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A Rome, la crise des ordures est chronique: les rues de la capitale sont envahies par des montagnes de déchets nauséabonds.
La faute à un bras de fer politique qui bloque un projet de construction d'incinérateur dans la région du Lazio et ses près de 6 millions d'habitants. Résultat: plus de 80% de ses 860'000 tonnes d'ordures annuelles doivent être exportées.
Comme l'ont confirmé les autorités romaines, un accord conclu entre la municipalité et l'entreprise d'incinération hollandaise Amsterdam Waste Energy Company (AEB) permet, depuis le 1er avril, d'expédier 900 tonnes hebdomadaires ou près de 47'000 tonnes de déchets par année aux Pays-Bas, en passant par les Alpes. Ce parcours à travers l'Europe de quelque 1600 kilomètres offre un contrat rentable pour la société hollandaise, qui encaissera 180'000 euros par semaine, mais pas pour la Suisse.
Subventionner des transports "absurdes"
Le transport d'ordures est une pratique répandue, même à l'intérieur des frontières helvétiques. Mais les infrastructures ferroviaires de la Nouvelle ligne ferroviaire à travers les Alpes (NLFA) ont coûté des milliards de francs. Au-delà de l'investissement de base, le fret reste largement financé par le contribuable, globalement 70 millions de francs par année jusqu'en 2030. Les ordures ménagères italiennes profitent donc indirectement de ces subventions.
La ville de Rome exportait déjà des déchets vers l'Allemagne, et même jusqu'au Portugal. Les volumes désormais acheminés vers la Hollande viennent s'ajouter à ces quantités non précisées par les autorités suisses. L'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF) , interrogé par la RTS, ne dispose pas de statistiques en la matière. Mais la tendance est à la hausse. D'autres communes italiennes pourraient emboîter le pas à la capitale.
Le transport international d'ordures par le rail et sur des trajets aussi importants est une stratégie que réprouve même l'Initiative des Alpes pourtant favorable au transfert de la route au rail. "Ces tonnes de déchets en transit par le Gothard, c'est choquant. Il ne faut pas oublier que le train aussi produit du CO2 et des nuisances pour les populations riveraines, dont le bruit notamment", relève Django Betschart, porte-parole de l'ONG.
Passagers écartés
Autre effet négatif: l'extension du trafic modal, soit les sillons réservés aux marchandises, bloque le développement du rail pour les passagers. "Au Tessin, le problème se pose déjà concrètement au tunnel de base du Ceneri, où une augmentation de la cadence serait nécessaire, mais impossible car réservée aux marchandises", explique Bruno Storni, conseiller national tessinois, ingénieur et spécialiste des transports. "La Suisse s'est dotée d'une infrastructure ferroviaire de pointe. Ce n'est pas pour autant que l'on doit laisser passer des marchandises à l'infini", ajoute-t-il.
Avec la capacité réservée aux trains de marchandises sur l'axe du Gothard fixée à 260 sillons par jour, le Tessinois, auteur d'un rapport sur les marchandises qui traversent les Alpes, estime que les calculs de la Confédération dépassent largement les besoins actuels et ceux des prochaines années. Il en veut pour preuve les volumes qui stagnent depuis 2018 au moins, et qui devraient même reculer à l'avenir.
Nicole della Pietra/lan