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Une plus grande différentiation devrait s'observer parmi les spécialistes de la sélection des titres.
Depuis que les craintes de mars et avril entourant l'inflation et le tapering se sont apaisées, les actions «value» américaines ont effacé leurs pertes relatives, et surperforment désormais les actions «growth» de 40% depuis l'annonce des vaccins fin 2020.
Reste à savoir combien de temps ce rebond va durer. La crise financière mondiale avait mis un terme à dix ans de domination structurelle du style «value» sur le style «growth». Depuis, la roue a tourné et les actions «value» n'ont enregistré que trois courts mouvements haussiers qui n’ont pas rompu la tendance baissière. Les choses seront-elles différentes cette fois?
Le redémarrage de l'économie mondiale alimente une flambée de la demande des ménages et des investissements des entreprises qui contribue à doper le chiffre d'affaires, les bénéfices et les marges des entreprises «value».
Par ailleurs, leurs bénéfices sont soutenus par des mesures considérables de relance budgétaire et monétaire, ainsi que par le rebond de l'immobilier, car un grand nombre d'entre elles sont sensibles à l'amélioration de la demande en crédit et aux achats de machines et de matériaux.
Enfin, l'affaiblissement du dollar et la dissipation des incertitudes liées aux politiques économiques complètent ce tableau favorable, tandis qu'en toile de fond, la poussée d'inflation et la pentification de la courbe des taux ont nui aux valorisations des actions «growth». Cet élan cyclique porteur pour les titres «value» n'est visiblement pas terminé.
Contraints par un potentiel de croissance du PIB moins élevé et par une concurrence accrue, les moteurs structurels qui soutiennent les actions «value» paraissent moins solides que par le passé.
En revanche, la plupart des tendances au long cours qui ont été amplifiées par la pandémie sont globalement plus favorables aux actions «growth».
S'il est vrai que le rebond actuel des titres «value» peut potentiellement durer plus longtemps que les épisodes précédents (en moyenne 12 mois sur les trois derniers), une plus grande sélectivité sera de mise à l'approche d’une phase de milieu de cycle, en évitant les modèles économiques vieillissants.
D'autre part, la liste des actions catégorisées «value» évolue rapidement. Depuis l'annonce des vaccins, la plupart des entreprises liées aux matériaux et à la consommation de base ne représentent plus des expositions «pure value», ce qui a renforcé le poids des titres financiers et industriels au sein des indices. La forte performance de nombreuses valeurs décotées a diminué leurs caractéristiques «value». Les indices factoriels (en particulier ceux dont la fréquence de rebalancement est faible) deviennent moins fiables en raison de la rotation rapide de leurs constituants et de leur volatilité élevée, rendant leur utilisation comme instrument d'investissement de plus en plus complexe.
Depuis fin 2020, les gérants L/S Equity américains se sont massivement repositionnés sur les actions «value» en misant sur la hausse de l'inflation et le redémarrage de l'économie. Toutefois, à partir de mai, ceux-ci ont réduit leur exposition globale et procédé à des prises de bénéfices sur des actions cycliques et «value» devenues onéreuses. Ils affichent actuellement un positionnement neutre sur la thématique «value vs growth», tout en conservant un léger biais cyclique.
La sensibilité des titres à la pandémie est un facteur de moins en moins décisif dans les allocations. Les gérants déclarent se concentrer davantage sur la pure sélection de titres, et abandonnent petit à petit les indices factoriels comme outils de couverture. Les opérations sur titres et les actions exposées à des tendances séculaires deviennent des thématiques plus importantes. Ils anticipent que les marchés traversent une période de transition vers une moindre directionnalité. Compte tenu de la rapidité des rotations, des incertitudes entourant le tapering et des nouveaux cas de liquidations forcées de positions courtes sous l'impulsion d'investisseurs particuliers, ils ne voient pas d’alternatives à une allocation « buy-and-hold » (au prix d'une volatilité plus forte) ou des approches tactiques.