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Le texte le plus ancien qui mentionne le nom d'Altishofen, à l'époque Alteloshoven, est conservé dans les archives de l'abbaye bénédictine d'Engelberg dans le canton d'Obwald, il est daté du 2 Janvier 1190. Ce texte écrit en latin dit que: « Heinrich originaire de Buochs (canton de Nidwald) lègue à l'abbaye d'Engelberg un bien à Alteloshoven et veut que la dime serve à la mémoire de son oncle Ulrich, moine à l'abbaye de Stans (canton de Nidwald), de son père Kisilbert et de sa mère Richerza, par de saintes messes: la messe des morts, celle des pauvres et celle en souvenir des cloches. Les redevances devront servir à nourrir les frères ainsi le donateur sera appelé à la vie éternelle» Cela se passait en 1190 au monastère Sankta Maria d'Engelberg sous l'abbé Berthold Friedrich étant curé de Stans.
De cette époque, nous ne savons rien sur l'endroit, ni sur les rapports seigneuriaux et politiques. Nous savons seulement que cette région appartenait au Saint Empire Romain Germanique et que les comtes d'Argovie, puis de Kybourg et enfin les Habsbourg étaient les véritables seigneurs. Seul un petit nombre de terres avait rang de seigneuries nobles, comme Kasteln ou Altishofen-Altbüron qui appartenaient aux seigneurs d'Altbüron, mentionnés dés 1130 sous le nom d'Altpurron.
Gravures de la Topographie de David Herrlibergers. 1758
La famille de Balm
Peu après 1200, cette possession revient, par héritage aux seigneurs de Balm ou Palma qui sont originaires d'une commune du même nom près de Soleure. La chronique de la Flumenthal rapporte que la famille s'appelle d'abord « von der Hüli » qui vient de von der Höhle, en français «de la caverne » parce qu'ils habitent un endroit qui n'est pas encore un château fort mais une grotte aménagée en château.
Au début du Xllleme siècle, ils résident près d'Altishofen-Altbüron où ils possèdent de grandes forêts, des terres, des droits de pêche dans les eaux de la vallée de la Wigger, des impôts sur de nombreuses communes et la basse juridiction.
La famille de Balm est très charitable en particulier, d'après Burkhard, pour l'abbaye de Sankt Urban (canton de Lucerne) fondée en 1194 à laquelle elle fait des dons très importants dés 1201, mais aussi pour les abbayes d'Ebersecken (canton de Lucerne) et d'Interlaken (canton de Berne). Rudolf 1er de Balm est déjà solidement implanté à Altbüron, c'est lui qui fonde la lignée importante des seigneurs de Balm. Il est le cofondateur, en 1274-1275, avec le riche seigneur de Zofingen, Jakob von Fischbach, de l'abbaye de femmes « Pura Vallis » (la vallée lumineuse) d'Ebersecken, sa soeur Mathilde en sera la première abbesse. Avec Rudolf II, le malheur atteint la famille et sera la cause de sa disparition. En 1306, le roi Albrecht, descendant des Habsbourg, empereur du Saint Empire Romain Germanique, lève une armée en Bohème, il s'intéresse beaucoup aux terres libres d'empire, l'Alsace, l'Argovie et la Forêt Noire possessions héréditaires des Habsbourg. Rudolf II de Balm, ses parents et certains nobles de la région ne se soumettent pas volontairement à cette levée. Craignant des représailles de l'empereur, Rudolf II rédige son testament par lequel il lègue la totalité de ses biens à son épouse, Klara von Tengen, issue d'une famille badoise de la région de Schaffhouse. Rudolf II revient indemne de la guerre, mais sur le chemin du retour, en 1308, il participe à la conspiration qui assassine l'empereur Albrecht à Windisch (canton d'Argovie) près du gué sur la Reuss. Pour lui succéder, on préfère son neveu Johann, duc de Souabe, à son fils, ce qui provoque des luttes avec des seigneurs locaux et laisse, pour longtemps dans la région, un fort sentiment anti-habsbourgeois. Après l'assassinat de l'empereur, Rudolf II de Balm se réfugie à Altbüron. Le lundi de Pentecôte 1309, le duc Léopold arrive devant la forteresse pour tirer vengeance du crime. Le régicide s'est enfui, mais son château est détruit après un siège de plusieurs jours, les quarante cinq hommes de la garnison sont décapités. Le pays ayant été mis au banc de l'empire fait retour au roi.
