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Note (N), page 149.
« Madame de Boufflers croyait avoir besoin de l'appui de madame la duchesse de Polignac, et sollicita sa faveur par toutes les offres que peut inspirer la reconnaissance la plus délicate et la plus empressée. Madame de Polignac , s'applaudissant des bons offices rendus à madame de Bouf- flers, crut pouvoir lui proposer sans indiscrétion de lui cé
der, pendant quelques mois, cette même maison d'Auteuil i dont on l'avait tant priée de disposer toutes les fois que la cour serait au château de la Muelle, qui en est fort près. Soit que madame de Boufflers ne s'altendît pas que sa reconnaissance fût mise à celle épreuve, soit que le service en question ne lui parût plus de la même importance , elle se permit de refuser très-poliment ce qu'elle avait offert de si bonne grâce, et termina ses excuses par les vers suivans :
Tout ce que vous voyez conspire à vos désirs;
Ces vers, lus dans la société de madame de Polignac, furent - trouvés généralement détestables ; mais, après les avoir jugés avec cette sévérité, on ne fut pas peu surpris d'y reconnaître la main d'un assez bon faiseur. Ils sont, pour
(1) La comtesse Amélie, sa belle-fille.
ainsi dire , mot à mot dans la troisième scène du second acte de Britannicus, entre Néron et Junie :
Britannicus est seul : quelqu'ennui qui le presse
Mais sans partialité, quelque douceur, quelque harmonie qu’ait l'ensemble du morceau, s'il n'était pas de Racine, ne serait-on pas blessé, de nos jours, de l'espèce d'obscurité qu'il y a dans le régime du verbe entretenir si éloigné du mot plaisir, auquel il se rapporte ; de la répétition des qui , que, quelque chagrin, quelque ennui , quelques pleurs, quelquefois, etc. ? Ne faut-il pas l'autorité de Racine pour faire sentir le prix de tant d'heureuses négligences? Ne serait-ce pas le caractère de naïveté qui en résulte, et qui sied si bien à la timide Junie, qui en forme tout le charme ? et ce charme n'est-il pas perdu dans l'application qu'en a faite madame de Boufflers ? » (Correspondance de Grimm , mars 1781 , T. V.)
Note (0), page 170.
Madame Campan, en rapportant avec franchise et simplicité ce qu'il y a de vrai dans l'anecdote dénaturée depuis par M. de Lauzun , a détruit tout l'effet que sa malignité pouvait s'en promettre. On va lire cette anecdote dont sa fatuité même ne pouvait avoir sujet de s'enorgueillir beaucoup, et que sa vanité blessée a si étrangement travestie.
« Madame de Guémenée s'approcha de moi, et me dit, en riant, à mi-voix : Etes-vous très - attaché à une plume de héron blanche qui était à votre casque lorsque vous avez pris congé? La reine meurt d'envie de l'avoir ; la lui refuserez-vous ? Je répondis que je n'oserais la lui offrir, mais que je me trouverais très-heureux qu'elle voulůt bien la recevoir de madame de Guéménée. J'envoyai un courrier la chercher à Paris, et madame de Guémenée la lui donna le lendemain au soir. Elle la porta dès le jour suivant, et lorsque je parus à son dîner, elle une demanda comment je la trouvais coiffée. Je répondis , fort bien. Jamais, reprit-elle avec infiniment de grâces , je ne me suis trouvée si parée. Il eût assurément mieux valu qu'elle n'en eût pas parlé, car le duc de Coigny remarqua et la plume et la phrase ; il demanda d'où venait cette plume: la reine dit avec assez d'embarras que je l'avais rapportée à madame de Guémenée de mes voyages, et qu'elle la lui avait donnée. Le duc de Coigny en parla le soir
à madame de Guémenée avec beaucoup d'humeur, lui dit Hi que rien n'était plus ridicule et plus indécent que ma ma
nière d'être avec la reine ; qu'il était inouï d'en faire aussi publiquement l'amoureux , et incroyable qu'elle eût l'air de le trouver bon. Il fut assez mal reçu , et songea aux moyens de m'éloigner. »
Si maintenant l'on rapproche la version de madame Campan de celle qu'on vient de lire, que verra-t-on ? Que M. de Lauzun offrit lui-même la plume de héron, et qu'elle ne lui fut pas demandée ; qu'on la porta par condescendance , et que, dans sa folle présomption, il osa prendre pour une faveur ce qui n'était rien qu'une chose polie. M. de Lauzun laisse bien entrevoir ses audacieuses espérances , mais il ne dit pas, dans ses Mémoires, quel en fut le prompt châtiment. L'humiliation qu'il dut éprouver quand la reine le bannit pour jamais de sa présence, explique le ressentiment d'un homme à bonnes fortunes , jaloux de sauver son amourpropre même aux dépens de l'honneur et de la vérité.
