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J'ai entendu plusieurs fois ces derniers temps des analystes comparer le Brexit avec le référendum d'indépendance de la Catalogne. Or la seule chose qui rapproche ces deux événements c'est qu'ils sont basés sur un référendum. Organisé en toute légalité et en respect des règles des traités européens dans le cas du référendum britannique, en toute inconstitutionnalité dans le cas du référendum catalan. Sous certains angles on peut même les considérer comme exactement opposés. Concernant le Royaume-Uni, il faudrait plutôt rapprocher le dernier référendum catalan de celui qui avait été organisé en Ecosse. En effet, dans les deux cas, il s'agissait de se séparer d'un état-nation pour acquérir une indépendance régionale "dans le cadre de l'Union Européenne".
C'est d'ailleurs une constante chez tous ces mouvements indépendantistes, que ça soit en Espagne, en France, en Grande-Bretagne, en Belgique ou en Italie: ils réclament tous l'indépendance "dans le cadre de l'Union Européenne". Il peut paraître assez étrange, voire même suspect, de réclamer une souveraineté pleine et entière pour immédiatement en abandonner la plus grande partie à une autre entité supra-régionale. L'indépendance pour quoi finalement ? En quoi ces régions sont-elles opprimées ? Peut-on considérer que leur cas est comparable à celui de l’Érythrée par exemple ? Ces régions sont-elles victimes de colonialisme ?
Tout d'abord, non: on ne peut pas les considérer comme colonisées. Ou alors, comme dans le cas de l'Ecosse, ça a eu lieu il y a si longtemps que ça n'a plus aucune valeur pratique. Aujourd'hui il n'existe plus réellement de peuples distincts en Grande-Bretagne. Les populations se sont mêlées et ne forment plus qu'une. Dans le cas de la Catalogne, elle a été reconquise sur l'occupant musulman en même temps que tout le reste de la péninsule. L'Espagne est ainsi depuis très longtemps un pays indivisible, avec des populations mêlées. D'ailleurs dans ce contexte, à qui donnera-t-on la nationalité catalane ? A tous les habitants ? A tous ceux qui sont nés en Catalogne ? Et quid de celui qui souhaite rester Espagnol ? Le forcera-t-on à prendre une nouvelle nationalité ? Toutes ces questions n'ont visiblement pas été abordées. La question posée par le référendum tend au simplisme extrême. On propose l'indépendance dans le cadre de l'Union Européenne, sans expliquer en quoi cela consiste, ni comment on compte, par exemple, entrer dans l'Union Européenne alors que l'unanimité des membres est requise pour accepter un nouveau membre et que le veto de l'Espagne est assuré d'avance.
Les raisons de la plupart de ces demandes d'indépendances ont en plus une odeur pestilentielle. Que ça soit en Catalogne, en Italie du Nord ou en Flandres, il s'agit surtout de se défausser de la solidarité nationale qui impose dans un état aux régions les plus riches de reverser une partie de leurs richesses aux régions les plus pauvres. C'est un peu comme si les Suisses allemands se débarrassaient des régions latines moins riches pour éviter de s’acquitter de la péréquation financière en leur faveur. Il ne s'agit donc pas ici de se débarrasser du joug d'un état central qui réduit au silence la culture régionale, mais il s'agit bien de protéger son porte-monnaie.
Concernant le Brexit maintenant. La presse à beaucoup prétendu que le choix des Britanniques était dû à la xénophobie. C'est sans doute vrai pour certains. Mais la plus grande partie de la part de la population qui a voté pour le Brexit l'a fait dans un tout autre but. Comme tous les peuples européens, ils ont compris que l'Union Européenne enlève petit à petit, par une politique des petits pas, leur souveraineté aux Etats-Nations. Et s'ils ont fait ce choix finalement, c'est pour protéger leur pays. C'est par pur patriotisme. Or patriotisme et nationalisme sont deux choses différentes. Le patriotisme c'est l'amour de son propre pays. Le nationalisme c'est le rejet des autres pays. Et le nationalisme, c'est justement ce qui motive les indépendantistes catalans. La confusion faite par la novlangue entre ces deux notions n'est pas due au hasard: c'est justement une attaque contre les Etats-Nations qu'on n'a plus le droit d'aimer.
Et c'est justement là qu'on peut voir quelque chose de suspect dans cette manière de réclamer l'indépendance dans le cadre de l'Union Européenne. Sur les trois niveaux de compétences principaux de la plupart des pays membres de l'Union Européenne, à savoir la région, l'Etat et l'Europe, on nous dit "la région c'est bien", "l'Etat c'est mal" et "l'Europe c'est bien". Pourquoi cet acharnement contre les Etats ? On le comprend quand on regarde cette carte du découpage de l'Europe en régions, basées sur les langues plutôt que sur les frontières nationales. Cette carte a été créée par le mouvement des verts européens et a été largement diffusée au sein du parlement européen.
On constate que la plupart des pays européens ont été lacérés selon des critères parfois discutables, comme par exemple dans le cas de l'Occitanie, correspondant à peu de choses près à la zone libre durant l'occupation allemande de la France, (un hasard ?) et qui ne correspond à aucun critère d'appartenance, car réclamée par personne ou presque. Au passage on remarque que la Suisse a été découpée et partagée entre la France, l'Allemagne et l'Italie alors qu'elle ne fait même pas partie de l'Union Européenne! Merci donc aux verts européens de s'en prendre à l'intégrité territoriale d'un pays tiers qui ne lui avait rien demandé... Par contre, on constatera que les régions russophones de l'Ukraine, la Crimée et le Dombass, n'ont pas subi le même sort. Les verts les considèrent comme ukrainiennes et non russes. Dans ce cas donc, ils respectent totalement l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Un respect à géométrie variable...
Et que constate-t-on d'autre ? Oh surprise ! Un état s'en tire très bien et non seulement n'est pas découpé, mais il gagne encore des territoires. C'est l'Allemagne, à laquelle est ratachée l'Autriche, la Suisse allemande, l'Alsace et la Lorraine, le Tyrol du Sud ainsi que la partie germanique de la Belgique. Bon on le comprend aisément, cette carte vise à défendre des intérêts géostratégiques et non les minorités européennes. Il s'agit de morceler les états qui représentent un danger pour la suprématie allemande en Europe tout en renforçant l'Allemagne elle-même. Il s'agit aussi de ne pas laisser l'influence russe grandir. Elle vise donc à faire de l'Europe une zone où les peuples non-germaniques n'ont plus aucune chance de faire entendre leurs voix et où l'Allemagne domine la Russie. Oui, je suis désolé de le dire, mais ce sont les mêmes intérêts géostratégiques que ceux de l'Allemagne nazie. La première fois que l'Allemagne a tenté de créer une Europe unie sous sa coupe, elle a échoué. Grace aux velléités indépendantistes des régions européennes, elle est en train de réussir la seconde tentative. Au passage, à méditer cette autre carte, montrant comme une Europe débarrassée de ses Etats-Nations est efficace et représente un avenir radieux.
Cette carte trônait sur le mur du Grand Palais de Paris durant l'exposition 'la France européenne'. Une exposition qui a eu lieu en... 1941, en pleine occupation allemande !