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La liberté est un principe fondamental de la République française. C'est pourquoi les inspecteurs de l'Éducation nationale de France, quand ils viennent voir les fonctionnaires enseignants, affichent, en général, leur volonté de discuter, sans esprit d'autoritarisme, avec eux de ce qu'ils font. J'ai donc été assez étonné, récemment, de rencontrer un inspecteur qui, à l'issue de notre fructueux dialogue, a déclaré que je pouvais bien avoir les idées que je voulais, en tant que fonctionnaire, je devais de toute façon suivre les directives pédagogiques de ma hiérarchie.
Car je défendais un autre mode opératoire que celui officiellement préconisé, pour atteindre les objectifs du programme. Or, une fois que je l'eus bien expliqué, on ne m'a pas montré qu'il était mauvais en soi, mais simplement enjoint de faire comme on me disait, et non comme je voulais.
Il faut savoir que la pédagogie officiellement prônée a des présupposés idéologiques: je les ai dégagés, et on a reconnu leur existence; mais c'est justement alors qu'on m'a dit que je devais adopter cette pédagogie même si je m'opposais en privé à ces présupposés idéologiques.
Ce qui est étonnant, c'est qu'en France, l'État a un quasi monopole, sur l'Éducation: le libéralisme n'existe pas, dans ce secteur d'activité. Cela signifie, pour moi, que si on veut que la Constitution s'applique aussi à l'enseignement, si on veut que le principe sacré de la liberté existe aussi dans l'éducation, on est un peu obligé de reconnaître que les fonctionnaires ont des prérogatives pédagogiques propres, même à la base, du moment qu'ils ont pour objectifs ceux qui sont fixés par la communauté nationale. Imposer le secret d'une méthode parfaite me paraît plutôt illusoire.
Mais la façon dont la liberté, l'égalité et la fraternité peuvent concrètement s'appliquer dépend souvent d'arcanes tellement profonds! A la base, un professeur de Collège ne comprend pas tout. Il faut bien qu'il s'en remette au gouvernement, quand il veut comprendre le droit. Au gouvernement, ou aux experts qu'il emploie, bien sûr.
C'est comme les présupposés idéologiques: est-ce qu'un professeur de Collège est en mesure de remettre en cause les concepts élaborés par nos plus grands philosophes, à la Sorbonne? C'est un peu comme demander si un curé peut remettre en cause les idées du Pape, je pense.