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Cyclisme «Poulidor aimait plus l’argent que les hommes»
L'ancien commentateur du cyclisme sur la RTS Bertrand Duboux raconte ce qui a fait tomber le mythe.
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Ancienne voix romande du cyclisme (trente Tour de France comme commentateur sur la RTS), Bertrand Duboux (71 ans) confie qu’une «page importante se tourne pour le cyclisme» avec la mort de Raymond Poulidor (83 ans), un «grand personnage de ce sport». Mais l’ancien journaliste suisse se montre également moins tendre lorsqu’il évoque des anecdotes concernant «Poupou».
Leur chemin s’est croisé pour la première fois en 1974. Alors journaliste à l’agence Sport Information, le Vaudois s’était rendu dans l’hôtel Chaumont de l’équipe Mercier du Français, sur les hauteurs de Neuchâtel. «Il était très costaud physiquement. C'était un coureur complet et un bon grimpeur. Je me souviens encore de sa poignée de main. Poulidor était une sorte de menhir physiquement tant il semblait indestructible. Par contre, il n’était pas le coureur le plus intelligent et ne comprenait rien tactiquement.» Bertrand Duboux évoque les éditions que «Poupou» aurait dû gagner. «Au moins deux ou trois Tour de France. Mais il avait tout le peloton contre lui en raison du fait qu’il attirait toute la publicité et la notoriété sur lui alors que ce n’était pas forcément le meilleur coureur. Cela a joué en sa défaveur. Les autres cyclistes essayaient de le piéger dès qu’ils le pouvaient. Le peloton a par exemple accéléré lorsque Poulidor a été renversé par une moto sur le Tour 1968».
Le journaliste suisse, qui a été accompagné pendant 19 ans par Roger Pingeon (ancien cycliste professionnel décédé en 2017) sur les routes françaises, illustre ses propos par des récits que son ancien consultant (et rival de Poulidor) lui a confiés. «Sur le Tour de France 1967 remporté par Pingeon, Poulidor avait dû se mettre à son service suite à une énorme attaque de Pingeon sur l'étape de Jambes en Belgique. En France, tout le monde a écrit que Pingeon avait gagné le Tour grâce à Poulidor. Mais s'il mettait une demi-roue devant Pingeon en montagne lorsque les caméras étaient braquées sur lui pour faire croire qu'il dictait le rythme, Pingeon ne le voyait jamais le reste de la journée.»
«Il sillonnait la France avec sa vieille Mercedes»
Pendant trente ans, Bertrand Duboux a côtoyé Raymond Poulidor sur le Tour de France. «Il n’a jamais plus travaillé après avoir rangé son vélo. Il était invité partout, donnait des conférences, signait ses bouquins dans les centres commerciaux. Et sillonnait la France avec sa vieille Mercedes, qui affichait plus de 500'000 kilomètres au compteur qu'il faisait réparer sans la changer. Il a fait une telle publicité à la marque que celle-ci lui a même offert une voiture neuve. Ça illustre son côté pingre.»
C’est un épisode relaté à Bertrand Duboux par Roger Pingeon qui a définitivement fini par faire tomber le «mythe Poulidor» auprès de l’ancien journaliste de la télévision nationale suisse. «Jean-Pierre Genet a sans doute été le coéquipier le plus loyal de Poulidor. C’était son garde du corps. Il était prêt à mourir sur la route pour son leader. Lorsque Genet est décédé en 2005, Poulidor ne s’est pas rendu à son enterrement, car il a préféré honorer un contrat dans un centre commercial de la banlieue parisienne. Poulidor avait ce côté détestable, il aimait plus l’argent que les hommes. Ça a bien modifié l’image idyllique que je me faisais de lui.»
Propos recueillis par Sylvain Bolt
Créé: 13.11.2019, 19h39