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Editorial
RMS 9/2013
Tous les chemins mènent à Rome
Salvatore Sciarrino disait récemment lors d'une interview pour la Neue Zürcher Zeitung qu’il n’avait jamais suivi une carrière «officielle», qu’il n’avait pas «fréquenté le conservatoire avant de jouer au Festival de Salzbourg».
Quand je rencontre le mot «carrière», je pense a priori à une ligne droite allant droit au but, dès le départ. Les dictionnaires confirment cette interprétation: étymologiquement, la carrière est le lieu où l’on faisait courir les chevaux. Quand on parle de «faire carrière», on imagine «foncer en avant», au galop. On sait toutefois qu’en cours de route, il peut y avoir des embûches, qu’un parcours n’est jamais vraiment une ligne droite. Certains passent même parfois quelque temps dans un labyrinthe avant de retrouver le chemin qui les conduit au but. Et d’ailleurs, vers quel but? Certains changent volontairement de direction pour se diriger vers une autre destination.
En fouillant un peu plus loin dans l’étymologie, on rencontre dans l’Etymologiches Wörterbuch de Friedrich Kluge le terme italien de «carriera», qui signifie route, provenant lui-même du latin «carrus», voiture. Je m’imagine un véhicule du temps des Romains, tiré soit par des chevaux en feu, soit par un âne têtu, cahotant sur une route pavée. Ma pensée s’éloigne des questions de tempo et de linéarité pour rejoindre l’autre sens, en français, du terme «carrière»: le lieu où l’on récolte des pierres. Et cela me rappelle le dur labeur qui doit être fourni pour arracher les pierres de la falaise, les tailler et en réunir suffisamment pour paver une place entière, pour créer une mosaïque ou, plus rarement comme Sciarrino, pour en tirer une œuvre d’art unique.
L’esprit peut vagabonder longtemps autour du terme de carrière. Et les carrières que nous menons sont bien plus variées encore. Ce numéro tente d’en suggérer quelques-unes.
Cordialement.
Katrin Spelinova