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Le minerai dédié à l’énergie nucléaire est en hausse de 50% depuis le début de l'année alors que les titres liés aux mines ont presque doublé.
La hausse du cours de l’uranium est spectaculaire. Est-elle justifiée et pérenne? Comment les investisseurs peuvent-ils se positionner sur cette thématique?
2021 restera probablement dans les mémoires comme une année exceptionnelle pour les marchés d’actions. Seule ombre au tableau: les pénuries d'approvisionnement et la flambée des prix de l’énergie qui sévissent en Europe et d'autres régions du monde. Parmi les raisons structurelles à l'origine de cette crise énergétique, le fait que la plupart des pays développés aient progressivement réduit leur dépendance aux énergies fossiles et se soient tournés vers les énergies renouvelables, mais pas assez rapidement pour combler les besoins des consommateurs – en tout cas dans cette phase de reprise.
Le gaz naturel et le charbon fournissent à eux deux plus de 35% de la production totale de l'UE. Alors que le charbon, combustible le plus polluant, est progressivement éliminé, de nombreux pays ont recours au gaz naturel comme ressource de transition pour prendre le relais avant le déploiement d'énergies propres, telles que les éoliennes et les panneaux solaires. Mais comme nous le voyons actuellement, l’offre actuelle de gaz naturel peut s’avérer être insuffisante.
Les gouvernements du monde entier n'auront probablement pas d'autre choix que d'augmenter drastiquement les investissements en énergies renouvelables s’ils veulent atteindre leurs objectifs climatiques tout en évitant les pénuries d'énergie. Toutefois, les énergies renouvelables ne peuvent remplacer les combustibles fossiles dans un laps de temps aussi court. Il est donc impératif de recourir à des énergies alternatives.
Il existe une source d’énergie dont les émissions de CO2 sont similaires à celles de l'éolien mais dont la production a l'avantage d'être plus facilement pilotable que celle des énergies renouvelables: il s’agit du nucléaire.
Il y a dix ans, le terrible tremblement de terre de Tohoku a frappé le Japon. Bien que 18’000 personnes aient été tragiquement tuées par le tsunami, c'est bien l'effondrement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi qui a marqué les esprits en dehors du Japon.
Au lendemain de la catastrophe, de nombreux Etats ont établi un moratoire sur l'énergie nucléaire. Le Japon et l’Allemagne ont fermé des réacteurs en activité ce qui a entraîné une baisse de la demande d'environ 10%. L'impact sur l'uranium a été énorme car contrairement à d’autres industries, l'extraction de l'uranium ne sert qu'un seul objectif: alimenter les réacteurs nucléaires. De ce fait, l’effondrement de la demande en provenance des centrales a eu des conséquences dramatiques sur les prix.
En effet, les fournisseurs mondiaux d'uranium travaillent sur la base de contrats à long terme et la baisse de la demande a ouvert la voie à plusieurs années de surproduction et de baisse des prix, entraînant un très long marché baissier pour les actions d'uranium.
Le point bas des prix de l'uranium a été observé fin 2016 à 18 dollars par livre, soit une baisse de 75% par rapport au niveau de 71 dollars avant Fukushima. Pour les actions des mines d'uranium, le marché baissier a duré encore plus longtemps avec un plus bas en mars 2020 et ce après une baisse de 93% pour le Global X-Uranium ETF (voir le graphique ci-dessous).
Il y a un an, un investisseur aurait pu (théoriquement) acheter toutes les actions de chaque société d'uranium cotée dans le monde pour moins de 12 milliards de dollar. Et ce pour une industrie qui fournit 10% de la production électrique mondiale...
A partir de 2017, l’intégralité des mines d'uranium ont commencé à réduire leur offre car à 18 $/lb, car aucune mine d'uranium ne gagnait de l'argent. Ainsi, Cameco et Kazatomprom, les deux plus grands producteurs au monde, ont à seuls supprimé 17,5% de l'offre mondiale. Pour mettre les choses en perspective, l'Arabie saoudite produit actuellement 17% de l'approvisionnement mondial en pétrole.
Mais ces arrêts de production n’ont pas eu d’impact suffisant sur l’offre et les prix, du fait de l’existence de contrats d'approvisionnement à long terme et de l’importance des stocks.
En 2020, la pandémie a eu des effets conséquents sur la production. Kazatomprom a dû réduire ses effectifs alors que Cameco a annoncé la suspension temporaire de la plus grande mine d'uranium au monde.
Toutefois, ce n'est pas la fermeture de certaines installations minières qui a déclenché le début d'un marché haussier pour les titres liés à l'uranium. Il s’agit plutôt de flux acheteurs massifs de la part des investisseurs institutionnels en prévision d’une reprise de la demande d'uranium physique. Ces flux ont déclenché une accélération du marché haussier à partir de fin 2020.
En avril 2021, Sprott, un gestionnaire d'investissement canadien, a fait l’acquisition de Uranium Participation Corp (UPC) et l'a renommée Sprott Physical Uranium Trust.
