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26/10/2011
Les Techniques de Gravure
La Gravure en relief : La Gravure sur bois - La linogravure
Au début de notre ère, la technique de la gravure sur bois fut inventée par les Chinois. Un peu plus tard, les Mongols envahirent l’Inde et la Chine où ils découvrirent les jeux de cartes qui restaient la distraction par excellence des soldas désoeuvrés. Quand leurs jeux de cartes étaient usés, les Mongols utilisaient la technique de gravure chinoise afin de fabriquer de nouveaux jeux. Ils transportèrent ensuite cette technique aux portes de l’Europe.
Gutenberg réalisa plus tard la mise au point des différents dispositifs d’impression, à savoir la presse, l’encre et l’alliage métallique des lettres. L’invention de la gravure et de l’imprimerie est le fruit de plusieurs siècles de travail, les origines découlant de quatre découvertes, le papier, les sceaux, l’estampe et les caractères mobiles.
Le procédé de l’estampe prend sa source dans les copies réalisées sur les textes classique confucéens gravés sur pierre en 175-180 avant notre ère. Mais, gravées en creux, les estampes n’apparaissaient qu’en blanc sur fond noir. C’est alors que l’usage des sceaux permit le perfectionnement des techniques. Au tout début du VIème siècle, l’impression se réalisa en noir ou rouge, sur fond blanc. On comprend alors que cette découverte exprimait les prémices du principe de l’imprimerie.
La gravure sur bois était déjà utilisée au Moyen Age pour l’impression des étoffes. A partir de 1430, le bloc d’impression fit son apparition, bloc sur lequel étaient gravés textes et illustrations. Cette technique consiste à évider certaines surfaces sur le support de bois (poirier, pommier, noyer ou merisier), pour réserver les traits en relief du dessin, à l’aide de gouges ou de petits couteaux. L’ « image » laissée en relief sur la planche a été ainsi épargnée. Car l’encre appliquée sur le bois va en effet se déposer sur les parties des motifs épargnés. Les parties évidées resteront blanches sur l’œuvre imprimée. L’artiste dépose ensuite une feuille de papier sur sa plaque de bois ainsi encrée, avant d’exercer une pression sur l’ensemble, afin que la réalisation, à savoir les parties encrées, soit reportée sur le papier (transfert). Albrecht Dürer fut un incontestable virtuose de la gravure sur bois. Voir le Cycle de l’Apocalypse (illustration ci-dessous).
La linogravure fit son apparition au milieu du XIXème siècle. Le linoléum, communément appelé le « lino des cuisines de nos grands-mères », est composé de poudre de liège, d’huile de lin, de gomme et de résine comprimée sur une toile de jute. On comprend dès lors que cette matière tendre pourra être gravée aisément. Les mêmes effets sont obtenus avec le bois, à la différence qu’avec le linoléum, le geste est plus libre, et la ligne se dessine dans une plus grande souplesse.
L’intensité et la subtilité des dégradés offerts par la linogravure vous séduiront, comme a été séduit le grand Matisse à son époque, fasciné qu’il était par toutes les possibilités chromatiques de cette technique qui nécessite cependant un affûtage soigné de vos gouges ou couteaux afin d’obtenir le meilleur résultat de gravure (pierre à aiguiser ARKANSAS par exemple). Au repos, prenez soin de protéger l’extrémité de vos outils à graver avec un bouchon en liège.
L’encre à utiliser sera une encre à l’eau, qui certes fera gondoler vos papiers, mais sera beaucoup plus facile à mélanger, doser ou conserver qu’une encre à l’huile.
La fameuse marque SCHMINCKE propose 18 couleurs qui vous exalteront par leur rendu exceptionnel, pour un temps de séchage rapide de l’ordre de 15 mn. Il est conseillé de réaliser le transfert sur un papier peu absorbant, car ce dernier exprimera un meilleur rendu des couleurs, en opposition à un papier lisse et trop encollé en surface.
Si l’on ne possède pas de presse, il est recommandé de privilégier les petits formats qui pourront être imprimés avec un rouleau.
Des planches à graver en plastique blanc existent dans différents formats, pour vous aider à bien maintenir les plaques de linoléum, avant votre travail de gravure.
Les plaques de linoléum DLW, souples, de couleur brun foncé, sont particulièrement aisées à graver ou couper, sans détériorer la finesse de l’aiguisage des outils. Deux épaisseurs sont à retenir, 3,2 ou 4,5 mm, pour des formats allant de 14,8 x 21 cm à 42 x 60 cm.
Pour bien s’initier à cette technique, la marque ABIG propose des sets de linogravure comprenant un manche en bois piriforme, terminé par un embout qui vous permettra d’adapter une des cinq pointes de gouges en acier spécial, en V ou en U, pour la décoration, ou creuses de 3 ou 4 mm, et à contours. Le tout pour un prix modique.
Les grands fabricants comme DASTRA et KIRSCHEN proposent des gammes très larges de gouges.
