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Le syndicat Unia a lancé hier, à Zurich, sur la Paradeplatz, sa campagne de soutien à l'initiative de la Jeunesse Socialiste (soutenue également par le PS en tant que tel) « 1:12 - pour des salaires équitables». L'initiative sera probablement soumise au vote populaire le 24 novembre -la droite voulait repousser le vote le plus tard possible afin de laisser se dissiper l'« effet Minder » (acceptation de l'initiative contre les rémunérations excessives des « managers »). La coprésidente d'Unia, Vania Alleva, a exprimé le soutien du syndicat à l'initiative 1:12 visant à stopper « l'avidité de certains profiteurs » et à répartir la masse salariale « plus équitablement ». Unia a d'ailleurs présenté, en même que son soutien à l'iniotiative 1:12, une étude sur les écarts salariaux, qui indique qu'ils continuent à croître.
Peut-on vivre en Suisse avec un salaire de 48'000 francs par mois ?
Selon l'étude de l'économiste Beat Baumann, présentée par Unia, les écarts salariaux ont encore augmenté en 2012 dans 41 des plus grosses entreprises suisses cotées en bourse. Les salaires des managers ont progressé de 13,5% alors que les plus bas salaires ont stagné (+ 0,7%). On ne s'étonnera pas dès lors que trois grands patrons (ceux de Swatch, d'Implenia et de la Migros) se soient prononcés contre l'initiative 1:12 (déposée en mars 2011 avec plus de 113'000 signatures valables) qui vise à plafonner les plus hautes rémunérations au dodécuple des plus basses, de telle sorte qu'aucun salarié d'une moyenne ou grande entreprise ne puisse gagner plus en un mois qu'un autre en un an. Le patron d'Implenia y voit une menace pour la liberté économique et individuelle -mais pas du tout pour ses revenus, pas du tout...). Et pour l'ancien « patron des patrons » genevois, Michel Barde, s'exprimant dans Le Temps, « réduire les écarts salariaux par la force ne peut faire que des dégâts ». Contrairement à essayer de les réduire par la douceur et la persuasion. Méthode qui ne peut faire que rigoler... et inciter les syndicats à lancer, à faire aboutir et à déposer (avec plus de 112'000 signatures valables) une initiative pour un salaire minimum. Qu'on entendra donc les patrons, actifs ou retraités, dénoncer avec les mêmes arguments que ceux avancés contre l'initiative 1:12... et ceux qui furent avancés contre l'initiative Minder. Sans succès, d'ailleurs.
Avec l'initiative « 1:12 », Unia estime qu'on dégagerait sur les hauts salaires des managers 150 millions de francs qui pourraient être redistribués aux bas salaires. Le plafonnement des très hauts salaires permettrait en outre de financer aisément l'introduction d'un salaire minimum de 4000 francs, réclamé par l'initiative des syndicats. Quant à l'effet du plafonnement des hauts salaires sur l'économie, l'étude d'Unia dément toute corrélation entre les bénéfices des entreprises et les salaires des managers. A preuve : en 2011, les bénéfices ont diminué, mais les hauts salaires sont restés quasiment inchangés et en 2012, les hauts salaires ont enregistré une croissance largement supérieure aux bénéfices, réduisant de ce fait ceux-ci...
Mais surtout, c'est le caractère socialement insupportable des inégalités salariales qui est mis en avant par les syndicats à l'appui de leur soutien à l'initiative de la Jeunesse Socialiste : « Pendant que certains managers se servent des salaires excessifs, 440'000 personnes doivent vivre avec des salaires de moins de 4000 francs » -ces salaires que, précisément, l'initiative pour le salaire minimum vaut hausser à 4000 francs par mois. Si tel devait être le cas, et si les deux initiatives -celle pour le salaire minimum et celle pour le resserrement de l'écart salarial- étaient acceptées, le salaire du patron s'élèverait donc à 576'000 francs par année.
576'000 francs par an, ça devrait suffire aux patrons et aux chefs pour vivre confortablement. Sinon, nous l'annonçons solennellement ici, nous sommes prêts à organiser une collecte et à regonfler les crédits accordés à l'aide sociale. Pour aider les hauts salaires à boucler leur fins de mois équivalant à des années de salaires de leurs employés. Car à entendre certains adversaires de l'initiative 1:12 et de celle pour un salaire minimum, la question se poserait de savoir si l'on peut vivre décemment en Suisse avec un salaire de (pfoui...) 48'000 francs par mois -mais pas celle de savoir si on peut survivre avec un salaire de 3000 francs par mois.
Question de point de vue, sans doute.