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La description la plus ancienne des Alpes glaronnaises dans littérature alpine
Albert Schmidt, Glaris
« Description complète des hautes montagnes, en même temps que de leur fécondité, des animaux sauvages, de leur nature et d' autres merveilles des louables ville et canton de Glaris par Heinrich Pfendler, serviteur de l' église de Schwanden, i6jo » Au cours de mes investigations sur le passé historique du Freiberg Kärpf et en recherchant des documents écrits du temps passé ( je n' ai pas pu me fonder encore sur la thèse détaillée du Dr Elisabeth Thürer: L' histoire de la chasse et des districts francs du canton de Glaris, parue en 197g ) -je suis tombé notamment sur une indication du professeur Jost Hösli qui a suscité mon intérêt: il mentionne brièvement dans son article un écrit ( paru en 1670 ) du pasteur de Schwanden, Heinrich Pfendler, qui y a laissé apparemment la première description détaillée du monde alpin du canton de Glaris. Je me rendis compte que l' original ( un petit livre de 9 x 13 cm seulement et de 84 pages ) était à coup sûr une pièce rare, du fait que je ne la trouvais plus moi-même à la Bibliothèque cantonale de Glaris. Pouvait-on encore la dénicher?
C' est alors que le hasard me vint en aide. Au cours d' une conversation avec Fritz Feldmann, le préposé aux guides de la section Tödi, celui-ci me fit voir dans son étude d' avocat quelques œuvres des premiers temps de l' alpinisme, qu' il avait acquises pour sa collection. Soudain je tins dans mes mains l' œuvre de Heinrich Pfendler, une photocopie de l' original qui, provenant de la bibliothèque du chanoine Johann Jakob Blumer, est jourd' hui garde en dépôt par la famille du Dr Aegidius Tschudi-Streiff à Glaris. Avec joie, je commençai à parcourir le petit opuscule en caractères gothiques facilement lisibles, où je trouvai bientôt la description cherchée du Freiberg Kärpf àt Pfend- ler. Sa peinture de la faune de la montagne était pour moi - qui m' enthousiasme de plus en plus pour la photographie des animaux - une découverte très précieuse. Par-dessus le marche j' y trouvai une description du monde alpin glaronnais, une lecture exquise en son genre pour nous autres, amis de la nature d' aujourd, et qui mérite d' être mise à la portée d' autres lecteurs.
Nous sommes accoutumés aujourd'hui dans la littérature alpine à un style tout différent, objectif et soulignant les performances sportives; au contraire, dans cette description du bas moyen âge du monde alpin, un accent vibre que nous n' arrivons plus à intégrer à nos écrits d' aujourd, un émerveillement et un étonnement à la vue des œuvres divines dans un temps de découverte où l' observation et la connaissance avaient déjà fait quelques progrès, mais où beaucoup de choses étaient encore à l' état d' intuition, de supposition et même de mystère.
Mais laissons la parole au pasteur glaronnais qui dit, après avoir loué les œuvres et les actes de Dieu, à la page 14 de son ouvrage étonnant, quoique modeste:
« 0« rencontre de hautes et grandes montagnes solitaires très fertiles - des montagnes dont on n' admire pas l' as sans s' étonner. D' autant plus qu' il s' y trouve toutes sortes de prodiges comme justement:
LES MONTAGNES DU LOUABLE PAYS DE GLARIS On voit là sur ces hautes montagnes des Alpes comment le grand maître d' œuvres a fait jaillir des roches escarpées de si nombreux et si grands ruisseaux pour le bon bétail qui les entoure en foule. Souvent on voit au même endroit des ruisseaux, ceux-ci rapprochés, ceux-là éloignés les uns des autres jaillissant des rochers et des falaises abruptes et se hâtant vers la plaine. Chaque ruisseau trouve de façon étonnante son issue ordonnée par Dieu.
Il est encore plus étonnant de voir sur ces massifs élevés, dans ce pays de Glaris, de grands lacs, des étendues d' eau qui ne sont pas seulement longues et larges d' une demi-heure ou d' une heure entière, mais prof ondes, si bien qu' on peut voguer d' un endroit à l' autre avec des radeaux charges de bois, sans rames, avec d' autres instruments fabriqués pour cela.
