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Étude sur la charge de morbidité liée au tabagisme en Suisse
L’Institut d’économie de la santé de Winterthur de l’Université des sciences appliquées de Zurich ZHAW a calculé la charge de morbidité du tabagisme en Suisse pour le compte de l’Association suisse pour la prévention du tabagisme. Le calcul repose sur quatre chiffres clés pour 2015, année prise à titre d’exemple: le nombre de décès, les années de vie perdues et la qualité de vie perdue pour cause de maladie et de décès, ainsi que les coûts médicaux directs occasionnés et les pertes de production économique.
Multiplication des diverses causes de décès chez les fumeuses et les fumeurs
Les calculs s’appuient sur des données complètes et détaillées collectées durant plus de vingt-quatre ans. Les résultats sont les suivants: les fumeurs de 35 à 54 ans décèdent 14 fois plus souvent d’un cancer du poumon que les hommes du même âge qui n’ont jamais fumé. Jusqu’au groupe d’âge des fumeurs de 65 à 74 ans, ce ratio est 28 fois plus élevé. Chez les femmes, les chiffres ne sont que légèrement inférieurs, avec des ratios de, respectivement, 13 fois (35 à 54 ans) et 24 fois (65 à 75 ans).
Pour d’autres maladies comme le rétrécissement des vaisseaux cardiaques (cardiopathie ischémique) ou d’autres cancers et maladies cardiaques, le risque relatif de décès est également au moins deux fois plus élevé pour les fumeuses et les fumeurs dans presque tous les groupes d’âge. Le triste record est établi par la maladie des poumons et des voies respiratoires MPOC: les fumeuses de 65 à 74 ans décèdent 39 fois plus souvent d’une MPOC que les femmes de ce groupe d’âge qui n’ont jamais fumé.
Le tabagisme est le principal facteur de risque de nombreuses maladies cardiaques et pulmonaires. Plus de 80% des cancers du poumon chez les hommes de 35 ans et plus sont en conséquence directement liés au tabagisme. Un tableau similaire peut être observé pour la maladie des poumons et des voies respiratoires MPOC. Chez les hommes de 55 ans et plus, plus de 80% de toutes les maladies sont causées ici par le tabagisme.
9 535 décès liés au tabac par an
En 2015, la consommation de tabac en Suisse a causé au total 9 535 décès, soit 14,1% de tous les décès cette année-là. Un peu plus des deux tiers (64 %) des décès liés au tabagisme ont été enregistrés chez les hommes et un tiers chez les femmes (36 %). La majorité relative des décès liés au tabac sont dus au cancer (44 %), suivie des maladies cardiovasculaires (35 %) et des maladies pulmonaires et respiratoires (21 %). A titre de comparaison: la même année, 253 personnes sont mortes dans la circulation routière et 2500 personnes à cause de l’épidémie annuelle de grippe.
Des coûts annuels d’au moins 5 milliards de francs
La consommation de tabac a entraîné des coûts médicaux directs d’un montant de 3 milliards de francs en 2015. Il s’agit des coûts engagés pour le traitement des maladies liées au tabac. Le coût du traitement du cancer s’élève à 1,2 milliard de francs, celui des maladies cardiovasculaires à 1 milliard de francs et celui des maladies pulmonaires et respiratoires à 0,7 milliard de francs. Les 3 milliards de francs correspondent à 3,9% des dépenses totales de santé de la Suisse en 2015 (toutes les dépenses de l’assurance-maladie obligatoire et frais de santé privés.
Les pertes de production dues à la consommation de tabac se sont élevées à 2 milliards de francs. Elles sont le résultat d’absences temporaires au travail pour cause de maladie ou d’absences permanentes pour cause d’invalidité ou de décès avant la retraite.
