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Après un séjour sous les tropiques, une éosinophilie est le plus souvent due à une infestation parasitaire. Seuls les parasites pluricellulaires (helminthes) provoquent une éosinophilie, les protozoaires (parasites unicellulaires) n’en causent jamais. Plus le contact entre le parasite et l’hôte est étroit, plus il est probable qu’une éosinophilie se développe. Une infestation parasitaire est peu probable après un court séjour sous les tropiques mais, en cas d’infestation, les parasites peuvent persister dans l’intestin pendant des dizaines d’années.
Un missionnaire âgé de 50 ans vit depuis 20 ans en Afrique. A part quelques accès de paludisme et de temps en temps des diarrhées, il n’a pas eu de problème majeur de santé pendant son séjour en Afrique. Lors de son voyage en Suisse, il se présente à la consultation pour un check-up médical.
L’examen clinique lors de la consultation est sans particularité. Les tests de laboratoire sont également sans particularité, à part des amibes dans les selles et une éosinophilie de 10% de 7000 leucocytes/μl.
Après un séjour sous les tropiques, une éosinophilie est le plus souvent due à une parasitose.1-3
Il est utile de garder en mémoire les quelques règles de parasitologie suivantes, qui facilitent l’interprétation des résultats de laboratoire :
• vérifier l’existence d’une éosinophilie : celle-ci est définie comme une valeur > 500 éosinophiles/μl (zone grise : 300-500 éosinophiles/μl). Le laboratoire fournit en général le taux d’éosinophiles sous la forme d’un pourcentage des globules blancs ; pour confirmer ou infirmer la présence d’une éosinophilie, il faut par conséquent calculer le nombre absolu d’éosinophiles.
• Le taux d’éosinophiles présente de fortes variations au cours de la journée ou d’un jour à l’autre, dont on ignore l’origine. La cortisone endogène est certainement partiellement responsable des variations journalières du nombre d’éosinophiles circulants. Par analogie, un traitement de cortisone peut faire diminuer le taux d’éosinophiles.
• Parmi les parasites, il faut distinguer les protozoaires (parasites unicellulaires) des métazoaires (helminthes, parasites pluricellulaires). Les helminthes sont répartis en trois sous-groupes : les nématodes (ascaris, ankylostomes, filaires), les cestodes (ténia, échinocoques) et les trématodes (douves, vers plats, distomes, schistosomes). Tous les helminthes, à des degrés très divers, peuvent induire une éosinophilie. En revanche, les protozoaires n’en provoquent jamais.
• Plus le contact entre le parasite et son hôte est étroit, plus il est probable que se développe une éosinophilie. Ainsi, on trouve souvent une éosinophilie très importante chez les patients présentant une schistosomiase (bilharziose), maladie au cours de laquelle les vers adultes libèrent un grand nombre d’œufs dans les voies urinaires (Schistosoma hematobium) ou dans l’intestin (Schistosoma mansoni et Schistosoma japonicum). Les œufs peuvent aussi être déposés dans d’autres organes. D’autre part, Echinococcus granulosus est enkysté et a donc peu de contacts avec le tissu de l’hôte ; par conséquent, il provoque en général seulement une faible éosinophilie.
• L’éosinophilie est plus importante lors du passage tissulaire qu’après l’installation du parasite dans l’intestin (figure 1). Les larves d’helminthes migrent dans le corps humain avant de s’établir dans l’intestin où les parasites atteignent le stade adulte. Cette migration larvaire (phase tissulaire) est responsable de l’éosinophilie la plus importante, à un moment où le diagnostic parasitologique (recherche de parasites dans les selles) n’est pas encore possible. Cette phase, entre début de l’infestation parasitaire et la positivation des tests parasitologiques, est appelée prépatence (ou incubation parasitaire). Le temps de prépatence varie d’un parasite à l’autre (15-30 jours pour l’anguillule (Strongiloïdes stercoralis) et 50-80 jours pour l’ascaris). Un examen de selles peut donc être négatif parce que l’échantillon examiné a été prélevé trop tôt. Un examen négatif doit éventuellement être répété après quelques semaines.
• Les helminthes ne peuvent pas se multiplier dans le corps humain. Le nombre de vers adultes présents dans l’organisme est donc au maximum égal au nombre de parasites ou de larves infectants.
Une infestation par des helminthes est extrêmement rare après un court séjour sous les tropiques, et le nombre de parasites est faible. Le diagnostic parasitologique peut donc être très difficile. Dans leur grande majorité, les personnes avec une charge parasitaire faible sont asymptomatiques, éventuellement peu symptomatiques. Parfois, les patients deviennent symptomatiques à partir du moment où ils savent être porteurs de parasites. En revanche, l’organisme des personnes ayant vécu longtemps sous les tropiques (missionnaires ou coopérants) peut héberger un grand nombre de parasites, souvent plusieurs espèces simultanément.
• L’anguillule, qui est le seul nématode intestinal capable de se multiplier à l’intérieur du corps humain, est un cas particulier et fait exception à la règle. Les larves d’anguillule traversent la peau de leur victime puis arrivent jusqu’aux poumons par voie sanguine, quittent les vaisseaux et passent dans les alvéoles (infiltrat pulmonaire à éosinophiles), remontent dans les bronches et la trachée et s’établissent finalement dans l’intestin après avoir été dégluties.
La multiplication du parasite dans le corps humain étant possible et fréquente, celui-ci peut ensuite persister dans l’organisme pendant des décennies. Cette multiplication peut en particulier se produire lors d’une phase d’immunosup-pression ou d’un traitement oncologique. Ainsi, des soldats de l’armée anglaise, prisonniers de guerre pendant l’occupation japonaise de l’Indochine, ont présenté, 20 à 30 ans après la guerre, des septicémies dues à des larves d’anguillules.4,5 Il est donc particulièrement important de traiter une anguillulose (ivermectine, albendazole), même si elle est asymptomatique.
• De bonnes sérologies sont disponibles pour les parasitoses suivantes : échinococcose, fasciolose, strongyloïdose (anguillulose), toxocarose, trichinellose, filariose et schistosomiase (bilharziose).
La recherche de parasites reste souvent négative malgré la présence d’une éosinophilie, surtout en cas d’infestation faible après un court séjour sous les tropiques. Les patients sont en général asymptomatiques et un diagnostic précis n’est pas forcément nécessaire. On adoptera alors l’attitude suivante :
• refaire une recherche de parasites dans les selles à la fin de la période de prépatence.
• Chercher les parasites extra-intestinaux (filariose lymphatique, schistosomiase des voies urinaires).
• Faire des sérologies parasitaires.
• Prescrire un médicament antiparasitaire efficace contre la majorité des parasites fréquents, par exemple, l’albendazole.
La sérologie pour l’anguillulose est revenue positive, sans toutefois que l’on trouve des anguillules dans les selles. Un traitement d’ivermectine a été prescrit au patient et celui-ci reviendra pour un contrôle lors de son prochain voyage en Suisse.