Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07180.jsonl.gz/1351

Le sujet ne semble pas épuisé: les cerveaux d’une femme et d’un homme sont-ils différents? Plus précisément: y a-t-il ou non dans la configuration de nos cerveaux respectifs des éléments qui fonderaient des différences de comportements, de sensibilités, de manière de penser ou de réagir?
Les différences entre les hommes et les femmes sont-elles «naturelles» ou «sociales»? Y a-t-il quelque chose de l’ordre du biologique ou serait-ce uniquement des éléments transmis qui font nos différences? Ces différences, si elles sont «naturelles» ou biologiques, engendreraient-elles des prévalences, des spécialisations de rôles dans la société selon que l’on est de sexe masculin ou féminin?
Personnellement je ne suis pas convaincu par l’indifférenciation des genres. Je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas de différences ainsi que certaines spécialisations. On pourrait bien sûr renverser l’idée: pourquoi y aurait-il des différences et des spécialisations?
Parce que nous somme anatomiquement pourvus de différences importantes, et qu’il y a au moins une spécialisation propre à chaque sexe: c’est la reproduction. La spécialisation est au minimum anatomique et hormonale. Pourquoi dès lors ne pourrait-il pas y en avoir d’autres? Cela n'a rien de scientifique mais pour moi c'est une vraie question.
Une des branches du féminisme réfute l’idée de différences et de spécialisations naturelles. Les différences seraient une transmission, une élaboration culturelle et sociale. Il y a beaucoup de vrai dans cette vision des choses. Mais tout n’y est peut-être pas. Et je me méfie d’instinct de toute théorie qui veut apporter une réponse globale et unique aux questionnements humains - c’est entre autres pour cette même raison que je me méfie des religions qui veulent apporter une réponse totale et définitive au sens de la vie. La comparaison entre la religion et la doctrine féministe est ici intentionnelle. Le totalitarisme intellectuel n’est jamais loin de ces tentatives de réponse globale. Le réel me semble être plus complexe et plus nuancé que nos besoins de lui apporter une réponse unique.
Développement du cerveau à l'adolescence
Certaines études sur le cerveau tendent à dire qu’il n’y a pas de différence ni de spécialisation selon le sexe biologique. D’autres disent le contraire. L’une d’elles a mis en évidence des modifications autour de l’adolescence:
«À l'adolescence, les comportements changent. On dit souvent les filles plus mûres que les garçons, et ces derniers plus turbulents. Ces « dictons » ont-ils le moindre fondement ? Et si des modifications du cerveau en étaient responsables ? Effectivement, sous l'effet des hormones, le cerveau évolue différemment chez les filles et les garçons, conférant des capacités cognitives contrastées.
Jay Giedd, du Centre américain de la santé de Bethesda, a établi le « film » de la maturation cérébrale de 284 adolescents, filles et garçons, âgés de 9 à 22 ans, en rassemblant des clichés irm de leur cerveau. Chaque cerveau a été analysé en plus de 40 000 points permettant de mesurer l'évolution de l'épaisseur du cortex à une échelle inférieure au dixième de millimètre.
Ces données montrent que le cortex des filles s'épaissit comparativement à celui des garçons dans certaines zones clés intervenant dans le langage et le contrôle des émotions. Le cortex des garçons devient plus épais que celui des filles dans des zones dédiées à la visualisation tridimensionnelle et aux opérations mentales, telles les rotations virtuelles d'objets complexes.
Si les garçons adoptent plus de comportements à risque que les filles à l'adolescence, c'est que les parties du cerveau contrôlant la maîtrise des émotions et des impulsions se développent moins. Les différences de comportement observées dans les groupes d'adolescents, où les garçons se défient dans des simulacres de combat ou font des acrobaties à scooter pendant que les filles font mine de les ignorer et sont davantage préoccupées par l'échange verbal, ne sont donc pas des clichés. Elles reflètent l'évolution du cerveau sur des voies développementales différant selon le sexe.»
L’article dont je cite un extrait est paru au mois de novembre et annonce la publication de l’étude. Je n’ai trouvé de documentation (ici) qu’en anglais et je n’ai pas la capacité d’en traduire la technicité. On peut attendre que des analyses critiques de cette étude soient également publiées. Et l’on ne doit pas en conclure trop vite des certitudes: sans une sollicitation extérieure les zones du cerveau ne fonctionnent pas forcément à plein; les connexions entre neurones ont besoin d’une stimulation pour s’établir, stimulation que je suppose être d’ordre culturel. A moins que les comportement d'adolescents et de séduction ne soient plus instinctifs, "naturels" que socialisés, et que la socialisation n'en soit que le polissage extérieur et pas le mécanisme fondamental. Mais, sans préjuger de ces analyses critiques, l'étude citée pose à nouveau la question de différences anatomo-physiologiques et de spécialisation.
Comment d'ailleurs savoir si c'est le culturel qui a modelé le cerveau, ou si le cerveau, par les étapes programmées de son développement, a engendré ou modelé le culturel à son image et à son besoin?
Enjeux sociaux
Cette question de l’indifférenciation des genres a son importance: l’enjeu est d’en finir avec la distribution traditionnelle des rôles hommes-femmes dans la société, du sexisme qui les aurait tenues prisonnières du ménages et des tâches domestiques, et de leur permettre d’accéder - entre autres - à des postes de direction et de décision. L'enjeu est que les différences, s'il y en a, ne portent pas atteinte à la notion de droit qu'est l'égalité et ne soient pas des raisons de discrimination.
Comme je les comprends. Si elles savaient combien les hommes en ont eux aussi assez d’être perçus comme des pourvoyeurs, de simples agents de sécurité affective, des brutes épaisses, etc. Si elles savaient combien d'hommes aimeraient aussi avoir un poste de décision et de direction! La quête d’un poste de pouvoir et d’argent n’est certes qu’un combat petit-bourgeois, mais il vous pose en société: cela fait bien quand on dit «Madame Untel, PDG d’Areva» plutôt que «caissière de supermarché», ou «M. Chose, président du Conseil d’Etat» plutôt que «manoeuvre sur un chantier». De ce point de vue le féminisme reconduit et amplifie la structure verticale inégalitaire de la société et de ses privilèges.
Alors je veux bien que les femmes tiennent des rôles identiques à ceux des hommes. Pas de souci. Les agricultrices que je connais en Haute-Savoie le font: comme leur mari elles se lèvent à 5h30, bossent toute la journée, mettent les pieds dans le purin, élèvent les enfants, discutent les revenus et le budget ainsi que les investissements à faire. Elles ne sont pas brimées à la cuisine à subir les décisions et les humeurs de leur patron de mari.
Mais s’il y avait quand-même des spécialisations et des différences biologiques, où serait le problème? Différence ne veut pas dire inférieur/supérieur. Personnellement je tiens à mes différences. On me dit souvent que j’ai une sensibilité très féminine: j’écoute, j’ai une grande empathie, un peu hypersensible. Mais si je me sens proche des femmes, je ne me sens pas femme pour autant.
Mais qu’est-ce que se sentir femme, et homme? C'est un autre débat. J’y reviendrai.