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En 1988, l’OMS a initié le programme d’éradication des virus de la poliomyélite (cf. Article précédent sur les virus de la poliomyélite). Le projet d’éradication est rendu possible par le fait que des vaccins efficaces sont disponibles depuis les années 1950, que depuis que la vaccination est appliquée les virus démontrent une stabilité antigénique (i.e. carte d’identité inchangée) et que l’humain est le seul réservoir de ces virus. Prévue, au début, pour l’an 2000, l’éradication est maintenant vue à l’horizon de 2030.
Pour rappel, il existe trois types de virus de la poliomyélite. Ces types, que l’on nomme sauvages, en anglais Wild Polio Virus 1,2,3 (WPV1, WPV2, WPV3), font référence à des cartes d’identité différentes nécessitant une immunisation contre les 3 types. Il existe des vaccins atténués et des vaccins inactivés pour les trois types (cf. La vaccination). Parce que la vaccination avec les vaccins atténués a l’énorme avantage d’être réalisée par dépôt, sur la langue de l’enfant, d’une à deux gouttes d’un liquide contenant les trois types de virus (vaccin oral, OPV=Oral Polio Vaccine), ce sont ces vaccins qui ont été utilisés dans les campagnes de vaccination de masse. Les vaccins atténués ont, de plus l’avantage, de circuler dans l’entourage de l’enfant vacciné, avec la conséquence que dans une famille nombreuse dans laquelle tous les enfants n’ont pas pu être atteints, la vaccination de tous peut avoir lieu par le virus atténué qui circule dans la fratrie. De plus les virus atténués se multiplient dans le tractus gastro-intestinal et génèrent une immunité plus adéquate pour limiter la circulation des virus sauvages qui suivent le même chemin. Les vaccins inactivés doivent être administrés par injection intramusculaire, ce qui a limité son utilisation à des pays au système sanitaire bien développé. Les vaccins inactivés protègent tout aussi bien de la maladie, mais sont moins efficaces à limiter la circulation des virus dans la population.
Pour efficaces et pratiques qu’ils soient, les vaccins atténués affichent portant une caractéristique problématique. A une fréquence de 1 cas sur 1-2 millions de vaccinations, le virus des trois types peut subir une « réversion ». Par ce terme on indique que le virus perd son atténuation et regagne son statut infectieux original provoquant ainsi une paralysie. Ce risque, aussi dramatique qu’il puisse être pour l’enfant atteint, a été accepté, face au bénéfice sans commune mesure que représente la maîtrise des épidémies et l’éventualité d’une éradication. Toutefois, dans la perspective de l’éradication, dans une situation où le taux de vaccination ambiant n’est pas suffisant, cette réversion peut être à l’origine de la circulation d’un virus virulent issu de la vaccination. On parle de circulating Vaccine Derived Polio Virus (cVDPV). Ces cVDPV n’échappent pourtant pas à l’immunité générée par la vaccination. Ainsi, leur circulation, comme celle des virus sauvages, peut être enrayée par des campagnes efficaces de vaccination qui limitent leur dissémination. En effet, si la réversion ne peut être prévenue, à moins d’utiliser des vaccins inactivés, la circulation du révertant ne peut se dérouler que dans un entourage insuffisamment vacciné.
En date se septembre 2019, il existe trois pays où les virus circulent encore (Nigeria, Afghanistan, Pakistan), 18 pays où l’on connait des cas sporadiques et 13 pays à risque à cause d’un taux de vaccination insuffisant et/ou d’une surveillance lacunaire. Le risque dans ces pays vient de l’importation du virus venant d’un pays où il circule encore, ou de l’émergence d’un virus lié à la vaccination (cf. ci-dessus).
Au Pakistan, il y a continuellement une transmission de WPV1, suite à un refus d’individus ou de communautés d’accepter la vaccination. Cette situation a un impact sur l’Afghanistan où le WPV1 est échangé entre les deux pays. L’ Afghanistan où l’insécurité qui augmente vient limiter les campagnes de vaccinations. Au Nigeria, aucun WPV1 n’a été détecté depuis trois ans, ce qui devrait permettre de le déclarer libre de tout WPV en 2020. Dans les 3 pays, des virus dérivés de vaccins circulent, cVDPV2 au Nigeria, cVDPV 1 et 3 en Afghanistan et cVDPV 1, 2 et 3 au Pakistan. Les 18 pays, où des cas de paralysie flasques sont sporadiquement déclarés, peuvent être contaminés par des virus originaires des 3 pays où les virus circulent encore. Ce sont des pays africains (12) voisins du Nigéria, des pays de la corne de l’Afrique, du Sud-Est Asiatique, et du Pacifique Ouest. On y trouve essentiellement des virus dérivés de souches vaccinales. De ces rapports, il ressort que les souches sauvages WPV 2 et 3 apparaissent déjà éradiquées de la planète.
L’éradication fait son chemin. La volonté et les moyens de l’atteindre sont toujours présents. Le succès final ne va dépendre que des conditions de pouvoir les appliquer.
Point d’entrée sur les derniers rapports concernant l’éradication.