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Haupttext
L’incidence du SARS-CoV-2 en Suisse est actuellement plus élevée que pendant toute la durée de la pandémie jusqu’à présent. Au cours des sept derniers jours, environ 230 000 personnes en Suisse ont été testées positives au SARS-CoV-2[1]. Environ 720 000 tests individuels ont été réalisés. En automne et en hiver 2020/21, le nombre de cas non signalés a été estimé à 2,7 (IC 95 % : 2,3 à 3,1) sur la base d’études de séroprévalence[2], avec une positivité du test d’environ 25 % [3]. Le taux de positivité des tests est actuellement d’environ 38 %. Il est donc probable que le nombre de cas non déclarés soit actuellement plus élevé qu’en automne et en hiver 2021/22. Compte tenu du nombre élevé de cas non recensés et du fait que les personnes infectées ne doivent s’isoler que pendant 5 jours, il est très important de prévenir la contamination en ayant un comportement responsable et par l’auto-isolement. .
L’augmentation des cas confirmés s’est nettement ralentie au cours des trois dernières semaines. La valeur R estimée est passée d’environ 1,6 fin 2021[4] à une valeur de 1,19 (IC 95 % : 0,98 – 1,40). Ce ralentissement de la hausse des cas confirmés pourrait indiquer qu’un pic de la vague Omicron est sur le point d’être atteint. Mais il pourrait aussi être dû aux limites du dépistage par les tests. Une comparaison des valeurs R estimées révèle des différences entre les grandes régions : une valeur R estimée inférieure à 1 indique un possible recul des infections au Tessin, alors que les valeurs R pour les autres régions sont en partie significativement supérieures à 14. En outre, il existe des différences significatives entre les différentes classes d’âge : chez les 20-29 ans, le nombre de cas confirmés est en baisse depuis la fin de la semaine 1 2022, et c’est chez les moins de 10 ans que la hausse est en ce moment la plus rapide[5]. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’augmentation marquée des cas confirmés chez les plus de 60 ans, pendant la vague Omicron5, et le pourcentage de personnes infectées âgées de plus de 60 ans n’a cessé de diminuer depuis le début de l’année5.
En Suisse, le variant Omicron du SARS-CoV-2 est actuellement dominant. La fréquence de Delta est tombée en dessous de 10 % durant la semaine 2, 2022. Un sous-type d’Omicron, BA.2 [6],[7], a également été détecté en Suisse et présente une tendance à la hausse. Cependant, BA.2 est actuellement encore si rare en Suisse que la tendance de sa fréquence actuelle est liée à une grande incertitude. Au Danemark, en Inde et aux Philippines, le BA.2 a une fréquence de plus de 50 % parmi les cas séquencés. BA.2 est plus difficile à distinguer de Delta que le variant Omicron, dominant en Suisse, qui s’appelle BA.1 selon la nomenclature Pango [8],[9]. BA.1 présente ce que l’on appelle un « S-Gen Target Failure » (ou absence de détection du gène – SGTF) et peut donc être distingué relativement facilement et rapidement d’autres variants (p. ex. Delta) sans séquençage du génome. BA.2 ne présente pas de SGTF et ne peut donc pas être distingué de Delta par des tests PCR classiques. On dispose encore de peu d’informations sur les propriétés pertinentes du BA.2 – transmissibilité, éventuelle invasion immunitaire, virulence.
Pour l’instant, il n’est pas facile d’estimer le nombre de nouvelles hospitalisations COVID-19 par jour, les notifications arrivant avec un certain retard. Il n’est donc pas possible pour l’instant de déterminer si le nombre de nouvelles hospitalisations quotidiennes est actuellement en hausse ou en baisse. Une analyse des données d’hospitalisation3 en Suisse montre qu’au moment de l’annonce officielle qui a lieu le lendemain, le nombre d’hospitalisations liées à COVID-19 déclarées représente environ 65 % des hospitalisations réelles. En l’espace de deux semaines, ce pourcentage passe à environ 90 % en raison des notifications tardives. Les chiffres concernant les admissions hospitalières liées au COVID sont donc systématiquement sous-estimés pendant environ deux semaines et doivent être corrigés. Compte tenu des décalages temporels de notification, le taux d’occupation des hôpitaux par les patientes et patients atteints de COVID-19 reflète plus fidèlement la situation hospitalière.
