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Une transition néolithique pas comme les autres
En Afrique, la domestication des plantes et des animaux a suivi des trajectoires originales, en grande partie indépendantes de celles du Proche-Orient et de l’Europe. Pour Anne Mayor, maître d’enseignement et de recherche à l’Unité d’anthropologie (Faculté des sciences) et coorganisatrice de l’exposition Afrique, 300 000 ans de diversité humaine (lire encadré ci-contre), on peut décrire cette évolution en trois actes.
«Le premier commence au Xe millénaire avant notre ère, explique-t-elle. À cette époque, la région du Sahara et du Sahel commence à bénéficier d’un climat plus humide et se couvre d’une vaste prairie. Les populations occupant ces territoires et qui sont indéniablement des chasseurs-cueilleurs se mettent à produire des céramiques dont on a retrouvé la trace notamment au centre du Mali. On ignore l’usage de ces objets mais on suppose qu’ils ont pu servir dans le cadre de la préparation des graines de graminées sauvages qui poussent en abondance.»
Éleveurs-cueilleurs
Dans un deuxième temps, au VIIe millénaire avant notre ère, dans le nord-est de l’Afrique, l’élevage fait ses premiers pas. Les moutons et les chèvres sont sans aucun doute originaires du Proche-Orient mais la question est moins claire pour les bovidés. La domestication de ces derniers aurait pu être obtenue à partir d’aurochs locaux, bien qu’il manque des données pour le prouver. Quoi qu’il en soit, les plaines herbeuses allant de la Mauritanie à la Libye sont traversées par des populations mobiles qui adoptent un système original alliant l’élevage et la cueillette intensive de graminées sauvages. Des éleveurs-cueilleurs, en somme, un statut qui ne colle pas avec la transition néolithique observée ailleurs, notamment au Proche-Orient et en Europe.
L’élevage se diffuse d’est en ouest mais pas vers le sud. Il est probable que le climat trop humide qui y règne favorise la prolifération de la mouche tsé-tsé, vectrice de la maladie du sommeil qui ravage les troupeaux.
Du Soudan à l’Inde
L’acte III, lui, correspond à l’agriculture proprement dite. La première plante domestiquée en Afrique est le sorgho, identifié dans un site de la savane soudanaise datant du IVe millénaire avant notre ère. Le savoir-faire qui se développe sur place et de manière indépendante du Proche-Orient s’exporte avec succès: peu de temps après, on en retrouve des traces en Inde.
Vers 2400 avant notre ère, dans le nord du Mali et le sud de la Mauritanie, commence la culture du petit mil, une céréale fondamentale pour l’Afrique de l’Ouest. Quelques siècles plus tard, à l’instar du sorgho, elle se retrouve elle aussi en Inde.
«Il est possible que la pression climatique ait contribué au passage à la domestication des plantes, suggère Anne Mayor. Le climat devient en effet progressivement plus aride, les graminées sauvages sont peut-être moins abondantes et ne suffisent plus à nourrir les populations.»
Dès lors et jusqu’en l’an mil, l’Afrique – et particulièrement l’Afrique de l’Ouest – se distingue par la domestication de nombreuses autres plantes dans différentes zones écologiques: la pastèque (sahel), le fonio, le riz africain, les haricots et le baobab (savanes boisées), le palmier à huile et l’igname (forêts), etc. Les recherches archéobotaniques et génétiques se poursuivent afin de préciser ce champ d’investigation encore peu développé en Afrique. —