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par Ronny Cox
Ronnie Cox, Directeur du Patrimoine de la Marque Berry Brother & Rudd depuis 25 ans et ambassadeur de The Glenrothes, fait la différence entre réalité et fiction dans son appréciation du marché des collectionneurs de whiskys.
Les premiers véritables conseils d’investissement que j’ai reçu de mes parents, je les tiens de mon grand-père. À la fin du 19e siècle, il avait acheté des actions d’une mine d’or. Bientôt, la mine exigeait un second apport en capitaux afin de financer sa prétendue expansion. De bon gré, mon grand-père s’exécuta. Un an plus tard, alors qu’il se trouvait en Afrique du Sud, il fit un petit détour pour visiter ladite mine. Tout ce qu’il découvrit fut un homme, une série de poulies et un insignifiant trou dans le sol. Bien sûr, les histoires de ce genre sont légion. En Écosse, la pire de toutes fut sans aucun doute le Projet Darién, qui entraîna la perte d’environ un tiers de la richesse totale du pays qui poursuivait un rêve qui se révéla être un fantasme collectif.
Tout a commencé en 1698, par une cupidité frénétique qui s’est nourrie d’elle-même – le hasard veut que le magasin Berry Bros. & Rudd situé dans la rue St James soit devenu un commerce de café connu sous le nom de Widow Bourne la même année – et qui, à peine quelques années plus tard, s’est révélé être un désastre absolu. Puis vint la bulle des mers du sud (South Sea Bubble) en 1720, qui explosa dans la même partie du globe. Comme si la leçon avait été oubliée, la Banque de la Ville de Glasgow s’effondra en 1878. À la suite de cette dette, le plongeon « sans fin » de cette banque fit passer le nombre d’actionnaires de 1300 à un peu plus de 300 en 5 ans. L’effondrement récent et virtuel de la Royal Bank of Scotland et de la Bank of Scotland – qui font les beaux jours des oligarques et des fonds de pension – y ressemble trop pour se rassurer. Elles ont toutes deux été mises à genoux par les agissements de quelques-uns. Je dirais que, dans toutes ces mésaventures de l’histoire, la cupidité a joué un rôle de premier plan.
Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la collection de whiskys me direz-vous ? J’ai un ami qui, il y a 15 ans, a acheté un tonneau d’une distillerie récemment rénovée pour 1000 £ (soit environ 1300 €) ; « Si ça ne vaut pas plus, je le mettrai en bouteille pour mes amis », a-t-il dit à l’époque. Récemment, il m’a fait goûter un verre de sa réserve dont il était si fier (qui a maintenant eu le temps de s’affiner). Il était incroyablement mauvais, et j’ai dû lui annoncer la décevante nouvelle ; non seulement le tonneau était de piètre qualité – il avait probablement été utilisé un trop grand nombre de fois, comme un sachet de thé infusé plusieurs fois qui diffuse de moins en moins de saveurs et ne colore presque plus l’eau – mais également que la distillerie en question ne lui offrirait que 200 £ à titre de compensation. Un peu égoïstement, je lui ai conseillé de prendre l’argent, car je savais que ce serait le seul whisky qu’il nous servirait à l’avenir lors de ses célèbres barbecues.
Même si choisir la bonne distillerie et le produit en primeur peut se révéler extrêmement payant – en supposant que vous y parveniez et que vous sachiez ce que vous faites – investir dans du whisky déjà mis en bouteille est tout aussi amusant et généralement plus sûr. Que devez-vous faire ? Il vous suffit de sélectionner le bon whisky, en utilisant une gamme de critères alliant le goût, la réputation actuelle et future, ainsi que la rareté.
Glenrothes produit des alcools millésimés (pas les whiskys standards de 12, 15 et 21 ans d’âge), ce qui les rend immédiatement intéressants pour les collectionneurs. Les amateurs sont de plus en plus nombreux, et certains cherchent activement les millésimes qui manquent à leur collection, mais tous semblent avoir développé une véritable passion pour la marque. Le volume de bouteilles de chaque millésime de Glenrothes a été limité à deux pour cent de la production annuelle de la distillerie. Le résultat : les stocks s’épuisent rapidement, ces bouteilles deviennent rares et un marché secondaire que Berry Bros. & Rudd ne contrôle plus se développe. Une bouteille de Glenrothes 1972 achetée en 2004 pour 75 £ (soit environ 95 €) s’échange aujourd’hui à plus de 450 £ (570 €), et cela même si le goût de ce millésime – remarquablement délicieux – reste inchangé au bout de ces 10 années.
On observe la même situation pour des whiskys plus modestes comme Balblair (qui ont copié notre concept de single malt vintage) et dans les distilleries classiques comme Glenfarclas et Springbank. Même les distilleries auxquelles les maîtres blenders ne s’intéresseraient pas en temps normal produisent des whiskys de qualité qui se révèlent de grande valeur. Comme le vin, le whisky est considéré comme une denrée périssable et est soumis au même traitement fiscal et n’est donc pas imposé en termes d’impôt sur le gain en capital, à condition de respecter les règles.
Produire un spiritueux de qualité est essentiel, mais à moins que vous disposiez d’un excellent bois et fabriquiez les bons fûts au bon moment, vous n’obtiendrez jamais les meilleurs résultats possible et la déception sera au rendez-vous aussi sûr que la nuit vient après le jour. Les bouteilles de Macallan font certainement partie des whiskys de premier choix pour les collectionneurs (c’est la marque la plus vendue lors de ventes aux enchères), mais y a-t-il vraiment une raison pour laquelle les autres marques, qui utilisent les mêmes techniques en termes de sélection du bois et des fûts, ne font pas partie de ces spiritueux de qualité supérieure ? Quels sont ceux qui seront les diamants de demain, les futurs Macallans ? Est-ce que l’excellence d’un whisky se mesure à son goût ou à son prix ?
Je dispose d’une collection personnelle, et rares sont les whiskys qui sont très vieux. Je recherche avant tout la rareté, et bien sûr les grandes marques de demain. Je pense qu’à l’avenir, les gens reconnaîtront que l’âge ne constitue qu’une variable de l’équation, et que certains paramètres sont infiniment plus importants que l’âge. Aujourd’hui je ne suis pas prêt à vendre une quelconque bouteille de ma petite collection, car j’anticipe ma retraite, et il m’en faudra beaucoup plus que je n’en ai déjà acheté. La bonne nouvelle est que le whisky, contrairement au vin, ne s’altère pas une fois dans sa bouteille scellée, à condition qu’il soit maintenu en position verticale et à température ambiante ou à une température légèrement inférieure. Je suis heureux de savoir que si je ne bois pas tout, mes enfants et mes amis qui me survivront auront plaisir à le faire.