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Esperanza en 1856, la première colonie agricole argentine et San Jerónimo Norte en 1858, la troisième furent fondées dans la Province de Santa Fé par des Valaisans. La raison de cette émigration, comme pour les émigrations actuelles, sont les conditions de vie dans le lieu de départ et les perspectives dans celui de destination.
En Valais
Les habitants, en majorité paysans de montagne, se sont toujours confrontés à l’inadéquation des ressources avec l’augmentation de la population. Le Haut-Valais avait déjà connu une émigration de peuplement, celle des Walser au XIVe s. Dans la première partie du XVIIIe siècle l’émigration temporaire masculine du Service militaire à l’étranger s’arrête, conséquence de la nouvelle situation européenne après 1815 et de la Constitution Suisse de 1848. En plus, entre 1840 et 1860 des sécheresses et des inondations sont fréquentes. Différents courants d’émigration démarrent, vers l’Europe centrale et orientale et vers les Etats-Unis d’Amérique.
En Argentine
Pour développer le pays, les autorités décident de rendre productifs les grands espaces encore vierges, propices à l’agriculture. En 1853 le futur président Juan Bautista Alberdi écrit gouverner c’est peupler et il précise aussi, avec des Allemands, des Anglais et des Suisses. On décide de suivre le modèle des Etats-Unis et les gouverneurs des provinces appliquent cette politique. L’Argentine devient une nouvelle destination prometteuse pour les agences et les compagnies de navigation déjà actives vers les Etats-Unis. Des agents, en concurrence entre eux, parcourent le Valais faisant apparaître la Pampa argentine comme un Eldorado agricole. Entre 1856 et 1880, surtout dans les premiers dix ans, des milliers de Valaisans émigrent dans la province de Santa Fé et de Entre Ríos.
Esperanza, la colonie mère
En 1853 l’homme d’affaires Aaron Castellanos est chargé par le gouvernement de la province de Santa Fé de faire venir d’Europe mille familles paysannes dans cinq colonies qui doivent être mises sur pied en l’espace de deux ans, sur des terres que le gouverneur lui avait assignées dans ce but. Il se rend en Europe où il mène une propagande très active pour diriger vers son pays le courant traditionnel d’émigration vers les Etats-Unis. La maison Beck-Herzog de Bâle est son principal représentant en Suisse et, par ses agents en Valais et en Savoie, elle joue un rôle important dans ses efforts d’enrôlement. Castellanos parvient à trouver les deux cents familles que lui prescrit son contrat pour former la première colonie. 52% de ces familles sont suisses et les Valaisans venant principalement du val d’Hérens et de la région de Monthey représentent à eux seuls près du quart de l’ensemble. Ils sont environ 220 à quitter le Valais en automne 1855 pour gagner le port de Dunkerque avec les émigrants venus d’autres cantons suisses, de Savoie, de Hesse et du nord de la France. Il s’agit en majorité de paysans de montagne valaisans, agriculteurs appauvris, attirés par des conditions très favorables. On leur promet de devenir propriétaires d’un terrain de 33 hectares en trois ans en leur fournissant tout le nécessaire pour commencer à travailler la terre au moment de leur installation. Le 28 novembre 1855, ils quittent Dunkerque sur le bateau Lord Raglan. Après un changement de bateau à Buenos Aires ils arrivent à Santa Fé, le 25 janvier 1856, en plein été argentin. Quelques jours après, ils sont transportés en charrettes à l’endroit fixé et la colonie d’Esperanza démarre.
San Jerónimo Norte, la colonie haut-valaisanne
L’agence Beck-Herzog continue sa propagande en Valais. En 1857 un nouveau groupe de Bas- Valaisans, auquel s’ajoutèrent les frères hauts-valaisans Bodenmann, Lorenz, veuf de 55 ans et Johannes, marié, avec sa famille, partent de Sion le 18 avril, quittent le port d’Anvers le 3 mai et arrivent à Buenos Aires le 11 juillet. Suite à l’échec de l’installation de leur colonie, ils rejoignent celle de de San José (Entre Ríos), qui venait juste d’être fondée le 2 juillet par un contingent du Bas-Valais parti avec une autre agence. Dans cette période la concurrence entre les agences d’émigration était très grande. Lorenz Bodenmann se sépare de son frère et du reste du groupe à Buenos Aires et se rend à Santa Fé. Il y rencontre l’homme d’affaire d’origine anglaise Richard Foster qui cherchait des familles à installer dans des terrains que le gouverneur de la province de Santa Fé lui avait concédés pour fonder des colonies. Cette rencontre, due au hasard, transforma en aventure les années suivantes de la vie de Lorenz Bodenmann. D’entente avec Foster il rentre le 15 décembre 1857 en Haut-Valais, huit mois seulement après son départ, pour convaincre des familles à le suivre en Argentine. Il revient à Santa Fé le 15 août 1858 avec seulement les cinq familles qu’il avait réussi à convaincre, un quasi échec. Sa tâche avait été rendue difficile car on l’accusait d’organiser les départs à but lucratif, sans l’autorisation des autorités valaisannes et en concurrence déloyale avec les agences agréées. Les émigrants arrivent malgré tout sur le lieu qui sera par la suite appelé San Jerónimo Norte, dans les terres que Richard Foster avait préparées pour leur installation. La colonie est ainsi fondée, mais le nombre de colons y est pourtant insuffisant pour la rendre viable. D’autres parcelles déjà préparées attendent encore de nouveaux colons. Bodenmann repart alors en Valais en 1859 pour essayer de convaincre d’autres familles à l’émigration. On lui fait confiance lorsqu’il présente des lettres des premiers colons installés à San Jerónimo, très satisfaits de leur choix, et car il était connu comme citoyen engagé dans sa communauté locale et pour son honnêteté. Il organise alors une autre expédition de 25 familles haut-valaisannes qui arrivent à San Jerónimo au mois de mai 1861; la colonie commence à se stabiliser. Il répète l’opération encore deux fois: en 1863 avec 50 familles et en 1865, son dernier voyage en Argentine, 27 familles le suivent. Forte de ses 107 familles, 600 personnes en tout, venues presque toutes du Haut-Valais, la colonie de San Jerónimo Norte sera nommée «la Valaisanne».
