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CHAPITRE VII : TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND SUR LA LITURGIE ROMAINE. PROGRÈS DE CETTE LITURGIE DANS L'OCCIDENT. AUTEURS LITURGISTES DES VII° ET VIII° SIECLES.
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La fin du sixième siècle vit monter sur le Siège apostolique un homme dont le pontificat de treize ans et six mois expira l'an 604, mais laissa pour tous les siècles suivants la renommée d'une gloire qui a pu être égalée, mais n'a jamais été surpassée. Saint Grégoire le Grand, dont l'immense correspondance nous retrace si vivement la sollicitude qu'il exerçait sur toutes les Églises, dont les écrits si remplis de gravité et d'onction justifient, par la plus pure et la plus excellente doctrine, le titre de quatrième Docteur que l'Église lui a assigné, saint Grégoire le Grand porta ses soins éclairés sur la Liturgie de l'Église de Rome, et par les perfectionnements qu'il y introduisit, prépara d'une manière sûre, pour un temps plus ou moins éloigné, son introduction dans toutes les provinces de l'immense patriarcat d'Occident.
Nous avons rapporté, au chapitre précédent, les travaux de saint Célestin et de saint Gélase durant ce cinquième siècle, qui fut, dans toute l'Église, un moment brillant pour la Liturgie, puisqu'on vit alors les plus grands évêques donner tous leurs soins à la perfectionner. Vers la fin du sixième siècle, il était devenu nécessaire de compléter et d'améliorer l'uvre des siècles précédents; car la Liturgie, comme le Symbole de l'Église, comme le recueil de sa
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Discipline, doit s'enrichir par le cours des siècles, bien qu'elle ne puisse changer d'une manière fondamentale. Ce progrès dirigé par l'autorité compétente, en même temps qu'il satisfait à de nouveaux besoins, n'expose jamais l'intégrité des rites ecclésiastiques et n'amène point de variations choquantes dans les formules saintes que les siècles ont consacrées.
Ce fut donc dès les premières années de son pontificat que saint Grégoire entreprit la réforme de la Liturgie romaine. Son historien, Jean Diacre, nous a laissé sur ce sujet les détails les plus intéressants; ils nous sont confirmés non-seulement par le témoignage de tous les auteurs qui l'ont suivi, mais même par l'autorité de plusieurs personnages qui ont vécu avant lui, tels que Walafride Strabon, saint Adrien Ier, et Ecbert, qui occupa le siège d'York en 732. Or, voici les paroles de Jean Diacre, au chapitre XVII du second livre de la vie de notre saint pontife :
« Il réduisit en un seul volume le livre du pape Gélase, qui contenait la solennité des messes, retranchant beaucoup de choses, en retouchant quelques-unes, et en ajoutant plusieurs autres (1). »
Walafrid Strabon, qui mourut en 849, vingt-huit ans avant le Pontificat de Jean VIII, par l'ordre duquel Jean Diacre écrivit la vie de saint Grégoire, s'exprime ainsi dans son traité De Rebus ecclesiasticis : « Gélase, le cinquante-unième Pape, mit en ordre les prières, tant celles qu'il avait composées que celles que d'autres avaient rédigées avant lui; les Églises des Gaules se servirent de ses oraisons, et elles y sont encore employées par plusieurs. Mais comme beaucoup de ces formules semblaient appartenir à des auteurs incertains, ou ne présentaient pas
(1) Sed et Gelasianum codicem de missarum solemniis, multa subtrahens, pauca convertens, nonnulla vero adjiciens, pro exponendis Evangelicis lectionibus, in unius libri volumine coarctavit. (Joann. Diac. Vita S. Gregorii, lib. II, cap. XVII.)
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un sens clair et complet, le bienheureux Grégoire prit soin de réunir tout ce qui était conforme à la pureté originale du texte, et ayant retranché les choses trop longues, et celles qui avaient été rédigées sans goût, il composa le livre qui est appelé des Sacrements. Que si on y trouve encore plusieurs choses qui s'écartent du but que nous venons de marquer, elles n'ont point été insérées par ce Pape, mais on doit croire qu'elles ont plus tard été ajoutées par d'autres personnes moins soigneuses (1). »
Telle est l'origine du Sacramentaire grégorien qui, joint à l'Antiphonaire dont nous parlerons bientôt, forme encore aujourd'hui, à quelques modifications près, le Missel romain dont l'Église d'Occident tout entière se sert, sauf les exceptions de fait ou de droit.
L'historiographe de saint Grégoire nous apprend encore d'accord avec le Liber pontificalis, que ce saint pontife ajouta quelques paroles au canon de la messe. Remarquons ici, pour la seconde fois, que l'addition d'une seule ligne au canon de la messe était un événement qui intéressait tout l'Occident et que les siècles à venir ne pouvaient plus ignorer. Voici les paroles de Jean Diacre : « Il ajouta au canon de la messe : Diesque nostros in tua pace disponas, atque ab terna damnatione nos eripi, et in electorum tuorum jubeas grege numerari (2). » Cette
(1) Nam et Gelasius Papa, in ordine LI, ita tam a se quam ab aliis compositas preces, dicitur ordinasse. Et Galliarum Ecclesias suis orationibus utebantur, quae adhuc à multis habentur. Et quia tam incertis auctoribus multa videbantur inserta, et sensus integritatem non habentia, curavit beatus Gregorius rationabilia quaeque coadunare, et seclusis his, quae vel nimia vel inconcinna videbantur, composuit librum qui dicitur Sacramentorum, sicut ex titulo ejus manifestissime declaratur : in quo si aliqua inveniuntur ad hune sensum claudicantia, non ab illo inserta, sed ab aliis minus diligentibus postea credenda sunt superaddita. (Walafrid. Strabo. de Rebus Ecclesiast., cap. XXII.)
(2) In canone missae apposuit : Diesque nostros, etc. (Joan. Diac, Vit. S. Gregorii M., lib. II, cap. XVII.)
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addition qui exprime une demande de paix, paraît se rapporter à l'année 594, durant laquelle Agilulphe, roi des Lombards, vint mettre le siège devant Rome; ce qui plongea dans la plus vive terreur cette ville, qui se trouvait en ce moment privée de garnison. Inquiet du salut de son troupeau, saint Grégoire suspendit les travaux qu'il faisait alors sur le prophète Ezéchiel, et ses instantes prières, jointes à sa vigilance et au courage des Romains, procurèrent la délivrance de la ville, après un an de siège (1).
Saint Grégoire ne se borna pas à rectifier les formules de la Liturgie et à les compléter; il s'attacha aussi à donner aux cérémonies du culte une pompe extérieure qui les rendit plus efficaces encore pour l'instruction et l'édification du peuple. Il régla, dans un ordre qui s'est conservé jusqu'aujourd'hui presque dans son entier, les jours et les lieux des Stations (2). « Il ordonna avec soin, continue Jean Diacre, les Stations dans les basiliques, ou dans les cimetières des saints martyrs, en la manière que garde encore aujourd'hui le peuple romain, comme si Grégoire vivait toujours. Dans ces Stations, auxquelles il prenait part lui-même, il prononça, en diverses époques, devant l'assemblée des fidèles, vingt homélies sur l'Evangile ; il dicta seulement les vingt suivantes, et les fit déclamer par d'autres, à cause des langueurs de sa poitrine fatiguée. L'armée du Seigneur, composée d'une foule innombrable de fidèles de tout sexe, de tout âge et de toute condition, avide de la parole de doctrine, accompagnait, dans ces Stations, les pas du Pontife, qui, comme le chef d'une milice céleste, donnait à chacun des armes spirituelles (3). »
(1) Ciacconi. Vitae Pont. Rom., tom. I, pag. 404.
