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Antonin Dvorak, Symphonie du nouveau monde
1.
1 Biographie de Dvorak
2 Dvorak analyse de la Symphonie du nouveau monde
3 Dossier concert de septembre 2008
4 L'orchestre symphonique
5. La symphonie
6. Documents pour les élèves
Il s'agit d'un natif de la Bohême. Le r surmonté d'un accent circonflexe à l'envers se prononce « rj », ce qui fait qu'on doit dire « Dvorjak» (en roulant le r, c'est encore mieux). Il vécut de 1841 à 1904. Son enfance fut bercée par la musique folklorique de son pays, les danses rustiques et les joyeuses chansons paysannes. Son père descendait d'une longue lignée de bouchers mais jouait de la cithare pour accompagner les noces villageoises. C'est ainsi qu'Antonin reçut un début d'éducation musicale en jouant du crincrin (violon) aux côtés de son père.
Dvořák s'installa à Prague dès l'âge de 16 ans et c'est là qu'il entendit pour la première fois quelques compositions de Smetana qui l'enthousiasmèrent. Il décida alors que sa musique s'inspirerait, elle aussi, du folklore bohémien. Comme il fallait bien vivre, il fut violoniste au Théâtre national puis organiste de l'église Saint-Adalbert. Plus tard, il devint professeur au conservatoire de musique de cette ville.
Le succès vient
Si l'on s'en réfère aux standards de la musique classique, Dvořák fut un phénomène. Il n'était, en effet, ni tourmenté, ni perturbé comme cela avait été le cas avant lui, de certains de ses illustres prédécesseurs (Beethoven, Berlioz. Schumann ... ). Il avait une personnalité radieuse en dépit du fait qu'il ressemblait plutôt à un bouledogue bien policé qu'à un romantique échevelé. Cette heureuse disposition se retrouve dans sa musique.
Dvořák était un homme aux manières pondérées, ayant des goûts simples et une famille de six enfants. Il s'adonnait à l'élevage des pigeons, contemplait rêveusement les locomotives. Ce fut aussi un phénomène pour une autre raison : sa musique devint très vite populaire, certainement à cause de son don inné pour la mélodie et de l'utilisation qu'il faisait de thèmes folkloriques.
Au nombre de ses admirateurs, il faut citer Brahms qui avait un goût marqué pour les mélodies faciles à fredonner. C'est lui qui présenta le jeune auteur à son éditeur Sirnrock qui accepta dès lors de publier la musique de cet inconnu. Cette relation fut plus profonde que de simples rapports sociaux. On perçoit nettement l'influence brahmsienne dans certaines des symphonies de Dvorak, la Septième. particulièrement.
Une invitation en l’Amérique
A l’âge de 51 ans, Dvořák fut invité en Amérique pour diriger le Conservatoire national de musique qui venait d'être créé à New York. Il hésita beaucoup, invoquant son orgueil national, le riche héritage culturel de la Bohême, sa famille et ses admirateurs. Mais quand il découvrit que le salaire offert était 25 fois plus élevé que celui qu'il percevait à Prague, il n'hésita plus et s'embarqua par le prochain bateau.
Il resta aux États-Unis pendant trois ans. Il ressentit un profond mal du pays, qui se trouva encore accentué par le temps qu'il passa dans une colonie bohémienne de l'Iowa. Au cours de son séjour, il découvrit le folklore indien et la musique africaine qui l'inspirèrent pour l'écriture de la plus célèbre de ses symphonies, la Neuvième, dite «Du Nouveau Monde». Le mélancolique solo de cor anglais du deuxième mouvement rappelle les negro-spirituals, et le scherzo du troisième mouvement décrit, selon l'auteur même, une danse indienne lors d'une fête dans la forêt.
Les Américains estiment que la Symphonie du Nouveau Monde est réellement de la musique de leur pays. Mais, pour un Tchèque, c'est sans aucun doute de la musique bohémienne. Pour un compositeur, c'est un vrai tour de force que d'inspirer un sentiment nationaliste à deux groupes ethniques aussi différents.
