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Je suis enseignante et, il y a deux ans, j’ai dû préparer des leçons d’histoire sur le sujet des «procès de Nuremberg. Se faisant, je me suis arrêtée face à une donnée dont la profondeur m’avait échappée, un principe de juridiction très important, à mon avis, qui a déterminé ce procès – en plus de l’insistance sur l’interdiction de la guerre d’agression contre un autre peuple. Il s’agit du principe selon lequel «la nécessité d’obéir» aux ordres d’un supérieur n’était plus reconnu comme lénifiant la culpabilité d’un soldat oud’un officier ayant commis un crime de guerre sur ordre d’un supérieur. Il s’agissait là d’un des principes essentiels dans la conduite du procès et il était nécessaire; car toutes les hauts fonctionnaires responsables de ce qui se passait au nom de l’Etat national-socialiste allemand ont essayé de s’en tirer en affirmant avoir agi sur des ordres «provenant du sommet», soulignant leur sens du devoir et leur conviction d’avoir agi «au nom du peuple allemand» – aucun accusé n’a abandonné cette piste de défense. Ils espéraient pouvoir réduire leurs sanctions de cette manière. Le fait que les juges du procès de Nuremberg n’aient plus reconnu le principe de la nécessité d’obéir aux ordres a pour conséquence qu’aujourd’hui, chaque jeune soldat impliqué dans des activités de guerre doit être conscient de la manière dont il se comporte en tant que soldat envers, par exemple, les civils du territoire ennemi, les prisonniers de guerre et les soldats blessés de l’armée ennemie, sans enfreindre le droit international. Car aujourd’hui, le soldat ne peut plus se débarrasser de sa responsabilité personnelle en faisant référence à «l’ordre d’en haut»! Il est regrettable que la reconnaissance de ce principe ne soit généralement pas abordé dans nos écoles.
Je trouve très important que les opinions du professeur Alfred de Zayas selon lesquelles les crimes de guerre doivent être punis, qu’il s’agisse de crimes commis par les vainqueurs ou les vaincus, que les expulsions massives des populations d’Europe de l’Est doivent être portées devant les tribunaux et que les responsables doivent répondre de leurs actions se manifestant dans son interview sur les procès de Nuremberg (Horizons et débats, no 28/29, 22/12/20).1 Aristote déjà avait affirmé qu’une guerre devait déboucher sur une «paix sûre et juste» – et cela va de soi! Je me demande pourquoi ici l’humanité atteint ses limites en matière de réflexion et de recherche de nouvelles possibilités dans la coexistence internationale paisible. Peut-être que les progrès dans ce sens sont déjà visibles, mais si rien ne bouge et si l’éternelle question est de savoir quels pays doivent occuper les sièges non permanents au Conseil de sécurité, tout cela face au fait que l’Assemblée générale des 193 Etats de notre monde n’a lieu qu’une fois par an – alors cela me semble en effet trop maigre et trop peu!
Susanne Wiesinger, Fribourg-en-Brisgau (Allemagne)
1 La lectrice se réfère à l’interview avec Alfred de Zayas, expert indépendant auprès de l’ONU en matière de la promotion d’un ordre international démocratique et juste (2012-2018), publiée dans Horizons et débats, no 28/29 du 22/12/20 sous le titre «Faire taire les tambours de la guerre. Les 75 ans du procès de Nuremberg».
(Traduction Horizons et débats)
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