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L'image du retraité méritant est aujourd'hui fragilisée
Marion Repetti, docteure en sciences sociales, s'intéresse aux mécanismes et aux transformations de l'État social. Elle vient de sortir un livre Les bonnes figures de la vieillesse, aux Éditions Antipodes.
N'est-ce pas un paradoxe d'observer que les personnes sont encouragées à demeurer actives le plus longtemps possible, notamment à travers l'emploi, alors que l'économie tend de plus en plus à se séparer de personnes âgées?
Oui et non, cela dépend du point de vue que vous adoptez. C'est un paradoxe si vous considérez qu'il est nécessaire que les personnes qui ne peuvent plus gagner leur vie sur le marché de l'emploi doivent être protégées par une assurance sociale. Des politiques de vieillissement actif (NDLR Le fait d'aider les personnes âgées à rester aussi longtemps que possible les acteurs de leur propre vie et à contribuer à l'économie et à la société dans la mesure du possible) visant à rehausser l'âge de la retraite, par exemple, auraient pour effet de prolonger cette période. En revanche, si vous partez du principe que les personnes qui font face à un chômage de long terme doivent trouver des solutions elles-mêmes, et qu'il n'est pas pertinent, nécessaire ou juste que la collectivité leur assure une protection de type assurancielle, alors il n'y a pas de paradoxe. Donc cela dépend du point de vue politique adopté.
Il apparaît que les plus de 50 ans ont moins d'accès que les plus jeunes à la formation continue. N'est-ce pas un signe du décalage entre le discours politique sur l'idéal d'un vieillissement actif et la réalité du monde de l'entreprise?
La réponse est dans votre question.
La Conférence suisse des institutions d'action sociale exige la suppression de la fin des droits au chômage pour les personnes de plus de 55 ans.
Il faudrait voir exactement les conditions et observer dans quelle mesure cela aboutirait à un changement dans la loi sur l'assurance chômage, par exemple. Cela dénote, en tout cas, un débat quant à la définition du risque lié à la fin de carrière.
La valorisation à tout prix du vieillissement actif renforce-t-elle la stigmatisation et l'auto-dévalorisation des chômeurs de plus de 55 ans?
Je n'ai pas fait d'enquête auprès des chômeurs de 55 ans. Par défaut, je dirais que le fait de valoriser des seniors actifs implique que ceux qui ne le sont pas, ou qui ne correspondent pas au modèle attendu, sont par conséquent moins valorisés socialement que les autres. Cela ne veut pas dire que les personnes elles-mêmes n'ont pas de ressources pour faire face à cette situation. Elles sont néanmoins en position de désavantage face à des seniors qui peuvent faire la démonstration de leur participation active au marché de l'emploi ou à d'autres formes de contribution socialement valorisées.
À vos yeux, qu'est-ce qui est le plus urgent en Suisse? Repenser la protectian sociale selon d'autres modalités que le régime actuel d'assurance? Ou repenser la valeur du travail et les frontières entre activité rémunérée et bénévolat, par exemple?
La question du risque lié à la fin de carrière a fait un retour dans le débat politique au cours des quinze dernières années. Rien là de nouveau, contrairement à ce qui est souvent affirmé dans les médias. En revanche, l'image du retraité méritant est aujourd'hui fragilisée et certaines conditions du droit à la retraite sont remises en question. Cela s'inscrit dans un débar plus large sur la question sociale. Il porte sur la question de savoir quelle est la responsabilité de la collectivité - par l'intermédiaire de l'État - et respectivement de l'individu dans l'assurance d'une protection face à certains risques, comme celui du chômage de longue durée. Il s'agit, bien entendu, d'une question politique. Elle se pose tant dans le cas de la réflexion quant à l'élaboration de nouvelles formes de protections sociales que dans la redéfinition de la frontière entre travail rémunéré et bénévolat.
Nicolas Verdan, Générations, No 101, mai 2018, p. 14.