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Une histoire de révolutions
L’histoire de l’innovation vélique sur le Léman s’est aussi écrite par à-coups, au rythme de l’émergence de nouveaux types de bateaux.
1939-1969: le règne des monocoques
Les trois premières décennies du Bol d’Or sont dominées par les bateaux de la Jauge internationale, les 6 mètres JI d'abord – «des bateaux olympiques redoutables», glisse Rodolphe Gautier – puis par les 8 mètres JI. Ces voiliers sont plus grands, plus lourds, plus chers. «Il s’agissait de faire au mieux dans une jauge donnée. C’est le début de la course à l'innovation mais les bateaux ne sont pas encore typés Léman», explique le président de l'organisation de la course.
Années 1970: nom de code, Toucan
En 1971, Pierre Noverraz et André Fragnière, des locaux, dessinent un voilier qui va régner sur le Bol d’Or pendant une décennie: le Toucan. Ce monocoque occupe une place toute particulière dans l’histoire. Pour Christian Favre, sa conception ouvre l’âge d’or de l’innovation vélique sur le Léman. «Il a été spécialement dessiné pour le lac. Avant le Toucan, les bateaux étaient lourds; celui-ci se faisait beaucoup plus léger, plus étroit, avec un bon rapport de lest.»
En haut, le Toucan, pur produit lémanique. (© DR). En bas: en 1985, Altaïr XI (Philippe Stern et Philippe Dürr) est le premier catamaran à remporter le Bol d’Or (© Yves Ryncki)
Années 1980: les multicoques gagnent la bataille
Jusque-là, le Léman était le terrain de jeu des monocoques. C’est à cette période que déferlent les multicoques. «Un moment d’histoire passionnant en termes d’innovation, car on ne savait pas qui remporterait la bataille sur le lac», estime Rodolphe Gautier. Très vite, les «multis» classent l’affaire. Philippe Stern gagne avec Altaïr IX en 1980. En 1982, il divise par deux le temps réalisé par un monocoque de type Améthyste en 1981. Dans les années 1980, le Bol d’Or accueille également une flotte de F40 océaniques qui ont été rachetés et modifiés pour mieux répondre à l’équation lacustre. On dit alors qu’on les «lémanise». Mais ce sont bien les embarcations pensées dès le départ pour les conditions locales qui se révèlent les plus performantes.
Avec Alinghi V, Ernesto Bertarelli a mis au point le voilier ultime. Il ne sera jamais battu (© Keystone)
Jusqu’en 2003: la course à l’armement
La course est aussi engagée sur le plan de l’innovation que sur le plan d’eau. Happycalopse, Altaïr, Khamsin, Alinghi: les bateaux stars se relaient dans les annales; leurs propriétaires surenchérissent pour aller plus loin. Ils ne sont plus qu’une poignée à rivaliser pour la victoire lors du Bol d’Or annuel; les autres n’ont pas les moyens d’être dans le coup. Et puis, soudain, c’est comme s’il n’y avait plus qu’un seul bateau capable de gagner. En 2000, le catamaran Alinghi V – imaginé par les architectes Sébastien Schmidt et Jo Richards – fait son apparition et s’impose. Il ne sera jamais battu. «Personne n’a relevé le défi Alinghi sur le lac, dit Philippe Cardis, quadruple vainqueur du Bol avec Happycalopse, en 2003 dans Le Temps. Il a mis la barre tellement haut qu’il n’existe plus de joueur capable de surenchérir.»
Depuis 2004: l’innovation éthique
Pour réintroduire un intérêt sportif au Bol d’Or, les principaux propriétaires de bateaux scellent une sorte de pacte. Ils s’entendent pour retirer de la circulation leurs Formule 1 et lancer une nouvelle série monotype contrôlée, les D35. «D» pour Décision, le nom du chantier naval dont le bateau est issu; «35» pour la longueur du voilier, en pieds. «Puisque c’était un projet souhaité par les principaux intéressés, l’organisation a accepté de modifier son règlement afin de réduire de 40 à 35 pieds la taille maximale des multicoques autorisés à disputer le Bol d’Or», contextualise Rodolphe Gautier. De l’innovation éthique: avec plusieurs voiliers identiques sur la ligne de départ, l’épreuve replace les performances des équipages au centre; avec une taille maximum raisonnable, elle laisse la porte ouverte à de nouveaux bateaux innovants à des prix moins rédhibitoires. Mais les statistiques montrent que les concepteurs des D35 ont visé juste: leurs voiliers ont remporté douze des treize dernières éditions du Bol d’Or.
VIDÉO 360°. Embarquez à bord du D35 Ylliam - Comptoir immobilier, lors de la régate Genève-Rolle (Si la vidéo ne fonctionne pas, cliquez ici)