Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06917.jsonl.gz/1277

Lorsque ces lignes paraîtront, la Chambre médicale de la FMH aura voté, le 21 juin 2000, les nouvelles structures de la radiologie suisse. La Société suisse de radiologie médicale (SSRM), comportant trois sections, le radiodiagnostic, la médecine nucléaire et la radio-oncologie et deux sous-spécialités, la neuroradiologie et la radiopédiatrie, aura vécu. Les trois sections auront été transformées en trois sociétés de discipline indépendantes, gérant chacune un titre FMH. La formation postgraduée en radiodiagnostic aura été prolongée d'une année (dorénavant six ans, y compris l'année à choix dans un domaine médical non radiologique) et la société de discipline correspondante aura été rebaptisée Société suisse de radiologie (SSR), ce terme englobant aussi bien l'activité radiologique diagnostique qu'interventionnelle.
La première Société suisse de radiologie a été fondée il y a 87 ans, en 1913. A partir de 1958, elle a été nommée Société suisse de radiologie et de médecine nucléaire, puis dès 1990 Société suisse de radiologie médicale. Cette dernière, retrouvant donc en l'an 2000 son nom d'origine, compte actuellement 291 membres ordinaires et 47 membres juniors.Selon un nouveau programme de formation postgraduée, défini conjointement par la SSR et la Société suisse de radiologie pédiatrique (SSRP), la spécialisation en radiologie pédiatrique pourra s'acquérir dans le cadre d'une formation approfondie, d'une durée de deux ans, faisant suite à quatre ans de radiologie générale (plus l'année à choix) et donnant droit au titre de «médecin spécialiste FMH en radiologie, spécialement radiologie pédiatrique». La SSRP sera représentée dans le Comité et dans d'autres instances de la SSR, ainsi qu'à la FMH, notamment dans la Commission pour la formation postgraduée et continue.Les discussions avec la SSRP ont été sereines, consensuelles et constructives. A l'inverse, celles avec la Société suisse de neuroradiologie (SSNR) ont été âpres et difficiles, aboutissant finalement à des positions polarisées et pour l'instant inconciliables. En effet, le Comité de la SSNR entend obtenir son propre titre FMH (ce qui conduirait «de jure» à une entière séparation de la SSNR et de la SSR). Il n'accepte pas la proposition de la SSR, c'est-à-dire une spécialisation en neuroradiologie pouvant être obtenue après quatre ans de ra-diologie générale dans le cadre d'une dou-ble formation approfondie (formation en neuroradiologie diagnostique de deux ans, sur la base d'un programme défini conjointement par la SSNR et la SSR, à laquelle peut s'ajouter une formation approfondie en neuroradiologie interventionnelle, sur la base d'un programme établi exclusivement par la SSNR).En conséquence, la Cham-bre médicale aura dû trancher.L'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation pourla formation postgraduée de la FMH, le 15 septembre 1997, a ainsi bouleversé les structures de la radiologie suisse, qui avaient donné satisfaction pendant de nombreuses années, et a déclenché un sérieux conflit, causant des meurtrissures qui prendront du temps à se cicatriser. Ces nouvelles directives ont cependant suscité un débat d'idées salutaire et une réflexion approfondie sur ce que doivent être les objectifs de la formation postgraduée en radiologie à l'aube du troisième millénaire, qui a abouti à une révision majeure des programmes de formation et de l'examen de spécialiste FMH en radiologie.
