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June 29, 2007
Commission fédérale des banques
Schwanengasse 12
Case postale
3001 Berne
Lucerne, le 29 juin 2007
Licence octroyée à une banque islamique
Madame, Monsieur,
Je lis dans votre communiqué de presse du 27 mars dernier que la Commission fédérale des banques a octroyé une première licence à une banque islamique non désignée explicitement mais dont il est dit qu’elle «[respecte] les principes de la charia». Or c’est là une décision que je juge peu judicieuse en regard de mes connaissances de la charia et je souhaite m’en expliquer.
La charia est un corps de lois médiévales, basées sur une vision dépassée de la société et sur des principes que le monde moderne refuse avec force et à juste titre. Ainsi, je pense qu’il devrait être clair que l’expérience a montré qu’une économie sans intérêts, comme le prévoit la charia, n’est viable qu’à titre d’enclave dans une économie par ailleurs ouverte aux principes dérivés de phénomènes vérifiables et contrôlables. Pourquoi encourager une solution que l’on sait être inadaptée? Mais il y a pire.
L’économie selon la charia est un anachronisme hérité d’une époque et d’une civilisation où l’une des principales activités économiques, sinon la principale, était l’esclavagisme – le fait de réduire systématiquement des gens en esclavage puis d’en faire le commerce –; et dans un contexte où les guerres d’expansion et les pillages étaient considérés comme des devoirs religieux, précisément au sens de la loi islamique, la charia.
La civilisation en question a été un échec, sa faillite a été consommée et ses lois abrogées entre le XVIIe siècle et le XXe siècle. Il est certes heureux qu’elle renaisse aujourd’hui, mais il est extrêmement malheureux qu’on l’y «aide» en en soutenant les manifestations rétrogrades. La charia est en effet la transcription légale de l’interprétation littérale du Coran et de la tradition du prophète. Ce corps de lois, dans toutes ses versions (soit celles des cinq écoles de jurisprudence ayant fait autorité dans la civilisation islamique) prévoit notamment le djihad (action militaire contre les incroyants) jusqu’à la domination mondiale, la Dhimma (ségrégation sociale à base religieuse, avec mesures d’«humiliation» obligatoires pour les non-Musulmans), les houdouds (châtiments corporels en place publique prévus explicitement par le Coran, donc irrévocables par la justice humaine) ou encore l’esclavage et la ségrégation sexuelle.
Selon la Cour constitutionnelle turque, en 1998, et la Cour Européenne des droits de l’homme, en 2001 et 2003, la charia est irrémédiablement incompatible avec la démocratie. Les arrêts en question disent notamment:
- Il est difficile à la fois de se déclarer respectueux de la démocratie et des droits de l’homme et de soutenir un régime fondé sur la Charia. (…)
- Lui sont étrangers des principes tels que le pluralisme dans la participation politique ou l’évolution incessante des libertés publiques. (…)
- [La charia tend à supprimer] le rôle de l’État en tant que garant des droits et libertés individuels et organisateur impartial de l’exercice des diverses convictions et religions dans une société démocratique, [puisqu’elle] obligerait les individus à obéir, non pas à des règles établies par l’État dans l’accomplissement de ses fonctions précitées, mais à des règles statiques de droit imposées par la religion concernée. (…)
- [La] Charia, reflétant fidèlement les dogmes et les règles divines édictées par la religion, présente un caractère stable et invariable. (…)
- [Elle est] l’antithèse de la démocratie, dans la mesure où elle se fonde sur des valeurs dogmatiques et est le contraire de la suprématie de la raison, des conceptions de la liberté, de l’indépendance, ou de l’idéal de l’humanité développé à la lumière de la science. (…)
Il faut également bien comprendre que si la civilisation islamique actuelle respecte mieux la dignité humaine que ne le prescrit la loi islamique, ce n’est pas à la suite d’une quelconque réforme qui aurait permis d’amender ou de modifier la charia. À l’époque, la loi islamique a été simplement supprimée et remplacée par des lois codifiées de type occidental. Et aujourd’hui, lorsque la charia est réintroduite (par exemple, sept pays en ont entre-temps rétabli le volet pénal, c’est-à-dire notamment les châtiments corporels en place publique), c’est également sans réforme, car l’ancrage dans des textes sacrés parfaitement clairs – car simplement descriptifs – y est si fort que toute réforme de la loi islamique doit aller de pair avec une réforme coranique.
