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Accès
Accès en voiture
Prendre l'autoroute A9 jusqu'à la sortie Riddes. Suivre les indications pour Leytron d'abord, puis pour Ovronnaz. Traverser le village par la route principale. Dans la partie supérieure du bourg, bifurquer à gauche en direction de Loutze / Chamosentze (panneau blanc).
Suivre la route étroite (croisements difficiles) sur environ 2.5 km. Juste sous la buvette de Loutze, prendre à droite. La route asphaltée se transforme très vite en un chemin carrossable. Dans un premier temps, l'état de la chaussée est tout à fait correct, mais plus en avance et plus les nids de poule deviennent larges et profonds. La route n'est pas adaptée aux voitures basses, mais il n'est pas nécessaire non plus d'avoir un véhicule tout-terrain pour rejoindre l'étable de Chamosentse.
Il est aussi possible de laisser le véhicule à la buvette de Loutze et de gagner Chamosentse en marchant (sentier balisé). Compter 40 minutes de marche pour l'aller et 30 minutes pour le retour.
Accès en transports publics
Ni la buvette de Loutze ni l'étable de Chamosentse ne sont accessibles en transports publics.
De Chamosentse au Pas de Chamosentse
Quand je suis sorti de mon véhicule, j'ai été impressionné par le magnifique panorama sur la vallée du Rhône avec les Mayens de Chamoson et l'Ardève en premier plan. Le blanc des glaciers du massif des Combins luisait en arrière-plan.
Depuis l'étable de Chamosentse, on monte en direction du Lac de la Forcla (panneaux). Chamosentse, parfois aussi écrit Chamosentze ou plus rarement Chamosenze, est une déformation de Chamoson, montée de la plaine. Ces toponymes dérivent de "Camusius" ou "Camusia", un gentilice romain. Il ne faut pas chercher de similitudes avec le chamois.
On gagne l'alpage en environ un quart d'heure. Les vaches broutaient sur les pentes de la Comoneau et de la Pointe de Chémo. Malgré la sècheresse, l'herbe était étonnamment verte.
J'ai guigné en direction nord-est. Les falaises abruptes des Pointes de Tsérié n'étaient pas encore touchées par les rayons du soleil. En regardant attentivement, j'ai aperçu le refuge avec sa forme particulière sur l'arête. Si je n'avais pas su que cette construction existait, je l'aurais confondue pour un énième éperon rocheux, surtout en contrejour.
Le sentier serpente dans le pâturage d'un faux plat montant et traverse les lits des affluents de la Losentse qui étaient complètement à sec. C'était désolant à voir, mais en observant leurs dimensions, je me suis dit que je ne voudrais pas devoir les franchir pendant ou juste après de fortes précipitations…
On gagne un croisement de chemins pédestres nommé "Les Outannes" (P. 2243). Ce toponyme dérive du patois "ontan" et "outan", du vieux français "autan" et du latin "augustanus" qui signifie "août". "Les Outannes" désignent donc "alpages élevés où le bétail monte au mois d´août". En regardant en direction SW, on comprend très bien la raison du nom: les pentes sont composées d'un mélange d'herbes maigres et d'éboulis.
Continuer en direction du Lac de la Forcle. Le sentier traverse le versant SE de la Dent de Chamosentse. J'ai aperçu et photographié quelques fleurs. La flore est jolie, mais pas très variée.
Pendant l'approche aux barres rocheuses des Pallantsons, je me suis demandé où le chemin s'enfilait. L'itinéraire est cependant évident quand on arrive au pied du passage. Gravir le rocher peut nécessiter l'utilisation des mains pour l'équilibre. Une chaîne sécurise aussi un court tronçon légèrement aérien dans la partie supérieure.
Une centaine de mètres plus loin, on atteint le bord de La Losentse. La pente se redresse et l'on poursuit en longeant le ruisseau. Le sentier passe rapidement sur rive gauche, mais le franchissement n'est pas bien indiqué. Juste avant, le chemin se sépare en effet en plusieurs parties. J'ai moi-même continué sur une sente officieuse. Ce n'est que plusieurs mètres plus haut que j'ai remarqué des traces de balisage sur l'autre rive…
L'itinéraire devient par la suite de nouveau marqué. Vers 2260 mètres d'altitude, on traverse encore une fois le ruisseau et l'on contourne une petite barre rocheuse par un large virage. Environ 150 mètres plus haut, la pente s'adoucit et l'on parcourt un plateau lunaire d'un faux plat.
