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Notre capital culturel influence notre santé
22 mai 2017
Le mercredi 17 mars, lors de la dernière séance du Forum 2017, le sociologue de la santé de l’Université de Bern, Thomas Abel, est venu présenter une partie de son travail sur l’impact du capital culturel sur la santé. Le statut socio-économique est le concept dominant lorsqu’on parle des inégalités de santé mais Thomas Abel explique qu’il est nécessaire de le revisiter car le concept est problématique. Pour lui, se concentrer sur les ressources différentes que possède une personne est une meilleure façon d’aborder les inégalités de santé.
Thomas Abel pense que la « Fundamental Cause Theory » est une avancée pour penser les inégalités sociales de santé, même si davantage de recherches est nécessaire. Cette théorie avance que si l’association entre le statut socio-économique et la mortalité a persisté au cours du temps, malgré des changements dans les maladies et les facteurs de risques, c’est parce que le statut socio-économique englobe une série de ressources flexibles (le prestige, le savoir, le pouvoir, l’argent, les connections sociales, etc.) que certaines personnes ont et d’autres pas, et qui protègent la santé..
Thomas Abdel défend le fait que le capital culturel, et non pas le capital économique ou social, est le capital le plus important au niveau des inégalités de santé, du moins dans un pays riche comme la Suisse. Le capital culturel est constitué de l’ensemble des ressources culturelles que possèdent un individu. Bourdieu définit trois types de capital culturel : le capital incorporé, objectivé et institutionnalisé. Les ressources culturelles dont disposent les individus pour maintenir et améliorer leur santé et leur qualité de vie diffèrent suivant le niveau de capital culturel de chaque individu. Cependant, Thomas Abel souligne qu’il est difficile, mais possible, de mesurer de telles ressources culturelles liées à la santé.
Thomas Abel explique que les différentes formes de capitaux sont en constante interaction et influencent la reproduction sociale des inégalités de santé à travers l’acquisition des différents types de capitaux, leur transmission et leur multiplication.
Le discutant, Piet Bracke, professeur à l’Université de Ghent, soulève que Thomas Abel pourrait davantage prendre en compte le contexte. En clair, il s’agit de comprendre comment les sociétés incorporent les différents « capitaux » (économique, social, ou culturel) en lien avec les questions de santé, et de comprendre quelle forme de capital est importante pour la santé, dans des contextes sociaux, économiques et historiques différents (vision macro). Le fait d’utiliser des concepts dont le niveau d’abstraction est élevé, tel que le concept d’ « habitus » chez Bourdieu par exemple, peut mener à des explications anhistoriques, qui ne prennent pas en compte le contexte de production des phénomènes. Par ailleurs, il a souligné le fait que les capacités (capabilities / l’agency) des individus était directement liée aux capitaux à disposition : plus les personnes ont de capitaux, plus elles ont de possibilités, d’options différentes, pour être en bonne santé.
Finalement, Bracke a interrogé la posture normative de nombreux chercheurs qui partent de l’idée que le but principal de l’existence était d’être en bonne santé. Mais devons-nous être nécessairement en bonne santé ? Est-ce nécessairement le but prioritaire de l’existence des individus ? Piet Bracke pense que non.
Laurence Dufour et Lauriane Favez, 19 mai 2017
Blog du forum de recherche sociologique