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Critique
Le troisième film de Sean Penn, adaptation de «La Promesse» de Friedrich Dürrenmatt, est porté par un Jack Nicholson excellent et dans un rôle à contre-emploi. Le jour de son départ à la retraite l'inspecteur Jerry Black rempile et repart enquêter sur le viol et le meurtre d'une fillette. La détresse des parents de la victime l'amène à leur faire la promesse solennelle de retrouver le meurtrier. On pourrait se croire en présence d'un polar de plus. Il n'en est rien: on se rend vite compte en effet que Jerry a choisi cette mission pour donner un sens à sa vie. Son engagement est sans doute, dans un premier temps, respectable, mais on découvre rapidement que ses motivations sont de plus en plus ambiguës et que sa démarche devient obsessionnelle. La qualité du film réside dans ce lent glissement vers une forme d'entêtement fanatique, dans une dérive qui l'amènera à ne plus mesurer les risques qu'il fait courir aux autres. On retrouve dès lors Dürrenmatt: le hasard va toujours rester maître des événements et aucune satisfaction de notre sens de la justice n'est à espérer. Si «La Promesse» est une parodie de roman policier, THE PLEDGE - et en cela c'est un film courageux - est un polar frustrant, loin des mythes et des happy ends euphorisants, ce qui explique sans doute le peu de succès rencontré à ce jour aux Etats-Unis. Une œuvre personnelle, intéressante, et un cinéaste (toujours) à suivre.
Antoine Rochat