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A la grande époque des perles de Saint-Gingolph dans les années 1920, les touristes venant notamment de Montreux par bateaux entiers faire provision de colliers, bracelets et bijoux contribuaient à l'animation estivale du village et garantissaient les revenus de bon nombre d'habitants.
La Fabrique de M.Patural se visitait. Une quinzaine d'ouvrières travaillaient à l'étage tandis qu'une dizaine de vendeuses accueillaient les clientes.
L'hiver, les bijoux étaient confectionnés à domicile. Les pêcheurs fournissaient les écailles d'ablettes - les sardines du lac - nécessaires à la confection des perles selon les méthodes décrites dans les nombreux brevets déposés.
L'activité faisait alors vivre beaucoup de personnes à Saint-Gingolph. La fabrication, dont le procédé remonte au XVIII siècle à Paris, avait été améliorée successivement par deux chimistes: Monsieur Douarin chimiste parisien et ensuite, Monsieur Patural chimiste diplômé de Cambridge.
L'ablette, poisson peu apprécié en cuisine, pêchée côté suisse au moyen de carrelets, était écaillée à l'aide de machines adaptées spécialement. Les précieuses écailles étaient vendues à la fabrique.
C'est la fine couche de matière brillante sous les écailles qui était utilisée pour les perles.
Elle contient de la guanine C5H5N5O, l'une des 2 molécules de la vie avec l'adénine (C5H5N5) toutes deux présentes à la fois dans l'ARN et l'ADN.
La guanine qui aurait pu s'appeler iridine ou brillantine tient son nom du guano dans lequel elle fût identifiée pour la première fois. Cette molécule magnifique possède la propriété exceptionnelle de cristalliser en paillettes microscopiques diffractant la lumière et produisant une irisation toute particulière: la perlescence.
En 1968, Paul Matisse crée le Kalliroscope (du grec voir la beauté des fluides) en utilisant une solution contenant de la guanine cristallisée https://youtu.be/V98NnZsmTm4. Un liquide similaire appelé Essence d'Orient composé de guanine cristallisée et d'un gel de nitrocellulose dérivée du coton (le collodion cooper) était utilisé pour la fabrication des perles.
L'essence d'orient était anciennement obtenue en macérant les écailles d'ablette dans une solution aqueuse chauffée d'alcool et d'ammoniaque titrée précisément à un pH de 11.
L'Essence d'Orient préparée ainsi venait recouvrir par trempage des perles de verre appelés noyaux. Les noyaux, typiquement de 2 à 12 mm, étaient piqués au moyen de tiges de cuivre sur des petits blocs de liège pour la préparation des perles servant à confectionner des boucles et de bagues, perles dites borgnes.
Les perles à bracelets et colliers étaient suspendues sur des fils tendus entre 2 tiges piquées dans des blocs de liège. Les ouvrières trempaient alors les perles dans l'Essence d'Orient contenant la guanine.
Les perles de qualité bon marché étaient trempées 5 fois tandis que les perles fines comptaient 25 passages ce qui correspondait, dit-on, à une épaisseur de 1.5 à 2 mm de nacre au final.
Le temps de séchage entre 2 bains étaient d'environ 2 heures à l'abri des poussières.
Un certain tour de main était nécessaire au moment de retirer les perles de l’Essence d’Orient pour les retourner rapidement afin que les larmes coulent sur le fil et ne figent pas sur la perle. Les ouvrières étaient donc obligées de travailler avec toutes les fenêtres fermées car un courant d’air suffisait à perturber tout le processus.
La qualité réputée des perles de Saint-Gingolph provenait de la composition des bains de nacre dont la formule était gardée secrète. Séparées de leur support, les perles étaient polies minutieusement et triées en fonction de leur grosseur et de leur brillance.
Madame Jacquier, l'une des dernières perlières de cette époque, rapporte que les ouvrières utilisaient des gouttières, blocs de bois creusés d'alvéoles contigües dans lesquelles elles composaient les collier. Par exemple, la plus grosse perle au milieu puis de plus en plus petites jusqu'à la chute désirée disait-elle.
Quand la gouttière était garnie, une autre ouvrière procédait à l'enfilage sur un fil de soie très fin. Puis il convenait de monter le fermoir muni d'une perle et d'un dessin spécial pour éviter les contrefaçons.
Madame Jacquier raconte qu'il y avait parfois des clients mal intentionnés qui, prétextant de vérifier l'Orient à la lumière du jour se volatilisaient dans la foule qui attendait dans la rue. On raconte encore aujourd'hui dans les cafés du village, qu'une baronne passablement désargentée revenait tous les ans à la même époque, enlevait une ou deux perles naturelles à son collier et demandait à se les faire remplacer, collier qui au dire de Monsieur Patural n'était plus authentique que pour un quart.
On doit le renouveau des Perles de Saint-Gingolph -Perles du Lac-, à Jean-Loic SELO, chimiste diplômé de l'Impérial Collège de Londres. Il s'attache à faire revivre les procédés traditionnels. La fabrication des perles en 2020 est identique pour 95% à la fabrication de l'époque. Des noyaux de verres sur des tiges piquées dans du liège, des masses trempées à la main, des séries de trempages et de séchages multiples, un fermoir contenant une perle et un motif reconnaissable.
La particularité des perles de Saint-Gingolph tient à l'utilisation encore aujourd'hui de matières premières du lac venant d'Yvoire. Les écailleuses de l'époque fabriquées en Suisse tournent encore. Les matières utilisées sont pêchées et conditionnées en moins d'une heure et conservées congelées sous vide. Tous les colliers sont traités selon un nouveau procédé gardé secret pour leur conférer leur aura lémanique.