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Crypto AG n'était pas la seule entreprise helvétique à avoir été sous l’influence de la CIA et des services de renseignement allemands (lire encadré). Mercerdi,a révélé qu'Omnisec AG a fourni à ses clients des appareils de cryptage comportant des failles de sécurité.
"La CIA et les services secrets allemands s’étaient fixés comme objectif de placer sous leur contrôle tous les fabricants de matériel cryptés à l’Ouest", explique Erich Schmidt-Eenboom, expert des services secrets. Omnisec fait désormais partie du passé, puisqu'elle a cessé ses activités il y a deux ans.
Plusieurs services fédéraux auraient utilisé les appareils d'Omnisec, notamment le Service de renseignement stratégique et le Service de renseignement. C'est au milieu des années 2000 que les autorités auraient constaté qu'ils n'étaient pas fiables.
UBS était client d'Omnisec
Des entreprises privées auraient également reçu des appareils trafiqués de la part de l'entreprise zurichoise. Parmi elles, on retrouve UBS. Interrogée par la SRF, puis par la RTS, la plus grande banque du pays a fourni la même réponse: "Les faits sur lesquels "Rundschau" a mené son enquête remontent aux débuts d'UBS. Pour d'évidentes raisons, nous ne donnons aucun détail sur les mesures de sécurité de la banque. Nous n'avons aucun élément suggérant que des données sensibles aient été exposées à l'époque."
Pour le conseiller national PLR Hans-Peter Portmann une question se pose: les services de renseignement suisses en ont-ils profité pour espionner la banque? "Pour moi cette affaire comporte une nouvelle dimension, parce que des entreprises suisses sont vraisemblablement impliquées et potentiellement affectées. Cela soulève la question de l’espionnage à l’intérieur même du pays."
Enquête parlementaire demandée
Le nouveau coprésident du Parti socialiste Cédric Wermuth demande l’ouverture d’une enquête parlementaire: "Cela démontre que le problème ne concerne pas seulement une entreprise et nous n'avons pas encore les réponses sur les responsabilités poltiques. Comment une telle chose peut se passer dans un pays qui se dit neutre comme la Suisse?"
Sur le plateau du 19h30, le journaliste indépendant qui a travaillé sur le sujet, Mehdi Atmani, estime qu'il "fallait également enquêter sur les autres entreprises, ce que le politique n'a pas forcément fait. D'ailleurs, Omnisec a été citée dans l'enquête parlementaire sur l'affaire Crypto, qui a été rendue publique le 10 novembre."
>> Revoir le reportage du 19h30 sur les conclusions de l'enquête parlementaire sur l'affaire Crypto AG:
"Le gouvernement ne pourra pas échapper à une enquête parlementaire. C'est ce qu'il faut pour restaurer la confiance. Nous vivons dans une société numérique. En tant que citoyen, on peut se poser la question de la façon dont le gouvernement évalue les technologies qu'il achète, qu'il vend et qu'il utilise pour sécuriser ses communications", conclut-il.
>> L'interview de Mehdi Atmani au 19h30:
Gilles Clémençon/vajo
Retour sur l'affaire Crypto AG
En février dernier, les révélations autour de la société Crypto avaient fait scandale. La CIA et les services de renseignement allemands (BND) auraient, durant des dizaines d'années, intercepté des milliers de documents via les appareils de chiffrement de l'entreprise Crypto. Grâce à des appareils truqués, la CIA et le BND ont écouté les conversations de plus de 100 Etats étrangers.
Les deux services de renseignement ont acheté l'entreprise zougoise à parts égales en 1970, en passant par une fondation au Liechtenstein. Le BND a quitté l'opération en 1993 mais les Etats-Unis ont prolongé les écoutes jusqu'en 2018 au moins, selon des recherches conjointes de l'émission de la SRF Rundschau, de ZDF et du Washington Post.
Cet été, le Conseil fédéral a autorisé le Ministère public de la Confédération (MPC) à mener une procédure pénale qui ne concerne pas les activités d'espionnage. Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) a déposé plainte contre inconnu pour des manipulations dans la vente de dispositifs de cryptage - une procédure également épinglée par la délégation dans son rapport.
Le Parlement a quant à lui refusé de mettre sur pied une commission d'enquête parlementaire (CEP) pour faire la lumière sur l'affaire comme l'auraient souhaité les socialistes et les Verts.
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