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Presque chaque week-end pendant la belle saison, un cours de cross est organisé quelque part en Suisse. Cavaliers et chevaux franchissent des troncs d’arbres, traversent des fossés et descendent des pentes. Les listes de participants de ces cours sont pleines, mais des voix critiques se font également entendre.
Le cavalier et le cheval bien protégés.
Il est difficile de résister à la fascination de la discipline reine des sports équestres lorsque les cavaliers de complet franchissent avec courage les obstacles fixes aux Jeux olympiques de Rio. La confiance régnant entre le cavalier et le cheval semble infinie. C’est probablement le rêve de chaque cavalier d’avoir ce sentiment avec son propre cheval. Impossible pour le cavalier moyen? Bien au contraire!
Du Franches-Montagnes au Pur Sang
La première chose que l’on remarque lors de ces cours, est la diversité des chevaux présents. Demi-sang ou Frison, jeune ou expérimenté – tous sont les bienvenus! Les motivations des participants ne pourraient pas être plus différentes non plus. L’un aimerait vivre une petite aventure avec son compagnon à quatre sabots et lui offrir un changement passionnant, l’autre souhaite améliorer sa performance sportive en concours complet. Cependant, il y a une chose que tous les cavaliers de cross recherchent: un partenaire de sport et de loisir fiable dans toutes les situations. Le fait de franchir des obstacles naturels renforce les liens avec le cheval. À la fin de la journée de cours, beaucoup sont surpris de ce que sont capables de faire le cheval et le cavalier lorsqu’ils sont suivis de manière adéquate.
La sécurité avant tout
Les exigences envers les cavaliers et les chevaux sont adaptées individuellement. Dans les cours pour novices, les règles de base du cross et les indications de sécurité pour le cheval et le cavalier sont expliquées au début. Tous les cavaliers portent donc aussi une bombe et une protection dorsale. Une corde ou un collier de chasse en cuir autour de l’encolure renforcent encore la sécurité. Les jambes des chevaux sont également protégées de manière optimale grâce à des guêtres de cross et des cloches. Comme dans l’idée olympique, le plus important est de participer et chaque cavalier doit repousser ses limites personnelles. L’un ou l’autre sera un peu inquiet avant le premier saut par-dessus le mur, mais l’euphorie est d’autant plus grande une fois l’obstacle franchi!
Une formation diversifiée à nouveau en vogue
Ce qui coulait de source, à l’époque, dans la formation de chevaux de cavalerie fiables – c’est d’ailleurs de là que vient le terme «military» utilisé autrefois – a été un peu oublié avec la modernisation de sports équestres et la spécialisation précoce des chevaux dans une certaine discipline. Les terrains de promenade à disposition, où les chevaux pouvaient être habitués à des obstacles naturels comme des montées, des descentes, des rivières ou des troncs d’arbres en travers du chemin, sont aussi moins variés aujourd’hui qu’il y a encore quelques décennies. De nombreux cavaliers d’aujourd’hui n’ont pas non plus grandi dans des familles de cavaliers, c’est pourquoi certains savoirs pouvant être considérés comme faisant partie de la culture générale de l’équitation ne sont pas forcément présents aujourd’hui. Quand a débuté la transition de l’équitation vers un sport de masse avec la suppression de la
cavalerie, la demande de chevaux de loisir répondant aux exigences d’une utilisation variée augmenta. C’est ainsi que les avantages d’une formation diversifiée du cheval fiable ont été remis en avant et c’est pourquoi les cours de cross répondent à une forte demande.
Essor du concours complet en Suisse
Enfin, ce sont aussi les idoles d’une équitation correcte envers le cheval, comme la cavalière de complet Ingrid Klimke, qui montrent que le travail en confiance avec le cheval, lors duquel ce dernier est vu comme un vrai partenaire, est aussi possible dans le sport d’élite dans la discipline concours complet. Il reste à voir si cette nouvelle mode contribuera à élargir la base des cavaliers de compétition de concours complet en Suisse à moyen terme. Il serait néanmoins souhaitable que les clubs proposent davantage de cours et d’examens grâce auxquels l’on peut apprendre à connaître la discipline afin de gagner de nouveaux fans de CC.
