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Secoué par une crise majeure, le groupe helvético-suédois se dit victime du marasme économique. Et des coûts liés à ses procès aux Etats-Unis.Ce contenu a été publié le 22 octobre 2002 - 16:38
Mais le fiasco de son expansion en Corée du Nord prouve que ABB a aussi commis des erreurs stratégiques.
Jurgen Dormann, président de ABB, n'a pas d'état d'âme. La chute de 62% de son bénéfice à 101 millions de dollars au premier semestre 2002, il la met sur le dos d'une reprise qui se fait attendre. Tout comme l'effondrement de son titre qui a perdu les trois quarts de sa valeur boursière.
Aujourd'hui, il est forcé de réviser, une fois de plus, à la baisse son bénéfice pour l'ensemble de l'exercice en cours. Les investisseurs expriment tout le mal qu'ils pensent de son incapacité à restructurer le groupe en faisant plonger son titre à la Bourse suisse.
Procès de l'amiante
Ils craignent une répétition de l'histoire. En 2001, ABB avait perdu 691 millions de dollars. Le groupe avait dû supprimer plus de 10 000 emplois à travers le monde.
Ses problèmes sont aggravés par le coût des procès liés à l'amiante aux Etats-Unis. Ceux-ci surpassent la valeur des actions de sa filiale américaine Combustion Engineering.
Pourtant, la crise de ABB ne s'explique pas seulement par ses ennuis avec la justice américaine ou la conjoncture mondiale. Les différents patrons du groupe helvético-suédois ont aussi commis des erreurs stratégiques.
La preuve par la Corée du Nord. Il y a près de deux ans, son président de l'époque Goran Lindahl annonçait, à Pyongyang, un ambitieux accord de coopération à long terme pour la modernisation des besoins en énergie du dernier régime stalinien de la planète.
Deux réacteurs nucléaires
«ABB misait, entre autres, sur la livraison par les Etats-Unis à la Corée du Nord de deux réacteurs nucléaires à eau légère en échange du gel de son programme atomique à vocation militaire», observe un analyste de UBS Warburg à Tokyo.
«Le groupe d'ingénierie pensait que la banque mondiale allait financer cette mise en place d'un réseau de distribution d'énergie électrique adéquat», ajoute-t-il.
ABB devenait l'unique grande multinationale à ouvrir un bureau de représentation à Pyongyang. Sans grand résultat visible jusqu'ici. Bien au contraire.
Depuis que la Corée du Nord a avoué avoir poursuivi un programme d'armements atomiques en dépit d'un accord passé avec les Etats-Unis sur la livraison de deux centrales nucléaires à eau légère, le gouvernement américain vient de déclarer que «cet accord cadre était, de facto, tombé en ruine.»
Et, mardi à Tokyo, le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi assure que le Japon ne servira pas de banquier de la Corée du Nord tant qu'elle n'aura pas renoncé a produire des armes de destruction massive.
Plus dangereuse que l'Irak
Le bureau de représentation de la Corée du Nord à Pyongyang a-t-il, alors, encore une raison d'être? Sans doute pas, ABB était prêt à perdre de l'argent pendant des années en Corée du Nord avant d'en gagner.
Aujourd'hui, il n'en a plus les moyens. «Son endettement atteignait encore plus de 5 milliards de dollars a la fin juin», note le même analyste de UBS Warburg. ABB a promis de l'abaisser à 1,5 milliard de dollars d'ici à la fin de l'année.
A Zurich, un porte-parole du groupe d'ingénierie helvético-suédois admet que l'accord passé avec la Corée du Nord ne s'est pas traduit par «un volume d'affaires significatif». Et que ABB est en train de «revoir sa stratégie à l'égard de ce pays, même si son bureau de Pyongyang reste ouvert pour le moment».
Personne, en Extrême-Orient, n'a jamais compris pourquoi ABB avait accepté de pactiser avec un régime stalinien qui constitue, toujours, une menace pour cette région du monde.
L'ancien secrétaire d'Etat américain, Henry Kissinger, a récemment déclaré dans le Washington Post que «la Corée du Nord est plus dangereuse que l'Irak».
En 1994, les Etats-Unis avaient même envisagé de bombarder un site nucléaire nord-coréen. Ce projet d'attaque prévoyait plusieurs dizaines de milliers de morts.
swissinfo/Georges Baumgartner à Tokyo
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