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Un des principaux défis auxquels se confronte un neuroscientifique est de traduire des processus extraordinairement complexes dans un langage simple et éclairant. Les progrès de la recherche nous conduisent à réviser à intervalles réguliers ce que nous pensions savoir et à ajouter de nouvelles pièces, parfois révolutionnaires, à nos connaissances. Voici quelques-uns des éléments saillants mis en lumière récemment :
1. Le cerveau n'est pas câblé de manière rigide. En fait, il n'y a pas de "câbles" ; il y a 80 milliards de créatures vivantes appelées neurones (entourés d'autant de cellules gliales bien plus actives qu'on le pensait auparavant), pourvus d'axones et de dendrites capables de former de nouvelles connections avec d'autres neurones ou de se déconnecter. C'est ce que nous connaissons sous le terme de neuroplasticité. Une communication inter-hémisphérique se déroule en continu et nous utilisons 100% de notre cerveau chaque jour.
2. Il n'y a pas de "parties" du cerveau ; c'est là une vision ancienne et dépassée. En fait, chaque "zone" spécialisée est interconnectée avec beaucoup d'autres zones qui s'activent ou se désactivent conjointement. Certains neurones individuels traversent le cerveau de part en part ou en font le tour ! La topologie classique est remplacée par la représentation du connectome et l'observation des décharges informationnelles liées à différents types d'expériences. On découvre d'ailleurs sans cesse de nouvelles structures, comme récemment un réseau lymphatique dont on croyait le cerveau dépourvu.
3. Le découpage cerveau gauche / cerveau droit est une légende urbaine basée sur des observations du XIXème siècle et popularisée par des ouvrages de développement personnel au cours des années 1970-90. Son succès tient au fait qu'il s'agit d'une métaphore efficace pour décrire la complémentarité antagoniste entre deux systèmes qui sont d'une part la pensée analytique (conscience focalisée) et d'autre part la conscience intuitive (conscience défocalisée - mode par défaut). L'attribution anatomique en revanche est fausse.
4. Il n'y aucune preuve solide à l'heure actuelle que les pensées puissent affecter le monde extérieur. Pas plus d'ailleurs que de quoi que ce soit qui ressemble à une conscience ou un cerveau "quantiques" comme cela a été abondamment spéculé. En revanche, nos pensées changent le fonctionnement et la structure de notre cerveau, générant des attitudes et des comportements qui nous permettent d'avoir un impact sur la réalité extérieure.
5. Le cœur ne participe en aucune manière à nos processus affectifs ou cognitifs, mais l'intestin si, dans une certaine mesure. On peut remplacer notre cœur par une valve en plastique sans que cela ne modifie notre manière de penser ou de sentir.
6. L'empathie, la compassion, l'altruisme et l'éthique sont régulés par des structures dédiées à la conscience sociale, parmi lesquelles l'insula et le cortex cingulaire antérieur. Elles peuvent être stimulées par des pratiques contemplatives (comme la méditation ou la pleine conscience) et sont interconnectées avec les lobes frontaux ainsi que des réseaux émotionnels plus profonds et largement inconscients. C'est aujourd'hui un fait établi qu'il est possible de développer nos compétences cognitives et émotionnelles grâce à un entraînement de la conscience.
7. Nos pensées conscientes sont le résultat d'un processus limité au cortex préfrontal dorso-latéral, une petite zone en charge de la "mémoire de travail". La conscience intuitive quant à elle est principalement non-verbale et mobilise un réseau beaucoup plus étendu d'aires cérébrales.
8. Il est possible de réguler les centres de l'inquiétude et de l'anxiété du lobe préfrontal gauche par des pratiques de reformulation cognitive, de pensée positive et de pleine conscience.
9. Notre cerveau expérimente la vie à travers des émotions primaires comme le désir, la peur, la rage, la tendresse, le chagrin et l'amusement. Ces expériences émotionnelles conditionnent notre réponse au monde et envoient des paquets d'informations à notre conscience par l'intermédiaire des lobes préfrontaux. On appelle cela les processus ascendants (bottom-up).
