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LE MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME.
Ce jour est la Férie du Grand-Scrutin, parce que, dans l'Eglise de Rome, après les informations et examens nécessaires, on y consommait l'admission du plus grand nombre des Catéchumènes au Baptême. La Station se tenait dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, tant à cause de la vaste étendue de cet édifice, que pour faire hommage à l'Apôtre de la Gentilité des nouvelles recrues que l'Eglise se disposait à faire au sein du paganisme. Le lecteur verra avec intérêt et édification les formes et les cérémonies observées en cette circonstance.
Les fidèles et les aspirants au Baptême étant réunis dans la Basilique vers l'heure de on recueillait d'abord les noms de ces derniers ; et un acolyte les faisait ranger avec ordre devant le peuple, plaçant les hommes à droite, et les femmes à gauche. Un prêtre récitait ensuite sur chacun d'eux l'Oraison qui les faisait Catéchumènes ; car c'est improprement et par anticipation que nous leur avons jusqu'ici donné ce nom. Il les marquait d'abord du signe de la croix au front, et leur imposait la main sur la tête. Il bénissait ensuite le sel, qui signifie la Sagesse, et le faisait goûter à chacun d'eux.
Après ces cérémonies préliminaires, on les faisait sortir tous de l'église, et ils demeuraient
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sous le portique extérieur, jusqu'à ce qu'on les rappelât. Après leur départ, l'assemblée des fidèles étant demeurée dans l'église, on commençait l'Introït, qui est compose des paroles du Prophète Ezéchiel , dans lesquelles le Seigneur annonce qu'il réunira ses élus de toutes les nations, et qu'il répandra sur eux une eau purifiante pour laver toutes leurs souillures. L'acolyte rappelait ensuite tous les Catéchumènes par leur nom, et ils étaient introduits par le portier. On les rangeait de nouveau selon la différence des sexes, et les parrains et marraines se tenaient auprès d'eux. Le Pontife chantait alors la Collecte, après laquelle, sur l'invitation du diacre, les parrains et marraines traçaient le signe de la croix sur le front de chacun des aspirants qu'ils devaient cautionner à l'Eglise. Des acolytes les suivaient, et prononçaient les exorcismes sur chacun des élus, en commençant par les hommes, et passant ensuite aux femmes.
Un lecteur lisait ensuite la Leçon du Prophète Ezéchiel que l'on verra ci-après. Elle était suivie d'un premier Graduel composé de ces paroles de David :
« Venez, mes enfants, écoutez-moi ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Approchez de lui, et vous serez illuminés, et vos visages ne seront point dans la confusion. »
Dans la Collecte qui suivait cette Leçon, on demandait pour les fidèles les fruits du jeûne quadragésimal. et cette prière était suivie d'une seconde Leçon du Prophète Isaie, qui annonce la rémission des péchés pour ceux qui recevront le bain mystérieux.
Un second Graduel, pareillement tiré des Psaumes, était ainsi conçu :
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« Heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu, le peuple que le Seigneur a choisi a pour son héritage. »
Pendant la lecture des deux Leçons et le chant des deux Graduels, avait lieu la cérémonie mystérieuse de louverture des oreilles. Des prêtres allaient successivement toucher les oreilles des Catéchumènes, imitant l'action de Jésus-Christ sur le sourd-muet de l'Evangile, et disant comme lui cette parole: Ephpheta, c'est-à-dire: Ouvrez-vous. Ce rite avait pour but de préparer les Catéchumènes à recevoir la révélation des mystères qui jusqu'alors ne leur avaient été montrés que sous le voile de l'allégorie. La première initiation qu'ils recevaient était relative aux saints Evangiles.
