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expliqué par Rudolf Steiner
Titres des conférences données à Nuremberg du 18 au 30 juin 1908:
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Première conférence : L'Apocalypse, description de l'initiation chrétienne
♥ Deuxième conférence : La nature de l'initiation. Les premier et deuxième Sceaux
♥ Troisième conférence : Les lettres aux sept communautés
♥ Quatrième conférence : Les sept sceaux et leur ouverture
♥ Cinquième conférence : L'évolution de l'homme et l'évolution de la terre. Les vingt-quatre Vieillards et la Mer de cristal.
♥ Sixième conférence : L'homme aux époques lémuriennes et atlantéenne. Le Mystère de Golgotha.
♥ Septième conférence : La formation de l'individualité consciente. La descente dans l'abîme. La race bonne et la race mauvaise.
♥ Huitième conférence : L'évolution à venir de l'humanité. Les civilisations des sept Sceaux et les sept Trompettes.
♥ Neuvième conférence : Le passage à la terre spiritualisée. La femme vêtue de soleil. La bête à sept têtes et à dix cornes
♥ Dixième conférence : Le cours de l'évolution à travers les sept états de conscience, les sept états de vie et les sept états de forme. L'effusion des Coupes de colère.
♥ Onzième conférence : Le nombre 666. Soradt, le démon solaire. La chute de Babylone et les noces de l'Agneau. La Jérusalem nouvelle. La victoire de Michaël sur le dragon.
♥ Douzième conférence : La première et la seconde mort. Le nouveau Ciel et la nouvelle Terre. Origine de l'Apocalypse.
♥ Notes : Remarques sur le nombre 666 dans la onzième conférence
Nous avons pu montrer hier, à la fin de notre étude, ce que l'initiation spécifiquement chrétienne, celle qui plus tard est devenue, disons, l'initiation chrétienne rosicrucienne, révèle tout d'abord dans un grand symbole plein de sens. Nous avons montré l'importance de ce grand symbole, de ce signe de l'initiation chrétienne que l'on désigne aussi par l'expression : le "Fils de l'Homme", de Celui qui tient dans sa main droite les sept étoiles et de la bouche duquel sort l'épée à deux tranchants. Nous avons vu que cette initiation permet d'atteindre à un certain degré supérieur de la clairvoyance dans le champ du Je et du corps astral, hors du physique et du corps éthérique. C'est ce que nous allons maintenant étudier de plus près.
Par toute initiation, l'homme parvient à embrasser du regard, à connaître vraiment ce que l'on ne peut discerner qu'à l'aide du regard spirituel, des yeux de l'esprit, et qui n'est transparent qu'à l'observation spirituelle. Or, parmi les choses que doit connaître celui qui doit être initié au sens chrétien, la première et la plus importante, c'est l'évolution de l'humanité à notre époque, afin que chacun puisse discerner plus amplement les tâches incombant à l'homme. Car tout ce qu'une connaissance supérieure, un développement plus parfait doit donner à l'homme, est lié à cette question : que suis-je et à quelle tâche suis-je appelé à notre époque ?
C'est la réponse à cette question qui est tout d'abord d'une grande importance.
Chaque degré de l'initiation conduit à un point de vue supérieur de la réflexion humaine. Dès la première conférence, nous avons pu en effet montrer comment l'être humain accède graduellement d'abord à ce que nous nommons le monde imaginatif, où il apprend à connaître le sens chrétien des sept Sceaux, puis à ce que nous appelons la connaissance inspirée, où il entend retentir les sept Trompettes, enfin à un niveau plus élevé encore où il devient capable de distinguer la véritable signification et la nature des êtres spirituels, au niveau de ce qu'on appelle les Coupes de colère. Il nous faut maintenant considérer un degré déterminé de l'initiation pour ainsi dire.
Imaginons l'être humain parvenu justement au degré que nous avons décrit à la fin de la précédente conférence. Nous nous le représentons justement au seuil où entre les êtres les plus subtils de notre monde physique et celui qui lui est immédiatement proche, le monde astral, il lui est permis de contempler, comme du sommet d'une montagne, ce qui est au-dessous de lui. Que peut-il alors contempler du haut de ce sommet de l'initiation ?
Il faut à nouveau atteindre un sommet plus élevé encore de l'initiation pour embrasser l'ensemble des sept ères dont chacune comprend sept civilisations. Elles deviennent visibles lorsque l'on parvient à la frontière entre le monde astral et le monde spirituel dévachanique. Ainsi se poursuit l'ascension, degré par degré, et nous verrons en quoi consistent les degrés supérieurs.
Il nous faut retenir maintenant que l'on peut tout d'abord atteindre un sommet d'où sont visibles, telle une vaste plaine du haut d'une montagne, les sept civilisations de l'ère post-atlantéenne, que nous connaissons déjà toutes. Nous savons que lorsque l'Atlantide fut engloutie sous les flots, une première civilisation fleurit dans l'ancienne Inde, et fut remplacée par la Perse antique. Nous savons que vint ensuite la civilisation des peuples assyrien, babylonien, chaldéen, égyptien, hébreu, à laquelle succéda la quatrième, la gréco-latine, puis la cinquième, la nôtre. Dans la sixième, qui suivra la nôtre, devront mûrir en un certain sens les fruits de la culture spirituelle que nous devons édifier. La septième civilisation se déroulera avant la Guerre de tous contre tous. On verra alors se préparer une terrible dévastation de la culture et l'on verra échapper à la décadence générale causée par l'égoïsme le petit nombre d'humains qui aura su s'ouvrir au principe spirituel.
