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«Le débat du pardon et de l'impardonnable n'aura jamais de fin. Insoluble est le cas de conscience qui en résulte : car si l'impératif d'amour est inconditionnel et ne souffre aucune restriction, l'obligation d'annihiler la méchanceté n'est pas moins impérieuse que le devoir d'amour ; l'amour des hommes est entre toutes les valeurs la plus sacrée, mais l'indifférence aux crimes contre l'humanité, mais l'indifférence aux attentats contre l'essence même et contre l'hominité de l'homme est entre toutes les fautes la plus sacrilège.»
Lorsque Vladimir Jankélévitch publie ce livre en 1967, alors que le débat sur l'imprescriptibilité des crimes nazis agite l'opinion, il soulève cette question brûlante : qu'est-ce que le pardon? Cherchant à saisir le coeur de cette notion mal comprise, se heurtant au terrible paradoxe d'un pardon infini, sublime, et pourtant impossible, Le Pardon occupe une place centrale dans la réflexion morale d'un philosophe hanté par les problèmes de son temps.
Pourquoi la mort de quelqu'un est-elle toujours une sorte de scandale ?
Pourquoi cet événement si normal éveille-t-il chez ceux qui en sont les témoins autant de curiosité et d'horreur ? Depuis qu'il y a des hommes, comment le mortel n'est-il pas habitué à ce phénomène naturel et pourtant toujours accidentel ? Pourquoi est-il étonné chaque fois qu'un vivant disparaît, comme si cela arrivait chaque fois pour la première fois ?
Telles sont les questions que pose ce livre sur la mort. Dans chacun de ses ouvrages, Vladimir Jankélévitch a essayé de saisir le cas limite, l'expérience aiguë : à son point de tangence avec ces frontières, l'homme se situe à la pointe de l'humain, là où le mystère, l'ineffable, le « je ne sais quoi », ouvrent le passage de l'être au néant, ou de l'être à l'absolument-autre.
Il s'attache ici à analyser un événement considéré dans sa banalité et dans son étrangeté à la fois, dans son anomalie normale, son tragique familier, bref, dans sa contradiction.
« Si la mort n'est pensable ni avant, ni pendant, ni après, écrit Jankélévitch, quand pourrons-nous la penser ? » Et il entreprend cette tâche périlleuse : conter l'inénarrable, décrire l'indescriptible.
"Qu'est-ce que la musique ? se demande Gabriel Fauré à la recherche du "point intraduisible", de la très irréelle chimère qui nous élève "au-dessus de ce qui est...". C'est l'époque où Fauré ébauche le second mouvement de son premier Quintette, et il ne sait pas ce qu'est la musique, ni même si elle est quelque chose ! Il y a dans la musique une double complication, génératrice de problèmes métaphysiques et de problèmes moraux, et bien faite pour entretenir notre perplexité. Car la musique est à la fois expressive et inexpressive, sérieuse et frivole, profonde et superficielle ; elle a un sens et n'a pas de sens. La musique est-elle un divertissement sans portée ? ou bien est-elle un langage chiffré et comme le hiéroglyphe d'un mystère ? Ou peut-être les deux ensemble ? Mais cette équivoque essentielle a aussi un aspect moral : il y a un contraste déroutant, une ironique et scandaleuse disproportion entre la puissance incantatoire de la musique et l'inévidence foncière du beau musical."
«L'Aventure, l'Ennui et le Sérieux sont trois manières dissemblables de considérer le temps. Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l'aventure, c'est le surgissement de l'avenir. L'ennui, par contre, est plutôt vécu au présent : dans cette maladie l'avenir déprécie rétroactivement l'heure présente, alors qu'il devrait l'éclairer de sa lumière. Quant au sérieux, il est une certaine façon raisonnable et générale non pas de vivre le temps, mais de l'envisager dans son ensemble, de prendre en considération la plus longue durée possible. C'est assez dire que si l'aventure se place surtout au point de vue de l'instant, l'ennui et le sérieux considèrent le devenir surtout comme intervalle : c'est le commencement qui est aventureux, mais c'est la continuation qui est, selon les cas, sérieuse ou ennuyeuse.»
Publié en 1963, L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux est un jalon majeur de la pensée de Vladimir Jankélévitch. Cet ouvrage constitue une première synthèse de sa pensée, où l'on peut distinguer deux critères essentiels qui fondent l'unité de son oeuvre : la dignité philosophique donnée à des objets jugés mineurs, et la volonté radicale de mettre en lumière la dimension temporelle de l'action.
Vladimir Jankélévitch, dont l'oeuvre a toujours mêlé philosophie et musique, perce dans cet ouvrage le mystère de l'instant qui est l'essence de la musique de Debussy.
