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La structure institutionnelle et politique qui régit le Liban semble être en bout de course. "Dans la crise profonde que connaît le régime actuellement, le Liban ne peut plus faire l'économie d'un débat sur des modifications constitutionnelles", constate Camille Najm, journaliste politique et expert des institutions libanaises, interrogé dans l'émission Hautes fréquences.
Au Liban, le partage du pouvoir est régi aujourd'hui par un double mécanisme. D'une part, le confessionnalisme politique, qui prévoit la répartition entre les différentes communautés religieuses des fonctions de l'Etat. D'autre part, le confessionnalisme juridique, par lequel l'Etat libanais reconnaît l'autonomie des 18 communautés présentes, leur garantissant une autodétermination dans les domaines qui touchent la vie privée, comme le mariage ou l'héritage.
Un "Pacte national" pour gérer la vie politique
Depuis l'indépendance obtenue en 1943, la vie politique libanaise est gérée par le "Pacte national". Il s'agit d'un compromis – non écrit – entre les sunnites, les chiites et les chrétiens-maronites, les trois communautés majoritaires du pays.
De ce fait, les plus hautes fonctions de l'État sont ainsi réparties entre les trois communautés : le président de la République est un chrétien maronite; le Premier ministre est un musulman sunnite; et le président de l'Assemblée nationale, un musulman chiite. Le rôle de vice-Premier ministre et le porte-parole du gouvernement sont assumés par des chrétiens orthodoxes.
Ce partage du pouvoir entre communautés religieuses a été réorganisé en 1989 par l'accord de Taëf qui visait à mettre fin à la guerre civile qui a dévasté le Pays de Cèdre entre 1975 et 1990.
Vers une possible coexistence?
Mais au sein de la population, la volonté de changement est de plus en plus forte. À l'image des manifestations de rue de ces dernières semaines.
Le changement de système préconisé ne va toutefois pas de soi, comme en témoignent les nombreuses propositions de réformes de ces dernières dizaines d'années, qui n'ont jamais abouti.
Selon Camille Najm, l'électrochoc causé par la puissante explosion au port du Beyrouth le 4 août dernier pourrait finalement permettre de relancer le débat sur des réformes constitutionnelles nécessaires, vers un nouveau "pacte politique" auquel le mouvement chiite Hezbollah a déjà répondu formellement de manière favorable.
La transition vers un Etat libanais neutre du point de vue religieux permettrait de rassurer les communautés et de préserver en même temps les équilibres internes au pays, précise Camille Najm. Car la nouvelle structure institutionnelle éviterait que les différentes communautés soient obligées de chercher des protecteurs externes pour renverser en leur faveur les rapports de forces politiques internes, comme l'histoire récente du pays l'a démontré à plusieurs reprises.
Davide Pesenti, RTSreligion