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Historique du site
L'église Saint-Maurice était construite dans un des méandres de la Sorne. Située à l'écart du village, de l'autre côté de la rivière, elle était d'accès malaisé pour les paroissiens, ce qui causa son abandon en 1729, puis sa démolition.
En 1971, le comité des fouilles entreprit la mise au jour des vestiges de la basilique dont l'emplacement était connu. Des soubassements de murs, des tombes et un sarcophage mérovingien furent découverts lors des sondages. Le Service archéologique du canton de Berne reprit les travaux l'année suivante.
Plan des différents bâtiments retrouvés et le mur d'enceinte.
L'église Saint-Maurice, petit bâtiment nommé basilique par le moine Bobolène, existe déjà au 7e s. Aucun vestige de murs ne le confirme, mais la découverte du sarcophage atteste une présence à cette époque.
Une église, datant vraisemblablement du 10e s., comprenait une nef de 10,5 m sur 6,8 m et un chœur carré de 4,5 m de côté.
Ce premier édifice fut, en partie du moins, détruit au 13e s. et remplacé par une église de même plan. Au nord du chœur furent retrouvées les fondations d'une tour de 6,9 m de côté, dont l'épaisseur des murs atteint 1,8 m. Cette église médiévale fut détruite vers 1740 et le terrain cédé à l'agriculture. Un troisième bâtiment, dont la fonction reste hypothétique, fut encore découvert à l'extérieur du mur d'enceinte.
Vue de la croix de pierre, érigée en 1869. Aux alentours de celle-ci, une reconstitution des fondations de l'ancienne église paroissiale peut être observée.
Une croix de pierre, érigée en 1869, commémore le passage de saint Germain et de saint Randoald, et atteste le lieu de l'église Saint-Maurice. Aux alentours de la croix, une reconstitution des fondations de l'ancienne église paroissiale peut être observée.
Selon l’écrit de Bobolène, au 7e s, des terres de la vallée de la Sorne, nommée alors Sornegau, avaient été concédées par le duc d'Alsace au monastère de Moutier-Grandval. L’un d’eux, Catticus, appelé aussi Adalric, en prit ombrage et envahit la région avec ses troupes, maltraitant les habitants. Dans l'église Saint-Maurice, Germain et Randoald rencontrèrent le duc qui leur fit certaines promesses. Tous deux, sur le chemin du retour, furent assassinés dans la plaine de la Communance.
Les fouilles 2013
Un projet immobilier prévu sur la commune de Courtételle a nécessité l'intervention de la Section d'archéologie et paléontologie. Cette zone, située dans un méandre de la Sorne, a partiellement été investiguée durant les années 1970. Après un diagnostic effectué au mois de mars 2013, la fouille s'est déroulée sur une surface de 6500 m2. Cette intervention a permis de préciser une partie des données récoltées lors des campagnes précédentes et a livré quelque 300 structures. Observé sur une longueur de plus de 100 m et large de 4,4 m, un chemin à ornières traverse le site du sud-ouest au nord-est. 9 cabanes en fosse ont pu être mises au jour. Ces petits édifices excavés présentent un plan variant de 4 à 8 poteaux, déterminant des surfaces entre 4 et 15 m2. Leur comblement a livré de nombreux déchets issus du travail du fer.
Vue de l'édifice quadrangulaire en direction du nord.
Au nord de la parcelle, l'édifice quadrangulaire de 4.8 x 3.9 m découvert en 1973 a été à nouveau dégagé afin de confirmer son plan et son insertion chronologique. Quatre à cinq assises de fondation sont conservées. Sur la partie occidentale et au centre de la parcelle, plusieurs empierrements ont été découverts. Il s'agit de grands radiers aménagés au nord du chemin à ornières. La découverte de nombreux fragments de torchis brûlé suggère la présence d'édifice(s) sur solin avec une élévation en terre et bois. La mise au jour d'un grand foyer aménagé sur l'un des empierrements semble confirmer cette hypothèse. Sur la partie occidentale de la parcelle, un aménagement de la berge d'un chenal de la Sorne, constitué de blocs de calcaire, remonte à l'époque romaine Deux bois conservés fichés dans l'empierrement, dont un madrier de 3.50 m avec deux mortaises et tenons préservés, complètent l'aménagement.
