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Le politique et le religieux dans le champ islamique
de Mohamed-Chérif Ferjani
Dans le sillage des travaux Bernard Lewis, une certaine conception essentialiste de l’islam s’est imposé à beaucoup comme une évidence. Ce serait à cause de cet islam éternel et intangible, réfractaire à la séparation du religieux et du politique, que certains pays d’Orient n’ont pas accédé pleinement à la modernité. Alors qu’à contrario cette modernité s’inscrit dans l’essence de l’Occident. Tout au long de l’ouvrage, Mohamed-Chérif Ferjani est guidé par cette double exigence : refuser l’essentialisme et le relativisme absolu communs aux discours islamophobes et islamistes sans tomber dans les travers de l’ethnocentrisme et du pseudo-universalisme qui en est le corollaire.
Il faut souligner la probité intellectuelle de l’auteur. En réponse à la diabolisation de l’islam de certains, d’autres croient intelligent de proposer une version édulcorée et tronquée de son histoire et de ses textes. Mohamed-Chérif Ferjani ne pratique pas la langue de bois. L’islam est présenté dans toute sa complexité équivoque et antagonique. L’auteur sait qu’il n’a pas à rougir de l’instrumentalisation de sa religion, l’islam ne déroge pas à la règle. Cela ne l’empêche pas d’être sans concession dans la dénonciation de l’intégrisme. Comme le résume l’auteur, la question n’est pas tant la négation des spécificités culturelles, religieuses, politiques, etc. de telle ou telle société, mais la relativisation de ces spécificités par rapport à ce qui fait l’humanité universelle de l’humain.
Après une brève mise en contexte, l’auteur aborde le coran. Il montre que ce que l’on appelle le langage politique de l’islam est peu présent. Il apporte aussi différentes précisions très intéressantes à propos des termes très usités comme Umma, Calife, imam etc. Mohamed Cherif Ferjani reprend à son compte la conclusion de Louis Gardet qui veut que, en définitive, on ne peut pas dire que le coran commande une philosophie politique à proprement dite.
La deuxième partie est consacrée à la place du religieux et du politique à travers l’histoire ainsi qu’aux théories politiques des différents courants de l’islam. Ce retour sur la réalité de l’histoire met à mal le mythe islamiste de la théocratie primitif idyllique. Mohamed-Chérif Ferjani revient aussi sur l’âge d’or de l’islam, sous les Abbassides, lorsque s’opéra de fait une séparation des pouvoirs. Pour ce qui est des doctrines politiques, loin d’être intangible, il indique qu’elles ont subi une perpétuelle adaptation pour légitimer a posteriori des politiques décidées et menées en dehors de toute référence au sacré.
L’ouvrage se termine avec un chapitre qui traite de la shari’a et des droits humains. Mohamed Cherif-Ferjani dénonce le glissement de son sens général et les séries de mystifications qui ont amené à en faire une loi immuable. Il déplore qu’on ne donne pas plus la parole à ceux qui défendent une autre voie. Surtout que ceux-ci le font en tant que musulman et en se référant à des textes et des traditions qui font autorités chez les musulmans.
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