Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07199.jsonl.gz/710

Les variations périodiques des glaciers des Alpes
Par Prof. Dr. F.Â. Forel à Morges et Prof. Dr. L. Du Pasquier à Neuchâtel.
Dix-septième rapport. 1896. x )
LVIII. Grands glaciers et petits glaciers.
Les variations périodiques de grandeur des glaciers sont dues à des variations d' ordre climatique: variations dans les chutes de neige qui alimentent les névés, variations dans la chaleur estivale qui détruit l' ex terminale des glaciers en la transformant en eau. Nous pouvons admettre comme démontrée cette affirmation qui se base sur le raisonnement et l' expérience.
Quel est le mécanisme qui unit la cause à l' effet? Comment les actions climatiques opèrent-elles pour aboutir à des variations de volume des masses de glace? Les effets sont-ils immédiats et actuels, ou bien se manifestent-ils à longue échéance, à de grands intervalles dans le temps? En un mot: les variations que nous observons aujourd'hui sur la grandeur des glaciers sont-elles le résultat des variations climatiques des années récemment écoulées, ou bien sont-elles dues, en tout ou en partie, à des variations climatiques dans un passé plus ou moins éloigné? Cela est moins clair, et nos études cherchent depuis longtemps, et chercheront longtemps encore, à démêler l' intrication des facteurs qui, agissant en sens inverse, amènent à cette résultante: la dimension actuelle du glacier.
Voir seizième rapport: Jahrbuch des S.A.C., XXXI, p. 249. Bern, 1896.
Pourquoi ce problème est-il si compliqué? Pourquoi avons-nous tant de peine à relier les faits d' observation et à en faire la théorie? Cela provient de deux circonstances.
La première est celle sur laquelle nous avons insisté dans nos derniers rapports, c' est la durée considérable de la période que nous avons à étudier. Une variation qui ne se manifeste que deux ou trois fois par siècle ( bon nombre des glaciers suisses, dans la Suisse centrale et orientale en particulier, n' ont montré qu' une seule crue dans le XIXe siècle ) demande de longues et patientes observations avant que les caractères du phénomène soient compris et saisis. Dans les 17 années qu' embrassent nos rapports sur les Alpes suisses, nous avons assisté à une partie, à une faible partie seulement, d' une période pour la plupart de nos glaciers; pour quelques-uns, une dizaine à peine, nous avons vu s' accomplir la phase de crue depuis son premier développement jusqu' à l' état stationnaire du maximum et le commencement de la décrue. Pour aucun nous n' avons vu la période entière s' achever devant nous. Nulle contrée alpine n' a été mieux étudiée que les Alpes suisses. Nous n' avons donc pas encore les éléments d' observation suffisants.
La deuxième circonstance qui explique la difficulté dans laquelle nous nous trouvons pour relier l' observation et la théorie, est celle sur laquelle je voudrais insister aujourd'hui. Nous avons inutilement compliqué notre tâche en choisissant mal l' objet de nos premières études. Nous avons étudié les variations chez les grands glaciers; nous aurions plus vite et mieux abouti en commençant par les petits glaciers.
Que l'on ait d' abord choisi les grands glaciers pour objet d' étude des variations, c' était tout naturel. C' est chez eux, c' est chez les glaciers d' écoulement, les glaciers de premier ordre, les longs glaciers qui descendent en une coulée de glace dans un vallon profondément encaissé, que le phénomène de la variation des glaciers a en premier lieu été reconnu; c' est chez eux que l'on a vu, depuis que l'on s' occupe des glaciers, ces changements énormes qui tantôt font avancer leur front, tantôt le font reculer; c' est chez eux que la variation est relativement et absolument la plus considérable, qu' elle est la plus facile à saisir, à constater, à mesurer; c' est, enfin, chez eux qu' elle présente le plus grand intérêt économique, et qu' elle touche de plus près aux besoins et aux dangers de l' économie alpestre. Les petits glaciers, les glaciers courts, les glaciers de deuxième ordre, attirent moins l' attention, offrent moins d' intérêt; s' ils varient de grandeur, cette variation frappe moins les yeux et exerce moins d' action sur l' industrie des populations montagnardes. Il était donc tout indiqué que les premières observations se soient portées sur les grands glaciers et que, soit nos prédécesseurs, soit nous-mêmes, nous ayons trop négligé les petits glaciers.
Et cependant, si nos idées sont justes, il y a dans le grand glacier une complication extrême dans le mécanisme des variations. Les deux facteursqui régissent la grandeur du glacier n' agissent pas, chez le glacier de premier ordre, dans la même région, dans les mêmes altitudes, aux mêmes époques. Pour ce qui regarde la région, le facteur alimentation, les chutes de neiges, a son optimum, son action maximale et prépondérante dans le névé, à la source du glacier; le facteur destruction du glacier, l' ablation, qui par fusion transforme la glace en eau, est à son maximum à l' extrémité terminale^ dans le bas de la vallée d' écoule; il y a des kilomètres de distance horizontale entre les lieux où fonctionnent les deux facteurs. Pour ce qui regarde l' altitude, il y a des différences considérables entre les lieux d' action: l' alimentation est d' action maximale sur le névé-réservoir, à 3000, 4000 mètres d' altitude, dans nos Alpes de l' Europe centrale; l' ablation augmente d' efficacité de haut en bas; au-dessus de la ligne du névé, elle agit simplement en diminuant l' alimentation; au-dessous de cette ligne, elle détruit le corps du glacier en en diminuant l' épaisseur et la largeur; elle ne raccourcit directement le glacier que sur le front même de la langue terminale, à 1000 ou 2000 mètres d' altitude. Pour ce qui regarde l' époque, les deux facteurs climatiques n' agissent pas simultanément. Par le fait du voyage de la glace le long du vallon d' écoulement, les masses de glace plus ou moins épaisses du névé dues à des chutes de neige plus ou moins considérables n' arrivent au front du glacier, où elles sont soumises à l' abla maximale, qu' au bout de dizaines et de dizaines d' années; tandis que la variation climatique qui régit l' ablation est d' efficacité actuelle sur l' extrémité terminale du glacier, la variation climatique de l' alimentation, qui amène sur le front des masses de glace plus ou moins épaisses, doit se rechercher dans un passé relativement éloigné.
