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Débat
Le président. Nous sommes en catégorie II, trente minutes.
M. Ivan Slatkine (L). Mesdames et Messieurs les députés, il n'y a pas lieu de faire un grand débat ce matin sur ce sujet. Je vous propose simplement de renvoyer ce rapport à la commission des transports, de telle sorte que le Conseil d'Etat vienne, je dirais, détailler un petit peu plus les mesures dont il est fait mention dans ce rapport, et puis qu'on nous explique aussi ce concept de dire que les mesures d'accompagnement vont être mises en place avant que la traversée ne soit construite. Il y a là une incohérence pour le groupe libéral qu'il faut expliquer, parce que si le but du Conseil d'Etat c'est de bloquer toute la mobilité dans ce canton en nous disant que le problème sera résolu en 2080, quand on fera la traversée du lac, c'est évidemment une politique que nous ne pourrons pas suivre. Raison pour laquelle nous attendons des explications détaillées, concernant ce rapport, en le renvoyant à la commission des transports. Je vous invite, Mesdames et Messieurs les députés, à soutenir cette demande.
M. Roger Deneys (S). Mesdames et Messieurs les députés, les socialistes accueillent avec pragmatisme ce rapport du Conseil d'Etat, et, contrairement aux libéraux hier soir qui ont fait preuve d'un anti-cyclisme primaire... (Protestations.)... et qui ont préféré ignorer les besoins d'une partie des citoyennes et des citoyens de ce canton en refusant le crédit d'études pour la passerelle ou l'aménagement cyclable sur la route de Meyrin, les socialistes, eux, sont prêts, évidemment, à étudier cette réponse du Conseil d'Etat à la commission des transports.
C'est vrai que celle-ci pose un certain nombre de questions supplémentaires, notamment sur le délai éventuel de réalisation et, aussi, sur l'articulation des étapes si une telle traversée devait se réaliser. Par contre, on salue évidemment la mention de la nécessité de renforcer, au centre-ville et dans les espaces publics, la piétonisation et les pistes cyclables, cela semble indispensable. C'est vrai que nous pouvons nous féliciter si des automobilistes d'aujourd'hui cessent d'utiliser leur voiture, parce qu'ils ont à disposition d'autres solutions qui soient efficaces, performantes, bonnes pour la santé... Et il est aussi vrai que des mesures, comme favoriser le vélo, coûtent beaucoup moins cher qu'une traversée du lac. En l'occurrence, on peut diminuer la mobilité motorisée si les utilisateurs changent de mode de transport. Mais étudions-le !
C'est vrai aussi qu'on peut envisager la traversée du lac dans un autre sens, comme une mesure complémentaire à une piétonisation du centre-ville, et c'est peut-être comme ça qu'il faut le prendre pour la suite. Il faut peut-être voir comment on peut réformer le centre de l'agglomération en faveur de la qualité de vie des habitantes et habitants, en faveur aussi de la mobilité professionnelle, parce que je crois que les entreprises souffrent du surcroît de trafic motorisé aujourd'hui, qui diminue les performances économiques. Dans ce sens-là, peut-être qu'au final, quand on requalifiera le centre-ville, ce sera possible - ou même nécessaire - de dire qu'il faut une traversée du lac. Mais je pense qu'il faut faire les étapes dans le bon sens, et un renvoi en commission permettra peut-être d'avancer dans cette direction.
Mme Anne-Marie von Arx-Vernon (PDC). Mesdames et Messieurs les députés, comme vous le savez le parti démocrate-chrétien est très attaché à la traversée du lac, avec les aménagements qui doivent y être afférents. Donc nous persistons et nous signons, et nous demandons que ce rapport du Conseil d'Etat soit renvoyé à la commission des transports afin de poursuivre le processus, qui risque d'être effectivement un peu long mais auquel nous ne renonçons pas. Je vous remercie.
M. Guillaume Sauty (MCG). C'est étonnant de voir le PDC, qui parlait de doublon tout à l'heure alors qu'on en parle depuis des années, qui, là, est d'accord de renvoyer ce genre d'objet en commission même si c'est effectivement la chose qu'il faut faire. C'est étonnant, parce que cela fait des années que j'en entends parler et, bien qu'étant le plus jeune de ce parlement, on me dit de plus en plus souvent que je fais partie de ceux qui ne verront pas cette traversée du lac, malheureusement... (Commentaires.) Alors quand on voit, encore aujourd'hui, que des initiatives sont renvoyées en commissions, qui ne les traitent pas de la même façon mais sur le même principe, moi je n'attends qu'une seule chose: c'est que la boucle soit bouclée. A défaut de le faire dans ce parlement autant que cela se fasse dans cette commission, et je vous invite donc à soutenir ce renvoi à la commission des transports.
