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Ciel! Le dictionnaire Petit Robert en ligne a franchi le pas. Il a inscrit le pronom « inklusif » iel dans ses pages. Pour il et elle, ensemble. Ma mère, fervente lectrice, qui possédait le Grand Robert en je ne sais plus combien de volumes, doit se retourner dans sa tombe.
Je remarque qu’il ne suit pas de logique comme la féminisation par rajout d’un -e, -ice ou autre à la fin de la forme masculine. On suppose que le i est celui de il, même s’il ne touche aucune consonne (sans consonne il ne signifie rien). Le el est le début de elle.
On a donc le début de deux mots dont l’un, le i qui représente le il, n’est identifiable que parce qu’on le veut bien, un peu arbitrairement.
La logique qui prévaut jusque là en matière de féminisation et d’inclusivité est d’ajouter une terminaison féminisée au mot masculin, avec des tirets ou des points médians dans la forme politisée actuelle.
Avec iel on change de construction. La fin du pronom est le début de elle, il y a donc deux débuts accolés; or c’est par la fin que l’on identifie un féminin.
Plus: il commence par le i de il donc par la forme masculine. Le féminin est encore une fois relégué derrière. On aurait pu imaginer eil pour placer le féminin en premier dans la compétition des sexes. Mais à l’oreille on pourrait entendre heil! Et le e féminin serait alors détaché de toute consonne, perdu dans l’espace, et accepté comme signifiant uniquement par le même arbitraire que pour le i de iel.
À cela il n’est rien à faire. La structure du français est telle que toute féminisation ne sera qu’un rajout tronqué au masculin. Aucune égalité stricte n’est possible. Bel échec du féminisme, donc. Qui devrait abandonner son OPA généralisée sur la langue française. Au regard de l’égalité c’est un combat rétrograde parce qu’il accentue la hiérarchisation des sexes en prétendant l’éliminer.
La féminisation des noms est suffisante et il y a encore du travail. Par exemple, que choisir entre auteure, autrice et auteuse? Le dernier arrache l’oreille, pourtant il n’est pas moins légitime que sauteur-sauteuse.
Je suis partisan de féminiser les métiers, je le fais en général même si j’hésite encore avec les fonctions, et j’essaie de tenir une chronologie alphabétique dans les contextes genrés. Par exemple, dire femmes-hommes plutôt qu’hommes-femmes, le f précédant le h dans l’ordre alphabétique. Mais je garde parfois la forme habituelle par commodité de lecture.
Dans cette logique non partisane, on doit dire Français, Françaises et non l’inverse. Idem pour citoyen-citoyenne, électeur-électrice, etc. Le masculin est devant car il l’emporte dans l’ordre alphabétique.
Ceux et celles qui mettent le féminin en premier font du sexisme condescendant. En général ce sont des politiciens et -ciennes qui cherchent les voix des électrices, ou qui sont amidonnés et -ées dans un conformisme social et intellectuel gluant.
Mais tripoter la grammaire et inventer une langue de niche, de catégorie politique, non merci. Le masculin pluriel comme forme inclusive du neutre me paraît toujours efficace et sans ambiguïté.
L’anglais a une forme inclusive intégrée: they. Pourquoi pas le français?
La linguiste Marie Treps, qui a écrit Les Mots voyageurs. Petite histoire du français venu d’ailleurs, parle globalement de la féminisation du français dans une interview au Figaro:
« … on remet en cause l’une des règles fondamentales de la langue française qui permet de résoudre de manière simple et économe la question de l’accord avec deux sujets de genre grammatical différent.
Peut-on renoncer à cette règle parce qu’aujourd’hui l’on considère différemment la place des femmes dans la langue? Ce que l’on oublie lorsqu’on pose ces questions, c’est que ladite règle vaut pour les gens et les choses. On dit: «Les garçons et les filles sont heureux d’être ensemble», mais l’on dit aussi «les jours et les nuits se suivent calmes et joyeux». Il ne viendrait pas à l’idée de dire: «Les jours et les nuits se suivent calmes et joyeuses». »
Elle ajoute plus loin, en réponse à la question:
« L’écriture inclusive permet-elle de rendre effective cette parité?
R: Non, je ne crois pas qu’elle s’imposera, elle est trop compliquée, mais cette proposition rend visibles les interrogations de la société actuelle, ses conflits, ses désirs, ses besoins en matière de parité. »
Mais iel, c’est aussi un étendard politique de l’ultra-gauche. C’est le wokisme qui se profile et contamine la société.
De son côté le ministre français de l’Éducation Jean-michel Blanquer a déclaré:
« L’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française. Alors même que nos élèves sont justement en train de consolider leurs savoirs fondamentaux, ils ne sauraient avoir cela pour référence », a tweeté le ministre, en partageant l’indignation du député LREM François Jovilet, qui y voit une attaque du « wokisme » et a écrit à l’Académie française. »
Le gouvernement français semble encore résister, malgré les probables pressions du lobby féministe. Le porte-parole Gabriel Attal affirme que l’écriture inclusive ne sera utilisée ni à l’école ni dans les documents officiels.
Cependant des affiches grand public commencent à utiliser le point médian. Or un mot au graphisme non fluide détourne l’attention du contenu du message. Tant pis pour les firmes qui ont la bêtise d’adopter ce graphisme anti-rêve.
La langue écrite a une esthétique et un rythme. Les mots composés cassent le rythme et peu sont appropriés en littérature. Lire un texte de blog rempli de points médians est vite insupportable. Ou même chiant. De là à imaginer que ce délire langagier a été inventé par des constipés et -ées, il n’y a qu’un minime écart de pensée.
Elle, il, aile, île, on peut rêver. Laurent Voulzy égrènerait même ses jolies notes sur Belle-île-en-Mer.
Mais iel?
P.S.: quand j’écris politiciens et -ciennes je ne cherche pas à inventer une nouvelle forme de féminisation même si je ne fais que m’inspirer de la pratique en vigueur, je souligne en m’amusant que toute tentative de féminisation forcée rend la lecture malaisée.
Gabriel Attal: