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L’effondrement d’une colonie est le plus souvent multifactoriel. A partir de 4 facteurs cardinaux (manque de nourriture, toxines, coup de froid, parasites) la colonie va être mise sous stress avec comme conséquence une diminution de la réponse immunitaire et le développement pathologies infectieuses (virose et nosémose).
La boucle infectieuse est amorcée (en gris dans le schéma) mais la colonie paraît encore saine. Les abeilles malades quittent la colonie par «suicide altruiste». Tant que la colonie est populeuse, les mécanismes de régulation permettent le contrôle de la situation. Lorsque la population diminue, le maintien de la température du couvain n’est plus possible et celui-ci ne se développe plus normalement voire meurt, entraînant une diminution de la population par le cercle vicieux de la boucle du refroidissement (en bleu dans le schéma).

Illustration 1 : Chronique d’une mort annoncée (Randy Oliver, 2010; adapté par S. Imboden 2021); (https://scientificbeekeeping.com/sick-bees-part-2-a-model-of-colony-collapse/)

Illustration 2 : Les boucles d'infection, de refroidissement et de famine ne se déroulent pas nécessairement l'un après l'autre, mais évoluent généralement en parallèle (S. Imboden, 2021).
L’apiculteur est interpelé par le développement de la colonie qui stagne. Un effet « boule de neige » diminue à son tour la réponse immunitaire et induit une nouvelle boucle infectieuse. La diminution de la population des ouvrières accélère le turnover des métiers des abeilles vers le butinage précoce par recrutement épigénétique. Il y a deux facteurs importants impliqués dans le phénomène de vieillissement des abeilles : les niveaux de vitellénine et l’inhibition du « vieillissement » par l’oléate d’éthyle (OE). Les chercheurs ont démontré que cette molécule, véritable phéromone produite par les butineuses (les abeilles les plus âgées), joue un rôle essentiel dans la maturation et la transformation des plus jeunes abeilles : elle agit comme un inhibiteur chimique qui retarde l'âge du butinage. Le début du butinage des plus jeunes abeilles dépend de cette phéromone qui est une des clés du mécanisme d'auto-organisation en réponse aux besoins de la colonie. Cette phéromone émise par les vieilles butineuses, inhibe donc la transformation des jeunes abeilles en butineuses de la manière suivante :
- En cas de grosse miellée et par beau temps, les butineuses sont à l’extérieur, au «travail» et donc les jeunes abeilles restées à la ruche, ne sont pas exposées à l’éthyle oléate. Elles se transforment alors plus vite en butineuses, car une colonie sait mobiliser ses forces pour profiter d’une grosse miellée. Ce qui a pour conséquence un sous-effectif de nourrices dans la ruche, et incite la reine à augmenter la ponte.
- En cas de mauvais temps, au contraire, les butineuses sont confinées dans la ruche et diffusent de l’éthyle oléate aux jeunes abeilles et celles-ci restent alors plus longtemps au stade de nourrice. Il y a alors une forte population cloîtrée dans la ruche, dont un très grand nombre de jeunes nourrices. Ce déséquilibre dans les castes d’abeilles déclenche très souvent la fièvre d’essaimage et très fréquemment, dès le retour du beau temps, c’est l’essaimage.
Le «vieillissement» des abeilles est plus dépendant des niveaux et de l’activité de la vitellogénine (Vg) que de l’âge chronologique des ouvrières. Les abeilles qui maintiennent des niveaux élevés de Vg vivent longtemps, celles qui ont de faibles niveaux meurent assez rapidement.
Lorsque les butineuses viennent à manquer, la boucle de la famine (en vert dans le schéma) se met en route avec, comme conséquence, une diminution des défenses immunitaires par disparition du corps gras (nouvelle boucle infectieuse) et un stress métabolique avec des abeilles mal nourries, incapables de produire de la chaleur et donc induisant une nouvelle boucle de refroidissement.
