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Rita Moreno: «Marlon Brando a été le grand désir de ma vie.»
Aujourd'hui âgée de 86 ans, l'actrice oscarisée Rita Moreno nous parle de sa série Netflix «Au fil des jours», revient sur le jour où elle a rendu Marlon Brando jaloux avec Elvis Presley et nous explique comment elle stimule son cerveau pour rester en forme physiquement et intellectuellement.
«Bluewin»: Vous incarnez la grand-mère Lydia dans la série Netflix «Au fil des jours», l'adaptation latino d'une série familiale des années 70. Qu'avez-vous en commun avec cette mamie cubaine?
Rita Moreno: Énormément de choses. Certes, elle n'a que 77 ans alors que j'en ai 86. J'ai posé une condition avant d'accepter le rôle: je voulais qu'elle soit un être sexué. Ce n'est pas parce qu'on a 77 ou 86 ans que c'est le désert, sous la ceinture. Mais j'ai également hâte de voir arriver le jour où les femmes latines seront appréciées pour autre chose que leurs corps. C'est tout de même agaçant. Pour moi en tout cas, mais certainement pas pour les hommes (rires)…
Vous avez vécu des expériences «intéressantes» avec les hommes — après tout, vous avez eu une relation avec Marlon Brando et Elvis Presley…
Il y a eu deux rois dans ma vie: Marlon Brando a été le grand désir de ma vie et mon mari (le cardiologue Lenny Gordon, avec qui elle est restée mariée pendant 45 ans, jusqu'à son décès en 2010, N.D.L.R.) a été mon grand amour. Et oui, il y a aussi eu Elvis… J'ai vécu huit ans avec Marlon. Notre relation était très tumultueuse. J'étais extrêmement naïve. Un jour, j'avais trouvé chez lui les dessous d'une autre femme. Le cœur brisé, j'étais rentrée chez moi en pleurant. Le lendemain, j'avais reçu un coup de téléphone du colonel Parker, l'impresario d'Elvis Presley. Apparemment, le chanteur m'avait vu au réfectoire de la 20th Century Fox et ce qu'il avait vu lui avait beaucoup plu. Il voulait savoir si j'étais d'accord pour le rencontrer. À l'époque, j'avais immédiatement accepté, car je voulais rendre Marlon jaloux.
Et ça a marché?
Oui. Même si les réseaux sociaux n'existaient pas encore l'époque, nos noms étaient sur toutes les lèvres. Tous les journaux à sensation parlaient de nous. Naturellement, Marlon a également eu vent de l'affaire. Il est entré dans une colère noire et s'est mis à lancer des chaises à travers la pièce. C'était merveilleux! (rires)
Vous avez un incroyable sens de l'humour. D'où vous vient-il?
Il m'est venu après Marlon Brando. Il n'y avait pas de quoi rire avec lui. Mon mari avait un extraordinaire sens de l'humour. Pour moi, l'humour est une qualité essentielle chez un homme. C'est pourquoi j'ai toujours trouvé Mel Brooks si sexy. Les hommes juifs — le mien l'était aussi — ont tous ce petit quelque chose. Quand ils cassent quelque chose, ils parviennent la plupart du temps à s'en sortir grâce à leur humour. Je trouve ça sexy, car cela signifie qu'ils savent prendre soin des autres. Cependant, je sais aussi rire de moi-même. Chez moi, je me parle à moi-même, je me raconte des histoires drôles et j’éclate de rire toute seule. Vous devriez me voir le matin: mes cheveux sont hérissés comme une crête de coq. Il y a franchement de quoi rire.
Vous êtes devenue mondialement célèbre en interprétant Anita dans la comédie musicale «West Side Story». Que pensez-vous du projet de Steven Spielberg, qui souhaite porter à nouveau la comédie musicale à l'écran, mais dans une version modernisée?
Steven Spielberg est un de mes réalisateurs préférés, mais je suis très anxieuse. À quand remonte la dernière fois que vous avez vu un bon remake? Je suppose qu'ils ne reprendront pas les mêmes dialogues figés, qui semblaient déjà dépassés à l'époque. Mais qu'entend-on par «modernisée»? Les chansons laisseront-elles la place à des morceaux de rap? Comment peut-on rendre cette comédie musicale actuelle sans la modifier en profondeur? J'ai dû mal à m'imaginer la chose.
Pour ce film, vous avez remporté l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Cette année, vous avez foulé le tapis rouge des Oscars dans une robe que vous aviez déjà portée en 1962 pour la même occasion. Pour quelle raison?
