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Critique
"Le détective Will Dormer (Al Pacino) et son collègue Hap Eckart (Martin Donovan) sont appelés aux confins de l'Alaska pour enquêter sur le meurtre de Kay, une collégienne de 17 ans. L'affaire s'annonce délicate dans ce Nord de l'Amérique où le ""soleil de minuit"" empêche Will de fermer l'œil. Les deux hommes découvriront que Kay entretenait une liaison discrète avec un auteur de romans policiers énigmatique, un certain Walter Finch (Robin Williams). Will essaiera de tendre un piège à Finch, mais une brume épaisse brouillera les pistes, tandis que la trappe se refermera sur les propres doigts du détective.
Dans ce jeu du chat et de la souris, Al Pacino campe un enquêteur à la fois perspicace et inquiétant, qui se trouve rapidement impliqué dans une deuxième affaire de meurtre et qui aura de la peine à garder le sens des réalités. L'intérêt du film tiendra dans les échos subtils que se renverront les deux enquêtes menées de front. Une jeune inspectrice de police, Ellie Burr (Hilary Swank), tentera d'y voir clair.
Le réalisateur Christopher Nolan avait signé en 2000 un film original, MEMENTO, qui racontait une histoire complexe, se déroulant à l'envers, celle d'un amnésique qui s'efforçait à partir d'indices fragmentaires et de souvenirs étriqués d'identifier l'assassin de sa femme. Avec INSOMNIA, mais cette fois-ci dans une structure narrative toute linéaire, le cinéaste glisse des images, des indices, des flashs rapides qui appartiennent tantôt au récit lui-même, tantôt aux visions personnelles et subjectives de Will. La signification de ces inserts échappe au premier abord, mais elle deviendra de plus en plus évidente avec l'avance du récit.
INSOMNIA est un thriller classique bien ficelé, au scénario complexe, une œuvre tendue qui tient sans difficulté en éveil le spectateur. Pas de manichéisme naïf, pas de conclusion qui en appelle à la morale. Tout au plus dit-on qu'il vaut mieux, pour tout le monde et en particulier pour une officier de police, respecter les voies du droit plutôt que de vouloir régler les choses à sa façon. Même si l'on sait que la justice s'est montrée incapable de condamner un coupable avéré. On pouvait, il est vrai, se passer de cette précision. Tout comme du règlement de comptes final qui apparaît comme une concession au goût (du jour) de la violence.
Eclairé par la lumière du soleil et la beauté des paysages, INSOMNIA s'enfonce aussi dans le brouillard et la grisaille de la petite ville industrielle de Nightmute. Les personnages ont également cette double face, ce côté ambigu qui fait d'eux des êtres à la fois ouverts et inquiétants, intelligents et retors. Et qui vont perdre en même temps que leurs repères personnels le contrôle de la situation. A côté d'un Al Pacino tourmenté et placé devant un dilemme d'ordre moral, on sera surpris de trouver Robin Williams dans un rôle complètement différent de ses compositions comiques habituelles. INSOMNIA doit à ces deux acteurs de rester un film original, alors même qu'il se situe sur un terrain mouvant, dans une sorte de no man's land moral où l'on nage souvent dans des eaux froides et assez glauques."
Antoine Rochat