Dans le grand lac situé à une heure et demie au-dessus du bourg principal, GLARIS ', on trouve des brochets en grand nombre attrapés au tir et avec des filets fabriqués à cette intention et descendus aux bonnes saisons de l' été et de l' automne au bourg de Glaris.
Le MURGSEE est un autre lac, ( où l'on monte à partir de ce lieu en trois heures ) profond et vaste; on y trouve des truites d' une, deux ou trois demi-livres, que nos gens attra-pent à la ligne, pas seulement dans le lac, mais aussi dans son écoulement, et qu' ils nous apportent avec grande joie.
Il y a cinq ans seulement - ce qui m' étonne - d' honnêtes gens de ce pays ont mis des petits poissons dans le lac de diestahl 2 qui se trouve à trois heures et demie de la plaine; ceux-ci ( les poissons ) ont tellement grandi entre-temps, à cet endroit sauvage, que j' en ai vu, stupéfait, pendant l' été 166g,plusieurs, pesant certainement deux livres et qui sautaient hors de l' eau, cherchant leur nourriture; c' est un plaisir des yeux que de regarder sans être vu, dans le bel été, ces joyeux animaux en un lieu aussi sauvage et complètement désert.
En même temps, en les contemplant,je suis fort étonné d' apprendre que ces eaux ne gèlent pas entièrement par le froid de l' hiver, dans ces altitudes rigoureuses, avec des montagnes couvertes d' une neige incroyablement haute et épaisse. Sans nul doute cela arrive à cause des sources qui les alimentent, sorties chaudes des profondeurs secrètes de la terre. Mais alors - si c' est vrai - et que, fete aussi, on ne rencontre pas d' autres aliments que quelques rares mouches ou petits moustiques qui volent dans l' air: qui est-ce qui procure la nourriture en hiver, puisque ces eaux sont couvertes jusque vers fete d' une glace dure, sinon Dieu seul, qui donne merveilleusement leur pâture aux animaux privés de raison et qui les rassasie tous avec bienveillan- 1 Lac du Klöntal.
z Aujourd'hui, les lacs d' Engi.
I I I Après cette description vivante, prouvant une observation exacte des eaux et lacs de montagne des Alpes glaronnaises, Heinrich Pfendler consacre son attention aux glaciers et névés des sommets les plus élevés, qui à cette époque étaient plus étendus qu' aujourd:
« On trouve dans ce pays beaucoup de névés*, ressemblant à de grandes montagnes sur de hauts sommets; ( c')est une espèce de vieille neige restée là longtempselle ) est gelée comme la glace d' hiver, dure comme la pierre, comprimée par moult centaines d' années, claire et limpide comme un beau cristal; ( elle ) quitte la nature et la qualité de la neige et de la glace ordinaire, devient une glace plus dure, qui ne fond jamais en altitude, mais qui devient de la pierreelle ) se purifie elle-même, de sorte qu' elle ne contient ni terre, ni pierres, ni sable ni matière d' aucune sorte. Quand un morceau de ce névé tombe en été, cela fait un grand fracas; il se brise en morceaux en sautant d' un rocher à l' autre; à notre surprise il faut beaucoup de temps avant qu' un tel morceau de névé ne devienne de l' eau. » Le pasteur Pfendler ne croit pas tout à fait à la possibilité à laquelle fait allusion Johann Stumpf dans sa Description du monde d' utiliser avec succès la glace ( des glaciers ) contre des maladies telles que la dysenterie hémorragique, et donne un conseil plus pratique:
« ( Je ) trouverais plus opportun par la très grande chaleur de fete déplacer dans F eau froide qu' on prend du névé une cannette ou une bouteille de bon vin, qui sera bue en joyeuse compagnie, accompagnée de conversations édifiantes et utiles. » Nos ancêtres savaient donc apprécier, comme nos amis montagnards d' aujourd, un bon cru dans l' air vivifiant des altitudes... Après un détour dans d' autres massifs montagneux, au « Mont élevé de l' Olympo », au « Casius » en Syrie et à Y«Athos », au « Mont Caucase en Asie, réputé par sa cruauté », Heinrich Pfendler décrit la vue du haut de deux montagnes glaronnaises qu' il a apparemment gravies lui-même:
