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LA CONTRIBUTION SUISSE AU PROJET SOCRATES-MAILBOX
I. CADRE INSTITUTIONNEL DE L'USAGE DES TIC
Kalimera
EduTex
Problèmes soulevés par le passage du Vidéotex aux messageries sur Internet
Formation et stratégies de diffusion
Matériel et conditions de l'usage des TIC
Qui fait de la télématique?
La question de genre et l'utilisation de la télématique
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LA CONTRIBUTION SUISSE AU PROJET SOCRATES-MAILBOX
I. CADRE INSTITUTIONNEL DE L'USAGE DES TIC
En 1981, une prise de position du gouvernement fédéral a permis le démarrage de l'enseignement de l'informatique. La généralisation de cet enseignement dans les écoles genevoises a commencé en 1984. Les expériences scolaires télématiques ont débuté en 1987, encouragées à partir de 1989 par les PTT qui cherchaient à diffuser la technologie du Vidéotex. Sous l'impulsion de l'Institut romand de recherches et documentation pédagogiques (IRDP) et du Centre Pédagogique des Technologies de l'Information et de la Communication de Genève (CPTIC), deux réseaux différents ont été mis sur pied: EduTex et Kalimera7 . En Suisse romande, les directeurs d'écoles et leurs supérieurs hiérarchiques ont en général pris peu d'initiatives dans le domaine, se contentant de réagir à celles des enseignants.
Kalimera
Le réseau Kalimera permettait des échanges entre classes de tous les ordres d'enseignement des trois régions linguistiques. Il était soutenu au niveau national par la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP). Toutefois, depuis quelques années, les réunions mensuelles d'enseignants, qui se tenaient à Berne et qui permettaient des échanges sur les applications pédagogiques de la télématique, ont dû être supprimées, faute de moyens financiers pour l'encadrement. Le réseau s'est relativement délité pour disparaître entièrement en 1997. Une partie des enseignants genevois de ce réseau poursuivent leurs activités en utilisant le logiciel Mailbox8 du CPTIC qui permet, depuis 1995, d'envoyer des messages sur Internet. Grâce aux contacts personnels établis à travers l'ancien réseau, certaines classes restent en correspondance, malgré les difficultés de cette période de transformation de la technologie et des réseaux.
EduTex
Le réseau EduTex, qui regroupe essentiellement des instituteurs de cantons romands, a été transféré sur Internet pour la rentrée de 1996 (il s'appelle désormais EduNet). Les élèves utilisent la messagerie de Netscape et ont accès au Web. Ce réseau a aussi eu quelques difficultés à se maintenir, les bailleurs de fonds et d'équipement (notamment les PTT) se faisant rares et les autorités scolaires étant en général peu empressées à prendre la relève. Aujourd'hui, ce sont souvent les communes qui assument les frais courants. L'IRDP assure un minimum de suivi du réseau dont l'effectif oscille entre 20 et 30 classes. Les instituteurs continuent à se rencontrer, toutes les six semaines environ, pour élaborer des projets communs. Deux enseignants ont publié un recueil des projets Kalimera, avec l'aide de l'IRDP9 , et une étude sur l'expérience EduTex a paru en 199610.
Dès 1990, des enseignants genevois se sont insérés dans d'autres réseaux (ATT, Internet, Carfi, etc.). Le CPTIC a édité une monographie qui fait le point de la situation en 1994, rapportant quarante expériences réalisées11.
Problèmes soulevés par le passage du Vidéotex aux messageries sur Internet
Le passage du Vidéotex aux nouvelles messageries n'a pas été ressenti comme un progrès de tous les points de vue et par tous les acteurs. Selon la responsable des TIC au CO, on a perdu un certain nombre d'avantages. Les anciens réseaux permettaient l'autonomie technique des enseignants. "Les enseignants géraient le système eux-mêmes. Ils pouvaient par exemple décider rapidement de créer un forum." De plus, ces réseaux étaient des espaces conçus spécifiquement pour les jeunes. "... on pouvait faire des envois selon des mots-clés,... par exemple à tous ceux intéressés par un certain thème, ce qui n'est plus possible avec la messagerie actuelle. On pouvait demander qui avait des informations sur un sujet, se donner rendez-vous à Genève, ...." Depuis l'abandon du Vidéotex, on rencontre aussi un problème d'accès. Le Vidéotex était en libre accès dans les bibliothèques où les élèves l'utilisaient en dehors de toute initiative pédagogique. Pour le CO, on estime qu'environ un sixième des élèves abonnés ne faisait pas partie d'une classe "branchée", ayant découvert le Vidéotex à travers les copains d'école.
