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avec quelques détails l'instruction directe que nous pensons allier à cet enseignement, puis les divers exercices qu'il convient de combiner avec elle, afin d'obtenir la culture de l'esprit que nous avons en vue.
CHAPITRE PREMIER.
FACULTÉS INTELLECTUELLES DES ÉLÈVES DU COURS DE LANGOE MATERNELLE,
I. T LEUR DÉVELOPPEMENT.
s jer. Indication de ces facultés. La mère suppose dans son enfant encore muet toutes les facultés intellectuelles qu'elle se sent en elle-même; bien qu'elle n'en ait pas une idée assez lumineuse pour pouvoir distinguer convenablement leur nature individuelle et leur enchaînement mutuel. Les instituteurs dignes de ce nom ne sauraient se contenter de ce crépuscule. Ils professent un art auguste qui demande le grand jour pour être dignement exercé, et pour procurer aux générations qui s'élèvent, tout le bien qu'il leur promet.
Les philosophes, empressés de relever tous les détails et toutes les nuances que présentent les facultés intellectuelles, étendent beaucoup l'énumération qu'ils nous en fournissent. Nous prendrons ici conseil du besoin, et nous nous en tiendrons aux seules facultés essentielles et faciles à distinguer. Ce sont : 1° Le sens, ou la faculté de recevoir des impressions du dehors ou du dedans ; 2° celle de saisir les rapports et la liaison des objets que l'expérience nous présente, ou l'intelligence; 3o celle de nous souvenir de ce que nous avons pensé, ou la mémoire; 4° enfin la faculté d'inventer des choses que l'expérience ne nous a pas offertes de la même manière, ou bien , en un seul mot, l'imagination. Que l'on ne craigne pas que la vieille habitude que j'ai de philosopher m'écarte un instant de mon grand sujet pratique.
Le sens ou la faculté de recevoir les impressions. – Le sens est la base de notre vie, car c'est lui qui met en acvité tous les pouvoirs qui constituent notre être. Sa sphère est très-étendue. D'abord, pour commencer par ce qui est le plus loin, il nous donne la connaissance du ciel étoilé, de la terre, ainsi que des changements continuels qui s'y passent. C'est l’æil surtout qui nous rend en cela les plus grands services, et depuis l'invention du télescope et du microscope, il a étendu son domaine sur deux mondes nouveaux, celui des infiniment grands et celui des infiniment petits. Au reste, doués de la foi qui naît avec nous, comme un supplément de notre petitesse individuelle, nous étendons notre faculté de percevoir en y ajoutant celle de nos semblables; et c'est ainsi qu'il nous est donné de vivre dans tous les lieux sur notre globe et dans tous les temps.
Le sens a un domaine plus rapproché de nous, mais qui est incomparablement plus petit; puisqu'il ne sort pas de l'étroite périphérie de notre corps. De là nous arrivent diverses sensations qui nous indiquent, sans doute avec quelque obscurité, les diverses parties de notre organisation intérieure, leur jeu, leur état, leurs besoins. Ce monde en petit, comme les anciens aimaient à l'appeler, fournit une ample matière aux observations du noble étranger qui partage ici-bas la condition de son enveloppe terrestre, pour jouir de ses indispensables services.
Enfin cet étranger dans le monde corporel a un objet immédiat que lui révèle le sens intime. Cet objet c'est le moi, avec tout ce qu'il est , pense, veut, souffre et fait lui-même, avec tout ce qui se passe dans le plus profond secret de son inviolable intérieur. Ici se manifestent les puissances innées de l'âme avec leurs directions primitives , et celles qu'elle se donne librement elle-même. Il y a là une psychologie tout entière à étudier; livre toujours ouvert pour nous, mais hélas! si peu consulté, que la plupart des adultes ne daignent pas y jeter un regard. Il est vrai qu'il faut apprendre à y lire, et en donne-t-on seulement l'alphabet à la jeunesse?
En général les sens nous transmettent toujours les impressions qui leur correspondent; et ce n'est pas leur faute, si nous sommes dans l'ignorance de ce qu'il nous importe de savoir; c'est la nôtre. Pour bien voir il faut regarder, pour bien entendre il faut écouter, et ainsi de tous les autres sens, qui ne manquent pas de nous donner les impressions qui sont de leur ressort; mais des impressions qu'il faut recueillir avec attention, et même solliciter avec soin, si nous voulons être instruits de ce que nous ne pouvons apprendre que d'eux. Le sens est une faculté tout à la fois passive et active; passive en tant qu'elle reçoit les impressions; active en tant qu'elle se les approprie pour en faire son profit.
L'intelligence. — Elle est mise en activité par le sens, qui non-seulement amène sans cesse des objets devant sa pensée, mais qui leur ajoute encore des stimulants agréables ou désagréables pour la tenir en éveil. Ces stimulants ne laissent pas dormir ce moi humain qui est tout à la fois un être pensant et sentant. Comme être pensant il compare les objets fournis par l'expérience, il juge de leur ressemblance ou différence, de leur liaison mutuelle comme causes et effets; il les range par classes; il raisonne en montant du particulier au général, ou en descendant du général au particulier; enfin il forme des systèmes de pensées sur toute espèce d'objets, souvent par de fort longues combinaisons.
