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ean Pierre et Jean-Louis Duport étaient deux frères qui ont partagé l’art du violoncelle. Ils sont surtout été connus comme de remarquables interprètes de cet instrument et, dans une moindre mesure, pour leur œuvre. L’époque est intéressante : l’Ancien Régime connaît ses derniers feux ; la révolution va bientôt emporter le monde aristocratique et ses dépendants (dont les musiciens de cour). La musique connaît de pareils chamboulements. Le baroque tardif disparaît sous les coups de butoir des préromantiques. Les musiciens d’Outre Rhin (Mozart, Haydn, Gluck, etc.) sont en vogue à Paris.
L’aîné Jean Pierre (1741-1818) connaît ses premiers succès au Concert Spirituel en 1761, devient musicien du prince de Conti, avant de partir en tournée en Europe, et d’être engagé en 1773 par le vieillissant Frédéric II de Prusse dit le Grand. Enseignant et musicien du Roi, il exerce une grande influence sur l’école allemande du violoncelle. Dans son traité publié en 1740 « traité Défense de la basse de viole contre les entreprises du violon et les prétentions du violoncelle », le gambiste français Hubert Le Blanc s’est attaqué à l’instrument encore peu connu. Bach a écrit ses six suites pour violoncelle seul dans les années 1720, Vivaldi ses sonates pour violoncelle dans les mêmes années, et Boccherini ses concertos pour violoncelle à la fin des années 1760. Il faut attendre le XIXe siècle pour que le violoncelle acquière ses lettres de noblesse et la notoriété qu’on lui connaît de nos jours. À cet égard, on peut donc considérer que les Duport sont à l’avant-garde de cette école du violoncelle. Toutefois, face au prolifique Boccherini, les musicologues considèrent Jean Pierre Duport comme un compositeur secondaire. Ainsi, Loïc Chahine1 dit de lui « Duport fut un grand violoncelliste, mais pas un grand compositeur. »
Le cadet Jean-Louis (1749-1819) fut l’élève de son frère, puis après le départ de ce dernier, il fut la coqueluche des salons parisiens et invité par la reine Marie-Antoinette. Dès le début de la révolution, il préféra émigrer en Prusse et rejoindre son frère. Il y fut nommé surintendant de la musique du
roi Frédéric Guillaume II, rencontre son épouse (Louise la fille du sculpteur Tassaert, émigré lui-aussi en Prusse avec toute sa famille.) Quand le nouveau roi Frédéric Guillaume II rejoignit la coalition contre Napoléon, les troupes françaises envahirent la Prusse. Jean-Louis Duport préféra retourner à Paris après la mort accidentelle de son épouse. Il y retrouva sa place, intégrant la chapelle impériale de l’Empereur.
Si son œuvre est peu étendue, les pièces sont réputées pour leur virtuosité. Selon la musicologue Sylvette Milliot, « par ses gammes très rapides, ses arpèges en tierces, sixtes et octaves passant sans transition du grave à l’aigu, par l’exploitation d’une tessiture très large alliée à une vélocité de main gauche et d’archet, Duport confirme l’extrême développement que le violoncelle avait déjà atteint. Il révolutionnera la technique de son instrument une cinquantaine d’années après ses débuts, à l’aube du romantisme. » L’album présente trois des six concertos pour violoncelle de Duport : les 4, 1 et 5, dont la création s’étale sur plusieurs années (périodes parisienne et berlinoise). L’ensemble est joué avec brio. Un grand régal…
Portrait de Jean-Louis Duport par Rémi-Fursy Descarsin, Philharmonie de Paris
Extraits
Notes
Référence
Stradivaria, Daniel Cuiller et Raphaël Pidoux : Jean-Louis Duport, Concertos pour violoncelle, Mirare, 2019.