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2015
Objets du mois 2015
Mars
Gaspard de Coligny, Lettre adressée à Jacqueline d'Entremonts, 18 août 1572.
Prêt Musée historique de la Réformation, Genève.
Ce manuscrit, exposé dans une des salles du MIR, nous plonge au cœur même de l’histoire de France et des guerres de religion du 16e siècle. Il s’agit d’une lettre adressée depuis Paris par Gaspard de Coligny, chef de file du parti protestant, à son épouse Jacqueline d’Entremonts, le 18 août 1572.
Il l’informe qu’en ce jour, les noces entre Henri de Navarre (le futur roi Henri IV) et Marguerite de Valois ont eu lieu et que les festivités vont suivre.
Ce document exceptionnel est l’un des derniers courriers de l’amiral de Coligny. En effet, à peine quelques jours plus tard, le 22 août, il sera blessé dans un attentat. Dans la nuit du 24 au 25 août 1572 éclatera le massacre de la Saint-Barthélemy, au cours duquel il sera finalement assassiné.
Cette lettre est d’autant plus touchante qu’elle comporte au bas une recommandation : « Mandez-moi comment se porte ce petit ou petite ». En effet, Jacqueline d’Entremonts est alors enceinte de Béatrice, qui naîtra quelques mois après la mort de son père.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Avril
Marc Guillaume Louis PROESSEL, Portrait de Jean Calvin, dessins préparatoires et gravure, fin 19e siècle-première moitié 20e siècle. Genève, Musée international de la Réforme.
Marc Guillaume Louis PROESSEL, Portrait de Jean Calvin, gravure finale, fin 19e siècle-première moitié 20e siècle. Genève, Musée international de la Réforme.
Dans sa collection, le MIR possède cet ensemble de documents qui présente un certain intérêt car il permet de suivre le procédé de réalisation d’une gravure. L’artiste genevois Proessel (1860-1950) a effectué un premier dessin préparatoire qu’il a transposé sur du papier calque, pour le graver ensuite sur la planche servant de matrice. Après avoir disposé de l’encre sur la matrice, il a pressé sur cette dernière une feuille de papier et a ainsi obtenu une gravure donnant à voir le portrait de Jean Calvin.
Comme le veut la technique de la gravure, le résultat est inversé par rapport au dessin original. Ce procédé a pour avantage de permettre de reproduire des images en grand nombre. Offrant ainsi des possibilités de diffusion à large échelle, il connut un essor considérable au temps de la Réforme.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Mai
Bible de Luther, Wittemberg, 1550. Musée international de la Réforme, Genève.
Bible de Luther, Wittemberg, 1550. Gravure de frontispice. Musée international de la Réforme, Genève.
Cette Bible de Martin Luther, imprimée à Wittenberg en 1550 (la première édition parut en 1534), a pris place il y a peu dans une salle du MIR. De grand format, elle se trouve dans une splendide reliure d'époque comportant plusieurs motifs.
La gravure de frontispice représente diverses scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament disposées selon le schéma de l'antithèse : l'espace visuel est divisé, au centre, par un arbre. À la gauche de ce dernier, la Loi est dépeinte comme exposée dans l’Ancien Testament ; par exemple, Adam et Eve mangent le fruit de l'arbre de vie après avoir été tentés par le serpent.
En opposition à la sévérité de la Loi, l'Evangile apporte l’espérance, comme l’illustrent les branches florissantes à la droite du tronc, du côté du Nouveau Testament. Par exemple, le Christ ressuscité anéantit la mort et le diable; en contraste avec Adam et Eve, vaincus par le serpent, c'est désormais lui qui triomphe de la bête diabolique.
Cette composition – l’une des représentations doctrinales les plus efficaces de l’école de l’artiste Lucas Cranach l’Ancien – devint l'un des thèmes les plus populaires de la Réforme. Il se pourrait qu’elle ait été directement inspirée par une présentation de Luther sur le thème de la Loi et de l'Evangile. Il s’agissait donc d’un choix naturel pour illustrer les éditions de la Bible, notamment la page de titre de la Bible dans sa traduction par Luther, comme c'est le cas de notre exemplaire.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Juin
Jean Calvin (1509-1564), Rapport aux autorités sur le suicide de Jean Vachat, 23 janvier 1545. Musée international de la Réforme, Genève.
Voici un document de la main de Jean Calvin, daté du 23 janvier 1545, faisant rapport aux autorités genevoises d’un événement survenu la veille.
Le 22 janvier 1545 à Genève, un malheureux du nom de Jean Vachat se plante deux coups de couteau dans le ventre. Calvin raconte avoir été appelé au chevet du mourant et avoir, non sans lui faire des remontrances, interrogé ce dernier sur les raisons de son geste, encouragé Vachat à se repentir, à se remettre à la grâce de Dieu, ainsi qu’à accepter les soins d’un chirurgien. Jean Vachat meurt le jour même, des suites de sa blessure.
Il s’agit du seul document manuscrit de Calvin faisant état de la question du suicide, un acte grave relevant de la justice pénale puisque considéré, à l’époque, comme un crime à la fois contre l’individu, la société et Dieu. Le lieutenant de police en charge de l’affaire refusera, d’ailleurs – et conformément aux coutumes d’alors, que Jean Vachat soit enterré avec une sépulture chrétienne.
