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Il y a 20 ans, les banques suisses acceptaient (enfin) d’indemniser les victimes de l’holocauste pour les fonds perdus durant la Seconde Guerre mondiale. Un documentaire retrace ce fameux «scandale des fonds juifs».
L’affaire a culminé dans les années 1990. Pour la Suisse, ce fut la plus grave crise de politique étrangère de l’après-guerre. Cet article, ainsi que les vidéos qui l’illustrent, est tiré d’un documentaire suisse (en allemand): Factures ouvertesLien externe – les coulisses de l’affaire Meili.
Tout commence avec Greta Beer. Agée aujourd’hui de 97 ans, elle vit à Boston. Son père, un riche industriel du textile en Allemagne avant la Seconde guerre mondiale, avait des comptes dans les banques suisses. Après la guerre, Greta et sa mère ont cherché à récupérer l’argent du père dans les banques suisses. En vain.
Le cas devient public dans les années 90 et finit par ameuter le sénateur républicain Alfonse D’Amato, qui invite Greta Beer à une audition à Washington.
Le gouvernement suisse ne réalise pas vraiment l’ampleur de la tempête qui se prépare de l’autre côté de l’Atlantique. C’est alors à la ministre des affaires sociales Ruth Dreifuss, elle-même juive, d’informer ses collègues du Conseil fédéral sur les agissements de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondialeLien externe.
De son côté, le Parlement approuve en décembre 1996 la création de la Commission indépendante d'experts Suisse - Seconde Guerre mondiale (CIELien externe). Dirigée par Jean-François Bergier, elle doit enquêter sur les relations économiques et financières entre la Suisse et l'étranger, sur le problème des fonds en déshérence et sur la politique des réfugiés. Ses travaux aboutiront à la publication d’une série d’études thématiques et d'un rapport finalLien externe en 2002.
Thomas Borer, alors jeune diplomate, est nommé à la tête du groupe de travail «Suisse- Seconde Guerre mondiale». Ses amis l’on pourtant averti qu’il s’agissait là d’une «mission suicide». Une fois entré en fonctions, Borer développe deux stratégies pour négocier avec les milieux juifs: la première recommande un paiement immédiat, alors que la seconde préconise la ligne dure.
Aux Etats-Unis, il rencontre le sénateur D’Amato, principal pourfendeur de la Suisse. De retour au pays, il tente de convaincre le Conseil fédéral d’adopter une position commune et de ne rien dire, si ce n’est que la Suisse est pour la vérité et la justice.
Mais le ministre de l’économie Jean-Pascal Delamuraz donne une interview à la presse romande, dans laquelle il accuse les organisations juives d’extorsion et de demande de rançon. Alfonse D’Amato n’a pas oublié.
Et le pire est encore à venir. Le 7 mai 1997, paraît le Rapport EizenstatLien externe sur le commerce de l’or entre les pays neutres et l’Allemagne nazie. Il établit que la Banque nationale Suisse a reçu le butin de nombreux pillages des Nazis dans les pays que l’Allemagne a occupé, y compris l’or extrait de la dentition des victimes des camps de la mort. On avance même la thèse qu’avec ces achats, la Suisse a contribué à prolonger la guerre.
La Suisse doit faire face à son passé. Le débat sur le rôle du pays durant la guerre tourne autour d’un élément central de son identité: la neutralité
En décembre, la fusion des deux poids lourds de la banque suisse donne naissance à la nouvelle UBS. La commission bancaire américaine, que préside Alfonse D’Amato, est compétente pour accorder à la nouvelle entité l’accès au marché américain. Les patrons de la banque savent que la question est rien moins que vitale pour eux.
Six mois plus tard, le 12 août 1998, le sénateur D’Amato annonce qu’un accord a été trouvé. Les grandes banques suisses acceptent de verser aux survivants de l’holocauste une somme globale qui équivaut à l’époque à 1 milliard 86 millions de francs suisses. D’Amato parle d’ «bonne solution».
A long terme de toute façon, la somme n’était pas énorme pour les banques, explique l’historien Jakob Tanner.
La distribution des fonds prendra des années. Le dernier paiement est intervenu en 2013 – 15 ans après la signature de l’accord.
Pour un mémorial de l’holocauste
A sa dernière session tenue ce mois à Viège, le Conseil des Suisses de l’étranger a approuvé une proposition de lancer un projet de mémorial pour les Suisses victimes des camps nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Il pourrait prendre la forme d’une plaque sur une place publique.
Près de 1000 citoyens suisses, qui vivaient en Europe à cette époque, ont été arrêtés et déportés dans les camps de concentration. Ils étaient soit juifs, soit militants de gauche, LGBT, ou simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Selon les Archives fédérales, plus de 200 d’entre eux sont morts dans les camps. Mais le nombre réel est certainement plus élevé.
L’Organisation des Suisses de l’étranger va maintenant discuter du projet avec les organisations juives, la Croix-Rouge suisse et le ministère des Affaires étrangères.Fin de l'infobox
(Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez), SRF/DOCMINE Productions/swissinfo.ch