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Vue en direction du nord-ouest du site actuel de la villa gallo-romaine de Vicques.
La villa gallo-romaine a été construite à la pointe orientale de la plaine fertile s'étendant entre Delémont, Courrendlin et Vicques. A cet endroit, le Val Terbi est rétréci par des collines qui drainent un apport d'eau intéressant pour un tel habitat.
Le site était déjà bien connu au Moyen Age; deux fours à chaux ont été construits à l'intérieur des ruines, les pierres de la construction fournissant une matière première intéressante. Quiquerez, qui fouilla les restes de la villa, fournit un plan précis de la construction. Gerster et Rais fouillèrent de façon plus détaillée avec une équipe de chômeurs et de volontaires.
La première phase de construction du bâtiment principal peut être attribuée au 1er s. ap. J.-C. Il était composé d'un habitat rectangulaire de 32 m sur 10 m dont le parterre contenait 7 chambres et deux bases d'escaliers conduisant à l'étage. Au nord et au sud, des portiques à colonnades flanquaient le bâtiment sur toute sa longueur. Aux extrémités, deux ailes s'avançaient de 16 m et formaient ainsi un portique à trois côtés curieusement ouvert vers le nord.
C'est cet aspect du bâtiment qui a été retenu à la fin des fouilles, les fondations étant recouvertes de murets de pierres visibles aujourd'hui.
Cette villa était entourée d'un mur fermant une cour de 105 m sur 65 m, accessible par deux portes, au nord et au sud. Par la suite le portique fut complété par un quatrième côté faisant face, au nord, à la villa primitive, formant ainsi une cour intérieure en péristyle. Divers bâtiments y furent accolés.
A l'angle nord-ouest de la cour furent construits des bains, dont les fondations assez bien conservées ont été recouvertes à la fin des fouilles: un bain froid, un bain tiède et un bain chaud avec hypocauste et local de chauffe. Plus tard, un bassin plus profond, chauffé par hypocauste, de 7,40 m sur 5,25 m, permit la natation. Trois absides et plusieurs salles annexes étaient à disposition des baigneurs.
Quelques-unes des céramiques sigillées importées à Vicques au 2e - 3e s.
Trois grandes cours extérieures entourées de murs délimitaient le domaine. Elles contenaient une partie agricole avec bâtiments, les habitations du personnel et divers ateliers. On a repéré durant les fouilles des scories de fer, les restes d'un four à tuiles, d'un four de potier et d'un four à chaux. Au nord, le portail d'entrée du domaine se dressait à 195 m en face de l'entrée du bâtiment principal, au bord de la voie romaine repérée sous la route actuelle, au-delà de l'ancienne église de Vicques.
La richesse du mobilier archéologique montre l'aisance des habitants de la villa. Grâce aux ateliers, le domaine devait suffire à ses besoins courants. Des échanges avec les régions lointaines sont attestés par divers objets mis au jour. La datation des 44 monnaies analysées fait pressentir l'abandon de la villa dans la deuxième moitié du 4e s.
Les fouilles 2009
Vue de la fouille d'urgence pratiquée sur la parcelle concernée.
La construction d'une villa individuelle, située à l'intérieur du périmètre archéologique protégeant les vestiges de l'antique villa gallo-romaine de Vicques, a nécessité l'intervention de la section d'archéologie du Canton du Jura afin de procéder aux fouilles d'urgence de la parcelle concernée. Ces fouilles, relevant de l'archéologie cantonale, ont été effectuées durant trois jours, du 25 au 28 mai dernier.
D'après les informations connues par les fouilles anciennes, nous savions que la parcelle en question devait être traversée par le mur d'enceinte entourant la pars rustica, mur qui s'étendait à l'origine sur quelque 300 mètres de longueur sur 200 mètres de large. C'est donc sans surprise qu'un tronçon de ce dernier a été dégagé sur une dizaine de mètres de longueur.
Vue du hérisson de fondation.
Le hérisson de fondation, mesurant 45 cm de profondeur pour 65 cm de largeur, est recouvert par un niveau de grosses dalles bien rectilignes sur leur face externe, formant un premier niveau de réglage ou une première élévation hors sol. Ce niveau est encore recouvert sur une bonne partie d'une deuxième couche de dalles, généralement plus petites. La largeur du mur hors sol est de 60-65 cm. La hauteur totale conservée est de 75 cm, fondation comprise.
Vue de la fondation du mur.
