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A l'époque, pas si lointaine, où la hiérarchie et l'ordre étaient ce qu'on croyait qu'ils devaient être, une fameuse formule voulait qu'au terme d'un long et douloureux parcours initiatique, une épée (un sabre peut-être) à la main le maître suprême d'un jour lance un «Debout les hommes !» qui, à l'époque, valait son lourd pesant symbolique d'humanité. Cette image saint-cyrienne nous revenait à la mémoire à la lecture des différentes publications mises en valeur dans The New England Journal of Medicine daté du 5 septembre, soit une semaine avant ce tragique anniversaire du 11 septembre qui deviendra bientôt le 11 novembre des deux continents.On connaît les angoisses nourries outre-Atlantique par ceux qui, responsables de la santé de la population américaine, s'inquiètent de la proportion grandissante des personnes souffrant de surpoids important, d'obésités majeures. «Déclin de l'activité physique chez les jeunes filles de race noire et de race blanche durant l'adolescence» ; tel est le titre de la première publication tandis que la seconde annonce : «Comparaison entre la marche et l'exercice soutenu pour la prévention des événements cardiovasculaires chez la femme». Hebdomadaire haut de gamme avec comités de lecture ; ciblage précis des suites qui comptent ; refus absolu et hautement affiché des conflits d'intérêts ; on ne fera pas l'injure au journal de la Société médicale de l'Etat du Massachusetts de critiquer ses choix éditoriaux. Bien au contraire.Pour autant, où en est-on, outre-Atlantique, pour dépenser autant d'énergie pour cerner avec la plus extrême précision le phénomène qui veut que les jeunes les jeunes filles en l'occurrence prennent plaisir à dépenser de moins en moins d'énergie musculaire, du moins au travers de la marche ? «L'activité physique diminue durant l'adolescence, mais les raisons sous-jacentes restent inconnues» soulignent les signataires de la première publication tandis que les auteurs de la seconde écrivent : «Dans la prévention des affections cardiovasculaires, le rôle de la marche, par rapport à l'exercice soutenu, reste controversé. Les données restent particulièrement pauvres pour les femmes qui appartiennent à des minorités raciales ou ethniques». Allons au plus vite, faisons l'économie des méthodes et des résultats.Conclusions du premier travail : «Un déclin substantiel de l'activité physique est observé durant l'adolescence chez les filles de façon plus marquée chez les adolescentes de race noire que chez celles de race blanche. Certains facteurs favorisants, comme l'index de masse corporelle et le tabagisme, sont accessibles à une prise en charge». Les auteurs du second travail expliquent quant à eux que les données auxquelles ils parviennent indiquent «que la marche et l'exercice soutenu sont associés à une baisse substantielle de l'incidence des événements cardiovasculaires chez les femmes ménopausées, quels que soient leur appartenance raciale ou ethnique, leur âge et leur index de masse corporelle.» Ils ajoutent : «Des périodes d'inactivité physique prolongées majorent le risque cardiovasculaire».Dans un éditorial à paraître en France dans Le Journal de Chirurgie, le Pr Arnaud Basdevant (Université Pierre et Marie Curie, Service de nutrition, Hôtel-Dieu de Paris) écrit : «L'obésité connaît une progression épidémique dans le monde entier. La France s'américanise subrepticement. Actuellement, 9% des adultes et 12% des enfants sont obèses. La prévalence double tous les quinze ans chez les plus jeunes. A ce rythme-là, dans moins d'une génération, nous devrions rejoindre la situation peu enviable des Etats-Unis où un habitant sur trois est obèse. L'impact économique est d'ores et déjà conséquent : l'obésité et ses complications représentent de 2 à 5% des dépenses de santé». Il ajoute que l'obésité est une maladie de la nutrition, une maladie des styles de vie, une maladie de société qui frappe ceux qui y sont génétiquement prédisposés.En France, un plan gouvernemental s'insérant dans le cadre d'un «Programme national nutrition santé», vise notamment à réduire de 20% la fréquence de l'obésité parmi la population adulte et à stopper sa progression chez les enfants. Nécessaire, sera-t-il suffisant ? Comment ne pas voir que les symptômes enregistrés chez les jeunes filles américaines ne sont que l'émergence d'une forme de «non-mobilisation corporelle» ; une immobilisation dont les causes ne sont pas très difficiles à cerner mais qui pose un sacré problème à ceux qui veulent faire évoluer la situation. Qui dira aux jeunes filles et aux jeunes garçons, de part et d'autre de l'Atlantique, que se mouvoir, âme et corps est une vertu ; que stagner est, sinon un vice du moins la source de malheurs précoces et, désormais, prévisibles.