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De la musique vraiment, les chants de supporters? Parfaitement! Le musicologue Théophile Bonjour nous en convainc dans ses recherches. Les supporters ultras chantent parfois des thèmes de Verdi ou de Dvorak.
Ecoutez par exemple ce thème repéré parde la de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak (1893) par les supporters de l'Olympique Lyonnais:
Vous n'avez pas reconnu? Mais si, mais si! Ecoutez mieux!
De la clameur à l'hymne
Certes, la majorité des vocalisations de supporters sont bien plus simples musicalement. Pour Théophile Bonjour, il existe plusieurs degrés de complexité dans les envolées chorales des stades. La simple clameur peut prendre une forme très simple, souvent sur deux notes, suivant le rythme naturel des mots. "Allez!" implique ainsi, musicalement parlant une levée sur "All-" et une note accentuée sur le temps fort pour "-lez".
Même quand les motifs musicaux choisis sont plus complexes, c'est toujours leur correspondance avec le rythme des mots que l'on veut scander (l'interjection "allez!" ou le nom de l'équipe soutenue) qui fait que ces motifs seront repris avec succès.
C'est après les buts ou dans des circonstances particulières que de véritables hymnes sont entonnés, des mélodies plus complexes, comme une démonstration de virtuosité des supporters qui les exécutent. Et là, il est difficile d'ignorer que le passage de l'Aida de Verdi est chanté juste après un but, et qu'il s'agit bel et bien d'une marche triomphale...
Une histoire récente
Le développement de ces chants n'est pas aussi ancien qu'on pourrait le penser. Il remonte essentiellement à l'apparition des ultras dans les années 1970. Ces groupes de supporters organisés ont pour vocation de soutenir leur équipe par des manifestations visuelles ou vocales. Ils enregistrent parfois des cassettes audio pour permettre à d'autres supporters d'apprendre les chants. Mieux: ils s'échangent ces cassettes.
Les fanzines des groupes ultras proposent dans les petites annonces des échanges du type "une écharpe contre une cassette", qui vaudront à certains chants une diffusion large, parfois internationale. Comme le souligne Théophile Bonjour, l'époque est propice au développement de groupes de jeunes, d'ailleurs souvent rassemblés autour de genres musicaux - avec l'apparition des communautés de fans de rock, des skinheads, etc.
"You'll never walk alone", hymne de foot par excellence
Les chants de supporters peuvent souvent arriver dans les stades après des itinéraires intéressants. Ainsi, le célébrissime "You'll never walk alone", entendu lors de tous les match de Liverpool, récemment vainqueur de la Champion's league. Les commentateurs font parfois silence pour l'écouter, comme le 1er juin dernier après la remise de la coupe.
A l'origine, la chanson est composée en 1945 pour la comédie musicale "Carrousel". La protagoniste est une jeune veuve enceinte, que son cousin encourage en lui chantant cette chanson: elle peut garder confiance en l'avenir, car elle ne marchera jamais seule. Reprise par Nina Simone, Frank Sinatra et bien d'autres, la chanson devient un standard, hissé à sa plus haute célébrité par "Gerry and the Pacemakers" dans les années 1960.
On la retrouvera ultérieurement dans les stades, où elle manifeste une solidarité des supporters avec leur équipe dans la victoire comme dans l'échec. On peut imaginer la résonance des paroles de la chanson dans Liverpool sinistrées par le thatchérisme dans les années 1980, lorsque des milliers de chômeurs se rendaient au stade pour ne pas marcher seuls...
Chanter ensemble
Que des milliers de gens parviennent à chanter simultanément une mélodie, même simple, ne va pas de soi. Les groupes ultras ont leurs chefs d'orchestre: des supporters qui se sont imposés d'une manière ou d'une autre pour leur capacité à mener les chants. On les appelle les "capo", du mot italien signifiant "chef". Des personnages qui passent parfois tout le match dos à la pelouse, occupés à diriger et aiguillonner les chants de centaines, voire de plusieurs milliers de supporters.
Parmi eux, Patrice de Peretti, alias Depé, est resté une figure tutélaire des ultras de l'Olympique Marseille. Son décès à 27 ans fait partie de sa légende, mais sa vigueur dans l'exercice de la direction chorale est resté lui aussi dans les mémoires. Pour lui, chanter du début à la fin du match était le devoir de tout supporter qui se respecte.
>> A écouter, Théophile Bonjour à propos des "capo":
Depé est resté dans les mémoires, et il est même entré dans un chant des supporters de l'OM: "Chanter comme Depé". Décidément, on aurait tort de négliger la bande-son du match.
Francesco Biamonte/ld