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Charles-Edouard Guillaume Prix Nobel de physique 1920
Natif de Fleurier, village horloger, Charles-Edouard Guillaume est un savant reconnu dans le monde entier. Travailleur infatigable, il a œuvré pendant des années pour l’amélioration des alliages ferronickels qui sont très stables lors des changements de température. Fils d’horloger, il a très vite vu l’utilité de ses travaux pour l’amélioration de la précision des chronomètres. Salués par la remise du prix Nobel de physique en 1920, ses travaux restent toujours d’actualité.
Depuis les premières activités de David-Jean-Jacques-Henri Vaucher à partir de 1730, le village de Fleurier s’est développé autour de l’horlogerie. Durant tout le 19e siècle, la population locale réalise des montres pour la Chine. Avec les multiples ateliers familiaux, avec des établisseurs comme Bovet, Vaucher, Jéquier et d’autres, l’entier du village vibre, alors, au rythme du balancier spiral qui anime les beaux mouvements des montres chinoises.
Voisine de l’Hôtel de Ville, il est une ancienne ferme neuchâteloise discrète que seule une plaque de bronze signale comme remarquable. Il y figure les mots suivants : Dans cette maison est né le 15 février 1861 Ch. Ed. Guillaume, Prix Nobel de physique, inventeur des métaux Invar et Elinvar, dont les travaux contribuèrent aux progrès de l’horlogerie et de la chronométrie.
Plus discrètement, le même nom est rappelé sur la porte ; porte toujours ouverte par ses descendants lors de leur séjour en Suisse. Et dans une pièce, appelée autrefois la « chambre », c’est un conservatoire à sa mémoire. Rien n’y a changé depuis son décès en 1938, même avant, car il y a toujours le portrait de sa mère, le canapé et les fauteuils comme sur une photo où il figure à ses côtés.
Après des études brillantes à Zürich et un séjour militaire où il s’intéresse à la balistique, l’art de diriger des projectiles vers le bon endroit, Charles-Edouard Guillaume entre au Bureau international des poids et mesures à Sèvres près de Paris. Il y passe 53 ans dont les 21 derniers comme directeur.
Là en lien avec des métallurgistes français et allemands, il étudie longuement les alliages ferronickel. Grâce à ses travaux, ces alliages, très peu sensibles aux différences de température, ont permis la réalisation d’étalons de longueur à moindre coût que ceux en platine iridié précédemment en usage. La stabilité dimensionnelle des métaux développés par le docteur Guillaume a servi aussi à des mesures géodésiques comme à d’autres de température ou de pression.
Fils d’horloger, Charles-Edouard Guillaume a très vite saisi le grand intérêt présenté par des métaux insensibles aux variations de température pour la précision des appareils horaires.
Ce fut en premier l’Invar, alliage de fer à 36,2 % de nickel, qui reste stable dans ses dimensions même si la température change. Il trouve place en horlogerie comme tige des pendules de précision. Puis arriva un autre ferronickel, l’Elinvar. D’une élasticité constante face aux changements de température, il intervient dans la réalisation des spiraux ; le spiral étant ce fin ressort associé au balancier, constituant avec lui la référence de temps de la montre.
Notre physicien a aussi mis au point un autre alliage, l’Anibal pour la fabrication des balanciers.
Quelque peu réticent à la mode des anglicismes pour les marques horlogères, les xxx Watch and Co sont légion au début du 20e siècle, il baptise ses alliages ferronickel de noms évocateurs, qu’il tient à exprimer en français.
Il s’agit de l’Invar pour dimensions invariables, de l’Elinvar pour élasticité invariable et de l’Anibal pour acier au nickel pour balancier. Sa rigueur de polytechnicien a fait que les progrès ultérieurs ont vu arriver l’Elinvar II, puis le III avant le Parélinvar 1 et puis le 2.
Ces travaux lui ont donc valu de recevoir le prix Nobel de physique en 1920. Reconnaissance importante quand on l’évalue aux récipiendaires des années voisines. Celui-ci avait été remis l’année précédente à Johannes Stark, découvreur de l’effet Doppler ; effet bien connu par l’une de ses applications, peut-être trop courante dans les radars situés au bord des routes. Et l’année suivante, en 1921, il sera remis à Albert Einstein que l’on ne présente plus.
Charles-Edouard Guillaume s’est éteint à Sèvres, peu d’années après s’être retiré de son poste de directeur. Il a été enterré à Fleurier.
Les métaux, qu’il a mis au point, restent d’actualité dans les thermomètres, pour les cuves des méthaniers, ces bateaux transportant du gaz à très basse température et ils sont à la base des subtils alliages pour les spiraux horlogers, même si la mesure précise du temps est maintenant passée à l’ère de l’électronique.
En hommage au physicien et à sa contribution à l’horlogerie, une fondation a été créée en 1945. Elle accorde des bourses à des jeunes chercheurs demeurant en Suisse et effectuant des recherches liées à l’industrie horlogère.
Dès la jeunesse de son illustre ressortissant, à Fleurier l’horlogerie quitte les ateliers familiaux pour se pratiquer dans les grands ateliers des fabriques, devenues maintenant des manufactures réputées.
Comme un dernier clin d’œil, la maison de la famille Guillaume voisine aujourd’hui avec la Fondation Qualité Fleurier, hébergée à l’Hôtel de Ville. Instituée en 2004, cette fondation a pour but de promouvoir la qualité esthétique et technique des montres. La boucle est bouclée. Tout près du lieu de naissance de l’homme qui a tant apporté à la précision, aujourd’hui se contrôle la marche des montres de qualité.
Benoît Conrath
Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier