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Le comité "2 x oui" pour les initiatives sur l'eau potable et les pesticides avançait pour argument que "la prétendue viande suisse que nous consommons est une fraude à l'étiquetage: 50% de celle-ci est produite à partir d'aliments pour animaux importés". L'émission On en parle s'est donc renseignée auprès des distributeurs afin de savoir d'où venait le fourrage qui nourrit les bêtes que l'on retrouve dans nos assiettes.
Les recherchistes ont demandé aux distributeurs de leur fournir les informations les plus détaillées possibles sur les fourrages utilisés pour la viande de bœuf, de porc, de volaille et aussi des œufs indiqués comme "suisses", bio et non bio.
Peu de réponses
Les enquêteurs n'ont reçu que très peu de réponses sur le menu exact des animaux concernés. De manière générale, les distributeurs ont plutôt renseigné sur les standards en matière d'alimentation animale qui sont respectés pour certains labels comme Suisse Garantie, bio, ou autres, mais pas sur la composition exacte des fourrages.
Selon les données transmises par la Migros, on arrive plus ou moins à 50% de fourrage importé qui compose la nourriture de ces poulets bio. Lidl nous fournit une réponse quasi identique pour l'alimentation de ses poules pondeuses bio.
Standard minimal dans la loi
Le standard minimal prévu par la loi suisse permet d'indiquer que de la viande est suisse totalement indépendamment du type et de la provenance du fourrage utilisé. Les critères sont assez compliqués mais en résumé si l'animal a été élevé en Suisse, la viande est suisse, idem pour les œufs.
C'est le cas pour tous les labels, dont très peu régulent la provenance des fourrages. Pour AQ viande Suisse par exemple, qui permet notamment d'apposer le label "Suisse garantie", les fourrages doivent être sans OGM, sans huile de palme et le soja produit de manière durable.
Une vache mange du foin. [Ennio Leanza - Keystone]Selon les recherches d'On en parle, le label qui impose une limitation des importations la plus importante en matière de fourrage est le label Bio Suisse, mais uniquement pour les ruminants, c'est-à-dire les vaches, moutons et chèvres. Et nous sommes en pleine période de transition: depuis le 1er janvier 2020, 90% des matières premières du fourrage doit provenir de Suisse, ça devra même être 100% dès janvier 2022.
Rien pour le porc et la volaille
Cela signifie que la viande et le lait de ruminants bio suisse seront bientôt issus de fourrage entièrement suisse. En revanche, il n'y a pas de telles règles pour la volaille et le porc. Pour ces derniers, la provenance des matières premières doit être bio et ils doivent tout de même avoir une provenance européenne pour l'ensemble du fourrage.
Cela s'explique par le fait que le porc et le poulet sont les deux élevages qui utilisent le plus d'aliments importés, car ces bêtes consomment une grande part de fourrage concentré, qui est peu produit en Suisse.
Certains aliments sont très difficiles à produire en Suisse, a expliqué mardi Jacques Clément, membre de l'Association suisse des producteurs de volaille et lui-même producteur de poulets fermiers et de poules pondeuses dans le canton de Fribourg. C'est le cas par exemple pour le soja, principale source de protéine pour les poulets, notamment pour des raisons climatiques. Pour nourrir sa production de 3600 poulets fermiers pour le label Naturafarm, Jacques Clément explique qu'il utilise du fourrage à 70% importé.
Sujet radio: Quentin Bohlen
Adaptation web: Jean-Philippe Rutz