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Yann Gross et Arguiñe Escandón présentent l’exposition Aya jusqu’au 9 janvier 2020
L’histoire de Aya commence avec une carte postale publiée en 1902 de Charles Kroehle envoyée par Arguiñe Escandón à Yann Gross accompagnée d’un avertissement : « J’espère que tu ne finiras pas comme lui ». Elle met en scène un groupe d’Amérindiens qui posent avec leurs arcs devant un grand crocodile mort. Au centre, deux hommes blancs dont un tient un fusil. Cette image colorisée à grands traits se nomme : « Excursion du photographe Kroehle sur le fleuve Ucayali (Territoires indiens, Pérou) ».
Charles Kroehle était un photographe fasciné par l’Amazonie. Il en a parcouru une grande partie entre 1888 et 1891 avec l’ethnographe et photographe allemand George Hübner. Comme nous l’indique Arnaud Robert, un des auteurs des essais du livre Aya, « ses images de guerriers figés trahissent une innocence de la rencontre par la domination, qu’un photographe du XXIe siècle n’oserait plus. »
Gross, fasciné par cette carte postale et son histoire, est allé fouiller dans le passé à la recherche d’éléments biographiques et a découvert dans des articles de journaux que Kroehle était probablement mort dans la forêt, atteint par une flèche indienne.
Le prétexte du voyage était donc de partir sur les traces de Kroehle et documenter sans représenter ce qui a été fait dans le passé. Il était primordial pour Escandón et Gross de ne pas reproduire les stéréotypes qui ont été véhiculés depuis le début de la création photographique.
Quand les deux photographes débarquent au Pérou, « ils sont hantés par les fantômes de Kroehle et Hübner auxquels ils sont confrontés dès qu’ils veulent leur échapper. Ils cherchent à se débarrasser des images d’Eldorado, de conquistadores, de sauvages, bons ou mauvais – ils veulent laver leur regard du poids de leur identité. Ils croient y arriver certaines nuits hallucinées où ils se retrouvent penchés sur un sceau à vomir des plantes psychotropes. Juste avant l’aube, ils croisent des adolescents noyés de fleurs, des femmes-feuilles, des arbres habités et un sorcier en tenue de camouflage. » (Arnaud Robert)
Aya veut dire en langue indigène quichua « fantôme, âme, esprit, mort ou cadavre » et apparaît dans le mot composé « ayahuasca », comme « la liane des esprits, des morts ». Comme nous l’explique Yann Gross: « pour les communautés indigènes, l’ayahuasca permet de dialoguer avec les plantes et l’esprit de la forêt. Aya veut aussi dire l’esprit de la personne qui est décédée mais qui n’a pas eu le droit à son rituel funéraire et se retrouve entre deux mondes à errer dans la forêt, à constamment chercher le contact avec les humains parce qu’il n’a pas compris qu’il devait partir. On attribue de nombreuses responsabilités à cet esprit. Quand quelqu’un est malade, on dit qu’il a attrapé le mauvais air. Pour repousser ce mauvais air, on utilise le tabac, qui est la plante maîtresse dans le chamanisme et on souffle. C’est pourquoi nous jouons avec cette iconographie mystique dans nos images où la fumée est souvent présente. Au moment d’entrer dans la forêt ou lors d’un rituel comme le bain de fleurs, on va souffler du tabac. »
Suivant le chemin de Kroehle, Arguiñe Escandón et Yann Gross font une immersion dans la végétation dense de la jungle et dévelopent un processus organique de photographie utilisant à la fois des images vintage et comtemporaines.
Une des volontés du duo était de faire un travail moins centré sur l’activité humaine et plus axé sur les autres éléments vivants de la forêt. « Les communautés qui vivent sur place ont des connaissances très développées sur les plantes médicinales. Nous avons donc décidé de travailler sur la photosensibilité des plantes elles-mêmes. Nous avons utilisé le jus des feuilles pour qu’elles révèlent le lieu où elles ont été cueillies. Nous avons fait des tirages à base du jus de ces plantes. En exposant l’image au soleil, nous obtenons une dégradation des pigments dans les zones éclairées. Cela nous permet de jouer sur les contrastes. »
La stabilisation étant compliquée avec ce procédé, l’artiste a mis au point un système de cache pour que l’image se ne dégrade pas trop rapidement à cause des U.V..
L’exposition nous propose une expérience immersive. Yann Gross nous raconte: « dans les maisons communautaires où se passent les rituels chamaniques, il y a juste un toit. Elles sont circulaires et ouvertes, c’est une manière de parler avec la forêt ». Pour évoquer ces sensations, le visiteur est invité à entrer dans une sorte de kaléidoscope, c’est-à-dire une pièce recouverte de miroirs et d’écrans qui projettent des images de la forêt amazonienne. Un casque qui diffuse des sons de la jungle est également mis à disposition.
Pour poursuivre ce voyage, le duo a publié le livre Aya (édité chez Editorial RM). L’ouvrage nous plonge dans cette exploration qui devient une quête fantasmagorique, un engloutissement presque irréel structuré par les expériences chamaniques et les brumes aurorales.
Yann Gross & Arguiñe Escandón
Aya
Wilde
Rue du Vieux-Billard 24 – 1205 Genève
www.wildegallery.ch
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