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On s'attendait à une campagne électorale (pour les élections fédérales) dominée, comme d'hab', par les fantasmes xénophobes et les délires sécuritaires de l'UDC, et puis voilà que la terre a le mauvais goût de trembler au Japon, qu'un tsunami y déferle et que des réacteurs nucléaires décident de vivre leur vie. Et du coup, on contemple avec une certaine incrédulité l'exercice de transformisme auquel est en train de se livrer, irradiée, la droite pronucléaire, convertie en catastrophe (le mot s'impose) au principe de précaution. Et on attend avec impatience la demande de l'UDC de convoquer une session spéciale de l'Assemblée générale en prévision d'une vague de réfugiés japonais déferlant sur la Suisse comme un tsunami migratoire.
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Le 13 février prochain, les Bernoises et les Bernois se prononceront sur la construction d'une nouvelle centrale nucléaire à Mühleberg, que le Conseil d'Etat les appellent à refuser. Par ailleurs, ATEL (Aar-Tessin Electricité) a déposé une demande d'autorisation pour la construction d'une nouvelle centrale nucléaire à Soleure, près de l'actuelle centrale de Gösgen, et une troisième demande a été déposée pour une nouvelle centrale à Beznau. Dans les trois cas, il s'agit de remplacer des centrales à bout de course. Et dans les trois cas, les arguments d'un refus sont les mêmes : à l'avenir, la production d'énergie devra se baser sur des sources renouvelables, la technologie nucléaire reste porteuse de risques considérables, elle produit des déchets à la dangerosité millénaire, son bilan économique est mauvais. Les Verts et le PS ont déjà annoncé qu'ils combattraient par référendum ces demandes, qui seront vraisemblablement soutenues par la majorité de droite des Chambres fédérales. Le vote pourrait avoir lieu en 2013, et si les citoyen-ne-s s'inclinent devant le lobby nucléaire, la première des nouvelles centrales pourrait cracher ses gigawatts dès 2025.
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Les experts (ne peuvent pas se tromper, puisque ce sont des experts) de l'Inspection fédérale suisse de la sécurité nucléaire ont donné un avis favorable à la construction de trois centrales nucléaires, pour remplacer, sur les mêmes sites, les actuelles centrales en bout de course de Mühleberg, Gösgen et Beznau -qui continueront d'être exploitées pendant un certain temps, parallèlement aux nouvelles centrales, qui n'entreront pas en service avant 2027. Cet avis favorable (sous l'angle de la sécurité et de la gestion des déchets) a été donné avec une certaine précipitation, mais pour le lobby nucléaire, qui a réussi à installer l'une des siennes (l'actuelle présidente de la Confédération) à la tête du ministère de tutelle, il faut faire vite. Prendre de vitesse les défenseurs d'une politique énergétique alternative, et pousser le plus fort possible à la consommation d'électricité, pour pouvoir ensuite agiter le spectre de la pénurie et en faire un argument en faveur de nouvelles centrales nucléaires.
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Projets de nouvelles centrales nucléaires :
Ni une, ni deux. Ni trois. Aucune.
Les Forces motrices bernoises et Axpo, le 4 décembre, Atel en juin dernier, ont déposé des projets de nouvelles centrales nucléaires, pour remplacer en 2020 celles de Mühleberg, de Beznau et de Gösgen. Argument des promoteurs de cocotte-minutes (à sept milliards la cocotte-minute) : les anciennes centrales vont fermer, il faut compenser la production ainsi perdue, la fin des importations de courant nucléaire français, en 2018, et la hausse attendue (c'est-à-dire espérée) de la consommation. Arguments fallacieux, rétorquent les Verts, les socialistes et la gauche de la gauche, plus Ecologie libérale, le Parti chrétien-social, l'alliance " Non au nucléaire ", la Fondation suisse de l'énergie et Greenpeace : en conjuguant développement des énergies propres (éolienne, solaire, biomasse) et économies d'énergie, on peut se passer de nouvelles centrales. Et le Conseiller fédéral Leuenberger de tenter un compromis : trois nouvelles centrales, c'est trop, une seule suffit. Compromis inutile : trois c'est trop, deux c'est encore trop, et même une seule.
Fuite en avant, droit dans le mur
Les promoteurs de centrales nucléaires sont sortis du bois, on entre en campagne… D'ici une génération, il manquera un tiers de la future consommation d'électricité, argumente le patron du plus gros producteur d'électricité du pays, Axpo. Parce que non seulement il sait, le patron d'Axpo, ce que sera la consommation d'électricité dans vingt-cinq ans, mais surtout, il n'est pas question pour lui d'admettre que l'on puisse la réduire, cette consommation. Il en vend, de l'électricité, il ne va pas se battre pour en vendre moins, son boulot, c'est d'en vendre le plus possible, le plus cher possible. La " société à 2000 watts ", c'est pas son objectif, au patron d'Axpo. Pas plus que ça n'est l'objectif du patron des Forces motrices bernoises ou d'Atel. Ou d'EOS, pour rester dans notre coin de pays. Seulement voilà, la société à 2000 watts, c'est l'objectif affirmé des plus importantes collectivités publiques de Suisse -les cinq villes principales, et les principaux cantons, et même la Confédération. Et atteindre cet objectif suppose que l'on réduise par trois la consommation actuelle, et par quatre la consommation espérée par les fournisseurs d'électricité -lesquels tablent sur une hausse de la consommation de 0,5 à 2 % par an. Autant dire que leurs trois centrales, ceux-ci devraient se les garder à l'état de projets, ou de jolies maquettes : construire trois nouvelles centrales nucléaires pour assurer un niveau de consommation quatre fois supérieur à celui qu'on voudrait atteindre, ce serait à peu près aussi intelligent que de subventionner l'achat par des particuliers de bagnoles capables de rouler à 300 à l'heure dans des zones piétonnes.