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Les ordres de chevalerie
en Suisse
Fondés dès le XIIe siècle par des chevaliers croisés soucieux d’assurer aide et protection aux pèlerins, les ordres de chevalerie exerçaient d’abord leurs activités militaires en Terre Sainte, en Europe ensuite. Rapidement leur gloire dépassa les frontières du Royaume latin de Jérusalem, le recrutement ne posa aucun problème, les donations affluèrent tant au Proche-Orient qu’en Europe. Tout aussi rapidement, leurs prouesses contribuèrent à assurer leur gloire en Europe. Ainsi les ordres purent s’établir dans les domaines européens. Très tôt ils devinrent indépendants de tout pouvoir hormis celui du pape.
Dès les premières années d’existence, les ordres de chevalerie, créèrent des maisons ou des dépendances dans le but évident de constituer leurs propres bases de logistique (recrutement, financement, refuge, ravitaillement) dans le cadre des activités menées en Terre Sainte. A cet effet, ils fondèrent des commanderies en Europe dont un certain nombre existèrent sur le territoire de l’actuelle Suisse dont les limites étaient intégralement comprises dans le Saint Empire romain germanique. Quatre ordres de chevaleries s’établirent sur le territoire de la Suisse actuelle: ce sont les Templiers, les Hospitaliers, les Teutoniques et les Lazarites.
LES TEMPLIERS
Si les créations de commanderie par les Templiers et les Hospitaliers furent nombreuses et rapidement concrétisées tant en France qu’en Espagne, il n’en alla pas de même pour le territoire de la Suisse actuelle. Les fondations templières sont rares, alors que celles des hospitaliers datent de la fin du XIIe siècle.
Les Templiers occupèrent les commanderies de Compesières, de Genève, de la Chaux et de Bâle. Le faible nombre de maisons templières est probablement à mettre en relation avec la pauvreté de la partie suisse du Saint Empire, avec la concurrence des autres ordres de chevalerie et avec l’antipathie notoire de Frédéric II von Hohenstauffen à l’égard des Templiers.
La milice des pauvres chevaliers du Christ fondée dans la première moitié du XIIe siècle par Hugues de Payns et neuf compagnons essaima rapidement depuis le Proche-Orient et à travers toute l’Europe. Les commanderies formèrent un quadrillage destiné à lier les dépendances les unes aux autres. Cependant, ce schéma ne fonctionna pas vraiment en Suisse puisque d’autres critères semblent avoir prévalu lors des fondations de maisons.
Même si les commanderies templières et Lazarites ne sont pas suffisamment nombreuses pour que nous puissions tirer des conclusions quant à leur situation, il est toutefois possible de relever quelques éléments intéressants qui se confirment avec le survol de l’implantation des commanderies hospitalières. En effet, si la Suisse est pauvre, elle est néanmoins traversée par de grands axes de communication. Les commanderies, et notamment celles hospitalières sont érigées le long des voies de communication reliant l’Italie à la France en passant par la plaine du Rhône (maison du Simplon, Salgesh, La Chaux), unissant l’Italie au Saint Empire (Malcantone, Coire, Bubikon, Tobel, Wädenswil), liant la France au Saint Empire (cf. les commanderies du Moyen Pays). Remarquons que toutes les commanderies sont situées au nord des Alpes. Notons également la préférence hospitalière pour les régions de langue allemande de la Suisse actuelle. De même, les chevaliers teutoniques s’installèrent au nord-est de la Suisse à partir de Berne et au nord des Alpes. Ceci est à mettre en liaison avec l’origine linguistique des chevaliers les composant, l’appartenance de leurs commanderies à la province d’Alsace-Bourgogne et à la proximité des anciennes commanderies de Bruggen (RFA).
LES HOSPITALIERS
Les chevaliers hospitaliers créèrent le plus grand nombre de commanderies sur le territoire de l’actuelle Confédération (16 commanderies). Selon l’organisation hospitalière, l’Europe était répartie en huit provinces. Trois de ces dernières se partagent la Suisse: La Chaux, Compesière, Montbrelloz, Salgesh sont en Auvergne, Fribourg, Bâle, Bienne, Leuggern, Klingnau, Thunstetten, Buchsee, Hohenrain, Biberstein, Bubikon, Tobel, Küsnacht, Wädenswil, Reiden, Rheinfelden sont en Allemagne et Monte Ceneri est en Italie. L’ordre possédait en outre diverses maisons qui n’étaient pas des commanderies autonomes ou qui disparurent rapidement comme à Coire. En général, un commandeur dirigeait une maison qui comptait entre un et dix frères, mais dont l’effectif varie en fonction de l’importance de la commanderie et de la conjoncture internationale).
