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« Il avait acquis la vieille bâtisse dans l’espoir de nouer des relations sexuelles avec des femmes qui elles aussi avaient choisi la campagne et se trouvaient peut-être déprimées, ou au moins fâchées, probablement d’avoir à vivre à la campagne. Son projet était de coucher avec elles et d’en tirer un récit qui deviendrait un best-seller. ».
Les prétentions littéraires d’Arthur Bramhall sont simples et la voie du succès semble toute tracée. Malheureusement, le roman qu’il a écrit lors de l’année sabbatique que lui a accordée l’université du Main est parti en fumée suite à l’incendie de sa maison. Mais il en faut plus pour arrêter Arthur Bramhall qui se remet à la tâche et pond un véritable chef-d’œuvre cette fois. Echaudé par la disparition de son premier texte, il cache le second sous un arbre dans une mallette. La scène n’échappe pas à un ours qui traine dans les parages et qui subtilise le manuscrit. Convaincu de la qualité du texte en sa possession, l’ours décide de gagner New York et de s’approprier les mérites littéraires du travail de Bramhall sous le nom de Dan Flakes. Commence alors une aventure dans le milieu des lettres américaines qui va entrainer l’ours dans les arcanes secrètes du monde éditorial. De négociations de contrats en tournées promotionnelles, d’interviews télévisées en soirées mondaines, l’ours Dan Flakes va se mettre tout le monde dans la poche et devenir une vraie star littéraire et de plus en plus humain.
« L’ours renifla la femelle. C’était celle avec qui il s’était accouplé, ce qui voulait dire qu’elle était son agent à Hollywood, celle qui avait vendu son livre pour un million et demi de dollars. Il sentait l’odeur de son désir. De la bonne qualité se dit-il. Léger. Exquis. Indirect. Pas l’odeur lourde et puissante que dégageaient les ourses, lesquelles laissaient leurs effluves flotter en nuages denses au-dessus des sentiers forestiers. ».
Tandis que l’ours passe avec succès et éclat les différentes étapes qui le mèneront vers les sommets, Arthur Bramhall s’enfonce lui dans une animalité de plus en plus confondante. Lancé sur les sentiers de l’inspiration en compagnie de son voisin, il découvre l’univers déjanté de la campagne et de ses habitants. Il abandonne peu à peu toute prétention littéraire et se métamorphose lentement en ours. Dans une tentative désespérée de regagner sa dignité et son œuvre, il intente un procès à Dan Flakes pour vole de propriété intellectuelle qui se soldera par un échec retentissant. Fin d’Arthur Bramhall.
William Kotzwinkle livre un récit ébouriffant et halluciné du milieu littéraire, ainsi qu’une critique sociale et politique acerbe des Etats-Unis. Il passe à la sulfateuse les grands idéaux et les valeurs sur lesquels repose l’Amérique et dénigre tout les mécanismes du star système au sein duquel les décideurs peuvent se permettre de promouvoir un livre sans même l’avoir lu. Son écriture acide et poignante porte son roman de manière magistrale et offre le plus grand délire littéraire de ces dernières années à ses lecteurs. Un sommet d’humour et de cynisme.
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