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Les homicides à l'arme blanche sont de plus en plus fréquents, du moins en Grande-Bretagne. Bien souvent, le crime non prémédité n'est possible que grâce à la disponibilité d'un couteau de cuisine, une arme redoutable présente dans tous les foyers. Et si le couteau à viande atteint souvent les organes vitaux, c'est avant tout parce qu'il est pointu. S'il était rond, il traverserait difficilement les vêtements ou la peau. Conclusion : il faut interdire la vente de couteaux pointus. La proposition peut faire sourire. Elle est pourtant défendue avec conviction par trois urgentistes britanniques (BMJ 2005;330:1221-2), sur la base d'une enquête savoureuse sur l'utilité et l'histoire de la pointe du couteau.Aux origines de la pointeLes chercheurs ont notamment découvert que Louis XIV avait édicté en 1669 une loi demandant d'émousser l'extrémité de tous les couteaux pour lutter contre la criminalité. Ou que le couteau ne s'est démocratisé en tant que couvert que dans les années 1800, grâce aux progrès de la manufacture. La forme acérée était naturelle lorsque les couteaux étaient utilisés pour piquer les morceaux de nourriture. L'affûtage répété des lames rendait d'ailleurs tous les couteaux pointus. Mais aujourd'hui, la pointe semble répondre à la tradition plus qu'à une nécessité fonctionnelle.Enquête dans les cuisinesLes trois urgentistes ont interrogé dix chefs britanniques renommés et cinq cuisiniers des meilleures tables londoniennes. Aucun n'a pu citer d'opération culinaire pour laquelle une pointe serait indispensable à l'extrémité d'un couteau long. Certaines opérations sont réalisées de la pointe d'un couteau, mais aucune ne demande une lame de plus de cinq centimètres de longueur. Des fabricants de couteaux, interrogés eux aussi, ont reconnu que la forme des lames est avant tout traditionnelle. Aucun n'a pu donner de raisons fonctionnelles à la présence d'une pointe au bout d'un couteau de cuisine long.Ainsi, selon les auteurs, le passage au couteau rond ne menacerait ni la coutellerie ni l'art culinaire, mais préviendrait un certain nombre de décès. Et cela après quelques années seulement, la demi-vie d'un couteau de cuisine est évaluée à dix ans.