Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07260.jsonl.gz/296

27/02/2017
J'ai écrit l'autre jour que, pour moi, le prolétariat, s'il était remplacé par des machines, pouvait se reconvertir à l'agriculture biologique, qui, dans sa méthode, présuppose la présence de l'humain, et le maintien de la production (le plus possible) dans un cycle organique. Les matérialistes peuvent toujours dire que l'aliment n'en est pas réellement meilleur: le consommateur est convaincu du contraire, et est prêt à payer plus cher les aliments produits de cette façon. Il y a donc de l'emploi, des possibilités.
Or, Benoît Hamon, pendant ce temps, parle de réduction de temps de travail, à cause, dit-il, des robots. Mais ici c'est plutôt absurde, car il est reconnu que l'agriculture biologique demande plus d'heures de travail que ce que je pourrais appeler l'agriculture chimique - même si les matérialistes disent que tout est chimique. Le problème est que l'agriculture biologique relève plutôt de l'alchimie, comme disait Marc Veyrat que relevait aussi la grande cuisine. Cela tombe bien, puisque les meilleurs vins sont biodynamiques. Cela relève d'une alchimie.
Mais celle-ci n'ajoute rien en volume mesurable, et comme l'économie reste dominée par le matérialisme, cela oblige l'agriculteur biologique à travailler davantage. Pourquoi, donc, Benoît Hamon propose-t-il une nouvelle réduction du temps de travail?
Il n'y a pas d'explication logique. Cela émane de son partage inconscient de l'idée matérialiste selon laquelle le vrai travail au fond est mécanique, et chimique, et que le travail biologique et alchimique est de l'ordre de l'illusoire fumée. Cela ressortit à un culte de la machine et de la tradition ouvrière dont témoignait Karl Marx, puisque l'idée que tout est mécanique a plu justement à une classe ouvrière arrachée à la nature végétale et projetée dans des usines exclusivement consacrées au minéral.
Naturellement, si on disait que le coût des machines devant baisser grâce aux robots, on pourra augmenter le prix des denrées alimentaires biologiques, et donc réduire le temps de travail des agriculteurs en multipliant l'emploi dans les fermes, on comprendrait son raisonnement; mais on en est loin. On reste dans le dogme qui assure que les aliments doivent rester peu chers, étant de première nécessité, et qu'il est normal que les machines soient chères, puisqu'elles manifestent la grandeur de l'esprit humain. Mais c'est là pur matérialisme - de nouveau. Il s'agit d'opinions subjectives, qui essaient au fond d'imposer des doctrines quasi mystiques au marché.
Mais comment feront les pauvres pour se nourrir? dira-t-on. Se nourrir est pourtant un droit fondamental de l'être humain!
Prétendre résoudre d'un seul coup les problèmes économiques et les droits humains est vide de sens, et c'est l'erreur majeure des socialistes. Des taxes générales sur les produits doivent créer un système de bourses alimentaires pour les nécessiteux. Dans l'antique Rome, on distribuait gratuitement le pain chaque jour. On ne cherchait pas à s'arranger pour que le prix du pain soit bas; il était simplement malséant de se rendre à la distribution gratuite de pain quand on avait de quoi l'acheter. C'est la cité qui l'achetait pour les pauvres.
Dans le Chambéry d'autrefois, les soins des pauvres étaient payés par la commune. Cela n'empêchait pas le médecin du coup de vivre correctement, même quand il soignait ceux qui ne pouvaient pas le payer.
Il faut accepter que la plus-value ne vienne pas seulement des machines, comme on en est persuadé depuis deux siècles, mais aussi des aliments, des produits de l'agriculture. Il faut même partir du principe que l'humain étant plus important que le robot, la plus-value de l'agriculture biologique doit être supérieure à celle de la technologie. C'est le vrai programme écologique d'avenir, et pas celui qui veut désœuvrer l'ouvrier chassé par le robot, ôtant tout sens à sa vie professionnelle – l'humiliant à nouveau, au fond.
23/02/2017
J'ai vu passer l'information selon laquelle Benoît Hamon voulait réduire le temps de travail parce que, disait-il, les robots remplacent les hommes à l'établi: il faut donc partager le temps qui reste.
