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monumental et public
Parti du nord vers le sud par la voie légère.
Diveria
Ici se conjuguent les migrations. Au sommet du col, l’aigle de granit tourne la tête. Il scrute le ciel et le sud. Le passage est large au nord, escarpé au sud. Ainsi est le col, cerné de barrières de rochers et de glace.
Il est passage, point fort ou point faible selon l’angle d’observation. Point bas ou point haut selon que l’on monte ou que l’on descende. Il est col simplement par la géologie et les poussées continentales. Il aspire les vents du sud et ceux du nord, selon les pressions atmosphériques. Il élève ou il précipite, selon qu’on lève les yeux ou qu’on les abaisse. Ici se conjuguent les migrations. Celles des hommes et celles des animaux, celles de la terre et celles des cieux ; celle de la roche, de la végétation et de la glace qui rampe lentement d’un côté ou d’un autre.
Sur le flanc méridional, au premier tiers de la descente se niche Gabi, hameau de sept maisons, comme les sept branches du chandelier qu’on allume pour se souvenir des événements primordiaux. Gabi, comme si en ce point l’ange Gabriel était venu annoncer une libération, non plus celle de la sortie des prisons de Nabuchodonosor, mais peut-être celle de la pesanteur vaincue. Un grand coup d’aile, un grand froissement.
Au plus secret des plis du col, la Diveria emporte une eau vivante dans les vallées écrasées de chaleur. Elle frappe les blocs de granit et gifle les passerelles, elle se divise et se divertit, elle devient, elle est devenir. Diveria, différemment elle trace un trait d’argent pour marquer la route et pour apaiser la soif des migrateurs, pour inscrire dans l’éternité de la roche le passage fugace de ceux qui traversent le col, par les lacets qui la bordent ou par les nuages qui se reflètent un instant dans sa fougue.
Et le destin nous pose là, exactement là où nous étions attendu.
Pierre starobinski