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En tant que Suissesse, je me sens pleinement européenne, que ce soit de culture ou plus précisément, géographiquement. Je peux même affirmer que la Suisse est en quelque sorte située au cœur de l’Europe. Et pourtant… officiellement, bien que cela soit à mes yeux un paradoxe, pour ne pas dire une véritable aberration, il s’avère que je ne suis pas reconnue comme telle!
Alors qui suis-je? Une Africaine? Certainement pas, puisque les pays voisins du mien ne sont ni le Cameroun, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Serai-je alors une Américaine? Non plus, car lorsque d’aventure je passe les frontières de mon pays je n’arrive ni au Canada, ni au Brésil et encore moins aux États-Unis d’Amérique. Alors serai-je peut-être une Asiatique qui s’ignore? Pas du tout, compte tenu du fait que mes voisins ne sont ni Chinois, ni Laotiens et encore moins Thaïlandais ou Indiens
En fait, j’habite sur une toute petite île bordée au Sud, d’une part, par la barrière montagneuse que l’on nomme les Alpes et d’autre part, au Nord, par la chaîne du Jura. Mes voisins immédiats sont tous des Européens, à savoir des Français, des Italiens, des Allemands et des Autrichiens. L’Europe, dont je suis exclue, comporte en tout 27 pays, y compris ceux cités ci-dessus, qui sont la Belgique, la Bulgarie, Chypre, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède. D’autres pays se pressent au portillon de l’Europe, je veux parler de la Croatie, l’ancienne République yougoslave de Macédoine ainsi que la Turquie. Tous veulent une part du gâteau de ce nouvel espace économique, la manne européenne, tous veulent croquer de l’euro, faire partie de cet Eldorado
Alors que les nouvelles cartes de l’Europe se redessinent de l’Atlantique à l’Oural, dans mon petit village perdu entre le Jura et les Alpes, au cœur même de cette Europe des marchands, je rêve d’un autre continent européen, dont le centre serait mon île, la Suisse, qui ressemblerait plus à un espace de liberté, une terre d’accueil pour tous, dans lequel chacun pourrait circuler librement, y faire ses études, trouver du travail, bénéficier des même avantages sociaux et serait soumis aux même lois juridiques et fiscales. A vrai dire, je rêve d’une Europe empreinte d’humanisme car j’exècre au plus haut point cette Europe commerciale, basée sur le profit et l’exploitation des nouvelles ressources humaines
Tant que cette Europe-là et bien d’autres pays encore de par le monde propageront cette idée totalement dénaturée, à savoir que le bonheur serait synonyme de consommation effrénée, cela ne me donne pas du tout envie d’y adhérer. Seule sur mon île, je les observe en attendant de voir un jour naître une Europe à visage humain, l’Europe de demain.