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Par leur forte participation à la vie professionnelle, les femmes contribuent pour beaucoup à la prospérité de la Suisse. Mais elles ont souvent de la peine à assurer leur propre subsistance. Pour lutter contre cette pauvreté genrée, il faut des modèles de travail assurant un salaire décent, une redistribution du travail de soins et une offre de prise en charge des enfants adaptée à la demande.
Au début de chaque année, l'Office fédéral de la statistique (OFS) publie les nouveaux chiffres de la pauvreté, en précisant chaque fois quels sont, depuis des années, les groupes les plus touchés par la pauvreté : les familles monoparentales, les personnes sans formation post-obligatoire, les personnes vivant seules, les chômeurs et les étrangers. Bien que les femmes soient nettement plus affectées par la pauvreté que les hommes, la question du sexe est rarement abordée. La pauvreté des femmes a deux causes principales : les conditions de travail souvent précaires et leurs conséquences sur les assurances sociales et la non prise en compte du fait que ce sont elles qui accomplissent en grande partie le travail de soins non rémunéré.
Conditions de travail précaires et revenus insuffisants
En Suisse, 80 % des femmes en âge de travailler exercent une activité lucrative. C’est beaucoup en comparaison internationale. Mais les femmes travaillent souvent dans des secteurs mal rétribués comme la santé et le social, la vente, l'hôtellerie et la restauration ou le nettoyage. Le confinement imposé au début de la crise du coronavirus a mis en évidence le paradoxe voulant que ces activités au service de l’être humain soient particulièrement mal rémunérées. Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à percevoir un bas salaire.
Plus d’un tiers des femmes actives gagnent moins de 3000 francs net, ce qui entraîne une couverture sociale insuffisante. Plus tard, cela se traduit par le fait qu'une retraitée sur sept dépend des prestations complémentaires. Le marché de l’emploi exige plus de flexibilité et impose des conditions de plus en plus précaires : des postes à faible taux d’activité, sur appel et basés sur un salaire horaire. De ce fait, les femmes sont trois fois plus souvent sous-occupées que les hommes. Plus d’une femme sur dix aimerait augmenter son taux d’activité, pour assurer au moins sa subsistance.
À l’heure actuelle, près d’un couple sur deux divorce. Dans ce cas, un emploi mal rétribué conduit directement à la pauvreté, car il faut désormais pourvoir aux besoins de deux ménages. C’est pourquoi la pauvreté affecte particulièrement les familles monoparentales, tenues dans la plupart des cas par des femmes.
Le travail de soin non rémunéré est occulté
Au plus tard après la naissance du premier enfant, ce sont avant tout les femmes qui réduisent leur taux d’activité pour se vouer davantage à des tâches non rétribuées comme le ménage, les soins et l’éducation, car leur salaire est souvent inférieur à celui de leur partenaire. Malgré de petits progrès observés dans la répartition des tâches, celles qui ont un enfant de moins de 15 ans consacrent donc toujours presque deux fois plus de temps que les pères aux tâches ménagères et aux soins (30,2 heures contre 17). Les mères investissent environ cinquante pour cent de temps de plus que les pères à la garde des enfants (22,3 heures par semaine contre 14,7). Une tâche à laquelle s’ajoutent souvent les soins aux proches âgés qui souhaitent vivre le plus longtemps possible dans leur propre logement.
Une étude de la Haute école spécialisée bernoise s’appuie sur l'exemple du canton de Berne pour montrer que douze pour cent seulement des couples dont les deux partenaires travaillent pratiquent un modèle égalitaire de double soutien de famille. Cela tient également au fait qu’il n’y a pas assez de crèches et d'écoles de jour abordables. En Suisse, la garde externe des enfants coûte plus cher que dans tous les autres pays de l'OCDE. Il manque à certains endroits des places fortement subventionnées pour les ménages à faibles revenus. Il n’est donc pas étonnant qu’en moyenne suisse, à peine quarante pour cent des ménages avec enfants de moins de douze ans fassent appel à des institutions pour la garde des enfants. Le peu de possibilités de prise en charge abordables, mais aussi les heures d'ouverture basées sur les horaires de bureau, contribuent à cimenter les inégalités socio-économiques. Ces facteurs font que beaucoup de femmes peuvent difficilement tabler sur un revenu autonome.
Que faut-il faire?
Les modèles de travail précaires n'ont pas d'avenir, car ils favorisent la pauvreté. Le travail salarié doit assurer la subsistance. En Suisse, la sécurité sociale est principalement couplée à l'activité professionnelle. Il faut donc faire en sorte que les gens aient droit à un travail qui leur permette de vivre décemment. Il n’est pas admissible que les activités centrées sur l'être humain, comme les soins et la prise en charge, soient beaucoup plus mal rémunérées que celles de la branche des finances par exemple.
Il faut en outre des modèles de travail qui permettent de concilier facilement vie professionnelle et familiale. L'économie peut jouer ici un important rôle de pionnière dans l'introduction d'un congé parental et dans l’abaissement du temps de travail hebdomadaire pour les employé-e-s du segment à bas salaire assumant des responsabilités familiales. L'offre d'accueil extrafamilial et parascolaire doit pour ce faire répondre à la demande. Elle doit être gratuite pour les familles en situation de pauvreté.
Image : Caritas Suisse