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« L’imagination a ses droits et l’imagination nous porte loin de la réalité »
Lorsqu’il reçut le Prix des Auteurs Dramatiques, en octobre 1967 Maurice Zermatten se demande dans son Journal : « Suis-je un auteur dramatique ? La réponse est ambiguë : je ne le suis que par accident. »
Maurice Zermatten a écrit 11 pièces de théâtre, toutes, sauf la première et La Louve relatant un moment important de l’histoire du Valais. La Rose Noire de Marignan, écrite pour la Journée valaisanne de l’Exposition nationale de 1964 obtint un grand succès, de même qu’Isabelle de Chevron qui reçut le prix Welti, Grand Prix triennal suisse du Théâtre.
Trois de ces pièces sont inédites
On peut citer ici aussi une adaptation de Calderon, un jeu scénique écrit pour le 200e aniversaire de l’entrée du Valais dans la confédération et le texte d’un spectacle Son et Lumière.
La pièce traite de la lutte des Valaisans contre les envahisseurs bernois en 1419.
Écrite en 1941, à une époque où la Finlande oppose une farouche résistance à l’envahisseur soviétique, la pièce rappelle la situation de la Suisse alors entièrement entourée par les forces de l’Axe.
La pièce fut jouée en mai 41, pour le 650e anniversaire de la Confédération. Mise en scène par Jacques Béranger, décors de Paul Monnier, musique du Chanoine Broquet. Les acteurs étaient, entre autres, Paul Pasquier, André Béart, Gilberte de Breuil, Olga Ugane
Le Général Guisan qui assista à la première fit appeler Maurice Zermatten pour lui serrer la main et lui dit que Les Mains Pures avaient fait vibrer son cœur de patriote et de soldat et qu’il voudrait que tout le peuple suisse voie cette pièce.
MZ avait lu une lettre de Rilke à la Princesse de Tour-et-Taxis où il raconte l’histoire de Muzot. En 1514, on y célébra les noces d’Isabelle de Chevron avec Jean de Montheys qui succomba à la bataille de Marignan un an plus tard. Deux soupirants s’éprirent d’elle et dans un duel se transpercèrent mutuellement. La malheureuse en devint folle. Maurice Zermatten en fit le sujet d’une pièce en adaptant l’histoire. À la mort de ses parents, Isabelle de Chevron a été recueillie par un Comte, veuf, sa femme étant morte en donnant naissance à des jumeaux, Antoine et Jean. Ce sont eux et leur père qui seront amoureux de la jeune femme….
La pièce a été créée le 22 janvier 1953 à la Comédie de Genève par Maurice Jacquelin, l’acteur André Faure tenait le rôle de Jean. La pièce fut jouée également à Bruxelles.
Après la première, Maurice Zermatten écrit dans son Journal, 28 janvier 1953 : « Ainsi ai-je vu naître, dans leur robe de chair et de sang, des personnages qui, jusqu’ici, n’existaient que dans mon imagination…. C’est une chance qui échappe au romancier ».
Cette pièce reçut le Prix Welti, Grand Prix triennal suisse du Théâtre, en 1952. Maurice Zermatten avait envoyé le manuscrit et Jean Kiehl lui avait dit : "si tu emportes le prix, je monte la pièce ! "
« Maurice Zermatten est venu dernièrement au théâtre avec un drame valaisan : Isabelle de Chevron. Le deuxième acte est particulièrement réussi. La pièce est écrite en une langue très belle. Maurice Zermatten, écrivain valaisan, est le premier à avoir donné au Valais une œuvre digne de ce nom. Le premier à en exprimer la race originale et la nature sauvage. Le premier à conquérir un style ferme à l'image du pays. » Georges Rieben.
La pièce relate l’affrontement de Mathieu Schiner et de Georges Supersaxo sur fond de Bataille de Marignan. Cependant, Maurice Zermatten écrit dans l’avant-propose : « Cette pièce n’est pas historique. Du moins ne l’est-elle que partiellement. »
En effet, il n’a inventé ni le Cardinal Mathieu Schiner, ni le condottière Georges Supersaxo, ni le réformateur Ulrich Zwingli, ni Adrien de Riedmatten qui succéda à Schiner sur le siège épiscopal de Sion. Mais, continue-t-il, « …que les historiens me pardonnent, j’ai singulièrement brouillé les cartes qu’ils m’offraient dans un ordre irréprochable.(…) Simplement j’ai écrit la pièce qu’il m’a plu d’écrire sur le grand rêve avorté d’un Prince de l’Eglise : faire l’Europe !
Mettant en scène ces deux terribles adversaires que sont Schiner et Supersaxo, il fallait un peu de tendresse pour que le spectateur puisse reprendre son souffle. Maurice Zermatten imagina le rôle de Christine (une des filles de Supersaxo) dont il fit la camarade d’enfance de Mathieu Schiner et la femme de Crivelli.
La pièce fut jouée à Lausanne lors de la journée valaisanne de l’exposition nationale de 1964, par les Compagnons de la Saint Grégoire, dirigés par Jean Kiehl, avec Jean Davy et Eva Saint-Paul.
Ce fut un grand succès suivi d’une tournée en Suisse.
La pièce est inspirée par l’Affaire Dominici qui avait beaucoup frappé MZ.
