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Après la guerre de 1914 1918 qui ruina tant de pays et de gens, Daniel Gaïffe, héritier du château, connut de sérieux revers de fortune. Il se trouva bientôt dans l'impossibilité d'assumer les charges imposées par cet édifice qui nécessitait en outre de sérieuses réparations. Il se mit donc à la recherche d'amateurs, bien rares à cette époque de crise économique permanente ponctuée d'escroqueries et de scandales financiers de grande envergure. Ceux qui s'engagèrent renoncèrent bien vite devant les frais d'entretien et de restauration. Sur le conseil d'amis, Gaïffe s'adresse alors à l'Etat de Vaud en février 1932. Pour la somme de Frs. 250'000.- , il offre le château avec son contenu, dont la remarquable bibliothèque, les terrains qui entourent les bâtiments et le petit bois de la Coulaz. Une commission d'experts désignés officiellement étudie cette proposition et préavise favorablement après avoir obtenu une réduction de Fr. 50'000.- . Le Conseil d'Etat la suit dans ses conclusions, il présente au Grand Conseil une demande de crédit d'un montant de Fr. 220'000.-en vue de cet achat et des réparations à entreprendre dans l'immédiat. L'entrée en matière même est aussitôt refusée nettement dans la séance du 5 juin 1934. La situation du moment ne se prêtait guère à des folies de ce genre.
Qu'aurait on fait de ce château ?
D'aucuns s'émurent en apprenant la décision du Grand Conseil vaudois, en particulier deux citoyens d'Oron qui avaient fait partie de la commission extra parlementaire favorable au projet, le géomètre Henri Kissling et le notaire William Gilliéron. Le lendemain déjà des contacts sont pris. Par téléphone, Frédéric Gilliard, architecte à Lausanne, membre du comité de la Société d'art public, section vaudoise du "Heimatschutz", suggère de réunir rapidement un groupe d'action qui envisagera les premières mesures à prendre. Il faut à tout prix sauver le château de la ruine, d'une spéculation hasardeuse ou d'une autre affectation toujours possible. Il offre le soutien de sa société qui ne manquera pas de s'intéresser à l'affaire. Le jour même quelques personnalités s'assemblent à l'Hôtel de Ville: Paul Serex, préfet du district d'Oron; Charles Jan et Aimé Chollet, députés du cercle d'Oron; William Gilliéron, notaire à Oron; Henri Kissling, géomètre officiel à Oron.
Après discussion, elles s'accordent pour
1. demander 1'aide et le soutien de la Société d'art public,
2. former un groupement ayant pour but l'acquisition du château pour le remettre à l'Etat,
3. constituer les fonds nécessaires à cet achat par une souscription publique et une loterie.
Ces messieurs se constituent eux mêmes en comité d'initiative dont le Préfet Serex prendra la présidence et le géomètre Kissling le secrétariat. Des appels seront aussitôt lancés aux personnes de la région et d'ailleurs, susceptibles de se joindre au mouvement. Une telle détermination ne peut que forcer le succès.
A Oron, les affaires ne vont pas traîner. Le comité d'initiative connaît la précarité de la situation du propriétaire et son ardent désir de céder le château. Les appels rencontrent un accueil favorable auprès de plusieurs personnalités du pays. Le Conseiller d'Etat Paul Perret, consulté, voit d'un bon oeil l'organisation d'une loterie. On peut aller de l'avant. Le comité d'initiative devient comité d'action, il reçoit l'aide et les conseils du professeur Adrien Taverney, des architectes Frédéric Gilliard et Adolphe Burnat, agissant au nom de la Société d'art public, de l'historien Maxime Reymond, président de la Société vaudoise d'histoire, représentant la Commission vaudoise des monuments historiques.
Tout se précipite. Gaïffe est convoqué pour discuter des conditions de vente avec une commission ad hoc. Il accepte à nouveau une réduction de prix. Un projet de statuts est élaboré. Une assemblée générale est convoquée pour le 11 juillet 1934 dans la salle du Tribunal d'Oron. Elle réunit 30 personnes qui acceptent à l'unanimité la fondation de l'
ASSOCIATION POUR LA CONSERVATION DU CHÂTEAU D'ORON
régie par les statuts présentés et adoptés. La cotisation des membres se montera à Fr. 2.- par année.
Les membres du comité sont confirmés dans leurs fonctions avec la charge d'entreprendre toutes les démarches nécessaires pour atteindre le but fixé:
ACHETER LE CHÂTEAU D'ORON
Tout est en place. L'Association est créée, ses statuts admis et signés par les fondateurs. Reconnue par l'Etat, elle bénéficie de la compréhension de chacun et des encouragements de tous. Toutefois l'acquisition du château ne peut se réaliser avec des belles paroles et des bonnes intentions. Une vente de gravures et de cartes, une souscription publique ne laissent pas la population indifférente mais rapportent relativement peu d'argent. Il faut absolument mettre sur pied la loterie prévue qui seule fournira la somme nécessaire à l'achat, d'autant plus que les communes sollicitées, elles aussi, se récusent, à l'exception d'Oron la Ville qui verse Fr. 500.- ...
