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En juin 2019, un groupe d'experts sur la finance durable concluait que l'énergie nucléaire, qui n'émet pratiquement pas de CO2, pouvait "contribuer à atténuer le changement climatique" - mais sans conclure sur ses dommages environnementaux potentiels.
La Commission européenne a chargé son service scientifique (Centre commun de recherche, CCR) de déterminer si l'atome pouvait intégrer sa liste des énergies considérées comme vertueuses à la fois pour le climat et l'environnement ("taxonomie verte"), susceptible d'en faciliter le financement.
Comparable à l'hydroélectrique
Dans leur rapport rendu fin mars, les experts du CCR estiment qu'"aucune analyse ne fournit de preuves scientifiques que l'énergie nucléaire porte atteinte à la santé humaine ou à l'environnement davantage que les autres énergies" incluses dans la taxonomie.
"Si l'on considère les effets non-radiologiques, les impacts de l'énergie nucléaire sont essentiellement comparables à l'hydroélectrique et aux énergies renouvelables", précisent-ils. Quant aux effets radioactifs, "des mesures prévenant les impacts nocifs ou limitant leurs conséquences peuvent être établies, avec les technologies actuelles, à coût raisonnable".
Probabilité d'accident "extrêmement basse"
Enfin, l'enfouissement géologique des déchets nucléaires est un "moyen approprié et sûr" de les isoler efficacement, même si les technologies nécessaires "n'ont jamais été expérimentées sur le long terme", faute de site opérationnel en Europe.
Si les accidents nucléaires graves "ne peuvent être exclus à 100%", ils restent d'"une probabilité extrêmement basse".
"Stupéfiant", selon Greenpeace
Pour l'ONG Greenpeace, ces experts se fondent sur des "hypothèses en contradiction avec la réalité, sur les coûts et délais de construction de centrales, le soi-disant +recyclage+ des déchets, la faisabilité et l'impact du stockage".
"Dire que le nucléaire a le même impact que les énergies renouvelables, effets radioactifs mis à part, c'est stupéfiant (...) Le problème majeur, c'est précisément les risques radioactifs associés au démantèlement de centrales, aux déchets, aux dangers d'explosion", observe Sébastien Godinot, expert du WWF.
L'organisation dénonce aussi un CCR "structurellement pro-nucléaire", en raison de sa proximité avec les industriels, via des partenariats de formation, des plateformes de recherche, ou la coordination du traité Euratom destiné à doper l'atome civil.
>> Réécouter le sujet sur le projet du Japon de rejeter dans la mer l'eau radioactive de Fukushima:
Un rapport encore étudié
L'avis du CCR n'entraîne pas automatiquement la reconnaissance du nucléaire comme énergie durable: son rapport sera révisé par des experts en radioprotection et gestion des déchets nucléaires, puis par un comité scientifique de la Commission chargé de la santé et de l'environnement.
Ils devront se prononcer sous trois mois, avant que l'exécutif européen ne tranche. La "taxonomie" proposée pourra être rejetée par les eurodéputés ou une majorité d'Etats membres.
afp/lan
Des membres de l'UE divisés
Les Etats de l'UE apparaissent divisés: si l'Allemagne ou l'Autriche sont opposés au nucléaire, la France et la Pologne, notamment, multiplient les déclarations de soutien.
"La France se battra pour que le nucléaire soit considéré comme une énergie décarbonnée (...) indispensable au succès de la lutte contre le réchauffement climatique (...) C'est un combat politique", a déclaré jeudi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.
Les pays pro-nucléaires y voient une solution bas carbone pour atteindre leurs objectifs climatiques: l'inclure dans la taxonomie les aiderait à financer de nouvelles centrales en accédant à la finance verte.