Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07255.jsonl.gz/116

Sur son blog, Pierre Béguin a montré récemment les liens qui existaient entre le style de Marot, qui fut quasi luthérien et vint à Genève au temps de Calvin, et celui de ce dernier. Il l'opposait notamment au style de Ronsard, bien plus fleuri, et qu'il assimile à l'art baroque. Celui de Calvin, dit-il avec raison, est déjà classique.
J'aimerais d'abord préciser que Marot ne put pas rester à Genève, étant de mœurs trop légères - trop gauloises, je dirais. Il se réfugia alors en Savoie, à Chambéry. Il mourut d'ailleurs à Turin.
Ensuite, Marot, dans sa poésie, semble avoir eu surtout pour référence Marguerite de Navarre et sa mère, la Régente Louise de Savoie. De fait, Calvin lui-même fréquenta la cour de Marguerite, qu'on disait également favorable à Luther.
A la mort de Louise de Savoie, mère du Roi, Marot a composé à son intention un éloge. Il la dit quasi sainte, parce qu'elle a mis fin aux désordres de la cour de France: elle occupait les demoiselles à de nobles travaux, qui leur faisaient oublier les feux de Cupidon, et elle distillait dans leur âme les préceptes de la Bible. Marguerite de Navarre, puis Brantôme, firent également de Louise une sainte, pénétrant le monde invisible - tant l'âme d'autrui que les signes célestes - de son regard perçant.
Elle était fille du duc Philippe de Savoie, d'abord comte de Bresse, et lui aussi poète, à ses heures. Or, c'est encore en Bresse que naquit Vaugelas, père de la langue classique, dont le style de Marot, mais aussi celui de Marguerite de Navarre même, ont été regardés comme les précurseurs.
La modestie bressane et savoyarde ont été pour beaucoup, je crois, dans l'élaboration de cette langue classique. L'esprit réformateur et rigoureux de Calvin a pu accentuer le souci de la clarté. Mais la langue classique française est restée souple et poétique, et pas forcément hostile aux figures issues de la fable, comme en témoigne La Fontaine - mais aussi Marot, qui invoqua les nymphes de Savoie, dans son éloge à Louise; or, Pierre Béguin tend à assimiler l'utilisation de la fable au baroque ronsardien.
Je crois le style classique équilibré. Or, le fait est que Vaugelas fut, à Annecy, disciple de François de Sales, réputé plutôt baroque et, lui aussi, fleuri.
Opposer le style protestant et le style baroque, lié aux Jésuites, n'est pas si simple: ce fut aussi une question de tempérament, d'époque, de courants culturels globaux. Bossuet avait une forme de rigueur qui lui était propre, par exemple: il ne folâtrait pas dans les images d'angelots. Or, en France, il reste le grand représentant du catholicisme classique.