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III. Rapport du Comité central sur l'exposition
Messieurs et très honorés Collègues,
Rapport du Comité central sur l' exposition Messieurs et très honorés Collègues, Parmi les objets divers qui, cette année, ont sollicité l' attention et l' activité du Club alpin, il en est un qui mérite que nous lui consacrions un rapport particulier. Je veux parler de l' Exposition nationale, ouverte à Zurich le ler mai 1883, et de la part que nous y avons prise. Ce n' était pas la première fois qu' on essayait de réunir et d' exposer un certain nombre d' objets propres à intéresser les clubistes; mais, en Suisse du moins, ces tentatives n' avaient jamais dépassé de très modestes limites; à l' étranger, entre autres à Vienne lors de l' Exposition universelle, en 1873, et à Salzbourg, à propos de la dernière réunion internationale des Clubs alpins, en 1882, on avait fait des essais déjà plus considérables. On a pu voir, à Salzbourg, une riche collection de documents topographiques, ainsi qu' une autre collection, tout à fait intéressante, de modèles, de plans et de vues des cabanes refuges établies par les clubs. Mais aucune de ces expositions n' avait eu, à beaucoup près, l' im de celle de Zurich. Quoi qu' on en puisse dire, soit en bien soit en mal, elle prend rang et date en tête de toutes les grandes expositions alpestres qui pourront avoir lieu. La nouveauté en a doublé l' intérêt. Sans vouloir nous flatter nous-mêmes, nousv pouvons dire que l' attention dont elle a été l' objet constitue un succès, et un succès qui pourrait, à l' oc, engager nos successeurs à nous imiter. C' est pourquoi nous croyons utile de consigner ici le souvenir des expériences que nous avons faites. Au reste, n' eussions point de successeurs, nous vous devrions encore, Messieurs et chers Collègues, de vous faire rapport sur la manière dont nous nous sommes acquittés de la mission que vous nous aviez confiée et sur l' emploi que nous avons fait des ressources mises à notre disposition.
Période préparatoire.
Ce n' est point au Club alpin qu' est venue l' idée d' exposer; mais bien aux personnes qui ont conçu le projet d' une exposition nationale. Elles sont parties de l' idée que le Club alpin devait exposer, qu' il exposerait nécessairement, et c' est pourquoi, d' elles et dès la première répartition des groupes, elles ont annoncé un groupe dit du Club alpin. Il portait le n° 42.
Le procédé n' était pas absolument régulier. Le Club alpin est une société particulière, qui a seule le droit de disposer d' elle. Que dirait un industriel si, d' autorité, l'on s' emparait de son nom ou de sa raison de commerce?
Il n' y a eu dans cette irrégularité, à peine est-il besoin de le dire, aucune intention mauvaise; elle est née d' une simple confusion d' idées. On a assimilé le Club alpin, société distincte, personne morale, à une catégorie d' industriels ou d' amateurs. On en a fait un groupe. Le Club alpin n' était pas un groupe; il n' était et ne pouvait être qu' un exposant et un exposant désintéressé.
Cette erreur, qu' on a bien remarquée, mais à laquelle d' abord on n' a pas attaché d' importance, n' a pas été sans conséquences. Chaque exposant était libre d' organiser son exposition comme il l' entendait, sauf à se soumettre aux règlements et aux prescriptions d' ordre général. Les groupes, au contraire, étaient soumis à une direction spéciale constituée par la Direction générale de l' Exposition; ils avaient un chef et des experts chargés de les représenter et de les organiser. Du moment que nous étions censés former un groupe, on nous a traités comme tous les autres groupes, si bien que nous nous sommes trouvés tout à coup, sans nous en douter, dépossédés de la direction de notre exposition. A peine avions-nous annoncé notre participation probable que, déjà, l'on avait pris pour nous des décisions importantes. On avait nommé des experts, élaboré un programme, assigné un local, convoqué des exposants, assuré des places; bref, notre premier soin dut être de nous faire réintégrer dans nos droits, ce qui n' eut pas lieu sans des négociations compliquées et délicates.
Si nous rappelons ces circonstances, ce n' est pas pour y trouver matière à critique, mais pour en tirer une instruction dont il pourrait être utile de se souvenir. Si jamais le Club alpin était appelé à concourir à une nouvelle exposition, le premier soin de son Comité central devrait être d' établir clairement les situations respectives.
Grâce à la bonne volonté de chacun, les négociations entamées aboutirent à un arrangement acceptable, sur lequel nous reviendrons tout à l' heure. Ke-prenons les faits dans leur ordre.
Ce fut, on se le rappelle, dans le courant de l' an 1881 que surgit l' idée de l' Exposition.
Lors de la fête annuelle, à Bâle, notre Comité central, siégeant à Berne et ayant à sa tête M. K. Lindt, avait été sondé déjà sur la question de savoir s' il ferait honneur à l' espèce d' engagement qu' on avait pris en son nom en lui réservant un groupe à remplir. La question fut posée devant l' assemblée des délégués.
On tomba généralement d' accord pour reconnaître qu' il ne serait guère possible de s' abstenir, que le Club alpin serait moralement obligé à prendre sa part dans la grande entreprise nationale, et qu' il convenait de le faire de bonne grâce, mais prudemment, afin de n' être pas entraîné à des sacrifices exagérés. Aussi le Comité central fut-il invité à faire les études nécessaires et à présenter un rapport et des propositions avec devis.
Les circonstances, malheureusement, ne permirent pas de mettre immédiatement à exécution cette résolution, en apparence très sage, mais qui devait, dans la pratique, rencontrer plus d' une difficulté. Le comité central bernois n' ayant plus que quelques mois à être en fonctions, ne jugea pas à propos de prendre des mesures qui auraient engagé celui de Lausanne, déjà désigné. Il voulut lui passer la question intacte. Entré en charge vers le milieu de janvier 1882, le nouveau Comité central, dès qu' il eût pu s' orienter, prit en mains la question; mais il la trouva préjugée comme nous l' avons dit plus haut, et dut se préoccuper tout d' abord de reconquérir sa liberté d' action.
Il régnait deux courants d' opinion, très prononcés, dans le sein du club, l' un favorable, l' autre défavorable. Le Comité central ne se laissa point gagner par celui de l' opposition. Il partit de l' idée qu' en ces sortes d' entreprises il y a un entraînement inévitable, et que les oppositions, toujours nombreuses au commencement, disparaissent peu à peu et se transforment en adhésions. Il crut aussi, et l' événement paraît lui avoir donné raison, que les sacrifices qu' il ferait pour exposer d' une manière digne du club ne seraient point sans compensation. Dans cette pensée, il élabora un programme plus étendu que celui qui déjà avait été mis en circulation sans qu' il y eût participé. Il eut soin d' avertir qu' il ne l' envisageait pas comme devant être réalisé dans son entier, que c' était une sorte de programme idéal et qu' on en prendrait ce qu' on pourrait. Mais on tint peu de compte de ces déclarations, et diverses voix s' élevèrent pour nous accuser de chimère. Nous rêvions l' impossible et nous ne manquerions pas d' y engouffrer toute la fortune du club.
Sur ces entrefaites, nous souvenant des engagements pris à Bâle, de présenter avant tout un rapport et des propositions avec devis, nous lançâmes une circulaire ( 20 mai ) pour expliquer pourquoi et comment nous nous trouvions dans l' impossibilité de les tenir. Par la même occasion, nous portions à la connaissance des sections l' arrangement qui venait d' être conclu avec la direction de l' exposition.
„ Pour établir* un devis, disions-nous, il faut un „ programme; pour établir un programme, il faut savoir „ dans quelles conditions on expose.
„ Cette dernière question, posée la première, a fait „ l' objet de négociations difficiles et compliquées. Elles „ viennent d' aboutir à un arrangement acceptable par „ les divers intéressés et dont voici les traits essentiels.
„ L' exposition du Club alpin ( groupe 42 ) aura lieu „ conjointement avec celles des groupes 27 et 28 ( sylviculture, chasse et pêche ), dans un pavillon ad hoc, „ au bord de la Limmat, à peu de distance du bâti-„ment principal. L' organisation en est confiée à une „ Commission spéciale de cinq membres, désignés les „ uns par le Comité central de l' Exposition, les autres „ par le Comité central du Club alpin; cette commission „ se trouve actuellement et définitivement composée du „ Président central du Club alpin, de MM. Eugène „ Ochsner, vice-président de la section Uto, Ànt. de Tor-cente, inspecteur-forestier à Sion, Bàltzer, professeur, „ et Albert Nsegeli, négociant, ces deux derniers à „ Zurich
„ Il existe, en outre, un Comité' exécutif, formé de „ délégués des commissions spéciales des 3 groupes 27, „ 28 et 42 et chargé de veiller aux intérêts communs „ de leur exposition combinée.5 ) La Direction de l' Ex fournira, pour le groupe 42, le local avec „ les meubles meublants ( tables, chaises, etc. ), et le „ motif décoratif principal en harmonie avec celui des „ groupes conjoints; elle se charge aussi du service „ ( sûreté et propreté ), de l' entretien de la décoration „ spéciale, de la publication des programmes et des „ frais de déplacement des membres de la Commission „ spéciale et du Comité exécutif. Le Club alpin, de „ son côté, prend à sa charge la réunion et l' installa des objets exposés, ainsi que l' établissement de „ la décoration spéciale. Enfin, le Club alpin est en-„visagé comme le seul exposant du groupe, nul n' y „ pouvant être admis qu' avec son autorisation et sur „ son invitation: il est entendu, toutefois, qu' il aura „ égard, dans la mesure du possible, à quelques demandes de participation qui ont été faites dans les „ délais légaux et avant que soit intervenu l' arrange actuel. "
Cet arrangement, à dire le vrai, était en lui-même assez singulier, et l'on ne voit pas en vertu de quoi le Comité de l' Exposition s' arrogeait une part quelconque dans la nomination de la commission chargée de diriger notre exposition. Néanmoins, nous crûmes devoir y donner les mains. Nous avions une confiance absolue dans les commissaires désignés; nous savions qu' ils seraient d' accord pour n' agir que dans l' intérêt du Club alpin et conformément aux instructions de son Comité, dont le président était un de leurs collègues. Dans ces circonstances, on pouvait passer sur quelque anomalie de forme: l' essentiel était sauvé.
La circulaire expliquait ensuite comment nous entendions notre programme, et de quelle manière nous espérions parvenir à en réaliser au moins quelques parties. Elle insistait très particulièrement sur la nécessité d' un concours actif des sections, des membres du Club propriétaires de collections ou d' objets rentrant dans les catégories prévues, des industriels intéressés, photographes, libraires éditeurs, fabricants d' articles de voyage ou d' instruments utiles au clubiste, et enfin des gouvernements cantonaux et fédéraux, ainsi que des clubs étrangers. A la circulaire était joint un questionnaire, avec des instructions, à l' adresse de tous ceux qui seraient disposés à nous venir en aide.
„ Quand nous aurons reçu un nombre suffisant de „ réponses, disions-nous en terminant, et que nous pourrons nous faire une idée approximative du matériel „ déjà disponible, nous élaborerons un budget aussi „ complet que possible, lequel sera soumis à l' Assem générale de cette année, à Neuchâtel, accompagné „ d' un rapport, le tout conformément à la décision prise „ à Bâle l' année dernière.
„ Mais il est absolument impossible d' attendre jusque „ là pour mettre la main au travail. 11 faut ou renoncer „ à toute exposition sérieuse ou s' y préparer dès maintenant. En présence de cette difficulté, le Comité central a cru de son devoir d' exposer la situation aux „ sections et de leur demander les pouvoirs nécessaires, „ avec un premier crédit de mille francs. "
Comme il y avait urgence et que nous comptions sur un accueil favorable, nous demandions aux sections de nous donner une réponse dans le plus bref délai. Le 20 juin était fixé comme dernier terme.
Le 20 juin, jour fatal, nous reçûmes une lettre d' opposition, la seule; elle était signée du président de la section de Bâle.
Le Comité central eut été autorisé à ne pas tenir compte de cette unique opposition. L' adhésion, formelle ou tacite, de toutes les autres sections lui assurait une majorité évidente. Il ne jugea pas à propos de s' en prévaloir. En proposant d' exposer sur une large échelle et de convoquer à cette œuvre commune toutes les sections et tous les membres, il avait espéré, entre autres, effacer le souvenir de dissensions récentes. Il lui semblait d' une bonne hygiène morale, après des années orageuses, de réunir dans une seule et même entreprise toutes les forces vives du club. Il en attendait un renouvellement de zèle, de bonne entente, d' utile concorde. L' opposition de Bâle menaçait de compromettre la réalisation de cette espérance. Eaison de plus pour user de tous les ménagements possibles. Aussi le Comité central décida-t-il de suspendre les préparatifs et de soumettre la question, intacte, à l' assemblée des délégués à Neuchâtel, ce dont communication fut donnée à toutes les sections et au Comité central de l' Exposition.
La question fut, en effet, discutée et tranchée à Neuchâtel, le 19 août, dans l' assemblée des délégués.
Les deux opinions en présence peuvent se résumer ainsi.
Bâle envisageait l' Exposition comme un mal qu' il fallait subir, mais subir le moins possible, en se bornant à envoyer à Zurich le strict nécessaire pour donner une idée de l' activité du Club alpin. Le reste était de trop.
Le Comité central voyait dans l' Exposition une œuvre nationale à laquelle le Club alpin, société éminemment nationale, était moralement tenu de prendre une large part. Il maintenait, au moins dans ses parties essentielles, le programme qu' il avait élaboré, et ne visait à rien moins qu' à réunir à Zurich, dans le local dont il disposerait, une sorte de petit musée alpestre.
A l' appui de ses propositions, le Comité central communiquait un devis approximatif, et demandait un crédit de fr. 3000 et des pleins pouvoirs.