La responsable relève par ailleurs que "Les anciens dispositifs avaient les avantages d'un réseau fermé. Un message hors norme d'un élève ... ne risquait pas de créer un problème politique local." Ce type d'organisation permettait de travailler avec une boîte aux lettres par classe, solution nettement plus pratique selon la plupart des utilisateurs. Les responsables du réseau Mailbox imposent maintenant une boîte aux lettres pour chaque élève afin de pouvoir déterminer la provenance d'éventuels messages offensants. Dans le réseau romand EduNet (utilisé surtout par les enseignants de l'école primaire) le problème de contrôle se pose aussi, sans qu'on ait pris la décision d'interdire les boîtes aux lettres collectives. Plusieurs responsables de l'informatique en Suisse romande, dont le coordinateur d'EduNet, estiment qu'il n'y a pas urgence, bien qu'il sera sans doute nécessaire de restreindre certains accès et de baliser certains chemins d'écoliers sur Internet. "C'est comme si vous mettiez un gamin dans la Bibliothèque Nationale, il sera forcément perdu.... Nous sommes passés de la navigation sur le lac, à la navigation en haute mer ! Il faut un temps d'adaptation..."
Au-delà de ces problèmes de transition, la préoccupation principale du moment est bien sûr l'élaboration d'un concept pédagogique pour l'intégration des TIC. Pendant l'année 1996-1997, une commission formée de maîtres et de responsables de l'enseignement primaire et secondaire a rédigé un document qui tente de donner une perspective globale à la question12.
Formation et stratégies de diffusion
A Genève, le CPTIC fournit des formations "légères" aux TIC13 , soit dans le cadre de la formation continue, soit à travers ses "clubs" d'utilisateurs. Par ailleurs, le CPTIC gère les aspects techniques, rend compte des expériences dans son périodique "Informatique Informations" et stimule le développement de la télématique.
La diffusion de la télématique ne s'est pas faite selon le mode hiérarchique habituel. L'initiative est venue du CPTIC (et de l'IRDP), qui ont encouragé et coordonné des expériences individuelles "de la base" pour les mettre en réseaux. Dans le cas du secondaire, le CPTIC a aussi utilisé l'entrée des groupes de discipline14 (en particulier des langues) pour atteindre un public réceptif15.
Le CPTIC offre aussi une initiation à la télématique destinée à tous les ordres d'enseignement. Toutefois, une bonne partie des maîtres se sont formés "sur le tas", dans les réseaux Kalimera et EduNet. De plus, certains enseignants ont consacré un nombre important d'heures pour mettre au courant leurs collègues.
Les candidats à l'enseignement primaire, étudiant à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (FPSE), bénéficient depuis l'année 1996-97 d'une formation aux TIC à raison de 36 heures par année. Dans un premier temps, ils reçoivent une information générale sur les différentes technologies existantes. Ils approfondissent ensuite un thème spécifique et réalisent, par groupes de deux, un projet (très souvent mis en oeuvre lors de stages en classe). En fin d'année, les étudiants prennent connaissance de l'ensemble des projets lors d'un "colloque."
Les thèmes proposés pour l'année 1997 étaient: "Textes, images et sons dans la communication pédagogique", "Le développement des logiciels éducatifs" et "Télématique et collaboration." Ce dernier thème permettait aux étudiants de s'initier à l'utilisation de la télématique considérée en premier lieu comme un moyen au service de la collaboration, proche ou à distance, entre élèves et entre enseignants et élèves. Ils ont relevé le rôle important des élèves "experts" dans l'initiation aux TIC, les interactions régulant les erreurs d'orthographe et de syntaxe et la collaboration entre classes pour la rédaction d'un journal. Nos observations confirmeront la pertinence de cette perspective liant communication et apprentissages sociaux.
Matériel et conditions de l'usage des TIC
A l'école primaire, toutes les classes de 5e et 6e disposent d'un ordinateur PC. Celui-ci sert surtout aux logiciels EAO et, dans une moindre mesure, à des activités Logo. Les premiers maîtres de l'école primaire qui ont pratiqué la télématique dans le cadre d'EduTex ont été équipés avec des ordinateurs Mac par l'IRDP. L'administration scolaire règle l'abonnement Internet et l'IRDP défraie les déplacements pour les réunions romandes d'EduNet. Par contre, le surcroît de travail et les autres charges (en particulier l'achat d'un ordinateur Mac et d'un modem pour les nouveaux venus dans le réseau) sont en général aux frais de l'enseignant.
