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Par Basile Seppey
Une critique sur le texte de la pièce:
Baromètre / De Mali Van Valenberg / Pièce créée en 2017 dans le cadre d’une résidence artistique à l’hôpital psychiatrique de Malévoz / Plus d’infos
Baromètre a été publié dans Le Courrier du lundi 04 septembre 2017. Ce texte, republié ici, a été produit dans le cadre d’une résidence artistique de l’auteure comédienne à l’hôpital psychiatrique de Malévoz. Elle y explore le rapport à la norme et à l’altérité.
Il s’agit d’un monologue qu’une femme adresse à une autre. Dans la didascalie liminaire, certaines indications de décors et de costumes suggèrent la terrasse ou le jardin d’une institution sanitaire. Les deux femmes se ressemblent. Elles sont vêtues de manière identique et gravitent toutes deux entre les « visiteurs » en « robes à fleurs » et les « visités » en « pyjamas ». Des « blouses » évoquent le personnel soignant. Le texte semble questionner les tensions qui peuvent survenir lors d’une rencontre dans un tel contexte entre deux personnes qui se connaissent, entre le « blanc malade » et les « couleurs qui se la pètent ».
Si ce cadre invite à la distinction entre « visiteur » et « visité », Mali Van Valenberg prend le parti de brouiller les pistes sur le plan de l’énonciation. La didascalie est assumée par l’une des deux femmes, tandis que le monologue qui suit est porté par l’autre personnage. Cette seconde femme tend à s’objectiver dans son discours, si bien qu’on en vient à se demander si c’est d’elle ou de son interlocutrice qu’elle parle. Elle reprend mot à mot certaines formulations de la didascalie, comme si elle savait ce que l’autre avait dit, comme si elles ne faisaient qu’une. Des remarques comme « J’essaie de nous convaincre » ou « il te va bien mon sourire » diffusent aussi ce sentiment de flottement.
On ne saura jamais laquelle est l’internée, laquelle la visiteuse, si tant est qu’il y en ait une. À cet égard le texte, avec beaucoup de finesse, donne voix à une sorte de folie ordinaire, à laquelle tout le monde s’adonne plus ou moins intensément. La langue en est fébrile, elle donne le vertige en cherchant à tout dire, mais n’est jamais caricaturale : la folie reste supposée.
Il y a pourtant, entre elles, quelque chose « qui n’est pas d’accord, quelque chose qui fait qu’on n’est pas tout à fait à l’aise ». Il semblerait que ce malaise soit dû surtout au cadre de leur rencontre : « tout ce blanc entre nous, ça décale forcément ». Le baromètre, ici, est l’instrument capable de trancher entre les gens à « robe à fleurs » et ceux qui doivent porter des « pyjamas» : il indique le taux d’internabilité .
Si la thématique de l’internement est difficile, l’humour qui accompagne la mise en scène de la folie dédramatise. Il se décline parfois sur une modalité proche de celle du jeu de mot comme lorsque « incontinente » amène « continent » et fonctionne un peu comme une soupape de décompression.
Avec Baromètre, Mali Van Valenberg signe un texte courageux tant dans le sujet abordé que dans son traitement de l’énonciation. On y est d’abord bousculé, on cherche des jalons, des bribes d’histoires auxquelles se raccrocher. Puis les choses se mettent en place. Avec une économie de moyens dans la parole et peu d’indices référentiels, on fait nôtre la voix de cette femme.