L’occupation des unités de soins dites normales par des patientes et patients COVID-19 a d’abord augmenté depuis le début de l’année, et connait une évolution lente en ce moment ; l’occupation des unités de soins intensifs est en recul[10]. Les données de Genève, qui ont pu être consolidées au cours des deux dernières semaines, permettent une estimation directe du taux d’hospitalisation actuel : pour les infections à Omicron, sur la base de ces données, environ 20 à 40 patientes et patients sont actuellement hospitalisé·e·s pour 10’000 cas confirmés[11]. Le taux d’hospitalisation actuel est faible par rapport aux phases précédentes de l’épidémie en Suisse5, notamment parce que jusqu’à présent, relativement peu d’infections par Omicron ont eu lieu chez les personnes de plus de 60 ans, qui présentent un risque d’hospitalisation fortement accru5. Le risque d’hospitalisation après une infection reste important dans les classes d’âge plus élevées : environ 1 300 hospitalisations pour 10 000 cas confirmés chez les personnes âgées de plus de 80 ans ; on dénombre environ 400 hospitalisations chez les personnes âgées de 70 à 80 ans ; et environ 80 hospitalisations chez les personnes âgées de 60 à 70 ans.
Il y a deux semaines, nous avions estimé par modélisation à 10-30 % la proportion de la population qui serait contaminée en une semaine au plus fort de la vague Omicron[12]. La somme des cas déclarés au cours des sept derniers jours, combinée à un nombre supposé de cas non signalés de 3-4, signifie qu’environ 8 à 11 % de la population a été infectée au cours des sept derniers jours. Ainsi, la fourchette inférieure de nos estimations du nombre maximal d’infections a déjà été atteinte.
Il se peut que, au vu des niveaux très élevés de circulation du virus, des ajustements comportementaux individuels et délibérés réduisent les contacts infectieux12. Une analyse de la mobilité globale de la population, nettement plus faible durant les semaines écoulées de janvier qu’en décembre 2021, donne une indication d’un possible ajustement des comportements[13] . Comme mentionné ci-dessus, il existe actuellement une grande incertitude quant au nombre de cas non signalés, et donc quant au nombre d’infections réelles par jour et à l’évolution épidémiologique, en raison de la forte positivité des tests.
Un ralentissement épidémiologique a des conséquences favorables sur les pics d’activité attendus dans l’immédiat par le système de santé. Si le nombre de contaminations au plus fort de la vague Omicron reste dans la fourchette basse de l’estimation approximative du 11.01.202212, cela aura également un impact sur le nombre d’hospitalisations attendu. Cependant, comme mentionné ci-dessus, il existe pour l’instant encore des incertitudes quant à l’évolution épidémiologique future. Il est possible que la croissance lente que l’on observe en ce moment se poursuive encore, qu’un nombre croissant de cas non recensés fait que les cas confirmés reflètent de moins en moins la réalité de l’infection, ou que le pic de la vague Omicron s’aplatisse et se prolonge, ce qui pourrait augmenter la durée de la forte charge. La répartition par âge des personnes infectées est également un facteur important. Si la proportion de personnes âgées de plus de 65 ans parmi les personnes infectées par Omicron reste faible par rapport à la situation avec Delta[14], cela aura un effet positif sur les hospitalisations ; si cette proportion augmente, les hospitalisations augmenteront également.
Les réductions de la durée de l’isolement et de la quarantaine entraînent une augmentation des contaminations attendues. Les infections à Omicron (par rapport à Delta) ont une période d’incubation légèrement plus courte (3 jours contre 4 jours,[15],[16],[17]) et peuvent présenter une quantité maximale de virus moindre dans le rhinopharynx (2 à 20 fois plus faible,[18]), en outre la durée de la phase infectieuse des personnes infectées est estimée être environ un jour plus courte (10 contre 11 jours,18). Comme la phase infectieuse dure plus de 5 jours, une réduction à 5 jours de la quarantaine et de l’isolement entraîne une augmentation des contaminations. Afin d’éviter la transmission de virus à l’issue des 5 jours d’isolement ou de quarantaine, pour les 5 jours qui suivent, il est indiqué pour des raisons de santé publique de communiquer des règles de conduite facilement compréhensibles. Plus le nombre d’infections non diagnostiquées augmente, plus il est important de donner des instructions sur l’auto-isolement immédiat, même si les symptômes compatibles avec COVID-19 sont faibles. En effet, actuellement, durant la semaine 4, 2022, toute personne qui décide de faire un test en raison de symptômes ou d’un contact a déjà une probabilité d’environ 35 % d’être infectée.
