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L’idée est séduisante de simplicité: on utilise les maisons et les appartements vacants d’un village pittoresque pour héberger des touristes et la coordination est assurée par une réception centrale – comme dans un hôtel. Ce concept de l’albergo diffuso vient d’Italie, où plusieurs communes périphériques ont connu de cette manière une renaissance. L’idée de l’«hôtel dispersé» a aussi été reprise en Suisse. Une structure d’hébergement de ce genre est ouverte depuis quelques années dans la petite ville de Porrentruy (JU). Les deux projets tessinois de Scudellate et de Corippo sont encore partiellement en phase préparatoire. Ces entreprises ressentent justement un élan au cours de la deuxième année de la pandémie de coronavirus.
Tout a commencé par une secousse: la terre a tremblé si fort en mai 1976 dans la région du Frioul, au nord-est de l’Italie, que de nombreux villages ont été entièrement ou partiellement détruits. Une idée particulière est née en Carnie lors de la reconstruction: de nombreux habitants ne sont plus revenus même dans les maisons intactes; on a alors commencé à utiliser les logements vacants à des fins touristiques, ce qui a contribué à la renaissance de cette région.
Avec le temps, cette idée de l’albergo diffuso – au sens d’«hôtel dispersé», parfois aussi appelé judicieusement «hôtel horizontal» – a fait fureur dans d’autres régions italiennes, où le nombre de bâtiments vides a augmenté à cause de l’exode des villages périphériques. Les chambres d’une auberge de ce genre se répartissent sur plusieurs bâtiments et appartements, et les services hôteliers sont également proposés à différents endroits. Seule la direction est assurée depuis une réception centrale.
Il existe actuellement en Italie environ 150 offres de ce type qui reposent systématiquement sur la réaffectation de structures résidentielles d’origine soumises à une rénovation douce. Ces offres répondent à l’intérêt de nombreux voyageurs qui souhaitent vivre quelque chose d’authentique et rencontrer la population locale tout en bénéficiant de services hôteliers.
Dans la vieille ville de Porrentruy
Ce concept italien rayonne aussi en Suisse. La société Albergo Diffuso SA a ouvert les portes de son hôtel horizontal en septembre 2017 dans la petite ville jurassienne de Porrentruy. «Nous sommes un groupe de propriétaires de bâtiments historiques du centre-ville et nous les exploitons en commun conformément au modèle italien», explique Marianne Chapuis, une des deux associées d’Albergo Diffuso SA.
Au début, il y avait deux chambres soumises à une rénovation douce et quatre studios qui pouvaient accueillir seize personnes au total. Actuellement, cinq bâtiments totalisant 48 lits sont à disposition. «Le bureau de JuraTourisme s’occupe de la réception des clients à l’hôtel horizontal de Porrentruy», déclare Émilie Moreau, responsable du développement des produits au sein de l’organisme jurassien responsable du tourisme. «Nos chambres sont bien occupées depuis avril de cette année et les clients réservent des séjours plus longs», constate de son côté Marianne Chapuis. Cela a permis d’atténuer sensiblement les conséquences de la crise initiale de 2018 et du confinement de l’année dernière.
Émilie Moreau observe que le nombre de nuitées a nettement augmenté cette année sur le territoire de la ville de Porrentruy. La société Albergo Diffuso SA y contribue à raison d’environ 20 %. Selon Marianne Chapuis, les couples, les familles, les cyclotouristes et les randonneurs viennent désormais plus nombreux. Ils apprécient les chambres dispersées ou les petits appartements avec coin cuisine. Ils se sentent plus libres et mieux protégés – étant donné la situation du coronavirus.
«La rénovation des immeubles a coûté entre un demi-million et un million de francs par bâtiment, estime Marianne Chapuis. On a reçu une partie de ce montant sous forme de prêt bancaire, une autre partie sous forme de contribution de soutien du canton et le reste a été financé par des fonds propres.»
