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Préambule
Au 19e siècle, la démolition des fortifications et la construction du chemin de fer modifie considérablement le quartier de St-Gervais qui peut désormais s’étendre vers le nord et répondre aux besoins d’une population qui croît rapidement. La jonction avec le réseau français est réalisée avec l’ouverture de la ligne Cornavin-La Plaine en 1858 suivie, quelque mois plus tard, par la ligne Cornavin-Versoix qui relie Genève à la Suisse. Mais le chemin de fer constitue aussi une nouvelle barrière, percée de plusieurs passages, qui détermine l’alignement des rues voisines, la rue de Lyon conservant le tracé de l’ancienne route de France.
Le temple de Saint-Gervais est l’objet d’une rénovation majeure de 1902 à 1904 qui le débarrasse des adjonctions postérieures à la Réforme et permet de le libérer des immeubles mitoyens sur son flanc Est en ouvrant le haut de la rue Vallin. Les Terreauxdu-Temple sont mis à niveau. La paroisse peut désormais se préoccuper de la recherche de locaux pour accueillir ses multiples groupes et ses catéchumènes.
1912
Le Conseil de paroisse en prend l’initiative en 1912 et un premier contact a lieu avec Ernest Hentsch, banquier genevois, qui possède un immeuble à la rue Jean-Dassier. Il s’agit d’une ancienne vacherie qu’il propose tout d’abord de louer à la paroisse en précisant que ce doit être une salle d’évangélisation. Mais l’investissement nécessaire pour adapter ce bâtiment à sa nouvelle fonction paraît élevé au Conseil. Le coût d’une démolition et reconstruction est estimé à 50’000 frs sur la base d’un premier avant-projet réalisé gracieusement par l’architecte Peloux.
1913
M. Hentsch accepte le principe d’une reconstruction, mais il demande que la paroisse trouve le financement nécessaire et qu’elle ait un architecte solvable. A ces conditions, il propose d’accorder dix ans à la paroisse pour racheter la totalité des actions de la société immobilière qui détient l’immeuble. La Commission nommée pour étudier le projet articule alors un coût de 120’000 frs. La situation politique et économique est hélas peu propice à une prise de risque et la paroisse n’a pas d’argent. Néanmoins, contact est pris avec les architectes Leclerc et Gambini pour poursuivre l’étude d’un projet et examiner la question des servitudes qui limitent la hauteur du bâtiment projeté sur cette parcelle.
1914
La paroisse se met en quête de fonds. Un grand bazar organisé à Maison communale de Plainpalais permet de récolter 30’681 frs. D’autre part, les porteurs d’actions (sic) de la société immobilière propriétaire proposent de renoncer à la moitié de leur capital et d’accorder à la paroisse, à des conditions favorables, un prêt hypothécaire remboursable dans 15 ans permettant de payer le prix de vente. Ils demandent que les plans soient approuvés par le Consistoire, que le chantier ne démarre pas tant que le financement n’est pas assuré, et que la maison de paroisse ne serve « que pour l’avancement du Royaume de Dieu ».
L’affaire est conclue et les actions sont cédées à la paroisse. Au passage, M. Hentsch abandonne à la paroisse le solde des pertes et profits de la société, soit 1’274 frs qui s’ajoutent au produit du bazar et à la subvention de 30’000 frs promise par le Consistoire.
1917
La Commission de construction de la maison de paroisse, présidée par Edmond Imer-Schneider, présente son premier rapport le 12 février. Trois architectes ont élaborés des projets.
- Geneux maintient l’ancienne vacherie existante avec son étage. Il creuse le sous-sol pour porter la hauteur de la grande salle de 4,5 m.;
- Gambini propose de démolir et construire un bâtiment neuf avec une salle de 4,5 m de hauteur pour une toiture atteignant 13 m alors qu’une servitude la limite à 8,9 m. Le rapporteur estime que ces deux projets comportent une salle trop basse, avec un cube d’air insuffisant et un éclairage impossible par le haut;
- Peloux et de Rham vident le bâtiment existant, ce qui permet d’obtenir une hauteur de salle de 6,5 m, éclairée par le haut, et ils ajoutent un corps de bâtiment frontal sur la rue Dassier, comportant un étage sur rez. Ils s’engagent par ailleurs à terminer l’étude et à suivre l’exécution des travaux à des conditions de faveur soit 2’000 frs contre 4’500 frs au tarif SIA.
