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Les barres s’implantent sur une parcelle entre le centre-ville dense vers Friedrichstrasse et le quartier Kreuzberg qui a vu une grande communauté de squats fleurir dans les années 70. Cette parcelle démontre assez bien la blessure qu’a été le Mur de Berlin dans la ville : un mouvement de barres de logement a commencé au Nord-Est avant d’être stoppé net par le Mur, tandis que les développements urbains au Sud-Ouest ont été plus anarchiques.
Alors que l’ancien no man’s land a longtemps été laissé en pelouse, un nouveau bâtiment a été construit cette année et semble répéter l’histoire. En créant un front bâti à l’endroit exact où le Mur a séparé le monde, ce projet exacerbe les logiques urbaines différentes entre le Nord et le Sud de cette parcelle.
Les barres de Versus ambitionnent de suturer la blessure causée par le Mur. Elles traversent littéralement l’ancien no man’s land : elles recousent la plaie encore ouverte du Mur et créent un pont entre les deux anciens blocs de Berlin, les unissant. Le programme qu’elles contiennent est le même que la plateforme : un centre d’expression identitaire, manière de souligner l’action unifiante de ces barres. En plus de soigner physiquement la ville, les barres de Versus génèrent un espace fondamentalement opposé à la séparation.
Les interstices servent de lieu de production de nourriture, de pratique sportive et de détente selon le degré de protection des nuisances venant des rues passantes adjacentes. Les interstices donnent des interprétations et des adaptations de la ville verte selon le sollicitation de la ville. Dans la mesure du possible, les plantations n’empêchent pas le plan libre même à l’extérieur : les bacs sont montés sur des rails pour pouvoir les ranger sous les barres au besoin, pour faire une manifestation géante entre les barres pour la cause d’une minorité, organiser un tournoi de football ou transformer la ville verte en plage le temps d’une éclaircie.
Les façades quant à elles permettent aux minorités de s’afficher à la vue de la métropole. Les barres, en s’implantant dans la métropole à proximité des réseaux de transport rapide (deux stations de métro aux extrémités du site) et touchant une rue passante, servent de publicité à la plateforme. Ceux qui sortent du métro sont invités à entrer dans ce monde alter-culturel et, séduits par le concept, peuvent reprendre le métro pour se rendre à la plateforme en périphérie de la ville.
L’ossature employée est une déclinaison de celle de la plateforme : elle est équipée de manière à amener l’eau et l’électricité dans les profilés métalliques tandis que le chauffage, la ventilation et la climatisation sont installés selon les besoins indépendamment de ce maillage structurel. Mais alors que l’ossature de la plateforme est tridimensionnelle et fonctionne comme telle, les barres présentent un système de tirants pour suspendre les profilés des étages. Les tirants supportent une membrane fine qui sert d’enveloppe mais aussi d’écran de projection : depuis l’intérieur, les minorités peuvent projeter leurs revendications et les rendre visibles à l’extérieur de la barre.