Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07170.jsonl.gz/1078

Paradigme de regard préférentiel
La manière dont les enfants commencent à reconnaître des mots et à les stocker est encore aujourd'hui une question ouverte. Une des hypothèses est que les mots sont d'abord encodés globalement (les bébés mémoriseraient la forme sonore générale du mot) puis que ces mots deviennent de mieux en mieux spécifiés, en fonction soit de l'augmentation du vocabulaire de l'enfant, soit de la croissance de son cerveau. Cette hypothèse est actuellement remise en question car certaines études récentes montrent que, dans un contexte où ils peuvent donner un sens à ces mots, de très jeunes enfants (14 et même 11 mois) arrivent à différencier 2 mots qui sont très semblables (p.ex. ballon et dallon). Ces résultats montrent que très tôt dans l'acquisition du vocabulaire, les enfants construisent des représentations des mots qui sont très détaillées en ce qui concerne les sons qui les composent. Jusqu'à présent, de telles études n'ont cependant été menées qu'auprès de bébés apprenant l'anglais et le hollandais.
Le but des études que nous menons à Genève est de voir si les bébés qui apprennent le français se conduisent de la même façon que les enfants étudiés dans les études présentées ci-dessus. Les résultats de nos premières études indiquent que les enfants francophones (dès 12 mois) sont capables de différencier des mots phonologiquement très proches, et ce indépendamment de la taille de leur vocabulaire ou de leur âge. Ainsi, les enfants sont très tôt capables de faire la différence entre les mots « ballon» et « dallon », ce qui montre qu'ils ont déjà une représentation très précise du mot « ballon »
Sur cette figure, nous voyons que les enfants ayant participé à nos recherches distinguent clairement les mots bien prononcés de ceux qui sont modifiés. En effet, le temps de regard sur l'image est significativement plus long pour le mot bien prononcé (« ballon », 2 premières colonnes) que pour les mots mal prononcés (« dallon », colonnes 3 et 4 et « nallon », colonnes 5 et 6). Ce phénomène est observé tant à 12 (colonnes bleues) qu'à 18 mois (colonnes bordeaux), même si globalement les enfants plus âgés ont des durées de fixation plus longues. Nous poursuivons actuellement nos recherches dans différentes directions, notamment grâce au soutien financier du Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique. Tout d'abord, nous cherchons à comprendre si tous les sons de la parole sont traités de la même manière par les bébés, ou s'il existe des différences, par exemple entre les voyelles et les consonnes. Ensuite, nous nous intéressons à la rapidité avec laquelle un bébé est capable d'apprendre de nouveaux mots. Enfin, nous cherchons également à évaluer le développement initial du vocabulaire chez des enfants qui sont susceptibles de présenter des difficultés de langage au cours de leur développement ultérieur, dans la perspective de développer des techniques contribuant au dépistage précoce des difficultés et à la prévention d'éventuels troubles du langage. Nous tenons à remercier encore une fois les parents et les enfants ayant participé à ces recherches. Les études que nous menons ne verraient jamais le jour sans leur aimable participation.
Paradigme avec écran tactile
Il est plutôt aisé d'évaluer la production verbale de jeunes enfants en les écoutant au quotidien ou en les enregistrant. Mais il est beaucoup plus difficile de savoir ce que les enfants comprennent exactement, car ils peuvent « comprendre » un mot ou une phrase en se basant non seulement sur les indices linguistiques (les mots et leur ordre dans la phrase), mais sur d'autres indices liés au contexte de communication (gestes et expressions faciales des interlocuteurs, présence d'objets, etc.). Dans cette perspective, nous cherchons à développer de nouveaux moyens d'évaluation de la compréhension du vocabulaire chez le bébé. Actuellement, les chercheurs et les cliniciens ont encore largement recours à des méthodes indirectes pour mesurer le vocabulaire en compréhension des bébés. Celles-ci consistent à demander aux parents de remplir un inventaire de mots qu'ils pensent être compris par leur enfant. L'étude réalisée au printemps 2008 avait pour objectif de développer un protocole informatisé permettant de mesurer directement les performances de l'enfant dans la compréhension des mots. Plus spécifiquement, nous cherchions d'une part à comparer la mesure indirecte (l'inventaire que vous avez rempli) et directe (les performances de votre enfant) de la compréhension lexicale de votre enfant, et d'autre part à mieux comprendre les caractéristiques du lexique précoce (p.ex. s'agit-il plus souvent de noms ? de verbes ? d'adjectifs ?). Les résultats montrent que : • Il y a une bonne corrélation entre les mesures indirectes et directes. Ceci nous indique d'une part que notre procédure est efficace et motivante pour le bébé, et que d'autre part, les estimations des parents sont fiables et qu'elles peuvent s'avérer très utiles dans les situations cliniques où le recours à un protocole informatisé comme le nôtre n'est pas envisageable. (Figure 1).
Figure 1
• Plusieurs caractéristiques de mots influencent les performances des enfants. Ainsi, les jeunes enfants ont plus de facilité à reconnaître des noms que des verbes ou des adjectifs (Figure 2). De plus, les mots les plus simples (les plus fréquents en l'occurrence) sont également plus aisément reconnus par les jeunes enfants que les mots moins fréquents (Figure 3). Ces données sont intéressantes pour nous car elles nous donnent des informations précises sur la construction du vocabulaire des jeunes enfants.
Figure 2
Figure 3
Ces résultats indiquent qu'il est possible de développer des manières plus directes et plus objectives d'évaluer la compréhension chez le jeune enfant et nous permettent d'envisager d'étendre nos travaux à des populations d'enfants qui, pour diverses raisons (prématurité, maladie neurologique, etc.), sont susceptibles de présenter des difficultés ou des retards de langage. Ils devraient notamment contribuer au développement de moyens de dépistage et de diagnostic précoce de ces troubles afin de pouvoir mettre en place des prises en charge adéquates le plus tôt possible.
Nous tenons à remercier chaleureusement les parents et les enfants ayant participé à ces recherches. Les études que nous menons ne verraient jamais le jour sans leur aimable participation.