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Février 2012 °
L’indignité dans le sport
Auteur :
Rémy Cosandey
On parle souvent des salaires et des bonus démesurés versés aux banquiers ou aux capitaines des grandes entreprises. A quelques exceptions près, on considère que ces rémunérations sont indécentes et ne correspondent pas au travail et aux responsabilités des intéressés. Comment en effet admettre qu'un homme (ou une femme, mais le cas est très rare) puisse gagner mille fois plus que le moins payé de ses salariés?
Autre son de cloche dans le sport. A côté de footballeurs, de tennismans, de gymnastes, de nageurs, de hockeyeurs et d'athlètes modestes, il y a les vedettes, ceux qui, paraît-il, font la popularité de leur club et la réputation des milliardaires qui les dirigent. A eux, parce qu'ils savent jongler avec un ballon, manier une raquette ou bien tenir un volant, on pardonne tout ou presque. Et pourtant, on peut se poser des questions sur la démesure dans le sport. Prenons simplement trois exemples, dans des disciplines différentes.
Le footballeur Nicolas Anelka vient de quitter le club anglais de Chelsea pour poursuivre sa carrière en Chine. Le Shangai Shenhua lui offre un salaire de douze millions d'euros (quinze millions de francs suisses) par année, soit 35 fois plus que la rémunération d'un conseiller fédéral et 2000 fois plus qu'un
ouvrier chinois.
Le pilote automobile Michaël Schumacher, célèbre réfugié fiscal en Suisse, a un revenu estimé à cent millions de francs par année et une fortune évaluée à un milliard. A supposer qu'il place son argent à 3.65%, il touchera 100'000 francs d'intérêt (oui, vous avez bien lu: cent mille francs) par jour, samedi et dimanche compris. Et c'est à des gens comme lui que le canton de Vaud offre d'énormes cadeaux fiscaux!
Enfin, parlons un peu de Roger Federer, notre héros national. Voilà un homme sympathique, qui pratique la philanthropie et est un modèle pour le pays. Mais cela justifie-t-il qu'il touche des dizaines de millions de francs par année et qu'il ait choisi pour domicile légal une commune où le taux fiscal est très bas?
Autour des terrains de football, des courts de tennis et des circuits automobiles, il y a des spectateurs qui ont consenti d'immenses sacrifices pour soutenir leurs vedettes. Mais ont-ils conscience qu'ils se privent souvent de biens de première nécessité pour donner leur argent à des millionnaires ou à des milliardaires? Le monde du sport est gangréné par le système néolibéral. Mais qui sont les plus indignes: les sportifs qui monnaient leur talent ou les dirigeants qui les traitent comme une vulgaire marchandise?
Au moment d'écrire cet article, j'apprends que la Swiss Football League (un anglicisme de plus, hélas!) a retiré sa licence de jeu à Neuchâtel Xamax et que ce club a été mis en faillite. Seul coupable: Bulat Chagaev, qui trompe tout le monde depuis des mois. C'est l'exemple même de l'homme indigne. Mais le mot est peut-être un peu trop faible. En réalité, Bulat Chagaev est un vulgaire voyou ou, pire encore, une crapule.