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26/07/2015
Les lecteurs les plus anciens de ce blog se rappelleront probablement qu'à l'origine j'étais très favorable à une économie planifiée (c'est à dire à une économie où la production de biens et services est déterminée politiquement et non économiquement). Compte tenu de cette expérience passée, je pense qu'il n'est pas inintéressant d'essayer de mettre en évidence les idées ou les intuitions qui sous-tendent une telle position et quelques arguments qui permettent peut-être de les dissiper.
L'idée clef qui sous-tend la position planiste (qualifiée de constructiviste par Hayek) est celle que les entrepreneurs ne servent à rien et que tout ce qu'ils font peut être réalisé par n'importe qui (par exemple par des fonctionnaires selon l'idée que cela présente une plus-value démocratique par rapport à un acteur privé). Cette idée provient probablement d'une vision du monde statique selon laquelle il existe un certain nombre de biens et services produits d'une certaine façon et qu'il suffit de les reproduire ad eternum identiquement pour parvenir à contenter la demande. Il s'agit d'une incompréhension des différents rôles majeurs que joue l'entrepreneur (et cette incompréhension m'a fait autrefois dire bien des bêtises lorsque j'étais socialiste).
Schumpeter a bien mis en évidence ces différents rôles (ou fonctions) : 1. innover au niveau de l'offre en introduisant de nouveaux biens ou services sur le marché (ce qui permet aux consommateurs d'accroître son choix), 2. innover au niveau des méthodes de production (ce qui induit une baisse des prix pour les consommateurs), 3. ouvrir de nouveaux marchés et trouver de nouveaux débouchés (c'est à dire chercher à offrir davantage de choix à davantage de consommateurs), 4. innover dans le choix des matières premières (ce qui rend l'économie plus flexible et réduit le temps d'adaptation nécessaire à des changements d’approvisionnement).
Personnellement, je préfère insister sur un rôle majeur, formulé de manière plus simple : celui de répondre à la demande de la manière la plus efficace possible et moins imparfaitement que ce que pourrait faire un État et son armée de fonctionnaires (autrement dit, le marché est imparfait, mais l’État est encore plus imparfait que le marché). Grâce au système de prix, les entrepreneurs sont amenés à répondre à la demande des consommateurs de manière bien plus efficace (en proposant des prix bien plus bas et une offre bien plus variée) que ce que pourrait faire une bureaucratie et des experts gouvernementaux.
Je pense enfin qu'une étude sérieuse des expériences passées d'économie planifiée devrait montrer à tout planiste que les conséquences d'une telle économie ne sont pas favorables, ni aux plus pauvres, ni aux salariés, ni à aucune catégorie de la population (même les hauts bureaucrates doivent se contenter d'une production de qualité inférieure et en quantité inférieure que s'ils travaillaient au sein d'une économie de marché).
Le planiste devrait toujours se demander : comment des experts ou des fonctionnaires pourraient-ils savoir mieux que des millions d'entrepreneurs ce que les gens veulent ? L'entrepreneur prend des risques et s'enrichit, mais seulement tant qu'il parvient à répondre le mieux possible à la demande des gens. Lorsque l'enrichissement dépend de la capacité de chacun à proposer à autrui ce qu'il veut, n'est-ce pas un système vertueux ?
15/07/2014
Il trois ans, plus ou moins depuis la création de ce charmant blog, j'ai commencé d'essayer d'établir des positions politiques fondées sur une argumentation valable et non sur une poignée de slogans ou de harangues militantes. L’exercice s'est révélé passionnant, harassant, et surprenant, bouleversant à intervalle régulier nombre de choses que je croyais certaines ou acquises, et confirmant dans le même temps des intuitions éthiques pré-existantes. Aujourd'hui, je suis parvenu à un point de mon évolution politique où je dois bien constater que j'ai fait fausse route sur certaines choses. Ce sont mes concessions à celles et ceux qui furent mes courtois adversaires ces dernières années, les brillants et persévérants anarchistes libéraux, et c'est pourquoi je leur dédie les lignes qui suivent.
