Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06962.jsonl.gz/534

De Arthez-de-Béarn à Navarrenx: La splendeur d’une vieille bastide
Didier Heumann
Milena della Piazza
Aujourd’hui, nous traversons le Nord du Béarn, direction Navarrenx, à la limite du Béarn.
Nous sommes dans le pays des deux plus grands gaves, les rivières, telles qu’on les nomme dans les Pyrénées: le gave de Pau et le gave d’Oléron. Ce ne sont plus ici ces torrents encaissés qui bondissent sur les lits de pierre dans les Pyrénées. Les fleuves ont grossi, se sont assagis et traversent de vastes plaines fertiles. Je vous laisse deviner la culture principale que ces eaux irriguent. Le maïs, bien évidemment.
Et c’est justement au pied du gave d’Oléron que l’étape s’achève. Navarrenx a toujours occupé une position stratégique en regard de la France et l’Espagne. Son statut de bastide remonte à la nuit des temps, au XIIème siècle. Les bastides ont toutes une architecture assez précise, notamment de grandes places d’où partent les rues à angle droit, principales et secondaires, avec des lotissements réguliers de maisons. Navarrenx est remarquable en ce sens. Navarrenx contrôlait au Moyen-Âge l’axe des pèlerinages vers Compostelle. Elle devint assez vite une grande forteresse, avec de puissants remparts, encore présents aujourd’hui. Navarrenx conserva jusqu’au XIXe siècle sa vocation militaire avec l’aménagement de casernes, d’un arsenal. Mais aujourd’hui, ce n’est pus qu’un grand centre agricole du Béarn, une cité où passent en nombre les touristes et les pèlerins de Compostelle.
Le chemin part aujourd’hui sud-ouest vers la fin du Béarn.
C’est une assez longue étape, avec quelques difficultés. Si la descente sur le gave de Pau et sur Maslacq ne pose aucun problème, quelques vallonnements par la suite sont assez casse-pattes. Il y a d’abord une longue montée assez pénible sur la Chapelle de Muret. Puis une bosse sans fin précède une descente aussi raide sur l’abbatiale de Sauvelade. Puis la route monte et descend sans cesse avec de fortes pentes de l’ordre de 18%, avant de se calmer dans la forêt de Méritein, à l’approche de Navarrenx et de sa banlieue.
Le GR65 monte un peu sur le goudron dans la banlieue habitée de Arthez- de-Béarn. Comme la cité se traîne en longueur pour atteindre le centre, de l’autre côté, la banlieue est plus courte.
Rapidement, on se trouve en sous-bois sur un large chemin de terre. Profitez du chemin, car vous allez passer une très grande partie de l’étape sur de petites routes goudronnées. Ci et là, une clairière fait une large trouée dans le bois assez compact de feuillus. De petits chênes pour la plupart, selon l’habitude. Les Français ne manqueront jamais de chênes, même si ils les utilisent qu’avec parcimonie.
Près de Lasserre, le chemin de terre devient route graveleuse et descend vers Mirabel dans la plaine. Le regard plonge avec délice sur une large plaine où coule le gave du Pau. Aujourd’hui, les maïs se perdent dans les brumes d’un automne naissant. Dans l’horizon lointain se découpent les Pyrénées. Parfois, la pente est assez prononcée, mais très raisonnable.
Une petite poignée de maisons au bord de la route à Mirabel, et le GR65 descend doucement vers Argagnon sur la route, sur de longues rectilignes. Vive le maïs, presque beau, du moins plus élégant, au soleil levant !
Ici quelques canards, heureusement non confinés, barbotent à qui mieux mieux.
A Argagnon, où le chemin ne passe pas, on peut se restaurer dans le village. Deux logements sont aussi disponibles dans la proche périphérie. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 27: logements, restauration).
Le GR56 quitte Argagnon par la route et se dirige à plat vers une petite église au bord de la route.
Ici, nous approchons d’un important carrefour de routes et le GR65 emprunte un petit chemin étroit sur le bas-côté de la départementale D817.
Le GR65 contourne et traverse la départementale pour s’engager vers Maslacq, en trouvant successivement le pont de chemin de fer et un grand pont sur le Gave de Pau. Dans ces grands carrefours où les marques de la circulation se croisent sans s’adresser un mot, il est toujours très particulier de constater que sur l’entier du Chemin de Compostelle, ils sont portion congrue et le plus souvent presque déserts. Le Chemin de Compostelle passe très loin des villes.
