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Un tour. Un bête petit tour du cordon ombilical autour de son cou et voilà Alexandre Jollien handicapé dès la naissance. Condamné à devoir cohabiter avec des gestes maladroits et une parole difficile: à peine sorti du ventre de sa mère, le jeune Valaisan semblait déjà promis à une vie limitée aux murs d'une institution spécialisée. Mais il n'en sera pas vraiment ainsi...
Aujourd'hui, Alexandre Jollien est licencié de Philosophie à l'Université de Fribourg. Il a également fait le récit de son parcours et de ses réflexions dans deux livres devenus des succès, Eloge de la faiblesse (éditions du Cerf) et Le métier d'homme (éditions du Seuil).
Face-à-face
Eloge de la faiblesse, écrit durant ses études universitaires, retrace le parcours d'Alexandre de sa naissance jusqu'à son entrée à l'université. Après avoir passé les 17 premières années de sa vie dans un centre pour IMC, Alexandre s'inscrira à l'Ecole de Commerce de Sierre, puis au Lycée de la Planta à Sion avant d'entamer l'aventure universitaire à Fribourg et à Dublin.
L'intégralité de l'ouvrage est rédigée sous la forme d'un dialogue entre Alexandre et le philosophe Socrate. Cette forme de rédaction originale permet à l'auteur de ne pas tourner autour du pot et d'aller directement à l'essentiel, en toute modestie face au «maître»:
Alexandre - Eh bien ! Je me présente. Je m'appelle Alexandre. J'ai vingt-trois ans et j'étudie la philosophie à l'université.
Socrate - Jusque-là, rien de particulier.
Alexandre - Et pourtant...
Socrate - Revenons à ton propos, parle avec confiance! Raconte-moi tout. Va aux faits, sans digressions. S'il est nécessaire, je te poserai moi-même les questions utiles.
De sa vie universitaire, Alexandre ne semble garder que de bons souvenirs, qu'il s'agisse de l'apprentissage de l'indépendance et des premiers repas cuisinés seuls, ou encore des liens qu'il a formés avec les autres étudiants:
«(A l'Université), j'ai trouvé des amis et des amies sincères, qui me passent leurs notes de cours avec spontanéité, sans condescendance. On travaille ensemble, on se complète et des amitiés solides se sont formées. L'impuissance vécue au collège a été un poids pour moi; à l'université, cette impuissance devient source de richesse. Conscient que je ne peux rester seul, je vais spontanément vers l'autre et de saines relations ont vu le jour.»
Le livre est court (environ 90 pages), et il ne se lit pas. Il se dévore. Arrivé à la dernière ligne, on a le sentiment d'avoir avalé une immense dose d'espoir et de courage. On a en fait reçu une belle leçon de vie.
Un «joyeux combat»
Malgré les difficultés qu'il a rencontrées et qu'il rencontre encore, Alexandre se refuse à considérer sa situation comme un combat. Ou si c'en est un, c'est un «combat joyeux» comme il le dit lui-même. Un combat mené avec une foi en l'Homme qui soulève les montagnes.
Dans Le métier d'homme, sorti en 2002, Alexandre abandonne la dialectique mais garde un style sans fioritures. Et tout comme dans Eloge de la faiblesse, il ne se limite pas à décrire sa propre condition d'«anormal». Cette faiblesse dont il parle nous concerne tous, car chacun de nous peut être à un moment ou à un autre diminué. Ce qui nous différencie, c'est la façon dont nous surmontons cette épreuve:
«On peut fort bien se résigner pour un doigt coupé, un cheveu sur la langue, des oreilles décollées, même pour un pied plat... Mais pour certains qui, baissant la garde, se condamnent à une existence en marge, voire à la mort, il est périlleux de se laisser aller.»
Pour expliquer la complexité des sentiments qui l'habitent, Alexandre a su trouver des mots simples et justes pour toucher un public de plus en plus large. Et ses projets ne s'arrêteront pas là: après avoir vu Eloge de la faiblesse être mis en scène au théâtre, il s'attaque désormais cette année à un projet de film, ainsi qu'à un nouveau livre...