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Andréi, garçon au physique avantageux, maître de sport, on dit “coach”, la coupe de cheveux gélifiée, le teint mat, grand séducteur, me dit:
- Tu comprends, j’habite au deuxième étage et il y a le chien. Sans ascenseur, je dois porter chaque jour mon bouledogue dans les bras pour le ramener au salon…”
Andréi, garçon au physique avantageux, maître de sport, on dit “coach”, la coupe de cheveux gélifiée, le teint mat, grand séducteur, me dit:
De grandes femmes douloureuses, les côtes saillantes, chantaient devant les villas en fixant le large tandis que leurs maris le pistolet à la main fixaient sans les voir des toiles de maître.
Que faire sinon attendre? Attendre ailleurs?
Chaque jour il peignait des tableaux noirs Sa femme tentait de vendre ces toiles mais revenait le plus souvent bredouille. Faute d’argent, il manqua bientôt de toiles. Un choix s’imposait. Il ne pouvait acheter et les toiles et la couleur. Il acquit des tubes de noir et s’attaqua à l’appartement.
Aplo me dit: “Papa, c’est il y a une fille voilée dans la classe de mon ami Jean.” Je hoche la tête en silence. N’en pense pas moins. Jusqu’où pense-t-on revisiter la révolution?
Comme je m’inquiète de savoir s’il souhaite plus de liberté et sortir la nuit, Aplo me dit ceci: “papa, les enfants de mon âge sont de plus en plus petits, il ne sentent pas l’urgence sortir.”
Mais pourquoi cette obsession chez les caractères virils, hommes de force, amateurs d’armes, registres de puissance, de la coupe de cheveux rase qui présente le visage dans la nudité de ses traits?
Messages que mitraille Tatlin sur mon portable. Expérience neuve. Elle répond à une question mais a posé entre temps une autre question, j’y réponds. Court-circuit qui crée un dialogue fou. Dans les interstices transparaissent de aveux. Il est ainsi plus facile de lui dire ce que je ressens: tu es étrangère et inabordable, tu fuis (elle a passé un an en asile et je suis un des seuls à qui elle parle dans Fribourg, il ne s’agit pas d’une simple affaire de flirt). Pourtant que fais-je d’autre que l’aborder, et cela depuis un an? Tout-à-l’heure je la croise au restaurant. Grands yeux, grande femme. Elle lit depuis le matin, me reconnaît à peine, tend la main, cherche à me situer. Nous échangeons deux mots. A croire que l’on en se connaît pas. Et maintenant, trente messages en quelques minutes: il est question de voyage, de Descartes, de neurolinguistique, de combats MMA, de vagabondage, d’amour. Dans ce monde mêlé de virtuel, nous ne sommes plus corps ni esprits mais amas moléculaires.
Vieillir c’est ne plus pouvoir partager quand on est enfin disponible au partage. Et si on ne peut partager, c’est qu’on en sait trop et que le destinataire ne peut, faute de maturité, recevoir.
Ils s’employaient à croire à leur importance. L’exercice consistait avant tout à faire taire les critiques.