Explications détaillées
1. Situation épidémiologique
Situation générale
En Suisse, le variant Omicron est dominant depuis la semaine 51 2021. Le nombre de cas confirmés a rapidement augmenté dans les deux semaines qui ont suivi et a atteint des niveaux très élevés. La hausse s’est maintenant considérablement ralentie et la valeur R estimée n’est plus que marginalement supérieure à 1 depuis la semaine dernière. L’aplatissement de la hausse des cas confirmés pourrait indiquer qu’un pic de la vague Omicron a peut-être été atteint. Cette interprétation est étayée par des mesures des charges de SARS-CoV-2 dans les eaux usées[19],[20] qui n’indiquent pas de divergences avec les cas déclarés. Mais il pourrait aussi être dû aux limites du dépistage par les tests.
Dynamique
- 1,19 (IC 95 % : 1,08-1,31) sur la base des cas confirmés au 14.01.2022.
- 0,92 (IC 95 % : 0,81-1,03) sur la base des hospitalisations, au 08.01.2022 ; comme mentionné ci-dessus, cette estimation est toutefois faussée en raison des décalages temporels de notification. Pour une comparaison sur la base des cas confirmés, le Re est estimé à 0,94 (IC 95 % : 0,87-1,01) pour le même jour.
- 0,99 (IC 95 % : 0,7-1,33) sur la base des décès (au 02.01.2022). Pour une comparaison, sur la base des hospitalisations, le Re est estimé à 0,95 (IC 95 % : 0,84-1,06) pour le même jour. Sur la base des cas confirmés, le Re est estimé à 1,3 (IC 95 % : 1,14-1,47) pour le même jour.
Chiffres absolus
Variants
Un résumé est disponible sur [26]. Un résumé de la situation concernant les deux variants BA.1 et BA.2 d’Omicron se trouve dans le texte principal.
2. Évolution des hospitalisations par rapport aux cas confirmés
Le nombre d’hospitalisations par rapport aux cas confirmés est un paramètre important pour estimer la charge hospitalière à laquelle on peut s’attendre. Pour le SARS-CoV-2, le nombre d’hospitalisations par rapport aux cas confirmés dépend principalement de l’âge et du statut immunitaire des personnes infectées, dans un contexte de dépistage stable et de cas non déclarés en nombre constant ; une augmentation du nombre de cas non déclarés contribue à une augmentation du nombre d’hospitalisations par rapport aux cas confirmés. De plus, la virulence intrinsèque du variant viral dominant joue un rôle. Comme, en Suisse, nous n’enregistrons pas systématiquement et individuellement le statut immunitaire des cas confirmés, ce paramètre doit être estimé à l’aide de données de séroprévalence. Les données de séroprévalence sous-estiment l’immunité instantanée dans la population en raison du décalage temporel, en particulier en période de forte circulation du virus et de campagnes de vaccination actives.
Le nombre d’hospitalisations par rapport aux cas confirmés est en baisse constante depuis la mi-octobre 2021. Pour l’ensemble de la population, cette valeur est passée de 2,5 % à 1,5 % entre la mi-octobre et la mi-décembre 2021 (figure 1). Durant cette période, le variant Delta était dominant en Suisse. Ce recul peut s’expliquer par le fait que la protection contre la contamination par le variant Delta a nettement plus diminué que la protection contre l’hospitalisation. De fin décembre 2021 à mi-janvier 2022, le nombre d’hospitalisations par rapport aux cas confirmés pour l’ensemble de la population a chuté de 1,3 % à 0,4 %. Ce déclin coïncide avec la prédominance du variant Omicron ; la proportion croissante de la population triplement vaccinée a probablement aussi contribué à cette baisse[27]. C’est chez les plus de 60 ans que le recul est particulièrement prononcé (2 à 3 fois plus marqué). Dans ce groupe d’âge, cette forte baisse est probablement due aux facteurs suivants : 1) La majorité des infections par Omicron ont eu lieu chez des personnes jeunes présentant un risque d’hospitalisation intrinsèquement faible. 2) Chez les personnes de plus de 60 ans, la couverture vaccinale en Suisse était fin décembre de >90 % (2 doses) ou >60 % (3 doses). L’administration de 2 doses protège à environ 70 % contre l’hospitalisation, de 3 doses à environ 90 % [28]. L’étendue de cette immunité est cruciale pour la baisse du taux d’hospitalisation par âge. 3) La virulence intrinsèque est estimée plus faible pour Omicron que pour Delta, ce qui, selon l’ECDC, entraîne une réduction de 50 à 60 % du risque d’hospitalisation suite à l’infection[29]. Ces trois facteurs contribuent de manière décisive à ce que le taux d’occupation des hôpitaux n’ait pas augmenté plus fortement jusqu’à présent au cours de la vague Omicron.
