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Ateliers 2021
ATELIERS PASSÉS / SAISON #1
Atelier 1 * Interpréter un texte au double-sens du jeu et de l'analyse
(Représenter l'activité silencieuse et invisible de la pensée)
Nicolas Zlatoff
Trois semaines, 90 heures
S’il fallait décrire mon travail, on pourrait dire que je cherche à représenter scéniquement l’activité, habituellement silencieuse et invisible, de la pensée d’un·e acteur·ice au travail. Par « pensée », j’entends aussi bien l’action de forger des concepts que celles qui relèvent de l'association d'idées, de la divagation et du délire, voire de l’ivresse et de la folie.
Je prolonge une technique issue de l’Analyse-Action, forgée par Constantin Stanislavski, à la fin de sa vie, puis par Maria Knebel, dans laquelle les acteur·ices tentent de jouer un texte de théâtre avec leurs propres mots, tout en ne connaissant pas encore « par cœur » ce texte. En élaborant au fil des exercices de jeu une « composition », un plan ou canevas peuplés d’images sensibles et personnelles, ils apprennent à suivre cette composition « comme une partition invisible », pour rapprocher peu à peu les mots de l’auteur et du personnage. Parce que l’acteur joue, avec ses propres mots, un personnage d’un texte qu’il ne connaît pas encore, il développe une aptitude à « penser et vêtir ses pensées des mots que l’auteur lui a donnés ».
Puisque cette pensée se déploie directement dans le jeu de l’acteur, elle est très différente d’une pensée qui aurait été produite dans un travail à la table : elle est vive, foisonnante et instable ; elle ouvre des sens multiples ; elle se permet d’être irrévérencieuse et décalée parce qu’elle joue avec les concepts, fait glisser leur sens, et provoque des résultats inattendus : les acteurs sont souvent surpris eux-mêmes de ce qui est produit.
La position des acteurs se redouble : ils sont interprètes au sens du jeu (ils jouent, à des degrés d’engagement divers) mais ils sont également, dans le même temps, en position d’interprète au sens de la dramaturgie, ou plus généralement des études littéraires : ils analysent le texte en cours de travail, font des hypothèses de sens, et convoquent la mise en jeu pour valider ou invalider leurs hypothèses.
Le théâtre et la mise en jeu opèrent donc à la fois comme un catalyseur de la pensée de l’acteur, mais également comme un révélateur de cette pensée auprès des spectateurs.
NICOLAS ZLATOFF * Diplômé de la Manufacture – HETSR de Lausane en 2013, il y développe pendant deux ans une recherche à la fois théorique et pratique sur la représentation de l’acte de penser. Il travaille notamment avec Claire de Ribeaupierre, Robert Cantarella, Jean-Yves Ruf, Julie Sermond, François Gremaud, René Zahnd, Nicolas Doutey, Sylvie Kleiber et Roberto Serafide. Il a dirigé plusieurs projets de recherche dans la continuité de ce travail, soutenus par la HES-SO. À sa sortie de l’Ecole, il crée Gaspard Productions à Sierre, travaille avec le TLH-Sierre, le Musée d’Art Brut (Lausanne), l’Orchestre de Chambre de Lausanne, Valeria Bertolotto et Aline Papin (projetAutofedre) et enseigne à la HES du Valais ainsi qu’à la Manufacture. Il dirige actuellement un nouveau projet de recherche, soutenu par le FNS, qui vise à faire interagir, sur scène, des acteurs et des agents conversationnels, issus des techniques informatiques du Deep Learning. Son travail est présenté au TLH-Sierre, à l’Arsenic (Lausanne), au Théâtre Saint-Gervais (Genève) ainsi qu’en France, principalement à Paris (Maison des Métallos, Théâtre de l’Aquarium, La Loge), Lyon (Nouveau Théâtre du 8è, Journées des Auteurs) et en Amérique Latine (Mexique, Colombie).
