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Malgré des prestations honorables à l'Euro, l'attaquant de la Roja doit faire face à l'hostilité de son propre public. Un statut qui changerait à coup sûr si le joueur de la Juve était décisif mardi soir en demi-finale contre l'Italie.
Le 28 juin, Alvaro Morata est devenu le meilleur buteur espagnol en phase finale de championnats d'Europe, à égalité avec Fernando Torres (cinq goals). Il a égalé ce record en inscrivant de manière superbe le quatrième but ibérique contre la Croatie, en huitième de finale (5-3). Avec 21 buts en 45 sélections, l'avant-centre de la Juventus présente un très bon bilan. Seul David Villa a un meilleur ratio avec la Roja. Et pourtant, Alvaro Morata n'est pas aimé dans son pays.
La cause? Son manque d'efficacité présumée devant le but adverse. Une partie du public le lui a fait savoir lors des trois matchs de la phase de poule. A Séville, le natif de Madrid a été conspué au moment d'être remplacé contre la Suède. Il a aussi été sifflé lorsqu'il est sorti contre la Pologne, malgré son but. Rebelote avant d'affronter les Slovaques, à l'échauffement. Une triste première pour un international ibère. Certains internautes ont aussi dérapé sur les réseaux sociaux. Touché, l'attaquant a fait part de son mal-être à la radio Cadena Cope:
Pour tenir le coup, Alvaro Morata (28 ans) a bénéficié du soutien du psychologue de la Roja, qui l'avait déjà aidé à surmonter sa phobie de l'avion.
La presse espagnole a également sèchement critiqué le joueur de la Juve après le 0-0 initial de la Roja contre la Suède, notamment pointé du doigt à cause d'une grosse occasion ratée. Le Mundo Deportivo interpellait directement le malheureux avec un titre aussi explicite qu'accablant: «Qu'as-tu fait, Morata?»
Une partie des journalistes ibères a toutefois défendu le numéro 7 de leur sélection, en reconnaissant ses qualités. C'est le cas de Miguel Angel Toribio, éditorialiste du célèbre quotidien sportif Marca. Il écrivait au sujet de Morata que «son dévouement, son engagement et son travail sont indiscutables, tout comme ses mouvements sans le ballon dont profitent ses coéquipiers.»
Paradoxalement, c'est cette forte implication qui peut expliquer le manque de réalisme de l'Ibère et les critiques qui en découlent. «Morata est victime du jeu voulu par le sélectionneur Luis Enrique», analyse l'ancien footballeur pro d'origine espagnole Carlos Varela. «Le coach lui en demande beaucoup: être à gauche, à droite, défendre. Morata applique les consignes, parce que c'est un bon soldat. Mais avec une telle débauche d'énergie, c'est normal d'avoir une perte de lucidité devant le but, à cause de la fatigue.»
Et malheureusement pour l'attaquant de la Juventus, prêté par l'Atlético Madrid, l'Espagne n'est pas l'Angleterre: un simple pressing sur le porteur du ballon est sujet à une standing ovation au pays des fish and chips, mais n'est qu'anecdotique dans celui des tapas. Où les beaux gestes et le spectacle mettent nettement plus l'eau à la bouche des fans que le travail de l'ombre.
Extrêmement gâtés par un football champagne – servi par les artistes Xavi, Iniesta, Puyol, Ramos, Torres ou Villa – et des résultats exceptionnels ces dernières années (deux Euros en 2008 et 2012 et une Coupe du monde en 2010), ces supporters ont en plus des exigences très élevées. Trop, selon Carlos Varela. L'ancien milieu de Servette, Young Boys et Xamax, entre autres, l'a fait remarquer avec humour lors d'une interview qu'il a accordée à des journalistes espagnols:
Les déboires de Morata avec le public ne datent pas du début de l'Euro. Début juin, l'attaquant de la Roja avait déjà eu droit à des chants hostiles lors d'un match de préparation contre le Portugal, au Wanda Metropolitano, le stade de son club, l'Atlético Madrid – qui a prêté le joueur jusqu'en juin 2022 à Turin. Pour Carlos Varela, le natif de la capitale est victime de la frustration générale. «Dès le départ, l’Espagne n’était pas euphorique avec son équipe, rembobine l'ex-scout de Servette. Les fans ne voulaient pas de Sarabia, beaucoup étaient fâchés de ne voir aucun joueur du Real Madrid dans l'effectif. La grogne s'est accentuée après les deux premiers matchs ratés. Et le public espagnol n'a pas de patience.»
Mais il peut se montrer rancunier, et Alvaro Morata est une cible idéale: l'avant-centre a porté les maillots des deux grands ennemis de Madrid, le Real et l'Atlético. Ce qui lui a valu de subir l'opprobre des deux publics. «En passant d'un club à l'autre, il a perdu une partie du soutien», appuie Carlos Varela, suiveur attentif du football outre-Pyrénées.
Face à cette défiance, Morata a toujours eu le soutien de ses coéquipiers et de son sélectionneur, qui l'ont défendu à plusieurs reprises dans les médias. «Je crois qu'il n'y a pas un seul entraîneur dans le monde entier qui n'admire pas Alvaro Morata, s'extasiait Luis Enrique après la victoire contre la Croatie. Il amène de la supériorité, de la sérénité, il peut dominer le jeu aérien, il peut marquer des buts, il est puissant physiquement.»
Aux mots, Luis Enrique ajoute les actes: il a titularisé Morata pour tous les cinq matchs disputés jusqu'à présent. Au total, le numéro 7 espagnol a joué 393 minutes. Et même s'il est statistiquement le joueur qui rate le plus d'occasions dans le tournoi, il a déjà inscrit deux buts, à chaque fois importants.
Une chose est certaine: en demi-finale mardi soir, la défense italienne ne sous-estimera pas autant le Madrilène que son propre public. D'autant que la charnière centrale transalpine le connaît très bien: Giorgio Chiellini et Leonardo Bonucci évoluent aussi tous les deux à la Juventus.