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Les désenchantements de Batlik se font plus poétiques que caustiques
Anti-héros revendiqué de la chanson au goût marqué pour les contre-pieds depuis quinze ans, le Français Batlik semble s'être décidé à pousser le bouchon un peu moins loin. Quoique.
Après avoir notamment chanté la vendetta amoureuse d'un type qui couche avec la mère et la fille de son meilleur ennemi ("Désir de vengeance" sur l'album "Mauvais sentiments" en 2014), le chanteur a imaginé son nouveau répertoire en écho aux écrits du philosophe nihiliste, poète et écrivain roumain Emil Cioran. Un auteur qui, comme Batlik, s'est volontairement mis à l'écart du milieu qui l'abrite et le diffuse.
"J'ai connu Cioran à travers une phrase qui exprimait son placement philosophique. Elle disait que sa pensée n'était pas systémique. Dans sa philosophie, il revendiquait le fait de pouvoir affirmer quelque chose et son inverse l'instant d'après. Changer d'avis était donc aussi un système philosophique valable", explique Batlik à la RTS.
Sans dieu mais en compagnie de son nouveau maître à penser, Batlik continue ainsi de tracer sur son propre label sa voie singulière, moins corrosive ici certes mais pas moins captivante. Il reprend à son compte la citation de Cioran qui disait que "rater sa vie, c'est accéder à la poésie sans le support du talent" pour évoquer quelques déboires, coups du sort et blessures de l'âme.
Lassitude du désir
Il en livre dix échappées belles poétiques plutôt que cyniques, qui défient avec humour les contingences de la vie mais se révèlent encore pleines de désenchantement et de mélodies alanguies entre guitares, basse, cuivres, choeurs et motifs exotiques/africains chaloupés.
Qu'il chante le "triste sort" dans "Promenades", "à quoi bon vivre sans aimer/à quoi bon vivre sans tomber" sur "Madeleine" ou "il faudra faire avec le manque souvent (...) Trouver une façon de vivre sans" dans "Seulement" en compagnie de Don Cavalli, plutôt habitué au groove délétère du bayou, il est aussi souvent question de sentiments dans cet "Art de la défaite" qui a su positivement métamorphoser l'échec. Même si c'est la lassitude du désir plutôt que d'exultation des corps et l'exaltation des coeurs qui est évoquée.
La causticité de Batlik s'est pour la première fois atténuée et le résultat n'en est pas moins bon. De quoi interroger Batlik à l'avenir peut-être, à la lumière de Cioran ou non.
Olivier Horner
CD: L'art de la défaite (A Brûle Pourpoint).
Batlik en concert à Bienne, Nebia Poche, le me 2 octobre à 20h.
Publié le 02 octobre 2019 à 10:14