Une forte majorité se prononça en faveur des propositions du Comité central.
Ainsi, après un an d' efforts et de luttes diverses, nous pouvions enfin mettre la main à l' œuvre. Mais on touchait à la fin d' août; une neige précoce ne tarda pas à couvrir les montagnes, et la bonne saison se trouva perdue pour les préparatifs.
Nous pensions bien, lorsque, dans notre circulaire du 20 mai, nous insistions sur l' urgence, que nous aurions beaucoup plus de peine, en hiver qu' en été, à réunir notre matériel. L' expérience a prouvé que ces craintes étaient fondées; ce retard a été pour nous la cause de difficultés nombreuses; notre peine en a été doublée, et l' exposition elle-même en a souffert. De graves lacunes n' ont pas eu d' autre cause. Il doit être admis désormais, comme règle, qu' une saison d' été est indispensable pour la préparation d' une exposition alpestre analogue à celle que nous avons réunie à Zurich.
Appel aux sections. Leur participation.
Ces préliminaires épuisés, nous nous empressâmes d' écrire à toutes les sections pour leur donner des instructions. Nous partions de l' idée que chaque section devait fournir sa contribution, petite ou grande, et que cette contribution devait être dans un rapport étroit avec le territoire de la section, sa situation géographique et sa physionomie particulière.
„ La somme que la caisse centrale est autorisée „ à consacrer à l' Exposition, disions-nous, ne doit être „ envisagée que comme un subside s' ajoutant à ce qui „ sera fait par les sections, et essentiellement destiné „ à couvrir les frais d' organisation. Quant au matériel „ lui-même, nous estimons qu' il doit être réuni, en très „ grande partie, par les sections et par leurs membres. „ Nous vous prions donc, Messieurs et chers collègues, „ de bien vouloir, le plus tôt qu' il vous sera possible, „ examiner la question en ce qui vous concerne. Chaque -section est libre de déterminer la nature de ses envois „ et la mesure de sa participation; mais nous devons insister auprès de toutes les sections pour que cette „ participation soit aussi généreuse que possible et pour „ que les envois aient un caractère local prononcé. "
A l' appui de ces considérations générales, nous indiquions différentes séries d' objets qui pouvaient être réunis, du plus au moins, dans chaque section, savoir:
1° Une collection des ouvrages intéressants, anciens ou nouveaux ( livres, cartes, etc. ), dont l' ensemble formait la littérature alpestre de la région ou du canton représenté par la section.
2° Une collection de vues photographiques ou autres des sites les plus remarquables.
3° Une collection des objets d' histoire naturelle jugés les plus intéressants et les plus caractéristiques.
4° Des portraits d' alpinistes distingués, quelle qu' ait été leur vocation et leur spécialité, ingénieurs, savants, artistes, simples amateurs, les guides y compris.
Telle était la partie générale de cette lettre-cir-culaire, expédiée dès les premiers jours de septembre. Dans une seconde partie, spéciale, nous cherchions à diriger l' attention de chaque section sur les particularités de son territoire. Pour les sections qui n' ont proprement pas de territoire montagneux, nous émet-tions l' idée qu' elles pouvaient venir en aide, financièrement ou autrement, aux sections trop chargées. Nous faisions aussi appel à la générosité des amateurs de collections, nombreux dans les sections dont le siège est une ville populeuse. Mais nous comptions moins, à vrai dire, sur les propriétaires de collections, dont le zèle est toujours retenu par le prix même qu' ils y attachent, que sur les envois divers qui pouvaient nous être faits directement par les sections de montagne. Et c' est pourquoi nous insistions avec force sur le principe de la spécialisation: nous voulions des Grisons une exposition grisonne, du Valais une ex- /position valaisanne, de l' Appenzell une exposition appenzelloise, de Fribourg une exposition fribourgeoise, et ainsi de suite. A tous d' ailleurs, nous demandions de rester strictement fidèles à la vérité pittoresque.
Nous ne pouvons pas nous féliciter sans réserve de l' accueil que nous avons reçu. Deux sections n' ont pas répondu. Deux autres nous ont opposé un refus motivé, pour l' une par l' état de ses finances, pour l' autre par le peu de confiance que lui inspirait une spéculation évidente, déguisée sous le nom d' entreprise nationale. Une section, enfin, a tenté de renouveler le débat clos à Neuchâtel.
Cependant nous aurions tort de nous plaindre. Ces dispositions peu encourageantes étaient exceptionnelles. La plupart des sections nous ont accordé leur appui dès l' abord, et quelques-unes y ont mis un dévouement dont nous avons été touches ". En fin de compte, il n' y a eu que cinq abstentions totales.
Nous n' entrerons pas ici dans de longs détails sur les envois de chaque section; cela nous mènerait trop loin: bornons-nous aux indications les plus utiles.
On peut citer la section Moléson comme une de celles qui sont le mieux entrées dans les vues du Comité central et qui ont le mieux réussi à donner à leurs envois ce caractère d' originalité que nous aurions voulu trouver partout au même degré. Une vieille carte du Comté de Gruyère ( par 8. Loup, 1754 ), une collection de panoramas, parmi lesquels ceux du Moléson jouaient un grand rôle, la flore gruyérienne représentée par un herbier de M. l' abbé Cottet, une petite bibliothèque gruyérienne, dans laquelle figuraient, cela va bien sans dire, les charmants récits de Sciobéret, un modèle très soigneusement établi et très fidèle de chalet gruyérien, un costume d' armailli gruyérien au complet, une vieille cornemuse, enfin un album, littéraire et pittoresque, établi pour l' Exposition, richement illustré de vues et de scènes gruyériennes: c' était de quoi rappeler aussitôt ce gracieux pays qui est la. vraie patrie de la pastorale alpestre. Il eût été difficile, ce nous semble, d' en mieux évoquer l' image.
La section Mythen avait marché sur les traces de la section Moléson, mais sans donner à son exposition le même développement: elle avait fait établir un modèle de chalet schwyzois, heureux pendant à celui du chalet gruyérien.
Nous parlions tout à l' heure d' un album créé pour la circonstance par la section Moléson. D' autres sections avaient eu une idée semblable, mais en se bornant aux vues pittoresques, sans mélange de littérature. Les albums des sections Winterthour, Backtet et Neuchâtel donnaient une très bonne idée des sites de leur territoire. La section Neuchâtel ne s' en était pas tenue là; elle avait réuni d' autres vues encore, en deux tableaux d' assemblage. C' était, avec Tine collection des panoramas de Chaumont, depuis les plus anciens aux plus modernes, de quoi rappeler aussi, vivement, l' une des parties les plus intéressantes du Jura..
Au reste, le Jura, dans son ensemble, était loin' d sacrifié. La section de Bâle avait envoyé toute une bibliothèque jurassique, livres et cartes. Oberaargau exposait une riche et très belle collection de vues. Divers panoramas, parmi lesquels celui de-Magglingen, à la section de Bienne,complétaient cet ensemble de documents sur le Jura, représenté aussi,, cela va sans dire, dans les collections minéralogiques,, géologiques et botaniques.
C' était un de nos principes que le Jura ne fût point sacrifié. Mais, quelque soin qu' on mît à ne pas. l' oublier, encore était-il impossible que les Alpes, n' eussent pas la grande part. Parmi les sections alpines qui ont fait des envois considérables et qui, de même que celle du Moléson, ont réussi à leur donner-un cachet particulier, il faut noter au premier rang; la section Tœdi. Un panorama du Glärnisch, de vieilles cartes, des vues diverses, bien choisies, quelques-unes exécutées avec un incontestable talent, un relief du territoire montagneux où la Linth prend sa source, quelques ouvrages spéciaux, de nombreuses et admirables empreintes fossiles sur ardoises, un modèle de cabane et d' autres objets encore représentaient d' une manière très vivante la belle vallée de Glaris et les sommets qui la dominent. La section Tœdi n' avait point borné là sa générosité. Nous lui avons dû tout un matériel, important, pour la décoration, entre autres un charmant groupe de sept marmottes. On peut donc, de toute façon, lui rendre le témoignage qu' elle a bien mérité de l' Exposition.
Le même témoignage doit être rendu à la section Oberland, dont les envois, considérables et judicieux,, ont eu aussi un double caractère, et ont servi lés uns à la représentation du territoire de la section, groupe Jungfrau-Finsteraarhorn, les autres à la décoration. Sous ce dernier rapport, la section Oberland est peut-être celle qui a fait le plus. Elle nous a fourni, deux grandes caisses d' animaux empaillés, parmi lesquelles figurait un bel aigle royal. La section Blümlisalp a marché sur les traces de sa sœur. On a remarqué dans ses envois une collection très intéressante, rare en son genre, des poudingues des bords du lac de Thoune. Les sections Gotthard, Rhœtiar Diablerets ont également répondu d' une manière trèa utile aux intentions du Comité central. Monte Rosa a fait de louables efforts, quelquefois contrariés par l' impossibilité, vu la saison, d' aller récolter sur place les échantillons désirés. C' est en Valais surtout que nous aurions eu besoin d' un été pour recueillir le matériel. Sentis avait envoyé une collection de vues,, puis, sur notre demande, une photographie du monument élevé à la mémoire d' Arnold Escher de la. Linth; l$t-Gall avait sorti de ses portefeuilles d' an ciennes estampes coloriées, dont quelques-unes, rares et précieuses, se rapportant à l' ascension du Mont-Blanc, par de Saussure. Il y avait joint les panoramas du Sentis et du Hohenkasten. La petite section Rossberg n' était point restée en arrière. Une collection de vues de l' éboulement de Goldau et un herbier spécial de la flore du Rossberg remplissaient le but indiqué. Titlis avait tenu à ne pas laisser oublier la belle alpe du Melchsee; Burgdorf avait voulu que l' Emmen eût aussi sa place; une petite bibliothèque em-menthaloise figurait dans nos collections bibliographiques — inutile de dire que Jérémias Gotthelf y occupait sa place légitime, et de bonnes vues représentaient ces maisons de paysans, propres, spacieuses, bien couvertes et presque enveloppées de leurs grands toits descendants.
Quant aux sections qui ont pour centre une ville de quelque importance, plusieurs avaient fort bien rempli le rôle qui leur était assigné. Genève et Diablerets avaient fourni la plupart des ouvrages français, Bâle et Berne presque tous les ouvrages allemands qui figuraient sur nos tables. Nos collections de cartes provenaient, en grande partie, des bibliothèques de Bâle, de Berne et de Genève. Les sections urbaines, particulièrement celles de la Suisse française, avaient rivalisé de zèle pour se procurer de bons portraits des alpinistes célèbres. Winterthour avait mis à notre disposition ses collections minéralogiques; c' est par Winterthour aussi que nous avons obtenu, du musée de cette ville, l' admirable relief du groupe du Mont-Rose, par M. l' ingénieur Imfeld. Genève enfin s' était chargée de réunir toute une série de documents sur les terrains erratiques du Rhône.
On le voit, la pensée qui avait inspiré notre appel a été comprise par un grand nombre de sections. Nous remercions toutes celles qui y ont répondu dans une mesure quelconque, en les priant de nous excuser si nous en parlons trop rapidement. Nous n' avons point prétendu, dans un aperçu si court, faire à chacun sa part. Il y faudrait trop de détails. Néanmoins, il est trois sections dont nous n' avons rien dit encore ou que nous n' avons fait que nommer en passant, auxquelles on nous permettra d' adresser des remerciements spéciaux: ce sont celles de Bâle, de Zurich et de Lucerne.
Si nous devons une mention particulière à la section de Bâle, c' est à cause de l' attitude qu' elle avait prise. Elle faisait opposition aux projets du Comité central et demandait une exposition aussi réduite que possible. C' est d' elle, par conséquent, qu' on était en droit d' attendre un minimum de bonne volonté. Eh bien non. Une fois la décision prise, elle n' a plus songé à son opposition de la veille, et non seulement nous n' avons eu avec elle que des rapports faciles et encourageants, mais encore elle s' est mise à l' œuvre avec un zèle qui ne s' est point démenti. Peu de sections nous ont plus efficacement aidé, soit par des contributions collectives, de la section même, soit par des contributions individuelles. Vous reconnaîtrez là, Messieurs, le vieux génie bâlois, qui est généreux et ne boude pas.
Quant à la section Zurich, elle était dans une situation particulière et privilégiée. On attendait de sa part un sacrifice proportionné. Elle l' a compris. C' est elle qui a fait établir le modèle de cette cabane, grandeur nature, reproduisant à peu près celle des Spannörter, qui couronnait si heureusement une colline artificielle à quelques pas de notre pavillon. Des milliers de visiteurs ont pu s' y faire une idée de ce que sont les cabanes de refuge du Club alpin et ont cru, un moment, y respirer l' air des Alpes. Nul doute que la cabane zurichoise n' ait beaucoup contribué à l' intérêt de notre exposition. Elle y ajoutait le charme d' une illusion piquante. La section Uto ne s' est pas 43 bornée à cette contribution. Elle nous a fourni le » moyens, au dernier moment, de remplir diverses lacunes, et plusieurs de ses membres, on le verra, nous ont prêté un concours extrêmement efficace.
