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Le meurtrier du Matin papier serait Tamedia. Est-une fake ou une bonnes news?
Difficile question en ce temps où le web, ses usagers et ses champions - autrement plus redoutables que le premier éditeur de Suisse - détrônent les journaux et les journalistes de leur monopole de l'information. Jusqu'à la popularisation du web, nous tenions en effet le primat de la parole et de la plume en matière de bonne information, comme naguère les prêtres et les pasteurs et, pour un temps encore, les professeurs.
Ce n'est plus le cas. La qualité de l'information se détériore comme s'effritent la transmission des valeurs par les religieux et les connaissances classiques par les professeurs.
La banderole dit deux choses: que le Net serait le tombeau des journaux et donc des journalistes et que le fossoyeur est l'éditeur lui même. Fake ou bonnes news?
Ce n'est pas la première fois que la phrase accusatrice, écrite le 24 juin 1991 en lettres de sang à côté du corps sans vie de Ghislaine Marchal, est détournée. La première fois, lit-on, dans Wikipedia, remonte au 17 février 1994, quand le patron de Canal+, un média alors en vogue, laisse entendre dans une tribune publiée dans Le Monde sous le titre "Edouard m'a tuer" que le premier ministre d'alors Edouard Balladur l'a évincé de la présidence de la chaîne TV.
Canal+ fonctionnait et fonctionne toujours - quoique avec moins de lustre et d'impertinence - comme toutes les chaînes TV et les journaux du monde: selon le principe top down, de celui qui sait à celui qui ne sait pas, du dominant au dominé, de celui qui sélectionne et traite les news et les divertissements (surtout les divertissements) à ceux qui les consomment et qui ne peuvent que saper ou éteindre le poste ou arrêter de payer (quoique les Suisses ont récemment accepté de maintenir l'obligation de payer l'abo à la RTS).
Mais voilà, les vieux médias verticaux sont concurrencés par le web qui, sans abolit le du-haut-en-bas, popularise, lui, un modèle horizontal, peer to peer, de particulier à particulier, sans filtre ou presque, sans qualité automatique ou garantie non plus. L'offre est gigantesque, mondiale aussi bien que locale. Et pour longtemps encore en grande partie gratuite.
Ainsi les migrants peuvent-ils converser en vidéophonie et échanger des infos avec leurs proches disséminés au pays ou dans les chemins de l'exil, lire, voir, se divertir comme n'importe quel bourgeois engoncé dans son canapé à l'heure du 19:30.
On trouve de tout au coeur du Net, des perles aussi, des données, des analyses. On y passe beaucoup de temps, de plus en plus de temps. Du temps que l'on n'a plus pour les médias classiques. Une autre transformation silencieuse érode la base des journaux: On veut bien être un consom'acteur, on rechigne à être un citoyen actif.
Omar Tamedia serait-il coupable de n'avoir pas su anticiper la mort naturelle des journaux imprimés? La presse traverse-t-elle une crise passagère qui verra demain (Ah, Demain!), une fois la folie des smartphones passée, les lecteurs revenir à leurs journaux papier?
Republik, un des nouveaux médias suisses - avec Bon Pour la Tête - créé au début de cette année par des journalistes alémaniques, a publié hier un papier en français de Ludovic Rocchi, un ancien du Matin aujourd'hui à la RTS. ça s'intitule "Mes trente ans de crise dans les médias". Un papier édifiant et très biaisé.
Édifiant et biaisé, car les éditeurs suisses sont seuls sur le banc des accusés. Or, l'histoire de la presse romande des 30 dernières années ne se résume pas à leurs supposées incuries. Pas un mot sur la révolution technologique et sociétale évoquée ci-dessus. Pas un mot sur les journalistes. Pas un mot (ou très peu) sur les capitalistes, genevois notamment, aux abonnés absents depuis en bien avant la vente de la Tribune à Edipresse. Pas un mot sur les consommateurs dont la propension à payer des abonnements toujours plus chers ne cesse de décliner depuis l'an 2000. Pas un mot sur les entreprises et les partis qui ne cessent de vanter les produits et les services de la région et s'émancipent des contraintes économiques et normatives locales via les réseaux sociaux sans frontières, aujourd'hui américains, demain chinois. Ah, Demain...
Et pas un mot évidemment sur le modèle économique qui pourra sauver la presse.