Gaston Dominici avait été accusé, en 1952, du triple meurtre d’une famille anglaise, le père, la mère et une fillette de 10 ans. Il fut condamné à mort bien que sa culpabilité n’ait jamais été clairement établie, puis gracié par le Général de Gaulle.
« La Louve, c’est seulement une variation sur le thème que nous propose une réalité accablante », dit Maurice Zermatten dans un avant-propos de sa pièce.
En effet, s’il y a bien un triple meurtre, les victimes ne font pas partie de la même famille. La famille, c’est celle des assassins, le père Simon, la mère Nocente et le fils Juste, prénoms très symboliques, le tout transposé dans un climat post seconde guerre mondiale où l’on retrouve la haine des Allemands, et la vengeance contre ceux qui ont trahi ou dénoncé….
Au centre de la pièce, la Louve, c’est la rivière qui engloutit les trois cadavres, mais c’est aussi la mère qui tire les ficelles. Elle persuade son mari d’endosser la responsabilité des crimes pour sauver leur fils
La pièce valut à son auteur le Prix des Auteurs Dramatiques, en octobre 1967.
Il se demande alors : « Suis-je un auteur dramatique ?
La réponse est ambiguë : je ne le suis que par accident. » Journal, 8 octobre 1967
La pièce fut jouée à Sion.
Cette pièce retrace l’histoire de la construction du Bisse de Savièse ; elle est conçue comme un mystère du Moyen Âge et c’est le diable qui construit le bisse en échange de l’âme d’une paroissienne dévouée entièrement à Dieu et aux villageois.
La pièce, de même que La Colombe et les Vautours fut écrite à la demande de Bernadette Roten pour sa troupe de théâtre saviésanne.
La pièce fut représentée pour la première fois à Savièse le 5 mai 1979 et fut jouée vingt ans après pour l’inauguration du Centre Culturel Saviésan, « le Baladin ».
La pièce retrace l’histoire de Guichard Tavel, un Savoyard nommé évêque de Sion par le Pape Clément VI qui s’affronte à la famille de la Tour en une guerre civile qui finira par la défenestration de l’évêque, au château de la Soie, sa demeure près de Savièse. À travers ces deux personnages, c’est l’histoire du Valais du 14e siècle qui nous est contée, avec ses grandeurs et ses atrocités.
Voici pour les deux vautours. La colombe, c’est Eléonore, la fille du gardien du château qui rappelle à l’évêque sa nièce brûlée vive et pour qui il éprouve une grande tendresse : «Pure invention, avouons-le. Ne fallait-il pas réchauffer le cœur de glace, lui prêter – ou lui rendre ? - un peu d’humanité ? De quel droit ? Du droit que tout créateur s’arroge dans ses fables de n’en faire qu’à sa tête dès le moment où il n’entend point écrire une œuvre historique lors même qu’il s’inspire de l’Histoire. » dit Maurice Zermatten dans la Préface.
La pièce fut jouée en plein air dans le jardin du Château de la Soie, mise en scène par Maurice Deléglise.
Voir une émission de télévision sur : http://www.rts.ch/archives/tv/information/3477205-l-ame-saviesanne.html - qui nous présente les acteurs en pleine répétition.
Nous sommes en 1802. Le général Turreau occupe le Valais que Bonaparte veut annexer à la France. Les Valaisans s’y opposent et les représentants d’une centaine de communes traversent la Gemmi de nuit afin d’aller jusqu’à Berne demander une protection leur permettant de rester suisses. Ces pèlerins sont le symbole de l’unité valaisanne et de l’attachement du Valais à la Confédération, quelques années avant son entrée officielle en 1815, à la chute de Napoléon, en tant que 20e canton. C’est cet événement historique que relate la pièce de Maurice Zermatten.
La pièce reprend le récit biblique du livre de Samuel . Absalon fils de David et réputé pour être le plus bel homme du royaume veut venger sa sœur Tamar violée par Amnon leur demi-frère. Dans un combat final, Absalon est accroché par ses longs cheveux à des branches d’arbre – d’où le titre de la pièce.
Création mai 1959 – à l’époque, le plus grand spectacle Son et Lumière d’Europe.
Réalisation : J.M. Houdoux, André Blanc, Jean Deloron, Jean Chouquet.
Avec les voix, entre autres, de Madeleine Renaud, Serge Reggiani, François Perrier.
Musique de Georges Haenni
Crée pour le 150e anniversaire de l’entrée du Valais dans la Confédération le spectacle retrace l’Histoire du Valais en 15 tableaux. La représentation sur la colline de Valère avec 500 acteurs, musiciens, chanteurs, danseurs fut un grand succès.
Dans son Journal du 28 juin 1983 Maurice Zermatten écrit : « On m’annonce de Chermignon qu’on va jouer Adélaïde « Heureux tout de même de n’avoir pas travaillé tout à fait dans le vide… »
18 mars 1984 : « Première d’Adélaïde, à Chermignon, naturellement. Enthousiaste, le public a porté ses acteurs. Théâtre sans gloriole…Communion avec un public qui se fiche pas mal de la pièce mais applaudi ses acteurs. »
Le 8 février 1985 Maurice Zermatten écrit dans son Journal : « Achevé la nouvelle version d’Amandine. Et je me suis plongé dans une histoire entièrement nouvelle. Les baisers aux trois Bêtes demeurant seuls tels que je les avais conçus au départ.»