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Texte de Giulia Chiostrini, restauratrice adjointe, Département de la conservation des textiles, MET (Mai 2015).
Traduction Claire de Pourtalès
Article original en Anglais ici.
Ces médaillons (1430-1435) sont brodés sur une double toile de lin avec des fils de soie et des fils métalliques au cœur de soie. Les points employés sont le passé plat, le point fendu, le point de tige, des appliqués et des points de couchure y compris or nué. Chaque médaillon mesure 16,5 cm de diamètre. Ils sont conservés au Metropolitan Museum of Art, New York.
Quatre des médaillons présentés ici proviennent de la Collection Lehman, les deux autres de la Cloisters Collection (en bien meilleur état), tous conservés au MET. Les 36 médaillons d’origine ont été découpés, probablement au 17ème siècle, et dispersés dans diverses collections.
De la Collection Lehman :
Saint Martin et Saint Hilaire (MET-1975.1.1908)
Saint Martin offrant la coupe de vin au prêtre (MET-1975.1.1907)
Saint Martin annonçant à ses parents qu’il deviendra chrétien (MET-1975.1.1909)
Saint Martin ressuscitant un mort (MET-1975.1.1906)
De la Cloisters Collection :
L’Impératrice s’agenouille devant Saint Martin (MET-47.101.63)
Saint Martin et les Brigands (MET-47.101.64)
On a ici une superbe illustration de la technique appelée or nué (principalement développée en Italie et en Flandre), où des fils de soie et de délicats fils de métal en argent doré étaient brodés ensemble. Cette technique implique l’utilisation de fils métalliques couchés (ou maintenus en place) avec des fils de soie teints. En fonction de l’emplacement des points, différents motifs sont créés. Les bandes de métal doré ont été découpées dans une feuille (un alliage d’argent contenant 95% d’argent et 5% de cuivre) préalablement dorée sur une face, puis enroulée autour d’un noyau de fil de soie jaune.
Des fils de métal en argent doré ont également été utilisés pour créer de petits éléments de motifs tels qu’un bol ou une tasse. Posés en lignes parallèles sur un rembourrage profilé en dessous et cousus sur le tissu de lin à leurs extrémités, ils créent un effet tridimensionnel.
L’examen technique utilisant la radiographie aux rayons X montre la riche utilisation des fils métalliques et les différentes façons dont ils ont été appliqués, mettant en évidence l’aspect luxueux original des broderies et l’habileté du brodeur avec cette technique sophistiquée.
Tandis que les fils en métal en argent doré rehaussent le luxe des broderies, les fils de soie finement teints créent la plénitude de chaque figure représentée. Une combinaison de dégradés dans les fils de soie teints, les points fendus et de tige en fils de soie non torsadés modulent les nuances et mettent en valeur les détails des traits du visage et des vêtements, créant un effet de peinture à l’aiguille. Des colorants naturels, y compris des teintes rouges, jaunes et vertes à base de racine de garance (Rubia tinctorum), de réséda jaunâtre (Reseda luteola) et, en fonction de la date des broderies, une combinaison de rédéda et de Pastel des teinturiers (Isatis tinctoria) a été utilisée pour teindre les fils de soie, obtenant une fine gradation de coloration.
L’état des sept médaillons brodés de cette série est bon, bien qu’ils montrent des traces d’utilisation, car ils faisaient autrefois partie d’un ensemble de vêtements ecclésiastiques.
Lors de traitements de restauration antérieurs effectués avant l’entrée des objets dans la collection du Musée, des patchs de toile de lin ont été appliqués sur les dos pour soutenir les zones usées. Le dos de chaque pièce était recouvert de pâte d’amidon pour rigidifier la structure de l’armure de lin. À long terme, ce traitement a affecté l’état du tissu de base de la broderie, formant une surface cassante.
Dans quelques zones, les fines bandes de métal en argent doré présentent des dommages dus à l’abrasion et à l’oxydation, laissant le noyau de soie jaune exposé (à gauche), tandis que la perte des fils de broderie en soie fine a affecté la plénitude d’origine de chaque figure (à droite).
Dans une tentative de recréer l’apparence d’une zone de broderie complètement perdue, un fil de soie a été aligné en rangées parallèles et recouvert de différentes nuances de fils de soie colorés.
Lors de la préparation de ces objets pour l’exposition (de 2015), aucun des traitements de restauration précédents n’a été supprimé. Suivant la configuration du motif original, des fils métalliques lâches ont été réalignés et couchés sur le lin avec un fil de coton de couleur neutre.
Pour exposer ces objets, les médaillons ont été placées sur des planches d’archives inclinées, recouvertes de tissu de coton, une méthode qui permet aux visiteurs de voir le dos de chacun des médaillons. Le placement des broderies dans une vitrine maintient les pièces dans un environnement ambiant sécurisé pendant toute la durée de l’exposition.
L’auteur tient à remercier Cristina Carr, restauratrice au Département de la conservation des textiles, pour son aide dans la prise des images radiographiques. Au Département de la recherche scientifique, l’auteur tient également à remercier le chercheur associé Nobuko Shibayama pour son analyse des colorants ; le chercheur associé Federico Carò pour l’analyse des fils métalliques ; ainsi que la chercheuse associée Adriana Rizzo et la stagiaire Meghan Schwab pour l’identification de la pâte.