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Formation tertiaire
Version originale en allemand
Les processus de modernisation et les progrès technologiques ont considérablement accru la demande d’enseignement supérieur. En Suisse, le ratio de l’enseignement tertiaire (y compris la formation professionnelle supérieure) parmi la jeune génération (25-34 ans) est aujourd’hui légèrement inférieur à 50 % (le ratio des hautes écoles est légèrement inférieur à 30 %). Avec le Canada, les États-Unis, la Grande-Bretagne et les pays scandinaves, la Suisse se trouve dans le haut du classement. La différenciation du système tertiaire en un secteur de hautes écoles avec des universités et des hautes écoles spécialisées et un secteur de formation professionnelle supérieure offre de nombreuses options aux personnes ayant suivi une formation duale (un apprentissage). Ce contexte institutionnel explique pourquoi la Suisse atteint, en comparaison internationale, un taux global d’enseignement tertiaire élevé malgré une proportion relativement faible de gymnasien·ne·s.
La tendance à la tertiarisation s’observe dans la plupart des pays de l’OCDE. Cette évolution est interprétée d’une part comme une réponse aux besoins du marché du travail en main-d’œuvre hautement qualifiée, mais aussi comme le résultat d’une dynamique inhérente au système de formation visant des qualifications de plus en plus élevées.
La différenciation du système des hautes écoles a eu lieu relativement tardivement en Suisse. En 1995, les écoles de la formation professionnelle supérieure ont été regroupées en hautes écoles spécialisées régionales de niveau tertiaire, ceci dans le cadre d’un processus de réformes à grande échelle basé sur la nouvelle loi fédérale sur les hautes écoles spécialisées (LHES). C’est à ce moment que les HES ont été dotées d’un mandat de recherche. Cette transformation a été déclenchée, d’une part, par la crainte que les titres de formation professionnelle supérieure ne soient plus reconnus à l’étranger et, d’autre part, par la conviction de pouvoir contrecarrer la pénurie attendue de spécialistes hautement qualifié·e·s en créant des hautes écoles spécialisées à vocation professionnelle. Le développement des hautes écoles spécialisées, intervenu principalement dans le secteur de la formation professionnelle et largement modulé par ces cercles, a finalement conduit à la structure binaire du système des hautes écoles telle qu’on la connaît aujourd’hui : les hautes écoles spécialisées sont formellement égales aux universités en termes de mandat de recherche, de reconnaissance mutuelle ou de titres académiques des deux premiers cycles d’études, sans pour autant se situer sur un pied d’égalité avec les universités en termes de statut social et de réputation.
Dans un deuxième temps, avec la révision partielle de la LHES en 2005, les domaines de la santé, du travail social et de l’art sont passés sous compétence fédérale et ont été intégrés dans les hautes écoles spécialisées. Le travail social est aujourd’hui enseigné dans les hautes écoles spécialisées, à l’université de Fribourg et dans les écoles supérieures. Les hautes écoles pédagogiques ont été fondées à la fin des années 1990 sur le même principe que les hautes écoles spécialisées, mais relèvent exclusivement de la compétence des cantons en tant que nouvelles hautes écoles pour la formation du corps enseignant de l’école obligatoire. Un grand nombre de petites écoles normales locales (Lehrerseminar en Suisse germanophone) ont été transférées dans les hautes écoles nouvellement créées. Formellement, les HEP sont affectées au secteur des hautes écoles spécialisées ; dans les faits, cependant, elles sont traitées comme une catégorie distincte de haute école spécialisée.
Sur la base du nouvel article constitutionnel qui engage la Confédération et les cantons à assumer conjointement la responsabilité de la qualité et de la perméabilité du paysage de formation et à coopérer dans le domaine des hautes écoles, la loi sur l’encouragement et la coordination des hautes écoles (LEHE) a été créée en 2011 en tant que cadre juridique pour la nouvelle gouvernance des hautes écoles. Cette loi, entrée en vigueur en 2015, régit les objectifs et principes de la coordination assumée conjointement. Elle crée un domaine de hautes écoles homogène au plan national, dans lequel des critères communs (p. ex. les coûts de référence pour le financement de base et les taux de contribution fédérale) s’appliquent, pour la première fois, à tous les types de haute école, tout en conservant une diversité des profils (p. ex. accès différents, cursus différenciés, diplômes spécifiques). En s’appuyant sur la LEHE et sur le concordat intercantonal sur les hautes écoles, la Confédération et les cantons ont réglementé leur coopération et créé de nouveaux organes politiques communs pour les hautes écoles : la Conférence suisse des hautes écoles, la Conférence des recteurs des hautes écoles suisses (avec trois chambres spécifiques pour chaque type, les HEU, les HES et les HEP) et le Conseil suisse d’accréditation.
