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L’histoire reste une source inépuisable d’enseignements. Il y a presque 30 ans, fut publiée, dans un numéro du New England Journal of Medicine, une conférence du Pr Franz J. Ingelfinger et j’ai pensé honorer la mémoire de cet homme par un résumé – probablement trop simplifié – de ce discours.1
F. J. Ingelfinger, né en 1910, fut professeur de gastroentérologie à l’Université d’Harvard à Boston. Personnalité très remarquée, il fut patron pendant près de 30 ans au sein du Boston University Hospital où il fut reconnu comme clinicien remarquable. En 1967, il fut nommé rédacteur en chef du New England Journal of Medicine et la contribution d’Ingelfinger au développement et à l’extraordinaire renommée du Journal est largement reconnue.
Trois ans avant son décès survenu en 1980, F. J. Ingelfinger a donné une dernière conférence à Harvard, dont les notes écrites furent publiées en 1980.1 Il s’est penché sur les enjeux de la formation médicale, sur la relation médecin-patient et sur plusieurs aspects éthiques qui restent au centre de nos préoccupations quotidiennes.
Il y a presque trente ans, F. J. Ingelfinger nous rappelait que l’objectif prioritaire de tout médecin est d’assurer le bien-être de son patient. A ce titre, le médecin peut parfois paraître autoritaire et son discours empreint de paternalisme. Selon lui, le médecin doit non seulement informer et proposer toutes les alternatives d’un éventuel traitement à son patient, mais également le conseiller, voire endosser une partie de responsabilités dans ses décisions. Cette perspective est très éloignée de ce qui est enseigné à l’heure actuelle dans nos universités où cette forme de paternalisme est jugée totalement désuète dans la relation médecin-malade.
F. J. Ingelfinger nous défie dans cet article des années 80. Les termes nouveaux à l’époque, tels que « manque de compliance » refléteraient selon lui simplement une incapacité du médecin à informer et à convaincre son patient. Donc, avant de blâmer le patient qui ne suit pas son traitement, le praticien devrait se questionner sur sa capacité à communiquer une adhérence au traitement. Le titre de son article était intitulé « Arrogance ». Selon F. J. Ingelfinger, le scientifique peut paraître parfois arrogant, mais il le sera uniquement si le contenu de son discours traduit l’ignorance. Dans la perspective du patient, le scientifique arrogant est plutôt synonyme de scientifique prétentieux. L’arrogance est reconnue par F. J. Ingelfinger comme inappropriée et de nous rappeler que le doute incessant de chaque scientifique permet de freiner l’arrogance du médecin. Finalement, cet éditeur insiste sur l’importance de l’empathie envers le patient, parfois jugée excessive et teintée de paternalisme.
Ce discours est d’autant plus riche lorsque F. J. Ingelfinger évoque une expérience personnelle. Ce professeur de gastroentérologie mentionne qu’il a souffert d’un cancer de l’œsophage qui avait requis une intervention chirurgicale. Dans les suites opératoires, la question d’une chimiothérapie et/ou de séances de radiothérapie complémentaires fut soulevée. Cet éminent médecin a reçu de multiples avis provenant des meilleurs spécialistes mondiaux dont – bien entendu – certains divergeaient parfois. N’est-il pas étonnant qu’à ce moment-là, F. J. Ingelfinger rencontre un collègue qui lui pose cette question pertinente : « Mais finalement, qui est ton médecin ? » Cette demande lui a permis de se souvenir de ses enseignements et en particulier de la nécessité de l’empathie d’un bon médecin peut-être empreinte de paternalisme. Il a donc décidé d’identifier un médecin traitant qui devait centraliser l’ensemble des informations provenant des multiples spécialistes qui s’étaient penchés sur son cas. Il s’est refusé à toute réflexion personnelle sur son traitement et a délégué l’ensemble de la prise en charge et des décisions à son médecin traitant qui l’a accompagné jusqu’à son décès.
Ces quelques lignes résument très approximativement – et probablement de manière trop simple – le contenu d’un article remarquable de cet éminent praticien qui a su reconnaître l’importance de la relation médecin-patient, de l’empathie, voire du paternalisme dans cette interaction. A mes yeux, ces propos sont d’une extraordinaire modernité et devraient être rappelés à nos jeunes médecins en formation. Penser que chaque patient doit porter l’entier de la responsabilité de son traitement et de ses choix après avoir été parfaitement informé de toutes les alternatives et des approches thérapeutiques est l’approche moderne de la relation médecin-malade enseignée aujourd’hui. C’est là que j’ai l’impression de vieillir et reconnaître à F. J. Ingelfinger des qualités humaines remarquables. J’avoue m’identifier beaucoup plus à ce médecin capable d’empathie et peut-être trop paternaliste qu’à un confrère établissant une relation distante, froide et purement informative. Le deuxième message de l’article nous rappelle l’importance du médecin traitant comme unique interlocuteur face à de multiples intervenants parfois très spécialisés. Il s’agit d’une valorisation importante du médecin interniste et de premier recours et je vous invite – avant qu’il ne soit trop tard – à identifier rapidement le médecin de votre choix qui sera votre répondant dans les années à venir. Les internistes se font rares et… si le vôtre vous paraît trop paternaliste, ne changez pas trop vite de médecin !