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Orchestre symphonique genevois
Textes : Frédéric Joye
Genève : Fondation de l'Orchestre Symphonique Genevois, cop. 2002

L' OSG ET LA VIE MUSICALE GENEVOISE
Extrait de : Orchestre Symphonique Genevois, Fondation de l'Orchestre Symphonique Genevois / Frédéric Joye, [plaquette commémorative parue à l'occasion du 25e anniversaire de l'OSG], Genève, 2002, 70 pp.
C'est à la faveur du 25e anniversaire de l'OSG que l'on se penche sur les conditions de sa création, son développement et l'évolution de ses caractéristiques dans l'histoire. Mais si l'acteur principal de ce petit travail est l'orchestre conçu comme lieu de création musicale et d'échange social, il ne faut pas oublier qu'il bénéficie d'une dynamique plus large, dans laquelle il s'inscrit : le parcours de cet orchestre d'amateurs est évidemment lié à l'évolution du tissu musical genevois, dont il est nécessaire de dire quelques mots.
En 1977, l'annonce de la création de l'OSG dans les colonnes de la Tribune de Genève suscite quelques réactions de la part des autres quotidiens qui, dans l'ensemble, saluent positivement l'initiative. A l'image de Georges Bernand qui s'exprime à ce sujet dans Voix Ouvrière le 24 août 1977, l'idée de puiser dans le réservoir des Conservatoires et Ecoles de musique de Genève est bien reçue. Mais il y a aussi des réactions plus tempérées, comme le souligne un article paru dans La Suisse le 26 novembre suivant: «N'oublions pas que notre ville compte déjà, en tout cas, deux orchestres d'amateurs. Ne serait-ce pas l'occasion, plutôt que de diviser les forces (car celles-ci ne sont pas illimitées) de les regrouper en une formation unique [..] ?»
En effet, l'OSG n'est pas seul dans le créneau des amateurs, même si les deux orchestres évoqués, l'Orchestre de Saint-Pierre-Fusterie et l'Orchestre de Saint-Jean, sont des formations réduites mais solidement ancrées dans le paysage musical de la place, bien que, au contraire de l'OSG, elles n'auditionnent pas les musiciens. En marge des formations professionnelles comme le Collegium Academicum ou l'OSR, véritable institution locale de réputation internationale, le tissu musical est déjà bien développé, sans parler des fanfares communales et formations d'harmonie comme l'Harmonie nautique, la Landwehr ou l'Ondine genevoise, qui sont autant de centres d'apprentissage et de pratique musicale.
UN ORCHESTRE SYMPHONIQUE, AVEC DE SOLIDES PARRAINS
Dans ce contexte, la création de l'OSG ne pouvait pas être motivée par le seul fait de réunir des amateurs. En fait, le nouvel ensemble doit sa survie à deux caractéristiques dont les autres formations étaient alors dépourvues. Il y a d'abord l'ambition de créer un orchestre symphonique, tant par l'effectif que par le répertoire ; certes, on a vu que le caractère symphonique de l'OSG n'a été véritablement assumé qu'à partir des années 1988-1989, après le départ de David Blum, l'arrivée du nouveau chef Hervé Klopfenstein et l'augmentation de l'effectif. Mais force est de constater qu'en regard des autres formations amateurs existantes en 1977, un orchestre de cinquante musiciens pouvait se targuer d'être symphonique, même si son répertoire balançait de Bach à Beethoven. La seconde caractéristique réside dans la nature entièrement privée de l'initiative: né du soutien de l'Association de l'Orchestre de Chambre de Genève, de la Tribune de Genève et du Centre culturel Coop-Genève, l'OSG dispose de solides parrains qui lui offrent notamment une garantie de financement constant, ce qui a son importance dans un secteur comme celui de la culture.
