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Pas vraiment. Un reportage de la RTS nous apprend que les marges sur certains médicaments contre le cancer sont de 85 %.Voilà qui couvre (très) largement les coûts de production et de développement (y compris ceux de recherches n’ayant pas abouti).
Le producteur ne conteste pas ses chiffres, mais indique que les prix “sont basés sur les bénéfices qu’ils procurent aux patients et à la société dans son ensemble”. Si cela semble être un raisonnement bien étayé, ce n’est en fait pas le cas.
Qu’est-ce que la demande nous dit ?
Une courbe de demande comme celle représentée ci-dessous est une relation inverse entre le prix (échelle verticale) et la quantité (échelle horizontale). Rien de bien nouveau, mais il est utile de bien comprendre comment ceci nous informe sur le bénéfice que le produit procure au consommateur.
Dans notre exemple si le prix est égal à 55 francs la quantité demandée est de 1 unité. Le fait que le consommateur soit prêt à acheter cette unité malgré le prix élevé nous dit que le bénéfice qu’il retire de sa consommation est équivalent à 55 francs. En d’autres termes, le consommateur est très friant de ce bien lorsqu’il en a peu à disposition. Si le prix descend à 50 francs alors la quantité augmente à 2 unités. Cela indique que la deuxième unité procure un bien être équivalent à 50 francs.
Soulignons deux points. Tout d’abord, le bénéfice apporté par la deuxième unité (50) est plus faible que celui apporté par la première (55). En effet le consommateur a un peu plus du bien à disposition (en jargon d’économiste on parle « d’utilité marginale [de la dernière unité consommé] décroissante »). Ensuite, le prix payé pour la deuxième unité correspond exactement au bénéfice que le consommateur en retire, et donc en il n’y a pas de bénéfice net. Mais ce prix de 50 s’applique aux deux unités consommées et est inférieur au bénéfice apporté par la première unité (55). Le consommateur jouit dès lors d’un bénéfice net de 55-50 sur la première unité.
Nous pouvons continuer le raisonnement pour plus d’unités consommées. Par exemple, comme le montre la figure, le consommateur achète 6 unités lorsque le prix est de 30 francs. Cela indique que cette 6ème unité apporte un bénéfice de 30. Comme nous l’avons souligné, la consommation des autres unités apporte un bénéfice supérieur à ce prix. Le consommateur retire alors un bien-être net total représenté par la surface en rouge, appelé le « surplus du consommateur ». Dans notre exemple ce montant est de 90 francs
La demande pour un bien nous indique donc le bien-être que le consommateur en retire. Notons bien que c’est toujours le cas. Par conséquent ce seul élément ne suffit pas pour déterminer le prix juste.
Prendre en compte les coûts de production
Les biens ne tombant pas du ciel, il faut prendre un compte le coût de production. Pour faire simple, considérons que la production de chaque unité coûte 10 francs. Ce coût variable par unité est représenté par la ligne rouge dans le graphique ci-dessous. Si l’entreprise doit également faire face à un coût fixe, disons 30 francs, le coût moyen est représenté par la courbe verte (coût fixe divisé par quantité, plus coût variable).
L’analyse économique nous permet de déterminer le prix juste en combinant la demande et les coûts. L’idée centrale est que la quantité produite doit générer un bien être pour chaque unité qui soit au moins égal au coût. Sans cela il y a un gaspillage de ressources.
L’efficience économique indique qu’il faut choisir point où la courbe rouge de coût variable croise la demande. Ceci correspond à un prix de 10 francs pour une quantité de 10 francs. Produire plus n’est pas une bonne idée car le bénéfice que le consommateur retire ne couvre pas le coût de production. Comme nous avons un coût fixe, le raisonnement doit être ajusté en conséquence. Il convient alors de produire au point où la demande croise la courbe verte de coût moyen. La quantité est alors de 9.4 unités pour un prix de 13.2 francs. A ce prix, la marge variable de 3.2 francs couvre le coût fixe. Le bien-être total du consommateur (surplus) se monte quant à lui à 219 francs.
Que se passe-t-il si l’entreprise est en situation de monopole ? Elle choisit alors de maximiser son profit. Un simple calcul montre qu’elle fixe un prix de 35 francs. La quantité vendue est alors de 5 unités, le profit de l’entreprise se monte à 95 francs et le surplus du consommateur tombe à 63 francs.
Est-ce que le prix reflète le bénéfice procuré au consommateur ? Oui dans le sens où la 5ème unité génère un bien être de 35 francs. Mais ceci n’est pas la question pertinente. Pour pousser l’analogie jusqu’à l’absurde, un agresseur forçant sa victime à vider son compte bancaire inflige un prix qui reflète le bénéfice procuré par le fait d’avoir la vie sauve. Ce n’est clairement pas une situation souhaitable. La vraie question est de savoir si le bien-être de la dernière unité consommée est proche du coût de production. La réponse est clairement non.
Les limites du contrôle
L’enquête de la RTS nous apprend que le régulateur évalue le prix de deux manières. Premièrement il le compare au prix de produits similaires. Cela serait une bonne idée s’il y avait effectivement de tels produits. Mais ce n’est pas le cas lorsqu’un médicament n’est produit que par une entreprise.
Deuxièmement, il compare le prix pratiqué en Suisse à celui pratiqué dans d’autres pays (pour autant qu’il dispose de chiffres pertinents, ce qui ne semble pas être le cas). Cet examen ne répond pas à la question. Une entreprise en situation de monopole pratique un prix excessif (bien au-delà des coûts) pour tous les consommateurs. Savoir que mon voisin subit le même prix abusif que moi ne change rien au fait que le prix est abusif.
Le reportage montre bien qu’il y a un problème substantiel en Suisse. S’il ne s’agit pas de l’unique cause des coûts de la santé – qui reflètent une série de problèmes – cela joue un rôle. Espérons que nous n’attendrons pas de subir les situations abusives constatées dans d’autres pays avant de réagir.