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«Le cycliste professionnel boit deux litres de lait par jour». C'était le titre d'un article consacré à Mathias Flückiger il y a un an. Dans ce portrait paru dans le magazine Schweizer Bauer, on apprenait que le médaillé d'argent de VTT aux JO de Tokyo avait passé sa jeunesse dans une ferme bio, qu'il aimait le muesli et les produits laitiers, et qu'il était amoureux de Lisa. Mais aussi qu'il ne mange que très rarement de la viande.
Dommage: selon les experts, la consommation de viande contaminée est de loin la plus grande chance d'être blanchi d'une accusation de dopage. Et pour cause: l'Agence mondiale antidopage (Wada) prévoit une procédure précise en cas de très faible concentration de zéranol, une substance anabolisante. Soit exactement le cas de Mathias Flückiger. L'objectif: pouvoir, le cas échéant, prouver le scénario d'une absorption involontaire par la consommation de viande.
Dommage, aussi, que le Bernois ait passé les jours précédant son contrôle antidopage fatal du 5 juin chez lui, en Haute-Argovie. Un retour des Etats-Unis ou d'Amérique du Sud – où un produit destiné à engraisser les bovins, interdit en Europe depuis 1981 – est utilisé aurait peut-être entériné le scénario de la contamination.
Un voyage moins loin, en Roumanie précisément, aurait peut-être aussi suffi à acquitter Mathias Flückiger: c'est le seul pays européen dont les contrôles alimentaires ont signalé ces dernières années quelques échantillons de viande de bœuf positifs au zéranol.
En Suisse, les contrôles à l'importation n'ont jamais révélé de contamination par le zéranol. Mais cette absence totale de traces doit être relativisée: selon l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), les derniers contrôles sur cette substance ont été effectués en 2014 et 2015. Depuis, il n'y a jamais eu de contrôles aléatoires dans le but de détecter du zéranol. Qui ne cherche pas, ne trouve pas...
Ce recul critique est nécessaire sur de nombreux points du cas de dopage de Flückiger. Les réponses claires et rapides font défaut, alors que la question est pourtant simple: le Bernois, véritable star du VTT, est-il coupable ou victime?
Les statistiques de la Wada des 20 dernières années relèvent dix cas de dopage au zéranol, dont seuls deux ont mené à une suspension. Faute d'expérience pratique, il n'existe pas d'études et de recherches sur le zéranol dans le domaine de la science antidopage. Aucun expert n'est en mesure d'amener des réponses claires et précises à des questions telles que: «Le zéranol est-il vraiment efficace en cas de dopage microdosé?»
On ne peut donc que recueillir des indices sur les différents détails qui innocentent ou incriminent Flückiger. Comme un échantillon était négatif six jours avant son contrôle positif aux championnats suisses, il faudrait, si le dopage est volontaire, que la quantité de substance illégale soit un microdosage. Histoire de ne pas rester coincée – même phénomène que la passoire – dans les appareils de mesure toujours plus précis des laboratoires antidopage.
Le livre noir des substances anabolisantes – volontiers ouvert dans les milieux de la musculation – compte 1033 pages. Contrairement à une cinquantaine d'autres anabolisants, le zéranol n'y figure nulle part. Mais le manque de connaissances spécialisées sur les effets (ou non) de cette substance conduit généralement les sportifs à ne pas l'utiliser pour améliorer leurs performances. Quel athlète professionnel prendrait le risque de tout perdre en utilisant ce produit alors que son efficacité n'est pas prouvée?
Mais les 0,3 nanogrammes par millilitre trouvés dans l'urine de Flückiger sont bien arrivés dans son organisme, d'une manière ou d'une autre. Aucune partie n'a d'explication vraiment convaincante. Une bonne douzaine d'experts en dopage interrogés sont étonnamment unanimes: ils ne pensent pas qu'il s'agisse d'un dopage intentionnel. Même la Wada, qui est en quelque sorte le superviseur, a reçu plusieurs réactions d'experts exprimant des doutes sur le déroulement de la procédure et sur la décision de Swiss Sports Integrity (l'autorité nationale en matière d'antidopage) de suspendre provisoirement l'athlète.
