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Après quelques retraits de médicaments du marché, l'arsenal thérapeutique contre la goutte, déjà peu fourni, est devenu bien maigre. Les cliniciens le constatent non sans inquiétude, à l'image d'Isabelle Carey Berner et de Jean Dudler, rhumatologues au CHUV, dans un point récent de la situation (RMS 2006;2:160-2). C'est dire l'intérêt des travaux fondamentaux publiés il y a quelques jours par des chercheurs lausannois (Nature, publication en ligne le 12 janvier 2006).L'équipe de Jürg Tschopp, du Département de biochimie de l'Université de Lausanne (Fabio Martinon, Virginie Pétrilli, Annick Mayor et Aubry Tardivel), a identifié le principal mécanisme par lequel les cristaux d'acide urique, qui s'accumulent dans les tissus en cas de goutte, stimulent les macrophages et déclenchent ainsi, via l'interleukine 1, les réactions inflammatoires caractéristiques de la maladie.L'histoire commence en 2002, lorsque les Lausannois démontrent que la production d'interleukine 1 (IL-1b) par les macrophages dépend d'un gros complexe moléculaire qu'ils baptisent «inflammasome». Ce complexe, situé dans la cellule, active une caspase nécessaire à la formation d'IL-1b. En 2004, les chercheurs montrent que ce mécanisme joue un rôle central dans le syndrome de Muckle Wells, une maladie inflammatoire.Ils viennent de réitérer la démonstration dans le cas de la goutte, en montrant que des macrophages de souris dépourvus d'inflammasomes ne répondent plus à la présence de cristaux d'acide urique. In vivo, l'injection abdominale de cristaux d'acide urique ne déclenche pas de péritonite chez des souris déficientes en inflammasomes ou en récepteurs à l'IL-1b, comme elle le ferait chez des souris normales.Ainsi, les inflammasomes seraient des senseurs moléculaires permettant aux macrophages de détecter les situations critiques et de déclencher des réactions inflammatoires via l'IL-1b. Les mécanismes de cette détection, encore inconnus, paraissent très spécifiques : les cristaux d'allopurinol, très ressemblants à ceux d'acide urique, n'activent pas l'inflammasome. La sensibilité de l'inflammasome à l'acide urique, néfaste dans la goutte, a peut-être une utilité : la présence de ce métabolite des acides nucléiques peut en effet être le signe d'une destruction cellulaire importante à proximité.Les chercheurs lausannois montrent encore que la colchicine, utilisée contre la goutte, inhibe précisément la réponse IL-1b des macrophages. Sachant que cette substance inhibe la croissance des microtubules, ils supposent qu'elle perturbe ainsi l'endocytose des micro-cristaux, ou alors leur transport intracellulaire jusqu'à l'inflammasome.Ces travaux ouvrent de nouvelles pistes thérapeutiques. Sans inflammation, la seule hyperuricémie à l'origine de la goutte passerait peut-être inaperçue. Les inhibiteurs de l'interleukine 1 ont montré un effet «spectaculaire», selon Jürg Tschopp, dans le traitement du syndrome de Muckle Wells, lors d'essais entrepris d'abord à Londres par Philipe Hawkins, puis au CHUV par Alexander So, suite aux travaux lausannois. L'espoir existe qu'il en aille de même pour la goutte.