Non sans difficultés, les responsables organisent au mieux leur affaire en même temps qu'ils agissent auprès de Gaïffe, toujours plus impécunieux, pour lui aider à trouver de l'argent et l'inviter à baisser encore ses prétentions. Le succès couronne leurs entreprises puisque le tirage de la loterie s'effectue dans la cour du château le 1er août 1936 au milieu des discours, des rires et des danses et que le propriétaire accepte Fr. 140'000.-pour son manoir sans le bois de la Coulaz vendu à un particulier.
L'objectif est atteint. La ténacité a triomphé. Les fonds accumulés précédemment, le bénéfice de la loterie augmenté de quelques dons autorisent le comité à passer à l'action. Le 16 août 1936, à 10 heures du matin, en l'étude du notaire Edouard Gilliéron, I'acte d'achat est stipulé, signé pour l'Association pour la conservation du château d'Oron par le Préfet Paul Serex, président et le secrétaire Henri Kissling.
Il s'agit maintenant de gérer le château en attendant sa remise en cadeau à l'Etat de Vaud comme le prévoit l'article premier des statuts. On obtient l'exonération des droits de mutation et des charges fiscales. Le concierge Mouron se voit confirmer dans sa fonction avec un contrat en bonne et due forme. On entreprend même quelques réparations urgentes ici et là.
Cependant la grande préoccupation reste la cession à l'Etat, elle anime les discussions de l'assemblée dont certains membres craignent le pire. Robert Porchet, nouveau préfet, prend la présidence par suite du décès de son prédécesseur Paul Serex. Finalement l'Association suit les propositions de son comité et à l'unanimité offre le monument en avril 1937.
Malgré un préavis favorable du Conseil d'Etat, les députés du Grand Conseil vaudois, dans la séance du 10 mai 1938, refusent par 99 voix contre 40 le don du château d'Oron. A la fois surprise et déçue par ce vote négatif, I'Association décide de s'organiser en vue de réaliser son objectif:
MAINTENIR ET CONSERVER CE NOBLE TÉMOIN DU PASSÉ
L'enthousiasme des promoteurs n'a pas trop faibli après la déconvenue infligée par le Grand Conseil. Heureusement, car des problèmes sérieux restent à résoudre pour assurer l'entretien de cette immense bâtisse les revenus demeurent bien modestes en regard des dépenses à assumer. On ne peut compter que sur les cotisations des membres, les entrées des visiteurs, les dons et... les subsides éventuels de l'Etat. Il faut modifier les statuts, augmenter les recettes par l'intensification de la propagande ou par d'autres moyens propres à alimenter la caisse fort sollicitée.
En 1939, le Préfet Robert Porchet remet la présidence à Adolphe Burnat, architecte, syndic de La Tour de Peilz qui n'a cessé de déployer un grand dévouement à la cause de l'Association.
Les "Entretiens d'Oron" réunissent au château, de temps en temps, des hommes de bonne volonté, sans distinction d'âge, de métier, de convictions personnelles, pour apprendre à se connaître, à confronter leurs idées et leur expérience... On installe le téléphone. On étudie la possibilité de vendre la bibliothèque, au grand dam de certains.
Le concierge Mouron quitte le château, il est remplacé par Henri Dupuis, retraité CFF, choisi parmi plus de cent candidats, il entre en fonction le 30 mars 1940. La fête d'été préparée pour la fin d'août 1939 doit être annulée et pour cause, la situation politique s'est dégradée, la mobilisation s'annonce prochaine et bientôt c'est la guerre à nos frontières.
Malgré les restrictions imposées par les circonstances, l'activité de l'Association ne cesse pas et le château reste ouvert au public. A plusieurs reprises, il est utilisé par l'armée pour loger quelque service, certains locaux sont réservés pour les dépôts de matériel en cas de guerre. Des réparations à la toiture, entreprises en 1940, coûtent Fr. 7'181.30. La vente des arbres abattus dans le petit bois de la Safranière a rapporté Fr. 5'005. . Sous la direction de l'architecte Frédéric Gilliard les murs de la cour intérieure sont piqués à fond et recrépis, avec dégagement des encadrements d'anciennes fenêtres.
Les visiteurs, moins nombreux bien sûr, fournissent tout de même une recette de Fr. 997.- en 1941.
Grand branle bas au château le 25 mars 1942 pour recevoir le nouveau conseiller d'Etat Lucien Rubattel, syndic et député de Vuibroye, qui sera acclamé plus tard membre d'honneur du comité. Des dons divers, armes, meubles, livres, reçus avec reconnaissance, viennent enrichir les collections.
Le comité se scinde en deux groupes, il désigne un bureau, formé du président, du secrétaire et du caissier, compétent pour régler les affaires administratives et prendre des décisions rapidement.
