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A l'origine, une chapelle...
Une ancienne maison du Bourg Bottonens est achetée en 1833 par la communauté catholique romaine de Vevey. Selon le cadastre de 1766, il s'agissait d'une ancienne propriété de la famille fribourgeoise de Castella dont la largeur correspondait à l'actuel n° 22 de la rue d'Italie. En arrière de cette propriété se trouvait le mur et le fossé de ville. L'édifice délabré est alors entièrement reconstruit pour être inauguré le 7 septembre 1834.
Plan de la partie orientale de Vevey en 1842 : en bleu la chapelle catholique // Mur de ville retrouvé et conservé lors de la rénovation 2014
" L'Oriental " fut donc, au début de sa carrière publique, une chapelle, contenant également un appartement pour le prêtre. C'est un architecte piémontais, originaire du Val Sesia, Nicolas Giobbe, qui se voit confier l'ensemble du chantier. La cure est donc construite devant la chapelle avec sa façade donnant sur la rue d'Italie; elle se présente encore comme autrefois par une élégante façade à deux étages sur rez-de-chaussée, dans un style néo-classique soigné à la manière d'une maison bourgeoise. Rien, de la rue, ne permettait d'y deviner un lieu de culte (la construction respectait en cela la loi du 2 juin 1810 qui admettait, sous réserve d'approbation par le Conseil d'Etat, la construction de nouveaux lieux de culte catholique mais qui ne tolérait ni cloche ou clocher, ni autre signe distinctif de leur destination). Quant à la chapelle, elle s'élève en travers de l'ancien mur de ville. En consultant le cadastre de 1849-50, on constate en effet l'existence d'une chapelle et d'un logement attenant côté sud. Une petite cour intérieure sépare les deux bâtiment; celle-ci est partiellement occupée par un escalier à rampe droite permettant d'accéder au lieu de culte depuis l'arrière du bâtiment de la cure. En effet, la chapelle est construite sur d'importantes caves. Sur les plans de 1850, elle apparaît comme un bâtiment fort simple, quasi rectangulaire, se terminant par un chevet à trois pans de faible saillie.
Aujourd'hui, il semble qu'il n'en reste qu'une fenêtre semi-circulaire à encadrement en molasse. On peut cependant constater que la taille de la chapelle ne correspondait pas exactement à la surface de la salle actuelle. Ce lieu de culte sera utilisé jusqu'en 1871 - dès octobre 1872 l'église Notre-Dame de l'Annonciation est consacrée - date à laquelle il est désaffecté et vendu. Il semble servir alors de lieu de réunion à une loge maçonnique, puis à l'Armée du Salut (?) mais il n'en reste rien dans les documents retrouvés. La paroisse catholique rachète le lieu en septembre 1891.
Puis (entre autres) un music-hall...
C'est sous l'impulsion des jeunes gens de l'Union catholique que l'ancienne chapelle est transformée et aménagée, sous la direction de l'architecte Alfred Arnaudeau, en salle de spectacles (espace scénique, espace public). En consultant les premiers plans de ville de 1907 et en comparant avec les anciens cadastres, on peut supposer que cette nouvelle transformation aboutit à ce que l'on connaît actuellement quant à la forme et aux dimensions de la salle (les anciens mur et fossé de ville se trouvaient vraisemblablement à l'emplacement situé entre la scène et le public). Ainsi, dès septembre 1894, l'ancienne chapelle est utilisée pour " des soirées familières ", des ventes de charité. On apprend dans les procès-verbaux des séances du Conseil de paroisse que c'est la société de l'Union catholique qui gère les lieux. Elle loue ces espaces fr. 75.- par an.
Entre 1895 et 1897 des aménagements sont entrepris : réfection des planchers, système pour baisser le rideau, ciels mobiles et le corridor qui longe la scène est élargi et aboutit à une vraie porte de sortie (ordre de police); derrière la salle est aménagé un petit jardin ainsi qu'un jeu de quille. Dans la Feuille d'Avis de Vevey du 22 janvier 1896 a-t-on pu lire l'article suivant : " Cercle de la Concorde - Le Bout-de-la-Ville doit une grande partie de son animation au Cercle de la Concorde, dont les membres sont très nombreux et dont le bâtiment - l'ancienne chapelle catholique - offre des locaux assez vastes et agréables. Aussi apprenons-nous avec plaisir qu'il offrira à ses membres passifs un concert, dimanche le 9 février... ". Sous le nom de " La Concorde ", ce fut donc tour à tour un lieu de culte, un théâtre, un music-hall, une salle de concert. On a pu y entendre aussi bien la messe que les Cavallinis ou Nikita Magaloff, assister à des représentations théâtrales.
Après plusieurs années d'activité, on découvre dans les archives du Conseil de paroisse, en date du 1er mai 1901, un rapport faisant allusion aux problèmes financiers du Cercle qui est dès lors dissout et transformé : " La grande salle du rez-de-chaussée deviendra un simple restaurant. Une petite salle sera réservée à côté de la grande aux membres du Cercle ". On ne sait pas exactement ce que devient l'ancienne chapelle dans les années qui suivent. Elle semble encore avoir été utilisée pour des soirées et des répétitions car on trouve encore dans la Feuille d'Avis de Vevey du 28 novembre 1901 l'annonce suivante : " L'Union catholique de Vevey, qui, maintes fois déjà, a recueilli de beaux succès littéraires, se dispose à nous donner deux soirées théâtrales et littéraires dans la grande salle de la Concorde ". Quant au rez-de-chaussée, il était alors tenu par M. Xavier Andrey pour la Brasserie Beauregard. Lors de la séance du 19 janvier 1912, le Conseil de paroisse décide de vendre l'ancienne cure aux enchères publiques.
Ensuite un cinéma...
Le 8 novembre de la même année, c'est M. Andrey et la Brasserie Beauregard qui deviennent propriétaire. La grande salle est alors louée par M. Duc pour des projections cinématographiques. C'est sous l'étiquette de Cinéma Moderne qu'on y fit quelques séances d'images animées. En 1915, la façade était rénovée et la salle restait sporadiquement un lieu de projections cinématographiques. A cette époque, durant les fêtes de Pâques, les affiches annonçaient un spectacle " extraordinaire et sensationnel ". Un fait était en tout cas inhabituel, celui de pouvoir entrer librement dans la salle et de ne payer sa place qu'au cours de la séance " si l'on désirait rester ". Le prix demandé était de fr. 1.20 les premières, fr. -.80 les deuxièmes et fr. -.50 les troisièmes.
Ce n'est qu'en juillet 1922 qu'ouvrit cette ancienne salle de la Concorde en cinéma permanent sous le nom de Cinéma Oriental. L'immeuble avait été racheté par M. Emile Hinterhauser qui projeta dans sa salle des oeuvres qui constitueraient un beau livre de chevet pour un cinéphile.
Le cinéma Oriental à la veille de son ouverture en 1922 et son personnel
Le cinéma Oriental édite une revue de 4 pages "l'Oriental journal" et réalise des reportages filmés (infos sur le site d'Images02).