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Noé
POUR
Darren Aronofsky: génie visionnaire ou mégalomane auquel on ne devrait plus jamais confier des grosses productions? La question avait déjà été posée en 2006, lorsque The Fountain fut vu comme un chef-d'oeuvre par certains, un navet sans rédemption par d'autres. Des réactions similaires circulent actuellement autour du nouveau blockbuster, si on veut, signé par Aronofsky: Noah, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre par rapport à sa manière d'adapter le texte biblique dont il est issu, ce qui aurait engendré plusieurs polémiques au sein de différents organisations religieuses.
Il est vrai que Noah ne ressemble pas trop à d'autres produits dans la même famille, qu'il s'agisse des Dix commandements de Cecil B. DeMille, des différents Passions du Christ mises en images par Martin Scorsese et Mel Gibson, ou encore de la minisérie télévisée The Bible, produite par History Channel et récemment modifiée pour une sortie en salle, avec le titre Son of God (actuellement inédit en Suisse). Au niveau esthétique, le paysage rappelle plutôt la trilogie Mad Max, également évoquée dans le conflit entre Noé (Russell Crowe) et le "roi" Tubal-Cain (Ray Winstone). Quand il s'agit de raconter visuellement la Genèse, en ne mentionnant jamais le mot "Dieu" (on dit toujours "le Créateur"), la séquence ne serait pas hors place dans une émission scientifique. Et quand il faut montrer le fameux déluge, Aronofsky prouve qu'il est aussi capable de mettre en images la destruction totale que le serait Roland Emmerich. La différence, c'est que ce dernier n'aurait pas grand-chose à proposer avant et après avoir tout cassé.
Noah serait donc plutôt un film-catastrophe qu'une adaptation biblique au sens strict du terme, avec en plus un message "écologique", Aronofsky n'ayant jamais caché l'importance jouée par la protection de l'environnement dans sa décision de tourner le film. Pourtant, alors qu'il parle sans cesse de la sauvegarde des animaux, qui sont d'ailleurs tous fabriqués avec des images de synthèse, Noé reste le centre du récit, qui ne renonce jamais à son regard attentif à l'élément humain. Russell Crowe, dans un rôle difficile et contredictoire, montre très bien la faiblesse, mais aussi la détermination, de l'homme, et reste convaincant même quand le metteur en scène décide de le faire ressembler physiquement à John Huston, qui joua le même personnage dans son adaptation de La bible, en 1966. A ses côtés, Jennifer Connelly (l'épouse), Emma Watson (la fille adoptée) et Anthony Hopkins (le grand-père) complètent un portrait de famille chaotique mais touchant.
En somme, ceci n'est pas un film qui convaincra tous les spectateurs, mais il y a quelque chose pour tous: une adaptation assez originale du texte biblique, un beau récit humain, un film de genre ambitieux, un divertissement spectaculaire (en 3D, en plus). Même quand il est censé échouer, Aronofsky reste un cinéaste avec beaucoup de choses à offrir.