Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06926.jsonl.gz/531

La Chacha team a traversé la Manche25 octobre 2016
La Chacha team est un équipe composée de 8 jeunes filles étudiant dans des écoles internationales en Suisse. Elles ont traversé la Manche pour lever des fonds et attirer l’attention sur la fistule obstétrique. Elles sont la première équipe féminine en Suisse à réaliser cet exploit. Leila, élève IB à IIL, a répondu à nos questions.
Y a-t-il eu une sélection ? Si oui, quels étaient les critères ?
Oui, il y avait des critères pour être sélectionné. D’abord, il fallait savoir nager, bien sûr. Le premier email que j’ai reçu de la personne qui est plus tard devenue la responsable de l’équipe indiquait précisément que les participants devaient être de bons nageurs. De plus, les participants devaient être des filles dans l’adolescence.
Le deuxième critère, un test de capacité, était encore plus important que le premier. Le week-end du 4 et 5 juin 2016 avait lieu le test officiel qui nous permettait d’avoir le droit de nager dans la Manche. La Channel Swimming Association a un règlement très strict, chaque nageur doit prouver qu’il est assez fort pour le défi.
Normalement, le test pour une équipe de relais est de 2 heures hors d’une piscine, dans une eau à une température de moins de 15.5°c. Si on ne peut pas réussir cela, le droit de pouvoir nager dans la Manche n’est pas accordé. Pour nous pousser encore plus loin, nos entraîneurs (Kathy Batts et Kevin Murphy, surnommé « le roi de la Manche » nous faisaient nager 2 heures, nous accordaient une pause d’une heure, et puis on devait nager une deuxième fois pendant une heure. Ceci était la routine le samedi et le dimanche. Tout le monde a réussi.
Comment s’est déroulée la préparation ?
La préparation était longue. Le premier week-end au cours duquel toutes les filles se sont rencontrées était le jour du premier entraînement. Le samedi 2 avril 2016, nous avons nagé dans une piscine pendant 2 heures le matin, et 2 heures l’après-midi. Je me rappelle que Kathy nous a dit qu’on allait nager un 1000m sans s’arrêter, aucune de nous ne s’est plainte. Donc elle a demandé un deuxième, un troisième … et puis un quatrième. « C’est sûrement la fin », on s’est dit à chaque fois. Eh bien, non ! Elle nous a fait faire un cinquième 1000m. C’était fatigant, mais nous étions très fières de nous.
Le lendemain (3 avril), on a refait un entraînement de 2 heures le matin, et puis l’après-midi, on est allé au lac. Bien sûr, ce n’était pas pour l’admirer, mais pour nager dans l’eau qui faisait 7°c. Alors, je confirme qu’elle était très froide, l’eau. On s’est toutes tenu la main, et puis nous sommes rentrées dans l’eau en nous disant « je suis aux Caraïbes! ». On a nagé pendant 10 minutes.
Chaque week-end depuis celui-ci, nous nous sommes rencontrées aux Bains des Pâquis pour nager ensemble. A côté, nous devions continuer les entraînements avec nos clubs de natation.
Pendant deux week-ends en mai et juin, Kathy a emmené l’équipe en Italie, sur la côte ligue, à Santa Margherita (pour des entraînements dans de l’eau plus chaude que celle de Genève) et à Douvres (pour voir le bateau et nous entraîner dans le port). Malheureusement, je ne pouvais pas y participer, car j’étais soit en train de passer mes IGCSEs, soit en vacances à l’étranger.
Quand la date de la traversée approcha, nous avons dû intensifier nos entraînements. On devait nager chaque jour pendant une à deux heures, si possible dans des vagues. J’ai réussi à le faire pendant mes vacances en Sardaigne et en Corse. L’eau salée avec les vagues était parfaite.
