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La Suisse ne peut pas accepter la demande d'extradition des Etats-Unis, a expliqué lundi devant la presse à Berne la ministre de la justice Eveline Widmer-Schlumpf. Trop d'incertitudes subsistent concernant la conformité de la requête américaine, a argumenté la conseillère fédérale.
Le cinéaste a désormais quitté son chalet de Gstaad, où il était assigné à résidence depuis plusieurs mois. A Berne, la ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf a levé lundi les mesures d'assignation à résidence et de surveillance électronique. Elle a indiqué à la presse,«Monsieur Polanski est libre de se déplacer à présent. Il peut aller en France, en Pologne, dans n'importe quel endroit où il ne sera pas arrêté.»
La conseillère fédérale a souligné que cette décision n’est pas un jugement sur les faits reprochés à Roman Polanski, mais un rejet de la demande américaine d’extradition. Ainsi la Suisse, ne se prononce pas sur la culpabilité du cinéaste.
Manque de précision
Le rejet de la demande d'extradition est essentiellement lié au fait que le Département américain de la justice a refusé de faire parvenir aux autorités suisses, le document qui devait permettre de confirmer que les 42 jours passés par Roman Polanski dans la division psychiatrique d’une prison californienne en 1977, avaient été validés comme couvrant la totalité de la peine d’emprisonnement.
En raison de l’incertitude dans laquelle ce refus plonge la Suisse, la demande d’extradition a dû être rejetée. «On ne saurait exclure avec toute la certitude voulue que Roman Polanski ait déjà exécuté la peine prononcée autrefois à son encontre et que la demande d'extradition souffre d'un vice grave», a indiqué l'Office fédéral de la justice (OFJ).
Principe de la bonne foi
Eveline Widmer-Schlumpf a également mentionné dans le refus d’extradition, le principe de protection de la bonne foi. Elle a évoqué le fait que tout le monde savait depuis 2006, date de l’achat de son chalet à Gstaad, que Roman Polanski séjournait régulièrement en Suisse. Et qu’aucun contrôle n’avait été effectué avant septembre 2009.
Ainsi, le cinéaste s’est rendu dans le pays en toute confiance. Et l’OFJ a indiqué qu’il ne serait certainement pas allé au Festival du film de Zürich s'il craignait que ce voyage ait
des conséquences juridiques. Pourtant, la ministre de la justice refuse de parler d’une erreur de la Suisse et n’estime pas devoir indemniser le cinéaste.
Réactions positives
Polanski n’est pas le seul à avoir l’impression que «justice lui est rendue», selon les mots de l’écrivain Bernard-Henri Lévy, soutien inconditionnel du cinéaste franco-polonais. De nombreuses personnalités ont félicité la décision de la Suisse.
L'avocat français de Roman Polanski, Me George Kiejman, s'est déclaré lundi «très heureux et très ému» de la décision de la justice suisse. «Je pense qu'il vient de subir un long calvaire», a déclaré l'avocat. «Je rends hommage à la justice suisse. Son analyse juridique est très juste», a-t-il estimé.
La Suisse montre qu'elle est «capable d'indépendance» et «j'en suis extrêmement heureux» a déclaré de son côté Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse. Il n'était «pas forcément évident pour un petit Etat comme le nôtre qui n'a pas toujours des relations roses avec les Etats-Unis de garder sa totale indépendance», a-t-il souligné.
Du côté français, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand voit cette décision de manière positive. Il a indiqué dans un communiqué «je me réjouis pour son épouse Emmanuelle Seigner, ses enfants et ses amis qui l'ont soutenu avec dignité et détermination au long d'une épreuve où les polémiques les ont profondément affectés.» «Voici venu le temps de l'apaisement. Le passé douloureux, la riche personnalité, l'oeuvre unanimement admirée de Roman Polanski retrouvent toute leur place.»
Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, a également fait part de son «profond soulagement» à son homologue suisse Micheline Calmy-Rey. «Le grand réalisateur franco-polonais pourra désormais retrouver librement les siens et se consacrer pleinement à la poursuite de ses activités artistiques».
Suisse-USA
La décision suisse de ne pas extrader Roman Polanski ne devrait pas détériorer la coopération avec les Etats-Unis en matière de justice. La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a indiqué que Washington avait exprimé sa «compréhension» pour les arguments invoqués par Berne.
Rappelons que, arrêté le 26 septembre 2009 à l'aéroport de Zurich, Roman Polanski était assigné depuis le 4 décembre dans son chalet de Gstaad. Le réalisateur de 76 ans est poursuivi aux Etats-Unis pour une affaire de relations sexuelles avec une mineure il y a 33 ans.
swissinfo.ch et les agences
Affaire Polanski: dates clés
Roman Polanski, 76 ans, est arrêté à l’aéroport de Zurich, le 26 septembre 2009. Il était venu en Suisse sur invitation, pour recevoir une récompense du Festival du film de Zurich.
Le cinéaste est activement recherché depuis 2005 par la justice américaine. Il est accusé d'avoir abusé d'une adolescente de 13 ans en 1977, en marge d'une séance de photographie dans la maison de l'acteur Jack Nicholson.
Les autorités américaines transmettent à la Suisse le 22 octobre 2009 une demande formelle d’extradition.
Le 26 octobre 2009, la victime de Polanski, Samantha Geimer, demande l’abandon des poursuites. Celle-ci sera rejetée par la justice américaine.
Le 4 décembre 2009, après le versement d’une caution de 4,5 millions de francs, le cinéaste est libéré. Il est assigné à résidence dans son chalet à Gstaad, sous surveillance électronique.
Le 22 janvier 2010, un tribunal de Los Angeles rejette la demande de jugement par contumace formulée par les avocats de Roman Polanski. Ces derniers annoncent qu’ils feront appel.
La justice américaine rejette la deuxième requête de jugement par contumace le 23 avril 2010.
La ministre suisse de la justice, Eveline Widmer-Schlumpf annonce le 12 juillet 2010 que Roman Polanski ne sera pas extradé vers les Etats-Unis et que les mesures de restriction de sa liberté sont levées.