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L’individu solitaire dans la grande ville a été un thème central de l’art moderne depuis Baudelaire et Poe. Depuis plus de dix ans, le regard de Beat Streuli plonge dans les flux de passants des grandes métropoles occidentales. Streuli utilise pour ses photos des téléobjectifs depuis la distance. Les images obtenues ainsi des piétons contemporains extraits des mouvements des passants n’ont cependant rien de voyeuriste ou de secret. La distance étant réciproque, les personnes ne sont pas ridiculisées, mais simplement isolés de la masse. La distance et la discrétion du photographe correspondent à l’étrange état de vigilance et de rêverie avec lesquels les piétons se croisent dans les grandes villes. Les coups d’œil échangés sont brefs et ainsi ne permettent aucune indiscrétion, aussi intense soient-ils. Nous sommes tous effleurés à maintes reprises par les regards furtifs, mais, comme dans les œuvres de Streuli, personne ne se sent ou ne se montre dévisagé. L’usage de projections de diapositives permet à Streuli de donner plus de force à ses travaux avec les dimensions offertes par l'espace et le mouvement. Les fondus enchaînés d’images permettent à l’artiste d’absorber le continuel changement d’état entre l’attention et la distraction: Tels des reflets lumineux sur les crêtes des vagues humaines, les visages apparaissent pour un instant dans un rayon de soleil sur fond sombre de façades, immobilisés par le propre regard, silencieux et introvertis, sourds aux bruits de la ville.