II y a donc différence dans le lieu d' action des deux facteurs, différence dans l' époque où l' action climatique de chacun d' eux est intervenue; sur un long glacier, la variation des dimensions est la résultante de variations climatiques sans lien apparent, sans simultanéité, sans unité d' origine. Il y a complexité extrême dans les causes du phénomène, par conséquent difficulté extraordinaire dans l' étude des relations de cause à effet.
Chez les petits glaciers au contraire, chez les glaciers courts, sans longueur, toutes les actions sont concentrées dans le même lieu, à la même altitude, dans le même temps. La glace reste sur place, elle ne s' écoule pas, ou elle se déplace si peu qu' on peut négliger cet écoulement. Par conséquent, quand la chute de neige est plus forte, le glacier augmente immédiatement de volume; quand l' ablation est plus forte, il diminue immédiatement; inversement, si l' alimentation ou la destruction de la glace sont peu importantes. Sur un petit glacier, on peut constater l' effet simultané des deux actions climatiques; par conséquent, c' est le petit glacier qui se prêtera le mieux à l' observation des relations entre variations climatiques et variations de volume.
On a raison de chercher dans la longueur des glaciers la résultante des variations climatiques. Mais dans un grand glacier, cette résultante est le produit de l' alimentation dans les temps anciens et de l' ablation dans les temps modernes; elle est donc de signification bien incertaine pour le problème de la variation des climats. Dans un petit glacier, au contraire, où la résultante est le produit des actions récentes, aussi bien pour l' alimentation que pour l' ablation, sa signification est beaucoup plus simple et plus claire.
Il est vrai que, d' autre part, les variations de grandeur d' un petit glacier sont moins apparentes et que, par suite, l' observation y est plus difficile. Ce n' est pas par dizaines de mètres que le glacier avance ou recule en une année; ce ne sont pas des centaines de mètres, des kilomètres de moraine profonde que le glacier recouvre dans sa phase de crue, met nu dans sa phase de décrue. La grandeur des variations étant moins considérable chez le petit glacier, les mesures sont plus délicates et plus difficiles. Est-ce une raison pour ne pas les faire?
Nous pouvons, pour I' appréciation de la variation des petits glaciers, utiliser une méthode précieuse qui doit, semble-t-il, donner des résultats excellents. C' est la méthode photographique. Que l'on choisisse une de ces parois de rochers sur les gradins de laquelle s' étalent les petits glaciers, les glaciers de deuxième ordre, les glaciers remaniés, les flaques de neige ( la paroi de la Jungfrau vue de la Wengernalp ou de Mürren, les Wetterhörner vus de la Petite Scheidegg, la Blümlisalp vue de Kandersteg ou du lac d' Œschinen, le Dôme vu de Saas-Fée, le Weisshorn vu de Randa, etc., etc. ), que l'on compare les épreuves photographiques prises du même point de vue, à la même saison de fin d' été dans des années différentes, et l'on y constatera certainement des variations reconnaissables dans la glaciation. Pendant des séries d' années, la glaciation ou l' enneigement sera faible, peu envahissant; pendant d' autres séries d' années, la glaciation sera dominante, les taches de neige et de glace augmenteront en grandeur et en nombre. L' étude d' une collection de ces photographies prises dans les cinquante dernières années serait certainement d' un haut intérêt et fort instructive pour l' appréciation des variations actuelles des glaciers; elle échapperait aux difficultés que cause ce que j' ai appelé le retard de la période, le temps nécessaire dans les grands glaciers pour amener à l' extrémité terminale les masses de neiges plus ou moins considérables accumulées sur les névés.
Ah! si Messieurs les photographes voulaient bien répondre aux prières qui leur sont depuis si longtemps adressées, de dater leurs clichés et leurs épreuves! Quel riche matériel serait à notre disposition depuis que leurs objectifs saisissent chaque année les paysages de nos Alpes! Quelle mine précieuse de documents impeccables ils nous auraient fournie! Hélas! sur cent photographies que nous trouvons chez les marchands d' images, y en a-t-il dix, y en a-t-il cinq de datées? Quel travail infructueux de critique nous sommes obligés de faire pour retrouver l' époque probable de tel paysage d' après la constatation des constructions humaines ou des coupes des forêts qui y sont figurées!
J' ai essayé de cette étude pour le glacier du Rhône, et je suis arrivé à établir assez correctement les dates relatives des diverses photographies prises successivement de ce petit coin de nos Alpes. Je puis juger ainsi de la difficulté, mais aussi de l' intérêt d' un tel travail.
