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LIBRAIRIE PAYOT LIBRAIRIE DE L'UNIVERSITÉ LAUSANNE 1971
ALLOCUTION
DE M. LE
RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ DE LAUSANNEMonsieur le Président de la Confédération,Monsieur le Conseiller fédéral,Mesdames, Messieurs,
L'Université de Lausanne est aujourd'hui dans la joie et dans la reconnaissance.
L'Université est dans la joie parce qu'elle peut, en ce moment solennel de son Dies academicus, inaugurer le Collège propédeutique de la Faculté des sciences, le premier des bâtiments dont l'ensemble constituera la future Université de Lausanne en Dorigny.
L'Université est dans la reconnaissance envers tous ceux auxquels elle doit ce superbe bâtiment, parce qu'elle y voit le début réussi de la réalisation d'un rêve vieux de cinq ans: celui de pouvoir installer ses professeurs, ses étudiants et tous ses collaborateurs dans le magnifique cadre du domaine de Dorigny.Monsieur le Président du Conseil d'Etat,
C'est à vous et au gouvernement de notre canton que s'adressent en premier lieu les remerciements de l'Université.
Peu de temps après l'enquête entreprise auprès des universités suisses par la Commission Labhardt, le Conseil d'Etat vaudois achetait, en octobre 1963, la propriété de Dorigny et, simultanément, constituait la Commission d'étude pour le développement de l'Université. Celle-ci avait à peine remis son rapport qu'en novembre 1965 le gouvernement instituait la Communauté de travail pour la mise an valeur des terrains de Dorigny. Après dix-neuf mois
d'un labeur continu, cette communauté déposait un mémoire assorti d'un programme général de construction et d'un plan directeur pour la nouvelle Université de Lausanne en Dorigny. C'était en été 1967. La même année encore, à la demande du Conseil d'Etat, le Grand Conseil adoptait le plan directeur de l'Université et votait d'importants crédits pour les premières études. Au début de l'année suivante, le Conseil d'Etat mettait en place le Comité directeur du Bureau des constructions universitaires de Dorigny —le BUD — et il donnait à cet organe la mission de construire la nouvelle Université, au fur et à mesure des besoins et au gré des possibilités financières du canton. Aujourd'hui, cinq ans après que fut lancée l'idée de transférer l'Université à Dorigny, deux ans après la mise en place du Comité directeur du BUD, c'est l'inauguration du premier bâtiment, et de quel bâtiment!
Le simple rappel de ces faits et de ces dates est impressionnant: il souligne la détermination constante qui, dès 1963, ne cessa d'animer le Conseil d'Etat afin de mettre d'urgence à la disposition de l'Université les locaux, les laboratoires et les bibliothèques, devenus indispensables depuis longtemps déjà. C'est dire combien grande est aujourd'hui la reconnaissance de l'Université envers le gouvernement vaudois, qui ne nous en voudra pas d'égratigner quelque peu le protocole en associant à ces remerciements les noms des deux promoteurs du projet de Dorigny: MM. Pierre Oguey, ancien conseiller d'Etat, et Henri Zwahlen, juge fédéral et ancien recteur de l'Université de Lausanne.Monsieur le Président du Grand Conseil,
A vous aussi, ainsi qu'à tous les membres de l'assemblée que vous présidez, l'Université désire exprimer sa profonde gratitude.