Symphonie No 9 en mi mineur opus 95
Symphonie du nouveau monde
(Antonin Dvořák 1841 – 1904 )
CIRCONSTANCES DE COMPOSITION
On sait que Dvorak fut appelé à la direction du Conservatoire National de New York où il resta près de deux ans et demi (octobre 1892 - fin du mois d'avril 1895). A ce séjour nous devons la composition de son ultime symphonie, dont la première audition, le 16 décembre 1893 à Carnegie Hall, par la Société Philharmonique de New York sous la conduite d'Anton Seidl, fut un triomphe.
A cette époque, Dvorak, dont l'instinct profond le portait à s'intéresser d'emblée à l'art populaire, se passionna pour les chants et les danses des Noirs d'Amérique. " Mais il devait ressentir encore autrement la réalité transocéanique. Il vit de vastes cités, des ports bourdonnants, toutes sortes de races d'hommes, une nature prodigieuse et aussi les misérables survivants du peuple indien réduits au colportage ou à la mendicité. Tout cela en lui s'amalgama, puissante inspiration doublée d'un motif non moins fort, sinon même encore plus impérieux: le mal de sa patrie lointaine, nostalgie fervente, irrépressible. Bilan de tout cela: la Symphonie en mi mineur, dont Dvorak dit lui-même que c'est de la musique tchèque où parle le pays natal; il ajoute toutefois qu'elle n'aurait pas vu le jour si lui n'avait pas vu l'Amérique."
L'INSPIRATION
"Cette symphonie, qui me plaît beaucoup, écrivait Dvorak, se distingue de mes compositions antérieures. Celui qui a un peu de flair devra y reconnaître l'influence de l'Amérique." Mais ce serait une erreur de croire que Dvorak s'est contenté de paraphraser des thèmes du folklore américain; il s'en est d'ailleurs expliqué à différentes reprises. "Je vous envoie une analyse de Kretzchmar, confiait-il à un ami: mais ne croyez pas à ce non-sens lorsqu'il affirme que j'ai usé de mélodies originales ; je me suis laissé inspirer tout simplement par l'esprit de ces mélodies populaires ... Et ailleurs : "C'est une absurdité de dire que j'ai utilisé des motifs indiens et américains ... Je me suis seulement donné la peine d'écrire dans l'esprit des mélodies populaires américaines. "
Si la Symphonie du Nouveau Monde est en définitive beaucoup plus un message artistique du Maître de Prague à ses amis d'Europe auxquels il ne cessait de songer, qu'une œuvre à programme construite sur des thèmes populaires 'américains, il n'est certes pas inutile de signaler « l'influence de la lecture du chant d'Hiawatha de Longfellow, dont les réminiscences sont perceptibles dans le Largo (mise au tombeau de Minéhaha dans la forêt) et dans le Scherzo (danse solennelle du jeune Indien) ». On a également voulu trouver une ressemblance avec un negro spiritual, Swing low, sweet Chariot, dans le second thème exposé par la flûte.
L'ŒUVRE
Voici comment le biographe attitré de Dvorak, Otakar Sourek, interprète fort justement l'ouvrage : « Les premier et dernier mouvements sont pleins de l'animation intense et du fol affairement qui accablent le compositeur au moment où il entre dans les rues, dans les embarcadères et dans les magasins de New York, fourmilière immense, où pullulent toutes les races possibles. Ces deux mouvements, dont l'atmosphère varie très vite, se distinguent par un rythme accéléré et par une verve joyeuse; c'est surtout le dernier qui prend des dimensions immenses et grandioses. Les deuxième et troisième mouvements, qui sont en contraste profond avec le premier et le quatrième, s'inspirent tantôt de certains passages du poème Hiawatha de Longfellow (par exemple le largo de la description des funérailles indiennes, et le scherzo, de la fête et de la danse indiennes), tantôt de souvenirs de la patrie, tantôt de la nostalgie du compositeur.»
