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II est en aval du confluent de l'Aar, de la Reuss et de la Limmat un endroit se prêtant de façon idéale à la construction d'un pont. Il n'est donc pas étonnant que tôt déjà, les deux rives de l'Aar aient été reliées par un pont. Puis une solide tour destinée à protéger ce pont fut érigée sur la rive est; nommée «Freudenau», elle décrit dans son plan un rectangle de 10,6 mètres sur 11,2. La façade donnant sur la rivière fut emportée par les eaux au XIVe siècle. Mais on voit encore la section transversale des murs nord et sud, dont l'épaisseur atteint de 2,8 à 3 mètres. Ces vestiges s'élèvent aujourd'hui à dix mètres du sol. A l'intérieur, les murs s'amincissent de quelque 30 centimètres vers le haut, ce qui a permis la formation d'un retrait sur lequel devait s'appuyer la charpente. Des meurtrières ont été pratiquées à diverses hauteurs. L'appareil de la tour consiste en gros blocs de calcaire du Jura de différentes dimensions, équarris uniquement dans les angles de l'ouvrage. Le cour des murs est principalement fait de galets tirés du lit de l'Aar. Proche de l'eau, la tour de Freudenau était entourée de trois côtés d'un puissant mur d'enceinte encerclant également le «parc du château». Diverses fondations et des aspérités du sol indiquent que cet emplacement a dû être occupé jadis par plusieurs bâtiments.
Pour découvrir le pont dont fait mention un document de Rodolphe de Habsbourg daté de 1252, des recrues de la place d'armes de Brugg ont en 1969 plongé dans l'Aar et fouillé son lit, mais en vain. Comme la tête de pont, et par conséquent l'endroit où étaient perçus les péages, était vraisemblablement située près de la tour, les archéologues ont entrepris des fouilles sur la rive droite de l'Aar. Diverses coupes de sondage leur ont fourni quelques éclaircissements quant aux bâtiments et aux caves qui devaient se trouver à l'intérieur de l'enceinte. Plusieurs petits objets, notamment des fragments de vaisselle en terre cuite, les aidèrent à évaluer l'âge des différents murs. Selon certaines de leurs constatations, le pont et la tour de Freudenau ont été construits vers le milieu du XIIIe siècle, l'enceinte au cours du XIVe siècle. Les premiers textes relatifs au château datent du milieu du XIIIe siècle. Mais comme cet ouvrage se trouve à un passage, il est probable qu'il ait été fondé bien avant cette date.
Après que Rodolphe de Habsbourg eut obtenu du roi l'autorisation de percevoir des péages, il fit ériger une tour sur la rive droite de la rivière, sur le territoire de Säckingen. Cet ouvrage devait défendre aussi bien le pont que le poste de péage, occupé par des ministériaux habsbourgeois. Au XIVe siècle, lorsque augmenta le besoin de confort de la basse noblesse, les intendants autrichiens délaissèrent l'étroite tour et construisirent plusieurs bâtiments dans ses abords. Ils ceignirent tout le site d'un mur, non sans avoir dû au préalable procéder à plusieurs essartages.
Il est fait mention du pont de Freudenau dans un manuscrit du 12 mai 1252 concernant la cession par les comtes Rodolphe et Albert de Habsbourg du château de Brunnau, près de Dietikon, au couvent de Wettingen. Les pourparlers relatifs à cette affaire se tinrent sur le «ponte Vrodinowe», autrement dit sur le pont de Freudenau. La forteresse de Freudenau comprenait, certes, une tour et un château, mais ces deux ouvrages étaient inféodés à deux vassaux différents. La tour fut toujours ensaisinée par les Habsbourg, le château et ses terres en revanche par le couvent de Säckingen. C'est pourquoi c'est à ce monastère que devait être versé le loyer annuel du château. II est probable que la tour, de même que le château et l'enceinte mis au jour remontent au XIIIe siècle, car le pont existait déjà à cette date. Des documents ont été établis à Freudenau en 1252 et 1263. L'imposante tour était certainement habitée puisqu'il fallait non seulement surveiller le pont, mais également percevoir les péages. Elle ne dut toutefois jamais abriter un très grand nombre de personnes. Nous ignorons quels furent ses premiers habitants, quels furent aussi ceux du château. Les plus vieux textes à ce sujet ne datent que de 1360. En 1361, le duc Léopold III de Habsbourg-Autriche, qui venait de tenir à Zofingue une brillante assemblée féodale, céda la tour de Freudenau à titre de fief et contre paiement d'un cens annuel à Lütold de Tor. Vers la fin du XIVe siècle, le château passa aux mains d'Albert Businger, dont le fils Lüpold devait plus tard acquérir les seigneuries de Heidegg et de Lieli. En 1419 déjà, Businger revendait sa propriété de Freudenau. Après plusieurs changements de propriétaire, l'ouvrage revint en 1465 aux passeurs de Stilli; il resta en leur possession jusqu'à la dissolution de la Société des passeurs. Une nouvelle colonie s'installa sur la rive opposée vers le milieu du XVe siècle et le bac fut alors exploité depuis Stilli. La nouvelle colonie fut en quelque sorte le «successeur» de celle de Freudenau.
