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Zürich, 20.08.2017
Le parlement du Venezuela, dominé par les opposants au président socialiste Nicolas Maduro, a siégé samedi. Il a annoncé être entré en "résistance" face à la nouvelle assemblée constituante, qui s'est arrogé vendredi le pouvoir législatif à ses dépens.
"C'est un parlement en résistance contre une dictature militaire armée qui l'a dépossédé de son autorité et a obtenu militairement ce qu'elle n'a pas pu obtenir dans les urnes", a dit le vice-président de l'Assemblée nationale, Freddy Guevara, au cours d'une séance extraordinaire.
La séance de samedi s'est ouverte en présence de représentants du corps diplomatique en poste au Venezuela, invités par les députés d'opposition. Des diplomates de l'Union européenne, d'Espagne ou encore de France étaient présents.
Elue dans le sang
Elue fin juillet dans le sang et contestée par une grande partie de la communauté internationale, la Constituante, assemblée de 545 membres tous issus du chavisme, s'est attribué vendredi l'essentiel des pouvoirs du Parlement.
Elle a annoncé par un décret officiel avoir décidé "d'assumer le pouvoir de légiférer sur les sujets visant directement à garantir la préservation de la paix, la sécurité, la souveraineté, le système socio-économique et financier, les biens de l'Etat et la primauté des droits des Vénézuéliens".
Cette décision, qui inclut le pouvoir de dicter des lois, a été prise lors d'une séance à laquelle la commission de direction du Parlement avait été citée à comparaître, ce qu'elle a refusé.
"Cette décision frauduleuse est nulle, cette Constituante est nulle", s'est exclamé samedi Freddy Guevara lors d'une conférence de presse organisée avant le début de la session du parlement. Selon lui, le principal objectif de la Constituante est d'approuver des contrats et d'obtenir des fonds de l'étranger, cruciaux pour ce pays pétrolier qui tire 96% de ses devises de l'exportation de pétrole.
"Nous n'avaliserons aucun contrat qui viole la Constitution", a prévenu M. Guevara. Mais la Cour suprême du pays (TSJ), elle aussi acquise à Nicolas Maduro, a rejeté depuis 2015 toutes les lois adoptées par l'Assemblée nationale.
Le Parlement a obtenu le soutien de l'Organisation des Etats Américains, via son secrétaire général Luis Almagro. Il a déclaré "illégitime et inconstitutionnelle" la décision de l'Assemblée constituante et a demandé une réunion d'urgence de l'OEA.
Luisa Ortega s'enfuit
L'Assemblée constituante doit officiellement rédiger une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1999, mais elle a été dotée de pouvoirs très étendus et a prévu de siéger deux ans, donc au-delà du mandat de M. Maduro, qui s'achève en janvier 2019.
Le gouvernement cherche aussi à faire taire une autre voix dissidente, celle de l'ex-procureure générale Luisa Ortega qui s'est réfugiée vendredi en Colombie, après avoir transité par l'île caribéenne d'Aruba, selon un communiqué des services d'immigration colombiens.
Les services d'immigration colombiens n'ont pas précisé quel est le statut de Mme Ortega et si elle va demander la protection du gouvernement colombien. Mme Ortega était interdite de sortie du territoire vénézuélien et avait vu ses comptes bancaires gelés.
Maduro accusé de corruption
L'ex-procureure générale avait accusé vendredi Nicolas Maduro d'être impliqué dans un vaste scandale de corruption autour du constructeur brésilien Odebrecht. "Nous avons le détail de toute la coopération, les montants et les personnes qui se sont enrichies, et cette enquête implique monsieur Nicolas Maduro et son entourage", affirmait-elle dans un enregistrement audio diffusé par la justice à Puebla (Mexique), lors d'un sommet de procureurs d'Amérique latine.
Ce n'est pas la première fois que le nom de M. Maduro est évoqué dans le vaste scandale Odebrecht, qui éclabousse plusieurs pays d'Amérique latine.