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La culture rend-elle heureux? C'est la question qui a été posée dans une étude récente qui vient d'être publiée par le Département fédéral de l'intérieur. publikationen.html?publicationID=6750
Pour cette étude, une définition élargie des pratiques culturelles a été pris en compte. Il s'agissait autant des activités de loisirs (fêtes, sport) que des activités particulières (fréquentation des bibliothèques, cinémas open air, festivals de films). L'objectif avoué étant d'évaluer la satisfaction dans la vie.
Il en ressort des enseignements, certes globaux, mais intéressants. Par exemple, que les institutions culturelles les plus fréquentées sont les cinémas, que plus de quatre personnes sur dix ont fréquenté des concerts de musiques actuelles en Suisse; un pourcentage analogue de la population (41%) ayant assisté à des spectacles de culture classique, comme une pièce de théâtre, un concert de musique ou de danse. Enfin, qu'un peu plus du quart de la population a fréquenté une bibliothèque ou une médiathèque pour ses loisirs durant l'année. Que disent au final ces chiffres? Qu'une bonne accessibilité à la culture, garante d'une bonne qualité de vie, est disponible en Suisse et que la population en use avec profit.
Avis à ceux qui veulent raboter dans la culture: autant dire qu'ils s'attaquent directement au bien être.
Poursuivons la lecture de cette étude. 71% de la population suisse a participé au moins une fois durant l'année à une fête, qu'elle soit du premier août, au carnaval, à une fête de quartier ou de village. Preuve que la culture, dans son acceptation large et participative, est grandement investie et contribue à la qualité de vie et au sentiment d'appartenance.
La population suisse, dans son ensemble, exprime un degré de satisfaction dans la vie élevé à très élevé. La fréquentation de spectacles de culture classique (théâtre, musique classique, ballet) et de manifestations de culture populaire (musique folklorique, théâtre populaire ou amateur) -avec toutes les réserves que l'on peut émettre sur ces catégories- augmente les chances de faire partie des personnes très satisfaites dans la vie.
Des différences significatives entre les classes
Mais cette étude donne aussi des renseignements intéressants sur les profils socio démographiques. 30% des personnes diplômées du secondaire I ont visité des monuments et des musées contre près de 80% pour celles du degré tertiaire! Les personnes d'âge moyen et avancé, bénéficiant d'un revenu élevé et surtout d'un niveau de formation tertiaire sont surreprésentées. A contrario, les étrangers, les jeunes et les personnes moins formées par exemple, y sont sous-représentés. Il y a de réelles différences de classes dans l'accessibilité à la culture. Et sans surprises, ce sont les classes les plus précaires qui en bénéficient le moins.
Si la culture rend heureux, elle bénéficierait avant tout à ceux qui... le sont déjà, ou en tout cas qui bénéficient, du fait de leur revenu, âge, santé, logement, des conditions favorables pour en profiter. Or, si la culture contribue à être heureux, il est important qu'elle soit un facteur de lutte contre les inégalités sociales et partant, des risques de ruptures et tensions dans la société.
Son accès devrait donc être facilité pour les publics moins favorisés et des entreprises de médiation à leur intention spécifiquement développés. Sinon, on risque d'aller vers une culture de classe, et donc, paradoxalement, un culture qui, incluant moins, exclut.
Que les classes privilégiées le soient et demeurent heureuses d'aller au musée n'est pas un enjeu prioritaire des politiques publiques.
Mais que les personnes les plus précaires et sur les marges puissent, par le biais de la culture, développer des liens sociaux et développer leur capital social et symbolique, en est un, de toutes évidence, pour la collectivité.
C'est à mes yeux l'enseignement important à retirer de cette étude.