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Les radiations ionisantes ont des effets délétères connus sur le cerveau humain en développement. Du moins à hautes doses. Des anomalies cognitives ont été observées chez les enfants de Nagasaki ou de Hiroshima exposés in utero. Le même phénomène a été mis en évidence chez les enfants atteints de leucémies ou de tumeurs du cerveau et ayant subi des radiothérapies. Mais aucune étude n'avait permis d'estimer l'effet de doses relativement légères, le seuil de danger ou l'influence de l'âge au moment de l'exposition. Des épidémiologues suédois apportent une première réponse (BMJ 2004 ; 327 : 19-21). Selon leurs résultats, les doses liées au CT-scan de la tête peuvent dépasser le seuil de tolérance de certains jeunes patients et provoquer une baisse significative des capacités cognitives à l'âge adulte. Ils concluent que le rapport risque-bénéfice de cette technique d'imagerie chez l'enfant devrait être reconsidéré.Per Hall et ses collègues de l'Institut Karolinska de Stockholm ont enrôlé dans leur étude tous les conscrits suédois ayant subi avant l'âge de 18 mois une radiothérapie contre un hémangiome cutané à l'hôpital Karolinska, ceci entre 1930 et 1959. Ce choix limite les biais de sélection (hormis celui du sexe), puisque 95% des jeunes suédois sont testés par l'armée. Environ 3000 cas ont pu être inclus dans l'analyse. Grâce aux registres militaires, les chercheurs ont obtenu pour chaque garçon traité les résultats des tests cognitifs militaires, le degré d'éducation atteint, l'activité des parents au moment des tests, l'âge au recrutement. Ils ont également déterminé la localisation du ou des hémangiomes traités sur la base des dossiers médicaux, ainsi que le type de rayonnement et l'appareil utilisé. Ce travail de reconstitution minutieux d'anciens diffuseurs radioactifs ont même été testés leur a permis de déterminer la dose approximative absorbée par le cerveau et de répartir les participants dans cinq classes d'exposition (0 milligrays, 1-20, 20-100, 100-250 et > 250).Cette cohorte présente plusieurs avantages. Tout d'abord celui de ne pas comporter des enfants radio-exposés en raison de graves maladies, avec les risques de biais que cela comporte. Par ailleurs, le risque n'est pas déterminé par comparaison avec une norme, mais grâce à d'éventuelles dépendances de dose à effet au sein de la cohorte. Enfin, la variété des techniques employées et les différentes localisations des hémangiomes ont pour conséquence une vaste gamme de valeurs d'exposition, de modérées à très fortes.L'étude montre une baisse significative et dose-dépendante des capacités cognitives mesurées par la probabilité d'entrer à l'école secondaire, ou par les résultats des tests militaires à partir d'une dose de 100 milligrays (10 rad). Pour prendre les extrêmes, 17% des enfants exposés à des doses supé-rieures à 250 mGy sont entrés à l'école secondaire, contre 32% parmi ceux qui n'avaient pas été exposés. Les résultats ne changent pratiquement pas lorsqu'ils sont corrigés pour tenir compte des variables potentiellement confondantes (statut socio-économique des parents, âge au moment du recrutement, etc.).L'âge au moment de l'exposition ne semble pas avoir d'importance, du moins dans cet échantillon d'enfants traités avant 18 mois. Les auteurs espéraient également déterminer si une irradiation de la partie frontale du cerveau avait davantage de conséquences qu'une irradiation dans la région postérieure. Leurs résultats ne permettent pas de répondre, mais plusieurs indices vont dans le sens de cette hypothèse. Notamment, un effet des radiations particulièrement marqué dans les tests portant sur des fonctions impliquant les lobes frontaux.Ainsi, le seuil dommageable se situerait aux alentours de 100 mGy chez l'enfant. Selon une récente étude suédoise, un CT-scan de la tête correspond à une dose moyenne de 68 mGy environ chez l'adulte, de 30% plus élevée chez l'enfant. Une autre étude récente, réalisée aux Etats-Unis, donne un résultat comparable et estime à plus de 100 mGy la dose liée à un CT-scan de la tête chez l'enfant. Autrement dit, cette technique d'imagerie implique des doses limites chez l'enfant.Les auteurs s'inquiètent en particulier des CT-scans de la tête qui sont parfois réalisés dans les hôpitaux du pays chez des enfants après des traumatismes mineurs, pour des raisons autant pratiques que juridiques. Ils plaident pour une meilleure prise en compte des risques liés à cette technique d'imagerie.