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Le mois passé, l’Académie royale des sciences de Suède a attribué les Prix Nobel 2021 pour la médecine, la chimie, la physique, la littérature et la paix. Au-delà de ces cinq Prix Nobel, chaque année la Banque centrale de Suède attribue un Prix en mémoire d’Alfred Nobel qui, de manière erronée, est considéré un Prix Nobel de même rang que les autres. En fait, Alfred Nobel ne considérait pas l’économie comme une discipline scientifique méritant un Prix parmi ceux qu’il institua par son testament de 1895. Ce fut seulement en 1968 que la Banque centrale suédoise décida d’instituer un Prix annuel en mémoire d’Alfred Nobel, lors du 300ème anniversaire de cette autorité monétaire.
Si initialement plusieurs économistes de taille furent récompensés par le Prix de la Banque centrale suédoise, à partir de la fin des années 1980 on constate une baisse considérable du niveau scientifique des travaux récompensés par ce soi-disant Prix Nobel. Cette année, par exemple, ce Prix a été attribué à un économiste qui a découvert l’eau chaude (pour utiliser un euphémisme) et à deux autres chercheurs qui considèrent l’économie comme une science exacte à l’instar de la physique ou des mathématiques.
Il est désormais une «évidence empirique» équivalente à une lapalissade que l’institution d’un salaire minimum ne réduit pas le niveau d’emploi dans l’ensemble de l’économie nationale. Bien au contraire, il est fort probable que l’introduction d’un salaire minimum augmente le niveau d’emploi, étant donné que les consommateurs disposent ainsi d’une plus grande capacité d’achat et, qui plus est, pourraient avoir une plus forte propension à consommer, vu qu’ils savent qu’ils reçoivent un salaire plus élevé que celui qu’ils recevaient avant l’adoption d’un salaire minimum.
En ce qui concerne, en revanche, l’assimilation de l’analyse économique à une science pure et dure comme la physique – qui a des lois immuables dans le temps et dans l’espace –, il s’agit d’une faute méthodologique très grave, parce qu’elle dénature l’approche qu’il faut utiliser et conduit à des choix de politique économique fondamentalement erronés, qui dès lors ne peuvent aucunement résoudre les problèmes économiques du monde réel, bien plus complexe que ce que les modèles mathématiques les plus sophistiqués peuvent représenter.
Ce n’est certainement pas à travers la récolte de données suite à des sondages auprès d’un échantillon (bien que «représentatif») de la population qu’il est logiquement possible d’arriver à des conclusions d’ordre macroéconomique, entendez qui concernent l’ensemble des agents au sein du système économique considéré.
Or, la «science économique» contemporaine est établie sur la base des données qui, suivant des méthodologies parascientifiques, sont récoltées sur le terrain, avec la prétention que les données ne mentent jamais. En réalité, bien des économistes académiciens partent des conclusions qu’ils veulent obtenir, afin de définir le périmètre des données à récolter et la méthodologie à utiliser pour «démontrer» leurs propres hypothèses, ne serait-ce que pour obtenir un soi-disant Prix Nobel.
Alfred Nobel est sans doute en train de se retourner dans sa tombe!