Au XVème siècle la gravure en creux sur métal fit son apparition, sur cuivre et sur zinc, pour de devenir un mode d’expression recherché. A l’aide d’une pointe sèche ou d’un burin, le motif est gravé sur le métal. L’encre ensuite appliquée sur la plaque de métal est retenue par les minuscules sillons. Après essuyage des surfaces non gravées, sous l’effet de la presse, le papier pénètre dans les sillons pour absorber l’encre.
Le pionnier de l’estampe réalisée en creux, à la pointe sèche et au burin fut l’artiste alsacien Martin Schongauer à la fin du XVème siècle (voir ci-dessous).
La subtilité de cette technique vit ensuite l’éclosion de la taille douce en Italie, initiée par les orfèvres toscans, puis par les graveurs florentins vivant dans l’entourage de Botticelli.
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Alain VERMONT
15/09/2008
LES ESTAMPES : UN MARCHE LUCRATIF ET TROMPEUR.
Une estampe est une image imprimée, théoriquement multipliable de manière identique.
Raison d’être de l’estampe : La multiplication sur feuilles de papier d’un dessin lithographique ou d’une gravure, d’un artiste renommé souvent hors de prix dans ses œuvres majeures (huiles ou acryliques), permet au grand public d’avoir accès à sa signature.
La gravure : Dans la gravure en creux qui se fait généralement sur cuivre, zinc ou acier, l’encre est déposée dans les creux. La surface est essuyée et polie à la main.
La Taille Douce et l’Eau Forte : Pour la taille douce, l’artiste creuse un sillon dans la plaque de cuivre avec un outil en acier (burin), mais il peut également utiliser une pointe fine en acier (pointe sèche).
La technique de la gravure à l’Eau Forte consiste à graver la plaque avec de l’acide (perchlorure de fer pour le cuivre, acide nitrique pour le zinc ou l’acier). L’artiste répand sur la totalité de la plaque un vernis protecteur qu’il retire ensuite aux endroits voulus avec sa pointe en acier qui lui sert pour « dessiner ». Le cuivre est alors plongé dans un bain d’acide. L’acide ne « mordra » que les parties dépourvues de vernis. Plus la morsure sera significative, plus la feuille restituera les ombres.
Une autre technique consiste à dessiner avec un pinceau trempé dans une encre dans laquelle on a fait dissoudre du sucre. Une fois le dessin terminé et sec, un vernis spécial est posé sur l’ensemble de la plaque qui est ensuite plongée dans de l’eau tiède. Le sucre se dissout en entraînant le vernis et en dégageant les parties à graver par l’acide.
De la résine en poudre peut être aussi déposée sur les parties à graver afin de créer grâce à l’acide, un grain qui retiendra l’encre plus facilement.
Il existe d’autres façons de graver par l’acide telles l’Aquatinte, dont la plaque saupoudrée de résine, est travaillée comme l’Eau Forte, en imitant l’aspect du lavis, la Manière Noire dont la plaque est « bercée » par l’outil qui hérisse le support de petites barbes en pointe, avant le passage d’un brunissoir, ou le Vernis Mou (vernis à base de bitume et de saindoux). Sur la plaque qui a été encrée, et sous une presse à bras généralement, on dépose et on presse une feuille qui a été légèrement humidifiée, afin d’obtenir une souplesse permettant à l’épaisseur du papier d’épouser plus intimement les creux de la plaque.
En 1968, le peintre Henri Goetz a inventé une nouvelle technique pour réaliser des plaques gravées : l’artiste peint sur le cuivre avec un vernis composé de colle Epoxy et de poudre de Carborundum qui est une matière très dure et très rugueuse retenant particulièrement l’encre. Pour l’impression, on procède de la même façon que pour l’Eau Forte. Cette technique permet d’obtenir des reliefs plus importants sur la plaque, et donc des creux plus importants également dans l’épaisseur de la feuille.
Il faut savoir que la pression exercée au moment de l’impression use la plaque à chaque passage de la presse. L’usure varie bien évidemment au gré de la finesse du travail de l’artiste. Le tirage des épreuves est donc limité en fonction de cette usure : il arrive parfois qu’il doive être arrêté après une dizaine d’exemplaires de feuilles imprimées, car les épreuves ne sont plus conformes à l’originalité de la plaque.
La gravure sur bois : La technique de la gravure sur bois reste simple. En effet, seules les parties en relief reçoivent l’encre déposée par un rouleau encreur. Les parties devant rester vierges, sont creusées à la Gouge (ciseau à bois). Après l’encrage du bois, une feuille de papier est posée sur la planche avant d’être pressée. La gravure peut être réalisée sur du bois, du linoléum (le verso-gomme) (Picasso), du plastique, de l’acier ou du cuivre.
Pour être déclarée « originale », une estampe doit être conçue et réalisée par la seule main de l’artiste.
La lithographie : Inventée par Senefelder en Allemagne en 1796, la technique de la lithographie utilise le principe de la répulsion du gras par l’eau, et vis et versa. De nos jours le support peut être une plaque de zinc, ou un papier lithographique dit « papier report ». A l’origine de l’invention, c’était une pierre poreuse très dense (pierre lithographique).
