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La très polémique campagne pour les élections fédérales s'est achevée par une nouvelle victoire de l'Union démocratique du centre... puis par l'éviction du ministre Christoph Blocher. Coups de théâtre au Palais fédéral!
Si les scénarios futurs restent incertains, face aux grands bouleversements, le système politique suisse apparaît néanmoins inébranlable
Au soir des élections fédérales du 21 octobre dernier, les dés semblaient jetés. A nouveau gagnante des législatives, avec 29% des voix en sa faveur, l'Union démocratique du centre (UDC, droite nationaliste), semblait clairement imposer son hégémonie dans le camp bourgeois et partant, au sein du Parlement et du Gouvernement.
Un sentiment de triomphe également alimenté par la déconfiture du Parti socialiste (PS), dont le résultat chutait au-dessous de la barre des 20%, reculant ainsi de presque quatre points par rapport à son score de 2003. Une défaite de la gauche partiellement compensée par la progression des Verts, qui ont remporté près de 10% des voix.
Campagne habile et sans scrupules
La victoire de l'UDC faisait écho à une campagne électorale au cours de laquelle la droite nationaliste s'est distinguée, une fois de plus, par l'efficacité de ses techniques de communication. Le parti a systématiquement occupé les devants de la scène, sans états d'âme pour l'adversaire et en faisant fi des valeurs réputées politiquement correctes.
La désormais célèbre affiche du parti, représentant des moutons blancs chassant un «mouton noir» hors d'un pré rouge à croix blanche, a soulevé l'indignation à l'étranger mais n'a pas perturbé, ni divisé, l'électorat de l'UDC.
Même la personnalisation extrême, marquée par le slogan «Soutenez Blocher, votez UDC!», un slogan affiché durant la phase finale de la campagne, a été un succès. Le message a mobilisé l'électorat jusque dans les communes dépourvues de sections du parti!
Réélection gagnée d'avance
Au lendemain des élections, tous les observateurs ou presque s'accordaient pour dire que la victoire de l'UDC entraînerait nécessairement la réélection du ministre de la Justice, Christoph Blocher. Le leader incontesté de l'aile dure et victorieuse du parti avait fait son entrée au gouvernement en 2003, aux dépends de la démocrate chrétienne Ruth Metzler (PDC, centre).
Et personne ou presque n'imaginait la lame de fond qui allait émerger des rangs des autres forces politiques du pays.
En novembre, le second tour de scrutin pour le Conseil des Etats (Chambre haute), a laissé apparaître les difficultés rencontrées par des ténors de l'UDC dans des élections à système majoritaire, alors qu'il s'agissait d'aller glaner des voix dans d'autres partis.
Puis, au début du mois de décembre, les Verts, dopés par leur succès, ont avancé un candidat pour le Conseil fédéral: Luc Recordon. Cette candidature, déclarée «de combat» contre Christoph Blocher, avait peu de chances d'aboutir. Mais la manœuvre avait vraisemblablement pour but de détourner l'attention...
La surprise du 12 décembre
Pendant ce temps, en coulisses, une alliance entre socialistes, Verts et démocrates chrétiens (PDC), voyait le jour. Son but: conduire à l'éviction de Christoph Blocher.
L'opération a été minutieusement orchestrée, à l'insu des médias. Si bien que le 12 décembre, date à laquelle le Parlement devait élire les membres du gouvernement, personne, sous la Coupole fédérale, ne s'attendait à un coup de théâtre aussi retentissant: au second tour de scrutin, Eveline Widmer-Schlumpf raflait la mise à son collègue de parti, Christoph Blocher.
Après avoir demandé un temps de réflexion de moins de 24 heures, la conseillère d'Etat grisonne décidait d'accepter son élection. Quant à l'UDC, elle annonçait sa volonté de passer dans l'opposition, déniant tout appui parlementaire à ses deux ministres élus, Samuel Schmid et Eveline Widmer-Schlumpf.
Le Parlement reprend ses prérogatives
Ce nouveau rôle, que la droite nationaliste entend investir sous la bannière de l'antagonisme, influencera certainement la vie politique au cours de cette nouvelle législature.
Mais le ton cassant des premiers jours a finalement fait place à une forme d'apaisement et cela jusque dans les rangs de l'UDC. Un parti qui représente près de 30% des suffrages, en Suisse, ne peut se contenter de basculer dans l'opposition.
Après un certain nombre d'années qui auront vu la droite nationaliste user de tous les instruments de la démocratie directe pour mettre la classe politique traditionnelle sous pression, l'élection 2007 du Conseil fédéral aura, à l'évidence, revigoré le Parlement.
swissinfo, Andrea Tognina
L'année électorale 2007
Le 21 octobre 2007, les citoyens suisses sont appelés aux urnes pour élire les membres du Conseil national (Chambre basse) et les représentants au Conseil des Etats (Chambre haute).
Le rendez-vous électoral est synonyme de nouvelle victoire pour l'Union démocratique du centre (UDC, droite nationaliste), qui s'arroge le 29% des voix (soit +2,3% par rapport à 2003). De son côté, le Parti socialiste engrange une défaite et glisse sous la barre des 20% (-3,8%).
Au centre, le Parti démocrate chrétien (PDC) parvient à inverser la tendance négative de ces dernières années et décroche 14,6% des voix, soit une progression de +0,2%. Quant au Parti libéral radical (PRD, droite), il perd 1,7% et descend à 15,6%.
Les Verts sont les autres vainqueurs de ces élections fédérales 2007, puisque les écologistes progressent de 1,6% pour gagner 9,6% des suffrages.
En novembre dernier, c'est le ballottage dans les cantons dans lesquels la majorité absolue n'avait pas été atteinte lors du premier tour d'élections au Conseil des Etats. Surprise générale dans le canton de Vaud: la socialiste Géraldine Savary et le Vert Luc Recordon sont élus.
A Zurich, Verena Diener, Verte libérale, barre la route au président de l'UDC, Ueli Maurer, et à Saint-Gall, c'est la radicale Erika Forster et le démocrate chrétien Eugen David qui s'imposent face au vice-président de l'UDC, Toni Brunner.
Le 12 décembre, les deux Chambres du Parlement se réunissent pour élire les membres du Gouvernement. Tous les sortants sont réélus, à l'exception du ministre de la Justice, Christoph Blocher. Les édiles lui préfèrent Eveline Widmer-Schlumpf (UDC elle aussi), directrice du Département des finances du canton des Grisons.
Le lendemain, la fille de l'ancien ministre Léon Schlumpf décide finalement d'accepter son élection. Le groupe parlementaire UDC annonce sa volonté de passer dans l'opposition.