Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06959.jsonl.gz/573

Les bactéries lactiques pourraient contribuer à la santé de la flore intestinale
Le microbiome intestinal humain peut-il être optimisé par l'absorption de certaines bactéries au travers de l'alimentation ? Des chercheuses et chercheurs d'Agroscope et de l'Université de Berne ont analysé le potentiel à cet égard des bactéries lactiques provenant de la collection de souches de Liebefeld. Ces bactéries ont été récoltées dans les fromageries suisses depuis le début du 20e siècle et conservées chez Agroscope.
L'intestin est l'un des organes les plus importants de l’être humain. Il accomplit diverses tâches importantes telles que la digestion des aliments et la valorisation des éléments nutritifs. Il est également d'une importance capitale pour notre système immunitaire. Des milliards de microorganismes – qui ensemble forment le microbiome intestinal ou la flore intestinale - colonisent notre intestin. Ceux-ci ont un impact majeur sur notre santé, en partie parce que le système immunitaire dépend dans une large mesure de l'équilibre de cet écosystème microbien.
Un système immunitaire fort grâce à une grande variété de microbes intestinaux
Nous savons aujourd'hui que la diversité des microbes intestinaux en particulier a un effet positif sur la santé humaine. Or, les habitudes alimentaires occidentales, qui se caractérisent par une faible variété d’éléments nutritifs, mettent en danger cette diversité, ce qui peut conduire à un déséquilibre. Cette situation est susceptible de favoriser le développement de maladies chroniques telles que l'obésité, le diabète ou les maladies inflammatoires intestinales et auto-immunes, mais aussi les maladies psychiques.
Pour y remédier, l'apport de bactéries par le bais de l'alimentation pourrait être une solution possible: des études sur les souris ont montré que l'équilibre intestinal peut être rétabli par l’ingestion de certaines bactéries. Les chercheurs-euses ont également montré récemment que les bactéries lactiques, qui proviennent des aliments - notamment des aliments fermentés – sont en mesure de coloniser l'intestin humain.
Cultures fromagères suisses: des analyses révélatrices
Guy Vergères, spécialiste en nutrition chez Agroscope, voit un potentiel particulier dans les collections de souches microbiennes provenant de l'industrie laitière: «Les collections de bactéries, récoltées au cours d’un siècle de recherches laitières, pourraient être utilisées de façon ciblée pour augmenter la diversité du microbiome intestinal». Les bactéries utilisées aujourd’hui pour la fabrication de fromages ont été récoltées au fil des années dans de nombreuses fromageries suisses. Aujourd'hui, elles sont conservées chez Agroscope à Liebefeld et reproduites pour la production fromagère. Un objectif important de la collection de souches de Liebefeld est de garantir la qualité des fromages suisses.
Afin de déterminer le potentiel de ces cultures pour le microbiome intestinal, des chercheuses et des chercheurs d'Agroscope et de l'Université de Berne ont analysé, dans le cadre du projet Polyfermenthealth, au moyen d’une simulation informatique, les génomes (ensemble des informations génétiques) de 626 bactéries, principalement des bactéries lactiques, issues de la collection de souches d’Agroscope. Ensuite, une souche bactérienne par espèce a été sélectionnée. Les gènes de ces 24 souches ont été comparés au microbiome intestinal de quatre personnes en bonne santé.
L'analyse a montré que les 24 bactéries réunies peuvent couvrir environ 89% des fonctions biochimiques du microbiome intestinal humain. Autrement dit, les collections de souches microbiennes issues de l'industrie laitière pourraient potentiellement être une source intéressante de bactéries pouvant contribuer à la santé du microbiome intestinal humain.
Potentiel pour de nouveaux produits alimentaires
Guy Vergères se félicite de ce résultat sans équivoque: «Notre étude a montré que la collection de souches de Liebefeld a un potentiel génétique important. Au moyen de ces bactéries, nous avons la possibilité de développer de nouveaux produits alimentaires (fermentés), qui atténueront les effets négatifs de l’alimentation occidentale sur la santé humaine.»
Le potentiel de ces souches bactériennes pour diverses applications dans la production alimentaire est actuellement à l’étude. Par exemple, des bactéries qui produisent des vitamines et des molécules immunorégulatrices dans le yogourt sont en cours de sélection. Mais c’est surtout la combinaison de plusieurs souches qui se complètent au niveau biochimique qui pourrait être un concept nouveau et prometteur pour l'industrie alimentaire. Cette approche pourrait à son tour déboucher sur une nouvelle gamme de produits aptes à répondre à la demande croissante d'aliments naturels favorables à la santé.
Depuis 2015, Agroscope se focalise sur les systèmes microbiens dans le domaine des denrées alimentaires. Ainsi, dans le domaine de l’alimentation humaine, les effets physiologiques et biochimiques des aliments fermentés (surtout le yaourt et le fromage) représentent les principaux thèmes de la recherche, l’objectif étant de pouvoir reconnaître et évaluer les possibles avantages et risques pour la santé.