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Grisons: La Réforme comme «pierre d’achoppement»
Lorsque Toni Schneider s’est installé en territoire romanche, sa famille et lui ont cherché une communauté protestante. Il a entendu dire qu’il existait une association à Disentis, à peu près à une demi-heure de voiture de son domicile. Elle était suisse-alémanique et était soutenue par la centrale électrique, ce qui fait que les impôts d’Eglise n’étaient pas excessifs. «Nous pensions: c’est sûrement une secte», se souvient l’architecte. En fait il s’agissait de l’association évangélique de Cadi, une petite communauté de travailleurs de la centrale et de propriétaires de maisons de vacances. «Nous avons reçu une invitation écrite pour participer au culte dans la baraque de la centrale» explique Toni Schneider. «Et si nous n'y allions pas, il fallait nous excuser».
Etre réformé dans le district catholique de Surselva s’accompagne toujours d’une certaine méfiance. «Nous avons trouvé une solution très œcuménique» complète Toni Schneider, «justement parce que n’avions pas le sentiment qu’il fallait changer les choses». La situation s'est compliquée en 1984, lorsque l’association est devenue une des plus jeunes paroisses de l’Eglise des Grisons et a voulu bâtir sa propre église. Il a fallu renoncer à l’endroit prévu pour la construction dans les environs d’un monastère prédominant. Grâce à l’aide des autorités politique, un autre endroit a été trouvé en zone industrielle, sur le site d’un ancien dépotoir. «Evidemment, symboliquement c’était un peu difficile», souligne Toni Schneider qui a reçu le mandat d’architecte pour la construction de l’église. «J’ai réfléchi: devons-nous nous adapter? Devons-nous camoufler le bâtiment?» Le projet qu’il décide de réaliser est tout autre : le centre paroissial construit selon des normes écologiques joue avec les cinq éléments de la nature. On accède au terrain en prenant le «Pont de l’insécurité» pour poser le pied sur la «Pierre d’achoppement» avant de pouvoir atteindre la maison de paroisse ou le centre paroissial.
Pour Toni Schneider, cette symbolique ne représente pas que la situation de la jeune communauté réformée, mais plus généralement l’existence de chaque chrétien. Vraisemblablement chaque homme fait face à des moments d’insécurité et recherche un sol stable. «Si l’Eglise n’est plus une pierre d’achoppement, elle perd de sa force» est-il convaincu. Pour une minorité réformée, cela pourrait dire que ses idées sont parfois trop progressistes, mais il faut aussi du temps. «Si nous nous restons respectueux, on peut très bien supporter le côté quelque peu carré des Réformés et le fait que l’architecte Toni Schneider garde sa pierre d’achoppement devant l’église réformée de Disentis», conclut l'architecte.