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Débat
Le président. Nous passons à la deuxième urgence, la proposition de motion 2414, que nous traiterons en catégorie II, trente minutes. La parole est à M. de Matteis.
M. Yves de Matteis (Ve). Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, la proposition de motion que je présente ce soir, signée par 36 députés de tous les partis, repose sur un mouvement créé par un seul individu, même s'il a par la suite été suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes. Rajagopal est né en 1948 dans un village du Kerala, dans le sud de l'Inde. Fils d'un combattant de la liberté pour l'indépendance...
Le président. Un instant, Monsieur le député. Un peu de silence dans la salle, s'il vous plaît !
M. Yves de Matteis. C'est vrai que cette motion nous change singulièrement du sujet que nous avons abordé auparavant.
Le président. Allez-y, Monsieur.
M. Yves de Matteis. Fils d'un combattant de la liberté pour l'indépendance de l'Inde, il a étudié la philosophie pacifiste de Gandhi ainsi que la danse et la musique, avant de devenir ingénieur agricole. C'est après avoir été interpellé par de nombreux jeunes Indiens et Indiennes qu'il décide de s'engager dans les luttes non violentes, un héritage de Gandhi. Il est notamment connu pour avoir fait partie d'un groupe gandhien qui a convaincu une bande de brigands de rendre les armes et de payer pour ses crimes dans les prisons indiennes. Il s'investit par la suite pour combattre, toujours de manière non violente, la pauvreté et l'exploitation dont sont victimes certains villages et un grand nombre de paysans, certains étant littéralement réduits à une forme d'esclavage économique après avoir été expropriés ou dépossédés de leurs terres - il faut savoir que près de 200 000 paysans se sont suicidés en Inde ces dernières années. Rajagopal, qui s'oppose aussi à la corruption, monnaie courante dans certaines administrations, a été récompensé par le prix Indira Gandhi pour l'intégration, et a également été nommé par la Cour suprême indienne afin de mener une enquête sur la problématique des travailleurs asservis, aidant ainsi des milliers de personnes travaillant dans des carrières ou sur des chantiers. Après avoir créé divers organismes poursuivant les mêmes buts, il finit par fonder une organisation faîtière nommée Ekta Parishad en 1991, et organise des marches réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce qui a permis de sensibiliser le gouvernement indien à ces problématiques assez peu connues ou en tout cas peu visibles.
Rajagopal a lancé il y a quelque temps déjà l'idée d'une campagne globale pour la paix, nommée Jai Jagat 2020, dont le but est d'encourager les personnes à refuser la peur pour mener des actions positives. Jai Jagat signifie la «victoire du monde»; il ne s'agit pas ici de dresser les personnes les unes contre les autres, mais de faire en sorte que chacun sorte gagnant de cette initiative en désamorçant les conflits et la violence qui règnent aujourd'hui dans diverses régions du monde, laissant des centaines de milliers de personnes victimes de la pauvreté, de la malnutrition et de l'injustice. Cette future marche pour la paix, qui terminera son parcours à Genève en 2020, fait partie de ces initiatives dont nous avons vraiment besoin car c'est un projet novateur et fédérateur; il est porteur d'espoir, de justice et de paix dans le monde. (Le président agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole.) L'ensemble de la campagne de Jai Jagat 2020 est construit autour du postulat que «notre monde peut être différent si nous ne sommes pas indifférents».
Cette motion a pour but principal de lancer un mouvement d'adhésion et de créer l'enthousiasme autour de l'événement. De manière plus pragmatique, elle vise aussi, premièrement, à faciliter l'accueil des délégations de cette marche qui arrivera à Genève en septembre 2020...
Le président. Il vous faut terminer, Monsieur, autrement vous prenez sur le temps de votre groupe.
M. Yves de Matteis. Il est même possible que certains députés et certaines députées - en tout cas toutes celles et tous ceux... (Remarque.) Pardon ? (Commentaires.)
Une voix. Continue, prends sur le temps du groupe !
Une autre voix. Continue !
M. Yves de Matteis. Je prends sur le temps du groupe !
Le président. Vous prenez sur le temps du groupe ?
