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J'ai regardé une partie de la table finale télévisée en direct des WSOPE. Avec la victoire surprenante de Phil Hellmuth qui lui donne son 13ème bracelet.
Surprenant? Oui, car comme on le sait, Phil est un fish.
Enfin, c'est ce qu'on est tous censés penser de Phil, car la nouvelle génération internet le dit. Et comme ces multitableurs grindeurs-fous sont très bons, on les croit.
Mais est-il cohérent de traiter un joueur détenteur de 13 bracelets des WSOP de livetard? Comment être certain qu'il est mauvais, alors que les résultats parlent pour lui?
J'ai parcouru le forum du Club Poker, et l'huile (de qualité) versée sur le feu par le très bon Artplay. À suivre ici (http://www.clubpoker.net/phil-hellmuth-13e-bracelet-quelques-reactions/n-6719) et là (http://www.clubpoker.net/forum-poker/blog/208/entry-7921-tf-wsope-le-report-day1-tldr/).
Il y a deux clans: ceux qui pensent PH très mauvais, et ceux qui le trouvent très bons. C'est polarisé: personne ne pense qu'il est moyen...
Les arguments de ceux qui le trouvent très mauvais sont:
- Des problèmes de sur-protection de ces mains "fragiles" (et donc il raterait de la value).
- Trop d'open-limps.
- Des sizing tells (il miserait plus fort quand il a une main plus forte, et plus faible quand il a une main plus faible).
- Il ne maîtriserait pas tous les moves modernes à 100%, loin de là.
Arguments purement techniques, mais indéniables.
Les arguments de ceux qui le trouvent très bons sont:
- Un palmarès hors-norme en tournoi.
- Sa longévité (premier bracelet en 1989).
- Ses facultés de lecture de l'adversaire (qui compenserait donc ses éventuelles faiblesses techniques).
Arguments parfaitement objectifs et recevables, également.
Loin de moi l'intention de me lancer dans ce débat, qui me paraît stérile. Après tout qu'elle est l'importance de savoir si un joueur de poker est mauvais, moyen, bon ou très bon?
Pour pouvoir se jauger par rapport à lui? Pour pouvoir penser que moi/vous, joueurs de tournois du dimanche à 5 euros, puissions avoir un edge sur cet individu ayant engrangé des dizaines de millions de dollars?
J'ai pourtant peut-être une piste, un début de tentative d'explication... Qui ne démontre pas si Phil est bon ou mauvais techniquement, je n'oserais affirmer ni l'un ni l'autre, mais comment sa personnalité l'aide peut-être à avoit tant de réussite au poker.
Dans un tournoi de poker, la part de variance des fins de tournois est techniquement énorme, on n'y peut rien. Parallèlement, la pression psychologique est aussi à son paroxysme, mais contrairement à la part de chance ou malchance, on peut la maîtriser pleinement.
Je m'explique plus clairement:
N'importe qui, avec deux trois principes de base et un peu de réussite, peut aller loin dans un tournoi, faire un deep run comme on dit.
Mais il y a très peu de joueurs dans le monde à pouvoir résister à la pression des énormes enjeux que sont les tables finales d'événements majeurs. Très peu.
Parce que vous et moi, ne pouvons pas faire abstraction de la valeur de l'argent. Heureusement d'ailleurs, sinon on aurait des problèmes dans la vie de tous les jours.
De plus, hormis la pression financière, le fait d'être télévisé, médiatisé, nous ferait sans doute déjouer, par peur de "mal jouer" devant des milliers de téléspectateurs. Je suis sûr que l'on ferait tout pour ne pas faire un coup à l'envers, par crainte d'être ridicule...
Ridicule?
Tiens, tiens...
Phil Hellmuth n'en a visiblement pas peur. Quand il déclare dans deux de ses citations les plus connues, "j'ai révolutionné la façon de jouer au Texas Hold'em No-Limit" ou encore "s'il n'y avait aucune part de chance, je pense que je battrais tout le monde", il ne faut vraiment pas avoir peur de se ridiculiser par un tel manque de modestie...
Certes il y a sans doute une part de calcul marketing, avec son image de mauvais garçon. L'homme est habile et clairement loin d'être stupide.
Mais il n'a jamais peur d'être ridicule (qui d'autre que lui oserait faire ce genre d'entrée, même en étant grassement payé?):
J'ai croisé, dans ma vie professionnelle, une belle pelletée de personnages "ridicules". Qui n'ont peur de rien. Qui osent déclarer des énormités sans aucun problème. Ils ne sont pas cons, loin de là, mais ce sont de véritables "éléphants dans des magasins de porcelaine". Avec un manque évident de sensibilité.
Et bien j'ai dû me résoudre à accepter une réalité indéniable: c'est un trait de caractère qui est souvent lié à une belle réussite dans les affaires...
J'en suis toujours surpris: "quoi, cet individu qui est capable d'affirmer de telles inepties, qui se rend ridicule souvent en public, gagne pourtant des millions...?"
Leur grande faiblesse, cette absence surprenante du "gêne de la sensibilité", est aussi une force: ils n'ont peur de rien, et croient en leurs capacités à 100%. Sans jamais douter. Jamais.
Ils foncent, têtes baissées, et souvent ça passe. Si ça casse, ils recommencent encore et encore... Sans se remettre indéfiniment en question... Sans coachs, psychologues ou voyantes (au choix). Sans avoir peur de leur image, de ce que l'on va pouvoir dire ou penser d'eux.
Ils s'en foutent!
Avantage énorme dans la vie professionnelle, qui compense largement quelques faiblesses, souvent relatives, de leurs capacités professionnelles. J'investirais d'ailleurs volontiers dans une entreprise ayant un patron fonceur, même un brin ridicule avec un ego sur-dimensionné, plutôt que sur un entrepreneur agréable, sensible, charmant, modeste, mais ayant des doutes, des hésitations, des remises en question, certes ô combien légitimes, mais parfois paralysantes.
Phil Hellmuth et d'autres "livetards" multi-millionnaires sont peut-être de ce bord-là: avec quelques faiblesses techniques, mais sans peur.
En tout cas pas celle d'être ridicule.
Et si le ridicule ne tue que très rarement, il permet souvent de réussir.
Je commence à comprendre pourquoi je n'ai toujours pas de Rolex à 50 ans...
PS:
En me relisant, je constate que l'on pourrait croire qu'il suffit d'avoir un manque de sensibilité pour réussir dans la vie. Ne vous méprenez-pas: cela aide de n'avoir ni peurs ni doutes, certes, mais les cons ridicules restent des cons! Par contre être futé peut parfaitement se conjuguer avec un manque de sensibilité général. Et là les chances de réussite sont bonnes...
Bien entendu, dans la vie comme au poker, n'oublions jamais que la variance sera un ingrédient incontournable et d'une importance trop souvent négligée...