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Quand on on se promène dans l’archipel antillais, il y a une discussion qui peut vite tourner à la polémique, faut-il aller à Moustique ou délaisser cette île dont le surnom est « l’île aux milliardaires » ?
Sans source d’eau potable, cette petite île située quelques milles de Bequia fait officiellement partie de St-Vincent, mais est en fait une île privée, comme quelques autres de l’archipel telles Palmtree Island ou encore Petit St-Vincent. Après avoir été un repaire de pirates au XVIIème siècle, puis accueillant une plantation de canne à sucre, Moustique reste inhabitée en raison de l’absence d’eau douce. En 1958, elle est achetée par un aristocrate écossais pour 48’000.-$, lequel en fait un lieu de villégiature en réhabilitant les ruines de la plantation en un très sélect hôtel, le Cotton House. En 1960, la princesse Margaret reçoit une parcelle en cadeau de mariage et y fait bâtir une villa dans laquelle elle passera pas mal de temps, recevant même la visite de sa soeur, la reine Elisabeth en 1977.
Un autre événement va contribuer avant cela à la « notoriété » de île. En 1971, le paquebot de luxe Antilles s’échoue sur un récif non signalé au nord de l’île et l’une ses cuve à mazout étant éventrée, il prend feu sans que l’équipage ne parvienne à maitriser l’incendie. Le lendemain du naufrage, il se casse en deux et brûlera pendant 6 semaines. Au fil des ans, le navire se désagrège et il finira par couler en plusieurs morceaux. Il devient dès lors une attraction pour les amateurs de plongée.
Ci-dessus, le paquebot Antilles, à gauche au mouillage de Fort-de-France, à droite ce qu’il en reste après le naufrage au nord de Moustique. Officiellement, et c’est sans doute vrai, le récif heurté n’était pas mentionné sur les cartes, mais on dit aussi que, comme le Costa Concordia 40 ans plus tard, il a voulu passer beaucoup trop près des côtes.
A la fin des années 80, l’île est revendue et depuis lors, la Mustique Company gère et développe les infrastructures de l’île, construisant plus de 80 luxueuses villas qu’elle loue ou vend à des personnes fortunées, célèbres ou non. Seuls les résidents permanents de l’île peuvent être actionnaires de la compagnie. Moustique est une villégiature très prisée des stars du show-business qui y trouvent une paix royale. Et que serait un paradis pour riches sans quelques anecdotes sordides ? Ainsi, en 1998, une richissime héritière alsacienne est retrouvée poignardée à mort dans la villa qu’elle louait chaque année sans que son meurtre ne soit jamais élucidé. Plus près de nous, en 2004, le très sulfureux marchand d’armes et intermédiaire bien connu dans les affaires de corruption de la sarkozie, Ziad Takieddine, réchappe de justesse à un attentat alors qu’il se repose sur île.
Alors, faut-il aller visiter cette île ou non ? Selon les uns, elle ne présente aucun intérêt, trop artificielle, trop fermée, trop privée. Selon les autres, elle est un havre de tranquillité et de douceur qu’il ne faut pas manquer, même si sa visite est limitée par le peu d’espaces publics disponibles. La seule façon de savoir, c’est de s’y rendre. Et nous y allons en remontant de Grenade. Son approche est facile, sans difficulté pour un petit voilier comme le nôtre. Qui dit île privée, dit en général règles assez strictes pour les gens venant de l’extérieur. Aucun mouillage forain n’y est toléré, obligation est faite de s’amarrer sur les bouées mises en place par la Mustique Company. Tarif de base pour un bateau de moins de 60 pieds (18 mètres) : 90 US$ la nuit, mais deux nuits sont offertes dans la foulée. Ça reste assez onéreux, mais pas beaucoup plus que les bouées des Tobago Cays ou d’Union en haute saison.
Dès l’arrivée, on sent que l’île n’a aucun problème de budget. Je n’ai jamais pris une bouée avec autant de confort et de facilité, tout est dimensionné pour des gros yachts et parfaitement entretenu. Cerise sur le gâteau, nous sommes les seuls dans le mouillage. A terre, l’accueil est d’une gentillesse extraordinaire, tout respire le calme et la maitrise. Après avoir payé notre écot, nous filons au Basil’s Bar, lieu emblématique de l’île. Une version de « Chez Henri » à Marie-Galante, mais en dix fois plus grand. Ce bar musical propose des concerts et des jam sessions presque tous les soirs. On murmure que Bowie et Jagger y ont produit quelques soirées musicales mémorables. Accessoirement, on y mange très bien et à des prix assez raisonnables compte tenu de l’endroit. Et le décor vaut le détour.
