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Une demi-douzaine d'exploitations participent à ce projet intitulé "Poule avec frère" de Kurt Brunner de l'Oberland zurichois (archives).
Keystone/AP/KENT GILBERT(sda-ats)
Quand on se fait cuire un oeuf, on oublie souvent que la poule qui l'a pondu avait des frères. "Avait", car la plupart des coqs de races pondeuses sont tués après avoir fraîchement éclos. Un projet a été lancé il y a près de dix ans pour y mettre fin.
Une demi-douzaine d'exploitations participent à ce projet intitulé "Poule avec frère" de Kurt Brunner de l'Oberland zurichois. Elles vendent des abonnements pour 100 oeufs par an et un poulet - le frère de la poule - et tous les trois ans, une poule pondeuse ayant fait son temps et qui est destinée à un bouillon.
Kurt Brunner élève 500 coqs par an. Son but premier n'est ni la commercialisation ni la croissance, bien que les abonnements sont demandés. Ce qui lui importe, c'est de développer une alternative à l'industrie des oeufs et à l'élevage industriel des poules, explique le paysan qui produit selon les directives Demeter.
Il se procure ses poules pondeuses auprès d'un couvoir - encore en grande partie hybrides - et exige que le même nombre de "frères" soit livré. Autrement, ces derniers seraient tués dès le premier jour de leur vie.
Une nouvelle race
Mais Kurt Brunner veut créer son propre élevage. Avec des collègues, il tente de développer une nouvelle race, qui allie les deux.
En Suisse, une poule à deux fins - ponte et engraissement - existe d'ailleurs déjà depuis 100 ans: la poule helvétique, arborant les couleurs nationales, un plumage blanc immaculé assorti d'une crête rouge vif.
Il s'agit toutefois d'un animal pour les amoureux du genre, sans ambitions économiques, explique Philippe Ammann, vice-directeur de Pro Specie Rara.
Les premiers standards déterminant son aspect ont été fixés en 1910. La poule suisse a connu son apogée entre les deux Guerres mondiales: cette volaille calme et familière était appréciée pour l'auto-approvisionnement.
Avec l'industrialisation de l'agriculture, elle a été reléguée au second plan. Actuellement, elle connaît un regain d'intérêt.
Beaucoup plus de temps
Il existe désormais entre 60 et 80 groupes d'élevage enregistrés, soit un coq avec une douzaine de poules. La poule suisse aurait du potentiel, si ses oeufs et sa chair au prix élevé trouvaient des acheteurs responsables, souligne Philippe Ammann.
Car avec 150 à 180 oeufs la première année, elles sont nettement moins rentables qu'une poule hybride et ses 300 oeufs. En revanche, elles pondent plus longtemps.
L'éleveur et le boucher n'y trouvent pas non plus leur compte sur le marché conventionnel: "Par rapport à un hybride d'élevage, il faut quatre à cinq fois plus de temps à ces animaux avant d'être prêts à la consommation".
Un grand distributeur commercialise toutefois la poule à double usage, mais à petite échelle: depuis trois ans, Coop vend les oeufs - et la viande selon la saison - de ces poules. Actuellement, trois fermes bio y sont associées, une quatrième doit suivre, explique la porte-parole Andrea Bergmann.
Ces exploitations élèvent la nouvelle race de volaille Lohmann-Dual. Coop en est satisfaite, même si ces poules pondent moins que leurs congénères performantes et que les coqs prennent moins de poids que les races d'engraissement. Jusqu'ici, près de deux millions d'oeufs ont été vendus dans près de 90 succursales.
Pas la solution
En comparaison, les statistiques agricoles 2016 comptabilisent un cheptel de 3 millions de poules d'élevage et de ponte. Au total, la Suisse compte 10,9 millions de poules.
L'éleveur Kurt Brunner compte également des poules Lohmann-Dual dans son cheptel. Mais l'élevage de ces poules allemandes ne le convainc pas. "Elle est la réponse rapide à une tendance actuelle. De plus, par son physique, elle n'arrive pas à atteindre correctement le perchoir".
Les poules dites à deux fins ne sont pas la solution, estime également le président de l'association des producteurs d'oeufs Gallosuisse. Elever des poules produisant moins que les hybrides pondeuses mais qui mangent tout autant n'a pas de sens, ni écologiquement ni économiquement.
Dans l'expectative
Kurt Brunner estime que pour la production d'oeufs, 2,5 millions de poussins mâles sont tués chaque année après l'éclosion et donnés comme nourriture aux zoos ou magasins d'animaux. "Les élever n'a pas de sens, vu les coûts pour les nourrir et la viande de peu de valeur". Et puis: "Le fait que le prix des oeufs n'a plus augmenté depuis la dernière guerre est dû aux performances des pondeuses hybrides".
Depuis des années, une solution est discutée pour éviter de tuer des poussins mâles: la reconnaissance du genre dans l'oeuf. Ceux d'où éclorait un mâle ne seraient plus couvés. "Mais rien n'est encore prêt" ajoute Jean Ulmann: "Nous sommes tous dans l'expectative".
ATS