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Paysage magnifique pour action silencieuse. Ici une ville à flanc de colline, dans un horizon recouvert de neige, sous un ciel nuageux mais pas réellement menaçant. Toutes les maisons sont de la même couleur brun ocre, suggérant un curieux effet bichrome. Un gros rocher, peut-être dominé par les vestiges d'un château ou d'une tour, surplombe une ville d'où la vie ne semble surgir qu'au gré de petites lumières disséminées sur son flanc droit. A droite de l'image, une route, elle aussi enneigée, amorce une diagonale au centre du plan. Une camionnette, phares allumés, roule en direction de la droite. C'est le seul mouvement suggéré à l'intérieur de l'image. La couleur orange du véhicule tranche avec le reste.
Rigueur du cadrage, beauté de la composition, ce plan de Winter Sleep est symptomatique du cinéma de Nuri Bilge Ceylan et évoque quelque part aussi le plan d'ouverture d'Uzak, l'un des précédents films du cinéaste turc. Large et majestueux, il fait office de pause et de respiration dans un film pourtant plus bavard qu'on ne pourrait le penser et surtout moins contemplatif qu'on est en droit de le supposer. Ce qu'il montre du rapport à la nature est un rien ambigu. L'homme semble ici perdu dans un monde sauvage - en l'occurrence l'Anatolie centrale - et pourtant sa présence se sent partout. Jusque dans les lignes traçant avec élégance des sentiers dans la neige et autour des habitations. Palme d'or à Cannes, Winter Sleep est une oeuvre d'esthète équilibriste.
Winter Sleep est actuellement à l'affiche aux Cinémas du Grütli.