Note (P), page 177.
A une dame.
raison qu'il est gentihomme. C'est cependant ce que l'on devrait conclure de la demande que vous m'avez adressée. Feu votre époux a été un général distingué, dites-vous, un gentilhomme de bonne maison ; et de cela vous concluez que mes bontés pour votre famille ne peuvent inoins faire que d'accorder une compagnie d'infanterie pour votre second fils, arrivé naguère de ses voyages.
Madame, on peut être fils d'un général et n'avoir aucun talent pour commander. On peut être gentilhomme de bonne maison, et ne posséder d'autre mérite que celui que l'on tient du hasard , le titre de gentilhomme.
Je connais votre fils, et je sais ce qui fait le soldat; cette double connaissance m'a convaincu que votre fils n'a pas le caractère d'un guerrier, et qu'il est trop préoccupé de sa naissance, pour que la patrie puisse espérer qu'il lui rende jamais des services importans.
Ce dont vous êtes à plaindre , Madame, c'est que rotre fils n'est bon pour devenir ni officier, ni homme d'État, ni prêtre; en un mot, qu'il n'est autre chose qu'un gentilhomme dans toute l'acception de ce mot.
Vous pouvez rendre grâce au sort qui, en refusant des talens à votre fils, l'a mis toutefois en possession de grandes propriétés qui peuvent l'en dédommager susisamment, et qui lui permettent en même temps de se passer de mes
faveurs. · J'espère que vous serez assez impartiale pour sentir les raisons qui m'ont porté à répondre à votre demande par un refus. Il peut vous contrarier, mais je l'ai regardé comme nécessaire. Adieu, Madame.
Votre bien affectionné,
JOSEPI.
Lachsenbourg , 4 août 1786.
Au Pape Pie VI.
Très-Saint Pere, Les fonds du clergé de mes États ne sont pas destinés , comme on s'est permis de le dire à Rome, à s'éteindre avec mon règne, mais plutôt à devenir un soulagement pour mon peuple ; et comme leur continuité, aussi bien que le déplaisir qu'on a fait éclater à cet égard, appartiennent au domaine de l'histoire, la postérité s'en emparera sans notre coopération : ce sera donc un monument, et j'espère qu'il ne sera pas le seul de mon époque.
J'ai supprimé les couvens superflus et les congrégations plus superflues encore; leur revenu sert à l'entretien des curés et à l'amélioration des institutions primaires ; mais parmi la comptabilité que je suis obligé de confier à des employés de l'Élat, le fonds de ce dernier n'a chez moi absolument rien de commun avec celui de l'Église. Un fait ne doit être jugé que par le but qu'on veut atteindre, et les résultats de ce fait ne pourront être appréciés que par leur succès qu'on ne connaîtra que dans quelques années.
Mais je vois bien qu'à Rome la logique n'est pas la même que dans mes États ; et de-là vient ce défaut d'harmonie eutre l'Italic et l’Empire.
Si Votre Sainteté eût pris le charitable soin de s'informer aux vraies sources de ce qui s'est passé dans mes États , bien des choses ne seraient pas arrivées; mais il est, ce me semble, des personnes à Rome qui voudraient que l'obscurité se prolongeât de plus en plus sur notre pauvre globe.
Voilà le court aperçu des causes qui ont nécessité mes dispositions ; j'espère que vous excuserez la brièveté de ma lettre en considérant que je n'ai ni le temps ni le talent qu'il faudrait pour traiter un thême si vaste à la manière usitée dans un musée romain.
Je prie Dieu qu'il vous conserve encore long-temps à son