Au niveau secondaire, les ordinateurs sont regroupés dans des ateliers. Au Cycle d'orientation (Secondaire I) de Genève, chaque école est équipée d'un atelier de huit PC et d'un autre atelier équipé de douze ordinateurs Mac. Les PC sont en principe réservés au cours d'initiation à l'informatique qui a lieu durant un semestre en 7e année. Celui-ci (en cours de restructuration) est surtout consacré à une initiation à Logo et aux fonctions de base de Windows. Très peu d'enseignants d'informatique ont expérimenté la télématique avec leurs élèves. L'atelier Mac sert aux applications d'Enseignement et Apprentissage avec l'Ordinateur (EAO) dans les disciplines, y compris les expériences télématiques. La messagerie a encore des problèmes techniques, notamment parce que la majorité des machines sont des vieux Mac SE. Au moment des observations (1996-97), les élèves avaient seulement accès à la messagerie, mais, normalement, ils devraient avoir accès au Web à partir de 1998. L'équipement des écoles postobligatoires varie selon les établissements. L'école observée dans le cadre de notre recherche dispose de deux ateliers équipés de PC, un réservé à la télématique, l'autre à l'EAO.
On constatera sur le terrain que les enseignants actifs dans la télématique se sont souvent "débrouillés" pour aménager ces conditions. Les uns ont obtenu un accès plus facile aux ateliers ou un aménagement d'horaire de la classe pour pouvoir mieux gérer les activités télématiques, les autres ont complété le matériel à leurs frais.
Quelques enseignants du secondaire qui pratiquent la télématique bénéficient d'heures de décharge
Qui fait de la télématique?
En 1996-1997, selon l'estimation d'un des responsables de l'informatique, il y avait environ cinquante écoles primaires reliées par modem à Genève. Une vingtaine d'enseignants du primaire (sur un total de 1800), vingt-cinq maîtres du secondaire I (sur 1600) et moins d'une dizaine du postobligatoire (sur 2350) auraient déjà pratiqué la télématique avec leurs élèves. Au secondaire, il s'agissait surtout de classes d'anglais et d'allemand qui correspondaient dans cette langue à l'intérieur du canton.
Quant au réseau EduNet, on estime qu'il comprend actuellement environ 28 classes en Suisse romande.
Certaines écoles ont davantage investi la télématique que d'autres. Il s'agit d'établissements qui pouvaient compter sur quelques enseignants particulièrement compétents et prêts à soutenir et à encadrer leurs collègues.
La question de genre et l'utilisation de la télématique
A l'école secondaire, l'initiative du développement d'expériences télématiques a été prise par des enseignantes de langues, qui ont déjà été très actives dans la diffusion de l'EAO. Par contre, les responsables d'atelier sont des hommes et les cours d'initiation à l'informatique sont en général aussi dispensés par des hommes. Certains auraient même une attitude un peu "macho" envers les enseignantes, s'imaginant mal qu'elles puissent être au faîte de la technique. Selon les "pionnières", beaucoup de maîtres d'informatique seraient paradoxalement assez peu intéressés à introduire les TIC dans l'enseignement en dehors de leur discipline.
Serait-on en présence d'une attitude "féminine" face aux TIC, plus ouverte aux applications, à la communication, à la pédagogie et aux apprentissages sociaux, qui s'opposerait à une attitude "masculine" plus centrée sur la technologie? Est-ce un début de construction de rôles, une simple coïncidence ou une conséquence de la forte représentation des femmes dans l'enseignement de langues? Apparemment, on ne retrouve pas le même phénomène à l'école primaire. A ce niveau, l'informatique n'est pas enseignée en tant que discipline et, par conséquent, une telle division de rôles peut difficilement se développer. S'ils veulent s'intéresser à l'informatique, enseignants et enseignantes utilisent forcément les ordinateurs à peu près de la même manière.
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8)."Mailbox" est le nom du logiciel de messagerie mis au point par le CPTIC. Il ne faut pas confondre ce logiciel avec le projet de recherche européen dans lequel s'insère notre travail.
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9).Inglin, Th. et Girod, D. (1994). Utilisation pédagogique d'outils télématiques: Edutex-Eduserve. Neuchâtel: IRDP.
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10)Behrens, M. (1996). La télématique à l'école. Neuchâtel: IRDP.
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11)Centre informatique pédagogique. (1994). Télématique Pédagogique. Genève: CIP. (Monographie No. 2).
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12).Bettens, M. et al. (1997). Les technologies de l'information et de la communication au département de l'instruction publique. Les TIC au DIP. Genève: Département de l'instruction publique.
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13).Ces formations sont de 4 à 32 heures sur l'année scolaire.http://www.ge-dip.etat-ge.ch/formation
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14). Ces groupes sont des organisations représentatives des enseignants d'une discipline donnée.
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15).Une enseignante très active dans ce cadre a mis une série de projets et de matériaux sur la messagerie à disposition de ses collègues, en espérant que cet "appât" amènerait un certain nombre d'entre eux à pratiquer la messagerie, dans un premier temps pour leurs propres besoins....
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