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De tous les points de vue possibles pour observer l'épidémie d'obésité qui frappe les Etats-Unis, le JAMA a choisi le plus spectaculaire : dans une série de trois articles publiés le 18 octobre, la revue s'est intéressée à l'évolution récente en matière de chirurgie bariatrique et d'obésité morbide. Explosion du nombre d'opérations, inégalités socio-économiques croissantes, coûts importants : le tableau est bien celui d'une épidémie, souffrances et injustices comprises.Le premier article, réalisé par une équipe de l'Université de Chicago, recense les opérations bariatriques réalisées entre 1998 et 2002 dans l'ensemble des Etats-Unis, à partir du Nationwide Inpatient Sample, une base de données qui référence les séjours hospitaliers dans 90% des établissements du pays (JAMA 2005 ; 294 : 1909-17). Le nombre d'opérations bariatriques des bypass gastriques dans plus de 80% des cas a passé de 13 365 en 1998 à 72 177 en 2002. Des données préliminaires permettent d'évaluer ce nombre à 102 000 pour 2003. Au taux de progression actuel, les Etats-Unis réaliseront plus de 200 000 opérations bariatriques en 2010.Plus encore que cette progression, l'article révèle des tendances à la hausse pour la proportion de femmes parmi les patients opérés, de personnes dont le code postal correspond aux revenus les plus élevés, d'assurés privés, de personnes de 50 à 64 ans. Ces chiffres n'ont rien à voir avec une plus forte prévalence de l'obésité morbide dans ces groupes privilégiés : ils indiquent, selon les auteurs, des inégalités croissantes dans l'accès aux soins chirurgicaux selon le revenu, le statut social ou le sexe.Les deux autres articles explorent les conséquences possibles, tant médicales qu'économiques, de l'augmentation massive du nombre d'opérations. Une équipe de l'Université de Californie à Los Angeles montre que l'opération bariatrique, si elle augmente la qualité de vie des patients, n'en fait pas moins fortement augmenter leur nombre d'hospitalisations et les coûts associés dans les années suivant l'opération, du moins pendant les trois ans de suivi de l'étude (JAMA 2005 ; 294 : 1918-24). Une troisième étude, enfin, révise à la hausse la mortalité postopératoire du bypass gastrique, en particulier pour les patients de plus de 65 ans, les hommes, ou les patients de chirurgiens pratiquant le moins fréquemment cette opération (JAMA 2005 ; 294 : 1903-8).On représente volontiers l'épidémie d'obésité par des images de citoyens bien enveloppés déambulant dans la rue en plongeant des doigts potelés dans un cornet de frites. Cette iconographie de surface cache une réalité autrement plus sombre. Celle d'êtres humains toujours plus nombreux à porter dans leur chair les excès et les vides de leur monde, souffrant au point de devoir se soumettre à une chirurgie agressive, quand ils ne font pas partie des oubliés qui n'accèdent pas à ces traitements. Cette situation pose à la médecine des questions aussi sérieuses que les «vraies» épidémies. L'opération du JAMA a le mérite de les faire émerger.