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Cette période couverte par le rapport hebdomadaire était dominée par une abondance de soleil et d’avalanches de neige mouillée. Avec des températures vraiment douces, l’humidification du manteau neigeux a progressé et de nombreuses avalanches de plaque de neige mouillée se sont produites. Elles se déclenchaient généralement dans une couche fragile marquée se trouvant dans le voisinage de la croûte contenant de la poussière du Sahara qui s’était formée fin février. Des avalanches de neige mouillée ont aussi constamment été déclenchées par des personnes, parfois même au cours de la matinée malgré la présence d’une surface portante.
Au cours de cette période couverte par le rapport hebdomadaire, un soleil généreux et des températures douces n’ont été interrompus que par une brève perturbation le samedi 27 mars. Les autres jours étaient ensoleillés et doux en montagne. Au début de la période, l’isotherme zéro degré (cf. figure 1) se situait aux alentours de 2000 m. Le dimanche 28 mars, elle a commencé à grimper jusqu’à dépasser les 3000 m à partir du lundi 29 mars. Le vent était généralement faible à modéré de secteur ouest.
Dans la nuit du vendredi au samedi 27 mars, il a neigé un peu sur une grande partie du territoire. La limite des chutes de neige se situait à 1600 m dans le sud, tandis que dans le nord, elle est descendue depuis 1800 m à 1200 m. Au total, l’apport de neige tombée jusqu’au samedi midi était de 10 à 20 cm dans l’ouest et de 5 à 10 cm sur une grande partie du reste du territoire. En journée, le temps est rapidement devenu ensoleillé en altitude dans l’ouest, mais il est resté généralement nuageux ailleurs. Pendant les chutes de neige, le vent était modéré à fort de secteur sud à ouest.
Avec les températures douces, l’humidification du manteau neigeux a encore progressé (cf. figure 2). Les pentes exposées au sud se sont humidifiées jusqu’en haute montagne. A la fin de cette période couverte par le rapport hebdomadaire, le manteau neigeux était humidifié jusqu’à 2000 m (courbe rose) sur les pentes orientées à l‘est et jusqu’à 2500 m (courbe violet foncé) sur les pentes exposées à l’ouest. Les pentes exposées au nord étaient alors encore largement sèches; ce n’était qu‘à moyenne altitude que l’eau commençait lentement à s’infiltrer dans le manteau neigeux. La pénétration de chaleur dans le manteau neigeux a donné lieu à un début d’humidification et à une fragilisation accrue des couches fragiles. Ces conditions ont provoqué, pendant cette période, de nombreuses avalanches – spontanées ou déclenchées par des personnes.
Dans la plupart des cas, les avalanches se décrochaient dans des couches fragiles entourant la couche de poussière du Sahara (cf. photo 3). La poussière du Sahara proprement dite se trouvait à l’intérieur d’une croûte de couleur brun-orange apparaissant souvent après des avalanches. Cela explique pourquoi des déclenchements d’avalanches dans la poussière du Sahara étaient constamment signalés. Cette affirmation n’est toutefois pas entièrement correcte. En effet, la croûte elle-même ne forme pas la couche fragile. En revanche, des couches fragiles ont tendance à se former autour de croûtes, et ces couches fragiles peuvent donner lieu à des déclenchements d’avalanches. Des informations complémentaires concernant le rôle de la poussière du Sahara dans la formation de couches fragiles peuvent être consultées ici.
Les couches fragiles qui entourent la couche avec la poussière du Sahara sont bien visibles dans le profil de neige de la figure 4. A près de 170 cm au-dessus du sol se trouve la croûte avec la poussière du Sahara, en dessous et au-dessus de celle-ci, il y a des couches molles à grains anguleux. Le test de stabilité a donné lieu à une rupture similaire à celle qui caractérise de nombreuses avalanches se décrochant dans la couche fragile au-dessus de la croûte.
