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Du HC Porrentruy au HC Ajoie en passant par une patinoire couverte
(Historique de Hervé de Weck, fondateur et ancien président du Hockey-Club Ajoie)
Les débuts du HC Ajoie
Le HC Ajoie est créé en mars 1973 et la patinoire couverte d’Ajoie s’ouvre en avril dans une région où l’impact des sports de glace est resté faible. Si des étudiants de l’Université McGill passent pour avoir disputé le premier match de hockey de l’histoire à Montréal, en mars 1875, on a manié la crosse à Aigle vers la fin du XIXe siècle. Le premier club est créé en 1911 sur les bords de la Limmat par des étudiants romands. Le hockey apparaît dans les Grisons après 1918. Le premier championnat suisse date de l’année 1909. La Ligue suisse de hockey sur glace compte, en 1920, vingt-sept clubs dont les trois quarts se trouvent en Suisse romande. La première patinoire artificielle non couverte de notre pays, celle du Dolder à Zurich, est construite en 1930; deux ans plus tard, la ville de Neuchâtel se dote des installations de Monruz…
Le HC Porrentruy, officieusement créé en 1947, fait sa première sortie à Bonfol, relatée dans Le Pays du 5 janvier. Il perd par 5 à 2 son premier match qui se déroule sur l’étang. Jean-Jacques Milliet, très connu aujourd’hui comme musicien de jazz, était alors gardien et il se souvient. C’est l’époque où les premières bottines-patins fascinent les gosses qui n’ont connu que les patins à visser. Les hockeyeurs n’ont pas de tenue officielle. Pas de matériel non plus pour le gardien: quelques coussins et un casque d’escrimeur qui ne fait pas long feu à cause d’un violent tir d’Edmond Montavon, le futur directeur de l’hôpital. Trois joueurs passent à l’eau! Le Pays cite les noms de ces pionniers: Milliet, Choquard, Houlmann, Blétry, Grossenbacher, Boinay I, Boinay II, Fischer et Rebetez. Les juniors (Milliet, Périat, Moine, Heussi, Tschoumy, Piemontesi, Montavon et Vögel) ont précédé leurs aînés sur la glace de Bonfol et gagné par 5 à 2!
Le HC Porrentruy se structure en 1948 et joue, quand c’est possible, sur l’étang Corbat, à la route de Bressaucourt. Sous la présidence d’Arthur Babey et la direction du coach Kiki Richard, il entame sa carrière officielle à Delémont. Pour cette grande première, chacun attend avec impatience les équipements rouge et noir qui ne vont arriver que le lendemain! Avec des maillots du FC Porrentruy et des caleçons longs blancs, le HC Porrentruy remporte la rencontre par 3 à 2. La revanche, quelques jours plus tard à Porrentruy, a lieu en nocturne grâce à l’ingéniosité d’Abel Périat qui installe aux quatre coins de la piste des échelles avec des projecteurs alimentés par des batteries de voiture. Quelques centaines de spectateurs pour cette première rencontre animée à domicile, qui se termine par un résultat nul (2 à 2).
Un match contre les réservistes de Young Sprinters se dispute sur l’étang Corbat devant huit cents spectateurs dont le poids risque de causer la rupture de la glace. Les bandes n’existent pas, des poutres de quelques centimètres de hauteur délimitent le champ de glace, si bien que des joueurs terminent leur trajectoire dans le public. Lorsqu’un puck part au diable vauvert, spectateurs, joueurs et arbitres se mettent à sa recherche. Tout ce monde fraternise pendant les pauses, dans la baraque où l’on sert du thé à la cannelle et des beignets.
Le projet se précise
Le HC Porrentruy ne dispute pas de championnat, mais uniquement des rencontres amicales. L’équipe-fanion participe une fois à la Coupe cantonale bernoise, son premier et unique adversaire étant le HC Corgémont.. Arthur Babey, André Torriani, Augustin Blétry se succèdent à la présidence. Le club disparaît pourtant en 1956, après avoir vendu son matériel, les apparitions trop irrégulières du froid ayant découragé les bonnes volontés. Les HC Bonfol et Saint-Ursanne ne connaissent pas un grand succès.
