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Pendant plus de soixante ans, Johnny a enflammé son public avec des chansons puissantes. Du rock, du blues, de la...06.12.2017 09:49 Musique
"Je suis une des rares personnes à avoir vu Johnny tout nu!" Marc Zimmermann en rigole encore aujourd'hui. L'ancien directeur des patinoires du Littoral avait été engagé en 1989 pour diversifier les activités - et dans la foulée, les recettes - des installations de glace de Neuchâtel. Il avait ainsi lancé l'organisation de concerts à la patinoire.
"Nous avions ainsi pu faire venir Johnny Hallyday pour deux soirs de suite, le jeudi 1er et le vendredi 2 novembre 1990. Le jeudi, Johnny avait fait le soundcheck dans l'après-midi et était remonté à Chaumont pour se reposer dans l'hôtel où il logeait. Mais en début de soirée, il ne revenait pas. Je suis alors monté à Chaumont et j'ai vu qu'il était un peu..., comment dirais-je, fatigué, pour parler pudiquement! Je l'ai donc mis sous la douche et je l'ai ramené à la patinoire pour le concert."
"La Cadillac patinait quelque peu"
Dans les colonnes de "L'Express" le lendemain de ce premier concert, le chroniqueur est un peu dubitatif: "Passée la première salve d'acclamations, et passés les trois premiers morceaux, certains esprits chagrins sentaient déjà se reformer sous leurs pieds (sous leur chaise, plutôt) une glace que Johnny n'a, croyait-on, pas l'habitude de ne faire fondre que dans son whisky. La Cadillac était mise en route, mais elle patinait quelque peu."
Marc Zimmermann se souvient: "C'est vrai que le premier concert s'est moins bien passé. Probablement était-il encore un peu fatigué! Mais le vendredi, il a vraiment sorti la grosse artillerie et le succès a été total!"
L'ancien directeur des patinoires avait réussi à faire venir le chanteur grâce aux bonnes relations qu'il entretenait avec Gérard Héritier, de la société d'organisation de concerts VSP (par ailleurs créateur du Festival de Leysin à la fin des années 80): "Héritier m'avait demandé de faire d'abord un premier test avec un concert de Patricia Kaas. Au vu du succès, il avait accepté de faire venir Johnny pour deux soirs. Le samedi soir, nous avons eu Sinead O'Connor puis, plus tard, Patrick Bruel!"
Deux ans plus tard, Johnny revient aux patinoires pour deux concerts de suite les 28 et 29 octobre 1992. Extrait de "L'Express": "La machine Johnny tourne à merveille. Elle se répète, certes, mais est appréciée. Le spectacle est rodé, minuté, c'est un grand show à l'américaine, où les jeux de lumière dissimulent parfois le manque de fraîcheur."
20'000 spectateurs en plein air en 2006
Après ces quatre concerts en deux ans, il faudra attendre près de quinze ans pour revoir Johnny au bord du lac. Le vendredi 14 juillet 2006, jour de fête nationale en France, c'est Michael Drieberg, le boss genevois de Live Music Production qui fait venir le rocker à Neuchâtel pour un concert en plein air sur les Jeunes-Rives. L'infrastructure est énorme et près de 20'000 spectateurs sont venus de toute la Suisse romande et d'ailleurs. Drieberg a organisé une tournée suisse de Johnny avec Sion, Neuchâtel, Genève (deux dates en octobre) et Fribourg (en février 2007).
Dans les colonnes de "L'Express" et de "L'Impartial", l'organisateur que cette tournée témoigne "du plaisir de Johnny de chanter devant des publics suisses, qui ne se manifestent peut-être pas beaucoup durant les concerts, mais dont la qualité d’écoute est très grande.» Il ajoute que "la somme investie pour la mise sur pied du concert à Neuchâtel, soit deux millions de francs, n’a pas été rentabilisée. C’est avec les trois autres concerts en Suisse que nous rentrerons dans nos frais, en particulier grâce au matériel utilisé plusieurs fois".
"On s'y attendait ces derniers jours"
Parmi les spectateurs des différents concerts neuchâtelois de Johnny, le Chaux-de-Fonnier Marcel Aebi. Âgé aujourd'hui de 62 ans, il se dit "fan depuis 56 ans, car c'est mon père qui était fan à l'origine et il m'a transmis le virus au début des années 60". L'annonce du décès du chanteur ce matin ne l'a pas vraiment surpris: "Depuis quelques jours, on s'y attendait. Sur les réseaux sociaux, il n'y avait plus de messages de Laeticia ou de Laura (ndlr: la femme et la fille de Johnny). C'était mauvais signe. Mais c'est énorme quand même, je n'arrive pas encore à y croire."
Marcel Aebi a assisté à une quarantaine de concerts de Johnny: "En France ou en Suisse d'ailleurs. Mais je n'ai jamais eu la chance de le rencontrer et de lui serrer la main". En 2002, Marcel a créé avec son épouse "Cent pour cent", le seul fan's club "officiel" de Johnny en Suisse romande: "Nous étions le seul club reconnu par Laeticia. J'étais le président-fondateur durant une quinzaine d'années et nous avons compté jusqu'à 120 membres. Et puis, ces dernières années, ça s'est un peu tassé et l'an dernier j'ai voulu que quelqu'un d'autre reprenne la présidence, mais il n'y avait personne. J'ai donc décidé de dissoudre le fan's club."
Rendez-vous manqué au Chant du Gros
Au Noirmont, Gilles Pierre, le boss du Chant du Gros, le festival qui a fêté en 2016 ses 25 ans, regrette encore le rendez-vous manqué avec Johnny Hallyday en septembre 2015. "Nous avons eu différents contacts ces dernières années avec son tourneur pour le faire venir au Noirmont. C'était quasiment dans la poche il y a deux ans. Mais il fallait une deuxième date pour un autre concert à la même période ailleurs et finalement ça n'a pas pu se faire. Il devait venir le jeudi soir chez nous et aller à la Fête de l'Huma à Paris le samedi. Mais les organisateurs de la Fête de l'Huma, proches du Parti communiste, n'ont pas voulu ce concert car Johnny était trop à droite!"
Si le contrat avait pu se concrétiser, le cachet du rocker aurait-il constitué un record pour le Chant du Gros? "Ah c'est clair que cela aurait constitué le plus gros cachet que nous aurions payé pour un chanteur, note Gilles Pierre. Je ne peux pas vous dire le montant, mais c'était moins que 500'000 francs."
Le patron du festival ne cache pas ses regrets: "Nous aurions été très heureux de l'avoir, ça aurait fait plaisir à toute la région. Il plaisait à toutes les générations, il avait un nombre de tubes incroyables. C'est juste affolant ce qu'il a fait durant sa carrière. Aucun autre artiste français n'a fait mieux et il n'y en aura pas d'autre!"
Et Gilles Pierre d'ajouter que le tourneur de Johnny, après l'échec des négociations, lui avait promis "que ça se referait un jour! J'ai eu à nouveau un contact avec lui il y a quelques mois et il avait évoqué une tournée en 2019. Mais voilà, maintenant c'est terminé!"