Nous vivons donc dans la cinquième civilisation post-atlantéenne. Tels les villes, les villages et les bois qu'on voit du sommet d'une montagne, la succession des civilisations se déploie du haut du sommet de l'initiation. Nous voyons ce qu'elles ont apporté, c'est-à-dire toute la culture qui se déploie sur le plan physique. C'est pourquoi nous parlons de civilisations, et non de races. Tout ce qui est, disons, lié au concept de race est une survivance de l'ère qui a précédé la nôtre, de l'ère atlantéenne. Nous vivons à l'époque des civilisations. L'Atlantide fut le temps où se formèrent l'une après l'autre sept grandes races. Naturellement, les fruits de cette formation sont perceptibles encore à notre époque, c'est pourquoi, aujourd'hui, on parle encore de races; mais les distinctions très marquées qui existaient du temps de l'Atlantide s'effacent déjà. Aujourd'hui, la notion de culture a pris la place de celle de race. C'est pourquoi nous parlons de l'ancienne civilisation hindoue, dont la culture qui nous est annoncée dans les Veda n'est qu'un écho. L'antique culture de l'Inde, la civilisation sacrée est l'aurore des civilisations post-atlantéennes, elle fait suite immédiatement à l'ère atlantéenne.
Représentons-nous une fois de plus comment l'homme vivait en ces temps, qui sont passés depuis plus de 8 000 ou 9 000 ans. Lorsque nous parlons des espaces de temps réels, ce sont ces chiffres qui sont valables. La civilisation dont nous parlons ici était directement sous l'influence du Déluge atlantéen, de ce que la science moderne appelle la période glaciaire. Morceau par morceau, l'Atlantide avait disparu, recouverte par les eaux. Sur la terre vivait désormais une humanité dont une partie s'était élevée au degré le plus haut de développement qui soit accessible. C'était le très ancien peuple hindou, une humanité qui en ce temps habitait la lointaine Asie et vivait plus du souvenir des temps passés que dans la conscience du présent. Ce qui a fait la grandeur et la force de cette civilisation dont les documents écrits comme les Veda et la Bhagavad-Gîtâ ne gardent plus que des échos, c'est que les hommes vivaient dans le souvenir de ce qu'ils avaient vécu à l'époque atlantéenne. Pensez à la première conférence de ce cycle, où il a été dit qu'à cette époque les humains étaient pour une grande part capables de développer une certaine clairvoyance confuse, et ne se bornaient pas au contact avec le monde physique sensible ; ils vivaient parmi des êtres spirituels divins, et voyaient ceux-ci autour d'eux. Le passage entre l'ère atlantéenne et la post-adantéenne s'accomplit quand le monde spirituel, astral, éthérique vint se fermer à la vision humaine, désormais restreinte au monde physique.
La première époque de civilisation fut marquée par la nostalgie, par une profonde nostalgie des hommes envers ce que leurs ancêtres avaient contemplé sur l'antique Atlantide, et dont l'accès était désormais fermé. Bien que confusément, ils avaient encore pu contempler de leurs yeux spirituels la Sagesse primordiale. Ils vivaient parmi les esprits, avaient commerce avec les esprits et les dieux. Aussi ces hommes de la première civilisation hindoue aspiraient-ils de toutes leurs fibres à retourner vers ce passé, à contempler ce qu'avaient vu leurs ancêtres, ce qu'enseignait la Sagesse des origines. Ainsi, le monde sensible nouvellement apparu au regard physique des humains, ces rochers terrestres désormais visibles, alors qu'auparavant on ne les voyait qu'en esprit, tout ce décor leur semblait de moindre valeur que ce dont ils gardaient le souvenir. Ils appelaient mâyâ, la grande illusion, tout ce que pouvaient percevoir les yeux physiques, la grande tromperie dont on voulait être désabusé. Et par les procédés initiatiques dont quelques traces subsistent dans le yoga, les meilleurs d'entre eux devaient s'élever jusqu'au niveau spirituel de leurs ancêtres. Ainsi se développa une attitude religieuse foncière qu'on peut rendre par les mots suivants : ce qui nous entoure dans l'apparence extérieure sensible n'est que leurre, apparence fallacieuse ; ce qui est vrai et véritable se trouve dans le monde spirituel que nous avons quitté. Ceux qui pouvaient s'élever jusqu'aux régions dans lesquelles on vivait auparavant devenaient alors des guides spirituels.
Telle fut la première des civilisations post-atlantéennes. L'ère post-atlantéenne dans son ensemble a ceci de caractéristique que l'homme apprend peu à peu à comprendre la réalité extérieure, sensible, à reconnaître toujours mieux que ce qui s'offre ici-bas à nos sens physiques ne doit pas être pris pour une simple apparence; c'est un présent des êtres spirituels ; ce n'est pas en vain que les dieux nous ont donné des sens. Ce qui, ici-bas, sur la terre, permet d'édifier une civilisation, nous devons peu à peu en reconnaître la valeur.