Un violent orage de grêle s'abat sur la région d'Oron le 11 juin 1942, causant de graves dégâts aux cultures et aux bâtiments. Les toits du château en ont particulièrement souffert. L'architecte Gilliard devise à Fr. 29'152.-leur remise en état. Le remplacement de 40'000 tuiles et les travaux annexes seront payés grâce aux subventions de l'Etat et aux dons des communes.
En 1943, sous la direction de Paul Faesi, sur un scénario d'Henri Kissling, on tourne un film retraçant l'histoire du château. Il sera offert en location aux sociétés et aux écoles. L'opération est revenue à Fr. 3'500.- . Un négatif tiré à part a été remis récemment à la cinémathèque suisse à Lausanne. Le film a été transféré sur vidéo en 1996. Cette cassette peut être achetée au château.
Si la mobilisation a retardé la réalisation de beaucoup de projets, ils reviennent à l'ordre du jour sitôt la guerre finie mais se heurtent toujours au manque de fonds pour trouver une solution. En 1946, I'Association perd son président Adolphe Burnat. Elle appelle pour le remplacer Lucien Rubattel, conseiller d'Etat, qui, après quelque hésitation, accepte sa nomination.
L'année suivante la cotisation est portée à Fr. 3.- , la publicité est intensifiée par voie de presse toujours avec l'espoir d'augmenter des recettes qui restent bien maigres malgré un nombre accru de visiteurs (2'796). Les tentatives pour obtenir des subsides auprès de différentes institutions n'ont que peu de succès. Bien que l'effectif de l'Association atteigne 213 membres, la situation est loin d'être réjouissante avec un solde passif de Fr. 9'878.- et des recettes nettes de Fr. 1'300.- .
Grâce à un arrangement avantageux avec une école professionnelle genevoise, on pourra enfin procéder à une étude de la bibliothèque par l'établissement d'un fichier et d'un catalogue.
Les Forces électriques fribourgeoises installent l'électricité au château. Dès 1952, une ère nouvelle s'ouvre sous l'impulsion du Dr. Marcel Rochat, d'Oron la Ville. Le secrétaire Henri Kissling, âme de l'Association, meurt, le notaire William Gilliéron, caissier, démissionne pour raison d'âge et de santé. Lucien Rubattel quitte la présidence. La vieille garde, décimée, se retire. Des forces plus jeunes, plus combatives aussi reprennent le collier. Ces changements ne se firent pas sans quelques tiraillements dus plus au caractère des personnes qu'à la conception ou à l'orientation du travail. Une animation inaccoutumée secoue des assemblées beaucoup plus revêtues que préside David Blanchet, de Lausanne, successeur de Lucien Rubattel. Des commissions se constituent en vue de sérier les problèmes et de leur donner des solutions.
Le grand comité, formé de 15 à 20 membres, connaît les options importantes et en décide. Le bureau qui comprend David Blanchet président, Marcel Rochat, vice président, Marguerite Borgeaud, secrétaire, Pierre Gilliard, caissier, René Maendly, Albert Leresche, Maurice Vulliemin, membres adjoints, étudient et liquident les affaires courantes.
La haute conjoncture arrive à point nommé pour favoriser l'heureux développement qui s'annonce.
Le président David Blanchet renonce à son mandat en 1955 en faveur de Roger Nordmann, journaliste, animateur radiophonique, créateur de la Chaîne du Bonheur qui accepte cette charge et cet honneur comme il aimait à le dire. Grâce à ses nombreuses relations mais surtout à son intelligence, il va donner une dimension nouvelle à l'Association et à son château en les mettant au bénéfice d'un réseau de sympathie agissante.
La réintégration du manoir dans le circuit social, économique et culturel prendra corps par l'organisation (enfin autorisée) de banquets, de concerts, d'expositions et de manifestations diverses. Les bénéfices réalisés autorisent la mise en chantier de travaux importants, d'autant plus que dans l'euphorie de la réussite, l'assemblée ne craint pas de recourir à un emprunt hypothécaire pour en accélérer le démarrage.
Henri Dupuis, le gardien, abandonne le poste qu'il occupait depuis seize ans. Son successeur, Albert Amiguet, reprend la fonction en 1957 et fait aussitôt valoir une faconde et un entrain peu communs, fort diversement appréciés par les visiteurs et les hôtes.
