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Patrick Flaction, vous accompagnez Loïc Meillard depuis plusieurs années et avez entamé avec lui un travail en hypoxie avant la saison. En quoi cela a-t-il consisté?
Il s'agissait de séances de 90 minutes composées d'exercices «classiques» (musculation, coordination etc.) mais dans une chambre hypoxique, c'est-à-dire simulant les conditions d'altitude. L'objectif d'un tel entraînement consiste à améliorer le transport d'oxygène vers le muscle.
Vous étiez donc dans une pièce, vous avez appuyé sur un bouton et vous vous êtes retrouvés à 3000 m, c'est cela?
C'est à peu près ça, oui. Nous avons une pièce hypoxique au centre Spark, à Sion. Elle est connectée à un écran tactile permettant de régler à la fois l'altitude et la température (réd: généralement entre 19 et 21 degrés). Le mécanisme est le suivant: une machine prend et «travaille» l'air extérieur, c'est-à-dire qu'elle sépare les particules et recrée le ratio oxygène/gaz carbonique/azote de l'altitude demandée. Elle pulse ensuite cet air dans la salle, un air très pur et renouvelé en permanence via un système de climatisation.
Vous avez soumis Loïc à ces conditions il y a plusieurs mois. A partir de quand l'athlète ne bénéficie-t-il plus des effets de ce type de préparation?
C'est difficile à dire car l'idée n'était pas de faire de l'endurance. On est parti de l'hypothèse que si Loïc arrivait à améliorer ses qualités musculaires en hypoxie, donc dans des conditions plus difficiles que la normale, il pourrait inscrire dans son patrimoine neuro-musculaire des compétences qui lui permettront d'appréhender les variations d'altitude que l'on retrouve en ski alpin.
Vous avez donc entraîné le corps et le cerveau à la fois?
Exactement. C'est toute l'idée d'une telle préparation: bénéficier des capacités de contrôle moteur pour mieux appréhender les variations d'altitude existantes en ski alpin, où certains départs sont donnés à 2500 m pour une arrivée 1000 m plus bas. Je n'ai fait ce travail d'automne qu'avec Loïc. On voulait voir si cela lui serait bénéfique.
Et alors?
Son retour est positif (réd: le skieur a remporté son premier géant de Coupe du monde et, plus récemment donc, la médaille d'argent du géant des Mondiaux). Il m'a dit qu'il se sentait mieux dans l'effort et bénéficiait d'une meilleure respiration.
Loïc Meillard a aussi dit au Nouvelliste qu'il avait du mal à quantifier les effets de l'hypoxie sur sa propre performance. Vous qui avez à la fois le recul et l'expérience, en êtes-vous capable?
Pas vraiment. Je suis comme lui. Vous savez, on a mis en place énormément de choses l'été dernier avec son entraîneur Matteo Joris. Nous nous sommes focalisés sur de nombreux détails qui, mis bout à bout, ont donné les très bons résultats que Loïc a aujourd'hui. Il est difficile d'en extraire certains, et plus encore de les quantifier.
Le travail en «altitude» est-il réservé à l'avant-saison? Pourrait-on imaginer certaines séances en plein hiver?
Oui. Nous avons d'ailleurs fait un ou deux rappels en cours de saison puisque les qualités hypoxiques durent environ trois mois.
Ce type de séances, au cours desquelles vous recréez certaines conditions de course ainsi que les variations d'altitude, nous paraît tellement élémentaire qu'on s'étonne que tous les skieurs n'en profitent pas.
Parce qu'il fallait y penser! Je vous rappelle qu'avant que Dick Fosbury n'invente le rouleau dorsal, les sauteurs en hauteur franchissaient la barre à plat ventre. Pourquoi personne n'avait songé à modifier son approche? Parce qu'il a fallu du temps et des recherches pour faire progresser la discipline.
Si la préparation en hypoxie se démocratise si lentement, c'est peut-être aussi parce qu'elle n'a pas toujours eu bonne réputation. Par le passé, certains ont même estimé qu'il s'agissait d'une forme de dopage.
Il y a une grande différence entre modifier son sang de manière artificielle, qui est clairement du dopage, et s'entraîner en altitude, qui n'en est tout aussi clairement pas. On n'a d'ailleurs jamais prétendu que les alpinistes étaient tous dopés. Pourtant, si leur taux d'hématocrite était mesuré sur une épreuve cycliste, ils seraient sans doute aussitôt disqualifiés.
La différence tient dans le fait que les alpinistes évoluent dans un cadre naturel tandis que les adeptes de l'hypoxie ont recours à un procédé artificiel, destiné à manipuler la performance.
Je n'ai pas eu connaissance des critiques qui ont été formulées par le passé, mais je suis certain d'une chose aujourd'hui: l'entraînement en hypoxie n'est pas considéré comme du dopage par les instances, et ce n'est pas non plus ainsi que je le considère moi-même.
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