Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07004.jsonl.gz/454

Titre: Juger les vers. Exorcismes et procès d'animaux dans le diocèse de Lausanne (XVee - XVIe s.)
Auteurs: Catherine Chène
Éditeur: Cahiers lausannois d'histoire médiévale 14, 1995
Pages: 194
J'ai choisi ce livre un peu au hasard. C'est que le titre est assez spécial et pose beaucoup de questions. Comment peut-on juger des vers? Pourquoi les jugerait-on? J'ai donc emprunté ce livre par intérêt mais aussi par simple chance. Comme le titre le dit très bien. Il considère l'histoire des procès intentés aux animaux dans les XVe et XVI siècle au diocèse de Lausanne. L'auteure explicite donc et montre précisément la manière dont ces procès sont intentés. On trouve deux caractéristiques. Premièrement ces procès suivent un cadre juridique très précis avec des défenseurs, des accusateurs mais aussi des convocations écrites en langage judiciaire. Un second point est l'aspect religieux de ces procès. En effet, les plaignants devaient aussi agir d'une manière chrétienne en faisant pénitence par des prières. Il ne faut pas oublier que les insectes pouvaient être des punitions de Dieu envoyés à cause de l'impiété de la population. Ce n'est probablement pas le point le plus intéressant. En effet, l'auteure développe une thèse surprenante du moins à première vue. Elle considère que la mise en place de ces procès durant ces deux siècles sont les témoins d'un changement d'attitude envers la nature. D'une pensée, biblique, que les insectes sont une punition de Dieu on passe à une pensée aristotélicienne qui justifie une pensée utilitariste de la nature. Autrement dit, l'homme est en droit de se considérer comme possesseur de toute la terre ainsi que sa production. L'infestation des insectes est donc une destruction des biens de l'être humain. Il est donc nécessaire de les en empêcher.
Je vais être honnête. Bien que ce sujet soit intéressant je ne pense pas m'y plonger plus avant dans un proche avenir. Ces procès sont, bien entendu, passionnant d'un point de vue de l'histoire des mentalités, comme le souligne l'auteure, et j'ai apprécié en savoir un peu plus. La thèse du livre est aussi éclairante mais je ne connais pas assez bien le sujet pour critiquer ce point. En ce qui concerne le livre je peux déjà dire que j'apprécie l'utilisation précise des sources par l'auteure. Source qui sont, en plus, entièrement traduite et publiées en annexes. Le développement est aussi intéressant mais souffre d'une lourdeur due à l'analyse précise d'exemples précis de procès. La manière de juger les animaux sont proches entre les exemples et leur analyse plutôt précise peut rendre la lecture un peu fastidieuse. Mis à part ces quelques points le sujet est intéressant bien que, semble-t-il, peu étudié par les historiens.