Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07171.jsonl.gz/233

Yoga, traumatisme et stress post traumatique
Qu’est ce qu’un traumatisme?
Les événements traumatiques de la vie prennent de nombreuses formes: agression physique ou sexuelle, accident de voiture, exposition à un acte de violence, décès d’un être cher…. L’expérience de la maltraitance, de la négligence ou de la violence domestique pendant l’enfance peut également entraîner un stress traumatique permanent. Les traumatismes peuvent également résulter de micro agressions permanentes auxquelles de nombreuses personnes font face, comme le racisme, discrimination, l’oppression…
Quelle que soit la source du traumatisme, la personne qui en est victime ne dispose pas des ressources nécessaires pour gérer la situation au moment où elle se produit. Si cette détresse n’est pas traitée, elle peut conduire au développement du syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Lorsque le traumatisme est le résultat d’événements traumatiques chroniques, répétés et continus, on parle de syndrome de traumatisme complexe et de stress post-traumatique complexe (CPTSD), qui se traduit par des dommages physiques et psychologiques encore plus graves.
Les symptômes du traumatisme
Les expériences traumatiques affectent l’esprit et le corps. Le traumatisme complexe a des répercussions sur tous les aspects du développement de l’enfant/adolescent : cognitif, émotionnel et physique.
Les traumatismes non résolus peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé physique. Lors de tout événement générant du stress, l’organisme produit du cortisol, substance chimique associée au système nerveux sympathique et à la réaction de lutte ou de fuite. Lorsque le stress est permanent, l’organisme continue à produire de grandes quantités de cortisol et contribue à réduire la réponse immunitaire.
Exemple symptômes du stress post traumatique et complexe :
- hypertension artérielle
- déséquilibre de la glycémie
- alimentation émotionnelle
- addictions à l’alcool, la caféine, la nicotine ou à d’autres drogues
- lupus, maladie de Crohn, fibromyalgie
- augmentation du risque de fractures
- difficultés d’apprentissage
- troubles du sommeil, cauchemars, flashbacks
- anxiété, dépression
- hypervigilance
- dérégulation émotionnelle
Afin de fuir les souvenirs des traumatismes, il est courant de développer des stratégies d’évitement (situations, personnes et lieux qui rappellent le passé). L’évitement est également maintenu par des défenses telles que le déni du passé, la répression des sentiments, la minimisation de la douleur ou la dissociation.
La dissociation, mécanisme de survie
La dissociation est un mécanisme d’évitement utilisé pour créer une distance par rapport aux émotions et sensations douloureuses. Lorsque la personne est confrontée à un danger ou à une blessure permanente, elle apprend à ne plus ressentir les émotions ni les sensations afin de tolérer la douleur physique et émotionnelle du souvenir du traumatisme.
La dissociation expose les personnes à encore plus de danger et ne leur permet pas de prendre soin d’elles. Car en étant déconnectées de leur corps et d’elles-mêmes, elles ne sont pas en mesure de reconnaître les signes de danger. Elles n’ont plus les moyens de reconnaître les symptômes de stress et donc de traiter l’origine du stress et de développer des stratégies de gestion du stress.
Le corps garde la mémoire du traumatisme
La douleur émotionnelle liée au traumatisme est stockée dans le corps longtemps après la fin d’un événement traumatique. Comme l’a décrit Bessel Van der Kolk, le corps garde la mémoire, the body keeps the score.
Le stockage des souvenirs traumatiques est adaptatif du point de vue de l’évolution. On doit se souvenir de situations dangereuses ou menaçantes afin d’essayer d’éviter ces situations à l’avenir. Mais le fait de conserver ces souvenirs dans notre corps, au sens physique et émotionnel, peut créer beaucoup d’inconfort et de détresse.
L’approche somatique du traitement du traumatisme
Le traitement du traumatisme consiste à redonner à la personne un sentiment de sécurité, de pouvoir et de contrôle. Étant donné que les traumatismes affectent la physiologie du corps et que les souvenirs traumatiques sont souvent stockés dans le corps (soma), il y a de plus en plus d’approches thérapeutiques qui intègrent le corps. Les thérapies cognitives reposent sur une approche descendante (top-down), tandis que les thérapies somatiques utilisent une approche ascendante (bottom-up) qui s’appuie sur l’expérience du corps comme porte d’entrée dans la vie intérieure d’une personne. Elles donnent la priorité à l’établissement d’un lien au niveau somatique, puis au traitement des émotions et des cognitions à partir de ce point d’entrée.
Yoga adapté au traumatisme ou trauma informed yoga
Comme la MBSR mindfulness based for stress reduction développée par Jon Kabat Zinn (pleine conscience pour la réduction du stress), le yoga adapté au traumatisme est né aux Etats Unis. Des thérapeutes, psychologues et yogis en contact avec des personnes hautement traumatisés (vétérans de guerre, victimes d’abus physiques et négligences psychologiques) ont fait le constat de la limite des thérapies verbales dans la guérison de symptômes de stress post traumatique.
Il s’agit d’un yoga très doux, où le langage est adapté pour très invitatif pour que rien ne semble imposé. Les postures ne sont pas nommées pour mettre à l’aise les personnes qui doivent se sentir en sécurité, pas en compétition avec les autres, avoir le choix tout en étant guidées. Les expériences traumatiques étant liées à la contrainte, à l’absence de choix, tout aspect coercitif doit être supprimé de cette pratique de yoga.
La pratique du yoga adapté au traumatisme en combinaison avec un suivi psychologique va permettre de :
- développer la capacité à rester présent en tolérant l’expérience intérieure,
- renouer une relation avec son corps en reprenant contact avec ses sensations physiques
- activer le système nerveux para sympathique responsable de la relaxation physique
- faire confiance à ses sensations
- réguler ses émotions et en avoir moins peur
- retrouver l’envie de prendre soin de soi
Cette pratique corporelle a ensuite un effet d’entraînement sur la santé émotionnelle et mentale, sur les relations et sur l’expérience de la vie dans le monde.
Yoga ou l’expérience de plénitude ou wholeness
Le yoga offre la possibilité de vivre une expérience de plénitude. Il s’agit d’être conscient et en contact avec soi-même partout dans son corps.. Lorsque nous habitons notre corps, nous faisons l’expérience de nous-mêmes en tant que conscience, qui imprègne tout notre corps et notre environnement.
Le traumatisme fragmente et limite notre intégralité. Le traumatisme nous sépare de notre corps, perturbe l’unité du corps et de l’esprit et l’unité de soi et des autres.
Lorsque nous incarnons notre être complètement embodiment, nos pensées, nos émotions, nos sensations et nos perceptions forment une unité. Nos actions découlent d’une source unique de compréhension, d’émotion et de sensation physique. Être en contact intérieur avec notre corps, c’est en même temps être ouvert à notre environnement. Partout où nous sommes en contact avec nous-mêmes dans notre corps, nous sommes vivants et sensibles au monde qui nous entoure. Cela produit une expérience vécue de continuité et de connexion avec tout et tous ceux que nous rencontrons.pour pratiquer le yoga adapté au traumatisme
Sources :
- Schwartz, Arielle. The Complex PTSD Workbook:
- Schwartz, Arielle. The Post-Traumatic Growth Guidebook
- Emerson, David; Hopper, Elizabeth. Overcoming Trauma through
- Blackstone, Judith. Trauma and the Unbound Body
- Mary NurrieStearns & Rick NurrieStearns. Yoga for emotional trauma