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Lorsque nous touchons au sujet de la conscience, la question du libre arbitre réapparait souvent. Est-ce que nos choix sont-ils simplement le résultat de processus neuronaux et une conséquence logique d’une chaîne d’événements ? Sommes-nous enfermés dans le déterminisme ou sommes-nous libres de changer le cours de notre vie ? Pour mieux appréhender ces questions autour du libre arbitre, il est important de nous familiariser d’abord avec la notion de déterminisme.
Qu’est-ce que le déterminisme ?
Le déterminisme causal est une notion venue des sciences qui dit que, dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Par exemple, si je me trouve sur un plongeoir au-dessus d’une piscine et décide de sauter, je vais tomber dans l’eau. Si je répète le même exercice, retourne sur le même plongeon, décide à nouveau de sauter, je me retrouverai à nouveau dans l’eau. C’est une suite d’événements ou de causes qui vont produire systématiquement le même effet.
En physique, beaucoup d’équations permettent ainsi, en connaissant les conditions initiales (ma position sur le plongeoir au-dessus d’une piscine), de prédire l’effet (arriver dans l’eau) à partir de causes (mon action de sauter dans l’eau).
Le déterminisme reflète donc l’ordre qui se trouve dans la nature et offre par conséquent un cadre dans lequel nous pouvons faire des prédictions.
Les limites du déterminisme
Cependant, contrairement à que nous pouvons intuitivement penser, il existe une vaste multitude de systèmes dont nous ne pouvons déterminer l’état final malgré la connaissance des équations qui les décrivent. C’est ce qui se passe par exemple lors du jeu de la roulette. Nous savons que si nous faisons rouler la bille, elle va s’arrêter sur un des 37 numéros mais nous ne saurons pas lequel. Bien que le mouvement de la bille et de la roulette sont déterministes (i.e. ils suivent les lois de la nature), le processus est dit stochastique, ce qui signifie que la notion de hasard intervient. Il est possible ainsi de faire des calculs de probabilités, des prédictions statistiques comme par exemple de calculer nos chances de réussite si nous misons de telle ou telle manière. Néanmoins, il ne sera pas possible de prédire exactement où la bille d’arrêtera à chaque fois qu’elle sera lancée. Les processus stochastiques se révèlent donc être à l’opposé du déterminisme.
Ensuite, nous avons les processus dits chaotiques qui peuvent également être décrits par des équations. Cependant, ces systèmes finissent paradoxalement par résulter en des situations de « chaos » ou, autrement dit, imprévisibles car ils sont, en effet, extrêmement sensibles aux conditions initiales. Un infime changement dans la situation de départ de ces systèmes dynamiques peut conduire à de nombreuses situations finales totalement différentes. De ce fait, une prédiction mathématique sur le long terme ne devient guère meilleure qu’une prédiction aléatoire. C’est dans ce contexte qu’a été décrit ce que nous appelons communément « l’effet papillon » par le mathématicien et météorologue Edward Lorenz en 1972. Ce concept ne dit pas que le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut déclencher une tornade au Texas mais que celui-ci est une des nombreuses causes qui contribuent à créer une tornade.
Ainsi, le déterminisme permettra de décrire le comportement d’un système mais ne permettra pas toujours de prédire son état final. Cette limitation provient de notre incapacité à connaître parfaitement les conditions initiales avec une précision infinie.
Les neurosciences – de l’ordre et du chaos
Nous l’avons vu, avoir des équations permet de décrire l’évolution d’un système mais ne permet pas forcément d’en connaître l’état final. Ceci est également valable dans le domaine des neurosciences. Le cerveau a déjà été considérablement cartographié permettant ainsi d’attribuer des fonctions aux diverses aires et structures du cerveau. De plus, nous avons modélisé le comportement de multiples types de neurones et réseaux neuronaux. Au niveau moléculaire, le fonctionnement des neurotransmetteurs, des récepteurs, des canaux de transport et autres molécules sont de mieux en mieux compris. De cette façon, nous progressons dans notre connaissances des lois qui gouvernent cet organe fascinant.
Tout ceci pousse certains neuroscientifiques à appliquer le déterminisme à l’extrême. Selon cette logique, le cerveau qui permet l’émergence de l’esprit est un objet physique qui est régi par les lois déterministes tout comme le reste du monde matériel. En poursuivant cette idée, nous arrivons à la conclusion que si le cerveau est l’unique producteur de nos pensées, ces dernières sont également déterminées. Le libre arbitre n’existerait plus. L’être humain serait, en un sens, réduit à une sorte de machine pensante, certes complexe, mais complètement prévisible car déterministe.
Pourtant, est-ce bien comme cela que notre esprit fonctionne? Il y a bien un certain ordre dans le cerveau mais, nous l’avons vu, le cerveau est un système très complexe, ayant un nombre renversant de connexions neuronales et qui suit un comportement non linéaire. Par ailleurs, le cerveau est non seulement le résultat de l’évolution mais se transforme au cours du temps suite à nos expériences et notre apprentissage – il s’agit de la plasticité neuronale. Tous ces facteurs contribuent à cette merveilleuse complexité.
À la lumière de ce scénario à mi-chemin entre l’ordre et le chaos, nous ne sommes plus si certains de ce qu’est réellement notre libre arbitre. Suis-je vraiment le maître de mes pensées? C’est la question que nous continuerons d’explorer dans la suite de cet article.