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1. « Père, lorsque j'étais avec eux, je les gardais en votre nom (Joan. XVII, 12). » Le Seigneur fit cette prière avant le jour de sa passion. On peut cependant l'appliquer avec quelque à-propos au jour de l'Ascension, lorsque Jésus était sur le point de se séparer de ses petits enfants qu'il recommandait a son Père. Car celui qui a créé, qui éclaire et conduit, dans les cieux, la multitude des anges, avait réuni, autour de lui, une petite troupe de disciples pour les instruire sous les yeux de sa sainte humanité, jusqu'à ce que, devenus grands par les sentiments, ils fussent capables de recevoir l'esprit de discipline. Ce grand maître aimait donc d'un grand amour ces petits enfants, car, après les avoir détachés de l'amour du monde et leur avoir fait abandonner tout espérance dans le siècle, il voyait qu'ils ne dépendaient que de lui seul. Cependant, tant qu'il resta corporellement avec eux, il ne leur fit voir ni facilement, ni par de nombreux témoignages, l'affection qu'il avait pour eux; il se montra envers eux plutôt grave que tendre, comme il convient à un maître et à un père. Mais lorsque le temps de se séparer d'eux fut venu, il parut comme vaincu par sa vive tendresse, et ne put leur dérober davantage la grandeur de son amour, qu'il leur avait cachée jusqu'alors. De là vient « qu'ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin (Joan. XIII, 1). » Alors il épancha presque toute l'étendue de son affection pour ses amis et de répandre sa vie comme de l'eau pour ses ennemis. Il leur donna le sacrement de son corps et de son sang avec le pouvoir de le reproduire, et en cela je ne sais laquelle de la puissance ou de la charité domine; car, en inventant, pour se consoler de son départ, cette nouvelle manière de demeurer avec nous, s'il se séparait d'eux de corps apparence, par l'effet du sacrement il restait non-seulement avec eux, mais encore en eux. Alors, oubliant tout-à-fait, pour ainsi dire, sa majesté, et se faisant injure à lui-même, quoique pourtant la gloire de la charité soit de s'humilier pour ses amis, le Seigneur et un vrai Seigneur! dans sa bonté ineffable, lava les pieds de ses disciples pour leur donner un exemple de salut et un sacrement de rémission de leurs fautes.
2. Alors enfin, après une exhortation prolongée, il les recommande à son Père, lève les yeux au ciel, et dit entre autres choses : « Père, lorsque j'étais avec eux, je les gardais en votre nom, et nul d'entre eux ne s'est perdu, si ce n'est le fils de la perdition. Maintenant je viens à vous : Gardez en votre nom ceux que vous m'avez donnés. Je ne vous prie pas de les tirer du monde, mais de les protéger du mal (Joan. XVII, 22), » et le reste du passage, car ce n'est point le lieu de le rendre ici, encore moins de l'expliquer. L'abrégé de ce discours, comme sa lecture l'indique, consiste en ces trois choses qui constituent le salut et même la perfection, tellement qu'on n'y peut rien ajouter : « Qu'ils soient préservés du mal, sanctifiés en vérité, et glorifiés avec lui (Joan. XVII). » « Père, s'écrie-t-il, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils soient aussi pour voir ma gloire. » O heureux apôtres ! Leur avocat est leur juge, pour eux intercède celui qui doit être adoré au même titre que l'est celui à qui il adresse ses prières. Le Père ne le frustrera point du désir que lui manifestent ses lèvres, car il a avec lui une même volonté et un même pouvoir, étant un seul et même Dieu avec lui. Tout ce que le Christ demande doit nécessairement s'accomplir : ses paroles sont puissance, et sa volonté est effet accompli. A propos de toutes ces créatures qui existent, « il a dit et tout a été fait, il a commandé et tout a été créé (Psalm. XXXII, 9). » « Je veux, dit-il, que là où je suis, ils se trouvent eux aussi. » O quelle sécurité pour les fidèles, quelle confiance pour ceux qui croient! Mais qu'ils prennent garde de ne pas rejeter la grâce qu'ils ont reçue. Ce n'est pas, en effet, aux apôtres seuls ou aux disciples qui étaient avec eux qu'une telle assurance a été donnée, mais à tous ceux qui, par leur ministère, devaient croire en la parole de Dieu. « Je ne prie pas pour eux seuls, dit le Seigneur, mais pour ceux qui, par leur prédication, croiront en moi. »
