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dossier lgbt+
« LGBTQIA… Quoi ? Q pour Queer »
Dans cette série, nous explorons les unes après les autres les lettres du fameux acronyme. D’un mot insultant tourné en revendication à travers un processus de resignification, le terme queer est aujourd’hui employé par de nouvelles générations bien décidées à se libérer des schémas traditionnels réducteurs du genre.
Queer : Qui n’adhère pas à la division binaire traditionnelle des genres et des sexualités. Cherchant à se désidentifier de toute identité de genre ou orientation sexuelle, ou s’y identifiant de manière non conforme ou fluide.
Le mot queer (étrange, bizarre en français) a d’abord longtemps été utilisé en anglais comme un terme péjoratif et insultant envers des individus n’entrant pas dans les normes traditionnelles de virilité ou de féminité. C’est à partir des années 1980 que ces mêmes personnes refusant de se reconnaître dans des oppositions binaires classiques (par exemple homme ou femme, hétéro- ou homosexuel) ont commencé à se réapproprier le terme de manière positive. En effet, d’une part, le langage participe à la construction performative de l’espace social, de ses communautés et de ses exclusions [1], c’est-à-dire que les individus, consciemment ou non, réaffirment leur genre à travers leur comportement, leur langage, leur apparence. D’autre part, répété dans un contexte différent, un énoncé peut se vêtir d’un autre sens, à travers un processus de resignification [2]. Un exemple pourrait être celui du terme de « nigger », une insulte raciste que les communautés afro-américaines se sont réappropriée [3]. C’est ce qui est arrivé au terme queer, faisant aujourd’hui référence à une identité aux facettes multiples sortant d’un cadre binaire ou hétéronormé, ou même à une « désidentité » libre de toute contrainte.
Une caractéristique du concept queer est donc une adaptabilité, une élasticité [4] qui lui permet d’inclure ce qui est exclu des catégories traditionnelles. La théorie queer remet en question des catégories souvent considérées comme données telles que « l’homme » ou « la femme ». Elle étend le champ des possibles des genres, des sexes et des sexualités de manière libre, appropriée et flexible. Bien comprendre l’idée queer, c’est comprendre à la fois son côté inclusif et sa définition d’un indéfini.
À nouveau, il convient peut-être de rappeler la distinction entre l’identité de genre, l’expression de genre et l’orientation sexuelle. Il convient toutefois de bien garder à l’esprit que la revendication queer peut être justement de s’affranchir de toute ces catégories !
Une personne peut se sentir d’une identité de genre féminine, et avoir une expression de genre non binaire (ne correspondant à aucun code de genre, ou les mélangeant) ainsi qu’une orientation sexuelle homosexuelle.
Une personne peut se sentir agenre [5] (soit, n’appartenir à aucun genre en particulier), avoir une expression de genre masculine et une orientation pansexuelle (à savoir, non bornée par les genres).
Une personne peut refuser de se définir par toute catégorie.
Une autre choisir de se définir ou non d’un jour à l’autre, selon son besoin (genderfluid).
Toutes ces personnes pourraient se revendiquer queer, c’est-à-dire en dehors des catégories traditionnelles binaires, voire hors de toute catégorie.
Il existe une infinie variation de toutes ces composantes et leurs combinaisons. La seule chose à respecter, c’est le sentiment intérieur de la personne, qui peut d’ailleurs lui aussi fluctuer dans le temps !
Vous trouvez peut-être cela complexe ? Ça l’est, car c’est justement ce qui fait la beauté de l’idée queer : une complexité à même de rendre celle de l’identité humaine. Au-delà de toute barrière réductrice, un espace où chaque personne peut évoluer, s’épanouir et se réaliser.
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Dans son ouvrage Trouble dans le genre (1990), Judith Butler affirme que le genre est une construction sociale qui est constamment « performée » par les individus, consciemment ou non. C’est-à-dire qu’elle est réaffirmée à travers leur comportement, leur langage ou leur apparence. Par exemple, selon cette auteure, si les drag queens peuvent « jouer » à être un sexe qui n’est pas le leur biologiquement, alors les personnes cisgenres (dont le genre attribué à la naissance correspond à leur sexe biologique) performent aussi leur genre sans le savoir.
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Butler, Judith. 2004. Le pouvoir des mots : politique du performatif.
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Voir l’article à l’adresse suivante pour l’étymologie du mot “nigger” : https://muse.jhu.edu/article/620987. Stordeur Pryor, Elizabeth. 2016. The Etymology of Nigger: Resistance, Language, and the Politics of Freedom in the Antebellum North. University of Pennsylvania Press.
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Jagose, Annamarie. 1996. Queer Theory : An Introduction.
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A ce propos, lire ce passage du Carnet d’un rêveur par Jonas Lubec qui partage son expérience personnelle agenre : http://casdenor.fr/index.php?post/2016/04/04/Cis-et-agenre.