D'une part, l'importance croissante des données de l'imagerie dans les stratégies diagnostiques et thérapeutiques nécessite, de la part du radiologue, qu'il s'implique de plus en plus dans la décision médicale. Pour cela, il ne lui suffit plus de maîtriser une palette sans cesse étendue de techniques d'imagerie toujours plus complexes, mais il doit par ailleurs connaître de mieux en mieux les problèmes de la clinique. Seule une spécialisation par système d'organes permet de répondre à ces exigences.D'autre part, le profil du radiologue dont le système sanitaire suisse a le plus besoin reste celui d'un radiologue polyvalent («généraliste»), capable d'assurer une fonction de médecin-cadre dans un hôpital public. Selon des chiffres récents,1 environ 30% des médecins hospitaliers en Suisse sont étrangers. En radiologie, ce phénomène est particulièrement préoccupant car de nombreux hôpitaux publics ont, depuis plusieurs années, d'énormes difficultés à recruter, pour des postes de chef de clinique, médecin adjoint, voire médecin-chef de service, des radiologues généralistes expérimentés, formés en Suisse. D'où la nécessité de recourir à des médecins étrangers. Si la venue de ces médecins constitue indiscutablement un enrichissement intellectuel, particulièrement dans les hôpitaux qui ont une mission de formation, elle témoigne également de l'insuffisance de notre système à former de tels médecins et surtout à les retenir en milieu hospitalier.Le concept des formations approfondies (se greffant sur un socle de formation commun à toute la radiologie) est le mieux approprié pour répondre aux besoins du système sanitaire suisse quant à la radiologie. Outre la neuroradiologie, d'autres sous-spécialités de la radiologie se sont particulièrement développées cesdernières années. Ainsi, l'EAR/UEMS (European Association of Radiology/Union Européenne des Médecins Spécialistes) reconnaît neuf sous-spécialités de la radiologie (cardiovascular radiology, gastrointestinal and abdominal radiology, head and neck radiology, interventional radiology, musculoskeletal radiology, pediatric radiology, thoracic radiology, urogenital radiology). Si la neuroradiologie obtient un titre de spécialiste FMH, pourquoi pas alors la radiopédiatrie, la radiologie gastro-intestinale et abdominale, la radiologie ostéo-articulaire, par exemple ? Une telle fragmentation de la radiologie préjudicierait incontestablement à la formation de radiologues généralistes.Le dilemme entre polyvalence et spécialisation pointue n'est pas propre à la radiologie. En revanche, la spécificité de cette discipline réside dans l'utilisation d'un plateau technique lourd et extrêmement coûteux, commun à toutes les sous-spécialités qui la composent. Une organisation centralisée permet une gestion plus efficace d'un tel plateau technique, ce qui constitue un argument supplémentaire contre une fragmentation de la radiologie.Une autre échéance décisive attend la radiologie suisse : l'introduction de la nouvelle tarification médicale (TarMed), annoncée pour le 1er janvier 2001. Selon les premières estimations, elle engendrera une diminution du chiffre d'affaires des cabinets privés de radiologie de l'ordre de 20 à 30%. Le chant des sirènes du secteur privé sera peut-être alors moins écouté, ce qui pourrait atténuer la pénurie de radiologues compétents dans le secteur public. Toutefois, il ne faut pas compter sur ce facteur négatif pour valoriser la radiologie du secteur public. Pour renforcer l'attractivité de cette dernière, surtout vis-à-vis des jeunes radiologues, qui constituent la relève, il s'agit d'augmenter le nombre de postes stabilisés. En outre, il est nécessaire d'améliorer l'infrastructure des hôpitaux publics en équipements radiologiques lourds, notamment en appareils d'imagerie par résonance magnétique (IRM), la technique d'imagerie la plus performante à l'heure actuelle et la plus susceptible d'évolutions.Alors que les pouvoirs publics, considérant que le nombre d'appareils IRM dans notre pays est trop élevé, ont promulgué, dans certains cantons, une clause du besoin pour limiter ce nombre, ou envisagent de le faire prochainement, les chiffres suivants montrent cependant qu'en Suisse, le secteur public est relativement défavorisé en ce qui concerne son degré d'équipement dans cette technique (voir ci-contre).Le futur d'une discipline se détermine en premier lieu dans les centres universitaires. Là, c'est le dynamisme de la recherche plus que le titre FMH qui constitue la véritable mesure du succès. La radiologie offre un champ de recher-che clinique et fondamentale vaste et passionnant. Mais la recherche coûte cher. Si, pour la financer, des partenariats avec l'industrie peuvent être très fructueux, ils ne suffisent pas. Pour que son indépendance et sa qualité soient garanties, la recherche doit aussi être soutenue par des organismes publics, notamment par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Un effort de promotion de la recher-che en imagerie biomédicale doit être entrepris en Suisse. A ce propos, il est symptomatique de constater que sur les formules de demande de subside au Fonds national, il n'existe pas de rubrique destinée à ce domaine. Dans d'au-tres pays, notamment aux Etats-Unis, la recherche en imagerie biomédicale est bien mieux mise en exergue et considérée comme une priorité. Ainsi, les subsides alloués par le NIH (National Institute of Health) aux départements de radiologie ont augmenté de 91,2 millions en 1995 à presque 104 millions en 1996. Cet accroissement de 14% est un record pour une discipline clinique.2 En outre, il existe au NIH un laboratoire de recherche en radiologie diagnostique. A noter que son directeur est le Pr R. Nick Bryan, neuroradiologue ! De plus, une action de lobbying de grande envergure est actuellement menée auprès du Congrès, dans le but de créer au NIH un institut national d'imagerie et d'ingénierie biomédicale.La décision de la Chambre médicale, dont l'issue était incertaine au moment où ces lignes ont été rédigées, aura constitué une étape importante pour notre profession. Néanmoins, elle ne doit pas masquer les autres défis que la radiologie suisse doit relever :
- la valorisation des carrières hospitalières ;
- la promotion de la recherche.
C'est là que les radiologues universitaires ont un rôle capital à remplir. Afin de mener à bien cette double tâche, il faut qu'ils transcendent leurs divergen-ces et, en commun, consacrent à cette mission une grande partie de leurs efforts.