Première concession : l'inévitable marché, le marché-roi.
Commençons par le commencement avec un vieux constat auquel je suis parvenu il y a déjà longtemps sur la question de la détermination de la production. Je me dois de constater que demander à quelqu'un d'autre (ou à quelque chose d'autre) que le consommateur dans son acte de consommation de déterminer ce qui doit être produit n'est pas efficace (et donc productif). Jamais un organe d’État, un conseil de quartier ou du monde, un département de la statistique, un ordinateur géant de la taille d'une planète, l'ensemble des consommateurs tentant d'imaginer de manière pré-déterminée ce qu'ils souhaitent consommer, ne saura mieux que les consommateurs consommant (soit dans leur acte de consommation) déterminer ce qui doit être produit. Seul Dieu (s'Il existe) ou tout autre être omniscient saurait déterminer ce que les individus souhaitent consommer, mais l'omniscience n'est pas encore à portée de main (humaine) et il faut donc se résoudre à faire confiance à tout-un-chacun pour déterminer ce qu'il souhaite, en toute liberté. La planification par le haut ne saurait par conséquent être considérée comme plus productive, et par conséquent comme plus souhaitable, et il convient donc de s'en remettre à l'ensemble des consommateurs (la demande) et des producteurs (l'offre), soit une planification par le bas, par une planification qui n'en est pas une puisqu'elle est spontanée. Il convient, plus simplement dit, de s'en remettre au marché pour déterminer ce qui doit être produit.
Seconde concession : le salariat n'est pas une agression.
Le salariat est un rapport social dans lequel un employeur engage un employé qu'il salarie, à qui il verse un salaire, en échange d'un certain nombre de prestations (de services) du-dit employé. (En langage proto-marxiste, on dirait que le patron engage le travailleur pour sa force de travail.) Le salarié signe donc un contrat avec le salarieur (l'employeur) qui l'engage à un certain nombre de choses en échange d'une rétribution x. Il y a dans le rapport social salarié, qui s'installe entre le salarié et le salarieur dès la signature du contrat (en tout cas dès ce moment-la), un rapport de subordination entre l'employeur et l'employé, un rapport hiérarchique donc, où l'un (l'employeur) domine l'autre (l'employé) puisqu'il a le droit de lui donner un certain nombre d'ordres (d'instructions), dont l'étendue dépend des modalités du contrat d'embauche. Le fait qu'un individu ait la possibilité de donner des ordres à un autre montre bien que nous avons à faire à un rapport hiérarchique avec le salariat, mais ceci n'implique nullement qu'il y ait un rapport d'agression inhérent au rapport hiérarchique. La hiérarchie (pas plus que la domination) n'implique nécessairement une agression. L’employeur n'est pas automatiquement un agresseur, et l'employé n'est pas automatiquement un agressé. En effet, l'employé peut à tout moment décider de quitter son travail, son emploi, si les conditions de travail ne lui conviennent pas. Longtemps, j'ai cru que le fait d'être sans emploi (en fait, sans revenu) présente un nombre élevé de problèmes (notamment des pressions sociales diverses) impliquait que le travailleur n'était pas libre de quitter son travail. Mais étant donné que la société assure à chacun de ses membres un minimum vital (l'Hospice Générale à Genève), on ne peut affirmer qu'un individu est contraint par la nécessité de survivre de rester à un poste de travail qu'il n'apprécie pas (cela est bien entendu uniquement valable dans les pays où une solidarité étatique ou privée existe et assure un minimum vital à ses habitants). Le salariat n'est donc pas une agression, et les conséquences de cette affirmation sont importantes.
Troisième concession : exercer un acte de violence contre un patron n'est pas légitime.
