Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07107.jsonl.gz/40

Formation L'apprentissage de l'écriture est-il menacé?
En Suisse le débat sur l'enseignement de l'écriture connait un nouveau sursaut. Alors que les caractères d'imprimerie sont partout, faut-il s'accrocher à l'apprentissage d'une écriture manuscrite liée?
Loyse Ballif.
Des cahiers lignés garnis d'une écriture liée soigneusement calligraphiée. Une salle de classe où, concentrés, les enfants tentent de maîtriser la plume pour produire de jolies lettres. La fierté du premier mot écrit en attaché. Mais aussi la sueur d'avoir dû contraindre la menotte à glisser correctement sur le papier. Une scène vouée à disparaître? A une époque où ordinateurs, tablettes ou smartphones remplacent feuilles blanches et cartes, l'apprentissage de l'écriture liée et plus largement de l'écriture manuscrite est remis en cause.
En Suisse alémanique, alors que les cantons doivent se mettre d'accord sur un plan d'étude commun à l'horizon 2014, la discussion sur le style d'écriture à enseigner aux enfants est remise sur la table. Faut-il conserver une forme d'écriture liée datant du milieu des années 90 ou adopter l'écriture imaginée par Hans Eduard Meier dans les années 2000, «un compromis entre l'écriture liée et scripte»?
Un débat récent
La question a agité la Suisse romande il y a plus de 30 ans, et a amené un compromis vers la fin des années 70 avec l'introduction d'une écriture liée romande. Enfants alémaniques et romands n'apprennent, donc, pas la même écriture.
Mais si l'heure n'est plus à l'harmonisation, le débat autour de l'apprentissage de l'écriture connait, comme en Suisse alémanique, un nouveau sursaut. «L'enseignement de l'écriture fait actuellement l’objet d’un débat nourri, aussi bien chez les enseignants que parmi leurs futurs collègues, les étudiants. La question générale qui se pose, surtout dans les milieux privilégiés sur le plan socio-économique, est: faut-il encore apprendre aux enfants l'écriture manuscrite? Et si oui, avec quels types de caractères?», remarque Loyse Ballif, en charge de former à l'enseignement de l'écriture les futurs professeurs du primaire aux HEP de Fribourg et de Lausanne.
Plus de souplesse
L'apprentissage de l'écriture manuscrite est-il menacé? En Suisse romande, le plan d'études lié à HarmoS, introduit depuis 2010, ne prévoit pas de directives liées au choix calligraphique. Les consignes diffèrent suivant les cantons. «Nous avons considéré que l'enseignement de l'écriture était déjà suffisamment bien implanté. Mais les enseignants doivent répondre à l'objectif d'apprendre aux élèves à écrire lisiblement et proprement», remarque Olivier Maradan, secrétaire général de la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).
Les professeurs ont donc plus de souplesse que par le passé pour l'apprentissage de l'écriture aux petits élèves romands. Adieu le supplice d'inscrire à la plume des lignes et des lignes de lettres liées plus similaires les unes que les autres. «Aujourd'hui, on passe plus vite sur l'écriture liée et on est beaucoup plus tolérants sur la façon d'écrire et sur le passage à une écriture plus personnelle. Mais l'enseignement et l'usage quotidien de l'écriture manuscrite restent indispensables», souligne Olivier Maradan.
Les atouts de l'écriture liée
Si la souplesse accordée dans l'apprentissage de l'écriture peut réjouir tous les écoliers romands qui ne sont plus confrontés à un enseignement sévère et poussiéreux, le problème se pose à un autre niveau. «En Suisse romande, la quasi totalité des institutions de formation des maîtres est en train de supprimer ou de réduire très fortement la part de la formation à l’enseignement de l’écriture. Les enseignants feront au mieux, avec moins de moyens et peu de temps, face à cet apprentissage qui relie écrire et lire», craint Loyse Ballif.
Contre un retour à des cours qui s'apparentent à une corvée, la formatrice précise pourtant que l'enseignement de l'écriture ne doit pas être négligé. Le passage par l'écriture liée notamment présente de nombreux avantages. «Du point de vue du geste, l'écriture liée permet d’acquérir de la fluidité. Vers neuf ou dix ans, l’écriture de l’élève se personnalise, gagne en aisance et en rapidité. Par contre, l'écriture scripte n’est pas conçue pour écrire à la main. Elle exige des élèves des ajustements spatiaux extrêmement nombreux. Par exemple l'espacement entre les mots qui diffère de celui d'entre les lettres, les départs et les directions à repérer pour chaque lettre. Et l’écriture liée permet de constituer la mémoire du mot comme entité.» (nxp)
Créé: 13.05.2013, 10h32