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V. Les traductions françaises
V. Les traductions françaises en vers de la Disciplina Clericalis
Trois traductions, en vers et en prose, trois œuvres distinctes
La Disciplina clericalis a été traduite en français à trois reprises au cours du Moyen Age. Deux textes en vers français, que l’on peut dater approximativement du début du XIIIe siècle, se proposent de « mettre en roman » l’œuvre de Pierre Alphonse. Il s’agit d’adaptations plutôt que de traductions fidèles. Une troisième traduction, en prose, a été élaborée, sans doute vers le XIVe siècle, selon un projet tout différent, puisqu’elle propose un texte qui cherche à reproduire scrupuleusement son original.
L’indépendance de cette traduction en prose, qui s’intitule explicitement «descepline de clergie », s’est toujours imposée à l’esprit des chercheurs. Il n’en va pas de même pour les textes rimés, qui sont généralement présentés comme deux « versions » d’une œuvre unique. On consultera sur ce point la présentation qui en est faite dans le Dictionnaire des Lettres françaises, le Manuel bibliographique de Bossuat et le Complément bibliographique du DEAF. Jusqu’ici aucune étude n’a été menée pour tenter de comparer et de caractériser ces deux textes. Cependant il apparaît clairement que nous avons affaire à deux entreprises indépendantes l’une de l’autre. Elles diffèrent sur de nombreux points dont le plus patent est sans doute leur longueur, près de 3650 v. dans un cas et 4600 v. environ dans l’autre. C’est la raison pour laquelle nous avons les plus grandes réticences à utiliser le terme de « version » pour caractériser ces textes. Une telle présentation oblige à postuler un état original unique dont chacun des deux textes dériverait, alors que ceux-ci n’ont vraisemblablement en commun, à l’origine du moins, que leur source latine. Cet état de fait s’impose à quiconque prend la peine de lire l’une et l’autre traduction. C’est ainsi qu’Edmond Faral peut affirmer, en présentant la traduction qui figure dans le manuscrit B (B.N. F. f. fr. 19152) : « Ce célèbre ouvrage latin [id est la Disciplina clericalis] a été mis en français une première fois à la fin du XIIe siècle par un poète anglo-normand ; une seconde fois, dans la seconde moitié du XIIIe siècle par un autre poète, également anglo-normand ».
Afin de mettre en valeur l’autonomie de ces deux textes, nous avons donc choisi de les désigner par des titres différents. L’intitulé « Chastoiement d’un père à son fils » s’impose dans le cas de la seconde traduction (habituellement nommée « version B »). Il s’inspire de la formulation proposée par l’incipit : « Un père son fils chastioit ». Pour ce qui est de la traduction la plus ancienne (« version A »), nous proposons de reprendre une expression que l’on trouve dans le prologue pour désigner le contenu de l’œuvre en présence. Il s’agit des « Fables Pierre Aufons ». Sur ce point, notre souci de clarification peut s’appuyer sur l’autorité de Gaston Paris qui avait élaboré une proposition similaire, dont il donne le détail dans une note du premier volume de la revue Romania (1872, p. 106) : « Je proposai de distinguer par un nom spécial chacune des deux traductions en vers de la Disciplina Clericalis, celle-ci [id est la « version A] et celle qui a été publiée par Barbazan et reproduite par Méon [« version B]. Je voulais attribuer à ce dernier texte seulement le nom de Castoiement d’un pere a son fils, et désigner celui de 1824 [date de la première publication du texte par la Société des Bibliophiles] par le nom de Pierre Aufons, dont il offre la mention expresse, tandis que l’autre est muet sur ce point. » Gaston Paris a été contredit sur ce point, comme il le rappelle lui-même, par E. Stengel qui relevait que la référence à Pierre Aufons se trouve dans le manuscrit D du « Chastoiement » proprement dit. Gaston Paris a été contredit sur ce point, comme il le rappelle lui-même, par E. Stengel qui relevait que la référence à Pierre Aufons se trouve dans le manuscrit D du «Chastoiement». Gaston Paris a été contredit sur ce point, comme il le rappelle lui-même, par E. Stengel qui relevait que la référence à Pierre Aufons se trouve dans le manuscrit D du « Chastoiement » proprement dit. Gaston Paris a été contredit sur ce point, comme il le rappelle lui-même, par E. Stengel qui relevait que la référence à Pierre Aufons se trouve dans le manuscrit D du «Chastoiement ».
En dépit des ces objections, nous sommes enclins à utiliser ces dénominations qui ont le mérite de mettre en valeur l’autonomie de chaque texte et surtout de s’appuyer sur l’usage de dénominations médiévales. L’objection de Stengel pourrait d’ailleurs être retournée en faveur de la consistance du titre « Fables Pierre Aufons », comme une expression ayant une renommée suffisante pour pouvoir être appliquée, à tort, par un rédacteur médiéval à un texte produisant lui aussi une traduction de Pierre Alphonse. La démarche du scribe du ms. D est analogue, tout en étant symétriquement inverse, à celle des critiques modernes qui ont rassemblé nos deux textes sous le titre unique de Chastoiement.
Cependant, il faut relever que, malgré leur origine distincte, ces textes ont connu, au cours de leur diffusion manuscrite, des phénomènes de contamination. Certains manuscrits des Fables Pierre Aufons compensent la fin apparemment abrupte et lacunaire que présente cette traduction en introduisant d’autorité les récits manquants. Un examen rapide permet de s’apercevoir que le texte utilisé pour ces compléments n’est autre que celui du « Chastoiement ». Les deux traductions semblent donc avoir évoluer en contact l’une avec l’autre.