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Entretien mené par Ronald Schenkel sur la base des questions des membres de la FSEA
La numérisation transforme le marché du travail. De nombreux emplois et des métiers entiers disparaitront alors que de nouveaux seront créés. Quelles sont les stratégies du Conseil fédéral pour faire face à cette transformation ?
Guy Parmelin : Ce n'est pas au Conseil fédéral de décider depuis en haut quel métier va se transformer et comment, ou encore, s'il va disparaitre, ni quelles sont les personnes qui devraient se former ou se reconvertir. Ces informations ainsi que les impulsions correspondantes doivent venir d'en bas, du monde du travail lui-même. Les partenaires sociaux et les associations professionnelles jouent un rôle central en définissant le contenu de la formation continue et professionnelle ainsi que leur mise à jour pour correspondre aux besoins actuels.
La tâche qui incombe à la Confédération est d'assurer des conditions-cadres fonctionnelles afin de rendre possible l'apprentissage tout au long de la vie. En ce qui concerne la formation continue, les conditions-cadres semblent être globalement bonnes : pour la plupart des personnes en Suisse, il n'y a pas d'obstacles infranchissables qui empêchent de participer à une formation continue. De manière générale, la situation de la formation continue est très satisfaisante. L'offre est manifestement bien adaptée à la demande puisque selon les sondages effectués, personne n'indique ne pas avoir pu participer à une formation continue faute d'une offre adaptée.
Quels sont les groupes cibles à prendre en compte en particulier ?
Il y a un domaine dans lequel la Confédération juge nécessaire d'agir. Il s'agit des personnes les moins qualifiées qui n'ont pas de diplôme du degré secondaire II, c'est à dire des personnes qui ne disposent pas des compétences de base nécessaires pour trouver durablement leur place dans la société et sur le marché du travail. La Confédération et les cantons sont actifs dans ces domaines. Mots clés : Qualification professionnelle pour adultes, promotion des compétences de base des adultes. On compte parmi les compétences de base : la langue locale, les mathématiques du quotidien et surtout de nos jours, la capacité à utiliser les nouveaux moyens d'information et de communication.
Comment la Confédération peut-elle stimuler encore la promotion des compétences de base ?
D'une part, la Confédération a conclu avec les cantons des accords sur la promotion des compétences de base par le biais de la formation continue en se fondant sur la nouvelle loi sur la formation continue. Elle prend ainsi en charge 50 pour cent des coûts des programmes cantonaux correspondants. D'autre part, la Confédération a lancé en 2018 une priorité de financement pour le renforcement des compétences de base sur le lieu de travail. Dans ce cadre, elle soutient les programmes de formation continue des entreprises dont l'objectif est de s'assurer que les personnes actives restent adaptées au monde du travail actuel. Les compétences linguistiques et la capacité d'utiliser les nouveaux moyens d'information et de communication demeurent au centre de ces préoccupations.
Avec le message FRI 2021-2024 qui sera adopté début 2020, le Conseil fédéral indique au parlement comment ces mesures sont maintenues et -si besoin- intensifiées, et quels sont les moyens financiers qui doivent être mis à disposition à cet effet.
Il faut continuer à encourager le potentiel indigène en personnel qualifié. Qu'en est-il de l’initiative sur le personnel qualifié ? Comment renforcer les atouts des personnes de plus de 50 ans sur le marché du travail ? Quel est le rôle de la formation continue dans les prévisions de la Confédération ?
De durée limitée, l’initiative sur le personnel qualifié est passée fin 2018 durablement dans la politique ordinaire en matière de personnel qualifié.
Dans le domaine des qualifications par exemple, il existe des activités en faveur des qualifications professionnelles pour adultes ou l'introduction de contributions fédérales directes pour les diplômé(e)s des cours préparatoires aux examens fédéraux.
Dans le cadre de conférences nationales sur le thème des travailleurs âgés de ces dernières années, la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux ont mis l'accent sur la planification active de la carrière qui permet aux employés comme aux employeurs d'identifier en amont les opportunités à saisir et les risques à écarter.
