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Telle qu’elle est pratiquée depuis des décennies, la cotation de trophées permet de positionner un trophée sur une échelle de points propre à chaque espèce. Eventuellement, selon le score atteint, le trophée peut se voir attribuer une médaille qui va de l’or au bronze en passant par l’argent. Et après? Eh bien l’histoire s’arrête là, c’est-à-dire à une feuille de cotation qui est désormais informatisée, numérique oblige. On peut regretter que, comme cela se pratique pour certaines espèces domestiques, on ne cherche pas à savoir quelle est l’hérédité future de l’animal qui portait ledit trophée. En d’autres termes, le fait de porter un grand ou un beau trophée est-il héréditaire? Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, la cotation ne permet pas de répondre à cette question puisque, sauf rares exceptions, rien n’est mis en œuvre pour connaître le profil génétique d’un animal prélevé à la chasse. Pourtant, la cotation est un moment privilégié dans le sens où le trophée est examiné «sous toutes les coutures» et mesuré quasiment dans tous les sens.
Trophée du mouflon issu de la petite population établie près de la rivière Auvézère en Dordogne.
Cette chèvre longtemps première au niveau national a-t-elle produit des descendants aux trophées exceptionnels?
Le mythe du maître de place…
Certes il n’est pas question et pas possible de mener des investigations poussées sur tous les trophées qui sont cotés ici ou là. Néanmoins, dès lors qu’un trophée atteint le seuil de la médaille d’or, il serait intéressant d’en savoir un peu plus sur la progéniture de l’animal qui le portait. A savoir est-ce que les descendants d’un animal qui a produit un trophée relativement exceptionnel vont à leur tour porter des trophées exceptionnels? Pour répondre à cette question, il est indispensable de déterminer dans un premier temps le profil génétique de l’animal qui portait le trophée exceptionnel puis, plus tard, au fil des années, celui des animaux prélevés dans le même secteur géographique. Ces différentes déterminations de profil sont d’autant plus parlantes que l’espèce a un domaine territorial relativement restreint, comme le chamois ou le chevreuil dont les espaces de vie évoluent entre deux cents et trois cents hectares. Pour le cerf et à un degré moindre pour le mouflon, le champ d’investigation doit plutôt être mené sur une plus grande échelle, de l’ordre de cinq mille hectares pour le premier et mille pour le second. Le cerf a déjà fait l’objet d’études basées sur la détermination du génotype des mâles. On peut notamment faire référence aux travaux menés en Wallonie (2) à propos de la paternité entre les coiffés et les faons. Les résultats mettent très clairement fin au mythe du cerf maître de la place de brame qui serait le père de tous les faons issus des biches de son harem. En effet, sur l’échantillon testé, seuls deux cerfs sont pères deux fois mais vingt-cinq faons ont des pères différents.
Le mythe de la consanguinité…
Outre le fait que le test ADN des trophées pratiqué sur plusieurs générations permettrait de connaître l’éventuelle transmission du facteur «trophée exceptionnel», il contribuerait à briser le mythe de la consanguinité. En effet, dès lors que les trophées sont moins grands ou moins beaux sur tel ou tel territoire, l’argument de la consanguinité est souvent avancé comme cause certaine du problème. Au dire de certains, il faudrait réinjecter du sang neuf pour redynamiser la production de trophées, le sang neuf pouvant parfois provenir d’une espèce proche mais différente, comme cela a été fait à une certaine époque en Allemagne où le cerf élaphe a été croisé avec le wapiti. Fort heureusement, l’expérience a été de courte durée.
Les brocards en perruque ne sont pas cotés.
Bien évidemment, l’éventuelle transmission du «facteur beau trophée» peut se faire par la mère puisqu’elle détient cinquante pour cent du capital génétique. Néanmoins, si les tests montrent que le génotype d’un mâle porteur d’un grand trophée se retrouve sur d’autres mâles également porteurs de grands trophées, et ceci sur plusieurs générations, cela suffit à démontrer que ce mâle est vraiment ce que l’on a coutume d’appeler un marqueur de génération.
La cotation est certes intéressante dans le sens où elle permet de situer un trophée. Néanmoins, à titre très ponctuel, l’utilisation de l’ADN permettrait d’en savoir davantage sur l’éventuel caractère héréditaire du grand trophée.
1) Le chamois – Biologie et écologie. Etudes dans le massif des Bauges. Jean-Michel Jullien, Collection Parthénope.
2) La structure de la population influence-t-elle la reproduction chez le cerf? Sabine Bertouille, Marie-Christine Flamand, Guillaume Tavier, Philippe Moës, Didier Robe.
Texte et photos Daniel Girod