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Un titre, c'est capital. Surtout lorsqu'il s'appelle "Lust for Life". Traduit, cela donne "envie de vivre". Chanté, c'est bien sûr le tube d'Iggy Pop et David Bowie, co-écrit dans le Berlin d'avant la chute du Mur, en 1977. L'Europe est divisée en deux blocs et le monde du rock est déchiré par sa dernière "révolution". 1977, année punk. Et sur la pochette de son album "Lust for Life", celui à qui le punk doit tout ou presque arbore un splendide sourire d'ahuri de la promo.
"Lust for Life" est une chanson: cinq minutes d'énergie sur un tempo imparable. Un hymne à la joie par un gars pas encore remis de son addiction à l'héroïne. Vous l'écoutez, vous dansez là-dessus et vous avez compris "Lust for Life", création théâtrale signée Lola Giouse. Tout y est.
De la chanson au spectacle
"Lust for Life" - le spectacle - commence aussi par une chanson en anglais. Parce que l'anglais reste encore et toujours la langue du rock. Refrain simple, pas besoin de traduire: "You're Here/ We're Here". Gégé tient la basse et le chant, Fribourg les baguettes, Saumon la guitare et Chouchou se charge du tambourin et de l'échauffement du public. Ces quatre-là ne savent pas toutes et tous jouer, qu'importe, c'est du punk rock façon Bikini Kill ou Sun Cousto et, l'essentiel, c'est l'énergie de l'instant présent.
Le morceau démarre à fond la caisse, le public accompagne le refrain ("wooh wooh", comme chez les Stones) et tout part en sucette. Fribourg ne veut plus, Fribourg ne joue plus, Fribourg ne sait plus s'il veut rester assis ou se lever. C'est le blanc. "Lust for Life" laisse alors tomber le rock pour le champ du théâtre. Les trois protagonistes valides vont tenter de réanimer la flamme éteinte de Fribourg, le potu déprimé. Entre monologues enflammés et engueulades, "Lust for Life" devient la célébration de l'amitié et du désir de vivre.
Du théâtre incandescent
La comédienne et metteuse en scène Lola Giouse aime un théâtre tripal et incandescent. Ça pulse dans ses spectacles. Et comme un refrain de rock, on oscille entre la réplique géniale et la déclaration tarte à la crème balancée avec l'irrésistible aplomb du groupe rock qui pense sincèrement qu'il va changer le Monde ou qu'à cet instant précis, il réinvente tout.
Heureusement, comme dans le sourire d'Iggy, il y a dans "Lust for Life" le spectacle une autodérision et un sourire en coin. Dans ce registre sur le fil, Géraldine Dupla, Cédric Leproust et Simon Hildebrand excellent. Quant à Fribourg, alias le batteur Martin Perret, il assure côté percussions et tient bien son rôle boudeur.
Une histoire de potes et une célébration
Imaginez les plaisirs minuscules de l'écrivain Philippe Delerm ("La dernière gorgée de bière", son best-seller) balancés sous amphétamine et ecstasy et vous aurez une idée du texte et de la fougue qui l'habite. "Lust for Life" est une histoire de potes et une célébration. En coulisses, le projet de Lola Giouse relève de la même dynamique avec un esprit de bande.
Un premier volet théâtral exalté et sensuel célébrait déjà le désir ("This Is Not a Love Song", encore un titre rock). Un prochain spectacle devrait clore cette trilogie dévouée à l'amour et à l'amitié. Chaque performance tient sur une heure, quasi un format de single rock'n'roll à l'échelle du théâtre. Chaque spectacle se joue en plein air, manière aussi de capter une énergie différente du confort théâtral, surtout quand il pleut ou vente! Et chaque création donne un peu le tournis tout en remportant l'adhésion par sa formidable énergie. "Lust for Life" pour de vrai.
Thierry Sartoretti/ld
"Lust for Life", Théâtre Vidy-Lausanne, jusqu’au 25 septembre; Théâtre Saint-Gervais, Genève du 30 septembre au 9 octobre.