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À PROPOS DE CET ALBUM
George Bernard Shaw a une fois affirmé que « l’Angleterre et l’Amérique sont deux pays séparés par la même langue ». En tant qu’Américain vivant à Londres au moment où ces enregistrements ont été réalisés, je ne peux que confirmer ce sentiment ! Cette série d’enregistrements, qui contient des oeuvres britanniques et américaines couvrant près de 122 ans d’histoire de la musique, est peut-être le reflet de ma propre confrontation avec cet auteur toujours plein d’esprit qu’était Bernard Shaw. Bien que l’essentiel du matériel musical employé par ces cinq compositeurs soit similaire, avec une importance particulière accordée à la musique populaire, aux idiomes classiques et à une sensibilité généralement chaleureuse et romantique, ces musiciens ne pourraient pas être plus différents les uns des autres.
Ethel Smyth et Edward Elgar sont nés à un an d’intervalle, et la Sérénade de Smyth ainsi que la Chanson de Matin et la Chanson de Nuit d’Elgar ont été composées la même année (1889). Il s’agit d’oeuvres de jeunesse, conçues bien avant que l’un ou l’autre musicien ne connaisse un succès notable. Elgar est bien entendu devenu par la suite l’un de nos compositeurs les plus appréciés, alors que la musique de Smyth n’a émergé que récemment d’une obscurité presque totale. Smyth était réellement l’une des personnes les plus intéressantes qui n’ait jamais existé, avec des intérêts s’étendant d’une carrière de compositrice et d’écrivaine prolifique à un militantisme social en tant que suffragette au Royaume-Uni. Ce militantisme est peut-être l’héritage le plus durable qu’elle ait laissé, sa March of the Women servant d’hymne officieux du mouvement des suffragettes. La place manque ici pour détailler les exploits politiques de Smyth, mais ils constituent une lecture à la fois divertissante et inspirante. Sur le plan musical, j’admire l’oeuvre de Smyth depuis que je l’ai découverte il y a près de dix ans. Smyth a étudié pendant une brève période auprès de Johannes Brahms. Ce dernier avait apparemment un certain respect pour la musique de Smyth, ce qui n’est pas peu dire pour quelqu’un dont l’attitude à l’égard des femmes était notoirement connue. La musique de Smyth, en particulier ses deux premières oeuvres, témoigne clairement de cette influence brahmsienne. Smyth était cependant une polyglotte musicale, et l’on peut également entendre dans sa production des allusions à la musique de Wagner. Le fait de ne pas avoir participé à ce que l’on appelle la « guerre des romantiques » a peut-être permis à la compositrice de choisir ce qu’elle aimait dans chaque camp et de l’incorporer dans sa propre musique. Cela dit, ce que j’aime dans la musique de Smyth, c’est que – à l’instar de tous les grands compositeurs – elle s’imprègne de toutes ces influences pour ensuite créer quelque chose qui lui est propre. La grâce toute simple de son Quintette à cordes, avec ses mélodies bienveillantes, est irrésistible. D’autre part, je suis toujours impressionné par la variété émotionnelle de sa Sérénade, du premier mouvement en ré majeur, profondément brahmsien, au dernier mouvement endiablé. Pour ceux qui découvrent la musique de Smyth pour la première fois, je pense que ces deux exemples choisis parmi ses premières oeuvres constituent une parfaite introduction. [..]
C’est l’une de mes passions que de combiner les oeuvres de compositeurs assez célèbres avec celles de compositeurs méconnus du grand public. C’est un honneur et un privilège que de publier le premier enregistrement commercial du Quintette à cordes d’Ethel Smyth, dans l’arrangement pour orchestre à cordes réalisé par la compositrice, le deuxième enregistrement seulement de sa Sérénade, ainsi que le premier enregistrement commercial de Mother and Child pour orchestre à cordes de William Grant Still. J’espère que cette exploration conjointe de l’inconnu et du familier se révélera aussi enrichissante pour vous qu’elle l’a été pour moi et les musiciens de l’Orchestre de chambre de Lausanne, qui ont été des partenaires fidèles et enthousiastes tout au long du processus d’enregistrement.
J’aimerais remercier tout particulièrement le regretté John Heiss, professeur au New England Conservatory of Music qui m’a inspiré à relever le défi d’enregistrer Three Places in New England, ainsi que mes parents, qui jouaient de la musique d’Ives à mon intention avant même ma naissance, m’inculquant un amour de toute une vie pour cet Américain anticonformiste.
J’aimerais dédier cet enregistrement à ma femme Bernice, qui m’aide toujours à explorer l’inconnu.
Joshua Weilerstein
Traduction : Michelle Bulloch – MUSITEXT
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JOSHUA WEILERSTEIN Chef
Joshua Weilerstein mène une carrière internationale de chef d’orchestre invité et a tissé des liens étroits avec les plus grands orchestres du monde, notamment le London Philharmonic, le New York Philharmonic, le San Francisco Symphony, le Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, le Oslo Philharmonic et le Royal Liverpool Philharmonic, entre autres. Il est salué pour sa présence expressive et dynamique sur le podium et pour ses interprétations «intenses, éloquemment émouvantes et audacieuses».