Du Pas de Chamosentse au Pied du Sommet W des Pointes de Tsérié
Le refuge Jules Biollaz apparait plus loin, partiellement caché par un gros bloc. J'avais lu que l'abri a juste quatre murs et un toit mais strictement aucun équipement à l'intérieur… Je ne suis pas allé vérifier, j'ai quitté le sentier balisé avant de gagner la construction pour remonter les pentes mi-herbeuses, mi-rocheuses en direction est.
J'étais parti pour l'inconnu, car il n'existe aucun chemin pour gravir les trois sommets des pointes de Tsérié. En outre, les informations que j'ai réussi à récolter sont fichument sommaires.
J'ai progressé face à la pente en visant la pointe la plus proche (P. 2542) qui était devant moi. Le terrain était devenu minéral et seulement quelques petites plantes poussaient à ces altitudes et sur ce sol inhospitalier.
J'ai gagné le pied de P. 2542, puis j'ai suivi une voie assez évidente jusqu'à la cime. Les rares hautes marches rocheuses s'escaladent facilement (pas de I). Au N, la vue sur Chamosentse est vertigineuse. Le point de vue sur le Lac de la Forcla, dominé par Le Pacheau et le Grand Muveran est splendide.
Des bouquetins erraient ou flânaient sur les pentes abruptes du sommet W des Pointes de Tsérié. Le vallon de Derbonne fait partie du district franc du Haut de Cry / Derborence. Apercevoir des animaux sauvages est donc plus facile.
J'ai entamé la traversée en gardant une altitude d'environ 2530 mètres. J'ai suivi un semblant de sente, faite par les bêtes. La stabilité de la caillasse était précaire et demande un pied sûr. En plus d'évaluer, à chaque pas, le meilleur endroit pour poser la chaussure, je devais aussi prêter attention aux pierres qui dévalaient sous les déplacements des bouquetins. Je me suis débrouillé pour éviter de me retrouver sous les animaux et la ligne de mire des cailloux volants.
Vagabondage sous le Sommet W des Pointes de Tsérié
Dans le livre "Alpes et Préalpes vaudoises" édité par le CAS, l'ascension de la pointe W est évaluée à T3+. Depuis le pierrier sur lequel je me trouvais, j'ai vu un itinéraire possible, mais il semblait costaud. J'ai tout de même voulu tenter l'approche, car souvent c'est moins ardu de ce qu'il parait. Quand on dit "généralement", ça va de soi qu'il y a des exceptions. L'ascension du sommet W des Pointes de Tsérié en est indéniablement un!
J'ai longé le pied d'une barre rocheuse située à environ 2550 mètres d'altitude, puis j'ai remonté les éboulis en direction SE Le terrain était raide et précaire. Je faisais régulièrement dégringoler de la caillasse. La cotation T3+ était déjà très limite pour cette première portion, mais le plus dur était encore à venir…
J'ai gagné le pied de la paroi vers 2610 mètres d'altitude. Le sol était un chouia plus stable. J'ai poursuivi en direction SW jusqu'à la partie inférieure d'un couloir. J'ai repéré le "collet au NE du sommet près d'un gendarme" à une cinquantaine de mètres de dénivelé plus haut, à la sortie du goulet très pentu. J'ai songé à utiliser le rocher pour que la progression soit bonne. J'ai cependant constaté en un éclair que l'ascension allait être laborieuse. Le terrain était encore plus instable que précédemment et, pour compliquer davantage les choses, la roche était friable. J'ai avancé lentement, étant donné que j'ai vérifié la solidité de chaque prise avant de mettre mon poids dessus. Mon côté rationnel voulait rebrousser chemin. En même temps, j'avais envie de rejoindre le collet, car, selon Camptocamp.org, j'aurai pu "descendre le versant E ou l'arête NE (cotation T4)". J'ai donc persévéré et j'ai gagné le col moyennant quelques pas d'escalade (I-II) et des cascades. J'ai notamment fait débouler un bloc qui avait les dimensions de deux ballons de foot. Par chance, j'ai réussi à l'esquiver.
