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La goutte est une maladie rhumatologique qui touche en général les articulations, le plus souvent l'articulation de la base du grand orteil dans 75% des cas. Cette affection, souvent chronique, se caractérise par une inflammation intense de l'articulation qui engendre souvent une très forte douleur, on parle de crise de goutte ou au Canada d'attaque de goutte. La goutte est une forme d'arthrite. Les douleurs engendrées par cette maladie sont souvent atroces.
La cause principale de la crise de goutte est le taux élevé d'acide urique dans le sang (au-dessus de 7,0 mg/dL, certaines sources parlent aussi de 6,8 mg/dL). Cette molécule circule dans le sang et s'accumule ensuite dans les articulations sous forme de cristaux, ces derniers provoquent une réaction inflammatoire et une douleur intense.
La goutte est plus fréquente chez les hommes, en particulier ceux âgés de plus de 40 ans, mais peut aussi toucher des femmes surtout après la ménopause (celle-ci survient en moyenne à 51 ans). Il s'agit en fait souvent d'une maladie chronique, car une personne qui arrête la prise de médicaments et/ou d'un régime adapté (pas d'alcool, pas de viande par ex.) verra souvent les crises de goutte réapparaître.
Ces dernières années, on a observé une augmentation importante du nombre de cas aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, en partie à cause de la malbouffe provoquant de l'obésité et du diabète (voir sous causes pour le lien entre diabète et goutte). Dans d'autres pays du monde on a aussi noté une forte augmentation du nombre de cas. Le vieillissement de la population dans les pays industrialisés explique aussi une hausse de la prévalence de cette maladie.
D'autres facteurs peuvent expliquer cette augmentation des cas comme la prise de médicaments antihypertenseurs (ceux-ci peuvent favoriser la goutte en augmentant le taux d'acide urique). Lire sous: causes
Le taux élevé d'acide urique dans le sang peut être provoqué par des origines génétiques qui favorisent une surproduction de cette molécule.
D'autres raisons sont la consommation excessive de viande ou de fruits de mer, d'alcool ou encore la prise de certains médicaments.
La goutte peut mener à des complications comme des calculs urinaires ou des dépôts de cristaux d'urétates de calcium (tophus) sous la peau.
Pour effectuer un diagnostic exact, le médecin doit effectuer une ponction au niveau de l'articulation. La présence de cristaux d'acide urique confirme la présence de goutte.
Le traitement peut être thérapeutique notamment en cas de crise de goutte avec l'utilisation de médicaments anti-inflammatoires (ibuprofène) ainsi que de la colchicine.
On peut utiliser également des traitements préventifs comme l'allopurinol qui prévient les crises.
La crise de goutte peut être si douloureuse qu'elle nécessite une hospitalisation.
Lire sous traitement pour une information complète
Certaines plantes médicinales comme les feuilles d'ortie peuvent compléter la thérapie. La consommation de 10 à 12 cerises par jour pendant 2 jours ou plus permet de réduire le risque de crise de goutte de 35%. La prise d'allopurinol et de cerises permet même d'abaisser le risque de crise de goutte de 75%. Lire sous phytothérapie
Pour conclure ce résumé, le style de vie est très important dans la thérapie de la goutte. Il faudra donc essayer de boire moins d'alcool, manger moins de viande (riche en purines qui se transforment ensuite en acide urique), ne pas boire trop de soda et bien s'hydrater.
Interview avec un médecin sur la goutte Creapharma a eu la chance d'interviewer en février 2015 le Dr Alexandre Dumusc, chef de clinique adjoint au Service de rhumatologie de l'Hôpital orthopédique du CHUV à Lausanne (Suisse).
Creapharma - En 2014, une étude a montré que le Royaume-Uni comptait toujours plus de cas de goutte, lié notamment à de mauvaises habitudes alimentaires (malbouffe), avez-vous observé une telle augmentation en Suisse et notamment dans le Canton de Vaud ? Dr Dumusc - Il n'y a pas d'études épidémiologiques récentes ayant évalué le nombre de patients souffrant de goutte pour la Suisse, plus spécifiquement pour le canton de Vaud, au contraire de l'Angleterre. Mais l'augmentation des facteurs de risques cardio-vasculaires touche toute l'Europe et conduit probablement à une augmentation des cas de goutte en Suisse aussi.
