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Quand les politiciens se croient obligés de se porter candidats
La Suisse devra affronter des temps difficiles, a déclaré le patron du journal Weltwoche, Roger Köppel, en annonçant sa candidature au Conseil national. C’est au cours des quatre prochaines années que les jalons seront posés, impossible donc de rester sur la ligne de touche. Une fois ce cap passé, il se retirera de la vie politique le plus rapidement possible.
Roger Köppel ne se porte donc pas candidat par plaisir de la participation, de la création de processus législatifs, mais parce qu’il est obligé. Et il est en bonne compagnie. Christoph Blocher a lui aussi été forcé d’agir à plusieurs reprises. Suite à sa non-réélection au Conseil fédéral, dès qu’on lui posait la question de savoir s’il se représenterait au Conseil national, il répondait systématiquement que s’il le fallait, il se porterait à nouveau candidat. Plus tard, lorsqu’on lui confia des documents qui déclenchèrent l’affaire autour de la Banque nationale et de son président de l’époque, Philipp Hildebrand, il ne voulait pas agir, mais fut obligé, comme il l’expliqua à sa femme désespérée.
Dans une démocratie, par principe, chacun est considéré comme remplaçable.
Aujourd’hui, l’aptitude de Roger Köppel à succéder à Christoph Blocher est passée sous revue. Avant cela, Magdalena Martullo fut considérée à maintes reprises comme héritière politique potentielle de son père, notamment avant les élections fédérales de 2011. A l’époque, elle disait ne pas vouloir s’engager en politique, «sauf si je dois le faire». Le chef actuel du groupe UDC, Adrian Amstutz, ne s’exprima pas autrement lorsqu’on lui demanda en amont des élections fédérales s’il était intéressé par cette fonction. Cela n’a pas d’importance, répondit-il. «Si je dois le faire, alors je peux le faire.»
Que faut-il penser de ces politiciens qui se croient obligés de se porter candidats? Ils envoient le message subliminal suivant: quand les temps sont durs, nous avons besoin des meilleurs, c’est-à-dire de moi. Et encore: je ne veux pas vraiment de cette fonction, à vrai dire elle me répugne. Mais je me sacrifie, car je ne peux pas laisser tomber ce pays et ses habitants. Un geste de pure abnégation, en somme. D’une manière toute protestante, les politiciens se réfèrent ainsi à un destin inévitable: ma conscience est mon seul moteur, que Dieu me vienne en aide. Ou, comme l’aurait formulé Martin Luther au 16e siècle: je me tiens ici et ne puis faire autrement.
Tous ceux qui s’accordent une telle importance ne politisent probablement pas moins que ceux qui admettent qu’ils sont en quête de pouvoir, de prestige et d’un revenu supplémentaire. Ils sont peut-être un peu plus difficiles à vivre en raison de leur tendance à l’autoritarisme et à se comporter comme des divas. Quiconque se considère comme le sauveur d’un pays ne peut pas être collégial. D’un autre côté, ces personnes sont plus ambitieuses et motivées que la moyenne. Le fait qu’ils dérivent vers une sorte de fanatisme ne pose pas de problème dans un premier temps, cela étant corrigé par les structures politiques.
Le problème réside ailleurs. L’image de soi de ces politiciens ne s’accorde pas bien avec un système démocratique dans lequel, par principe, chacun est considéré comme remplaçable. Nous nous accordons certes tous à dire que les plus capables devraient nous gouverner, en supposant toujours que la société est représentée par la politique. Mais le fait de considérer qu’il n’existe aucune alternative à sa propre personne contrevient au principe de l’égalité.
Christoph Blocher a échoué en tant que Conseiller fédéral, parce que le système politique de la Suisse est plus enclin à tolérer une performance médiocre que le comportement de toute-puissance d’une personne qui se croit désignée par une force supérieure pour faire le travail. Un tel scénario menace aussi ses héritiers politiques.