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La veste de dragon bernois
Vers 1665, le corps de cavalerie du canton de Berne est organisé, et le terme de « dragon » (Dragoner) est utilisé pour la première fois. A la fin du XVIIIe siècle, la cavalerie bernoise compte près de mille hommes, organisés en quatre régiments, ainsi que deux compagnies indépendantes - celle de Büren et celle d'Yverdon. L'habit-veste de Daniel Grand d'Hauteville (1761-1818) a probablement été taillé peu avant la révolution de 1798, selon la dernière ordonnance de la compagnie d'Yverdon (1779/1784).
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Le terme « dragon » est utilisé pour désigner des troupes à cheval. Les modalités exactes varient selon la période et la région concernée, et il peut s’agir de soldats qui se battent à cheval ou de soldats qui se déplacent à cheval mais se battent à pied. En Suisse, la cavalerie confédérée reste limitée et les dragons sont plus présents dans les régiments cantonaux. Au cours du XVIIIe siècle, ils passent de cuirassiers (troupes lourdes combattant à cheval) à infanterie montée, qui combat à pied avec une carabine. Berne possède alors le plus grand nombre de dragons (environ 1000 hommes), tandis que d’autres cantons comme Bâle, Lucerne ou Schaffhouse en entretiennent un nombre plus limité (180-200 hommes), ce qui représente en moyenne 2% des effectifs des armées cantonales. Ces dernières sont dissoutes lors de la création d’une armée fédérale au milieu du XIXe siècle, qui compte alors 24 compagnies de Dragons et 8 de Guides. Au vu de l’évolution des pratiques de guerre, l’effectif est progressivement réduit au cours du XXe siècle, mais subsiste jusqu’en 1972, lorsque le Conseil Fédéral décide de les supprimer, malgré une pétition populaire réunissant plus de 400'000 signatures. La Suisse était alors le dernier pays européen à posséder une cavalerie militaire. S’ils n’ont plus de liens directs avec l’armée, des groupes de passionnés perpétuent la tradition des dragons et interviennent lors d’évènements officiels ou culturels, souvent en costume d’époque (par exemple les Berner Dragoner 1779).
Daniel Grand de la Chaise (1761-1818), banquier français anobli actif notamment à Amsterdam, prend le nom de Grand d’Hauteville lorsque sa femme Anne-Philippine-Victoire Cannac hérite par son père du château qui porte ce nom, à Saint-Légier. Son habit d’officier des dragons bernois correspond tout à fait à la dernière ordonnance de 1779/84, réglementant l’équipement et l’armement des dragons bernois : « Habit Ecarlatte, doublure rouge ; Paremens, Revers et Collet de drap jaune, Boutons unis jaunes… ». Un portrait en buste qui se trouve actuellement dans les collections du Musée national suisse représente Daniel Grand d’Hauteville dans cette tenue haute en couleur. Le vêtement, dans un état de conservation remarquable, a rejoint les collections du Château de Morges et ses Musées en 2014. Il est complété par l'armement de dragon - pistolets et sabre - et documente directement l'interpénétration des élites vaudoises avec l'appareil d'Etat bernois, jusqu'à la veille de l'indépendance. A cet égard, il s’agit d’un élément particulièrement singulier : si le Musée militaire vaudois abrite une importante collection d’uniformes des XIXe et XXe siècles, il en va tout autrement des vêtements militaires portés par les troupes en Pays de Vaud durant l’Ancien Régime. En effet, la volonté de s’affranchir, dès 1798, de la tutelle bernoise et, partant, de tout ce qui la symbolise, explique l’extrême rareté de tout vêtement officiel bernois conservé dans le canton de Vaud en général.