Figure 1 : Nombre d’hospitalisations par rapport aux cas positifs, en pourcentage (avec un intervalle de confiance de 95 %) pour l’ensemble de la population suisse (en haut à gauche) et par groupe d’âge. Source : Données de l’OFSP. La moyenne mobile sur 7 jours est illustrée à partir de la date du test positif. La ligne verticale en pointillés rouges marque la fin de la semaine calendaire 51/2021 (26 déc. 2021), à partir de laquelle le variant Omicron est devenu dominant en Suisse.
L’évolution du nombre d’infections, en particulier chez les personnes de plus de 60 ans, sera déterminante pour l’évolution de la charge hospitalière dans les semaines à venir. Trois facteurs jouent un rôle important : les troisièmes vaccinations, les précautions à prendre dans les établissements de santé et les maisons de retraite pour réduire autant que possible la contagion au sein des institutions, et la prévention individuelle des contacts à risque, en particulier pour les personnes appartenant à ces classes d’âge.
3. Les retards de notification des hospitalisations influencent la mesure de la charge hospitalière et l’estimation de la dynamique épidémiologique
Les rapports officiels des admissions à l’hôpital ne sont complets, à plus de 90 %, qu’avec environ deux semaines de décalage temporel. Une analyse des données d’hospitalisation[30] en Suisse montre qu’au moment de l’annonce officielle, le lendemain, du nombre d’hospitalisations liées au COVID-19 notifiées, celui-ci représente environ 65 % des hospitalisations réelles. Après deux semaines, ce pourcentage passe à environ 90 % en raison des notifications tardives.
Ces retards de notification ont deux conséquences : premièrement, les chiffres des deux dernières semaines ne reflètent pas correctement les hospitalisations absolues effectives ; deuxièmement, les notifications des deux dernières semaines ne reflètent pas correctement l’évolution relative effective (soit l’augmentation ou la diminution) des hospitalisations. Les retards de notification font que les données déclarées ont tendance à montrer une tendance à la baisse au cours des deux dernières semaines, même pendant les périodes où le nombre réel d’hospitalisations par jour augmente. La figure 2 montre que le nombre réel d’hospitalisations depuis fin novembre se situe dans une fourchette de 100 à 125 par jour.
Figure 2 : Moyenne rétrospective des hospitalisations sur 7 jours, état des données (1) une semaine après la période de référence [en vert], (2) deux semaines après la période de référence [orange] et (3) le 24 janvier 2022 [en rouge]. Les données qui remontent à moins de deux semaines (et pour lesquelles la période de notification tardive est donc inférieure à deux semaines) sont représentées en bleu.
