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Tithonus était le fils du roi Laomédon de Troie. Il était l’amant d’Eos, déesse de l’aurore. D’après le mythe d’Homère, Eos demanda à Zeus de donner l’immortalité à Tithonus mais elle oublia de lui demander la jeunesse éternelle. Il vieillit donc, perdant petit à petit ses forces, incapable de marcher mais babillant sans cesse. Eos l’enferma puis le transforma en cigale. Tithonus continua à vivre, suppliant que la mort l’emporte.
Au cours du XXe siècle, l’espérance de vie des femmes a passé de 49 à 79 ans dans les pays industrialisés, grâce à la diminution de la mortalité infectieuse et cardiovasculaire (CV). La mortalité CV a diminué de 50%, surtout du fait de la diminution des facteurs de risque (cholestérol, hypertension, tabagisme), et dans une bien moindre mesure du fait des traitements de revascularisation.1 Toutefois ces progrès risquent d’être infléchis par l’épidémie d’obésité et de diabète qui frappe les pays riches. De plus, ces avancées de la médecine se sont faites aux dépens des cancers et des maladies dégénératives (ostéo-articulaires, sensorielles et cérébrales) dont la prévalence augmente avec le vieillissement. Nos EMS sont remplis de vieillards aveugles ou sourds dont le cœur bat mais le cerveau est éteint par la maladie d’Alzheimer et le corps pétrifié par la polyarthrose, les séquelles d’ictus et la sarcopénie. La démence (la moitié étant des cas d’Alzheimer) augmente de 30 à 50% entre 85 et 95 ans avec une prépondérance féminine.2 Comme le disait Shakespeare, « le vieillard redevient un enfant sans mémoire, sans dent, sans yeux, sans goût, sans rien ». La médecine du XXIe siècle devra relever le défi des maladies dégénératives, peut-être avec l’aide des cellules souches car les hormones de jouvence et autres antioxydants ne semblent pas tenir leurs promesses.3,4 Aucune pilule antioxydante ne semble pouvoir faire aussi bien pour prévenir les cancers et les maladies CV que la diète méditerranéenne, avec le vin (rouge pour le resverastrol), l’huile d’olive, les fruits et légumes et une restriction calorique modérée.5,6 De plus, il y a un phénomène biologique incontournable qui lie le vieillissement aux cancers. La sénescence cellulaire, qui aboutit à l’apoptose, est un mécanisme de protection contre les cancers. Les tentatives de lutter contre la sénescence, en empêchant le raccourcissement des télomères ou l’expression de la protéine 53, qui contrôle la réplication des cellules, comportent un risque cancérigène.7 Quant aux hormones de jouvence (DHEA, stéroïdes sexuels, hormone de croissance), elles semblent toutes comporter un risque oncogène.4
L’hypothèse de la compression de la morbidité vient atténuer ce sombre tableau. L’idéal serait d’augmenter l’espérance de vie sans accroître la période d’infirmité et de dépendance en fin de vie, à l’image de ces centenaires, vivant indépendants chez eux et rapidement emportés par une pneumonie ou un arrêt cardiaque.8 L’idée est que l’espérance de vie progressant moins rapidement que l’infirmité en fin de vie, du fait de la meilleure prise en charge des aînés, on devrait assister à une compression de la morbidité. Cette hypothèse de Fries9 a été confirmée chez des sujets assez jeunes (70 ans en moyenne) en montrant que les patients ayant une bonne hygiène de vie et peu de facteurs de risque CV survivaient cinq ans de plus que les sujets à risque et qu’ils avaient la moitié moins d’infirmités leurs deux dernières années de vie. Toutefois, l’évaluation du gain d’années de vie sans maladie et sans handicap est complexe. Comme l’ont montré Robine et Michel, les résultats diffèrent selon les pays et les sexes et selon qu’on prend en compte un handicap léger ou sévère ou encore la perception subjective de la santé.10 De plus, la compression de la morbidité varie selon l’espérance de vie initiale.
On observerait ainsi une diminution des maladies CV mais une augmentation de l’asthme et des problèmes musculo-sque-lettiques aux Etats-Unis ; une hausse des taux d’infarctus, d’ictus et de diabète en Suède, et d’arthrose au Japon. Par ailleurs, on observe une augmentation de la mortalité pulmonaire (cancer, COPD) au Danemark, en Hollande et en Norvège.11
Les traitements des facteurs de risque (hypertension, cholestérol, diabète) pourraient avoir un effet favorable sur les fonctions cérébrales puisque le diabète, le tabac et l’hypertension sont des facteurs favorisant le déclin cognitif et que l’hypertension est le principal facteur de risque d’ictus.12 Les risques d’ictus et de certaines démences d’origine vasculaire pourraient être atténués sous statines.13 Quant aux antihypertenseurs (notamment certains IEC et sartans), ils pourraient diminuer le risque de diabète, qui est nettement augmenté chez les hypertendus.14