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Montana
VESTIGES ARCHEOLOGIQUES
On peut mentionner quelques trouvailles faites sur la colline où s'élève l'hôtel du Parc à Montana-Vermala : une dizaine de sépultures mises à jour vers 1890 lors de la construction de l'hôtel, puis en 1916 une tombe double ; taillée dans le roc, constituée de grosses dalles - selon le mode mérovingien ? (VIe-VIIIe siècle) - et entourée d'un muret, elle contenait le squelette d'une femme, le crâne posé à l'ouest et celui d'un homme, la tête à l'est, à côté de laquelle se trouvait un vase en pierre ollaire haut de 13 cm et qualifié de gallo-romain.
MONTANA AVANT LE XIXe SIECLE
Juridictions civile et militaire
Mentionné pour la première fois dans un échange du 14 novembre 1243, Montana appartient d'abord à la châtellenie de Granges. Les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem établis à Salquenen, les familles d'Anniviers, d'Ayent, de la Tour-Châtillon et de Platea y détiennent des droits de même que l'évêque, le chapitre de Sion, les paroisses de Granges, de Lens et de Saint-Maurice-de-Laques. La gestion des alpages, la répartition des eaux et la construction des bisses imposent alors une collaboration entre Icogne, Lens, Chermignon-d'en-Haut, Chermignon-d'en-Bas, Diogne et Montana. Après avoir appartenu, avec Grône et Saint-Léonard, à la châtellenie de Granges, ces six villages forment dès le XIVe siècle une entité distincte appelée Mont, Paroisse ou Contrée de Lens. Pour les travaux communs, ils sont répartis en quartiers, Montana et Diogne formant alors un quartier avec Chermignon-d'en-Bas. Leur solidarité se manifeste aussi dans les relations avec les dizains en matière de justice, d'organisation militaire et de participation aux affaires du Pays. Parallèlement, chacun de ces six villages possède des biens propres gérés de façon indépendante selon des ordonnances précises.
Du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, les autorités de la Paroisse de Lens sont le métral, représentant de l'évêque, qui exerce diverses tâches administratives et de police locale, le vice-châtelain qui rend la justice en première instance, et quatre procureurs délégués par les quartiers. En seconde instance la justice est rendue par le châtelain de Sierre qui exerce aussi la fonction de grand-châtelain de tout le dizain et convoque à ce titre le conseil du dizain pour préparer la participation à la Diète. Le banneret et le capitaine sont les officiers en charge de la circonscription militaire appelée Tiers de Lens auquel sont aussi rattachés Granges, Grône, Chalais-Vercorin et St-Léonard.
Juridictions ecclésiastiques
Du point de vue spirituel jusqu'au XVIIIe siècle, Montana relève formellement de deux paroisses. L'ouest de Montana jusqu'à la chapelle, citée dès 1516, fait partie de la paroisse de Lens qui appartient à la Prévôté du Saint-Bernard, et l'est dépend de la paroisse de Saint-Maurice-de-Laques. Dans les faits, toutefois la vie paroissiale de tout le village est orientée vers Lens dès le XVIe siècle déjà comme en témoignent les protestions du curé de Laques en 1584 et 1585.
Chronique du XVe au XIXe siècle
Une confrérie du Saint-Esprit, communauté locale gérant des biens avec un certain souci d'entraide est attestée à Montana en 1488, par la suite, elle est associée à celle de Chermignon. En 1531, les Montanais rédigent des statuts locaux1 , seize articles relatifs à l'organisation de la vie du village, à la gestion des biens communaux et au règlement des différends. Ils précisent aussi la mission des autorités, soit les procureurs, les gardes et le meyan, médiateur secondé par des arbitres.
Le XVIIe siècle est marqué par la construction de la maison communale en 16342 ainsi que par l'acte de réunion de Diogne avec Montana en 1666. Cet accord résulte d'un fort recul de la population de Diogne, dû à la peste. Les deux villages s'y associent dans tous leurs privilèges, exemptions, messelleries ou biens communs, droits honneurs et charges.
