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Songes
Plusieurs textes de la littérature mondaine parus entre la fin des années 1650 et le début des années 1660 font usage du récit de songe pour introduire des univers fictionnels merveilleux :
“Le songe d‘Hésiode”, narré dans la partie VIII (1658) de la Clélie des Scudéry, permet de présenter une histoire de la poésie sous forme de prophétie.
Dans son Songe de Vaux (1660) (publié en 1671), La Fontaine propose une description imaginaire du palais et des jardins de son protecteur Fouquet.
Dans La Pompe funèbre de Scarron (1660), le narrateur est transporté en songe dans la chambre où Scarron vit ses derniers instants et où se déroulent les tractations autour de sa succession au Parnasse.
Dans Le Songe du rêveur (1660), c’est directement sur la montagne sacrée que se retrouve en rêve le narrateur. Il y assiste à la lecture que l’on fait à Apollon des épigrammes vengeresses écrites par les auteurs brocardés dans la Pompe funèbre de Scarron.
“Le Songe à Climène”, paru dans le Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes, tant en prose qu'en vers (1663), propose, sous forme allégorique, une interprétation codée de la situation amoureuse du héros.
Dans les Œuvres diverses ou discours mêlés (1663) de Charles Sorel est narré un « Songe du tombeau d'Angélique ».
Dans le Nouveau Mélange de pièces curieuses tant en prose qu’en vers (Paris, Sommaville, 1664) est développée, sous le prétexte du songe, une « Vision de la volupté et de son équipage ».
Le Dialogue du busc et de l’éventail, inséré au tome II des Nouvelles Nouvelles, est lui aussi proposé au sein d’un récit de songe : Erimante raconte comment, après s’être endormi, il s’est imaginé entendre le dialogue des deux objets, par lequel il a appris que son rival était favorisé.
De même que dans les textes mentionnés ci-dessus, le songe narré par Erimante est un prétexte qui vise à rendre acceptable l’irréalité de la fiction proposée. Sa fonction principale est, comme chez ses homologues, de permettre la révélation d’une vérité impossible ou malaisée à formuler dans les conditions normales d’énonciation.
Mais il se distingue par un usage réflexif et désinvolte du procédé. Les frontières entre l’univers onirique et la réalité sont délibérément imprécises et perméables. Des traits d’esprit sont formulés, qui ironisent sur les conventions du récit de songe (p. 174-175 ; p. 193). Le dialogue lui-même se tient soigneusement à distance des deux modes d’exploitation traditionnels de la fiction onirique au XVIIe siècle, auxquels sont redevables les textes contemporains : le songe érotique cultivé par la poésie amoureuse et le songe visionnaire propre à l’épopée (voir G. Forestier, « Le rêve littéraire du baroque au classicisme : réflexes typologiques et enjeux esthétiques », Revue des Sciences humaines 211 (1988), p. 213-235).
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