5. Effets possibles de la réduction ou de la levée de l’isolement et de la quarantaine imposés par les autorités
Omicron et Delta présentent des différences dans l’évolution de l’infection qui peuvent influencer les décisions concernant la durée de l’isolement et de la quarantaine. Plusieurs études indiquent que pour Omicron la période d’incubation – soit le délai entre les infections et les symptômes – est vraisemblablement de trois jours, soit plus courte d’environ un jour que pour Delta[15],[16],[17]. Une étude, qui n’a pas encore fait l’objet d’une évaluation indépendante, portant sur un petit groupe d’athlètes testés presque quotidiennement par PCR à partir d’écouvillons nasaux et pharyngés a permis de constater les différences suivantes dans l’évolution virologique des infections entre Omicron et Delta18 : l’augmentation de la quantité de virus a duré 3-4 jours jusqu’au pic dans chaque cas, mais la hausse a été plus brutale pour Delta que pour Omicron. Avec le variant Omicron, on a obtenu une quantité maximale de virus 2 à 20 fois plus faible. La cinétique de décroissance de la quantité de virus après le pic était identique, mais parce que ce dernier était plus faible, avec Omicron le temps nécessaire pour atteindre un seuil probable d’infectiosité était plus court d’environ un jour. Globalement, dans cette étude, la durée de la phase infectieuse probable des personnes infectées est plus courte d’environ un jour avec Omicron qu’avec Delta. Les différences constatées ici entre les infections par Delta et Omicron pourraient également être dues au fait que la plupart des participants à l’étude avaient reçu une troisième dose d’un vaccin à ARNm entre la vague Delta et la vague Omicron. En outre, il s’agit d’une population fortement sélectionnée en termes d’âge, d’état de santé et de suivi de la santé, de sorte qu’il n’est que partiellement possible de tirer des conclusions sur la population générale. Des comparaisons détaillées de l’évolution virologique de l’infection entre Delta et Omicron chez des personnes sans immunité préexistante ne sont actuellement pas disponibles. Nous avons discuté des conséquences épidémiologiques possibles d’un raccourcissement ou d’une levée de la quarantaine ordonnée par les autorités sur la situation actuelle dans notre rapport scientifique du 11.01.2022[12].
Quelles sont les conséquences économiques de la quarantaine dans la situation actuelle ? Dans les situations où l’incidence et le nombre de cas non recensés sont faibles, la quarantaine et l’isolement peuvent prévenir efficacement les infections et maintenir le nombre de cas à un niveau bas[31]. En ce moment où l’incidence est très élevée, ce n’est plus le cas. Dans notre rapport scientifique du 11 janvier, nous avons estimé qu’à l’heure actuelle, la quarantaine ne peut réduire la valeur R que d’environ 3 %. Sur la base de l’analyse présentée dans ce rapport[12], nous avons examiné dans quelle mesure les avantages économiques d’une levée de la quarantaine de 5 jours seraient réduits, voire annulés, par l’augmentation des contaminations (et donc des isolements) qui en résulterait. Le point de départ est constitué par les limites inférieures et supérieures des différents scénarios épidémiologiques discutés dans le rapport scientifique du 11 janvier. Sur la base de la situation actuelle exposée ci-dessus, il est probable que l’évolution future se rapproche de la limite inférieure. De telles vagues de pandémie et les pertes temporaires de main-d’œuvre qui en découlent réduiraient la création globale de valeur d’environ 900 millions à 2,3 milliards de francs en cas de quarantaine de 5 jours. Sans régime de quarantaine de 5 jours, mais en supposant que cela ne modifie pas le nombre de cas, cette perte serait réduite d’environ 800 millions à 2,1 milliards de francs. Il n’est toutefois pas réaliste de penser que les règles de quarantaine n’ont aucune influence sur la contagion. Si l’on suppose que l’abolition générale de la quarantaine augmenterait le taux de reproduction de 3 % (voir notre rapport scientifique du 11 janvier), cela ne modifierait que légèrement la fourchette mentionnée ci-dessus. La perte nette totale de valeur économique serait toujours inférieure d’environ 10 % à celle qui aurait été enregistrée si la règle des 5 jours de quarantaine avait été maintenue. Ces calculs sont basés sur un grand nombre d’hypothèses. On part par exemple du principe que même en cas de suppression des prescriptions de quarantaine, le taux d’utilisation du système de santé n’atteindrait plus un seuil critique, requérant donc de nouvelles restrictions économiques.
Malgré les cessations temporaires d’activité non négligeables, l’économie se maintient plutôt bien. Les résultats provisoires des enquêtes conjoncturelles du KOF[32] pour le mois de janvier 2022 font état d’une nette augmentation, dans presque tous les secteurs, de la proportion d’entreprises indiquant que la disponibilité et le déploiement de personnel nuisent à l’activité de leur entreprise. Dans tous les secteurs, entre 30 % et 45 % des entreprises signalent de tels problèmes. Mais dans le même temps, la disponibilité des marchandises, des intrants et/ou des stocks en général reste le principal obstacle résultant de la pandémie. À l’exception du secteur de l’hôtellerie, la proportion d’entreprises qui estiment que leur existence est menacée n’a guère augmenté en janvier. Ce pourcentage est nettement plus faible dans tous les secteurs que lors de la deuxième vague de la pandémie, à l’automne et à l’hiver 2020/21.
