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Le Centre bouddhiste Atisha a été créé en 2001 à Genève. Il est, avec celui de Zurich, l’un des deux « centres de méditation kadampa » existant en Suisse. Dans le jargon du groupe, ces centres sont des lieux au service des communautés locales, nationales et internationales.
Le Centre a vu le jour suite à la requête faite à Geshe Kelsang Gyatso par Daniel Edera, un habitant de Genève intéressé par le bouddhisme et la Nouvelle Tradition Kadampa. En l’absence de structure dans sa ville, il se rendait régulièrement à Paris pour assister à des enseignements et des conférences. Lors d’un rassemblement international, il évoqua son désir de voir s’implanter un centre bouddhiste Kadampa à Genève. Gueshe Kelsang Gyatso, le fondateur, lui proposa alors d’ouvrir un tel lieu et d’en devenir l’enseignant. Le groupe s’est peu à peu développé et compte aujourd’hui une cinquantaine de membres. Depuis octobre 2012, une moniale, Kelsang Jikgyob, enseigne quotidiennement au Centre.
Le Centre bouddhiste Atisha de Genève a d’abord loué une salle à la rue du Nant, dans le quartier des Eaux-Vives avant de s’installer en 2003, à quelques encablures de là, dans un ancien atelier d’artisan.
Sources :
Membres du groupe.
Le groupe est locataire de cet ancien atelier d’artisan depuis 2003. L’espace d’environ 70 m2 comprend une entrée, qui sert également de cuisine, et une pièce réservée à la méditation. Au fond de cette salle, un autel de bois surmonté d’une grande statue du Bouddha Śākyamuni (le Bouddha historique, prononcez Shakyamouni) occupe toute la largeur de la pièce. Il a été conçu par le menuisier qui a réalisé les meubles de l’Eglise catholique de la Sainte Trinité à la rue de Lausanne. D’autres statues, représentant entre autres des bodhisattava ou des personnages importants dans l’histoire de la communauté, y sont exposées. Une photographie du fondateur de la Nouvelle Tradition Kadampa, Geshe Kelsang Gyatso, veille sur les pratiquants.
Des méditations, des enseignements et des prières réunissent régulièrement les membres du groupe qui sont essentiellement des Européens intéressés par le bouddhisme. Le groupe compte aussi quelques personnes originaires d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient. Plusieurs fois par année, ceux-ci se retrouvent pour des retraites en Valais, à Törbel, où l’organisation a transformé un hôtel en centre de retraite international.
Le mouvement existe depuis les années 1990 en Suisse où il est représenté par la maison d’édition Tharpa et par une dizaine de centres.
La Nouvelle Tradition Kadampa s’inscrit dans le courant Gelugpa, l’une des quatre écoles principales du bouddhisme tibétain. Le mouvement a été fondé par Geshe Kelsang Gyatso, un moine tibétain vivant en Angleterre. Ce dernier s’établit d’abord dans le pays en tant qu’enseignant d’un centre Gelugpa britannique fondé en 1976, le Manjushri Institute, et appartenant à la Foundation for the Preservation of the Mahāyāna Tradition [1] (FPMT). En 1979, il décide de placer ce centre sous sa propre direction spirituelle, ce qui occasionne procès et séparation de la FPMT. En 1986, l’allégeance à la déité protectrice du dharma, Dorje Shugden, devient un trait caractéristique du lignage qu’il a créé en se séparant de la FPMT. Entre 1987 et 1990, Geshe Kelsang Gyatso introduit, entre autres programmes, le Teacher Training Program (programme pour former des enseignants) avant de fonder en 1991 la New Kadampa Tradition (Nouvelle Tradition Kadampa).
En 1996, une controverse très médiatisée en Grande-Bretagne l’oppose au Dalaï-Lama. Elle est une manifestation de divisions classiques au sein de la tradition Gelugpa. Fondée au 15e siècle par Tsongkhapa, la tradition Gelugpa est l’une des quatre écoles principales du bouddhisme tibétain. Tsongkhapa voulait perpétuer l’œuvre d’Atisha, un maître indien du 11e siècle. La tradition Gelugpa comprend une tendance prônant l’inclusion vis-à-vis des autres traditions bouddhistes tibétaines*, à laquelle le Dalaï Lama appartient, et une tendance exclusiviste promouvant la « pureté » théologique de la tradition Gelugpa face aux influences externes, à laquelle le fondateur de la Nouvelle Tradition Kadampa appartient.
