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De cette collaboration entre Anna Aaron et Bernard Trontin résulte une œuvre musicale instrumentale et expérimentale enregistrée grâce à un savant échange de fichiers sonores. L'album en question s'intitule "Moonwaves" et son titre est particulièrement évocateur. Le duo propose en effet de longues digressions sonores ambient, des plages atmosphériques denses et envoûtantes, qui pourraient parfaitement illustrer une exploration lunaire.
Pour les gens qui connaissent mal le terme ambient, il s'agit d'un courant de musique électronique expérimental lancé dans les années 1970 par des groupes allemands tels que Tangerine Dream ou Popol Vüh. Ces artistes passionnés par la recherche sonore aux confins des univers de la pop ont beaucoup travaillé pour le cinéma, que cela soit pour la nouvelle vague allemande ou pour les blockbusters hollywoodiens. Une collaboration qui ne surprend pas tant la musique ambient se veut enveloppante et visuelle.
Son impact a été marquant sur de nombreux artistes et groupes. Tant Radiohead que David Bowie ont composé des morceaux ambient. La star anglaise de la pop a consacré une bonne part des albums "Low" et "Heroes" à cette expérimentation sonore, en s'associant à une figure marquante du genre, Brian Eno.
"J'avais envie de me libérer des structures de la musique pop"
A connaître un peu le parcours d'Anna Aaron, on n'est pas surpris de la voir expérimenter avec ce style musical. La chanteuse et musicienne bâloise adore se réinventer au gré des sorties discographiques. "Moonwaves" est en fait le quatrième album qu'elle sort sur son label Bambient, dédié justement à la musique ambient. Anna Aaron s'en explique à la RTS: "j'avais envie de me libérer des structures rigides de la musique pop. Je voulais aussi donner la possibilité à d'autres artistes de sortir de la musique plus expérimentale."
Deux batteurs, Lucien Guy Montandon et Steve Valentin, ont ainsi sorti leurs compositions les plus audacieuses sur Bambient, avant qu'un autre, Bernard Trontin, collabore avec Anna Aaron. "De mon côté, mon amour de la musique électronique s'est développé parallèlement à ma passion pour les percussions. J'ai acheté mon premier synthétiseur en même temps que ma première batterie. D'ailleurs, au sein des Young Gods, je suis batteur dans un groupe de musique essentiellement électronique."
La recherche du son dans l'espace
La passion d'Anna Aaron pour l'ambient est directement liée à la recherche sur le son dans l'espace. "Brian Eno, à cet égard, est un exemple, lui qui a conçu l'album 'Music For Airports', en voulant créer des compositions qui calment le stress qui peut affecter les voyageurs. Je trouve à la fois très logique mais aussi très intriguant de travailler sur l'atmosphère d'un lieu avec du son."
"Moonwaves" a été conçu au printemps 2020, en pleine période de semi-confinement. Anna Aaron et Bernard Trontin se sont échangés des fichiers sonores via Internet et les compositions ont grandi au fil de leur correspondance. Chacun composait en imaginant que l'autre allait compléter son travail et en respectant aussi le troisième participant: le silence. "Contrairement à la pop, l'ambient nécessite de l'espace, de la patience aussi. Il faut laisser le son se développer. Cela exige beaucoup d'écoute. Pour moi, le pari était surtout de ne pas en faire trop", précise Anna Aaron.
>> A voir, le clip de "Moonwaves":
Une musique aussi intéressante à écouter que facile à ignorer
Bien qu'instrumental, cet album met en avant la voix d'Anna Aaron. La chanteuse et musicienne l'a utilisée comme un instrument. "J'ai essayé d'intégrer ma voix sans qu'on la remarque vraiment. Et pourtant lorsque tu l'enlèves de la composition, tu constates son absence. Et cela, ça me fascine."
La musique ambient joue souvent sur l'apparition et la disparition des sons, sur la répétition aussi. Le compositeur est aussi metteur en scène de sa création sonore. Anna Aaron dit vouloir capter l'attention des auditeurs, mais en empruntant d'autres portes que la mélodie. C'est une porte discrète, secrète. "Brian Eno disait que l'ambient devait être une musique aussi intéressante à écouter que facile à ignorer", ajoute Bernard Trontin. "Ceci dit, je ne crois pas que dans cet album, nous ayons banni toute forme d'harmonie. Elle ne représente pas le but principal du travail musical, mais c'est un outil."
En effet, "Moonwaves" séduit aussi par le travail harmonique proposé par le duo. Les dix plages de l'album invitent l'auditeur à un voyage introspectif, où les sonorités glacées d'un désert blanc font écho à d'hypnotiques carrousels colorés. A la fois cristallin et liquide, leur univers musical fait fi des règles de l'apesanteur.
Michel Masserey/ld
Anna Aaron et Bernard Trontin,(Bambient Records).