Cela paraît logique. Mais cela ne l'est pas. Cela me rappelle Goethe, tel qu'en parle Rudolf Steiner dans Une Théorie de la connaissance de Goethe (1886). Il nous dit que, pour le poète de Weimar, la méthode à suivre lorsqu'on s'occupait du monde végétal dans un but scientifique, ne pouvait pas être la même que pour le monde minéral, physique. Le vivant ne suit pas les mêmes lois que le mort, et, pour le saisir, il faut le prendre dynamiquement, dans son évolution continue, et donc imaginativement. L'intuition guide alors les représentations, et la raison se fait plastique, comme le recommandait aussi Louis Rendu, professeur de philosophie à Chambéry au temps des rois Charles-Félix et Charles-Albert (évêque d'Annecy ensuite).
Les robots fabriquent merveilleusement bien les machines, et tout ce qui est mort et sans vie – et qui, répondant à des mécanismes constants, ressortit au minéral. Le secteur secondaire, comme disent les économistes, est celui concerné. Les robots y remplaceront les hommes.
Or, ce n'est pas réellement triste, car les métiers de ce secteur asservissent l'être humain - en faisant de lui un robot, justement. Les tâches répétitives, non inventives, prédéterminées, humilient l'humanité, comme s'en plaignaient dès le dix-neuvième siècle les évêques - tels, encore, que Louis Rendu.
Que recommandaient-ils? L'agriculture. Pour eux, le paysan était en lien avec les forces de la nature vivante, qui reflétait la puissance divine. Celles des machines reflétaient plutôt le diable. Ils faisaient d'elles la cause de la désaffection de l'ouvrier pour la religion catholique, remplacée dans son cœur par le marxisme. Ils avaient raison.
J.R.R. Tolkien, qui était catholique traditionaliste, a avoué dans sa correspondance avoir fait tourner sa mythologie autour de cette question: le règne de la Machine était bien celui de Sauron. La nature céleste, au-dessus des lois mécaniques terrestres, créait sur Terre la vie, notamment végétale. Et c'est à ce titre que les Ents, ses arbres parlants, s'opposent saintement à Saruman, qui manie des machines créées sous terre. Or les Ents ont été éveillés à la conscience par des êtres qui sont liés à la lumière, notamment celle de l'Occident céleste - et en sont les intermédiaires: les Elfes.
C'est fort de ces pensées qui font émaner la vie des astres que Rudolf Steiner, au fond dans le sillage de Goethe, a créé l'agriculture biodynamique. Elle est décriée. Les principes en sont contestés. Steiner répondrait qu'il en est ainsi parce que justement on pense pouvoir appliquer à tout la méthode propre aux sciences physiques. Le problème est que les résultats en sont probants, aussi inexplicable cela soit-il: les vins biodynamiques, dont la qualité n'est pas évaluée au poids, sont déclarés parmi les meilleurs par les œnologues, leur succès est réel.
L'agriculture maniant le vivant, disait Steiner, il est indispensable qu'elle soit faite par les humains, et reste dans le cycle du vivant. L'agriculture biologique est admise comme devant faire intervenir l'organique, non le chimique ou le mécanique. C'est la source de l'aliment sain.
Et même s'il était vrai, comme certains le prétendent, que les différences entre les aliments sont illusoires, les consommateurs, c'est un fait, sont convaincus du contraire. Donc il y a du travail manuel encore disponible: il y a l'agriculture biologique. Réduire le temps de travail n'est pas une option obligatoire.
11/02/2017
Les socialistes ont souvent évoqué l'idée de la relance par la consommation, que je crois héritée de John Keynes, car j'ai suivi des cours d'économie, quand j'étais au lycée. Mais ce n'est pas un auteur que j'aie lu, et du reste peu me chaut. Ce qui m'importe est que j'ai toujours trouvé aberrant le projet de résoudre les problèmes de l'égalité en même temps qu'on soutient la croissance économique. Une telle position me semble relever de l'angélisme et de la naïveté.
Je trouve de toute façon choquant qu'on pense ramener l'égalité des droits à des calculs mesquins et au fond l'assujettir à la croissance. Rudolf Steiner disait que, dans les faits, les droits individuels n'étaient en rien un moteur pour l'économie, mais un frein nécessaire, une limite dont le devoir, dont le sentiment moral rendait la présence impérieuse. Il les comparait aux obstacles naturels: les droits individuels font obstacle à l'économie comme les montagnes, les mers, les fleuves font obstacle aux échanges et nécessitent des dépenses supplémentaires. Il faut donc les intégrer au coût des produits, ne serait-ce qu'à travers une taxe ensuite reversée pour que les nécessiteux bénéficient du droit à l'éducation, à la santé, au logement, et ainsi de suite.
