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Renaissance et Ancien Régime : une première histoire documentée
Les humanistes battent en brèche la belle façade de l’histoire médiévale de l’évêché du Valais. Ils observent des fragments épigraphiques attestant un ancien peuplement du pays et une pénétration précoce du christianisme. Exemple : Johannes Stumpf, en 1544, lit à la cathédrale de Sion une inscription gravée par la communauté des Sédunes en l’honneur de l’empereur Auguste (8-6 avant J.-C.) et la publie dans le chapitre «Vom Land Wallis» de sa Chronique. Autre exemple: dans la seconde moitié du XVIIe siècle, une inscription datée de 377 comportant le monogramme du Christ est scellée dans le mur du nouvel Hôtel de Ville de Sion.
Mais le discours sur la christianisation du pays s’articule autour de saint Théodule. Josias Simler, en 1574 dans sa Descriptio Vallesiae, identifie saint Théodule comme étant Théodore, l’un des signataires des Actes du Concile d’Aquilée en 381, ce que ne connaît pas encore Pierre Branschen en 1576, puisque ne figure dans son «Catalogue des évêques de Sion» qu’un Théodule carolingien. Mais l’affirmation de Simler va son chemin. Il n’est plus question bientôt de faire de Théodule un contemporain de Charlemagne autour de l’an 800, ou de Sigismond qui fonde l’Abbaye de Saint-Maurice en 515. Les clercs sédunois, notamment en 1744 Sébastien Briguet (1685-1746), s’attachent à défendre l’histoire traditionnelle, consacrée solennellement par les textes liturgiques de l’office de saint Théodule. Ils soutiennent qu’on a confondu trois personnages en un seul: Théodule I est évêque d’Octodure vers la fin du IVe siècle, Théodule II est contemporain de Sigismond au début du VIe siècle, Théodule III, confident de Charlemagne, est le premier évêque du Valais disposant d’un pouvoir temporel au début du IXe siècle. La théorie des trois Théodule aura la vie longue: si Boccart en 1844, Gremaud en 1863 et Grenat en 1880 nient déjà l’existence de Théodule III, ils acceptent encore Théodule II aux côtés de Théodule I, seul avéré aujourd’hui après les Recherches sur les évêchés de Genève, Lausanne et Sion de Marius Besson en 1906. Il est piquant de voir les clercs défendre âprement les droits temporels de l’évêque jusqu’au XVIIIe siècle, alors que ce dernier y a renoncé en 1634 déjà sous une pression très forte des dizains supérieurs; cela s’explique cependant si l’on sait que l’organisation et les revenus du Chapitre dépendaient largement du pouvoir temporel de l’évêque sur le Valais.
Les humanistes ont révélé l’ancienneté de la christianisation du Valais, mais aussi des erreurs de la liste des évêques et, donc, de l’histoire du Valais. Il en résulte d’abord un mouvement maladroit de défense de l’histoire traditionnelle dont il vient d’être question et, plus tardivement, un besoin de reprendre les recherches en s’appuyant, dès le milieu du XVIIIe siècle, sur des documents originaux, ou reçus comme tels, laborieusement recherchés, recopiés (transcrits, voire traduits) et réunis en volumes de sources. Cet effort est d’abord bas-valaisan, le Haut-Valais se satisfaisant de chroniques proches des Annales de Brigue. Ainsi la Savoie et, avec elle, le Bas-Valais savoyard trouvent enfin leur place dans l’histoire du Valais, tandis que se développe un débat contradictoire autour des origines de l’Abbaye de Saint-Maurice et surtout du martyre de la Légion thébaine. Pierre-Joseph de Rivaz (1711-1772), amateur enthousiaste, est le premier historien de cette lignée. On lui reproche de trouver «quelquefois dans les textes plus qu’ils ne contiennent réellement et [de transformer] trop facilement les vraisemblances en réalités» (Gremaud 1863, cité dans Bertrand 1909). Son fils, le chanoine Anne-Joseph de Rivaz (1751-1836) est l’auteur, entre autres, d’Opera historica (dix-huit volumes in-folio de 500 à 800 pages chacun). Ces travaux, restés manuscrits, d’une rédaction hâtive et inachevée, avec de nombreux ajouts marginaux, sont d’une lecture malaisée; enfin, leur dépôt dans la famille de Rivaz jusqu’en 1906 n’a pas rendu facile leur accès. Pourtant tout cela n’a pas empêché plusieurs érudits (Père Isidore Rudaz, Jean Gremaud) de se servir abondamment de ce fonds et de faire à son auteur la réputation flatteuse de «père» de l’histoire valaisanne (Gremaud 1863, repris dans Bertrand 1909).
Bibliographie
- Histoire du Valais, Annales valaisannes 2000-2001, Sion, 2002