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Poids: pourquoi il ne faut pas manger en regardant la télévision (ou en écoutant la radio)
Deux études intéressantes avant de passer à table. La première a été menée par des chercheurs de l’Université de Liverpool. Elle vient d’être publiée dans l’American Journal of Nutrition. (on lira ici le résumé de ce travail). Elle démontre au final que le souvenir d’avoir mangé à sa faim contribue à moins manger au cours du repas suivant. On peut en déduire qu’à l’inverse, «rester sur sa faim» n’est certainement pas le meilleur moyen pour qui entend contrôler son poids. C’est aussi la démonstration faite que (bien) se nourrir réclame une forme de concentration, la distraction étant une ennemie du contrôle de l’apport alimentaire à a la fois durant la prise du repas mais aussi à distance de ce dernier.
Se souvenir d’avoir été repus
Dirigés par Eric Robinson (Institut de psychologie, Université de Liverpool), les auteurs constatent que la seule présence de souvenirs de repas récents et rassasiants réduit la quantité de nourriture ingérée par la suite. Ils remarquent aussi en revanche que le fait d’être distrait lors du repas conduit à des prises alimentaires accrues. Leur étude met ainsi en lumière, chiffres à l’appui, que l’amélioration de «la mémoire» de la nourriture consommée réduit statistiquement l’apport alimentaire et que la suppression des informations visuelles sur la quantité d'aliments consommés lors d'un repas entraîne l’augmentation de la consommation immédiate.
Ils observent encore que cet effet de la distraction sur la consommation immédiate semble être indépendant des restrictions alimentaires. Conclusion pragmatique des auteurs: écrire les menus de ses repas précédents ou conserver des souvenirs visuels en gardant certains emballages alimentaires ou trace de repas pourrait contribuer à réduire les volumes et les apports des repas suivants. Reste à travailler au développement des techniques de mémorisation spécialisées. Autre conclusion pratique: ne pas regarder la télévision, ne pas écouter la radio ou de la musique, ne pas lire un journal à la table; tout cela réduit la conscience de la nourriture consommée et se traduit in fine par une surconsommation.
La mémoire utile de l’hippocampe
Ce travail vient en confirmer un autre publié en 2012 dans PLoS One. On lira ici ce travail. Il suggére que le souvenir d'un repas copieux peut induire la sensation de satiété. Mieux: c’est la quantité d’aliments consommés perçue et non réelle qui conduit à la sensation de faim ou de satiété. Et ce grâce à un processus de la mémoire dite récente qui siège dans une région précise du cerveau: l’hippocampe. Ce travail a été mené par des chercheurs de l’Université de Bristol. Le Dr Jeffrey Brunstorm et ses collègues ont bâti un protocole original à l’attention de leur centaine de volontaire.
Ils ont soustrait discrètement une partie du contenu d’un grand bol de soupe (500 ml) prêt à consommer puis ont évalué, une fois la soupe consommée (300 ml), le niveau de satiété des participants en relation avec la véritable quantité de soupe consommée. Ils ont alors découvert que les bénévoles à qui une très grande quantité de soupe avait été initialement proposée au début de l’expérience, déclarent deux à trois heures après le déjeuner, une sensation de faim nettement inférieure aux autres. Et vingt-quatre heures plus tard, plusieurs de ces bénévoles pensent toujours que cette portion de soupe était suffisante pour assouvir leur faim.
Less is more
Les auteurs rappellent qu’il existe des preuves psychologiques et neurobiologiques impliquant déjà des processus de la mémoire dépendants de l’hippocampe et intervenant dans le contrôle des sensations de faim et de satiété en lien avec la prise alimentaire. L’hyperphagie peut ainsi être associée à une amnésie. Ils montrent ici que la mémoire récente joue aussi un rôle important. Ils montrent aussi que la faim peut être associée au volume alimentaire perçu et non réel: les participants qui pensaient avoir consommé 500 ml déclarent avoir beaucoup moins faim, trois heures après; et ils restent convaincus du caractère suffisant du repas. Que ce phénomène étonnant soit ou non marginal, il pourrait être exploité pour réduire l'apport énergétique chez les humains. Chacun peut aussi tenter d’en faire l’expérience à son domicile.