Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07275.jsonl.gz/56

18/02/2010
Trop d'élèves en difficultés dans les classes?
L'inclusion des élèves en difficultés dans les classes ordinaires ne cesse d'augmenter depuis dix ans. Selon les dernières statistiques du MELS (2007-2008), on parle d'augmentations de 13 % et 31 % en quatre ans au primaire et au secondaire. Les profs sont à bout, les parents protestent. L'inclusion d'élèves avec des difficultés mineures donne parfois des résultats dignes de mention (voir la lettre plus bas), mais il arrive malheureusement trop souvent qu'on force les enseignants à inclure tout le monde sans faire de distinction et sans leur fournir l'aide et l'encadrement nécessaire. Les résultats sont alors catastrophiques comme en témoigne cette lettre reçue en début de semaine, à la suite de ma chronique sur le sujet publiée mardi dans le Journal de Montréal.
Pour moi, l'inclusion des élèves en difficultés dans les classes régulières est néfaste. Non seulement pour les élèves en difficultés, mais pour les élèves les plus doués aussi. Lorsque mon fils était en 5e année du primaire, il y avait tellement de cas lourds dans sa classe (problèmes d'apprentissage et de comportement) que le prof a fait un burn-out au mois d'octobre, donc en début d'année scolaire. Par la suite, le cauchemar : les suppléantes se sont succédé les unes après les autres.
Aucune ne voulait prolonger son séjour dans cette classe de fous. Si le prof qui avait plus de 10 ans d'expérience n'a pu tenir plus d'un mois et demi, imaginez une jeune suppléante. L'enfer. Une chance que mon fils était premier de classe sinon je me serais arraché les cheveux sur la tête.
Nous avons donc vu défiler 13 suppléantes (après j'ai cessé de compter) avant que la direction n'en trouve une spécialisée en cas lourds. Elle a fait son entrée dans la classe en décembre, peu avant les fêtes. Malgré ses compétences, elle a eu beaucoup de difficultés à se faire respecter. Je vous dirais qu'elle a pris le contrôle de la classe à la fin du mois de mars.
Il ne restait plus que 3 mois pour reprendre le retard par rapport à l'autre classe de 5e. J'ai pris les manuels de mon fils et je lui ai fait la classe le soir quand j'ai réalisé en décembre que sa classe s'en allait dans le mur.
Inclusion réussie
Je m'intéresse à l'inclusion scolaire depuis environ 7 ans. J'ai aussi une formation d'enseignante et d'orthopédagogue et je suis la mère d'un enfant avec un diagnostic de TED (Trouble envahissant du développement) dans le spectre de l'autisme. Je connais donc assez bien les deux points de vue.
Après toutes ces années d'expérience, j'en suis venue à conclure qu'on ne peut pas intégrer à tout prix. Par contre, je suis convaincue qu'on n'inclut pas assez et surtout pas assez bien des enfants qui pourraient l'être. Pour bien comprendre ce que je viens de vous dire, il faut voir la réalité.
Ceux qui prennent de telles décisions (inclure ou ne pas inclure) ne se rendent pas compte qu'ils décident bien souvent du sort de ces enfants (ce sont souvent des décisions unilatérales même si on nous laisse croire dans les médias que l'inclusion est la règle). On oublie trop souvent que plusieurs de ces enfants ont aussi des capacités sur lesquelles s'appuyer. Ce n'est pas parce qu'ils sont dyslexiques ou TDAH ou autistes qu'ils ne comprennent pas. Bien souvent, ils ne nécessitent que des ajustements, à condition de bien comprendre leur problématique. Pour ce qui est des classes spécialisées, au niveau du programme scolaire, nous savons qu'elles nivellent par le bas. Il est donc très difficile de sortir de cette voie parallèle et de réintégrer le milieu régulier. Souvent, on mélange différentes problématiques ensemble avec tous les problèmes qui en découlent. Sans compter la faible estime qu'éprouvent ces enfants.
La décision de ne pas inclure dès l'entrée scolaire est une décision à mon avis trop hâtive. Souvent, quelques ajustements et apprentissages bien ciblés et pris assez tôt permettront à un plus grand nombre d'enfants de réussir leur inclusion. C'est pourquoi je pense qu'il est impératif de mettre le maximum de ressources et de services dès l'entrée scolaire (pour le premier cycle). C'est là qu'on devrait mettre le plus grand nombre de spécialistes en place.
Dans le doute, il faut d'abord donner la chance à l'inclusion de réussir. L'enjeu est trop important pour l'avenir de l'enfant.
Ce chemin-là, nous l'avons parcouru il y a 7 ans
Mon fils venait d'avoir un diagnostic de TED autiste. À 5 ans, il ne communiquait pas. Le médecin qui l'évaluait recommandait une classe spéciale. Heureusement, il ne l'a pas écrit dans son rapport (sinon aucune discussion n'aurait été possible). Nous croyions qu'il pouvait réussir en classe régulière. Nous voulions au moins en faire la preuve. On s'était dit que s'il ne réussissait ce n'était pas sans avoir essayé. Nous avons eu raison de persister mon conjoint et moi. Vers la fin de la première année, nous recevons une lettre de l'enseignante. Mon fils s'était mis à lui parler. Il prenait modèle sur les autres enfants et il avait compris le sens de la communication. Avec l'aide d'une TES (technicienne en éducation spécialisée), il a continué à décoder cet univers qui s'ouvrait à lui. Jusqu'en 3e année, l'aide a été très utile. Aujourd'hui, il est en 6e année. Il n'a plus de TES. Il a toujours tout fait comme les autres élèves (les sports, les expo-sciences, les sorties...). Il a 12 ans aujourd'hui et ressemble à n'importe quel garçon de son âge. L'année prochaine, il sera au secondaire dans la concentration Multi-sports. C'est le premier enfant ayant ce diagnostic à avoir ce privilège. C'est là une inclusion réussie.
Il est vrai que comme parents, nous nous sommes beaucoup impliqués dans son développement. C'est une autre condition qui favorise l'inclusion. Mais les résultats parlent d'eux-mêmes. Savez-vous ce qu'il en coûte à la société de maintenir nos jeunes dans une voie parallèle? C'est un fardeau lourd pour la société alors qu'il y a tellement de potentiel chez ces enfants.
TED-autisme Genève se pose la question de l'intégration, aussi celle de l'inclusion. Nous avons des propositions concrètes, des projets à discuter, des idées à soumettre et surtout (ce qui est l'essentiel) une très solide connaissance de la problématique.
Nous nous réjouissons d'en parler bientôt à qui de droit .