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Historique de l'hypnose
L'hypnose est en fait présente - sous des formes parfois très proches de ce qui est pratiqué aujourd'hui - dans de nombreuses traditions et cultures anciennes. En Mésopotamie, en Egypte Antique, nous retrouvons des traces d'utilisation de procédés d'hypnose. Il y a 3000 ans, en Egypte, sous Ramsès 2 (20e dynastie), on trouve la description d'une séance d'hypnose sur une stèle, découverte par Musès en 1972. En Grèce, Socrate, et le "terpnos logos", se décrivait lui-même comme "accoucheur d'âmes". Un de ses contemporains, Antiphon d'Athènes, annonçait sur le frontispice de sa maison qu'il avait le pouvoir de "guérir avec les mots".
L'hypnose plonge ses racines aussi loin que la "magie" et peut être associée à nombre de rituels et pratiques de méditation, de "transe" et généralement de tout ce qui est lié à l'exploration de soi. Il est évident que la question de la conscience s'est posée très tôt dans notre histoire, et l'exploration des états modifiés de la conscience a naturellement été une voie d'exploration privilégiée pour tenter de trouver des réponses.
Dans sa forme moderne, nous faisons souvent commencer son histoire avec l'arrivée de F.A. Mesmer à Paris en 1778. Après avoir mené ses premières expériences à Vienne et avoir connu ses premiers succès thérapeutiques, il est appelé dans différentes cours d'Europe. Cependant, dans sa ville natale, il est vivement rejeté : à la fois par les médecins qui s'opposent à la remise en question des enseignements classiques de l'époque mais aussi par les religieux s'offusquant de sa volonté de rendre scientifique ce qui jusqu'alors était "magique" : pour le clergé l'homme est à l'image de Dieu, et ne peut être régi par des lois aussi pragmatiques que celles qu'évoque Mesmer.
Le climat est plus favorable en France : l'encyclopédie vient de paraître, le temps est aux lumières, les sciences sont en plein essor et toute possibilité de progrès est accueillie à bras ouverts.
Après Paracelse, Cardan ou encore Goclenius qui avaient émis avant lui des hypothèses similaires, Mesmer établit la théorie du "magnétisme animal" et prétend que l'homme peut soigner et être soigné grâce au "fluide" naturel présent dans la nature. Mesmer pense que la seule façon de prouver ses théories est le résultat : il multiplie les thérapies et les rend spectaculaires. Ses succès sont retentissants, la clientèle afflue et son cabinet devient rapidement trop étriqué. Il invente alors une "machine" capable de soigner ses patients par dizaines : le fameux "baquet de Mesmer" dont le principe général repose sur des aimants. Toute la cour de Louis XVI se précipite... pourtant Mesmer se se satisfait pas de ce succès, il cherche à s'enrichir de plus en plus et pose des exigences pour rester en France. Certaines sont satisfaites, mais il lui faut une totale adhésion des instances médicales et scientifiques. Devant l'hésitation il s'offusque et reprend ses voyages.
En son absence, certains tentent de copier ses principes : le docteur Delson ouvre un autre cabinet et c'est en l'absence de Mesmer que sont nommées des commissions scientifiques ayant pour but de valider ses théories. Mesmer est furieux : c'est avec un concurrent, un "contrefacteur" - qui semble bien moins doué que lui - que l'on va juger ses théories. Deux commissions sont réunies, constituées des grands esprits de l'époque : Franklin, Bailly, Lavoisier ou encore Jussieu en font partie. Le rapport de ces commissions fut défavorable : pas de résultats concluants,"Rien ne prouve l'existence du fluide animal". Mais les rapports ne sont pas unanimes : Jussieu refuse de signer le rapport de la commission et fait valoir qu'on ne peut nier un effet réel, même s'il n'est pas compris. Il souhaite une recherche plus méthodique, qu'il n'obtiendra pas. Delson était donc condamné... et par extension Mesmer se trouve décrédibilisé. Il continua pourtant à pratiquer son art en se faisant plus discret.
Refusant une offre du roi de Prusse lui demandant de venir enseigner officiellement le magnétisme en 1812, il y envoya l'un de ses disciples qui y dirigea l'un des premiers hôpitaux "Mesmériens". Quand il meurt, en 1815, les bases de l'hypnose sont posées et prêtes à ses développer...