Après le second Graduel, on voyait sortir du Secretarium, et précédés des cierges et de l'encensoir, quatre diacres portant chacun un des quatre Evangiles. Ils se dirigeaient vers le sanctuaire, et plaçaient les livres sacrés à chacun des quatre angles de l'autel. Le Pontife, ou un simple prêtre par son ordre, adressait alors aux Catéchumènes l'allocution suivante que nous lisons encore au Sacramentaire Gélasien :
Etant sur le point de vous ouvrir les Evangiles, c'est-à-dire le récit des gestes de Dieu, nous devons d'abord, très chers fils, vous faire connaître ce que sont les Evangiles, d'où ils viennent, de qui sont les paroles qu'on y lit, pourquoi ils sont au nombre de quatre, qui les a écrits ; enfin quels sont ces quatre hommes, qui, annoncés d'avance par l'Es-prit-Saint, ont été désignés par le Prophète. Si nous ne vous donnions pas la raison de tous ces détails, nous laisserions de l'étonnement dans vos âmes; et comme vous êtes venus aujourd'hui pour que vos oreilles soient ouvertes, nous ne devons pas commencer par mettre votre esprit dans l'impuissance.
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Evangile signifie proprement bonne nouvelle : parce que c'est l'annonce de Jésus-Christ notre Seigneur. L'Evangile est descendu de lui, afin d'annoncer et de montrer que celui qui parlait par les Prophètes est venu dans la chair, ainsi qu'il est écrit: Moi qui parlais, me voici. Ayant à vous expliquer brièvement ce qu'est l'Evangile, et quels sont ces quatre hommes montres d'avance par le Prophète, nous allons désigner leurs noms d'après les figures qui les indiquent. Le Prophète Ezéchiel dit: Et voici leurs traits : un homme et un lion à sa droite, un taureau et un aigle à sa gauche. Nous savons que ces quatre figures sont celles des Evangélistes, et voici leurs noms : Matthieu, Marc, Luc et Jean.
Après ce grave discours, un diacre, du haut de l'ambon, s'adressant aussi aux Catéchumènes, disait :
Tenez-vous en silence; écoutez avec attention.
Puis, ouvrant l'Evangile de saint Matthieu, qu'il avait pris sur l'autel, il en lisait le commencement jusqu'au verset vingt-unième.
Cette lecture terminée, un prêtre prenait la parole en ces termes :
Très chers fils, nous ne voulons pas vous tenir plus longtemps en suspens; nous vous exposerons donc la figure de chaque Evnngeliste. Matthieu a la figure d'un Homme, parce que, au commencement de son livre, il raconte tout au long la généalogie du Sauveur. Voici, en effet, son début : Le livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. Vous voyez donc que ce n'est pas sans raison que l'on a assigné à Matthieu la figure de l'Homme, puisqu'il commence par la naissance humaine du Sauveur.
Le diacre resté à l'ambon disait encore :
Tenez-vous en silence; écoutez avec attention.
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Puis il lisait le commencement de l'Evangile de saint Marc, jusqu'au verset huitième. Après cette lecture, le prêtre reprenait la parole en ces termes :
L'Evangéliste Marc porte la figure du Lion, parce qu'il commence par le désert, dans ces paroles : La voix qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur; ou encore, parce que le Sauveur règne invincible. Ce type du Lion est fréquent dans les Ecritures, afin de ne pas laisser sans application cette parole : Juda, mon fils, tu es le petit du Lion; tu es sorti de ma race. Il s'est couché, il a dormi comme un Lion, et comme le petit de la lionne : qui osera le réveiller ?
Le diacre, ayant ensuite répété son avertissement, lisait le commencement de l'Evangile de saint Luc, jusqu'au verset dix-septième ; et le prêtre reprenant la parole disait :
L'Evangéliste Luc porte la figure du Taureau, pour rappeler l'immolation de notre Sauveur. Cet Evangéliste commence par parler de Zacharie et d'Elisabeth, desquels naquit Jean-Baptiste, dans leur vieillesse.
Le diacre ayant annoncé avec la même solennité l'Evangile de saint Jean, dont il lisait les quatorze premiers versets, le prêtre reprenait en ces termes :
Jean a la figure de l'Aigle, parce qu'il plane dans les hauteurs. C'est lui qui dit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ; il était dans le principe en Dieu. Et David, parlant de la personne du Christ, s'exprime ainsi : Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de l'Aigle: parce que Jésus-Christ notre Seigneur, ressuscité d'entre les morts, est monté jusqu'aux cieux. Ainsi, très chers frères, l'Eglise qui vous a conçus, qui vous porte encore en son sein, se félicite à la pensée du nouvel accroissement que va recevoir la loi chrétienne,
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lorsque, au jour vénérable de la Pàque, vous allez renaître dans l'eau baptismale, et recevoir du Christ notre Seigneur, comme tous les saints, le don d'une enfance fidèle.
