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Par le fait que son histoire sportive est bien antérieure au championnat du monde de Formule 1, dont elle a remporté les deux premières éditions avec dix victoires en treize participations, et qu’elle a en quelque sorte engendré la mythique Scuderia Ferrari, la marque Alfa Romeo constitue à elle seule une légende à part entière au sein du sport automobile mondial.
Dès sa fondation en 1910 à Milan par Nicola Romeo, la firme Alfa Romeo s’est distinguée par son élégance, ses innovations techniques et sa connotation sportive, le tout illustré par un slogan sans équivoque : « la meccanica delle emozioni » (la mécanique des émotions). En 1911 déjà, la marque prenait part à la Targa Florio, une épreuve hors normes courue en Sicile et qu’elle remportera ensuite à 10 reprises. Deux ans plus tard, elle signe avec son modèle 24 HP un doublé dans la course Parma-Poggio di Berceto, un des must de l’époque. C’est cependant après la première guerre mondiale qu’Alfa Romeo s’illustre durant plus de 30 ans comme une redoutable machine à gagner capable de rivaliser avec la concurrence internationale, essentiellement allemande.
Champion du monde en 1925 !
Malgré les difficultés économiques et financières de l’après-guerre, Alfa Romeo poursuit résolument ses activités sportives en participant à de nombreuses courses, essentiellement en Italie, signant une première victoire en 1920 à Mugello. Ses principaux pilotes ont pour noms Antonio Ascari, père d’Alberto, futur champion du monde, Giuseppe Campari et un certain Enzo Ferrari, qui se classe deuxième de la Targa Florio 1920 puis s’impose à la Coppa delle Alpi à Ravenne les deux années suivantes, ainsi qu’à la Coupe Acerbo 1924 à Pescara, devant les redoutables Mercedes.
En 1925, Alfa Romeo, dont les voitures de course sont ornées du désormais célèbre Quadrifoglio, un trèfle vert à quatre feuilles supposé porter chance, doit remplacer en urgence Antonio Ascari qui, peu de temps après avoir triomphé au GP de Belgique, a trouvé la mort au GP de France à Monthléry. Alfa Romeo fait alors appel au comte Gastone Brilli-Peri, issu de la noblesse florentine, pour compléter son équipe en vue du GP d’Italie, qui constitue aussi en 1925 la quatrième et dernière manche du tout nouveau championnat du monde des manufacturiers. Contre toute attente, Brilli-Peri, qui était coté à 20 contre 1, s’impose au volant de son Alfa Romeo P2, avec 19 minutes d’avance après 800 km de course sur son coéquipier Campari, sur le double tracé routier et anneau de vitesse de Monza. Alfa Romeo devient ainsi le premier champion du monde de l’histoire, au nez et à la barbe des Bugatti, Duesenberg, Delage et autres Mercedes !
A la fin des années 1920, si les nombreux succès sportifs et la notoriété permettent à Alfa Romeo d’éviter la faillite, ils sont loin de résoudre les problèmes financiers. En 1928, Nicola Romeo est démis de ses fonctions et l’année suivante, un groupe de pilotes fortunés décide d’épauler Enzo Ferrari, proche de la fin de sa carrière de pilote, qui crée à Modène la Societa Anonima Scuderia Ferrari, une écurie développant et faisant courir des Alfa Romeo en compétition.
Enzo Ferrari prend les rênes
Directeur sportif de la marque, le futur Commendatore va alors largement contribuer à donner à Alfa Romeo l’éclat et la réputation qui la caractérisent encore aujourd’hui.
