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Dr med. Tatjana Barras-Kubski, FMH méd. générale, NFP-Bulletin 59/13
Une femme du Rwanda de 40 ans m’a consultée pour avoir un deuxième enfant.
Elle avait déjà une petite fille de 3 ans (née à 24 semaines !), mais avait eu ensuite 4 fausses-couches. Toutes les investigations gynécologiques étaient en ordre. Elle avait la semaine avant les règles un syndrome prémenstruel (irritabilité, seins sensibles, migraines) et ses règles étaient par ailleurs fort douloureuses. La peau de ses jambes était très sèche, avec des squames (terrain psoriasique). Son taux sanguin de ferritine était trop bas (à 21 μg/l). Elle avait déjà arrêté de boire du lait depuis quelques mois, car elle avait continuellement une rhinite. Après un plat de pâtes, elle se sentait fatiguée et faisait parfois la sieste. Sur notre conseil, elle a changé son alimentation. Elle a surtout arrêté de manger des aliments acidifiants (café, thé noir, chocolat, alcool), ainsi que du pain et des pâtes. Elle a découvert avec plaisir les différentes sortes de riz naturel, le quinoa, le sarrasin, le yam, le manioc et leurs farines. Son mal-être physique et psychique avant les règles, ainsi que ses douleurs menstruelles ont diminué de manière spectaculaire en 2 mois ! Nous avons dosé l’oestradiol et la progestérone plusieurs fois en phase post-ovulatoire au cours du même cycle et nous avons diagnostiqué un léger déficit en progestérone (approche NAPRO). Sous
des apports de vitamines (surtout du groupe B), de minéraux, d’omégas 3, de progestérone intravaginale (utrogestan), elle est devenue enceinte au onzième cycle d’observation. Dès le cinquième mois de grossesse, elle a élargi un peu le régime, suivant l’intensité de ses contractions et de ses vomissements. Elle a eu moins de vomissements que lors de ses grossesses antérieures, un cerclage de prévention à 12 semaines et a accouché par voie basse à terme d’une fille. Elle a poursuivi son régime pendant l’allaitement en observant les coliques de son bébé. A l’arrêt de l’allaitement, elle a pu réintégrer progressivement plusieurs aliments, mais a renoncé à ceux contenant du gluten, qui décidément provoquaient trop de fatigue.
Une autre patiente de 38 ans, suissesse, avait un garçon de 6 ans et un désir d’enfant depuis 4 ans. Elle avait été opérée pour une endométriose et la peau de ses jambes était comme des « écailles de poisson. » Elle a fait 3 essais avec insémination du conjoint, puis 3 cycles avec stimulations hormonales, sans succès. Le traitement par les hormones lui avait provoqué des nausées, des ballonnements abdominaux, de la fatigue et une prise de poids de 6 kilos (elle raconte « qu’elle avait un foie fragile depuis bébé »). Sous changement alimentaire strict, elle est devenue enceinte au cinquième cycle ! La peau de ses jambes était devenue moins squameuse. Elle a eu malgré le régime des nausées durant le premier trimestre, puis des contractions prématurées en fin de grossesse, surtout lorsqu’elle faisait des écarts alimentaires. Elle a accouché à terme d’un deuxième garçon. Ces deux patientes (et plus de 80 femmes par la suite) me permettent d’émettre l’hypothèse que les femmes avec des « investigations gynécologiques normales», mais qui sont « infertiles » ou ont des fausses-couches à répétition, ont souvent des intolérances alimentaires! (surtout si la peau de leurs jambes est très sèche).
Lien génétique entre le terrain psoriasique, l’endométriose et les ovaires
polykystiques
C’est le Dr Thadée Nawrocki (France), spécialiste entre autres en génétique et embryologie, qui m’a éveillé au lien génétique entre l’endométriose, et dans une moindre mesure les ovaires polykystiques, et le terrain psoriasique. Or, environ 30 % de la population caucasienne a une prédisposition génétique au terrain psoriasique, confirmée par la recherche génétique HLA et les sousgroupes spécifiques, qui indiquent souvent aussi une prédisposition aux malabsorptions intestinales à l’origine d’intolérances alimentaires. Ce terrain psoriasique se diagnostique
simplement par l’examen physique de la peau des jambes qui est très sèche, parfois avec des squames ou des « écailles ». Curieusement, ma statistique révèle que 76 % des patientes qui me consultent pour hypofertilité ont la peau des jambes très sèche et des intolérances alimentaires (et la moitié de leurs conjoints également, ce qui affecte la qualité de leurs spermatozoïdes !).