Du côté de la Ville de Genève, un tel soutien est fort apprécié, comme le remarque Lise Girardin, conseillère administrative, dans la Tribune de Genève du 12 décembre 1977: «Nous applaudissons à toute initiative de ce genre ; en tant que Ville de Genève, nous ne pouvons prendre en charge les musiciens amateurs ; l'Orchestre Symphonique Genevois pourra accueillir d'excellents musiciens amateurs qui sont peut-être destinés à devenir des professionnels. [...]
J'ajoute que je suis heureuse que la Coop accepte généreusement une responsabilité de caractère musical de ce genre. » Conçu par ses parrains comme un outil culturel, l'OSG participe aussi d'un mouvement plus général qui appelle la mise en place d'une politique culturelle élargie.
Le lancement, la même année, d'un Centre artistique à Corsier, qui deviendra plus tard le Centre artistique du Lac, renforce cette nécessité de porter l'enseignement et la pratique musicale dans les communes genevoises. Et la création de l'ensemble de musique contemporaine Contrechamps, toujours en 1977, prouve qu'il existe une réelle demande de développer l'activité musicale à Genève. Il faudra attendre dix ans pour que la Ville de Genève lance le festival d'été Extasis consacré à la musique contemporaine ; Extasis s'ajoute aux étés thématiques des années 1980 (été indien, été américain, été suisse, etc.) avant de devenir, en 1991, le festival Archipel.
LE SOUTIEN DE L ETAT
Ainsi, la création de l'OSG s'inscrit dans le mouvement qui conduit l'Etat à suivre les initiatives émanant de secteurs privés ou associatifs par la mise en place d'une politique de soutien aux différents domaines de l'activité musicale. En marge de l'institution phare qu'est l'OSR, il s'agit de favoriser l'enseignement et la pratique musicale dans ses différents registres, tant professionnels qu'amateurs. Selon une enquête consacrée à la vie musicale genevoise parue dans la Tribune de Genève des 28-29 mars 1980, le nombre de personnes, installées dans le canton, qui jouent d'un instrument, est évalué à 30 000, toutes tendances confondues.
Cette population est majoritairement constituée de jeunes, dont la plus grande masse se répartit entre les trois grandes écoles : le Conservatoire de Musique, le Conservatoire populaire et l'Institut Jaques-Dalcroze qui ensemble totalisent alors 9 000 élèves. L'Association des musiciens genevois réunit une centaine de professeurs privés, tandis que l'AMR (Association pour l'encouragement de la musique d'improvisation), fondée en 1973, compte 1200 membres, dont 300 musiciens. L'augmentation des revenus et la politique de subvention massive développée par le secteur public depuis le début des années 1970 expliquent ce phénomène de démocratisation des études.
Les subventions accordées par l'Etat aux trois grandes écoles genevoises ont été multipliées par 17 par rapport à 1970: le budget 1981 prévoit 7,8 million de francs pour le Conservatoire de Musique (450000 fr. en 1970), 4,8 million pour le Conservatoire populaire (180000 fr.) et 1,8 million pour l'Institut Jaques-Dalcroze (205 000 fr.). La politique de décentralisation, reprise par le Conservatoire populaire, porte aussi ses fruits: on compte, en 1980, 32 centres d'enseignement dans 15 communes différentes. Né d'une initiative privée, l'OSG a, à son échelle, contribué à démocratiser la pratique musicale avant de bénéficier pleinement du soutien de la politique culturelle, qui a permis de doubler l'effectif global de l'orchestre en une vingtaine d'années.
Contrairement à passablement de formations au destin plus éphémère, l'OSG a bénéficié de circonstances particulièrement favorables : les débuts fastes doivent beaucoup à l'engagement de la Tribune de Genève sur le plan publicitaire et au mécénat actif de Coop-Genève. Mais ce n'est pas tout: si l'OSG a réussi à s'imposer comme un orchestre important dans la vie musicale des amateurs genevois, c'est aussi parce que sa dimension d'outil culturel, voulue par ses parrains historiques, a été confirmée par la mise en place d'une politique davantage à l'écoute des besoins d'un tissu musical en devenir.