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Préambule
Les aspects moraux, religieux, sociaux et juridiques du traitement du patient en fin de vie figurent parmi les sujets les plus difficiles et les plus largement débattus dans la médecine moderne. Ils ont produit des arguments intellectuels et passionnels intenses et un très grand nombre de publications dans toutes les cultures et sociétés.
Les questions relatives aux décisions de fin de vie présentent des dilemmes complexes, qui ne sont pas nouveaux, mais qui se sont considérablement intensifiés ces dernières années en raison de plusieurs facteurs et développements:
Les choix concernant les soins et le traitement du patient en fin de vie ne sont pas principalement d’ordre médical ou scientifique, mais plutôt de nature sociale, éthique, religieuse, juridique et culturelle. Bien que les médecins prennent des décisions fondées sur les faits, la plupart des décisions concernant le patient mourant ne sont pas de nature médico-scientifique. Elles sont plutôt fondées sur les valeurs personnelles et l’éthique. Par conséquent, l’accompagnement du patient en fin de vie par les familles et les professionnels de santé selon les normes de la société est une tâche difficile.
Les principes et les pratiques des religions monothéistes abrahamiques, et en particulier leur compréhension du juste équilibre entre les valeurs contradictoires, ne sont pas toujours en accord avec les valeurs et pratiques humanistes séculières actuelles.
Les objectifs de cette déclaration commune sont les suivants:
Présenter la position des religions monothéistes abrahamiques sur les valeurs et les pratiques pertinentes pour le patient en fin de vie au bénéfice des patients, des familles, des professionnels de santé et les décideurs politiques qui adhèrent à l’une de ces religions.
Définition
Un patient en fin de vie est défini comme une personne souffrant d’une maladie mortelle, incurable et irréversible, à un stade où la mort se produira vraisemblablement en l’espace de quelques mois en raison de la maladie ou de ses complications directes, et ce malgré les meilleurs diagnostiques et thérapies.
La souffrance et la mort
Tout en saluant les progrès de la science médicale pour prévenir et guérir les maladies, nous reconnaissons que chaque vie fera l’expérience finale de la mort. Le soin des personnes en fin de vie fait partie de notre gouvernement du don divin de la vie lorsqu’un traitement n’est plus possible, ainsi que de notre responsabilité humaine et éthique envers le patient en fin de vie (et souvent) souffrant.
La prise en compte des dimensions spécifiques humaines, spirituelles et religieuses de la mort doit être reconnue comme un objectif fondamental. Cette approche de la mort exige de la compassion, de l’empathie et du professionnalisme de la part de chaque personne impliquée dans les soins du patient mourant, en particulier de la part des professionnels de santé responsables du bien-être psychosociologique et affectif du patient.
Utilisation de la
technologie médicale en fin de vie
Les interventions humaines par des traitements et des technologies médicales ne sont justifiées que pour l’aide réelle qu’elles peuvent apporter. Par conséquent, leur utilisation exige un jugement responsable pour savoir dans quelle mesure les soins de support et de prolongation de la vie répondent véritablement aux finalités d’une vie humaine et voir quand ils ont atteint leurs limites.
Lorsque la mort est imminente malgré les moyens utilisés, il est justifié de prendre la décision d’arrêter certaines formes de traitements médicaux qui ne feraient que prolonger une vie précaire de souffrance. Néanmoins, même si les efforts déployés pour différer la mort semblent déraisonnablement lourds, nous devons faire tout ce qui est possible pour donner un réconfort, un soulagement de la douleur et des symptômes, un accompagnement, un soutien affectif et spirituel au patient en fin de vie et à sa famille.
Les professionnels de santé et la société dans son ensemble devraient respecter le souhait authentique d’un patient en fin de vie de prolonger ou protéger sa vie, même pour une courte période de temps supplémentaire, par des mesures médicales adéquates. Ces dernières comprennent la poursuite de l’assistance respiratoire, de la nutrition et de l’hydratation artificielle, de la chimiothérapie ou de la radiothérapie, des traitements antibiotiques, vasopresseurs et autres.
Ce souhait peut être exprimé soit par le patient lui-même en «temps réel», soit, s’il n’est plus en mesure de le faire, par directive médicale anticipée, par un tiers mandaté ou encore par les membres de la famille proche. Cette démarche axée sur le respect de la vie et de l’autonomie du patient peut ne pas être suivie uniquement en cas d’accord préalable formalisé avec les professionnels de santé.
Les membres du clergé sont souvent consultés par la famille pour l’aider dans ce type de décision. Dans le cas de patients croyants et/ou pratiquants ou lorsque les plus proches parents le sont également, un membre compétent du clergé doit être consulté.
Rejet de l’euthanasie
et de l’aide médicale au suicide
Les questions relatives à la durée et à la finalité de la vie humaine ne devraient pas être du ressort des professionnels de santé, dont la responsabilité est de délivrer le meilleur traitement possible à la maladie et de prodiguer le maximum de soins aux malades.
Nous nous opposons à toute forme d’euthanasie – c’est-à-dire d’acte direct, délibéré et intentionnel d’ôter la vie – ainsi qu’au suicide assisté par un médecin – c’est-à-dire à l’acte direct, à l’aide délibérée et intentionnelle au suicide – parce qu’ils contredisent fondamentalement la valeur inaliénable de la vie humaine et sont donc fondamentalement et, par conséquent moralement et religieusement mauvais, et à ce titre devraient être interdits sans exception.
La communauté de soins
Nous insistons sur l’importance du soutien communautaire dans le processus de prise de décision auquel sont confrontés le patient en fin de vie et sa famille. Le devoir de prendre soin des malades exige aussi de réformer les structures et les institutions par lesquelles les soins de santé et l’aide spirituelle sont dispensés. En tant que société, nous devons nous assurer que le désir des patients de ne pas être un fardeau financier ne les incite pas à choisir la mort plutôt que de recevoir les soins et le soutien qui pourraient leur permettre de vivre la fin de leur vie dans une forme de confort et de paix.