Cela me semble une bonne conception, car je trouve absurde l'idée que la mécanique historique ou économique soit imprégnée de la moindre moralité, de la moindre tendance à l'égalité qu'il n'y aurait qu'à faire éclore par une sorte de magie d'État. Au fond cela rejoint l'illusion libérale qui prétend que si tous les égoïsmes s'unissent, le monde s'en trouvera mieux. À la différence qu'il existe une frange de la philosophie qui essaie de masquer que le moteur premier de l'économie est l'égoïsme.
Les machines qui fondent l'essentiel de l'économie moderne en émanent avant tout. On a du mal à l'admettre, car on veut les vénérer, les adorer, les regarder comme des portes vers un avenir radieux. Dans les faits, elles donnent surtout une satisfaction égoïste.
Ce qui spirituellement renvoie à l'égoïsme, ce sont les mécanismes physiques, issus des profondeurs terrestres. Car le matérialisme pour moi ne saisit pas ce qui est en question, voulant soumettre l'univers à son monisme naïf. Quoiqu'il soit lié à des objets matériels, l'égoïsme, en soi, est une force spirituelle; il est leur vénération depuis les profondeurs de l'âme. Il est une sorte de fétichisme.
La moralité n'émane pas du même endroit. Elle émane de l'horizon. C'est l'horizon d'un monde plus juste, qui suscite le sentiment moral. C'est la perfection du soleil, dans sa rotondité telle qu'on la perçoit quand il se couche, qui crée le sentiment de l'harmonie humaine. Cela s'oppose frontalement à ce qui meut l'économie.
L'erreur du monisme spiritualiste est de croire qu'il n'existe qu'une seule sorte de force spirituelle. En vérité, il y en a au moins deux – et même trois, dit le dogme trinitaire.
Il ne s'agit donc pas de dire qu'on va abandonner l'activité économique pour entrer dans une forme de mysticisme, mais qu'il existe un conflit entre les deux, et qu'il est illusoire voire hypocrite de croire qu'on peut le résoudre par un simple pas de côté.
Non, le sentiment moral humain n'émane pas de la superstructure. Il émane simplement de ce qui vient de l'horizon. Le réel essaye de concilier les deux choses qui s'opposent, et non pas d'imposer à l'esprit une vision uniforme des aspirations humaines.
Il existe plusieurs dieux - si l'on peut s'exprimer ainsi.
07/01/2013
13/08/2012
Quand j'étais en Grèce, j'ai pu constater une étrange chose: toutes les grosses infrastructures commandées par l'État avaient été faites soit par des Allemands, soit par des Français. Or, j'ai entendu plus tard dire que les banques françaises et allemandes étaient en crise parce que les Grecs ne pouvaient plus rembourser les prêts pris auprès d'elles. Cela m'a donné l'impression que les Grecs avaient commandé des infrastructures à des industriels qui s'arrangeaient avec les banques de leur propre pays pour fournir l'argent. Les Grecs pouvaient avoir l'impression que cela ressortissait au fond au cadeau, parce que les experts mandatés par les gouvernements allemands et français étaient ceux qui avaient montré aux gouvernements grecs ce qu'ils pouvaient commander à leurs industriels et par conséquent emprunter à leurs banquiers.
Cela signifierait que la responsabilité de la faillite grecque incombe aussi aux gouvernements français et allemands: car c'est eux qui ont pensé que les Grecs pourraient rembourser. Est-ce que réellement les Grecs pouvaient en savoir plus long que leurs experts, à ce sujet? Ils pouvaient en douter, puisque ces experts faisaient probablement valoir leur expérience, leur connaissance de ce qui se faisait depuis longtemps en France et en Allemagne.
On se disait que tout le monde avait à y gagner. On prenait donc l'expérience acquise comme suffisamment probante pour l'avenir. On se faisait des illusions en Grèce, certes, mais aussi en France et en Allemagne. L'impression existe que loin d'avoir pris la mesure de leurs erreurs, les Français et les Allemands demeurent dans l'idée que la Grèce doit être mise sous tutelle parce qu'elle est la principale responsable de la situation, les infrastructures que leurs experts ont proposées étant naturellement toujours des plus nécessaires! Comme ce pont que j'ai vu, à Patras, qui passe par-dessus une mer, et qui n'est emprunté que de ceux qui peuvent payer le passage... Les autres prennent le bac, qui est moins cher.
Mais l'économie grecque étant surtout agricole, elle est de faible valeur ajoutée, et les rêves qu'on peut faire sur l'industrialisation de l'univers ont toujours quelque chose de faussé: c'est comme les pouvoirs magiques qu'on attribue à la radioactivité! Les Français adorent croire, par exemple, que l'industrie nucléaire représente une étape majeure de l'Évolution. Ce n'est pas forcément le cas.