La Symphonie du Nouveau Monde comme l'ensemble des symphonies de Dvorak (à l'exception de la troisième), adopte le schéma classique en quatre mouvements :
LE PREMIER MOUVEMENT (Adagio - Allegro molto) s'ouvre sur un adagio, d'une grande noblesse, introduit par les violoncelles auxquels répond un bref appel de cors. Il adopte la forme sonate dont le thème principal est en deux éléments, exposés l'un par les cors qui l'animent d'un souffle lyrique, l'autre, plus nerveux, par les clarinettes et les bassons (Ex. 1a et 1b sur la partition), avec reprise par les hautbois, d'une part, les flûtes, les hautbois et les bassons, d'autre part. Le premier élément passe aux cordes à l'unisson, puis à tout l'orchestre avant de céder la place au second motif confié aux violons, qui le répètent successivement au-dessus des appels des cors et d'un contre chant de la clarinette et du basson. Le deuxième thème (Ex. 2) s'oppose au précédent par son caractère dansant exprimé par la flûte et le hautbois, suivi des cordes qui conduisent, dans un climat apaisé, à la troisième idée exposée par la flûte (Ex. 3). Plein de fraîcheur, ce nouveau thème s'anime très vite aux violons pour éclater aux cuivres.
Le développement utilise d'abord ce troisième thème présenté par le cor, puis par le piccolo auquel répond en écho la trompette. 1b lui succède avant le retour fortissimo de 1a clamé par les bassons et les trombones. Les thèmes dominent ensuite l'un après l'autre jusqu'à la ré exposition où l'on retrouve les idées du début. La coda termine somptueusement et avec éclat cette page initiale de la symphonie.
LE DEUXIEME MOUVEMENT (Largo), est le plus célèbre et le plus beau de la partition. Après une courte introduction confiée aux cuivres, clarinettes et bassons, le cor anglais développe un thème nostalgique que reprennent les cordes (Ex. 4). Dans la partie centrale, un motif frémissant et plus animé des flûtes et des hautbois précède une complainte rêveuse des clarinettes (Ex. 5), qui pourrait rappeler les funérailles indiennes de Hiawatha ; Puis, comme pour mettre fin à cette triste évocation, le hautbois lance de la façon la plus inattendue un chant d'oiseau gai et frais: c'est « l'éveil progressif de la vie animale dans la prairie ». Après un bref rappel du premier mouvement, le thème du cor anglais est ré exposé avec quelques variantes.
LE TROISIEME MOUVEMENT est le traditionnel Scherzo avec son Trio. Le Scherzo: quatre mesures d'introduction avec coups de timbales, puis les cordes préparent l'entrée du premier thème; léger et en notes piquées (Ex. 6), celui-ci est confié aux flûtes et aux hautbois, avec réponse en canon des clarinettes, et repris par les violons. Le second thème (Ex. 7), de caractère pastoral, est chanté en dialogue par les bols. Le retour du premier thème termine le Scherzo. Dans le Trio, également en deux parties, Dvorak semble se souvenir des rythmes de son pays natal, notamment dans la première danse. Le Scherzo est repris entièrement et s'achève par une ample coda dans laquelle parait le thème principal du mouvement initial.
LE QUATRIEME MOUVEMENT (Allegro con fuoco) utilise deux thèmes principaux : un thème d'allure martiale confié aux cuivres (Ex. 8), amplement développé par les cordes et les bois, qui contraste avec le lyrisme du second thème, chanté par la clarinette (Ex. 9) avant de s'épanouir aux cordes. Puis les motifs des mouvements précédents font leur apparition, "ils se croisent, s'enlacent, se combattent, se renforcent au cours de la dernière partie" qui s'achève dans l'apothéose du premier thème.
La symphonie no 9, dite du « Nouveau Monde » de Dvoràk.
Né en 1841 et mort en 1904, Anton Dvoràk demeure le compositeur le plus important de l’école romantique tchèque. Sa célébrité le conduisit à séjourner aux Etats-Unis entre 1892 et 1895 où il fut nommé directeur du Conservatoire de New York. La symphonie dite « du Nouveau Monde » fut précisément composée durant ce séjour américain. Créée le 15 décembre 1893, son exécution remporta un immense succès.
