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La doina en musique klezmer
Le développement musical de la doina "juive" (ou klezmer) est lié historiquement et géographiquement à la doina roumaine. Cependant, le but musical en est différent: Alors que la doina roumaine est une chant de berger solitaire, la doina juive est principalement jouée comme forshpil (prélude), afin d'attirer l'attention du public et de le préparer physiquement et psychologiquement à une suite de morceaux plus rapides et dansables, comme une hora hora lente(roumaine), un khosidl, un terkish, un freylekh ou un sher.
En dehors de la danse, la doina jouait un rôle majeur dans la partie rituelle d'un mariage juif traditionnel appelée kale baveynen: C'était alors une mélodie triste destinée à aider le badkhn (maître de cérémonie) à faire pleurer la mariée pour lui rappeler la solennité du moment où elle s'apprête à quitter sa vie de jeune fille pour devenir femme, avec tous les soucis et devoirs que cela va comporter...
Musicalement, la doina juive (comme la majeure partie de la musique klezmer avant le vingtième siècle) n'était pas écrite mais improvisée, généralement par le violon, la flûte ou -plus tard- la clarinette, sur un tempo libre et dans la tonalité des morceaux suivants. L'instrument harmonique, tsimbl ou accordéon, ainsi que la basse plaquaient l'accord de tonique et le soliste commençait à improviser dans cette tonalité ou en entraînant les accompagnateurs à changer d'accord selon son bon plaisir, son goût, ses capacités musicales et son état d'âme. Si la suite d'accords n'était pas prédéterminée, c'était à eux de bien écouter et de sentir le moment de moduler en fonction de la mélodie.
Bien sûr, rares étaient les improvisateurs capables de créer à chaque fois une mélodie entièrement nouvelle et originale. Les klezmorim utilisaient volontiers des "formules" typiques et des figures rythmiques ou mélodiques conventionnelles, souvent connotées d'une signification ou suggérant une émotion: un ostinato évoquait insistance; des trilles suggérait une sorte d'élévation mystique, une transe; le tempo, y compris les accelerandi et les rallentendi, réglaient le niveau d'énergie, de la méditation jusqu'à l'extase; les bending et les dissonances induisaient une tension, etc. C'est la raison pour laquelle on retrouve des similitudes dans les lignes mélodiques de différentes doinas, même interprétées par des solistes différents.
A l'instar de la musique klezmer en général, la doina était liée à la musique liturgique. La majorité des klezmorim avaient reçu une éducation religieuse et passé de longues heures dans leur shul (synagogue) à entendre les khazanim (chantres) et à chanter des prières avec leurs communautés.
L'interprétation de la Tora et des prières juives était généralement assez libre, puisque guide uniquement par les taamey hamikra (ensemble de ~25 signes indiquant la façon de cantiller). Dans le monde ashkénaze, et sous l'influence de l'environnement non juif, cette façon de chanter a donné lieu à l'émergence de shteygers (gammes ou modes) employés typiquement en musique liturgique juive et -plus tard- en musique klezmer, y compris dans les doinas. Ces shteygers étaient liés à des émotions ou à des états d'âme, de la même façon que, dans la musique occidentale, le mode majeur est considéré comme gai, alors que les modes mineurs évoquent plutôt la tristesse. Mais une dichotomie aussi simple n'est pas possible en musique juive, celle-ci étant -à juste titre- réputée pour sa capacité de lakhn mit trern (rire avec des larmes)! Une oreille attentive et ouverte permettra certainement à tous de ressentir cela, alors qu'il est bien difficile de l'expliquer. Il n'est d'ailleurs pas sûr que les interprètes eux-mêmes en aient été capables! Disons que cela fait partie de la magie de la musique...
La meilleure source de doinas juives est la cassette tirée de vieux enregistrements et accompagnée de transcriptions, éditée par Kurt Bjorling <email-pii>.
dernière mise à jour: 21 décembre 2007