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Dans le cadre de la 6e Fête du comédien qui se tient à Genève, Mauro Bellucci monte et joue «Torito».
Un très beau monologue de l'écrivain genevois Jacques Probst qui réinvente ici l'histoire vraie d'un boxeur argentin.
La rumeur d'un match de boxe monte petit à petit dans la salle, suivie d'un coup de gong. La partie peut alors commencer, et le sport se confondre avec le théâtre. Car la salle en question est celle du Grütli, scène genevoise où se joue «Torito», un très beau monologue de l'écrivain romand Jacques Probst.
Le ring devient ainsi la scène où se livre un combat sans merci à la vie. Quelques rounds - une douzaine environ - suffiront donc au comédien Mauro Bellucci pour apprivoiser les angoisses qui assaillent son personnage. En l'occurrence, un champion de boxe qui, très jeune, est obligé de «raccrocher ses gants», battu qu'il est par une maladie qui lui ravage les poumons.
Une histoire vraie
«Torito» s'inspire d'une histoire vraie, celle de l'Argentin Justo Suarez dont la carrière de boxeur est stoppée par une tuberculose qui l'emporte à l'âge de 29 ans, en 1938. Il meurt seul à l'hôpital.
Et c'est précisément dans un hôpital que Jacques Probst situe cette histoire qu'il réinvente en l'écrivant sous la forme d'un monologue. Un monologue au fil duquel le champion revit sa carrière comme dans un rêve.
Mauro Bellucci, qui met également en scène ce monologue, confie avoir voulu rendre hommage à son père, ancien boxeur, en choisissant d'incarner Torito.
De surcroît, son spectacle tombe à point nommé avec l'actualité d'un prix que recevra précisément Jacques Probst le 28 novembre.
Probst à l'honneur
L'écrivain genevois étant cette année lauréat de la 6e Fête du comédien qui se tient au Théâtre du Grütli jusqu'à fin décembre. Fête dans le cadre de laquelle est programmé «Torito», justement.
Mais au-delà des hommages, il y a dans ce texte de Probst (publié avec sept autres monologues chez l'éditeur Bernard Campiche) la matière d'un théâtre qui magnifie le métier de comédien.
«Quand il combat, (...) il entend tout, le boxeur / ce qu'on crie pour lui / et ce qu'on crie contre lui / il entend quand on l'aime / il entend quand on l'insulte / il entend quand on l'applaudit / il entend quand on réclame son sang...», écrit Jacques Probst.
«Ces mots s'appliquent parfaitement aux émotions que peut ressentir un acteur sur scène, confie Mauro Bellucci. L'autre soir, une dame a quitté la salle avant la fin du spectacle. Je l'ai vue partir. J'étais atterré, je pensais que ça ne lui plaisait pas. Puis on m'a dit qu'au contraire, elle était tellement remuée par le texte qu'elle n'a pas supporté de rester».
Et le comédien de rajouter: «Je puis vous assurer que dans mon métier, la moindre réaction de la salle peut être perçue soit comme une joie intense, soit comme une solitude intolérable. De toute manière l'acteur pratique un sport toujours solitaire.»
swissinfo, Ghania Adamo
Faits
«Torito» de Jacques Probst.
A voir à Genève, Théâtre du Grütli, jusqu'au 4 décembre.
Mise en scène et jeu: Mauro Bellucci.
En bref
- Jacques Probst est né en 1951 à Genève.
- Comédien, a joué dans plus de soixante spectacles, avec une prédilection pour les pièces de Shakespeare, Webster, Beckett, Pinter.
- Il est l'auteur, depuis 1969 d'une vingtaine de pièces pour le théâtre, allant du monologue (dont «Torito») , Le Banc à des pièces de dix, quinze, voire plus de vingt personnages, qui ont été jouées en Suisse et en France.
- Plusieurs des pièces ont fait l'objet d'enregistrements pour la Radio Suisse Romande et France Culture.
- Il a écrit trois scénarios de films: 'Le Rapt', d'après la 'Séparation des Races' de Ramuz (TSR-TF1), Torito (TSR) et 'Le Désert comme un jardin' pour la réalisatrice Maya Simon.