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Dans un excellent et court article du New York Times (Deconstructing an Obama Victory), Katherine Q. Seelye revient sur l’analyse des primaires du Wisconsin par Ken Goldstein, directeur du the Wisconsin Advertising Project, analyste des campagnes publicitaires politiques américaines.
Cette analyse met en évidence à mon avis le naufrage de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton au Wisconsin:
• sa campagne démarre plus tard que celle de Barack Obama (le 6 février pour B. Obama, le 12 février pour H. Clinton);
• Barack Obama dépense cinq fois plus en publicité qu’Hillary Clinton (1,5 millions de $ contre 300’000$);
• 50% de messages de la campagne d’Hillary Clinton sont à visée négative qui plus est sur des points mineurs concernant Barack Obama;
• 25% des messages publicitaires de B. Obama concernent des publicités attaquant ou contre-attaquant H. Clinton.;
• alors que l’élection de 2008 est perçue comme une élection du changement, aucune publicité d’H. Clinton ne mentionne ce terme alors que la campagne d’Obama le mentionne 1’824 fois;
• aucun spot ne mentionne son expérience ou lui laisse directement la parole alors que B. Obama est régulièrement mis en scène et parle de ses propres expériences.
Au final, B. Obama a remporté le Wisconsin avec 17 points d’avance sur H. Clinton et il le doit certainement à la clarté de sa campagne. Visiblement H. Clinton et son équipe ont fait le choix d’une campagne négative dans la lignée des précédentes campagnes présidentielles américaines. Or, là aussi visiblement, les électeurs sont en attente d’un changement et d’un message positif porté par le candidat. C’est d’autant plus regrettable, à mon avis, parce que, lorsque Hillary Clinton laisse percer la carapace pour se montrer elle-même, elle est bien meilleure et convaincante. Le dernier exemple en date en a été donné lors du débat CNN pour les primaires du Texas:
• mal à l’aise (et huée) lorsqu’elle attaque la personnalité de B. Obama en le comparant à un photocopieur:
• excellente à la fin (avec standing ovation) lorsque elle ajoute à son discours une part d’émotion[1]
Ce dernier élément me permet de remarquer aussi que de manière surprenante (mais fort bienvenue) dans ses primaires américaines, les émotions d’une candidate féminine jouent en sa faveur. C’est visiblement un paramètre qui a de la peine à être intégré par l’équipe de campagne d’Hillary Clinton, car jusqu’à présent de tels comportements jouaient «normalement» en défaveur des candidat-e-s féminines à de tels postes (rappelez-vous Lilian Uchtenagen). Ils doivent d’autant plus être difficile à intégrer que certainement depuis de nombreuses années le profil politique présidentiel d’Hillary Clinton[2] a été construit pour gommer son émotivité «féminine» et mettre en avant des qualités jugées «masculines» du pouvoir présidentiel. La campagne des présidentielles américaines de 2008 réserve donc un lot de surprises et de nouveautés dont nous avons certainement pas fini de parler.
PS : Visiblement, Hillary Clinton et son équipe ont choisi de poursuivre la campagne négative selon les concepts de Karl Rove, le stratège des campagnes républicaines de l’actuel président des Etats-Unis. Serait-ce qu’une campagne positive n’offrirait qu’une défaite honorable et que seule une campagne négative et agressive lui offrirait une (mince) chance de retourner à son avantage les primaires démocrates? Toujours est-il que, si Obama remporte les primaires, une telle campagne négative aussi précocement lancée ne manquera pas de poser problème aux Démocrates pour l’élection de novembre 2008, car c’est du pain béni pour les Républicains.