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Quelques classiques des courses sur route, mais pas toutes, sont au programme de Pierre Délèze en cet automne 1987. Le 7 novembre il remporte la Corrida d’Octodure à Martigny et il en fait de même trois semaines plus tard lors de la Basler Stadtlauf à Bâle. Le 12 décembre, il participe à la Course de Noël à Sion et celle-ci présente un joli challenge. En effet, pour la troisième fois, Pierre Délèze et Markus Ryffel s’affrontent sur le parcours sédunois. Au tableau des scores, il y a un partout entre les deux hommes (victoire de Ryffel en 1982 et réplique de Délèze en 1984). Pour cette édition, Markus Ryffel effectue sa rentrée et il est un peu dans le flou. Au quatrième kilomètre, le duo est seul en tête et un marquage strict est observé. Cependant Ryffel sait que pour l’emporter, il faut lâcher au train l’enfant du pays. C’est ce qui se passe avec une avance maximale d’une cinquantaine de mètres. Finalement le Bernois gagne en 20’41″0 avec neuf secondes d’avance sur le Valaisan. Les deux coureurs vont s’affrontent encore une fois le soir de la Saint-Sylvestre à Bolzano, puis Markus va partir en camp d’entraînement aux États-Unis, alors que Pierre a opté pour le Portugal. Dans les deux cas, les bonnes conditions climatiques seront favorables à leur préparation olympique. Il faut attendre la fin du mois de juin 1988 pour enfin voir Pierre Délèze en action. La saison sera courte, avec très peu de compétitions avant le Jeux Olympiques. Le 24 juin à Lausanne, il court le 5000 m d’Athletissima, mais il finit à vingt-deux secondes du quintet de tête regroupant le Portugais José Regalo qui a gagné en 13’22″71, juste devant le Français Pascal Thiébaut en 13’22″80, le Kenyan John Ngugi en 13’23″23, l’Anglais Tim Hutchings en 13’23″32 et l’autre Kenyan Yobes Ondieki en 13’23″67. Le 5 juillet, Pierre prend part à un 1500 m à Lappeenranta (Finlande). Un léger mieux est constaté avec une quatrième place en 3’39″46. Pour la trente-neuvième fois de sa carrière, Pierre réalise un chrono sous les 3’40″00 ! Lors de sa traditionnelle session en altitude à Saint-Moritz, on a le privilège d’assister pour la première fois aux entraînements de Pierre. Avec des yeux de supporter, ces moments sont aussi rares que privilégiés. Mais ce qui a étonné, en-dehors de l’entraînement, c’est l’adresse de Pierre au… minigolf ! Certainement habitué depuis très longtemps au dosage des angles qu’il faut adopter sur ce parcours si particulier, et alors qu’on était fier des quarante-quatre points réussis sur ce dix-huit trous, Pierre affiche la feuille qu’il vient de réaliser : trente-sept points ! Argh, il est fort là aussi ! Au cours d’une autre séance dans ce minigolf, on croise également les Italiens Alberto Cova et Francesco Pannetta. Ils sont comme des gamins, se chambrant à chaque coup. Sur l’un des trous, assez droit mais avec un obstacle gênant passablement un tir direct, Cova se concentre, très sérieux. Pannetta se baisse pour le déconcentrer et crie : «La defaillanza, la defaillanza». Nullement perturbé, le moustachu trouve l’angle idéal contre le bord droit et obtient un « hole in one ». Alors que le champion du monde du 3000 m steeple se tire une balle devant trop de chance, le champion olympique du 10000 m a l’index levé comme s’il avait gagné la course la plus importante. C’était vraiment étonnant de les voir là aussi en mode compétition. Bon, on n’a pas fait que du minigolf pendant les deux semaines, on l’assure ! Les entraînements sont une pure merveille à effectuer, deux fois par jour, même pour un modeste sauteur en longueur. Que ce soit le long des lacs, sur la piste du stade ou sur la piste finlandaise de Corviglia, à 2600 