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Les "Monsanto Papers" sont des courriels et documents internes du géant américain de l'agrochimie qui "suggèrent" que l'évaluation scientifique de la substance herbicide la plus courante au monde "pourrait avoir été influencée par la société", selon le Parlement européen.
KEYSTONE/EPA/STEPHANIE LECOCQ(sda-ats)
Des eurodéputés ont réclamé mercredi une commission d'enquête sur les Monsanto Papers, après une audition parlementaire sur l'évaluation de l'herbicide glyphosate. Ces documents ont mis au jour les relations de l'agrochimiste américain avec la communauté scientifique.
Les échanges, organisés à Bruxelles devant des députés européens, "ont créé un nombre important de questions auxquelles il est urgent de répondre", affirment les députés socialistes Eric Andrieu (France) et Marc Tarabella (Belgique) dans un communiqué commun.
"Nous sommes arrivés à la conclusion que la création d'une commission d'enquête s'impose", ajoutent-ils. L'eurodéputée verte Michèle Rivasi avait précédemment fait une proposition similaire.
Le Parlement européen peut enquêter sur des infractions ou de mauvaises applications du droit communautaire ou créer des commissions spéciales sur un problème spécifique comme par exemple après le scandale des moteurs truqués de Volkswagen.
Evaluation possiblement "influencée"
Mercredi, les parlementaires ont invité plusieurs experts pour débattre du "fondement scientifique de l'évaluation des risques liés au glyphosate et de la supposée influence exercée par des représentants de l'industrie sur cette évaluation aux Etats-Unis et dans l'UE".
Les "Monsanto Papers" sont des courriels et documents internes du géant américain de l'agrochimie Monsanto qui "suggèrent" que l'évaluation scientifique de la substance herbicide la plus courante au monde "pourrait avoir été influencée par la société", résume le Parlement.
Invité, le groupe a refusé de venir s'exprimer mercredi. En réponse, le Parlement a interdit son accès aux lobbyistes officiels de l'entreprise.
Dialogue de sourds
L'eurodéputée libérale belge Frédérique Ries a qualifié l'audition de mercredi de "dialogue de sourds". Les représentants de l'Agence européenne de la sécurité des aliments (Efsa) et des produits chimiques (ECHA), présents au débat, ont réaffirmé leurs conclusions selon lesquelles le glyphosate n'est pas cancérogène et expliqué la procédure qui a mené à cette opinion.
"Le cas du glyphosate a démontré que des malentendus persistent sur le cadre légal imposé pour l'évaluation de l'innocuité des pesticides et substances chimiques dans l'UE", ont observé les deux agences dans un communiqué. L'Efsa et l'ECHA ne réalisent pas leurs propres études, mais s'appuient sur des études déjà publiées, dont certaines sont réalisées par l'industrie.
A l'inverse, les opposants au glyphosate s'appuient sur une étude du Centre de recherche sur le cancer de l'OMS (CIRC), qui a classé la substance comme "cancérogène probable".
La licence du glyphosate dans l'UE expire à la fin de l'année. La Commission européenne a proposé de la renouveler pour dix ans après avoir reçu le rapport de l'Efsa. Jusqu'à présent, aucune majorité claire ne s'est dégagée au sein du comité d'experts en charge du dossier, où siègent des représentants de chaque Etat membre.
ATS