La manifestation des quatre Evangélistes était suivie de la cérémonie qu'on appelait tradition du Symbole, par laquelle on proposait aux Catéchumènes le Symbole des Apôtres, et dans les siècles suivants celui de Nicée. Un prêtre faisait d'abord entendre cette allocution :
Admis à recevoir le Sacrement de Baptême, et devant être l'objet d'une nouvelle création dans le Saint-Esprit, il vous faut en ce moment, très chers fils, concevoir dans votre cur la foi qui doit vous justifier : il vous faut, par vos esprits changés désormais par l'habitude de la vérité, approcher de Dieu qui est l'illumination de vos âmes. Recevez donc le secret du Symbole évangélique inspiré parle Seigneur, institué par les Apôtres. Il est en peu de mots; mais les mystères qu'il contient sont grands : car l'Esprit-Saint, qui a dicté cette formule aux premiers maîtres de lEglise, y a formulé la foi qui nous sauve, avec une grande précision de paroles, afin que les vérités que vous devez croire et considérer toujours ne puissent ni se dérober à l'intelligence, ni fatiguer la mémoire. Soyez donc attentifs pour apprendre ce Symbole, et ce que nous vous donnons traditionnellement comme nous l'avons reçu, écrivez-le, non sur une matière corruptible, mais sur les pages de votre cur. Or donc, la confession de la foi que vous avez reçue commence ainsi.
On faisait alors avancer un des Catéchumènes, et le prêtre demandait à l'acolyte qui l'avait amené :
En quelle langue ceux-ci confessent-ils notre Seigneur Jésus-Christ?
L'acolyte répondait :
En grec.
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On sait qu'à Rome, sous les empereurs, l'usage du grec était, pour ainsi dire, aussi répandu que l'usage du latin. Le prêtre disait alors à l'acolyte:
Annoncez-leur la foi qu'ils croient.
Et l'acolyte, tenant la main étendue sur la tête du Catéchumène, prononçait le Symbole en grec, sur un récitatif solennel. On faisait ensuite approcher une des femmes catéchumènes de la langue grecque ; l'acolyte répétait le Symbole de la même manière. Le prêtre disait alors:
Très chers fils, vous avez entendu le Symbole en grec ; écoutez-le maintenant en latin.
On amenait donc successivement deux Catéchumènes de la langue latine, homme et femme, et l'acolyte récitait deux fois devant eux, et à haute voix, de manière à ce que tous les autres pussent entendre, le Symbole en latin. La tradition du Symbole étant ainsi accomplie, le prêtre prononçait cette allocution :
Tel est l'abrégé de notre foi, très chers fils, et telles sont les paroles du Symbole, disposées non d'après les pensées de la sagesse humaine, mais selon la raison divine. Il n'est personne qui ne soit capable de les comprendre et de Jes retenir. C'est là qu'est exprimée la puissance une et égale de Dieu Père et Fils; là que nous est montré le Fils unique de Dieu, naissant, selon la chair, de la Vierge Marie par l'opération de l'Esprit-Saint ; là que sont racontés son crucifiement, sa sépulture et sa résurrection le troisième jour; là que l'on confesse son ascension au-dessus des cieux, sa séance à la droite de la majesté du Père, son futur avènement pour juger les vivants et les morts; là qu'est annoncé le Saint-Esprit qui a la même divinité que le Père et le Fils; là enfin que sont enseignées la vocation de l'Eglise, la rémission des péchés et la résurrection de la chair. Vous quittez donc le vieil homme, mes très chers fils, pour être réformés selon le nouveau ; de charnels, vous commencez
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à devenir spirituels; de terrestres, célestes. Croyez d'une foi ferme et constante que la résurrection qui s'est accomplie dans le Christ s'accomplira aussi en vous, et que ce prodige qui s'est opéré dans notre Chef se reproduira dans tous les membres de son corps. Le sacrement du Baptême que vous devez bientôt recevoir nous donne une expression visible de cette espérance. Il s'y manifeste comme une mort et comme une résurrection ; on y quitte l'homme ancien, et on y en prend un nouveau. Le pécheur entre dans l'eau, et il en sort justifié. Celui qui nous avait entraînés dans la mort est rejeté ; et l'on reçoit celui qui nous a