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Inciter à l’exercice physique en usant du porte-monnaie
Restons aux Etats-Unis. Ce pays est le plus riche et le plus puissant de la planète. Sur les classements du Social Progress Index il ne figure pourtant qu’à la 28e place (pour l’espérance de vie) et à la 70e place (pour l’état de santé global de sa population). Le budget américain de la santé est le plus important de la planète: 2700 milliards de dollars, dont près de 1500 consacrés au traitement de maladies liées à l'inactivité (obésité, troubles cardiaques, diabète…). Environ 70% des Américains âgés de plus de vingt ans sont en surpoids, et plus de 33% d'entre eux sont obèses. Selon certaines prédictions, les enfants de la génération actuelle pourraient vivre moins longtemps que leurs parents – une première.
Le système de santé américain fait bien peu pour encourager l'activité physique, et il continue de débourser des milliards de dollars pour traiter des maladies dont l'apparition pourrait être prévenue. Il est temps d'encourager les hommes et les femmes du monde entier à mener une vie plus saine.
Plus de sport, moins de médicaments?
Une activité physique fréquente réduit les risques de décès, traite et prévient de très nombreuses maladies. Des chercheurs de la London School of Economics et de la Stanford University School of Medicine ont publié une étude comparant l'efficacité de l'exercice à celle des médicaments dans la réduction des taux de mortalité chez les personnes souffrant ou ayant souffert de troubles cardiaques, d'insuffisance cardiaque chronique, d'AVC ou de diabète. L'objectif: déterminer l'approche la plus à même d'éloigner la mort.
Résultat: l'activité physique s'est avérée aussi efficace que l’approche médicale habituelle, et même plus efficace dans certains cas. Chez les participants qui faisaient de l'exercice, le risque d'AVC était bien moindre. Les personnes souffrant de diabète et de troubles cardiaques qui pratiquaient une activité physique fréquente étaient logées à la même enseigne que les malades sous traitement, tout en faisant l'économie des effets secondaires potentiels et du coût des médicaments.
Les chercheurs ne savent pas encore comment expliquer pleinement cette efficacité de l'activité physique. L'exercice facilite la circulation du sang et amincit la silhouette corporelle, mais il a également des effets plus subtils. De récents travaux se sont intéressés à l'interleukine 6 (IL-6), une glycoprotéine plus ou moins présente en fonction de la contraction musculaire, et qui est sécrétée dans le sang. L'IL-6 stimule une réaction immunitaire ayant un effet anti-inflammatoire très étendu. On peut donc penser que l'inflammation généralisée de l'organisme, qu'on observe dans la quasi-totalité des maladies chroniques, peut être réduite par une pratique régulière de l'activité physique.
En dépit des innombrables études prouvant les vertus préventives de l'exercice, on enseigne trop peu aux médecins et aux étudiants en médecine à prescrire ce type de méthodes. Les facultés de médecine devraient mettre en place un programme d'étude officiel pour enseigner la prescription d'exercice physique, au même titre que les autres thérapeutiques.
Comment encourager la pratique de l'exercice?
Aux Etats-Unis, The American Journal of Preventive Medicine a récemment publié une méta-analyse de onze études sur des programmes d'exercice, auxquels ont été soumis des adultes jusqu'alors sédentaires. L'objectif: comprendre comment parvenir à faire bouger les personnes inactives. Leur conclusion: «Les incitations financières stimulent l'adhésion aux programmes d'exercice».
Les compagnies d'assurance américaines Humana et Kaiser Permanente encouragent la prévention via des récompenses pécuniaires: les clients qui font de l'exercice et optent pour un mode de vie sain bénéficient de primes d'assurance moins élevées. On leur accorde des récompenses incitatives en fonction de l'ensemble des progrès réalisés. Plusieurs facteurs sont pris en compte: indice de masse corporelle, tension artérielle, niveaux de cholestérol, tabagisme… Tout est fait pour encourager l'activité physique, qui est mesurée via des instruments de suivi: plus les personnes bougent, moins elles paient. Plusieurs millions de personnes ont fait l'expérience de ces programmes de remise en forme par incitation, et les statistiques indiquent que les premiers participants améliorent leurs modes de vie de manière particulièrement rapide.
Ce modèle pourrait être adopté par d'autres compagnies d'assurance et par le gouvernement lui-même. Les secteurs public et privé peuvent avoir recours au même type de programmes incitatifs (notamment via des déductions fiscales) pour encourager les modes de vie sains et prévenir les maladies.
Un simple exemple: pourquoi ne pas déduire des impôts l'inscription dans une salle de gym? Aux Etats-Unis, les leçons de clarinette sont déduites: on estime qu'elles peuvent réduire la supraclusion. La pratique d'un instrument de musique est une noble activité, mais comment la comparer à la pratique régulière d'une activité physique, bénéfique pour l'ensemble de notre organisme? Une simple modification du code fiscal permettrait de réaliser nombre d'économies.
De ce point de vue le Boston Medical Center est sur la bonne voie: il permet aux patients les plus menacés –et les plus démunis– de s'abonner au système municipal de location de vélo pour la modique somme de cinq dollars par an. Plus les patients bougent, plus les risques de maladie s'éloignent.
Les dépenses de santé, les problèmes de santé et le taux d'obésité ne cessent de progresser et l'activité physique est l'une des armes les plus efficaces pour lutter contre ce phénomène. Inciter au mouvement permettrait d'améliorer la santé et la résistance de la population, tout en réalisant de belles économies.
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