3 Glaciers.
54 Eclairé par le soleil du matin, le Tödi trône au-dessus de l' arrière glaronnais 55 Dominant le village de Netstal, le Wiggis dresse sa paroi verticale de 1800 mètres au-dessus du fond de la vallée 56 Le clocher de l' église a " Urner Boden se détache sur les tours crénelées des Jegerstöck 57 L' automne dans le val Schwändli. Au-dessus de l' alpe de Mullerenberg: le Mürtschenstock et le Fronalpstock « Schild - un sommet de notre pays dénommé ainsi -se trouve à trois heures de la vallée ou plaine. De là-haut on voit par journées claires différents lacs comme le lac de Qmch, de Lucerne, de £oug, de Constance et d' autres, mais très éloignés les uns des autres. C' est extrêmement gracieux.
Le GLÄRNISCHT, dont les étrangers relatent l' une ou l' autre chose pour en avoir entendu parler, n' est pas si haut ni si sauvage que l'on croyait jadis, attendu que les névés ne s' y accumulent pas comme sur d' autres montagnes de ce pays; de par sa position, on a la vue au loin avec grand plaisir.
Personne ne peut cependant dire véritablement qu' il n' y a pas toujours des vents et des orages sur les sommets les plus élevés de nos montagnes, quand un riant soleil brille dans la plaine. On sent toujours un courant d' air tempéré, quelque chaleur qu' il fasse dans la vallée. C' est pourquoi gravir ou traverser de hautes montagnes est agréable et revigorant. » Le passage suivant, où il mentionne des cavernes, des mines et également le fameux Martinsloch dans les Tschingelhoren près d' Elm, démontre que le pasteur Pfendler n' a pas décrit le monde alpin glaronnais en restant assis dans son cabinet de travail:
« II est étonnant que l'on rencontre çà et là dans ces montagnes des trous s' enfonçant de façon étrange profondément dans la terre; si on y fait tomber une pierre, on l' entend rebondir de degré en degré pendant longtemps. S' ils avaient été faits de main d' homme, ils ne seraient pas différents. J' en ai rencontré un sur l' alpage sauvage de Guppen, un autre au Sassberg, le troisième à Ursis, le quatrième à la Brüch, donc sur des alpages connus dans notre pays; je ri' étais pas peu horrifié par leur aspect sauvage, leur profondeur et leur longue résonance.
Et parce que ce pays de Glaris est presque entièrement entouré de ces montagnes terribles, et que les villages et les bourgs sont échelonnés sur les pentes des montagnes, il est étonnant de constater comment le grand œil du monde, le soleil qui se déplace en une heure de 27.253 milles -je dis vingt-sept mille deux cent cinquante-trois milles - brille à travers le trou de St-Martin, à travers la haute et grande montagne qui sépare notre pays des Grisons, le 3 mars au printemps et à la St-Michel en automne, et de le voir éclai- 58 Matin d' automne au bord du lac du Klöntal 59 Le Vorder Glärnisch ( avant-sommet du Glärnisch ) dresse sa pyramide de 1800 mètres au-dessus de Glaris et Ennenda 60 Le Tödi vu du nord. Au centre, l' arête nord; à sa gauche, la paroi nord-est avec le couloir Röti; à droite, la paroi nord-ouest et l' arête ouest qui descend au Chli Tödi ( Petit Tödi ). A i' arrière, à gauche: le Piz Urlaun rer les habitants d' Elm — une paroisse ainsi nommée qu' il n' atteint pas pendant quatre semaines à cause des hautes montagnes. » Dans la description suivante, Pfendler utilise une expression, étonnante pour l' époque, qui correspondait certainement à son opinion personnelle. Contrairement à d' autres écrivains et chroniqueurs des XVIe et XVIIe siècles, il insiste sur la beauté et sur l' utilité de ce monde alpin, qui inspire pourtant toujours la crainte, et le mot « grâce » y revient constamment:
« Quelque âpres et sauvages que soient ces hautes montagnes du pays de Glaris, elles sont cependant:
1. charmantes, 2. utiles.