J'agrée au principe selon lequel l'usage de la violence n'est légitime qu'en cas de défense (et je ne compte pas ici démontrer sa justesse pour le moment). J'ai cru pendant longtemps que comme le salariat était une agression envers le travailleur, ce dernier avait le droit d'employer la violence comme légitime défense (proportionnellement à la dureté de l'agression). Mais comme nous venons de le voir, le salariat n'est pas une agression, et il n'y a donc pas d'acte de violence qu'un employé soit justifié à exercer contre son employeur. Séquestrer son patron n'est donc par exemple pas justifié à mon sens. Autre conséquence, étant donné le fait que le salariat n'est pas une agression, il n'y a pas de nécessité d'apporter assistance à un agressé, et aucun militant ou individu n'est donc justifié à user de violence envers un patron.
Quatrième concession : le salariat n'implique pas nécessairement l'exploitation.
Il existe des cas où des salariés sont payés la pleine valeur de leur travail je pense (en admettant qu'il y ait une valeur objective au travail, déterminable ou pas). On ne peut donc affirmer que le salariat implique automatiquement une exploitation d'un patron sur un travailleur.
Cinquième concession : la thèse selon laquelle l'individu est propriétaire de soi-même n'est pas forcément quelque chose de faux.
A la thèse selon laquelle chaque individu est propriétaire de son propre corps, et jouit donc du droit exclusif d'en faire ce que bon lui semble, je répondais généralement que l'on est son corps. Mais à vrai dire, on peut fort bien être quelque chose et être propriétaire de ce que l'on est. Et je ne vois pas comment infirmer cela. Qui plus est, il est vrai (intuitivement) que nul ne devrait avoir le droit de faire ce qu'il souhaite de notre corps indépendamment de notre volonté, ce qui revient à dire que nous en avons le droit d'usage exclusif. Par conséquent, il me faut bien admettre que cette thèse n'est pas forcément fausse, voire qu'elle ne semble pas particulièrement infondée.
Sixième concession : l'aliénation n'existe pas.
Il n'y a pas de déterminisme unique total contraignant un individu à quelque chose, mais toujours un vaste ensemble de déterminismes plus ou moins forts. Il y a donc des influences, et non des aliénations. Chaque individu peut résister à ces influences s'il s'en donne les moyens.
Septième concession : les classes sociales n'existent pas.
Tout travailleur possède un capital quelconque, car tout est capital (moyen de production). Il n'y a donc pas de classe des travailleurs. Il n'y a que des individus.
Je vais conclure cette liste de concessions en ré-affirmant mon adhésion au projet socialiste, soit au projet de liberté impliquant (entre autres) le dépassement du salariat et la fin de la hiérarchie et de l’État. Cet idéal reste éminemment valable à mes yeux. La voie révolutionnaire doit toutefois être reformulée quelque peu comme une voie empruntable uniquement comme légitime défense, ou bien comme changement général des mentalités et des structures de la société.
17/11/2013
On dit souvent que le marché n'est qu'une fiction pour représenter l'ensemble des consommateurs et des producteurs (de la même façon que les marchés financiers ne sont que la représentation des investisseurs). Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que le marché est aussi une fiction d'une spontanéité qui n'en est pas une. Ce qu'on appelle le marché, ou l'économie de marché, n'existe pas.
Mon ami Jérémy D., auteur du très bon texte sur l'économie planifiée décentralisée et démocratique Codename Utopia, disait en effet il y a peu sur les réseaux que jamais la production (l'offre) n'est déterminée toute seule par la magie d'une Main invisible. Il n'y a pas de demande qui déterminerait de manière naturelle l'offre, toute demande en biens et services de consommation est une demande sociale qui implique une offre sociale. Autrement dit, il y a des hommes et des femmes qui à un moment ou à un autre doivent déterminer ce qu'il faut produire, comment, combien, et pour qui.
Dans ce qu'on appelle l'économie de marché, ce sont les entrepreneurs (dans leur rôle de gestionnaire d'entreprise) qui déterminent la production en fonction de la consommation (l'offre en fonction de la demande) en anticipant la demande pour les biens et les services qu'ils produisent. Il y a nécessité pour eux de prévoir ce qu'ils vont vendre pour pouvoir décider que produire, et donc ils doivent anticiper la demande (la consommation) pour leur production.