La création de filières de maturité spécialisée et de maturité professionnelle a diversifié les formations préparant aux études en haute école. L’accès aux hautes écoles est désormais possible avec une maturité professionnelle, ce qui favorise en particulier les diplômé·e·s d’une formation professionnelle initiale. Aujourd’hui, la maturité professionnelle constitue la porte d’entrée ordinaire dans les hautes écoles spécialisées, alors que la maturité gymnasiale permet d’accéder aux hautes écoles universitaires sans examen. L’examen complémentaire « Passerelle maturité professionnelle – haute école universitaire » permet à un petit nombre de titulaires d’une maturité professionnelle d’accéder à l’université. Inversement, un certain nombre de titulaires d’une maturité gymnasiale commence une formation dans une haute école spécialisée après avoir effectué un stage en entreprise. Bien que ces innovations institutionnelles aient rendu le système des hautes écoles plus perméable dans son ensemble, la proportion d’étudiant·e·s qui entrent dans une haute école universitaire par une voie alternative reste très faible (2 à 3 %).
L’accès à la formation tertiaire et l’obtention d’un diplôme dépendent fortement de l’origine sociale. En Suisse, les enfants issus de familles d’universitaires ont une fois et demie plus de chances d’achever leurs études au niveau tertiaire que le reste de la population. Toutefois, dans la plupart des pays européens, la disparité sociale est nettement plus grande, avec un ratio allant de 2 à 3. La sélectivité sociale de l’accès aux hautes écoles en Suisse se reflète avant tout dans le choix des types de hautes écoles : les enfants issus de familles d’universitaires sont plus de deux fois plus représentés dans les hautes écoles universitaires que les enfants issus de familles non universitaires. Le taux de réussite académique se situe depuis des années à environ 70 % ; il n’a guère augmenté dans le système de Bologne. Aujourd’hui, les étudiant·e·s sont même moins nombreux à obtenir un diplôme de deuxième cycle (Master) que dans l’ancien système. La proportion d’étudiant·e·s dans les hautes écoles universitaires qui entreprennent de suivre un Master après le Bachelor est de 80 % en moyenne.
Le taux d’emploi des diplômé·e·s d’une haute école se situe entre 85 % et 95 % un an après l’obtention du diplôme. Cependant, toutes les personnes actives n’exercent pas une activité nécessitant un diplôme d’une haute école. Si l’on tient compte du fait que toutes et tous les titulaires d’une maturité ne commencent pas des études dans une haute école et n’obtiennent pas nécessairement leur diplôme, on peut dire que sur la cohorte totale de titulaires d’une maturité, seuls les deux tiers environ trouvent ensuite un emploi en adéquation avec leur formation. La modularisation et les filières d’études en trois cycles du système de Bologne n’ont guère fait évoluer cette situation. Compte tenu du faible taux d’obtention d’une maturité en Suisse, il s’agit là d’un résultat qui donne à réfléchir, et la réduction du nombre d’abandons des études reste un enjeu pour la politique de formation.
RéférencesBecker, R., Der Übergang ins Hochschulstudium Prozesse und Mechanismen am Beispiel der deutschen Schweiz. In M. M. Bergman, S. Hupka-Brunner, T. Meyer & R. Samuel (Hrsg.), Bildung – Arbeit – Erwachsenwerden : ein interdisziplinärer Blick auf die Transition im Jugend- und Erwachsenenalter (S. 305-331). Wiesbaden : Springer.
Weber, K., Tremel, P. & Balthasar, A. (2010). Die Fachhochschulen in der Schweiz : Pfadabhängigkeit und Profilbildung. Swiss Political Science Review 16(4), 687-713.
Wolter, S. C., Cattaneo, M. A., Denzler, S., Diem, A., Hof, S., Meier, R. & Oggenfuss, C. (2018). L’éducation en Suisse : rapport 2018. Aarau : Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation.