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En cas de ventilation mécanique par une canule trachéale, manger aussi bien que parler restent tout à fait envisageables. Ces besoins fondamentaux de l'homme doivent être rendus possibles au plus tôt puis préservés, même en cas de ventilation à long terme. Une ventilation appropriée et une bonne gestion de la canule en sont les conditions préalables.
Lorsque la canule à ballonnet est gonflée, inspiration et expiration se font à travers la canule. Le larynx et les voies aériennes supérieures sont court-circuités, il n’est pas possible de parler de façon sonore et la communication verbale s’en trouve donc fortement limitée.
Afin que phonation et articulation soient possibles, l'air expiré doit être orienté sur les voies aériennes supérieures. Cela peut être réalisé en premier lieu par le dégonflage du ballonnet de la canule.
De toute évidence, il y a certaines contre-indications à dégonfler le ballonnet de la canule, en particulier immédiatement après une trachéotomie, principalement pour des raisons respiratoires. En règle générale, avec le temps, et souvent même déjà à l'unité de soins intensifs, il est tout à fait possible de dégonfler le ballonnet au moins temporairement.
Par ce dégonflage, une partie de l’air apportée par la ventilation mécanique avec une certaine pression dans les poumons, s’échappe sur les côtés du ballonnet vide vers le haut, c’est-à-dire en direction de la bouche. A l'expiration, lorsque la pression de l'appareil tombe, l’air s’échappe principalement par la canule suivant le principe de la moindre résistance. Cela signifie que les patients arrivent à parler pendant l’inspiration. Comme nous sommes habitués à toujours parler en expirant, les patients doivent d’abord prendre conscience qu’ils peuvent aussi parler en inspirant, tout en ajustant leurs phrases au rythme de la respiration mécanique.
En réglant les paramètres du respirateur artificiel, le langage peut souvent être amélioré, par exemple en prolongeant la phase d'inspiration ou en augmentant le volume inspiratoire, la pression inspiratoire ou la PEP (pression expiratoire positive).
Une autre façon d’améliorer le langage réside dans l'utilisation d'une soupape de parole compatible avec la respiration. La valve Passy-Muir (modèle VPM 007) a la même fonction que toutes les autres valves de phonation : elle laisse s'écouler l'air à travers la canule, mais se ferme à l'expiration (valve unidirectionnelle) pour que tout l'air expiratoire puisse traverser les voies aériennes supérieures. Ainsi, les patients peuvent parler à la fois pendant l'inspiration et l'expiration. Evidemment, le réglage des paramètres de ventilation joue ici aussi un rôle. Cependant les patients devraient en principe pouvoir parler de manière continue.
Généralement, il est possible de sauvegarder différents réglages sur les respirateurs artificiels: l’un pour la ventilation de la canule à ballonnet gonflé, un second pour la ventilation modifiée de la canule à ballonnet dégonflé.
Attention : A l’utilisation d’une VPM (valve Passy Muir), l’air ne peut que s'échapper par les voies aériennes supérieures. Il faut avoir également assez d'espace à côté de la canule à ballonnet dégonflé pour que, pendant l’expiration, l'air puisse complètement s'échapper. S’il reste trop d'air résiduel dans les poumons, le ventilateur peut insuffler moins d’air durant les phases inspiratoires suivantes, la ventilation devient insuffisante et la machine émet une alarme. Lors d’une première utilisation de la VPM, il faut donc observer attentivement que l’air expiratoire puisse circuler sans trop de résistance et que la ventilation reste suffisante.
S’il n y a pas assez d'espace disponible pour l'expiration, la VPM ne doit pas être utilisée, ou seulement à condition que cet espace soit d’abord créé par un choix approprié de canule. Cela peut généralement être obtenu par une réduction du diamètre extérieur de la canule. D'autres solutions sont possibles, notamment en utilisant une canule ayant un ballonnet moins volumineux à l'état vide, ou encore une canule à fenêtre (mais ce procédé doit alors absolument être contrôlé par endoscopie afin de s’assurer que la fenêtre est correctement posée et s’adapte bien à la trachée !).
Lorsque la structure de la canule n’est pas trop longue, la VPM peut être insérée latéralement avec un cathéter approprié du type «Mounth». Ainsi le risque de toucher et de bouger accidentellement la canule, ce qui peut être inconfortable, reste faible. En outre il faut s’assurer que le poids du tube de ventilation ait peu d'impact sur la canule et que le tube de ventilation soit toujours bien fixé.
Avec une canule à ballonnet gonflé, les patients n'ont aucun moyen de se prémunir des fausses routes, ni en se raclant la gorge, ni en toussant. Au fil du temps, même si la déglutition est préservée, de la salive s'écoulera dans la trachée et s'accumulera sur le ballonnet gonflé. Bien que les patients sentent ces fausses routes, ils ne peuvent rien faire pour y remédier et sont obligés de s'y habituer.
Ces accumulations de sécrétions permanentes peuvent provoquer une diminution de la sensibilité de la trachée et du larynx lorsque des canules à ballonnet gonflé sont posées à long terme. Quand on dégonfle le ballonnet, les patients ne réagissent plus, ou trop tard, lorsque de la salive, du liquide ou de la nourriture pénètrent dans les voies respiratoires. Ce phénomène est connu sous le nom de «fausse route silencieuse». Les patients avalent donc de travers sans présenter de réaction sous forme de toux ou de raclements de gorge, comme ils le feraient normalement.
L’utilisation de canules à ballonnet gonflé à long terme peut donc induire des troubles de la déglutition, ou une dysphagie existante peut s’en trouver augmentée !
Il faut s'attendre à d'autres problèmes avec des canules à ballonnet gonflé posées sur du long terme: l’accumulation de la sécrétion au-dessus du ballonnet peut entraîner le développement de bactéries en raison de l'air chaud et humide ambiant. Les sécrétions infectées ainsi que la diminution de sensibilité accrue et les fausses routes silencieuses augmentent le risque de pneumonies.
Cela conduit à retarder la prise alimentaire liquide et solide et donc à prolonger parfois la rééducation. D’où une qualité de vie évidemment péjorée.
Un autre danger est la perte du mouvement normal des cordes vocales. Puisqu’il n’y a pas d'air qui les traverse, elles n'ont aucune activité : plus de phonation, ni de toux, ni de respiration. Au fil du temps, les mouvements physiologiques peuvent diminuer (problèmes de non-usage), ce qui peut entraîner des effets indésirables lors de la réadaptation ultérieure.
Parce que la valve phonique est bénéfique à la fois pour la phonation et la fonction de déglutition, on désigne cela à juste titre dans la littérature valve de phonation et déglutition.
Avec l'utilisation d'une valve Passy-Muir, l'air dans la sphère laryngée circule vers la bouche aussi bien pendant l’inspiration que l’expiration. Cette conduite d'air constante du bas vers le haut s'oppose au risque de la pénétration et de la fausse route.
L'utilisation d'une valve Passy-Muir auprès des patients sous ventilation mécanique est, pour toutes ces raisons, non seulement agréable mais également essentielle pour augmenter la qualité de vie des personnes concernées et pour éviter des conséquences négatives graves.
En plus de cela, elle est déjà utilisable en phase aiguë, au moins brièvement.