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Un drôle de tourbillon d'émotions nous traverse l'esprit en pensant au Milan AC. La nostalgie, d'abord, avec la domination européenne des Rossoneri avant l'essor du foot-business et celle des années 2000. L'amour, ensuite: comment aimer le football et ne pas apprécier un club qui a tant donné à ce sport? De Baresi à Kakà en passant par Weah ou Maldini, une ribambelle de grands joueurs ont fait rêver tout un continent en portant le mythique maillot rayé rouge et noir.
Des frissons nous traversent aussi en voyant les images de la Curva Sud, qui abrite les fans les plus bouillants. Alors restent ces questions: comment ce club a-t-il quitté le devant de la scène européenne? Désormais guéri, peut-il retrouver les sommets du Vieux Continent?
Le dernier titre de champion du Milan AC remonte à 2011. Onze ans, donc. Une éternité. Depuis, les fans milanais ont dû se contenter d'une Supercoupe. Pire, ils ont admiré de loin la montée en puissance de leurs plus grands rivaux, l'Inter et la Juventus.
Pour comprendre ce déclin, il faut remonter à 2009. Carlo Ancelotti, entraîneur de l'époque, quitte le club après huit années couronnées de succès. Il y gagne un scudetto et une coupe d'Italie, mais surtout deux Ligues des champions. Il peut alors compter sur une génération de joueurs italiens exceptionnels, qui gagneront même la Coupe du monde en 2006: Paolo Maldini, Alessandro Nesta, Pippo Inzaghi ou encore Gennaro Gattuso.
Une colonne vertébrale bien AOC entourée par des joueurs étrangers de classe internationale, comme l'Ukrainien Andriy Chevtchenko, le Néerlandais Clarence Seedorf ou encore le Portugais Rui Costa. Cette équipe sera baptisée les Meravigliosi d'Ancelotti (les formidables d'Ancelotti).
Mais en 2009, tout s'arrête. L'entraîneur à succès italien part à Chelsea et la légende Maldini prend sa retraite. Le début d'un nouveau cycle. Et de la descente.
Avant l'arrivée du coach actuel, Stefano Pioli, le Milan AC connaît huit entraîneurs entre 2009 et 2018. Une valse qui n'amène rien de bon, le club s'enfonçant saison après saison derrière le top 4 synonyme de Ligue des champions. Sur le terrain, c'est une situation similaire: des erreurs de casting en continu sur le marché des transferts. La magnifique «génération Ancelotti» ayant pris de l'âge, la direction ne parvient pas à les remplacer. Le club s'entête et devient même l'un des plus gros dépensiers d'Europe.
Le cas Bonucci est particulièrement révélateur de ces erreurs de casting. Acheté en 2017 pour 42 millions d'euros à la Juventus, il est revendu une saison plus tard 35 millions à...la Juventus. D'autres flops viennent s'ajouter à la liste: André Silva (acheté 38 millions à Porto), Krzysztof Piatek (35 millions depuis le Genoa) ou encore Alessandro Matri, formé au Milan AC, vendu 2,5 millions d'euros à Cagliari puis racheté six ans plus tard 11 millions. Bref, une gestion foireuse de l'effectif et des transferts.
Le Milan AC disparaît alors des radars européens. Entre 2014 et 2020, il termine entre la sixième et la dixième place du classement de Serie A, se privant ainsi de Champions League et des millions qui vont avec.
En coulisse, c'est aussi la zumba. Silvio Berlusconi, le sulfureux propriétaire historique, vend le club en 2017 à un consortium chinois qui en perd le contrôle un an plus tard au profit de son créancier, le fonds américain Elliott. La situation financière du club devient délicate, au point d'être disqualifié de la Ligue Europa en 2019 pour non respect du fair-play financier. On pense alors que le club a touché le fond. Mais il va rebondir. Et rapidement. Principalement grâce à deux hommes.
Pour faire face à cette situation désastreuse, le club nomme sa légende Paolo Maldini directeur technique en juin 2019. L'Italien succède à Leonardo, qui n'aura donc pas laissé un souvenir flamboyant comme dirigeant en Lombardie. Le chantier de l'ancien défenseur est immense.
Mais celui qui a arrêté les plus grands attaquants du monde à 902 reprises sous le maillot de l'AC Milan est taillé pour ce défi, même s'il ne s'y attendait pas forcément. «On m’a appelé quand le club était sous pavillon chinois, et sincèrement à la base, je n’avais pas forcément en tête d'avoir un rôle opérationnel à l’intérieur du club», avouait-il à So Foot en 2021.
Paolo Maldini se met alors rapidement au travail. Il définit une toute nouvelle stratégie pour le club, histoire de retrouver les sommets le plus vite possible. Toujours dans So Foot, il expliquait son projet, basé sur les valeurs du club, la jeunesse et la stabilité:
Dans cette logique, le premier mercato de Maldini est un succès. Il recrute des jeunes talents: Rafael Leao (20 ans, en provenance de Lille), Theo Hernandez (21 ans, Real Madrid), Ismaël Bennacer (21 ans, Empoli) et Franck Kessié (22 ans, Atalanta). Il va également sortir Zlatan Ibrahimovic de sa pré-retraite californienne pour encadrer son vestiaire et redevenir compétitif sur le court terme.
Il a 40 ans, il a débuté sa carrière en 1999, il s’est fait les ligaments croisés à 35 ans.— Instant Foot ⚽️ (@lnstantFoot) November 1, 2021
Mais pourtant hier soir il a marqué son 400ème but en championnat et offert une passe D pour que l’AC Milan reste invaincu en Serie A.
