Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07275.jsonl.gz/1330

Depuis l'ère des grandes découvertes en microbiologie du XVIIIe siècle, notre vision de la pathogénie des maladies rhumatismales s'est inéluctablement tournée vers le lien entre maladies infectieuses et inflammation articulaire. Par exemple, l'emploi des sels d'or dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde (PR) dès1920 a été fondé sur la notion que la tuberculose pourrait être la cause de la PR. Les essais cliniques pionniers du Dr Jacques Forestier d'Aix-les-Bains ont démontré son efficacité et, pendant trois décennies, les sels d'or ont été le traitement de fond de référence. Dès les années 60, il a été reconnu que les infections sont capables de provoquer une inflammation articulaire même en l'absence de germe dans l'articulation d'où la notion d'arthrite réactionnelle et la mise en évidence de la pathogénie du syndrome de Reiter. Les années suivantes ont permis, d'une part, de découvrir que l'arthrite de Lyme est due à une infection bactérienne et, d'autre part, d'identifier la cause de la maladie de Whipple. Pour l'instant, l'origine de la polyarthrite rhumatoïde résiste à l'hypothèse d'une cause microbienne, bien que les recherches nous aient fait croire, momentanément à une origine virale (parvovirus ? rétrovirus ?) ou bactérienne (mycobactérie ? mycoplasme ?). Même si l'infection n'est pas à la source de toutes les arthrites, son importance clinique à une époque où la manipulation du système inflammatoire et immunitaire pourrait favoriser les infections nous a incité à consacrer un colloque à ce sujet.
Bien que nous pensions que le microbe n'est pas la cause de toutes les arthrites inflammatoires, la compréhension des mécanismes de l'inflammation provoquée par une infection conduit à des concepts novateurs. Le système immun inné, au premier rang de la défense leucocytaire antibactérienne, fait partie des systèmes complexes que l'évolution nous a fournis afin de nous défendre contre toutes sortes d'agressions exogènes. Selon Polly Matzinger, ce sont aux «signaux de danger» que nos cellules se sont adaptées à répondre.1 Bien que ces signaux soient nombreux sur les microbes, il a été également démontré que les signaux d'origine endogène sont aussi capables de déclencher une réaction cellulaire inflammatoire, par exemple l'ADN. Les récepteurs capables de déceler un signal sont nombreux sur la surface des leucocytes, surtout les macrophages, mais existent aussi à l'intérieur des cellules. L'analyse de ces molécules vient de commencer et la découverte récente de «l'inflammasome» ouvre encore de nouvelles pistes.2
Il est fort probable que la compréhension de la réponse du système immun inné, lieu de convergence de la réaction de l'hôte aux agressions microbiennes et aux molécules toxiques d'origine endogène, puisse expliquer l'association entre l'infection et l'inflammation articulaire et pourquoi une arthrite pourrait être déclenchée par une infection à distance. Ainsi, la notion des anciens, selon laquelle l'infection est à la source des inflammations chroniques, n'est pas démodée et pourrait modifier nos thérapies futures.