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Compositeurs de l’Est
Partie 2 de la présentation de la Thématique 2023-2024 : Regards vers l'Est (Part 1)
Dans l’article précédent, nous avons découvert la musique tzigane, dont les instruments, les rythmes et les mélodies ont largement influencé le répertoire des pays dans lesquels ces populations ont transité. Dans cet article, nous vous proposons de découvrir trois compositeurs originaires de Pologne, Tchéquie et Hongrie et qui ont marqué la musique classique : Frédéric Chopin, Antonín Dvořák et Béla Bartok.
Frédéric Chopin
Né le 1er mars 1810 dans le duché de Varsovie (l’actuelle Pologne), Frédéric Chopin, pianiste virtuose et compositeur, a marqué son époque. Il est reconnu comme l’un des plus grands compositeurs de la période romantique et l’un des plus célèbres pianistes du 19e siècle. Sa musique est aujourd’hui encore l’une des plus jouées.
Parfois qualifié de « petit Mozart », il montre des prédispositions précoces pour le piano et entame à six ans sa formation musicale. Né d’une mère polonaise et d’un père français, il quitte la Pologne à l’âge de 21 ans, après une formation musicale à la Haute Ecole de musique de Varsovie, pour s’installer en France, à Paris. Il y retrouve de nombreux réfugiés polonais qui ont fui la répression russe sur le royaume de Pologne. Il commence ainsi par donner des leçons de piano à l’aristocratie polonaise en exil. Bien rémunérée, cette activité lui assure une aisance matérielle et lui ouvre la porte de la haute société. Il donne quelques concerts, de nombreuses représentations pianistiques, mais, surtout, compose. Avec Berlioz, Liszt, Mendelssohn et Hiller, Chopin est à la tête du romantisme musical parisien.
À Paris, alors l’une des plus grandes capitales culturelles du monde, il noue des relations amoureuses et amicales avec des personnalités culturelles phares de l’époque : l’autrice George Sand (avec qui il sera en couple pendant neuf ans), le peintre Eugène Delacroix, et bien d’autres encore. Il y fréquente l’aristocratie et le Paris des artistes : Balzac, Berlioz, Thalberg… Mais si l’essentiel de l’œuvre musicale de Chopin sera produit dans l’univers culturel et artistique parisien, ainsi qu’à Nohant, dans le domaine de George Sand, son attachement et l’influence de son pays natal, la Pologne, restent prédominants. Malgré sa double nationalité, il est considéré d’ailleurs par ses contemporains comme polonais avant tout.
Dans ses compositions, Chopin intègre plusieurs éléments de danses et musiques folkloriques populaires de son pays d’origine, telle que la mazurka. Lors de vacances passées dans la campagne polonaise, le jeune pianiste avait pris conscience de la richesse du patrimoine de la musique populaire. Il avait alors transcrit les chansons et danses des différents villages visités. Intégrer ces mélodies dans ses œuvres consistait peut-être en une stratégie consciente visant à promouvoir la culture polonaise à une époque où l’existence du pays était menacée par les puissances étrangères. Dans tous les cas, pour beaucoup, son ami Franz Liszt notamment, le patriotisme de Chopin et la nostalgie pour son pays se traduisaient et se ressentaient dans sa musique. Les mélodies et les rythmes de la musique folklorique polonaise sont particulièrement évidents dans les troisièmes mouvements de ses concertos pour piano.
De santé très fragile en raison de sa contraction de la tuberculose à l’âge de 17 ans, Frédéric Chopin meurt des suites de complications de la maladie à 39 ans, le 17 octobre 1849. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Les œuvres de Chopin sont majoritairement consacrées à son instrument de prédilection, le piano. Elles ont peut-être d’ailleurs contribué à faire de lui l’instrument de musique le plus populaire du XIXe siècle.
Quelques œuvres de Frédéric Chopin à découvrir :
Antonín Dvořák
Antonín Dvořák est un compositeur tchèque né le 8 septembre 1841 à Nelahozeves, au royaume de Bohème, l’actuelle Tchéquie, qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. Il était considéré, de son vivant, comme un personnage de stature internationale.
