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Introduction
Du temps des Romains déjà, Orbe était une étape importante sur la route reliant Lausanne à Besançon. De cette époque lointaine, subsistent encore des vestiges de valeur : les mosaïques de l'ancienne Urba, à un kilomètre et demi au Nord de la ville actuelle, sur le domaine communal de Boscéaz. Dès le haut Moyen-Age, il est fait fréquemment mention d’Orbe, qui appartenait successivement aux comtes de Bourgogne, aux seigneurs de Montfaucon, de Montbéliard et de Chalon, avant de tomber entre les mains des Suisses, à l’issue des guerres de Bourgogne. C’est à ce moment-là qu’a été détruit le château, duquel ne subsistent plus maintenant qu’un donjon circulaire et une tour d’angle.
Jusqu’à la fin du siècle dernier, Orbe a vécu la vie paisible d’un gros bourg mi-citadin, mi-agricole, où l’artisanat et la petite industrie étaient florissants. La construction d’une fabrique de chocolat, dans les années 1900, marqua un tournant important, celui de la véritable industrialisation.
Epoque romaine
Après une période de splendeur à l'époque romaine, la ville d'Orbe fut ruinée, vers la fin du 4ème siècle, par les invasions des barbares et ses habitants dispersés.
Connu sous le nom d'Urba, Orbe était le dernier relais de la voie militaire, avant de s'engager dans la traversée du Jura. Il y avait là, outre le relais des postes impériales, des maisons, des boutiques et des hôtelleries. Cette localité se trouvait sur les deux rives de l'Orbe (actuellement St-Martin et St-Germain). Sur le plateau de Boscéaz, à proximité immédiate de la route romaine secondaire qui joignait Urba à Yverdon, se trouvait une grande villa (maison de maître au milieu d'une grande exploitation agricole). Les mosaïques découvertes comptent parmi les plus beaux spécimens du genre en Suisse.
Mosaïques romaines
Datation
La première installation humaine sur le plateau de Boscéaz a été attestée dès l'époque du Néolithique (1er tiers du IVe millénaire avant J.-C.).
Le premier établissement gallo-romain a été daté de la seconde moitié du premier siècle après J.-C. Le deuxième établissement gallo-romain daterait lui du dernier quart du IIe après J.-C. ; il s'agit là de la grande villa aux Mosaïques.
La villa gallo-romaine de Boscéaz a été occupée jusqu'à la fin du IIIe siècle après J.-C. Il semblerait que le départ du site ne puisse être imputé aux invasions barbares qui déferlaient à l'époque sur notre région. Les habitants sont partis en emportant leur mobilier et aucune trace d'incendie généralisé n'a pu être trouvée sur le site.
Le site a été partiellement occupé aux IVe et Ve siècles. En effet, la fouille du temple dédié à Mithra (le mithreaum), voisin de la villa, a prouvé qu'il était fréquenté durant cette période.
Contrairement aux idées véhiculées par les archéologues du 19ème siècle, le site de Boscéaz n'a jamais été une ville romaine. Ils ont été abusés par le système d'égout de la villa qui pouvait laisser supposer un réseau routier. Urba n'était représentée que par la villa gallo-romaine de Boscéaz et quelques habitations situées aux Granges (au bas de la ville actuelle)
Etymologie
La théorie qui faisait dériver 'Urba' du latin urbs, urbis (qui signifie la grande ville, en fait Rome seulement) est depuis longtemps tombée en désuétude, de même que l'interprétation pour le moins loufoque remontant à une racine signifiant "vache". Urba, plus tard Orba puis Orbe, puiserait son origine dans le nom de la rivière L'Orbe. En effet, les cours d'eau semblent porter des noms très anciens, de l'époque celtique ou même préceltique, et de nombreux sites leur ont emprunté leur dénomination.
Réseau routier des environs
Axe nord-sud
Bassin lémanique - Rhin via Yverdon et Soleure en longeant le bord occidental de la Plaine de l'Orbe.
