Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07083.jsonl.gz/795

Recherches
Dédicace
Aux sources d’un destin familial
Donation Tessin
Site web réalisé par Lune d’Elle
L’ouvrage d’Adams constitue un excellent résumé de l’histoire et des rites funéraires du Soudan. Un de ses intérêts vient du fait que l’auteur fait référence, certes très timidement, à l’ethnologie du Soudan et de l’Afrique de l’Est pour éclairer certains aspects des sociétés du passé. Ce type d’approche est trop rare parmi les archéologues travaillant dans cette région pour ne pas être soulignée.
Nous diviserons notre analyse en deux parties.
Dans une première partie, nous résumerons les différents chapitres de l’ouvrage (période islamique non comprise) en insistant sur les rituels funéraires. Des remarques personnelles permettront de compléter les données par quelques découvertes récentes jugées significatives et de proposer certains commentaires comme mise en perspective.
Dans une seconde, nous proposerons une ébauche de classement cladistique permettant de rendre compte, selon nous, de l’évolution des sociétés antiques du Soudan.
Les sépultures comportent des inhumations en fosse en position contractée qui ne se distinguent pas des périodes précédentes.
Les fouilles récentes, notamment dans les cimetières de Kadada et Kadruka livrent des structures en fosses plus complexes comprenant notamment des sépultures doubles ou triples ainsi que des dépôts de bucrânes. Ces découvertes montrent que nous sommes déjà en présence de sociétés lignagères en voie de hiérarchisation avec morts d’accompagnement (Honegger 2014 ; Reinold 2000, 2002, 2005 ; Gallay 2016).
Jusqu’à la fin de la 2ème dynastie (vers 2700 av. J.-C.) : établissement de relations commerciales avec l’Égypte. Des marchands égyptiens s’aventurent probablement au delà de la 2ème cataracte. L’Égypte exporte des onguents, du miel, des étoffes et de l’huile contre de l’ivoire et des esclaves. Les Nubiens pouvaient ne pas avoir été engagés dans le commerce, mais recevaient des biens égyptiens pour des services militaires proposés dans le Nord mais la distribution équitable des biens dans les tombes est plus en accord comme résultat d’un commerce pacifique que comme conséquence d’un recrutement forcé.
Les sépultures comportent toujours des inhumations en position contractée dans des fosses simples ou dans des fosses à cavité latérale. Les mobiliers funéraires comportent des accumulations de biens de luxe (objets de cuivre) et de la céramique tournée d’origine égyptienne. Les tombes sont marquées en surface par des tumulus. Un lieu d’offrande délimité par des dallettes verticales peut jouxter le tumulus.
Dès l’Ancien Empire les égyptiens possédaient des monnaies pesées composées notamment de petits anneaux d’or et d’argent, qui fonctionnaient comme de vraies unités de compte dans toutes sortes de transactions et permettaient d’évaluer certains autres produits échangés comme les étoffes (Menu 2001).
Le Moyen Empire est une période de monopole commercial armé à travers un ou plusieurs marchés de l’intérieur. Cela ne concerne pas la mainmise sur le territoire ou la population native ou sur la production (à l’exception des minéraux), qui reste entre les mains nubiennes. Il n’y a pas de mouvement de populations dans les territoires méridionaux.
La présence de fortifications égyptiennes marque l’insécurité de l’époque et la volonté de protéger le monopole commercial.
Les structures sociales ressemblent à celles des Shilluk, plus qu’à celles des Nuer. Les bovinés sont utilisés comme instrument de puissance et dans les rituels comme dans les populations d’Afrique centrale.
Ce sont des sociétés de headmens ou de chiefs, sans rois. Le pouvoir lignager est restreint au niveau du village ou du groupe de villages. Le chef de village gouverne avec un conseil. Si une autorité centrale existe, elle se concrétise dans le « chef des pluies » dont la fonction est plus rituelle que politique.
Les conditions ne sont pas réunies pour l’émergence d’une aristocratie. Les sépultures révèlent des différences de pouvoir et de richesse, non une société où ces différences deviennent formalisées dans des distinctions sociales héréditaires.
