au Service de neuropsychologie et de neuroréhabilitation ainsi qu’au Service de radiodiagnostic et radiologie interventionnelle du CHUV, et ses collaborateurs, ont révélé comment une simple tâche effectuée sur un ordinateur portable (bientôt disponible sur un smartphone) peut aider à dépister le MCI. Cette simple tâche ne demande aux participants rien de plus que d'appuyer sur un bouton chaque fois qu'ils perçoivent un éclair de lumière ou entendent un son. Parfois, une seule demande est activée, parfois les deux, mais l’exigence se résume toujours à appuyer sur un bouton lorsque la personne voit ou entend quelque chose.
Le Prof. Murray et ses collaborateurs ont ensuite extrait deux mesures sur la performance de chaque personne: 1) ils détectaient plus rapidement les éclairs ou le son, et 2) la mesure dans laquelle ils détectaient un événement auditif-visuel par rapport aux flashs ou aux sons. En utilisant seulement ces deux mesures, le Prof. Murray et ses collaborateurs ont été en mesure de dire avec précision si une personne a été diagnostiquée avec MCI en utilisant des tests cliniques standards.
Le Prof. Murray déclare: «Nous sommes particulièrement enthousiasmés par ce travail car il montre comment des tests très simples peuvent aider la pratique clinique en atteignant une population plus large, à moindre coût. Nous sommes heureux que nos résultats clarifient le lien entre notre vision et l'audition et leur rôle dans le soutien de la (dys)fonction de la mémoire; il devient de plus en plus clair que la préservation de nos capacités cognitives en vieillissant dépend de l'intégrité de nos sens. Ceci étend considérablement nos conclusions existantes similaires chez les enfants d'âge scolaire».
Cette recherche est le fruit d'une collaboration internationale entre l’Université de Lausanne, le CHUV, l'Université de Westminster (Londres, Royaume-Uni), la City, University of London (Londres, Royaume-Uni) et la HES-SO Valais (Sierre, Suisse), soutenue par le Fonds national suisse, la Fondation Pierre Mercier et un mécène conseillé par Carigest SA.
Mis à part l'impact de leurs résultats sur le diagnostic de MCI, ce travail apporte également un éclairage nouveau sur la compréhension de la façon dont le cerveau des personnes âgées traite l'information provenant des différents sens. Typiquement, différents sens travaillent ensemble pour améliorer la perception et la communication sociale. Par exemple, il est plus facile de comprendre quelqu'un qui parle dans un environnement bruyant (par exemple un cocktail) lorsque l'on regarde les mouvements de sa bouche. Les scientifiques, cependant, restent incertains sur la façon dont le vieillissement affecte nos deux sens et les échanges d’informations. Le vieillissement peut pousser les individus à être typiquement plus visuels ou plus auditifs en termes de leur modalité sensorielle préférée. Le Prof. Murray et ses collaborateurs ont révélé que cette préférence module aussi à quel point une personne donnée bénéficiera ou non de l'information présente dans plusieurs sens.
Reste désormais aux chercheurs à concevoir de nouvelles façons d'optimiser et de valider ce nouvel outil de dépistage. Ils se tournent également vers le rôle potentiel des systèmes de neurotransmetteurs spécifiques dans les changements liés à l'âge et pathologiques dans les fonctions sensorielles et cognitives. Pour mieux comprendre comment le vieillissement modifie notre capacité à faire confiance à nos sens, le Prof. Murray et ses collaborateurs travaillent actuellement avec des cliniciens et des soignants pour concevoir de nouvelles stratégies et de nouveaux traitements diagnostiques.
Pour les informations complémentaires:
Prof. Micah Murray: <email-pii>, tél: +41 79 556 6355
par Micah Murray - CHUV