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Selon Robert P. Ryan de BCA Research, le projet européen d’embargo sur le pétrole russe pourrait entrainer une récession mondiale.
Avec sa proposition d'interdire progressivement les importations de pétrole russe durant les six prochains mois, l'Europe s’est engagée dans un choix irréversible. D’après une publication de BCA Research, l’Union européenne se dirige tout droit vers une escalade de la guerre économique avec son grand voisin russe et principal fournisseur d’énergie fossile, qui en réponse, lui infligera ses propres sanctions. «La rapidité de la mise en place des représailles de la Russie sera déterminante pour savoir si le monde supportera des pressions inflationnistes continues ou si une récession généralisée s'ensuit», estime le stratégiste en chef Robert P. Ryan.
Les importations de pétrole constituent, de loin, le principal poste de dépense énergétique de l’Union européenne, et la Russie reste son premier fournisseur. Si les livraisons de gaz naturel russe se montent à 74% de la totalité du liquide bleu acheté, elles représentent pour la Russie une part de revenu plus faible que l'or noir. «Financièrement, le pétrole a plus de valeur, mais économiquement, le gaz est plus significatif pour l'Europe», précise Robert P. Ryan. La Russie a exporté en 2021 près de 4,7 millions de barils de brut par jour, dont la moitié ont été acheminés en direction de l'OCDE. «Si la production de la Russie tombe d'environ 1 million de barils par jour cette année et la suivante en raison des sanctions, nous estimons que les prix du Brent pourraient atteindre 120 dollars. La perte journalière de 700'000 barils en 2024 pourrait faire grimper son cours au-dessus de 140 dollars», avance Robert P. Ryan.
Le ministre russe de l'Énergie, Alexander Novak, a récemment menacé d'interrompre les livraisons de gaz naturel si l'Union européenne cessait ses importations de pétrole. «La vitesse à laquelle cette menace sera mise à exécution sera critique pour l'Europe», souligne Robert P. Ryan. Les spéculations autour de la proposition d'un embargo impliquent une réduction progressive des importations durant les six prochains mois. «Il est toujours possible que les sanctions fassent l'objet d'un veto. Face aux changements de position de l'Allemagne, désormais prête à imposer un blocus, ce n’est qu’une question de temps avant que la majorité des autres membres suivent et coupent également leur ravitaillement», poursuit-il.
En réponse, la Russie pourrait déclencher son propre cycle d’embargo, qui affectera non seulement les marchés des énergies fossiles, mais aussi celui de d'électricité au grand daim des ménages, des fonderies ainsi que des exploitations agricoles qui consomment une part significative de gaz naturel pour produire de l’engrais. «Nous pouvons imaginer que les opérations de raffinage des métaux de base ferment à nouveau en Europe, en Amérique du Nord et en Asie», estime Robert P. Ryan qui s’attend également à une résurgence de l'inflation dans un contexte où les banques centrales - la Fed américaine en tête-, ont déjà lancé des programmes de hausse des taux beaucoup plus agressives que prévues pour la combattre le renchérissement.