Et qu'en est-il du lait? Après tout, il est, comme la viande bovine, aussi issu de la vache. Il y a récemment eu un cas de dopage en Amérique du Sud où le lait contaminé a permis de disculper le sportif accusé. Ce scénario n'est donc pas si absurde concernant Flückiger, même si, là encore, on ne peut pas exclure que la substance parvienne en petites quantités dans l'organisme humain par d'autres voies. Car il n'existe tout simplement pas de recherche scientifique sur ce sujet.
Le clan du Bernois a, lui, plusieurs fois mis en avant ces dernières semaines un «manque de fair-play». En affirmant, par exemple, que seuls les trois laboratoires de Lausanne – où l'échantillon de Flückiger a été analysé –, de Cologne et de Montréal sont capables de détecter une quantité aussi faible, grâce à leurs appareils modernes.
Ainsi, si l'échantillon d'urine avait été analysé en France ou en Autriche, personne n'y aurait découvert de zéranol. Là encore, il n'existe aucune preuve concrète pour étayer cette affirmation. Seulement le fait que la limite fixée qu'un laboratoire doit pouvoir détecter est légèrement supérieure, à savoir 0,5 ng/ml.
Ces 0,3 nanogrammes par millilitre dans l'urine de Flückiger ne sont pas une valeur absolue, mais relative. Elle varie d'un individu à l'autre: de nombreux processus d'élimination dans le corps impactent la quantité de zéranol et dépendent des quantités de boissons bues ou du niveau de stress durant la compétition. De même, la valeur peut varier en fonction de l'origine géographique de l'athlète.
De même que les arguments comme le lait ou le microdosage, un phénomène d'actualité très particulier laisse aussi place à l'interprétation. Alors que le zéranol n'avait pratiquement jamais été détecté ces dernières années, plusieurs laboratoires antidopage européens ont fait état d'une accumulation frappante cette année de détections de cette substance en petites quantités, inférieures à la limite légale. Mais voilà: contrairement à celui de Flückiger, ces cas n'ont pas été rendus publics.
Malgré nos relances par téléphone, la Wada n'a pas donné d'explications sur ces cas de zéranol. Elle a toutefois indiqué que son département juridique doit d'abord vérifier ce qu'elle peut dire à ce sujet. Un rebondissement dans l'affaire Flückiger?
Alors que le public se demande si le vététiste bernois est un tricheur ou un athlète respectable, la chambre disciplinaire du sport suisse (CD) – liée à Swiss Olympic – se concentre sur des points purement juridiques: le zéranol est sur la liste des produits interdits, peu importe s'il est efficace ou non. L'échantillon de Flückiger n'est pas en soi un cas positif et pourtant, avec sa suspension provisoire, le même scénario que celui du sprinter Alex Wilson se produit un an et demi plus tard.
Selon des sources fiables, la CD interroge actuellement les différentes parties. Prochainement, elle décidera si la suspension provisoire de Mathias Flückiger doit être levée ou non. Il s'agit aussi de savoir si Swiss Sports Integrity a mené l'enquête correctement. A ce stade de la procédure, une telle question est une première dans la jurisprudence antidopage suisse et n'apparaît pas du tout dans les bases juridiques du «Statut concernant le dopage de Swiss Olympic».
Peut-être que quelqu'un trouvera une belle issue à l'affaire Flückiger: la suspension du Bernois serait levée, ce qui le libérerait du soupçon de dopage, et l'autorité antidopage suisse ne serait pas accusée d'une véritable faute, ce qui la protégerait de demandes de dommages et intérêts élevées. Une sorte de situation win-win dans une affaire qui, jusqu'à présent, n'a pratiquement fait que des perdants. C'est ce que laisse entendre un expert, qui souhaite garder l'anonymat: «Ce qui s'est passé ici nuit à la crédibilité de la lutte antidopage.»
Adaptation en français: Yoann Graber
On se frotte les yeux. Ruth Wipfli-Steinegger, vice-présidente de Swiss Olympic, en charge du comité de pilotage pour des Jeux d'hiver décentralisés et durables en Suisse, défendait avec assurance son plan. Il y a quelques jours encore, la conseillère fédérale et ministre des Sports Viola Amherd déclarait, elle, qu'une candidature helvétique faisait avant tout les affaires du Comité international olympique. «Les Jeux s'adaptent désormais au pays organisateur et non l'inverse», ajoutait le président de Swiss-Ski, Urs Lehmann.