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L'hospice des chanoines augustins du G., sur le col du Grand-Saint-Bernard, fait partie du diocèse de Sion et de la commune de Bourg-Saint-Pierre. Une fondation religieuse (ecclesia, hospitale, domus) dédiée à saint Nicolas de Myre y est attestée à partir de 1125. Depuis 1149, elle est également placée sous le patronage de saint Bernard de Menthon. Celui-ci aurait fondé l'hospice en 1050 avec la reine Ermengarde, veuve de Rodolphe III de Bourgogne, d'où le nom de G. La fondation de l'hospice était motivée par la réorganisation du trafic du col, perturbé dès le Xe s. par les Sarrasins et les potentats locaux. Le monastère-hospice Saint-Pierre à Bourg-Saint-Pierre, qu'Ermengarde avait reçu en douaire en 1011, faisait probablement partie de la dotation initiale du G. Le premier peuplement et la règle de l'hospice du G. sont obscurs; il dut y avoir à l'origine une confrérie laïque dirigée par un clerc appelé hospitalarius, qui dans la première moitié du XIIe s. fit place à un clergé dirigé par un prieur ou prévôt. Un siècle après sa fondation, l'hospice était le centre d'une congrégation de chanoines réguliers qui se lia au très influent couvent alsacien réformé de Marbach en 1150/1151, adopta la règle de saint Augustin (première mention en 1225; confirmation pontificale en 1286) et se voua à l'assistance matérielle et spirituelle des pèlerins.
L'hospice édifia un réseau d'établissements qui s'étendait d'Angleterre en Sicile le long des principales routes de part et d'autre des Alpes; on comptait septante-huit hospices, maisons, prieurés et églises en 1177, quatre-vingt-six en 1286. Les souverains d'Europe, notamment les empereurs Frédéric Ier et Henri VI ainsi que le roi d'Angleterre Henri II, rivalisant pour la domination des passages des Alpes occidentales, multipliaient les privilèges et les dons à l'hospice, mais ses principaux protecteurs furent les comtes, puis ducs de Savoie. Leurs dons, sur les deux versants du col, constituèrent à partir du XIIe s. les ressources économiques de l'hospice. Aux XIIIe et XIVe s., les prévôts valdôtains accrurent les possessions de l'hospice dans le val d'Aoste, dans la vallée inférieure et moyenne du Rhône et sur les deux rives du Léman où ils résidaient volontiers (Meillerie, Thonon, Etoy).
La congrégation était dirigée par le chapitre général (attesté dès 1145/1159), qui surveillait les dépendances éloignées par l'entremise de procurateurs au XIIIe s., plus tard de definitores et de visitatores; des collecteurs d'aumônes avec privilège pontifical sillonnèrent l'Europe à partir de 1167. Au bas Moyen Age, l'hospice connut à plusieurs reprises des difficultés disciplinaires et économiques; les prévôts cherchèrent à y remédier, ainsi Jean d'Arces, qui promulgua les "statuts d'Etoy" en 1437. La réforme des Constitutions du cardinal Jean Cervantès, approuvée par le concile de Bâle en 1438, eut plus d'effet; quoique tombées dans l'oubli du XVIe au XVIIIe s., les Constitutions restèrent en vigueur jusqu'en 1959.
