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Résumé
Phtisiologie, voilà comme on appelait cette branche de la médecine il y a cent ans, et à juste titre : le mot grec «phtisis» signifie consomption, perdition. En regard du nombre de tuberculeux, les autres maladies pulmonaires ne faisaient pas le poids. Il n'est donc guère étonnant, que les médecins de l'époque s'occupaient, certes du malade, mais aussi du contexte des patients et de leurs familles. La prise en charge de la tuberculose démontre de manière exemplaire qu'être malade, ce n'est pas seulement une affaire entre un organe et l'individu, mais que cela a aussi une relation étroite avec les conditions environnementales. D'un côté, la société ne peut ignorer les malades, et d'autre part le contexte indique souvent une possible prévention. C'est ainsi que les maladies pulmonaires professionnelles entrent très tôt dans la conscience collective, en Suisse comme ailleurs. Alors qu'une votation fédérale de 19111 prépare la législation en matière de tuberculose, les premières prises en charge pour les cas de silicose se font en 1930. Aujourd'hui, c'est la pollution de l'air qui fait des victimes à l'échelle épidémique, spécialement la fumée active et passive. La société de consommation et de loisir est confrontée ici à une situation qui appelle des réponses claires et proportionnelles aux dégâts causés.Le progrès de la technique et une compréhension plus complète de la physiologie pulmonaire ont permis des approches thérapeutiques qui imitaient le fonctionnement du poumon normal : le «poumon d'acier»2 fut utilisé pour la première fois à large échelle lors des épidémies de poliomyélite en 1952.3 Avec lui, le médecin des poumons, qui jusque-là n'avait manipulé que son stéthoscope, eut de plus en plus à faire à des appareils respiratoires de toutes sortes, et se mit à administrer de l'oxygène. Lorsqu'il est devenu évident4 que l'oxygénothérapie au long cours permettait aux insuffisants respiratoires chroniques de vivre plus longtemps, cette thérapie est devenue un mandat principal des pneumologues et de la Ligue. Néanmoins, il faut souligner ici avec insistance qu'une société non fumeuse serait de loin plus efficace pour éviter cette souffrance, qui touchera, hélas, encore plus de monde dans un futur proche.Les physiologistes, s'intéressant à la régulation de la respiration, amenèrent la médecine pulmonaire à s'intéresser à un autre domaine : les troubles du sommeil qui influencent la respiration. Il est évident qu'ici l'approche est multidisciplinaire. La biologie cellulaire et moléculaire a beaucoup profité des cliniciens, puisque les cellules pulmonaires, obtenues facilement de sujets malades ou sains par lavage broncho-alvéolaire, sont étudiées depuis de nombreuses années. Cette recherche fondamentale, d'autre part, a permis une meilleure compréhension de toutes les maladies pulmonaires inflammatoires, en particulier de l'asthme, ainsi que de la transplantation pulmonaire.Aujourd'hui, la branche de la médecine qui s'occupe de ces aspects de l'humanité souffrante s'appelle pneumologie. En général, on fait remonter l'origine de ce terme au mot grec, «pneumon», qui signifie poumon. Cependant, par les faits, sinon par l'étymologie, on pourrait faire dériver le mot pneumologie également du grec «pneuma», qui veut dire air, souffle, esprit, vie. Dans la version grecque du récit biblique de la création, Dieu donne vie au corps qui vient d'être formé, en lui insufflant le «pneuma» par les narines...5Les auteurs de ce supplément spécial de Médecine et Hygiène décrivent des aspects très différents de la pneumologie et du travail de la Ligue pulmonaire. Ils démontrent, cependant tous, que le thème «Air, respiration, poumon» vit par des influences mutuelles et multiples, qui ont et auront des répercussions dans la société. Au centre des préoccupations des pneumologues et des collaboratrices ou collaborateurs de la Ligue pulmonaire et de tous ceux qui soutiennent ce travail, se trouvent comme jadis les patients qui ont de la peine à respirer, et qui nous rappellent comme à leur environnement : vivre c'est respirer.