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La saison 2014 en salle débute avec une nouvelle incertitude physique pour Nicole Büchler. Cette fois-ci c’est l’épaule gauche qui lui cause des soucis et qui retarde quelque peu sa préparation. Elle décide tout de même de se lancer dans les compétitions indoor car elle sent qu’elle est tout de même en très bonne forme. Les précautions d’usage sont toutefois respectées à la lettre car elle ne veut certainement pas mettre en danger la saison estivale. Le 2 février à Macolin, la perchiste entame au mieux sa saison en franchissant 4,56 m à son premier essai, ce qui améliore d’un centimètre son record suisse en salle établi il y a deux ans à Istanbul. Si sa vitesse et sa technique font désormais merveille, son épaule a été assez douloureuse lors de cette compétition. Pour clarifier la situation, elle voit le mercredi suivant son médecin. Après divers contrôles, elle reçoit le feu vert pour continuer sa saison indoor. Du coup elle se déplace le 9 février à Gand pour sauter 4,41 m, puis deux jours plus tard elle égale son record suisse à 4,56 m lors du meeting du Val d’Oise à Eaubonne. Le 16 février, elle remporte facilement son sixième titre en salle à Macolin avec 4,45 m, une performance qu’elle réédite une semaine plus tard dans cette même salle. Lors de l’ultime meeting de l’hiver, le 28 février à Bad Oeynhausen, elle créée la sensation en franchissant 4,63 m, soit la 13ème performance mondiale de l’année en salle, 8 cm de mieux que son record indoor et 2 cm de plus que son record en plein air.
Forte de ce nouveau statut, la Seelandaise est invitée le 9 mai à Doha pour le premier meeting de la Diamond League de la saison. Elle réussit au Qatar un saut à 4,43 m qui sera longtemps sa meilleure performance estivale. En effet, elle plafonne étonnamment en ce printemps 2014 : 4,40 m aux CSI à Winterthour, puis 4,40 m lors du meeting de la Diamond League à Rome et trois fois 4,30 m lors du Mémorial Susanne Meier à Bâle, d’un meeting à Dessau et lors des championnats d’Europe Team 2nd League à Riga. Cette mini-crise débouche sur un changement d’entraîneur qui en surprend plus d’un avec le retour aux affaires de Raynald Mury : «Avec Herbert, la chimie n’était plus juste. Maintenant avec Raynald, j’ai un coach à mes côtés qui m’a formé pendant huit ans et en qui je peux avoir confiance. Techniquement la préparation est terminée et au point. La bonne attitude et le bon encadrement sont désormais plus importants». Cette nouvelle collaboration se concrétise d’entrée par des résultats nettement meilleurs que lors du mois de juin. Elle franchit le 1er juillet à Olten un excellent 4,55 m, puis elle confirme cette embellie le 5 juillet à Rottach avec 4,53 m et dix jours plus tard lors du Spitzenleichtathletik de Lucerne avec 4,50 m. C’est avec une confiance retrouvée quelle débarque en Principauté de Monaco pour un troisième meeting de la Diamond League. Hélas dans le somptueux stade Louis II, Nicole ne décolle pas comme prévu avec 4,40 m seulement. Les championnats suisses à Frauenfeld auraient pu être un bon moyen pour se relancer, mais les conditions atmosphériques en ce samedi 26 juillet ne sont pas terribles et elle doit se contenter de 4,20 m. En revanche, ça se passe nettement mieux le 31 juillet à Jockgrim où elle franchit 4,52 m. Il est maintenant temps de se diriger vers les championnats d’Europe à Zurich.
Les championnats d’Europe 2014 à Zurich
Le rendez-vous que tous les athlètes du pays attendaient depuis longtemps arrive enfin à Zurich. Ces championnats d’Europe permettent à pas moins de 53 Suisses de prendre part à cette compétition majeure, qui est très bien pour eux. Hélas le public ne répond pas présent et le premier jour, le 12 août sur les coups de 10 heures, le stade est étrangement vide au moment où démarrent les qualifications du saut à la perche des femmes. Dans les travées vides du Letzigrund, on peut tout de même apercevoir un noyau de supporters prêts à encourager Nicole Büchler. Il s’agit de Mitch, son mari, qui est entouré de proches et de nombreuses collègues de l’époque de la gymnastique rythmique. La Seelandaise se dit très heureuse de ce soutien car cela crée une pression positive pour elle. Pourtant la stupeur est rapidement de mise au sein de ce clan. Dans son concours le plus important de la saison, Nicole Büchler échoue une nouvelle fois en qualifications avec 4,25 m seulement. En butant à trois reprises à 4,35 m, la perchiste de Macolin n’a jamais trouvé de la profondeur dans ses sauts. Ce nouveau raté commence à faire tache sur son C.V., noirci par trop d’échecs à ce niveau de compétition.
