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Née dans une petite ville du sud du Japon, Shizuko Yoshikawa (1934-2019) suit d’abord une formation en anglais, puis en architecture et design. Engagée comme traductrice lors de la « World Design Conference » de Tokyo en 1960, elle rencontre les directeurs de la Hochschule für Gestaltung d'Ulm, une école fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur le modèle du Bauhaus, où elle décide de parachever son cursus.
En 1962, Shizuko Yoshikawa rejoint le studio de Müller-Brockmann, alors que le graphiste s’impose comme pédagogue et théoricien de la grille. Elle y est notamment chargée, en collaboration avec Gudrun von Tevenar, d’élaborer le design du pavillon « Education, Science et Recherche » pour l’exposition nationale de 1964 à Lausanne. Dès lors, elle côtoie Max Bill, Camille Graeser et Verena Loewensberg et va peu à peu s’éloigner du design pour s’intéresser aux théories de l’art concret développées par ces artistes depuis les années 1930.
Elle s’appuie sur ce principe rationnel pour ses premières œuvres et, en 1973, signe un décor de grandes dimensions pour un bâtiment : une série de reliefs facettés et géométriques en béton, dont certains modules mesurent près de six mètres de long. Parmi les nombreuses expositions personnelles en Suisse et à l’étranger de Shizuko Yoshikawa, la première se tient à Rapperswill en 1974 ; quatre ans plus tard à Tokyo, son exposition est accompagnée d’un texte de Max Bill et, en 1980, le Kunsthaus de Zurich présente une série de ses reliefs. Elle contribue aux échanges entre la Suisse et le Japon, expose en 1978 à la galerie Minami (réputée pour son engagement en faveur de l’art environnemental et cinétique) et organise en 1981 une exposition au Art Information Center d’Osaka.
Shizuko Yoshikawa a su se départir de l’orthodoxie de l’art concret pour concevoir une œuvre visuelle singulière. Son projet artistique se manifeste d’abord avec des œuvres en relief qui suivent une géométrie orthogonale. En respectant une tradition réductionniste, elle multiplie les solutions formelles : le motif en relief monochrome et noir est révélé par la lumière et, avec Transformation, il devient polychrome et dynamique. La série Farbschatten (nuances de couleur) consiste en des reliefs géométriques blancs dont les champs colorés apparaissent indirectement par réflexion. Rompant avec la rationnalité non-illusionniste de l’art concret, Yoshikawa intègre donc les effets perceptifs des déplacements de l’observateur et les jeux que produisent l’éclairage du lieu d’exposition. A l’instar de la série de tableaux Weisse Mitte (une géométrie dont le centre laissé blanc devient un véritable espace négatif), Shizuko Yoshikawa transforme la grille en une matrice dynamique et spatialisée. Jusqu’à la fin des années 2000, elle élabore une œuvre picturale qui rayonne au-delà de son support en concevant une expérience spatialisée au service d’un art éminemment centrifuge.
L’exposition est organisée par Julien Fronsacq, avec le soutien de la Shizuko Yoshikawa und Josef Müller-Brockmann Stiftung