Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06999.jsonl.gz/247

Dopage Martial Saugy: «Le meldonium est sur la liste depuis octobre 2015»
Le directeur du Laboratoire suisse d’analyse du dopage à Lausanne (LAD) donne des éclaircissements par rapport au médicament qui a provoqué le contrôle positif de Maria Sharapova.
Martial Saugy, d’où vient ce fameux meldonium dont tout le monde parle après le contrôle positif de Maria Sharapova?
A la base, le médicament a été mis au point par le régime soviétique pour lutter contre l’ischémie, à savoir la diminution de l’apport sanguin à un organe. Le meldonium est utilisé notamment pour prévenir l’infarctus du myocarde. Il semble qu'il soit aussi utilisé dans des situations de diabète. Il y a environ trois ans, l’agence mondiale antidopage (AMA) a été alertée par des personnes travaillant dans les pays de l’Est qui ont remarqué que ce produit était de plus en plus populaire parmi les sportifs.
Quel est l’impact de ce médicament sur les performances sportives ?
Le médicament améliorerait l’endurance en augmentant l’afflux sanguin et en favorisant le transport d’oxygène. On peut comparer son effet à celui de l’AICAR qui est d’ailleurs classé dans la même catégorie. Il aurait aussi des effets bénéfiques sur le système nerveux central notamment sur la régulation du stress. Finalement, le meldonium permettrait une meilleure récupération. Tous ces effets ont été mis en évidence de manière empirique grâce à certains athlètes qui ont raconté leur expérience.
Comment le meldonium s’est retrouvé sur la liste de l’AMA ?
Ce médicament était sur la liste de monitoring de l’AMA en 2015. C’est à dire qu’il a été demandé de contrôler la présence de meldonium lors des contrôles des athlètes même si le médicament n’était pas encore sur la liste des substances interdites. Le nombre important de sportifs qui détournent le médicament de ses propriétés primaires justifie son interdiction.
Comment autant d’athlètes ont pu se faire piéger ?
Pour tout changement sur la liste des produits interdits, l’information arrive le 1er octobre de l’année précédant la modification (pour le meldonium en octobre 2015).
Les organes officiels nationaux et internationaux sont mis au courant. Soit les athlètes font un travail pour se tenir au courant, soit les agences antidopage nationales informent les athlètes de leurs pays. Chaque Fédération fonctionne différemment mais les canaux d’information existent et sont connus. Dans ce cas là, il s’agit d’un médicament qui est interdit et non d’une substance qu’on pourrait retrouver naturellement autre part, il ne peut pas y avoir d’erreur.
Que pensez-vous de la stratégie de défense de Maria Sharapova ?
De par mon travail, je n’ai pas le droit de me prononcer sur ce cas précis.
Historiquement, existe-t-il un autre médicament qui a provoqué autant de cas en si peu de temps dans plusieurs sports différents ? Je n’en ai pas le souvenir. Cette situation est assez inédite. C’est aussi l’effet d’un travail de fond de la communauté antidopage qui se concentre sur des médicaments, méconnus sur le plan international, mais utilisés dans certaines parties du monde.
Y a-t-il d’autres médicaments de ce genre qui sont sous surveillance de l’Agence mondiale antidopage actuellement ?
Il y a un travail permanent de la communauté antidopage pour traquer les nouvelles substances mises au point par l'industrie pharmaceutique qui sont souvent de plus en plus sophistiquées. Mais le travail et la recherche se font aussi sur des médicaments plus anciens qui sont utilisés seulement dans certaines régions à l’image du meldonium. (Le Matin)
Créé: 09.03.2016, 11h36