Aucune fondation de commanderies templières ne peut être datée. Cependant après la dissolution de l’ordre des Templiers, les chevaliers hospitaliers reçurent en héritage les biens de leur concurrent. C’est ainsi que La Chaux n’est une commanderie hospitalière qu’à partir de 1315.
La première mention d’une commanderie hospitalière sur sol suisse est celle de Buchsee fondée en 1180. En 1182, Hohenrain, puis en 1192, une nouvelle commanderie est créée à Bubikon.
La plupart des commanderies sont fondées au XIIIe siècle et celles de Biberstein, Küsnacht et Bienne sont des créations des XIV et XVes siècle (respectivement 1358, 1335, 1455).
Notons que les commanderies templières deviennent hospitalières lors de la disparition de l’ordre du Temple
Parfois, les fondations sont des décisions des organes supérieurs de l’ordre en accord avec les seigneurs locaux, d’autres fois, les seigneurs locaux lèguent aux ordres qui une maison qui un droit sur une possession.
Les créations de commanderies ne sont pas toujours issues de la volonté de l’ordre. Par exemple, la fondation de la commanderie de Bubikon en 1192 est le fruit d’une donation faite par Diethelm de Toggenbourg, par laquelle l’ordre reçoit une église en propriété. Or, comme cette église avait déjà été donnée aux moines bénédictins d’Alt-Sankt-Johann, cette donation en faveur de l’ordre de chevalerie se résout devant les tribunaux qui accorde le legs aux Hospitaliers.
Une commanderie procède parfois à la création d’une maison-fille. Ainsi, Bubikon (fondée suit à un legs) fut à la base de la fondation de la commanderie de Tobel (qui devint une commanderie autonome).
D’autre fois les communes cédaient des possessions à l’ordre en échange de la construction d’une commanderie comme le prouve l’exemple de Fribourg en 1259.
Les commanderies n’ont pas de territoire délimité, elles ont des droits dans divers lieux dont le seul point commun est le rattachement à la commanderie. Ainsi, celle de Fribourg possède des droits à La Poya, à Avry/Matran, à Corsier/Vevey, à Twann, à La Neuveville, etc. Pourtant, malgré ces gros revenus, la commanderie de Fribourg s’endette auprès des villes de Fribourg, Berne et d’autres particuliers.
Après la perte de la Terre Sainte en 1291, les Hospitaliers luttent contre les Ottomans depuis l’île de Rhodes (1309-1522), puis depuis Malte dès 1530.
La lutte contre les infidèles continuent. Les péripéties des ordres dans ces luttes influencent le comportement des commanderies européennes et suisses. Au niveau local, cela se manifeste par un afflux de chevaliers désireux d’accomplir leur noviciat (par là donc c’est une source de revenus pour l’ordre) lorsque l’ordre des Hospitaliers remporte des victoires comme lors de la résistance victorieuse en 1480 contre la tentative ottomane de prendre Rhodes.
Dans le cas contraire le processus était inversé. Parallèlement, les guerres franco-anglaises appauvrissent les commanderies européennes qui alimentent l’ordre. A tel point qu’en 1428, l’ordre est contraint d’accepter des novices gratuitement et de vendre des biens. A cette date, des restructurations interviennent: le siège des commanderies d’Allemagne est transféré à Heitersheim im Brisgau et le commandeur de Bubikon Hugo de Montfort est élu à ce poste. Dès lors les commanderies de Wädenswil et Bubikon ne forment plus qu’une seule entité et dépendent du commandeur d’Allemagne.
Les difficultés de l’ordre sont visibles à travers les modifications de l’effectif de l’ordre. Si à la fin du XIIIe siècle les commanderies abritent de 5 à 12 frères (Bâle en compte 11 et Bubikon 7), ce nombre se réduit considérablement au XIVe siècle. La commanderie de Fribourg, par exemple, passe de 5 frères (un prieur, deux frères et deux prêtres) en 1386, seul un prêtre est attesté à la fin du XIVe siècle et il n’y a plus qu’un prêtre séculier au XVIe siècle.
Tout naturellement les difficultés amènent des restructurations. Les commanderies peu rentables sont réunies comme par exemple Salgesh/Simplon et Conflans, Klingnau et Leuggern, Bâle et Rheinfelden en 1415 ou encore Hohenrain et Reiden.
Le XVe siècle est une période de déclin pour les commanderies européennes. En effet, plus ou moins volontairement, elles se laissent entraîner dans des conflits locaux.
C’est ainsi que les commanderies hospitalières ne sont pas des hôpitaux, mais des hospices. La finance d’entrée est élevée, contraignant certains novices à vendre une partie du patrimoine familial. Cependant, la finance d’entrée pour les prêtres est plus faible, ce qui explique leur plus grand nombre. Pourtant, à partir de 1428, l’ordre accepta gratuitement les novices car les commanderies subissent le contrecoup des guerres franco-anglaises ou polonaises.
