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GENÈVE - Dans une usine coréenne de composants électroniques où du 2-bromopropane a été utilisé comme solvant de remplacement, 16 travailleuses se sont retrouvées en état de ménopause, en 1995. La substance a également provoqué de graves effets négatifs sur l'appareil reproducteur des hommes. Au bout de deux ans, seules deux travailleuses ont réussi à recouvrer leur fonction ovarienne, la première ayant pu donner naissance à un enfant, et la seconde ayant retrouvé des menstruations.
De nombreuses études expérimentales réalisées sur des animaux confirment la sévère toxicité du 2-bromopropane pour l'appareil reproducteur, tant chez les mâles que chez les femelles. On a commencé à remplacer le 2-bromopropane par du 1-bromopropane dans l'industrie, alors même que le pouvoir toxique de ce dernier n'était pas encore suffisamment connu. Les expérimentations animales ont révélé une sévère toxicité du 1-bromopropane pour le système nerveux central comme pour les nerfs périphériques.
Au Japon, les fabricants et les distributeurs de 1-bromopropane ont adopté des mesures de précautions toutes particulières dans les opérations impliquant cette substance. "Par chance, aucun cas d'intoxication au 1-bromopropane n'a été constaté au Japon, mais un premier cas grave a été signalé aux Etats-Unis en 1999", explique M. Yasuhiro Takeuchi, professeur émérite de l'Université de Nagoya.
"Dans le cadre de son travail, un patient de 19 ans a utilisé du 1-bromopropane pour nettoyer des pièces métalliques. Il a développé une paresthésie en janvier 1998. Les symptômes se sont progressivement aggravés, et se sont accompagnés d'une atonie dans les segments proximaux des deux membres inférieurs ainsi qu'à la main droite. Le patient a été admis à l'hôpital deux mois après le premier contact avec du 1-bromopropane dans le cadre professionnel", détaille le professeur.
Au moment de son admission, le patient était incapable de se mettre en position debout de lui-même, et présentait des troubles de déglutition et de miction. Les examens cliniques et une IRM ont permis de diagnostiquer une encéphalomyéloradiculopathie à l'origine de dysfonctionnements du système nerveux central.
Depuis la présentation de ce cas, trois autres cas d'intoxication sévère au 1-bromopropane au moins ont été signalés aux États-Unis. Des troubles neurologiques ont également été constatés chez des travailleurs exposés à du 1-bromopropane dans une usine chinoise produisant 6000 tonnes environ de 1-bromopropane, et exportant cette substance notamment aux États-Unis, en Allemagne et en France en 2003.
Le 5 octobre 2004, au cours d'un congrès de l'American Neurological Association organisé à Salt Lake City, le Dr J.J. Majersik et ses collègues ont décrit six cas d'intoxication au 1-bromopropane. Ces personnes avaient été exposées à cette substance en utilisant des adhésifs de pulvérisation pour coller des coussins de mousse. Tous les patients se sont plaints de douleurs dans les membres inférieurs ou de paresthésie, et cinq patients sur six ont déclaré éprouver des difficultés à marcher. Dix huit mois plus tard, les deux patients les plus gravement atteints ont recouvré une fonction minimale, mais nécessitaient toujours une assistance pour se mouvoir. Trois patients ont continué à ressentir des douleurs neuropathiques chroniques. Un patient présentait de légères altérations cognitives.
Selon le professeur Takeuchi, "le 1-bromopropane fait partie des rares produits chimiques dont les risques potentiels ont été mis en évidence par les expérimentations animales. D'une manière générale, lorsque de nouveaux produits chimiques sont adoptés dans l'industrie, il est impossible de savoir où, par qui et à quelles fins ils seront utilisés; les cas d'intoxication peuvent se présenter là où on ne les attend pas".
Les produits chimiques sont produits en grandes quantités par les grandes entreprises et sont utilisés dans tous les types de lieu de travail, notamment dans les petites entreprises où les travailleurs ne sont pas suffisamment protégés. L'industrie a sans cesse davantage besoin de qualifications et de produits nouveaux pour demeurer compétitive. C'est ainsi que de nouveaux produits chimiques apparaissent régulièrement dans la production de nouveaux produits destinés à affronter la concurrence, par exemple de nouveaux médicaments, de nouveaux produits de teinture, de nouveaux produits chimiques agricoles, de nouveaux vêtements, etc.
Au Japon, entre 1979 et 2003, plus de 12000 nouvelles substances chimiques ont été produites. La loi impose que l'on teste le caractère mutagène des nouveaux produits chimiques pour déterminer leur caractère cancérigène et leur toxicité pour l'appareil reproducteur avant leur commercialisation. Environ 4 % des nouveaux produits chimiques sont fortement mutagènes, et 9 % le sont faiblement.
