Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07106.jsonl.gz/503

Le juge Daniel Devaud a convoqué, lundi et mardi, les patrons de Mabetex et Mercata, les deux sociétés suisses impliquées dans le «Kremlingate». Au même moment, la presse russe accuse Viktor Tchernomyrdine d'avoir, lui aussi, touché des pots-de-vin.Ce contenu a été publié le 27 juin 2000 - 12:37
Viktor Tchernomyrdine est un homme que rien n'atteint. L'ancien premier ministre russe a réagi par la plaisanterie et le bluff aux affirmations de Novaïa Gazeta.
Connu pour ses scoops détonants en matière d'affaires politico-financières, l'hebdomadaire révèle dans sa dernière édition que Viktor Tchernomyrdine serait impliqué dans l'enquête ouverte par le juge genevois Daniel Devaud sur Mabetex et Mercata Trading.
Novaïa Gazeta rappelle que ces deux sociétés basées à Lugano, qui ont participé à la rénovation du Kremlin, il y a cinq ans, auraient versé des commissions de plus de 60 millions de dollars à des hauts responsables russes.
Selon un policier genevois, dont Novaïa Gazeta ne relève pas l'identité, la société Mercata Trading aurait viré, entre décembre 1992 et mars 1998, plusieurs dizaines de millions de dollars sur les comptes de l'ancien premier ministre Viktor Tchernomyrdine. Toujours selon ce même policier, une dizaine de personnes en tout devraient être mises en examen dans cette affaire.
Invité lundi soir sur la chaîne privée NTV, Viktor Tchernomyrdine, tout sourire et plein de morgue, a rétorqué que les affirmations de Novaïa Gazeta étaient des «bêtises» et qu'il n'avait jamais eu de comptes en Suisse. Pour lui, tout cela ne serait qu'une vaste opération de déstabilisation de la Russie.
L'ancien premier ministre russe est confiant. Et pour cause: il sait que la marge de manœuvre du parquet de Genève est limitée par l'attitude du parquet général de Russie. Ce dernier aurait en sa possession tous les documents nécessaires pour progresser dans l'affaire Mabetex et Mercata.
Mais le dossier est sciemment laissé de côté, voire oublié. Parce que la justice russe est totalement inféodée au Kremlin. Le dernier procureur général de Russie qui a essayé, voici deux ans, de faire honnêtement son travail s'appelait Youri Skouratov. Depuis il a été renvoyé.
Piotr Smolar, Moscou