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Les œuvres de Michel Verjux ne sont ni de la sculpture ni de la peinture, mais de l’éclairage. Elles sont constituées de l’élément nécessaire à la perception visuelle : la lumière. Par la projection lumineuse d’une forme géométrique simple, Michel Verjux révèle une situation architecturale. Il élargit la notion d’œuvre d’art à l’espace qui la contient, qui devient partie de l’œuvre elle-même. Son travail, avec des moyens visuels minimums, montre ses « conditions d’existence(1) » : un espace donné, un temps donné, l’éclairage et le regard du spectateur. Alors, l’œuvre d’art peut « communiquer ce sentiment premier d’être physiquement et intellectuellement reliés à notre environnement(1) »
Après ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Dijon (1977-1982) et quelques actions et performances (1979-1983), Michel Verjux est co-fondateur du Consortium de Dijon (1983).
En 1983, il réalise ses premières œuvres avec la lumière, au moyen de projecteurs de diapositives, vides, c’est-à-dire sans image, dans des salles obscures. La lumière commence par raser le sol, puis rencontre des objets-obstacles (socles, fils à plomb, tables...) avant d’éclairer le mur sur lequel les ombres des objets dessinent des structures.
Le spectateur est partie prenante de l’œuvre, physiquement, en arrêtant la lumière et en projetant son ombre sur le mur. Il avère sa situation spatiale (ses déplacements sont matérialisés) et temporelle (il fait exister l’œuvre pendant sa présence).
Dès 1986, M. Verjux supprime les obstacles placés volontairement entre le projecteur et le mur, qui devient alors le seul révélateur de la lumière. La projection se limite à une forme géométrique, cercle ou carré. Le spectateur, lui, n’interrompt plus forcément le faisceau. Sa présence ne se manifestant plus sur la lumière, il peut mieux voir ce qu’il y a autour.
En abandonnant, en 1987, le projecteur de diapositives pour le projecteur de type « poursuite de théâtre », plus puissant, M. Verjux peut renoncer à obscurcir ses lieux d’expositions. Cela augmente considérablement la portée de ses pièces, les dédramatise, et leur donne leur sens plein. En effet, l’arrivée d’une autre lumière, naturelle ou artificielle, ajoute une nouvelle dimension : l’œuvre va réagir et se modifier en fonction d’éléments extérieurs. Elle devient photosensible et vit physiquement les changements, temporels, atmosphériques, qu’elle signale en les matérialisant. Le bord du cercle lumineux est marqué d’une irisation, manifestation de la vie propre de la lumière et de la couleur à l’état virtuel.
Ainsi, de façon radicale, M. Verjux n’a conservé que « l’éclairage comme index visuel réduit au minimum nécessaire et suffisant (1) ». Dès ce moment, les caractéristiques essentielles de son travail sont en place. « Le type reste le même, alors que l’occurence, la réalisation particulière, est quant à elle toujours différente, car toujours liée à un espace réel et à un temps réel (1) ».
Cercle brisé, projection unique ou répétée, au plafond ou au sol, lumière rasante sous un escalier, chaque œuvre est agrandie au lieu architectural qui la contient sa « niche écologique » et qu’elle révèle. Le rayonnement, la réflexion sur un vitrage, l’ombre d’une structure sont autant d’éléments qui nous font prendre conscience d’un lieu donné et, partant, de notre situation dans ce lieu à un moment donné.
M. Verjux parvient, avec une économie de moyens extrême (l’œuvre réduite à la seule condition essentielle de sa perception : la lumière) et avec un « engagement existentiel(1) » minimum, c’est-à-dire en s’impliquant personnellement et émotionnellement aussi peu que possible — deux facteurs qui montrent la filiation de son travail avec l’art minimal — à créer une œuvre riche de sens.
Comme d’autres artistes de ce siècle, plus particulièrement dans la foulée de l’art conceptuel ou minimal, M. Verjux se refuse à créer des icônes, symboliques ou narratives. Il réduit son travail à la force de l’indice et veut impliquer le spectateur dans une expérience artistique plus globale, qui requiert sa participation. En effet, son regard est indispensable. C’est lui qui fait fonctionner l’ensemble. C’est sa présence et son intelligence sa compréhension qui donnnent à l’œuvre son entière signification. Car l’éclairage ne modifie pas la stucture d’un espace, mais sa perception. En définitive, M. Verjux utilise la lumière pour montrer ...le visible.
Roger Marcel Mayou
(1) Citations de Michel Verjux.