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Edito: De l'air frais pour prévenir les refroidissements !
Rev Med Suisse
2004; volume 0.
24170
Résumé
Les couleurs de ce début d'automne, si chatoyantes soient-elles, ne nous empêchent pas de penser avec tristesse à l'inéluctable retour chez nos concitoyens de ce que l'on appelle communément les refroidissements ou IVRS dans le jargon si poétique des professionnels de la santé (pour Infection des Voies Respiratoires Supérieures). Cette affection frappe adultes et enfants environ deux fois par année en moyenne, causant un inconfort subjectif et un coût réel. Alors que les virus responsables les plus courants (particulièrement les quelque 100 sérotypes différents de rhinovirus) sont connus de longue date, une incertitude demeurait quant au mode de transmission de l'infection. Il y a quelques années déjà, c'est avec un certain étonnement que les deux soussignés firent la connaissance, dans une réunion de travail, d'un collègue qui refusait obstinément de leur serrer la main en arguant qu'il souffrait d'un rhume. Cette attitude n'était nullement inamicale, mais traduisait simplement la mise en pratique des travaux de Gwaltney et collaborateurs1 qui suggéraient que le mode de transmission principal du virus pathogène se faisait par contact de la main. Depuis lors, d'autres travaux ont suggéré que c'est plutôt l'inhalation d'un aérosol contaminé qui est le plus souvent responsable de la transmission.2 Le fait de connaître le mode de transmission n'est pas sans importance, puisque les stratégies de contrôle de l'infection vont forcément différer selon que le mode de transmission se fait par contact manuel ou par inhalation d'un aérosol contaminé.Des travaux très anciens avaient établi que les personnes infectées qui toussent ou éternuent émettent des particules relativement grandes qui sédimentent rapidement sur le sol. Cependant, suite à un phénomène d'évaporation, des particules de taille respirable, c'est-à-dire de l'ordre de 5 microns de diamètre aérodynamique, restent en suspension dans l'air et sont potentiellement infectieuses.3 Il a bien été démontré que la transmission du virus de la rougeole et du bacille tuberculeux se fait ainsi au moyen de gouttelettes respirables. Récemment, des cas de contamination par influenza4 et par M. tuberculosis5 ont été prouvés en investiguant la qualité de l'air dans les avions commerciaux. En est-il de même avec les virus responsables des IVRS de la mauvaise saison ?Une étude pratiquée dans l'armée américaine a détecté un taux significativement plus élevé de maladies respiratoires fébriles chez les militaires logés dans des baraques modernes bien isolées comparés à des militaires logés dans des baraques plus vétustes et moins isolées de l'air extérieur.6 Ainsi, augmenter les échanges d'air avec l'extérieur semble réduire le taux d'infection virale chez les occupants de ces lieux. Dans les quartiers généraux de Polaroïd, on a observé qu'une diminution de la ventilation des locaux administratifs a été suivie d'une augmentation de l'absentéisme pour cause de maladie.7Un travail récent8 a apporté deux preuves à la transmission par aérosol des rhinovirus : une association positive entre les concentrations de CO2 dans l'air (un taux élevé indiquant un faible échange d'air dans les locaux) et le taux de détection des virus ; la mise en évidence du même rhinovirus dans l'air contaminant les locaux et dans des échantillons cliniques obtenus par lavage nasal d'utilisateurs de ces locaux.Les bâtiments publics, qui constituent le lieu de contact prédominant entre individus, sont pour la plupart relativement hermétiques à l'air extérieur, disposant de systèmes d'air conditionné centraux. Or, les systèmes d'air pulsé sont en mesure de disséminer un agent infectieux. En effet, la majorité de l'air recircule, additionné d'une petite quantité d'air extérieur servant à réguler la température et l'humidité dans le bâtiment. Les recommandations en vigueur pour le conditionnement de l'air des bâtiments publics reposent avant tout sur des standards de confort plutôt que sur des considérations de santé publique. En pratique, on devrait mesurer le taux de CO2 dans l'air ambiant intérieur pour juger du renouvellement de l'air intérieur par un afflux extérieur. Dans une étude portant sur 385 salles d'école au Texas, 86% de ces lieux présentaient un taux de CO2 de 1000 ppm, valeur indiquant une concentration d'air expiré 5 à 10 fois plus importante que la moyenne.9 Il existe des preuves récentes qu'une amélioration de la ventilation et une réduction des concentrations de CO2 sont associées à une diminution de l'absentéisme scolaire et à une amélioration du contrôle de l'asthme.10D'autres études ont montré qu'un régime de faible ventilation est associé à un taux augmenté d'infections.11 Pour diminuer les risques infectieux, une simple augmentation du débit d'air pulsé n'est pas suffisamment efficace. De même, le recours à des filtres à air de haute performance visant à retenir des particules respirables infectieuses ne garantit pas une sécurité suffisante. Enfin, la stérilisation de l'air par recours à des rayons ultraviolets n'a fait sa preuve que pour purifier l'air de certaines moisissures ou de certaines bactéries dont la tuberculose ; il n'existe aucune preuve de son efficacité dans la lutte contre les virus respiratoires. Le fait qu'une augmentation de la détection du virus soit associée à une élévation de la concentration de CO2 évoque la possibilité qu'une réduction du risque infectieux soit possible en augmentant l'admission de l'air extérieur dans le mélange conditionné pour la ventilation d'un bâtiment. Des épidémies dramatiques, telles que celle récente du SARS et la crainte de bioterrorisme par recours à des agents infectieux, tels que lors des épisodes de spores d'anthrax en 2001, justifient que l'on renforce la recherche sur les mécanismes de transmission des maladies infectieuses à l'intérieur des bâtiments modernes.3 Les stratégies de contrôle des infections devraient différer selon le mode de transmission : lavage des mains et décontamination des surfaces en cas de transmission par contact ; augmentation de la ventilation par admission d'air extérieur en cas de transmission par aérosol. En ce qui concerne les rhinovirus, il semble bien qu'ouvrir largement les fenêtres, assurant ainsi un apport d'air frais, constitue le moyen le plus performant pour lutter contre les refroidissements !