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La rencontre a lieu en 1977. Véronique Mermoud et Gisèle Sallin sont comédiennes. Elles ont respectivement 30 et 28 ans et jouent dans « La Revue de Genève ». Souhaitant s'engager plus à fond dans leur passion pour le théâtre, elles décident de monter ensemble Le Théâtre d'Emma Santos. Le spectacle est un succès. Il sera joué durant trois ans en Suisse, en France et à Montréal.
Dans la foulée, Gisèle et Véronique créent le Théâtre des Osses en janvier 1978. Son nom vient d'une ferme en Veveyse dans le canton de Fribourg où vivait alors Gisèle Sallin. La réalisation de cinq spectacles s’enchaîne. De genres et de styles différents, tous mettent en scène des figures féminines en quête de liberté.
En 1986, Gisèle Sallin et Véronique Mermoud déposent un dossier auprès du canton et de la ville de Fribourg. Elles proposent la création d'un centre dramatique fribourgeois. La Ville rejette la proposition tandis que l'Etat demande un contre-projet et un essai. Il accorde Fr. 50'000.- au Théâtre des Osses pour réaliser un spectacle qui fasse l’objet d’une tournée dans le canton. C’est la création de Antigone de Sophocle. Cette tragédie grecque remporte un succès qui dépasse toutes les attentes. L'Etat permet aux Osses de réaliser un deuxième essai avec une création contemporaine : Les Enfants de la Truie. La pièce est écrite par Gisèle Sallin et Marie-Hélène Gagnon, une actrice québécoise rencontrée au Festival de Québec
En savoir plus
1986 Demande de soutien financier pour la reprise des Osses (pdf)
1986 Ebauche de dossier (pdf)
1986 Le dossier déposé auprès du canton et de la ville de Fribourg (pdf)
1987 Etude sur l'emploi des comédiennes en Suisse romande (pdf)
Le Théâtre des Osses, jusqu'alors itinérant, est accueilli à Givisiez, commune limitrophe de Fribourg. Bernard Vichet, initiateur de la Fondation Cenmusica, met à disposition de l’administration du théâtre un espace dans son atelier d'architecture. Les spectacles se préparent dans la salle de chauffage inutilisée de l'immeuble qui deviendra le théâtre et la cafétéria. Dans cette chaufferie aménagée en une salle de théâtre improbable, les Osses jouent : Les Femmes savantes de Molière et Le Bal des Poussettes, de Gisèle Sallin et Marie-Hélène Gagnon. Le public est là, les salles sont pleines. Parallèlement, la Fondation Cenmusica affine son projet de construction d’une salle de spectacle à Givisiez.
Trois personnes travaillent désormais avec les fondatrices et directrices du Théâtre des Osses. Anne Jenny, comédienne, œuvre pour les relations extérieures, Marie- Claude Jenny, secrétaire comptable, est à l'administration et Jean-Christophe Despond orchestre la technique, les éclairages et les tournées.
La salle de chauffage doit être provisoire. Elle permet au Théâtre des Osses de présenter des mini-saisons et d’apporter la preuve à ceux qui doutent de l’existence d’un public fribourgeois. La Fondation Cenmusica œuvre pendant ce temps pour la construction du Théâtre La Faye, une salle de 500 places, avec scène, fosse d'orchestre et cintre devisée à sept millions de francs. Le terrain a été offert à la fondation et le permis de construire attribué... Mais la crise économique et les bisbilles politiques étouffent ce projet dans l'œuf.
Ne se laissant pas abattre et avec le soutien de Bernard Vichet, Véronique et Gisèle décident de transformer la chaufferie en une véritable salle de spectacle. Elles empruntent 200'000 francs à la banque avec leur maison pour caution. Cet emprunt permet de payer d'importants travaux.
Les subventions stagnent, les Osses se préparent à fermer sur un éclat de rire. Mais le spectacle Eurocompatible sauve le théâtre. Pour combien de temps? Et comment se développer dans ces conditions précaires? Gisèle et Véronique prennent leur bâton de pèlerin pour demander conseil. De rencontre en rencontre, elles se forgent une opinion: il faut quitter le statut d'association pour acquérir celui de fondation. Pour constituer le capital de dotation, elles cèdent leurs avoirs, à savoir ce qu'elles ont acquis au fil de l'existence du Théâtre des Osses (costumes, décors, matériels éclairage, machines de bureau, etc.). La Fondation est créée le 6 novembre 1996. Marcel Delley en est le premier président.
