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Le Yeti est-il bipède ou quadrupède?
PAR EDOUARD WYSS-DUNANT, GENÈVE
Avec 4 illustrations ( 104-107 ) C' était une journée radieuse, la première du printemps; elle montait à l' assaut de l' hiver sévère du bassin du Khumbu ( 4 mai 1952 ).
Les rayons du soleil étaient obliques et une légère brume donnait au paysage un aspect d' irréelle féerie. Une alouette chantait son salut au printemps à 5000 m d' altitude, et une mouche, une seule, se posa sur ma main.
J' étais descendu des camps supérieurs pour aller débloquer, à notre camp de base délaissé, des vivres disparus du camp I et qui étaient sans doute destinés à prendre incognito le chemin de retour, lorsque je vis monter dans ma direction l' étrange silhouette d' un être qui me parut monstrueux. A l' abri d' une roche, d' où la vue plongeait vers le Vallon de Lobuje, j' observais les mouvements de ce solitaire, dont la silhouette se détachait d' une crête sur l' arrière lumineux et brumeux.
Sa poitrine semblait démesurément bombée et ses bras arqués d' une longueur inhumaine. Il avançait sur une crête herbeuse, comme s' il cherchait quelque chose sur le sol. Un certain malaise me prit n' ayant aucune arme sur moi. Dans ces altitudes où l' homme ne peut se mouvoir qu' à pas lents et où courir est une impossibilité physique, à cause de la respiration et du cœur, mieux vaut prendre ses distances quand une menace approche.
Néanmoins le spectacle pouvait être passionnant.
J' observais encore les mouvements de la créature qui avançait.
1 Cet article est complémentaire de celui qui a paru en résumé dans le Geographical Journal de septembre 1953 et intitulé « The first Swiss Expedition to Mount Everest 1952 ». D' autre part il a été rédigé avant l' expédition « Yeti » de Hillary en 1960. C' est pourquoi cette expédition n' est pas mentionnée. On en connaît les résultats qui semblent bien avoir mis fin aux divagations mythiques des journaux.
Je ne pouvais pas distinguer le visage qui était ombré, mais l' aspect était inquiétant. Etait-ce un homme, cette silhouette qui, par la configuration de son buste en tonneau et ses longs bras avait beaucoup plus l' apparence d' un être simiesque?
Il quitta la crête et descendit vers le vallon avant de prendre la pente herbeuse. Et à mon grand étonnement je le vis soudain suivre le sentier que le passage de notre colonne avait créé.
J' observais intensément ses mouvements.
Sa démarche était devenue moins lourde. Ses bras que j' avais vus arqués et allongés prirent forme humaine en même temps que disparut le bombement du thorax. L' angoisse qui m' étreignait s' effaça et la réalité apparut: C' était non pas un Yeti, mais bien un homme qui venait vers le camp de base. Ainsi se révéla à moi l' erreur d' optique qu' un jeu de lumière et de brumes peut créer, engendrant des fantaisies, des légendes, des mythes, expérience que le professeur Pronine a probablement dû faire au Pamir en 1958, lorsqu' il affirmait avoir vu des créatures simiesques fuyant devant son apparition. Je puis dire que, si je n' avais pas laissé approcher cet homme, et si, à la façon des indigènes, j' avais fui pour échapper au mauvais sort que projette le Yeti, j' assurerais aussi bien que Pronine ou que le botaniste Tombazi ( 1925 ), ou encore Henri Elmes ( 1906 ), avoir vu un Yeti, bipède monstrueux qui hante l' Himalaya. Cette probabilité eut été d' autant plus grande que peu de jours avant nous avions croisé des traces qu' aucun être humain n' avait faites avant notre passage. La neige recouvrait encore la Vallée de Lobuje ainsi que les moraines du Khumbu. La patrouille de pointe était partie le 18 avril par un brouillard épais pour déterminer l' emplacement du camp de base.
Elle revint sans s' être rendu compte qu' elle avait mis en fuite des êtres mystérieux qui se trouvaient aux abords d' un petit lac morainique, on devait être installé notre camp de base.
