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Dans le dernier épisode de cette saga du Génie d'or, gardien secret de Paris, nous avons laissé notre héros alors que, détaché de son corps mais retenu dans le Dévachan inférieur, il était en butte à des assauts de monstres vulgairement appelés cauchemars. Toutefois n'avait-il pas son apparence habituelle, déjà souvent décrite – mais une autre.
Voici quelle elle était. Débarrassé de son haubert, il avait un corps beau et transparent, à peine visible entre les étoiles, immense selon les critères illusoires de l'être humain – mais petit selon ceux, plus réels, des peuples qui habitent les étoiles. En un sens, il avait simplement une taille humaine, quoiqu'il eût paru très grand aux mortels, s'ils avaient pu le voir; il leur eût paru un géant – mais demeurant à l'échelle humaine, pareil seulement à deux ou trois fois la taille d'un homme ordinaire. Et, face à lui, les cauchemars étaient à peine plus vastes – pareils à des monstres, à des fauves, à des bêtes de la jungle ou de la savane.
Il y en avait trois, suivis de leurs troupes – constituées d'êtres plus petits, tournant autour d'eux comme des guêpes. Le premier était bleu, hâve, tordu et pareil à un cadavre, long et maigre, muni d'ailes de peau trouées, avec des yeux globuleux pâles, des bras interminables et une figure hideuse, décharnée et horrible.
Le second avait un visage ricanant et une peau jaunâtre parcheminée, des yeux étroits et rouges, des bras épais et des jambes naines, des ailes d'oiseau aux plumes sales et ébouriffées.
Le troisième était rougeâtre, et ses ailes de flammes tremblotantes crachotaient et menaçaient constament de s'éteindre, ainsi qu'une vieille machine. Ses yeux étaient vitreux et ternes, ses mains larges, et ses jambes étroites se terminaient en pointes, sans pieds.
Ils étaient tous les trois armés: le premier d'une épée noire et courbe aux reflets d'acier bleu; le second d'une hache fine de bronze verdie par les siècles; le troisième d'une lance noircie par le sang, irrégulière dans sa forme, affreuse à voir.
Ils l'attaquèrent l'un après l'autre. Et le Génie d'or au début n'était pas armé. Il parut devoir être tué par ces êtres.
Mais il joignit les mains, ferma les yeux, et voici! un rayon jaillit du fond de l'espace. L'instant d'après, sa main droite tenait une épée brillante, et son corps était revêtu d'un haubert azuré. Il attendit, en garde, le premier des trois monstres.
Celui-ci, ouvrant hideusement la bouche, montrant le fond noir dans lequel sa langue sèche s'agitait, et roulant devant lui ses yeux verdâtres, tâcha de toucher le Génie d'or de son épée en se fendant, vif comme une guêpe, rapide comme une étincelle qui bondit d'un brasier, et pouvant, de manière inattendue, allonger démesurément et instantanément son bras – comme s'il n'eût été fait que d'un liquide durci, élastique et mou, ou même d'une brume pouvant se densifier, ou s'alléger à volonté. Le Génie d'or toutefois était prêt. Il para le coup d'un geste également vif, abattant la lame de son épée sur l'épée ennemie – et la brisant de sa puissance, tant était grande celle des êtres qui l'avaient forgée, et la lui avaient donnée. Et au moment où il l'avait brisée, une gerbe d'étincelles avait bondi, puis un liquide noirâtre avait coulé, dégoulinant de la lame brisée comme d'une plaie. Les gouttes longues et visqueuses s'en perdirent dans l'abîme dans lequel les quatre combattants étaient suspendus, parmi les étoiles lointaines et au-dessus d'une vague brume violette traversée d'éclairs jaunes.
Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain. Nous verrons la prochaine fois comment le Génie d'or vint à bout d'au moins deux de ces monstres.