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Numéro d’inventaire: 04555.
La signature est à peine visible car partiellement effacée.
Ce portrait en plan rapproché représente Anne-Marie Mercier née en 1919, fille de Pierre Mercier (1890-1976) et petite-fille de Jean-Jacques Mercier de Molin, commanditaire à Louis Rivier de la décoration de la salle à manger du château de Pradegg à Sierre et mécène de la décoration de l’Aula du Palais de Rumine à Lausanne.
Le visage de la jeune femme est orienté de face, le buste à peine tourné de trois-quarts. Les lèvres esquissent un imperceptible sourire ; les yeux foncés fixent un point légèrement surélevé et ne croisent pas le regard du spectateur. Ses cheveux bruns sont partagés par une raie centrale et noués en chignon tressé sur le sommet du crâne.
La forme ovale du visage de la jeune femme, celle de ses yeux, la courbe des sourcils, accentuent la délicatesse des traits. Cette même douceur des formes caractérise la courbe des épaules, légèrement tombantes, et celle du cou mis en valeur par le décolleté. Elle est vêtue d’un haut rouge profond, couleur qui colore également ses joues conférant au portrait une vivacité et une présence singulières, rehaussées par un maquillage légèrement brillant des lèvres ainsi que par la lumière émanant de ses grands yeux bruns.
Le visage d’Anne-Marie Mercier se détache d’un ciel bleu clair, limpide. Le ciel occupe toute la moitié supérieure du tableau, à l’arrière-plan. La moitié inférieure est, quant à elle, consacrée à un paysage de collines verdoyantes. Sur la gauche se dresse un château. Au loin, on aperçoit des reliefs montagneux peints en perspective aérienne et, dans la partie centrale, partiellement caché par la figure, un lac.
La gamme chromatique est dominée par le rouge, le brun, mais aussi le vert prairie, le vert olive et le bleu clair. Les couleurs chaudes et profondes de l’habit, des cheveux, des sourcils, de la carnation s’intensifient grâce au contraste établi avec le fond harmonieux de nuances plus froides. La lumière du ciel auréole le visage de la jeune femme.
La lumière est étale et dorée. Les ombres modèlent le visage et, en particulier, les paupières, le cou et le front de la jeune femme. D’autres ombres façonnent discrètement les plis du vêtement au niveau des manches et des aisselles.
La frontalité et la centralité de ce portrait sont équilibrées par la douceur des traits et du regard, mais aussi par celle des lignes souples. Une verticale, celle de la raie centrale de la chevelure, du nez et de la boutonnière de l’habit, vient toutefois souligner la symétrie du tableau.
Ce portrait est d’un grand réalisme et procure un effet photographique.
Bon état.
Louis Rivier adopte la détrempe dès 1906 jusqu’à la fin des années 1930. La détrempe est une technique traditionnelle de la Renaissance italienne (tempera all’uovo). « La tempera à l’œuf italienne était l’héritière directe de la tradition byzantine […]. Le nombre de tableaux peints à tempera est considérable […]. Elle est pourtant tombée en désuétude au cours des XVIe - XVIIe siècles. ». (François Perego. 2005. Dictionnaire des matériaux du peintre, Paris : Ed. Belin, p. 706).
La recette de Rivier, mise au point par Théophile Robert, comporte du jaune d’œuf, de la résine d’Avar ou copal, de l’huile de noix pure, du vinaigre blanc et de l’eau. (Dario Gamboni, Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, p. 97).
Au cours de sa carrière, Louis Rivier rencontre plusieurs difficultés quant à l’emploi de la détrempe. Ces obstacles l’amènent à abandonner momentanément cette technique au profit de l’huile. Mais, « […] après quelques années de tentatives obstinées, il finit par maîtriser la détrempe à tel point qu’il put l’utiliser pour ses paysages aussi bien que pour ses portraits, et pour d’autres compositions. » (Francesco Sapori, Louis Rivier, p. 38).
En 1938-39, Rivier invente, à partir de dessins aux crayons de couleurs, le « procédé spécial », technique qu’il emploiera pour presque toutes ses œuvres même en grand format et réalisées pour des décorations murales. Une exception notoire est la décoration de l’Église orthodoxe grecque de Lausanne qui a été réalisée entièrement à la détrempe, et cela sur une durée de plus de 15 années, jusqu’en 1940.
Anne-Marie Mercier est née le 10 novembre 1919. Dans ce portrait, elle semble âgée d’environ vingt ans. Le tableau date vraisemblablement de la fin des années 1930.