Mille francs par chambre et au maximum cent mille par propriétaire: c’est ce que la commune de Porrentruy peut investir dans l’hôtel dispersé, selon Émilie Moreau. Cette possibilité existe depuis douze ans grâce au projet à long terme Enjoy Switzerland, soutenu par la Nouvelle politique régionale (NPR). Les coûts d’exploitation de l’albergo diffuso de Porrentruy, dont le nom et le logo sont inscrits au registre des marques, s’élèvent à environ 400 000 francs par an, selon Marianne Chapuis. Grâce à la reprise, la moitié de ces coûts est maintenant couverte par les recettes. «Puisque leur société est relativement nouvelle, les associées ont aussi accepté d’essuyer des pertes», explique Marianne Chapuis. Mais elles misent entièrement sur l’avenir, qui paraît actuellement favorable. Elles devraient atteindre un résultat équilibré cette année. La société mise non seulement sur sa propre mise en œuvre du concept développé, mais le vend aussi en franchise à d’autres communes. Albergo Diffuso SA aide des communes ou des communautés de propriétaires qui souhaitent développer ce type de bed and breakfast à créer l’infrastructure et à obtenir les autorisations.
Exploitation test dans le val Muggio
L’albergo diffuso del Monte Generoso, dans la vallée de Muggio au sud du Tessin, perçoit aussi la tendance à la reprise. «On a obtenu un bon écho des touristes qui connaissent déjà la vallée, mais des clients entièrement nouveaux sont aussi venus», déclare Claudio Zanini. Il préside l’association responsable qui exploite, encore à l’essai, l’auberge comme une partie de l’hôtel dispersé dans le village de Scudellate.
Deux bâtiments de Scudellate sont intégrés dans l’exploitation test depuis fin juin. L’Osteria Manciana est tenue par des particuliers et comprend trois chambres doubles en plus du restaurant. L’Ostello qui compte 24 lits appartient à l’association locale du jardin d’enfants. Le démarrage de l’exploitation à plein régime, avec 40 lits au total et deux autres structures sur le territoire communal, est prévu pour l’année prochaine.
Le volume total d’investissements s’élèvera à environ cinq millions de francs. Des particuliers fournissent la majeure partie de ce montant, auquel s’ajoutent des subventions de l’Aide suisse à la montagne, du canton du Tessin par le biais de la NPR et de la loi cantonale sur le tourisme ainsi que d’instituts financiers spécialisés. «Plusieurs emplois ont déjà été créés grâce au projet», souligne Claudio Zanini.
Freiner le tourisme de passage
Un deuxième albergo diffuso tessinois est en cours de création dans le petit village classé de Corippo (val Verzasca). Avec ses douze résidents, le hameau était considéré comme la plus petite commune de Suisse jusqu’à sa fusion en octobre 2020 avec d’autres villages pour former la nouvelle commune de Verzasca. Les travaux pour l’albergo sont en cours depuis mai 2020. Cinq immeubles d’habitation sont rénovés en plus de l’osteria locale. Le but est de proposer dès le printemps prochain douze chambres totalisant 26 lits. «Avec ce projet, on veut notamment modérer la tendance au tourisme de passage excessif dans le val Verzasca», explique Fabio Giacomazzi. Il est architecte et président de la Fondazione Corippo 1975, qui fait avancer le projet.
Les investissements pour l’albergo diffuso de Corippo s’élèvent à 3,6 millions de francs. Environ deux millions proviennent du canton, notamment de la promotion touristique et de l’Office fédéral de la culture. Le reste est apporté par des sponsors privés, des associations et des fondations régionales ainsi que de l’Aide suisse à la montagne. «Environ vingt réservations de Suisse et de l’étranger sont déjà arrivées», se réjouit Fabio Giacomazzi. L’intérêt semble vif depuis que le projet s’est fait connaître. Celui-ci a même déjà gagné un prix: le Hotel Innovations Award 2017 de Gastrosuisse. L’éloge accompagnant ce prix dit que le projet Corippo est prometteur et revêt un caractère exemplaire pour le tourisme alpin.
fondazionecorippo.ch/de/albergo-diffuso
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