M. Thierry Cerutti (MCG). Je ne veux pas répéter ce qu'a dit mon préopinant et excellent collègue Guillaume Sauty. Nous allons bien naturellement soutenir le renvoi à la commission des transports de ce rapport du Conseil d'Etat, fort intéressant au demeurant, lequel pose des questions importantes auxquelles nous aimerions obtenir des réponses, et des réponses pragmatiques. C'est clair que le délai de 2080 ne nous convient pas, nous sommes des fervents défenseurs du projet de la traversée du lac, et nous souhaitons que ce projet aboutisse avant que notre jeune collègue Guillaume Sauty retrouve l'au-delà d'ici 60 ou 80 ans !
Une voix. T'aurais pu dire à la retraite !
M. Patrick Lussi (UDC). Le groupe UDC a soutenu largement et soutiendra le renvoi à la commission des transports de cette motion. Je ne vais pas vous ennuyer avec notre initiative, je vous dis simplement que je m'en expliquerai lorsqu'on en parlera au point 56, si on y arrive.
Nous avons traité dernièrement à la commission des transports une belle pétition, émanant de vos milieux, qui demande qu'une ligne de tram repasse par le pont du Mont-Blanc pour refaire la liaison Moillesulaz - la gare. Très bien ! Pourquoi pas. Un paragraphe plus bas, il est simplement noté que pour traverser les rives il n'y a plus que quatre ponts. Effectivement, il n'y a plus que quatre ponts, Mesdames et Messieurs les députés, raison pour laquelle le groupe UDC demande que cette motion retourne à la commission des transports, parce qu'au niveau des mesures d'accompagnement, de la compréhension du concept et, peut-être même, de la stratégie à modifier par rapport à ce qui est en place, il est nécessaire qu'on en rediscute à la lumière de toutes les éléments présentés et même des motions pour le vélo comme l'a dit M. Deneys tout à l'heure. Donc renvoyons ce rapport à la commission des transports. Il y a beaucoup à faire avant de prendre des décisions arbitraires qui pourraient être préjudiciable à la mobilité générale. Et je crois qu'en cette période nous n'avons pas à Genève la médaille d'or dans ce domaine !
M. Hugo Zbinden (Ve). Chers collègues, cette motion demande un plan de mesures pour le développement des transports publics, pour le réseau de tram, pour une réduction des voies dévolues au trafic privé au centre-ville, c'est tout à fait sensé. Le seul problème c'est que ce plan est lié à la construction de la traversée du lac... (Commentaires.) Je suis désolé... mais la traversée du lac ne se fera pas. Mais ce n'est pas pour autant qu'on ne va pas réfléchir à la manière de développer notre mobilité en ville. D'ailleurs, on votera tout à l'heure le plan directeur de mobilité douce, le plan directeur des routes. On a beaucoup discuté en commission de la manière dont nous voulons développer la mobilité à Genève, et puis on aura encore l'occasion de le faire avec le nouveau programme mobilité 2030. Donc je pense que c'est parfaitement inutile de renvoyer cette motion à la commission des transports et je vous invite à prendre acte de ce rapport du Conseil d'Etat.
M. Jacques Jeannerat (R). Notre groupe est favorable au renvoi à la commission des transports, notamment parce que le dépôt de ce rapport du Conseil d'Etat date du mois de mai 2012. Depuis le mois de mai, il s'est passé un certain nombre de choses, la commission des transports a auditionné l'Office fédéral des routes, ce Grand Conseil a voté une résolution demandant l'élargissement de l'autoroute A1 et, surtout, le Conseil d'Etat a mis en consultation son projet mobilité 2030 dont l'une des composantes, pour ne pas dire «la» composante majeure, la clé de voûte qui permettra de tout réaliser, comme l'a dit M. Deneys tout à l'heure, les piste cyclables, les zones piétonnes, l'accessibilité au centre-ville pour les véhicules professionnelles etc., est la traversée du lac.
Alors désolé, Monsieur Zbinden, bien sûr je ne partage pas votre avis, mais cela n'est pas un scoop. On a l'habitude de ne pas être d'accord sur cette notion de traversée. Il est important que nous ayons à la fois - cela a été dit par je ne sais plus lequel de mes préopinants - des réponses pragmatiques mais aussi des réponses politiques, parce que, depuis le dépôt le 31 mai de ce rapport, je sens qu'il y a une frilosité du Conseil d'Etat par rapport à cette traversée, et nous devons absolument avoir une volonté politique claire du parlement, dans sa majorité, et du gouvernement par rapport à cette traversée. Donc il est indispensable que nous ayons les détails pratiques et politiques.
Une voix. Excellent !
M. Jacques Jeannerat. Donc merci de renvoyer ce rapport de motion au Conseil d'Etat.
Le président. Merci, Monsieur le député... (Commentaires.) En commission... Oui en commission, j'avais compris, Monsieur le député. La parole est à M. le député Alain Meylan. Il reste deux minutes.
M. Alain Meylan (L). Juste pour expliquer quand même que cette motion faisait un bouquet avec la résolution 666 qu'on a été défendre à Berne. Elle se voulait donc justement, en termes de complémentarité, d'apporter des suggestions, des pistes de réalisation pour montrer que si on fait une traversée du lac il faut naturellement aussi avoir des mesures, je dirais des mesures pour le reste du trafic, des mesures d'accompagnement.
