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Communiqué de presse du «Forschungsinstitut direkte Demokratie»
Le 10 octobre 2015, la 2e Conférence scientifique du «Forschungsinstitut direkte Demokratie (FidD) [Institut de recherche sur la démocratie directe] intitulée «Libéralisme et démocratie directe» s’est déroulée à Zurich. Plus de 80 participants étaient réunis dans la salle du «Zentrum Karl der Grosse», dans le centre-ville historique de Zurich, à l’ombre du Grossmünster.
Cette réunion, adressée à des historiens, des spécialistes et un public intéressé, a présenté en un premier temps les fondements théoriques du libéralisme et en un deuxième temps les débats libéraux autour de la question «démocratie représentative ou démocratie directe?».
Après l’accueil de l’historien René Roca, fondateur et directeur de l’institut, Mme Carina Schaller, représentante du secrétariat général du Parti libéral-radical suisse («FDP. Die Liberalen»), a tenu une allocution de bienvenue au nom de son parti à l’attention des participants. Puis, Mme Elisabeth Kopp, ancienne conseillère fédérale, a énoncé, au début de son intervention, la thèse suivante: le libéralisme, lié au principe de l’Etat de droit, ne peut à la longue se réaliser qu’en démocratie directe. Voilà un point de départ passionnant pour cette journée.
Par la suite, René Roca a formulé une introduction historique dans le sujet. Il a décrit la plate-forme électorale du parti «FDP. Die Liberalen», où il est affirmé que la démocratie directe était également un «acquis libéral». Cela a été contesté par M. Roca. Il a étayé sa thèse en décrivant historiquement les rapports entre le libéralisme et la démocratie directe. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, les libéraux combattaient encore la démocratie directe par tous les moyens en préférant une «aristocratie naturelle» dans le cadre d’une démocratie représentative. Ce n’est qu’après 1848 qu’on peut observer chez les libéraux les processus d’apprentissage – notamment suite aux expériences pratiques accomplies au niveau des cantons – rendant davantage hommage à l’importance de la démocratie directe. Selon M. Roca, autant le libéralisme que la démocratie directe sont ainsi devenus des pierres angulaires de la Suisse moderne.
Dans le cadre de la première partie de la journée concernant «les bases théoriques du libéralisme», Paul Widmer a décrit deux représentants importants de la philosophie politique du libéralisme, soit Emmanuel Joseph Sieyès et Benjamin Constant. Ces deux personnalités eurent un impact primordial sur la pensée constitutionnelle libérale en Europe et notamment en Suisse. Cette intervention a placé ces deux visionnaires libéraux au centre du sujet et a analysé en détail leurs principaux arguments contre la démocratie directe.
Robert Nef, l’intervenant suivant, se concentra sur la question de savoir à quel point le libéralisme classique est compatible avec la démocratie. Il tenta de répondre à cette question à l’aide de phrases-clés prononcées par deux personnalités libérales renommées, Zaccaria Giacometti et Friedrich August von Hayek. Après la Seconde Guerre mondiale, Giacometti a réussi à lier, au niveau de l’Etat, la liberté et la démocratie pour qu’elles forment un tout cohérent. Von Hayek formula la phrase suivante: «L’institution suisse du vote populaire a beaucoup contribué à préserver le pays des pires excès de la prétendue démocratie représentative.» Ces paroles nous permettent de passer à la seconde partie de la journée, vouée au sujet «Débats libéraux: démocratie représentative ou démocratie directe?».
Cette deuxième partie commença avec l’intervention de Joseph Jung qui exposa sa contribution sur le rapport d’Alfred Escher avec la démocratie directe. Escher était un promoteur extraordinaire qui permit, après 1848, au tout jeune Etat fédéral suisse notamment de se développer dans les domaines économique et socio-politique. Selon la thèse de M. Jung cela fut possible uniquement grâce à une petite fenêtre temporelle de libéralisme (économique) qui se referma déjà en 1872/74. Cette phase était cependant empreinte de la démocratie représentative et non pas de la démocratie directe. C’est pourquoi, on peut affirmer, selon Jung, que ce mouvement vers la Suisse moderne ne fut possible que parce que le jeune Etat fédéral n’était pas régi par une démocratie directe mais bien par une démocratie représentative.
L’historien Werner Ort présenta un autre acteur libéral important, soit Heinrich Zschokke, qui posa lui aussi d’importantes bases pour les institutions politiques de la Suisse. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, Zschokke fut un des journalistes les plus influents et éloquents de Suisse. Selon M. Ort, il était instructeur du peuple et en même temps précurseur de la Suisse moderne et libérale. Tout comme Escher, il préférait la démocratie représentative et était très sceptique face à la démocratie directe.
Pour terminer, Daniel Annen présenta, lors de son intervention intitulée «La Suisse en tant qu’Etat libéral», des liens intéressants entre la pensée d’Emmanuel Kant, de Friedrich Schiller, de Leonhard Ragaz et de Meinrad Inglin. Tout spécialement l’ouvrage d’Inglin «La Suisse dans un miroir» est un trésor pour retrouver les idées fondamentales concernant l’Etat libéral et la Suisse dans la transition du XIXe au XXe siècle. Avec Leonhard Ragaz, on put faire le lien vers la conférence de l’année prochaine intitulée «Socialisme utopique et démocratie directe».
La discussion qui suivit ces interventions passionnantes et instructives fut très animée et intéressante.
René Roca, le fondateur et directeur de l’Institut, clôtura la réunion en annonçant que les actes de la conférence de l’année passée paraîtraient au printemps 2016. Cet ouvrage portera le titre «Le catholicisme et la Suisse moderne. Démocratie et formation dans l’espace catholique» et sera publié par les Editions «Schwabe-Verlag» pour le premier volume d’une nouvelle série scientifique sur le thème «Contributions à la recherche sur la démocratie». Toutes les contributions et discussions de la journée sur le sujet «Libéralisme et démocratie directe», brièvement résumée dans ces lignes, paraîtront dans le deuxième volume de cette série. •
Communiqué de presse du 20 octobre 2015, www.fidd.ch
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