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Un conte d'aujourd'hui
Au sein d'une vaste forêt étrange vivait un petit virus avec ses amis les animaux qui le traitaient en prince. Il grandissait en force et en sagesse, mais il s'ennuyait, tout seul de son espèce. Un matin, le virus mit sa couronne et partit à la conquête du vaste monde... partout, il fut accueilli d'abord avec indifférence, puis avec grande déférence. Les gens, en son honneur, faisaient une drôle de révérence, en penchant la tête dans leur coude pour ne pas croiser son regard. Les plus respectueux refusaient de mêler leur haleine impure à ses ondes d'amour. Car oui, le virus était en période de reproduction et il cherchait de l'amour et de la chaleur. Bon, la chaleur, c'était pas difficile, les gens devenaient fiévreux à son approche, mais l'amour... il était rejeté par tous, même les bactéries, ses cousines, ne voulaient pas frayer avec lui. Alors il s'énerva, chercha plus vite, plus loin et gagna d'autres continents. Un jour, il se rendit compte que l'amour existait, pas pour lui, mais grâce à lui. En effet, les gens redevenaient humains, se préoccupaient les uns des autres et rejoignaient leurs familles dans un endroit appelé "confinement". Les plus aimés allaient même dans la "quarantaine". Ils y attendaient que le virus soit fatigué par sa quête et s'endorme un peu pour en sortir. En attendant, ils établissaient des contacts entre eux avec de drôles de machines: on pouvait se parler, se voir mais pas se toucher. Même ceux qui n'avaient pas ces machines avaient une solution: du papier et un stylo. Ils écrivaient aux autres "confinés" dans d'autres lieux, leur décrivant leur vie si réduite, les relations retrouvées et échangeaient des recettes de cuisine pour tirer parti de toutes ces pâtes et de tout ce riz accumulé dans la panique des débuts.
Mais ils ne pouvaient plus se rassembler pour chanter ensemble. Et c'était très dur. Alors ils se donnèrent rendez-vous. Chaque mercredi soir, à 20 h 15, chacun chez soi, ils prenaient leurs partitions et répétaient les chants déjà connus, essayaient d'en déchiffrer de nouveaux et à la fin, vers 21 h 30, chacun et chacune buvait un verre d'une bonne chose (café, vin, thé, liqueur, eau à bulles, jus de choucroute, enfin, un bon verre) à la santé des autres.
Je ne connais pas encore la fin de l'histoire. Je vous la raconterai plus tard, promis.
En attendant, restez chez vous, aimez-vous et santé !