L'ascension du couloir nécessite des pas d'escalade faciles. Le terrain est difficile et présente des risques de glissade. Pour ces raisons, j'estime la cotation de ce passage à T5.
Le collet est situé à environ 2650 mètres d'altitude et le sommet W culmine à 2701 m. J'étais tout proche du but, mais l'escalade dans la ravine m'avait donné des sueurs froides et je n'éprouvais plus aucun plaisir à poursuivre. J'ai fouillé le versant E du regard, mais il était extrêmement raide, trop exposé et je n'ai pas réussi à identifier un itinéraire qui n'aurait pas été suicidaire. J'ai ensuite considéré l'arête NE, mais ce n'était plus de la randonnée, mais bien de l'escalade. La complexité de chaque option dépasse amplement la cotation T4 notée sur l'article de Camptocamp.org. En fin de compte, je suis redescendu par le même itinéraire, la queue entre les jambes. Tout compte fait, je conseille l'ascension du sommet W des Pointes de Tsérié qu'aux alpinistes.
N'ayant pas réussi à atteindre le sommet W, j'ai exclu le vagabondage des données du topo (cotation, temps de marche, distance…). J'ai néanmoins tenu à inclure mon expérience, car les références qu'on trouve semblent dater et sous-estiment les difficultés actuelles.
Ascension des Deux Sommets E des Pointes de Tsérié
J'ai récupéré le semblant de sente vers 2530 mètres d'altitude et j'ai poursuivi d'un faux plat en direction NE jusqu'au pied d'une barre rocheuse.
Le seul moyen pour franchir l'obstacle est de gravir un couloir raide. Je m'attendais à trouver des éboulis branlants, mais après tout le sol était assez stable (bien plus que dans la traversée). J'ai utilisé les mains par endroits, mais c'était uniquement pour garder l'équilibre, car techniquement c'est en définitive aisé.
Poursuivre en direction SE Le terrain était composé d'un mélange de terre et de schistes. Les chaussures accrochaient étonnamment bien sur ce sol. Je ne peux pas affirmer que rejoindre la crête ait été agréable, mais en tout cas c'était sans risque particulier.
La crête offre un bon point d'observation sur le sommet W et ses parois rocheuses. L'arête NE semblait tout à fait praticable (avec du matériel d'escalade…). Je n'ai par contre pas réussi à identifier d'itinéraires dans la face E qui avait l'air envisageable…
Je suis monté en direction E le long de l'arête, en me tenant à droite des éminences rocailleuses. Le sommet E inférieur (P. 2732) est défendu par une petite barre rocheuse, mais à plusieurs endroits on peut passer au-dessus avec des pas d'escalade facile (I). La dernière épreuve, évidente, consiste à trouver l'itinéraire entre les protubérances rocheuses.
Je m'attendais à découvrir une cime inhospitalière, mais c'est une longue épaule d'éboulis relativement confortable et qui offre de beaux panoramas.