Les voyages
Le premier obstacle à franchir est le coût du voyage, normalement couvert par la vente de toutes les propriétés familiales. Le trajet est très long, dangereux et pénible, surtout si on pense que les premiers voyages s’effectuaient en diligence et bateaux à voile. Même si, vers 1860, le train et les bateaux à vapeur rendent les conditions des émigrants plus supportables, le voyage reste très dur et plein de risques. Seuls l’état de nécessité et l’espoir d’un futur meilleur pouvaient donner à ces milliers d’émigrants une telle détermination. L’entassement dans les cales, les conditions précaires de l’hygiène, la nourriture insuffisante et de mauvaise qualité, l’eau polluée et la chaleur humide étaient la norme. Il y avait toujours des morts, surtout des enfants. Un voyage du Valais à la pampa de Santa Fé durait presque trois mois et Lorenz, ce héros méconnu, l’a effectué dix fois. Après sept ans passés en Argentine, il semble chez son frère Johannes à San José dans la province de Entre Ríos, Lorenz Bodenmann traverse l’Atlantique pour la dixième fois et rentre dans son village de Hokmatten dans la commune de Grengiols dans la vallée de Conches en 1872. Il y décède l’année d’après, pas plus riche que quand il était parti pour la première fois en Argentine. Lorenz Bodenmann, persévérant, prévoyant, courageux et doué d’esprit d’aventure, oeuvra avec altruisme contre les adversités pour donner une possibilité de vie meilleure à ses compatriotes en Argentine.
Les liens internes et avec la Suisse
Dans les deux colonies une fois mises en place, s’affirme la culture valaisanne et suisse en général. Il s’organise un réseau pour garder le lien entre les compatriotes, qui comprend des sociétés de tir, de bienfaisance, la gymnastique et l’animation culturelle, notamment le chant et les groupes musicaux traditionnels. Le lien avec la Suisse et le Valais est repris et renforcé à partir de 1992 grâce au 700e anniversaire de la fondation de la Confédération.
Esperanza
La première colonie agricole argentine devint vite une grande productrice de blé et plusieurs moulins à vapeur y furent installés. Le succès de l’activité agricole fut accentué par une arrivée massive des paysans italiens. De village, elle se transforma très vite en une petite ville à économie riche et variée, chef lieu du département de Las Colonias. L’industrie et les services se sont ajoutés à l’agriculture et à l’élevage des premières années. Plus récemment sont nées les facultés universitaires de vétérinaire et d’agronomie. La croissance a été favorisée par sa position géographique sur une route importante, entre Santa Fé, la capitale de la province, et l’intérieur. C’est actuellement une ville active et moderne de 43’000 habitants. Comme les fondateurs étaient francophones et germanophones, catholiques et protestants (sur la place centrale les façades du Temple et de l’Eglise se regardent) c’est une ville progressiste. Son ouverture au dialogue œcuménique s’inspire d’un épisode gravé dans la mémoire de ses habitants. Selon une tradition orale, mythique, le premier mariage civil dans la République Argentine a été célébré à Esperanza en 1862. Aloïs Tabernig catholique, originaire du Tirol, veuf avec trois enfants en bas âge et Magadalena Moritz, allemande protestante de moins de vingt ans, parmi les premiers habitants de Esperanza, décidèrent de se marier avec l’accord des parents de la jeune femme. Les fiancés étaient obligés de se marier à l’église catholique, car seul le mariage religieux était reconnu par l’état civil. Le curé refusa de les marier sans la conversion de Margarita au catholicisme, chose inacceptable pour le couple. Alois, avec la permission de la Municipalité et l’accord des parents de la mariée, planta un arbre au centre de la place un dimanche après midi, à mi-chemin entre l’église catholique et le temple protestant. Un écriteau sur les branches le proclamait Arbol de la Libertad, Arbre de la Liberté. Devant les parents de la fiancée, une petite foule de voisins et deux amis, choisis comme témoins, Alois monta sur une chaise et déclara prendre comme épouse Margarita. Les époux suivis par un cortège se rendirent dans leur maison pour fêter l’évènement dans la joie. Selon une version, l’évêque de Santa Fé autorisa quelque temps après leur mariage religieux à condition que leurs enfants soient baptisés catholiques.
