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Non, cette question apparemment saugrenue n’est pas un échantillon représentatif des questions supposées pertinentes que l’on risque de trouver dans le plus récent des ouvrages de sémiologie apprêtés à la meilleure des sauces de la médecine factuelle. Elle ne sert pas non plus à tester le statut mental d’un patient, puisque, assurément, pour tout individu doté de capacité de discernement, il n’y a qu’une réponse appropriée à donner : «Ni l’un, ni l’autre».
C’est la lecture d’un récent article d’Aujesky et coll.1 qui m’amène à proposer cette inhabituelle interrogation, article qui fut le résultat du labeur et des cogitations de distingués investigateurs de provenances diverses (Lausanne, Madrid et Pittsburgh), alors que l’ensemble des patients était domicilié en Pennsylvanie. Un exemple de plus du phénomène de globalisation. En bref, il démontre que le pronostic de l’embolie pulmonaire aiguë est moins bon quand le patient est admis le week-end (à ce propos il est amusant, mais non essentiel, de constater que weekend, en anglais, ne prend pas de trait d’union, alors que le Robert recommande d’en mettre un) que lorsqu’il est pris en charge un autre jour de la semaine. Le taux de mortalité à 30 jours était de 8,8% pour les admissions en jour ouvrable et de 11,1% pour les malheureux hospitalisés le week-end. En analysant plus finement leurs données, nos auteurs constatent que cette différence semble être en rapport avec une augmentation de la mortalité pour les patients qui présentaient le tableau le plus sévère d’embolie pulmonaire. Ils concluent qu’il s’agit probablement d’un problème de qualité de prise en charge, le weekend étant caractérisé par une diminution du staff médical expérimenté disponible que ce soit aux urgences ou en radiologie et une présence maigrichonne des cadres et consultants spécialisés. Ils présentent toutefois d’autres hypothèses et admettent que des données additionnelles devraient être obtenues pour essayer de résoudre ce problème de façon convaincante.
Il eut été tentant d’imaginer que, dans le pays de William Penn, ce sont les cadres médicaux supérieurs, dont l’esprit débordant de charité est bien connu, qui prennent la garde du week-end pour soulager leurs plus jeunes collaborateurs, surchargés, sous menace permanente de burn-out. En ce cas, l’explication de l’inexpérience ne devrait logiquement pas pouvoir être soutenue. Tout au plus eut-on pu invoquer la trop grande implication de ces mêmes cadres dans des problèmes de gestion à la pertinence médicale douteuse pour justifier leur familiarité déficiente avec ce problème courant, mais toujours ardu qu’est l’embolie pulmonaire. Mais, même au pays des quakers, cette hypothèse demeure par trop farfelue pour enthousiasmer les foules.
Un fait troublant, je dirais même cuisant, pour l’auteur de ces lignes comme pour toux ceux qui ont consacré leur vie à l’édification des futurs médecins, est la relation qui existe entre l’augmentation de la mortalité et le statut d’hôpital universitaire, sur laquelle nos auteurs, tous universitaires confirmés, ne s’épanchent guère en commentaires. Sans doute espéraient- ils que cet élément passât inaperçu. La confirmation de cette association ou, mieux encore, sa réfutation est impatiemment attendue.
Bizarrement, les auteurs de l’article ne se posent pas la question du comportement des patients dans cette incrimination du week-end. Et pourtant il y a de quoi s’étonner. Sur les 15 531 patients étudiés, 3286 sont venus à l’hôpital pendant le week-end, soit 21,2% du collectif ou 10,6% par jour de week-end. Si la répartition des admissions pour embolie pulmonaire avait été égale pendant toute la semaine, et pourquoi ne le serait-elle pas ?, nous aurions postulé un taux d’admission par jour de 100% : 7 soit 14,3% ou 28,6% pour tout le week-end. Pourquoi le taux d’admission le week-end est-il inférieur de plus de 25% à celui auquel l’on aurait pu s’attendre ? Sans doute parce que les patients ne veulent pas venir à l’hôpital le week-end. Le corollaire de cette péremptoire affirmation est que ceux qui acceptent de venir ont une expression plus sévère de leur affection et ne peuvent donc guère attendre le lundi libérateur pour chercher le secours médical. Le pourcentage élevé de sujets avec la forme la plus grave de l’embolie pulmonaire pendant le week-end est un argument de poids à l’appui de cette proposition qu’il convient cependant d’accueillir avec la prudence qui sied aux esprits pondérés.
Dans un siècle où le mot «communication» est roi sans contestation, que fautil faire de cette information auprès du grand public, en particulier si l’hypothèse de nos auteurs se confirme ? Convient- il de la faire connaître ou, au contraire, s’assurer qu’elle restera à tout jamais confidentielle, limitée aux gens de l’art, pour éviter un inutile affolement de nos citoyens ? Certes, cette étude a été publiée dans un excellent journal de cardiologie au facteur d’impact flatteur pour ne prendre que ce critère dont l’importance ne cesse d’être invoquée par les autorités académiques, mais sa diffusion a toutes les chances de rester restreinte. Est-ce donc éthique de laisser dans l’ignorance ceux qui vivent un week-end marqué par une dyspnée et/ou une douleur thoracique aiguë et qui s’en vont en toute confiance à la salle d’urgences la plus proche, ne faut-il pas les avertir qu’ils doivent impérativement attendre le lundi matin pour venir à l’hôpital, de préférence non universitaire, et bénéficier ainsi d’un meilleur pronostic ? Nos autorités supérieures et, par là, j’entends le conseiller fédéral qui préside avec une infinie sagesse et un souci constant du dialogue à tout ce qui touche la santé des Helvètes, devraient saisir à bras-le-corps ce délicat problème pour offrir aux médecins en plein désarroi le bénéfice de leurs conseils toujours judicieux, empreints d’une roborative empathie. Il est vrai qu’il manque encore au dossier un élément fondamental : l’hospitalisation le week-end coûtet- elle plus cher ou moins cher que pendant les jours ouvrables ? De la réponse à cette question viendra sans doute la recommandation.