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Les deux organisations ont rendu public un rapport intitulé , qui revient sur la dévastation causée par deux très importants déversements d’hydrocarbures survenus en 2008 à Bodo, en pays ogoni, et l’absence de mesures d’assainissement des zones polluées.
En 2008, à la suite de deux épanchements consécutifs résultant de fissures dans un oléoduc, des quantités de pétrole se chiffrant en milliers de barils ont contaminé la terre et les cours d’eau tout autour de la ville de Bodo, qui compte 69 000 habitants. Dans les deux cas, plusieurs semaines se sont écoulées avant que les fuites ne soient maîtrisées. Aucun processus d’assainissement adéquat n’a encore eu lieu.
Shell pointée du doigt pour sa totale inaction
«La catastrophe de Bodo aurait pu être évitée; elle reste d’actualité en raison de l’inaction de Shell. Il est temps pour cette entreprise multimilliardaire de reconnaître sa responsabilité, d’assainir la zone et de régler la note», a déclaré Aster van Kregten, spécialiste du Nigeria à Amnesty International. Shell, dont les profits pour la période de juillet à septembre 2011 s’élèvent à 7,2 milliards de dollars américains, a initialement offert à la population de Bodo 50 sacs de riz, des haricots, du sucre et des tomates pour toute aide humanitaire après la catastrophe.
«Ce qui se passe à Bodo est représentatif de la situation globale du secteur pétrolier dans le delta du Niger. Les autorités ne contrôlent tout simplement pas les compagnies pétrolières. Shell et d’autres compagnies sont libres d’agir – ou de ne pas agir – sans se soucier des sanctions. La désignation d’un organe de régulation indépendant, ferme et disposant de ressources suffisantes n’a que trop tardé. Elle est nécessaire si l'on veut empêcher que d'autres personnes fassent les frais des agissements des compagnies pétrolières», a affirmé Patrick Naagbanton, coordinateur du CEHRD.
«Shell affirme fréquemment que la plupart des fuites de pétrole résultent d’actes de sabotage», a déclaré Aster van Kregten. «Cette affirmation est fortement contestée par les populations concernées et les ONG, qui soulignent que le processus de collecte de données sur les déversements de pétrole est imparfait. Même à Bodo, où il est établi que les fuites sont de la responsabilité de Shell, l'entreprise semble se servir du sabotage comme d’une excuse pour ses manquements au droit et à la règlementation nigérians – qui requièrent qu'elle assainisse les zones polluées et indemnise les victimes au plus vite. Sa position est totalement indéfendable.»
«Les faits sont simples», a ajouté Patrick Naagbanton. «Deux fuites, toutes deux impliquant l’entreprise, toutes deux négligées pendant des semaines avant qu’on n’y mette fin. Bien que trois années aient passé, les dégâts qu’elles ont causés n’ont toujours pas été réparés. Il n’y a pas d’excuse possible. Shell a échoué sur toute la ligne.»
A l’instar des Nations unies, Amnesty International recommande la création d’un Fonds pour la restauration environnementale, qui serait lancé avec un capital initial d'un milliard de dollars américains et recevrait des financements supplémentaires par la suite.
Complément d’information
Le 28 août 2008, une brèche dans l'oléoduc Trans-Niger a provoqué un important épanchement d'hydrocarbures à Bodo. Du pétrole s’est écoulé dans des marécages pendant une durée comprise entre quatre et dix semaines, selon diverses estimations. D’après Shell, 1 640 barils de pétrole s’y sont déversés; une évaluation indépendante indique cependant que la quantité de pétrole échappée de l’oléoduc aurait atteint les 4 000 barils par jour. Le flot de pétrole a finalement été stoppé le 7 novembre 2008.
Le 7 décembre 2008, une seconde fuite s’est produite à Bodo, là encore en raison d’un équipement défectueux. Ce déversement a été signalé à Shell le 9 décembre. Ce n’est que dix semaines plus tard qu'il a pu être contenu.
Après avoir essayé pendant des années d’obtenir que Shell répare les dégâts et verse des indemnisations aux populations touchées, les habitants de Bodo ont porté l’affaire devant les tribunaux du Royaume-Uni cette année.
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