L'Ordre des Chevaliers Teutoniques
Le 3 août 1312 les seigneuries d'Altishofen et d'Altbüron et quelques petites localités du voisinage sont achetées par l'Ordre des Chevaliers Teutoniques. On a conservé, au château d'Altishofen, un acte en latin daté de Bâle le sixième jour avant la fête de Saint Thomas Apôtre 1312: « en présence de Berthold de Buchegg, commandeur de l'Ordre des Chevaliers Teutoniques en Alsace et en Bourgogne, et autorisé par son ordre, et en celle d'Otton, comte de Strassberg, par cet acte, la dame Klara de Palma, ayant pour curateur son père Conrad, baron de Tengen, vendit à l'Ordre des Chevaliers Teutoniques tous les droits, qu'en vertu de son contrat de mariage avec le baron Rudolf de Palma, elle exerçait sur les seigneuries d'Altburen et d'Altishofen, à Rot et autres possessions au-delà de la rivière l'Aar; elle vendit, en même temps, à Otton, comte de Strassberg, tous les droits qu'elle pouvait avoir au château de Palma, ou Luementhal (canton de Soleure) en deçà de l'Aar et qui appartenaient autrefois au seigneur de Palma, le tout pour la somme de deux cent quatre vingt marcs d'argent, poids de Zurich, somme qu'elle toucha. Cet acte est scellé du sceau de l'official épiscopal de Bâle et du sceau du baron de Tengen et de la dame la fille ». Le commandeur exerce la basse justice, tandis que la haute justice appartient au comté de Willisau. Le 6 Mai 1315, l'Ordre des Chevaliers Teutoniques acquiert aussi le droit de collation sur l'église d'Altishofen. Pendant la Réforme, le Conseil de Lucerne fait administrer Altishofen par des receveurs et des fonctionnaires jusqu'au 20 Mars 1542 où l'Ordre Teutonique rentre en possession de ses biens, mais le déclin de l'influence de l'Ordre et ses graves problèmes financiers l'obligent quelques années plus tard à vendre les seigneuries d'Altishofen et d'Altbüron.
La famille Pfyffer d'Altishofen
Le 14 octobre 1571, l'Ordre des Chevaliers Teutoniques vend à Louis Pfyffer (1524-1594), Avoyer de Lucerne, les seigneuries d'Altishofen et d'Altbüron pour la somme de 8000 couronnes au soleil. La seigneurie d'Altishofen est très étendue, elle est considérée comme la plus riche du pays lucernois. La même année, le Conseil de Lucerne confirme Louis Pfyffer dans toutes les possessions des seigneuries d'Altishofen et d'Altbüron avec la dime, la basse justice et le droit de collation sur l'église d'Altishofen et sur deux chapelles. Entre 1575 et 1577 il fait construire un château dans le style gothique tardif où point déjà le style renaissance, c'est un édifice de pierre avec une tour octogonale, ce bâtiment en impose à côté des autres constructions encore en bois. A cette époque, avec le «Rathaus» de Sursee, c'est le bâtiment profane le plus important du canton de Lucerne. Sous Louis Pfyffer d'Altishofen, les habitants jouissent d'une vie calme et la justice est rendue de façon bienveillante. Par testament il érige la seigneurie d'Altishofen en Majorat pour assurer la pérennité de la seigneurie d'Altishofen pour sa descendance.
Son successeur, son fils aîné Léodgard (1552-1624), né de son deuxième mariage avec Jakobea Segesser de Brunegg (+1589), s'endette rapidement, il donne des fêtes dispendieuses, il vend le château et la seigneurie d'Altishofen à ses deux demi-frères Christophe (1593-1673) et Johann-Ludwig (1594-1626), fils du troisième mariage de Louis Pfyffer d'Altishofen avec Maria-Salomée Bodmer (+1639). Johann-Ludwig décède à l'âge de 32 ans, en 1626, et ne laisse qu'une fille, Katharina, comme héritière, celle-ci est mariée à Karl-Hyerominus de Cloos à qui elle apporte la seigneurie de Mauensee que son père avait acheté. Son frère Christophe est alors le seul possesseur de la Seigneurie d'Altishofen et la lignée des Pfyffer qu'il fonde devient la branche aînée de la famille Pfyffer d'Altishofen.
