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Mais qu'est-ce que ce plaisir dont nous sommes si friands? On dit parfois de la douleur qu'elle retient l'attention de manière si exclusive que ce qui nous fait mal s'en trouve escamoté. Au contraire, le plaisir de manger du chocolat n'est certainement pas une sorte de transe extatique où le contact avec ce qui fait plaisir se serait en quelque sorte évanoui. Non, ce plaisir, pris à une flaveur particulière, est bien celui de manger du chocolat. Est-ce alors à dire que le plaisir serait une sorte de sixième sens dont nombre de gourmets auraient affûté les capacités en matière de dérivés de cacao?
Il paraît beaucoup plus juste de le voir comme une réponse ou une réaction qui peut être dirigée vers les délivrances de ces sens comme elle peut être dirigée vers ce que nous appréhendons par la vue ou encore par la pensée. Bien sûr, cette conclusion débouche immédiatement sur une nouvelle interrogation: comment rendre compte à la fois de la variété des plaisirs que nous venons de constater et de leur unité, car il doit après tout bien y avoir quelque chose que ces plaisirs variés ont en commun et qui en fait des plaisirs? Partant du constat que l'unité des plaisirs n'était pas à chercher du côté d'une sensation brute, nombreux sont ceux qui ont tenté de la comprendre à la lumière des désirs du sujet.
Fabrice Teroni, "Qu'est-ce que le plaisir de manger du chocolat?", tiré du livre Aristote chez les Helvètes, Ithaque, 2014.