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Famille
La dame blanche
Rapace nocturne L'effraie des clochers est l'amie cachée de l'homme, dont elle subit pourtant la malveillance.
Jadis, l'effraie des clochers annonçait la mort et le malheur. Un cri à vous glacer le sang, un faciès blanc fantomatique et une vie exclusivement nocturne, il n'en fallait pas plus pour alimenter les superstitions du bon peuple. On clouait même son cadavre sur la porte des maisons pour éloigner les mauvais esprits! Et lorsqu'enfin on lui retira cette étiquette diabolique, c'est l'intensification de l'agriculture dès les années 1950 et la disparition des lieux de gîte qui la mirent en danger. En Suisse, elle se trouve sur la liste rouge des oiseaux potentiellement menacés.
Locataire des bâtisses de l'homme
La chouette effraie est pourtant l'amie cachée de l'homme. Elle niche dans des granges, des clochers ou des bâtiments à proximité des champs où elle chasse les petits rongeurs, qui ravagent les plantes cultivées. «En Suisse, elle est surtout présente sur le Plateau, généralement en dessous de 600 mètres d'altitude, observe Nadine Apolloni, spécialiste des oiseaux nocturnes à la Station ornithologique suisse de Sempach (LU). C'est lié à l'enneigement hivernal qu'elle supporte assez mal. Leur présence est plus importante en Romandie, surtout à l'ouest du Plateau.» On estime sa population à environ 1000 à 2500 couples en Suisse et 110 000 à 220 000 en Europe. «On la trouve principalement dans les zones tempérées, au bord de la Méditerranée avec une concentration en Espagne. Elle est présente sur tous les continents, sauf en Antarctique.»
Pas équipée pour les hivers rudes
Une première réglementation protège l'effraie des clochers dès 1876. Mais l'homme la persécute et la chasse illégalement jusqu'au milieu des années 1950. Par la suite, elle est encore confrontée à bien des aléas. En tête: l'agriculture intensive et l'emploi de pesticides et de rodenticides (contre les rongeurs), la perte de sites de nidification (rénovation des granges, des clochers) et le trafic automobile (vol rasant lors de la chasse). La pose de nichoirs est l'une des solutions préconisées par Nadine Apolloni: «On conseille de les installer dans les granges, les bâtisses rurales ou les bâtiments assez hauts, où la chouette effraie a la possibilité de chasser à proximité.» Selon l'ornithologue, 70% des adultes survivent d'une année à l'autre. Mais la chouette effraie doit aussi réussir à passer la saison froide. Sa population a encore diminué suite aux rudes hivers de 2008 et 2009, puis de 2012 et 2013 avec de longues périodes d'enneigement et de gel. «Elle ne peut pas faire de réserve de graisse et ne peut survivre que huit jours sans manger. Comme elle chasse surtout à l'ouïe, elle n'entend plus ses proies sous une épaisse couche de neige. C'est la raison pour laquelle elle est absente dans les secteurs de plus haute altitude.»
L'effraie des clochers est strictement nocturne. Même quand elle se met à l'abri dans une grange, elle cherche toujours les coins les plus sombres. Elle a une très bonne vue de nuit (cornée très développée et grande ouverture de la pupille), mais s'appuie surtout sur son ouïe extrêmement fine pour chasser. Son disque facial en forme de cœur lui sert de parabole pour augmenter le son. La structure de ses plumes lui confère un vol silencieux qui lui permet d'être très discrète. La couleur de son ventre, du dessous de ses ailes, de ses pattes et de son visage lui valent le surnom aux accents surnaturels de dame blanche!Ecouter le cri de la chouette effraie Ecouter le hibou moyen-duc Ecouter le grand-duc d'Europe Ecouter la chouette hulotte Ecouter la chevêche d'Athéna