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Le ministre suisse de l’économie Johann Schneider-Ammann s’envole dimanche pour la Russie avec une délégation commerciale. L’objectif est de préparer le terrain pour un accroissement des échanges entre les deux pays.
Le point fort du voyage de quatre jours sera, en compagnie de la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey, la rencontre avec le président russe Dimitri Medvedev.
La discussion doit porter sur les progrès de l’accord de libre-échange actuellement en préparation et un nouvel engagement pour dynamiser le rôle de la Suisse dans le mouvement de modernisation de la Russie. La Confédération suisse a annoncé que «les deux ministres signeront sur place une déclaration commune concernant la coopération dans le cadre de la modernisation de l'économie».
La Russie est considérée comme un marché de premier choix pour le commerce suisse, de par sa taille (142 millions d’habitants) et de par son besoin urgent d’améliorer ses infrastructures, en particulier dans le domaine de la production d’énergie.
Dans la stratégie économique extérieure qu’il a lancée en 2006, le Conseil fédéral a notamment décidé de renforcer «tout particulièrement les relations avec les pays du BRIC, dont la Russie», a rappelé le gouvernement dans un communiqué sur le voyage du ministre de l'économie.
«Les négociations relatives à un accord de libre-échange entre les Etats de l'AELE et les membres de l'union douanière entre la Russie, le Belarus et le Kazakhstan ont été officiellement ouvertes en novembre 2010; d'autres cycles de négociations auront lieu cette année», a ajouté le Conseil fédéral.
Le savoir-faire suisse
Parmi la vingtaine de chefs d’entreprise composant la délégation suisse, Urs-Peter Wepfer dirige une société de conseil et de logistique, United Machinery, présente en Russie depuis 1999.
Selon lui, la Suisse pourrait profiter des efforts fournis par la Russie pour améliorer son industrie énergétique lourde, ses routes, des voies ferroviaires et ses ports. La Russie est aussi en train d’accélérer sa modernisation en prévision des Jeux olympiques de Sotchi en 2014, de même que pour les championnats du monde de hockey sur glace en 2016 et la coupe du monde de football deux ans plus tard.
«Le potentiel pour les investisseurs et exportateurs étrangers est énorme, explique Urs-Peter Wepfer, car de nombreuses dépenses de modernisation sont assurées par le gouvernement russe.»
«Les Russes ont besoin d'équipement de haute qualité et de savoir-faire dans les domaines des composants high tech, des outils de précision, de la construction de machines, de la construction et des chemins de fer, poursuit Urs-Peter Wepfer. Le savoir-faire suisse est aussi recherché car nous avons l'expérience des problèmes survenant dans des conditions topographiques et climatiques similaires.»
Enorme marché
De grandes sociétés suisses sont déjà établies en Russie. Le fabricant de ciment Holcim ouvrira une nouvelle usine près de Moscou la semaine prochaine. Novartis a décidé d'investir 420 millions de francs pour développer son marché ces cinq prochaines années et Sulzer a ouvert une nouvelle usine l'an dernier.
Sulzer, spécialiste en pompes industrielles, et Oerlikon, qui produit des infrastructures d'énergie solaire, ont défrayé la chronique depuis leur reprise par Renova, la société du milliardaire russe basé en Suisse Viktor Vekselberg.
Selon Vladimir Kuznetsov, un proche collaborateur de Viktor Vekselberg chez Renova, membre du conseil d'administration, s'établir sur le marché russe prend beaucoup de temps, car c'est un marché difficile. «Cela requiert de la persévérance et le choix de la bonne stratégie», explique-t-il.
«La Russie est un énorme marché mais ce n'est pas de l'argent facile, ajoute-t-il. Il n'y a pas de clé magique pour ouvrir les portes et les entreprises doivent vraiment s'engager fortement pour réussir. Il est important de commencer par les éléments de base, comme faire que des gens parlent russe à l'intérieur de l'entreprise, former une équipe locale et produire, assurer la maintenance et les services avec des centres basés en Russie.»
