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Nous voudrions vous parler d'une image.
Valon Behrami: Je suis impatient!
Celle-ci:
Coupe du monde 2018, Suisse - Brésil. Neymar est au sol. Il se tord de douleur. Vous le regardez en riant. Quelles pensées vous viennent à l'esprit quand vous voyez cette photo?
Les souvenirs remontent immédiatement. Au début du match, je me dis: «Essaie de le déranger, Valon. Essayez de lui prendre le ballon». Et ça marche. Ma confiance grandit à chaque action.
Et à chaque action, Neymar est toujours plus frustré.
Exactement. Vient ensuite cette scène de la photo: Neymar est à terre, il grimace. Je vois Fabian Schär derrière moi qui sourit. Je souris aussi. Le 90% du temps, quand vous êtes footballeur et que vous affrontez une équipe de classe mondiale, vous vous dites: "Quelle journée de merde. Nous ne faisons que courir après le ballon". Dans ce match contre le Brésil, tout était différent. Nous nous sommes vraiment amusés. Ce sont les meilleurs moments, le meilleur contexte pour un joueur qui, comme moi, ne marque jamais et ne délivre jamais de passe décisive (rires).
Pendant le match, étiez-vous si convaincu de cette phrase que vous aviez lancée: «Aujourd'hui, on ne perd pas!»?
C'est comme ça. Ce sentiment surgit à un moment donné. Soudain, oui, nous nous sommes sentis invincibles. Parfois, cela se produit aussi dans l'autre sens. En huitièmes de finale contre la Suède, j'ai eu l'impression dès la première minute que nous étions en train de perdre. On aurait pu jouer 500 minutes qu'on n'aurait pas réussi à inverser cette tendance.
Avez-vous vu eu conscience de la fête qu'il y a eu en Suisse après votre exploit contre le Brésil?
Pas vraiment. Je ne m'attendais pas à ce que cette victoire génère autant de battage médiatique.
Quatre ans plus tard, la Suisse rencontre à nouveau le Brésil à la Coupe du monde. Comment la Seleçao a-t-elle évoluée depuis?
Je pense que son niveau est bien supérieur à 2018. Regardez l'attaque: Raphinha de Barcelone, Richarlison de Tottenham, Vinicius Junior du Real Madrid, ça fait beaucoup de nouvelles stars. Et bien sûr, nous devons encore mentionner Neymar, même s'il est provisoirement blessé. Je perçois chez lui une mentalité différente d'il y a quatre ans. Il a grandi. Récemment, quelqu'un a dit: «Neymar est le Justin Bieber du football». Sous-entendu par là: il doit seulement soigner son style, mais la qualité des actions n'est pas si importante. J'ai trouvé ça tout à fait approprié. Mais ces temps sont révolus. Neymar a changé. Et pour moi, le Brésil est le plus grand favori au titre.
Quel parcours la Suisse peut-elle espérer dans cette Coupe du monde?
Aussi banal que cela puisse paraître, il est très important de prendre match après match. Ce n'est pas bien de penser dès le départ: il faut aller en quart de finale! Vu de l'extérieur, je crois que la Suisse est capable d'un exploit.
Qu'est-ce que ça vous fait de regarder un match de la Nati aujourd'hui?
Immédiatement après mon exclusion de l'équipe (réd: après la Coupe du monde 2018), j'ai pris mes distances. Mais ma carrière de joueur n'était pas encore terminée. Maintenant, je me sens différent. Je suis devenu à mon tour un fan, quelqu'un qui a beaucoup d'attentes (rires).
Vous avez mentionné votre éviction par l'entraîneur Vladimir Petkovic après la Coupe du monde 2018. Vous ne vous êtes plus adressé la parole depuis. Une réconciliation est-elle hors de question?
Vous me connaissez depuis un moment maintenant, n'est-ce pas? Alors vous connaissez ma réponse: pour moi, tout est souvent noir ou blanc. L'entre-deux n'existe pas. J'en ai fini avec cette histoire.
Avez-vous souffert de ne plus faire partie de l'équipe au dernier Euro, alors que la Suisse atteignait enfin les quarts de finale d'une grande compétition?
Bien sûr! Toute autre réponse serait un mensonge. J'ai pensé: «Je n'ai jamais atteint les quarts de finale, et maintenant ils y arrivent sans moi!» Mais encore une fois, maintenant que je ne suis plus footballeur, je vois les choses complètement différemment. Je suis content pour les gars et j'espère que l'équipe nationale ira le plus loin possible. Et une chose encore…
Oui?
Je n'arrête pas de penser au bonheur que représente de vivre une Coupe du monde. C'est la meilleure sensation de toute ma carrière! Jusqu'à aujourd'hui, je n'en avais jamais pris conscience. Ce n'est que maintenant, avec le recul, que je réalise ce que signifie de participer à un Mondial.
Pourquoi seulement maintenant?
