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Il est pour Claude Bremond question d'établir une théorie ou une grammaire universelle de l'action humaine qui décrit un récit principalement comme interrelations de rôles au cours de l'action. Toutefois son apport théorique se situe plutôt au niveau de l'analyse des constituants du raconté que dans l'élaboration d'une grammaire capable d'assigner une structure à un texte. Ceci est un phénomène courant dans le structuralisme. Par le fait qu'il est nécessaire d'avoir un lexique, voire même un système de signification narratif, préalable au développement d'une technique de codage pour décrire la structure d'un récit individuel, l'aspect technologique est quelquepeu négligé. Comme chez Propp et chez Greimas, c'est l'intrigue (ou le substrat d'action) qui est le matériel d'analyse. Lors de l'analyse, la structure d'un texte singulier est réduite au signifié narratif (ou raconté, histoire, structure etc.). On verra que ceci pose un grand problème de codage. Il est en effet très tentant de résumer l'intrigue d'un texte de facon à ce qu'elle puisse être saisie par une grammaire. Passons au principes généraux de la "logique du récit". Bremond développe sa théorie en adoptant l'idée de Propp que la fonction est l'élément "à bâtir" du récit. La fonction est "l'action d'un personnage défine du point de vue de sa signification dans le déroulement de l'intrigue" (Bremond 73:131), elle est l'élément minimal, atomique. Brémond est fasciné par la "logique universelle et nécessaire" des rôles dans la structure d'action du récit, puisque ces derniers reflètent notre expérience du jeu des rôles L'analyse des rôles dans l'univers de la narration est par conséquent l'objet d'étude central de Bremond (73). Les rôles - vus comme performance ou expérience de certains types d'actions téléologiques - sont élaborés a' l'aide d'une analyse "logique" des fonctions qui peuvent s'y attacher. L'élément de base pour analyser la structure d'un récit est ainsi une proposition narrative qui ressemble à la fonction Proppienne, mais qui est plus abstraite en ce qui concerne son élément le plus important, le processus narratif. Bremond propose un modèle ternaire (idéalisé) "agent - processus - patient" pour saisir un processus narratif. La fonction n'est donc plus un élément isolé comme chez Propp, elle est explicitement liée a un agent et à un patient. Toutefois dans cette fonction, le narratif simple (dont le predicat est appelé processus d'action) reste l'élément le plus important. C'est son type (défini dans le texte par sa position et son contenu) et sa phase (voir infra) qui définit un rôle narratif. En ce qui concerne le déroulement du processus d'action, Bremond distingue trois phases de processus: la virtualité (éventualité), le passage à l'acte et le résultat (achèvement) (Bremond 73:131). Plus précisément un processus provoque (ou ne provoque pas) un changement d'état (réussite) ou initie (ou n'initie pas) une action (volonté) (Bremond 1973:25). Souslignons au passage que le concept d'alternative ou de choix jouera un grand rôle dans les travaux de Bremond. Cette définition de différentes fonctions le distingue d'une part de Propp qui ne differencie aucunement entre les phases d'une action, et aussi de la définition traditionelle de l'action qui se borne à la dernière paire "acte + résultat". Voici les détails: L'état de départ d'une action (l'éventualité ou virtualité) est une étappe (ou condition) nécessaire pour que le processus de l'action proprement dit prenne place (passage à l'acte). Le non-passage à l'acte également condititionné par l'éventualité ne signifie pas une simple passivité, mais plutôt la tolérance active d'un état. Comme tout le monde le sait en science politique: Une non-action est aussi une action. Finalement le résultat du processus (achèvement ou inachèvment) est conditionné par le passage à l'acte. Dans cette triade le terme postérieur implique l'antérieur, mais l'antécédant n'implique jamais le conséquent, il y toujours une alternative. (cf. Bremond 73:131). Voici le schéma pour le processus d'action:
PROCESSUS@NARRATIF := EVENTUALITE@|@[pseudot\^ache] EVENTUALITE := passage@\`a@l'acte@+@RESULTAT@|@non@passage@\`a@l'acte RESULTAT := ach\`evement@|@inach\`evement
