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"Emilia Pudentilla, aujourd'hui ma femme, a eu d'un nommé Sicinius Amicus, son précédent mari, deux fils, Pontanius et Pudens. Orphelins de bonne heure, et dans la puissance de leur grand-père paternel (car Amicus était mort du vivant de son père), elle s'est, pendant près de quatorze ans, avec une piété exemplaire, consacrée à leur éducation. [...]. Mais le grand-père de ses enfants s'était mis en tête de la donner pour femme malgré elle à son fils Sicinius Clarus, et éloignait tous les autres prétendants, la menaçant en outre, si elle se mariait hors de la famille, de ne rien laisser par testament à ses fils de leurs biens paternels. [...], et pour éviter, [...], que son refus portât préjudice à ses fils, elle fit bien un contrat de mariage entre elle et l'homme qu'on voulait lui imposer, Sicinius Clarus; mais le mariage même, sous des prétextes divers, elle l'éluda, jusqu'au jour où l'aïeul cédant à la loi de nature laissa l'héritage à ses petits-fils, Pontanius, qui était l'aîné, servant de tuteur à son frère."
Apulée, Apologie, 68 (texte traduit par P. Valette, Paris, CUF, 1924).
Ce texte montre la distinction fondamentale des statuts sociaux dans l'Antiquité romaine. D'un côté, le beau-père de Pudentilla illustre la position du "détenteur du pouvoir", autonome par rapport à lui-même (sui juris). De l'autre, sa belle-fille et des ses petits-fils obéissent à son autorité et ne sont pas indépendants dans leurs décisions (alieni juris). La riche veuve se vit contrainte d'accepter un mariage qu'elle ne souhaitait pas. Soit elle a été mariée cum manu, soit elle avait un beau-père autoritaire. La date à laquelle remonte le texte (environ 150 ap. J.-C) fait pencher pour la deuxième solution.
A l'époque primitive, la décision du paterfamilias importait seule pour le mariage de ses enfants et de ceux sur lesquels il exerçait sa patria potesta. Mais avec le temps, le pouvoir de celui-ci diminua, et sous le règne d'Auguste il ne pouvait plus s'opposer au mariage de ses enfants.
A Rome, on distinguait les justae nuptiae, type de mariage dont il est question dans le texte, du matrimonium non legitimum.
Pour qu'il y ait justae nuptiae, il fallait d'une part le consentement des parties intéressées, et d'autre part posséder la capacité de contracter un mariage ou conubium. Pour obtenir cette "capacité de contracter un mariage", il fallait que les deux époux soient citoyens romains et issus de classes sociales déterminées. En l'absence de conubium, on se trouvait en présence d'un matrimonium non legitimum.
Les types de mariage suivants appartiennent à la catégorie des matrimonium non legitimum. Si l'un des époux ou les deux n'étaient pas citoyens romains, c'est-à-dire qu'ils étaient latins ou pérégrins (étrangers), ils concluaient un mariage juris gentium, à savoir un mariage "du droit des gens".
Sous la république, les pérégrins, affranchis et Latins n'avaient pas le conubium avec les Romains. Mais dès 89 av. J.-C., tous les Italiens obtinrent le jus connubii.
D'autre part, les personnes issues de rangs sociaux différents ne pouvaient contracter de justae nuptiae mais seulement un "concubinat" (concubinatus). Paulus dit à ce sujet: "On ne peut pas contracter un mariage entre esclaves et hommes libres, mais un concubinat" (Paulus, Sententia, 6, cité par Peter H et Pichonnaz P. dans leur recueil de textes). Le concubinatus était qualifié de mariage inférieur.
Pour les esclaves, il existait également un type de mariage: le contubernium auquel le maître devait consentir. Le contubernium consistait en une union de fait qui pouvait être rompue par la simple volonté du maître. Ce n'est que tardivement que les liens de parenté de l'esclave furent respectés. Cette union restait sans effet juridique et n'avait d'autre but que d'empêcher des mariages ultérieurs entre parents lors de l'éventuel affranchissement d'une famille.
En outre, un mariage ne pouvait s'effectuer avant un âge déterminé, 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons. Cet âge ne correspond pas à une puberté réelle. De nombreuses jeunes filles furent mariées encore impubères pour des raisons de stratégies familiales, tandis que les garçons se mariaient aux environs de 24 ans, au retour des campagnes militaires. Parfois la fiancée vivait sous le toit de son futur époux en attendant de pouvoir légalement conclure le mariage et se voyaient rapidement remplacées si elles ne répondaient pas aux attentes de leur belle-famille.