La société est guerrière. Des villages fortifiés apparaissent.
L’élevage des bovinés s’accroît comme symbole de puissance, mais ce dernier ne joue qu’un rôle secondaire dans la diète, l’essentiel de la subsistance provenant de l’agriculture.
La Nubie reste un débouché pour les produits du Nord. Les razzias égyptiennes sur le Sud se poursuivent, notamment sous les XIe et XIIe dynasties. Ces opérations produisaient un nombre considérable de prisonniers. Quelques esclaves nubiens ont sans doute été également acquis par commerce, déjà réduits en esclavage par les Nubiens eux-mêmes mais le plus grand nombre semble avoir été capturé directement par les armées égyptiennes. Le commerce des esclaves était largement une entreprise royale égyptienne, sinon un monopole.
Sépultures
Corps en position contractée dans fosse quadrangulaire pouvant être appareillée et couverte d’une voûte. Tumulus circulaire à surface plane et muret périphérique de pierres maçonnées. Enceinte quadrangulaire pour le culte funéraire pouvant jouxter la périphérie du tumulus. Des crânes de bovidés sont trouvés en groupes de six ou plus en association avec les tombes les plus riches. Présence d’animaux sacrifiés, chèvres, moutons, gazelles, chiens dans la chambre funéraire ou dans un puits adjacent.
Il n’y a pas de tombes royales ; les funérailles sont les affaires des lignages. La disparité des tombes observable au cours du temps illustre probablement une croissance des disparités en puissance et en pouvoir.
La monarchie shilluk est un pouvoir politique sacré qui garantit l’ordre social, cosmique et symbolique à travers des rituels fondés sur les mythes, les faits et les gestes de Nyikang, le premier roi (ou reth) shilluk. L’organisation lignagère reste par contre très égalitaire. Cette situation montre l’antiquité du pouvoir politique fondé sur le rapport au sacré et aux puissances cosmiques, indépendamment de l’émergence d’une aristocratie.
La société peut être comparée à la royauté du Dahomey au XVIIIe s. ou à la royauté Baganda de l’Ouganda où le pouvoir n’est pas héréditaire et les successions affichent un jeu complexe d’équilibre des forces entre les clans.
L’autorité est centralisée et la monarchie absolue, mais on ne peut reconnaître une société de classes. Kerma à son apogée devient une monarchie absolue.
L’esclavage est développé à une large échelle.
Les tumulus peuvent présenter des tombes subsidiaires exprimant probablement des liens familiaux.
Les superstructures peuvent présenter des dimensions variables mais pas de différence qualitative
Les inhumations de personnes sacrifiées, distinguent les attachés au personnage central et les esclaves. Les individus sacrifiés peuvent atteindre 400 dans les sépultures les plus tardives et sont les plus souvent des esclaves.
La présence de morts d’accompagnement et l’inflation de ce nombre au cours du temps marque la fragilité du pouvoir central et les compétitions entre clans rivaux (Gallay 2016).
Au Nouvel Empire (Les pharaons de la 18ème dynastie (1570-1293 av. J.-C.) repoussent les Hyksos dans le Delta et reconquièrent la Nubie. Les Égyptiens prennent possession du pays jusqu’à la 4ème cataracte.
La coexistence de tombes du groupe C tardif et d’une majorité de tombes un « Nouvel Empire » démontre la coexistence de deux populations, l’une égyptianisée l’autre continuant une vie tribale.
Structure politico-sociale
Le contrôle royal s’effectue par l’intermédiaire des temples. Les tombes complètement égyptianisées et l’iconographie signalent une stratification sociale entre nobles et serfs remplaçant le premier clivage entre Égyptiens et Nubiens.
