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C’est un exemple de la fameuse neutralité suisse, adaptée au secteur bancaire. Alors que le régime “révolutionnaire” de Hugo Chavez et de son successeur Nicolas Maduro transférait des milliards de dollars chez HSBC à Genève, de 2007 à 2015, le groupe brésilien Odebrecht finançait les campagnes de leur principal opposant, Henrique Capriles, sur des comptes abrités par le même établissement.
En tout, sept banques suisses ont abrité les pots-de-vin versés par le groupe de construction à des responsables vénézuéliens.
Gouverneur de l’Etat de Miranda et candidat du parti Primero Justicia, Henrique Capriles Radonski avait recueilli 44 % des voix à l’élection présidentielle de 2012 face à Hugo Chavez. A la mort de ce dernier, six mois plus tard, le jeune leader “progressiste-humaniste” avait bien failli l’emporter face à Nicolas Maduro, récoltant 49% des voix.
Des documents consultés par Gotham City montrent que ces campagnes étaient financées par le groupe brésilien de construction Odebrecht, et que le Ministère public de la Confédération (MPC) a spontanément transmis des informations à ce sujet au Venezuela en 2017.
Le quotidien O Estado de S.Paulo a révélé l’existence de cette “transmission spontanée” dans un article paru le 17 février dernier.
En tout, au moins dix campagnes de l’opposition ont été financées par Odebrecht de 2006 à 2013. Le MPC avait découvert les transactions suspectes sur des comptes suisses en analysant les versements des caisses noires du groupe brésilien dans le cadre de l’opération Lava Jato.
Le MPC a décidé d’informer spontanément les autorités de Caracas en juillet 2017. Le courrier était signé par la procureure fédérale Dounia Rezzonico, alors basée à Lugano. Cette dernière vient d’être nommée à la tête de la division “criminalité économique” suite à la démission d’Olivier Thormann.
Selon l’enquête du MPC, plus de 5,5 millions de dollars ont été transférés par les sociétés offshores liées à Odebrecht, entre 2011 et 2013, vers les comptes suisses de trois proches de Capriles, l’homme d’affaires Juan Carlos Briquet Marmol, le pilote de jets privés Romulo Lander Fonseca et son épouse Lara Torbar Ramirez.
En 2014, la presse vénézuélienne avait révélé que Juan Carlos Briquet Marmol avait financé plusieurs voyages privés de Capriles à Aruba dans un avion piloté par Romulo Lander Fonseca.
Henrique Capriles aurait quant à lui touché 3 millions de dollars de pots-de-vin d’Odebrecht pour des travaux effectués à Miranda, un État dans lequel le groupe brésilien était très actif.
Les banques suisses citées sont les mêmes qui hébergeaient les fonds du régime chaviste. HSBC Private Bank (Suisse) SA, par exemple, qui abritait les gigantesques réserves de devises du gouvernement sur un compte au nom d’un proche de Hugo Chavez.
Les intermédiaires de l’opposant Capriles, Juan Carlos Briquet Marmol, Lara Torbar Ramirez et le pilote Romulo Lander Fonseca y disposaient de plusieurs comptes au nom de Link Worldwide Corp et Blue Skies Investment Inc.
Odebrecht y a versé 5 millions de dollars entre 2011 et 2013 depuis ses principales caisses noires, Trident Intertrading Ltd et Klienfeld Services Ltd.
Juan Carlos Briquet Marmol disposait quant à lui d’un compte chez Edmond de Rothschild (Suisse) SA. Odebrecht y a déposé plus de 2,6 millions de dollars en 2012.
Via leur société Blue Skies Investment Inc, Lara Torbar Ramirez et son mari pilote détenaient également des comptes auprès de UBP SA et de la Banque J. Safra Sarasin.
En avril 2017, trois mois avant la communication du MPC le concernant, le Tribunal suprême de justice du Venezuela a déclaré Henrique Capriles coupable d'”irrégularités administratives” durant sa gestion de l’État de Miranda entre 2011 et 2013. L’opposant a été condamné à quinze ans d’inéligibilité.
“Le seul pour l’instant qui soit incapable de remplir son mandat dans ce pays c’est Nicolas Maduro“, avait rétorqué Capriles avant d’ajouter: “si la dictature gémit, c’est que c’est peut-être bientôt notre tour, que nous avançons“.
En février dernier, Henrique Capriles a donné une interview au quotidien français Libération, qui le décrit comme un “avocat de centre gauche, grand admirateur du programme de développement brésilien mené par Lula“. Il y dénonce la “tragédie économique et sociale” que traverse son pays, “approfondie par une crise politique“.
En octobre 2017, trois mois après la première transmission spontanée à Caracas, la procureure Dounia Rezzonico a adressé de nouvelles informations concernant les comptes de deux hommes d’affaires vénézuéliens actifs dans la construction, Manuel José Salazar Bianchi et Joan Manuel Fereira Rosillo.
Tous deux avaient reçu des virements depuis les caisses noires d’Odebrecht, le premier chez CA Indosuez SA, puis auprès de Credit Suisse et de la Banque Mirabaud & Cie SA, et le second chez Credit Suisse et HSBC.