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11 septembre 2001
Tous se souviennent du jour où le temps s'est arrêté
Les événements tragiques marquent nos mémoires à jamais. Ainsi, tout le monde se souvient des circonstances dans lesquelles il a appris la survenue des attentats du 11 septembre 2001, il y a tout juste vingt ans. Témoignages de Romands.
Le 11 septembre 2001, Romain, alors étudiant, sortait de l'EPSIC (Ecole professionnelle) à Lausanne avec son copain Nicolas. «Nous attendions le M1 à Malley en direction du Flon», se remémore-t-il. Le frère de son ami, pilote d'hélicoptère Super Puma pour l'armée suisse, lui téléphone et lui annonce: «l'Amérique se fait attaquer» et indique qu'il est mobilisé en cas d'attaque. «C'est seulement une fois à la maison qu'on a compris ce qui se passait...»
Comme celle de tout un chacun, la mémoire de ce Vaudois est restée marquée au fer rouge par les événements d'il y a tout juste vingt ans et par les circonstances exactes dans lesquelles il évoluait, alors que l'horreur frappait New York.
Romain est aujourd'hui établi en Californie, ce qui lui donne une autre vision des choses. «C'est clair que les gens ici y sont plus sensibles qu'en Suisse, dit-il, mais ce n'est pas vraiment un sujet de discussion. Je pense qu'une partie a beaucoup souffert psychologiquement de la journée en elle-même et des conséquences qui ont suivi, notamment les soldats qui sont partis en Afghanistan et en Irak, ainsi que leurs familles».
Depuis là-bas, son ressenti est que la majorité de la population préfère oublier ce qui s'est passé. «Bien sûr que certains jouent encore sur ces sensibilités pour promouvoir 'the war against terror' (la guerre contre la terreur), relève-t-il. En Californie, nous avions la seule élue qui avait voté contre une invasion de l'Afghanistan. Elle représentait beaucoup la pensée générale ici, qui estime que le gouvernement a énormément joué sur les émotions pour arriver à contrôler les gens et bénéficier de l'armement.»
Notre Suisse expatrié note encore une espèce de «honte rampante» à travers le constat «qu'à la fin du compte il n'avait pas vraiment un but ou un objectif clair. Et qu'on vient de partir d'Afghanistan après vingt ans de guerre et de dépenses pour rien».
L'impensable dans des yeux d'enfants
Lorène, elle, n'avait que sept ans et demi lorsque les tours jumelles sont tombées. Mais elle n'a rien oublié: «Je rentrais de l'école avec ma mère, lorsque nous sommes arrivées à la maison, mon frère avait laissé la télé allumée avec la chaîne Euronews qui diffusait en boucle ce qui s'était passé à New York. C'est vraiment à ce moment-là que j'ai compris que le monde dans lequel on vit est fou, que ça n'allait pas être tout rose».
Alors âgée de douze ans, Circé passait une journée normale, écoutant la radio, comme à l'accoutumée, pour faire ses leçons. «Là, contrairement à d’habitude, les horaires étaient chamboulés et j’ai appris pour les attentats, vers 16h.» L'enfant qu'elle était alors en a été choquée, car c’était la première fois qu'elle entendait parler d'un tel événement pour l’Occident.
«Surtout, je ne comprenais pas pourquoi cet attentat avait plus d’importance qu’un autre puisque tout était chamboulé à la radio alors que pour d’autres guerres c’était juste un flash et le soir», indique-t-elle. Sa mère, professeure à l'Université de Lausanne, lui a permis d'y voir plus clair: «On en a discuté lorsque maman est rentrée et nous a expliqué devant le journal TV l’impact que cela avait pour notre société».
«Pentagone boum»
Valérie était partie pour un voyage d'un an avec son compagnon mi-août 2001. Elle raconte: «En septembre, nous étions en Turquie et le 11 dans une ville nommée Kutahya. Nous rentrions à notre hôtel quand le réceptionniste nous dit :'Pentagone boum' avec gestes et grimaces! Il ne parlait pas l'anglais et c'était le seul moyen de nous faire comprendre la gravité de la situation».
Ne comprenant pas vraiment de quoi il parlait, le couple a cherché un internet café pour avoir plus d'infos. «D'être loin de notre famille et de nos amis rendait la situation étrange. Nous ne pouvions en parler qu'entre nous deux et par email avec nos proches. Nous nous sommes sentis assez seuls dans ce moment.»
Aline et son mari, eux, se trouvaient aux Etats-Unis, en voyage de noces: «Nous étions dans le Connecticut, juste à côté, et nous devions prendre un bus qui devait nous amener au centre de New York... il n'est jamais parti. Et nous sommes restés bloqués plus d'une semaine avant de pouvoir prendre un vol et retrouver notre chère Suisse. Comme voyage de noces, on a vu mieux! Et pour les proches, ça a été très dur», se souvient-elle.
Un si bon moment au Grand-Saint-Bernard...
Au travail, comme pour Brigitta, employée d'une Service line, où les nouvelles ont temporairement remplacé les renseignements réservés aux clients et statistiques sur les écrans du personnel, dans un cabinet médical, comme pour Mélanie, tout de même inquiète de voir son dentiste plus concentré sur la chaîne info que sur sa dentition, ou ailleurs, le monde entier a suivi l'événement en direct, sidéré. Comme si le temps s'était arrêté. Insoutenables, les images resteront, relate Francine: «Ça m’a glacé le sang. Je me suis sentie mal quand on a vu les corps tomber de la tour, c’était irréel. Choquée, j’étais choquée.»
Et pendant ce temps-là, Didier regardait le ciel en riant: «Je faisais du cerf-volant avec un ami en-dessus du Grand-Saint-Bernard vers 3000 mètres. Lui le faisait piquer sur moi et moi j'essayais de l'attraper. Des fous rires énormes! On redescend et nous allons boire quelque chose au bistrot de l'hospice, la TV était allumée... on y a vu les tours tomber. Nous on s'amusait comme des gosses et au même moment, d'autres semaient la mort... ces deux extrêmes m'ont souvent interpellé».