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STÉATORNIS.—Zoologie.—Observations nouvelles.
—M. de Humboldt,
de l’Institut.—1817.—Tous les oi-seaux nocturnes sont ou des oiseaux de proie, ou des oi-seaux mangeurs d’insectes. Celui dont M. de Humboldtdonne la description, est remarquable par plusieurs par-ticularités, et surtout parce qu’il paraît appartenir à unedes familles des oiseaux granivores ou au moins frugivores.Le stéatornis habite les cavernes de Caripe, dans la partiemontueuse de la province de Cumana. Il porte dans le paysle nom de guacharos. C’est un oiseau de la grandeur d’uncoq; son bec, à partir du front, égale en longueur à peuprès la moitié de sa tête; la mandibule supérieure se re-courbe fortement en dessous en crochet assez aigu; elle estarmée, à peu près vers son milieu, de deux petites dents;
|277|la narine est placée à moitié de la mandibule; la mandi-bule inférieure est droite et assez grêle. L’ouverture dubec est assez considérable, et s’étend jusqu’au dessous dela partie postérieure de l’œil. De longs poils raides, dirigésen avant, garnissent la base de la mandibule supérieure,et d’autres poils plus courts se remarquent au-dessous etvers l’extrémité antérieure de la mandibule inférieure;cette mandibule est large et même dilatée vers sa base,comme dans les engoulevens. Les pates sont courtes, fai-bles, à quatre doigts séparés jusqu’à leur base, et garnisd’ongles qui ne sont pas arqués, faibles même, et qui n’of-frent d’ailleurs aucune particularité. Le plumage de l’es-pèce que décrit M. de Humboldt, la seule qui soit encoreconnue dans ce genre, et que l’auteur nomme steatorniscaripensis (guacharo de Caripe), a le plumage d’une cou-leur sombre, gris-brunâtre, mêlangé de petites stries etde points noirs; on voit sur les plumes de la tête, sur lesplumes de la queue et des ailes de grandes taches blanches,bordées de noir, en forme de cœur. Les plumes du dosn’ont point ces taches; l’œil est grand; l’envergure est deplus d’un mètre. La queue est ce qu’on appelle cunéiforme,c’est-à-dire que les plumes du milieu sont plus grandesque les autres. Cet oiseau a des rapports assez nombreuxavec les engoulevens et les corbeaux; avec les premiers,par la large ouverture de son bec, les poils de sa base, laproportion des pates, des ailes, de la queue, et mêmepar la couleur de son plumage; il s’en rapproche encorepar les habitudes nocturnes, mais il en diffère par les au-tres caractères tirés des mêmes parties, et surtout par songenre de nourriture. Il se nourrit de fruits très-durs et depéricarpes osseux; c’est en ouvrant le jabot des jeunes gua-charos, et en remarquant le grand nombre de ces fruitsqui, tombés à terre dans la caverne de Caripe, y germentde toutes parts, qu’on s’est assuré de ce genre de nourrituresi singulier dans un oiseau nocturne. Enfin, il diffère aussides engoulevens par son cri extrêmement fort et aigu; maisil se rapproche par les mêmes particularités, ainsi que par
|278|la forme du bec, et par celle des pates, de quelques espècesdu genre corbeau, oiseaux généralement polyphages, maisdont quelques-uns, tels que le corvus caryocactes et le
corvus glandarius, se nourrissent presque exclusivementde fruits durs. Son habitation dans des cavernes obscureétablit encore quelques rapports avec une espèce du mêmegenre, le corvus pyrrhocorax, qui loge dans les caverneset puits naturels de presque toutes les montagnes calcaireset alpines de l’Europe. Les guacharos ne sortent que lesoir de la caverne de Caripe, le seul lieu où on les con-naisse dans les environs de Cumana. Ils y habitent en nom-bre prodigieux, et y font leurs nids vers le sommet de lavoûte, dans le creux du rocher, à près de vingt mètresd’élévation. Les Indiens vont une fois par an, vers la finde juin, chercher les petits du guacharo, qu’ils font tom-ber de la voûte à l’aide de longues perches. Ils ont pourbut de recueillir la graisse abondante qui charge le péri-toine de ces oiseaux, et y forme comme une pelote entreles jambes; cette graisse fournit, par l’action d’une légèrechaleur, une espèce de beurre ou d’huile (manteca ou
aceite) à demi liquide, transparent et inodore, qui se con-serve au delà d’un an sans devenir rance. Société philomat.,
1817, p. 51. Mémoires de l’Académie des sciences, t. 2,
p. 118; et Archives des découv. et invent., 1818, p. 16.