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"Quand on réfléchit trop, cela devient trop compliqué"
Lara Gut-Behrami est redevenue celle qui pouvait mettre une seconde à ses adversaires lors de la première descente de Crans-Montana. Mais elle n'a pas sombré dans l'euphorie.
- Lara, quelle démonstration!
- C'est clair que je suis contente parce que ce n'était pas simple de chercher le bon truc, de réfléchir et de voir que l'instinct ne vient pas. Quand on réfléchit trop, cela devient trop compliqué. Et aujourd'hui j'ai réussi à faire l'inverse. C'était l'instinct, et c'était fluide.
- Est-ce que cela peut être un tournant dans la recherche de cette perfection?
- Oui, tout est redevenu simple. Parfois ça prend du temps, parfois même des années pour arriver à ça. Mais cela ne veut pas dire que je vais tout gagner avec deux secondes d'avance. Peut-être que je vais retrouver la fluidité pour être rapide dans toutes les situations et pour pouvoir me battre dans toutes les courses.
- Est-ce que vous étiez surprise de voir du vert et 0''80 d'avance à l'arrivée?
- Non, j'étais contente. C'est facile de prendre deux secondes quand on skie mal. Mais dès que ça clique, que le ski est sur la taille et que l'on est actif, cela permet de faire des temps pareils. Ce matin, j'avais imaginé que pour gagner il faudrait couper la ligne en 1'27, et plutôt proche des 1'26. Quand j'ai vu mon temps et que c'était ça (réd: 1'27''11), j'étais heureuse. C'était la satisfaction d'avoir pu skier comme je le voulais.
- Est-ce que vous avez reçu beaucoup de messages?
- Non, seulement de la part de mes proches. Parce que peu de monde a mon numéro (elle sourit). J'ai reçu les messages des personnes importantes dans la vie.
- On vous sent presque sur la réserve...
- Je n'ai jamais été une athlète qui fêtait une victoire pendant trois jours en sautant partout comme une hystérique. Je n'ai jamais été la fille qui ne parlait pendant trois semaines après une course qui s'est mal passée. J'ai toujours essayé de canaliser ça. Il m'est même arrivé par le passé de ne pas fêter une victoire parce que j'étais déjà concentrée sur la course à venir. Je suis contente, mais j'ai toujours dit que c'était la manche qui me procurait le plus d'émotions. Je vais profiter de savourer ça avec ma famille et mon team parce que ça a pris pas mal d'énergie. Ca reste une victoire, cela ne change pas la vie. Il y a des choses plus importantes, et j'ai la chance d'avoir trouvé cet équilibre. J'adore skier, c'est ma passion, mais j'ai aussi la chance d'avoir une famille et des gens à la maison qui m'aiment même quand je ne gagne pas et qui ne sont pas là pour me critiquer.
- Parce que vous avez l'impression que les médias ne sont là que pour ça?
- Non. Je dis justement qu'il y a des choses plus importantes dans la vie. J'aime le ski, qui est une passion mais aussi un travail. Il faut réussir à passer du professionnel au privé. Sur le circuit de Coupe du monde, tu es plus souvent avec tes coéquipières qu'avec ta famille. On apprend aussi avec elles, entre femmes. Tu te rends simplement compte que l'essentiel c'est ta famille. Et ce n'est une attaque contre personne.
ats