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Critique
"THE TANGO LESSON, avant-dernière œuvre de Sally Potter, est devenu le film culte des amateurs de tango argentin un peu partout dans le monde. La musique de tango illustrait à merveille la relation entre une cinéaste et un tanguero, star des podiums de danse latino. Avec YES, Sally Potter raconte à nouveau l'histoire d'une relation amoureuse, mais cette fois entre une Américaine et un Libanais, après le traumatisme du 11 septembre.
On est à Londres. Une microbiologiste (Joan Allen) qui a vécu en Irlande et aux Etats-Unis tente d'oublier le désastre de son mariage avec un politicien. Au cours d'un banquet, elle rencontre un Libanais (Simon Abkarian), chirurgien ayant dû fuir son pays, qui travaille comme cuisinier. Un regard, quelques mots, un sourire suffisent à déclencher une passion. Au vu des conflits politiques et culturels, la relation va s'avérer difficile. Ils vont quitter Londres en prenant des directions différentes. A Belfast et à Beyrouth, tous deux essaient de se confirmer dans une identité propre afin de pouvoir - éventuellement - repartir à zéro.
L'esthétique de YES est poétique à souhait: les dialogues ont été écrits en vers par la réalisatrice elle-même - pentamètres iambiques comme l'a fait Shakespeare - et dans un style fluide. Juste cette grâce du langage qui confère une aura aux dialogues. Et puis, Sally Potter travaille les symboles comme une orfèvre. Le scénario s'articule autour d'apartés, de commentaires philosophiques non dépourvus d'humour, échos symboliques sur la vie, que nous adresse la femme de ménage à la manière des chœurs dans les tragédies antiques.
Le décor est une vraie texture signifiant les états d'âme - de cœur - des personnages. Tantôt blanc, glacial, tantôt chaud, voluptueux, tantôt martial ou carcéral, etc. La cinéaste use par ailleurs d'artifices comme les ralentis, les accélérés, la voix off pour exprimer avec le plus de justesse possible les sentiments amoureux. Elle donne à voir la complexité, l'indicible de la rencontre, serre de près les visages, les corps, recueille l'émotion et parvient à nous la communiquer. La musique illustre les étapes tant dramatiques que géographiques. De plus les acteurs - qui ne manquent pas d'excellence - sont touchants dans l'expression de leur passion ou de leur douleur sourde.
Mais encore, au travers de la relation passionnelle et des déchirures de ce couple, la réalisatrice exprime les a priori culturels, les conflits religieux et politiques, les luttes, les rancœurs, les différences, soit cette guerre qui divise le Moyen-Orient et l'Occident. Mais elle laisse entrevoir l'espoir d'une entente, d'un amour qui pourrait grandir entre eux grâce au ""yes"". L'œuvre est lourde de nostalgie, avec une note glamour certaine, riche d'une poésie évocatrice du Cantique des cantiques. On s'attache à ces personnages et on en vient à souhaiter leurs retrouvailles."
Ancien membre