Cette lettre a cela d’exceptionnel, qu’elle donne à voir le côté humain d’un Jean Calvin se trouvant face à la réalité du désespoir, de l’homme face à la souffrance d’un autre individu. On découvre ainsi un autre visage du réformateur, non sans contraste avec l’image du Calvin généralement décrit comme un homme d’une grande sévérité.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Juillet
Buste en argile de Jan Hus dans une boîte en bois, fin 19e ou début 20e siècle. Genève, Musée international de la Réforme.
Il y a 600 ans – le 6 juillet 1415, le théologien tchèque Jan Hus, condamné pour hérésie, mourait sur le bûcher lors du concile de Constance. L’événement déclencha un mouvement de révolte en Bohême et fut suivi, entre 1420 et 1434, d’une série de conflits armés opposant les partisans de Jan Hus (les hussites) à la noblesse et à l’Eglise catholique.
Voici un buste en argile donnant à voir son portrait dans une petite tabatière en bois. Selon un feuillet joint au couvercle, l’objet aurait été façonné avec de la terre et du bois provenant du lieu où le théologien fut brûlé. L’information ne peut être vérifiée, mais elle témoigne une fois de plus l’admiration portée à Jan Hus, important précurseur de la Réforme, érigé en figure emblématique de la nation tchèque et en symbole de la lutte contre la domination du Saint-Empire romain germanique.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Août
Martin LUTHER, Hans Sebald BEHAM, Das Bapstum mit seynen Gliedern gemalet und beschryben, gebessert und gemehrt, Nuremberg, chez Hans Guldenmund, 1526. Musée international de la Réforme, Genève.
Voici un ouvrage, Das Bapstum mit seynen Gliedern gemalet und beschryben, gebessert und gemehrt (La papauté avec ses membres, peinte et décrite, améliorée et augmentée), dans lequel Luther s'attaque avec virulence à la hiérarchie de l'Eglise catholique.
Le livre, imprimé à Nuremberg en 1526, est illustré par le graveur allemand Hans Sebald Beham (1500-1550). Il contient plus de septante belles gravures sur bois, dont la particularité est d’être en coloris de l’époque et qui représentent les différents ordres de l'Eglise catholique avec les attributs de leur fonction.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Emplacement : Musée international de la Réforme,
Salle de la Bible.
Septembre
Bernard Dominicé, Montre de poche en argent avec alarme, vers 1680. Genève, Musée international de la Réforme.
Voici un objet qui illustre l’apport, dans des domaines très variés (théologie, philosophie, industrie, orfèvrerie ou encore beaux-arts), des huguenots ayant fui la France et s’étant installés à Genève au cours des guerres de religions. Cette montre de poche en argent est l’œuvre du grand maître horloger Bernard Dominicé (1651-1727), arrière-petit-fils, précisément, d’un réfugié huguenot. La boîte, ajourée de sorte à laisser échapper le son du réveil, comporte des motifs floraux et animaliers qui laissent transparaître la finesse de cette réalisation.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Emplacement: Musée international de la Réforme, Salle de la révocation de l'Edit de Nantes.
Octobre
Henri III de France (1551-1589), Pièce signée à Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, 22 avril 1589. Manuscrit sur velin. Musée international de la Réforme, Genève.
Le MIR possède, dans sa collection, cette exceptionnelle lettre signée du roi Henri III de France (1551-1589), datée du 22 avril 1589. Son destinataire est l’homme politique et diplomate Nicolas de Harlay (1546-1629), sieur de Sancy. Le document illustre le contexte de la huitième et dernière guerre de religion en France au XVIe siècle. Le roi s’est engagé dans une lutte contre la Ligue catholique, soucieux de freiner l’expansion de cette dernière, alors que les catholiques l’accusent de faiblesse dans le combat avec les protestants. Le duc de Guise, chef principal de la Ligue, a été exécuté sur ses ordres tandis que d’autres chefs ligueurs ont été arrêtés.
Ici, Henri III ordonne à Sancy de lever des troupes contre la Ligue – et notamment des Suisses, réputés pour leurs qualités militaires. Il compte en effet « emploier les gens de guerre tant Suysses que aultres qui seront en lad armée contre noz ennemys qui se vouldroient opposer a leur passage (…) ».
Afin de lever cette armée et de soutenir le roi, Sancy mettra en gage son fameux diamant, « le Sancy ». Quelques mois plus tard, le 1er août 1589, Henri III sera victime d’un attentat ; poignardé par un ligueur, il mourra de sa blessure, le lendemain. Lui succédera Henri de Navarre, sous le nom d’Henri IV.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Emplacement : Musée international de la Réforme, Salle Barbier-Mueller.
Novembre
Artiste français, L’étrange rencontre, vers 1600-1650. Gravure sur cuivre. Musée historique de la Réformation, Genève, en dépôt au Musée international de la Réforme, Genève.
Voici une étonnante estampe, que le MIR expose dans une de ses salles. Cette gravure représente un meunier, cravache en main, assis sur un âne et se dirigeant vers un moulin. Sur l’oreille de l’âne, on peut lire le nom de Calvin. Au niveau de la croupe de l’animal, qui relève la queue pour déféquer, il est inscrit “bais ici derrière”, calembour se rapportant au réformateur Théodore de Bèze. Sous l’image, deux quatrains expliquent la scène. Au calviniste qui vient à sa rencontre, le meunier réplique, désignant l’oreille et le derrière de sa monture : « voicy Calvin, E bais ici derriere ».
Le jeu de mots construit sur le nom de Bèze et les allusions à Calvin font tout le côté satirique de cette représentation qui tourne au ridicule les deux réformateurs.
Samantha Reichenbach, conservatrice
Emplacement : Musée international de la Réforme, Salle de la Polémique.