Sépultures
Les tombes sont de trois types :
1. caveaux rectangulaires avec petit mastaba peu élevé rectangulaire, corps en position allongées et vestiges en relation avec la momification. Possibilité de tombes collectives ;
2. puits avec chambre funéraire (avec tumulus ? position des corps ?) ;
3. puits rectangulaires avec niche latérale aménagée sur le côté (avec tumulus ? position des corps ?) ;
Les biens déposés sont à 99% d’origine égyptienne alors que les tombes les plus tardives du groupe C sont à 75% d’origine nubienne.
A Kerma, un cimetière du Nouvel Empire révèle des tombes en fosse avec corps en position contractée témoignant de la persistance de coutumes locales fortement ancrées dans la population. Les superstructures, si elles ont existé, ont été détruites par l’érosion. Quelques vestiges de murets latéraux de briques pouvaient avoir supporté la voûte d’un caveau (Bonnet 1977-79).
Piankhi, fils d’un prêtre roi Herihor de Thèbes, (25ème dynastie) est nommé « fils du roi de Kush » dans la deuxième partie du règne de son père (vers 1060 av. J.-C.), mais il est le dernier égyptien à porter ce titre. Début du VIIIe s. ré-émergence de l’autorité séculaire de Nubie. 653 av. J.-C., début de la royauté napatéenne.
Structure politico-sociale
Coexistence entre éléments égyptianisés et non égyptianisés.
La légitimité du roi de Kush et son pouvoir reste sous la sanction des prêtres d’Amon. Royauté héréditaire et succession de frère à frère par ordre de naissance. L’idée que les prêtres peuvent déposer le roi, rapportée par Diodore de Sicile, a probablement été une situation temporaire résultant de la vacance du pouvoir ou de divisions internes au sein de la famille royale.
Société à deux classes : petite élite héréditaire et importante paysannerie. Cette opposition persiste lors de la période méroïtique précoce jusqu’au règne d’Amanishhakhete (fin du 1er siècle av. J.-C. – début du premier siècle de notre ère).
Le fondement du pouvoir repose sur le contrôle du commerce sur la voie du Nil. Importations du Soudan : or des mines du désert oriental, bovinés, peaux, esclaves, plumes d’autruches, ébène et autres produits du Sud. Ce commerce reste peu étayé par les textes, même s’il est supposé par Hérodote. Le contrôle des Nubiens sur certaines mines d’or du désert est attesté par les nombreuses découvertes d’or des sépultures royales.
Sépultures
Coexistence de pyramides, initiées par Piankhi, et de tombes tumulaires.
Deux types de tombes des gens n’appartenant pas aux lignées royales (sans superstructures ?) :
1. tombes rectangulaires à corps non momifié replié déposé sur le côté droit sur un lit avec riche mobilier attribuables à l’aristocratie.
2. Tombes à mobilier pauvre à corps momifié dans coufin, attribuables à des colons égyptiens, artisans ou scribes.
A Sanam, trois types de tombes :
1. Inhumations contractées dans fosse rectangulaire ou ovale. Jarres égyptiennes non retrouvées dans les autres tombes, mais également poteries non tournées de type horizon C et Kerma, attribuables aux populations locales.
2. Tombe avec chambre et escalier d’accès voûte de briques. Corps allongés momifiés dans couffins ou cartonnages. Poterie au tour et autres objets de manufacture égyptienne. Tombes attribuables à des éléments égyptianisés.
3. Simple fosse rectangulaire avec corps allongé. Grandes jarres égyptiennes non retrouvées dans les autres tombes. Mobilier peu abondant, mais poterie au tour de manufacture égyptienne. Tombes attribuables à des éléments égyptianisés.
Tableau. Bilan des données présentées sur les sépultures « communes » de la période napatéenne.
Les sépultures sous tumulus persistent, notamment au nord de la 5ème cataracte.
Dans la nécropole royale d’El Kurru sont inhumés dans des tumuli les chefs locaux de Koush (entre 860 et 760 av. J.-C.) et les premiers rois de Koush de la XXVe dynastie après l’occupation de l’Égypte. Au centre du plateau sont inhumés dans l’ordre chronologique, de Kashta (760-751 av. J.-C) jusqu’à Tanoutamon (664-653 av. J.-C), sauf Taharqa qui a choisi le plateau de Nuri.
