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Le test des 3 passoires
Et si nous tournions trois fois la langue dans la bouche avant de parler ?
Socrate…vous connaissez ? Au cas où vous l’auriez oublié, je vous propose de relire ce délicieux petit dialogue qu’il a écrit il y a 2400 ans :
Une connaissance, s'adresse à lui :
-"sais tu ce que je viens d'apprendre de ton ami ?"
-"un instant, avant que tu ne m'en dises plus, j'aimerais te faire passer le test des 3 passoires " lui répondit Socrates
-"des 3 passoires ?"
-" mais oui, reprit Socrates, c'est ma façon d'analyser ce que j'ai à dire et ce que l'on me dit, tu vas comprendre, la première passoire est celle de la vérité. As tu vérifié ce que tu veux me dire ?"
- "non, j'ai seulement entendu parler"...
- ...
-"Alors passons à la 2ème passoire : ce que tu veux m'apprendre sur mon ami, est ce quelque chose de bon ?"
- EUH....
-"pour finir, et, c'est ma 3ème passoire, est il utilise que tu m'apprennes ce que mon ami a fait ?"
-"utile, non pas vraiment"
-"alors, mon ami si ce que tu veux me raconter n'est ni vrai ni bon ni utile, à quoi bon m'en parler ?"
La première passoire : le vrai …
Volontairement, mais pas toujours… les informations qui circulent sont transformées, erronées, approximatives, inventées.
Pourquoi ? Parce que ce qui est un peu sensationnel, qui met la lumière sur les limites d’autrui, ou qui met notre système nerveux en alerte, attise notre curiosité et met le projecteur sur le narrateur. On parlera entre autre de ragots, de cancans ou de calomnies.
Qui d’entre nous n’a pas enjolivé une information dans le but d’attirer l’attention : vous souvenez vous de la sardine qui a bloqué le port de Marseille ?
Une fausse information sur une personne, peut faire beaucoup plus de mal qu’il n’en paraît. C’est comme ça que commencent le harcèlement ou les campagnes de dénigrement et ça peut d ‘ailleurs très mal finir.
Avant d’enseigner cette passoire à notre enfant par exemple, il peut être très didactique de la tester sur lui. Dites lui « tiens, untel m’a dit que tu avais …. et inventez une histoire sur ce ragot », laissez votre enfant réagir, laissez lui exprimer sa rage, faites lui exprimer ce que ça lui fait et ce qu’il ressent. Alors veut il infliger la même chose à ses connaissances ?
Il reste toujours un peu quelque chose des informations infondées que nous faisons courir. La médisance est un poison. Les informations fausses font perdre du temps, encombrent nos esprits, font office de déchets, de pollution.
La deuxième passoire : le bon.
Même si l’information est vrai elle n’est pas toujours bonne à dire :
Un proverbe arabe dit « si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais toi »
S’il n’est pas utile, le mauvais n’est pas nécessaire à colporter.
Voulons nous vivre dans un monde où les mauvaises nouvelles nous accompagnent du matin au soir, avons nous envie que nos conversations ne couvrent que le « mal ». A quoi va me servir de savoir que telle personne a triché, que tel scandale s’est produit?
Connaissez vous l’effet téflon, velcro ? Le neuropsychologue Rick Hanson a démontré que notre cerveau est comme une bande velcro pour les expériences négatives et il est recouvert de téflon face aux expériences positives. Ce « biais négatif » fait en sorte que notre cerveau réagit intensément aux mauvaises nouvelles comparativement aux bonnes.
Un des effets pervers de ce biais négatif est de créer de mauvais souvenirs qui sont plus intenses que nos bons souvenirs et de faire de nous des personnes craintives, négatives, peureuses, anxieuses.
Il est important de nourrir notre cerveau, notre mental, notre mémoire avec ce que l’on souhaite ressentir : de la joie, de l’émerveillement, de la confiance.
La troisième passoire : l’utile
Plus que jamais, l’homme souffre d’un excès d’information, et vous le savez trop d’information tue l’information.
Au niveau attentionnel, il faut savoir que le cerveau rejette 98% de ce qu’il reçoit. Ainsi, il garde 2% pour lui donner du sens. Nous ingérons beaucoup plus d’information que nous ne pouvons digérer : et lorsque c’est le cas ça peut causer des mécanismes de rejet.
Autant donc sélectionner l’information vraiment utile et parler plutôt moins que trop afin que ce que nous disons prenne du sens et du poids.
Ce travail de filtrage de l’information à travers les 3 passoires peut être fait sous forme de jeu en famille : ce que je veux communiquer est il :
- vrai,
- utile,
- bon ?
Ce petite exercice nous apprendra à nous arrêter avant de parler, le fameux « tourne ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler », ou « le silence est d’or, la parole d’argent » de prendre du recul, de développer l’esprit critique, de se responsabiliser, de faire un exercice de volonté, de faire part de discernement : toutes des qualités tellement importantes pour former la personnalité, le courage, l’authenticité, la capacité de réflexion de nos enfants et dont nous serons certainement les premiers bénéficiaires.
Plus que jamais, ce travail avec nos enfants est nécessaire pour les protéger et les renforcer. Nous sommes tous co-responsables d’un monde meilleur et plus heureux, et ça commence par notre parole et oui, la parole est créatrice ne l’oublions jamais.