3. Pour vous, mes frères, «il vous a été donné,» comme s'exprime l'Apôtre (Phil. I, 29), « non-seulement de croire en Jésus-Christ, mais encore de souffrir pour lui : » la foi de, la promesse de Jésus-Christ ne vous rend pas négligents dans votre sécurité, mais vous donne un empressement plus généreux, et vous met sur la tête la couronne du martyre, à raison de la lutte quotidienne que vous soutenez contre vos vices : martyre continuel, mais facile; facile, mais sublime. Facile, puisqu'on n'y commande rien qui soit au dessus de nos forces; sublime, car on y triomphe de toute la vigueur du fort armé,. N'est-il pas aisé de porter le joug du Christ ? N'est-ce pas chose sublime que d'a voir une place élevée en son royaume ? Qu'y a-t-il de plus facile, je le demande, que de porter les ailes qui nous portent ? Quoi de plus sublime, que de prendre notre essor au dessus de toutes les hauteurs des cieux, là où Jésus-Christ est monté lui-même? Oui, les saints, dont la jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle, prendront des ailes comme ce roi des airs, et. ils voleront. Où voleront-ils ? « Où sera le corps, » dit l'Ecriture, « là se rassembleront les aigles (Matth. XXIV, 28). »
4. Mais, mes frères, pensons-nous que l'homme pourra soudain s'envoler vers les cieux, si ici-bas, il n'apprend pas à voler par un exercice chaque jour répété ? Si vous, demandez qui le lui apprendra, qui le conduira, est-ce que le Christ, semblable à un aigle, n'excitait pas aujourd'hui ses petits à voler, lorsqu'il planait au dessus d'eux, lorsque, en leur présence, il s'élevait, suivi de leurs regards qui l'accompagnaient aux cieux? Il pouvait sans difficulté être enlevé à leurs yeux, en un clin d'œil, et établi où il aurait voulu. Mais, semblable « à un aigle qui provoque ses petits à voler et vole au dessus eux (Deut. XXXII, 11), » il s'efforçait d'élever avec lui leurs cœurs par son amour, leur assurant, par son exemple, que leurs corps pouvaient monter pareillement dans les airs : ainsi que l'Apôtre, instruit des secrets éternels, nous l'assure lorsqu'il enseigne que lorsque le Christ reviendra, a nous serons enlevés à sa rencontre, » les nuages nous servant de chariots (I Thessal. IV, 46). Le Christ est « monté au dessus des Chérubins et il a volé sur l'aile des vents (Psalm. XVII, 41), » c'est-à-dire, il a dépassé les vertus des anges ; cependant pour condescendre à votre infirmité, il étendra ses ailes, et vous tiendra et vous portera, pourvu que vous ne soyez pas un fils dégénéré, que vous n'ayez point peur d'être élevé de terre et de jouir d'un air plus pur.
5. D'autres volent en contemplant; pour vous, volez en aimant. Saint; Paul est ravi en esprit et il s'élève jusqu'au troisième ciel (II. Cor. XII, 4), saint Jean va jusqu'à ce qui, au commencement, était le Verbe: pour vous; au moins, ne traînez pas à terre un esprit dégénéré, ne laissez pas pourrir dans la boue votre cœur engourdi et inerte : mais le grand Pontife qui, après avoir trouvé la rédemption éternelle, est entré aujourd'hui dans la cité sainte, où, présent à la face de Dieu, ils interpelle pour nous en vous criant : «En haut les cœurs ! » répondez-lui fidèlement : «Nous les avons vers le Seigneur. » Si jamais vous avez cherché, non ce qui est en haut, mais ce qui est sur la terre, gourmandez-vous vous-mêmes et dites à Dieu avec le Prophète : « Qu'y a-t-il pour moi au ciel et sur la terre, qu'ai-je voulu, si ce n'est vous (Psalm. LXXII, 25) ? » Hélas? que j'errais misérablement ! qu il est grand, ce trésor qui m'attend dans le ciel et que je méprisais ! Quel néant, quelle vanité, sont ces biens de la terre, qui furent l'objet de mes désirs! Le Christ, votre trésor, est donc monté au ciel, que votre cœur y soit aussi. C'est de là que vous tirez votre origine, là que vous avez votre Père et votre héritage, de là que vous attendez le Sauveur. Amen.