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Nombreux sont les contextes où la musique et le chant véhiculent des messages politiques sous le couvert de contes folkloriques pour devenir des signes de reconnaissance et de résistance. C’est précisément la spécificité de « Muxima », titre d’une chanson populaire angolaise. Écrite dans les années 1950 par Liceu Vieira Dias, l’un des fondateurs du mouvement pour la libération de l’Angola, cette chanson raconte métaphoriquement la situation violente et absurde de l’occupation portugaise et implore Muxima, divinité locale, de libérer le pays en faisant éclater la vérité au monde.
Passionné par la musique africaine et, plus précisément, par celle des pays anciennement occupés par les Portugais, Alfredo Jaar redécouvre dans sa collection de disques pas moins de six versions enregistrées de cette chanson. C’est de cette écoute que naît l’idée et la structure du film. A. Jaar l’organise à la manière d’un poème épique, comme une épopée en dix chants qui débute par les vers d’Agostinho Neto, poète et premier président de l’Angola de 1975 à 1979. Les séquences successives s’inspirent de la forme du haïku, puisqu’elles se limitent à n’exprimer qu’une à trois idées par chant. C’est par le biais de la poésie et de la musique que A. Jaar propose un portrait à la fois simple et complexe de l’Angola. Le film se situe dans le registre narratif, mais sa construction par fragments empêche une lecture simple et unique. C’est bien la musique, élément central du film, qui fait le lien entre les différentes séquences, tant d’un point de vue conceptuel que rythmique. Chacune est conçue de façon à coller au plus près de la musique et à mettre en évidence le rythme et la tonalité propres aux différentes versions enregistrées.
Le film débute dans une église construite au XVIe siècle et dédiée à Muxima, et se poursuit par un voyage à travers le pays. Chaque séquence distille les signes de l’histoire récente : les ruines de la colonisation, le bref intermède socialiste avant que le pays ne sombre dans trente ans de guerre civile, les séquelles de cette guerre parmi lesquelles les nombreuses victimes des mines antipersonnel. A. Jaar dépeint, sans jamais tomber dans une représentation misérabiliste, la situation d’extrême pauvreté dans laquelle vit la majorité de la population et le désastre démographique que représente le sida, ainsi que l’indigence des moyens mis en place pour y remédier. Il aborde un contexte difficile avec retenue et met subtilement en évidence les causes des problèmes, plutôt que de s’étendre à décrire ces derniers. De ce point de vue, il s’attache à la réalité de la chanson qui tente de faire connaître au monde la réalité politique et économique de l’Angola. Bien qu’il s’agisse du premier film de A. Jaar, celui-ci est en tout point fidèle à sa démarche générale qui, depuis une vingtaine d’années, s’efforce de questionner les représentations que nous avons du reste du monde.