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L’ABC des groupes sanguins
Un groupe sanguin, c’est formé de lettres et d’un signe, n’est-ce pas?
C’est bien le cas, mais en réalité ce n'est que le début de la description de notre groupe sanguin (cf. ci-dessous). Les lettres en question peuvent être A, B, AB ou O. C’est le système ABO(H). Ces lettres correspondent à la présence ou non de certains sucres à la surface des globules rouges – les cellules chargées de transporter l’oxygène dans notre corps. Comme ces sucres sont reconnus par notre système immunitaire, on les appelle des antigènes.
Si l’antigène A est le seul présent, l’individu sera de groupe A. Si l’antigène B est le seul présent, il sera de groupe B. Si A et B sont tous deux présents, il sera de groupe AB. Enfin, si ni A ni B ne sont présents, il sera de groupe O. Le système ABO(H) a été découvert en 1900. C’est depuis cette découverte que les transfusions sanguines sont possibles.
Le signe «plus» ou le signe «moins» inscrit après la lettre indique pour sa part la présence ou l’absence d’un antigène dit «Rh D» dans une protéine de la membrane du globule rouge. Si Rh D est présent, on est de groupe rhésus positif, s’il est absent, on est de groupe négatif. Ce paramètre est connu depuis 1940.
Qu’en est-il des donneurs et receveurs universels?
- Les personnes du groupe A peuvent donner du sang à d’autres personnes du groupe A et à des individus de groupe AB. Elles peuvent recevoir du sang de personnes du groupe A et du groupe O.
- Les personnes du groupe B peuvent donner du sang à d’autres personnes du groupe B et à des individus de groupe AB. Elles peuvent recevoir du sang de personnes du groupe B et du groupe O.
- Les personnes du groupe AB ne peuvent donner du sang qu’à d’autres personnes du groupe AB. Elles peuvent par contre recevoir du sang de tous les groupes (A, B, AB, O).
- Les personnes de groupe O, enfin, peuvent donner du sang à tous les groupes (A, B, AB, O). Elles ne peuvent par contre recevoir du sang que de personnes du même groupe qu’elles, à savoir O.
Pour ce qui est de l’antigène Rh D (appelé autrefois facteur rhésus), c’est plus simple: une personne Rh D- peut donner du sang à une personne Rh D+, mais pas l’inverse : quelqu’un de Rh D+ ne peut pas donner à quelqu’un qui est Rh D-.
En combinant les groupes ABO et Rh D, on obtient donc les notions de donneur et de receveur universels. Une personne de groupe O- peut donner du sang à tous et une personne de groupe AB+ peut en recevoir de tous.
Cependant, si l’on doit transfuser du sang à quelqu’un, «on respecte toujours les groupes ABO et Rh D», explique le Pr Tissot. On recevra donc toujours du sang de son propre groupe, hormis en cas d’extrême urgence.
Outre le système ABO(H), existe-t-il d’autres systèmes de groupes sanguins?
En comptant ABO et Rhésus, il existe un total de 34 systèmes de groupes sanguins! «Et l’on s’apprête probablement à en ajouter un trente-cinquième», sourit le Pr Tissot. Citons par exemple les systèmes Kell, Lewis ou Duffy.
La quasi-totalité des êtres humains ont un groupe ABO et un phénotype Rhésus. Ce n’est toutefois pas le cas pour les autres systèmes de groupes sanguins dont certains sont très rares.
«Avec ABO et Rh D, on peut assurer la sécurité transfusionnelle de neuf personnes sur dix», explique le Pr Tissot. Il poursuit: «Dans notre pratique quotidienne de transfusion, nous respectons évidemment les groupes ABO et Rh D. Pour les femmes en âge de procréer – et donc susceptibles d’être transfusées à nouveau lors d’un accouchement –, nous respectons également d’autres antigènes du système rhésus et l’antigène K du système Kell.»
