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Abstract
En Angleterre, l'industrie du mariage musulman est depuis une dizaine d'années en pleine expansion. Celle-ci comprend notamment des services de rencontres matrimoniales labellisés "halal". Ces services de plus en plus populaires parmi la nouvelle génération de musulmans anglais témoignent du glissement de catégories qui jusqu'alors appartenaient au domaine de la jurisprudence islamique vers des labellisations culturelles et identitaires visibles dans l'espace public. L'espace et les pratiques présentés ici soulignent l'émergence d'une nouvelle culture publique (Göle, 2014) au sein de laquelle les frontières morales sont sans cesse renégociées. En contrepoint aux études récentes sur la morale islamique qui se concentrent sur la "formation éthique" du sujet par la poursuite de dispositions vertueuses (Mahmood, 2005 ; Hirschkind, 2006 ; Agrama, 2010), la quête de la "bonne vie éthique" est conçue ici comme un exercice de funambulisme au cours duquel chaque pas implique de trouver l'équilibre entre des valeurs qui ne sont pas toutes forcément dictées par la foi. Ces pratiques incarnées révèlent la nature fragmentée et ambivalente des subjectivités modernes ainsi fondées sur la coexistence de motivations, d'objectifs et d'identités variés (Ferrié, 2004). C'est cette "flexibilité morale" (S. Schielke, 2009) qui constitue la marque de fabrique de la modernité islamique (Göle, 2000).