Au cours d'une carrière, tout va toujours à une vitesse folle. On a gagné un match? D'accord, mais deux heures après, j'ai mal au genou. Ou au dos. Les questions déboulent: puis-je m'entraîner demain? Comment faire pour être en forme? Sur le plan sportif aussi, les objectifs se succèdent. Le prochain match, la prochaine qualification, la prochaine saison. Vous voulez toujours être prêt, vous en voulez toujours plus, vous vous poussez toujours. Au lieu d'écouter votre cœur, de vous arrêter quelques minutes et de penser parfois: mais quelle belle journée! Je ne m'en rends compte que maintenant, 20 ans plus tard, depuis que j'ai arrêté le football. J'y pense et j'ai l'impression que n'ai jamais été aussi heureux. Je ne l'ai peut-être pas été assez avant. Mais je ne veux pas me plaindre. Chaque footballeur prend ses propres décisions et gagne beaucoup d'argent pour le faire. C'est juste intéressant de voir à quel point la vie change sans le football.
N'y a-t-il pas moyen de parler pendant une carrière, de partager ses problèmes?
Autrefois, il existait quelque chose comme l'esprit d'équipe. Aujourd'hui, chaque joueur est sa propre entité, sa propre société anonyme, et brasse beaucoup d'argent.
Se confier à la famille?
C'est difficile aussi. Bien sûr, ils sont toujours là. Mais ni ma mère ni mon père ne comprennent ce qui se passe dans ma tête dans des moments comme ceux-là. Parfois, je n'avais même pas la force de répondre au téléphone lorsque ma mère appelait. Parce que ma tête était pleine de pensées sur le match de la Ligue des champions deux jours plus tard. Ou un autre match du week-end. Vous pouvez toujours dire: «Parlez de vos problèmes». Il n'y a pas de place pour la faiblesse dans le football.
Et celui qui les révèle est immédiatement écarté?
Non, pas tout de suite! Progressivement. Parce qu'au début, chaque club te dit: «De quoi as-tu besoin? Nous te soutenons!» Mais ensuite, si la performance n'est plus au rendez-vous pendant quelques mois, cela devient difficile. Vous réalisez que sont des mots, des lieux communs. Et un jour, vous êtes seul.
Vous avez arrêté cet été. Quand avez-vous compris que vous en aviez assez du football?
Un an trop tard (rires). Je ne voulais plus m'entraîner. Je n'étais plus d'humeur à jouer. Je me fichais de savoir si nous gagnions ou perdions. Je n'avais simplement plus d'énergie.
Etait-ce différent à l'été 2021?
Oui, totalement. Mais permettez-moi de digresser un peu.
Mais je n'ai pas voulu arrêter comme ça. J'ai résilié mon contrat. Pendant deux mois, je me suis maintenu en forme avec mon préparateur physique à Udinese. J'ai reçu des offres de Turquie, de Serie B, mais aucune ne m'a vraiment convaincu. Puis le 28 décembre 2019, à 21h30, mon téléphone a sonné. J'ai regardé le numéro, c'était celui d'un ancien entraîneur. Mais le président de Gênes était en ligne. Il a dit : «Bonjour, comment allez-vous? Pouvez-vous venir? Nous avons besoin de votre aide! Ne vous attendez pas à trop d'argent...»
Alors vous avez foncé?
J'ai rempli rapidement deux valises et j'ai roulé les cinq heures qui séparent Udinese de Gênes pour pouvoir passer la visite médicale le lendemain matin. Ce sentiment d'être seul dans la voiture était incroyable. Ce fut ma dernière résurrection. Un dernier bon moment dans le football. Nous avons réussi à nous maintenir deux fois. A ce moment-là, j'aurais dû arrêter.
Pourquoi ne l'avez-vous pas fait?
Vous êtes toujours plus intelligent avec le recul. Mais combien d'athlètes réussissent à partir au sommet?
Comment voyez-vous votre avenir?
Il n'est pas exclu que je travaille à nouveau dans le football. Mais d'abord, j'ai besoin de respirer. Je voudrais enfin passer plus de temps à la maison. Entretenir le jardin. Faire tout ce que j'ai manqué au cours des 20 dernières années.
Lorsque vous jouiez au football, vous aviez peur que votre corps ne paie tous les efforts fournis. Est-ce le cas?
Non! J'en suis moi-même un peu surpris. J'ai maintenant une petite routine, je commence la journée à 9 heures en salle de sport et je fais un peu de CrossFit. Cela me structure. Et je remarque à quel point mon corps se sent soulagé de la pression d'être sur le terrain et de donner le meilleur de lui-même chaque semaine. Quand l'esprit est libre, le corps va bien aussi.
(Traduction française: chd)
La venue de Yann Sommer au Bayern Munich, on le sait, a été rendue possible par la blessure au ski (jambe cassée) de Manuel Neuer. Mais que se passera-t-il lorsque l'habituel titulaire du poste reviendra au jeu cet été? Sommer aura-t-il encore sa chance? Il a été dit que si le Suisse réalisait des prouesses dans les buts bavarois jusqu'au terme de la saison, il pourrait concurrencer Neuer; que le coach Julian Nagelsmann choisirait alors le meilleur des deux. Or c'est totalement faux.