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“Comme ils arrivent à Bethléem, l'évangéliste montre comment ils ont été les plus humbles, les plus méprisés ; ils ont dû céder la place à chacun, jusqu'à ce qu'on leur assigne une place dans une étable, où ils ont dû accepter de faire logis commune, table commune et couche commune avec le bétail. Pendant ce temps, maint homme mauvais a occupé la meilleure place dans l'hôtellerie et s'est fait honorer comme un seigneur. Personne ne remarque ni ne reconnaît ce que Dieu opère dans l'étable ; il laisse les grandes maisons et les riches appartements vides de sa présence, il les laisse manger, boire et être de bonne humeur, mais cette consolation et ce trésor leur restent cachés. O quelle sombre nuit régnait alors sur Bethléem, qu'ils n'aient pas pris conscience de cette lumière ! Comme Dieu montre ainsi qu'il n'accorde valeur à ce que Dieu est, à ce qu'il a et à ce qu'il peut. Vois, telle est la première image par laquelle Dieu confond le monde, nous montre tout ce qu'il fait, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il est, tout cela est condamnable, que sa plus grande sagesse est folie, que sa meilleure action est iniquité, que des plus grands biens ne sont qu'infortune. Qu'avait Bethléem, alors qu'elle n'avait par le Christ ? Qu'ont-ils maintenant, ceux qui, en ce temps-là, avaient tout en suffisance ? Qu'est-ce que qui manque maintenant à Marie et à Joseph, quoiqu'en ce temps-là, ils n'eussent pas une chambre pour dormir commodément par une nuit ?”
“Ainsi voyez-vous, pour nous, l'essentiel dans l'histoire de Noël est bien l'apparition des anges. Car sans eux, personne, après tout, n'aurait su ce qui s'était passé dans la Nuit sainte. Mais l'essentiel n'est leur éclat céleste; c'est leur message, la parole qui laisse les croyants trouver la présence de Dieu là où l'œil et l'intelligence ne voient qu'abaissement et misère humains. Que nous manque-t-il donc un vrai Noël , si nous n'avons rien autour de nous de l'éclat des troupes de l'armée céleste, même pas, à titre de parabole, l'éclat terrestre de la joie humaine de la fête ? Et si nous avons, au lieu de cet éclat, la parole que l'ange dit aux bergers, rien que la parole, et à côté, seulement la nuit sombre et l'étable avec Marie, Joseph et l'enfant emmailloté dans des langes et couché dans une mangeoire ? Et si nous avons de plus, dans notre propre vie, souffrance, soucis, obscurité, pauvreté, maladie, solitude et misère, sous toutes les formes et figures possibles ? Alors, il ne nous manque rien du tout pour un vrai Noël si, à côté de la réalité si sobre de l'étable et de la mangeoire, nous n'avons absolument rien d'autre dans les oreilles que le message : ”N'ayez pas peur! Voici que je vous annonce une grande joie qui se manifestera à tout le peuple, car aujourd'hui dans la ville de David, il nous est né un Sauveur, qui est Christ, le Seigneur." A la lumière de cette parole, d'un seul coup, étable et mangeoire, et donc toute la misère de notre propre vie, reçoivent un tout autre visage… Voilà pourquoi il vous est permis, à vous tous, de vous réjouir de ce Noël: vous les pauvres et les affligés, vous les solitaires et vous les malades. Car nous avons un Sauveur qui a pris sur lui la pauvreté, la tristesse, la solitude et les maladies du corps et de l'âme de tous les hommes. Il est devenu un être humain comme nous, afin que nous devenions ce qu'il est : enfants de Dieu, remplis de paix et de joie."
“Petits parmi les petits de leur époque, vivant au ban de leur société, ils sont pourtant des gens proches de la nature, habitués qu'ils sont à passer leur vie dehors, sachant trouver les bons pâturages pour faire paître leurs troupeaux, qui sont toute leur richesse, leur unique possession. Sachant lire les signes du temps, la venue de l'orage, de la pluie ou du redoux, la levée de vents chauds qui assècheront les prés; sachant écouter et distinguer pour la survie des troupeaux les hurlements de bêtes de la nuit, loups, chacal et autres prédateurs; sachant, d'un coup d'œil sur leurs bêtes, déceler s'il en manque même une seule qui se serait perdue; sachant lire les périodes de rut et celles des gestations, et surtout celles accouchements où il faudra prendre soin et mettre les brebis à l'abri les brebis et les agneaux nouveau-nés, les bergers sont loin d'être des imbéciles ou des incultes, comme beaucoup les jugeaient alors. Et sans nul doute savent-ils faire preuve de solidarité au sein de leur petite communauté (tenue) à part dans la société d'alors, n'hésitant pas à partager leur sagesse, leurs connaissances et leur science les uns avec les autres et à les transmettre aux générations des plus jeunes. Et voilà que Luc leur prête un comportement des plus étranges : ils quittent leurs troupeaux, ce qu'ils ont de plus cher, leur gagne-pain! C'est aberrant, ahurissant ! Sans doute pourrait-on penser que Luc, médecin et citadin, s'est trompé et a commis une surprenante erreur de jugement… Mais peut-être qu'après tout Luc ne s'est pas trompé. Peut-être nous dit-il, dans son récit, que, pour que les bergers laissent ainsi leurs troupeaux, il leur fallait vraiment toute une raison, et toute leur raison ! Et quelle raison meilleure que celle de la naissance du Sauveur du monde ! Rien d'autre n'est plus important !”.