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Confédération suisse / République française
Du Mont Dolent au port de Bâle
Du Mont Dolent (tripoint Italie-France-Suisse) au port de Bâle (tripoint France-Allemagne-Suisse), la frontière franco-suisse s’étend sur 571 kilomètres, répartis à raison de 91 km pour le Valais, de 103 km pour Genève, de 146 km pour Vaud, de 62 km pour Neuchâtel, de 120 km pour le Jura, de 20 km pour Soleure, de 25 km pour Bâle-Campagne et de 5 km pour Bâle-Ville.
Canton du Valais / France
Du Mont Dolent au lac Léman
Les 91 kilomètres de la frontière franco-suisse du Mont-Dolent au lac Léman à Saint-Gingolph sont marqués aujourd’hui par 98 bornes complétées de quelques entre-bornes. Cette frontière suit, en gros, la ligne de séparation des eaux entre le bassin direct du Rhône et celui, respectivement, de l’Arve puis des Dranses (de Morzine et d’Abondance).
Les bornes encore visibles sur la limite couvrent grosso modo la période des cinq cents dernières années. La frontière possède une histoire encore plus longue. De la Morge de Saint-Gingolph, séparant probablement des tribus celtes, en passant par les abbayes et prieurés ayant modelés la limite sur les crêtes tout comme les bagarres incessantes entre la Savoie et le Valais, le territoire valaisan prendra finalement sa forme actuelle en 1569. Face à cet État du Valais, le duché de Savoie puis le Royaume de Sardaigne laissèrent finalement la place, en 1860, à la France entre le Mont Dolent et le lac Léman.
De chaque époque il reste, un tracé, des toponymes, des pierres, des bornes ou des rochers taillés pour illustrer l’histoire de la délimitation internationale. Morgins, la Morge, la Pierre des Limites, les croix de Savoie, les écus valaisans des sept dizains comme des treize districts, les armes de l’évêque de Sion comme celles de l’abbé de Saint-Maurice jalonnent encore la ligne de délimitation complétées par moult bornes aux inscriptions plus modestes. Le tout dans des paysages grandioses où les montagnes et les torrents jouent, eux aussi, le rôle de bornes naturelles.
Canton de Genève / France.
D'Hermance au Moulin de Grilly
La frontière franco-suisse du canton de Genève est assez particulière dans le sens où elle ne s’appuie pas sur des hauteurs naturelles comme la crête des Alpes ou celle du Jura. Les 103 kilomètres de la délimitation internationale se trouvent en plaine et sur le lac. Cette situation singulière a rendu nécessaire la pose de très nombreuses bornes-frontière (445 bornes).
Le territoire genevois actuel découle des traités de Vienne et de Paris de 1814 et 1815. Genève rejoignit la Confédération suisse en 1815 comme vingt-deuxième canton avec un territoire un peu étoffé pour lui permettre d’avoir une liaison avec la Suisse (région de Versoix) et une continuité territoriale entre ses possessions historiques. La frontière internationale genevoise bordait alors deux États : à l’est et au sud, le Royaume de Sardaigne, à l’ouest le Royaume de France. En 1860, la Savoie plébiscita son rattachement à la France. La frontière internationale devint ainsi uniquement franco-genevoise. Le développement de l’urbanisation entrainera, au cours du XXe siècle, quelques adaptations mineures de la limite. Les aigles sardes et genevois ainsi que les lys royaux de France (Restauration) agrémentent encore quelques pierres historiques sur la limite et parfois même en dehors de celle-ci. Cheminer le long du tracé de la frontière du canton est une découverte historico-pédestre étonnante.
Canton de Vaud / France
Du Vitiau au moulin de Grilly
Une frontière lacustre et une jurassienne : voilà ce qui compose la délimitation internationale du canton de Vaud. Si le lac n’est pas propice à la pose de bornes, le Jura s’est révélé, par contre, favorable à leur plantation et surtout à leur conservation. 309 bornes et quelques entre-bornes, couvrant plus de cinq cents ans d'histoire, jalonnent les 91 kilomètres de frontière terrestre du canton de Vaud avec la France.
