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L’Office fédéral de la statistique (OFS) a récemment publié sur son site internet1 les résultats de la cinquième enquête concernant la santé. Cette enquête, effectuée en 2012, comportait deux volets : un entretien téléphonique réalisé auprès de 21 597 personnes de quinze ans et plus, vivant en ménage privé en Suisse, incluant également les personnes de nationalité étrangère. Environ un tiers (n = 6120) des répondants résidaient en Suisse romande. Au terme de l’entretien, les personnes ayant participé recevaient un questionnaire écrit, complété et renvoyé par 88% d’entre eux.
Interrogés sur leur état de santé général, une grande majorité (83%) des répondants le juge bon à très bon. Cependant, un tiers mentionnent souffrir d’une maladie ou d’un problème de santé chronique ou de longue durée. Ce pourcentage augmente avec l’âge pour atteindre plus de 50% chez les personnes dès 75 ans. Un quart des répondants décrivent être, depuis au moins six mois, limités par un problème de santé dans leurs activités habituelles (5% fortement limités) et 18% mentionnent une détresse psychologique modérée à sévère.
«… le pourcentage des répondants disant «souffrir beaucoup» du dos tend à diminuer …»
Concernant plus spécifiquement les douleurs ressenties durant les quatre semaines avant l’enquête, les maux de dos sont les plus fréquents (40%) suivis par les douleurs aux épaules, nuque et/ou bras (37%).
Si la fréquence des maux de dos est restée assez stable au cours des différentes enquêtes effectuées dans cette dernière décennie, le pourcentage des répondants disant «souffrir beaucoup» du dos tend à diminuer depuis 2007, de 10 à 7%.
Plus de la moitié des répondants lient leurs douleurs du dos (62%) et/ou leurs douleurs des épaules, nuque et/ou bras (60%) à leur activité professionnelle actuelle ou passée et un tiers répondent qu’elles le sont assurément.
Concernant la prise de médicaments contre les douleurs, seuls 23% des répondants déclarent avoir pris un ou des antalgiques au cours des sept jours précédant l’enquête (6,6% quotidiennement ; 7,4% plusieurs fois ; 9,2% environ une fois). On remarque une nette augmentation de la consommation d’antalgiques au cours de ces vingt dernières années. En effet en 1992, la consommation représentait la moitié de celle de 2012. L’augmentation de la consommation des antalgiques s’observe dans les deux sexes, dans toutes les classes d’âge et pour les trois modalités de prise (quotidiennement, plusieurs fois et une fois).
La fréquence élevée des douleurs musculosquelettiques en Suisse correspond aux observations faites dans d’autres pays européens. On peut même se demander si cette fréquence n’est pas en fait plus élevée, puisque cette enquête ne comportait pas de questions sur les douleurs au niveau des hanches et des genoux. Les jeunes (< 35ans) sont également affectés par des douleurs musculosquelettiques, un tiers décrivent souffrir de douleurs du dos et un peu moins de la moitié de douleurs des épaules, de la nuque et/ou des bras. Comme leurs aînés, un tiers les relient clairement à leur activité professionnelle. Ainsi, des mesures préventives dans le milieu professionnel sont-elles très importantes auprès des jeunes.
En plus de la mise en place de mesures de prévention, la détection des douleurs musculosquelettiques et la prescription de mesures thérapeutiques adéquates s’imposent pour limiter leur évolution en douleurs chroniques. Des groupes d’experts internationaux valident régulièrement des recommandations afin de promulguer des mesures pharmacologiques et non pharmacologiques pour la prise en charge de ce type de douleurs. Les études de leur implantation montrent la difficulté de leur suivi dans la pratique clinique quotidienne.2
«… Les enquêtes montrent une augmentation progressive de la consommation des antalgiques …»
Ainsi, il est nécessaire de renforcer la formation des professionnels de santé. Dans cette optique, nous pouvons saluer l’effort des facultés de médecine pour inclure dans différents enseignements l’évaluation et la prise en charge des douleurs, mais regretter qu’il n’y ait pas plus de coordination de ces enseignements pour accroître leur visibilité. Pour la formation postgraduée et continue, nous relevons la mise sur pied d’un enseignement structuré bilingue par la Société suisse pour l’étude de la douleur (SSED) permettant d’obtenir le titre de «spécialiste douleur SSED».
Les enquêtes au cours de cette décennie montrent une augmentation progressive de la consommation des antalgiques, mais sans distinction de leurs classes, ni de leurs modalités de prescription. Si les nombreuses études s’accordent à démontrer une efficacité des antalgiques à court terme, leur efficacité à long terme est plus incertaine. Ainsi, devant l’augmentation de leur consommation, il est important d’assurer une information adéquate des consommateurs occasionnels, et surtout réguliers, de leurs bénéfices limités à long terme et de leur profil de sécurité.
Ces enquêtes de l’OFS, malgré les limitations inhérentes à toutes enquêtes de ce type, nous fournissent une image évolutive plus générale que celle que chaque clinicien peut se faire par sa pratique. Elles sont des photos instructives sur la santé des Suisses, mais aussi sur leurs représentations et comportements devant les problèmes de santé.