Quoi qu' il en soit, je recommande aux collègues qui veulent étudier avec fruit les variations des glaciers, de faire, chacun pour la localité qui l' intéresse et qu' il connaît bien, une collection aussi complète que possible des vues photographiques du passé, d' en préciser l' époque en notant la date de chaque épreuve. Je ne doute pas que bientôt, par la comparaison de ces vues, ils n' obtiennent et ne puissent nous fournir des documents précieux sur les variations de l' enneigement des Alpes, par les variations des petits glaciers. Nous en tirerons des conclusions très importantes sur les actions climatiques passées et actuelles; les lumières que nous obtiendrons ainsi éclaireront certainement d' un jour nouveau le procès que nous cherchons à élucider.
Est-ce à dire qu' il faille pour cela abandonner notre étude sur les grands glaciers et discontinuer les recherches que nous poursuivons avec le concours de tant de collaborateurs obligeants sur les variations des glaciers de premier ordre? Bien au contraire. Cette étude est et restera la plus importante. Elle seule peut nous donner des valeurs numériques précises et par conséquent des valeurs comparatives. Puis, aidés par les faits que nous révélera l' observation des petits glaciers, elle seule peut nous faire connaître le phénomène dans son ensemble; elle est, au point de vue théorique, le centre de la recherche des causes. Et encore, à côté de la question théorique, il y a la question pratique. Ce sont les variations des grands glaciers qui intéressent l' économie alpestre, le bien-être et les travaux des populations montagnardes; leur connaissance est à la base d' une étude rationnelle des catastrophes glaciaires et de la recherche des moyens de les prévenir et de s' en garer. Nous les recommandons toujours plus à l' attention des autorités, des agents de l' administra des forêts, des alpinistes et des naturalistes; leur importance devient chaque année plus manifeste. La mise en évidence de cette importance est la seule manière que nous ayons d' exprimer notre vive reconnaissance pour l' obligeante collaboration à laquelle nous devons les résultats qu' à présent obtenus et ceux que nous espérons obtenir ultérieurement.
F.A. F. '
LIX. La cause des variations périodiques des glaciers et la théorie de ces variations.
Depuis la publication du premier des présents rapports, en 1881, la science a marché. Le fait d' une variation plus ou moins simultanée et de même sens d' un grand nombre de glaciers alpins est hors de doute; l' existence d' une certaine périodicité dans ces variations est incontestable aussi, et c' est presque un lieu commun que de faire remonter l' origine de ces phénomènes à des variations climatiques con-comitantes. La réalité de ces ondes climatiques de plusieurs décades, entrevue par Sonklar, partiellement démontrée par Forel, Richter, Lang, a été définitivement établie par Brückner.
Mais, si l' origine climatique de nos variations glaciaires ne peut être mise en doute, il s' en faut de beaucoup que nous soyons en état de rattacher par une théorie la cause en question à son effet ultime: la crue et la décrue rythmiques des extrémités de nos glaciers.
Dans notre région, des séries d' années relativement chaudes et sèches succèdent à des séries relativement froides et humides; telle est la donnée météorologique. Des séries d' années pendant lesquelles les extrémités de nos glaciers se retirent, succèdent à des séries d' années caractérisées par une extension des extrémités glaciaires; une très grossière concordance des séries d' années de retrait avec les séries chaudes-sèches: voilà la donnée physiographique.
Le problème à résoudre, c' est la théorie à trouver: la connaissance des relations d' enchaînement des phénomènes en question.
Les séries chaudes-sèches sont caractérisées par un recul de l' en des hautes régions; la ligne de neige s' élève. Elle s' abaisse pendant les séries froides-humides; tous le alpinistes l' ont constaté, une fois ou l' autre. Beaucoup de sommets auxquels on n' arrivait jadis qu' après avoir taillé dans la glace des centaines de degrés sont aujourd'hui accessibles le long d' arêtes rocheuses autrefois couvertes de neige. Au commencement de notre siècle, on se plaignait surtout du contraire, de l' en des neiges et des glaciers.
Mais quelle est la grandeur de cette variation dans l' altitude de la ligne de neige?
De combien est-elle susceptible de s' élever au-dessus ou de s' abaisser au-dessous de son altitude moyenne? Quelle est, partant, la variation de grandeur des surfaces alimentaires de nos glaciers? Quelle idée peut-on se faire de l' augmentation et de la diminution des chutes de neige sur leurs névés?
Ce sont là tout autant de questions auxquelles il serait actuellement bien difficile de répondre d' une manière quelque peu précise. Les observations font défaut. Déjà au premier anneau de la chaîne des phénomènes qui conduisent des variations climatiques aux variations glaciaires, nous nous trouvons en présence d' une lacune.
Il y a plus. L' altitude moyenne de la ligne de neige n' est elle-même pas connue d' une manière très exacte. Il existe sur ce sujet des séries d' observations de valeur, des recherches théoriques très intéressantes; mais quant à fixer dores et déjà, dans des limites quelque peu étroites, l' altitude de la ligne pour nos différents groupes de montagnes, on n' y peut encore songer.
Pour déterminer exactement l' altitude de la ligne de neige, qui nous importe avant tout, nous avons encore besoin d' une grande quantité d' ob qui nous donneront, en outre, peu à peu les limites de variation de cette ligne et les oscillations périodiques auxquelles elle est sans doute soumise.
