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Déchiffrage de l'Odeur Humaine par Christian Starkenmann
Club de Plongée de Plan-les-Ouates
Salle du Cartel lundi 16 novembre 2009
Conférencier: Christian Starkenmann, Chercheur chez Firmenich
Présentation de Christian: fichier pdf
Organisatrice: Chantal Wiaux-Zamar
Article paru dans le journal "Le Temps" , le 25.08.2009 [1]
Auteur du résumé: Christian Starkenmann
Photos de la soirée: [2]
Nous différencions deux types d'odeurs corporelles, celles qui résultent des conditions de vie, de la nourriture, du climat et celles qui sont spécifiques à l'espèce humaine. Ces odeurs sont émises dans la région axillaire (sous les bras).
Sous les bras nous avons des glandes écrines et apocrines. Les glandes apocrines excrètent un jus de protéines et autres molécules inodores. Ces glandes apocrines se différencient des glandes écrines, car elles sont situées uniquement sous les aisselles. Elles ne deviennent actives qu'à la puberté et elles ne jouent aucun rôle dans la thermorégulation du corps. Les glandes écrines excrètent 99%% d'eau et se trouvent réparties sur toutes la surface du corps.
Notre étude avait comme but de découvrir de nouvelles molécules responsables de l'odeur corporelle ainsi que les mécanismes de formation des mauvaises odeurs afin de les combattre ou les couvrir avec des parfums.
Pour atteindre nos objectifs nous avons collecté de la sueur stérile, inodore. Cette sueur a été incubée avec les différentes bactéries qui vivent en symbiose avec l'homme à la surface de la peau.
Cette étude nous a démontré qu'une bactérie nommée Sfaphyloccocus haemolyficus était la championne pour la génération des odeurs associées à l'oignon.
La sueur inodore riche en molécules, dites des précurseurs, a donc été analysée en détail, avant et après incubation avec
Sfaphyloccocus haemolyficus.
Nous avons alors découvert une molécule qui contient un soufre, que nous avons appelé le transpirol, puis nous avons découvert son précurseur.
Cette molécule soufrée a une structure très proche d'une autre molécule soufrée présente dans le vin et l'oignon.
Les odeurs sont produites par des petites molecules qui peuvent s'évaporer dans l'air et atteindre l'épithélium olfactif situé dans notre cavité nasale. Certaines molécules sont très puissantes et peuvent être détectées en très faible concentration. D'autres molécules ont besoin de concentrations sensiblement plus élevées pour être perçues. Très souvent une molécule a une odeur qui lui est propre, qu'il est difficile de décrire avec un mot.
Il est intéressant de noter qu'un mélange complexe de nombreuses molécules est souvent décrit avec un seul mot. Pour une rose on dira: odeur de rose, même s'il y a une grande diversité de nuances olfactives.
Dans le cas qui nous intéresse, la molécule soufrée est décrite comme oignon, transpiration, fruit tropical, fruit de la passion, cassis.
Dans la sueur, d'autres molécules sont aussi issues de l'action des bactéries, c'est le cas de certains acides gras ou des stéroides. Le mélange de ces molécules constitue un bouquet olfactif caractéristique de la sueur humaine, mais qui peut varier de façon importante d'un individu à l'autre. On explique ces variations par des excrétions de mêmes molécules, mais dans des rapports de concentrations différents.
Nous nous sommes donc intéressés à connaître le rapport de concentration d'un précurseur d'un acide gras, qui a une odeur à réminiscence fromage, ou du vomi de bébé, avec le précurseur du produit soufré, qui après transformation, génère une odeur proche de celle de l'oignon.
Cette étude, portée sur une collecte de sueur au cours d'une période de quatre ans, avec 24 hommes et 23 femmes, a montré que l'homme a une concentration du précurseur acide plus grande que chez la femme. Pour imager cette découverte nous avons conclu que l'homme sent le fromage et la femme l'oignon.
La question fondamentale qui reste est: « est-ce que ces molécules sont des phéromones? ».
Une phéromone est une substance chimique émise par la plupart des animaux et certains végétaux. Elle agit comme un messager entre les individus d'une même espèce, transmettant aux autres organismes des informations qui jouent un rôle dans l'attraction sexuelle notamment.
Si nous considérons que la structure chimique de l'acide excrétée par l'homme est unique à son espèce et que les signaux sexuels chez nos cousins les singes sont des petits acides gras de structures similaires à ceux de l'homme;
si nous comparons la structure du produit soufré, également de structure chimique unique à l'homme et très proche d'une molécule appelée la félinine, une phéromone du chat;
si enfin l'androstenone, un stéroide, qui est une phéromone utilisée pour l'insémination artificielle de la truie est aussi excrétée par l'homme; il est alors facile d'imaginer que ces molécules, à un moment de notre évolution, furent des signaux chimiques utiles à l'espèce.
Enfin d'autres indices confirment cette supposition comme l'activation des glandes apocrine à la puberté; ou la synchronisation des règles, entre jeunes filles vivant ensemble, appelé « le syndrome du pensionnat français» ou l'effet Mac Clintock, nom du physiologiste qui a décrit ce phénomène.
Christian Starkenmann - Novembre 2009