M. Yves de Matteis. Je prends sur le temps du groupe. Cette motion a pour but principal de lancer un mouvement d'adhésion et de créer l'enthousiasme autour de l'événement. De manière plus pragmatique, elle vise aussi, premièrement, à faciliter l'accueil des délégations de cette marche qui arrivera à Genève en septembre 2020 à l'occasion de la Journée internationale de la paix des Nations Unies; deuxièmement, à soutenir les divers événements qui se tiendront du 21 septembre au 2 octobre 2020 dans le cadre de cette manifestation; troisièmement, à faciliter la coordination et la répartition de l'hébergement de ces délégations, en concertation avec les communes; et, quatrièmement, à solliciter le concours des autorités fédérales pour faciliter l'attribution de visas provisoires aux personnes attendues à cette occasion. Une motion similaire a déjà été déposée en Ville de Genève, également avec de très nombreuses signatures.
Il serait particulièrement bienvenu que cette motion soit votée ce soir car Rajagopal visitera notre canton à la fin du mois de novembre, précisément au moment de notre prochaine session du Grand Conseil. Il est même possible que certains députés et certaines députées - en tout cas toutes celles et tous ceux qui seront intéressés - puissent le rencontrer durant son séjour à Genève. Il serait donc particulièrement sympathique de pouvoir le recevoir en ayant d'ores et déjà voté et renvoyé cette motion au Conseil d'Etat. Voilà toutes les raisons pour lesquelles j'espère que vous réserverez un accueil favorable à ce texte. Merci, Monsieur le président.
M. François Lance (PDC). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, le groupe PDC soutiendra bien entendu cette motion qui invite le Conseil d'Etat à prêter son concours à l'accueil des délégations de la marche pour la paix, qui partira de New Delhi en 2019 et arrivera à Genève en septembre 2020 à l'occasion de la Journée internationale de la paix des Nations Unies. Nous ne doutons pas que le futur Conseil d'Etat fera le nécessaire, mais il est indispensable que notre Grand Conseil soutienne d'ores et déjà cette manifestation symbolique. Il est également important pour notre canton de porter à bout de bras cet événement qui promeut la paix et la lutte contre les instabilités et les violences. Genève, haut lieu des organisations internationales et des droits de l'Homme, se doit d'accueillir dignement cette marche pour la paix. C'est pourquoi nous vous encourageons bien entendu à soutenir cette motion. (Quelques applaudissements.)
Mme Lydia Schneider Hausser (S). Mesdames et Messieurs, beaucoup de choses ont déjà été dites, je vais donc être brève. La marche pour la paix, pour un autre monde, est l'une des actions les plus importantes du mouvement Ekta Parishad. Une précédente marche de 350 km a eu lieu en 2012 en Inde et a rassemblé 50 000 participants, paysans pauvres et autres personnes confrontées à des conditions de vie difficiles dans ce pays. La plus grande action non violente jamais organisée en faveur de la terre, de l'eau et de la forêt a in fine donné lieu à la signature d'un accord entre le gouvernement et les représentants du mouvement afin de mettre en oeuvre des actions touchant justement le droit à la terre ou l'émancipation des femmes et cherchant donc à lutter contre la pauvreté et la misère. La nouvelle marche prévue entre l'Inde et Genève visera à demander des mesures politiques plus justes pour aboutir à une paix dans le monde. Nous espérons non seulement accueillir cette marche à Genève mais également, si c'est encore possible, y prendre part sur un bout de chemin - en tout cas en ce qui me concerne. Après tous les kilomètres que ces délégations auront parcourus entre l'Inde et la Suisse, nous visons par ce texte à tout mettre en oeuvre afin que Genève puisse les accueillir et leur permettre de délivrer leur message dans cette ville internationale et auprès de l'ONU. Mesdames et Messieurs, c'est donc avec enthousiasme que nous soutenons cet objet. Merci beaucoup. (Quelques applaudissements.)
Le président. J'avais sonné parce que personne ne voulait prendre la parole, mais je la cède à M. Vanek qui l'a demandée.
M. Pierre Vanek (EAG). Merci, Monsieur le président. J'ai signé cette motion et bien entendu nous la soutiendrons, mais quand même, Mesdames et Messieurs, cette messe un peu consensuelle me dérange ! J'ai reçu un document, à l'instar de tous les députés: une invitation à la cérémonie du souvenir du dimanche 12 novembre au parc Mon Repos, concernant prétendument les soldats morts pour la patrie. Mesdames et Messieurs, faisons aussi le ménage chez nous si nous voulons être sérieusement pacifistes ! (Commentaires.) Faisons le ménage chez nous ! Cette cérémonie est indigne ! (Très vives protestations. Huées.) Cette cérémonie est indigne parce que dans le défilé, il y a des représentants des associations...
