Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06919.jsonl.gz/720

Roger Bannister était en 1954 un jeune étudiant qui s’apprêtait à terminer ses études de médecine à la prestigieuse université d’Oxford. Il avait aussi un passe-temps qui l’amenait à enfiler de petites chaussures à pointes pour aller faire des tours de piste cendrée. Le tout avec une obsession: courir un mile (1609m, 4 tours de piste) en moins de 4 minutes, une chimère pourchassée par tous les coureurs de demi-fond depuis près de 25 ans. Ses adversaires n’étaient pas sur la même piste, mais à des milliers de kilomètres, aux Etats-Unis (Wes Santee) et en Australie (John Landy), chacun s’entraînant et concourant avec cette barrière en ligne de mire.
Le 6 mai 1954
C’est à la Iffley Road Track que Banniset se rend en fin d’après-midi, la piste d’Oxford, accompagné de ses deux fidèles compagnons et néanmoins lièvres, Chris Chataway et Chris Brasher. Les deux comparses l’emmèneront sur les 3 premiers tours, avant qu’il ne se retrouve seul face à lui-même, ses jambes, son souffle et le chronomètre. Ce fameux chronomètre qui aura jusqu’alors toujours affiché 4 min et quelques secondes. Une fois la ligne franchie, il s’effondre, et le speaker annonce: “3 minutes….” le reste sera perdu dans le grondement du public. 3:57.4 sera le temps officiel. Il venait d’accomplir l’impossible, et a ouvert pour beaucoup le chemin de l’athlétisme ou de l’espoir face à une montagne infranchissable.
Les livres de records retiendront que celui-ci a tenu 46 jours, effacé par John Landy, le coureur australien qui se battait à distance avec Bannister pour passer sous la barre mythique. Dans les 4 années suivantes, une vingtaine de coureurs passeront sous les 4 minutes. Le record s’est établi à 3:43.13 en 1999 par le marocain Hicham El-Gerrouj, soit plus de 16 secondes de moins. Il aura été le plus court détenteur du record du monde du mile. Mais cette performance aura marqué l’Angleterre, le monde de l’athlétisme et du sport en général et continue de le faire aujourd’hui, alors qu’il vient de nous quitter.
Une carrière au-delà de la course
1954 aura marqué son pinacle sportif, et aussi sa retraite de l’athlétisme. Une carrière académique l’attendait, les mystères et les défis de la neurologie lui tendaient les bras. Au cours des 50 années suivantes, Sir Roger Bannister a dédié son énergie aux maladies neurologiques. Il s’est également beaucoup impliqué pour le sport en Grande Bretagne, devenant le premier chairman du British Sports Council, menant notamment la campagne “Sport pour tous” afin de permettre un accès universel à des terrains de sport et de jeux. Il affirmera d’ailleurs que l’accomplissement de sa vie n’aura pas été lors de ces 3 minutes et quelques, mais lors des 40 ans de service aux personnes atteintes de troubles du système nerveux autonome et de la communauté au sens large.
Courir pour faire éclore ses capacités
Conscient de ses objectifs de carrière médicale, il s’entraînait de façon limitée, soit au maximum 60 km par semaine, 45 minutes à la fois, privilégiant le temps pour ses études et la récupération nécessaire. Uilisant même peut-être son sport pour d’autres ambitions. Des principes qui semblent parfois d’une autre époque, même si on peut se réjouir de voir que l’athlétisme suisse regorge de talents internationaux qui mènent de front études très exigeantes et carrière sportive. Encourageons-les et aidons-les à suivre les traces de ce pionnier des années 50.
En 1955, Bannister publie ses mémoires de coureur dans “The Four minute mile” et écrit ceci au sujet de la course:
“Nous courons non pas parce que nous pensons que cela nous fait du bien, mais parce que nous aimons cela et ne pouvons nous en empêcher. Cela nous aide aussi à accomplir d’autres choses mieux encore. Cela donne à une homme ou une femme l’opportunité de faire éclore le pouvoir qui autrement resterait enfermé à l’intérieur. L’appel de la lutte est latent en chacun d’entre nous“.
Cher Monsieur Bannister, reposez en paix, et en votre mémoire, j’encourage les lecteurs et lectrices à prendre 3 min et 59 secondes supplémentaires en votre mémoire, pour revivre ce moment extraordinaire: