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Romandie Faute d'être dénoncé, le curé a poursuivi ses abus
A 77 ans, l'ancien prêtre capucin qui a abusé d'au moins 24 garçons entre 1958 et 1995 réside actuellement dans un couvent saint-gallois.
Appel de Charles Morerod
Charles Morerod, actuel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a salué mardi l'initiative des capucins suisses de présenter les résultats de l'enquête. Les cas prescrits que la justice suisse ne pourra pas prendre en compte feront au moins l'objet d'une procédure canonique, a-t-il rappelé dans un communiqué. Et il existe un fonds d'indemnisation établi par l'Eglise canonique en Suisse.
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Si le prêtre capucin a pu nuire si longtemps, pendant presque 40 ans, de 1958 et 1995, et dans tant de cantons, Fribourg, Vaud, Valais et Genève et même en France, c'est à cause d'une longue série d'actes manqués des autorités religieuses. La justice valaisanne est aussi en cause.
Dès les années 1970, alors que le capucin réside en Valais, un institut d'éducation spécialisée formule des accusations auprès de sa hiérarchie. Toutefois, ses supérieurs capucins de l'époque (aujourd'hui tous décédés) ne bougent pas.
Dans les années 1980, alors que l'abuseur réside dans le canton de Fribourg, un autre capucin signale ses «comportements inappropriés envers des enfants lors de séances d'aquathérapie». Ses supérieurs ne bougent toujours pas.
Le capucin se retrouve même seul dans la cure de Lully (FR) durant trois ans. Il y continue ses abus sous le couvert de son travail de psychologue et d'ecclésiastique.
Déplacé en France
En 1989, Daniel Pittet, qui a lui-même été victime de cet homme vingt ans plus tôt, alerte l'official Périsset du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Ce dernier mène une enquête interne.
Au moins deux faits révélés à l'official ne sont alors pas prescrits. Le capucin en avoue un. Pourtant, l'official ne contacte pas les familles des victimes, et n'enquête pas sur d'éventuelles autres victimes.
La même année, le capucin est transféré en France, à Corenc près de Grenoble. Il s'y voit confier des activités dans une pastorale avec des enfants, un fait «incompréhensible» comme le souligne le rapport.
L'enquête n'a pas permis d'éclaircir quelles informations ont été transmises ou pas par les capucins à l'évêque de Grenoble. Reste que lors de ce séjour, les capucins ne contrôlent guère ses mouvements et «se contentent de sa parole manipulatrice».
En 2003, ils le déplacent à Bron, près de Lyon. Un haut responsable capucin basé à Rome demande d'accentuer son confinement, mais cette mesure n'est appliquée que de façon «laxiste» par les supérieurs suisses et français.
Ramené en Suisse
En 2004, survient la révélation d'abus subis par le neveu du capucin en France en 1992. Le capucin avoue ces faits en 2005, mais ni sa famille ni ses supérieurs ne le dénoncent à la justice.
Les capucins français craignent alors d'être poursuivis pour ne pas avoir dénoncé ces faits, et les capucins suisses acceptent de faire revenir l'abuseur sur sol helvétique. Ils le placent à Delémont avec un confinement strict, mais celui-ci ne peut pas être totalement appliqué faute de moyens humains.
Il y a eu négligence même à l'interne dans l'application des règles canoniques. Jusqu'en 2017, les capucins suisses ont renoncé à une dénonciation à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, sous prétexte du danger qu'il ne soit plus encadré une fois renvoyé.
Pas dénoncé à la justice
La commission d'enquête constate l'absence de tout suivi psychiatrique du capucin jusqu'en juillet 2005. Quant au suivi entamé à partir de cette date, elle le juge insuffisant.
Une dénonciation à la justice civile aurait pu permettre de neutraliser le pédophile. Or, les abus ne sont pas dénoncés en 1989, ni en 2002 quand Daniel Pittet revient à la charge alors que le capucin est en France. Ils ne sont toujours pas dénoncés en 2004, quand la police enquête sur une autre affaire et demande à l'Evêché s'il a connaissance d'autres abus commis par un membre du clergé.
Au passage, le rapport épingle aussi le manque de curiosité d'un juge d'instruction valaisan en 1995 concernant une victime valaisanne. Il a clos son enquête pour cause de prescription, sans avoir auditionné le capucin, et sans examiner sa situation personnelle pour prévenir d'autres victimes.
En 2008, la juge d'instruction fribourgeoise Yvonne Gendre (désormais procureure) a mené l'enquête et identifié 22 victimes suisses. Ces abus, frappés de la prescription, ont eu lieu entre 1958 et 1995 dans les cantons de Fribourg, Vaud, Valais et Genève. (ats/nxp)
Créé: 27.03.2018, 19h14