La nécropole royale de Nuri, qui ne comprend que des pyramides, commence avec Taharqa (690-664 av. J.-C.) jusqu’au temps du roi Nasrasen (328-308 av. J.-C.) (Khider 1999, p. 14).
Dans le cimetière de Faras (Basse Nubie entre 1ère et 2ème cataracte) Griffith distingue trois types de tombes :
1. Tombes à caveau (cave graves) attribuées à la période ptolémaïque tardive. Poterie montée au tour.
2. Tombes en niche (niche graves) soit foot-niche, soit lateral niche, tombes avec couvertures de briques. Poteries à la main ou au tour. 1er-2e s. de notre ère.
3. Tombes rectangulaires (rectangular graves). Parois maçonnées de briques. Poterie montée au tour.
En surface du sol, les tombes présentent des structures carrées (mastabas) en brique avec une chapelle sur la paroi est. Les défunts n’étaient pas enfermés dans des cercueils, mais enveloppés dans des tissus. Position allongée (Khider 1999, p. 19).
Au sud de la 6ème cataracte présence de milliers de tumulus circulaires. Les sépultures de Sarurab et de Bauda constituent une variante locale des traditions koushites depuis l’époque de Kerma et d’El Kurru. Les sépultures sont comparables à celles de Faras.
Accès à a tombe par descenderie ou escalier.
– absence d’inhumations doublées
– position contractée, défunt reposant sur le sol
– absence d’inhumations sur lit ou dans cercueil
– rareté des sépultures d’enfant
– absence des sacrifices humains ou d’animaux (Khider 1999, p. 27).
La succession de frère aîné à frère cadet empêche la monopolisation du pouvoir au sein du lignage aîné et limite le despotisme éventuel du pouvoir (Gallay 2011).
Napata illustrerait ce que Cervello Autuori (2001) analyse comme le passage d’une royauté fétiche/sacrée, illustrée par les Shilluk, à une royauté étatique comme celle de l’Égypte. Dans ce cas le pharaon s’identifie avec Horus, dieu céleste et solaire, alors que l’ancienne royauté est reléguée au niveau mythologique. C’est Osiris, roi dieu mort, qui dispense l’abondance précisément dans sa condition de mort et de dieu sacrifié. Napata ne serait déjà plus une royauté sacrée, mais déjà une royauté étatique/divine.
A l’époque de Méroé, le concept de royauté héréditaire est fondé sur une filiation divine. Le roi était fils de Rê et, dans son office royal, donc politique, agit comme Horus, fils d’Osiris (Török 2010).
Au plan commercial le contrôle des valeurs des monnaies pesées est assumé par les temples dès le premier millénaire (Menu 2001).
Stade urbain. La monarchie s’affranchit de la tutelle des prêtres d’Amon, mais s’affaiblit progressivement.
Introduction de la saqia (roue à eau) et donc de l’irrigation.
Extension des routes commerciales et croissance du volume des transactions plus importantes qu’à l’époque précédente. Le commerce, aux mains de commerçants privés de la classe moyenne, n’est plus un monopole royal (influence grecque).
Pyramides coexistant avec des sépultures plus modestes.
Superstructures de type mastaba, mais pouvant être parfois des pyramides miniatures détruites par l’érosion. Corps en position allongée. Pas de momification ou de cartonnage. Réapparition du dépôt du corps sur un lit. Présence de tables d’offrandes devant le monument pour le culte du mort après son inhumation.
Deux types de base, de formes rectangulaires :
1. tombes à chambre attribuable à la classe supérieure. Certaines des tombes les plus grandes ont une couverture voutée avec accès sur un des côtés par un dromos. Elles peuvent recevoir une dizaine d’inhumations familiales. Présence de tables d’offrandes devant le monument pour le culte du mort après son inhumation.
2. tombes à niche attribuables à la classe inférieure.
