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La médiatisation d’études non examinées par des pairs, non-peer-rewieved en anglais, peut s’avérer très délicate, notamment dans cette période marquée par la pandémie et les récents événements aux États-Unis. Pour éviter d’établir des liens de casualité erronés ou de tirer des conclusions générales en se basant sur une seule source, il faut respecter certaines normes. Dans un article publié sur le site anglophone de l’EJO, Scott Brennen et Felix Simon montrent quels sont les pièges à éviter.
Le 30 septembre 2020, le New York Times a consacré un article au nouveau rapport sur la désinformation liée au Covid-19 réalisé par la Cornell Alliance for Science. L’étude, publiée début octobre, suggérait que le président américain Donald Trump était le « principal moteur » de la désinformation sur les coronavirus.
L’article a été largement diffusé sur les réseaux sociaux et présenté comme preuve d’un soupçon longtemps tenu par les journalistes, les experts, les universitaires et une partie du public.
En tant que chercheurs en communication ayant beaucoup écrit sur le journalisme et la désinformation sur le Covid-19, nous avons de sérieuses questions et préoccupations concernant la méthode de recherche utilisée et les affirmations avancées par les auteurs du rapport. Surtout, nous nous sommes interrogés sur la manière dont le New York Times en a parlé.
Le problème principal est que les méthodes utilisées n’ont soutenu ni les affirmations du rapport, ni celles formulées dans l’article du New York Times. Bien que l’affirmation selon laquelle Trump soit le « principal moteur » de la désinformation sur le coronavirus semble plausible, elle doit être prouvée scientifiquement, ce que l’étude en question ne fait pas.
Alors que les chercheurs s’empressent de comprendre l’élection présidentielle américaine, nous assisterons sans doute à la médiatisation d’autres études du même type, publiées sans avoir été évaluées par d’autres scientifiques appartenant au même domaine de recherche. Dans le milieu académique, ces études sont connues sous le nom de non-peer-reviewed, ou « non examinées par des pairs ».
De manière générale, nous ne nous opposons pas à cette pratique, tant que certaines normes soient respectées. Mais la médiatisation des sciences sociales peut et doit être meilleure. La couverture du rapport de la Cornell Alliance for Science par le New York Times offre une bonne occasion d’examiner comment les médias devraient couvrir les études non évaluées par les pairs – et les études scientifiques en général.
Attendez-vous à l’inattendu
Les organes d’information ont une responsabilité importante à assumer lorsqu’ils écrivent au sujet des recherches non évaluées par des pairs. C’est particulièrement vrai dans des cas comme celui que nous venons d’analyser, où un seul rapport est présenté comme révolutionnaire, ou encore où des conclusions générales sont tirées d’une seule source plutôt que d’un ensemble de travaux.
En couvrant le rapport de la Cornell Alliance, le New York Times semble avoir fait peu d’efforts pour nuancer, évaluer, comparer ou vérifier ses conclusions. Le rapport prétend offrir des preuves empiriques pour quelque chose qui semble vrai. C’est peut-être là une partie du problème.
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La réalité est que souvent, les données nous surprennent. Cela peut rendre la recherche tout aussi passionnante que frustrante. Par conséquent, il est aussi important de vérifier les résultats attendus que de valider les résultats inattendus. C’est en partie pour cette raison que l’examen par les pairs reste important.
Éviter les conclusions erronées
En fin de compte, toute science est sociale. Les processus sociaux de collaboration, reproduction et validation sont fondamentaux pour que la science fonctionne. L’évaluation par les pairs, malgré tous ses défauts, permet d’améliorer la recherche. En outre, le risque d’inexactitude et de conclusions erronées est plus grand lorsque nous accélérons la publication des résultats pour un large public au détriment de ces processus.
Nous ne suggérons pas que les journalistes devraient examiner et critiquer les rapports de recherche. Beaucoup d’entre eux ne sont pas formés et n’ont pas le temps pour le faire. Mais, au minimum, ils devraient interroger de manière critique les études qu’ils couvrent. S’ils ne sont pas en mesure de le faire, ils devraient confier cette tâche à quelqu’un qui le peut. Il s’agit d’une pratique établie et efficace dans le journalisme scientifique, qui devrait être appliquée à l’ensemble des médias.
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Cela ne veut pas dire que les recherches non évaluées par des pairs ou les articles médiatiques les couvrant sont forcément mauvais. Certaines de ces études impliquent une analyse rigoureuse, un examen interne et une mention claire de leurs limites. Nous avons vu des reportages qui font un bon travail de contextualisation et d’évaluation des résultats.
Compte tenu de ce qui promet d’être une saison chargée en matière d’élections et d’études liées au Covid-19, voici quelques recommandations sur la couverture des recherches non évaluées par des pairs.
- Faites preuve de prudence lorsque vous établissez des liens de causalité sur la base d’une seule étude non examinée par des pairs. Il en va de même pour les travaux peer-rewieved. Dans les deux cas, vous devriez consulter des experts externes qui peuvent évaluer la qualité de l’étude en question et s’assurer qu’elle s’appuie sur des recherches plus larges.
- Évaluez la portée et l’efficacité des méthodes utilisées dans l’étude. Pour ce faire, vous pouvez interviewer des experts indépendants qui connaissent les approches et les sujets dont il est question et qui sont capables d’examiner et de contextualiser les résultats.
- Précisez aux lecteurs que la recherche n’est pas soumise à un examen par les pairs et qualifiez correctement les résultats que vous communiquez.
- Faites attention à votre choix de titre et à vos liens de causalité. Les obstacles à l’établissement de causes dans les sciences sociales sont très importants. Les articles doivent refléter ces normes.
- Employez des journalistes ayant une formation ou de l’expérience dans le domaine des sciences sociales.
- Examinez la valeur intrinsèque de l’étude et demandez-vous si vous la couvrez uniquement en raison de la réputation de sa source.
Compte tenu des défis et des pièges de la couverture médiatique de la recherche scientifique, nous pensons qu’il est nécessaire de mettre en place une nouvelle plateforme qui sollicite et recueille les évaluations des livres blancs et des études non examinées par des pairs. En plus d’aider à évaluer, contextualiser et qualifier les rapports qui attirent souvent l’attention des médias, une telle plateforme nous aidera à donner un sens à la recherche et à en tirer des conclusions significatives et plus largement applicables.