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Le Plouc exprime sa gratitude à l’endroit de ses éminents commentateurs juristes qui ont apporté des éléments intéressants et des analyses pertinentes quant aux fondements juridiques de l’arrestation de Roman Polanski à Zurich.
Toutefois, pour Le Plouc, dans cette affaire, le droit n’est pas le seul facteur à prendre en considération. Les autorités suisses et états-uniennes tentent de nous faire croire qu’il s’agit d’un simple mandat d’arrêt international à exécuter, de façon somme toute automatique, dans une affaire d'acte sexuel illicite sur mineure. Elles cherchent aussi à nous faire croire que Polanski a jusqu’à maintenant habilement évité de se placer dans les mailles du filet américano-suisse.
Polanski, un clandestin depuis 32 ans ?
Or, depuis 1977, date de sa fuite des Etats-Unis, Polanski s’est-il caché ? A-t-il acheté des faux papiers ? A-t-il pris l’avion en se dissimulant dans le train d’atterrissage ? A-t-il voyagé en TGV en s’enfermant dans les toilettes ? A-t-il embarqué dans un paquebot en se terrant au fond d’une cale ? Chaque fois – et elles furent nombreuses – où il se rendait dans son chalet de Gstaad, a-t-il passé la frontière à pieds en s’enfonçant dans la forêt pour éviter le poste de douane ? Et d’ailleurs, a-t-il acquis son chalet sous un nom d’emprunt ?
Poser ces questions, c’est y répondre. De plus, le FBI dispose de tous les moyens nécessaires pour arrêter les criminels qu’il poursuit. Il y avait donc volonté de ne pas appliquer ce mandat d’arrêt de la part des autorités américaines.
Une bourde de ses avocats ?
Alors pourquoi maintenant ? Le Los Angeles Times paru ce jour (29 septembre 2009) émet cette hypothèse qui rend comme un son de vérité. En juin et juillet dernier, les avocats états-uniens de Roman Polanski ont demandé à la Cour d’appel de Los Angeles l’annulation de la mise en accusation du metteur en scène. Parmi les irrégularités dont Polanski serait la victime, les défenseurs auraient alors avancé cet argument qui s’est ensuite retourné contre leur client : la preuve que la justice a abandonné, de fait, les poursuites c’est qu’elle n’a déployé aucun effort pour l’arrêter.
Or, en face de ces avocats, s’est dressé un district attorney (procureur) puissant, très connu, et amoureux des projecteurs : le républicain Steve Cooley, réélu constamment depuis 2000 à ce poste. Pour bien montrer que la justice n’avait nullement abandonné les charges contre le réalisateur, il a donc émis le mandat d’arrêt. De plus, Cooley a démontré régulièrement son addiction à la mousse médiatique. Le voilà donc doublement satisfait. On voit ainsi que le respect du droit n’entre pas forcément en première ligne dans cette affaire !
Justice sans droit et droit sans justice
Reste à savoir si Roman Polanski a été attiré ou non dans un guet-apens par le FBI avec la complicité des autorités suisses. Pour le moment, ce point reste à éclaircir. En tout cas l’argument avancé, en France notamment, prétendant que Steve Cooley a pris sa décision maintenant en raison de la suppression par la Suisse de la prescription pour les crimes sexuels ne tient pas la route : en effet, au moment des faits imputés à Polanski (1977), ces infractions étaient encore prescrites en droit suisse. Cela dit, ce constat n’arrange pas forcément la cause de l’auteur du « Pianiste ».
Dès lors, nous sommes devant la situation suivante : à part la satisfaction à retardement du procureur Cooley, la justice a-t-elle remporté une victoire ? La victime avait pardonné à Polanski et réclamé qu’on lui foute la paix. Que le metteur en scène (76 ans) finisse ses jours dans une geôle américaine ne lui apportera donc que l’exhumation de ses douleurs enterrées. Quant à l’effet exemplaire, il reste à démontrer.
La justice sans le droit, est appelée à errer. Le droit sans la justice annonce l’oppression de l’Etat.
Jean-Noël Cuénod