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Autres vues aériennes de Vufflens
L'imposante forteresse de Vufflens représente l'exemple le plus marquant d'un petit groupe de châteaux forts romands datant de la fin du Moyen Age, caractérisés avant tout par le fait qu'ils ont été construits en briques. Impressionnant édifice constitué de plusieurs éléments, Vufflens se dresse sur une petite colline dominant le lac Léman, près de Morges. Seul est demeuré intact jusqu'à nos jours le noyau de ce qui fut à l'origine un ouvrage très étendu.
Les fortifications extérieures et les autres constructions organisées pour la défense ont pour la plupart été victimes de remaniements modernes. Là où s'élève aujourd'hui l'ensemble des bâtiments du domaine agricole appartenant au château, il devait y avoir au Moyen Age une vaste avant-cour, fermée par un mur d'enceinte et comprenant sans doute des écuries, des granges et d'autres communs, de même que les logis des domestiques.
L'ouvrage retranché est constitué de trois éléments principaux: à l'est, un corps de logis à redans d'angle ronds, à l'ouest un gros donjon érigé au centre d'une enceinte de plan quadrangulaire et flanquée de tours d'angle et enfin d'une cour entourée d'un mur reliant les ouvrages de l'est et ceux de l'ouest. Si, autrefois, on pensait généralement que le bâtiment d'habitation datait du début du XIIIe siècle, on est aujourd'hui d'avis qu'il faut attribuer l'ensemble de la forteresse de Vufflens au début du XVe siècle. Avec son donjon carré très élevé, le corps occidental forme incontestablement l'élément dominant de Vufflens. Cave comprise, il comporte jusqu'à la base du toit six étages et mesure plus de trente mètres de haut. L'étage supérieur est abondamment pourvu de mâchicoulis et de créneaux. Une tourelle saillant à moitié hors du donjon abrite l'escalier qui relie entre eux tous les étages.
L'ouvrage situé au levant, un corps de logis de plan rectangulaire, a été complètement restauré ou transformé au XIXe siècle, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ces divers remaniements n'ont toutefois pas modifié la silhouette de cet ensemble, caractérisé par un toit en croupe, par les petits toits en pointe coiffant les tourelles rondes des angles et par un couronnement de mâchicoulis et de créneaux; preuve en soit une reproduction du château tel qu'il se présentait en 1691.
Sa fière monumentalité fait de la forteresse de Vufflens un exemple unique parmi les châteaux suisses construits en briques. Tous les autres ouvrages de ce genre (Lausanne, Estavayer, Châtelard, etc.) sont de dimensions beaucoup plus modestes. A Vufflens, les efforts déployés pour atteindre à un degré élevé de confort, mais aussi à un ouvrage inexpugnable, alliés à un besoin quasi insatiable de se faire valoir ont finalement donné naissance à un monument d'une magnificence fabuleuse. C'est en Italie qu'il faut chercher les modèles architecturaux de cet ouvrage.

Dans le donjon

Il semble que vers l'an mille déjà, le royaume de Haute-Bourgogne a possédé dans la région de Vufflens-la-Ville, au sud de Cossonay, un important domaine qu'il céda à titre de donation à l'abbaye de Romainmôtier. Ce domaine a dû être administré par les membres d'une famille noble de la région engagés par l'abbaye en qualité d'intendants. Vers 1100, cette famille fut divisée en deux branches; l'une conserva ce privilège jusqu'à son extinction, c'est-à-dire jusqu'au XIIIe siècle, l'autre fonda au-dessus de Morges la forteresse de Vufflens. Nous ne savons pas quel fut l'aspect de ce premier ouvrage, édifié vers 1100. La famille, citée pour la première fois dans un document datant du milieu du XIIe siècle et faisant allusion à Pierre de Vufflens, eut beaucoup de peine à s'imposer contre la puissante haute noblesse locale, qui visait à créer des seigneuries territoriales autonomes. En 1175, Guillaume de Vufflens inféoda son château et sa seigneurie à l'évêque de Lausanne, mais celui-ci ne conserva pas longtemps ses droits puisqu'ils passèrent au début du XIIIe siècle déjà aux mains des comtes de Genevois. De leur côté, ces derniers concédèrent la seigneurie de Vufflens aux sires de Cossonay; les propriétaires initiaux du château de Vufflens furent ainsi rabaissés au rang insignifiant de vavasseurs. Favorables aux comtes de Genevois, ils soutinrent ces derniers dans la lutte qui les opposait à Pierre de Savoie et avait pour objet la possession du Pays de Vaud. Les de Cossonay n'étaient cependant pas de taille à se mesurer au Savoyard et ils durent finalement reconnaître sa suprématie. Pour empêcher que la seigneurie de Vufflens ne passe à la Savoie, les comtes de Genevois arrangèrent un mariage entre la maison de Vufflens, en voie d'extinction, et les sires de Duin, leurs partisans. Et de fait, Vufflens revint vers le milieu du XIIIe siècle à la famille de Duin, mais celle-ci changea de camp après peu de temps et prit fait et cause pour Pierre II de Savoie. Dés ce moment, la seigneurie de Vufflens appartint à la maison savoyarde à titre de fief des de Duin.
Vers 1390, elle fut transmise par succession à Henri de Colombier, qui avait épousé une de Duin. Soutenu par la Savoie, Henri réussit à sauvegarder ses droits héréditaires face à son beau-frère, qui passagèrement s'était emparé de force du château de Vufflens. Henri de Colombier, dont le père avait déjà joué un rôle important dans l'histoire de la maison savoyarde, comptait parmi les intimes du comte Amédée VIII de Savoie.
Il va de soi qu'un seigneur aussi puissant, ayant beaucoup voyagé, craint un peu partout, ne pouvait se contenter du modeste château que sa femme lui avait apporté en mariage. Il fit donc raser l'ouvrage défensif qu'avaient habité ses prédécesseurs et ériger à sa place l'imposant château fort en briques que nous connaissons.
Vers la fin de sa vie, Henri de Colombier, pris soudain d'une crise religieuse, se retira du monde, et avec lui son seigneur et maître Amédée de Savoie. En compagnie de quelques autres amis, ils menèrent dès lors au château de Ripaille la vie pieuse des ermites. Mort en 1438, Henri de Colombier fut inhumé à Montheron. La seigneurie de Vufflens fut légué à son fils Richard, qui lui aussi la transmit à ses descendants. Elle demeura dans la famille jusqu'à l'extinction de celle-ci, donc jusqu'en 1544. Au cours des luttes qui avaient opposé la noblesse savoyarde à la ville de Genève, soutenue par Berne, le château de Vufflens fut pillé et incendié par les troupes bernoises (1530). Il ne subit en revanche aucun dommage en 1536, lorsque les Bernois, aux ordres de Hans Franz Nageli, conquirent le Pays de Vaud. Sous la domination bernoise, Vufflens changea plusieurs fois de mains, jusqu'au jour où il devint, en tant que dot de Marie Quay, possession de la famille de Senarclens. Il est aujourd'hui encore propriété privée et n'est pas ouvert au public.
Les deux photos ci-dessus ont été prises par P. Morandi ou www.photos-trains.ch
Bibliographie