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Le nouveau-né reconnait-il la voix de sa mère ?
L'audition chez le fœtus
L’audition est un sens très étudié chez le fœtus et le nouveau-né. Le fœtus commence à être sensible aux bruits à partir des sixième et septième mois de grossesse. Grâce à des enregistrements effectués in utero chez l’être humain et chez l’animal, on sait que l’environnement du fœtus n’est pas silencieux et que les bruits peuvent provenir de l’intérieur du corps de la mère (battements du cœur, respiration, etc.) et de l’extérieur (voix, musique, etc.). Ces derniers sont atténués et déformés par la paroi abdominale.
L’audition permet d’étudier les capacités d’apprentissage des fœtus et de voir si l’expérience vécue in utero a un effet sur le comportement du nouveau-né.
Un bruit important et constant auquel est soumis le fœtus est les battements du cœur de sa mère. Lorsqu’on fait écouter à des nouveau-nés les bruits intra-utérins, dont les battements cardiaques qu’ils entendaient dans le ventre de leur mère, on observe une modification du comportement du bébé : apaisement, succion, endormissement, etc.
La voix de la mère
En ce qui concerne la voix de la mère, elle peut être perçue in utero en étant transmise à la fois par le milieu extérieur (voie aérienne) et par le milieu intérieur (corps de la mère : os, tissus). Des nouveau-nés de quelques jours reconnaissent et préfèrent la voix de leur mère à celle d’une femme inconnue. Comment a-t-on montré cela ? Les psychologues utilisent une méthode qui permet au bébé d’exprimer sa préférence entre deux stimulations. Le bébé va apprendre à déclencher une stimulation en faisant varier son rythme de succion. Une tétine spéciale comprenant des capteurs de succion est mise dans la bouche du bébé. Un changement de fréquence ou d’intensité de la succion indique que le bébé a perçu une différence ou a une préférence. Non seulement les bébés discriminent la voix de leur mère à la voix d’une personne étrangère, mais en plus, ils sont capables de modifier leur rythme de succion afin d’obtenir la voix de leur mère. C’est ce que montrent les chercheurs en utilisant une technique qui permet au bébé d’exprimer sa préférence entre deux stimulations. Le nouveau-né va par exemple apprendre que s’il tète plus vite, il peut entendre la voix de sa mère alors que s’il tète plus lentement, il entend la voix d’une personne étrangère.
Les nouveau-nés préfèrent même la voix de leur mère reconstituée telle qu’ils l’entendent in utero à cette même voix telle qu’ils l’entendent lorsqu’elle est transmise par l’air. Ce résultat met bien en évidence que les fœtus ont mémorisé la voix de leur mère telle qu’ils l’entendent in utero et qu’ils s’en souviennent quelques jours après la naissance.
Avant la naissance, des études ont montré, en analysant le rythme cardiaque du fœtus, que ces derniers réagissent à la voix de leur mère. Les fœtus augmentent, par exemple, leur rythme cardiaque lorsqu’ils entendent la voix de leur mère et diminuent ce rythme lorsqu’ils entendent la voix d’une personne étrangère.
Le même type d’expérience a été réalisé avec la voix du père mais les résultats ont montré que les bébés ne reconnaissent pas la voix de leur père avant l’âge de 4 mois. Ce résultat décevant pour les papas peut s’expliquer par la différence d’expérience prénatale. En effet, un fœtus est beaucoup plus exposé à la voix de sa mère qu’à la voix de son père.
REPERES
Le fœtus et le nouveau-né sont sensibles à leur environnement sonore et ils sont capables de mémoriser ce qu’ils entendent souvent. Très vite, ils savent reconnaître la voix de leur mère et la préfèrent à une autre voix. Le fœtus et le nouveau-né sont également capables de distinguer la voix de leur mère qui s’adresse directement à eux à cette même voix qui s’adresse à quelqu’un d’autre. Vous pouvez donc parler à votre futur bébé et à votre nouveau-né. Il apprécie beaucoup votre voix et dans certains cas, rien que vos paroles l’apaiseront, si par exemple il pleure. Vous pouvez également lui chanter une berceuse à laquelle il sera très attentif.
