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Le pape François a reçu au Vatican 27 dirigeants de l'UE ainsi que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.
Keystone/AP L'Osservatore Romano/(sda-ats)
L'Europe "risque de mourir" si elle ne retrouve pas ses idéaux d'origine, notamment "la solidarité", "le plus efficace antidote contre les populismes", a averti vendredi le pape François. Il s'est exprimé devant 27 dirigeants de l'UE réunis au Vatican.
Rappelant longuement "la pensée" des pères fondateurs de l'Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le premier pape latino-américain de l'Histoire a estimé qu'elle devait continuer à "indiquer un chemin". "Tout corps qui perd le sens de son chemin, tout corps à qui vient à manquer ce regard en avant, souffre d'abord d'une régression et finalement risque de mourir", a-t-il prévenu dans le cadre solennel de la "salle royale" du palais apostolique.
Pour le pape François, "l'Europe retrouve l'espérance dans la solidarité, qui est aussi le plus efficace antidote contre les populismes modernes".
"Si l'un souffre, tous souffrent", a lancé le souverain pontife. "Ainsi, nous aussi, aujourd'hui, nous pleurons avec le Royaume-Uni les victimes de l'attentat qui a touché Londres il y a deux jours", a-t-il ajouté, en l'absence de la première ministre britannique Theresa May, qui s'apprête à déclencher formellement mercredi la procédure de divorce (l'article 50 du Traité de Lisbonne) d'avec l'Union européenne.
Populismes et égoïsme
"Au contraire, les populismes prospèrent précisément à partir de l'égoïsme, qui enferme dans un cercle restreint et étouffant", a critiqué le pape, qui préconise de "recommencer à penser de manière européenne, pour conjurer le danger opposé d'une uniformité grise, c'est-à-dire le triomphe des particularismes".
Le pape évoque régulièrement le danger de la montée des partis populistes anti-immigration. Dans son auditoire figuraient François Hollande, un président français socialiste sortant affaibli, dont le pays pourrait enregistrer un fort vote en faveur du Front national (FN, extrême droite) à la prochaine présidentielle, et une chancelière allemande chrétienne-démocrate menacée électoralement en raison de sa politique d'accueil aux migrants.
Lors de la signature des traités fondateurs de la Communauté économique européenne voici 60 ans à Rome, "l'importance de travailler pour une Europe unie et ouverte était bien claire", a souligné le pape. Il a rappelé la peine que l'Europe a eue à faire tomber le mur de Berlin qui la scindait en deux.
"Et cependant aujourd'hui, le souvenir de cette peine s'est perdu. S'est perdue aussi la conscience du drame des familles séparées, de la pauvreté et de la misère que cette division avait provoquées", a-t-il constaté.
"Dialoguer" avec les migrants
Le pape a rappelé une nouvelle fois le besoin de "dialoguer" avec les centaines de milliers de migrants qui arrivent dans l'UE. "On ne peut pas se contenter de gérer la grave crise migratoire de ces années comme si elle n'était qu'un problème numérique, économique ou de sécurité", a-t-il ajouté. L'Europe a en outre l'obligation de penser à l'emploi des jeunes et "garantir la possibilité d'avoir des enfants, sans la peur de ne pas pouvoir les entretenir".
L'UE avait gratifié en mai 2016 le souverain pontife du prix Charlemagne récompensant des personnalités remarquables engagées pour l'unification européenne. A cette occasion, le pape François avait fait la leçon aux dirigeants européens, déjà rassemblés au Vatican, en les exhortant déjà à revenir aux sources du projet européen.
Le Saint-Siège et les papes depuis Pie XII ont toujours soutenu l'idéal européen, tout en critiquant une certaine laïcité. Vendredi, le pape François a choisi de rappeler les paroles de Jean Paul II sur les "mêmes valeurs chrétiennes et humaines" de l'UE. "L'Europe a un patrimoine d'idéaux et de spiritualité unique au monde qui mérite d'être proposé à nouveau avec passion", a-t-il plaidé.
ATS