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La première rétrospective au monde de Pablo Picasso (1881-1973) eut lieu en 1932. Le peintre espagnol avait personnellement arrangé l'exposition qui fut montrée de septembre à novembre au Kunsthaus Zurich. On n'avait encore jamais vu qu'un artiste, et non un directeur, décidât lui-même des oeuvres à montrer dans un musée et cela fut vécu comme une révolution. Le public accueillit avec grand intérêt le regard subjectif que cet avant-gardiste jetait sur son oeuvre peu commune. La presse suivit pas à pas le maître qui était arrivé à Zurich cinq jours avant l'exposition avec sa femme Olga et leur fils Paolo. Cependant, tous n'étaient de loin pas capables de reconnaître le génie de l'artiste quinquagénaire. Dans le quotidien «Die Neue Zürcher Zeitung», le fameux psychologue et psychothérapeute C.G. Jung qualifia sans détour le peintre de schizophrène.
Pour faire de la place aux plus de deux cents travaux exposés - dont soixante-cinq étaient possédés en propre par Picasso - on dut sortir l'ensemble de la collection permanente du Kunsthaus. Des peintres tels qu'Oskar Schlemmer s'étonnèrent du record atteint en neuf semaines (dont une prolongation de 14 jours) de 34'000 visiteurs. Les dépenses dépassèrent de loin, déjà pour l'époque, les recettes. Le Kunsthaus put toutefois s'offrir l'acquisition d'un tableau à vendre - «Guitare sur un guéridon» (1915).
2010 rappelle la première rétrospective Picasso. Le Kunsthaus Zürich, qui fête au cours de l'année ses cent ans, apparaît comme une institution très tôt ouverte aux courants avant-gardistes. Par cet hommage à l'exposition de 1932, les commissaires Tobia Bezzola et Simonette Fraquelli retracent l'histoire de la naissance de la première exposition internationale de Picasso et montrent son influence sur l'acceptation de l'artiste mondialement reconnu depuis. Soixante-dix des meilleures oeuvres et une trentaine de travaux sur papier sont réunies dans la grande salle d'exposition: des prêts du Museum of Modern Art et du Metropolitan Museum à New York, de la Tate Modern à Londres, du Museo Thyssen-Bornemisza à Madrid, et bien d'autres encore. Sont également promis des tableaux rarement montrés, prêtés par des collectionneurs privés d'Europe et d'outre-mer. Le contexte historique ainsi que le choix des oeuvres exposées font de cette exposition coûteuse tant sur le plan financier que logistique un événement unique. Elle est montrée qu'à Zurich.