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13/05/2012
Le bilan de Nicolas Sarkozy
Si je fais le bilan de l'action culturelle de Nicolas Sarkozy, je dirai qu'elle a été marquée par une volonté de s'enraciner dans les traditions de France. Pas seulement ce qui en elle se rattache au christianisme, mais aussi la culture régionale. Car, outre qu'il a célébré Jeanne d'Arc, par exemple, ou Georges Bernanos, il a aidé à commémorer l'intégration de la Savoie à la France, reconnaissant même qu'avant 1860, la première était appelée légitimement par ses poètes leur petite patrie. Il rendit fréquemment hommage, par ailleurs, à la culture corse.
Voulant célébrer la France dans toutes ses composantes, il a chanté des Résistants d'une couleur politique bien différente de la sienne. Souvent, on a cherché à l'en empêcher. Lorsqu'il voulut rendre hommage à Albert Camus, on se hérissa. Il s'en est plaint, reprochant à ses détracteurs leur sectarisme.
Célébrer la culture traditionnelle ne me semble pas du tout mauvais en soi. Je suis favorable à ce que la vie culturelle soit entièrement libre - et à ce qu'on ne soit tenu par aucune obligation politique, à son égard. Je considère que l'État a souvent orienté la culture selon les idées des partis dominants au sein de la fonction publique, et je trouve que c'est anormal: pour moi, il doit, sur ce plan, se montrer impartial.
Cependant, la volonté de Nicolas Sarkozy de célébrer en particulier la culture nationale a eu pour corollaire, dans cette personnalité enflammée, la mise au ban de traditions culturelles venues de l'étranger - notamment le Maghreb. Cela a créé des crispations. Et le fait est que la liberté contraint à admettre que toutes les traditions culturelles ont droit de cité. Elles peuvent avoir leurs mauvais et leurs bons côtés; mais, pour moi, je l'ai déjà dit, Henry Corbin, lorsqu'il a évoqué la tradition islamique, a démontré sa richesse. Elle contient par exemple la remarquable faculté de se représenter de façon figurée, parlante, des concepts abstraits: cela manque, à l'Occident. Qui ne sait, du reste, que les contes des Mille et une Nuits ont exercé une profonde influence sur Voltaire, sur Crébillon fils, sur Rousseau, sur Stendhal, sur Hugo? Il faut rester universaliste.
Le discours de défaite du Président sortant ne manquait pas d'une certaine noblesse, même s'il a surtout voulu montrer qu'il était au-dessus de tout le monde parce qu'il se rattachait à l'esprit national: car quand il a déclaré qu'il se reconnaissait responsable de la défaite, il n'a pas pensé à donner des exemples de cette responsabilité: les a-t-il jamais trouvés, on ne sait pas. Pour moi, son agressivité, notamment vis-à-vis des courants culturels qui ne lui plaisaient pas, ont été pour beaucoup dans son échec. Son adversaire, en invoquant le département de la Corrèze, s'est montré plus sympathique et plus sobre.