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Il va peut-être se passer quelque chose d'assez paradoxal, politiquement, après les deuxièmes tours de l'élection du Conseil des Etats : cette Chambre, naguère conspuée par la gauche (qui peinait à s'y installer, du fait du scrutin majoritaire -voire même parlementaire, dans certains cantons), va se transformer en bastion de résistance à la droite de la droite, l'UDC ayant aujourd'hui les mêmes difficultés à y faire élire ses candidats que le PS et les Verts il y a vingt ou trente ans. Le glissement à droite du Conseil National, on le sait, ne se produira pas, en tout cas pas dans les mêmes proportions, voire pas du tout, au Conseil des Etats. Du coup, on n'en réclame plus la suppression, la relégation en une Chambre de deuxième ordre, ou la transformation : non, on va pouvoir s'appuyer dessus pour freiner l'UDC et le PLR, majoritaires (de peu, et ensemble, mais majoritaires tout de même) au Conseil National. Mais en attendant que cette perspective se traduise dans les faits, il nous reste une chose à faire, si on ne l'a pas déjà faite : voter. A gauche, et seulement à gauche. A Genève, il vous reste deux jours pour envoyer votre bulletin par la poste. Et le dimanche matin pour le glisser vous-même dans l'urne. Et c'est pas le moment de mollir.
l'élection d'octobre promet de faire pendant quatre ans suffisamment de dégâts pour qu'on ne rate pas l'échéance de celles de novembre.
L'élection du Conseil des Etats va sans doute, mais dans une ampleur difficilement prévisible, corriger le résultat national de l'élection du Conseil National. Et comme les deux Chambres du parlement fédéral ont un poids institutionnel rigoureusement égal, qu'un projet doit, pour être adopté par le parlement, l'être en termes identiques par chacune des deux Chambres, la composition du Conseil des Etats, la force respective de la gauche et de la droite -et au sein de la droite du PDC, du PLR et de l'UDC, prennent une importance assez inégalée depuis que le Conseil des Etats est lui aussi élu au suffrage universel direct. Cet automne, ce résultat sera donc un correctif de la victoire de l'UDC et de la progression du PLR au Conseil national. Un correctif, évidemment pas une annulation ou une inversion (une majorité de gauche au Conseil des Etats est historiquement hors de portée), mais un correctif essentiel si on veut éviter un basculement à droite -encore plus à droite- de toute la politique suisse, du moins avant que l'on ait recours au correctif pénultième (l'ultime, c'est la révolution, et sans être d'un pessimisme excessif, elle aussi nous semble, en Suisse, hors de portée), le vote populaire référendaire.
Donc, il va s'agir de corriger. A Genève et dans le canton de Vaud, cette correction est personnifiée par une liste de gauche portant une socialiste et un Vert, Conseillers aux Etats sortants et candidats à réélection. A Fribourg, elle prend carrément le visage du président du PS. Sans doute ces candidatures de gauche, sorties en tête du premier tour devant leurs adversaires de droite et de (biffez ce qui ne convient pas) droite de la droite/extrême droite, partent-elles avec les faveurs de la cote, puisqu'en face, on a des droites concurrentes. Mais cette légère faveur de la cote ne présage nullement du résultat final, d'où la nécessité de se mobiliser pour l'assurer.
Prenons un exemple au hasard (mais alors, vraiment au hasard) : l'exemple genevois. A gauche, une liste commune PS-Verts, soutenue (du bout des lèvres, mais on n'attendait pas plus) par "Ensemble à gauche", et portant les candidatures de la socialiste Liliane Maury Pasquier et du Vert Robert Cramer. A droite, une liste unique de l'Entente PLR-PDC, portant le nom du PLR Benoît Genecand. Et encore plus à droite, la liste commune UDC-MCG, portant les candidatures de l'udéciste Nidegger et du èmecégiste Stauffer.
Dans "Le Temps", un député PLR, Jean Romain, regrettant (sans le dire explicitement) l'absence d'alliance entre le PLR et le PDC, d'une part, et l'UDC d'autre part, "ne peut que constater que la gauche, elle, s'allie avec l'extrême-gauche". Il y a donc quelqu'un à Genève pour déceler la présence d'une "extrême-gauche" lors de ces élections, alors qu'on n'en trouve trace ni dans les recommandations de vote pour les candidats de la gauche, ni sur leurs affiches. Et qu'"Ensemble à gauche" n'a pas grand chose à voir avec une "extrême-gauche", sauf à admettre que le curseur politique se soit à ce point déplacé à droite que non seulement "Ensemble à- gauche" mais aussi le PS et les Verts se retrouvent être "extrémistes". Certes, les deux sénateurs genevois (la socialiste et le Vert) ont été placés tout à gauche du Conseil des Etats à partir d'une analyse de leurs votes... mais c'est qu'on est vite très à gauche, dans ce cénacle, et tout aussi vite à l'extrême-gauche... Or si Liliane et Bob y sont, au Conseil des Etats, c'est bien qu'ils y ont été élus, au scrutin majoritaire, et que leur positionnement à gauche n'a pas traumatisé l'électorat genevois, majoritairement de droite... D'ailleurs, si on analyse leurs votes au parlement sur des objets soumis ensuite au vote populaire, ils coïncident à 70 % avec les votes genevois...
Quant à l'"atout de la droite genevoise" (comme le désigne la "Tribune de Genève"), Benoît Genecand, administrateur multicartes, représentant du lobby immobilier et bancaire, il est, sans surprise, "favorable au relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans et un travail possible jusqu’à 75 ans" et partisan de faire tourner les centrales nucléaires "tant qu’elles peuvent tourner en sécurité"... La transition énergétique ? rien à foutre. La traversée routière du lac, en revanche, est pour lui, à l'unisson de toute la droite et de sa droite, érigée en objet eschatologique, en avenir radieux, en enjeu historique.
Alors on vote. A gauche. Pour toutes les candidates et tous les candidats de gauche. Sans perdre un suffrage, sans en accorder un à la droite. Parce que l'élection d'octobre promet de faire pendant quatre ans suffisamment de dégâts pour qu'on ne rate pas l'échéance de celles de novembre. Bien sûr, le "ticket" de gauche part avec l'avantage d'être sorti en tête au premier tour, et celui d'avoir affaire à une droite divisée*. Pour autant, il n'est (nous ne sommes) pas à l'abri d'une démobilisation de l'électorat de gauche, ne serait-ce que pour s'être entendu dire que l'élection était gagnée avant même d'avoir eu lieu.
Ce n'est pas parce que la droite genevoise tient absolument à revendiquer, avec une prétention assez typiquement genevoise, le titre envié de "droite la plus imbécile de Suisse", voire du monde, que nous devons nous sentir tenus de concourir pour celui de gauche la plus gauche de... d'où on veut.
* Vous pouvez à ce sujet visionner le clip de campagne de la gauche genevoise (avec la participation bénévole, mais efficace, des caciques de la droite) pour l'élection du Conseil des Etats sur http://www.lemanbleu.ch/replay/video.html?VideoID=28150#.Vi618H_yFr0.facebook