La section Pilatus s' est distinguée en appliquant d' une manière plus rigoureuse que toute autre le principe de la spécialité, que nous ne cessions de recommander. Elle a dit: „ Je prends une montagne, deux montagnes, celles qui me touchent, le Kigi et le Pilate, et j' en fais mon affaire; je leur consacre toute mon exposition. " Ce programme a été exécuté avec un zèle, une intelligence, un bonheur, qui auront frappé tout le monde. Si une demi douzaine de sections avaient procédé de la même manière, nous aurions obtenu des résultats étonnants, principalement sous le rapport topographique. Le catalogue conserve un pâle souvenir de cette brillante exposition. Elle avait pour pièce centrale la carte du Rigi, du Pilate et du Bürgenstock, au 1: 25,000, si magnifiquement établie par M. le prof. Kaufmann. Un relief colorié du Pilate, petit ( 1: 125,000 ), mais très exact, figurait la structure géologique de cette singulière et belle montagne. Un autre relief, également colorié, établi sur une beaucoup plus grande échelle ( 1: 10,000 ) représentait le Rigi, à s' y méprendre, sous toas ses aspects, dans tous ses plis et replis, avec toutes se » assises de poudingue rouge étagées et inclinées. Les meilleurs panoramas rappelaient la vue des sommets. En feuilletant de riches portefeuilles, faciles à parcourir et renfermant de belles collections photographiques, on voyait défiler les sites les plus pittoresques. Les hôtels n' étaient point oubliés: une série de vues,, anciennes et modernes, permettait d' en suivre le développement progressif. Deux herbiers offraient aux amateurs des échantillons bien choisis et bien desséchés des plantes rares du Pilate et du Rigi. Le Pilate en e8t très riche -, le Rigi compte aussi plus d' une espèce Chronique.676 intéressante. Après les fleurs venaient les papillons; après les papillons les oiseaux, représentés par deux choucas du Pilate. Une armoire vitrée, dans laquelle figuraient divers ouvrages, ayant tous rapport aux deux montagnes prises pour objectif, ne contribuait pas peu à augmenter le sérieux de cette exposition unique en son genre: quelques-uns étaient anciens et de grand prix, tous signés de noms qui les recommandaient. Conrad Gessner ouvrait la série, Kaufmann et Rütimeyer la fermaient. Ne négligeons pas un portefeuille où étaient réunis des portraits d' alpinistes renommés, lucernois d' origine ou s' étant créé des droits à la reconnaissance de Lucerne. Ici encore Conrad Gessner ouvrait la série. Un autre portrait, à l' huile et encadré, était plus en vue. Tous les membres du Club alpin qui ont connu le professeur Zähringer, président central de 1873 à 1875, ont eu plaisir à se remettre en mémoire sa physionomie intelligente, ses traits fins et bienveillants.Tout cela était groupé de la manière la plus heureuse et artistement décoré. On remarquait entre autres, parmi les pièces servant à la décoration, un grand tableau représentant une Lucernoise, revêtue du costume national et cueillant des fleurs au bord d' un précipice. Ici encore la vérité locale était scrupuleusement observée: la jeune fille était une vraie Lucernoise, non seulement par le costume, mais par les traits, par le type; c' est assez dire qu' elle était jolie. Et la nature même de la roche, aussi bien que ce qu' on pouvait deviner des mouvements du terrain, indiquait clairement le lieu de la scène. C' était au sommet du Bigi que la jolie Lucernoise cueillait ses fleurettes.
Bref, toute l' exposition Pilatus, matériel et arrangement, faisait le plus grand honneur à la section, et très spécialement à M. l' ingénieur Gelpke, à qui la direction en avait été confiée. Nous croyons que dans une exposition future cet exemple devrait être suivi, ou que, tout au moins, on devrait prendre des mesures pour qu' un certain nombre de montagnes ou de groupes de montagnes fussent représentés avec le même soin et le même détail. Ces sortes de monographies ont toujours une haute valeur.
Appels et concours divers.
L' exposition n' étant point internationale, il ne pouvait être question de convier les Clubs alpins étrangers à y prendre, à côté de nous, une place proportionnelle à leur importance. Néanmoins, les rapports que nous entretenons avec eux sont une partie de notre activité, et il était bon de montrer que ces rapports existent, qu' ils sont fréquents, faciles, agréables, et que nous y attachons un grand prix. C' est pourquoi nous avons fait savoir aux divers clubs et sociétés d' alpinistes, d' Angleterre, d' Allemagne, d' Autriche, de France et d' Italie, que nous aurions un grand plaisir à voir figurer sur nos tables un exemplaire, envoyé par eux, de leurs publications officielles, ainsi que tout autre témoignage d' une bienveillance qui nous honore. Quoique cette invitation ait été partout favorablement accueillie, deux sociétés seulement ont fait acte de présence à Zürich: le Deutsche und Oesterreichische Alpenverein, par une collection complète de ses publications, en 35 volumes, et le Club alpin français, par son Annuaire, en 8 volumes, accompagné de quelques objets choisis, entre autres une vue panoramique des Hautes Pyrénées, prise du Pic Piméné, par F. Schrader, et trois grands panoramas photographiques, richement encadrés, du Piz Corvatsch, de la Flégère et du Montanvert, par M. Civiale. Ces gracieuses contributions nous ont fait plus vivement regretter l' absence des Clubs italien et anglais. Le premier a vu sa bonne volonté, non douteuse, paralysée par des difficultés pratiques; le second^ après nous avoir promis son concours, paraît s' être mépris sur nos intentions. Il nous a fait observer, au dernier moment, que l' Alpine Journal était partout et qu' il devait être facile de s' en procurer en Suisse un exemplaire. Il oubliait que nous ne tenions point à un exemplaire quelconque, mais seulement à un exemplaire envoyé par lui. Nous n' avons pas insisté. Un concours particulièrement précieux a été celui d' un grand nombre de peintres, dont plusieurs ne faisaient pas partie du Club alpin. On s' est demandé, à ce propos, si nous avions le droit d' enrichir notre exposition d' œuvres dont les auteurs ne sont pas clubistes. Nous avons passé sur ces scrupules, pour rechercher et accepter tout ce qui pouvait contribuer à représenter non seulement l' activité du Club, mais encore l' objet de cette activité, la montagne. Les artistes qui, sur notre demande, nous ont confié des études ou des tableaux, sont, dans l' ordre alphabétique, MM. Aug. de Beaumont* ), à Genève; Aug. Henri Berthoud, à Neuchâtel; Bocion, à Lausanne; Eugène Burnand, à Versailles; A. Dumont, à Genève; Müe Rosalie Gay, à Vevey; Joseph Geisser, à Lausanne; Albert Gos, à Genève; Conrad Grob, à Munich; Jacot Guillarmot, à St-Blaise; Me Teresa Hegg, à Nice; Rudolph Koller, à Zurich; Lugardon père et Lugardon fils, à Genève; de Meuron, Albert, à Concise; Diethelm Meyer, à Munich; E. Rittmeyer, à S*-Gall, Raphaël Ritz, à Sion; Leo-Paul Robert, à St-Blaise; Gustave Roux, à Genève; E. Stückelberg, à Bâle; Aug. Veillon, à Genève; C.J. Way, à Lausanne, et Frédéric Zimmermaun, à Genève. Nous nous étions également adressés à MM. Albert Anker, à Paris; Bachelin, à Neuchâtel; Castan, à Genève; Chavannes, à Lausanne, et Benj. Vautier, à Dusseldorf. Ces Messieurs nous ont exprimé, de la manière la plus aimable, leur regret de ne pas pouvoir répondre à notre invitation.
Diverses personnes ont mis à notre disposition des œuvres remarquables de peintres anciens. M. E. Rittmeyer, deux études de son ami Sebastien Buff, d' Appenzell; Mma veuve Amélie Calarne, huit études et deux tableaux de son mari, Alexandre Calarne; Mme Stockar-Escher, à Zurich, un tableau de Chaix; la Société des Arts, à Genève, six études de Fr. Diday; la famille Girardet, à Versailles, deux études à l' huile et quatre dessins d' Edouard Girardet; M. Albert de Meuron, à Concise, dix études de son père, Max de Meuron; Mme veuve Robert, à Bienne, deux études de son mari, Aurèle Robert, dont l' une d' après Leopold Robert, et enfin M. le professeur Schiess à Bâle, quatre études de Traugott Schiess, d' Hérisau.
Nous avons aussi fait appel à quelques photographes éminents: MM. J. Beck, à Strasbourg; A. Braun, à Dornach; W. F. Donkin, à Londres, et V. Sella, à Biella. Ils ont mis les uns et les autres un grand empressement à enrichir nos collections des produits les plus remarquables et les plus récents d' un art dont ils poussent tous les jours plus loin les applications à la nature alpestre.
Nous n' avons pas été moins heureux en nous adressant, soit directement soit par l' intermédiaire des sections, aux propriétaires connus ou présumés de portraits d' alpinistes célèbres. Pour leur être présentés en bloc,, nos remerciements ne sont pas moins sineères.
On se rappelle que dans l' arrangement survenu, après les premières difficultés, les droits des exposants déjà inscrits avaient été réservés. Deux d' entre eux seulement, savoir M. Caviezel, naturaliste à Pontresina, et M. Hofer, lithographe à Zurich, ne faisaient point partie du club; mais la position spéciale qui leur était faite ne nous a causé aucun embarras, et leurs expositions, à l' un et à l' autre, ont offert un intérêt suffisant pour que nous ayons été très heureux de leur concours.
Nous avons accepté avec reconnaissance les services, offerts ou sollicités, de quelques autres personnes, également étrangères au club: de M. le professeur Gladbach, à Zurich, qui nous a confié un exemplaire de la première partie de son grand et bel ouvrage: Der Schweizer Holzstyl, accompagné de précieuses planches devant appartenir à la partie encore inédite; de la Société des Arts de St-Gall, qui s' est dessaisie, en notre faveur, du tableau du Pic d' Arzinol, par M. Raphaël Ritz, à Sion, et de M. S. Si- mon, ingénieur-topographe, à Bâle, qui a complété nos séries photographiques par une collection, très riche, de vues de la Haute Engadine, collection qui a été réunie, si nous ne faisons erreur, pour servir à l' exé d' un relief de cette partie des Alpes.
Si des particuliers nous passons aux autorités, nous signalerons la part que quelques gouvernements cantonaux ont prise, directement ou indirectement, à l' exposition du Club alpin. Une collection de vues exposées par la section Oberaargau appartenait à l' Etat de- Soleure; une belle collection de minéraux du Valais avait été formée par le » ordres du gouvernement de ce canton, et enfin le Landrath du canton de Glaris avait contribué aux frais d' établisse du relief de l' éboulement d' Elm par M. le professeur Heim.
Mais c' est du Conseil fédéral que nous avons obtenu l' appui le plus efficace. La carte Dufour nous étant indispensable, nous avions pris la liberté de Im en demander trois exemplaires, un de la carte au i 100,060 et deux de la carte au 1: 250,000. Le haut Conseil fédéral a fait à cette demande le meilleur accueil, et il a pris soin de noter, dans la lettre qu' il nous adressait à ce sujet ( 4 décembre 1882 ), que c' était „ en considération des efforts louables et incessants que fait notre société et de l' utilité de ses travaux pour la science ". Les aimables procédés du Bureau topographique ont augmenté, si possible, le prix de cette faveur. Il nous a aidé de ses lumières dans le choix des exemplaires, choix délicat lorsqu' il s' agit d' une carte d' assemblage; il a fait faire par un de ses ingénieurs certaines retouches jugées utiles pour l' effet, et nous a procuré toutes les facilités qui pouvaient dépendre de lui.
Nous devons également aux bons soins du Bureau topographique fédéral, et particulièrement de M. l' in Held, l' arrangement de toute la partie de notre exposition qui concernait les travaux exécutés au glacier du Rhône. M. Held était particulièrement qualifié pour réussir dans cette mission de confiance, puisque c' est lui qui a maintenant la direction de ces travaux.
Enfin, le Conseil de l' Ecole polytechnique nous avait autorisés à puiser dans les doubles des musées de minéralogie et de géologie que possède cet établissement, pour combler les lacunes de nos collections. Cette faveur nous ayant été accordée en dérogation à la règle généralement adoptée, nous n' en avons usé qu' avec une certaine discrétion. Elle ne nous en a pas moins été fort utile.
Nous avons réservé pour la fin les remerciements que nous devons à l' Hospice du Grand Saint-Bernard et à la famille Lombardi, du Gothard, pour l' obli avec laquelle ils se sont prêtés à embellir notre exposition des souvenirs de leur hospitalité, de leur charité et de tout le bien qu' ils ont fait à tant de voyageurs malades ou en péril. Nous leur sommes d' autant plus redevables qu' il nous a fallu faire quelque violence à leur modestie pour obtenir le concours que nous sollicitions.
Nous n' avons guère parlé jusqu' ici des membres du Club dont les contributions personnelles se sont jointes à celles de leur section ou sont venues les compléter. Malgré cette lacune, qui se remplira, au moins en partie, ce que nous avons dit permet de se faire une idée approximative des sources où nous avons puisé et de ce que nous appellerons le personnel de nos collaborateurs. Ce personnel, on le voit, est considérable. La bonne volonté était grande partout.
Programme. Classification.
