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Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828) est l'un des derniers grands peintres de cour et l'un des précurseurs de l'art moderne. Son œuvre à multiples facettes inclut des peintures de chevalet, des peintures murales, des gravures et des dessins.
L'exposition "Goya" à la Fondation Beyeler réunit plus de 75 tableaux, une cinquantaine de dessins et 50 gravures. Elle présente pour la première fois des tableaux rarement exposés provenant de collections privées espagnoles, ainsi que des oeuvres majeures de collections privées et de musées européens et américains. C'est une des expositions les plus importantes hors d'Espagne.
Multiples facettes
Goya se forme d’abord à la peinture baroque tardive et au rococo. Son voyage en Italie en 1770-1771 lui permet de découvrir le classicisme et le néoclassicisme naissant.
Le peintre n'aurait pu rester qu'un très charmant artiste s'il était mort jeune. Or, le temps lui a donné du génie. Un événement va le mener à une rupture stylistique brutale: en 1792, il contracte une grave maladie non identifiée qui l'oblige à rester alité une année, souffrant de maux de tête constants et d’hallucinations. Il en guérira mais restera sourd.
"La Maja habillée" (1800), de Goya. [Leemage via AFP]
L'artiste à succès, le peintre de cour du XVIIIe siècle, celui qui a peint les riches et les belles admirées, telle cette Maja habillée, se met alors à raconter le pire de ce que l'humanité peut vivre, la violence, la folie, la vieillesse, la cruauté, la violence, la mort: hôpitaux, asiles d'aliénés, léproseries deviennent des sujets.
"La Maison des fous", huile sur bois de Goya. [Luisa Ricciarini - Leemage]
Comme le disait André Malraux, l'Espagnol est résolument un anti-Italien puisque pour lui art et beauté sont deux idées distinctes.
Goya devient également le chroniqueur des horreurs de son temps, notamment à travers la série d'estampes intitulées "Les Désastres de la guerre", sorte de reportage sur les atrocités perpétrées à la suite de l’invasion française en 1808, horreurs qu'il montre des deux côtés.
Le sommeil de la raison engendre des monstres.
"Le sommeil de la raison engendre des monstres", Goya. [© Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet via AFP]Goya le novateur sera aussi le premier à mettre sur toile ses mondes intérieurs, à aller fouiller l'inconscient, à l'image de cette gravure intitulée "Le Sommeil", tout en restant le témoin de la révolution et de la guerre d'indépendance espagnole. "Il se place toujours en observateur. Il ne juge jamais. Il nous montre dans sa peinture que le bon peut être mauvais et inversement", dit Martin Schwander, commissaire de l'exposition.
C'est cet artiste ambivalent, ses multiples facettes, ses contradictions mêmes, qui rendent Goya fascinant et que met en avant l'exposition.
La modernité s'en empare
L'univers pictural énigmatique de Goya - qui disait n'avoir d’autre maître que Vélasquez, Rembrandt et la Nature - lui a valu une grande estime parmi les peintres de la modernité espagnole, dont Pablo Picasso et Joan Miró, et l'admiration d'un Baudelaire qui, faisant allusion aux égorgements et autres empalements des "Horreurs de la Guerre", mais aussi à certains de ses portraits de cour très critiques, disait de lui:
Le grand mérite de Goya consiste à créer le monstrueux vraisemblable. Toutes ces contorsions, ces faces bestiales, ces grimaces diaboliques sont pénétrées d'humanité.
Dans les années 1920, les surréalistes se découvrent une affinité profonde avec son art, tandis que le peintre espagnol reste une source d'inspiration pour les artistes contemporains.
Sujet TV: Michael Steiner et Séverine Ambrus/mcm
Exposition "Goya" à la Fondation Beyeler, à Riehen (BS), jusqu'au 23 janvier 2022