Les avalanches qui se sont décrochées dans ces couches étaient généralement humides, mais très localement des avalanches de neige sèche ont également encore été déclenchées sur des pentes raides exposées au nord. Ce qui distingue cette période couverte par le rapport hebdomadaire, c’est que des avalanches de neige mouillée ont constamment aussi été déclenchées par des personnes, parfois dès la matinée, malgré la présence d’une croûte portante. Les avalanches de neige mouillée se décrochent généralement spontanément. Les déclenchements d’avalanches en dessous d’une croûte portante sont très rares. Si les deux phénomènes ont davantage pu être observés pendant cette période couverte par le rapport hebdomadaire, c’est sans doute parce que la couche fragile était très marquée et particulièrement sujette au décrochement en raison d’un début d’humidification. Une situation similaire avait déjà été observée fin février, lorsque pendant une période relativement longue de temps doux, des avalanches de neige humide avaient constamment été déclenchées – mais à l’époque c’était dans la neige ancienne proche du sol.
La vidéo ci-après (cf. vidéo 5) montre que la couche fragile était présente dans les Grisons, parfois sur une grande superficie. Au Schafgrind (Davos, GR), de nombreuses avalanches moyennes à grandes se sont produites sur un espace restreint, vraisemblablement le mardi 30 mars. Ici aussi, on voit parfois la couleur brunâtre dans la zone de rupture. Un profil (cf. figure 6) relevé dans une zone de rupture contient, comme on pouvait s’y attendre, une couche fragile marquée au-dessus de la croûte avec la poussière du Sahara.
Vidéo 5: Vue sur le flanc sud du Schafgrind (2637 m, Davos, GR) le mercredi matin 31 mars avec de nombreuses avalanches qui se sont vraisemblablement produites le mardi 30 mars.
Les plus grandes avalanches observées pendant cette période se sont produites le mardi 30 mars sur le site expérimental du SLF dans la vallée de la Sionne et elles ont atteint une très grande ampleur. La première avalanche a eu lieu vers midi, la deuxième vers 15h00. On ne sait pas si la couche fragile se situait au-dessus de la croûte avec la poussière du Sahara ou s’il s’agit d’une autre couche fragile. Mais une chose est certaine: la couche fragile dans laquelle l‘avalanche s’est décrochée avait une très grande superficie, de sorte que les avalanches ont pu atteindre une telle ampleur.
Le danger d’avalanche de neige sèche a lentement diminué. Surtout dans les régions intra-alpines, le danger resté limité (degré 2) sur les pentes de haute altitude exposées au nord jusqu’à la fin de cette période couverte par le rapport hebdomadaire.
Sur les pentes ensoleillées, le danger d‘avalanche de neige mouillée augmentait à chaque fois en cours de journée. C’est la raison pour laquelle une double carte présentant le danger le matin et l’après-midi était à chaque fois publiée, sauf pour le samedi 27 mars qui était plutôt nuageux. A partir du lundi 29 mars et jusqu’à la fin de la période examinée, un danger marqué d’avalanche de neige mouillée était annoncé pour les après-midis. Les barres rouges de plus en plus grandes de l’indice d’activité avalancheuse (cf. figure 8) confirment a posteriori que l’augmentation du danger jusqu’au degré marqué (degré 3) à partir du lundi était justifiée.
En raison des conditions météorologiques stables, un seul bulletin d’avalanches a été publié quotidiennement à 18h00 à partir du dimanche 28 mars. Si la météo et la situation avalancheuse devenaient à nouveau plus dynamique, un bulletin matinal supplémentaire serait à nouveau publié le matin à 08h00 si nécessaire.
Au cours de cette période couverte par le rapport hebdomadaire, 11 accidents d’avalanche impliquant 15 personnes ont été signalés au SLF. Heureusement, aucun accident n’a eu de conséquences vraiment graves. Cela s’explique parfois par beaucoup de chance. C’est ainsi que la personne emportée par l’avalanche de la photo 9 a pu s’accrocher aux rochers et éviter une chute. Cet exemple illustre de manière impressionnante que lors de la décision d’emprunter ou non une pente, il faut tenir compte du terrain au-dessus, mais aussi en dessous de l’itinéraire, pour évaluer correctement le danger et les conséquences éventuelles d’une avalanche.
Le mercredi 31 mars a été publiée la rétrospective provisoire de l’hiver 2020/2021 avec comme date de référence le 30 mars. Si vous voulez savoir si cet hiver était plus neigeux que d’autres, avec quelles fréquences les degrés de danger ont été utilisés ou s’il y a effectivement eu plus d’accidents d’avalanche qu’habituellement, vous trouverez les réponses ainsi que beaucoup d’autres informations ici.
Evolution du danger
Bulletins d'avalanche de cette période.