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Si l'on supposait avant la crise sanitaire qu’au moins 200 millions d’enfants ne pourraient fréquenter l'école en 2030, cette prévision sera encore aggravée par les conséquences de la pandémie. Selon l'UNESCO, en raison des mesures prises pour empêcher la propagation du Covid-19 au début du mois de mai 2020, plus de 1,6 milliard d'élèves et d'étudiants dans 194 pays ont été touchés par les fermetures d'écoles dans le monde, anéantissant ainsi les acquis de plusieurs années. Comme dans de nombreux autres domaines de la vie impactés par la crise sanitaire, la pandémie a révélé d'énormes inégalités sociales et économiques dans le domaine de l'éducation. Celles-ci sont particulièrement évidentes pour les enfants qui dépendent des écoles pour leur protection, leur alimentation et leur santé. Le transfert de l'enseignement sur supports numériques en ligne – dont l’accès est déjà difficile pour beaucoup - aura des conséquences durables. Ces dernières risquent de mettre sérieusement en danger les perspectives d'emploi et la sécurité économique des jeunes.
Toutefois, la forte augmentation de l'utilisation des médias de communication numériques et des réseaux sociaux apporte un nouvel éclairage sur une autre préoccupation du quatrième objectif de durabilité de l'Agenda 2030. Selon le principe de "l'apprentissage tout au long de la vie", les adultes doivent également adapter et développer en permanence leurs compétences en matière de traitement de l'information. Les fake news, notamment concernant le Covid-19, augmentent et se propagent comme une pandémie, avec parfois de graves conséquences. Cela démontre le rôle essentiel de l’éducation aux médias. En Afrique de l'Ouest, par exemple, des mesures sanitaires vitales contre le Covid-19 ont été rejetées ou même activement empêchées parce que des rumeurs, répandues par les réseaux sociaux, indiquaient que la maladie avait été transmise par des médecins et des soignants occidentaux. En Inde, la pandémie a été utilisée à plusieurs reprises pour alimenter les préjugés anti-musulmans en accusant les musulmans d’être à l’origine de la propagation du virus, entraînant ainsi des flambées de violence. Ces fausses déclarations ne peuvent être considérées comme de simples allégations visant à attirer l'attention et à générer le plus grand nombre de clics possible et donc des revenus publicitaires sur les plateformes Internet. D'une certaine manière, il s'agit de réinterprétations choquantes de récits ordinaires, mettant en garde et, enfin et surtout, exploitant des sentiments négatifs déjà existants afin de contredire la position officielle des gouvernements, des médecins et des médias.
Bien entendu, la diffusion de fake news ne peut pas être simplement réduite au niveau d'éducation de la population ou d'un pays. Le Media Literacy Index, qui a évalué pour la dernière fois le niveau d'éducation aux médias dans 35 pays européens en 2019, énumère trois facteurs qui ont une influence décisive sur l’acquisition de compétences informationnelles. Celles-ci semblent plutôt faibles dans les pays où la corruption est répandue et où il existe une grande méfiance à l'égard de la science et du journalisme. Le classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par Reporters sans frontières considère la pandémie actuelle comme une vaste crise dont les conséquences pourraient être très graves. Cette crise accentue un peu plus l'état parfois précaire de la liberté de la presse. Le journalisme neutre et de qualité, qui a déjà beaucoup souffert de la concurrence en ligne et de la concentration des médias à la suite de la crise économique de 2008, est maintenant sérieusement menacé par la polarisation politique et les gouvernements répressifs qui font de la désinformation une arme.
Les coupures d’Internet auxquelles recourent les gouvernements autoritaires pour faire taire les opposants à leurs régimes – comme récemment au Cachemire et en Biélorussie – démontrent combien l’accès à l’information et à son traitement sont essentiels. Le fait que les manifestants trouvent généralement un moyen de contourner cette restriction de manière créative illustre de façon saisissante à quel point la recherche, la découverte, la classification et le traitement des informations sont vitaux pour le respect et l’existence des principes démocratiques.
En Suisse, la maîtrise des compétences informationnelles est incluse dans le Programme d’études romand (PER). InfoDoc propose du matériel pour apprendre et développer les compétences informationnelles et l'éducation aux médias sur son site web et par le biais de ses ateliers pour les classes d'école.