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Histoire – De Vevey à Vevay, l’itinéraire de vignerons vaudois au début du XIXe siècle
C’est l’histoire de visions, de Thomas Jefferson, auteur de la Déclaration d’Indépendance, de George Washington avec la Guerre d’Indépendance, de Jean-Jacques Dufour, parti aux Etats-Unis 19 ans après son rêve, et pour conclure de Jean-Jacques Dufour Sr qui envoya ses enfants mineurs rejoindre leur aîné aux Etats-Unis, confiant en cette Déclaration qui proclame le droit à la liberté individuelle et au bonheur.
Christian Dick | George Washington fut investi général en chef des armées pour obtenir des Anglais l’indépendance des colonies, sans alliés, avec dix fois moins d’hommes et sans forces navales. Il fut le premier président des Etats-Unis d’Amérique dont la capitale était alors Philadelphie.
Thomas Jefferson fut ambassadeur en France, premier Secrétaire d’Etat sous la présidence de George Washington, vice-président de John Adams et le troisième Président. La vice-présidence lui permettait de visiter régulièrement son domaine de Monticello en Virginie où poussait une vigne que l’on peut encore observer.
Jean-Jacques Dufour apprit à l’âge de 14 ans que les soldats français de La Fayette manquaient de vin. A 33 ans, réalisant le vœu d’introduire la culture de la vigne aux Etats-Unis, il quitta son pays le 20 mars 1796, embarqua au Havre le 10 juin et arriva à Philadelphie le 12 août. Pendant deux ans, il parcourut le sud-est du pays (alors 13 Etats) à la recherche d’un terrain propice à la culture de la vigne. Il rencontra Jefferson qui lui recommanda de produire du vin, si possible avec de la vigne indigène.
Il noua des contacts commerciaux. Ensemble, ils fondèrent la Kentucky Vineyard Society qui acquit un gigantesque terrain boisé qu’il défricha, sur la rive nord d’un coude de la rivière Kentucky, au sud de Lexington, au lieu-dit Sugar Creek dans le comté de Jessamine. L’endroit reçut le nom de First Vineyard, première vigne. Plus bas, un ferry reliait les deux rives du Kentucky. Cinq routes partaient de pontons aujourd’hui disparus. Les ruines d’un grand bâtiment abritant auberge, entrepôt et relais pour diligences attestent de l’importante fréquentation du passage, un endroit rêvé pour produire du vin et l’exporter.
Le contexte historique
Jean-Jacques Dufour Sr fut vigneron comme l’étaient ses parents. La guerre de 1798-99 des soldats français de la Révolution laissa la Suisse allemande dévastée. Pendant que Pestalozzi fondait à Stans son premier orphelinat, le Pays de Vaud, épargné, dût fournir à la France des vivres, des vêtements et de l’argent. Le 24 mars 1799 eut lieu l’élection de la première Municipalité veveysanne. L’ancien Conseil des douze cessa d’exister. Vevey paya un lourd tribut à Napoléon.
Certaines denrées atteignirent un prix exorbitant. Des familles entières furent privées de leur gagne-pain. Certaines émigrèrent. Le Pays de Vaud qui sortait d’une douce occupation bernoise où nul n’eut jamais faim, en subit une nouvelle, pire, dont Dufour Sr n’entrevoyait pas la fin. Il eut connaissance de la Déclaration d’Indépendance américaine et, convaincu par ces droits nouveaux, envoya ses enfants mineurs rejoindre leur aîné en Amérique. La procuration qu’il leur fournit atteste de la situation où ni la paix ni l’avenir ne lui semblaient assurés.
Début de la colonie suisse
Le 1er janvier 1801, les jeunes Dufour accompagnés de voisins quittèrent Vevey. Un pacte d’union entre les différentes familles témoigne de leurs préoccupations. Le père Dufour leur recommanda le psaume 19 à lire aux services funèbres des émigrants et de leurs descendants. Cet usage s’est longtemps conservé, peut-être grâce au verset 4 : « Leurs accents vont aux extrémités du monde… »
Après une traversée tumultueuse de l’Atlantique, le groupe arriva en mai 1801 à Norfolk en Virginie. Il traversa les montagnes Allegheny en wagons. De Pittsburgh, il descendit en bateau le fleuve Ohio jusqu’à Maysville d’où, par voie terrestre, il se retrouva à Lexington pour la célébration du 4 juillet et le 6, il arriva au vignoble du Kentucky.