Gave signifie « cours d’eau » dans les Pyrénées. Le Gave de Pau, qui naît dans les Hautes Pyrénées, se joint plus loin au Gave d’Oléron. Les deux gaves se joignent pour se jeter dans l’Adour, qui rejoint la mer à Bayonne. L’eau verte a des reflets bleutés. C’est depuis belle lurette la première rivière que ne trempe pas ses pieds dans la boue épaisse. Seuls quelques bruits de moteurs, mais discrets, de l’autoroute voisine viennent parfois troubler la sérénité des lieux.
Peu après, la route passe au-dessus de l’autoroute A64, la Pyrénéenne, qui relie Toulouse à Bayonne.
Il faut marcher longtemps au bord de la route pour atteindre le centre du bourg de Maslacq, petite cité d’environ un millier d’habitants.
On trouve à se loger et à se restaurer dans le bourg. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 27: logements, restauration).
Le GR65 suit encore la route à la sortie de Maslacq, dans une banlieue très proprette et aménagée avec soin.
Assez rapidement, à Moulin Simon, il traverse la petite rivière de Geü. Les cours d’eau dans le pays portent des noms charmants.
Aviez-vous oublié les champs de maïs ? Ici, vous allez être comblé, à plat sur deux bons kilomètres, le long d’un large chemin de terre battue. Eh oui ! Le gave du Pau coule à quelques centaines de mètres de la route. Un bienfait pour l’or jaune.
Puis, le paysage change lorsque le chemin longe un instant le gave de Pau. Les sous-bois prennent le dessus sur les cultures. La pente s’accentue progressivement à la limite des sous-bois de chênes.
Au pied de la côte, une belle ruine, faite de galets de la rivière, étale encore ce qui lui reste de grandeur, mangée par les années, le lierre et les broussailles.
Près de la maison en ruines, la montée vers la chapelle de Notre Dame du Muret commence sérieusement sur un chemin assez caillouteux. Ici, vous allez apprécier. Des pentes à près de 20% sur presque 1 kilomètre.
Le chemin arrive bientôt à une intersection: à droite le GR65, à gauche le sanctuaire du Muret. La plupart des pèlerins ignorent la chapelle. Un détour de plus ! Certains pèlerins sont rivés sur les marques rouge et blanc du GR. Ils verraient à coté d’eux un billet de 500 Euros, qu’ils n’auraient pas le temps de se baisser pour le ramasser. Pourtant, ils ont tort. Le sanctuaire est niché à quelques centaines de mètres de là dans un cadre bucolique.
Si vous faites partie de la catégorie des gens pressés, alors à l’intersection, tournez directement à droite, pour retrouver le charme de la campagne béarnaise.
Le chemin de terre monte encore un peu.
Au sommet de la côte, le GR65 retrouve le goudron près de Mercé. Une chèvre demande en vain aux pèlerins de la libérer de ses liens pour pouvoir aller gambader dans la montagne.
La route redescend alors progressivement vers la rivière de Geü. Elle passe près du petit hameau de Saubade et de ses fermes à galets de pierre. Certes, ce ne sont pas des demeures de luxe, mais tout le coeur du Béarn bat dans ces demeures, si modestes soient-elles.
La route descend encore. Les pentes ne sont jamais excessives, rarement à 15%. Au bas de la descente, le GR65 traverse à nouveau le Geü, dissimulé sous les herbes folles.
Après la rivière, la route goudronnée remonte en pente douce vers le hameau de Lacoume.
Ici, le GR65 retrouve un chemin de terre et d’herbe qui se faufile entre maïs et sous-bois.
On vous l’a souvent dit. Le Chemin de Compostelle ne peut ignorer la présence d’un cours d’eau, si modeste soit-il. Il faut qu’il y aille et pour y aller c’est toujours la même chanson. Il faut descendre pour remonter par la suite. Alors, selon le scénario préétabli, le GR65 va descendre légèrement dans le sous-bois jusqu’à enjamber le petit ruisseau de Soularau.
Puis, inévitablement, il remonte, ici en pente douce pour gagner un petit carrefour où on annonce Sauvelade à grand renfort de publicité. Allez ! La plupart des pèlerins sont réconfortés par ces encartés publicitaires. Cela prouve toujours qu’ils sont sur le bon chemin et que leur gosier, parfois asséché, ou leurs jambes lourdes vont retrouver sous peu goût à l’existence.
