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Cindy Sherman
Premières oeuvres
Du 5 décembre 2012 au 13 janvier 2013
Vernissage le 4 décembre dès 18h
Œuvres de la SAMMLUNG VERBUND
Commissaire d’exposition : Gabriele Schor
L'exposition est enrichie d'oeuvres provenant de collections privées genevoises
En 1972, à l’âge de 18 ans, Cindy Sherman commence à étudier la peinture au Buffalo State College. Elle change de département en 1975 pour se consacrer à la photographie, et termine ses études en été 1976. Un an plus tard, l’artiste quitte Buffalo pour s’installer à New York. Contrairement à une croyance largement répandue, les Untitled Film Stills (1977-1980) ne sont pas ses premiers travaux. En effet, durant ses années à Buffalo, entre 1975 et 1977, elle développe des travaux qui seront le fondement de son œuvre à venir. Au cours de ces trois années se constitue la genèse de l’œuvre de l’artiste.
Cindy Sherman développe sa compréhension des courants de l’art de son temps dans un lieu d’exposition autogéré par des artistes, le « Hallwalls », fondé en novembre 1974 par Charles Clough et Robert Longo, son compagnon de l’époque. Grâce aux visites régulières d’artistes programmés (« visiting artists »), elle fait la connaissance au « Hallwalls » d’artistes tel que Vito Acconci, Bruce Nauman et Chris Burden. Pour elle, certaines femmes artistes ont un rôle de modèle, notamment Lynda Benglis, Hannah Wilke, Adrian Piper, Eleanor Antin et Suzy Lake. Elles étaient, comme le disait Cindy Sherman elle-même, des « role models », parce que ces artistes se servaient de leur propre corps pour la production d’art. Ainsi, les premiers travaux de Cindy Sherman sont fortement marqués par les modes d’expression qui commençaient à s’imposer dans des milieux d’avant-garde au cours des années 1970, tels que le film, la vidéo, la photographie, l’installation, la performance, et par des courants artistiques tels que l’art conceptuel et le body art.
Les premières années de Cindy Sherman se laissent diviser en trois phases. L’artiste se lance d’abord dans le portrait. Avec un recours efficace au maquillage et à une mimique fort étudiée, elle conçoit des séries qui montrent son visage en transformation. Ainsi, des photographies telles que Untitled (Growing Up) représentent le cheminement d’une jeune une fille évoluant vers l’âge d’une jeune femme et thématisent le processus de l’adolescence. Sa deuxième phase débute avec une prise en charge du corps entier pour des performances. Elle se photographie dans les poses, rôles et identités les plus divers. Elle va jusqu’à découper dans du papier photographique des figures mimées et jouées, qui deviennent des « cutouts » ; voir même jusqu’à animer cinématographiquement ces « cutouts » ou à les superposer comme la suite de mouvements d’un Marey. La troisième phase laisse apparaître des caractères différents les uns des autres, qui interagissent ensemble, comme c’est le cas dans les « cutouts » A Play of Selves, Bus Riders et Murder Mystery (datant tous de 1976).
A Play of Selves présente, avec 244 figures et 72 scènes, une pièce de théâtre en quatre actes et une final mis en scène avec beaucoup de soin. L’artiste représente avec des traits de caractères les plus divers (tels que la folie, le désir, la vanité, la souffrance ou la femme brisée et l’amant idéal) le monde à la fois complexe et ambivalent d’une femme. Dans la série Murder Mystery, elle ébauche avec environ 211 « cutouts » et 80 scènes une série noire dont la fin est incertaine. Par la suite, Cindy Sherman se met en scène notamment dans des rôles d’amant jaloux, de servante, de mère ainsi que comme détective. Les deux séries sont complexes dans leur construction et suivent des story-boards élaborés. Les personnages sont agrandis à des tailles différentes suivant les scènes. Cindy Sherman décide du nombre de scènes à partir de situations spatiales. Elle les fixe directement sur le mur, à hauteur des yeux, et crée ainsi une installation qui prend en charge tout l’espace d’exposition.
L’œuvre première de l’artiste, conçue à Buffalo, est marquée par un processus de travail conceptuel et performatif. De nombreux « cutouts » ont été perdus à cause de leur mode de présentation éphémère ; il en va ainsi de Bus Riders. C’est bien dans les années passées à Buffalo que Cindy Sherman fait pour la première fois du jeu de déguisement son concept artistique et élabore un grand nombre de photographies aujourd’hui disparues. Parmi ces photographies, nombreuses sont celles qui réunissent de façon évidente des éléments empruntés au théâtre et au cinéma. Nous comptons aujourd’hui plus de 35 ans de travail de visualisation d’innombrables rôles et identités féminines réalisés par l’artiste.
Durant trois ans, pour le compte de la collection SAMMLUNG VERBUND et en étroite collaboration avec l’artiste, Gabriele Schor a mis à jour de manière scientifique les débuts conceptuels et performatifs de Cindy Sherman, ce qui a abouti au catalogue raisonné de ses premiers travaux, sorti en janvier 2012 dans deux versions, l’une allemande et l’autre anglaise, aux éditions Hatje Cantz Verlag. L’exposition Cindy Sherman - That’s me – That’s not me – Premières oeuvres 1975-1977, au Centre de la photographie Genève, montre pour la première fois publiquement environ 50 œuvres de l’artiste que la collection SAMMLUNG VERBUND a acquises depuis sa fondation en 2004. L’exposition au CPG – du 30 novembre 2012 au 13 janvier 2013 – est complétée de travaux de différentes époques de Cindy Sherman provenant de diverses collections privées de Genève. C’est la première exposition personnelle de l’artiste en Suisse depuis World Morality, en 1994 à la Kunsthalle de Bâle. Sa toute première exposition personnelle en Suisse remonte à 1982 au Centre d’Art Contemporain à Genève.