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Des employés de banque à Genève en 1967. [RTS]
La Suisse est un paradoxe en matière de commerce international. C'est depuis le territoire helvétique que s'échangent 55% des stocks mondiaux de café, 65% de la production de coton et 40% de celle du pétrole. Et tout cela, sans produire ni extraire aucune de ces ressources sur le territoire national. Alors comment une petite nation de montagnes sans matières premières a-t-elle pu se hisser au rang de géant du négoce international ? Cette anomalie économique s'explique par une conjonction de circonstances favorables. Explications en archives.
Une convergence de compétences
Dès 1952, le président égyptien Nasser nationalise les entreprises de son pays. Le but du dirigeant est de redistribuer les richesses au peuple, plutôt que de laisser une petite minorité, souvent étrangère, s'accaparer les biens du pays. Il s'agit également de se libérer du joug colonial britannique. En 1962, le raïs s'explique sur cette nationalisation.
De nombreux cotonniers juifs sont également sommés de quitter l'Egypte après la crise du canal de Suez avec Israël. En majorité francophones, certains décident de s'établir en Suisse romande, à Genève et Lausanne notamment. Quand l'Egypte aura besoin d'écouler sa production de coton, les représentants de cette diaspora se chargeront de reprendre le commerce du coton égyptien qu'ils connaissent déjà parfaitement. C'est ainsi que plusieurs entreprises de négoce de coton s'implantent en Romandie.
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Les cotonniers égyptiens n'ont pas choisi la Suisse au hasard. Le pays possède depuis près d'un siècle un savoir-faire en matière de négoce. Dès la première moitié du 19ème siècle, des pionniers comme Henri Nestlé se lancent dans le commerce de matières premières. Peu à peu, des entreprises actives dans ce secteur s'installent dans le pays. L'entreprise américaine de produits agricoles Cargill s'implante en Suisse en 1956. Dans son sillage, d'autres compagnies leaders en négoce agricole viendront s'installer en Suisse romande, à l'instar de Louis Dreyfus, Bunge et ADM.
La Suisse est également une des plaques tournantes du négoce de pétrole. La ville de Genève est devenue la troisième place financière mondiale d'échange d'or noir. Les pétroliers russes notamment ont grandement contribué à cet essor. Généralement discrets sur leur travail, les traders de l'entreprise Mercuria Energy Group à Genève ont ouvert les portes de leurs bureaux à l'émission T.T.C. en 2008.
La marine
Les entreprises de négoce ont à leur disposition leur propre flotte pour transporter les matières premières d'un point à l'autre du globe. Mais la Suisse possède également sa propre flotte marchande.
Bien qu'elle ne dispose pas de littoral, la Suisse a toutefois un accès direct à la mer grâce au Rhin, qui mène de Bâle jusqu'à la mer du Nord. Aujourd'hui, la marine marchande helvétique est la 5ème plus importante au niveau européen, d'une taille comparable à celle du Royaume-Uni ou de la Norvège. Au niveau mondial, la marine suisse occupe la 11ème place. En 2016, elle dispose de 812 navires pour un tonnage de 42 millions.
A l'origine, la flotte marchande suisse a été créée à la fin des années 1930 pour acheminer les biens de première nécessité en temps de guerre. Le pavillon suisse n'existait alors même pas. Les navires et les équipages de la flotte helvétique étaient tous étrangers, comme nous l'explique un officier de la marine marchande en 1970.
Les banques
Le négoce de matières premières a besoin de financement pour se développer. Avec la présence de nombreuses banques étrangères et un savoir-faire renommé en matière bancaire, la Suisse possède de nombreuses qualités pour attirer les investisseurs. La stabilité du pays et sa position géographique centrale en Europe jouent aussi en faveur de la place financière suisse.
Ce document de 1964 aborde une autre spécificité du système bancaire suisse qui a joué un rôle important jusqu'à son abandon en 2009 : le secret bancaire. Il a largement contribué à la réputation internationale du système bancaire helvétique.
C'est à Genève en 1974 qu'un banquier et un homme d'affaires ont l'idée de mettre sur pied un nouveau genre de prêts bancaires pour permettre l'achat de cargaisons de pétrole. Jusque là, les prêts étaient alloués en fonction des actifs de la société qui demandait le crédit. Mais les deux hommes ont une idée. Ils mettent au point un financement accordé sur la valeur de la cargaison et non plus sur le bilan de l'entreprise. Cette nouvelle méthode signe un tournant essentiel pour le commerce international.
Le banquier, Christian Weyer est employé de BNP Paribas et débute dans l'activité encore marginale de financement du négoce international. L'homme d'affaires, Marc Rich, n'est pas un inconnu dans ce business. Il est actif dans le commerce de matières premières et plus spécifiquement le domaine du pétrole. Personnage aux activités controversées, Marc Rich est le fondateur de l'entreprise de négoce basée à Zoug, Glencore.
A l'occasion du décès de ce dernier, la RTS dresse le portrait de celui qui a incarné et posé les jalons du trading moderne. Et de ses dérives.
L'inspection internationale
L'inspection, comme les montres et le chocolat, c'est une spécialité suisse. Le leader mondial dans ce domaine, la SGS, est installé en Suisse depuis 1915. Si le commerce de matières premières a pu se développer en Suisse, c'est aussi grâce aux entreprises de surveillance et de certification.
Concrètement, comment ça marche ? Des inspecteurs se chargent de vérifier la qualité et la quantité des marchandises destinées à l'exportation ou à l'importation, pour le compte d'acheteurs ou de vendeurs étrangers. Cette prestation évite aux parties impliquées dans la transaction d'avoir à se déplacer sur le lieu, parfois lointain, où se trouve la marchandise. En 1987, l'émission Echo se rend à Hong Kong pour suivre le travail des inspecteurs de l'entreprise neuchâteloise Inspectorate.
Si les autorités douanières d'un pays sont défaillantes, les entreprises de surveillance peuvent aussi purement et simplement prendre leur place. Dans ce reportage de 1995, on découvre que l'entreprise suisse SGS s'est substituée aux instances douanières sénégalaises afin d'endiguer la corruption.
L'héritage
Selon les statistiques de 2018, près de 10000 personnes travaillent dans le domaine du négoce de matières premières en Suisse. Près de 45% d'entre elles travaillent à Genève, le reste se répartit entre le Tessin et Zoug. Loin d'être anecdotique, ce secteur économique représente 4% du PIB suisse, et même 22% des recettes fiscales pour le canton de Genève.
Anne-Isabelle Gomez pour les archives de la RTS