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La La Land
Le jeune metteur en scène Damien Chazelle signe un deuxième film aussi puissant et remarquable que le premier. Dominé par Ryan Gosling, Emma Stone et un mélange sublime de musique et de danse, cet hommage à une des périodes les plus éblouissantes de l'histoire d'Hollywood est un grand morceau de joie, à dévorer dans une salle obscure aussi énorme que l'ambition du cinéaste.
Il y a deux ans, Damien Chazelle a séduit le public avec son premier film en tant que réalisateur: Whiplash, le récit fort et époustouflant des conséquences de l'ambition et de l'obsession, dans un contexte lié au jazz. Ces mêmes sujets sont repris dans La La Land, mais sur une plus grande échelle: nous sommes ici, en fait, dans le cadre d'un film musical dans la grande tradition des productions de MGM dans les années 1950, quand Vincente Minnelli et Gene Kelly étaient des noms incontournables auprès du public.
Los Angeles, de nos jours. Mia (Emma Stone) rêve de devenir actrice et auteure de théâtre alors qu'elle travaille dans un café situé dans les studios de Warner Bros, à Burbank. Un soir, elle fait la connaissance de Sebastian (Ryan Gosling), un pianiste talentueux qui se voit néanmoins forcé à accepter des jobs humiliants parce que son point de vue trop traditionnel est incompatible avec les exigences de l'industrie musicale. Les deux se détestent au début, mais il est assez facile de deviner ce qui se passera par la suite, puisqu'on est dans un monde où, lors de la première séquence du film, plusieurs jeunes en route vers Hollywood se mettent à chanter et danser sur l'autoroute (le nombre de voitures oblige)...
Comme le personnage de Gosling, Chazelle a une approche très classique vis-à-vis du genre. La preuve: il n'hésite pas à inaugurer le générique du début avec un faux logo "ancien" du distributeur américain, ainsi qu'une jolie blague visuelle liée au format CinemaScope qui représente en fait l'agrandissement du terrain de jeu après la modestie - au niveau du budget - de Whiplash. En fait, si on enlève les rares références à l'époque contemporaine, on pourrait facilement se croire dans un film de Minnelli, y compris ses excès, principalement quelques longueurs voulues qui témoignent du grand amour de Chazelle pour la matière avec laquelle il travaille.
Cette approche philologique ne se limite pas à l'excellent côté technique, avec des plans-séquences à couper le souffle et des jeux chromatiques qui sont vraiment d'une autre époque, mais peut aussi être appliquée au choix des comédiens, notamment Emma Stone qui a toujours eu un charme très spécial et confirme encore qu'elle possède une maturité artistique bouleversante. D'ailleurs, si nous devons nous plaindre de quelque chose dans ce très beau film qui va au-delà du simple exercice de style, c'est une petite remarque liée au casting: pourquoi engager J.K. Simmons, Oscarisé pour Whiplash, et ne lui accorder qu'une participation mineure? Mais on l'a dit, c'est une remarque qui n'a aucun effet négatif sur la qualité vitale de La La Land, un voyage vertigineux et sublime dans le monde de la musique, de l'amour et de la cinéphilie. Allez, tous en scène!