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Emissions de CO2 : et si le Royaume-Uni montrait l'exemple ?
Le Royaume-Uni vient d'arrêter son budget carbone pour la période 2023-2027. D'ici là , nos émissions nettes de carbone auront été réduites de moitié. La décision n'a pas été facile. Aucun autre pays n'a de tels objectifs juridiquement contraignants.
Le Royaume-Uni est désormais un terrain sûr, sur lequel bâtir des entreprises durables. Les secteurs naissants peuvent se développer ; ceux établis peuvent s'adapter. Notre économie sera mieux équilibrée - et nos consommateurs bénéficieront d'une énergie propre et sûre au moindre coût. Et pourtant, les idées reçues autour de la maîtrise du carbone vont bon train. « Ce n'est pas rentable », disent les sceptiques. « La croissance en souffrira et l'industrie sera ruinée. » « Ce n'est pas le moment. »
C'est tout simplement faux. La « décarbonisation » ne s'inscrit pas dans une
logique de désindustrialisation de l'Union européenne. Pour nous, il s'agit de
nous orienter vers le prochain secteur de croissance mondiale. Prenons les
arguments les uns après les autres.
Premièrement, d'aucuns disent que des cibles d'émissions ambitieuses rendront l'Europe moins attractive pour les investissements étrangers, d'où les risques pour la croissance et l'emploi. En allant trop loin trop vite, nous mettons notre avantage concurrentiel en danger. Ce n'est pas ce que nous apprend l'histoire.
Dans les années 1980, des milliards de livres sterling furent investis dans les chlorofluorocarbones (CFC), créant des milliers d'emplois. Les CFC s'utilisaient dans une multitude de produits et procédés car, selon les lobbyistes industriels de l'époque, les alternatives étaient irréalisables ou trop coûteuses. Et pourtant, avant même la fin de la décennie, un traité interdisant les CFC fut adopté, sans effet sur la prospérité économique mondiale. La réglementation environnementale se fit le moteur de l'innovation. Un grand nombre des arguments avancés contre l'interdiction des CFC se font de nouveau entendre. Oui, le changement s'accompagne de risques ; et oui, certains secteurs sont davantage exposés que d'autres.
Pour les industries intensives en énergie, la transition vers une activité sobre en carbone doit être gérée avec soin. Les risques connus peuvent être pris en compte, et le gouvernement peut aider. D'ici à la fin de l'année, nous prendrons des mesures visant à réduire l'impact des politiques gouvernementales sur le coût de l'électricité pour ces entreprises, leur permettant ainsi de continuer à jouer leur rôle dans la réalisation de notre transformation industrielle verte.
A plus long terme, ce ne sont pas des perspectives de destruction, mais de changement qui se présentent à nous. Cette évolution est ce qui fait avancer l'économie et non pas ce qui la menace. Les industries du futur sont vigoureuses. À l'échelle mondiale, le secteur sobre en carbone se chiffre à plus de 3 milliards de milliards de livres sterling ; sa croissance est plus rapide que celle du PIB mondial. Au Royaume-Uni, nous pensons pouvoir devenir un pôle reconnu d'investissements écologiques - énergie éolienne, énergies marines -ainsi que de capture et de stockage de carbone.
Le deuxième argument concerne non pas le principe mais le moment choisi : nous ne pouvons pas réduire les émissions maintenant, la reprise économique est encore trop fragile. Nous devrions agir plus tard et faire confiance à la technologie pour nous sauver. Mais, si nous n'agissons pas maintenant, alors quand le ferons-nous ?
Nous avons tous tendance à ne pas tenir compte du futur : les dividendes immédiats sont plus séduisants que la promesse des profits de demain. A ce stade du cycle de développement, il est naturel de se demander d'où viendra la croissance.
En fait, le moment ne saurait être mieux choisi pour lancer l'économie européenne sur une voie plus durable. Au Royaume-Uni nous voulons que notre économie dépende moins de l'énergie importée, dépende moins d'une seule technologie et soit plus résistante aux pics de prix des combustibles fossiles.
Les décisions que l'Union européenne prendra dans les quelques années à venir seront cruciales pour déterminer les actions des autres grandes puissances. En fixant une cible au long terme, nous donnons aux entreprises le temps et l'espace nécessaires pour s'adapter aux changements dont le pays a besoin. Nous espérons que notre budget carbone encouragera l'Union européenne à renforcer ses ambitions, par exemple en relevant sa cible de réduction des émissions - à 30 % d'ici à 2020.
Lorsque l'ONU se réunira pour traiter des solutions au changement climatique, nous pourrons montrer par nos actions que la transition vers une économie sobre en carbone n'est pas seulement abordable, mais désirable.
Il ne s'agit pas ici d'un geste altruiste mais qui relève de l'intérêt économique de tous.
Chris Huhne, Ministre britannique chargé de l'Energie et du Changement climatique
Source:www.fedre.org