Et voici qu'éclate "l'Affaire Gilliard" qui jettera quelque trouble en révélant les indélicatesses du caissier. Si les pertes subies se chiffraient au départ à Fr. 25'000. , elles n'atteignirent pas ce montant lors du règlement final, heureusement, et ce coup dur n'aura pas de trop fâcheuses conséquences. Le comité de 20 personnes, bien difficiles à réunir, se réduira à 9 membres avec attribution de compétences à chacun d'eux afin de gagner en efficacité. C'est ainsi que Héli Liard se verra confier la tâche d'établir un plan général de restauration. Il présentera un programme ambitieux, à réaliser par étapes successives, qui, partant du rez de chaussée, se poursuivra par les façades, les combles, les toits, les appartements sans pour autant négliger les innombrables services d'entretien. Albert Leresche veillera sur les intérieurs et le mobilier. Roland Gonin et Marcel Rochat ont la responsabilité de l'exécution technique des ouvrages. Le bureau vouera ses soins à la publicité, aux repas et aux relations publiques. Malheureusement, des divergences de vue et des critiques acerbes créent un état de tension au sein du comité. Ce malaise conduira à la convocation d'une assemblée extraordinaire qui assainira la situation par la confirmation des élections contestées et le renouvellement de la confiance aux responsables. La "crise" surmontée, l'unité se reforme aussitôt autour du comité mais elle provoquera quelques démissions.
Avec une célérité accrue, l'Association poursuit sa double activité: organisation des réceptions et conduite des travaux. Elle s'efforce de vaincre, d'atténuer ou d'éviter les nombreuses difficultés, embûches et tracasseries qui ne manquent pas de surgir sur son chemin, preuve que sa vitalité ne laisse pas indifférent. Forte de la philosophie et de la sérénité de son président, elle met en pratique cet axiome qui lui est cher: l'important n'est pas de résoudre les problèmes mais d'éviter qu'ils se créent.
La restauration gastronomique, qui prend un essor réjouissant, alimente la caisse de la restauration historique. Ce dynamisme, assez inhabituel en de telles circonstances, inquiète certains, surpris par la réussite de l'entreprise, la rapidité des décisions et la volonté d'aller de l'avant. D'aucuns craignent même la transformation du château en restaurant, alors qu'il ne s'agit que d'utiliser des locaux pour gagner de quoi sauver tout l'édifice. Les objections et les réserves sévères soulevées par M. Edgar Pelichet, archéologue cantonal, devant les premiers projets, disparaîtront au vu du sérieux de l'étude, de la solidité des arguments et la détermination des responsables. Il n'en résultera qu'un léger retard dans l'exécution des travaux avec le souvenir de malentendus provoqués surtout par un manque de contacts personnels.
En juillet 1963, Albert Amiguet a quitté "son" château pour un monde meilleur. L'année suivante, M. et Mme Robert Treboux lui succèdent et, noblesse oblige, le nouveau gardien ne tarde pas à occuper la place de syndic de la commune d'Oron le Châtel, créant ainsi des liens privilégiés entre elle et l'Association.
On achète un hangar pour y déposer le bois de feu, des chaises, des tables, des radiateurs, des céramiques, on installe le chauffage électrique dans les salles, on complète l'éclairage, la cuisine d'exploitation reçoit un équipement moderne, on améliore les chemins d'accès et le confort de l'appartement du concierge. Des manifestations toujours plus nombreuses et plus importantes animent la vieille demeure qui prend, certains soirs de fête, l'aspect d'un château de rêve.
En 1971, Roger Nordmann, sollicité par des charges nouvelles, désire abandonner sa place de président mais rester membre du comité. Attaché à cette uvre qui l'a passionné, il a mis au service de l'Association ses grandes qualités d'intelligence et de cur, dans une atmosphère qu'il affectionnait parce qu'empreinte d'amitié et de franchise. Tous ceux qui l'ont entendu gardent en mémoire les propos pleins d'esprit, de jovialité et d'humour qu'il tenait dans ses rapports aux assemblées générales.
Avant de quitter, il propose pour le remplacer son collègue et ami, Héli Liard. L'assemblée ratifie ce choix. Le nouvel élu propose aussitôt de décerner le titre de Président d'honneur à Roger Nordmann, titre conféré par acclamations. Les grands travaux de restauration se poursuivent sans désemparer. Le château disparaît parfois sous les échafaudages.
Le décès prématuré de Roger Nordmann, en 1972, plonge 1'Association dans la tristesse. Un dernier hommage lui sera rendu lors d'un concert émouvant au château, en faveur de son uvre, la Chaîne du Bonheur.
Tout a commencé, en somme, de manière fortuite. Le gardien Dupuis, en 1942, avec 1'autorisation du comité, a servi au château quelques repas, accompagnés parfois de vin, à des groupes qui y tenaient séance ou colloque, sans être au bénéfice de la patente exigée par ce genre de commerce.
Sur dénonciation, le comité cantonal de la Société des cafetiers intervient auprès du Département de justice et police pour réclamer l'application de la loi. L'enquête menée constate l'infraction, l'interdiction de continuer est prononcée.
Cette démarche inspire au président Burnat cette amère réaction: "sans chercher plus loin la personnalité du dénonciateur jaloux, je suis navré de voir combien cette jalousie tombe mal à l'heure où des uvres désintéressées comme la nôtre cherchent à se débrouiller au milieu des difficultés qu'elles rencontrent".
