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Dans ses Chroniques, Bonivard prétend que l’évêque de Genève non seulement avait - comme le Pape dans ses États - autorité sur la cité, mais aussi sur le Genevois, le territoire qui entourait la cité. Mais c’était un rêve: les historiens modernes ont prouvé qu’il n’en était rien.
Bonivard affirme même que l’Évêque était chef absolu de Genève depuis les premiers rois burgondes; mais en réalité, il a prêté hommage, sur le plan temporel, même aux rois de Bourgogne de la seconde lignée - qui s’acheva avec Rodolphe III -, puis aux empereurs. Frédéric Barberousse, au temps de l'évêque Arducius de Faucigny, proclama ce qui est connu: que l’évêque de Genève, pour le gouvernement temporel de la ville, ne devait dépendre que de lui et de ses successeurs, et non d’aucun autre seigneur.
Il s’ensuivit que Genève put se développer en une démocratie fondée sur les chefs de famille. Mais c’est précisément parce qu’elle n’intégrait pas d’importants territoires peuplés de paysans. L’Évêque n’en avait pas les moyens, et s’il les avait eus, son régime serait devenu monarchique.
Il serait donc illogique de considérer qu’une organisation commune à Genève et à la Haute-Savoie pourrait définir une cité et un arrière-pays, comme on le lit parfois. La vocation de la démocratie genevoise, permise justement par la limitation de la communauté à la cité, ne pouvait pas être de se développer en régime aristocratique. L’époque de James Fazy s’en est aperçue.
Le modèle - se posant volontiers à certains comme naturel - d’une élite qui organise une république autour de Paris ne doit pas créer d’illusion. La bourgeoisie qui s’est imposée à Paris entourait le Roi, qui avait des prérogatives sur un territoire qui débordait largement la cité. Les liens de domination de cette élite ont pu ainsi se créer à partir de la monarchie. Mais puisque Genève a voulu sortir de la monarchie, un tel chemin pour elle devenait impossible.
Face aux chefs de guerre issus pour ainsi dire des Goths, les prélats ont protégé des communautés issues de l’Antiquité, comme était Genève, et leur ont permis de s'épanouir, donnant naissance à l’esprit communal moderne. Mais cela ne créa pas un véritable droit régalien sur du territoire, je pense; bien au contraire, les grands États restent issus des monarchies.
Le terme d’arrière-pays me paraît mal choisi; la Haute-Savoie est un partenaire.