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(Photo par Adrian Michael)
Trois châteaux forts ont été édifiés au Moyen Age au pied du Falknis, là où les vignobles en pente douce rejoignent les flancs boisés de la montagne, plus escarpés et entrecoupés de pâturages. Ils ont pour noms Klingenhorn, dressé sur une arête surplombant Malans, Wynegg, campé sur un haut promontoire boisé au-dessus du cône d'éjection d'un profond ravin, et Neu-Aspermont qui, lui, domine Jenins de son éperon rocheux. Du point de vue historique, Wynegg a suivi sa propre voie. Vers 1600, les Salis et les Guler transformèrent en effet le château féodal en un manoir patricien et ce sont les vestiges de ce dernier qui aujourd'hui donnent leur empreinte à ce site. Klingenhorn, qui comprend un donjon clôturé par une petite enceinte et, au-delà, un vaste enclos, semble avoir appartenu à la seigneurie d'Aspermont, dont le centre, Neu-Aspermont, fut le plus important des trois ouvrages.
Les ruines de Neu-Aspermont occupent un éperon rocheux allongé qui, côté montagne, est séparé de l'avant-terrain par un important fossé en auge. Aujourd'hui encore, le sentier menant de Jenins aux pâturages essartés situés au-dessus de Neu-Aspermont puis aux alpages estivaux passe à proximité du château. L'ouvrage semble avoir consisté en un corps de bâtiments contigus édifiés en plusieurs étapes au cours du haut et du bas Moyen Age. De plan carré, la tour principale, dressée sur le bord intérieur du fossé, représente sans aucun doute le plus vieil élément de l'ouvrage. Le comble aménagé tardivement y compris, elle compte sept étages. A l'étage autrefois habité, le crépi a conservé les restes de fresques baroques teintées de noir et de blanc. Des latrines en saillie et les traces d'un poêle encore visibles dans le crépi prouvent que la tour était habitable. Le toit en appentis était jadis caché par une superstructure tardive, une sorte de bouclier percé de meurtrières.
Côté ouest, les imposants vestiges d'un corps de logis de deux parties s'appuient contre le donjon. Ce qui reste de son aménagement intérieur permet de supposer qu'il a été utilisé jusque dans le courant du XVIIe siècle. Le linteau de la porte à moitié recouverte de décombres était formé par un énorme bloc de pierre. A l'intérieur, on relève encore de nombreuses installations, telles que fenêtres et niches-repos, latrines en encorbellement, fours et autres foyers, ainsi qu'une cheminée faite de plusieurs conduits de fumée assemblés avec art. De nombreuses parties de ce corps de bâtiments se trouvent malheureusement en très mauvais état.
Au sud et à l'ouest, le corps de logis était défendu par une braie et une enceinte enfermant une cour. La porte était aménagée à l'est, dans le côté étroit du bâtiment; tel qu'il se présente aujourd'hui, le corps de logis peut être considéré comme une oeuvre du Moyen Age finissant. Un chemin de ronde et un couronnement de créneaux terminaient le mur. Du côté nord, un portillon avait été pratiqué dans l'enceinte. On suppose que la cour, aujourd'hui recouverte de décombres, était dotée d'une citerne.
Les plus vieux éléments de construction, la tour et la partie sud du corps de logis, devraient dater de la première moitié ou du milieu du XIIIe siècle. II semble que des agrandissements et des remaniements aient été entrepris à partir du XIVe siècle et jusque vers 1650. Jusqu'à présent, il n'a pas été possible de procéder à une étude archéologique ou à des recherches portant sur la construction de cet ouvrage.
D'après le nom du château, il pourrait s'agir d'une fondation des sires d'Aspermont. Cette lignée résida tout d'abord au château d'Alt-Aspermont, sur les hauteurs de Trimmis, cité dans des documents du XIIe siècle déjà. Au cours du XIIIe siècle, elle réussit à constituer dans la région de la Seigneurie et du Prättigau une importante seigneurie autonome, comprenant aussi bien des francs-alleux que des fiefs. Simples ministériaux de l'évêque à l'origine, les sires d'Aspermont appartenaient vers 1300 à la noblesse rhétique la plus influente. Il faut donc les ranger parmi le cercle de ceux qui, après avoir escaladé l'échelle sociale, réussirent grâce à une politique avisée, mais souvent aussi favorisée par la chance, à acquérir une certaine importance au plan politique, une importance dépassant largement leur rang social primitif.
Avec Maienfeld, Neu-Aspermont forma le centre seigneurial le plus important des Aspermont entre le Rhin et l'entrée du Prättigau. Il est vrai que les seigneurs ne réussirent pas à instituer le château qu'ils avaient fondé en franc-alleu, qu'ils durent au contraire le soumettre à la puissance suzeraine commune de l'évêque et de la dynastie des Vaz. En 1284, un tribunal arbitral attribua le site du château à l'évêque et aux Vaz, mais leur interdit d'agrandir le château. Il semble que Jean de Vaz ne se soit pas conformé à cette sentence, car en 1299, un second jugement arbitral constatait que le nouveau bâtiment ajouté à la forteresse avait été construit illicitement, qu'il devait par conséquent être démoli. Comme personne, pas même l'évêque, ne réussit à contraindre les Vaz à se soumettre aux décisions arbitrales, la démolition ne se fit pas et par la suite, le château devint le centre d'une petite seigneurie. Les seigneurs d'Aspermont ne jouirent pas longtemps de leur autonomie, acquise de façon peu claire. En 1376, juste avant sa mort, Ulrich, le dernier représentant de sa lignée, transmit le droit d'inhumation dans l'église de Coire aux barons de Greifensee. Neu-Aspermont doit avoir été aliené avant que ne s'éteigne la lignée des Aspermont. A la fin du XIVe siècle, le château passa aux barons de Sigberg et à leur extinction, vers 1465, aux barons de Schlandersberg, originaires du val Venosta. Comme, lors de la guerre de Souabe, cette famille opta pour l'Autriche, les troupes rhétiques pénétrèrent peu après le début des hostilités dans la forteresse et, après l'avoir pillée à fond, la dévastèrent.
En 1536, Neu-Aspermont alla aux Trois Ligues, qui concédèrent les droits seigneuriaux au bailliage de Maienfeld, mais vendirent le château à titre de résidence privée. L'ouvrage de Neu-Aspermont semble avoir été définitivement abandonné vers la fin du XVIIe siècle, ce qui signifia sa ruine.
(Photo par Adrian Michael)
Bibliographie