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L’histoire de Genève et l’évolution architecturale de la Cathédrale Saint-Pierre sont indéniablement liées. Au fil des changements politiques et religieux, cet édifice se transforme, s’agrandit et s’acclimate aux nouvelles nécessitées de la vie genevoise. Lieu de recueillement, centre de manifestations civiques et patriotiques, la Cathédrale se positionne également comme un pôle culturel important. Ouvert au public sur ses trois niveaux, ce monument est le plus visité de la Cité de Calvin. Le site archéologique au sous-sol, l’espace central et les cloches au-dessus de la voûte, dévoilent l’intimité toute particulière de ce bâtiment helvétique.
Située sur les hauteurs, la Cathédrale Saint-Pierre domine fièrement la ville. Pourtant son emplacement n’a pas toujours été occupé par un lieu de culte. D’abord, résidence d’un notable vers le IIIe-IVe siècle, il était, par la suite, attribué à une chambre de chauffe pour le traitement du blé. Ce n’est seulement qu’après l’arrivée de la chrétienté que le premier édifice religieux est érigé sur la colline au IV siècle. Le Christianisme se diffusant dans l’Empire romain, le groupe épiscopal ne cesse de s’agrandir avec la construction d’une cathédrale au Nord du site. Au Sud, dès l’an 400, un baptistère, une chapelle et d’autres espaces de culte se développent. Ensuite, alors que Genève passe en mains Burgondes, les aménagements se poursuivent et une grande cathédrale orientale est construite aux VIIe-VIIIe siècles dans le prolongement du baptistère.
La période suivante est politiquement conflictuelle avec l’arrivée de la Maison de Savoie, mais permet à la cité de connaître un véritable essor. La construction de l’actuelle cathédrale romano-gothique débute en 1160 et pour durer près d’un siècle. L’édifice s’embellit au fil des ans, avec l’ajout d’une tour Sud et de la chapelle des Macchabées. Vient ensuite la Réforme protestante, qui, au XVIe siècle, épure son apparence. Les ornements et les décors polychromes disparaissent, seuls les vitraux témoignent de son passé fastueux. La Cathédrale devient le Temple de Saint-Pierre. Banni du culte réformé, l’orgue sera finalement réinstallée en 1756, en même temps que l’achèvement de la façade néo-classique actuelle. A la fin du XXe siècle une grande restauration de l’édifice a permis d’opérer des fouilles archéologiques, qui ont justement recueillies plus de précisions sur l’évolution de ce lieu symbolique.
Le site archéologique au sous-sol
Inauguré en 1986 et agrandi en 2006, le site archéologique de la Cathédrale est l’un des plus vastes en Europe. Un véritable labyrinthe à travers les âges et les siècles s’est dévoilé sous le bâtiment massif, permettant de se replonger dans l’histoire de Genève. « Les premières constatations des vestiges datent de 1752, au moment de la construction du portique néoclassique. La même observation est faite lors de la restauration des tours et de l’élévation de la flèche verte du carillon au XIXe siècle, mais à cette époque l’archéologie n’est pas encore très développée. Finalement, ce n’est en 1976 que les fouilles vont débuter, trois ans après la création de la Fondation des Clefs de St-Pierre dont l’objectif est d’entretenir et conserver l’édifice » explique Jean-Quentin Haefliger, médiateur indépendant sur le site et président de l’Association pour la valorisation de l’Antiquité à Genève (AvAnt GE). Le projet est alors confié à l’archéologue Charles Bonnet, connu pour avoir travaillé sous le Temple de la Madeleine, réalisant ainsi les premières fouilles d’intérieur sous un bâtiment existant. Débutant sous la chapelle des Macchabées, la phase initiale va durer une dizaine d’année. La seconde étape sera plus longue et se concentrera plutôt sur l’arrière de l’édifice. « Grâce à ce travail laborieux, il est aujourd’hui possible de dater les évolutions du site, ainsi que de découvrir les traces préchrétiennes, tels l’espace pour le traitement du blé, différents puits, tombe allobroge, etc. Le parcours débute au IIIe siècle avant J.-C., pour sinuer à travers les différents édifices qui ont précédé la cathédrale actuelle » précise Jean-Quentin Haefliger.
Il est venu le temps du carillon
Si le sous-sol offre un voyage dans le passé, les tours de la Cathédrale permettent de découvrir les cloches encore utilisées et observer la Genève actuelle. Au bout des 157 marches qui mènent au sommet de la tour Nord, deux emblèmes genevois accueillent les visiteurs : les cloches « La Bellerive» et « La Clémence ». Fondue en 1407 grâce au don de l’antipape Robert de Genève, ou Clément VII, cette dernière sonne lors des évènements marquant de la cité. En face, la tour Sud, abrite cinq autres cloches, utilisées pour annoncer le culte. Trente-sept cloches supplémentaires sont installées dans la flèche verte et composent les sonorités du carillon. « Traditionnellement le carillon se joue avec des bâtons, mais au début du XXe siècle certains étaient fabriqués avec un clavier de type piano. Genève a justement gardé ce modèle pour permettre aux claviéristes de l’utiliser également » souligne Vincent Thévenaz, carillonneur de la Cathédrale depuis 2012 et organiste titulaire depuis 2018. Cet instrument unique est utilisé quatre fois par an : à l’Escalade, lors de la Fête nationale, pour la Restauration le 31 décembre et comme ouverture de la fête de la musique. « Les cloches permettant de jouer sur trois octaves, le répertoire peut donc être très vaste. Bien entendu, il y a des incontournables, comme l’hymne national ou le « Cé qu’è lainô », mais j’essaye toujours d’apporter d’autres styles musicaux, que ce soit de la pop, des musiques de films, des mélodies célèbres ou des œuvres classiques » détaille le musicien. Du 1 juin au 28 septembre une série de concerts est également organisée dans le cadre du Festival international d’orgue et de carillon. Chaque samedi des organistes du monde entier joueront des récitals d’une heure dans la Cathédrale et durant le mois de juillet ils seront précédés par un concert de carillon. « C’est une occasion unique d’entendre d’autres sensibilités, de nouvelles manières de jouer et d’observer des approches différentes » vous invite Vincent Thévenaz.
Pour aller plus loin
Organisant la Nuit Antique depuis 2015, l’AvAnt GE a voulu continuer cette transmission des connaissances à travers un ouvrage pour les enfants « Les Burgondes à Genava ». Ils se sont donc associés à l’équipe de « Les Guides à pattes », une collection d’Infolio qui présente les grands sites archéologiques de la préhistoire, de l’époque romaine et du Moyen-Âge en Suisse. « Cette série comportait déjà une dizaine de livres, mais aucun ne parlait de Genève. Ayant des liens avec la Fondation des Clefs de St-Pierre, nous avons proposé de coupler l’organisation interne et l’architecture de notre ville au temps des Burgondes avec la découverte du site archéologique. L’idée est de montrer Genève à cette époque et retrouver certains éléments du guide durant la visite de la Cathédrale » précise Jean-Quentin Haefliger. L’association a donc étroitement travaillé avec l’auteure Lucile Tissot et le dessinateur Bernard Reymond pour imaginer les aventures de la poule Clotilde et du coq Maximus, avant de soumettre l’ouvrage à l’expertise des archéologues et à une relecture du DIP. Traduit en français, anglais et allemand, le guide est disponible dans les bibliothèques, librairies et à l’entrée du site archéologue.