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Publiée le 25 juin 1857 et rééditée en 1861, cet oeuvre majeure de Baudelaire, Les Fleurs du mal sont l'une des oeuvres les plus importantes de la poésie moderne, empreinte d'une nouvelle esthétique où la beauté et le sublime surgissent, grâce au langage poétique, de la réalité la plus triviale. L'oeuvre exerça une influence considérable sur Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé ou encore Arthur Rimbaud. Le 7 juillet, la direction de la Sûreté publique saisit le parquet pour « outrage à la morale publique » et pour « outrage à la morale religieuse ». Baudelaire et ses éditeurs sont condamnés à une d'amende, ainsi qu'à la suppression de six pièces (sur les cent que compte le recueil), pour délit d'outrage à la morale publique.
Un nouveau roman du grand Ouest paru sous la double signature de Gustave Aimard et Jules Berlioz d'Auriac. ... Cette histoire est à la fois un roman d'aventure en terre indienne et un récit mondain d'homme blanc américain. Plusieurs allers-retours et confrontations sont faits entre ces deux mondes.
Un couple d'aristocrates unis après un premier mariage, invitent un ami d'enfance d'Edouard nommé le Capitaine, puis, malgré le pressentiment funeste de Charlotte, Odile, la nièce de Charlotte, belle et orpheline, les rejoint. La description d'une expérience scientifique, celle des « Affinités électives », au chapitre quatre de la première partie, nous permet déjà de présager de la suite de la narration dans laquelle l'attachement de plus en plus exclusif d'Edouard pour Odile aura des suites funestes.Extrait : Ce fut ainsi que la société du Capitaine devint peu à peu agréable à Charlotte. En utilisant à sa manière ses vastes connaissances, elle acheva de se tranquilliser sur les suites de sa présence au château. Elle prit même insensiblement l'habitude de le consulter sur une foule de précautions hygiéniques, car elle aimait la vie. Plus d'une fois déjà le vernis de certaines poteries dans lequel il entre du plomb et le vert de gris qui s'attache aux vases de cuivre, lui avaient causé de l'inquiétude. Le Capitaine lui donna à ce sujet des éclaircissements qui les conduisirent à d'instructifs entretiens sur la physique et la chimie.
Claude Gueux, condamné à de la prison pour le vol d'un pain, se retrouve persécuté par un gardien de prison. La seule issue que trouve Claude Gueux à cette injustice est le meurtre de cet homme... Victor Hugo s'est déjà engagé dans le combat contre la peine de mort dans un roman précédent, Les Derniers Jours d'un condamné à mort. C'est en lisant, dans la gazette des tribunaux, le procès de Claude Gueux que Victor Hugo décide d'en écrire la vie depuis son entrée en prison jusqu'à son exécution, avant de conclure par un plaidoyer contre cette société implacable avec les victimes de la misère humaine.
Le roman est dédié à l'île de Guernesey et à ses habitants : Je dédie ce livre au rocher d'hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l'île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable. Dans la seconde édition, Victor Hugo adjoint une présentation lumineuse de 80 pages, intitulée l'archipel de la Manche. Au-delà de l'histoire de machination crapuleuse et d'amour, des drames personnels des personnages campés avec une modernité surprenante, il s'agit d'un roman terraqué, emmêlant eau et terre, en quête d'un regard sur les océans, comme d'une ode à la mer. Mess Lethierry est propriétaire de la Durande, un steamer coulé par la machination criminelle de son capitaine, le sieur Clubin. Fou de rage à l'idée que le moteur révolutionnaire de son steamer soit définitivement perdu, Lethierry promet sa nièce, Déruchette, à celui qui récupèrera la machine de l'épave coincée entre des rochers au large de Guernesey. Gilliatt, aussi robuste que rêveur, mais surtout épris de Déruchette, accepte le défi. Après maintes péripéties, Gilliatt réussit sa mission mais s'aperçoit à son retour que Déruchette s'est éprise en son absence d'un jeune pasteur (Ebenezer), et que celui-ci l'aime en retour. Gilliatt se sacrifie et s'efface pour le bonheur de la jeune femme. Il se laisse mourir sur un rocher peu à peu submergé par la mer.