Atelier 2 * Le Misanthrope et la vie sauvage
Guillaume Béguin
Deux semaines, 60 heures
L’hypothèse autour de laquelle j’aimerais travailler est que la vie courtisane tant décriée par Alceste dans Le Misanthrope de Molière est en réalité entièrement sauvage : aussi sauvage que l’idéale nature qu’il porte aux nues, et qu’il espère tant atteindre afin d’échapper à l’insincère artifice tant haï. Nous chercherons différents moyens de théâtraliser cette vie à la fois courtisane et sauvage, et nous verrons comment Alceste se débat pour s’extraire d’une condition qui pourtant le définit, et à laquelle il ne peut sans doute renoncer sans nier sa propre humanité. Nous enquêterons sur sa relation à l’amour, qu’il considère peut-être comme une échappatoire, un outil d’émancipation, ou un miroir contre lequel il se heurte sans fin.
Cet atelier s’inscrit dans une recherche que je mène depuis plusieurs mois autour de la pièce de Molière et de la misanthropie en général. À cette occasion, nous convoquerons également la figure de Robert Walser, à travers son roman Les enfants Tanner. Sans être tout à fait misanthrope, Simon Tanner, l’alter ego de Robert Walser dans le roman, choisit de se placer en marge de la société, sans ressource, sans amour, mais non sans renoncer à son environnement ou tisser des liens avec le genre humain. Nous confronterons Walser à Molière, et nous enquêterons sur notre propre quête « d’appartenance » à la nature, au monde sauvage, à la société, à l’amour.
GUILLAUME BÉGUIN * Né en 1975, il est metteur en scène, auteur, comédien et pédagogue. Ses pièces, peuplées de singes, de robots et d’humains en décomposition-recomposition, interrogent le rôle de l’imaginaire dans la fabrique de l’individu humain — ou de l’espèce humaine en général. Après avoir régulièrement écrit au plateau (Le Baiser et la morsure, 2013, Le Théâtre sauvage, 2015), il écrit dorénavant seul, pour ses interprètes. Titre à jamais provisoire (créé en 2018 au Théâtre Vidy-Lausanne), sa dernière pièce, évoque la dilution de la personnalité humaine dans celle du robot.
Depuis 2007, il met également en scène, ou adapte pour la scène, des textes de Jon Fosse, Magnus Dahlström, Édouard Levé, Martin Crimp, William Shakespeare… Il enseigne aussi le jeu et la mise en scène dans plusieurs hautes écoles de théâtre (Les Teintureries, La Manufacture, École de la Comédie de St-Étienne), et collabore avec plusieurs compagnies comme conseiller ou dramaturge.
Atelier 3 * Nos ressources et notre matière
La biographie vraie ou fausse
Marielle Pinsard
Trois semaines, 60 heures
J’expérimente cette méthode depuis dix ans avec des élèves de grandes écoles françaises et suisses, ainsi qu’à Montréal. Bien sûr, il y a mille façons d’aborder l’écriture de plateau. J’ai moi-même développé plusieurs méthodes : celle que j’utilise pour transposer un texte classique, celle qui tourne autour d’un thème donné par avance, et celle que je propose d’aborder au cours de cet atelier : la biographie & le sosie. Elle permet rapidement de donner un certain niveau aux impros et de mettre les acteur.trices sur une orbite assez puissante.
Au début, je pose seize questions, apparemment anodines, mais personnelles. Puis je demande à l’acteur·ice de m’indiquer un sosie connu. Ce travail autour de la biographie et du sosie est différent avec chaque groupe que je rencontre. Il part de l’expérience et de l’imaginaire personnels, dans un but est d’autonomie, mais c’est aussi un travail de groupe. Je cherche avec les acteur·ices une synergie commune, et le challenge est qu’il n’y ait à la fin plus qu’une seule écriture originale. Il ne s’agit pas de coudre les improvisations les unes derrière les autres, mais de trouver un flux commun.
MARIELLE PINSARD * Née en 1968, Marielle Pinsard fait ses classes de comédienne à l’École d’Art Dramatique de Lausanne de 1989 à 1992. En 1992-93, elle complète sa formation auprès du dramaturge et écrivain Peter Brasch. En 2000, elle crée la Compagnie Marielle Pinsard et, sous ce label, écrit des textes qu’elle met elle-même en scène : Comme des couteaux, Nous ne tiendrons pas nos promesses, Pyrrhus Hilton, On va tout Dallasser Pamela, Rock Trading … Elle a créé 27 spectacles à ce jour.
