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Arriver à construire quelque chose de précis à partir de quelque chose d’aléatoire et d’imprévisible me semblait terriblement tentant ; or quoi de plus changeant que la course d’une sphère ? C'est ainsi qu'en novembre 1993 je me suis acheté un sachet de billes de roulements.
Il fallait donc d’imaginer une horloge dont l’affichage (heures, minutes et secondes) seraient effectués par des billes. Pour cela, il suffisait d'en faire tomber une par seconde dans une éprouvette ne pouvant pas en contenir plus de cinquante neuf... la soixantième roulerait donc dessus pour tomber dans celle des minutes, actionnant par la même occasion une vanne qui libérerait d’un coup toutes les secondes. Le même principe s’appliquant aux heures, nous avions là un cadran complètement original et précis en même temps. Il ne restait plus qu’à fabriquer un prototype.
Il fut construit en janvier 1994 et nécessita un mois et demi de travail. (Dans une cave, avec une perceuse à main et un petit poste à souder pour tout outillage !) Le problème principal était alors la base de temps : quel serait le moteur qui pouvait me libérer une bille par seconde ? La réponse résidait dans un quartz, qui pilotait un petit moteur électrique en inversant ses polarités une fois par seconde. Pour assurer une inertie, il suffisait de mettre un balancier de bonne longueur au bout d’une tige filetée et le tour était joué. L’horloge démarra le jour où la longueur du balancier fut synchronisée avec le quartz. Il restait néanmoins quelques options à achever pour qu’elle soit une vraie horloge : la remise à l’heure des heures et des minutes, les jours de la semaine, le mois et le jour du mois ainsi que le cycle des lunaisons, parce qu’il restait une horrible place vide à un endroit. Ce brouillon demeura quatre ans à me tarauder la conscience car il appelait une œuvre plus aboutie. Celle qui allait un jour s'appeler l'Anachrone
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