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S. C. Tu as présenté « L’Apparition du titre » au Domaine du Dourven (Bretagne) en 2004. Le dispositif d’exposition était alors différent puisqu’il comprenait deux actes.
G. C.-T. Je l’ai présenté durant l’été, à l’occasion de ma première intervention qui s’appela donc « L’Apparition du titre » où je déclinais quatre manières d’aborder la place du titre d’une œuvre. Lors de ma seconde intervention dans ce lieu, à l’automne, il s’agissait de trois de mes « Défigurations critiques : Un Enterrement à Ornans, Art concret, suite », et d’une vidéo « Célest’art Academy ». « L’Apparition du titre », actuellement, comprend deux versions, celle pour la mer, que l’on vient d’évoquer, et l’autre pour la montagne, « Le Spectre du Brocken », où l’apparition du titre se fait dans un paysage montagneux sur une musique de Richard Strauss.
La vidéo présentée aujourd’hui est en sept parties de six minutes chacune, sept apparitions du titre sur des mers différentes calme, houleuse, matinale etc. On entend le bruit des vagues, puis arrive une mélodie les 3 premières minutes du Prélude de « L’Or du Rhin » de Richard Wagner(1). D’abord légère, elle est de plus en plus présente au fur et à mesure que le titre apparaît sur l’horizon.
S. C. Tu as choisi l’opéra de Wagner « L’Or du Rhin » pour cette vidéo, est-ce un calembour pour décrire une réalité autobiographique : tu es né à Lièpvre dans le Haut-Rhin, mais tu n’y vis plus, tu es « hors du Rhin ». L’ironie est chez toi « un comportement intentionnel ». Est-ce une stratégie artistique ?
G. C.-T. Il est certain que dans chacune de mes œuvres on trouvera enchâssée une réalité auto-biographique. Mais pour une vidéo, il y a aussi la logique du son au cinéma : comment fortifier l’image par le son et inversement. Il fallait que la musique amène le titre comme dans un roman de Jules Verne. C’est avant tout une histoire de paysage avec une montée en puissance de l’élément mélodique, que j’ai naturellement trouvé chez Wagner. Mon amour immodéré pour la musique se retrouve partout et spécialement dans mes dispositifs audiovisuels. L’ironie me permet un certain recul sur moi-même. Quant à la stratégie artistique, je n’en ai pas, sinon que je me méfie énormément des tendances, et que j’ai un faible pour la contradiction.
Mon intérêt pour les titres est indéniable. La présence de l’œuvre, du tableau, dit-on souvent, suffit, nous faisant oublier qu’elle porte un nom, un titre. Pourtant lorsqu’il s’agit d’en parler, hors de sa présence, ou de la répertorier, il nous faut bien la nommer par son titre d’origine ou retenu comme tel. Séparons maintenant du titre des œuvres leur auteur : nous nous retrouvons avec plusieurs fois le même titre, pour des œuvres différentes. « Le Balcon », pour certains, sera de Manet, pour d’autres, de Fernand Léger. Avec « La Vierge à l’Enfant », cela se complique, on atteint des extrêmes. L’œuvre sans son titre reste incomplète, le titre sans l’œuvre, en revanche, s’émancipe, profitant de cette autonomie mais perd du même coup sa mémoire. Outre leur beauté intrinsèque, leur pouvoir imaginaire, les titres nous ramènent à leurs auteurs, les artistes eux-mêmes, ou les titreurs posthumes, amateurs de l’œuvre, historiens, etc. ; ayant tous en commun d’avoir été, à un moment ou à un autre, face à l’œuvre, quoique dans des états d’âme différents…
(1) « Das Rheingold », 1869. Orchestre du Festival de Bayreuth, direction : Clemens Krauss, 1953.