23/09/2008
J’ai l’impression que certains Français frontaliers sont spontanément persuadés que leur salaire suisse est élevé parce que les patrons des entreprises suisses sont généreux. Dans les faits, c’est surtout parce qu’en France, les patrons paient beaucoup plus à l’État, y compris en temps.
Je me souviens d’un jour, Jacques Chirac étant alors Président, où les fonctionnaires faisaient grève, pour lutter contre les attaques supposées du Capital, en France, contre les salariés. Bien que fonctionnaire, je n’avais pas suivi ce mouvement de grève. Des amis français salariés en Suisse, très hostiles aux prérogatives naturelles du Capital, manifestèrent leur surprise et même leur indignation, face à ma décision. Je leur ai demandé, alors, pourquoi eux ne faisaient pas grève aussi. Ah, non ! répondirent-ils : en Suisse, cela ne se fait pas.
Peut-être pensaient-ils, de fait, que le Capital y est spontanément plus altruiste.
02/07/2008
Un journaliste littéraire du Monde, sur son blog, a récemment évoqué mon livre sur la Savoie, et une partie de ce qu’il énonce concernait Genève. Selon lui, j’aurais à peu près dit que la mondialisation avait eu pour effet de faire manger aux Genevois des reblochons. A vrai dire, si j’ai dit cela, c’est assez absurde, car le reblochon a surtout du succès à Paris.
Ce que je me souviens plus précisément avoir dit, c’est que durant la seconde moitié du XXe siècle, les machines étaient venues en Haute-Savoie depuis Genève et plus généralement la Suisse. De fait, Genève est connue en France, au sein du peuple, par ce dont les journalistes ne parlent guère (ils préfèrent aborder des sujets plus élevés, sans doute) : c’est simplement la présence en son sein de grosses et belles voitures. La Suisse est réputée pour avoir des voitures automobiles qui brillent !
Le plus amusant est que si on lit Michel Butor, par exemple, on s’aperçoit que cela s’y reflète : car dès qu’il regarde vers Genève, il voit les avions qui s’élèvent des bords du Léman, et s’enfoncent dans l’azur du ciel. Butor est un grand écrivain parce qu’il sublime ce dont parle le peuple, et non parce qu’il évoque de préférence des sujets qui paraissent élevés au commun des journalistes qui écrivent.
Ce qui est remarquable, et spécifique, en Suisse et en Haute-Savoie, c’est le mélange permanent entre la nature - les montagnes, les lacs, la campagne - et les machines les plus modernes ! A Paris, les choses sont différentes : l’industrie étant centralisée, c’est la ville qui est imaginativement mécanisée, tandis que la campagne est restée agricole et dénuée de machines visibles. C’est ce qu’on appelle le désert français.
Or, la Haute-Savoie épouse, spontanément, le modèle suisse, plus décentralisé, qui dissémine la technologie, qui ne regroupe pas l’activité économique autour d’une capitale administrative en particulier. Cela crée, je crois, des images poétiques du type de celles de Butor, qui a également évoqué le travail d’usinage des gnomes, sous la terre, durant l’hiver savoyard, quand ils préparent le printemps ! Ce mélange entre l’organique végétal et le mécanique m’a toujours paru profondément intéressant, et se différencier d’une vision parisienne au sein de laquelle la machine est plus intimement liée à la pierre des cités - à la civilisation urbaine, à l’héritage romain. C’est cela dont j’ai réellement voulu parler : non du reblochon.
22/06/2008
- Certains, en France voisine, ne sont pas réellement favorables à la construction de transports en commun pour les frontaliers, parce qu’il existe certains secteurs où des Français, motivés surtout par les perspectives salariales, vont travailler en Suisse alors que les entreprises françaises manquent de bras. Ils le font, de surcroît, après avoir été formés gratuitement en France, en général.
Pour résoudre ce problème des transports en commun, indispensable pour l’environnement, et utile sur le plan global, il faut tenir compte de cet aspect. Sinon, on continue de s’étonner de l’ineptie des Français voisins qui ne font rien.
Mais de fait, dans certains cas, payer un transport en commun, c’est sacrifier un argent immédiat à des bénéfices plus grands sur le long terme. Cela demande de l’abnégation. Dès qu’on l’a compris, on a aussi compris qu’un tel sacrifice doit être global, commun à tous les acteurs, à tous ceux qui sont impliqués dans cet emploi de gens qui habitent loin de leur lieu de travail, ainsi que les contrats de travail l’indiquent clairement. Cela veut dire qu’en rendant valables ceux-ci, l’État de Genève, par exemple, est aussi partie prenante : il a aussi sa responsabilité.
