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Chronique, 28.06.13
Christophe Darbellay. Le président du PDC a tendance à polariser sur sa droite. Alors
que le parti aurait davantage d'intérêts stratégiques à continuer de se positionner au centre.
Le Parti démocrate-chrétien (PDC) subit un étiolement progressif de la base de son électorat historique. C’est ce que constate Urs Altermatt dans une contribution publiée dans l’ouvrage Voisinages et Conflits – Les partis politiques suisses en mouvement1. Le PDC recueillait aux élections nationales de 1971, dans sa totalité, 20,3% des suffrages. Quarante ans plus tard, aux élections de 2011, le même parti ne concentrait plus que 12,3% des votes. Soit une perte de 8 points, à raison de 2 points en moyenne par décennie. A noter qu’en 1991, le PDC totalisait encore 18% des suffrages. Le délitement de l’électorat s’est donc accéléré après la votation de 1992 concernant l’Espace économique européen (EEE) et la montée en puissance de l’UDC blochérienne. Là où le PDC souhaitait une adhésion de circonstance à l’EEE, une partie de ses électeurs, l’aile catholique conservatrice, ne voyait pas d’un bon œil cette position. Christophe Blocher, qui s’est vertement opposé à cette votation, a suscité un fort intérêt chez les catholiques et les bourgeois à tendances conservatrices et nationalistes. L’UDC est d’ailleurs passé de 11,9% des votes en 1991 à 28,9% aux élections nationales de 2007.
Mais ce détachement idéologique n’est pas la seule raison motivée par Urs Altermatt. Il met également en corrélation directe la fin du Kulturkampf (révision de la Constitution en 1874 aboutissant à l’introduction d’articles d’exception, expulsant notamment les jésuites et rendant inéligibles prêtres et religieux) et la sécularisation de la société. Globalement, les valeurs chrétiennes ne sont plus enseignées de la même façon aux nouvelles générations, et le désintérêt évident pour l’Eglise font qu’aujourd’hui, le PDC ne constitue pas le premier parti de référence pour les jeunes électeurs. A ce sujet, l’auteur rappelle que malgré une dépolarisation continue du PDC (historiquement catholique conservateur) pour un centre plus conciliateur, l’image du parti continue d’être associée au christianisme, et ce même si le parti a redéfini son approche confessionnelle dans son programme politique de 1971. La mémoire collective est tenace, et l’évolution des structures mentales plus lentes. La démocratie chrétienne, en plein changement structurel, doit faire face à de nouveaux défis, notamment l’arrivée sur l’échiquier politique du Parti bourgeois démocrate (PBD) et du Parti Vert’Libéral (PVL), se revendiquant tous deux du nouveau centre.
Les démocrates-chrétiens souffrent par ailleurs de leur tendance aux compromis. Un déficit de popularité dont Urs Altermatt attribue la responsabilité aux médias et autres commentateurs politiques, qui ont tendance à qualifier de «slalom politique» les capacités du PDC à créer des alliances sur sa droite et sur sa gauche. Pour l’auteur, les démocrate-chrétiens jouent un rôle charnier entre les différentes polarisations partisanes. Et c’est sur cet aspect qu’il doit continuer d’évoluer, tout en mettant en place les mesures essentielles à une désolidarisation de son image catholique, en abandonnant notamment le «C» qui constitue une jonction historique qui n’est plus d’actualité. Si je partage l’avis de l’auteur, il me semble difficile aujourd’hui pour le PDC de jouer la carte du centrisme, tant son président, en la personne de Christophe Darbellay, a tendance à polariser à droite ses prises de position. Pour qu’une évolution positive se fasse, le PDC devra nécessairement assumer sa nouvelle identité. Urs Altermatt va jusqu’à recommander une fusion entre le PDC et le PBD, qui partagent fondamentalement les mêmes valeurs, et se partageant tous deux un électorat catholique et protestant important.
Grégoire Barbey
1Sous la direction d’Olivier Meuwly et Oscar Mazzoleni parue aux éditions Slatkine (2013).