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Helena Potocka en 1808, par Elisabeth Vigée Le Brun, Musée national Varsovie
La bibliothèque (généralité sur la bibliothèque - histoire résumée - article sur les livres) du château d’Oron contient une partie des livres de la princesse Helena. Qui était cette personne ?
Le texte ci-dessous nous dévoile la vie d’une personne qui a fréquenté tous les grands personnages de son époque. En visitant la bibliothèque du château d’Oron, nous respirons ainsi un peu les fastes de l’Ancien Régime.
Helena Apolonia princesse Massalska est née en 1763 en Pologne. Son père Josef Adrian prince Massalski (1720-1765), ministre d’Etat et sa mère Antonina, princesse Radziwill (1730-1764) décèdent très jeunes, laissant la petite princesse orpheline à l’âge de 2 ans.
Elle est recueillie par son oncle, le prince évêque de Vilnius en Lituanie, Ignacy prince Massalski (30 juillet 1726 28 juin 1794).
Ignacy prince Massalski
En 1771, âgée de 8 ans, Helena arrive à Paris avec son oncle. Ce dernier, compromis dans la dernière révolution polonaise a pu fuir son pays avant son arrestation. Il obtient le soutien de Madame Geoffrin. Marie-Thérèse Rodet Geoffrin (1699-1777) ne possédait pas de titre ducal ni de marquisat. En plus d'être de petite naissance, elle avait une connaissance assez restreinte des règles de l'orthographe. En fait, elle était la fille d'un valet de chambre de la Dauphine. Pourtant elle réussit l'un des salons les plus célèbres et des plus fréquentés de l'histoire. Son secret, comme les meilleures intervieweuses modernes, elle savait faire parler ses invités. Sa finesse d'esprit et sa grande intelligence étaient aussi appréciées de ses convives. Invitée par les souverains de Pologne et d'Autriche elle fut dans ces pays, reçue comme une tête couronnée.
Massalski était un homme très influent, mais en même temps léger, impulsif et irrésolu. Les Massalski possédaient une fortune territoriale immense, mais le prince se trouvait souvent dans des embarras financiers, en trois ans il avait par exemple perdu plus de 100'000 ducas au jeu.
Le prince évêque de Vilnius payait de ses propres deniers, tous les frais de la légion Massalski, composée de 16'000 hommes, le prince Radziwill, oncle d’Helena, avait 20 millions de ducas de revenus et entretenait 20'000 hommes de troupes régulières.
A Paris, deux couvents se disputaient le privilège de l’éducation des filles de la haute noblesse : Penthemont et l’Abbaye-aux-Bois.
L'Abbaye-aux-bois est fondée en 1202 au diocèse de Noyon par Jean II, seigneur de Nesle et sa femme. Elle se développe très vite, dotée presque exclusivement par la noblesse et la bourgeoisie locales, et protégée par les papes et les rois. Devenue très aristocratique par son recrutement, ses bâtiments sont rachetés par les chanoinesses de Saint Augustin après la Révolution. En 1904, les lois supprimant l'enseignement congréganiste portent le coup de grâce au monastère. L'Abbaye aux Bois qui se situait au début de la rue de Sèvres en face l'hôtel Lutétia a été détruite lors du percement du boulevard Raspail.
Paris: l'extrémité de la rue de Sèvres avec la grande avenue Raspail. L'Abbaye aux Bois était située sur ce carrefour, à droite du parc.
En 1772, Helena, entre à l’Abbaye-aux-Bois à l’âge de 9 ans et y restera jusqu’à 16 ans. Elle y recevra une éducation qui réunissait à la fois la pratique des devoirs domestiques les plus bourgeois et les leçons destinées à la former aux usages du monde de la haute noblesse.
Au cours de ces années, la petite princesse tient un journal. Ce journal a été retrouvé par l’écrivain Lucien Perey, parmi les livres d’Adolphe Gaiffe, qui a acheté le château d’Oron en 1871. Sur la base de ce journal, Lucien Perey a publié en 1894, « Histoire d’une grande dame au XVIIIe siècle, la princesse Hélène de Ligne », suivi par un second tome « Hélène Potocka ». Beaucoup de renseignement du présent texte sont tirés de ces deux ouvrages.
