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Dans le dernier épisode de ce conte annuel de Noël, nous avons fini notre récit alors que nous décrivions le palais éthérique où, lorsqu'il veille sur le Languedoc en général et la vallée de l'Aude en particulier, trône Guillaume de Gellone devenu immortel à la suite d'une grâce divine.
Il est très beau et très étrange et, lorsqu'il surveille les alentours, il a de singulières jumelles d'or dont les lentilles brillent comme du cristal, et qui grossissent chaque chose, les place sous les yeux comme si elles étaient toutes proches. On dit même qu'elles ont le pouvoir de les amener réellement, qu'elles ouvrent une porte dans l'espace qui permet de se rendre instantanément dans n'importe quel lieu souhaité. Cela n'aurait rien d'étonnant, car ces jumelles sont un don de sainte Marie Madeleine en personne: elle les a apportées de la Lune. Là, des nains célestes les ont forgées en saisissant la substance des rayons du soleil, et en les concentrant et en les cristallisant. C'est du grand art. Du moins le dit-on.
On prétend, également, que Guillaume de Gellone a reçu son bâton de commandement, pouvant faire office d'épée magique, de saint Jean Baptiste descendu des étoiles – lui, le gardien occulte de Couiza, la ville qui dresse ses bâtiments cuivrés au pied de la colline.
Car elle a été fondée par des bergers, et ils se sont toujours bien reconnus en lui, et il leur en a toujours marqué une reconnaissance profonde. Il a, dit-on, nommé Guillaume de Gellone auxiliaire de son patronage, et le fils d'Émery de Narbonne a accepté volontiers cette mission, il en a même été vivement flatté.
Cependant il a reçu une interdiction: de ne plus intervenir de lui-même. Il doit désormais agir à distance, par voie pour ainsi dire télépathique, en passant par un mortel qui n'a pas encore franchi le seuil de la mort. Et qui plus est il doit s'assurer que celui-ci a bien à son tour accepté la mission qu'il lui a donnée, qu'il ne l'accomplit pas comme un automate.
Or l'an passé, on s'en souvient, un super-héros d'Occitanie fut nommé, révélé au monde! Intermédiaire entre les hommes et les anges – sorte de bon démon –, il surtout était un homme défunt refait par les anges avec l'appui, le soutien et le secours des fées de la Terre – les fameuses Mitounes, qui peuvent aussi, en plus de leurs illusions, tisser de puissants corps éthériques permettant aux ombres d'agir efficacement, contre le Mal et son armée!
Et c'est ainsi que l'Homme-Corbeau, protecteur du Razès, a participé à la libération du Père Noël piégé par une dame qui, sans être trop méchante, errait dans son esprit – j'ai nommé la bonne fée du Canigou, la puissante Sinislën.
Or donc l'Homme-Corbeau, prévenu par l'ombre étincelante de saint Guillaume venue lui rendre visite une nuit, a mis son costume de héros, et s'est précipité, en volant et sous sa forme de corbeau géant, vers le pic de Bugarach pour délivrer le pauvre Père Noël piégé. Il avait bon espoir de résoudre le problème rapidement, ayant déjà résolu celui de l'an passé – quoique avec l'aide de Captain Corsica, toutefois.
Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange aventure.