La double commanderie de Bubikon et Wädenswil illustre ce phénomène. En 1436, Schwyz et Zürich entrent en conflit au sujet de l’héritage du comte de Toggenbourg et la commanderie se trouve prise entre Schwyz et Zürich, car Wädenswil avait conclu un traité de combourgeoisie avec Zürich et se trouve dans une situation délicate. De plus, elle se situe aux limites des territoires belligérants, rendant la situation encore plus explosive. Grâce à l’intervention du commandeur d’Allemagne, les commanderies furent neutralisées en échange d’un renoncement à la combourgeoisie. La condition posée par la commune a été acceptée comme témoigne la reconnaissance faite par le maître de Bubikon, vice-commandeur d’Allemagne
Plus tard, la Réforme marque la vie de l’ordre. Alliée de Zürich, la Réforme créée des remous. Zürich prend finalement la commanderie sous sa protection. Certaines commanderies furent rachetées par la ville comme ce fut le cas à Zürich avec Küsnacht par exemple. D’autres sont démantelées comme à Berne ou se maintiennent jusqu’au XIXe siècle.
LES CHEVALIERS TEUTONIQUES
Né à la fin du XIIe siècle, l’ordre de l’hôpital de Sainte Marie des Teutoniques de Jérusalem connaît un essor foudroyant, notamment sous l’impulsion du Grand Maître Herman von Salza et de l’empereur Frédéric II. Son organisation est calquée sur celle des ordres précédents avec à la tête un grand maître assisté d’un chapitre, de maîtres de provinces, de commandeurs. Comme les autres ordres, les frères sont soit chevaliers, soit prêtres, soit sergents. La répartition en provinces européennes laisse sous-entendre que l’ordre possède des commanderies sur le territoire de la Suisse actuelle. Celles-ci appartiennent à la province d’Alsace-Bourgogne.
Parallèlement à l’élaboration des réseaux de commanderies hospitalières, les chevaliers teutoniques tentent également de s’installer en Suisse actuelle durant la première moitié du XIIIe siècle. C’est ainsi que nous trouvons Koeniz, Berne, Hitzkirch, Summiswald, Sondegg/Stockborn. Bâle date de 1293 et Tannefels de 1348. La bataille de Sempach 1386 a pour conséquence une restructuration des commanderies: Tannenfels dépend d’Hitzkirch. Cette dernière reprit les biens de la première dont la maison avait été détruite.
L’origine de ces commanderies est à mettre à en liaison avec la commanderie de Beuggen/Brisgau qui possède une maison à Bâle dès 1268, mais qui ne l’érige en commanderie qu’à partir de 1293. Comme les commanderies des autres ordres, les commanderies teutoniques bénéficient de revenus et biens en divers endroits. Ces bénéfices sont destinés à couvrir les besoins des chevaliers combattant en Terre Sainte puis en Pologne et en Pays baltes.
Les chevaliers teutoniques connaissent une évolution semblable à celle des autres ordres. Comme les Hospitaliers, les Teutoniques avaient reçu diverses maisons afin de les transformer en commanderies. L’exemple de Koeniz est intéressant. Au début du XIIIe siècle, en 1226, une prévôté d’Augustins étaient installées en cet endroit sans autorisation impériale. Le seigneur local décida d’attribuer les églises à l’ordre des Teutoniques. En 1232, depuis Anagni, Grégoire IX confirme la donation. Ce n’est qu’en 1235, après une dizaine d’années de procès, d’appel au pape que les chevaliers s’y établissent avec l’autorisation pontificale.
Après la chute du Royaume latin de Jérusalem, les Teutoniques engagent la lutte en Prusse orientale.
En raison de la défaite de Tannenberg en 1410 qui assène un rude coup à l’ordre, les chevaliers teutoniques se maintiennent puis s’effacent.
De 1314 à 1427, des nonnes font partie de l’ordre et, à la mort de la dernière nonne en 1427, le couvent des moniales appartient à l’ordre.
En 1283, le commandeur de la commanderie de Koeniz ou un autre frère siège de droit à la collégiale de Berne, ce qui montre le poids de cet ordre dans la région. Le commandeur de Koeniz en 1275 devient même Grand Maître de l’ordre en 1283. et entre 1489 et 1497, le Grand Maître est Hans von Teufen qui aura la charge suprême.
En 1223, les chevaliers teutoniques reçurent la protection impériale de Frédéric II.
