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Satyricon présente une société romaine en pleine décadence, où orgies et autres festins sont courants, la morale y étant absente. Loin des reconstitutions historiques et autres péplums, Federico Fellini nous raconte les pérégrinations de deux jeunes parasites de l'époque néronienne, Encolpe et Ascylte.
Critique
Le fantasque Federico aimait s'inventer lui-même comme un personnage nommé Fellini. Sur ce Satyricon, il fit courir deux histoires : c'est lui qui, fasciné depuis toujours par l'oeuvre de Pétrone, avait souhaité l'adapter ; c'est un producteur qui avait eu l'idée du film. Tout est sûrement vrai. Car il y avait bien, à l'époque, une intuition commerciale dans cette association de deux mythes : la Rome impériale décadente et le cinéaste qui avait immortalisé l'Italie moderne, décadente à sa façon, dans La Dolce Vita, quelques années plus tôt. Le film fut, de fait, un succès. Il faut dire que Fellini a célébré fastueusement ses noces avec Pétrone, orchestrant un infini cortège de créatures qui semblent surgies d'une fresque antique et d'un musée fellinien tout aussi bien.
Mais, au-delà du spectacle, c'est un rapport plus intime, plus secret avec le Satyricon que Fellini nous laisse deviner. « C'est un film de science-fiction sur le passé, disait-il. La Rome d'Ascylte, d'Encolpe, de Trimalcion est plus lointaine et plus fantastique que les planètes de Flash Gordon. » En suivant le voyage erratique des jeunes Encolpe et Ascylte, Fellini s'échappe plus que jamais des contraintes du scénario et établit des associations libres, comme dans les rêves, entre passé et présent. En montrant une civilisation qui se disloque, il rejoint son époque, « où tout chavire », affirmait-il, ajoutant qu'il aimait les naufrages. Du chaos renaît la vie, dans des tumultes grisants : ici, tout est en éruption, la terre, les sens, la chair, le sang. Fellini-Satyricon, c'est du cinéma tellurique.
Frédéric Strauss, Télérama