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Quand expression rime avec émotion...
par Pierre JAQUET
Hilary Hahn, née le 26 novembre 1979 à Lexington (Virginie), est une violoniste américaine qui accumule depuis plusieurs années récompenses et invitations. Tout est assez hors du commun chez cette délicieuse jeune femme au regard malicieux rappelant souvent, qu’au prestigieux Curtis Institute de New York, elle aimait jouer au ping-pong avec les musiciens chinois !
Entre 1984 et 1989, Hilary Hahn apprend le violon à Baltimore sous la direction de Klara Berkovich. En 1990, elle est admise au prestigieux Institut Curtis à Philadelphie pour étudier avec Jascha Brodsky, dernier élève vivant d’Eugène Ysaÿe. Elle travaillera avec lui pendant sept ans, jusqu’au décès de son mentor à l’âge de 89 ans !
A l’âge de 11 ans, c’est le premier engagement avec un orchestre professionnel ! S’amorce ensuite une série de concerts importants avec de grandes phalanges : l’Orchestre symphonique de Baltimore en 1991 ; l’Orchestre de Cleveland, le Philharmonique de New York, l’Orchestre symphonique de Pittsburg et l’Orchestre du Festival de Budapest en 1994 ; l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, avec Lorin Maazel, en 1995 pour le Concerto pour violon de Beethoven... La violoniste signe à l’âge de 16 ans seulement un contrat d’exclusivité avec Sony Classical, pour qui elle grave son premier disque (« Hillary Hahn Plays Bach »)... et grâce auquel elle récolte ensuite son premier « Diapason d’or » ! Sa carrière se poursuit les années suivantes à un rythme toujours aussi bluffant...
Quand il s’agit de jouer, en salle de concert comme en studio, la soliste déclare modestement ne pas vouloir révolutionner l’interprétation. « Je cherche surtout à éveiller l’intérêt de ceux qui n’ont jamais entendu l’oeuvre ! »
Ce rapport généreux au public conditionne son attitude en récital ou avec d’autres artistes : « Trop souvent les gens ont peur au moment de monter sur scène, peur que leur interprétation ne corresponde pas aux attentes du public. Si on perçoit les choses ainsi, ce n’est pas bon signe. Il faut venir avec le désir d’établir un contact avec le public, il faut être impatient d’être là ! Il restera toujours un ou deux points à améliorer, mais ce n’est pas le plus important ! »
Ce goût de la communication n’est pas que sonore : la jeune femme a appris l’allemand, le français – son accent est charmant – et elle travaille, dans ses heures libres, le japonais. Pour les internautes, la musicienne offre un journal, tenu très régulièrement, sur son site.
- Hilary Hahn
Son jeu et ses disques
Hilary Hahn a été très tôt repérée pour sa maîtrise technique et ses interprétations originales des partitions de Jean-Sébastien Bach, compositeur envers lequel son admiration est sans bornes : « Il n’y a rien qu’on ne puisse pas aimer. Sa musique propose la concentration qu’on recherche souvent quand il faut se préparer, par exemple pour un concert. J’ai été frappée par l’incroyable écoute des enfants, même et surtout dans les morceaux lents ». On s’en convainc facilement en l’entendant interpréter quatre concertos de Bach avec le Los Angeles Chamber Orchestra dirigé par Jeffrey Kahane (CD paru chez DGG)...
Dès ses premières apparitions, les mélomanes ont apprécié son jeu très lyrique : l’archet fait véritablement chanter l’instrument. Le son est chaleureux, sensible, sensuel, très clair. Sans jamais donner l’impression de se hâter inutilement, Hillary Hahn donne à entendre une pulsation dynamique et souple. Un bon exemple est, à cet égard, son interprétation du Concerto de Sibelius (couplé avec celui de Schönberg) (Disque paru chez DGG avec l’Orchestre de la Radio Suédoise, dirigé par Esa-Pekka Salonen).
La violoniste ne néglige pas la musique de chambre. « La chance m’a fait rencontrer Nathalie Zhu au Curtis Institute. Avec cette pianiste j’ai trouvé une compatibilité - ce qui est très difficile - et je suis heureuse d’avoir pu jouer avec elle les sonates pour piano et violon de Mozart. Elle apporte une délicatesse, une grâce... et moi je peux y mettre ma fougue, mon impertinence ! »
Mais d’autres formes l’attirent : La concertiste vient de publier un compact de pages extraites essentiellement de cantates de Bach, dans lesquelles le violon a une place importante ; ce rôle lui permet de « doubler », sans qu’il n’y ait redondance, les voix des solistes (Disque DGG avec Christine Schäfer, Mathias Görne, l’Orchestre de Chambre de Munich placé sous le bâton de Alexander Liebreich).
En 2004, la virtuose a aussi participé à la mise en forme de la musique du film Village de Night Shyamalan. « On estime que la musique de film est facile. Mais c’est une idée reçue totalement fausse, car dans ce genre, compositeur et interprètes doivent respecter un grand nombre de contraintes qui peuvent différer en se succédant très vite. En plus jouer d’autres styles musicaux rafraîchit ma perspective de l’expérience classique, dit-elle. Cela me fait découvrir de nouveaux angles créatifs qui me donnent des idées d’interprétation, et je suis en contact avec la réalité d’autres publics ! »
Dans le livret du CD consacré aux concertos de Bach, la belle artiste a écrit : « Pour certains, ce qu’il y a de fondamental dans la musique de Bach, c’est qu’elle exprime l’essence de l’humanité, réunissant les contraires – lumière et ombre, solitude et communion, allégresse et tristesse profonde. » Ces qualificatifs s’appliquent peut-être bien aussi à son art...
Pierre Jaquet
Lundi 8 novembre 2010, 20 h. Victoria Hall.
Avec le New Zealand Symphony Orchestra.
Pietari Inkinen, direction.
Oeuvres de Lilburn : Aotearoa ; Sibelius : Concerto pour violon en ré mineur op. 47 ; Berlioz : Symphonie fantastique op. 14a.
(1er concert de la série 8 de Caecilia)