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Cette nature morte aux vases grecs antiques, du luxueux format d’une demi-plaque, montre la sensibilité et le goût artistique avec lesquels Eynard met en scène les richesses de sa collection. Ces vases ont pu être identifiés avec des céramiques italiotes, c’est-à-dire produites dans le sud de l’Italie. https://collections.geneve.ch/mah/
La plaque n’est pas datée et difficile à situer dans le temps. Elle fait partie des collections du musée J. Paul Getty à Los Angeles, qui propose la date de 1850. Vu la qualité de l’image et le soin apporté à la mise en scène, on peut en effet supposer que cette œuvre appartient plutôt à la deuxième moitié de la production d’Eynard, qui s’étend de 1850 à 1855.
Les objets ont été disposés sur un même plan, sur trois tables recouvertes de nappes aux motifs variés, derrière lesquelles trois tableaux complètent la composition. Ils représentent une Vierge à l’Enfant, un bébé et une jeune femme qui pourrait être Anna Eynard. Ce dernier portrait a été exposé au palais Eynard lors de l’exposition « La vie romantique » en 1930 (voir vg p 10800). La reproduction d’œuvres d’art est désignée dans les traités de photographie par le terme d’« intérieur » : « On est convenu de donner le nom d’intérieurs aux planches qui représentent des objets d’arts, tels que meubles, plâtres, bronzes, cristaux, étoffes […]. La première condition, pour avoir un résultat satisfaisant, est de savoir les grouper avec goût ; cela ne peut s’apprendre » (Lerebours, Paris 1843, p. 82). Dans son traité, Lerebours préconise de prendre comme modèles des « objets d’arts en bronze, or ou argent […] ceux d’un noir ou d’un rouge très foncé, mais vernis ou polis comme les vases étrusques, sont on ne peut plus favorables […] par les contrastes qu’ils introduisent et par les jeux de réfraction de la lumière résultant des surfaces polies ou vernies ». En dépit de cette mise en scène évoquant un intérieur, le musée J. Paul Getty précise que cette vue a vraisemblablement été prise à l’extérieur, pour des raisons de luminosité. Au demeurant, le corpus Eynard ne compte aucune vue prise à l’intérieur, à l’exception peut-être de la statue de la nymphe de l’Arno, Arnina, par Lorenzo Bartolini (voir 2013 001 dag 080, 2013 001 dag 095 et DE 001) ou des statuettes (voir 2013 001 dag 096). Lerebours précise que des conditions météorologiques favorables, comme « un temps nuageux avec éclaircies », peuvent aider à la réussite de la vue. On apprend encore dans le traité de photographie de Charles Chevalier que « les groupes d’objets d’art forment des tableaux très gracieux et sont faciles à reproduire » (Charles Chevalier, Paris 1841, p. 49). Il est certain qu’Eynard, philhellène et grand amateur d’art, connaissait ces traités et s’y référait. Ses collections de vases antiques lui donnaient l’occasion de mettre en pratique les conseils prodigués par ces ouvrages. (U. Baume-Cousam)