Quelques jours plus tard, toute la colonne s' y rendit. C' est alors que je découvris d' abord de petites traces dans la neige profonde que je confondis avec des traces de Lambert, qui sont reconnaissables à grande distance, car à la suite de l' amputation de ses orteils, il s' est fait « conditionner » des souliers courts. Mais sur le petit lac gelé, ces mêmes traces se retrouvaient et ce n' était certes pas notre camarade Lambert qui y avait été à la recherche d' un bain de pieds! Mais un peu en aval, vers le vallon latéral, s' étendaient sur de grandes distances des empreintes nombreuses de taille beaucoup plus grandes... Elles répondaient au trace qu' auraient laissé des alpinistes très bien orientés et obéissant à une technique de marche bien ordonnée, sauf près du petit lac on la troupe prenant son repos s' était débandée. Le petit était allé se promener sur la surface gelée du lac, comme tout autre enfant I' aurait fait. Ses traces étaient en mauvais état, car soufflées par le vent. Mais les empreintes de neige écrasées étaient gelées et restées en relief. Elles mesuraient 20 cm de longueur sur 12 de large, c'est-à-dire celles d' un pied humain. Les autres, dans le vallon, étaient beaucoup plus importantes en longueur et en largeur. J' en reconnus trois d' individus adultes. Leur longueur était de 30 cm et leur largeur de 15 cm pour deux individus, mesures qui correspondent à peu près aux dimensions prises par E. Shipton au Menlung Tsé. La troisième mesurait 25 cm sur 15 cm de largeur. La foulée mesurait 35 cm et les marques des pas étaient rectilignes et non pas en quinconce.
Ces traces n' étaient pas en bon état, car la neige était tombée dans la nuit du 18 au 19 avril; mais un fort vent l' avait chassée, découvrant les empreintes suffisamment pour pouvoir en relever les détails. Les orteils étaient visibles; sur deux empreintes je pus distinguer trois griffes nettement marquées, le gros orteil et le petit orteil en étaient dépourvus, et, à l' arrière des pas des deux adultes, je pus relever l' empreinte d' un VV disjoint comme deux doigts ou deux ergots. C' est là probablement la marque d' un fanon, si je puis nommer ainsi une touffe de poils situés au-dessus du talon sur le jarret. C' est sans doute cette même marque qui fit dire à Fr. Smythe que le talon était pourvu; de deux doigts tournés à l' arrière; cette particularité pourrait être à l' origine de la légende du pied retourné.
Cette trace d' adulte me conduisit devant un obstacle, une grosse roche erratique.
Comment cette bête avait-elle franchi l' obstacle? Dans ce cas à quatre pattes ou à deux?
Elle avait en effet sauté par-dessus, retombant sur trois pattes, la quatrième marquant la première foulée. Elle fit un deuxième saut par-dessus une nouvelle roche au-delà de laquelle je retrouvai la répétition des trois empreintes, suivies de la quatrième marquant la première foulée. Ainsi j' avais affaire à des quadrupèdes plantigrades et, selon toute probabilité, à des ours alpins ayant une discipline de marche. Car plus loin trois pistes convergentes, l' une venant de la moraine, les deux autres du vallon, se rejoignirent et continuèrent comme si un seul individu avait cheminé, fait qui a toujours inquiété les indigènes et qui contribua à donner à la légende plus de force.
Je pus ainsi distinguer quatre individus. Deux adultes aux traces les plus grandes avec le triangle imprimé derrière le talon. Une trace d' un plus jeune sans ce signe de maturité et la quatrième trace de l' ourson.
Au moment de la fuite éperdue à l' arrivée de notre patrouille de reconnaissance, toute la famille dégringola la pente de la moraine marginale du Glacier du Khumbu. A un endroit, l' un de ces animaux se laissa glisser sur l' arrière, décrochant des mottes de silènes et de terre. Il freina de toute la puissance des deux gros orteils arrière en forte abduction. L' empreinte dans la boue était profonde et cependant je n' y trouvai pas de marque de griffe. Celle-ci serait-elle érodée, usée, car il semble improbable que le gros orteil en soit dépourvu. A cette abduction du gros orteil se distinguait un autre caractère particulier à cette espèce d' ours; c' est l' allongement du deuxième orteil, alors que les trois autres orteils étaient à peine marqués.