Axe est-ouest
Italie - Gaule du Nord via Grand-St-Bernard et Pontarlier par le col de Jougne
La villa gallo-romaine de Boscéaz
Tout d'abord, il nous faut préciser qu'à l'époque romaine le terme 'villa' désignait un établissement agricole.
Dimension de la villa :
La partie agricole (pars rustica) était ceinte d'un mur extérieur de 420 m x 370 m. La maison proprement dite (pars urbana) s'appuie sur un mur artificiel de 300 m pour une largeur de 100 m. Les dimensions de cette villa dépassent la moyenne des établissements similaires connus. De plus, la superficie du complexe résidentiel est important par rapport à la superficie du complexe agricole. Ce qui laisse à penser que cette villa gérait une importante partie des terrains environnants.
Les matériaux de base proviennent de carrières régionales. Les fragments architectoniques viendraient en partie de la carrière de la Lance et sont en calcaire du Jura. L'on trouve également des fragments de marbre d'origine valaisanne et de la région de Carrare.
Lors des fouilles entreprises par l'Université de Lausanne depuis 1986, la part urbana a été presque entièrement mise à jour et a fait apparaître des thermes, chauffages au sol (hypocauste), foyers, latrines, murs parfaitement maçonnés, etc. Il est à regretter que, pour des raisons d'ordre financier, toutes ces excavations sont à nouveau recouvertes de terre à l'issue de chaque campagne de fouilles. Par conséquent, il est impossible de montrer au public ces superbes fondations.
Quelques découvertes de 1993 et plus tard :
- néolithique (2500 av J.-C.) ; un biface en silex
- âge du Bronze (2000 av. J.-C) ; tombes d'enfants
- tène ancienne - second âge du fer (300 av J.-C.) ; silo à grains et divers matériel agricole
- une nouvelle mosaïque (numéro 9)
- en 1996 d'un temple paléo-chrétien ou, éventuellement, d'un temple dédié à Mithra (en cours d'études)
Quelques mosaïques
Mosaïques numéro 4 : Triton
Cette superbe mosaïque a été victime de déprédations. D'après une lithographie de 1845, ce magnifique pavement se trouvait en excellent état lors de sa découverte cette même année. L'année suivante, il a été entièrement détruit (sauf quelques médaillons) et ce, vraisemblablement, sur ordre de M. Von Bonstetten, archéologue amateur de l'époque.
Mosaïques numéro 5 : labyrinthe
Lors de sa découverte en 1845, on pouvait y reconnaître au centre la tête d'un jeune homme et d'un taureau, ceci selon une lithographie de l'époque. Ce qui permet de supposer qu'elle représente une scène célèbre de la mythologie ; Thésée et le Minotaure (cf mosaïque du Triton ainsi que la mosaïque numéro 9). Cette mosaïque fut laissée sur place et recouverte de terre. Lors de sa redécouverte en 1930, ces deux têtes n'y figuraient plus.
Mosaïques numéro 6 : cortège rustique
L'interprétation de cette mosaïque n'est pas encore définie : scènes de vie quotidienne - représentation des mois de l'année à travers des activités journalières. On peut relever que le mosaïste s'est appliqué à reproduire les détails (perspectives des roues) alors que la fonction dans l'ensemble est restée floue (fixation des roues au véhicule). La brusque interruption des mosaïques 6 et 7 s'explique par l'implantation de vignes sur ce coteau.
Mosaïques numéro 8 : dite des divinités
13 médaillons : 7 correspondant aux 7 planètes connues des anciens et qui ont donné leur nom aux jours de la semaine : Venus (= vendredi) - Saturne (saturday = samedi) - Sol (sunday = dimanche) - Jupiter (= jeudi) - Mars (= mardi) - Mercure (= mercredi) - Luna (= lundi)
Ont peut également y admirer, entre autres, Narcisse - Ganymède (l'échanson des Dieux) - ainsi que diverses scènes de chasse.