Au niveau du système de signification de l'univers narratif, les différents types de processus narratifs peuvent être dégagés par leur fonction dans le catalogue des rôles universels. En conséquence même l'essence de la structure du conte n'est plus une simple suite d'actions comme chez Propp, mais une structure de rôles en action. En ce qui concerne ce point, Bremond se rapproche de Greimas pour qui l'énoncé narratif est une relation entre actants, qui, comme je l'ai mentionné déjà plus haut, doit être considérée comme "un algorithme, c'est-à-dire comme une succession d'enoncés dont les fonctions-prédicats simulent linguistiquement un ensemble de comportements orientés vers un but" (Greimas 70, p.187). Bremond ancre fortement son modèle théorique du monde narratif dans le concept d'acteur abstrait qui s'oriente envue de l'obtention d'un but (non-analysé). Toutefois l'importance de l'action par rapport au rôle n'est pas toujours très claire même dans le cadre de la définition du système sémiotique. D'abord lorsque Bremond présente la grammaire opérationelle de récit qu'on va montrer plus loin, le concept-clé du codage, hors des liens syntaxiques, est clairement celui du processus narratif. Mais sa définition est dérivée de la discussion de rôles Toutefois dans le cas concret on voit pas toujours bien cette succession de rôles. Deuxièmement l'agent est bien défini par son rôle, mais ce dernier est souscatégorisé et ainsi défini par les processus variés d'action éventuels, actuels, ou terminés. De l'autre côté, la fonction d'une action est définie dans la perspective du couple acteur-patient et d'autres sous-catégories de rôles narratifs. En conclusion les catégories d'action et de rôle se définissent mutuellement. Le fait que le rôle à un statut théorique plus important résulte probablement du fait qu'il est plus complexe. Il n'existe pas de constructions de processus narratifs composés. L'argument qu'il faut un rôle pour une action est également intéressante au moment où on définit l'action par sa fonction.
Figure 3.3: L'agent Bremondien: ses modes
Dans la fig.3 ("L'agent Bremondien: ses modes"), j'ai montré quelques sous-différentiations possibles de l'agent de Bremond. Cette figure permet de voir qu'il existe un univers hiérarchisé de rôles qui permettent l'identification "logique" des types d'acteurs principaux du monde narratif. Les deux caractéristiques les plus importantes de son agent sont comme on a vu, sa capacité d'agir et sa capacité d'être affecté par une action. D'où la nécessité pour la plupart des processus narratif d'avoir un agent et un patient. Les trois types principaux de patients sont l'influencé, le bénéficiaire et la victime. Les majeurs types d'agent définis par rapport à leur influence sur le patient se trouvent dans la colonne de droite de la fig.3 et comprennent l'influenceur, l'améliorateur, le dégradateur, le protecteur et le frustrateur. Un agent n'existe dans la plupart des cas qu'en relation avec un patient (et vice-versa). Dans cette figure on retrouve également d'autres différentiations binaires et trinaires mentionnées plus haut comme la phase de processus narratif.
La typologie de l'agent contient en quelque sorte aussi une typologie des processus d'action. Chaque acteur du récit consiste en un ensemble de spécifications (ou caractéristiques) que l'on peut mettre en relation avec un "champ" de processus d'action. Autrement dit Bremond dérive l'univers d'actions de l'analyse de rôles. Dans la fig.4 "Bremond: L'inventaire des processus d'action", j'ai essayé de traduire ses catégories de processus narratifs dans une grammaire de choix.
Figure 3.4: Bremond: L'inventaire des processus d'action
Il est important de comprendre que l'on n'est pas en présence d'un lexique sémantique de l'action humaine, mais d'un dictionaire de fonctions qu'un processus d'action peut prendre dans le développement de l'intrigue. Dans le schéma j'ai essayé de montrer la structure logique que Bremond esquisse brièvement dans sa conclusion. Rappellons encore une fois que sa méthode de trouver ces fonctions découle de l'analyse des différents rôles.