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Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Roger Federer?
Il devait avoir 16 ans et était venu à Genève pour me servir de sparring-partner. Je me souviens d’un ado méganonchalant. Etre plus que relax face au numéro un suisse, ce n’était quand même pas banal…
Vous êtes l’un des premiers à avoir dit: «Ne le comparez pas à moi, il sera de la trempe de Sampras ou de McEnroe.»
Je savais qu’il deviendrait un top joueur, parce qu’il avait le talent, l’ambition, l’aisance, la volonté. Mais qu’il gagne seize tournois du Grand Chelem – et même un seul! –, personne ne peut se vanter de l’avoir prédit. Parce qu’à ce niveau ça se joue sur des détails…
Lesquels?
Pour sa première sélection en Coupe Davis, contre l’Espagne à La Corogne, je l’avais pris sous mon aile et installé dans une chambre à côté de la mienne. Comme j’avais une suite, les deux chambres communiquaient par une porte, que j’ai immédiatement ouverte en l’invitant à venir quand il le souhaitait. A l’époque, on était les deux assez fans d’un jeu de voitures sur PlayStation. Après le premier entraînement, je rentre dans ma chambre et je le trouve là, en train de jouer sur la console. Il se sentait à l’aise. Et le haut niveau, c’est la confiance en soi.
Comment jugez-vous son évolution?
Je crois malheureusement que la mort de son entraîneur Peter Carter en août 2002 marque une rupture. Avant, il était quand même assez nonchalant, son revers restait un peu faible. A la suite de ce drame, il a semblé en mission. Mais sinon il est resté le même homme, capable de traverser une pièce bondée pour aller saluer un type contre qui il a perdu à Davos en juniors.
Lui connaissez-vous une erreur de parcours?
Lui-même a admis qu’il aurait dû aller au Kazakhstan pour la Coupe Davis l’an dernier. Mais que peut-on dire à quelqu’un qui a fait 23 demi-finales consécutives en Grand Chelem? Je crois que c’est sa stat’ la plus ahurissante.
Quels sont vos rapports aujourd’hui?
Episodiques, ce qui est normal, parce qu’il est sollicité de toutes parts, mais ils sont bons. Je l’ai vu à Bâle, où il m’a offert une de ses raquettes. Sur les tournois que je commente pour la télé, j’ai un badge qui me permet d’entrer dans le périmètre des joueurs, mais j’évite de le déranger. Je préfère lui envoyer des SMS après les matchs. J’aimerais bien que l’on se rapproche après la fin de sa carrière, parce que c’est quelqu’un de très attachant et de très intéressant.
Davantage de photos et hommages de personnalités, dont Nadal et Djokovic, dans la version papier de «L'illustré».