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Releco ne se vend pas, Releco se défend
Un bras de fer est en cours entre le personnel en grève de l'usine Releco près de Madrid et Comat AG la maison mère à Berne
Le personnel d'une usine espagnole appartenant à une société suisse est en grève depuis plus d'un mois. Il réclame le paiement des salaires et le maintien des emplois alors que leur site est asphyxié financièrement et la production délocalisée en Chine et en Inde. Unia a mené lundi une action de soutien au siège de Comat à Worb et rencontré le directeur.
«Nous voulons qu'ils nous paient les deux mois de salaire en retard. Nous recommencerons ensuite à travailler. Eux nous disent qu'ils n'ont pas d'argent, que nous devons d'abord produire. Depuis le 16 avril, nous sommes en grève totale, tout le personnel de la fabrique et les deux directeurs.» Jointe peu après une action de solidarité menée lundi par Unia devant la maison mère Comat AG à Worb (BE), Victoria Mira, secrétaire du comité d'entreprise de Releco, une société espagnole, explique que les 131 employés de cette dernière sont dans l'attente d'une nouvelle proposition de la direction.
Production délocalisée
Le personnel de cette société spécialisée dans la fabrication de relais industriels n'a pas touché de salaire depuis le 17 janvier. A la mi-mars, il décidait d'une grève de trois jours par semaine, renouvelable, transformée aujourd'hui en grève illimitée. Le personnel de Releco, dont une grande majorité de femmes, lutte contre la mort à petit feu de leur entreprise après qu'elle ait été rachetée, en 2006, par la société suisse Comat AG. Cette dernière a repris la gestion intégrale de la clientèle étrangère, soit 80% de la production de cette usine située à Alcorcón près de Madrid et jouissant d'une grande notoriété. Le comité d'entreprise de Releco, composé de délégués des syndicats UGT et Comissiones obreras, dénonce une politique d'asphyxie de la fabrique, avec des prix imposés par Comat, une facturation faite depuis la Suisse et aucun retour de capital en Espagne. La production a peu à peu été délocalisée en Chine et en Inde et la faillite guette. Mais en début d'année, Releco a dû doubler sa production pour fabriquer une série de relais faits en Chine et retournés par les clients en raison de défauts de qualité. «Nos relais sont utilisés par des constructeurs de bateaux, de trains à grande vitesse et d'avions. La qualité est primordiale dans ces domaines», explique Victoria Mira. Pour elle, les chiffres rouges avancés par la direction sont intentionnels, car avant le rachat, la société était rentable et les marges, bien que restreintes, étaient réinvesties dans l'usine.
Elle dénonce également l'utilisation par Comat des prestations de la sécurité sociale espagnole, par le biais de plans de régulations de l'emploi, une sorte de chômage partiel. «L'argent économisé sur les salaires a été utilisé pour développer la production en Chine et non pour des investissements ici», s'indigne-t-elle, espérant que le soutien d'Unia permettra de trouver une issue positive au conflit. «Ces gens n'aiment pas que leur image soit ternie», ajoute-elle. Ce qui s'est avéré juste ce lundi 22 avril, au siège de Comat à Worb. Peter Schmid, le CEO de Comat, a bien voulu recevoir deux représentants d'Unia, pour autant que les banderoles tendues devant l'entrée du bâtiment soient enlevées. Une vingtaine de syndicalistes et de militants de la section Unia de Berne avaient débarqué dans la matinée après avoir été informés de la situation dans l'usine espagnole.
Société mise à genoux
C'est au cri de «Releco no se vende, Releco se defiende» - «Releco ne se vend pas, Releco se défend», slogan du personnel espagnol - que la prise de parole a débuté. Carmen Rocha, syndicaliste d'Unia Berne, a fustigé ces «spéculateurs suisses» allant acheter la seule usine d'Europe produisant ces relais, revendus depuis ici en mettant Releco à genoux. «Ceci est le nouveau style de destruction des postes de travail dans un pays déjà à terre», s'est-elle fâchée, avant d'entrer avec son collègue Stefan Wüthrich, secrétaire de la section de Berne, pour discuter avec le directeur. «C'est important d'apporter notre appui aux camarades de Alcorcón. Nous devons dénoncer ces entreprises qui mangent le monde, qui font ce qu'elles ont envie», souligne Jesus Rial, présent avec d'autres collègues espagnols, en attendant la sortie de la délégation.
Une sortie ayant lieu une heure plus tard. «Le directeur nous a expliqué qu'ils avaient un problème de prix: un produit coûtant 4 francs en Espagne vaut 2 francs en Chine. Il demande aux travailleurs de recommencer la production et il les paiera ensuite», explique Stefan Wüthrich. «Il nous a aussi informés qu'une demande de faillite avait été déposée le 12 mars, et qu'il faut attendre 1 ou 2 mois la décision des juges», ajoute-t-il, informant que le patron avait témoigné d'une attitude assez ouverte et qu'il était prévu de rediscuter avec lui après qu'il ait pris contact avec Madrid.
La solidarité avec les travailleurs de Releco s'exprime aussi dans d'autres régions de Suisse, comme dans le canton de Vaud où les représentants des commissions d'entreprise ont été informés. «Nous ne pouvons pas accepter qu'une entreprise suisse agisse de la même manière que certaines multinationales contre qui nous luttons et qui viennent piquer le savoir-faire et la technologie de nos sociétés pour les fermer ensuite, comme on l'a vu avec Castolin, ou plus récemment chez EP Systems à Neuchâtel», souligne Yves Defferrard, responsable de l'industrie à Unia Vaud. Une collecte de solidarité (voir ci-contre) a également été mise sur pied pour aider le personnel de Releco.
De son côté, la direction de Comat AG, sollicitée par téléphone en fin de semaine et lundi, n'était pas disponible pour répondre à nos questions. Affaire à suivre.
Sylviane Herranz
Soutien aux grévistes
Pour soutenir le personnel de Releco, il est possible d'effectuer un versement sur le compte du Réseau syndical de solidarité internationale: BCV - 1001 Lausanne, compte postal 10-725-4, en faveur de: CH57 0076 7000 T516 9297 6, Res. Synd. Sol. Intl, Terreaux 21, 1003 Lausanne, mention «grève Releco». Merci d'avance de votre soutien.
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