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Grâce à des artistes comme Loreena McKennitt, les Pogues, Flogging Molly ou les Dropkick Murphys, on associe dans le monde entier la musique irlandaise à des airs gais et entraînants. C’est oublier que sa tradition musicale populaire connaît aussi une facette plus sombre, à l’image de son histoire.
Né le 15 novembre 1933 à Dublin, Liam Weldon arrive au monde dans un Irlande encore meurtrie par la guerre civile, qui commence à nourrir à nouveau l’espoir d’une nation indépendante de l’influence anglaise depuis les élections de 1932, qui donnèrent une majorité parlementaire au parti conservateur Fianna Fáil.
Comme beaucoup d’autres Irlandais de son siècle, Liam connaît une vie difficile, marqué par la pauvreté, la faim, l’exil de ses compatriotes, et la fraîche amputation du nord du pays, rattaché au Royaume-Uni. Il trouve un refuge à sa misère dans la musique populaire irlandaise, en particulier dans les chants propagés dans le pays par les Travellers, ces « gitans » irlandais écumant, encore aujourd’hui, le pays à bord de leurs charrettes, que sa nounou accueillait dans son propre jardin lorsqu’il était enfant. Cette cohabitation éveilla dès son plus jeune âge une sensibilité particulière pour les fils défavorisés de l’Irlande, qu’on retrouvera plus tard dans certaines de ses chansons comme ‘The Blue Tar Road‘.
De l’usine au chant
Épuisé par son emploi dans une usine de laine, lui rapportant à peine de quoi subsister, il continue à développer en secret un amour de la musique irlandaise, confectionnant ses propres instruments et ne disant pas non à qui lui donnerait un penny pour entendre sa voix. En 1968, il change de carrière, et se met à installer des chaudières ; un emploi qui l’amène à voyager à travers le pays. Chaque fois qu’il arrive dans une nouvelle localité, son premier réflexe est de se rendre au pub pour entendre les chansons qui s’y jouent, veillant à éduquer son oreille et à nourrir son répertoire pour le jour où une occasion lui permettrait de vivre de sa passion. Se produisant majoritairement dans les pubs de « la Pâle » en solo ou en groupe, il ne produira qu’un seul vinyle en 1976, réunissant onze morceaux. Cette rareté profitera, vingt ans plus tard, d’une réédition en cd sur le label folk Compass Records.
Si Liam Weldon vaut le détour, c’est qu’il se détache sur différents aspects d’une scène musique irlandaise alors extrêmement prolifique – dont le monde entier ne retient pourtant que, grosso modo, les Dubliners, les Chieftains voire les Clancy Brothers. En effet, alors que les formations citées ont séduit les oreilles non-initiées avec une riche ornementation instrumentale, à grands renforts de flûte irlandaise, de violon ou de bódhran, ce tambourin typiquement traditionnel, Liam Weldon amorce une démarche inverse et a réduit l’instrumentation à son minimum. Tout juste si l’on entend ici un accordéon mélancolique servir d’appoint à sa voix (comme ci-dessous, dans les mains de Paddy O’Brien), là une guitare (Donald Lunny), ou un bódhran qu’il manie lui-même, lorsqu’il ne bascule pas carrément dans l’a cappella.
Rares chansons
Sur les onze chansons qui nous restent de l’artiste, disparu en 1995 dans un anonymat complet, cinq ont par ailleurs le point commun d’avoir été écrites par Liam Weldon lui-même, là où de nombreux artistes irlandais, les Dubliners les premiers, préféraient largement puiser dans le folklore musical de leur pays et compter sur des arrangements inédits pour trouver leur public. Des arrangements, Liam Weldon s’y est attelé aussi, mais c’est au bout des longues pérégrinations de village en village mentionnées plus haut, où il s’est plongé dans les entrailles secrètes de son pays pour en extraire les chansons à même de projeter ses sentiments. Ce n’est donc pas lui que vous entendrez chanter des ‘Dirty Old Town‘, ‘The Wild Rover‘ et autres ‘Molly Mallone‘.
D’ailleurs, c’est au nombre de ses compositions originales qu’on trouve la terrible ‘Dark Horse On The Wind‘, sa plus célèbre, à propos de laquelle il disait :
« Cette chanson est vraiment la cristallisation de mes réflexions et de mes sentiments à l’égard de l’Irlande : l’angoisse et l’épouvante, la culpabilité et la lâcheté de nous tous réunis – pas seulement chez les politiciens et les poseurs de bombe – l’ambivalence entre dire une chose, et en faire une autre ; notre perpétuel échec en tant qu’êtres humains dans une situation où les chiens de toute espèce se permettent d’exécuter des hommes. »
Cette pensée sombre, pétrie de désespoir, emplit la majorité de ses morceaux. Liam Weldon, mieux que quiconque, est parvenu à retranscrire en musique les plaies d’un pays à l’histoire tragique et à la culture fascinante, qui ne saurait être réduite à la Guinness et aux enfantillages dansants de certains groupes se réclamant d’un héritage irlandais.