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Pourquoi lorsqu’il s’agit de s’éclipser en douce, on parle de filer à l’anglaise ? L’origine de l’expression n’est pas sûre. Cependant, plusieurs hypothèses existent, et mettent en avant l’intimité incessante entre Français et Anglais au cours de l’histoire…
Certains placent l’origine de l’expression dans l’ancien verbe anglaiser. Il signifie voler. Filer à l’anglaise ferait allusion à la façon de fuir après un délit.
Cette interprétation trouve du crédit avec l’utilisation occasionnelle de la locution «s’enfuir» à l’anglaise plutôt que «filer».
Une autre explication vient de l’utilisation au XVe siècle du mot anglais pour désigner un créancier. On retrouve par exemple ce terme chez Guillaume Crestin, chroniqueur, poète et trésorier de la Sainte-Chapelle de Vincennes.
Et aujourd’hui je fais solliciter
Tous mes Angloys, pour les restes parfaire,
Et le payement entier leur satisfaire…
Avec cet usage du mot anglais, on imagine alors les débiteurs « filer à l’anglaise » pour fuir leurs créanciers…
L’hypothèse la plus reprise vient de la longue inimitié qui jalonne l’histoire de la France et de l’Angleterre. L’expression « filer à l’anglaise » est comprise comme une revanche de l’expression to take the French leave. Littéralement, elle se traduit « prendre la fuite à la française ».
La traduction d’ouvrages anglais au XIXe siècle devient alors amusante. On en retrouve un exemple chez Robert Louis Stevenson. L’Île au trésor, paru en 1883 et traduit en 1926 par Théo Varlet, a cette petite note dans son texte :
Mais comme sans nul doute on ne me permettrait pas de quitter l’enclos, mon seul moyen était de prendre congé «à la française[1]», et de profiter pour partir d’un moment où personne ne me verrait.
[1] Un Français dirait : «à l’anglaise.»
Mais alors, d’où vient l’expression to take the French leave ? Utilisée dès 1751, elle désigne une habitude attribuée aux Français de quitter une fête sans saluer l’hôte. Elle est vue comme un manque de civilité par les Britanniques, mais pourrait au contraire être une forme de politesse, consistant à partir sans déranger personne.
L’expression est aujourd’hui moins courante, et le «congé français» est peu à peu remplacé par le «Irish goodbye». Tout aussi peu appréciateur, il part du stéréotype que les Irlandais, trop ivres à la fin des soirées, sont alors incapables de saluer leurs hôtes avant de partir…
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Images: Pixabay