Dès lors s'engage un long échange de correspondance entre le Département et le comité au sujet de cette fameuse patente, le premier ne voulant pas courir le risque de transformer un monument historique en établissement public (sic), le second désirant attirer du monde et satisfaire des hôtes en gagnant par là quelque argent pour assurer la survie de l'Association. D'accommodements en arrangements, des concessions sont obtenues si bien qu'une solution hybride permet de maintenir provisoirement cette activité conformément à la loi. Robert Mayor, propriétaire du Café des Chemins de Fer à Oron la-Ville, assume la responsabilité du débit de boissons alcooliques. Toutefois, on reste dans des proportions bien modestes, l'équipement des locaux de réception et de la cuisine demeure rudimentaire, l'organisation simple et casuelle, avec, bien sûr, des situations conflictuelles.
Il est donc possible de se restaurer au château, mais les "banquets" sont rares et ne constituent pas la préoccupation essentielle des responsables qui voient là plutôt une occasion de rendre service. L'idée cependant fait son chemin car dès 1955, un comité renouvelé entrevoit la création, par une exploitation rationnelle, d'une source appréciable de revenus. L'exemple de la Confrérie du Guillon au château de Chillon et le succès de ses Ressats montraient à l'évidence le bien fondé d'un tel projet.
Il faut donc reprendre toute l'affaire sous une forme différente, car l'Autorité, à nouveau sollicitée, persiste dans son refus d'octroyer une patente. On y renonce et l'on confiera l'organisation gastronomique à un ou des restaurateurs chevronnés, solution qui rencontre enfin l'approbation de tous.
Les très belles salles du rez de chaussée sont aménagées en fonction de cette nouvelle affectation, les cheminées dotées de broches, et une cuisine est installée dans un local utilisé précédemment comme buanderie.
René Gottraux, restaurateur à Saint Saphorin, chef de cuisine remarquable, commence alors à présenter des menus alléchants dans un cadre pour le moins original. La formule plaît et le succès va grandissant. Il s'accroîtra encore lorsque Pierre Livet, de Vevey, reprendra, avec un art consommé, le flambeau des mains de son collègue et ami qui quitte la région. La famille Mayor, qui n'a pas manifesté beaucoup d'intérêt pour cette reprise, gardera la possibilité d'utiliser les locaux pour ses clients ou ceux qui en feront expressément la demande.
La location des locaux de gré à gré ne convient pas du tout et ce système est aussitôt abandonné. Désormais un restaurateur officiel et un restaurateur agréé assureront seuls la partie gastronomique. Malgré toutes les précautions prises, cette manière de faire ne donne pas entière satisfaction à cause d'une cohabitation difficile et d'une concurrence interne inévitable mais désagréable. Aussi, lors du départ de Jean Paul Mayor pour l'étranger, le comité met fin à cette expérience pour s'en tenir à un restaurateur unique. C'est ainsi que dès 1981, le Montreux Palace possède l'exclusivité des réceptions au château d'Oron.
Durant la première période, l'organisation des repas ne pose pas de problèmes sérieux sinon celui de l'obtention des permissions. Les tarifs de location sont fixés selon les circonstances, l'importance du groupe et les désirs des clients. Le rapport pour l'Association est minime.
Par contre, dès 1957, les choses vont changer. Les demandes se font plus nombreuses, elles exigent une planification rigoureuse et le comité se trouve soudain confronté à une tâche à laquelle il n'était guère préparé. Au début, un peu dépassé par les événements et l'ampleur de l'entreprise, il tâtonne quelque temps, il nomme alors une commission d'exploitation et crée un bureau semi permanent de renseignements et de location. Ainsi il peut se consacrer à sa mission "historique" et statutaire tout en gérant ce nouveau poste qui fournit des fonds bienvenus, procurés par la location des salles et les redevances versées par les restaurateurs sur le prix des menus.
L'adaptation sera relativement rapide mais cette affaire apportera un surcroît fort important de travail et de soucis, qu'importe puisqu'elle permettra d'accéder à des réalisations tangibles. La réputation des réceptions du château d'Oron s'étend loin à la ronde, propagée par une propagande habile et l'antique manoir voit défiler dans ses murs des hôtes en provenance, non seulement de toute la Suisse, mais aussi des pays d'Europe occidentale, des USA et même du Japon.
Des mariages, des réunions de sociétés, de confréries, d'entreprises, de maisons de commerce, des groupes de touristes en voyage s'en viennent se réjouir et festoyer dans la vieille demeure accueillante. Les soirées de gala y trouvent un cadre idéal pour déployer leur faste dans cet admirable cadre médiéval, décoré de tapisseries murales, enjolivé de bouquets fleuris. Des trompettes thébaines annoncent les mets que présentent et servent des dames en costumes anciens alors que des ménestrels, des diseurs, des chanteurs ou des danseurs divertissent les convives pendant que les bûches flambent dans les vastes cheminées monumentales.
Certaines rencontres conduisent au château des personnalités du monde de la politique, de la science, de l'économie, de la finance ou des arts.
