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Retour au fondamental et plongée dans la génétique et la virologie moléculaires. On sait que les vaccins aujourd'hui commercialisés contre la grippe peuvent être de trois types. On distingue les vaccins constitués de virus entiers inactivés, ceux contenant des virus fragmentés et ceux, «sous-unitaires», faits de particules virales. On dispose aussi depuis quelque temps de vaccins «vectorisés» obtenus en faisant exprimer par un vecteur (le plus souvent un agent de la famille des adénovirus ou des poxvirus) des protéines immunogènes au cours de leur multiplication. Cette dernière voie n'a, jusqu'à aujourd'hui, abouti que chez l'animal avec deux vaccins ; l'un dirigé contre la grippe du cheval, l'autre contre la peste aviaire à H5. Ces vaccins sont commercialisés par la société française Mérial et, selon les vétérinaires, paraissent à la fois efficaces et bien tolérés. Pour les oiseaux comme pour le cheval, il existe par ailleurs de nombreux vaccins antigrippaux inactivés.Mais avec la menace de pandémie, le paysage évolue rapidement. Deux publications scientifiques ont ainsi annoncé, le 26 janvier et le 2 février, la mise au point aux Etats-Unis de deux vaccins protecteurs chez l'animal contre l'infection par A(H5N1). L'une est signée, dans les colonnes du Journal of virology, par une équipe de chercheurs de l'Université de Pittsburgh (Pennsylvanie) dirigée par le Dr Andrea Gambotto. Cette équipe est parvenue à protéger de l'infection virale des souris et poulets à partir d'un vaccin constitué d'un adénovirus dans le génome duquel a été intégré le gène du A(H5N1) codant pour l'hémagglutinine, l'une des protéines de surface. En pratique, les chercheurs de Pittsburgh ont créé différents adénovirus exprimant tout ou partie de l'hémagglutinine d'une souche virale isolée chez une victime de la forme humaine de la grippe aviaire décédée au Vietnam en 2004.A partir de l'un de ces adénovirus ainsi génétiquement modifié, l'équipe du Dr Gambotto a pu assurer une production vaccinale cinq semaines seulement après avoir reçu la souche A(H5N1) et annonce disposer aujourd'hui de vaccins capables de protéger des souris et des poulets contre des doses létales de virus aviaire administrées par voie intranasale. La protection des souris est obtenue en 70 et celle des poulets en 21 jours seulement. Elle est à la fois humorale et cellulaire.C'est à partir d'une technique similaire qu'une équipe de chercheurs des Centers for disease control and prevention d'Atlanta (Géorgie) est parvenue à des résultats comparables. Ce travail qui à la différence du premier a été très médiatisé dans la presse d'information générale vient d'être publié sur le site de la revue britannique The Lancet. Dirigée par le Dr Suryaprakash Sambhara et Suresh Mittal (Purdue University, West Lafayette, Indiana), cette équipe n'a travaillé que chez la souris et explique être également parvenue, à partir d'un adénovirus devenu producteur de l'hémagglutinine du virus A(H5N1), à induire chez la souris une immunité cellulaire protectrice.Dans les deux cas, le message est clair : avec ces résultats, les chercheurs estiment être en mesure de démontrer qu'il devrait être possible via ces techniques d'assurer rapidement une production vaccinale massive en cas d'émergence d'un nouveau virus issu d'une recombinaison du virus A(H5N1), susceptible de provoquer une pandémie. En d'autres termes, ces deux travaux lèvent du moins en théorie l'une des principales difficultés auxquelles sont confrontés tous les producteurs de vaccins antigrippaux humains qui n'ont d'autres recours que la culture des virus sur des ufs embryonnés ; une impasse définitive si le virus pandémique avait pour caractéristique de tuer les ufs embryonnés.Plusieurs firmes parmi lesquelles Sanofi-Pasteur, leader mondial dans ce domaine mènent des recherches à partir de la «génétique réverse» qui permet de manipuler les gènes du virus de la grippe en créant de nouveaux virus capables de se multiplier sur des ufs embryonnés. Le dosage en antigènes viraux, la présence ou l'absence d'adjuvant et le nombre d'injections nécessaires sont encore autant de points d'interrogation.Autre preuve des conséquences scientifiques et industrielles de la menace pandémique : la société française BioMérieux a annoncé jeudi 2 février la commercialisation d'un test rapide de détection du A(H5N1) destinée à «répondre aux besoins des laboratoires impliqués dans l'identification des infections et la lutte contre la grippe aviaire». Dénommé «NucliSens EasyQ», ce kit de réactifs sera dans un premier temps destiné exclusivement à la recherche. Il permet de détecter la présence du virus en 90 minutes. Pour cette société, ce test «représente une avancée importante dans le dispositif de lutte contre la grippe aviaire» et constitue «une solution qui contribuerait à gérer efficacement une éventuelle pandémie».Rappelons pour mémoire que l'Organisation mondiale de la santé avait dénombré, au 31 janvier 2005, 160 cas de la forme humaine de la grippe aviaire depuis le début de l'épidémie en 2003, et que 85 de ces cas, dans six pays différents, se sont révélés mortels. On estime d'autre part que dans les pays où sévit l'épizootie, 150 millions (voire plus) de volailles ont, directement ou indirectement, disparu du fait du A(H5N1).Référence Les personnes soucieuses de se documenter sur cette question pourront fort utilement se reporter à un tout récent ouvrage de vulgarisation : «Grippe aviaire. Sommes-nous prêts ?» de Jean-François Saluzzo (virologiste) et Catherine Lacroix-Gerdil (pharmacienne biologiste). Paris : Editions Belin (collection Pour la Science), 208 pages.