Cornelia Heimgartner
Photos: Andrea Heimgartner
Contre les cours de cross de tous, pour tous
Peter Hasenböhler.
Peter Hasenböhler est responsable du cross sur les installations de l’IENA à Avenches depuis sa fondation il y a 17 ans, entraîneur de CC et constructeur de parcours de cross de renommée mondiale. Il propose régulièrement des cours de cross pour tous les niveaux.
Il y a de plus en plus de cours de cross de différents entraîneurs à l’IENA. Est-ce une évolution réjouissante?
D’un point de vue général, il s’agit sûrement d’une évolution réjouissante. Nous devons retourner à une formation diversifiée car les attentes envers le cheval de loisir sont grandes. Chez les cavaliers je remarque aussi régulièrement un manque d’équilibre – il faut impérativement entraîner ces choses-là, particulièrement par respect envers le cheval. Ce qui est moins réjouissant est qu’il manque souvent de discipline dans ces cours de cross, ce qui peut conduire à des situations délicates. Le plaisir de monter à cheval est important et une bonne chose, mais de tels cours exigent beaucoup de professionnalisme et d’expérience de la part de l’entraîneur afin que la situation ne devienne pas dangereuse pour les autres utilisateurs du paddock de cross.
Où faudrait-il donc procéder à des améliorations?
Il faut une meilleure formation de base des entraîneurs, des cavaliers et des chevaux dans le domaine du cross, c’est ce que je souhaite en premier lieu pour le bien-être du cheval. Beaucoup de cavaliers ne montrent pas de ligne claire à leurs chevaux – je ne veux pas dire par là un comportement dur envers le cheval, mais simplement une ligne stricte dans le contact quotidien avec le cheval et lors de la monte. Comme je l’ai déjà évoqué, c’est une question de conséquence. Je ne parle pas de garde-à-vous militaire, bien au contraire, il s’agit plutôt de respecter certaines règles fondamentales qui contribuent finalement à la sécurité de toutes les personnes concernées.
À quoi peut-on reconnaître un bon entraineur pour un cours de cross?
C’est très difficile à dire. Entraîneur n’est pas une profession réglementée, tout le monde peut enseigner. Un point important est sûrement qu’un entraîneur voulant transmettre une formation de base solide doit avoir beaucoup d’expérience. Ici à l’IENA, nous réfléchissons à proposer un stage de formation de base de cross, lors duquel l’on peut obtenir une sorte de badge – un label de qualité donnant une indication sur la qualité de l’entraîneur aux personnes intéressées à suivre un cours.
Qu’est-ce qui a changé ces dernières années dans le monde du CC?
À l’époque, le concours complet était en fait une pierre de touche dans la formation des chevaux de cavalerie. Le parcours de cross passait à travers les champs des agriculteurs ou par la forêt. Aujourd’hui, cela n’est plus possible. La transition vers le concours complet moderne a eu lieu en 2006 lors des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. C’était le début d’une nouvelle ère. J’étais sur place quand a été construit le tout premier parcours de cross à Aix-la-Chapelle. Le sol a été préparé comme pour une autoroute, rien n’a été laissé au hasard. De plus, le parcours devait être accessible aux médias: les spectateurs devaient pourvoir voir le start, l’arrivée ainsi que la majorité du parcours depuis leur emplacement. Les obstacles sont devenus plus exigeants techniquement, bien que les possibilités sont un peu trop exploitées ces derniers temps, comme dernièrement lors des Jeux olympiques de Rio.
Le cross, est-ce un sport à risque?