Dans les tombes les plus tardives on observe des inhumations de type sati : mise à mort des femmes du harem et des servants en accompagnement du mort. Des tombes avec sacrifiés se trouvent dans les plus grandes tombes privées du cimetière ouest de Méroé.
A Kerma, un cimetière méroïtique datant des premiers siècles avant notre ère révèle des tombes en fosses allongées abritant un (parfois plusieurs) individu(s) en position allongée avec descenderie située dans le grand axe la fosse. Quelques restes mal conservés montrent que ces tombes, qui sont alignées, devait être surmontées de petites pyramides de briques (Bonnet 1978).
Méroé peut être considéré comme un État despotique affranchi de la tutelle des prêtres d’Amon.
Les premières monnaies frappées sont introduites en Égypte par les Perses au Ve siècle (Menu 2001). Ces unités de compte se substituent progressivement aux monnaies pesées dans les transactions commerciales.
Croissance de la mobilité et du pouvoir militaire des nomades menaçant les voies commerciales entre Méroé et l’Égypte. Pression des nomades sur la vallée du Nil, à l’est les Blemmyes, identifiés aux Beja actuels des collines bordant la mer Rouge, à l’ouest les Nobatae (au Nord) et les Noba (au Sud) apparentés, probablement de langue nubienne.
Structure politico-sociale
Retour à des conditions tribales avec ancienne opposition entre dominants et dominés, mais de grandes tombes royales montrent qu’une forte monarchie persiste sur plusieurs générations. Royauté divine dont la seule expression est la tombe. La hiérarchisation des tombes sur plusieurs générations suggère que le pouvoir était héréditaire. Selon un texte de Qasr Ibrim, deux ou trois petits rois devaient régner sur différentes parties de la vallée du Nil.
L’introduction du chameau entraîne des transformations sociales et économiques importantes comme celle du cheval en Amérique du Nord. De simples pasteurs confinés localement dans des niches écologiques les populations deviennent des prédateurs à longue distance et des entrepreneurs du désert.
Le tumulus de terre redevient le standard postméroïtique. Réintroduction de la position contractée à côté de la position allongée avec différences dans les dimensions des superstructures témoignant d’une hiérarchisation.
Tombes royales avec chambres multiples connectées, de disposition variables et souvent irrégulières. Dépôt des corps sur un lit. Sacrifices humains, jusqu’à 17 corps identifiés.
Dans les tombes les plus grandes une chambre séparée était réservée pour la reine qui était sans aucun doute sacrifiée. A la tête du roi un esclave mâle sacrifié et un bœuf. L’entrée de la tombe est bloquée par des pierres et des briques avec des dépouilles de chevaux, chameaux, ânes, chiens et également des dépendants, soldats, etc.
La fouilles du Tumulus III d’El Hobagi apporte des informations essentielles sur les rites funéraires post-méroïtiques du sud de la Nubie (Lenoble 1984a et b, Lenoble et al. 1984).
Le tumulus est bordé d’un muret composé de dalles verticales enserrant des blocs accumulés. Le puits comporte une chambre latérale abritant un individu, non conservé, en position probablement allongée ou légèrement fléchie accompagné de nombreuses armes, dont 10 lances et 12 paquets de flèches, ainsi qu’une hache. On relève également des pièces de harnachement de cheval. De très nombreuses poteries témoignent d’un repas funéraire et de rites de libation. Le tumulus a été réutilisé au moins deux fois. 8 Massacres de bovidés se trouvaient sur le sol naturel, sous le tumulus.
La sépulture s’insère dans une continuité méroïtique indubitable et quasi exclusive. L’inhumé est un prince ou un roi. Le mobilier décrit indirectement le cursus honorum de l’inhumé. Les sacrifices de bovinés signalent le triomphe du souverain. Les armes portent une qualification triomphale en rupture avec les règles antérieures gérant la succession du pouvoir. Les caractéristiques méroïtiques de la sépulture pose la question de ses rapports avec les Noba d’origine occidentale, décrits comme les nouveaux maîtres du pays. Les Noba expriment peut-être une nouvelle entité politique sur un fond culturel méroïtique peu modifié.
