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15 La Chapelle de Recon
La Chapelle de Recon est avec celle de la Gietty (Tracuit) le témoin des 600 chapelles construites en Valais entre la fin du XVIe et le début du XVIIIe siècle.
La chapelle de Recon est un vestige des chapelles d’alpage construites à la fin du XVI et au début du XVIIIème siècle à la demande des bergers qui se sentaient sans protection divine pendant la période de l’alpée. Près de 600 chapelles de ce type ont été construites pendant cette période dans tout le Valais. A ce jour il n’ent reste que deux : celle de Recon et celle de la Gietty, l’alpe de Tracuit au-dessus de Vercorin. Le clergé cherchait à décentraliser les lieux de rassemblement des fidèles en veillant à ne pas faire de tord à l’église-mère du lieu, l’église de Vionnaz, et elle ne devait rien coûter à la paroisse. Cette chapelle n’a donc jamais été attribuée à une paroisse et l’auteur aime à dire qu’elle appartient aux bergers et aux gens de la montagne.
La chapelle de Recon est dédiée à la Sainte-Famille (comme le souligne le thème du tableau au-dessus de l’autel). Elle n’est pas consacrée et son autel votif possède un logement pour la Pierre sacrée qui permettait la célébration de la messe qui, à l’époque n’était pas autorisé en plein air.
Le cadre du retable provient certainement d’une première chapelle construite à quelques dizaines de mètres et plusieurs fois détruite ou endommagée par des avalanches est du style baroque alpin.
A l’origine le toit était couvert d’ardoise ou de pierres plates qui provenait d’une carrière à Chétillon.
A proximité de la chapelle un chemin de croix était tracé entre trois stations où les fidèles défilaient en procession derrière le curé qui chantait des litanies à chaque croix.
En 1716, un curé protonotaire apostolique a signé avec la communauté de Vionnaz, un accord en 10 points qui fixant les exigences de chaque partie. Dans ce document, le curé de Vionnaz était tenu de célébrer trois messes au minimum par année et autant de messes et de processions que les bergers lui demandaient. En contre partie, les bergers était tenu de le nourrir et de lui fournir un fromage par année. A ce jour, la tradition est presque maintenue avec une messe annuelle qui est célébrée en plein air à l’emplacement de la première chapelle au mois de juillet.
Les grandes difficultés d’accès à Recon (il a fallu attendre arrivée des skieurs pour construire un chemin carrossable jusqu’à l’alpage) ont toujours entrainé des difficultés pour l’entretien et la chapelle ; souvent ce sont des artisans Haut-Savoyards qui ont effectué des travaux financés par la communauté de Vionnaz.
Dans les années 1960, les paroisses de Revereulaz et de Vionnaz envisagèrent d’abandonner cette chapelle et d’en construire une, ou un oratoire dans la région de Plan-de-Croix plus facilement accessible. Heureusement, une équipe de bénévoles entreprit de la remettre en état et la commune de Vionnaz a financé les travaux avec le soutien du canton du Valais qui a déclaré cette chapelle comme monument historique protégé par l’Etat, en 1972.
En 2003 (2 septembre), l’Abbé Pierre, fondateur de la communauté d'Emmaüs, commandeur de la Légion d'honneur, est venu en toute discrétion, accompagné de quelques fidèles. Sa visite a redonné une nouvelle motivation à quelques fidèles pour rénover la chapelle et lui redonner sa fonction de lieu de recueillement et de prière.
En 2016, La Commune et la Bourgeoisie de Vionnaz ont entrepris une restauration historique de l’ensemble de la chapelle avec les moyens, les techniques et les produits utilisés en 1767.
En 2017, à l’occasion de la messe annuelle, une fête a été mise sur pied pour marquer les 250 années de la construction de la chapelle de Recon.
Pendant de nombreuses années modernes, la chapelle de Recon n’était connue que par sa messe annuelle et de nombreuses histoires de fellatons, de diablotins et de légendes les plus fantastiques les unes que les autres. Les études entreprises pour mener à bien la restauration historique ont permis de retrouver les origines et l’histoire de cette chapelle qui a aidé de nombreux bergers, voyageurs et fidèles à supporter le poids des maladies, des catastrophes et la dureté de la vie exigeante de la montagne.
La légende de Recon
En partant de Plan-de-Croix, vous vous acheminez vers le col de Recon; en dessus du chalet de Recon, vous rencontrez une petite chapelle. Si vous êtes observateur, vous voyez, dans un triangle de cent mètres, trois croix plantées l'une dans le fond du vallon sur un petit promontoire, une en direction du col de Recon, la troisième devant la chapelle. La légende rapporte qu'une fois d'étranges choses se passèrent à l'alpage de Recon. Chaque soir, le berger, avant de prendre son repos, allait repérer la position du troupeau, vérifier si toutes les bêtes étaient bien là, mais parfois, aucune trace du bétail; il avait disparu. Toutes les recherches restaient sans résultat. Mais quelle surprise, au petit jour, lorsque le berger allait chercher ses vaches pour la traite, tout son troupeau était là, couché près de la "gouille", ruminant paisiblement, la panse bien ronde et le pis gonflé de lait. Stupéfaction du petit berger lorsqu'il remarquait entre les sabots des bêtes, des épis de blé et des fleurs de coquelicots; il paraît que des lutins à petits bonnets rouges descendaient le troupeau en plaine, la nuit, le faire paître dans les champs de blé et de luzerne et le ramenaient au petit matin. Les pâtres de Recon, pas très rassurés, firent appel à un père capucin qui vint bénir l'alpage. On construisit alors une chapelle et on planta les trois croix. Mais pourquoi trois croix? Personne ne le sait. Ce qui est certain, c'est que plus rien d'étrange ne se passa à Recon. Les bergers purent dormir en paix.
Extraits de "Villages de chez nous" - Jean-Marie Bressoud