L’ORDRE DE SAINT LAZARE
Le dernier ordre de chevalerie implanté en Suisse est l’ordre de Saint Lazare de Jérusalem. A sa fondation, vers 1140, il est exclusivement religieux. Comme tous les ordres, les frères Lazarites prononcent des voeux de chasteté, obéissance, pauvreté. Les Lazarites, comme les Hospitaliers ou les Teutoniques suivent la règle de saint Augustin, les Templiers sont liés à celle de Cîteaux. Toutefois, la lecture du Cartulaire de Saint Lazare, conservée dans les Archives de l’Orient Latin, montre que les Templiers sont très souvent aidés par les Lazarites.
Le caractère militaire de l’ordre n’apparaît que plus tard, à une date inconnue, mais probablement au début du XIIIe siècle. En effet, les chevaliers participent à la bataille de Gaza en 1244. Il faut attendre 1253 pour voir l’élection d’un chevalier sain à la tête de l’ordre. Cette évolution militarisante rappelle par certains aspects l’évolution de l’ordre des Hospitaliers.
Comme les ordres précédents, l’ordre de Saint Lazare possède des maisons en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Hongrie. Après la perte de la Terre Sainte, l’ordre transfère son siège à Boigny/Orléans. L’ordre s’installe en Suisse et possède deux commanderies l’une à Seedorf dans le canton d’Uri (dès 1252) et l’autre à Gfenn près de Zürich (dès 1248). La commanderie de Seedorf a des statuts transcrits en allemand au XIVe siècle, qui montraient une influence des autres ordres de chevalerie (voeux, règle de saint Augustin, ...), notamment celle exercée par l’ordre des chevaliers teutoniques. Par ailleurs, il semblerait qu’un chevalier Lazarite de Seedorf soit parent d’un chevalier Teutonique d’Hitzkirch (1289-1290).
Souvent les Lazarites sont assistés par des Templiers comme l’atteste l’acte de 1148 cité dans Archives de l’Orient latin:
Hec carta fuit composita et infirmis Sancti Lazari per manus prememorati domini Petri, capellani et fratris militie Templi, tradita anno ab Incarnatione Domini MCXLVIII
Comme les Teutoniques, les Lazarites ont un couvent de femmes dès 1287. Dès 1327, une Maîtresse est élue.
Les commanderies de Seedorf, Gfenn et Schlatt en Brisgau constituent une province. Les statuts datent des temps des croisades et sont rédigés en suisse allemand et sont fortement influencés par ceux des chevaliers Teutoniques (il en est de même pour la liturgie). D’ailleurs, il semblerait qu’un commandeur d’Hitzkirch eut été un familier d’un chevalier Lazarite de la fin du XIIIe siècle, date à laquelle les statuts sont rédigés. L’ordre évolua dans un sens toujours plus religieux, parallèlement à une diminution du nombre d’hommes au profit dune augmentation du nombre de femmes.
Les commanderies se maintiennent jusqu’au XVIe siècle. A ce moment, Seedorf fut transformé en un couvent de bénédictines.
CONCLUSION
Voilà quelques aspects de la vie des ordres de chevaleries dans les limites de la Suisse actuelle. Quatre ordres se sont implantés: les Templiers, les Hospitaliers, les Teutoniques et les Lazarites. Les premiers n’occupèrent que fort peu la Suisse. Les Hospitaliers récupérèrent les biens du Temple et devinrent l’ordre le plus actif de Suisse. Les Teutoniques se limitèrent, géographiquement parlant, de la partie nord-est de la Suisse. Les chevaliers lépreux n’occupèrent que deux commanderies.
Les ordres de chevalerie bénéficiaient de divers mesures de protection issues soit du pape soit de l’empereur. Les quelques exemples tirés des archives publiées en Suisse montrent que tant les Hospitaliers que les Teutoniques reçurent les faveurs impériales et/ou pontificales. Par exemple, en 1223, l’ordre de Saint Jean reçut la protection de Frédéric II.
En 1227, le roi des Romains Henri VII prend les Johannites sous sa protection. Ceux-ci sont protégés en 1238 par Grégoire IX, puis en 1247 par Innocent IV Religios...; enfin, en 1265, le pape Clément IV confirme la protection établie par Urbain IV.
En revanche aucun document n’atteste une telle protection vis à vis des Templiers.
Actifs en Terre Sainte, les ordres de chevalerie le furent aussi en Europe. Quel que soit l’ordre considéré, les premières fondations suisses datent de la fin du XIIe siècle.
Aujourd’hui il ne subsiste plus qu’une fondation pour la sauvegarde de la commanderie hospitalière de Bubikon.
Roger Vittoz
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H. Lehmann Das Johanniterhaus Bubikon, Bibikon, 1947
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J.J. Rüeger Chronik der Stadt und Landschaft Schaffhausen, Schaffhausen, 1910
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Urkundenbuch des südliche teile des Kantons St-Gallen
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