Dvoràk y adapte avec une remarquable homogénéité des éléments mélodiques américains. Il n’utilise en fait aucun thème préexistant de la musique américaine mais s’inspire profondément de son esprit : « J’ai tout simplement écrit des thèmes à moi, leur donnant les particularités de la musique des Noirs et des Peaux-Rouges ; et, me servant de ces thèmes comme du sujet, je les ai développés au moyen de toutes les ressources, du rythme, de l’harmonie, du contrepoint et des couleurs de l’orchestre moderne », avait déclaré le compositeur. Il est vrai que cette symphonie n’aurait jamais été écrite comme telle si Dvoràk n’avait pas séjourné aux Etats-Unis, mais il ne renonce pas pour autant, dans cette œuvre à ses origines slaves. Les mouvements sont les suivants :
1. Adagio-Allegro molto
Quelques mesures sourdes aux cordes, un appel lointain de cor, une réponse en écho des bois, un silence suivi de brusques sursauts partagés entre les cordes, les timbales et les vents nous conduisent au thème principal de l’Allegro. Il est évoqué par les cors, puis par les clarinettes et le hautbois. Ce thème constitue l’élément-clé de toute l’œuvre, puisqu’il apparaîtra de manière plus ou moins évidente dans chacun des mouvements de cette symphonie. Le deuxième thème de ce mouvement, joué par la flûte et le hautbois sur un rythme de polka, nous rappelle le thème de la noce paysanne de la Moldau de Smetana. Un 3ème thème nous entraîne dans le développement de ce mouvement qui constitue un chef d’œuvre de modulation dans les différentes tonalités. La réexposition nous ramène la tonalité principale de mi mineur et nous conduit à l’impressionnante conclusion de ce mouvement.
2. Largo
C’est le mouvement le plus célèbre de la symphonie et le plus typiquement américain. Dvoràk voulait d’abord l’intituler « Légende », en s’inspirant du poème de Longfellow, Chant de Hiawatha, qui évoque une scène de funérailles dans la forêt. Après un grandiose choral modulant aux cuivres, le cor anglais chante la belle et nostalgique mélodie sortie des fins fonds du Far West. Une partie intermédiaire un peu moins lente fait la part belle au lyrisme des clarinettes. Mais le sommet de ce mouvement est l’épisode pastoral lancé par le hautbois et répété successivement par les différents registres de l’orchestre qui nous conduit au retour du thème principal du 1er mouvement joué magistralement par les cuivres. Le chant nostalgique du cor anglais et des violons nous ramène au choral initial des cuivres. Des cordes d’une douceur extrême servent de conclusion à ce mouvement.
3. Scherzo – Molto vivace
Dvoràk aurait voulu dépeindre ici une fête dans la forêt avec une danse frénétique des Peaux-Rouges évoquée magistralement par les timbales. La forme et le dynamisme de ce scherzo nous rappelle ceux des scherzos beethovéniens et particulièrement celui de la 9me symphonie. La partie centrale, divisée en deux sections, est constituée par une danse populaire au caractère slave jouée successivement par les bois et les cordes. Toute la première partie de ce Scherzo est ensuite rejouée avec le même dynamisme pour nous conduire à la conclusion de ce mouvement.
4. Allegro con fuoco
Le final constitue une sorte de synthèse de tous les éléments thématiques d’origine américaine ou européenne de cette œuvre. L’orchestre tout entier entraîné par les cordes se lance dans un allegro endiablé exploitant toutes les couleurs des différents registres. C’est une sorte d’hymne triomphal à la gloire du Nouveau Monde. Une partie centrale plus calme nous rappelle plusieurs éléments thématiques des autres mouvements. La densité orchestrale se reconstitue progressivement avec le retour du thème principal de ce mouvement. Un brassage des principaux thèmes de l’œuvre nous conduit progressivement à la conclusion de cette symphonie. Un decrescendo des vents en constituera le point d’orgue final
Œuvre riche et puissante, d’une remarquable clarté en raison du relief de ses idées, la Symphonie du Nouveau Monde, aussi slave qu’américaine, pourrait être rebaptisée « Symphonie du Monde entier ». Sa popularité justifiée, n’a eu que le tort d’occulter certaines des symphonies précédentes de Dvoràk.