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À l'occasion du 10e anniversaire de la promulgation de la loi n° 2640 relative à l'indemnisation des victimes et des proches de victimes de violations des droits humains commises au cours des régimes militaires, Amnesty International publie ce 11 mars un rapport intitulé No me borren de la historia. Verdad, justicia y reparación en Bolivia (1964-1982).
Ce rapport montre à quel point les mesures prises par les autorités boliviennes sont insuffisantes pour établir la vérité sur les violations des droits humains commises pendant cette période, traduire les responsables présumés en justice et fournir une réparation aux victimes.
«La Bolivie ne peut pas tourner la page de cette histoire sans la lire en entier, aussi noire soit-elle. Jusqu'à présent, les autorités en ont fait une lecture sélective, dès lors qu'elles n'ont pas poursuivi les responsables en justice ni offert une réparation pleine et entière aux victimes. Si elles ne corrigent pas cet état de fait, elles condamnent des centaines de personnes à l'oubli, a déclaré María José Eva Parada, chercheuse d'Amnesty International sur la Bolivie.
Selon Amnesty International et des associations de victimes, plus de 150 personnes auraient subi une disparition forcée et au moins 200 une exécution extrajudiciaire. Près de 5 000 ont été détenues de manière arbitraire et plusieurs milliers ont été forcées à l'exil.
Des avancées insuffisantes
«Malheureusement, malgré quelques avancées dans la lutte contre l'impunité et à part quelques cas emblématiques, la plupart des responsables des violations commises à cette époque n'ont pas comparu en justice», a indiqué María José Eva Parada.
Les mesures prises en faveur de la reconnaissance des victimes afin qu'elles, ou leurs familles, obtiennent réparation n'ont pas été à la hauteur des attentes. Adoptée en 2004, la loi n° 2640 relative à l'indemnisation des victimes de la violence politique mettait en place des mécanismes permettant aux victimes d'être reconnues comme telles, réhabilitées au sein de la société, soignées et indemnisées. Son application, cependant, n'a pas garanti une réparation équitable.
Sur les 6 000 requêtes déposées, moins d'un tiers ont abouti. Les conditions strictes imposées par la loi et ses règlements, la rigidité des délais et le manque d'informations sur le processus ont empêché de nombreuses victimes et familles de victimes de présenter un dossier en bonne et due forme.
La vérité doit être révélée
«C'est un affront pour les victimes et leurs familles. La manière dont cette loi d'indemnisation a été appliquée est révélatrice du peu d'attention que les autorités ont accordé à la situation des victimes et de leurs familles. Celles-ci se sont non seulement vu refuser une pleine réparation mais aussi, bien souvent, leur reconnaissance en tant que victimes. Plusieurs d'entre elles sont âgées et peut-être mourront-elles sans avoir obtenu ne serait-ce que cette reconnaissance », a ajouté María José Eva Parada.
Un demi-siècle après le coup d'État du général Barrientos qui a déclenché près de deux décennies de régime autoritaire en Bolivie, les plaintes déposées par les victimes pour que la vérité soit établie sur les évènements de cette période sont toujours sans réponse. Le fait que les autorités militaires refusent l'accès à leurs archives classifiées concernant ces années a fortement contribué au manque de vérité, de justice et de réparation en Bolivie.
«Il incombe à l'État bolivien de répondre avec détermination et engagement aux requêtes des victimes et de leurs familles et de mettre en place les mécanismes permettant que la vérité soit établie, que justice soit faite et que des réparations soient accordées. Ce n'est qu'ainsi qu'il pourra garantir que les graves violations des droits humains commises durant cette époque ne se reproduiront plus jamais», a conclu María José Eva Parada.
Complément d'information
Le rapport No me borren de la historia. Verdad, justicia y reparación en Bolivia (1964-1982) se fonde sur trois visites effectuées par une délégation d'Amnesty International en Bolivie, en 2012 et 2013.
Au cours de ces séjours, les déléguées de l'organisation ont réalisé plus d'une centaine d'entretiens avec des personnes qui ont subi ou dont des proches ont subi des violations des droits humains durant les deux décennies de régimes militaires et autoritaires de diverses régions, dont celles de La Paz, Cochabamba, Tarija et Oruro.
L'organisation a reçu de la documentation sur plusieurs dizaines de cas. Elle a demandé des informations et elle a pu rencontrer des représentants de diverses autorités du pays, dont le ministère de la Justice et de la Défense, le bureau du procureur général et les services du médiateur.