Il est vrai que maintenant on a le débat sur la traversée du lac et l'élargissement de l'autoroute A1, mais je pense que la traversée du lac reste d'actualité. Il n'en demeure pas moins que la réponse du Conseil d'Etat disant qu'on va anticiper les mesures avant la traversée n'est justement pas ce qui était voulu par la résolution 666 ni par cette motion, puisqu'il devait y avoir simultanéité entre la traversée et les mesures d'accompagnement. Et c'est en ce sens-là que je me réjouis de pouvoir en parler et de pouvoir évoquer cette problématique à la commission des transports.
M. Pierre Weiss (L). Monsieur le président, la franchise est une bonne chose. M. Zbinden a cette caractéristique...
M. Hugo Zbinden. Entre autres !
M. Pierre Weiss. Et il a dit que la traversée du lac ne se ferait pas. Or, mobilité 2030 est basée sur la traversée du lac, donc mobilité 2030 doit être refusée. Je vous remercie. (Commentaires.)
M. Roberto Broggini (Ve). Je pense que certains, dans cette salle, qui sont membre de la commission des transports se rappellent bien du passage de l'OFROU le 4 septembre devant la commission des transports. On nous a bien expliqué quelle était la vision de Berne, ce qui a d'ailleurs sidéré certains collègues de droite, parce qu'il conviendrait de développer Cologny, d'y faire des HLM et des zones industrielles. Alors moi je m'attends à subir la réaction des villages de Cologny et de Vandoeuvres avant de pouvoir aller de l'avant, mais je pense que ce rapport qui nous est proposé est tout à fait acceptable et nous pouvons en prendre acte ce jour et ne pas le renvoyer en commission. Mais si la majorité devait quand même le décider, vous aurez la démonstration de ce que nous avançons depuis fort longtemps, c'est que cette traversée du lac n'est pas forcément opportune.
Mme Fabienne Gautier (L). Vous transmettrez à M. Broggini que la zone tend à se développer puisqu'il y a déjà une grande zone artisanale à la Pallanterie qu'on voudrait agrandir - j'espère qu'il y sera favorable lorsque que le projet de loi sera présenté et viendra ici en plénière - et que par ailleurs beaucoup de logements sont en train d'être construits dans la région. Alors il faut que M. Broggini aille un peu se promener en dehors de son centre-ville pour voir ce qu'il se passe ailleurs.
Le président. Merci, Madame la députée... Est-ce qu'il reste du temps pour le parti libéral ? Il reste dix secondes, Monsieur Slatkine, vous avez la parole.
M. Ivan Slatkine (L). Alors très rapidement, juste pour répondre à M. Broggini et lui dire que si la traversée du lac ne se fait pas, alors les mesures complémentaires ne se feront pas ! Et résultat des courses on restera dans l'immobilité ! Alors il faut savoir ce qu'on veut pour ce canton !
Mme Michèle Künzler, conseillère d'Etat. Effectivement, le Conseil d'Etat, depuis, a aussi adopté et mis en consultation Mobilité 2030, dont la traversée du lac fait partie; ce n'est pas la clé de voûte, mais elle fait partie des projets. Vous pouvez d'ailleurs répondre à la consultation puisqu'elle est ouverte jusqu'à aujourd'hui.
Je suis quand même un peu étonnée d'entendre qu'on est si satisfaits de la situation actuelle qu'on veuille ne rien y changer.
Mobilité 2030 c'est prévoir - concrètement et tout à fait pragmatiquement - comment évoluer pas à pas pour hiérarchiser le réseau, pour faire une zone piétonne au centre-ville avec le parking de Clé de Rive pour lequel je me suis engagée, pour avoir une structure avec des P+R comme on l'a souligné tout à l'heure. C'est une vision d'ensemble avec des propositions qui sont faites pour les transports publics, pour les mobilités douces, etc. C'est un ensemble cohérent qui doit être mis en place. Et si, parmi les questions d'actualité au niveau fédéral, on peut trouver la traversée du lac, c'est une priorité qui ne peut intervenir que dans un deuxième temps. Les deux priorités actuelles pour les financements fédéraux sont l'extension de la gare Cornavin et l'élargissement de l'autoroute de contournement. Actuellement, le Conseil d'Etat ne déviera pas de cette voie ni de cette ligne, et j'espère bien que l'unanimité que nous avons autour de ces deux projets continuera, parce que, si nous voulons avoir une chance de succès à Berne, il faut être ferme, garder les mêmes objectifs et les atteindre. Les autres interviendront après. Maintenant c'est cette priorité-là qu'on défend et on la défendra avec vous. Merci ! (Applaudissements.)
Le président. Je vais vous faire voter le renvoi à la commission des transports. (Quelques instants passent.) Qu'ont voté nos trois égéries ? (Rires.) Alors, un «oui» et deux abstentions.
Mis aux voix, le renvoi du rapport du Conseil d'Etat sur la motion 2029 à la commission des transports est adopté par 51 oui contre 17 non et 3 abstentions.