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Samedi 22 janvier, à 10 h, à la bibliothèque de Viuz en Sallaz (Haute-Savoie), je livrerai une conférence agrémentée de lectures sur les Mémoires du prince Eugène de Savoie, que j'ai préfacés dans une réédition effectuée en juin dernier par les éditions Anatolia.
Il faut admettre que le rapport entre Viuz en Sallaz et le prince Eugène n'est pas originel, car Viuz en Sallaz dépendait directement et exclusivement de l'évêque de Genève, qui en était le prince.
Du temps du prince Eugène de Savoie, il en était toujours ainsi, même si l'évêque de Genève résidait à Annecy, et s'il était en fait soumis au duc de Savoie. Le lien est ainsi créé, car dans les faits, le prince Victor-Amédée gouvernait bien Viuz en Sallaz, comme le reste de la Savoie, et le fait est qu'Eugène, qui dirigeait l'armée du roi d'Autriche, l'empereur germanique, a abondamment évoqué, dans ses mémoires, la figure du duc Victor-Amédée, qui était son cousin, et qu'à ce titre il avait été chargé de rallier à la cause du Saint-Empire dans la guerre de succession d'Espagne contre Louis XIV.
On sait que le duc de Savoie, pris entre deux feux qui le dépassaient, essayait de jouer sur les deux tableaux, et changeait de camp assez vite. Je ne sais pas si Viuz en Sallaz en a pâti, mais le fait est qu'Annecy fut prise par Louis XIV.
Cette oscillation permanente explique qu'après la dissolution du Saint-Empire (en 1806, sous les coups de boutoir de Napoléon), la Savoie a été tirée vers la France, tandis que Turin s'en allait vers Rome, si on peut dire. Ce que n'a d'ailleurs pas vu le prince Eugène, peut-être, c'est que, élevé à la cour de France, et combattant dans les rangs de l'empereur germanique, il atteste lui aussi de cette oscillation ancienne de la Maison de Savoie, quoiqu'il ait oscillé dans le sens inverse de celui du dix-neuvième siècle: la fin du dix-septième et le début du dix-huitième ont au contraire tiré la Savoie vers le monde allemand, comme le rappelle par exemple l'épopée à Nuremberg de l'horloger Ballaloud, qui, fort de ce qu'il y avait appris, revint à Cluses fonder l'horlogerie de la vallée de l'Arve, qui a donné naissance à son décolletage. Le Faucigny a appris l'industrie en Bavière, pourrait-on dire. Cela dit, le duc de Bavière est mentionné par le prince Eugène comme ayant fait passer son alliance du Saint-Empire à Louis XIV, lui-même!
En tout cas, ses mémoires nous emmènent dans la véritable Europe, dans un Occident qui ne s'arrêtait pas aux frontières de la France, par exemple!