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Naissance et histoire
Théâtre-Ensemble Chantier Interdit est une compagnie théâtrale formée en 1991 autour d’une première création. Il s’agissait d’un montage de textes; le spectacle se déroulait dans une ancienne usine désaffectée, la Marbrerie Rossier à Vevey. L'Exil et le salut est répété et présenté sans autorisation. L'usine est squattée par l'équipe de création durant 1 mois. Les spectateurs doivent se présenter sur la Place du Marché de Vevey et sont chargés dans des camionnettes aveugles. Après un voyage "rallongé", ils sont libérés dans la cour de la marbrerie. Sur place, une génératrice sert à alimenter les quelques girlandes, lampes et phares de voitures abandonnées. Des feux également permettent d'éclairer les scènes. Dès la fin des représentations, les bâtiments de la marbrerie sont détruits... Un deuxième spectacle fait de montages de texte est proposé sur des scènes, Hamlet ou le drame inintéressant. Mais par la suite et comme son nom l’indique, la compagnie a souvent créé ses spectacles dans des lieux atypiques : chantier, hôtel, usine, magasin, camion ou appartements du public ont ainsi permis de poursuivre une recherche de création et d’interroger ou de mettre en abîme nos lieux de vie quotidiens à travers des textes.
C'est alors une collaboration avec Michel Voïta autour d'Imprécation de Michel Deutsch qui naît dans la grande salle de réception de l'Hôtel des Trois Couronnes. Une occasion de mettre en opposition un texte, une forme et un cadre. Les spectateurs sont accueillis avec une coupe de champagne et sont conviés certains soirs à un repas en tenue de soirée...
Ensuite, le spectacle Heures vives est créé dans une annexe des anciens Ateliers de Construction Mécanique de Vevey. L'usine a fermé. Même si l'on a pu lire dans l'ouvrage Portraits de 250 entreprises vaudoises, de M. Rieben (Ed. 24 Heures, 1980) l'analyse suivante : "On peut dès lors affirmer que le secret des dernières réussites de VeVeY tient à trois atouts de cette entreprise : sa taille modeste, sa souplesse et sa technique (...) Freiner l'expansion en phase de haute conjoncture et investir l'argent disponible dans la rationalisation des moyens et des méthodes de production, ainsi que dans la recherche et le développement : l'esprit d'entreprise de Benjamin Roy (fondateur) est de nouveau à l'honneur dans l'entreprise veveysanne. (...) En examinant les commandes récentes, on a vu comment VeVeY a maintenant acquis une nouvelle jeunesse."
L'atelier des apprentis est nettoyé et Théâtre-Ensemble Chantier Interdit s'installe autour d'un poêle à bois pour répéter les trois petites pièces de Schnitzler. L'espace permet de reconstituer les trois lieux des pièces et les grandes fenêtres donnent alors sur un jardin entièrement reconstitué. Elles permettent également de jouer avec la nuit tombante qui éclaire l'espace laissant peu à peu la place à des lampes à pétrole. Le recours à une génératrice permet de compléter l'éclairage et d'illuminer un grand lustre d'époque. Et c'est le premier numéro de téléphone de la compagnie qui est connecté au reste du monde...
Théâtre-Ensemble Chantier Interdit reprend alors un autre espace des anciens Ateliers pour en faire une salle de spectacle (voir rubrique Une salle aussi...). Cet espace d'environ 200 mètres carré sous les toits est équipé d'un gradin "spartiate" et de matériel son et lumière récupéré. La compagnie y présente d'abord La tanière de Strauss. Le spectacle n'est pas pensé pour être tourné. Des structures en acier sont assemblées pour délimiter verticalement les espaces de jeu et un sol de terre composé de trois teintes permet de les cadrer horizontalement. Ensuite, c'est Le monte-plats de Pinter qui est proposé. Encore une fois le décor est pensé en fonction du lieu et c'est une pièce de sous-sol qui est recréée. Trois murs et un toit qui enferment les deux comédiens de ce huis-clos.