Cela semble ce qu'il y a de plus simple en économie politique, et pourtant, cela signifie que l'économie est toujours planifiée, et que le marché n'est rien d'autre qu'une planification par les entrepreneurs de la production.
02/09/2013
Il m'arrive régulièrement de recevoir des messages de lecteurs qui me demandent des compléments d'information sur le sujet de l'économie planifiée, que j'avais abordé à l'ouverture de ce blog.
Premièrement, oui, la planification est généralement conçue (sous une forme ou une autre) par les penseurs socialistes comme un outil utile à la construction de la société socialiste. Toutefois, il faut rappeler que le principal combat socialiste réside dans la transformation de la propriété et le passage à une société fondée sur la gestion directe du monde par ses usagers (l'autogestion). Bon nombre de socialistes contemporains s'intéressent donc moins à cette question et conçoivent (tout comme moi) un socialisme de marché comme première et principale étape de la lutte pour la réalisation du socialisme.
Je considère par conséquent que Schumpeter se trompe avec la thèse de son livre "Socialisme, capitalisme, et démocratie" où il prétend faire équivaloir économie planifiée et socialisme (j'ai moi-même fait cette erreur au début de mes recherches).
En ce qui concerne les origines de l'économie planifiée, je ne crois pas me tromper en renvoyant aux théories de Saint-Simon, dont Marx s'inspira.
L'apogée de ces théories eut lieu dans les années 1930 à 1950 il me semble. On peut en voir un exemple à la lecture du programme du Parti Socialiste Suisse de 1956.
Une bonne critique de l'économie planifiée étatiste et centralisatrice, telle qu'elle était défendue à l'époque majoritairement est évidemment "La route de la servitude" du libéral Hayek.
La réponse doctrinale aux critiques de cette forme d'économie planifiée se retrouve dans les textes de Castoriadis "Sur le contenu du socialisme", qui présente une économie planifiée décentralisée et autogestionnaire (un ouvrage impossible à trouver, j'ai mis la main dessus en fouillant des recueils).
Aujourd'hui, des modèles intéressants ont été développés, par exemple avec le courant de l'économie distributive (qui règle les problèmes monétaires, notamment en ce qui concerne l'inflation).
Un ami à moi en a imaginé une théorisation particulièrement poussée ici.
J'ai retrouvé des soutiens à des modèles d'économie planifiée parmi certains acteurs de la gauche radicale (sous des formes peu subversives comme chez Mélenchon), chez certains militants marxistes sous une forme antérieure (celle des années 30-50), chez des objecteurs de croissance (parfois), et chez certains anarchistes (c'est peut-être là le plus intéressant).
02/12/2012
Je suis toujours surpris de constater que nombre de gens qui visitent mon blog tombent dessus en cherchant des informations sur l'économie planifiée. Vu l'intérêt porté à ce sujet, je reviens présentement dessus pour établir un petit bilan de ma position à ce propos.
Ces temps-ci, j'ai débattu un peu avec des marxistes qui avaient l'air convaincu du bien-fondé de l'organisation de l'économie sous une forme planifiée et centralisée.
Pourtant, malgré les avantages très clairs d'une économie planifiée, il n'en reste pas moins qu'une économie planifiée centralisée n'est pas une économie permettant de répondre efficacement aux attentes de la population, tout simplement parce que ces attentes sont difficiles à définir.
On peut certes définit les besoins d'une population à l'aide par exemple de la pyramide de Maslow, mais on ne peut pas déterminer efficacement les envies des individus, car le propre d'une envie c'est de varier en fonction des individus, contrairement aux besoins.
Une façon possible de faire remonter l'information de l'envie du consommateur-usager, réside dans l'utilisation de sondages généralisés et réguliers (hebdomadaires, mensuels) informatisées. Mais la praticabilité et l'intérêt d'un tel système reste à prouver, par la pratique... Et on peut en outre douter de l'intérêt réel des individus à devoir s'astreindre à pareille planification participative de l'économie.
L'économie planifiée centralisée pose donc des questions auxquelles il me semble difficile de répondre de façon efficace.
