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Abstract
Le concept de pratique professionnelle prudentielle théorisé par Florent Champy désigne « un mode de connaissance et d'action pertinent quand l'application directe de savoirs scientifiques ou de routines est mise en défaut par la complexité et la singularité de la situation ou du problème à traiter. » Cette conceptualisation qui met un accent sur la singularité et la complexité de situations de travail insuffisamment standardisables, dessine l'axe fort qui « consiste à mettre au coeur de la théorie le contenu du travail professionnel et notamment les spécificités des opérations cognitives et pratiques qui le permettent. » Ces situations réclamant des réponses non standardisées en termes de connaissances à appliquer, il revient en effet aux professionnel-le-s d'effectuer sur le terrain un travail d'opérations cognitives et pratiques pour être efficaces et adéquat-e-s. Mais comment décrire ces opérations ? Comment se réalisent-elles ? Selon quelles modalités ? Nous proposons dans cet article une réflexion sur les types de savoirs mobilisés et créés par les professionnel-le-s de la petite enfance dans leur activité quotidienne. La perspective théorique issue de la didactique professionnelle permet de formaliser la construction de l'activité grâce à la distinction entre savoirs techniques et savoirs d'usage. Nous appuyant alors sur la notion de prudence développée par Florent Champy, notre propos vise à montrer qu'il existe une troisième sorte de savoirs, que l'on peut qualifier de savoirs professionnels au sens strict, construits en situation et constituant le contenu du travail. En parallèle, notre analyse emmène également un questionnement sur la fonction sociale de cette activité professionnelle, sur le sens qui l'anime et l'oriente. Le propos est disposé en trois sections. Dans la première, nous revenons sur les différents types de savoirs, soulignant notamment le rôle prépondérant de la délibération et de l'arbitrage pour la construction des savoirs professionnels. Dans la seconde, nous présentons les éléments de méthode utilisés pour accéder au contenu du travail des éducatrices. Et dans la troisième section, nous analysons les propos des éducatrices, esquissant la façon dont se configurent les opérations cognitives liées à une pratique spécifique. Enfin nous situons en conclusion la construction des savoirs professionnels dans une perspective sociale élargie.