Cependant, en plus des risques mutagènes, les produits chimiques peuvent présenter d'autres risques toxiques et nuire à la santé. Certains chlorofluorocarbones et le 1,1,1-trichloroéthane ont été interdits en 1996 en raison du risque d'appauvrissement de la couche d'ozone.
"Les produits chimiques industriels ne sont pas testés aussi rigoureusement que les médicaments et les produits alimentaires sur le plan de la sécurité et de la santé, car ils ne sont pas destinés à être absorbés par les être humains. A cet égard les nouveaux produits chimiques devraient faire l'objet de tests de toxicité avant leur commercialisation, et devraient être adoptés avec précaution pour éviter les cas d'intoxication", conclut M. Takeuchi.
L'OIT et l'utilisation des produits chimiques dans des conditions de sécurité sur le lieu de travail
Dans le cadre des activités qu'elle mène dans le domaine de l'utilisation des produits chimiques sur le lieu de travail, l'OIT conclut notamment des alliances et des partenariats en vue de promouvoir l'utilisation, dans des conditions de sécurité, des produits chimiques sur le lieu de travail, d'orienter l'assistance technique, et de favoriser la promotion des normes et des directives à l'intention des gouvernements, des partenaires sociaux et des autres groupes.
L'OIT s'est aussi associée à d'autres organisations offrant des conseils techniques aux Etats membres. A titre d'exemple, en partenariat avec l'UNITAR, (l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche), l'OIT a lancé un programme de renforcement des capacités dans le domaine de l'exploitation d'un système harmonisé de classification et d'étiquetage des produits chimiques (UNITAR/ILO Global GHS Capacity Building Programme) en 2001. À ce jour, des activités pilotes ont été menées en Afrique du Sud et en Zambie, et des activités régionales, en Afrique australe et en Amérique du Sud. En 2005-6, UNITAR/ILO apportera son concours à des projets de renforcement des capacités nationales pour l'exploitation du système GHS dans différents pays: Nigeria, Sénégal, Slovénie, Thaïlande, Gambie et Philippines.
Le Programme international sur la sécurité chimique (PISC), mené dans le cadre d'une collaboration entre l'OIT, l'OMS et le PNUE permet la production de fiches internationales de sécurité chimique. À ce jour, près de 140 000 cartes ont été produites, traduites dans une vingtaine de langues, et diffusées.
Des projets de prévention des risques industriels majeurs ont été mis au point en Inde et en Indonésie, et des programmes régionaux pour l'Afrique et pour la région de l'Asie et du Pacifique ont permis d'organiser un certain nombre d'ateliers, de visites d'experts, et de diffuser des informations dans les régions.
Plus de 70 conventions et recommandations de l'OIT portent sur des questions de sécurité et de santé. Par ailleurs, l'OIT a publié plus de 30 recueils de directives pratiques sur la sécurité et la santé au travail, y compris le Recueil de directives pratiques du BIT sur la sécurité dans l'utilisation des produits chimiques au travail, 1993.
La convention (n°170) sur les produits chimiques, 1990, et la recommandation (n°177) qui l'accompagne représentent les efforts internationaux mis en oeuvre pour améliorer les mesures nationales et harmoniser les normes réglementaires. Ces instruments soulignent la nécessité d'établir une politique nationale de sécurité des produits chimiques cohérente allant de la classification et de l'étiquetage des produits chimiques aux mesures de contrôle dans tous les aspects de l'utilisation des produits chimiques. L'accent est mis notamment sur le rôle et les responsabilités de l'autorité compétente, des fournisseurs et des employeurs, ainsi que sur les obligations et les droits des travailleurs.
La convention (n°174) sur la prévention des accidents industriels majeurs, 1993, et la recommandation (n°181) qui l'accompagne visent à protéger les travailleurs, la population et l'environnement contre les accidents industriels majeurs, notamment par la prévention des accidents industriels majeurs mettant en jeu des produits chimiques dangereux ainsi que par la limitation des conséquences de ces accidents. Cette convention s'applique aux installations à risques d'accident majeur, à l'exception des installations nucléaires et du traitement des substances radioactives, des installations militaires et du transport en dehors du site d'une installation autrement que par pipeline.
La convention (n°162) sur l'amiante, 1986 et la recommandation (n°172) qui l'accompagne favorisent les mesures organisationnelles, techniques et médicales visant à protéger les travailleurs contre les poussières d'amiante dangereuses. D'autres conventions et recommandations de l'OIT portent sur la prévention de l'anthrax, l'utilisation de la céruse et du benzène, et sur la protection contre les radiations et le cancer professionnel.
Note 1 - Asian-Pacific Newsletter on Occupational Health and Safety 2005; N° 12: 10-11.