a ) Elles sont charmantes, ces montagnes alpines, où nous contemplons pendant le bel été les chers troupeaux en grand nombre - de grand et de petit bétail - qui cherchent leur nourriture avec avidité. Des troupeaux de près de deux cents vaches, de huit à neuf cents moutons, tantôt montant, tantôt descendant, paissent, se mouvant sans cesse, gravissent les cimes et en descendent.
b ) charmantes, quand les valets préposés au bétail chantent joyeusement et jouent d' un cor ou tube fait d' un bois spécial, long de plus d' une toise, afin qu' il produise dans la montagne un écho gracieux et charmant.
c ) charmants vous apparaissent les hommes, et toutes sortes de lacs situés dans les montagnes, les névés, les troupeaux de bétail, mais surtout quand on porte ses regards vers la plaine:
Là, on peut voir, à cause de la distance, les gens tout petits dans leurs mouvements pendant leur travail. Et souvent, quand le soleil brille, on peut reconnaître de loin les hommes, pour son contentement, avec une lunette ou une longue-vue.
d ) charmantes, à mon avis, ces montagnes, car, à maints endroits en altitude, ceux qui s' y promènent ont devant leurs yeux des perdrix bartavelles qui volent d' un rocher à Vautre et qu' on peut approcher quand le soleil brille et qu' il y a de la neige fraîche, au point qu' on peut même jeter des pierres à ce délicieux gibier. On en apporte un grand nombre des régions sauvages, l' été et l' au, à un prix abordable. » Avec cela, le pasteur Pfendler en vient à décrire
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64 hoenwetter, llurgatruiu, Glarus, ichfolc t. J. Knot«- !.
Thom. >V icliicr, J»k. UeuBsl, Führer.
Jak. Tschudi, Führer.
63 Jah. Trttiiipy,Job. Rfajner,H. Zentner, Trüger.Trüger. Jak. Knbll, Führer.
Führer.J. Rad. Stahl, Führer. HeiT Carì Kollmus,Führer.
Herr Rud. Greiner, Präsident Herr Jacq. Jenny, Jak.Schleyer,Tob.liiderrand, Führer-Chef. derSektTÖdi VorsUDdimitglied. Job.Zwelfel.Helnr.Scbtesier.FrltzZweirel, Triger.FührerS.A.C.Krührer,Führer. » Führer. ' ' 61Le Bifertenstock et le glacier du même nom. L' Akademi ( voie des Académiciens ) suit la rampe traversant la paroi en ligne diagonale. A droite, au-dessous du sommet, le Tödi Grischun ( Tödi grison ) et, au-dessus, le Piz Frisai qui se détache de Parete sud du Bifertenstock Photos Al ben Schmidt 62Vue aérienne du flanc ouest du Tödi avec le sommet, du Piz Russein, point culminant du Tödi ( 3614 m ). A gauche, la le monde animal de la montagne; les deux espèces les plus fréquentes, les chamois et les marmottes, lui tiennent le plus à cœur. Il consacre huit pages entières au chamois, cet animal chassé le plus intensément et le plus utile pour les habitants des Alpes:
« Qu' y a-t-il de plus gracieux à voir que les chamois dans leur course rapide? Les chamois, en latin Rupica-prae, donc chèvres des rochers, parce qu' ils ont surtout leur habitat dans les rochers, car les hautes montagnes sont l' asile des chamois, comme dit David ( Psaume 104, verset 18 ).
SAIS-TU LE TEMS ( sic ) AUQUEL LES CHAMOIS FONT leurs petits dans les rochers? dit F excellent connaisseur de la nature, le patient Job ( chapitre3g, verset 4 ).
