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Souvent, on fait des voyages culturels dans des lieux prestigieux, consacrés par la Tradition: on se rend en Grèce, ou on fait la tournée des ruines romaines en Provence, ou alors, en Savoie, on suit le chemin des églises baroques. On peut aussi effectuer des parcours littéraires, et j'ai essayé d'en formaliser un avec mon livre De Bonneville au mont Blanc, qui reprend les textes des écrivains qui ont remonté le cours de l'Arve pour contempler la reine des montagnes et ont évoqué les lieux qu'ils ont traversés durant leur parcours.
Or, dernièrement, je suis allé en Tarentaise pour dédicacer un livre que j'ai consacré aux Muses contemporaines de Savoie, c'est-à-dire aux écrivains contemporains de Savoie et de Haute-Savoie, et, sur le chemin, mille noms pour moi sacrés me sont apparus: car on le sait peu, mais la Tarentaise fut une terre riche en écrivains qui glorifiaient tantôt leur vallée, tantôt la Savoie en général, et qui ont écrit des choses fabuleuses.
Ainsi, le nom de Hauteluce me rappela instantanément Jean-François Ducis, qui chanta ce village de ses ancêtres en vers assez élégants et purs. Un peu plus loin, Saint-Paul-sur-Isère me rappela Louis Dimier, le critique d'art qui rejetait l'inspiration nationale, n'admettant pour inspirateur que le Saint-Esprit s'adressant aux artistes pris individuellement, et qui passa les dernières années de sa vie à Saint-Paul: il écrivit alors une histoire de la Savoie qui insistait sur l'originalité profonde de cet ancien duché souverain.
Notre-Dame de Briançon et la haute cascade de Napelouze me rappelèrent la forteresse de Briançon que Jacques Replat peint de façon sublime dans son roman du Siège de Briançon: j'y reviendrai, si je puis, dans un article ultérieur.
Pour Moûtiers, capitale historique de la Tarentaise, j'y ai vu l'ombre de deux écrivains que je trouve formidables: Antoine Jacquemoud, auteur d'une épopée en alexandrins, vers 1830, sur le Comte Vert, et qui bien sûr le glorifiait, le faisant bénir par les anges; et François Arnollet, qui composa un drame barbare mais flamboyant sur le peuple antique de la Tarentaise, les Ceutrons, les montrant invoquant leurs dieux et combattant les Romains, cherchant à faire tomber sur ceux-ci des blocs de roche de hauteurs que je pouvais moi-même, alors, contempler. Tout se peupla de fabuleuses images, ressorties du plus profond des rêves, des mythes: car la Tarentaise a aussi sa mythologie propre. Arnollet a donné à l'Isère un créateur sacré: l'archange Mikaël, dans un poème imité de Hugo.
Cela a plus de valeur qu'on ne l'admet en général.