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Dans l’épisode précédent de cette étrange série, nous avons raconté comment un voyou, croyant échapper à son juste châtiment, s’était jeté dans l’entrée d’un immeuble désaffecté pour se réfugier dans ses hauteurs, empruntant l’escalier en ruines. Nous avons aussi montré de quelle manière le héros masqué dont nous racontons les aventures s’était transporté instantanément sur le toit de l’immeuble, en disparaissant et en réapparaissant dans une sorte de brume. A ce moment, avons-nous dit, Charles de Gaulle entra en communion intime avec ce héros, et perçut Paris par ses propres yeux.
Or, il entendit soudain, en lui-même, une voix, et il sut que l’être mystérieux lui parlait. Il lui disait de ne pas avoir peur, que tout cela était normal, que les mortels ordinaires ne savaient pas quelle était la profondeur des énigmes qui volaient autour d’eux comme des formes diffuses. Alors le pauvre Charles lui demanda: Mais qui es-tu? N’es-tu qu’une ombre de moi-même? Portes-tu un nom? Ou n’es-tu que comme le monstre du docteur Frankenstein, né de l’abîme - et demeuré sans baptême? Or, l’autre lui répondit: Sache que les hommes m’appelleront Colonel Degolio, saisissant d’instinct le lien qui m’unit à toi, et le tournant en même temps à la plaisanterie, parce qu’ils ne voudront pas y croire: ils me prendront pour la mise en scène d'un ingénieux bouffon. Mais à toi je puis le dire: mon nom véritable est Docteur Solcum. Car ce que tu créas, à la façon de Victor Frankenstein, c’est mon enveloppe visible, l’image par laquelle les hommes me voient - et même peuvent me toucher, si je l’agrée. Je suis celui qui, en dernière instance, donne de l’épaisseur à l’idole que tu forgeas. Esprit, souffle, je donne du volume à l’habit psychique; et la lumière qui jaillit de mes yeux est celle de mon corps.
Je descends, pour toi, jusque dans le monde physique. Or, cela constitue pour moi une sorte de sacrifice: j’en ressens de la souffrance. Les effluves de ce monde me sont comme d’étouffants tentacules. Mais je suis ici par devoir: il fallait que je le fisse.
J’ai ma personnalité propre; je suis ce que les anciens nommaient un génie. Et j’ai un nom propre, qui est Solcum, et, parmi les génies - le peuple qui hante le monde invisible tel qu’il se déploie autour de la Terre -, mon titre est docteur: on me voit comme un sage. Ma véritable apparence doit demeurer cachée, car elle briserait instantanément l’homme qui l’apercevrait: il en serait détruit de l’intérieur. Elle a pour vous quelque chose d’épouvantable. On ne saurait la décrire au moyen d’une langue humaine.
Or, ce dialogue ayant été assez long, il manque à présent la place pour le restituer en entier, et nous en donnerons la suite dans un épisode prochain.