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Une course contre la montre est engagée pour la découverte d’un vaccin. Entreprises et agences gouvernementales ont franchi les premières étapes de développement.
Selon les données compilées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'agence américaine en charge des essais cliniques, plus de trente formules ont déjà été administrées à des humains. Quatorze ont prouvé leur innocuité et leur efficacité est en cours d'évaluation.
Quelle efficacité?
Les laboratoires ont réagi très rapidement à la crise mondiale. Toutefois, certaines réserves existent sur les performances attendues de ces recherches menées au pas de charge. "L'agence américaine [des médicaments] a fixé l'efficacité minimum d'un futur vaccin contre le coronavirus à 50% pour qu'il soit validé", explique Giuseppe Pantaleo, responsable du Swiss Vaccine Research Institute, dimanche dans Mise au Point.
Autrement dit, un vaccin devrait protéger au moins une personne sur deux pour être mis sur le marché. Le professeur estime qu'il est difficile de savoir si un tel taux d'immunisation sera suffisant pour enrayer la maladie. "C'est un taux beaucoup plus bas que pour des vaccins classiques, autour de 80 ou 90%."
La découverte d'un vaccin n'assurerait pas encore la victoire contre le Covid-19. Si une formule efficace est mise au point, il faudra mettre en place la production. La demande est colossale et la distribution promet d'être très inégale selon les continents et les pays.
Les pays riches servis d’abord
Les grandes puissances, notamment occidentales, se sont empressées de précommander des milliards de doses. Selon des données compilées par Airfinity, cabinet spécialisé en informations scientifiques dont les informations ont été publiées sur le site de la revue Nature, le Royaume-Uni a passé des accords auprès de six groupes. Si tous ces contrats devaient se réaliser, le pays recevrait cinq fois plus de doses qu'il ne compte d’habitants. Les Etats-Unis et l'Union européenne ont appliqué une stratégie similaire.
A l'inverse, les 92 pays les plus pauvres du monde pourraient être pratiquement privés de vaccins tant que les premiers acheteurs ne seront pas largement servis. L'appel de l'OMS contre le "nationalisme vaccinal" semble donc être resté lettre morte.
La Suisse moins bien lotie
De son côté, la Suisse n'a pas encore tiré son épingle du jeu, même si un budget de 300 millions de francs est dévolu à ce dossier, selon l'Office fédérale de la santé publique (OFSP). Malgré un accord signé avec Moderna, elle figure plutôt en queue de classement, avec moins d'une dose par habitant actuellement précommandée.
Les autorités sanitaires travaillent toutefois à améliorer la couverture du pays. Virginie Masserey, de l'OFSP, explique la stratégie mise en place: "Nous ne voulons pas mettre tous nos œufs dans le même panier. Nous négocions actuellement avec plusieurs fabricants de vaccins."
Deux motifs expliquent ces achats massifs. D'abord, les besoins mondiaux ne pourront pas être rapidement satisfaits. Selon Giuseppe Pantaleo, "la capacité de production n'atteint pas les 7 à 10 milliards de vaccins probablement nécessaires pour lutter contre le coronavirus. Il faudra attendre fin 2021 pour espérer mener une campagne mondiale de vaccination efficace".
Ensuite, les gouvernements ignorent quel vaccin prouvera le premier son efficacité. Selon Airfinity, Moderna et AstraZeneca tiennent la rampe. Le groupe est d'ailleurs en tête des commandes en nombre de doses.
Toutefois, dans le doute, les décideurs des pays riches préfèrent multiplier les fournisseurs pour augmenter leurs chances d'accéder au remède à la crise sanitaire mondiale et aux maux économiques qui l'accompagnent.
Tybalt Félix, collaboration de François Ruchti