Ce livre est rempli d’anecdotes sur l’éducation de la petite princesse, sur ses amies. On y lit entre autres, qu’une nuit, elle sortit de sa chambre avec une amie et versa une bouteille d’encre dans le bénitier de l’église. Or à deux heures du matin, les dames chargées de l’éducation, disent matines et comme elles connaissent les lieux, il y a peu de lumière. Elles trempèrent leurs doigts dans l’eau bénite, sans se douter de la présence de l’encre.
Lorsque le jour vint, elles constatèrent les dégâts. Elles se doutèrent que cela venait des pensionnaires, mais elles n’ont jamais su laquelle c’était.
En 1773, son oncle, le prince évêque de Vilnius est retourné en Pologne. Il fut nommé à la tête de la Commission d’éducation nationale. En 1789, il achète le palais Verkiai et le reconstruit dans un style néo-classique.
Le palais Verkiai
Pendant qu’Helena achevait ses études, le bruit de sa beauté, de son nom, de sa fortune, avait franchi les murs de la vieille abbaye. La jeune princesse avait déjà fait des apparitions dans des bals d’enfants.
Deux prétendants se déclarent à la fois ; le premier le duc d’Elboeuf, prince de Vaudemont. La noblesse du jeune homme était brillante, mais sa fortune mince.
A l’époque, les goûts des uns et des autres n’avaient que peu d’importance, seuls comptaient la fortune, le rang et le nom.
Pendant que des négociations avaient lieu entre la famille du jeune homme et l’oncle Massalski, Helena rencontre le prince Frédéric de Salm au cours d’un bal de jeunes filles.
Altesse allemande, Frédéric IIII, rhingrave de Salm-Kyrbourg, fit bâtir, peu de temps avant la Révolution, l'hôtel tout à la fois élégant et prétentieux, qui devint le palais de la Légion d'honneur sur le quai d'Orsay, aux abords du pont de Solférino. Le prince de Salm avait tous les goûts et se permettait toutes les folies. S'ennuyant dans ses Etats, dont une heure de galop de ses équipages lui faisait atteindre l'extrême frontière, il était venu dépenser sa fortune à Paris. M. de Salm, pour couvrir cette dépense, n'avait guère à compter sur ses États. Il les avait déjà dévorés deux fois pour le moins. Comment faire ? Le rhingrave se souvint qu'il possédait trois ou quatre villages perdus dans un ravin des Vosges. Il les fit mettre aux enchères, et les sommes qu'il reçut allèrent s’engloutir dans la bâtisse du quai d'Orsay.
Le palais de Salm à Paris
Helena ignorait les détails peu honorables de la conduite privée du prince, elle voyait en lui un élégant cavalier, porteur d’un grand nom et par-dessus tout un séjour assuré à Paris dans son magnifique hôtel.
Tous ces événements n’arrangent évidemment pas la négociation en cours avec la famille d’Elboeuf. Le prince évêque décline cette proposition.
C’est alors qu’intervient Henriette-Eugénie de Béthisy de Mézières, princesse de Ligne, ancienne dame du palais de la défunte reine d’Espagne, qui avait reçu du roi un appartement au château des Tuileries. Apprenant le projet de mariage manqué, elle confie qu’elle avait un projet en tête : son neveu Charles Antoine Joseph Emanuel de Ligne (1759 1792) âgé de 20 ans.
Son père est Charles Joseph Lamoral Francois Alexis, prince de Ligne, (Brussels 23.5.1735 Vienne 13.12.1814), maréchal, ambassadeur en Russie, correspondant de Voltaire, de Rousseau, de Mme de Staël. Il a épousé en1755 Maria Franziska von und zu Liechtenstein (27.11.1739 -17.5.1821).
La famille de Ligne était très fortunée et sa noblesse était très ancienne.
Le château de Beloeil et sa bibliothèque
De nouvelles négociations commencent, de nombreux courriers circulent entre la Pologne et Paris, entre Paris et Beloeil, le château d’été des Ligne en Belgique.
On raconta à Helena la situation très brillante du prince père à Versailles, à Vienne, aux Pays-Bas. On lui dit que le prince ferait tout pour obtenir une installation des futurs mariés à Paris. Ce dernier point était contraire aux souhaits de la princesse mère.
Helena demande à réfléchir en attendant l’arrivée de son oncle le prince évêque.
