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Le premier roman du célèbre Isaac Asimov (1920-1992) avait pour titre Pebble in the Sky (1950); il évoquait, entre autres choses, un modeste tailleur de Chicago, appelé Joseph Schwartz, soudain transporté dans un futur au sein duquel l'humanité peuple toute la galaxie, et y a créé un empire. La Terre n'est plus qu'une planète excentrée et provinciale qui est la seule à croire qu'elle est à l'origine des êtres humains: les savants distingués de la capitale, Trantor, pour la plupart le nient, préférant imaginer que l'humanité est née en même temps sur plusieurs planètes.
Le livre est donc plein d'humour, mais un trait remarquable est que le héros, Schwartz, se voit soumis à des expériences, et qu'il en développe un pouvoir psychique étonnant, lui permettant de contrôler les corps à distance. Il en use afin d'étouffer un complot des Terriens contre le reste de l'humanité: ivres d'orgueil, ceux-ci veulent se venger du mépris où ils sont voués et redevenir les maîtres de l'univers en infectant la galaxie d'un virus auquel ils sont accoutumés, mais dont la force a été décuplée par la radioactivité permanente de leur planète: reste d'entreprises incontrôlées du passé. Joseph Schwartz comprend néanmoins que ce n'est pas une solution!
Il est donc devenu une sorte de super-héros, en mutant. Et il utilise ses super-pouvoirs pour le bien de tous. Le lien avec les personnages de Stan Lee est patent. Asimov était du reste, comme la plupart des auteurs de comics, un juif ashkénaze installé à Brooklyn. Le lien entre la surhumanité et le progrès matériel avait circulé dans le romantisme allemand, et entrait sans doute en résonance avec des thèmes fondamentaux du judaïsme: les rabbins décrivaient parfois le messie comme un homme providentiellement doué de pouvoirs exceptionnels, et mettant ceux-ci au service d'Israël, c'est à dire de l'humanité. Et puis les robots d'Asimov ont un lien indéniable avec le Golem.
À vrai dire, dans le livre, les pouvoirs psychiques de Joseph Schwartz sont justifiés d'une manière qui ne me convainc pas: il prétend que les forces du cerveau dépassent les limites de la tête et entrent dans les corps d'autrui. Or, j'ai du mal à saisir la force propre au cerveau en dehors du corps humain, au-delà de la capacité à éclairer les actions qu'on effectue. Je crois que sa force volontaire est davantage liée au sang qui l'irrigue. De fait, quand on cherche à scruter son action, on observe en réalité les mouvements du sang, lequel on postule être une sorte de carburant. J'y crois cependant peu, et attribue au sang plus d'importance. Il aurait fallu, selon moi, faire dépasser à la volonté les limites du corps de Joseph Schwartz par le biais du sang: c'est ce qu'on trouve dans les histoires de vampires, curieusement, et on peut imaginer un nuage rouge, autour de la personne capable de contrôler les objets à distance.
La conscience néanmoins ne peut alors pas se poursuivre telle qu'elle est à l'intérieur du crâne. Car même si la pulsion initiale vient du sang, comme je le crois, le cerveau n'en est pas moins l'organe par lequel elle parvient à la conscience. C'est pourquoi les histoires de possession telles le Horla font surgir, dans une sorte de flux psychique magnétique, des êtres dissimulés dans l'inconscient. Et même si Joseph Schwartz est dans une sorte d'état de rêve, dans ce futur qui ne lui est pas propre, cela ne m'a pas paru suffisant pour rendre son pouvoir crédible. Il aurait fallu, je ne sais pas, que le cerveau puisse éclairer ces actions placées à l'extérieur de soi, par une disposition spéciale; mais dire que la force volontaire émane de la tête d'une façon miraculeuse me semble inadéquat.
Cependant, dans ce mélange de pressentiment génial et d'idées simplistes, Asimov justement rejoint les comics.
J'ai de toute façon aimé son récit, il m'a saisi. Le sens moral de l'auteur est sa force. Même au sein d'un futur extraordinaire, il continue de l'exercer avec netteté. Si paradoxal, pour quelqu'un qui se disait avant tout scientifique, et agnostique!