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Les entreprises industrielles doivent veiller à la propreté de leurs eaux usées afin d’éviter la pollution des lacs et des cours d’eau. Toutefois, il est difficile de déterminer quelles substances sont présentes dans leurs eaux usées, et le cas échéant, comment les traiter.
Texte: Brigitte Wenger
Le 1er novembre 1986, à Bâle, le Rhin a coulé rouge. Dans la zone industrielle de Schweizerhalle, des flammes de plusieurs mètres s’échappaient des entrepôts du groupe pharmaceutique Sandoz. Ce jour-là, des tonnes d’herbicides, d’insecticides et de composés de mercure ont brûlé, se sont infiltrées dans le sol ou ont été déversées dans le fleuve avec les quinze millions de litres d’eau utilisés pour éteindre l’incendie. C’est d’ailleurs la couleur de marquage présente dans l’eau d’extinction qui a teinté le Rhin en rouge. De nombreux poisson ont péri et les organismes aquatiques ont mis plusieurs années à se relever de l’accident.
Schweizerhalle s’ajoute ainsi à la liste des lieux touchés par une catastrophe chimique. On se souvient de la fuite d’un réacteur à Flixborough (GB) en 1974 ou de la dioxine hautement toxique libérée à Seveso (Italie) en 1976. Ces trois accidents ont aussi posé des jalons en matière de protection de l’environnement. Après l’incendie de Schweizerhalle, la Suisse a promulgué en 1991 l’ordonnance sur les accidents majeurs, laquelle contraint entre autres les entreprises à se doter de bassins de récupération pour les eaux d’extinction. Par ailleurs, la loi fédérale sur la protection des eaux (1991) et l’ordonnance afférente (1998) établissent des valeurs limites pour les polluants présents dans les eaux usées de diverses branches de l’industrie.
Grâce à ces mesures, une nette diminution des atteintes portées aux lacs et cours d’eau suisses par les activités industrielles et artisanales a été constatée ces dernières décennies. Elles génèrent toutefois encore 20 % des micropollutions relevées dans les eaux. Quelque 30 000 entreprises dirigent leurs eaux usées – partiellement prétraitées – vers des stations d’épuration centrales. Près de 50 autres, essentiellement issues de l’industrie chimique et pharmaceutique, rejettent leurs eaux usées directement dans les cours d’eau, ce qui leur impose de les traiter au préalable dans leur propre station, conformément aux dispositions légales en vigueur. Parallèlement, les eaux superficielles et souterraines continuent de recevoir des charges de polluants issus d’anciens sites de production contaminés.
Fixer des valeurs limites ne suffit pas
En vertu de la loi fédérale sur la protection des eaux, les entreprises s’engagent à évacuer aussi peu de substances que possible dans les égouts publics ou dans les eaux. Elle sont tenues de prendre à cette fin les mesures adéquates, « en fonction de l’état actuel de la technique, et pour autant que lesdites mesures soient techniquement réalisables et économiquement supportables ». Cependant, l’industrie fabrique d’innombrables produits chimiques, auxquels viennent s’ajouter divers métabolites issus de la fabrication ou de l’épuration des eaux. Il est donc difficile pour les entreprises d’identifier les substances présentes dans leurs eaux usées afin de procéder à un traitement ciblé.
« Les valeurs limites établies dans les années 1990 pour les eaux usées sont bien respectées, indique Saskia Zimmermann-Steffens de la section Gestion des eaux urbaines de l’OFEV. Aujourd’hui, la difficulté réside dans le fait que les entreprises du secteur pharmaceutique ou de la galvanisation n’ont pas une connaissance précise des polluants contenus dans leurs eaux. » Constat confirmé en 2022 par l’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA). Sans connaître la nature des substances, il est impossible de procéder au traitement sur mesure exigé par la loi sur la protection des eaux. Il est donc difficile d’évaluer les effets sur l’environnement.
« Les entreprises et les cantons, en charge du contrôle des eaux usées, nous demandent de leur transmettre des valeurs limites concrètes, commente Saskia Zimmermann-Steffens. Or, il semble irréaliste de fixer pour chaque substance une valeur seuil. L’état de la technique est une notion certes difficile à saisir, mais qui nous permet, en collaboration avec les partenaires de l’industrie, les associations, les scientifiques et les cantons, de trouver pour chaque branche la solution de traitement la plus avancée. »
Toujours plus de sites contaminés
Christine Genolet-Leubin, cheffe du Service de l’environnement du canton du Valais, fait partie de ces partenaires qui apprécieraient que des directives concrètes remplacent les libres interprétations. Le Valais représente, avec la ville de Bâle, le second pôle de Suisse dédié à l’industrie chimique. Ainsi, les dossiers de sites contaminés s’accumulent sur le bureau de Christine Genolet-Leubin : de la benzidine cancérigène issue de la décharge de Lonza à Gamsenried infiltre les eaux souterraines, des sols sont contaminés au mercure et des PFAS (composés alkylés per- et polyfluorés) hautement toxiques et difficilement dégradables contaminent les poissons et les eaux.
« Dans le Valais, compte tenu de la géologie de la vallée du Rhône, les nappes phréatiques ne sont jamais loin. » Les eaux souterraines sont utilisées pour la consommation et l’irrigation. Un échange a donc lieu entre les eaux superficielles et les nappes souterraines. En octobre 2022, le canton a publié des cartes faisant apparaître des taux de pollution accrus dans les eaux souterraines. Elles révèlent également que l’eau issue des sites de prélèvement ne présente pas de charges de polluants excessives, à l’inverse de l’eau d’irrigation agricole.Christine Genolet-Leubin traite la question de l’assainissement des sites contaminés selon une approche systématique en communiquant publiquement et de manière franche. « Je me demande quand nous aurons fini de découvrir tous les sites contaminés », indique la cheffe du Service valaisan de l’environnement, avec une intonation laissant entendre qu’elle connaît bien le passé industriel de son canton.
Surveillance des eaux
Les eaux peuvent véhiculer des substances sur de longs kilomètres, voire au-delà des frontières. Pour contrôler la qualité de l’eau et donner l’alerte en cas de pollution, la Confédération travaille en collaboration avec les cantons et d’autres pays :
La CIPEL (Commission internationale pour la protection des eaux du Léman) est une coopération franco-suisse au service de l’eau du Léman. En tant que bassin versant principal, le canton du Valais mesure régulièrement la nature et la quantité des substances apportées dans le lac par le Rhône : résidus médicamenteux de l’industrie pharmaceutique, pesticides épandus par les agriculteurs et les particuliers, eaux d’évacuation des chaussées et des voies ferrées. Ces relevés réguliers permettent de déterminer l’origine des pollutions.
La station de surveillance du Rhin à Weil, près de Bâle, mesure quant à elle la qualité des eaux s’écoulant de la Suisse vers l’Allemagne. Cette installation de mesure – la plus moderne du monde en la matière – permet de détecter des substances sans même les chercher, y compris en concentration infime. La création de la station est une conséquence directe de l’accident chimique de Schweizerhalle.
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Dernière modification 13.09.2023