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Un meuble d’une grande valeur historique
Récemment, le Musée d’art et d’histoire s’est vu confier la mission de restaurer le fauteuil dit du Général Dufour par la Fondation pour la conservation de la maison du Général G. H. Dufour et sa section « Les Salons du Général Dufour ». Ce meuble fait partie d’une série d’objets ayant appartenu à cet illustre personnage, collectés et exposés par la fondation dans sa maison genevoise des Eaux-Vives où il résida de 1845 à sa mort en 1875.
Un peu d’histoire
Tout Genevois connaît bien la statue de Guillaume-Henri Dufour sur son cheval qui domine la Place Neuve ; tout Confédéré sait que le plus haut sommet de Suisse – culminant à 4634m – se nomme Pointe Dufour ; beaucoup ont appris durant leur scolarité que le Général mena la guerre du Sonderbund en 1847 contre 7 cantons séparatistes catholiques, qu’il gagna la paix après 27 jours de combat tout en minimisant les pertes humaines (78 chez les Confédérés) et que la nouvelle Constitution de 1848 en découla.
Mais en dehors de sa carrière militaire, il développa de multiples talents et les réalisations de cette personnalité hors norme sont probablement trop méconnues du grand public. Il fut notamment ingénieur cantonal de Genève en charge des affaires militaires et de l’urbaniste, enseignant à l’Académie de Genève en mathématiques et hydraulique; il dirigea de grands travaux à Genève comme la construction des nouveaux quais, des ponts des Bergues et de la Coulouvrenière; il érigea le premier pont suspendu en Europe (voire au monde) entre St-Antoine et les Tranchées; il fonda le Bureau topographique fédéral avec la réalisation de l’Atlas des cartes nationales. Il fut également à l’origine du drapeau fédéral suisse, de l’implantation des chemins de fer à Genève et de la Croix-Rouge.
Le fauteuil
Le fauteuil parvenu au MAH aurait été offert en 1848 au Général par les brodeuses de St-Gall, en remerciements de son humanisme lors de la guerre civile du Sonderbund, notamment en demandant d’épargner les soldats blessés et les prisonniers.
Les parties en bois sont faites de noyer sculpté et peint sur le parement afin de donner l’illusion du palissandre. Le siège est garni d’un velours de soie noire enrichi de broderies faisant référence au champ de bataille de novembre 1847. Le style de ce meuble est particulier et les motifs sculptés constituent encore une énigme. Sont-ils le fruit d’une production de Suisse orientale comme les broderies? S’apparentent-ils plutôt à une production de type colonial?
La conservation-restauration
Trois ateliers du Musée d’art et d’histoire ont été sollicités pour le traitement du fauteuil : ceux en charge de la conservation-restauration des textiles, du bois et du métal. La soie noire recouvrant le dossier, le placet et les deux accoudoirs était en mauvais état, comportant de nombreuses zones d’usures et de déchirures. Les parties brodées avaient mieux résisté aux sollicitations et ne présentaient pas de dégâts, si ce n’est une oxydation naturelle des fils métalliques et des petites pièces en métal intégrées dans le décor. La structure générale du siège était parfaitement stable et solide, les dégâts sur les parties boisées se situant essentiellement sur la peinture de surface, émaillée de coups et de griffures dues à une utilisation régulière de l’objet. Il semble en effet que le Général appréciait particulièrement ce fauteuil et en faisant grand usage. Ce qui explique également l’état d’usure avancée des roulettes fixées aux quatre pieds.
Le fauteuil n’ayant plus un caractère d’usage mais une valeur historique importante, il fallait aborder une remise en état respectueuse de l’authenticité encore préservée des différents matériaux. Les différentes opérations entreprises avaient donc pour but de stabiliser les dégradations, d’en prévenir de nouvelles et d’atténuer, si possible, leur aspect visuel dérangeant.
Dans cette optique, il n’était pas question, par exemple, de remplacer le velours de fond par un neuf, même si son état très dégradé était particulièrement frappant. La conservation-restauration des parties textiles a donc consisté, dans un premier temps, en un dépoussiérage soigné, puis en une mise à plat des tissus déchirés, ainsi que des fragments et fils flottants. Du fait de la nature cassante du velours, une conservation à l’aide de points de couture n’était pas envisageable. Il a donc été décidé de protéger le velours et les broderies par une couche de soie fine, teintée en noir, pour maintenir l’ensemble en place sans occulter la vision de l’original. La seule possibilité de fixer cette protection a été de le faire par des points la rattachant aux cordons de bordure.
Les surfaces en bois peint ont été dépoussiérées et décrassées, puis les griffures et les coups les plus voyants ont été retouchés à l’aquarelle, technique permettant une réversibilité facile sans porter atteinte à la finition d’origine. L’idée était également de n’atténuer que les marques faites à des endroits non exposés à une usure liée à l’utilisation du siège. Quant aux roulettes, elles ont été enlevées pour être dérouillées, voire désoxydées pour certaines. L’une d’elles a dû être réparée et renforcée par le soudage d’une nouvelle pièce. Ces roulettes sont marquées d’un poinçon de l’entreprise Loach and Clarke, fondeur et fabricant de ferrements pour meuble à Birmingham au XIXe siècle. Trouver ce type de composants anglais sur le meuble n’est pas une surprise, car de multiples firmes exportaient leur production alors très réputée vers le continent. Les roulettes ont été refixées à l’aide des mêmes vis, même si la plupart d’entre elles ne sont probablement pas d’origine, car disproportionnées et inesthétiques.
Une conservation provisoire?
Les opérations de remise en état faites sur le fauteuil ont été délibérément axées sur une conservation maximale des matériaux existants et sur une réversibilité aisée en cas de nouveau choix d’intervention de la part des propriétaires. Par exemple, l’option de placer un voilage fixateur sur les parties textiles pourrait éventuellement être remise en question dans un avenir indéfini. Cette solution a été retenue car elle a l’avantage de permettre la conservation du velours et des broderies, les deux étant considérés d’un même intérêt historique et esthétique. Mais ce voilage ternit quelque peu les broderies. Si la lisibilité des broderies devait être tenue comme plus importante que la conservation du velours, il pourrait être facilement retiré. Il faudrait alors à ce moment-là supprimer le velours et le remplacer par un neuf sur lequel fixer à nouveau les broderies. Cette solution n’a pas été retenue, car elle n’est pas compatible avec l’éthique que le Musée d’art et d’histoire défend pour le traitement de ses propres œuvres.
Texte rédigé en collaboration avec Tu-khanh Tran Nguyen conservatrice-restauratrice de textile
QUIZ
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Quelle pourrait être la provenance du fauteuil du Général?
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