Charles Joseph Lamoral Francois Alexis, prince de Ligne
Ce délai était d’autant plus facile à obtenir que les princes père et fils étaient retenus à l’armée, l’Autriche étant en guerre avec la Prusse pour la succession de l’électorat de Bavière. (A la mort du dernier électeur Maximilien-Joseph, le 30 décembre 1777, la maison d'Autriche, qui avait des prétentions bien fondées sur la Basse-Bavière, en prit possession par accord avec l'électeur Palatin le 3 janvier 1778. L'opposition qu'y fit le roi de Prusse produisit une guerre qui fut terminée par la paix de Teschen, signée le 13 mai 1779).
Une première rencontre a lieu entre Helena et Charles de Ligne à l’Abbaye aux Bois. Le prince trouva Helena fort jolie et Helena racontera à ses camarades de pension « Il est blond, sa taille est élancée, il ressemble à sa mère, il a grand air, mais il est trop sérieux ». Le prince père arriva trois jours plus tard et fut ébloui par sa future belle-fille.
Charles Antoine Joseph Emanuel de Ligne, prince de Ligne
Ensuite tout alla très vite, le contrat de mariage fut signé le 25 juillet 1779 à Versailles, par Louis XVI, roi de France, et le mariage eut lieu à l’Abbaye aux Bois le 29 juillet.
Il avait 20 ans et elle en avait 16.
Louis XVI et Marie-Antoinette
Comme dit plus haut, les mariages étaient une alliance qui faisait intervenir fortune, nom et noblesse. Voici donc la description de la dot d’Helena :
Mogylani, terre avec château et maison de campagne, deux palais à Cracovie, un palais à Varsovie. Le prince Radzivill était redevable aux Massalski de 1'800'000 florins polonais, héritage de la mère d’Helena. Cet héritage devait être partagé avec son frère Xavier. Le prince évêque de son côté s’engageait à fournir à la princesse un revenu de 60'000 livres de rente et de la défrayer de tout en cas de séjour à Paris.
D’autre part, le prince de Ligne recevait 30'000 livres de rente de son père, il pouvait également se loger au château de Beloeil, à Bruxelles ou à Vienne dans un des palais ou châteaux de son père.
Après le mariage, les jeunes époux partent s’installer à Beloeil, magnifique résidence d’été des princes de Ligne. Cette habitation grandiose se compose de jardins, forêts, parcs, pavillons de chasse, châteaux. Des fêtes splendides y étaient organisées. Les rois et princes d’Europe y séjournaient volontiers.
En hiver, les de Ligne séjournaient à Bruxelles, à l’hôtel d’Epinoy situé près de Sainte-Gudule. Helena fut présentée à la cour des Pays-Bas.
Le prince-père ne faisait jamais de séjours prolongés en Belgique. Il aimait se rendre à Versailles, où il était l’âme du cercle intime de la reine Marie-Antoinette. A son retour, il racontait tout à sa belle-fille, qui ne pouvait s’empêcher de regretter Paris, surtout quand son mari, au service de l’Autriche, était absent.
Elle n’eut plus qu’une idée en tête : se faire présenter à la cour de France. Mais en attendant les deux princes père et fils firent un voyage de 6 mois à Berlin, Pétersburg, Varsovie pour essayer de régler les problèmes d’héritage d’Helena. Il faut se rappeler que la Pologne avait été partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. Ils sont reçus par Frédéric II de Prusse et par Catherine II de Russie. A Varsovie, ils rencontrent le prince évêque qui rêvait de faire du mari d’Helena le futur roi de Pologne.
Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie
Pendant cette longue absence, la vie d’Helena n’était pas facile à Beloeil, sa belle-mère gardant la direction de toute la maison.
En 1782, 1783 Helena fit plusieurs séjours dans la ville d’eau de Spa. De son côté, son mari le prince Charles participait peu aux activités de sa femme. A Lyon, le 19 janvier 1784, il prit part à la troisième ascension en ballon des frères Montgolfier.
Le ballon des Montgolfier
Helena ne perdait pas de vue son idée de s’installer à Paris, son mari n’était pas très enchanté de cette idée. Mais finalement en septembre 1784, il achète un hôtel particulier rue de la Chaussée d’Antin. Plus tard, Mme Recamier et la comtesse Lehon devaient l’habiter.
Helena y retrouve ses amies de l’Abbaye aux Bois et fut accueillie et présentée partout : à Chantilly, chez le prince de Condé, à Petit-Bourg chez la duchesse de Bourbon, au Temple chez le prince de Conti.... Son mari, le prince Charles vivait cette situation difficilement, sa femme était jolie et à la mode, son père était très brillant et jouait un rôle de premier plan. Il était forcément réduit à un rôle secondaire et effacé.