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Relations postales de MM Fischer avec la France de 1786 à 1828 (I)
Traite de 1786
Le 8 juin 1786 la France par l'entremise de Monsieur Rigolay Baron d'Ogny, Intendant general des Postes et Beat Fischer de Reichenbach par l'entremise du Baron de Grandcour signaient un traite postal reglant l'echange de correspondances entre la France et la Suisse. Ce traite fut ratifie par Berne le 15 juin de la meme annee. II prevoyait l'echange de correspondances 3 x par semaine ä Pontarlier pour les lettres en provenance ou ä destination du Nord de la France et 2 x par semaine ä Versoix pour les correspondances en provenance ou ä destination du midi de la France. Les lettres pouvaient ainsi etre adressees en port du jusqu'au bureau d'echange. Beat Fischer signait donc pour le grand canton de Berne (Berne, Vaud et Argovie) ainsi que pour la ville de Neuchätel, les petits cantons, Fribourg, les Grisons et le Valais.
L'article 10 de ce dit traite prevoyait:
"Il sera tenu campte ä l'Office des Postes ä Berne par celui de France, savoir du port des lettres et paquets nes ä Neuchätel en Suisse pour la ville de Pontarlier meme, ä raison de quatre kreutzer la simple, de six kreutzer la double, de huit kreutzer la demi once, de seize kreutzer l'once. Et enfin les lettres et paquets venant des autres Pays de Suisse et que le dit Office de Berne fera remettre aux Bureaux de Pontarlier et de Versoix, selon que les dites lettres devront pour plus de diligence entre dans le Royaume par l'une ou l'autre des dites villes, U en sera tenu campte par l'Office des Postes de France ä celui de Berne ä raison de prix commun de sept kreutzer la simple, de onze kreutzer la double, de quatorze kreutzer la demi once et de vingthuit kreutzer l'once le tout poids de Marc et en comptant les kreutzer sur le pied de soixante pour un florin d'Empire, evalue ä cinquante sols de France qui fönt le prix actuel. "
Enfin l'article prevoyait que les lettres devaient etre timbrees du nom de la ville d'oü elles avaient ete ecrites pour pouvoir plus facilement asseoir la taxe des dites lettres. Les lettres transitant par Versoix et ensuite par Geneve lequel avait remplace Versoix, ne provenant pas d'un envoi clos, etaient timbrees par le Bureau franfais de la marque "SUISSE" indiquant ainsi l'origine.
Beat Fischer de Reichenbach (1641 - 1698) Fondateur des Postes en 1675
Au debut de 1798 le territoire postal de MM Fischer comprenait Berne (vieux canton), Argovie, Vaud, Fribourg, Neuchätel, Soleure et Valais. Ils avaient egalement des etablissements postaux dans les cantons d'Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug et Glaris, ainsi qu'ä Geneve, Lucerne et Milan. A Geneve leur bureau etait un comptoir intermediaire pour l'echange avec les Offices de France, de Milan et de Turin.
La revolution helvetique de 1798 boulversa cet etat de chose, Geneve fut annexe par la France et constitua le departement conquis 99. Les postes de Suisse furent centralisees et divisees en arrondissements postaux. MM Fischer obtinrent un arrondissement et conserverent ainsi le contröle sur Berne, Argovie, Vaud, Fribourg et Lucerne. Ils avaient egalement des agents ä Milan, Pontarlier, Neuchätel et St Maurice. Afin de faciliter leurs echanges avec la France et surtout pour en contröler le transit, ils creerent des 1800 un certain nombre de cachets abreges sous forme de lettres, soit:
B, P, D, L, N, W, G et VS. Ces lettres indiquant le transit, c'est-ä-dire le point de passage (par exemple G = Gemmi).
