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"Uno tsunami anti-sovranista", titre "Il Manifesto" sur les élections suisses. La rue a exigé la justice climatique : elle a rempli les urnes de bulletins verts, et à Genève, les Verts deviennent non seulement la première force politique à gauche (du fait du recul socialiste), mais même la première force politique du canton (du fait du recul du PLR).
La rue a exigé le respect des droits des femmes : il y aura 42 % de femmes au Conseil national -un record historique. Et plus des deux tiers des nouvelles élues ont des enfants.
La rue était pleine de jeunes hommes et de jeunes femmes : la moyenne d'âge du Conseil national tombe, peut-être pour la première fois, en-dessous de 50 ans.
La rue était la rue des villes : sur 200 élues et élus au Conseil national, 141 soit 70 % viennent des villes, comme 63 % de la population.
Le changement de composition du parlement est important, mais nul ne doute qu'il sera absorbé, digéré, transformé par les institutions politiques (le "système") de ce pays. En attendant quoi, le résultat des élections prouve au moins l'utilité d'y participer. Et celle de retourner aux urnes dimanche prochain, pour le deuxième tour du Conseil des Etats. Pour terminer le travail.
Le système politique suisse est tout à fait capable de digérer les Verts. Comme il a digéré les socialistes.
Le PDC restera vraisemblablement le premier parti du Conseil des Etats -ce qui sauvera son siège au Conseil fédéral. Le PS et le PLR vont tout aussi vraisemblablement garder, à un siège près, leurs positions respectives. Et les Verts (qui n'y étaient représentés que par le seul Bob Cramer) devraient être le quatrième groupe du Sénat, comme ils le seront du Conseil national, grâce à l'alliance de toute la gauche, devant l'UDC, qui cale dans les élections majoritaires faute de pouvoir attirer à elle des voix centristes... L'arrivée des Verts au Conseil fédéral est donc légitime et possible, mais au détriment de qui ? du PLR, qui y est désormais surreprésenté ? de l'UDC qui a reculé mais reste tout de même le premier parti de Suisse ? du PS, qui a reculé mais reste tout de même le premier parti de gauche et le deuxième parti de Suisse? du PDC, qui y perdrait son unique siège alors que la gauche peut parfois faire des majorités avec lui et que la droite ne peut en faire sans lui ? Et la liste des questions s'allonge encore : l'entrée des Verts au Conseil fédéral, est-ce un enjeu immédiat ? Et même, et surtout : est-ce dans l'intérêt des Verts de devenir un parti gouvernemental, et de se retrouver dans la situation du PS, à se demander une fois tous les dix ou quinze ans s'il faut rester au gouvernement ou le quitter pour repasser dans l'opposition ? Seuls les Verts pourront répondre à cette question. Il suffit pour l'instant qu'elle se pose, et que pose cette autre : le PLR et l'UDC ont perdu leur majorité au Conseil national et n'en disposeront pas non plus au Conseil des Etats. Pourquoi dès lors continueraient-ils d'être majoritaires au gouvernement fédéral ?
Sans doute la question de la présence des Verts (ou de qui que ce soit) au Conseil fédéral n'est-elle pas si décisive que cela : la gauche a progressé aux élections fédérales, mais elle ne pèse toujours qu'un tiers des suffrages (en comptant large). C'est son étiage : elle l'atteint quand elle est en pleine forme (quand elle est crapotante, elle pèse un quart des suffrages). Or pour changer réellement les choses dans ce pays, changer les institutions (comme ce fut le cas lors de l'introduction du suffrage universel, puis de la représentation proportionnelle, puis du suffrage féminin), changer les conditions de vie de la population (comme ce fut le cas par l'introduction de l'AVS), bref : changer de politique, il ne suffit pas de changer de dirigeants politiques, il faut changer de rapports de forces politiques. Et pour cela, obtenir trois majorités : une au parlement pour adopter les lois, une au gouvernement pour les appliquer, et surtout une au sein du peuple (représenté par le corps électoral actif) : sans cette majorité-là, les autres ne peuvent rien. Et cette majorité ne peut se constituer que par un combat politique constant, sur le terrain, dans la rue, dans les media, dans l'opinion publique. La seule question qui se pose est celle de savoir si être au gouvernement renforce ou affaiblit la crédibilité nécessaire à ce combat. La question se pose depuis bientôt 80 ans pour le PS...
Le système politique suisse a successivement intégré au gouvernement les catholiques conservateurs, les agrariens et les socialistes, il est tout à fait capable de digérer les Verts. Ce qu'il ne digère pas, c'est l'opposition, l'alternance, l'alternative.