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Destinées autrefois à avertir la population en cas de conflit armé, les sirènes permettent aujourd'hui de prévenir les citoyens lors de catastrophes naturelles, chimiques ou d'incident nucléaire. Mercredi, elles ont retenti aux quatre coins du pays. Un test général réussi.
Même si le rendez-vous fait désormais partie de la routine, nombreux sont celles et ceux qui sursautent encore lorsque retentissent les premières notes des sirènes de l'alarme générale.
Cette plainte stridente, qui oscille entre sons graves et aigus pendant soixante secondes, résonne toutes les deux minutes. Une sorte de litanie inquiétante qui transperce le corps. L'alarme-eau est elle donnée par une suite de douze sons graves continus de vingt secondes chacun, séparés par des intervalles de dix secondes.
Mercredi, la Suisse était ponctuelle au rendez-vous. Au total, 8200 installations ont été enclenchées, dont 4700 rattachées à des édifices; 2800 sirènes mobiles ont résonné dans les régions périphériques tandis que 700 retentissaient en aval des zones de barrage. Certains habitants de régions reculées du pays ont été prévenus par téléphone.
Ce système, qui couvre presque l'ensemble du territoire national, est en place depuis 1936 et permet d'atteindre le 96% des citoyens.
Un système qui a fait ses preuves
Alors que d'autres Etats, comme l'Allemagne, ont progressivement démantelé leur système au lendemain de la fin de la Guerre froide, la Suisse et l'Autriche continuent elles de croire à l'efficacité des sirènes.
Mais ont-elles encore une raison d'être aujourd'hui ? «Dans notre société hautement technologique et civilisée, vulnérable aux catastrophes, un système d'alarme est nécessaire», explique à swissinfo Willi Scholl, directeur de l'Office fédéral de la protection de la population (OFPP), ajoutant que «ce système a fait ses preuves».
«Certains pays, comme l'Allemagne, regrettent leur choix et envisagent même de réintroduire les sirènes», souligne encore le fonctionnaire.
Mais la nature des dangers qui menacent potentiellement la Suisse a évolué. A l'origine, les sirènes étaient destinées à alerter la population en cas d'éclatement d'un conflit armé. Aujourd'hui, elles sont déclenchées lors de périls chimique, nucléaire ou en cas de catastrophes naturelles.
Schweizerhalle et Tchernobyl
«Le risque qu'un tel événement se produise est minime», s'empresse de préciser Willi Scholl, mais on ne peut exclure que les scénarios les plus rares surviennent néanmoins. Et dans ce cas, les dégâts peuvent être énormes. Ainsi, des calculs démontrent qu'une rupture du barrage de la Sihl pourrait inonder la ville de Zurich. Les niveaux d'eau pourraient alors atteindre jusqu'à trois mètres.
D'ailleurs un scénario catastrophe avait bel et bien eu lieu le 1er novembre 1986, quand un violent incendie avait éclaté au siège du géant de la chimie, Sandoz, à Schweizerhalle, aux portes de Bâle.
Ces dernières décennies, c'est plutôt pour des intempéries violentes que les sirènes ont retenti. Mais le danger peut aussi venir de l'étranger. «Les catastrophes ignorent les frontières nationales», rappelle le spécialiste, en allusion au drame de Tchernobyl.
La Suisse ne rechigne pas à la dépense lorsque la sécurité du pays est en jeu. Ces prochaines années, la Confédération va consacrer 5 millions de francs par an à la révision des systèmes d'alerte. Elle prend à sa charge les coûts d'entretien des installations dans les cantons et les communes.
Des dépenses importantes, mais Willi Scholl réfute les critiques. Il s'agit d'un investissement «sensé» et «justifié», insiste le directeur de l'OFPP.
Des points d'interrogation
Le test des sirènes, qui résonne chaque année depuis 1991 le premier mercredi du mois de février, fait désormais partie du cours ordinaire des choses.
Mais quel serait le réflexe des Suissesses et des Suisses en cas d'alerte? Willi Scholl révèle qu'un sondage a démontré que 40% de la population ignore quel comportement adopter dans une telle situation.