Véronique Mermoud est nommée directrice artistique du théâtre. Ce changement donne un élan. La fondation reconnue d'utilité publique peut trouver des fonds pour acquérir en plusieurs étapes le théâtre et les locaux annexes: salle de répétition, foyer pour les acteurs, locaux techniques, bureaux, ateliers décor et costumes, et améliorer la salle de spectacle en la dotant, notamment, de nouveaux sièges.
Les Osses se développent grâce aux succès artistiques, aux tournées et au travail de sa fondation. Mais les subventions liées à la création ne suivent pas. Il reste deux solutions: soit hypothéquer le théâtre et entrer dans la spirale des dettes, soit voter sa fermeture si les subventions n’atteignent pas un million de francs le 1er juillet 2002. C'est cette dernière solution qui est votée le 30 novembre 2000 par le Conseil de fondation, présidé par Pierre Aeby.
L'exposition "L'Envers du décor" est organisée à Givisiez pour montrer les coûts de la création en se basant sur les chiffres du spectacle Frank V.
La réaction politique ne se fait pas attendre. Deux députées demandent l’augmentation du pot commun des affaires culturelles. Dans un premier temps, la somme allouée à la culture est doublée mais lors de la dernière lecture du budget du Grand Conseil en automne 2001, elle passe à la trappe. Le théâtre est condamné.
Le Théâtre des Osses et les milieux culturels fribourgeois partent alors en guerre. Ils demandent au public de les soutenir en signant une pétition intitulée “sauver la scène culturelle fribourgeoise”. Une pluie de signatures fait trembler le gouvernement : il comprend qu’il ne peut plus faire fi de la culture.
La Loterie romande vient au secours de l’Etat et accepte de lui verser 1,5 million de francs durant trois ans pour lui permettre de doubler le budget des affaires culturelles. Entre-temps, suite à une opération chirurgicale, Véronique Mermoud quitte la direction artistique du théâtre. Nommée par la fondation, Gisèle Sallin reprend cette fonction.
Les subventions demandées sont accordées. Le Centre dramatique fribourgeois naît le 1er juillet 2002. Il est le fruit du travail du Théâtre des Osses, de la nouvelle politique culturelle et du soutien indéfectible du public. Un premier contrat de partenariat est signé avec l'Etat de Fribourg pour la période du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2005.
Une ère nouvelle commence: le Théâtre des Osses, qui passait une partie de son énergie à se battre pour sa survie, se consacre à la création. Une petite compagnie se forme et la saison peut désormais afficher plusieurs créations et accueils. Le centre dramatique rayonne dans le canton comme ailleurs. Il est le premier théâtre suisse à devenir membre de la Convention Théâtrale Européenne. Les deux fondatrices reçoivent la plus haute distinction suisse du théâtre : l’Anneau Hans-Reinhart 2003.
Pour sa première saison, le Centre dramatique fribourgeois compte plus de 150 représentations pour 6 productions, jouées à Givisiez, en Suisse et à l'étranger.
Le deuxième contrat de partenariat couvre la période du 1er janvier 2006 au 31 décembre 2008.
Le Théâtre des Osses poursuit son développement et son rayonnement à l'étranger. Il participe à plusieurs coréalisations.
Au deuxième étage, la salle de répétition devient Le Studio, un lieu de représentations destinées à des spectacles intimistes. Ce nouvel espace de jeu permet également de proposer au public de voir deux spectacles le même soir.
Le contrat de partenariat se transforme en un octroi de subvention pluriannuelle qui va couvrir la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2011.
Le 7 juin 2011, lors d’une conférence de presse, Gisèle Sallin et Véronique Mermoud annoncent leur départ à la retraite pour la fin de la saison 2013-2014. Après 36 ans d’activité, elles signent leur dernier contrat pluriannuel avec le Département des Affaires Culturelles, l’Agglo et la LORO.
Le 13 février 2012 la Fondation du Théâtre des Osses annonce la nomination des nouveaux directeurs : Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier, acteurs, metteurs en scène et fondateurs en 1991 de la Compagnie Pasquier-Rossier.
Dès janvier 2014 l’ancienne et la nouvelle direction travaillent ensemble à la transmission du Centre dramatique fribourgeois.
Le 12 mars 2014 le Théâtre des Osses reçoit le Prix Doron 2014 (Frs. 100.000.-) qui récompense une institution suprarégionale importante active dans la promotion de la relève théâtrale en Suisse.