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Le théâtre dadaïste est une pure audace, où le son s'insinue dans le lexique et la syntaxe, et où la qualité d'oralité du texte a partie liée avec l'actualité de la représentation théâtrale, avec l'usage du présent de toute parole, et avec l'oralité de la poésie sacrée et de la poésie « tribale ». L'Empereur de Chine de Georges Ribemont-Dessaignes qui inaugure le théâtre Dada, quoique dans une filiation avec Ubu-Roi de Jarry, permet d'interroger le concept de « performance » et ses enjeux esthétiques et politiques. Certes écrit, le texte thématise et inscrit simultanément les marques de son oralité distinctive et spécifique. La performance de sa profération vaut ici autant que le rythme, les jeux de sonorités et les évolutions thématiques structurées. Il s'agit de montrer le caractère révolutionnaire d'une telle conception de la langue dramatique, de son pouvoir de destruction, sinon de charge nihiliste, mais aussi d'évaluer le « monument » que propose l'amas de ruines qu'il provoque, conformément au fonctionnement d'une performance. La langue conçue comme matière première invite à reconsidérer la façon dont le texte porte, crée, déforme et reconstitue le sens, à partir de sa profération. Ce faisant, la langue devient un instrument critique du pouvoir, et révèle des enjeux proprement politiques.