„ Votre programme est beaucoup trop large, nous disait-on, vous ne ferez jamais rien de complet. "
Nous avons laissé dire et passé outre. Complet, qu' est ce que cela, et qu' y a-t-il de complet en ce monde? Qu' on cite une collection complète, un musée complet? Ce monde lui-même est-il un monde complet? Il l' est, peut-être, à le prendre dans l' immensité de l' espace et dans l' infinité des temps. Mais il ne l' est à aucun moment et en aucun lieu. „ Nous ferons du mieux que nous pourrons, avons-nous répondu, et tout en nous résignant d' avance à de nombreuses et inévitables lacunes, nous ouvrirons largement la porte à tous les objets intéressants que nous offre le monde des Alpes et à toutes les branches de l' activité humaine qui ont la montagne pour objet. Nos limites sont l' espace dont nous pouvons disposer et le crédit qui nous a été ouvert. "
Il y a deux choses à considérer à la montagne, la montagne elle-même et les habitants de la montagne. Nous n' avons pas voulu choisir, et si les circonstances nous ont naturellement amenés à donner plus de place à la montagne proprement dite, au moins avons nous tenu à en rendre l' image plus vivante en esquissant la physionomie des êtres variés qu' elle abrite et nourrit. Qu' est que la montagne sans les plantes de ses prairies, sans les troupeaux et les chalets de ses pâturages, sans. le berger et le chasseur, sans la chèvre et le chamois? Mai » ici, prenant coaseil des circonstances, nous nous sommes souvenus que nous a' étions pas seuls à exposer, que, dans le même pavillon, s' installaient deux attires groupes, celui de la science forestière, et celui de la chasse et de la pêche, et qu' il était à propos d' éviter les répétitions. Les forestiers ne pouvaient manquer d' exposer infiniment mieux qu' il ne nous eût été possible de le faire l' arbre de la montagne; nos voisins, les représentants de la chasse et de la pêche, devaient installer des groupes d' animaux. „ N' essayons point, avons-nous dit, de lutter avec eux; ne les imitons paa; ne prenons de l' arbre et de l' animal sauvage que ce qu' il en faudra pour la décoration, et insistons plutôt sur ce qu' ils négligeront: l' herbe, le troupeau, le montagnard. " L' application de ce principe a eu pour résultat de nous faire éviter des comparaisons redoutées, et de donner à l' ensemble du pavillon, avec ses trois groupes réunis, un intérêt de variété qu' il n' aurait point eu sans cela. Bien loin de se nuire, les trois groupes se complétaient et se faisaient valoir mutuellement.
La montagne avec ses habitants: voilà donc, dans sa plus grande généralité, l' objet de notre exposition. Mais sous quel point de vue le considérer? Il y eu a trois principaux: on peut parcourir la montagne en artiste, en savant, en amateur. Ici encore nous nous sommes refusés à tout choix exclusif, et ces troia points de vue nous ont fourni le principe de la classification établie entre tant d' objets divers. Cette classification, nous ne l' avons point affichée; nous ne l' avons pas même rigoureusement appliquée; elle s' est établie en quelque sorte d' elle, et a fait régner un certain ordre, nullement systématique, mais réel et sensible, dans cette représentation en petit d' un monde infiniment riche. C' est aJussi qui va nous permettre d' introduire quelque ordre dans l' énumération de nos richesses.
L' amateur, c' est le clubiste. Il aime la montagne pour elle-même. Il peut, si cela lui convient, et en quelque sorte par dessus le marché, être artiste ou savant; mais tout d' abord il est clubiste, et à ce titre, observateur éminemment réaliste. Il prend la montagne telle qu' elle est, il veut en connaître les formes, les sentiers, les passages, toutes les parties accessibles. Ses observations sont essentiellement topographiques. Il préfère la représentation rigoureuse, minutieuse, mathématique, à l' interprétation artistique; la photographie à la peinture, un panorama exact au plus beau tableau de fantaisie.
Une partie considérable de notre exposition était à l' usage du clubiste pur.
Et tout d' abord ces nombreux panoramas qu' il avait été impossible de tous étaler, et qui non seulement dessinaient aux yeux l' horizon des pics les mieux placés pour servir de belvédères, mais nous faisaient encore assister aux progrès successifs de l' art panoramique. Quelle différence entre ce qu' on faisait en ce genre, il y a cinquante ou quatre-vingts ans, et ce qu' on fait aujourd'hui! L' histoire de ces progrès était écrite, en abrégé, pour une période d' environ quarante ans, dans la collection des panoramas dûs au pinceau de notre doyen, M. Gottlieb Studer, collection dont les originaux avaient été mis à notre disposition par la section de Berne. Ils étaient au nombre de 19, rangés par ordre chronologique, la plupart en portefeuille, quelques autres déroulés, et l'on voyait de l' un à l' autre augmenter la précision du trait et se perfectionner les procédés employés. Ce sont quelques alpinistes dessinateurs, d' entre nos vétérans actuels, qui ont fait faire à cet art les pas décisifs. M. G. Studer y a grandement contribué, ainsi que MM. Muller-Wegmann, Zeller-Horner et quelques autres.
Il était plus instructif encore d' établir des comparaisons entre les plus anciens panoramas exposés, remontant au siècle passé, et les plus récents. Il est évident qu' autrefois on ne comprenait pas, dans un grand nombre de cas, la signification des lignes de profil qu' on avait à reproduire. On ne savait pas à quoi elles se rapportaient, et pour peu que le fouillis s' en compliquât, on s' y perdait. Eien n' est plus commun que les à-peu-près fantastiques dans les pano-ramas- alpins qui ont un demi-siècle d' existence. On veut aujourd'hui un trait parfaitement fin, reproduisant les moindres contours avec une précision minutieuse, et marquant, avec la même précision, par des dégradations insensibles, la série des plans. Il n' est guère possible de faire mieux, sous ce rapport, que n' ont fait dernièrement quelques-uns de nos topographes. Ils ont une intelligence parfaite de la scène qu' ils reproduisent. Mais le point de perfection où ils sont arrivés leur crée des difficultés nouvelles: il y a trop de nuances à faire valoir, trop de distances à marquer, trop de lignes à préciser, trop de noms à inscrire, et il en résulte parfois une apparence de confusion. Tel panorama, d' ailleurs excellent, est laborieux à consulter. Dans ceux qui sont coloriés, les teintes sont parfois criardes et peu ménagées.
Malgré ces critiques, dont nous ne ferons aucune application particulière, il faut convenir que c' est une chose vraiment remarquable qu' un panorama comme on sait en faire aujourd'hui. M. le professeur A. Heim était naguère un maître en ce genre, et il le serait encore si ses hautes fonctions et les très nombreuses occupations qui le réclament lui en laissaient le temps. Une place bien en vue avait été réservée à quelques-uns de ses chefs d' oeuvre, principalement au panorama du Sentis. Parmi ses émules ou ses successeurs, nous ne nommerons que M. l' ingénieur Imfeld, et personne, sans doute, ne s' en montrera jaloux. L' exposition comptait plusieurs de ses panoramas, tous extrêmement appréciés des connaisseurs. Le plus récent était celui des Rochers de Naye, dans les Alpes vandoises, entrepris aux frais de la sous-section de Jaman, et, sans doute, un des mieux réussis. Il vient à peine d' entrer dans le commerce, et nous en avions la primeur, à l' Exposition.
Une tentative singulière d' un membre de la section Winterthour mérite une mention à part. M. A. Krug a entrepris de dessiner, sans autre ressource que des cartes et des photographies, le panorama du Balmhorn, qu' il n' a jamais vu. C' est un problème qu' il s' est posé. Au-dessous du panorama de M. Krug, on en avait déroulé un autre, dessiné sur place, de manière à rendre la comparaison facile. Et vraiment, M. Krug ne s' était point mal tiré d' une gageure aussi aventurée.
Ce que nous disons des panoramas peut aussi se dire des simples dessins: autrefois, on ne savait pas dessiner une montagne, on la faisait presque toujours trop haute, on l' exagérait et la hérissait. Aujourd'hui, le clubiste amateur dessine avec une fidélité mathématique. Nous étions riches en ce genre; mais ici encore nous demandons à être dispensés du détail. Cette dispense toutefois ne saurait s' étendre jusqu' aux noms des deux vétérans zurichois, déjà mentionnés à propos des panoramas, MM. Zeller-Horner et Müller-Wegmann. Toute la collection de ce dernier, composée d' environ 2500 numéros, figurait en bloc dans notre catalogue, non qu' elle eût été transportée à notre pavillon, mais elle était envisagée comme une sorte de succursale de l' Exposition, et les amateurs étaient instamment priés de la visiter, au local de la section Uto. M. Müller-Wegmann avait eu, d' ailleurs, l' extrême obligeance d' en détacher pour nous plusieurs morceaux précieux, de ceux qui pouvaient, avec le plus d' à propos, combler dans nos séries une lacune évidente. Nous recevions sa visite chaque jour, pendant la période des préparatifs, et rarement il arrivait les mains videB. Les visites de M. Zeller-Horner n' étaient guère moins bienvenues, surtout quand il nous apportait une de ses belles aquarelles du Claridengrat ou de la Grœschenenalp.
Il a bien fallu que le dessin appliqué à la montagne apprît à être exact, autrement qui en voudrait encore, quand on a la photographie? Les photographies abondaient à l' Exposition, et je me garderai d' en faire l' énumération. Amateurs et spécialistes y avaient contribué à l' envi. Mais je crois ne faire tort à personne en disant que l' attention se portait essentiellement sur les œuvres exposées par MM. Braun,. Beck, Civiale, Sella et Donkin. M. Braun faisait honneur à sa vieille réputation. M. Beck avait envoyé deux albums, considérables, et sept tableaux d' assem renfermant l' un des vues de sommets, un autre des vues de cols, un troisième des vues de passages-difficiles, un quatrième des vues de cabanes, et ainsi de suite. Albums et tableaux offraient un témoignage éloquent d' une activité que rien ne fatigue. Est-il un autre photographe qui ait parcouru les Alpes avec la même persévérance, disposant son instrument dans tous les coins et recoins propices, sur toutes les pentes, à toutes les altitudes et par tous les temps? La collection de M. Beck doit être une des plus considérables. Et cependant il y a du choix dans cette abondance. M. Beck sait ce qui est nouveau, intéressant, caractéristique, et il ne lui arrive guère de perdre son temps à des motifs indignes de l' arrêter. L' in, très vif, de cette riche exposition était augmenté encore par la destination généreuse affectée au produit d' une vente éventuelle, en faveur du guide Inäbnit, de Grindelwald, devenu invalide à la suite d' une chute sur le glacier. Cette louable pensée n' est pas restée à l' état de vœu pie. Albums et tableaux ont trouvé un acquéreur, et l' Exposition du Club alpin a fait au moins un heureux.
Quant à MM. A. Civiale et V. Sella, ils avaiest, chacun, denx ou trois grands panoramas photographiques. C' est une idée nouvelle que d' appliquer la photographie à de vastes ensembles panoramiques, qu' on relève morceau par morceau et qu' on assemble ensuite. Il faut, pour y réussir, beaucoup de bonheur et d' a. Les succès obtenus par ces Messieurs sont étonnants. La vue de la Mer de glace prise du Montanvert, par M. Civiale, était d' un grand effet, malgré quelques parties un peu noires, et l'on ne savait ce qu' il fallait admirer le plus de la chaîne du Mont Blanc, prise de la Flégère, ou du groupe de la Bernina, vu du Corvatsch. M. Sella avait poussé la hardiesse plus loin encore. Il avait relevé photographiquement les panoramas du Breithorn et du Cervin. Décidément MM. les photographes ne connaissent plus d' obstacles. L' idée de gravir le Cervin pour en photographier le panorama eût paru, il y a dix ans, absolument insensée. Non seulement M. Sella a tenté l' aventure, mais il a, réussi. Il reste bien quelques parties vagues dans les fonds, l' horizon n' était pas clair partout; mais le rendu est déjà suffisant pour donner l' idée du spectacle dont on jouit de là haut. Nous avons été heureux de pouvoir mettre ces planches admirables sous les yeux du public.
Quant à M. Donkin, sa supériorité était dans l' effet. Les teintes photographiques se prêtent d' une façon toute particulière à rendre les tons et les valeurs de la neige et de la glace dans les hautes régions: le velouté des ombres, le miroitement des surfaces éclairées, et la transparence des tons bleus à l' intérieur. Pour obtenir des résultats surprenants, il suffit de travailler dans des conditions qui fassent valoir ces avantages. C' est où excelle M. Donkin. Il €88Chronique.
ne s' attaque pas aux grands panoramas; il prend un morceau, bien choisi, présentant un beau développe' ment d' arêtes neigeuses, avec des accidents de premier plan caractéristiques, et il le reproduit de près et en grand. C' est tout un art, plus facile à expliquer qu' à pratiquer. Il n' est pas nouveau; mais M. Donkin nous paraît l' avoir poussé plus loin que ses plus heureux prédécesseurs.
A ces quatre noms, nous ajouterons celui du regretté Emile Javelle. Dans ces dernières années il s' adonnait aussi à la photographie, qu' il avait pratiquée, précédemment, comme vocation. Sa visée était d' ob par la photographie des reproductions de la nature aussi artistiques que possible. Il faisait de longues promenades avec son appareil, et ne s' arrêtait pour prendre une épreuve que lorsqu' il rencontrait un endroit exceptionnellement favorable. Il cherchait dans la nature des tableaux tout faits. Il lui est souvent arrivé de courir en vain une journée ou une demi-journée; mais quand il posait son tabouret on pouvait être sûr qu' il avait trouvé. Il a recueilli ainsi nombre de morceaux très intéressants à étudier. Avec le temps, il se serait fait une place au premier rang parmi les photographes artistes. Il comptait envoyer à l' exposition un album des essais dont il était le moins mécontent; ses amis l' ont fait pour lui, après sa mort.
Parmi tant de photographies et de dessins variés, il s' en trouvait plusieurs sur lesquels on avait marqué, par des lignes pointillées, les voies d' accès aux cimes. Nous aurions voulu qu' on le fît pour un plus grand nombre, rien ne pouvant intéresser davantage les grimpeurs et les apprentis-grimpeurs; mais il eût fallu plus de temps et surtout il eût fallu quelqu'un qui s' en fît une spécialité. Le peu qui a été fait a déjà permis à plus d' un touriste de recueillir des renseignements utiles.
On doit aussi ranger dans la partie de l' Exposition spécialement destinée aux amateurs toutes les représentations topographiques par le moyen de cartes ou de reliefs. Nous n' avions pas dirigé de ce côté notre principal effort, de peur d' entrer en concurrence avec le Bureau topographique fédéral, qui devait exposer en grand. Toutefois, nous avions cru devoir réunir quelques documents intéressants.
