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ENTREPRISE
DU
TUNNEL DU GOTHARD
L. FAVRE & CIE
No
Altdorf (Canton d'Uri-Suisse), le 19 Mars 1875
Monsieur A. Escher, Président du Comité de Direction du Chemin de fer du Gothard
Monsieur le Président,
Permettez moi de porter à votre connaissance les faits suivants, et de faire appel à votre bienveillance, ainsi qu'à votre haute influence pour la solution de questions qui touchent autant aux intérêts de votre honorable Compagnie qu'à la marche régulière du grand Tunnel.
Dès le commencement des travaux, en 1872, je me suis attaché à assurer d'une manière sérieuse la production des matières explosives nécéssaires à mon Entreprise, et j'ai créé à cet effet deux fabriques, l'une d'Isleten, l'autre à Ascona, qui ont pris l'engagement de me fournir toute la dynamite dont je pouvais avoir besoin.
Ces deux établissements, l'un au nord, l'autre au Sud du Gothard, avaient l'énorme avantage d'assurer, d'une manière presque certaine, notre consommation en même temps que la qualité du produit nous était garantie par la concurrence des deux établissements.|
L'usine d'Ascona, a fait explosion à l'entrée de l'hiver. Depuis cette époque, nous avons du prendre toute notre dynamite à Isleten. Il est inévitablement résulté de cet état de choses, que nous nous sommes vus obligés de faire sur nos deux chantiers des approvisionnements plus considérables, afin de parer aux interruptions fréquentes de la route du Gothard pendant cette dure saison d'hiver. De là, des procès-verbaux, amendes nombreuses infligées par les gouvernement du Tessin et d'Uri.
D'un autre coté, si pareil malheur venait à arriver à Isleten, ou si pour une cause quelconque, cette usine, la seule qui nous reste à portée de nos travaux venait à ne plus pouvoir nous continuer ses livraisons habituelles, il en résulterait un arrêt de plus d'un mois dans les travaux du Tunnel. Cette dernière conséquence est facilement compréhensible, puisque d'un coté, il faut quarante jours de voiture pour faire venir de la dynamite des fabriques d'Allemagne et que d'autre part, il nous est interdit d'en avoir plus de cent quintaux en approvisionnement dans nos poudrières, ce qui ne représente que dix jours de travail environ.
J'ai usé de tout mon pouvoir prés des gérants de la fabrique d'Ascona1 pour les obliger à fabriquer et à remplir leurs engagements. Ils sont prêts à se mettre à l'œuvre, et ils auraient pu reprendre leur fabrication, quinze jours après leur désastre sans la mauvaise volonté et le parti pris qui existe dans la localité de ne point tolérer cette industrie.
Cependant, l'emplacement où les gérants de l'ancienne | usine d'Ascona se proposent de rétablir leur fabrication, l'ile de Brissago, est à mille mètres de la route la plus voisine, et à 1500 mètres du village le plus rapproché. Il me parait impossible de trouver un endroit qui offre plus de sécurité.
Malgré cela, on refuse non seulement de laisser fabriquer, mais encore de laisser prendre possession de cet emplacement régulièrement loué pour trente ans. Les gérants se sont adressées aux autorités du Canton qui pour des raisons inexplicables font véritablement acte de faiblesse et d'inertie.2
Je ne doute pas, Monsieur le Président, que vous ne compreniez l'immense importance qu'il y a pour votre honorable Compagnie, à ce qu'une prompte solution soit apportée à ce fâcheux état de choses, qui, s'il se prolongeait, pourrait avoir de désastreuses conséquences.
Comptant sur votre bienveillance habituelle et sur votre équité, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma haute et respectueuse considération,
L. Favre