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De retour d'Inde en 1946, Ella Maillart découvre Chandolin, juché à presque 2000 mètres dans les Alpes valaisannes. Désireuse de s'établir après des années de voyage, elle est fascinée par ce village « inondé de soleil et de silence, au sommet d'une épaule de montagne encadrée de mélèzes ». Elle s'y fait construire un modeste chalet en 1948 où elle passera désormais six mois par an. Au fil des décennies, Ella Maillart photographie le village, ses habitants, la vie religieuse et communautaire marquée par les traditions.
Associés à ces images d'une justesse vibrante, des textes d'Ella Maillart racontent la construction de la route qui dès 1959 relie Chandolin à la vallée, déplorent l'invasion des touristes, menace pour l'équilibre alpin, magnifient la montagne, sublime et dangereuse.
"Che-vro-let ! Che-vro-let ! " : début XXe siècle, l'Amérique est ébahie devant les prouesses de Louis Chevrolet. Né en Suisse en 1878, le jeune homme a grandi en Bourgogne où il est devenu mécanicien sur vélo avant de rejoindre, près de Paris, de florissants ateliers automobiles. En 1900, il quitte la France pour le continent américain. Très vite, au volant des bolides du moment, Fiat ou Buick, il s'impose comme l'un des meilleurs pilotes de course.
En parallèle, il dessine, conçoit et construit des moteurs. Ce n'est pas tout, avec Billy Durant, le fondateur de la General Motors, Louis crée la marque Chevrolet. Billy Durant la lui rachète pour une bouchée de pain et obtient le droit d'utiliser le nom de Chevrolet en exclusivité. Des millions de Chevrolet seront vendues sans que Louis ne touche un sou. Peu lui importe. L'essentiel est ailleurs.
Berlin, début des années 1990, réunification de l'Allemagne. Un gros poète débonnaire croit devoir écrire le roman moderne sur la capitale. Mais ce n'est pas trop sa tasse de thé. Pendant la nuit de la Saint- Sylvestre, pour obéir à un petit elfe insatiable qui le supplie de lui raconter « quelque chose de beau », il improvise des récits désopilants. Il convoque des souvenirs d'enfance, décrit son travail vain et quotidien, s'inquiète du temps qui passe. Puis, il en meurt sans faire de bruit. Dans ce roman paru il y a 25 ans perce déjà la profonde mélancolie de Matthias Zschokke. À sa manière élégante et allusive, il met en question les clichés sur le roman moderne, la réussite sociale, le couple, la sexualité enfantine, tous thèmes dont l'actualité n'est pas à démontrer.
Christelle et Greg ont choisi la vie nomade. Ils ont la trentaine et sillonnent le monde en minibus avec leurs deux petits garçons. Amateurs de surf, ils s'installent la` ou`se trouvent les meilleurs spots et vivent de petits boulots. Le vent les mène jusqu'à San Tiburcio, sur la côte mexicaine, Greg s'y sent vivant lorsqu'il danse sur la crête des vagues. Mais il faut s'habituer au soleil implacable, au grondement de l'océan, aux pluies diluviennes des tropiques. Un jour, une jeune femme du village, fait irruption dans leur existence. Elle entraîne Christelle dans une relation vertigineuse qui va bouleverser la famille. Dans une langue sensuelle et luxuriante, Anne Brécart décrit le quotidien vénéneux et inexorable de ces voyageurs à la recherche d'une autre vie.
Au soir de sa vie, une auteure se relit. Ses livres sont des îlots dans sa mémoire et elle cherche à relier ces repères. Sa relecture est relecture de soi. De son voyage dans le passé, elle choisit les heures claires, souvenir inaltérable de lieux propices.
Reconnaissances est une reconnaissance de dette. Catherine Safonoff reconnaît l'amour pour le père et celui pour la mère (des pages sublimes). Elle reconnaît aussi la difficulté à être soi, à être fille comme à être mère, la difficulté à conjuguer tout cela. Dette infinie envers le vivant, dette que l'écriture transforme ici en don.