Dès l'automne 1995, le prix de la location de la salle augmente et la compagnie reprend l'itinérance. C'est alors le magasin PicPus à Vevey qui va servir de décor à La millième de Tauxe, sis à la Place de l'Hôtel-de-Ville 2. A l'emplacement de l'actuel bâtiment se trouvaient l'ancien Café du Raisin et le Bazar Mack, ensemble démoli en 1933.
"A la place du bazar Mack s'éleva Le Rialto, important bâtiment locatif avec restaurant baptisé La Coupole. Ce fut, pendant quelques années, le lieu de rendez-vous de la jeunesse veveysanne, qui trouvait là un établissement public à la fois café-restaurant, bar, dancing avec attractions. On y entendit notamment Marie Dubas chanter Mon Légionnaire, on y applaudit des jongleurs, des danseuses comme la reine noire Babin qui s'y trémoussa accompagnée par un duo pianistique réunissant Albert Urfer et Fédia Muller. La Coupole, ouverte le 1er avril 1935, ferma ses portes dix ans plus tard; les vastes locaux de ce restaurant furent voués à d'autres activités : garde-meubles, dépôt, local de cours de danse; l'ancien bar devint, ô ironie du sort, le lieu de rassemblement d'un groupement religieux. (...) Avec la fermeture de La Coupole se tournait une brève, mais joyeuse page de la vie nocturne veveysanne." (Images du Vevey d'autrefois de Fédia Muller, Ed.-Imp. Säuberlin + Pfeiffer S.A., Vevey, 1975)
Au moment de cette création, dans l'espace de l'ancien restaurant de La Coupole s'est établi une sorte de nouveau bazar, rappelant peut-être le début du siècle. Nous y trouvons des vêtements de seconde main et créations de Textura ainsi que la Librairie C'est écrit.
Entre 96 et 99, Théâtre-Ensemble Chantier Interdit revient dans des théâtres. Il s'agit tout d'abord de la pièce Les hypocondres de Strauss à l'Espace Oriental. Cependant la scène est organisée sur trois niveaux pour cette pièce entre burlesque, fantastique et suspense. Ensuite Mon suicide d'après Henri Roorda. C'est tout un travail autour de ce texte qui est proposé au Théâtre de Poche de la Grenette. Entre 1997 et 1999, la matière textuelle, la dramaturgie et la scénographie sont revues, retravaillées et précisées. D'une première lecture-spectacle ludique sur les bancs d'école à une dernière proposition beaucoup plus intime entre des livres et un réfrigérateur, nous avons également passé par une représentation christique d'un homme qui décide de se libérer...
L'année 1998 est marquée par la belle aventure de l'Histoire du soldat de Ramuz et Stravinsky. Didier Zumbrunnen et son Atelier Contemporain ont envie de présenter cette partition au public et propose à la compagnie de conduire la partie théâtrale et dansée. Dans un premier temps, nous hésitons... c'est une oeuvre régulièrement jouée et tout a été vu... sauf le projet d'origine des initiateurs ! Dès lors, c'est parti. Chantier Interdit gère l'ensemble du projet et propose de créer le spectacle en plein air. La scène est un camion avec une arène pour l'orchestre... C'est un cirque qui va voyager de villages en villages... une quarantaine de dates en Suisse romande.
A cette occasion, la rencontre avec le public après les représentations a incité la compagnie à poursuivre dans cette proximité en proposant des représentations à domicile. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée de Musset est une pièce parfaitement adaptée. En 1999 elle est proposée - après 3 représentations en création dans une pièce à l'étage de l'Espace Oriental - comme théâtre en appartement. Sur une période d'un mois, ce sont 26 représentations qui sont jouées à domicile. De belles rencontres qui ont permis de nombreux échanges sur la création théâtrale. Une reprise est organisée durant un mois au début de l'été 2000.
C'est une année riche puisque la compagnie présente également une lecture-spectacle de textes du Sous-Commandant Marcos tiré de Ya Basta ! dans la cour de la Valsainte à l'occasion des Nuits révolutions. Et en fin d'année, pour les 10 ans de la compagnie, est organisée une exposition des photographies de Nicolas Durussel et Fabienne Samson - principaux photographes des spectacles - et des représentations de deux petites pièces de Tchékhov, Les méfaits du tabac et Tragédien malgré lui.
