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Trois pas, sinon rien
Une participation importante (près de trois millions de Françaises et de Français), une « expérimentation démocratique » réussie (à la grande jalousie de la droite) un résultat clair (douze points d'écart), un appel général au «rassemblement pour battre Sarkozy» : les «primaires» socialistes ont été un premier pas, réussi -mais la marche n'est pas terminée. Le second pas, ce devra être l'élection de François Hollande et la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Et il y a encore un troisième pas à faire : celui d'un réel changement.
Gauche dure, gauche molle, gauche mi-dure mi-molle ?
Des « primaires » socialistes auxquelles on pouvait voter aux seules conditions d'être inscrit sur les listes électorales, de payer un euro et de signer une charte d'adhésion à quelques « valeurs de gauche » suffisamment peu exclusives (liberté, égalité, fraternité, laïcit, justice, solidarité) pour que tout démocrate puisse s'y reconnaître, ne promettent en elles-même aucun changement réel en cas de victoire du candidat désigné, sur Sarkozy, alors que le slogan des « primaires » était : « donnez un nom au changement ». Le nom est donné -reste à donner le contenu. « Gauche molle ! », «gauche sectaire !» : le débat entre les deux tours des «primaires» socialistes n'a pas été avare de quelques épithètes peu flatteuses, adressées par les partisans de l'un ou l'une des candidats aux partisans de l'autre. Et pour de nombreuses et nombreux militant-e-s de gauche, le choix entre François Hollande et Martine Aubry était une sorte de « non choix » entre les « deux faces d'une même pièce », comme le disait Arnaud Montebourg avant de choisir, pour des raisons assez obscures l'une des deux faces. Entre Hollande et Aubry, en effet, le choix n'était pas à faire entre deux conception contradictoires d'un programme socialiste -seulement deux variantes d'un programme social-démocrate assez classique. Mais les urnes de gauche (on ne ricane pas, s'il vous plaît, dans le crématorium) ayant parlé, puisque les urnes parlent, «l'heure est au rassemblement» sonné par Martine Aubry, qui reprend derechef son poste et son rôle de Première secrétaire du PS. Car la campagne pour les présidentielles vient réellement de commencer,. elle sera dure, et même si tous les sondages donnent aujourd'hui Sarkozy battu par Hollande, les jeux sont loin d'être faits: Sarkozy est au pouvoir, et il a des moyens, des ressources et des soutiens que Hollande n'a pas et ne trouvera pas d'ici l'élection. Le « rassemblement » et l'unité, des socialistes d'abord, de toute la gauche, jusqu'à ses franges encore révolutionnaires (au moins rhétoriquement) ensuite, est une condition de la victoire. Mais il y a une autre condition : que ce rassemblement ne se fasse pas seulement sur un nom et derrière un homme, François Hollande, mais aussi sur un contenu. Martine Aubry a promis, au nom du PS et dans le même discours où elle reconnaissait la victoire de son concurrent, « un vrai changement en 2012 ». Car c'est bien cela sans doute que les Français et les Françaises attendent : un « vrai changement ». Et c'est bien cette attente que mesurent le succès d'Arnaud Montebourg au premier tour des « primaires » socialistes, et le succès, au moins d'audience et de sympathie, de Jean-Luc Mélenchon dans l'opinion publique, depuis l'annonce de sa candidature. François Hollande n'est plus le « candidat du système » face à la candidate du parti (Aubry) ou au candidat du changement (Montebourg) : il est désormais, quoi que nous en pensions, le seul candidat de gauche qui puisse battre Sarkozy dans le duel final des présidentielles. Les forces qui se situent à sa gauche, au sein du PS (Montebourg) ou hors du PS (Mélenchon) ont un rôle décisif à jouer : celui de doter la candidature Hollande de ce qui lui manquait : un programme, non de rupture (ce serait faire jouer le candidat à contre-rôle), mais de réel changement, politique évidemment (déprésidentialisation des institutions, limitation des mandats et de leur cumul, démocratie participative, référendums d'initiative populaire), mais aussi économique (contrôle des banques et du crédit) et social (reconstruction d'une protection sociale efficace).