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Le combat est-il sur le point d'être gagné ? Le Parlement européen a adopté, le 15 juin à main levée et en première lecture, une enveloppe de 50 862 milliards d'euros pour financer la recherche de 2007 à 2013, y compris celle sur les cellules souches (adultes et embryonnaires) à des fins thérapeutiques ; recherches que certains pays de l'UE interdisent pour des raisons éthiques. En pratique un amendement permettant l'octroi de fonds communautaires à de telles recherches a été adopté à une courte majorité (284 voix pour et 249 contre). Le texte exclut cependant le cofinancement communautaire de recherches visant à «créer des embryons humains uniquement à des fins de recherche ou pour l'approvisionnement en cellules souches.» Seuls les embryons conçus in vitro et ne faisant plus l'objet d'un projet parental pourront donc être utilisés. On sait que les 25 ont des législations très disparates concernant la recherche sur les cellules souches embryonnaires. En France, au Danemark, en Espagne et en Grèce notamment, les chercheurs peuvent utiliser les embryons surnuméraires. D'autres pays, comme le Royaume-Uni, permettent la création d'embryons à des fins thérapeutiques. En revanche, l'Autriche, la Lituanie et la Pologne interdisent toutes les formes d'usage des embryons à des fins scientifiques et médicales tandis que l'Allemagne et l'Italie interdisent à leurs chercheurs de créer des lignées de cellules souches embryonnaires... tout en leur permettant d'en importer. Ces derniers mois l'approche de ce vote avait alimenté une série d'actions financées par différents groupes de pression. Pour sa part, la Fédération européenne d'associations neurologiques (qui rassemble des organisations de groupes de soutien de patients souffrant d'affections neurologiques) avait réalisé un sondage présenté comme «indépendant», et financé par la multinationale pharmaceutique GlaxoSmithKline auprès de près de 5500 citoyens européens concernés par ces affections. Entre le début des mois de novembre et de décembre 2005, 17 140 questionnaires ont été adressés à des malades ou à des proches de ces derniers dans vingt et un pays de l'Union européenne.Selon ce sondage, 83% des personnes interrogées estiment aujourd'hui qu'un financement public devrait venir soutenir les recherches sur les cellules souches humaines, que ces cellules soient ou non d'origine embryonnaire. Il établit aussi qu'en France 86% des personnes interrogées jugent que les malades et les associations qui défendent leurs droits ne sont pas suffisamment engagés publiquement dans ce débat.Dès le lendemain du vote du Parlement européen le Vatican manifestait son mécontentement. Un éditorial de L'Osservatore Romano qualifiait ainsi la décision européenne «d'erreur fondamentale» fondée sur «une conception tragiquement utilitariste», et exprimant «un laïcisme borné» qui «viole la dignité de l'homme.» On peut ici rappeler que l'Italie avait signé en octobre 2005 avec d'autres pays (Allemagne, Autriche, Pologne, Slovaquie et Malte) une «déclaration d'éthique» s'opposant au financement communautaire de telles recherches. Or le nouveau gouvernement italien vient de lever son veto, provoquant une levée de boucliers de l'Eglise et des courants catholiques dans le monde politique. L'Osservatore Romano va jusqu'à accuser le gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi de «trahir l'identité la plus profonde de l'Italie.» «Le vote favorable du Parlement européen est un événement heureux. Il l'est d'autant plus que les chercheurs militant en faveur de ce financement avaient, ces dernières années, appris à quel point leurs convictions pouvaient ne pas être partagées par les élus, toutes tendances confondues, du Parlement européen, a pour sa part déclaré au Monde Marc Peschanski (Inserm), l'un des biologistes français les plus engagés dans ce nouveau domaine de la recherche médicale. Ce vote n'a toutefois été obtenu qu'à une faible majorité et l'on aurait tort d'imaginer qu'il témoigne d'une véritable prise de conscience par les responsables politiques européens de la priorité qu'il faut, selon moi, impérativement donner à cette recherche prometteuse. Sans la mobilisation, in extremis, des députés socialistes français, le résultat aurait peut-être été inversé.»C'est dans ce contexte que l'Agence française de la biomédecine vient d'octroyer ses premières autorisations de recherche. Six équipes de biologistes travaillant dans des structures publiques vont ainsi bientôt pouvoir mener en toute clarté des recherches sur des lignées de cellules souches humaines dérivées d'embryons conçus sur le sol français par fécondation in vitro et ne s'inscrivant plus dans un projet parental. Cette autorisation survient près de cinq mois après la publication du décret précisant les modalités d'autorisation de ces recherches mais aussi près de deux ans après la promulgation de la loi de bioéthique du 6 août 2004 qui en acceptait le principe, à titre dérogatoire et pour une période de cinq ans.En pratique les travaux de recherche autorisés visent à l'amélioration des connaissances fondamentales concernant, d'une part, les mécanismes de différenciation des cellules souches qui constituent un embryon humain ainsi, d'autre part, que l'utilité de ces mêmes cellules dans l'élaboration de modèles d'étude des maladies génétiques autant que sur l'évaluation de leur potentiel thérapeutique.a Les autorisations annoncées marquent la possible entrée des biologistes français dans un paysage d'ores et déjà concurrentiel autant que prometteur de la biologie contemporaine sinon de l'une des formes de la médecine de notre avenir dont rien ne permet de dire si elle est proche ou lointaine.a Il s'agit des équipes dirigées par Yacine Laabi (ABCYS, Le Kremlin-Bicêtre), William Vainchenker (Inserm U 790, Institut Gustave-Roussy, Villejuif), Laure Coulombel (Inserm U 602, Hôpital Paul-Brousse, Villejuif), Brigitte Onteniente (Inserm UMR 788, Le Kremlin-Bicêtre), Marc Pechanski et Stéphane Viville (Inserm U 421, Génopole d'Evry) et Sylvie Garcia (Institut Pasteur de Paris).