La consommation de tabac est à l’origine de 10% des années de vie en bonne santé perdues
La consommation de tabac engendre en plus des coûts résultant de décès prématurés ou de maladies qui peuvent parfois durer des années, coûts qui sont difficilement mesurables en francs. Afin de rendre tangible cette charge imputable à la consommation de tabac, on calcule les «années de vie corrigées de l’incapacité» (AVCI): une unité de mesure couramment utilisée en médecine et en économie de la santé pour déterminer l’importance des maladies pour la société. Les AVCI expriment les années de vie et la qualité de vie perdues au sein de la société pour cause de maladie, d’invalidité ou de décès prématuré.
Pour l’année 2015, 208 999 AVCI résultant directement de la consommation de tabac ont été calculés. En d’autres termes, la population suisse a perdu plus de 200 000 années de vie en bonne santé en 2015 à cause du tabagisme. A titre de comparaison: la même année, les maladies en Suisse ont provoqué au total 2 053 753 AVCI. La consommation de tabac a donc été responsable de 10,2% de toutes les années de vie perdues ou altérées par la mort et la maladie.
Les résultats présentés sont des estimations prudentes qui tendent à sous-estimer la charge induite par les maladies. L’étude ne porte que sur des maladies liées au tabac pour lesquelles on dispose de preuves suffisantes pour établir un lien de cause à effet. Pour ce qui concerne les coûts intangibles, la sélection des maladies était restrictive. Seuls celles qui sont clairement attribuables au tabagisme ont été prises en compte. En outre, l’étude se limite au tabagisme et ignore d’autres usages du tabac et de la nicotine comme le snus, les produits du tabac chauffés et les cigarettes électroniques, ainsi que le tabagisme passif et les conséquences du tabagisme durant la grossesse. Pour certaines maladies, des informations sur les coûts médicaux directs et/ou sur les pertes de production n’étaient par ailleurs pas disponibles.
Prévisions jusqu’en 2050 pour les décès liés au tabac
Dans la deuxième partie de l’étude, des perspectives pour l’année 2050 sont hasardées. Dans le cadre d’une première prévision, l’évolution des décès liés au tabac observée jusqu’à présent est extrapolée. Le résultat obtenu est une légère augmentation en pourcentage des décès dus au tabagisme chez les femmes, ainsi qu’une diminution en pourcentage chez les hommes jusqu’en 2050. Dans la deuxième prévision, les cas de décès liés au tabac en 2050 sont déterminés en supposant que la prévalence du tabagisme reste inchangée par rapport à aujourd’hui. Le résultat donne une augmentation des décès liés au tabac d’environ 9 500 aujourd’hui à plus de 13 000 en 2050, en raison de l’augmentation attendue de la population.
Concernant la prévalence du tabagisme chez les hommes au cours des vingt dernières années, il convient de distinguer deux phases: durant une première phase, le pourcentage de fumeurs a nettement diminué, alors que durant deuxième phase, qui dure depuis 2007, le pourcentage reste stable à un niveau élevé et ne diminue plus. La tendance à la baisse sur l’ensemble de la période des 20 dernières années se poursuit dans la première prévision, mais elle n’est pas convaincante (non plausible).
Réduire le tabagisme : principale priorité de la politique de santé
L’étude conclut que la réduction du tabagisme est la priorité absolue pour améliorer la santé de la population suisse. Cela requiert en premier lieu des mesures visant à réduire la prévalence du tabagisme et, en second lieu, des études ultérieures pour tester l’efficacité et la rentabilité de ces mesures

Die Krankheitslast des Tabakkonsums in der Schweiz: Schätzung für 2015 und Prognose bis 2050 (La charge de morbidité du tabagisme en Suisse: estimation pour 2015 et prévisions jusqu’en 2050)
L'étude de 79 pages de l’Université des sciences appliquées de Zurich ZHAW peut être téléchargée (seulement en allemand):

Qu’est-ce qu’un AVCI?
L’AVCI (années de vie corrigées de l’incapacité) est une unité de mesure pour déterminer la «charge» d’une certaine maladie ou d’un groupe de maladies. La charge se compose de deux parties:
Les AVCI permettent de mesurer et de comparer différentes maladies ou facteurs de risque au sein de sociétés ou de pays.