Suivre l'arête SE jusqu'au col, puis remonter face à la pente en contournant les éventuelles difficultés par la gauche. On gagne aisément le point le plus élevé de la randonnée: le sommet E supérieur (P. 2746) des Pointes de Tsérié. Ce toponyme est vraisemblablement une forme patoise de "chérié" où le son "ch" s'est muté en "ts". Le "chérié" est un pierrier, un endroit pierreux. Il dérive de l'ancien français "chiron" qui signifie "gros tas de pierres" et du latin populaire "carium" qui veut dire "rocher" ou "pierre". Tout corrobore une fois de plus que cette randonnée est réservée aux randonneurs et randonneuses qui adorent marcher sur la caillasse…
Le sommet offre une magnifique vue à 360 degrés: le Grand Muveran, le vallon de Derbonne, Derborence dominée par le massif des Diablerets, le Haut de Cry avec ses hautes parois rocheuses, la vallée du Rhône…
Le Refuge des Pointes du Tsérié
Un minuscule refuge a été installé au S, en contrebas du sommet. Il a une forme très singulière, entre une rockette et un demi-suppositoire géant. L'extérieur est intégralement de métal (probablement du cuivre) et il est rattaché au sol par divers câbles. C'est une véritable cage de Faraday qui ne risque pas de bouger même par forts vents. Malgré tout, cet abri est un des derniers endroits où je voudrais me retrouver en cas d'orage…
La porte était gardée fermée par une lourde barre métallique (la serrure était cassée). L'intérieur, tout en bois, était propre et accueillant. J'ai été surpris de découvrir le refuge bien équipé: trois matelas, deux sacs de couchage, une couverture, un petit réchaud à gaz, des bonbonnes de gaz, des pâtes, du produit vaisselle et, bien sûr, des bouteilles de vin et d'alcool fort.
Je n'ai pas trouvé d'information qui corrobore si l'endroit est en libre accès ou privé. Le livre d'or, qui ne recense que 6 visites depuis la mi-avril, contient toutefois un message de remerciement adressé à la famille Condray pour le refuge. J'ai donc l'impression qu'il est privé mais que les excursionnistes sont acceptés.
J'ai bloqué la porte avec la barre métallique et je me suis posé sur un des quatre tabourets (chacun composé d'un tuyau en ciment et fermé à l'aide d'une pierre) installés autour d'une table en béton. C'était l'endroit parfait pour une pause plus que méritée.
Du Refuge au Col de la Forcle
Depuis le refuge, je suis parti à flanc de coteau dans la face SW jusqu'à retourner au col situé entre le sommet W est le sommet E inférieur. Le versant est vertigineux, car on progresse juste au-dessus des parois rocheuses, mais le terrain est relativement stable.
J'ai gagné le bas du couloir par le même itinéraire. J'ai poursuivi en direction E d'un faux plat descendant. Les bouquetins occupaient encore les pentes d'éboulis sous le sommet W comme le matin, des cailloux dégringolaient à la suite de déplacements des animaux. J'ai viré en direction NE pour éviter de me retrouver dans une mauvaise posture.
J'ai rapidement rejoint le plateau sur lequel j'ai serpenté pour ne pas piétiner fleurs et plantes (on est dans un district franc!). J'ai gagné le chemin pédestre vers le lac de la Forcle. Plusieurs personnes rêvassaient au bord de l'étendue d'eau.
Un sentier balisé contourne le lac par le N, puis mène au pied d'un minuscule glacier à traverser (aucun matériel spécifique n'est nécessaire). Garder un cap WSW et repérer les traces de peinture blanc-rouge-blanc sur les pierres (pas de balisage sur le glacier). Récupérer le chemin qui monte jusqu'au large col de la Forcle. Ce toponyme dérive du latin "furcula" qui signifie "petite fourche". Il indique un col, une dépression, une selle ou une arête. "Col de la Forcle" est par conséquent un pléonasme. Répétition dans le nom ou pas, l'endroit offre un superbe paysage.
Du Col de la Forcle à Chamosentse
La première partie de la descente est assez raide. Le sentier fait de courts lacets et dévale rapidement quelques 150 mètres de dénivelé. S'ensuit une traversée monotone en direction de la Cabane Rambert. Je suppose que ma lassitude était plus due à la fatigue qu'au paysage.
Environ 1 km plus loin, on gagne un croisement de chemins pédestres (P. 2387). Continuer la descente sur le branchement de gauche. La caillasse laisse peu à peu la place à l'herbe. Dans la partie basse du vallon de l'Outanne, j'ai été surpris de ne plus entendre de bruits, et pour cause. Les pâturages de Chamosentse étaient vides. Les vaches avaient migré près de l'étable.
Gagner la bifurcation de l'Outanne (P. 2043), puis retourner au point de départ par le même itinéraire qu'à la montée. J'ai eu droit à de superbes panoramas sur les abruptes parois des Pointes de Tsérié, désormais bien illuminées par le soleil.