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Au cours de l’année hydrologique 2021, les mesures à long terme du pergélisol dans Alpes suisses présentent un constat différent selon la profondeur: Des conditions atmosphériques plus froides ont entraîné une baisse des températures proche de la surface ainsi qu’une décélération des glaciers rocheux. En profondeur, en revanche, le réchauffement observé au cours des deux dernières décennies s’est poursuivi. C’est ce que rapporte le réseau suisse d’observation du pergélisol PERMOS.
L’année hydrologique 2021 (octobre 2020 à septembre 2021) a été la plus froide mesurée en Suisse depuis 2013. Elle a été marquée par un long enneigement en hiver ainsi que le printemps le plus froid de ces 30 dernières années et l’été le plus humide depuis le début des mesures en 1864. En haute altitude, là où l’on trouve du pergélisol, la neige est déjà arrivée en octobre 2020 et d’importantes chutes de neige au printemps 2021 en ont retardé la fonte.
Léger refroidissement à la surface
Ces conditions météorologiques ont entrainé une baisse de la moyenne annuelle des températures de surface d’environ 1°C au cours de l’année hydrologique 2021 comparé à l’année précédente. Cela représente des valeurs inférieures à la moyenne des 20 dernières années. En conséquence, les glaciers rocheux, ces masses de débris rocheux et de glace se mouvant vers l’aval dont la vitesse est une mesure indirecte de la température du pergélisol, ont connu une décélération d’environ 8,5% comparé à l’année précédente.
Les températures du pergélisol à 10 m de profondeur ainsi que l’épaisseur de la couche active – cette couche du sol située entre la surface et pergélisol à proprement parlé qui dégèle et regèle chaque année – présentent une image contrastée. Si, sur à de nombreux endroits la couche active était moins épaisse que l’année précédente, des valeurs record ont également été mesurées sur deux sites Gentianes (VS) et Schilthorn (BE). Les températures du pergélisol à 10 m de profondeur étaient, selon les sites, plus élevées ou plus basse qu’au cours de l’année hydrologique 2020.
Poursuite du réchauffement en profondeur
En profondeur au contraire, le réchauffement général observé ces 20 dernières années s’est poursuivi. Les températures du pergélisol mesurées à 20 m de profondeur ont augmenté partout et dans de nombreux endroits, ont atteint les valeurs les plus élevées depuis le début des mesures il y a 15–20 ans. À une telle profondeur, les températures ne subissent pratiquement plus de variations annuelles et les changements reflètent l’évolution à long terme du climat. Le refroidissement à la surface de l’année hydrologique 2021 n’a pas (encore) atteint ces profondeurs. Au Stockhorn, près de Zermatt (VS), la moyenne annuelle des températures du pergélisol à 20 m de profondeur était de -2,1°C durant l’année hydrologique 2021 alors qu’elle était encore de -2,6°C il y a 20 ans. Un réchauffement similaire a pu être observé à Murtèl-Corvatsch en Haute-Engadine où on a mesuré -1,1°C à 20 m de profondeur en 2021, contre -1,6°C en 2001 et -1,8°C au début des mesures en 1988.
En résumé, les mesures effectuées par le réseau suisse d’observation du pergélisol au cours de l’année hydrologique 2021 montrent que la tendance au réchauffement du pergélisol des Alpes suisses se poursuit malgré un léger refroidissement près de la surface. Ces observations sont le résultat de conditions chaudes persistantes au cours des dernières décennies.
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Pergélisol
Le pergélisol (ou sol gelé en permanence) est un phénomène thermique défini comme l’ensemble des matériaux du sol (débris, roche, etc.) dont la température est inférieue à 0°C durant plusieurs années consecutives.. En Suisse, on le rencontre sur environ 5 % du territoire, typiquement dans des éboulis et des parois rocheuses situées au-dessus d’environ 2500 mètres d’altitude. La présence et l’évolution du pergélisol dépendent principalement de la température à la surface du sol qui est elle-même fortement influencée par la température de l’air, le rayonnement solaire et la durée de l’enneigement. Les glaciers rocheux sont des formes du terrain indicatives de la présence du pergélisol. Ils sont constitués d’un mélange de matériaux meubles (débris rocheux) et de glace qui se déplace vers l’aval. Dans le paysage, ils sont reconnaissables à leur forme de langue d’éboulis.
PERMOS
Le réseau suisse d’observation du pergélisol PERMOS documente l’état et les changements du pergélisol dans les Alpes suisses depuis l’an 2000. Il est actuellement financé par MétéoSuisse dans le cadre de GCOS Suisse, par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) et par l'Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT). Il s’appuie sur les compétences de six institutions suisses de recherche: les Universités de Lausanne, Fribourg et Zurich, l’EPF de Zurich, la Haute école spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI) et l'Institut WSL pour l'étude de la neige et des avalanches SLF. Les mesures effectuées au sein de PERMOS se concentrent sur trois éléments principaux: 1. les températures près de la surface et en profondeur, 2. les changements de la proportion de glace dans le sol et 3. la vitesse des glaciers rocheux.