Ce que l'Hindou appelait mâyâ, et qu'il fuyait, aspirant à retrouver le passé, les hommes appartenant à la seconde civilisation l'ont au contraire considéré comme un champ de travail à cultiver. Telle fut la civilisation de la Perse primitive, il y a environ 5 000 ans, à l'époque où la terre autour de lui avait encore pour l'homme un visage hostile, mais non plus l'apparence d'une illusion qu'il fallait fuir, et devenait un champ de travail qu'il devait marquer de son génie propre. Ce monde était, de par sa nature matérielle, placé sous l'empire d'une force contraire au bien, c'est-à-dire du dieu Ahriman. Mais le dieu bon, Ormuzd, aide les hommes qui se mettent à son service. Quand ils exécutent sa volonté, ils transforment ce monde en un champ du monde spirituel supérieur ; ils incorporent au monde sensible ce qu'ils connaissent en esprit. Ainsi, pour la seconde civilisation, le monde des réalités physiques, des réalités sensibles, est devenu un champ d'activité. Pour l'Hindou, il était encore illusion, mâyâ. Pour le Perse, il est certes sous l'empire de démons malfaisants, mais tel que l'homme a pour tâche de chasser ceux-ci pour faire place aux bonnes entités spirituelles, aux serviteurs du dieu de lumière, Ormuzd.
A la troisième époque post-atlantéenne, l'homme se rapproche encore davantage de la réalité extérieure qui n'est plus pour lui seulement un ennemi à vaincre. L'Hindou se disait en regardant les astres : Tout ce qui m'entoure, tout ce que voient mes yeux n'est qu'illusion, mâyâ. Le prêtre chaldéen, observant le cours et la position des étoiles, se disait : Quand je vois les positions des astres et que je suis leur cours des yeux, ils deviennent pour moi les caractères d'une écriture où je puis lire la volonté des êtres spirituels. Je discerne ce que veulent les dieux dans ce qu'ils ont fait. Le monde physique sensible n'était plus pour lui une mâyâ, mais comme l'écriture de l'homme est l'expression de sa volonté, ce qu'on voit dans les astres au ciel, ce qui vit dans les forces de la nature était pour lui une écriture divine. Et l'on commença à déchiffrer cette écriture de la nature avec amour. Ainsi naquit une admirable connaissance des astres que les hommes soupçonnent à peine aujourd'hui. Car l'astrologie que l'on connaît aujourd'hui repose sur une méconnaissance des faits. L'astrologie qui se révélait au prêtre chaldéen, les secrets de ce qu'il voyait de ses yeux, étaient la substance d'une profonde sagesse visible dans l'écriture des étoiles. C'était pour lui la révélation d'un élément secret, imprégné d'esprit.
Et que devint la terre pour les Egyptiens ? Il suffit d'évoquer, l'invention de la géométrie : l'homme apprend comment mesurer cette terre conformément aux lois de l'espace, aux règles de la géométrie. Il explore les lois de la mâyâ. Durant l'antique civilisation perse, on avait appris à labourer la terre, maintenant on en étudie les proportions déterminées par les lois de l'espace, et plus encore. On se dit : Ce n'est pas en vain que les dieux nous ont donné à lire dans les étoiles, ce n'est pas en vain qu'ils nous ont révélé leur volonté dans les lois de la nature. Si l'homme veut, par son travail personnel, accomplir ce qui est salutaire, il doit, dans les institutions qu'il crée ici-bas, imiter ce qu'il peut découvrir dans les étoiles. Oh, si seulement vous pouviez plonger le regard dans une de ces pièces où travaillaient les initiés égyptiens ! C'était un tout autre travail que celui qui s'accomplit aujourd'hui dans le domaine scientifique. En ce temps, les savants, c'étaient les initiés. Ils étudiaient les étoiles, ils discernaient la régularité de leur marche, de leurs positions et des influences qu'elles exerçaient sur les événements terrestres. Ils se disaient : Quand au ciel apparaît telle ou telle constellation, tel ou tel fait doit se produire dans la vie de la communauté, et s'il apparaît une autre constellation, il faut qu'il se produise autre chose. Dans un siècle, d'autres constellations se présenteront, il faudra alors que les faits correspondants se produisent. Et l'on décidait des millénaires à l'avance de ce qui devait se faire. Ce qu'on appelle les " Livres sybillins" provient de cette source. Leur contenu n'est pas une invention. Des initiés y ont consigné avec soin ce qui devait être prévu pour des milliers d'années, et leurs successeurs savaient qu'il fallait en tenir compte. Aussi n'entreprenaient-ils rien qui ne fût indiqué dans ces livres comme conforme à la marche des étoiles. Supposons qu'il se soit agi d'établir une nouvelle loi. Cela ne se faisait pas par un vote comme aujourd'hui ; àn consultait les livres sacrés dans lesquels était inscrit ce qui devait être fait sur la terre pour qu'elle soit le miroir où se reflètent les événements inscrits dans les astres, et l'on exécutait ce qui était indiqué dans les livres. En écrivant ces livres, le prêtre égyptien savait que ses successeurs agiraient conformément à ce qui y figurait. Ils étaient intimement convaincus de la nécessité d'obéir à ces lois.
