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23 juillet 2008
Ceci n'est pourtant pas un lac de montagne
Impossible de trancher. Vous hésitez toujours entre la montagne et la mer. Le littoral monténégrin a ce qu'il vous faut.
KOTOR À la gare routière de Kotor, une vieille dame enjouée vous saisira par le bras et prononcera - selon la coutume locale - l'unique mot “étranger” qu'elle connaisse. “Room?” Un coup de fil et quelques sourires plus tard, son mari jettera votre bagage dans le coffre d'une petite Volkswagen éreintée qui a roulé sa bosse en Allemagne avant de prendre sa retraite au Monténégro. Vous logerez dans la chambre du fiston ; intacte est la décoration. Bossa (à droite), votre hôte, ne tardera pas à décapsuler trois Nikšićko pivo. La discussion hésitera, puis s'emballera.
Quarante années durant, Slobo (à gauche), son mari, dit avoir été le meilleur peintre sur voiture de tout Kotor. Il conteste la décision “politique” de l'indépendance. En 2006, il comptait parmis les 44% de Monténégrins à avoir dit non : “un pays de moins d'un million d'habitants ne veut rien dire, d'autant que les Serbes sont nos frères”. Pour lui, le seul changement notable depuis l'indépendance est le recours à l'euro...
Les heures passent. Agréablement certes. Mais j'oublie que je suis ici pour “visite”. Les Bouches de Kotor sont en effet considérées comme le “fjord” européen le plus méridional et parmis ses golfes intérieurs, celui de Kotor abrite une étonnante ville médiévale (zone ensoleillée sur la photo).
Au catalogue donc, cette "Stari Grad” (patrimoine de l'UNESCO, même si la moitié de la vieille ville fut restaurée après le tremblement de terre du 15 avril 1979), quatre kilomètres et demi de fortifications, les concerts classiques gratuits du Festival de l'Été à la cathédrale de Saint Tryphon, un dédale de ruelles baroques qui méritent tous les détours et un pan de muraille qui file quasiment à la verticale vers le bastion Saint-Jean. Des sentiers poursuivent ensuite l'ascension au-travers de forêts de pins vers les plus hauts sommets de la côte adriatique (le mont Orjen culmine à 1894 mètres). De là, les Bouches de Kotor sont des lacs de montagne, à la différence qu'ils changent de couleur à chaque heure du jour. Et qu'il s'agit de la mer. Cette merveille explique-t-elle pourquoi, dans un village proche, à Baosici, l'écrivain-voyageur Pierre Loti est tombé amoureux d'une jeune paysanne, une certaine Pasquala Ivanovic ?
Silence. Et retour sur terre. Après la politique, l'économie. Celle des Bouches de Kotor reposait sur la pêche, la culture d'oliviers, la marine marchande et militaire. La principale source de revenus est dorénavant... gagné !, le tourisme.
Kotor est toutefois une ville à visiter tôt le matin, avant le lâcher quotidien d'amateurs de croisière adriatique, ou tard le soir, dans l'obscurité de ses nombreuses tavernes. Dans tous les cas, voir Kotor avant que le bastion Saint-Jean soit accessible par téléphérique et qu'il soit décidé d'importer du sable des côtes voisines.