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Comment se partager le butin du Téméraire? De quoi vivre quand on a que ses muscles et son courage pour tout capital? Comment partager le pouvoir? Comment ne pas être corrompu ou corrupteur? Ce sont des questions qui émergent de l'épisode deux de la série Les Suisses, que je viens de visionner.
Bien meilleur que le premier à mon goût. Plus de crasse, plus de sang, plus de sens aussi. Parce que les enjeux de cette fin de XVe siècle nous sautent à la figure et ne sont au fond pas si différents que ceux qu'affrontent la Suisse et l'Europe aujourd'hui. La prospérité, le pouvoir, la bonne gouvernance.
A l'époque, confessent les historiens, dont les interventions s'insèrent mieux dans la reconstitution des événements, Nicolas de Flue, un saint vivant, attesté par Rome, a offert aux Suisses un compromis, les épargnant d'une guerre civile entre les artisans et commerçants des villes et les paysans chasseurs des campagnes. Tous libres mais pas tous égaux, car l'égalité ne saurait être réelle quand les uns habitent dans des maisons de pierre et font parfois commerce de chair humaine, quand les autres crèvent la dalle et ont peu d'autres choix que de s'engager dans les armées étrangères. Mercenaires.
Le mercenariat est aujourd'hui interdit en Suisse. Le mercenariat armé. Pas les autres formes de mercenariat, le salariat par exemple qui consiste à vendre sa force et son intelligence à une entreprise qui en tire des produits et des profits.
Les jeunes socialistes sont-ils des saints quand ils proposent aux Suisses de fixer le plus haut salaire à 12 fois le salaire le plus bas? Personne ne le prétend. Notre temps est un temps de raison. Il connaît sans doute encore des saints vivants, Mère Theresa, Mandela, Balaguer (on trouve ici la liste de tous les saints catholiques, mais chaque croyance génère son lot de saints et démons), mais la plupart n’œuvrent plus sous nos cieux.
Qui serait de Flue today? Today, car l'anglais est dans le monde des affaires - Swiss, un label, une marque, un logo, est une bonne affaire, n'est-ce pas? - la lingua franca, la langue véhiculaire actuelle. Qui serait donc le saint du jour en cette aube du XXIe siècle? Celui qui comme l'ermite de Stans, dont la femme Dorothée devrait être aussi sanctifiée, souligne Bideau de sa belle voix, celui dont qui saura dire aux banquiers suisses de ne pas trop étendre leur champ au-delà de la haie qui le ceint?
Huit ans après Marignan, qui clôt l'épisode 2 de la série qui en compte 4, et, dit Bideau, fait comprendre aux Suisses les paroles du saint, canonisé en 1947, un autre religieux viendra transformer la Suisse. En 1523, Ulrich Zwingli convainc les Zurichois d'adopter la Réforme et de rompre avec Rome. La concurrence des urbains et des montagnards trouvent une nouvelle pomme de discorde.