La plupart des patients se plaignent d'horribles douleurs au moment de la crise de goutte, quel(s) médicament(s) prescrivez-vous pour apaiser cette douleur ?
Une crise de goutte est effectivement très douloureuse. Il y a plusieurs traitements possibles d'une crise de goutte. Le choix du traitement dépend des autres maladies dont souffre le patient. Les traitements les plus utilisés sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens (naproxène, indométhacine, diclofénac, ibuprofène, …). Les autres traitements utilisés sont la colchicine ou la cortisone. Dans des cas très particuliers, des traitements biologiques (anti Il-1) sont parfois utilisés dans les centres de référence.
Le médicament le plus prescrit au niveau mondial pour prévenir l'apparition des crises de goutte est l'allopurinol, privilégiez-vous aussi ce traitement ou utilisez-vous une autre thérapie médicamenteuse ?
En 2015, l'allopurinol reste le traitement de choix en prévention des crises de goutte chez les patients souffrant d'un taux d'acide urique trop élevé. D'autres traitements comme le febuxostat sont parfois utilisés chez les patients résistants.
Toujours par rapport à l'allopurinol, des études ont montré que beaucoup de personnes souffrant de goutte ne prenaient pas ou plus leurs médicaments, malgré une prescription de la part du médecin. Il est vrai que l'allopurinol est souvent un traitement à vie et qu'il faut une certaine discipline. Comment faire pour augmenter l'adhérence thérapeutique (compliance en anglais) de l'allopurinol parmi la population ? On sait aussi que cette mauvaise adhérence peut surcharger les services des urgences inutilement, quel est votre avis ?
L'adhérence thérapeutique est un problème important dans la goutte, qui est une maladie chronique, notamment pour l'allopurinol. En effet, les patients souffrent souvent de plusieurs autres maladies et doivent prendre de nombreux médicaments, réduisant l'adhérence thérapeutique. Il faut savoir que l'arrêt brutal du traitement d'allopurinol par le patient peut déclencher une crise de goutte.
L'éducation du patient concernant sa maladie est ici essentielle. Si le patient comprend le concept de traitement de prévention de la crise de goutte et de la crise en elle-même, il gagne en autonomie et l'adhérence thérapeutique augmente.
Avez-vous des bons conseils pratiques de prévention à donner pour des patients qui souffrent régulièrement de crise de goutte ?
Pour les patients souffrant de crises de goutte régulièrement, une consultation chez un rhumatologue est recommandée. Ce dernier pourra évaluer l'indication éventuelle à débuter un traitement de prévention des crises de goutte ou adapter ce dernier. Il pourra aussi adapter le traitement habituel du patient en essayant de supprimer les médicaments favorisant les crises de goutte.
Le patient peut agir lui-même sur son alimentation pour diminuer le risque de crise de goutte. Il est recommandé de consommer des boissons non sucrées (sans fructose) et sans alcool (notamment bière et spiritueux) et de s'hydrater suffisamment. Il faut éviter la consommation de viande, de volaille (surtout la peau), d’abats, de poissons et de fruits de mer. Les produits laitiers ont par contre un effet favorable en diminuant le taux d'acide urique dans le sang.
On sait que les hommes sont plus touchés que les femmes par la goutte. Observez-vous toutefois, comme certaines études internationales l'ont relevé, une augmentation du nombre de femmes atteintes par la goutte ces dernières années ?
La goutte touche effectivement majoritairement les hommes. En pratique clinique, je ne constate pas d'augmentation nette du nombre de femmes souffrant de goutte, mais cette situation n'est pas rare, particulièrement en milieu hospitalier.
Les médicaments actuellement sur le marché agissent surtout sur les symptômes ou s'ils sont utilisés en prévention doivent être utilisés presque à vie, mais est-ce qu'un jour on pourrait découvrir un médicament capable de guérir définitivement la goutte ?
