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Hervé de Weck
Le M-16, mythe de l'armement moderne
Le M-16 est un mythe de l'armement moderne. Fantasmé, décrié, il est souvent comparé à son éternel rival(e), l'AK-47. Cependant, l'un des aspects les plus passionnants de l'étude du M-16 est son évolution, intiment liée au développement de la 5.56 OTAN, standard incontesté de l'armement aujourd'hui. Comme l'AK-47, le M-16 est un fusil qui est né et a évolué grâce à l'histoire.
En 1948, l'Operation Research Office de l'US Army conduit une étude sur l'efficacité des munitions de petit calibre, afin de chercher un remplaçant aux munitions de calibre 30 utilisée jusqu'alors par les armes d'infanterie. Ces tests désignent les balles à haute vélocité de calibre 22 comme les plus efficaces. Doter les fantassins d'une arme de plus petit calibre permet aux hommes d'emporter plus de munitions, augmentant la puissance de l'escouade d'infanterie, sans pour autant diminuer la portée des armes individuelles. In fine, des tests révèlent qu'au combat, seul un homme sur sept tente effectivement de toucher l'ennemi. Le fait de diminuer le recul de l'armement et d'augmenter la cadence de tir peut améliorer ce ratio.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, des études ont montré que la distance classique d'engagement pour un fantassin était de 300 mètres maximum, distance où une balle de calibre 22 est toujours efficace. La relative perte de puissance, même si elle n'assure pas la mort de l'ennemi, permet au moins de certifier une blessure grave, donc un handicap logistique pour l'armée adverse. Ces études ont été complétées entre 1953 et 1957 par le projet Salvo, qui insiste sur l'efficacité des munitions de petit calibre. Finalement, la société Armalite est chargé du développement d'une carabine légère répondant aux standards requis. Le design choisi est celui d'une arme conçue par Eugene Stoner, l'AR-10, utilisant la munition plus conventionnelle de 7.62 Otan. La munition de 222 Remington, très courante aux Etats-Unis, notamment chez les chasseurs, sert de base à une nouvelle cartouche, conçue par Remington, la 223.
Frileuse à l'idée d'adopter une arme aussi peu conventionnelle, l'US Army décline l'offre. Mais l'US Air Force s'intéresse au projet, afin d'équiper ses forces de sécurité stratégique. Armalite, une société de recherche aéronautique avant tout, transmet commercialement son projet à Colt Industrie, afin de passer à la phase de production industrielle.
En 1962, l'Advanced Research Projects Agency se procure un lot de M-16, désignation militaire de l'AR-15 et l'envoie pour essai en Asie du Sud-Est, où vinent d'éclater la second conflit indochinois. Sur place, la carabine démontre son efficacité, aux mains d'advisors américains et de soldats sud-viêtnamiens expérimentés. Elle y gagne son surnom de «Black Rifle». En 1963, Colt reçoi une commande de l'US Army, portant sur l'achat de 85'000 XM16E1, selon la terminologie officielle. En 1966, une commande record de 840'000 fusils est passée par l'US Army.
L'arme adoptée par l'US Army correspond alors au standard M-16A1, l'arme conservant son cache-flamme originel, mais recevant un bolt assist, un poussoir permettant de fermer manuellement la culasse du fusil en cas d'enrayement. Le ressort d'armement de l'AR-15 se trouve dans la crosse du fusil. Si la culasse n'est pas renvoyée correctement vers l'avant, il est impossible d'ouvrir le M-16. Les soldats confrontés à un enrayement, avant l'apparition du bolt assist, doivent frapper les stries de la culasse apparentes (à travers la fenêtre d'éjection) pour remettre l'arme en ordre de combat.
A partir de 1967, des rapports alarmants proviennent du front. Le M-16 semble souffrir d'un manque de fiabilité épidémique. Ces plaintes sont si vives que le Congrès crée une commission pour étudier ce problème. En réalité, les causes du «manque de fiabilité» originel du M-16 semblent maintenant connues:
* L'utilisation de poudre inadaptée pour les munitions de 223 et une lubrification insuffisante, d'autant plus que le 5.56 est un calibre qui pousse à la consommation.