(2) Nous donnerons ailleurs la désignation de ces Stations, ainsi que le détail de ce qu'on y observait.
(3) Stationes per basilicas, vel sanctorum martyrum Coemeteria secundum quod hactenus plebs Romana quasi eo vivente certatim discurrit, sollicitus ordinavit : per quas et ipse simul discurrens, dum adhuc eloqui praevaleret,viginti homilias Evangelii coram Ecclesia diverso tempore declamavit : reliquas vero ejusdem numeri dictavit quidem, sed lacessente stomacho languore continuo, aliis pronunciandas commisit. Sequebatur exercitus Domini ultra citraque Gregorium praeeuntem, et audituras verbum doctrinae innumerabiles undique diversi sexus, astatis ac professionis voluntarias confluebant cohortes : quibus ille, utpote ductor clestis militiae, cunctis duntaxat arma spiritalia suggerebat. (Joan. Diac., ibid., cap. XVII et XIX.)
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« Il régla les Messes solennelles que l'on célébrerait sur les corps des bienheureux Apôtres Pierre et Paul. Il fit l'acquisition d'un grand nombre de plants d'oliviers dont il grava le dénombrement sur des tables de marbre placées aux portes de la basilique (1), et les affecta au luminaire qu'il augmenta, et à l'entretien duquel il pourvut avec soin (2). »
On peut voir dans les divers exemplaires du Sacramentaire grégorien, qui ont été publiés sur des manuscrits plus ou moins purs, et dans les anciens Ordres romains, dont les deux premiers sont très-certainement contemporains de saint Grégoire, la forme de la Messe papale, telle qu'elle était célébrée aux jours des Stations. Fleury lui-même n'a pas cru devoir se dispenser d'en raconter plusieurs détails dans son Histoire ecclésiastique. Nous réservons ce récit, ainsi que la description de la Messe papale telle qu'elle se célèbre aujourd'hui, pour la partie de notre travail qui traitera à fond du sacrifice chrétien et de ses mystères.
Les modifications que saint Grégoire avait introduites dans la Liturgie n'avaient pas manqué, ainsi qu'il arrive
(1) Ces tables existent encore parfaitement conservées, sous le portique de la basilique actuelle de Saint-Pierre.
(2) Super corpora beatorum Petri et Pauli apostolorum, missarum solemnia celebrari decrevit, acquisitis numerosissimis olivetis, quorum summam in tabulis marmoreis, prae foribus ejusdem basilicae annotavit, luminaria superaddidit, officia sedula deputavit. (Joan. Diac, ibid., cap. XX.)
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toujours dans les mesures générales d'administration d'exciter les réclamations de plusieurs. Le saint Pape, en effet, en statuant plusieurs règlements sur la forme du service divin dans l'Église de Rome, avait astreint par là même à l'observation de ces ordonnances, les Églises de l'Italie et des îles adjacentes qui sont, comme on doit savoir, du domaine primatial de l'Église romaine, de même que l'Occident, en son entier, forme sa circonscription patriarcale. Jean Diacre nous a conservé un important fragment d'une lettre de saint Grégoire adressée à Jean, évêque de Syracuse, et dans laquelle le saint Pape répond aux clameurs qui s'étaient élevées en Sicile. Nous reproduirons ici cette pièce, en y joignant nos observations.
« Un homme venant de Sicile m'a dit que quelques-uns de ses amis, grecs ou latins, sous prétexte de zèle envers . l'Eglise romaine, murmuraient contre mes règlements, disant : Comment prétend-il abaisser l'Église de Constantinople, lui qui en suit les coutumes en toutes choses? Comme je lui disais : Quelles coutumes suivons-nous ? il m'a répondu : Vous avez fait dire Alléluia, aux messes, hors le temps pascal; vous faites marcher les sous-diacres sans tuniques; vous faites dire Kyrie, eleison ; vous avez ordonné de dire l'Oraison dominicale aussitôt après le canon. A cela j'ai répondu que dans aucune de ces choses nous n'avons suivi les usages d'une autre Église. Car pour ce qui est de lAlleluia,la tradition nous apprend qu'il a été introduit ici par le bienheureux Jérôme, au temps du pape Damase, de sainte mémoire, à l'imitation de l'Église de Jérusalem; et encore faut-il remarquer que, dans ce Siège, nous avons retranché plutôt quelque chose à ce que l'on avait ainsi reçu des Grecs (1). Si je fais marcher les sous-diacres sans tuniques, c'est l'ancienne
(1) On sait que les Grecs chantent Alleluia pendant le Carême, et même aux sépultures.
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coutume de l'Eglise; seulement, dans la suite des temps, il avait plu à quelqu'un de nos pontifes, je ne sais lequel, de les revêtir ainsi. Mais vos propres Églises (de Sicile), ont-elles donc reçu la tradition des Grecs ? Aujourd'hui encore, chez vous, d'où vient que les sous-diacres paraissent couverts d'une simple tunique de lin, si ce n'est parce qu'ils ont reçu cet usage de l'Église romaine leur mère ?
« D'ailleurs, nous ne disons pas Kyrie, eleison à la manière des Grecs. Chez eux, tous le disent ensemble ; chez nous, il n'y a que les clercs, et le peuple répond; et de plus, nous disons autant de fois Christe, eleison, que les Grecs ne disent jamais. Dans les messes quotidiennes, nous passons sous silence certaines choses que l'on a coutume de dire aux autres jours, et nous disons seulement Kyrie, eleison et Christe, eleison, en les chantant avec un peu plus de lenteur. Nous disons l'Oraison dominicale aussitôt après le canon, parce que telle a été la coutume des Apôtres qui, en consacrant l'hostie de loblation, se contentaient de cette prière (1). Il nous eût paru inconvenant de réciter sur l'oblation une prière rédigée par un savant, et d'omettre de réciter sur le corps et le sang du Rédempteur celle qu'il a lui-même composée. De plus, l'Oraison dominicale chez les Grecs est dite par tout le peuple, tandis que, chez nous, c'est le prêtre seul qui la récite.
« En quoi donc avons-nous suivi les coutumes des Grecs, nous qui n'avons fait que rétablir nos anciens usages, ou en introduire d'utiles, quand bien même on
(1) On doit savoir que le mot consacrer, appliqué à l'Eucharistie, dans la langue des Pères, a un tout autre sens que dans le langage de la théologie actuelle. Il signifie certain usage qu'on fait de l'hostie sainte in ordine ad communionem. C'est ainsi que saint Ambroise, en son livre De Officiis ministrorum, fait dire au diacre saint Laurent, que le pape saint Sixte lui a confié la «Consécration du Sang du Seigneur, » Dominici Sanguinis consecrationem.