Le syndrome prémenstruel et la dysménorrhée améliorés par des changements
d’habitudes alimentaires
Qui n’a pas remarqué que le syndrome prémenstruel (irritabilité, seins sensibles, ballonnement, envie de sucré, maux de tête, fatigue, prise de poids les jours précédant les règles) et la dysménorrhée (douleurs de règles) sont améliorés d’une façon spectaculaire par un changement alimentaire (alimentation saine, fraîche, sans fast-food, et parfois avec éviction du gluten et/ou des produits laitiers)?
Pourquoi? Depuis 30 ans, le blé a été modifié à 3 reprises afin qu’il contienne plus le gluten (gliadine). Le gluten confère à la pâte son élasticité, ainsi le pain peut être fabriqué par des machines… Or, le taux de gluten, selon des tests génétiques, était resté auparavant stable durant 10’000 ans… Le pain actuel, chargé en gluten et fait à la levure et non au levain - du moins en Suisse où, en plus, on ne le laisse pas lever plusieurs heures - devient de moins en moins digeste, d’où l’explosion actuelle des intolérances au gluten!
En outre, le lait hautement pasteurisé ou upérisé subit une modification subtile de ses protéines (caséine, etc.), d’où la difficulté pour certaines personnes de l’assimiler. Ces mêmes personnes par contre supportent généralement le lait fraichement trait!
Effet des aliments modifiés
Lorsqu’on sait que les intestins dépliés équivalent à la surface d’un terrain de football, on comprend que les modifications des aliments irritent la muqueuse intestinale, provoquent une inflammation de la muqueuse et une perturbation des enzymes digestifs et de l’immunité, bref qu’elles aient un pareil impact… La muqueuse intestinale absorbe alors moins de facteurs nutritifs nécessaires à la fertilité (cuivre, zinc, etc.). Ainsi, lorsque le taux de ferritine est bas, on peut suspecter une intolérance, particulièrement au gluten. Si la vitamine B12 est abaissée, on peut pressentir entre autres une flore intestinale perturbée. L’intolérance aux produits laitiers se laisse suspecter par des affections ORL à répétition (nez bouché, sinusites, bronchites à répétition). Comment diagnostiquer les intolérances alimentaires? Il est conseillé de faire d’abord le dosage sanguin des anticorps anti-transglutaminases et/ou des anticorps antigliadines désaminés pour exclure une coeliaquie, la forme d’intolérance alimentaire la plus forte, qui n’est diagnostiquée que chez 1-2 % de la population suisse pour l’instant. La coeliaquie se confirme par des biopsies intestinales. Les tests respiratoires pour diagnostiquer l’intolérance au lactose deviennent de plus en plus courants. Mais, même si ces tests sont négatifs (ce qui est généralement le cas) et que les symptômes sont bien présents (digestion lourde, reflux, modifications du transit intestinal, fatigue, peau des jambes et des mains plus sèche), la personne a des intolérances alimentaires. Parfois, une prise de sang est faite pour tester l’intolérance à 50 ou 100 aliments. Je préfère les tests d’éviction des produits, plus fiables selon mon expérience: on demande à la patiente de se priver de produits faits essentiellement de gluten (pain, pâtes, biscuits, pizzas, tartes, etc.) pendant 3 semaines en observant les effets (diminution de la fatigue après un repas, du ballonnement abdominal, de la constipation ou de la diarrhée ? La peau et les muqueuses sont-elles moins sèches ? etc.). Si on ne constate pas de changement, on évite en plus les produits laitiers de vache pendant 3 semaines supplémentaires. L’amélioration des symptômes après quelques jours ou parfois après un mois confirme le diagnostic clinique d’intolérance alimentaire. Quels sont les aliments qui contiennent du gluten? Le blé, l’orge et le seigle surtout. Le gluten de l’épeautre est plus digeste, car moins modifié. Le maïs et le millet contiennent moins de gluten, mais ils peuvent être parfois mal tolérés par certaines personnes. L’avoine en contient si peu qu’il est généralement très bien toléré. L’éviction des aliments sera plus ou moins importante selon l’intensité des symptômes.
Diagnostiquer des intolérances alimentaires revient à:
- aider le couple à concevoir (la glaire cervicale s’améliore)
- diminuer les fausse-couches
- diminuer les vaginites, vulvites et cystites
- diminuer les nausées et vomissements ainsi que la prise de poids excessive de la maman pendant la grossesse
- probablement diminuer les contractions et les accouchements prématurés.
Quelle joie de voir naître des bébés inespérés! Mon taux de grossesses chez des femmes de 35 ans en moyenne, avec désir d’enfant depuis 3 ans ou plus, ayant eu déjà en moyenne une faussecouche, est de 43 %. Je conseille aux couples d’éviter les relations en période fécondante les 3 premiers mois de régime pour prévenir une récidive de fausse-couche.
L’hypofertilité liée aux intolérances alimentaires deviendra de plus en plus fréquente.
La NAPROtechnologie associée aux changements alimentaires: quel espoir pour les couples hypofertiles!
www.cyclefeminin.ch