La commission a également étudié deux autres emplacements qui ne conviennent pas. Elle propose de poursuivre l’étude du projet Peloux et de Rham. Le Conseil de paroisse valide cette proposition. Le deuxième rapport est présenté le 25 avril déjà. Le projet prévoit:
– l’excavation complète de l’avant-corps et l’arrièrecorps de bâtiment qui seront ajoutés, la grande salle reprenant la structure de l’ancien bâtiment;
– la construction d’une baie permettant d’ouvrir la galerie de la grande salle sur la salle du 1er étage;
– la capacité de la grande salle sera de 250 places assises avec une galerie de 60 places qui pourra être ouverte sur une salle de 90 places au 1er étage, et une salle latérale de 100 places côté Ouest; cette structure modulaire permet d’atteindre 500 places assises au total sans compter le podium;
– l’avant-corps de bâtiment accueillera neuf salles différentes et l’appartement du concierge.
L’ensemble est alors devisé à 100’000 frs. et la commission propose de soumettre le projet au Consistoire puis de passer à sa réalisation.
1920
La guerre terminée, le devis mis à jour en janvier fait apparaître une plus-value moyenne de 113% par rapport à celui de 1917 soit 210’000 frs auxquels il faut ajouter 40’000 frs pour le mobilier! Un second bazar en mars rapporte 28’749 frs. La construction pourrait dés lors démarrer très rapidement et être terminée avec l’hiver. Le coût de l’opération reste cependant problématique et on étudie la possibilité de réaliser la construction en deux étapes.
En mai survient une grève des ouvriers du bâtiment; il paraît inutile de se presser, mais on demande à l’architecte d’étudier toutes les possibilités de réduction des coûts avec les entreprises. Il propose alors de conserver le projet d’arrière-corps de bâtiment, mais de renoncer à abaisser le niveau de la grande salle, de supprimer les fenêtres inférieures donnant sur la rue du Jura et de supprimer les soussols de l’avant-corps de bâtiment donnant sur la rue Dassier.
Le 2 septembre, le Conseil de paroisse accepte ces propositions et décide de l’adjudication du grosoeuvre à la maison Farina-Barbotti dont l’offre à 69’500 frs est la plus avantageuse. Cette entreprise a d’ailleurs été chaudement recommandée par le Comité de construction de la salle de paroisse de Châtelaine. La paroisse dispose alors de 80’000 frs et le Consistoire a promis une subvention de 30’000 frs. Le chantier pourra démarrer rapidement grâce à la célérité du Département des travaux publics.
En novembre, l’Etat fait savoir qu’il ne veut pas des marches d’escalier en saillie sur la voie publique. La Ville est consultée et n’y voit pas d’inconvénient. Les architectes proposent de passer outre.
1921
Le 17 mars, le Conseil prend connaissance de l’avancement des travaux. Il convient de retarder les autres soumissions car les prix sont à la baisse après la hausse importante observée à la fin de la guerre. Compte tenu de l’important effort d’économie réalisé le devis final pourrait être abaissé entre 110’000 et 120’000 frs.
En avril, l’Association des maîtres-ferblantier se plaint auprès du Consistoire en raison du système de soumissions restreintes adopté par la paroisse. Des critiques sont aussi émises à l’égard de l’adjudication du gros-oeuvre à une maison catholique. Mais le chef de la maison avec lequel la Commission de construction a traité est protestant. « S’il a un associé qui ne l’est pas, nous n’y pouvons rien » répond la Commission. Ces incidents sont clos.