Ces observations dont nous avons si grand besoin, nous pouvons les obtenir facilement, en grand nombre et d' excellente qualité au moyen de la photographie. Ceci nous ramène donc à la conclusion de notre paragraphe précédent:
Que nos clubistes photographes veuillent bien nous transmettre leurs épreuves de montagne, datées; ce sera un grand service qu' ils nous rendront. Ils nous en rendraient un plus grand encore en photographiant mensuellement de juin à novembre la même vue des Alpes, choisie dans de bonnes conditions.
C' est là le premier pas à faire.
Nous avouons n' avoir qu' une confiance limitée dans les procédés employés pour déterminer à l' aide des cartes topographiques la limite des neiges persistantes.
Evidemment, le procédé de fixer l' altitude de la ligne de neige au moyen des flaques de neige et des glaciers reportés sur la carte est justifié.
Abstraction faite de circonstances particulières, la ligne de neige passera en dessus de l' extrémité inférieure des champs de neige, en dessous de leur origine.
La méthode Kurowski,qui consiste à déterminer l' altitude de la ligne de neige par l' altitude moyenne de la surface des glaciers, est des lors bonne, au moins lorsqu' on s' en tient aux glaciers de petite dimension et aux flaques de neige. Par contre, les glaciers de grande dimension paraissent fournir des cotes quelquefois assez différentes de la ligne de neige. Le glacier du Gorner, par exemple, donne une altitude moyenne de surface de près de 3300 mètres, évidemment bien plus élevée que la ligne de neige. Dans le voisinage immédiat, le Hohthäligletscher donne à peine 3100 m, le Hohthäligrat, point culminant de sa circonvallation, n' est qu' à 3289 m; le glacier descend, d' après la carte, jusqu' à 2850 m.
Ainsi, même en supposant la perfection des cartes topographiques, le meilleur procédé qu' on puisse leur appliquer pour en tirer l' altitude de la ligne de neige est encore sujet à caution.
La méthode cartographique ne peut encore remplacer l' observation directe. Qu' on nous entende bien: la détermination de l' altitude moyenne des surfaces de glaciers est très importante; nous désirons qu' elle se fasse pour tous nos glaciers, mais... ne lui donnons pas une signification qu' elle n' a pas, ne la considérons pas comme l' expression numérique nécessaire et rigoureuse de l' altitude de la ligne de neige.
En outre, n' oublions pas les imperfections de la carte; elle en a, quoiqu' elle soit un produit d' observation très perfection* puisque tout y -est mesuré. Ces imperfections sont en partie inévitables: notre excellente carte topographique de la Suisse a nécessité près de 30 ans de levés; trente ans, c' est à peu près la durée d' une période d' oscillation de nos glaciers; or, pendant ce temps l' enneigement a énormément changé. Les lignes de neige déterminées sur des feuilles levées à des moments différents ne sont donc pas comparables entre elles. Il est donc dangereux de baser sur les observations d' une année une cote de la ligne de neige; elle est en apparence rigoureusement exacte, parce qu' elle est déterminée par des moyens géométriques, mais cette exactitude n' est pas certaine.
Il nous faut donc des observations et beaucoup d' observations sur la ligne de neige et ses variations — autrement dit sur les petits champs de neige, comme mon collaborateur l' a relevé ci-dessus.
Quel est le mode d' action des variations de l' enneigement, constatées sinon mesurées, sur le phénomène des variations glaciaires?
Les opinions diffèrent sur ce point, et, vu notre ignorance de la grandeur des variations d' enneigement, c' est chose bien naturelle.
. ' ) Die Höhe der Schneegrenze etc. Penck's geographische Abhandlungen, Ed. V, Heft 1, pag. 119-160. Wien, 1891.
Jahrbach de Schweizer Alpenclub. 32. Jahrg.IS L' un de nous a proposé ici même,il y a quelques années, la théorie dite de l' écoulement contimi. Une accumulation de neige en excès sur le névé produit une augmentation de vitesse qui se propage le long du glacier en même temps que l' intumescence résultant de cette accumulation; cette augmentation de vitesse, en arrivant au bas du glacier, le pousse plus loin, l' ablation ne pouvant compenser l' apport. Au contraire, une époque de défaut de chutes neigeuses produit un ralentissement de vitesse, l' ablation prédomine sur les apports, l' extrémité du glacier recule.
Des variations relativement faibles de l' alimentation du névé s' exa en descendant le long du glacier, puisqu' en augmentant ou diminuant la vitesse d' écoulement, elles contribuent à diminuer ou à augmenter le temps pendant lequel une section du glacier est soumise à l' ablation.
M. le professeur Dr E. Richter a dès lors soutenu une thèse différente: une théorie & écoulement intermittent.2 ) L' accumulation des neiges se produit sur le névé pendant longtemps jusqu' à ce que toutes les résistances étant vaincues, il en résulte une poussée, une sorte d' éruption, un écoulement rapide en masse du glacier qui le fait s' allonger. Bientôt cet écoulement surcompensant les apports du névé, la surcharge disparaît, le mouvement se ralentit beaucoup, l' ablation fond plus de glace qu' il n' en arrive au bas du glacier; c' est le recul.
M. le professeur Dr A. Heim8 ) tend à se ranger à la théorie de l' écoulement continu, mais en lui apportant une modification assez profonde: L' intumescence du courant glaciaire résultant d' excès d' apports au névé se propagerait le long du glacier avec une vitesse supérieure à la vitesse d' écoulement de la glace.