* Le fait que l'arme ait été présentée comme «auto-nettoyante» aux soldats, qui négligent d'entretenir leur fusil (cette cause est particulièrement comique, l'AR-15 étant en fait un fusil «auto-encrassant», son système d'emprunt de gaz envoyant beaucoup de résidus directement sur la culasse et dans les mécanismes de l'arme). L'armée américaine fait paraître une célèbre BD de Will Eisner expliquant aux soldats comment nettoyer le M-16.
* Le faible niveau d'instruction des appelés, par rapport aux testeurs initiaux. Initialement, le M-16A1 n'est- pas intérieurement chromé, ce qui est une hérésie en jungle. La Type-56 chinoise, sa principale rivale dans le conflit vietnamien, l'est.
Dès 1969, ces défauts sont corrigés. La crosse de l'arme est évidée pour accueillir un kit de nettoyage. A la même époque, les chargeurs de 30 coups sont introduits dans les unités. Le cache-flamme est modifié, adoptant l'allure d'une «bird cage», particularité que les premiers M-16A1 n'avaient pas.
Depuis sa construction, la munition de 5.56 standard est la M193. Or, en 1979, FN développe une nouvelle munition de 5.56, la SS109, conçue pour être utilisée par la Minimi. La balle de la SS109 est plus lourde, accroissant la puissance du projectile et ses performances à longue portée. Cette nouvelle munition requiert un pas de canon plus rapide, pour stabiliser le projectile. Le pas choisi est celui de 7, le canon de l'AR-15 utilisant un pas de 12. Certains M-16, surtout civils, utilisent également un pas de 9, intermédiaire et plus permissif.
En 1981, Colt industrie développe une nouvelle version du M-16, plus lourde et plus adaptée au tir de précision. Les principales modifications apportées à l'arme consistent en de nouveaux organes de visée dérivable, un garde-main strié et une crosse plus longue. On ajoute aussi un déflecteur latéral, pour les tireurs gauchers. L'introduction du mode «Rafale», au lieu du full auto traditionnel, et du nouveau pas de 7 complètent le tableau. Le Corps des Marines apprécie l'arme et l'adopte en 1983, suivie par l'Army en 1985.
Le M-16A2 se standardise donc au sein de l'armée américaine au sens large, où il est toujours présent, bien que l'arme ait reçue plus récemment, sous le standard A4, une cure de rajeunissement. L'installation de garde-main RIS/RAS et de flat top n'étant que les principales modifications rencontrées. Le M-16 renforce chaque jour son côté «mécano», comme le Colt 1911, par la variété de pièces disponibles sur le marché pour le customiser.
Dès 1967, l'armée américaine décline le fusil d'assaut AR-15 en de nombreuses versions, plus adaptées à l'usage des forces spéciales et des équipages d'aéronefs. La carabine M-16 (un M-16A1 doté d'un canon raccourci), l'Xm-177 et le Car-15 sont quelques exemples de ces modifications. Ces armes, certes plus maniables qu'un M-16, se révèlent souvent imprécises et moins fiable que le fusil original. La réduction de l'emprunt de gaz de l'AR-15 sur ces carabines n'est pas étranger à cet perte de fiabilité et à un plus mauvais rendement balistique. La M-653 et plus tard, la M-727, vont permettre de combler en partie ces défauts et une hégémonie souvent contestée de la carabine M-4 au sein de l'armée américaine.
Le M-16 est considéré par beaucoup comme le meilleur fusil d'assaut du monde. Souvent comparé à l'AKM et à ses variantes, dont il n'a pas la robustesse, c'est néanmoins une arme extrêmement précise, agréable à utiliser et légère, qui recueille l'avis unanime des soldats professionnels.