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Des coraux uniques au monde résistent au réchauffement climatique
Séparé de la mer Rouge par le détroit de Tiran, le golfe d'Aqaba abrite des coraux qui ont évolué d'une manière totalement différente à ceux du reste du monde.
Des scientifiques de l'EPFL et de l'Université de Lausanne collaborent avec l'Université Bar Ilan de Ramat Gan et l'Institut interuniversitaire de sciences marines d'Eilat, en Israël, pour étudier ce phénomène.
Une résilience thermique
Durant la dernière glaciation, la mer Rouge s'est retirée, tuant la plupart des coraux qui y vivaient. Lorsque les larves coralliennes sont revenues depuis le golfe d'Aden, elles ont dû passer par une région particulièrement chaude: les eaux séparant le Yémen de l'Erythrée.
"Ces eaux sont nettement plus chaudes que dans le golfe d'Aqaba: en remontant dans la mer Rouge, les coraux ont subi une sélection naturelle les rendant résilients thermiquement", explique le professeur israélien Maoz Fine, spécialiste de biologie marine, dans le 19h30.
"Du coup, ceux qui ont peuplé le golfe d'Aqaba vivent dans une eau bien plus froide: ils ont une grande marge d'adaptation entre la température à laquelle ils vivent maintenant et celle à laquelle ils peuvent résister", ajoute le chercheur. Des analyses menées à Lausanne ont ainsi montré que ces organismes supportent très bien une augmentation de cinq degrés.
Difficile à implanter ailleurs
Toutefois, les scientifiques ont compris qu'il est vain de vouloir greffer des coraux là où un blanchiment s’est produit. Glaciations, repeuplement, la sélection naturelle s’est faite sur des millions d’années dans le golfe d'Aqaba et des coraux qui y vivent très bien ne pourraient pas forcément survivre dans l’environnement de la Grande Barrière de corail australienne ou les eaux transparentes des Maldives.
Les scientifiques et leurs doctorants, venus des quatre coins du globe, s'affairent essentiellement autour du "simulateur de mer Rouge" situé au milieu de leur station, non loin de la ville d'Eilat. Bien que leurs résultats soient encourageants, ils soulignent que seule une réduction globale des émissions de CO2 et un frein au réchauffement climatique pourra sauver les coraux.
En attendant, ils œuvrent localement à la sauvegarde des organismes du golfe d'Aqaba: le tourisme croissant, la surpêche, la pression démographique et les projets immobiliers des pays entourant ce bras de mer peuvent menacer cet écosystème complexe et fragile.
>> Sujet traité dans le 19h30 de la RTS jeudi
Stéphanie Jaquet/boi
Publié le 14 décembre 2017 - Modifié le 15 décembre 2017
Une écologie diplomatique
La Suisse joue ici un rôle en coulisses. Les scientifiques de l'UNIL et de l'EPFL apportent avec eux la neutralité helvétique et s'en servent avec les diplomates en place pour faciliter les discussions et approcher tous les acteurs, afin de les convaincre de réaliser un effort commun dans le but de protéger cet écosystème unique au monde.
Le but ultime des scientifiques serait de voir les récifs coralliens du golfe d'Aqaba classés au patrimoine mondial de l'UNESCO ou qu'ils deviennent, au moins, un site de protection de l'environnement de haute priorité.