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En mouvement
La nouvelle Grândola Vila Morena*
Avec plus de 1200 km de côtes atlantiques, la Galice a une longue histoire d’accidents maritimes: en 1970, c’était le Polycommander (16000 tonnes); en 1976, le Urquiola (20000 t); en 1986, le Cason (une marée de nuages toxiques avait provoqué un exode de milliers de réfugiés vers l’intérieur du pays); en 1992, encore une fois, le Mar Egeo (80000 t)... Et maintenant, le Prestige!
Pour se faire une idée de ce que cela signifie pour l’économie galicienne, il suffit de savoir qu’un 10% du PIB dépend directement de l’exploitation des ressources de la mer. En fait, les côtes galiciennes ont une richesse telle qu’à elles produisent 80% de la production mondiale de moules. L’industrie de la pêche, enfin, constitue le 40% du total espagnol qui représente à son tour le 40% du total de l’UE.
De même, avec un président soutenu par un parti politique qui n’est qu’un énorme réseau clientéliste et corrompu grâce auquel même les morts peuvent voter, la Galice a aussi une longue histoire de catastrophes politiques: Manuel Fraga, président honorifique du Partido Popular, qui gouverne aujourd’hui l’Etat espagnol, est le seul politicien en exercice qui ait été ministre de la dictature fasciste du Général Franco; l’extrême droite n’a en realité jamais perdu le pouvoir et même si le régime politique a effectivement changé, la Galice a toujours été le dernier bastion de la droite espagnole.
D’où l’importance politique de ce qui arrive avec les mobilisations extraordinaires du 1er décembre et du 23 février (anniversaire du coup d’état militaire avorté de 1981): la défaite de la droite en Galice ne peut qu’être considérée comme la défaite de l’ensemble de la droite espagnole. La proximité des élections locales fait trembler la droite qui craint de perdre le pouvoir. Mais ce n’est pas une éventuel changement de gouvernement local en faveur du nationalisme modéré du BNG ou du blairisme du PSOE qui fait peur à l’establishment néolibéral. C’est plutôt le progrès imparable de l’auto-organisation de la société, la prolifération d’un mouvement contestataire hors du contrôle institutionnel qui ne fait confiance qu’à sa propre dynamique insurrectionnelle. C’est ça la nouvelle Grândola Vila Morena altermondialiste qui est née en Galice!
Raimundo VIEJO VIÑAS
* Dans la nuit du 24 au 25 avril 1974, «Grândola Vila Morena», chant de ralliement de la révolution des œillets (composé par José Afonso), donna le signal de l’insurrection contre le régime fasciste, héritier de la dictature de Salazar.
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