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Les gens
Femme en or
Lindsey Vonn La célèbre skieuse veut d'abord gagner une médaille olympique, puis s'attaquer à un autre record. Interview.
Lindsey Vonn: l'Américaine de 33 ans est l'étoile la plus brillante de la galaxie du ski féminin. Les sujets de conversation la concernant ne manquent donc pas: ses diverses liaisons amoureuses (notamment avec le golfeur professionnel Tiger Woods), ses prises de position fermes contre le président des États-Unis, ou son idée fixe de pouvoir se mesurer en ski avec le sexe réputé fort.
Lindsey Vonn, si vous pouviez enfin concourir avec les hommes, à quelle place vous classeriez-vous?
Mmmhh… (Elle réfléchit) Au tennis, la force joue par exemple un plus grand rôle qu'en ski, et c'est pourquoi la différence entre hommes et femmes y est si flagrante. Par contre, sur de nombreuses pistes de ski, c'est aussi beaucoup une question de sensibilité. À Lake Louise, nous skions pratiquement sur la même piste. Je pense donc que j'y aurais ma chance.
Vous pourriez alors accéder à une place dans le Top Ten?
Lorsque je m'entraîne avec nos homologues masculins ou les Norvégiens, je suis en tête. J'aimerais bien un jour prouver que ce peut être aussi le cas en compétition.
Et si les femmes et hommes pouvaient se défier librement? Comme en équitation, où il n'existe pas de différenciation entre les sexes…
C'est une bonne idée! Les trente meilleures femmes contre les trente meilleurs hommes de la planète. Ce serait génial! D'ailleurs, de nombreux skieurs partagent mon avis sur la question, comme Kjetil Jansrud. Il est vrai que d'autres, par contre, ne sont pas tellement sur la même longueur d'onde. Je pense que ce serait formidable pour le ski et que cela attirerait un public très nombreux. La Fédération américaine de ski me soutient pleinement. Elle est favorable à ce type de confrontation…
Contrairement à la Fédération internationale de ski...
C'est vrai, hélas. Du moins pour l'instant. La décision va tomber au printemps. Je vais peut-être devoir organiser quelque chose moi-même.
Vous êtes à l'affiche d'un spot publicitaire très populaire pour la chaîne NBC. Vos débuts à skis, vos victoires, vos chutes les plus sévères sont retracés. Que vous inspire ce film?
De grandes émotions. De la tristesse, parce que mon grand-père n'est plus là pour me voir descendre les pistes. Il est décédé l'année dernière. C'est lui qui m'a initiée au ski. Mais également de la joie, car de nombreux souvenirs heureux y sont liés.
Je suis fière des images de mes victoires, même si elles sont bien sûr un peu assombries par certaines blessures graves. Ce ne sont pas les chutes qui me touchent le plus, plutôt les images de la rééducation ultérieure. Ces blessures sont tout autant physiques que psychiques.
C'est l'une de ces blessures qui vous a coûté les JO de Sotchi. Pour ceux de Corée du Sud, vous figurez parmi les favorites. Combien de médailles comptez-vous décrocher?
Je prends le départ pour la descente, le Super-G et le combiné. J'espère me classer honorablement dans ces disciplines et je serais vraiment heureuse de pouvoir remporter ne serait-ce qu'une médaille, quelle qu'elle soit.
Cela ne ressemble pas à la combativité à laquelle vous nous avez habitués. Est-il pour vous plus important de battre le record d'Ingemar Stenmark? Il a remporté 86 victoires en Coupe du monde, et vous 81.
Cette saison, ce sont surtout les Jeux olympiques qui comptent pour moi. Je m'attaquerai au record l'hiver prochain. Ingemar Stenmark est convaincu que je peux le surpasser. C'est ce qu'il m'a dit aux Championnats du monde à Saint-Moritz. J'ai trouvé ça cool, car il s'agit de battre son propre record à lui.
Mais il vous a également fait une demande spéciale.
