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La dernière livraison de la revue Nouvelles Questions Féministes aborde l'épineuse question du rapport de la réflexion féministe aux productions culturelles qui intègrent (implicitement) les acquis égalitaires tout en se présentant comme "au-delà" des luttes féministes, voire comme "postféministes". Pour résumer ce numéro, on pourrait dire qu'il rend compte d'une première rencontre dans le champ des études féministes francophones: celle entre les héritières des grandes luttes féministes des années 1970-1980 et la génération "Bridget Jones". Les figures féminines proposées aujourd'hui au public sont-elles vraiment émancipées en termes féministes? Reconnaître l'ambiguïté des messages délivrés par les productions culturelles contemporaines, qui, postmodernité oblige, brouillent le rapport entre réalité et représentation en recourant à la citation et à la parodie, c'est admettre, certes, qu'il n'y a pas de réponse univoque à cette question. Mais, au fil des articles, ce numéro suggère un renouvellement du discours féministe apte à faire face au défi politique soulevé par la volatilité et l'apolitisme apparent des représentations des rapports sociaux de sexe par les industries culturelles contemporaines.
Ce numéro fait suite au colloque international Genre et Militantisme qui s'est déroulé les 26 et 27 novembre 2004 à l'Université de Lausanne. Cette rencontre rassemblant plus de 50 contributions et 250 chercheur-e-s a passé au crible du genre les structures et les pratiques militantes d'un grand nombre de mouvements protestataires, organisations politiques, partis et syndicats. En quoi ces structures et pratiques de l'engagement politique sont-elles sexistes ou au contraire féministes, dans quelles conditions pouvons-nous militer aujourd'hui pour lutter contre les multiples oppressions-de sexe, de race, de classe-que vivent les dominé-e-s, telles sont les questions de départ que nous avons voulu partager avec le lectorat de Nouvelles Questions Féministes.
L'esthétique littéraire a-t-elle un sexe? Comment expliquer l'absence des femmes écrivains du panorama littéraire et du "canon" des grands auteurs enseignés dans les écoles et reproduits dans les anthologies? Cette absence relève-t-elle de faits objectifs-elles n'ont pas existé, elles n'ont rien écrit, ou ce qu'elles ont écrit n'est pas comparable aux uvres de la tradition-ou de critères de réception implicites qu'une analyse pratiquée dans une perspective de genre peut dévoiler? Ce numéro de Nouvelles Questions Féministes tente de répondre à ces questions en faisant valoir diverses approches élaborées ces dernières années par la critique littéraire féministe.