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Critique
"Ours d'or à Berlin à Patrice Chéreau. Ours d'argent à Kerry Fox pour la meilleure interprétation féminine. Prix Agicoa ""Ange Bleu"" pour le meilleur film européen.
Pendant que des réalisateurs français se perdent dans le mimétisme de la production industrielle hollywoodienne, Patrice Chéreau réussit un beau film qui renouvelle le cinéma anglais.
On s'émeut devant le rendu des sentiments cachés, l'expression des corps. On s'incline devant la beauté des éclairages, l'audace des plans. Rien pourtant n'est sophistiqué. Tout ce que l'on a pu réaliser dans la course au ""glamour"" et à la pseudo-émotion, sombre dans le dérisoire face à ce film. La caméra, qui cherche à capter ce qu'il y a d'introverti dans la relation amoureuse, jette un objectif documentariste sur le plateau. ""Mon intérêt n'était pas de montrer quoi que ce soit en particulier, mais seulement de ne rien cacher"", explique Patrice Chéreau. Le réalisateur français a choisi l'Angleterre pour y tourner INTIMITE, parce que le roman et les récits qui l'ont inspiré sont l'oeuvre d'un écrivain anglais. Il poursuit en conséquence, avec des acteurs anglais, des décors anglais, et, jusqu'à un certain point, adopte les partis filmiques des réalisateurs anglais. Le réalisme du décor, les appartements misérables, la rue d'un quotidien ordinaire, les visages de tous les jours sont des éléments récurrents dans le cinéma britannique de ces dernières années. La patte de Chéreau se signale dans le travail de la caméra, ces plans modelés sur les corps, ces peaux qui rougissent, ces visages qui se transforment pendant les scènes d'amour, c'est Patrice Chéreau. Cette caméra qui avale les images dans la rue comme si tout devait aller très vite avant de revenir à l'île du mercredi après-midi, c'est Patrice Chéreau.
Jay (Mark Rylance) a quitté sa femme et ses deux enfants parce qu'il avait le sentiment de ne plus vivre. Il vit dans un appartement de fortune et travaille dans un bar où son collègue Ian (Philippe Calvario) devient son ami. Un après-midi, une femme frappe à sa porte. Il la fait entrer. Elle se déshabille, ils font l'amour, puis elle s'en va. Il ne la connaît pas, ne comprend pas. Le mercredi suivant, à la même heure, Claire (Kerry Fox) revient. Peu à peu, le sexe devient l'expression d'un sentiment très fort. Il ne comprend toujours pas, ne sait ce qui lui arrive, cherche à la suivre et découvre une famille, un mari rude, un petit garçon. Remarquable alors est l'observation du cinéaste. Les caractères se campent, s'affinent, dans l'absence de spectacle, et une douloureuse économie de dialogue. Les visages, marqués par les années, sont mangés par le non-dit. L'amour sans paroles, rythmé par un calendrier hebdomadaire, devient un silence angoissant, une torture, un morceau de soi. Chéreau et ses magnifiques acteurs sont à des lieues des récents ânonnements tentés par le cinéma français sur la question, comme L'ENNUI ou LA CONFUSION DES GENRES. Son film est un émouvant poème dédié au mystère qui unit les couples."
Geneviève Praplan