Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06901.jsonl.gz/726

Une théière pour commémorer l’Escalade, est-ce bien raisonnable ? On imagine mal les Genevois dégustant le raffiné breuvage en levant le petit doigt alors que la ville subit l’assaut des Savoyards.
En fait d’ustensile, la fête de l’Escalade est liée à la marmite de la Mère Royaume et au bol commémoratif que le citoyen genevois achète chaque année pour boire la traditionnelle soupe aux légumes et qui vient garnir un rayonnage de la cuisine. La théière commémorative de Marc-Auguste Bastard (1863-1926) s’inscrit dans cette tradition. Sa panse piriforme, à mi-chemin entre la théière et la cafetière, étonne. Le décor de flammes l’associe clairement à la marmite qui mitonne sur le feu, mais aussi à la Genève mise à feu par les Savoyards.
Marc-Auguste Bastard est signalé dans le registre de la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses comme peintre et décorateur dès 1901. Il s’est formé à l’École des arts industriels de Genève, probablement dans la classe de céramique de Joseph Mittey (1853-936), dédiée uniquement au décor céramique. Bastard devait donc avoir recours à des potiers pour le façonnage et la cuisson de ses poteries. Notre théière a été acquise en 1902 chez l’artiste par l’Ancien Musée des arts décoratifs, en compagnie de cinq autres poteries décorées aux engobes sous glaçure.
Le livre d’inventaire signale que ces pièces en "terre de pays" proviennent de la Poterie des Pâquis, dont nous ne savons pratiquement rien. Bastard exercera ses talents de décorateur sur d’autres médiums que la poterie : paravents, affiches ou verres émaillés.