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Critique
"Célibataire endurci, Don Johnston vient d'être quitté par sa dernière conquête et se résigne, une fois de plus, à vivre seul. Mais l'arrivée d'une mystérieuse lettre anonyme le contraint à revenir sur son passé. Une de ses anciennes amantes l'informe qu'il a un fils de 19 ans, lequel est peut-être parti à sa recherche. Un ami de Don, détective amateur, le pousse à enquêter sur ce ""mystère"". Malgré son peu de goût pour les voyages, Don s'embarque dans un périple à la recherche d'indices, retrouvant ainsi cinq de ses anciennes maîtresses.
Enfin une comédie à se mettre sous les pupilles! Ficelée de main de maître, pleine de surprises, riche de rencontres variées, interprétée par des acteurs hors pair, cette délicieuse comédie, qui est aussi une réflexion mélancolique sur la vieillesse qui nous guette, nous a conquis. Dans le rôle du soixantenaire qu'il avait déjà endossé pour LOST IN TRANSLATION, Bill Murray, le regard dans le vide, impassible et quasiment muet, n'est plus le conquérant ""la fleur au fusil"", mais plutôt celui du bouquet de roses à la main. N'y a-t-il pas aussi chez lui une amorce d'inquiétude à l'idée de ce fils inconnu qui aurait pu changer les choses?
Georges Blanc
Jim Jarmusch résiste sans faillir aux pressions hollywoodiennes. Son indépendance est récompensée par une œuvre. BROKEN FLOWERS s'ajoute à la liste de ses réussites.
Don Johnston (Bill Murray) est un célibataire endurci. Sa dernière conquête vient de faire ses valises et de claquer la porte lorsqu'il aperçoit une enveloppe rose dans son courrier. La lettre est anonyme, elle provient d'une ancienne amoureuse qui annonce à ce Don Juan renommé la visite prochaine d'un fils. Winston (Jeffrey Wright), ami de Don et détective amateur, tente de remonter la piste. Quatre amours anciennes sont retrouvées. Don, forcé par son ami, accepte de faire les pèlerinages.
Retrouver son fils est l'idée qui court dans la tête de Don. Mais avec ses relations passées, il se confronte aussi à son présent. Chacune de ses anciennes femmes a construit son propre décor, absolument différent du sien, mais tout aussi vide. Ces quatre morceaux de vie se présentent comme quatre scénarios auxquels il a échappé, c'est l'image de ce qu'il aurait pu être. S'ouvrent ainsi des pistes vers des existences non vécues, une sorte de vertige devant les possibles que l'on n'a pas saisis, moment suspendu sur la fragilité de ce qui mène à un choix plutôt qu'un autre.
Autre perspective, celle de l'homme mûr dont la vie amoureuse n'a jamais puisé que dans le superficiel et qui se retrouve seul. Don est figé devant sa télévision, quand il écoute de la musique, c'est un Requiem. S'il a fait carrière et s'est enrichi, son caractère est plutôt mélancolique, le manque est palpable et le fils vient à point. Mais d'espoir, Jarmusch lui en donne peu. Puisqu'il lui fera dire, vers la fin du film: ""Le passé est révolu, l'avenir n'est pas encore là et je ne peux pas l'influencer, donc, tout ce qui compte, c'est le présent.""
Pourtant, ""mon film parle de désir, d'attente. D'attendre qu'advienne quelque chose qui vous manque, sans pour autant être capable de le nommer"", précise le réalisateur. C'est exactement le sens de la mélancolie de Don, dont le regard se tourne quand même vers l'avenir, puisque le futur promet du présent. Mélancolique Don, c'est la surprise de ce film. Don, incarné par ce grand comique et grand acteur qu'est Bill Murray, ici presque silencieux derrière un regard qui, lui, ne cesse de discourir.
Mais quand on parle de mélancolie, il ne faudrait pas oublier l'humour discret qui émaille l'œuvre. Son humour, sa légèreté, sa distance. Jarmusch fait un travail solide, mais il ne se prend pas au sérieux. Son film semble se développer spontanément, dans une grande simplicité. Il se situe à l'inverse du Wim Wenders, bientôt sur les écrans, et qui raconte une histoire très proche. Mais comme Wenders, Jarmusch brosse un portrait des Etats-Unis. Et c'est étonnant ce qu'il y a de douceur dans son trait, pourtant caricatural. Alors que de ce point de vue, Wenders paraît plus objectif.
Le réalisateur de BROKEN FLOWERS dédie son film au cinéaste Jean Eustache (LA MAMAN ET LA PUTAIN) à qui il voue une grande estime. ""Il y a quelque chose que j'aimerais garder de lui: faire un film comme on l'a choisi, en accord avec soi-même, sans se préoccuper du marché ou des attentes de qui que ce soit, dans la volonté toute simple d'exprimer quelque chose par ses propres moyens."" Jarmusch est connu pour son indépendance sans faille face aux pressions des studios industriels. L'œuvre intelligente et belle qu'il construit, film après film, est sa meilleure récompense.
Geneviève Praplan"
Ancien membre