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On fête le cinquantième anniversaire de la mort d’Albert Camus, un écrivain que j’ai lu quand j’étais au Lycée: La Peste, Caligula, L’Étranger, Les Justes, La Chute, voilà ce que j’ai lu. Sa mort n’a en soi rien d’intéressant, bien que les journaux l’aient fréquemment racontée en détail: elle atteste de sa vie privée compliquée, mais qu’il a voulue telle, et qui donne l’impression qu’il s’est laissé griser par son succès, plus que par son intelligence: car Étienne Dumont a déclaré qu’il séduisait les femmes grâce à celle-ci, mais je suis plutôt sceptique. La tradition islamique montre que la possibilité effective de la polygamie est davantage une question d’argent et de puissance mondaine, si je puis dire: seuls les sultans et les riches marchands - ou les poètes entretenus par les largesses des princes - pouvaient. Mais passons.
J’aimais bien Camus, mais quand, plus tard, j’ai lu Le Procès de Kafka et L’Idiot, Crime et châtiment et Notes écrites dans un sous-sol de Dostoïevski, il m’a semblé que ses livres les plus célèbres en étaient la version édulcorée et adaptée, peut-être plus soignée sur le plan formel, plus conforme à cet égard au goût français, mais avec des images, des figures moins fortes. Pour Caligula, néanmoins, les images restent vives, mais quand j’ai lu Suétone, le Lorenzaccio de Musset et le Cromwell de Hugo, j’ai aussi cru comprendre d’où elles venaient; or, je pense que le Romantisme avait plus de force expressive que l’Existentialisme - et je crois que c’est aussi le cas de Suétone.
Comme je n’ai pas lu les écrits philosophiques de Camus, je ne peux pas parler de ses idées, mais ce qui en transparaît dans ses romans ne m’a pas convaincu: face à l’absurde, le médecin qui reste humaniste ne me parait pas logique ni, sur le long terme, crédible - même s’il reste, bien sûr, souhaitable. Et celui qui se regarde agir et ne veut pas qu’on le juge, alors qu’à mes yeux tout homme a le pouvoir de faire intervenir sa liberté dans ses actes mêmes, ne me convainc pas non plus. Mais La Peste reste agréable à lire, car la force imaginative de Kafka s’y reflète. C’est un peu comme Rhinocéros, de Ionesco, que j’aime bien. C’est joli. Mais Ionesco a quelque chose qui le rapproche de Boris Vian, de la poésie. Camus restait un peu lisse, dans ses images. Au Lycée, je préférais L’Écume des jours à La Peste, en fait.
Ces romans de l’Absurde, c’est toute une époque.