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BACHOFEN Johann-Heinrich (1821-1889)
Dessinateur, graveur, topographe, officier du Génie et architecte d’origine zurichoise et protestante.
Johann-Heinrich BACHOFEN naît le 18 mars 1821 à Nänikon, dans le canton de Zurich. Il est le fils de Johannes-Heinrich et de Barbara ALTORFER.
Doué pour le dessin, il a l’ambition de devenir peintre et suit une formation de dessinateur technique et de graveur qui orientera son parcours professionnel. En 1840 il collabore avec Ernst Heinrich MICHAELIS au lever topographique du canton d’Argovie. En 1841 il entre, en tant que dessinateur, au Bureau topographique fédéral créé à Genève, dès 1838, par Guillaume-Henri DUFOUR, alors chef de l’Etat-major général, chargé de l’établissement de la carte topographique de la Suisse au 1:100.000e, publiée entre 1845 et 1865.
D’avril à décembre 1842 Bachofen fait un premier séjour à Paris puis revient ensuite en Suisse pour compléter sa formation. En 1844 il devient graveur en taille douce et de 1845 à 1850 travaille comme topographe au Bureau topographique fédéral pour les levés des feuilles Madrissertal, Kippel, Castegna au 1:50.000e et du Lötschental.
Les bases de la carte Dufour
Les bases de la carte Dufour sont levées à la planchette au 1:25.000e sur le Plateau et dans le Jura; et au 1/50.000e dans les zones alpines. Il se fonde pour cela sur un nombre réduit de points de triangulation qui sont ensuite densifiés par triangulation graphique et directement réalisés à l’échelle du levé.
Les topographes peuvent alors procéder au levé de terrain proprement dit. Ceux-ci sont ensuite directement transmis au Bureau topographique fédéral qui les convertit à l’échelle de la future carte et les reporte au piquoir sur plaque de cuivre au moyen d’un calque inversé.
L’image cartographique était gravée sur la plaque de cuivre à l’aide de différentes pointes. L’impression en taille douce pouvant débuter au terme de cette opération, les formes du relief étaient représentées par des «hachures d’ombre» donnant une réelle impression tridimensionnelle.
Il existe, dans les archives familiales, une plaque de cuivre représentant le Lötschental, en Valais, gravée par BACHOFEN. Au cours des années suivantes il dressera et gravera une carte de la Suisse au 1:65.0000e, une autre du Canton de Genève, et aussi un plan de la Ville de Zürich d’après Breitinger, qui se trouve au Bundeshaus, à Berne.
L’officier du Génie
En 1846 il est appelé à rejoindre les troupes du contingent cantonal genevois mais obtient, avec l’appui du général Dufour, d’entrer en tant que Cadet à l’Ecole de pontonniers du Génie. Il s’y perfectionne, notamment, dans les relevés en haute montagne. Peut-être participe t-il à la campagne de la guerre du Sonderbund de 1847.
En 1852 il quitte le Bureau topographique fédéral et part pour Paris, sous les conseils de G.-H. DUFOUR, étudier l’architecture à l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures (aujourd’hui des Arts et Métiers) en tant qu’élève externe. Il habite rue Monge, séjourne à Paris jusqu’en 1853 puis revient à Genève où il débute une carrière d’architecte entrepreneur.
En janvier 1856 il est nommé au grade de capitaine à l’Etat-major du génie des Sapeurs mineurs et accèdera, ultérieurement, au grade de colonel.
34 ans séparent le Général DUFOUR, né en 1787, et J.-H. B.
Mais l’on peut considérer que le Général apporta conseils et appuis à J.-H.B.tout au long de sa carrière.
La question des fortifications et du plan d’extension
En 1830 Genève est encore enfermée dans ses fortifications et la question de leur arasement et de l’extension de la ville fait l’objet de débats passionnés. Un plan de simplification est présenté, en 1834, combinant l’extension avec la rénovation et l’assainissement des quartiers intramuros. L’objection des propriétaires dans la vieille ville s’appuie sur la crainte de voir la construction de quartiers neufs entraîner leur ruine. Ils auraient préféré voir ces quartiers se développer hors les murs. Cette solution est combattue par l’argument de voir ces quartiers extérieurs prendre une influence politique importante et amener inévitablement la destruction des remparts.
La révolution radicale de 1846 donne raison aux tenants de cette thèse et la construction de nouveaux quartiers sur les terrains des fortifications se concrétise par le plan Wolfsberger (1854) qui, tout en ouvrant les terrains des anciens remparts, met en évidence les tracés des anciens bastions. Ce sera, pour Genève, la possibilité d’une importante extension qui se traduit par une intense activité du secteur de la construction.
Un Architecte Entrepreneur
C’est à cette époque que J.-H. B. débute sa nouvelle carrière d’architecte- entrepreneur. En 1851 il construit une vaste maison néoclassique pour J. Tremblay-Naville, puis une série de maisons individuelles autour de Genève. Son activité en milieu urbain commence en 1853, date à laquelle il conçoit un immeuble prestigieux au square du Mont-Blanc (actuel n°3 au quai du même nom). La même année il signe, en tant qu’ingénieur civil, un plan pour cinq immeubles contigus le long de la route de Lausanne. Cet ambitieux projet ne verra pas le jour, tout comme la transformation des boucheries de Longemalle en école que l’architecte propose l’année suivante à l’administration communale. Viennent ensuite quelques commandes pour des édifices publics.
Les oeuvres majeures
En 1857 il dessine les plans de son œuvre majeure, la synagogue de Genève, et du temple de Versoix. La même année il projette, en style vernaculaire, des bâtiments de voyageurs pour la Compagnie de chemins de fer de l’Ouest suisse. Puis, en 1865, il se voit confier par la Confédération un chantier important, une Poste à élever le long du Rhône, celle de la rue du Stand. Celle-ci sera démolie en 1912.
Allant du mauresque au néo-classique en passant par le néo-gothique et le pittoresque, les styles de ces constructions donnent la mesure de l’éclectisme de J.-H. B.
En reconnaissance il reçoit la bourgeoisie de la Ville de Genève.
Dans le courant des années 60 il remporte le deuxième prix à deux concours importants (pont du Mont-Blanc en 1861, temple des Pâquis en en 1866). Il élève pour lui-même un immeuble Boulevard de la Tour (ancien n° 10, démoli) avant d’édifier les deux immeubles voisins (actuels 12 et 14 Bd. De la Tour) et des immeubles rue du Cendrier, aujourd’hui disparus.
Il est maintenant bien intégré, protestant, naturalisé, membre de la Société des ingénieurs et architectes, de l’Institut national genevois, franc-maçon. A la fin de sa vie il voyage en Belgique, en Hollande et découvre l’Italie. Il entreprend la rédaction d’un traité d’architecture, histoire de la théorie des ordres grecs et romains qu’il destinait à la publication.
Il meurt, après une longue maladie, en 1889, à l’âge de 68 ans.
© Yves Fontaine/Patrimoine juif genevois – 2019