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On décrit dans certains milieux de l'extrême-gauche "la mutation du capitalisme vers un capitalisme financier", comme il y est dit, le facteur essentiel de l'évolution économique et politique de ces trente dernière années, celle qui fonde tous les évènements survenus au cours de cette période. On en fait la source de toutes les difficultés qui accablent l'Occident en ce début de millénaire. Et on prétend dans le même souffle que la droite y trouve le prétexte d'un "démantèlement des acquis sociaux acquis de haute lutte par nos aînés", pour reprendre la terminologie pompeuse dont aime faire usage dans ces cercles.
Obsédés par les dérives éthiques scandaleuses à l'origine de cette évolution et par ses conséquences immédiates sur l'économie et, plus durables, sur la santé financière des Etats, ils passent ainsi complètement à côté du facteur essentiel de l'évolution mondiale, du progrès colossal auquel nous assistons depuis trois décennies, à savoir la progression rapide de la planète vers le libre-échangisme généralisé des biens, des services, des technologies et des capitaux. Dans les milieux en question ici on n'en parle que pour vitupérer contre ce qu'on y appelle" la marchandisation du monde". Une formule montrant bien qu'on n'y a manifestement rien compris au sens et à la portée de cette avancée vers un monde plus juste et plus équilibré.
On leur rappellera donc que, jusque dans les années 1970, l'Occident avait organisé la planète dans son seul intérêt, grâce au mercantilisme, au protectionnisme, à la discrimination. Et on soulignera que c'est ce monde ainsi conditionné qui a tant profité aux sociétés du Nord, que c'est grâce à ce conditionnement que, notamment, les pays développés ont pu construire leur Etat providence.
Or le libre-échangisme est précisément l'instrument que mettent en oeuvre le capitalisme et le libéralisme modernes pour remiser le protectionnisme si favorable à nos nations. C'est lui qui réduit progressivement les injustices que nous avons si longtemps entretenues.
C'est le libre échangisme qui a permis à la Chine, en trente ans, d'extraire 400 millions d'individus de l'extrême pauvreté. Qui a donné à 15 millions d'habitants, en dix ans, de sortir des favelas. C'est lui qui demain offrira à l'Inde, à l'Indonésie, à l'Asie du Sud-est la possibilité d'améliorer le sort de centaines de millions de gens.
Certes ce "grand partage des marchés entre le Nord et le Sud", crèe des turbulences chez nous. C'est lui, bien plus fondamentalement et plus durablememnt que les dérives du capitalisme financier, qui exige les efforts et les renoncements qui nous sont demandés. C'est lui qui fait pression sur les équilibre budgétaires et l'endettement des Etats industrialisés et qui remet bien évidemment en question les excès de l'Etat providence.
Mais voilà qui ne signifie nullement le démantèlement de l'Etat social, évoqué par certains milieux, à l'extrême-gauche comme à l'extrême-droite d'ailleurs, à l'appui de leurs campagnes politiques. Rien n'exige un tel démantèlement et personne n'en veut. En réalité l'Etat social sortira raffermi de cette période de transition, plus efficient, plus équitable, moins gaspilleur de ressources humaines et financières. Tous ceux qui ont besoin de l'aide sociale continueront à en bénéficier, dans la même ampleur.
Preuve en soient, par exemple, les thèses votées jusqu'à ce jour par l'Assemble constituante genevoise. Des thèses qui, contrairement à ce que prétendent d'aucuns en toute mauvaise foi ou par ignorance, feront de notre future constitution cantonale la plus démocratique, la plus progressiste et la plus sociale du pays.
Pierre Kunz