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(Photo: attention, ceci n’est peut-être pas une cycliste…) Les utilisateurs de vélos électriques, les « e-clistes » sont-ils des cyclistes? On peut poser la question autrement: se faire assister par un moteur électrique vous prive-t-il du statut de cycliste, comme le fait d’utiliser les remontées mécanique vous prive du statut de skieur? Ah, non, suis-je bête? Sur la neige, c’est l’inverse. L’assistance fait de vous un skieur (un sportif donc) tandis que si vous n’y avez pas recours, vous devenez un randonneur à ski (un gars qui se balade peinard donc, sauf si vous allez très haut et que vous entrez dans la catégorie du skieur-alpiniste, un crack).
Mais à vélo, si j’en crois M. Alexis Favre, l’assistance électrique fait de vous une sorte de rebut de l’humanité, réfractaire à l’effort, un fainéant de la pire espèce qui n’a même pas le droit au statut de cycliste, que d’autres pourtant vous attribuent à peine un vélo enfourché.
C’est que, pour certains c’est en effet très simple. Dès que vous enfourchez un vélo, ne serait-ce que pour aller acheter le pain 100 mètres plus loin, vous êtes cycliste. Un peu comme vous êtes aspirateuriste lorsque vous passez l’aspirateur. Ou congélateuriste parce que vous utilisez un congélateur chez vous.
Quand devient-on cycliste? Ou aspirateuriste?
Mais celui ou celle qui se déplace à vélo devient un cycliste. Il n’est plus un homme, ou une femme, frère, sœur, parent, enfant. Il ou elle est cycliste et endosse dès lors la lourde responsabilité de représenter, voire de défendre, la cause de tous ceux qui circulent à vélo, plus ou moins bien, comme tous ceux qui circulent en général. Tout le monde a une anecdote sur un cycliste «qui a fait n’importe quoi». Pas de bol, vous êtes cycliste et vous voilà parti pour une discussion enflammée sur tous les cyclistes. Rien de tel avec les apirateuristes ou les congélateuristes, pourtant j’en connais qui font n’importe quoi, aussi sur la route.
D’un côté, nous avons donc ceux pour qui on devient cycliste à peine un vélo enfourché. De l’autre ceux pour qui cette qualité (ou défaut, c’est selon) ne s’acquiert qu’au prix du muscle et de la sueur, sans savoir où se situe exactement la limite inférieure de la puissance appliquée aux pédales à partir de laquelle on devient cycliste.
« Le vélo électrique n’existe pas »
Retour à la question: est-ce qu’une assistance électrique vous prive du statut de cycliste? Pour M. Favre c’est oui, car seul l’agent énergétique du moteur (essence ou électricité) diffère: «Un vélo à essence, c’est un vélomoteur, non? Bon, alors un vélo électrique, c’est pareil. C’est un vélomoteur. Que le moteur soit électrique ou à explosion ne change rien à l’affaire. Le vélo électrique, ça n’existe pas.»
«Oui, les vélos électriques, ou plutôt ceux qui les montent, sont des dangers publics. Lancés comme des frelons sur les artères plus ou moins piétonnes du pays, les cyclistes à piles sont les nouveaux gangsters du bitume.»
C’est oublier un peu vite qu’un vélomoteur dispose de pédales, mais qu’elle ne servent pas à la propulsion de l’engin, sauf pour parfois assister le moteur, en côte par exemple. Tout le contraire du vélo à assistance électrique, qui n’avance pas si l’on ne pédale pas. Si l’on ne «cycle» pas, on n’avance pas. Et pour revenir à la question du niveau de puissance à partir duquel je deviendrais cyclistes pour M. Favre, j’avoue que je n’en sais rien. Si je développe 200 Watts et que j’avance à 40 km/h (chiffre au hasard, sans base scientifique et aucune idée de la plausibilité de la corélation), suis-je davantage cycliste que mon collègue avec un moteur électrique et qui doit fournir 100 Watts seulement pour atteindre la même vitesse?
Des gangsters? Et ceux qui tuent par « inattention », bruit et pollution?
Je conçois évidemment que certains puissent être grisés par l’aisance de circulation avec ces engins, la vitesse facilement atteinte, et peut-être pendre quelque liberté avec certaines règles de sécurité. Mais en les qualifiant de «nouveaux gangsters du bitume», comme le fait M. Favre, je ne sais pas comment il va définir les conducteurs des engins bruyants, malodorants, polluants et mortels que sont les véhicules motorisés. Les vrais, les gros, à essence ou au diesel.
Le qualificatif de «gangster du bitume» est d’autant plus piquant que M. Favre, dans une autre chronique, revendique son comportement, disons libertaire, au guidon d’un vélo:
«repensant à ma dernière traversée de la plaine de Plainpalais – gros braquet, un jour de marché – et aux trois sauts de trottoir qui m’ont conduit en un temps record à la rédaction»
Cher Monsieur Favre, ce que vous pouvez accomplir à la force de vos mollets (rouler très (trop?) vite au milieu d’une foule moins rapide), vous le refusez aux personnes moins entraînées, peut-être malades, blessées, âgées, qui ont besoin d’un petit coup de pouce?
Doublé par un électrique? Où est le problème?
Voilà quelques temps, lors de notre petit tour en Suisse centrale avec mon épouse (disclaimer: elle gère un magasin de vélo, avec des électriques en rayon, mais je n’en ai pas) j’ai vu pas mal de cyclistes dans les cols et sur les chemins balisés de la Suisse à vélo, que je recommande à quiconque qui veut visiter le pays un peu plus tranquillement. Des forts, des moins forts, en vélo de route, de voyage, en VTT, en «gravel» comme nous. La plupart sans assistance électrique, mais tout de même pas mal avec. L’un d’entre eux s’est même excusé en me dépassant dans le Pragelpass, m’encourageant au passage d’un «hop hop» très suisse. Vexé? Blessé dans mon amour-propre? Pensez donc! Bien sûr que non. Ce brave monsieur avait l’air bien trop content de pouvoir gravir ce col à vélo. Et à dire vrai, je préfère cent fois me faire dépasser par un cycliste en vélo électrique que par un motard ou un automobiliste qui confond la route du Grimsel avec le circuit de Magny-Cours.
Certains peuvent aller vite, ou pas, à la seule force du mollet. D’autres ont besoin d’une assistance pour aller vite, ou pas. Chacun fait comme il veut, mais je ne vois pas de différence à la base. Tous cyclistes. Pour le pire parfois, mais, j’ose l’espérer, le plus souvent pour le meilleur.
Alors oui, les e-clistes sont des cyclistes. Tant qu’ils ne prennent pas un dossard, mais ça, c’est une autre histoire.