Membre de l’orchestre de son village lorsqu’il est enfant, il fait preuve de très bonnes prédispositions musicales. À l’âge de douze ans, ses parents l’envoient chez un oncle pour apprendre l’allemand, langue officielle de l’administration impériale autrichienne, et développer sa culture musicale. Quatre ans plus tard, il est accepté à l’école d’orgue de Prague. En 1859, son diplôme obtenu, il rejoint la Prager Kapelle de Karl Komzak, un orchestre de variétés où il tiendra la partie d’alto. En 1962, celui-ci est intégré au Théâtre provisoire de Prague, voué à devenir un véritable opéra : le Théâtre national de Prague, inauguré en 1883. Antonín Dvořák y découvre alors un vaste répertoire classique et contemporain, côtoie des chefs d’orchestre illustres, tels que Richard Wagner, Bedrich Smetana, Mili Balakirev, et compose, en 1865, deux symphonies. À 20 ans, il démissionne toutefois de l’orchestre afin de se consacrer entièrement à la composition. En parallèle, il donne des leçons particulières et travaille comme organiste à l’église Saint-Adalbert à Prague.
Dès 1873, le succès est au rendez-vous. Danses slaves, Stabat Mater et diverses œuvres symphoniques le rendent célèbre. Grâce à une bourse reçue par un jury viennois, il rencontre Johannes Brahms qui lui présente son éditeur. La musique d’Antonín Dvořák est particulièrement appréciée en Angleterre et le compositeur s’y rendra neuf fois. À l’initiative de Tchaïkovski, il est également invité à faire une tournée à Moscou et à Saint-Pétersbourg, en 1890.
Célèbre dans tout le monde musical, il devient le directeur du Conservatoire national de musique de New York, entre 1892 et 1895. Très intéressé par la musique noire (negro spirituals) – ce qui lui vaudra la controverse – et amérindienne, Dvořák explique avoir été influencé par ces sonorités pour composer La Symphonie dite « du Nouveau Monde », sa 9e symphonie et sa première composition aux Etats-Unis. Le succès est immédiat. Aujourd’hui, cette symphonie reste son œuvre la plus jouée et enregistrée, mais aussi un symbole de l’identité culturelle américaine (Neil Armstrong emportera un enregistrement audio de la Symphonie du Nouveau Monde lors de la mission Apollo 11, la première à voir un homme marcher sur la Lune en 1969).
À son retour en Bohème en 1895, il enseigne au Conservatoire de Prague. Il compose des poèmes symphoniques inspirés par des légendes du folklore tchèque : L’Ondin, La Sorcière de midi, Le Rouet d’or, Le Pigeon des bois. Il s’inspira de contes tchèques pour composer deux opéras : Le diable et Kate, et Rusalka, composé en 1900. Largement considéré comme le meilleur de Dvořák, il s’apparente au conte de fées « La petite sirène » d’Andersen, mais se déroule dans la forêt de Bohème.
Il meurt d’une attaque cérébrale le 1er mai 1904, laissant derrière lui 189 œuvres musicales. Il est l’un des rares compositeur romantique à avoir abordé tous les genres, à l’exception du ballet.
Comme nombre de ses contemporains (Tchaïkovski, Grieg ou Sibelius, pour n’en citer que quelques-uns), Dvořák mélange les mélodies et rythmes folkloriques de son pays avec les techniques symphoniques de la musique classique. À ce titre, il peut être considéré comme un compositeur nationaliste. Ces inspirations bohémiennes comprenaient la polka et le furiant, très entraînant, ainsi que la dumka, une chanson folklorique mélancolique.
Quelques œuvres d’Antonin Dvorak à découvrir :
Béla Bartok
Né le 25 mars 1881 en Autriche-Hongrie à Nagyszentmiklos (en actuelle Roumanie), Béla Bartok est, avec Zoltan Kodaly, lui aussi hongrois, l’un des pionniers de l’ethnomusicologie. Il enregistra de nombreux morceaux de musique folklorique d’Europe de l’Est.