Le 15 mai 2019, le Conseil fédéral a pris des mesures supplémentaires concernant les travailleurs âgés. L'objectif est de pouvoir proposer gratuitement un bilan professionnel, une analyse du potentiel et une orientation professionnelle aux salariés de plus de 40 ans. En outre, il faut mieux prendre en compte les acquis des adultes qui veulent acquérir une certification professionnelle sur le tard. Il faut tout d'abord préparer conjointement avec les cantons la mise en œuvre de ces mesures.
La formation professionnelle supérieure est un instrument important pour le maintien de l'employabilité. Quelle importance la Confédération accorde-t-elle à la formation professionnelle supérieure dans ce contexte ?
La formation professionnelle supérieure est un pilier de la qualification professionnelle supérieure. Depuis 2018, la Confédération soutient directement les participants des cours préparatoires aux examens fédéraux et aux examens professionnels supérieurs en prenant en charge 50 pour cent des coûts des cours. Nous travaillons aussi à un meilleur positionnement des écoles supérieures.
De nombreuses personnes ne bénéficient pas d'une formation continue parce qu'elles ne sont pas au courant des offres et que pour diverses raisons, elles n'osent pas se faire conseiller. Dans le cadre de Formation professionnelle 2030, l'orientation professionnelle, universitaire et de carrière ("OPUC") est définie comme une priorité. Une revalorisation et une coordination nationale de celle-ci s'imposent. Comment atteindre cet objectif ?
En janvier 2019, un projet a débuté dans ce domaine.
L'objectif est de développer une stratégie nationale dans le domaine de l'orientation professionnelle, universitaire et de carrière. Elle entend assurer à la population des cantons des prestations de base OPUC les plus homogènes possibles et, si nécessaire, un développement coordonné des prestations au-delà des frontières intercantonales. Le soutien aux personnes en formation professionnelle continue prend de l'ampleur. (voir actualités du projet)
La formation continue ne doit pas et ne peut pas toujours être axée directement sur l'emploi. Il ne faut pas sous-estimer l'impact de la formation sur la santé et sur la participation à la société. Pourquoi la formation des adultes générale, qui n'est pas axée sur une qualification professionnelle, n'est elle pas prise en compte dans la politique de la formation de la Confédération ?
Selon la loi sur la formation continue, chacun est responsable de sa propre formation continue. L'État et donc la Confédération, n'agissent que subsidiairement.
Près d'un tiers de la population participe à des formations continues en dehors du cadre professionnel. L'État n'intervient pas dans les décisions individuelles. Cependant, il peut soutenir financièrement certaines formations continues y compris en dehors du cadre professionnel. Prenez par exemple, les bibliothèques, les musées, des cours publics à l'Université ou la formation continue dans le domaine de la promotion du sport.
La Confédération est également active dans tous ces domaines – de manière subsidiaire, comme le prévoient la Constitution et la loi – et souvent en dehors des formes traditionnelles telles que les cours et en dehors du domaine de formation lui-même, c'est-à-dire dans la promotion de la culture, du sport, de la santé, etc.
La loi fédérale sur la coopération internationale dans le domaine de la formation est en cours de révision. Quelle importance la Confédération accorde-t-elle à la coopération internationale dans le domaine de la formation continue ?
La révision de loi fédérale sur la coopération internationale dans le domaine de la formation est en cours. La procédure de consultation s'est terminée le 24 mai 2019.
La révision totale vise à corriger les faiblesses sur le fond et sur la forme de la loi actuelle et à élargir la marge de manœuvre stratégique pour l’orientation à venir de la politique d’encouragement de la Confédération. Ainsi, il ne devrait plus y avoir de lien rigide avec les programmes de l'UE et des programmes avec des partenaires non européens vont être rendus possibles. Cette révision ne crée pas de nouvelles mesures d’encouragement. Comme jusqu'à présent, la formation continue est comprise dans la notion de « formation ».
Toutefois, à l'heure actuelle et dans le contexte des discussions sur l'accord-cadre institutionnel entre la Suisse et l'UE, il serait prématuré de parler concrètement des priorités futures de la coopération internationale pour la formation.