La vie de Mesmer est à l'image de l'hypnose : des périodes fastes succèdent à une relatif oubli. Rarement une discipline aura été aussi controversée, aussi décriée et pourtant acclamée à quelques années d'écart.
Abbé de Faria pose les premiers fondements de l'Ecole de Nancy (importance de la suggestion). La même année, Louis XVI ordonne une enquête sur l'existence du magnétisme animal. Une commission siégera, où l'on retrouve Benjamin Franklin, Lavoisier, Jussieu... son rapport final sera négatif quant à l'existence du magnétisme animal, positif quant aux résultats produits...
La condamnation de Mesmer n'entrave pas la poursuite des recherches et le magnétisme triomphe peu après, grâce notamment à l'exploration du somnambulisme provoqué. C'est en reprenant les travaux de Mesmer que, quelques années plus tard, le Marquis De Puységur (1751-1825) découvre le somnambulisme. C'est sous ce nom que l'hypnose sera désignée dans les décennies suivantes.
Puységur, mais aussi l'abbé Faria ou encore Noizet en dégagent les premiers principes : "Toute idée solidement implantée dans l'esprit tend à se transformer en acte". Avec le somnambulisme, naît aussi le dialogue avec le sujet. Celui-ci, plongé dans cet état second souvent suivi d'une amnésie, semble être capable d'une forte activité inconsciente, et dispose de facultés exceptionnelles exploitables en thérapie.
Nous sommes encore à l'époque de l'hypnose "classique", dirigiste : en 1813, l'abbé Faria donne des représentations très proches de l'image, aujourd'hui encore très répandue, de l'hypnose : en regardant fixement ses sujets, illeur ordonne defermer les yeux et déclare alors d'une voix forte : "Dormez je le veux!!!".
En 1825, les experts de l'Académie de médecine reconnaissent l'existence d'un magnétisme animal et attestent des "phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés".
C'est ensuite au tour de la chirurgie mesmérienne de triompher. Si, dès 1819, un dentiste du nom de Martorel arrache une dent sans douleur grâce à une anesthésie hypnotique, c'est avec le chirurgien James Esdaile que cette méthode gagne ses lettres de noblesse. Cet écossais pratiqua à partir de 1845 plus de 2000 opérations - dont 300 importantes - sans douleur, grâce à l'anesthésie hypnotique. Mais cette époque aime tout ce qui est mesurable, pragmatique, concret : le chloroforme est plus "pratique", il vient supplanter le mesmérisme. Quelques années plus tard, les techniques d'Esdaile et de ses contemporains tombent dans l'oubli et ne sont plus pratiquées que rarement. Ce n'est que récemment qu'elles sont revenues sur le devant de la scène.
James Braid (1796-1860) s'intéresse à son tour au magnétisme après avoir assisté à une démonstration donnée par un magnétiseur français : Lafontaine. Peu après, il baptisa l'hypnose de son nom actuel. Il choisit ce nom en référence au grec : hypnos signifiant "sommeil", car il pensait que cet état était une forme de sommeil. Lorsqu'il réalisa son erreur, il était trop tard, la terminologie s'était répendue.
Cependant, James Braid rejette la théorie d'un fluide et pense que la capacité de l'opérateur n'est pas un don mais peut s'apprendre. Il fait donc évoluer la théorie de Mesmer et se penche sur la théorie d'un état modifié de conscience. Il le décrit comme un "sommeil provoqué", un état spécial du système nerveux induit par des techniques, dont la principale est la fixité du regard. C'est aujourd'hui encore l'image "cliché" de l'hypnose : un sujet fixant intensément un pendule ou une bougie. Cet état permettait, selon ses expériences, l'influence à des fins curatives par la suggestion. L'hypnotisme cesse donc d'être associé au magnétisme et peut s'envisager d'un point de vue strictement scientifique.
L'hypnose devient alors évidente et le débat se décale : la question est désormais de savoir si l'état hypnotique est un état naturel (thèse de l'école de Nancy) ou un état artificiel, hystérique (thèse de l'école de la Salpêtrière, fondée en 1878 par Jean Martin Charcot (1825-1893), un médecin français).
