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De hooligan à politicien
Donald Tusk, un combattant au verbe imagé, qui a dirigé l'UE
Donald Tusk, qui a pris samedi la tête du parti d'opposition Plateforme civique en Pologne, est un combattant politique imperturbable, puisant ses racines dans le mouvement polonais anticommuniste Solidarité, doté d'une longue expérience à éteindre des incendies, tant chez lui en Pologne qu'à Bruxelles.
Historien, passionné de football, cet homme de 64 ans au regard bleu acier a assumé deux mandats de Premier ministre centriste avant de quitter son pays en 2014 pour Bruxelles, où il a occupé un poste clé au sein de l'Union européenne.
En tant que président du Conseil européen il a géré pendant quatre ans différentes crises comme celles de l'immigration ou des difficultés économiques de la Grèce, en passant par les négociations complexes du Brexit.
Après avoir appris rapidement l'anglais, alors qu'il partait pratiquement à zéro, M. Tusk s'est forgé la réputation d'un homme au franc-parler, avec un penchant pour des formules imagées. Au sujet du Brexit, il a prévenu qu'«il n'y aurait aucun biscuit sur la table, seulement du sel et du vinaigre».
Depuis 2019, il est à la tête de la première formation politique européenne, le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit. Actif sur Twitter, il s'en prend fréquemment à ses grands rivaux en Pologne, le parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS) au pouvoir, pointant de ses critiques, souvent sarcastiques, leur gestion de la pandémie, leurs efforts pour durcir la loi sur l'avortement ou leurs conflits avec la justice européenne.
L'année dernière, à une remarque disant que lui et le leader du PiS, Jaroslaw Kaczynski, pourraient changer la donne en se faisant vacciner ensemble il répond: «je serais prêt à le piquer moi-même, pour la cause».
«Chercher des crosses»
Les deux hommes sont des ennemis déclarés, Jaroslaw Kaczynski accusant Donald Tusk d'avoir une «responsabilité morale» dans la mort de son frère Lech, alors président, dans un accident d'avion en Russie en 2010.
M. Tusk était Premier ministre lorsque l'accident a anéanti une grande partie de l'establishment polonais qui se rendait à Smolensk pour commémorer le meurtre de milliers de Polonais par la police secrète soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les enquêteurs polonais et russes ont conclu à des erreurs de pilotage, le mauvais temps et un contrôle incorrect du trafic aérien à Smolensk. Cependant, les conservateurs ont accusé le gouvernement de M. Tusk de négligences dans les préparatifs de la visite présidentielle et de lacunes de l'enquête.
L'inimitié amère entre M. Tusk et le PiS a fait surface sur la scène internationale lorsque le gouvernement conservateur a tenté, sans succès, de bloquer sa réélection à la tête du Conseil européen en 2017. «Faites attention aux ponts que vous brûlez, car une fois qu'ils ne sont plus là, vous ne pourrez plus jamais les traverser», a averti alors Donald Tusk.
Les racines de son caractère combatif remontent à son éducation à Gdansk, sur la mer Baltique, ville qui est devenue plus tard le berceau du mouvement Solidarité. «Enfant, jeune, j'étais un hooligan typique... Nous errions dans les rues, vous savez, en cherchant des crosses» dans des bagarres ou après des matchs de football, a-t-il déclaré au Financial Times en 2014.
Le football est resté une obsession, Donald Tusk étant capable de réciter de mémoire les résultats des grands tournois de football organisés en l'espace des décennies.
Repeindre des cheminées d'usine
Alors que le pays était encore communiste, jeune opposant au régime, il avait lui-même créé une entreprise de peinture. C'était alors une rareté dans une économie étatisée.
«C'est en peignant toutes sortes de sites industriels, des cheminées et des ponts qu'il a appris l'économie de marché et ses règles de fonctionnement», a expliqué à l'AFP son ami de longue date Jerzy Borowczak.
Dès la chute du régime communiste en 1989, Tusk fonda avec des amis de Gdansk un premier mouvement libéral en Pologne. En 2001, il forme la Plateforme civique (PO) dont il est toujours président d'honneur.
Historien de formation, Tusk revendique ses origines kachoubes, une minorité slave de la région de Gdansk longtemps disputée entre la Pologne et l'Allemagne.
ATS