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L'étau se resserre autour de la compagnie pétrolière saoudo-genevoise PetroSaudi. Deux de ses dirigeants, dont l'un a la nationalité suisse, ont été inculpés mardi 11 février par la Commission malaisienne anti-corruption pour complot criminel et blanchiment de capitaux dans le cadre du scandale 1MDB. Un mandat d'arrêt international a été émis à leur encontre.
PetroSaudi est une entreprise pétrolière basée à Londres, Riyad et Genève, fondée par l'un des fils du roi Abdallah d'Arabie saoudite et l'un de ses meilleurs amis, un Saoudo-Genevois, qui est donc le directeur inculpé mardi. Le scandale a éclaté lorsque, en 2015, un autre Genevois, ancien cadre de PetroSaudi, a fait fuiter des milliers de documents montrant comment des milliards de dollars avaient été détournés d'un fonds public malaisien, nommé 1MDB, notamment au profit du premier ministre du pays de l'époque, Najib Razak. L'auteur de ces fuites avait alors été arrêté, condamné et emprisonné en Thaïlande pour vol de données, ceci sur plainte de PetroSaudi.
La chute du Premier ministre
Mais depuis, le vent a radicalement tourné. Le scandale a fait perdre les élections de 2018 à Najib Razak et son successeur, Mahathir Mohamad, l'a fait arrêter pour corruption. De son côté, le Genevois emprisonné en Thaïlande a été libéré et accueilli en héros en Malaisie. Et la Malaisie, mais aussi les États-Unis et la Suisse ont ouvert des enquêtes pour démasquer les coupables et retrouver la trace des fortunes qui ont été détournées dans le scandale 1MDB.
Dans cette affaire, PetroSaudi est soupçonnée d'avoir servi de rouage dans le détournement de fonds qui sont allés notamment aux dirigeants de 1MDB, dont le premier ministre malaisien Razak. Ces milliards ont également profité au sulfureux homme d'affaire Jho Low, principal intermédiaire de toutes les transactions et qui se serait abondamment servi au passage pour notamment s'acheter un yacht de luxe, financer des films comme «Le loup de Wall Street» et organiser des fêtes somptueuses, auxquelles ont participé notamment Leonardo DiCaprio ou Paris Hilton.
300 millions blanchis
Jho Low, qui a totalement disparu de la circulation depuis, est le troisième homme inculpé mardi par la Commission malaisienne anti-corruption. Lui et les deux dirigeants de PetroSaudi (le Saoudo-Suisse et un financier britannique) sont donc accusés de complot criminel avec l'ancien Premier ministre Najib Razak. Les deux membres de PetroSaudi sont en outre accusés de blanchiment en 2009 de 300 millions de dollars chez JP Morgan en Suisse, somme provenant d'activités illégales de 1MDB, selon le journal «The Edge Markets.»
Les trois ne se trouvant pas en Malaisie, des mandats d'arrêt ont été lancé et l'aide d'Interpol a été requise. S'ils sont reconnus coupables de complot criminel, ils risquent jusqu'à 20 ans de prison. Une condamnation sur les accusations de blanchiment pourrait signifier une amende maximale de 1,2 million de dollars ou 5 ans de prison maximum, ou les deux.
Sous enquête en Suisse
C'est la première fois que ces deux dirigeants de PetroSaudi sont accusé en Malaisie. Mais ils font l'objet depuis novembre 2017 d'un enquête en Suisse, ouverte par le Ministère public de la Confédération (MPC) pour, nous confirme ce dernier, «suspicion de mauvaise gestion criminelle, fraude pour gain commercial, corruption d'agents publics étrangers, blanchiment d'argent aggravé et fautes professionnelles. L'un des deux suspects est également soupçonné de falsification de documents».
Le Ministère public n'a en revanche pas commenté le lancement de mandats d'arrêt internationaux contre eux, disant juste «avoir pris connaissance» des articles de presse à ce sujet. Il précise toutefois que les deux juridictions, malaisienne et suisse, coopèrent au mieux «afin d'assurer une bonne coordination des enquêtes pénales».
7 milliards ont transité en Suisse
Le scandale 1MDB est l'un des gros dossiers du MPC, qui rappelle que l'enquête porte sur des investissements de près de 10 milliards de dollars, dont plus de 7 milliards ont transité par la Suisse. Sur cette dernière somme, «6 milliards semblent avoir été utilisés d'une manière contraire au droit pénal suisse». A ce stade de la procédure, 6 personnes font l'objet d'une enquête et deux banques sont soupçonnées d'implication. La Suisse a pour l'instant gelé environ 400 millions de francs suisses.
Michel Pralong