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Seules subsistent aujourd’hui une vingtaine de peintures de Bartolomeo Suardi, dit Bramantino, du nom de son mentor architecte Donato Bramante, c’est peu pour inscrire son nom dans le grand tour des musées d’histoire. L’exposition au Musée cantonal de Lugano retrace le parcours de l’artiste visonnaire depuis ses débuts jusqu’à ses dernières oeuvres connues.
Sa date de naissance, située vers 1465, n’est pas connue avec certitude et le peu de documents disponibles provoquent encore aujourd’hui des révisions et des propositions contradictoires que la capacité du peintre à se renouveler ne permet pas de résoudre avec certitude. Situé par les historiens de l’art dans le sillage de Mantegna, Bramantino a beaucoup contribué à la science de la perspective linéaire et poussa ses contemporains au perfectionnement dans toutes les directions.
Mauro Natale, commissaire de l’exposition, relève que Bramante, sur le plan formel, a su renoncer à la valeur narrative de la peinture au profit d’une simplification de l’expression et d’une certaine abstraction des formes obtenue en ayant recours à la perspective et à un choix chromatique rigoureux. Cette démarche singulièrement « moderne » est le résultat d’une maturation enrichie des tendances les plus innovantes de la peinture de la Renaissance portées par des artistes tels les Vénitiens, Léonard de Vinci ou Raphaël que Bramante a pu rencontrer lors de sa période romaine. De cette période manquent les fresques réalisées en compagnie de Piero della Francesca dans les étages supérieurs du Vatican pour le pape Nicolas V et qui furent détruites pour permettre l’exécution des oeuvres commandées à Raphaël par le pape Jules II.
Bramantino a beaucoup traité des sujets religieux dans des compositions géométriques rigoureuses en appliquant la perspective « réaliste » de la Renaissance. Un réalisme qu’il faut entendre, selon Alfred W. Crosby, comme « géométriquement exact », autrement dit : on peut utiliser une peinture élaborée selon les principes de la costruzione legittima de la même façon qu’une bonne carte géographique. Vasari raconte l’histoire d’une peinture de Bramantino représentant un cheval de façon si vivante qu’un vrai cheval s’y heurta plusieurs fois.
L’exposition vise à démontrer le rôle central tenu par Bramantino dans l’évolution artistique de l’époque, il fut un protagoniste majeur du renouvellement figuratif qui a transformé le langage pictural en Lombardie entre la fin du XVe siècle et les vint premières années du siècle suivant, au moment de la chute de la dynastie Sforza et de l’occupation française.
Bartolomeo Suardi, dit il Bramantino “Adorazione dei Magi (L’adoration des mages)”. 1495-1500. Londres, The National Gallery, Layard Bequest, 1916 © The National Gallery, London.
“Compianto su Cristo morto”, 1500 circa, fresque, Milan, Pinacoteca Ambrosiana.
Bartolomeo Suardi, dit il Bramantino. “Compianto su Cristo morto” 1512-1515 ca. Bucarest, Muzeul Naţional de Artă al României.
Bartolomeo Suardi, dit il Bramantino “Fuga in Egitto (Fuite en Egypte)” 1515-1520 ca. Orselina (Canton Ticino), santuario dell’Assunta, detto della Madonna del Sasso © Ufficio dei beni culturali, Bellinzona.
Bartolomeo Suardi, dit il Bramantino “Christ ressuscité” 1490 ca. Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza © Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid.
Les chefs-d’oeuvre de Bartolomeo Suardi sont exposés en compagnie d’oeuvres d’artistes avec lesquels il a animé la scène artistique entre le XVe et le XVIe siècle.
Bramantino. L’arte nuova del Rinascimento lombardo
Musée cantonal d’art. Lugano. 28 septembre au 11 janvier 2015.