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par Jean-Pierre Hurni
(extraits de l'introduction)
Il y a 75 ans deux bombes atomiques furent lancées, sur Hiroshima le 6 août 1945, et sur Nagasaki trois jours plus tard. Le gouvernement japonais demanda officiellement la Paix le 22 août, et celle-ci fut signée le 2 septembre. C’était stupéfiant: jusqu’au 14 août, les militaires et diplomates alliés ne pensaient pas possible la cessation des hostilités avant 1946, voire même 1947.
Tout le monde, ou presque, fut donc surpris par cette capitulation, y compris la plupart des Japonais, parce que là-bas comme ici personne n’ignorait la détermination des soldats nippons à se battre jusqu’au dernier. Or, en août 1945, le territoire national du Japon proprement dit n’avait même pas encore été envahi, sauf quelques petites îles très périphériques, comme Iwo Jima ou Okinawa ; sans oublier que trois millions et demi de soldats japonais continuaient d’occuper des portions entières de la Chine et de l’Asie du Sud-Est. La seule raison facile à avancer pour expliquer cette reddition fut que le Japon avait été «désarmé» du fait de la toute-puissance de la nouvelle arme atomique, contre laquelle même l’esprit de sacrifice le plus élevé ne pouvait rien. Quoi qu’on ait pu penser de l’importance réelle de cette explication, c’est celle qui s’imposa dans la mémoire collective un peu partout, car il apparut difficilement contestable que l’usage de la bombe A ait renforcé la faction japonaise en faveur de l’arrêt des hostilités, et on en conclut donc que le feu nucléaire accéléra de quelques semaines à quelques mois la fin de la Guerre du Pacifique. Comment alors penser aujourd’hui que la Bombe aurait pu au contraire retarder la fin des hostilités?
C’est que de nouveaux documents inédits, diplomatiques ou techniques, sont révélés de temps à autres. Grâce à eux, il n’est plus inconcevable de penser à des scénarios dans lesquels le Projet Manhattan aurait en fait paradoxalement contribué à retarder la fin de la Guerre du Pacifique, de quelques semaines à quelques mois; avec tous les changements géostratégiques qui auraient pu s’ensuivre; par exemple dans le cas où les forces soviétiques qui attaquèrent les forces japonaises en Mandchourie le 9 août n’auraient pas eu le temps d’occuper la moitié nord de la Corée avant la capitulation.
Parmi les faits peu connus, on trouve la mauvaise gestion du volet « bombe à uranium » du projet Manhattan, tant du point de vue de la production de la matière fissile que celui de la célérité de la mise au point de l’arme elle-même. Nous verrons que l’erreur scientifique de base, compréhensible dans une certaine mesure, a été de penser qu’il fallait procéder de façon similaire dans les deux voies de l’uranium et du plutonium.On peut aussi,et surtout, penser qu’avec une plus grande confiance accordée aux chercheursen sciences humaines qui travaillaient à comprendre l’adversaire, les hauts responsables américains auraient pu accorder des mois plus tôt aux Japonais les conditions de reddition qui leur furent accordées en août 1945.
PREAMBULE
1. POURQUOI PENSAIT-ON QUE LE JAPON NE CAPITULERAIT PAS RAPIDEMENT ?
2. QUEL EST LE MOYEN MILITAIRE QUI A VRAIMENT VAINCU LE JAPON?
3. POUR QUELLE RAISONLE JAPON S’EST-IL DONC FINALEMENT RENDU?
4. LA BOMBE DE NAGASAKI A-T-ELLE SERVI A QUELQUE CHOSE?
5. LE JAPON AURAIT-IL PU RECEVOIR PLUS TOT UNE PREMIERE BOMBEA L’URANIUM ?
6. ET S’IL N’Y AVAIT PAS EU DE BOMBE ATOMIQUE A L’HORIZON?
7. CONCLUSION
REFERENCES