Le pays de Vaud fut tour à tour helvète, romain, burgonde bourguignon, savoyard, bernois, helvétique puis finalement canton suisse depuis 1803. En outre, le tracé de la frontière sur les crêtes jurassiennes fut fortement influencé par l’établissement de plusieurs prieurés et abbayes dans la région à partir de l’an Mil. Cependant, ce sont les bernois, arrivés en 1536 dans le pays de Vaud, qui systématisèrent le marquage des frontières aux moyens de bornes. Tout d’abord au nord, à Sainte-Croix en 1553, puis au sud, dans la région de Versoix en 1564 suite au traité de Lausanne. Les deux extrémités du pays seront reliées par un abornement continu dès 1649. Berne bordait alors la Franche-Comté espagnole. De magnifiques bornes de cette époque, blasonnées du lion et de l’ours, subsistent encore dans les forêts jurassiennes. La Franche-Comté deviendra française en 1678 sous Louis XIV. Quelques bornes aux trois lys illustrent ce changement. En 1798, le pays de Vaud se libéra et adhéra à la République helvétique une et indivisible. Des bornes à l’acronyme RHUI rappellent cette période de l’histoire suisse. En 1803, Vaud devint un canton à part entière. L’écu vert et blanc « Liberté et Patrie » orne, depuis lors, les pierres de 1824 en compagnie du lys de la restauration monarchique française. Une dernière page d’importance pour la frontière franco-suisse se tourna dans la vallée des Dappes au milieu du XIXe siècle. La France de Napoléon III désirait intégrer au territoire français la totalité du tracé de la route stratégique du col de la Faucille. Ce qu’on appela alors l’ « affaire des Dappes » déboucha en 1862 sur un traité d’échange de territoire entre la Confédération suisse et l’Empire français. Les bornes à l’aigle impérial et à l’écu vaudois dans la région de la Cure illustrent, in situ, les implications de ce traité.
A partir de la fin du XIXe siècle, la Suisse figurera en lieu et place du canton sur la face vaudoise des bornes-frontière. La découverte inédite du Jura vaudois à travers le prisme de ses bornes-frontière ne laisse indifférent ni les amateurs de nature ni les fans d’histoire.
Canton de Neuchâtel / France
De Biaufond au Vitiau
Le comté de Neuchâtel, devenu principauté puis canton suisse, possède une longue histoire que les bornes des hauteurs jurassiennes illustrent à leur manière. Dès 1408, le Doubs fut choisi pour limite entre la Bourgogne et le comté de Valangin (qui rejoindra le comté de Neuchâtel en 1592) de Biaufond au lac des Brenets. Cette partie de frontière ne bougera plus. Les confédérés occupèrent le comté de 1512 à 1529, mettant de l’ordre dans les délimitations de celui-ci. Entre 1524 et 1527, le tracé de la frontière des Brenets au Vitiau à Sainte-Croix fut finalisé et aborné avec le pal aux trois chevrons et la croix de Bourgogne avec briquets comme blasons. Cet abornement fut confirmé et complété en 1704 et 1766 par le Royaume de France présent aux frontières de Neuchâtel depuis 1678. En 1707, le roi de Prusse devint prince de Neuchâtel et de Valangin. La principauté prussienne réalisa en 1766, avec la France, l’abornement systématique de leur limite commune dont il reste encore plusieurs témoins intacts (blasons : chevrons/trois lys). Les bouleversements politiques enfantés par la Révolution française de 1789 toucheront Neuchâtel quelques années plus tard, durant la période napoléonienne. De 1806 à 1814, Berthier, Maréchal d’Empire, régna sur la principauté. Suite à la chute de Napoléon, les traités de Vienne et de Paris redessinèrent la carte de l’Europe. Neuchâtel devint officiellement, en mai 1815, le vingt-et-unième canton de la Confédération tout en restant (ou en redevenant) une principauté prussienne. Question territoire, le nouveau canton s'agrandit de la commune du Cerneux-Péquignot. Toute la frontière franco-neuchâteloise, de Biaufond au Vitiau, fut révisée, adaptée (au Cerneux-Péquignot) et abornée plus densément en 1819. Les nouvelles bornes portaient le pal chargé de chevrons neuchâtelois et le lys de la restauration française. Un grand nombre de ces pierres subsistent le long de la frontière
Le dernier acte, en 1848, sans conséquence sur le tracé de la limite, toucha les drapeaux des États limitrophes. Depuis lors, de part et d’autre du Doubs, flotte des drapeaux tricolores : bleu-blanc-rouge pour la France, vert-blanc-rouge avec la croix suisse pour Neuchâtel. Seule une borne aux Brenets illustre ce changement. Les 182 bornes placées entre rivière et montagne le long de 62 kilomètres de magnifiques paysages jurassiens livrent leur histoire page par page.