Le président. Nous parlons de la motion 2414, alors revenez au sujet.
M. Pierre Vanek. Merci, Monsieur le président. Je fais un lien avec cette cérémonie ! ...des représentants d'associations d'anciens paras français, des unités qui ont torturé en Algérie... (Vives protestations.) ...des représentants d'anciens combattants italiens...
Le président. Nous sommes hors sujet, Monsieur !
M. Pierre Vanek. ...qui ont défendu la république fasciste... (Protestations.)
Une voix. C'est honteux !
Le président. Je vais vous couper la parole !
M. Pierre Vanek. ...de Salò !
Le président. Merci, Monsieur, c'est terminé.
M. Pierre Vanek. Mesdames et Messieurs... (Protestations.)
Le président. Je n'accepte pas ça. (Commentaires.) C'est terminé ! Je passe la parole à M. Baertschi. (Quelques applaudissements.)
Des voix. Bravo ! (L'orateur continue de s'exprimer hors micro.)
Le président. C'est terminé, Monsieur ! Monsieur Baertschi, c'est à vous.
M. François Baertschi (MCG). Merci, Monsieur le président. Je m'en veux de couper la parole à M. Vanek, ce qui est souvent mission difficile, voire impossible - vous transmettrez. Le groupe MCG est relativement partagé sur cette motion. C'est presque une motion qui ne mange pas de pain, moins en tout cas que beaucoup d'autres, si je puis dire. Bon, c'est pour la paix dans le monde ! Tout le monde est d'accord pour vouloir la paix dans le monde. Les gens se battent pour cela - et même quelques comiques français le faisaient; c'est excellent, d'accord, on ne peut pas être contre. Mais si une partie du groupe soutient cette démarche, d'autres membres trouvent qu'il y a là quelque chose d'un peu vain ou de facile. C'est vrai qu'on n'affronte pas les questions soulevées par le député Vanek ni les véritables problèmes qui secouent ce monde. Alors voilà, notre groupe a la liberté de vote, en espérant que... Il n'y avait pas besoin de cette motion pour faire cette marche, elle peut se faire comme ça, sans autre. C'est par volonté de soutien; bon, admettons. Merci, Monsieur le président.
Le président. Merci, Monsieur. La parole est à M. Stauffer pour une minute trente.
M. Eric Stauffer (HP). Merci, Monsieur le président. Je vais très peu parler de cette motion, mais j'aimerais par contre réagir à l'intervention du député Vanek. Les propos qu'il a tenus dans cette enceinte...
Le président. Ecoutez, vous êtes gentil mais on discute de cette motion, on ne va pas revenir là-dessus ! Alors soit vous parlez de la motion soit vous vous asseyez, parce que ça commence à bien faire ! (Applaudissements.)
Une voix. Bravo !
M. Eric Stauffer. Sur cette motion, nous avons entendu l'argumentaire du député Vanek - vous transmettrez, Monsieur le président - et je suis très calme, je ne hurle pas à l'encontre de ce député. Je dis simplement que les propos qu'il a tenus sont indignes de sa fonction...
Le président. Bon.
M. Eric Stauffer. ...de député. Très franchement, Monsieur Vanek, venir critiquer l'armée suisse...
Le président. Très bien.
M. Eric Stauffer. ...venir critiquer ce qui a été fait... (Le micro de l'orateur est coupé.)
Le président. C'est terminé, merci, Monsieur.
Une voix. Bravo ! (Applaudissement.)
Le président. Je passe la parole à M. Jean Batou, qui sera peut-être un peu plus calme.
M. Jean Batou (EAG). Je suis extrêmement calme, merci, Monsieur le président. Je crois qu'on a le droit ici de critiquer l'armée suisse si on entend la critiquer, et qu'on a le droit d'être opposé à une cérémonie qui depuis des dizaines d'années a toujours été la cérémonie de l'extrême droite et de la droite genevoises ! (Très vives protestations.) Depuis des dizaines d'années ! (Huées.) Et j'espère... (Huées persistantes.) Et j'espère...
Une voix. C'est n'importe quoi !
Une autre voix. Traître !
Le président. Ecoutez...
