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RAPPORT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
Pour la troisième fois, vous êtes convoqués en Assemblée générale ordinaire, conformément à l’article 2 des statuts, pour prendre connaissance des comptes et bilan de notre Compagnie pour l’exercice de 1902 et leur donner votre approbation s’ils vous paraissent en règle.
Nous devons préalablement vous présenter quelques observations générales sur cet exercice en vous rappelant un certain nombre de faits importants intéressant notre Compagnie.
Dans le rapport du Conseil d’Administration pour 1901, nous vous disions que les résultats d’exploitation de cet exercice ne pouvaient servir d’indication quant aux résultats probables des exercices à venir.
Cette observation est encore plus appropriée à l’exercice de 1902 qu’au précédent et cela à raison de circonstances que nous devons heureusement considérer comme exceptionnelles, mais qui n’en ont pas moins eu une fâcheuse influence sur les résultats de notre entreprise.
M. T. Laval, que nous avions appelé aux fonctions d’Administrateur délégué dès le 15 avril 1901, a donné sa démission dès le 22 juillet 1902, et a été remplacé par M. H.-P. Bradford.
Le premier soin de ce dernier a été d’achever un certain nombre de travaux complémentaires concernant spécialement les ateliers et le matériel roulant et d’en exécuter d’autres jugés indispensables.
Ceci fait, il a procédé à la réorganisation des divers services et à une meilleure répartition du personnel, spécialement de l’atelier.
Cela nous amène à parler du mouvement qui s’est produit à ce moment et a abouti à la grève générale à Genève.
Au mois de juillet déjà, certaines revendications furent présentées par le personnel, soit par le syndicat des employés de chemins de fer. tendant particulièrement à une augmentation de salaire et à l’adjudication de certains autres avantages secondaires.
Après discussion et en application des dispositions de la loi sur les conflits collectifs, toutes les difficultés furent réglées dans une séance arbitrale devant la Commission centrale des Prud’hommes.
A la lin du même mois, un nouveau mouvement se produisit, motivé parties décisions de la Direction relatives au personnel et après une journée de grève, le Dimanche 31 août, le conflit fut soumis, d’accord entre les parties, à l’arbitrage du Conseil d’Etat. Ce corps rendit une sentence réglant les divers points en litige et à laquelle notre Compagnie déclara d’emblée vouloir scrupuleusement se soumettre, ce qu’elle a fait en réalité.
Lire notre article dédié sur les mouvements sociaux à la CGTE et au tpg :https://www.bus-tram-geneve.ch/site/greves-et-mouvements-sociaux-a-la-cgte-tpg/
Mais une partie du personnel, conduite par des meneurs décidés à maintenir le désordre dans la Compagnie, s’entêta à présenter des revendications en tous points inadmissibles et que nous fûmes dans l’obligation de refuser catégoriquement malgré toutes les pressions faites pour nous faire céder.
Les mécontents décidèrent alors la grève des tramways en date du 28 septembre, et voyant (pie les services se faisaient sans eux, grâce au personnel resté fidèle et auquel nous avons des éloges mérités à faire, provoquèrent la grève générale de tous les corps de métiers.
Le Conseil d’Etat, décidé à protéger la liberté du travail, prit toutes les mesures nécessaires pour la sécurité de notre entreprise et de ses employés fidèles, et grâce aux nombreuses troupes mises sur pied, la grève prit fin au bout de quelques jours.
C’est avec reconnaissance que nous avons reçu dans ces pénibles circonstances l’appui de toutes les autorités genevoises et nous avons tenu à la témoigner en votant un don en faveur des soldats et des corps de police qui ont rempli si dignement leur devoir en cette occasion.
Nous devons également un témoignage de reconnaissance aux chefs de service et au personnel de notre Compagnie, qui ont été au-dessus de tout éloge pendant ces jours difficiles.
Les conséquences de cette grève, lourdes pour tous, ont été particulièrement sensibles pour notre Compagnie, et vous verrez dans notre compte-rendu le chiffre de la perle directe subie de ce chef et à laquelle il faut ajouter une diminution sensible des recettes dès le mois d’octobre et qui est la répercussion de ces évènements que nous espérons bien ne pas revoir se produire.
Notre résultat financier, déjà obéré de ce fait, a eu en outre à supporter le règlement d’un certain nombre de comptes relatifs à la construction ou â l’achat de matériel ou autres dépenses qui concernaient en réalité les exercices précédents.
Nous avons foi dans le résultat des efforts faits par notre Administrateur- Délégué pour réaliser de sérieuses économies dans l’exploitation, tout en assurant de toujours meilleurs services au public, but que nous ne perdrons jamais de vue.
Nous ne voulons pas terminer cet exposé sans vous informer que par suite de l’extension de notre roseau sur territoire suisse au-delà de 100 kilomètres, notre Compagnie est tombée sous l’application de la loi fédérale du 28 juin 189a sur le droit de vote des actionnaires.
L’aulorité fédérale nous a mis en demeure d’apporter à nos statuts les modifications que cette loi comporte et vous aurez à y procéder dans l’assemblée de ce jour.
La plus importante est l’introduction dans notre Conseil d’Administration de représentants de la Confédération cl du Canton de Genève, disposition que nous ne pouvons voir que favorablement, désireux que nous sommes de rester constamment en contact avec nos autorités qui, de cotte façon, pourront voir quels sont les besoins réels de notre Compagnie et de quel côté il y a lieu de diriger son administration.
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