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La violence était âpre et réaliste, brutale et dérangeante, au point de générer un certain malaise que le naturalisme de la mise en scène, fauchée, et le grain de la pellicule, non perceptible ici, ne cessaient d'amplifier. Réalisé en 1972, The Last House on the Left (La Dernière Maison sur la gauche) est le premier film réalisé par Wes Craven. Il fit date et école, et marque un jalon dans un cinéma d'horreur transgressif qui ne s'était pas encore tout à fait émancipé des zones du bis. Premiers pas d'un cinéaste qui, avec notamment Tobe Hooper et William Lustig, allait fortement imprimer un genre. De Wes Craven, on (c'est-à-dire le grand public) connaît davantage ces franchises que sont Scream et la série des Freddy, qu'il ne signa pas tous. Soit des déclinaisons d'une horreur plus standard, dans la norme de cette représentation de l'effroi qui s'assimile parfois, à tort, à un cinéma pour ados. A l'exception de son exploitation vidéo, The Last House on the Left, remaké par Dennis Iliadis en 2009, reste un film relativement peu vu et ses diffusions en salles peu fréquentes. Dans ce premier film, Craven avait mis son âme. Il nous a quittés dimanche, à l'âge de 76 ans.
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Il y a des images plus iconiques que d'autres. Ainsi de ce plan de la célèbre séquence de la douche dans Psychose d'Hitchcock. Meurtre rituel, du sang en noir et blanc, une forme de terreur à l'état pur. Janet Leigh, le regard hors-champ, sans qu'on y décèle véritablement de l'effroi, et sa main clairement ouverte en direction de la caméra pour signifier le danger. L'eau coule, et le pavage carrelé de la paroi semble enfermer l'héroïne dans une sorte de piège infernal. Loin d'utiliser la caméra subjective - sans cela, Janet Leigh "nous" fixerait -, Hitchcock adopte un point de vue subjectif, ne révélant rien, du moins à ce stade du film, sur l'identité du tueur. L'image rime avec d'autres instantanés du film. Exemple avec cet autre plan (ci-contre), tout aussi célèbre, d'Anthony Perkins se protégeant avec sa main. Une curieuse symétrie s'instaure même entre les deux photogrammes, ce que des exégètes ont déjà analysé et commenté ailleurs plus longuement.
Psychose est un film où l'individu est fréquemment seul dans la mise en scène, pour ne pas dire la mécanique hitchcockienne. Comme si tout binôme, tout couple, y était désespérément condamné. Et que l'espoir ne subsistait que dans un hors-champ qui ne se laisse atteindre qu'au péril de sa vie. Dans cette perspective, les dialogues y sont moins abondants que dans d'autres suspens horrifiques, et souvent remplacés par une bande-son (y compris la musique de Bernard Herrmann) dont l'importance demeure fondamentale. Pure poésie du vertige, Psychose combine l'abstraction à l'épure et je ne connais personne qui le tienne pour un film négligeable. Au point que chaque plan, chaque séquence, signale le chef d'oeuvre. Et ce n'est pas Janet Leigh au volant de sa voiture (ci-dessous) qui va me contredire.
Psychose passe en ce moment aux cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Alfred Hitchcock.
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Ils sont cinq autour d'une table. En fait plus, certains acteurs demeurant ici hors-champ. Les visages serrés, durs, concernés, crispés pour certains. Le cadre rustique, naturaliste par le style, avec ces bouteilles d'eau en plastique, ces crayons disposés dans un verre, ce ventilateur au fond de la pièce, ce bureau en désordre juste à côté, autant d'éléments sans doute pieusement arrangés par l'accessoiriste du film. La réunion de tous ces personnages semble à la fois stricte et informelle. Il s'agit visiblement de statuer sur des problèmes immanents et courants dans un contexte paysan (du moins rural) qu'on devine dans ce plan de Coup de chaud de Raphaël Jacoulot, qui n'a pas été tourné cet été, malgré des apparences qui tendraient à valider cette hypothèse. Nous sommes ici dans un récit policier relativement classique, et dans une tradition du cinéma à la française dans lequel priment les gueules et les seconds rôles (comme chez Duvivier, Decoin, et autres "artisans" cinéastes trop souvent sous-estimés). Un crime a été commis et le film montre bien comment les soupçons se propagent et se réfractent au sein d'une communauté fonctionnant en autarcie et dans une relative autogestion. Cette circulation, alimentée par des compositions tenues et totalement crédibles, est tout à fait passionnante, du moins dans un premier degré de lecture que ce type de cinéma tend fréquemment à oublier. A découvrir.
Coup de chaud est actuellement à l'affiche en salles.