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Des matchs de hockey organisés dans un stade de foot, aucun problème, nous connaissons. Il y a déjà eu en Suisse plusieurs «Winter Classic», en revanche, du biathlon au sein d'un lieu destiné au ballon rond, ceci est bien plus surprenant. C'est pourtant ce qui se produit chaque année en Allemagne, entre Noël et Nouvel An, du côté de Gelsenkirchen dans le bassin de la Ruhr, loin des Alpes bavaroises ou de la forêt de Thuringe.
La Veltins-Arena, le stade de Schalke 04, redescendu en Bundesliga 2 à l'issue de la saison dernière, accueille le World Team Challenge, un événement atypique dans une saison de biathlon. Une sorte d'exhibition, non-incluse dans le calendrier officiel de la Coupe du monde, que les meilleurs de la discipline ne boudent pas. Et pour cause, ce n'est pas tous les jours que l'on peut pratiquer ce sport dans une arène fermée, devant plus de 50'000 spectateurs chauffés à blanc.
Ce qui est devenu l'événement le plus divertissant du biathlon n'était d'abord qu'un «Championnat du monde» non officiel de relais mixte, inventé par l'ancien athlète Herbert Fritzenwenger pour les besoins de la télévision allemande. Les diffuseurs recherchaient un nouveau format distrayant - c'est ainsi qu'est née la course dans les années 90. Elle se tenait alors à Ruhpolding au sud de Munich, sur l'un des sites les plus prestigieux de la Coupe du monde. Mais tout s'est accéléré au début des années 2000, avec le flair d'Herbert Fritzenwenger.
En 2001, alors qu'il se rendait dans la Rhur, à Bottrop non loin de Gelsenkirchen, pour tester une nouvelle ski-halle construite sur un ancien terrain minier, il aperçut le stade de Schalke 04 achevé cette année là, et visible à des kilomètres à la ronde grâce à son dôme comparable à la blancheur immaculée de la neige. Il eut un flash: son événement devait avoir lieu dans cette nouvelle enceinte, moderne et polyvalente, destinée à accueillir bien plus que des matchs de football. Un an plus tard, était organisé le tout premier World Team Challenge à Schalke.
Les plus sceptiques doutaient, mais la première édition s'est révélée être un immense succès, car tenue à guichets fermés et suivie par cinq millions de téléspectateurs. Pouvait-il en être autrement? Pas sûr. En Allemagne, le biathlon a toujours été roi. Les audiences enregistrent des records, le pays détient les sites mythiques de Ruhpolding et Oberhof, et il suffit de s'intéresser aux principaux sponsors de la Coupe du monde - ce ne sont que des marques allemandes ou presque - pour comprendre qui sont ceux qui donnent à ce sport un certain élan.
Au fil des années, l'événement, qui fonctionne sur invitation, s'est affiné. Les organisateurs l'ont rendu télégénique, si bien que le pas de tir boueux a fini par être recouvert d'une vaste bâche blanche. Idem pour les espace non-empruntés par la piste, où figurent désormais de nombreux sapins. Le format de compétition a, lui aussi, évolué. L'épreuve se déroule toujours en relais mixte simple, mais aujourd'hui, la détonante mass-start ne sert qu'à établir les premières différences, en vue de la poursuite finale organisée plus tard dans la soirée.
Tout est fait pour rendre les choses spectaculaires. L'anneau de pénalité ne mesure que 75 mètres, afin d'inciter les biathlètes à tirer vite et resserrer au maximum les écarts. La piste, tracée à l'intérieur mais aussi à l'extérieur de la Veltins-Arena, ne mesure que 1,3 kilomètre de long. Et puisqu'un passage de relais attend les athlètes à chaque tour, tout se veut rapide, ce qui plaît aux différents concurrents, particulièrement joueurs lors de cette épreuve.
Le combo mass-start/poursuite est le plus attendu, mais l'événement ne se limite pas à ces deux courses. Les portes de la Veltins-Arena ouvrent en début d'après-midi et le Talent Team Challenge, réservé aux futurs grands de la discipline, lance les hostilités.
La journée inclut également un concours de tir pour le moins inhabituel, qui consiste à blanchir 20 cibles le plus vite possible. A cela s'ajoute les cérémonies d'ouverture et de clôture, une grande soirée «après-ski» et des animations résolument tournées vers le divertissement. C'est ainsi qu'en 2018, Ole Einar Bjørndalen était introduit tel Hibernatus, comme figé dans un bloc de glace, et que Magdalena Neuner, véritable égérie en Allemagne, débarquait par les airs.
Les différents pas de tir de la Coupe du monde sont connus pour être festifs et bruyants, mais à Schalke, tout est démultiplié, malgré une capacité limitée pour des raisons évidentes de sécurité. Une partie des tribunes est fermée afin qu'aucun spectateur ne puisse se trouver face aux tireurs. La mesure fait écho aux récents événements de Lenzerheide (réd: Sturla Laegreid a été exclu de la mass-start après avoir tiré une balle lors d'un entraînement à blanc à son hôtel).
C'est pour cette ambiance si particulière que les biathlètes viennent à Schalke, alors même que l'événement intervient en plein pendant les fêtes de fin d'année, entre deux séries de trois étapes éreintantes de Coupe du monde.
Dans l'arène, le bruit des balles résonne, mais tout est recouvert par les hourras du public allemand, acquis à la cause de ses représentants. Le retour des skieurs arme au dos dans le stade à l'issue de chaque tour est lui aussi spécial, et c'est Andrea Henkel, octuple championne du monde de biathlon, qui en parle le mieux:
La Suisse n'a pas toujours été conviée à cette fête du biathlon - on note seulement deux participations de 2002 à 2018. Mais à mesure que les duos mixtes allemands se font moins nombreux aux départs (ils étaient six en 2006 contre deux dorénavant), une équipe helvétique se fraie chaque année une place depuis 2019. On peut logiquement se demander jusqu'à quand, tant un tel événement alimente les critiques, en raison de son empreinte écologique et des 3'000 m3 de neige acheminés chaque année depuis la ski-halle de Neuss, à proximité de Düsseldorf.
L'Union pour l'environnement et la protection de la nature en Allemagne (BUND) est consciente des actions menées par le FC Schalke 04 - propriétaire de l'arène - pour compenser le transport de la neige artificielle. Elle souligne même à la Deutsche Presse-Agentur (DPA) que l'empreinte de la neige des halles est nettement plus faible par rapport aux productions des régions de l'arc alpin.
Plus que l'empreinte environnementale, l'organisation critique la nécessité d'une telle épreuve, ludique et divertissante, hors du champ de la Coupe du monde.
Quoi qu'il en soit, la paire helvétique Amy Baserga/Sebastian Stalder sera alignée jeudi à Gelsenkirchen, et ce sera une première aussi bien pour la Zurichoise que pour le natif de Wald. Les deux biathlètes ne cachent pas leur plaisir de participer à cette course avec, qui sait, une belle performance à la clé.
Klaus Zaugg, Zurich a terminé 1er de la saison régulière et a remporté tous ses matchs en play-off face à Bienne puis à Zoug. Sera-t-il champion de Suisse?
Pas forcément. Bien sûr, les ZSC Lions ont tout gagné en play-off jusqu'ici, mais ça ne veut absolument rien dire pour la finale. Ce sera du 50-50. Les Lausannois sont tout à fait capables d'être champions, parce qu'ils ont assez de confiance et de qualités physiques pour déranger les Zurichois. Et puis, quand on reste sur huit victoires consécutives, tout va bien, c'est super, la vie est belle. Mais si soudain tu perds un match, la situation peut très vite basculer.