Les résultats ne tardent pas à affluer. Au volant des célèbres Alfa P2 et 8C, Giuseppe Campari, Tazio Nuvolari, Achille Varzi et Mario Borzacchini vont de succès en succès lors des 22 épreuves disputées en 1930, ce qui confère à Alfa Romeo une réputation internationale. Après trois années triomphales, ponctuées entre autres par des victoires de prestige à la Targa Florio et aux 24 Heures de Spa-Francorchamps, l’État italien, qui gère la Holding IRI (Institut de Reconstruction Industrielle) décide néanmoins de retirer Alfa Romeo de la compétition automobile à partir de 1933. La Scuderia Ferrari, qui a déménagé ses ateliers à Maranello, devient alors l’usine de course officielle d’Alfa Romeo, ce qui se traduit par de nouvelles victoires de Nuvolari aux GP de Tunisie et de Nîmes, ainsi qu’aux mythiques Mille Miglia (Nuvolari – Compagnoni), au volant d’anciennes Alfa 8C.
L’année suivante, la Scuderia aligne les fameuses Alfa Romeo P3 au volant desquelles Luigi Fagioli signe trois victoires probantes, tandis que son coéquipier Campari se tue à Monza. En 1934, c’est Achille Varzi qui prend la relève et remporte le championnat d’Italie en enlevant 9 victoires, dont les Mille Miglia.
Bien que la concurrence allemande se fasse de plus en plus pressante, l’Alfa Romeo P3, moins puissante et vieille de quatre ans, résiste vaillamment, en particulier lors de la victoire de Tazio Nuvolari au GP d’Allemagne 1935 devant un panel de huit Mercedes et Auto Union ! Pour la petite histoire, les organisateurs n’avaient pas prévu une victoire italienne et les musiciens s’étaient retrouvés sans partition lors de la cérémonie du podium…
En 1937, Mussolini, qui voit dans la renommée d’Alfa Romeo un possible objet de propagande internationale, fait rapatrier le département course à Milan où l’écurie Alfa Corse est officiellement créée, avec pour mission de concurrencer Mercedes et Auto Union qui bénéficient du soutien du régime nazi. L’année suivante, Alfa Corse absorbe la Scuderia Ferrari qui est aussi transférée à Milan. Alfa Romeo triomphe certes encore aux Mille Miglia, mais en circuit, Alfa Corse n’est plus en mesure de vaincre la suprématie des Mercedes.
En désaccord total avec ses nouveaux dirigeants, c’est sans surprise qu’Enzo Ferrari décide en 1939 de quitter son poste de Directeur Sportif d’Alfa Romeo et de s’en retourner à Modène et à Maranello où il fonde la société Auto Avio Costruzioni.
Domination sans partage
Détruite par trois bombardements durant la seconde guerre mondiale, l’usine Alfa Romeo sera reconstruite dès la fin des hostilités mais sa priorité ira d’abord à la fabrication de camions, d’autobus et de cuisinières électriques. Cependant, la compétition automobile ne tardera pas à reprendre ses droits et son retour sera facilité par le fait que le précieux matériel avait été caché dans les grottes de Custozza, près de Vicenza, utilisées pour la maturation du fromage. Les 8 Alfetta 158 qui y sommeillaient constituent le fer de lance d’une écurie structurée qui remportera 36 victoires sur 46 courses disputées. Parmi elles, signalons celles du comte Carlo Trossi aux GP des Nations à Genève en 1946 et de Suisse à Berne en 1948, le triplé Wimille – Varzi – Trossi au Bremgarten 1947, ainsi que le doublé Fangio – de Graffenried à l’issue du dernier GP des Nations à Genève en 1950.
C’est dire si l’écurie Alfa Romeo était prête à affronter une concurrence pourtant relevée à l’ouverture du premier championnat du monde de F1, le 13 mai 1950 sur le circuit de Silverstone. Malgré l’abandon de Fangio, les Alfa 158 signèrent un triplé Farina – Fagioli – Parnell en reléguant les Talbot de Giraud-Cabantous et Rosier à 2 tours ! Outre les 500 miles d’Indianapolis auxquels aucune F1 ne participa, les Alfa remportèrent les 5 autres Grands Prix, tous disputés en Europe. Giuseppe Farina devint ainsi le premier champion du monde de l’histoire de la Formule 1, précédant ses équipiers Juan Manuel Fangio et Luigi Fagioli de respectivement 3 et 6 points et Luigi Fagioli de 6 unités.
