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L'histoire de la «propriété de Saint-Jean» commence véritablement avec l’acquisition de tout le domaine par Voltaire en 1755. Plusieurs raisons motivent cette décision: tout d’abord, il ne peut revenir à Paris; il a eu vent, ensuite, de la «fabrique» des frères Cramer, «libraires» à Genève; enfin, et surtout, réside à Genève le célèbre médecin Tronchin. C’est d’ailleurs grâce à la famille Tronchin que Voltaire peut acheter la propriété de Saint-Jean, qu’il rebaptise aussitôt « Les Délices »: il y reste cinq ans et y rédige la fin de L’Orphelin de la Chine, le Poème sur le désastre de Lisbonne et Candide. Le philosophe y accueille de nombreuses personnes, parmi lesquelles D’Alembert, en août 1756 pour la rédaction de l’article «Genève» dans l’Encyclopédie.
En octobre 1760, Voltaire s’établit au château de Ferney, acquis deux ans auparavant. Il conserve cette propriété même quelques années après son installation à Ferney, et ne la revend qu'en 1765. Les Délices resteront aux mains de la famille Tronchin jusqu’en 1840.
L’histoire des Délices ne s’arrête pas avec le départ de Voltaire. On ignore généralement que cette demeure est devenue «l’ambulance des Délices» au moment de la guerre dite de Bourbaki et que d’autres personnalités sont passées par là: c’est par exemple le cas d’Hector Berlioz.
Achetée en 1929 par la Ville de Genève, la propriété des Délices abrite un premier musée dès 1945. Fondé en 1952, l’institution est officiellement inaugurée le 2 octobre 1954.
C’est dans les années 1970 que le site des Délices rejoint la Bibliothèque publique et universitaire, aujourd’hui Bibliothèque de Genève, et devient un incomparable instrument de travail pour les chercheurs et chercheuses du monde entier. L’ensemble de la propriété fait l’objet d’une rénovation commencée en 1989 et achevée en 1994, pour les célébrations du tricentenaire de la naissance de Voltaire. Jacqueline Burnand, ancienne conseillère administrative chargée de l’aménagement, des constructions et de la voirie, avait alors précisé quels étaient les principes qui guidaient les travaux en cours : «La restauration de l’édifice est moins un retour à un état d’origine qu’un hommage contemporain à la mémoire du philosophe. Certes, les parties authentiques de ce bâtiment classé du 18e siècle ont été conservées : la disposition de certaines pièces a été rétablie et les structures des murs, des planchers et de la charpente ont été assainies et renforcées. Mais, pour l’essentiel, la restauration est en fait une invention : la remise en place des boiseries, l’organisation des salles d’exposition et la plantation du jardin participent à la création d’un cadre évocateur apte à soutenir le travail de fond.»
Les Délices abritent la plus grande collection de livres anciens et précieux, ainsi que de manuscrits, sur François Marie Arouet, dit Voltaire, régulièrement enrichie par des dons et des achats.