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La Fondation suisse pour la culture ampute de 500’000 francs suisses son soutien aux milieux culturels du pays cette année.
Tout en répercutant sur les artistes la moitié de la coupe budgétaire (1 million de francs) décidée par le Parlement suite à l’affaire Thomas Hirschhorn, elle appelle à «l'autonomie de l'art face à la politique».
L'autre moitié de cette somme sera économisée sur les frais d'exploitation de la Fondation suisse pour la culture, a indiqué son directeur Pius Knüsel vendredi à Zurich. Le personnel ne sera pas touché.
Pro Helvetia achètera moins de matériel et réduira ses investissements. La fondation a déjà lancé un programme d'économies en été 2004. Il permettra de réduire ses frais de 13 à 10,5 millions d'ici à 2006 et entraînera la suppression de 19 emplois.
«Dans ce contexte, il était impossible de répercuter l'ensemble du million supprimé sur les seules dépenses de fonctionnement. Nous avons coupé la poire en deux», a expliqué Pius Knüsel.
Sur le demi-million qui doit être économisé dans le soutien à la culture, 250’000 francs sont prélevés sur la promotion des artistes. Les manifestations culturelles organisées par Pro Helvetia elle- même, comme celles d'Aichi au Japon, sont amputées de la même somme.
Le montant attribué aux antennes étrangères de la fondation, dont le Centre culturel suisse de Paris (CCSP), reste par contre inchangé. Les antennes seront toutefois touchées par la réduction des frais d'achat et d'investissement.
Pas de punition collective
L'exposition «Swiss-Swiss Democracy» de l'artiste suisse Thomas Hirschhorn, qui a attiré 30’000 visiteurs de début décembre à fin janvier au CCSP, avait déclenché une vive polémique. Le Parlement avait décidé le 16 décembre de punir Pro Helvetia.
Dans le cadre du débat sur le budget 2005 de la Confédération, les députés ont donc supprimé 1 million sur les 34 qu'il était prévu de verser à Pro Helvetia en 2005. Cette somme était inscrite dans le crédit-cadre de la Fondation pour la culture suisse pour les années 2004 à 2007.
Les politiciens bourgeois avaient surtout critiqué un spectacle qui faisait partie de l'exposition. On y voyait un acteur faire mine d'uriner sur un portrait du ministre Christoph Blocher. Pour les détracteurs de l'exposition, il s'agissait d'un «mépris de la démocratie» intolérable pour une exposition financée par de l'argent public.
Un signal d’alarme
Pro Helvetia continue à penser qu'elle a eu raison d'offrir une plateforme à Thomas Hirschhorn. Mais pour son directeur, cette affaire constitue «un signal d'alarme pour l'ensemble de la scène culturelle suisse».
Selon lui, les responsables politiques tenteront bientôt d'imposer d'autres économies dans le domaine culturel, que ce soit dans le cadre de la nouvelle loi sur la culture ou le nouveau programme d'économie de la Confédération.
Face à ces pressions, Pius Knüsel appelle tous les acteurs culturels à s'unir pour défendre «l'autonomie de l'art face à la politique». Pro Helvetia va, quant à elle, intensifier ses contacts avec les responsables des dossiers culturels au sein des partis
Jazz et littérature
A noter que Pro Helvetia a décidé de mettre l'accent cette année sur la danse, les jeunes dramaturges et le jazz. Trois formations de jazz recevront chacune 25’000 francs pour effectuer des tournées à l'étranger, produire de nouvelles compositions ou enregistrer un CD.
La fondation n'en oublie pas pour autant les écrivains. Elle consacrera 750’000 francs suisses pour soutenir 24 auteurs et trois traducteurs sous forme de commandes de livres.
Parmi les heureux lauréats figurent notamment les romands Jean-Luc Benoziglio et Anne-Lise Grobéty, ainsi que, pour la première fois, un auteur romanche, Leo Tuor.
swissinfo et les agences
En bref
- L’exposition de Thomas Hirschhorn au Centre culturel Suisse de Paris avait mis le monde politique en émoi en décembre 2004.
L’artiste bernois y attaquait le ministre Christoph Blocher et son parti de la droite dure, l’Union démocratique du centre en montrant un comédien urinant sur une photo ressemblant à celle de Christoph Blocher.
- Les députés ont raboté 180'000 francs au budget de Pro Helvetia, la fondation pour la culture organisatrice de l’exposition.
- Puis les sénateurs ont maintenu leur coupe de un million sur les 34 millions prévus pour 2005.