L’année où Porrentruy perd son club de hockey, Vendlincourt en crée un et aménage à proximité de la douane une patinoire naturelle, dotée d’un éclairage et de hautes bandes, Parmi les membres fondateurs, un certain Charles Corbat… Il y a des traditions dans ce village: on patine sur l’étang depuis 1905. Dès que la température baisse, des membres dévoués se relaient pour arroser pendant des nuits, avant que le radoux vienne tout réduire à néant. On patine à Vendlincourt une quinzaine de jours par saison! Des conditions aussi peu favorables n’empêchent pas le HC de se hisser en 2e ligue et de former des juniors. Sans cette ténacité, le hockey sur glace risquait de disparaître en Ajoie. Dans quel cerveau aurait alors pu germer l’idée un peu folle de construire à Porrentruy, avec des fonds privés, une patinoire artificielle, couverte et régionale? Encore faut-il qu’une étincelle mette le feu aux poudres et que le HC Vendlincourt accepte de devenir le HC Ajoie…
Février 1971, quelques personnalités proches d’un parti politique de la ville, qui ont vu une surface de glace en plastique, jugent cette solution intéressante pour Porrentruy. Une dizaine de sportifs se retrouvent au café Sassi. Au cours de la discussion, quelqu’un fait remarquer que les fédérations de hockey et de patinage n’homologuent pas cette glace en plastique. L’idée ne peut venir d’un parti, parce que le projet doit bénéficier de l’appui de toute la population du district. Charly Corbat vient d’esquisser la stratégie qui conduira à la construction de la patinoire couverte d’Ajoie. Il ne compte pas sur des fonds publics, c’est l’appui financier du public et de l’économie qui permettra la construction d’une patinoire régionale. Deux initiatives ont échoué à Porrentruy. Le projet d’une patinoire artificielle non couverte à l’avenue Cuenin, lancé en 1953 par le docteur André Ferlin, la Commune a refusé de mettre le terrain à disposition. Huit ans plus tard, une commission, présidée par Germain Adatte, reprend le problème, mais conclut que la municipalité ne peut pas assumer l’exploitation d’une telle installation.
Un groupe d’étude se met au travail en mars 1971, acceptant d’assumer les frais de l’avant-projet et de la recherche de fonds, soit 1000-2000 francs par personne. En novembre, décision est prise de créer une société anonyme, un comité de patronage et un comité de soutien rassemblent les personnalités politiques d’Ajoie. En février 1972, Porrentruy accorde un droit de superficie sur le terrain situé près de la piscine et du camping, un consortium de banques assure le crédit hypothécaire. En revanche l’Association des maires d’Ajoie ne soutient pas concrètement le projet, après l’intervention d’un membre: «Il faut lutter contre l’inflation. La construction d’une patinoire est une aventure. Si Porrentruy veut une patinoire, qu’elle la construise»! Une conférence de presse, le 2 mars, lance la campagne de souscription d’actions. La construction d’une patinoire couverte précédera la création d’un HC Ajoie.
Vers la concrétisation du projet
La campagne de souscription d’actions commence à la mi-mars 1972, avec des séances d’information dans les villages d’Ajoie. Le groupe d’étude, chauffé à blanc, passe à l’attaque: chaque village a été attribué à un responsable, la ville de Porrentruy divisée en secteurs dans lesquels des commandos sonnent à toutes les portes. Les milieux de l’économie sont démarchés. Un rapport hebdomadaire permet de faire le point. A la mi-avril, la Municipalité de Porrentruy, sous réserve de ratification par l’Assemblée communale, cautionne l’emprunt hypothécaire et souscrit pour 100’000 francs d’actions. Le 20 juin, la société anonyme de la Patinoire couverte d’Ajoie est constituée. Dans la foulée, le groupe d’étude a réussi à couvrir les frais, grâce à une vente de T-shirts et à une tombola. Le 3 juillet, 730'000 francs ont été souscrits (337'000 par le commerce et l’industrie, 161'000 par les communes, 232'000 par des privés, dont 50'000 à Vendlincourt).
Ce succès n’aurait pas été possible sans l’appui des journaux régionaux. Entre le 3 mars et le 20 juin 1972, le Démocrate et Le Pays consacrent chacun plus de deux mille lignes à la campagne de souscription, en moyenne un article tous les six jours. Ils assurent la mise en condition du public et l’informent des résultats de la souscription. Les deux quotidiens, qui se livrent normalement une petite guerre politique et économique, publient de nombreux textes de Robert Coullery, correspondant du Démocrate.
