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L’économie suisse et la guerre en Ukraine: conséquences économiques et humanitaires
Conséquences économiques
Avant la guerre, la Suisse entretenait avec la Russie et l’Ukraine des relations économiques bilatérales qui s’inscrivaient dans une longue tradition. L’annexion de la Crimée en 2014, l’invasion de la Russie en Ukraine en 2022, les mesures des autorités suisses et les sanctions internationales ont cependant sérieusement mis à mal les relations économiques de la Suisse avec les deux pays. On le constate à la lecture des chiffres du SECO, de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF) et de la Banque nationale suisse.
Pour l’économie d’exportation, les relations commerciales bilatérales avec la Russie ont une importance limitée
Avant la guerre, la Russie était la onzième plus grande économie du monde. Le pétrole, les produits pétroliers et le gaz naturel représentent deux tiers environ de ses exportations. L’importante part des matières premières aux exportations rend l’économie russe très dépendante des variations de cours sur les marchés des matières premières. La Russie a une importance limitée pour l’économie suisse d’exportation. Le volume des échanges commerciaux avec la Russe s’élève à 4,7 milliards de francs (exportations et importations, total 2, 2021), soit 3,4 milliards de francs pour les exportations de biens vers la Russie et 1,3 milliard de francs pour les importations en provenance de Russie (2021). En 2021, la Russie était le 23e partenaire commercial de la Suisse pour les marchandises. Les produits chimiques et pharmaceutiques, les instruments de précision/l’horlogerie et les machines sont les principaux produits d’exportation. Les principaux produits importés de Russie sont les métaux précieux.
Les échanges bilatéraux de services sont beaucoup plus faibles que le commerce bilatéral de biens. En 2020, les exportations suisses de services à destination de la Russie se sont élevées à 2,3 milliards de francs et les importations en provenance de Russie à 0,9 milliard de francs. En 2020, les services de transport, les licences et les services financiers étaient les principaux services exportés. Les services de transport arrivaient en tête des importations de services. À la fin de 2020, les investissements directs suisses en Russie s’établissaient à 27,8 milliards de francs. Cette année-là, plus de 39 000 personnes étaient employées en Russie par des entreprises suisses.
En 2014 déjà, en réaction à l’annexion de la Crimée, le gouvernement suisse avait adopté des mesures pour éviter le contournement des sanctions internationales. Par ailleurs, les négociations en vue d’un accord de libre-échange entre les pays de l’AELE (Suisse, Norvège, Islande et Liechtenstein) et l’union douanière formée par la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan avaient été suspendues.
La guerre met un terme à l’évolution positive des relations économiques avec l’Ukraine
Depuis la révolution de Maïdan de 2014, l’Ukraine s’est tournée de plus en plus vers l’UE, politiquement et économiquement. Cette réorientation de l’économie ukrainienne a aussi des conséquences pour les relations économiques bilatérales avec la Suisse. Même si elles restent encore relativement faibles, elles ont connu un très bel essor au cours de ces dernières années. En 2020, l’Ukraine était le 64e partenaire commercial de la Suisse. Entre 2020 et 2021, le volume des échanges a augmenté de 12,9% pour atteindre 831 millions de francs, soit le montant le plus élevé jamais enregistré. Les principaux produits d’exportation de la Suisse vers l’Ukraine sont les produits chimiques et pharmaceutiques, les métaux précieux et les instruments de précision/l’horlogerie. Quant à l’Ukraine, elle exporte vers la Suisse des produits textiles, des produits agricoles et sylvicoles ainsi que des montres et des instruments de précision.
Contrairement à ce qui se passe avec la Russie, le commerce de services entre la Suisse et l’Ukraine est beaucoup plus vigoureux que le commerce de biens. Selon les derniers chiffres disponibles, la Suisse est le troisième plus grand importateur de services ukrainiens et le quatrième plus grand investisseur en Ukraine (2,7 milliards USD, Fonds monétaire international). Avant que la guerre éclate, la Suisse menait en Ukraine de multiples projets dans le cadre de la coopération économique au développement du SECO. Certains de ces projets sont poursuivis, moyennant des adaptations aux besoins actuels.
La guerre a sérieusement perturbé les relations économiques bilatérales entre la Suisse et l’Ukraine. En raison de la situation actuelle, des entreprises ont dû limiter voire arrêter la production sur place. Dans certains cas, à cause de la guerre et des problèmes logistiques, il est devenu impossible d’importer et d’exporter. Les conséquences spécifiques varient selon les entreprises. Quant aux effets à long terme, ils ne peuvent pas encore être estimés exactement. Il ne fait cependant aucun doute que la guerre et la destruction des infrastructures pèseront encore longtemps sur le développement économique du pays.
Les sanctions touchent aussi les relations commerciales avec le Bélarus
Les sanctions contre le Bélarus ayant aussi été durcies, les relations économiques de la Suisse avec le Bélarus sont aussi impactées, quoique dans une nettement moindre mesure, car les deux pays n’entretiennent pas de liens étroits. En 2021, selon les statistiques de l’OFDF, le montant des échanges commerciaux bilatéraux a atteint 158 millions de francs (total 2), dont près de 109 millions de francs pour les exportations suisses et 50 millions de francs pour les exportations bélarusses vers la Suisse. En 2020 déjà, les conditions-cadre de l’économie s’étaient dégradées en raison des troubles et de l’instabilité politique consécutifs à l’élection présidentielle. Actualité oblige, cette tendance devrait se maintenir.
Depuis l’éclatement de la guerre, les flux commerciaux bilatéraux entre la Suisse et les trois pays se sont effondrés.
Pour l’économie suisse, les conséquences indirectes de la guerre en Ukraine pourraient être graves
Pour l’économie d’exportation et la place financière suisse, l’incidence directe des sanctions sur les relations commerciales bilatérales est limitée.
Indirectement, les temps s’annoncent toutefois difficiles à la fois pour l’économie suisse et pour l’économie mondiale. La guerre aggrave les problèmes de livraison déjà existants, ce qui complique et renchérit les achats et la production de certains produits tels les puces électroniques, les voitures et les matériaux de construction. Tant la Russie que l’Ukraine sont d’importants exportateurs de combustibles fossiles et de denrées alimentaires, et leurs industries fournissent d’importants métaux à l’industrie. La Russie est un important fournisseur de nickel et de palladium, par exemple. L’Ukraine est le plus grand producteur mondial de néon. Les deux pays produisent par ailleurs d’autres métaux importants pour l’industrie, tels le fer, l’acier, l’aluminium, le cuivre, le platine et le titane. La volatilité des cours de ces matières premières rend très incertaine la planification dans de nombreuses entreprises industrielles. Certains États ont réduit leurs importations de pétrole et de gaz russe, ou discutent de telles mesures. Pour la Suisse aussi, la guerre en Ukraine rend difficile l'approvisionnement énergétique.
Les conséquences indirectes de la guerre sont plus importantes que les conséquences directes des sanctions, pour toutes les branches, à l’exception des banques.
Selon une enquête d'economiesuisse menée début mars 2022, une entreprise suisse sur deux est affectée par les conséquences économiques de la guerre. Outre les difficultés causées par la guerre en lien avec l’approvisionnement en matières premières, les sanctions appliquées par l’Occident, comme les restrictions visant le trafic des paiements avec les banques russes ou l’interdiction d’exporter et les perturbations sur les marchés de l’énergie pèsent également sur les entreprises.