Une des sépultures découvertes à l'intérieur du mur d'enceinte de l'ancienne église.
24 sépultures à l'intérieur du mur d'enceinte de l'ancienne église sont à ajouter au bilan des découvertes. Orientées est-ouest, elles correspondent aux derniers siècles d'occupation de l'église, abandonnée vers 1740. Le mobilier funéraire est principalement constitué de chapelets et de médaille de saints chrétiens. Les investigations de terrain se poursuivront d'avril à août 2014. Cette prochaine phase permettra de confirmer les résultats des sondages réalisés dans les années 70 sur la nécropole et son mur d'enceinte. Une modèlisation 3D de la fouille a été réalisée par la société sigeom sa de Moutier.
Les fouilles 2014
Tombe 391 avec un chapelet placé entre les mains.
L'intervention de 2014 a livré 350 structures archéologiques, dont plus de 250 tombes à inhumation. 184 sépultures ont pu être fouillées durant la campagne. Ces dernières, orientées est-ouest, correspondent aux derniers siècles d'occupation du cimetière entourant l'église (15e-18e s., abandon définitif vers 1740). Quelques sépultures ont permis d'attester l'utilisation de cercueils en bois clouté, relativement bien conservés. Le mobilier funéraire est quant à lui principalement constitué de chapelets, de médailles et de pendentifs à symbolique chrétienne (datation archéologique 15e-18e s.).
Cinq cabanes en fosses ont été mises au jour. Ces petits édifices excavés présentent un plan rectangulaire aux bords arrondis, variant de quatre à huit poteaux et déterminant des surfaces de 4 à 15 m2. Leur comblement n'a livré que peu d'indices permettant de leur attribuer une fonction claire. Ces structures attestent néanmoins d'une activité artisanale de la zone à la fin du Haut Moyen Age (8e-10e s.), fait corroboré par la découverte d'un bas foyer médiéval (datation 8e-9e s.). Ce dernier se présentait sous la forme d'une fosse de 3m sur 2.5 m, aménagée d'un radier sur le fond. L'espace de travail, vraisemblablement couvert par un abri sur poteaux, était divisé en deux zones distinctes : sur la partie occidentale, la zone de combustion très riche en scories de fer (plus de 200kg), et sur la partie orientale, la zone de battage aménagée d'une pierre enclume.
Médaillon représentant l'assassinat de Saint Meinrad, retrouvé dans une tombe.
Deux bâtiments maçonnés ont été découverts autour de la basilique Saint Maurice, de même que le mur d'enceinte daté du 13e s. Les deux édifices, en partie récupérés, ne sont conservés que sur quelques assises de fondations. Néanmoins, il est possible de restituer un plan rectangulaire orienté est-ouest. Le premier, daté du 12e s., présente des dimensions de 8m sur 4m. Le plus imposant des deux édifices (15m sur 8 m) présentent quant à lui deux phases successives (première phase 10e-11e s., seconde phase 12e s.) dont l'orientation diffère légèrement. Le dernier état est compartimenté, formant trois locaux en enfilade. Une grande structure excavée sous un empierrement, découverte lors de l'intervention 2013, a pu être fouillée cette année. Au vu de sa forme et de son agencement, il pourrait s'agir des vestiges d'un four (alandier et chambre de combustion) daté du Moyen Age. Cependant, son état de conservation médiocre et l'absence de traces d'une forte combustion n'ont pas permis de déterminer sa fonction avec précision. Il apparaît que la structure a été récupérée (aménagement d'un radier avec la démolition étalée de la structure, et implantation d'une tombe). Les investigations de terrain se poursuivront entre les mois de mars et août 2015 sur la zone située directement au sud de l'église. Elles permettront de documenter les niveaux d'occupations précoces du site, ainsi que la suite des sépultures mises au jour lors de la campagne 2014.
