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Titre : Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive
Autrice : Silvia Federici
Éditeur : Entremonde et Senonevero 2014
Pages : 403
Quel fut l'origine du capitalisme ? Comment la mise en place de ce mode de production impacta-t-il la société et les rapports entre classes mais aussi entre les hommes et les femmes ? Silvia Federici tente de répondre à ces questions dans un lire ambitieux. Celui-ci prend comme point de départ l'époque médiévale pour ne se terminer que plusieurs siècles plus tard. Le but est de mettre en avant des évènements clés afin de les placer dans un processus de création du capitalisme. De plus, l'autrice souhaite nous montrer que ces processus ont eu un impact fort sur les femmes, devenues largement inférieures et contrôlées. Enfin, ce processus a eu un impact mondial. L'autrice tente d'expliquer l'origine du capitalisme afin de mieux critiquer son fonctionnement actuel.
Je pense que l'on pourrait, globalement, diviser ce livre en deux parties. La première serait, pour l'autrice, un moyen de mettre en lumière le passage d'une économie féodale à une économie capitaliste. Bien que l'on ne puisse pas dire que la féodalité soit un système de liberté l'autrice essaie de nous montrer que les paysans possédaient des droits et des moyens de luttes. Ainsi, la possession de la terre n'est pas aussi régulée que de nos jours et il est parfaitement possible de fonctionner selon une communauté des biens, en particulier de la terre, qui permet d'éviter la pauvreté aux personnes les plus fragiles. Ces droits ont petit à petit disparu au profit d'une privatisation des terres qui eut comme impact de créer une forte pauvreté. De plus, les luttes sont nombreuses et peuvent mettre en danger les seigneurs locaux. Outre les hérésies qui peuvent mettre en avant une pensée égalitariste il y a eu des révoltes contre les devoirs et la fin d'un système de communauté.
La seconde partie pourrait s'intéresser aux effets sur les femmes aussi bien en Europe que dans le reste du monde. L'autrice se concentre sur la chasse aux sorcières qui eut lieu en Europe et dans les colonies amérindiennes. Elle tente de nous expliquer que celle-ci permet de briser les solidarités face à des personnes en marges de la société, justement à cause des mutations économiques présentées auparavant. Ainsi, les principales victimes sont des femmes pauvres, veuves, accusées d'user de pouvoirs magiques afin de subvertir l'ordre naturel du monde. L'autrice nous montre aussi que les sorcières sont des personnes qui possèdent des savoirs aussi bien de guérison que de gestion de la procréation. Ces savoirs sont considérés comme potentiellement dangereux puisqu'ils impliquent une contraception, considérée comme une perte pour l’État. La chasse aux sorcières n'est donc pas une simple hystérie mais un effort organisé pour briser une communauté et des savoirs anciens, considérés illégitimes dans un ordre économique et politique nouveau.
Il est difficile de présenter en quelques lignes toutes les réflexions de l'autrice, je préfère vous conseiller de lire le livre. Les réflexions de l'autrice sont nombreuses, elles se basent aussi bien sur une analyse féministe que sur la critique de Marx et de Foucault. Les notions demandées pour comprendre ce livre sont nombreuses et la lecture peut être difficile. Cependant, il est étonnant que, à mon avis, la prose de Federici soit si limpide. À aucun moment je n'ai eu l'impression de me perdre dans la réflexion de l'autrice. C'est pourquoi, malgré des questions que je me pose sur certains points historiques, je pense que ce livre est nécessaire pour comprendre le monde tel qu'il fonctionne actuellement.
Image : Éditeur