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Lolvé Tillmanns: "Je suis féministe, comme tous les gens raisonnables"
Née à Morges, mais vivant à Genève, Lolvé Tillmanns doit son prénom à l'héroïne du roman de Marguerite Duras, "Le Ravissement de Lol. V. Stein". Est-ce ce fort ascendant littéraire qui l'a poussée à quitter le marketing, où elle excellait, pour vivre de ses mots? Sans regret, elle a fait le choix de la précarité qui est aussi celui de la liberté.
Rapport tourmenté au corps
Après quatre romans salués par la critique qui voit en elle une fine observatrice des passions humaines, Lolvé Tillmanns vient de publier "Fit". Ce texte paru dans la collection Uppercut raconte l'histoire de Lol, une fille de 20 ans qui, après avoir claqué la porte de l'appartement de son père, doit subvenir seule à ses besoins. En cet été de canicule, elle se dégote un job de réceptionniste dans un fitness de luxe, où on lui demande d’être à la fois élégante et sexy. C'est là que tout commence à dérailler…
Dans ce texte aux mots crus, il est question du rapport tourmenté au corps, de harcèlement et de violence. Un roman féministe? "Je ne suis pas militante et ne je crois pas que la littérature doit l'être, mais si vous me demandez si je suis féministe, alors je vous réponds: "Oui, bien sûr, comme toutes les personnes raisonnables", répond Lolvé Tillmanns qui écrit aussi bien seule qu'en groupe. Elle a notamment participé au marathon littéraire qui consistait à demander à huit auteurs de se relayer dans une cabine téléphonique pour écrire un polar. Cela a donné "L'altitude des orties", sorti en librairie au début de l'année.
Une pandémie et un confinement
En cinq récits, Lolvé Tillmanns a déjà exploré beaucoup de la noirceur humaine. "Le côté obscur de l'homme ne me plaît pas du tout. J'aime la lumière, la vie, l'amour, les amis et le bon vin à boire avec eux. Mais le côté obscur m'interpelle, parce que je ne le comprends pas et qu'il m’empêche de respirer, et c'est ça qui met en mouvement mon énergie créatrice. Les belles choses, je préfère les vivre".
Alors faisons le bilan. Dans "Rosa", elle évoquait le poison des secrets de famille; dans "Les Fils", l'enfance douloureuse; dans un "Amour parfait", le poids d'une éducation terrifiante et dans "33, rue des Grottes", le cataclysme d'une épidémie qui force toute la population au confinement. Des similitudes avec ce qui se passe avec le coronavirus? Sa réponse est plutôt optimiste: "Ça se passe bien mieux que dans mon bouquin. La différence, c'est que nous disposons d'informations de qualité et que l'on peut faire confiance aux autorités, ce qui n'est pas le cas dans mon roman où, par manque d'infos, la panique s'installe, et avec elle la violence".
Interview: Julie Evard
Texte et adaptation web: Marie-Claude Martin
Lolvé Tillmanns, "Fit", éditions BSN Press, collection Uppercut
Publié le 18 mars 2020 à 09:01 - Modifié le 20 mars 2020 à 06:51