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Les Chinois ont-ils une religion ? La question n’a cessé de tourmenter les observateurs étrangers. Le mot même n’existait pas avant 1901… Le paysage religieux chinois ne manque pourtant pas d’intérêt. La Chine a, au cours de l’histoire, joué le rôle de sanctuaire pour presque toutes les grandes religions de l’humanité. Elle a accueilli le nestorianisme et le manichéisme alors que ces deux religions étaient entrain de disparaître dans le reste du monde. Elle a intégré le judaïsme (dont une communauté a perduré en Chine centrale, de façon totalement isolée pendant des siècles), l’islam et le christianisme d’une façon originale et riche d’enseignements pour l’Occident contemporain.
La religion chinoise existe sans avoir de nom propre parce qu’elle n’a pas de structure ecclésiale ni d’autorité dogmatique globale. Elle exclut certaines religions d’origine étrangère comme l’islam, le judaïsme et le christianisme en tant que celles-ci revendiquent une adhésion exclusive et un monopole de la vérité. L’islam et le christianisme chinois ont toutefois développé des formes indigènes tout à fait originales et en interaction avec les traditions chinoises.
La forme majoritaire que prend la religion est la communauté de culte, possédant un temple, consacré à un saint local. Cette communauté n’est ni confucianiste, ni bouddhique, ni taoïste, mais entretien des rapports avec ces trois religions institutionnalisées.
Les trois sagesses chinoises : confucianisme, taoïsme, bouddhisme
Confucianisme, bouddhisme et taoïsme, quant à eux, se définissent chacun par quatre éléments : un clergé, une liturgie, un canon (qui en délimite l’orthodoxie) et des centres de formation – monastères, académies.
Paradoxalement, si une très faible minorité de Chinois se déclare jadis comme aujourd’hui "bouddhiste", "taoïste" ou "confucianiste", ces trois courants spirituels jouissent d’un prestige considérable et restent au coeur des valeurs, des pratiques et des représentations individuelles et collectives.
"Trois enseignements, une seule source" dit une formule chinoise. Elle traduit l’interdépendance des enseignements des maîtres à l’autorité incontestée, Confucius et des lettrés, Laozi (Laotseu) et les maîtres du dao, le Bouddha et ses disciples.
Le confucianisme
Commençons par Confucius qui n’a pas véritablement fondé une religion ou un enseignement. En effet, il est le fidèle transmetteur de la tradition liturgique et morale des saints de l’Antiquité. On lui attribue la mise par écrit des Classiques (textes sur la divination, sur les annales historiques, sur la liturgie et sur les hymnes et les chants) autrefois transmis oralement.
En mettant par écrit les Classiques, il a fourni le fondement d’une religion restée religion officielle depuis le Ier siècle avant notre ère jusqu’à la proclamation de la République en 1912.
La liturgie confucianiste s’applique à l’ensemble des cultes locaux. Depuis le milieu du Ier millénaire de notre ère, la capitale impériale, mais aussi toutes les préfectures dans les provinces sont dotées d’un temple consacré à Confucius, abritant une école et où officient régulièrement des hauts fonctionnaires et tous les lettrés du district.
La religion chinoise, ainsi sur le confucianisme, est toujours restée essentiellement sacrificielle. Il introduit la quête de la sainteté personnelle dont il restera le modèle. Mais il dicte surtout, dans ses deux dimensions principales, l’Etat et la famille, les rituels et la doctrine d’un ordre social hiérarchisé en accord avec la nature morale de l’ordre cosmique.
Le taoïsme
Né à la même époque que le confucianisme, le taoïsme est plutôt dédié au monde de la nature.
Ses textes reflètent une spéculation cosmologique et une pratique de la méditation visant à affranchir l’homme de ses limites physiques et sociales. En fait, l’ensemble de la tradition taoïste articule étroitement, comme toutes les grandes traditions spirituelles, la spéculation mystique, la réflexion métaphysique, la morale, la pratique dévotionnelle, la liturgie, l’art et la conduite quotidienne.
Le taoïsme trouve ses origines dans les pratiques et les cultes d’immortalité qui fleurissent, vers le Ve siècle avant J.-C., dans une Chine en plein chaos politique, mais aussi en pleine effervescence marchande et intellectuelle. De cette tradition, il subsiste de grands textes mystiques, notamment le "Livre de la Voie et de la Vertu" (Daode jing) attribué à Laozi, et le Zhuangzi ouvrage éponyme, mais composé en réalité par divers auteurs.
A l’époque Han (IIe siècle) le taoïsme se constitue en mouvement communautaire : la Voie du Maître céleste.
Le taoïsme développe un discours éthique énoncé essentiellement sous forme de préceptes et de règles de vie (culture de soi prenant pleinement en compte la dimension corporelle de l’individu) par lesquelles les adeptes peuvent maintenir la pureté et gagner leur salut.
Le bouddhisme
Le bouddhisme, quant à lui, arrive d’Inde en Chine progressivement à partir du Ier siècle de notre ère. Avec lui émerge tout un ensemble de nouvelles conceptions du salut et de pratiques dévotionnelles qui impliquent l’usage d’icônes et l’institution d’un clergé avec des règles de renoncement (célibat, pauvreté) qui doivent progressivement s’acclimater à la société chinoise.
La vie, ponctuée par la maladie, la pauvreté, la vieillesse, la douleur, la mort est souffrance. Pour le bouddhisme, qui croit en une migration indéfinie des êtres vivants dans des enveloppes corporelles diverses, il s’agit de mettre un terme à ce cycle des renaissances pour parvenir à l’extinction des souffrances. Le "nirvana", but ultime correspond à la libération de l’esprit, au repos éternel.
Pour l’atteindre, le Bouddha préconise la pratique de la méditation et de la compassion.
Le bouddhisme a profondément imprégné la société chinoise; son clergé rend encore des services cruciaux aux populations, notamment à travers les rituels funéraires, d’une importance, d’une complexité et d’un coût considérable pour les Chinois.