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Solitaire, discret et loin du star système, Nelson Freire était pourtant considéré comme l’un des plus grands pianistes de la scène musicale. Au Brésil, son pays natal, il était adulé alors qu'en Amérique du Nord, on parle de lui comme "d’un ouragan de puissance pianistique". Moins connu en Europe, cet artiste réservé était l’un des secrets les mieux gardés du monde de la musique.
Un artiste profond et inspiré qui traduisait sa grande sensibilité en une expressivité et une force volcanique dont le génie s’est épanoui en même temps que celui de sa grande amie Martha Argerich.
Un talent précoce
Né en octobre 1944 à Boa Esperança au Brésil, il est le cadet d'une fratrie de cinq enfants. D'une santé fragile, il se réfugie dans l'étude du piano, un instrument qu'il a découvert à 3 ans et pour lequel il a un talent dès le départ. Afin de lui permettre cultiver ce don, sa famille déménage à Rio de Janeiro où l'enfant peut suivre des cours.
A 13 ans, il est lauréat du Concours international de piano de Rio de Janeiro où il soulève l’enthousiasme du jury en interprétant le concerto n°5 de Beethoven, "L'Empereur", triomphe qui lui vaut une bourse pour aller étudier à Vienne auprès de Bruno Seidlhofer.
Une complicité de toujours avec Martha Argerich
C'est dans la ville autrichienne que Nelson fait la connaissance de Martha Argerich qui, elle aussi, travaille chez ce prestigieux professeur. L’entente entre les deux jeunes pianistes est presque immédiate.
Sept ans plus tard, il remporte la médaille Dinu Lipatti à Londres et le premier prix au Concours international Vianna da Motta à Lisbonne. En 1972, il enregistre des Préludes de Chopin qui lui valent le prix Edison.
Tout au long de sa carrière, Freire est monté sur les scènes de près de 70 pays et, après une représentation aux États-Unis alors qu'il n'avait que 24 ans, le magazine Time l'avait décrit comme "l'un des plus grands pianistes de cette génération ou de toute autre".
Parmi les autres prix qu'il a reçus dans diverses parties du globe figurent les Classic FM Gramophone Awards 2007, considérés comme l'"Oscar" de la musique classique, et, plus récemment, les International Classical Music Awards (ICMA) 2019, lorsqu'il a été distingué pour l'ensemble de son carrière.
>> A voir et écouter, Nelson Freire joue le concerto pour piano n°4 de Beethoven
Un spécialiste de la musique romantique
Malgré son succès, Nelson Freire a pendant longtemps délaissé les studios d'enregistrement, au grand désespoir de ses admirateurs. Par la suite, il a néanmoins enregistré de nombreuses partitions de Beethoven, Chopin, Schumann, Debussy, Liszt, ainsi que deux Concertos de Brahms. La musique romantique restant son domaine de prédilection.
Et si le pianiste a toujours cité Rachmaninov et Walter Gieseking dans ses inspirations, c'est son amie Martha Argerich qu'il a toujours considérée comme la meilleure pianiste de sa génération.
Il y a deux ans, le pianiste s'était cassé le bras suite à une chute dans la rue. Un accident dont il ne s'est jamais vraiment remis et qui l'a contraint à annuler une série de concerts. En septembre dernier, le pianiste, qui était attendu comme membre du jury du Concours international Chopin à Varsovie, avait dû renoncer à ce mandat pour raisons de santé. Par solidarité, Martha Argerich, également membre du jury, s'était également retirée pour pouvoir rester au chevet de son ami de toujours.
aq/cb/swissinfo