Un savant italien, M. le professeur Luigi de Marchi, à Pavie, a tenté d' étudier par voie analytique les conditions d' écoulement dans un glacier soumis à une alimentation périodiquement variable. 4 ) Les résultats de ce travail sont intéressants et en partie remarquablement simples.
1° L' onde d' intumescence augmente le long du glacier pour autant qu' elle n' est pas en retard sur la période d' ablation de plus d' une demi-longueur d' onde de cette dernière.
2° La vitesse de propagation de l' onde d' intumescence est supérieure à la vitesse de l' écoulement du glacier.
> ) 8° " » rapport, Jahrb. S.A.C. XXIII 1887. Voir aussi: F.A. Forel. Essai sur les variations, etc. Archives des se. phys. et nat., VI, p. 5 et 448. Genève, 1881.
äJ Zeitschr. d. D. u. Ö.A.V. 1883.
Les variations périodiques des glaciers sont donc évidemment en rapport avec la vitesse de propagation de cette onde d' intumescence.
Désignant par u cette vitesse, par pi l' excès de précipitation sur l' ablation dans le bassin collecteur ( névé ), par h 1 la hauteur maximale de l' onde, par h la largeur de l' orifice d' écoulement, par S la superficie du bassin collecteur, M. de Marchi trouve que:
n pi S Le premier facteur du second membre étant dépendant de la durée de la période de variation des précipitations T, ne change guère d' un glacier à l' autre. Le rapportsensibilité du glacier, Pi par analogie avec un thermomètre, tandis quepromptitude, en vertu de la même analogie.
Soit t le temps nécessaire à l' onde d' intumescence pour parcourir un glacier de longueur l. On a évidemment:
T-1 -X Tlhl hL l
u n p\ a
En d' autres termes:
3° Le temps nécessaire à l' onde d' intumescence pour arriver au bas du glacier est proportionnel à la sensibilité du glacier et inversement proportionnel à sa promptitude spécifique.
Or, ce dernier facteur seul: la promptitude spécifique, peut être assez facilement déterminé par des mesures de dimensions.
M. de Marchi a donc cherché à mettre en évidence le rôle de ce facteur dans le retard de période de quelques glaciers d' allures connues. Des onze glaciers considérés, sept confirment, quatre infirment la théorie.
Comme nous l' avons dit ailleurs, il serait puérile d' attacher une très grande importance à cette première confrontation de la théorie avec les faits. Les dimensions totales des glaciers sont mesurables sur les cartes, le rapport des surfaces d' alimentation et d' ablation n' est que difficilement déterminable par suite de notre manque de connaissance de l' alti de la ligne de névé sur certains grands glaciers à allures connues. Quelques recherches que nous avons faites sur ce point après la publication du travail de M. de Marchi, en prenant comme ligne de névé la ligne de Kurowski, nous ont donné de déplorables résultats. Nous en revenons donc à nos moutons: Que les clubistes veuillent bien nous fournir des matériaux photographiques pouvant servir de base à une étude de l' altitude de la ligne de neige dans nos Alpes.
Nous ne quitterons pas l' étude de notre confrère italien sans quelques remarques encore.
Le facteur important Pi' la sensibilité spécifique d' un glacier, est pour nous encore chose inconnue et actuellement indéterminable. Seule une étude topographique exacte des glaciers, répétée d' année en année, peut nous renseigner sur ce facteur. Peut-être les travaux de mensuration du glacier du Rhône nous donneront-ils un jour quelque indication.
Ces travaux doivent donc être poursuivis, ainsi que toutes les recherches analogues et plus modestes entreprises sur des glaciers de grandes dimensions. Ne les laissons pas de côté, mais prêtons plus d' at, en outre, aux phénomènes moins apparents, moins grandioses, mais non moins importants, que nous présentent les oscillations des flaques de neige.
Enfin, n' attendons notre salut ni des théories mathématiques, ni des mesures orométriques; les unes et les autres sont désirables, voire nécessaires, mais ne nous abusons point sur leur valeur réelle.
Nous avons assez parlé de l' insuffisance de la ligne de neige oro-métrique; quant aux théories mathématiques, elles ont leurs inconvénients aussi.
Pour être soumis à l' analyse mathématique, les phénomènes du mouvement doivent être relativement simples; s' ils ne le sont pas, il faut négliger certaines de leurs complications, étudier leurs cas spéciaux les plus élémentaires.
Dans ce fait se trouve cachée une cause d' erreur très grave, qu' il s' agit d' étudier des mouvements aussi complexes que le mouvement glaciaire. Le facteur vitesse prédominant dans tant d' autres mouvements ne prédomine pas dans le glacier; d' autres facteurs négligeables ailleurs ne peuvent l' être ici; il est souvent fort difficile de se rendre compte si les prémisses sur lesquelles on fonde tout un édifice de calcul sont justifiées.
Le mérite du travail de M. de Marchi nous paraît être d' avoir démontré la propagation rapide de l' onde d' intumescence, en partant de suppositions qui, dans l' état actuel de nos connaissances, semblent fondées.
L. D. P.
Les variations périodiques des glaciers des Alpes.
Les lignes ci-dessus n' étaient pas encore imprimées, quand une mort subite a enlevé à notre affection leur auteur, notre ami et collaborateur, le professeur Dr Léon Du Pasquier, décédé à Neuchâtel le 1er avril 1897, à l' âge de 33 ans. Son œuvre de six années de travail a été courte, mais bien remplie. Les naturalistes suisses, les alpinistes, les glaciairistes pleurent en lui le savant distingué et aimable, l' homme de noble imagination et de jugement sûr, le chercheur aux idées ingénieuses et nouvelles, le critique sagace et perspicace. Il était, pour nous, l' espoir de la géologie et de l' alpinisme scientifique suisse. Gardons-lui un souvenir fidèle et reconnaissantF.A. F.
