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A Berlin, emblème de la réunification allemande, l’Est et l’Ouest ne se ressemblent pas. Malgré le nouveau quartier des ambassades, malgré la place de Potsdam. La rénovation du centre et l’animation de l’île aux musées (Museuminsel) contraste avec le seul bâtiment resté en ruines : le palais de la république où siégeait le gouvernement de la RDA.
Entre «ostalgie», où la RDA devient un produit exotique qui fait vendre, et blessure profonde, Berlin est la ville qu’il fallait pour accueillir une exposition montrant la production artistique de 1945 à 1989 en Allemagne de l’Est.
Même dix ans après la réunification, cela reste un exercice risqué. Le régime communiste imposait son dogme esthétique et attendait des artistes qu’ils servent la cause de l’Etat à travers leurs œuvres. L’art comme acte civique d’allégeance à une dictature est calibré pour engendrer la controverse. En 1999, une première rétrospective ferma prématurément ses portes sur un scandale : elle opposait l’art étatique à l’art d’opposition et dénigrait le tout en l’installant devant des murs gris de chantiers.
L’art malgré l’histoire
«Vendus au régime» ou contestataires, le classement semble simple. Beaucoup trop simple aux yeux d’Eugen Blume et Roland MŠrz, les commissaires de l’exposition. Pour faire éclater cette distinction, ils ont choisi de montrer l’art comme de l’art et non comme des pièces historiques. Sélectionnés selon leur valeur artistique, les quelque quatre cents œuvres retenues pour l’exposition «l’Art en RDA» ne nécessiteraient aucune référence au contexte politique.
Le visiteur qui s’attend à voir l’art de propagande sera déçu. Aucun des tableaux qui ornaient les bâtiments publics de la RDA n’a été jugé digne d’être accroché aux cimaises de la neue Nationalgalerie. Chacune des vingt salles est consacrée à des traditions, des écoles et des groupements d’artistes qui se sont développés surtout à Dresde, Leipzig, Berlin et Halle. L’absence d’ordre chronologique et de notice explicative force le visiteur à situer les œuvres les unes par rapport aux autres en suivant des styles, des évolutions, des parcours artistiques indépendamment de l’histoire du pays. Même si le réalisme est très présent, beaucoup d’œuvres sont proches des styles prédominants de l’après-guerre comme l’art informel, l’expressionnisme abstrait, le pop art, le néo-constructivisme ou le minimal art. L’exposition, si elle ne réévalue pas le réalisme socialiste et l’art de propagande, donne à voir une production artistique vivante et variée. Le visiteur dérouté par l’absence d’explication et le manque d’information sur les artistes trouve heureusement une mine d’informations dans le catalogue. Juste retour de l’histoire, chaque reproduction est accompagnée d’une notice explicative datant de l’époque de réalisation.