La quatrième civilisation s'est développée à partir de cette troisième. Elle n'a gardé que des restes minimes de cet art prophétique des Egyptiens, et l'on peut encore en voir un vestige : lorsqu'en effet on voulait le cultiver dans l'ancienne Egypte, on divisait ce qui allait venir en sept parties, et l'on disait : La première doit contenir ceci, la deuxième cela, la troisième ceci, etc. Les descendants se conformaient ainsi à ce qui devait se produire. Mais c'était précisément la principale caractéristique de la troisième époque de civilisation, et la quatrième n'en révèle plus que de faibles échos, que vous pouvez discerner encore lorsqu'on vous rapporte ce que furent les origines de Rome. Enée, fils d'Anchise le Troyen -Troie était une cité de la troisième civilisation-, parvint au cours de ses voyages jusqu'à Albe-la-Longue. Ce nom évoque l'existence d'un très ancien centre de sagesse religieuse; c'est de cette Albalonga, de cette civilisation sacerdotale, que devait naître la civilisation romaine. Et nous en trouvons encore un souvenir dans l' "aube" que revêtent les prêtres catholiques pour dire la messe. Dans ce centre religieux, on prévoyait encore à la manière des anciens prêtres une période de civilisation en sept étapes. Les règnes des sept rois de Rome y étaient mentionnés. Mais les historiens du XIXème siècle, une fois de plus, ont été victimes d'une vilaine erreur ; ils ont découvert que matériellement rien n'était vrai de ce qu'on racontait à ce sujet ; mais ce qu'il y a derrière, que là se trouve prophétiquement annoncée la civilisation structurée selon le nombre sacré sept, à cela, ils n'ont pas pensé. Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de ces rois en détail. Vous pourriez voir en le faisant que Romulus, Numa Pompilius, Tullus Hostilius, etc., correspondent exactement aux civilisations successives, d'après ce principe du sept qui nous apparaît dans tant de domaines.
Pendant la troisième civilisation, l'esprit humain avait donc pu pénétrer peu à peu au coeur de la mâyâ. La quatrième acheva cette tâche. Pensez à cette civilisation gréco-latine où, dans les admirables chefs-d'oeuvre de son art, l'homme crée une parfaite image de lui-même dans le monde matériel extérieur, où dans la tragédie -comme chez Eschyle - apparaissent les destinées humaines. Voyez par contre comment, dans la civilisation égyptienne, on cherche à connaître encore la volonté des dieux. La conquête de la matière telle qu'elle s'accomplit à l'époque grecque correspond à un degré de plus, à celui où l'homme apprend à aimer l'existence matérielle. Enfin, à l'époque romaine, il a complètement pris pied sur le plan physique. Celui qui le comprend sait aussi que nous avons à considérer cela comme la pleine manifestation du principe de la personnalité. Aussi est-ce à Rome qu'est apparu pour la première fois ce que nous appelons le concept de "droit", que l'être humain, pour la première fois, est à nos yeux un citoyen. Seule une connaissance confuse des choses peut faire remonter la jurisprudence à des temps bien antérieurs. Ce qu'on entendait auparavant par "droit", c'était tout autre chose. Pour l'Ancien Testament, c'était la loi antique, qu'il dépeint beaucoup plus justement dans les Dix Commandements. Ce qu'ordonnait le Dieu faisait partie de ce qui contenait les concepts de droit. C'est une erreur à notre époque de faire remonter les notions de droit jusqu'à Hammourabi et au delà. Ce n'est qu'à Rome que la notion propre de citoyen est appliquée à l'homme. En Grèce encore, il était un membre de la cité. L'Athénien, le Spartiate, était plus qu'un individu : il se ressentait comme un membre de la cité. C'est à Rome seulement que l'individu devint citoyen, qu'il put le devenir. On le démontrerait en citant de nombreux détails. Ce que nous appelons aujourd'hui un testament n'avait pas cette valeur avant l'époque romaine. Le testament prit son actuelle signification à ce moment, parce que c'est alors seulement que l'individu devait faire prévaloir sa volonté personnelle et l'imposer à ses descendants. Auparavant, d'autres impulsions agissaient pour maintenir la cohésion de la communauté. Par bien d'autres exemples, on pourrait montrer comment l'être humain s'est adapté entièrement au plan physique.
Nous vivons maintenant au temps de la cinquième civilisation, où se poursuit cette descente, qui atteint maintenant un niveau inférieur à celui de la véritable nature humaine. Nous vivons au temps où l'homme est l'esclave des conditions extérieures, du milieu. En Grèce, l'esprit servait encore à spiritualiser la matière, et cette matière spiritualisée nous apparaît dans une statue d'Apollon, de Zeus, dans les tragédies d'un Sophocle, etc. L'homme a pris possession du monde physique, mais il n'est pas encore descendu au-dessous du niveau humain. C'est encore le cas à Rome aussi. C'est de nos jours seulement que cette descente atteint au-dessous de la sphère humaine. A notre époque l'esprit est devenu l'esclave de la matière. Une vie spirituelle intense est utilisée de notre temps pour pénétrer jusqu'aux forces naturelles agissant sur le plan physique, afin de faire en quelque sorte de celui-ci un séjour aussi confortable que possible pour l'homme.
