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Sur la place de la Sardaigne, un monument, sous forme d’une grande roue sculptée par Jo Fontaine dans un bloc de serpentine de Lombardie, rend hommage, depuis 2015, « aux immigrantes et immigrants italiens et à leurs descendants pour leur rôle dans la construction de Carouge ».
Lors du tour du quartier des Noirettes, guidé avec brio par Nathaly de Morawitz-Schorpp, nous avons approfondi notre connaissance d’une de ces familles immigrées d’Italie qui font la force de Carouge. Après les commentaires sur l’Ecole des Pervenches, un chef d’oeuvre du Heimatstil, le groupe s’est dirigé vers le grand beau restaurant « La Fumisterie, chez Ernest » . Nous y avons été accueillis par trois générations de Mino-Matot, les descendants d’Ernesto, forgeron arrivé du Piémont à Genève en 1898 une première fois. Mobilisé par la guerre en 1916, il doit repartir pour l’Italie avec femme et enfants, mais revient à Genève en 1920 où il trouve du travail dans une entreprise de chauffage. Licencié durant une grave maladie, il repart à zéro en 1925 en montant son propre atelier. Son fils Umberto travaille dès l’âge de 14 ans avec son père, tout en suivant des cours du soir pour se former comme technicien en chauffage. Il se marie, a trois fils, mais en 1942, à son tour d’être appelé sous les drapeaux italiens. A son retour en 1948, il achète un terrain à Carouge, au Rond-Point des Noirettes et crée une véritable entreprise de chauffage central et de ventilation qui se développe bien. Il installe le chauffage de l’hôpital, de l’aéroport, de la Cité nouvelle d’Onex… Deux de ses fils deviennent ingénieurs et reprennent la maison en 1974. Mais les temps changent, le matériel n’est plus fabriqué à Genève, les frères Mino-Matot déménagent leurs vastes bureaux à Plan-les-Ouates et un garage s’installe durant quelques années dans les locaux de la fumisterie. Les petits-enfants d’Umberto, Jean-François, Marie-Claude, Pascal, Christophe et les deux Frédéric se battent pour garder ce lieu convoité par les promoteurs. Ils sauvent aussi une vieille maison, « la Barca » rebaptisée « la Maison rouge », restaurants italiens fameux, et retapent complètement le bâtiment familial pour y installer ce beau restaurant « La Fumisterie ».
C’est Jacques, le fils d’Umberto qui a suivi une autre voie (sa dernière fonction : responsable des classes d’accueil du Cycle d’orientation), qui me raconte l’histoire familiale. Son fils, sa belle-fille et ses petits-fils habitent les anciens locaux administratifs transformés en appartement situés juste au-dessus du restaurant. Lui-même habite maintenant rue des Caroubiers. Sa femme, la docteure Annie Mino, décédée en 2015, appelait en riant le carrefour des Noirettes « Little Italy » : des restaurants, un barbier, une épicerie, autrefois un carrossier, et leurs familles. Tout le monde parle italien et se tutoie. Le cuisinier et gérant de La Fumisterie, Mauro Parachini, lui aussi immigrant piémontais, perpétue la tradition des bons repas conviviaux et des apéros festifs. Le mercredi 22 novembre dès 17 h, d’ailleurs, avec l’Association des habitant-e-s de la Praille, il organise une fête des châtaignes selon la tradition piémontaise. Bienvenue dans une des Little Italy de Carouge !