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Le troisième des châteaux de Bellinzone, le castello di Sasso Corbaro, fut édifié à peu près en même temps que la Murata, sur une élévation rocheuse isolée, d'où il domine Montebello. Une modeste tour d'habitation et de défense semble avoir déjà été construite à cet endroit vers 1400. Les travaux d'agrandissement entrepris après 1478 comprenaient un carré de murs contigu à la tour déjà existante, une tourelle d'angle, une cour intérieure et un corps de logis. Au XIXe siècle, tout l'ouvrage se trouvait dans un état déplorable. Les créneaux s'effritaient, les toits s'étaient effondrés et il fallut de vastes travaux de restauration pour sauver le château de la ruine. Aujourd'hui, l'ancienne tour d'habitation est coiffée d'un toit pyramidal, le chemin de ronde, ses mâchicoulis et ses créneaux bifides ont été reconstruits et les bâtiments d'habitation, recouverts de toits en bâtière, abritent un musée folklorique.
L'entrée du château est fortifiée par une lice crénelée. Sur le front du corps de logis donnant sur la cour, on a ouvert dans les murs des fenêtres en ogive et ménagé des cheminées saillantes, témoins du style d'habitation raffiné que connut l'Italie du Nord au XVe siècle. Du haut de son rocher, la petite forteresse du Sasso Corbaro devait empêcher le contournement du barrage de Bellinzone par les sentiers rocheux du flanc gauche de la vallée.
Aussi longtemps que le duché de Milan forma un Etat politiquement uni, les Suisses n'eurent aucune chance de pouvoir s'emparer de la place forte de Bellinzone. Inversement, il apparut vers la fin du XVe siècle que les fortifications les plus solides ne réussiraient pas à sauver de l'effondrement le royaume des Sforza. En 1499, Louis XII, roi de France, envahit le duché de Milan, sur lequel il prétendait avoir des droits héréditaires, et chassa le duc Ludovico Moro descendant de la famille des Sforza. Celui-ci chercha refuge auprès du roi Maximilien, avec l'aide duquel il espérait reprendre Milan.
Au cours de l'hiver 1499/1500, des soulèvements se produisirent un peu partout dans le duché contre les dirigeants français; à Bellinzone aussi, les citoyens s'insurgèrent et parvinrent à chasser les Français des fortifications. Moro retourna à Milan, mais ne réussit pas à s'y imposer car Louis XII entreprit immédiatement une nouvelle campagne. Il occupa une fois encore Milan et fit Moro prisonnier à Novare. Pendant cette époque troublée, Bellinzone tomba de façon inattendue aux mains des Confédérés. Ses habitants, craignant des châtiments de la part de Louis XII en raison de leur défection, se soumirent à une troupe de mercenaires confédérés qui traversait le pays et dont le capitaine accepta provisoirement le serment de fidélité. La plupart des cantons confédérés ne reconnurent toutefois pas cet acte de soumission, soit par manque d'intérêt, soit par égard pour le roi de France. Ainsi, seuls les cantons d'Uri, de Schwytz et d'Unterwald prirent formellement possession de Bellinzone. Le roi de France ne consentit à reconnaitre cette cession qu'en 1503, lors de la signature du traité d'Arona. Dès ce moment, Bellinzone fut soumise aux trois cantons confédérés primitifs et les trois châteaux changèrent de nom: Castel Grande fut nommé Uri, Montebello Schwytz et Sasso Corbaro Unterwald.
Cet état dura jusqu'en 1798 et pendant toute cette période, les fortifications et le barrage de Bellinzone ne subirent que peu de transformations. Les Confédérés se contentèrent d'exécuter les travaux d'entretien les plus urgents et d'adapter les locaux habités aux exigences de l'époque. Ils firent d'autre part démolir les parties délabrées qui ne leur semblaient pas indispensables.
Lorsque fut fondé le canton du Tessin, au début du XIXe siècle, les fortifications de Bellinzone revinrent à l'État. En 1820, ce dernier fit aménager les bâtiments du Castel Grande en arsenal et en prison. L'installation intérieure de l'aile sud et de la torre Nera rappelle encore cette époque. Pour obtenir plus de place, on construisit également quelques nouveaux bâtiments; hormis une aile, ils ont tous été démolis entre-temps. De vastes travaux de restauration ont été réalisés; ils ont eu pour objet les bâtisses encore debout, en particulier l'aile sud du château, d'une grande valeur historique, Montebello, Sasso Corbaro et les éléments les plus importants des fortifications de la ville.
Les trois châteaux et le bourg fortifié de Bellinzone figurent désormais sur la liste des monuments et des sites du patrimoine mondial protégé par l'UNESCO. Ils viennent s'ajouter aux trois autres biens culturels déjà sélectionnés en Suisse: le Couvent de Saint Gall, celui de Mustair et la Vieille Ville de Berne.
Deux ans d'enquêtes, d'échanges et de négociations à coups d'expertises et de diplomatie ont convaincu l'ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) de l'importance et de l'intégrité de la forteresse. L'ICOMOS a soumis, à son tour, la candidature de l'ensemble monumental à l'approbation du Comité qui l'a ratifiée lors de sa 24e réunion annuelle, qui s'est tenue à Cairns (Australie) en novembre dernier.
Le bien culturel proposé par la Confédération Helvétique et soutenu par une imposante documentation sur son histoire, son intégrité et sa protection, a répondu à tout les critères de sélection.
Les autorités cantonales ont confirmé que l'ensemble monumental était non seulement un témoignage de l'importance de l'architecture militaire au moyen age mais également un exemple unique en Europe de l'évolution d'un site, en constante adaptation aux besoins de l'homme selon les époques et, qu'à ce titre, il méritait tout autant de figurer sur la liste du patrimoine mondial.
En effet, les découvertes préhistoriques, qui remontent à près de 60 siècles, révèlent la présence d'installations humaines depuis le néolithique (IVe siècle av. J.-C.) sur le promontoire rocheux de Castelgrande. Cette barrière naturelle, située sur un lieu de passage étroit au milieu d'une vallée profonde, rellant le nord de l'Europe actuelle au sud, a depuis toujours incité l'homme à construire, transformer et améliorer l'endroit, l'érigeant au cours des siècles en véritable forteresse défensive, allant jusqu'à barrer la vallée de part en part du fleuve Tessin par une muraille.
Il a également été rappelé que la consolidation de l'ensemble s'étant produite entre les XIIIe et XVe siècles, son "authenticité" ou, du moins la vision qui nous en reste, remonte bien à la fin du moyen âge. Quant aux démolitions et aux ajouts successifs, ils furent dictés, le plus souvent, par la volonté de réutiliser les bâtiments selon les nécessités du moment. Mais, c'est néanmoins grâce à la somptuosité du lieu et à sa situation stratégique naturelle, que les ruines furent constamment restaurées et que l'ensemble a survécu jusqu'à nos jours.
La dernière restauration en date, oeuvre de l'architecte Aurelio Galfetti, est un défi contemporain voulu qui permet à la fois une lecture claire de l'histoire de l'Europe à travers l'histoire de la forteresse, et une utilisation fonctionnelle des bâtiments et du parc par les habitants du bourg de Bellinzone, chef-lieu du Canton du Tessin.
Bibliographie