Nourri d'un rapport fort entre texte et image, Au pays des Sherpas est construit comme un diptyque. Il décrit un itinéraire qui va de la périphérie vers le centre :
à plusieurs occasions, Ella Maillart rappelle qu'elle vit une quête de sens au « coeur » de l'Asie. La première partie fait la part belle à l'enquête ethnologique :
L'observateur s'efface, les objets et les coutumes sont décrits avec soin de l'extérieur, avec le choix du mot juste utilisé par les autochtones; après l'expérience de l'ascension vers le lac sacré de Gosainkund, le regard se tourne vers l'intérieur, en particulier vers les pratiques religieuses : Ella Maillart abandonne sa neutralité, trouvant sa place dans un pays où une harmonie est possible entre individu et collectivité, entre nature et culture.
Ces dix nouvelles de Jean-Jacques Langendorf sont des contes du secret. Mais qu'il s'agisse de secrets d'État ou de secrets intimes, c'est de leur révélation qu'il s'agit. Des univers d'apparence invulnérable et minutieusement construits s'y dégonflent à la première piqûre d'épingle.
Romancier et historien, l'auteur invente un monde où la musique et l'histoire forment la toile de fond du fantastique. C'est ainsi que dans «Les Dictées de la tortue» l'un de ces animaux, qui a rencontré Napoléon à Sainte-Hélène, prend la parole et livre les derniers états d'âme de l'Empereur. Ailleurs, c'est dans un décor romain antique que «Destin d'ours» dénonce l'opportunisme humain. Et dans «Brillantine», un destin de pianiste devient un hymne à la musique.
Ici, on chevauche une oeuvre où s'enchevêtrent bonnes fortunes et mauvais sorts, mais où ceux qui meurent pour rien nous invitent à rire de la Camarde.
Un album pour ceux qui aiment les oiseaux, ornithologues ou flâneurs, petits ou grands, pour qui voudrait en apprendre plus, de façon amusante, sur leur nom et leur personnalité.
Poussin a dessiné une trentaine d'espèces et leur a attribué une phrase qui les personnifie. Mais l'album a aussi fait appel à un spécialiste pour une approche scientifique, en regard de chaque dessin. Ainsi, d'un côté le plumage vivement colorié de l'oiseau posté sur sa branche ravira l'oeil du lecteur, et de l'autre, le ramage du spécialiste fera de lui un connaisseur.
Jean Starobinski est né et vit à Genève, où il a enseigné la littérature française et l'histoire des idées dès la fin des années cinquante. Un critique, un historien, un comparatiste, un écrivain, un philosophe ? Surtout, son oeuvre est une libre réflexion sur ce qui, à travers les textes, renvoie à notre présent. L'une des convictions les plus profondes de Starobinski est que la façon dont nous nommons les choses et énonçons les pensées et les émotions, change ces choses, ces pensées et ces émotions, modifiant donc notre existence.
Ce livre cherche à montrer l'unité profonde de la pensée de Starobinski. Dans un parcours interrogatif à travers les aspects majeurs de son oeuvre, l'auteur a cherché à caractériser les exigences de sa réflexion, en s'efforçant de reconnaître son caractère de relation plurielle au présent.
Le héros de ce roman, qui s'apparente à un récit de sciencefiction, prend la décision farouche de quitter sa cité pour l'ailleurs, derrière la haute muraille qui divise la ville. Ignorant tout de ce qui s'y trouve, il s'y dirige comme un fantôme. Peu à peu il découvre la cité et ceux qui l'habitent : un responsable de l'ordre ainsi que trois amis,l'insondable matricule de 44 chiffres, la colline de pierre artificielle, les grottes de la Culture. Une sorte de révolte l'envahit et cependant il est complice du jeu de ceux qui veulent détruire. En s'enfuyant à nouveau de ce monde, il franchit une autre muraille qui lui vaudra son salut ou sa perdition. Il s'en va, sentant que tout est piégé, pris dans une solitude infinie.
