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On sait depuis quelques décennies que l’Occident s’est ouvert à la pensée orientale et notamment au bouddhisme. Mais quel bouddhisme ? C’est ce que F. Midal a cherché à définir en prononçant quatre conférences à l’invitation de l’université de Tokyo. Dans une double perspective : proposer un bouddhisme d’Occident qui soit en dialogue avec sa propre origine tout en le mettant en relation avec un philosophe occidental susceptible d’incarner une véritable compatibilité avec lui. Heidegger est ce penseur, selon Midal, parce qu’il a été lui-même marqué par le bouddhisme et le taoïsme (il a dialogué avec nombre de philosophes japonais comme Matsuo ou Tanabe) et que le Japon est le premier pays d’Orient qui a compris que quelque chose de décisif se jouait dans la conception du rapport de l’homme à l’être tel que Heidegger le conçoit en parlant du Dasein. Il est propre au bouddhisme de penser la place et le sens de l’être humain non à partir de l’ego cartésien, mais selon la mouvance de possibles toujours à naître et réinventer : je suis ce que j’ai à être dans l’ouverture relationnelle aux autres et au monde. C’est précisément ce que signifie la posture heideggerienne. Midal montre que Heidegger et le bouddhisme ont un essentiel commun qui les éloigne de toute forme de pensée consumériste pour les ouvrir à une perspective orientée vers une relation à autrui jamais réductrice.
François Gachoud
Fabrice Midal : Conférences de Tokyo. Martin Heidegger et la pensée bouddhique. Ed. Cerf, « La nuit surveillée », 154 pp.