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En Europe occidentale, au XVIIIe siècle, les cimetières, alors installés au chevet des églises sont progressivement désaffectés. De nouveaux cimetières sont ouverts aux portes des villes ou des villages. Les épidémies de choléra et les mesures d’hygiène à leur encontre contribuent fortement à ce changement. D’autre part la progression des idées libérales renforcent ce mouvement. Des débats politiques ont lieu sur le droit des non-baptisés à être inhumés dans les cimetières publics. Progressivement le cimetière n’est plus administré par l’Église et le pouvoir religieux mais par l’autorité municipale. Tel est le cas en France aux environs de 1770 où, sur les instances de la Faculté, les autorités décident de déplacer les cimetières à l’extérieur des villes pour les soustraire à la putréfaction, de les entourer de murs, d’interdire le creusage de puits à proximité pour des raisons de salubrité publique et lorsque le système des concessions voit le jour. Une ordonnance royale du 10 mars 1776 interdit d’inhumer dans les églises, avec de possibles exceptions pour quelques privilégiés (évêques, curés, patrons, hauts justiciers et fondateurs des chapelle) ; elle prescrit que les cimetières devenus insuffisants soient agrandis et que ceux placés dans l’enceinte des habitations soient portés, autant que les circonstances le permettent en dehors de l’enceinte des villes. Cette ordonnance qui supprime le choix du lieu de sépulture dans une église en imposant le cimetière ne fait qu’accélérer une évolution en cours : de lieu de vie placé au centre de la communauté des vivants, le cimetière devient un lieu de prière et de visite aux morts.
La Révolution française transfère la propriété des cimetières paroissiaux à la commune : le cimetière municipal devient public. Dans le cadre du Concordat de 1801, le décret du 23 Prairial an XII (1804) sur les sépultures et les lieux qui leur sont consacrés, confie aux fabriques et consistoires (établissements publics du Culte), le monopole des fournitures et services funéraires et instaure le régime des concessions. Ce décret codifie également la sectorisation confessionnelle des cimetières français, fruit d’une politique de séparation des minorités religieuses instaurée par les pouvoirs publics, consacrant ainsi le refus de l’exclusion funéraire qui frappait les minorités religieuses sous l’Ancien Régime. La loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles permet à chaque personne d’exprimer son choix quant au mode de sa sépulture et aux conditions de ses funérailles.
Le décret de 1804 prévoit d’organiser les cimetières en tranchées, dont chaque concession est prévue pour durer cinq ans. Passée cette période, on estime le corps assez décomposé pour être transféré dans une fosse commune. Seuls quelques tombeaux de personnalités pouvaient exceptionnellement être conservés. Dans les années 1840 se développe toutefois la pratique des concessions familiales longues ou perpétuelles, d’abord dans l’élite, puis qui se généralise dans toutes les couches de la société.
La loi du 28 décembre 1904 retire aux fabriques et consistoires et donne aux communes le monopole de l’organisation des funérailles (dans le cadre de la séparation de l’Église et de l’État). Les municipalités passent alors souvent des contrats avec des entreprises de pompes funèbres, d’où une standardisation de la pierre tombale et du caveau funéraire proposés dans des « catalogues », à l’exception des sépultures des morts les plus fortunés dont l’art funéraire peut prendre une originalité et une grande ampleur. La multiplication des crémations a rendu de plus en plus fréquents les murs funéraires à urnes ou les jardins du souvenir.
Dans les pays occidentaux, depuis le début du XIXe siècle, les cimetières sont divisés en concessions cadastrées (organisation en divisions, carrés et rangées, ordonnancement caractéristique de la Révolution industrielle) auxquelles on accède par des allées. Chacune est louée ou vendue à une personne ou à une famille, qui peut y construire une pierre tombale ou un caveau. Une concession dite « à perpétuité » pouvait être donnée ou vendue à une famille, mais la perpétuité devient rare en raison du manque de place dans et autour des villes.
Certains cimetières donnent l’impression de reproduire la ville avec ses quartiers riches et ses quartiers pauvres. Dans certains pays, les familles dépensent des sommes considérables pour construire des pierres tombales en forme de maisons, construites avec plus de soins que les vraies, par exemple à Madagascar. Les fosses communes, longtemps le lot des morts sans famille et des indigents, sont maintenant réservées aux personnes non identifiées tuées lors de catastrophes ou d’épidémies importantes.
Selon les cultures et les époques, les cimetières, comme les tombes d’ailleurs, sont plus ou moins monumentalisés et sacralisés. Le culte catholique est caractérisé par des tombes de pierre, imposantes et ornées de symboles parfois complexes. La fin du XXe siècle en France et dans plusieurs pays européens a découragé l’expression de la nature dans les cimetières : pierres de marbre, caveaux de béton fabriqués artisanalement, puis industriellement sont alignés entre allées de schistes ou de graviers souvent chimiquement désherbées. Dans les pays de tradition catholique, le jour des Morts est la Commémoration des fidèles défunts et est marqué le 2 novembre. Ce jour-là — ou la veille, la Toussaint — on dépose sur les tombes des fleurs en plastique, en céramique ou peintes sur des émaux ou des fleurs naturelles.
Parfois cependant la nature est présente. Ainsi, les haies et arbustes taillés au cordeau, les gazons très entretenus caractérisent les cimetières militaires. À Paris, le cimetière du Père-Lachaise est plus visité que des jardins authentiques. Dans certaines régions, l’if (plante symbolique de l’immortalité) ou le lilas commun (plante importante pour les gitans) sont présents dans le cimetière. Certains cimetières sont presque complètement recouverts d’herbe, comme dans les pays anglo-saxons, où les allées et les tombes sont plantées de gazon dont n’émergent que des stèles ou des croix verticales. Cette formule est adoptée par les cimetières musulmans en Europe du Nord, en Europe de l’Est ou en d’autres pays. Certaines communes entretiennent une flore variée favorable aux papillons et aux oiseaux afin qu’ils égayent le lieu.
En France, les cimetières sont devenus des propriétés communales où tous les habitants, tous les inscrits sur les listes électorales ou toutes les personnes décédées sur la commune ont le droit d’être inhumés. Les communes accordent en outre des concessions de durées variables pour qu’un demandeur puisse y établir une sépulture individuelle ou familiale. Il ne lui est pas permis d’y établir des zones confessionnelles. Les différentes confessions des défunts peuvent être manifestées par des cérémonies et des rites, et, sur les tombes par des symboles ou des inscriptions religieuses, philosophiques ou politiques. Les communes aménagent cependant souvent des espaces dits « carrés musulmans », regroupant les tombes des défunts qui suivent les rites d’inhumation musulmans. L’inhumation fait l’objet en France d’une réglementation très précise. Dans le cadre des pouvoirs de police du maire, en matière de salubrité publique, les agents de la police municipale sont chargés de la surveillance des opérations funéraires (exhumations, réduction, transports de corps).
De nos jours, et sous la pression foncière, on cherche à récupérer l’espace utilisé en centre-ville par certains cimetières, et à déplacer vers l’extérieur des villes ces lieux de recueillement et de souvenir. D’autres pratiques funéraires comme la crémation se présentent comme permettant de réduire l’emprise au sol (sur 10 m2 on loge quatre à six cercueils, contre 200 urnes), mais en termes d’empreinte écologique le bilan de la crémation peut être réévalué.