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«Dans tout cela, l'imaginaire tiendra autant de place que le souvenir proprement dit.» CHM
Ce CD-Rom n'est ni de l'ordre du documentaire, ni de la fiction, il se joue des frontières et des définitions. Acteur et spectateur impliqué dans une réalité sociale et politique, dans tous les pays du globe, Chris Marker tente par ce travail de réunir les fragments du puzzle de sa vie. On peut déceler l'origine de Immemory One dans une phrase tirée de Sans soleil : «une mémoire totale est une mémoire anesthésiée».
Immemory One est découpé en huit zones constituées la plupart du temps à partir de ses archives personnelles. Ce découpage recoupe ses centres d'intérêts: voyage, photographie, cinéma, mémoire, musée, poésie, guerre, mort, etc. Et le cliqueur est invité à voyager le plus librement possible à l'intérieur de ces zones qui supposent un certain nombre de bifurcations internes et de connexions entre elles.
La meilleure description du contenu de ce CD-Rom, Chris Marker l'a trouvée chez Robert Hooke, l'homme qui a pressenti avant Newton les lois de la gravitation :
«Je vais maintenant construire un modèle mécanique et une représentation sensible de la Mémoire. Je supposerai qu'il y a un certain endroit ou point dans le cerveau de l'Homme où l'Ame a son siège principal. En ce qui concerne la position précise de ce point, je n'en dirai rien présentement et je ne postulerai aujourd'hui qu'une chose, à savoir qu'un tel lieu existe où toutes les impressions faites par les sens sont transmises et accueillies pour contemplation et de plus que ces impressions ne sont que des Mouvements de particules et de Corps».
Chris Marker à propos de son CD-ROM: «De cette conception découle la structure possible du disque, découpé en «zones» (...). Le point Madeleine (pour parler comme Hooke) se trouve à l'intersection des zones Proust et Hitchcock. Chacune d'elles à son tour recoupe d'autres zones qui sont autant d'îles ou de continents (pour parler comme moi) dont ma mémoire contient les descriptions, et mes archives, l'illustration (..)».
Né en 1921, Chris Marker est écrivain, essayiste, photographe et cinéaste, auteur de plus de 35 films. Il apparaît au générique de Nuit et Brouillard (Alain Resnais) au titre de deuxième assistant et co-signe Les statues meurent aussi (Alain Resnais)en 1952. Avec La Jetée, (1963) il poursuit en solitaire son exploration des vestiges et des vertiges du temps, mais de façon purement fictionnelle, réalisé à partir de photos uniquement. Quelques films plus tard et vingt ans après, c'est Sans soleil qui réunit les images, retravaillées à l'Apple II GS, d'un va-et-vient entre les continents et qui a la forme d'un journal intime. Level 5, son dernier film*, présente une femme (Catherine Belkhodja) qui a pour tâche de reconstruire la bataille d'Okinawa sous forme de jeu vidéo, sur différents niveaux. Cette tragédie interfère avec son histoire (la perte d'un homme qu'elle aimait). Les images sont retravaillées avec le logiciel multimédia Hyperstudio.
Auteur notamment d'installations vidéos multimédias et multiécrans: Zapping Zone, 1990 (Centre G. Pompidou) Silent Movie, 1995 (Wexner Center, Colombus)
* diffusé le soir de l'ouverture de la 7e Semaine Internationale de Vidéo *Biennale de l'Image en Mouvement (31 octobre, 20h30, à Saint-Gervais, Genève)
Sources: Cahiers du Cinéma 515 (Thierry Jousse), art press 224 (Louis-José Lestocart), Centre G. Pompidou.
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