Références
DeCasper, A., & Fifer, W. (1980). Of human bonding: newborns prefer their mother’s voice. Science, 208, 1174-1176.
DeCasper, A., & Prescott, P. (1984). Human newborn’s perception of male voices, preference, discrimination, and reinforcing value. Developmental Psychobiology, 17, 481-491.
Le nouveau-né reconnaît-il une mélodie ?
Comme nous l’avons déjà mentionné, le milieu intra utérin dans lequel vit le fœtus est riche de stimulations sonores. Le fœtus peut percevoir les bruits provenant de l’extérieur comme les voix, la musique, la radio, la télévision, etc. S’il est régulièrement soumis aux mêmes bruits, peut-il s’y habituer, les reconnaître ?
Les psychologues montrent que lorsqu’on diffuse après la naissance une séquence de musique que le fœtus a régulièrement entendue pendant la gestation, cette musique apaise le nouveau-né et peut favoriser son passage d’un état de veille agitée à un état de veille attentive.
Ce résultat peut s’observer avec différentes musiques, mais aussi avec le générique d’un feuilleton télévisé. C’est ce qu’une étude a montré. Deux groupes de futures mamans sont constitués : un groupe dont les mères suivent quotidiennement le feuilleton et un groupe dont les mères ne regardent jamais le feuilleton. Après la naissance, on fait écouter aux nouveau-nés le générique du feuilleton. On constate alors que les bébés des deux groupes ne se comportent pas de la même façon. Les bébés « habitués » au générique manifestent un ralentissement de leur fréquence cardiaque, s’arrêtent de pleurer et s’orientent vers la source de la musique. Leurs mouvements corporels sont également moins nombreux que les bébés non « habitués ».
Ce résultat s’observe également pour une histoire racontée. Si une maman lit au bébé qui est dans son ventre, la même histoire tous les jours durant les dernières semaines de gestation, à la naissance le nouveau-né rythmera sa succion de façon à entendre cette histoire-là plutôt qu’une autre également lue par sa mère. Ce résultat continue à s’observer si c’est une autre personne que la mère qui lit cette même histoire. Donc le bébé reconnait l’histoire même si la voix change.
Non seulement le nouveau-né manifeste une reconnaissance de ce qu’il a entendu dans sa vie prénatale mais cette familiarisation peut déjà s’observer chez le fœtus. A partir de 33 semaines de gestation, on demande à des futures mamans de réciter un poème à voix haute, trois fois par jours pendant quatre semaines. Après ces quatre semaines, une personne étrangère lit au fœtus le poème familier et un poème nouveau. Afin de ne pas entendre quel poème est lu à son bébé, la mère écoute de la musique avec un casque. Les résultats montrent que le rythme cardiaque du fœtus ralentit lorsqu’il entend le poème familier, ce qui n’est pas le cas lorsqu’il entend le poème inconnu.
Des adaptations spécifiques peuvent également se développer face à des bruits de l’environnement. C’est ce qui a été observé avec des fœtus dont les mères habitent près d’un aéroport (l’étude a été menée au Japon, près de l’aéroport d’Osaka). On constate que plus les fœtus ont été exposés longtemps au bruit des avions dans leur vie prénatale, moins ils sont réveillés par le bruit des avions après la naissance, alors qu’ils sont réveillés par un autre bruit que celui des avions mais ayant des caractéristiques communes.
REPERES
Votre enfant va se développer dans une culture donnée, dans votre famille. Selon vos activités professionnelles et de vos loisirs, selon vos goûts musicaux, il s’habituera à cet environnement. Très vite, il saura reconnaître les bruits familiers de cet environnement. Ceux-ci fourniront des repères et pourront le rassurer, à condition qu’ils ne soient pas nuisibles à sa santé (bruits trop forts, désagréables).
Références
Ando, Y., & Hattori, H. (1970). Effects of intense noise during fetal life upon postnatal adaptability (statistical study of the reactions of babies to aircraft noise). Journal of the Acoustic Society of America, 47, 1128-1130.
