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Le meilleur reflet du niveau de condition physique d'une personne est sa capacité maximale à absorber l'oxygène (VO2max). Un groupe de chercheurs finlandais, R. Laukkanen et coll., a mis au point une formule permettant d'évaluer la condition physique à partir d'un test de marche rapide. Le but de la présente étude est d'évaluer la validité de ce test en comparaison du protocole de Balke qui permet de mesurer une VO2max directe. Les résultats démontrent une bonne fiabilité du test, surtout après avoir effectué le test au moins deux fois. Simple à appliquer, pouvant s'adresser à un large public, ce test permet aux seniors d'évaluer les bienfaits d'une activité physique régulière.
L'espérance de vie à l'âge de 65 ans est aujourd'hui de dix-neuf ans pour les hommes et vingt-quatre ans pour les femmes ; il s'agit d'une longue période durant laquelle la promotion de la santé peut avoir des effets très bénéfiques. L'exercice physique est l'une des composantes importantes d'un vieillissement réussi.1 Pratiqué de manière régulière, il peut contribuer au bien-être général en agissant sur le maintien des aptitudes tant physiques que psychologiques ou encore sociales. Or, bien que ces bénéfices soient largement reconnus, il est toujours difficile d'amener les aînés à maintenir une activité physique régulière.
La mesure de la consommation maximale d'oxygène (VO2max) est actuellement l'un des meilleurs tests pour quantifier la condition physique d'une personne. Elle est définie par la quantité maximale d'oxygène par unité de temps qui peut être extraite de l'atmosphère, transportée et diffusée dans les tissus lors d'une épreuve de type triangulaire et standardisée sollicitant un large groupe de muscles.2
Cependant, il n'est pas aisé de mesurer une capacité maximale des sujets âgés et plutôt sédentaires.3,4,5 Partant de là, un groupe de chercheurs finlandais, R. Laukkanen et coll.6,7 a développé un test d'endurance dont l'intensité d'effort demandée est sous-maximale, le test de marche rapide, permettant de calculer la VO2max de manière indirecte pour évaluer la capacité physique générale des participants.
Les objectifs de la présente étude ont été d'évaluer :
I La faisabilité du test de marche rapide chez une population de seniors à partir de 55 ans, sans entraînement préalable de la condition physique.6,8,9
I La validité de la VO2max prédite par mesure indirecte en comparaison avec une VO2max directe mesurée lors d'un test maximal selon le protocole de Balke.10
Les résultats obtenus ont ensuite été comparés à ceux de jeunes étudiants en sport, afin de vérifier si l'écart entre VO2max directe et indirecte était différent dans ces deux groupes de population.
Le premier groupe était constitué de soixante-cinq seniors âgés de 58 à 78 ans vivant dans la région de Lausanne. Tous les sujets sont des adhérents du «Pass'Sport Senior» (offre de Pro Senectute VD) et ont participé à un, deux ou trois tests de marche dans un laps de temps de dix-huit mois.
Le deuxième groupe était constitué d'étudiants de première année de l'Institut des sciences du sport et de l'éducation physique. Il s'agissait de vingt-quatre personnes (quinze hommes et neuf femmes), âgées de 19 à 28 ans, tous volontaires.
Le tableau 1 présente les moyennes et écart type de l'âge et de l'indice de masse corporelle des seniors et des étudiants. Les tests 1 à 3 avaient lieu à six mois d'intervalle, le 4e s'est déroulé deux semaines après le 3e test. Ils ont été réalisés sur piste d'athlétisme.
Dans un deuxième temps, douze seniors et douze étudiants ont effectué un test d'effort maximal en laboratoire, selon le protocole de Balke,10 avec mesure de la VO2max de manière directe avec un appareil Medgraphics®.
Les seniors (sept hommes et cinq femmes) avaient préalablement participé deux fois aux tests de marche rapide, les étudiants (huit hommes et quatre femmes) ne l'ont passé qu'une fois.
Le tableau 2 présente les moyennes et écart type de l'âge et de l'indice de masse corporelle des seniors et des étudiants ayant effectué le test de marche rapide et le test de Balke.
Pour Laukkanen et coll., les caractéristiques principales de tout test physique sont : l'exactitude physiologique (paramètres de test et interprétations valides), la faisabilité (un protocole de test simple, un équipement bon marché) et la sûreté qui doit être assurée notamment lorsqu'on teste une population dans des conditions de terrain. Le but de leur recherche était de développer un test physique sous-maximal qui puisse répondre à ces exigences. La marche rapide est un mode d'exercice simple, peu coûteux et pouvant être effectué par tout le monde tout en maintenant un risque d'accident minimal.11,12
Le test s'effectue sur un parcours à plat, d'une longueur de 2 km. Après avoir répondu à un questionnaire de santé, chaque participant a été équipé d'un cardio-fréquencemètre Polar® et a reçu les consignes de marche (maintien d'une vitesse régulière, marche sans déhanchement, etc.).6 Le départ se faisait de manière individuelle favorisant un rythme de marche propre à chacun. Le test s'est déroulé sur la piste d'athlétisme de Dorigny. Au besoin, tout parcours plat et mesuré peut convenir.
A la fin de l'épreuve, la fréquence cardiaque, enregistrée en continu grâce au cardio-fréquencemètre et le temps de parcours ont été relevés. La formule permettant de calculer la VO2max indirecte tient également compte des paramètres personnels des participants (sexe, âge, taille et poids).
