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L'élevage de saumons est l'une des industries piscicoles les plus automatisées. Cela commence dès l'éclosion des œufs. Dans une nurserie ultramoderne à Forsand, les alevins changent de réservoir d'eau douce au fur et à mesure de leur croissance. Tous les transferts se font par des pompes qui aspirent l'eau et les poissons.
"Dans cette nurserie, nous avons 2,8 millions d'œufs. Le niveau d'oxygène, les pompes, tout est contrôlé par des capteurs et des ordinateurs", explique dans l'émission Tout un monde le directeur de l'entreprise.
Des usines se spécialisent dans l'abattage des saumons. "C'est une usine à haute vitesse. On garde le poisson dans des cages de stockage avant qu'il soit pêché. On pompe 160 poissons par minute jusqu'à cette zone où on le tue. Ensuite, on le refroidit et on le saigne. De cette étape jusqu'à l'arrivée des boîtes sur la palette, il ne se passe que trois minutes", détaille la directrice d'une usine d'abattage.
Un poisson "calibré pour l'élevage"
Ces conditions de vie sont loin de celles du saumon sauvage. Et pour cause, ce saumon d'élevage a été créé dans les années 70 en croisant différents saumons atlantiques, dont seules les qualités génétiques les plus lucratives ont été préservées, comme la rapidité de la croissance.
Pour l'auteur Simen Saetre, il s'agit même d'un nouveau poisson. C'est le titre du livre choc qu'il a publié en Norvège et aux Etats-Unis.
Le saumon d'élevage a un cœur très fragile et il meurt quand il est stressé. Il est très sensible aux maladies, aux parasites, aux bactéries
"Ils ont fait un poisson calibré pour l'élevage, pour faire de l'argent. Il est très différent de celui qu'on trouve dans la nature. Il y a beaucoup de conséquences qu'ils n'avaient pas prévues. Par exemple, son cœur est très fragile et il meurt quand il est stressé. Il est très sensible aux maladies, aux parasites, aux bactéries."
Les problèmes auxquels il fait allusion sont nombreux. La mer est polluée par les déjections de ces saumons et les produits sanitaires. Des millions de saumons se sont échappés et ont frayé avec leurs cousins sauvages. Ils leur ont transmis des maladies et leur descendance est plus fragile. Le pou du saumon infeste aussi les cages.
"Ces problèmes ne peuvent être résolus que par une production moins intensive. Cela veut dire penser plus à la condition du poisson et gagner un peu moins d'argent", lance Simen Saetre.
Volonté d'amélioration
La Norvège produit plus de la moitié du saumon atlantique mondial et les exportations de l'aquaculture ne sont surpassées que par celles du gaz et du pétrole.
La Norvège veut promouvoir cette industrie de pointe, mais aussi la qualité de ses produits. Un tiers de ses fermes répondent maintenant au label international ASC - dont les étiquettes se voient de plus en plus dans les supermarchés - qui impose des normes strictes sur les conditions d'élevage.
Certains producteurs de saumons, comme le géant Cermak, ont annoncé qu'ils voulaient se convertir à 100% au label ASC. L'industrie veut verdir son image, car elle sent le vent tourner. En Norvège, le gouvernement vient d'imposer une surtaxe de 25% aux industriels, car ils utilisent le bien commun que sont les fjords.
Dans la Terre de Feu argentine ou dans l'État américain de Washington, la décision est encore plus radicale. L'élevage de saumons en cage ouverte y a été tout simplement interdit.
Frédéric Faux/asch