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Y a-t-il eu une émigration juive venant d’Espagne, particulièrement de Séville, au 15e siècle, et qui se serait installée en Roumanie ?
Date de la réponse: 05.09.2022
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Pour commencer voici ce que nous dit l’Encyclopédie Universalis à l’article « Judaïsme : histoire du peuple juif » écrit par Gérard Nahon concernant la période et les régions géographiques qui vous intéressent :
« Au gré des expulsions, persécutions et massacres, la communauté se déplace d'Orient en Occident et d'Occident en Orient. Les foyers prestigieux de la France, de l'Allemagne et de l'Espagne médiévales, déracinés au XIVe et au XVe siècle, resurgissent en Pologne et en Turquie au XVIe siècle, portant à maturité une culture allemande et une culture espagnole nourries du terroir perdu. »
Pour cette question, il convient également de préciser la définition de « séfarade » donnée par la même encyclopédie en ligne également par Gérard Nahon : « Substantif et adjectif, l'appellation "séfarade" est appliquée aux Juifs dont les ancêtres vécurent dans l'Espagne médiévale, et plus généralement les membres des communautés juives non ashkénazes. »
Toujours à propos de cette période, un article en espagnol du National Geograhic, paru le 27 janvier 2022 et intitulé Más allá del Holocausto: las grandes persecuciones contemporáneas de los judíos en Europa (Au-delà de l’Holocauste : les grandes persécutions contemporaines des Juifs en Europe), nous apprend que :
« En la península ibérica existen precedentes de persecuciones judías desde la época visigoda hasta el Edicto de Granada de 1492, que comporta la expulsión de los judíos peninsulares, que fue el detonante de la diáspora sefardí. Esta etnia hebrea se terminó extendiendo por el Mediterráneo, terminando en lugares tan diversos como Tánger, Rodas, Sarajevo, donde en muchos caso mantuvieron algunas de sus costumbres ibéricas y un vínculo cultural del que aun, más de cinco siglos después, siguen hablando con orgullo.”
Soit en français :
Dans la péninsule ibérique, il existe des précédents de persécution des Juifs depuis la période wisigothique jusqu'à l'Edit de Grenade en 1492, qui a conduit à l'expulsion des Juifs péninsulaires, ce qui a été le déclencheur de la diaspora sépharade. Ce groupe ethnique hébreu a fini par se répandre à travers la Méditerranée, se retrouvant dans des endroits aussi divers que Tanger, Rhodes, Sarajevo, où dans de nombreux cas, ils ont conservé certaines de leurs coutumes ibériques et un lien culturel dont ils continuent à parler avec fierté, même plus de cinq siècles plus tard.
A propos des Juifs de Séville spécifiquement, nous avons trouvé des informations provenant de diverses sources, mais pas de liens flagrants avec une migration directe vers la Roumanie.
L’ouvrage Le monde sépharade, paru sous la direction de Shmuel Trigano, précise à propos de Juifs sévillans :
« A Séville cohabitaient une communauté juive et beaucoup de nouveaux-chrétiens ; au dire des concitoyens, nombre de ces derniers, parmi les plus influents et les plus fortunés, "rejudaïsaient" presque ouvertement sous l'œil indifférent des Grands ; ce désordre ajoutait aux troubles causés par les luttes de clans nobiliaires qui maintenaient la région en effervescence au détriment de l'autorité royale »
Ce même ouvrage nous explique le contexte historique de l’expulsion des Juifs d’Espagne. Séville y tient une place particulière :
« A partir du XIIe siècle, cinq entités politiques se partagèrent la péninsule Ibérique. En dehors de la Grenade musulmane, il y avait quatre royaumes chrétiens : les couronnes de Castille et d'Aragon, le Portugal et la Navarre. Ce que l'on appelle l'"expulsion des Juifs d'Espagne" désigne en réalité l'expulsion de Castille et d'Aragon, deux royaumes séparés, gouvernés conjointement par Isabelle et Ferdinand. L'expulsion se produisit cent ans après que les Juifs eurent été victimes de l'une des pires calamités endurées par leurs communautés au Moyen Âge. Les massacres de 1391, initiés par l'archidiacre d'Ecija, Ferran Martinez, commencèrent à Séville et se répandirent à travers l'Andalousie, la Castille, Valence, Majorque, la Catalogne et l'Aragon, semant la mort et la destruction, les souffrances et le désespoir. »