Pour les patients et les familles croyants/pratiquants il existe plusieurs formes possibles de soutien communautaire permettant un accompagnement réfléchi et priant par les parties concernées, comprenant des conseils médicaux, religieux et tout autre conseil adéquat. C’est à ce titre un devoir religieux de la communauté de foi envers tous ses membres, selon la responsabilité de chacun.
Soins spirituels
La plus grande contribution à l’humanisation de la fin de vie que les professionnels de santé et les personnes croyantes peuvent apporter est une présence emplie de foi et d’espérance. L’assistance spirituelle et religieuse est un droit fondamental du patient et un devoir de la communauté des croyants. Ce point est également reconnu comme étant une contribution importante par les experts en soins palliatifs.
En raison de l’interaction essentielle entre les dimensions physiques, psychologiques et spirituelles de la personne, ainsi que du devoir d’honorer ses croyances personnelles et sa foi, tous les professionnels de santé ont le devoir de créer les conditions qui permettent un accompagnement religieux pour quiconque le demande, explicitement ou implicitement.
Promotion des soins palliatifs
Tout patient en fin de vie devrait recevoir les meilleurs soins palliatifs possibles – physiques, émotionnels, sociaux, religieux et spirituels. Le domaine relativement nouveau de la médecine des soins palliatifs a fait de grands progrès et demeure en mesure de fournir un soutien complet et efficace aux patients en fin de vie et à leur famille. Par conséquent, nous encourageons les soins palliatifs pour le patient en fin de vie et sa famille.
Les soins palliatifs visent à assurer la meilleure qualité de vie pour les patients souffrant d’une maladie incurable et progressive, même lorsque leur maladie ne peut être traitée, exprimant ainsi la grandeur de la vocation humaine de prendre soin les uns des autres, surtout de ceux qui souffrent. Les services de soins palliatifs, fournis par un système organisé et hautement structuré pour la prestation des soins, sont essentiels à la réalisation de la mission la plus ancienne de la médecine: «prodiguer des soins même lorsqu’il n’y a pas de traitement». Nous encourageons les professionnels et les étudiants à se spécialiser dans ce domaine de la médecine.
Conclusion
Sur la base des arguments et des justifications formulés dans cette déclaration, les trois religions monothéistes abrahamiques partagent des objectifs communs et sont en accord complet avec leur approche des situations de fin de vie. Par conséquent, nous affirmons que:
L’Eglise catholique considère les soins palliatifs comme «la forme la plus mature et la plus progressive de proximité et de compassion humaines face aux personnes en phase terminale». L’attitude a été confirmée par le
Chancelier de l’Académie Pontificale pour la Vie, Renzo Pegoraro, lors d’une conférence à Murcia, en Espagne. Le bio-éthicien italien y est intervenu lors de l’ouverture d’un congrès international sur le sujet, comme le rapporte le service d’information épiscopale SIR. Le but de la médecine palliative n’est plus de guérir, mais d’offrir la meilleure qualité de vie possible aux personnes en phase terminale.
«Lorsque nous parlons de soins palliatifs, nous entendons une manière globale et durable de prendre soin des personnes dans les dernières étapes de leur vie», a dit Pegoraro. A ce stade, «toute intervention thérapeutique
doit être axée sur le bien-être de la personne; sa dignité, sa participation active aux décisions qui la concernent».
La pratique clinique montre que les demandes d’euthanasie sont souvent causées par des douleurs physiques et des sentiments de désespoir et de solitude. «La voie de l’euthanasie semble être la plus facile», a déclaré
M. Pegoraro, mais elle ne fait en effet que contribuer à une «mondialisation de l’indifférence».
Le congrès international de deux jours sur les soins palliatifs a été organisé à la fois par l’Université catholique de San Antonio à Murcia et l’Institut Pontifical Jean-Paul II pour la Science du Mariage et de la Famille. •
Source: © kna /aerzteblatt.de, https://www.aerzteblatt.de/nachrichten/99128/Vatikan-wirbt-fuer-Palliativpflege, du14 novembre 2018
(Traduction Horizons et Débats)
L’Association Médicale Mondiale (AMM) réaffirme son engagement ferme en faveur des principes de l’éthique médicale et du traitement de la vie humaine dans le plus grand respect. L’AMM est donc fortement opposée
à l’euthanasie et au suicide médicalement assisté.
Dans sa déclaration, l’euthanasie est définie comme l’administration par un médecin d’une substance mortelle ou l’exécution d’une intervention visant à provoquer la mort d’un patient compétent sur sa propre demande volontaire.
Le suicide assisté par un médecin est défini comme l’acte d’un médecin qui, à la demande volontaire d’un patient compétent, lui offre délibérément la possibilité de mettre fin à sa propre vie en lui prescrivant ou en lui fournissant des substances médicales pour causer la mort.
Aucun médecin ne devrait être contraint de pratiquer l’euthanasie ou au suicide assisté, de même qu’un médecin ne doit pas être tenu de prendre des décisions d’orientation à cette fin.
Nonobstant ce qui précède, un médecin qui respecte le droit fondamental du patient de refuser un traitement médical n’agit pas de manière contraire à l’éthique en renonçant ou en refusant des soins non souhaités, même si le respect d’une telle volonté entraîne la mort du patient. •
Source: www.wma.net/news-post/world-medical-association-reaffirms-opposition-to-euthanasia-and-physician-assisted-suicide/, adopté par la 70e Assemblée générale de l’AMM, Tbilissi, Géorgie, octobre 2019
(Traduction Horizons et Débats)
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