« L’erreur grave serait de « tribaliser » prématurément des populations qui taisent, culturellement, leurs différences, dans un empire en voie de défaillance. » (Lenoble 1984b, p. 115)
Le Post-méroïtique montre un affaiblissement du pouvoir monarchique visible dans la réapparition des morts d’accompagnement, un phénomène semble-t-il limité aux sépultures royales. L’analyse de Lenoble des sépultures de El Hobagi fait pensé à une société de type tyrannie militaire dont l’origine pourrait se situé en milieu d’éleveurs nomades à forte composante guerrière.
La royauté chrétienne de Makouria avec sa capitale Dongola persiste jusqu’au XIVe siècle. En 1323, un prince musulman accède au trône de Dogola, mais les arabes prennent possession d’une région en ruine où il n’y a plus d’autorité monarchique.
Les monastères nubiens sont des centres de manufacture et d’entreprises commerciales comme les monastères égyptiens et européens.
La principale commodité que la Nubie échange pour le vin égyptien, la poterie et les biens de luxe sont les esclaves. Établissement d’un contrat de paix avec l’Égypte assurant la prospérité : le Baqt annuel lie musulmans et Nubie chrétienne ; il est de 400 esclaves de guerre. Au IXe siècle les Nubiens se plaignent de ne pas pouvoir réunir suffisamment de prisonniers et de devoir livrer leurs propres enfants en esclavage. Le royaume d’Alwa se ravitaille au Sud-Soudan, mais les esclaves proviennent essentiellement des tribus Beja ou des peuples du Kordofan et du Darfour. Dans tous les cas, les opérations militaires étaient d’envergure.
Il existe des marchands d’esclaves, le plus souvent musulmans et la monnaie est présente. C’était dans une certaine mesure des entreprises individuelles.
Des tombes individuelles se regroupent autour des églises.
Khider (1999) signale de petits mastabas quadrangulaires.
Les données précédentes permettent de proposer une évolution des sociétés soudanaises comprenant 16 pas d’évolution. Selon notre hypothèse (Gallay 2016) les pas 1 à 3 sont le fait des populations du phylum afrasien alors que les pas 5 à 12 et 14 à 16 correspondent à l’évolution des populations nilo-sahariennes. Les pas 4 et 13 connotent des transformations propres à l’Égypte pharaonique (E) qui, probablement, n’ont pas été sans incidence sur le commerce avec la Nubie.
Pas 1. Prix de la fiancée. Le prix de la fiancée permet de se procurer une épouse en cédant à la belle famille un certain nombre de têtes de bétail. On cède de la richesse contre des droits sur la descendance.
Pas 2. Esclavage de guerre. La guerre permet de se procurer du bétail par razzia, mais également des prisonniers qui peuvent être réduits en esclavage s’ils ne sont pas massacrés.
Pas 3. Hiérarchisation des lignages et morts d’accompagnement. La société lignagère peut, en tant qu’organisation politique segmentaire, se hiérarchiser. Dans un premier cas certains lignages acquièrent une position dominante à travers des privilèges religieux du fait d’une certaine proximité avec des forces magico-religieuses. Dans un second cas une certaine hiérarchie naît de l’opposition entre contrôle par les aînés et force guerrière.
Pas 4 (E). Monnaie pesée. Dès l’Ancien Empire les égyptiens possédaient des monnaies pesées composée notamment de petits anneaux d’or et d’argent, qui fonctionnaient comme de vraies unités de compte dans toute sorte de transactions et permettaient d’évaluer certains autres produits entrant dans les échanges comme les étoffes (Menu 2001).
Pas 5. Richesse ostentatoire. L’affichage d’une richesse exceptionnelle, notamment en bétail, permet d’engager des stratégies d’acquisition du pouvoir. La mise à mort d’un grand nombre de bovinés lors des funérailles témoigne de cette richesse. La mise à mort de dépendants sous forme de morts d’accompagnement témoigne du même type de stratégie.
