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Biographie
Considéré par le poète Saint-John Perse comme « l’une des personnalités les plus marquantes, les plus surprenantes et les plus accomplies de sa génération littéraire », Denis de Rougemont (1906-1985) a laissé derrière lui une œuvre foisonnante, tant par le nombre de ses écrits (plus de trente livres et mille articles) que par la variété des thèmes et des domaines de connaissance embrassés, de la théologie à la critique littéraire et à l’analyse des mythes, en passant par la philosophie politique ou la réflexion écologique.
Membre actif des groupes personnalistes L’Ordre nouveau et Esprit, collaborateur régulier de la Nouvelle Revue française, introducteur en France des œuvres de Kierkegaard et de Karl Barth, Rougemont s’est imposé comme un essayiste de premier plan dans le Paris littéraire des années trente grâce à ses essais et journaux « non intimes » (Politique de la personne, Penser avec les mains, Journal d’un intellectuel en chômage, Journal d’Allemagne), et accéda à la renommée mondiale après la parution de son maître ouvrage, L’Amour et l’Occident, en 1939. Exilé aux États-Unis de 1940 à 1947, il poursuivit son œuvre d’écrivain pendant la guerre, s’interrogeant sur la nature du totalitarisme dans La Part du Diable, analysant les conséquences de l’entrée dans le monde nucléaire dans ses Lettres sur la bombe atomique.
Acteur important du Mouvement européen, impliqué au premier plan lors des congrès internationaux de Montreux (1947), La Haye (1948) et Lausanne (1949), Denis de Rougemont fonda en 1950 à Genève le Centre européen de la culture (CEC), où il tenta de promouvoir une Europe fédérée fondée sur une culture commune, « une et diverse ». D’autres institutions ou associations sont nées sous l’impulsion de l’intellectuel suisse et du CEC, comme le CERN, l’Association des instituts d’études européennes, l’Association européenne des festivals de musique, la Fondation européenne de la culture, l’Institut universitaire d’études européennes.
Parallèlement à son investissement dans l’action culturelle, Rougemont poursuivit son œuvre d’essayiste après la guerre, précisant au fil des ans, dans L’Aventure occidentale de l’homme, Vingt-Huit Siècles d’Europe, La Suisse ou l’histoire d’un peuple heureux, Lettre ouverte aux Européens, sa vision de la personne, de l’Europe, du rôle de la Suisse comme laboratoire du fédéralisme. Dans un contexte d’essoufflement et de marginalisation des mouvements fédéralistes nés après 1945, il redéploya dans les années 1970-1980 son engagement européen à travers le thème de « l’Europe des régions » et la préoccupation pour l’environnement. Dans L’Avenir est notre affaire, son dernier grand essai publié en 1977, Rougemont a détaillé les paramètres de la crise née du choc pétrolier de 1973, et donné aux mouvements régionalistes et écologistes, en Suisse mais aussi en France et en Europe, une partie de leurs fondements éthiques et théoriques.
Retour, en textes et en images, sur les étapes d’une vie et d’un parcours intellectuel. Lire la suite…