ramenés à la vie, et qui, par sa grâce qu il vous donnera, vous rendra enfants de Dieu, non par la chair, mais par la vertu du Saint-Esprit. Vous devez donc retenir dans vos coeurs cette courte formule, de manière à user en tout temps, comme d'un secours, de la Confession qu'elle contient. Le pouvoir de cette arme est invincible contre toutes les embûches de l'ennemi; elle doit être familière aux vrais soldats du Christ. Que le diable, qui ne cesse jamais de tenter l'homme, vous trouve toujours armés de ce Symbole. Triomphez de l'adversaire auquel vous venez de renoncer ; conservez, par le secours du Seigneur, jusqu'à la lin, incorruptible et immaculée la grâce qu'il se prépare à vous faire : afin que celui en qui vous allez recevoir la rémission des péchés vous procure la gloire de la résurrection. Ainsi donc, très chers fils, vous connaissez présentement le Symbole de la foi catholique; apprenez-le avec soin, sans y changer un seul mot. La miséricorde de Dieu est puissante ; qu'elle vous conduise à la foi du Baptême à laquelle vous aspirez ; et nous-mêmes qui vous ouvrons aujourd'hui les mystères, qu'elle nous fasse parvenir avec vous au royaume des cieux, par le même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.
Après la tradition du Symbole, on donnait aux Catéchumènes l'Oraison Dominicale. Le diacre annonçait d'abord cette nouvelle faveur, et après qu'il avait recommandé le silence et l'attention, un prêtre adressait aux candidats cette nouvelle allocution :
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Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, entre divers préceptes salutaires, au jour que ses disciples lui demandaient comment ils devaient prier, leur donna cette forme de prière que vous allez entendre, et dont on va vous révéler le sens dans sa plénitude. Que Votre Charité écoute donc maintenant en quelle manière le Sauveur a appris à ses disciples qu'il faut prier le Dieu Père tout-puissant : Lorsque vous prierez, dit-il, entrez dans votre chambre, et ayant ferme la porte, priez votre Père. Ce qu'il entend par la chambre, ce n'est pas un appartement secret, mais l'intime de votre cur qui n'est connu que de Dieu seul. Quand il dit que l'on doit adorer Dieu après avoir fermé la porte, il nous avertit que nous devons fermer notre cur aux pensées mauvaises avec la clef mystique, et, les lèvres fermées, parler à Dieu dans la pureté de notre âme. Ce que notre Dieu écoute, c'est a foi, et non le bruit des paroles. Que notre cur soit donc fermé avec la clef de la foi aux embûches de l'ennemi ; qu'il ne soit ouvert qu'à Dieu dont nous savons qu'il est le temple ; et le Seigneur habitant ainsi dans nos curs, il sera propice à nos prières. Le Verbe, la Sagesse de Dieu, le Christ notre Seigneur, nous a donc appris la prière que voici :
NOTRE PÈRE QUI ÊTES AUX CIEUX.
Remarquez cette parole de liberté et d'une pleine confiance. Vivez donc de manière à pouvoir être les fils de Dieu et les frères du Christ. Quelle ne serait pas la témérité de celui qui oserait appeler Dieu son père, et qui se montrerait dégénéré de lui en supposant à sa volonté ? Très chers fils, montrez-vous dignes de la divine adoption ; car il est écrit : Tous ceux qui ont cru en lui, il leur a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu.
QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIÉ.
Ce n'est pas que Dieu, qui est toujours saint, ait besoin d'être sanctifié par nous ; nous demandons que son Nom soit sanctifié en nous : en sorte que nous qui sommes rendus saints dans son Baptême, nous persévérions dans le nouvel être que nous avons reçu.
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QUE VOTRE RÈGNE ARRIVE.
Notre Dieu, dont le royaume est immortel, ne règne-t-il donc pas toujours ? assurément ; mais quand nous disons: Que votre règne arrive, nous demandons l'avènement du royaume que Dieu nous a promis, et lui nous a été mérité par le sang et les souffrances du Christ.
QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL.
C'est-à-dire : Votre volonté s'accomplisse, en sorte que ce que vous voulez dans le ciel, nous qui sommes sur la terre le fassions fidèlement.
