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Il y a quelques années, le film "Tanguy" basait son intrigue sur le cas d'un trentenaire,prénommé Tanguy, refusant de quitter le cocon familial et s'incrustant de la sorte chez ses parents, qui ne savaient plus comment s'y prendre pour le faire quitter le domicile familial. Par suite, il est devenu coutumier de nommer cette catégorie d'adultes refusant de prendre leur indépendance du nom de "Tanguy". Mais existent-ils vraiment?
En 2012 en Suisse, selon les données du Relevé Structurel, près de 73'000 personnes de trente ans et plus vivaient encore chez leurs parents, soit 1,4% de l'ensemble des personnes de cette classe d'âge; à première vue, un chiffre relativement faible, mais qu'il s'agit de relativiser. En effet, du point de vue des ménages, ce chiffre signifie que 2,1% des ménages privés comptent un "Tanguy", ou encore 6,4% des ménages familiaux - plus d'un sur vingt. Le phénomène n'est donc pas marginal.
Le phénomène est d'ailleurs beaucoup plus prévalent lorsque la limite d'âge est abaissée à 25 ans: on comptait en effet plus de 165'000 personnes de 25 ans et plus vivant chez leurs parents, soit 2,9% de l'ensemble des 25 ans et plus, concernant 4,8% des ménages privés, ou encore 14,4% des ménages familiaux: en Suisse, un ménage familial sur sept compte au moins un enfant ayant 25 ans ou plus.
Il est évident que la généralisation des études longues joue un rôle important dans le retard pris ces dernières décennies dans la prise d'indépendance des jeunes adultes, l'entrée dans la vie professionnelle et l'indépendance financière survenant plus tard qu'auparavant. Par ailleurs, on est en droit de penser que l'assèchement du marché du logement, notamment modeste, a un effet sur le moment du départ du nid familial - le phénomène est par exemple largement documenté dans les pays du sud de l'Europe suite à la crise de 2008.
Toutefois, l'examen de la répartition spatiale des "Tanguy" en Suisse montre une situation nettement plus complexe et plus nuancée. Ainsi, à l'échelle des régions de marché, la proportion de "Tanguy" dans la population de 30 ans et plus varie entre la moitié de la moyenne nationale (minimum en Ville de Berne: 0,6% de "Tanguys" dans les 30 ans et plus) et le triple (maximum dans les vallées italophones des Grisons - Bernina, Bregaglia et Moësa à plus de 4%).
La Suisse italienne montre dans ce domaine comme dans de nombreux autres une vraie spécificité, avec un taux de "vieux enfants" beaucoup plus important qu'ailleurs, partout supérieur au double de la moyenne nationale. Juste derrière viennent les régions alpines traditionnelles ainsi que les campagnes de Suisse centrale - là, un net effet rural, d'existence de ménages traditionnels à l'ancienne où les personnes âgées résident plus facilement avec l'un de leurs enfants - notamment celui qui reprend l'exploitation agricole familiale. Et c'est donc, en Suisse, ce qui semble conditionner le plus l'existence de ces "Tanguy" qui n'en sont donc probablement pas.
Dans les régions urbaines, le phénomène est en principe plus faible qu'en moyenne nationale et les jeunes tendent à s'y émanciper plus qu'ailleurs, malgré l'allongement des études et la crise du logement. A ce titre, les proportions de "Tanguy" sont plus fortes dans les banlieues familiales - particulièrement les plus riches - que dans les centres urbains à petits ménages, ce qui est somme toute logique. A noter de ce point de vue l'exception genevoise: là, la crise du logement et l'allongement des études provoque un fort accroissement du phénomène - c'est la seule région urbaine du pays où la moyenne de "Tanguy" dépasse la moyenne nationale.
Source : OFS & MicroGIS