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Cadre et composition magnifiques. Plan presque comparable à un tableau. Cinq personnages dans une barque. Deux hommes qui parlent et s'agitent, l'air joyeux, une femme et sa petite fille (du moins peut-on le supposer) regardant l'eau, et une autre femme, debout, pilotant l'embarcation. La surface de l'eau est plane, le fond nébuleux, presque irréel et en tout cas absolument pas réaliste. On a souvent comparé l'esthétique de Mizoguchi dans Les Contes de la lune vague après la pluie à celle d'un Murnau dans Sunrise (L'Aurore), sommet d'un art issu de l'expressionnisme allemand. A titre d'exemple, voici un plan de Sunrise (ci-contre). Il y a effectivement quelque chose, une manière de rime entre deux oeuvres réalisées à 26 ans d'écart. 1953 pour Les Contes..., 1927 pour Sunrise. La parenté entre les deux images est pourtant évidente.
Les Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu Monogatari) s'inspire d'un roman de Ueda Akinari, mais aussi de différents contes de Maupassant. Il se situe dans la dernière période de Kenji Mizoguchi (décédé en 1956), qui est aussi celle qu'on connaît le mieux. Il faut dire que bon nombre de ses films des débuts, dans les années 20, sont aujourd'hui irrémédiablement perdus. Tragédie teintée de fantastique, Les Contes... dépeint également un Japon du XVIe siècle consumé par la guerre. D'un scénario touffu et universel, Mizoguchi tire une oeuvre moderne aux fulgurances poétiques inépuisables. Présenté à la Mostra de Venise en 1953, le film y remportera un Lion d'argent, ex-aequo avec cinq autres films. Cette année-là, le Lion d'or ne fut pas décerné.
Les Contes de la lune vague après la pluie passe en ce moment aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du Festival Archipel.