Comparons encore une fois l'Antiquité avec notre temps. Dans ces temps anciens, l'homme voyait la grande écriture des astres, oeuvre des dieux -cependant, avec quels moyens primitifs furent exécutées les conquêtes de la civilisation : les pyramides, le Sphinx ! Comment l'homme se nourrissait-il ? Et quels moyens de développer la civilisation n'a-t-il pas conquis depuis lors ! Quelle force l'esprit n'a-t-il pas dû dépenser pour imaginer et construire la machine à vapeur, pour inventer le chemin de fer, le télégraphe, le téléphone ! Pour inventer et construire ces instruments de civilisation purement matériels, il a fallu dépenser des forces spirituelles infinies. Et pour quel usage ? Est-ce pour la vie spirituelle une différence essentielle; que de broyer le grain de blé entre deux meules, ce qui demandait naturellement très peu de force spirituelle, ou de pouvoir télégraphier en Amérique pour en faire venir de grandes quantités de blé qui seront moulues par des machines conçues avec une admirable ingéniosité ? Tout cet appareil est mis en mouvement pour l'estomac uniquement. Rendons-nous bien compte qu'une masse énorme de forces de vie spirituelle est ainsi mise au service d'une civilisation strictement matérielle. La culture spirituelle ne progresse encore que bien peu grâce à ces moyens extérieurs. Il est bien rare que le télégraphe soit utilisé pour -disons - les affaires anthroposophiques. Si vous compariez à l'aide de statistiques ce qui sert d'une part à la vie matérielle, et de l'autre ce qui profite à l'esprit, vous verriez bien que l'esprit est descendu au-dessous de l'humain, qu'il est devenu l'esclave de la vie matérielle.
La civilisation a donc suivi un chemin descendant au sens fort du mot jusqu'à notre époque, la cinquième période de civilisation, et pourrait continuer sa descente. C'est pourquoi il faut qu'une impulsion nouvelle vienne préserver l'humanité d'une descente totale dans la matière. Jamais auparavant l'homme ne s'était lié à elle aussi profondément. Une impulsion puissante, la plus puissante de toutes sur la terre, devait intervenir. Ce fut l'apparition du Christ Jésus, qui vint donner aux hommes l'élan vers une vie spirituelle nouvelle. Si, malgré la descente dans la matière, nous possédons aujourd'hui des forces de redressement, nous le devons à cette puissante impulsion venue grâce au Christ Jésus. Au cours de la descente, des impulsions spirituelles sont toujours intervenues. Alors se développa, lentement tout d'abord, puis de plus en plus, la vie chrétienne qui n'en est aujourd'hui qu'à ses débuts, mais qui rayonnera un jour dans toute sa gloire - car l'humanité ne comprendra les Evangiles que dans l'avenir. Mais lorsqu'on les comprendra totalement, on verra quelle surabondance de forces spirituelles ils contiennent. Plus l'Evangile se répandra sous sa véritable forme, mieux l'humanité pourra, en dépit de la civilisation matérialiste, déployer une vie spirituelle et remonter vers les mondes de l'esprit.
Ce qui se développe ainsi d'époque en époque pendant la civilisation post-atlantéenne, l'auteur de l'Apocalypse se le représente s'exprimant en de petites communautés qui lui apparaissent dispersées dans l'espace sur la terre extérieure, et sont les représentantes des différentes civilisations de cette ère. Quand il parle de la communauté ou de l'Eglise d'Ephèse, il veut dire ceci : Je suppose qu'à Ephèse a vécu une communauté qui s'est bien, dans une certaine mesure, ouverte au christianisme. Mais comme tout évolue peu à peu, il reste. toujours à chaque stade quelque chose de la civilisation précédente. Il y avait bien à Ephèse une école d'initiation, mais l'enseignement chrétien y revêt une nuance où l'on peut reconnaître partout la marque de l'Inde antique. Il veut nous montrer la première période de l'ère post-atlantéenne, et cette première période est donc représentée par la communauté d'Ephèse. Et ce qui doit être enseigné à ce moment se trouve dans une Lettre adressée à cette communauté. Voici à peu près comment il faut nous représenter la chose : le caractère de cette première et lointaine civilisation hindoue subsista naturellement et se prolongea dans différents courants de civilisation. Nous avons encore dans la communauté d'Ephèse quelque chose de ce caractère. Elle comprenait le christianisme sous une forme déterminée par le caractère typique de l'antique civilisation hindoue.
Dans chaque Lettre il est dit : Vous êtes ceci et cela ! Tel et tel aspect de votre être correspond à l'esprit du christianisme, les autres doivent se modifier. Ainsi l'auteur de l'Apocalypse dit-il à chaque civilisation ce qu'elle peut conserver, et ce qui ne convient plus et doit changer.
Essayons de voir si vraiment les sept Lettres qui se suivent ont quelque chose du caractère des sept civilisations successives. Essayons maintenant de comprendre comment elles devaient être rédigées pour correspondre à ce qui vient d'être dit. L'auteur de l'Apocalypse pense : Il y a à Ephèse une communauté, une Eglise. Elle a accueilli le christianisme, mais elle le revêt d'une coloration qui fut celle de la première civilisation, étrangère à la vie extérieure, et dépourvue d'amour pour ce qui est en vérité la tâche des hommes de la post-Atlantide. Qu'elle ait abandonné le culte rendu à une vie des sens grossière, qu'elle se soit tournée vers la vie spirituelle ainsi parle celui qui rédige les Lettres aux communautés, cela lui plaît en elle. Nous reconnaissons. ce que l'auteur de l'Apocalypse voulait dire par là au fait qu'Ephèse était le lieu où se célébraient les Mystères de la chaste Diane. Il indique ainsi qu'y était particulièrement florissante l'impulsion poussant à se détourner du monde des sens pour s'orienter vers le spirituel. Et cependant : "J'ai contre toi que tu as délaissé ton premier amour. "L'amour que doit avoir la première civilisation post-atlantéenne pour la terre, pour ce champ dans lequel doit être implantée la semence divine.