Lors de l'achat du château, le comité connaissait l'existence de cette importante collection de livres, mais, en l'absence de tout inventaire, il en ignorait la qualité et la valeur. Rassemblée dans une des plus belles pièces, transformée pour cette circonstance par Adolphe Gaïffe, elle en tapissait les parois de ses reliures en cuir patiné d'ors vieillis. Daniel Gaïffe ne portait pas à la bibliothèque l'intérêt passionné de son père qui l'avait amenée à Oron. Il n'hésitait pas parfois à en distraire un ou deux volumes qu'il offrait à qui lui rendait quelque menu service et il en racontait la romanesque histoire à ses hôtes. Devant les impérieuses difficultés financières des débuts de l'Association, il fut envisagé de la vendre, d'abord à un libraire genevois qui en donnait Fr. 5'000.- , puis plus tard à la Bibliothèque cantonale à Lausanne pour la même somme. Avec raison, certains membres s'y opposèrent fermement. Des pourparlers s'engagèrent toutefois avec le directeur de cette institution en vue d'un classement et d'une utilisation, ils n'aboutirent à aucune solution satisfaisante.
Ce directeur, Alfred Roulin, intrigué par ces richesses endormies, se livre à quelques investigations qui lui révèlent des valeurs insoupçonnées. Dans un exposé présenté à la Société Romande d'histoire en 1948, il attire l'attention sur ces trésors jusque là peu connus et, dans sa péroraison, souhaite que cette intéressante librairie devienne accessible aux chercheurs et aux amateurs.
Sensibilisé par ces propos, le comité va tenter d'exaucer le vu émis.
La proposition du directeur de la Bibliothèque cantonale de Lausanne, acceptée avec enthousiasme, n'était guère facile à concrétiser car il fallait d'abord établir un inventaire et un catalogue de ce monde inconnu, ses services ne pouvant pas le faire.
Par suite d'un heureux concours de circonstances, on entra en contact avec une école genevoise qui formait des bibliothécaires. Quatre élèves qui préparaient leur diplôme se virent confier cette tâche ardue mais passionnante. Conseillées et dirigées par M. Borgeaud, directeur de la Bibliothèque cantonale genevoise, ces jeunes filles accomplirent un excellent travail en dressant un fichier catalogue et en rédigeant un rapport fort instructif sur ces collections et leur histoire. Bien que les livres eussent été soigneusement répertoriés, il s'avéra par la suite qu'il était assez difficile de les retrouver sur les rayons où ils avaient conservé leur allure de prestigieux décor. Fritz Roth, documentaliste, de Lausanne, va s'atteler à un nouveau classement par matières. Hélas! la maladie puis la mort l'empêchent de terminer son ouvrage. M. et Mme Masset, de Genève, qui le secondaient, procèdent alors à la toilette complète des livres, ils réparent les volumes abîmés, nettoient et nourrissent les cuirs, travail de patience et de longue haleine qu'ils mènent à bien avec une conscience admirable.
Dès 1971, la bibliothèque reçoit à nouveau les soins de spécialistes qui conduisent à l'élaboration du fichier actuel permettant une utilisation plus facile et plus rationnelle de cette "librairie". Louis Daniel Perret, assisté de Maurice Rebetez, bibliothécaire, s'est chargé de cette opération basée sur un classement par matières qui bouleverse un peu l'ordonnance purement esthétique mais rend les ouvrages plus accessibles. Aujourd'hui, les lecteurs ne se pressent pas en foule aux portes de ce sanctuaire du savoir, cependant des linguistes, des historiens, des littérateurs et... des amateurs y font d'heureuses découvertes.
Bien qu'encore relativement peu connue, la bibliothèque d'Adolphe Gaïffe ne manque ni d'intérêt ni de valeur et personne ne songerait à le contester de nos jours. Aussi dans une communication lors d'une conférence de presse, Pierre Favre, remarquait il plaisamment le cheminement de l'appréciation selon les progrès de la découverte, déclarées pas de premier ordre mais pouvant réserver des surprises en 1948, elles sont de valeur en 1951, remarquables 25 ans plus tard, puis exceptionnelles à l'achèvement des travaux.
Cette vaste "librairie" comprend un grand nombre de romans du XVIIIe et du début du XIXe siècles mais aussi des livres d'histoire, de sciences, de géographie, de voyages, de littérature, de théâtre, de théologie, de médecine, des dictionnaires et des encyclopédies. En 1983, grâce à 1'appui financier de la Loterie romande, le fonds Chalon est venu la compléter par des uvres remarquables de la même époque, si bien qu'elle dépasse maintenant le cap des 17'000 volumes. Elle est mentionnée dans un travail d'équipe, dirigé par Yves Giraud, doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Fribourg, sur le roman épistolaire français.
Angus Martin, Vivienne Mylne et Gérard Frautschi la signalent en première place des références dans leur monumental ouvrage consacré à la "Bibliographie du genre romanesque français (1751 1800)".
