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Des confins au confinement
Ce tableau de Saint Jérôme dans son étude est attribué au peintre anversois Hendrick II van Steenwijk (1580-1649). Son père, le peintre Hendrik I van Steenwijck, est né vers 1550 à Kampen aux Pays-Bas, travaillant à Aix-la-Chapelle, puis à Anvers de 1577 jusqu’en 1585 – où son fils voit le jour en 1580 – puis à Francfort en 1586 jusqu’à sa mort en 1603. Hendrick II reprend alors l’atelier familial en développant les mêmes scènes d’intérieur: qu’elles soient religieuses ou de genre et où l’architecture y est fortement développée. Il reste donc totalement attaché à l’enseignement paternel.
En 1617, celui-ci est appelé à la cour d’Angleterre, où il collabore avec Jan Breughel (1568-1625) et Cornelis van Poelenburgh (1594-1667) et où il rencontre sa future femme Susanna Gaspoel. Après vingt ans d’activité, il regagne La Haye où il réside entre 1638 et 1640, puis Leyde où il meurt le 8 mai de la même année.
Sa première œuvre connue sur ce même thème est le Saint Jérôme à son étude de la Pinacoteca Nazionale de Sienne, datée de 1602, et qui inaugure une série d’une demi-douzaine de dérivations, comprenant entre autres un exemplaire daté de 1604 vendu à Londres en 2003 (Christie’s, 9 juillet 2003, lot 13), la version du Musée de Kassel datée des années 1610, la version de la Harley Gallery datée de 1624 (fig.3) et enfin la version genevoise considérée jusqu’à sa récente restauration comme la plus tardive. Notre tableau portait en effet la signature «SteenWijk» une date peu lisible et partiellement surpeinte, interprétée comme «1634» ou «1637».
Le Saint Jérôme dans son étude conservée dans nos collections est une huile sur toile, de 32,5 x 50 cm. Elle figure dans la collection du Genevois Jacob Duval jusqu’en 1824; puis passe dans la collection de ses descendants pour être léguée au Musée d’art et d’histoire par Guillaume Favre en 1942.
Constituée d’un seul lé, la toile de lin présente une trame irrégulière de neufs fils par cm2. Sur les quatre côtés, elle révèle des guirlandes de tension et des bords non enduits, prouvant que son format n’a pas été altéré. À une date indéterminée, elle a été rentoilée sur une trame également irrégulière mais légèrement plus lâche (sept fils par cm2).
Elle était déjà fixée sur un châssis au moment de l’application de la couche de préparation claire, dans laquelle est incisé le dessin de certains éléments architecturaux.
Le dessin sous-jacent révélé en réflectographie infrarouge (RIR) confirme la réalisation d’un dessin de construction très élaboré, avec des lignes de fuite pour les éléments d’architecture et un tracé plus libre pour les figures et le lion (fig.4).
Fine et régulière, la couche picturale présente une facture précise et soignée. Elle nous est parvenue dans un état de conservation satisfaisant à l’exception d’un surpeint sur le mur central et les nombreuses lacunes sur le bord gauche. La peinture était recouverte d’un vernis volontairement teinté, faussant toute notion spatiale et chromatique, datée de l’intervention du restaurateur hollandais Derix de Wild en 1910 (restauration de la couche picturale).
Derix et son frère Karel étaient issus d’une véritable dynastie de restaurateurs, marchands et connaisseurs de la peinture hollandaise. Actif à la Haye, Karel quittera la Hollande pour les États-Unis où il travaillera pour les plus importantes collections new-yorkaises, tel que la Frick Collection ou la JP Morgan Collection.
Traitement de conservation-restauration et découverte
Le traitement de la peinture s’est concentré sur le retrait sélectif du vernis assombri, ainsi que les repeints altérés, posés en 1910. Ces reprises couvraient essentiellement des éléments d’architecture et d’anciennes lacunes de la couche picturale, concentrées sur le bord gauche du tableau (fig.5 et 6).
Une fois finalisée, cette opération délicate a permis de découvrir les initiales du peintre «H.V» placés à la gauche du nom «SteenWijck» (déjà lisible) mais surtout de préciser la date de réalisation du tableau, puisqu’en lieu et place du chiffre «1634/7» interprété jusque là, c’est en réalité la date plus précoce de «1602» qui a été mise à jour, plaçant le tableau genevois en amont de la série développée par le peintre tout au long de sa carrière (fig.7).
Cette découverte pose dès lors la question de la main, puisque réalisé du vivant des deux Hendrick, père et fils, notre tableau correspondrait soit à une version tardive du premier – mort en 1603 – soit à une œuvre précoce du second. Ou alors, sommes-nous en présence d’une œuvre de collaboration ?
Conservée dans les dépôts jusqu’à sa restauration récente, cette scène d’intérieur est aujourd’hui exposée dans les cabinets flamands et hollandais, dans le cadre du nouvel accrochage des collections de peinture ancienne du Musée d’art et d’histoire.
Ainsi, à l’instar de l’exemple vertueux prôné par Jérôme, chaque observateur est invité au recueillement et à l’étude silencieuse, postures que la situation de confinement actuelle pourrait nous inspirer.