Elle tente de retrouver des couleurs en cette fin de mois d’août. Si ça ne fonctionne toujours pas le 19 à Regensdorf avec 4,20 m, le résultat de 4,50 m réussi le 24 août lors du Stabevent à Arlesheim est accueilli avec un gros soulagement : «Je n’ai jamais été déçue aussi longtemps après une compétition ratée. Je dois encore faire face à la frustration car, je m’y tiens, j’étais en forme. Cela n’a pas fonctionné dans ma tête, mais je veux en tirer les leçons. Je ne peux tout simplement pas me permettre d’être stressée par des choses que je ne peux pas influencer. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire !».
Elle débarque le 28 août au Letzigrund, un endroit qui aurait dû l’inquiéter suite à sa déconvenue d’il y a 14 jours lors des championnats d’Europe. Mais c’est bien le contraire qui se produit ! Requinquée par sa prestation fort convaincante d’Arlesheim, on retrouve une athlète totalement transformée, cool comme rarement on l’avait vue. Cette attitude, couplée aux conditions atmosphériques parfaites de la soirée, provoque un cocktail explosif. Véritablement en état de grâce, Nicole porte son record national à 4,62 m lors de son deuxième essai, puis à 4,67 m à sa troisième tentative, avant d’échouer de peu à 4,72 m. Cette merveilleuse performance de 4,67 m, qui représente la 7ème performance mondiale de l’année et la 32ème de tous les temps, lui aurait surtout suffi pour remporter le titre aux championnats d’Europe à Zurich. La Seelandaise a bien mérité son tour d’honneur, même si on aurait voulu pour elle qu’il se déroule deux semaines plus tôt…
Un nouvel entraîneur et reprise d’une préparation mentale
Dans le courant du mois de septembre, la recherche d’un nouveau coach est à l’ordre du jour. Herbert Czingon, n’est plus une option depuis le mois de juin et Raynald Mury, l’entraîneur ad interim durant l’été, a déjà renoncé. En attendant de trouver un nouveau coach, elle peut s’entraîner à tout moment avec son mari Mitch Greeley. La solution tombe au début du mois d’octobre pour la recordwoman suisse, une période qui lui permet de reprendre sa préparation sous la direction du Russe Anatoly Gordienko. L’ancien champion de saut à la perche de Russie a commencé une carrière d’entraîneur dans son pays natal en 1978 et il est ensuite venu en Suisse en 1994 du côté de Bâle. Nicole Büchler précise que Gordienko est connu pour attacher une grande importance à l’élan et au saut. Elle s’attend à ce que le célèbre spécialiste du saut à la perche lui donne de nouvelles impulsions, en particulier dans ces domaines. Sa technique pour le saut proprement dite est au point, mais elle voit une marge de progression, en particulier dans la phase précédente. L’analyse du duo conclut qu’il faut effectivement mettre l’accent sur la vitesse de la course d’élan, ce qui permettra d’utiliser des perches un peu plus longues. Il faut cependant que cette nouvelle orientation ne soit pas trop agressive. En effet, à 30 ans, l’état de santé de Büchler est primordial. La collaboration de ce duo doit durer initialement jusqu’en décembre. Une prolongation, pour une durée indéterminée, dépendra entre autres du succès sportif. Selon Büchler, tout doit être organisé avec précision entre les voyages à Bâle et les entraînements à Macolin avec Mitch.
Après cette année 2014 émouvante, Nicole Büchler pense également qu’elle doit accorder plus d’attention à la composante psychologique : «Aux Championnats d’Europe à Zurich, je me suis laissée distraire par d’autres personnes. Deux semaines plus tard lors de mon record au meeting Weltklasse, j’ai réussi à trouver une manière différente de participer à la compétition. Le résultat m’a montré ce qui est possible de réaliser en étant sereine dans ma tête. Je dois donc encore travailler sur moi-même dans ce domaine et c’est ainsi que je recontacterai mon ancien entraîneur mental».
La saison 2015 en salle
La structure et le travail mis en place doit porter ses fruits lors de la saison 2015 en salle, dont l’objectif principal doit se dérouler à Prague à l’occasion des championnats d’Europe indoor. Elle commence parfaitement la saison le 17 janvier à Macolin où ses 4,50 m lui permettent d’obtenir deux limites : pour Prague et pour les championnats du monde à Pékin en août prochain. La semaine suivante, toujours à Macolin, elle franchit 4,40 m, puis elle se rend le 6 février en Allemagne pour un meeting à Potsdam qui lui permet de remporter l’épreuve avec un bon 4,55 m. Les championnats suisses indoor le 15 février à Saint-Gall lui apportent son septième titre suisse avec 4,40 m. Les compétitions s’enchaînent avec un nouveau saut à 4,50 m et une troisième place le 21 février lors du meeting Sainsbury’s Indoor à Birmingham. La régularité est le maître mot et il faut l’utiliser pour que l’objectif de l’hiver se déroule de la meilleure des manières. Le 6 mars ont lieu dans l’O2 Arena de Prague les qualifications du saut à la perche des femmes. La limite à atteindre est assez agressive, à savoir 4,60 m ou figurer parmi les huit meilleures. Sept athlètes réussissent cette hauteur et la huitième place est décrochée par l’Allemande Lisa Ryzih avec 4,55 m. Nicole Büchler, qui a franchi 4,30 m et 4,45 m au premier essai, bute à trois reprises à 4,55 m et se voit être une nouvelle fois éliminée avec la 11ème place.
