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20/07/2012
La lutte des classes au XXIème siècle (suite)
J'aimerais revenir sur une anecdote pas inintéressante : lors de la parution de notre premier numéro de la Cuite Finale (le nouveau journal de la JSG), le Courrier avait commenté en énonçant que nous prônions la lutte des classes.
En réalité, nous ne prônons pas la lutte des classes, mais nous mettons en évidence son existence découlant de l'organisation socio-économique capitaliste.
Ce sont nos adversaires libéraux qui eux, en prônant le capitalisme, défendent la lutte des classes comme système le plus productif selon eux (et donc le plus à même de réaliser le bonheur humain).
La JS quant à elle se bat pour la société sans classe, celle d'un socialisme collectiviste autogestionnaire où « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », car le bonheur ne saurait selon nous résider dans la compétition acharnée entre tous, mais dans une coopération harmonieuse entre des êtres humains épanouis.
Dans les années 30-40, les partis de droite suisses et genevois pensaient avoir trouvé la parade à la société sans classe avec le corporatisme mussolinien, c'est à dire la collaboration de classe.
Ce modèle était sensé prendre s'incarner en un parlement économique composé des syndicats et des patrons afin de concilier les intérêts de tous au sein du capitalisme.
Mais la mode est passée, et le corporatisme a été abandonné au profit du néo-corporatisme (simple principe de concertation entre tous les acteurs concernés lors des discussions politiques) moins sulfureux.
Aujourd'hui, la lutte des classes se poursuit, même si ses représentations et sa nomenclature évoluent dans le temps. Ainsi on parle plus facilement de lutte des 1% contre les 99%, ou bien simplement de l'oligarchie contre le peuple. Mais le concept est resté le même, bien que nouvellement nommé.
Car la lutte des classes va en s'intensifiant, de par le fait que nous vivons une crise profonde du capitalisme, provoquant une polarisation socio-économique croissante.
Et plus la lutte des classes s'intensifie, plus le rêve de la société sans classe envahit le monde.
25/11/2011
Génération post Etat-providence, génération révoltée
Cette semaine, l'austérité a atteint Genève.
On pourrait ergoter sur les causes précises et détaillées induisant cette austérité, mais au fond cela n'a aucune importance.
L'austérité est simplement un symptôme.
Elle est le symptôme que, à présent, Etat-providence et capitalisme ne sont plus en symbiose, mais qu'ils sont parvenus à un stade d'antagonisme prononcé.
L'équation contemporaine est la suivante :
Austérité progressive = fin progressive de l'Etat-providence = polarisation sociale et idéologique = renforcement de la lutte des classes = renversement du capitalisme
Marx avait donc raison !
Le renversement du capitalisme est inévitable.
Simplement, l'Etat-providence avait arrêté provisoirement le Temps en stoppant le moteur de l'Histoire, à savoir l'antagonisme de classe.
Mais l'Histoire est remise en marche par la crise économique et la crise de la dette, puisqu'ainsi, sur le long terme Etat-providence et capitalisme deviennent incompatibles.
Nous sommes entrés dans la période de transition qui marque le début de la chute de l'Etat-providence et le retour progressif au capitalisme sauvage du XIXème siècle.
Cette période est caractérisée par une polarisation sociale et idéologique croissante, double polarisation qui apparaît présentement sous les traits des mouvements d'indignation.
A la fin de cette période de transition, nous entrerons dans une période de lutte des classes prononcées avec des mouvements de révolte.
Indignée pour le moment, ma génération, cette génération que je qualifie de post Etat-providence, va tendre progressivement à la révolte.
De la révolte viendra le renversement, par la révolution ou par les urnes, du capitalisme, et l'instauration d'un nouveau mode d'organisation de la société fondé sur la partage et la coopération, une nouvelle forme d'économie planifiée, démocratique, et sûrement assez libertaire.
Mais la force d'inertie du système capitaliste est grande, et les classes dominantes tiennent à leurs privilèges et à leur domination.
Il faut donc d'attendre à une résistance accrue de leurs parts, avec un renforcement de la répression politique.
De même, on peut craindre au niveau mondial, un impérialisme renforcé visant à exploiter davantage les populations des pays pauvres.
Enfin, le nationalisme représente comme toujours un danger à surveiller.
Face à ces menaces, les forces humanistes de gauche doivent se préparer à une mobilisation de taille sur le long terme.
"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes."
"L'histoire ne fait rien, c'est l'homme, réel et vivant, qui fait tout."
Karl Marx
14/11/2011
La lutte des classes au XXIème siècle (complément)
Je publie cette note complémentaire simplement pour apporter quelques éléments tirés d'auteurs quasi contemporains en faveur de la théorie de la lutte des classes.
Ceci afin de renforcer la pertinence de ma dernière publication.
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/11/07/lutte-d...
Par ailleurs, j'aimerais ajouter que je considère que la situation tragique actuelle en Grèce (voire même ultérieurement en Espagne) peut servir (à court, et long terme surtout) de vérification empirique de l'hypothèse du lien déterminant entre crise économique et/ou crise de l'endettement étatique, politique d'austérité et de réduction de l'Etat-social, polarisation sociétale, et logique renversement social/renversement systémique.
Extrait des travaux des sociologues Christian Baudelot et Roger Establet
« Il est possible de calculer, sur la base des résultats antérieurs, la quantité de travailleurs mobilisés au service de chacune des catégories sociales. (...)
Chaque membre d'une famille d'industriels dispose en permanence du travail annuel de 1,75 personne : Madame, Monsieur, l'aîné, et la cadette ont, chacun à leur service, un travailleur à temps plein pendant 9 mois. (...)
