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Pour le quatrième avocat de la défense au procès Skyguide, le drame n'aurait pas pu être évité même avec deux contrôleurs aériens le soir de la collision.
A l'image de ses confrères qui se sont exprimés jeudi, l'avocat rejette la responsabilité principale de la catastrophe sur le contrôleur aérien en poste ce soir-là et assassiné par la suite.
Représentant les intérêts du directeur opérationnel du centre de contrôle de Zurich, un des huit accusés, l'avocat a succédé vendredi après-midi au défenseur du responsable technique en fonction le soir du drame. Celui-ci, en matinée, a aussi réclamé l'acquittement.
Selon son avocat, le responsable technique était subordonné au contrôleur aérien. Sa position ne l'autorisait pas à intervenir et il ne pouvait que se plier aux besoins de l'exploitation du centre.
Quant au directeur opérationnel, il ne pouvait prévoir les erreurs du contrôleur aérien, a plaidé son avocat.
Il est ainsi tout à fait incompréhensible que l'aiguilleur ait choisi de travailler sur deux écrans et sur deux fréquences radio en même temps, alors qu'il était possible de les combiner sur un seul poste de travail.
Risque conscient
L'avocat a affirmé que le contrôleur fautif avait admis avoir un peu oublié deux des trois avions dont il avait la responsabilité. Il aurait donc, a ajouté le défenseur, consciemment pris un risque.
En outre, la coordination de trois avions seulement ne devrait pas poser de problème à un aiguilleur expérimenté, a poursuivi l'avocat. Vu ainsi, la présence d'un deuxième employé devant les écrans n'aurait pas pu l'empêcher de faire des erreurs.
On sait, a ajouté l'orateur, que les équipes ne réagissent pas forcément mieux que des individus aux imprévus survenant dans des systèmes annexes, comme ce fut le cas avec la liaison téléphonique coupée. De plus, deux employés courent aussi le danger, en cas de travail moindre, de se distraire.
Expertise problématique
Les avocats ont en outre vivement critiqué l'expertise présentée lundi devant la cour. Celle-ci, a rappelé l'un, n'a pas été réalisée pour une procédure pénale, mais pour le Bureau allemand d'enquêtes sur les accidents d'avion. Ce travail n'est pas utilisable par un tribunal.
L'expert n'a formulé que des considérations théoriques basées sur la psychologie du travail et qui n'ont que peu de lien avec la réalité du contrôle aérien, a fustigé son collègue.
Pas de confrontations
L'avocat du responsable technique a de son côté reproché au procureur de ne pas avoir organisé de confrontation entre les prévenus qui se sont mutuellement accusés.
Son client, pas plus que les autres accusés, n'a pu prendre position, lors de l'enquête, sur les accusations formulées par l'aiguilleur. Celles-ci sont donc inutilisables, a conclu le défenseur.
swissinfo et les agences
Skyguide
Plus d'un million de vols sont recensés chaque année dans l'espace aérien suisse. Pour le compte de la Confédération (qui en est propriétaire), Skyguide se charge de garantir la sécurité du trafic et la gestion économique de la navigation aérienne civile et militaire, qu'il s'agisse de décollages, d'atterrissages ou de survols du territoire.
Ayant son siège à Genève, Skyguide SA emploie quelque 1400 collaborateurs, dont 140 apprentis, répartis sur 14 sites, notamment les aéroports de Zurich, de Genève, de Berne, de Lugano et de Sion.
Procès d'Überlingen
Trois cadres de Skyguide, trois employés et deux responsables des travaux de maintenance sont accusés d'homicide par négligence et d'entrave à la circulation publique par négligence dans le cadre de la catastrophe aérienne qui a coûté la vie à 71 personnes – dont 45 enfants - en juillet 2002.
Le Ministère public a requis des peines allant de 6 à 15 mois de détention. Les accusés rejettent les accusations.
Le 1er juillet 2002, un Tupolev de Bashkirian Airline (BAL) et un avion-cargo de DHL s'étaient percutés au-dessus d'Überlingen, sur le Lac de Constance, une zone aérienne contrôlée par la société helvétique Skyguide.
Le 24 février 2004, l'aiguilleur du ciel de Skyguide qui travaillait le soir fatidique est poignardé à mort à son domicile de Kloten par un Russe – l'architecte Vitaly Kaloyev - qui avait perdu sa famille dans l'accident. Ce dernier a été condamné à 8 ans de prison.