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Jean-Luc Bideau est renté en Suisse au lendemain de Mai 68 et est devenu un acteur fétiche du 7e art helvétique, qui vit alors son âge d'or. Il a notamment joué dans "L'invitation" de Claude Goretta (1973).
KEYSTONE/SOLOTH FILMTAGE INTERNET(sda-ats)
Jean-Luc Bideau vivotait à Paris depuis une bonne dizaine d'années lorsque Mai 68 a éclaté. L'effet de surprise a été d'autant plus grand pour le comédien genevois qu'il n'était guère politisé.
"Je zonais à Paris à cette époque", avoue humblement l'acteur qui dix ans plus tôt avait réussi le concours d'entrée au Conservatoire, avant d'être engagé par le Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar pour un rôle dans la pièce "Arturo Ui" de Berthold Brecht.
Jean-Luc Bideau n'a pas vu venir le souffle de Mai 68. "J'étais très peu politisé à mon arrivée à Paris", avoue-t-il à l'ats. Mais progressivement, les événements qui surviennent alors en Algérie et leurs répercussions directes à Paris vont l'influencer: l'apparition de l'Organisation armée secrète (OAS), les manifestations anti-guerre réprimées dans la capitale par la police lors du massacre du 17 octobre 1961, puis lors des violences du 8 février 1962 lorsque des manifestants meurent à la station du métro Charonne.
"Je venais d'un milieu conservateur. Mon père était de droite en Suisse et lisait quotidiennement le Journal de Genève. Quand j'ai rejoint Paris au début des années 60, j'ai été sensibilisé par les événements en Algérie. Puis en mai 68, j'ai tout à coup appris que l'Université de la Sorbonne et la salle de l'Odéon étaient occupées. Je prenais conscience de cette liberté réclamée par les étudiants et les ouvriers".
Gazé au visage
Cette année-là, Jean-Luc Bideau fait une brève apparition dans la troupe d'Ariane Mnouchkine, le Théâtre du Soleil, qu'il quittera pour divergence de vues. "Durant les événements de mai, je suis resté davantage un spectateur qu'un acteur de la révolte qui grondait. En gros, je ne me suis pas mouillé. J'ai certes pris du gaz lacrymogène dans le visage, ce qui m'a valu une bonne journée d'hospitalisation, mais mon engagement s'est arrêté là", observe le comédien suisse.
Il se rappelle cependant avoir été ébloui par le charisme de Daniel Cohn-Bendit. "Dany le Rouge était fabuleux. Je l'ai croisé quelques fois, j'ai écouté quelques-unes de ses envolées. Quelle gouaille !", s'extasie aujourd'hui encore le Genevois, en se référant à l'un des meneurs emblématiques du mouvement estudiantin français.
Godard provoc
Il se rappelle également de la tentative de Jean-Luc Godard, secondé par François Truffaut, de renverser le Festival de Cannes en exigeant son interruption. La philosophie de Godard se résumait à: "Il faut faire des films sur les ouvriers joués par des ouvriers".
Il s'agissait là "de belles paroles en l'air, bien dans l'esprit provocateur de Godard, car figurez-vous que lui-même n'a jamais réalisé un seul film sur les ouvriers", relève M. Bideau avec humour.
Puis les choses vont se tasser et le statu quo ante reprendre le dessus. "Quelques-unes des belles idées" de ce printemps-là vont fatalement rester lettre morte, affirme celui qui vivotait dans un grenier parisien - "avec vue sur la Tour Eiffel" - grâce à une petite pension allouée par sa maman.
Age d'or du cinéma suisse
Les événements survenus à Paris ont changé Jean-Luc Bideau dans la mesure où il prendra dans la foulée sa carte au Parti socialiste. "Ma politisation date manifestement de cette époque", concède-t-il.
Le cinéma suisse, auquel il est attaché, va aussi vivre ses plus belles années. Les Alain Tanner, Claude Goretta, Michel Soutter ont compris l'essence de la révolution culturelle en cours. Jean-Luc Bideau les suivra en étant présent au générique de "L'Invitation" de Goretta, de "La Salamandre" de Tanner ou des "Arpenteurs" de Soutter.
Le grand échalas rentre au bercail au lendemain de Mai 68 et devient un acteur fétiche du 7e art helvétique.
ATS