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Le second tour des élections à la présidence chilienne a lieu dimanche. Candidat de la coalition de centre-gauche au pouvoir et ancien président, Eduardo Frei Ruiz-Tagle a révélé devant la presse étrangère qu’il possédait depuis deux mois la nationalité suisse.Ce contenu a été publié le 15 janvier 2010 - 16:02
«Mon grand-père était un émigrant arrivé de Saint-Gall en 1905, sans imaginer que son fils et son petit-fils deviendraient présidents de la République», a déclaré Eduardo Frei.
Lors de cette rencontre avec la presse, il a également rappelé ses différences avec son opposant, l’entrepreneur de droite Sebastián Piñera. Une candidature, affirme Eduardo Frei, indubitablement liée à la dictature militaire d’Augusto Pinochet.
Un registre qui remonte à 1531
Interrogé par swissinfo.ch, le candidat de la Concertación (coalition de centre-gauche qui gouverne le Chili depuis 20 ans) a déclaré que l’idée de sa toute nouvelle nationalité suisse a commencé à germer en 2008, lors de la visite d’une délégation suisse au Parlement chilien.
Eduardo Frei, qui était alors président du Sénat, leur a manifesté son intention d’acquérir la nationalité de son grand-père paternel, Eduard Frei Schilinz.
«Je leur ai dit que je connaissais l’extrait de naissance de tous mes ancêtres, car il existe à Saint-Gall un registre remontant à 1531 et où apparaissent toutes les générations de ma famille», raconte le candidat.
«Mon grand-père, précise-t-il, est arrivé dans ce pays en 1905. Il venait d’un petit village du canton de Saint-Gall. Ici, il a épousé une Chilienne, et mon père, Eduardo Frei Montalva, qui a été président en 1964, a obtenu la nationalité suisse après avoir achevé son mandat, comme beaucoup de fils d’émigrants.»
Dans ce contexte, et après avoir rempli les diverses formalités, l’actuel sénateur du parti Démocrate-chrétien a obtenu la nationalité suisse.
La «Place des Présidents»
«C’est avec beaucoup de fierté que je raconte que dans le village où est né mon grand-père, à une soixantaine de kilomètres de Saint-Gall, il y a une place appelée ‘Place des Présidents’ en l’honneur du fils et du petit-fils de cet émigrant qui a quitté le canton dans les années 1900. Cela me semble être un grand honneur», déclare Eduardo Frei.
Celui-ci ajoute que durant son propre mandat de président (1994-2000), il a voyagé dans le pays de ses ancêtres et qu’il a eu l’opportunité de visiter cette place.
«Ce jour-là, tous les habitants étaient dans la rue et les enfants brandissaient des drapeaux suisses et chiliens; je me suis senti très honoré de recevoir cette distinction», se souvient-il.
Elections serrées
S'agissant de l’actuelle campagne électorale, Eduardo Frei admet qu’il est confronté à un scénario complexe, car, lors du premier tour, son adversaire de droite Sebastián Piñera, a obtenu une large avance.
«Nous savons tous que les résultats des élections du 17 janvier seront très serrés, commente le candidat du centre-gauche. Mais les élections se gagnent avec les votes jusqu’au dernier jour et nous avons confiance dans le travail que nous réalisons ainsi que dans l’unité que nous avons créée avec les cercles démocratiques et progressistes.»
«Personne ne peut contester que le Chili n’a jamais autant progressé sur le plan social, économique et institutionnel que sous les gouvernements de la Concertación», déclare-t-il, tout en soulignant que le pays dispose du plus haut revenu par tête et du plus haut indice de développement de toute l’Amérique latine.
Et le candidat de citer la récente entrée de son pays dans l’OCDE. «C’est une reconnaissance pour ce que le Chili a accompli au niveau démocratique, commente-t-il. Sur ce plan, nous présentons une différence fondamentale avec nos adversaires politiques. Si nous comparons ce qu’ils ont fait au niveau international avec ce qu’a réalisé la Concertación, il y a une énorme différence», juge Eduardo Frei.
Ce dernier critique également le fait que son adversaire est toujours à la tête de ses nombreuses entreprises, parmi lesquelles une chaîne de télévision. «Je crois que si un entrepreneur entre en politique, il doit laisser à d’autres les rênes de ses affaires. Mais malheureusement, le Chili n’a pas encore eu la capacité de légiférer sur ce point», regrette-t-il.
Liés à Pinochet
Et qu’en est-il de la relation qui existe entre son adversaire et le gouvernement militaire d’Augusto Pinochet ? Eduardo Frei assure que «le pays connait parfaitement la relation entre les candidats de droite et la dictature. Nous n’offensons personne; c’est juste une réalité»..
«Au cours de la campagne, nos adversaires ont toujours dit que la Concertación est au bout du rouleau parce qu’elle a déjà gouverné pendant 20 ans, dit-il. Mais eux-mêmes ont été au pouvoir pendant 17 ans et le Chili s’est beaucoup mieux porté avec la Concertación que durant leurs années.»
Mariel Jara, Santiago du Chili, swissinfo.ch
(Traduction de l’espagnol: Olivier Pauchard)
Eduardo Frei Ruiz-Tagle
Né à Santiago en 1942. Ingénieur de formation, ce politicien démocrate-chrétien et le 4e des 7 enfants d’Eduardo Frei Montalva, qui a gouverné le Chili entre 1964 et 1970.
Après la chute de la dictature d’Augusto Pinochet, il a été le 2e président du Chili démocratique, de 1996 à 2000. Il est actuellement sénateur.
Durant son mandat présidentiel, le Chili a établi des relations politiques et économiques avec un grand nombre de pays.
C’est sous sa présidence également que le Chili est entré dans le Mercosur (Marché commun de l’Amérique du Sud) et a lancé des négociations pour la signature de traités de libre-échange avec les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Association européenne de libre-échange.
Les élections
Les actuelles élections présidentielles doivent trouver un successeur à la première présidente du Chili, la socialiste Michelle Bachelet.
Lors du 1er tour, Eduardo Frei a récolté 29,60% des suffrages. C’est le moins bon résultat obtenu par la Concertación depuis sa création en 1987.
Son principal adversaire de droite, l’entrepreneur multimillionnaire Sebastián Piñera, a obtenu 44% des voix.
Le 2e tour a lieu le 17 janvier. Si la droite l’emporte, elle mettra fin à 20 ans de pouvoir d’une coalition de centre-gauche.
Meurtre
Il y a quelques semaines, suite à une longue enquête, la justice chilienne a déclaré que l’ancien président Eduardo Frei Montalva, mort en 1982 dans une clinique de Santiago, avait été assassiné, empoisonné par de petites doses de thallium et de gaz moutarde.
L’ancien président était à l’époque l’un des leaders de l’opposition au général Pinochet.
Six personnes sont accusées d’avoir participé à ce meurtre, dont plusieurs médecins et le chauffeur personnel de l’ancien président.
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