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En 2023 nous fêtons les 175 de la Constitution de 1848 et les 75 ans de l’AVS.
« Il y a deux grandes dates qui fondent la Suisse que vous connaissons: 1848, naissance d’un État fédéral et démocratique (il ne le sera complètement qu’en 1971, avec le droit de vote des femmes). Et 1948, réalisation de l’AVS et naissance de la sécurité sociale.
L’AVS est déjà dans la constitution en 1925, néanmoins il faut faire une loi. En 1931 une tentative de loi a été faite mais les prestations étaient misérables et la loi peu ambitieuse, par conséquent elle a été refusée.
En 2023 nous fêtons les 175 de la Constitution de 1848 et les 75 ans de l’AVS.
En 1948 à la sortie de la guerre l’AVS est créée. C’est le début de la phase historique des trente glorieuses considérée comme embellie économique inédite. Tout n’était pas rose: pas de droit de vote des femmes, peu de moyens de contraception ou pas de droit à l’avortement, une éducation très stricte. Mais ce fut une période de développement d’infrastructures publiques, de droits sociaux et de prospérité, qui a rendu possible les conquêtes de libertés et d’égalité.
Il est important d’insister sur le choix politique extraordinaire de construire l’AVS, comme un repère historique, 100 ans après la création de la Suisse moderne.
1948 est important - Cette idée que l’État va s’organiser pour donner un revenu à celles et ceux qui à partir d’un certain âge n’auront plus à travailler pour obtenir un salaire. C’était une idée, une utopie pour les syndicats et les ouvriers. L’avoir dans la tête était déjà un combat. Les syndicats ont dû se battre pour que les ouvriers osent penser qu’ils puissent recevoir un revenu après le travail, c’était une bataille idéologique. Idem lors de la conquête des premiers congés payés obtenus par les syndicats dans les conventions collectives.
Une retraite pour tous sans complications était une révolution. Suivront l’assurance invalidité, le deuxième pilier, l’assurance chômage.
Si ces conquêtes ont été possibles après la seconde guerre mondiale, c’est parce qu’on avait enfin compris que sans sécurité existentielle ou sécurité sociale, les démocraties sont trop fragiles et peuvent se faire déborder par des extrémismes politiques dangereux. Les horreurs du nazisme et du fascisme avaient été rendues possibles par la misère noire des années 30. Et le stalinisme risquait de prospérer si les démocraties n’assuraient pas davantage d’égalité des chances et de sécurité existentielle au monde du travail. Alors les services publics et les assurances sociales se sont enfin développées rendant possible ces décennies de prospérité et de progrès partagé.
En 2023, année de célébration, les pouvoirs dominants économiques et politiques ont oublié cette leçon de l’histoire. Au lieu de renforcer la sécurité sociale, ils la dégradent, poursuivant le travail de sape de 30 ans de néolibéralisme. Et la conséquence ne se fait pas attendre. L’extrême droite revient et les démocraties s’affaiblissent.
Il nous faut livrer bataille fermement pour faire reprendre à notre pays le cours d’une histoire plus juste et plus sûre. »