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Une étape courageuse pour une femme – et un pas important pour l’humanité. Grâce à l’argent hérité par son épouse Berta, Carl Benz avait mis au point la voiture dès 1886, Il s’agissait d’un tricycle motorisé qu’il avait présenté à l’Office des brevets. Mais personne ne voulait de ce véhicule audacieux. La rumeur prétendait qu’il ne pouvait pas effectuer de longs trajets et qu’il produisait beaucoup de bruit pour rien.
Carl Benz étant lui-même réservé et hésitant de nature, la troisième variante du véhicule ne lui convenait toujours pas; d’autant qu’il était plus artisan qu’homme d’affaires. Il se laissa même intimider par les autorités qui lui interdirent de circuler dans ce véhicule pétaradant qui effrayait les chevaux.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même
Berta Benz fit preuve d’un remarquable courage lorsque, secrètement et contre la volonté de son mari, elle réveilla ses garçons au milieu de la nuit et entreprit son voyage à Pforzheim. Elle partait vers l’inconnu. La voiture allait-elle réussir ce premier voyage ou resterait-elle bloquée sur la route?
A l’époque, conduire une voiture était affaire d’homme et il ne fallait pas craindre de se salir. Un tel déplacement n’aurait été confié à une femme qu’en tout dernier recours. Il fallait beaucoup de force pour mettre en marche puis conduire cet immense véhicule. Il n’était pas rare de se blesser les mains en lançant le moteur et de se brûler les jambes avec de l’huile chaude qui giclait.
Jarretière et épingles à chapeau
Mais Berta ne se laissa pas arrêter par de tels désagréments. Ni d’ailleurs par les problèmes rencontrés en chemin. Lorsque le véhicule peinait à monter la côte de la route cantonale, elle envoyait son fils aîné Richard à l’arrière pour pousser. Au cours de deux pannes, elle fit preuve d’habileté et d’un indéniable talent d’improvisation en utilisant des accessoires féminins. Elle déboucha une arrivée d’essence avec une épingle à chapeau et répara l’allumage avec une jarretière.
Tous veulent rouler avec la «Benzine»
Lorsque notre impavide pionnière automobile arriva finalement à Pforzheim après un voyage astreignant, sa mère était déjà partie. Etait-ce un voyage pour rien? En aucun cas! Ce déplacement réussi fut très remarqué à Pforzheim. D’innombrables personnes souhaitaient rouler avec la «Benzine», le véhicule de Benz ainsi appelé par les habitants.
Bertha focalisa toute l’attention dans sa ville natale et en profita pleinement: elle resta trois jours avant de se remettre en route. Son trajet se raconta dans toute l’Allemagne et, très vite, la voiture entama sa marche triomphale.