DONNEZ-NOUS AUJOURD'HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN.
Entendons ici la nourriture spirituelle : car le Christ est notre pain, lui qui a dit : Je suis le Pain vivant descendu du ciel. Nous l'appelons quotidien, parce que nous devons constamment demander exemption du péché, afin d'être dignes de l'aliment céleste.
ET PARDONNEZ-NOUS NOS OFFENSES , COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS.
Ces paroles veulent dire que nous ne pouvons mériter le pardon des péchés, qu'en remettant d'abord aux autres ce qu'ils ont fait contre nous. C'est ainsi que le Seigneur dit dans l'Evangile : Si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes contre vous, votre Père ne vous remettra pas non plus vos péchés.
ET NE NOUS INDUISEZ PAS EN TENTATION.
C'est-à-dire, ne souffrez pas que nous y soyons induits par celui qui tente, par l'auteur du mal. L'Ecriture, en elfet, nous dit : Dieu n'est pas celui qui nous tente pour le mal. C'est le diable qui nous tente ; et pour le vaincre, le Seigneur nous dit : Veillez et priez, afin que vous n'entnej pas en tentation.
MAIS DÉLIVREZ-NOUS DU MAL.
Ces paroles se rapportent à ce que dit l'Apôtre : Vous ne savez pas ce qu'il vous convient de demander.
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Le Dieu unique et tout-puissant doit être supplié par nous, afin que les maux qui ne peuvent être évités par la fragilité humaine le soient cependant par nous, en vertu du secours que daignera nous accorder Jésus-Christ notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.
Après cette allocution, le diacre disait :
Tenez-vous en ordre et en silence, et prêtez une oreille attentive.
Et le prêtre reprenait ainsi :
Vous venez d'entendre, très chers fils, les mystères de l'Oraison Dominicale ; maintenant établissez-les dans vos curs, en allant et venant, afin que vous arriviez à devenir parfaits, pour demander et recevoir la miséricorde de Dieu. Le Seigneur notre Dieu est puissant, et vous qui êtes en marche vers la foi, il vous conduira au bain de l'eau qui regénère. Qu'il daigne nous faire arriver avec vous au royaume céleste, nous qui venons de vous livrer les mystères de la foi catholique ; lui qui vit et règne avec Dieu le Père, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.
Après la lecture de l'Evangile dans lequel était racontée la guérison de l'aveugle-né, le diacre, selon l'usage, faisait sortir de l'église tous les Catéchumènes ; leurs parrains et marraines les conduisaient eux-mêmes dehors, et rentraient ensuite dans l'église pour assister au Sacrifice avec les autres fidèles. A l'Offrande, ils venaient présenter à l'autel les noms de leurs clients spirituels ; et le Pontife récitait ces noms, ainsi que ceux des parrains et marraines, dans les prières du Canon. Vers la fin de la Messe, on faisait rentrer les Catéchumènes, et on leur déclarait le jour où ils devraient se présenter à l'église, pour rendre compte du Symbole et des autres instructions qu'ils venaient de recevoir.
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L'imposante cérémonie dont nous venons d'exposer quelques traits, n'avait pas lieu seulement aujourd'hui ; elle se répétait plusieurs fois, selon le nombre des Catéchumènes, et le plus ou moins de temps nécessaire pour recueillir, sur la conduite de chacun d'eux, les renseignements dont l'Eglise avait besoin pour juger de leur préparation au Baptême. Dans l'Eglise Romaine , on tenait, comme nous l'avons dit, jusqu'à sept scrutins ; mais le plus nombreux et le plus solennel était celui d'aujourd'hui ; et ils se terminaient tous par la cérémonie que nous venons de décrire.
COLLECTE.
PREMIERE LEÇON.
Ces magnifiques promesses qui s'accompliront un jour à l'égard de la nation juive, quand la justice du Seigneur sera satisfaite, se réalisent d'abord dans nos Catéchumènes. Ce sont eux que la grâce divine a rassemblés de tous les pays de la gentilité, pour les conduire à leur vraie patrie qui est l'Eglise. Dans peu de jours, on répandra sur eux cette eau pure qui doit effacer la souillure de l'idolâtrie ; ils recevront un esprit nouveau, un cur nouveau, et ils seront pour toujours le vrai peuple du Seigneur.
