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1. Que rendrai-je au Seigneur, pour tous les biens qu'il m'a faits ? « Je vous indiquerai, ô homme, ce qui est bien et tout ce que- Dieu demande de vous : c'est de pratiquer la justice, d'aimer la miséricorde, et de marcher soigneusement avec votre Dieu (Mich. VI, 8). » Voilà les trois choses que vous devez offrir; car Dieu, qui est Trinité, ne peut avoir pour agréables que des sacrifices qui ont un triple caractère. Offrez donc la justice au Fils qui est juge, la miséricorde à la sainte charité, la sollicitude à la paternité; à la sagesse appartient la discrétion; à la charité, la piété, à la paternité, la sollicitude. Faites néanmoins votre offrande de telle sorte que, dans la différence établie entre vos dons, vous ne divisiez point l'unité de la Trinité, et que, dans l'oblation que vous en faites, vous ne confondiez pas la Trinité de cette unité, mais que vous rendiez à chaque personne, en particulier, ce qui lui est propre et que vous rapportiez en même temps à un seul Dieu tous vos présents distincts. Si vous jugez avec justice, vous honorez le juste juge ; si vous aimez la miséricorde, vous vénérez par un sacrifice agréable, celui qui est charitable et bon ; si vous marchez toujours avec sollicitude dans la crainte de Dieu, vous vous rendez favorable le Père céleste, que vous aviez offensé par vos péchés.
2. Écoutez maintenant et entendez quel jugement vous devez faire. En premier lieu vous devez vous juger vous-même ; ensuite vous devez juger entre vous et le prochain, enfin vous devez juger vos frères. Dans le jugement qui intervient entre votre frère et vous, vous devez être indulgent, voici de quelle manière vous devez vous juger. Examinez avec attention ce que vous faites, ce que vous ne faites pas, mais que vous devez faire, et ce que vous devez omettre. Ensuite, rapprochant ces données, examinez si vous vous acquittez exactement de ce que vous êtes tenu de faire, et si vous ne faites point ce que vous êtes tenu de ne point faire. Si vous constatez qu'il en est ainsi, réjouissez-vous; mais si vous remarquez que vous faites ce que vous ne devez pas faire, ou que vous ne faites pas ce que vous êtes tenu de faire, tremblez. Entre vous et votre prochain, voici comment vous devez procéder pour votre jugement. Voyez ce que vous faites pour lui et ce qu'il fait pour vous. S'il vous fait du bien et si vous lui en faites en retour vous n'êtes pas méchant. S'il vous fait du mal et que vous le lui rendiez, vous n'êtes pas bon. S'il vous fait du mal et si vous lui faites du bien en retour, vous êtes bon. Quant à votre prochain, voici comment vous devez procéder dans le jugement que vous portez de lui, voyez de quelle manière il se comporte. Si le bien qu'il fait est certain ou s'il est incertain, si le mal est sûr ou s'il est douteux: s'il est constant qu'un petit bien a été
a On l'attribue à saint Bernard dans le manuscrit de Spire, imprimé en 1501. C'est à tort qu'il porte le titre, DE LA TRIPLE QUALITÉ DES LARMES.
fait, croyez-le plus considérable; s'il est constant que le mal est grand, estimez-le petit; s'il est petit, regardez-le comme moindre. Si le bien est douteux, croyez-le vrai; si le mal est douteux, tenez la chose pour bonne. Voilà le jugement vrai, bon, agréable à Dieu. Si vous offrez au Seigneur votre sacrifice, non seulement en discernant ces variétés, mais en les suivant dans la pratique, vous apaiserez sa colère et obtiendrez sa grâce.
3. Il est recommandé ensuite d'aimer la miséricorde, afin de pratiquer le bien; non par crainte mais par amour. Et de plus de vivre dans une grande sollicitude, de peur de ne pas mériter d'avoir le bien que vous n'avez pas encore ou de perdre le bien que vous avez. Or, c'est en ces trois prescriptions que vous coopérez avec la Trinité qui agit en vous. En effet, la sagesse vous éclaire pour vous faire connaître la vérité, la charité vous enflamme et vous fait désirer la bonté, la paternité garde en vous ce qu'elle y a créé et l'empêche de périr. En conséquence, c'est par la sagesse qui vous éclaire et aux lueurs qu'elle répand que vous discernez la vérité; c'est par la charité qui vous enflamme et à ses ardeurs que vous éprouvez de la compassion et des sentiments de bonté; c'est par la paternité qui veille sur vous et vous protège que vous vous conservez vous-même, en travaillant, par cette trinité, de concert avec la Trinité, vous devenez une image de la Trinité, et alors vous vous offrez vous-même en véritable sacrifice à Dieu, en vous réformant vous-même à sa ressemblance. Amen.