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Charles Monnard, la responsabilité individuelle comme constante
Le colloque consacré au penseur libéral suisse du dix-neuvième siècle s'est penché sur ses différentes facettes.
Charles Monnard est quelque peu tombé dans l'oubli: ce penseur de la liberté, né à Berne en 1790, mort en exil à Bonn en 1865, est pourtant l'une des principales figures du mouvement libéral de Suisse romande. Avec ses rôles de journaliste, de professeur à l'Académie de Lausanne, de député au Grand Conseil et à la Diète fédérale, de pasteur, d'historien, il incarne l'engagement multidisciplinaire de son époque, dont un sens aigu des libertés individuelles sera le fil conducteur. Le colloque tenu le 30 novembre sous l'égide du Cercle démocratique Lausanne en partenariat avec l'Institut Libéral au Théâtre du Lapin-Vert de la Société de Belles-Lettres (dont Monnard fut l'un des fondateurs en 1806), avec l'appui additionnel du Cercle Littéraire, en a retracé quelques unes des facettes.
Habitué du salon de Mme de Staël à Coppet et ami d'Alexis de Tocqueville, Charles Monnard se rattache à un libéralisme profondément influencé par la morale chrétienne, alliant la notion de droit à celle de devoir et cimentant par ce biais le couple indissociable de la liberté et de la responsabilité personnelles: pour le perfectionnement individuel, pour le bien de la société et, dans la tradition protestante, pour la gloire de Dieu. Monnard s'inscrit contre l'utilitarisme d'un Bentham, préférant se rallier à la dimension éthique du libéralisme. Comme Benjamin Constant (et contrairement à Rousseau), il reconnaît les limites de la démocratie et sa subordination nécessaire aux libertés individuelles. Il s'engage pour la liberté de conscience, la liberté religieuse, la liberté d'enseignement, mais aussi, grand thème de son époque, la liberté de la presse contre l'arbitraire de l'État. Il conçoit la civilisation comme la victoire de l'intelligence sur la force et défend les communautés humaines volontaires, de la famille à l'Église, en passant par l'entreprise, contre l'emprise étatique.
Charles Monnard use des armes libérales de l'argumentation, de la persuasion et de l'éducation, mais aussi de la patience, dans l'application de la morale. Il se prononce pour des normes volontaires et non contraignantes. Dans le même esprit, il ne reconnaît pas la légitimité des lois injustes et se bat pour la publicité des délibération législatives non seulement pour garantir à la presse sa matière première, mais pour discuter librement et en connaissance de cause des affaires publiques: le citoyen n'est pas censé obéir à une loi sans savoir pourquoi elle existe. Cela le mène forcément à plaider en faveur de la liberté d'examen, c'est-à-dire la liberté de critiquer l'action étatique. En quelque sorte, Monnard fait figure de précurseur dans le combat pour la transparence qui caractérise une gouvernance publique responsable. De façon analogue à Benjamin Constant, il refuse également la rémunération des députés, jugeant la vie politique un honneur et un devoir civique incompatible avec une compensation monétaire (ce qui a tout son sens dans un État limité nécessitant peu d'activisme politique, au contraire des sociales-démocraties dispersées contemporaines).
Solide comme un roc, sûr de son bon droit et de se trouver dans le sens de l'histoire, Charles Monnard fera face avec une résilience extraordinaire à l'adversité qui le frappe suite à la révolution radicale de 1845. À ce titre, il est une inspiration d'endurance et de constance au service de ses convictions. Cela s'applique tant au niveau individuel que dans la concurrence et la diversité des juridictions: dans sa philosophie de l'histoire, il fait de la liberté la condition de l'existence et la finalité de la Suisse et du lien fédéraliste entre les cantons. Monnard mérite d'être redécouvert tant pour ses idées que pour la culture libérale qu'il incarne et qui a contribué à faire de la Suisse, jusqu'à ce jour, l'un des pays les plus libres du monde.
Programme du colloque (2 pages, PDF)
Les annales du colloque seront publiées ultérieurement.
2 décembre 2013