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Le carburant, en temps de pénurie ou non, inspire depuis longtemps la musique. Florilège de quelques chansons puisées dans différents répertoires.
L'Anglais John Mayall, en 1974, raconte ainsi un séjour aux Etats-Unis pendant lequel il n'arrive pas à trouver de l'essence pour sa voiture. Et il souffre de ce qu'il appelle le "Gasoline Blues". La chanteuse française Sylvie Vartan est pour sa part tombée dans un traquenard, le fameux coup de la panne ("Panne d'essence", 1961).
Alors qu'une chanson d'André Dassary dénommée "C'est Shell que j'aime" est pleine de louanges et dit en substance: "Shell que j'aime, c'est de la joie pour mon moteur/Lorsqu'il m'emmène vers le cœur/Vers le coeur de celle que j'aime". Ce 45 tours publicitaire datant de 1961 a évidemment été produit par Shell, à une époque où il était glamour de s'associer à une entreprise pétrolière.
>> A écouter, "C'est Shell que j'aime" par André Dassary:
Midnight Oil défie et dénonce Exxon
Près de trente ans plus tard, le discours a changé, avec Midnight Oil notamment. Le 24 mars 1989, le naufrage du pétrolier Exxon Valdez entraîne une gigantesque marée noire en Alaska: 42 millions de litres de brut massacrent l'environnement. Exxon, la société propriétaire du bateau, refuse de reconnaître sa responsabilité dans l'accident. Le 30 mai de l'année suivante, le groupe australien Midnight Oil donne un concert sauvage à New York en face des bureaux d'Exxon, devant 10'000 personnes, pour dénoncer l'attitude de l'entreprise. Les musiciens sont venus avec une bannière qui dit "Midnight Oil Makes You Dance, Exxon Oil Makes Us Sick". Si le jeu de mots est difficile à traduire, le slogan est toujours dans les mémoires.
En 1973, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) décide de réduire ses exportations. C'est le premier choc pétrolier, l'économie européenne vacille. En France, on se dit qu'il faut réagir, on se mobilise, on se serre les coudes, on invente des slogans. Une publicité restée fameuse affirme même au milieu des années 1970 qu'"En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées’’. Il faut en tout économiser le carburant mais ce n'est pas vendeur comme message, alors on dit plutôt qu'il faut "chasser le gaspi". Et c'est exactement ce que chante sur un ton moqueur Yves Lecoq en 1979.
>> A écouter, "Chassez le gaspi" par Yves Lecoq:
Michel Sardou en mission commandée?
La même année, Michel Sardou a quant à lui interprété "Ils ont le pétrole mais c'est tout". Une chanson qu'on pourrait croire avoir été commandée et payée directement par Valéry Giscard d'Estaing pour remotiver et consoler le peuple français. Dans le texte de Sardou, il y a presque de la provocation, une manière pas très amicale de dire "même pas mal":
"Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça.
On a le bon vin,
On a le bon pain,
Et caetera.
Ils ont le pétrole
Mais c'est tout.
On a les cailloux,
On a les bijoux,
On a les binious.
Ils ont les dollars
Et c'est bien.
On a les man'quins,
Les grands magasins,
Le Paradis Latin"
Michel Sardou, "Ils ont le pétrole mais c'est tout" (1979)
Il y a pourtant une autre façon de faire qui consiste à dire: ils ont du pétrole, on a besoin d'eux, on ne va donc pas se fâcher et leur en demander gentiment, qui plus est avec des phrases qu'ils comprennent... C'est ce qu'avait fait Frédéric Gérard quelques années plus tôt avec "Donne-Moi Du Pétrole ... Mon Frère" (1974). Limpide.
Sujet radio: Yann Zitouni
Adaptation web: olhor