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Tous contre l'UDC!
Les commentateurs politiques, tout en prenant acte des succès répétés et durables de l'Union démocratique du centre, tout en lui accordant le «droit» à un deuxième siège au Conseil fédéral, continuent à rejeter ce parti. Un candidat de l'UDC peut bien être honnête, courtois, compétent et collégial, il n'en reste pas moins un individu douteux et, au fond, moins fréquentable qu'un révolutionnaire gauchiste.
La simple concurrence électorale ne permet d'expliquer cette attitude, que les partisans de l'UDC jugent injuste et intellectuellement malhonnête. Pour la comprendre, il faut aller aux fondements mêmes de la démocratie moderne.
La personne humaine est un mélange, en principe indissociable, de corps et d'esprit. Ce n'est pas nouveau. Par l'esprit, l'homme partage quelque chose d'essentiel avec tous les hommes de tous les temps. Par le corps, il est lié à un lieu et à une époque. Il est défini par des liens de proximité et d'histoire. Il fait partie d'une communauté qui partage les mêmes références, les mêmes mœurs, la même langue, la même éducation.
En tant qu'elle est enracinée, cette communauté s'affirme irréductible aux autres communautés politiques. Elle se considère même comme supérieure à elles pour tout ce qui se passe sur son territoire. Ses membres sont pourvus par naissance de droits et d'avantages auxquels les étrangers n'accèdent que sous conditions.
L'UDC fonde son action sur la défense de cet enracinement. Elle combat tous ceux qui en nient l'importance, voire la réalité, au nom de l'universel humain. Cela revient à dire qu'elle combat peu ou prou tous les partis, car c'est bien dans une perspective universaliste que ces partis plaident tous, à des degrés divers, en faveur de la supranationalité européenne et mondiale, que ce soit au nom du marché (la droite), de la rationalité (l'administration et la technique) ou de la justice (la gauche). L'UDC, seule contre tous, refuse la dissolution des spécificités suisses dans la mondialisation. Elle rencontre sur ce point un accord croissant de la population.
Mais la démocratie n'est pas simplement une mécanique permettant de distribuer le pouvoir en fonction des désirs du peuple dit souverain. Son principe fondamental, «un homme, une voix», l'oriente du côté de l'universel plus que de l'enraciné, de l'égalité plus que de la diversité. La démocratie tend à égaliser les statuts et à réduire les différences, notamment entre les nationaux et les étrangers.
Le crime de l'UDC consiste en ceci qu'elle retourne la mécanique démocratique contre le principe égalitaire qui la fonde. Elle utilise l'égalité juridique des électeurs contre l'égalité morale des personnes. C'est en raison de cette «trahison» métaphysique qu'elle est jugée infréquentable.
(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 3 novembre 2015)