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02. Nourrice
Les fréquents décès de mères en couches et certaines croyances relatives aux méfaits de l'allaitement font de la mise en nourrice une nécessité. Les nourrices existent déjà sous l'Antiquité, et les couches aisées de la population y ont encore recours pendant le Moyen Age et sous l'Ancien Régime. Grâce à l'influence de Jean-Jacques Rousseau, et, plus tard, à celle des médecins, l'allaitement maternel est revalorisé dès la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Ordonnance sur la peste du 14 août 1564
Au milieu du XVIe siècle, si les autorités n'ont pas les connaissances scientifiques suffisantes pour comprendre comment se répand la peste, elles savent que c'est une maladie contagieuse. Pour éviter l'épidémie, elles isolent les personnes - y compris les nourrices - en contact avec les malades. Voici les deux articles qui les concernent :
"Celle qui aura allaicté une fois ung enfant d'une femme malade demeurera douze jours enfermée.
Celle qui prendra à nourrir l'enfant d'une mère qui seroit morte de peste, après avoir esté l'enfant lavé de vin et remis à la nourrice, elle demeurera vingt jours enfermée" (PH 1765).
Deux pages de la Feuille d'Avis de Genève
31 janvier 1789, p. 46-47
Les familles genevoises de la fin du XVIIIe siècle se servent couramment de la Feuille d'Avis, créée en 1752, pour trouver des nourrices. De la même manière, les mères capables de prendre un bébé en nourrice annoncent leur disponibilité. Sur une page, sous la rubrique " Conditions demandées ", figurent trois demandes de nourrices, et, sous " Conditions offertes ", trois offres, ainsi que trois annonces de femmes qui se proposent pour garder des enfants.
Annonces de la feuille d'Avis, 31 janvier 1789
" Pour la St. Pierre, une laitière de bonnes moeurs, munie de bonnes recommandations, s'adr. au Sr. Gros, à la Petite-Pommière. "
" Une servante protestante qui aimât les enfans, qu'elle fût douce, d'âge mûr, propre, robuste & qui sache faire un peu de cuisine ; s'adr. Chez Mme Bry, maison Raffinesque à Pleinpalais "
" Une jeune nourrice de bonne santé, qui accouchât au commencement de février : on voudroit qu'elle eût déjà nourri , et on la prendroit à la maison. S'ad. Chez Madame Mallet de Tournes, rue de Beauregard "
" Une jeune femme dont le lait a 2 mois, offre de nourrir... "
" Une fille offre de servir en ville pour soigner un enfant ou faire de gros ouvrages de ménage ; S'adresser... "
" Une nourrice dont le lait a 15 jours offre..."
" Une fille de très bonnes moeurs & dont l'on peut donner de bons témoignages, s'offre pour femme de chambre ou fille d'enfans dans l'étranger ; ... "
" Une très bonne nourrice, saine & robuste, dont le lait est frais, s'offre... "
" Deux filles s'offre pour fille d'enfans ou autres services, ... "
Page de l'Annuaire du Département du Léman, avec la Société de charité maternelle, 1814
Napoléon Bonaparte crée de telles sociétés dans tous les chefs-lieux de département. En sa qualité de chef-lieu du Département du Léman, Genève en possède aussi une. Pour obtenir les secours de la Société, les femmes de milieu modeste doivent remplir certaines conditions; elles doivent notamment s'engager à nourrir elles-mêmes leur enfant : " Les conditions sont [...] que la légitimité de l'enfant soit constatée par acte de mariage des parens, que leur réputation soit bonne [...]. Il faut en outre que la femme qui se présente s'engage à nourrir son propre enfant; elle perd les secours de la Société, si dans le cours des quatorze mois de l'adoption elle vient à mettre son enfant en nourrice sans y être forcée par la maladie ". Dans le Conseil siègent de nombreuses femmes issues de milieux aisés; exclues de la vie politique, elles trouvent dans les tâches liées à la maternité et à la petite enfance une manière de participer à la vie publique (p. 206-207).
Le carnet de bébé, avec les courbes comparées du poids de deux bébés genevois, René, né en 1900, et Robert, né en 1946
Dès la fin du XIXe siècle, les mères sont encouragées à peser régulièrement leur bébé et à suivre l'évolution de son poids pour s'assurer qu'il est en bonne santé (Archives privées 50.22).
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