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Le prix Renaudot ravive la guerre entre les libraires et le géant Amazon
Une erreur, une trahison, les libraires n'ont pas de mots assez forts pour qualifier la présence de "Bande de Français" de l'écrivain franco-israélien Marco Koskas dans la première sélection du prix Renaudot. Au dos de l'ouvrage: la mention Galligrassud, un calembour qui masque mal le fait que le texte a été auto-publié sur Createspace, le site d'Amazon. Or, ce livre, les libraires ne peuvent pas le vendre.
Leur concurrent le plus redoutable
"Le modèle d'Amazon en matière d'édition, c'est qu'il ne prévoit pas de revendre le livre aux autres libraires", dénonce Damien Malfait, de la libraire du Boulevard à Genève. "Je ne peux me procurer le livre chez Amazon qu'en tant que particulier. Je n'ai aucune marge de revente. Sans compter que je n'ai aucune envie de reverser de l'argent à mon concurrent le plus redoutable."
Le boycott des libraires
En signe de protestation, certains libraires français ont décidé de ne plus commercialiser les ouvrages écrits par Patrick Besson, le juré du Renaudot qui a soutenu la sélection de l'ouvrage incriminé. Si "Bande de Français" devait se retrouver sur la liste des derniers nominés ou même recevoir le prix, ils ont déjà annoncé qu'ils boycotteraient les livres écrits par tous les membres du jury.
Pascal Vandenberghe, le directeur des librairies Payot, serait prêt à les imiter si le livre de Koskas devait recevoir le prix. "Les jurés sont des auteurs de premier plan comme Le Clézio, qui a reçu le prix Nobel. Mais s'ils n'entendent pas raison et qu'ils trouvent qu'Amazon est si bien, qu'ils aillent y vendre leur livre."
La menace Amazon
Un ouvrage qui reçoit le Renaudot peut voir ses ventes augmenter, même si le prix n'a pas autant de pouvoir prescriptif que le Goncourt. Cela représenterait donc un manque à gagner pour les libraires, d'autant plus que le prix Nobel de littérature ne sera pas décerné en 2018. "Ce n'est pas le problème, explique Pascal Vandenberghe. Mais c'est une forme de trahison."
Ce n'est pas le principe de l'autoédition que condamnent les libraires, mais le fonctionnement d'Amazon, comme le confirme Damien Malfait: "Amazon, c'est une algue invasive dans un univers du livre qui est déjà assez fragile. Il cherche à imposer une économie verticale dont il maîtrise tous les chaînons, de la création du livre jusqu'à la vente au client."
Les éditeurs absents du débat
Si les libraires montent au créneau, les éditeurs, eux, ne condamnent pas la sélection du Renaudot. Parce qu'ils ne se sentent pas menacés par Createspace, ou peut-être parce qu'Amazon est déjà leur plus gros client.
>> L'interview de l'écrivain Quentin Mouron dans le 19h30:
Julie Conti
Publié le 14 septembre 2018 à 20:21 - Modifié le 15 septembre 2018 à 09:39
Un texte dont personne n'aurait voulu
Il assure avoir proposé "Bande de Français" à plusieurs éditeurs, sans qu'aucun n'accepte de le publier. Un problème idéologique selon lui. Son livre raconte le destin de Français qui quittent la France pour fuir l'antisémitisme et s'installent en Israël.