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Coopération. Savez-vous quelle quantité de viande un Suisse mange par année?
Thomas Vellacott. Trop.
A peu près 50 kilos, soit un kilo par semaine. Et vous, combien en mangez-vous?
Peut-être deux fois par mois, à certaines occasions, quand je sors. Autrement, je vis presque en végétarien. J’aime beaucoup la viande, c’est pourquoi je ne veux pas me priver de ce plaisir. Mais il ne faut pas oublier que la nourriture représente le tiers de la charge que fait peser l’activité d’une personne sur l’environnement, et que la viande en constitue une grande partie.
Avez-vous une voiture?
Non. J’habite et je travaille dans la même ville. Je peux donc facilement me passer de voiture.
Donc, vous vivez selon les principes du développement durable.
Non.
Comment, non?
Mon empreinte écologique est de 2,0 planètes. Autrement dit, si tous les habitants de la planète Terre vivaient comme moi, nous consommerions les ressources de deux planètes. Ma valeur est certes meilleure que la moyenne suisse, qui est de 2,8, mais elle est toujours trop élevée. L’objectif doit être de réduire l’empreinte à une seule planète.
Qu’avez-vous à vous reprocher pour avoir une si grande empreinte écologique?
Ce que j’aimerais encore réduire, ce sont les kilomètres que je parcours en avion. En privé, je vole peu, mais professionnellement, du moins jusqu’à récemment, je faisais une à deux fois par année de grands trajets en avion pour aller à des conférences et pour des visites liées à des projets. Cette fréquence est encore trop élevée. J’essaie d’y remédier en utilisant le système de la vidéoconférence. L’avion sollicite énormément le budget carbone personnel.
Mais vous compensez certainement vos vols? Dans ce cas, ils n’ont plus d’impact sur votre budget carbone.
Si, le calcul en tient compte. Sinon, vous pouvez vous permettre n’importe quel style de vie et simplement «vous racheter». Cela ne doit pas être le but. La règle d’or est de réduire d’abord, et de ne compenser que ce qui est inévitable.
Le développement durable passe par un changement de comportement. Les ventes de produits «durables» montrent que nous sommes sur la bonne voie…
Oui, mais nous ne sommes pas assez rapides. Par ailleurs, nous devons nous préoccuper aussi bien de la qualité des biens et services que nous consommons que de leur quantité.
Nous devrions nous demander plus souvent si une meilleure qualité de vie est synonyme d’une plus grande consommation. C’est le message de notre nouvelle campagne, qui incite à participer à notre «expérience de bonheur». Vous le trouverez sur notre site Internet.
Il y a cent ans, les gens dépensaient la moitié de leur revenu pour la nourriture, alors qu’aujourd’hui, nous sommes en dessous de 10%. Faisons-nous fausse route?
Oui et non. Non, car on peut naturellement se réjouir qu’au moins sous nos latitudes, peu de gens ont faim parce qu’ils ne peuvent pas se payer à manger. Oui, parce que l’industrialisation et la mondialisation de la production alimentaire font que les coûts réels ne sont souvent plus visibles pour le commun des mortels. On détruit les forêts tropicales pour planter du soja qui sert à nourrir des animaux dont la viande finit plus tard dans nos assiettes. Nous reportons le prix des dommages écologiques sur les générations futures.
Le WWF travaille main dans la main avec l’économie et il est souvent la cible de critiques pour cela. Soutenez-vous ce concept?
Tout à fait. Ce qui nous intéresse, c’est l’effet obtenu. L’économie offre à cet égard un levier performant. Les consommateurs ont une grande influence. Il faut qu’il y ait une grande demande de biens issus de modes de production durable. Pour stimuler cette demande, nous publions par exemple des guides d’achat pour le poisson. Et il faut bien sûr qu’il y ait une offre. Nous travaillons donc avec des entreprises, afin que la clientèle puisse aussi acheter du poisson issu de pêche responsable.
Et ça marche?
Très bien même. Prenons l’assortiment de Coop: on y trouve une grande part de produits MSC ou de poissons d’élevage bio. L’idéal serait que le consommateur n’ait même plus besoin du guide d’achat puisque l’offre elle-même serait composée de poisson issu de production durable. En Suisse, les produits MSC représentent 12% de l’assortiment et Coop va même jusqu’à 50%!
Le WWF a prolongé de trois ans sa collaboration avec Coop. Qu’est-ce que ce partenariat vous apporte?
Nous misons sur les pionniers, afin de montrer ce qui est possible aux autres entreprises. Si Coop réussit à réduire sensiblement les émissions de CO2, elle montre que l’engagement en faveur du climat fonctionne dans la pratique. Nous donnons de l’importance à de bonnes conditions cadre afin que toutes les enseignes suivent le mouvement, et pas seulement les entreprises exemplaires, qui se tiennent à des objectifs qu’elles se sont volontairement fixés.