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Erich von Stroheim penché sur une femme. Maude George, vraisemblablement, actrice qui ne fit pas une carrière phénoménale, puisqu'elle disparut des écrans dès l'avènement du parlant. Vêtu en officier, comme presque toujours, Stroheim semble attentionné, veillant sur le sommeil de la jeune femme affalée, posant une couverture sur son corps nu (ou supposé tel). Mais les intentions de l'homme pourraient très bien être machiavéliques sans qu'on puisse le deviner. La jeune femme a en revanche une pose alanguie et son maquillage - lèvres et paupières - accentue la blancheur d'une peau cadavérique. Histoire de nous rappeler que la mort n'est jamais très loin dans les films de Stroheim. D'ailleurs, pour mieux nous l'indiquer, une croix se dessine nettement dans l'encadrement de la fenêtre, en haut à gauche. Le décor, lui, ne ressemble à rien. C'est-à-dire à rien d'aisément identifiable. Des couvertures, un mur de pierre comme surgi d'une grotte, une fenêtre et des habits qui paraissent pendre au-dessus de la jeune femme. La perspective elle-même a l'air biaisée, fausse, pas du tout réaliste.
Sans être symptomatique du cinéma de Stroheim - il manque ici l'idée de la démesure, même si les proportions la suggèrent -, ce plan de Foolish Wives, justement parce qu'il ne ressemble à rien (d'identifiable au premier coup d'oeil), définit malgré lui l'univers d'un cinéaste qui ne signa que des films hors du commun, baignant dans l'outrance et la folie, défiant ainsi cet Hollywood des années 20 qui se cherchait encore. Tourné en 1921, sorti en 1922, Foolish Wives (traduit par Folies de femmes lors de son exploitation française) aurait dû être un film de six heures. Les producteurs de la Universal le réduisirent à une version d'un peu moins de deux heures. Semblable destin attendrait toutes les autres réalisations de Stroheim.
Foolish Wives sera projeté le lundi 24 novembre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Du muet à Maddin" proposé par le Ciné-club universitaire.