Car du courage, il en faudra pour affronter le prochain quart d’heure, d’autant plus que devant vous se profile une montée sévère. Vous voyez tout là-haut sur la colline la route zigzaguer dans la prairie. Ici, nous somme à mi-parcours, et si vous n’êtes pas exténué, vous allez apprécier la montée qui s’annonce. La pente moyenne est de 10-15%. Raisonnable, non ? Mais certains tronçons, la majorité, vont jusqu’à 19% sur moins d’un kilomètre.
Quand vous apercevrez la petite cabane en bois au bord de la route, sachez que la délivrance est proche !
Enfin délivrance n’est peut-être pas le mot adéquat ! Car, La descente sur Sauvelade est encore plus pentue, parfois jusqu’à 22% d’inclinaison. Mais, c’est de la descente ! Mais, pour les genoux endoloris, c’est souvent encore plus pénible. Au bas du vallon, la pente s’atténue.
La route arrive à un carrefour stratégique. Soit vous descendez par le chemin caillouteux vers le Pont romain, soit vous suivez la route vers l’abbatiale. Les annonceurs de gîtes vous invitent à suivre leur point de vue. Choisissez ! Si vous préférez le pont romain, vous ne verrez pas l’abbatiale.
Si vous suivez la route, au fond du vallon coule le Laâ, juste avant l’abbatiale.
L’église de Sauvelade, l’ancienne chapelle abbatiale construite par les moines, est le seul vestige de l’abbaye, détruite lors des guerres de Religion. L’abbaye bénédictine fut fondée en 1128 par Gaston IV le Croisé, vicomte de Béarn, sur le point de prendre le départ pour participer à la croisade, et devint un haut lieu du pèlerinage de Compostelle. Lorsqu’elle fut reprise plus tard par les cisterciens, son influence décrût, car ces moines n’étaient pas des fanatiques des reliques. Les protestants détruisirent l’abbaye en 1569, conservèrent l’église qui devint un lieu de culte protestant. A la Révolution, l’église devint église paroissiale. Les bâtiments alentour furent récemment restaurés pur en faire des bâtiments administratifs ou culturels.
On peut se restaurer et loger près de l’église. Un logement est aussi disponible plus bas, après le Pont romain. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 27: logements, restauration).
Le GR65 quitte Sauvelade à plat sur une petite départementale qu’il suit jusqu’à Beigbeder.
De là, le GR65 quitte la départementale pour emprunter une petite route goudronnée. Le chemin va monter en pente régulière, au départ rarement excessive, sur des kilomètres, traversant au début surtout des sous-bois, puis des prairies plus ouvertes. Sur le trajet, il traverse le petit ruisseau de La Salières.
Aucun signe de civilisation sur la route avant d’atteindre quelques maisons à Plaâ et Chardiesse.
Et encore ! On ne voit que quelques belles blondes d’Aquitaine. Ce ne sont pas de jeunes jouvencelles, mais des vaches de grande taille, reconnaissables à leur robe fine de couleur froment, à leurs muqueuses roses. Ces vaches, principalement une race à viande, sont partout dans le département, arpentant les prairies verdoyantes ou les pentes pyrénéennes.
A Chardiesse, la montée n’est pas terminée. Vous aurez parfois le sentiment que vous n’atteindrez jamais le sommet de la butte C’est à partir d’ici que la pente est la plus sévère, parfois jusqu’à 18%.
Le sommet de la crête est attient peu avant Berduque, quand la route redescend un peu vers le hameau.
La sérénité des paysans règne en ces lieux.
Ah l’odeur de la bonne herbe et la douceur des belles blondes. Cela vous changera de la banalité froide du maïs.
De plus, pour souligner le sentiment de plénitude, une halte bienvenue est à disposition des pèlerins.
Depuis Berduque, la route descend vers Bugnein. Ici, la descente est assez sévère, souvent avoisinant les 19% d’inclinaison. Quand vous jetez un coup d’oeil à l’horizon, vous salivez à l’avance, car vous savez déjà qu’il faudra remonter le flanc de la colline devant vous.
A bas de la descente, la route traverse le Saleys, là où une magnifique demeure qui sert de logement, chante au bord de la rivière sous le grand saule. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 27: logements, restauration).
La remontée du vallon est sévère et constante, jusqu’à 18% de pente, pour s’achever au hameau de Bernata.