Zlatan Ibrahimovic. 🍷
pic.twitter.com/O2BAFmpyZ4
Pour la stabilité, Maldini mise sur Stefano Pioli. Le technicien transalpin débarque de la Fiorentina avec qui il a effectué un travail plutôt honorable entre 2017 et 2019. Pioli arrive en octobre 2019 et récupère une équipe en miettes. Rapidement, il parvient à insuffler une nouvelle dynamique à son groupe, faisant confiance aux jeunes de Maldini et en gérant très bien le cas Zlatan à la pointe de son attaque.
Le Milan AC revit et grimpe au classement. Récupéré à la onzième place, le club finit la saison européenne, sixième. Plus tard, Pioli et ses hommes enchaîneront même 27 matchs sans défaite en championnat, avant de terminer deuxième lors de la deuxième saison sur le banc du coach originaire de Parme. Milan retrouve alors la Ligue des champions et sa place dans la cour des grands.
Pioli est aux anges: «Nous avons atteint la Ligue des champions parce que nous la méritions, tout comme nous méritions la deuxième place au classement. Nous avons été au top toute la saison. Je suis très excité et heureux, je dois remercier le club car il nous a fait travailler de manière spectaculaire. »
Un destin qui aurait pu être différent, car le départ du coach était quasiment acté à l'été 2020. Il devait en effet être remplacé par l'Allemand Ralf Rangnick (actuel entraîneur de Manchester United et futur sélectionneur de l'Autriche). Une volonté du directeur général du club, Ivan Gazidis, qui se heurtait à celle de Paolo Maldini. L'ancien défenseur a même menacé de quitter le club. Les dirigeants milanais ont rétropédalé, Gazidis donnant même une interview où il fait l'éloge de Stefano Pioli:
En deux ans, Paolo Maldini réussit donc ses paris: rajeunir son effectif, ramener à court terme le Milan AC au sommet de l'affiche et amener de la stabilité au club. Son influence est énorme et son travail a mis tout le monde d'accord. L'aboutissement ultime pourrait avoir lieu dans quatre journées, si Milan parvient à être sacré champion d'Italie. Le défi est de taille et des plus haletants, puisque les Milanais sentent le souffle de leur plus grand rival dans leur dos, l'Inter, à seulement deux longueurs.
Si Milan et Maldini ont réussi leur pari à court terme, celui du long terme pourrait aussi être une réussite, financièrement du moins. En effet, le rachat du club par un fonds d'investissement basé à Bahreïn paraît imminent. Il pourrait même être annoncé officiellement ces prochains jours.
La société en question, Investcorp, pèserait plus de 42 milliards. Si elle est basée à Bahreïn, elle n'est pas directement rattachée au gouvernement (à la différence de ce qu'on a pu observer avec Newcastle et l'Arabie saoudite ainsi qu'avec le PSG et le Qatar). Le «soft power» tant recherché par les états du Golfe serait indirect en Lombardie, comme l'expliquait cette semaine Kevin Veyssière, fondateur du site FC Geopolitics et expert des relations entre le football et la politique:
Economiquement, ce petit pays du Moyent-Orient dépend principalement des ses exportations de pétrole. En parallèle, il a passablement investi dans le tourisme. Un tourisme qui s'est développé notamment grâce au sport et au premier grand prix de Formule 1 du Moyent-Orient, en 2004. Le pays prend conscience alors du potentiel du sport pour développer sa présence à l'internationale et investit dans le cyclisme puis le football, donc.
ANALYSE / Bahreïn/France/Paris FC : des liens foot et étatiques ?https://t.co/Hgv4RoW4NM— Romain Molina (@Romain_Molina) July 8, 2020
Avec Pierre Ferracci qui était début mars avec Nasser bin Hamad Al Khalifa, le sportif de la famille royale, pour une collaboration foot entre la France et le Bahreïn...
Keep the faith !
À Milan, l'aura médiatique du club offre déjà une publicité à ce petit état du Golfe sur la une des plus grands journaux. L'enveloppe de 300 millions d'euros qui se murmure pour le prochain mercato devrait également beaucoup faire parler. Tout comme les potentielles recrues que souhaiteraient les nouveaux investisseurs:
🔴 Pour le nouveau projet du Milan AC version Bahreïn, le club aimerait recruter Riyad Mahrez et en faire la tête de gondole du projet !— BeFoot (@_BeFoot) April 25, 2022
L'algérien est sous contrat jusqu'en juin 2023 à Manchester City.
(@Santi_J_FM / Foot Mercato)https://t.co/ySr2Z8El2K pic.twitter.com/p5xGS8CIxu
En attendant l'officialisation du rachat, les fans rossoneri ont de quoi se réjouir. Avec Maldini et Pioli à leur tête et un appui financier puissant, le club a tout pour redevenir un grand d'Europe et concurrencer dans un avenir proche les machines que sont devenues Liverpool ou Manchester City, entre autres.
De quoi retrouver un nouveau tourbillon d'émotions à San Siro? Certainement, mais pour le romantique et chevaleresque Milan AC, elles pourraient avoir un arrière-goût amer. Celui du «sportwashing», Bahreïn étant régulièrement accusé de violations des droits humains et de répression de la liberté d’expression. Le prix à payer pour redevenir grande?
La nostalgie à l'état pur. Voilà qu'après la victoire de l'équipe nationale face au Kazakhstan mardi (3-2), un gardien en sueur portant le numéro 26 (comme Martin Gerber autrefois) et parlant l'allemand de l'Emmental (comme Martin Gerber autrefois) vient raconter son aventure. Gerber a disputé 46 matches de Coupe du monde pour la Suisse, y compris la finale de 2013. Il a remporté la Coupe Stanley en NHL et est devenu millionnaire en dollars.