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Près de deux après son lancement, l’enquête de l’ONU n’a toujours pas été rendue publique. A cause de ce flou, les soupçons pèsent encore sur Pierre Krähenbühl.
En juillet 2019, le diplomate suisse fait la Une des médias: un rapport interne et confidentiel de l'UNRWA fuite. Parmi les accusations figurent celles "d'agissements à caractère sexuel inappropriés, népotisme, représailles, discriminations et autres abus d'autorité, (commis) à des fins personnelles, pour réprimer des divergences d'opinion légitimes".
Pour les Nations unies et la Suisse, la moindre des choses serait de prendre position sur ce rapport dont le contenu est vide.
Le fameux rapport était arrivé en décembre 2018 déjà sur le bureau d'António Guterres, secrétaire général de l'ONU. Une enquête des Nations unies est alors lancée début 2019. L'équipe dea pu se procurer ce nouveau document. Il n'en ressort que peu de choses concrètes à reprocher à Pierre Krähenbühl.
Aucune preuve de relation amoureuse
Le nouveau rapport de 129 pages est le fruit du travail des enquêteurs de l'ONU, des ex-policiers qui ont épluché les e-mails et les SMS des cadres de l'UNRWA.
Selon les résultats de l'enquête, Pierre Krähenbühl a approuvé la nomination du mari de son adjointe, en omettant de retirer son chef de cabinet du panel de sélection. Le Genevois a également nommé un directeur, déjà en poste, sans passer par une procédure de recrutement.
Par ailleurs, le rapport interne de l'UNRWA assurait que son commissaire général nouait une relation amoureuse avec sa conseillère principale, Maria Mohammedi. Les enquêteurs de l'ONU n'ont trouvé aucune preuve en ce sens.
Alors que le rapport interne évoquait un processus de recrutement "extrêmement rapide" pour Maria Mohammedi, nommée en 2015, celle-ci a été recrutée de manière compétitive, indique l'enquête onusienne.
Toujours selon le premier rapport, cette conseillère aurait suivi le commissaire général en classe affaires lors de ses déplacements à l'international. L'enquête de l'ONU montre que Maria Mohammedi a volé huit fois en classe affaires, trajets que Pierre Krähenbühl lui a demandé de payer avec ses miles. Pierre Krähenbühl a ensuite changé les règles internes pour qu’une personne puisse voyager avec lui. Il a été en mesure de justifier l’ensemble de ses voyages.
Le DFAE n'a pas réagi
"Pour les Nations unies et la Suisse, la moindre des choses serait de prendre position sur ce rapport dont le contenu est vide", déclare Pierre Krähenbühl dans l'émission Temps Présent.
A l’été 2020, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a reçu une copie du rapport d'enquête de l'ONU, sans jamais le communiquer.
Ça confirme ce que je pensais. Il n’y a rien. C'est assez choquant qu'aujourd'hui on ne rende pas publiques les conclusions du rapport.
"Ça confirme ce que je pensais. Il n'y a rien. C'est assez choquant qu'aujourd'hui on ne rende pas publiques les conclusions du rapport. D'une manière ou d'une autre, le département devrait le faire", estime Carlo Sommaruga, conseiller aux Etats socialiste et membre de la commission de politique extérieure.
Contactés par la RTS, tant l'ONU que le conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du DFAE, ont refusé d'accorder un entretien à l'émission Temps Présent. Début 2020, le DFAE n’a pas mentionné les raisons de son refus. En septembre, suite à une nouvelle demande de Temps Présent, Valentin Clivaz, porte-parole du DFAE, a expliqué par écrit: "Le Parlement a interpellé le Conseil fédéral en le priant d’établir un rapport concernant l'UNRWA (postulat 18.3557 Nantermod). Nous ne sommes pas en mesure de prendre position tant que ce rapport n’aura pas été publié."
Enquête: Anne-Frédérique Widmann
Texte web: Guillaume Martinez
Une relation compliquée avec Ignazio Cassis
L'UNRWA soutient 5,7 millions de réfugiés palestiniens dans cinq pays en distribuant notamment de l'aide sanitaire et alimentaire. L'office de secours de l'ONU construit également des écoles.
En juillet 2019, alors que l'agence onusienne est en pleine tempête, la Suisse suspend ses paiements à l'UNRWA.
Pour Riccardo Bocco, professeur de sociologie politique à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), des divergences existent entre Pierre Krähenbühl et Ignazio Cassis, le chef du DFAE. "Probablement que monsieur Cassis ne le porte pas dans son coeur, et vice versa, après le célèbre voyage du ministre en Jordanie en mai 2018", explique le spécialiste.
"La relation avec la Suisse a été extraordinaire. Mais je crois que ce n'est pas un secret: à partir de mai 2018, cela a changé. Quand le conseiller fédéral vient à Amman, on savait qu'il avait des vues sur le contexte israélo-palestinien. Ce n'est pas le seul ministre qui a des sensibilités pour un côté ou pour l'autre", relève pour sa part Pierre Krähenbühl.
"Quand monsieur Cassis est arrivé au Parlement, il s'est inscrit dans le groupe d'amitié avec Israël. Quand il rejoint le DFAE, c'est un des éléments qui s'exprime", rappelle Carlo Sommaruga.