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prouverait qu'en cela nous avons imité les autres ? Quand donc Votre Charité aura occasion d'aller à Catane, ou à Syracuse, qu'elle ait soin d'instruire sur ces différents points tous ceux qu'elle sait avoir murmuré à ce sujet; qu'elle s'y prenne à propos pour leur faire entendre ces raisons. Quant à ce qu'ils disent de l'Église de Constantinople, qui doute qu'elle ne soit sujette du Siège apostolique, ainsi que le très-pieux Empereur et notre frère l'évêque de cette ville, le professent assidûment? Néanmoins, si cette Église, ou toute autre, a quelque chose de bon, de même que je réprime mes inférieurs, lorsqu'ils font des choses illicites, de même je suis prêt à les imiter dans ce qu'ils ont de bon. Ce serait folie de mettre la primauté à dédaigner d'apprendre ce qui est le meilleur (1). »
On voit, dans cette curieuse lettre, l'exercice de la suprématie romaine dans les choses de la Liturgie. Le Pontife rétablit des usages tombés en désuétude ; il en institue d'autres qui lui paraissent utiles; il choisit dans les rites des Églises soumises à celle de Rome, ceux qu'il lui semble à propos d'adopter; il professe le droit souverain qu'il a reçu de réprimer les abus, jusque sur le Siège de Constantinople ; enfin, il proclame en même temps la disposition si sage et si souvent mise en pratique par le Saint-Siège, d'imiter ce qui se rencontre de meilleur dans les usages des diverses Eglises. Nous verrons constamment les Papes, dans tous les siècles, suivre cette ligne si sagement et si fortement tracée.
Le zèle infatigable de saint Grégoire ne se borna pas à lui faire entreprendre la réforme des prières et des cérémonies de la Liturgie; il entreprit aussi la correction du chant ecclésiastique, dont la mélodie majestueuse devait ajouter une nouvelle splendeur au service divin. Nous
(1) Vid. la Note A.
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avons vu, au chapitre précédent, le pape saint Célestin instituant le chant des antiennes et des répons, connus sous le nom d'Introït et de Graduel, et l'on ne saurait douter que ces morceaux ne fussent composés à l'instar des autres pièces du même genre que nous voyons dès lors en usage, soit dans la psalmodie des heures, soit dans la célébration de la messe. Il y avait aussi, comme nous l'avons vu, des préfaces et autres récits qui ne pouvaient être chantés sans un système de musique quelconque. Nous n'avons point à nous occuper, en cet endroit, du caractère du chant ecclésiastique; nous devons seulement rappeler en passant au lecteur que tous les hommes doctes qui ont traité des origines de la musique ont reconnu dans le chant ecclésiastique ou grégorien, les rares et précieux débris de cette antique musique des Grecs dont on raconte tant de merveilles. En effet, cette musique d'un caractère grandiose et en même temps simple et populaire, s'était naturalisée à Rome de bonne heure. L'Église chrétienne s'appropria sans trop d'efforts cette source intarissable de mélodies graves et religieuses; seulement, le respect dû aux formules saintes, souvent tirées des Ecritures, qu'il fallait réduire en chant, ne permettant pas de les soumettre à une mesure qui en eût souvent altéré la simplicité et quelquefois même le sens, le chant de l'Eglise, quoique puisé dans les modes antiques, n'avait pour thème que des morceaux en prose et d'un rythme vague et souvent irrégulier. On voyait que les Pontifes avaient cherché plutôt à instruire les fidèles par la doctrine contenue dans les paroles sacrées, qu'à ravir leurs oreilles par la richesse d'une harmonie trop complète. Toutefois, les besoins du culte avaient donné naissance, dans l'Église de Rome, à un grand nombre de pièces de chant, toutes en prose pour les paroles; car, à la différence de celle de Milan et de presque toutes les autres, elle n'admettait pas d'hymnes. Les motifs de la plupart de ces
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chants étaient inspirés par la réminiscence de certains airs familiers et d'une exécution aisée, qu'une oreille exercée reconnaît encore dans le répertoire grégorien, et qu'il serait facile de rétablir dans leur couleur première.
Ce recueil de chants appelait aussi une correction, et Dieu, qui avait donné à saint Grégoire cette diction noble et cadencée qui lui permit de retoucher le Sacramentaire de saint Gélase, lui avait donné pareillement le sens de la musique ecclésiastique, à laquelle il devait même attacher son nom. « Grégoire, dit son historien, semblable dans la maison du Seigneur à un nouveau Salomon, pour la componction et la douceur de sa musique, compila un Antiphonaire, en manière de centon, avec une grande utilité pour les chantres(1). » Ces expressions compilavit, centonem, font voir que saint Grégoire ne peut être considéré comme l'auteur proprement dit des morceaux qui composent son Antiphonaire; en sorte qu'il en est du criant ecclésiastique comme de toutes les grandes institutions du catholicisme : la première fois qu'on les rencontre dans les monuments de la tradition, elles apparaissent comme un fait déjà existant, et leur origine se perd dans une antiquité impénétrable. Mais il est permis de croire que saint Grégoire ne se borna pas à recueillir des mélodies : il dut non-seulement corriger, mais composer lui-même plusieurs chants dans son Antiphonaire, par un travail analogue à celui qu'il avait accompli sur le Sacramentaire. Ce ne peut être qu'en qualité de correcteur éclairé et même de compositeur, que Jean Diacre le loue sur l'onction et la douceur de sa musique. Il nous serait impossible de préciser aujourd'hui avec certitude dans le détail, les morceaux de l'Antiphonaire grégorien qui appartiennent proprement au grand Pontife dont nous
(1) Deinde in domum Domini, more sapientissimi Salomonis propter musicae compunctionem dulcedinis, Antiphonarium centonem cantorum studiosissimus nimis utiliter compilavit. (Joan. Diac, ibid., cap. VI.)
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parlons ; mais telle était encore, au moyen âge, la reconnaissance des Églises d'Occident envers le Symphoniaste inspiré auquel elles devaient leurs chants, que le premier dimanche de l'A vent, on chantait solennellement les vers qui suivent, avant d'entonner l'Introït de la messe Ad te levavi, comme une sorte de tribut obligé à la mémoire d'un service si important :
Gregorius Praesul meritis et nomine dignus,
Unde genus ducit, summum conscendit honorem :
Quem vitae splendore, suae mentisque sagaci
Ingenio potius compsit, quam comptus ab illo est.
Ipse Patrum monimenta sequens, renovavit et auxit
Carmina, in Officiis retinet quae circulus anni :
Quae clerus dulci Domino modulamine solvat,
Mystica dum vitae supplex libamina tractat.
Suaviter haec proprias servat dulcedo nitelas;
Si quod voce sonat, fido mens pectore gestet.
Nec clamor tantum Domini sublimis ad aures,
Quantum voce humilis placido de corde propinquat.
Haec juvenum sectetur amor, maturior aevo,
Laudibus his instans, aeternas tendat ad Horas.
Ces vers si expressifs se trouvent, avec quelques variantes, en tête des divers exemplaires de l'Antiphonaire de saint Grégoire, qui ont été publiés sur des manuscrits des neuvième, dixième et onzième siècles, par Pamelius, Dom Denys de Sainte-Marthe et le B. Tommasi.
L'Antiphonaire de saint Grégoire se divisait en deux parties, l'une qui contenait les chants usités dans la messe et qui est connue depuis longtemps sous le nom de Graduel; l'autre appelée, dans l'antiquité, Responsorial, et contenant les répons et les antiennes de l'office, laquelle a retenu le nom d'Antiphonaire. Le manuscrit de Saint-Gall, l'un des deux sur lesquels le B. Tommasi a publié le Responsorial, porte, en tête, les vers suivants à la louange de saint Grégoire :
Hoc quoque Gregorius, Patres de more secutus,
Instauravit opus; auxit et in melius.
His vigili Clerus mentem conamine subdat
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Ordinibus, pascens hoc sua corda favo.
Quem pia sollicitis solertia nisibus, omni
Scripturae campo legit et explicuit.
