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Colloque organisé par le Kunstmuseum Bern
Les 11 et 12 mars 2021
En 2012, ce que l’on a appelé le « Fonds Gurlitt » permet de confronter le public à la problématique des œuvres d’art spoliées par les nazis. Après l’acceptation du legs de Cornelius Gurlitt par le Kunstmuseum Bern, la Suisse, elle aussi, relance le débat sur le commerce des œuvres pillées par les nazis et sur la façon dont les musées les exploitent. Mais il a fallu repréciser le contenu et la méthodologie de la recherche sur la provenance des œuvres et sur les collections, fixer un cadre de réflexion sur la circulation et l’acquisition d’artefacts et donc également redéfinir les principes éthiques et juridiques des musées. Il faudrait maintenant s’interroger sur le rôle joué par les musées et sur l’action menée par leurs collaborateurs lors des translocations de biens artistiques et culturels résultant des persécutions du national-socialisme ou du pillage du patrimoine artistique et culturel.
La recherche de provenance est la plupart du temps consacrée aux œuvres isolées ou à celles qui sont réunies en collections, dans le but de reconstituer les changements individuels de propriété et les translocations d’œuvres. L’évaluation de preuves circonstancielles exige, quant à elle, la faculté de discernement d’un historien. Souvent, le contexte historique et/ou la compétence des intervenants se révèlent déterminants pour expertiser des données.
Nous aimerions analyser, dans le cadre d’un colloque et à partir d’un type bien précis de translocation durant la période 1933-1945, les relations entre les institutions, leurs collaborateurs/-trices et les collectionneurs/-ses. Les œuvres qui ont été entreposées dans des musées en tant qu’œuvres déposées, situées en dehors des territoires contrôlés par l’Allemagne, feront l’objet de cette étude.
Dans le passé, les controverses à propos d’œuvres déposées entre 1933 et 1945 concernaient essentiellement ce qu’on a appelé « Fluchtgut ».1 Le cas échéant, on faisait tout au plus allusion aux questions visant le musée comme acteur dans les échanges avec les marchands, les collectionneurs et les émigrants. On n’attachait d’importance ni aux relations entre les musées, les collectionneurs et le marché de l’art, ni à l’interaction entre les circonstances politiques et la marge d’action individuelle. Comment s’effectuaient les achats, le transfert au marché de l’art, l’évitement des droits de douane par le biais de prêts et d’expositions ? Les noms de célèbres dépositaires font régulièrement l’objet des recherches de provenance, de conférences ou de publications, alors que les questions concernant les nombreuses œuvres déposées dans les seuls musées suisses n’ont pas encore été abordées. Il faudrait également procéder à une étude comparative des œuvres déposées en Suisse et dans d’autres musées en dehors de l’espace contrôlé par les Allemands entre 1933 et 1945.
L’approche comparative concerne les points suivants :
• Structures, mécanismes et motivation : Quelles sont les raisons qui ont amené les dépositaires à exporter les œuvres d’art ? Quels sont les motifs qui ont incité les acteurs des institutions à accepter ou à refuser le dépôt de telle ou telle œuvre ? Qui est suceptible d’avoir joué un rôle d’intermédiaire ?
• Le musée comme lieu d’exil ? Quels rapports existe-t-il entre la translocation, la propagande antisémite, la discrimination juridique et les persécutions concrètes ? Quels principes juridiques déterminent les rapports entre les dépositaires persécutés et les institutions suisses ?
• Présence et conséquences : Les œuvres déposées étaient-elles présentes dans les institutions et accessibles au public ? Comment les dépôts se matérialisent-ils et quelle a été leur importance jusqu’à aujourd’hui ? Quels sont les dépôts qui ont été effectués après la guerre et dans quelle mesure contribuent-ils à définir le profil des musées actuellement ? Quels sont les récits historiques et politiques qui leur sont associés ?
Outre les problématiques historiques liées aux institutions et aux collections, nous aimerions inciter à élargir les perspectives nationales, propres à chaque cas, dans le sens d’une histoire transnationale des relations et de leurs imbrications et à définir les champs d’action de réseaux porteurs en ce qui concerne les acteurs du secteur muséal, les collectionneurs et les marchands.
Quels sont les collectionneurs qui transfèrent leurs œuvres d’art en Suisse ? Quels sont ceux qui les transfèrent dans d’autres pays ? Quel est le rôle joué par les marchands, les hommes politiques ou les artistes en tant qu’intermédiaires ? Et quel rôle jouent-ils dans la vente ou la translocation d’œuvres expédiées à l’étranger ? Quels sont les facteurs politico-juridiques qui interviennent dans l’importation ou l’exportation d’œuvres d’art ? Où se situe la limite entre la protection d’une œuvre et sa valeur ajoutée ? Que peut nous révéler une analyse comparative des dépôts faits par des collectionneurs juifs dans des musées, en France ou en Israël par exemple, sur la spécificité de la situation en Suisse ?
Le colloque vise à approfondir les échanges entre les musées et d’autres organismes de recherche. Cet appel à communications s’adresse aux chercheurs/-euses des musées, des universités et des instituts d’études supérieures, ainsi qu’aux doctorants qui s’intéressent aux questions relatives à la politique de persécution menée par les nationaux-socialistes, à ses effets sur les translocations ou les ventes de biens culturels et aux questions interdisciplinaires propres à la recherche sur les collections. Seront les bienvenues les communications consacrées aux dépôts liés à la guerre et aux persécutions et prenant en compte les dimensions politico-culturelle, juridique et éthique : études de cas sur des collections ou des œuvres isolées déposées dans des musées suisses ; cas de collectionneurs/-euses et marchands impliqués dans ces processus ; exemples de musées et collaborateurs de musées ayant coordonné ces démarches. Par ailleurs, les analyses de mécanismes tels que l’impact de ces dépôts sur la pratique muséale et la réorientation du musée, leur influence sur la valeur de certaines œuvres et collections, ainsi que leur diffusion sur le marché de l’art seront également les bienvenues.
Le colloque s’inscrit dans le cadre des recherches menées par le Kunstmuseum Bern sur la provenance des œuvres et sur les collections. En dehors de l’intérêt porté aux lots et aux objets individuels, l’accent sera mis sur le développement des collections et sur le rôle des acteurs déterminants au sein de ce réseau d’échanges culturels et politiques.
Adressez vos propositions pour une communication d’environ 20-30 minutes avec titre et résumé (3000 signes max.) à l’adresse suivante avant le 30 juin 2020 :
Kunstmuseum Bern
Abteilung Provenienzforschung
z. Hd. von Frau Esther Heyer, M.A.
E-Mail: <email-pii>
Langues : allemand, français, anglais
Une invitation au colloque vous parviendront en septembre 2020. La date limite pour envoyer les propositions de communication est fixée au 28 février 2021. Les contributions seront publiées à la suite du colloque ; les manuscrits devront être remis avant le 30 avril 2021.