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Organisateur : Roman Rossfeld
Intervenants : Daniel Segesser / Christian Westerhoff / Alexandre Elsig / Patrick Bondallaz / Adrian Zimmermann
Ce panel, animé par ROMAN ROSSFELD et DANIEL SEGESSER, et consacré à la Grande Guerre, visait à intégrer la Suisse et son historiographie dans un cadre global. Signe d’un intérêt croissant pour cette période, la plupart des conférenciers participent à des groupes de recherche : une encyclopédie internationale, un groupe de recherche de l’université de Fribourg (avec 2 doctorants) et enfin un projet Sinergia regroupant les universités de Zurich, Berne, Genève et Lucerne (avec 6 doctorants). Les différentes contributions ont illustré la variété des domaines qui sont actuellement l’objet de recherches.
La première présentation, menée par Daniel Segesser, s’est immédiatement située dans le cœur du sujet. A travers différentes périodes significatives et surtout différents exemples, le conférencier a en effet voulu montrer comment des événements globaux ont eu une influence directe sur la Suisse, ou comment la Suisse a été le théâtre de certains de ces événements. Il a ainsi abordé la question du ravitaillement économique et du contrôle des belligérants sur les exportations suisses. Des liens ont également été faits avec les économies de guerre des pays belligérants. Sur le plan politique, les pleins pouvoirs ont été accordés par le parlement suisse, comme par beaucoup d’autres parlements. Daniel Segesser a aussi illustré la question des « enemy aliens » à travers trois parcours de Suisses à l’étranger, montrant les chances et les risques vécus par ces gens. Il s’est aussi intéressé à des comparaisons avec l’Australie.[1] Enfin, le conférencier a voulu montrer que dans le premier conflit global de l’histoire, la Suisse a dû réagir à ces événements et a été aussi impliquée dans ceux-ci.
La suite du panel a permis à CHRISTIAN WESTERHOFF de présenter le projet « 1914-1918-online : International Encyclopedia of the First World War ». Il y aura en 2014 de nombreux événements liés au centenaire de la Grande Guerre, parmi lesquels de nombreux projets de numérisation de documents. D’un autre côté, les différentes productions nationales sont écrites dans de nombreuses langues et n’intègrent pas toujours ce qui se fait dans les autres pays. L’objectif de ce projet est donc de combler ces lacunes et de proposer une encyclopédie sur internet, en open access et avec un contenu rendant compte des différentes historiographies. Christian Westerhoff a ensuite expliqué plus en détail la structure de cette encyclopédie, son contenu et le système de validation des textes. Il a également mentionné l’opportunité pour l’historiographie suisse de mettre en évidence son travail. Enfin, le conférencier a souligné les ambitions (innovation, qualité, aspect transnational, etc.) de cette encyclopédie, qui souhaite devenir une référence sur la Première Guerre mondiale.
ALEXANDRE ELSIG a pris le relai avec une présentation dédiée à la propagande allemande en Suisse et à son rôle de « laboratoire ». La Grande Guerre a connu des mouvements de propagande sans précédent avec un fort accent sur les pays neutres.[2] En comparant la propagande allemande en Suisse, en Hollande et en Suède, Alexandre Elsig a mis en évidence l’importance de la Suisse. Différentes méthodes de propagande y ont été testées avant d’être transposées aux deux autres pays étudiés. Il y a eu circulation de biens (par exemple des brochures rédigées par des Suisses et publiées dans les autres pays), de personnes (des Suisses collaborant avec les Allemands et agissant à l’étranger) et de services (propagande artistique, dans les hôtels ou encore orale). Mais les résultats en Suède et en Hollande se sont révélés mitigés et, plus généralement, les pays neutres ont connu des mouvements de rejet face à cette propagande envahissante.
La Suisse pendant la Grande Guerre s’est entre autre distinguée par ses activités humanitaires. Dans son intervention PATRICK BONDALLAZ a pris l’exemple des secours en faveur de la Serbie pour mettre en évidence la dimension à la fois régionale[3], nationale[4] et internationale[5] de cette aide humanitaire. Ces activités d’entraide n’étaient pas réservées à la bourgeoisie mais ont touché aussi les campagnes et les régions périphériques. Le cas serbe est intéressant puisque ce pays bénéficiait d’un certain capital de sympathie en Suisse. Pour certaines de ces œuvres, l’aide financière de l’étranger a permis de continuer ces actions lorsque les contributions suisses se sont essoufflées. Dans le cas du Bureau de secours aux prisonniers de guerre, fondé par des Français, il s’agissait même d’une couverture suisse pour coordonner officieusement l’aide matérielle d’oeuvres des pays de l’Entente. S’il a été utile d’agir depuis la Suisse, le pays a aussi utilisé la médiation humanitaire comme outil de politique étrangère. C’est ainsi que des liens se sont tissés entre la Confédération et les sphères privées.
Dans la dernière présentation, ADRIAN ZIMMERMANN a offert une approche comparative entre la Suisse et la Hollande sur la période de novembre 1918. Alors que se déroulait en Suisse la grève générale, la Hollande vivait sa « semaine rouge » après l’appel à une révolution par Pieter Troelstra. Les similitudes entre les deux pays sont nombreuses : neutralité, économie, contrôle du commerce extérieur, tensions sociales, etc. A travers une comparaison transnationale sur ce mois de novembre 1918, le conférencier a mis en perspective les actions des mouvements ouvriers et du bloc bourgeois. Il faut souligner les nombreux éléments de similitude entre les deux pays. Il en va de même pour les conséquences de ces mouvements de novembre 1918 : climat politique polarisé, mise à l’écart des socialistes pour une longue période, etc. Mais des différences surgissent, comme par exemple l’historiographie étudiant cette période dans chaque pays.
Au final, si par manque de temps il n’a pas été possible de mener une discussion plus longue à la fin des présentations, les différentes interventions ont largement justifié le titre du panel. En effet, ces recherches montrent ce qu’apporte une approche transnationale sur des phénomènes très différents. L’histoire de la Suisse pendant la Grande Guerre, malgré la neutralité, était intimement liée avec ce qui se déroulait à l’étranger et les phénomènes globaux ont eu une influence locale parfois très marquée. Les panelistes ont enfin mis en évidence l’intérêt de mettre en perspective et en corrélation les recherches menées dans les différents pays.
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1 Afin de monter que même des événements se déroulant dans un pays aussi éloigné ont eu des répercutions sur la Suisse.
2 En tant que « caisse de résonnance » pour le front intérieur et de lieu de propagande envers les pays ennemis.
3 Par exemple le Comité vaudois de secours aux Serbes.
4 Par exemple le Comité suisse de secours au Serbes.
5 Le Bureau de secours aux prisonniers de guerre, section serbe, et situé à Berne.
Daniel Marc Segesser: Die Schweiz im Ersten Weltkrieg in globaler und vergleichender Perspektive
Christian Westerhoff: Präsentation des Projektes «1914–1918-online: International Encyclopedia of the First World War»
Alexandre Elsig: La place de la Suisse dans le dispositif européen de propagande allemande (1914–1918). Une approche comparatiste
Patrick Bondallaz: De la charité populaire à la diplomatie humanitaire: l’exemple des secours suisses en faveur de la Serbie
Adrian Zimmermann: Vor der Revolution? Der November 1918 in den Niederlanden und der Schweiz