De par sa nature le chamois est un animal très sauvage, qui ne se laisse pas apprivoiser; bien qu' on puisse quelquefois se saisir de ses petits - ce qui arrive rarement - et les amener de l' étal sauvage à l' état domestique, il garde néanmoins son naturel pendant longtemps, jus qu' à ce que, après avoir été sevré du lait d' une chèvre domestique, il soit vendu comme curiosité à des couvents ou dans les cours d' autres grands seigneurs. Une chose m' étonne: comment bon nombre de ces chamois sauvages peuvent-ils résister à l' hiver sur les plus hauts rochers et parois?
Car, bien qu' il y ait toutes sortes de Préalpes où ils peuvent se réfugier en hiver, où ils trouvent aussi du gazon sous la neige, il est facile d' estimer que l' herbe gelée et fanée n' a plus de force et ne se prête pas à la nourriture. Pourtant, c' est là leur fourrage. Ils passent d' un endroit à un autre, là où le bon soleil a amolli la neige, au point qu' elle tombe du fait de l' escarpement de la paroi. Il suffit qu' un peu de vieille herbe y paraisse pour qu' elle soit broutée par eux, ce qui leur permet de subsister jusqu' à ce que le rude hiver soit passé et que leur nourriture pousse en suffisance entre les falaises et les rochers. » Le pasteur glaronnais avait, même en hiver, l' occasion d' observer des chamois, qu' il examinait sans doute avec sa « lunette » sur les vires abruptes du Glärnisch au-dessus de Schwanden, plutôt que de les approcher dans les montagnes enneigées. La description ultérieure des chamois se fonde certainement sur une observation personnelle dans " 3 paroi nord-ouest: à droite, le versant sud-ouest, par où passe l' itinéraire de la cabane Pianura Arktis Photo, Claris :Ch. Schindler 63Vers igoo, sur le glacier de Biferten Photo d' archives d' Albert Schmidt ( Prise de vue de F. Wucher, Zurich 6 ) 64 Guides et porteurs glaronnais ( entre i8go et igoo ) entourant le président et deux membres du comité de la section Tödi Photo d' archives dejeaii Stüssi, Linthal leurs quartiers d' été, et nous avons tout lieu de croire qu' il a eu l' occasion de la faire au Freiberg Kärpf, en compagnie des tireurs assermentés:
« Le chamois est par nature un animal fort, agile à la course; il progresse rapidement d' un rocher à l' autre quand il se rend compte qu' il est poursuivi. Aucun chien de chasse - encore moins un homme - ne peut l' attraper dans sa course ou l' arrêter dans sa fuite. Les jeunes et les vieux sautent et dansent d' une façon étonnante l' un par-dessus l' autre. Et bien que les hommes ne puissent pas cheminer dans les rochers et qu' il paraisse impossible que cet animal vigoureux puisse seulement y poser le pied, il y fait rarement un faux pas eny courant. Plus le rocher est mauvais et trompeur, plus cet animal se montre gai et agile quand il est poursuivi.
On peut dire aussi que nos tireurs préposés à la chasse poursuivent ces animaux sur leurs « pistes » ( comme on les appelle ), quand ils en ont connaissance, de façon qu' ils ( les chamois ) ne trouvent pas d' autre issue que justement celle par laquelle ils sont entrés, mais qui est surveillée et gardée par un chasseur. Jamais pourtant le tireur n' est plus menacé que dans l' attente du gibier sur une telle piste, car il pourrait arriver facilement que le chasseur tombe du rocher dans ces endroits escarpés, d' autant plus que ces sentiers passant par les rochers sont étroits et que les chasseurs n' ont pas la place pour se préparer à abattre au fusil l' ani qui arrive rapidement à leur rencontre.
