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26/05/2013
Socialisme suisse & transformation sociale
A présent que j'ai admis le dur constat que ce n'est pas le réformisme qui réalisera le socialisme, pas plus que ce ne sont généralement réellement les parlementaires de gauche qui réalisent des réformes à tendance socialiste (en fait ce sont les mobilisations et les luttes des travailleurs, des citoyens, et des militants, qui contraignent les parlementaires à mettre en place telle ou telle mesure à tendance socialiste), il est bon de faire le point sur les implications de ce constat.
D'une part, qu'est ce qui réalise le socialisme, si ce n'est point le réformisme ?
C'est la transformation sociale, que je définirais comme Castoriadis l'a fait, comme la prise de conscience par la société du caractère institué de son organisation et de ses institutions, et par la volonté mise en application d'auto-instituer une autre forme d'organisation sociale.
Cette auto-institution sociale prend probablement la forme d'une occupation des espaces de vie, des lieux de travail, des lieux de formation, et d'une réorganisation de ces espaces, de ces institutions, par la généralisation de la gestion des travailleurs, des étudiants, des usagers, sur leurs espaces. Ces occupations peuvent aussi se traduire par un arrêt des formes de vie aliénantes, comme le salariat, ce qui se traduit par la grève.
La transformation sociale est donc un processus conscient, réfléchi, mené par des individus autonomes désireux de bâtir une société autonome où la liberté de chacun est la condition de la liberté de tous.
D'autre part, que faire à notre humble niveau de militant ?
L'abandon du réformisme comme moyen fondamental de réalisation du socialisme implique l'abandon de l'électoralisme, compris comme la concurrence entre divers mouvements et composantes de la gauche socialiste (cela ne signifie pas selon moi non plus abandonner le parlementarisme, ou la gestion du pouvoir étatique par la gauche, mais cela relègue ces activités à un rôle inférieure).
Au contraire, si ce n'est pas la lutte électorale qui va réaliser le socialisme, alors c'est aux militants de la gauche socialiste de s'unir pour former un mouvement militant (mouvement social et culturel, transcendant les partis), à même d'organiser et de participer aux mobilisations, et luttes (notamment syndicales) qui traversent la société, et qui sont autant de moments potentiellement charnières où le germe du socialisme et de la transformation sociale réside. A nous de développer et d'accompagner de nouvelles formes de lutte subversives, comme le font les Indignés, les Anonymous, ou bien le collectif Chlorure de sodium.
Ce rassemblement de la gauche socialiste, nous avons déjà quelques outils en cours de développement pour le réaliser :
- Le rapprochement des jeunesses de gauche à Genève (Jeunesse Socialiste Genevoise, Groupe jeunes de SolidaritéS, Jeunes Vert-e-s, Jeunesse Communiste, Jeunesse Unia, Groupe jeunes de l'Organisation Socialiste des travailleurs, Jeunes du Mouvement pour le socialisme) autour d'un projet d'initiative cantonale collectif, et d'une campagne commune sur le salaire minimum (tout cela étant en cours de discussion).
- Le rassemblement de l'aile gauche du Parti Socialiste Suisse (l'Etincelle, la Plate-forme des travailleurs socialistes, le Cercle d'Olten, Pages de gauche, la Jeunesse Socialiste Suisse, et le plus possible de sections possibles du PSS) au sein du Mouvement des idées socialistes, et de son homologue suisse-allemand Linke-Plattform.
- Le rassemblement de la gauche radicale au sein d'une structure commune fédérale, comme la Gauche, ou bien comme cette nouvelle structure que tente de mettre sur pieds Laurent Tettamanti.
- La création d'une coordination pour l'organisation du Comité d'Olten 2018 qui devrait réunir toute la gauche suisse.
« Qu'est ce qu'une société autonome ?
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ».
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer.
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »
« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »
« Aujourd'hui, les individus sont conformes au système et le système aux individus. Pour que la société change, il faut un changement radical dans les intérêts et les attitudes des êtres humains. La passion pour les objets de consommation doit être remplacée par la passion pour les affaires communes. »
Cornelius Castoriadis