Relations par Pontarlier et Bienne
Bienne fut occupee le 27 decembre 1797 par les troupes fran?aises et rattachee le 9 septembre 1798 au departement du Mont-Terrible (87) apres que les deux Conseils de la Ville eurent decide le 7 fevrier 1798 leur rattachement ä la grande nation. Un bureau de poste frangais est installe et Decker nomme directeur le 10 avril 1799. L'ouverture du bureau prevue pour le 3 fevrier 1799 ne fut effective que vers le 4 avril. Decker, ne ä Porrentruy en 1791 acheta une maison qu'il revendit en 1816, au No 3 de l'actuelle Kirchligasse. La ler aoüt 1799 Decker transmet un rapport relatif ä une reclamation des habitants de Bienne concernant la taxe de 10 sols que le bureau d'Huningue fait supporter aux lettres en provenance de Bäle, tandis que les meines lettres parviennent par Berne et Nidau ä raison de 6 sols. II est decide alors de ne percevoir ä l'avenir que 6 sols. Malgre cela le bureau Fischer est prefere au bureau francais. Le 4 janvier 1800 l'Office des Postes de France, vu la necessite de conserver ä Bienne le bureau de Poste etabli, vu l'impossibilite oü le Directeur se trouve depuis son Installation de subsister avec les appointements resultant de la remise sur les produits de son bureau qui sont et seront presque toujours nuls, tant qu'il existera dans la meme commune un autre bureau des Postes helveteques que les circonstances ne permettent cependant pas de supprimer pour le moment, fixe le traitement de Decker ä 600.— frs l'an. Le bureau suisse quant ä lui ne fut pas supprime. Le 8 mars le bureau français est retabli ä remise (au % de la recette). Le 20 mai un projet de traite Franco-helvetique est presente, mais il n'aboutit pas. II prevoyait entr'autre le transit des lettres par la ligne Mäcon-Besancon. Strasbourg en lieu et place de la Suisse. Le 17 decembre le departement 87 est rattache au Haut-Rhin (66).
Afin de faciliter l'acheminement de la poste militaire des armees fran9aises en Helvetie, le general Montchoisi avait charge son Chef d'Etat-major de tractations avec l'Administration centrale des Postes helvetiques. Voici en resume les propositions que le sieur Detrey au nom de l'administration centrale avance (8 octobre 1801):
"Le Directeur des Postes francaises ä Bienne formera de la correspondance militaire qui lui parviendra par les courriers francais deux paquets distincts dont: le premier renfermera les lettres et paquets adresses au General en Chef et ä son Etat major, et le second les lettres et paquets pour les militaires non compris dans l'Etat-major de V Armee en Helvetie. Les deux paquets seront peses par le Directeur franfais et leur poids enonce distinctement sur chaque paquet, dont le Premier portera l'adresse de l'Etat-major de l'Armee francaise en Helvetie, et le second celle du vaguemestre general; ils seront remis au Directeur des Postes suisses ä Bienne qui les remettra ä notre courrier pour Berne, oü le premier sera livre gratuitement, et le second contre paiement en especes, d'une taxe moderee de 8 kreutzer soit 6 sols de France chaque once." L'accord fut immediatement fait et le 10 octobre meme Detrey ecrit: "Les directeurs des Postes ä Berne ont donne les ordres necessaires ä leur Commis ä Bienne; pour recevoir les depeches militaires de la Division franfaise ainsi que nous en sommes convenus." Le 8 avril 1802 ordre du Chef d'Etatmajor Lacroix disant: " Dorenavant les lettres adressees ä l'Etat-major le seront par Pontarlier, comme les correspondances de Suisse. La direction par Bienne sera maintenue pour les autres militaires de la division. "
Le 26 juillet le ministre de la guerre donnait l'ordre au general Montrichard de faire mettre en marche les troupes franfaises stationnees en Helvetie. Celles-ci devaient commencer l'evacuation le 30 juillet pour la terminer le 8 aoüt au plus tard. Ainsi le bureau de Bienne n'eut plus ä traiter des correspondances militaires
L'acte de mediation et ses consequences
L'acte de mediation du 19 fevrier 1803 prevoyait la mise en route de la nouvelle constitution pour le 15 avril 1804. En date du 24 mars 1803 une circulaire du Landamann d'Affry fixait le Statut provisoire des postes avec administration centrale ä Fribourg. Le 2 aoüt 1803 la Diete decide que les Postes formeraient desormais un droit regalien attribue ä chaque canton. Le Valais le ler octobre 1803, Vaud le 26 decembre 1803 et Argovie le 15 mai 1804 decident d'exploiter euxmemes la regale des Postes. MM Fischer conservent Neuchätel et reussissent ä affer les Postes de:
|Soleure
|le 23.11.1803
|(1804 ä 1832)
|Berne
|le 25. 1.1804
|(1804 ä 1832)
|Uri
|le 13. 7.1804
|(1804 ä 1810)
|Fribourg
|le 1. 1.1805
|(1805 ä 1832)
|Unterwald
|(1811 ä 1815)
|Valais
|le 22. 4.1814
|(1814 ä 1815)
|Geneve
|le 13.12.1815
|(1815 ä 1830)
Le 26 mars 1803 une convention est passee entre Vaud & MM Fischer, dans laquelle il est convenu que MM Fischer livreront gratuitement aux courriers vaudois de Geneve et de Pontarlier les lettres de France, pour Vaud et Valais. Pour pallier ä la diminution des recettes du fait de la perte de Vaud et Valais. MM Fischer decident la creation d'un bureau d'echange ä Bienne. Decker directeur du bureau fran?ais se rend ä Berne debut fevrier 1804, pour discuter de la chose (coüt du voyage frs 60.—). Un contrat est passe et des le 21.2.1804, l'echange pour le Nord et l'Est de la France se fait ä Bienne. II s'en suivit une redevance de 980 fr 40c en faveur de l'Office de Berne paye par Decker pour les lettres livrees au bureau fran9ais de Bienne du 21.2.1804 au 20.6.1804, deduction faites des lettres franc.aises remises au Bureau suisse de Nidau.