Carmina diversas sunt haec celebranda per horas,
Sollicitam rectis mentem adhibete sonis.
Discite verborum legales pergere calles,
Dulciaque egregiis jungite dicta Modis.
Verborum ne cura sonos, ne cura sonorum
Verborum normas nullificare queat.
Quicquid honore Dei studiis celebratur honestis,
Hoc summis jungit mitia corda Choris.
Pour assurer l'exécution parfaite des chants qu'il avait recueillis et renouvelés avec tant de soin, saint Grégoire établit une école de chantres qui, au temps de Jean Diacre, existait encore. Le saint Pape l'avait richement dotée et lui avait assigné deux maisons dans Rome, l'une sous les degrés de la basilique de Saint-Pierre, l'autre dans le voisinage du palais patriarcal de Latran. « On conserve encore, dans cette dernière, ajoute l'historien, le lit sur lequel il se reposait en faisant répéter les modulations du chant, le fouet dont il menaçait les enfants et l'exemplaire authentique de l'Antiphonaire (1). » Le Collège des chantres établi par saint Grégoire a traversé les siècles et après avoir subi diverses modifications et obtenu de grands privilèges du Siège apostolique, il existe encore aujourd'hui à Rome; il fait seul le service du chant à la chapelle papale et dans les basiliques, quand le souverain Pontife y célèbre les saints mystères. Conformément aux usages de l'antiquité, lorsque les chantres de la chapelle papale tiennent le chur, l'orgue et les instruments de musique sont interdits. Quant au chant grégorien,
(1) Scholam quoque cantorum, quae hactenus eisdem institutionibus in sancta Romana ecclesia modulatur, constituit : eique cum nonnullis praediis duo habitacula, scilicet alterum sub gradibus basilicae beati Petri Apostoli, alterum vero sub Lateranensis patriarchii domibus fabricavit : ubi usque hodie lectus ejus, in quo recubans modulabatur, et flagellum ipsius, quo pueris minabatur, veneratione congrua cum authentico Antiphonario reservatur. (Joan. Diac, ibidem.)
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proprement dit, nous aurons occasion de parler en divers endroits de ses destinées et des changements et altérations dont il a été l'objet.
Nous avons vu, par la lettre de saint Grégoire à Jean de Syracuse, l'importance que mettait ce saint Pape à voir adopter la Liturgie romaine, telle qu'il l'avait réformée, par les Eglises qui étaient du ressort immédiat du Siège apostolique. Mais le temps n'était pas venu encore où les Pontifes romains en décréteraient l'extension aux autres Églises de l'Occident. La volonté positive de saint Grégoire à ce sujet paraît évidemment dans un passage de sa réponse aux difficultés que lui avait proposées le saint moine Augustin, apôtre de l'Angleterre. Ce dernier l'ayant consulté au sujet des usages qu'il était à propos de suivre, dans la célébration de l'office divin, et se plaignant du peu d'accord qu'il y avait entre les rites de l'Église romaine et ceux des Églises des Gaules, saint Grégoire lui répond : « Votre fraternité connaît la coutume de l'Église romaine dans laquelle elle a été élevée; mais je suis d'avis que si vous trompez, soit dans la sainte Église romaine, soit dans celles des Gaules, soit dans toute autre Église, quelque chose qui puisse être plus agréable au Dieu tout-puissant, vous le choisissiez avec soin, établissant ainsi, par une institution spéciale dans l'Église des Anglais qui est encore nouvelle dans la foi, les coutumes que vous aurez recueillies de plusieurs Églises; car nous ne devons pas aimer les choses à cause des lieux, mais les lieux à cause des bonnes choses (1). »
(1) III. Interrogatio Augustini. Cur, cum una fides, sunt ecclesiarum consuetudines tam diversae, et altera consuetudo missarum est in Romana ecclesia, atque altera in Galliarum ecclesiis tenetur ?
Responsio Gregorii Papae. Novit fraternitas tua Romanas ecclesias consuetudinem, in qua se meminit enutritam. Sed mihi placet ut sive in sancta Romana, sive in Galliarum, sive in qualibet ecclesia, aliquid invenisti, quod plus omnipotenti Deo possit placere, sollicite eligas, et in Anglorum ecclesia, quae adhuc in fide nova est, institutione praecipua quae de multis ecclesiis colligere potuisti infundas. Non enim pro locis res, sed pro bonis rébus loca nobis amanda sunt. (Labb. Concil., tom. V, pag. 1568.)
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Nous engageons le lecteur à noter ce passage remarquable, comme nous lui avons recommandé pareillement de garder le souvenir d'un fameux texte de saint Cyprien, au chapitre IV. La marche de cette histoire nous mettra à même de constater les applications pratiques qu'on a prétendu faire de l'un et de l'autre, dans un certain pays. Ici, nous n'avons qu'une chose à faire : c'est d'enregistrer le fait et de dire sa valeur à l'époque à laquelle il s'est passé.
Nous dirons donc qu'il est mis hors de doute, par ledit texte, que saint Grégoire ne voulut pas astreindre la nouvelle Église d'Angleterre à suivre les usages de l'Église romaine, de manière à lui interdire l'imitation des pratiques usitées dans les Gaules, ou dans tout autre pays ; nous ajouterons même, si l'on veut, et à plus forte raison, que notre grand Pape n'entendit pas davantage abroger les coutumes saintes et encore existantes de l'antique Église des Bretons qui n'était pas absolument éteinte par toute l'Angleterre, à l'époque de la mission de saint Augustin. Mais nous dirons que cette permission d'adopter ainsi divers usages, donnée postérieurement par saint Grégoire à ses missionnaires, ne prouve pas qu'il ne les eût pas chargés, en partant, des livres liturgiques de l'Église romaine, pour l'usage de leur nouvelle chrétienté. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre que saint Augustin et ses compagnons ne durent pas attendre pour célébrer les saints mystères et les offices divins d'avoir formé un prétendu corps de Liturgie, à l'aide de tant de matériaux hétérogènes. Quand saint Augustin adressait à saint Grégoire la question à laquelle ce saint Pape fit la réponse que nous venons de citer, lui permettant de puiser des usages aux diverses sources approuvées, saint
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Augustin avait déjà organisé sa nouvelle chrétienté, baptisé un grand nombre d'infidèles, ordonné des prêtres et même des évêques; or, suivant quel autre rite que celui de l'Église romaine, le saint Apôtre avait-il accompli toutes ces choses ? La légèreté de certains hommes prévenus a pu seule leur faire ici prendre le change ; ils y ont vu ce qu'ils y voulaient voir, et non ce qui y était véritablement. En outre, une étude plus patiente des monuments de l'histoire liturgique de l'Église leur eût appris que, soit que les usages dont parle saint Grégoire n'eussent rapport qu'à des détails de peu d'importance, soit que les évêques d'Angleterre n'aient pas jugé à propos de profiter de la permission que leur donnait le saint Pape, la Liturgie romaine, épurée à sa source, a seule régné dans la Grande-Bretagne, depuis la prédication de saint Augustin jusqu'à la Réforme du seizième siècle, qui, il faut l'avouer, n'a montré nulle part une forte prédilection pour la Liturgie romaine.
