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Un costume de scène signé Henri Matisse au MAH
La collection textile du Musée d’art et d’histoire compte des pièces modernes et contemporaines, au nombre desquelles figure une œuvre d’une grande rareté: un costume de scène dessiné par Henri Matisse.
Collaboration avec les Ballets russes de Diaghilev
En 1919, le compositeur Igor Stravinski et Serge Diaghilev demandent à Henri Matisse de dessiner les costumes et les décors du ballet Le Chant du rossignol. Il s’agit d’un poème symphonique en trois parties, qu’Igor Stravinski adapte en 1917 pour les Ballets russes de Serge Diaghilev, d’après son opéra Le Rossignol, créé en 1914. Léonide Massine est chargé de la chorégraphie de ce nouveau ballet, inspiré d’un conte d’Andersen, qui met en scène l’histoire d’un empereur de Chine sauvé de la mort par le chant d’un rossignol.
Même s’il n’a jamais travaillé pour le théâtre, Matisse accepte avec enthousiasme la proposition, bien décidé à concevoir cet ensemble d’œuvres – composé d’un rideau monumental de scène, de costumes de danseurs à thème chinois et d’autres vêtements – selon une esthétique qui diffère de l’exotisme associé aux Ballets russes.
Le poème symphonique est créé en concert le 6 décembre 1919 à Genève, sous la direction d’Ernest Ansermet, et l’adaptation chorégraphique présentée, quant à elle, le 2 février 1920 à l’Opéra de Paris.
Inspiration asiatique
La forme de ce costume de pleureur (ou de parent du défunt), revêtu par des personnages interprétant un rôle secondaire, s’inspire des costumes nomades chinois. Matisse s’était rendu à différentes reprises au Victoria & Albert Museum, à Londres, afin d’y étudier les collections asiatiques et d’exploiter ce matériel de référence.
Rehaussée d’applications de velours de soie bleu sombre, la pièce est en feutre froissé grège clair, allusion à la couleur de la mort dans la civilisation orientale. Une longue bande centrale à chevrons parcourt le dos du costume et remonte au niveau de la tête pour former une coiffe dotée d’oreilles. Elle figure la queue, la crinière et la tête du cerf, animal symbolisant la longévité en Chine et faisant allusion, dans ce ballet, à la continuité de la vie de l’empereur.
Ces pièces de velours ont été découpées au ciseau par Matisse lui-même, puis appliquées sur le fond clair, ainsi qu’il le fera dans les années quarante et cinquante avec ses grandes compositions murales. Cette expérience est donc décisive dans la démarche artistique du peintre, puisqu’elle est à l’origine de sa production de papiers découpés, et introduit également la notion d’abstraction dans son œuvre.
Par la simplicité du décor, ce manteau s’apparente également aux chasubles que réalisera l’artiste pour la chapelle de Vence peu après 1950, soit une trentaine d’années plus tard.
Ce costume de scène est une œuvre phare du Musée d’art et d’histoire. Outre cet exemplaire, seuls trois manteaux de pleureur, sur les dix que comptait le ballet, ont en effet été préservés : l’un à la National Gallery of Art (Washington, DC), le deuxième a été acquis en 1973 par la National Gallery of Australia, à Canberra, et le troisième, enfin, figure dans la collection privée du couturier Azzedine Alaïa. Cette pièce exceptionnelle fait régulièrement l’objet de demandes de prêt pour des expositions. Entre 2014 et 2015, elle a ainsi été présentée au public à trois reprises: à Ferrare, Rome et Paris.
Ce costume de scène, qui représente Henri Matisse de façon emblématique au Musée d’art et d’histoire, figurera assurément en bonne place dans le parcours du musée agrandi.