De 1571 à 1849 dix membres de la Famille Pfyffer sont titulaires de la seigneurie d'Altishofen, cependant ils resteront toujours bourgeois de Lucerne. L'avant dernier seigneur d'Altishofen Jakob-Ludwig-Hartmann (1771-1845) n'a que 18 ans à la mort de son père Johann-Jost-Ignaz (1747-1789), il est incapable de gérer un tel domaine, de plus la révolution française fait ressentir ses effets jusque dans le pays lucernois ce qui ne facilite pas la tâche de l'héritier. En 1830, sous la pression des autorités de Lucerne il cède la direction du domaine à son fils aîné Heinrich (1800-1868) qui tente de redresser la situation, mais la présence de son père l'en empêche. En 1835, une nouvelle pression des autorités lucernoises obligent Jakob-Ludwig-Hartmann Pfyffer d'Altishofen à abandonner le Majorat au bénéfice de son fils Heinrich, celui-ci informe le Conseil de Lucerne de sa volonté de mieux diriger le domaine. II cherche à racheter les titres de son frère Coelestin (1801-1871). En 1836, sous l'impulsion du Conseil de Lucerne une solution familiale semble sur le point d'aboutir, mais au dernier moment une violente opposition de Coelestin remet en cause l'accord, il ne reconnaît plus le Majorat et pour comble de malheur, on ne retrouve pas aux archives de Lucerne le testament de Ludwig Pfyffer d'Aliishofen qui érigeait la seigneurie d'Altishofen en Majorat, un procès entre les deux frères est évité de justesse.
Le 29 Mai 1839, le Petit et le Grand Conseil de Lucerne se mettent d'accord pour abroger le majorat, malgré les protestations de neuf membres de la famille Pfyffer dont Coelestin qui est, en partie responsable de cette décision. A la fin de 1839, à la demande d'Heinrich, les procédures de vente sont engagées, mais en 1842, le château d'Altishofen et la majeure partie des terres appartiennent encore à la famille Pfyffer. C'est le 10 Mai 1849, lors d'une vente publique au Gasthaus « Löwen », provoquée par Coelestin, que la totalité des biens est vendue à la firme Gloggner-Hartmann et Cie de Lucerne. Mais Heinrich Pfyffer d'Altishofen, en tant que chef de la famille Pfyffer, fait une offre plus élevée et emporte la vente. Le 23 Août 1859, il revend les biens immobiliers à S. Kesselbach-Unterfingen de Lucerne pour la somme de 88 000 Francs. Celui-ci ne voit dans cette acquisition qu'une opération spéculative, très vite il vend les terres, et, son activité déclinant, il cède au fur et à mesure tous les biens du château qui se trouva bientôt dans un triste état.
La commune d'Altishofen propriétaire du château
En 1862, la commune d'Altishofen rachète le château, elle y installe, pour près de cent ans, un orphelinat et un asile pour indigent Dans les années 1980 le château et les dépendances ont été entièrement restaurés, le château sert de Rathaus à la commune d'Altishofen et certaines salles sont louées pour des cérémonies ou des fêtes.
Sources:
-Doris Fässler « Landsitze in der Luzerner Landschaft-Residenzen einer Führungssicht » (im Bauern und Patrizier Stadt und Land Luzern im Ancien Régime Lehrmittelverlag, Luzern 1986)
-« Festschift 800 Jahre Altishofen » (Einwohner und Kirchgemeinde Altishofen, 1970).
- Godet, Türler, Attiger, « Dictionnaire Historique de la Suisse » tome 1 (Attiger, Neuchâtel, 1921-1934).
- Histoire de la Famille Pfyffer tome 2 et tome 5. Laborde « Tableaux de la Suisse » (12 volumes, tome IX page 224, chez Lamy libraire à Paris, 1786).
- Anton Lingg « Altishofen Geschichte und Geschichten » (Rothenhaüsler Verlag, Stafe, 1988).
- André Meyer « Siedlungs und Baudenkmaler im Kanton Luzern » (Keller & Go, Druckerei und Verlag, Luzern, Vierte Auflage 1966).
Bibliographie