L’apiculteur est inquiet par la diminution rapide de la force de la colonie qui ne couvre plus les cadres du corps de ruche. Finalement, il ne reste dans la ruche que de jeunes abeilles mal nourries, incapables de fournir des apports d’aliments et de combustible (nouvelles boucles). La colonie moribonde est alors trop faible pour résister au pillage des colonies voisines et l’apiculteur doit impérativement fermer la ruche dont l’activité chaotique au trou de vol signe la mort de la colonie. Si le varroa est l’ennemi no 1, le manque de nourriture au sortir de l’hiver est un facteur à repérer en cas de retour de froid. D’ici peu, le frelon asiatique sera également un facteur à prendre en compte car il pourra décimer les butineuses et stressera la colonie qui n’osera plus quitter la ruche pour récolter pollen et nectar… Gardons à l’esprit qu’un api averti en vaut deux et donc, à deux, ils trouveront la parade.
Applications pratiques
Il est clair que l'effondrement d'une colonie peut être initié, et se poursuivre pendant des mois jusqu'à décimer un rucher, simplement par la présence d'une ou plusieurs souches virulentes de virus. La présence de la nosémose est probablement un facteur contributif, mais dans l’étude de Randy Oliver, les virus étaient la cause principale de l’effondrement, comme en témoigne l'observation que les colonies traitées contre les virus étaient sensiblement plus fortes.
- Apprendre à reconnaître les signes précurseurs de l'effondrement d'une colonie : absence de stockage adéquat de pollen (pain d’abeille), faible rapport abeilles nourrices/couvain, couvain clairsemé, absence de stockage de nectar ouvert, de production de cire et de constructions (pas de blanchissement de la tête des cadres) comme attendu lors d’une miellée. En cas de suspicion, il faut déplacer les colonies malades dans un endroit isolé pour éviter une contagion de tout un rucher.
- Veiller à ce que les colonies soient bien nourries - réserves de miel abondantes, stockage pollinique adéquat. Si ce n'est pas le cas, l'apport de nourriture et de supplément de pollen de haute qualité pendant les périodes où les colonies sont stressées sur le plan nutritionnel peut faire la différence entre des colonies en plein essor et des colonies moribondes.
- Maintenir la pression des acariens au niveau le plus bas possible. Le varroa est un vecteur de virus et cause un stress important aux abeilles. Il s’attaque au corps gras du couvain fermé et des abeilles adultes, organe de synthèse, stockage et sécrétion de multiples protéines vitales dont l’indispensable vitellogénine, qui, en liaison avec l’hormone juvénile, contrôle la vie sociale de toute la colonie.
- Traiter contre la nosémose si les niveaux sont élevés. Apport de nourriture et de pollen ; formation d’un essai artificiel sur cires gaufrées, dans une ruche désinfectée. Elimination des cadres souillés.
- Gérer au mieux le facteur cardinal « toxine » en évitant d’exposer les ruches aux pesticides utilisés en agriculture et en diminuant au maximum ceux appliqués par l’apiculteur. Les études ont montré que les pertes de colonies sont souvent impactées par les traitements antiacariens répétitifs.
- La création d’essaims artificiels sur cires gaufrées (sans couvain) avec ouvrières saines (sans varroas phorétiques) et jeune reine en pleine ponte permet d’élever des colonies vigoureuses et d’enrayer la pression de l’acarien et des virus qu’il véhicule. Les colonies qui en résultent sont généralement très robustes la première année, et le Dr Jerry Bromenshenk a constaté que les niveaux de virus restent généralement très bas au-delà.
- Ne jamais réunir des colonies effondrées avec des colonies saines, car risque de transmission de pathologies parasitaires/infectieuses à la colonie receveuse.
- Sélection du matériel génétique résistant : il est tout à fait possible que les abeilles (au niveau d’une colonie ou d’une souche) soient capables de développer des résistances face à des virus. La reproduction à partir d’une lignée résistante est notre meilleur espoir à long terme pour faire face à l'effondrement des colonies, quelle qu'en soit la ou les causes.
Voir aussi :
- Principes du nourrissement des abeilles
- Reconnaître des colonies saines
- Reconnaître les maladies des abeilles
- Guide de la santé de l'abeille
- La vitellogénine
- Varroa ne se nourrit pas de sang
Bibliographie :
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vanEngelsdorp, D, et al. (2009) Colony Collapse Disorder: A Descriptive Study. PLoS ONE 4(8): e6481. (This is an excellent study, and is a free download)
|Author:||Randy Oliver (résumé en français: Claude Pfefferlé)|