Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07030.jsonl.gz/1008

L'interférence ARN, un phénomène de régulation génique découvert ces dernières années, a suscité une bouffée d'intérêt médiatique il y a un peu plus d'un an. A l'origine de cet émoi, un journaliste britannique qui avait su deviner le caractère potentiellement prometteur du mécanisme. Depuis lors, à nouveau loin des projecteurs, la recherche continue son bonhomme de chemin dans ce domaine. Rien pour le moment ne donne tort à ceux qui la jugent prometteuse.La revue Nature medicine, qui s'est fait une spécialité de l'interférence ARN, a publié une nouvelle avancée le 23 novembre. Dans un article qui sera imprimé dans le numéro de décembre, Jonathan Hommel et ses collègues de l'Université du Texas expliquent comment ils ont obtenu un modèle de maladie neurologique chez la souris au moyen de l'interférence ARN. Leurs observations montrent que cette technique permet de restreindre localement l'expression d'un gène de façon prolongée chez des individus adultes, et ceci grâce à une technique plus simple et permettant un meilleur contrôle spatial que le knocking out traditionnel de gènes.Pour rappel, l'interférence ARN apparaît lorsqu'un fragment d'ARN double, identique à une séquence génique propre, est introduit dans une cellule. Par des mécanismes partiellement compris, l'expression du gène correspondant est alors inhibée de façon prolongée, inhibition qui pourrait se transmettre de cellule à cellule chez les plantes et les animaux inférieurs. Plusieurs groupes ont déjà démontré que le phénomène pouvait être exploité pour modifier l'expression de gènes spécifiques à certains organes de la souris.Hommel et ses collègues, eux, sont parvenus à inhiber localement un gène qui s'exprime de façon étendue. Il s'agit du gène Th qui code pour une enzyme impliquée dans la synthèse de la dopamine, la tyrosine hydroxylase. Ce gène constituerait une cible intéressante pour créer par knock out un modèle de déficit dopaminergique. Mais sa suppression totale est létale.Les chercheurs texans ont créé un virus adéno-associé porteur à la fois d'une séquence ARN visant à provoquer l'interférence avec le gène Th, et d'un gène de marqueur fluorescent pour identifier post mortem les cellules infectées. Ils ont étudié ensuite les conséquences d'injections très localisées de ce vecteur dans des zones spécifiques du cerveau de souris.Résultats : après quelques jours déjà, la synthèse de dopamine diminue de façon sensible dans les régions traitées. L'effet se prolonge suffisamment pour permettre une étude suivie des conséquences du déficit. Enfin, comme pour s'assurer que ce déficit en dopamine créait bien une sorte de modèle animal, les scientifiques ont constaté des altérations comportementales de type parkinsonien chez les souris traitées.Conclusion des chercheurs : cette technique offre un moyen prometteur de créer rapidement des modèles génétiques de maladies chez la souris. Espoirs : elle pourrait être utilisée chez d'autres espèces modèles, voire chez l'homme pour inhiber localement des gènes délétères.