Le groupe d'étude
|Marcel Aubry||Michel Chenal||Jean-Bernard Guex||Jean-Pierre Riat|
|Maurice Beuchat||Charly Corbat||Raymond Luthy||Frédy Schenk|
|François Bill||Philippe Corbat||Jean-François Maître||Alfred Siegenthaler|
|Michel Blaser||Robert Coullery||Bemard Meyer||Victor Sonney|
|Guy Brasey||Romain Dessarzin||Georges Nicolet||Michel Vermot|
|Fernand Cerf||Claude Farine||Abel Périat||Michel Wahl|
|Michel Châtelain||Victor Giordano||Michel Perrin||Hervé de Weck|
Les débuts de la patinoire
Ouvert au début juillet 1972, le chantier de la patinoire avance si rapidement que le Canton de Berne ne délivrera le permis de construire que quelques jours avant l’inauguration! Les architectes peinent aussi à suivre avec leurs plans de détail, ils viennent parfois mesurer l’épaisseur d’un mur déjà coffré, afin de ne pas se tromper dans leurs cotes. Aux séances de chantier, on discute les améliorations rendues possibles par l’augmentation à 780’000 francs du capital-actions et par la promesse de 500’000 francs de subventions. La buvette, prévue sous les tribunes, devient un restaurant dans le prolongement du champ de glace. Le groupe d’étude prend en charge certains travaux. Un spécialiste de la perle se mue en ferrailleur, un garagiste en charpentier, tandis qu’un enseignant découvre qu’il sait se servir de ses dix doigts. Ces bénévoles permettront des économies estimées à 100’000 francs.
Une année après le lancement de la campagne de souscription, la huitième patinoire couverte de Suisse s’ouvre: le bénéfice de l’inauguration servira à améliorer les installations. Le vendredi, le gala de patinage artistique se déroule avec Karin Iten, la championne suisse et une pléiade d’excellentes patineuses, en présence de 2500 spectateurs enthousiastes. Plus de 3000 personnes, le lendemain, pour le match de démonstration entre le HC La Chaux-de-Fonds, champion suisse, et le HC Füssen, premier club d’Allemagne fédérale. L’équipe de la métropole horlogère, entraînée par Pelletier, avec Huguenin, Girard, Dubois, Turler, Berra, Neininger, des joueurs très huppés, remporte la rencontre par 5 à 3. Place dès lors au HC Ajoie…
Hervé de Weck
Ce texte a été publié dans 2 éditions du « Journal de Porrentruy » Nos 12 et 13.
Historique présidentiel
|Année||Présidence|
|1973-1976||M. Michel Wahl|
|1976-1979||M. Jean-Pierre Henzelin|
|1979-1980||M. Charles Corbat|
|1980-1981||M. Jean-René Ramseyer|
|1981-1983||M. André Donzé|
|1983-1984||M. Hervé de Weck|
|1984-1986||M. Charles Corbat|
|1986-1989||M. Vittorio Amadio|
|1989-1992||M. Rémy Erard|
|1992-1997||M. Patrice Buchs|
|1997-1999||M. René Gigon|
|Depuis 1999||M. Patrick Hauert|
Honorariat
|M. Charly Corbat||Président d'honneur|
|M. Patrice Buchs||Président d'honneur|
|M. Marcel Nénès Aubry||Membre d'honneur|
|M. Virgile Guéniat||Membre d'honneur|
VIE ET HISTOIRE DU HCA par Hervé de Weck
Épisode 1
1973, un «nouveau-né», le HC Ajoie, en 2e ligue
Le 10 mars 1973, les membres du HC Vendlincourt acceptent que leur club prenne le nom de HC Ajoie et ait désormais son siège à Porrentruy. On ne peut pas parler des méfaits de l'esprit de clocher dans notre région! Cette décision permet au nouveau club de disputer d'emblée le championnat de 2e ligue. S'il avait commencé au bas de l'échelle en 4e ligue, combien de finales aurait il fallu disputer pour accéder à ce niveau de jeu?
L'assemblée constitutive du 5 septembre décide l'organisation d'une équipe-fanion formée uniquement de joueurs de la région et d'une section de vétérans. Marcel Aubry, un enfant de Vendlincourt revenu de Langenthal, devient entraîneur. En cours de saison, des minimes, des novices commencent à s'initier aux mystères de la glace, une école de hockey s'organise.
