Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06869.jsonl.gz/1048

«La douleur ne nous touche pas seu- lement dans l'expérience du deuil qui nous confronte avec l'Eternité mais aussi par la vie même qui nous jette dans la course du temps. » C'est par ces mots empruntés au philosophe russe Nikolas Berdiaev qu'Audrius Stonys évoque son essai, Uku Ukai, dans lequel il laisse de côté toute narration au profit d'une représentation poétique et métaphysique du rapport que l'être humain, confronté à sa fin inéluctable, entretient avec son corps : comme dans une séance d'hypnose, une voix-off de femme susurre aux protagonistes du film des attitudes, des gestes, un prêt-à-penser publicitaire (et ironique) à appliquer pour trouver la paix intérieure et l'harmonie avec le monde réel : gymnastique, course-à-pieds, bains... Cette mécanique des corps est montée parallèlement avec des séquences montrant une vieille femme recluse, seule, dans un appartement étroit, qui semble médi- ter sur l'existence comme pur mouvement, rêvant, tandis que la neige tombe sur la ville, au corps juvénile qu'elle a, elle aussi, habité. Dans une autre vie.
Emmanuel Chicon