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11/01/2013
Le philosophe Thomas Kuhn a soutenu que le développement des sciences se composait principalement (si on fait abstraction de la phase initiale) de deux phases cycliques : la phase de la science normale où une large majorité de scientifiques s'accordent sur un paradigme, et la phase de la science en crise où ce « consensus » de la majorité de la communauté scientifique vole en éclat.
Par paradigme, l'auteur entend : un ensemble de questions, d'interprétations, de problèmes, et de résolutions pertinentes.
La phase de la science normale correspond à une phase où les scientifiques passent leur temps à préciser le paradigme, et à accumuler des résolutions d'énigmes (la pertinence et la définition d'une bonne énigme découlant du paradigme).
La phase de la science en crise correspond à une phase où l'accumulation des anomalies et les limites du paradigme provoquent son rejet, après une période de tentatives de diversifier ses interprétations théoriques. C'est une révolution scientifique : tout est remis à plat, et les fondements de la science sont questionnés.
Par la suite, plusieurs paradigmes en confrontation et en concurrence cohabitent, jusqu'à l'adoption d'un nouveau paradigme par la communauté scientifique.
En appliquant cette théorie du développement des sciences à la société, et à l'économie, on peut proposer quelques commentaires.
Si l'on considère que le capitalisme comme un paradigme en soi, cela signifie que les différentes théories pour sa gestion (keynésiennes, néoclassiques, monétaristes, etc.) ne sont que des diversifications du paradigme.
Les périodes de crise du capitalisme correspondent à la remise en question du paradigme capitaliste, et soit une nouvelle diversification du paradigme l'emporte (comme après la crise de 1929 et la progressive adoption des théories keynésiennes, avant sa remise en question ultérieure), soit si la crise est trop grave, le paradigme est rejeté (c'est une révolution systémique).
Aujourd'hui nous vivons une nouvelle crise, et les hausses des ventes du Capital semblent indiquer que les recherches sur les fondements de notre organisation socio-économique vont bon train. Il est encore difficile de voir quelle diversification théorique du paradigme capitaliste émergera de la crise, ou bien, peut-être que les théories de la gestion du capitalisme approchent de leur fin. Alors, peut-être qu'un nouveau paradigme sera adopté par les populations victimes de la crise. Reste à savoir lequel.