Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07248.jsonl.gz/33

Sous sa forme actuelle, la production d'huile de palme participe drastiquement à la déforestation et à la disparition de la biodiversité, crée des tensions sociales et a un bilan carbone très lourd. Mais elle est aussi un produit utilisé dans le monde entier, avec une demande énorme, peu cher et dont dépendent aussi d'innombrables petits producteurs en zones tropicales, a écrit l'EPFL lundi dans un communiqué.
Dans le cadre du projet "", financé par le Fonds national suisse et mené entre 2015 et 2021 par l'ETH Zurich, Juan Carlos Quezada, alors doctorant au Laboratoire des système écologiques (ECOS) de l'EPFL, et des scientifiques de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage ( ), ont étudié différentes alternatives à la production actuelle. Notamment l'utilisation de pâturages et savanes dégradés, des surfaces importantes en Amérique du Sud.
Un bilan carbone positif
En Colombie, quatrième producteur mondial d'huile de palme, des savanes et des pâturages dégradés ont été transformés en culture de palmiers à huile. Les sols de ces régions abritant peu d'arbres, leur utilisation n'implique pas de déforestation, évitant ainsi l'émission massive de CO qu'elle provoque. "La transformation de forêts tropicales en cultures de palmiers à huile a un bilan carbone extrêmement négatif. Par hectare, la quantité de carbone émise est à peu près de 170 tonnes plus importante que pour une plantation sans déforestation", indique Alexandre Buttler, professeur honoraire à l'EPFL et directeur du laboratoirejusqu'à sa retraite en 2019.
>> Ecouter l'émission CQFD avec Alexandre Buttler, professeur honoraire à l'EPFL et ancien directeur du Laboratoire des systèmes écologiques:
Pas de perte
"Les terrains avaient été transformés par le passé déjà pour en faire des pâturages: ça veut dire qu'on a semé d'autres herbes plus rentables pour le pastoralisme. Et avec le temps et le surpâturage, certains pâturages se sont dégradés et ce sont ces sites-là que nous avons étudiés dans une première phase", précise le scientifique mardi dans l'émission CQFD.
Des fruits du palmier à huile. [Mazidi Abd Ghani - WWF-Malaysia]"Dans une deuxième phase, on s'est intéressés aux savanes dégradées. Elles n'ont pas été transformées avec de nouvelles herbes, mais elles sont simplement pâturées et aussi surpâturées. Donc elles se dégradent également. On se retrouve en face de vastes territoires où on peut potentiellement 'faire mieux', notamment par rapport au carbone."
En effet, dans le cas d'une savane dégradée, le bilan est positif: cette nouvelle utilisation permet de gagner en moyenne 40 tonnes de carbone sur un cycle de culture d'environ 30 ans, en incluant la biomasse aérienne, celle des racines et la matière organique du sol. "Le palmier peut prendre pied sur des sols qui ne sont pas trop riches en nutriments", note Alexandre Buttler. "Mais les pâturages avaient été amendés, donc ils sont toujours plus riches qu'un sol de savane."
La plantation de palmiers à huile sur une surface dépourvue d'arbres ajoute en effet de la biomasse aérienne (les troncs, les feuilles) et souterraine (les racines), qui vont stocker du gaz carbonique. Le sol, lui, n'en perd quasiment pas, comme l'a montré l'étude de plantations de différents âges. Un cycle de culture de ce palmier se fait sur environ vingt-cinq ans.
Gestion adaptative
Juan Carlos Quezada a également mesuré l'impact des pratiques culturales sur la teneur en carbone des sols: "En absorbant le CO, les sols contribuent à lutter contre le réchauffement climatique et maintiennent mieux leur fertilité sur le long terme", explique l'ancien doctorant.
Juan Carlos Quezada a constaté qu'en adaptant la gestion des cultures, une quantité plus importante de carbone pourrait être fixée. Optimiser leur gestion, voire stimuler l'enrichissement en carbone du sol d'une autre zone, entre les rangées de palmiers par la régénération d'une végétation naturelle, offre des perspectives intéressantes pour augmenter la fertilité des sols à long terme, mais aussi leur biodiversité.
Lesont été publiés dans la revue Global Change Biology. Les scientifiques soulignent toutefois que les savanes sont des écosystèmes uniques avec une vaste biodiversité. La priorité doit être donnée à leur conservation, que ce soit en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud.
sjaq et l'ats