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Même Mozart était tombé dans l’oubli tout au long du XIXe siècle, aussi le XXe siècle ne se priva-t-il pas d’infliger le même supplice à Imre Széchenyi (1825-1898), un compositeur hongrois connu en son temps principalement pour ses compositions pour le piano.
Issu d’une famille de la haute aristocratie hongroise, Imre Széchenyi naît à Vienne où son père Ludwig exerce la charge de Oberhofmeister à la cour, si bien qu’Imre grandira en familier de l’empereur François-Joseph et de son frère Maximilien, l’éphémère et infortuné empereur du Mexique. Comme il est d’usage dans son milieu, il voue sa carrière au service de l’Etat. Il a le choix entre les armes et la diplomatie ; ce sera la diplomatie qui le verra occuper des postes dans les principales capitales de l’Europe et représenter son pays enfin en qualité d’ambassadeur à Berlin auprès du Reich allemand nouvellement créé.
Enfant, il bénéficie à Vienne d’une éducation musicale de premier plan tant comme interprète que comme compositeur et se révèlera bientôt un excellent pianiste. Pourtant, Széchenyi n’est pas un simple gifted amateur car il se distingue comme un compositeur dont la musique est sa passion mais pas son activité principale, son violon d’Ingres en somme.
Lié avec les compositeurs de son temps, Franz Liszt et Johann Strauss, il compose des pièces pour piano, des Lieder et plus tard des quatuors à cordes et des œuvres pour orchestre. Tant Liszt que Strauss qui l’estiment, intègrent du reste volontiers les œuvres de Széchenyi lorsqu’ils se donnent en récital.
Les vicissitudes de l’histoire hongroise au XXe siècle ont pour un temps effacé Széchenyi de la mémoire culturelle européenne. L’association familiale Széchenyi, qui a pu se constituer après 1989, et son président Kálmán Széchenyi, ont entrepris notamment de faire revivre non seulement la mémoire mais la musique d’Imre.
C’est désormais chose faite avec l’enregistrement et la publication de deux CDs. Le premier, publié en 2014, dont le titre Forgotten Compositions, indique bien l’intention de réparer un oubli, ou mieux de restaurer une mémoire, comprend une sélection de Lieder et de dances, polkas et mazurkas, qui en son temps avaient fait la renommée de leur auteur. On en trouve de larges extraits sur YouTube, par exemple:
Le deuxième, paru ces jours-ci, se distingue par la qualité de son interprétation. S’il reprend à nouveau des Lieder, on est frappé par la distinction des auteurs des textes, Pierre-Jean de Béranger, un chansonnier reconnu à son époque, Charles-Guillaume Etienne, un auteur dramatique à succès et enfin Victor Hugo, tous trois contemporains de Széchenyi. A ces pièces s’ajoutent des poésies en allemand dues à la plume de Joseph von Eichendorff ou encore à celle de Christian Friedrich Daniel Schubart et qui toutes témoignent du talent de Széchenyi à les mettre en musique.
Les lecteurs de La Ligne Claire qui comprennent l’allemand pourront suivre l’excellente recension qu’en a fait Hans Ackermann à la radio allemande Rundfunk Berlin Brandenburg (RBB24).
Bel exemple de musique romantique, le CD offre à ses auditeurs une interprétation digne d’un concert d’une soirée musicale dans un salon de l’aristocratie.
Admis à la retraite, Imre Széchenyi se retira sur sa propriété de Horpács. Il y a quelques années encore, La Ligne Claire avait pu pénétrer dans le grand salon dont les fenêtres offraient une belle perspective sur le parc à l’anglaise que des années d’abandon étaient venues gâcher ; puis, en pressant la poignée d’une porte mal huilée, on pénétrait dans le fumoir où, parmi les reliefs d’une exposition consacrée à la culture de la betterave, on découvrait le piano sur lequel Imre et Franz Liszt avaient émerveillé leur monde.