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12. Sept. 2009
La Liberté
Conseil fédéral:
«Le PLR est en train de perdre son siège»
Dans ses réflexions sur la concordance, le socialiste Andreas Gross craint que le PLR, oubliant son ancrage historique au centre, ne perde son siège au profit du PDC. Solution possible: Dick Marty.
Propos recueillis par François Nussbaum
Le conseiller national Andreas Gross, socialiste zurichois, défend le principe d'une concordance basée sur la volonté de gouverner ensemble, non sur une répartition arithmétique des sièges au Conseil fédéral. Estimant que l'UDC s'en est exclue, il préconise une «petite concordance» sans ce parti. Succès en 2007 avec l'éviction de Christoph Blocher, contrebalancé en 2008 par l'élection d'Ueli Maurer.
L'analyse d'Andreas Gross porte aujourd'hui sur les conditions et les chances de cette petite concordance, au moment d'élire un successeur à Pascal Couchepin. Avec la «crainte» que les candidats officiels du PLR ne parviennent pas à sauver le siège. Et une contre-proposition: lancer le sénateur Dick Marty, ancien procureur général du Tessin et ancien conseiller d'Etat.
Dans quel but proposez-vous le radical tessinois Dick Marty?
Une majorité de la gauche s'apprête à soutenir le PDC Urs Schwaller, ce qui lui donne de bonnes chances d'être élu. Le PLR serait ainsi en train de perdre son siège, parce que ses deux candidats officiels ne sont pas en mesure de réunir une majorité avec la gauche. Ce qui s'explique par la stratégie du PLR, qui affirme vouloir consolider le centre mais se contente de donner des gages sur sa droite, c'est-à-dire à l'UDC. La solution serait, pour le PLR, non pas de retirer ses candidats officiels (c'est un peu tard), mais d'annoncer que d'autres candidats sont aussi éligibles. Et d'être prêt, le cas échéant, à soutenir majoritairement Dick Marty, qui aurait alors pratiquement tous les votes de la gauche.
Pourquoi la gauche devrait-elle craindre qu'un siège PLR passe au PDC?
Pour plusieurs raisons. D'abord le PDC, même après avoir contribué à l'éviction de Christoph Blocher, continue de courtiser l'UDC et le fera au moins jusqu'au élections de 2011, pour ne pas paraître trop à gauche. Ensuite, même si Urs Schwaller peut former des alliances avec la gauche au Conseil fédéral, rien ne garantit qu'il puisse les imposer à son groupe parlementaire notamment aux représentants des ailes catholiques conservatrices de Suisse profonde. La stratégie d'un parti dépend au moins beaucoup plus de sa présidence, pas de ses conseillers fédéraux.
Mais ne peut-on pas en dire autant du PLR?
Il y a une raison plus profonde au maintien des sièges radicaux. Il est important pour la Suisse que le radicalisme latin soit représenté au gouvernement. Un radicalisme historiquement centriste, qui a le sens de l'Etat et une sensibilité sociale, à l'image de Jean-Pascal Delamuraz. Les Romands et les Tessinois doivent apporter à Berne un radicalisme que les Alémaniques ne connaissent pas, ou mal: c'est ça le sens de la cohésion nationale, de l'équilibre des régions et des cultures. On peut d'ailleurs rappeler, à propos de la candidature d'Urs Schwaller, que le Conseil fédéral a toujours compté au moins deux latins depuis 1848, sauf durant une très courte période au XIXe siècle.
Et Dick Marty offre le profil que vous décrivez?
Oui, car sa conception du libéralisme, visant l'intérêt commun et non le profit et la rentabilité, est à l'opposé du libéralisme financier qui a produit la crise que nous subissons aujourd'hui. C'est là une conception latine, dans laquelle les Romands peuvent se reconnaître. En outre, Dick Marty présente déjà une stature d'homme d'Etat. Sa réputation dépasse largement les frontières: tout ce qu'il a dénoncé, dans le cadre du Conseil de l'Europe, au sujet des agissements illégaux de la CIA (prisons secrètes, détentions sans jugements ni contrôle) s'est révélé exact.
Vous croyez réellement à cette élection, dans les circonstances actuelles?
Je préfère de faire tout le possible afin que la cause juste se réalise que d'accepter que les erreurs des autres sont les seules alternatives. Ensuite, il faudra peut-être admettre qu'il ne servait à rien de craindre qu'on pousse le PLR dans les bras de l'UDC, pour la bonne raison qu'il y est déjà! Mais on voit les dégâts de cette soumission: il n'y a plus qu'un radical romand version très light au Conseil des Etats, Didier Burkhalter. Les bastions vaudois et genevois, qu'on croyait si solides, sont tombés: ce n'est pas un hasard.
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