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Fusil Lebel modèle 1886
Fusil Lebel modèle 1886
L’arme que je vous présente aujourd’hui est une arme française contemporaine du fusil Schmidt-Rubin suisse 1889, du Mauser G88 allemand, du Lee-Metford 1888 anglais et du Mannlicher 1886 autrichien ; elle est en avance sur ses voisins anglais et allemands sur plusieurs points. Cette arme numéro 153 de notre inventaire a été produite en 1901 par la manufacture de St. Etienne qui est l’une des trois fabriques produisant le Lebel 86.
Ce fusil a appartenu à Monsieur Frank Julien, champion du monde à 300 mètres aux 3 positions en 1897, ce Monsieur Frank Julien était aussi un des créateurs du Guidon genevois et ancien secrétaire général de notre société, puis président des EAN de 1922 à 1929. Pourtant le donateur de ce Lebel est Monsieur Jean Dunand, un ami de Frank Julien. On note encore que cette arme est en très bon état et qu’elle a une petite plaquette en laiton portant les initiales FJ sur la crosse.
Le Lebel est devenu le fusil d’infanterie de l’armée française dès 1887 grâce au général Boulanger qui s’inquiétait de l’avance prise par les Allemands qui possédaient déjà le Mauser 71-84 modèle à répétition alors qu’en France jusqu’en 1886, le fusil d’infanterie était le Gras 1874 à un seul coup. Un peu d’histoire : le nom de cette arme de conception collective est celui du colonel Nicolas Lebel, un des concepteurs et d’autre part membre de la commission d’Etat ad hoc. Cette arme, le Lebel est inspiré par le fusil utilisé par la marine française depuis 1878 soit le Gras Kropatschek. En effet l’origine du système à répétition de l’arme est due à un autrichien, le général Kropatschek.
Le fusil Lebel sera utilisé par l’infanterie française jusqu’à la fin de la première guerre mondiale et il restera lors de la seconde guerre mondiale, une arme de réserviste. Il faut noter que dès les années 1916, le fusil Lebel sera équipé d’une lunette pour tireurs d’élite qui permet d’atteindre des cibles jusqu’à 800m. En 1921, une nouvelle lunette lui donne la possibilité d’atteindre des objectifs jusqu’à 1300 m. Le fusil est conçu pour une munition à étui métallique à bourlet et percussion centrale faisant usage d’un couvre amorce en laiton évitant l’auto amorçage dans son magasin tubulaire sous le canon.
Une autre balle spéciale à été conçue pour cette arme, la balle est cylindrique et ogivale entièrement en laiton appelée D et due au capitaine Desaleux. Elle permet de tirer jusqu’à 4,400 km ce qui constitue une performance exceptionnelle à cette époque.
La conception de cette arme a tenu compte aussi de l’apport de l’invention de la poudre dite blanche, nitrocellulosique, par Monsieur Vieille en 1884 au Laboratoire Central des Poudres et Salpêtres à Paris. La poudre noire, qu’utilisait précédemment les cartouches, fumaient et encrassaient les armes. La balle qui équipe le Lebel, n’est plus de plomb mais seulement à âme de plomb chemisée de maillechort ou cuivre ce qui évite l’emplombage des canons et augmente la vitesse du projectile. Il faut souligner que la balle chemisée est une invention du major suisse Edouard Rubin qui travaillait à la Fabrique Fédérale de munition de Thoune en 1881 déjà. La vitesse initiale élevée acquise par la balle grâce entre autre à un calibre diminué de 11mm à 8mm, la poudre nitrocellulosique comme propulseur et un meilleur aérodynamisme de la balle va montrer la voie à suivre pour les nouvelles armes. La munition plus légère ainsi qu’une poudre 3 fois plus puissante à poids égale arrive au départ du coup à plus de 700 m/s. Une performance en 1886 ! La balistique de cette arme est très tendue ou rasante et offre une bonne précision. La cartouche sans fumée avec une balle chemisée adoptée pour une arme d’épaule à répétition manuelle est sans doute une première européenne en 1886. Ce fusil Lebel est robuste, et possède un mécanisme sûr et de bonne précision. Voilà pour les avantages, dans les défauts,
on peut reprocher au Lebel sa lenteur au rechargement due à son magasin tubulaire d’une part et d’autre part, ce fusil n’a pas de protection sur le canon en cas d’échauffement de celui-ci lors de tirs soutenus. Par ailleurs, son cran de mire est trop étroit, son guidon sans réglage trop fin et trop bas pour un tir dans le terrain. Le Lebel fut produit à 3'500’000 exemplaires, il aura comme successeur le fusil Berthier qui lui ressemble, mais avec un magasin amovible.
Voici les caractéristiques techniques de cette arme :
Longueur totale : 1310 mm.
Longueur du Canon : 779 mm. à 4 rayures
Calibre : 8mm. balle de plomb chemisée
Percussion : centrale cartouche Lebel à bourlet
Magasin : tubulaire à 8 cartouches de 8X50R dans le bois sous le canon
Hausse : feuille à curseur allant de 400 m à 800 m
Guidon : brasé court et pointu non réglable
Garnitures : sont en fer bronzé
Baïonnette : bronzée noire, en forme d’épée cruciforme dite Rosalie. Cette baïonnette va être interdite comme toutes les autres armes de ce type considérées comme produisant des effets traumatiques excessifs, elles vont faire partie des armes interdites par les Conventions de Genève de la Croix Rouge en 1980 seulement, pourtant une convention de La Haye de 1899 l’interdisait déjà, mais elle ne fut pas respectée pendant longtemps.
Longueur totale de l’arme baïonnette au canon : 1825mm, beaucoup trop longue pour les tranchées de la première guerre mondiale.
Masse 4,180kg et chargé 4,400kg
L’archiviste Rémy Mattenberger.