Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07112.jsonl.gz/264

Cette œuvre du réalisateur iranien Parviz Shahbazi dépeint intelligemment la confrontation entre une jeunesse désireuse de liberté et une société conservatrice, imposant le respect de valeurs traditionnelles.
Suite à des violences subies par son père, Hanna (Saghar Ghanaat) prend la fuite avec son ami Mori (Saed Soheili). D'un road movie pétillant où l'aventure est au rendez-vous, Malaria - The Vibes of Tehran bascule alors dans le drame: les espoirs d'évasion du jeune couple s'avèrent rapidement illusoires. Hanna, en tant que femme, voit son autonomie entravée et limitée; elle se heurte notamment à l'impossibilité de réserver une chambre dans un hôtel, sans accord parental ou accompagnée de son mari. Elle et Mori devront dès lors compter sur la bienveillance d'Azi (Azarakhsh Farahani), un musicien généreux, prêt à prendre des risques pour les assister. Le trio d'acteurs non professionnels est excellent, authentique, Saghar Ghanaat en particulier par son jeu qui exprime bien la tension qu'éprouve son personnage entre la peur et la culpabilité de n'être une source de problème pour son entourage.
Par l'échec de ce périple à Téhéran, c'est aussi la difficulté pour le couple de perdurer qui est mise en évidence. En effet, les situations inhabituelles auxquelles ils doivent faire face conduisent Mori à remettre en doute la confiance qu'il accorde à son amie, et, de manière plus générale, à se rendre compte que cette fuite n'est guère possible en présence d'une femme.
Les images de la caméra s'assimilent parfois à celles prises par un smartphone, celui des protagonistes, pour accentuer l'idée de réalisme, d'instantanés sur le cours de l’histoire. C'est par celles-ci qu'on découvre avec émerveillement l'effervescence et l'enthousiasme de la population de Téhéran, lors de la ratification des accords sur le nucléaire - hasard malencontreux qui veut que le film sorte au moment où ils sont revus par le président américain Donald Trump -, ou encore l'exaltation que suscite un concert de rue. Mais c'est à travers le smartphone également, idée ingénieuse du réalisateur, que se construit une réflexion sur la nature des images qui se légitiment comme témoins, même si elles reposent sur une mise en scène. Malaria - The Vibes of Tehran, cerne avec subtilité les contradictions d'un pays et, malgré une touche pessimiste, laisse croire à la possibilité d'un changement.
Sabrina Schwob
|Nom||Notes|
|Sabrina Schwob||18|