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Introduction à la pratique le
lundi 13 novembre 2017 à 19h00
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La posture d'éveil du Bouddha
Le zen prend sa source dans l'expérience du Bouddha Shakyamuni qui, il y a deux mille cinq cents ans, assis en posture de zazen, réalisa l'éveil. Cette pratique de zazen contient l'essence de son enseignement, dont le message a une portée universelle : zazen n'est rien d'autre que le retour à la condition normale du corps et de l'esprit.
L'enseignement du Bouddha ne relève pas de la philosophie, encore moins de la métaphysique. Il prend sa source dans son expérience vécue. On pourrait le comparer à une médecine qui propose une cure à la nature humaine malade. Bouddha n'avait pas l'intention de créer une nouvelle religion mais d'aider l'être humain à comprendre la cause de sa souffrance et à s'en libérer. C'est cette libération que l'on appelle l'éveil du Bouddha, suprême sagesse et véritable liberté, réalisées à travers zazen.
Histoire du zen
L'expérience du Bouddha s'est transmise de façon ininterrompue, de maître à disciple, formant ainsi une lignée continue.
Après une implantation de près de mille ans en Inde, le moine Bodhidharma apporta cet enseignement en Chine, au Ve siècle après J.-C. Le zen, sous le nom de ch'an, connut alors un grand épanouissement dans ce pays, y trouvant un terrain favorable à son développement. C'est surtout pendant cette période que le zen affirma son originalité et la pureté de sa pratique.
Au XIIIe siècle, le moine japonais Dogen, après un séjour en Chine auprès de Maître Nyojo, apporta le zen Soto au Japon. Maître Dogen est considéré comme le plus grand philosophe du bouddhisme (avec Nagarjuna en Inde au IIIe siècle). Le zen influencera profondément la culture japonaise ; plus de 20 000 temples témoignent aujourd'hui de ce rayonnement.
Venue de Maître Deshimaru en Europe
Au XXe siècle, l'Occident commença à s'intéresser à l'aspect philosophique du zen, alors qu'à la même époque, au Japon, Maître Kodo Sawaki donnait une nouvelle impulsion à la pratique, très affaiblie. A la mort de Kodo Sawaki, son successeur, Taisen Deshimaru, vint en France apporter à l'Occident l'essence de cet enseignement, à l'instar de Bodhidharma se rendant en Chine mille cinq cents ans auparavant.
Durant les quinze années de sa mission, Maître Taisen Deshimaru créa une centaine de dojos et groupes de zazen, répartis sur quatre continents et, outre le dojo de Paris, fonda le grand temple zen d'Occident à la Gendronnière (près de Blois), ainsi que l'Association Zen Internationale. Ses disciples continuent aujourd'hui sa mission, pratiquant zazen et répandant son enseignement à travers de nombreux pays d'Europe, d'Afrique et d'Amérique.
Une expérience vivante
Bien que le zen se soit développé au sein d'une des plus anciennes traditions de l'humanité, le bouddhisme, il n'est ni une religion ni une philosophie. Maître Deshimaru disait qu'il est « la religion d'avant la religion » en ce sens que zazen éveille l'esprit religieux naturel à l'homme, sans pour autant reposer sur aucun dogme. Zazen est « l'essence de la religion ».
Au-delà de la religion et de la philosophie, le zen est aussi au-delà de tous les systèmes et idéologies, au-delà de tous les « ismes », au-delà même du bouddhisme. Il s'adresse directement au cœur de l'homme, il est l'expérience vivante et l'élan créateur avant toute formalisation. L'essence de son message a une signification universelle. Le zen est à la racine de la connaissance de soi-même par-delà les différences des systèmes, des valeurs, des nations ou des races.
Zazen est l'expérience de l'unité avant toute dualité. C'est pourquoi il est difficile d'en parler car le langage sépare, exerce une coupure dans la réalité de ce qui est. Aussi le zen ne se transmet-il pas à travers les écritures, mais seulement de personne à personne, de maître à disciple, de mon âme à ton âme.
Toutes les sciences humaines ou physiques observent l'homme sous un angle particulier. Mais la somme de toutes ces visions ne reconstituera jamais un homme vivant, car la vie d'un être humain est finalement au-delà de toutes les analyses possibles ; cet au-delà c'est la vie, et c'est le zen. Aussi, Maître Deshimaru disait-il : « Si vous voulez donner un autre nom au zen, appelez-le : la vie. »
La révolution intérieure
Le zen n'est pas une pratique spéciale, mystérieuse, ésotérique, à l'écart du monde et de la vie quotidienne. Le zen n'est rien d'autre que le retour à la condition normale du corps et de l'esprit.