Victor Hugo commence la rédaction de son ouvrage le 21 juillet 1866, à Bruxelles et le termine deux ans plus tard, le 23 août 1868 toujours à Bruxelles3. Mais c'est en exil à Guernesey qu'il en rédige la plus grande partie. L'oeuvre se présente sous la forme de quatre volumes vendus chacun 7 francs 50 de l'époque mais un contrat passé avec l'éditeur Lacroix et un certain Panis en modifie la distribution. Au lieu de distribuer les 4 volumes simultanément - ce qui est le souhait de Victor Hugo, celui-ci échelonne la distribution sur trois jours. Le livre est un échec, le public n'est pas au rendez-vous. Victor Hugo lui-même reconnaît son échec qu'il impute d'une part aux spéculations de son éditeur mais aussi à la trop grande ambition de ses objectifs : « J'ai voulu abuser du roman. J'ai voulu en faire une épopée. J'ai voulu forcer le lecteur à penser à chaque ligne. De là une sorte de colère du public contre moi » L'Angleterre a connu, cent quarante ans avant la France, une révolution, un parlement régicide, une république et une restauration fertile en règlements de comptes. Victor Hugo a choisi ce dernier épisode pour brosser un tableau épique de l'aristocratie anglaise à travers la destinée extraordinaire de Gwynplaine, l'Homme qui Rit. A la fois roman d'aventures, exposé historique et social, drame injouable et poème visionnaire, ce roman est le plus fou de tous les romans de Hugo. C'est aussi le plus riche de toutes les obsessions de son auteur.
En 1818, l'auteur de ce livre avait seize ans et il paria qu'il écrirait un volume en quinze jours. Il fit Bug-Jargal. C'est un roman d'aventures décrivant les péripéties de Léopold d'Auvernay, jeune officier de l'armée française, qui part pour Saint-Domingue, colonie française à l'époque, pour retrouver sa promise, fille d'un colon français, et l'épouser. Cependant la veille de son mariage les esclaves, menés par le mystérieux Bug-Jargal, se révoltent contre la domination des colons, et sa future épouse se fait enlever par un esclave, de qui Léopold pensait être l'ami. Commence ensuite pour Léopold une course-poursuite à travers l'île pour retrouver sa bien-aimée et pour assouvir sa vengeance...
Victor Hugo rencontre plusieurs fois le spectacle de la guillotine et s'indigne de ce que la société se permet de faire de sang-froid ce qu'elle reproche à l'accusé d'avoir fait. C'est au lendemain d'une traversée de la place de l'Hôtel-de-Ville où le bourreau graissait la guillotine en prévision de l'exécution prévue le soir même que Victor Hugo se lance dans l'écriture du Dernier Jour d'un condamné qu'il achève très rapidement. Le livre est édité en février 1829 par l'éditeur Charles Gosselin mais sans nom d'auteur. Ce n'est que 3 ans plus tard (15 mars 1832) que Victor Hugo complète sa nouvelle par une longue préface qu'il signe de son nom. À la prison de Bicêtre, un condamné à mort note heure par heure les événements d'une journée dont il apprend qu'elle sera la dernière. Il rappelle les circonstances de la sentence, puis de son emprisonnement et la raison qui le fait écrire, jusqu'au moment où il lui sera physiquement impossible de continuer. Décrivant sa cellule, détaillant la progression de la journée, évoquant d'horribles souvenirs comme le ferrement des forçats, la complainte argotique d'une jeune fille, des rêves, il en arrive au transfert à la Conciergerie.... Hugo ne donne pas son nom, ne dit presque rien sur son passé, ni pourquoi cet homme est emprisonné. Peu importe ! Ce texte est un plaidoyer contre la peine de mort, contre toutes les peines de mort, il n'a pour objet que cette mort qui apparaît dans toute son horreur inouïe et impensable, dans son inhumanité intrinsèque.
Extrait : D'ailleurs, gardez-vous de croire qu'il fût incapable de connaître les sentiments vrais, et que la passion ne fît qu'effleurer son épiderme. Il eût vendu ses chemises pour un homme qu'il connaissait à peine, et qu'à l'inspection du front et de la main il avait institué hier son ami intime. Il apportait dans les choses de l'esprit et de l'âme la contemplation oisive des natures germaniques, -- dans les choses de la passion l'ardeur rapide et volage de sa mère, -- et dans la pratique de la vie tous les travers de la vanité française. Il se fût battu en duel pour un auteur ou un artiste mort depuis deux siècles. Comme il avait été dévot avec fureur, il était athée avec passion. Il était à la fois tous les artistes qu'il avait étudiés et tous les livres qu'il avait lus, et cependant, en dépit de cette faculté comédienne, il restait profondément original. Il était toujours le doux, le fantasque, le paresseux, le terrible, le savant, l'ignorant, le débraillé, le coquet Samuel Cramer, la romantique Manuela de Monteverde. Il raffolait d'un ami comme d'une femme, aimait une femme comme un camarade. Il possédait la logique de tous les bons sentiments et la science de toutes les roueries, et néanmoins il n'a jamais réussi à rien, parce qu'il croyait trop à l'impossible. -- Quoi d'étonnant ? il était toujours en train de le concevoir.
