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Quand Catherine II achetait la bibliothèque de Voltaire
Centre international d'étude du XVIIIe siècle
Publications du Centre international d'étude du XVIIIe siècle
Si l'histoire de l'achat de la bibliothèque de Voltaire par Catherine II, un épisode classique des échanges culturels en Europe au XVIIIe siècle, a bien été analysée plusieurs fois, l'autre côté de cette médaille, l'histoire de la vente, restait moins connu.
Sergueï Karp, directeur du Centre d'étude du XVIIIe siècle à l'Institut d'histoire universelle de l'Académie des sciences de Russie (Moscou), s'attache à combler cette lacune en une étude du rôle joué dans cette affaire par la diplomatie française et plus particulièrement par Henri Rieu, le «cher corsaire» de Voltaire.
La mort de Voltaire, le 30 mai 1778, relança le conflit qui couvait depuis longtemps dans l'entourage du patriarche. Mme Denis, sa légataire universelle, reçut la maison sise rue de Richelieu, et la propriété de Ferney évaluée à cent quatre-vingt mille livres, qu'elle céda au marquis de Villette dès le 9 janvier 1779. Après avoir refusé de vendre la bibliothèque de Voltaire à son admirateur sincère et de longue date, le landgrave Frédéric II de Hesse-Cassel, elle revint sur sa décision initiale de la conserver dans la famille et accepta la proposition faite par Catherine II dès juillet 1778. Les procédés de Mme Denis déplurent au neveu de Voltaire, l'abbé Mignot, et à son petit-neveu, le conseiller au Parlement Dompierre d'Hornoy, ainsi qu'à Jean-Louis Wagnière, le fidèle secrétaire de Voltaire, et à Henri Rieu, l'ami auquel l'écrivain avait légué ses livres anglais. Des divergences d'ordre moral, des calculs matériels et des projets concurrents pour une édition posthume des œuvres du patriarche divisèrent les proches de Voltaire.
Henri Rieu, on le sait, finit par suivre l'exemple de Mme Denis et céder à Catherine II les livres anglais de Voltaire qui lui avaient été légués, ainsi que sa collection personnelle d'éditions rares et de manuscrits de Voltaire. A cette occasion, il fournit à Grimm, l'agent de Catherine II, deux catalogues rédigés de sa main: «la notte des Livres Anglois qui ont appartenus à Mr. De Voltaire & qui sont à la disposition de S. M. Impériale» et «Le Recueil des Œuvres de Voltaire». Segueï Karp a retrouvé ces documents, qu'il publie ici. Si nous connaissions déjà une partie du contenu du catalogue des œuvres de Voltaire, aujourd'hui intégrées dans la collection de la bibliothèque de Voltaire à Saint-Pétersbourg, le catalogue des livres anglais ayant appartenu à Voltaire apporte du nouveau. On y trouve indiqué non seulement le titre d'un ouvrage, mais aussi le lieu et la date de publication, le nombre de volumes, parfois son origine, la présence de notes marginales de Voltaire ainsi que d'autres particularités. Dans ce catalogue, Rieu a inclus 120 titres d'ouvrages anglais correspondant à un nombre total de 227 volumes. Du coup, la bibliothèque de Ferney s'enrichit de plus de cinquante ouvrages dans les domaines les plus divers, dont: Remarks on several parts of Italy, d'Addison; A treatise concerning the right use of the fathers, de Daillé; Journey from Aleppo to Damascus, de John Green; A course of lectures on natural philosophy, de Helsham; An inquiry into the original of our ideas of beauty, de Hutcheson; An introduction to the true astronomy, de John Keill; A journey through England and Scotland, de Macky; Political survey of Ireland, de William Petty; A short view of tragedy with some reflections on Shakespeare, de Rymer; Cato's letters, de Trenchard et Gordon; et An account of Russia in the year 1710, de Whitworth.