Le 26 mai, il apparaît que le budget ne pourra être tenu et qu’un emprunt sera nécessaire. Il manque alors 31’653 frs et la construction d’une scène nécessitera 9’600 frs de plus. Le Conseil de paroisse décide de lancer un emprunt garanti par la paroisse pour un montant de 41’000 frs. Il opte également pour la construction immédiate d’une scène en maçonnerie avec des loges, comprenant la salle sera pas louée régulièrement sans en disposer. En juin, force est de constater que les prix n’ont pas baissé comme espéré. Les travaux déjà adjugés atteignent 113’943 frs et il manque 32’245 frs pour terminer l’ouvrage soit un total de 146’188 frs. En conséquence, le montant de l’emprunt est augmenté le 9 septembre à 45’000 frs. Il sera rémunéré à 4,5% l’an. La Commission étudie par ailleurs les horaires de l’utilisation future des locaux et les loyers dont les groupes paroissiaux devront s’acquitter. Les charges annuelles sont estimées à 8’000 frs. La paroisse suisse allemande qui utilisera aussi la maison de paroisse ne pourra, de son côté, contribuer pour plus de 3’000 frs.
La Maison de paroisse est inaugurée les 26 et 27 novembre. Dans son allocution, Edmond Imer- Schneider, président du Conseil de paroisse, relève notamment les conditions exceptionnellement favorables auxquelles la paroisse a pu acquérir l’immeuble, grâce à la générosité de M. Hentsch récemment décédé. Il retrace le déroulement du projet, ses modifications successives, et il remercie les architectes qui ont mené ce projet avec la plus grande économie Sa gratitude va également aux nombreux souscripteurs de l’emprunt paroissial et à Mme David Butin qui a fait un don de 10’000 frs destiné au mobilier et à la décoration de la salle du Cercle protestant.
1922
L’affaire n’est pas terminée pour autant. Le 22 mars, le Conseil de paroisse prend connaissance des comptes définitifs de la construction qui atteint au total 182’674 frs y compris la scène et ses annexes ainsi que le mobilier de la grande salle désormais dénommée salle Hentsch en mémoire au généreux donateur décédé peu avant l’inauguration. Cet important dépassement donnera lieu à de vives discussions. Dans l’immédiat, il manque 29’000 frs à la paroisse pour solder les factures.
Le 22 juin, la Commission chargée d’administrer la maison de paroisse rapporte qu’elle n’est pas satisfaite du couple de concierges et qu’il faut en chercher de nouveaux. Elle envisage également de déplacer le logement des concierges.
1924
Le 23 mars, l’emprunt est presque entièrement souscrit, atteignant 44’000 frs. Le thé-vente de 1922 et celui de 1923 ont rapporté au total 6’825 frs. Le solde du aux entrepreneurs a pu être réduit à 18’638 frs. Quelques souscripteurs ont abandonné leur capital à la paroisse.
1925
La dette grevant la maison de paroisse reste « énorme » (60’000 frs). Les séances de cinématographe organisées dans la maison de paroisse sont abandonnées, le bénéfice étant nul.
1926
Les concierges ont été relogés au rez et la salle libérée au premier étage reçoit le nom d’Edmond Imer-Schneider, ancien président du Conseil de paroisse décédé et initiateur de la construction.
1930
Les hoirs d’Ernest Hentsch proposent d’annuler les 2/3 de l’hypothèque de 26’500 frs à condition que le solde soit réglé à la fin de l’année. Il ne reste plus que 3’500 frs à trouver pour libérer la paroisse de toute dette.
1931
Vu la situation économique et le chômage, le thé vente est repoussé.
1932
Le thé-vente a rapporté 5’800 frs, ce qui permet enfin de liquider totalement la dette concernant la maison de paroisse. Il aura donc fallu plus de dix années et des efforts importants pour éponger la dette résultat de la construction de la maison de paroisse.