DEUXIEME LEÇON.
C'est maintenant à ses Pénitents que l'Eglise adresse ce beau passage d'Isaie. Pour eux aussi un bain est prépare : bain laborieux, mais efficace pour laver toutes les taches de leurs âmes, s'ils s'y présentent avec une contrition sincère, et disposes a réparer le mal qu'ils ont commis. Se peut-il rien de plus énergique que la promesse du Seigneur ? Les couleurs les plus foncées et les plus éclatantes remplacées en un instant par la pure blancheur de la neige, telle est l'image du changement que Dieu se prépare à opérer dans l'âme du pécheur repentant. L'injuste va devenir juste, les ténèbres vont se transformer en lumière, l'esclave de Satan va être fait enfant de Dieu. Réjouissons-nous avec notre heureuse mère la sainte Eglise, et, redoublant d'ardeur dans la prière et la pénitence, obtenons que le nombre des réconciliés, au grand jour de la Pâque, surpasse encore ses espérances.
ÉVANGILE.
L'Eglise des premiers siècles désignait le Baptême sous le nom d'Illumination, parce que c est ce Sacrement qui confère à l'homme la foi surnaturelle par laquelle il est éclairé de la lumière divine. C'est pour cette raison qu'on lisait aujourd'hui le récit de la guérison de l'aveugle-né, symbole de l'homme illuminé par Jésus-Christ. Ce sujet est souvent reproduit sur les peintures murales des catacombes et sur les bas-reliefs des anciens sarcophages chrétiens.
Nous naissons tous aveugles ; Jésus-Christ, par le mystère de son incarnation figuré sous cette boue qui représente notre chair, nous a mérité le don de la vue ; mais pour en jouir, il nous faut aller à la piscine du divin Envoyé, et nous laver dans l'eau baptismale. Alors nous serons éclairés de la lumière même de Dieu, et les ténèbres de notre raison seront dissipées. La docilité de l'aveugle-né, qui accomplit avec tant de simplicité les ordres du Sauveur, est l'image de celle de nos Catéchumènes qui écoutent si docilement les enseignements de l'Eglise, parce que eux aussi veulent recouvrer la vue. L'aveugle de l'Evangile, dans la guérison corporelle de ses yeux, nous donne la figure de ce que la grâce de Jésus-Christ opère en nous par le Baptême; mais, afin que l'instruction soit complète, il reparaît à la fin du récit pour nous fournir un modèle de la guérison spirituelle de l'âme frappée de l'aveuglement du péché.
Le Sauveur l'interroge, comme l'Eglise nous a interrogés nous-mêmes sur le bord de la piscine sacrée. « Crois-tu au Fils de Dieu ? » lui demande-t-il. Et l'aveugle, rempli d'ardeur pour croire, répond avec empressement : « Qui est-il, a Seigneur, afin que je croie en lui ? » Telle est la foi, qui unit la faible raison de l'homme à la souveraine sagesse de Dieu, et nous met en possession de son éternelle vérité. A peine Jésus a-t-il affirmé sa divinité à cet homme simple, qu'il reçoit de lui l'hommage de l'adoration ; et celui qui d'abord avait été aveugle dans son corps, et qui ensuite avait reçu la vue matérielle, est maintenant chrétien. Quel enseignement complet et lucide pour nos Catéchumènes ! En même temps, ce récit leur révélait et nous rappelle à nous-mêmes l'affreuse perversité des ennemis de Jésus. Il sera bientôt mis à mort, le juste pas excellence ; et c'est par l'effusion de son sang qu'il nous méritera, et à tous les hommes, la guérison de l'aveuglement dans lequel nous sommes nés, et que nos péchés personnels contribuaient encore à épaissir. Gloire donc, amour et reconnaissance à notre divin médecin qui, en s'unissant à la nature humaine, a préparé le collyre par lequel nos yeux sont guéris de leur infirmité, et rendus capables de contempler à jamais les splendeurs de la divinité même !
ORAISON.
La Liturgie Mozarabe nous fournit, dans son Missel, cette belle Préface, ou Illation, qui se rapporte à l'Evangile d'aujourd'hui :
ILLATIO.
(Dominica II Quadragesimae.)