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Le film est librement inspiré de la vie d’Eugene Allen (1919-2010), majordome américain noir qui travaillait à la Maison Blanche et a vu pas moins de sept présidents passer dans le bureau ovale. The Butler tire un portrait bouleversant du combat des noirs pour leurs droits mais aussi des rapports entre un père et son fils.
Deux mondes différents
D’un côté, Cecil Gaines (Forrest Whitaker), majordome en chef de la Maison Blanche, essaie de protéger ses enfants de la misère du monde et de leurs conditions en tant que «personnes de couleur». Il veut leur offrir le meilleur des mondes. De l’autre, Louis Gaines (David Oyelowo), son fils, révolté contre un monde injuste, ne comprend pas son père et sa soumission aux blancs à laquelle il préfère la force et la provocation. Une relation compliquée, deux visions du monde radicalement différentes pourtant animées par la même envie : celle d’un monde meilleur et plus juste.
Cecil voit le changement de l’intérieur, observe les rouages politiques, comprend qu’il faut du temps, influence la vision du monde des présidents. Louis décide d’attaquer et de ne pas attendre mais, sans s’en rendre compte, influence les présidents tout autant que son père. Sans ces deux visions, sans ces deux manières de faire, rien n’aurait changé.
Le fossé entre blancs et noirs, le fait qu’il y ait deux mondes radicalement différents alors que tous vivent ensemble chaque jour est renforcé par la relation compliquée d’un père et de son fils, tous deux remarquablement incarnés par Forrest Whitaker et David Oyelowo.
Une progression lente mise en valeur
Le film est rétrospectif. Il commence par une scène du vieux majordome, attendant son tour à la Maison Blanche ; il décide alors de revenir sur son histoire. Celle-ci commence en tant que cueilleur de coton aux côtés de son père. En 1926, quelques années après la mort de ce dernier, il fuit le sud des Etats-Unis pour chercher un avenir meilleur. Après maintes péripéties et différents travaux, il atterrit dans les cuisines de la Maison Blanche, à préparer du thé pour le président Truman.
Au travers des yeux de ce majordome censé être invisible pour ceux qu’il sert, on peut observer comment progresse le monde américain. A chaque président, les discours recommencent, les avis divergent et ce qui a été accompli en faveurs des droits civiques des noirs risque de s’écrouler.
Le réalisateur Lee Daniels réussit l’exploit de rendre le temps interminable avec cette impression que les présidents défilent et que tout pourrait changer en un claquement de doigts. Il réussit à nous faire sentir l’incroyable impatience des citoyens de voir leur monde changer, et la frustration alors que rien ne bouge. Il permet de nous rendre compte de la temporalité grâce aux dates qui défilent, et de l’avancement des événements, qui, malheureusement, ne se succèdent pas aussi vite que les années.
Oprah Winfrey survit à tout
Dernier point positif : Oprah Winfrey. Elle excelle dans le rôle Gloria Gaines, en femme aimante, perdue entre son mari qui n’est jamais là et son fils anti-conformiste. Pourtant, elle tient la famille avec une poigne de fer et ne se laisse pas abattre, ni par le danger des révoltes, ni par les relations tumultueuses entre Cecil et Louis.
Comme le dit Lee Daniels lui-même à propos de son film, « il permet de réfléchir à ce que la communauté noire a vécu, au cours des 50 dernières années, afin que des gens comme moi puissent obtenir le droit de vote. Cela transcende la division entre Noirs et Blancs, et j’y tenais, car au-delà du mouvement des droits civiques, le film parle des rapports entre un père et son fils. Le Majordome transcende le conflit entre communautés et dépasse même la seule histoire américaine : c’est un récit universel. »