Parallèlement, Jean-Jacques Dufour observa qu’à Indian Creek, sur l’Ohio, les terres constitueraient un excellent emplacement pour sa famille. Le 1er février 1801, il écrivit au président Jefferson pour lui demander l’octroi de terres à crédit. Il affirma que l’Ohio rivaliserait avec le Rhin et le Rhône pour la quantité de vignes et la qualité du vin. Il réitéra sa demande le 15 janvier 1802 et le 1er mai, par un acte spécial, le Congrès accéda à sa requête. 2500 acres furent sélectionnés le long de la rive nord de l’Ohio et 1200 de plus inscrits et payés. Les nouveaux colons lui donnèrent le nom de New Suisse, qui devint Switzerland County, et appelèrent la localité Vevay. L’orthographe des noms n’était pas figée, Jean-Jacques Rousseau utilisait le a.
En 1803, Jean-François Dufour, frère de Jean-Jacques, à juste 20 ans emmena deux tonnelets de vin sur son cheval pour se rendre à Washington DC, à 1200 km. Il y fut reçu par le président Jefferson qui célébra devant une commission du Congrès la production du premier vin américain.
Au printemps 1804, d’autres familles arrivèrent. Le vignoble s’étendit aussi vite que le permettait le défrichement, mais la colonie restait isolée. Il fallait se rendre à Port William (à présent Carrollton) pour la poste. Les colons se livrèrent à l’élevage du cheval et du porc, souvent menacés par les ours et les loups. Le paysage changea peu à peu d’aspect. La récolte de blé et de maïs devint importante. On aménagea des vergers. Avec la paille, les filles Dufour tressèrent des chapeaux qui rencontrèrent un grand succès à Cincinnati, à 140 km en amont, où les colons se rendaient par le fleuve en bateau pour acheter le sel et les outils nécessaires.
Le 12 janvier 1944, la Feuille d’Avis de Lausanne titrait : « En 1810 à Vevay, la vigne produisit 11’000 litres d’un vin que les connaisseurs jugèrent supérieur au Bordeaux. Les soirées étaient consacrées à la musique et à la danse; le « violoneux » jouait un rôle important dans la communauté. »
En 1813, Jean Francis Dufour traça le plan de la ville de Vevay dont il fut le premier sheriff. Des améliorations urbanistiques furent également apportées, notamment en perçant des ouvertures aux extrémités du village.
En 1816 à Vevey en Suisse, le temps fut exécrable, les récoltes mauvaises. Il régna une pénurie alimentaire et on fit le plus mauvais vin possible. Une collecte générale eut lieu. L’administration des secours publics fit distribuer 70’000 rations de soupe. On attribua le refroidissement climatique à l’irruption du volcan Tambora en Indonésie. Il neigea beaucoup durant l’été et les répercussions se firent sentir jusqu’en Nouvelle-Angleterre. L’année 1817 fut également difficile, vu la cherté des moyens de subsistance.
Mais à Vevay, Indiana, c’est dans un contexte heureux que nos compatriotes passèrent leur existence. Tout le monde jouissait d’une excellente santé. La population augmenta. Elle fut de 1500 habitants en 1830, soit 300 de plus que dans la capitale Indianapolis.
Et aujourd’hui ?
1680 âmes heureuses y habitent, même si on ne trouve plus tant de Dufour, de Morerod, de Borallay, de Bettens, de Siebenthal ou de Golay.
Le Switzerland County Museum présente une collection intéressante d’objets d’époque ainsi qu’un lot d’archives passionnantes. Le Musée de Venoge, dont la conservatrice est Donna Weaver, est un musée d’histoire vivante qui présente la vie d’une famille de colons et édite des vidéos les représentant à leur époque.
En 1963, les autorités veveysannes assistèrent à la commémoration du 150e anniversaire de Vevay. Du succès de cette manifestation naquit le Swiss Wine Festival qui se déroule chaque année en août.
Une association maintient des relations entre Vevey et Vevay. Les Editions de la Valsainte ont publié une traduction de l’ouvrage de Jean-Jacques Dufour, The American Vine-Dresser’s Guide publié en 1826 à Cincinnati, un an avant sa mort.
Puisse ces deux villes rester amies !