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Le 13 janvier dernier, un enfant de sept ans, de retour d’un voyage en Suisse, débarque avec sa famille à l’aéroport de San Diego en Californie. Il retrouve ses amis et reprend sa vie habituelle d’écolier. Le 21 janvier, il développe une fièvre accompagnée de toux, coryza et conjonctivite. Le 25 janvier, un rash apparaît, initialement diagnostiqué comme scarlatine. Le lendemain, son état se détériore et il est hospitalisé. Il s’agit d’une rougeole. Sans le savoir, il est à l’origine d’une épidémie qui, entre le 31 janvier et le 19 février, a causé la maladie chez onze enfants, tous issus de la souche suisse. Grâce à une couverture vaccinale supérieure à 90%, seule une centaine de cas de rougeole sont déclarés aux Etats-Unis chaque année, par rapport aux trois à quatre millions de cas, aux 450 décès et 28 000 hospitalisations avant l’introduction de la vaccination. La Suisse, où sévit actuellement une épidémie avec plus de 1400 cas déclarés entre novembre 2006 et mi-février 2008, exporte la rougeole dans le monde... Devenu pays d’endémie, nos voisins recommandent aux fans de football se rendant en Suisse pour l’Euro 2008 de se vacciner contre la rougeole.
Un patient sud-américain se présente aux urgences des HUG avec un gros cœur et des troubles du rythme. Qui s’attendait à diagnostiquer une maladie de Chagas, ou trypanosomiase américaine ? Même scénario avec deux nouveau-nés issus de mères boliviennes originaires de Santa Cruz, résidant à Genève, également atteints de la même maladie, cette fois congénitale. Récemment, deux patients vus aux urgences pour une crise d’épilepsie se révèlent être atteints d’une neurocysticercose.
Retour en Amérique latine. A mi-février, la fièvre jaune fait sa réapparition au Paraguay et en Argentine. D’abord rurale, elle devient urbaine. Le 7 mars 2008, l’OMS annonce 22 cas de fièvre jaune avec six décès au Paraguay et un cas en Argentine. Des campagnes de vaccination de masse sont organisées au point que la production de vaccin antiamaril du Brésil ne suffit plus. Deux millions de doses sont envoyés en urgence de France. La capacité annuelle de production mondiale de vaccin de la fièvre jaune est de 30 à 35 millions de doses. Elle est assurée par trois producteurs. A l’heure actuelle l’OMS s’inquiète, les stocks d’urgence sont épuisés. Que se passerait-il si une épidémie débutait au Nigeria ou en Côte d’Ivoire ? Travaillant de plus en plus en flux tendu, les firmes produisant les vaccins ne gardent que des stocks très réduits. Il suffit d’une épidémie ou d’un problème de production et l’approvisionnement en vaccins au niveau mondial est menacé, Europe comprise.
Août 2007, Ravenne. Apparition de plusieurs cas de fièvre accompagnée de syndrome grippal, certains présentent un rash. Au total plus de 200 cas répertoriés. L’enquête montrera rapidement qu’il s’agit du Chikungunya, un virus africain en passe de se répandre largement dans le monde. Transmis par un moustique de type Aedes, un vecteur très adapté au milieu urbain, le Chikungunya, virus oublié, est revenu sur le devant de la scène en causant une épidémie majeure à l’île de la Réunion en 2006, avant de se répandre en Inde causant plus de cinq millions de cas, et poursuivre son parcours en Malaisie, à Singapour, au Sri Lanka et dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. L’Aedes albopictus, ou «moustique tigre», (tigré serait plus approprié d’ailleurs), est arrivé en Europe du Sud voici plusieurs années et a étendu son territoire jusqu’au sud des Alpes avant de les franchir à fin 2007. Le vecteur étant présent, il suffisait qu’un voyageur introduise le virus et l’épidémie s’est propagée.
Anecdotes, histoires de chasse des épidémiologistes, menace planétaire ou changement de paradigme de la santé dans un mode globalisé ? Ces quelques exemples illustrent une fois de plus combien nous vivons dans un monde interconnecté et de plus en plus interdépendant où il n’est plus possible d’ignorer ce qui se passe à l’autre bout de la planète. L’épidémie de SRAS et l’expansion progressive de l’influenza H5N1 de la grippe aviaire avec la menace d’une mutation majeure et de sa transmission à l’homme ont réveillé les responsables de santé publique et accéléré la mise en place de mécanismes de surveillance et de contrôle. Depuis juin 2007, le nouveau Règlement sanitaire international est mis en application. Son objectif est d’étendre et faciliter la surveillance des maladies et en particulier celles ayant un potentiel épidémique. Si dans le précédent règlement seuls la fièvre jaune, le choléra et la peste étaient pris en compte, la nouvelle réglementation élargit le nombre de maladies et surtout garde la flexibilité nécessaire pour inclure toute nouvelle maladie émergente épidémique dont on ne connaît pas encore l’existence. Ce règlement lie les Etats et leur impose une notification rapide, afin de pouvoir prendre les mesures nécessaires au niveau international. L’OMS joue un rôle coordinateur clé et a le mandat d’aider les Etats à développer leurs capacités propres pour effectuer la surveillance et dépister le plus tôt possible toute maladie à potentiel épidémique. En créant ce réseau mondial de surveillance, il est à espérer que la communauté internationale se dote des moyens nécessaires pour pouvoir également répondre rapidement aux menaces épidémiques avant qu’elles ne se répandent largement. Cela implique de dégager les ressources nécessaires pour que les pays les plus pauvres puissent également détecter et protéger leur population. On en est encore très loin. Les systèmes de santé et de soins n’ont pas les capacités techniques, financières et les ressources humaines pour y faire face.
Il y a la dimension de santé publique : surveillance, contrôle, information. L’illustration de la rougeole montre bien que nous sommes tous concernés. Comment améliorer la couverture vaccinale en Suisse pour éviter les épidémies et leur débordement au-delà de nos frontières ? Comment développer une responsabilité globale utile à soi-même et aux autres ?
Il y a aussi la dimension clinique du praticien : reconnaître une maladie de Chagas, une neurocysticercose ou un Chickungunya, autant d’illustrations de la globalisation de la santé, global health ou santé globale vécue au quotidien.
C’est toute une culture médicale nouvelle à acquérir, c’est développer des canaux d’informations des praticiens plus performants. Le global et le local se rejoignent et s’interpénètrent, une nouvelle pratique émerge.