LX. Chronique des glaciers des Alpes suisses 1896.
Nous analyserons brièvement les observations faites en 1896 par les forestiers suisses sous l' initiative de l' Inspectorat fédéral des forêts, dirigé par M. l' Inspecteur en chef J. Coaz à Berne.
Ces observations se perfectionnent et se complètent chaque année. A mesure que l' agent forestier fait mieux connaissance avec son glacier, il en comprend mieux les allures et ses mesures gagnent en valeur et en précision. Tout n' est pas encore parfait dans les notes qui nous sont communiquées; mais il y a incontestablement progrès, et nous pouvons espérer obtenir bientôt un tableau très suffisant du grand phénomène naturel que nous sommes chargés d' étudier.
Nous exprimons notre vive reconnaissance à tous ceux qui, à un titre ou à l' autre, ont participé à l' organisation ou à l' exécution de nos travaux.
I. Bassin du Rhône.
Nous donnons dans le tableau ci-dessous le résumé des observations faites par les forestiers valaisans sous la direction de M. l' Inspecteur en chef Antoine de Torrente à Sion. Pour aider à l' interprétation des mesures obtenues en 1896, nous donnerons en même temps les valeurs de la variation dans les deux années antérieures. Nous arrondissons en mètres les chiffres fractionnaires des observations originales.
Glacier.
Vallée.
Valeur nume 1894.
nque de 1895.
la variation 1896.
Variation actuelle.
m m m Fiesch Fiesch — 5 — 22 — 34 décrue Aletsch Massa — 7 — 6 — 5 décrue Latschen Lötschen
crue Zanfleuron Sanetsch — 68 — 42 — 38 décrue Kaltwasser Saltine — 3 — 15 — 1 décrue F.A. Forel et L. Du Pasquier.
Glacier.
Vallée.
Valeur 1894.
numérique de la 1895.
variation 1896.
Variation actuelle.
m m m Rossboden Simplon 0 0 0 stationnaire Allalin Saas
— 5 — 1 décrue Fée — 26 — 5 — 1 décrue Gorner St-Nicolas — 25 .4 décrue Findelen
+ 60
+ 14
crue Turtmann Turtmann
— 2j décrue Durand ( Zinal ) Anniviers — 20 —100
-80(0
décrue Moiry n — 7 — 8 — 4 décrue Arolla Héren s
— 2 0 stationnaire Zigiorenove Î7
+ 74
+ 25
crue Ferpècle 11
0 — 3 décrueGrand Désert Nendaz — 20 — 5 — 4 décrue Montfort n — 16 0 — 10 décrue Otemma Bagnes — 15 — 3 - 43décrue Bréney n4 — 5 décrue Durand — 3 — 5 — 27 décrue Corbassière 0 — 4 — 1 décrue Valsorey Entremont — 2 — 5g décrue Boveyre — 9
+ 10
+ 17
crue La Neuvaz Ferret — 5 — 4
crueSaleinaz — 4 — 2
crueNous joindrons aux remarques que nous suggèrent les observations des forestiers valaisans quelques autres notes que nous avons reçues d' autre part.
Glacier du Rhône. ( Campagne de 1896. D' après les notes de M. L. Held, ingénieur au bureau topographique fédéral. ) Malgré les fortes chutes de neige de l' hiver 1895/96, et la froidure de l' été de 1896, la tenue du glacier sur son front n' est pas sensiblement différente de celle de l' année précédente. La superficie de la moraine profonde mise à nu par la fonte du glacier est de 4900 m2 ( elle était de 8230 m2 en 1894/95 ). La décrue en longueur du front a été, au maximum, de 19,5 rn. A la porte du Rhône, qui s' ouvre dans un golfe en retraite sur le front du glacier, la glace est entièrement fondue sur le profil vert, qui passe à 15 m en avant du mur de glace. En ce point, l' épaisseur de glace fondue depuis 1874 est de 119 m.
La perte d' épaisseur sur le profil vert pendant l' année 1895/96 a été au maximum de 9 m.
Tous les profils du glacier en amont de la cascade montrent une surélévation notable sur l' état de 1895. Depuis 1883, nous n' avons jamais vu des neiges aussi épaisses que cette année dans les hautes régions du vallon. En 1883, cet enneigement extraordinaire était da à une chute considérable de neiges pendant l' hiver précédent; cette année, il doit être rapporté plutôt à la faible ablation de l' été de 1896.
Les bords du glacier supérieur étaient presque partout, au mois d' août encore, ensevelis sous la neige de l' hiver; celle-ci cachait de même la plupart des lignes de pierres, sur les parties latérales du glacier.
Rossboden, jusqu' à présent en crue douteuse, semble actuellement stationnaire.
Findelen, en forte crue en 1893 et 1894, nous est indiqué cette année comme étant en décrue. A vérifier l' année prochaine.
Gassenried, descendant des Mischabel vers St-Nicolas, est mesuré pour la première fois, et est signalé comme gtant en crue.