Extrait : Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d'un fouet. Comme l'âne allait tourner l'angle d'un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s'inclina cérémonieusement devant l'humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : « Je vous la souhaite bonne et heureuse ! » puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d'ajouter leur approbation à son contentement. L'âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l'appelait son devoir. Pour moi, je fus pris subitement d'une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l'esprit de la France.
D'un seul regard, le promeneur embrasse la beauté paisible de la campagne et le spectacle grandiose de l'océan... À la manière d un cinéaste, Victor Hugo qui vécut là un long exil, entraîne le lecteur à la découverte des îles anglo-normandes telles qu'elles furent, avec leurs légendes et leurs traditions, leurs petits métiers et leurs activités. Ce texte vit le jour pour la première fois en 1883. C'était la dernière oeuvre que Victor Hugo publiait. Extrait : Mais le gros temps n'est pas le plus grand risque de cette navigation de l'archipel ; la bourrasque est violente, et la violence avertit ; on rentre au port, ou l'on met à la cape, en ayant soin de placer le centre d'effort des voiles au plus bas ; s'il survente, on cargue tout, et l'on peut se tirer d'affaire. Les grands périls de ces parages sont les périls invisibles, toujours présents, et d'autant plus funestes que le temps est plus beau. Dans ces rencontres-là, une manoeuvre spéciale est nécessaire. Les marins de l'ouest de Guernesey excellent dans cette sorte de manoeuvre qu'on pourrait nommer préventive.
Han d'Islande est un roman de jeunesse de Victor Hugo, publié en 1823.Ce roman de jeunesse de Victor Hugo a été écrit en 1821 à 19 ans. Quelque temps auparavant, il rencontre Adèle Foucher dont il tombe amoureux et avec qui il correspond en secret. Malheureusement la mère de Hugo découvre la correspondance et interdit aux jeunes gens de se voir. À la mort en 1821 de Madame Hugo, l'auteur peut renouer avec Adèle. Mais des problèmes d'argent éloignent encore le mariage. Après de longues fiançailles, le mariage a lieu en 1822 grâce à une pension accordée par Louis XVIII. C'est face à ces soucis financiers que Victor Hugo écrit Han d'Islande, qui reflète cet amour contrarié. Han d'Islande se situe dans la région de Trondheim en Norvège en 1699. Ordener Guldenlew, personnage principal, jeune homme vertueux, noble et courageux, est le fils du Vice-Roi de Norvège et amoureux d'Ethel, douce jeune fille de Schumaker, ancien Comte de Griffenfeld déshonoré par le Roi et enfermé à la forteresse de Munkholm. Seuls certains papiers, enfermés dans une cassette en fer et aux mains de Han d'Islande, pourraient sauver Schumaker et sa fille ...
Quatrevingt-treize est le dernier roman de Victor Hugo. L'ouvrage connaît un succès immédiat : 8 000 exemplaires sont vendus dès les douze premiers jours. Paru en 1874, il a pour toile de fond les plus terribles années de la Révolution française : la Terreur. À l'origine, ce roman devait constituer le dernier volume d'une trilogie romanesque consacrée à la Révolution française, dont L'Homme qui rit constituerait le premier volume, mais Victor Hugo n'a pas mené ce projet jusqu'à son terme. Cette oeuvre testamentaire nous prend la main, nous citoyens, et nous rappelle la naissance de notre fragile liberté, de notre fragile égalité et de notre fragile fraternité. Le 28 juin 1793, trois hommes étaient réunis autour d'une table dans cette arrière-chambre. Leurs chaises ne se touchaient pas ; ils étaient assis chacun à un des côtés de la table, laissant vide le quatrième. Il était environ huit heures du soir ; il faisait jour encore dans la rue, mais il faisait nuit dans l'arrière-chambre, et un quinquet accroché au plafond, luxe d'alors, éclairait la table.
Il est quelques points relatifs à Edgar Poe, sur lesquels il y a un accord unanime, par exemple sa haute distinction naturelle, son éloquence et sa beauté, dont, à ce qu'on dit, il tirait un peu de vanité. Ses manières, mélange singulier de hauteur avec une douceur exquise, étaient pleines de certitude. Physionomie, démarche, gestes, air de tête, tout le désignait, surtout dans ses bons jours, comme une créature d'élection. Tout son être respirait une solennité pénétrante. Il était réellement marqué par la nature, comme ces figures de passants qui tirent l'oeil de l'observateur et préoccupent sa mémoire. Le pédant et aigre Griswold lui-même avoue que, lorsqu'il alla rendre visite à Poe, et qu'il le trouva pâle et malade encore de la mort et de la maladie de sa femme, il fut frappé outre mesure non seulement de la perfection de ses manières, mais encore de la physionomie aristocratique, de l'atmosphère parfumée de son appartement, d'ailleurs assez modestement meublé. Griswold ignore que le poëte a plus que tous les hommes ce merveilleux privilège attribué à la femme parisienne et à l'Espagnole, de savoir se parer avec un rien, et que Poe, amoureux du beau en toutes choses, aurait trouvé l'art de transformer une chaumière en un palais d'une espèce nouvelle.
