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En vendant ses principaux titres (24 Heures, Le Matin, Tribune de Genève et sa participation dans Le Temps) au géant alémanique Tamedia, Edipresse tourne définitivement une page d'histoire de la presse romande. Histoire d'une saga familiale.Ce contenu a été publié le 05 mars 2009 - 13:39
«On sait aujourd'hui que les galaxies, les étoiles et les civilisations sont mortelles. Une entreprise, à plus forte raison, comme tout organisme vivant, naît, grandit, vit et meurt un jour, après avoir usé les multiples générations d'hommes qui lui ont consacré le meilleur de leurs forces et de leur savoir...»
Dans le livre marquant les 75 ans de la société 24 Heures en 1982, Marc Lamunière, le père-fondateur d'Edipresse, exprimait-il une vision prémonitoire?
Si la holding Edipresse ne passe pas de vie à trépas en cédant ses titres suisses à l'éditeur du Tages-Anzeiger, cette vente en deux temps marque une mutation sans précédent pour des titres plus que centenaires, comme 24 Heures, l'héritière de La Feuille d'Avis de Lausanne, née en 1762, et Le Matin, lointain descendant de L'Estafette, présentée sur les fonds baptismaux en 1862.
Les précurseurs de 24 Heures
L'histoire d'Edipresse, c'est – comme l'écrit Marc Lamunière – l'œuvre de générations d'hommes de presse. Bien avant l'arrivée en 1922 de Jaques Lamunière (réd: il écrit son prénom sans «c») au conseil d'administration de La Feuille d'Avis de Lausanne et des Imprimeries Réunies, on trouve un certain David Duret, fils de boulanger qui lance en 1762 sa Feuille d'Avis, tirée à quelques centaines d'exemplaires.
Une quinzaine d'années plus tard, c'est le Thurgovien Jean-Ulrich. Martin Allenspach qui reprend l'affaire pour 25'000 francs, puis la transmet à son fils Paul, qui décède en 1930. L'Imprimerie Corbaz fait son apparition en 1907 avec Jules Corbaz. Ce typographe est l'un des fondateurs de la Société de la Feuille d'Avis de Lausanne, qui publie aussi le Nouvelliste vaudois, et dès 1912, la Tribune de Lausanne.
Les Lamunière ne débarquent qu'en 1922 dans la future Edipresse avec l'arrivée de Jaques. Instituteur, employé de banque et enfin directeur de Publicitas, il est un descendant de Huguenots réfugiés de Lyon à Genève au XVIIe siècle.
Avec son ami Samuel Payot, directeur de la librairie éponyme, Jaques Lamunière se révèle efficace financier, donne une impulsion nouvelle aux affaires et collabore à de nombreuses organisations professionnelles.
Président de l'Union romande de journaux, il fait adopter des règles strictes pour assurer à la presse son indépendance et sa liberté. Esprit curieux, il consacre ses loisirs à l'héraldique et à la généalogie, publie deux livres sur ses ancêtres, sans renoncer à sa passion pour le cheval.
«Un directeur de cirque»
Au décès de son père en 1952, Marc Lamunière reprend le flambeau. Ce juriste, né d'une mère originaire d'Odessa, est un homme de lettres et d'esprit. Ecrivain de polar sous le pseudonyme de Ken Wood (« Qui veut la peau de Sharon ?»), éditorialiste sous celui de Marc Lacaze, musicien (à la batterie) et peintre à ses heures, il touche à tout avec un certain bonheur.
«Je suis comme le directeur du cirque Knie: j'ai des dompteurs, des lions, des tigres, des éléphants, des clowns et des acrobates», plaisante-t-il (à peine) dans l'un de ses discours de fin d'année toujours écoutés avec bonheur.
Marcel Pasche, directeur avisé
Esprit fin à l'humour caustique, il donne une dimension sociale et humaine à l'entreprise et s'entoure d'un directeur avisé: Marcel Pasche fait prospérer le «vaisseau amiral» 24 Heures jusqu'au lancement du Nouveau Quotidien (devenu Le Temps après la fusion avec le Journal de Genève), revitamine Le Matin et trouve des débouchés en Espagne et au Portugal.
Moins littéraire et moins proche des journalistes qu'il tient à distance, peut-être plus par timidité que par manque d'affinité, Pierre Lamunière commence sa carrière dans l'entreprise en menant une guerre sans merci à l'associé de son père au sein du groupe Lousonna. Terrassé, l'éditeur genevois Jean-Claude Nicole se verra contraint de saborder son journal La Suisse en 1994.
Le marché suisse quelque peu saturé, Pierre Lamunière cherche le salut dans les pays de l'Est, où les deux grands éditeurs Ringier et Edipresse se partagent les marchés, puis en Extrême-Orient, avec le développement de la licence britannique Tatler dans des pays comme la Chine, Hongkong, Singapour, Taïwan, les Philippines, etc.
C'est ce secteur des magazines de luxe - avec Bilan - que la famille Lamunière conservera après la fusion. Père de deux filles et deux garçons qui font leurs armes au sein d'Edipresse Asie, Pierre Lamunière n'a pas l'impression de lâcher (à 59 ans) la barre du navire: «Je suis le capitaine qui ramène le bateau à bon port».
swissinfo, Olivier Grivat
Edipresse, née en 1988
La holding Edipresse est née en 1988 de la restructuration des activités presse et distribution. D'un côté, 24 Heures Presse S.A. (activités journaux, y compris le Centre d'impression de Bussigny) et de l'autre, Financière de Presse, avec la distribution de journaux et livres (Naville, Office du Livre et Librairies Payot).End of insertion
Passation de pouvoirs en 1998
En novembre 1998, Marc Lamunière se retire de la présidence d'Edipresse au profit de son fils Pierre, âgé de 48 ans (il a deux autres enfants: Martine, née en 1947, et Jean-François, né en 1951). Cet homme érudit a conduit l'entreprise de 1952 à 1986, d'abord comme président de la Société de la Feuille d'Avis de Lausanne et des Imprimeries Réunies, ensuite comme directeur général, avant d'accéder à la présidence du holding.End of insertion
La fusion complète en 2013
Le 3 mars 2009, Edipresse et Tamedia annoncent la fusion de leurs activités suisses. Le groupe zurichois acquiert 49.9% de la société PPSR représentant les activités d'Edipresse en Suisse. Dans un deuxième temps, Tamedia achètera 0.2% supplémentaires début 2011, puis les 49.9% restants en 2013. Le prix des deux premières prises de participation se monte à 226 millions. La dernière tranche payée en actions, Edipresse deviendra un important actionnaire de Tamedia.End of insertion
Zurich
A l'exception de quelques journaux régionaux, tous les grands quotidiens de Suisse romande ont désormais le regard tourné vers Zurich. La famille Lamunière conserve en revanche ses magazines européens et asiatiques.End of insertion
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