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Le mouvement connu aussi sous le nom allemand de Bauernheimatbewegung est né de l'union des groupes masculins et féminins appelés Junges Bauernland dans le canton de Berne. Leurs assemblées, appelées landsgemeinde, et leurs Bauernheimatwochen (semaines patriotiques des paysans), organisées depuis 1926, firent cause commune en 1932 avec le Centre de Möschberg, près de Grosshöchstetten, où la Hausmutterschule für Bäuerinnen fut l'une des premières écoles créées pour les paysannes. Le mouvement offrit des cours de perfectionnement et ouvrit une bibliothèque de prêt à distance de plusieurs milliers de volumes, contribuant ainsi à la formation et à l'instruction des jeunes ruraux.
Le mouvement se répandit au cours des années 1930 dans presque toutes les régions rurales protestantes alémaniques. Sa politisation, sous l'impulsion du conseiller national PAB Hans Müller (1891-1988), est due avant tout, en 1932-1933, à la politique déflationniste du Conseil fédéral, soutenue du reste par le parti agrarien. Les Jeunes Paysans luttèrent avec énergie pour le maintien des salaires et des prix. D'entente avec les syndicats ouvriers et les fédérations d'employés, ils lancèrent en 1934 l'initiative de crise. Ils combattirent par contre celle proposant une révision totale de la Constitution fédérale. A cause de divergences sur la politique économique, Müller fut exclu au printemps 1935 du groupe PAB des Chambres fédérales. En automne de la même année, la rupture entre agrariens et Jeunes Paysans devint définitive dans le canton de Berne. En accord avec les autres groupements de l'opposition paysanne qui avaient soutenu l'initiative de crise, les Jeunes Paysans s'engagèrent aussi dans le Mouvement des lignes directrices, créé au début de 1937 et où ils tinrent un rôle prédominant jusqu'en automne 1938.
L'acceptation par les socialistes de la politique financière du Conseil fédéral ébranla le Mouvement des lignes directrices et finit par isoler complètement les Jeunes Paysans qui, nonobstant la gravité croissante de la situation internationale, persistèrent dans leur opposition. En 1942 encore, avec les mêmes arguments qu'en 1934-1935, ils exigèrent la démission du Conseil fédéral. Au milieu des années 1940, le style autoritaire de Müller, violemment contesté depuis plus de dix ans, même au sein des Jeunes Paysans, aboutit au départ de plusieurs membres.
Encouragée par les maraîchers du mouvement, la fondation de l'Anbau- und Verwertungsgenossenschaft (AVG, coopérative créée pour la culture et la mise en valeur des produits) fit désormais porter l'accent sur un autre type d'activité. Pour écouler leurs produits, les producteurs AVG développèrent une agriculture biodynamique, en collaboration avec le médecin allemand Hans Peter Rusch. C'est ainsi que, dans les années 1950, un grand nombre d'exploitants (en comparaison européenne) passèrent à l'agriculture biologique. Grâce à ce travail sur le terrain, Möschberg devint un centre reconnu, non seulement en Suisse, mais aussi en Allemagne et en Autriche.
A la fin des années 1960 et au début des années 1970, les Jeunes Paysans jouèrent de nouveau un rôle important en contribuant à la reconnaissance légale de l'agriculture biologique. En revanche, Möschberg ne fut guère intéressé par la création de l'institut fédéral de recherches sur le sujet et ce n'est qu'après la mort de Müller, en 1988, que les Jeunes Paysans se rapprochèrent de nouveau du mouvement "bio" qui, entre-temps, avait gagné de l'importance. En réorganisant Möschberg, ils ont cherché, au milieu des années 1990, à en faire un lieu de rencontre pour tous les producteurs intéressés.
Bibliographie
– R. Riesen, Die schweizerische Bauernheimatbewegung (Jungbauern), 1972
– P. Moser, Der Stand der Bauern, 1994 (avec bibliogr.)
– P. Moser, «Hans Müller», in Intellektuelle von rechts, éd. A. Mattioli, 1995, 273-286
Auteur(e): Peter Moser / PV