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L'excès de compliments pourrait nuire aux enfants
Il est parfois tentant de remonter le moral d'un enfant peu sûr de lui. Quoi de plus normal? On sait que les encouragements sont une excellente source de motivation. Attention cependant, dès lors qu’ils deviennent excessifs, les compliments pourraient bien, au final, s'avérer contre-productifs. Telles sont les conclusions d’une étude menée par une équipe dirigée par Eddie Brummelman, doctorant en psychologie à l'Université d'Utrecht (Pays-Bas). Cette étude, qui sera publiée dans la revue Psychological Science (1), a été réalisée à l'Université d'Etat de l'Ohio.
Le postulat selon lequel des louanges trop appuyées pourraient nuire à l'équilibre psychologique des plus jeunes n'est pas nouveau. Les chercheuses Claudia M. Mueller et Carol S. Dweck, de l'Université de Columbia, se sont déjà penchées sur la question. Selon leurs travaux, le fait de complimenter l'intelligence des enfants pouvait «miner leur motivation et leurs résultats». «On estime généralement que les compliments ont des effets bénéfiques sur la motivation. Contrairement à cette idée reçue, six études montrent qu'au niveau des résultats scolaires, le fait de complimenter l'intelligence d'un élève a un impact plus négatif que le fait de le féliciter d'avoir fait des efforts.» Des conclusions qui semblent proches de celles du chercheur néerlandais… et qui datent de 1998.
Manquer d'amour-propre?
Conscient de s'attaquer à un domaine de recherche maintes fois étudié, Eddie Brummelman précise d’emblée qu'il a choisi un angle de recherche original: les possibles effets des compliments excessifs sur les enfants souffrant d'un manque d'amour-propre. Mais qu'est-ce qu'un «compliment excessif»? Réponse des chercheurs: tout compliment accompagné d'un adverbe (incroyablement) ou d'un adjectif (parfait) caractérisant une évaluation particulièrement positive.
L'équipe a réalisé trois expériences distinctes réunissant des enfants et des adultes (leurs parents, dans certains cas).
La première a permis de constater que les enfants «mal dans leur peau» recevaient deux fois plus de compliments excessifs de la part des adultes que les enfants jouissant d'une bonne estime d'eux-mêmes. Cent quatorze parents (des mères dans 88% des cas) ont participé à la seconde expérience, avec leurs enfants. Quelques jours avant l'expérience, les chercheurs ont évalué le niveau d'amour-propre de leurs jeunes sujets. Les parents ont demandé à leurs enfants de faire douze exercices de mathématiques, puis ils ont noté les résultats. L'ensemble a été filmé à leur domicile; les chercheurs n'étaient pas présents sur les lieux. En visionnant les enregistrements, ils ont compté le nombre de compliments. Puis ils ont réparti les louanges dans deux catégories: excessives («quelle rapidité!», «super, bravo!», «génial!») et non excessives («tu te débrouilles bien!», «bien joué!»).
Pour la troisième expérience, les chercheurs ont demandé à 240 enfants de dessiner une célèbre toile de Van Gogh. Cette toile-ci. Puis –après avoir reçu les encouragements (excessifs ou non) d'un prétendu «peintre professionnel»– on leur a demandé de reproduire une nouvelle toile du maître hollandais. Les chercheurs leur ont proposé d'opter pour un tableau relativement simple, mais qui ne leur permettrait pas d'améliorer leurs compétences, ou, au contraire, de choisir un sujet complexe, qui leur permettrait de se perfectionner (au risque de faire quelques erreurs).
Conclusions: face aux louanges excessives, les enfants mal dans leur peau ont opté pour la solution de facilité. Chez les autres, ces compliments exagérés ont eu l'effet inverse.
Enthousiasmes lourds à porter
Face à un enfant qui manque d'assurance, l'enthousiasme débordant d'un parent n'a donc rien de communicatif. Bien au contraire. «Si vous dites à un enfant souffrant d'un manque d'amour-propre qu'il a réussi quelque chose à la perfection, il peut penser que dorénavant, il se doit de tout réussir à la perfection, explique Brummelman. Face à cette exigence de réussite, il peut développer une aversion pour les nouveaux défis, redoutant de ne pas être à la hauteur de la tâche.» Loin de rassurer l'enfant qui doute de lui-même, les encouragements trop appuyés auraient donc tendance à le paralyser plus avant.
Pour Brad Bushman, co-auteur de l'étude, les parents et les professeurs doivent résister à l'envie de se répandre en louanges face à un jeune qui manque d'assurance. «L'étude donne tort à beaucoup de personnes qui estiment que c'est là la meilleure façon d'agir, dit-il. Mais une chose est sûre: un enfant mal dans sa peau n'a rien à gagner à recevoir des compliments excessifs.»
(1) Un résumé (en anglais) de ce travail est disponible ici.