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Mire de télévision – un lointain souvenir de la pause de diffusion
Les stations de télévision n’ont pas toujours diffusé des programmes en continu. Les interruptions tard le soir et le matin étaient symbolisées par la mire des PTT. Retour sur une époque pas si lointaine – la disparition de la mire n’est pas si ancienne – où l’on savait lever le pied.
Juri Jaquemet
Dr. phil., Conservateur Technologies de l’information et de la communication, Musée de la Communication, Berne
Les mires sont des vestiges de l’époque de la télévision terrestre, lorsque les signaux étaient envoyés par une tour émettrice et réceptionnés dans les foyers par une antenne. Elles servaient en premier lieu à régler l’affichage sur le récepteur. Une analyse de l’écran permettait de déterminer la qualité de la réception, et d’identifier les interférences ou les défauts. Cette tâche était confiée à des électriciens en radio et télévision dûment formés. Un simple coup d’œil sur le jargon de l’époque – «géométrie de l’image», «caractéristique de fréquence», «état des interlignes», «caractéristique d’impulsion et d’amplitude» – laisse pantois et éclaire sur la nécessité de faire appel à des spécialistes. Le réglage des antennes installées sur les toits pouvait parfois s’avérer délicat et vertigineux, avec des allers-retours rapides entre l’antenne et le téléviseur pour vérifier la mire.
Entre les années 1960 et 1980, les électriciens en radio et télévision ne devaient pas effectuer d’interventions spéciales la nuit peu après la fin des programmes pour régler les téléviseurs. Les programmes de télévision étaient diffusés essentiellement en fin d’après-midi et le soir. Lorsque la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) cessait d’émettre, les PTT (Postes, téléphones et télégraphes) prenaient le relais en diffusant provisoirement la mire. En effet, les PTT, une entreprise publique, n’étaient pas seulement chargés des postes et des téléphones, mais aussi des aspects techniques liés à la télévision, tels que les émetteurs ou l’équipement des studios. Initialement, la mire était projetée sur une diapositive, convertie en un signal électronique et émise par un scanner installé dans les tours émettrices télévisuelles. Les téléspectateurs pouvaient déceler sur la mire d’où celle-ci était émise. Une lettre d’identification ou un sigle dans un champ défini permettait de deviner l’origine du signal.
Les mires classiques de la SSR et des PTT
La mire de l’entreprise pilote de télévision de 1953 à 1958 est peu documentée. Une croix suisse dominait le centre de l’image. Les inscriptions «SCHWEIZERISCHE TELEVISION» et «TELEVISION SUISSE» indiquaient l’origine du signal. Son design se rapprochait de celui d’une mire universelle couramment utilisée en Europe dans les années 1950 et qui était originaire d’Amérique. Il était manifestement inspiré par le «test de la tête d’indien», utilisé depuis 1939 par l’entreprise nordaméricaine Radio Corporation of America (RCA).Lors du lancement du service régulier en 1958, une nouvelle mire fit son apparition à la télévision suisse. Celle-ci se caractérisait par deux cercles blancs et un logo PTT bien visible, surmonté de la croix suisse. L’origine du signal était donc clairement identifiable, même en cas de réception dans les pays voisins. Le mot «télévision» avait disparu de la mire. Les responsables considéraient, pour des raisons compréhensibles, que celui-ci était superflu et constituait un «pléonasme des technologies de l’information», comme rapporté en 1959 dans la revue «Bulletin technique des PTT».En 1968, la mire fut adaptée aux nouvelles conditions liées au passage à la télévision couleur. Le tiers inférieur de la mire contenait à présent une série de couleurs caractéristiques qui correspondait au signal de barres de couleur normalisé international. Une échelle de gris était toujours présente car la plupart des postes de l’époque recevaient encore l’image en noir et blanc.
En 1972, les PTT introduisirent progressivement une nouvelle mire parfaitement en phase avec l’ère de la télévision couleur. Celle-ci ne provenait plus d’une diapositive, mais était produite électroniquement par des générateurs. L’image de base était constituée d’un motif de grille, ainsi que d’un cercle central avec des échelles de couleurs et de gris. Au centre du cercle se trouvait une barre noire avec une croix suisse stylisée suivie des lettres «PTT» qui indiquaient l’origine du signal. Les autres sigles définissaient la provenance exacte du signal. Ainsi, «SSR» désignait le studio de télévision de Zurich, tandis que «GNSO» signifiait que la mire provenait de l’émetteur installé sur le Monte Generoso. L’identification du pays d’origine par un codage détaillé n’était pas un clin d’œil discret des PTT à l’intention de leurs clients. L’image utilisée par la République fédérale d’Allemagne (la mire FuBK) avait un design très proche et l’affichage de ces codes au centre de l’image était donc tout à fait pertinent. Les deux images ont probablement été inspirées par une mire de Philips, la «PM5544», créée à la fin des années 1960 pour le système de télévision couleur PAL.
L’éloge du néant
Au départ, la mire était accompagnée d’un signal sonore irritant, réglé sur la fréquence 1000 Hz, qui servait à régler le volume du téléviseur. Dès les années 1970, les PTT et la SSR ont choisi de diffuser à cette fin un mélange quelconque de musiques libres de droits. La mire est ainsi devenue une sorte d’oasis de méditation du néant, faisant de l’interruption des programmes un luxe. Peut-être que certains contemporains actuels, assaillis par le flux d’information continu et les réseaux sociaux, souhaitent parfois, dans leur for intérieur, le retour de l’époque de la mire. Les plaisirs de l’ère analogique, tels qu’un bon livre, une conversation posée ou une nuit de repos prolongée, n’étaient alors pas parasités par l’angoisse de rater quelque chose (#fomo).
Le début de la fin
La fin de la mire est arrivée insidieusement. Avec l’arrivée de la télévision par câble et par satellite dès la fin des années 1980, des chaînes étrangères ont fait irruption dans les foyers suisses quasiment à toute heure de la journée. Dans les années 1990, de grandes stations de radiodiffusion européennes se sont mises à diffuser des programmes 24 heures/24 et 7 jours sur 7. Sur les chaînes de télévision privées, la mire sobre a été remplacée par des voyants, des cartomanciens, des vendeurs survoltés de drôles d’appareils de sport pour sculpter les corps et des faits concrets. Comme l’ancien documentaliste média de la SRF, Jürg Hut, l’a constaté lors de ses recherches pour le présent article, la mire a mené de 1997 à 2005 une existence marginale à la SF. SF2 l’avait déjà remplacé par des pages de télétexte. Seule la chaîne SF 1 a continué de diffuser la mire pendant quelques heures du dimanche au vendredi, la remplaçant le samedi par des pages de télétexte. Fin mars 2005, la mire a disparu des écrans. SF a introduit le programme continu 24 heures/24, sonnant ainsi le glas de la mire. Selon des techniciens de télévision, la mire aurait définitivement disparu des écrans en Suisse romande et au Tessin vers 2005.
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