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Xe siècle, « le siècle obscur ». Après être tombée sous la dépendance des grandes familles romaines, la papauté est soumise au roi Otton le Grand, qui se fera couronner empereur du Saint Empire romain germanique par le pape Jean XII. L'empereur nomme les évêques, influence le choix des papes et les fait déposer s'ils s'opposent à sa politique.
En 1046, le roi d'Allemagne Henri II obtient le droit de désigner les candidats à l'élection papale. Mais en 1059, le pape Nicolas II réagit et décide que seuls les cardinaux peuvent participer à cette élection. La querelle des investitures est lancée, qui se prolongera jusqu'au Concordat de Worms, en 1122.
Pendant ce temps, Hildebrand, moine de Cluny, est consacré pape (1073). Il poursuit résolument la ligne de ses prédécesseurs Léon IX, Nicolas II et Alexandre II (dont il a été le collaborateur) qui vise à réformer le mode d'élection papale, et est résolu à mettre fin à la pratique courante de la simonie (les évêchés sont « vendus » au plus offrant).
En mars 1075, il rédige les Dictatus papae, un texte qu'on ne lit pas sans étonnement. Son ambition est simple : placer la papauté au-dessus de tout. Il l'exprime en 27 propositions, dont certaines sont saisissantes : « L'Eglise romaine a été fondée par le Seigneur seul » ; « Seul le pontife romain peut en droit être qualifié d'universel » ; « Il lui est permis de déposer les empereurs » ; ou encore, « N'est pas catholique celui qui n'est pas en accord avec l'Eglise romaine ». Si le pape et Henri IV, roi de Germanie et d'Italie, ne sont pas encore en conflit, ce texte annonce l'âpreté de ce qui va suivre.
Le Sacerdoce et l'Empire
Lorsque Henri IV nomme un évêque à Milan, dont le siège est déjà pourvu, Grégoire VII lui conteste aussitôt le droit d'investir des évêques. Henri IV réplique en convoquant à Worms un synode (1076) qui prononce la déchéance du pape ; lequel, devant un autre synode réuni à Rome, dépose à son tour le souverain. Déliés de leur serment de fidélité, évêques et princes allemands se dressent contre Henri IV, qui est obligé de se rendre à la rencontre du pape, à Canossa, pour obtenir la réintégration de ses droits, moyennant un vague serment de soumission. S'en suivra cependant rapidement une longue lutte de pouvoir entre le Sacerdoce et l'Empire, sans pardon, sans autre Canossa, concrétisée par l'existence parallèle de deux papes : Grégoire VII et Clément III. Le schisme durera 30 ans.
En 1081, Henri IV marche sur Rome. Obligé de s'enfuir, Grégoire VII meurt à Salerne en 1085. Henri V, qui a succédé à son père, est couronné empereur par l'antipape Clément III. Ce ne sont pas moins de cinq papes et de six antipapes qui se succéderont ensuite, au gré des positions des évêques, des princes, de l'empereur, avec des épisodes guerriers et de nombreux synodes.
Après de difficiles négociations, une assemblée se réunit à Worms, le 23 septembre 1122. Henri V renonce à l'investiture des évêques. En retour, il reçoit l'assurance que l'élection du pape se tiendra en sa présence. Un an plus tard, La paix de Worms est confirmée au concile du Latran, mais sa mise en pratique ne sera de fait que très partielle. La querelle rebondit vite. Au nom de la supériorité du pouvoir religieux, l'Eglise, détenant le glaive spirituel, exigera du pouvoir civil sa soumission pour ce qui relève de la religion. Cette disposition permettra au pape et aux évêques de nombreuses ingérences, souvent abusives, dans le domaine politique.
Conséquences actuelles
L'évolution de la société, à travers des conflits multiples et souvent violents, a heureusement abouti, dans nos sociétés occidentales, à la notion de laïcité qui sépare le pouvoir religieux du pouvoir civil et laisse à chaque individu une pleine liberté dans le domaine religieux. Après de longs et difficiles débats internes, l'Eglise a fini par accepter ce principe (concile Vatican II - Déclaration Dignitatis humanae sur la liberté religieuse).
Nous ne sommes plus à l'époque de Grégoire VII rêvant d'une Eglise puissante et dominatrice. Vatican II n'a pas relancé ce rêve ; il n'exige plus pour l'Eglise une position privilégiée, le pouvoir politique. Il affirme plus modestement que « la communauté des chrétiens se reconnaît réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire » (Vatican II, L'Eglise dans le monde de ce temps, § 1).
La réforme grégorienne a eu d'autres conséquences, encore importantes aujourd'hui pour la vie interne de l'Eglise. Les Dictatus papae qualifiaient le pape de pontife universel ; si le concile Vatican II a souligné que chaque évêque dans son diocèse jouit d'un pouvoir réel, la pratique centralisatrice de Rome n'a absolument pas changé !
Ou encore, Vatican II a défini l'Eglise comme peuple de Dieu, s'éloignant d'une conception monolithique et pyramidale. On pouvait espérer ainsi une meilleure attention aux besoins réels des fidèles, or les évêques et les théologiens essayant d'être à l'écoute de ces besoins ne sont guère entendus à Rome et risquent même d'être sanctionnés ! Des chrétiens quittent l'Eglise, découragés par les lenteurs des réformes.
Sylvain Gouguenheim propose cette analyse : « En voulant ériger une Eglise dont Rome serait la tête, en créant ce qu'on appela le centralisme romain, la réforme grégorienne construisit un modèle ecclésiastique très différent de celui qui dominait alors - caractérisé par l'autonomie des Eglises de chaque royaume et par le pouvoir collégial assuré par les évêques. Malgré les vicissitudes des siècles, les bouleversements liés à la politique et aux conflits religieux (que l'on songe seulement à la Réforme protestante et à l'importance du concile de Trente), l'Eglise catholique actuelle est encore, semble-t-il, inspirée par le modèle grégorien. »