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Alexis Andres a 23 ans et vit à Genève. Il est l'un des co-fondateurs du Parti Libertarien de Genève et a été son premier webmaster. Professionnellement, il est étudiant en systèmes d’information et travaille comme caissier parallèlement à ses études.
AF. Comment définirais-tu
le libertarianisme ?
On utilise actuellement le mot « libertarien » dans certaines parties de la francophonie car le mot « libéral » est associé avec des idées qui ne lui correspondent plus. Le mot « libertarien » vient des États-Unis, où le mot « libéral » a subi un glissement semblable, quoique plus marqué, car il désigne désormais ceux que nous appelons socialistes en Europe. Le libertarianisme n’a rien de différent avec le libéralisme qu’on pouvait encore trouver au début du XXème siècle en Suisse ou aux USA. Ce libéralisme émet l'hypothèse que personne ne saurait mieux organiser les interactions entre individus que les individus eux-mêmes. Je suis né peu avant l'explosion de cette anarchie nommée internet, qu'aucun architecte, aucun guide, n'a organisé. Pour moi, c'est la preuve que l'humain n'a pas besoin de berger, qu'il est assez mature pour construire son avenir sans la violence d'un État lui dictant son mode de vie.
AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?
Je ne me sens pas attaché à un courant en particulier, bien que je puisse affirmer ne pas être anarcho-capitaliste ; je pense qu'au moins un État minimal est nécessaire. Toutefois, je n’ai pas une idée précise de quel modèle fonctionnerait le mieux. Je vois plus un chemin que les différents courants empruntent, à travers lequel l’État se retire peu à peu de la vie des citoyens. Certains courants s'arrêtent assez tôt sur ce chemin, c'est le cas du libéralisme classique pour qui l'éducation, les routes et d'autres projets de société doivent être garantis par l’État, mais pour d'autre le chemin est bien plus long.
Je suis donc quelque part entre le libéralisme classique et l'anarcho-capitalisme, mais, à vrai dire, je serais bien incapable de dire où il faudrait s'arrêter. C'est aux individus d'essayer par eux-même de s'émanciper progressivement, et la suppression totale du jour au lendemain de l’État ne me semble pas une bonne idée.
AF. Le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?
Je vois le libertarianisme plus comme une éthique de vie. Après tout, il n'est pas nécessaire de s'intéresser à la politique pour être tolérant et ne pas vouloir régenter la vie des autres.
AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?
J'ai toujours été relativement « à droite » en ce qui concerne l'économie, avec quelques réserves sur la nécessité d'un marché totalement libre. En revanche, sur les questions sociétales, hormis le port d'arme, mes opinions ont toujours été en adéquation avec les idées libertariennes. J'ai toutefois beaucoup échangé mes opinions avec mes amis avant de réussir à cerner une philosophie politique qui puisse me définir.
Lorsque j'ai réellement commencé à m'intéresser à la politique, j'ai remarqué que mes opinions étaient très proches de celles des Jeunes Libéraux-Radicaux. Mais c'est en étudiant le libertarianisme que j'ai pu constater mes divergences.
AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?
Je n'ai pas d'auteur ou de personnalité précise en tête. Ceux qui m'inspirent sont ces individus qui, en leur temps, se sont levés contre l'ordre établi et la soumission. On peut les appeler révolutionnaires, libéraux, entrepreneurs ou philosophes. Ceux qui m'inspirent sont impossible à rassembler sous une seule dénomination et trop nombreux à lister.
AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?
Le respect, la tolérance et l'humilité. Le respect, car il est nécessaire dans toute société pour obtenir des relations saines entre individus. La tolérance, car notre monde fonctionnerait bien mieux si chacun acceptait qu'il n'y a pas qu'une façon de vivre sa vie. Et l'humilité, parce qu'il faut savoir admettre que l'on a pas la réponse à tout, et c'est l'un des fondements du libertarianisme. Comment résoudre la crise ? Comment diminuer le chômage ? Je ne sais pas. Mais je suis sûr que si on libère les capacités de réflexion des individus, ceux-ci trouveront quantité de solutions différentes, adaptées à leurs problèmes.
AF. Ton livre libertarien préféré ?
''La Loi'', de Frédéric Bastiat. Rapidement lu, il représente une très bonne introduction au libertarianisme, alors même qu'il a été écrit il y a plus d'un siècle et demi.
AF. Ta citation libertarienne préférée ?
« When buying and selling are controlled by legislation, the first things to be bought and sold are legislators. »
- P. J. O'Rourke
AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?
Je suis perplexe vis-à-vis de l'Europe. Les décisions à Bruxelles qui impactent les citoyens d'un territoire aussi vaste que l'Europe ne correspondent pas à un modèle de gouvernement efficace. En Suisse en revanche, je reste optimiste : sur certaines questions, le peuple a réussi à de nombreuses reprises à montrer son attachement à la liberté. Mais les régulières attaques contre le fédéralisme et la volonté de centraliser les décisions de la part de certains milieux politiques me font peur. C'est l'une des raisons de mon engagement en politique. Je veux communiquer à ma génération la nécessité de se détacher d'un modèle qui place l’État au centre de la société.