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LE MOT DE L'ÉDITEUR
Ta photo dans le journal
«A travers chacun de ses mots, chacune de ses attitudes de chaque instant où nous étions seuls tous les trois, je sentais le danger se resserrer sur Pierrot. Et lui, le percevait-il ? [...] J'imaginais sans doute que je pouvais faire quelque chose à cette époque. Je venais d'arriver, je n'avais aucune expérience de la folie et pas du tout des «simples» [...]. Simple ne signifiait pas «gentil», contrairement à ce qu'on pourrait croire. À ce que j'avais cru en tout cas. [...] Ça n'allait pas bien loin comme analyse. C'était carrément insuffisant. Que faire de plus ? Comment l'arrêter [...] ? Et vite. Il fallait le faire vite surtout.»
Passer deux mois chez un vieux couple qu'elle ne connaît pas et leur fille de trente ans, simple d'esprit, n'est pas vraiment ce dont rêvait Laure pour ses vacances d'été. Mais dans cette période d'après-guerre, et compte tenu de leurs difficultés financières, ses parents ne peuvent pas lui proposer mieux.
Laure fait ainsi la connaissance des Pinsart, de leur fille Francia et de Pierrot, un «gosse de l'Assistance» qu'ils accueillent pour l'été.
Le courant passe immédiatement entre Laure et Pierrot. Pourtant, il règne dans cette famille une bien étrange ambiance. Francia, sans cesse brimée par sa mère qui a honte d'elle, rejette sur Pierrot toute sa hargne. Face à ces humiliations, Laure prend fait et cause pour Pierrot et décide de l'aider à apprendre à lire et à écrire, afin qu'il puisse réaliser son rêve.
Mais dans son coin, Francia les épie, rongée de jalousie...
Écrivain et scénariste, Marie Brantôme est l'auteur de nombreux ouvrages. Avec tout ce qu'on a fait pour toi a reçu le Grand Prix S.G.D.L. du livre jeunesse et le Prix Sorcières Roman en 1996.
Extrait du livre :
J'ai suivi Pierrot dehors tout en me demandant ce que je faisais là, chez ces gens ? Qu'avaient-ils en commun avec mes parents qui m'avaient envoyée chez eux ? De prime abord, je ne voyais rien. Rien de rien. Ils s'étaient connus vingt ans plus tôt et ne s'étaient pas revus depuis une bonne dizaine d'années. Ils s'envoyaient des voeux au premier de l'an et une carte postale au mois d'août, voilà tout ! Est-ce que ce n'était pas un peu léger de la part de mes parents de me confier pour deux mois, les yeux fermés, à des étrangers dont ils ne savaient plus rien, juste pour que je «prenne l'air» ? Bon ! Maintenant que j'y suis, il va falloir faire avec, décidai-je. Prendre les choses du bon côté et d'abord visiter les alentours.
Je me dirigeai donc vers la grille du jardin, tirai la porte et sortis. Pierrot me rejoignit :
- Qu'est-ce que tu fais ? Où tu vas comme ça ?
- Je vais me promener...
- Bon ! Je viens avec toi, si t'es d'accord ?
- Hé ? Où courez-vous tous les deux ? cria de la fenêtre du premier étage Mme Pinsart.
- On va se balader jusqu'à la clairière, répliqua Pierrot, sans se démonter.
- Bon ! Mais soyez revenus dans une heure, sinon, c'est moi qui viendrai vous chercher ! Et pas de bêtises, hein, Pierrot ?
- Oui, m'dame !
Je m'étais retournée, attendant que l'on ait obtenu l'autorisation complète, assortie de toutes les recommandations et autres menaces tandis que Pierrot, lui, s'éloignait à grands pas.
- Dépêche ! me cria-t-il. Je vais te montrer le bois de pins, la pinède on dit. C'est quand même à un bon kilomètre... et puis il y a souvent des chèvres ! T'as pas peur des chèvres ?
- Pourquoi peur ? Elles sont méchantes ?