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Date de construction : 1751
Architecte : inconnu
Cette maison de maître séparée de la rue par une cour qui accueillait une grange et des écuries a été bâtie au milieu du 18e siècle par la famille Rusillon, bourgeoise d’Yverdon depuis 1694.
L’imposante bâtisse compte deux étages sur rez-de-chaussée comme la plupart des bâtiments de cette époque. Sa façade tripartite, c’est-à-dire avec un avant-corps et deux arrière-corps, est flanquée de chaînes d’angle en harpe*, élément original que l’on ne retrouve sur aucun autre bâtiment de l’époque. Les trois niveaux sont séparés par de larges cordons moulurés. Le rez-de-chaussée en pierre de taille à refends* est percé de deux ouvertures sommées d’éléments sculptés.
Au 18e siècle, cette maison était louée aux receveurs généraux des sels de Franche-Comté. Dès le 17e siècle, Yverdon se situait en effet à un carrefour du commerce du sel entre la Franche-Comté et les cantons suisses. Le sel, denrée rare au Moyen-Âge et à l’époque moderne, était extrait des salines de Salins-les-Bains, de Lons-le-Saunier et d’Arc-et-Senans et acheminé par voie de terre du Jura jusqu’à Yverdon, où il était transbordé sur des bateaux et transporté par voie fluviale et lacustre jusqu’à Berne. Les voies à ornières qu’empruntaient ces chargements sont encore visibles entre Sainte-Croix et Vuiteboeuf. En 1623, Berne impose un monopole sur le sel qui met fin au commerce libre de cette denrée. Dès lors le sel en provenance de Franche-Comté, mais aussi celui de Bex, dont les salines ont été rachetées par Berne en 1684, transitait par Yverdon. Cela a favorisé l’édification dès 1641 de vastes entrepôts le long de la Thièle, dont le bâtiment qui abrite actuellement le Tribunal d’arrondissement. Edifié en 1776 par les Bernois, il sera transformé un siècle plus tard en caserne.
A la fin du siècle, la propriété appartient au major François Louis Rusillon. Défenseur du retour à l'Ancien Régime et fervent monarchiste, Rusillon est incarcéré durant la révolution en raison de ses liens avec les contre-révolutionnaires. Condamné à mort en 1804 pour avoir participé à une conspiration contre Napoléon, puis voyant sa peine commuée, il est détenu au château d'If à Marseille jusqu'à la chute de l'Empire.
En 1827, la propriété est vendue à Roger de Guimps (1802-1894), d’une famille noble française réfugiée à Yverdon en 1792. Elève de Pestalozzi, il est l’instigateur de l’installation de la statue du célèbre pédagogue sur la place en 1890.
Sources: Perret-Gentil, Nathalie, Yverdon 1750-1850. Aménagements urbains et architecture privée, Lausanne, 1991 [mémoire de l'Université de Lausanne. inédit], pp. 46-47;
pour en savoir plus sur les routes du sel : https://www.terrasalina.eu/les-voies-historiques-du-sel/