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La poule
de Java
Une église en forme de poule gigantesque, loin de la civilisation, au milieu de la jungle indonésienne. Quelles sont ses origines? Une inspiration divine, et les talents d'un seul homme
Texte: Esther Acason |
Accroche: mauritius images / Manfred Gottschalk / Alamy
Gereja Ayam, tel est le nom de cette énorme église entourée de la forêt vierge javanaise. Ou simplement «Chicken Church». D’innombrables légendes entourent la construction de cet étonnant édifice. Des colons néerlandais l’auraient laissée là après l’indépendance, et Kuntilanak, un démon indonésien, y sévirait.
L’édifice a bel et bien été construit par Daniel Alamsjah. Le vieil homme de 75 ans est chrétien. A la fin des années 80, il a eu une vision après la prière: il a vu une colombe aux ailes blanches sur un sommet. Une voix lui a ordonné de construire un lieu que les hommes pourraient utiliser pour prier, peu importe leur religion. M. Alamsjah n’a pas pris cette vision au sérieux, jusqu’à ce qu’il reconnaisse le sommet lors d’un voyage à Bukit Rhema. Il a rapidement acheté le terrain de 5000 m2. Avait-il de l’expérience en construction? Absolument pas! Mais ça n’a pas empêché l’assistant social de réaliser sa vision au début des années 90.
Au début, l’église avait l’air d’une colombe, puis M. Alamsjah a posé une couronne sur la tête de l’oiseau, comme symbole de sainteté. Résultat: le bâtiment ressemble bien plus à une poule qu’à une colombe. Mais M. Alamsjah ne s’en est pas préoccupé. Il a poursuivi son travail, rejoint plus tard par une petite équipe, jusqu’à ce qu’il manque de fonds en 2000. L’église inachevée se délabrait. Elle a été vandalisée, envahie par les plantes, mais des touristes continuaient à s’y rendre de temps en temps.
La situation a changé en 2015, lorsque divers sites Internet du monde entier ont publié des articles sur l’église. Elle a même été utilisée comme lieu de tournage pour un film indonésien. Elle a fait sensation. Les touristes se sont mis à affluer, près de 2000 personnes s’y rendaient chaque semaine. M. Alamsjah et son équipe ont décidé de percevoir une entrée équivalente à moins d’un dollar américain et ont utilisé l’argent recueilli pour enfin finir la construction. Les finitions: des fenêtres lambrissées, des carreaux sur certains murs et d’autres décorations, sculptures et bien plus encore. A présent, un petit café à l’intérieur de l’église accueille même les visiteurs. Et M. Alamsjah? Il est ravi d’avoir réalisé sa vision au bout de 30 ans et montré à ceux qui le prenaient pour un fou qu’il a eu raison d’aller au bout de son projet.