Ces chroniques sont gourmandes parce qu'elles racontent les recettes en les replaçant dans leur contexte culturel, dans leurs liens aux souvenirs fondateurs du goût, dans leurs racines au coeur des saisons qui passent et reviennent. Ici, le discours gourmand est une variante du discours amoureux.
Maxime Pietri, d'origine corse, a passé son enfance et sa jeunesse à Paris et vit à Genève. Il se dit chroniqueur culinaire pour préciser qu'il ne fait pas de critique gastronomique, où l'on évalue le savoir-faire cuisinier d'un chef. Il cuisine tous les jours, écrit chaque semaine dans Le Temps, à Genève, et a présenté pendant deux ans une émission de cuisine à la Télévision suisse romande.
" Mon enfance est comme une étrangère en moi.
Un lieu clos qui prend de la place dans le présent mais qui reste inaccessible. À cause de toutes ces questions ouvertes, ces incertitudes. Si tu pouvais entendre mon histoire, peut-être qu'il en jaillirait du sens. Mais... ton silence me renvoie mes souvenirs, ton silence amplifie les béances et donne une forme définitive au manque. Il y a pourtant une brèche, une entaille par où suintent lentement les mots, comme une glu épaisse.
C'est difficilement qu'ils arrivent, comme s'il fallait encore lutter pour les arracher au silence. C'est aussi à cause de la peur, car l'entaille est une blessure et les mots qui me viennent sont comme le sang qui coule, le sang de tes émotions vives, celles que tu ne voulais pas livrer de peur d'être blessé, peut-être. " Récit intimiste d'une relation d'amour avortée, ce texte évoque dans toutes ses conséquences le désastre d'une absence de lien entre un père et sa fille.
Cette enfant devenue femme tente de se réconcilier avec ce passé en se rendant dans la ville où ils ont vécu : la réalité de l'adulte s'expose au souvenir qui resurgit, brut et immédiat. Les morts sont muets, le passé ne s'explique pas ni ne se change. Cet homme mystérieux qui est son père, et vers lequel l'enfant levait le regard, reste à jamais dans l'angle mort de sa conscience.
Amélie, dite Am', dialogue pied à pied avec une voix intérieure, celle de son irritante moitié qu'elle a baptisée Mégère, très à cheval sur sa petite morale.
Am' décide de consacrer toute une année à regarder le temps qui passe. Mégère la reprend à chaque phrase : " Tu t'y entends en poésie comme une truie en épices " ou " Tu nous as brisé les nerfs avec cette obsession de devenir une femme ! ". Am' répond : " Vilaine merlette " ou " Que voulais-tu devenir d'autre, vieille coquecigrue ? " Mais elle ne dévie pas de son projet, observe les saisons et leurs couleurs, se souvient des enfants qui dessinaient librement dans ses cours et contemple sa petite-fille qui accroche les décorations de Noël à quelques centimètres du sol.
Elle est résolue à détecter dans le passé et le présent la beauté, le geste créateur et le rêve amoureux. Bref, à vivre, enfin. Les dialogues enlevés d'AMÉLIE PLUME ont été comparés aux traits de crayon de Claire Brétécher. Ses récits précédents - Oui Emile pour la vie, Hélas nos chéris sont nos ennemis parmi d'autres - la situaient dans la satire sociale, conjugale et familiale. Avec Toute une vie pour se déniaiser, son neuvième livre, elle met en scène avec humour les deux personnages qui l'habitent.
Onze variations autour de ce thème, toujours sincères mais ironiques, où l'on découvre comment les mots peuvent véhiculer ou taire un message sous-jacent, comment l'activité peut se faire l'abri du rêveur. On voit successivement un esprit vagabonder alors qu'il est à l'écoute d'un autre, ou s'égarer tout en se révélant dans les rêveries nocturnes. On voit surtout, au travers de métaphores, le pouvoir et le jeu de la polysémie : dans des flagorneries susceptibles de cacher de discrets persiflages ; dans la manière dont l'écriture épistolaire se nourrit de l'imagination de l'auteur ; dans la façon dont un mot échappe parfois, ou sonne à la porte tard dans la nuit sous la forme du Pierrot de la chanson ; dans la manière dont un compliment qui touche vient enfin mettre un mot sur les dévouements minuscules. Un écho subtil et lointain à Jean-Jacques Rousseau et à Robert Walser.