Bède rapporte, en effet, que, vers l'an 676, saint Benoît Biscop, illustre abbé d'Angleterre, étant allé à Rome, . obtint du pape saint Agathon la permission d'emmener avec lui dans la Grande-Bretagne, Jean, archichantre de l'église de Saint-Pierre, pour enseigner en son monastère « le rite annuel (cursum annuum) observé dans l'église de Saint-Pierre de Rome. Jean, qui était aussi abbé du monastère de Saint-Martin, se conforma à l'ordre du pontife; c'est pourquoi il apprit aux chantres de saint Benoît Biscop l'ordre et le rite de chanter et de lire à haute voix, et tout ce que requérait la célébration des jours de fête, durant tout le cours de l'année; il laissa tous ces détails par écrit, et on les garde encore dans le même monastère, d'où ils ont été transcrits pour l'usage d'un grand nombre d'autres (1). »
(1) Intererat huic synodo, pariterque catholic fidei decreta firmabat vir venerabilis Joannes, archicantor ecclesi sancti Petri, et abbas monas terii beati Martini, qui nuper venerat a Roma per jussionem papae Agathonis, duce reverendissimo abbate Biscopo, cognomine Benedicto, cujus supra meminimus. Cum autem idem Benedictus construxit monasterium Britannias, in honorent beatissimi Apostolorum principis, juxta ostium fluminis Vuyri, venit Romam cum cooperatore ac socio ejusdem operis Ceolfrido, qui post ipsum ejusdem monasterii abbas fuit (quod et ante saepius facere consueverat) atque honorifice a beatae memoriae papa Agathone susceptus est; petiitque et accepit ab eo in munimentum libertatis monasterii quod fecerat, epistolam privilegiis ex auctoritate apostolica firmatam juxta quod Ecgfridum regem voluisse ac licentiam dedisse noverat; quo concedente et possessionem terrae largiente, ipsum monasterium fecerat; accepit et praefatum Joannem abbatem in Britanniam perducendum, quatenus in monasterio suo cursum canendi annuum, sicut ad sanctum Petrum Roma; agebatur, edoceret. Egitque abbas Joannes, ut jussionem acceperat Pontificis, et ordinem videlicet, ritumque canendi ac legendi viva voce prafati monasterii cantores edocendo, et ea quae totius anni circulus in celebratione dierum festorum poscebat, etiam litteris mandando : quae hactenus in eodem monasterio servata, et a multis jam sunt circumquaque transcripta. (Bed., Hist. eccles., lib. IV, cap. XVIII.)
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On doit se rappeler que toutes les cathédrales de l'Angleterre étaient desservies par des moines ; eh sorte que les usages liturgiques de ceux-ci étaient pour ainsi dire ceux de toutes les Églises de ce royaume. Il faut remarquer aussi que le service demandé par saint Benoît Biscop et accordé par l'archichantre Jean, consistait principalement à rétablir les traditions du chant qui se perdent ordinairement les premières, et que nous ne voyons rien dans Bède qui marque que, pour la lettre liturgique des offices divins, on eût jusqu'alors fait aucun changement. Depuis cette époque, on ne voit aucune trace de l'introduction des livres romains en Angleterre, et au contraire tous les monuments postérieurs, sans exception, s'accordent à nous les montrer en usage.
Nous nous contenterons de citer ici en preuve de ce fait, le treizième canon du second concile de Cloveshoe, tenu en 747. Voici ce qu'il porte : « Les saintes et sacrées solennités de notre Rédemption seront célébrées suivant la règle que nous tenons par écrit de l'Église romaine,
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dans tous les rites qui les concernent, soit pour l'office du baptême, soit pour la célébration des messes, soit pour la manière du chant. De même, pendant tout le cours de l'année, les fêtes des saints seront vénérées à jours fixes, suivant le Martyrologe de la même Église romaine, avec la psalmodie et le chant convenable (1). »
Il en devait nécessairement arriver ainsi, dans toutes ces Églises que Rome fondait en Occident, depuis celle . d'Angleterre, par saint Augustin, jusqu'à celles des diverses régions germaniques ou slaves, par saint Boniface, saint Adalbert et tant d'autres, et celles des royaumes du Nord, par saint Anschaire, saint Rembert, etc. Ces Apôtres, moines bénédictins, envoyés par le Siège apostolique, ne pouvaient porter avec eux d'autres livres que ceux de l'Eglise romaine dont ils recevaient leur mission. Nous avons vu quel droit liturgique, dès l'an 400, saint Innocent Ier faisait découler, pour le Siège apostolique, du seul fait de la fondation des Églises d'Italie, des Gaules, d'Espagne et d'Afrique, par saint Pierre et ses successeurs. Ce principe posé dès lors, et d'ailleurs fondé sur la nature des choses (la fille devant parler la langue de sa mère), devait, un jour, développer ses conséquences, et en attendant qu'il amenât la destruction totale des Liturgies gallicane et gothique, déjà il obligeait les Pontifes romains à ne plus souffrir de dissonances dans les nouvelles Églises qui s'élevaient avec une si admirable rapidité, aux septième, huitième, neuvième et dixième siècles. L'unité grandissait toujours, en proportion de la charité. Notre assertion
(1) Tertio decimo definitur decreto, ut uno eodemque modo dominicas dispensationis in carne sacrosanctae festivitates, in omnibus ad eas rite competentibus rébus, id est in baptismi officio, in missarum celebratione, in cantilena modo celebrentur, juxta exemplar videlicet quod scriptum de Romana habemus ecclesia. Itemque ut per gyrum totius anni natalitia sanctorum uno eodemque die, juxta martyrologium ejusdem Romanae ecclesiae, cum sua sibi convenienti psalmodia seu cantilena venerentur. (Concil. Cloveshavice II, can. xm. Labb., tom. VI, pag. 1577.)
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qui, du reste, n'a jamais été contestée par personne, se prouve d'elle-même par la simple inspection des annales ecclésiastiques des royaumes que nous venons d'énumérer; à toutes les époques, nous y trouvons l'usage de la Liturgie romaine, et nul vestige de son introduction postérieure.
En outre, nous voyons d'une manière positive les Pontifes romains veiller par eux-mêmes à l'exécution de leurs volontés en cette matière. Vers l'an 720, saint Grégoire II, dans un capitulaire adressé à l'évêque Martinien, qu'il envoyait en qualité de légat visiter les nouvelles chrétientés de la Bavière, lui recommande, entre autres choses, de s'informer de la canonicité de l'ordination des prêtres et des diacres, de voir s'ils sont d'une foi pure, et dans le cas où ils seront trouvés réunir ces conditions, « de leur donner pouvoir de sacrifier, de servir à l'autel et de psalmodier suivant la forme et tradition de la sainte Église romaine et du Siège apostolique (1). » De plus, le Pape ordonne à Martinien de pourvoir aux besoins des Églises et de veiller à ce que chaque prêtre ou ministre « observe les cérémonies solennelles des messes, les heures des offices du jour et de la nuit, les leçons de l'Ancien et du Nouveau Testament; le tout suivant la tradition du Siège apostolique (2). »
(1) Ut datis nostris scriptis, ita ut cum duce provinciae deliberetis, quatenus conventus aggregetur sacerdotum, et judicum, atque universorum gentis ejusdem primariorum, et ex quaesitis sacerdotibus, atque ministris, quorum canonicam approbaveritis extitisse promotionem, ac rectae fidei tenere, aut recipere rationem, his sacrificandi, et ministrandi, sive etiam psallendi ex figura, et traditione sanctae apostolicas, et Romanae sedis ecclesia; ordine tradetis potestatem. (Capitulare Gregorii II, Labb. Concil., tom. VI, pag. 1452.)
