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L'institution explique le retard pris comme étant l'une des nombreuses conséquences de la pandémie de Covid-19, qui a marqué la pire hausse de la pauvreté depuis 1990, une tendance que la guerre en Ukraine pourrait renforcer, selon son rapport annuel sur la pauvreté.
"Au rythme de croissance mondiale actuelle, il devrait y avoir près de 600 millions de personnes en extrême pauvreté en 2030. Et si l'on considère que la croissance ralentit encore, on pourrait s'approcher des 700 millions", a déclaré le chef économiste de la BM Indermit Gill, lors d'une conférence de presse téléphonique.
L'Afrique davantage concernée
Environ 70 millions de personnes ont basculé dans l'extrême pauvreté en 2020, selon la BM, qui a estimé à près de 720 millions le nombre de personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour à la fin de l'année 2020.
Et pour cause: durant la pandémie, les 40% les plus pauvres ont vu leurs revenus, souvent issus de l'économie informelle dans de nombreux pays, baisser en moyenne deux fois plus que les 20% les plus riches, entraînant de fait une hausse des inégalités, une première sur les dernières décennies.
On constate un ralentissement de la baisse de la pauvreté depuis 2014. Malgré tout, les objectifs de réduction ont été atteints partout à l'exception de l'Afrique
"On constate un ralentissement de la baisse de la pauvreté depuis 2014. Malgré tout, les objectifs de réduction ont été atteints partout à l'exception de l'Afrique", souligne Indermit Gill.
L'Afrique sub-saharienne concentre en effet 60% des plus pauvres, soit près de 390 millions de personnes. Le taux de pauvreté y atteint 35%.
Croissance de 9% nécessaire
Afin d'y éliminer l'extrême pauvreté d'ici à 2030, la BM estime qu'une croissance de 9% par an serait nécessaire, dans chaque pays de cette région, d'ici à la fin de la décennie, "une barre particulièrement élevée pour des pays dont la croissance du PIB par habitant était en moyenne de 1,2% durant la décennie précédant la pandémie", estime l'organisation.
Cependant, le taux de pauvreté est plus élevé dès lors que l'on prend en compte le niveau de vie de chaque pays, a insisté Indermit Gill, "nous nous retrouvons avec la moitié de la population mondiale en situation de pauvreté".
Nous nous retrouvons avec la moitié de la population mondiale en situation de pauvreté
Afin d'inverser la tendance, l'institution appelle l'ensemble des gouvernements à mieux cibler les aides afin de les réserver aux plus pauvres, favoriser l'investissement dans l'éducation et la recherche et développement ainsi qu'envisager des impositions qui tiennent mieux compte des revenus.
La lutte contre la pauvreté reste essentielle, a conclu le chef économiste de la BM, car "réduire la pauvreté permet aux pays de mieux résister au changement climatique, réduit les flux migratoires (...) et permet d'ouvrir de nouveaux marchés au bénéfice de tous, mêmes les économies avancées".
afp/vajo