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Ilias Panchard, 15.03.2013
Après la crise alimentaire de 2007-2008, une ruée sur les terres arables du continent africain a eu lieu. La superficie acquise annuellement par des groupes étrangers a été multiplié par quinze, passant de 4 millions d'hectares par année entre 2000 et 2008 à plus de 60 millions pendant l'année 2009. Hélas ce phénomène s'installe et s'amplifie durablement.
Ainsi, le Sud-Soudan a vendu 600'000 hectares de terres arables à une société texane en 2008, soit la superficie du canton de Berne. Que dis-je, les terres ont été bradés, à 3 centimes l'hectare, on vise le cadeau du siècle. Avec agriculture et exploitation de ressources ( bois, agrocarburants, eau) à la clé, dans un pays venant d'accéder à son indépendance sur fond de conflit quant aux ressources pétrolières.
Les pays concernés par ces ventes de terres arables et ces investissements dans les produits agricoles vont du Soudan, au Guatemala en passant par Madagascar ou le Congo. Ces contrats, malgré les promesses des groupes étrangers, ne servent que très peu les intérêts locaux. En effet, même dans le cas de terrains non-utilisés au préalable pour l'agriculture, ces groupes étrangers emploient très peu de personnel local, usent abondamment de pesticides et ne font guère attention aux réserves aquifères, souvent problématiques dans les pays de ces régions du monde, en particulier au Sahel. De plus, le contrat de « location » parle ici d'un bail long d'un siècle. Tout cela pour que cette « vente » bradée n'en soit juridiquement pas une. Mieux ne vaut pas imaginer, une fois infertiles et abandonnés, l'état des terrains et de la nappe phréatique après une si longue période d'agriculture intensive...
Les effets du changement climatique sont de plus en plus visibles. La Fonte des glaciers, les montées des océans, des températures plus élevées ou encore les dégâts dans la couche atmosphérique. Ces effets, couplées au fait que les réserves mondiales de pétroles et de gaz diminuent rapidement et à la raréfaction des nouveaux gisements, alarment la communauté internationale. Des solutions doivent être trouvées au plus vite afin d'éviter une augmentation trop catastrophique des températures terrestres. Une solution énergétique « évidente » s'est imposée et s'impose encore. Elle ne consiste ni dans un investissement important dans les transports publics, ni dans la diminution de notre dépendance aux produits pétrolifères et encore moins dans une remise en cause de nos modes de consommation. La solution consiste à remplir le réservoir de la voiture familiale avec un produit « écologique », à base de végétaux, nommé « agrocarburant ». Une belle idée, de prime abord...
Encore faut-il savoir quels végétaux sont utilisés dans la fabrication de ces carburants « d'avenir », d'où proviennent-ils et dans quels conditions sont-ils produits. Il faut préciser que, en majorité, des céréales (oui oui, celles destinées à l'alimentation, en temps normal...) sont brûlées pour produire ces carburants « verts ». Quand on sait qu'un plein de bioéthanol (50 litres) nécessite la combustion de 352 kilos de maïs, soit la consommation annuelle moyenne d'un enfant sud-américain, cet odieux green-washing a don d'en dégoûter plus d'un. Les agrocarburants, quand faire le plein devient un véritable acte criminel...
En 2008, suite à des augmentations insoutenables des prix des denrées de base (le prix du blé a par exemple doublé entre février 2007 et février 2008), des émeutes de la faim ont éclaté dans de nombreux pays. Malgré la sécheresse et l'augmentation de la consommation mondiale de viandes, ces augmentations ont, en partie, été la conséquence de spéculations sur les céréales au niveau mondial. Certaines compagnies ont maximisé leurs profits en « influençant » les prix mondiaux des matières alimentaires. De plus, certaines compagnies comme Cargill ont agi et agissent à différents niveaux sur les prix des matières agricoles. En effet, elle possède des entrepôts dans le monde entier et peut ainsi stocker de grandes quantités de riz, blé, maïs et soja lorsque le prix de vente est à la baisse. Dès que les prix augmentent, souvent à cause de la spéculation où Cargill joue aussi un rôle non négligeable, elle peut vendre ses stocks à prix d'or en utilisant son propre réseau de transport et de distribution. Un système tellement bien rodé qu'il peut paraitre irréel, et nous renvoie un parfait exemple du dit processus de la « maximisation du profit ». Pas étonnant dès lors que le chiffre d'affaires de Cargill soit parmi les plus élevés au monde, dépassant largement celui de géants sans aucuns scrupules tels que « The Coca-Cola Company » ou « McDonald's ».
