Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07206.jsonl.gz/245

Malgré une résurgence de la volatilité, les perspectives restent positives pour la dette émergente.
Les marchés émergents ont connu un regain d’incertitude et de volatilité dans le courant du troisième trimestre sous l’effet de la propagation du variant delta dans le monde et des nouvelles mesures règlementaires en Chine. Les performances ont baissé en conséquence, aussi bien pour la dette d’entreprise que pour la dette souveraine et la dette locale, les trois affichant des rendements respectifs de -0,67%, -2,07% et -3,43%. Mais la dette émergente continue à bénéficier globalement de la reprise de l’économie mondiale ainsi que de l’avancée des campagnes de vaccination dans les pays émergents.
Malgré les récents développements en Chine et les prévisions de hausse des taux sur les marchés développés, les perspectives pour cette classe d’actifs restent largement favorables. De nombreux pays émergents ont réduit leurs besoins de financement ces deux dernières années et ont vu une nette amélioration de leurs balances commerciales depuis le début de la pandémie, grâce à la hausse des prix des matières premières et à la constance de la demande. Par conséquent, si la hausse des taux sur les marchés développés pourrait impacter la capacité des pays émergents à accéder à des financements externes, bon nombre de ces derniers sont aujourd’hui moins dépendants des investisseurs étrangers et donc mieux placés pour résister à des sorties de capitaux.
Dans le même temps, la croissance globale des pays émergents devrait rester positive, soutenue par la reprise des marchés mondiaux. La puissance fiscale accrue des marchés développés en particulier a soutenu la demande en biens et services en provenance de ces pays et les politiques post-pandémiques de moratoire sur les dettes continuent à leur profiter. La reprise du commerce mondial après plusieurs années de stagnation devrait, elle aussi, venir soutenir la dette émergente.
Autant de facteurs qui constituent une toile de fond favorable à la dette souveraine en devise forte et à la dette locale des pays émergents. Pour la première, des opportunités continuent à apparaître dans les pays notés «investment grade» et à haut rendement. Les pays émetteurs notés BB comme la Colombie, le Maroc et la Serbie conservent également une certaine attractivité de par leurs écarts de taux importants. Une gestion active reste cependant essentielle pour tirer plein parti de ces opportunités, compte tenu de la diversité, de la complexité et de la dispersion importante des performances d’un émetteur à l’autre. Le bilan pour la dette locale risque d’être plus mitigé, avec des devises qui seront certainement confrontées à des vents contraires dans un contexte de hausse des taux, en particulier pour les pays les plus dépendants de financements étrangers. Mais si les taux locaux seront eux aussi inévitablement affectés, les pays qui auront été en mesure d’améliorer le solde de leur balance comme l’Afrique du Sud, le Brésil et le Mexique seront mieux positionnés que d’autres.
Les mesures règlementaires du parti communiste chinois et en particulier les règlementations et amendes imposées à des secteurs comme l’immobilier, la technologie et l’éducation ont ébranlé le marché de la dette d’entreprise des pays émergents. Les inquiétudes suscitées par l’affaire Evergrande et par les risques de contagion à d’autres émetteurs du secteur immobilier chinois sont venues aggraver l’instabilité. Dans la mesure où ces règlementations entraînent un ralentissement de l’activité et de la croissance en Chine, il pourrait évidemment y avoir des retombées dans le reste des marchés émergents. Mais ces dernières ne seront probablement pas uniformes. Ainsi, les sociétés minières et métallurgiques pourraient être plus affectées que le secteur de l’énergie, la Chine comptant pour 50 à 75% de la demande mondiale en métaux mais pour seulement 10 à 12% de la consommation mondiale d’énergie.
A plus long terme, même si les entreprises des pays émergents continueront à bénéficier de la reprise économique mondiale, les perturbations au niveau des chaînes d’approvisionnement pourraient exacerber les pressions inflationnistes et venir peser sur les marges bénéficiaires. Les coupures de courant que subit actuellement la Chine, qui visent à atteindre les objectifs officiels de consommation énergétique, pourraient déclencher de nouvelles pénuries de marchandises et amplifier ces défis. Mais il faut souligner que ces entreprises restent plutôt solides dans leur ensemble, avec des chiffres d’affaires et des bénéfices avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (BAIIDA) revenus à leurs niveaux d’avant la pandémie pour un certain nombre d’émetteurs. En dehors du secteur immobilier chinois, les effets de levier restent généralement sains et dans certains cas sont même revenus à leurs niveaux pré-Covid. Si le taux de défaut des entreprises des pays émergents pourrait augmenter à l’avenir, ces derniers devraient rester cantonnés dans une large mesure à l’Asie.
La dette des entreprises émergentes constitue donc toujours une solution attrayante pour les investisseurs, d’autant que les écarts de taux restent importants par rapport à ceux des marchés développés. Les entreprises émergentes globalement diversifiées, qui ont été injustement punies par les marchés en raison de certains risques spécifiques aux pays où elles sont basées, offrent également des opportunités intéressantes. En effet, ces risques peuvent entraîner un élargissement des spreads au-delà de ce que les fondamentaux suggèreraient, permettant ainsi d’identifier des émetteurs solides à des prix attractifs, comme cela a été le cas récemment en Chine, en Inde et en Turquie.
Un certain nombre d’incertitudes se profilent à l’horizon, qu’il s’agisse des hausses de taux des marchés développés, du paysage politique et règlementaire en Chine ou des tensions géopolitiques. Bien que ces facteurs créent de la volatilité à court terme, ils représentent également des opportunités d’identifier et de capitaliser sur les inefficacités du marché. Toutefois, une analyse fondamentale bottom up reste primordiale, non seulement pour identifier les pays et les entreprises qui pourraient se révéler défensifs en période de turbulences, mais aussi pour éviter les plus faibles émetteurs et naviguer au mieux les risques.