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Tout institut universitaire qui se respecte édite revue, cahier ou recueil d’articles. Dans le domaine des sciences sociales, les gros ouvrages contenant les publications de nombreux auteurs sont sans doute rarement lus hors de leur milieu d’origine. La dernière publication des cahiers de l’IUED (Institut universitaire d’études du développement) qui réunit diverses contributions sous le titre Du socialisme à l’économie de marché est parfaitement lisible pour le non-spécialiste. Elle est d’une qualité équivalente aux articles du Monde diplomatique.
Après dix ans de transition vers l’économie de marché pour les anciens pays du bloc de l’Est, un premier bilan peut être établi. Pour la Russie, par exemple, il est désastreux. En l’an 2000, le PIB a baissé de 45% depuis 1990, le pouvoir d’achat a diminué de 50% pendant la même période et le taux officiel de pauvreté atteint 38%. Après sept ans de transition vers l’économie de marché, les anciens pays d’Europe centrale et orientale (PECO) ont perdu en moyenne un tiers de leur PNB. Ce n’est qu’en 1998 qu’une reprise économique a été signalée.
Curieusement, les explications données relèvent rarement d’une approche véritablement analytique, mais le plus souvent d’une conception quasiment morale : l’économie planifiée à la soviétique représente le mal, donc le châtiment est inévitable. L’ouvrage de l’IUED a le mérite d’apporter des explications plus articulées.
Tout d’abord le marché des pays de l’Est était une économie de l’offre. Le consommateur n’avait pas le choix. Le marché capitaliste est davantage orienté vers la demande et l’ouverture. Le passage de l’un à l’autre est avant tout un problème de culture, d’orientation générale de l’éducation dans des sociétés qui fonctionnaient de manière totalement fermée. La destruction brutale du COMECOM et des mécanismes de coordination est jugée aujourd’hui sévèrement par les experts.
Même si cette organisation visait avant tout à satisfaire les besoins de l’ex-URSS et servait à organiser une gigantesque production d’armement, il était sans doute possible de l’utiliser pour éviter un arrêt total des flux économiques entre ces pays, ce qui s’est effectivement produit.
Enfin les économistes ont cru que le terrain vierge des PECO allait permettre d’appliquer de manière « pure » la théorie économique classique.
La vision idéaliste de la concurrence s’est vite fracassée sur la réalité de l’emprise des mafias locales et de l’absence de compétitivité face à l’occident. La sous-estimation du facteur humain et des données institutionnelles sont la principale leçon qui doit être tirée de cette transition vers le capitalisme. Une économie de marché ne peut fonctionner que si la culture des individus est en phase avec ce modèle d’organisation. Les sociétés communistes produisaient la soumission, la débrouillardise et le non respect des valeurs morales, autant dire des caractéristiques opposées au bon fonctionnement du marché. Et l’absence d’institutions régulatrices, de réseau bancaire efficace et d’un système juridique adéquat a suscité la loi de la jungle.
Ces leçons sont-elles utiles aujourd’hui ? Sans doute pas. Cette transition est un phénomène historique unique. Disons simplement qu’à vouloir aller trop vite, on finit sans doute par ne plus rien maîtriser. jg
Du socialisme à l’économie de marché, sous la direction d’Andras November, PUF, 2001.