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Chapitre 3 Evaluation cardiaque préopératoire
©CHASSOT PG, DELABAYS A, SPAHN DR
Mars 2010 Mise à jour Octobre 2010 texte, Mars 2011 vidéos, Janvier 2012, Septembre 2013, Novembre 2014, Mars 2015

Pace-maker et défibrillateur
La consultation préopératoire peut révèler une anamnèse de syncope, de lipothymies, de palpitations ou de pause dans le rythme cardiaque. Ces éléments doivent toujours éveiller le soupçon et conduire à des investigations électrocardiographiques, surtout chez les jeunes adultes. Celles-ci peuvent déboucher sur une indication à un pace-maker ou un défibrillateur (Pour les détails de fonctionnement, voir Chapitre 20 Anesthésie et arythmies).
Pace-maker temporaire
Les pace-makers sont classés en fonction de la cavité entraînée et du mode d’entraînement au moyen d’un certain nombre de lettres (Tableaux 3.12 et 3.13) [4]. L’indication à placer un pace-maker provisoire en préopératoire repose sur le risque de bradycardie hémodynamiquement compromettante et sur le risque de passage en bloc AV complet [8]. Les indications sont les suivantes :
La présence de symptômes (syncope, arythmie) est capitale pour l’indication à un pace-maker temporaire, car il n’existe aucune évidence que l’anesthésie puisse être une cause de progression vers un bloc AV complet. De fait, l’acte chirurgical ne modifie pas l’indication à un entraînement électrosystolique ; les mêmes critères s’appliquent en préopératoire et en-dehors d’un contexte chirurgical.
Pace-maker implanté permanent
Le critère majeur pour l’indication au pace-maker est la présence de symptômes clairement en relation avec le trouble du rythme [100]. Les indications reconnues sont les suivantes.
On place presque exclusivement des boîtiers assurant une synchronisation AV (AAI ou DDD), car l’hémodynamique est nettement améliorée (gain de ≥ 20% du remplissage ventriculaire), le risque thrombo-embolique est plus faible et le taux de passage en FA est diminué. La possibilité d’avoir une fréquence adaptée à l’activité (-R) améliore le confort et la mobilité du patient.
Chirurgie chez les malades munis de pace-maker
Un ECG permet d’objectiver le rythme du malade et/ou celui du pace-maker selon la fréquence cardiaque au moment de l’enregistrement. Une radiographie du thorax visualise l’appareil et les sondes ; un cliché très pénétré permet de lire le code inscrit sur le boîtier lorsque ce renseignement n’est pas accessible autrement. Un point essentiel est de définir le degré de dépendance du patient vis-à-vis du pace-maker. Si tous les QRS visibles sur l’ECG sont précédés d’une onde de stimulation (spike), même à fréquence basse (stimulation vagale), le malade est probablement entièrement dépendant. La manière d’en être sûr est de programmer le pace en mode VVI à basse fréquence et d’observer si des complexes autonomes se manifestent. Dans le doute, il faut considérer le patient comme dépendant [233]. Une reprogrammation de l’appareil en mode asynchrone n’est requise que si deux conditions sont remplies : 1) le patient est dépendant du pace-maker, et 2) l’opération comporte de hauts risques d’interférences électriques (bistouri unipolaire, par exemple). Placer un aimant sur le boîtier a le même effet : il convertit le pace-maker en mode asynchrone (AOO, VOO, DOO) à une fréquence préprogrammée (en général 60-70 batt/min). Tous les systèmes mis en service depuis l’année 2000 reprennent automatiquement leur mode préalable à l’ablation de l’aimant.
Si des interférences électro-magnétiques sont très probables au cours de l’intervention prévue, les fonctions sophistiquées comme la fréquence variable doivent être momentanément supprimées ; les vibrations des interventions orthopédiques, par exemple, interfèrent avec le réglage de la fréquence par les systèmes d’accélérométrie, et la ventilation mécanique peut déclencher une tachycardie avec les modèles activés par la bioimpédance thoracique. Le pace-maker DDD est reprogrammé à une fréquence fixe (VVI, VOO ou DOO) légèrement supérieure à la fréquence de base du patient; sinon, la possibilité d’utiliser un aimant pour convertir en asynchrone en cours d’intervention doit être confirmée par le consultant de cardiologie, car l’aimant peut induire des réponses variables selon les appareils et les modes de programmation [50,211].
Défibrillateurs
Le défibrillateur abaisse le risque relatif de mort subite de 35% par rapport au traitement médical chez les patients présentant des épisodes prolongés de tachycardie ventriculaire après infarctus ou dans les cas de mort subite sur tachycardie/fibrillation ventriculaire non ischémique. L’indication est moins claire dans les cardiomyopathies et les arythmies sans cause structurelle (syndrome de Brugada, de QT long). Les indications actuelles sont donc fondées sur la prévention de la mort subite dans les tachyarythmies ventriculaires [100] :
Comme pour les pace-makers, l’indication au défibrillateur en préopératoire est la même qu’en-dehors du contexte chirurgical.
Chirurgie chez les malades munis de défibrillateur
L’anamnèse révèle les éventuels chocs administrés par le défibrillateur. Si l’on utilise des appareils électro-magnétiques au cours de l’intervention prévue (électrocoagulation, choc électrique, lithotripsie), les fonctions de cardioversion/défibrillation en cas de tachyarythmie doivent être impérativement supprimées, car elles pourraient déclencher des chocs intempestifs par mauvaise interprétation des interférences électriques [50 ]. Il faut également désenclencher la fonction cardioversion/défibrillation avant une intervention où le moindre mouvement peut être catastrophique (ophthalmologie, par exemple) ou avant la mise en place d’un cathéter pulmonaire dont la stimulation mécanique peut déclencher un choc [211 ]. Un aimant n’est pas utilisable pour reprogrammer en fréquence fixe la fonction pace-maker d’un défibrillateur, mais il inhibe en général le déclenchement des chocs électriques en cas de TV ou de FV. Il est prudent de se renseigner sur la réponse propre de chaque cas, car les nouveaux systèmes ont des réactions différentes et pourraient être reprogrammés de manière aléatoire si une interférence électromagnétique intervient pendant que l’aimant est appliqué sur le boîtier. Certains modèles ignorent les effets de l’aimant (appareils de Boston Scientific™ et de St Jude™). Si le mode asynchrone est recherché pour le peropératoire, il est nécessaire de reprogrammer l’appareil [50,233 ].