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L'Aiguille des Glaciers par la face nord-ouest
Par André Roch.
La face nord-ouest de l' Aiguille des Glaciers ( versant de Trélatète ) est parcourue par trois grandes nervures, rocheuses dans le bas. La première de ces nervures qui rejoint l' arête du col des Glaciers en son milieu a été escaladée le 12 juillet 1921 par M. R. Bicknell, C. A. Elliott, H. E. L. Porter et L. G. Schadbolt. La seconde nervure aboutit dans la combe neigeuse sous le sommet de l' Aiguille et a été suivie en 1926 par M. Henry Bregeault avec un camarade. Ils attaquèrent l' éperon rocheux par le sud au moyen d' une arête secondaire, pour terminer par des pentes de neige ou de glace. La troisième grande nervure monte directement au sommet de l' Aiguille de l' Allée Blanche. Elle a été escaladée le 8 août 1909 par Philippe Kreiss et Ernest Siegfried avec Alphonse Estivin et Frédéric Mollard.
Entre ces deux dernières côtes qui sillonnent ce flanc de 1000 à 1200 m. de hauteur, descend un glacier, très crevassé dans le bas; en son milieu, il est disloqué en séracs, et en neige et glace dans sa partie supérieure.
C' est en montant au col Infranchissable que j' avais ébauché le projet de gagner le sommet de l' Aiguille des Glaciers presque en ligne directe du glacier de Trélatête.
Le 13 octobre 1928, avec H. Martin, J. Belaieff et R. Broccard, nous tentons d' escalader ce flanc. Malheureusement, le mauvais temps et les brouillards d' automne nous empêchent de pousser très haut notre reconnaissance.
Partis à 9 heures du matin de Trélatête, à 14 heures nous décidons de faire demi-tour. A ce moment une neige très serrée se met à tomber, recouvrant toutes les excellentes marches que nous avions taillées en montant. Nous ne les retrouvons que par endroits; pour le reste nous sommes obligés de les refaire, ce qui, à la descente, n' est pas agréable.
Cependant le grand froid de cette journée nous avait préservé des chutes de pierres et de glace dans les parties exposées.
Le 15 août 1929, avec Robert Greloz et Hubert Martin, nous quittons le pavillon de Trélatête à 4 heures du matin, montons rapidement au pied de la face nord-ouest de l' Aiguille des Glaciers en deux heures et demie; là nous chaussons les crampons et à 8 heures nous gravissons le cône d' ava du bas du glacier de la face en question, juste à droite d' un petit promontoire rocheux.
Plus haut, des crevasses nous obligent à zigzaguer. Nous passons très près des rochers à notre gauche et juste sous une chute de séracs qui se contentent cette fois de menacer.
Puis, traversant un peu sur la droite, en taillant quelques pas, nous arrivons à un endroit où le glacier se resserre et où le passage est très raide; il nous faut passer juste dans le fond d' un couloir où aboutit l' entonnoir de réception supérieur.
Avant que je m' y engage, une pierre dégringole en sifflant; nous espérons que c' est tout et passons aussi rapidement que possible en revenant aussitôt après sur la gauche, longeant une crevasse au-dessus d' un mur de glace impressionnant.
Nous gagnons ainsi le fond d' un immense entonnoir dans lequel nous obliquons franchement à gauche au-dessus des séracs qui menaçaient précédemment.
Sur une sorte de canapé, nous faisons halte pour nous restaurer. La fin de l' escalade est très simple. Une série de mauvais temps avait accumulé une certaine quantité de neige fraîche qui, fondue et regelée, s' était collée à la glace et formait une couche juste suffisante pour que les pieds tiennent sans qu' on ait besoin de tailler.
La pente est cependant raide et longue, mais l' avance est rapide. Nous empruntons deux fois des îlots rocheux à tel point pourris que les pierres roulent sous nos pas et que nous risquons de dégringoler avec de gros blocs branlants.
Pour atteindre le sommet de l' arête de l' Allée Blanche, nous devons tailler une dizaine de marches dans la glace, et nous apercevons l' Aiguille des Glaciers, imposant monument rocheux.
Il nous faut descendre quelques mètres sur la droite le long de l' arête pour gagner le sommet de la combe et, par les rochers de l' arête nord très délités, nous atteignons le sommet en une heure et demie.
Le brouillard nous entoure par moments et nous fuyons sur la longue arête du col des Glaciers.
Le petit glacier en dessous du col des Glaciers, très crevassé, nous donne du fil à retordre; mais le temps se découvre et, cuits par le soleil d' après, nous rejoignons le pavillon de Trélatête, les Contamines et Genève.
Horaire:
Départ de Trélatête 3 h. 50 Base face nord 5 h. 50 Haut face nord 9 h. 55 Sommet11 h. 25 Retour pied des rochers12 h. 20 Col des Glaciers14 h.
Glacier de Trélatête14 h. 45 Trélatête ( pavillon)16 h. 15