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L'or contre la vie
Depuis une dizaine d'années, le Pérou base sa politique économique sur l'exportation des matières premières. Non plus le bon vieux guano des aventures de Tintin, mais, entre autres, sur le cuivre et l'or. Economiquement, ça fait du bien à la balance du commerce extérieure et au PNB. Socialement et écologiquement, c'est une calamité. Il y a un an, à Espinar, trois paysans avaient été tués, et des dizaines d'autres blessés et/ou arrêtés dans la répression d'une manifestation contre la pollution générée par une mine de suivre exploitée par le groupe Xstrata. Aujourd'hui, c'est dans la province septentrionale de Cajamarca qu'un conflit a éclaté entre la population et le gouvernement allié aux multinationales (en l'ocurrence, l'étasunienne Newmont Mining), au sujet de l'extension des mines d'or. C'est loin, le Pérou. Mais où croyez-vous que l'or que l'on y extrait est raffiné et négocié ? Gagné : chez nous ! C'est vrai, quoi, on allait tout de même pas se contenter de blanchir l'argent sale, il fallait bien aussi pouvoir blanchir l'or pas propre...
«... le fabuleux métal que Cipango mûrit en ses mines
et que l'Helvétie blanchit sous ses cimes ...»
Le secteur minier est si important pour l'économie nationale péruvienne que le gouvernement fait tout pour faciliter son extension contre la volonté des populations locales : il s'asseoit sur les lois, piétine les droits acquis des communautés indigènes, la protection de l'environnement, la lutte contre la corruption et met sa police au service des multinationales étrangères et de leurs succursales locales : en mai 2012, trois paysans ont été abattus, et de nombreux autres blessés, dans la répression par la police, sous contrat avec la multinationale exploitant une mine de cuivre, d'une manifestation de protestation contre la pollution générée par l'exploitation de la mine.
Les populations locales, en effet, résistent à l'accaparement et à la destruction des terres arables, des pâtures et des sources d'eau potables (tout le système hydrographique des Andes est menacé par une activité minière qui, dans le cas des mines d'or, fait large usage de mercure et de cyanure, qu'on retrouve dans les cours d'eaux, les lacs et la nappe phréatique). Des populations entières doivent être déplacées, et l'existence de celles qui restent sur place, chez elles, est menacée : c'est le cas des petits paysans de la région de Cajamarca où des mines d'or, aux mains d'une entreprise péruvienne contrôlée par une multinationale américaine, sont exploitées depuis vingt ans, mais quasiment épuisées. D'où la volonté de la société exploitante (et de la multinationale) de doubler la surface d'extraction, en détruisant au passage lacs, ruisseaux, sources et marais. Depuis deux ans, la population locale s'oppose à l'extension des mines et, face à elle, le gouvernement et la société exploitante n'ont qu'une réponse : la répression. La zone en question a été militarisée, des lois spéciales ont été votées, l'état d'exception instauré et prolongé et les unités spéciales de la police ont, moyennant paiement, été « mercenarisées » au service de l'entreprise minière. Bilan : cinq paysans tués, des dizaines de blessés, des centaines d'arrestations.
C'est loin, le Pérou. Mais l'or qu'on y trouve et qu'on y extrait est plus proche de nous qu'on pourrait le croire : Plus de la moitié (57 % en 2011) de l'or extrait au Pérou est négocié en Suisse, et cela représente 190 tonnes d'or brut, dont plus du quart provenait de la mine de Yanacocha. D'ailleurs, un tiers de tout l'or extrait dans le monde est traité en Suisse, où fonctionnent quatre des neuf principales raffineries du métal précieux. L'Eldorado, c'est pas le Pérou, c'est la Suisse... qui a la délicatesse de ne pas vouloir savoir, ni vouloir qu'on sache, d'où provient « son » or et comment il a été extrait.
« De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.
Ils allaient conquérir le fabuleux métal.
Que Cipango mûrit en ses mines ...
... et que l'Helvétie blanchit sous ces cimes...»
La résistance, pacifique, à la métastase minière est le fait d'organisations locales sans grands moyens -face à une multinationale, au gouvernement, à l'armée et à la police. La Coordination des gardiens des lacs et marais («guardianes de las lagunas»), les comités paysans, les communautés agricoles, les associations environnementales, ne font pas le poids et ne pourront résister longtemps encore à la force et à la violence de leurs adversaires, si un soutien international ne leur est pas apporté. Le SOLIFONDS* lance une campagne de solidarité avec ces organisations pour les soutenir dans leur résistance pacifique aux métastases minières, à la criminalisation de cette résistance et à la violation des droits démocratiques des habitants des régions concernées.
Associez-vous à cette campagne : nous sommes concernés, puisque ce qui s'extrait au Pérou en salopant les espaces de vie des Péruviens, se blanchit en Suisse !