Ces traces se perdirent dans la rocaille; je les retrouvai en désordre sur le Glacier de Khumbu et les suivis le plus loin possible jusqu' au milieu du glacier où elles se perdirent, la glace étant à vif. Me juchant sur un sérac, j' inspectai tout à la ronde sans plus rien voir. Etaient-ils peut-être dans une crevasse ou à l' abri d' un bloc de glace? J' errai encore restant devant une seule réponse: Ils avaient traverse le glacier vers l' autre rive en route vers les hauteurs qui dominent l' Imja Khola et avaient choisi le passage le plus aisé qu' ils devaient fort bien connaître, puisqu' ils avaient fui dans une panique, à juger des traces désordonnées.
Retournant alors près du lac, je me mis à inspecter les lieux à la recherche de reliefs de repas, d' excréments ou éventuellement d' un repaire.
Si j' avais eu la chance de Ralph Izzard ( expédition Daily Mail 1954 ), j' aurais sans doute découvert comme lui des matières fécales d' omnivores contenant des poils de rongeurs, gros rats sans queue apparentés au lapin et nommés lagomys de VEverest ( les indigènes les appellent « abra » ), ainsi que des matières végétales. Encore aurait-il fallu éviter toute confusion avec les restes laissés par les aigles et gypaètes ou encore avec ceux de la panthère, dont les traces croisaient celles des plantigrades. Il semblait que ce coin était très fréquenté par la faune locale, à juger des traces laissées par eux.
Mes recherches restèrent sans résultat, mais, un peu plus loin la panthère débusquée à notre approche fit un bond prodigieux et disparut.
Ainsi je me trouvai devant l' absence de signes d' un séjour prolongé et l' impression est bien que ces ours n' étaient là que de passage, comme des nomades qui iraient de jour sur les hauteurs à l' abri du seul être redouté: l' homme, et qui descendraient de nuit écumer les vallées où ils trouvent leur subsistance. Ce sont des marcheurs fort bien orientés qui connaissent cols, glaciers, massifs montagneux autour desquels ils évoluent selon un certain cycle qui leur est trace par les saisons.
De quelle espèce d' ours peut-il s' agir?
P. F. Pocock avait parle de l' ursus arctos isabellinus qui n' est qu' une vaneté de l' ours brun ordinaire très commun. Mais nous pensons plutôt qu' il doit s' agir d' une espèce plus différenciée pour la haute montagne. Probablement le Selenarctos tibetanus, signalé en 1935 par le Dr E. Schaefer, tibétologue de Hambourg. On connaît l' aventure de cet explorateur à la recherche du Yeti dans le Tibet oriental.
A coups de backchich, il put obtenir des indigènes réticents de la tribu Wata de le conduire au repaire du Yeti, dont les indigènes se tinrent à respectueuse distance dans l' attente de ce qui allait se passer. L' explorateur y trouva non pas un Yeti bipède, mais bien un ours ensommeillé qu' il abattit. C' était précisément le Selenarctos.
Durant ses trois expéditions au Tibet, le Dr Schaefer eut l' occasion de voir des ours marcher debout; c' est évidemment fort impressionnant. Il faut avoir été dans ces paysages immenses pour comprendre combien l' apparition d' un ours debout ressemble à une forme humaine monstrueuse. Il faut aussi l' expérience personnelle pour saisir l' effet que peut produire cette apparition sur des indigènes imbus d' histoires démoniaques, de récits terrifiants transmis de pères en fils. Toute leur demono-logie les prépare à de telles visions, tant par l' image que par l' enseignement. Ce sont des pays où l' adage Prim um in orbe deus fecit timor se trouve vrai.
Le déchaînement de forces immenses et souvent inexplicables créent l' angoisse. Pour s' en défendre l' homme crée le mythe tant pour tranquilliser son entendement que pour avertir sa défense. Et il projette sur l' objet inquiétant, à la façon des enfants, une force magique dont il doit se protéger. Ainsi nul n' a droit de regarder un Yeti, sous peine de s' attirer un mauvais sort. On comprend donc que les descriptions du Yeti par les indigènes peuvent différer au point de ne pouvoir en tirer aucune conclusion valable.
Un sherpa eut une réponse fort humoristique à mes questions. C' était Pansi, notre cuisinier:
« Va donc au jardin zoologique de Calcutta, me dit-il; là-bas tu trouveras le vrai Yeti. » Humour? Peut-être, mais probablement aussi la conviction que le Yeti est un animal.