M. Jean Batou. Et j'espère... (Huées. Très vives protestations.)
Le président. S'il vous plaît !
M. Jean Batou. ...qu'on peut parler dans ce Grand Conseil... (Huées. Très vives protestations.)
Le président. Oh, silence ! Est-ce qu'on peut parler de cette motion, s'il vous plaît ! Parce qu'autrement on passe à un autre objet, c'est terminé. (Commentaires.)
M. Jean Batou. Je ne comprends pas pourquoi il n'est pas possible de dire un certain nombre de choses en étant écouté par des collègues qui ne sont pas du même avis ! (Commentaires.) J'écoute très souvent dans cette enceinte des propos avec lesquels je ne suis pas d'accord ! (Commentaires.)
Le président. Mesdames et Messieurs, nous sommes en train de parler d'une motion pour la paix ! (Commentaires.) Vous ne donnez pas tellement l'exemple, me semble-t-il ! Monsieur Baud, est-ce que vous voulez dire quelque chose ? Dans la paix, s'il vous plaît ! Merci.
M. Olivier Baud (EAG). Monsieur le président, je vous remercie. J'appelle effectivement un peu de sérénité; j'ai signé cette motion et j'aimerais qu'on en discute sereinement et puis qu'on la vote à l'unanimité. Ce serait une bonne chose, ça ramènerait un peu le calme. Voilà, je vous remercie. (Quelques applaudissements.)
Une voix. Bravo !
Le président. Merci ! Je passe la parole à M. Medeiros pour une minute trente. Sur la motion, s'il vous plaît, Monsieur Medeiros !
M. Carlos Medeiros (HP). Vous êtes déjà en train de...
Le président. Allez-y.
M. Carlos Medeiros. Eh bien, moi je parle par exemple de ma femme que j'aime beaucoup, comme je vous l'avais dit la dernière fois ! Je suis aussi signataire et je trouve que cette motion est une bonne chose. Pour le reste, il n'y a rien à dire; certaines personnes ici ne sont pas des membres du parlement mais des traîtres ! Au revoir, messieurs-dames ! (Remarque. Rire.)
Une voix. Des traîtres !
Le président. Très bien. C'est très bien, merci beaucoup. Je vais passer la parole à M. le conseiller d'Etat Longchamp, parce que je ne veux pas de nouvelle intervention de M. Vanek ou de M. Stauffer sur le même sujet. Monsieur le président du Conseil d'Etat, vous avez la parole.
M. François Longchamp, président du Conseil d'Etat. Merci, Monsieur le président. Une semaine à peine après que le dix-septième prix Nobel de la paix a été attribué à une organisation sise dans notre canton...
Une voix. Bravo !
Une autre voix. Oui !
M. François Longchamp. ...je vois que la paix règne également dans cette salle. Le Conseil d'Etat a évidemment lu avec la plus grande attention cette motion urgente. Il a aussi constaté qu'il s'agissait d'une marche qui allait débuter en 2019 et arriver à Genève en septembre 2020; je vous assure que nous serons prêts, le cas échéant, pour accueillir cette manifestation avec toute la dignité nécessaire... (Rire.) ...car vous savez la grande capacité de la Genève internationale à accueillir des délégations: nous recevons chaque année près de 220 000 délégués rien que pour les organisations internationales et 2500 sessions sont organisées. Assurément, des gens qui viennent pour soutenir ce qui est l'essence même de la Genève internationale - c'est-à-dire le combat pour la paix - qui viennent à pied et qui viennent dans trois ans, seront dignement accueillis le moment venu. Je ne serai plus là, comme me l'a rappelé mon vice-président, pour m'en assurer... (Rires. Commentaires.) ...mais lui le sera certainement, de même que le doyen à mes côtés, et ils seront en mesure de vous garantir que Genève - comme c'est l'usage, comme c'est la règle, comme c'est sa volonté et comme c'est son histoire - saura témoigner de ses qualités d'accueil légendaires. (Applaudissements.)
Des voix. Bravo !
Le président. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Peut-être en profiterons-nous pour inaugurer en même temps le CEVA ! Mesdames et Messieurs les députés, nous allons voter sur cette proposition de motion 2414.
Mise aux voix, la motion 2414 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 74 oui contre 3 non et 2 abstentions.
Une voix. Tout ça pour ça ! (Commentaires. Rires.)