Le déclin de Freudenau commença tôt déjà. Après que le pont eut été remplacé par un bac, la tour perdit de son importance en tant que poste de péage. La constitution de la cour domaniale fut de moins en moins observée et l'influence de Säckingen s'affaiblit toujours plus. Nombre de biens et de droits ayant en outre été mis en gage, la puissance des Habsbourg se fit elle aussi moins forte. Après avoir été délaissés, les divers bâtiments du château tombèrent peu à peu en ruine et bien des murs furent dépouillés de leurs pierres, qui servirent à la construction de maisons. Pendant des siècles, la tour de Freudenau demeura exposée à l'affouillement causé par les eaux de l'Aar. Elle perdit ainsi de plus en plus ses assises et finalement, elle s'inclina dangereusement vers la rivière. Ce qui fit craindre aux pêcheurs et aux passeurs de Stilli qu'elle ne s'écroule dans les eaux et endommage le canal de navigation. En 1813, ils s'adressèrent au gouvernement et lui demandèrent l'autorisation de démolir la tour. En 1844, la Société des passeurs, propriétaire de l'ouvrage, était décidée à l'abattre. C'est alors que l'Etat reprit ce monument; il le fit consolider en 1849 par un pilier de pierre. Les hautes eaux continuèrent cependant à ronger la tour, qui maintenant était creusée sur quatre mètres. Pour des raisons de sécurité, on fit sauter en 1852 sa façade antérieure. En 1971, la Société des Forces Motrices du nord-est de la Suisse, propriétaire du parc du château, fit réparer les parties de la tour les plus menacées d'écroulement. Elle fit également éclaircir les abords des ruines, de sorte que celles-ci sont maintenant à nouveau visibles.
Depuis 1970, le château de Freudenau fait l'objet de sérieuses fouilles archéologiques. Placés tout d'abord sous la direction de Rudolf Laur-Belart, ces travaux sont maintenant poursuivis par le Service archéologique du canton d'Argovie et par Max Baumann. Les recherches entreprises en 1981 ont révélé l'étendue importante de l'installation, il a non seulement été possible d'attester l'existence de diverses constructions de pierre, mais également celle de maisons de bois ayant sans doute servi de granges et d'écuries. Les nombreux objets découverts (céramique, métal, os provenant de déchets alimentaires) sont semblables à ceux trouvés dans d'autres châteaux, ils attestent que Freudenau a connu au XIIIe siècle le plus grand nombre d'habitants, tandis qu'au XIVe siècle, il n'en comptait plus guère. Les nombreuses scories de fer mises au jour indiquent qu'un établissement de transformation du fer devait se trouver près du château. Les renseignements fort divers livrés par les fouilles fournissent une nouvelle preuve de ce qui souvent déjà a pu être constaté, c'est-à-dire que les châteaux féodaux n'étaient pas uniquement des ouvrages militaires, mais remplissaient encore d'autres tâches. La forteresse médiévale était un complexe de bâtiments d'habitation et de constructions rurales, souvent régis par différents droits seigneuriaux. Les ouvrages les plus importants comprenaient également des entreprises artisanales.
Bibliographie