Cette évolution est inquiétante: elle favorise la violence physique dont le Coran et les traditions du prophète sont des sources d’inspiration extrêmement généreuses; elle fait revenir à la surface des modes de pensée et des principes d’un autre âge; elle rend espoir aux islamistes qui rêvent d’un nouveau califat mondial; et, dans le cas particulier, elle camoufle ces effets pervers en profitant de la crédibilité de l’une des meilleures places bancaires du monde actuel.
De plus, on donne ainsi à croire que la charia est réutilisable telle quelle, qu’elle est respectable en elle-même. Ce faisant, on donne de l’eau au moulin de ceux des Musulmans qui voudraient la réintroduire dans sa totalité et on blâme, indirectement, ceux des Musulmans qui souhaitent la réformer authentiquement. En octroyant cette licence, la Commission fédérale des banques a donc plutôt fait le jeu des islamistes, contre les lois démocratiques.
Pour souligner la nécessité de cette réforme, et ainsi du manque de bien-fondé d’une décision qui conforte la réputation de la charia, et avec elle de l’interprétation classique, littérale et médiévale des textes sacrés islamiques, je joins à la présente une brève approche de quelques-uns des aspects de cette interprétation dont il sera sans doute évident au lecteur qu’ils appellent une réforme urgente.
Ce texte contient notamment une traduction originale d’une étude sur les bases légales islamiques du djihad réalisée par Ibn Rushd, un juriste musulman du XIIe siècle plus connu en Occident sous le nom d’Averroès et qui montre bien le consensus total des meilleurs spécialistes, sans voix discordantes, sur l’interprétation belliqueuse des textes sacrés que constitue la charia. Ce document, dont l’original est écrit en arabe et qui n’existe sinon qu’en anglais, traduit par un professeur de loi islamique de l’université d’Amsterdam, a également l’avantage de proposer une dissertation de juriste musulman adressée à d’autres spécialistes du droit islamique. Le texte en est donc parfaitement ouvert, sans fard ni fioritures, et donc très aisé à comprendre.
Je ne prétends bien sûr pas que les descriptions ci-après englobent la totalité de l’esprit de l’Islam, mais j’affirme, et avec moi de nombreux spécialistes et ex-Musulmans éclairés, que rien de spécifiquement islamique, pour l’instant, n’est venu compromettre ces interprétations, qui ont fait loi – donc qui ont guidé les puissants – pendant des siècles dans l’Islam.
Je pense que si la Commission fédérale des banques souhaite authentiquement, comme je le crois volontiers, soutenir la civilisation islamique dans son effort actuel de modernisation et de redressement, il est impératif qu’elle adopte à l’égard de la charia une attitude plus réservée, ou plus le moins plus différenciée.
En espérant que les membres de la Commission fédérale des banques voudront bien intégrer ces quelques réflexions dans leurs bases de décision à l’avenir, je vous prie de recevoir, Madame, Monsieur, l’expression de ma plus parfaite considération.
[Signature]
UPDATE: Plus de détails sur le secteur bancaire islamique, et notamment sur son aspect extrêmement moderne et son développement accéléré:
Michael Gassner un consultant spécialisé dans la finance islamique, établi à Cologne, expliquait dernièrement que «le thème de la finance islamique ne s’est vraiment imposé sur la scène internationale qu’au cours de ces deux dernières années». Qui plus est, «dans le monde musulman, les débuts de la banque islamique au sens actuel du terme ne remontent pas au-delà des années 1970». (…)
La finance islamique se développe à un rythme relativement rapide, y compris dans des pays non musulmans. En effet, en l’espace d’une trentaine d’années, le nombre d’institutions financières islamiques dans le monde s’est établi à plus de 300, réparties sur plus de 75 pays. Le total de leurs actifs dans le monde dépasse 300 milliards de dollars et augmente en moyenne de 15% par an.
(…) le numéro deux bancaire helvétique s’est retiré d’Etats “sensibles”, comme l’Iran et Cuba, en 2005 déjà. Le Credit Suisse n’y a plus développé de nouvelles affaires, tout en se retirant progressivement des affaires déjà en cours.
Mais Wall Street semble avoir trouvé trace du Credit Suisse Group dans chacun des cinq pays qu’il considère comme des sponsors du terrorisme, à savoir: Cuba, Iran, Corée du Nord, Soudan et Syrie. Quel manque de chance, quand même.