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GenAI: pourquoi la victoire des scénaristes hollywoodiens est importante
Après 148 jours de grève, les scénaristes américains ont approuvé une nouvelle convention collective encadrant leurs rapports avec les producteurs. Un volet important des négociations a concerné l’IA générative. Quelles garanties ont-ils obtenues et en quoi s'agit-il d’un précédent significatif?
La grève des scénaristes à Hollywood a fait couler passablement d’encre. Notamment car ce mouvement de protestation s’est étendu dans la durée et qu’il a paralysé toute une industrie du divertissement. Mais aussi parce que certaines des revendications touchaient au progrès fulgurant des IA génératives et des conséquences que ces technologies pourraient avoir sur l'emploi et les rémunérations des auteurs impliqués dans la production de films, séries et autres late-night shows populaires. Les accords trouvés pourraient en outre créer un précédent pour nombre d’activités impactées par l'essor des ChatGPT, Bard, Dall-E, Midjourney et autres outils de GenAI.
148 jours de grève
Le syndicat défendant les intérêts des scénaristes de l'industrie du divertissement aux USA, la Writers Guild of America (WGA), vient de faire savoir que 99% des membres qui ont voté ont approuvé l'accord obtenu après cinq jours de négociations et une grève de longue haleine entamée en mai dernier. «Ce contrat, obtenu [...] au terme d'une grève de 148 jours, prévoit des avancées significatives et des protections pour les auteurs», s’est félicité le syndicat. Concernant le volet de l’intelligence artificielle, la WGA exigeait au départ que la convention collective encadrant les rapports avec les producteurs soit modifiée en spécifiant que l'IA ne peut pas écrire ou réécrire du matériel littéraire, ni être utilisée comme source d'information. En outre, les scénaristes désiraient que le matériel couvert par la convention ne puisse pas être utilisé pour former des IA.
Terrain d'entente trouvé sur plusieurs points
L'Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP) a dans un premier temps rejeté en bloc les propositions de la WGA. Finalement, les deux parties se sont entendues sur plusieurs points, dont le fait que le matériel généré par l'IA ne peut pas être considéré comme du matériel littéraire ou du matériel source. En outre, l'IA ne peut pas avoir le statut d’auteur. De plus, les accords stipulent qu’un auteur peut choisir de se servir de l'IA, si la société cliente y consent. Mais cette dernière n’a pas le droit d’exiger du scénariste qu'il utilise un outil d'IA. Par ailleurs, si un document fourni au rédacteur a été créé par l'IA ou contient des informations issues de l'IA, la société de production doit le déclarer de manière transparente. Enfin, la WGA se réserve le droit d’interdire l'exploitation du matériel des rédacteurs pour former des IA.
Volonté bottom-up
Cet accord est d’une importance significative, notamment car il prouve que de nouvelles règles entourant l’IA peuvent découler non pas de la volonté de gouvernements ou de régulateurs, mais provenir de personnes qui ont concrètement affaire à ces technologies. Qu’ils la subissent ou qu'ils l’utilisent, analyse le Financial Times (article payant). Pour le quotidien économique, ce précédent aurait de quoi inciter employeurs et employés de tout secteur à déployer les progrès techniques de façon progressive et concertée, «améliorant lentement mais sûrement leur compréhension de l'IA».
Garde-fous bienvenus et incertitudes
Wired fait observer qu’à l'heure où de nombreuses personnes craignent que l'IA générative ne leur ravisse leur emploi, le nouvel accord de la WGA pourrait créer un précédent, non seulement à Hollywood, où la grève des acteurs est toujours en cours, mais aussi dans d'autres secteurs aux Etats-Unis et dans le monde. Le média spécialisé ajoute que l’accord, «en plus de mettre en place des garde-fous pour s'assurer que l'IA ne puisse pas remplacer complètement les scénaristes, il met un frein au scénario le plus probable, à savoir que les scénaristes se verraient demander d'adapter ou d'éditer quelque chose écrit par un grand modèle de langage ou un outil comme ChatGPT, pour un salaire inférieur à celui de la production d'une œuvre originale, éventuellement à leur insu».
Les nouvelles garanties obtenues par la WGA auraient toutefois des limites. Wired cite Daniel Gervais, professeur de droit de la propriété intellectuelle à l'université Vanderbilt de Nashville, qui estime qu’il reste à voir comment les termes de l'accord seront réellement appliqués ou non. Le spécialiste admet que cet accord offre aux auteurs un certain pouvoir de négociation avec les studios, mais craint qu'il ne sera peut-être pas suffisant pour empêcher une entreprise d'IA de s'emparer de leur travail.