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par Jean-Pascal Fournier Conseiller(e) communal · le 02/06/2008
En 90 minutes, le match est joué ! Pourtant, la fabrication d’un ballon de foot dure plus longtemps : 32 hexagones et 20 pentagones doivent être assemblés au moyen de 18 mètres de fil synthétique et de 650 points de couture, percés à la main dans l’épaisseur du matériel formé de plusieurs couches.
Une des principales activités de cette ville d’un demi million d’habitants est l’industrie des articles de sport. Près de 70% de tous les ballons de foot sont produits dans le district de Sialkot ; les grandes marques sportives occidentales font produire ici leurs ballons sans trop se préoccuper des aspects sociaux de la fabrication.
Les enfants de Sialkot n’ont pas beaucoup d’occasions de jouer au ballon car environ 20% de la population urbaine et 30% de la population rurale vivent en dessous du seuil de pauvreté. Au Pakistan, près de 3 millions d’enfants âgés de moins de 14 ans doivent donc travailler parce que leurs parents ne gagnent pas assez. Pour que la situation des enfants s’améliore, il faut que leurs parents, et donc les 40.000 couseurs et couseuses adultes, soient rémunérés correctement pour leur dur labeur.
Les 200'000 ballons rouges et argentés distribués depuis peu par le Credit Suisse auraient été fabriqués au Pakistan par des enfants pour seulement 39 centimes pièce. L'information émane de l'émission « 10 vor 10 » qui révèle que ces ballons sont fabriqués dans un village pakistanais où hommes, femmes et enfants ont travaillé sur ces produits. Les 39 centimes qu'ils auraient touchés par ballon correspondent à la moitié du tarif habituel. Le fabricant en question n'était semble-t-il pas contrôlé par l'organisation d'Etat contre le travail des enfants.
Le fléau du travail des enfants n’est pas une fatalité. Chacun peut faire en sorte que la situation évolue favorablement. Selon les chiffres fournis par la statistique des douanes, la Suisse a importé chaque année un million et demi de ballons en moyenne. Les écoles, avec 20 à 30 % du total, sont de gros acheteurs. Elles équipent leurs salles de gymnastique et renouvellent régulièrement leur matériel, en toute autonomie. Les professeurs de sport achètent souvent des ballons chez un fournisseur de leur choix, au magasin local ou dans un grand magasin de sport, en regardant surtout le prix. Les établissements scolaires mettent généralement 20 à 40 francs par ballon. Il est rare qu’ils s’inquiètent de leur provenance ou de leurs conditions de production, d’après les réponses obtenues par l’OSEO à un questionnaire récent. Il est donc probable que les écoles achètent des ballons fabriqués dans des conditions de misère. Cet état de fait, souvent méconnu, doit être pris en compte par les pouvoirs publics, en particulier par les autorités scolaires, sans trop de problème lorsque l’on sait qu’un ballon produit dans de bonnes conditions ne coûte que 40 centimes de plus qu’un autre.
Jean-Pascal Fournier, Conseiller communal, Sion