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L'exode médical vers les pays industrialisés a déjà de graves conséquences au Sud. Une récente étude du Département britannique pour le développement, citée par le BMJ (2004 ; 329 : 419), relate le cas d'un centre sud-africain pour traumatisés médullaires d'importance régionale. En 2000, un seul et même jour, les deux anesthésistes de l'institution ont donné leur congé pour rejoindre l'équipe d'un nouveau centre pour paraplégiques au Canada. Ce double départ a contraint le centre sud-africain à fermer temporairement ses portes.Exemple frappant, mais non trompeur. Le rapport relève que le nombre d'infirmières philippines en Grande-Bretagne a passé de 52 en 1999 à 7000 aujourd'hui. Ou encore que les provinces canadiennes d'Alberta ou du Saskatchewan recrutent activement des médecins en Afrique du Sud pour repourvoir des postes dans les régions périphériques, l'Afrique du Sud recrute à son tour des médecins dans d'autres pays d'Afrique où les salaires sont inférieurs. Le même phénomène se produit en Europe, Suisse comprise, comme on peut s'en rendre compte dans les hôpitaux. Les flux internationaux de personnel compétent sont alimentés par de forts gradients de salaire : en Afrique, par exemple, un médecin gagne 50 dollars par mois au Sierra Leone, 1250 en Afrique du Sud.Les auteurs du rapport prévoient une accentuation du phénomène. Ils sont peut-être encouragés dans cette analyse par la situation de la Grande-Bretagne, où règne une grave pénurie médicale. Mais d'autres pays d'Europe affrontent des situations similaires et le vieillissement des populations industrialisées peut faire craindre la généralisation de ce déséquilibre et l'avènement d'une société industrialisée vieillissante et médicalisée qui détournerait à son profit les rares ressources en formation des pays du Sud.Les auteurs évoquent quelques pistes pour arrêter cette hémorragie, à commencer par un suivi quantitatif et rigoureux des migrations médicales internationales. La forte demande et le nombre insuffisant d'étudiants formés au Nord n'expliqueraient pas tout, selon le rapport. L'organisation même des soins serait à repenser. Le système hospitalier britannique, par exemple, fortement hiérarchisé, emploie un grand nombre de médecins subalternes pour chaque «consultant». Sans personnel importé, il ne tiendrait simplement plus en place. Selon le rapport, 65% des médecins, dans les équipes hospitalières britanniques, ont obtenu leur diplôme dans un pays extérieur à l'Union européenne.