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« Design » signifie regarder les objets de tous les jours avec un œil curieux, ce qui revient presque à essayer d’en dégager leurs secrets. »
Par ces mots, Ludovico Magistretti – dit Vico – tentait de résumer les bases de son travail.
Il naît à Milan le 6 octobre 1920, dans une famille d’architectes.
Son instruction classique au lycée Parini de Milan lui assure une culture humaniste, qu’il revendiquera fortement. Il considère que cet enseignement constitue un fondement important pour la préparation à la vie professionnelle d’un architecte.
Pendant la guerre, avec sa famille, il se réfugie en Suisse – à Lausanne – où il fait la rencontre d’Ernesto Nathan Rogers (avec G.L. Banfi, L.B. di Belgioioso, E. Peressutti, il est l’un des fondateurs du célèbre studio “BBPR“).
Cet épisode restera dans la mémoire de Vico comme la marque d’une expérience fondamentale pour sa formation intellectuelle.
Il obtient son diplôme d’architecte à l’École Polytechnique de Milan, dans une période particulièrement tragique : la guerre était finie et l’Italie devait faire face aux nécessités de la reconstruction.
Avec ses premiers projets déjà, il échange des idées et collabore avec les architectes de la génération précédente, ceux qui avaient pris part au mouvement rationaliste de l’Italie d’avant-guerre.
Malgré la différence d’âge, il partage avec eux une même vision. Il achève sa formation aux côtés de personnalités telles qu’Achille Castiglioni, Marco Zanuso, Ignazio Gardella, Franco Albini, etc.
Ses premiers travaux sont consacrés à la construction d’immeubles de logements populaires.
Par la suite, il alternera cette activité d’architecte avec celle de « designer » industriel. Ce qui s’inscrit tout à fait dans la philosophie de son mentor Ernesto Nathan Rogers, telle qu’il l’avait énoncée par la célèbre formule “dal cucchiaio alla città“ (« de la cuillère à la ville»).
Il adhère au Mouvement Moderne et en 1959, au XIe congrès du C.I.A.M. (“Congrès International de l’Architecture Moderne“) à Otterlo aux Pays-Bas, il expose l’une de ses réalisations : la maison Arosio, à Arenzano (1956/59).
Les critiques furent extrêmement vives et elles ont tenu une place non négligeable dans la crise profonde que le mouvement des C.I.A.M. vivait à ce moment. Un vaste débat, d’ordre général, entraîne la dissolution de ce Congrès, de première importance quant à l’histoire de l’architecture moderne.
Cependant, le projet qu’il a présenté lui a finalement permis de trouver son propre code expressif.
Magistretti est l’un des membres fondateurs de l’ADI, Associazione del Disegno Industriale. Cette institution est à l’origine de ce qui deviendra l’Italian Design – phénomène dont le développement est dû à la rencontre entre des architectes novateurs et quelques producteurs particulièrement audacieux.
En 1959 et 1960, il fera partie des jurés pour l’attribution du Compasso d’oro. Ce prix, l’un des plus prestigieux pour le Design, distingue les meilleures créations réalisées en Italie.
Il sera lui-même récompensé à plusieurs reprises : en 1967 (pour la lampe “Eclisse“), en 1977 (pour la lampe “Atollo“), en 1979 (pour le fauteuil “Maralunga“) et en 1994 pour l’ensemble de sa carrière.
Un moment important de sa vie professionnelle fut celui de sa rencontre avec Cesare Cassina.
Cet entrepreneur visionnaire de la Brianza lui avait demandé de pouvoir réaliser en série une chaise, conçue spécialement pour l’aménagement du Club House du “Golf di Carimate“. Elle sera effectivement mise en production en 1960.
Un principe fondamental du travail de Magistretti était (et sera) de pouvoir discuter du projet avec le producteur – et ce, dès l’origine.
Selon lui, un produit ne peut naître que du dialogue et de l’échange des connaissances technologiques que détient le fabricant.
Il estimait que son travail consistait à interpréter un concept énoncé par l’éditeur et qu’il devait être réalisé ensuite avec les moyens de production propres à l’usine.
A son avis, les objets sont susceptibles d’entrer dans l’intimité des gens, ils devraient leur signifier quelque chose et ne pas se borner à être froidement introduits dans la maison.
Une autre étape remarquable de la vie de Vico Magistretti fut sa rencontre avec Maddalena De Padova, à la fin des années ‘80. Cette femme exceptionnelle, elle aussi primée par un Compasso d’oro, a tenu un rôle important quant à la production et à la diffusion du design italien – dans son pays et dans le monde entiers.
De leur collaboration sont nés de nombreux produits, tels que la chaise “Silver“, le fauteuil “Luisiana“, la table “Vidun“, etc.
Au cours des années 2000, il entreprend une collaboration avec la maison Campeggi: il se consacre à “revisiter“ un certain nombre d’objets d’ameublement, issus d’un design traditionnel et anonyme. Il propose des articles simples mais emprunts cependant de sa touche personnelle: la chaise “Kenia“, le lit “Ospite“, le fauteuil “Africa“ et le divan “Magellano“.
Le canapé “Fan“, en 2006, est le dernier produit dessiné par l’architecte.
Vico Magistretti s’éteint dans sa maison de Milan le 19 septembre 2006.
Ses œuvres se trouvent dans la collection permanente du “MoMA“ de New York, elles sont exposées au “Victoria & Albert Museum“ de Londres, à la “Neue Sammlung Museum“ de Munich et dans de nombreux musées en Amérique et in Europe.
Après son décès, son atelier – qui est le siège de la “Fondation Vico Magistretti“ -, sera transformé en un Musée dédié à l’étude et à la diffusion de son travail.
Michele Granata, Philippe Thomé