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Le personnel du restaurant du café où le couple prend un repas disparaît soudainement et l’électricité s’éteint. La réception cellulaire a aussitôt disparu, laissant le couple complètement isolé du reste du monde. Au milieu du paysage rural libanais, dans un ce restaurant de campagne isolé, l’homme et la femme échangent des propos, interrompus de manière soudaine par le vol d’avions militaires que les spectateurs ne voient pas entendent les moteurs vrombir.
La femme (Yumna Marwan) et l’homme (Ali Suliman) se retrouvent soudainement seuls mais, on entend les avions de chasse continuant leur survol dans les environs. Des événements météorologiques étranges se succèdent, créant une atmosphère anxiogène : des nuages sombres couvrent rapidement la terrasse du café pour disparaître tout aussi rapidement, suivies par de violentes rafales de vent qui soufflent pour s’éteindre aussitôt ; des apparitions d’épaisses brumes se lèvent puis se dissipent. Le couple se met à fuir et se met à l’abri dans une forêt aux pins élancés et espacés, filmée de manière picturale qui fait songer à un tableau impressionniste.
La présence des avions de chasse banalisés qui planent au-dessus des protagonistes suggère que la région où se trouve le couple est en guerre, impression alimentée par des sons plus tonitruants, intermittents et de fines traînées de vapeur qui sillonnent le ciel. Essayant de fuir ce lieu inquiétant, le couple est entraîné plus loin dans les bois qui les entourent : la femme invite son compagnon à rester discret alors que, curieux, l’homme interpelle des silhouettes qui passent au loin. Tous deux cherchent à savoir ce qui se cache au-delà. Bien qu’ils ne puissent jamais se débarrasser du sentiment que quelqu’un les observe, ils utilisent cette période d’isolement pour se protéger en tentant de trouver une solution à cette situation qui semble de plus en plus alarmante. Les personnages de Marwan et Suliman reviennent sur leurs erreurs respectives et tentent de naviguer dans l’inconnu, essayant de concilier leur remise en question et la réalité qui, symboliquement, représente la transition nécessaire qu’ils doivent effectuer.
La beauté des lieux accompagne les sentiments et les émotions du couple qui puisent dans leurs souvenirs, capturés sur une vidéo de téléphone portable, pour revivre un moment fugace de paix et de bonheur. Mais certains éléments – un boîtier d’armes abandonné avec une impression hébraïque, qui peut rappeler le divers conflits militaires que le Liban a connus avec Israël – rappelle l’incertitude qui habite la vie quotidienne des Libanais.
Ghassan Salhab présente avec Al Naher le dernier volet d’un triptyque, composé de ses autres films à connotation géographique Al Jabal (La montagne, 2019) et Al Wadi (La Vallée, 2014), consacrés à
« une menace constante qui nous affecte tous et qui au Liban est présente depuis trop longtemps. En le présentant comme un conte dystopique et/ou un thriller émotionnel, Al Naher distille ces sentiments d’isolement et de peur de l’inconnu à travers la métaphore d’une relation personnelle. »
Si certaines des métaphores liées à la nature environnante semblent évidentes – la rivière du titre étant le cours inéluctable du temps -, le film met en exergue cet isolement subit, qui rend difficile la relation du couple avec d’autres, livrés à eux-mêmes dans la tourmente. D’aucuns pourront peut-être y voir une relecture inverse de la Genèse et du retour à l’Éden.
Les deux interprètes – Ali Suliman, qui a remporté un Golden Globe pour Paradise Now et que l’on a vu par la suite dans The Kingdom et Lemon Tree, et Yumna Marwan, vue dans le précédent film du réalisateur, La Vallée, se retrouvent, tels Adam et Eve, seuls dans un Liban désert, comme le premier homme et la première femme … À moins que ce soit les derniers représentants de l’humanité vu le contexte ? Souvent pictural, esthétiquement beau et envoûtant, grâce au solide travail de caméra de Bassem Fayad et aux morceaux musicaux obsédants de Sharif Sehnaoui, Al Naher offre un périple surprenant et insolite de Marwan et Suliman, mis en relief par leurs excellentes performances.
Ghassan Salhab est un réalisateur d’origine libanaise, né au Sénégal où il a vécu jusqu’à l’âge de douze ans, avant de s’installer au Liban et de découvrir la patrie de ses parents. Le déracinement et le rapport à la terre sont des éléments qui nourrissent ses films : Phantom Beirut (1998), Terra incognita (2002), The Last Man (2006), 1958 (2009), The Mountain (2010), The Valley (2014).
Al Naher est un film à l’atmosphère intrigante, qui captive l’attention de bout en bout ! Concourant pour le Léopard d’Or, Al Naher réussira-t-il à convaincre les membres du Jury ?
Firouz E. Pillet, Locarno
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