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21.02.2003 - Article
La révolution verte a tourné au cauchemar
Cela devrait alerter tout le monde - gouvernement, population et organisations de la société civile. À Karachi, la plus grande ville du Pakistan, la pollution peut vous frapper dans les endroits les plus inattendus.Trois garçons de dix ans en ont fait la triste expérience: ils ont été brûlés au troisième degré alors qu'ils jouaient dans un étang. L'eau contenait des déchets toxiques.Hashim Abro. Selon les premiers rapports médicaux, les garçons risquent de perdre leurs jambes en raison des brûlures provoquées par les fortes concentrations d'acide sulfurique. C'est ce qu'a rapporté le Daily Dawn sous le titre «Tragédie des déchets toxiques». Cet accident est survenu juste après que l'Agence pakistanaise de la protection de l'environnement (EPA) avait lancé cette mise en garde: quelque 2000 tonnes de pesticides hautement toxiques, entreposés à travers le pays, représentent une grave menace pour la population. Importés par le ministère de l'agriculture il y a 40 ans, ils sont aujourd'hui périmés et se sont transformés en décharges de déchets toxiques. Entre-temps, la plupart de ces produits ont été interdits au niveau mondial en raison du risque qu'ils représentent pour la santé humaine.
Les pesticides étaient destinés au traitement des cultures. Ils ont été entreposés, en grande partie sous forme liquide, dans des hangars réservés aux produits phytosanitaires. Mais au fil des années, les récipients, attaqués par leur contenu hautement corrosif, ont commencé à fuir et à polluer gravement les environs.
Le quartier de Malir, au centre de Karachi, abrite « la décharge la plus toxique du monde» : de grands fûts remplis de pesticides y sont empilés depuis 25 ans. Certains de ces produits sont extrêmement dangereux. C'est le cas du Kelthane, un insecticide de la famille du DDT, qui attaque le système nerveux. Il est associé à de nombreux cancers et à diverses malformations.
Le problème des pesticides est apparu peu après la prise du pouvoir par le général Ayub Khan en 1958. Les premières livraisons sont arrivées des États-Unis à la fin des années 50. Le Pakistan n'était pas le seul pays à miser sur les pesticides américains. Sous la pression des agences internationales de développement, des fabricants et des États-Unis, nombre de pays en développement avaient alors embrassé la «révolution verte», qui devait leur assurer l'autonomie alimentaire grâce à une agriculture intensive et chimique.
Une étude menée en 1999 au Pakistan a dénombré 300 décharges, officiellement appelées «entrepôts », qui contiennent des pesticides périmés. L'étude conclut que le pays n'a pas les moyens de résoudre ce problème, lui qui peine déjà à gérer ses déchets ordinaires. La plupart des ordures finissent en effet dans les terrains vagues ou dans les cours d'eau. L'industrie pollue sans être inquiétée. À Karachi, 3 pour cent seulement des entreprises répondent aux normes internationales sur le traitement des déchets. L'EPA, qui a tiré la sonnette d'alarme, se voit reprocher de ne pas mettre fin à de tels désastres.
Pour le quotidien Dawn, la conclusion s'impose d'elle-même: «Les services chargés de surveiller l'assainissement, les émissions industrielles, l'élimination des déchets et les atteintes à l'environnement ne font pas leur travail correctement. Cependant, si l'administration ne réagit pas, on ne peut guère en attendre plus des organes chargés de contrôler la situation et d'engager des actions préventives ou pénales, conformément à la loi de 1997 sur la protection de l'environnement.»
Un grand écrivain local résume cette tragédie: « J'ai vu des enfants appliquer une nouvelle méthode de pêche.Ayant trouvé des pesticides, ils les jetaient dans un étang. Peu après, des poissons morts remontaient à la surface. Les enfants les ramassaient et les apportaient à leur mère pour qu'elle puisse préparer le repas! »