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Séléné en robe ambrée
Voilà quelques heures déjà que nous roulons à travers le Missouri, les cheveux au vent. En traversant le Panhandle - autant dire que nous n'avons vu du Texas que ses drapeaux - un couple nous mit en garde sur l'inexistance de l'ombre d'un charme à St. Louis. Néanmoins, de leurs efforts à nous vanter Branson et ses casinos en carton, est né un regard nourri d'évidences. Que nous passerions la porte de sortie de l'occident américain.
Arrivés au sud des confluences du Père des eaux avec le fleuve Missouri, nous avançons jusqu'aux docks, au pied de l'arche qui vante la conquête de l'Ouest. 192 mètres d'une voûte d'acier inoxydable s'élève dans la nuit, illuminée fièrement. Mais cette montagne métallique, symbole de la prouesse, de l'ingéniosité technologique et de l'expansionnisme national, s'estompe complètement, trop occupés que nous sommes à dévisager la face de la lune.
Le moment est suspendu. Et nous à notre satellite. Nous coupons le moteur de la Mustang. Le silence laisse alors sourdre les murmures du fleuve. Il s'y noie les notes du piano bar devant lequel nous voilà arrêtés.
Elle s'approche de nous, modestement cachée derrière un masque de miel. Nous voilà nez à nez avec l'intrigante gironde. L'héritière de Théia est prête à enfanter une pluie de comètes, sur lesquelles je pourrais bâtir bien des plans. En totale libration, elle danse au ras des horizons, dans sa robe ambrée, cousue de ce fil d'or qu'engendre le solstice d'été.
Et cette terre céleste se rit de nos superstitions, un vendredi 13 de l'an 2014. Le disque s'inscrit élégamment dans l'ajourage de cette géante aux cuisses écartées entre le Missouri et l'Illinois.
7 juillet 2014