Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07130.jsonl.gz/785

Rare et inhabituelle, cette chaise basse est originaire de la région de Djimma, une ville importante d’Ethiopie occidentale, et a été réalisée par des sculpteurs de langue orominya (ou oromiffa, Oromiffa en langue oromo, orominya en langue amharique). Djimma, aujourd’hui centre national d’artisanat du bois sculpté, se trouve près de Jirèn qui fut jadis la capitale de l’ancien royaume autonome oromo de Djimma Abba Jifar. Les Oromo de langue kouchite forment le plus grand groupe ethnolinguistique d’Ethiopie, qui se caractérise par une vie culturelle et religieuse aussi riche que variée. L’islam est la religion dominante, dans la région de Djimma, et en général dans toutes les régions oromo.
Djimma était l’un des cinq royaumes du Ghibé qui se formèrent au XIXe siècle dans la région occidentale (Mech’a Oromo) de ce qui est aujourd’hui l’Ethiopie. A la fin du XIXe siècle, ces royaumes furent vaincus et conquis par les troupes impériales de l’empereur Ménélik II (r. 1889-1923). Les populations furent assujetties, mais les élites locales restèrent majoritairement en place, payant un tribut monétaire et matériel à l’empereur. Djimma se rendit sans résistance et conserva son autonomie jusqu’en 1932, date à laquelle l’empereur Hailé Sélassié (r. 1930-1974), dans le cadre de sa politique de centralisation, décida de dissoudre le royaume. Cette cession tardive du pouvoir explique qu’une culture de cour ait été maintenue plus longtemps à Djimma que dans le reste de la région oromo.
Mise à part une brève mention dans des récits de voyageur, ce modèle de chaise n’est pas documenté. On ne connaît pas son nom oromo, mais on sait que sa possession traduisait une position sociale importante : les familles riches et puissantes, les chefs et la noblesse possédaient de tels meubles. Du reste, une corporation professionnelle de menuisiers oromo se chargeait de leur fabrication.
Le dossier amovible se fixe au plateau grâce à une languette s’insérant dans une fente taillée en diagonale dans la partie inférieurs. Le dossier se réajuste légèrement de lui-même quand la personne assise change de position. La chaise a été sculptée dans un bois dur local, probablement du Podocarpus gracilior ou du Cordia africana. Ces lourdes chaises ne sont pas très confortables à moins de rembourrer leur assise de coussins ou de peaux d’animaux.
Sa surface polie présente une belle patine, des traces d’un usage intensif peuvent y être décelés. Ce modèle était plutôt utilisé par les femmes et l’on trouve encore des chaises semblables dans les villages du nord-ouest de Djimma, ainsi qu’à l’ouest de la région de Tiya. Etant donné sa taille et le bois utilisé, un bois dur très prisé, elle ne pouvait être possédée que par des personnes aisées. Ces chaises ne sont plus fabriquées aujourd’hui.