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Ce portrait de groupe a été pris à Beaulieu devant une toile peinte qui sert de décor à plusieurs portraits familiaux. L’âge des enfants permet de dater ce daguerréotype de 1843 environ. Assise sur les genoux de sa mère tout à gauche de la composition, Marie de Regny, née en 1841, doit avoir deux ans sur cette vue. Le décor à l’arrière-plan fournit une autre indication de date dans la mesure où Eynard l’utilise surtout avant 1850. De la vingtaine de vues sur lesquelles il apparaît, une seule est postérieure à 1850. Les trois femmes sont toutes représentées avec un enfant. Marie de Regny porte sa fille sur ses genoux ; Anna, la tête appuyée tendrement contre celle de la petite Adèle, l’enlace de ses bras. Quant à Cécile Bouthillier de Beaumont, elle s’assure de l’immobilité de sa fille en lui maintenant la tête. Eynard nous plonge ici dans l’intimité de sa famille, où les rôles sont distribués selon le genre : attitude maternelle pour les femmes, position bienveillante mais plus en retrait pour les hommes. Eynard est le seul qui regarde l’objectif, nous invitant en quelque sorte à pénétrer dans son clan familial, tandis que Gabriel Bouthillier de Beaumont dirige son regard vers le groupe féminin dans une attitude débonnaire et protectrice de spectateur.
Le voile bleuté qui recouvre les zones claires à l’arrière-plan provient peut-être d’une irisation due à des problèmes chimiques lors des opérations de fixation de l’image (Gaudin, Traité pratique de photographie, Paris, 1844, p.104), à moins que le sulfure d’argent entrant dans la composition de la plaque ne l’ait oxydée au fil du temps. Dans la partie centrale de l’image, à la hauteur du vêtement et des cheveux d’Anna, ainsi que de la tête d’Adèle, on constate une exfoliation du plaqué argentique. Ce genre de détérioration peut être lié à un défaut lors de la préparation de la plaque qui conduit parfois à la perte complète de l’image (voir Anne Cartier-Bresson dans Paris et le daguerréotype, Paris, 1989, p. 64). Le verre de protection d’origine, fendu, a été remplacé, mais la trace d’oxydation reste visible à l’endroit de la cassure, qui a permis à l’air de pénétrer. (U. Baume-Cousam)
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