m d’altitude, tout est fait pour se sentir au mieux. Dès lors on comprend bien mieux que Pierre élise chaque année domicile dans cette sorte de paradis de l’athlétisme car la plénitude physique qui en découle est tout à fait jubilatoire. C’est avec ces sensations que Pierre Délèze se rend le 2 août au stade Louis II à Monaco. Sur un 3000 m bien emmené par l’Américain Sydney Maree, vainqueur en 7’42″94, Pierre surprend tout le monde en battant son record personnel en 7’43″46. Sa précédente référence, c’étaient les 7’44″08 réalisés le 15 août 1980 lors du meeting international à Lausanne. Le 14 août aux championnats suisses à Zoug, Pierre retrouve Markus Hacksteiner sur 1500 m. Comme l’an dernier à Berne, pour trois centièmes, mais aussi comme en 1979 dans ce même stade, Pierre se fait battre cette fois de treize centièmes : 3’48″09 pour l’Argovien contre 3’48″22 pour le Valaisan. Il n’y a pas de nouveau titre suisse, mais la forme commence à venir progressivement. Le 17 août, le meeting Weltklasse montre pourtant qu’il y a encore du travail à effectuer avant Séoul. Il termine huitième du mile en 3’57″00, avec un temps de passage au 1500 m en 3’40″23. Il devra attendre encore pour obtenir son quarantième chrono sous les 3’40″00. Deux jours plus tard, le 19 août à Bruxelles, il prend part à un 5000 m qui a des airs de sérieux. L’allure n’est pas des plus dures, mais Pierre n’arrive pas se mettre aux avant-postes. Il reste constamment derrière et il ne peut rien lorsque José Regalo accélère et gagne la course en 13’15″62. Le Valaisan termine au neuvième rang en 13’32″84 et signe le dixième chrono de sa carrière sur cette distance. Quatre jours plus tard, le 23 août au Neufeld de Berne, alors que Werner Günthör vient d’envoyer son poids à 22,75 m, un fabuleux record suisse, Pierre Délèze réalise un nouveau bon 3000 m en 7’45″48. C’est sur cette bonne impression qu’il va préparer les derniers réglages en vue des Jeux Olympiques.
Les vingt-quatrièmes Jeux Olympiques se déroulent du 23 septembre au 2 octobre 1988 à Séoul (Corée du Sud). Plus de 1600 athlètes issus de 149 nations sont présents pour cette deuxième édition se déroulant en Asie après Tokyo 1964. Contrairement aux trois dernières éditions, il n’y a pas eu de boycott massif. Seule la Corée du Nord a boudé son voisin du sud. Un nouveau duel Carl Lewis vs Ben Johnson a lieu le 24 septembre, pour ce qui sera connu plus comme étant « the dirtiest race in history ». Ben Johnson gagne en 9″79 et bat le record du monde de quatre centièmes. Carl Lewis est deuxième en 9″92. Deux jours plus tard, une bombe atomique explose à Séoul : Ben Johnson était dopé ! Il perd son titre et ses records au profit de l’Américain, qui se console avec une vraie victoire au saut en longueur, 8,72 m. Chez les femmes, Florence Griffith-Joyner éclabousse le monde avec des performances ahurissantes : 10″54 sur 100 m et 21″34 sur 200 m, record du monde pulvérisé. Sa belle-sœur Jackie Joyner-Kersee remporte la longueur avec 7,40 m et l’heptathlon avec un record du monde à 7’291 points. Dans l’ombre des deux Américaines, l’Allemande de l’Est Heike Drechsler réalise de très beaux Jeux Olympiques avec le bronze sur 100 m en 10″85 et sur 200 m en 21″95, ainsi que l’argent en longueur avec 7,22 m. Du côté suisse, on assiste à l’avènement au niveau international d’Anita Protti (Lausanne-Sports) qui rate d’un rien une place en finale du 400 m haies. C’est finalement à Werner Günthör que revient la lourde tâche de porter à bout de bras l’athlétisme suisse. Étonnamment en retrait lors des qualifications, il se doit de réagir en finale. L’Allemand de l’Est Ulf Timmermann place d’entrée la première banderille avec 22,02 m, mais Werner pointe