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27/10/2014
Il existe dans l'histoire des idées deux libéralismes et deux socialismes.
Un de ces deux libéralismes, le plus ancien, dit classique, correspond à la doctrine du laissez-faire, et du libre-marché. L'autre, qualifié en Angleterre de new liberalism et aux États-Unis de modern liberalism (et aujourd'hui simplement liberalism), est une doctrine prônant l'interventionnisme gouvernemental, le contrôle bureaucratique, et parfois même (chez Rawls ou Dworkin par exemple) le collectivisme d’État.
Un des deux socialismes est un socialisme d’État que l'on retrouve fortement dans tout le marxisme-léninisme ou dans certaines interprétations babouvistes. L'autre est un socialisme libertaire, prônant l'autogestion et l'auto-organisation ouvrière, ou un socialisme utopiste, favorable aux expérimentations immédiates et aux phalanstères.
Entre le libéralisme interventionniste et le socialisme d’État, une synthèse a vu le jour : le welfarisme (ou social-libéralisme). Cette synthèse existe en deux versions, dont une est keynésienne (la version de gauche) et l'autre non (la version de droite), mais toutes deux jouent le même jeu du populisme welfariste consistant à appâter l'électeur à coût de promesses de dépenses étatiques (à gauche on offre la carotte-allocation paternaliste, et à droite le bâton-policier sécurisant) afin de se maintenir au pouvoir à moindre frais (puisque l'argent provient des poches du contribuable).
Il existe cependant un autre rapprochement possible entre socialisme et libéralisme, et ce dernier emprunte le chemin de la liberté, et non celui du despotisme gouvernemental. Les plus éclairés des libéraux classiques ont fini en effet par radicaliser leurs positions en les mariant à l'anarchisme-individualiste (de penseurs comme Lysander Spooner ou Benjamin Tucker) pour aboutir à ce qu'on appelle dorénavant le libertarianisme.
Du côté socialiste libertaire, une difficulté réside dans l'attachement de bon nombre de ses représentants aux vieux schémas de lutte des classes opposant bourgeoisie/patronat et prolétariat/travailleurs. Ma position est qu'il convient de dépasser ces antagonismes erronés et de se concentrer sur l'idéal socialiste d'une société sans État, solidaire, et débarrassée de toute hiérarchie, au lieu de lancer des pierres aux entrepreneurs et aux actionnaires. A partir de ces concessions, nous pouvons envisager une synthèse intéressante du socialisme libertaire et du libertarianisme anarchiste sur le modèle des communautés utopiques du XIXème siècle et des phalanstères dont j'aimerais à présent esquisser quelques composants fondamentaux.
1. Le libertarianisme anarcho-socialiste a pour idéal une société sans État, sans gouvernement, sans bureaucratie, sans despotisme ou tyrannie d'aucune sorte, et sans majorité démocratique imposant ses volontés à des minorités. Une telle société est ce qu'on appelle un libre-marché, car nul gouvernement n'impose sa volonté aux individus.
2. Toute société libertarienne anarcho-socialiste se fonde sur le refus absolu de l'agression. C'est une société pacifique où la liberté d'autrui est la limite à la liberté de chacun. Le respect des droits de propriété de chacun sur son corps et son esprit, et sur ce qu'il acquiert par leur usage, est une nécessité et un principe fondamental d'une telle société.
3. Une société libertarienne anarcho-socialiste refuse toute hiérarchie, et s'organise volontairement sur la base du coopérativisme ou de l'auto-entrepreneuriat afin de se passer de rapports salariaux. En ce sens, le libertarianisme anarcho-socialiste rompt fondamentalement avec le libertarianisme anarcho-capitaliste qui se désintéresse généralement de la question hiérarchique (bien que Spencer, Milton Friedman, et David Friedman, l'abordent bel et bien chacun à leur manière).
4. Les libertariens anarcho-socialistes pratiquent la solidarité volontaire, le partage, le don, et l'altruisme. En dehors des assurances individuelles, des associations de métier, et des sociétés de secours mutuels, les libertariens anarcho-socialistes souhaitent la mise en place de la distribution d'un revenu minimum à tous les individus en ayant le besoin par des transferts de ressource volontaires.
5. Les libertariens anarcho-socialistes sont favorables à un certain nombre de mutualisations volontaires. Le financement d'une éducation minimale (par le biais de chèque-éducation), de transports publics à bas prix, d'un réseau de routes, sont quelques exemples du type de mutualisations envisagées dans une société libertarienne anarcho-socialiste.
6. Les libertariens anarcho-socialistes sont des progressistes ne cherchant pas à imposer leurs idées à autrui mais cherchant à convaincre autrui de la valeur de l'ouverture en matière de mœurs et du respect envers la différence. C'est pourquoi ils luttent par l'éducation, le débat, et la pédagogie, contre le racisme, le sexisme, l'homophobie, et toute autre forme de position conservatrice.
7. Dans leur volonté d'abolir l’État, les libertariens anarcho-socialistes préfèrent la socialisation des biens de l’État à la privatisation. Chaque individu résident dans un État a droit à une part des biens de l’État et deviendrait lors de la socialisation d'un bien ou d'une entreprise d’État propriétaire d'une de ces parts qu'il peut revendre ou préserver pour toucher une part des profits générés par les entreprises d’État à présent entreprises privées.