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Exposé du Prof. Alex Mauron, Genève
Le thème de linterruption de grossesse suscite des controverses passionnées, car il y va de convictions profondément ancrées chez les uns et chez les autres. De plus, le débat est souvent confus, car il se déroule simultanément à deux niveaux:
Contrairement aux apparences, le premier thème de débat n'est pas à proprement parler éthique, mais plutôt biologico-philosophique. L'œuf fécondé est-il d'ores et déjà une personne équipée de tous ses droits humains fondamentaux? Ou ces droits ne sont-ils acquis qu'à la naissance? Ou encore, doit-t-il y avoir une protection graduée de la vie prénatale humaine, augmentant au fur et à mesure de la grossesse? Le mystère de la procréation s'énonce simplement: Au départ, il y a un ovule et un spermatozoïde dont personne ne prétend qu'ils sont des personnes. A l'arrivée, il y a un nouveau-né dont le statut de personne est indiscutable. Il s'est donc passé quelque chose de mystérieux entre deux et c'est sur la signification de cet "entre deux" que les esprits s’affrontent.
A ces questions difficiles, on entend parfois des réponses très tranchées. Or dans ce domaine, les opinions extrêmes sont peu plausibles et ne méritent pas d'être imposées comme croyance obligatoire à l'ensemble de la collectivité. Certains sont convaincus qu'il y a une personne à part entière dès la fécondation. De plus, ils estiment qu'il ne s'agit pas là d'une simple croyance, mais d'un fait scientifiquement établi. En fait, cette opinion repose sur une interprétation fautive des faits biologiques de la fécondation et débouche sur des difficultés logiques insurmontables. L'amas de quelques dizaines de cellules que constitue l'embryon très précoce ne possède aucune des propriétés d'une personne. Son destin personnel est si peu tracé à l'avance qu'il peut encore donner 0, 1, 2, ou plusieurs personnes. Lui attribuer des droits résulte donc d'un acte de foi individuel respectable, mais totalement illégitime dès lors qu'il est imposé à l'ensemble d'une société pluraliste.
La situation est très différente pour le fœtus aux stades avancés de la grossesse, où la préservation de la vie devient un enjeu d’intérêt public. Or seule une interprétation gradualiste de la vie prénatale rend compte de cette différence entre un amas de quelques cellules et un fœtus pleinement différencié, interprétation qui reflète d’ailleurs l'expérience commune de la majorité des gens. Le régime du délai fait justement la part des choses dans ce domaine. Il respecte la liberté individuelle et le droit d'autodétermination des femmes et ceci d'une façon d'autant plus complète que l'on se trouve au début de la vie prénatale. Dans les stades tardifs de la grossesse, il fait droit à l'intérêt public dans la préservation de cette vie et demande une pesée des valeurs en présence.
Loin d'être une solution extrémiste, le régime du délai a un fondement éthique équilibré. Pour la première fois en Suisse, il reconnaît de manière claire et sans ambages le droit à l'autodétermination des femmes confrontées à une grossesse non désirée. En même temps, il reconnaît la protection due à la vie prénatale aux stades avancés du développement prénatal et spécifie les modalités de la pesée des valeurs individuelles et collectives présentes dans ce dilemme.