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L'histoire industrielle de Neuchâtel s'est concentrée dès le 15ème siècle déjà et pour plusieurs siècles dans le vallon de la Serrière, qui a connu un âge d'or au 19ème siècle avec la Chocolaterie Suchard. D'autres activités industrielles se sont également implantées à Neuchâtel: imprimerie, brasserie, production de cigarettes, sans oublier certaines activités horlogères, même si c'est dans les Montagnes que se sont installées les grandes manufactures. Mais la recherche horlogère et microtechnique a toujours trouvé à Neuchâtel un terreau de choix. C'est là que la première montre à quartz, la Beta 21, a été mise au point. C'est là que Microcity, pôle d'innovation neuchâtelois, est aujourd'hui installé. Rappelons ci-dessous quelques événements de l'histoire industrielle de la ville.
L'histoire du quartier de Serrières est étroitement liée à l'histoire de la Chocolaterie Suchard, qui employa près de 2000 ouvriers dans ses nombreuses usines. C'est en 1826 que le chocolatier Philippe Suchard, né à Boudry, s'y implante, donnant progressivement naissance à une véritable ville en bordure de la ville. L'arrivée du chemin de fer, au milieu du 19e siècle, va ainsi donner un élan considérable à la diffusion des produits Suchard. Au tournant du 20e siècle, le vallon de la Serrière (du nom de la rivière qui y prend sa source et le parcourt sur toute sa longueur) compte une dizaine de fabriques, aux fonctions différentes, qui seront souvent transformées, démolies et reconstruites en fonction du développement de l'entreprise.
Suchard demeurera une entreprise familiale jusqu'en 1930, sous la conduite notamment du gendre de Philippe Suchard, Carl Russ. Les caramels Sugus seront lancés en 1931, et l'histoire plus récente, après la création dans les années 80 du groupe Jacobs Suchard SA, est marquée par la reprise par Kraft General Foods, puis par la fin de l'activité à Serrières dans les années 90: d'abord le chocolat, puis les Sugus, enfin la recherche et le développement.
Grâce à la rivière qui lui donne son nom (mais sans le "s" final) et y prend sa source, et dont tant le débit que la pente convenaient bien aux activités industrielles, le vallon de la Serrière a accueilli dans le passé une foule d'activités diverses: papeteries, forges, scieries, minoteries, mais aussi fabrication de monnaie. En 1811, les eaux de la Serrière alimentaient ainsi 38 roues de moulins! Et si la vapeur et l'électricité ont supplanté les rouages, l'eau de la Serrière a continué d'alimenter successivement l'une et l'autre.
Aujourd'hui, de nouvelles activités économiques et associatives redynamisent les lieux, souvent installées au coeur des anciennes usines Suchard.
L'histoire de l'industrie horlogère se déroule avant tout, dans le canton de Neuchâtel, dans les Montagnes et le Val-de-Travers. Le Littoral compte certes quelques ateliers, mais ce qu'on retiendra, entre la fin du 19e et la fin du 20e siècle, ce sont les percées technologiques remarquables réalisées à Neuchâtel. C'est à Neuchâtel en effet que l'horloger et inventeur d'origine allemande Matthias Hipp va développer ses systèmes d'affichage de l'heure publique, alimentés et régulés au moyen de l'électricité, et qui seront ultérieurement installés dans toutes les gares de Suisse. Sa fabrique de télégraphes donnera naissance à la Favag, qui employa plus de 1000 personnes à Monruz.
C'est à Neuchâtel aussi que l'Observatoire cantonal, dès 1860, va organiser ses célèbres concours de chronométrie, et que son "bip" va donner l'heure exacte à la Suisse entière, entre les années 1934 et 1990. C'est à Neuchâtel enfin qu'en 1967, le Centre électronique horloger va mettre au point la première montre à quartz du monde, la Beta 21. Et c'est à Neuchâtel qu'est implanté aujourd'hui le pôle d'innovation Microcity, qui poursuit cette aventure, d'abord horlogère avant d'être microtechnique, dans l'infiniment précis.
Plus de 50 ans de microtechnique à Neuchâtel
Neuchâtel est aujourd'hui un centre de la microtechnologie et de l'industrie de l'infiniment précis. Mais ces compétences sont plus anciennes qu'on l'imagine aujourd'hui. En fait, en 1962 déjà, plusieurs horlogers décident de lancer un programme commun pour le développement de la montre du futur et fondent le Centre électronique horloger (CEH) à Neuchâtel. Le CEH fera certifier la première montre à quartz en 1967, la Beta 21. Malheureusement, les industries du canton ne saisiront pas cette opportunité sur le moment.
En 1975, l'Université de Neuchâtel crée l'Institut de microtechnique (IMT). En 1984, le CEH et le Laboratoire pour la recherche horlogère donnent naissance au CSEM (Centre suisse d'électronique et de microtechnique). L'IMT et le CSEM vont, durant les 20 années qui suivent leur création lancer plus de 20 nouvelles spin-offs et start-up. Antenne du Parc suisse de l'innovation, Microcity, qui réunit une dizaine d'acteurs de la recherche et du transfert de technologie neuchâtelois a repris le flambeau de l'innovation.
C'est l'industrie qui s'est installée le plus durablement dans le vallon de la Serrière: les papeteries s'y sont implantées en 1477, avec l'autorisation par Rodolphe de Hochberg d'y installer un moulin à papier, un séchoir et un four, et de prendre du bois dans les forêts avoisinantes. Tout au long du 16e siècle, le besoin croissant de papier entraîne une production toujours plus soutenue. Les Papeteries de Serrières, aux mains de la famille Borel jusqu'en 1887, deviendront un fleuron de l'économie locale. Elles ne fermeront qu'en 1981!
Le papier de Serrières fournira copieusement la Société typographique de Neuchâtel, fondée en 1769, qui va exporter durant vingt ans des ouvrages de référence et parfois licencieux, mais aussi les Questions sur l'Encyclopédie de Voltaire, le Mercure suisse, ainsi que la Feuille d'Avis de Neuchâtel durant une quinzaine d'années: celle-ci, plus ancien journal de langue française toujours en activité (aujourd'hui "L'Express") va connaître une histoire mouvementée. Lancé en 1738 par François-Louis Liechtenhan, le journal sera la propriété de la famille Wolfrath dès 1814 et jusqu'en 2002.
L'histoire de l'imprimerie s'est aussi arrêtée à Neuchâtel dans la foulée de la Réforme, en 1533. L'imprimeur Pierre de Vingle y imprime la célèbre Bible d'Olivétan, première bible protestante en langue française. A la suite de la révocation de l'édit de Nantes, les Huguenots y apporteront leurs connaissances en imprimerie. Cette industrie a pu se développer à Neuchâtel à l'abri de la censure régnant en France et dans les autres cantons romands, profitant du giron prussien jusqu'en 1848.