La dernière étape de la préparation était la semaine avant la traversée. Pendant qu’on attendait la confirmation du capitaine qui devait nous informer du moment où les conditions seraient assez bonnes pour traverser, on nageait deux heures par jour dans le port. On faisait des aller-retour entre les murs du port. Les premiers jours, les vagues étaient puissantes et c’était une véritable bataille de nager contre elles. D’autres jours, il n’y avait pas de vagues, donc on faisait des jeux en nageant pour passer le temps.
A quoi pensiez-vous en nageant ?
En nageant, je pensais à plein de choses. Aux Bains des Pâquis, à la Sardaigne et à la Corse. Je pouvais voir le fond en nageant. Je regardais les poissons et les algues sous moi. A l’allée, je trouvais des points de repère, et au retour, j’ai essayé de les retrouver. Ce n’est pas si facile que ça de se retrouver quand le sol se ressemble partout!
Quand je ne pouvais rien voir (par exemple à Douvres), je pensais à des conversations récentes que j’avais eues, à des vidéos YouTube que j’aime bien et au thème qu’elles traitent, j’écoutais le son de l’eau autour de moi et mes respirations, etc. Ma respiration a créé une sorte de rythme et c’était plus facile de nager en suivant le rythme. Si je ne pensais à rien, ma tête était vide pendant un moment et puis elle commençait à chanter la chanson que j’ai le plus récemment écoutée.
Quand je m’entrainais pendant les vacances avant la traversée, je répétais ma chorégraphie de danse dans ma tête, et à chaque fois que je faisais une faute, je devais refaire la partie. Cela m’a pris une bonne demi-heure, car c’était difficile de se concentrer sur différents mouvements tout à la fois.
S’il y avait des vagues, c’était impossible de penser à autre chose, car on devait se concentrer sur la respiration pour ne pas avaler d’eau. De plus, c’était amusant de se sentir monter et descendre avec les vagues.
Quelles furent les plus grandes difficultés ?
La plus grande difficulté fut d’organiser le programme de huit adolescentes! Souvent quand on devait nager en groupe les week-ends, une ou deux n’étaient pas présentes à cause des études, de rhumes, etc. C’est plus difficile de trouver une date où chaque fille est présente, que de nager une heure dans la Manche!
J’ai certainement appris la persistance, la patience et que beaucoup de choses viennent avec le temps. L’organisation du bateau, des dates de départ, la recherche des donateurs ont duré très longtemps, environ quatre mois. Cela a demandé beaucoup de patience. Notre persistance, en temps que nageuses, a été un élément clé de notre succès. Si à n’importe quel moment, une nageuse s’était arrêtée et avait touché le bateau, tout le projet aurait échoué.
Un mot sur la cause défendue : la fistule obstétricale ?
La fistule obstétricale concerne les jeunes filles des pays défavorisés. Là-bas, c’est dans la culture d’avoir beaucoup d’enfants quand on est jeune, mais les corps des filles ne sont pas assez développés. A cause des conditions sanitaires dégradées, l’accouchement peut durer plusieurs jours et l’enfant est souvent mort-né. Le corps de la mère souffre de lésions internes, et ne peut pas contrôler ses fluides corporels. La mère commence à sentir mauvais, ce qui provoque son rejet de sa communauté et de sa famille.
Les dons générés grâce à la traversée de la Manche vont financer les opérations et 3 semaines de réhabilitation pour 166 filles; les dons de la traversée du Lac Léman vont financer l’éducation d’une future sage-femme dans un village, pour que les cas de la fistule obstétricale dans ce village soient réduits à zéro.
Un mot pour IIL ?
L’institut a aidé financièrement le projet, et je l’en remercie profondément.
La suite ?
Même avant d’avoir nagé dans La Manche, toutes les filles étaient motivées pour un deuxième challenge. On parlait des îles grecques, de la Corse à la Sardaigne, du détroit de Gibraltar, mais nous nous sommes décidées pour le Lac Léman, vu qu’on pouvait organiser l’événement pour le mois d’après. On a conquis le lac dans un temps de 23h 29m et 38s.
En 2017, j’espère qu’on va continuer à nager ensemble et réaliser un troisième projet.
Lien