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Visage pâle, traits tirés, uniforme kaki. En toile de fond, la salle de presse du palais présidentiel, à Kiev.
C'est ainsi que la vice-première ministre du pays, Iryna Vereshchuk, s'avance. D'une voix posée, elle égrène, ce mardi 29 mars, la liste des couloirs humanitaires ouverts, ainsi que des informations logistiques pour permettre aux Ukrainiens en fuite de les rejoindre.
Ce visage, les Ukrainiens le connaissent bien - quoiqu'ils aient été habitués à le voir sous un autre éclairage. Il y a deux mois encore, leur vice-première ministre très médiatisée captait la lumière sur les shows télévisés.
Mais qui est donc cette ancienne militaire, présente tous les matins à la tribune pour informer son peuple des avancées sur le terrain, et chargée d'assurer la sécurité des civils évacués? Son CV en six rôles clés.
Iryna naît en 1979 dans la petite ville de Rava Ruska, 9000 habitants au compteur. C'est dans cette vieille cité frontalière de la Pologne, située dans la région de Lviv, que la jeune fille taille ses premières armes.
On sait peu de choses sur la famille dans laquelle Vereshchuk grandit. Sa mère est vendeuse, son père électricien. Des parents sévères et au sens de l'éducation rigoureux, comme elle le raconte des années plus tard dans une interview accordée il y a huit ans à un journal local, Gazeta: «Quand je criais "Laissez-moi aller en discothèque, tout le monde y va!". Ils me répondaient: "Toi, tu ne feras pas comme tout le monde"».
Enfant, elle est inscrite dans une école de musique et joue du violon. Un apprentissage qui la marque:
En 1997, la jeune femme, fraîchement diplômée (avec médaille) du lycée, étudie à l'Institut militaire de l'école polytechnique de Lviv. Là, elle obtient un diplôme en information internationale.
La course aux attestations ne s'arrête pas là. Elle se lance ensuite dans une licence de droit à la faculté de l'Université de Lviv. S'en suit un troisième diplôme en administration publique, en 2010, et enfin, un quatrième (toujours et encore, avec mention) de la Fondation polono-américaine pour la liberté.
Loin de se satisfaire des papiers et des félicitations, Iryna se jette, en parallèle, dans la vie active - un terme qui n'est pas galvaudé. Sitôt sortie de l'Institut militaire, elle sert pendant cinq ans comme officier dans les forces armées ukrainiennes.
Après ce passage par l'armée, Iryna Vereshchuk œuvre un temps comme avocate, avant de devenir maire de sa ville d'origine, en 2010. Agée d'à peine trente ans, elle rafle le titre de «plus jeune femme maire du pays».
Vereshchuk gouverne Rava Ruska pendant cinq ans et se donne plusieurs objectifs:
De l'ambition, l'ancienne militaire en a toujours eue. Et elle ne s'en cache pas. Elle l'admet dans son interview à Gazeta:
En 2015, lasse d'échouer à révolutionner le système, selon ce média ukrainien, elle finit par claquer la porte pour prendre la tête du «Centre international d'études et de consensus sur la mer Baltique et la mer Noire». L'institut est chargé de développer la coopération entre les pays de la région et de prévenir les conflits entre ses membres.
Trois ans plus tard, voilà Iryna à nouveau happée par les sirènes de la politique. Elle rallie alors les rangs du mouvement «Serviteur du peuple», le parti d'un comédien fameux... Volodymyr Zelensky.
Contrairement à certains collègues de sa faction, Vereshchuk entre au parlement forte d'une certaine expérience politique. Fidèle à son goût pour l'action, elle entame sa première année en tant que députée. La parlementaire frise l'hyperactivité. En moins d'un an:
En juillet 2020, la députée poursuit son ascension: elle se fait connaître du public en se portant candidate à la mairie de Kiev pour le parti du président Zelensky, qui lui apporte son soutien. Il affirme alors qu'elle «sera la meilleure candidate».
