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Réduire les inégalités de revenus : le besoin d’une réponse à plusieurs niveaux
(english text below)
Une des causes majeures – si ce n’est LA cause – de l’élection de Donald Trump est le sentiment d’abandon des couches les plus modestes de la population. Ce sentiment est justifié (le vote en découlant est une autre discussion). Une étude détaillée de la distribution des revenus outre Atlantique montre que la moitié la plus modeste de la population a vu son revenu stagner depuis plus de 40 ans, alors que les plus riches ont vu le leur s’envoler.
Le graphique ci-dessous contraste la part du revenu national allant aux 50% les plus modestes (cercles blancs) avec celle allant au 1% les plus riches (cercles rouges). La divergence est frappante, et l’étude montre que la redistribution par l’impôt progressif n’a que partiellement compensé la situation.
L’étude n’établit pas les causes de l’accroissement des inégalités, mais on peut néanmoins en tirer d’intéressants enseignements. Les inégalités se sont clairement creusées à partir du début des années 1980. Elles ne sont donc pas dues à l’émergence d’internet et la numérisation, qui n’interviennent que très tard dans la période considérée, ni de la globalisation, qui ne prend son élan que dans le courant des années 1990. Le timing correspond plutôt à la dérégulation entamée sous Reagan, avec son cortège de réductions d’impôts et de baisse du pouvoir des syndicats. Avec Trump les Etats-Unis vont continuer encore plus dans cette voie.
La politique économique peut répondre aux inégalités en rendant les impôts plus progressifs. Il ne faudrait cependant pas se reposer uniquement sur ce mécanisme, car une forte hausse des taux peut conduire à des fuites par un accroissement de l’évasion fiscale. Il serait plus indiqué de travailler également sur les revenus bruts. Une piste est une représentation plus forte des employés. Il ne s’agit pas de prôner des syndicats militants genre CGT, mais plutôt un système de conventions collectives.
Mais ceci ne conduirait-il pas au final à une hausse du chômage ? Une analyse sur base d’un modèle simple de politiques du marché de l’emploi montre que cette objection est fondée. Cependant ce même modèle montre que le problème peut être géré en adoptant non pas une seule réforme, mais un paquet de politiques se renforçant mutuellement. Par exemple, un accroissement du pouvoir de négociation des travailleurs peut être accompagné par une réforme administrative réduisant les coûts fixes des entreprises. Chacun trouve son compte dans un tel paquet.
Reducing income inequality : the need for a multi-facet policy.
One of the major reasons – if not THE reason – for the election of Donald Trump is the feeling of helplessness of the population with low incomes. This feeling is justified (the resulting vote is another debate). A detailed study of income distribution in the United States shows that the half of the population with lower incomes has experienced a stagnation of its income over the last 40 years, while the richest households saw their income surge.
The figure below contrasts the share of national income going to the 50% of individuals with lower incomes (white circles) against the share going to the top 1% (red circles). The widening gap is striking, and the study shows that the progressive tax system has only partially offset it.
The study does not establish the underlying reasons for this pattern, but we nonetheless can gain interesting insights. Income inequality has clearly increased since the early 1980’s. It thus does not reflect the rise of internet and IT, which took place only late in the period considered, nor the rise of globalization, which really got in motion in the 1990’s. The timing is more in line with the deregulation initiated under Reagan, with its tax cuts and weakening of trade unions. With Trump the United States are clearly going further in that direction.
Economic policy could handle the widening income inequality by making the tax system more progressive. We should however not rely solely on this mechanism, as a rise of tax rates can lead to leaks through higher tax evasion. It would be more appropriate to also work on pre-tax incomes. A possibility is to strengthen the bargaining power of employees. The idea is not to promote militant French-style unions, but instead a system of collective bargaining at the level of regions or sectors.
But wouldn’t this ultimately lead to higher unemployment? An analysis using a simple model of labor market policy shows that this concern is valid. It however also shows that the problem can be handled by adopting not just one reform, but instead adopting a package of mutually strengthening policies. For instance an increase in workers’ bargaining power can be implemented along with an administrative reform reducing firms’ fixed costs. Everyone gets a benefit from such a package.