Le sénateur Ruben Pirola a présenté une proposition de loi le 11 juin 2014 au Sénat de la province de Santa Fé pour proclamer Esperanza Capitale Provinciale du Dialogue et de la Rencontre Œcuménique. Ses motivations se sont basées sur ces trois points:
1) Esperanza la «Première Colonie Agricole Organisée de la République Argentine» a été fondée par 65% de familles catholiques et 35% de familles protestantes. Cette cohabitation pacifique est à l’origine du développement de la ville et a été un modèle pour la fondation d’autres villages du département de Las Colonias, dont la ville est la capitale.
2) L’union célébrée en 1862 entre un catholique d’origine autrichienne et une protestante allemande, sous l’Arbre de la Liberté au milieu de la place, équidistant de l’église catholique et de l’église protestante constitue le premier mariage civil en Argentine.
3) Cette ouverture au dialogue s’est officialisée au milieu des années 1960 entre l’Eglise Catholique Apostolique Romaine, l’Eglise Évangélique du Rio de la Plata et l’Eglise Catholique Orthodoxe d’Antioche. (à l’époque de l’empire ottoman des nombreux chrétiens Syriens et Libanais émigrèrent en Argentine.)
Après l’avis favorable à l’unanimité du Sénat le 26 juin 2014, la loi a été promulguée le 4 septembre 2014 par la Chambre des Députés de la Province de Santa Fé. Toutes les autorités politiques et religieuses locales ont manifesté leur grande satisfaction à l’annonce de cette nouvelle.
San Jerónimo Norte
Les colons haut-valaisans commencèrent aussi à produire surtout du blé. Leur contrat prévoyait que, pour devenir définitivement propriétaires, un tiers de la récolte était dû, pendant cinq ans, à Richard Foster, le propriétaire des lots de fondation de la colonie. Une fois accomplie cette obligation, ils se dédièrent à l’élevage des vaches laitières selon leur tradition de paysans de montagne. Au fil des années, suite à l’introduction de races de vaches laitières d’origine européenne, la production croissante conduisit à la réalisation en 1926 d’une coopérative, qui actuellement s’est transformée dans une des premières industries argentines du secteur, la Milkaut dont le siège est situé à Frank à dix kilomètres de San Jerónimo.
La révolte des colons suisses
En 1891 le gouverneur de Santa Fé introduit un impôt sur le blé produit, mais les colons dont la vente de la récolte était la principale source de revenu s’y opposèrent. En février 1893 éclata la révolte armée de Humbolt, une autre colonie fondée par des Suisses pas loin de San Jerónimo. Un contingent de San Jerónimo Norte vint en renfort de leurs compatriotes. Les 20 policiers envoyés pour faire appliquer la loi, à la vue des colons fièrement armés de leurs Vetterli, se retirèrent. La révolte s’étendit aux colonies voisines et une armée de 300 à 400 hommes fut envoyée par le gouvernement fédéral. Cette fois encore de nombreux hommes armés de San Jerónimo se joignirent aux colons armés. Les chefs de la révolte, une vingtaine, furent arrêtés lors d’une trêve. Amenés en train à Santa Fé et libérés le jour suivant, ils furent accueillis comme des héros à leur retour à San Jerónimo.
Après quelques mois les colons participèrent à la révolution du parti radical contre le gouverneur de la province, qui fut chassé. Le 3 août 1893 les révolutionnaires défilèrent dans le rues de Santa Fé, les Suisses, à la fin du cortège, avec les drapeaux de leurs cantons, celui du Valais bien en évidence.
L’armée fédérale, forte de 700 hommes, fut envoyée pour rétablir l’ordre. Mais elle fut défaite par les révolutionnaires avec les Suisses en première ligne dans une vraie bataille, laissant 33 morts et 88 blessés graves sur le terrain. La gravité des faits conduisit à un accord politique, et les Vetterli rentrèrent dans les sociétés de tir.
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En espagnol
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Es Ley: “Esperanza, Capital Provincial del Diálogo y Encuentro Ecuménico”, 6 Septembre 2014 http://elurbanodesancarlos.com/politica/15180-es-ley-esperanza-capital-provincial-del-dialogo-y-encuentro-ecumenico
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