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Victor-Yves Ghebali explique à Frédéric Burnand pourquoi la Suisse a tout intérêt à rester en dehors d'un conflit.Ce contenu a été publié le 04 février 2003 - 09:40
Berne anticipe les conséquences d'une guerre en Irak en annonçant la tenue à Genève d'une rencontre humanitaire.
La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, l'a annoncé lundi à Berne, au terme d'une réunion avec les commissions de politique extérieure du Parlement. La Suisse organisera une rencontre humanitaire ce mois à Genève.
Il faut dire que la position helvétique sur la crise irakienne est très claire. Elle a été à nouveau précisée le 22 janvier dernier. «Il importe que tous les moyens pacifiques soient exploités avant que l'emploi de la force ne soit envisagé», affirme le gouvernement suisse.
Berne estime en outre que le Conseil de sécurité de l'ONU doit adopter une nouvelle résolution qui autorise l'usage de la force contre le régime irakien.
Faute de quoi, la Suisse appliquera son droit à la neutralité dans un conflit mené sans l'aval des Nations Unies. Une position applaudie par Victor-Yves Ghebali, professeur à l'Institut genevois de hautes études internationales.
swissinfo: En cas de guerre sans l'aval de l'ONU, la neutralité helvétique est-elle tenable longtemps?
Victor-Yves Ghebali: Elle est tenable pour deux raisons. La première est qu'il s'agit d'une très mauvaise guerre. J'étais pour la première guerre du Golfe. J'ai également soutenu l'intervention de l'Otan au Kosovo.
Mais cette fois ci, il n'y a aucune raison valable de faire cette guerre, si détestable que soit le régime de Saddam Hussein.
Ce régime ne constitue pas une menace directe contre les Etats-Unis. Washington n'a toujours pas apporté la preuve de liens entre le réseau terroriste Al Qaïda et le régime de Saddam Hussein.
Par ailleurs, une guerre menée sans l'ONU est une guerre illégale. La Suisse aurait donc parfaitement raison de rester en dehors de cette affaire. Et ce, d'autant plus que les Etats-Unis, depuis quelques temps, ne montrent guère d'égard vis-à-vis de la Suisse.
swissinfo: Ne pourrait-on accuser la Suisse de complaisance à l'égard de Saddam Hussein, comme on l'a fait pour son attitude durant la Seconde guerre mondiale?
V.-Y. G.: Non, je crois que ce serait tout à son honneur de rester en dehors de cette guerre qui, encore un fois, n'est pas comparable avec les interventions précédentes.
En revanche, s'il y avait une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui avalisait cette guerre contre l'Irak, les accusations que vous évoquez auraient plus de fondement.
swissinfo: Cette position de neutralité ne devient-elle pas d'autant plus difficile à tenir que l'Europe est elle-même divisée sur la question?
V.-Y. G.: Certainement. Il y a apparemment deux camps. Mais je pense qu'il serait davantage dans la tradition de la Suisse de faire partie du camp des pacifistes et donc de se démarquer des gouvernements qui prônent un alignement inconditionnel sur Washington.
swissinfo: Cette fracture ne risque-t-elle pas d'éclater à l'intérieur même de la Suisse. Dans le passé, certains partis ont en effet déjà privilégié le lien transatlantique au détriment de l'Europe?
V.-Y. G.: C'est bien possible. Mais il faut savoir de quel lien transatlantique il s'agit. Car l'Amérique de Georges W. Bush n'est plus la même que celle des administrations précédentes. Il faut donc être extrêmement prudent face au gouvernement actuel.
D'autre part, il semble bien que la très grande majorité de l'opinion publique suisse et européenne soit contre cette guerre.
swissinfo: La position de principe défendue par la Suisse risque donc d'affecter encore ses relations avec les Etats-Unis?
V.-Y. G.: S'il s'agissait de la France, il y aurait des répercutions. Mais la Suisse n'a pas d'énormes intérêts économiques au Moyen-Orient. Et, de toute façon, les relations entre Etats fluctuent au gré des gouvernements qui passent.
Donc, sauf intérêt économique prépondérant, la Suisse n'a rien à gagner à être dans le camp des va-t-en guerre.
swissinfo, propos recueillis par Frédéric Burnand
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