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Les démocrates doivent choisir entre un retour à une politique plus traditionnelle, incarnée par M. Biden, ou une voie réformiste plus radicale, avec Bernie Sanders.
- Joe Biden est devenu la semaine dernière le favori dans la course à l’investiture démocrate
- Les démocrates doivent choisir entre un retour à une politique plus traditionnelle, incarnée par M. Biden, ou une voie réformiste plus radicale, avec Bernie Sanders.
- La Réserve fédérale et d'autres banques centrales vont vraisemblablement prendre de nouvelles mesures pour contrer l’impact du coronavirus; les gouvernements devraient faire de même.
- Nous maintenons notre surpondération en bons du Trésor américain et recommandons aux investisseurs de conserver des instruments financiers adéquats afin de pouvoir parer aux risques de baisse.
La course à l’investiture démocrate suscite désormais moins de suspense. Joe Biden, qui a été le vice-président de Barack Obama pendant huit ans, a effectué un véritable retour en force la semaine dernière en remportant dix des quatorze primaires d'États qui se sont déroulées lors du «Super Tuesday».
Donald Trump, Joe Biden, Bernie Sanders. Les trois candidats qui vont tenter de convaincre les électeurs américains dans les prochains mois ont rarement été aussi divergents politiquement, bien qu’ils aient tous un point en commun, celui d’être des hommes blancs de plus de 70 ans.
Il y a un mois à peine, M. Biden, qui avait mené sa première campagne présidentielle en 1987, s'était classé cinquième à la primaire du New Hampshire, le 12 février 2020, se retrouvant de fait marginalisé parmi les prétendants à l’investiture démocrate. La semaine dernière, il a non seulement remporté les primaires dans six États de façon plus confortable que prévu, mais aussi dans des États comme le Texas et le Massachusetts où les sondages prévoyaient la victoire de ses rivaux. À ce jour1, M. Biden dispose de 664 délégués d’État sur les 1 991 nécessaires pour obtenir l'investiture démocrate, contre 573 pour M. Sanders. Et les résultats des primaires du 10 mars 2020 dans six autres États vont permettre d’attribuer 352 délégués supplémentaires.
Jusqu'au «Super Tuesday», dénommé ainsi parce qu’un tiers des délégués votant l’investiture démocrate sont octroyés ce jour-là par les électeurs, le sénateur Bernie Sanders faisait la course en tête. Lors de cette journée de vote, M. Sanders a remporté la Californie, le Colorado et l'Utah, ainsi que son État d'origine, le Vermont. La taille de la Californie, avec 415 délégués attribués dont plus de la moitié ont été remportés par M. Sanders, laisse fortement supposer que ce dernier se battra jusqu’au bout pour obtenir l'investiture, soit jusqu'à la convention démocrate qui se tiendra en juillet et désignera le candidat final du parti.
La liste des prétendants démocrates s’est réduite la semaine dernière alors que quatre candidats se sont retirés de la course : Mike Bloomberg, Pete Buttigieg, Amy Klobuchar et Elizabeth Warren. Les trois premiers se sont depuis déclarés en faveur de M. Biden.
Les ressources dont dispose M. Bloomberg et son engagement réaffirmé de vouloir chasser M. Trump du pouvoir seront certainement très utiles à M. Biden, qui n'a pas dépensé un seul centime pour faire campagne dans les cinq États qu'il a gagnés la semaine dernière. Elizabeth Warren, qui a terminé troisième dans son État d'origine, le Massachusetts, n’a à ce jour déclaré aucune préférence vis-à-vis des deux candidats encore en lice.
Les électeurs démocrates ont aujourd’hui le choix entre une voie centriste traditionnelle ou une voie réformiste plus radicale. M. Sanders, soutenu notamment par les jeunes électeurs, fait campagne en promettant d’instaurer une couverture santé universelle et un salaire minimum, d'annuler la dette étudiante, de rendre la scolarité gratuite dans les universités publiques, de garantir l’emploi des agents fédéraux et de lancer un «New Deal vert» pour lutter contre les émissions de carbone. «Il existe des leviers qui nous permettront de financer ces mesures», a-t-il déclaré récemment, dont une hausse des impôts. Plus précisément, il a appelé de ses vœux une augmentation à la fois de l'impôt sur les plus-values et du taux d'imposition des sociétés, qui passerait de 21% à 35%.
M. Sanders est un opposant de longue date de la mondialisation, des accords de libre-échange et de leurs répercussions sur les travailleurs américains. Néanmoins, en comparaison de l'administration actuelle, on pourrait s'attendre à ce que les tensions commerciales s'atténuent si M. Sanders devait devenir président. Il n'en reste pas moins que l'augmentation de l'impôt sur les entreprises et sur la fortune, la création d’une couverture santé universelle («Medicare for all») et le renforcement de la supervision du secteur bancaire seraient non seulement difficiles à faire approuver par un Congrès divisé, mais également perçus comme autant d’obstacles à la rentabilité des entreprises; ces mesures pourraient également rendre les actifs américains moins attractifs et avoir des conséquences négatives à court terme sur le dollar.
Dans le cadre de sa campagne, M. Biden plaide pour un retour à la normalité politique après près de quatre ans de divisions et de sectarisme sous M. Trump. Joe Biden serait de fait le président au profil le plus prévisible pour les marchés. Son programme inclut le retour des États-Unis aux engagements multilatéraux dont M. Trump s’est retiré, notamment en matière de commerce, la restauration de relations plus fluides avec la Chine et la reprise des discussions avec l'Iran sur la question de la prolifération nucléaire. M. Biden devrait également témoigner plus de respect à l’égard de l'indépendance de la Réserve fédérale (Fed). Sur le plan intérieur, il renforcerait probablement aussi la loi sur les soins abordables, connue sous le nom «d'Obamacare».