Le problème de la corruption
Selon Urs-Peter Wepfer, il faut environ deux ans et un demi-million de francs avant qu'une entreprise étrangère ne perçoive des bénéfices en Russie. Les experts recommandent aussi aux investisseurs d'avoir un plan de sortie pour éviter des pertes ultérieures si leur stratégie échoue après trois ans.
Autre problème majeur: celui de la corruption. Malgré des efforts de lutte et de réduction de l'influence de membres du gouvernement dans les entreprises, la Russie reste classée 154e sur 178 dans l'index 2010 de Transparency International, le dernier de la liste affichant le plus mauvais résultat.
Cela n'empêchera pas la délégation suisse de suivre un riche programme durant quatre jours. «Une table ronde sur l'innovation aura lieu dans la capitale russe, a annoncé le Conseil fédéral. Des hommes d'affaires russes présenteront des projets novateurs, qu'il est prévu de réaliser à Skolkovo, à proximité de Moscou, au sein du futur centre de développement et de commercialisation de nouvelles technologies.»
C'est précisément à cet endroit, qui va devenir une «Silicon Valley» russe, que le Technopark de Zurich et l'Ecole polytechnique fédérale ont déjà signé une lettre d'intention, en 2010.
Quant à l'ancienne ministre de l'économie, Doris Leuthard, aujourd'hui en charge des transports et des communications, elle avait prolongé le plan de coopération suisse avec la Russie jusqu'en 2013. Johann Schneider-Ammann rencontrera du reste sa collègue russe, Elvira Nabioullina, pour signer un nouvel accord de coopération.
Une longue relation
La Suisse et la Russie entretiennent des contacts réguliers depuis le 18e siècle. Au 19e siècle, la Russie a fait partie des grandes puissances garantissant la neutralité suisse.
Aux 19e et 20e siècles, la Suisse a attiré de nombreux artistes ruses, des étudiants et des dissidents, parmi lesquels Lénine, qui a passé plusieurs années d'exil en Suisse. Après la Révolution russe de 1917, la Suisse a rompu ses relations diplomatiques (1918). Elles n'ont été restaurées qu'en 1946.
Entre la fin des années 90 et 2007, les relations entre les deux pays ont été très tendues. Le crash aérien au-dessus d'Überlingen, tuant 71 personnes, la plupart d'entre elles russes, dans l'espace aérien contrôlé par la Suisse, a assombri durablement les contacts entre Berne et Moscou.
L'arrestation de l'ancien ministre russe de l'énergie Evgeny Adamov à Berne en 2005 et la décision d'un tribunal de l'extrader vers les Etats-Unis ont encore envenimé les relations. Evgeny Adamov avait fini par être extradé vers son pays.
Le procès contre Viktor Vekselberg, accusé d'actions illicites lors de l'acquisition du capital-actions d'OC Oerlikon en 2008 mais acquitté en 2010, a également été suivi avec attention en Russie.
Les relations diplomatiques ont retrouvé un courant normal récemment. La Suisse a offert ses services de médiation entre la Russie et la Géorgie après la courte guerre qui avait éclaté entre les deux pays en 2008.
La Suisse a également décidé de soutenir la Russie dans ses efforts pourdevenir membre de l'Organisation mondiale du commerce.Fin de l'infobox
Relations commerciales
Les échanges entre la Suisse et la Russie ont augmenté depuis la crise économique.
En 2010, les importations depuis la Russie (1 milliard de francs, +41 % par rapport à l'année précédente) et les exportations vers la Russie (2,6 milliards de francs, +26 % par rapport à l'année précédente) ont considérablement augmenté.
Le volume total des investissements directs suisses en Russie se montait à 6,2 milliards de francs à la fin de 2009 (2008: 5,3 milliards de francs).
Les entreprises suisses emploient quelque 75'000 personnes en Russie.Fin de l'infobox
(Traduction de l'anglais: Ariane Gigon), swissinfo.ch