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Performance, 4 heures
En collaboration avec Charlotte Centelighe, céramiste et Mathilde Morel, voix
Le son est une vibration qui se propage comme une onde à travers un gaz, un liquide ou un solide. En 1877, Thomas Edison a développé la première méthode pour enregistrer le son : un stylet gravait des ondes sonores sur un cylindre enveloppé d’une feuille d’étain. Le même stylet, installé sur un diaphragme et amplifié par un pavillon, permettait de lire et d’entendre les sons enregistrés. Un siècle plus tard, le prix Nobel de physique Georges Charpak, rappelant que les ondes sonores sont capables de créer des rainures sur une matière molle, a suggéré qu’elles pourraient avoir un impact sur l’argile. Et il rêvait d'inventer un outil qui permettrait d'entendre des sons enregistrés sur les rainures des poteries anciennes, peut-être même les chansons qui ont accompagné leur création.
La performance créée à Guadalajara en 2010, a été inspirée à Saâdane Afif par le projet de Georges Charpak. Dans une salle, un tour de potier, deux haut-parleurs lui faisant face, et des socles vides. Une affiche sur le mur annonce un événement au programme de la soirée d'ouverture : «une lecture, un enregistrement et quelques témoins». Derrière la vitre d’une cabine, la performeuse dit au micro des textes que Saâdane Afif a commandés à d’autres artistes autour de ses propres pièces depuis 2004. Dans la salle d’enregistrement, où se trouve aussi le public, sa voix est amplifiée par les haut-parleurs, se superpose au travail de la céramiste. Et si l’on en croit la théorie de Charpak, les ondes s’impriment sur la terre humide qui tourne sur son tour. À chaque nouvelle chanson, la céramiste commence un nouveau pot.
La seule décoration est un émaillage sur la lèvre de chaque poterie où sont inscrits un numéro d'identification, le titre des paroles enregistrées, la date de composition, les initiales de l'auteur, le nom de la céramiste/ingénieuse du son et le lieu et la date de l'enregistrement. Après cuisson dans les laboratoires de l’EDHEA, les poteries reviennent à la Centrale pour y être exposées.
Sculpture, Porcelaine peinte et vernie, 70 x 30 x 30 cm.
Sur la partie supérieure du bouchon : sceau de la manufacture
Oeuvre présentée dans le cadre de l'exposition Echos d'une collection - Oeuvres du Frac Franche-Comté
Sérigraphie sur papier, reproduction photomécanique, 140 x 100 cm, 147,5 x 116,3 x 4 cm (avec cadre)
Tirage : 6/40 + XV
Oeuvre présentée dans le cadre de l'exposition Echos d'une collection - Oeuvres du Frac Franche-Comté
Vinyl adhésif. Deux tailles possibles : 300 x 81 cm ou 210 x 57cm.Texte de Lili Renaud Dewar
Tirage : 3/6 + 2EA
Oeuvre présentée dans le cadre de l'exposition Echos d'une collection - Oeuvres du Frac Franche-Comté
Cette céramique appartient à une série de huit, les Fairytale Recordings, qui ont pour point de départ des œuvres antérieures de Saâdane Afif à partir desquelles Tom Morton, Lili Reynaud Dewar,Mick Peter, Ina Blom et Tacita Dean ont écrit des textes. La chanteuse lyrique et actrice Katharina Schrade a ensuite performé ces textes. Elle les a déversés dans les vases réalisés d’après un dessin de Saâdane Afif par la Manufacture de porcelaine de Nymphenburg, à Munich. Chacun est scellé et surmonté par une figurine représentant la cantatrice dans la tenue portée pour la performance(signée par StayStyling, Berlin) et dans la posture qu’elle doit prendre au début de l’interprétation - ici d’un texte écrit pour l’œuvre Black Spirit par Lili Reynaud Dewar, édité en 2004 sous la forme d’un vinyl adhésif.
L’œuvre se réfère à l’invention de l’enregistrement sonore, à Gargantua imaginant conserver les voix en les prenant dans la glace, mais aussi aux différentes cultures qui enferment les restes des morts dans des vases.
En produisant avec les graphistes de Valence des posters en édition limité, Saâdane Afif donne le générique de ses œuvres, à la manière des industries du cinéma et de la musique. Il souligne ainsi la manière dont la création se nourrit d’autres œuvres et fonctionne grâce à l’interprétation, la mutation, l’évolution, sans que tout puisse jamais être transmis de ce qui la fait art. Ici, c’est l’ensemble des collaborations impliquées par le projet The Fairytale Recordings qui figure.
Né en 1970 à Vendôme (FR)
Vit et travaille à Berlin
Diplômé de l'École des Beaux-Arts de Bourges, Saâdane Afif est un artiste dont le travail interroge notre relation à l’art, la manière dont il s’inscrit dans nos sociétés, dans nos systèmes de pensées. Souvent lié à la musique, il reproduit ses processus de création. Ainsi, depuis 2004, Saâdane Afif demande à des auteur·e·s d’écrire des chansons sur ses œuvres, selon des systèmes de contraintes. Les textes peuvent ensuite être accrochés dans l’exposition à coté des pièces, confiés à des compositeurs, des interprètes, performés, enregistrés, donner lieu à des concerts, des albums, des affiches, ou encore susciter de nouvelles œuvres… Plus de 200 chansons sont ainsi nées, la plupart regroupées dans un ouvrage (Paroles,Éditions Zoë Gray, 2018)), qui a lui-même servi de clé de voute à une exposition. Les chansons permettent d’inclure d’autres présences dans le travail, de croiser des imaginaires, de jouer sur les mutations et les temporalités.
Saâdane Afif était le directeur artistique - le convener - de la dernière triennaleBergen Assembly en Norvège en 2022. Il a tenu son rôle d’une manière révélatrice de son art, qui se déploie dans des formes collaboratives inventives, dont il est en quelque sorte le chef d’orchestre. Il a ainsi invité une curatrice fictionnelle et conçu la manifestation comme le développement d’un ancien projet né à la Biennale de Marrakech en 2014.
Son intérêt pour les questions de perception l’inscrit bien sûr dans l’héritage de Marcel Duchamp. Il collectionne par ailleurs depuis 2008 les livres et magazines reproduisant Fountain, le célèbre urinoir exposé en 1917. À chaque fois, la page est arrachée, encadrée, et l’ouvrage rejoint une bibliothèque. Il va sans dire que le projet a engendré ses propres publications et donc une deuxième couche d’archivage.Il devrait s’arrêter à la 1001e occurrence trouvée.
Saâdane Afif a reçu de nombreuses reconnaissances, dont le Prix Marcel Duchamp 2015.