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Montmédy, l’autre place forte de la Meuse
Aborder la fortification en Meuse revient souvent à n’évoquer que l’unique camp retranché de Verdun. Or une seconde cité, Montmédy, a bénéficié entre le XVIe et le XIXe siècle des talents en poliorcétique de célèbres bâtisseurs. La crise de l’armement de 1885 et sa chute précipitée en août 1914 la plongèrent dans l’oubli jusqu’à sa redécouverte dans le dernier quart du XXe siècle.
De 1552 à 1914 : Apogée et déclin d’une forteresse
Si la première pierre de la citadelle de Montmédy est scellée en 1545, il ne s’agit pas d’une œuvre française mais espagnole. Charles Quint est le commanditaire de cet édifice chargé de défendre les Pays Bas espagnols des prétentions du royaume de France.
En 1657, Montmédy est investi par les troupes de Louis XIV dans le contexte du conflit franco-espagnol qui prolonge la guerre de 30 ans achevée par les traités de Westphalie du 24 octobre 1648. En août, la cité tombe entre les mains de Vauban qui démontre à cette occasion l’étendue de ses capacités. Signé le 7 novembre 1659, le traité des Pyrénées entérine l’incorporation de la ville de Montmédy au royaume de France. Sur demande du souverain, Vauban aménage la ville fortifiée au moyen des techniques les plus récentes.
La guerre de 1870 est l’occasion d’un nouveau siège de la forteresse de Montmédy. Après de lourds bombardements, la garnison rend les armes à l’automne. A l’issue de l’affrontement, la réorganisation défensive des nouvelles frontières de la France est confiée entre les mains du général Séré de Rivière. La plus haute priorité est donnée à la défense de la frontière avec l’Empire allemand. Le général Séré de Rivière avait également pour projet d’ériger de vastes ensembles face à la Belgique et au Luxembourg mais les crédits nécessaires ne lui sont pas alloués. Seules des améliorations d’ampleur modeste sont apportées à la citadelle de Montmédy, tels des casernements en maçonnerie recouverts de terre. Dans les années 1880, les crises de la mélinite et de l’obus torpille rendent du jour au lendemain complètement obsolètes les fortifications françaises. Non seulement Montmédy n’échappe pas à ce constat, mais décision est prise de ne pas entreprendre de modernisation car l’urgence reste à la frontière allemande…
1914 : une garnison de 2500 hommes destinée à…surveiller un tunnel !
A la veille de la Grande Guerre, la forteresse de Montmédy n’est plus destinée à soutenir un siège. Dès 1909 les textes du ministère de la guerre ne prévoient plus qu’un rôle de point d’appui pour les troupes de campagne opérant dans la région, et encore, il ne s’agit que d’une mission secondaire. Sa tâche essentielle est de protéger la voie ferrée Sedan-Longuyon, notamment le tunnel ferroviaire de Montmédy, et les ponts enjambant la Chiers. Le terme « protéger » n’est usé en cette circonstance que dans le sens d’empêcher qu’ils tombent intacts aux mains de l’adversaire. Des niches à explosifs sont déjà aménagées sous ces principaux édifices.
La taille et l’armement de la garnison, même s’ils sont sans comparaison avec les places modernisées, restent conséquents aux vues de la modestie de la tâche assignée : 2500 rationnaires et 65 pièces d’artillerie, y compris 12 mitrailleuses et un canon-revolver de 40 mm. D’importantes quantités de munitions et d’approvisionnements de toutes sortes, dont deux mois de vivres, sont entreposées.
Une mission accomplie… au prix fort
Suite aux perturbations de la mobilisation, ce n’est que le 6 août 1914 que le lieutenant-colonel Faurès est nommé au poste de gouverneur militaire de la place de Montmédy. Il s’attèle rapidement à améliorer la zone de défense de la forteresse et organise des groupes mobiles cyclistes qui patrouillent jusqu’à l’intérieur du territoire belge. Le déploiement de la IVe armée de Langle de Carry, d’abord placée en réserve, est plus tardif que celui des autres armées. Jusqu’au 21 août, la garnison de Montmédy est positionnée en avant du gros de l’armée de campagne. Le 2e corps d’armée évolue dans la zone de Montmédy et son commandant, le général Gérard, installe provisoirement son poste de commandement dans la citadelle.
