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Le 10 juin, aux éditions Pyrémonde, est paru un nouveau livre de mon humble personne, terminant le triptyque commencé avec Muses contemporaines de Savoie et Écrivains en pays de Savoie - le premier sur les auteurs savoyards du vingtième siècle, le second sur les écrivains non savoyards ayant parlé de la Savoie. Il se nomme La Littérature du duché de Savoie, et est consacré à la littérature réalisée par le duché de Savoie au cours des siècles. J’y ai aussi intégré la littérature datant de l’époque où la Savoie n’était qu’un comté, de 1032 à 1416.
Le livre est de nature encyclopédique, mais, relativement court, il est facile à lire dans son entier. Beaucoup de citations l’agrémentent, et beaucoup d’illustrations. Il présente au public une branche négligée de la littérature francophone, celle d’une région qui a été distincte de la France mais ne l’est plus, de telle sorte qu’elle a un statut incertain, en marge: les États ne se chargent pas réellement d’en entretenir la mémoire.
Elle est pourtant très intéressante. Elle a pour remarquable particularité d’avoir toujours voulu accorder à l’imagination une large place - à l’origine dans la sphère religieuse avec la figure centrale de François de Sales, puis en philosophie avec Joseph de Maistre, qui fut disciple de Louis-Claude de Saint-Martin, et même en science, avec François-Amédée Doppet, qui fut adepte de Mesmer. Or, Mesmer et Saint-Martin sont en grande partie à la source du romantisme allemand, qui lui aussi admit l’imagination comme absolument nécessaire, tant en art qu’en science.
En France, le classicisme ayant rejeté l’imagination libre, celle-ci s’est presque toujours accompagnée d’un rejet de la théologie et de la philosophie traditionnelles; mais pas en Savoie, où l’on voulait seulement que l’imagination fût accordée au respect des doctrines officielles. À cet égard, elle manifestait des liens, je crois, avec la culture allemande. Terre du Saint-Empire qui payait son tribut à l’Autriche, elle avait tiré de celle-ci et de Bavière son art baroque; François de Sales était influencé par la mystique rhénane; Joseph de Maistre était lié à l’Allemagne sous plusieurs aspects.
Contrairement aux autres ouvrages sur le même sujet, j’ai essayé, de fait, de dégager une couleur spécifique, à cette littérature, et comme il m’a semblé que l’époque romantique la faisait chatoyer d’une façon toute particulière, j’ai consacré à celle-ci une plus large place qu’on ne le fait d’habitude. Il n’est pour moi pas vrai que, comme certains l’ont dit, la seule marque distinctive de la littérature savoyarde est que ses représentants se sont sentis savoyards: consciemment ou pas, ils accueillaient en eux un air qui leur donnait une teinte singulière. Comme ils écrivaient en général en français, il faut les lire pour s’en apercevoir: là, peut-être, est la difficulté! Mais cela n’en existe pas moins, à mes yeux.
L’excellent éditeur du livre se consacre aux régions de France, mais aussi aux vieilles uchronies - souvent si poétiques! J’ajoute que pour le Moyen Âge et la Renaissance, des noms liés à Genève et au Pays de Vaud ont été insérés.
La Littérature du duché de Savoie
Editions Pyrémonde (Librairie des régionalismes)
16x24
214 pages
Disponible sur chapitre.com