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Claude Antoine est né à Grandchamp le 16 avril 1935. Après Jaqueline (1930-1997) et avant Magali (née en 1937), Claude est le second enfant (et le seul fils) de ses parents Marc et Hélène âgés respectivement de 31 et 32 ans à sa naissance.
Né dans la Ferme de Grandchamp reprise par son père en 1927, Claude y passe son enfance entouré de poules, canards, veaux, vaches et chevaux. Ses parents - bien qu'aidés notamment par la bonne Tante Emma (Portner) - sont si occupés aux durs travaux des champs ainsi qu'à leurs obligations familiales et musiciennes qu'ils ont peu de temps à consacrer à leurs enfants. Durant la Guerre, les absences répétées de Marc - mobilisé par moments - pèsent encore davantage sur la petite famille, son épouse Hélène devant alors se charger de la bonne marche de la petite entreprise. Les étés sont les occasions de grands rassemblements de famille, avec l'arrivée à la Ferme de multiples cousins venant de France, de Rome, voire de Suède, tous cependant plus jeunes que Claude.
Claude entame sa carrière scolaire à l'école primaire à Boudry, à ce point peu enthousiasmante que Claude puis sa sœur Magali seront à plusieurs reprises envoyés en internat à la montagne (Gryon, Arveyre) pour soigner leur santé. L'école secondaire puis le gymnase se suivent à Neuchâtel, où il s'agit d'aller par le tram (le "dur"), ce qui rallonge les journées et raccourcit la pause de midi à la portion congrue. Le tram permet cependant à Claude d'apprendre les langues "faciles" - anglais et italien - alors que les cours servent à l'étude du grec et du latin en particulier.
Aussi prenante que ses études, la carrière d'éclaireur de Claude, entamée à 8 ans et terminée à son mariage ou presque, est constitutive de son caractère battant, curieux, inventif et amoureux de la nature. Cette nature sera indubitablement une aide utile pour surmonter le choc de la disparition, accidentelle, de son père Marc - tué par un cheval emballé - alors qu'il n'a pas 14 ans. Dans son journal intime, Claude se référera à cet accident qui va lui changer la vie en notant, "L'Eclaireur est vaillant, il sourit dans les difficultés".
Le gymnase achevé, c'est vers la physique que ses penchants - longuement classiques - mènent Claude. Licencié dans cette science, il s'engagera comme assistant (du Prof. Rossel) pour rédiger sa thèse de doctorat. Ce rôle d'assistant à l'université lui permettra de rencontrer sa future épouse, Marie-France, elle-même étudiante en médecine et peu douée pour les mathématiques qu'il tâchera de lui enseigner...
Ce n'est qu'à son mariage, le 1er septembre 1962, que Claude quitte la maison maternelle où il a passé - à l'exception de quelques voyages lointains à vélo ou sur les pentes de ski - toute sa vie, une vie extraordinairement remplie de bricolages, d'études, d'escapades sportives ou galantes, d'apiculture, de jardinage, etc. Presque simultanément, il quitte les rives du lac de Neuchâtel pour la cité satellite de Meyrin, en bordure du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) où il a fait les expériences requises pour sa thèse et où il est engagé comme jeune chercheur en 1963.
En marge de la physique, Claude va bien vite apprendre à pratiquer aussi le métier de père, puisqu'un fils, Olivier, naît dans son couple le 20 juin 1964. Outre les occupations passionnantes que lui procure le CERN durant ses journées, la paternité occupera dès lors ses loisirs, qu'il lui consacrera en sachant se préserver la pratique de quelques hobbies de toujours (bricolage, ski, voire jardinage le week-end à la Ferme). Sa préférence ira cependant de tous temps à la pratique de loisirs permettant de marier hobbies et devoirs paternels, tels que ... le train électrique, les expériences de physique enfantines, l'enseignement du ski, puis de la marche en montagne, du bricolage sur bois, du jardinage etc.
Une occasion de découvrir les grands espaces est saisie en 1970, lorsque la petite famille s'envole pour passer 6 mois à Berkeley, en Californie, face à la baie de San Francisco. Le séjour est entièrement utilisé aux découvertes américaines, notamment des multiples attraits naturels de la Californie, également de la vie étonnante qu'on y mène, entre guerre du Vietnam (surtout sa contestation!) et audaces culturelles du genre de "Hair" qui conquerra Claude et Marie-France.
Le retour dans la petite Suisse se fait non sans mal, un mal qui se soigne par la construction d'une maison face au lac Léman et au Mont-Blanc, à Founex, à 15 km de Genève. La famille de Claude consacrera ses week-ends et vacances durant une pleine année aux multiples tâches manuelles dont on peut décharger les ouvriers (peintures, moquettes, plinthes, etc) puis des années au façonnage d'un immense jardin en pente, d'une maisonnette pour outils et enfants, enfin d'une terrasse (et de ses murs) entourant une piscine. La maison à peine terminée accueille un nouveau venu, Laurence, née le 26 janvier 1974.
L'époque est également prolifique pour la carrière de Claude, qui mène projets après projets auprès des divers accélérateurs de particules du CERN, passant du PS ("Proton-Synchrotron") au SPS ("Super PS") puis très vite impliqué dans les travaux herculéens de l'instrumentation du LEP ("Large Electron-Positron"), accélérateur de 30 km de circonférence, le plus grand au monde. CERN, jardin, bricolage, ski, famille: Claude s'épanouit dans un bouquet d'activités complémentaires, qu'il marque toutes d'une présence forte.
La disparition de sa maman, en 1990, marque douloureusement Claude, d'un deuil double 40 ans après celui qu'il n'a pas fait de son père. Cette disparition a été précédée d'années de vieillesse de sa mère durant lesquelles Claude a porté à bout de bras l'organisation de la vie et de l'entourage de sa mère, à 100 km de distance. La Ferme devient alors une résidence secondaire dont le jardin est habilement entretenu par les locataires d'été Roland et Gio Dubois.
A l'approche du Millénaire et surtout de la retraite en 2000, Claude et Marie-France, dont les enfants ont fini par quitter le foyer familial, forment de grands projets: celui, notamment, de déménager à la Ferme non sans l'avoir convertie en résidence spacieuse équipée d'un confort moderne. Ce projet les occupera durant plusieurs années, des premiers plans à la réalisation de la Ferme nouvelle, en passant par la réfection de son toit immense, sans oublier les hésitations dues aux rumeurs d'agrandissement de l'aérodrome de la plaine d'Areuse.
Dans cette vie si réussie et surtout si pleine de projets pour un "après", à l'aube d'un nouveau siècle et d'une nouvelle vie sans obligations professionnelles, s'est glissée la maladie, imprévue qui, d'un coup du sort malvenu, a tout gâché. Claude a montré une grande lassitude, a commencé à balbutier, puis à ne pas répondre à ses proches, interloqués et insécurisés avant que soit diagnostiquée une sclérose latérale amyotrophique fatale, 3 semaines avant la fin, le 10 août 2002. La Boucle était bouclée: Claude a quitté le monde des vivants dans la chambre même de la Ferme de Grandchamp où il lui était apparu, 67 ans auparavant.