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Un héros commence alors que le personnage principal, Rahim (Amir Jadidi), est en prison pour non-paiement de sa dette. Il obtient deux jours de permission et tente de persuader son créancier de retirer sa plainte en lui promettant qu’il va tout mettre en œuvre pour en rembourser une partie, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Durant cette brève permission, Rahim trouve un sac à main empli de bijoux en or. Après quelques tergiversations et hésitations, il colle des affiches pour retrouver la propriétaire dudit sac. A priori, Rahim semble un homme tout à fait normal mais désespéré de se trouver derrière les barreaux : ce sac et son précieux contenu sont une aubaine et vont bouleverser sa vie ; il devient rapidement un personnage dont on parle abondamment à la télévision et sur les réseaux sociaux.
Un héros d’Asghar Farhadi a été présenté au sein de la compétition du dernier Festival de Cannes. Il faut souligner que le réalisateur iranien est un habitué de la Croisette où il a déjà présenté Le Passé (2013) qui a obtenu le Prix du jury œcuménique et le Prix d’interprétation féminine pour Bérénice Bejo, puis Le client (2016) qui a remporté le Prix du meilleur scénario et le Prix d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini, et Everybody knows (2018), présenté dans la compétition de la 71ème édition dont il fait l’ouverture.
Asghar Farhadi lisait depuis longtemps dans la presse iranienne des histoires d’individus ordinaires qui faisaient brièvement les titres des journaux en raison d’un acte altruiste et se retrouvaient portés aux nues par la presse et par la société. Situant l’histoire de son neuvième film à Shiraz, une ville situé au sud-ouest de l’Iran, bien éloignée du tumulte de Téhéran, Asghar Farhadi a expliqué lors de la conférence de presse pourquoi il a porté son choix sur cette ville « qui présente de nombreux vestiges historiques, des traces importantes, glorieuses de l’identité iranienne. »
Dans l’Iran des Mollahs qui muselle la population et réduit la liberté d’expression persistent quelques zones où les Iraniennes et les Iraniennes expriment leur opinion : internet, en particulier les réseaux sociaux. Asghar Farhadi s’est pleinement inspiré de cette réalité, ainsi la plupart des personnages de son film communiquent par le biais des réseaux sociaux. La Révolution verte avait permis d’observer ce phénomène puissant et récent en Iran comme à travers le monde, surtout lors des révolutions arabes. L’omniprésence des réseaux sociaux dans la vie quotidienne des Iraniens joue un rôle essentiel dans Un héros et s’avère être un protagoniste à part entière qui dépeint la situation socio-politique de l’Iran.
À travers le fils de Rahim, le cinéaste accorde une importance considérable au regard des enfants qui sont les témoins des difficultés et des conflits des adultes même s’ils ne cernent pas forcément les arcanes complexes des enjeux relationnels ni les difficultés. Comme souvent chez Asghari Farhadi, les enfants sont les spectateurs innocents des événements et des crises traversées par les adultes. Dans Un héros, Nazanin, le fils de Rahim est plus âgé que les autres enfants de la tribu familiale et plaidera à plusieurs reprises la cause de son père face aux journalistes, le protégeant de la vindicte populaire. Un héros comporte plusieurs scènes de groupe, notamment en famille, dont émane une atmosphère très spontanée et un sentiment de véracité. Asghar Farhadi a peaufiné chaque détail de chaque scène, créant des situations vraisemblables et authentiques au point que les spectateurs oublient qu’ils ont affaire à des comédiens. L’approche réaliste du film a permis au cinéaste de mettre en relief les multiples facettes des personnages, en particulier du protagoniste, selon les situations qu’ils traversent ou le contexte dans lequel ils se trouvent. Ainsi, au fil du récit, les personnages du film évoluent, dévoilant leur part d’ombre comme de lumière, tiraillés par des conflits internes lors de leurs prises de décision.
Face au dilemme qu’affronte Rahim, les spectateurs s’interrogent sur ses valses hésitations, sur ses intentions, sur ses doutes. Comme le mentionne le titre, nous assistons au cheminement d’un homme ordinaire qui, par un étrange concours de circonstances, devient un héros. Mais les rebondissements multiples que connaît le récit poussent les spectateurs à se questionner sur la définition même du héros à l’ère des réseaux sociaux, : dans quelle mesure les messages relayés à une vitesse vertigineuse déforment-ils la réalité, portant aux nues ce héros, ce nouveau modèle à encenser pour aussitôt le faire brûler sur le bûcher des critiques et de l’opprobre ? À travers le chemin que parcourt Rahim, Asghar Farhadi pose les questions éthiques d’intégrité, de dignité, d’honneur et de déshonneur.
Les réactions de la presse n’ont pas fait l’unanimité : soit manifestant un enthousiasme enflammé, soit reprochant au cinéaste de se reposer sur ses succès passés, Un héros ne laisse guère indifférent. D’aucun ont porté un jugement incisif sur le dernier film d’Asghar Farhadi, lui reprochant certaines longueurs. Ces critiques sont certainement plus sévères vu que le réalisateur, déjà très apprécié, voire adulé, a enchaîné des œuvres majeures. Un héros est un film tout à fait honorable mais celles et ceux qui connaissent la filmographie d’Asghar Farhadi ne pourront s’empêcher de le comparer à Une séparation qui frisait la perfection et pointeront du doigt un scénario légèrement moins abouti pour Un héros.
Le film d’Asghar Farhadi sortant sur les écrans romands, on vous laissera juger. Un héros a été nominé comme représentant de l’Iran aux Oscars.
Firouz E. Pillet
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