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Critique
Le film, en noir et blanc, commence par un très long plan-séquence en musique genre Mahler faisant émerger de l'obscurité un bateau à quai, d'où débarquent à la file indienne des hommes en manteau et chapeau portant une valise et montant dans un petit train qui part pour une destination mystérieuse. Le spectateur occupe la place de Maloin qui, chaque nuit, se hisse dans un poste de contrôle lui offrant une vision circulaire du port et de la mer. A travers les vitres embuées, dans la brume percée par l'éclairage fuligineux de quelques réverbères, il assiste à une prise de bec entre deux hommes se soldant par la chute de l'un d'eux dans l'eau noire. La scène une fois désertée, Maloin pêche avec une gaffe une valise qui se révèle contenir des milliers de livres sterling. Sans le savoir, il met ainsi le doigt dans un engrenage qui le confrontera au péché, au châtiment, à la morale, à une réflexion sur le rapport avec l'argent.
Le réalisateur hongrois s'est inspiré d'un roman de Simenon. Son film, extrêmement lent (à côté de l'inspecteur qui enquête, Derrick fait figure de surexcité dopé aux amphétamines...), ne comprend que quelques plans, ce qui a nécessité une mise en scène quasi chorégraphique; soutenu par une musique magnifique et des acteurs jouant un peu comme au temps du cinéma muet, il fait penser à un opéra wagnérien. Exigeant à l'égard du spectateur, c'est un superbe exercice de style, un peu frustrant tout de même.
Pour la petite histoire, le tournage s'est fait pour l'essentiel à Bastia, qu'on n'aura jamais vue aussi sombre et nordique...
Daniel Grivel