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Bamako - du nom de la capitale du Mali - est une excellente surprise. C'est un film africain qui se distance des images de cartes postales et qui revendique un message universel. Il a pris la forme d'une comédie-réquisitoire d'un pays qui se révolte.
Le Mauritanien Abderrahmane Sissako partage sa vie entre Mauritanie et Mali où il a passé son enfance. Il a entrepris des études de cinéma à Moscou.
Le réalisateur-scénariste imagine un procès qui se déroule dans une cour, celle de la maison de son enfance. Tandis que juges et avocats - en robe - et de nombreux témoins à charge débattent, la vie continue dans cette maison. On y souffre, on y rit, on y chante, un enfant est malade, un couple se déchire. Les gestes sont quotidiens. On tire l'eau au robinet collectif, on tend l'oreille pour entendre les plaidoyers.
Le tribunal débat d'un sujet d'une extrême importance et suscite un intérêt qui va bien au-delà des murs de cette étrange cour de justice. Des représentants de la société africaine ont engagé une procédure judiciaire contre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), accusés d'appauvrir le continent noir au lieu de lui venir en aide. Il en va de l'avenir de l'Afrique. Un témoin déclare que les pays riches ont deux craintes, le terrorisme et l'immigration massive. L'endettement des pays africains entraîne une paupérisation croissante qui explique ces deux phénomènes. Les conditions imposées aux bénéficiaires vont à l'encontre d'une économie respectueuse des particularités de ces pays. Tel est le débat que Sissako anime par le truchement d'avocats et de témoins qui parlent un français impeccable et dont les talents oratoires ont force de conviction.
La forme de comédie que le réalisateur donne à ce film original et grave apporte un poids certain à ce débat jamais ennuyeux. Les scènes de la vie quotidienne de cette cour - où se tient une autre cour, celle de justice - ont un caractère symbolique et forment autant de paraboles que le spectateur est appelé à décrypter.
Il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un réquisitoire que prononce Sissako avec abondance d'exemples et de chiffres qu'il nous est difficile de contrôler. C'est un point de vue qui ne saurait être objectif. Il faut laisser au cinéaste la responsabilité de ses affirmations. Mais, quoi qu'il en soit, le mérite de cette œuvre est de nous forcer à réfléchir. L'actualité - en Suisse et dans les pays qui nous entourent - vient donner tout son poids à cet examen de conscience des pays occidentaux. Et c'est un Africain qui nous y oblige.
Maurice Terrail
|Nom||Notes|
|Maurice Terrail||17|
|Georges Blanc||15|
|Daniel Grivel||17|
|Geneviève Praplan||20|
|Anne-Béatrice Schwab||18|
|Ancien membre||17|