La commune de Montana s'en trouve renforcée et s'étend désormais au sud entre le bisse de la Toachir et le pont de Pirratintse et au nord jusqu'au lieu-dit Pitoudaz Chaaz touchant à l'étang " dy Coort, Cran de Monthana3". En 1669, on reconstruit la chapelle de Diogne, connue dès 1531. Montana et Diogne comptent 151 habitants en 1687. En 1704, les Montanais reconstruisent leur chapelle dédiée à saint Grat, évêque d'Aoste (VIIe siècle). Au chapitre immobilier, il faut encore mentionner à Corin l'existence de la maison de la commune " ey plan des Ettemo " ainsi que la construction en 1764 de la chapelle dédiée à l'archange saint Michel, par les hommes de Montana, grâce à un legs de l'abbé Georges Rey.
En 1759, un arbitrage de l'évêque Jean-Hildbrand Roten détache formellement l'est de Montana de la paroisse de Saint-Maurice-de-Laques. Le siècle se conclut avec le rattachement du Valais à la République helvétique en avril 1798. La commune de Montana compte alors 240 habitants4 .
LE XIXe SIECLE
Une situation communale incertaine
Dans la République du Valais (1802-1810), Montana est recensé comme commune à part entière. Après le rattachement du Valais à l'Empire français (1810-1813), Montana et les autres communes de la paroisse de Lens constituent formellement la commune de Lens. Montana y est représenté par deux conseillers. Dans les années qui suivent l'entrée du Valais dans la Confédération (1815) la confusion s'installe. Ainsi, les recensements de 1816 et de 1846 distinguent quatre communes , mais en 1821, 1829 et 1837 ne figure que la commune5 de Lens.
L'administration de la justice et la gestion des territoires dits mixtes, soit au sud le vignoble et Chermignon-d'en-Bas6 et, au nord, les mayens, les forêts et les alpages qui forment le " Grand Commun " sont assurées au niveau de la paroisse de Lens.
L'absence de limites clairement définies donne régulièrement lieu à des conflits entre les communes. Dans les années 1840, Icogne réclame le partage des biens restés indivis entre les quatre communes de la paroisse. Cette demande est rejetée en consultation populaire le 4 juillet 1847.
La réunification formelle des communes de la paroisse de Lens (1851)
En 1851, le président de Lens Théodule Bonvin s'adresse à l'État pour remédier à la situation anormale de Lens : " Une localité qui sous certains rapports ne forme déjà qu'une seule commune, tandis qu'à d'autres égards, elle constitue plusieurs communes distinctes. " Le 4 juin 1851, le Grand Conseil accepte que Lens, Icogne, Chermignon et Montana conservent la propriété et les limites de leur territoire respectif, tout en ne faisant, pour l'administration municipale et dans leurs rapports avec l'État, qu'une seule et même commune sous la désignation de commune de Lens.
Les sections continuent de gérer leurs immeubles, les fonds d'école et les autres institutions de bienfaisance alors que la commune exerce la police et l'administration générale. Les espoirs d'apaisement mis dans la décision de 1851 sont toutefois vite déçus.
Les revendications séparatistes et le partage (1855-1905)
Le renforcement de l'autorité centrale engendre de nombreuses tensions entre les sections et la fin du XIXe siècle est marquée par une succession de démarches auprès des autorités cantonales (1855, 1867-74, 1890-91, 1897) où les Montanais se montrent particulièrement combatifs et tenaces. Par ailleurs, depuis la reconstruction de leur chapelle (1849-1852), ils étendent leurs revendications sur le plan paroissial et après la constitution d'un rectorat, ils obtiennent de l'évêque Pierre-Joseph de Preux l'érection de Montana en paroisse séparée de Lens (23 novembre 1863).
L'ouverture de l'hôtel du Parc en 1892 sur la section de Montana avivent les tensions entre Lens et Montana quant à la perception des impôts. Les plaintes se succèdent à l'État. Finalement les pétitions de 1897 issues des sections d'Icogne, de Chermignon et de Montana conduisent à une consultation populaire. Le 8 octobre 1899, les trois villages précités à l'unanimité ainsi que deux citoyens à Lens acceptent la création de communes distinctes effective dès le 1er janvier 1905. Le territoire des sections autour des villages forme le noyau des communes auquel est adjoint une part des terrains mixtes du haut et du bas au prorata de la population.