Deux mouvements inverses semblent, chez Debussy, parcourir l'espace musical : l'un est descente aux enfers de la profondeur ; l'autre remontée à l'air libre, ascension vers les grands espaces de lumière. Mais quand on étudie ces deux mouvements, on comprend bien vite que l'essentiel chez Debussy n'est ni l'un ni l'autre : l'essentiel est l'instant impalpable, celui-là même que nous appelons apparition disparaissante, surgissement sur fond de silence et de ténèbres ; cet instant est l'éclair, ou à l'inverse (ce qui revient au même) l'étincelle qui est l'apparition saisie à l'instant où elle disparaît : Midi est dans le même instant le comble de la lumière et la lumière saisie dans le premier instant de son déclin.
Debussy donne une voix aux choses les plus impondérables et les plus précaires, les plus inconsistantes et les plus inexistantes de la création : une brève rencontre et une légère respiration, une réminiscence fugitive qui, comme l'étoile filante, traverse l'espace nocturne de la mémoire, un reflet qui tremble dans l'eau, un souffle de vent qui passe dans l'air du soir, un nuage dans le ciel.
«Heureuse la malheureuse conscience, car son malheur n'est qu'une feinte, une ruse profonde de la vie ; heureuse la mauvaise conscience, elle qui connaîtra la joie violente de renaître...»
La mauvaise conscience constitue le premier objet philosophique sur lequel le jeune Jankélévitch, à l'aube d'une brillante carrière académique, déploie dès 1933 sa réflexion propre. La thèse qu'il lui consacre, reprise trente ans plus tard pour donner naissance à ce livre, contient déjà non seulement les grands thèmes de son oeuvre à venir mais aussi les piliers définitifs de sa philosophie morale.
Au centre, l'étude du remords. Indissociable de l'expérience du temps, fugace et irréversible, le remords manifeste à nos yeux l'acte irrévocable ; par là même, il est la preuve de notre liberté, et porte en lui la consolation du temps qui passe.
Vladimir Jankélévitch approfondit dans cet ouvrage ses réflexions sur le mystère d'ambiguïté qui rend si déroutante aux yeux de certains la musique de Fauré.Vladimir Jankélévitch approfondit dans cet ouvrage ses réflexions sur le mystère d'ambiguïté qui rend si déroutante aux yeux de certains la musique de Fauré et qui empêche de définir cet art autrement que par des couples de contradictions. Il retrouve ces paradoxes aussi bien dans l'oeuvre de piano que dans les mélodies, aussi bien dans la musique de chambre que dans le Requiem.
Évasif et précis, négligent et rigoureux, mystérieux et limpide comme un regard d'enfant, absent et présent comme une nuit d'été, lointain et proche comme une amie, distant et passionné comme un coeur secret, patent et latent comme une âme, tel est le langage de Fauré.
« Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l'aventure, c'est le surgissement de l'avenir. » Jankélévitch
La philosophie peut-elle penser l'aventure ? L'imaginaire exaltant du voyage, le vacarme joyeux des exploits, la vibrante passion des découvertes nous paraissent un continent vierge, sur lequel l'exercice de la pensée ne peut accoster. Jankélévitch démontre ici le contraire. Par l'analyse des différentes formes de la vie aventureuse, il restitue à cette notion, évocatrice entre toutes, son attrait et son pouvoir de fascination.
Dossier :
1. La philosophie de l'aventure
2. Le temps de l'aventure
3. Les formes de l'aventure
Vladimir Jankélévitch, philosophe du devenir et grand théoricien de la morale, a laissé une oeuvre immense. Composé de textes rares, jalons essentiels de sa pensée, cet ouvrage regroupe les premiers livres de morale du penseur. Entre le premier et le dernier écrit de cette somme, quelque trente ans se sont écoulés (1933, année de sa thèse, La Mauvaise Conscience, et 1967, parution du Pardon). Ce laps de temps équivaut à un nombre d'années qui pèse du poids de la douleur infinie. Avant, la vie d'un jeune et brillant universitaire, à la pensée nimbée d'irrationalisme. Après, l'existence continuée de celui que
les épreuves de la guerre ont tant marqué. Le philosophe d'âge mûr, chassant les idéologies
teintées de romantisme, unissant la pensée et l'action, fait de la volonté le commencement et la fin de tout car, dit-il, «la volonté peut tout, la volonté est plus forte que la mort».