Pour sa création, l’artiste dessine sur cette pierre avec un crayon ou de l’encre grasse. Le gras pénètre dans les pores ; il suffit ensuite à l’artiste de répandre de l’eau sur la pierre. Cette eau pénètre dans les parties où il n’y a pas de gras. Si l’on applique de l’encre grasse sur la pierre avec un rouleau, l’encre ne peut pas se fixer sur les parties de la pierre dont les pores sont déjà pleins d’eau. Au contraire, les parties dont les pores sont remplis de gras, à savoir le dessin, acceptent l’encre grasse. Ensuite, il suffit de poser une feuille de papier et de presser pour que l’encre imprime le papier. On répète alors la même opération pour chaque couleur et chaque épreuve. Le nombre d’épreuves est fonction de la finesse du travail, mais aussi de la qualité de la préparation de la pierre. L’idée d’utiliser des feuilles de zinc grainées facilite les manipulations qui restent toujours compliquées quand il s’agit de pierres de grand format, donc lourdes.
On considère généralement qu’une lithographie ne peut pas supporter un tirage papier de plus de 250 exemplaires, en raison de l’usure du dessin sur la pierre originale qui ne restituerait plus toutes ses caractéristiques au-delà de ce chiffre. Toutes les feuilles issues d’un même tirage ont la même valeur marchande, à qualité égale. Il existe des annotations HC (hors commerce) ou EA (épreuve d’artiste) qui sont inscrites sur les feuilles réservées par l’artiste en fin de tirage. Ces réservations qui concernent également le dépôt au Cabinet des Estampes, ne doivent pas dépasser 10 % du tirage total. Ces épreuves ont la même valeur commerciale que les épreuves numérotées mises sur le marché.
Il n’existe jamais de tableau correspondant à une lithographie dite « originale », imprimée d’après une plaque, ou une pierre matrice.
REPRODUCTION EN LITHOGRAPHIE (Le Piège) : La technique de la lithographie permet aujourd’hui à des chromistes de réaliser des reproductions d’après des peintures, des gouaches ou des aquarelles d’artistes célèbres.
Ces reproductions sont souvent d’une qualité exceptionnelle, mais il faut savoir que les tirages, très importants, souvent numérotés d’une façon fantaisiste (sur 1 000, sur 5 000, sur 10 000 !) sont très rarement signés par l’artiste concerné, qui dans la plupart des cas est décédé depuis longtemps. Il est aisé de trouver sur le marché des reproductions en lithographie d’artistes disparus, signées au tampon, (Dali, Le Douanier Rousseau, Gauguin etc.), et vendues à un prix commercial excessif qui ne correspond pas à leur réelle valeur, puisque ces reproductions n’ont de valeur que le prix du travail d’imprimerie !
La sérigraphie : Dernière venue dans le monde de l’estampe, la sérigraphie est dérivée du procédé français du Pochoir : cette technique permet à l’artiste de couvrir un écran de soie des formes de son choix. Les contours des formes sont obstrués, et dès lors, la couleur choisie ne passe que dans les surfaces où le dessin existe, à l’endroit. Ainsi l’artiste n’est-il pas obligé de penser son œuvre à l’envers, comme il devrait le faire pour l’exécution d’une gravure ou d’une lithographie. La tâche lui est ainsi simplifiée puisqu’il réalise son dessin à l’endroit. Il reste libre du choix de la couleur, encre mate ou peinture brillante. Celle-ci se dépose sur le papier, et son séchage reste une opération importante puisque la feuille n’est pas pressée.
Spécificités des estampes : La planche originale (cuivre, bois, zinc, acier, pierre etc.), doit impérativement être rendue inutilisable, rayée ou détruite, après le tirage de la dernière épreuve, sous l’autorité de l’artiste concerné, de manière à éviter les tirages pirates qui peuvent se réaliser notamment après la disparition de l’artiste (Dali en est un exemple trop parlant).
Marché de l’estampe : Dans la pyramide des estampes les Gravures, notamment à l’Eau Forte, demeurent les tirages papier les plus convoités par les grands collectionneurs, ou les musées, de par la qualité exceptionnelle du travail de gravure réalisé à l’envers sur la plaque.
Maître incontesté depuis toujours en matière de maîtrise de la technique de l’eau-forte, Rembrandt représente aujourd’hui l’artiste le plus recherché, à constater la cote internationale de certaines de ses gravures exécutées pour la plupart dans des petits formats, et qui se négocient plusieurs millions, à l’exemple du « Christ crucified between the Tow Thieves, pointe-sèche et burin, en cinq états ; 38,1 X 44,5 cm, adjugée 750 000 euros en 1990.
En ce qui concerne les artistes modernes, Picasso représente la signature la plus importante, tant dans la variété de sa production, que dans la qualité de certaines de ses créations, comme La Minautorachie de 1935, eau-forte et burin, sur papier Montval à la main, 49,5 X 69 cm, en sept états, dont une feuille a été adjugée 1 400 000 € il y a quelques années, lors d’une vente à Berne, en Suisse.
UN MONOTYPE est une feuille imprimée à un seul exemplaire d'après une peinture exécutée sur une plaque support (bois par exemple).
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Alain VERMONT