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Il y a eu 82'000 naissances en 2022, ce qui représente une baisse de 8,5% par rapport à 2021. Si l'on considère le nombre de naissances par rapport à la population, la natalité a atteint un niveau historiquement bas (9,3 naissances pour 1000 habitants).
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Depuis 2010, le nombre d'enfant par femme fluctuait de manière stable autour de 1,5, mais en 2022, il est descendu à 1,39, en dessous de la moyenne européenne.
Insécurité
Selon Valérie-Anne Ryser, docteure en sciences sociales de l'Université de Lausanne, spécialiste des questions de transitions familiales, plusieurs raisons pourraient expliquer cette baisse de la natalité.
"D'une part on peut se demander si c'est conjoncturel, si la crise du Covid-19 et les différents semi-confinements qu'on a vécus n'ont pas créé une insécurité chez les gens, qui ont décidé de faire moins d'enfants", envisage-t-elle dans l'émission Forum.
Ce phénomène s'est en effet observé ailleurs en Europe, "notamment dans les pays du sud qui ont été très fortement touchés par la pandémie de Covid-19, avec beaucoup de chômage et des problèmes économiques très importants", affirme Valérie-Anne Ryser. "Donc on observe aussi cette baisse dans un certain nombre de pays autour de nous".
Politique familiale
La Suisse, elle, est pourtant en bonne santé sur le plan économique, sans que cela ait un impact sur la fécondité. Selon Valérie-Anne Ryser, cela s'explique par le manque de souplesse de la politique familiale en Suisse.
"Au niveau de la société suisse, on considère encore que c'est à la femme de porter la responsabilité de la maternité, en ce sens que l'on a un congé paternité qui est extrêmement récent et qui est très court, aussi en comparaison européenne", explique-t-elle.
La spécialiste des questions de transitions familiales estime qu'il est très difficile pour les femmes de concilier vie professionnelle et vie familiale, "alors que si on avait une politique où on faisait un peu mieux la promotion d'un congé paternité et d'un congé parental, on pourrait diviser un peu la tâche entre les deux membres du couple".
Pour Valérie-Anne Ryser, une meilleure politique familiale pourrait également favoriser l'économie. "Il y a un grand nombre de femmes travaillant à temps partiel qui aimeraient travailler plus si elles avaient de meilleures opportunités pour mieux concilier le travail et la famille", explique-t-elle.
"A ce moment-là, on aurait des femmes qui pourraient s'engager davantage dans le monde professionnel, avec des emplois mieux rémunérés, avec plus de responsabilités", poursuit-elle, expliquant qu'en travaillant plus, les femmes auront également un pouvoir de consommation plus accru et contribueront davantage à l'AVS.
Un choix délibéré
Au-delà des raisons conjoncturelles, la baisse de la natalité pourrait aussi provenir d'un choix délibéré de ne pas avoir d'enfants.
"On voit qu'actuellement il y a toute une réflexion sur ce que ça veut dire pour un couple d'avoir un enfant et il y a tout un tas de débats aussi sur la responsabilité qui incombe lorsqu'on a un enfant", explique Valérie-Anne Ryser. Celle-ci estime qu'il y a "trois grands groupes de personnes" qui décident de ne pas enfanter.
"D'une part, on a des femmes qui vont décider de ne pas avoir d'enfants parce qu'elles sont heureuses dans leur couple et que l'amour qu'elles ont avec leur conjoint est exclusif et qu'il n'y a pas de place pour l'enfant", explique-t-elle.
"D'autre part, on a des femmes qui vont se réaliser à travers la création par exemple, et pour lesquelles avoir un enfant n'est pas quelque chose d'indispensable", poursuit Valérie-Anne Ryser.
"Et puis finalement, on a d'autres femmes qui vont juger qu'on a une société beaucoup trop violente et que les conditions ne sont pas saines pour avoir un enfant dans un monde qui ne va pas si bien que ça", continue-t-elle.
Valérie-Anne Ryser pense toutefois que nous n'avons pas encore le recul nécessaire pour savoir si ce chiffre de 1,39 enfant par femme est "une tendance qui va se confirmer à l'avenir ou si c'est quelque chose de purement conjoncturel".
Propos recueillis par Renaud Malik
Adaptation web: Emilie Délétroz avec ats