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Le fort de Douaumont (Verdun) [46]
Après la guerre de 1870 qui a vu la perte de l'Alsace et de la Moselle, un plan de défense de la frontière est établi par le général Raymond Adolphe Séré de Rivières qui fait construire 38 forts et ouvrages sur un périmètre de 40 kilomètres autour de la ville de Verdun.
Parmi eux, le fort de Douaumont est l'ouvrage le plus grand, mais non le plus puissant comme l'affirment certaines cartes postales de propagande. Sa construction commence dès 1885 et se termine fin 1913. Il devient par sa place dans le dispositif, un fort important de la région verdunoise en 1914.
Au début de la Première Guerre mondiale, l'état-major français ne croit plus aux fortifications fixes car il pense que seule l'offensive peut procurer la victoire. La destruction des forts franco-belges de la Meuse en 1914 par les mortiers géants allemands et les habiles manœuvres de désinformation renforcent cette idée et le 5 août 1915 est signé un décret autorisant le retrait des garnisons, de l'armement, des munitions et des vivres des forts. Pire encore : des travaux de minage en vue de faire sauter les ouvrages sont entrepris, et des charges de démolition sont posées.
Le 25 février 1916, les Allemands attaquèrent en direction du Fort de Douaumont dans le but de porter leurs lignes à environ 600 mètres du fort. Étonnés par le calme régnant dans la région du fort et poussant en avant, ils réussirent à descendre dans le fossé et à rentrer dans les galeries. Les 57 soldats qui occupaient le fort furent faits prisonniers. La perte du fort, important point d'appui, observatoire et abri de premier ordre entraînait pour la défense des conséquences matérielles et morales considérables. Les Allemands organisent tout de suite la défense du fort de Douaumont. Dans la soirée du 25 février, ils sont 19 officiers et 79 sous-officiers et hommes de troupes de cinq compagnies différentes à occuper Douaumont. Le fort devient le pivot de la défense allemande sur la rive droite de la Meuse (près du fort de Vaux).
Le 8 mai 1916, la vie du fort, alors occupé par les Allemands, fut troublée par un événement imprévu. La veille, les bombardements avaient été très violents. L'ouvrage avait reçu les blessés, un bataillon au repos et de nombreuses troupes se trouvaient dans le fort. À 6 heures du matin, une violente explosion, celle d'un dépôt de grenades, mit le feu à un dépôt de lance-flammes. Cette explosion est due à une erreur humaine. Les pertes furent lourdes, les Allemands commencèrent à enterrer les morts mais comme on en retrouvait toujours, le commandement les fit placer dans deux casemates qui furent murées. Des 800 à 900 soldats qui périrent, 679 sont enterrés derrière cette croix : c'est le cimetière allemand du fort.
Le 24 octobre 1916, le fort fut repris, par le régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM) renforcé de tirailleurs sénégalais et somalis, le 4e régiment mixte de zouaves et tirailleurs (4e RMZT) et le 321e régiment d'infanterie (321e RI), unités de la 38ème division d'infanterie. La compagnie du génie 19/2 était intégrée depuis 1914 à la 38ème DI. Il convient de remarquer que deux sapeurs de cette compagnie, Jean YGON et Paul DUMONT, se sont particulièrement distingués le 24 octobre1916 : alors qu'YGON, aidé d'un autre sapeur, parvient à capturer vingt soldats allemands, deux mitrailleuses et trois canons, DUMONT, qui a pris le commandement de quatre soldats coloniaux, est le premier soldat français à pénétrer dans le fort. A son tour, il y capture quatre officiers et vingt-quatre soldats allemands. Le 4 décembre 1916, ils se voient attribuer tous les deux la Légion d'Honneur, dont ils seront les deux seuls militaires du rang récipiendaires à l'occasion de la reprise du fort. Paul DUMONT sera parrain de la 273e promotion de l'Ecole Nationale des Sous-Officiers d'Active.
Le 14 décembre 1916, un obus allemand de 420 mm tombe dans une casemate et tue 21 soldats. On put en sortir quatorze pour les enterrer à l'extérieur, les sept autres, dont les noms sont inscrits sur une plaque, furent déchiquetés et reposent encore derrière ce mur épais qui mure maintenant la casemate.
Douaumont coûta, d'après le général Pétain, 100 000 morts à la France, et aura été pris et repris sans combat.
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