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La fuite en avant est une course dont nous sommes les perdants car elle est une course vers l'oubli, vers l'annihilation et l'autodestruction!
Le drame de la fuite en avant est que le regard ne peut pas se porter en arrière et nous empêche donc de comprendre ce qui nous fait fuir. Le propre de la fuite en avant est qu'à aucun moment nous ne voulons voir ce qu'il y a derrière cette fuite et comprendre quels seraient son moteur et ses motivations. Or, la fuite en avant laisserait entendre que nous fuirions pour échapper à quelque chose, que nous nous dérobions pour éviter quelque chose de pénible et persister dans cette voie équivaudrait à un suicide déterminé. Et surtout, la fuite en avant permet de ne pas voir ce qui fait fuir!
à première vue, tout indique que nous sommes engagés dans une fuite en avant bien orchestrée. Au niveau personnel, on fuit son passé douloureux, ses insuffisances et ses culpabilités en se noyant dans la consommation obèse, dans la conduite automobile distrayante, dans les loisirs touristiques loin de soi. Au niveau social, de quelque côté que l'on regarde, cet investissement massif dans les idéologies du progrès, de la croissance, de la compétitivité et des technologies nouvelles ressemble furieusement à une immense fuite en avant et ses conséquences nous promettront des ravages dont nous ne pouvons mesurer l'ampleur.
Car, disons-le tout net, la spéculation de toutes sortes, c'est de la fuite en avant! La croissance en tant qu'idéologie, c'est de la fuite en avant! Le travail associé à la productivité, c'est de la fuite en avant! La concurrence entre les gens, c'est de la fuite en avant! Le pétrole est une drogue et son utilisation extensive, c'est de la fuite en avant!
En fait, la fuite en avant permet de surseoir à nos responsabilités de comprendre l'état dans lequel nous nous trouvons et de mettre de la distance entre nos réalités intérieures et nos prises de conscience de l'état psychique déplorable dans lequel nous sommes!
Bref, la fuite en avant n'est qu'une tentative désespérée de fuir nos inconscients perturbés, de ne pas voir les miasmes dans lesquels nous ont précipités nos troubles intérieurs, de fuir nos peurs et nos angoisses existentielles, de fuir les responsabilités liées à nos actions inconscientes et elle nous permet de ne pas assumer les conséquences de nos choix et de nos tendances mégalomanes.
Au lieu de parler de la fuite en avant, nous devons d'abord comprendre ce que nous voulons fuir, voir en face ces peurs qui nous traumatisent au point de nous faire fuir sans demander son reste, sans aucune introspection salutaire et surtout, sans se demander pourquoi nous fuyons. La question importante serait donc de se demander que veut-on fuir et pour aller où! Après, nous pouvons toujours imaginer des sociétés idéales mais nous devons d'abord comprendre pourquoi nous en sommes là! Et pour répondre à nos interrogations pressantes:
La croissance est-elle nécessaire? Non, elle n'est que le signe d'une grave distorsion mentale! Ne travaille-t-on pas pour l'obsolescence? Oui, c'est le signe concret du dérapage de l'idée même du travail! Le travail, pour quoi faire? Pour fuir pardi! Comment préparer l'après-pétrole? Préparons déjà un changement fondamental de mentalité! Comment lutter contre la spéculation sur la nourriture et les produits de première nécessité?
En changeant les prémisses mêmes sur lesquelles sont basées notre civilisation de l'accaparement, de la possession névrosée, de l'enrichissement matérialiste et du pouvoir sur autrui et en introduisant les concepts du partage, de la coopération, de l'autogestion et de la prise de conscience personnelle.
La décroissance ne propose pas de vivre moins, mais mieux avec moins de biens et plus de liens.
Charte de la décroissance