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La désormais bien longue histoire des rapports qu'entretiennent le cheval et l'homme rappelons d'emblée que le second aime dire du premier qu'il est la plus belle de toutes ses conquêtes marquera le printemps de l'année 2005 d'une pierre immaculée. Ce printemps sera en effet celui qui vit la naissance quasi simultanée de deux clones équins. Le premier en Italie, le second au Texas. On se souvient peut-être que le premier cheval cloné de l'histoire, Prometea (36 kg), avait vu le jour le 28 mai 2003 en Lombardie, dans le laboratoire de technologie de la reproduction de Crémone. L'annonce officielle de sa naissance avait été publiée dans l'hebdomadaire Nature daté du 7 août de la même année. Nous disposons ainsi de la première trinité de chevaux clonés.Il nous faut désormais compter avec «Pieraz-Cryozootech-Stallion» et «Paris-Texas». Le premier est un poulain né le 25 février, clone de Pieraz qui fut champion du monde d'endurance 1994 et 1996, Pieraz est la propriété de la cavalière américaine Valérie Kanavy et il avait été castré pour des raisons de sécurité. Les créateurs du clone (les sociétés Cryozootech d'Evry et LTR-CIZ de Crémone) expliquent que le jeune Pieraz-Cryozootech-Stallion permettra de restaurer la capacité de reproduction de l'animal stérilisé. «Paris-Texas» est quant à lui un poulain bai avec trois balzanes (taches blanches situées au niveau des pieds) né le 13 mars 2005 à College Station, Texas. Il pesait 30 kilos à la naissance et 60 au bout de trois semaines, ce qui atteste de sa bonne santé soulignent ses créateurs qui précisent que l'animal a été porté par Greta, une jument Quarter Horse choisie pour ses «qualités maternelles». Dans les deux cas, on retrouve la personnalité d'Eric Palmer, ancien brillant chercheur de l'Inra aujourd'hui PDG de la société Cryozootech.C'est lui qui a pris contact avec Valérie Kanavy, championne d'endurance, pour qu'elle l'autorise à pratiquer une biopsie sur son Pieraz. Fruit de la collaboration entre le laboratoire français, chargé principalement de la sélection des chevaux et de la collecte des biopsies, et le laboratoire italien créateur de Prometea qui effectue les transferts nucléaires et embryonnaires, Pieraz-Cryozootech-Stallion n'aura pas d'autre destin que celui de maître étalon chargé de transmettre à sa descendance et par voie naturelle une partie du précieux patrimoine génétique dont il est porteur. «On ne peut, à l'heure actuelle, garantir que le clone sera aussi bon compétiteur que son jumeau génétique, prend bien soin de préciser Cryozootech. En revanche, pour ce qui est de la sauvegarde du patrimoine génétique cette technique est fiable.»Dans le cas de Paris-Texas, la technique développée par le docteur Katrin Hinrichs est notablement différente de la technique mise en uvre à Crémone. Ainsi au lieu d'avoir recours à la fusion électrique des cellules, le noyau est introduit mécaniquement à l'intérieur d'un ovocyte receveur énucléé. Le donneur des cellules est un champion de jumping âgé de 20 ans au moment de la biopsie et présenté, sans plus de détails comme étant «génétiquement» en avance sur les chevaux actuels. Paris-Texas, comme Pieraz-Cryozootech-Stallion, n'aura pas d'autres horizons, somme toute limités, que ceux d'un étalon.Eric Palmer et Katrin Hinrichs avaient déjà publié à partir de 1987 des résultats communs sur le transfert d'embryon chez la jument. Depuis, Katrin Hinrichs a rejoint le laboratoire de Texas A&M University qui s'est progressivement spécialisé dans le clonage animal. Le cheval est ainsi la sixième espèce clonée au Texas, après des bovins, des caprins, des porcins, un cerf et un chat. Chez Cryozootech, on se dit persuadé, et depuis longtemps, qu'il existe un marché pour le clonage équin. Pour Pieraz-Cryozootech-Stallion, la société avait acheté les droits génétiques et de clonage en espérant valoriser son acquisition en vendant l'animal ou en vendant ses futures et nombreuses saillies.Dans le cas de Paris-Texas, l'animal a été conçu à la demande du propriétaire de l'animal devant être cloné. Faut-il voir là la première preuve de l'existence d'un marché pour le clonage équin ? Cryozootech le pense qui annonce désormais deux types de propositions : soit acheter la génétique de chevaux qu'elle a sélectionnés et produire pour son propre compte les animaux qu'elle mettra sur le marché, soit préserver les gènes pour le compte de propriétaires. Dans ce cas de figure, les propriétaires décident de quand ils veulent réaliser le clonage et révèlent ou non le nom du donneur quand ils le souhaitent.Tout cela ne va pas sans inquiéter le petit et riche milieu des propriétaires et entraîneurs de chevaux de courses où l'on voit réapparaître le vieux débat des vertus du naturel et de ce qui l'est moins.Ainsi Henri Bozo, responsable du Haras des Monceaux, situé à Lisieux en Normandie et spécialisé dans l'élevage de chevaux de courses, définit-il le clonage comme une «idée ridicule».«Ce qui est beau dans ce métier, c'est d'utiliser ce que nous donne la nature et de ne pas chercher à la maîtriser» estime-t-il. Quoi qu'il en soit les dés sont lancés : Cryozootech affirme posséder une banque de matériel génétique de plus de trente chevaux, tous exceptionnels dans des disciplines aussi variées que l'endurance, le concours d'obstacles et le dressage. Il ne désespère pas non plus de travailler à la lutte contre la disparition, programmée, dit-on, du gentil baudet du Poitou.