Le glacier de Bies, descendant du Weisshorn sur Randa, entrera dorénavant dans le cycle des observations des forestiers; des repères ont été posés cette année. Nous avons reçu de M. Frédéric Reverdin, chimiste à Genève, deux magnifiques photographies prises le 15 août 1895 et 1896 du même point de pose, devant la langue terminale du glacier de Bies. Leur comparaison montre une légère décrue du glacier.
Turtmann semble être en décrue, d' après les observations conformes, deux années de suite.
Durand-Zinal est en décrue, mais les valeurs énormes de 100 et de 50 m données à la diminution de longueur de ce glacier semblent extraordinaires. Si, comme nous l' affirme M. de Torrente, l' observation est bien faite, elle est très intéressante.
Arolla, qui avait montré une petite crue en 1893 et 1894, est stationnaire ou en décrue en 1895 et 1896. Ce serait presque à faire douter de l' authenticité de la crue qui n' aurait duré que deux ans. Cependant, comme au dire des guides l' augmentation d' épaisseur du glacier était déjà constatée en 1891, la crue semble bien authentique.
Zigiorenove. Les allures de la crue se ralentissent progressivement.
Pour Ferpècle, même remarque qu' au sujet d' Arolla.
Otemma. Très forte décrue, qui atteint 43 m sur le front du glacier et une centaine de mètres sur les parties latérales. Formation d' un lac temporaire, la 3 me répétition du phénomène, au confluent de Crêle-sèche avec Otemma; l' évacuation a eu lieu le 25 juin 1896, sans dommages appréciables dans la vallée de la Dranse.
Giétroz. Les observations ont été interrompues, sans doute à cause de leur difficulté, le front du glacier s' avançant sur un terrain de rochers presque inabordables. Mais n' y aurait-il pas moyen de mesurer et d' ap tout au moins le volume du glacier remanié qui est formé dans le lit de la Dranse par les débris tombés du front du glacier? Le grand intérêt qu' a pour les habitants de Bagnes l' étude de ce glacier, dont les crues ont déjà trois fois ravagé la vallée, nous fait insister pour qu' il ne soit pas abandonné.
Boveyre a été mesuré comme suit dans les années dernières: 1893 -f- 19 m; 1894 — 9 m; 1895 -f- 18™; 1896 -j- 17 m. Malgré l' anomalie de l' observation de 1894, nous croyons à la crue de ce glacier.
La Neuvaz et Saleinaz du Val Ferret, en décrue les années précédentes, nous sont donnés comme étant l' un et l' autre en crue en 1896. Attendons les observations de l' année prochaine pour avoir la confirmation de cet incident.
Les Grands, vallée du Trient, n' ont pu être abordés en 1896 par M. F. Doge, à la Tour-de-JPeilz. Les chutes de pierres l' ont empêché de pénétrer dans la gorge, où la langue du glacier s' est insinuée en recouvrant les repères posés précédemment.
Le Trient n' a pas changé sensiblement de forme de 1895 à 1896, si l'on en juge par les photographies de M. J. Tairraz de Chamounix.
Alpes vaudoises. Les observations de M. Décoppet, inspecteur forestier à Aigle, se résument comme suit:
Paneyrossaz. Pas de changement sur les sept points de repères mesurés. Stationnaire. Le glacier a cependant augmenté d' épaisseur.
Grand Plan-névé. Stationnaire; augmentation d' épaisseur.
Petit Plan-névé. Stationnaire; le glacier surplombe en deux points; il se brise et forme une petite langue d' éboulement.
Martinets. Sans changement.
II. Bassin de l' Aar.
Nous donnerons d' abord en tableau les mesures prises par les forestiers bernois sous la direction générale de M. l' Inspecteur en chef Stauffer. Elles sont faites avec soin et intelligence et accompagnées de croquis qui les expliquent bien.
Glacier.
Vallée.
Observateur.
Valeurs numériques des extrêmes.
variations moyennes.
Sens 1894.
de la Variation 1895. 1896.
Unteraargletscher Aar Ad. Müller — 7 m à27 m — 14 m décrue.
décrue.
décrue.
id.Rosenlaui Beichenbach n n — 8 » à9 m — 8 "
id.id.
Oberer Grindelwaldgl.
Lütschine F. Marti
+
llm à16 m — 3ra crue.
crue.
id.Unterer Grindelwaldgl.
n n n 0 0 décrue.
stationnaire.
stationnaire.
Eigergletscher Lauterbrunnen n n 0 0 stationnaire.
Blümlisalpgletscher Kander Abr. Müller
+
5 m à15 m — 5 m décrue.
décrue.
décrue.
Gamschigletscher Kienthal n n Om à10 m .__ 4 m id.
-I Les forestiers bernois ont accompagné leurs mesures de notes et de remarques que nous analysons comme suit:
Aar inférieur. Le cours du torrent émissaire du glacier est rejeté de plus en plus sur le côté droit du vallon. ( Ad. Müller. ) Stein Dans le cours de la dernière année, le glacier s' est allongé sur la partie droite de son front, tandis qu' il a décru sur la partie gauche. ( Idem. ) Rosenlaui. La langue du glacier se raccourcit rapidement, et en même temps diminue de largeur. ( Idem. ) Grindelwald supérieur. Le front du glacier montre un allongement sur deux repères et un raccourcissement sur trois autres. Il y aurait plutôt tendance à la décrue. Attendons les observations de l' année prochaine pour admettre ce changement d' allures. ( F. Marti. ) Grindelwald inférieur et Eiger. Pas de changements. ( Idem. ) Les glaciers de Tschingel, de la Kander, de Gellen et du Wildhorn n' ont pu être observés utilement, soit que leur front soit resté enseveli sous les accumulations de neige, soit qu' il ait été recouvert hâtivement par les neiges de l' automne.
