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Alors qu’il était au pénitencier de Robben Island, Nelson Mandela a rédigé en 1974 un texte de souvenirs qu’il a fait sortir clandestinement de prison. A sa libération en 1990 après plus de vingt-sept ans de détention, il reprendra son manuscrit avec l’aide de ses vieux camarades Walter Sisulu et Ahmed Kathrada, eux aussi incarcérés, qui sera publié quatre ans plus tard sous le titre «Long way to freedom».
C’est cette autobiographie qui sert de fil conducteur au réalisateur britannique Justin Chadwick pour son film retraçant le destin hors normes de Nelson Mandela. Il survole en deux heures et demie l’étonnant parcours du charismatique leader de l’ANC, de son enfance dans un village dans la campagne jusqu’à son élection comme président de l’Afrique du Sud. Le film de Justin Chadwick sort sur les écrans alors que Nelson Mandela vient d’avoir 95 ans. Pas facile pour celui qui doit l’incarner de se glisser dans le personnage dont chacun a en mémoire de multiples images passées et actuelles. L’acteur britannique Idris Elba a passé des heures à regarder et écouter les discours de Nelson Mandela pour en capter les moindres détails et intonations. Il arrive de façon remarquable et très authentique à incarner celui qui fut d’abord un talentueux avocat créant le premier cabinet d’hommes de loi noirs de Johannesburg avant de devenir l’un des jeunes leaders du Congrès National Africain, adepte de la non-violence et de la résistance pacifique.
Incarcéré une première fois de façon violente et dans la plus parfaite illégalité, il choisit la clandestinité pour continuer son combat contre l’apartheid, loin de Winnie (Naomie Harris), sa femme bien-aimée et de ses tout jeunes enfants. Il prône l’action armée en réaction aux massacres de la population noire dans les townships. Il est à nouveau arrêté, jeté en prison sur une île, continuellement humilié, maltraité avec ses codétenus et compagnons de la première heure. Sa femme Winnie, qui élève seule leurs enfants, le soutiendra pendant toutes les années de captivité à Robben Island et deviendra une pasionaria au sein de l’ANC. Partout dans le monde, des comités exigent la libération de Mandela et la fin de la discrimination raciale dont le réalisateur montre la violence inouïe et la cruauté. Sous la pression intérieure et internationale, il sera libéré par le président De Klerk. Contrairement à Winnie, qui est, elle, pleine de colère, il renoue avec ses convictions non-violentes pour libérer l’Afrique du Sud de l’apartheid.
Le réalisateur s’est montré d’une fidélité remarquable en reconstituant des moments-clés de la vie de Mandela, par ailleurs immortalisés en noir et blanc par des photographes. L’émotion est palpable pendant toute la première partie du film, d’autant plus pour tous ceux qui, ici et ailleurs, ont soutenu ce long combat pour libérer Mandela et lutter contre l’apartheid. Dommage que sur la fin, le réalisateur ait voulu, par une musique envahissante et pompeuse, donner de l’emphase à la triomphale élection du premier président noir d’Afrique du Sud. Les chants, les danses et les cris de joie des foules rassemblées auraient suffi. Le film est un très bon passeur d’histoire pour les jeunes générations.