A mes yeux, même, la charge doit être calculée non en fonction des territoires, mais de la plus-value réalisée par la situation. Je crois que c’est ce qui est réellement équitable. Il faut raisonner en fonction de l’économie, et non des États. L’Etat n’est là que pour vérifier que l’équité est respectée.
Raisonner en fonction des frontières, c’est bien raisonner aussi en fonction du territoire. Trop de frontières, dans le monde, servent à protéger le capital dans un sens, à l’accroître dans l’autre. Le vrai libéralisme a pour base la vie de l’entreprise, et la regarde comme un tout, au-delà des nations. Et à l’intérieur même de l’entreprise, ainsi délivrée des nations, l’équité doit régner. En effet, aucune liberté ne peut durablement s’exercer sans sens de la responsabilité. L’Etat exploite précisément les injustices qui se répandent dans l’entreprise pour se donner le droit d’y intervenir, parfois abusivement. Le marxisme même repose sur le présupposé qu’aucune justice ne peut régner au sein de la libre entreprise.
Je crois, néanmoins, qu’on peut le détromper : cela dépend de la volonté humaine. L’Etat même peut n’intervenir que ponctuellement, quand, je dirais, le Capital exagère.
Cela dit, une économie responsable n’est pas seulement celle où les propriétaires du Capital sont soucieux des autres hommes : car c’est là une règle morale qui s’exerce même en dehors de l’économie ! Sur le strict plan économique, la responsabilité consiste à regarder le long terme, et les effets finaux de l’action. On pourrait ainsi évaluer le coût environnemental. Or, la création de richesses ne doit pas être fondée sur le vol : y compris de la Nature. On ne devrait pas laisser se répandre l’idée que tout accroissement de richesses est fondé sur la création d’un déséquilibre. Car cela amène les esprits responsables à contester la légitimité de la croissance même.
Quoi qu’il en soit, comme c’est là aussi une affaire de foi, ou du moins de philosophie, on ne peut s’appuyer sur tout le monde, pour créer une vision responsable de l’économie. Mais les transports en commun restent quand même de la responsabilité de ceux qui les utilisent, ou les font utiliser, ou de ceux qui les y autorisent. A mon avis.
01/06/2008
Dans La Tribune de Genève du 7 mai dernier, Armand Lombard stigmatisait les riches qui gagnaient de l’argent pour gagner de l’argent, et ne voulaient rien en faire pour aider leur prochain. L’idée était déjà énoncée par Robinson Crusoë dans le roman de Daniel Defoe, selon laquelle tout gain superflu devait servir à la libéralité : être donné aux autres.
Armand Lombard a parlé de sommes vertigineuses, pour les patrons. Il a recommandé aux patrons suisses plus de solidarité avec le reste de l’humanité.
Personnellement, je l’ai dit, je pense que le souci de l’environnement est un bon placement ; mais aussi, l’investissement social que représente la création d’un chemin de fer local, pour les employés, notamment frontaliers, des entreprises suisses, est bon, parce qu’il crée du bien-être général. Je ne dis pas que ce soit les seules choses à faire. On peut aussi aider les arts, la culture, la science, les pauvres, la défense des Etats souverains, la paix dans le monde, la sécurité intérieure, la formation, l’éducation, tout ce que l’Etat assume tant bien que mal (et avec plus ou moins d’équité et de jugement) avec les impôts, et donc, aussi, aider à la baisse de ces impôts (ou à un meilleur équilibre dans la redistribution, selon ce qu’on croit juste).
Mais Armand Lombard évoque en particulier les patrons qui pensent à assurer bien-être et travail à leurs salariés. Or, leur transport sur leur lieu de travail est en ce moment une préoccupation majeure. Il est donc possible d’y songer.
10/05/2008
J’ai lu, récemment, dans Le Messager, que les agriculteurs savoyards n’arrivaient généralement pas à vendre leur production à Genève. L’Etat de Genève protège ses propres agriculteurs.
Parallèlement, les salariés de Genève doivent de plus en plus habiter en France. Souvent, ils construisent sur du terrain agricole savoyard (ou gessien, ou même bugiste) déclassé.
Est-ce cohérent, d’un strict point de vue économique ? Pour qu’on trouve que oui, il faut que l’économie ait été pensée en fonction des Etats, à mon avis.