Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07247.jsonl.gz/527

Depuis que les Suissesses ont obtenu le droit de vote en 1971, femmes et hommes s'opposent régulièrement dans les urnes, selon des données compilées par l'institut gfs.bern et le projet de recherche VOTO. Généralement plus à gauche, les votantes ont fait passer des changements politiques et sociaux que les hommes refusaient.
Sur 248 votations analysées par la RTS, les électrices ont dit 19 fois "oui" et les électeurs "non", ou l'inverse. Dans 12 cas, l'avis de la majorité féminine a scellé le résultat du scrutin. Pour trois autres objets, seul le vote des cantons a empêché les électrices d'imposer leur opinion majoritaire.
Des réformes portées par les femmes
Ainsi, ce sont les femmes qui mettront fin à la construction de centrales nucléaires, en 1990. Quatre ans plus tard, l'électorat féminin porte la norme antiraciste, qui condamne l'incitation à la haine ou à la discrimination en raison de l'appartenance raciale, ethnique ou religieuse. Idem pour les naturalisations facilitées.
Plus récemment, en 2014, les électrices ont encore fait barrage à l'achat de Gripen. Elles n'auront pas pu enterrer l'achat de nouveaux avions de combat, accepté de justesse l'an passé malgré le refus, là encore, d'une majorité de votantes. Selon Anke Tresch, professeure à l'Institut d'études politiques de Lausanne, ces résultats révèlent que "sur certaines thématiques, la différence entre femmes et hommes est perceptible: la protection de minorités, les affaires militaires, l'énergie atomique".
Différence sensible dans une votation sur deux
Les sondages réalisés après les scrutins révèlent une véritable différence de sensibilité entre les majorité masculine et féminine. Presque une fois sur deux, soit à 118 reprises, un écart significatif apparaît entre votantes et votants, en moyenne de 10 points de pourcentage. Dans des cas extrêmes, l'écart peut même dépasser 15 points, comme ce fut le cas pour la norme antiracisme.
Idem en 2020 lors de la votation sur l'initiative "multinationales responsables", acceptée par le peuple mais refusée par les cantons. Anke Tresch modère un peu l'importance du genre dans les résultats des votations, rappelant "qu'il y a des différences dans les votes féminins et masculins, mais moins déterminantes que les questions d'affinités partisanes, par exemple".
Moins à droite
Néanmoins, ce clivage influence le paysage politique suisse, y compris du point de vue du poids des partis. L'analyse des recommandations de vote des partis montrent que dans 85% des scrutins où la différence entre genres est tangible, les femmes votent plus à gauche que les hommes - lorsque que les partis ne sont pas unanimes. Elles adhèrent plus volontiers aux positions socialistes et écologistes, parfois alliées au centre.
"Depuis la fin des années 80, on constate une surreprésentation des femmes à gauche de l'échiquier politique", confirme la politologue Anke Tresch. Cette tendance marque une rupture avec les décennies précédentes, où l'électorat féminin, plus religieux, se montrait aussi plus conservateur. Ainsi, le premier "conflit" documenté entre votantes et votants, en 1978, voit ces dernières refuser la libéralisation de l'avortement, contre l'avis majoritaire des hommes.
À lire aussi sur ce sujet:
Jeunes femmes plus impliquées
L'implication des Suissesses dans la vie politique a aussi évolué. Selon Anke Tresch, l'écart de participation entre les sexes se réduit en ce qui concerne les votations, mais aussi les élections. "Les femmes votent lorsque les sujets sont concernants. Elles sont moins enclines à se mobiliser pour les élections, les échéances institutionnelles, encore largement dominées par les hommes", explique-t-elle, mais "cet écart s'efface par exemple chez les électrices de moins de 30 ans".
Tybalt Félix
>> Ecouter aussi l'épisode du Point J "Comment votent les Suissesses aujourd'hui":