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Tout le personnel du monde de la petite enfance a déjà fait ce constat: à partir de 2-3 ans, quand on leur laisse la possibilité d’agir dans un collectif, les enfants se rassemblent par groupes sexués homogènes. Dans le cercle familial (avec les frères et sœurs), amical proche (avec les voisins et voisines), ils continuent de jouer avec des enfants du sexe opposé. Mais, dès qu’ils se trouvent dans un ensemble plus large, comme dans la cour de récréation à l’école, les garçons resteront entre eux et les filles entre elles.
La mixité, notamment scolaire, est toute relative: chaque enfant préfère jouer avec les enfants de son propre sexe. Cette non-mixité, que l’on appelle «frontière intersexe», s’accompagne de la dévalorisation du sexe opposé et de la valorisation du sexe propre. Durant l’enfance, pour une fille, c'est génial d'être une fille alors qu’être un garçon est nul, et inversement, jusqu’à la puberté.
Cette «volonté» de la part des enfants de jouer entre individus d’un même sexe n’est pas forcément le résultat d’une pression directe des adultes, mais pourrait bien résulter des styles de comportement différents qu’ont adoptés les garçons et les filles en raison de leur socialisation différenciée. En se conformant aux stéréotypes de genre, les filles ont appris à être calmes et fonctionnent suivant des principes de coopération; de leur côté, les garçons sont plus turbulents et suivent un principe constant de compétition. Ainsi, il est probable que les enfants cherchent seulement à jouer avec ceux qui ont un comportement identique et qui se trouvent être les camarades de leur propre sexe.
Pour le personnel enseignant et les professionnels de l’enfance, il est difficile d’aborder ces questions sans être formés à ce qu’il se passe en classe suivant une perspective de genre. Empêcher les filles et les garçons de s’asseoir uniquement à côté de camarades de classe du même sexe par des plans de classe peut ramener le calme en classe – les garçons faisant alors moins de bruit et étant moins dissipés. Mais cela se fera au détriment des filles, qui suivent un système de coopération et, en raison de cette frontière intersexe, ne travailleront pas avec les garçons. Qui dit mixité ne dit pas forcément égalité des chances.