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Le 24 février à trois heures du matin, un groupe de chercheurs a détecté bien avant les annonces officielles le début de la guerre en Ukraine : Google Maps indiquait un trafic perturbé entre la ville de Belgorod et la frontière ukrainienne. Ces 40 kilomètres de ralentissements étaient causés par le mouvement des troupes russes en direction de l’Ukraine.
Les chercheurs observaient cette zone car des images radar avaient montré que l’armée russe s’était positionnée en colonne le long de la route. Ces images indiquaient une formation différente d’une troupe à l’arrêt, installée pour camper plusieurs jours. Ayant constaté ces différences, les chercheurs ont alors observé le trafic visible sur Google Maps et ils ont découvert un embouteillage causé par le mouvement de ces véhicules russes en direction de la frontière. Ces déplacements de chars empêchaient les habitants de la région de circuler normalement et les GPS de leurs téléphones portables ont remonté automatiquement l’information sur l’application de Google.
Cette observation a été immédiatement communiquée par un tweet du professeur Jeffrey Lewis, membre de ce groupe de recherche du Middlebury Institute of International Studies en Californie.
La combinaison de plusieurs données ouvertes permet de montrer la situation sur le champ de bataille
La terre est en permanence photographiée par des centaines de satellites. La résolution est de plus en plus grande et les nouveaux satellites équipés de technologies radars peuvent même observer la terre lors de conditions météorologiques défavorables avec d’épais nuages.
Ces technologies de pointe ne sont plus uniquement accessibles par les gouvernements. Ce sont des sociétés privées qui opèrent ces satellites et qui commercialisent les images. Les outils d’analyse sont également disponibles pour tous. C’est ce qui a permis à ce groupe de chercheurs de publier cette information sur les réseaux sociaux. Cet institut travaille depuis quelques années sur l’analyse de ces données satellites appelées « Synthetic Aperture Radar » (SAR). Cette nouvelle génération de satellites permet d’observer la terre de nuit et sous les nuages : ils émettent des ondes radar et mesurent ensuite les signaux réfléchis en retour, principe similaire à celui utilisé par les chauves-souris pour voler dans le noir.
Ces images satellites peuvent être combinées avec d’autres données. Les réseaux sociaux sont une source importante d’informations au travers des images, vidéos et textes postés par la population. Les mouvements aériens sont aussi accessibles grâce à des réseaux communautaires d’antennes radio qui captent les signaux émis par les transpondeurs des avions. Cette approche de renseignement s’appelle « l’Open Source Intelligence » ou renseignement de sources ouvertes en français.
Une nouvelle arme pour montrer la vérité
Ces nouvelles techniques de renseignements posent certaines questions :
- Quel est le rôle de ces chercheurs ? Leurs actions les mettent dans une situation inconfortable, ils deviennent impliqués dans cette guerre ;
- Faut-il continuer à fournir ces données lors d’un conflit ? Les informations libres peuvent être utilisées par les deux camps et nuire à la population. Récemment, Google a par exemple décidé de bloquer certains services de Google Maps sur le territoire ukrainien ;
- Pour les entreprises qui vendent ces données, il y a des conflits d’intérêts. Faut-il honorer un contrat avec un gouvernement qui en attaque un autre ? Si une société décide de prendre position pour une des parties, risque-t-elle d’être attaquée par l’autre ? L’armée russe ayant notamment les moyens de détruire des satellites.
Cette guerre est aussi une guerre de communication, avec la diffusion de désinformations et de « fake news ». Faire appel à ces technologies pour observer la réalité sur le terrain est une « arme » efficace pour montrer la vérité. En espérant qu’au final l’utilisation de ces outils permette d’arriver à une résolution plus rapide du conflit.
Image des troupes russes prise par Capella Space et le Middlebury Institute of International Studies à la frontière ukrainienne :