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C’est une simple promenade dans la campagne vers Soral, le long de la frontière avec la commune française de Saint-Julien-en-Genevois, qui me fait arriver à la « Pierre de justice ». Le long de la route de Soral, où en l’absence de trottoir ne circulent que des voitures et des cyclistes, mais du côté de la route opposée à la piste cyclable, se trouve un assez gros rocher que personne ne remarque. Ce rocher, posé sur le côté de la route derrière un ou deux arbres, garde pourtant un lourd passé historique en héritage.
Depuis le XIIème siècle et jusqu’au traité de Turin (1754), les criminels condamnés par le Prieuré de Saint-Victor (communes du canton de Genève regroupées sous le nom de « Campagne ») étaient remis au châtelain de Ternier à qui le Compte de Genevois confiait l’exécution de la sentence. En effet, conformément au droit canon, il était impossible pour des religieux de procéder à des peines sanglantes. Ce sont alors les accords de Seyssel (1124) qui donnaient au Compte le droit du dernier supplice. Les condamnés étaient conduits en passant par Laconnex pour être remis officiellement au châtelain de Ternier à l’endroit où se trouvaient deux « Pierres de justice » face à face situées sur le territoire de Saint Victor (une de ces pierres a aujourd’hui disparue sous la route de Lully à Soral). Après la cérémonie de remise des prisonniers et la lecture de la sentence, les officiers du châtelain réceptionnaient les condamnés, poussés nus vers la pierre présente aujourd’hui au bord de la route, et les emmenaient ensuite au château de Ternier pour l’exécution capitale.
Ces pierres eurent leur rôle à jouer jusqu’à la signature du traité de Turin qui ôtait à Genève toutes prérogatives sur les anciennes possessions de Saint-Victor. Mais dans les derniers temps elles furent moins lourdes de signification tragique pour les justiciables, si l’on en juge par l’affaire dont elles furent le théâtre en 1731 : une certaine Pernette Gay était condamnée à avoir les poings coupés et à être brûlée vive, tandis qu’un sieur Moré devait être rompu vif et expirer sur la roue. Justice fut rendue par le sire de Ternier selon le cérémonial d’usage mais les condamnés étaient représentés par leur effigie peinte. Aidés vraisemblablement par les habitants et les autorités, ils avaient pu s’enfuir. L’honneur de la justice était sauf… et les condamnés aussi !
En avril 1995 la seule pierre encore visible au bord de la route de Soral a été déplacée près du village voisin de Norcier (F) mais sans accord préalable des autorités de Soral ! En septembre 2009, la pierre fut finalement rapportée à son emplacement supposé original lors d’une fête entre les deux communes de Soral et de Saint-Julien-en-Genevois.
A voir également, au centre du village de Norcier, la « Pierre où l’on coupait les oreilles » : c’est sur cette pierre que depuis le XIIème siècle étaient exécutées les peines de mutilation prononcées par le prieuré de Saint Victor pour petit larcin et adultère.