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Écarté par Karatsev en 16e de finale du tournoi de Rome mercredi, le numéro 2 mondial a passé son match à se plaindre d'un revêtement qu'il «déteste».
11 victoires - 19 défaites: c'était le bilan défavorable de Daniil Medvedev sur terre battue en entrant sur le terrain du Foro Italico contre Karatsev. Il en est ressorti 78 minutes plus tard avec un 20e revers sur ocre (éconduit 6-2 6-4 par Karatsev) et des insultes plein la bouche.
Imprécis au retour (une de ses qualités sur dur), incapable de se créer plus qu'une balle de break (manquée), Medvedev a passé l'intégralité de la rencontre à râler contre lui-même, contre l'arbitre et surtout contre la surface de jeu.
Il est toutefois resté plus sage qu'à Madrid où, après avoir fracassé sa raquette sur le court, il avait fini par hurler son mal-être en direction de son staff: «Je ne veux pas jouer sur cette surface!»
Rien ne semble pouvoir réconcilier Medvedev avec la brique pilée.
Cette défiance vient à la fois de son éducation et de son jeu (mais les deux sont liés). Né à Moscou, où il a fait toute sa formation avant de rejoindre la Côte d'Azur à 18 ans, le Russe n'a pas grandi dans un pays où l'on reconnaît le travail bien fait aux litres de sueur épongés par la terre. Lui est d'une autre école, plus savante: pour progresser, il a besoin d'intellectualiser plus que de répéter. «Il établit des stratégies, il anticipe. Il est comme un joueur d’échecs», dit de lui John McEnroe.
Comme il préfère frapper très à plat plutôt que de lifter sa balle, celle-ci gicle moins au rebond sur terre et ses coups perdent ainsi en efficacité. Il en est le premier conscient, et le premier affecté. «Je travaille à donner plus d'effet, un peu plus de trajectoire, pose-t-il, cité par l'excellent blog Jeu, Set et Match. Tout cela est difficile car pendant neuf ou dix mois, je joue comme j’en ai l’habitude. Ensuite, je dois changer pendant deux mois, en gardant toujours les choses que je fais bien aussi. Or vous ne pouvez pas changer complètement votre jeu.»
Redoutable sur dur extérieur et en indoor, où il a obtenu ses meilleurs résultats (deux demi-finales de Grand Chelem et un titre aux Masters de Londres), l'escogriffe (198 cm) doit se faire violence mentalement pour accepter que ses efforts ne soient pas aussi bien récompensés sur terre battue. «Pour moi, le plus important sera de savoir que certains coups qui seraient peut-être gagnants sur des terrains durs, ne le seront certainement pas sur terre. Vous devez faire peut-être trois bons coups, alors qu’un seul suffirait sur des terrains en dur. C’est parfois difficile pour moi de le comprendre.»
Son élimination prématurée en Italie ne sert pas les intérêts du numéro 2 mondial, qui a besoin de victoires pour préserver son classement actuel et acquérir des certitudes sur ocre. Les souvenirs de 2019 (demi-finale à Monte-Carlo et finale à Barcelone) appartiennent à un passé derrière lequel il court avec une nonchalance teintée de défaitisme. Il n'en a pas perdu son humour pour autant: il a répété plusieurs fois depuis le début de la saison que son grand objectif de 2021 serait de remporter un match à Roland-Garros, où il ne s'est encore jamais imposé en quatre participations!