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Les élections fédérales sont en réalité un puzzle de scrutins cantonaux.Et pourtant on constate l’émergence d’une appréhension nationaledes dossiers politiques.
Chapitre trois de la série d’articles sur les élections fédérales.
Le 24 octobre prochain, les citoyennes et les citoyens choisiront leurs représentants au Conseil national et au Conseil des États. Peut-on pour autant parler d’élections fédérales ?
En réalité, ce qu’on appelle élections fédérales fait référence à vingt-six scrutins cantonaux simultanés dont on additionne les résultats. Pourtant, selon une vaste enquête réalisée après les élections de 1995 (voir encadré), la position des partis et des électeurs sur les grands dossiers politiques tend à se structurer sur le plan national.
Diversités des situations électorales
Les modalités du scrutin comme la structure partisane créent des conditions électorales extrêmement différentes d’un canton à l’autre. Certes, depuis 1918, l’ensemble du corps électoral helvétique vote selon le système proportionnel. Mais les deux cents sièges de la Chambre du peuple sont répartis entre les cantons en proportion de leur population résidente : trente-quatre et vingt-sept respectivement pour Zurich et Berne, contre un seul pour chacun des cinq plus petits cantons. Au bord de la Limmat, l’électrice et l’électeur se voient proposer pas moins de vingt-sept listes différentes regroupant plus de huit cents candidats qui dépensent près de cinq millions de francs pour se faire connaître. Alors qu’à Glaris un seul candidat convoite l’unique siège pour des frais de campagne qui ne dépassent pas 11 000 francs. Dans dix cantons, parce que le nombre de sièges à pourvoir est faible, le système proportionnel ne fonctionne pas.
L’enjeu électoral est aussi conditionné par le type de clivage politique qui varie selon les régions. Dans les cantons catholiques, le conflit entre religieux et laïcs subsiste et la gauche est faiblement implantée. Les cantons pluriconfessionnels alémaniques voient s’opposer un bloc bourgeois Ð radicaux et démocrates du centre Ð et un parti socialiste fort. Alors qu’en Suisse romande pluriconfessionnelle, la polarisation entre gauche et droite se trouve renforcée par la présence d’une extrême-gauche et d’une droite libérale.
Pour compléter le tableau de cette complexité, il faut encore mentionner les divergences à l’intérieur des partis. L’électeur radical genevois ne voterait pas automatiquement pour ce parti à Zurich, pour ne prendre qu’un exemple. Si le PDC et l’UDC manifestent une forte cohésion interne Ð c’est du moins ce qu’expriment leurs électeurs Ð, les partisans socialistes se montrent plus divisés : en particulier les Romands font preuve d’une plus grande ouverture européenne mais sont beaucoup moins sensibles à la dimension écologique et plus préoccupés par le maintien de l’ordre que leurs camarades alémaniques.
Des clivages internes aux partis
Pourtant l’enquête de 1995 décèle une évolution vers des lignes de conflits nationaux. Le clivage principal oppose les nostalgiques d’une Suisse traditionnelle aux partisans de l’ouverture et de l’adaptation du pays aux nouvelles contraintes. Si ce clivage devait se confirmer, nous assisterions alors, au-delà des particularités cantonales, à une recomposition du paysage politique, ce que semblent indiquer déjà les récents succès de l’UDC au détriment surtout des démocrates-chrétiens et des radicaux. jd
Enquête universitaire nationale
L’étude « SELECTS » (Swiss Electoral Studies), conduite par des chercheurs des trois universités de Berne, Genève et Zurich, se base sur 7500 interviews réalisées dans les trois semaines suivant les élections fédérales de 1995. Ainsi, pour la première fois, une analyse électorale a pu tenir compte de la diversité cantonale en s’appuyant sur des échantillons prélevés dans dix cantons (Zurich, Berne, Vaud, Argovie, Genève, Lucerne, Tessin, Valais, Schaffhouse et Glaris).
Les résultats sont publiés dans la collection « Selects Wahlen » aux éditions Paul Haupt à Berne.