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Les trois dernières symphonies de Tchaïkovski ont pour dénominateur commun l’obsession du destin et sont de fait souvent considérées comme un triptyque. Bien que très espacées dans le temps, ces œuvres se profilent comme de véritables mises en scène du monde intérieur d’un musicien très tourmenté. Onze ans après l’achèvement de sa Quatrième Symphonie, Tchaïkovski a commencé la composition de la Symphonie en mi mineur, non sans difficultés. « Il me semble que je n’ai plus la facilité d’autrefois, ni une disponibilité permanente du matériau musical » a-t-il confié à son admiratrice Nadejda von Meck. Sans vraiment tendre vers une œuvre à programme, le compositeur a fourni quelques idées directrices en marge du premier mouvement: « Résignation complète face au destin ou, ce qui revient au même, face à la prédestination insondable de la Providence (…) Murmures, doutes, plaintes, reproches à XXX. Dois-je me jeter dans l’étreinte de la foi ? » Qui est donc ce XXX ? Peut-être une personne, mais il est plus probable que le compositeur songeait à son homosexualité, un problème capital pour lui. La mention d’une « résignation complète » semble toutefois indiquer qu’il ait accepté cet état de fait. Le premier mouvement est ouvert par le thème cyclique qui marquera toute l’œuvre, un motif sombre et triste qui tient à la fois de la marche et du choral. Le deuxième mouvement correspond peut-être à cette « consolation » et ce « rayon de lumière » évoqués plus loin par Tchaïkovski dans ses notes, alors que le troisième mouvement se rapproche du monde de la danse au gré d’une valse élégante. Dans le Finale, le thème cyclique passe enfin en mode majeur. La Cinquième Symphonie de Tchaïkovski fut créée à Saint-Pétersbourg le 5 novembre 1888 sous la direction de l’auteur et le public lui réserva un cordial accueil, même si la presse se montra plus réservée. L’ouvrage porte non moins l’empreinte d’une profonde individualité, qui conclut de l’impuissance spirituelle de l’Homme.