Quant à l'intéressée, elle s'imagine en Mary Poppins qui survole la ville, pour une vidéo promotionnelle pour la campagne.
Si elle échoue aux élections à la mairie, l'engagement d'Iryna Vereshchuk est récompensé par un autre poste prestigieux: le 4 novembre 2021, à l'âge de 42 ans, elle est nommée vice-première ministre au gouvernement ukrainien.
Elle écope ainsi du ministère de la «Réintégration des territoires temporairement occupés de l’Ukraine»... et du très délicat dossier du Donbass, la région contestée par les séparatistes prorusses à l'origine de la guerre.
Un défi qui n'effraie pas la jeune ministre. Il faut dire qu'Iryna Vereshchuk est une dure à cuire. A l'image des femmes qu'elle admire, comme Margaret Thatcher, qu'elle cite volontiers.
Sa silhouette trahit des muscles solides et son goût de l'effort. Elle a pratiqué assidûment le karaté pendant sept ans et s'est longtemps rêvée ceinture noire.
Au cours de sa carrière militaire, elle pratique aussi le combat au corps à corps et suit des entraînements de boxe thaïlandaise. Des années plus tard, la jeune femme maintient cette discipline sportive rigoureuse.
Iryna Vereshchuk, c'est aussi un look. Sobre, chic, élégant. Avant le conflit, elle est considérée comme l'une des femmes les plus élégantes d'Ukraine.
Elle affirme à ce sujet:
Même lorsqu'elle parade en treillis militaire, c'est avec une certaine classe.
Régulièrement comparée à Hillary Clinton, la ministre attire la lumière. Elle est devenue l'une des députées les plus médiatisées du parlement, invitée régulière des talk-shows du soir les plus visionnés et des ondes des radios nationales.
Côté vie privée, cette maman d'un fils de 17 ans n'a définitivement pas le profil d'une femme au foyer. Les tâches ménagères, ce n'est pas tellement son truc: «Je n'aime pas faire les courses. Ça prend du temps.» Et elle admet détester faire la cuisine. Petite déjà, quand sa mère lui demande de l'aide pour le ménage, elle s'empare d'un livre et lance avec aplomb:
«J'peux pas, je lis!»
Elle partage sa vie avec son second mari, un officier des forces spéciales ukrainiennes.
Sans fausse modestie, elle ajoute: «Sinon, je mets la pression sur les mecs avec mon intellect, et ils répondent de façon agressive.»
La vice-première ministre vit désormais avec son fils dans un endroit tenu secret de la capitale ukrainienne, selon 24 Heures.
Depuis un mois, la ministre-vedette a troqué les talons et le maquillage pour un look de circonstance: cheveux coupés courts et visage d'une blancheur extrême. L'ancienne lieutenant (dont on ne connait aucun détail sur le lieu de service ou les fonctions précises, si ce n'est qu'elle était officier tactique) a plusieurs missions:
Sur les réseaux sociaux, Iryna Vereshchuk s'est muée en figure de la résistance contre l'envahisseur russe. Chaque jour, elle publie des messages d'encouragement et d'espoir à ses concitoyens, ainsi que des remerciements aux volontaires qui assurent l'évacuation des civils.
Dans un post publié le 26 mars, elle écrit:
«Mais, qu'il soit militaire ou civil, chacun de nous doit soutenir au moins une personne autour de soi. C'est ce qu'on appelle garder la forme. Alors nous ne nous fatiguerons jamais, nous supporterons tout et tout ira bien.»
Jusqu'au bout, Vereshchuk reste fidèle à sa volonté de fer et à son passé de tacticienne:
Et toujours, obéir à ce vieil apprentissage: ne jamais mentir. «On me demande souvent maintenant quand la guerre prendra fin. Je ne trompe personne quand j'affirme que je ne le sais pas».
Lara Gut-Behrami est championne olympique. En remportant la médaille d'or du super-G à Pékin, elle s'est adjugé le dernier titre majeur qui manquait à sa collection. Celui qui fait d'elle une légende du ski alpin et du sport suisse.