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Le domaine Clavelier est implanté à Vosne-Romanée depuis la fin du XVIIIème siècle. Après les périodes noires de la fin du XIXème et du début du XXème siècle (phylloxéra, mildiou, oïdium, guerres de 1870 et de 1914-1918), c’est Joseph Brosson, le grand-père maternel, qui développe réellement le domaine dans les années 1935-1955. Jusqu’à la reprise par Bruno Clavelier, la production est vendue en fût aux négociants et notamment à la maison Clavelier, dirigée à l’époque par la branche paternelle de la famille. Ce négoce avait été crée en 1935, à Comblanchien, par Antoine Clavelier, grand-père paternel de Bruno. Il s’était taillé une belle réputation grâce à une politique axée sur la qualité. En 1978, Jean, Gérard et André (le père de Bruno), les trois fils d’Antoine, reprennent la succession jusqu’en 1991 date à laquelle le négoce est vendu. Même si elle continue à porter le même nom, cette maison de négoce n’a plus de rapport avec le domaine familial depuis 1991. En 1987, après une carrière de rugbyman, Bruno reprend le flambeau et décide de monter son domaine après avoir obtenu son Diplôme d’œnologue à la faculté de Dijon. Dés 1992, il décide de mettre l’ensemble de la récolte en bouteille et assez rapidement, aidé par son père, les vins du domaine rencontrent un certain succès notamment dans les marchés anglo-saxons et japonais.
Les parcelles familiales, qui sont la base du domaine, ne sont pas le seul héritage. Pendant 10 ans Bruno Clavelier a partagé le sens de l’observation et toute l’expérience paysanne de son grand-père Joseph, qui l’a accompagné à ses débuts. Mais Bruno a développé l’exploitation, aussi. Au fil des ans, il a construit une nouvelle cuverie et l’a équipée en profitant des progrès qualitatifs du matériel moderne (pressoir pneumatique, table de tri, etc.). Il a construit une cave de stockage et d’embouteillage et a agrandi la cave d’élevage pour pouvoir accueillir les fûts de deux millésimes. En 2003, son épouse Valérie a rejoint officiellement le domaine. Quelques nouvelles parcelles ont été ajoutées aux vignes familiales pour constituer un domaine qui s’étend aujourd’hui sur 6,5 hectares. Toute la production est mise en bouteille. Bruno Clavelier est aussi l’un des rares à faire une cuvée spécifique par climat, pour chacune de ses appellations.
Le trésor du domaine, ce sont d’abord les vieilles vignes familiales. La plupart ont été replantées après le phylloxéra, dans les années 1930-1940. Les vignes âgées dépassent pour certaines les 90 ans et sont issues de sélections massales. Les rendements sont donc naturellement limités et l’enracinement y est exceptionnel, favorisant ainsi une grande surface de contact avec les éléments minéraux du sous-sol. Ici, la culture de la vigne a toujours été traditionnelle, au bon sens du terme, c’est-à-dire un petit peu d’engrais organique et beaucoup de travail manuel. Les sols sont propres, ils n’ont pas vu les produits chimiques des années 1970-1980. Et pour accompagner cela, le domaine pratique la biodynamie. Les ceps qui le nécessitent sont taillés en Guyot simple ou bien en cordon de Royat, pour limiter leur vigueur. Les travaux en vert sont soignés. D’abord l’ébourgeonnage, qui permet d’équilibrer la charge de chaque cep. Puis Bruno suit la pousse, les rameaux sont décroisés et palissés avec soin afin d’ouvrir la végétation à la lumière et de limiter les foyers d’humidité qui augmenteraient la sensibilité aux champignons. Les rognages sont généralement manuels. Le passage de la charrue est complété par une finition manuelle à la pioche autour de chaque pied. Dés la mi-juillet et durant tout l’hiver, il laisse une végétation spontanée se développer naturellement pour éviter les phénomènes d’érosion et favoriser une biodiversité riche en auxilliaires qui régulent les parasites inféodés à la vigne. Un effeuillage dans la zone des grappes est réalisé pendant l’été afin d’aérer les raisins et de garantir un bon état sanitaire. Une vendange verte est pratiquée sur les quelques pieds trop vigoureux.
Vendanges en Combe d’orveaux
Après la vendange manuelle, les vinifications sont réalisées en cuves de chêne tronconiques ouvertes. Leur dimension est adaptée à chaque cuvée. Suivant les millésimes et les crus, un pourcentage de vendange entière est conservé (jusqu’à 70%). La vendange est rafraîchie si nécessaire à son arrivée pour favoriser des départs en fermentation calmes. Les fermentations se déroulent en levures indigènes, avec quelques pigeages manuels très doux dans le respect du raisin. En fin de fermentation, le pigeage est remplacé par des remontages légers. Les températures et les densités sont suivies deux fois par jour. Au total, la cuvaison dure environ trois semaines pour les crus. Le pressurage est délicat (pressoir pneumatique), la montée en pression se fait lentement sous le contrôle de la dégustation. Après débourbage de quelques jours, les vins sont transférés en fûts par gravité dans les caves où ils vont réaliser, naturellement, leurs fermentations malolactiques. Elles sont lentes et se déroulent en général au printemps qui suit le premier hiver. L’élevage des crus dure de 16 à 18 mois dans des fûts de chêne à grain fin, d’origine française (Tronçais, Allier), en provenance de 3 ou 4 tonneliers. Le pourcentage de fûts neufs est d’environ un tiers pour le grand et les 1er crus, un peu moins pour les appellations « villages ». Les chauffes sont douces et longues. Afin de préserver la finesse aromatique et de minimiser les apports de soufre, aucun soutirage n’est pratiqué pendant l’élevage. Les crus ne sont ni collés, ni filtrés. Le domaine possède son propre groupe d’embouteillage. Les mises se font sous gaz neutre afin de minimiser les apports de S02. Les périodes de mises en bouteille sont choisies en fonction du calendrier lunaire et des conditions atmosphériques.