Parmi les entreprises interrogées, le nombre de personnes placées en isolement ou en quarantaine a augmenté au cours des deux dernières semaines. Dans l’échantillon en ligne (avec environ 600 entreprises participantes au cours des deux dernières semaines), la comparaison de la moyenne du pourcentage d’employées et d’employés en quarantaine ou en isolement au cours des deux semaines précédentes montre une nette augmentation entre le 8 et le 14 janvier et entre le 15 et le 21 janvier. Pour les entreprises qui ont répondu à chacune de ces périodes, le pourcentage passe d’environ 6 à 9 %. L’augmentation du pourcentage de personnes absentes a été observée dans la plupart des secteurs de l’économie. Malgré la réduction de la charge de travail, les pertes de chiffre d’affaires sont restées limitées jusqu’à présent. Parmi les entreprises participantes, 8 % font état d’une baisse de leur chiffre d’affaires en raison des arrêts de travail liés à la pandémie. La baisse moyenne du chiffre d’affaires, toutes entreprises confondues, s’élève à environ 1 %. Dans la période du 8 au 21 janvier, les deux pourcentages ont légèrement augmenté.
Les résultats de l’enquête indiquent également l’existence d’effets de seuil. Les entreprises avec un faible taux d’absentéisme ne sont que marginalement touchées par les pertes de production. Lorsque plus de 15 % environ du personnel est en isolement ou en quarantaine, les baisses de chiffre d’affaires ont tendance à s’accentuer : on observe alors une élasticité beaucoup plus élevée du chiffre d’affaires par rapport au travail. Mais même dans ce cas, la baisse du chiffre d’affaires reste, en pourcentage, bien inférieure à la baisse de l’occupation. De plus, ce seuil est probablement fortement spécifique à chaque secteur, la présence physique des travailleurs n’ayant pas la même importance partout. Mais dans l’ensemble, de tels phénomènes de seuil peuvent entraîner une augmentation disproportionnée des pertes si la vague Omicron poursuit sa progression.
Liens:
[11] L’estimation est toutefois rendue plus difficile par le fait que, dans ces données, environ 40 % des échantillons de personnes hospitalisées pour COVID-19 ne présentent pas le « S-Gen Target Failure » (SGTF) caractéristique du type d’Omicron dominant ; la plupart de ces 40 % sont probablement dus à des infections par Delta, une partie également à des infections par le sous-variant BA.2 d’Omicron.
[15] Centers for Disease Control and Prevention. Investigation of a SARS-CoV-2-B.<ip-pii>9 (Omicron) Variant Cluster—Nebraska- November-December 2021. MMWR Early Release. Vol. 70. December 28, 2021.
[16] Brandel LT, MacDonald E, Veneti L, Ravio T, Lange H, Naseer U, et al. Outbreak caused by SARS-CoV-2 Omicron variant in Norway, November to December 2021.Euro Surveill.2021;26(50):pii=2101147 https://doi.org/10.2807/1560-7917.ES.2<ip-pii>1147external icon
[17] Lee JJ, Choe YJ, Jeong H, Kim M, Kim S, Yoo H, et al. Importation and transmission of SARS-CoV-2 B1.1.529 (Omicron) variant of concern in Korea, November 2021. J Korean Med Sci. 2021 Dec 27;36(50):e346 https://doi.org/10.3346/jkms.2021.36.e346 eISSN 1598-6357·pISSN 1011-8934
[21] https://sciencetaskforce.ch/fr/taux-de-reproduction/ et https://ibz-shiny.ethz.ch/covid-19-re-international/ : Les estimations de Re au cours des derniers jours peuvent être sujettes à de légères fluctuations, lesquelles se produisent en particulier dans les petites régions, lors de changements survenant dans la dynamique, ou lorsque le nombre de cas est faible.
[22] https://ibz-shiny.ethz.ch/covidDashboard/trends: Aufgrund von Melderverzögerungen werden die letzten 3 respektive 5 Tage für bestätigte Fälle und Hospitalisationen/Todesfälle nicht berücksichtigt.