Après toutes les expéditions qui sont allées à la recherche du Yeti, sans l' avoir trouve, on peut accepter la boutade de Pansi et ranger l' être fabuleux parmi les mythes. Les trois expéditions américaines de Tom Slick et de F. Kirk Johnson ( 1957, 1958, 1959 ) ne rapportèrent pas de découverte nouvelle, si ce n' est des traces et la radiographie de la main momifiée du monastère de Pangboché. Celle-ci a été examinée à l' Institut anthropologique de San Antonio ( Texas ). C' est une main humaine.
Ralph Izzard avait déjà signale cette main en 1954, ainsi que le fameux scalp de Khumjung qui mesure 18 cm de hauteur, 66 cm de circonférence et qui est revêtu d' une chevelure rousse s' étalant sur les versants d' une crête de 2%2 cm de hauteur et allant du front vers l' occiput. C' est un faux fabriqué avec du poil de chèvre.
Trois expéditions soviétiques, supérieurement montées, se sont rendues ces dernières années dans le Pamir central à la suite des affirmations du prof. Pronine ( ce dernier prétendait, en effet, avoir vu deux Yeti qui s' enfuyaient ). Ni le prof. Porchnev en 1958, ni le prof. Stanjukewitch ne purent confirmer ce qu' avait vu Pronine.
Stanjukewitch conclut qu' il n' y avait pas la moindre présomption à croire encore à l' existence d' un primate. Tout au plus peut-on classer l' abominable homme des neiges parmi les variantes de la légende millénaire de Gulbi-Yavan, l' esprit du désert. Yeti, Meti, Kang-Mi, Mi-Gö, toutes ces dénominations englobent le même mythe avec des variations locales. Cependant, le Dr W.Tcher-nezki du Queen Mary College a fait une étude publiée dans la revue britannique Nature, du 7 mai 1960. Sa conclusion est en faveur d' un primate imposant et massif apparenté au Gigantopithèque fossile.
Il fit une reconstitution en plâtre du pied de Yeti d' après la photographie de E. Shipton au Menlung Tsé. L' empreinte donnée par le plâtre est à peu de détails près semblable à la trace originale où se distinguent très nettement le puissant pouce en abduction, l' allongement du deuxième orteil et les trois autres orteils fonctionnèllement peu différenciés, caractères que nous avons relevés sur nos traces d' ours. Un seul caractère en diffère: l' absence de griffes. Quant au talon, il est, lui aussi, très pareil aux talons d' ours que nous avons examinés. L' auteur en a fait un pied de primate à pouce opposable. Nous avons quelque peine à entrer dans ses vues.
Pour un primate à pouce opposable on attendrait, comme c' est le cas pour le gorille, une eminence thénar capable d' actionner les muscles fléchisseurs et opposant du pouce. Cette eminence devrait avoir un bombement correspondant sur le plâtre ou donner une empreinte profonde dans la neige. C' est à peine si elle est indiquée, tant sur l' empreinte que sur le plâtre.
L' arcure entre le pouce et le deuxième orteil n' est pas plus prononcée que celle du pied d' ours. On voudrait enfin pour un primate un talon plus allongé et des métatarsiens moins courts et qui pourraient vraiment permettre à ce pied-main de grimper aux arbres comme le suggère l' auteur.
Mais à supposer que, malgré ces réserves faites, ce soit là néanmoins le pied d' un bipède, il devrait alors pour le moins être pourvu des fonctions indispensables de rotation en abduction ou en adduction.
Or il semble que ce mouvement soit très limité, à juger des traces photographiées jusqu' ici. Il n' a pas été possible, autant que je sache, de démontrer que le Yeti peut tourner la pointe des pieds en dehors ou en dedans, sans déplacer en même temps le talon. Ainsi, il est très improbable que nous ayons affaire à un bipède, et s' il faut lui refuser ce pied pour des raisons charitables, nous pouvons au contraire l' accorder de grand cœur à un quadrupède, à l' ours en particulier, chez qui les caractéristiques signalées constituent une adaptation fonctionnelle heureuse. Il est nécessaire de signaler que l' empreinte des pattes avant n' est pas la même que celle des pattes arrière. Leur empreinte est piriforme à cause d' une conformation anatomique différente ( plus petite ) du calcanéum. Mais l' empreinte de la patte arrière vient se superposer exactement sur celle de la patte avant. C' est pourquoi cette différenciation n' a pas été signalée jusqu' ici.