Car il ne fut jamais dupe ! - Je ne crois pas que le Virginien qui a tranquillement écrit, en plein débordement démocratique : « Le peuple n'a rien à faire avec les lois, si ce n'est de leur obéir », ait jamais été une victime de la sagesse moderne, - et : « Le nez d'une populace, c'est son imagination ; c'est par ce nez qu'on pourra toujours facilement la conduire », - et cent autres passages, où la raillerie pleut, drue comme mitraille, mais cependant nonchalante et hautaine. - Les Swedenborgiens le félicitent de sa Révélation magnétique, semblables à ces naïfs illuminés qui jadis surveillaient dans l'auteur du Diable amoureux un révélateur de leurs mystères ; ils le remercient pour les grandes vérités qu'il vient de proclamer, - car ils ont découvert (ô vérificateurs de ce qui ne peut pas être vérifié !) que tout ce qu'il a énoncé est absolument vrai ; - bien que d'abord, avouent ces braves gens, ils aient eu le soupçon que ce pouvait bien être une simple fiction. Poe répond que, pour son compte, il n'en a jamais douté.
De la belle poésie, révolutionnaire et moderne, accessible à ceux qui croient ne pas aimer la poésie...
Suite du roman De la Terre à la Lune. Michel Ardan, Nicholl et Barbicane ont survécu à la terrible déflagration qui les a envoyés dans l'espace. Malgré la frayeur causée par un astéroïde qui manque de les pulvériser, ils fêtent dignement la réussite de leur départ. Cependant, les fantaisies de l'aventurier français n'empêchent pas l'esprit pratique et scientifique de ses compagnons américains de reprendre le dessus. Nicholl et Barbicane multiplient les observations les plus intéressantes sur la température de l'espace, la gravitation ou les effets de l'apesanteur. Mais ils constatent aussi que leur course a été déviée par leur rencontre avec le corps errant et qu'ils manqueront la Lune...
Le joueur d'échecs de Maelzel est une nouvelle écrite par Edgar Allan Poe puis traduite par Charles Baudelaire en 1864. Le Turc mécanique ou l'automate joueur d'échecs est un canular célèbre construit à la fin du XVIIIe siècle : il s'agissait d'un prétendu automate doté de la faculté de jouer aux échecs. Construit et dévoilé pour la première fois en 1770 par Johann Wolfgang von Kempelen, le mécanisme semble être en mesure de jouer contre un adversaire humain, ainsi que de résoudre le problème du cavalier, un casse-tête qui exige de déplacer un cavalier afin d'occuper une fois seulement chaque case de l'échiquier. De 1770 jusqu'à sa destruction en 1854, il a été exposé par différents propriétaires en tant qu'automate, bien que le canular ait été expliqué, après bien des soupçons, au début des années 18201. Extérieurement, il avait l'apparence d'un mannequin habillé d'une cape et d'un turban assis derrière un meuble d'érable. Le meuble possédait des portes pouvant s'ouvrir pour révéler une mécanique et des engrenages internes qui s'animaient lors de l'activation de l'automate. Extrait : L'exhibiteur roulera, si on l'exige, la machine vers n'importe quel endroit de la salle, la laissera stationner sur n'importe quel point désigné, ou même la changera plusieurs fois de place pendant la durée de la partie. La base de la caisse est assez élevée au-dessus du plancher, au moyen de roulettes ou de petits cylindres de cuivre sur lesquels on la fait mouvoir, et les spectateurs peuvent ainsi apercevoir toute la portion d'espace comprise au-dessous de l'Automate. La chaise sur laquelle repose la figure est fixe et adhérente à la caisse. Sur le plan supérieur de cette caisse est un échiquier, également adhérent. Le bras droit du Joueur d'échecs est étendu tout du long devant lui, faisant angle droit avec son corps, et appuyé dans une pose indolente, au bord de l'échiquier. La main est tournée, le dos en dessus. L'échiquier a dix-huit pouces de carré. Le bras gauche de la figure est fléchi au coude, et la main gauche tient une pipe.
