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Leszek Kolakowski
Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 1980,
pour l’ensemble de son œuvre
La Fondation Veillon a décerné son Prix Européen de l'Essai au philosophe et essayiste polonais Leszek Kolakowski pour l'ensemble de son œuvre, en particulier pour ses dimensions européennes et morales qui portent un témoignage d'extrême actualité sur les problèmes que la civilisation de notre continent affronte aujourd'hui.
Né à Radom, ville industrielle non loin de Varsovie, le 23 octobre 1927, Leszek Kolakowski fit des études de philosophie à Lodz où la guerre lui ravit ses parents, son père, libre-penseur, disparaissant aux mains de la Gestapo.
Assistant en logique à l'Université de Lodz, puis à celle de Varsovie, il assiste à la libération de la Pologne par l'Armée rouge, à la division de l'Allemagne par les puissances, à l'érection du Rideau de fer au cœur de l'Europe, moments divers d'un destin tragique qui l'amènent peu à peu à se rebeller contre l'apparente fatalité historique, thème qu'il développe dans un de ses premiers essais, Responsabilité et histoire, publié dans Nowa Kultura en 1957. Cette réflexion, conduite parallèlement à une étude de Spinoza, parue en polonais l'année suivante sous le titre L'individu et l'infini, les antinomies de la liberté, le pousse à prendre parti contre les forces obscures d'institutions contribuant à l'oppression de l'homme, en particulier l'Eglise catholique de son pays, telle qu'il la ressent alors.
En 1959, il est nommé à la chaire d'histoire de la philosophie de l'Université de Varsovie. La poursuite de ses recherches sur la responsabilité de la personne – L'homme sans alternative paraît en 1960 –, sur Auguste Comte et son système de pensée – La philosophie positiviste sort de presse en Pologne en 1964 avant sa traduction en français, anglais et allemand, ou sur les controverses du XVIIe siècle – il publie Chrétiens sans église en 1965 et la version française en 1968 –, ainsi que l'évolution sociopolitique dans son pays et en Europe le conduisent assez vite à se distancer du traitement marxiste de l'histoire selon les principes du matérialisme.
Leszek Kolakowski prend alors des positions de plus en plus critiques vis-à-vis de la pensée officielle polonaise, si bien qu'en mars 1968, il est expulsé de l'Université pour des raisons politiques. À la fin de cette même année, il peut accepter un appel de l'Université de Montréal à venir au Canada enseigner à titre de professeur invité. Dans les mêmes conditions, il passe l'année 1969/70 à Berkeley pour le compte de l'Université de Californie avant d'accepter le poste de Senior Research Fellow à All Souls College à Oxford.
Il continue à écrire et publie en allemand L'esprit révolutionnaire en 1972 (version française, 1978), puis Présence du mythe en 1973 et Le marxisme, utopie et anti-utopie en 1974, toujours chez Piper à Munich.
En 1975, il retourne aux États-Unis et enseigne une année durant à Yale. Pendant ce temps, il poursuit sa réflexion sur la philosophie marxiste, remettant son fondateur à la place qui lui revient, celle d'un grand penseur du XIXe siècle situé entre Hegel et Nietzsche, puis publie le résultat de ces recherches dès 1977, en allemand, sous le titre Courants principaux du marxisme, trois volumes qui paraissent en anglais en 1978. Ceci n'empêche pas Leszek Kolakowski de s'intéresser à d'autres domaines de la pensée et, en anglais, il fait paraître en 1976, Husserl et la quête de la certitude, ouvrage traduit en allemand en 1978.
En 1977, dans la langue de Goethe, sortent encore de presse deux titres, Méthode en doute et Vivre malgré l'histoire, un recueil d'essais sur l'homme face à son destin (ouvrage préfacé par Leonhard Reinisch).
Aujourd'hui, Leszek Kolakowski continue de réfléchir aux valeurs, en particulier celles fondant la culture européenne, ce qui l'amène à approfondir toujours plus les racines chrétiennes de notre civilisation et considérer l'Eglise sous un aspect très différent de ses opinions de jeunesse.
Citoyen polonais lié au K.O.R., restant donc fortement impliqué dans le destin de son pays, Leszek Kolakowski a vu son rayonnement international reconnu depuis quelques années. Ainsi, il est actuellement membre de la British Academy, de l'Institut international de philosophie, de l'American Academy of Arts and Sciences ainsi que la Bayerische Akademie der Künste.
Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :
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