Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07061.jsonl.gz/930

Je prendrais bien un peu de printemps
Printemps pourri, pas de soleil, il fait froid.. Chacun y va de son commentaire. Allons faire un tour en montagne, histoire de se donner quelques frissons supplémentaires..
Fonte très en retard par rapport à l'an dernier
Si l'on compare avec l'année passée, force est de constater qu'à une altitude de 2000 mètres, le paysage est nettement plus blanc cette année. La raison en est un ensoleillement réduit et des températures plus basses. On se souvient que l'hiver 2017-2018 avait été extrêmement enneigé en altitude. En Valais, on avait même mesuré des quantités de neige record. Néanmoins, la couche de neige avait rapidement disparu grâce à une fin de printemps extrêmement ensoleillée et chaude.
Il en va autrement cette année. Il a par exemple fortement neigé début avril dans les Alpes, comme par exemple dans la vallée de Conches à 1400m, où il est tombé 40 cm en moins de 24h à Ulrichen. Au Grimsel, la couche de neige s'est accrue d'environ 1.20 mètre en 2 jours. Ces quantités de neige ont contribué à ralentir encore la fonte d'un manteau hivernal déjà bien fourni. La raison principale est néanmoins une couverture nuageuse importante et des températures basses. On l'a vu dans le blog précédent, la première moitié de ce mois de mai est très froide par rapport à la norme.
Un printemps tardif était plus fréquent par le passé
A la fin des années 70 et au début des années 80, une fonte des neige tardive était très fréquente. Les régions proches de 2400 m étaient à l'époque encore bien enneigées début juin et la couverture neigeuse à la Furka, 2431 mètres, ne disparaissait que durant la dernière décade de juillet. Les mois d'été étaient riches en précipitations et froids. Il est arrivé qu'à Andermatt on relève 10 à 20 cm de neige fraîche en juin, et en juillet 1980, la neige est tombée jusqu'à 1000 mètres dans la vallée encaissée de Grindelwald.
En 1961, on a même mesuré 10 cm de neige le 8 juin à Erstfeld, à 470 mètres d'altitude et à la fin des années 70, la neige est tombée en juillet jusqu'à 700 m. Il n'y avait donc rien d'étonnant que le printemps arrive tardivement à 2000 mètres d'altitude.
Autre exemple : l'hiver à avalanches de 1951. Très enneigé dans les Alpes tessinoises, à mi-février, on mesurait une épaisseur de neige de 5 mètres entre 1200 et 1500 m dans le haut de la vallée Maggia. Le printemps se montra maussade et pluvieux ; il tombait encore souvent de la neige en altitude. A Bosco Gurin à 1500 m, la couche de neige ne disparut que début juin.
Pour des conditions encore plus extrêmes, un coup d'oeil en 1879. A l'époque, le 29 mai, une avalanche issue du Val Ruino détruisit une partie du village de Fontana, dans le val Bedretto. D'après des témoins de l'époque, la couverture de neige se montait encore à 1 mètre début juin à 1280 mètres d'altitude. Le chroniqueur relève que cette situation n'était pas exceptionnelle à l'époque.
On notera que dans les cas décrits ci-dessus, il s'agit de régions tessinoises, où les conditions sont généralement nettement plus chaudes et plus ensoleillées qu'au nord des Alpes. Il est clair que la température est plus haute aujourd'hui que dans les années 80, ce qui a des conséquences évidentes sur l'arrivée habituelle du printemps en montagne. Le climat a déjà changé dans nos esprits..