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Les héritiers de deux victimes de l’Holocauste obtiennent 26,45 millions de francs d’indemnisation de la part des banques helvétiques.
Il s’agit de la somme la plus importante déboursée dans le cadre de l'accord entre organisations juives et banques suisses accusées de confiscation d'avoirs juifs.
En 1998, UBS et Credit suisse Group ont passé un accord global avec les organisations juives-américaines. Les deux géants bancaires helvétiques s’engageaient à mettre à disposition 1,25 milliards de dollars pour indemniser les titulaires et héritiers d’avoirs en déshérence déposés chez elles durant les années de guerre.
Les deux banques ont depuis publié les noms de plus de 24'000 titulaires et héritiers potentiels. 306 millions de francs (254 millions de dollars) ont été versés jusqu’ici par la «Claims Conference» chargée de cette mission.
C’est dans le cadre de cet accord qu’un juge américain a accordé 26,45 millions de francs (21,9 millions de dollars) à quatorze parents de deux victimes du nazisme. Le tribunal américain note que la somme en question est «unique» par son ampleur.
Maria Altmann s’est chargée de déposer la demande de dédommagement. Aujourd’hui âgée de 89 ans, elle agissait au nom des héritiers de deux grands actionnaires de l’ÖZAG, une société autrichienne active dans l’industrie sucrière.
Accord violé par la banque
Avant même l’Anschluss de 1938, persécutés en raison de leur origine juive par les nazis, Ferdinand Bloch-Bauer (oncle de Maria Altmann) et Otto Pick avait passé un accord avec une banque suisse pour y transférer leurs titres.
Après ledit rattachement de l’Autriche à l’Allemagne nazie, cette banque a violé l’accord en question, estime le tribunal américain. Contre la volonté des deux hommes, leurs actions ont été vendues à un homme de paille des nazis pour des miettes de pain.
Techniquement, l’expropriation de l'ÖZAG a été conduite de manière systématique par les nazis. Ces derniers ont utilisé une procédure pour fraude fiscale qui, plombant le prix des actions de l’entreprise, leur a permis de s’en emparer aisément.
Aux yeux du tribunal, «s’étant présentées auprès des juifs d’Europe comme un lieu sûr pour leurs avoirs, les banques suisses ont de manière répétée remis les biens appartenant à des juifs aux nazis afin de se faire bien voir de ces derniers».
Archives familiales
Le tribunal constate que ce cas illustre «la trahison de leurs clients juifs par les banques suisses» et la stratégie nazie d’accaparement des biens juifs «allant du vol pur et simple à des ventes forcées faites sous la pression de fonctionnaires des impôts serviles et de banques déloyales agissant sous le couvert de «la loi».
La décision du juge américain repose non sur la preuve des droits de la famille sur les comptes - que les banques suisses «reconnaissent avoir entièrement détruits», note le tribunal - mais sur les archives et autres documents familiaux.
swissinfo et les agences
Faits
Le versement de 26,45 millions de francs (21,9 millions de dollars) décidé mercredi est le plus important consenti par les banques suisses en lien avec les victimes de l’Holocauste.
Il intervient dans le cadre de l’accord entre banques suisses et organisations juives en 1998 (1,25 milliards de dollars).
Jusqu’ici, 306 millions de francs (254 millions de dollars) ont été versés.
Le montant moyen des versements se situe autour des 130'000 dollars.