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24/08/2012
L'illusion de la moyennisation : une aliénation contemporaine
J'ai récemment mentionné l'illusion de la propriété privée des capitaux pour tous (illusion puisque démentie subermement par la réalité des faits statistiques).
Aujourd'hui, je souhaiterais aborder une autre illusion contemporaine qui m'est apparue lors d'un débat avec le libertaire Achille Karangwa : l'illusion de la moyennisation, ou plus exactement l'illusion d'appartenance à la classe moyenne.
De nos jours en Occident, la plupart des gens n'ont pas conscience d'appartenir en soi à une classe sociale, de par leur simple existence en tant que membre d'un mode de production, et par conséquent en tant que membre déterminé socialement et économiquement par ce mode de production. Mais si on leur demande quelle classe ils appartiennent, la grande majorité d'entre eux auront une tendance nette à se définir comme appartenant à la classe moyenne.
Il semblerait en effet, selon cette vision, que notre époque ne connaisse plus qu'une vaste et unique classe moyenne, avec quelques riches et quelques pauvres saupoudrant le tout.
Cet aveuglement est typiquement une conséquence du bourrage de crâne libéral qui persifle à nos oreilles à travers l'hégémonie culturelle capitaliste.
Ainsi, nous (la grande majorité de la population, dans laquelle je m'inclus évidemment) tendons subjectivement à nous identifier à une classe qui n'est pas la nôtre.
Ce qui a comme conséquence une incapacité à développer une culture de classe, et surtout à développer une conscience de classe propre à nous permettre de nous organiser politiquement et idéologiquement de façon à défendre nos intérêts réels et objectifs, et non nos intérêts subjectifs (dictés par les théoriciens libéraux au nom de la servilité envers le capital). Ou pour le dire plus simplement, la confusion d'appartenance de classe engendre une confusion idéologique qui se traduit par une incapacité à défendre ses intérêts de classe...
Une seule solution : ré-orienter notre appartenance subjective de classe pour qu'elle corresponde à notre appartenance objective.
Afin d'établir un découpage objectif de la société en classes sociales, nous pouvons nous appuyer sur les critères du revenu (du travail et du capital), de la fortune (capitaux immobiliers et mobiliers), et du mode de vie (culture).
Une analyse plus fine prendrait aussi en compte (et l'exprimerait de manière évidente) les variations entre possession de capitaux culturels, sociaux, et symboliques, ce qui n'apparaît que sous forme de conséquence sinon.
Dans ma classification ci-dessous, j'introduis donc trois catégories : l'appartenance de classe objective, l'appartenance de classe subjective (actuelle), et les catégorisations marxistes.
On notera que j'inclus la classe moyenne dans les classes dominées, car je considère que la porosité entre les populaires et la classe moyenne est relativement élevée (au contraire, la mobilité sociale au-delà de la classe moyenne est très largement plus réduite).
En ce qui concerne l'appartenance de classe subjectivement vécue majoritairement aujourd'hui, j'ai trouvé que cette conception s'incarnait bien dans les catégories spontanées des mouvements populaires des Indigné-e-s. Ces derniers ont réduit en effet la société à, nous les 99% (les classes moyennes), versus eux les 1% (les trilliardaires), et tant pis pour les travailleurs et les pauvres.