Michel Contat est surtout connu comme le premier spécialiste de Sartre, dont il fut l'ami. Mais, en tant que journaliste littéraire et musical (notamment au Monde et à Télérama), en tant que chercheur aussi, il a rencontré depuis une quarantaine d'années un bon nombre d'écrivains et de musiciens de jazz (il est saxophoniste amateur) avec qui il a parfois noué des relations d'amitié, comme Max Frisch, Paul Nizon, Paul Auster, Serge Doubrovsky ou Sonny Rollins. Il donne ici les portraits qu'il a tracés d'eux ou les entretiens réalisés au fil des années. Comme il a l'habitude de se camper discrètement dans un coin du tableau, ces portraits à la première personne et ces rencontres avec des hommes (et une femme) remarquables constituent aussi une sorte d'autobiographie par les autres pour cet écrivain qui pense qu'écrire, aujourd'hui, c'est assumer son « je » sans se pousser du col.
Les Malouines ou les Falkland ? Deux noms pour un même pays font un bon sujet de conflit et promettent un sac d'embrouilles. Mais tout serait calme depuis juin 1982 quand les Britanniques, manu militari, en ont expulsé les envahisseurs argentins. Ce qui n'empêche pas ces mêmes Argentins de continuer d'appeler Malvinas cet archipel situé à 400 kilomètres de leurs côtes. Or, malgré les 12 000 kilomètres qui l'en séparent, Londres voit dans cette appellation une preuve supplémentaire de la nature manifestement britannique des Falkland, puisque les Argentins n'avaient fait qu'emprunter le nom de Malvinas aux marins bretons de Saint-Malo qui les avaient baptisées Malouines... Plus de vingt ans après la guerre qui a vraiment fait de Margaret Thatcher la Dame de fer, la question de la souveraineté oppose encore Argentins et Britanniques.
Parti là-bas pour écrire un roman, Jean-Bernard Vuillème en a d'abord rapporté ces Carnets des Malouines. Ses notes, prises au jour le jour dans cette minuscule communauté de Britanniques du bout du monde, protégés par deux soldats pour trois habitants et coupés de tout lien avec l'Argentine voisine, ne manquent ni d'intérêt, ni surtout de piquant.
«Il faut se pénétrer de l'idée que l'Aide, dans l'univers de l'informatique grand public, est purement factice. Elle fait penser à ces aliments en plastique ou en carton-pâte qui permettent aux petites filles de jouer à l'épicière. Mais les petites filles savent bien qu'elles ne peuvent pas manger ces objets.» Ici, l'auteur raconte les découvertes et mésaventures de l'usager moyen, et se demande comment faire pour que l'informatique et Internet, inventions géniales, ne servent pas à fabriquer des ignares et des aliénés. Comment éviter d'être les esclaves de ces machines. Bref, comment faire de l'ordinateur un domestique plutôt qu'un tyran.
Une femme est tombée sous le charme d'une île qui, longtemps, lui prodigue ses dons simples. Promenades par les sentiers, musique d'une autre langue, la mer, les bateaux. Un jour, la visiteuse rencontre le Capitaine Rouge. C'est un homme de sac et de corde, mais sa voix et sa prestance ravissent l'étrangère.
S'ensuivent les péripéties classiques des amants - promesses, mensonges, chasséscroisés, barrages contre les moulins à vent. A l'école du Capitaine Rouge, ce maître de l'envers des choses, la narratrice perd quelques illusions.
Demeurent à la fin les objets, témoins humbles et fidèles. Demeurent les lieux, parfaits, d'une aventure triviale - une maison et un jardin dans le pays gris et, là-bas, l'île aux sortilèges, plus vraie maintenant qu'elle a des ombres.