Alors que l'ancienne UPC détenait une quantité statique d'uranium, ce Trust adopte une approche très différente. Un dispositif permet à Sprott d'émettre de nouvelles parts chaque fois que le Trust se négocie avec une prime par rapport à sa valeur nette d'inventaire. Ces liquidités supplémentaires peuvent ensuite être utilisées pour acheter davantage d'uranium. Ce mécanisme a créé un cercle vertueux : les investisseurs qui détiennent de l'uranium achètent le trust, poussant la prime par rapport à la VNI à la hausse, forçant le Trust à acheter encore plus d'uranium, faisant monter les prix et attirant davantage d'investisseurs pour acheter le Trust. Et ainsi de suite.
Fin mai, UPC détenait environ 19 millions de pounds d'uranium. Trois mois après le lancement officiel du nouveau Trust, cette quantité détenue a augmenté à plus de 31 millions de pounds. Comme l'a souligné Patrick Poke (Livewire Australia), cette quantité supplémentaire représente plus de 8% de l'offre mondiale annuelle de mines. A ce rythme, le Trust pourrait bientôt acheter un tiers de l'offre mondiale en provenance des mines.
Dans le même temps, les sociétés de développement de l'uranium lèvent des capitaux pour acheter de l'uranium destinée au stockage. Ceci a pour conséquence de réduire de manière drastique les stocks disponibles, avec des effets conséquents sur le prix de l'uranium. Alors que le cours se situait autour de 28 dollars à fin mars, le prix a dépassé 50 dollars en septembre, une hausse spectaculaire mais qui situe toujours le prix en dessous du niveau à partir duquel les mines peuvent se permettre d’augmenter la production (60-70 dollars). Par conséquent, le marché reste sous-approvisionné de 50 millions de pounds par an, alors que le Trust et des centrales sont à la recherche de stocks.
Comme mentionné dans l'introduction, les gouvernements du monde entier prennent de plus en plus conscience de l'importance d'une production d'électricité fiable et sans carbone.
L'énergie nucléaire émet près de 70 fois moins de dioxyde de carbone que le charbon, ce qui la rend nettement moins consommatrice de carbone que les énergies fossiles. Dans l'intervalle, les coûts des centrales nucléaires ont tendance à être relativement bas, compte tenu de la quantité de matières nécessaire pour alimenter la centrale.
Dans ce contexte, il n'est pas surprenant de voir certains pays d’envisager le recours au nucléaire pour les décennies à venir.
Aux Etats-Unis, Jennifer Graham, Secrétaire à l'énergie, a récemment déclaré que «l'énergie nucléaire est essentielle pour faire face à la crise du changement climatique».
Dans le même temps, la crise énergétique en Europe a contraint les responsables politiques et les citoyens à reconnaître la logique inéluctable de l'énergie nucléaire. Des caractéristiques telles que la fiabilité 24/7, la résilience de la production quelque soient les conditions climatiques, la stabilité des prix et une sécurité énergétique supérieure ont remis les nouvelles constructions nucléaires à l'ordre du jour.
Au Japon, le premier ministre récemment élu, Fumio Kishida, a déclaré qu'il était crucial de relancer les centrales nucléaires.
La Chine a été l'une des principales sources d'expansion des capacités nucléaires ces dernières années. En 2010, l'énergie nucléaire ne représentait que 2% de sa production totale d'électricité. En 2020, ce chiffre n'était que de 5%. La Chine compte actuellement 50 réacteurs opérationnels, 16 en construction et 45 en planification.
Les fonds ESG ont enregistré de très fortes entrées de capitaux ces dernières années et l'uranium pourrait devenir une nouvelle destination pour ces flux.
En effet, le nucléaire sera probablement qualifié de label d'investissement vert dans le cadre de la taxonomie de la finance durable de l'UE. Ceci pourrait changer la perception sur le secteur, car il est possible que de nombreux investisseurs soient restés à l’écart de l’uranium pour des raisons d'exclusion/d'éligibilité.
Aux Etats-Unis, le plan d'infrastructure «Green new deal style» de 2 milliards de dollar de Joe Biden a permis la création d’une nouvelle Agence ARPA pour le climat qui a donné la priorité au développement et au déploiement de réacteurs nucléaires avancés. Ajoutons que le Sénat a approuvé l'année dernière la loi américaine sur les infrastructures nucléaires, conçue pour stimuler l'industrie nucléaire américaine, établir une réserve d'uranium stratégique, soutenir l'amélioration du cycle du combustible nucléaire américain et encourager les exportations de réacteurs américains dans le monde entier.
En ce qui concerne l'uranium physique, le Trust susmentionné est probablement la seule option disponible. Le Sprott Trust se négocie actuellement à la Bourse de Toronto sous les codes U-UN (Dollars canadiens) et U-U (Dollars américains). Le Trust se négocie avec une décote ou une prime par rapport à la valeur liquidative, et il peut être très volatil.
Il est également possible d’investir dans plusieurs ETF et titres vifs liés aux mines d’uranium. Citons notamment le Global X-Uranium ETF (URA) et le North Shore Global Uranium ETF (URNM) - voir le graphique ci-dessous.