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Sous le mot-clé «conformisme anticipatif», l’on trouve de nombreuses explications sur Internet. Selon la définition allemande sur Wikipédia, il s'agit d'une «anticipation volontaire d'un comportement présumé souhaitable dans le contexte de processus de dynamique de groupe» ¹.
Les fluctuations importantes sur les marchés boursiers mondiaux peuvent s’expliquer en partie par des «processus de dynamique de groupe». Il n’y a pas nécessairement une réelle faiblesse économique de longue durée derrière chaque baisse importante. Souvent, la peur à elle seule suffit à faire chuter les marchés boursiers. Le dicton «Les marchés boursiers ont anticipé 10 des 5 dernières récessions» n’est donc pas une coïncidence. Deux trimestres consécutifs de croissance économique négative sont considérés comme une récession.
Les réactions des marchés boursiers aux diverses périodes de récession ont été très différentes d’une période à l’autre. Dans certains cas, les baisses de prix ont été plus fortes et plus prononcées lors de périodes non récessives que lors de périodes de récession. Les indices à petite capitalisation, tels que ceux que l’on trouve souvent dans les petits pays d’Europe ou dans les marchés émergents, peuvent facilement reculer jusqu’à 30% sans que l’économie ne sombre dans la récession. Pour des indices plus larges comme le S&P 500 ou le STOXX Europe 600, des baisses de cette ampleur sans récession sont rares, mais pas impossibles.
D’autre part, des pertes de 10% et plus se produisent chaque année, parfois même à plusieurs reprises. Il arrive que les avertissements d’une banque centrale ou la faiblesse des données économiques suffisent à déclencher une correction sur les marchés. Même des données économiques très solides peuvent entraîner un recul marqué des prix si une politique monétaire plus restrictive est mise en place à la suite d’une économie en surchauffe. Les différents degrés de réactions des marchés boursiers à ces événements peuvent être compris comme un «conformisme anticipatif». Depuis son lancement le 1er juillet 1988, le DAX a connu plusieurs phases similaires. Le graphique ci-après montre la plus forte baisse du DAX depuis 1988.
Les barres dorées représentent les périodes de récession en Allemagne, et l’on peut voit se dessiner le scénario attendu. Toute chute brutale du cours des actions ne s’accompagne pas nécessairement d’une récession. Les fortes baisses de prix en 2011 ou 1998 n’ont pas eu de conséquences majeures, alors que les pertes économiques au cours des périodes 2000-2003, voire 2008, ont été beaucoup plus importantes. Les lecteurs attentifs remarqueront l’absence du krach boursier de 1987. Ce dernier s’est produit avant le premier calcul officiel du DAX le 1er juillet 1988. Toutefois, après avoir recalculé l’indice, on a pu établir que la perte se serait montée à 40%. Cette lourde perte est également restée en grande partie sans conséquences économiques majeures ; la récession attendue ne s’est pas concrétisée. La situation est similaire dans l’indice large américain S&P 500. Là non plus, toutes les baisses de prix importantes ne s’accompagnent pas nécessairement d’une récession. Le marché boursier exagère ici aussi avec son “conformisme anticipatif”. Le graphique suivant montre les plus fortes baisses de prix du S&P 500 depuis 1987.
Les barres dorées représentent les périodes de récession aux Etats-Unis. Par rapport au graphique précédent, il est à noter qu’il y a eu nettement moins de baisses de prix au cours de la période considérée. Par exemple, les reculs du S&P 500 en 1992, 1994/95 ou 2006 ont été beaucoup plus modérés (moins de 10%) et n’apparaissent pas dans le graphique ci-dessus. Mais il en va de même ici: Toutes les corrections majeures ne vont pas de pair avec une récession. Le «conformisme anticipatif» est donc un peu plus prononcé en Allemagne qu’aux Etats-Unis, mais cela est probablement aussi dû à la capitalisation boursière nettement inférieure des entreprises. D’ailleurs, le phénomène des processus de dynamique de groupe fonctionne dans les deux sens.
En d’autres termes, même à la hausse, il y a «conformisme anticipatif» quand le bilan économique est positif et que le marché anticipe des perspectives positives à l’infini lui permettant de se hisser à un niveau beaucoup trop élevé. Tant que les marchés boursiers seront animés par la psychologie humaine, il y aura toujours des mouvements de prix étonnants, tant positifs que négatifs.
Par peur d’une éventuelle récession, le conformisme anticipatif a poussé les marchés à la baisse au 4ème trimestre 2018. Toutefois, en prévision d’une politique monétaire plus souple et de meilleures données économiques, les marchés se sont redressés au premier semestre de 2019 et se rapprochent actuellement de nouveaux sommets. Cette reprise s’est produite très rapidement et de façon inattendue. A court terme, les marchés ont pris en compte toutes les nouvelles positives. A ce stade, nous voudrions nous référer à notre Commentaire de marché n°4 d’avril 2019, dans lequel nous avons souligné le danger grandissant des tendances récessionnistes de l’économie mondiale. Il reste en fait peu de traces du sentiment négatif du 4ème trimestre. Il semble que le «conformisme anticipatif» soit en train d’exagérer actuellement dans le sens de la hausse.
Au cours de l’été, nous prévoyons une volatilité accrue sur les marchés boursiers et avons positionné les fonds Ethna avec une approche prudente. Le marché a besoin d’un nouvel élan pour dépasser ses anciens «plus hauts». Nous ne nous attendons pas cela avant la fin de l’année. Une solution au conflit commercial entre la Chine et les États-Unis, et les effets positifs sur l’économie de la campagne électorale américaine qui est sur le point de commencer, pourraient aider les marchés au cours du quatrième trimestre.
¹ https://de.wikipedia.org/wiki/Vorauseilender_Gehorsam