tout de même en deuxième position avec 21,99 m réussis à sa cinquième tentative. La dernière série d’essais va être incroyable. L’Américain Randy Barnes, inexistant jusqu’alors dans cette finale, balance un 22,39 m venu d’on ne sait où. Timmermann réplique avec 22,47 m et devient champion olympique. Et Werner Günthör apporte à la Suisse une belle médaille de bronze avec ses 21,99 m. En demi-fond, les Kenyans ont été dans tous les bons coups. Paul Ereng a remporté le 800 m en 1’43″45, Peter Rono s’est adjugé le 1500 m en 3’35″95 et John Ngugi a dominé le 5000 m en 13’11″70. Une finale du 5000 m qui s’est disputée malheureusement sans Pierre Délèze. Le 28 septembre lors des séries, le Valaisan n’y est tout simplement pas. Il termine onzième de sa série en 14’12″79. Pierre Délèze est éliminé ! Sous le titre « Élimination d’un insomniaque », le journaliste Michel Busset explique ce qui s’est passé avec Pierre : Avec le quarante et unième temps de tous les inscrits dans les séries du 5000 m, c’est trop gros pour qu’on range la performance de Pierre Délèze dans la série des hauts et des bas qui n’ont cessé de zébrer son parcours. Il s’est passé autre chose, mais quoi ? Que s’est-il caché derrière cette élimination sans gloire, pour ne pas dire misérable ? «Depuis dix jours que je suis ici, je n’ai pratiquement pas dormi, expliquait-il. Chaque nuit je me réveillais vers deux heures et demie, trois heures. Impossible ensuite de retrouver le sommeil. Affaire de décalage horaire ? Pas uniquement. Je n’étais ni ici, ni en Suisse. Bref, après un bon test d’entraînement, trois jours après mon arrivée, j’ai commencé à me sentir lourd. Tous les jours un peu plus. Ce fut pire encore durant cette première série… ». Elle partit pourtant sur un train de sénateur, ce qui n’empêcha pas le coureur Valaisan d’être décroché à la première petite accélération. «Au moment où il aurait fallu répondre présent, j’avais déjà les jambes comme des troncs». Délèze, visiblement, comprend mal. D’autant plus mal qu’à l’entraînement, avant son départ pour la Corée du Sud, il se sentait en excellente condition. «J’ose même dire que j’étais en meilleure forme qu’avant les Mondiaux de Rome, l’an dernier». Mondiaux où il avait pris la quatrième place, rappelons-le. Hansjörg Wirz, le patron de l’athlétisme helvétique, avait toutefois une analyse un peu différente de ce cruel échec : «Tout au long de la saison, Pierre a eu un problème qu’il n’a jamais su résoudre : le passage du 3000 au 5000 mètres. Même dans une course lente, ça lui a pesé dans la tête. J’ai aussi eu le sentiment, pour l’avoir suivi aux jumelles, qu’il ne s’est pas vraiment accroché avec la force du désespoir». Mais est-ce que ça aurait suffi ? On ose en douter. Quant à savoir si Délèze a eu tort de délaisser le 1500 m pour le 5000 m, Hansjörg Wirz ne le pense pas : «Pierre est capable d’aller très vite dans un 1500 m couru régulièrement. Mais, au niveau d’un grand championnat, il ne pourrait pas tenir le choc dans des courses généralement marquées par de grosses accélérations, face à des coureurs indiscutablement plus rapides que lui sur 800 m». Le constat est certes amer, mais le soutien de la Fédération est aussi un peu dur sur ce coup-là. Pierre Délèze, qui vient d’avoir trente ans, se trouve face à un choix à étudier : il brille toujours de mille feux sur la route en automne, mais l’été venu, il n’arrive plus à être aussi constant qu’avant. Va-t-il délaisser la piste au profit de la route ? Le débat est ouvert et ce sera, à n’en pas douter, un thème récurrent au moment de passer des années ’80 aux années ’90, lui qui est présent dans l’athlétisme depuis décembre 1973.
PAB
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