Le championnat débute et, pendant quelques semaines, l'équipe de Nénès peut espérer se classer première de son groupe, mais les hommes du HC Le Fuet-Bellelay ne l'entendent pas de cette oreille: ils sont venus, ont vu et ont vaincu le HC Ajoie par 8 à 2, le 5 janvier 1974, en présence de 1800 spectateurs. Un record d'affluence à Porrentruy qui ne va pas tomber de sitôt! Le nouveau-né termine sa première saison à la deuxième place, à un point des protégés du président Jean Fell, qui succomberont en finale d'ascension. C'est le HC Grindelwald qui va accéder à la 1ère ligue...
Épisode 2
Le Démocrate, 29 décembre 1973: «Jouez , Ajoie!»
«Il suffit qu'une rondelle glisse sur la piste du Palais des glaces du Voyebœuf, et voilà nos Ajoulots qui s'enflamment une nouvelle fois. Ils ont redécouvert le hockey sur glace. Nous disons bien «redécouvert» car, à l'époque de Georges Nicolet et du «Bian» Grédy (pour n'en citer que deux), les hockeyeurs de l'autre côté du futur tunnel sous les Rangiers maniaient déjà la crosse avec un succès certain. Mais ce sont là des histoires anciennes, et l'on sait que l'Ajoie a décidé de se tourner vers l'avenir.
Un avenir qui s'annonce brillant. Il va de soi que lorsqu'on aura montré aux gens de Saignelégier ou du Fuet ce dont on est capable, on affrontera des clients plus sérieux, comme Saint lmier et Tramelan. Sans oublier Moutier, qui en tremble peut être déjà sur ses bases, malgré sa réputation de croquemitaine.
Pour battre La Chaux de Fonds et le CP Berne dans le tour final du championnat de Ligue nationale A, on engagera un entraîneur tchécoslovaque dont le nom se terminera en ek.
C'est comme si c'était déjà fait!»
Pinocchio
En décembre 1973, Le HC Ajoie lutte pour la première place en 2e ligue avec le HC Le Fet-Bellelay. Le HC Saignelégier (aujourd'hui Franches-Montagnes), sur une patinoire naturelle, joue dans le même groupe. Le HC Moutier, le HC Saint-Imier et le HC Tramelan font le championnat de 1ère ligue. Le SC Berne et le HC La Chaux-de-Fons militent en ligue nationale A.
Épisode 3
Saison 1974-1975: comment la presse française voit le HC Ajoie
Le HC Ajoie s’est rendu à Epinal disputer un match amical. Un quotidien vosgien parle des visiteurs comme d’«une équipe dont on ne connaît rien, sinon qu’elle possède la valeur d’une bonne nationale B française.» Neuf mois plus tard, déplacement à Montpellier et à Avignon. Un journaliste provençal de service présente les Corbat, Biaggi, Bandelier et Cie: «Les Suisses ont remporté la Coupe du monde l’an passé, et la sélection qui évoluera (…) au Palais de glaces s’annonce particulièrement huppée. Les visiteurs (…) sont les premiers de leur championnat. Porrentruy, petite ville située près de Bâle, constitue un fief de hockey helvète (…). Les visiteurs pratiquent un hockey ultra-rapide et très viril. Leur technique est étonnante. Les passes sont faites au cordeau.»
Les dirigeants du HC Ajoie ont conclu des transferts avec le HC Moutier et le HC Courrendlin; Bauser, Clémençon, Schmalz et Tschan viennent renforcer les rangs des Ajoulots qui s’entraînent désormais sous les ordres de Francis Monnin, un ancien joueur du HC Gottéron. Le club compte 150 membres; la moitié d’entre eux ont moins de vingt ans et participent aux championnats prévus pour leur catégorie d’âge. L’équipe fanion vise l’ascension. Elle distance son grand rival, Le HC Le Fuet-Bellelay qu’elle le bat à Porrentruy par 6 à 4, en présence de 1500 spectateurs, avant de lui concéder un résultat nul au deuxième tour. Pourtant, le hockey n’attire pas encore les foules dans le chaudron du Voyeboeuf, puisqu’on dénombre en moyenne 400 spectateurs par match.
Deux ans après l’inauguration de la patinoire, le HC Ajoie, champion de groupe en 2e ligue, dispute ses premières finales. Le populaire Nénès déclare à la presse: «C’est dans la poche! On fera tout pour gagner!» Il devance l’événement de trois ans, car Adelboden et Lutzelfluh vont manifester une plus grande maturité, en ce début mars 1975.