La goutte est favorisée par des facteurs environnementaux (diabète, obésité, médicaments, …) et génétiques (mutations de certains gènes liés au métabolisme de l'acide urique). Elle n'est qu'une conséquence d'un taux d'acide urique trop élevé et de la cristallisation de ce dernier. On peut intervenir sur la diminution du taux d'acide urique dans le sang soit en diminuant sa production soit en favorisant son élimination et en traitant la crise le plus efficacement possible en cas de cristallisation (crise). Un traitement définitif pour guérir de la goutte n'est donc pas à attendre dans l'immédiat.
Questions & Réponses La question de l'internaute
"J'ai la goutte mais malgré la prise de colchicine, la maladie ne s'améliore pas. Quels nouveaux médicaments contre la goutte puis-je prendre?" Par Augustin, né en 1957. Augustin prend aussi les médicaments suivants: colchicine, diclofénac, losartan
La réponse du pharmacien (par Van) La colchicine est une possibilité de traitement contre la goutte. Je vois d’ailleurs dans les médicaments que vous nommez, la prise concomitante du diclofenac, un anti-inflammatoire, antidouleur (AINS). Ces médicaments sont donnés lors d’accès de goutte et doivent être débutés le plus tôt possible pour assurer une bonne efficacité.
Si la colchicine est inefficace, elle peut être remplacée par un corticostéroïde (cortisone et dérivés). En général, le médecin prescrira de la prednisone à la dose quotidienne de 30mg par jour comme dose initiale. C’est la raison pour laquelle, il vous faudrait prendre contact avec votre médecin traitant, afin de recevoir ce traitement.
Votre médecin pourrait encore évaluer la prise d’allopurinol. Ce médicament sert comme traitement préventif de la goutte. Il est à prendre à distance de l’accès goutteux. Cela signifie qu’il s’agit en premier lieu de traiter la crise de goutte, puis prescrire éventuellement un traitement préventif.
Je vous recommande également de prendre des mesures hygiéno-diététiques pour améliorer, prévenir la goutte :
- Eviter le surpoids (pour le calcul du BMI, veuillez cliquer ici)
- Réduire la consommation d’alcool
- Instaurer un régime pauvre en purine
En ce qui concerne l’alimentation, veillez à éviter les aliments suivants :
- abats, gibier, charcuterie
- anchois, sardine, saumon, hareng, truite, coquillage
- champignons, épinards, chou-fleur, asperge, oseille et lentille
La portion de viande quotidienne doit être de maximum 150 g.
Qui consulter en cas de goutte ou de crise de goutte ?
MEDECINE GENERALE - SPECIALISTES - HÔPITAL
Son médecin généraliste
Le médecin généraliste (ou de famille) est probablement le mieux amené à soigner la goutte de façon rapide et efficace. En cas de goutte chronique (nombreuses crises de goutte), le généraliste pourra éventuellement orienter le patient vers un rhumatologue.
Son (médecin) rhumatologue
On l'oublie parfois mais la goutte est une maladie rhumatologique. De ce fait le spécialiste par définition de la goutte est justement le rhumatologue. Preuve en est également un site intéressant sur la goutte et surtout la crise de goutte: www.crisedegoutte.fr écrit par plusieurs rhumatologues.
PHARMACIE
Son pharmacien La goutte n'est pas une maladie qui se soigne en automédication et donc sans ordonnance. Il faudra donc consulter un médecin (lire ci-dessus) mais votre pharmacien peut vous aider à mieux comprendre les médicaments prescrits (ex. la colchicine qui peut provoquer de sérieux effets secondaires), vous informer sur les effets secondaires, les contre-indications, etc.
Le rôle du pharmacien est aussi essentiel pour s'assurer qu'une personne souffrant de la goutte de façon chronique continue à prendre année après année (en général à vie) son traitement préventif, la plupart du temps à base d'allopurinol, pour éviter
des crises (de goutte) et surtout des complications en cas d'absence de traitement. Lire aussi sous traitement goutte et complications de la goutte