L'administration du prieuré par des prévôts commendataires proches de la maison de Savoie (1438-1586) eut tout d'abord des effets positifs: l'hospice fut agrandi vers 1469, ses possessions étendues par incorporation de celles de l'hospice du Petit-Saint-Bernard (1466) après la perte des possessions anglaises (1391). Mais l'hospice souffrit du droit de nomination aux bénéfices majeurs sis sur le territoire du duché, que la Savoie avait obtenu en 1451, le pape Nicolas V l'ayant concédé à l'antipape Félix V (duc Amédée VIII) en échange de la cessation du schisme. Il s'ensuivit un conflit de trois siècles entre le Valais et la Savoie sur la nomination du prévôt, laquelle assurait la prépondérance sur l'hospice, dont la situation géopolitique était essentielle. Ce conflit s'aggrava lors des guerres de Bourgogne (1475-1476), lorsque les sept dizains valaisans annexèrent le Bas-Valais et l'hospice. Par la suite, les dizains firent administrer par des avoués les possessions de l'hospice au nord du col, amputées à la Réforme d'importants bénéfices dans le diocèse de Lausanne. Au début du XVIIIe s., sous le prévôt réformateur Louis Boniface, une querelle d'observance concernant les Constitutions de 1438, et en particulier le libre choix du prévôt, provoqua la scission de la congrégation en groupes valaisan et savoyard. Les chanoines valaisans exigèrent en 1735 la séparation, que le pape Benoît XIV régla en 1752 en sécularisant les possessions savoyardes et piémontaises de l'hospice et en les réunissant (sauf les paroisses) à l'ordre de Saints-Maurice-et-Lazare. Le premier prévôt valaisan, François-Joseph Bodmer, déplaça sa résidence à Martigny (elle était à Aoste depuis 1596). Après la vente des bénéfices français, à la fin du XVIIIe s., les chanoines limitèrent leur activité au diocèse de Sion.
L'hospice fut épargné par les tendances anticléricales de la République helvétique. En 1801, Napoléon Bonaparte confia aux chanoines la direction du nouvel hospice du Simplon, qu'ils achevèrent à leurs frais (1831-1835). Mêlé aux troubles du Sonderbund sous le prévôt François-Benjamin Filliez (1847), l'hospice fut mis sous séquestre en 1848 par le gouvernement radical valaisan; il reçut en 1879 une indemnité symbolique pour une partie des biens sécularisés. L'ouverture de la route du col au trafic motorisé (1903 et 1905) amena à l'hospice une nouvelle clientèle, celle des touristes. Une annexe avait déjà été construite à la fin du XIXe s. Antérieurement, l'église avait été rebâtie (consécration en 1689), l'hôpital Saint-Louis (achevé en 1786) avait été érigé au nord de l'hospice avec l'aide du roi de France et le bâtiment du couvent avait été exhaussé (1821-1827).
A partir de 1933, les chanoines collaborèrent dans la province chinoise du Yunnan avec les Missions Etrangères de Paris; ils quittèrent en 1952 la Chine communiste et se retirèrent à Taïwan. La congrégation s'engagea dans l'enseignement avec la fondation et la direction de la première école d'agriculture du Valais à Ecône (1892-1923), puis d'une autre à Saint-Martin-de-Corléans près d'Aoste (Institut agricole régional depuis 1982), et avec l'inauguration et la direction du collège Champittet à Pully (1951-1998). Branche indépendante de la confédération des chanoines réguliers depuis 1959 et institution de droit pontifical exempte de la juridiction diocésaine, elle est dirigée par un abbé-prévôt au bénéfice, depuis 1762, des attributs pontificaux (crosse et mitre). Elle compte en 2004 cinquante et un membres et neuf prieurés (Valais, Aoste et Taïwan), dont certains assument les tâches pastorales. La congrégation est célèbre pour son élevage de chiens saint-bernard. Cette activité a été reprise en 2005 par la fondation Barry du Grand-Saint-Bernard de Martigny. Attesté depuis la fin du XVIIe s., le saint-bernard a été élevé au rang de symbole national. Bien que surestimé dans son rôle de sauveteur, le chien Barry (1814, exposé au Musée d'histoire naturelle de Berne), dont l'histoire a inspiré des écrivains (Annette von Droste-Hülshoff par exemple), a considérablement contribué à la création du mythe.
Bibliographie
– L. Quaglia, La Maison du Grand-Saint-Bernard des origines aux temps actuels, 1955 (21972)
– F. Giroud-Masson «La Chine Méridionale et ses habitants vus par des religieux valaisans ou les Chanoines du Grand Saint-Bernard à la rencontre des marches du Tibet. La Mission du Grand Saint-Bernard au Tibet», in Valais d'émigration, 1991, 241-250
– HS, IV/1, 25-278
– G. Zenhäusern «"Domus Montis Iovis". Zu Anfängen und Entwicklung eines Passhospitals (XI.-XIII. Jh.)», in Vallesia, 54, 1999, 161-204
Auteur(e): Gregor Zenhäusern / ME