Avec un répertoire qui s’étend de la Renaissance à la musique d’aujourd’hui, il combine un attachement profond aux chefs-d’oeuvre classiques tout en s’engageant avec passion dans la découverte d’oeuvres de compositeurs sous-représentés tels que Pavel Haas, William Grant Still, William Levi Dawson et Ethel Smyth. Il est également un défenseur infatigable de la musique d’aujourd’hui. En 2023, il commencera son mandat de chef d’orchestre principal de l’Orchestre symphonique d’Aalborg, au Danemark. Joshua Weilerstein a été directeur artistique de l’Orchestre de Chambre de Lausanne entre 2015 et 2021, où lui et l’orchestre ont publié de nombreux enregistrements très remarqués.
Né dans une famille de musiciens, il s’est initié à la musique classique en tant que violoniste lors d’une tournée au Panama et au Guatemala avec le Boston Youth Philharmonic Orchestra, où l’orchestre s’est produit devant des milliers de jeunes qui n’avaient jamais entendu d’orchestre en direct. Cette expérience a fait naître chez lui l’envie de poursuivre une carrière dans la musique classique. En 2009, il a remporté le premier prix et le prix du public au concours Malko pour jeunes chefs d’orchestre à Copenhague, et a ensuite été nommé chef d’orchestre adjoint de l’Orchestre philharmonique de New York de 2012 à 2015.
En 2017, inspiré par la démarche de pédagogie musicale pratiquée par Leonard Bernstein, il a lancé un podcast de musique classique intitulé «Sticky Notes». L’émission, qui s’adresse aussi bien aux mélomanes qu’aux néophytes, connaît un succès fulgurant avec plus de 4,5 millions de téléchargements dans 175 pays.
ORCHESTRE DE CHAMBRE DE LAUSANNE
Renaud Capuçon, Directeur artistique
Fondé en 1942 par Victor Desarzens, l’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL) est devenu aujourd’hui l’un des orchestres de chambre les plus demandés d’Europe. Depuis 2021, l’OCL est placé sous la direction artistique du célèbre violoniste français Renaud Capuçon. Composé d’une quarantaine de musiciennes et de musiciens, l’orchestre embrasse un vaste répertoire qui va des premiers baroques à la création contemporaine. Très vite convié à l’étranger, l’OCL se produit dans les salles de concerts et les festivals les plus réputés. Il participe ainsi au Festival d’Aix-en-Provence dès sa deuxième édition ainsi qu’à plusieurs éditions du Festival Enescu de Bucarest. Ses tournées en Allemagne et aux Etats-Unis sont des succès retentissants, tout comme ses concerts au Concertgebouw d’Amsterdam, aux BBC Proms de Londres, au Musikverein de Vienne ou à la Philharmonie de Berlin. Lors de la saison 2023-2024, l’OCL se produit notamment à Madrid, Barcelone et, pour la première fois, à la Philharmonie de Paris.
Tout au long de son existence, l’OCL a joué avec des solistes de premier plan. Citons par exemple Clara Haskil, Alfred Cortot, Walter Gieseking, Edwin Fischer, Murray Perahia, Radu Lupu, Martha Argerich, Nikolai Lugansky, Daniel Barenboim, Arthur Grumiaux, Frank Peter Zimmermann, Paul Tortelier, Truls Mørk, Jean- Pierre Rampal ou encore Emmanuel Pahud. L’OCL a également toujours su attirer les baguettes les plus intéressantes de leur temps, parmi lesquelles Paul Hindemith, Günter Wand, Christoph Eschenbach, Ton Koopman, Jeffrey Tate, Bertrand de Billy, Simone Young ou Daniel Harding. [..]
Une phalange du rang de l’OCL est bien sûr synonyme de solistes, de cheffes et de chefs invités prestigieux, mais c’est d’abord une identité forte forgée au fil des ans par un petit nombre de directeurs artistiques. Au fondateur Victor Desarzens (1942-1973), succèdent Armin Jordan (1973-1985), puis Lawrence Foster (1985- 1990), Jesús López Cobos (1990-2000) et Christian Zacharias (2000-2013). De 2015 à 2021, Joshua Weilerstein poursuivit l’oeuvre de ses prédécesseurs, tout en inscrivant l’OCL dans le XXIe siècle, par le biais de programmes audacieux ou l’exploitation plus efficace des nouveaux moyens de communication. À l’automne 2021, Renaud Capuçon est devenu directeur artistique de l’orchestre. La grande expérience musicale du célèbre violoniste et chef français, son dynamisme ainsi que son envergure artistique ont permis à l’orchestre d’asseoir encore davantage sa réputation à l’international. À la clé, des invitations prestigieuses à travers l’Europe, ainsi que des collaborations artistiques avec des cheffes, chefs et solistes de renom tels que Daniel Harding, Barbara Hannigan, Maria João Pires ou Martha Argerich.
Saison 2023-2024 - www.ocl.ch
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