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Charles Ier Stuart, fils de Jacques Ier et d'Anne de Danemark, est roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande du 27 mars 1625 au 30 janvier 1649. Elevé à la cour brillante de ses parents, il s'entoure des meilleurs musiciens: luthistes, violistes, violonistes, chanteurs, instrumentistes à vent, clavecinistes et virginalistes... Son règne correspond à l’âge d’or du consort pour violes.
Lorsqu'il monte sur le trône, Charles Ier dispose déjà de musiciens qui jouaient pour lui quand il était Prince de Galles, et il hérite de la Musique de son père. Comme le raconte un diplomate vénitien: "Sa Majesté ne souhaite pas exclure les anciens serviteurs de son père ni abandonner les siens". A quelques exceptions près, il garde tout ce petit monde qui se divise en deux catégories: Musique du Roi et Musique Privée, puis en sous-catégories: le Consort, les Luths, violes et voix, les Trompettes et vents, tous placés sous la houlette de leur Master of the King's Musick le compositeur, chanteur, luthiste et peintre anglais Nicholas Lanier.
L'année de sa nomination, 1626, fait date dans l'histoire de la musique anglaise, puisque pour la première fois un monarque décide de nommer un maître de musique, un seul individu, qui a autorité sur tous les autres musiciens séculiers, plus d’une quarantaine. Le poste de Master of the Music existe aujourd’hui encore, mais la reine Elizabeth II a ramené la durée du contrat à dix ans, alors que sous Charles Ier le maître de la musique du roi l’était pour la vie.
Les masques de cour
Sous Jacques Ier et Charles Ier se développe un spectacle de cour assez extravagant, le masque de cour, un divertissement réunissant musique, danse, déclamation, théâtre, et bal dans une scénographie élaborée, avec des costumes et décors magnifiques et surtout des effets spéciaux spectaculaires.
Les sujets choisis sont toujours allégoriques, issus de la mythologie gréco-romaine ou de légendes historiques britanniques, et leur objectif est de mettre en valeur la royauté, la monarchie absolue de droit divin et les monarques en place.
Y participent comédiens, chanteurs et musiciens professionnels, mais également les membres de la Cour et même le roi et la reine en personne. Les danseurs sont masqués et le jeu consiste à identifier lords et ladies sous leur loup. Il faut aussi soigneusement répéter les chorégraphies pour assurer des danses parfaitement exécutées.
Le grand ordonnateur de ces masques est l’architecte Inigo Jones, qui a fait le voyage en Italie et en a rapporté les dernières nouveautés, architecture palladienne, décors en perspective, et machineries permettant les fameux effets spéciaux, comme ce grand nuage suspendu dans les airs sur lequel trônent Charles Ier et Henriette-Marie costumés en Apollon et Diane tandis que Mercure leur présente les arts libéraux; cette scène est la représentation picturale de l’un des masques mis en scène par Inigo Jones et James Shirley, le tableau a été commandé au peintre Gerrit van Honthorst par le duc de Buckingham, conseiller du roi et ardent "masker"!
Inigo Jones travaille avec le plus grand dramaturge et poète de l’époque, Ben Jonson, l’auteur de "Volpone" et de "L’Alchimiste", jusqu’en 1631, date de leur brouille définitive. D’autres auteurs prennent le relais, comme James Shirley ("The Triomph of Beauty", 1646).
Les compositeurs se partagent l’écriture des musiques, qui la vocale et qui l’instrumentale: Nicholas Lanier, le maître de musique du roi qui introduit en Angleterre le récitatif accompagné, Alfonso Ferrabosco II, compositeur et gambiste virtuose d’origine italienne, William Lawes, qui mourra sur le champ de bataille en défendant son roi.
Deux masques au moins sont présentés annuellement à la Cour, et dès 1622 dans la nouvelle Salle des Banquets du palais de Whitehall conçue par Inigo Jones.
Mais lorsque sont installées au plafond les grandes scènes peintes par Peter Paul Rubens à la demande du roi en 1636, les masques ne sont plus représentés dans la salle des banquets, à cause de la fumée dégagée par les centaines de flambeaux et torches nécessaires aux scénographies d’Inigo Jones. De toute manière, la situation politique extrêmement tendue n’invite plus aux grands divertissements.
Charles Ier, qui règne sans convoquer le parlement, lève seul des taxes injustes et favorise la pompe catholique jusque dans l’Eglise anglicane, se met une grande partie de ses sujets à dos. Une première révolution éclate en 1640, une autre en 1646, et en 1649, le roi est capturé, jugé et condamné à mort.
Ironiquement, l’échafaud est installé devant la Salle des Banquets où, faute d’exercer une monarchie absolue de droit divin où tout ne serait que paix et harmonie, il se réconfortait à l’aide de ces divertissements extravagants et fort chers dans lesquels il pouvait au moins garder l’illusion d’un monde parfait sous son égide.