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Cet automne, la réforme du système des retraites, décidée par le Parlement, sera soumise au vote. Les débats politiques concernant cette réforme posent la question de la garantie du minimum vital pour les personnes âgées. Existe-t-il une pauvreté des personnes âgées en Suisse ? Qui est touché ? Bettina Fredrich, responsable des questions de politique sociale à Caritas Suisse, répond à ces questions.
Dans quelle mesure la pauvreté des personnes âgées existe-t-elle en Suisse ?
Il faut le dire : la pauvreté des personnes âgées existe bel et bien. Les personnes de plus de 65 ans sont plus touchées par la pauvreté que la moyenne. Le taux de pauvreté des personnes âgées est de 13,6 %, le double de celui de la population globale, qui est de 6,6 %.
On entend dire que le taux de pauvreté ne calcule que la pauvreté de revenu, et que la plupart des personnes âgées disposent de biens dans lesquels ils peuvent puiser. Est-ce vrai ?
L’Office fédéral de la statistique a étudié la question en détail et a sorti une publication spéciale sur la pauvreté des personnes âgées en 2014. On peut y lire que les personnes âgées qui faisaient déjà partie des nantis lors de leur période d’activité professionnelle disposent effectivement de biens et d’économies, contrairement aux autres. Les inégalités sont encore plus importantes dans la population âgée que dans la population active, car elles concernent, non seulement les revenus, mais aussi la fortune. Il faut se rappeler qu’un tiers des retraitées et retraités vivent uniquement de l’AVS. Ils ont gagné des revenus faibles dans leur période active, et cela ne leur a pas permis de se constituer un pécule supplémentaire dans une caisse de pension. Les femmes sont particulièrement concernées.
Quelles sont les personnes menacées de tomber dans la pauvreté à l’âge de la retraite ?
La pauvreté des personnes âgées touche souvent les femmes, parce qu’elles sont plus nombreuses à avoir travaillé à temps partiel, à avoir interrompu leur activité professionnelle et à avoir occupé des emplois à faible revenu. Les femmes sont également plus nombreuses que les hommes à travailler dans le domaine des soins bénévoles, que ce soit pour la prise en charge des enfants ou pour celle des personnes âgées de leur famille. Souvent, il leur est impossible de concilier ces activités avec une activité professionnelle, par exemple parce que les emplois qu’elles peuvent avoir sont soumis à des horaires irréguliers. Mais en parallèle, la garantie du minimum vital reste liée à l’activité professionnelle. De faibles qualifications et le chômage sont également des facteurs influant négativement sur l’importance des retraites, et dans ces deux cas, les hommes sont aussi concernés que les femmes.
On entend souvent la recommandation, faite surtout aux femmes, de ne pas accepter un emploi de moins de 70 %. Est-ce réellement une solution ?
Cette recommandation est plus facile à dire qu’à réaliser. C’est justement dans les emplois à bas salaire qu’il est pratiquement impossible de choisir son temps de travail. Les femmes doivent prendre ce qu’on leur propose. Il n’est pas rare qu’elles cumulent plusieurs petits emplois. Ce qui ne facilite évidemment pas la prise en charge des enfants, surtout parce que les crèches et lieux de garde sont adaptés aux horaires de travail standards. Il faut donc installer des possibilités de prises en charge des enfants qui soient bon marché et des horaires d’ouverture plus flexibles dans les crèches, garderies et jardins d’enfants. Les horaires des activités professionnelles ne s’arrêtent pas tous à 18 heures.
La réforme des retraites est-elle un instrument efficace contre la pauvreté des personnes âgées ?
Je considère l’AVS comme un élément central de la lutte contre la pauvreté. Il est clair que 70 francs de plus par mois ne sont pas négligeables. Mais de là à penser que cette somme va suffire à empêcher les gens de tomber dans la pauvreté, c’est discutable. Il serait plus efficace et mieux ciblé de développer les prestations complémentaires. Mais en fait, il nous faut être conscients que les premières pierres de la pauvreté se posent durant la vie professionnelle et l’âge actif.