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chapitre 2 Modèles de l'individu et de l'acteur social
Les mérites de ce modèle sont de postuler qu'un acteur ne peut simplement avoir recours à des techniques de résolution de problème ou des normes internalisées lorsqu'il doit faire quelque chose. Son identité, même en tant qu'acteur social, est toujours un peu redéfinie dans chaque interaction, et chaque action contribue à son entretien. Dans les études de rôles et de rituels, et ceci même dans des institutions hautement organisées, on s'est aperçu que l'acteur doit absolument "re-connaître" son rôle et qu'il doit le jouer activement pour survivre. Ceci montre très clairement que la notion qu'un rôle est internalisé au point de ne pas pouvoir le reconnaître sous l'une ou l'une autre forme est fausse. Ce résultat fondamental de nombreuses recherches ethnologiques nous confirme dans notre vision cognitiviste et activiste de la personne.
Nous avons vu que selon Goffman la personnalité possède deux aspects principaux à un moment donné: celui de l' "apparence" (le "official self") et celui de la personne qui joue l' "apparence". Malgré tout, pour cette école, le soi réside principalement dans les événements et non dans l'individu. Le "faire" devient l' "être". On pourrait presque dire que l'Homme devient la somme de ses entreprises, leur organisation et leur interrelation, idée qui nous fait penser à l'existentialisme sartrien. Au plan pratique, ceci signifie que l'acteur est un système très flexible à capacité symbolique, capable de faire usage de multiples mécanismes pour s'adapter au "lit" (angl. "bed") des normes et valeurs sociales. Ou comme le dit Goffman(67:251): "As performers we are merchants of morality". Rappelons que le "selfhood" naît du conflit permanent entre les différentes "apparences" ("visages") et le soi qui performe. Ainsi, toute identité est finalement jouée, l'identité personnelle comme l'identité sociale. Toute la normalité apparante de l'individu est normalité de fantôme, mais c'est la seule qu'il possède. Le travail de gestion du "visage" et la gestion de l'identité cachent en fait une personnalité qui ne se trouve nulle part. Cette personnalité cherche à imiter les autres tout en pensant qu'elle est unique.
Quel contraste par rapport à l'homme sociologique qui "danse" sans souci grâce aux ficelles des normes! L'acteur dramaturgique possède de la liberté, mais cette liberté a de "sévères" limites. Elle ne sert qu'à le laisser dans un équilibre instable qu'il doit essayer de maintenir à tout moment. Sur un plan très abstrait, cela veut dire que tout est relatif. Rôles et normes ont bien leur utilité comme concept d'analyse de l'action. Toutefois, ils ne sont pas seulement joués, mais également interprétés et leur fonctionnement est seulement garanti dans la mesure où ils garantissent une identité à l'acteur.
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