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Voulez-vous savoir si votre nouveau-né sera un enfant obèse?
On peut désormais identifier de manière simple les nourrissons qui seront à haut risque d'obésité dans leur enfance et leur adolescence. Comment faire? Pas même besoin d’un prélèvement sanguin. Il suffit pour cela d’une simple formule mathématique. Celles et ceux qui voudront en savoir plus peuvent dès maintenant se reporter à la revue PloS ONE. On peut lire ici-même cette étude réalisée par une équipe franco-britannique coordonnée par le Pr Philippe Froguel (Institut Pasteur, Lille; Imperial College, Londres). «La prévention de l'obésité devrait débuter aussi tôt que possible après la naissance. Nous avons donc cherché à élaborer des formules facilement utilisables en pratique clinique pour évaluer, chez des nourrissons, le risque d'obésité ultérieure» soulignent les auteurs. On estime généralement que l'obésité de l'enfant débute souvent très tôt, avant l’âge de cinq ans, et qu’elle semble être déclenchée par des phénomènes survenant dès les premiers mois de la vie. La prévention semble donc de ce fait la meilleure stratégie et des données récentes montrent tout l'intérêt qu’il peut y avoir à éduquer les parents des nourrissons de manière à prévenir les suralimentations et les principales erreurs nutritionnelles.
Les chercheurs ont travaillé à partir de la cohorte Northern Finland Birth Cohort sur un groupe de 4.000 enfants finlandais nés en 1986 et suivis jusqu'à l'adolescence. Ils ont aussi croisé leurs résultats avec ceux obtenus sur d'autres groupes infantiles (1.500 enfants italiens nés dans les années 1980 et un millier d’enfants américains). Leurs conclusions sont ainsi valables pour diverses populations.
Au final ils ont établi une équation mathématique qui permet d’assurer une prédiction, selon eux efficace, de l'obésité infantile. Cette équation prend en compte les principaux facteurs de risque qui semblent pertinents aux chercheurs : l'indice de masse corporelle (IMC) des parents, le poids de naissance de l’enfant, le tabagisme de la mère pendant la grossesse, le nombre de personnes dans le foyer et le statut professionnel de la mère. Ces différents paramètres de l’équation ont ensuite été convertis en «calculateur Excel» automatique qui fournit une valeur de risque d'obésité ultérieure des nouveau-nés. On trouvera ici-même l’équation prédictive.
Les auteurs soulignent deux points qui leur semblent particulièrement importants. A savoir:
1. l’IMC des parents est le facteur de risque principal même si les autres facteurs contribuent à affiner le résultat;
2. la valeur prédictive de l’équation reste bonne durant l'enfance et jusqu’à l'adolescence.
Et la génétique dans tout cela
Faut-il pour autant faire ici une croix sur les éléments génétiques liés à l’obésité? Presque. Cette recherche montre en effet que la prise en compte de la quarantaine de traits (ou «polymorphismes») génétiques fréquemment associés à l'obésité et à l'IMC n'apporte quasiment rien dans cette prédiction. C’est pourquoi les chercheurs ont décidé de ne pas inclure la composante génétique dans leur équation finale. «Ces résultats ne doivent cependant pas occulter le fait qu'au moins 5% des obésités sévères de l'enfant sont dues à des mutations génétiques ou à des anomalies chromosomiques responsables de troubles majeurs de l'appétit», soulignent-ils.
Forts du résultat obtenu les parents sauront à quoi s’en tenir. Plus généralement le recours systématique à ce calcul permettrait de concentrer les efforts sur les 25% de familles d'enfants à risque élevé, qui à eux seuls comprennent 80% des futurs enfants obèses. Cette prévention précoce permettrait en outre de cibler des familles peu touchées par les grandes campagnes d'information (comme, en France, le «Programme national de nutrition santé»). C’est là une question d’une grande importance en termes de santé publique : on estime en Europe que l'obésité touche entre 10% et 25% des enfants.
Une campagne aux États-Unis
Aux États-Unis, la situation est suffisamment critique pour que l’épouse du chef de l’Etat ait pris publiquement la tête d’une croisade (laïque) contre l’obésité infantile, et ce en remettant en cause quelques certitudes comme la «pyramide alimentaire». L’un des buts de Michelle Obama est de rappeler clairement aux Américains ce que sont les bases d’une alimentation saine pour leurs enfants. «Nous tous devront faire plus attention aux aliments que nous mangeons. Nous sommes bombardés par tellement de messages diététiques qu’il est difficile de prendre le temps de trier toutes ces informations, en revanche nous avons le temps de regarder l’assiette de nos enfants» explique-t-elle.
En juin dernier en présence de la première dame des États-Unis le PDG de l’empire Disney, Robert A. Iger, a annoncé qu'il ne diffuserait plus sur ses chaînes que des publicités vantant les mérites d'aliments sains et qu'il ferait, dans ses parcs, la promotion de menus équilibrés. Michelle Obama, s'est dit ravie de cet engagement. «Cette nouvelle initiative va vraiment changer la donne en ce qui concerne la santé de nos enfants. C'est un des grands groupes américains, une marque mondiale, qui change sa politique pour que nos enfants soient en meilleure santé. Disney fait ce qu'aucune autre société de médias n'a jamais fait aux États-Unis et ce que, je l'espère, chaque société fera.»
Les dangers de la publicité
L’épouse du chef d’Etat américain connaissait-elle alors les résultats d’une bien dérangeante étude menée par des chercheurs de l'Université du Missouri? Cette étude vient d’être publiée dans l’édition de novembre du Journal of Pediatrics. Des chercheurs démontrent par les techniques de neuro-imagerie les conséquences des publicités sur les enfants déjà atteints d’obésité. L’étude met notamment en lumière l’existence, chez ces enfants, d’une sorte de déficience de la région du cerveau qui contrôle la maîtrise de soi, et ce au profit d’une activation des zones de récompense.
Le Pr Amanda S. Bruce et ses collègues de l'Université du Missouri (Kansas City) ont analysé, par imagerie fonctionnelle par résonance magnétique (IRM), l’activité cérébrale de dix enfants ayant un «poids de santé» et dix enfants obèses, âgés de 10-14 ans, en réponse à la présentation de logos de produits alimentaires connus du fait de leur matraquage publicitaire. Les enfants ont ainsi visionné une soixantaine de logos et les chercheurs ont regardé quelles étaient les régions cérébrales qui s’activaient lors de ces visions.
Ils ont alors observés, chez les enfants obèses, une activation plus importante des régions du circuit de récompense du cerveau, par rapport aux enfants de poids normal. L’activation est particulièrement marquée dans le gyrus post-central et le mésencéphale des enfants du groupe «obèse». Chez les enfants de poids normal, ce sont plutôt les régions associées au self control qui s’activent à la vision des logos des marques alimentaires. Quand les chercheurs interrogent les enfants sur leur comportement face aux aliments, les enfants de poids normal confirment cette notion de maîtrise d’eux; à l’inverser les enfants obèses ne l’évoquent pas ou peu. Ces résultats viennent confirmer que les personnes en situation de «tentation alimentaire», déjà en surpoids, sont plus vulnérables.
La publicité, début de l’obésité? Disney est-il informé? Les enfants désormais dépistés comme à risque de surpoids à la naissance devront donc être privés du matraquage publicitaire intense les visant à consommer massivement des produits de fabrication industrielle. On jugera, au choix, que c’est une punition ou, au contraire, une chance.