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Les similitudes avec la Chine d’il y a 15 ans vont bien au-delà du taux de croissance.
En s’intéressant de plus près au Vietnam on constate rapidement de nombreuses similitudes avec la Chine d'il y a 15 ans. En effet, le rythme de développement du pays depuis son ouverture au monde en 1990 est presque identique aux 18 premières années de croissance de la Chine après 1977. Mais les similitudes vont bien au-delà du taux de croissance.
Comme la Chine, le Vietnam reste un pays dirigé par un Etat communiste tentant de trouver des compromis avec le capitalisme, en attestent la récente répression de la corruption et de la stricte intolérance à l'égard de toute forme de dissension. Alors que l'entreprise privée est désormais encouragée, les entreprises d'État dominent toujours l'économie et l'autoritarisme du gouvernement se manifeste dans presque tous les secteurs d'activité.
Le modèle de développement économique est typiquement chinois: maintenir une monnaie faible et encourager une croissance basée principalement sur une main-d'œuvre bon marché, jeune et abondante qui permet de remplir facilement les usines. Les choses semblent se dérouler comme prévu. La croissance du PIB progresse à un rythme effréné de 7%, bien au-delà de son déficit budgétaire de 3%.
Bien sûr, tout n'est pas rose. Le Vietnam a grand besoin de plus de centrales électriques, de routes, de ponts, d'aéroports, de lignes ferroviaires et d'une meilleure connectivité à l’internet, mais les investissements dans les infrastructures sont lents.
beaucoup plus importants que ce qui est reconnu comme tel.
Un autre problème est la prévalence des banques détenues par l’Etat et les problèmes du secteur. Les prêts non performants sont importants, probablement beaucoup plus importants que ce qui est reconnu comme tel, et le rôle des institutions financières, si crucial pour une économie, ne fonctionne pas de façon traditionnelle.
Enfin, le pays enregistre un excédent commercial considérable avec l'Amérique et des rumeurs prédisent que quand Trump en aura fini avec la Chine et l'UE, il se tournera vers le Vietnam.
La réforme la plus importante de ces dernières années a peut-être été celle qui a conduit aux premières vagues de privatisations. Le gouvernement a notamment vendu Vinamilk (entreprise laitière) et Sabeco (producteur de bière), mais il y en a eu beaucoup d'autres. En 2017 et 2018, il y a eu 20 privatisations complètes, 31 sociétés cédées par le gouvernement et 45 cédées par le fonds d'investissement public. Bien que ces mesures aient pris du retard par rapport aux objectifs fixés, leur importance ne doit pas être sous-estimée. Cette dynamique devrait se poursuivre en 2019, avec de nombreuses autres opérations prévues.
Une grande partie du succès du Vietnam est due à son attitude agressive en matière de libre-échange. Selon la Banque Mondiale, le Vietnam est un des pays les plus ouverts au commerce dans le monde. Cette ouverture ne fera qu'augmenter lorsque l'accord global et progressif pour un partenariat transpacifique (TPP) entrera en vigueur cette année. Bien que la perte des Etats-Unis soit un coup dur pour le projet, le TPP englobe toujours une zone représentant 13% du PIB mondial et devrait avoir un impact positif significatif pour tous les signataires. En effet, les Etats-Unis ne veulent plus en faire partie, mais le Vietnam, la Malaisie, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, le Mexique, le Chili, le Pérou, l'Indonésie, Singapour et le Japon ont confirmé leur engagement. On parlerait même d'un Royaume-Uni post-Brexit qui se joindrait à l'accord!
Les dépenses publiques consacrées à l'éducation sont importantes.
En plus d'être jeune et bon marché, la main-d'œuvre vietnamienne est également très instruite. Les dépenses publiques consacrées à l'éducation sont importantes depuis de nombreuses années (6% du PIB). Par conséquent, les jeunes Vietnamiens de 15 ans obtiennent de meilleurs résultats que leurs homologues britanniques et américains en mathématiques et en sciences dans les classements mondiaux (OCDE PISA 2015).
L'un des aspects les plus remarquables du Vietnam est l'absence de présence chinoise visible. Compte tenu de leur héritage idéologique commun, de leur proximité régionale et des similitudes économiques mentionnées ci-dessus, on pourrait raisonnablement s'attendre à ce que le commerce chinois s'étende à tout le Vietnam. Mais ce n'est pas le cas. Il n'y a pas d'Alibaba (si ce n’est via Lazarda), pas de Tencent, pas de banques chinoises, pas de marques chinoises grand public. En effet, en termes d'investissement au Vietnam, la Chine se classe derrière la Corée, le Japon et Singapour, et de très loin. La Chine ne représente que 5% des investissements directs étrangers au Vietnam, soit l'équivalent de l'Australie, de la Thaïlande et de la France réunies.
Ceci, bien sûr, découle de l'histoire mouvementée des deux pays, en particulier de la guerre de 1979.
Pour les entreprises locales, l'absence d'acteurs chinois sur le marché leur a permis de pleinement se développer. Bien entendu, tout ce potentiel a attiré de nombreux investisseurs étrangers achetant en quantité, souvent indépendamment de la qualité. Dans ce contexte, que devrions-nous anticiper? L'histoire nous a appris que le profit économique à long terme se trouve toujours au sein des meilleures entreprises et nous ne voyons aucune raison que cela soit différent quand il s'agit du Vietnam.