Étant donné que les cavaliers de CC sont munis d’un bon équipement de protection, l’on a l’impression que c’est très dangereux. Si le cavalier et le cheval sont conduits progressivement vers de nouveaux exercices et qu’ils sont à leur affaire, ce n’est pas un sport à risque. Cependant, s’il manque la formation de base nécessaire, rien que le fait de mener un cheval à la main peut devenir un risque. Il est dans la nature du cheval de se mouvoir dans des terrains difficilement praticables. C’est ce qui est peaufiné en cross, tout simplement.
Pour les cours de cross de tous, pour tous
Barbara Spejchalowa.
Barbara Spejchalová donne des cours de cross en Suisse depuis 4 ans. Elle est écuyère indépendante, entraîneuse J+S, entraîneuse de société ainsi que cavalière de compétition active.
Comment est née l’idée d’organiser des cours de cross?
J’ai fait mes débuts en military à l’âge de 15 ans et j’ai donc commencé à suivre des cours de cross. Comme je montais toujours des chevaux de races différentes, je prenais aussi parfois des Haflinger ou des Franches-Montagnes à ces cours. Souvent, on ne me prenait pas au sérieux et mon souhait de développer les capacités de chaque cheval était ignoré. On attendait de nous que chaque participant puisse suivre le rythme des chevaux de sport. Il n’y avait pas de place pour les besoins individuels. C’est ainsi que j’ai décidé d’organiser moi-même des cours de cross auxquels chaque paire cavalier-cheval sans exception était la bienvenue. Dès le début, l’intérêt était vif et il l’est encore jusqu’à présent, bien que de plus en plus d’organisateurs aimeraient avoir une part du gâteau.
Quels sont les plus beaux moments de ces cours de cross?
Pratiquement à chaque cours, il y a ces moments où cavaliers et chevaux se dépassent, parfois même sans que l’on ne s’en aperçoive. Au début du cours, certains cavaliers sont persuadés qu’ils ne sauteront pas tel ou tel obstacle ce jour-là, et pourtant ils y arrivent finalement car le cavalier et le cheval sont prêts à le faire. Parfois je monte moi-même en selle lors de ces cours pour montrer au cavalier que le cheval est capable de franchir un certain obstacle. Ensuite, la paire le fait ensemble et est ravie – et moi aussi.
Quels cavaliers viennent à ces cours?
J’ai toutes sortes de cavaliers à ces cours, du cavaliers de CC expérimenté au cavalier de loisir avec selle western. Chacun a ses propres objectifs et ambitions. Mon devoir est d’évaluer correctement les capacités du cavalier et du cheval et de les accompagner soigneusement dans les exercices, de manière individuelle et selon leurs souhaits et possibilités. Ainsi, les attentes envers le cavalier et le cheval sont correctes. Tous deviennent «accros» et reviennent volontiers à un cours de cross.
Quels conditions préalables d’équitation faut-il remplir?
Chez moi, aucune. L’on peut suivre mes cours même sans monter, avec un cheval de main. Les chevaux ne doivent pas non plus être échauffés à l’obstacle. Franchir des obstacles naturels est intuitif si l’on leur montre les exercices prudemment.
Y a-t-il beaucoup d’accidents?
Évidemment, il y a des chutes de temps en temps. La sécurité du cheval et du cavalier est très importante pour moi, c’est pourquoi je suis intransigeante en ce qui concerne l’équipement de protection. L’on quitte une certaine zone de confort lors de ces cours, des chutes peuvent donc se produire. Mais la plupart ne sont pas graves. Au début du cours, j’explique toujours les règles de base du cross aux novices, cela créé de la sécurité et peut être utile à l’avenir en balade. Lors de stages sur plusieurs jours, je propose également des analyses de photos et de vidéos des performances personnelles et de performances de cavaliers d’élite internationaux. Ainsi, l’on peut enregistrer les images mentalement et être encore plus confiant pour le prochain cours.