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Dans le dernier épisode de ce feuilleton cosmique, nous avons lu comment Jean Levau, alter ego du Génie d'or qui avait étrangement oublié celui-ci, eut un jour son attention retenue par un article de journal évoquant des phénomènes curieux le long de la tour Eiffel. D'obscurs souvenirs semblèrent remonter en lui et il voulut retrouver le témoin de ces faits, un clochard errant dans le quartier du Trocadéro - où du coup il se rendit.
La première fois, il ne le trouva pas, malgré qu'il demandât au gardien du palais de Chaillot s'il l'avait vu. Celui-ci le connaissait - il avait dû le chasser plusieurs fois du porche, pour qu'il n'indisposât pas les visiteurs, mais aussi lui indiquer à quelle heure il pouvait s'abriter. Car, comme il le trouvait sympathique et que le directeur du musée lui avait recommandé l'indulgence, il lui réservait la place la nuit, à condition qu'il se tînt correctement, et ne salît rien.
Cependant, en ce jour de 27 décembre, il ne l'avait pas vu depuis deux jours. Sans doute était-il allé dans un hôpital quelconque, afin de se protéger du froid.
Jean revint les jours suivants, et, le 31, sa persévérance fut récompensée. Il l'invita, après l'avoir aimablement abordé, à prendre un vin chaud, et décida qu'il passerait la nuit de la Saint-Sylvestre en compagnie de ce Michel Ritrard, comme il s'appelait, et le regretta d'autant moins qu'il n'avait revu Anne que la veille, et qu'elle l'avait ostensiblement évité, Dieu sait pour quelle raison. Avait-elle quelqu'un d'autre? Il se mit à conjecturer le moment où elle aurait pu le rencontrer, et son esprit multiplia les idées bizarres. Mais il se rendit compte que le dépit pouvait lui faire imaginer les plus pures folies, et il se concentra sur Michel Ritrard, avec lequel il devait passer la soirée.
Or, il lui raconta quelque chose qui le stupéfia.
Voici ce qu'il affirmait: vers onze heures du soir, une flamme rouge s'était dirigée lentement vers la tour Eiffel, et elle était brillante, et traversée de fils d'or qui toujours se mouvaient. Soudain, une flamme bleue, traversée, elle, de fils blancs, s'élança vers la rouge et l'enserra, la saisit, et les couleurs se mêlèrent, devenant brunes, et les fils devinrent d'éblouissants éclairs. L'ensemble, qui désormais ressemblait à un nuage traversé par la foudre, et tout noir, quoique frangé de rouge et contenant des reflets bleus, - l'ensemble se plaça à l'intérieur même de la tour Eiffel, et s'immobilisa, obscurcissant la dame de fer. Il faisait comme une nuée qui estompait jusqu'aux lumières électriques décorant le treillis de métal.
Or, la tour devint instable, bougeant et laissant sortir d'elle encore des éclairs, qui, plusieurs fois, firent exploser les ampoules électriques et les éteignirent, après de brèves gerbes d'étincelles.
Le clochard n'en revenait pas, pensait avoir affaire à un phénomène extraterrestre, mais sa surprise ne connut plus de bornes lorsque, de l'est, vint cette fois une flamme jaune, d'un jaune beau et doré, et qu'il y distingua des traits, semblant suivre des fils vermeils! Les couleurs étaient les mêmes que celles de la première flamme, mais inversées, quant à l'ensemble du corps et aux fils. Il songea que ceux-ci étaient un peu comme les lignes colorées d'une méduse, mais il les assimila aussi à des veines, dont la flamme eût été le corps. Dieu sait quel sang circulait dans ces veines, dit-il en riant!
Mais il est temps, ô lecteurs, de laisser là cet épisode. La prochaine fois, nous aurons la vision complète de Michel Ritrard, et le visage du Génie d'or réapparaîtra!