Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07144.jsonl.gz/377

Un exploit sportif
Tandis que la santé de son épouse bénéficie du climat de Davos, Arthur Conan Doyle s’intéresse au ski, alors encore peu pratiqué en Suisse, du moins en tant que loisir.
“His little footsteps on the snow”
Arthur Conan Doyle et sa sœur Caroline (“Lottie”) à skis ([1894]). (BCU-Lausanne, IS 4314/5/1/3)
“ Il n’y a rien de particulièrement méchant dans l’apparence d’une paire de skis. […] Personne, en les voyant, ne peut deviner les possibilités qu’ils recèlent. ”
Arthur Conan Doyle, “An Alpine Pass on ‘Ski’”, The Strand Magazine, décembre 1894, p.657 [12]
Profession: sportsman
Malgré le fait qu’il continue à écrire de façon intensive, Arthur Conan Doyle ressent fortement l’appel du grand air et des cimes enneigées de Davos. Il développe un intérêt pour la pratique du ski, activité alors encore à ses prémices, peu courante en Suisse, mais pratiquée en Norvège. L’auteur avait lui-même voyagé dans ce pays et avait lu avec intérêt le compte rendu de la traversée du Groenland à ski effectuée par l’explorateur Fridtjof Nansen en 1888.
Arthur Conan Doyle s’adresse donc à Tobias et Johann Branger, qui tiennent à Davos un magasin d’articles de sport. Les deux frères étaient eux-mêmes précurseurs en la matière, ayant effectué en mars de l’année précédente le trajet entre Davos et Arosa via le col de Maienfeld, chaussés de skis norvégiens. Après en avoir lui-même commandé, Arthur Conan Doyle s’entraîne avec les frères Branger sur la colline du Jakobshorn.
Leurs progrès les encouragent à réitérer l’expédition des deux suisses entre Davos et Arosa. Ils partent ainsi, le 23 mars 1894 vers 4 heures 30 du matin, pour se rendre à Frauenkirch, un village au sud de Davos-Platz, d’où ils débutent l’ascension vers le col de Maienfeld. Cette traversée jusqu’à Arosa, qui leur prend environ sept heures, n’est alors pas de tout repos et certains précipices causent quelques inquiétudes à l’écrivain.
Un incident de parcours
La descente finale sur Arosa est particulièrement mémorable pour Arthur Conan Doyle : la pente étant trop raide pour envisager de la dévaler à skis, les frères Branger s’en déchaussent et, attachant les deux lattes de bois ensemble, s’en servent comme d’une luge pour parcourir ce passage délicat. Au moment de les imiter, l’écrivain voit ses skis lui échapper et dévaler la pente. N’ayant pas d’autre choix, il finit par se laisser glisser lui-même, sur le dos, le long de celle-ci pour finalement rejoindre, couvert de neige, les deux Suisses en contre-bas. Arthur Conan Doyle dit que cette expérience lui aurait permis d’éprouver la résistance de son vêtement de tweed, réputé indestructible par son tailleur. Il laisse entendre que cette théorie n’aurait pas passé l’épreuve de la pratique…
Compte rendu dans le Strand Magazine
Dans une lettre expédiée dès le lendemain, l’auteur fait part à sa mère de sa performance sportive : “Hier, j’ai accompli un petit exploit en traversant un col à skis pour redescendre sur Arosa. Deux Suisses m’accompagnaient. Je suis le premier Anglais à avoir jamais traversé un col alpin à skis – ou du moins, je le pense. Nous sommes partis à 4 heures du matin et sommes arrivés à Arosa à 11 heures 30. Cela a causé une certaine excitation„ [13]. Il donnera par la suite un compte rendu plus précis de son petit exploit, sans omettre de mentionner ses débuts hasardeux avec autodérision, dans un article qui sera publié dans le numéro de décembre 1894 du Strand Magazine. Intitulé “An Alpine Pass on ‘ski’”, il est illustré de plusieurs photographies sur lesquelles on peut notamment voir l’auteur et sa sœur Lottie. Avec cet article, Arthur Conan Doyle a certainement contribué à populariser le ski auprès des Anglais. Sa paire de skis, quant à elle, est toujours en Suisse, au musée Sherlock Holmes de Lucens.
Les skis d’Arthur Conan Doyle au Musée Sherlock Holmes de Lucens
Arthur Conan Doyle (à droite) parmi un groupe de skieurs ([1894]). (BCU-Lausanne, IS 4314/5/1/2)
“ Sur cette grande étendue vierge, avec des champs de neige à perte de vue et aucun signe de vie autre que les traces de chamois et de renards, il était magnifique de glisser de façon si aisée. Un court zigzag au bas d’une pente nous mena, à 9 heures et demie, à l’embouchure du col et nous pouvions voir les hôtels d’Arosa, réduits à l’apparence de petits jouets, parmi les forêts de sapins, des milliers de pieds en contre-bas. ”
Arthur Conan Doyle, “An Alpine Pass on ‘Ski’”, The Strand Magazine, décembre 1894, p.660 [14]
Chapitre suivant (5/6) →
← Chapitre précédent (3/6)