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Lors de mon séjour à la Havane, un rêve étrange m'est arrivé mais la suite du rêve fut bien plus mystérieuse encore.
Dans ce rêve, une femme âgée d'une extrême pauvreté se tenait devant moi, le visage anguleux, des cheveux gris retenus en queue de cheval. Sa vieille chemise déchirée laissait entr'apercevoir une poitrine décharnée à la peau collée aux os longs et fins, des seins desséchés pendaient tristement pareils à deux grandes larmes sur un corps chétif, de grands yeux sombres mais chargés d'une intensité exceptionnelle me fixaient.
Elle logeait dans ce qui pouvait ressembler à un carton, derrière elle, un amas de choses usagées. Je l'interpelle et lui dis que si elle passait la nuit sous son carton, elle aurait de fortes chances de mourir. Je lui propose de lui acheter une paire de gants, elle décline mon offre en me désignant une paire de gants de ski dans le tas d'habits. Puis j'ouvre mon porte-monnaie, hésite un instant entre lui donner une pièce de monnaie ou un billet de 10 frs ou de 20 frs. Après quelque hésitation, je lui tends une pièce de cinq francs, en guise de remerciement, elle me lance un clin d'oeil auquel je tente de donner un sens, puis m'éloigne. Aussitôt, des regrets me submergent et une réflexion sur la générosité et l'empathie se met en branle. Le don donne les ailes de l'ange, il est un acte sacré qui doit être plein et entier, sans hésitation aucune. La voix de la conscience? Le reste du rêve n'est plus qu'une longue contemplation sur la générosité et son sens, donner c'est autant recevoir.
Le lendemain, en réalité, après le petit-déjeûner, je sors dans les rues de la Havane, une vieille femme exactement comme celle de mon rêve me demande de l'aider en me priant de lui acheter un journal. Je reste stupéfaite devant la ressemblance avec celle qui est venue hanter ma nuit. J'ouvre à nouveau mon porte-monnaie et lui donne le plus gros billet d'argent, la vieille petite dame reste bouche bée, elle insiste pour me donner tout son paquet de journaux. Puis, désemparée, elle s'approche de moi et m'embrasse, elle me lance un dernier clin d'oeil identique à celui lancé par sa jumelle dans mon rêve.