Autour de la grande carte Dufour, don du Conseil fédéral, et tant contre la paroi que sur la table au dessous, s' étalaient des cartes, générales ou particulières, formant une série historique réellement instructive. Il y en avait assez pour donner l' idée des progrès de la cartographie alpestre. La plus ancienne était la carte du Canton de Berne de 1638, par Plepp. Venait ensuite une plaque de cuivre, cliché d' une carte du Valais, par Lambien, portant la date de 1682, et tout à côté une épreuve de la dite plaque. Une autre carte, fournie par la section Tœdi, représentant la Suisse dans son ensemble, était à peu près de la même époque. Puis venait la série des cartes du XVIIIme siècle, comptant une quinzaine de numéros, « t enfin celles du XIXme, jusqu' à nos jours.
Les cartes éditées par le Club étaient ailleurs, dans la partie réservée à l' œuvre du Club alpin.
Les reliefs étaient au nombre de huit. Nous en aurions volontiers exposé un plus grand nombre, et il nous eût été très facile de nous en procurer; la place seule faisait défaut. Notons celui de la région des sources de la Linth, par M. Becker, celui du groupe de la Jungfrau, envoi de la section Oberland, et ceux du Glärnisch, dont l' un colorié géologiquement, parM.leprof.Baltzer. Chacun méritait d' être étudié; mais les personnes à qui le temps faisait défaut s' arrêtaient de préférence devant celui du Mont-Kose, de M. Imfeld. Il n' y a pas à balancer, c' est un d' œuvre. Jamais on n' a poussé l' exactitude plus loin, et cela 44 dans des conditions où il semble impossible de l' ob. Elle va jusqu' à l' illusion. Voilà vraiment le Mont-Rose, avec tous les plis et replis de sa blanche draperie. On ne peut que rester confondu devant la, somme de travail, d' art et de persévérance que suppose un morceau pareil.
Mais ce que nous exposions de plus nouveau, en ce genre, était un relief de M. Heim, reproduction rigoureuse et sur une assez grande échelle ( 1: 4000 ) de l' éboulement d' Elm. C' est au Comité central qu' était venue l' idée de le faire établir. Il avait offert de se charger de la moitié des frais. La section Tœdi, soutenue par le gouvernement de son canton, avait pris à elle l' autre moitié, et M. le prof. Heim, désigné d' un commun accord, avait bien voulu se charger de l' exécution. Il n' y a qu' une voix sur la manière dont il s' est acquitté de sa tâche. C' est très exactement l' aspect qu' offrait la vallée d' Elm, au lendemain de la catastrophe. Quand la végétation aura recouvert ce champ de débris, le relief de M. Heim aura une grande valeur comme document historique; il n' en a pas une moins grande, dès à présent, comme document scientifique. Cette représentation est la meilleure explication du phénomène.
Nous avions eu l' idée de faire faire un second relief, un pendant, et nous avions choisi comme motif le plus beau des cirques jurassiques, le Creux du Van, tant admiré par nombre de clubistes lors de la fête de Neuchâtel, en 1882. On a dû y renoncer. Les documents faisaient défaut; il aurait fallu procéder à une triangulation spéciale, très coûteuse et presque impossible à entreprendre en hiver.
Nous avions aussi songé à réunir tout un ensemble de documents sur les principaux éboulements des Alpes suisses, anciens ou récents. Nous avions même pris des' mesures dans ce but. Mais la place a encore manqué. Trois éboulements ont seuls eu les honneurs de l' Exposition: deux récents, celui d' Elm et celui de Goldau, ce dernier représenté par tout un dossier, entre autres par des images du temps, appartenant soit à la section Rossberg, soit à M. Müller-Weg -mann, et un ancien, le plus considérable dont les traces soient encore visibles, celui qui, tombant des masses du Tœdi, a fermé la vallée du Rhin entre Ilanz et Reichenau. Une carte spéciale, placée au-dessus de la vitrine du relief d' Elm, permettait d' éta quelque comparaison entre les proportions des deux chutes.
A la représentation topographique, par le moyen de cartes ou de dessins, s' ajoutait la description par les livres. C' est une chose assez ingrate dans une exposition que des livres sur une table ou dans une vitrine. Ils n' y sont pas cependant absolument sans utilité, surtout lorsqu' ils forment des séries suffisantes pour qu' on puisse se faire rapidement l' idée des richesses de la littérature alpestre dans un temps donné ou pour une contrée particulière. Et puis, il est des livres qui font partie de la représentation des choses. Comment se croire dans l' Emmenthal si l'on n' a pas un Bitzius sous la main, ou dans la Gruyère sans un Ranz des vaches? Nous étions sous ce rapport assez bien fournis, grâce aux envois de plusieurs sections. On nous avait confié quelques ouvrages anciens et de prix. Le premier en date, parmi les français, était le Voyage en Suisse de Burnet, de 1690; de là, on passait à Bourrit. La série allemande prenait son point de départ beaucoup plus haut, par un manuscrit du XVIe siècle ( 1577)5 » appartenant à la section de Berne: Chorographia ditionis bernensis. Ensuite venait le Gastmal und Gespräch des Niesens und Stockhorns, de 1606, par H. R. Rsebmann. La période de la fin du siècle passé et du commencement de celui-ci ( Haller, Ebel, Meissner, etc. ) était particulièrement fournie. Pour la période actuelle, si riche, les envois de quelques libraires ou d' amateurs avaient comblé les lacunes les plus importantes, comme on peut s' en assurer par le catalogue, auquel nous prenons la liberté de renvoyer. La seule mention spéciale que nous nous permettrons encore sera en faveur de notre vénéré collègue, Ivan von Tschudi, qui avait eu l' obligeance de réunir, en 15 volumes, diverses éditions de son „ Touriste ", choisies de manière à ce qu' on pût se faire facilement l' idée des développements successifs donnés à cette œuvre unique, à ce guide par excellence. Cette simple collection était aussi, pour le Club alpin, un monument.
Il y a loin des livres aux articles de voyage. Néanmoins, en passant des uns aux autres, nous ne sortons pas de la partie de l' Exposition essentiellement destinée à l' amateur. II nous eût été facile d' attirer à Zurich un grand nombre d' industriels, fabricants d' objets qui peuvent être de quelque utilité aux clubistes. Mais nous n' avons pas voulu que notre exposition se transformât en un bazar, et nous nous sommes bornés à l' indispensable. Il y avait du choix, sans trop, en fait de piolets, de havresacs, de cordes, de crampons, de chaussures, etc. Une jolie exposition était celle de M. Ammann, de la section Winterthour, qui avait réuni dans un meuble ad hoc des échantillons de différentes espèces de souliers de montagne, usités dans les différents pays. La vitrine de M. Isenring, de Genève, offrait un choix d' articles de voyage, qui a paru généralement très bon. On a discuté sa tente-abri, établie dans le parc, à côté de notre pavillon, et qui avait la prétention de fermer assez hermétiquement pour que l' eau n' y pénétrât pas, fût-elle établie dans un ruisseau. Elle est sortie intacte des épreuves que lui ont fait subir, à Zurich, les orages de l' été, et de bonnes attestations établissent qu' elle a résisté à de bien autres épreuves. La curiosité a été piquée par des arrangements ingénieux pour cer- tains articles, entre autres pour parapluies, d' un membre de la section Winterthour. La pharmacie portative pour les cabanes-refuges, exposée par la fabrique de Schaffhouse ( Verbandstoff-Fabrik ), a paru très heureusement combinée pour le but, et personne, que nous sachions, n' a mis en doute les vertus du Café Gloria de M. Hahn ( section Diablerets ), ni l' ex de la graisse pour enduire les chaussures recommandée par la section Monte-EosaMais il ne saurait nous convenir de risquer des appréciations personnelles, et une simple énumération deviendrait vite fastidieuse.
Nous avons regretté que quelques-uns de ces articles n' aient pas été soumis à des essais et à l' appré d' un jury, les cordes, par exemple. Plus d' une personne l' aura regretté comme nous, en passant devant une certaine vitrine qui renfermait les épaves de divers accidents, survenus dans les environs de Zermatt, y compris la fameuse catastrophe du Cervin. Aucun objet par nous exposé n' a eu un succès comparable; la foule n' a cessé de s' y presser. Ce chapeau de M. l' ingénieur Gerlach, percé par une pierre, ce soulier déchiré de Lord Douglas, ce morceau d' une guêtre du guide Lochmatter: tous ces débris parlaient fortement à l' imagination et commentaient d' une manière éloquente l' espèce de proclamation que venait justement d' adresser le Comité central à tous les touristes à la montagne, pour leur recommander la prudence.
Pour achever cette rapide nomenclature de la partie de notre Exposition destinée aux amateurs, il nous faudrait encore parler des cabanes. Nous le ferons plus tard, à propos de Y Oeuvre du Club. Passons maintenant à ce qui offrait un intérêt plus directement scientifique.
Le véritable clubiste ne peut guère rester exclusivement clubiste. Il est invinciblement conduit par l' affection qu' il porte à la montagne, par son besoin de la connaître, à la considérer sous le double rapport de la science et de l' art. Pour la science cela n' est contesté par personne, et nous n' avons pas à justifier la place que nous lui avions accordée. Il y aurait à justifier plutôt les méthodes adoptées. Les savants ont hoché la tête. Peut-on, nous disaient-ils, dans une exposition faire de la science sérieuse? Si riches que soient vos collections, elles seront pauvres en comparaison du moindre musée de nos villes universitaires. Mais nous avons trouvé, dans la personne de M. le professeur Baltzer, un naturaliste qui a raisonné autrement. „ Ce qu' il nous faut, a-t-il dit, c' est une exposition conçue et organisée en vue de la majorité des membres du Club. Ils n' ont pas fait, pour la plupart, des études scientifiques régulières, mais ils ont tous, nécessairement, certaines notions d' histoire naturelle, recueillies dans leurs voyages, et auxquelles il manque surtout d' être mises en ordre et de former un ensemble. Or, il n' est pas impossible de leur fournir l' occasion de cette mise en ordre. Il suffit de leur placer sous les yeux quelques séries bien composées d' échantillons des roches les plus importantes, quelques coupes choisies et caractéristiques représentant les principaux phénomènes géologiques dont les Alpes ont été le théâtre et dont elles sont le produit. Ce sera une exposition pédagogique, en vue d' un public spécial.Ainsi a raisonné M. le professeur Baltzer, chargé de l' organisation de nos collections minéralogiques et géologiques. Il ne s' est pas astreint à cette idée d' une manière absolue; il s' est, lui aussi, réservé certaines libertés; peut-être même dira-t-on qu' il a subi certains entraînements. Cette idée, néanmoins, est demeurée son fil conducteur. Il a fait une exposition pédagogique à l' usage du plus grand nombre d' entre nous. Et si l'on en juge par l' empressement du public, il n' a point manqué le but qu' il s' était proposé. En y consacrant quelques heures, comme l' ont fait beaucoup de personnes, et pour peu qu' on ne fût pas absolument étranger aux éléments de l' his naturelle, on sentait se former cette cohésion entre des connaissances décousues, cette première vue d' en qui est peu de chose encore, en un sens, et qui pourtant est déjà beaucoup.
M. le prof. Baltzer a expliqué lui-même, dans notre catalogue spécial ( pag. 116 à 119 ) le plan qu' il a suivi. Il ne s' est pas borné, comme on le fait ordinairement, à donner les noms des échantillons; il en a exposé le groupement, la classification, d' une manière très sommaire, sans doute, mais suffisante pour que le visiteur pût être immédiatement orienté. Ce catalogue, qui a rendu les plus grands services, est la pièce que doivent consulter les personnes qui désireraient se faire une idée précise de notre exposition scientifique. On y trouvera, en outre, la preuve qu' elle n' a pas eu pour unique résultat de fournir à beaucoup de membres du Club alpin une occasion d' instruction, mais qu' elle a enrichi la science « Ue-même d' instruments utiles. On peut bien donner ce nom au grand profil, à l' échelle du 1: 20,000, qui représentait une coupe géologique des chaînes -du Jura et des Alpes depuis la Forêt noire au Lac Majeur. Jamais document pareil n' avait été établi sur cette échelle, ni avec cette abondance d' indications précises. C' était, en ce genre, le travail le plus complet qui eût été fait jusqu' à ce jour.
M. Baltzer n' a pas manqué de remercier, dans le catalogue, les sections et les personnes qui lui ont prêté leur concours. L' espace nous manque pour en répéter la liste, et peut-être ferions-nous mieux d' éviter ici toute mention individuelle. Qu' on veuille bien, néanmoins, nous pardonner, si nous disons que M. Baltzer a eu de bonnes raisons pour nommer, en première ligne, parmi ses collaborateurs les plus utiles, la section Rhœtia et particulièrement M. le professeur Brüggerr de Coire. Personne n' a mis plus de zèle à réunir et à nous envoyer, déjà choisi et classé, le matériel dont nous avions besoin. Au reste, ce n' est pas dans cette partie seulement que M. Brügger nous est venu en aide. Nous le retrouverons plus loin, dans la botanique Les collections d' ensemble, établies par M. Baltzer,, n' ont pas exclu, d' une manière absolue, les contributions spéciales et individuelles. Le catalogue en donne la liste, et l'on y remarque d' importantes séries: roches des Alpes bernoises, par la section Oberland;, poudingues du lac de Thoune, par la section Blumlisalp; minéraux du Valais, par la direction des mines, etc.; on y remarque aussi diverses cartes et profils, et enfin une grande collection formée par la section de Genève, pour servir à une représentation complète des terrains erratiques du bassin du Rhône. On s' était donné de la peine, à Genève, pour réunir des échantillons et des vues, photographiques ou autres, des. blocs les plus intéressants. Une commission avait été instituée dans ce but, et elle avait consciencieusement travaillé. Cette exposition, néanmoins, n' a pas produit tout l' effet qu' on pouvait en attendre. La place manquait absolument pour l' étaler et la distribuer,, avec les indications nécessaires, autour d' une carte générale du bassin erratique du Rhône. Aussi beaucoup de personnes ont-elles passé à côté, sans en comprendre l' intérêt. La section de Genève, à qui elle appartient, pourra probablement l' exposer chez, elle mieux que nous n' avons pu le faire à Zurich. La botanique est une des parties les plus ingrates dans les expositions scientifiques. Rien ne se prête moins à être exposé qu' un herbier. Fermé, c' est un paquet; ouvert, le désordre s' y introduit aussitôt. Nous en avons cependant admis quelques-uns, parmi lesquels il s' en trouvait de fort bien établis. D' ailleurs, nous avons recommandé qu' on remplaçât, autant que possible, les herbiers par des albums disposés de manière à pouvoir être feuilletés comme un livre. Nous avons prié aussi qu' on nous fit grâce des collections générales, ne pouvant que se répéter, dans leur plus grande partie, de section à section, et qu' on nous envoyât plutôt des albums spéciaux, renfermant, pour chaque localité, les espèces caractéristiques. Ces indications ont été suivies, et nous nous en sommes fort bien trouvés, sous tous les rapports. Nos albums ont été beaucoup feuilletés; ils ont même été beaucoup étudiés, et après cinq mois, ils sont revenus, sinon parfaitement frais, du moins en état présentable. Nous en avions quinze ou seize, dont une demi-douzaine envoyés par des particuliers ( Dr Killias, à Coire; M. Seiler, à Zermatt; abbé Cottet, de Fribourg, etc. ) et les autres, au nombre de 11, établis à la demande et sous la direction générale du Comité central.
