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Florence, 20 Juillet 1870
Monsieur
J'ai reçu avec bien du plaisir votre télégramme de Dimanche par lequel vous m'apprenez qu'il n'y a pas un mot de vrai dans la communication qui m'a été faite.
De Milan, j'ai été immédiatement à Gênes où je tombai malade et restai couché trois jours.
Là, on a découvert enfin que mes fameuses lettres à votre adresse n'avaient pas été vues par le député en question, mais qu'on savait positivement, et par vous-même, que ces lettres étaient informantes, etc. etc... Naturellement Bertani et Podestà, qui savent bien combien on est prompt à accuser ici, étaient irrités au plus haut point. Je dus leur promettre de leur écrire une lettre à ce sujet, dans laquelle j'expliquerais la nature de leurs rapports avec moi. Ils seraient libres de faire de cette lettre ce que bon leur semblerait, voire même de la publier au cas opportun. Je vous en enverrai la copie, ce sera une lettre-bouclier. (Ce qui ne changera rien cependant à tout ce que j'ai eu l'honneur de vous communiquer)
En définitive, on suppose que vous aurez chargé quelqu'un très-confidentiellement de prendre des renseignements sur les prétentions personnelles des gênois, et que votre mandataire aura commis une maladresse dont quelqu'ennemi aura voulu profiter pour nous diviser.|
Avec M. de Gonzenbach je suis dans les meilleurs termes, mais naturellement il est inutile que je le tienne au courant de mes rapports avec les gens d'affaires. Il semble content de mes empressements.
J'espère qu'à moins de crise ministérielle la question du Gothard marchera de l'avant malgré la guerre.
J'apprends que le rapport de Gadda contenait des erreurs et que Correnti le corrige!
Aujourd'hui on pense que le comité privé sera saisi de l'affaire et qu'on nommera la commission.
Ce que je crains cependant, c'est que le ministère, au milieu de circonstances actuelles, et après les manifestations anti-françaises de ces derniers jours, ait peur d'exciter les susceptibilités de la France en discutant en ce moment la loi sur le Gothard et qu'il veuille d'autant plus retarder le vote.
Ce que je crains aussi, c'est que la chambre soit tout à coup prorogée par le ministère désireux d'avoir les coudées franches.
Enfin, si la solution est remise après la guerre, je pense, comme vous le disiez à Berne, que le Gothard n'en triomphera pas moins de tous ces obstacles.
Cette guerre est quelque chose de désolant!
Comme Alsacien, je la maudis dans son origine, et je la maudirai sans doute dans toutes ses conséquences, quelles qu'elles soient.
Recevez Monsieur l'expression de mes sentiments respectueux et dévoués
Ernest Stamm