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|Le triglyphe harmonieux chante avec la colonne|
Et l'on croirait vraiment que tout le temple sonne.
Goethe, Faust, II, v. 6447.
Le sanctuaire par excellence dont la Grèce ancienne a laissé les vestiges prestigieux au regard des visiteurs contemporains est le temple comme
forme architecturale indépendante. Mais ce type de lieu sacré
n'épuise pas, tant s'en faut, la notion grecque de "sanctuaire".
Forme substantivée
de hieros
, l'un des termes qui recouvrent, en grec, les notions
de "sacré" et de "saint", to hieron
évoque un lieu consacré, que ce soit un espace en plein
air, un bois ou une construction plus ou moins élaborée.
Hieron
est l'expression la plus générale du sanctuaire.
Son espace est distinct de ce qui l'entoure et, pour marquer cette
séparation, le grec possède le terme de temenos
(temno
, "découper") qui implique au minimum
quelques bornes mais peut aller jusqu'à l'enceinte construite.
L'élément essentiel du hieron
est l'autel (bomos
)
sur lequel prennent place offrandes et sacrifices aux dieux.
Le hieron
le plus élémentaire est donc constitué d'un
autel au sein d'un espace conçu comme sacré et inviolable,
mais dont les procédures de consécration sont mal
connues. Le choix du lieu peut relever de l'initiative divine (le
foudroiement, par exemple), d'un sentiment de présence divine
en un lieu naturel (source, grotte, orée de bois, etc.) ou
d'une planification urbanistique, comme dans le cas des colonies.
Au hieron
élémentaire peut venir s'adjoindre
un temple (naos
) plus ou moins imposant, chargé d'abriter
la statue de culte et des ex-voto. Toutefois, le temple n'est pas
conçu comme lieu de réunion de fidèles. Il
est surtout un objet de prestige pour la communauté qui doit
consentir un effort financier considérable pour en mener
la construction à bien.
La forme
du temple monumental - dont l'exemple le plus ancien est l'Héraion
de Samos (± 800 av. J.-C.) - conservera ses caractéristiques
essentielles tout au long de son histoire (cf. plans) : un bâtiment
long et étroit, sur un soubassement à degrés
(krepis
), entouré d'une colonnade (péristyle)
et surmonté d'un toit dont la double pente, assez faible,
crée un fronton de part et d'autre; entre les chapiteaux
des colonnes et le toit court une série de reliefs (triglyphes
et métopes) ou une frise continue, tandis que des sculptures
peuvent décorer les angles des versants du toit (akroteria
).
Ces décorations sont recouvertes d'enduits colorés.
La statue de culte se situe au fond du local intérieur (naos
),
face à l'entrée orientale qu'entoure un porche de
colonnes. Ce local peut être précédé
d'un vestibule (pronaos
) et suivi d'une chambre arrière
(opisthodome). Ces éléments donneront lieu à
des variations, notamment quand la fonction oraculaire ou médicale
d'un dieu nécessite des dispositions particulières,
mais la structure en restera remarquablement stable.
Les besoins
du culte imposaient parfois l'édification d'autres bâtiments
ou d'autres structures. On trouve ainsi des trésors renfermant
les offrandes ou des portiques où elles étaient suspendues,
des salles à manger pour d'éventuels repas pris sur
place après le sacrifice. Les sanctuaires à vocation
mystérique, comme celui d'Éleusis, intégraient
des constructions spécialement vouées à l'initiation.
Dans les vastes lieux de pèlerinage et de cure, comme à
Épidaure, des portiques destinés au repos des fidèles
permettaient au dieu de se manifester en songe. Les divers concours
organisés dans le contexte des sanctuaires requéraient
aussi des bâtiments spécifiques : salles d'exercice,
gymnases, vestiaires ou même théâtre pour les représentations
dramatiques. Certains sanctuaires très vastes disposaient même
de terres sacrées, dont ils pouvaient tirer des revenus.
Le culte domestique,
pris en charge par le père de famille, n'exigeait pas de dispositif
particulier et le foyer de la maison recevait les offrandes, en tant
que "lieu du culte" de la maisonnée. Des autels portatifs
ou des structures provisoires permettaient également d'honorer
les dieux indépendamment de tout sanctuaire permanent.