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« Souvenirs, souvenirs »
Séance du jeudi 6 août 1998
Paul DARBELLAY (1926)
Paul LUTHY (1906)
Après la guerre 14-18, les commerçants genevois pouvaient offrir leurs services en Haute-Savoie. Les représentants étaient appelés « commis voyageur ». Ils se distinguaient par une veste avec martingale dans le dos. Pour éviter des frais de déplacement, quatre boulangers s’étaient unis. Ils avaient loué un paysan et son cheval et se rendaient de village en village. A midi, tout le pain était vendu et la journée terminée, ce qui leur permettait de jouer aux cartes.
M. MAILLARD s’occupait de tout au sein de l’Amicale (trésorier, caissier…) et lors d’une assemblée générale, il a lu les comptes en faisant ressortir qu’une certaine somme d’argent a rapporté x% d’intérêts. M. CADUFF propose aussitôt de retirer l’argent et de le placer sur un carnet aux Minoteries car il rapporterait 0,5 % d’intérêts en plus.
A ces débuts, l’Amicale était une chorale. En 1930, le Père ROBADIN disait : « il faut toujours tout entendre et ne rien dire. Et je ne suis pas dupe, c’est toujours après la chorale ».
Durant la guerre, il y avait une fabrique de margarine à Chêne-Bourg. C’était l’époque du marché noir et les propriétaires de cette fabrique avaient caché des bidons d’huile dans l’Arve. Un jour, le niveau de l’Arve a baissé, les bidons ont apparu à la surface de l’eau. Les propriétaires se sont ainsi fait prendre. A la suite de cet événement, lorsque le Père ROBADIN, représentant de cette fabrique faisait sa tournée, certains boulangers le saluait en disant : « bonjour Monsieur bain d’huile ».
A cette époque également, les ballons de pain étaient interdits.
Pendant la guerre, la farine était soumise à des coupons distribués par l’Office de l’économie de guerre. Au fur et à mesure que le ravitaillement devenait difficile, les rations de pain diminuaient. Afin que les gens ne mangent pas trop vite le pain, on ne donnait pas de pain frais. C’est pour ça que le pain vendu avait 48 heures.
M. ZWAHLEN tamisait la farine dans son poulailler pendant la guerre. Il fallait vendre le pain dans les 48 heures pour qu’il ne durcisse pas.
Avant de passer l’examen de fin d’apprentissage, M. DARBELLAY disait : « venez me regarder tamiser et vous verrez si je ne sais rien faire ». Tous les soirs, il était de coutume de faire l’inventaire de la farine.
En Valais, celui qui se mariait touchait 450F de prime de salaire. Le célibataire gagnait 300F nourri et logé chez le patron. M. DARBELLAY a débuté avec 250F de salaire mensuel.
Comme beaucoup de boulanger, M. BLANC a été travailler aux PTT à Cornavun. Après une pause où il avait mangé un croissant, on lui a téléphoné pour qu’il vienne récupérer son dentier oublié dans la soucoupe.
Il y avait un boulanger qui allait chanter au Palladium. Il en profitait pour vendre des biscottes.
A l’époque, les représentants avaient l’habitude de donner une corne ou une lame à couper le pain en remerciements pour une une commande. Mme X avait passé une commande de margarine. Le Père Robadin avait oublié de lui livrer 2 paquets (matol de 5 kg) de margarine. Il se confondait en excuses et donnait une corne supplémentaire pour compenser l’appel téléphonique.
En 1944, le croissant était à 15 centimes. Les petits pains se vendaient 13 à la douzaine.
Pour pouvoir augmenter de 5 centimes le prix du kilo de pain noir, il fallait demander une entrevue avec le Conseil d’Etat.
Lorsqu’il y avait un problème avec un des commis du Service d’hygiène, on leur disait : si vous avez de l’argent, faite le nécessaire tout de suite, sinon dans un an au plus tard. Et si on commençait à parler du Servette, ça pouvait être oublié.
M. Marius TORRIN faisait partie de l’Alouette de la Chorale du Cercle fribourgeois et chantait les vêpres en allongeant les glisses.
Dans la boulangerie, les clients étaient réguliers, fidèles. Des familles avec beaucoup d’enfants. Les femmes ne travaillaient pas et lorsqu’elles se retrouvaient à la boulangerie, elles échangeaient leurs recettes de confiture et autres.
MM. DARBELLAY et LUTHY préféraient travailler avant qu’à l’époque actuelle. A ce moment, on allait moins vite, il n’y avait pas de stress. La fermeture du dimanche était obligatoire. Les absences n’existaient pas. On ne manquait pas le travail.
Un jour, un patron avec une forte grippe était assis sur un sac de farine. Son employé lui disait de rentrer se coucher, et le patron de dire : « je suis malade mais je ne peux pas manquer ».
Le premier boulanger (à Chantepoulet) qui a pris des vacances annuelles a fermé son commerce pendant trois jours. C’était une révolution car on ne prenait jamais de vacances.
En 1935-36, M. BOURQUI racontait que durant le grand cortège d’anarchistes au Pont de la Coulouvrenière, les gendarmes ont foncé sur celui qui portait le drapeau. Il allait chercher son pain avec des bons de l’église protestante chez UEBERSAX.
M. JOST, lors d’une assemblée sur le contrat collectif, prend la parole : « camarades, ça n’a rien à voir avec le contrat collectif mais je voudrais vous dire qu’il y a un moto club ouvriers avec une bonne ambiance. Si ça vous intéresse, venez vers moi après l’assemblée ».
Après les réunions de l’Amicale, on allait au bowling à Meyrin. Maintenant, on ne se connaît plus et on rouspète tout le temps.
Avec l’Amicale, on allait dans un chalet suisse avec un boulanger français qui disait : « N’oublions pas nos femmes qui travaillent pendant que nous sommes ici » et M. MAILLARD de répondre : « il y a une chose qu’il ne faut pas oublier. Tant que nos femmes sont avec nous c’est que tout va bien, alors continuons nos banquets ».
Un certain boulanger était connu pour être un radin de première. Il ramassait toujours tout. Lorsqu’on faisait des sorties, il trouvait toujours une excuse pour ne pas prendre sa voiture. Chaque samedi, chacun payait son demi sauf lui. Certains le mimait et il riait de bon cœur, à ce sujet.
Au chalet des Armaillis, quelqu’un apportait des croissants. Après le repas, M. BINDER les mangeait encore pour ne pas les laisser.
Un ouvrier qui faisait de la pâte s’est couché par terre pour se reposer. Il s’est endormi. Pendant ce temps, la pâte a levé et est sortie de la cuve.