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Autres vues aériennes de Aubonne
Sur une haute colline, facile à défendre de tous les côtés furent installés tout au long des siècles, d'abord un châtelard en bois avec des fossés, un château roman inconfortable dont il reste la base du donjon carré, des bâtiments de plus en plus considérables défendus par une barbacane ou poste avancé. Vint ensuite la fameuse tour ronde, souvenir des voyages en Orient de Tavernier et enfin une cour intérieure bordée d'arcades, créée par Duquesne, le fils de l'amiral. C'est aujourd'hui un magnifique ensemble qui domine à l'est le profond ravin de l'Aubonne et, à l'ouest et au sud, la ville du même nom aux maisons étagées et aux rues étroites et pittoresques.
Située à l'écart des grandes voies de communications, Aubonne a conservé son cachet ancien.
On pénètre au château par une barbacane qui a perdu sa porte de bois, mais conserve encore les gonds et deux meurtrières, en trous de serrure, qui servaient au tir à l'arquebuse. Le toit de la barbacane a été abaissé jusqu'aux consoles de pierre, séparées par des espaces vides, par où les défenseurs laissaient tomber des pierres sur les assaillants de la porte.
La porte franchie, on parvient à la cour extérieure du château par une rampe en demi-cercle et l'on se trouve devant la longue façade nord du château terminée, à l'ouest, par la tour ronde de Tavernier.
Par la porte Renaissance on pénètre dans une ravissante cour intérieure, bordée d'arcades soutenues par des colonnes toscanes.
Semblable à une gigantesque chandelle coiffée de son éteignoir, la tour se dresse, toute blanche sur l'écran sombre du Jura, au-dessus de la ville d'Aubonne. Elle évoque irrésistiblement l'Orient et, en la voyant pour la première fois, on se demande qui a bien pu transporter cette sorte de minaret arabe, au milieu de la campagne vaudoise. Cet aspect oriental fut voulu par le propriétaire de la seigneurie d'Aubonne pendant quinze ans, de 1670 à 1685, qui désirait avoir sous les yeux une construction lui rappelant l'Orient, où il avait longtemps vécu.
Cet homme était le Français Tavernier (1605-1689), grand voyageur qui parcourut, pendant près d'un demi-siècle, la Turquie, la Perse et les Indes, pour faire le commerce de pierres précieuses.
Pendant plus de quarante ans, Tavernier alla acheter des diamants aux Indes, à la mine même, ce qu'aucun Européen n'avait osé faire avant lui, puis il les revendait à la noblesse européenne à prix fort, ce qui lui permit d'amasser une immense fortune.
Louis XIV, qui était son meilleur client et son ami, l'anoblit. Calviniste convaincu, Tavemier néanmoins, décida de s'expatrier pour toujours à cause du projet du roi de France de rétablir l'«unité de religion» en France, autrement dit de révoquer l'Edit de Nantes promulgué par son aïeul Henri IV.
Voilà donc Tavernier en Suisse à la recherche d'une propriété à acheter. Il avise le château le plus proche qui est justement à vendre, celui d'Aubonne, et l'achète.
Tavernier paya sa seigneurie soixante mille livres. Le château était si délabré qu'il dut, pour le restaurer, y mettre autant d'argent encore.
Le donjon était alors une tour carrée du XIIe siècle. Il était moins haut que la tour actuelle et couvert d'un toit en forme de trapèze.
Tavernier fit rabaisser ce donjon carré jusqu'à cinq ou six mètres du sol et sur cette base, il éleva la tour cylindrique imitée d'un minaret de mosquée, et la couvrit d'un toit en forme de bulbe, à la mode russe. Le raccord entre la base carrée et la tour cylindrique est assez réussi. Chose curieuse, on trouve encastrée à l'angle sud de cette base romane, à hauteur d'homme, une ancienne corniche romaine posée à l'envers. On pense que cette corniche provient de Trévelin, à un kilomètre d'Aubonne dans la direction de Genève, où se trouvait une station romaine sur la route d'Etraz.
Photos anciennes: coll. J.-C. Curtet, Genève
Bibliographie