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Il a mémorisé, croit-on savoir, les 1513 matches officiels qu'il a livrés. Confiné comme tout en chacun, Roger Federer a peut-être pris le temps de repasser dans sa tête le film des 44 rencontres qui auraient pu basculer pour un point d'une manière différente.
Les statistiques racontent, en effet, que le Bâlois a remporté vingt-deux rencontres après avoir sauvé une ou plusieurs balles de match, soit 62 au total. Sa dernière remontada est encore dans tous les esprits. Personne ne peut oublier son quart de finale du dernier Open d'Australie face à l'Américain Tennys Sandgren dans une rencontre où il fut, à... sept reprises, à un point de la défaite.
Mème si elle fut moins spectaculaire, sa victoire en demi-finale du Masters de Londres 2014 face à Stan Wawrinka a également marqué les esprits. Il devait écarter quatre balles de match face au Vaudois un samedi soir marqué par le «Mirka-Gate». L'altercation entre sa femme et Stan Wawrinka à quelques jours de la finale de la Coupe Davis à Lille pouvait laisser présager le pire. Mais on connaît la suite heureuse de l'histoire. Malgré les douleurs dorsales de Roger Federer qui l'avait conduit à déclarer forfait pour la finale de ce Masters 2014 contre Novak Djokovic au lendemain de sa victoire sur Stan Wawrinka, la Suisse devait remporter le Saladier d'Argent sur la terre des Mousquetaires.
Il perd au change
Curieusement, Roger Federer a perdu vingt-deux parties au cours desquelles il a eu une ou plusieurs balles de match en sa faveur, soit 45 au total. Si ce chiffre est similaire à celui de ses matches gagnés après une ou des balles de match contre lui, Roger Federer perd au change. «Roger n'a jamais gagné un seul titre du Grand Chelem après avoir sauvé une balle de match en cours de la quinzaine ou même une finale, remarque Yves Allegro qui fut et qui demeure le témoin privilégié de la carrière du Bâlois. On constate aussi qu'il a énormément perdu de tels matches aussi indécis sur le fin des tournois. En raison de l'ascendant qu'il a pu et qu'il peut exercer, les moments chauds pour lui sont survenus le plus souvent dans le money time.»
Comme pour le Valaisan et pour tous les fans du meilleur joueur de tous les temps, les deux balles de match galvaudées l'an dernier sur son service en finale de Wimbledon resteront à jamais comme les deux points les plus mortifiants de sa carrière. Mais Yves Allegro garde aussi le souvenir de deux autres balles de match perdues sur un choix ou un coup incroyables. «Il y a eu tout d'abord le passing tenté entre les jambes sur sa balle de match contre Marat Safin lors de la demi-finale de Melbourne en 2005 alors qu'il aurait pu gagner le point autrement, glisse-t-il. Mais comme il était atteint sur le plan physique (ndlr: blessure à la voûte plantaire), je ne pense pas qu'il aurait pu battre Lleyton Hewitt en finale.»
Le coup droit les yeux fermés
La seconde balle de match qui revient à l'esprit du technicien de Swiss Tennis est ce retour en coup droit frappé les yeux fermés par Novak Djokovic en demi-finale de l'US Open 2011. «Celle-là, elle a fait aussi très mal», glisse Yves Allegro. Novak Djokovic devait, en effet, cueillir le titre sur la lancée de cette demi-finale. Le Serbe a, ainsi, remporté deux tournois du Grand Chelem après avoir sauvé des balles de match. Il est le seul membre du «Big Three» à avoir connu ce bonheur.
Avec Rafael Nadal à un seul titre de son record des vingt victoires du Grand Chelem et avec Novak Djokovic à trois longueurs, Roger Federer se retrouve vraiment dans la ligne de mire. Mais la pandémie du coronavirus qui a conduit à une pause forcée du Circuit change la donne. Opéré du genou le mois dernier, le Bâlois recommencera à jouer en même temps que ses rivaux avec un classement pratiquement inchangé (ndlr: 4e).
«C'est comme s'il avait choisi le moment idéal pour se faire opérer, sourit Yves Allegro. Il est, en tout cas, dans le bon timing pour être d'attaque comme il l'espérait pour la saison sur gazon.» Sa rentrée est agendée, au 15 juin à Halle. Mais la pandémie pourrait la différer et même, comme on peut le redouter, remettre en question le bon déroulement de la saison sur gazon. Et priver le Bâlois de sa meilleure chance de cueillir un 21e titre majeur.