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La révolution hellénique fête ses 200 ans
Le 25 mars 2021, la Grèce commémorait le bicentenaire de la révolution hellénique. De nombreuses manifestations étaient programmées sur place mais aussi à l’étranger.
À Genève, un colloque, intitulé «La liberté des Grecs», organisé par le Prof. P. Schubert, s’est tenu à l’Université les 26 et 27 mars (www.unige.ch/liberte-des-grecs). Et actuellement au Musée d’art et d’histoire, se tient l’exposition Genève et la Grèce. Une amitié au service de l’indépendance (15 octobre 2021 — 13 février 2022). Cette dernière, organisée conjointement avec la Fondation Hardt pour l’étude de l’Antiquité classique (Vandœuvres), bénéficie d’importants prêts venant de musées et de collections privées grecs.
Mais pourquoi tant d’événements à Genève à l’occasion de ce bicentenaire ? Quels sont les liens entre la Cité du bout du lac et la Grèce en ce début de XIXe siècle?
Jean Capodistrias : un fidèle soutien pour Genève et la Confédération suisse
Lors des congrès destinés à remodeler l’Europe après la chute de Napoléon, un noble corfiote, Jean Capodistrias, alors diplomate au service de l’Empire russe, contribue à la création de la Suisse moderne et à l’intégration de Genève à la Confédération. Il s’implique pour que la neutralité de la Suisse soit reconnue et pour que la République de Genève, au territoire morcelé, soit rattachée physiquement à la Suisse. En 1816, le nouveau canton lui octroie la citoyenneté genevoise en remerciement.
Lorsque l’insurrection grecque prend de l’importance, voyant qu’Alexandre Ier, tsar de Russie, n’a pas l’intention d’intervenir en faveur des Grecs, Capodistrias démissionne et s’installe à Genève. Dans son cercle de relations figurent Charles Pictet de Rochemont, délégué pour Genève au Congrès de Vienne, et Jean-Gabriel Eynard, qui deviendra une figure importante du soutien à la cause grecque.
La Grèce en révolte suscite la mobilisation de la population civile
À rebours de l’attentisme des politiques, le sort des Grecs suscite une mobilisation extraordinaire chez les simples citoyens, qui cherchent les moyens de venir en aide aux insurgés. Les motivations en sont diverses : sympathie pour des chrétiens sous la régence d’un pouvoir musulman, reconnaissance envers l’héritage culturel de la Grèce ancienne et soutien à l’idée libérale du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sont les principaux motifs du philhellénisme.
Au lendemain du Congrès de Vienne, qui a scellé un nouvel équilibre entre grandes puissances pour garantir la paix, l’opposition des Grecs à la domination ottomane inquiète. Le spectre de la Révolution française est dans toutes les mémoires. Toute tentative de révolution apparaît comme une menace et les aspirations nationales sont perçues comme un grand danger. Le mouvement de libération de la Grèce ne reçoit donc à ses débuts aucun soutien des grandes puissances.
La mobilisation en faveur des Grecs, apparue tout d’abord dans la Confédération germanique, gagne toute l’Europe et même les États-Unis: de 1821 à 1829 se créent de nombreux comités philhellènes dans les capitales (Paris, Londres, Stockholm, Copenhague, Stuttgart, Berlin…), mais aussi dans d’autres grandes villes (New York, Philadelphie, Boston, Lyon, Marseille, Manchester…) ainsi que dans des agglomérations secondaires.
En Suisse, la diffusion des comités philhellènes est d’ailleurs remarquable: douze des 23 cantons ont au moins un comité. Et certains d’entre eux, tels Argovie et Neuchâtel, en comptent même trois! (respectivement Aarau, Brugg, Zofingue et Neuchâtel, Le Locle, Pont-de-Martel).
Jean-Gabriel Eynard, l’ami des Grecs
Le banquier genevois Jean-Gabriel Eynard devient membre des Comités de Paris et de Genève en 1825 et joue rapidement un rôle de première ligne. Conscient de l’importance des renseignements fiables, il envoie des personnes de confiance sur le terrain et développe un réseau d’information. De nombreux comités européens se fient à lui et lui font parvenir les ressources qu’ils ont amassées.
Eynard soutiendra également le jeune État grec en devenant co-fondateur de la Banque nationale de Grèce. Pour sa part, Capodistrias reste établi dans le canton jusqu’en 1827, date à laquelle il devient le premier président de la Grèce.
Son dévouement envers la Suisse et Genève a été payé en retour par l’implication d’Eynard pour la cause grecque. Le bicentenaire de la révolution hellénique est ainsi l’occasion de célébrer les liens d’amitiés entre Genève et la Grèce qui perdurent encore aujourd’hui.