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Blatten par Kellenberg en 1830 (graphica-antiqua.ch)
Autres vues aériennes de Oberriet
Les ruines du château de Blatten s'élèvent au sud d'Oberriet, sur un contrefort transversal à la vallée du Rhin. On remarquera ici tout particulièrement le donjon de cinq étages, rénové à fond en 1976. Il est érigé sur un plan carré de plus de douze mètres de côté et ses murailles ont une épaisseur d'environ 2,5 mètres. Dans la face nord, une porte surélevée a été pratiquée à quelque six mètres du sol; son sommier était autrefois droit. L'entrée qui se trouve au niveau du sol n'a été ménagée qu'après 1468, lorsque le château ne dut plus uniquement servir à des fins défensives, c'est-à-dire à partir du moment où les baillis abbatiaux de Kriessern l'utilisèrent comme siège administratif. Les assemblages angulaires sont faits de moellons en bossage équarris dans les bords. Dans le mur sud, on distingue trois étroites fentes d'aération à la hauteur de trois étages. Elles s'élargissent vers l'intérieur et sont surmontées de linteaux de pierre. Les fenêtres visibles aux quatrième et cinquième étages datent probablement des environs de 1500. Elles ont été consolidées lors des derniers travaux de restauration. Celles du quatrième étage ont été pourvues de sommiers horizontaux en bois, celles du cinquième se terminent par des arcs bombés. Les deux meurtrières du couronnement ont été refaites lors de la rénovation.
La tour se dresse à l'angle sud-ouest d'une vaste cour autrefois protégée par un mur d'enceinte. Il ne reste que quelques fragments de ses fondements. Les murs actuels sont en majeure partie récents. Côté montagne, on peut encore voir les traces d'un petit fossé transversal.
La forteresse de Blatten était sise dans le territoire de l'ancienne cour impériale de Kriessern, une région primitivement couverte de forêts vierges, de marais et de près. «Cour impériale» signifiait «biens royaux» et le territoire ainsi dénommé comprenait plusieurs sous-domaines, dans notre cas ceux d'Oberriet, de Montlingen, de Diepoldsau et d'autres encore. Les droits et les obligations de ses habitants étaient réglés par un bailli désigné par le roi.
Nous n'avons connaissance d'aucune lignée ayant porté le nom de Blatten. Kuchimeister est le premier à avoir mentionné le château de Blatten. Selon son type, cet ouvrage a dû être construit peu après 1230, après que le roi Henri, fils de Frédéric II, eut fait don de la cour impériale de Kriessern à l'abbaye de Saint-Gall. Le château a-t-il été construit sur l'emplacement d'une ancienne colonie? II n'est pas possible de l'affirmer, mais c'est probable. Selon la tradition, le premier bailli qui occupa Blatten en qualité de vassal de l'abbaye de Saint-Gall fut un nommé Feer, d'Altstätten. Les premiers documents plus précis ne datent que de la seconde moitié du Xlle siècle. En 1274, Rodolphe de Habsbourg, nommé roi une année auparavant, rattacha le domaine à l'Empire, mais laissa le château de Blatten au couvent. La même année, Rumo de Ramstein, abbé de Saint-Gall, céda le château en nantissement au ministérial abbatial Ulrich de Ramschwag. Le fief demeura entre les mains de cette famille jusqu'en 1457. Peu après avoir repris le château, les Ramschwag obtinrent également de Rodolphe de Habsbourg la cour impériale de Kriessern, dans le territoire de laquelle se trouvait Blatten. Par ce don, le roi voulut témoigner sa reconnaissance à Henri Walter de Ramschwag, qui lui avait sauvé la vie lors de la bataille de la Marche, près de Vienne.
Habiles diplomates, plusieurs représentants des Ramschwag cherchèrent très tôt déjà à s'arranger avec les Appenzellois; d'autres en revanche se battirent vaillamment aux côtés des troupes abbatiales. C'est pourquoi les premiers tinrent toujours les portes de leur château ouvertes aux Appenzellois, leurs alliés, pendant les guerres de libération. Contrairement à la plupart des autres châteaux de la région, celui de Blatten fut de ce fait épargné. Mais cette insubordination envers leur feudataire valut aux Ramschwag d'être temporairement dépossédés de leur château par l'abbaye de Saint-Gall. On sait aussi que durant tout le troisième quart du XIVe siècle, les frères Ulrich et Burkard de Ramschwag eurent des démêlés avec l'abbé Hermann de Bonstetten au sujet de la propriété de Blatten. Tombés dans l'indigence, les deux frères Walter Ulrich et Henri furent obligés en 1458 de vendre aux enchères aussi bien le château que la seigneurie de Blatten. Ils furent acquis par Jakob Mangold, citoyen de Constance, pour une somme modeste. L'abbé Ulrich VIII les racheta dix ans plus tard et dès cette date, le château de Blatten servit à nouveau de siège administratif aux baillis abbatiaux. Il le demeure jusqu'en 1798. Ce n'est qu'une année plus tard qu'il fut démoli, au cours de la guerre franco-autrichienne. Plus tard, les habitants d'Oberriet utilisèrent ses ruines comme carrière. Des premiers travaux de consolidation furent entrepris par le canton en 1911. C'est toutefois à la profonde restauration dont il a fait l'objet en 1976 que cet ouvrage doit son état actuel. La cour est ouverte au public. Une cabane, de l'eau courante et quelques foyers permettent à chacun de passer d'agréables moments dans ce site historique.
Bibliographie