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Souvent inconscient, le besoin s’exprime à travers des sensations de manque (faim, froid, solitude,…) et à travers des comportements (se replier sur soi, se mettre en colère, etc.) Mais une même attitude peut être l’expression de besoins très divers. « La difficulté consiste à repérer le besoin qui est exprimé sans surinterpréter ou projeter nos propres représentations. Un pas de recul est nécessaire pour analyser le contexte et dialoguer avec les personnes concernées. » [1]
Rappelons que la pyramide de Maslow identifie 5 catégories de besoins universels :
Satisfaire ces besoins apporte bien-être, confort, puis accomplissement personnel.
Frederick Herzeberg [2], estime que la satisfaction des besoins physiologiques et de sécurité est nécessaire mais pas suffisant. Il postule que l’être humain est mû par 3 besoins fondamentaux universels : le besoin de compétence, celui d’appartenance et celui d’autonomie. Les sources de motivation sont en lien avec le contenu des activités, la réussite, l’indépendance et l’autonomie.
Ryan et Deci [3] distinguent 3 sortes de motivations :
– la motivation liée à la satisfaction des besoins dus à des pressions externes, comme éviter une punition ou obtenir une récompense
– la motivation liée à la satisfaction des besoins dus à des pressions internes, comme éviter la honte, la culpabilité ou répondre à une pression sociale
– la motivation autodéterminée, quand la personne a un comportement ou fait une activité de manière spontanée ou par choix.
Motiver un enfant à faire quelque chose par pression extérieure, menace ou récompense, annule l’apprentissage et produit chez l’enfant un comportement défiant. Le motiver par une pression qui vient de l’extérieur mais qui a une forme interne ne lui permet pas de se responsabiliser. L’enfant ne voit l’intérêt de son comportement ou de son activité que pour éviter la réaction négative de l’adulte. L’effet d’une telle pression l’amène à se conformer aux injonctions extérieures à accepter petit à petit ce type de pression pour lequel la société de consommation est experte.
Pour que la motivation devienne personnelle, il vaut mieux faire comprendre à l’enfant les effets positifs de tel ou tel comportement pour lui et pour l’intérêt collectif. Ceci n’est possible que dans un environnement social apaisant avec de « belles contraintes émancipatrices permettant la mise en activité sans que cela ne soit vécu comme un travail normé sous contrôle permanent ».[4] Cela nécessite de vivre des temps de discussion avec les enfants sur ce qu’est l’intérêt collectif.
Si les besoins de la colonne de gauche sont généralement reconnus et admis par les adultes qui ont créé et aménagé leur espace avec soin et imagination, les besoins de la colonne de droite sont souvent plus difficiles à être acceptés par l’adulte. Ils le dérangent dans son monde ordonné, dans celui qu’il a prévu pour l’enfant. Ces besoins sont alors incompris et par conséquent empêchés. L’enfant qui veut faire les choses à sa manière, choisit des activités physiques dangereuses et ne se laisse pas contraindre est ressenti comme opposant, indiscipliné, asocial, alors que c’est justement dans ces activités qu’il manifeste son indépendance, sa curiosité et sa créativité.
À l’école et à l’ UAPE ou l’APEMS, les enfants subissent un emploi du temps très contraignant et ont d’autant plus besoin d’une pause au calme et à leur rythme. La fatigue psychique est difficilement mesurable et peu perceptible. Elles se manifeste par certains comportements agressifs ou au contraire par de la passivité, un manque de concentration, de la tension nerveuse, des pleurs, etc. Elle ne se résorbe pas aussi rapidement que la fatigue physique et l’accumulation d’un stress supplémentaire va encore ralentir la récupération. Or, l’un des buts des temps libres est d’offrir à l’enfant l’opportunité de répondre à ses besoins pour se régénérer.
Exemples de marqueurs des besoins des enfants d’une équipe d’accueil collectif [5]
L’écoute du groupe et des individus qui le composent est donc une posture permanente. Les informations collectées lors d’observations ou de moments informels (réactions spontanées des enfants, etc.) permettent à l’adulte de s’adapter. Cependant, un véritable temps de discussion et de régulation entraine les enfants à écouter les besoins des autres et à interroger les leurs. Chacun et chacune y est invité à exprimer son ressenti et à faire des propositions pour améliorer la vie collective.
Des notions telles que la justice, la santé, le respect, la solidarité, la différence… seront forcément abordées. Si les adultes n’ont pas peur, ils seront surpris par la créativité des participant·e·s qui sont en mesure de proposer des compromis astucieux. Et s’il n’y a pas de possibilité de concilier toutes les envies, les enfants le vivront moins négativement car ils ont été partie prenante de la recherche de solution. Ils ne pourront pas ressentir d’attitude arbitraire ni de prise de pouvoir des adultes dans la décision finale. Ils n’auront dès lors pas besoin d’être dans des attitudes de défi vis-à-vis de l’adulte.
Prendre en compte la diversité, gérer les différences de rythmes et de besoins, favoriser l’émergence de l’autonomie et du sens des responsabilités, du respect et de la solidarité chez les enfants accueillis, ne pas faire éclater le groupe en individus mais veiller à ce que chacun et chacune ne soit pas écrasé et défini par le groupe et inversement. Tel est le défi de la vie de groupe. Les activités sont importantes mais leur valeur est fonction du sens qu’on leur attribue en relation avec l’environnement où elles sont vécues.
[1] De Préville, M. (2022). « Besoins individuels et collectivité » CEMEA n° 285, p. 4.
[2] Fréderick Herzeberg, cité par De Préville, M. (2022). « Besoins individuels et collectivité » CEMEA n° 285, p. 6.
[3] Ryan et Deci, cité par De Préville, M. (2022). « Besoins individuels et collectivité » CEMEA n° 285, p. 6.
[5] De Préville, M. (2022). « Besoins individuels et collectivité » CEMEA n° 285, p. 4.