Depuis de nombreuses années, en effet, le Grand Conseil n'a cessé de se montrer compréhensif et généreux à l'égard de sa Haute Ecole. Et vous ne sauriez croire combien l'Université est sensible au fait que — coïncidence admirable — ce soit précisément
vous, Monsieur le Président, qui cultiviez aujourd'hui les terres du magnifique domaine de Dorigny, et avec quelle maîtrise et quel amour! Ainsi, à travers vous et à travers le Grand Conseil, c'est toute la population vaudoise, et particulièrement celle de la campagne, que l'Université remercie en ce jour. Puisse la Haute Ecole vaudoise prendre dignement votre succession ici, dans l'exploitation d'un domaine de Dorigny transformé, certes, mais transformé avec respect, sollicitude, et pour le bien du pays tout entier.Monsieur le Président du Comité directeur de Dorigny,
Si l'Université se tourne maintenant vers vous, c'est qu'elle sait l'imposante dette de reconnaissance qu'elle garde à votre endroit. Peut-être que le nombre et le brillant de vos occupations vous ont fait oublier tout ce qu'elle vous doit. Qu'à cela ne tienne, en voici l'essentiel: tour à tour, vous présidez la Commission d'étude pour le développement de l'Université de Lausanne —celle qui, dès 1965, en proposa au Conseil d'Etat le transfert à Dorigny, puis la Communauté de travail pour la mise en valeur des terrains de Dorigny —celle qui élabora le plan directeur de 1967. Enfin, dès 1968, vous conduisez —toujours avec le même allant — les travaux du Comité directeur du BUD. Si l'on ajoute que, durant toute cette période, vous dirigez simultanément les débats du Conseil académique de l'Université, vous conviendrez avec nous qu'en ce jour d'inauguration, celle-là se doit de vous témoigner la plus grande et la plus profonde gratitude. Constamment, depuis bientôt sept ans, vous avez été à la pointe de l'action — je n'ose pas dire du combat —qui aboutit à la victoire de cette journée. Et cette victoire sur l'inertie, sur la critique, sur le découragement et sur le temps enfin, vous l'avez remportée grâce à ces qualités d'intelligence, d'audace et de courage que votre commission de 1965 souhaitait à ceux qui auraient à prendre la responsabilité de mener à chef le grand dessein de Dorigny.
En adressant ses remerciements au président du Comité directeur, l'Université tient à lui associer les membres de ce comité,
MM. Jean-Emmanuel Dubochet et Roger Givel, ainsi que le directeur du BUD, M. Jacques Beglinger. Sachez, Messieurs, que votre dynamisme, votre dévouement et votre efficacité font l'admiration —quelquefois même l'effroi — de l'Université, qui se plaît à souligner une fois encore combien le Conseil d'Etat a eu la main heureuse en vous confiant la responsabilité de diriger la construction de la nouvelle Université de Dorigny.Monsieur le Président de la Confédération,
Sans votre appui et celui du Conseil fédéral, l'Université n'aurait pas pu, cet automne déjà, accueillir ses étudiants à Dorigny.
Ainsi, le soutien matériel de la Confédération a été d'importance décisive dans la réussite de cette journée et, à n'en pas douter, il continuera de l'être encore longtemps dans le développement de l'Université de Lausanne.
Aussi est-ce un honneur et une joie pour l'Université que de pouvoir aujourd'hui exprimer de vive voix sa très profonde gratitude au premier magistrat du pays.
Mais, tout autant qu'au président de la Confédération, la reconnaissance de l'Université s'adresse au chef du Département de l'intérieur, actuellement responsable pour une bonne part de l'avenir des hautes écoles de Suisse.
Ayant enseigné à la plus ancienne des universités de notre pays, vous connaissez parfaitement la situation des hautes écoles cantonales et, mieux que personne, vous savez quels sont les difficiles problèmes qui les préoccupent. Aussi est-ce une grande satisfaction pour elles que de saluer la haute idée que vous avez du rôle de la Confédération dans la manière de leur venir en aide. Non pas remplacer mais stimuler les cantons dans la tâche écrasante qui est la leur de développer l'enseignement supérieur et la recherche. Non pas imposer aux universités une coordination qui pourrait étouffer leur génie propre et compromettre leur vitalité, mais les engager à rechercher, elles-mêmes et en commun, les meilleures voies d'une collaboration jusque dans les actes.
L'Université de Lausanne est heureuse, Monsieur le Président, de vous apporter ce soir, avec toute sa reconnaissance, les voeux chaleureux qu'elle forme pour que, longtemps encore, vous présidiez aux destinées de l'enseignement supérieur et de la recherche dans notre pays.Mesdames, Messieurs,
Les qualités visibles et invisibles du Collège propédeutique que nous inaugurons aujourd'hui sont si nombreuses qu'il y aurait encore beaucoup à dire sur les motifs de la gratitude ressentie par l'Université et sa Faculté des sciences.
Toutefois, en poursuivant plus longtemps, le rectorat risquerait peut-être d'attirer sur l'Université les reproches que La Rochefoucauld n'hésite pas à adresser à ceux dont la tendance est de s'attarder trop dans les démonstrations de reconnaissance: «La reconnaissance de la plupart des hommes —lit-on dans les Maximes —la reconnaissance de la plupart des hommes n'est qu'une secrète envie de recevoir de plus grands bienfaits.»
Comment l'Université pourrait-elle se défendre d'un tel reproche, à considérer l'ampleur de la tâche qui reste encore à accomplir ici à Dorigny?