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Pourquoi consacrer aujourd'hui un numéro de Nouvelles questions féministes au plaisir sexuel féminin? Il apparaît, au regard des productions scientifiques et militantes des dernières décennies, que 30 années après la publication du célèbre article d'Ann Koedt "Le mythe de l'orgasme vaginal", qui fut l'une des premières féministes à mettre en cause la pensée dominante sur la sexualité des femmes, que la question du plaisir sexuel féminin dans l'hétérosexualité reste particulièrement pertinente pour l'étude des inégalités entre femmes et hommes d'une part et pour l'étude des rapports sociaux de sexe d'autre part. Le mouvement des femmes s'est beaucoup intéressé à cette question, alors que la recherche scientifique s'est montrée nettement plus frileuse.
Comment les sciences économiques traitent-elles des différentes formes de discrimination entre les sexes? Comment développer une approche féministe en économie? Les études présentées dans ce numéro proposent différentes pistes théoriques et études empiriques qui permettent de s'interroger sur les présupposés dans la présentation des "faits économiques" dont la "valeur" économique varie fortement en fonction du contexte et des rapports sociaux. L'économie n'est-elle pas un "fait social institué", avec ses systèmes de règles, ses conflits et rapports de pouvoir dans le cadre des institutions de régulation de la propriété, ce qui place d'emblée la réflexion sur le terrain du politique? Comment estimer la valeur du travail des soins socio-sanitaires effectués par des proches et de ses conséquences socio-économiques afin qu'il soit pris en compte dans la réflexion si actuelle sur les coûts de la santé? Le concept de capabilités développé par le Prix Nobel Amarty Sen est-il utile pour une approche féministe en économie? Voilà quelques unes des nombreuses questions abordées tout au long de ce dernier numéro.
Concilier famille et travail est un thème à la mode. Les politicien·ne·s et les employeurs y vont de leur couplet: il faut impérativement prendre des mesures pour permettre aux gens d'harmoniser vie professionnelle et vie privée. En réalité, on sait que les femmes et les mères notamment, paient le prix fort dans cette course d'un univers à l'autre et nous pressentons que les dispositions envisagées (qui au reste se matérialisent rarement, pensons par exemple à l'harmonisation des horaires scolaires ou à l'augmentation du nombre des crèches) visent avant tout à leur permettre de continuer à jouer leur rôle, remis au goût du jour. Autrement dit, tout change pour que rien ne bouge. C'est ce sentiment qui nous a motivées à consacrer un numéro de NQF sur la relation entre famille et travail et les autrices qui nous ont répondu ouvrent de nouvelles perspectives de réflexion et d'action.