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Quand y a-t-il eu des corsaires en Guadeloupe ?
Date de la réponse: 17.05.2022
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Dans le Dictionnaire Le Robert, nous trouvons une définition du terme « corsaire » qui désigne un moyen de transport mais également une personne :
« corsaire nom masculin et adjectif
1. anciennement Navire armé par des particuliers, avec l'autorisation du gouvernement d'attaquer les navires d'autres pays. Corsaires et pirates.
[...]
2. Aventurier, pirate. »
L’Enyclopédie Universalis, sous la plume de Jean Meyer, nous en dit plus sur l’origine de ce mot et nous donne déjà des repères chronologiques et géographiques :
« Le mot "course", d'origine italienne (correre, courir), apparaît dans la langue française au XVIe siècle. Sa définition juridique ne satisfait guère l'historien. Les règles du droit international du XVIIe siècle appliquent le terme à l'activité de navires armés par des particuliers, avec l'autorisation plus ou moins explicite d'un gouvernement, pour combattre le commerce naval d'un État ennemi. Ces formes sont, en général, respectées dans l'espace atlantique du XVIIe siècle. D'autre part, cette expression désigne aussi un état de fait méditerranéen spécifique de la Renaissance. La distinction entre course et piraterie est donc nécessairement très arbitraire. C'est l'histoire qui donne, en définitive, un sens précis au mot "course". […]
La course est spécifiquement un phénomène "moderne", qui atteint son apogée entre 1577 (après Lépante) et 1713-1720 (après le traité d'Utrecht). Sans doute, course et piraterie sont beaucoup plus anciennes. Le XVIe siècle n'a fait que prolonger les usages, les accommodements, les réseaux clandestins qui ont toujours existé en Méditerranée. La police systématique des mers, assurée au XVIIIe siècle par les flottes anglaise et française, empêche les corsaires d'exercer leur activité en temps de paix. La course devient alors une arme de guerre parmi d'autres. […]
Forme typique d'échanges forcés, la course connaît son apogée à l'époque d'"atonie" des grands empires, espagnol et turc, puis lors des grandes confrontations maritimes atlantiques du XVIIe siècle. »
Nos recherches nous ont amené à consulter de nombreux ouvrages sur les courses et/ou les pirates. Ces documents traitent de ces activités maritimes surtout aux XVIII et XIX siècles.
Vous trouverez un exemple avec ce livre intitulé La guerre de course en Guadeloupe : XVIIIe et XIX siècles ou Alger sous les Tropiques de Michel Rodigneaux.
L'article « Faire le métier de pirate » dans les Antilles, l’exemple de Thomas Dulain (1728-1729) de Kevin Porcher, paru en 2019 dans le Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, traite aussi de ce sujet au XVIII siècle. Une phrase de l’article dit :
« L’âge d’or de la piraterie dans la mer des Antilles (période généralement comprise entre 1713 et 1723 environ) s’éteint ainsi sous le double effet de la répression et du pardon pratiqués par les autorités. »
Pour le cas précis de la Guadeloupe, cette période a été un peu plus tardive selon ce qu'on peut apprendre du livre La ville aux Iles, la ville dans l'île : Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, 1650-1820 d’Anne Pérotin-Dumon, qui consacre un chapitre aux ports corsaires entre 1793-1815 :
« Ainsi pour être une fonction ancienne des ports guadeloupéens, la guerre de course contribue à un tournant majeur dans l'histoire de nos villes au moment où elle domine leur activé portuaire : elle fait perdre de l'importance à la ville aux Iles mais elle affirme la naissance de la ville dans l'île. En cela, l'ère des corsaires est charnière dans l'histoire de la Guadeloupe. »
De même, l’ouvrage Pirates : a new history, from Vikings to Somali raiders de Peter Lehr, dans sa première partie intitulée Distinct regions, ad 700 to 1500 (Différentes régions entre 700 et 1500), ne mentionne pas les courses dans la région des Caraïbes à ces époques.
Il est donc difficile de donner une réponse catégorique à votre question tout en admettant que les documents font essentiellement référence aux courses dans les Antilles plutôt au XVIII siècle. Cependant il n'est non plus pas possible d'exclure la présence de corsaires au XIII siècle en Guadeloupe car comme nous le rappelle l'introduction de l’ouvrage Piraten : die Herren der Sieben Meere (Pirates : les seigneurs des mers) de Hartmut Roder :
« Die Geschichte der Piraterie umfasst einen nachgewiesenen Zeitraum von mehr als 3000 Jahren, der Raub ist so alt wie die Menschheit selbst. Somit haben Piraten, Seeräuber, Bukanier, Flibustiers, Kaperkapitäne, Freibeuter und Korsaren das Geschehen und das Bild der Welt entscheidend mitbestimmt. »
Que nous pourrions traduire : L'histoire de la piraterie couvre une période avérée de plus de 3000 ans, le vol est aussi vieux que l'humanité elle-même. Ainsi, les pirates, les corsaires, les boucaniers, les flibustiers ont joué un rôle déterminant dans les événements et l'image du monde.
Si vous souhaitez approfondir ce sujet, vous trouverez ici différents documents :
Les hors-la-loi de l'Atlantique : pirates, mutins et flibustiers de Marcus Rediker
Les tyrans de la mer : pirates, corsaires et flibustiers de Sylvie Requemora
Aventuriers et boucaniers d'Amérique : chirurgien de la flibuste de 1666 à 1672 d'Alexandre Oexmelin
Les corsaires : des origines au traité de Paris du 16 avril 1856 de Patrick Villiers
Les Petites Antilles : de Christophe Colomb à Richelieu : (1493-1635) de Jean-Pierre Moreau
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève
Pour www.interroge.ch