L'observation la plus importante est que la fondation du mur recoupe un niveau graveleux que l'on peut sans conteste lier à l'occupation romaine. Ce niveau contient en effet de nombreux petits fragments de tuiles, attestant sa datation. Le mur semble donc avoir été construit en cours de sédimentation de ce niveau et non dès le début de l'occupation. Il ne paraît de ce fait pas contemporain à la première phase de construction de la villa, remontant au milieu du 1er siècle, mais a certainement été érigé ultérieurement, sans doute à la fin du 1er siècle ou au tout début du 2e siècle.
Les fouilles 2015
La nécessité d'enfouir une ligne électrique dans l'enceinte même de la pars rustica de la villa romaine de Vicques a donné lieu à un suivi archéologique serré, entre les mois de février et mars 2015. Selon les directives dictées par notre service, la tranchée a été creusée par petites couches, avec une pelle rétro équipée d'un godet lisse, sous la surveillance continue d'archéologues. Ainsi, une tranchée de direction ouest-est, longue de 140 m pour une largeur de 1 m, a été excavée pour atteindre la profondeur maximale de 90 cm. Les 40 premiers mètres à l'ouest se sont révélés négatifs. La première structure observée est constituée d'un important fossé, large de 2,60 m et profond de plus de 90 cm, qui recoupe perpendiculairement la tranchée. Cet aménagement de profondeur inconnue, aux parois pratiquement verticales, semble délimiter l'emprise occidentale de toute une série de structures diverses. En effet, plus d'une vingtaine d'aménagements sont apparus en direction de l'est, ceci malgré la faible emprise relative de l'excavation. Le niveau d'apparition des structures varie localement de 40 à 85 cm de profondeur. Elles semblent néanmoins généralement liées à un même niveau archéologique plus ou moins marqué, mais localement absent. Les structures les plus enfouies le sont à cause d'une surépaisseur de dépôts superficiels de remblais, liés à des constructions modernes.
Vue partielle depuis l'est de la tranchée FMB en cours de fouille.
Les aménagements, plus ou moins arasés, sont constitués pour l'essentiel d'une douzaine de trous de poteau et de huit fosses ou fossés dont la fonction n'est pas encore vraiment déterminée. Toutes ces structures sont vraisemblablement liées à des constructions de la pars rustica de la villa romaine. Une fondation de mur d'enceinte de la cour orientale de la villa a également été recoupée. Cette maçonnerie, épaisse de 70 cm, est conservée sur 40 cm de hauteur. Elle était signalée 4 m plus à l'est sur un plan général dressé suite à d'anciennes fouilles effectuées de 1935 à 1938.
En outre, une tombe à inhumation est apparue. Cette sépulture se situe à quelques mètres au sud du mur du cimetière actuel. La tombe présente une orientation nord-sud, le défunt reposant en décubitus dorsal avec la tête située au Nord. Un squelette bien conservé a ainsi pu être fouillé et prélevé du bassin jusqu'aux pieds. La partie supérieure du corps a été laissée en place en dehors de la tranchée. En l'absence de mobilier funéraire, la datation de cette tombe n'est pas établie avec certitude. La structure est néanmoins nettement recoupée par une fosse plus récente, dont la fouille très partielle a livré quelques morceaux de tuile (tegulae). Cela permet ainsi de proposer un terminus ante quem situé au plus tard durant l'Epoque romaine. Par contre, le très bon état de conservation des ossements surprend et suggère une époque plus récente. Une datation C14 permettrait probablement de lever les doutes.
Signalons également une grande fosse qui constitue la structure la plus orientale observée dans la tranchée. Cet aménagement a livré un squelette complet de cheval. L'animal a été démembré pour faciliter son enfouissement, et ses pattes posées sur son corps. L'état de conservation des os est exceptionnel. Cette structure apparaît sous des remblais modernes, et pourrait être bien plus récente que les autres aménagements du site.
Fiche technique du site
|Commune / Localité||Val Terbi / Vicques|
|Site||Le Chaufour|
|Datation et type de site

- principal
- secondaire

Époque romaine, villa
|Année de découverte||1844|
|Date(s) de la fouille||1844-1846, 1935-1938, 2009, 2015|
|Publication(s)||Gerster, A. et Rais, A. Reconstitution d'un travail archéologique.

La villa gallo-romaine de Vicques, 1983.
Quiquerez, A. MT, 1862, pp. 197-207, pl. XII.
Spitale, D. Les monnaies de la villa gallo-romaine de Vicques, ASJE 95, 1992, pp. 9-48.
|Responsables de la fouille||Auguste Quiquerez

Alban Gerster
André Rais
|Dépôt des collections||

Musée Jurassien d'Art et d'Histoire, Delémont