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Edito+Klartext, le 11 juin 2013
La politique des médias est une affaire sensible, souvent émotionnelle. Il vous incombait de prendre des décisions concernant le litige entre les éditeurs et la SSR sur les offres online de la SSR. Les éditeurs sont déçus, puisque vous n'êtes pas allée au-devant de leurs désirs autant qu'ils le souhaitaient. Pourquoi?
Nous avons trouvé une solution qui correspond aux besoins de notre temps. L'importance d'Internet est beaucoup plus grande aujourd'hui qu'il y a dix ans, les modes de consommation, en conséquence, ont changé, et avec cela aussi le positionnement de la SSR. Nous n'avons pas touché au domaine de la publicité et avons ainsi respecté les intérêts économiques des éditeurs. Dans le domaine de l'offre éditoriale, il était par contre inutile de garder les restrictions actuelles pour la SSR.
Vous ne partagez donc pas l'avis que plus la SSR est limitée, mieux c'est pour la presse?
Assurer une bonne qualité dans tous les domaines coûte cher. C'est pourquoi il est utile de coopérer. La SSR, par exemple, a des archives audiovisuelles précieuses, que les plateformes web des éditeurs pourraient utiliser. Il y des coopérations possibles dans le domaine de l'organisation et du financement. Lors de nos entretiens, j'ai senti une grande ouverture concernant les coopérations. C'est dû, en partie, aux pressions des coûts. Mais tout le monde est conscient de que le marché suisse est petit et qu'il faut se serrer les coudes pour résister à la pression extérieure.
La Suisse, aujourd'hui, a-t-elle encore besoin de la SSR telle qu'elle est?
Oui, absolument. La Suisse est un pays avec quatre régions linguistiques, elle a besoin de cette cohésion qu'assure la SSR. Une répartition des tâches de la SSR affaiblirait le concept de service public.
Nous avons besoin d'un acteur fort, capable de résister aux programmes venant de l'étranger. La Confédération a intérêt à sauvegarder une information neutre, objective et multiculturelle. Dans une perspective politique démocratique, elle devrait conserver l'idée de cohésion nationale qui est aussi à la base de la SSR. Les quote-parts de la redevance expriment cette idée au niveau régional.
Que pensez-vous de l'idée d'améliorer les conditions cadres pour permettre l'essor d'une chaîne privée audiovisuelle à l'échelon de la région linguistique?
Le marché est trop petit. Dans le paysage des radios privées, il y a une énorme diversité, et le DAB (ndlr: diffusion numérique) résout le problème des fréquences qui manquent. La situation des télévisions privées est plus difficile, pour des raisons financières, mais la concurrence joue. Je ne vois aucune raison d'intervenir. Affaiblir la SSR ne servirait qu'à ouvrir encore plus les portes aux acteurs étrangers.
Vous venez de parler des changements technologiques importants pour notre époque. La nouvelle commission des médias peut-elle aider à anticiper des problèmes?
Oui. Le monde des médias évolue de manière rapide et soutenue. Nous avons besoin d'observateurs qui sont à même de faire des recommandations au Conseil fédéral, par exemple en ce qui concerne le service public et les conséquences de l'évolution des médias pour l'Etat. J'attends de cette commission un regard de l'extérieur.
Les membres de cette commission, ne sont-ils pas un peu toujours les mêmes?
Non, le Conseil fédéral a fait attention à assurer une base large à cette commission.
Le dernier grand débat sur les médias aux Chambres avait comme objet l'aide à la presse et le postulat Hans-Jürg Fehr. Des études commandées par l'Ofcom en 2010 mettent en évidence des problèmes concernant le rôle des médias dans une formation démocratique de l'opinion. Des problèmes de diversité, de pertinence et de qualité. Est-ce que la situation, depuis, s'est plutôt améliorée ou aggravée?
Elle s'est accentuée. La position de monopole de certaines maisons d'édition ou la fusion entre rédactions papier et online accentuent le danger d'une information unique. Ceci pourrait créer pour notre pays aux quatre langues et aux 26 cantons un problème de qualité, menacer notre démocratie directe. C'est pourquoi nous nous entretenons avec les rédacteurs en chef et les éditeurs. Nous faisons appel à leur responsabilité politique et citoyenne.
Les gouvernements cantonaux de Vaud et de Genève ont exprimé leur préoccupation pour le paysage médiatique de Suisse romande, suite à l'annonce du plan d'économie de Tamedia. Est-ce que vous les comprenez?
Oui. Tous les échelons de l'Etat sont intéressés à garantir la diversité des médias. En la voyant en danger, un gouvernement cantonal, par exemple, a raison de dire clairement : «attention, cela nous inquiète». Cette intervention contribue certainement à sensibiliser Tamedia, le groupe se voit ainsi quasiment sous observation du canton, de la politique et de la population.
En parlant de qualité, il faut aussi parler de formation. La volonté de promouvoir la formation est un dénominateur commun à la branche et à la politique. Pourquoi ne pas encourager la formation dès à présent?
En Suisse, ce n'est pas l'Etat, ce sont les organisations professionnelles qui définissent le contenu de la formation. Dans le journalisme aussi, c'est à la branche que la formation revient. En Suisse romande, elle est ancrée dans les conventions collectives, ce que nous saluons. Il serait bon d'avoir la même situation en Suisse alémanique. En partant de là, l'Etat peut soutenir la formation d'un point de vue financier ou logistique.
Vous pourriez forcer la branche à être heureuse.
Non, je ne peux forcer personne à être heureux. Mais je défends ces idées dans mes entretiens.
En Suisse alémanique, il n'y a plus de CCT dans le journalisme, à part chez la SSR. Trouvez-vous bon qu'il y ait une CCT en Suisse romande?
Oui.
Lors du congrès des éditeurs en 2011 vous disiez que la qualité pourrait être améliorée par le biais de salaires convenables. Selon vous, les conditions de travail de la branche ne sont pas assez bonnes?
En parlant à des journalistes, nous entendons toujours qu'un grand effort de flexibilité pour le temps de travail leur est demandé. Qu'il n'est pas facile de concilier le travail avec la vie de famille et le temps libre. Et ce qui est sûr: la rémunération n'a pas augmenté.
Est-ce que vous ne pourriez pas faire plus que le rappeler à la branche?
Non, il est du ressort des partenaires sociaux de régler ces questions. Je trouve que c'est juste comme cela. Je ne peux pas juger pourquoi, en Suisse alémanique, il est si difficile de conclure une CCT. Peut-être que les deux parties devraient faire des efforts supplémentaires pour se rapprocher.
Revenons à l'aide à la presse. Vous avez l'intention de présenter un rapport, et peut-être des mesures d'ici deux ans. Mais la forme actuelle de l'aide à la presse, l'aide indirecte, est supprimée dès à présent.
Le Parlement demande des économies au Conseil fédéral. Il faut des efforts dans chaque domaine.
Il n'y aura plus d'aide à la presse?
Le Conseil fédéral est censé faire des propositions d'économies. Ensuite c'est au Parlement de décider. Il se peut que le Parlement ne voie pas d'alternative à la subvention des tarifs postaux.
Serait-ce imaginable de donner une définition plus large de service public et d'aider plus généralement tous les médias qui contribuent aux efforts de la formation démocratique des opinions?
Je soutiens pleinement cette idée. L'évolution technique fait que les mondes de l'information se mélangent, de sorte que les maisons d'éditions se positionneront et évolueront dans ce sens. J'attends de la discussion autour de la définition de service public, et, soit dit en passant, de la commission des médias, des recommandations à moyen et à long terme: que faut-il faire, où faut-il intervenir?