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Auguste Blanqui (1805-1881) est un socialiste français qui, partisan de l’insurrection violente, fut souvent mis en prison. Il y rédigea un ouvrage étrange, L’Éternité par les astres, qui postule l’existence de types immortels inlassablement répétés. Il alliait bizarrement la pensée de Goethe, qui postulait un type primordial à partir duquel la nature œuvrait pour le différencier à l’infini, et une philosophie mécaniste qui, ne voyant pas de solution de continuité entre l’idéel et le matériel, considérait les modèles ontologiques comme devant engendrer directement des formes sensibles. Or, comme ces types étaient en nombre fini et que l’univers était infini, les mêmes choses devaient se produire plusieurs fois. Ainsi, ailleurs, ou dans un autre siècle, on trouvait forcément des clones de la France, de la Suisse, de soi-même, de tout ce qu’on connaît!
Flaubert s’est moqué de cette idée, dans Bouvard et Pécuchet. Mais la science-fiction s’y est intéressée. Cela pourrait constituer un soubassement de La Planète des singes, roman de Pierre Boulle dans lequel il apparaît qu’il s’est produit les mêmes événements sur deux planètes différentes - car sur ce point il ne faut pas se fier au film de Schaffner, qui présente les cosmonautes comme n’ayant fait que revenir à leur point de départ. D’ailleurs le thème de la répétition à l’infini des mêmes concepts est explicitement présent, chez Boulle, les singes ayant justement la caractéristique de ne faire qu’imiter statiquement les hommes qui les ont précédés!
Le principe du clone qui accueillerait la même conscience que le modèle peut avoir également un lien avec cette doctrine. Voici en tout cas une citation de Blanqui: Tous les astres sont des répétitions d’une combinaison originale, ou type. Il ne saurait se former de nouveaux types. Le nombre en est nécessairement épuisé dès l’origine des choses, - quoique les choses n’aient point eu d’origine. Cela signifie qu’un nombre fixe de combinaisons originales existe de toute éternité et n’est pas plus susceptible d’augmenter ou de diminuer que la matière. Il est et restera le même jusqu’à la fin des choses, qui ne peuvent pas plus finir que commencer. (…) Notre terre, ainsi que les autres corps célestes, est la répétition d’une combinaison primordiale qui se reproduit toujours la même, et qui existe simultanément en milliards d’exemplaires identiques. (…) De là des milliards de Terres, absolument sosies, personnel et matériel, où pas un fétu ne varie, soit en temps, soit en lieu, ni d’un millième de seconde ni d’un fil d’araignée. Du coup la bataille de Valmy se livre en ce moment dans des milliers de républiques françaises.
Une image pittoresque de l’univers - qui effectivement étonne, notamment parce que son auteur est plutôt affirmatif. Comment sait-il que les types sont en nombre fini? L’expérience ne montre-t-elle pas au contraire que chaque être humain est unique, a une identité bien distincte? L’éternité a-t-elle une capacité bornée, elle-même? N’est-elle qu’une grosse machine? Cela paraît arbitraire. On a le sentiment que Blanqui veut assimiler le monde intelligible, archétypal, de Platon à une bulle restreinte, apparue par hasard, et qu’il demeure avant tout matérialiste et mécaniste.
Son mélange de magie et de positivisme est en tout cas assez typique de la science-fiction, je crois.