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La chronique de Georges Pop
Vacances
Georges Pop | Elles approchent à grands pas et à leur seul énoncé le visage de la plupart des écoliers s’éclaire d’un large sourire: les vacances! A part peut-être pour quelques intoxiqués au travail qui restent compulsivement arrimés à leur iPhone ou à leur portable, même en congé, le mot «vacances» réjouit tous ceux pour qui il est synonyme de détente, de désœuvrement épanoui et de voyage.
Le terme nous vient du latin «vacans» – le participe passé du verbe «vacare» – qui signifie être inoccupé, libre ou vide lorsqu’il s’agit d’un espace comme une place publique ou un édifice. C’est de ce «vacans» latin que provient dans la langue française le mot «vacant» qui désigne une place ou un poste non pourvus; et c’est de lui que résultent aussi les substantifs «vacuité» et «vacations» qui, pour ce dernier au pluriel, désignait initialement la période de congé des tribunaux; mot qui sera progressivement remplacé par vacances. On notera tout de même au passage que «vacations» en anglais veut toujours dire vacances bien que les anglo-saxons lui préférèrent de nos jours «holidays» assemblage de «holy» et de «days» (jours et sacrés), les jours de congé coïncidant toujours jadis avec les fêtes religieuses. Le mot «vacances» au pluriel est lui attesté dès le début du 17e siècle pour définir la période durant laquelle les écoles et les facultés se mettaient en congé et libéraient maîtres, élèves et étudiants. Il fallut cependant attendre le milieu des années trente pour que le terme se libère complètement du milieu scolaire et universitaire et désigne la période de repos accordée par les employeurs à leurs salariés; cela après la victoire en France du Front populaire de gauche aux élections législatives de 1936 qui introduisit le principe d’un congé payé obligatoire de deux semaines pour tous. Les congés payés existaient cependant déjà depuis le fin du siècle précédent, y compris en Suisse, pour certaines catégories de fonctionnaires. Le substantif «vacancier» a fait quant à lui son apparition dès les années vingt, peut-être au Québec, et il est piquant de constater qu’avant de se généraliser dans les années cinquante, il fut qualifié très vite de «néologisme affreux» par certains grammairiens français qui se targuaient de protéger la langue. On notera encore que le mot allemand «ferien» pour vacances vient lui aussi du latin. Il est issu de «feriae» qui signifie jour de fête ou jour de repos.
En guise de conclusion, on soulignera que si les Suisses apprécient les vacances, ils sont loin – comme certains – de dédaigner le travail. Souvenons-nous que l’initiative populaire «6 semaines de vacances pour tous» fut sèchement refusée par le peuple et les cantons le 12 mars 2012. Le lendemain du scrutin, les médias français couvrirent abondamment le résultat du vote sur le mode «ils sont fous, ces Helvètes», en décrivant la Suisse comme un pays besogneux, avec une culture immodérément tournée vers le travail. Romands et Français ont beau parler la même langue, ils ont parfois bien du mal à se… comprendre.