L'oeuvre de Vladimir Jankélévitch mêle intimement philosophie et musique, régime de correspondance auquel le philosophe-musicien a toujours aimé se tenir. « La musique, rappelle-t-il, est un art temporel non point secondairement, comme la poésie, le roman ou le théâtre, mais essentiellement. » Son domaine est la « temporalité enchantée », le mystère de l'instant, le charme de la nostalgie, du nocturne et des parfums de la nuit, du lointain, du silence surtout, puisque la musique, née du silence, y retourne.
Ce livre réunit des textes peu connus, inédits ou depuis longtemps inaccessibles. Comptes rendus de concerts et de festivals, évocations poétiques des musiciens chers à son coeur : les musiciens français, particulièrement Debussy, Ravel, Fauré ; les musiciens de l'Europe centrale, Chopin et Liszt, le rhapsode et baladin du monde européen, image même de notre modernité ; les génies de la musique russe, notamment Moussorgski et Rimski-Korsakov. Pour Vladimir Jankélévitch
« on ne pense pas la musique », mais on peut penser en musique, ou musicalement. Le lecteur retrouvera dans ces textes le bonheur de la mystérieuse connivence d'une pensée sur la musique qui donne à entendre musicalement.
Moraliste doublé d'un métaphysicien hors pair, Vladimir Jankélévitch (1903-1985) est l'auteur d'oeuvres classiques parmi lesquelles Le Traité des vertus, La Mort, Le Pardon, L'Irréversible et la nostalgie, Le Paradoxe de la morale, et de nombreux livres sur la musique, entre autres sur Debussy, Ravel et Fauré.Avec fidélité, sérieux et courage, il n'a cessé d'unir la pensée et l'action, de mêler réflexion et implication dans la vie sociale de son temps pour défendre au mieux les idées qui illustraient ses cours à la Sorbonne sur le mensonge, la sincérité ou la justice.Composé de textes rares, devenus introuvables ou inédits en volume, ce livre présente des grands enjeux : mémoire, pardon, lutte contre le racisme et l'antisémitisme....Vladimir Jankélévitch nous met en garde contre le retour des pensées criminelles. Et à la question : qu'est-ce qu'un philosophe aujourd'hui ? Il répond : « Eh bien, c'est d'abord quelqu'un qui fait comme il dit. »Cette édition a été préparée par Françoise Schwab, historienne, éditrice des oeuvres posthumes de Vladimir Jankélévitch, auteur de nombreux articles sur la pensée du philosophe en rapport avec Henri Bergson, Emmanuel Levinas ou Léon Chestov.Avec des contributions de Jean-Marie Brohm, docteur d'État ès Lettres et Sciences humaines, professeur émérite de sociologie, à l'Université Montpellier III, auteur entre autres de 1936. Jeux olympiques à Berlin (André Versaille éditeur, 2008) et de Jean-François Rey, agrégé de philosophie, docteur en sciences politiques, auteur de plusieurs ouvrages sur Emmanuel Levinas dont Levinas autrement (Peeters, 2012).
Le Cours de philosophie morale de Vladimir Jankélévitch fut à l'origine professé à l'Université libre de Bruxelles en 1962. Mais il est fort différent des cours prononcés à la Sorbonne et publiés sous forme enregistrée, dont l'écrit ne saurait rendre les célèbres crescendos et le mode musical. Il s'agit ici de tout autre chose : Jankélévitch se montre d'abord très didactique et n'hésite pas à faire des références précises et nombreuses à l'histoire de la philosophie. Pour autant, il n'abandonne pas ses thèmes de prédilection. La singularité et l'intérêt de ce cours, où se rejoignent le professeur et le philosophe de la morale, résident précisément dans le croisement de ces deux "lignes" de pensée. Car, comme le rappelle Vladimir Jankélévitch, "la morale [...] tend à envahir l'existence entière [...]. Il n'est rien d'humain qui ne soit moral".
Ce recueil clôt la série qui comporte par ailleurs Sources et La Musique et les Heures. Certains textes sur Bergson ou la mystique russe portent la marque d'une extrême jeunesse, ils sont denses, complexes, mais augurent de l'orientation de la pensée de Jankélévitch, comme le souligne Bergson lui-même dont les lettres sont données en fac-similés. D'autres témoignent de sa fidélité amicale et fraternelle, telle son étude sur " Le diurne et le nocturne chez Jean Cassou ", ou de lectures " critiques " : Machiavel, Gracián. Enfin, on trouvera des écrits ponctuels sur les œuvres de musiciens qui le touchaient particulièrement : Gabriel Fauré, Manuel de Falla, Béla Bartók, Louis Aubert ou Joaquin Nin et auxquels, si l'on excepte Fauré, il n'a pas consacré de monographie complète.
