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Premiere ascension de la face nord-est du Grand Combin par l'Eperon central.
Marco Bruchez, Lourtier et Vincent May, Sarreyer
Le Grand Combin lance vers le ciel ses trois cimes de plus de quatre mille mètres.
Il est très souvent parcouru par ses voies normales: voie du Corridor - arête de Valsorey - arête du Sonadon, etc. En revanche, cache au fond du Val de Bagnes, son versant nord-est a garde très longtemps son mystère. Cette face aboutit au Combin de Tsessette. En août 1942, deux grimpeurs de Lourtier ( René Fellay et Marcel Machoud ) ouvrent un itinéraire sur l' extrême gauche de la paroi: parcours rapide ( sept heures ), mais c' est un itinéraire très exposé aux chutes de pierres et de glace.
A l' aplomb du sommet, un gigantesque éperon ( une voie de 1200 mètres !) avait repoussé toutes les tentatives jusqu' à nos jours.
En ce début de juillet 1974, après une période de chaleur, la paroi était en bonnes conditions. Aussi, le mercredi 3 juillet, passons-nous à l' attaque, mais le mauvais temps nous oblige à battre en retraite. Le lendemain le beau temps se rétablit et, le vendredi 5 juillet, nous sommes de nouveau à pied d' œuvre.
Les cent-soixante premiers mètres se déroulent très bien, malgré le poids excessif des sacs ( pitons -nourriture - matériel de bivouac ). Nous sommes à la base d' un long ressaut vertical.
Quelle malchance! Le sac de vivres vient de nous fausser compagnie. En quelques secondes, le voici au pied de l' éperon. Ce sera une heure de perdue!
Nous escaladons bientôt une longueur de 80 mètres, très raide, mais la roche est bonne et 1 Du 5 au 7 juillet 1974 par Vincent et André May ( Sarreyer ) et Marco Bruchez ( Lourtier ).
( Image 31 ) bien fissurée. Nouvel incident: un bloc instable bascule dans le vide et coupe l' une de nos cordes.
Un ressaut vertical de trente mètres exige un engagement total, effort encore accru par nos charges. Après une traversée ascendante de cinquante mètres sur la gauche, nous nous accordons un moment pour la première fois et mangeons un morceau.
Au-dessus de nos têtes, un mur de cinq mètres athlétique, nous oblige à nous séparer de nos sacs. Nous rejoignons par le fil de l' éperon le pied d' une grande tour jaune que nous contournons par la gauche en nous élevant dans un long et intéressant dièdre de quarante mètres. Le temps passe rapidement et seul le fracas des avalanches détourne notre attention vers les deux couloirs qui bordent l' éperon. Nous réussissons encore deux longueurs délicates sur du rocher mouillé et partiellement enneigé, puis la nuit nous surprend sur le faîte du premier grand ressaut.
Dénivellation parcourue: quatre cents mètres ( 2900 à 3300 m ). Nous installons notre bivouac sur une vire inclinée qui nous pousse sans arrêt vers le vide. Bivouac acceptable.Vers les 2 heures du matin, de gros nuages nous tirent de notre demi-sommeil.
A 4 h 30, nous attaquons le premier névé ( qui disparaît durant l' été ), puis une série de rochers instables et une grande dalle de soixante mètres, coupée d' un toit qui constitue le passage clé de cet éperon. Le brouillard nous enveloppe complètement, il « neigeote » et l' humidité envahit tout le corps. Cependant l' envie de rebrousser chemin ne nous effleure même pas. Une seul issue nous paraît valable le sommet. Nous voilà de nouveau sur un névé fondant et, une fois de plus, un ressaut de quatre-vingts mètres barre notre route. Nous l' at taquons à l' extrême droite, ce qui nous conduit tout près du couloir où des volées de pierres et de glaçons sifflent au-dessus de nos têtes. Après quatre longueurs mixtes et délicates où l' assurage reste problématique, nous atteignons le point où l' éperon s' efface dans la grande pente de glace qui monte vers le sommet. Il est 16 heures, et le brouillard dense laisse une visibilité de quinze mètres à peine. Heureusement, la pente de glace est recouverte d' une croûte de neige dure dans laquelle les crampons mordent très bien. Aussi décidons-nous de marcher ensemble et, à tour de rôle, nous ouvrons le chemin vers le sommet. La pente se redresse toujours plus. A 17 h 30, fouettés par un vent d' ouest très violent, nous foulons la cime du Combin de Tsessette ( 4141 m ). Dans la joie nous nous embrassons, mais nous nous demandons aussi comment nous effectuerons le retour par une telle tempête? La voie de descente par le Comrforserait certainement un suicide. Nous installons notre deuxième bivouac dans des conditions très pénibles.
Entassés toute la nuit dans une toile prévue pour deux personnes, nous luttons, malgré la fatigue écrasante et une sacrée soif. Par bonheur, ce dimanche 7 juillet, à 5 heures, une éclaircie met fin à notre triste bivouac.
A 9 heures, notre aventure se termine chez Maxime Dumoulin, gardien de la cabane de Panossière, qui nous réserve un chaleureux accueil.