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Oublions la politique et le personnage qu’incarne Donald Trump. Revenons plutôt sur le parcours du nouveau président des Etats-Unis. Qui est-il vraiment ? Comment a-t-il monté son empire ? Quelle est la véritable richesse de l’homme d’affaire ?
Donald Trump nait en 1946 dans le Queens, à New York, dans une famille très aisée, d’origine allemande par son père et écossaise par sa mère. L’origine de la fortune Trump remonte à celle du grand-père paternel, bâtie sur la construction puis l’exploitation d’hôtels, restaurants et maisons closes durant la ruée vers l’or. Par la suite, Fred Trump, père de Donald Trump, fait fortune dans les logements locatifs.
Passons son enfance pour se concentrer sur son parcours professionnel. Après une école militaire, Donald Trump entre à la « Fordham University » avant de rejoindre la Wharton School of Finance de l’université de Pennsylvannie, où il obtient son Diplôme de sciences économiques en 1968.
Il rejoint par la suite l’entreprise de son père, « Elizabeth Trump & Son », et affute ses armes sous les ailes de son père, promoteur immobilier. A la fin des sixties, son père lui accorde un prêt d’un million de dollars (l’équivalent aujourd’hui de sept million de dollars, après inflation). Grâce à cet argent, il finance une extension d’une holding de la société. Son cheval de bataille : être plus libéral sur l’utilisation des prêts fondés sur les capitaux propres.
Son père lui déconseille alors de construire hors du quartier de Brooklyn, où l’entreprise familiale est implantée. Malgré les avertissements paternels, il décide de lancer son propre business en investissant massivement dans le logement locatif à Manhattan.
Son aventure à Manhattan
En 1971, il prend la tête de l’entreprise familiale et la rebaptise plus tard « Trump Organization ». Il déplace sa résidence à Manhattan et commence à construire d’importantes relations avec les personnalités influentes du milieu. Convaincu du fort potentiel économique de la ville, Trump s’engage dans la construction et la promotion de grands établissements et investi massivement dans les gratte-ciel de Manhattan. Ces investissements lui permettent de toucher de gros profits et de se faire un nom dans le milieu, utilisant des designs architecturaux attractifs et luxueux.
Trump aime également jouer avec les faillites et obtient de nombreuses options pour les gérer. Il rachète les actifs d’entreprise en faillite pour les promouvoir par la suite et empocher de bonnes commissions. Son plus gros coup fut la reprise de l’hôtel « The Commodore » en 1974. Cet établissement, bien que très bien situé, n’était pas rentable. A l’issu d’un marché avec la ville, Trump obtint un abattement des taxes pour une durée de 40 ans. En échange, Trump rénova entièrement le bâtiment en construisant une imposante façade vitré. Lorsque le complexe réouvrit en 1980, son succès fut immédiat, permettant à Donald Trump de consolider sa popularité et le plaçant à la barre des plus grands promoteurs de la ville.
En 1978, il retente l’expérience avec la faillite du réseau de chemin de fer Pennsylvania Central Railroad. À l’origine racheté pour faire de la promotion de logements, Trump promeut la propriété en tant que centre de convention pour la ville et gagne l’appel d’offre face à deux autres concurrents.
Douze ans après la reprise de l’entreprise familiale, son premier gratte-ciel sort de terre, la Trump Tower. Située sur la cinquième avenue de New York, elle comporte des bureaux, boutiques et unités résidentielles et devient le plus haut gratte-ciel à usage locatif de Manhattan. Trump a fait ses preuves dans le milieu de Manhattan et choisit un tout autre lieu pour ses prochains investissements : Atlantic City.
Trump et son aventure dans le monde des casinos
Trump n’a pas toujours réussi et a connu de nombreux échecs et faillites, notamment à cause d’investissements risqués dans quatre casinos d’Atlantic City dans les années 80’s. La société mère, Trump Hotel and Casino Resort (THCR), créée en 1995, devenue ensuite Trump Entertainment Resorts est placée dès 2009 sous la protection de la loi sur les faillites.
Petit retour dans le temps. Le Trump Plaza, ouvert en 1984, fait faillite en septembre 2014, le Trump’s World Fair ouvert en 1996 ferme ses portes dès 1999. Quant au Trump Castle renommé Trump Marina, il fait faillite en 2011 ! Ouvert en 1990, c’est au tour du Trump Taj Mahal, le plus gros complexe hôtel-casino du monde, de fermer ses portes en octobre dernier, malgré le rachat par le milliardaire Carl Icahn en février 2016.