Des chercheurs viennent la consulter en utilisant le cabinet de lecture aménagé à leur intention. D'autres demandent des copies de livres rares voire introuvables ailleurs.
Un vol audacieux, perpétré avec une habileté diabolique en mars 1979, a privé la bibliothèque de quelques ouvrages de grande valeur, véritables pièces de musée. Arrêté en 1983, ce cambrioleur, dépouilleur spécialisé de musées et châteaux, a avoué son larcin à Oron, mais l'a rendu irrécupérable en le vendant à Paris chez des commerçants peu scrupuleux et anonymes.
Les précautions prises pour éviter de telles mésaventures ont été renforcées avec l'espoir qu'elles seront suffisantes pour empêcher tout méfait.
Lorsque le château fut offert à l'Etat de Vaud en 1937, l'argument le plus souvent avancé pour justifier le refus des opposants se rapportait au coût des réparations et de l'entretien. Personne n'a jamais nié l'importance de telles dépenses. Aussi dès le début, ce problème essentiel demeura la préoccupation de tous les comités. En effet, depuis bien longtemps, l'édifice n'avait pas été entretenu régulièrement et montrait un peu partout des signes évidents de décrépitude. Des travaux s'avéraient non seulement nécessaires mais indispensables si l'on voulait maintenir son intégrité.
Les premières interventions portèrent surtout, faute de ressources suffisantes, sur les réparations urgentes à la toiture, et pour cause, avec une sérieuse remise en état après le cataclysme de 1942 où plus de 40'000 tuiles furent remplacées après consolidation de la charpente. Pour le reste, on se limita à une modeste réfection des murs de la cour intérieure et au nettoyage d'une salle.
En 1955, l'option prise d'augmenter les ressources par l'organisation de réceptions imposa la nécessité de rendre utilisables des locaux d'accueil. Les salles du rez de chaussée s'y prêtaient fort bien. Bientôt, en plusieurs étapes, elles sont aménagées, dès 1957, en fonction de leur nouvelle destination mais en maintenant leur originalité, leurs structures et le cachet propre à chacune d'elles. Elles garderont également le nom que leur avait valu l'usage précédent: la Salle de Justice, la Salle des Gardes, la Chapelle et... la Salle bien improprement appelée des Tortures alors qu'il ne s'agit que d'un cellier d'autrefois. La cuisine qui doit assurer la confection de repas importants reçoit les installations et l'équipement adéquats.
En même temps, l'appartement du gardien situé dans les dépendances est entièrement rénové pour prendre l'aspect d'un logement moderne, salubre et confortable.
Dans la tour "des lieux d'aisance" construite au XVIIIe siècle, les locaux sanitaires sont adaptés à notre époque avec apport d'eau courante et d'éclairage.
Surveillées et contrôlées par l'archéologue cantonal, M. Pelichet, ces restaurations menées par les architectes Gilliard et Gonin, suscitèrent parfois des escarmouches assez vives tant il est vrai que les avis d'experts en cette matière peuvent être fort différents.
Quoiqu'il en soit, l'année 1963 voit le gros uvre terminé et le résultat ne manque pas d'allure.
L'essor des réceptions en constante progression impose la mise en place d'infrastructures obligatoires dans le cadre de la restauration historique. La remise en état des chemins et de la rampe d'accès, des sentiers, des jardins, des escaliers donne au château un environnement digne de son allure.
L'ancienne charrière courant à l'occident devenue avec les ans un chemin vicinal creusé d'ornières se transforme grâce à la compréhension et à l'aide des autorités cantonales et communales, en une route assainie qui servira, selon les besoins, de place de parc pour autos et en facilitera la sortie.
On reconstruit la margelle du puits retrouvé en l'entourant du pavage originel aux galets arrondis.
Dans les granges et écuries désaffectées depuis longtemps, on installe des locaux de service avec toilettes pour le personnel et l'on aménage une vaste salle d'exposition, de concert ou de conférence qui s'appellera désormais Salle des Oron. Grâce à l'ingéniosité de l'architecte Virieux qui dirige les travaux, une communication directe sera établie entre le bâtiment principal et cette annexe qui retrouvera également une façade restaurée.
De fourré quasi impénétrable, le petit bois de la Safranière, qui cache malheureusement l'édifice au sud ouest, prend par suite d'un débroussaillement l'aspect d'un bosquet soigné.
L'eau de la source qui alimente la ravissante vasque de la cour intérieure reçoit une canalisation rénovée et les eaux usées s'évacuent enfin par des tuyaux souterrains, conformément aux prescriptions de l'hygiène actuelle. L'introduction de l'électricité par câbles enterrés supprimera les lignes aériennes et les disgracieux isolateurs apposés sur les murs extérieurs
Toute la vieille demeure se pare pour rendre plus chaleureux son accueil.