Un autre evenement va encore affaiblir la position de MM Fischer. Le ler janvier 1807 Neuchätel reprend ä son compte l'exploitation des Postes de la Principaute. Les 6 et 13 avril ont lieu ä Aarberg 2 Conferences au cours desquelles sont regles les comptes du bureau de Pontarlier appartenant ä ce jour ä MM Fischer. Une decision de l'administration fran5aise du 9 mai 1807 precise: "Le bureau de Pontarlier ä compter du ler janvier 1807 tiendra compte particulier des envois qu 'il fern aux Postes de la Principaute de Neuchätel et de ceux qu'il recevra; ce compte sera distinct et par Etats separes de celui que ce bureau fair pour la correspondance entre l'Offlce franfais et les Postes Fischer". Le ler avril 1807 le bureau de Bienne vu son trafic est promu. Decker directeur touche 1'200 frs par an + 400 frs pour frais de Regie et de loyer. Le traitement du contröleur Beaufils est fixe ä 1500 frs. Le bureau est declare bureau de Debourse pour les lettres venant de Suisse ou y allant. A compter du ler avril, les lettres pour le canton de Berne, et celles pour les Pays de la Suisse qui emprunteront son intermediaire cesseront d'etre dirigees sur Pontarlier et seront expediees sur Bienne. Beaufils fut Charge des tractations avec MM Fischer et pour cela, se rendit ä Berne et ä Beifort en mai et juin pour reorganiser les Services depuis Beifort jusqu'ä Berne. Fischer translatait alors son Organisation de Pontarlier ä Bienne. II renforcait ainsi son bureau d'echange. Le bureau francais de Bienne toucha alors le timbre "SUISSE PAR BIENNE" qu'il apposait sur les lettres originaires de Suisse (lere date connue 5.8.1807).
En 1812 un projet de traite est mis sur pied par Berne et Bäle pour remplacer ceux de 1786 et 1724 qu'ils avaient avec les Postes fran5aises, mais il n'aboutit pas. II prevoyait l'echange de la correspondance, comme suit:
- Article 3 ä Bienne d'un cöte et ä Versoix, Geneve & Coppet de l'autre et aux Bains de Loeche pour le Valais
- Article 12 Huningue pour Bäle
- Article 21 Pontarlier pour Lausanne
En 1813 Napoleon a des revers. Le 27 decembre, le general autrichien Gyrelai passe ä Bienne et le 31 ä Porrentruy. Le Jura est detache du departement 66 et remis le 27 janvier 1814 sous l'administration du Baron d'Andlau. Immediatement MM Fischer reagissent et signent le ler fevrier, avec le colonel Thellung de Bienne un traite postal pour recouvrer Fexploitation "en bureau de recette" de leur bureau de Bienne. La premiere marque "BIEL" connue est du 2 fevrier 1814. Le bureau fran9ais fut supprime. Pour le reste du Jura, le baron d'Andlau retablit le 17 aoüt 1814 la ferme des Postes de 1792 en faveur de Jean Brodhag, lequel dut laisser en place Forganisation existante. Les cachets frangais furent encore employes sans etre echoppes jusqu'en 1816. La comptabilite avec la France fut arretee ä fin 1813. Toutefois une commission mixte dut regier entre administrations les comptes pendants et ce ne fut que le 5 juillet 1818 que Decker re^ut mainlevee de sä caution pour le bureau de Bienne.
Le 21 avril 1814 un traite entre MM Fischer, Brodhag et Charles Belmont caissier des Postes retablit l'echange du courrier entre Berne, Paris, le nord et Fest de la France. Delemont remplacera Bienne comme bureau d'echange et correspondra avec Beifort et Colmar.
Le 18 octobre 1814 un traite entre l'Office de la Principaute et MM Fischer est signe. II est constate que Berne seul a le monopole des echanges avec la France (Delemont par Beifort) tel quä il a ete etabli en juin dernier entre Fadministration de France et de Berne. Des le ler juillet Fischer administre la Poste du territoire depuis Delemont, Moütier, Sonceboz, St Imier, Bienne, La Neuveville et la Montagne de Diesse.
à suivre
© Schweizerische Vereinigung für Postgeschichte / SVPg