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Émile Mathis est né en 1880 à Strasbourg d’un père hôtelier. À 12 ans, il quitte la maison et part pour l’Angleterre. À son retour en 1898, ce jeune garçon de 18 ans n’ouvre pas un hôtel, mais une entreprise de vente et de réparation automobiles. Rien à voir avec l’hôtellerie.
Ensuite, Émile Mathis entre au service de De Dietrich, comme commercial, entre 1901 et 1902. C’est à cette période qu’il rencontre Ettore Bugatti. Bugatti s’occupe de la technique et Mathis de la vente. De Dietrich arrête sa production en 1904. Mathis et Bugatti s’associent alors. Ils créent la marque Hermès (connue aussi sous le nom de Mathis Hermès Simplex). Entre 30 et 50 véhicules seront fabriqués. Le Musée de l’Automobile de Mulhouse en conserve d’ailleurs un exemplaire. Lorsque leurs avis divergent, les deux associés se séparent en 1907. Chacun va ainsi lancer sa propre marque.
Les débuts des Automobiles Mathis
1911-1914 Émile Mathis Babylette – cylindrée entre 1131 et 1846cc.
Émile Mathis construit un garage à Strasbourg : l’Auto Mathis Palace, le plus grand garage d’Europe. Mathis importe des châssis Fiat et Stoewer (Allemagne) sur lesquels il installe ses propres carrosseries estampillées Mathis. C’est en 1911 qu’il construit son usine dans le quartier de La Meinau, situé au sud-ouest de la ville de Strasbourg. Les travaux démarrent en mars 1911 et les premières voitures sortent vers la fin de l’année 1911. Nous ne sommes pas aussi rapides de nos jours. La première voiture Mathis – hormis l’Hermès – est la Baby qui deviendra Babylette, équipée d’un moteur de 1 litre de cylindrée avec une boîte trois vitesses pour 50 km/h environ. Un exemplaire de la Baby de 1912 se trouve aujourd’hui en Suède.
Émile Mathis et la Première Guerre mondiale
Affiche d’époque des Automobiles Mathis.
L’Alsace est allemande. Aussi, pendant la guerre, Mathis fabrique des camions et des ambulances pour équiper les armées impériales allemandes. Toutefois, Mathis quitte l’Alsace pour la Suisse à la recherche de châssis Fiat et de pneus, puis il passe en France. Et ce n’est qu’en 1918 qu’il revient en Alsace, redevenue française après le Traité de Versailles. Émile Mathis se met à développer des objets publicitaires. C’est ainsi que, pendant la guerre, il imprime des cartes postales figurant des ambulances ou des camions. Les soldats au front les utiliseront pour envoyer des nouvelles à leurs familles.
L’après-guerre et le développement des modèles
1931-1933 Mathis EMY-4 PYC cabriolet.
Émile Mathis récupère enfin son usine. En effet, celle-ci avait été vendue à Heinrich Lanz AG, fabrique de tracteurs. En 1919, il reprend donc le développement de ses modèles qui vont de la 5CV à la 35CV. Il était courant, à cette époque, d’échanger des composants entre les différents modèles. L’usine Mathis de La Meinau, employait environ 4000 personnes. Entre 1911 et 1935, la production de la société atteignit 90 000 véhicules, dont quelques poids lourds. Homme d’action, et comme le faisaient d’ailleurs les autres constructeurs, Mathis participa à de nombreuses compétitions automobiles, dont l’Albis-Rennen dans la région de Zurich en 1910-1911 sur une Fiat de 10 litres de cylindrée. Le modèle Mathis PM Sport a été construit spécialement pour les courses de côte. Il a aussi gagné, en 1922, le record de consommation avec 2.38 L/100 avec le modèle P.
Les modèles produits par Émile Mathis
1931-1934-Mathis EMY-8 – 8 cylindres – voiture personnelle de Mme Mathis.
