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Les années 1970 à 1990 furent marquées par bien des questions existentielles autour de l’identité nationale suisse. Le point culminant fut certainement la déclaration de l’artiste Ben inscrite sur le pavillon helvétique lors de l’exposition universelle de Séville en 1992: «la Suisse n’existe pas» et les interrogations légitimes sur le rôle de la Suisse dans la Deuxième Guerre mondiale. Celles-ci ont débouché sur les travaux exemplaires de la Commission Bergier. Cependant la tendance s’est progressivement inversée jusqu’aux tentations du déni d’inventaire, du repli sur soi et d’un retour au Heidiland. Un nouveau hiatus ne manque ainsi pas de s’établir entre la recherche historique et les croyances populaires.
Par ailleurs, nous avons souligné le poids excessif d’un enseignement de l’histoire suisse centré sur 1291 et les Temps anciens et le peu de place accordé à la Suisse moderne née en 1848. Un rééquilibrage en faveur d’une histoire suisse contemporaine n’évacuant pas les questions sensibles, telles que notre rapport avec l’extérieur, le développement économique et social des 19e et 20e siècles ou l’attitude de la Suisse entre 1939 et 1945, est essentiel.
Cependant, il nous faut préciser qu’adosser son enseignement de l’histoire à l’état actuel de la recherche historique ne suffit pas à rendre l’histoire suisse vivante s’il s’agit pour l’enseignant de remplacer un récit par un autre. Procéder de la sorte n’est rien d’autre que remplacer une vulgate par une autre et ne développera guère de capacité réflexive chez nos élèves.
S’il nous fallait choisir un fil rouge permettant de sortir des récits univoques et lénifiants, nous pourrions reprendre à notre compte les propos de l’allocution présidentielle du Nouvel-An 2008 faite par Pascal Couchepin qui rappelait que
«la Suisse moderne a une histoire déjà longue. Or cette histoire n’est pas une suite d’années paisibles au cours desquelles se bâtissait sans à-coup la prospérité, la démocratie et la cohabitation positive de communautés divisées par la langue, la religion ou la situation sociale. Notre pays a connu des confrontations d’idées, des affrontements politiques, des changements profonds de la société.»
2008 – Allocution de Nouvel An du Président de la Confédération Pascal Couchepin.
A l’inverse, suivre la volonté de certains consistant à réintroduire à l’école l’étude des vieux poncifs de l’histoire suisse nationaliste des 19e et 20e siècles ne peut que renforcer l’incompréhension de notre pays et de ses habitants face à l’évolution du monde. A cet aune, le syndrome de l’enfermement nous guette. La seule attitude responsable et porteuse d’avenir consiste à aborder lucidement les épisodes de notre passé récent sans hésiter à travailler avec nos élèves les questions qui pourraient nous fâcher. De notre diversité est née notre richesse.