Nous avons eu, pour cette partie, des collaborateurs infiniment précieux et dont le nom seul donnait à nos collections une valeur exceptionnelle, MM. Christ, de Bâle, et Brügger, de Coire, en tête. M. Christ s' était chargé de l' album des espèces caractéristiques de la flore des sous-Alpes insubriennes, du Generoso à la Grigna, territoire à moitié suisse, à moitié italien, tellement riche, qu' on a pu l' envisager comme un foyer particulier de création dans l' ordre végétal. On ne doit pas avoir vu souvent un album botanique aussi complet en son genre et aussi bien fourni en raretés. Le même M. Christ avait préparé un album beaucoup plus restreint, d' une quarantaine d' espèces, pas plus, caractéristiques de ce qu' on appelle généralement, d' après lui, la flore du fœhn, espèces d' origine méridionale, relativement, qui ont pénétré dans les vallées et sur les flancs des montagnes de la Suisse centrale où le fœhn souffle le plus souvent et avec le plus de force. Cet album peut être envisagé comme un document authentique à l' appui d' une des théories les plus intéressantes et les plus nouvelles de M. Christ lui-même, exposée dans son grand ouvrage sur les origines de la, flore suisse. M. Brügger, que nous retrouvons à la brèche, avait mis à notre disposition un matériel admirable, destiné à un album des raretés de l' Engadine. Les échantillons, recueillis par lui ou par quelques-uns de ses amis, MM. Krättli, de Bevers, Olgiati, de Poschiavo, etc., étaient les plus frais et les plus beaux qu' il fût possible de trouver. Nous ne croyons pas avoir jamais vu de plantes mieux desséchées. Aussi cette collection a-t-elle eu un succès des plus vifs. Le même M. Brügger avait été prié de réunir une série des plantes critiques ou nouvelles dont il a eu l' honneur de signaler la présence dans les Alpes suisses. C' était un album personnel, et notre but, en le lui demandant, était de rendre un hommage bien mérité aux infatigables recherches du plus actif et du plus heureux de nos botanistes. Ce projet, malheureusement, a subi des retards dans l' exécution. Toute notre exposition botanique a souffert de l' impossibilité où nous nous sommes trouvés d' utiliser une bonne saison. L' album Uto-Albis, par exemple, représentant une colonie de la flore alpine égarée sur un des coteaux de la plaine, album établi par les soins de M. Jäggi, conservateur au Jardin botanique à Zurich, a dû être complété sur place, à l' Exposition, à mesure que fleurissaient quelques-unes des espèces désignées pour y figurer. Celui des spécialités du Jura, par M. Wartmann, pharmacien à Bienne, et celui des Alpes vaudoises, par Müe Masson, à Lausanne, renfermaient des espèces de grand prix, mais on avait dû, pour quel-ques-unes, se contenter d' exemplaires qui n' étaient plus absolument frais. Celui de M. le Dr Killias, de Coire, était un des mieux réussis, mais il n' a pu être prêt que tardivement. Néanmoins, cette collection d' albums offrait un intérêt assez grand pour qu' on nous ait exprimé le désir de les voir tous déposés ensemble dans une collection publique. Il a été impossible de donner suite à ce vœu. Chaque album avait d' avance son propriétaire désigné dans la personne de celui qui l' avait préparé. C' était la récompense promise.
Nous aurions voulu établir aussi quelques albums, ou, préférablement, quelques cadres de plantes cueillies aux plus hautes altitudes. Nous avions les pierres des sommets; nous désirions avoir les plantes des sommets. Impossible: la saison indispensable a fait défaut. Seule, l' extrême obligeance de M. R. Lindt, ancien président central, a permis de combler, en partie, cette grave lacune. Il a fait ranger dans trois petits cadres quelques plantes rapportées par lui de sommités plus ou moins élevées. Dans l' un se trouvait deux exemplaires de Ranunculus glacialis cueillis sur la cime du Finsteraarhorn.
Quant à la zoologie, nous avons été très sobres, ainsi qu' il a été dit plus haut. Les animaux nous ont surtout servi à la décoration. En fait de collections proprement dites, nous n' avions guère qu' un beau cadre de papillons, exposé par M. Gerber, de Baie. Qui sait si une de ces modestes vanesses ou un de ces beaux Apollons n' avait pas visité dans le temps les renoncules du Finsteraarhorn?
Voilà pour la science. Mais notre principale innovation a été d' ouvrir les portes à l' art. Plusieurs ont dit: Que font ici tous ces tableaux? Le Club alpin est-il une société artistiqueMessieurs, le Club alpin est une société artistique à peu près dans la même mesure où il est une société savante. Il est vrai que les occasions nous ont manqué pour en fournir la démonstration. L' art a ses conditions, il est plus difficile à encourager. Nous pouvons proposer à nos savants l' étude d' un problème nettement déterminé; proposer à nos artistes la création d' un d' œuvre serait une entreprise plus téméraire. Mais les sentiments qui font le clubiste, ce goût vif et profond de la grande nature alpestre, demandent, comme tous les sentiments qui s' emparent d' une âme, à être exprimés par le langage de l' art. Qui de nous en voyant une cime blanche se profiler sur l' azur n' a pas dit cent fois: Si j' étais peintre! Connaître l' Alpe, c' est beaucoup; en traduire, en faire sentir la beauté, c' est peut-être plus encore. A notre main droite, la science; à notre main gauche, l' art. Nous ne choisirons pas; nous les accueillerons l' un et l' autre, et tous, membres du Club, considérant les sphères variées vers lesquelles la nature alpestre sollicite notre activité, nous dirons avec le poète que rien d' humain ne doit nous rester étranger.
Une fois dans ce courant d' idées, il fallait le suivre jusqu' à ses conséquences pratiques. Nous l' avons fait, et il me semble que notre pleine justification était écrite en grands caractères contre toutes les parois de notre pavillon. Veuillez vous représenter, Messieurs, une salle considérable où il n' y aurait que des photographies et des panoramas. Quelle monotonie, quelle sécheresse inévitables! Avec Fart, l' idéal est entré dans notre exposition, et avec l' idéal, la vie, le mouvement, la variété, le rayonnement!
Mais ici encore, nous avions une concurrence à craindre, nécessairement écrasante, celle du temple des beaux-arts, de cette brillante Kunsthalle élevée à quelques pas. Comment faire pour l' éviter? Le moyen était simple. Les peintres exposent des tableaux dans leur temple des beaux-arts; qu' ils exposent chez nous des études, et il n' y aura ni répétition ni double emploi, et chacun sera dans son rôle. L' étude ne vaut pas le tableau; mais l' étude a quelquefois un charme qui manque au tableau: elle exprime d' une manière plus immédiate l' impression de l' artiste en présence de la nature. Elle n' est pas composée; c' est le fait pris sur le vif, dans toute sa réalité pittoresque, et par là même elle nous intéresse doublement, nous clubistes.
Une autre difficulté concernait la manière de s' y prendre. Dans un pays tel que le nôtre, on a coutume de procéder démocratiquement, c'est-à-dire de s' adresser à tous. Mais dans le cas particulier, l' in pouvait en être grand; nous aurions couru le risque d' être submergés, non par l' excellent, mais par le médiocre. Pour une première fois, il fallait absolument réussir, et pour réussir il fallait du choix. C' est pourquoi nous avons procédé aristocratiquement. Nous avons choisi une trentaine d' artistes, peintres de paysage, de figure, de genre, de fleurs, les plus connus de la Suisse, et sans en parler dans les journaux, nous les avons conviés à nous venir en aide.
Les facilités que nous avons trouvées dans cette partie de notre tâche nous ont prouvé qu' on pourrait, en ce genre, faire beaucoup plus et beaucoup mieux. On pourrait, sans trop de peine, représenter dans une exposition les phases successives de l' histoire du paysage alpestre. Et vraiment il en vaudrait la peine. C' était déjà pour notre modeste exposition une source d' intérêt très vif que d' en représenter une partie. Nous avions spécialement consacré à ce but un de nos compartiments, où l'on voyait s' étager, les unes au-dessus des autres, plusieurs rangées d' études, la première de Max de Meuron, la seconde de Diday, la troisième de Calarne. Rien n' était plus instructif que de les comparer et de voir de l' une à l' autre le problème attaqué d' un pinceau toujours plus libre et plus hardi. Il y avait là des morceaux de choix et de prix, entre autres l' étude d' après laquelle Max de Meuron a peint son fameux tableau du grand Eiger, première œuvre capitale de la peinture alpestre. Un tableau de Calarne, inachevé, mais très beau, l' un des derniers auxquels il ait travaillé, un coucher de soleil vu du Kigi, couronnait la série et faisait pendant à un autre d' œuvre du même artiste, un effet de matin sur un des géants des Alpes bernoises. Et au-dessus, pour quatrième terme de comparaison, étaient placées quel-ques-unes des meilleures études de nos paysagistes, actuels, principalement de Lugardon fils et de Veillon.
A côté de ce compartiment s' en ouvrait un autre, destiné surtout aux peintres de genre, à ceux qui se sont inspirés du montagnard plus encore que de la montagne. Au centre, sur la table, étaient les modèles de chalets, l' un gruyérien, l' autre schwyzois, donnés par les sections Moléson et Mythen, et tout autour,, sur la table et contre les parois, étaient groupées des études dont le sujet s' harmonisait avec ce motif central.. Ici, un magnifique taureau fribourgeois, Monsieur du Moléson, tiré en portrait par Lugardon, fils; là un petit, veau de race schwyzoise ( un vrai bijou ) par M. Koller;, puis cette charmante composition de M. Roux qui représente les vachers des Colombettes faisant leur fromage; puis le tableau si justement populaire du. vacher porte-chaudière, par M. de Meuron; après quoi venait un choix infiniment varié de scènes diverses, prises dans les chalets et dans les villages de la montagne.
Nous avons dû à MM. les artistes de pouvoir remplir notre programme de spécialisation infiniment mieux que nous ne l' aurions fait sans leur concours. Quelques-uns ont l' humeur vagabonde et nous promenaient d' un bout à l' autre de la Suisse. M. Veillon: a pratiqué presque également l' Oberland et le Lac des. Quatre cantons. M. Geisser est chez lui dans les Alpes bernoises ou dans celles du Valais, au pied du Sentis, ou au pied du Muveran. La plupart cependant ont un lieu préféré. M. Ritz est le pur enfant du Valais; M. Rittmeyer est tout appenzellois; M. Burnand a fait le meilleur de ses études dans le Val d' Hérens; M. Gos recherche le voisinage des plus grands pics solitaires; M. Bocion ne quitte guère le pied des Alpes du Léman ;.. M. Stückelberg s' est concentré sur l' étude des types de^ la Suisse centrale; MM. de Meuron et Berthoud ont fait.
élection de domicile à Interlaken; M. Robert ne délaisse pas volontiers les pentes de son Jura, et ainsi de plusieurs autres. Les contributions de ces Messieurs rendaient témoignage de leurs préférences; elles avaient chacune leur caractère local, et, venant s' ajouter à celles des sections, elles les complétaient admirablement. L' exposition de la section Moléson, en elle-même très heureuse, aurait manqué une bonne partie de son effet si nous n' avions pas eu, pour lui donner toute sa signification, le taureau de M. Lugardon, le vacher gruyérien de M. Roux et quelques morceaux analogues. Il en était de même pour plusieurs autres contrées alpestres, et très particulièrement pour 1' Appen, dont la représentation eût presque fait défaut sans MM. les artistes, sans M. Rittmeyer surtout, dont les charmantes compositions, si vraies, si naïves, appuyées encore de quelques études de son ami M. Buff, ont, heureusement, tout réparé.
Notre plus grande toile était celle de M. Jjcot-Guillarmod, de S'-Blaise, la poste du Gothard en hiver: tableau bien alpestre, étudié sur place, par un de ces froids rigoureux comme on en a au Gothard, au mois dé Janvier, quand le ciel est clair. Il est arrivé plus d' une fois à M. Jacot - Guillarmod de planter son tabouret dans la neige et de faire séance complète par 17 degrés Réaumur au-dessous de zéro. Voilà un tableau fait dans des conditions uniques, et il n' est pas étonnant que le peintre l' ait payé de sa santé. Une appréciation critique de cette œuvre remarquable ne serait guère à sa place dans un rapport tel que celui-ci. Il nous sera permis cependant de dire qu' elle avait au moins le mérite de la vérité. La poste du Gothard a fait son temps, et l' œuvre de M. Jacot-Guillarmod est déjà et sera de plus en plus un document historique. Elle formait le centre d' un troisième compartiment. Au-dessous, se trouvait un très intéressant tableau de M. Burnand, dont le motif était pris en Valais; puis, tout autour, les belles études de Stückelberg nous remettaient en mémoire, par des portraits vivants, le type énergique du montagnard uranais; et sur les panneaux latéraux, à droite et à gauche, s' étageaient, en séries, d' un côté les études de M. Jos. Geisser, de l' autre celles de M. de Beaumont.
