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Philippe Testa – Vingt et une nouvelles pour dire l'homme occidental moderne, avec ses faiblesses et ses travers, sa médiocrité en somme. Tel est le propos du recueil de nouvelles de Philippe Testa paru dernièrement aux éditions Hélice Hélas, et sobrement intitulé "Mâle occidental".
C'est avec un regard aiguisé que l'auteur observe ses semblables. Il serait certes difficile de résumer ces nouvelles, l'histoire étant souvent minimale, tirée d'un quotidien banal qui est souvent celui du travail en col blanc – ce monde où les mots ne veulent pas dire grand-chose (et l'auteur recrée bien ses discours creux quand il le faut, par exemple dans "Mâle occidental" ou dans "Guet-apens tchèque"). Les fins d'histoire sont du reste abruptes parfois, et ne correspondent pas à l'image de la chute qui saisit le lecteur par surprise. Non, ce qui intéresse l'auteur, c'est ses personnages et leurs interactions.
Celles-ci sont marquées par les non-dits ou les lâchetés du quotidien. Le rapport au succès et à la défaite fait tout le sel de "Obsolescence programmée", qui met en scène le chef nouvellement élu d'une organisation sportive de prestige, chef dont on attend déjà le départ: derrière les sourires de circonstance, on devine les dents longues. Les rapports de force qui règnent au sein d'une bande d'amis sont minutieusement représentés dans "Nautisme". Cela, d'autant plus si les femmes s'en mêlent...
Car les femmes ne sont pas absentes de "Mâle occidental". L'auteur en a une vision guère moins pessimiste que celle qu'il a des hommes: il met en scène des femmes de caractère, abusives parfois, ou qui prétendent connaître leurs congénères masculins ("La bouche de Carmen"). Cela lui permet de mettre en évidence, par contraste, la lâcheté de ces hommes d'aujourd'hui qui n'osent même plus dire leur fait aux personnes qui méritent clairement d'être remises à leur place: mère qui exige de son fils qu'il lui fasse des petits-enfants ("j'ai le droit d'avoir des petits-enfants", dans "Sharon"), épouses qui mettent la pression sur leurs maris dans "Nautisme". Et puis il y a la drague, peu enthousiasmante voire lamentable, qui permet entre autres à l'auteur de mettre en avant le caractère "grande gueule" de certains hommes ("La guerre, mère des passions").
Et c'est sur la note nostalgique de "Néandertal" que l'auteur conclut son recueil, suggérant, à l'instar de Michel Houellebecq, que l'homme actuel, qui se souvient des temps préhistoriques où l'on était chasseur, vaut en somme moins que l'homme de Néandertal. Et au vu des nouvelles précédentes, force est de le constater, l'homme occidental moderne a, sous le regard de l'auteur, quelque chose d'inachevé, d'immature, de mal affirmé. D'incomplet, en somme, si sophistiqué qu'il se prétende.
La langue de l'auteur reste souvent assez neutre, pouvant donner l'impression que certaines nouvelles se ressemblent; d'autres se détachent, lorsque l'auteur donne directement la parole au personnage principal, par exemple dans "Industrialisé". Ce qu'on retient de "Mâle occidental", c'est la capacité de l'auteur à mettre à nu, froidement, la psychologie de ses personnages, dans des textes où tout est observé de près, les gestes comme les mots, et où tout somme juste.
Philippe Testa, Mâle occidental, Vevey, Hélice Hélas, 2018.