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Critique
Chacun connaît La Tosca et l'on ne va pas revenir sur l'histoire tragique du peintre Mario Cavaradossi, de sa maîtresse Floria Tosca et de Scarpia, le chef de la police pontificale. Ce qui est plus intéressant, c'est de voir quels sont les choix esthétiques opérés par le réalisateur dans cette adaptation cinématographique de l'opéra de Puccini.
Benoît Jacquot n'a pas cherché à faire oublier au spectateur qu'une telle oeuvre se joue sur une scène: les décors, dépouillés, sont bien présents; les costumes, à dominantes jaune, rouge et noire, sont somptueux, et le ton reste celui d'un opéra filmé. L'interprétation (Angela Gheorghiu et Ruggero Raimondi, magnifiques) est parfaite et le play back a permis au cinéaste de donner une place prioritaire au jeu des acteurs plutôt qu'à l'expression - stéréotypée parfois - des chanteurs.
Histoire d'alléger ce que l'œuvre peut avoir de pesant ou de redondant, Benoît Jacquot a eu l'idée de glisser des inserts-vidéo (descriptifs) lorsque les interventions des choristes pourraient paraître trop longues. L'idée est intéressante, même si l'opération n'est pas toujours aboutie. Ce qui l'est davantage, c'est sa volonté de montrer à la fois la scène et les coulisses: orchestre et solistes en séances d'enregistrement s'insinuent discrètement - en noir et blanc - dans le cours de l'intrigue, quelques textes sont dits et non pas chantés, la partition musicale des apartés se fait en voix off, ce qui permet au réalisateur de mettre en évidence l'effort fourni par les chanteurs et les interprètes principaux. Ces moments-là, qui sont la face cachée de l'œuvre, sont parmi les plus réussis et ils instaurent, durant quelques instants trop courts, des moments précieux tout remplis d'émotion. L'opéra passe alors d'un monde à l'autre, rejoignant la vie. La musique, les voix et la mise en évidence des efforts de tous les interprètes font que le charme opère.
TOSCA est une réalisation réussie, sobre et intelligente, qui devrait répondre aux attentes des spécialistes et, une fois admises les règles et les contingences du genre, contribuer à faire aimer l'opéra.
Antoine Rochat