Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07083.jsonl.gz/1155

(Agence Ecofin) - Selon Finactu, une firme de conseil stratégique, opérationnel et financier dédiée à l'Afrique, l'heure est venue d'apporter des changements, à la manière dont on gère le système de retraite des travailleurs, dans certains pays de la région. Dans une étude publiée récemment, l'organisation démontre que les défis qui existaient déjà dans le système actuel des retraites, celui de la répartition, se sont aggravés avec le temps.
Dans plusieurs pays africains, notamment de culture francophone, les anciens travailleurs devenus retraités, sont payés par les cotisations des travailleurs actuels. L'adoption de ce mécanisme pariait sur un ensemble d'hypothèses. La première s'appuyait sur l'espérance de vie. Les données des années 1960 la situait à 60 ans tout au plus.
Un modèle de répartition qui est aujourd'hui débordé
Sur cette base, l'âge de la retraite avait été fixé à une moyenne de 55 ans. Or il ressort que ce modèle n'était pas durable. Aujourd'hui, du fait d'un meilleur accès aux services médicaux, de nombreuses personnes vivent en moyenne 9 ans au-dessus de la soixantaine. Ainsi les gens vont en retraite très tôt et vivent beaucoup plus longtemps. Dans certains pays les gens vivent 15 ans de plus après l'âge de 60 ans.
La deuxième hypothèse qui sous-tendait le système de répartition, c'était que l'économie créerait beaucoup plus d'emplois salariés et donc on assisterait à une plus large mobilisation de fonds. Les emplois salariés ont effectivement augmenté jusqu'à une certaine période. Mais par la suite, ils ont stagné et ont même commencé à décroître, réduisant ainsi l'assiette des cotisations.
S'appuyant sur l'espérance de vie initiale, le système s'attendait à recevoir plus de cotisation, pour moins de prestations payées. 60 ans après, c'est l'inverse l'accroissement de l'informel, et une plus longue espérance de vie font que les bénéficiaires de pensions de retraite touchent parfois 5 à 6 fois leurs cotisations.
La pertinence de cette analyse de Finactu trouve une confirmation dans la réalité de tous les jours chez les retraités africains. Dans certains pays, comme aux Cameroun, les autorités ont mis en place de longues procédures, pour retarder le moment du paiement des prestations. Et même cela n'a pas suffi. Aussi le Président camerounais est intervenu pour augmenter les plafonds et planchers de cotisation.
Des voies de sortie pas du tout évidentes
Dans son étude la firme propose un ensemble de solutions, qui vont de l'introduction de nouveaux services, comme la capitalisation (investissement) partielle ou les formes diverses d'assurance. Elle soulève aussi la possibilité d'étendre le prélèvement des cotisations aux autres secteurs, et enfin d'introduire l'informatisation. Mais les reformes de prévoyance sociale entreprises dans plusieurs pays montrent bien la complexité du problème.
L'étude n'aborde pas la manière dont ont été gérés les fonds de l'époque où il y avait des surplus de cotisation. Dans certains pays, les caisses nationales de prévoyance sociale ont réalisé des investissements, dont le rendement n'a pas été positif. Dans d'autres pays, il a souvent été évoqué des détournements de fonds qui ont creusé de gros trous dans les fonds de retraites. Des vides désormais difficiles à combler.
Il est important de relever que ces défis qui sont soulevés avec les retraites des travailleurs du secteur privé, sont encore plus marqués pour ce qui est des travailleurs des fonctions publiques. Avec les ajustements structurels de 1990 et peu de dynamique dans les régimes des salaires, les déficits dans les caisses publiques sont tout aussi importants.
Idriss Linge
Copyright © Monde Economique - Tous droits réservés