La proportion des groupes sanguins ABO et Rhésus D varie suivant les régions du monde, «sans que l’on ne sache très bien pourquoi, relate le Pr Tissot. En Suisse, O Rh D+ et A Rh D+ sont majoritaires. Mais en Chine par exemple on ne trouve presque pas de personnes Rh D- et bien davantage de personnes B ou AB que sous nos latitudes.
Que se passe-t-il si l’on reçoit du sang qui n'est pas de notre groupe sanguin?
Cela dépend. «Ce qui peut tuer, c’est une erreur selon le système ABO», prévient le Pr Tissot. Si l’on donne à une personne du sang du mauvais groupe ABO, l’immunité du corps commence à détruire les globules rouges, ce qui peut avoir des conséquences dramatiques, notamment pour les reins.
Cette réaction est immédiate et systématique: l’immunité est dite innée. Ce n'est pas le cas pour les autres systèmes de groupes sanguins où l’immunité est acquise. Si l’on transfuse par exemple une personne avec du sang du mauvais groupe MNS, celle-ci produira des anticorps (anti-S, par exemple). Pas de problème jusque-là, mais ces anticorps peuvent subsister et, dans le cas d’une nouvelle transfusion, conduire le système immunitaire à cibler les globules rouges transfusés.
Se pose donc pour les médecins la question de la fréquence à laquelle une personne doit recevoir du sang. Dans le cas de certaines maladies comme la drépanocytose, de nombreuses transfusions sont requises. Afin d’éviter le développement d’une immunité qui pourrait compliquer les transfusions ultérieures, «nous faisons alors une transfusion identique selon les systèmes ABO, rhésus, Kell, Duffy, Kidd et MNS», précise le Pr Tissot.
Qu’est-ce que cela implique d’être d’un groupe sanguin rare?
Certaines combinaisons de groupes sanguins sont portées par une personne sur mille. «Nous prévenons ces personnes quand nous le découvrons, poursuit le Pr Tissot. Ils reçoivent un document qui décrit leur groupe sanguin et nous les engageons à signaler leur situation s’ils ont besoin de produits sanguins.»
Par ailleurs, ces personnes sont également des donneurs de sang précieux. Il existe donc une base de données de ces donneurs rares. Cela permet ainsi des dons ciblés au niveau suisse, voire parfois international.
Comment détermine-t-on le groupe sanguin d’une personne?
«Il y a deux approches différentes et complémentaires, explique le Pr Tissot. “A l’ancienne”, nous disposons de liquides contenant des anticorps susceptibles de réagir avec les antigènes des globules rouges. Il s’agit donc de déposer une goutte de sang dans le liquide et de voir si celui-ci s’agglutine, ce qui est la marque que l’anticorps a réagi avec l’antigène. Mais on peut aujourd’hui aussi déterminer génétiquement les groupes sanguins d’un individu.»
Porter son groupe sanguin sur soi, cela sert à quelque chose?
C'est sans doute le cas si l’on est d’un groupe rare. Quoi qu’il en soit, les médecins contrôlent toujours le groupe sanguin du receveur avant toute transfusion. Deux mesures appelées «déterminations» sont nécessaires pour éviter toute erreur. Or, si la personne porte une indication de son groupe, on considère que cela constitue une première détermination. Cela pourrait donc éviter une seconde mesure dans une situation d’extrême urgence.
Pas de régime spécifique par groupe sanguin
Chacun devrait-il manger selon son groupe sanguin? «Cela n’a pas de valeur scientifique prouvée», balaie Jean-Daniel Tissot. Cette idée est en fait l’invention d’un naturopathe appelé Peter D’Adamo, publiée en 1996 dans un livre qui s’est vendu par millions. Cependant, aucune étude ne peut prouver que sa méthode est efficace. Pour autant, relate le journaliste scientifique Carl Zimmer, les régimes recommandés peuvent avoir des bénéfices pour la santé, mais sans que les groupes sanguins ne soient impliqués. Ainsi, le régime A, principalement végétarien, aura les mêmes effets sur tous les individus, quel que soit leur groupe sanguin.