A partir de là, ce sont les vacances. On laisse derrière soi les côtes, les montées, les descentes pour se complaire à plat. Hélas sur le goudron !
Boussaque, Laborde, le chemin passe près de hameaux aussi grands que des mouchoirs de poche, avec parfois une ferme au bord de la route. Il se rapproche à petits pas de la forêt de Méritein.
Une petite route descend alors en pente assez douce dans la forêt jusqu’à un point d’eau au bas du vallon. Une secte a pris ménage dans la région de Navarrenx. Les gens d’ici disent que les membres viennent jusqu’au bord de la fontaine pour offrir le gîte et le couvert aux pèlerins. On connaît le discours de ces bienfaiteurs de l’humanité !
De la fontaine, la route dodeline alors sur des kilomètres, à la limite des sous-bois le plus souvent, jusqu’à atteindre les faubourgs de Méritein.
Un chemin longe le bord de la route, suivant le petit ruisseau du Lucq, qu’il finit par franchir à l’abord du village.
Le trajet de Méritein à Navarrenx ne restera pas dans les annales. Une petite route longe longtemps des petites villas sans grand caractère.
L’entrée dans Navarrenx de ce côté du village n’annonce pas vraiment un village classé !
Le GR65 va alors traverser l’Arroder, un petit ruisseau qui se jette dans le Gave d’Oléron, puis se rapproche progressivement de la citadelle de Navarrenx.
Navarrenx (1’000 habitants) fait partie des plus beaux villages de France. Et avec raison. Le bastion, entouré de forteresses, fut érigé à partir de 1538 sur ordre de Henri II, roi de Navarre. La plupart des fortifications ont été conservées dès l’origine. Du haut des fortifications, la vue est belle sur le Gave d’Oléron et sur le pont de pierre qui remonte au XIIIème siècle. On dit que les pèlerins avant cette époque traversaient la rivière sur des barques.
Ceinte de murs dès le XIVème siècle, la ville garde de beaux vestiges comme la porte Saint-Antoine, refaite en 1645, la tour de la Poudrière, la place des Casernes, la fontaine militaire, ainsi que des maisons gothiques et, sur la place de la mairie, un arsenal du XVIIème siècle construit sur les ruines de la maison des rois de Navarre.
Le long des remparts, apparaît la tour de la Poudrière, et on peut encore sortir de la ville par la Porte fortifiée de St Antoine, refaite en 1645. C’est de cette porte que repart le GR65.
L’agencement des maisons et l’uniformité des toits sont remarquables.
Deux belles places, la place l’Arsenal et la place des Casernes occupent le centre du bourg. C’est à l’Arsenal du XVIIème siècle, reconstruit sur les ruines des maisons du roi de Navarre, qu’on gardait les vivres et les munitions. Tout le complexe aujourd’hui sert de lieu d’exposition et de gîte pour les pèlerins.
L’église St Germain d’Auxerre date du XVIème siècle.
Disons encore que l’on organise ici chaque année une manche du Championnat mondial de pêche au saumon, et que l’on pratique la pelote basque, dans le Pays Basque comme en Béarn, et l’on aura fait le tour des points forts de cette belle cité, il faut bien le dire.
Voici les hébergements proposés dans la cité. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 27: logements, restauration).
Gastronomie locale
Avec la garbure, la poule au pot est le symbole de la gastronomie traditionnelle béarnaise. C’était le plat fétiche du roi Henri IV, né à Pau. Il existe de multiples variantes de cette recette. Mais c’est toujours une poule farcie de légumes tels que des carottes, des oignons, des poireaux, des navets et de la viande.
Voici une recette parmi d’autres. On commence par préparer une farce en hachant du lard, de la viande maigre, de l’oignon, de l’ail et des abats de volaille. On ajoute à la farce de la mie de pain, un œuf, sel et poivre. On mixe le tout. Une partie de la farce est réservée pour farcir des choux. Mais le gros de la farce, on le met dans la volaille, que l’on cout et ficèle.
Dans une grande marmite, on ajoute la poule, un os à moelle et on couvre le tout d’eau que l’on porte à ébullition. Le gras va remonter à la surface, ce qui permet de l’éliminer en jetant la première eau. Rajoutez alors des carottes, des navets, des oignons, ail et girofle. Recouvrez d’eau et laissez mijoter pendant 1 à 2 heures. En fin de cuisson, rajoutez céleri et poireaux.
Préparez une sauce tomate. Le riz est souvent utilisé comme accompagnement.