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Les moustiques préfèrent piquer certaines peaux plutôt que d'autres, mais ils sont aussi capables de fuir un comportement agressif quand ils l'associent à un mauvais souvenir. C’est ce que montrent deux chercheurs français de l’Université de Virginie aux Etats-Unis, dans une étude parue en janvier dans la revue américaine Current Biology.
Dans l'émission CQFD de la RTS, Clément Vinauger, professeur associé au Département de biochimie de Virginia Tech et coauteur de l'étude, explique le procédé grâce auquel l'étude a tenté de comprendre pourquoi les moustiques ne piquent pas toutes les personnes de manière égale.
L'odeur est la clé
L'une des hypothèses de travail était que les moustiques choisissaient leurs cibles en fonction de leur odeur, différente pour tous les individus. Pourtant cette explication ne suffisait pas. "Nous avons alors étudié une seconde hypothèse: les moustiques sont capables d'apprendre à associer les odeurs et la manière dont on se défend", indique le chercheur. "Les moustiques favorisent alors certains hôtes qui sont faciles à piquer".
Le moustique choisi pour mener ces recherches, l'Aedes Aegypti, est répandu dans les régions tropicales et subtropicales tout autour du globe. Il est notamment le vecteur de la dengue, de la fièvre jaune, de zika ou encore du chikungunya.
Dopamine à l'oeuvre
Après une phase d'observation du comportement des moustiques, les chercheurs se sont attelés à voir ce qui se passe dans le cerveau du moustique au moment de la sélection et de l'apprentissage des cibles, à l'aide d'un minuscule casque garni d'électrodes posé sur la tête des insectes.
Les chercheurs ont alors découvert qu'un neuromodulateur particulier, la dopamine, était sollicité dans le processus d'apprentissage. Sa production a alors été bloquée par une technologie de biologie moléculaire. Cette intervention a permis de supprimer la capacité d'apprentissage des insectes. Ils piquent donc leurs proies de manière indéterminée, sans préférence pour l'odeur.
Apprentissage sans contact
Durant l'étude, les chercheurs ont pu établir que les moustiques peuvent apprendre à se sentir menacés même sans contact. Des gestes provoquant des perturbations dans l'environnement de l'insecte, comme si on essayait de lui taper dessus, lui suffisent à identifier sa cible comme potentiellement dangereuse pour lui.
Pour autant, un être humain seul sera de toute façon ciblé par la femelle moustique, même s'il est menaçant, car cette dernière a besoin des nutriments présents dans le sang pour développer ses oeufs. Si deux personnes peuvent être ciblées, c'est alors la moins menaçante des deux qui sera attaquée.
Virginie Langerock/ebz
Une stratégie de lutte complexe et intégrative
Différentes méthodes doivent donc être combinées afin d'attaquer le moustique sur tous les fronts. "Etant donné que l'apprentissage semble jouer un rôle critique dans leurs préférences et leur efficacité, on pourrait avoir deux stratégies", soit en punissant le moustique, par exemple avec des moustiquaires imprégnées de répulsif non létal, soit en lui proposant une autre cible qui cherchera moins à se défendre, par exemple un lapin dans la même pièce, comme cela se pratique par exemple en Amérique latine.