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Par Gaspard Bayala
Le Burkina Faso a introduit le Vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI) dans le système de vaccination de routine, le 20 juillet dernier. Ainsi, le vaccin par voie orale fera place progressivement au vaccin injectable chez les enfants de quatre mois. Qu'est-ce qui justifie cette innovation ? Que doit-on comprendre par vaccin inactivé ? Éléments de réponse !
Depuis 1988, la vaccination antipoliomyélitique généralisée a permis une réduction de plus de 99% de l'incidence globale de la maladie.
Dans le même temps, le nombre de pays où la maladie reste endémique est passé de 125 à 3, et le nombre de cas de poliomyélites déclarés dans le monde était de 223 en 2012 et 403 en 2013. De façon remarquable, on n'a plus observé de cas de poliomyélite à stéréotype 2 sauvage depuis 1999.
Depuis novembre 2012 et l'observation du denier cas d'infection par un virus de stéréotype 3 sauvage, les cas qui continuent à se produire sont dus soit à des virus sauvages de type 1 (c'est le cas au Nigéria, en Afghanistan et au Pakistan où l'endémie reste présente), soit à des virus d'origine vaccinale excrétés par les sujets vaccinés avec le vaccin oral.
Ce vaccin dont l'efficacité est amplement démontrée a été responsable d'effets indésirables graves de deux types restés l'un et l'autre très rares. Il s'agit de cas de Poliomyélite paralytique associée à la vaccination (PPAV) qui concernent des sujets vaccinés et des sujets contactés non immunisés (2 à 4 cas par million et par an) et l'apparition de virus virulents dérivés du vaccin (PVDV).
Le virus vaccinal de type 2 est responsable de 40% des cas de poliomyélite consécutive à la vaccination. Les virus virulents dérivés du vaccin peuvent être mis en circulation et causer de petites épidémies. Ils peuvent être émis dans l'environnement pendant de longues périodes par des sujets vaccinés présentant de rares formes d'immunodéficience.
En raison de ce risque, et compte tenu du fait que le virus de type 2 sauvage a été éradiqué en 1999, l'OMS a recommandé que le Vaccin antipoliomyélite oral (VPO) trivalent soit abandonné dans ses indications au profit du VPO 1-3 dès que possible. Ce choix se justifie par plusieurs éléments scientifiquement prouvés.
Pour les chercheurs, le vaccin injectable induit efficacement une réponse en anticorps circulants contre les trois types de virus polio dans tous les pays où il est utilisé, mais il n'induit pas de réponse muqueuse au niveau de l'intestin chez les sujets jamais immunisés auparavant. C'est pourquoi, ils ont démontré qu'il est très bien toléré et qu'il soit administré seul ou combiné à d'autres vaccins.
Toutefois, pour éliminer le risque de cas de poliomyélite dérivés d'une souche vaccinale, le Plan stratégique pour l'éradication de la poliomyélite et la phase finale, lancés par l'OMS prône le retrait progressif du vaccin antipoliomyélitique oral d'ici à 2019 ; une étape essentielle vers l'élimination de la maladie.
Ce processus a commencé en avril 2016, avec le retrait synchronisé au niveau mondial du VPO trivalent, qui contient le virus de type 2, et le remplacement par le VPO bivalent, qui comprend uniquement les poliovirus de type 1 et 3.
Afin de réduire au minimum les risques associés à ce changement, l'OMS a recommandé à tous les pays d'introduire au moins une dose de Vaccin polio inactivé (VPI) dans leur calendrier de vaccination de routine avant la transition. Car, le VPI confère une protection contre les trois types de poliovirus.
C'est dans cette dynamique que le Burkina Faso avec l'appui de ses partenaires techniques et financiers a introduit le vaccin antipoliomyélitique inactivé dans le système de vaccination. Le lancement est intervenu le 20 juillet 2018, à Ouagadougou.
« Ce nouveau vaccin qui vient augmenter le nombre de vaccins de notre programme à quatorze, constitue un tournant décisif de notre marche vers l'éradication de la poliomyélite », a soutenu le ministre burkinabè de la santé, Pr Nicolas Méda au cours ladite cérémonie.
Qu'est-ce qu'un vaccin inactivé ?
Les vaccins inactivés contiennent des agents infectieux (ou une toxine produite par ceux-ci) qui ont été tués grâce à un produit chimique ou par la chaleur. Ils sont donc totalement inoffensifs, mais reste capables de susciter une réponse du système immunitaire.
Le vaccin injectable contre la poliomyélite, les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l'Haemophilus influenza de type b, l'hépatite A, l' hépatite B, le pneumocoque, la grippe, l'encéphalite à tiques d'Europe centrale, l'encéphalite japonaise et la méningite à méningocoques (A, C, W, Y) sont des vaccins inactivés.
Ces vaccins contiennent aussi des conservateurs et des antibiotiques qui empêchent leur contamination, ainsi que des stabilisants.
Ces substances permettent de maintenir la qualité des vaccins entre leur production et leur administration. Certains vaccins contiennent aussi des substances dites "adjuvants" qui stimulent la réponse immunitaire à la vaccination. Ces substances augmentent l'efficacité des vaccins.
Il faut retenir qu'en 1988, lorsque l'OMS est devenue membre de l'Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite, la maladie paralysait à vie 10 enfants toutes les 15 minutes, dans presque tous les pays du monde. Chaque cas aurait pourtant pu être évité.
En 2017, 12 cas ont été signalés jusqu'à présent dans seulement 2 pays. Entretemps, les infrastructures mises en place pour éradiquer la poliomyélite ont été au cœur de l'action menée pour que tous les enfants, sans exception, accèdent à des services de santé équitables, même dans les zones les plus éloignées et marginalisées.
Aujourd'hui, il ne reste plus que 3 pays d'endémie, où la poliomyélite n'a jamais été jugulée: l'Afghanistan, le Nigéria et le Pakistan. Même dans ces pays, les districts où le virus est cantonné, seulement 15 districts ont été touchés depuis la dernière Journée mondiale contre la poliomyélite, contre 29 entre octobre 2015 et 2016.
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