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© Ralf Kistowski
Le Faucon pèlerin est devenu une icône de la protection de la nature dans le monde. Dans les années soixante, il était à la limite de l’extinction en raison de l’usage de pesticides, mais l’interdiction de ces produits et la mise sous protection de l’espèce ont permis un redressement exceptionnel de ses populations.
En 2005, il avait à nouveau colonisé toute la Suisse. Ses effectifs étaient estimés à environ 340 couples en 2010. En même temps, les Pèlerins ont commencé à nicher de plus en plus haut dans les Alpes et sur des falaises de plus en plus petites dans les zones basses, et les nidifications sur les bâtiments se sont multipliées.
Un renversement de tendance inattendu
Depuis 2010, une accumulation de signes indique toutefois une dégradation de la situation : de plus en plus de sites de nidifications traditionnels sont abandonnés. C’est ce qui a incité à analyser avec plus de précision l’évolution des effectifs au cours de cette dernière décennie. Il existe des chiffres détaillés en Suisse occidentale, où un groupe d’ornithologues engagés autour de Gabriel Banderet surveille les effectifs et le succès de nidification sur 90 falaises, dans le Jura septentrional, où un groupe autour de Marc Kéry récolte des données sur une centaine de falaises depuis 2005, et dans le canton de Zurich, où Birdlife Zurich inventorie les effectifs depuis 2002. L’analyse de ces données a montré que le Faucon pèlerin a reculé respectivement de 36 %, 47 % et même 86 % dans ces trois régions. En Suisse occidentale, il y avait ainsi 51 couples en 2008 et seulement 33 en 2015, et dans le Jura septentrional, 73 couples en 2007 et seulement 38 en 2016. Dans le canton de Zurich, les effectifs sont passés de 7 couples en 2010 à un seul couple en 2014.
Causes et protection
À l’origine de ces déclins importants figurent en premier lieu des prédateurs naturels et « moins » naturels. Le Grand-Duc d’Europe est le principal prédateur du Faucon Pèlerin : il colonise les mêmes biotopes rocheux et, hormis dans les Alpes, il a augmenté ces 20 dernières années. Le Jura septentrional abrite aujourd’hui sans doute davantage de territoires de Grand- Duc que de Faucon Pèlerin. Depuis 2005, 22 territoires traditionnels du Faucon pèlerin (25 %) y ont été occupés au moins une fois par des Grands-Ducs. Quand un site de nidification du Pèlerin est colonisé par le Grand-Duc, il est presque toujours abandonné par les Faucons. Depuis 2008, il est aussi devenu évident que la persécution des rapaces par les humains n’appartient pas encore au passé : plusieurs couples très féconds ont subitement disparu à Bâle et à Zurich. En 2011, l’empoisonnement d’un Faucon pèlerin, probablement par un éleveur de pigeons, a pu, pour la première fois, être prouvé. Depuis d’autres cas d’empoisonnement ont été découverts à Zurich, à Bâle et en Argovie, sans compter les cas non répertoriés, sans doute très nombreux. Grâce à l’engagement obstiné de la police cantonale de Zurich en collaboration avec le groupe de travail Faucon pèlerin, deux coupables ont déjà pu être arrêtés et jugés.
Perspectives
La réduction des effectifs du Faucon pèlerin liée au Grand-Duc est un processus naturel, qu’il faut accepter. En revanche, les persécutions illégales commises par les éleveurs de pigeons doivent absolument être combattues. Les épisodes récents ont révélé deux aspects : (1) même une espèce qui semblait sauvée peut à nouveau soudain reculer ; (2) un système d’alerte précoce, surtout pour les espèces rares, est essentiel pour identifier une inversion de tendance. Ces prochaines années, la Station ornithologique intensifiera ses efforts afin de mettre sur pied de nouveaux projets de monitoring – et soutenir ceux qui existent déjà – destinés aux espèces difficiles à surveiller.
Bibliographie