Rénovation et transformations de 1962
Après avoir étudié et renoncé à la construction d’un nouvel immeuble à la place de la maison de paroisse, le Conseil procède à une rénovation de la grande salle et des salles du 1er étage qui en ont bien besoin. Le bâtiment est agrandi du côté de la rue du Jura. Des transformations au rez permettent d’accueillir un local pour la diaconesse et le vestiaire, un bureau
pour les pasteurs et un local pour les éclaireurs. Deux nouvelles salles de petite taille destinées à la jeunesse sont créées en réduisant la profondeur de l’arrièrescène.
Le chauffage au gaz est remplacé par le mazout. Le coût total atteint 140’000 frs dont 85’000 frs sont couverts le fonds de construction, le solde de 29’000 frs étant pris sur le fonds de réserve..
Les besoins changent
Un projet de reconstruction du périmètre est discuté avec la Ville dès 1985 et abandonnée par la paroisse. Devant la dégradation progressive du bâtiment, le Conseil de paroisse ouvre à nouveau la réflexion en 2008 : une maison de paroisse pour foire quoi ? Les pasteurs et la secrétaire ont besoin de bureaux, une salle est nécessaire pour le Conseil et d’autres activités communautaires. Mais le nombre de protestants domiciliés en ville diminue, les bénévoles se font rares. Et l’Eglise protestante doit réduire drastiquement ses dépenses. A nouveau, on évoque la construction d’un immeuble locatif, puis une rénovation, mais les fonds nécessaires semblent hors de portée.
Une nouvelle mission pour la Maison de Paroisse
C’est alors qu’un paroissien, Gilbert Kervan, émet l’idée de redonner vie à cette vieille maison en lui joignant des logements pour étudiants. Il orient le Conseil vers une fondation genevoise qui répond très favorablement et propose de confier l’étude et la réalisation aux architectes Brodbeck et Roulet.
Cette nouvelle évolution de la vénérable maison permettra, à des conditions favorables, de mettre seize chambres à disposition d’étudiants qui en ont un cruel besoin. Ce lieu pourra aussi s’ouvrir à la société civile, accueillir diverses activités culturelles et sociales. Des familles ou des collectivités pourront s’y réunir
Le projet architectural
Le défi de préserver le caractère historique de ce bâtiment en augmentant sa capacité de manière importante et de marier des styles et techniques de construction très différents a nécessité la mise en place de méthodes de projet rigoureuses. L’analyse historique de l’ensemble des bâtiments existants a permis de déterminer les éléments dignes de conservation et ceux pouvant être démolis dans le cadre du projet de transformation. Ainsi, les constructions situées le long de la rue du Jura ont été démolies au profit du nouveau foyer de la salle André Trocmé qui permet un accès indépendant de la Maison de paroisse. L’expression volumétrique du foyer se perçoit comme le vide entre la salle et les nouveaux étages de logements.
Les constructions maintenues ont fait l’objet d’une inscription à l’inventaire dans le cadre de la procédure d’autorisation de construire. Elles ont bénéficié d’une restauration minutieuse durant laquelle des méthodes de travail anciennes ont été employées afin de redonner au bâtiment son caractère d’origine. Les faux plafonds et cloisonnements existants ont été supprimés. Les décors et peintures ont été entièrement restaurés dans le respect de l’architecture d’origine.
Le nouveau volume comprend 16 chambres d’étudiants reparties en 6 appartements. Grace à sa structure ambitieuse, il enjambe la salle de paroisse sans aucune interaction avec celle-ci. Les logements sont accessibles par deux coursives et orientés idéalement au sud-ouest. L’expression unitaire de la nouvelle façade s’intègre dans l’espace urbain en proposant un nouveau front bâti aligné sur la Maison de paroisse.
Dans le cadre du projet, l’aménagement de la cour commune aux trois immeubles de l’îlot a également été entrepris. Celle-ci offrira un espace calme, protégé et susceptible de réunir les différents acteurs de l’îlot.
Textes et images: P. A. Schneider (Oct. 2016)