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Un peu d'histoire
En 1049, Adalbert de Grandson, désireux d'augmenter l'emprise de sa famille au Pied du Jura, construit une tour fortifiée au sommet du rocher qui domine le défilé du Mormont, véritable clé de passage qu'empruntaient, au moyen âge, les armées, les commerçants et les pèlerins venant de France et se dirigeant vers l'Italie.
Des colons s'installent aux alentours, c'est la naissance du bourg qui va s'étirer tout au long du promontoire rocheux et offrir aux regards la silhouette typique que nous lui connaissons encore aujourd'hui. D'abord bourgade ouverte, il est transformé au milieu du 13e siècle en ville fortifiée, fermée par de nombreuses portes fortes. Les communes des environs étaient tenues de participer à l'entretien des fortifications de ce lieu de refuge.
Le nom de La Sarraz vient du participe passé patois "serata", serrée, fortifiée (du latin "serare"). Fait-il allusion à l'étroitesse du défilé ou au caractère fortifié de la ville ? Les avis divergent. Le "z" final n'apparaît que tardivement.
Cela fait donc 9 siècles que La Sarraz vit à l'ombre du château majestueux des seigneurs qui l'ont fondée. Son destin, par la force des choses, a été mêlé intimement à l'histoire de cette puissante seigneurie, que ce soit au travers des Guerres de Bourgogne, de la Réforme, de la période bernoise ou de la Révolution. C'est ainsi qu'elle a assisté ou partagé les heurs et malheurs des trois familles alliées qui se sont succédé à sa tête: les Grandson-La Sarra (1049-1269), les Montferrand-La Sarra (1269-1541), les Gingins-La Sarra (1541-1798) et leurs descendants, qui ont habité le château jusqu'en 1948, date de la mort de la dernière châtelaine, Mme Hélène de Mandrot.
Malgré ces liens étroits, La Sarraz a bénéficié très tôt d'une large autonomie, comme en témoignent ses armoiries qui diffèrent complètement de celles des barons de La Sarra. C'est en effet en 1345 que François I de La Sarra lui accorde les libertés et franchises de la Ville de Lausanne et qu'elle prend place parmi ce que l'on a appelé les bonnes villes du Pays de Vaud.
A la fin du 14e siècle, La Sarraz prospère. Passage, commerce et artisanat se développent. Elle reçoit des ducs de Savoie le droit de tenir quatre foires par année, ce qui était un grand privilège. En 1597, Leurs Excellences de Berne autorisent un marché chaque mardi. Il durera plus de deux siècles et demi.
A la Réformation, l'Hospice de Bornu, appartenant au couvent du Grand-Saint-Bernard devient propriété des barons de La Sarraz. Ils en font un moulin, créent un bief au Nozon pour faire mouvoir ses rouages, conduisent ces eaux dans le vallon qui longe la ville à l'occident pour y alimenter d'autres forges ou moulins avant d'aboutir à la Venoge. C'est ainsi qu'en partageant le Nozon entre le bassin du Rhin et le bassin du Rhône, le nord et le sud, les barons de La Sarraz créèrent ce Milieu du Monde dont peut s'enorgueillir notre commune voisine de Pompaples.
C'est sur l'eau que les industries se développent, dans le vallon ou sur la Venoge. En 1741, la tannerie Knébel fut fondée, suivie en 1781 de la tannerie Huguenin. Elles tiraient parti des écorces des chênes de la région. Elles étaient renommées surtout pour la fabrication de gros cuirs. Une importante papeterie fut établie en 1828 au bord de la Venoge, une des quatre premières en Europe à fabriquer du papier "sans fin". La fabrique de couvertures de laine Girardet lui succéda en 1871. A la fin du 19e siècle, alors que s'éteignaient les derniers représentants des dynastes de La Sarraz, l'usine électrique de la Venoge fournira assez de courant pour éclairer 145 abonnés. Comme le canal du Rhône au Rhin et son canal d'Entreroches au 17e siècle, l'arrivée du chemin de fer en 1870 ouvre La Sarraz sur le monde.
A consulter: Georges Duplain et Ernest Manganel. La Sarraz, Château du Milieu du Monde, Editions du Verseau, Lausanne, 1972.
J. Ogiz, Histoire de La Sarra, 1899, réédité par la commune de La Sarraz en 1996.