Nous avions donc trois compartiments essentiellement réservés aux beaux-arts, et chacun avait sa physionomie bien distincte. Les fleurs peintes de Mme Hegg et de Wle Gay étaient déposées sur la table du compartiment réservé aux paysages, non loin des albums de botanique.
On peut aussi ranger dans la partie artistique de notre exposition les portraits des grands guides, y compris Balmat du Mont Blanc, et ceux des alpinistes célèbres. Nous avions disposé ces derniers en deux groupes se faisant face, l' un pour les savants, l' autre pour les artistes et les écrivains. Au centre, étaient les grands tableaux à l' huile, dont quelques-uns très-importants, par exemple le portrait de de Saussure par Saint-Ours, propriété de la Société des Arts, à Genève; celui de Max de Meuron par Eug. Faure et celui d' Alexandre Calarne par Rubio. Les cadres plus petits, rangés autour, n' étaient pas nécessairement de moindre valeur. C' était un bien charmant portrait, par exemple, que celui de Tœpffer, le père, peint par lui même; celui de Tœpffer fils, par Lugardon, avait d' autres qualités, non moins estimables. Quelques-uns trahissaient un pinceau inexpérimenté, l' enfance de l' art; mais les plus naïfs n' étaient pas toujours les moins intéressants, preuve en soit celui de Placidus a Spescha, bonne figure qu' on ne se lassait pas de considérer. Des portraits à l' huile on passait aux gravures, aux lithographies, aux crayons, puis aux modestes photographies, et jusque dans ces dernières catégories on trouvait des morceaux de prix, entre autres un délicieux crayon de Juste Olivier par Ch. Gleyre. Sur les tables étaient quelques bustes et médaillons: de Haller, Agassiz, Desor.
Le catalogue donne la liste de tous les portraits exposés, et l'on y remarquera des lacunes. Le général Dufour, par exemple, sous la direction duquel s' est accompli le grand travail de la Carte fédérale, manquait au groupe des savants. Un excellent portrait à l' huile, qu' on nous en avait en quelque sorte promis, a été cédé plus tard pour l' exposition du Bureau topographique fédéral: c' était sa place, et nous aurions eu mauvaise grâce à réclamer. On remarquera aussi que les Suisses allemands étaient moins nombreux que les Suisses français, ce qui ne s' explique pas uniquement par le grand nombre d' alpinistes éminents qu' a fournis la seule ville de Genève, mais aussi par une moindre ardeur des sections allemandes à nous prêter leur concours pour cette partie de notre œuvre. Les deux groupes étaient riches cependant, et le sentiment de piété filiale qui nous avait engagés à placer ainsi notre exposition sous le patronage de nos plus glorieux ancêtres et devanciers a été généralement compris et partagé.
Telles étaient les trois grandes divisions de notre Exposition; mais elles ne suffisent pas à épuiser la matière, et il reste à mentionner une quatrième partie, non moins importante, l' Oeuvre du Club alpin.
Inutile de rappeler que toutes nos publications étaient là: collection du Jahrbuch, collection de nos Itinéraires et brochures diverses, collection de Y Echo des Alpes, collection des cartes d' excursions, etc. On y trouvait aussi les documents nécessaires pour se faire une idée de l' histoire du Club, de son développement et de celui des œuvres auxquelles il s' in, telles que les cours de guides, l' assurance pour les guides, etc. Mais ce qui attirait surtout l' attention, c' était notre exposition des travaux exé- 45 cutés au glacier du Rhône et celle des cabanes-refuges établies dans les régions supérieures des AlpesLa première avait pour pièce essentielle une grande carte du glacier, au 1: 5000, avec des courbes de niveau de 5 en 5 mètres. Cette carte, établie par les soins du Bureau topographique, d' après les levés-faits jusqu' à présent, était facile à comprendre et. donnait une idée immédiate, très exacte, du point où en sont les travaux, de la manière dont ils ont; été dirigés et des principaux résultats déjà obtenus » On voyait, du premier d' œil, le chemin parcouru, en 7 ou 8 ans, par les quatre lignes de pierres,, la noire, la verte, la jaune et la rouge, établies dès. l' origine des travaux, de manière à couper le glacier dans toute sa largeur à des niveaux différents, entre 1854 m et 2553 m d' altitude. Cette carte faisait bien sentir l' intérêt qui s' attache à l' étude des phénomènes, glaciaires, et, du même coup, elle démontrait que cette étude n' aurait jamais abouti à des résultats-certains si l'on s' en était tenu aux moyens approximatifs et grossiers auxquels les investigateurs précédents étaient bien obligés de recourir. Il y faut un nouveau degré de précision et tout d' abord une base topographique assurée. C' est cette base que le Club-alpin travaille à fournir à la science, et toutes les. personnes compétentes seront d' accord pour reconnaître qu' il lui rend par là un service capital, et un service que seul il pouvait lui rendre. Autour de ce$e carte étaient rangées de fort belles photographies destinées-à conserver l' image exacte des accidents les plus-caractéristiques, C' est en regard de cette belle exposition, sur un panneau latéral et sur la table, que l'on avait dû distribuer, tant bien que mal, les matériaux relatifs aux terrains erratiques du bassin du Rhône. Quel dommage qu' il n' y ait pas eu moyen de suspendre, en face du glacier actuel, une bonne carte de l' ancien glacier au moment de sa plus formidable extension!
L' exposition des cabanes, préparée par les soins du Comité central, n' avait pas beaucoup moins d' in, quoiqu' elle ait dû, pour une bonne partie, rester en portefeuille. C' était une reproduction ( mutaiis mutandis ) de celle que nous avions organisée pour Salzbourg, en 1882. Toutes les cabanes étaient marquées, par un point rouge, très visible, sur une carte de la Suisse ( carte Dufour réduite au 1:250,000 ); chacune avait son numéro, qui permettait, sans confusion possible, d' en trouver le nom à la marge. Autour de cette carte étaient groupés des plans et vues de cabanes, réunis en tableaux. 23 cabanes sur 31 y figuraient. Cette précieuse collection, seule capable de donner une idée approximative d' une des œuvres les plus importantes du Club, était complétée par divers modèles, dont les uns se présentaient comme de simples copies de cabanes déjà existantes, tandis que les autres demandaient à être envisagés comme des modèles véritables, proposés à l' imitation. Parmi ces derniers en figurait un, au 1: 10, envoyé par la section Tœdi et accompagné d' Un mémoire manuscrit.
Mais le complément le plus intéressant était eelui que fournissait, au dehors, la cabane grandeur nature établie par la section Uto, sur le patron de celle des Spannörter. On pouvait y entrer, dans celle-là, et tout en s' y reposant, faire connaissance avec le mobilier des cabanes du Club alpin, non pas toutefois réduit au minimum réglementaire. A côté des articles indispensables y figuraient quelques objets d' un luxe toujours permis, la plupart déposés là par des industriels, membres de la section Uto, faisant ainsi leur petite exposition à l' abri de la grande: fourneau-foyer pour la cuisine, vaisselle d' étain, couverture de laine, cordes, piolets, souliers ferrés. Au-dessus du toit grinçait une girouette de montagne, d' un système particulier, calculé pour indiquer de loin, sans erreur possible, la direction du vent. Un livre des étrangers reposait sur la table: il a reçu des milliers de signatures; un télescope invitait à faire la revue des cimes lointaines; les règlements relatifs à la construction et à l' entretien des cabanes rappelaient l' existence d' un propriétaire, ou, tout au moins, d' un chargé d' entretien, et une grande affiche, toute neuve, dernier produit de la sollicitude du Comité central, mettait en garde guides et touristes contre les témérités dangereuses. Ces recommandations paraissent avoir produit leur effet. Au moins n' a signalé aucun sinistre sur les flancs de la montagne dont la cabane Uto couronnait le sommet. Puisse-t-il en être de même sur les pentes de l' Urirothstock où elle est établie aujourd'hui!
Local. Disposition.
Parmi les questions importantes, décidées sans notre concours, s' est trouvée celle de l' emplacement. On avait choisi l' un des endroits les plus verts et les plus gais du parc de l' Exposition; nous étions comme encadrés dans le feuillage d' un petit bois, aux arbres très élancés. Un de ces arbres était enclavé dans la partie qu' on nous destinait; il perçait notre toit de son tronc et allait développer au-dessus sa couronne de feuillage. On ne sait trop, en vérité, quelle idée on se faisait alors d' une exposition du Club alpin; on se la figurait, sans doute, comme un tas de cailloux ou comme un magasin de cordes et de piolets; mais le fait est que nous avons eu la plus grande peine à faire disparaître cet arbre, déjà mort aux trois-quarts, qui, au moindre vent, eût disloqué notre toit et qui rendait impossible toute installation raisonnable; nous n' avons pu en obtenir l' enlèvement qu' en posant un ultimatum: l' arbre ou le Club.
Cet incident a immédiatement porté notre attention sur la question de la lumière, du jour. Malheureuse- ment il n' était plus temps de corriger quoi que ce fût. Rien n' est plus pittoresque qu' une exposition dans un bois, mais rien n' est plus impratique, surtout quand il s' agit d' une exposition qui a particulièrement besoin de lumière. C' était justement le cas de celle du Club alpin. Aucun autre groupe, peut-être, n' en avait plus besoin: des cartes avec beaucoup de noms en petit caractère au milieu des hachures, des panoramas d' un travail excessivement fin, des minéraux et des fragments de roches dont il importait de pouvoir considérer de près la structure, le grain; des tableaux en grande majorité petits; des profils, des photographies: tout, dans notre groupe, demandait de la lumière, beaucoup de lumière, et elle nous a été mesurée avec une regrettable parcimonie. Par un très beau temps, on n' y voyait pas trop, dans nos salles; pour peu que le ciel fût couvert on voyait mal, et quand il pleuvait on ne voyait plus du tout. La morale à tirer de là est qu' il ne faut jamais placer un pavillon d' exposition, même de chasse et de pêche, même de sylviculture, surtout pas de club alpin, dans un intérieur de forêt. Qu' il y ait une forêt à quelque distance, pour égayer le paysage, à la bonne heure; mais que du moins le feuillage ne dispute pas aux fenêtres le peu de lumière qui leur arrive.
Les inconvénients de cette position ont été aggravés par une fausse disposition des jours. Il en est qui faisaient plus de mal que de bien et que nous avons dû masquer. D' autres n' éclairaient une paroi située en face qu' en plongeant dans l' ombre celle dans laquelle ils étaient pratiqués. La grande carte Dufour, centre de la partie topographique de notre exposition, n' a trouvé nulle part une lumière qui la fît valoir. L' absence de jour et les faux-jours nous ont créé des difficultés de tous les instants.
L' espace aussi nous a manqué. Ici, nous sommes coupables. On nous a demandé combien nous désirions de mètres carrés en surfaces horizontales et verticales, et le chiffre que nous avons indiqué est à peu près celui qui a été adopté. Nous avons même eu le privilège de voir ce chiffre maintenu, ou fort peu réduit, lorsque d' autres ont dû subir des diminutions considérables. Mais il aurait fallu demander le double. Nombre de tableaux ont été suspendus beaucoup trop haut. Nous avons forcément renoncé à d' importantes séries, dont nous avions les matériaux sous la main; des offres considérables ont été refusées, des groupes entiers ont été logés comme ils ont pu, et l' encombrement de nos tables et de nos parois a créé plus d' une difficulté aux visiteurs, surtout dans les jours de grande presse. Il y a donc eu, sous ce rapport, erreur de notre part. Notre excuse est dans le fait qu' il n' existait aucun antécédent qui pût nous diriger et que, dans l' origine, nos desiderata paraissaient exorbitants.
Les exigences du service n' avaient pas permis de donner trois entrées au pavillon, une pour chaque groupe; tout le monde entrait et sortait par une seule et même porte, introduisant dans un vestibule. De ce vestibule on passait dans une grande salle, occupant le corps central du bâtiment, et de cette grande salle on passait dans celles des ailes, à peu près de même dimension. Ces dernières étaient assignées aux chasseurs et pêcheurs, à gauche, et aux forestiers, à droite. La salle du centre et le vestibule formaient le lot du Club alpin.
Cette disposition nous a constitués dans un état de dépendance et de servitude qui a eu de réels inconvénients, soit pendant la période préparatoire, soit ensuite, et il est fort à désirer qu' à l' avenir une pareille association de groupes se fasse sans dommage pour la liberté de chacun: nous n' avons eu cependant que de très aimables rapports avec nos voisins des deux côtés.
Le vestibule offrait deux parois utilisables, de 7 m chacune. L' une a été dès l' abord adjugée à la Section Pilatus pour son exposition spéciale; l' autre est restée sans destination précise jusqu' au derniSr moment: finalement, nous y avons mis ce qui n' avait pas trouvé place ailleurs. Ce n' était pas le moyen de donner un digne pendant à la belle exposition lucernoise; mais, dans un ensemble aussi vaste, il est impossible qu' il n' y ait pas au moins un de ces tuut y va, et peut-être valait-il mieux qu' il fût là plutôt que dans la grande salle, dont il eût troublé l' harmonie.
Cette grande salle, mesurant 22* sur 10, est devenue l' objet particulier de nos soins.
