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"The Historians", décryptage des séries historiques
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Zorro ou les aventures du justicier masqué
> Véritable phénomène de société, les séries historiques ont la cote. Les meilleures d'entre elles ont été décryptées par un panel d'experts de l'Université de Genève, dans le cadre d'un programme visant à interroger notre rapport à l'histoire. Ce travail a donné lieu à un cycle de conférences intitulé "The Historians" et à une mise en image de certaines d'entre elles par la société de vidéo La Souris Verte, en coproduction avec RTS Découverte et RTS Culture, sous forme de cinq capsules de trois minutes environ.
> "Zorro" est une série télévisée américaine en 78 épisodes de 25 minutes, et 4 épisodes de 50 minutes, créée d’après le personnage éponyme de Johnston McCulley paru sous forme de romanfeuilleton. La série a été produite par les studios Disney et diffusée en noir et blanc entre le 10 octobre 1957 et le 2 avril 1961 sur le réseau ABC.
> Incarné par le sémillant acteur Guy Williams, "Zorro" raconte les aventures d’un héros masqué indomptable et courageux qui se sert de sa double identité pour défendre ses idéaux de liberté et de justice sociale.
> Analyse de Michel Porret, professeur au Département d’histoire générale de l’Université de Genève.
Le personnage de Zorro apparaît pour la première fois sous la plume de Johnston McCulley dans un feuilleton publié dans un journal américain à partir de 1919 et qui s'intitule "Le Fléau de Capistrano". Le feuilleton sera ensuite publié en roman et le personnage de Zorro apparaît depuis dans de nombreux livres, au cinéma ou à la télévision.
La série créée par Walt Disney en 1957 pour financer l'un de ses premiers parcs d'attractions a connu un immense succès à l'époque et continue d'être diffusée sur les télévisions encore aujourd'hui.
Les aventures du justicier masqué se déroulent dans la Californie espagnole des années 1820 et s’inscrivent dans une période trouble, marquée notamment par la transition entre une société d’Ancien Régime et l’arrivée d’une modernité nationale émergente.
>> A voir: le premier épisode de "The Historians - Zorro"
Au début de la série, Don Diego revient d'Espagne où il a fait des études et a appris à manier l'épée. Son père étant propriétaire d'une hacienda, il est éduqué comme un fils héritier de cette aristocratie californienne espagnole. Son père l'a fait revenir à Los Angeles car les choses se passent mal. Don Diego décide donc de lancer une guérilla contre l'oppression que les militaires exercent sur le peuple de Californie. Mais pour cela, il devient Zorro, le justicier masqué.
Trois puissances en jeu
Trois puissances exercent leur pouvoir en Californie qui dépend de la monarchie espagnole depuis la fin du 18e siècle: l'Eglise avec ces missions qui protègent les pauvres, l'armée, représentée dans Zorro par la garnison de Los Angeles et les grands propriétaires comme le père de Don Diego, Don Alejandro, qui possèdent de grands domaines travaillés soit par des Indiens soit par des péons, sorte d'ouvriers non qualifiés.
Dans cette société d'Ancien Régime qui connaît une crise sociale, Zorro agit entre ces trois forces comme un médiateur: il protège l'Eglise, il combat la garnison corrompue et il protège le statu quo des haciendas.
Retour aux sources
Le mythe de Zorro
Lorsque Walt Disney met en route, en 1957, la série qui aboutira à 78 épisodes, soit près de 18 heures de films, il entre dans un dispositif cinématographique et culturel déjà existant.
Après sa création dans le feuilleton "Le Fléau de Capistrano" écrit par Johnston McCulle en 1919, le personnage de Zorro devient très vite une figure du cinéma hollywoodien entre les années 20 et la fin des années 30 avec plusieurs longs-métrages muets puis parlants.
Au centre de plusieurs serials et longs-métrages
Il sera ensuite au centre de serials, un genre aujourd'hui oublié. Ancêtres de la série télévisée, les serials étaient projetés dans les cinémas avant les longs-métrages et se déclinaient en plusieurs épisodes, selon une structure narrative immuable.
Les histoires étaient divisées en 12 ou 15 chapitres, de 25 à 30 minutes, filmées sur un rythme très rapide et toujours avec un "cliffhanger", c'est-à-dire une fin pleine de suspense et ouverte, destinée à créer une forte attente pour le prochain épisode. Cinq serials autour du personnage de Zorro voient le jour entre la fin des années 30 et la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le genre disparaît au début des années 50.
En parallèle et suite à la série de Walt Disney, Zorro sera décliné à partir des années 1960, dans une cinquantaine de longs-métrages, avec toujours le même but pour ce personnage: rétablir la justice et protéger les opprimés.
>> A voir: le deuxième épisode de la série "The Historians - Zorro"
Une série inégalée
Mais c'est bien avec la série TV de Walt Disney qu'on atteint le paroxysme du personnage. Par la suite, on n'arrivera pas à reconstruire ni la force poétique ni la force de fascination du Zorro incarné par un Guy Williams lumineux.
La plupart des acteurs qui joueront ensuite ce personnage resteront écrasés par l'interprétation de Guy Williams, comme lui-même l'a peut-être été par celle de Douglas Fairbanks, acteur qui a incarné un des premiers Zorro au cinéma.
L'historien Michel Porret estime que l'on a également beaucoup perdu du mythe de Zorro avec l'arrivée de la couleur sur les écrans. Le noir blanc de la série convenait très bien au côté manichéen du personnage Don Diego-Zorro, toujours exprimé par la distinction entre le clair et l'obscure, entre le jour et la nuit.