10. Les pensées conscientes (positives ou négatives) peuvent influencer de multiples manières les centres du cerveau émotionnel. Il s'agit alors des processus descendants (top-down).
11. Le plaisir et la douleur gouvernent la plupart des processus du cerveau inconscient. Tout ce qui est nouveau, différent, et potentiellement agréable motivera le cerveau à se diriger vers ce "stimulus" et tout ce qui apparaît désagréable conduira le cerveau à réagir en l'évitant. Si le stimulus en question est une pensée ou un souvenir pénible, il est impossible de se mettre à l'abri mais le cerveau peut alors refouler ou se dissocier (suspension des affects) ou encore s'éteindre (dépression).
12. Le cerveau humain est programmé pour chercher autant de satisfactions que possible (ou tout élément perçu comme désirable ou de valeur : argent, possessions, amis, connaissance, signes de statut social, sexe, nourriture, distractions). La simple vision d'une pièce de monnaie stimule le circuit d'anticipation de la récompense et le nucleus accumbens !
13. Les croyances limitatives ne sont que de vieux paquets de mémoire engrammés qu'il est possible de modifier.
14. Une des nombreuses fonctions du cortex préfrontal droit est de générer et processer des pensées et sentiments négatifs. Des zones correspondantes dans le cortex préfrontal gauche génèrent de l'optimisme et des résolutions verbales de passage à l'action. Ces deux lobes préfrontaux coopèrent lorsqu'il s'agit de planifier des actions pour atteindre un but particulier. Ils produisent aussi de nombreux scénarii imaginaires positifs et négatifs - des fantaisies mentales- au cours du processus de prise de décision.
15. Se concentrer sur des plaisirs et réussites passés active les réseaux en lien avec la confiance et l'estime de soi dans les structures cérébrales dédiées à la conscience sociale.
16. Noter par écrit nos pensées positives et négatives et simplement regarder ces mots sur le papier dans un état de neutralité bienveillante et détachée aide à apaiser l'anxiété et à stimuler la confiance en ses propres ressources.
17. Plus nous nous détendons, plus nous pouvons évacuer le stress accumulé. Bâiller apparaît comme la manière la plus efficace pour faire baisser rapidement les marqueurs biochimiques du stress et passer en conscience défocalisée pour apaiser la stimulation excessive du cerveau.
18. Répéter un mot porteur d'un sens important pour nous et/ou qui nous fasse nous sentir bien peut activer jusqu'à 1'200 gènes impliqués dans la réduction du stress physique et cérébral.
19. Notre cerveau répond à notre imagination comme si nos pensées étaient réelles : si nous pensons des choses négatives ou anxiogènes, cela lui donnera envie de se retirer du monde. Et si nous cultivons des pensées stimulantes ou enthousiasmantes, cela lui donnera envie de partir à l'aventure et d'explorer le monde.
20. La théorie des "neurones-miroirs " est considérée aujourd'hui comme une mauvaise interprétation de la manière dont nous interagissons naturellement avec les autres, portés par une certaine inclination naturelle à l'empathie et au mimétisme. Le processus a été conceptualisé de manière bien plus pertinente par Waldman (co-auteur de ce billet) et Newberg en tant que résonance neurale : les cerveaux de deux interlocuteurs animés d'intentions amicales se synchronisent largement, bien au-delà de la petite zone dite des "neurones-miroirs" !
Expert en santé publique, professeur en anthropologie de la santé, Jean-Dominique Michel participe au développement de la "Neuro-anthropologie", soit l'analyse de l'interaction dynamique entre le cerveau humain et son contexte culturel et social. Il dirige le cabinet de conseil StandOut-Consulting.
Mark Robert Waldman, un des principaux chercheurs actuels en neurosciences appliquées, a conduit des recherches novatrices autour de la spiritualité et de la communication avec le Pr Andrew Newberg (résumées dans différents ouvrages à succès) ainsi que dans le cadre du programme d'Executive MBA à l'Université Loyola-Marymount de Los Angeles .
Ils sont associés dans différents projets, dont le développement de nouvelles méthodologies de coaching basées sur les neurosciences (NeuroCoaching).