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L'importance qu'eut Zurich en tant que ville impériale se reflète dans les nombreux châteaux forts érigés dans ses alentours. Mis à part le palais impérial du Lindenhof, le plus vieux et le principal des sièges de la noblesse fut sans aucun doute celui de l'Uetliburg, à l'extrémité septentrionale de la chaîne de l'Albis. En raison de son nom, il a souvent été mis en rapport avec le bailli Uto (diminutif: Uatilo), cité en 963. II est possible que le château de Sellenbüren, situé au sud-ouest de l'Uetliburg, ait servi d'avant-château à ce dernier. Les données topographiques et la situation géographique de la chaîne de l'Albis favorisèrent manifestement la construction de châteaux forts. Ainsi, la légendaire forteresse de Baldern et celle de Schnabelbourg occupèrent la crête de l'Albis, tandis que sur le versant oriental de cette éminence s'élevaient les châteaux de Manegg et de Friesenberg. C'est sans doute à l'évolution politique de la ville, à l'essor qu'elle connut, qu'il faut attribuer dans une large mesure le fait qu'aujourd'hui, tous ces témoins du Moyen Age ont disparu ou sont en ruine, exception faite du Hardturm et de quelques tours d'habitation sises en ville. Au fur et à mesure qu'elle s'affermit, la bourgeoisie zurichoise étendit à tel point sa sphère d'influence qu'il ne fut plus possible à d'autres seigneuries territoriales de subsister ou de s'implanter dans son voisinage. Et comme, loin à la ronde, toutes les propriétés bourgeoises étaient régies depuis la ville, aucun château ne fut transformé en siège baillival. La plupart des ouvrages défensifs cités plus haut ont disparu si prématurément que les sources historiques nous font largement défaut, sauf pour ce qui est de Schnabelbourg. On en est donc réduit à procéder à des investigations dans le sol.
Sous ce rapport, tout n'est malheureusement pas pour le mieux en ce qui concerne les ruines de Friesenberg, anciennement Friesenburg. Des fouilles entreprises avec beaucoup d'élan entre 1925 et 1930 eurent pour unique but de retrouver des vestiges de murs. On ne prit alors nullement garde aux couches culturelles et ne tenta pas d'établir un rapport entre les objets mis au jour, importants pour la datation, et lesdites couches. Les dégâts causés par ces fouilles sont irréparables et il n'est maintenant plus possible de déterminer la date de certains éléments de construction.
La partie encore visible du château ne nous donne donc plus qu'une image imparfaite et partiellement trompeuse de ce que fut cet ouvrage. Il se trouvait là où l'étroite crête de la Goldbrunnegg s'élargit légèrement. Un profond fossé en auge coupe la crête à cet endroit. Le sentier, longeant en partie des rochers de grès dénudés, monte vers le plateau du château. Il a dû être assez facile d'extraire ici du matériel de construction, car les couches de molasse sont séparées les unes des autres par des couches de marne cassantes, ce qui simplifia beaucoup le travail des carriers. Selon un plan de fouille établi en 1931, d'importants vestiges de murs ont été découverts à l'est de l'ouvrage, au-dessous du chemin d'accès. Es doivent avoir glissé depuis lors, à moins qu'il ne se soit agi d'une fausse interprétation de certaines formations de rochers.
Le plateau du château proprement dit est relativement grand. L'existence d'un donjon carré de 6,8 mètres de côté peut être considérée comme certaine. La maçonnerie irrégulière de la muraille qui aujourd'hui confère à cet ouvrage un plan impossible diffère grandement du revêtement des autres murs du donjon, faits de moellons d'une facture généralement soignée et dont quelques-uns présentent des bossages. On ignore ce qui a poussé les chercheurs des années vingt à reconstruire ce mur au tracé oblique plutôt que le mur nord-ouest du donjon.
L'épaisseur du mur d'enceinte est à peu de choses près celle des murs du donjon, soit environ 1,5 mètre. L'enceinte ne semble pas avoir été reliée à la tour; elle a dû être construite plus tard. Son parement consiste principalement en moellons en bossage, en partie équarris aux angles. Mais ici non plus, il n'est pas possible de dire avec certitude jusqu'à quel point il s'agit de l'ouvrage initial. Les pierres de l'angle sud, un angle obtus, indiquent clairement que lors des travaux de restauration, des moellons en bossage rectangulaires ont été raccourcis et modifiés sans motif. L'extrémité est de ce mur peut elle aussi induire le chercheur à de fausses conclusions, car à son pied, on voit des traces distinctes du mur d'enceinte qui, lui, ne s'arrêtait pas ici. De l'autre côté du donjon, l'enceinte devait autrefois être adaptée à la configuration du terrain, mais lors de la restauration, elle fut tout simplement rectifiée.
Les fonctions des autres vestiges de murs qui occupent le sommet du site demeurent obscures. Côté ville, les fouilles ont fait apparaître deux terrasses. Sur la plus basse, on ne voit plus que le puits, entièrement comblé aujourd'hui. Par un escalier dont rien n'a subsisté, on atteignait la terrasse médiane. II ressort du plan topographique établi en 1931 que des murs ont également été découverts sur une terrasse se trouvant beaucoup plus bas.
Vu le manque de sources écrite, on ne peut que former des conjectures quant à l'âge du château de Friesenberg. Les murs du donjon et certaines parties de l'enceinte doivent remonter aux environs de 1200. Mais il se pourrait fort bien que ces ouvrages en aient remplacé de plus vieux. Pour la ville, le château eut pendant de longues années une importance non négligeable, car il formait l'extrémité méridionale du mur de retranchement qui, passant par le «Letzigraben», le fossé du retranchement, menait à la Hardturm sur les bords de la Limmat.
D'après les objets mis au jour, qui tous remontent au XIIIe siècle, on peut conclure que l'ouvrage de Friesenberg a été abandonné ou détruit avant le XIV siècle. En 1317 déjà, il n'est plus question que du site du château. En 1257, le chevalier zurichois Jakob Mülner en adopta le nom et dans un registre de 1321, Friesenberg est mentionné comme fief des Habsbourg et des Regensberg. En 1344, l'emplacement du château passa définitivement à la famille des Mülner, dont le dernier descendant mâle trouva une mort subite pendant la guerre de Sempach. Après avoir changé plusieurs fois de mains, Friesenberg revint au début de notre siècle à la ville de Zurich.
Bibliographie