Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06934.jsonl.gz/1131

De One Direction à Vogue, en passant par le septième art et, depuis dimanche, lauréat des Grammy Awards: à tout juste 28 ans, le chanteur affiche un palmarès qui ne surprend plus. Partout où il passe, la folie s'empare de la toile et ses fans se comptent en millions sur les réseaux sociaux (47,9 sur Instagram pour être exact).
A quoi carbure ce gamin né dans une bourgade paumée de 5000 habitants?
C'est loin de l'effervescence de la capitale britannique que l'histoire d'Harry Edward Styles s'écrit. Fils de parents divorcés, son père travaille dans les finances et sa mère est employée de commerce. Il grandit avec une grande sœur, Gemma, mais c'est lui le cancre de la famille. Décrite comme rieur, farceur et toujours de bonne humeur, cette petite gueule d'ange coule des jours heureux à Holmes Chapel.
Pas de chômage, de banlieue pourrie ou de tragédie. Tout roule pour ce gosse de la classe moyenne.
Son histoire d'amour avec la musique commence très jeune, bercé par les Beatles, Queen, Shania Twain, ce qu'il avouera des années plus tard être une chose «vraiment putain de cool». Enfant, il chante des reprises sur une machine à karaoké que lui avait offerte son grand-père. Il les enregistre, même. Sa première? The Girl of My Best Friend d'Elvis Presley. Choix audacieux qui influencera le reste de sa carrière.
Lorsqu'il rejoint les bancs d'école, il vise des études de droit et d'affaires. C'est un jeune garçon poli qui veut faire les choses bien. Jusqu'à gagner sa croûte en travaillant dans la boulangerie du village pour 6,67 francs de l'heure. Et il en est visiblement très fier.
Mais rien ne peut entraver le destin. A 14 ans, Harry forme les White Eskimos, avec trois camarades, dont il deviendra le chanteur principal. Il pousse la chansonnette à tout bout de champ, le rêve est né: Harry veut être une star.
Malgré le divorce de ses parents, il reste proche de son père et soutient les projets de sa mère. «J'ai eu une enfance formidable. Je l'admets», avouera-t-il au magazine Rolling Stones en 2016. Pas question donc de jouer à l'artiste torturé.
Encouragé par sa mère, qui n'a cessé de lui répéter qu'il était «doué pour chanter dans la voiture», Harry s'inscrit aux auditions de X-Factor en 2010. Sans vraiment savoir à quoi s'attendre, avouera-t-il face aux juges. Sur scène, il interprète Isn't She Lovely, de Stevie Wonder, a cappella. Là encore, c'est plutôt audacieux.
Puis, enfin, le tapis rouge lui est déroulé.
Dans l'émission, il devient un membre des One Direction, ou 1D pour les fans les plus investis. On leur promet un avenir à la Beatles, tout comme ceux qui l'ont inspiré plus jeune. Pari réussi, le groupe à la pop sucrée et assumée rencontre un succès phénoménal, sort cinq albums et enchaine les stades à guichets fermés.
Mais en 2016, clap de fin. Le groupe annonce faire une pause. Harry Styles ne reviendra jamais.
En 2017, l'artiste fraîchement libéré de ses camarades entame sa carrière solo et sort (enfin) de l'ombre. Avec son premier album, Harry Styles (2017), il annonce la couleur. Fini la pop mielleuse, bonjour les influences seventies. L'artiste brise les codes, surprend et détonne dans le paysage musical. Le monde est unanime, Harry Styles a tout d'une grande star.
En 2019, c'est un homme transformé. Le chanteur s’impose et force les portes d’Hollywood avec son deuxième album Fine Line. On retiendra surtout le titre Watermelon Sugar qui lui vaudra la consécration: le Grammy de la meilleure performance solo en 2021. Son premier. Comparé notamment à David Bowie, Harry Styles a définitivement grandi.
Avril 2022, le star aux multiples hits sort son troisième opus, dont le single As It Was deviendra (logiquement) un tube planétaire et la chanson la plus écoutée en 24 heures sur Spotify. Un record qui, forcément, en annonce d’autres.
Comme (presque) tous ceux avant lui, Harry Styles s'est essayé au métier d'acteur. Et à raison, puisqu'après avoir été salué pour sa performance dans Dunkerque de Christopher Nolan, Harry Styles décroche, en 2022, le rôle de Tom Burgess, un officier gay dans My Policeman, un drame romantique.
Mais il y a un film où tout le monde l'attend: Don't Worry Darling, avec Florence Pugh et réalisé par Olivia Wilde. Et pas seulement parce que cette dernière deviendra sa compagne de dix ans son aînée, mais parce que leur idylle va encore renforcer la réputation de l'artiste.
Connu pour ses looks excentriques, le chanteur repousse les frontières entre les sexes et les genres. Là encore, il détonne et s'affirme comme une figure emblématique de la mode. Egérie Gucci ou invité star du Met Gala, Harry Styles s'est fait une place de choix dans cette industrie ô combien cruelle. La preuve avec le magazine Vogue, en décembre 2020, pour lequel il devient le premier homme à faire la couverture.
Instantanément, cette image devient iconique. Habillé d'une robe en dentelle Gucci, il fait du style non genré sa marque de fabrique et s'en amuse. En concert ou sur les tapis rouges, chaque occasion est bonne pour imposer ses propres règles du jeu. «C'est comme pour tout - chaque fois que vous mettez des barrières dans votre vie, vous vous limitez», avait-il alors déclaré à Vogue en 2020.
Véritable muse de la marque Gucci, Harry doit également son style «hybride» à la relation qu'il entretient avec le créateur et directeur artistique de la maison italienne, Alessandro Michele. C'est lui, personnellement, qui habille l'artiste sur les tapis rouges, mais également sur scène.
Comme une suite logique, les communautés LGBTQ+ et Queer s'emparent de l'image de l'artiste, et ce, bien que Harry Styles ait toujours rejeté toutes les étiquettes qu'on a bien voulu lui coller. Le voilà, malgré lui, placé sur un piédestal, sous les projecteurs et nommé leader d'un mouvement qui prend toujours plus d'ampleur.
Dans tout conte de fées, il y a un méchant. Des fringues non genrées au rôle d'officier de police gay, jouer avec les codes et passer du masculin au féminin, ça se paye. Celui qui suit les traces de David Bowie ou de Mick Jagger a fait l'objet de sévères critiques. On lui reproche un «queerbaiting». Comprenez: s'amuser des codes, sans déclarer officiellement son appartenance à la communauté.
Mais c'est d'un revers de main que ce dernier balaie les critiques: «Cela n'a pas d'importance, et il s'agit de ne pas avoir à tout étiqueter, de ne pas avoir à clarifier les cases que vous cochez.» Harry Styles cultive son côté bling-bling tout en gardant l'image d'un jeune homme abordable. Il rassemble au lieu de diviser et n'a finalement qu'un message à transmettre: celui de l'acceptation de soi.