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La commémoration de 1848 est l’occasion de publications historiques.
Ici, c’est un travail collectif sur l’iconographie dans la presse de l’époque.
La politique n’est pas seulement une affaire de textes et de déclarations. Elle passe aussi par les images et les symboles. Pour les 150 ans de l’État fédéral, une publication fait le tour de la question. Quelles étaient les images représentatives de 1848 ? Un premier constat s’impose. La production iconographique de l’époque est abondante, souvent confuse et n’a pas laissé de symboles forts. Il faudra attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour la production des tableaux, des dessins et des symboles incarnant l’Helvétie avec l’œuvre de Hodler en point d’aboutissement.
Une presse soupçonnée de subversion
L’imagerie politique trouvera à se développer après juillet 1829, date d’abrogation de la censure par la diète ; les cantons ont alors la compétence d’accorder la liberté de la presse. On a peine à imaginer qu’entre les révolutions libérales de 1830 et radicales de 1848, la presse suisse, soupçonnée de véhiculer les idées révolutionnaires, était tenue dans la plus grande suspicion par « les puissances » comme on disait alors. Le soutien indéfectible de l’Angleterre a sans doute contribué au maintien d’une liberté qui n’existait pas ailleurs sur le continent. Alexis de Tocqueville écrivait en 1836 : « Les Suisses abusent de la liberté de la presse comme d’une liberté récente. Les journaux sont plus révolutionnaires et moins pratiques que les journaux anglais. »
L’imagerie reste traditionnelle. La lithographie, très utilisée, abuse des symboles, l’ours de Berne, les batailles du passé, Dame Helvétie tiraillée par les événements du moment. Les scènes de bataille ou d’émeute sont souvent traitées de manière curieusement archaïsante. On croirait parfois des gravures du XVIe siècle de Niklaus Manuel Deutsch ou de Urs Graf.
Une image qui a changé ?
Deux caricatures, mordantes, sortent du lot. La première est tirée de Der Postheiri qui était une sorte de Nebelspalter de l’époque. On y voit un dégustateur de vin faisant de plus en plus la grimace en goûtant les crus de 1846 à 1851. Dans une xylographie de 1856, le même Postheiri publie trois images des Suisses vus de l’étranger : déjà un hôtelier, un chasseur aux bras noueux et, vu par la France, un espèce de sans-culotte en bonnet phrygien sur fond de pendaison. Pas de doute, en 150 ans, sous cet angle-là, l’image de la Suisse a changé ? jg
Le pouvoir des images, 1848, Le carrefour suisse, Philippe Kaenel dir., Payot, Lausanne, 1998.