Par contre, il est très facile d'envisager un type d'économie planifiée décentralisée (du type de celles envisagées assez probablement par les écologistes, les objecteurs de croissance, les communistes, et les anarchistes), car l'organisation de ce type d'économie simple ne pose pas de problème au niveau de l'information.
La communauté village – quartier autogéré définit démocratiquement la production en fonction des besoins et des envies des consommateurs-usagers, par démocratie directe.
Il faut remarquer que le principale problème de l'économie planifiée réside dans la délégation de la prise de décision des choix de production.
Donc, une économie planifiée fonctionnant en démocratie directe ne pose pas de problèmes particuliers, autre que la critique habituelle de la démocratie (règne de la majorité dans le respect des minorités certes, mais dont la majorité peut parfois ne pas respecter autant qu'il le faudrait les minorités).
Bilan donc, puisqu'il le faut : non la planification de l'économie n'est pas aujourd'hui la panacée. Peut-être que plus tard, après l'instauration du socialisme (c'est à dire de la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production et de l'autogestion) et/ou d'une utopique économie décroissante, nous pourrons essayer de telles expérimentations. Mais pour le moment, il faut admettre que le marché, encadré et régulé, éventuellement avec certains secteurs planifiés, est probablement notre horizon direct.
02/02/2012
Les fondements de l'économie planifiée
* Du fonctionnement général de la planification
1. Récolte d'informations afin de connaître les besoins de tous.
2. Planification de la production en fonction des besoins.
3. Coordination de la production en fonction de la planification.
4. Production en fonction de la coordination de la production.
5. Distribution en fonction des besoins.
6. Consommation.
7. Feedback informatif.
8. Ajustement de la planification.
9. Nouvelle coordination de la production en fonction de l'ajustement de la planification.
Etc. (circularité)
* De la mobilisation des forces productives
La production ne se fait pas en fonction des forces productives, mais les forces productives sont faites en fonction de la production.
C'est exactement la même chose dans le capitalisme, sauf que ce dernier n'arrive jamais à une adéquation parfaite entre forces productives et production.
L'économie planifiée permet de mobiliser toutes les forces productives et de leur trouver une place adéquate dans le mode de production. L'efficience de l'économie planifiée devrait donc théoriquement être supérieure à celle de l'économie de marché en terme de mobilisation et de juste utilisation des facteurs de production.
Il y a concurrence entre individus dans la formation pour l'accès aux postes désirées. Il semblerait donc que la véritable méritocratie soit un paramètre de l'économie planifiée.
* Des différents modes de production
1. Planification totale : propriété étatique des moyens de production. En théorie, le mode de production le plus à même de mobiliser parfaitement toutes les forces de production.
2. Planification semi-totale : propriété étatique et/ou privée (sous forme de coopérative autogérée) des moyens de production, mais planification de la production étatique et privée.
3. Planification mixte : propriété étatique et privée (sous forme de coopérative autogérée) des moyens de production. Planification uniquement des structures de production étatiques, et présence d'un libre marché pour la production privée.
4. Socialisme de marché. (Un modèle que je développerai dans ma prochaine note.)
5. Économie de marché avec secteur public. (Modèle actuel)
6. Économie de marché totale (pure). (Modèle proto-néolibéral, voire libertarien).
31/01/2012
Des avantages de l'économie planifiée
- La planification démocratique de la production permet de sélectionner quelle production est socialement et écologiquement souhaitable. Ainsi, contrairement au chaos capitaliste, on supprime le travail excessif en éliminant le travail qui sert à une production non souhaitable ou futile.
Résultat : un gain de temps libre pour les travailleurs.
- Grâce à la planification de la production en fonction des besoins, on supprime la publicité consumériste, ce qui permet de réaliser des économies.
Résultat : ces sommes pourront être intégrées à des activités économiques réellement utiles.
- L'économie planifiée permet de ne pas impacter écologiquement au-delà des capacités régénératives de la biosphère en sélectionnant un niveau d'activité économique soutenable.
Résultat : on règle la crise écologique.
