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Roger de Weck laissera sa place à la tête de la SSR à Gilles Marchand le 1er octobre prochain.
Keystone/URS FLUEELER(sda-ats)
Roger de Weck ne croit pas en une limitation de la publicité pour la SSR, par exemple en interdisant les spots après 20h00. Le patron du groupe audio-visuel public renvoie les médias privés à leurs propres difficultés. Il imagine un financement public du journalisme.
"Nous sommes ouverts à de nouveaux modèles d'affaires en ce qui concerne la publicité", assure Roger de Weck dans une interview à la NZZ am Sonntag. La SSR pourrait par exemple se voir imposer une certaine limite à ses revenus émanant de la publicité. "Et si les recettes dépassent ce plafond, une partie du montant serait dévié vers le fonds de soutien indirect aux médias", indique M. de Weck.
Une idée qu'il dit également soutenue par Gilles Marchand, qui lui succédera à la tête de la SSR dès octobre prochain. Et M. de Weck d'ajouter que "de tels modèles sont plus intelligents qu'une limitation de la publicité pour la SSR". Les chaînes allemandes et françaises, avec leurs fenêtres publicitaires suisses, seraient les premières à profiter d'une limitation de la publicité, souligne-t-il.
Des débats "anachroniques"
Les débats sur une réduction du nombre de chaînes en Suisse sont "anachroniques", affirme en outre le chef de la SSR. Sites web, apps pour smartphones, réseaux sociaux et Smart-TV font office de nouveaux canaux de diffusion, en plus de la radio et la télévision. Bientôt, "on ne parlera plus du tout de canaux, mais d'utilisation optimale des six moyens de diffusion pour séduire le public".
Roger de Weck n'est en outre pas convaincu par le principe dit du "open content", selon lequel les médias privés devraient avoir un accès gratuit aux émissions de la SSR. Cette demande, soutenue par la commission des télécommunications du National, "paraît complètement irréaliste dans la jungle des droits d'auteurs", fait-il remarquer.
La SSR n'est pas le problème
Les critiques des médias privés sur la SSR, leur volonté de limiter la publicité sur les chaînes publiques et de réduire la taille de la SSR sont le reflet de leurs propres difficultés, d'après M. de Weck. Estropiés par la fuite des revenus publicitaires sur Internet, ils exigent que le service public démantèle lui aussi.
Si l'on suivait cette logique, "tous les médias finiraient par être saignés à blanc". Le principal problème n'est pas la SSR, mais la question de savoir comment le journalisme pourra se financer à l'avenir, insiste le chef du groupe audiovisuel public. Une interrogation centrale dans un régime démocratique: d'ailleurs, "chaque affaiblissement du journalisme affaiblit la démocratie".
Surtout à l'heure où certaines "puissances" essaient d'intimider et de déstabiliser les médias, poursuit M. de Weck. Et de citer le nouveau président américain Donald Trump, qui s'oppose à l'indépendance de la presse.
"Un modèle sur deux plans"
Le patron de la SSR peut toutefois imaginer en Suisse un financement du journalisme qui passerait par des organismes publics. A titre d'exemple, il mentionne le quotidien fribourgeois La Liberté, financé aujourd'hui en partie par la banque cantonale et la centrale électrique cantonale, alors qu'une fondation veille à ce qu'il n'y ait pas d'ingérence dans le contenu du journal.
Roger de Weck préfère cette alternative à celles de voir des "personnes de pouvoir" prendre les rênes des publications. La possibilité "d'un modèle sur deux plans" pourrait aussi être intéressante: "un pendant national où les contribuables financent la SSR et 34 distributeurs régionaux, et un pendant cantonal où des entités publiques prennent le relais".
La commission des télécommunications du National vient d'approuver une série de motions visant à serrer la bride au diffuseur de service public. Elle demande notamment au Conseil fédéral de réduire le nombre de chaînes thématiques des radios n'assumant pas un mandat de service public à proprement parler. L'administration devrait en outre analyser les effets d'une limitation de la publicité à la SSR.
ATS