Selon cette enquête, de nombreuses personnes n'hésiteraient pas à ouvrir leurs fenêtres pour voir ce qui se passe plutôt que d'écouter la radio, suivre les instructions des autorités et informer les voisins.
C'est pourquoi l'Office fédéral de la protection de la population vient de lancer une campagne d'information. Par le biais de flashs radio et de cartes d'explication format carte de crédit distribuées mercredi dans une trentaine de gares CFF. Ceci pour rappeler les règles de comportement en cas d'alarme.
Pour mieux attirer l'attention des citoyens, l'OFPP a en outre fait appel à l'ambassadrice de charme et ancienne reine de beauté Crista Rigozzi. Il n'est pas certain cependant que les citoyens qui ne maîtrisent aucune des langues nationales aient véritablement saisi le sens du message.
Record mondial
«Les abris de protection civile sont aussi un instrument formidable», relève par ailleurs Willi Scholl. Ces abris offrent une protection jusqu'à 20 fois supérieure à celle des pièces d'une habitation.
Dès les années soixante et avec l'avènement de la Guerre froide, de tels refuges étaient systématiquement aménagés en sous-sol des nouvelles constructions. A ce jour, la Suisse avec ses 7,5 millions d'habitants, dispose de quelques 300'000 abris, soit le taux par habitant le plus élevé au monde.
Mais utiliserait-on encore ces refuges aujourd'hui ? «Ce dispositif fonctionne parfaitement et ce serait faire preuve de négligence que de vouloir s'en défaire», juge le spécialiste.
«Je pense qu'en cas d'accident nucléaire, les gens, dans leur propre intérêt, se conformeraient aux indications des autorités et se réfugieraient dans leur abri antiatomique.»
swissinfo, Corinne Buchser
(Traduction de l'allemand: Nicole Della Pietra)
TEST DES SIRENES
30 minutes. Le test annuel général des sirènes a eu lieu le 4 février dans toute la Suisse. Les essais, qui ont duré une demi-heure, ont débuté à 13h30.
Barrages. Dans les régions à risques, situées en aval des barrages, les essais ont eu lieu entre 14h15 et 15 heures.
Obligatoires. Ces tests de fonctionnement avaient débuté dans les années 70. Ils sont obligatoires et ancrés dans une base légale depuis 1988.
Quand? Entre 1982 et 1990, les systèmes d'alarme étaient testés deux fois par année. Depuis 1991, l'exercice ne se répète qu'une fois l'an, et toujours le premier mercredi du mois de février.
Réussite. Habituellement, 98% des installations fonctionnent sans embûches. Mercredi, le test a donné entière satisfaction.
Alarme. En cas d'augmentation de radioactivité, d'épidémie ou d'épizootie, de situation d'urgence en rapport avec des ouvrages d'accumulation, la Confédération confère le mandat à la Centrale nationale d'alarme (l'organe spécialisé pour les événements extraordinaires et qui exploite le centre d'annonce), d'ordonner le déclenchement des sirènes.
Centralisé. Dans d'autres cas de figure, la compétence revient aux cantons. Jusqu'à une date récente, les communes avaient la responsabilité de déclencher les sirènes. Entre temps, la plupart des cantons se sont doté d'un système centralisé.
L'ALARME-EAU
Bombardés. En Suisse, l'alarme-eau doit son origine à l'imminence d'une attaque militaire. Les 16 et 17 mai 1943, trois barrages avaient été bombardés par les Alliés dans la région de la Ruhr, en Allemagne.
Réseau. Depuis, la Confédération s'est dotée d'un réseau de 700 alarmes de ce type. Il permet de couvrir 42 régions qui se situent en aval des barrages qui retiennent plus de 2 millions de m3 d'eau en tout.
La gestion des installations de sirènes et leur entretien incombe au maître de l'ouvrage, alors que la Confédération, les cantons et les communes sont responsables des instructions à donner à la population et de mettre en place, le cas échéant, les dispositifs d'évacuation de la population.