Plusieurs plans de partage de la Tsâ (la Chaux) ayant échoué à cause du regroupement de toutes les sources dans la même région, cet alpage reste finalement en indivision. La gestion de cet alpage et de quelques autres biens est confiée à un conseil dit de la Grande Bourgeoisie de Lens sous la conduite du président de la bourgeoisie de Montana.
L'histoire et la communauté d'intérêts ayant uni Icogne, Lens, Chermignon et Montana perdure sous le vocable de Louable Contrée (de Lens) qui désigne ces communes. À l'est, la Noble Contrée (de Sierre) regroupe Randogne, Mollens, Venthône, Miège et Veyras.
LE XXe SIECLE
Il est marqué par le développement de la station de Montana-Vermala et le passage d'une économie agro-pastorale à une économie dominée par l'artisanat et les activités de services dans les villages.
La naissance et le développement de Montana-Vermala : Le temps des pionniers (1892-1918)
En 1892, les hôteliers Louis Antille et Michel Zufferey, inaugurent le Grand Hôtel de Crans bientôt appelé Hôtel du Parc, sur une colline à 1510 m dans la zone des mayens. Dès 1896, un médecin genevois, le docteur Théodore Stephani, convaincu des bienfaits du climat sec et ensoleillé du Valais central dans le traitement des affections pulmonaires y amène ses patients qu'il soignait précédemment à Leysin. La construction d'une route à péage depuis Sierre facilite l'accès à l'hôtel du Parc. Toutefois la cohabitation de touristes avec des tuberculeux s'y avère rapidement problématique. Aussi avec l'aide de financiers genevois, Stephani construit-il en 1899 le sanatorium Beauregard sur la commune de Randogne. La rapide faillite de cet établissement ne décourage pas les investisseurs. Toujours sur Randogne, le canton de Genève crée un sanatorium populaire, le Clairmont. Puis en 1901, Stephani inaugure sur la section de Montana un sanatorium qui porte son nom.
Par ses publications scientifiques et promotionnelles, ce médecin oriente la station naissante vers le tourisme de cure. Pour la faire connaître, il choisit le nom de Montana qui le séduit davantage que Crans qui désigne historiquement tout le plateau que domine l'hôtel du Parc. Depuis le 1er janvier 1897, il existe à l'hôtel un dépôt postal non comptable appelé Crans-sur-Sierre. En 1904, le dépôt est supprimé et remplacé par un bureau situé à la villa de Preux sur la commune de Randogne. Cela donne lieu à un différend avec la commune de Montana qui, se prévalant de l'origine de la station, désire maintenir le nom de Crans, tandis que Randogne propose le nom local d'Orzières. Un compromis auquel Stephani n'est sans doute pas étranger est trouvé qui associe Montana et Vermala, promontoire sis sur Randogne, où l'on vient de construire le Forest Hôtel. Ainsi naît officiellement Montana-Vermala.
Parallèlement se développe la vocation sportive de la station. En 1905, une grande agence de voyages britannique, la Compagnie Lunn, fondée par Sir Henry Lunn transforme le Beauregard en hôtel Palace-Bellevue et improvise dès l'année suivante un parcours de golf sur les prairies à l'ouest de la station. Six ans après, Sir Arnold Lunn, le fils du fondateur, organise la première épreuve de descente de l'histoire du ski à la Plaine Morte. Jusqu'en 1914, le développement de la station se poursuit profitant dès le 29 septembre 1911 de la mise en service du funiculaire reliant Sierre à Montana-Vermala, cependant qu'à Montana, un enfant du lieu, Siméon Robyr, construit avec sa belle-mère, Jeannette Gay-Crosier, l'hôtel d'Angleterre qui ouvre ses portes le 1er juillet 1914. La Grande Guerre met un terme à cette effervescence. Les touristes se font rares et l'hôtellerie de montagne périclite. Dans ce contexte, l'internement de militaires français et belges entre février 1916 et janvier 1919 (ils sont 516 en janvier 1917) atténue cette crise.
