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Aly est une ado tourmentée qui, pour échapper au quotidien, se réfugie avec son smartphone dans un monde virtuel: "wonder.land". Pour le 150ème anniversaire de sa parution, "Alice au pays des merveilles" se mue en une comédie musicale coécrite par Damon Albarn.
Librement inspiré du chef-d'oeuvre de Lewis Carroll, le spectacle est à l'affiche du Palace, un théâtre au style néo-baroque de Manchester (nord-ouest), jusqu'au 12 juillet. Il rejoindra ensuite le National Theatre de Londres en novembre, puis le Théâtre du Châtelet à Paris en juin 2016.
Cette comédie aux airs d'opéra-rock débute dans la chambre d'Aly, jeune ado métisse complexée, en conflit avec ses parents et harcelée par ses camarades de classe qui tentent de détruire sa réputation en publiant des messages insultants sur les réseaux sociaux.
Pour s'évader, la jeune fille se connecte avec son téléphone portable sur "wonder.land", un monde virtuel recréant le "pays des merveilles" à qui le révérend anglais Charles Lutwidge Dodgson (le vrai nom de Lewis Carroll, ndlr) donna naissance il y a un siècle et demi. Dans cet univers de pixels qui lui promet "de réaliser ses rêves", Aly crée "Alice", son avatar, en lui prêtant les qualités dont elle se croit dépourvue (beauté, intelligence, aptitude à être aimée).
Cette première scène donne le ton: lorsqu'Aly pianote sur le clavier de son téléphone, les images numériques de "wonder.land" sont projetées sur scène et interagissent avec les comédiens. Chat de Chester devient ainsi un matou gigantesque en images de synthèse.
Monde virtuel
Résolument tournée vers le numérique, la mise en scène du réalisateur Rufus Norris entend illustrer les rapports sociaux induits par les nouvelles technologies, ou comment les appareils mobiles connectés deviennent des prolongements de nous-mêmes.
"Wonder.land" traite également des maux de l'adolescence, de la difficulté à se construire une identité, à s'accepter: "Je déteste ce que je suis", déclare Aly.
L'inspiration, Damon Albarn (Blur, Gorillaz), qui a écrit la musique mais ne fait pas lui-même partie du spectacle, l'a trouvée au sein de sa propre famille. "L'idée d'installer le spectacle dans un monde virtuel est une réaction à la relation de ma fille aux réseaux sociaux et aux autres choses qu'elle regarde sur Internet et que je ne comprends pas toujours", explique-t-il.
Le chanteur britannique signe une bande-son ambitieuse, presque torturée, mêlant rock et fanfare, instruments traditionnels et sons électroniques, bruitages de jeux vidéo, saupoudré d'un lyrisme rappelant ses deux opéras précédents, "Monkey: journey to the west" et "Dr Dee".
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"Nous voulions que la musique ait une double identité, qu'elle soit une articulation entre les ordinateurs et le monde réel. J'ai essayé d'y insuffler un peu de folie, tout en gardant un côté pop", explique Damon Albarn.
Présentée jeudi en avant-première mondiale, cette comédie musicale a été plutôt fraîchement accueillie par les critiques britanniques, la faute, peut-être, à un manque de rodage. "On attendait beaucoup de la nouvelle comédie musicale de Damon Albarn. Peut-être trop", écrit The Independent en lui attribuant 3 étoiles sur 5. Le quotidien regrette que le musicien n'ait pas glissé dans "wonder.land" ces mélodies "qui ont fait son succès et celui de Blur".
"C'est une entreprise intense, courageuse, ambitieuse, mais dont les visuels somptueux surpassent le récit et la musique", juge de son côté The Guardian. "Comme un énorme sac de réglisses: plein de couleurs, de variétés, mais un peu trop riche en goût".
ATS