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Chapelle de l'Ermitage, en ville de Neuchâtel
Chapelle de l'Ermitage, orgue et vitraux
Dans cette rubrique, nous vous présentons l'une des plus belles églises de notre canton, la Chapelle de l'Ermitage , son histoire, ses fabuleux vitraux et un orgue comme on n'en voit plus beaucoup ! D'emblée, nous tenons à remercier Mme de Salis, pasteure de l'Ermitage, pour son accueil très convivial et les renseignements qu'elle nous a communiqués (sept. 2005). La chapelle de l'Ermitage, est à l'origine, un petit sanctuaire privé, construit en 1877-78 , par Rose-Isabelle La Trobe, née de Montmollin, à la mémoire de son mari Charles-Joseph La Trobe et de sa fille tous deux décédés en 1875 et 1874. Le Domaine de l'Ermitage fut acheté, lors d'enchères publiques, suite au décès, en 1874, du propriétaire, le Pasteur Charles-Louis de Perrot, par Madame Charles-Joseph La Trobe, domiciliée alors près de Londres. La transaction eut lieu le 30 juin 1874. Madame La Trobe était le 13ème enfant de Frédéric-Auguste de Montmollin (conseiller et secrétaire d'Etat au moment de la Restauration). Veuve de Louis-Auguste de Meuron, en 1843, Mme La Trobe épousa en 1855 Charles-Joseph La Trobe, sujet britannique, lui-même devenu veuf en 1854.
La Trobe fit un séjour prolongé à Neuchâtel, engagé par le comte Frédéric de Pourtalès-Castellane (comme précepteur de son fils). M. La Trobe avait des origines françaises (près de Montauban). Ses ancêtres avaient émigré en Hollande puis en Angleterre au moment de la Révocation de l'Edit de Nantes (ils étaient de confession protestante). La Trobe avait servi brillamment son pays, l'Angleterre, et fut chargé notamment d'une mission d'inspection aux Antilles britanniques. La Trobe fut ensuite envoyé en Australie (comme surintendant de Port-Philipp qui deviendra plus tard la ville de Melbourne ); La Trobe devint le premier gouverneur de la province de Victoria en 1851. La ville de Melbourne le considère comme son second fondateur. Il démissionna en 1854 et revint en Europe. Libéré de ses charges officielles, il mena chez nous la vie d'une personne aisée. Il séjourna tantôt en Angleterre, tantôt en Suisse. Devenu veuf en 1854, il épouse, donc en 1855, la soeur cadette de sa femme décédée: Rose-Isabelle de Montmollin. Rose-Isabelle La Trobe devient propriétaire du Domaine de l'Ermitage, en 1874. M. La Trobe mourut en Angleterre le 4 décembre 1875. Sa femme, Rose-Isabelle lui survécut 8 ans. Mme La Trobe ne fut pas épargnée par la douleur puisqu'elle avait perdu sa fille cadette, Isabelle-Castellane-Helen, le 26 août 1874.
Mme La Trobe décida de faire construire une chapelle privée, dans le parc de son domaine de l'Ermitage, en l'honneur de son mari et de sa fille. Cette pratique de construction d'une chapelle privée était courante en Angleterre, dans les familles aisées. L'architecte Louis-Daniel Perrier, originaire notamment de Sainte-Croix, était installé depuis 1848 à Neuchâtel. Ce fut lui qui déposa les plans de la chapelle. Celle-ci fut construite dès 1877 et achevée en 1878. C'est un édifice remarquable, qui se distingue des églises de notre canton par un style dit "anglicisant", tant par l'aspect que par la couleur de la pierre. L'édifice mesure presque 16 m de long à l'intérieur. Mais la chapelle n'était pas uniquement privée; les paroissiens du quartier en plein développement pouvaient aussi assister aux services religieux. Dans le choeur figurent deux inscriptions: la première est à la mémoire de Charles-Joseph La Trobe et de celle d'Isabelle-Castellane-Helen, respectivement époux et fille de Mme La Trobe; la seconde est à la mémoire de trois petits-enfants de Mme La Trobe décédés en bas âge au moment où la chapelle était en fin de construction (1878). Ces enfants très jeunes étaient les enfants de la belle-fille de Mme La Trobe: Agnès-Louise La Trobe qui avait épousé en 1874 le comte Pierre de Salis-Soglio (Sussex, Angleterre), d'origine grisonne et né à Neuchâtel. Ce comte de Salis-Soglio fut notamment conservateur du Musée des Beaux-Arts de Neuchâtel de 1885-1912.