Oui (rires). Il a participé à un spectacle de danse à la télévision suédoise et il a gagné. Il a alors demandé non seulement que je batte son record, mais que je brille sur la piste de danse. Ce n'est qu'alors que j'aurai vraiment gagné. C'est un peu dur, parce que je ne sais vraiment pas danser.
Ingemar Stenmark est le plus grand skieur de tous les temps?
Je le pense. Bien qu'il n'ait pas dominé dans toutes les disciplines, mais seulement en slalom et en slalom géant. Ce qui constitue un argument important à son encontre.
La victoire de Lindsey Vonn à Garmisch:
Donc plutôt un athlète polyvalent, comme Pirmin Zurbriggen ou Bode Miller?
Oui, et c'est la raison pour laquelle ils comptabilisent beaucoup moins de victoires que Stenmark. Ce n'est pas simple. C'est pourquoi, d'après moi, le meilleur est tout simplement celui qui détient le plus grand nombre de victoires.
Donc vous chez les femmes.
Ce n'est pas à moi de dire qui est la meilleure. Anja Pärson et Janica Kostelić ont gagné dans toutes les disciplines, mais ont dû arrêter relativement tôt à cause de nombreuses blessures. (Lindsey Vonn se redresse. On entend clairement un craquement.)
C'est normal, ce craquement?
Oui, c'est tout à fait normal: c'est mon corps qui parle. J'ai eu tellement de blessures que c'est un véritable miracle que je puisse encore skier. Je m'entraîne moins sur piste et je fais beaucoup plus de gymnastique en intérieur, pour conserver un bon équilibre corporel.
Avez-vous toujours été aussi inflexible avec vous-même?
Non. Au début de ma carrière, j'exigeais moins de moi-même. Même si mon père me poussait quand même pas mal pendant mon entraînement. C'est avec un entraîneur polonais que j'ai découvert ce que s'entraîner dur veut vraiment dire. C'était brutal, mais indispensable pour pouvoir mieux skier. Aujourd'hui, je connais mes propres limites. Et pendant l'entraînement, j'essaie de m'en approcher le plus possible.
Sa chute à Lake Louise en décembre 2017:
Votre plat préféré?
Le Kaiserschmarrn (ndlr: «omelette de l'empereur», une crêpe soufflée que l'on sert avec une compote). Et la fondue. La raclette aussi. Tout ce qui n'est finalement pas vraiment indiqué pour les sportifs professionnels. J'ai donc décidé que ces plats constitueraient pour moi une récompense. Si je gagne, alors je peux me les permettre!
Y a-t-il quelque chose que vous n'aimez vraiment pas?
Les sardines. Et aussi les concombres.
Vous n'avez pas non plus beaucoup d'affinités avec M. Trump…
... je savais bien qu'on allait en parler. (Elle secoue la tête)
Vous avez dit que vous n'iriez pas à une réception de la délégation olympique américaine à la Maison-Blanche. Et qu'en Corée du Sud, vous représenteriez le peuple américain, mais pas son président.
J'ai simplement répondu en toute franchise à une question qui m'a été posée. J'ai été très étonnée par les vives réactions qui s'en sont suivies.
Mais chacune de vos chutes est aussi relayée sur Twitter…
Je ne le souhaite à personne. Et cela n'est pas facile à gérer. Même si c'est le jeu – dorénavant, je ne répondrai même pas. Je m'intéresserai peut-être à ce genre de controverse après ma carrière. Aujourd'hui, j'ai besoin de toute mon énergie pour skier.
Lindsey Vonn s'entraîne pour l'année olympique:
Lindsey Vonn (Lindsey Caroline Kildow) est née le 18 octobre 1984 à Saint Paul (Minnesota). En 2010, elle devient en descente la première championne olympique américaine. La skieuse aux 81 victoires est celle qui a gagné le plus grand nombre (20) de grands et petits globes de cristal.
- Samedi 17 février: 3h - ski alpin - Super-G (F)
- Mercredi 21 février: 3h - ski alpin - descende (F)
- Vendredi 23 février: 3h - ski alpin - combiné (F)