La condition normale, telle que l'enseignait Maître Deshimaru, n'est pas une norme, ni un état spécial. C'est retrouver un esprit vaste, libre, au-delà des catégories, sans peur ; c'est s'harmoniser avec le système cosmique, avec les autres et devenir moins égoïste. La condition normale, c'est l'esprit non limité par les concepts ; l'esprit qui ne stagne pas. En zazen, cela est appelé conscience hishiryo : au-delà de la pensée et de non-pensée.
Le monde moderne, la société, l'éducation ont « programmé » nos comportements, notre vision des choses et notre mode de vie. La pratique de zazen, qui efface la dualité et rééquilibre notre corps et notre cerveau, nous ramène à la condition normale et à l'unité avec toute chose. Le corps devient naturellement fort, la respiration profonde, l'esprit vaste, ouvert.
Embrasser les contradictions : la Voie du milieu
Pénétrer la Voie n'est pas difficile, mais il ne faut ni amour, ni haine, ni choix, ni rejet.
Il suffit qu'il n'y ait ni amour ni haine pour que la compréhension apparaisse spontanément, claire comme la lumière du jour dans une caverne.
Sosan
Ni spirituel ni matériel, le zen inclut les deux aspects. Certaines personnes ne suivent que le monde du social, d'autres ne recherchent que la spiritualité, sans aucun lien entre les deux. L'essentiel est de trouver la Voie du milieu, sans préférer un aspect à l'autre.
De notre point de vue individuel, on distingue le temps, la vie et la mort. Mais du point de vue de la vie cosmique, temps, espace, vie et mort ne sont pas séparés. Le zen est en dehors du dualisme produit par notre mental enfermé dans l'espace-temps. Il revient à l'unité de toute chose. Dans notre conscience, la lutte entre le juste et le faux débouche sur la maladie de l'esprit. L'homme classifie toujours - bon ou mauvais, sympathique ou antipathique - sans comprendre que par ces divisions il se limite lui-même et produit la dysharmonie, le chaos dans le monde.
Maître Taisen Deshimaru dit : « Harmoniser les contraires en remontant à leur source, cela est le propre de l'attitude zen, Voie du milieu : embrasser les contradictions, en faire la synthèse, en réaliser l'équilibre. »
Mushotoku: sans but ni objet
Si vous gardez les poings fermés, vous n'obtiendrez que quelques grains de sable.
Mais si vous ouvrez les mains, vous obtiendrez tout le sable du désert.
Dogen Kigen
Mushotoku veut dire : l'esprit qui ne cherche pas à obtenir. L'esprit ne s'attache à aucun objet et ne cherche ni profit ni résultat. Sans cet état d'esprit, zazen n'est pas authentique.
Dans le monde social moderne, le moteur de toutes nos actions est le profit, de quelque nature qu'il soit. Mais cette recherche du profit est source de tensions, de complications, elle nous sépare des autres et nous éloigne de la vraie liberté.
Les hommes veulent obtenir toujours plus et ont peur de perdre. Mais la sagesse la plus haute est sans but et sans conscience. Il est dit : « Les mains ouvertes, vous pouvez tout recevoir ; les mains fermées, rien ne peut être obtenu. »
L'attitude juste consiste à laisser passer toute chose, en se concentrant sur l'action immédiate, sans égoïsme. En dernier lieu, abandonner devient la plus grande réussite. Mushotoku, c'est obtenir le cosmos tout entier.
La non-peur
Quel est le sens de notre vie ?
C'est de résoudre le problème de notre existence.
Bien que nous possédions la nature de bouddha, nous n'avons jusqu'à maintenant que tâtonné dans l'obscurité.
N'être entravé ni par la société ni par l'ego est - je pense - la vraie liberté.
Cette liberté, c'est saisir la non-peur.
Maître Kodo Sawaki
Nous vivons dans un monde de peur : peur de l'avenir, peur des autres, peur du monde extérieur. A l'époque actuelle, la peur se présente comme une anxiété permanente qui brise l'élan vital. Elle est à l'origine de nombreuses maladies.
C'est l'attachement à soi-même et aux choses de la vie qui est à la base de la crainte, de l'angoisse. Par la pratique régulière de zazen, par l'abandon de l'attachement, cet état anxieux disparaît. Si l'esprit est tranquille, tout devient tranquille.
En zazen, il est possible d'observer les émotions et les peurs comme des bulles remontant à la surface d'un fleuve. L'esprit est ramené au seul moment présent ; il devient comme le vaste océan que rien ne trouble en profondeur.
La plupart des peurs sont imaginaires et ne correspondent à aucun danger réel et immédiat. La non-peur est cette conscience qui laisse venir les émotions, sans s'identifier à elles. La conscience se libère alors et atteint un état de stabilité qui se manifeste comme non-peur.