(2) Ut loca singularum Ecclesiarum providentes, quomodo unusquisque sacerdos seu minister, erga ecclesiam debeat conservare, vel qualiter sacra missarum solemnia, sive cetera diurnarum, atque nocturnarum horarum officia, sive etiam lectionem sacrorum novi atque Veteris Testamenti ordinabilia praedicamenta studeat observare, secundum traditum apostolicae Sedis antiquitatis ordinem disponatis. (Ibidem.)
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Le grand Apôtre de l'Allemagne, saint Boniface, ayant consulté le pape saint Zacharie au sujet de certaines bénédictions que donnaient les évêques de France et qui ne se trouvaient point dans l'ordre de la Liturgie romaine, le Pontife lui répond en ces termes : « Quant aux bénédictions en usage chez les Français, vous savez qu'elles sont répréhensibles de diverses manières; car ce n'est point d'après la tradition apostolique qu'ils agissent ainsi, mais par vaine gloire, se préparant leur propre condamnation, puisqu'il est écrit : Si quelqu'un vous évangélise autrement qu'il n'a été évangélisé, qu'il soit anathème ! Vous avez reçu la règle de la tradition catholique, frère très-chéri ; prêchez-la à tous ; enseignez à tout le monde ce que vous avez reçu de la sainte Église romaine dont Dieu nous a fait le serviteur (1). »
Cette sévérité du Siège apostolique à l'égard de l'Église de France, à une époque où elle ne se trouvait souillée d'aucune erreur, montre le grand désir des Pontifes romains de voir régner l'unité liturgique et présage la destruction prochaine de la Liturgie gallicane; mais en même temps elle fait voir avec quelle sollicitude Rome veillait à la pureté des usages romains dans les églises d'Allemagne. Toutefois, cette sollicitude n'empêcha pas qu'il ne se glissât, comme il arrive toujours, certaines variantes de peu d'importance dans la Liturgie observée dans ces vastes contrées. Le docte Gerbert, abbé de Saint-Blaise, en la Forêt-Noire, a donné un excellent ouvrage
(1) Pro benedictionibus autem quas faciunt Galli, ut nosti, frater, multis vitiis variantur. Nam non ex apostolica traditione hoc faciunt, sed per vanam gloriam hoc operantur, sibi ipsis damnationem adhibentes, dum scriptum est : Si quis vobis evangelizaverit prter id quoi evangelizatum est, anathema sit. Regulam catholica; traditionis suscepisti, frater amantissime : sic omnibus praedica, omnesque doce, sicut a sancta Romana, cui Deo auctore deservimus, accepisti ecclesia. (Zachari Papae Epist. XII. Apud Labb., tom. VI, pag. 1526.)
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sous le titre de : Liturgia Alemannica, dans lequel il décrit en détail la manière dont on gardait dans les -diverses églises de la Germanie la Liturgie romaine. On voit que les usages particuliers de ce pays ne dérogeaient en rien à l'unité liturgique qui, du moins, chez les catholiques, n'a jamais été brisée en Allemagne.
Avant de donner la liste des auteurs liturgistes de l'époque qui nous occupe, nous dirons ici quelques mots d'un précieux monument de l'antiquité ecclésiastique dont l'étude est nécessaire à quiconque veut posséder en leur entier les sources de la science liturgique. Ce livre est connu sous le nom de Liber diurnus Romanorum Pontificum. L'histoire de sa publication tentée plusieurs fois et enfin accomplie en 1680, par le P. Garnier, jésuite, est longue et curieuse ; mais elle nous entraînerait trop loin de notre sujet. Nous dirons donc seulement que le Liber diurnus est un recueil des formules dont les Papes se servaient durant les sixième, septième et huitième siècles, et dans lequel on trouve les rites de leur ordination, et de celles des évêques d'Italie qui étaient obligés de venir recevoir à Rome la consécration épiscopale, les professions de foi, les privilèges, les mandats, les concessions et autres actes semblables. Le recueil est divisé en sept chapitres, subdivisés eux-mêmes en plusieurs articles. Le premier chapitre contient des formules de lettres aux princes et autres personnes séculières ; aux patriarches, archevêques, évêques, prêtres, diacres, primiciers, secondiciers. On trouve, dans le second, les formules de toutes les lettres et de tous les actes qui précédaient et suivaient l'élection du Pape. Le troisième chapitre comprend les formules des lettres, des rites et des actes qui étaient d'usage dans l'ordination des évêques consacrés à Rome. Entre autres promesses que faisait avec serment le nouvel évêque, on remarque celle de célébrer toujours
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les divins offices suivant le rite romain (1). Dom Mabillon attribue cette injonction à saint Grégoire le Grand (2). Le quatrième chapitre regarde l'usage du Pallium, et en conséquence, il a un rapport direct avec la Liturgie, ainsi que le cinquième qui contient les formules de rescrits, ou mandats pour l'ordination d'un prêtre, la dédicace d'un oratoire, la consécration d'une église, d'un baptistère, d'un autel; pour la concession des reliques des saints, pour les lever de terre et les renfermer dans des châsses, etc. Le sixième chapitre renferme principalement les formules de lettres et de commissions pour ceux qui étaient chargés de la régie du patrimoine des Églises, ou des affaires qui regardaient le Siège apostolique. Le septième enfin contient le formulaire des privilèges accordés aux monastères, aux diaconies et aux hospices.
En tête des écrits et compositions des septième et huitième siècles sur la matière de la Liturgie, nous plaçons tout d'abord ceux des Ordres romains qui se rapportent à cette période. On sait, sans doute, que les Ordres romains sont des écrits plus ou moins étendus renfermant le détail des cérémonies de la messe papale, de l'administration des sacrements, etc. Mais comme nous devons faire ailleurs l'énumération raisonnée de tous les monuments de ce genre, nous n'en dirons rien dans cet endroit, et nous passerons incontinent à la liste des liturgistes de l'époque que nous décrivons.
(604). Nous avons encore un mot à dire sur les travaux liturgiques de saint Grégoire : il nous reste à parler de ses Hymnes. D. Denys de Sainte-Marthe lui donne les suivantes qui sont presque toutes au Bréviaire romain : Primo dierum omnium. Nocte surgentes, vigilemus omnes. Ecce jam noctis tenuatur umbra. Lucis
(1) Liber diurnus, cap. III, tit. VII.
(2) Musaeum Italicum, tom. I, p. 106.
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creator optime. Clarum decus jejunii. Audi, benigne conditor. Magno salutis gaudio. Rex, Christe, factor omnium.
(608). Cyriaque, évêque de Nisibe, hérétique nestorien, écrivit une Exposition des Mystères, et un traité de la Nativité et de l'Epiphanie.
(609). Conantius, évêque de Palentia, composa de nouvelles hymnes pour l'office gothique, et y adapta des modulations musicales. Il rédigea pareillement des oraisons sur tous les psaumes.
(615). Jean, d'abord moine, ensuite évêque de Saragosse, composa aussi, pour la Liturgie gothique, plusieurs prières remarquables par le style et l'harmonie.
(617). Jean, évêque de Bostres, en Arabie, hérétique monophysite, est auteur d'une Anaphore, traduite en latin par Renaudot.
(620). Jean Mosch, moine de Palestine, dans son fameux livre intitulé le Pré Spirituel, présente une foule de particularités curieuses qui ont trait à la Liturgie de son temps, et en particulier l'histoire des enfants d'Apamée.
