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|Le vicomte de Bragelonne (tomes 1, 2, 3 et 4).||1.5 Mo|
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|Le vicomte de Bragelonne (tomes 1, 2, 3 et 4).||1.4 Mo|
|Le vicomte de Bragelonne (tomes 1, 2, 3 et 4).||1.6 Mo|
extrait :
“Vers le milieu du mois de mai de l’année 1660, à neuf heures du
matin, lorsque le soleil déjà chaud séchait la rosée sur les ravenelles
du château de Blois, une petite cavalcade, composée de trois
hommes et de deux pages, rentra par le pont de la ville sans
produire d’autre effet sur les promeneurs du quai qu’un premier
mouvement de la main à la tête pour saluer, et un second
mouvement de la langue pour exprimer cette idée dans le plus pur
français qui se parle en France :
- Voici Monsieur qui revient de la chasse.
Et ce fut tout.
Cependant, tandis que les chevaux gravissaient la pente raide qui de la rivière conduit au château, plusieurs courtauds de boutique s’approchèrent du dernier cheval, qui portait, pendus à l’arçon de la selle, divers oiseaux attachés par le bec. À cette vue, les curieux manifestèrent avec une franchise toute rustique leur dédain pour une aussi maigre capture, et après une dissertation qu’ils firent entre eux sur le désavantage de la chasse au vol, ils revinrent à leurs occupations. Seulement un des curieux, gros garçon joufflu et de joyeuse humeur, ayant demandé pourquoi Monsieur, qui pouvait tant s’amuser, grâce à ses gros revenus, se contentait d’un si piteux divertissement :
- Ne sais-tu pas, lui fut-il répondu, que le principal divertissement de Monsieur est de s’ennuyer ?
Le joyeux garçon haussa les épaules avec un geste qui signifiait clair comme le jour : « En ce cas, j’aime mieux être Gros-Jean que d’être prince. » Et chacun reprit ses travaux.
Cependant Monsieur continuait sa route avec un air si mélancolique et si majestueux à la fois qu’il eût certainement fait l’admiration des spectateurs s’il eût eu des spectateurs ; mais les bourgeois de Blois ne pardonnaient pas à Monsieur d’avoir choisi cette ville si gaie pour s’y ennuyer à son aise ; et toutes les fois qu’ils apercevaient l’auguste ennuyé, ils s’esquivaient en bâillant ou rentraient la tête dans l’intérieur de leurs chambres, pour se soustraire à l’influence soporifique de ce long visage blême, de ces yeux noyés et de cette tournure languissante. En sorte que le digne prince était à peu près sûr de trouver les rues désertes chaque fois qu’il s’y hasardait (...)”.
DUMAS Alexandre (1802-1870), écrivain français fils du Général Alexandre Davy de la Pailleterie.
Il fut élevé par sa mère seule et reçut une éducation plutôt médiocre. Après des études négligées, il travailla comme clerc chez un notaire et débuta la rédaction de pièces de théâtre avec son ami, le vicomte Adolphe Ribbing de Leuven. Ces premiers essais furent autant d’échecs. En 1823, il s’installa à Paris où il entra au service du Duc d’Orléans comme expéditionnaire et continua à écrire pour le théâtre et connut enfin le succès grâce à la représentation de Henri III et sa cour . Sa carrière de romancier se révéla d’une extraordinaire fécondité. Aidé de nombreux collaborateurs, il ne publia pas moins de quatre-vingt récits. Désireux d’adapter à la scène certains de ses romans, il fit bâtir à grands frais le Théâtre historique mais malgré l’enthousiasme du public, il fut contraint de cesser les représentations dès 1851 pour des raisons de budget. Après s’être lancé dans diverses opérations financières qui échouèrent les unes après les autres, il revint à Paris où il passa les dernières années de sa vie à la charge de son fils.