Chaque membre d'une famille d'ouvrier spécialisé doit se contenter d'un travailleur à temps plein pendant 4 mois. Ce sont ceux qui travaillent le plus dur qui sont les moins biens servis.
Qui disait que la théorie de Marx était dépassée ? Les nouveaux philosophes cadre supérieurs pour la plupart, dont chacun, dans la famille, dispose d'un travailleur à temps plein toute l'année et d'un autre plus de 4 mois.
(...)
[En France] 31% des travailleurs, ayant contribué à produire des biens et des services nouveaux (les autres servant à reproduire la force de travail global), ont travaillé pour les inactifs pauvres, les ouvriers, les salariés agricoles, les paysans, et les employés ; alors que 69% ont travaillé pour les cadres (moyens et supérieurs), les inactifs riches, les professions libérales et les industriels.
Traduction. Près de 70% des richesses (...) ont été accaparées par quatre catégories sociales qui ne représentent que 30% de la population des ménages. Les autres (70% de la population) n'héritent que des 30% restants.
Ce n'est pas de partage [des richesses] qu'il convient de parler, mais de pillage. »
Extrait des travaux du sociologue Louis Chauvel
« En supposant que, entre la base et la médiane, l'écart est de 1 mètre, le décile supérieur du revenu est à 2 mètres, alors que celui du patrimoine est à 4 mètres. Côté revenu, à gauche, Lindsay Owen-Jones (le PDG de L'Oréal), qui a la réputation d'être le salarié au revenu le plus important en France, se trouve à une altitude de 300 mètres. Liliane Bettencourt, héritière de la société L'Oréal, de par son patrimoine, se retrouverait côté droit à 32 000 mètres (...) Par conséquent, le patrimoine médian n'a à peu près aucun sens sociologique véritable en termes de ressources susceptibles de définir des groupes sociaux : il n'existe pas de classe de patrimoine médian, dans la mesure où ce n'est pas là un niveau de patrimoine où la population tend à venir s'agréger, alors qu'il existe une classe médiane pour les revenus, repérables à la boursouflure du strobiloïde du revenu.
Ici, non seulement l'espace entre les ouvriers et les cadres est béant, mais l'écart entre les cadres susceptibles d'espérer une ascension patrimoniale (cadre dirigeant dans une entreprises de grande dimension dans un secteur en restructuration, ou dont la maturité espérée n'est pas atteinte) et les autres est immenses. »
D'autres auteurs ont aussi développé la théorie des classes sociales, tels que Thorstein Veblen, Jean Baudrillard, Edmond Goblot, ou Maurice Halbwachs.
07/11/2011
La lutte des classes au XXIème siècle
Aujourd'hui, on peut proposer un découpage en classes sociales en fonction du mode de vie et du mode de consommation, découlant du niveau de fortune et de revenu, eux-mêmes conséquences du mode de production et de la place dans le mode de production.
Hypothèse pour Genève (mais on devrait obtenir plus ou moins les mêmes résultats pour la Suisse)
Classes dominantes – 10% de la population genevoise
[Nombre de millionnaires à Genève, ils détiennent plus de 85% de la fortune totale du canton.]
Classes moyennes supérieure – 20 à 30 %
- classe moyenne supérieure très aisée
- classe moyenne supérieure aisée
Classe moyenne inférieure – 40 à 50 %
- classe moyenne inférieure peu aisée
- classe moyenne inférieure précarisée
Classes précarisées – 15 à 20% de la population genevoise
[moyenne suisse officielle + moyenne genevoise basée sur étude de la précarité des HUG]
NB : Les pourcentages en ce qui concerne les classes moyennes sont une hypothèse basée sur les travaux de l'économiste Alain Lipietz.
La lutte des classes n'est fortement visible et ressentie par les individus que lorsqu'une polarisation sociale élevée est en place. Cette polarisation sociale était clairement présente jusqu'à l'instauration et le développement de l'Etat-social en Europe. La lutte des classes, dans une société fortement polarisée, amène forcément à un renversement des classes dominantes par les classes dominées.
3 facteurs amenant progressivement, de nos jours, à une polarisation sociale importante
1. L'idéologie néo-libérale
Expression idéologique des désirs et des fantasmes des classes dominantes, l'idéologie néo-libérale précarise les classes moyennes en abattant pallier par pallier l'Etat-social. En agissant ainsi, la classe dominante œuvre à sa propre destruction puisqu'elle renforce la polarisation sociale qui finira par l'abattre en provoquant un soulèvement (réformiste ou révolutionnaire).
2. Les limites de la social-démocratie
Dans le cas où l'Etat-social a dû s'endetter passablement pour mener à bien ses politiques sociales et qu'il atteint ses limites de financement, il se retrouve contraint (dans le cadre des logiques capitalistes) d'appliquer une politique d'austérité renforçant les inégalités et par conséquent la polarisation sociale.
3. Les limites naturelles
La croissance économique, nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme, dépend de l'accès aux ressources, notamment des ressources énergétiques. 85% de l'énergie consommée provient du pétrole, du gaz, et du charbon. Avec la raréfaction prochaine de ces ressources, les gouvernements pro-capitalistes devront forcément restreindre leurs dépenses, réduire l'Etat-social, et polariser la société.
L'Histoire est encore en marche.
La lutte des classes est notre réalité.
Le renversement du capitalisme et des classes dominantes est inévitable.
Reste à œuvrer pour que le bon système le remplace!