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La série a pour origine un ensemble de photos prises sur la côte amalfitaine, au sud de Naples, en avril 2007. Ces photos ont ensuite été « dénaturées » avec une double préoccupation :
1- en rendant la représentation de l’eau presque invisible, il s’agissait d’établir une confusion entre la mer et le ciel, et corrélativement entre des falaises en plongée et des montagnes vues de face. Chaque image devait ainsi avoir la force d’une énigme, que la vision de l’ensemble de la séquence permettrait de résoudre ;
2- sous la forme d’une illusion qui se donne comme telle, il importait de montrer la puissance symbolique de la permutation mer-ciel. Dans le magma de mon « imaginaire théorique », ce basculement épouse la pensée de Nietzsche. Celle-ci propose constamment une inversion des repères du haut et du bas, de l’élevé et du profond. En voici quelques exemples tirés d’Ainsi parlait Zarathoustra et propres à nous donner le tournis :
D’où viennent les plus hautes montagnes ? ai-je demandé jadis. Alors j’ai appris qu’elles venaient de la mer. […] C’est du plus bas que le plus haut doit atteindre son sommet.
O ciel au-dessus de moi, ciel pur, ciel profond ! abîme de lumière ! […] Me jeter dans ta hauteur – c’est là ma profondeur !
Le sommet et l’abîme sont confondus.
Chez le philosophe allemand, ce brouillage spatial est tout sauf gratuit. Il s’intègre à une attaque en règle contre un système de valeurs qui oppose traditionnellement le supérieur à l’inférieur : l’esprit supérieur au corps, le réel supérieur à l’artifice, etc. Nietzsche met ainsi à mal toutes les hiérarchies dualistes de la pensée occidentale.