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Réflexions
Dans cet espace nous désirons vous présenter différents points de vue qui pourrons vous
paraître contradictoires. Ils vont en fait représenter l'esprit de tolérance qui nous est cher.
Nous ne sommes pas détendeurs de la Vérité, qui oserai d'ailleurs affirmer la détenir.
Nous revendiquons simplement la rechercher comme l'écrivait Jean Baruzi.
"La recherche de la vérité ne peut être que libre".
Pour aider nos membres dans leur quête nous disposons de notre propre
bibliothèque qui s'enrichit chaque année.
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Exigences de la franc-maçonnerie
Comme toute association la franc-maçonnerie a édicté ses propres statuts et règlements afin de définir les modalités de son fonctionnement, en assurer la stabilité et la continuité. Les exigences que la franc-maçonnerie a formulées sont nombreuses et réparties dans au moins deux directions qu’il est nécessaire d’appréhender en tant qu’adhérent.
Aux exigences imposées par l’admission suivent celles que le franc-maçon doit satisfaire tout au long de son parcours dans l’alliance. Elles sont précisées par les constitutions d’Anderson, admises en 1723 puis après quelques corrections définitivement en 1738. Ces constitutions délimitent exactement les comportements que doit respecter le franc-maçon dans ses relations avec lui-même, sa famille, sa patrie et sa loge. Elles sont résumées d’une façon succincte sous la forme du code maçonnique.
Pour la plupart, elles sont pareilles à celles imposées aux candidats, il n’y a rien qui les distingue. Dès lors, il s’agit de comprendre cette ambiguïté et quelle est l’intention sous jacente puisque dans le monde profane il y a une multitude de personnes qui répondent à ces exigences en présentant une enviable tenue morale et cela sans manifester d’intérêt à notre Ordre.
La plupart de ces exigences sont formelles. En tout temps, chaque membre de l’Ordre peut être estimé au plan de ces exigences comme sont évalués des événements dans la durée et l’espace. La situation familiale ou sociale, professionnelle ou financière peut être observée. Si des écarts viennent à être relevés et selon leur ampleur, des sanctions sont applicables. Elles commencent par une remise à l’ordre, l’expression n’est pas usurpée, puis peuvent conduire à une radiation, plus gravement à l’exclusion.
Certaines exigences ont donc des réponses vérifiables et d’autres le sont moins, voyons quelles sont-elles.
«Un Maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale, et s’il comprend correctement l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux».
«La Bible, c’est Dieu qui parle aux hommes» écrivait Christian Bobin, prenant ainsi le contre pied d’une école de psychiatrie qui affirme que l’homme qui entend la parole de Dieu est un halluciné.
Il appartient à chacun de savoir s’il respecte cet engagement ou s’il le néglige. D’une part dans l’obligation d’obéir à la loi morale et on observe que la possibilité est laissée d’en rester là, c'est-à-dire de se contenter d’être un honnête homme et de le demeurer, ce qui sera vérifiable par la suite et, d’autre part, comme il y a un mode conditionnel donc une hypothèse avec le si, de comprendre ce qu’est cet Art dit Art royal, ce qui est plus difficilement vérifiable. Cet aspect de l’exigence est important car il signifie que la franc-maçonnerie serait à deux vitesses en concevant la possibilité de deux sortes d’adhérents en son sein et cela indépendamment des grades affichés au cours des années d’appartenance.
Seulement, en adhérant à la franc-maçonnerie on reçoit une initiation pour une vie nouvelle. On accepte de quitter une forme pour une autre et cela se produit par une succession d’abandons de ce qui constituait la vie précédente sans assurance de gain pour la suivante. Il est possible de comprendre ce changement par la comparaison que nous offre une chenille s’enfermant dans sa chrysalide où elle meurt à sa condition de chenille pour se transformer et renaître à celle de papillon. Il n’y a plus rien qui distingue le papillon de la chenille qu’il était sauf la filiation, telle chenille finit par être tel papillon. Mais tout a changé en eux, le papillon n’a plus la même nourriture, il peut voler, se reproduire, particularités qui n’étaient pas attribuées à la chenille.
L’initiation est le début et non la fin d’un parcours semblable où contrairement à la chenille qui est dans un processus naturel, l’initié, et pour autant qu’il le veuille tout en l’avertissant que sa liberté de choix est relative, aspire et accepte un nouveau mode d’existence qui n’aura plus rien de semblable au précédent et c’est là que les autres exigences seront intégrées parce que découlant de cette nouvelle existence. Ces deux modes sont catégoriquement différents, ce ne sera plus jamais le même homme. Ce cheminement ne se passe pas sans sacrifices, ni sans une certaine violence, il est accompagné d’un combat intérieur permanent et sans assurance de succès. Il est parfaitement représenté par le « chemin de la croix», symbole qui représente la souffrance et la difficulté du chemin mais que l’on ne peut comprendre qu’en les éprouvant soi-même.
Libertin irréligieux ne doit pas être pris au sens actuel de dévergondé ou dissolu, toujours abonné aux plaisirs charnels mais dans sa première signification, de celui qui ne suit pas les lois de la religion. Aujourd’hui, on parlerait plutôt de syncrétisme ou d’éclectisme. C'est-à-dire de cette particularité à ne prendre que ce qui semble bon un peu partout en laissant de côté les aspects difficiles voire laborieux d’une démarche quelle qu’elle soit.
En franc-maçonnerie les Grades qui nous sont conférés lors des cérémonies qui leurs sont dédiées sont notionnels et non pas réels. Ils ne confirment pas des acquis mais suggèrent leur appropriation par un long et permanent travail sur soi. On conviendra qu’il est difficile d’authentifier le résultat d’un processus au départ virtuel.
Au début, chacun a plus ou moins conscience de cette particularité mais celle-ci s’atténue avec les années. Oubli ou ambition fantasmée conduisant à de la forclusion, souvent renforcé par des cours de répétition où de la revue de détail est proposée. L’illusion du but atteint s’installe suite à la présence régulière à ces leçons et elle se révèle, par exemple, dans cette affirmation que la Maîtrise ne peut être obtenue que lors du trépas. Hélas, cette inattention supprime de facto l’ardeur au travail puisque le but est renvoyé au décès et sera atteint de toute façon à cet instant; ce qui n’est absolument pas certain.
Ce n’est pas parce que l’on ne reçoit pas la vraie Lumière qu’elle n’est pas accordée à d’autres. Alors, est-il possible d’estimer si l’exigence première est suivie?
La compréhension de ce qu’est l’Art royal permet de découvrir l’intention qui préside à cet Art qui est d’ailleurs celle à laquelle confusément on aspire. De même que la montagne n’a qu’un seul sommet et plusieurs voies pour l’atteindre, l’Art royal peut emprunter plusieurs chemins mais il n’a qu’un but et unique. Comme la mise en chemin modifie durablement le pèlerin, c’est par les transformations dont il est devenu porteur qu’il lui est alors possible de voir si untel est en route ou pas. Pour cela on peut commencer par suivre le conseil très révélateur que proposait Vladimir Jankelevitch.
C’est pour cela que la franc-maçonnerie spéculative laisse souvent une impression de malaise dont la responsabilité lui est intérieure et nullement à chercher à l’extérieur des loges. Parce qu’il est évident que si chaque frère s’adonnait véritablement à l’Art royal il n’y aurait aucune critique qui pourrait être formulée à son encontre autre que mensongère.
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