Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06932.jsonl.gz/1379

03/10/2015
Enjeux et limites de mon travail de recherche sur les mouvements libertariens en Europe
Quatrième et dernière partie de l'introduction de mon travail sur les mouvements libertariens en Europe. Une partie nécessaire, mais qui ennuiera certains.
Dès 1950, le mouvement libertarien américain répand ses idées dans toute la société américaine jusqu'à ce que 10 à 20%, voire 23%1, de la population puisse être considérée de nos jours comme libertarienne par les sondeurs2. Il apparaît en conséquence légitime de se demander quelle est l'influence du libertarianisme en Europe où le libéralisme classique a suivi une trajectoire proche de celle des États-Unis durant le siècle dernier, à savoir une éclipse dans la première moitié du XXème siècle, et une renaissance durant la seconde moitié.
Quels sont les mouvements et les organisations se réclamant du libertarianisme en Europe ? Quelle forme a pris leur émergence et leur déploiement dans le champ politique ? Pourquoi des mouvements ont-ils choisi précisément de se revendiquer d'un tel courant politique ? Quelles sont les relations entre les caractéristiques du libéralisme européen et l'émergence des libertariens ? Les libertariens n'apparaissent-ils que lorsque les libéraux s'éloignent du libéralisme classique comme cela a été le cas aux États-Unis ? Quelles sont les différences et les ressemblances entre le mouvement libertarien américain et les mouvements libertariens européens ? Voici les questions principales auxquelles nous tenterons de répondre dans ce travail à travers l'étude de cinq pays européens : le Royaume-Uni, l'Italie, la Belgique, la France et la Suisse.
Ce travail se fonde premièrement sur le recueil de témoignages, deuxièmement sur l'analyse de sources écrites (articles, ouvrages, etc.), et troisièmement sur la maigre littérature secondaire existante. Les témoignages ont été recueillis lors d'entretiens écrits, réalisés par e-mails entre septembre 2014 et août 2015, auprès de représentants ou de membres du mouvement libertarien européen. Les entretiens sont composés de séries de questions auxquelles les interviewés étaient invités à répondre aussi longuement qu'ils le souhaitaient. Certains entretiens se sont déroulés sur une durée de plusieurs mois, car j'avais besoin d'informations supplémentaires, tandis que d'autres n'ont duré qu'une journée ou deux.
Étant moi-même, en tant que cofondateur et secrétaire du parti libertarien de Genève, un membre actif du mouvement libertarien, j'ai cherché au maximum à rester objectif vis à vis de mon objet d'étude. Afin de réduire l'influence potentielle de mes positions sur mon travail, j'ai limité mon traitement du cas suisse, et en particulier du cas genevois. Il faut toutefois noter que mon appartenance au mouvement libertarien m'a permis d'avoir accès très facilement à des contacts utiles et à des témoignages. Mon engagement présente donc en même temps des avantages (facilité d'accès aux sources) et des désavantages (biais potentiels) pour la réalisation de ce travail.
Mon travail ne peut être considéré comme exhaustif, car je ne traite que de quelques pays d'Europe et non de tous. En effet, je ne souhaitais pas analyser des mouvements libertariens actifs dans des pays dont les sources ne m'étaient pas accessibles à cause de la barrière linguistique. Un tel travail ne peut donc que représenter une perspective partielle sur le mouvement libertarien européen, qui demande à être complété par des travaux supplémentaires portant sur les mouvements libertariens des autres pays d'Europe. En outre, je n'ai pas toujours eu la possibilité de croiser suffisamment les sources entre elles, ce qui peut amener à relativiser le degré d'objectivité atteint dans ce travail.
1 THEILLIER Damien, « Qui sont les libertariens ? », Contrepoints, 4 mars 2012.
2 CARE Sébastien, Les libertariens aux État-Unis : sociologie d'un mouvement asocial, op.cit., pp. 208-213.