Liébault et Bernheim de l'Ecole de Nancy d'un côté, Charcot de l'Ecole de la Salpétrière de l'autre, vont s'affronter aux yeux de toutes les sociétés savantes de l'époque.
Ce débat ne fut tranché que récemment, en faveur de l'école de Nancy : c'est dans cette ville que les recherches les plus pertinentes furent faites et en premier lieur par le Dr Liébault. Il est le premier à mettre la suggestion au centre de l'hypnose. Ses démonstrations sont étonnantes : des sugestions positives provoquent des guérisons. On crie au charlatanisme : un professeur de la faculté de médecines, H. Bernheim, se déplace pour démasquer l'imposteur... il repart convaincu et entreprend de diffuser la technique.
Bernheim réalise à cette époque de nombreux traitements et acquiert une réputation mondiale. C'est auprès de lui que Freud vient étudier l'hypnose, mais ce dernier ne maîtrise jamais vraiment la technique. Il s'appuie sur elle pour poser les principes de l'analyse, mais reste en contact avec Bernheim qui l'aide dans le suivi de ses patients. Bernheim est aussi considéré comme l'inventeur du placebo, il étudie la suggestion, invente l'idée de "psychothérapie" (il "crée" ce mot qu'il définit à l'époque comme "l'action des suggestions sur le mental") et fait évoluer la pratique de l'hypnose qui s'approche de celle que nous connaissons aujourd'hui. Pourtant, elle est encore jugée comme étant trop directe, dirigiste. Freud et d'autres sont mal à l'aise avec le peu d'importance qui est donné à l'origine des symptômes.
On ne nie plus l'hypnose, on l'accepte, on l'étudie, mais il manque encore un degré de compréhension la rendant réellement opérative en thérapie.
On s'en approche grâce à Emile Coué : ce pharmacien nancéen revient sur l'intuition de Noizet et annonce que "Ce n'est pas la volonté qui nous fait agir, mais l'imagination". Il affine l'utilisation des suggestions et envisage l'inconscient comme une force que l'on peut apprendre à utiliser. Si, en France, sa méthode est souvent méconnue et simplifiée à outrance, on peut, en fait, attribuer à Coué l'origine de nombreux courants de psychothérapie moderne.
C'est ensuite à Pierre Janet (1859-1947) de poursuivre en France les travaux sur l'hypnose. Ses théories sur l'inconscient rejoignent celles de Freud qui commencent à se répandre, mais le discrédit de l'hypnose à cette époque fait rapidement tomber ses travaux dans l'oubli. Cependant, à en croire cet auteur, l'hypnose semble promise à un regain d'actualité par le lien congénital même qu'il faut lui reconnaître avec la psychanalyse : "Les immenses fleuves que sont la psychanalyse et la méthode psychosomatique ont pris leur source dans l'hypnose, et après s'être détachés d'elle, ils y reviennent de façon souvent détournée, mais de plus en plus accusée." Pierre Janet
Coué et Janet ne sont pas écoutés en France, c'est aux Etats-Unis et en Russie que leur trvail sera apprécié à sa juste valeur. C'est aussi dans ces pays que se développe l'étude de l'hypnose durant le siècle dernier :
- Le prix Nobel Ivan Pavlov (1849-1936) va continuer à démystifier l'hypnose en la séparant définitivement de la "magie". Son travail porte principalement sur les réflexes conditionnés, l'étude du système nerveux supérieur et la théorie neurophysiologique de l'hypnose.
- Erickson, centré sur l'approchethérapeutique développe l'emploi des suggestions indirectes et de la communication à éousieurs niveaux.
Tous deux font évoluer la connaissance des principes de l'hypnose.
Aujourd'hui, tout s'accélère. L'hypnose est utilisée dans la publicité, dans les discours. Les états modifiés de conscience sont mesurés et personne ne vient remettre en cause l'existence des états hypnotiques et leurs applications courantes. Si les spectacles d'hypnose ont encore de beaux jours devant eux, le grand public prend connaissance des possibilités thérapeutiques de l'hypnose et cesse de voir d'un oeil méfiant ce qui semble encore souvent un peu magique.
L'hypnose est une technique, et même s'il semble évident qu'elle ne peut être une science à part entière, son efficacité est reconnue et établie.