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06/01/2012
Réforme en France: évaluation des enseignants
Nombre de professeurs de l'Éducation nationale, en France, disent désapprouver la réforme voulue par le gouvernement sur leur évaluation, qui sera désormais la prérogative du seul chef d'établissement: les inspecteurs n'auront plus de note à mettre.
Personnellement, je suis favorable à une plus grande autonomie des établissements, et opposé à la centralisation dans le domaine éducatif; or, les inspecteurs tendent à relier directement les professeurs aux services centralisés de l'institution, notamment en ce qui concerne la pratique pédagogique.
Comme aucune formation pédagogique théorique réelle n'est effectuée, la croyance existe, de façon plus ou moins claire, que l'État central connaît le secret de la seule bonne pédagogie qu'on puisse concevoir, et que les inspecteurs sont précisément chargés de l'expliquer, et de la faire appliquer. Or, dans les faits, je me suis assez intéressé à la pédagogie théorique pour savoir que les pédagogues ont des idées très variées et que la décision d'en préférer une à une autre ne peut relever que d'un choix personnel. Chacune de ces idées se relie à une philosophie globale, et à la manière qu'a chacun de ces pédagogues de concevoir l'être humain dans ses rapports avec la connaissance. Et dans un État libre, la philosophie est libre. La liberté de conscience existe aussi chez les pédagogues et le résultat du lien fort entre l'État et la pédagogie, par le biais des inspecteurs, est que les pédagogues les plus gradés imposent leurs vues à tous - ou du moins s'y efforcent.
Ces dernières années, on a ainsi assisté à une série d'événements tournant autour de la personnalité de Philippe Meirieu. Lionel Jospin, si je me souviens bien, lui avait permis d'essayer d'imposer ses vues personnelles à tous, et les résultats ne se sont pas avérés convaincants. M. Meirieu a dit - avec tellement de modestie! - que c'était parce que les enseignants n'avaient pas réellement appliqué ses idées. Mais à mon sens, face aux élèves, chaque enseignant doit pouvoir assumer ses propres idées, et non celles d'un autre, fût-il nommé guide pédagogique national par le gouvernement. Ce qui marche, c'est justement qu'une idée pédagogique librement adoptée puisse s'incarner au travers d'un professeur.
Je ne crois donc pas aux génies qui imposent leurs vues grâce à des titres d'État, mais à une vraie formation pédagogique théorique, afin que les enseignants puissent, le moment venu, choisir les idées qu'ils décideront d'appliquer. Les connaissances disciplinaires ne doivent plus suffire pour devenir professeur: il faut intégrer la connaissance des philosophies pédagogiques diverses qui se sont développées au cours du temps.