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17/12/2016
Degolio XCVII: le chemin du Gouffre
Dans le dernier épisode de cette fantastique geste, nous avons laissé le Génie d'or alors que, cherchant à rejoindre l'espace-temps laissé en arrière, il venait de passer une porte d'émeraude derrière laquelle se trouvait un étrange vieillard, qui le laissa passer, et un escalier, qu'il gravit.
Il parvint à un palier, et à une autre porte, qui était de rubis. Il la franchit à son tour, et vit devant lui un plateau, plein d'herbe et de fleurs brillantes. Personne n'y demeurait. Seuls quelques papillons, abeilles, mouches se voyaient. Un peu plus loin se dressaient des arbres; à peine quelques oiseaux y volaient. Une étrange clarté baignait les fleurs, ainsi que le haut des arbres.
Solcum traversa ce pré, et parvint à un rocher. Une arche le surmontait, gravée de signes que nul mortel n'eût su lire. Il regarda ces signes, et, silencieusement, le rocher s'écarta, laissant voir une porte. Il entra. Une odeur froide, mystérieuse, lui parvint. Il fit quelques pas, et se retrouva au bord d'un puits, dont le fond était noir.
Il s'y jeta, tenant au-dessus de lui son sceptre lumineux, qui freinait sa chute. L'émeraude en luisait, l'éclairant; mais le fond du puits ne se laissait pas voir: et la chute continua, sans fin.
Longtemps il descendit, et cela dura peut-être des éons. Mais le Génie d'or bénéficiait de la vie immortelle.
Dans cette obscurité, il croisa d'angoissantes ombres, qui en le traversant créa en lui du froid. Il souffrit sans mot dire cette épreuve.
L'ombre des siècles le pénétra, et il crut entendre des rires étouffés, ou des imprécations. Mais il n'en perdit pas confiance, et poursuivit sa descente. Lentement, mais sûrement, il s'approchait du fond d'un gouffre.
Soudain, un tourbillon, le saisit, et il fut emporté, parmi divers débris, vers un point plus noir encore que le reste, que son sceptre ne parvenait pas à éclairer: cette bouche semblait boire la lumière qu'il projetait, et il en vit les dents affreuses. Il se laissa happer.
L'instant d'après, il était dans la loge qu'il connaissait bien pour être celle du corps de Jean Levau. Il était dans une sorte de cellule, à l'arrière de son corps, comme enfermé dans le cercle de ses gestes, dans ce cercle que certains qualifient d'aurique, et que trace l'ange. Il l'accompagnait. Et lorsqu'il voulait se matérialiser, il devait passer à travers son corps, et se tourner vers lui. Tel était son secret, pour se matérialiser dans la sphère terrestre. Cela demanderait encore d'autres explications, mais l'heure n'est point venue de les donner.
(Le lecteur pourra être surpris par l'identité de son alter ego: dans les épisodes précédents, il s'agissait de Charles de Gaulle. Avouons-le: c'était une erreur. En réalité, le corps qui l'accueillait était celui d'un certain Jean Levau, contemporain de Charles de Gaulle et partageant avec lui bien des vues, d'où la confusion; mais Jean Levau n'était pas un homme important, et faisait peu de politique: il était correcteur dans un grand quotidien parisien que nous ne nommerons pas.)
Sur ces mots, ô lecteur, il faut laisser ici cet épisode noble et beau, et renvoyer au prochain pour observer le réveil de Jean Levau, et son retour à la vie normale.