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Moins du quart des jeunes Romands jugent intéressant d'apprendre l'allemand à l'école. Le désamour est réciproque en Suisse alémanique, constate lundi l'enquête fédérale auprès des jeunes. Pour les chercheurs, ce problème d'image a ses racines au sein de la société.
Peu motivés, les jeunes Suisses peinent à vraiment maîtriser une autre langue nationale. Seuls 23% des Romands et Tessinois estiment avoir un niveau A2 (conversation basique) en allemand et 20% un niveau B1 (conversation plus facile dans plusieurs domaines).
I love english
Quant aux Alémaniques, ils sont 21,7% à évaluer leur connaissance du français au niveau A2, 19% au niveau B1, mais également 21,9% à juger ne pas du tout savoir le français. L'italien rencontre un succès mitigé, avec un niveau situé entre le A1 et le A2.
L'anglais, par contre, est l'idiome le mieux maîtrisé après la langue maternelle. Toutes régions linguistiques confondues, la majorité des jeunes estiment bien, voire très bien, se débrouiller dans la langue de Shakespeare.
Loin des objectifs scolaires
"Moins de 50% des jeunes atteignent les objectifs fixés par l'école", relève François Grin, professeur à l'Université de Genève et un des auteurs de l'étude. Les gymnasiens devraient théoriquement atteindre le B2, les apprentis le B1.
Concrètement, 47% des apprentis alémaniques et romands ont le niveau requis. Ce taux baisse à 40% pour les gymnasiens alémaniques et même à 28% pour les lycéens romands. Au Tessin, la situation est nettement meilleure et une majorité des jeunes atteignent les objectifs. L'anglais est également bien mieux maîtrisé, avec des taux variant entre 51 et 87%.
Un problème d'image
"C'est la motivation qui fait toute la différence", analyse Jaques Amos, sociologue au Service de la recherche en éducation. "L'anglais bénéficie d'un a priori positif, alors que les langues nationales sont mal perçues", complète François Grin.
Ainsi, seuls 22% des jeunes Alémaniques et 23% des romands trouvent l'enseignement d'une langue nationale intéressant. Pour seulement 21% d'entre eux, il leur a donné envie d'en apprendre plus. Une faible minorité de 16% en terres romandes et de 18% de l'autre côté de la Sarine pense qu'apprendre la langue de l'autre l'a aidée à mieux comprendre la Suisse. Des résultats jugés "inquiétants" par François Grin.
Pour le professeur, une partie du problème se situe à l'école: "Ca ne sert à rien d'avancer l'âge d'apprentissage des langues si les enseignants concernés ne sont pas motivés ou pas compétents". Mieux vaut étendre l'enseignement bilingue après l'école obligatoire, estiment les chercheurs.
La société a aussi un rôle à jouer. "On ne peut pas expliquer une telle différence entre l'anglais et les langues nationales uniquement en se basant sur les compétences des professeurs", remarque François Grin. La société et la politique doivent s'engager en faveur du caractère multilingue de la Suisse et prendre des mesures en ce sens. "Ce ne doit pas être qu'un mythe".
Basé sur les recrues
L'enquête 2014/2015 a interrogé plus de 41'000 jeunes hommes et 1500 jeunes femmes d'environ 20 ans originaires de toutes les régions linguistiques de Suisse.
Ces enquêtes ch-x tirent leur origine des "examens pédagogiques des recrues". Jusque dans les années 1960, ces tests d'orthographe, de grammaire, de calcul et d'instruction civique que les jeunes recrues devaient passer servaient à contrôler l'efficacité des systèmes scolaires cantonaux.
Depuis, ces enquêtes ont été adaptées aux besoins de la Suisse moderne: elles ne se limitent plus à 60% des conscrits, mais sont proposées à l'ensemble des jeunes Suisses lors de leur recrutement. Depuis le passage au niveau millénaire, des jeunes femmes choisies au hasard sont également interrogées.
ATS