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Rembrandt (1606-1669)
Rembrandt van Rijn -communément appelé Rembrandt- est né à Leyde (Pays-Bas) le 15 juillet 1606. Il est le huitième enfant d'un meunier broyant le malt pour les brasseries de la ville. En 1621, après quelque mois à l’université, il décide de se consacrer entièrement à la peinture et devient apprenti chez un artiste local, Jacob van Swanenburgh. En 1624, il passe six mois à Amsterdam chez le plus important maître de l'époque, Pieter Lastman, représentant du courant italianisant de la peinture hollandaise. À partir de 1625, Rembrandt s'installe comme peintre indépendant dans la maison paternelle de la Weddesteeg à Leyde, fréquentant assidûment un jeune peintre virtuose Jan Lievens, lui aussi ancien apprenti de Lastman, qui l'initie à l'eau-forte. Tous deux traitent de thèmes religieux, Rembrandt dans de petits formats, Lievens par des figures grandeur nature cadrées à mi-corps à la manière des caravagesques d'Utrecht. Ils peignent des têtes d'expression, outronjes, d'après des modèles de vieillards ridés, et expérimentent la technique de l'eau-forte. En 1625, Rembrandt signe La Lapidation de saint Étienne, première toile qui nous soit parvenue de lui.
Dès 1627, Rembrandt forme ses premiers élèves. En 1629, Lievens et lui reçoivent une commande d'œuvres pour la cour de La Haye. Dans l'inventaire du palais à Noordeynde, en 1632, sont cités des tableaux qu'on peut identifier, comme L'Enlèvement de Proserpine et la Minerve dans son étude (tous deux à la Gemäldegalerie, Berlin), la Présentation de Jésus au Temple du Mauritshuis à La Haye, et le portrait de l'épouse du stathouder Amalia van Solms du musée Jacquemart-André à Paris. Suit la commande d'une série de la Vie du Christ, dont Rembrandt livrera sept tableaux de 1633 à 1646, payés 600 florins pièce.
Entre 1631 et 1634, Rembrandt se déplace à La Haye, à Rotterdam et Amsterdam pour des commandes de portraits. En 1631, il investit 1000 florins dans l'affaire de Hendrick Uylenburgh, marchand d'art à Amsterdam, où il se fixe, devenant citoyen de la ville et membre de la guilde de Saint-Luc. La même année, il épouse Saskia Uylenburgh, nièce de son associé. Ce dernier le loge, lui fournit des commandes de tableaux et édite ses gravures.
La décennie suivante est marquée par le succès de Rembrandt, qui déménage plusieurs fois jusqu'à acquérir, en 1639, une riche maison dans Sint Anthonisbreestraat, l'actuel musée Rembrandt, dont il sera chassé en 1658 n'ayant pu régler entièrement les 13 000 florins qu'elle coûtait. Il peint les bourgeois d'Amsterdam, négociants, prédicateurs, médecins… Il dirige un atelier, forme de nombreux jeunes peintres qui dessinent sous sa conduite et imitent ses portraits de couples, ses figures de bergers ou d'Orientaux, exécutent des peintures d'après ses gravures.
Les spéculations de Rembrandt marchand d'art furent hasardeuses. Faisant face à ses dettes par des billets à ordre échangeables contre des œuvres qu'il promettait de peindre ou de graver, il dut se présenter devant la Desolte Boedelskammer, Chambre des débiteurs insolvables, pour procéder à la cessio bonorum. Ces magistrats dressèrent ainsi en 1656 l'inventaire des biens du peintre qui furent vendus à l'encan en 1657-1658, pour des sommes faibles. S'étant transféré dans le quartier plus artisanal du Jordaan, Rembrandt se déclara l'employé d'un commerce d'art tenu par sa compagne, et par Titus, ce qui lui permit d'échapper aux poursuites des créanciers insatisfaits. Par cet intermédiaire, il reçut encore des commandes de portraits ou de figures historiques ainsi que la visite du grand-duc de Toscane Cosimo III de Médicis, qui lui demanda un autoportrait. Après la disparition de Hendrickje en 1662, puis celle de Titus, qui était devenu lui aussi peintre, en 1668, quelques mois après son mariage, Rembrandt mourut le 4 octobre 1669 et fut enterré dans une tombe inconnue de la Westerkerk.