Les usines Mathis produisent des 4, 6 et 8 cylindres. On les reconnaît à leur dénomination : EMY4, EMY6 ou EMY8. Les lettres suivantes : S, P, SBO, GMG, etc. désignent le type du véhicule et l’année de construction. Par exemple, fin 1925 à 1927, type GMC, 10CV, 1616 cm3, Torpédo 4 places, 4 portes. Ne voulant pas réinventer la roue, Mathis n’hésite pas à utiliser ce qui se fait ailleurs. Ainsi, sur la MY, l’essieu avant est d’origine Porsche. Mathis en achète la licence pour l’adapter sur son modèle. C’est le même essieu que l’on retrouvera sur les premières Coccinelle. Le coupé Deauville propose ainsi quatre roues indépendantes avec barres de torsion.
Jusqu’à la fin de la production, Mathis cherchera à offrir des voitures confortables et solides. La crise de 1929 cependant le plonge dans les difficultés financières. Il trouve alors un accord avec Ford – qui cherchait à construire une usine pour produire ses modèles et éviter les droits de douane – et la Matford voit le jour. L’accord ne durera pas longtemps et, en 1939, Mathis doit à nouveau s’exiler. Il part ainsi aux USA.
Les années 39-45 et la disparition de la marque
1930-1933 Mathis U2, au fond, et 1933-1934 Camionnette Mathis MU.
La période américaine d’Émile Mathis
Mal vu des autorités allemandes, Mathis doit quitter l’Europe. Il part s’installer aux États-Unis. Sous le nom de Mathis America, il ouvre une usine qui fabrique des obus pour l’armée américaine. Sa production atteindra les 200 millions d’obus de DCA. Il se tourne vers la fabrication de moteurs d’avions. Il achète un brevet de moteur avec culasses rotatives. C’est un 42 cylindres en étoiles de 2500 chevaux. Des problèmes de fuite d’huile auront raison du moteur dont seules quelques photos subsistent. Mathis tente une dernière incursion dans l’univers de l’automobile avec deux modèles : la 333, 3 places, 3CV et 3 roues puis la 666 avec 6 cylindres, 6 places et 6 vitesses. Ces deux modèles ne resteront qu’à l’état de prototype. La 333 se trouve dans un musée aux États-Unis.
1948 Mathis 666 : 6 cylindres, 6 places, 6 vitesses.
C’est la fin des automobiles Mathis
1949-1952 Tracteur Mathis-Moline Type R en jaune et Mathis EMY-4.
L’usine de Strasbourg est utilisée pour le montage de camions Mack. Les tracteurs Mathis-Moline sont fabriqués de A à Z à La Meinau, sous licence américaine. Et que reste-t-il aujourd’hui des 90 000 voitures fabriquées ? Selon le dernier recensement : 1000 exemplaires subsistent, dont 300 à 350 qui roulent régulièrement. La marque Mathis est tombée dans l’oubli, sans doute par la complexité de ses dénominations et la difficulté à différencier les modèles. Le public n’a pas maintenu son intérêt pour les diverses versions pourtant très fiables et confortables pour la plupart. Après une vie bien remplie, Émile Mathis est décédé à Genève en 1956.
Pour Pierre Haas, la représentante de l’époque Mathis est sans aucun doute la PYC qui est la voiture populaire disponible en plusieurs carrosseries. Elle est fiable et offrait un excellent rapport qualité/prix. Mathis jouait avec ses modèles comme avec un puzzle. Si un élément ne convenait pas, il le prenait sur un autre modèle où cela fonctionnait.
Merci à Pierre Haas de nous avoir consacré du temps et fourni de si nombreux détails sur les divers modèles de la gamme Mathis. Espérons que les collectionneurs s’y intéresseront un peu afin de perpétuer cette légende !
Les illustrations de cet article sont Copyright © de leurs ayants droit. Tous droits réservés ©2019 Photos JPP – Vintage Car Magazine.