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24 heures : La loi élaborée par le parlement est plus permissive que ce que voulait le Conseil fédéral. Elle autorise entre autres le dépistage de la trisomie 21. Un regret?
Alain Berset : Non, en fait le projet de loi est moins permissif que dans les pays qui nous entourent. Le projet exclut notamment la possibilité d'avoir des bébés sauveurs, soit le fait de procréer un enfant pour obtenir des cellules souches permettant de soigner un frère ou une soeur. La loi limite fortement aussi le nombre d'embryons qui peuvent être développés, avec un plafond à douze. Il faut rappeler que c'est une possibilité offerte aux parents: il n'y a aucune obligation de faire appel au diagnostic préimplantatoire. La seule question est de savoir s'il faut en faire bénéficier les parents qui le souhaitent. Aujourd'hui, ils vont à l'étranger pour le faire, du moins ceux qui en ont les moyens.
Est-ce que cette relative permissivité pourrait refroidir la population?
Je ne crois pas. La question qui se pose, en cas de maladie grave, c'est de savoir si on peut faire des tests le plus tôt possible. L'alternative, c'est d'attendre qu'une grossesse soit commencée, de faire alors un test prénatal pour voir s'il y a transmission de la maladie ou de l'anomalie, puis de procéder à un avortement. En posant l'alternative en ces termes, on voit bien qu'il n'y a pas de raison de maintenir une interdiction.
Les opposants invoquent des risques d'eugénisme. Que répondez-vous?
Nous prenons cette question des risques d'eugénisme très au sérieux. C'est pourquoi le Conseil fédéral et le parlement ont mené une discussion très approfondie sur les limites de cette loi. Par exemple, il restera absolument interdit de déterminer le sexe de l'enfant ou d'autres caractéristiques individuelles sur la base de ces tests. Techniquement, on sait que ce serait possible et c'est la raison our laquelle nous avons besoin d'un cadre juridique précis.
En présentant l'anomalie génétique comme un problème, n'y a-t-il pas une forme de discrimination vis-à-vis des handicapés?
Je ne crois pas que l'on puisse parler de discrimination vis-à-vis des personnes handicapées. Ou lors, on pourrait poser la même question avec l'avortement.
Est-ce vraiment au peuple de trancher ce genre de questions éthiques?
Dans notre système politique, oui. Toute modification de la Constitution est soumise à un vote obligatoire du peuple et des cantons. C'est très exigeant pour les citoyens, je le conçois, mais cela fait partie de notre démocratie. Nous devons être en mesure de mener ces débats, aussi difficiles soientils, avec toutes les questions qui se posent, liées à l'éthique, à la médecine et aux libertés individuelles. Ce vote du 14 juin sera complexe, mais ce sont des questions auxquelles chacune et chacun pourrait être un jour confronté.