Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06992.jsonl.gz/1019

J'ai avant-hier évoqué les conditions de la circulation automobile en Amérique. Elles manifestent assez clairement le mode de vie d'un peuple, car les machines ont nécessité l'élaboration de règles strictes, et il n'y en a pas qu'on utilise plus couramment que les voitures automobiles, et qui soient en même temps plus dangereuses, qui aient un impact physique aussi direct.
La liberté, je l'ai dit, est un principe fondamental aux États-Unis, et elle est souvent préférée à la sécurité et à la solidarité, comme on sait. Cela peut même choquer, en Europe. Toutefois la sécurité est quand même un souci important des Américains. On m'a raconté qu'on avait, aux États-Unis, essayé d'imposer le système des permis à points. Mais cela n'a pas marché, car les citoyens se sont rebellés contre ce despotisme gouvernemental, des juges ont été saisis, et de recours en recours le principe a été déclaré en contradiction avec les principes fondateurs de l'Union. Les juges en Amérique sont toujours prêts à se dresser contre le gouvernement. Il a été admis qu'on devait payer une amende, mais pas plus.
Il faut aussi parfois répondre à un questionnaire destiné à vérifier qu'on connaît bien le code de la route.
Mais celui-ci est loin d'être drastique. Il tient sur quelques pages et n'a rien à voir avec l'épais livret français. On passe son permis de conduire très facilement, en Amérique. Il est juste vérifié qu'on sait comment marche une voiture, ou à peu près. Comme elles sont toutes automatiques, on a peu de souci à se faire.
Cela est exigé par l'esprit de liberté qui règne dans l'Union, mais dans les faits cela conduit à une égalité plus grande: on peut passer son permis très jeune et sans dépenser beaucoup d'argent. Il est faux que, comme beaucoup le prétendent, la liberté soit forcément en contradiction avec l'égalité. Lorsque la liberté est réduite par le gouvernement, c'est souvent le contraire, qui est vrai.
Quand on sait à quel point il est important d'avoir son permis de conduire pour travailler, on comprend aussi de quelle manière l'Amérique réduit les possibilités de chômage, notamment pour les jeunes.
Je vois des fonctionnaires aussitôt se regimber: les Américains doivent conduire très mal et mettre en péril la vie des gens!
Pas vraiment. J'ai conduit parmi eux, et tout se passe bien. Ils conduisent correctement, ayant une pleine conscience, comme tout le monde normalement constitué, du danger que représentent les voitures, et de la nécessité de ne pas les laisser se toucher, si on veut les conserver intactes! Comme les Américains ont tous de grosses voitures, la préoccupation est d'autant plus prégnante: elles coûtent cher.
Inégalité, du coup? Non, car les petites voitures ne sont pas interdites et l'essence, peu taxée et issue de l'industrie nationale, est très bon marché. On peut conduire sans dépenser beaucoup, et l'économie en est dynamisée d'une manière spectaculaire.
Tout s'ordonne donc pour faciliter les déplacements sûrs, favorisant une activité incessante.
Pollution! diront les mélancoliques. Sans doute, mais il ne tient qu'à la recherche scientifique de créer des machines qui ne polluent pas. D'ailleurs les Amish n'en utilisent pas, et eux aussi gagnent de l'argent, et vendent leurs produits en dehors de leur communauté. Enfin la pollution ne justifie pas des taxes et l'enrichissement des fonctionnaires: si elle est excessive, il faut interdire les machines. Mais l'habitude de gagner de l'argent en taxant des pratiques supposées nuisibles est assez malsaine, car l'argent issu de pratiques malsaines est lui-même malsain. Les taxes punitives sont contraires à l'esprit de liberté dont l'Amérique donne l'exemple enviable au monde.