M. Biden a également demandé que le taux d'imposition des sociétés soit porté à 28%, soit une hausse moindre que celle prônée par M. Sanders, et qu'il soit mis fin au traitement fiscal avantageux des plus-values et des revenus de dividendes.
Sous une présidence éventuelle de M. Biden, le dollar serait a priori moins soumis à l’interventionnisme de la Maison Blanche, et dépendrait davantage de l’état de santé de l'économie américaine, des flux d’investissement liés au statut de valeur refuge et de la politique monétaire.
Si un candidat démocrate devait remporter la Maison Blanche, il se retrouverait gêné dans ses efforts pour faire adopter des lois en raison d’un Sénat aujourd’hui à majorité républicaine. Historiquement, l’association d’un président démocrate et d’une majorité sénatoriale républicaine a conduit l’administration à se concentrer sur les fondamentaux économiques et s’est donc avérée positive pour le dollar.
Les sondages suggèrent que M. Biden a maintenant plus de chances de battre M. Trump en novembre que M. Sanders; ils lui accordent une avance de 5,5 points en moyenne sur le président sortant, contre 4,7 points pour M. Sanders.
Les démocrates semblent au moins unis sur deux points : leur détermination à évincer le président sortant et leur constat que ce dernier sera difficile à battre. Bien que M. Trump ait une cote de popularité en berne, il dispose toujours d’une base électorale solide. Il pourrait donc réitérer son exploit d'il y a quatre ans - où il n’avait pas obtenu la majorité des voix au niveau national - et obtenir un second mandat.
Un second mandat du président Trump signifierait probablement la poursuite, à un certain degré, des tensions commerciales qui ont caractérisé ses quatre premières années au pouvoir. Il est également probable qu’il choisirait un successeur plus accommodant que Jerome Powell à la tête de la Fed, sachant que ce dernier est aujourd’hui à mi-parcours de son mandat de quatre ans.
De toute évidence, si le coronavirus continue à se propager, toutes les économies vont en ressentir les effets. La réaction des marchés aux conséquences de l’épidémie n’a fait qu’accroître la pression sur la Fed pour qu'elle agisse, et ce peu après la déclaration du G7 du 3 mars 2020 qui enjoignait les banquiers centraux à utiliser «tous les leviers monétaires appropriés» pour protéger les économies d'un ralentissement. Le même jour, la Fed réduisait brusquement son taux directeur de 50 points de base, à 1,25%. Le moment choisi pour prendre la décision et l'ampleur de la baisse ont montré la détermination de la Fed à réagir au coronavirus avant qu’un choc économique éventuel n’entame la confiance des consommateurs, ce qui pourrait créer un risque de récession aux États-Unis.
La décision de la Fed marquera certainement le début d'une série d'annonces par d’autres banques centrales dans les semaines à venir, qui seront essentielles pour empêcher que les répercussions du coronavirus n’entraînent l'économie mondiale dans une récession.
À ce stade, nous estimons que les conséquences de l’épidémie devraient faire baisser la croissance du produit intérieur brut américain à un taux annualisé de 1,5% en 2020, contre 1,8% que nous anticipions au début de l’année, avant l’apparition du coronavirus.
Alors que l'économie ralentit et que l'attention se focalise sur le coronavirus, les électeurs américains pourraient être attirés par la politique plus consensuelle de M. Biden. L’épidémie pourrait d’ailleurs avoir une incidence durable sur cette campagne présidentielle. Si elle s’aggrave, elle risque notamment d’empêcher les candidats de faire campagne en public mais aussi de limiter la participation électorale le 3 novembre prochain. De façon plus probable, un ralentissement économique avéré minerait la prétention de M. Trump d’être un bon pilote de l’économie américaine. L’administration actuelle remet déjà en question les conclusions scientifiques sur l’épidémie et en minimise l'ampleur. La semaine dernière, le Congrès a approuvé un projet de loi d'urgence de 8,3 Md USD, destinés notamment à financer la recherche d’un vaccin qui permettrait d’enrayer l’avancée du coronavirus.
Une fois que l’épidémie aura atteint un pic et que les marchés commenceront à intégrer les probabilités relatives au choix du prochain président, qu’il s’agisse de M. Trump ou de l'un de ses deux opposants démocrates, les investisseurs pourront s’attendre à une certaine volatilité. Et ce d’autant plus si le processus d’investiture démocrate se transformait en une lutte acharnée entre M. Sanders et M. Biden jusqu'au mois de juillet, comme ce fut le cas en 2016 entre M. Sanders et Mme Clinton.
Pour l'instant, les marchés se préoccupent davantage de l'évolution du coronavirus et des marchés pétroliers - après l'échec de l'accord entre l'OPEP et la Russie - que des éventuels scénarios qui pourraient se développer dans le cadre de l’élection américaine. Bien que le résultat de l’élection soit important, seule la perspective improbable d'une victoire de M. Sanders accroîtrait la nervosité des marchés.
Dans le contexte actuel, nous maintenons la surpondération en bons du Trésor américain, car ils constituent une source de rendement et permettent de modérer une partie des baisses des marchés actions. Nous continuons à surveiller attentivement l'évolution de la situation politique et celle de l’épidémie tout en recommandant aux investisseurs de veiller à inclure dans leurs portefeuilles des instruments adaptés pour parer aux risques de baisse.