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- 26-05-2015
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Récemment, des analyses biophysiques réalisées par le groupe du Pr Michel Milinkovitch ont montré que les changements de couleurs chez les caméléons s’opèrent via le réglage actif d’un maillage de nanocristaux de guanine dans des cellules spécialisées de la peau plutôt que par la dispersion et l'agrégation des pigments.
Alors qu'ils enquêtaient sur ce processus biophysique chez les caméléons panthères (Furcifer pardalis), Michel Milinkovitch et ses étudiants ont aussi décidé d'analyser la très grande variation de couleur intra-spécifique observée dans cette espèce. Ils se sont rendus à Madagascar et fait équipe avec le professeur Achille Raselimanana de l'université d'Antananarivo.
Le Pr Raselimanana est également président de l'Association Vahatra qui vise à développer un programme de recherche et d'enseignement qui permettrait de conserver la biodiversité menacée de Madagascar. L'équipe suisso-malgache a effectué deux campagnes d'échantillonage dans toute l'aire de répartition des caméléons panthères et prélevé une goutte de sang chez 324 individus. Chaque animal échantillonné a également été photographié en haute résolution.
Les chercheurs ont ensuite effectué, d'une part, des analyses génétiques à l'aide de l'ADN extrait des échantillons de sang et, d'autre part, des analyses mathématiques des photos prises sur le terrain (en utilisant une approche dite "supervised multiclass support vector machine").
Les résultats de ces investigations génétiques, récemment publiés dans Molecular Ecology indiquent une forte structure génétique entre lignées géographiquement restreintes, révélant un très faible métissage entre les populations. En outre, les analyses mathématiques ont démontré que des variations subtiles des motifs de couleurs permettent la prédiction efficace de l'appartenance d'un caméléon à une lignée génétique spécifique. Ceci confirme que la plupart des populations séparées géographiquement devraient être considérées comme des espèces séparées. Non seulement cette étude révèle une biodiversité cachée et suggére la séparation taxonomique du caméléon panthère en plusieurs espèces grâce aux données génétiques, mais elle a également permis la conversion de l'analyse mathématique des couleurs de peau en simple clé de classification visuelle qui peut permettre aux biologistes locaux et aux responsable de la gestion de l'environnement d'éviter une surexploitation de populations locales.
Madagascar est un 'hot spot' de biodiversité. En effet, cette île héberge au moins 15'000 espèces de plantes, 300 espèces d'oiseaux, 300 espèces d'amphibiens, 400 espèces de reptiles (y compris 85 espèces de caméléons), et 100 espèces de poissons d'eau douce, sans tenir compte des milliers d'espèces d'invertébrés. En outre, environ 80 à 90% de toutes les espèces vivantes trouvés à Madagascar sont endémiques, ce qui signifie qu'elles n'existent nulle part ailleurs sur terre. Cette diversité est en grand danger en raison de la destruction généralisée de l'habitat forestier pour la production de bois et de charbon.
Étant donné la nature charismatique des caméléons, Michel Milinkovitch espère que, outre une meilleure compréhension du déterminisme génétique de la variation de couleur parmi les caméléons, son étude permettra à son collègue Raselimanana de poursuivre son travail de sensibilisation et de protection de la biodiversité fragile de Madagascar.