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Si le sommet d'une montagne paraît clairement défini, il est plus difficile de tracer précisément sa limite inférieure. Lorsque Erhard redescend le Cervin, quand parvient-il en bas? Selon certains philosophes et topographes, la limite inférieure des montagnes est arbitraire. En particulier, si la frontière supérieure d'une montagne est une frontière bona fide ou réelle, sa frontière inférieure serait fiat, ou arbitraire.
On peut avancer au moins deux arguments en faveur de cette thèse. Premièrement, alors que la frontière supérieure d'une montagne, entre la Terre et le ciel, marque une discontinuité matérielle nette (entre l'air et la terre), sa frontière inférieure ne constitue clairement pas une telle discontinuité matérielle.
Deuxièmement, on peut faire valoir que si tel très petit morceau de la surface de la Terre fait partie du Cervin, alors tel autre très petit morceau qui lui est contigu, appartiendra également au Cervin. Il en ira de même pour tout autre petit morceau immédiatement contigu à ce dernier... De proche en proche, la Terre entière fera alors partie du Cervin.
Intuitivement pourtant, la limite inférieure du Cervin ne semble pas aussi arbitraire que la frontière sud de l'Égypte. Je soutiens, suivant une proposition de Cayley et Maxwell, que la limite inférieure d'une montagne est naturelle et non pas conventionnelle: elle consiste dans le fond des vallées qui la bordent et qui se rejoignent à certains cols.
Olivier Massin, "Qu'est-ce qu'une montagne?", tiré du livre Aristote chez les Helvètes, Ithaque, 2014.