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15/01/2014
Franz Weber pourrait retirer son initiative
Depuis 1977, Franz Weber a gagné et Lavaux grâce à lui est sauvé. Le 18 mai, le peuple vaudois devra arbitrer une querelle devenue inutile.
Bref rappel historique : en 1972, Franz Weber dépose une initiative inscrivant dans la Constitution la protection de Lavaux. Cette initiative "Lavaux I" sera plébiscitée en 1977 par le peuple vaudois, contre l'avis de ses autorités et la majorité des partis politiques vaudois. Dès lors, ce splendide vignoble est protégé : bravo Franz Weber, mission accomplie, et merci !
La Constituante, portée par un souci de cohérence juridique, retire de la Constitution de 2003 les dispositions de protection de Lavaux, pour les renvoyer à la Loi. Franz Weber y voit un piège. Par son initiative "Lavaux II", il propose de réhisser la protection de Lavaux au rang constitutionnel. Contre l'avis du Conseil d'Etat, le Grand conseil soutient l'initiative, qui est à nouveau plébiscitée par le peuple, en 2005.
En 2008, Lavaux est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO : la moindre des choses eût été d'honorer Franz Weber à cette occasion et de reconnaître que tout le mérite lui en revient. L'affaire aurait dû s'arrêter là. Mais les hommes sont ce qu'ils sont. Parce que les autorités désavouées n'ont pas eu assez de grandeur d'âme pour reconnaître le mérite du vieux lutteur de Clarens, le contentieux vieux de trente ans entre lui et l'officialité n'a pas été apaisé.
Il dépose "Lavaux III" en 2009. Un long conflit juridique finit par aboutir à la situation d'aujourd'hui : le Conseil d'Etat et le Grand Conseil sont quasiment unanimes derrière un contre-projet si proche de l'initiative "Lavaux III" que, dans les faits, Franz Weber a à nouveau gagné.
En d'autres circonstances, les initiants auraient la sagesse et la grandeur d'âme de retirer leur texte et de se rallier au contre-projet, qui de fait donne satisfaction aux défenseurs du patrimoine et aux vignerons concernés. Il aurait probablement suffi d'un geste symbolique, par exemple faire de Weber un citoyen d'honneur ou lui remettre un prix officiel, comme le Grand prix de la Fondation vaudoise pour la culture. Admettre une bonne fois que Weber a été visionnaire et que notre canton lui doit beaucoup, parce qu'il a eu le courage et la force de tenir tête aux autorités.
Hélas : cette occasion a été manquée. Franz Weber, blessé, ne retirera pas son initiative. Les Vaudoises et les Vaudois vont se déchirer sur des détails. A la fin, il y aura forcément des perdants meurtris. Quel gâchis à l'heure où tant de psychologues, de sociologues et de spécialistes de la communication sont payés par nos impôts pour, on voudrait le croire, mettre un peu d'harmonie entre le peuple et ses autorités !