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Après A Campaign of Their Own en 2016, le réalisateur Lionel Rupp est retourné suivre les soutiens de Bernie Sanders pour la campagne 2020. The Last Campaign, qui sort le 21 septembre, oscille entre l’enthousiasme d’une nouvelle génération militante et le pessimisme face à un jeu politique verrouillé. Entretien.
Tu avais suivi la campagne de Bernie Sanders en 2016. Quelles différences as-tu pu observer avec 2020 ? De plus grands espoirs ? Et une plus grande frustration à l’arrivée ? J’ai suivi la campagne de 2016 à partir d’avril alors que le processus des primaires était bien entamé. S’il était entendu qu’il n’obtiendrait pas la nomination du parti démocrate pour l’élection présidentielle, l’espoir que Sanders faisait naitre auprès des militant·e·s de gauche américain·e·s avait quelque chose d’inédit.
En 2020, Bernie était devenu une figure politique et son programme était devenu entre-temps très populaire auprès des électeur·rices démocrates. Cela lui a permis d’être au coude à coude avec Biden dans les sondages au début des primaires. En mars 2020, il s’est présenté comme favori lors du Super Tuesday. C’est à ce moment-là que les candidat·e·s se sont ligué·e·s contre Bernie, permettant à Biden de remporter la mise au Super Tuesday.
Plusieurs scènes rappellent la violence envers Sanders pendant la campagne des primaires démocrates. Et plusieurs militant·e·s semblent arriver à la conclusion qu’il n’y a aucun espoir de changement au sein du parti démocrate. Pour une candidature à la gauche du parti démocrate, comme celle de Sanders, il y a la difficulté de survivre dans un univers médiatique mainstream hostile. Mais ce qui me rend particulièrement pessimiste, c’est le parti démocrate. Les primaires sont organisées par le parti, dont le directoire craint plus que tout une nomination de Bernie ou de tout·e autre candidat·e du même acabit. Lors des deux campagnes de 2016 et 2020, les plus hautes instances du parti ont tout fait pour éviter le scénario catastrophe d’une nomination de Bernie. Les exemples les plus parlants sont les fraudes du parti en faveur de Hillary Clinton en 2016, et la coalition de la quasi-totalité des candidat·e·s et des sénateurs·trices du parti contre Bernie en 2020.
Au-delà la frustration, les militant·e·s que tu as rencontré·e·s abattent, avec enthousiasme, un travail monumental : coups de téléphone, porte à porte, affichage, etc. En ce sens, tu documentes l’émergence d’une nouvelle génération militante. De quoi espérer un changement ? Je ne sais pas si ces personnes donnent une raison d’y croire mais leur abnégation, leur détermination et leur résilience permettent de ne pas perdre espoir. Mais après cette expérience en immersion, il m’est personnellement difficile de croire en un changement de paradigme à travers les élections et mon documentaire va dans ce sens. Si j’ai filmé sans a priori, au retour des États-Unis la désillusion a été telle que je pense à présent que l’espoir n’est pas dans le jeu électoral représentatif mais d’autres formes de résistance. Mais, pour finir sur une note plus positive, ce que j’ai tout de même apprécié lors de ces élections, c’est la force centrifuge d’une telle campagne et sa capacité à rendre possible une forme, si imparfaite soit-elle, de convergence des luttes.
Propos recueillis par Guy Rouge
Avant-premières en Suisse romande
ma 20 sept. Lausanne, Cinéma Bellevaux
me 21 sept. La Chaux-de-Fonds, ABC
je 22 sept. Carouge, Cinéma Bio
sa 24 sept. Oron-la-ville, Cinéma d’Oron
di 25 sept. Sainte-Croix, Le Royal
ve 30 sept. Neuchâtel, Le Minimum