Les recettes procurées par le succès des repas au château d'Oron, les subsides promis par la Confédération, enfin sollicitée, et le Canton de Vaud, en faveur des monuments historiques, une augmentation de l'emprunt hypothécaire autorisent la mise en chantier d'une restauration de grande envergure, longtemps reportée; la réfection des murailles, des tours et des toits, uvre de longue haleine qui débutera au printemps 1969 pour se terminer en 1972. Commencée sous la responsabilité de l'architecte Edmond Virieux, décédé durant les travaux et remplacé par son ancien collaborateur Emile André, elle se poursuivra et s'achèvera sous la direction de Pierre Margot, architecte à Lausanne.
Avec le souci constant de respecter les structures générales, les motifs architecturaux et les détails archéologiques inscrits par les siècles dans ce vénérable édifice, il est procédé à une révision complète de toute la bâtisse. Les grandes murailles et les tours sont alors piquées puis après colmatage des lézardes, recrépies, les molasses endommagées des encadrements sont changées, le couronnement polychromique dégagé, les charpentes consolidées, les poutraisons raffermies, les toits réparés, le donjon, qui se fendait, ceinturé, les chêneaux et les couvertures de fer blanc remplacées par du cuivre, les ouvertures, créneaux ou meurtrières, rétablis, les paratonnerres adaptés aux conceptions nouvelles... Travail considérable, dépassant largement Fr. 600'000. , mené à chef dans de bonnes conditions par des entreprises compétentes qui n'ont pas ménagé leurs peines parce qu'elles en avaient compris le sens et la valeur.
Le crépi à la chaux des façades, seul revêtement possible, conseillé, recommandé et autorisé, souleva des protestations véhémentes de certains profanes habitués à leur grisaille délabrée et surpris par leur blancheur soudaine. La plupart des reproches s'atténuèrent bientôt devant le résultat positif de l'ensemble puis cessèrent quand la patine rapidement conférée par les intempéries eut exercé son effet modérateur.
Toujours sous la direction de Pierre Margot, architecte, les étapes suivantes ramènent les chantiers à l'intérieur pour parachever l'uvre commencée dans les salles de réception avec la restauration des plafonds et des fenêtres, l'installation du chauffage, l'amélioration et la modernisation des cuisines et des locaux de service.
Le remplacement du dallage de la cour d'honneur permet d'instructives investigations archéologiques assurées par W. Stockli, archéologue de Moudon, qui retrouve ainsi quelques vestiges des fondations du château primitif érigé à la fin du XIIe siècle.
Puis c'est au tour du premier étage où les chambres et les salons créés au XVIIIe et au XIXe siècles reprendront leur aspect d'antan. Le plan général prévoit de reconstituer peu à peu le cadre agréable et soigné dans lequel vivait une famille de la haute bourgeoisie, cultivée et musicienne, avec ses meubles, ses tableaux, ses lustres, ses tapis, ses bibelots et... son charme, à la fin du Grand Siècle.
Les très beaux poêles de faïence dus au talent des potiers Pollien de Lausanne sont entièrement démontés puis reconstruits sur des bases stables qui en garantiront la conservation.
Le plafond à caissons de la bibliothèque reçoit des soins particulièrement attentifs pour l'empêcher de s'effondrer par la pose d'une dalle bétonnée à laquelle il est accroché. Il est ainsi protégé du feu et des infiltrations d'eau.
Le château montre ainsi, extérieurement et intérieurement, sa véritable allure de demeure seigneuriale, but que s'était assigné l'Association.
Un demi siècle d'existence! Que de chemin parcouru! Et pourtant simple épisode d'une très longue histoire commencée voici huit cents ans, mais cependant période cruciale et déterminante pour un château qui menaçait ruine, que personne ne voulait et dont on ne savait quoi faire!
L'Association pour la conservation du château d'Oron qui l'a préservé est parvenue à ses fins malgré une carrière difficile et semée d'obstacles.
On ne saurait mieux conclure qu'en transcrivant cette page offerte naguère par le grand écrivain C.F.Landry:
"Oron, prodigieuse maison, qui eut des attaches jusqu'à Aubonne et jusqu'à Sion, château pour des seigneurs insoucieux qui se croyaient... grands comme le monde'' parce qu'ils allaient jusqu'au Léman et jusqu'aux Ligues suisses dans leurs fourrés noirs.
Château d'Oron, belles toitures, navire dans les terres, continent pour le petit nid de guêpes château d'Oron où le printemps vient tard et l'automne été tout de suite, château festonné d'hirondelles qui tissent dans le ciel une féerie, joyau d'un pays pâli, d'un pays qui a toujours été «d'un autre temps.
Allez, et, dans cet énorme silence, essayez de rencontrer la Dame verte. Oron, c'est une porte sur l'évasion, c'est déjà la frontière mystérieuse des miroirs. C'est un château de fées et de grands-mères, c'est l'ancienne Patrie de Vaud qui sent la pomme et le feu de berger."
Héli Liard 1984