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L’agriculture est l’ultime priorité du ministre suisse de l’Economie Johann Schneider-Ammann. En mission en Amérique du sud, le conseiller fédéral, qui ne briguera pas de nouveau mandat en 2019, compte bien faire avancer les négociations de libre-échange entre le bloc Mercosur d'Amérique du Sud et l'Association européenne de libre-échange (AELE).
Le voyage intervient seulement trois mois après la signature à Berne d’une déclaration conjointe entre l’AELE (la Suisse, l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse) et les représentants du Mercosur. Une étape considérée par Johann Schneider-Ammann comme le «lancement des négociations entre les deux blocs».
swissinfo.ch: Il y a quelques jours à peine, l'Union européenne et le Mexique ont annoncé la signature d'un accord de libre-échange. Est-ce que cela a rendu votre voyage encore plus urgent pour la Suisse?
Johann Schneider-Ammann: Lorsque cet accord entrera en vigueur, les fabricants européens disposeront immédiatement d'un marché pour vendre leurs produits. Et concrètement, ils auront un avantage significatif sur leurs concurrents suisses, puisque les tarifs protectionnistes allant de 5,3% à 35% seront considérablement réduits.
«Le volume des échanges commerciaux est multiplié par deux au cours des cinq premières années suivant la signature d'un accord de libre-échange»
swissinfo.ch: La Suisse a conclu 30 accords de libre-échange avec 40 pays hors de l’Union européenne (UE). Quels avantages et inconvénients la Suisse en a-t-elle tiré à ce jour?
J.S-A.: Il y a une règle générale: on dit que le volume des échanges commerciaux est multiplié par deux au cours des cinq premières années suivant la signature d'un accord de libre-échange; cela ne se produit pas avec un pays avec lequel vous n'avez pas d'accord. Une autre règle générale dit: les investissements étrangers directs doublent avec les pays qui signent des accords de libre-échange. En d'autres termes, le libre-échange signifie un plus grand volume d'échanges et une plus grande valeur ajoutée, ce qui signifie plus d'emplois en Suisse. C'est pourquoi nous avons un grand intérêt à signer des accords bilatéraux à conditions préférentielles avec des marchés extérieurs à l'Union européenne.
swissinfo.ch: La Suisse veut plus de libre-échange, mais elle est connue pour être très protectionniste sur son marché agricole et pour mettre en place d'autres obstacles au commerce. N'est-ce pas une contradiction?
J. S-A.: La Suisse n'est pas protectionniste. Nous sommes en fait l'un des marchés les plus libéraux du monde. Nous cherchons d'autres marchés, tout en respectant les règles de l'OMC [Organisation mondiale du commerce], les accords avec l'Union européenne et tout autre accord avec des pays tiers. Sur le marché agricole, la Suisse est restée conservatrice. C'est peut-être un point qui peut être critiqué. Mais regardez: la Suisse a presque complètement aboli les droits de douane pour les produits industriels. Nous nous différencions de la concurrence non pas par l'utilisation d'instruments isolationnistes, mais plutôt par un leadership novateur.
swissinfo.ch: Comment expliquez-vous que dans un pays hautement industrialisé comme la Suisse, où l'agriculture correspond à moins de 1% du PIB, les agriculteurs jouent un rôle aussi important dans la politique locale?
J. S-A.: L'agriculture est importante pour nous. Cela n'a rien à voir avec le fait qu'elle ne correspond qu'à 0,7% du PIB ou 3% des emplois, mais avec le fait qu'elle garantit 60% d'autosuffisance alimentaire avec des produits de haute qualité. La société le reconnaît. Nous buvons volontiers le lait ou mangeons le fromage que nos vaches produisent et nous sommes prêts à payer plus cher que nos voisins pour cela. Nous voulons consommer des produits de qualité. Cela donne à nos agriculteurs une plus grande importance que de simples statistiques.
swissinfo.ch: Les agriculteurs critiquent également le fait que seuls certains producteurs laitiers et fromagers bénéficieront d'un accord de libre-échange.
J. S-A.: Prenez l'exemple l'Indonésie, un pays de 260 millions d'habitants. Au cours d'une visite officielle, son président m'a dit que 40 millions de ses citoyens appartiennent à la classe moyenne, ont soif de produits européens de haute qualité et ont les moyens de se les offrir. Il a également ajouté: 40 millions de personnes en plus feront partie de la classe moyenne au cours de la prochaine décennie. Imaginez si nous pouvons mettre sur ce marché nos produits alimentaires... Au bas de cette chaîne de production se trouvent les agriculteurs et ils seront certainement bien récompensés pour leur travail.
swissinfo.ch: Et du point de vue du Mercosur, qu'est-ce qui pourrait les attirer sur un marché de seulement huit millions de personnes, comme la Suisse?
J. S-A.: Le ministre paraguayen de l'économie m'a dit une fois: «Oui, nous savons que la Suisse est un très petit marché de huit millions d'habitants. Mais nous ne sommes pas seulement préoccupés par le volume, nous voulons aussi entretenir des relations commerciales intenses avec des pays leaders dans les domaines de la technologie et de l'innovation comme la Suisse.» C'est le véritable intérêt du Mercosur.