La division des Gelugpa s’est articulée autour du statut de la déité protectrice Dorje Shugden. Alors que Geshe Kelsang Gyatso est le défenseur de cette déité en tant qu’être éveillé et protecteur du dharma, le Dalaï Lama, au contraire, voit en Dorje Shugden une déité mondaine impropre à la dévotion et au refuge. La Nouvelle Tradition Kadampa se caractérise tout particulièrement par le fait qu’elle se déclare moderne, occidentale, et indépendante du monde du bouddhisme tibétain.
Le siège international se trouve à Ulverston en Angleterre. Des festivals réunissant les membres de la Nouvelle Tradition Kadampa sont organisés trois fois par an dans différents pays. Le mouvement est représenté dans une quarantaine de pays, dont 21 en Europe, par des centres de méditation et de retraite.
[1] Fondation pour la Préservation de la Tradition Mahayana.
La Nouvelle Tradition Kadampa, comme les autres écoles tibétaines dont elle est issue, se rattache au vajrayāna (littéralement le « véhicule du diamant »), un courant du bouddhisme que l’on peut considérer comme une extension du mahāyāna (le « grand véhicule »). Suivre le véhicule du diamant présuppose d’ailleurs, selon les textes de cette tradition, de chercher à développer une compréhension profonde des enseignements essentiels du mahāyāna : la notion de vacuité (l’absence d’existence du « moi » et des phénomènes extérieurs : toute chose étant conditionnée à l’existence d’une autre, aucune n’a de substance propre), l’importance de la compassion (incarnée par les bodhisattvas, des êtres déterminés à atteindre l’éveil pour aider les autres à en faire autant), le fait que tout être sensible possède en lui le germe de l’éveil.
Le vajrayāna se caractérise quant à lui par le développement de méthodes ou « moyens habiles » (les pratiques tantriques) qui aident le pratiquant à atteindre l’éveil en peu de vies, voire en une seule. Ces moyens sont réputés d’une telle puissance qu’ils sont considérés comme dangereux pour le pratiquant s’ils sont utilisés de manière inappropriée, à des fins personnelles ou sans respecter les conditions préalables, c’est-à-dire sans être unis à la sagesse (prajñâ). D’où l’importance de la transmission de maître à disciple et le caractère secret de cette voie.
La Nouvelle Tradition Kadampa recommande :
- de prendre « refuge » en Bouddha, dans le dharma – son enseignement – et le sangha – la communauté des bouddhistes,
- la pratique de la discipline morale et le développement de la « bodhicitta»,
- l’attitude d’esprit visant à atteindre l’illumination pour le bien de tous les êtres vivants.
Le mouvement met en avant trois pratiques plus spécifiques : le lamrim, le lodjong et le mahamudrā.
- Le lamrim (« voie progressive » ou «étapes de la voie ») est une méthode de progression vers l’éveil* consistant, au sein du mouvement, en une série de 21 méditations pratiquées quotidiennement sur trois semaines. Il est présenté comme un arrangement spécial des enseignements essentiels du Bouddha pouvant aussi être mis en pratique au cours d’une seule séance de méditation.
- Le lodjong désigne l’entraînement de l’esprit, par des techniques méditatives, visant à transformer toute expérience de vie, positive ou négative, en instrument de progression vers l’éveil.
- Le mahamudrā est une pratique tantrique* dont le but est l’expérience de la « félicité-vacuité », la compréhension profonde de la vacuité. D’autres pratiques, transmises de maître à disciple, guident le disciple sur le chemin de l’éveil.
Les pratiquants de la Nouvelle Tradition Kadampa s’en remettent à la divinité Dorje Shugden, considérée comme protectrice du dharma, et au guide spirituel pour suivre ce chemin. Les pratiques du mouvement comprennent aussi des prières, des offrandes et la « prise de préceptes ».
Indications bibliographiques :
Sources académiques
BATCHELOR, Stephen, « Letting Daylight into Magic : The Life and Times of Dorje Shugden » in Tricycle : The Buddhist Review, 7/3, 1998.
COZORT, Daniel, « The Making of A Western Lama » in Steven Heine et Charles S. Prebish, éd., Buddhism in the Modern World : Adaptations of an Ancient Tradition, 2003, New York, Oxford University Press, 2003.
KAY, David N., « The New Kadampa Tradition and the Continuity of Tibetan Buddhism in Transition » in Journal of Contemporary Religion, 12/3, 1997.
KAY, David N., Tibetan and Zen Buddhism in Britain: Transplantation, Development and Adaptation, Routledge, 2004.
LOPEZ Jr., Donald S., Prisoners of Shangri-La : Tibetan Buddhism and the West, Chicago, The University of Chicago Press, 1998.
Sources de la Nouvelle Tradition kadampa :
GYATSO, Guéshé Kelsang, Un Bouddhisme moderne : La voie de la compassion et de la sagesse, Editions Tharpa, éd. Numérique 2011.