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Pourquoi le roi des Tonga sera à Zoug
Le souverain Tupou VI fera le déplacement depuis le Pacifique pour assister à la Fête fédérale de lutte
Le souverain Tupou VI fera le déplacement depuis le Pacifique pour assister à la Fête fédérale de lutte
Luca Beti, Swissinfo
Têtes couronnées » Demain après-midi, du rond de sciure, le nouveau roi de la Fête fédérale de lutte suisse lèvera le bras au ciel en signe de victoire. Des gradins de l’arène de Zoug, un autre souverain, le roi Tupou VI des îles Tonga, en Polynésie, à environ 17 000 kilomètres de la Suisse, se réjouira avec lui.
La Fête fédérale de lutte fascine-t-elle jusque de l’autre côté de la planète? Non, ce n’est pas une histoire de passion mais bien d’amitié, celle qui unit le roi des Tonga et la famille Müller de Zoug. Une histoire plutôt incroyable.
Parti et jamais revenu
«En 1885, mon arrière-grand-père Philipp Gotthard Müller a quitté Zoug pour les îles Tonga, raconte son arrière-petit-fils Luka Müller. Il est allé à la recherche de son frère, qui était parti à l’aventure et n’était jamais rentré de son voyage.»
Le voyage de Philipp Müller est périlleux, à une époque où la traversée en bateau prend des mois. Une fois sur l’île, il ne trouve aucune trace de son frère disparu. Toutefois, lui non plus ne rentrera jamais des Tonga. Il rate d’abord le bateau qui devait le ramener chez lui – le navire suivant serait arrivé trois mois plus tard –, puis il tombe amoureux d’une autochtone, Philomena Lauitiiti ou Manono Luatutu, qu’il épouse en 1889. Le couple aura douze enfants.
«Au début des années 1900, l’un des fils, mon grand-père Robert Müller, est envoyé par son père en Suisse pour y étudier, poursuit Luka. A l’Université de Zurich, il rencontre une étudiante de Belgrade. Elle est l’une des premières étudiantes en médecine de l’étranger.» Après leur mariage, vers 1920, ils retournent sur l’île.
«Mon grand-père s’occupe des plantations de cocotiers, de bananiers et de vanilliers, tandis que ma grand-mère, médecin, s’occupe des malades et des personnes qui ont besoin de son aide, explique le petit-fils. En 1928, mon père, Andrew Philipp Müller, naît. Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, mon grand-père rentre avec toute la famille.»
Une centaine de Müller
Les autres fils et filles de Philipp Gotthard Müller, décédé en 1913, restent sur l’île. Aujourd’hui, plus de 130 ans après son départ de Zoug, entre 80 et 100 personnes portent le nom de famille Müller aux Tonga, tandis qu’ils sont entre 20 et 30 à vivre aux Fidji. Ceux qui sont rentrés en Suisse n’ont jamais oublié leurs parents éloignés.
«Notre famille promeut des projets de développement sur l’île depuis des décennies», explique Luka Müller, qui se charge depuis des années de coordonner les initiatives.
Une ou deux fois par an, il s’envole pour Nuku’alofa, la capitale des Tonga. Il rend visite à la famille, suit l’évolution des programmes et ne manque jamais de rencontrer le roi actuel, George Tupou VI, avec lequel il entretient presque une relation amicale.
«En 1980, le prince Ulukalala Lavaka Alta a passé trois mois chez mes parents. Son père voulait qu’il apprenne l’allemand», se souvient Luka Müller, qui était alors un enfant. «Nous soutenons actuellement quatre initiatives dans les domaines du tourisme durable, des énergies renouvelables et de la production agricole, et nous finançons la reconstruction de certains bâtiments détruits par le cyclone Gita en 2018.»
Une lettre d’invitation
En 2017, lors d’un de ses voyages dans l’archipel, l’avocat de Zoug est accompagné du maire de Baar, Andreas Hotz, et de l’ambassadeur de Suisse en Nouvelle-Zélande, David Vogelsanger, qui ne sont tous deux plus en fonction. La délégation suisse a une lettre importante à remettre au souverain en personne. «Le 5 novembre 2017, nous avons été reçus par Tupou VI et lui avons remis l’invitation du Gouvernement de Zoug et du comité d’organisation à participer à la Fête fédérale de lutte», se souvient Andreas Hotz. Une invitation que le roi a officiellement acceptée peu après.
Améliorer la vie des Tongiens
La visite de Tupou VI en Suisse est l’occasion pour son hôte zougois Luka Müller de mettre en œuvre un autre projet important pour promouvoir le développement du Royaume des Tonga. En raison des difficultés économiques et de l’absence de perspectives de carrière, près de la moitié des Tongiens gagnent leur vie à l’étranger, principalement en Nouvelle-Zélande, en Australie ou aux Etats-Unis. Depuis là, ils envoient des fonds aux membres de leur famille dans leur pays d’origine. Cela représente plus d’un tiers du produit intérieur brut des Tonga. «Nous voulons travailler avec le roi pour trouver une solution permettant de réduire les coûts des transactions de transferts de fonds en misant sur la technologie de la blockchain», note Luka Müller, enthousiaste.
Par ailleurs, l’arrière-petit-fils du premier Müller à partir pour les mers du Sud souhaite ouvrir une chambre de commerce Suisse-Tonga pour promouvoir les investissements suisses en Polynésie. Il s’agirait d’une nouvelle initiative visant à renforcer la relation séculaire entre les deux pays. Swissinfo