Destinée de la chapelle : ce bel édifice, Mme La Trobe le destinait aux habitants du quartier. Le culte protestant fut déjà célébré dans le quartier dès février 1877 (Pasteur J. Wittnauer). Puis, à tour de rôle, les pasteurs indépendants de la Ville vinrent prêcher à l'Ermitage. Mme La Trobe prenait à sa charge les frais. A son décès, sa belle-fille Agnès-Louise de Salis, née La Trobe, reprit cette pratique. Par un acte authentique du 24 octobre 1927, Mme Elizabeth-Sophie de Blonay, née Salis-Soglio, remit en don la chapelle à la Paroisse protestante de Neuchâtel. Une paroissienne généreuse fit don de 3 vitraux de Jacques Wasem placés dans le choeur ( 1936 ). Les deux vitraux évoquent Gethsémané et Pâques, avec l'Agneau Pascal dans un oeil-de-boeuf au centre. Les vitraux ouest sont au nombre de trois: au centre, un vitrail figuratif rappelant la vie de Charles-Joseph La Trobe , du verrier australien Alan Summer , offert aux paroissiens par l' Etat de Victoria à l'occasion du centième anniversaire de la chapelle en 1978 . Deux vitraux non figuratifs sont placés de part et d'autre de ce vitrail: ces 2 vitraux ont été réalisés par un groupe de paroissiens, pour le 125ème anniversaire, sous la direction du peintre-verrier Daniel Goetsch . Les autres superbes vitraux de l'Ermitage sont aussi l'oeuvre des paroissiens enthousiastes, toujours sous la conduite de Daniel Goetsch; les fonts baptismaux ont été conçus et réalisés par M. Maurice Lack . Les vitraux de la façade Sud obéissent à une thématique bien précise. Ces vitraux purent être réalisés grâce à un legs important d'une paroissienne (Mme A. Delacrétaz) et à d'autres dons généreux. Les vitraux de la façade Nord sont comme des écrans contre lesquels les couleurs vives des fenêtres Sud viennent en force. L'ensemble de l'église est donc revêtu de verrières exceptionnelles, la plupart réalisées par les paroissiens eux-mêmes, bien guidés. Ce message apporté par cette paroisse remarquablement vivante et chrétienne est vraiment émouvant. Si, comme nous, on a la chance de visiter ce sanctuaire en plein soleil de l'après-midi, l'ambiance est assurément prenante. La chapelle a récemment fait l'acquisition d'un petit orgue positif de 3 jeux, visiblement très ancien, ne possédant qu'un clavier. Ce clavier se rétracte pour le rangement (coulissement). Des volets viennent se fermer sur les tuyaux. Ce superbe instrument aux sonorités généreuses est entretenu par la Manufactures d'Orgues de Chézard-St.-Martin . On ne connaît pas le facteur de cet orgue aux décorations néo-gothiques. Une inscription figure en médaillon au centre, au-dessus du clavier: " Mon Dieu, mon Roy, je T'exalterai et je bénirai Ton Nom à toujours et à perpétuité ". Les caractères des inscriptions sur l'instrument sont gothiques.
A propos de l' orgue de l'Ermitage : la manufacture de Chézard-St.-Martin, interrogée sur la provenance du bel orgue de l'Ermitage, nous a très aimablement fourni des renseignements sous forme d'un résumé d'une expertise réalisée par le grand organiste G. Bovet, titulaire des Grandes Orgues de la Collégiale de Neuchâtel. L'orgue de la Chapelle de l'Ermitage serait un orgue de facture valaisanne ( Frères Walpen, Sierre, 1823 ), selon une inscription trouvée sur le tuyau central de la façade. Il était en place dans la Chapelle des Buis à Genève. Il s'agit donc bien d'un orgue ancien, fort intéressant. La date du début du 19ème siècle explique les décorations néo-gothiques des volets de l'orgue et du lutrin. C'est donc un intéressant témoin de la facture valaisanne du début du 19ème s. Les jeux : Flûte 8', Gambe 8', Prestant 4'. Pour avoir pu faire quelques accords sur cet orgue, nous l'avons trouvé vraiment très généreux dans sa sonorité avec un "plenum" remplissant bien la chapelle. Cet orgue s'intègre aussi parfaitement avec la chapelle datant, elle aussi, du 19ème s.
Deux ouvrages mis à notre disposition ont permis cet historique assez précis:
1 . La Chapelle de l'Ermitage, ses vitraux et ses fonts baptismaux, plaquette éditée par la Paroisse, le 11 sept. 2005. Cette plaquette est disponible dans l'église de l'Ermitage et explique toute la thématique des vitraux .
2 . La Chapelle de l'Ermitage à Neuchâtel, 1878-1978, plaquette de Théodore Gorgé, imprimerie H. Messeiller SA, Neuchâtel, 1978 (plaquette du centenaire) .
3 . Site Internet: http://www.lermitage.ch/ (explications des vitraux).
4 . Autre site: voir ici.
5 . Deux références historiques: lire ici (orgue) et aussi ici (chapelle).
Les photos personnelles (automne 2005) sont présentées dans la rubrique attenante .
Page revue en décembre 2020.
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