(620). Saint Protadius, évêque de Besançon, n'est f connu, sous le rapport de ses travaux liturgiques, que par ce que nous en apprend l'auteur anonyme de sa vie. Il dit que les clercs des églises de Besançon étant souvent en difficulté au sujet des cérémonies qu'ils devaient observer, saint Protadius fit un livre en forme de rituel, dans lequel il prescrivit de quelle manière on devait se comporter dans l'assemblée des Frères; ce que l'église devait pratiquer ou éviter; combien il devait y avoir de ministres à l'autel, dans les fêtes solennelles; quel temps on devait prendre pour les processions publiques, et les lieux où elles devaient se diriger; quel jour les Congrégations de la ville devaient se rendre à la mère église; enfin, ce qu'il fallait pratiquer dans l'église, chaque jour de l'année.
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(626). Saint Donat, évêque de Besançon, a composé une règle célèbre, pour des religieuses, dans laquelle on trouve de nombreuses et importantes particularités sur l'office divin.
(645). Saint Maxime, abbé de Chrysopolis, le vengeur de l'orthodoxie contre les monothélites, mérite aussi d'être compté parmi les liturgistes, pour son excellente Mystagogie ou Exposition de la Liturgie, et encore pour son précieux commentaire de la Hiérarchie ecclésiastique de saint Denys l'Aréopagite.
(646). Eugène II, évêque de Tolède, suivant ce que dit saint Ildephonse, corrigea les livres de l'Église gothique, sous le rapport du chant. Le B. Tommasi lui donne, d'accord avec Alcuin, l'hymne : Rex Deus immensi quo constat machina mundi.
(651). Jacques dit le Commentateur, de la nature de ses travaux, fut évêque d'Edesse. Il est honoré comme saint et docteur orthodoxe par les Maronites. Entre autres compositions liturgiques, il est auteur d'une Anaphore en l'honneur de saint Jacques, apôtre, et d'une autre insérée au recueil de Renaudot. Il a donné aussi un Ordre du saint Baptême, qui se trouve dans plusieurs des rituels orientaux; une Lettre à Thomas, prêtre, dans laquelle est décrite la messe des Syriens; une autre lettre à Jean le Stylite, sur la bénédiction de l'eau; une autre à Adée, prêtre, sur divers rites ecclésiastiques ; dix hymnes pour la fête des Palmes; une autre en l'honneur de la sainte Vierge Marie, etc.
(651). Jésuiab d'Adiabène, patriarche des nestoriens, mit en ordre l'office pour le cercle de lannée, dit Amro, cité par Zaccaria. Il régla aussi l'ordre du baptême, de la pénitence, des ordinations, et de la Dédicace de l'Église. Il composa en outre des hymnes nombreuses.
(657). Saint Ildephonse, moine et ensuite évêque de Tolède, l'une des plus brillantes lumières de l'Église
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gothique d'Espagne, a laissé un opuscule excellent sur les cérémonies du Baptême. Il composa en outre deux Messes d'un chant merveilleux, en l'honneur de saint Côme et de saint Damien.
(661). George, appelé aussi Grégoire, évêque de Syracuse, a composé des Tropes en l'honneur de la Nativité de Notre-Seigneur et de son Epiphanie.
(668). Théodore, moine, et plus tard archevêque de Cantorbéry, est connu par son fameux Livre pénitentiel, qui donne une idée de l'administration du sacrement de Pénitence au VIIe siècle, dans l'Église latine.
(675). Saint Julien, successeur de saint Ildephonse sur le siège de Tolède, outre les hymnes qu'il a composées, rédigea un livre des Messes pour toute l'année, corrigeant les anciennes et en ajoutant de nouvelles.
(682). Saint Léon II, pape, est appelé, dans le Liber pontificalis, vir eloquentissimus, cantilena ac psalmodia prcipuus, et in earum sensibus subtilissima exercitatione elimatus. Platine vante aussi l'habileté de ce Pape dans la musique, et dit qu'il régla la psalmodie et réforma le chant des hymnes. L'abbé Lebeuf ne fait pas de difficulté de lui attribuer une certaine part au Livre Responsorial, dont le fond appartient à saint Grégoire.
(685). Jean Maron, premier patriarche des Maronites, qui tirent de lui leur nom, est auteur d'une Anaphore et d'un livre du Sacerdoce.
(691). Johannicius de Ravenne, mit en ordre les Livres sacrés, les Antiennes et tous les rites de l'Église de Ravenne; c'est ce que rapporte Zaccaria, d'après de Rubeis et Ginanni.
(700). Ecbert, Suédois, moine de Lindisfarne, écrivit un livre de Ritibus catholicorum.
(700). Saint Adelme, abbé de Malmesbury, et ensuite évêque de Schirburn, se distingua, dit l'abbé Lebeuf, par son aptitude à composer le chant ecclésiastique.
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(701). Le vénérable Bède, moine anglais, est auteur du Martyrologe qui porte son nom, et de plusieurs hymnes. Le B. Tommasi lui attribue les suivantes : Hymnum canentes Martyrum, pour la fête des Saints Innocents ; Hymnum canamus glori, pour l'Ascension ; Emitte, Christe, Spiritus, pour la Pentecôte ; Prcursor altus luminis, pour la Nativité de saint Jean-Baptiste; et Proecessor almus gratiae, pour sa Décollation ; Apostolorum gloriam, pour la fête des saints Apôtres Pierre et Paul; Adesto, Christe, vocibus, pour la Nativité de la sainte Vierge, Nunc Andreae solemnia, pour la fête de saint André ; Hymnum dicat turbafratrum, pour l'Office de la Nuit ; Primo Deus cli globum, sur l'uvre des six jours.
(705). Acca, moine anglais, ami du vénérable Bède, écrivit un livre des Offices ecclésiastiques.
(710). Saint André, archevêque de Crète, est auteur d'un grand nombre d'hymnes sur diverses fêtes de l'année, sur la sainte Vierge Marie et sur plusieurs autres saints.
(720). Babaeus, hérétique nestorien, érigea des écoles de musique sacrée dans la province d'Adiabène, et composa diverses bénédictions et des hymnes.
(73o). Cosme, d'abord moine, puis évêque de Maiuma en Palestine, fut le maître de saint Jean Damascène. Il est auteur de plusieurs hymnes qui se chantent dans les offices de l'Église grecque.
(730). Saint Jean Damascène a composé aussi diverses hymnes sacrées que l'on trouve dans ses uvres, et dont plusieurs font partie de la Liturgie grecque.
742). Saint Chrodegang, évêque de Metz, dans sa règle pour les Chanoines, a renfermé un grand nombre de particularités précieuses pour la connaissance de la Liturgie de son temps.
(75o). Zaccaria place vers cette année l'Anonyme auquel
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nous devons l'Exposition de la Messe romaine, insérée par Dom Martène, au tome premier de son grand ouvrage de Antiquis Ecclesi ritibus.
(760). Théodose, évêque de Syracuse, composa des hymnes destinées à être chantées à l'office des Vêpres, les jours de jeûne.
(760). Florus, moine de Saint-Tron, fit des additions importantes au Martyrologe de Bède.
(768). Charlemagne fut zélé pour la Liturgie. Nous verrons bientôt les mesures qu'il prit à l'effet de procurer l'unité des formes du culte dans toute l'étendue de son vaste empire. Il est auteur de l'hymne Veni, Creator Spiritus (1); d'un livre à Alcuin, de Sacrificio Miss et ratione Rituum Ecclesi; d'une lettre circulaire, de Baptismo ejusque ritibus, adressée à Odilbert, archevêque de Milan.
(770). Saint Sturmius, premier abbé de Fulde, publia un opuscule sous ce titre : Ordo Officii in domo, seu Ecclesia Frisingensi, ante Pascha.