Tout ce travail ne se fait point arbitrairement, mais il est naturellement régi par deux grands principes qui nous sont donnés avec l'intelligence, pour la conduire au vrai et l'écarter du faux. Ces principes sont ceux de l'harmonie et de la cause suffisante. L'empire du premier s'étend sur tout le domaine de la pensée, pour en exclure toute contradiction et mettre tout en parfait accord. Le second ne porte que sur l'enchaînement des causes et des effets. Il faut les examiner l'un et l'autre de plus près.
L'intelligence, guidée par le principe de la cause suffisante, peut se promener dans le monde des corps orga
niques et inorganiques, et passer de là à celui des esprits, en partant du moi qui en est la clef. Elle peut aussi envisager les rapports mutuels entre l'esprit et le corps. Partout elle rencontre des choses qui dérivent d'autres et les supposent. Souvent les chaînons se multiplient beaucoup, tenant tous les uns aux autres, et elle n'est satisfaite que lorsqu'elle est arrivée au premier, et de là au point d'appui qui porte toute la chaîne; car celle-ci seule est à ses yeux la cause suffisante. C'est ainsi qu'elle remonte du genre humain à ses premiers parents, et de ceux-ci à leur invisible Auteur, qu'elle place sur le trône de cet univers; univers qui ne s'est pas plus fait lui-même que les premiers hommes ne se sont faits. Et telle est la plus sublime, la plus consolante comme la plus naturelle des pensées humaines. Celui qui ne l'a pas conçue n'est pas encore arrivé à la hauteur de l'humanité; ou bien il est tombé au niveau du stupide animal, si l'ayant eue autrefois, il l'a perdue dans la suite. Cette chute peut être l'égarement d'une curiosité intempérante dans ses recherches; mais il n'est que trop vrai que le vice ouvre aussi un chemin à l'incrédulité, parce qu'il a besoin d'impunité comme de licence.
En vertu du principe d'harmonie qui est inné en nous, nous admettons comme vrai tout ce qui est d'accord avec les pensées que nous avons déjà conçues précédemment, croyant, à tort ou à raison, qu'elles étaient des images fidèles de leurs objets. D'un autre côté, nous repoussons comme fausses toutes les idées qui, en se présentant à nous, nous paraissent opposées à celles que nous avons admises comme vraies. En général l'intelligence humaine cherche la vérité ou l'accord de ses pensées entre elles et avec leurs objets. Elle repousse décidément l'erreur ; parce que l'erreur, dès qu'elle paraît , est contre nature pour elle. On peut bien, par un intérêt quelconque, proférer une fausseté reconnue, mais on ne peut pas y croire soi-même. Nous sommes nés pour la vérité comme pour la pensée.
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· Au principe d'harmonie, qui est comme l'âme de notre âme, se trouve naturellement réunie une échelle d'estimation. Elle fixe le prix des choses d'après les différentes qualités qui les distinguent les unes des autres. D'après cette espèce de tarif, que nous n'avons pas fait et que nous ne saurions changer à notre gré, l'esprit vaut incomparablement plus que l'aveugle matière, l'homme vaut plus que l'animal, un corps organique plus que celui qui n'est pas organisé. Ce sont là les grands traits du tarif; les autres descendent dans le détail.
Continuation. — Il y a dans le domaine de la pensée humaine un département auquel je donnerais volontiers le titre de sacré, c'est celui de la morale. L'enfant qui de la famille arrive à nos leçons, y est déjà entré depuis quelque temps. Autrefois il jugeait des actions, des paroles et des affections qui étaient à sa connaissance, uniquement par leurs suites agréables ou fâcheuses pour lui. C'est l'intérêt qui était tout; maintenant il a commencé à saisir les affections, les paroles et les actions en elles-mêmes, et indépendamment de toutes leurs conséquences; il est donc entré dans le monde moral. Je vais placer un échantillon de catéchisme , faisant les questions d'après l'usage, et laissant à l'élève le soin d'y répondre.
Moi. – Pourquoi ne devez-vous rien prendre à la maison sans la permission de vos parents ?
LUI. Parce que ce qui est à la maison, leur appartient, et non pas à moi.
Moi. – Pourquoi devez - vous chercher à leur faire plaisir?
LUI. — Parce qu'ils m'aiment, et qu'ils ont eu soin de moi jusqu'à présent.
Moi. – Pourquoi devez-vous croire à ce qu'ils vous disent?
LUI. — Parce qu'ils sont plus éclairés que moi.
Moi. – Pourquoi devez-vous rendre ce que l'on vous a prêté pour un temps ?
Lui. Parce que cela n'est pas à moi.