En 2004, elle reçoit le prix du théâtre de la Fondation Vaudoise pour la Culture. En 2009, la fondation Leenaards lui octroie une bourse pour un projet de recherche et d’écriture qu’elle mène en Afrique durant deux ans, et qui débouche sur le spectacle En quoi faisons-nous compagnie avec le Menhir dans les landes ? présenté au Théâtre Kléber-Méleau, au Zürcher Theater Spektakel, au Festival de la Bâtie, ainsi que plus récemment au Théâtre de Vidy et au Tarmac, à Paris.
Depuis 2015 elle collabore avec plusieurs groupes de théâtre de Bruxelles comme la « Clinic Orgasm Society » ou certains membres du « Nimis Groupe » de Liège comme Anne Sophie Sterck. En 2017, elle gagne le Prix suisse du théâtre récompensant « une artiste multidisciplinaire au talent singulier ».
En 2019, Marielle Pinsard est invitée à Montréal par le CEAD (auteur·ices du Québec) afin de partager des outils pour produire de la matière écrite et de relancer les comédien·nes selon sa méthode : « l’écriture de plateau via la biographie vraie ou fausse des participant·es ».
Atelier 4 * Corps en-jeux
Manon Krüttli
Deux semaines, 60 heures
La recherche que je propose de mener dans cet atelier questionne le corps commun de l’acteur·ice sur scène. Comment créer et augmenter une écoute collective ? Dans quels dispositifs mettre en jeu les corps afin de les rendre poreux… aux autres, à l’environnement, à l’invisible ? Comment un groupe d’acteur·ices est-il prêt à se remettre à quelque chose qu’il ne peut éprouver qu’ensemble ? Enfin, comment ce lâcher-prise collectif peut-il être jubilatoire et permettre à chacun d’augmenter sa liberté d’acteur·ice ?
Cette proposition résulte de mon envie de partager et d’affiner les modus operandi que j’ai expérimentés lors de mes deux dernières créations : Le Large existe (mobile 1) au TPR en 2018 et Trop courte des jambes au POCHE/GVE en 2019. Une notion a guidé mon travail lors des répétitions de ces deux spectacles : l’abolition du volontaire. En effet, j’ai tenté d’inventer des façons de faire qui exerce l’acteur·ice au lâcher-prise collectif et au plaisir que l’on peut ensuite éprouver à ne pas savoir ce qu’il va se passer sur le plateau (sans pour autant que cela soit de l'improvisation).
Les *joueur·ses seront donc invité·es à explorer différents types de protocoles de jeu inspirés du few point, de la PNL et de la danse contemporaine, et qui permettent de développer l’écoute, la perméabilité et la réactivité et ainsi à augmenter la liberté d’action sur le plateau.
Si nous nous concentrerons tout d’abord sur un travail presque exclusivement physique, nous nous confronterons au texte dans un deuxième temps afin d’éprouver comment ces protocoles nous donnent des outils concrets d’interprétation.
MANON KRÜTTLI * Après des études au Conservatoire de Genève et aux Universités de Berne et de Berlin ponctuées d’assistanats à la Schaubühne et au Théâtre Vidy-Lausanne, Manon Krüttli complète sa formation avec un master en mise en scène à La Manufacture. En 2009, elle crée la cie les minuscules (Genève) avec Charlotte Dumartheray et Léonie Keller, avec laquelle elle conçoit plusieurs spectacles. En 2016, elle fonde sa propre compagnie – KrüKrew - et présente ChériChérie au Théâtre 2.21 à Lausanne. Elle travaille régulièrement au POCHE/GVE et met en scène deux comédies québécoises Unité Modèle et Les Morb(y)des (2016), La Côte d'Azur de Guillaume Poix (2018) et Trop courte des jambes de Katja Brunner (2019). Par ailleurs, elle collabore avec différents artistes en qualité de dramaturge (Luk Perceval, Andrès Garcia, etc) et a travaillé à la performance polyphonique Finalement tout s'est bien passé. Essaie sur la colère. co-signée par Michèle Pralong, Sylvie Kleiber, Rudy Decelière et Victor Roy dans le cadre de La Bâtie. Durant la saison 2018/2019, elle a présenté Le Large existe (mobile 1), création qu'elle signe avec Jonas Bühler dans le cadre des Belles complications#2 au Théâtre Populaire Romand, au Théâtre Les Halles de Sierre ainsi qu’au Théâtre Saint-Gervais Genève.