Moyen-âge
Après avoir traversé l'époque burgonde sans que nous sachions rien d'elle, Orbe est dès lors fréquemment citée dans des documents qui retracent un certain nombre d'entrevues royales des Carolingiens qui ont eu lieu dans notre ville.A l'extinction des rois rodolphiens de Bourgogne, en 1032, Orbe fait partie du Saint-Empire romain-germanique. Mais en fait, c'était un vassal qui exerçait la souveraineté dans le pays.
Orbe appartenait au comte de Bourgogne.
Au Xe et XIe, Urba comprenait deux emplacements distincts :
- villa Tabernis (de tabernae = taverne) située sur la rive droite de l'Orbe en amont et en aval qui comprenait le pont de bois des Granges (qui existait en 1100), l'antique basilique de St-Martin. C'était la partie la plus peuplée.
- villa Tavellis (de tavellata = dalles) comprenait entre autre l'église de St-Germain
A la fin du XIe : la ville d'Orbe porte alors le nom de vicus Urbensis (1049), un seigneur du pays y fait bâtir un hospice accompagné d'une chapelle près de la porte Poteylaz (au sommet des escaliers de la Poterne).
Au XIIe, il existait encore différents villages absorbés par la suite par Orbe (Villars - Bosséaz).
La mairie d'Orbe fut aliénée par Girard d'Orbe qui la remit à Amédé, sire de Montfaucon en 1259.
La ville haute fut reliée au châtel d'Orbe par un système de fortifications extérieures vers 1300.
Une charte des franchises et libertés de la ville d'Orbe fut rédigée le 07.10.1404. Cette charte fut observée jusqu'au XVIIIe.
La ville fut remise en fief à la famille de Montfaucon-Montbéliard jusqu'en 1424. Ensuite, elle passa par héritage à la famille de Chalon.
C'est le sire Amédée III de Montfaucon-Montbéliard qui fortifia la ville vers 1270 environ. Un grand incendie détruisit une bonne partie de la ville d'Orbe en 1407
Guerres de Bourgogne
La seigneurie des Chalon formait un fief relevant du comté de Bourgogne, au milieu d'un pays de Vaud savoyard. C'est cette situation juridique particulière qui allait entraîner Orbe dans la tourmente.
La seconde moitié du 15ème siècle est l'époque de la lutte entre Louis XI, roi de France avec son puissant vassal, le duc de Bourgogne, Charles le Hardi. Le roi de France ayant fait alliance avec les Suisses, il cherche à les brouiller avec Charles le Hardi. Les terres des Chalon en Suisse Romande furent les premières à en souffrir, parce que Hugues de Chalon était un vassal du duc de Bourgogne et que ses places fortes (dont Orbe) commandaient les défilés du Jura. Le ler mai 1475, le château de Grandson (première possession des Chalon sur la route des Bernois) capitulait après six jours de siège par l'armée des Suisses.
Après avoir incendié les châteaux voisins de Montagny et de Champvent, les Suisses arrivèrent à Orbe. Craignant pour leur ville, les bourgeois d'Orbe capitulèrent mais sans en informer le chef de la garnison d'Orbe. Il disposait de trois à quatre cents hommes aguerris, de vivres, de munitions et d'artillerie. Le 2 mai, les Suisses donnèrent l'assaut mais il furent repoussés. Le 3 mai, ayant reçu des renforts en artillerie, ils hissèrent quelques pièces dans le clocher de l'église. Ils purent ouvrir une brèche et pénétrèrent dans le château. Environ 120 hommes y furent tués à coups de poignards ou de piques et les autres jetés tous vivants du haut des tours et des murailles. Le château fut incendié et démantelé en pierres est construit à la fin 1424, il est jeté sur les précipices de l'Orbe à la pointe méridionale de la presqu'île escarpée sur laquelle Orbe est assise (près de St-Eloy).
La ville comprenait 2 bourgs séparés par une porte située dans la rue des boucheries (actuelle rue Centrale) près de l'auberge des 2 poissons.
