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Je n'avais pas pu voir la soirée avant-première de ce film. Après une bonne semaine j'ai tout de même pu assister à une séance de ce nouveau film suisse de Jean-Stéphane Bron. Pour ceux qui ne le savent pas, Mr Bron est aussi le réalisateur de Maïs im Bundehuss qui avait même été projeté dans la salle du parlement. Ce film, bien que Mr Bron n'aime pas trop ce style selon ce que je sais, est un docu-fiction. Ce n'est pas que les événements ont été recréés mais créé. On nous y montre un procès qui n'a pas eu lieu et qui n'aura, probablement, jamais lieu avec des avocats, témoins juges et jurés qui ne sont pas des acteurs. Ce procès se déroule à Cleveland après la crise financière. La ville ne s'en est pas remise et les expulsions, dans les quartiers défavorisés, se multiplient. Cette dévastation demande un coupable. La ville décide donc de porter plainte contre 21 banques de Wall-Street. Mais le procès n'a pas encore eu lieu. Jean-Stéphane Bron a donc préparé un faux procès dans lequel les avocats amènent des témoins devant un juge et des jurés pour trouver qui est le responsable et qui doit payer.
Il faut le dire tout de suite. Le film ne nous donne pas un coupable immédiatement bien que le titre puisse faire croire à un a priori. Le film ne nous explique pas vraiment, non plus, comment la crise a pu prendre une telle ampleur. Le film, par contre, nous montre les victimes de cette crise et quelque protagonistes de celle-ci. Durant tout le procès la question se pose: qui est responsable? Est-ce que sont les individus qui souhaitaient payer leur maison en multipliant les crédits? Les créditeurs qui pouvaient pousser les individus à prendre des crédits voir, même, faire de la fraude pour gagner plus d'argent (en effet les créditeurs recevaient une commission relative au montant du taux d'intérêt)? Où alors les banques qui acceptèrent l'existence de ces crédits à risque envers des personnes non-solvables sans même vérifier les donnés fournies par les agences de crédits? Tout le film nous montre cette bataille des responsabilité. Entre l'avocat de l'accusation qui essaie de montrer les conséquences et l'avocat de la défense qui essaie de rejeter la responsabilité sur d'autres personnes et institutions la bataille est rude. Durant ce film nous assistons à un véritable spectacle d'arguments opposés et de tentatives d'attaquer les dépositions des divers témoins. Je retiendrais, par exemple, la magnifique prestation de l'une des avocates de l'accusation face à un tenant pur et dur du libéralisme Peter Wallison.
Comme je l'ai déjà dit, et malgré une forme d’à-priori que le titre peut créer, ce film ne donne pas vraiment de coupables ni d'explications. Néanmoins cela n'implique pas que l'on en sorte sans en avoir rien tiré. Au contraire, les témoignages des différentes personnes appelées à la barre est précieuse pour comprendre un système voué à s’autodétruire. On y découvre des particuliers obligés de prendre des crédits pour vivre à cause du chômage ou de remboursements trop haut (les subprimes avaient des taux d'intérêts double de la normale). Côtoyé par des agences de crédits dont les profits dépendent du taux d'intérêt des crédits concédés et qui, donc, ont nécessairement intérêt à vendre le plus de subprimes possibles. Suivi par des banques et des courtiers aveuglés par les profits tirés de ces subprimes et oubliant que tout ceci est bâti sur des personnes qui n'ont, en définitive, pas les moyens de payer. Au final, il m'est venu l'impression que la culpabilité est multiple. Tous ont suivi leurs intérêts sans réfléchir aux conséquences. Attendant des profits rapides sans observer que la structure était plus que fragiles. Au final il m'est venu l'impression, probablement partagée, que le système était pourri à la base et qu'il ne pouvait qu'aboutir à la catastrophe. Ce système étant un capitalisme dé-régulé.
Image: filmsdulosange