Au volant de l’Alfa Romeo 159 V8, le pilote argentin allait triompher à son tour l’année suivante, battant de peu Alberto Ascari dont la Ferrari 375 V12 lui opposa une vive résistance. Chacun ayant remporté 3 épreuves et terminé 2 fois deuxième, c’est finalement grâce à ses 5 meilleurs tours en course, dont chacun valait 1 point, que Fangio coiffa sa première couronne mondiale devant le pilote italien.
Après deux années de suprématie totale, la direction d’Alfa Romeo, en proie à d’énormes problèmes financiers, annonce à la surprise générale son retrait de la compétition et la fermeture de ses ateliers de course.
Reprise progressive
Au milieu des années 60, Alfa Romeo renoue avec la compétition dans la catégorie sport-prototype où la fameuse Alfa 33 se taille quelques beaux succès en endurance. Les performances du moteur V12 suscitent plus que de la curiosité dans le milieu de la F1, à tel point que le Team Brabham en équipe ses monoplaces à partir de 1976. Les résultats ne seront pas immédiats mais dès l’année suivante, John Watson se classera régulièrement dans les points. La victoire tant attendue arrivera enfin au GP de Suède 1978 où Niki Lauda triomphera au volant d’une voiture révolutionnaire, la Brabham Alfa ‘aspirateur’ dont le concept sera interdit sitôt après. Le succès le plus emblématique sera toutefois célébré au GP d’Italie à Monza où le retentissant doublé Lauda – Watson convaincra Alfa Romeo de redevenir dès l’année suivante une écurie de Formule 1 à part entière.
Sous l’impulsion de l’ingénieur Carlo Chiti, et inscrite sous le label de l’écurie Autodelta, la marque au quadrifoglio alignera ainsi sur 5 épreuves les Alfa 177 puis 179 V12 pilotées par Bruno Giacomelli et Vittorio Brambilla. Sans succès puisque la ligne d’arrivée ne sera franchie qu’une seule fois.
L’année 1980 s’annonce plus prometteuse mais l’accident mortel de Patrick Depailler en essais à Hockenheim portera un coup terrible à l’écurie qui s’en remettra d’autant plus difficilement que la voiture et ses pilotes ne seront jamais en mesure de rivaliser avec les Ferrari, Williams, Brabham et autres McLaren. Après 6 années d’efforts, le résultat est clairement insuffisant : en 97 Grands Prix, soit le double de départs, Alfa Romeo n’a terminé que 17 fois dans les points, occupé une seule pole position (De Cesaris, Long Beach 1982) et ses pilotes ne sont montés que 5 fois sur le podium. Aucun point n’ayant été comptabilisé en 1985, c’est assez logiquement que l’écurie Auto Delta se retire de la F1 à l’issue de cette saison.
Toutefois les moteurs turbocompressés fraîchement conçus par Alfa Romeo continueront de propulser l’écurie italienne Osella, mais ils ne pourront rien face au constant développement des Ferrari, Honda, Renault BMW et TAG Porsche.
Aussi, l’abandon en qualité d’équipe et de motoriste est-il définitif à fin 1987.
L’avenir avec Sauber ?
Sur décision de feu Sergio Marchionne, alors directeur général du Groupe FCA (FIAT Chrysler Automobiles) Alfa Romeo a refait cette année un retour remarqué dans le monde de la F1 en qualité de partenaire principal du Team Sauber.
Si sa présence ne se traduit pour l’instant que par une identification visuelle sur le capot arrière de la voiture, il y a fort à parier que l’implication soutenue d’Alfa Romeo à tous les niveaux au sein de l’écurie suisse, dont la progression est constante, pourrait déboucher à moyen terme sur un partenariat beaucoup plus étroit.