Les fouilles 2015
Mise au jour des vestiges d'un cercueil en bois préservé lors de la fouille de la sépulture 650.
L'intervention de cette année a livré plus de 370 structures archéologiques, dont 350 tombes à inhumation. Ces dernières, orientées est-ouest (tête à l'ouest), matérialisent les cimetières associés aux églises successives (abandon définitif vers 1740). Sur la partie septentrionale de la parcelle, 270 sépultures ont pu être documentées, permettant d'attester jusqu'à six niveaux d'inhumation différents. De nombreuses tombes attestent l'utilisation de cercueils en bois clouté, relativement bien conservés. Le mobilier funéraire est principalement constitué de chapelets, de médailles de Saints chrétiens et de pendentifs à symbolique chrétienne issus des derniers niveaux d'occupation (datation 15e-18e s.).
Sur la partie méridionale de la parcelle, deux bâtiments successifs ont été mis au jour, de même qu'un tronçon du mur d'enceinte daté du 13e s. Les deux édifices maçonnés, en grande partie récupérés, ne sont conservés que sur quelques assises de fondations. Néanmoins, il est possible de restituer pour chacun un plan rectangulaire (dimensions 15 m x 7,5 m) orienté est-ouest et de proposer une datation entre le 11e et le 12e s.
Détail du couteau pliable mis au jour dans la sépulture 647. Le manche est en os décoré d'ocelle. Le couteau déplié présente une longueur de 18 cm.
Une voie à ornières orientée est-ouest a pu être mise en évidence sous l'emprise des deux bâtiments. L'abandon de ce chemin est daté des environs de la fin du premier millénaire. Scellé par cette voie, un ensemble de plus de 80 tombes a été découvert. Ces sépultures présentent toutes une orientation est-ouest (tête à l'ouest) et une faible profondeur d'inhumation. Plusieurs fosses ont livré les vestiges de coffrage en bois bien conservés. Elles sont malheureusement dépourvues de mobilier archéologique, à l'exception d'un couteau pliable à manche en os décoré d'ocelles. Néanmoins, leur position stratigraphique claire autorise à proposer une datation durant le Haut Moyen Age pour cet ensemble (8e-9e s.).
Les tombes les plus précoces mises au jour sur la partie nord de la parcelle sont directement implantées dans les niveaux de sable molassique.
Il est donc possible d'attester de deux remaniements fonctionnels de cette zone. Dans un premier temps, l'établissement d'un cimetière, scellé après abandon par une voie à ornières; dans un second temps, la construction de deux édifices maçonnés. Ajoutons enfin que cette partie de la fouille est exempte de sépultures durant les derniers siècles d'occupation du site, probablement dès le 13e s.
Les vestiges d'une cabane en fosse ont été observés sur la partie sud-est de la parcelle. Ce petit édifice excavé présente un plan rectangulaire aux bords arrondis présentant 4 poteaux corniers, déterminant une surface de 5 m2 (2 m x 2,5 m). Son comblement n'a livré que peu d'indices permettant de leur attribuer une fonction claire. Cette structure confirme l'activité artisanale de la zone à la fin du Haut Moyen Age (10e s. ?), déjà attestée lors des deux précédentes campagnes.
Les investigations de terrain se termineront en 2016 sur la zone située au sud de l'église. Elles permettront de poursuivre la documentation des niveaux d'occupations précoces du site, principalement dans la partie sud-est de la parcelle.
Les fouilles 2016
2016 a connu l'achèvement de cette fouille d'envergure. Cette dernière intervention, située sur la zone au sud de l'église, a permis de poursuivre la documentation des différents niveaux de sépultures. Elle a livré 205 structures archéologiques dont 194 tombes à inhumation. Ces dernières sont majoritairement orientées est-ouest (tête à l'ouest) et matérialisent les cimetières associés aux églises successives (abandon définitif vers 1740). La majorité des tombes sont des inhumations en pleine terre mais l'utilisation de cercueils en bois clouté est attestée à plusieurs reprises. Le rare mobilier funéraire est constitué de chapelets et de pendentifs à symbolique chrétienne issus des derniers niveaux d'occupation (datation archéologique 15e-18e s.). A noter que la fouille n'est en réalité pas tout à fait terminée. En effet, l'église primitive, ses différentes phases successives, de même que son périmètre immédiat, n'ont pas été fouillés. Ceci répond à une exigence de la Section d'archéologie de ne pas toucher à cette dernière dans le cadre du projet immobilier. Le périmètre en question demeure de ce fait en zone de protection archéologique. Une éventuelle fouille et mise en valeur ultérieures restent ainsi possible.