Comment se caractérise donc celui qui dicte cette Lettre ? Il se caractérise comme étant le précurseur du Christ Jésus, le guide de la première civilisation. Le Christ parle en quelque sorte à travers lui, ce guide, ce Maître de la première époque de civilisation, où l'initié élevait son regard vers l'au- delà. Il dit de lui-même qu'il tient dans sa main droite les sept étoiles et les sept chandeliers d'or. Les sept étoiles ne sont pas autre chose que les symboles des sept entités spirituelles supérieures qui guident les grandes civilisations. Et des sept chandeliers, il est dit expressément qu'il s'agit d'êtres spirituels qu'on ne peut pas voir dans le monde sensible. Dans l'initiation par le yoga, cela est dit aussi en termes clairs qui indiquent que jamais l'homme ne travaille dans le sens de l'évolution lorsqu'il hait les oeuvres extérieures, lorsqu'il cesse de les aimer. La communauté d'Ephèse s'est détournée de cet amour. Aussi est-il à juste titre indiqué dans l'Apocalypse : "Tu hais les oeuvres des Nicolaïtes." "Nicolaïtes", ce n'est là rien d'autre qu'un mot pour désigner les hommes pour qui la vie se déploie seulement dans la matière sensible. A l'époque à laquelle se rapporte cette Lettre, il existait une secte des Nicolaïtes qui n'attachait de prix qu'à la vie extérieur , charnel et matérielle. C'est ce que tu ne dois pas faire, dit celui qui inspira cette première Lettre. Mais n'abandonne pas ton premier amour, dit-il aussi, car dès lors que tu as l'amour du monde extérieur, tu lui insuffles la vie, tu l'élèves jusqu'à l'esprit. Que celui qui a des oreilles entende : à celui qui vaincra, je donnerai à manger de l'arbre de Vie. C'est-à-dire que celui-là sera capable de spiritualiser ce qui est matériel ici-bas pour le déposer sur l'autel de la vie spirituelle.
Le représentant de la seconde civilisation, c'est la communauté ou Eglise de Smyrne. A celle-ci, le guide de l'humanité s'adresse sous l'aspect du deuxième de ses précurseurs, l'inspirateur et le Maître de l'antique civilistion perse, dont l'attitude d'esprit est la smvante : Autrefois eta1t le Dieu de lumière, qui avait un ennemi, la matière extérieure, le sombre Ahriman. Tout d'abord j'étais uni à l'Esprit de lumière, au premier qui fut. Puis je fus entraîné dans le monde de la matière à laquelle se lia la puissance retardée et hostile : Ahriman. Et maintenant, collaborant avec l'Espnt de lumière, je vais travailler la matière et la pénétrer d'esprit; après avoir vaincu la divinité du mal, le Dieu de lumière réapparaîtra. "Je suis le Premier et le Dernier", celui qui meurt dans la vie matérielle et qui ressuscite en esprit. Nous lisons donc dans cette seconde Lettre : "Je suis le Premier et le Dernier, Celui qui est, qui fut et qui vient, qui est revenu à la vie". Cela nous mènerait trop loin d'étudier chaque phrase de cette façon, mais il nous faut encore citer exactement celle qui caractérise avec précision comment se comporte un membre de l'Eglise de Smyrne lorsqu'on la transforme pour en faire un principe chrétien. Il est dit qu'on peut vivifier la mort, que l'on spiritualise la mort. On ne sombre pas dans la mort. Si l'on périssait, la mort serait pour l'homme un événement le conduisant à une vie spirituelle dans laquelle les fruits de cette vie terrestre feraient défaut. Prenons quelqu'un qui n'a pas vécu de façon à tirer de cette existence de véritables fruits. Il n'en apporte aucun dans la vie spirituelle. Mais là, on ne peut vivre que des fruits amassés sur la terre. Celui qui n'en apporterait pas subirait la "seconde mort". Celui qui a su travailler le champ terrestre sera sauvé de cette "seconde mort" : "Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises : celui qui vaincra n'aura pas à souffrir la seconde mort.
Poursuivons jusqu'à l'Eglise de Pergame. Elle représente l'époque où l'humanité s'est de plus en plus adaptée au plan physique. où l'homme lisait dans les étoile ce que pouvait saisir son esprit. C'est cela qui lui est accordé pendant la troisième civilisation. Il agit en fonction de ce qu'il porte en lui. Ayant une vie intérieure, il peut désormais observer le monde qui l'entoure. C'est seulement parce qu'il était doué d'une âme qu'il a pu étudier la marche des étoiles et découvrir la géométrie. C'est ce qu'on appelait la recherche par ia Parole, ce qui est exprimé dans l'Apocalypse par "l'épée qui sort de la bouche ". Celui qui inspire cette Lettre indique par là que la force de cette époque, c'est une parole acérée, une épée à deux tranchants. C'est la parole d'Hermès, celle des prêtres de l'Antiquité, la parole par laquelle on explorait les forces de la nature et les étoiles par les moyens du passé, donnant naissance principalement à la civilisation que l'on pouvait déployer ici, sur le plan physique, grâce aux forces intérieures astrales, psychiques, de l'homme. Lorsqu'elle se réalise sous cette ancienne forme, elle est vraiment une épée à deux tranchants. La sagesse est alors toute proche de la frontière entre la magie blanche et la magie noire, entre ce qui mène au salut et ce qui aboutit à la perdition. C'est pourquoi il est dit que là où résident les représentants de cette époque, là se trouve aussi le trône de Satan. C'est une allusion à tout ce qui peut détourner des véritables grands buts de l'évolution. Et la "doctrine de Balaam" n'est pas autre chose que celle des magiciens noirs, de ceux qui "dévorent", qui détruisent les peuples. Les destructeurs des peuples, ce sont les mages noirs qui ne travaillent qu'à leur profit personnel, détruisent les communautés et engloutissent tout cc qui vit dans un peuple. Mais ce que cette troisième civilisation a de bon, c'est que précisément l'homme peut commencer à purifier, à transfigurer son corps astral. C'est ce qu'on nomme la " manne cachée ". Cc qui n'est destiné qu'au monde, transformé en nourriture divine, ce qui n'est que pour l'être égoïste, transformé en réalité divine, on l'appelle la " manne cachée ". Tous ces symboles montrent que l'homme purifie alors son âme pour faire de lui-même le pur véhicule du Manas.