Au sujet des Juifs séfarades en Roumanie, Radio Romania International (RRI), dans un article intitulé La communauté séfarade de Bucarest, développe l’histoire des Juifs venant d’Espagne à Bucarest :
« D'ailleurs, c'est dans cette zone centrale [de Bucarest], pleine de négoces, auberges et différents ateliers que se trouvaient de nombreux magasins juifs qui vendaient notamment des tissus. Ceux-ci appartenaient à une communauté à part, celle séfarade. Les premiers séfarades apparaissent dans l'espace roumain en provenance de l'espace ottoman où ils s'étaient réfugiés depuis l'Espagne après 1492. Ils étaient considérés toujours une sorte d'élite des communautés juives parce qu'ils étaient spécialistes des grandes finances, fonctionnaires ou bien intellectuels. […] L'histoire des séfarades de Bucarest a été suivie de près et décrite dans le volume Personnages et histoires du Bucarest séfarade, dont Anca Tudorancea a été co-auteur. » Ce dernier ouvrage ne semble pas avoir été traduit en français. Il est paru en 2016 en anglais sous le titre Tales and traces of Sephardic Bucharest par Anca Tudorancea Ciuciu et Felicia Waldman. Nous n'avons pas trouvé de bibliothèque le possédant mais vous en trouverez un résumé en anglais sur le site eSefarad. Dans le catalogue des bibliothèques mondiales Worldcat sont listés les bibliothèques qui possèdent cet ouvrage dans le cas où vous voudriez le consulter.
RRI a également publié l'article Quartiers juifs de Bucarest, le 30 mai 2014, dans lequel Felicia Waldman nous apprend ceci :
« La communauté juive est mentionnée à Bucarest dès 1550, elle a donc un âge impressionnant. Une présence juive existait aussi avant cette date, mais depuis cette année-là, c’est une communauté stable, même si les autorités reconnaissent les guildes juives plus tard. Les commerçants juifs s’y installent au 16e siècle, en dépit de l’absence d’une protection venue de la part de l’Etat. La plupart des Juifs de Bucarest venaient de l’Empire Byzantin et après 1550, de l’Empire Ottoman. Après leur expulsion d’Espagne, nombreux sont les Séfarades qui s’établissent dans l’Empire Ottoman et qui se mettent au commerce avec l’Europe Orientale et Occidentale. »
Le site The Romanian Jewish Community montre de courtes vidéos dont une intitulée The Sephardic Jews of Romania qui résume en anglais l’histoire des Juifs provenant d’Espagne.
Toujours concernant les Juifs séfarades à Bucarest, l’ouvrage Les Juifs en Roumanie : 1919-1938 : de l'émancipation à la marginalisation de Carol Iancu nous fournit des éléments attestant des origines espagnoles de cette communauté :
« Dans les années 1890, fut achevé l’édification du grand temple séfarade de Bucarest le Caal Grande, […], construit par l’architecte Cerchez d’après les moulages d’ornements de la synagogue El Transite de Tolède. […] Dans la capitale fonctionnait également un deuxième temple séfarade, Caal Cados Salom (Caal Cicu) ou entre 1870 et 1902 officia le rabbin Matatia Turmani. Tout en assimilant la langue roumaine, les séfarades de Roumanie ont maintenu et cultivé leur judéo-espagnol d’origine ; entre 1885 et 1887, une publication régulière dans cette langue parut dans la ville de Turnu-Severin (port danubien). Il s’agit de l’hebdomadaire El Luzero de Paciensa (La lumière de la pacience), […] rédigé par le rabbin Elyahou Crespin qui fit paraitre aussi en 1894 un hebdomadaire en hébreu et en judéo-espagnol intitulé "Monte de la Sinai" […]. »
Si vous souhaitez approfondir ce sujet, vous trouverez dans notre bibliothèque différents documents pouvant vous intéresser :
Le monde sépharade (Tome 1 et 2) de Shmuel Trigano
Les Sépharades : histoire et culture du Moyen Âge à nos jours d'Esther Benbassa
Les Juifs en Roumanie : 1866-1919 : de l'exclusion à l'émancipation de Carol Iancu
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève
Pour www.interroge.ch