Il est certain que l' homme le plus fort ne pourrait pas retenir un de ces animaux, même s' il pouvait l' attraper par n' importe quel membre. Souvent ils sautent et courent au loin avec une balle dans le corps et ne prêtent guère attention à un coup de feu quand celui-ci n' a pas atteint le cœur. Il arrive aussi que les tireurs ( de chamois ) trouvent dans le corps de ceux-ci des boules spéciales de la grosseur d' un œuf, recouvertes intérieurement de poils, extérieurement d' une matière dure4. » On dit qu' un bourreau a inventé un art maléfique en l' année 1611, à Passau. Et bien que,provenant du diable, il ne serve à rien contre le canon, un gourdin ou un bâton, et 4 On attribuait autrefois à cette concrétion pierreuse, appelée bezoard et qui se forme dans l' estomac de certains animaux, notamment le chamois, les vertus d' un contrepoison ( réd.)- que celui qui l' utilise rejoigne la compagnie de Satan -comme disait ce païen: « Si Dieu ne veut pas aider, que le diable aide! »—il arrive, malgré tout, toutes sortes de vagabonds qui rachètent pour leur profit personnel de telles boules, fabriquées par le diable, et cela pour beaucoup d' ar.
Nous voyons par cette description que l'on croyait à l' origine que lesdites « boules de bézoard » étaient dues à un coup de feu non mortel. La condamnation par Pfendler de cet « art du diable », qui eut pour conséquence un commerce assez actif de boules de bézoard provenant non seulement du bouquetin, mais aussi du chamois, est également fort intéressante.
Par la suite Heinrich Pfendler décrit le Freiberg au Kärpfstock, région particulièrement riche en chamois. C' est un passage que nous sautons ici, mais nous citons encore la fin de sa vivante description:
« Le chamois est un animal rusé; si le vent souffle de la direction de celui qui le poursuit, il n y a rien à faire, le tireur ne réussit pas, il est trahi par l' odorat sensible du chamois. A ce moment le chamois se met en route précipitamment, émet un coup de sifflet très fort et d' une manière bizarre par le nez, et le poursuivant se rend bientôt compte qu' il a été trahi par le vent qui apporte son odeur en direction de animal. C' est pourquoi les tireurs expérimentés ne doivent pas prêter attention seulement au temps, au moment de la journée, mais aussi au vent qui souffle sur les plus hautes montagnes quand ils poursuivent le chamois.
La viande de ces animaux est délicieuse en automne et au début de l' hiver. C' est un gibier excellent et sain. C' est pourquoi Salomon, ce roi très sage, mangeait quotidiennement du chamois à sa table savoureuse ( ce que l'on peut constater dans I Rois 4, verset 23 ). On vend sa peau précieuse, transportée pour beaucoup d' argent de notre pays dans des régions étrangères on on en rassemble pour leur faire subir une préparation. » Après cela, le pasteur versé en histoire naturelle se consacre à un autre animal « délicieux », la marmotte, que l'on traquait à ce moment-là plus assidûment encore que le chamois. Si on n' attrapait pas tout de suite ces dames fourrées au fusil ou au piège, on les déterrait simplement de leur logis.
« charmantes sont nos montagnes, quand pendant le bel été les marmottes ou « Mures alpini » se montrent à nos yeux, quand ces bêtes, jeunes ou vieilles, apportent avec avidité du foin dans les trous qu' elles ont creusés elles-mêmes profondément dans la terre, pour le doux sommeil de l' hiver.
Dès que ce délicieux animal voit l' homme, il émet un sifflement d' une force telle qu' un homme ne pourrait jamais le produire avec sa bouche. Son espèce, comme nous l' avons appris de source sérieuse, dort enroulée à partir de la St-Michel jusqu' en avril, tellement profondément et sans interruption au point qu' on ne peut la réveiller pendant ce temps, ni en la touchant, ni en la roulant. Je n' ai pas pu déterminer une autre cause de sa survie que les douves, petits parasites allongés qui tournent sans cesse dans les entrailles et les intestins des marmottes. » Pfendler prend pour thème d' une considération théologique assez longue la survie des marmottes pendant l' hiver alpin long de plus de six mois, phénomène qui continue à nous étonner malgré nos connaissances zoologiques d' aujourd. Il écrit que Dieu seul peut maintenir en vie les hommes et les animaux, même sans nourriture, et demande:
« Ou qui alors a maintenu en vie pendant vingt et un ans, sans nourriture ni boisson matérielles, le frère Claus d' Unterwaiden, qui avait abandonné sa femme et dix enfants et passé ce temps, comme l' écrivent des gens érudits, sans nourriture dans un lieu sauvage et désert? » Puis il continue sa description:
« Ce petit animal ( dont la conservation pendant six mais nous permet de constater la toute-puissance, la sagesse et le règne de Dieu ) est intelligent et prudent: il quitte son abri sûr à l' heure que Dieu lui a fixée, non pas la légère et imprudemment, et non sans avoir observé soigneusement, encore à l' entrée de son trou, s' il n y a pas d' ennemi ou si le vautour, un oiseau de proie avide de son espèce, ne vole pas dans les alentours.