Objectif Pékin
Sans être découragée, l’étudiante en science des sports entame sa saison 2015 en plein air par des compétitions interclubs. Elle franchit 4,40 m le 10 mai à Colmar, puis elle réussit 4,50 m le 16 mai à Berne. Son parcours se poursuit le 24 mai à Hengelo où elle termine 3ème des FBK Games avec 4,55 m. Elle doit pourtant observer une pause de trois semaines à cause d’une déchirure à un ischio-jambier. On ne revoit Nicole Büchler en compétition que le 4 juillet à Paris, pour la 8ème place du meeting Areva avec 4,53 m. Le meeting Spitzenleichtathletik de Lucerne qui se déroule le 14 juillet lui permet de réaliser une nouvelle très bonne performance avec 4,60 m. Son travail avec Anatoly Gordienko est sur le point de porter ses fruits. Les championnats suisses le 8 août à Zoug apportent l’opportunité de passer un nouveau palier. Motivée par le record suisse de Mujinga Kambundji sur 200 m en 22″80, Nicole Büchler créé le temps fort de cette compétition avec un exploit de niveau mondial. Dans la pénombre du petit stade Herti Allmend, Nicole Büchler nous concocte un scénario parfait lors d’un concours où elle doit d’abord rester assise pendant environ deux heures et demie, le temps que ses adversaires en décousent pour les médailles d’argent et de bronze, ainsi que pour les places d’honneurs. Elle se met en action à 4,30 m et à 4,50 m, deux hauteurs franchies au premier essai. En profitant de l’aubaine d’être encore très fraîche, elle demande de faire placer la barre à 4,71 m. Les deux premières tentatives montrent que l’exploit est possible, mais il faut que tout concorde pour réaliser le saut parfait. Il fait de plus en plus nuit à Zoug, mais le stade est soudain frappé par une merveilleuse lueur car Nicole Büchler franchit ces 4,71 m à son ultime tentative ! L’explosion de joie de l’athlète et du public est assez incroyable car, de l’avis de tous, on vient d’assister à un grand moment dans l’Histoire de l’athlétisme helvétique. En effet ce brillant nouveau record suisse, battu de quatre centimètres, représente la 9ème performance mondiale de la saison et désormais la 24ème de tous les temps.
Les championnats du monde 2015 à Pékin
Après Berlin 2009, Daegu 2011 et Moscou 2013, la quatrième tentative de Nicole Büchler sera-t-elle la bonne ? C’est bien sûr ce qu’on souhaite pour elle, mais il faut bien comprendre que le niveau de la concurrence est toujours très haut lors des qualifications de ces championnats du monde. La limite, comme toujours, est fixée à 4,60 m. Un autre paramètre important réside dans le fait que ce concours de qualifications en ce 24 août débute à 9:30 du matin. Il faut donc gérer l’horloge interne de l’athlète non seulement à cause du décalage horaire, mais également à cause de l’heure matinale de cette compétition. Enfin un ultime obstacle est encore à surmonter pour Büchler dans le Nid d’Oiseau : la grande attente entre les sauts. Les lecteurs MP3 n’étant plus autorisés, elle doit gérer le timing avec vigilance et surtout suivre la compétition pour savoir quand il faut être prête à sauter. Son entrée en lice se passe sans encombre à 4,30 m et la voilà déjà dans le vif de la bagarre à 4,45 m, où seules Fabiana Murer et Jennifer Suhr choisissent de s’abstenir. Après deux essais manqués, la Seelandaise se reprend à sa troisième tentative et reste ainsi dans la course à la qualification, même si elle ne se trouve qu’en 13ème position au moment où elle aborde la barre sans doute décisive placée à 4,55 m. Elles sont huit à franchir cette hauteur au premier essai, puis deux seulement au deuxième. La situation n’est donc pas si simple car pour obtenir son ticket pour la finale il faut non seulement passer au dernier essai, mais également espérer qu’il n’y ait qu’une seule athlète qui y parvienne. Finalement la Chinoise Li Ling, l’Américaine Sandi Morris, l’Australienne Alana Boyd et la Russe Anzhelika Sidorova réussissent à maîtriser ces 4,55 m et elles se retrouvent toutes les quatre ex-aequo. De son côté, la Suissesse manque sa troisième tentative et se retrouve éliminée au 17ème rang. Il faut relever que même si ces 4,55 m avaient été franchis lors de cet ultime saut, elle n’aurait de toute façon pas été qualifiée. Proche du Graal, Nicole Büchler n’a une nouvelle fois pas réussi à le toucher. On l’a dit, cet exercice est tout sauf évident car la marge d’approche de la Seelandaise n’est pas encore suffisamment grande pour mettre à bien cette entreprise périlleuse avec certitude. Dans cette discipline qu’est le saut à la perche féminin, la différence entre le top et le flop au niveau mondial n’est vraiment pas bien large. Et la preuve se démontre dix jours plus tard lors de Weltklasse à Zurich où Nicole franchit facilement 4,57 m, ce qui lui permet de décrocher la 4ème place de ce meeting de la Diamond League.
PAB
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