Tout cela, Bruno Clavelier himself est venu nous en parler jeudi dernier, avant une horizontale commentée par le maestro, accompagné dans l’exercice par notre ami Jacky Rigaux :
Bourgogne Passetoutgrain V.V. 2021 : Au nez la présence de gamay est évidente, avec une dimension poivrée et un végétal mûr et noble. Attaque large en bouche, étonnante pour le millésime et les cépages, le vin possède beaucoup de texture et d’ampleur pour une maturité fraîche et peu d’alcool. Il possède un style intemporel, de la longueur et aucun excès.
Bourgogne Pinot Noir V.V. – Les Champs d’Argent 2021 : Le changement de cépage(s) se devine au nez, avec des nuances plus éthérés, plus florales. L’entrée en bouche est sinueuse, la texture charnelle, le vin se goute à la fois dense et frais, très savoureux, avec une salivation intense, comme si le calcaire « allumait » la bouche. C’est très bon.
Vosne-Romanée La Combe Brûlée V.V. 2021 : Premier nez fumé et oxydo-ferreux, attaque large et évasée pour un vin à la saveur à la fois épicée et noblement métallique, le vin possède un côté électrique, une énergie vive, avec une salivation importante et un côté acidulé. C’est long, sur la fraîcheur et la tension.
Vosne-Romanée Les Hautes Maizières V.V. 2021 : On rentre dans une dimension de fruit (cerise), avec une intensité, l’attaque est large et étoffée, le vin possède plusieurs couches, il est plus épais, dense, plus noir dans la saveur, avec un tanin plus collant. Le vin s’allonge sur sa matière plus que sa saveur à ce stade, on notera l’élevage très respectueux du raisin car invisible.
Vosne-Romanée La Montagne – MONOPOLE 2021 : Nez magique avec un caractère floral et d’encens magnifique, on dirait presque un vin de Chambolle, avec ce caractère oeillet-rose marquant. L’attaque est très cohérente avec le nez, on a immédiatement beaucoup de saveurs et parfums, un côté juteux. Le vin scintille et brille de mille feux, avec une sensualité et un sucrosité rares, c’est très beau. Coup de coeur.
Gevrey-Chambertin Les Corbeaux V.V. 1er Cru 2021 : Beaucoup de séduction dans le premier nez avec à la fois des fleurs et du fruit, une touche de griotte, une grande précision et un très beau rendu. L’attaque est plutôt discrète, le vin montre crescendo avec un côté frais et tendu, ce n’est pas un monstre de matière mais il s’allonge sur un côté acidulé exquis.
Vosne-Romanée Aux Brûlées V.V. 1er Cru 2021 : Volume aromatique important avec un vin imposant, vibrant, fumé et fruité, aux notes sombres de ronce, de griotte très mûre. L’attaque est pleine de jus, le vin est très salivant, il scintille et vit en bouche, on a cette énergie particulière de la combe, mais avec sensiblement plus de chair que la cuvée de Combe brûlée. On comprend en le goutant le classement en Premier cru, c’est une très belle bouteille, déjà accessible.
Vosne-Romanée Les Beaux Monts V.V. 1er Cru 2021 : On continue dans le crescendo de sensualité avec des parfums envoutants et très Vosniens, un élevage un peu plus présent aussi mais sophistiqué et qui respecte la matière. Le gaz carbonique tend l’attaque mais en le grumant, on ressent un vin grave, profond, dense et fier, qui s’allonge par couches, avec une sacrée longueur. On est entre un Premier et un Grand Cru.
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Chambolle-Musigny Les Noirots V.V. 1er cru 2021 : Premier nez fumé, profond et grave, épicé, loin de l’image d’Epinal des vins de Chambolle. A contrario, la bouche commence avec une texture fine et une trame délicate, en dentelle, le vin est faussement fragile mais très salivant, continu, raffiné, avec un très beau toucher de bouche. C’est superbe.
Chambolle-Musigny La Combe d’Orveaux 1er cru 2021 : Premier nez spectaculaire, quasi théâtral, avec une forme d’opulence aromatique, l’attaque est très sphérique et en même temps aérienne, radieuse. La force du vin vient progressivement en bouche, la salivation aussi, puis il se met à irradier et à s’exprimer par vagues de salinité, il est serein, tapissant, dense et raffiné, c’est la plus belle finale à ce stade, il ne finit pas. Grand vin du millésime !
Nuits-Saint-Georges Aux Cras V.V. 1er cru 2021 : Noirceur intense, premier vin avec une sensation d’élevage, du grillé, un côté crème de cassis, myrtille, sureau, même. Attaque de grande sensualité, avec une vraie sucrosité et en même temps des amers importants et des touches végétales intenses : il a sans doute beaucoup de vendange entière. On devine un grand lieu qui vibre, le cru est arachnéen, suspendu, il possède beaucoup de présence. Grandes promesses !
Corton Le Rognet V.V. Grand Cru 2021 : Nez explosif de ronce et de fleurs, de grande personnalité, on est étonnamment expressif et parfumé pour un Corton, avec des nuances de guignolet, de kirsch, presque un côté bonbon à la rose, rare. Attaque de grande sensualité et suavité, tout est en place, le vin vibre, il brille de mille feux et explose en bouche dans un ensemble brillant, rassurant et séduisant. Quelle bouteille ! On finit donc en feu d’artifice cette dégustation dont on se rappellera longtemps ; pourtant, le millésime n’avait rien de facile… sur le papier !