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La dysphagie, ou trouble de la déglutition, est un transfert anormal d’une substance ingérée de la bouche vers l’estomac. Une partie de la substance ingérée passe dans les voies respiratoires. Cette pathologie reste actuellement peu diagnostiquée et insuffisamment prise en charge.
Ces troubles peuvent apparaitre avec l’âge, à cause de la fonte musculaire, de problèmes de dentition ou de raideurs cervicales. Ce phénomène peut être aggravé par des médicaments, la fatigue ou la position couchée de manière prolongée.
D’autres causes peuvent être à l’origine de la dysphagie telles que certaines maladies neurologiques ou tumeurs locales, des interventions chirurgicales de l’œsophage et de la trachée ou une intubation prolongée.
Le cumul de plusieurs facteurs accroît le risque de survenue de la dysphagie.
La dysphagie en chiffres
La prévalence de la dysphagie augmente de 20% dès 65 ans, de 85% au-delà de 80 ans et, selon les études, entre 30 et 60% chez les sujets institutionnalisés. Les pourcentages rapportés dans les recherches sont très variables et se situent entre 20 et 50% dès qu’il existe un trouble neurologique ou une maladie.
Les conséquences des troubles de la déglutition
Il existe plusieurs conséquences à la dysphagie :
- dénutrition et amaigrissement ;
- déshydratation ;
- problème pour prendre les médicaments ;
- encombrement à répétition, pneumopathies puis détérioration de la fonction respiratoire ;
- augmentation de la morbi-mortalité par 3;
- augmentation de la durée de séjour à l’hôpital par 1.5 ;
- augmentation des coûts des soins bien qu’il y ait peu d’études sur le sujet et que leurs auteurs disent qu’ils sont largement sous-estimés.
Le dépistage
L’Hôpital de La Tour propose un dépistage simple et précoce des troubles de la déglutition. Il n’existe pas de recommandations internationales précises sur le dépistage et la prévention à large échelle. Deux études ont été publiées ces dernières années en Australie et en Italie [1]. Elles montrent l’intérêt de la détection systématique pluridisciplinaire des troubles de la déglutition dans des services de soins continus (après les soins intensifs).
Le dépistage permet de poser un diagnostic clair, de prendre des mesures concrètes telles qu’un traitement ou l’adaptation de l’alimentation et ainsi d’éviter les complications inhérentes aux dysphagies.
Le processus de dépistage
A l’arrivée d’un patient, une feuille de screening est remplie de façon systématique par le médecin, l’infirmier(e) ou l’aide-soignant(e). Le dépistage comprend 3 parties :
- Dix facteurs de risque sont évalués. Si le patient rempli un seul critère, il doit réaliser le test de DePippo ;
- Le water swallowing test ou test de DePippo consiste à boire 90 mL d’eau plate à température ambiante, d’une traite si possible. Le test est positif si le patient tousse dans la minute qui suit la prise de boisson ou si sa voix devient enrouée;
- Un bilan fonctionnel est réalisé dans notre service de physiothérapie cardio-respiratoire.
Le bilan du physiothérapeute a pour but de déterminer l’origine du trouble de la déglutition et d’établir des recommandations de posture et d’alimentation notamment. Il est transmis aux médecins, aux infirmier(e)s, aux aides-soignant(e)s, aux diététiciens et aux cuisines afin d’adapter l’alimentation et la façon de s’alimenter du patient. Si le médecin le juge nécessaire, un spécialiste en radiologie ou en ORL pourra également être contacté. Les familles, les aidants, sont également informés afin de s’adapter lors du retour au domicile.
Diane Neuhut, physiothérapeute cardio-respiratoire à l’Hôpital de La Tour
[1] Cichero J. et al. J Clin Nurs 2009;18:1649-59F / Mozzanica et al, Acta Otorhinolaryngologica Italica 2017;37:25-31