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Au Moyen Age, de vastes régions de la vallée de la Sihl étaient recouvertes des forêts quasi impénétrables de l'Albis. C'est pourquoi le chemin qui de Zurich menait en Suisse centrale ne suivait pas le cours de la rivière, mais, véritable sentier muletier, descendait de Langnau vers Hausen en passant par la trouée dite «Schnabellücke». C'est au nord de ce passage que se dressait sur une étroite crête le château de Schnabelbourg. D'une épaisseur d'environ un mètre, son mur d'enceinte clôturait une surface de quelque quarante mètres de long et de vingt mètres de large. Malgré des fouilles effectuées en 1955 avec beaucoup de soin, il n'a pas été possible de découvrir la partie sud de ce mur. Au nord aussi, il manque un morceau d'environ quatre mètres. Des questions se posent également dans la partie occidentale de l'enceinte. A peu près au milieu de sa longueur, on a laissé un passage de cinq mètres de largeur. Y eut-il ici une porte? Les deux murs de soutènement construits au nord-ouest de la forteresse sont d'une épaisseur surprenante. Ce qui permet de supposer qu'à l'origine, on avait projeté un ouvrage beaucoup plus important. La tour du nord, presque rectangulaire, est le seul bâtiment dont le plan soit encore plus ou moins conservé. II a été habité, preuve en soient les morceaux de céramique découverts près d'ici et provenant d'un poêle du XIlle siècle. Chose curieuse, l'épaisseur des murs de la tour ne dépasse pas un mètre, même du côté nord, le plus vulnérable. Enfin, on a mis au jour près des traces de communs, au sud de l'ouvrage, un plan carré de murs; il s'agit probablement des restes d'un four
La position du chateau de Schnabelbourg, érigé sur une crête aux pentes abruptes, rendit presque superflue l'installation d'obstacles d'approche. On se contenta de creuser deux fossés en auge séparant l'ouvrage de la crête au nord et au sud.
Les fouilles n'ont fourni aucun indice quant à des constructions antérieures. Il n'est pas impossible que tout l'ouvrage ait été construit d'une seule traite, et même à la hâte semble-t-il. La brèche de l'enceinte, le peu d'épaisseur des murs, le manque d'un approvisionnement suffisant en eau sont significatifs. Les quelques objets mis au jour datent du XIlle siècle.
Il n'est pas facile d'associer ce modeste ouvrage, construit relativement tard, à l'importante lignée des seigneurs qui en 1185 déjà portaient le nom de Schnabelbourg. C'est pourquoi Roger Sablonier se demande s'il ne faudrait pas chercher ailleurs le château qui donna son nom à cette famille. Des fouilles devraient avant tout être entreprises près de l'éminence dite «Bürglen», au sud de la «Schnabellücke».
Les seigneurs de Schnabelbourg formaient une branche de ceux d'Eschenbach, dont le siège se trouvait dans la plaine de la Reuss, non loin de la localité lucernoise d'Inwil. Lorsqu'ils apparurent pour la première fois dans des documents, vers le milieu du XIIe siècle, les Eschenbach jouissaient déjà d'une haute estime. Es disposaient d'importants francs-alleux et détenaient des fiefs des comtes de Lenzbourg. Quand ceux-ci s'éteignirent, en 1173, les Eschenbach gagnèrent les faveurs des ducs de Zaehringen qui, dans le cadre du bailliage impérial de Zurich, leur confièrent les pouvoirs baillivaux sur les biens que possédaient le Grossmünster et le Fraumünster entre le lac de Zurich et la Reuss. Donc la région dans laquelle s'étendaient les vastes forêts de l'Albis. Le château de Schnabelbourg se trouvait au centre de la nouvelle zone d'influence des Eschenbach et établissait en même temps une communication avec leurs terres patrimoniales lucernoises.
Walter II, le fils de celui dont on sait qu'il résidait en 1185 au château de Schnabelbourg, épousa Ita d'Oberhofen et fonda la branche bernoise de la famille. Un second fils, Berchtold, demeura, lui, à Schnabelbourg. La date de 1185 a une autre importance encore, car juste avant, les Eschenbach Schnabelbourg institutèrent le couvent de Kappel, qui devint le couvent de la famille et son lieu de sépulture. Ce n'est pas par hasard que ce monastère fut transmis plus tard à l'ordre des cisterciens. On sait en effet que ces moines se vouaient principalement au défrichement des terres et à leur mise en culture. Les étroites relations qu'entretinrent les Eschenbach et les Schnabelbourg avec les ducs de Zaehringen se reflètent dans le nom de Berthold, typique pour cette dernière lignée et que portèrent de nombreux membres des familles Eschenbach et Schnabelbourg. De leur côté, plusieurs mariages témoignent de l'influence des ducs. Ainsi celui de Walter II, qui lui avait permis d'entrer dans la zone d'influence zaehringeoise de l'Oberland bernois, et celui de Walter Ier qui avait pris pour femme Adélaïde de Schwarzenberg, héritière des biens patrimoniaux que les Zaehringen possédaient dans le Brisgau. Les Eschenbach administrèrent tout d'abord en commun les biens dont ils avaient hérité à Oberhofen et en Brisgau. Ce n'est qu'au cours de la seconde moitié du XIlle siècle qu'ils quittèrent leur siège ancestral pour prendre possession de l'héritage des baillis de Schwarzenberg. Vers 1270, un membre de l'autre branche s'installa au château de Schnabelbourg. Il n'est pas exclu que l'ouvrage dont on voit encore quelques vestiges remonte à cette époque.
Entre-temps, la situation financière des Eschenbach s'était fortement modifiée. L'extinction des Zaehringen, en 1218, avait réduit à néant bien des espoirs de cette lignée en plein essor. Il est aussi possible que diverses fondations et les dots des nombreuses héritières de la famille aient gravement entamé la fortune patrimoniale. Malgré des alliances avec les familles nobles de Wart, de Regensberg, de Klingen, de Montfort, de Thierstein et d'autres encore, les ventes et les mises en gage se multiplièrent dès le milieu du XIIIe siècle et vers 1280, la ruine devint inévitable.
On ne sait si Walter d'Eschenbach-Schnabelbourg s'est senti amoindri par certaines exigences des Habsbourg ou s'il partagea avec nombre d'autres nobles le malaise général engendré par la politique ambitieuse du souverain autrichien. En 1308, Jean de Souabe réussit à gagner à un plan de meurtre fomenté contre son oncle, le roi Albert de Habsbourg, Walter d'Eschenbach-Schnabelbourg, Rodolphe de Wart et Rodolphe de Balm. Après leur acte infâme, les meurtriers se réfugièrent à Falkenstein. Walter d'Eschenbach regagna toutefois le château de Schnabelbourg l'année suivante déjà. C'est peu après que fut lancée une campagne de vengeance contre les assassins; elle se termina par la destruction des châteaux de Wart et de Multberg près de Winterthour, d'Alt-Büron, d'Eschenbach, de Maschwanden et de Schnabelbourg. Les rares objets mis au jour à Schnabelbourg nous portent à croire que le château a été systématiquement vidé avant d'être démantelé. En 1310, Walter accomplit encore quelques actes juridiques, puis ses traces se perdent. La mort de son frère Mangold, en 1338, signifia l'extinction des seigneurs d'Eschenbach. Quant à la lignée plus ancienne des Schnabelbourg, celle qui avait donné naissance aux seigneurs de Schwarzenberg, elle ne disparut que tard au XVe siècle.
Après sa destruction, l'ouvrage de Schnabelbourg ne fut jamais reconstruit.
Bibliographie