Ci-dessous, quelques photos du Basil’s. Cliquez pour agrandir et faire défiler les images.
Nous allons y rester six jours et profiter à fond de la quiétude de l’endroit, entre lectures, baignades, bons petits plats et snorkeling(1) avec les tortues. Après les frayeurs vécues à Carriacou, nous dégustons chaque moment avec gourmandise. C’est aussi beau que les Tobago Cays, sauf qu’il y a beaucoup moins de monde et que c’est donc bien plus tranquille. De tous les mouillages effectués dans le sud de l’archipel, c’est de loin le plus calme et le plus « carte postale » que nous ayons vécu. Les acteurs et travailleurs locaux sont d’une politesse et d’une disponibilité courtoise qui vient sans doute du fait qu’ils sont les mieux payés de tout l’archipel. La théorie du ruissellement chère aux néolibéraux fonctionne parfaitement à Moustique. Ici, tout respire l’empressement à être agréable et l’accueil dans les commerces est chaleureux. A une exception notable près. On est bien loin de l’accueil « côte d’azur en août » qui est souvent la règle en Martinique. On sent que les locaux sont ravis de nous voir arriver, ils discutent volontiers avec nous, prodiguent petits conseils et bons plans, et choses à éviter. Et pour la « french touch », il convient de relever qu’à Moustique, on achète des « croissants » et des « pains au chocolat », oui Madame. Avec l’accent anglais, toutefois. En outre, on peut laisser l’annexe paresser à l’arrière du bateau sans ressentir le besoin de la cadenasser le soir venu. Même chose au ponton. Quel plaisir de ne plus être sur le qui-vive pendant quelques jours.
Et au niveau visites ? Eh bien, ce n’est sans doute pas l’île la plus intéressante à visiter, loin s’en faut. A part les somptueuses villas (palais, diront certains), il n’y a rien à voir de particulier. Tout semble trop maitrisé, trop propre, trop parfait. Je me faisais la réflexion que Moustique ressemble à un énorme club de golf. Nous avons traversé à pied la partie nord de l’île en allant faire notre clearance de sortie à l’
aéroport aérodrome. Toutes les parties publiques/communes de l’île sont entretenues comme un green. Chaque matin, un employé de la Mustique Company râtelle les feuilles mortes et les éventuelles algues sur la plage qui fait face au mouillage. A 9h, le sable étincelle et nous aurions été bien en peine de trouver l’un ou l’autre déchet à terre lors de notre promenade. Accessoirement, nous devions être les seuls blancs à ne pas nous déplacer en golfette ou en voiture. Nous avons à plusieurs reprises croisés les locaux qui nous saluaient systématiquement et nous demandaient s’ils pouvaient nous aider ou nous renseigner.
En ce qui concerne les attractions, si on peut dire, on peut voir un débris d’une fusée Ariane lancée en mars 2015 de Guyane que des locaux ont récupéré en mai de la même année. Ce débris est fièrement exposé à l’entrée du Basil’s Bar. Compte tenu du fait que l’île est privée, il est recommandé de demander l’autorisation de se promener librement à l’intérieur des terres. Nous l’avons obtenue avec un sourire en prime. On nous précise simplement que nous ne devons sous aucun prétexte pénétrer dans les espaces privés, dûment signalés, par ailleurs. Et pour ceux qui se poseraient la question, nous n’avons croisé aucune célébrité. S’il y en avait, elles sont restées bien à l’abri des regards. D’un autre côté, nous n’avons rien fait pour tenter d’en voir, nous n’étions pas là pour ça.
Pour répondre à l’interrogation initiale, oui, Moustique vaut vraiment la peine de s’y arrêter. Pas pour la découverte, mais pour y passer quelques jours au calme en toute sécurité. De plus, le mouillage est l’un des plus tranquille de l’archipel. C’est sans doute un peu plus cher qu’ailleurs, mais pas tellement, au fond. Si l’occasion se présente, nous y retourneront avec grand plaisir.
Et quelques photos de l’île pour terminer.
(1) Snorkeling : terme anglophone d’une pratique qui consiste à nager avec des palmes, un masque et un tuba, généralement là où il y a très peu de fond (50 cm à 2 mètres) et permet de voir poissons, coraux et autres tortues sans avoir besoin d’un équipement de plongée complet. Les francophones parlent aussi de PMT, soit l’abréviation de Palmes-Masque-Tuba.