Mais pour cela, il faut encore passer par la quatrième époque de civilisation. Alors apparaît le Rédempteur, le Christ Jésus lui-même. A l'Eglise de Thyatire, il s'annonce comme étant le "Fils de Dieu, Celui qui a des yeux comme une flamme de feu et dont les pieds sont semblables à l'airain ardent" (2, 18). Il est le Guide de la quatrième époque de civilisation, où l'homme est descendu jusqu'au plan physique, où il crée lui-même sa propre image dans les éléments extérieurs de la civilisation. La période est là maintenant où la divinité elle-même se fait homme, se fait chair, se fait personne humaine ; c'est l'époque où l'être humain descend lui-même jusqu'au niveau de la personnalité, où, dans la statuaire grecque, la divinité individualisée se présente comme une personnalité, où cette personnalité humaine s'affirme sur le plan matériel chez le citoyen romain.
Cette époque devait donc recevoir une impulsion nouvelle du fait que la divinité y est apparue sous forme humaine. L'homme descendu sur terre ne pouvait être sauvé que par l'apparition de Dieu lui-même sous la forme humaine. Le "Je suis", le Je dans le corps astral devait recevoir l'impulsion du Christ. Ce qui ne s'était encore manifesté qu'en germe devait maintenant apparaître dans le monde extérieur, dans l'histoire. Le Fils de l'Homme, le Guide de l'avenir, peut donc dire : " Et toutes les Eglises connaîtront le "Je suis" qui sonde les coeurs et les reins " (2, 23). L'accent est mis ici sur le "Je suis ", sur le quatrième élément de l'être humain. " Ainsi que j'en ai reçu le pouvoir de mon Père ; et je lui donnerai l'étoile du matin " (2, 28).
Que signifie ici l' "étoile du matin" ? La terre, nous le savons, passe par les étapes de Saturne, Soleil, Lune, Terre, Jupiter, Vénus, Vulcain. C'est ainsi que nous les nommons d'habitude, et ces dénominations sont justes. Mais j'ai déjà aussi fait remarquer que l'évolution de la Terre se divise en deux périodes : celle de Mars et celle de Mercure. Il y a en effet une relation mystérieuse entre la première moitié de l'évolution terrestre et Mars, et de même entre la seconde moitié et Mercure. C'est pourquoi, au lieu de Terre, on dit aussi : Mars et Mercure. On dit alors que la terre, dans son évolution, passe par Saturne, Soleil, Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus. L'astre dont la force est en fait prépondérante pendant la seconde phase de la Terre est donc Mercure. Mercure est l'étoile qui représente pour nous la force directrice, orientant vers les hauteurs, celle que l'homme doit suivre.
J'aborde dans ce passage un secret mineur qu'il nous faut pour ainsi dire dévoiler, et qui au fond ne peut l'être qu'ici. En occultisme en effet, par précaution contre ceux qui pourraient faire, et qui ont fait dans le passé, un mauvais usage de la science de l'esprit, on s'est toujours servi de ce qu'on aimerait appeler un masque. On ne s'exprimait pas directement, mais dans des termes qui dissimulaient les faits réels. Seulement, l'ésotérisme médiéval ne savait recourir qu'à des moyens primitifs. Il a appelé Mercure Vénus et Vénus Mercure. En vérité, si nous voulons parler dans le sens de l'ésotérisme comme l'a fait l'auteur de l'Apocalypse, il nous faut appeler Mercure l' "étoile du matin". Par ce terme, il désigne Mercure : J'ai donné à ton Je la direction qui conduit vers les hauteurs grâce à l'étoile du matin, à Mercure. Vous pouvez trouver encore, dans certains textes du Moyen Age qui décrivent les choses comme elles sont, l'énumération suivante des astres de notre système planétaire : Saturne, Jupiter, Mars et après la Terre non pas, comme maintenant, Vénus, Mercure, mais inversement: Mercure, Vénus. C'est pourquoi il est écrit : " Ainsi que j'en ai reçu le pouvoir de mon Père ; et je lui donnerai l'étoile du matin.