- Dans l'économie planifiée, toutes les forces sont utilisées. Tout le monde œuvre en fonction de ses capacités et de ses souhaits (qui se traduisent par le choix de formation).
Résultat : il n'y a plus de chômage.
- La planification économique permet de supprimer les inégalités sociales, la rente managériale, et la rente actionnariale, en socialisant la propriété des moyens de production.
Résultat : la pauvreté est abolie.
- L'économie planifiée permet de libérer l'information en la collectivisant. Les coûts de recherche de l'information sont donc supprimées. L'imposition et la taxation se font en toute transparence.
Résultat : on peut réduire la bureaucratie.
- Grâce à l'économie planifiée et la libre information collective, la transparence est instaurée dans toute l'économie.
Résultat : la corruption est éliminée.
- Comme chacun a sa place dans l'économie planifiée, le stress au travail et les maladies qu'il induit sont supprimés.
Résultat : les travailleurs sont en meilleure santé et on peut économiser 10 milliards de frais de soin en Suisse.
- La planification de l'économie permet de supprimer la recherche non socialement et écologiquement utile.
Résultat : cet argent peut être investi dans la recherche vraiment utile.
En outre, avec toutes les économies qu'induit l'économie planifiée comparée à l'anomie capitaliste, on devrait pouvoir financer à la longue :
● la gratuité de la santé
● la gratuité de l'éducation
● la gratuité du logement
● la gratuité des transports publics
● un libre accès à la culture
29/01/2012
De la liberté dans le socialisme
Une critique classique que l'on fait au mode d'organisation économique socialiste consiste en sa limitation de la liberté économique. Car la planification, lorsqu'elle remplace le marché, ne laisse pas place au libre désir individuel, mais à la prise de décision collective ou sociale.
Pourtant, si l'on prend en compte les externalités négatives sociales et écologiques d'une économie de marché, on se rend compte que la planification semble en réalité davantage démocratique, puisque la liberté collective et le bien-être collectif passe avant le profit égoïste.
Cette critique de la liberté économique limitée semble au final plutôt être une critique venant des classes dominantes qui voient en la limitation de leur liberté individuelle, une limitation de la liberté collective.
Mais la liberté individuelle des classes dominantes n'est qu'une liberté de créer des externalités sociales négatives à travers l'expropriation d'une part de la valeur du travail des salariés afin d'assurer, soit le payement du salaire managérial, soit la rente des actionnaires oisifs.
Cette liberté économique est donc une liberté à sens unique qui ne concerne que les propriétaires des moyens de production et des capitaux économiques.
Pour l'individu lambda, la liberté économique consiste en la liberté de se vendre. Car dans le capitalisme, nous sommes tous des prostitués, des ressources humaines, exploitables pour produire de quoi assurer le salaire managérial et la rente actionnariale.
Les idéologues libéraux ont tendance à répliquer que les individus sont libres d'investir (en s'endettant s'ils n'ont nuls capitaux) et de lancer leur propre entreprise. Ainsi tout individu serait un entrepreneur potentiel. Dans les faits, il s'agit d'une liberté formelle, car l'individu lambda sera rarement à même de trouver un secteur non monopolisé par des entreprises dominantes, pas plus qu'il ne jouira des connaissances et des réseaux nécessaires à sa réussite économique. Les classes dominantes jouissent en effet d'une position assurée et maintiennent leur domination par l'accumulation de capitaux sociaux et symboliques qui leur permettent d'éliminer sur le long terme toute réelle nouvelle concurrence. Pour creuser la question, j'invite le lecteur à se référer aux travaux sur la reproduction sociale de Bourdieu et de Lipietz.
Dans le socialisme, il y a liberté individuel dans le sens où l'individu ne domine pas ses pairs, et ne les exploite pas. Cette liberté de ne pas dominer et de ne pas être dominé, est essentiel.
J'aimerais ajouter que tout projet socialiste doit assurer une grande liberté des mœurs, et une grande liberté culturelle, car le conservatisme n'est qu'une forme de domination agissant via d'autres capitaux (moraux, symboliques, culturels) et à travers d'autres champs.