Pas 6. Pouvoir sacré. Les relations privilégiées de certains individus, et par extension de certains lignages, avec le sacré constitue l’une des formes les plus anciennes d’acquisition du pouvoir.
Pas 7. Chefs de pluie. Le pas 6 peut se concrétiser au niveau de chefs de pluies, responsables de la fertilité des sols et de la richesse des récoltes comme chez les Nuer actuels. Une connexion avec l’émergence de royautés sacrées est possible.
Pas 8. Aristocratie. Une aristocratie se forme lorsque le pouvoir guerrier se consolide à travers des règles de transmission héréditaire du pouvoir. Ce pouvoir guerrier, rapidement transformé en pouvoir aristocratique, reste pourtant fragile car fondé sur la redistribution. Le chef se doit de récompenser ses guerriers en partageant le fruit des razzias. L’émergence d’une aristocratie est à l’origine de deux secteurs économiques, l’un aristocratique et guerrier, l’autre domestique. La distribution des esclaves entre aristocrates et paysans ne reflète pas seulement la différence de condition entre l’aristocratie et les classes franches, elle définit surtout deux secteurs économiques distincts, l’un esclavagiste, l’autre domestique.
Le pas 8 mène aux royautés sacrées ou fétiches, à ne pas confondre avec les royautés divines ou étatiques (pas 10). « Nous appellerons ce premier type de royauté la « royauté fétiche », et le second, la « royauté étatique ». Il s’agit, grosso modo, de la distinction que fait Heusch précisément entre « royauté sacrée » et « royauté divine », cette dernière étant l’aboutissement de la première, dans le cadre d’un État fortement centralisé. » (Cervello Autuori 2001, p. 30)
Le pas 9 marque, en Nubie, le début de l’influence dominante de l’Égypte sur la suite de l’évolution (pas 10 à 16). Cette marque s’exprime au niveau funéraire, à quelques réceptions près, par le remplacement de l’inhumation en position contractée par l’inhumation en position allongée.
Pas 9. Monopole de la force. Le monopole de la force et de la contrainte physique légitime par le pouvoir définit l’apparition de l’État. Ce monopole présente plusieurs composantes :
– La décision (ou l’interdiction) de la violence : droit/interdiction de se faire justice soi-même ou de partir à la guerre de son propre chef.
– La contrainte : peut-on forcer l’exécution de la sanction judiciaire ou obliger d’aller à la guerre ?
– L’organisation : les moyens de l’application de la décision, moyens publics ou moyens privés, organisés à part ou non.
Préciser ces composantes permet de moduler les formes du pouvoir.
Pas 10. Royauté divine ou étatique. Le souverain cesse d’être directement responsable de la fertilité des sols, ce qui le mettait en danger en cas de disette. Ce rapport est relégué au niveau mythologique dans la figure d’Osiris. Le pouvoir politique se consolide. Le roi s’identifie à Horus, dieu céleste et solaire. La pyramide devient le symbole éphémère de cette mutation.
Pas 11. Transmission du pouvoir par ordre de séniorité. La transmission du pouvoir de frère aîné à frère cadet évite que ce dernier soit monopoliser par le lignage aîné.
Pas 12. Transmission du pouvoir par primogéniture. La transmission du pouvoir par primogéniture concentre le pouvoir dans les mains du lignage aîné. Il est à l’origine du despotisme.
Pas 13 (E). Monnaie frappée. La monnaie frappée est introduite en Égypte lors de l’occupation perse au 4e s. av. J.-C.
Pas 14. Roue à eau (saqia). La roue à eau est attestée en Indes dès le 3ème s. av. J.-C, puis en Perse. Elle permet l’extension des cultures dans des zones où une irrigation directe n’est pas possible du fait de l’encaissement du cours d’eau.
Pas 15. Esclavage de traite. On constate une extension des routes commerciales et le volume des transactions devient plus important qu’à l’époque précédente. Le commerce des esclaves est désormais aux mains de commerçants privés de la classe moyenne. Il n’est plus un monopole royal.