La « Trump Organization » en faillite
En 1990, lorsque le marché de l’immobilier décline, Trump voit la valeur et les revenus de son empire chuter. Pour survivre, l’organisation a alors recours à une politique de prêt massif pour prévenir l’effondrement de la société. Trump renonce à plusieurs de ses business et actifs acquis durant les années 80’s, notamment de sa compagnie aérienne ou encore de ses bateaux. Cette situation soulève de nombreuses questions sur la possibilité de l’entreprise de survivre à la faillite. Malgré tout, Trump recouvre en moins de sept ans un déficit de 900 millions de dollars, et établit sa nouvelle fortune à une valeur nette de 500 millions de dollars.
La protection de la loi sur les faillites
L’homme d’affaires s’est toujours protégé sous le fameux chapitre 11 de la loi sur les faillites des Etats-Unis. Le débiteur garde le contrôle de ses opérations et est soumis à une surveillance du tribunal. Il peut donc restructurer son entreprise sans la fermer. Ainsi, malgré la faillite de nombre de ses entreprises, Donald Trump n’a jamais subi de faillite personnelle. L’homme d’affaire a su vendre certains de ses business pour renflouer les caisses de ses entreprises, quand ces dernières en avaient besoin.
La stratégie de diversification
Voyant sa fortune fragilisée à plusieurs reprises, Trump applique la stratégie de diversification à la lettre. Depuis 25 ans, Trump vend son nom, afin de toucher un maximum de royalties. Au lieu de construire lui-même des établissements, il vend son nom à des promoteurs qui lui reverse des redevances. En plus de ses propres tours, son nom est apposé sur une trentaine de gratte-ciels, immeubles et complexes qui ne lui appartiennent pas : neuf à New York, cinq en Floride et une dizaine à l’étranger. Ces différentes licences dans l’immobilier, supervisées par ses fils, représentent aujourd’hui une des plus grosses parts de son chiffre d’affaire.
Trump est également impliqué dans d’innombrables autres activités : il vend des montres, des costumes, des accessoires de golf, sa propre marque de vodka, son parfum… L’homme d’affaire dispose d’une compagnie aérienne, d’une marque de steaks hachés (!), d’une université (Trump University), et surtout des droits aux chaines de télévisions et annonceurs … La liste est longue et non exhaustive. A titre indicatif, en 2014, Trump aurait amassé des revenus provenant de plus de 168 sources différentes.
Trump, le showman
Trump profite de son statut d’homme d’affaire médiatisé pour produire avec « The NBC » la télé réalité « The Apprentice », en 2004. Les candidats de cette émission se mesurent à travers diverses taches d’entreprises pour décrocher une position de manager dans la « Trump Organization ». Ce show devient rapidement célèbre, tout comme sa phrase culte : « You are fired !» (Vous êtes viré !). L’émission, suivie par 28 millions de téléspectateurs pour la première saison, engrange des revenus considérables, notamment grâce aux spots publicitaires et aux placements de produits. Trump reçoit des chèques de « The NBC » de plusieurs millions de dollars à chaque épisode.
Trump était aussi jusqu’en 2015 copropriétaire des concours Miss Univers et Miss USA qu’il fut forcé de vendre après avoir tenu des propos dégradants sur les migrants, mettant fin au partenariat avec NBC.
Estimation de la fortune Trump
Aujourd’hui, les estimations varient entre 2,9 milliards (Bloomberg), 3,7 milliards (classement Forbes) et 8 à 10 milliards selon les dires de l’intéressé. En 2016, le classement Forbes estime une diminution de sa fortune de l’ordre de 800 millions par rapport à l’année précédente, majoritairement due aux faiblesses de l’immobilier new yorkais.
Bien sûr, une évaluation ne reste qu’une approximation, et cette valeur dépend de nombreux facteurs comme les prix de l’immobilier, les méthodes d’évaluation ou de comptabilisation utilisés… La partie la plus complexe de sa fortune à estimer est évidement son nom (réelle marque), point névralgique de son business model aujourd’hui. Si Donald Trump a fait fortune dans l’immobilier, il doit son actuelle réussite à son nom et aux royalties qu’il engrange.
Charles Gousset