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Critique
Le film de clôture était très attendu, au terme d'un festival où nombre des films en compétition étaient graves voire sombres. Une fois encore, Emir Kusturica n'a pas déçu.
Au fin fond d'une campagne serbe enneigée, dans une maison entourée de chausse-trapes et truffée de machines rappelant les bricolages d'ALEXANDRE LE BIENHEUREUX, vivent Deda, son petit-fils Tsane et leur vache Cvetka. Le hameau est si petit qu'une délégation du ministère de l'éducation décide de fermer l'école et d'envoyer Tsane ailleurs.
Le grand-père, sentant sa mort prochaine, fait promettre à Tsane de se rendre dans la ville la plus proche et d'y vendre la vache afin d'acheter une icône et un souvenir, non sans ramener une fiancée.
On retrouve avec plaisir le conteur picaresque, son inventivité, sa manière inimitable, ses musiques entraînantes, son humour ravageur. Comme d'habitude, la galerie de personnages comprend un boss louche et ses acolytes foireux, des machines infernales, des salves de roquettes, de la gnôle à satiété. Le spectateur est soumis sans relâche à un torrent d'images et de situations rocambolesques et sort littéralement lessivé par cette avalanche visuelle et sonore.
Daniel Grivel
Deux ou trois maisons isolées au fond de la campagne serbe. C’est là que vivent Tsane (un adolescent de 16 ans), son grand-père et Bosa, une institutrice très avenante. Un jour le grand-père révèle au jeune garçon qu’il va bientôt mourir. Il lui fait promettre d’aller jusqu’à la ville voisine y vendre au marché la dernière vache qui lui reste. Avec l’argent récolté, il devra faire trois choses: acheter une icône, puis un souvenir qui lui fasse plaisir, et trouver une jolie petite femme. Arrivé en ville, Tsane exauce sans peine les deux premiers vœux. Le troisième lui donnera plus de fil à retordre: la jolie fille qui attire ses yeux, Jasna, est aussi convoitée par une bande de malfrats.
On connaît Emir Kusturica: impossible pour lui de raconter une histoire comme tout le monde, difficile pour ce cinéaste hors normes d’éviter une mise en scène audacieuse ou provocante. Le rythme du film sera donc rapide, soutenu par des acteurs volontiers survoltés et une musique tzigane endiablée. Même si, avec PROMETS-MOI, Kusturica joue manifestement - l’intrigue est mince - un ton au-dessous de LA VIE EST UN MIRACLE ou de CHAT NOIR, CHAT BLANC, son dernier film reste de la même veine, drôle, bigarré, émouvant. par instants.
PROMETS-MOI se présente comme une suite - parfois sans queue ni tête - d’images inattendues, de séquences qui se bousculent et se répondent les unes aux autres, emportant le spectateur dans un tourbillon visuel. Rien ne lui sera épargné: personnages truculents, sympathiques ou détestables, scènes bucoliques, règlements de comptes et bordels graveleux, tout y passe. Kusturica sait jusqu’où il peut aller trop loin.
Peu importe donc l’intrigue, Tsane et Jasna franchiront tous les obstacles et s’en retourneront à leur campagne. Et rien de très nouveau dans ce voyage aller-retour qui se présente - pour Tsane - comme une rude initiation à la vie d’adulte. Le jeune garçon fera une multitude de rencontres imprévues, utiles ou farfelues, dans un univers imprégné de violence où règnent en maîtres des promoteurs immobiliers crapuleux. Au son d’une fanfare déchaînée Tsane découvrira le monde, d’abord avec une bonne dose de naïveté, puis (le temps passant) avec une maturité grandissante. Le film, lui, sans entraîner l’enthousiasme, sans pouvoir toujours éviter des longueurs et des digressions gratuites, fait preuve d’une vitalité débordante, communicative, et d’une inventivité de tous les instants. PROMETS-MOI est un film parfois délirant et déjanté, que d’aucuns trouveront sans doute un peu foireux. Haut en couleur, véritable régal pour les yeux, il ne laisse guère de répit au spectateur...
Antoine Rochat
Ancien membre