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Hwang Sok-Yong, écrivain engagé, lu aussi bien au Sud qu’au Nord, a connu la division de la Corée et se bat aujourd’hui, au travers de ses romans, pour la réunification du pays.
« A quoi bon écrire dans ces conditions ? », s’interrogeait l’écrivain coréen hwang Sok-yong en parlant de son incarcération par le régime autoritaire de Séoul pour atteinte à la sûreté nationale. Lu dans les deux Corées, cet auteur engagé a entrepris un véritable travail de mémoire en donnant dans ses romans une place importante à la guerre, à l’exil, à la cruauté des hommes une fois entraînés dans les rouages débridés des idéologies. Les éditions Zulma rééditent en septembre 2010 son roman le plus célèbre, Monsieur Han, et ont récemment publié son dernier ouvrage, Shim Chong, fille vendue.
Né en Mandchourie en 1943 où s’est refugiée sa famille après avoir combattu l’occupant japonais en Corée, hwang Sok-yong revient à Pyongyang entre 1945 et 1948, avant de passer au Sud, où la guerre de Corée (1950-1953) le surprend et divise le pays le long du 38e parallèle.
Celui qui se définit comme « un écrivain de la période de la division » milite pour la réunification du pays et s’efforce de nouer des contacts culturels entre les deux Corées. Défiant l’interdiction émise par Séoul d’entrer en Corée du nord, hwang Sok-yong se rend en 1989 à Pyongyang pour y représenter l’Association des artistes de Corée du Sud lors d’un congrès avec ses homologues nord-coréens. Suite à cette rencontre, la revue Littérature de la réunification est créée. Pour échapper à la prison qui l’attend, il s’exile, avant de revenir en 1993 dans son pays où il est incarcéré durant cinq ans. « un écrivain, explique-t-il, doit vivre dans le pays de sa langue maternelle. »
Son œuvre, d’inspiration autobiographique, contribue à réexaminer les faits de la guerre et les souffrances qu’ils impliquent pour les populations. S’appliquant à défier les relectures idéologiques, hwang Sok-yong rappelle dans Monsieur Han ou L’invité que la guerre de Corée a vu le pays se déchirer, les Coréen·ne·s s’entretuer, les communistes et les chrétien·ne·s devenir des ennemi·e·s mortel·le·s. Le romancier donne une voix au peuple, aux personnes vivantes ou mortes, dans un souci de sonder les sombres recoins de l’histoire et d’amorcer un travail de deuil.
Le statu quo territorial et les récents accrochages opposant la Corée du Sud et son allié américain à la Corée du nord soulignent la force de conviction nécessaire à hwang Sok-yong, qui se qualifie de « réaliste-idéaliste », pour surmonter les divisions entre les deux peuples, mais aussi la place centrale de son écriture dans le développement de relations pacifiques entre les deux Corées.
Shim Chong, fille vendue. Hwang Sok-Yong, Paris, Zulma, 2010, 560 p.
Article paru dans le magazine AMNESTY, n°62, publié par la Section suisse d’Amnesty International, septembre 2010.