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Le 10 juillet dernier, la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome publiait cinq « questions-réponses » concernant l'identité de l'Eglise catholique-romaine. Elle entendait répondre à des « interprétations erronées qui suscitent doutes et perplexités ». Au fond rien de nouveau. La Congrégation redit que l'Eglise de Jésus-Christ est identiquement présente dans l'Eglise catholique-romaine. Derrière l'affirmation se cache une importante querelle d'interprétation du texte du concile Vatican II sur l'Eglise. Contrairement à celui-ci qui inaugurait une dynamique de reconnaissance différenciée des autres Eglises, les « questions-réponses » de juillet 2007, à la suite de la déclaration Dominus Iesus de septembre 2000, abandonnent la dynamique et referment la porte.
De nombreuses personnes engagées depuis des années dans l'oecuménisme expriment leur peine, leur irritation et leur désaccord. D'autres s'interrogent, car l'opinion publique, même peu informée, sent bien que l'Eglise catholique « revient en arrière ». Alors que faire ? D'abord n'accordons pas trop d'importance à des textes difficiles et qui témoignent d'une crainte démesurée du relativisme. La Conférence des évêques suisses, à sa tête Mgr Kurt Koch, a publié au début août une Lettre ouverte visant à atténuer le ton abrupt des « questions et réponses », à en expliquer le sens et à assurer les autres Eglises de la poursuite du dialogue oecuménique.[1] «
Une organisation super-centralisée comme l'est l'Eglise catholique, avec des structures principalement orientées de haut en bas, perd la proximité avec les questions et les besoins des êtres humains », observe le professeur de théologie Leo Karrer de l'Université de Fribourg.[2] Il ajoute : « Le système perd aussi la dynamique spirituelle que recherchent les êtres humains? et la richesse incomparable des expériences d'une Eglise universelle ne parvient pas à se communiquer à ceux auxquels elle s'adresse. » « Il y a dans l'Eglise catholique tant de dynamique charismatique, d'impulsions spirituelles, de forces intellectuelles, de ressources humaines et tant de bonne volonté que les dirigeants de l'Eglise - malgré un aspect chaotique - devraient prendre en compte et soutenir ! » observe-t-il encore.
Dans notre pays, qui fut très marqué par les divisions confessionnelles, une culture oecuménique s'est développée comme une réalité historique et dynamique. Il est vrai que beaucoup de catholiques d'origine étrangère, qui forment dans certains cantons une majorité, ne l'ont pas encore reçue ; il y faudra encore du temps. Or comment libérer et soutenir ces forces dans le dialogue et la vie oecuménique qui demeurent une priorité, si l'on diminue l'identité ecclésiale des autres Eglises, en particulier en Suisse celle des Eglises réformées ?
Il s'agit d'approfondir et de développer entre les membres des différentes Eglises « l'échange des dons », selon l'expression heureuse du pape Jean Paul II dans son encyclique sur l'oecuménisme Ut unum sint. C'est-à-dire, recevoir la richesse de l'autre et donner ce qui fait la nôtre. Un exemple : le 26 août dernier, lors du culte solennel marquant les trois cents ans de présence luthérienne à Genève, les catholiques présents, dont j'étais, ont reçu un exceptionnel cadeau : la beauté du culte, la richesse de la symbolique, la foi d'une communauté multiculturelle célébrant son histoire. Plus simplement et quotidiennement, l'échange des dons se réalise par l'attention au langage, aux traditions et aux événements des autres Eglises ; par l'accueil des membres des autres Eglises dans les célébrations, par une attitude amicale et positive à l'égard des Eglises voisines, enfin dans une manière positive de parler de sa propre Eglise.
Gageons que l'accueil de dizaines de milliers de personnes lors des Rencontres des jeunes de Taizé en Suisse romande, à la fin de cette année, devrait relancer ce large échange des dons.[3]