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Pierre Segond (1913-2000)
Pierre Segond a été l’organiste de la cathédrale de 1942 à 1994, soit pendant 52 ans. Son prédécesseur Otto Barblan avait occupé cette charge pendant 55 ans. Ainsi, pendant plus d’un siècle l’orgue de Saint-Pierre n’a eu que deux titulaires.
Historique
Pierre Segond est né le 8 février 1913 à Genève d’une famille qui compte dans ses rangs le théologien Louis Segond, auteur d’une traduction de la Bible. Il a fait ses études secondaires au Collège de Genève parallèlement à des études musicales complètes. Il a obtenu ses diplômes de piano et d’orgue, puis il a complété sa formation au Conservatoire de Paris dans la classe de Marcel Dupré. Il a obtenu un brillant Premier Prix en 1939. Il était le condisciple de Jehan Alain. C’est en 1942 qu’il a été nommé titulaire des orgues de la cathédrale, à la suite d’un concours. Il avait alors 29 ans. A cette époque, la vie musicale à Genève était fort différente de celle d’aujourd’hui. Des concerts à la cathédrale, il n’y en avait pour ainsi dire jamais. Pierre Segond brûlait d’impatience de se faire entendre. Il a commencé à organiser des concerts tout seul.
Puis, peu à peu une structure s’est mise en place et il a invité les grands organistes d’alors à se produire à Saint Pierre. Souffrant des défectuosités de l’instrument de 1907, il a engagé la Paroisse à acquérir un nouvel orgue. Celui-ci, construit par la Manufacture Metzler, a été inauguré en 1965. C’est à ce moment que sont nés les Concerts de la Cathédrale, dont il a été président pendant plusieurs années.
Il a donné de nombreux concerts en Suisse et à l’étranger. Il jouait volontiers la musique ancienne, peu connue au début de sa carrière, il aimait César Franck, et il faisait découvrir la musique de ses contemporains, de son ami Jean Alain d’abord, mais aussi celle de Jean Langlais, Gaston Litaize ou Olivier Messiaen. Mais son auteur préféré, comme c’est le cas pour beaucoup d’organistes, était Jean-Sébastien Bach. Ses collègues français admiraient particulièrement son interprétation des chorals, qui était empreinte de sensibilité et de spiritualité.
Tous ceux qui ont connu Pierre Segond se souviennent d’un homme charmant, toujours aimable et souriant, plein de vivacité et d’humour. Il n’avait que des amis. Toutes les pensées de ce grand rêveur tournaient autour de la musique.
Il a toujours pris très à cœur sa tâche d’organiste d’église, cherchant à s’intégrer le mieux possible dans le culte. Il choisissait les pièces qu’il allait jouer en fonction des lectures et de la prédication, improvisant souvent pour commenter musicalement ce qu’il avait entendu.
Il est l’auteur de quelques jolies pièces pour le piano et pour l’orgue.
Il fut aussi un pédagogue remarquable. Ayant souffert de l’enseignement très dogmatique qu’il avait subi au Conservatoire de Paris, il avait une attitude souple avec ses élèves. Son étonnante intuition lui faisait sentir ce dont ses élèves étaient musicalement capables. Il les devinait en quelque sorte, pour leur faire donner ce qu’ils avaient de meilleur. Ses élèves venaient d’un peu partout en Suisse romande. Et il faut remarquer que tous les organistes romands d’après sa génération qui ont fait une carrière internationale ont été ses disciples, et il faut remarquer aussi qu’ils sont tous très différents les uns des autres.
La Ville Genève lui a décerné son Prix quadriennal, et vient de créer un Prix Pierre Segond, qui sera offert chaque année à un élève d’orgue du Conservatoire de Musique.