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Je vais mourir Docteur?
En résumé, tout commence par beaucoup de fatigue, des maux de tête, une toux persistante.
C'est janvier 2022, alors on pense d'abord au manque de sommeil lié aux nuits fragmentées des jeunes parents. Puis ça persiste; on est en avril 2022, et on pense au covid, puis au covid long, puis on fait des tests qui montrent un niveau inflammatoire élevé. On est maintenant en juin 2022, on refait des tests, et les niveaux sont toujours élevés. Donc en juillet 2022, on fait un scanner, et là on découvre une "masse volumineuse de 15cm par 6cm" en lieu et place d'une partie de mon poumon supérieur droit. Mais ça je ne le sais pas encore.
Je l'apprends quand mon médecin généraliste à 9h le vendredi matin du 8 juillet avance le rendez-vous de mercredi au lundi pour discuter du scanner. Au téléphone, je panique, demande à l'assistante médicale pourquoi on avance de deux jours, et elle me répond qu'ils ont trouvé "un petit quelque chose", que ça peut être une tumeur. Elle m'annonce ensuite qu'en fait, on va quand même se voir aujourd'hui à 18h30. Là, c'est l'avalanche, le naufrage, l'éruption, le carambolage: je comprends que quelque chose va mal. Ma journée/rendez-vous avec Leslie part en lambeaux: on se regarde sans savoir quoi se dire. On imagine le pire sans oser penser au meilleur. A 18h30, je me pointe chez le docteur et il m'annonce les résultats, me fait lire le rapport, et s'ensuit ce dialogue de pièce de théâtre tragicomique:
Docteur: Je suis désolé. Je crois qu'il n'y a rien d'autre à dire. Arnaud: Je vais mourir docteur? Docteur: Pas rapidement... Arnaud: ...?! Docteur: ...? Arnaud: Donc vous êtes en train de me dire que je vais mourir lentement? Docteur: ... Enfin, oui, heu, mais Monsieur Barras, on va tous mourir un jour.
En fait, le docteur veut me dire que le cancer ne va pas me tuer tout de suite, qu'on peut faire quelque chose, qu'on peut le traiter, etc. Mais ça, je ne le comprends pas immédiatement. Je comprends par contre que lundi le plus rapidement possible je dois voir un oncologue.
J'envoie un message vocal à Leslie pour la prévenir, car elle est à la maison pour coucher Ayden. Je me sens coupable de lui dire ça sans être avec elle en personne. Je rentre chez moi en vélo et suis sous le choc, manque de me faire écraser en m'insérant dans le trafic. Arrivé à la maison, je pleure avec Leslie, enrage contre le monde, fais le deuil de ma vie d'avant, imagine le pire, me vois mourir, me vois survivre, me vois souffrir. J'appelle mes parents et mes beaux-parents, mon frère et mon beau-frère. Ce dernier viens à la maison avec une bouteille de vin et on parle de ce qui nous arrive. Le combat n'a pas encore commencé: je ne suis même pas encore dans l'arène, mais la tension est à son comble.