DeCasper, A., Lecanuet, P.-P., Busnel, M.-C., Granier-Deferre, C., & Maugeais, R. (1994). Fetal reactions to recurrent maternal speech. Infant Behavior and Development, 17, 159-164.
Hepper, P. G. (1991). An examination of fetal learning before and after birth. The Irish Journal of Psychology, 12(2), 95-107.
Le nouveau-né reconnaît-il sa langue maternelle ?
Puisque le fœtus et le nouveau-né reconnaissent la voix de leur mère, des mélodies et des histoires auxquelles ils ont été familiarisés, sont-ils également capables de reconnaître leur langue maternelle (par exemple le français s’ils vivent dans un environnement où l’on parle le français) ?
Préférence pour la langue maternelle
Plusieurs études ont montré que dès la naissance, les bébés préfèrent écouter des phrases dites dans leur langue maternelle plutôt que des phrases dites dans une langue étrangère. Pour mettre en évidence ce résultat, on peut employer une tétine munie de capteurs de pression et reliée à un ordinateur (une méthode appelée « succion non nutritive »). On constate alors que les « rafales » de succion sont beaucoup plus longues lorsque le nouveau-né entend sa langue maternelle que lorsqu’il entend une langue étrangère. Ce résultat s’observe avec des enfants de différentes langues maternelles. Cette préférence semble reposer sur le traitement de la prosodie de la phrase (i.e. la mélodie de la phrase, l’intonation, le rythme) et non au niveau des mots individuellement.
Différencie les langues étrangères
Les scientifiques ont aussi cherché à savoir si les bébés sont capables de différencier les langues étrangères. Les petits français sont-ils par exemple capables de différencier l’anglais du japonais ? Pour répondre à cette question, les chercheurs ont combiné la méthode de la succion non nutritive et celle de l’habituation-réaction à la nouveauté. Dans une première phase d’habituation, des phrases, dans une langue étrangère sont dites au bébé. On observe que le taux (ou fréquence) de succion diminue au fil des essais, ce qui signifie que le bébé s’habitue. Puis, en phase test, on présente des phrases lues dans une autre langue étrangère et on observe si le bébé augmente ou non son taux de succion. S’il modifie son taux de succion, cela signifie qu’il différencie les deux langues alors que s’il ne modifie pas son taux de succion, cela signifie qu’il ne différencie pas les deux langues. Les résultats montrent que les nouveau-nés sont capables de différencier deux langues étrangères qui n’appartiennent pas à la même classe au niveau du rythme comme l’anglais et le japonais mais sont incapables de différencier deux langues qui appartiennent à la même classe (i.e. ayant des caractéristiques communes) comme l’anglais et le néerlandais (deux langues accentuelles) ou l’espagnol et l’italien (deux langues syllabiques).
Le développement du langage s’étend sur plusieurs années et les parents ignorent souvent que cet apprentissage commence très tôt, bien avant les premiers mots de l’enfant. Déjà dans le ventre de sa mère, le fœtus commence à développer certaines capacités perceptives qui lui permettent de reconnaître les sons de sa langue. C’est une des premières «pierres » à partir de laquelle le jeune enfant va construire son langage.
REPERES
Comme l’imprégnation à la langue maternelle commence avant même la naissance, votre bébé est « naturellement » déjà très stimulé et il n’a pas besoin, par exemple, d’écouter de cassettes pour apprendre une seconde langue. Le cerveau du jeune enfant est doté d’une très grande flexibilité et c’est la raison pour laquelle un enfant adopté les premières années apprendra, le plus souvent, sans difficulté, sa nouvelle langue.
Références
Bertoncini, J., & Nazzi, T. (2005). Développement précoce de la perception de la parole. In R. Lécuyer (Ed.), Le développement du nourrisson. Paris, Dunod.
Moon, C., Cooper, R., & Fifer, W.P. (1993). Two-days-olds prefer their native language. Infant Behavior and Development, 16, 495-500.
Nazzi, T., Bertoncini, J., & Mehler, J. (1998). Language discrimination by newborns : towards an understanding of the role of rythm. Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 24, 756-766.