Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07177.jsonl.gz/649

Quand la polémique se fait irénisme. La (re-)définition des frontières religieuses dans la Theologia polemica du théologien Johann Heinrich Alsted (1588-1638)
Le questionnement à propos des articles fondamentaux de la foi chrétienne revêt une double importance au commencement du xviie siècle. D’une part, il répond à une préoccupation d’ordre catéchétique : quels sont les fondements de la foi de chaque croyant ? D’autre part, leur définition permet, sur un front plus polémique, de dessiner les frontières qui séparent l’orthodoxie de l’hétérodoxie, voire de l’hérésie. Il n’est donc guère surprenant que la problématique se soit trouvée renouvelée par les débats survenus à la suite de la parution de l’Irenicum du théologien David Pareus (1615), qui se proposait de mon-trer que réformés et luthériens étaient d’accord à propos des articles fondamentaux de la foi. Cette position fut en effet largement combattue par les théologiens luthériens, convaincus de l’inanité des positions de Pareus. Ce jugement devait être confirmé à leurs yeux par la réunion de Synode de Dordrecht (1618-1619), la condamnation de l’arminianisme et le renforcement de l’orthodoxie calvinistes dans les " Canons " de ce même synode. Or, parmi les participants à ce synode, se trouvait le théologien de Her-born, Johann Heinrich Alsted. Ce dernier fit paraître, peu de temps après son retour, une Theologia polemica (1620) qui peut laisser penser que son auteur se conformait ainsi à la ligne du Synode ou, tout au moins, entendait défendre une théologie calviniste des plus classiques face aux menaces hétérodoxes. Howard Hotson a récemment mis en doute cet-te interprétation et a au contraire proposé de voir dans cet ouvrage une forme de plai-doyer à peine voilé pour le rapprochement entre luthériens et réformés et la démonstra-tion du caractère " extra-fondamental " des problématiques opposant arminiens et ortho-doxes lors du Synode de Dordrecht. La présente communication se propose d’analyser cette œuvre de plus près en voyant en particulier comment ce théologien à la curiosité et au savoir si vaste redéfinit les frontières religieuses et quelle image il se fait non seulement des autres confessions chrétiennes mais également des religions musulmanes et juives.
Bibliographie :
H. Hotson, Johann Heinrich Alsted (1588-1638), Between Renaissance, Reformation and Universal Reform, Oxford, Clarendon Press, 2000, p. 123-136.