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Butins et trophées de guerre. Quelques exemples se rapportant au Sénégal
Abdoulaye Camara
Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal
En 1890, Ségou, la capitale de l’empire toucouleur d’El hadj Oumar Tall (1794-1864), marabout conquérant qui avait entrepris une Jihad et prêchait la doctrine de la Tidjaniya au Sénégal, en Guinée et dans le Soudan, tombe aux mains des forces militaires françaises. Une partie des biens de la famille Tall est saisie par les autorités françaises. Cette saisie comprend de nombreux objets personnels ayant appartenu au fondateur de la Confrérie religieuse, des objets de guerre, des bijoux en or (plus de 76kg), en argent (plus de 157kg) et en d’autres métaux ainsi que toute la bibliothèque de Ségou. Les livres, la correspondance et autres documents sont conservés à la Bibliothèque nationale et les descendants d’El hadj Oumar Tall ont pu obtenir moyennant finances des copies de ces ouvrages appartenant au patrimoine du Sénégal et du Mali.
Plus au Sud, en Basse Casamance, en 1903, le premier officier français résident de la région d’Oussouye se heurte à la population locale, les Floups, qui occupent la rive gauche de ce fleuve, autour des villages d’Oussouye (Sénégal) et de Suzanah (aujourd’hui en Guinée Bissau). Leur roi Sihalebe, dont le statut sacré et religieux lui interdit de quitter son territoire, oppose alors une résistance passive à l’autorité française. Sihalebe est arrêté et transféré à Séju où il se laisse mourir de faim comme il devait le faire en tant que roi, intermédiaire vivant entre ses sujets et les forces invisibles. Un anthropologue, le Dr Maclaud, s’intéresse à son squelette qui est expédié au Muséum à Paris et enregistré sous le numéro 19822. A l’IFAN de Dakar, ce sont d’autres crânes de guerriers floups, fusillés par les militaires français qui sont donnés par le Commandant Michel de Saxjoux et numérotés 47-1-1 à 47-1-6.
Après plus d’un siècle, ces objets sortis sous forme de butins et de trophées de guerre mériteraient un autre statut. Pour le cas du trésor de Ségou, il serait bon d’examiner les demandes de restitution de la famille omarienne. Cette restitution est à la fois nécessaire et justifiée pour les populations de la grande communauté tidjanya de l’Afrique de l’Ouest pour qu’elles puissent reconstituer à la fois leur histoire à travers ces objets qui ont valeur de reliques.
Pour les restes humains : Certes, le squelette du roi Sihalebe doit être restitué à la famille de cet homme de Casamance, mort sur son territoire. Cette restitution revêt un autre caractère : ce n’est pas n’importe quel individu, c’est un roi, avec des prérogatives de roi, des pouvoirs religieux et sacrés, dont les rites funéraires n’ayant pas été accomplis dans les formes ne peut reposer en paix. Atteinte est faite aux biens cultuels dans la non restitution de ce squelette, simple curiosité ou objet d’étude aux yeux du Dr Maclaud, anthropologue du siècle passé.