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Une homosexuelle peut adopter, l'exécutif contre. C'est une première en France. Le tribunal administratif a ordonné hier au conseil général du Jura de délivrer "dans un délai de 15 jours" un agrément d'adoption à Emmanuelle B., enseignante homosexuelle, une injonction à laquelle le conseil général a accepté de se plier, après dix ans de lutte. Depuis 1989, Emmanuelle, 48 ans, a bataillé jusque devant la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir le droit d'adopter un enfant. Les juges européens lui ont donné raison en janvier 2008. Les associations de lutte contre l'homophobie ont demandé que le gouvernement ou le Parlement valident par la loi le droit d'adopter pour les couples homosexuels. Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a répété que l'exécutif n'y était "pas favorable". La secrétaire d'Etat à la famille, Mme Morano, a déclaré mardi qu'elle ne voulait pas changer la loi, tout en souhaitant un "débat" pour "sortir de l'hypocrisie".
Et les enfants dans tout ça ?
Dans le cadre du débat sur la légalisation ou non du droit des couples homosexuels à adopter un enfant, l'un des principaux arguments avancés pour s'opposer à une telle loi reste les craintes quant au développement et au bien-être de l'enfant. Qu'en pense la communauté scientifique ?
Les études les plus récentes et les plus fouillées à ce sujet semblent relativement rassurantes : psychiatres, psychologues et autres spécialistes de l'enfance s'accordent à dire que les enfants élevés au sein d'une famille où les parents sont de même sexe ne développent pas plus de troubles psychologiques ou comportementaux que les autres.
En 1991 aux Etats-unis, une enquête de l'American Psychological Association (l'Académie américaine de pédiatrie (AAP), qui regroupe plus de 55 000 médecins) révèle qu'il est "évident que l'homosexualité est compatible avec un rôle efficace de parent". "Les lesbiennes et les gays qui sont parents sont aussi aptes dans leurs rôles que les hétérosexuels", et "la vie familiale qu'ils assurent est au moins d'aussi bonne qualité", ajoute cette étude. L'enquête souligne d'ailleurs que les critères déterminant pour le bien-être de l'enfant, au sein de la cellule familiale, restent les compétences éducatives des deux parents ainsi que la qualité de leur relation. Quelle que soit, en fin de compte, la sexualité des parents.
Quid des moqueries que peuvent subir les enfants de parents homosexuels ? Qu'il s'agisse d'enfants adoptés, d'enfants nés d'une insémination artificielle, ou d'enfants issus d'une relation hétérosexuelle antérieure, l'enquête affirme qu'ils ne développent pas plus de problèmes psychologiques que les autres. Tout comme les enfants de familles issues des minorités raciales et ethniques, les enfants peuvent être confrontés à des discriminations, mais apprennent à les combattre, notamment avec l'aide de leurs parents.
En 1992, Charlotte Patterson, du Département de Psychologie de l'Université de Virginie, rapporte que les enfants issus de parents gays ou lesbiens ne diffèrent pas des enfants de parents hétérosexuels en terme de santé psychologique et de sociabilité. Elle tire ces conclusions de 12 études se basant sur plus de 300 enfants d'homosexuels.
L'homosexualité des parents ne détermine pas la sexualité future de leur progéniture
En 1994, une étude britannique sur des jeunes adultes élevés par des mères hétérosexuelles et d'autres élevés par des mères homosexuelles démontre qu'il n'existe aucune différence de comportement entre les deux groupes. Cette étude souligne par ailleurs que 91 % de ceux qui avaient été élevés par des mères homosexuelles étaient hétérosexuels.
Plus récemment, en France, Stéphane Nadaud arrive aux mêmes conclusions dans sa thèse de doctorat de médecine sur les enfants élevés par des familles homoparentales (octobre 2000). Ses travaux, réalisés à partir de 58 jeunes âgés de 4 à 16 ans, révèlent que ces filles et ces garçons ne "vont pas plus mal que les autres", et ne "présentent pas de pathologie particulière" au motif qu'ils sont élevés par des parents homosexuels.
L'AAP s'est à nouveau prononcé en faveur des couples de même sexe en février 2002. Elle a en effet affirmé qu'il n'existe aucune raison légitime pour empêcher un individu ou un couple homosexuel de devenir parent. Bien au contraire, l'institution prône la stabilité et la sécurité des enfants élevés par des couples homosexuels, et recommande que ces derniers soient adoptés par le partenaire de leur parent. Selon elle, "l'adoption par le second parent protège le droit de l'enfant à garder des relations avec les deux parents", en cas de disparition du père ou de la mère, ou de séparation du couple. D'un point de vue juridique, un tel lien peut s'avérer crucial, selon l'Académie, en matière de droit de garde ou de visite, ou encore de sécurité financière pour l'enfant.
Prime à la stabilité de l'enfant donc, et à la qualité de la relation du couple de parents adoptant. Seul bémol peut-être, la plupart de ces études portent sur des échantillons de familles très peu nombreuses, aux caractéristiques assez semblables : des familles homoparentales constituées de personnes très bien équipées dans la vie, cumulant niveau d'études élevé, revenus supérieurs à la moyenne, homosexualité assumée, et vrai désir d'enfant. Bref, un environnement favorable pour l'éducation d'un enfan”.
Il existe une montagne de livres, de revues, sur ce sujet. Ils sont tous intéressants.
Je trouve que ce sujet est brûlant au point de ne cesser d’en parler pour que les gens donnent leur avis.