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Santé de la troupe: l'homme enfin considéré comme individu sensible, intelligent et responsable
25 octobre 1998
Tous les officiers et sous-officiers supérieurs de notre armée l'ont reçue: entrée en vigueur le 1er janvier dernier, la nouvelle version du règlement 59.4 "Maintien de la santé de la troupe" témoigne du changement complet des mentalités au sein de notre armée; en considérant l'homme comme un individu sensible, intelligent et responsable, elle témoigne de l'adoption d'une méthode de conduite moderne, participative.
Autres temps, autres moeurs
Il est vrai qu'un renouveau devenait urgent. Le précédent règlement, un mince format A6 datant de juin 1970, témoignait en effet du peu de cas qu'on faisait d'une certaine forme de santé de la troupe: seuls des points particuliers concernant la propreté individuelle, des locaux et de la subsistance y figuraient, ainsi que des précautions à prendre lors des efforts physiques ou pour se protéger du froid ou du bruit. Par définition, un soldat convenablement nourri, équipé et logé, devait donc donner le meilleur de lui-même!
Cette vision mécanique, totalement frappée du syndrome "cour de caserne", était encore renforcée par l'absence de responsabilités claires: chaque militaire devait respecter avec une stricte discipline personnelle les ordres reçus, les cadres se contentant de surveiller l'état de santé de la troupe et le respect des prescriptions du service sanitaire. Vingt-huit ans après, l'armée considère la conduite et la troupe de manière bien différente.
La santé: physique, psychique et sociale
Le nouveau règlement, signé par le médecin en chef de l'armée, le divisionnaire Eichenberger, fixe d'emblée des principes clairs: le militaire n'est capable de bien accomplir sa mission que s'il est en bon état de santé physique et psychique, dont le supérieur est responsable à chaque acte de commandement. L'état de santé d'une troupe dépend donc fortement du style de conduite, donc de l'attitude des cadres.
Ces derniers doivent par conséquent donner par leur comportement l'exemple à la troupe, imposer une autodiscipline et un respect mutuels, mettre à contribution les aptitudes de leurs subordonnés et donner des ordres et des informations clairs. Considéré comme individu responsable, le militaire doit pour sa part respecter les règles d'hygiène élémentaires.
Facteurs d'épreuve et risques
La pression induite par la vie militaire est également prise en compte. D'une part, le règlement souligne que l'arrivée dans une formation militaire, c'est-à-dire la séparation de son milieu civil et l'abandon partiel de la personnalité, constitue un facteur d'épreuve physique et psychique qui se concilie mal avec d'autres facteurs extérieurs - soucis liés à la famille ou à l'emploi ou crise existentielle. D'autre part, le décalage au niveau de l'activité entre les vies civile et militaire nécessitent des périodes de récupération. Aux cadres d'en être conscients.
Ces derniers doivent également reconnaître et prévenir les comportements à risque, qui mettent en danger non seulement le militaire lui-même mais aussi son groupe, que ce soit directement ou indirectement (agressivité, conduite sous l'influence de l'alcool, sexualité à risque, témérité, etc.). L'augmentation de ces comportements sont le résultat d'une déficience au niveau du commandement du groupe. Or, précise le règlement, ce type de situation constitue souvent le ferment de violations des conventions de la Croix-Rouge ou des Droits de l'Homme - attaque de civils, viols ou torture.
Engagement et gestion du stress
Car le nouveau règlement, au contraire de l'ancien, traite en effet de ce qui correspond tout de même au but de l'armée: l'engagement, les réactions qu'il peut engendrer, la manière d'y remédier. Le stress, qui est un état de tension physique et psychique extrême et momentané, est souvent une condition à la réussite d'une opération.
Lorsqu'une situation paraît insurmontable, il peut toutefois engendrer un surmenage qui se traduit par des troubles d'adaptation et du comportement. Comment prévenir le stress ou le réduire? Se dépenser (sport, stretching, exercices de respiration) et pouvoir se concentrer sur un objet précis (souvenirs, plans, personnes, traditions religieuses).
Briefing, defusing et debriefing
Le maintien de la santé durant un engagement militaire est ainsi abordé avec précision par le règlement. Avant tout engagement, il faut informer tous les participants clairement et dans le détail (briefing), évoquer en particulier les circonstances attendues, les dangers, les avantages et risques de l'approche choisie ainsi que le concept d'engagement. Un climat de tranquillité, ainsi que des occasions de prendre contact avec l'extérieur doivent par ailleurs être créées.
Au cours de l'engagement, il est nécessaire d'avoir régulièrement des entretiens afin d'échanger des informations sur le déroulement, sur la suite prévue de l'engagement et pour vérifier l'état des participants (defusing); les pertes, qu'elles soient humaines ou matérielles doivent être abordées, et les réactions de peur comme de combat peuvent être contrecarrées par un encadrement et un soutien moral ("nous ne sommes pas seuls").
Enfin, les réactions comportementales et émotionnelles normales après l'engagement (euphorie, agressivité, comportement à risque) peuvent être évacuées par le repos, l'aide au camarade ou, après pause, par un debriefing (réflexion conduite par un spécialiste, étranger à l'unité, avec l'ensemble du groupe, passant en revue tous les événements). De la sorte, l'apparition ultérieure de troubles psychique peut être évitée.
Un règlement incontournable
Comportant également plusieurs listes de contrôle destinées avant tout aux commandants d'unité, ce nouveau règlement 59.4 est absolument incontournable: empreint des principes de la conduite humaine, mais également enrichi par les expériences d'autres armées quant à l'état de santé des militaires lors d'engagements guerriers ou infra-guerriers, il familiarise chaque cadre avec le management moderne, de type participatif, qui s'impose à notre armée pour son plus grand bénéfice.
Seul regret: ne pas le distribuer aux sous-officiers, alors que ceux-ci représentent l'échelon hiérarchique le plus sujet, dans les écoles, aux erreurs de conduite.
Lt Ludovic Monnerat
© 1998 CheckPoint