En visite sur la fouille de Courtételle, Saint-Maurice
Le 4 octobre 2013, la classe de 7e PH de Madame Françoise Grimm, de l'école du Château de Delémont, s'est déplacée sur le site archéologique en cours de fouille de Courtételle-Saint-Maurice. Les élèves venaient y découvrir le métier d'archéologue, mais également voir de leurs yeux l'endroit mythique du passage (supposé) de Saint Germain et Saint Randoald au 7e siècle apr. J.-C., dont ils étaient en train d'étudier la passionnante histoire… Suite à cette visite, les enfants ont confectionné, avec l'aide de leur maîtresse, le magnifique document imagé que nous vous invitons à découvrir en suivant le lien ci-dessous. Merci à tous les élèves pour leur curiosité, leur vivacité et leur intérêt à découvrir notre passé !
Fiche technique du site
|Commune / Localité||Courtételle / Courtételle|
|Site||Saint-Maurice|
|Datation et type de site

- principal
- secondaire

Haut Moyen Age à Époque moderne, église, mur d'enceinte de l'église, tombes,
|Année de découverte||1971|
|Contexte de découverte||Fouille de sauvetage programmée par l'archéologie cantonale|
|Date(s) de la fouille||1971-1972, 2013-2016|
|Surface de la fouille||6500 m2|
|État de la fouille||Achevée (exceptés l'église elle-même et son périmètre immédiat)|
|Étude||Non étudiée|
|Publication(s)||Comité des fouilles, Histoire de Courtételle, 1971, (polycopié);

Kehrli B. La basilique Saint-Maurice dans le Salignon, Le Pays et Le Démocrate, 22.12.1973;
ASSPA 59, 1976, 274-275 ; JbBHM 61/62, 1981-1982, 15-16 ; JTMS 1, 1993, 208;
Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, 63-65, Porrentruy, 1997;
La crosse de Saint Germain, CAJ 6, 34,35, 43, 141, Porrentruy, 1996;
J.-D. Demarez, Répertoire archéologique du canton du Jura:
du Ier siècle avant J.-C. au VIIe siècle après J.-C., CAJ 12, 55, 89-90, Porrentruy 2001;
AAS 97, 2014, 253 ; 98, 2015, 236 ; 99, 2016, 223-224.
|Responsables de la fouille||1971-1972: Jean-Pierre Lehmann; SAB, Berne

2013-2016: Olivier Heubi, OCC-SAP, Porrentruy
|Dépôt des collections||Église paroissiale Courtételle (sarcophage)

OCC-SAP, Porrentruy
|Collections||Mobilier archéologique: couteau, bijoux, médailles, chapelets, boucles de ceinture, céramiques,

tuiles, clous, scories, meules, verre, bois
Matériel anthropologique: + de 700 squelettes
Faune: porc, bœuf, cheval, ovin
Prélèvements: sédiments / sédiments pour parasitologie / charbons de bois / dent ou calotte crânienne,
sédiments (parasitologie) / charbons de bois (14C) / bois (cercueils) / dent ou calotte crânienne (ADN)
Expertise paléo-métallurgique ponctuelle sur le terrain (L. Eschenlohr)
Géologie et sédimentologie (M. Guélat, bureau SEDIQUA)
Anthropologie de terrain (D. Rüttimann, A. Alterauge, I. Siebke et S. Kramis, Joke Somers
et Negahnaz Moghaddam : Institut de Médecine légale (IRM), Université de Berne).