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Ainsi périssent les lanceurs d'alerte !
A partir du 20 février, des "Suisse Secrets" furent publiés par un consortium de journaux européens : transmis à la Süddeutsche Zeitung par une source anonyme, ils contenaient des données sur plus de 18'000 comptes au Crédit Suisse, soit 30'000 clients (personnes et entreprises) et des avoirs de plus de cent milliards de dollars. Les données les plus anciennes dataient des années septante du siècle dernier, les plus récentes des années dix du siècle présent. Elles concernaient des personnes "exposées politiquement" (comme le roi Abdallah de Jordanie, le président algérien Bouteflika, le président philippin Marcos et sa femme), des hauts fonctionnaires et des ministres (comme le vice-ministre vénézuélien de l'Energie), des dirigeants d'entreprises publiques ou privées, des responsables de services de renseignement, des mafiosi... L'enquête qui a permis la publication des "Suisse Secrets" a été menée sans la participation de media suisses, et n'a été relayée en Suisse que sous forme de résumé et de commentaires, après sa publication par le consortium de journaux européens. Parce qu'elle n'intéressaient pas les media suisses ? non : parce que la loi sur les banques fait peser sur eux l'épée de Damoclès de son article 47, la dernière arme du secret bancaire : qui dénonce les tripatouillages des banques peut être condamné jusqu'à trois ans de prison.