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Entre 14h54 et 15h36 le 8 Décembre 2015, je regarde une caméra de surveillance à la FNAC d’Annecy.
14h54 : Je m’installe devant une caméra au rayon télévisions.
Pendant approximativement vingt minutes, rien ne se passe. La caméra ne me regarde pas. C’est une sorte de demi-sphére noire qui peut bouger à 360°. J’ignore s’il y a quelqu’un derrière qui la fait bouger, si c’est automatique, ou si elle est sensible au mouvement.
Je suis plantée immobile dans un lieu de passage devant deux grands écrans de télévisions. Ni les clients, ni les employés semblent remarquer ma présence. Je subis l’impression d’être invisible.
Je ne suis ni consommateur, ni objet à acheter. Peut-être que dans ce systeme de consommation, je n’ai plus aucun statut ontologique. Peut-être que je n’existe pas.
La caméra fait une rotation. Elle s’arrête devant moi. J’ai l’impression qu’elle me fixe de l’œil.
À approximativement 15h20 : Un type qui à l’air de travailler pour la sécurité du magasin s’approche.
Lui : Je peux vous aider, madame ?
Moi : Je regarde la caméra.
Lui : Et pourqoui vous faites ça ?
Moi : Elle me regarde. Je la regarde. C’est réciproque.
Lui : Ok.
Il part.
La caméra fait une rotation. Quinze secondes plus tard elle revient et me fixe encore.
À approximativement 15h25 : Un employé du rayon télévision se penche devant le lecteur de la télé à coté de moi.
Lui : Quelqu’un s’occupe de vous, madame ?
Moi : Je regarde la caméra.
Lui : Il y a plein de caméras dans ce magasin. Pourquoi celle-ci?
Moi : J’ai choisi celle-ci.
Lui : En rigolant Ok.
Il part.
La caméra bouge subitement, puis revient me fixer.
À 15h34, la caméra tourne vers l’entrée du magasin. J’attends deux minutes. Elle ne me regarde plus.
Je pars.
Hilary Galbreaith, 2015