La marche en terrain escarpé, particulièrement sur les pentes raides, demande l' aide du bord interne du pied. Nous avons vu sur la moraine l' empreinte profonde du gros orteil et du deuxième orteil de l' ours, c' est dire qu' il s' est effectué une différenciation heureuse de ces organes. En s' écar, le pouce freine, et la plus grande surface de portage du deuxième orteil assure la stabilité. Cette démarche prive les trois autres orteils d' une fonction active, ce qui les laisse non développés, mais suffisants pour la marche à plat.
Enfin, les conditions biologiques d' alimentation et de zoologie géographique rendent improbables le séjour d' un primate dans les hautes altitudes de l' Himalaya. Les sévères conditions climatiques, le froid, les tempêtes, exigent des êtres qui peuvent y vivre des moyens de protection efficaces.
L' ours, grâce à son épaisse fourrure peut supporter les grands froids et, grâce surtout à ses fortes réserves de graisse, peut entreprendre les longues marches à l' instar de son cousin l' ours blanc. Celui-ci accomplit un cycle de plusieurs milliers de kilomètres, sur la banquise groenlandaise d' abord, on jusqu' à la dislocation des glaces il peut se nourrir abondamment. Il rejoint alors la terre ferme et entreprend en marge de l' Inlandsis du Groenland la remontée de toute la côte est ( 1000 à 1200 km ) sans nourriture jusqu' au point on il pourra rejoindre la banquise. Pour cette transhumance il a un instinct d' orientation extraordinaire dans les vallées glaciaires. Il marche de préférence pen- dant qu' il fait froid, de nuit, ou par la tempête, sans doute pour bénéficier d' une neige portante. Quand il fait une température trop douce, il se réfugie dans une crevasse où il attend la nuit pour continuer son voyage. L' ours blanc est armé par la nature pour lutter contre le froid et la faim; il est armé physiquement, il est aussi armé par l' instinct dans sa transhumance. Son cousin de l' Hima obéit à des conditions analogues. Pour lui la banquise nourricière est remplacée par les vallées qu' il écume les unes après les autres en suivant une haute route dont il connaît parfaitement les passages.
Un primate nomade devrait être également armé par la nature pour qu' il puisse subvenir aux frustrations sévères de toutes sortes auxquelles il serait exposé. On trouverait des abris, des vestiges autres que des traces nues laissées par des êtres dont l' économie leur laisse pour un temps déterminé une autonomie complète.
Conclusions Les empreintes de Yeti sont zoomorphiques et non pas anthropomorphiques. Les traces de griffes le prouvent et si les empreintes du Menlung Tsé en sont dépourvues, c' est peut-être du à la neige molle qui en a recouvert le dessein ou encore à la fonte de la neige. Ce sont sans doute les mêmes conditions qui ont voulu que sur seulement deux empreintes - les mieux imprimées - nous ayons trouvé des traces de griffes ( trois seulement ). Les griffes ne s' inscrivent pas nécessairement sur une pente descendante. En revanche, comme le montre la photographie ( 105 ), elles s' enfoncent dans le sol à la montée. La conformation décrite de ce pied d' ours est à considérer comme un phénomène d' adaptation fonctionnelle. On en observe chez l' homme pour différentes causes: heureuses, quand une fonction latente est devenue active, comme c' est le cas par exemple de la fonction d' adduction du gros orteil devenu mobile et préhensif, chez de nombreuses populations marchant pieds nus; les orteils s' étalent en palette et conservent chacun sa fonction; ou bien pour des causes malheureuses dans des cas pathologiques de stabilité vicieuse ou défectueuse, mais où la modification de conformation est compensatoire.
Pour conclure, il s' agirait de déterminer quel est cet ours. Serait-ce le Selenarctos tibetanus, qui marche souvent sur deux pattes, ou une autre espèce encore inconnue?
Nous pensons que le moment est venu de s' attaquer au problème réel et non plus de vouloir justifier à tout prix un mythe. Mais, sans doute, y aura-t-il moins d' adeptes pour armer une expédition zoologique que s' il s' agissait d' aller, accompagné par une forte orchestration de la presse, à la recherche d' un être fabuleux.
Berge der Welt. Das Buch der Forscher und Bergsteiger ( tome 13Fondation suisse pour explorations alpines -Zurich 1961.