" Le bergsonisme veut être pensé dans le sens même de la futurition, c'est-à-dire à l'endroit ", se plaisait-il à souligner ; de même, il est bon de lire Vladimir Jankélévitch " des premières aux dernières pages ".
Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien
3. La volonté de vouloir
" L'oiseau n'est pas un docteur ès sciences qui puisse expliquer pour ses confrères le secret du vol. Pendant qu'on discute sur son cas, l'hirondelle, sans autres explications, s'envole devant les docteurs ébahis... Et de même il n'y a pas de volonté savante qui puisse expliquer à l'Académie le mécanisme de la décision : mais, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire le monosyllabe Fiat, l'oiseau Volonté a déjà accompli le saut périlleux, le pas aventureux, le vol héroïque du vouloir ; la volonté, quittant le ferme appui de l'être, s'est déjà élancée dans le vide. "
V. J.
Vladimir Jankélévitch (1903-1985)
Philosophe et musicologue, il est l'auteur d'une œuvre considérable, traduite dans le monde entier.
Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien
1. La manière et l'occasion
" Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. Titre énigmatique... Quelque chose – ou presque rien – reste hors prise et remet la pensée en mouvement. "
Marcel Neusch, La Croix
" Une voix merveilleuse, une des plus précieuses et des plus singulières de notre temps. "
Catherine Clément, Le Matin
" Jamais on n'a écrit de philosophie comme ça. "
Michèle Le Doeuff, Libération
" Moraliste actuel, à la mesure des inquiétudes de notre temps, de ses urgences... "
Christian Delacampagne, Le Monde
Vladimir Jankélévitch (1903-1985)
Philosophe et musicologue, il est l'auteur d'une œuvre considérable, traduite dans le monde entier.
Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien
2. La méconnaissance. Le malentendu
" La lueur timide et fugitive, l'instant-éclair, le silence, les signes évasifs – c'est sous cette forme que choisissent de se faire connaître les choses les plus importantes de la vie. Il n'est pas facile de surprendre la lueur infiniment douteuse, ni d'en comprendre le sens. Cette lueur est la lumière clignotante de l'entrevision dans laquelle le méconnu soudainement se reconnaît. Plus impalpable que le dernier soupir de Mélisande, la lueur mystérieuse ressemble à un souffle léger... "
V. J.
Vladimir Jankélévitch (1903-1985)
Philosophe et musicologue, il est l'auteur d'une œuvre considérable, traduite dans le monde entier.
Le paradoxe de la morale
" Plus il y a d'être, moins il y a d'amour. Moins il y a d'être, plus il y a de l'amour. L'un compense l'autre. Le problème scabreux de toute vie morale ressemble à un tour de force, mais on réussit ce tour de force presque sans y penser quand on aime : c'est, répétons-le, de faire tenir le maximum d'amour dans le minimum d'être et de volume, ou à l'inverse de doser le minimum d'être ou de mal nécessaire compatible avec le maximum d'amour. "
Vladimir Jankélévitch
Vladimir Jankélévitch (1903-1985)
Philosophe et musicologue, il est l'auteur d'une œuvre considérable, traduite dans le monde entier, notamment Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
L'imprescriptible
" Le pardon est mort dans les camps de la mort. "
Qui a bien pu écrire une telle phrase ? Un philosophe, un Juif, un Français, un moraliste ? Oui, mais surtout un survivant, un survivant mystérieusement sommé de protester sans relâche contre l'indifférence. Sous le titre L'Imprescriptible se trouvent en effet réunis deux textes : Pardonner ? et Dans l'honneur et la dignité, parus respectivement en 1971 et 1948, qui tentent de maintenir " jusqu'à la fin du monde " le deuil de toutes les victimes du nazisme, déportés ou résistants.
Jankélévitch, philosophe de l'occasion, n'a jamais cru bon d'attendre " l'occasion " d'exprimer sa colère et sa pitié. C'était toujours pour lui le moment de rappeler que la mémoire de l'horreur constitue une obligation morale.
Vladimir Jankélévitch (1903-1985)
Philosophe et musicologue, il est l'auteur d'une œuvre considérable, traduite dans le monde entier, notamment Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien.
"L'exercice philosophique a pour enjeu l'insaisissable nous privant du délai qui assure la sécurité de la pensée et du discours". Vladimir Jankélévitch
"Rien n'est moins subtil, rien n'est moins systématique au fond que cette vision du monde derrière laquelle se cache une expérience douloureuse. Jamais cette pensée n'est figée, solidifiée dans une rhétorique implacable; au contraire l'oralité confère le jaillissement, la spontanéité, la redite."
Françoise Schwab