Béla Bartok naît dans une famille instruite. Sa mère, institutrice, et son père, directeur d’une école d’agriculture, pratiquent tous deux un peu la musique. Le jeune Béla commence l’apprentissage du piano à l’âge de cinq ans, avec sa mère. Lorsque son père décède, il a seulement sept ans. La petite famille doit déménager plusieurs fois et vit de l’enseignement et des leçons de piano donnés par la mère. À 9 ans, Béla commence à composer et à 11 ans, il donne son premier concert. Les Bartok déménagent finalement à Pozsony (aujourd’hui Bratislava, en Slovaquie) où le jeune musicien commence à suivre l’enseignement de piano et d’harmonie de Laszlo Erkel. À 17 ans, il entre à l’Académie Royale de musique de Budapest où il étudie le piano et la composition. C’est là qu’il fait la rencontre de Zoltan Kodaly, grâce auquel il prend conscience de l’importance de sauvegarder la mémoire musicale traditionnelle en recueillant la musique folklorique hongroise. Il faut dire qu’au début du 20e siècle, les idéaux nationalistes sont très forts en Europe. La question de l’identité nationale n’échappe pas au domaine musical. Au travers de la musique, les musiciens cherchent à valoriser une musique qui serait “spécifiquement nationale”, en redécouvrant et en utilisant des musiques et des thèmes populaires dans la composition.
En 1904, Bartok publie des Chants populaires hongrois pour voix et piano. À cette époque, il arbore le costume national hongrois, même pour monter sur scène en tant que pianiste. Tout comme d’autres, il arbore les emblèmes du courant national hongrois.
À partir de 1905, Bartok commence une véritable carrière d’ethnographe et d’ethnomusicologue. Pour lui comme pour d’autres compositeurs d’Europe centrale et orientale, l’idée est qu’il faut créer quelque chose de « spécifiquement national ». Pour des raisons idéologiques, il puisera donc principalement et de manière consciente dans les musiques traditionnelles et le folklore hongrois. Mais après avoir traversé la Hongrie dans le but d’étudier musiques et chants recueillis dans les villages, son intérêt grandissant pour l’ethnomusicologie le mène également en Slovaquie et en Roumanie, où il enregistre et transcrit des centaines de mélodies et chants populaires. Parce qu’il s’intéresse et donne du temps aux musiques traditionnelles d’autres pays, il fut accusé par certains de ses compatriotes de trahir la cause nationale.
De 1907 à 1934, il enseigne le piano à l’Académie royale de Budapest et présente en 1911 ce qui restera comme son seul et unique opéra, Le Château de Barbe-Bleue. Il écrit, pendant la Première Guerre mondiale, les ballets Le Prince de bois et Le Mandarin merveilleux, ainsi que deux sonates pour violon et piano, qui resteront les pièces parmi les plus complexes qu’il ait écrites.
En 1935, recevant régulièrement des commandes, il se libère de l’enseignement du piano et compose en 1937 ce qui deviendra l’un de ses chefs-d’œuvre emblématiques : Musique pour cordes, percussions et célesta.
Durant la deuxième guerre mondiale, Béla Bartok ne se compromet pas avec le régime autoritaire. Il refuse que ses œuvres soient jouées dans des concerts nazis et demande à ce qu’elles participent à l’exposition sur la musique dite « dégénérée ».
À 55 ans, il est contraint de s’expatrier et commence à donner des cours pour vivre. Il achève alors Contrastes, un de ses derniers grands succès. À la mort de sa mère, il quitte l’Europe pour les Etats-Unis. L’accueil qu’on lui réserve est chaleureux, mais les concerts se font de plus en plus rares et les critiques ne le ménagent pas. Il donne en 1943 son dernier concert en tant qu’interprète.
Atteint d’une leucémie, son état de santé se dégrade peu à peu. Appauvri, il refuse par fierté l’aide déguisée que certains souhaitent lui apporter, et n’accepte que de composer. Les dernières commandes qu’il reçoit lui donnent confiance : le Concerto pour orchestre, la sonate pour violon seul (d’une durée de 25 minutes ; la dernière œuvre d’une telle ampleur était de Bach), un concerto pour alto, et son Concerto pour piano n°3.
Bartok meurt de la leucémie, le 26 septembre 1945 à New York, à l’âge de 64 ans. Il est enterré aujourd’hui à Budapest. À titre posthume, il est lauréat du prix d’honneur de la paix en 1954.
Quelques œuvres de Béla Bartok à découvrir :
Ressources utilisées :
Difficile de présenter de manière exhaustive un artiste et son œuvre. Si vous avez envie d’aller plus loin, voici quelques ressources utilisées pour cet article qui vous permettront d’en apprendre davantage.
Frédéric Chopin
Antonin Dvorak :
Béla Bartok :
Général