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On pourrait essayer de décrire les cotextes d’Olga Kokcharova comme des poèmes perpendiculaires. Un poème perpendiculaire a cette particularité que les mots qui le composent s’écrivent dans une suite de plans verticaux par rapport au plan de la page, si bien que chaque mot se présente comme un empilement de lettres. La superposition des lettres fait songer à l’alphabet cyrillique, mais la ressemblance est lointaine, (et on se dit qu’on s’est peut-être laissé influencer par le nom russe de l’auteure...) On pense également à une écriture idéogrammatique d’autant que la disposition d’un cotexte sur la page ordonne les mots-signes par ligne autant que par colonne, si bien que le sens de lecture devient incertain – pour autant qu’une lecture soit encore possible, ou simplement souhaitable, ce qui fait pour le moins débat. Lorsqu’ils sont dits, les cotextes obéissent au même principe d’empilement : les sons s’amalgament dans une instantanéité chorale. Plus d’articulations ni de modulations mais des montées en intensité assez soudaines, brèves et séparées par des silences non moins abrupts. Depuis Saussure nous savons que les langues sont des systèmes immotivés de règles arbitraires. Olga Kokcharova tire les conséquences de cet état de fait. Loin de toute nos-talgie cratylienne, mais avec la même rigueur poétique que son compatriote André Biély lorsqu’il revisitait la langue à l’aide de sa Glossolalie, elle engage une recherche visant à inventer une langue proprement inouïe. Pour cela, après avoir déclassé provisoirement dans l’ordre des priorités le primat du sens, elle engage, à partir d’une langue existante, une exploration conjointe de l’écriture et de la prononciation qui s’ouvre à la musicalité du chant comme à l’imaginaire du signe, ce dont témoigne avec beaucoup d’élégance l’édition (sonore et visuelle) de ces cotextes.
Hervé Laurent