Il nous faudrait maintenant en venir à notre époque, et nous demander : ces révélations de l'auteur de l'Apocalypse concernent-elles aussi notre époque ? Si c'était le cas, Celui qui s'est adressé aux quatre civilisations précédentes devrait nous parler aussi, il nous faudrait apprendre à comprendre sa voix, à distinguer ce qui est notre tâche spirituelle. Si un courant de vie spirituelle doit exister qui comprenne la mystique universelle, ce courant doit aussi, dans la mesure où il doit être conforme à l'Apocalypse de Jean, pouvoir accomplir ce que le grand Inspirateur exige de notre époque. Qu'exige-t-il, et qui est-il ? Pouvons-nous le reconnaître ? Essayons.
" Ecris à l'ange de l'Eglise de Sardes: " - il faut sentir que ces paroles s'adressent à nous - "Voici ce que dit Celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles " (3, 1). Que sont ici les sept esprits et les sept étoiles ? Au sens de l'Apocalypse, l'homme, tel qu'il apparaît ici, est l'expression visible des sept principes de la nature humaine que nous avons énumérés : le principe physique dont le corps physique est l'expression, le principe de vie dont le corps éthérique est l'expression, le principe du corps astral, qui transformé devient Manas, Bouddhi ou le corps éthérique transformé, Atma ou le corps physique transformé, et au centre le principe du Je : tel est l'éventail des sept substances spirituelles à travers lesquelles se répartit la nature divine de l'homme. Selon le terme technique de l'occultisme, on nomme ces sept principes les " sept esprits de Dieu en l'homme ". Et les sept étoiles, ce sont celles qui nous permettent de comprendre ce qu'est l'homme aujourd'hui et ce qu'il doit devenir à l'avenir. La succession des incarnations de la terre : Saturne, Soleil, Lune, Terre, Jupiter, Vénus, Vulcain, ce sont les sept étoiles qui englobent l'évolution humaine. Saturne a donné à l'homme le germe de son corps physique, le Soleil celui de l'éthérique, la Lune celui de son corps astral, et la Terre lui a donné le Je. Les trois suivantes : Jupiter, Vénus, Vulcain, développeront les éléments constitutifs spirituels de l'homme. Si nous comprenons l'appel de l'Esprit qui tient dans sa main ces sept étoiles et les sept esprits de Dieu, la nature septuple, nous travaillons l'anthroposophie dans le sens de l'Apocalypse. Travailler l'anthroposophie, cela ne veut rien dire d'autre que savoir qu'ici le texte fait allusion à la cinquième époque post-atlantéenne, savoir qu'à notre époque, où l'homme est descendu au plus bas dans la matière, nous devons remonter la pente sur les pas de la grande Individualité qui, pour que nous discernions le chemin à suivre, nous donne les sept esprits de Dieu et les sept étoiles.
Et si nous suivons ce chemin, nous introduirons dans la sixième civilisation la véritable vie spirituelle de la sagesse et de l'amour. Alors, de la sagesse anthroposophique que nous aurons élaborée naîtra l'impulsion d'amour de cette sixième civilisation, qui est représentée par l'Eglise dont le nom traduit déjà qu'elle représente cette sixième civilisation : la communauté de l'amour fraternel, Philadelphie. Tous ces noms n'ont pas été choisis au hasard. L'homme développera son Je jusqu'à un niveau tel qu'il deviendra autonome, il pourra, à la sixième civilisation -représentée par la communauté de Philadelphie -, offrir librement son amour à toute autre créature. Voilà la vie spirituelle qu'il faut préparer pour la sixième époque. Nous aurons développé le Je individuel en nous à un niveau plus élevé, si bien qu'aucune force extérieure ne pourra plus agir en nous si nous ne le voulons pas ; que nous pourrons fermer, et personne ne pourra ouvrir malgré nous, et si nous fermons, aucune puissance adverse ne pourra ouvrir. C'est cela, la " clef de David ". C'est pourquoi Celui qui inspire la Lettre dit qu'il possède la clef de David. " Ecris à l'Ange de Philadelphie : Ainsi dit le Saint, le Véritable, Celui qui a la clef de David, Celui qui ouvre et personne ne fermera, Celui qui ferme et personne n'ouvrira. (...) J'ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer " (3, 7-8). C'est le Je qui s'est trouvé lui-même.
Et la septième civilisation rassemblera autour du grand Guide tous ceux qui auront trouvé cette vie spirituelle ; elle les unira autour de lui. Ils participeront déjà si bien à la vie spirituelle qu'ils se distingueront de ceux qui s'en sont détachés, qui sont "tièdes", "ni froids ni chauds". La petite troupe qui aura trouvé la spiritualité comprendra Celui qui, en se faisant reconnaître, dit de lui-même qu'il est la Fin véritable, vers laquelle tout tend. Cette Fin, on la désigne par le mot "Amen". Ainsi au chapitre 3, verset 14 : "Ecris à l'Ange de l'Eglise de Laodicée : Voici ce que dit l'Amen " Celui dont la nature représente le principe de la Fin. Ainsi, nous le voyons, !'Apocalypse de Jean donne le contenu d'une initiation. Et le premier degré de cette initiation déjà, où nous voyons la succession intérieure des sept époques post-atlantéennes, où nous voyons encore l'esprit du plan physique, nous montre que nous avons affaire à une initiation de la volonté. De nos jours encore, ce contenu peut enflammer notre volonté si nous reconnaissons qu'il nous faut écouter les Inspirateurs qui nous instruisent ; si nous comprenons ce que signifient les sept étoiles et les sept esprits de Dieu, si nous comprenons que nous avons pour tâche de transmettre aux hommes de l'avenir la connaissance spirituelle.
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