La mesure directe de la VO2max a été réalisée en laboratoire à l'aide de l'ergospiromètre Medgraphics®. Comme outil d'évaluation de l'aptitude physique, nous avons choisi le protocole de Balke qui convient également aux sujets non entraînés :10
I Le test a commencé après une courte période d'échauffement, durant laquelle les sujets ont pu s'habituer à marcher sur le tapis roulant, chose qui était plus difficile pour les seniors que pour les étudiants. La vitesse du tapis roulant de 5/h a été maintenue constante durant tout le test. L'inclinaison de départ était de 0%. Toutes les minutes, la pente a été augmentée de 1% et l'effort a été poursuivi jusqu'à épuisement des sujets. La durée du test est donc variable et dépend de la forme physique du participant.
I Les gaz expirés, recueillis à l'aide d'un masque, ont été analysés en continu durant tout le test. La fréquence cardiaque a été enregistrée à l'aide d'un cardio-fréquencemètre.
I L'intervalle entre le test de Balke et le test de marche rapide était de deux jours à trois semaines selon les sujets.
Les résultats répondaient aux critères d'acceptabilité d'un effort maximal :
I Un plateau de consommation d'O2 (augmentation de moins de 2 ml/min/kg pendant au moins 2 minutes).
I Une fréquence cardiaque >= 85% du maximum de la FC prédite en fonction de l'âge (205-1/2 âge).
I Un quotient respiratoire R >= 1,0.
Le tableau 3 met en évidence des valeurs des fréquences cardiaques moyennes à la fin du parcours et des temps de parcours différents entre les tests 1, 2 et 3 (seniors). En effet, chez les hommes, comme chez les femmes, les pulsations montent en moyenne plus fortement entre les deux premiers tests (H : 12 pulsations/minute ; F : 15 pulsations/minute) qu'entre les tests 2 et 3 (H et F : 5 pulsations/minute).
Le temps de parcours évolue en diminuant. Alors que les hommes parcourent la distance de 2 km en moyenne en 18 minutes et 17 secondes au premier test, ils améliorent leur performance en moyenne d'environ une minute et demie au deuxième test, et de 22 secondes au troisième test. La performance des femmes s'améliore de presque trois minutes entre le test 1 et le test 3.
L'amélioration des résultats est en bonne partie attribuable au facteur «apprentissage». En comparant les performances de huit seniors ayant effectué les trois tests, la différence des fréquences cardiaques et des temps de parcours entre les tests 1 et 2 d'une part et leur proximité entre les tests 2 et 3 renforcent cette assertion.
L'évolution de la valeur de la VO2max dépend entre autres fortement du temps de parcours et ceci dans une proportion inverse. Il n'est donc pas étonnant de voir que sa moyenne augmente entre le premier et le troisième test.
En comparant les résultats des douze seniors et étudiants ayant suivi les deux protocoles de test, nous constatons que les moyennes de la VO2max calculées à partir du test de marche et celles mesurées directement donnent des valeurs très proches, en tout cas pas différentes significativement. Par contre, la corrélation est très significative (tableau 4) ; elle se situe à 0,86 pour les étudiants et à 0,83 pour les seniors.
Malgré la petite taille de l'échantillon, ce travail a permis de confirmer les conclusions du groupe de chercheurs finlandais concernant la validité de la VO2max calculée à partir du test de marche rapide pour une population âgée de 55 ans et plus.
Fiable et simple à appliquer, le test de marche rapide s'est avéré un excellent moyen de quantifier la condition physique d'une population âgée et moyennement peu sportive.
La valeur de la consommation maximale d'oxygène n'étant pas très parlante pour les participants, R. Laukkanen et coll. ont élaboré un «indice de condition physique» permettant aux sujets de se situer sur une échelle de cinq catégories allant de «nettement en dessous de la moyenne» à «nettement en dessus de la moyenne». De cette manière, les seniors peuvent se situer par rapport à une population du même âge et sexe qu'eux. Cette classification très simple a un effet de motivation, d'une part en stimulant les participants à améliorer leur condition physique par une activité physique régulière, d'autre part en les incitant à revenir à intervalles réguliers pour mesurer l'évolution de leur propre performance. Il convient cependant de tenir compte que le senior a besoin d'un temps d'adaptation pour apprivoiser le test, comme le montrent les améliorations observées entre les tests 1 et 2. En outre, une pathologie existante, limitant la vitesse de marche, ne permettra pas au sujet d'atteindre, dans les meilleures conditions, les 80% de la fréquence cardiaque maximale souhaitée. Enfin, cette méthode d'évaluation de la performance physique est très valable chez les adultes peu à moyennement actifs dans leur pratique sportive. Les meilleurs résultats ont pu être obtenus à une vitesse de marche correspondant à au moins 80% de la fréquence cardiaque maximale à la fin du parcours. Cependant, pour les personnes bénéficiant d'une excellente condition physique et dont la VO2max se situe respectivement en dessus de 60 ml/min/kg pour les hommes et 50 ml/min/kg pour les femmes, l'effort de marche n'est pas suffisamment grand et leur fréquence cardiaque n'atteint pas le seuil de 80% du maximum.13 Ce test est facile à effectuer et ne demande que peu de matériel. L'évaluation finale est facilitée par l'utilisation du programme «Training Adviser» ou du programme «Precision Performance» de la firme Polar qui fournit les cardio-fréquencemètres. Ces derniers peuvent être directement recherchés et chargés gratuitement à partir du site Internet de la firme finlandaise.