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"La naissance d'un père", roman largement autobiographique, est une immersion intime dans le quotidien d'un père de famille nombreuse, très présent dès la première grossesse de sa femme et impliqué dans l'éducation de chacun de ses cinq enfants. Ce père-là, c'est donc l'auteur, le romancier et philosophe français Alexandre Lacroix qui fait courir son livre sur dix-huit années, de 2000 à 2018.
Au début du siècle, alors qu'il n'a que 25 ans, tout juste sorti de l'université, il se pique d'écriture. Il vit très chichement en Avignon et devient père pour la première fois. C'est pour lui un bouleversement. Le jeune homme n'hésite pas une seconde: il se met à changer les couches du nourrisson, promène l'enfant qui grandit et redécouvre le monde à travers ses yeux. Il se sépare de la mère, rentre à Paris, et rencontre Giulia.
Dix-huit années plus tard, Alexandre Lacroix est devenu un philosophe confirmé et un écrivain à succès, dont la sortie de chaque livre est un événement. A 42 ans, il est aussi rédacteur en chef de Philosophie Magazine, codirige Les Mots, une école d'écriture, et enseigne à Sciences Po. Il accueille avec autant de joie et d'enthousiasme que la première fois son cinquième enfant, le quatrième pour Giulia, un fils encore, Pietro.
"La paternité est la grande affaire de ma vie adulte"
Alexandre Lacroix l'assure dès les premières pages du roman. Lui, le philosophe qui a disséqué et disserté sur l'alcool, la nature et la joie; le romancier qui s'est attardé sur son statut d'orphelin ("L'Orfelin", Flammarion, 2010), qui a dévoilé ses déambulations parisiennes et intimes ("Voyage au Centre de Paris", Flammarion, 2013) et qui a souligné "La supériorité des femmes" (Flammarion, 2008) "ressentais le désir d'écrire sur (s)on expérience de la paternité depuis très longtemps".
Il lui aura donc fallu attendre que "le cycle de naissances s'achève" pour oser plonger son lecteur, durant près de 500 pages, dans les couches, les bobos, les petits pots, l'éducation mille fois répétée, la fatigue et la difficulté d'écrire comme celle d'avoir "une chambre à soi", quand on élève une famille nombreuse.
>> A voir, Alexandre Lacroix dans "Faut pas croire":
La paternité, cette épopée
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le lecteur se délecte de ces aventures comme des multiples naissances qui se succèdent chez les Lacroix - Bastien, Giacomo, Andreano, Lucrezia et Pietro - qui sont à chaque fois une nouvelle révélation pour l'auteur. Sous la plume d'Alexandre Lacroix le quotidien familial, dans ce qu'il a de plus prosaïque, devient une épopée.
Et l'auteur de se demander pourquoi, avant lui, si peu d'écrivains et de philosophes ont osé écrire sur la paternité. "La plupart des écrivains sont un peu comme les dragueurs de bac à sable: à travers leurs écrits, ils s'affichent en hommes disponibles et non en père de famille. Comme s'il fallait se "jeunhommiser" pour être écouté, pour séduire ou même pour avoir quelque chose à raconter (...) Pourquoi, une fois père, ne revendiquerions-nous pas bravement ce rôle, qui relève tout de même d'une autre trempe que celle de l'adolescent attardé?"
Et Alexandre Lacroix conclut avec humour, en soulignant l'existence d'un tabou aussi ridicule que persistant en littérature: "Serait-il possible d'écrire des livres en bon père de famille, selon la formule désuète et insolite du Code civil?"
"La naissance d'un père" en est la preuve éclatante: oui, sans aucun doute, c'est possible.
Linn Levy/ld
"La naissance d'un père", Alexandre Lacroix,.
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