Théâtre-Ensemble Chantier Interdit réduit son activité car l'équipe obtient la gestion de l'Espace Oriental. Il s'agit alors de mettre en place un théâtre avec sa gestion, sa promotion, sa programmation...
En 2002, c'est un projet de Sylvain Reymond et Jocelyne Page que la compagnie produit dans le cadre de la programmation de l'Oriental. Il s'agit d'une écriture originale Ne me quitte pas !
C'est à partir de 2004 que la compagnie reprend son activité et propose deux pièces de Schwajda L'hymne et Le miracle sur la scène du Théâtre de l'Oriental. Entre ces 2 spectacles, Théâtre-Ensemble Chantier Interdit présente également un objet particulier sous forme de débat conférence autour de la pauvreté avec le texte de Swift Modeste proposition.
Outre un magnifique travail mis en scène par Michel Voïta en 2008 sur un texte de Kafka, Lettre au père, la compagnie développe de plus en plus de collaborations avec d'autres compagnies. Ainsi en 2006 ce sont Les péripéties d'Ivan Andréevitch de Dostoïevski avec la Compagnie Athanor, en 2008 Les voix humaines avec La Cie Voix En Jeu, en 2012 Saint Paul avec la Cie Atelier C. et en 2015 L'histoire du tigre avec la Cie Le Sapajou.
Quant à ses propres productions, Théâtre-Ensemble Chantier Interdit propose en 2011, dans un Oriental vidé et désaffecté, Une nuit arabe de Roland Schimmelpfennig puis en 2013 à l'Eglise Sainte-Claire de Vevey Sable et cendre d'après des textes de Bernard Dimey et sur une musique originale de Dragos Tara.
En 2013 également, la compagnie travaille sur une création pour du théâtre à midi. L'Association Midi Théâtre ! propose 6 créations de compagnies qui se déroulent durant la pause de midi dans les foyers des théâtres (Le Reflet - Théâtre de Vevey, Théâtre Benno Besson à Yverdon, Nuithonie à Villars-sur-Glâne, Théâtre du Grütli à Genève, Théâtre de Valère à Sion, Théâtre Palace à Bienne, Forum St-Georges à Delémont). Une forme courte entre 30 et 40 minutes, une collation ou un repas... Théâtre-Ensemble Chantier Interdit essuie les plâtres de ce projet et présente en novembre 2013 une écriture originale de la compagnie, Petits airs au bord du ruisseau. Le spectacle sera également repris en 2014 à l'occasion du Festival de la Cité à Lausanne et dans le cadre du Festival de la Valsainte à Vevey.
En 2018, Théâtre-Ensemble Chantier Interdit, grâce à la Compagnie Les Exilés et au Festival de La Tour, a l'opportunité de travailler dans la Tour Vagabonde. C'est alors une création qui va regrouper dans un même projet les élèves de l'Atelier des Trois-Quarts et des comédiens professionnels. Roméo et Juliette de William Shakespeare est la pièce idéale pour cette production. En effet, tant l'écrin de la Tour Vagabonde qui est en parfaite adéquation avec le type d'écriture que la distribution qui rejoint les âges réels des protagonistes peuvent servir le propos. L'aventure est folle mais la rencontre entre tous ces comédiens ainsi que celle avec le public est au-delà des espérances et c'est dans une Tour Vagabonde pleine et enthousiaste que se déroulent les représentations.
2019 est l'occasion de revisiter - 24 ans plus tard - le monte-plats de Pinter. En effet, Borix Degex et Paul Berrocal, accompagnés par Sébastien Duperrex, désirent se confronter à ce texte. C'est l'occasion pour la compagnie de produire ce beau travail.
Après un long travail d'adaptation et de traduction, la compagnie se consacre à une création musicale et vocale sur les textes de la bible, le cantique des cantiques et le livre des lamentations. Le résultat est proposé à l'Oriental sur la fin de la pandémie de COVID-19. Le spectacle - Le poème des poèmes / le livre des lamentations - est proposé en tournée sous sa forme musicale.