C' est pourquoi le braconnier veille, avec son fusil qu' il a près de lui, à proximité de ces petits abris que la marmotte a faits elle-même et qu' il connaît, jusqu' à ce qu' elle en sorte et qu' il la tire à la sortie de son terrier. Cet animal n' a pas seulement une viande agréable, saine et délicate à manger, mais aussi de la graisse, que nous appelons graisse de marmotte, louée et utilisée par les médecins et recommandée à ceux qui ont un grand mal de dos ou quelque sang mal distribué dans le corps. Je connais un exemple: un demi-verre, pris dans un peu de bouillon chaud, par un patient dont le sang était mal distribué dans le corps, a fait sortir ce sang rapidement par la bouche, salvo honore, et cet homme a été guéri.
C' est chez nous un médicament utilisé dans la pratique. Les docteurs disent que ce gibier est un repas fin pour une accouchée, qu' il chasse le placenta et les douleurs dans le ventre, qu' il apporte et facilite le sommeil, et qu' il est bon en cas d' épidémies. Ces animaux se multiplient tous les ans, par le fait que cinq ou six d' entre eux proviennent en une seule fois d' un poil dans leurs terriers. » Après cette description délicieuse dans son genre des chamois et des marmottes, le pasteur du XVIIe siècle parle encore des Alpes et des eaux thermales du canton de Glaris, ainsi que des herbes précieuses que l'on trouve dans les montagnes, mais aussi des mauvaises herbes, des dangereuses vipères péliades et des carnassiers:
« La seule chose contrariante dans ces pays et leurs montagnes est que on rencontre en certains endroits des bêtes venimeuses telles que des serpents. Le mutzer est un petit animal nuisible à cause de sa morsure venimeuse. Il arrive souvent que, quand une cache a été mordue par une vipère pour l' avoir blessée en se couchant ou en marchant, elle meure dans les vingt-quatre heures.
Il n y a pas beaucoup de lynx, d' ours et de loups dans nos pays, parce qu' on les suit à la trace et que nos tireurs assermentés et, en cas de danger, la population des alentours les poursuivent, les chassent ou les tuent de différentes façons. Et nous pouvons approuver en toute chose le psalmiste qui dit: « 0 Eternel, combien tes œuvres sont nombreuses! Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est plein de tes richesses » ( Psaume 104, verset 24 ).
Pfendler décrit en outre les dangers d' une vie au voisinage des hautes montagnes en parlant des éboulements, qu' il met en rapport apparemment avec des tremblements de terre; il cite des exemples de telles catastrophes dans toute la région des Alpes. Il est curieux qu' il ne mentionne pas les avalanches, cette « plaie des Alpes » qui se manifeste chaque hiver dans le pays glaronnais.
" 5 Nous allons maintenant laisser de côté ce petit d' œuvre du temps le plus ancien de la littérature alpine. Il nous a transportés trois siècles en arrière dans la vie et l' expérience qu' on avait en ce temps-là du monde alpin, à une époque où beaucoup de choses utiles étaient reconnues et acceptées avec gratitude et où tant de phénomènes inexplicables suscitaient encore l' émerveillement, l' étonnement et la peur. Nous pourrions percevoir quelque chose de tout cela aujourd'hui, de temps à autre, en parcourant des sites encore intacts -même si, à force d' admirer les œuvres techniques nées de la main et du cerveau de l' homme, nous ne prenons plus garde à la nature ni ne respectons cette création de Dieu.
Trad. K. Baumgartner-Boxberger