Toutefois, il est sensé de poser la question de l'autonomie individuel dans le socialisme.
Comment assurer l'autonomie individuel de l'individu quand il n'est pas souhaitable de le laisser dominer ses pairs ?
Ceci pose en fait la question du type de propriété dans un système socialiste.
Dans les économies socialistes en transition du XXème siècle, une critique pertinente présente leur échec comme la non adéquation entre le mode de propriété formel et l'appropriation réel des fruits de la production économique. Cette non adéquation produirait des contradictions qui auraient miné le bon fonctionnement des économies planifiées.
Ainsi, on peut tirer la conclusion de cela que le problème de l'économie planifiée réside dans la bonne distribution et division de la propriété des moyens de production.
Pour éviter le bureaucratisme il est souhaitable de ne pas passer uniquement par la propriété d’État, mais aussi (voire surtout) d'établir des coopératives (ce que j'appelais dans le néo-socialisme l'autogestion dans l'organisation du travail des petites entités économiques).
« Le régime des coopératives civilisées, quand les moyens de production appartiennent à la société et que le prolétariat a triomphé de la bourgeoisie comme classe, c'est le régime socialiste. » Lénine
Ainsi, on voit se dessiner un certain équilibre entre une autonomie des travailleurs et la nécessité d'assurer une véritable liberté des individus au sens de non domination (démocratie/égalité économique).
28/01/2012
De l'étude contemporaine du socialisme
L'étude du socialisme en tant que projet de société non seulement idéologique et politique, mais aussi, et surtout, comme organisation économique de la société, est aujourd'hui il me semble quelque chose de relativement ésotérique.
Il semblerait que les institutions idéologiques d’État mises en place par les classes dominantes, couplées à l'aliénation systémique du capitalisme, jouent leur rôle avec efficacité.
Ainsi l'enseignement économique contemporain se contente-t-il de présenter le capitalisme sous toutes ses formes, mais fait abstraction des modèles anciens ou alternatifs. Plus précisément, la non étude de l'organisation économique socialiste a pour but latent (et non manifeste) d'instaurer la domination d'un mode de production sur les autres.
C'est ce que j'appellerais, à la manière des individualistes méthodologiques, une prédiction auto-réalisatrice. On enseigne un seul modèle parce que c'est celui qui est en place, avec comme conséquence qu'il reste le seul modèle connu, et donc le seul modèle en place...
Néanmoins, il est encore possible de se procurer des livres d'étude sur l'organisation économique socialiste de la société dans les bibliothèques universitaires. Les bibliothèques publiques réservant quant à elles leurs étagères aux seuls ouvrages de propagande pro-capitalistes.
*
L'étude du socialisme n'est pas aisément accessible aux libéraux et aux libertariens. Ces derniers semblent (explication manifeste) en effet incapables de concevoir un mode de production autrement que sur le critère de l'efficacité. Mais en réalité, ce n'est qu'un prétexte (inconscient ou conscient) pour maintenir la prééminence idéologique d'un mode de production sur un autre (et donc pour maintenir les rapports actuels de domination).
Car le mode d'organisation socialiste ne vise pas seulement à modifier des caractéristiques des circuits économiques, mais à changer les rapports sociaux découlant du mode de production en place.
C'est en modifiant les rapports sociaux du mode de production actuel que l'on peut parvenir à un mode de production socialiste établissant une distribution égalitaire des ressources lors de la production et dans l'organisation du travail.
Le mode d'organisation socialiste ne vise donc pas tel optimum de l'efficacité productive, mais à la disparition des rapports de domination entre classes ou entre individus.
On notera toutefois que par la disparition des rapports de domination on élimine un gaspillage de ressources (la rente capitaliste) qui est réintégré au circuit économique productif.
Au final donc efficacité et distribution égalitaire ne sont pas antinomiques dans le mode de production socialiste, contrairement au mode de production capitaliste, même sous sa forme social-libéral (qualifié souvent de social-démocrate).