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Vue partielle du cimetière côté suisse. © J. Plançon
Sous la Seconde Guerre mondiale
Situé
en Zone libre française au début du conflit, le cimetière ne fait curieusement l'objet d'aucune surveillance particulière malgré la présence d'une frontière à l'intérieur de son périmètre.
Les enterrements peuvent s'y poursuivre et l'on note même déjà quelques passages clandestins. La situation ne change guère en novembre 1942 lorsque la région est envahie et occupée par les troupes italiennes. Ces dernières
se montrent en effet plutôt bienveillantes à l'égard des lieux au point que "comme le notent les policiers français, elles favorisent le passage [des clandestins], y participant eux-mêmes assez souvent. Au cours de cette période,
plusieurs Juifs fuyant la persécution nazie passent la frontière à travers le cimetière. Accueillis et cachés dans un premier temps dans l'oratoire funéraire, ils sont ensuite conduits en toute discrétion vers
Genève.
En septembre 1943 les troupes allemandes remplacent celles italiennes. Le cimetière est alors rigoureusement fermé et des
barbelés sont même placés à l'intérieur de son périmètre, le long de la frontière. Il est cependant à noter que malgré la présence régulière de soldats de la Wehrmacht,
quelques personnes réussissent malgré tout à passer la frontière de nuit. Les enterrements étant quant à eux devenus impossibles, la Communauté israélite réutilise alors son vieux cimetière
situé sur la commune de Carouge.
Après la libération de la Haute-Savoie, en août 1944, nombreux sont les Juifs réfugiés
à Genève qui veulent rejoindre la France. Mais cette dernière est désorganisée, aussi les autorités françaises freinent-elles le retour immédiat des réfugiés. Les autorités suisses,
guère complaisantes également, refusent aussi de libérer ces mêmes réfugiés tant qu'ils n'auront pas rempli certaines formalités. Certains tentent alors de passer la frontière clandestinement, et le cimetière
se trouve à nouveau en situation idéale pour cela. Le nombre de passages illégaux devient tel que le cimetière est bientôt placé en zone militaire par les autorités genevoises. Quelques personnes, comme Gustave
Michon (le gardien du cimetière), ou Aimé Stitelmann, seront du reste condamnées par la justice genevoise pour avoir facilité ces passages. Elles ne seront réhabilitées par le parlement fédéral qu'à
partir de l'année 2004, au même titre qu'environ 130 autres personnes qui avaient aussi été condamnées en Suisse durant la Seconde Guerre mondiale pour des motifs similaires.