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A ton avis, combien de temps peut-on survivre sans manger? 2 jours, 2 semaines, 2 mois? Autant le dire tout de suite, pour un individu adulte en bonne santé la réponse se chiffre bien en mois! Comment notre corps peut-il supporter une aussi longue privation de nourriture?
Mais au fait, ça signifie quoi jeûner?
Le jeûne est la période durant laquelle un individu s’abstient, volontairement ou non, de s’alimenter, pouvant s’accompagner ou non d’une privation de boisson. L’être humain, à l’instar de bon nombre d’animaux, a été soumis de longue date à des épisodes où la nourriture venait à manquer. Cette très ancienne nécessité a conduit le métabolisme des animaux à s’adapter à l’absence temporaire du carburant qui lui permet de fonctionner. C’est en puisant dans ses réserves nutritives que le corps peut continuer à assurer les fonctions de bases.
Si aujourd’hui les périodes de jeûne sont plutôt rares chez l’homme, du fait que la nourriture est souvent disponible en suffisance, chez certains animaux le jeûne est profondément inscrit dans leurs comportements, telle l’hibernation de l’ours (voir notre article: «Hiberner en attendant le printemps»). Ce dernier passe les mois d’hiver en somnolence, réduisant au minimum son activité. Durant cette période, sa température corporelle diminue et il vit sur les réserves de graisse qu’il a emmagasinées au fil de l’année écoulée. Au sortir de l’hiver, il peut avoir perdu la moitié de sa masse corporelle.
Chez l’homme, le jeûne s’est perpétué essentiellement dans un cadre religieux. En effet, le christianisme, l’islam ou le judaïsme prévoient une ou plusieurs périodes de frugalité durant l’année. Respectivement Carême, Ramadan ou Yom Kippour en sont des exemples.
Effets physiologiques
Les études effectuées sur différentes espèces animales, dont l’être humain, indiquent que le jeûne peut être décomposé dans le temps en trois phases. Ce processus, commun à toutes les espèces considérées, laisse penser que le jeûne est une adaptation apparue très tôt chez les animaux. La première phase débute 12 heures après la dernière prise de nourriture et se poursuit jusqu’à 3 ou 4 jours. En une journée, les réserves de glucose s’épuisent et ce sucre doit être synthétisé à partir d’autres molécules pour alimenter le corps, c’est la néoglucogenèse. Les protéines, contenues principalement dans les muscles, en sont une source majeure, au même titre que les lipides – c’est-à-dire les graisses.
La consommation des protéines ne pouvant continuer à un rythme soutenu sans causer de graves problèmes, une deuxième phase intervient, pouvant se prolonger pendant plusieurs semaines. Le passage à la deuxième phase est marqué par ce qu’on appelle la «crise d’acidose». La nécessité d’adapter le métabolisme au manque de nourriture induit une augmentation de l’acidité sanguine et une fatigue générale parfois accompagnée de nausées ou de migraines. La deuxième phase constitue une sorte de plateau se caractérisant par une augmentation de la part de lipides et une diminution de la part de protéines utilisées dans la production d’énergie. La durée de cette phase est variable, les réserves de graisses n’étant pas égales entre les individus. Chez le manchot empereur – un «jeûneur professionnel» – on considère que cette phase peut durer facilement plus de 100 jours, jusqu’à ce que 80 % des lipides soient épuisés.
La troisième phase est marqué par une augmentation de la part des protéines consommées pour alimenter le corps en sucre. Elle est également appelée «phase terminale» car la diminution des réserves protéiques menace à terme le fonctionnement des organes vitaux comme le cœur ou le cerveau et conduit à la mort si la réalimentation ne se fait pas à temps. Des témoignages ont été rapportés lors de grèves de la faim – ces jeûnes volontaires réalisés comme moyens de pression politique. Plusieurs contestataires irlandais emprisonnés ont refusé toute nourriture, jusqu’à leur mort, intervenue après 66, 73 voire 94 jours!
Le jeûne, thérapeutique?
La privation de nourriture a également été utilisée comme méthode de soin depuis fort longtemps. Les thérapeutes grecs de l’Antiquité envoyaient en dernier recours le «malade» en exil sans nourriture durant 30 jours. Actuellement, bien que les médecines alternatives en ont conservé la pratique, le jeûne peine à recevoir une validation scientifique. A son crédit, les statistiques issues de nombreux jeûnes encadrés dans des centres médicaux indiquent que diverses affections auraient été réduites après une ou plusieurs sessions de jeûne. Des chercheurs contre le cancer s’y intéressent dans le cadre d’accompagnement à la chimiothérapie.
Cela dit, l’absence d’études scientifiques étayées sur les bienfaits présumés du jeûne est bien souvent palliée par les croyances des adeptes de cette «thérapie». Dès lors, difficile de distinguer ce qui est de l’ordre du subconscient – croire à un remède peut disposer l’organisme à la guérison – et ce qui est dû à un mécanisme strictement physiologique. Le corps médical déconseille d’entreprendre un jeûne aux personnes n’étant pas adulte et en bonne santé ainsi que de le faire hors d’un centre spécialisé. Quel que soit l’efficacité de cette méthode, le jeûne devrait se limiter à une courte période et ne peut se substituer à des habitudes alimentaires saines et équilibrées.
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Lemar, J. (2012).L’appellation «jeûne thérapeutique» est-elle fondée ou usurpée? Eléments de réponse d’après une revue de bibliographie chez l’animal et chez l’homme.Thèse de doctorat, Université Joseph Fournier, Grenoble.
de Lestrade, T. (2015). Le jeûne, une nouvelle thérapie? Arte Editions/La Découverte.
FGilman, S., de Lestrade, T., (2011), Le jeûne, une nouvelle thérapie? France, 55 min
John F.Trepanowski andRichard Bloomer. The impact of religious fasting on human health. Nutrition Journal 2010.