Je me suis bien doutée que ça se remarquerait, mais je ne savais pas à quel point. Je me trompe peut-être, mais je ne pense pas être la seule star hollywoodienne à acheter moi-même mes robes. Je n'emprunte jamais de tenues de créateur. Pas que j'en sois fière, mais ça n'a jamais marché. J'ai un jour appelé un créateur. Il m'a répondu sur un ton quelque peu condescendant qu'il était occupé. Tant pis! Cette vieille robe de 1962 ferait parfaitement l'affaire. Après tout, pourquoi devrais-je en acheter une nouvelle? On modifie le haut et le tour est joué!
Qui vous a découverte?
Quand j'avais quatre, cinq ans, je dansais tout le temps devant mon grand-père, mon «abuelito». Il trouvait ça mignon et je me suis rapidement rendu compte que j'adorais être au centre de l'attention. Lorsque nous nous sommes installés à New York, je me suis inscrite dans une école de danse et un jour j’ai présenté un numéro de castagnettes. J'étais loin de me douter qu'un chasseur de talents de la MGM se trouvait dans la salle. Pour lui, j'avais un avenir dans le cinéma. À l'époque, il avait donné sa carte à ma mère en lui disant qu'il la recontacterait. Il a tenu parole et s'est mis à prendre régulièrement de mes nouvelles. Un jour, il m'a annoncé que Louis B. Mayer débarquait en ville. Pour l'occasion, je m'étais mise sur mon trente-et-un et m'étais maquillée comme mon idole Elizabeth Taylor. Louis B. Mayer m'avait alors dit que je ressemblais à une Elizabeth Taylor espagnole! Quoi qu'il en soit, il m'a proposé un contrat. J'ai été actrice toute ma vie, je n'ai jamais dû travailler comme serveuse ou secrétaire pour gagner de l'argent.
Vous êtes née à Porto Rico. L'année dernière, l'île a été dévastée par un ouragan. Que pensez-vous du soutien du gouvernement américain? Après tout, Porto Rico fait partie du territoire américain.
Mon pays natal a été laminé et le président des États-Unis a laissé tomber cette petite île, qui se transforme tout doucement en république bananière. Il a déclaré que comparé à l'ouragan Katrina, ce n'était pas une véritable catastrophe. Je n'ai jamais entendu quelque chose d'aussi offensant. J'essaie d'aider comme je peux. Avec la star de Broadway Lin-Manuel Miranda, nous avons envoyé des camions entiers de provisions aux maisons de retraite de la région: des brosses à dents et des chiffons, mais aussi des lampes solaires et des filtres à eau pouvant être actionnés manuellement, afin qu'ils ne soient pas dépendants de l'électricité.
Vous êtes particulièrement vigoureuse pour une femme de 86 ans. Quel est votre secret pour garder la forme?
C'est merveilleux d'avoir 86 ans, sauf quand on doit faire appel à sa mémoire. Mon secret pour garder la forme? Je fais de la gym et je reste active. Bien que je sois droitière, j'écris de la main gauche, ça stimule le cerveau. Pour cette même raison, je m'entraîne également à marcher à reculons dès que je le peux. Enfin, j'adore répondre aux questions des jeux télévisés. Tout aide. L'état d'esprit joue également un rôle essentiel. Je suis extrêmement reconnaissante d'être encore en vie à 86 ans. Je me réveille en fredonnant et en espérant que je vais passer une bonne journée. Et comme vous le voyez, je n'ai rien contre un petit verre de vin. Ça me détend, comme si j'en avais besoin! (Elle boit une gorgée du verre de vin blanc qu'elle a commandé au début de l'interview)
Vous n'envisagez donc pas de prendre votre retraite?
Oh non, je fais ce qui me plaît le plus et suis payée pour ça. Je me vois bien arriver sur scène en fauteuil roulant bientôt! J'en suis au troisième acte de ma vie et je ne sais pas combien de temps il me reste, mais pour l'instant, je m'amuse beaucoup. Il m'arrive tellement de belles choses. Et chaque fois que je reçois un prix d'honneur, je repense à la petite fille qui jouait avec les grenouilles à Porto Rico. Qui aurait pu un jour imaginer que j'en arriverais là!
À propos de Rita Moreno
Rita Moreno est née à Porto Rico en 1931 et a grandi à New York. Adolescente, elle a eu la chance de danser à Broadway. Par la suite, elle a été engagée pour apporter une touche d'exotisme dans des comédies musicales comme «Singing in the Rain» et «Le Roi et moi». Son rôle dans «West Side Story» lui a valu un Oscar — elle est la première personne à avoir remporté un Oscar, un Emmy, un Tony et un Grammy. Dans les années 60, elle a joué dans un nombre incalculable de films et de téléfilms. Actuellement, on peut la voir dans la série familiale Netflix «Au fil des jours».
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