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Face aux livraisons de gaz russe, l'UE parviendra-t-elle à rester unie?
Avant la crise ukrainienne, l'Union européenne recevait quelque 14 milliards de m3 de gaz russe par mois. Depuis début septembre, l'Europe doit se contenter des miettes laissées par la Russie: selon Thierry Bros, expert en énergie et professeur à Science Po Paris, seuls deux milliards de m3 de gaz russe sont actuellement acheminés mensuellement vers l'UE, 1 milliard par l'Ukraine et 1 milliard via le gazoduc Turk Stream.
Cette diminution des livraisons n'est pas un choix de l'Europe, mais bien une politique menée par la Russie. Même avant leur probable sabotage en mer Baltique, les gazoducs Nord Stream 1 et 2 étaient déjà à l'arrêt. La Russie avait également décidé en mai de fermer les vannes d'un pipeline en direction de la Pologne.
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Coupure de vannes à venir?
D'autres fermetures de vannes pourraient suivre, comme l'explique Céline Bayou, chargée de cours à l'Inalco et chercheuse associée au Centre de recherche Europe Eurasie, dans l'émission Tout un monde mardi.
"Contre toute attente, les gazoducs qui passent par l'Ukraine laissent encore passer du gaz - en volumes beaucoup moins importants - malgré la guerre. Mais nous avons quelques inquiétudes pour la suite en raison d'un désaccord ces jours-ci entre Gazprom et la société Naftogaz, détenue par le gouvernement ukrainien, sur la façon dont cela fonctionne. Ce gaz va vers la Moldavie et vers l'Europe plus à l'ouest", détaille-t-elle.
"Le dernier pipe que l'on a passe par la mer Noire, arrive en Turquie et remonte par les Balkans. Il fournit du gaz à la Grèce, à la Bulgarie et ensuite vers les Balkans plus à l'ouest", précise Céline Bayou.
L'Europe s'est mise en position de dépendance
S'il reste donc quelques gazoducs russes actifs à destination de l'Europe, la situation est précaire et crée de nombreuses incertitudes. Pour la chercheuse de l'Institut national des langues et civilisations orientales, le problème est surtout que l'Europe ne peut que subir la loi de la Russie autour de ces gazoducs.
"Il y a vraiment eu une stratégie pendant tout l'été pour essayer d'obtenir le plus de gaz possible auprès de la Russie afin de remplir les stocks en prévision d'une dégradation de la situation, avec les risques du timing et qu'elle décide de ne plus envoyer de combustible. Ce faisant, l'Europe s'est mise en position de dépendance, ne s'est pas mise politiquement au-dessus en disant: 'c'est nous qui décidons'", commente Céline Bayou.
"Maintenant, l'automne arrive et il y a quelques angoisses. Les stocks sont remplis à 80% selon les pays. Mais ces jours-ci, nous sommes à la merci des décisions de la Russie d'envoyer du gaz, ou pas", souligne la spécialiste.
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Situations variables selon les pays
La situation en Europe varie beaucoup en fonction des pays et pourrait se révéler être un test crucial pour l'unité de l'Union européenne. La France a par exemple réussi à s'émanciper du gaz russe, tandis que la Hongrie a décidé de faire cavalier seul en signant un contrat avec Moscou pour garantir ses livraisons.
Fin septembre, la Pologne, la Norvège et le Danemark ont inauguré le Baltic Pipe, un gazoduc stratégique d'une capacité de 10 milliards de mètres cubes de gaz par an, qualifié de "nouveau corridor gazier" par la Première ministre danoise Mette Frederiksen, et qui doit permettre aux Polonais et aux Européens de se rendre à terme plus indépendants des livraisons russes.
Début octobre, Gazprom a totalement suspendu ses livraisons de gaz à l'Italie en invoquant l'"impossibilité de le transporter à travers l'Autriche" en raison d'une nouvelle réglementation entrée en vigueur le 1er octobre. Depuis, elle a rétabli la livraison.
La Russie montre donc qu'elle a les cartes en main pour faire monter la pression sur l'Allemagne et l'Autriche, encore très dépendantes des importations de combustible.
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"Principe d'incertitude"
"Je pense que le Kremlin va continuer avec ce 'principe d'incertitude' en nous envoyant des occases et des diktats toutes les semaines pour voir comment nous allons réagir: allons-nous être unis ou désunis?", note Thierry Bros.
"Pendant l'hiver, Moscou va utiliser le fait que nous soyons en capacité d'avoir besoin de beaucoup plus de gaz pour essayer de nous désunir. Malheureusement, au niveau du gaz que nous recevons de Gazprom en ce moment, nous ne sommes pas en capacité d'équilibrer l'offre et la demande", précise l'expert en énergies.
Cette inquiétude d'équilibrer l'offre et la demande a déjà un effet. L'Allemagne a récemment décidé la mise en place d'un plan "bazooka" de 200 milliards d'euros pour protéger son économie contre la hausse des prix de l'énergie, suscitant l'inquiétude de certains partenaires européens qui craignent une concurrence déloyale, faute de pouvoir mobiliser de telles sommes.
La première réaction, virulente, est venue de Rome. "Face aux menaces communes de notre époque, nous ne pouvons pas nous diviser en fonction de la marge de manoeuvre de nos budgets nationaux", a déclaré le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, dans une critique à peine voilée des annonces de Berlin.
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Sujet radio: Vincent Stocklin
Adaptation web: Jérémie Favre