Lysimaque parut dans le Mercure de France, au mois de décembre 1754. Il fut d'abord imprimé dans l'Histoire de la Société des sciences et belles-lettres de Nancy, publiée par M. de Solignac.. En tête de l'article, les éditeurs du journal mirent la note suivante : L'auteur de l'Esprit des lois nous a permis d'imprimer le morceau suivant qu'il a fait pour l'académie de Nancy ; cette fiction est si intéressante et si noble qu'il n'est pas possible de la lire sans aimer et sans admirer le grand prince qui en est l'objet. Ce grand prince, est-il besoin de le dire, était l'ancien roi de Pologne, Stanislas Leczinski, surnommé le Bienfaisant.
Prétendre que Montesquieu fut poète tiendrait de la plus parfaite gageure. Non seulement on ne pourrait présenter pour preuve qu'un recueil bien mince de ses oeuvres en vers, mais on sait aussi qu'il tenait en piètre estime les poètes eux-mêmes. Il s'est cependant exercé à la versification comme tout jeune homme au collège. Faut-il croire Voltaire lorsqu'il écrit dans une lettre à Saurin de 1768 : « Montesquieu, dans ses Lettres persanes, se tue à rabaisser les poètes. Il voulait renverser un trône où il sentait qu'il ne pouvait pas s'asseoir » ? Cette condamnation de la poésie ne serait que la vengeance d'un talent médiocre en la matière... Mais Montesquieu n'a jamais montré en la matière la moindre ambition, ni même le moindre goût affirmé.
Tibère et Louis XI s'exilèrent de leur pays avant de parvenir à la suprême puissance. Ils furent tous deux braves dans les combats et timides dans la vie privée. Ils mirent leur gloire dans l'art de dissimuler. Ils établirent une puissance arbitraire. Ils passèrent leur vie dans le trouble et dans les remords, et la finirent dans le secret, le silence et la haine publique. Mais si l'on examine bien ces deux princes, on sentira d'abord combien l'un était supérieur à l'autre. Tibère cherchait à gouverner les hommes, Louis ne songeait qu'à les tromper. Tibère ne laissa sortir ses vices qu'à mesure qu'il le pouvait faire impunément ; l'autre ne fut jamais le maître des siens. Tibère sut paraître vertueux lorsqu'il fallut qu'il se montrât tel; celui-ci se discrédita dès le premier jour de son règne.
L'Essai sur le goût dans les choses de la nature et de l'art de Montesquieu forme une partie de l'article « Goût », paru dans le tome VII de l'Encyclopédie en 1757 de façon posthume et à l'état inachevé. Cet article est lui-même composé d'un article dû à Voltaire, puis du « fragment sur le goût » de Montesquieu, comme l'appellent Diderot et d'Alembert. Il est réédité en 1783, dans une version un peu différente fournie par Jean-Baptiste de Secondat. Il importe à cet égard de distinguer les quinze sections du texte publié dans l'Encyclopédie et les fragments ajoutés tardivement, à partir de l'édition Plassan de 1796 (« Des règles », « Plaisir fondé sur la raison », « De la considération de la situation meilleure », « Plaisir causé par les jeux, chutes, contrastes ») et repris à partir de l'édition Lefèvre de 1816.
Il s'agit d'un récit allégorique et galant d'inspiration mythologique. Diphile arrive sur l'île de Paphos, consacrée à Vénus. Une nymphe, Zélide, lui fait les honneurs du lieu. La visite de l'île est l'occasion d'allégories définissant un art d'aimer bienséant et raffiné, d'évocations satiriques des ridicules de la galanterie française contemporaine et des mauvais amants. L'alliance de la Vénus de Paphos avec Bacchus célèbre le mélange du vin et de l'amour. Le récit est inachevé, comme cela est annoncé dans le paragraphe d'introduction qui parle d'un manuscrit déchiré, auquel manquent le titre, la première page et la fin.
Outre l'intérêt propre du roman, son titre pique notre curiosité. Stendhal, raconte Romain Colomb, le trouva subitement et comme sous le coup de l'inspiration. Ce n'était peut-être qu'une concession à la mode du temps qui était aux noms de couleurs ; mais on a voulu y voir aussi une allusion aux hasards de la destinée analogues à ceux du jeu et le très érudit stendhalien Pierre Martino a retrouvé deux ouvrages anglais antérieurs à celui de Beyle et qui portent ce même titre pris dans cette acception très nette. D'autres ont émis l'hypothèse que ces couleurs soulignaient le conflit des idées de la gauche libérale avec les menées des prêtres et de la Congrégation sous le règne de Charles X.