Quant au glacier de YAltels, son observation a été très entravée par suite des mêmes circonstances d' enneigement anormal.
La brèche de rupture formée en 1895 est restée presque entièrement enneigée pendant l' été, ainsi que les parties avoisinantes de la montagne, qui, d' ordinaire, se dégarnissent de neige toutes les années. L' enneigement était même plus considérable vers le milieu de septembre qu' à la fin de juillet.
A l' altitude de la partie supérieure de la rupture, l' épaisseur de neige de l' hiver précédent était, le 26 juillet, de 0,50 à 1 mètre et plus, tandis qu' en septembre 1895 la neige y avait presque disparu. Au pied de la partie supérieure de la falaise de rupture s' était amassé un talus de neige éboulée s' élevant de 4 ou 5 mètres le long de la falaise. Dans la région inférieure de la rupture, la surface rocheuse tendait déjà à reparaître par places. Il est donc impossible de se faire, cette année-ci, une idée de quelle manière ce glacier se régénérera.
Nous prions les clubistes photographes qui auraient eu l' occasion de prendre des vues de l' Altels, en 1896, de bien vouloir nous communiquer leurs épreuves en prenant soin de les dater et d' indiquer le point d' où la vue a été prise. ( L. Du Pasquier. ) Bassin de la Reuss.
Vallée de Maderan. Les mesures de notre fidèle correspondant de Bâle, M. E. Krayer-Ramsperger, nous donnent pour cette année les résultats suivants:
Hüfi. Décrue moyenne. ".. ". 9 m.
Brunni 3,2 m.
Ni l' un ni l' autre de ces glaciers n' avait de voûte à la sortie du torrent.
La décrue générale se continue donc sans interruption et sans modifications sur ces glaciers, qui n' ont présenté aucune tendance à la crue de fin du XIXe siècle.
Les observations des forestiers n' ont pu être faites d' une manière utile sur les glaciers des cantons d' Uri, d' Unterwalden, de Glaris, de Saint-Gall et dans la plus grande partie des Grisons par suite des chutes hâtives de neige.
Glacier de Rosegg, Engadine. M. Gregori nous avise que nous avons mal interprété ses chiffres de l' année dernière. Le glacier de Rosegg, au lieu d' une décrue de 14 mètres, a montré de 1894 à 1895 une crue de 14 mètres. Le glacier de Rosegg serait donc en crue.
Depuis quand cette crue dure-t-elle? C' est ce qu' il serait très intéressant d' apprendre, et nous recommandons cette question à M. Gregori et aux observateurs locaux.
Autre correction: Le nom de glacier de Pigno donné l' année dernière, page 264, doit être lu: glacier de Ficuogl. Il est situé au fond du val de Bevers et descend entre le Piz PicuogI, la Cima da Flex, le Piz d' Agnelli et le Piz Trenterovas. Voir feuille 517, Atlas Siegfried, révision de 1887.
Glacier de Pimtaiglas. Pas de changement notable. ( A. Schwarz, forestier, à Truns. ) Bassin du Tessin.
Sous la direction de M. l' inspecteur en chef Merz, à Bellinzona, nous avons reçu les observations suivantes:
Basodino ( Bignasco ). Allongement de 9 mètres sur la partie droite, raccourcissement de. 10 mètres sur la partie gauche du front du glacier, d' après les mesures faites en 1895 par M. Müller, en 1896 par M. Bezzola. A en juger par la diminution d' épaisseur du glacier et par l' élargisse ment des crevasses, le glacier est en décrue. L' année dernière, du reste, M. Medici constatait une décrue de 23 mètres. Le glacier est sur une pente très rapide qui pourrait provoquer quelque avalanche.
Cavagnoli ( Lavergno ). Mêmes observateurs: raccourcissement de 4 à 9 mètres, en moyenne 7 mètres. Décrue évidente confirmée par la série des observations de 1893 à 1894: variation en moyenne.. 12 m 1894 à 1895 :.. llm 1895 à 1896 :.. 7 m Sasso nero ( Peccia ). Mêmes observateurs. Allongement de 15 mètres sur la partie gauche, raccourcissement de 15 mètres sur la partie droite du front; il y a compensation dans les différences. L' année dernière, il y avait la même incertitude. Nous pouvons admettre que ce glacier est stationnaire.
Résumé.
Pour les Alpes suisses pendant l' année 1896:
a. Continuation de la grande décrue générale pour les glaciers des Alpes orientales.
b. Pour les glaciers du Valais et de Berne, tendance à l' extinction de la crue partielle de fin du XIXe siècle. Zigiorenove et Grindel-wald supérieur seront bientôt à l' état stationnaire.
c. La crue du Rosegg se relie manifestement aux phénomènes analogues observés dans les dernières années chez les glaciers de l' Ortler du Tyrol autrichien.
d. Ajoutons que beaucoup de glaciers ont été ensevelis sous la neige pendant presque tout l' été, comme nous l' avons dit pour l' Altels. La plus grande partie des glaciers de la Suisse centrale n' ont probablement été découverts que pendant quelques semaines ( trois ou quatre ) en août. Il sera intéressant de constater l' année prochaine s' ils ont continué à décroître malgré cette persistance de la couverture de neige.
Kleinere Mitteilungen.