Le 22 août, de Langle de Cary lance ses corps d’armées dans la direction générale du nord-est. Ils heurtent la III. Armee de von Hausen dans le secteur de Neufchâteau. L’issue sanglante est défavorable aux armées françaises. Les colonnes de soldats vaincus battent en retraite et traversent Montmédy, où de nombreux blessés sont accueillis. L’ordre de prendre les mesures préparatoires à la destruction du tunnel de Montmédy et des ponts de la Chiers (Montmédy, Vigneul, Chauvency-le-Château et Chauvency-Saint-Hubert) est diffusé tardivement, le 24 août. Le 26 août, la place forte est isolée, impuissante qu’elle est à gêner les mouvements d’investissement allemands avec ses canons démodés. Après avoir demandé des instructions, le gouverneur reçoit, par le biais d’un fil souterrain qui relie Montmédy à Verdun, autorisation de faire jouer les dispositifs de mine. Le 27 août, à 5 heures, les destructions sont opérées avec succès. Le conseil de défense se réunit et débat des différentes options qui s’offrent à la garnison. La mission est accomplie, la situation générale ne laisse pas espérer un retour prochain de l’armée française et la faible troupe de défenseurs n’est pas en mesure de résister à un assaut allemand. Dans ces conditions les membres du conseil se prononcent, unanimement, pour qu’une sortie soit tentée. A 14 heures, le général Joffre donne son accord à cette décision.
L’après midi, l’armement et les stocks sont détruits ou rendus inutilisables. Les blessés graves sont laissés sur place, sous la garde de trois médecins, dans l’attente de leur prise en charge par le service de santé allemand. A 20 heures, le dispositif de la colonne légère qui compte 2300 hommes est prêt et les hommes s’orientent vers Verdun. L’élément le plus solide, un bataillon du 165e R.I., ouvre la marche. A 4 heures le 29 août, la petite unité française heurte une colonne du XIII. Armee-Korps de la V. Armee du Kronprinz impérial, à proximité de la localité de Brandeville. L’essentiel de la formation française est capturé et seuls quelques isolés parviennent à regagner les lignes françaises. Ce même 29 août, les troupes allemandes pénètrent dans la citadelle de Montmédy.
Responsabilités d’un désastre
Ainsi, il apparaît que la destruction des ponts et du tunnel ferroviaire a été obtenue au prix fort : 2300 hommes, des armements, des approvisionnements et l’effet moral désastreux de la perte d’une place forte, même de second ordre. La responsabilité du commandement français est grande. La frontière belge a toujours été largement négligée dans les plans et la possibilité d’un repli français d’ampleur peu prise en compte. La tâche de mise à feu des explosifs ne nécessitait pas la débauche de moyens que constituait le maintien d’une garnison à Montmédy. Enfin, l’anéantissement de cette dernière aurait pu être évité si la coordination avec l’armée en campagne avait été plus intime. Dès le 24 août l’impossibilité du rétablissement de la IVe armée au devant de la place de Montmédy s’impose comme une évidence et l’ordre de destruction aurait dû être donné dès cette date. La garnison aurait pu alors battre en retraite au sein des colonnes de l’armée de campagne.
La citadelle, aujourd'hui
Malgré les deux guerres, la citadelle est bien conservée. Un circuit de promenade permet au visiteur d'admirer les panoramas offerts par ce point stratégique et de comprendre le travail de Charles Quint, Vauban et Séré de Rivières. A l'intérieur de celle-ci se trouvent un musée :
- le Musée des Fortifications : celui-ci a pour vocation de faire connaître la richesse, la diversité et l'intérêt du patrimoine meusien dans le domaine de l'architecture militaire.
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