Cette spéculation ayant un impact direct sur la vie de millions de personnes, elle doit cesser au plus vite. Nous devons la faire cesser, par la politique et le militantisme. Dans cette optique politique, je ne peux que vous inciter à signer et faire signer l'initiative « Stop à la spéculation » lancée par la Jeunesse Socialiste Suisse (échéance en mars 2014) qui demande l'interdiction de la spéculation sur les biens alimentaires en Suisse, ainsi qu'un engagement actif de notre pays dans la lutte au niveau mondial contre la spéculation sur les matières premières agricoles et les denrées alimentaires . C'est une étape nécessaire, et le début d'un long combat. Ce combat passera aussi par des approches latérales tels que la réduction massive du gaspillage alimentaire, sur laquelle travaillent actuellement les Jeunes Vert-e-s Suisses (Thème de campagne actuel, voir article ci-dessous, me contacter pour plus d'infos) ou par une coopération au développement axée sur la suffisance alimentaire nationale et une gestion durable des ressources locales.
Il ne serait pas honnête intellectuellement de parler de « géopolitique de la faim » sans s'attarder un instant sur la dette des pays du Sud. Là est, à mon avis, une des clés du problème. Ces pays devant des sommes colossales au Fonds Monétaire International et à la Banque Mondiale, ils se retrouvent, malgré une volonté, souvent réelle, d'investir, bloqué par le remboursement de la dette et de ses intérêts. L'exemple du Mali et de la question touareg dans la région est frappant. L'Algérie a, contrairement au Mali, développé la ville de Tamanrasset, construit des infrastructures et investi dans une université. Dans le même temps, le (Sud) Mali, croulant sous les dettes des créanciers , a progressivement abandonné le Nord du pays et, dans le même temps, les touaregs y habitant et leurs revendications sociales. Le FMI et la Banque Mondiale ont une responsabilité dans la crise malienne et la rébellion touarègue actuelle. Le développement de l'Afrique passe ainsi par une annulation, partielle ou complète, de la dette nationale des pays concernés. Une conversion de cette dette en projets de développement ou de coopération économique est aussi envisageable. L'autonomie alimentaire de ces pays passera en grande partie par un débat continental (je parle ici du continent africain) sur l'annulation de la dette, lancée en son temps par Thomas Sankara devant les délégués au congrès de l'Organisation de l'Union Africaine (Addis-Abeba, Juillet 1987).
Pour finir, la faim dans le monde doit être aussi relié à des problématiques plus globales, telles que les échanges commerciaux entre les pays du Nord et du Sud. En effet, est-il normal de continuer à utiliser l'Afrique, l'Amérique du Sud et l'Asie comme de gigantesques marchés où nous pouvons nous servir « comme à la maison » et produire nos gadgets jetables à bas prix, sans aucune responsabilité écologique et social.
Cessons enfin de cautionner le secret bancaire suisse et mondial alors que les sommes déposées illégalement par les dirigeants africains dans notre pays avoisineraient les 6 milliards de francs, soit 3 fois plus que l'aide au développement engagée par la Suisse dans ces mêmes pays...
Notre richesse ne doit plus se faire sur le dos de centaines de millions de personnes, ça n'a que trop duré !
|Ilias Panchard|
Co-Président Jeunes Vert-e-s Suisse (2013 - 2016)
Intéressé par la politique depuis mon plus jeune âge, j'ai passé le pas au début de l'année 2012 en m'engageant chez les Jeunes Verts. La révision de la loi sur l'asile, votée en septembre 2012, et le référendum lancé par les JVS a été le déclic de mon engagement politique : ce n'étai...Zurück zu allen BlogsAlle Blogs von IliasMehr zu Ilias