Partie supérieure : Vieil-Bourg rue du Collège, de Derrière, pl. et rue du Marché, Grand-Rue, rue Paillardet et du Temple
Partie inférieure : Neuf-Bourg aboutissant d'un côté à la porte de la Tournelle ou de Mont-Soufflet près de l'Hôpital et de l'autre au vieux pont de pierre. Il comprenait la rue des Tisserands, des Juifs, du Mulinet (= des Moulins).
Après le traité de Fribourg (1476) et des négociations entre les cantons suisses (1484), les terres des Chalon en Suisse romande échurent aux deux villes de Berne et de Fribourg, qui décidèrent de les administrer en commun.
Le représentant des nouveaux maîtres était un bailli, nommé pour cinq ans, et pris tantôt à Berne, et tantôt à Fribourg. Il résidait au Château d'Echallens.
A la fin du XVe : Orbe comportait des écoles, une pharmacie et un apothicaire (préparation des remèdes), un médecin (chirurgien), une corporation de drapiers qui tiraient parti de la bonne qualité des eaux de l'Orbe pour le décatissage des étoffes de laine.
Réforme
Orbe comptait 7 églises en 1531 :
- la Grande Eglise (l'église actuelle qui date du XIIe). L'incendie qui détruisit la ville haute au début du XVe (1407) consuma Notre-Dame (= la Grande Eglise) ne laissant que 4 murs et les piliers. Elle fut rebâtie au début du Xve. Elle fut endommagée à nouveau par le feu lors de la prise du châtel par les Suisses en 1475. Restaurée une première fois jusqu'en 1475 puis en 1639 (lorsque la Réforme y détruisit toute trace du catholicisme.
- l'église du couvent de Ste-Claire située dans le Bourg-Neuf (1426 - fondé par Jeanne de Montbeliard - épouse de Louis de Châlons). Entre la rue du Vieux Collège (rue du Grand-Pont) à l'Est et la rue du Vieux-Bourg (Nouveau-Collège) à l'Ouest. On y trouvait les armoiries du couvent (prises aux sires de Montfaucon-Montbeliard : deux poissons - bars adossés d'or en champs de gueules)
- l'église de l'Hôpital
- l'église de St-Germain (du XVIe) était située à l'emplacement actuel du cimetière du même nom, sur la rive gauche.
- l'église de St-Martin, datant du Xe, se trouvait sur la rive droite de l'Orbe, près du pont en bois d'Orbe à Chavornay. Elle resta l'église paroissiale du vicus Tabernis (jusqu'en 1454).
- l'église de St-Eloi (1424) sur le côté droit de l'Orbe, près du vieux pont de pierre, au bas de la descente périlleuse qui menait d'Arnex ou d'Agiez à ce pont.
- Notre-Dame-des-Vignes située en direction du Nord-Ouest depuis le château, en haut de Notre-Dame.
En 1531, la ville d'Orbe était encore en grande majorité catholique. Parmi, les réformateurs (une dizaine de personnes) le plus célèbre était Pierre Viret, natif de la localité. Les luthériens étaient réduits à célébrer leur culte dans les tavernes, faute de pouvoir employer les églises officielles. Au cours des années qui suivirent, la réforme ne fit que de lents progrès à Orbe. Par contre, dès 1536, le pays de Vaud devint bernois et réformé, la réforme gagna du terrain.
Le 30.07.1554, une votation (appelée le plus) concernant le maintien ou l'abolition de la messe se déroulait à Orbe. La majorité (+18 voix) se prononça pour la suppression de la messe à Orbe.
En 1780, Jean Venel y implanta une clinique orthopédique ainsi qu'une école de sages-femmes.
En 1798, la révolution scella la réunion définitive avec le canton de Vaud et l'affranchissement de la souveraineté de Berne et Fribourg.
En 1802, les partisans de l'ancien régime bernois s'emparèrent d'Orbe mais en furent délogés le lendemain.