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Le résultat du référendum catalan du 1er octobre n’est pas le fruit du hasard ou d’une poussée de fièvre indépendantiste de circonstance. Il s’inscrit dans une histoire. L’histoire de la Catalogne signale cette volonté souverainiste et autonomiste depuis le Moyen-Âge.
Au XIIe siècle déjà:
« En 1137, le comte de Barcelone épouse l’héritière du royaume d’Aragon. À ce moment naît la Couronne d’Aragon qui développe un mode d’administration original, très décentralisé pour répondre aux fortes différences tant politiques qu’économiques et linguistiques des deux parties de la Couronne, le Royaume d’Aragon et la Principauté de Catalogne. » (Wikipedia)
Des indépendantistes ont gouverné de 1932 à 1939. À la fin de la dictature franquiste les Catalans ont voté pour la nouvelle Constitution de l’Espagne. Elle accordait à leur région un statut de communauté autonome.
En 2006 la région a tenté d’obtenir l’élargissement cette autonomie. Le Tribunal constitutionnel rejeta trois revendications majeures: les termes de Nation catalane, l’usage du catalan comme langue administrative et une plus grande autonomie fiscale.
Ce rejet renforça le courant indépendantiste. L’idée d’un référendum fit son chemin à partir de ce qui était considéré comme une rupture politique initiée par Madrid. Pour les indépendantistes, le pacte Constitutionnel était rompu. Ils ne se sentaient plus liés au pouvoir central.
Dès lors les indépendantistes ont fait campagne. Ils ont accédé au pouvoir en 2015. La volonté d’indépendance est donc inscrite dans une longue histoire. Cette indépendance pourrait être proclamée dès lundi 9 octobre, même si la justice espagnole a suspendu la séance du parlement catalan prévue à cette date.
Rien n’empêche le président séparatiste, Carles Puigdemont, de proclamer unilatéralement l’indépendance de sa région, fort des 92 % de oui déposés dans les urnes par un peu moins de la moitié du corps électoral catalan.
Depuis la création de l’Union Européenne aucune région n’était allé aussi loin dans l’affirmation d’une volonté séparatiste. Le référendum est un premier passage à l’acte. Et l’affrontement a débuté avec des arrestations de séparatistes et la saisie de matériel de vote.
On peut se demander s’il est aujourd’hui possible et opportun de créer un nouvel État à l’intérieur de frontières nationales fixées et reconnues par le monde. Et si c’est utile. Les catalans le pensent. Ils veulent défendre leurs intérêts et leur identité. Ils sont un peuple, ils veulent être une nation dotée d’un État indépendant.
Certains voient derrière ces arguments une lutte économique entre l’Espagne agricole et la très dynamique Catalogne industrielle, considérée comme un moteur économique du pays. En caricature on désigne l’égoïsme territorial d’une Catalogne plutôt riche ne voulant plus payer pour les autres.
Les États modernes pratiquent une redistribution des ressources entre toutes leurs régions (péréquation). Une région plus riche paie pour les régions moins riches. Cette redistribution est garante d’une meilleure égalité entre les habitants, ce qui contribue à l’unité de la nation et permet de réduire en partie l’effet négatif d’une paupérisation de certaines régions.
Ce principe figure dans la Constitution de 1978. La Catalogne l’a accepté, même si elle n’avait à l’époque pas le choix de se séparer ou de former son propre État. Elle y avait probablement aussi ses avantages. Or cette même Constitution prévoit que tout changement doit faire l’objet d’une procédure nationale définie par les chambres. Aujourd’hui la Catalogne décide seule sans plus respecter ses propres engagements de 1978.
Sans procédure nationale, le référendum (et toute action visant à instaurer l’indépendance catalane) est forcément illégal. Or une telle procédure nationale, si elle avait lieu, pourrait bien être vouée à l’échec, les autres régions d’Espagne n’ayant aucun intérêt à voir la Catalogne se séparer de la nation. On est donc dans une logique d’affrontement.
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes peut-il être pris en considération dans ce cas? Ce droit a été un des arguments de la décolonisation. Or la Catalogne n’est pas colonisée. De plus le référendum du 1er octobre ne présente pas les garanties nécessaires pour être validé.
Le pouvoir central fera respecter la Constitution. C’est son job. Les Catalans peuvent évidemment jouer un rôle de victimes, comme ce fut le cas après les interventions policières musclées. Tout affrontement servira dans un premier temps la cause indépendantiste, tant il suffit aujourd’hui de se présenter en victime pour désamorcer toute analyse raisonnable d’une situation et provoquer une solidarité émotionnelle pavlovienne.
Or l’affrontement a commencé. Il semble voué à s’aggraver. Il est dans l’air souverainiste du temps. Rien pourtant ne garantit qu’un nouvel État catalan soit par exemple inclus automatiquement dans l’UE. Il devra faire une demande. Un dossier sera ouvert et la procédure durera des années.
Dans cette perspective et si elle est intégrée dans l’UE la Catalogne devra contribuer directement au budget de l’Union. De plus la période d’incertitude qui s’ouvre, et qui pourrait durer, n’est pas sans risques pour la région. Sans certitudes sur ce que serait un nouvel État, sur les échanges économiques avec l’Espagne et l’UE, des industriels envisagent de délocaliser leur entreprise.
Qu’adviendrait-il des populations résidentes, Catalans en Espagne et Espagnols en Catalogne en cas de séparation? Quelles effet sur les Basques, les Flamands et d’autres populations désirant accéder au statut de peuple et de nation à part entière?
Le morcellement est le risque d’un souverainisme trop poussé. Mais dans des ensembles politiques de plus en plus grands comme l’UE, où le pouvoir est concentré entre très peu de mains, ce morcellement offre aussi une opportunité: celle de préserver des valeurs de proximité, porteuses d’une identité et brandies comme une défense contre la dissolution mondialiste, laquelle enlève des pouvoirs aux régions ou États, donc aux individus qui les composent.
Le processus engagé semble avoir relativement peu de chances d’aboutir, sauf si les Catalans optent pour une sécession par la violence. Ce qui paraît en l’état inimaginable.