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«L'or a toujours été apprécié dans l'horlogerie, surtout à partir des années 1930, observe Pierre Rainero, directeur de l'image, du style et du patrimoine de Cartier. À la fin du XIXe siècle, une esthétique très blanche a été imposée par l'utilisation du platine. Après, il y a eu une forte envie de couleurs. Sur les montres comme sur les bijoux, l'or plaît à l'époque pour sa nuance jaune et solaire. De plus, il apparaît moins cher que le platine. Le fait qu'il soit moins dense permet de le travailler sur des volumes plus imposants. Dès les années 1940, la luminosité du métal jaune souligne parfaitement le design plein et épuré de nos montres Tank, Tortue ou Baignoire.»
En bijouterie comme en horlogerie, l'emploi d'un certain type de métaux, dont la composition ou les alliages et rhodiages déterminent la couleur (en substance: le jaune, le rose, le blanc), obéit à des cycles d'une durée à géométrie variable. Dans les années 1940-1950, l'or rose règne en maître, supplanté la décennie suivante par le retour de l'or jaune. Les Seventies célèbrent les noces du métal noble avec un matériau dit pauvre, l'acier. À tel point que, dans les années 1990, ce dernier a supplanté l'or. «La place Vendôme a commencé à s'intéresser à l'acier lorsque les industriels sont parvenus à le sertir de diamants, se souvient un joaillier parisien. Et c'est ainsi que ce métal, qui était très difficile à travailler, devint paradoxalement précieux en habillant des modèles vendus beaucoup moins chers que ceux en or…»
Clin d'œil aux étoffes soyeuses
Galvaudé par son omniprésence dans tous les segments du marché de la montre de femme, l'acier a désormais perdu de son lustre. «Chez Piaget, le temps se mesure en or», aime à rappeler la directrice générale de l'entreprise, Chabi Nouri. Il faut dire que le précieux matériau habille la quasi-totalité des bracelets de montre - soit près de deux cents déclinaisons - des collections de cette marque. Tour à tour sculpté, frappé, évidé, ajouré, martelé, perlé… il prend la texture de la fourrure ou du cuir, celle du givre ou du sable. «Cette année, il a été travaillé en écailles sur le bracelet et le cadran de l'Extremely Lady mais également gravé, sur la Limelight Gala, de notre emblématique décor “Palace”, aussi organique que l'écorce d'un arbre et créé dans les années 1960.» C'est à cette époque que la griffe suisse décide d'intégrer des ateliers spécialisés dans le travail de l'or afin de pouvoir laisser cours à une créativité plus débridée. «De la fonte du lingot à la gravure du métal, nous sommes l'un des rares horlogers à maîtriser toutes les étapes de la transformation de la matière pour la rendre suffisamment souple sur la peau. Ainsi, la manchette en maille milanaise de notre récent modèle Possession est entièrement tissée à la main à partir d'un seul fil d'or.»
C'est ce même registre textile qui se décline depuis quelques saisons sur la D de Dior Satine. Comme un clin d'œil évident aux étoffes soyeuses de la maison de l'avenue Montaigne, les artisans se sont inspirés, ici, des passementeries et galons utilisés dans les ateliers de haute couture pour en faire des rubans de métal précieux. En témoigne cette version en maille polonaise, qui entrelace fils ciselés et polis, ou cette pièce bicolore, disponible en mai prochain, faisant cohabiter acier et or texturés, aussi moirés que les reflets d'un tissu. Moins froides que l'acier, moins sévères que le cuir, ces attaches dorées apportent une sacrée dose de glamour aux montres féminines, particulièrement lorsqu'elles sont conjuguées sur un mode gourmette. Exemplaires à ce titre, la Première de Chanel Horlogerie, l'Agassiz de Longines ou encore l'irrésistible Sweet Alhambra de Van Cleef & Arpels.
«Luxe, chaleur et pureté»
L'effet chatoyant de l'or fonctionne également sur des modèles aux carrures plus sportives. Dans la centaine de nouvelles références de la Constellation Manhattan d'Omega, devenue cette saison plus svelte et féminisée par la nacre ou les diamants, l'or est omniprésent, qu'il soit jaune ou Sedna - un alliage maison d'or, de cuivre et de palladium. «Lorsqu'il est sorti en 1982, ce modèle s'est imposé grâce à des détails comme les griffes du boîtier, sa forme tonneau, ses facettes en demi-lune et ses maillons dotés de charnières qui ont tout de suite plu aux femmes pour leur effet précieux, indique Raynald Aeschlimann, président d'Omega. Cette année, nous voulions accentuer cette allure féminine. Et l'or, avec sa beauté éclatante qui définit le luxe, la chaleur et la pureté, permet, entre autres, d'imprimer un style intemporel.»
De son côté, Rolex possède sa propre fonderie pour travailler ses ors 18 carats jaune, gris et Everose, un alliage breveté qui a la particularité de jaunir moins vite dans le temps. C'est dire l'importance du métal pour l'horloger. N'oublions pas que c'est l'association emblématique de l'or et de l'acier, le fameux Rolesor, qui a largement contribué au statut mythique de l'Osyter Perpetual Datejust avec ses lunette, couronne de remontoir et maille de centre en or, sa carrure et ses mailles de bords en acier.
Quant à la voluptueuse montre Galop d'Hermès, dont le cadran au galbe généreux s'inspire des pièces de harnachement - mors, étriers, harnais - chères au sellier, elle s'habille du métal rose pour faire jaillir l'éclat. «La matière avec laquelle je travaille est la lumière, indique le designer américain Ini Archibong. J'ai appris à dessiner des formes aérodynamiques et des lignes futuristes qui exploitent les surfaces et explorent les effets lumineux.» Un rôle en or.
Boléro, le nouveau tempo horloger de Chaumet
«Chez Chaumet, une pièce d'horlogerie reste d'abord un bijou qui donne l'heure», prévient Jean-Marc Mansvelt, directeur général de cette société. Pour cette nouvelle Boléro, la marque de la place Vendôme livre une montre bijou en or - jaune ou rose - d'une grande épure (21.640 euros). Soit un cadran sans fioritures et un bracelet graphique particulièrement réussi, composé d'un maillage de 330 petits rectangles facettés pour mieux capter la lumière. «Nous n'avions pas lancé de nouvelles montres pour femme depuis 2013, continue Jean-Marc Mansvelt. Ces trois ou quatre dernières années, nous étions restés discrets sur l'horlogerie, le temps de requalifier notre offre. La Dandy - modèle masculin - a été délestée de toutes fioritures pour revenir à son esthétique d'origine avec forme coussin, boîte et chanfrein polis, tranche brossée et rayures bayadères ton sur ton ; la montre Liens pour femme a été repensée autour d'un cadran en nacre et d'un sertissage joaillier plus précieux, tandis que notre Class One, qui fêtait ses 20 ans l'année dernière, a eu, elle aussi, droit à un petit lifting.» Avec une proposition resserrée - deux tailles, deux couleurs -, la Boléro devrait incarner ce nouveau positionnement horloger. Plus sobre et plus joaillier.
Le Figaro