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Les premières invasions des Huns remontent au IIème siècle avant J.-C., avec l'apparition des Xiongnu, leurs ancêtres, dans le Nord de la Chine. Issus des steppes d’Asie centrale, ces nomades sont décrits comme un peuple de guerriers redoutables par l’historien romain Ammien Marcellin. Ils ignorent l’agriculture, ne possèdent pas d’habitations permanentes et parcourent la steppe sans répit, à la recherche de pâturages et de points d’eau pour leurs troupeaux. La guerre est leur principale occupation.
La présence des Huns est encore attestée en 313 après J,-C. près de Luoyang dans Nord-est de la Chine mais soixante ans plus tard, c'est entre la Volga et le Don qu'ils font parler d'eux, obligeant les Goths à se réfugier à l'intérieur de l'Empire romain. Un revirement spectaculaire qui s'explique en grande partie le contexte climatique de l’époque.
Méga-sécheresses en Chine pendant la deuxième moitié du IVème siècle après J.-C.
Entre 350 et 370 après J.-C., les Huns sont en effet confrontés à une sécheresse de grande ampleur sur le Nord-Est de l’Asie. Attestée par l’analyse des cernes de troncs de genévriers de la région du Dulan-Wulan au Tibet, cette sécheresse est dramatique: elle s’étale sur près de vingt ans et transforme les pâturages et les terres fertiles en tourbillons de poussières.
Pour trouver l’eau et la nourriture dont ils ont besoin, les Huns n'ont pas d'autre choix que de quitter Chine et de se déplacer vers l’Ouest. Grâce à leurs chevaux, résistants et rapides, ils se déplacent de plusieurs milliers de kilomètres en quelques années seulement. La rapidité de ce mouvement étonne encore aujourd'hui les historiens.
A gauche, zone contrôlées par les Huns entre 200 av J.-C. et 350 ap J.-C. A droite, zones contrôlées par les Huns en 450 ap J.-C. [Nasa/Wikipedia]
Sécheresse liée aux mécanismes de l’oscillation Nord-Atlantique
Dans l’hémisphère Nord, la circulation générale des courants d’Ouest est régie par un ensemble de facteurs, parmi lesquels les différences de pressions entre l’Islande et l’anticyclone des Açores. Lorsque ces dernières sont marquées, les courants d’Ouest ont tendance à s’accélérer sur l’Atlantique-Nord mais également, ce qui amène un temps humide et doux sur une bonne partie de l'Europe.
Cette situation s'accompagne généralement d'un fort jet-stream au-dessus de l’Atlantique et de l’Europe. Lequel a tendance à remonter vers le Nord au fur et à mesure qu'il progresse vers l'Est et à s'estomper au-dessus de l'Asie centrale, ce qui favorise la formation de puissants anticyclones, synonymes de temps sec.
A gauche, renforcement des courants d'Ouest pendant les phases positives de l'oscillation nord-Atlantique. A droite, zones de prédilection du jet stream pendant les phases positives de l'oscillation Nord-atlantique. [Nasa/Wikipedia]
Selon Kyle Harper, auteur de l’« Comment l’empire romain s’est effondré », ces phases dites « positives » de l’oscillation Nord-Atlantique ont joué un rôle important sur le climat asiatique (au même titre que les épisodes de type El Niño ou la Niña) entre 350 et 370 après J.-C. Elles ont également été déterminantes sur le climat européen entre le IIème siècle avant J.-C. et le IIème siècle après J.-C, qui correspond à l’âge d’or de l’expansion romaine.
A certains égards, les Huns peuvent être considérés comme des réfugiés climatiques...
Philippe Jeanneret