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Le dernier cadre du comité des Tamouls en Suisse a été interrogé mercredi matin par le Tribunal pénal fédéral. Il a vigoureusement nié les accusations d'escroquerie et de faux liées aux petits crédits.
Désigné par l'accusation comme secrétaire et caissier de l'organisation des Tamouls en Suisse (WTCC), cet homme de 41 ans a renvoyé à ses déclarations durant l'enquête concernant l'accusation de soutien à une organisation criminelle. En revanche, il a longuement répondu aux questions de son avocat Jean-Pierre Garbade.
Le prévenu a expliqué que c'est de bonne foi, en croyant que la récolte de fonds était légale en Suisse, qu'il s'était engagé dans le WTCC. Il a rappelé que plusieurs membres du comité avaient été arrêtés en 1997 pour ces activités mais qu'ils avaient ensuite été acquittés en 2000.
Aider la population
"Notre but était d'aider la population du Tamil Eelam", a rappelé le caissier par l'intermédiaire de l'interprète. Il a précisé que le gouvernement tamoul décidait de l'affectation des fonds. Il n'a pas exclu que l'argent ait pu servir aussi à la défense du territoire tamoul, au nord-est du Sri Lanka.
Avocat de l'un des deux plaignants tamouls, Stephen Ginzburger s'est étonné que les collectes de fonds aient été tenues secrètes alors que le prévenu les tenait pour légales.
A la demande de Me Garbade, le prévenu a parlé des exactions de l'armée gouvernementale et de la reprise des combats, en 2006, qui a mis fin à l'accord de paix signé en 2002. Il a expliqué aussi comment les Tigres tamouls (LTTE) avaient occupé son village dès le départ des troupes indiennes en 1989. Une administration complète, avec police et tribunaux, avait alors été mise en place.
L'homme a indiqué que, jusqu'en 1995, la population se sentait beaucoup plus en sécurité. Cette période a pris fin avec l'occupation du Tamil Eelam par l'armée sri lankaise. Alors que de nombreux jeunes étaient arrêtés, l'accusé a décidé de quitter le Sri Lanka.
Enfants soldats
Des photos d'enfants soldats, retrouvées au domicile du numéro 2 du WTCC, ont été projetées par l'accusation. Le caissier a expliqué que, selon le LTTE, des enfants s'étaient engagés en mentant sur leur âge. Lorsque la supercherie a été découverte, les enfants ont été renvoyés dans leur famille. Me Ginzburger s'est étonné que les Tigres ne procèdent pas eux-mêmes à une vérification de l'âge avant l'incorporation.
La procureure fédérale Juliette Noto a invité le prévenu à s'expliquer sur le fichage des Tamouls résidant en Suisse. Et sur la transmission de l'identité des donataires à "Castro", le responsable des finances du LTTE au Sri Lanka. Le caissier a indiqué que le fichage permettait de garantir le suivi de l'argent.
Questionné sur son rôle dans le recours au petit crédit par le WTCC, l'accusé a refusé de répondre. Il a rejeté les accusations portant sur les fausses fiches de salaire produites pour obtenir les prêts. "S'il y a eu des faux, ce sont les employés de la banque qui les ont faits. C'était à eux de vérifier auprès des employeurs."
"Je ne comprends pas cette accusation, a-t-il ajouté. "Nous savions qu'avec nos revenus la banque n'accorderait pas de tels crédits. Nous avions besoin de cet argent alors que la population mourrait au pays." Selon le caissier, la banque était au courant que le WTCC rembourserait les crédits.
Altercation avec la procureure
Me Garbade a produit des documents attestant de la reconnaissance internationale dont jouissait une ONG locale oeuvrant en faveur des femmes. Le prévenu a confirmé que le WTCC lui avait envoyé de l'argent.
Invité par Mme Noto à s'expliquer sur le transfert de près d'un million de francs au Sri Lanka, le caissier a contesté cette opération. Ces questions de la procureure ont déclenché d'ailleurs une violente réaction de Me Garbade qui estimait que la présomption d'innocence était violée.
L'accusé n'a pas souhaité répondre aux questions concernant l'accusation de blanchiment. En particulier sur les raisons qui l'amenaient à accompagner les preneurs de crédit lors des retraits et à se faire remettre immédiatement l'argent.
Le Tribunal pénal fédéral se réunira encore jeudi après-midi pour interroger à huis clos le "témoin x". Entendu à la demande de Marcel Bosonnet, avocat du chef du WTCC, cette personne s'exprimera sur la situation actuelle au Sri Lanka. Des mesures exceptionnelles ont été requises afin de garantir sa sécurité et celle de sa famille sur place.
Les audiences publiques reprendront lundi 22 janvier avec l'audition des neuf autres prévenus.