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Les ménages en Suisse sont de plus en plus petits. La demande d'habitation progresse nettement plus vite que la population, renforçant ainsi le risque de pénurie
La taille moyenne des ménages baisse depuis des décennies. Alors qu'en 1965, un ménage moyen était composé de près de 4,4 personnes, en 2021, c'était à peine la moitié. L'Office fédéral de la statistique (OFS) dénombrait fin 2021 environ 3,9 millions de ménages privés en Suisse. Plus d'un tiers d'entre eux se composent d'une seule personne, ce qui correspond à 17% de la population. Et près d'un tiers des ménages sont formés de deux individus, soit 30% de la population.
Individualisation
Le vieillissement démographique et la tendance continue à l'individualisation ont progressivement remplacé l'immigration comme premier moteur de la constitution des ménages, soulignaient les économistes de Raiffeisen dans une étude publiée l'an dernier. Les Suisses vivent dans des ménages de plus en plus petits, non seulement en raison de l'augmentation de l'espérance de vie, mais aussi parce qu'ils préfèrent de plus en plus vivre seuls. D'autres changements structurels de la société jouent aussi un rôle. L'augmentation du nombre de divorces et de séparations peut entraîner une hausse du nombre de ménages. L'accroissement de la prospérité est une autre explication: davantage de personnes peuvent se permettre de vivre seules ou dans des petits foyers. Entre 2013 et 2021, la population de la Suisse a augmenté de 8,7% alors que le nombre de ménages a progressé simultanément de 12,3%.
Cette tendance à la fragmentation des ménages est en train de remodeler le paysage immobilier. Durant les dernières années, les nouveaux appartements dans les immeubles locatifs sont devenus toujours plus petits. Le point culminant de la taille moyenne des logements a été atteint autour de 2005.
«La proportion de petits logements est souvent plus marquée dans les nouvelles constructions. Les 3 pièces sont particulièrement prisés, car ils répondent à de nombreux besoins», constate Sébastien Henchoz, responsable du service patrimoine et gérance chez Retraites Populaires.
Si les logements rétrécissent, les habitants ont par contre besoin de davantage d'espace. «Nous nous efforçons d'inciter les architectes à réduire au maximum les surfaces de circulation dans les logements pour amener le plus de valeur dans les pièces à vivre. La tendance au télétravail amène aussi de nouveaux besoins. En optimisant la conception des logements, les surfaces peuvent rester raisonnables», relève-t-il.
Casse-tête
Selon les économistes de Raiffeisen, la baisse toujours plus marquée de la taille des ménages va à l'encontre des efforts de densification. En clair, les nouveaux immeubles utilisent le sol de manière toujours plus efficiente, mais l'utilisation par les Suisses de cet espace l'est toujours moins. Un véritable casse-tête pour les urbanistes et les architectes.
La fragmentation des ménages aggrave aussi la pénurie de logements, alors que l'activité de construction reste faible en Suisse. Le nombre de ménages supplémentaires, qui atteignait 50'000 en 2021, devrait passer à 55'000 cette année, selon la dernière édition d'Immo-Monitoriring, réalisée par le bureau de conseil Wüest Partner. La croissance du nombre de ménages dépasserait ainsi largement l'augmentation attendue du nombre de logements, estimée à environ 46'000 unités en 2023. Au-delà de la croissance démographique, la fragmentation des ménages stimule aussi la demande. Pour résumer, plus les ménages sont petits, plus la demande de logements est importante.
Cerise sur le gâteau, cette évolution est également problématique d'un point de vue écologique. Si l'on veut réduire l'impact énergétique des habitations d'ici à 2050, il faudra impérativement diminuer la surface habitable par personne, soulignait une étude de l'EPFL. La surface moyenne par habitant atteignait en 2020 46,3 mètres carrés, soit 36% de plus qu'en 1980.
Même si la progression n'est plus aussi forte qu'avant le tournant du siècle, une diminution n'est pas encore observable.
Entre 1980 et 2020, la surface totale des logements a augmenté de 87%, alors que la population n'a progressé que de 37%. Un appartement de 100 mètres carrés par exemple est construit et chauffé de la même manière, qu'il soit habité par deux ou quatre personnes. Selon l'analyse de l'EPFL, quelques mètres carrés de moins suffisent à avoir un réel impact écologique. Entre pression démographique, évolution sociétale et urgence écologique, c'est une équation complexe que la Suisse va devoir résoudre durant les prochaines décennies.