Au centre, nous disposons une longue vitrine en forme de pupitre à deux pans, avec un châssis au-dessus; contre les parois, une large table, faisant le tour de la salle. La paroi dans laquelle l' entrée est pratiquée compte à peine; elle est toute en portes. 11 n' y reste que des coins à utiliser. La paroi de fond, en face, permet un large développement. Nous la consacrons essentiellement à la partie topographique, à l' exposition des amateurs, groupée autour de là carte Dufour. Là sont, sur table ou contre paroi, panoramas, photographies, cartes diverses, reliefs, etc.feestent nos deux plus longues parois, l' une coupée au milieu par l' entrée des Chasseurs, l' autre par une niche destinée, sans doute, à la décoration. Contre « es deux parois nous coupons les espaces disponibles au moyen de grands panneaux hauts de 4 mètres, et qui reposent verticalement sur les tables, dont ils ont la largeur. Nous obtenons ainsi sept compartiments, dont deux sont consacrés à l' œuvre spéciale du Club, et trois aux beaux arts: lès deux derniers, touchant au fond, reçoivent le trop-plein de l' expo topographique, plus les deux groupes de portraits, à gauche les savants, à droite les écrivains et les artistes. Telle est la distribution générale- Quant à la niche pour la décoration, elle nous donne beaucoup d' embarras. Nous décidons d' y établir des massifs de verdure, avec une fontaine. Les jardiniers se refusent à cette combinaison, à laquelle, disent-ils, le lieu ne se prête pas. Nous nous rabattons sur un massif de rocailles, avec grotte, et des animaux postés aux bons endroits: un chamois au sommet,, des marmottes sur les pierres, un aigle sur une corniche, d' autres oiseaux sur les branches d' un trône sec. Cette idée reçoit son exécution; mais personne n' est satisfait du résultat. Au fond de la niche, il y a une grande fenêtre dont la lumière éblouit le spectateur, qui cherche en vain à voir, au-dessous, rocailles et animaux. On la condamne; mais, au moment de la masquer, on reconnaît qu' elle est indispensable pour d' autres parties de l' Exposition, qui, sans elle, seront plongées dans l' obscurité. On prend un terme-moyen; on laisse passer le jour, mais à, travers des rideaux qui le tamisent; c' est mieux et ce n' est pas encore Men. Surtout ce qui n' est pas-bien, c' est la grotte. La nature y est mal imitée i c' est lourd et confus. Nous espérons corriger ce défaut en établissant à l' entrée un petit jet d' eau, et nous faisons dans ce but les démarches nécessaires auprès de qui de droit: on nous promet de nous fournir de l' eau; nous attendons, des difficultés surgissent et rien ne se fait.
Voilà donc encore un de nos points faibles, la décoration. Heureusement que dans une exposition où les tableaux sont nombreux, la décoration est moins nécessaire. Les tableaux en tiennent lieu, et c' est un des services qu' ils nous ont rendus.
Un autre défaut, tenant de près à l' insuffisance de la décoration, était l' absence d' un lieu de repos, quelconque. Une fois les salles ouvertes, on y a distribué une demi-douzaine de chaises, qui ont servi aux gardiens plus qu' aux visiteurs. On les utilisait pour feuilleter un album, pour étudier. Mais un lieu où s' établir, où se reposer, il n' y en avait point, et c' est un grand déficit dans une exposition destinée à détendre les esprits, fatigués, en les ramenant aux bienfaisantes impressions de la nature. Nous sommes d' ailleurs absolument innocents de cette lacune, que, dès le premier jour, nous avons constatée avec regret. Les couloirs étaient trop étroits, et il eût été impossible d' y établir un siège quelconque à poste fixe. Toujours le défaut d' espace.
Ces points exceptés, la distribution de la salle était, croyons-nous, la meilleure possible. Le d' œil général, en entrant, n' avait pas souffert de l' établissement des panneaux latéraux sur les tables; il en était résulté plutôt une perspective favorable, et quant aux compartiments, ils nous ont rendu les plus grands services. Non seulement nous avons obtenu ainsi une augmentation de surface verticale d' en 100 m2; mais nous y avons gagné des facilités considérables pour classer nos objets et former' des ensembles heureux.
Quelques sections avaient demandé qu' on fît un tout de leurs envois. On a tenu compte de ce désir quand on l' a pu. Mais, en général, on s' est laissé guider par des convenances de goût, d' après les places disponibles, en tâchant de rapprocher les objets de même nature. Il en est résulté un groupement dont le public a paru satisfait. Si les lieux de repos manquaient dans notre exposition, du moins était-elle claire et facile à comprendre. On y était très vite orienté.
Aussi n' avons à peu près rien changé, pendant les cinq mois où elle a été ouverte, à l' ordre d' abord établi. Au 1er mai, jour de l' ouverture, nous étions suffisamment prêts pour avoir l' air de l' être tout à fait. Dès lors, d' assez nombreuses lacunes, plus ou moins habilement dissimulées, se sont peu à peu remplies. Au mois de juillet, nous avons encore reçu des objets nouveaux; mais la distribution est restée la même, sauf un tableau et quelques panoramas encombrants qui ont changé de place.
Bndget.
Nous réunissons ici quelques détails, très succincts, sur le chapitre des frais.
On nous avait alloué un crédit de fr. 3000. Malgré notre très vif désir de ne point le dépasser, ce crédit n' a pas suffi et la dépense totale s' est élevée à fr. 4298. 94, ainsi que nous l' annoncions par notre circulaire de février 1884.
Si l'on tient compte de quelques objets ( cartes Dufour, etc. ), demeurés en notre possession, on peut fixer à fr. 4200 le chiffre du sacrifice réel fait pour l' Exposition.
Sur cette somme figuraient fr. 150 alloués à la section Pilatus, à titre de subside pour son exposition Piiate-Rigi. Cette exposition ayant coûté plus de fr. 1300, la section a demandé que ce subside fût doublé. C' est, en effet, ce qui a eu lieu, à la suite de la circulaire ci-dessus mentionnée, ce qui reporte à fr. 4350 le chiffre du sacrifice réel.
Nous avons déjà indiqué, toujours dans la même circulaire, les causes principales de cet excédant. De fausses mesures ont eu pour résultat quelques faux-frais. Nous avions imaginé, par exemple, de réunir à Lausanne, pour en faire un triage et un premier classement, les photographies, les panoramas, les dessins, etc. Cela nous a obligés à la location momentanée d' un local et à quelques frais de transport, le tout en pure perte, car il a été impossible de faire aucun classement utile avant la réunion de tout le matériel, à Zurich. En second lieu, les frais de transport ont été notablement plus élevés que nous ne l' attendions, grâce à l' obligation imposée de faire voyager les tableaux par grande vitesse, ce qui les a privés du bénéfice de la remise annoncée. Enfin, nous avons été' obligés, par les nécessités de la situation, par la nature des locaux, et peut-être aussi, dans une certaine mesure, par l' entraînement de l' exemple, à donner à certaines parties une extension imprévue.
Voici quelques chiffres détachés.
La vitrine centrale nous a coûté fr. 942. 50, dont à déduire fr. 172, prix auquel elle a été vendue après l' Exposition.
L' établissement des collections qu' elle renfermait, y compris les profils géologiques, fr. 800, chiffre rond.
Le relief de l' éboulement d' Elm, fr. 300, plus fr. 15. 50 de placement.
Les albums botaniques commandés par le Comité central, fr. 320.
L' exposition des tableaux, y compris les frais de transport, environ fr. 450.
La grotte, fr. 226.
Parmi ces chiffres, il en est un qui demande quelques explications, celui de la grande vitrine. On était tombé d' accord pour mettre à la charge de l' Exposition les meubles meublants, tandis que le Club alpin fournirait les meubles et instruments spéciaux: cadres divers, chevalets, porte-échantillons, vitrines, etc. Lorsque nous avons admis cet arrangement, nous pensions n' avoir besoin que de petites vitrines, et c' est pourquoi nous n' avons pas insisté pour obtenir, comme d' autres l' ont obtenu, que les vitrines aussi fussent fournies par l' Exposition. Le Club alpin est riche, nous disait-on; il peut faire un sacrifice impossible à d' autres associations. Plus tard, quand l' établissement de la grande vitrine centrale a été décidé et que les devis nous en ont été soumis, nous avons demandé que les frais en fussent partagés, cette vitrine étant aussi une table. La Direction de l' Exposition a paru entrer dans cette vue, et nous avons cru que c' était chose admise; mais, au lieu de partager par moitiés égales, on a évalué ce qu' eût coûté une table de même dimension, et le reste, représentant les *k de la dépense totale, a été la part du Club alpin. Nos observations à ce sujet sont restées sans résultat.
Il y a eu quelques objets perdus ou endommagés, des livres, un stéréoscope, etc. Les frais de réparation ou de remplacement se sont élevés à près de fr. 40; mais il est quelques objets perdus dont on n' a pas demandé le remplacement, et la perte totale s' élève probablement à près de fr. 80. Le service de surveillance était singulièrement difficile au milieu de cette affluence constante, et nous avons été trompés en bien en voyant qu' il n' y avait pas plus de mal.
Jury.
Un autre service présentait des difficultés, celui du jury. Le Club alpin, comme tel, Comité central et sections, s' était déclaré hors concours; il exposait sans aucun mobile intéressé. Mais quelques exposants particuliers, membres ou non du Club alpin, auraient désiré être jugés, et ceux qui, dans l' origine, s' étaient annoncés directement continuaient à être au bénéfice de leur situation privilégiée. Nous les avons signalés à qui de droit. Mais on n' a pas cru devoir instituer un jury spécial pour une demi-douzaine de personnes. On a donc fait, du groupe 42, pour la visite du jury, une annexe des groupes 27 et 28. Ces Messieurs, autant du moins que nous en sommes informés — nous ne l' avons pas été officiellement — se sont transportés un matin dans nos salles, pour en sortir quelques moments après. Dès lors, on ne les a plus revus. On dit qu' ils se sont déclarés incompétents.
Quant au Club alpin lui-même, malgré sa déclaration de mise hors concours, il a été l' objet d' une distinction d' autant plus honorable qu' il l' avait moins recherchée. Un Diplôme d' honneur lui rappellera longtemps sa participation à l' Exposition de 1883.
Dernières remarques.
Nous n' allongerons pas par des observations générales ce rapport déjà trop long. Mais nous ne saurions le terminer sans remercier encore une fois toutes les personnes qui nous ont aidé. Il en est dans le nombre auxquelles nous n' avons encore donné aucun signe de notre très vive gratitude, et ce sont justement celles dont le secours a été le plus important.
Il n' y a pas lieu à remercier les membres du Comité central, dans un rapport écrit au nom de ce Comité. Rappelons seulement, comme fait, la manière dont ils se sont partagé le travail. Le Comité avait donné des pouvoirs spéciaux à son président, afin que la direction eût l' unité nécessaire. Le président en a largement usé, mais en faisant aussi souvent que possible, ainsi qu' il était convenu, rapport sur la marche de l' entreprise. Cette délégation de pouvoirs n' a point empêché d' autres membres du Comité de prendre à l' œuvre commune une part directe et très active. MM. de Constant et Cart ont pris la direction spéciale de la partie topographique; le premier a fait un long séjour à Zurich, en avril et mai 1883, pour aider à l' installation; il y est retourné accompagné, de M. Cart, en octobre, pour la liquidation. Les autres membres n' ont pas été mis à réquisition au même degré; mais ils ont aussi rendu leur part de services, et se sont vus chargés, en outre, du fardeau des affaires courantes.
A cette collaboration s' est ajoutée celle des experts spéciaux: MM. Baltzer, Nsegeli, Ochsner et de Torrente.
Ils se sont tous appliqués à leur tâche. Mais les deux premiers méritent une mention toute spéciale. Nous avons déjà signalé la part de M. Baltzer; il a dirigé,, avec un dévouement infatigable et une compétence hors ligne, la plus grande partie de l' Exposition scientifique, principalement pour la minéralogie et la géologie. Quant à M. Nsegeli, son nom devrait être à chaque page de ce rapport, et s' il y figure à peine, c' est précisément parée qu' il devrait y figurer partout. Il a été le plus zélé, le plus persévérant, le plus régulier, le plus intelligent, le plus précieux et le plus modeste des auxiliaires. Nous lui avons dû,, en grande partie, l' ordre qui n' a cessé de régner dan& une administration aussi compliquée. C' est lui quir sans jamais se plaindre, a fait à l' exposition, par conséquent au Club, les sacrifices de temps les plus considérables. Il ne lui a pas suffi d' avoir contribué plus activement que personne aux préparatifs et à l' installation; il est encore resté au poste, cinq mois, durant, comme notre représentant en titre, ce qui n' était point une sinécure; après quoi, il a été l' un des plus actifs dans le travail de la liquidation. Le Comité central manquerait à un devoir s' il n' adressait pas ici, en terminant, à MM. Baltzer et Nsegeli, le témoignage de sa profonde reconnaissance.
Et maintenant voilà une œuvre accomplie. Il en est des expositions comme de ces êtres brillants,, destinés à la parure de la terre, papillons ou fleurs, qui n' ont qu' une saison. Il ne reste déjà qu' un souvenir de celle de 1883, notre première grande exposition nationale. Mais ce souvenir sera durable et fécond. Il est bon pour un peuple d' avoir quelques occasions de réunir ses forces pour une œuvre commune. Cela entretient l' amitié et stimule au mieux.. Il doit en être de même pour le Club alpin. Pour lui, l' exposition aurait manqué son but si elle n' avait pas resserré les liens qui existent entre les sections,.
entre les alpinistes de toute la Suisse, et si elle ne leur avait pas fait sentir plus vivement que leur association peut et doit servir à l' honneur et à l' avantage de la commune patrie.
Au nom du Comité central, Le président, Eug. Rambert.