Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06880.jsonl.gz/30

Les canons se sont tus. Ils ont tonné dans le petit matin froid, sous un ciel laiteux, 23 fois je crois, autant que de cantons suisses. La Restauration de la République est la commémoration la plus bruyante de Genève. On fête, dit-on, la libération de l'occupation française. Un jour avant que les troupes autrichiennes ne viennent s'installer, quelques patriciens genevois proclament la République. C'en est fini de Genève, préfecture du Département du Léman, un Grand Genève avant l'heure.
Les protestants ne profitent de l'aubaine potentielle qui leur est donnée de doter la ville d'un arrière-pays. Ils préfèrent un canton croupion lié à la Suisse.
On ne rattache alors à Genève qu'une poignée de communes sardes et françaises, les communes réunies. Ce sera fait en trois ans grâce aux ambassades de Pictet-de-Rochemont qui, à Vienne, défend les intérêts de Genève et rédigea pour la Suisse la déclaration solennelle du 20 novembre 1815 par laquelle les Puissances reconnaissent que "la neutralité permanente de la Suisse et de son indépendance de toute influence étrangère sont dans les vrais intérêts politiques de l'Europe entière". Pictet-de-Rochemont a une statue (tardive) au sommet de la Treille, au pied de la Tour Baudet.
Les canons de la Restauration tonnent de trois bastions de ce qui reste des remparts à la Vauban qui enserraient jadis la ville de Genève, jusqu'à leur démolition au milieu du XIXe siècle, décrétée par le régime radical issu de la révolution de 1847. L'homme providentiel alors n'est pas Fazy, qui reste cantonné à Genève, mais le général Dufour dont la statue équestre trône au milieu de la place Neuve et qui a su empêcher que la guerre de sécession suisse, celle du Sonderbund, finisse en bain de sang (c'est ce que j'ai appris à l'école, la réalité est sans doute bien plus complexe).
Dans la foulée, un troisième homme (mais il y en a bien d'autres) fait Genève. Il s'agit d'Henry Dunant. Le militant idéaliste, choqué par la tuerie de Solférino, crée la Croix-Rouge et donne à Genève, déjà creuset de l'International calviniste et berceau de Rousseau, une dimension internationale, qui fait toujours l'aura et la richesse de la région. Le buste d'Henry Dunant est au pied des remparts, au haut de la Coraterie.
Bref, pour résumer trop rapidement, ces trois hommes: un diplomate, un militaire et militant idéaliste ont les statues sont au même endroit. Mais on peut se demander pourquoi, à Genève qui se targue d'être cité de la paix, le militaire se dresse toujours au milieu de la place Neuve et non le diplomate ou le militant idéaliste qui sont. eux, relégués à ses margess?