(770). Grégoire de Systre, hérétique nestorien, écrivit sur les raisons des fêtes, et un cantique qui commence ainsi : Estote parati.
(773). Cyprien, métropolitain de Nisibe, composa un Ordre de l'imposition des mains.
(774). Paul, diacre d'Aquilée, moine du Mont-Cassin, historien remarquable, est auteur de l'hymne de Saint Jean : Ut queant laxis. Il rédigea aussi un Homiliaire, ou recueil d'Homélies des Saints Pères, pour être lues dans les Offices de l'Église. Vers le même temps, on trouve un autre Homiliaire composé par Alain, moine de Farfa.
(776). Saint Paulin, patriarche d'Aquilée, a composé sept hymnes en grands ïambiques, parmi lesquels le
(1) Acta SS Aprilis. Tom. I. In Vita B. Notkeri Balbuli.
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B. Tommasi et Madrisius, éditeur de saint Paulin, comptent celle de la fête de saint Pierre et saint Paul, l'une des deux attribuées à Elpis, femme de Boëce : Felix per omnes festum mundi cardines.
(780). Alcuin, moine anglais, a été très-célèbre parmi les liturgistes de son temps. On lui a longtemps attribué un Sacramentaire, un Homiliaire, et surtout le livre de Divinis Officiis, qui est une exposition de l'Ordre romain, composée après l'an 1000 ; mais il est certainement auteur des ouvrages suivants : Liber Sacramentorum ; Officia per ferias; de Ratione Septuagesim, Sexagesim et Quinquagesim, Epistola ad Ethelardum ; de Psalmorum usu; à quoi il faut ajouter une autre Epître au prêtre Oduin, de Baptismi cremoniis.
(793). Cyriaque, patriarche d'Antioche, semble avoir composé une Liturgie chaldaïque, bien que cette question ne soit pas sans difficulté entre les savants dont Zaccaria rapporte les avis.
(794). Théodulphe, évêque d'Orléans, outre un livre de Ordine et Oratione rituum Baptismi, composa, pendant sa détention à Angers, la fameuse hymne du Dimanche des Rameaux : Gloria, laus et honor.
(798). Leidrade, archevêque de Lyon, adressa à Charlemagne un livre sur le Sacrement du Baptême, et une Epître au même, sur le même sujet.
(799). Jessé, évêque d'Amiens, écrivit une lettre à son clergé et à son peuple, sur l'explication des rites observés par l'Église, dans le Baptême. Enfin, vers l'an 800, Magnus, archevêque de Sens, composa, par ordre de Charlemagne, un opuscule, de Mysterio Baptismatis, inséré, par Dom Martène, dans le premier volume de ses Rites ecclésiastiques.
Nous conclurons ce chapitre par les observations suivantes :
Durant les VIIe et VIIIe siècles, la Liturgie suivit le
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même mouvement de perfectionnement qui lui avait été imprimé dès le IVe et le Ve ;
Tous les grands docteurs, les grands évêques, les grands abbés, furent liturgistes ; les hérétiques continuèrent, en Orient, à souiller de leurs mains impures les livres des prières sacrées;
Le Siège apostolique, sans déclarer encore l'intention d'unir tout le patriarcat d'Occident sous la loi d'une même Liturgie, exigea des évêques d'Italie le serment de garder les usages de l'Église romaine, et n'en permit pas d'autres aux nouvelles églises que ses apôtres établissaient dans une partie de l'Europe ;
Enfin, les travaux de saint Grégoire sur les divins Offices, la correction de l'Antiphonaire ; en un mot, tous les perfectionnements que ce grand Pape et ses successeurs introduisirent dans la Liturgie romaine, la rendirent de plus en plus digne du respect et de l'admiration des Églises d'Occident, qui la vénèrent et la pratiquent encore, excepté l'Église de Milan, qu'une possession non interrompue autorise à conserver une Liturgie vénérable par son origine pure, et quelques autres qui dans des jours mauvais se sont séparées de l'harmonieux concert établi dans tout le monde latin par l'unité liturgique.
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Veniens quidam de Sicilia mihi dixit, quod aliqui amici ejus, vel Graeci vel Latini, nescio, quasi sub zelo sanctae Romanae Ecclesia; de meis dispositionibus murmurarent, dicentes: Quoniam Ecclesiam Constantinopolitanam disponit comprimere, qui ejus consuetudines per omnia sequitur. Qui cum dicerem : Quas consuetudines sequimur ? respondit : Quia alleluia dici ad missas extra Pentecostes tempora fecistis; quia subdiaconos spoliatos procedere; quia Kyrie eleison dici; quia orationem Dominicain mox post canonem dici statuistis. Cui ego respondi: Quia in nullo eorum aliam Ecclesiam secuti sumus. Nam ut alleluia hic diceretur, de Hierosolymorum Ecclesia, ex beati Hieronymi traditione, ; tempore beatas memoriæ Damasi Papae, traditur tractum: et ideo magis in hac sede illam consuetudinem amputavimus, quae hic a Graecis fuerat tradita. Subdiaconos autem ut spoliatos procedere facerem, antiqua consuetudo Ecclesiae fuit. Sed quia placuit cuidam nostro Pontifici, nescio cui, qui eos vestitos procedere praecepit. Nam vestrae Ecclesia; numquid traditionem a Graecis acceperunt? Unde habent ergo hodie, ut subdiaconi lineis in tunicis procedant, nisi quia hoc a matre sua Romana Ecclesia perceperunt? Kyrie eleison autem nos neque diximus neque dicimus, sicut a Graecis dicitur : quia in Graecis simul omnes dicunt; apud nos autem a clericis dicitur, et a populo respondetur, et totidem vicibus etiam Christe eleison dicitur, quod apud Graecos nullo modo dicitur. In quotidianis autem Missis alia quas dici solent tacemus, tantummodo Kyrie eleison et Christe eleison dicimus, ut in his deprecationis vocibus paulo diutius occupemur. Orationem vero Dominicam idcirco mox post precem dicimus, quia mos apostolorum fuit, ut ad ipsam solummodo orationem oblationis hostiam consecrarent: et valde mihi inconveniens visum est, ut precem quam Scholasticus composuerat, super oblationem diceremus, et ipsam traditionem quam Redemptor noster composuit, super ejus corpus et sanguinem tace-remus. Sed et Dominica oratio apud Graecos ab omni populo dicitur, apud nos vero a solo sacerdote. In quo ergo Graecorum consuetudines secuti sumus, qui aut veteres nostras reparavimus, aut novas et utiles constituimus, in quibus tamen alios comprobamur imitari ? Ergo vestra charitas, cum occasio dederit, ut ad Catanensem civitatem pergat, vel in Syracusana Ecclesia, eos quos credit aut intelligit, quia hac de re murmurare potuerunt, facta collatione doceat, et quasi alia ex occasione eos instruere non désistât. Nam de Constantinopolitana Ecclesia quod dicunt, quis eam
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dubitet Sedi Apostolicas esse subjectam? Quod et piissimus domnus Imperator, et frater ejusdem civitatis Episcopus assidue proritentur. Tamen si quid boni vel ipsa vel altera Ecclesia habet, ego et minores meos quos ab illicitis prohibeo, in bono imitari paratus sum. Stultus est enim qui in eo se primum existimat, ut bona quae viderit, discere contemnat.
(S. Gregorii Epist. ad Joannem Syracus., lib. IX, epist. XII.)