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" le thème de la nature est la toile de fond de toutes mes pensées. autant que je pouvais deviner la situation de ceux qui pensent subjectivement, je les voyais enfermés dans des rêves et séparés du monde et développant une existence sans fenêtres, à peu près comme les monades de leibniz, existence où il y avait pourtant une sorte de monde au-dehors. et je ne crois pas avoir jamais fait autre chose, quand je décrivais, que nettoyer ce monde de toute la buée humaine, et le voir comme il serait sans nous. ce qui me semblait digne de remarque, en ces pensées sur le monde, c'est qu'elles n'effaçaient nullement la beauté du monde. bien au contraire, me semblait-il. l'homme recherche la nature nue ; il s'appuie sur l'océan ou sur le glacier, assuré alors, par l'imminence même du danger, qu'il n'est plus question de bonne ou mauvaise chance, et que la chose suivra seulement son poids et sa pente, sans aucun égard à l'homme. ces solitudes sont belles, et elles prouvent que dieu n'est pas par là. on sait que le sauvage sur la terre ferme craint à chaque pas d'offenser le génie de l'arbre ou le génie des pierres. une telle vie peut sentir pourtant la beauté de l'heure ; car l'homme s'accorde aux saisons, et danse au soleil comme le moucheron. mais une telle vie ne peut pas penser la beauté du monde ; car la pensée n'y a jamais ce mouvement libre par lequel elle respire. la crainte d'offenser quelqu'un est une pensée qui gâte la plus belle aurore. "