Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07276.jsonl.gz/1135

Documentaire sur l’une des légendes du football, Diego Maradona, sélectionné à Cannes, parvient à conquérir son public au-delà des seuls passionnés du ballon rond.
Après un documentaire sur le champion brésilien de Formule 1, Ayrton Senna (Senna, 2010), et sur la célèbre chanteuse Amy Winehouse (Amy, 2015) - tous deux morts trop jeunes -, le quatuor, formé par le réalisateur Asif Kapadia, le producteur James Gay-Rees, le compositeur Antonio Pinto et le chef monteur Chris King, collabore à nouveau pour clore une trilogie sur des icônes aux vies mouvementées et tragiques. Mais contrairement à Amy, dont l’apogée résidait dans la monstration d’images dégradantes de la chanteuse ravagée par les dépendances et l’anorexie, Diego Maradona se focalise sur la triangulation entre la popularité du joueur de football, ses exploits sur le stade et ses déboires de cocaïnomane et de débauche dans le privé.
Né en 1960 à Villa Fiorito, bidonville de la banlieue de Buenos Aires, Diego Maradona échappe à sa condition misérable grâce à ses talents de footballeur. Des images d’archives en noir et blanc nous font découvrir cette époque (durant laquelle Diego, encore loin d’être habitué à la célébrité, énonce timidement de modestes propos); d’autres illustrent les années au FC Barcelone qui se terminent par une bagarre qu’il a générée lors de la finale de la Coupe du Roi en 1984, tandis que le cœur du film couvre ses années à Naples, de 1984 à 1991. Figure de rédempteur pour le SSC Napoli, petite équipe à l’époque, tout comme pour la ville qui l'accueille, Maradona deviendra l'espoir d'un changement pour cette dernière, méprisée par le reste de l'Italie, comme en témoignent la virulence et le racisme des banderoles à son égard pendant les matchs de foot.
On aurait espéré que ce rapport entre la réputation de la ville et de son équipe conduise à aborder, à travers le destin du sportif, les problèmes socio-économiques d’une Naples gangrenée par la mafia, d’autant plus que de nombreuses archives, mobilisées dans l’œuvre, révèlent les liens d’amitié entre Maradona et le clan des Giuliano, une des branches de la Camorra. Malheureusement cette piste, quoique présente en filigrane, n’est exploitée que superficiellement: seules les conséquences de ces rapports dans la carrière du sportif sont finalement considérées. Là résident les faiblesses de ce documentaire qui évoque trop rapidement des éléments contextuels - les bidonvilles, la guerre des Malouines, la mafia - pour saisir leur impact sur la psychologie du protagoniste, en établissant des liens de cause à effet pas toujours certains.
Aussi, une volonté d’alimenter le mythe, comme souvent dans les biopics, autour de la star argentine (en faisant par exemple reposer uniquement sur ses épaules la victoire ou la défaite des matchs) oriente le discours sur le caractère surhumain et dichotomique du joueur, que la célébrité menace d’anéantir. Il n’empêche qu’on se laisse captiver par le destin de cet homme pour lequel on éprouve malgré tout de la sympathie, l’œuvre le construisant comme une victime de la pression médiatique, responsable de sa trajectoire destructrice.
Sabrina Schwob
|Nom||Notes|
|Sabrina Schwob||15|
|Noé Maggetti||15|
|Kevin Pereira||15|