Un succès planétaire
Plusieurs facteurs de réussite
La série sort sur la chaîne ABC en 1957. C'est un succès américain colossal. Elle va ensuite rapidement être diffusée sur les télévisions nationales européennes. Des milliers d'enfants découvrent ainsi ce personnage masqué qui rétablit la justice.
Un succès qui s'explique par plusieurs facteurs. Il y a tout d'abord la formidable machine commerciale mise en place par les studios Walt Disney dès le départ. De nombreux événements autour de la série sont créés. Ainsi, on voit l'acteur Guy Williams, qui incarne Zorro dans la série, présent dans les parcs d'attractions Walt Disney pour y reproduire des duels devant les enfants.
Guy Williams, un acteur charismatique
Le choix de cet ancien mannequin de presque 1m90 et qui est un expert dans le maniement de l'épée et du cheval est un autre facteur de réussite, peut-être le plus important. C'est un acteur lumineux et charismatique dont l'interprétation de Zorro restera toujours comme une référence. Ce sera d'ailleurs le drame de l'existence de Guy Williams qui ne pourra plus se débarrasser de ce personnage même longtemps après la fin de la série.
>> A voir: le troisième épisode de "The Historians - Zorro"
Si le choix de Guy Williams pour le rôle principal était excellent, le reste du casting l'est également. Ainsi, restent dans les mémoires les prestations de l'acteur Henry Calvin qui joue le sergent Garcia, et de Gene Sheldon qui tient le rôle du personnage muet, Bernardo.
Une dualité bien mise en scène
La dualité du personnage de Don Diego-Zorro et sa mise en scène est également une des clés de succès. Guy Williams amène ce côté très positif au personnage de Don Diego, toujours tourné vers une sorte d'hédonisme californien. En face, on trouve la figure crépusculaire de Zorro, héros masqué condamné à lutter dans une solitude absolue puisqu'il ne peut pas dévoiler son identité.
Une dualité montrée également graphiquement dans la série: la clarté de la journée où Don Diego, toujours vêtu de clair, réfléchit à ce qu'il peut faire et la nuit, moment où Zorro, habillé et masqué de noir sur son cheval noir combat les méchants.
La fascination du masque
Dans cette série, il y a aussi cette extraordinaire attention à rétablir la justice et à punir les méchants sans verser le sang. Les grands méchants qui meurent dans Zorro sont généralement tués soit par des plus méchants qu'eux-mêmes, soit par un complice qu'ils ont trahi.
La mort des adversaires de Zorro arrive également lorsqu'il y a démasquage du héros, car il serait impossible pour lui de continuer son épopée s'il était reconnu. Le masque est d'ailleurs le dernier élément du succès de Zorro. Dans l'imaginaire collectif, il y a toujours eu une fascination extraordinaire dans la puissance du masque. Une puissance qui s'explique à la fois par l'anonymat et l'impunité dont bénéficie son porteur, mais également par la stupéfaction que le masque provoque chez les adversaires du justicier masqué.
Batman VS Zorro
Deux justiciers masqués
Zorro et Batman possèdent de nombreux points communs. Tout d'abord ce ne sont pas des superhéros au sens strict du terme puisqu'ils n'ont pas de super pouvoirs.
Zorro est un justicier rural et Batman est un justicier urbain, mais ils agissent dans la même configuration: ils sont issus de l'aristocratie, mènent une double vie, possèdent un repère sous leur maison, ont un compagnon d’armes dévoué et une monture mythique (le cheval de Zorro est remplacé par une puissante voiture chez Batman) et finalement, les deux possèdent un masque qui leur permet de garder l'anonymat.
Deux héros hors-la-loi pour la bonne cause
Dans Batman, Los Angeles est remplacé par Gottam City, la corruption militaire est remplacée par la corruption policière et politique, mais au final, les deux héros font le même travail. L'Etat ne remplissant plus ses missions de protection, de police, et de vertu politique, ils sortent de la légalité et utilisent la violence qui est réservée à la police ou à la garnison pour rétablir la justice et aider les oppressés.
>> A voir: le quatrième épisode de "The Historians - Zorro"
Les deux héros cherchent à restituer un monde meilleur. Et cette restitution explique aussi le succès énorme que peuvent avoir de telles séries, de tels personnages, dans des imaginaires sociaux qui sont peut-être blessés par une société qui fonctionne mal et ce à quelque époque ou lieu où l'on se trouve.
Le bandit social
Entre idéal social et individualisme
Le personnage de Zorro appartient à la longue tradition des bandits d’honneurs de fiction, à l’instar du célèbre Robin des Bois. Ils ont en commun un idéal social visant à défendre les plus faibles et la redistribution des richesses aux plus pauvres.
Fidèle à la monarchie
Dans la série, il y a cette idée d'un retour à une origine mythique lorsque l'oppression n'existait pas. Il y a cette idée d'une équité sociale, mais toujours dans le respect d'une autorité.
Zorro ne cherche pas à renverser le pouvoir, c'est un conservateur de la monarchie espagnole en Californie. Mais il veut qu'elle soit fidèle aux origines d'une monarchie mythique, c'est-à-dire un roi bienveillant, un peuple protégé, une garnison propre et des propriétaires terriens paternalistes.
Triomphe du libéralisme
Dans le contexte idéologique américain des années 60 marqué par la Guerre froide, le succès d’une telle figure a de quoi surprendre. Cela dit, il ne faut pas oublier que Zorro, c'est aussi et surtout le triomphe de l’idéal libéral et individualiste américain qui sait que lorsqu'il se bat pour une juste cause, il arrivera à ses fins quels que soient les moyens.
>> A voir: le cinquième épisode de "The Historians - Zorro"