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Critique
"Parler de choses sérieuses (le tabagisme) sur le mode comique, oui. Encore faut-il trouver le ton adéquat.
Lobbyiste ambitieux, séduisant et efficace, Nick Nailor (Aaron Eckhart) travaille pour les sociétés et les multinationales de la cigarette. Il est chargé de lutter contre tous les mouvements de prévention antitabac du pays. D'une conférence de presse à un talk-show télévisé en passant par un meeting et un congrès, il défend bec et ongles l'indéfendable, avec beaucoup d'habileté et d'hypocrisie: ""Ne cédez à personne le droit de vous dicter vos actes et vos pensées!"" scande-t-il inlassablement. Nick se présente au premier abord comme un beau parleur sympathique, défenseur des libertés individuelles, capable même de prendre une certaine distance vis-à-vis de lui-même, commentant avec humour, en voix off, les événements de sa vie.
Pratiquant le lobbying, Nick cherche à peser sur les décisions des représentants politiques, une pratique courante et institutionnalisée aux USA. Un beau sujet à traiter au moment où certains observateurs de la vie économique américaine découvrent les excès et les dérives de ce marketing politique.
Voilà ce que tente de montrer, sur un ton qui se voudrait satirique, THANK YOU FOR SMOKING. Le réalisateur Jason Reitman semble d'abord apporter son soutien au personnage de Nick, comme pour mieux prendre ensuite le contre-pied du politiquement correct. Mais le scénario - qui s'inspire d'un pamphlet et best-seller de Christopher Buckley, Salles fumeurs, édité en 1994 - garde un côté ambigu, se noyant dans une composante familiale ajoutée assez bâclée: Nick doit encore s'occuper de son fils Joey, passablement déconcerté de découvrir toutes les compromissions de son père.
Les meilleures scènes du film sont peut-être celles des déjeuners pris ensemble par Nick et les porte-parole des partisans des armes à feu et des fabricants de boissons alcooliques (les MDM, comme on les appelle, ou ""marchands de la mort""): l'hypocrisie des propos est alors perceptible, le machiavélisme l'emporte, et le côté douteux des personnages ne fait plus rire. Ou alors rire très jaune. Le personnage de Nick s'effiloche, avant de partir en morceaux.
Le résultat de tout cela donne un film en demi-teinte. Un certain malaise subsiste dans la mesure où le héros - infâme - use d'une argumentation que le réalisateur ne réfute que mollement. La satire est gentillette, la réflexion limitée, la mise en scène plate, l'intrigue n'est pas assez drôle pour faire de cette histoire une comédie attachante. Le jeu des acteurs n'y est pour rien: à côté d'un excellent Aaron Eckhart, on trouve une jolie galerie de comédiens en verve, parmi lesquels Robert Duvall. William H. Macy et même Dennis Miller, le ""Marlboro cow-boy"" de la célèbre publicité que l'on a tous vue au cinéma..."
Antoine Rochat