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Critique
"Partir en quête de la vérité, fût-elle factuelle, est un voyage. Or on fait peut-être moins un voyage qu'un voyage ne nous fait. Alors, toute vérité serait-elle bonne à dire?
Début 70, Karen O'Connor (Alison Lohman), jeune journaliste, talentueuse et ambitieuse, décide d'écrire un livre sur un célèbre duo de comiques des années 50, car un mystère plane autour d'eux. En effet, suite à la découverte d'une jeune femme morte dans la baignoire de leur suite d'hôtel, Lany Morris (Colin Firth) et Vince Collins (Kevin Bacon) mirent subitement fin à leur brillante carrière, quand bien même leur innocence avait été démontrée.
Avec une esthétique froide apparentée à celle de David Lynch, qui hélas réduit quelque peu l'épaisseur de ses personnages, Atom Egoyan construit avec la précision d'un horloger un film qui tient tant du polar à suspense que d'une glaciale démonstration de l'industrie du spectacle. L'apparence y dicte tout, il est donc bien difficile d'y être soi; l'équilibre y est fragile au point que celui-ci se rompe lorsque s'insinue la mort inexpliquée d'une jeune femme. Aussi les interrogations d'aujourd'hui, où certains souvenirs restent encore bien douloureux, sont-elles analogues à celles d'hier lorsque les faits se sont déroulés: qui protège qui? Et de quoi? C'est toute la subtilité d'un scénario tiré d'un roman de Rupert Holmes, que de soulever constamment ces questions qui ont l'air dans un premier temps de n'être que celles de la journaliste enquêtrice (et de son éditeur qui voit là un sujet juteux en perspective), alors qu'elles touchent certainement aussi la mère de cette jeune femme assassinée sans raison apparente.
Perdant peu à peu sa distance critique d'avec son sujet, Karen se retrouve au cœur même de l'intrigue qu'elle voulait et croyait démêler; elle pensait approcher des personnages, mais n'est-ce pas elle qui s'approche et eux qui s'éloignent? Dans ce film où les trois acteurs principaux tiennent avec excellence leurs rôles respectifs, le duo Kevin Bacon-Colin Firth fait merveille en référence au célèbre tandem Abbott et Costello, opposant l'extravagance et le flegme et en révélant les parts sombres des personnages, où l'intime et la sexualité dévoilent leurs natures trompeuses. C'est, comme à l'accoutumée, Mychael Danna qui signe la partition musicale qui crée une étrange ambiance offrant quelques échos à celles de Bernard Herrman. Si avec DE BEAUX LENDEMAINS (1997) Egoyan explorait le deuil, la perte, et leur gestion, il poursuit ici son étude de l'humain lorsque, par la dureté du réel, celui-ci est inexorablement contraint à laisser tomber ses masques, mais peut-être pas tous. Autant dire que le titre anglais énonce l'essentiel, puisqu'il peut tant se traduire par ""là où réside la vérité"" que par ""là où la vérité ment""..."
Serge Molla