Pas 16. Chameau. L’introduction du chameau à partir de l’Arabie constitue un changement radical au sein des populations d’éleveurs de bovinés en permettant le grand nomadisme.
Pas 17. Collapse. Une phase de collapse marque la fragilité de l’État despotique. Le pouvoir central s’affaiblit et les structures politiques lignagères porteuses de pouvoirs guerriers réapparaissent. La compétition pour le pouvoir se remarque à travers la réapparition possible des morts d’accompagnement qui semblent se limiter aux sphères les plus élevées d’un pouvoir en difficulté sous la menace possible des nomades.
Le cladogramme obtenu permet de distinguer deux ensembles évolutifs modifiant les anciennes structures lignagères.
Le premier, fondamentalement africain, se développe dans le cadre de l’apparition de royautés sacrées comme c’est le cas à Kerma. Il s’agit de royautés faibles n’ayant pas le monopole de la violence.
Le second mène aux États despotiques et aux royautés divines. Cette évolution n’est pas, ici, proprement africaine, c’est-à-dire sud-saharienne. Elle est étroitement liée à l’Égypte pharaonique. Nous avons dans ce cas un exemple illustrant le développement d’États marginaux apparaissant en périphérie d’un État dominant.
Bonnet C. 1977-78. Fouilles archéologiques à Kerma (Soudan) : rapport préliminaire de la campagne 1977-1978. Genava NS, 26, p. 107-127.
Cervello Autuori J. 2001. Monarchie pharaonique et royautés divines africaines : la monarchie pharaonique fut-elle une « royauté divine africaine » ? Cahiers caribéens d’égyptologie, 2, février/mars, p. 27-51.
Gallay A. 2011. De mil, d’or et d’esclaves : le Sahel précolonial. Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes (coll. Le savoir suisse : histoire).
Gallay A. 2016. Sociétés et rites funéraires : le Nil moyen (Soudan) du Néolithique à l’Islamisation. Afrique, archéologie, art, 12, p. 43-80.
Honegger M. 2014. Aux origines des pharaons noirs : 10.000 ans d’archéologie en Nubie. Catalogue d’exposition. Hauterive, Laténium et Fondation Kerma.
Khider A. E. 1999 – Le mobilier et les coutumes funéraires koushites à l’époque méroïtique Wiesbaden : Harrassowitz Verlag (coll. Meroitica, 16).
Lenoble P. 1994a. A propos des tumulus d’El Hobagi et de Ballana-Qustul. Meroïtic Newsletter, Bulletin d’informations méroïtiques, septembre, p. 51-52.
Lenoble P. 1994b Le rang des inhumés sous tertre à enceinte à El Hobagi. Meroïtic Newsletter, Bulletin d’informations méroïtiques, septembre, p. 89-124.
Lenoble P., Disseaux R.-P., Ali Nohamed, A., Ronce, B & Bialais J. 1994. La fouille du tumulus à enceinte el Hobagi III. Meroïtic Newsletter, Bulletin d’informations méroïtiques, septembre. p. 53-88.
Menu, B. 2001. La monnaie des Egyptiens de l’époque pharaonique : de l’Ancien Empire à la première domination perse. In : Testart A. (ed). Aux origines de la monnaie. Paris, Errance, p. 73-108.
Reinold J. 2000. Archéologie au Soudan : les civilisations de Nubie. Paris, Errance
Reinold J. 2002. Kadruka. In : Welsby D. E & Anderson J. R. (eds.). Sudan, Ancient Treasures : an Exhibition of Recent Discoveries from the Sudan National Museum. London, The British Museum Press, p. 20–28.
Reinold J. 2005. Note sur le monde animal dans le funéraire néolithique du Soudan. Revue de paléobiologie (Museum d’histoire naturelle, Genève), 10 p. 107-119.
Török, L. 2010. La royauté méroïtique. In : Baud M. (éd). Méroé : un empire sur le Nil. Paris, Officina libraria, Musée du Louvre, p. 165-172