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L’imagerie cérébrale sera-t-elle le prochain détecteur de vérité? Le sérum du même nom sera-t-il bientôt détrôné? Il est encore trop tôt pour le dire mais les recherches actuelles, et un exemple très particulier de condamnation suite à la réaction du cerveau, vont dans ce sens.
L’imagerie cérébrale a fait prendre un essor extraordinaire aux neurosciences. On peut déterminer avec une certaine précision quels sont les groupes de cellules qui réagissent à un stimulus extérieur. Il est par exemple possible de déterminer à quelle forme géométrique pense une personne.
Il y a lieu cependant de ne pas s’emballer. On ne lit pas - pas encore - le contenu des pensées.
Selon Yves Agid, directeur scientifique de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière: «Ce n'est pas parce qu'un comportement se traduit par une image que la mise en évidence de cette image traduit un comportement», prévient-il. L'image reste «très éloignée du fonctionnement neuronal» lui-même. Ce qui est mesuré, c'est le débit sanguin dans des capillaires du cerveau. D'où la nécessité de savoir interpréter les images.
Soit.
Mais aux Etats-Unis des avocats ont déjà produit, avec l'accord du tribunal, des images montrant des lésions cérébrales susceptibles d’altérer le comportement d’un accusé et éventuellement d’influencer la perception du jury quant à son degré de responsabilité.
En Inde en 2008, l’imagerie cérébrale «a déjà été utilisée pour fournir une preuve à charge: une femme accusée d'empoisonnement a été condamnée à la perpétuité «parce que son cerveau traitait le mot cyanure de manière familière.»
L’imagerie cérébrale a déjà quelques résultats pointus:
«Peut-on visualiser des émotions, une pensée précise, grâce à l’imagerie du cerveau ? Selon Stanislas Dehaene, directeur du laboratoire CEA-INSERM de neuro-imagerie cognitive d’Orsay, « les expériences récentes montrent qu’il est possible de décoder si un sujet est en train de penser à un mot d’action ou pas, ou bien s’il est en train de mémoriser le chiffre 2 ou le chiffre 8. Toutefois, ces résultats sont des prouesses de laboratoire, elles requièrent la collaboration étroite du sujet, et ne sont pas prêtes d’être appliquées à l’insu d’une personne ! Pas d’inquiétude à avoir, donc, sur le plan des libertés individuelles, mais un grand espoir pour les patients tétraplégiques ou atteints du syndrome d’enfermement (looked-in), qui pourront bientôt, avec l’aide des interfaces cerveau-machine, commander un ordinateur ou un robot par la simple pensée.»
On peut bien sûr se réjouir des avancées médicales issues de cette technique. On peut aussi reconnaître l’intérêt de mieux comprendre le comportement humain. Mais, quoi qu’en dise le directeur du laboratoire ci-dessus, souhaitons qu’un jour la police du cerveau ne vienne pas frapper à notre porte avec un bon pour une IRM. Des fois que l’on ne penserait pas comme il faut.
Ah, Neandertal, si tu savais tout le génie humain que tu ne connaîtras jamais. Mais si tu savais aussi à quoi tu as échappé!...
Image CNRS.