(sources: Encyclopaedia universlis, wikipédia)
L'histoire de l'œuvre
Le Christ chassant les marchands du temple représente un passage précis du Nouveau Testament:
Évangile selon saint Marc (Mc 11,15-17)
15 Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons;
16 et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple.
17 Et il enseignait et disait: N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.
C’est une des premières œuvres de Rembrandt (1626). Il a vingt ans lorsqu’il peint cette toile.
Quelques pistes pour regarder et méditer sur «Le Christ chassant les marchands du temple»
Le format très réduit de l’œuvre (43 x 33cm) focalise l’attention sur les personnages.
Aucune profondeur, seul la colonne derrière le Christ nous permet d’imaginer que nous nous trouvons dans le Temple.
Les personnages forment une diagonale qui descend du Christ. L’alignement des personnage coupe l’espace en deux. D'un côté se trouve celui qui peut se lever pour fuir, et de l'autre trois personnages surpris, «cloués» à la table et à l’argent qui ne peuvent échapper à la colère du Christ.
Le Christ semble surgir du néant. Il tient dans sa main droite un objet. On peut imaginer un fouet, mais le peintre n’a pas jugé nécessaire d’en mieux cerner les contours. Du coup, la violence et la colère s’expriment par les mouvements du Christ et par son visage: front plissé, regard courroucé. il dessine un mouvement qui part de l’extérieur du tableau vers l’intérieur. Tout ce que nous voyons, les personnages, la table, l’argent va être balayé pour ce puissant mouvement du Christ.
Les différents personnages expriment une palette de sentiments:
• la surprise (avec le personnage qui se retourne, les yeux écarquillés, la bouche ouverte et qui tente -d’un mouvement du bras gauche- de récupérer l’argent sur la table et de se lever pour fuir);
• la cupidité (avec le personnage du premier plan, de profil et dont nous ne voyons pas les yeux, tout affairé à récupérer l’argent sur la table; il est comme totalement absorbé par l’appât du gain et ne voit pas le coup qui le menace);
• la peur (le personnage le plus proche du Christ part en fuyant, son argent sur l’épaule. On entend presque son cri) ;
• la terreur (l’homme en armure qui protège son visage, et ne peut plus fuir; c’est évidemment assez cocasse de voir un homme surprotégé se décomposer ainsi devant le Christ).
Les mains en disent long sur les sentiments des personnages: toutes sont fermées à part celle de l’homme en armure qui, face à la menace, a tout lâché. Les mains parlent autant que les visages et trahissent leur propriétaire.
Et puis, il y a ce petit détail. En haut à droite, dans le panier, dépasse la tête d’un coq ou d’une poule. Comme un signe précurseur de la trahison.
Tout la toile est rythmée par un jeu de voilement/dévoilement, caché/montré. L’argent n’est partiellement visible que sur la table, mais les sacs attestent de sa présence à travers tout l’espace de la toile. Les bras participent du même jeu, tantôt visibles (comme chez le personnage du premier plan ou le Christ) tantôt «retractiles» comme chez le personnage tentant de se lever au premier plan et dont les manches permettent un jeu entre l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible.
Enfin, la lumière venant de la gauche, en haut, s’abat sur la scène, dévoilant les gestes des personnages. Elle révèle aussi les plis des tissus qui trahissent une frénésie de mouvements. Seules la colonne du fond et la table donnent une stabilité à la scène.
Bruno Fuglistaller sj
Le Christ chassant les marchands du temple de Rembrandt, peint en 1626, est une huile sur bois de petite taille (43 cm x 33 cm). Le tableau fait partie des collections du Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou.
Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
(d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)
Dates: les 28 mars, 25 avril, 30 mai 2018.
(Pas de Méditations avec une œuvre d'art en juin, juillet et août)
Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45).