De la station de cure à la station sportive (1920-1970)
L'internement contribue à étendre en Suisse et en Europe la réputation Montana comme station de cure. Parmi les hôtes illustres à la recherche d'une guérison toujours plus improbable, la femme de lettres néo-zélandaise Katherine Mansfield (1888-1923) séjourne au chalet Les Sapins, de juillet 1921 à janvier 1922 ; elle y écrit La Garden Party dont cinq nouvelles comptent parmi les réussites les plus parfaites de son œuvre. En 1926, la Confédération transforme l'hôtel d'Angleterre à Montana en clinique militaire qui donne lieu à quelques pétitions de la population effrayée. De même à la station, les difficultés qui résultent de la cohabitation entre la clientèle sportive et les curistes incitent les commerçants en grande partie indigènes, établis à l'ouest du plateau, sur les communes de Chermignon et de Lens, à créer la Société de développement de Crans-sur-Sierre qui se démarque de celle de Montana-Vermala fondée en 1905 par le Dr Stephani. Ils obtiennent l'ouverture d'un bureau de poste en décembre 1929. Dès lors, la plupart des hôtels de Crans refusent les malades. Mais d'autres tensions surviennent entre la station et les villages de Montana et de Randogne peu impliqués dans le développement touristique. Le 10 févrirer 1930, un comité d'initiative auquel la récente érection (5 décembre 1928) de Montana-Vermala en paroisse détachée des villages donne quelques espoirs, réclame à l'État " la création d'une commune séparée à Montana-Station " en raison du déséquilibre économique et social entre les villages et la station, des rivalités entre les deux communes aggravées par des conflits de personnes, qui compromettent le bon fonctionnement des services publics et le développement de la station. Ces tensions résultent de l'opposition entre une économie de marché ouverte et une économie autarcique basée sur l'agriculture. La demande est rejetée par l'État, mais une meilleure collaboration intercommunale entre Montana et Randogne se met en place. La crise des années 1930 ralentit considérablement le développement de la station. Toutefois le nombre de patients augmente jusqu'en 1952. Montana-Vermala compte alors quelque 1300 lits pour curistes et 500 lits pour touristes. L'apparition de médicaments efficaces dans le traitement de la tuberculose conjuguée aux mesures de prévention entraîne, à la fin des années 1950, la chute du nombre de patients. On assiste alors à une reconversion de Montana-Vermala en station de sports d'hiver. Les aménagements sportifs s'améliorent beaucoup (diverses télécabines, patinoire artificielle), alors que des hôtels remplacent les maisons de cure. La démocratisation des loisirs et des vacances entraîne le développement de la parahôtellerie et de nombreuses résidences secondaires.
Les transformations dans les villages
Jusqu'à la naissance du tourisme, l'économie de Montana et de Diogne repose exclusivement sur l'agriculture, l'élevage et la viticulture. Corin n'est alors occupé que temporairement pour les travaux des vignes, du 10 février au 10 avril et du 10 novembre au 10 décembre. Avec le développement de l'usine d'aluminium de Chippis dès 1905, des ouvriers issus de la commune de Montana s'établissent à Corin qui compte déjà 250 habitants en 1926 (Montana 330). Évoqué avec poésie dans Théoda (1944), roman de Corinna S. Bille (1912-1979) dont la mère vient de Montana, ce mode de vie traditionnel rythmé par ses déménagements vers le vignoble ou vers les mayens disparaît au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Un artisanat local se développe dans le domaine de la construction. Il profite surtout de la station qui dessine de nouvelles relations spatiales en déplaçant le poids de la population et des activités vers le haut de la commune. La création d'un conseil bourgeoisial distinct en 1972 peut se comprendre comme la volonté de rééquilibrer le poids des villages par l'influence de la bourgeoisie, propriétaire de quelque 38% du territoire sur Montana. Peu à peu les partis politiques modernes (PDC, PRD et incidemment PS) se substituent aux partis de familles (les Robyr et les Bonvin). En 1990, la commune de Montana compte 72% d'actifs dans le secteur tertiaire et moins de 3% dans le secteur primaire qui constitue cependant encore un appoint pour une partie de la population des villages (viti-viniculture).
LA FIN DU Xxe SIECLE
Après le ralentissement des années 1970 issu de la crise pétrolière, de la cherté du franc suisse et de lois fédérales contre la spéculation foncière, les années 1980 sont dynamisées par l'organisation des Championnat du Monde en 1987, dont les retombées ne sont pas seulement économiques, mais s'observent aussi au niveau d'une meilleure collaboration et coordination entre les responsables touristiques et politiques de la région dont la création de Crans-Montana Tourisme le 18 novembre 1997 est un exemple.