Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07200.jsonl.gz/275

Le suicide serait la seconde cause de mort pour les jeunes de 15 à 25 ans Ð la première étant les accidents.
Elu au Grand Conseil vaudois en 1994, la première motion que je présentai demandait la création d’une unité d’accueil pour les adolescents suicidaires, c’est-à-dire pour ceux ou celles qui, ayant fait une première tentative, remis sur pied après un lavage d’estomac ou après qu’on leur eut recousu les veines du poignet, sont abandonnés à eux-mêmes et récidivent.
J’avais connu des cas, et un professeur de psychiatrie genevois, qui venait d’être nommé à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne, s’intéressait à la question.
Donc, ma motion a été renvoyée à une commission, qui s’est réunie pour en discuter et voir s’il fallait en recommander l’acceptation au Grand Conseil.
Cette commission était présidée par une radicale, qui allait devenir quelques années plus tard conseillère d’Etat. Or non seulement elle était opposée à ma motion Ð ce qui était son droit le plus strict Ð mais elle fit tout pour que ma motion ne soit pas acceptée. Après une discussion très vive, au cours de laquelle j’eus la surprise d’entendre une dame éminente respectable Ð libérale celle-là Ð déclarer qu’une unité d’accueil était inutile, puisque l’Eglise faisait déjà tout le nécessaire, on passa au vote. La majorité décida de proposer le rejet, cependant que la minorité Ð des socialistes, un UDC Ð proposait au contraire de l’accepter. Je décidais donc de rédiger un rapport de minorité, et priai pour cela la secrétaire de bien vouloir me faire parvenir les notes de séance.
Ces notes, je ne les ai jamais eues! Elles avaient été communiquées à la présidente, qui surchargée de travail, n’avait pas eu le temps de rédiger son rapport de majorité. Je demandai alors qu’on me fasse parvenir une copie. Cette copie, je ne l’ai jamais obtenue. Et j’ai appris par la suite que la présidente avait fait pression pour qu’on ne me l’envoie pas.
Devant le Grand Conseil j’ai dû donc présenter mon rapport sans avoir ces notes, qui m’auraient été nécessaires pour palier les défaillance de ma mémoire. Au cours de la discussion, une autre surprise m’attendait: celle d’entendre un médecin Ð radical comme la présidente Ð proposer lui aussi de refuser ma motion.
Deux aspects remarquables dans cette prise de position : ce médecin, je le connaissais bien du temps où il était socialiste, ami de Pierre Graber qu’il tutoyait. C était un de mes anciens élèves, et pas n’importe lequel : son père avait été mon maître. Et lui avait habité chez moi, à Grandvaux, d’une part parce qu’il était en pétard avec son père ( ce sont des choses qui arrivent à beaucoup d’adolescents), et d’autre part parce qu’il y avait à Grandvaux une petite Anne ou une petite Caroline ou un petite Marie-Jeanne dont il était amoureux et qu’il pouvait rencontrer plus commodément. Le père m’avait été très reconnaissant de l’avoir accueilli et recueilli chez moi. J’ai encore le livre qu’il m’a donné pour me remercier. Autre aspect remarquable : les raisons qu’il donnait de son opposition. Si l’unité d’accueil était acceptée, elle serait ouverte au CHUV, à Lausanne. Ce qui nuirait aux gens du Pays d’En-Haut où il exerçait son métier, lesquels tiennent apparemment à leurs adolescents suicidaires et ne voudraient s’en dessaisir sous aucun prétexte.
On a le sens de l’essentiel ou on ne l’a pas: ma motion a été refusée! Et, semble-t-il les jeunes suicidaires continuent de récidiver. Jeanlouis Cornuz
sur l'actualité suisse