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Transformer des défaites en succès relatifs? C'est assez fréquent chez les perdants d'une votation. En 2018, l'initiative «pour des aliments équitables» a été rejetée par 61,3% des votants. Ce qui n'avait pas empêché Regula Rytz, alors présidente des Verts, d'affirmer que le parti avait «atteint presque 40% des voix». Autre exemple: après que le peuple avait balayé l'initiative «pour une immigration modérée», le conseiller national UDC Marcel Dettling avait affirmé: «l'approbation a été clairement plus élevée que la part de l'électorat». En clair, masquer les déceptions fait partie des affaires politiques courantes.
Dimanche dernier, après leur défaite dans les urnes, certains opposants à la loi Covid sont allés encore plus loin, en affirmant que la votation était truquée. Ce n'est pas une nouveauté. Voici une rétrospective non exhaustive de cinq des pires perdants de ces 30 dernières années.
La loi Covid fournit la base de l'obligation du certificat Covid. Dimanche, 62% des votants l'ont approuvée. Seuls les cantons d'Appenzell Rhodes-Intérieures et de Schwyz l'ont rejetée.
Mais le mouvement Mass-Voll, opposé aux mesures sanitaires, considère l'élection démocratique comme «non légitime et non contraignante pour nous». Il évoque de prétendues «irrégularités sans précédent».
Josef Ender, de l'Alliance des cantons primitifs (Aktionsbündnis Urkantone, en allemand), a certes déclaré à la radio et à la télévision suisses qu'on pouvait accepter le résultat. Mais pas sans ajouter que la loi Covid contrevenait à une dizaine d'articles constitutionnels.
L'initiative sur la justice, également balayée par le peuple ce dimanche, a provoqué des réactions similaires. Avec ce texte, l'homme d'affaires Adrian Gasser voulait faire élire les juges fédéraux par un tirage au sort qualifié plutôt que par le Parlement.
Après cette défaite, Gasser a fait savoir qu'il allait «relancer exactement la même initiative». Il a critiqué le fait que le peuple n'ait pas eu suffisamment de temps pour se pencher sur la question de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance des juges. Et d'ajouter:
Il y a un an, une majorité du peuple a approuvé l'initiative pour des multinationales responsables. Mais la majorité des cantons l'a rejetée, et l'objet a échoué. La présidente de la jeunesse socialiste Ronja Jansen ne l'a pas vraiment accepté. Elle a proposé de jeter sans plus attendre la majorité des cantons dans les «poubelles de l'histoire».
Même son de cloche chez les Verts: seule une majorité qualifiée des deux tiers des cantons devrait à l'avenir pouvoir annuler une majorité populaire, ont-ils annoncé après le vote.
En février 2014, l'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse a été approuvée par une poignée de voix. 50,3% de la population avait glissé un «oui» dans l'urne. En décembre de la même année, le comité «Sortons de l'impasse» a présenté une nouvelle initiative visant à renverser le «oui» à la demande de l'UDC.
Katharina Prelicz-Huber, du comité d'initiative, estimait que le peuple souverain n'était pas conscient que celui-ci mettrait en danger les accords bilatéraux en votant oui.
Autrement dit, il devait voter à nouveau jusqu'à ce que le résultat souhaité soit obtenu. Cela n'a pas été le cas. Le Parlement a mis en œuvre l'initiative dans une version tellement allégée que les accords bilatéraux ont été maintenus et que l'initiative «Sortons de l'impasse» a été retirée.
L'un des plus grands mystères politiques helvétiques s'est déroulé le jour de la Saint-Nicolas 1992. 50,3% des citoyens ont rejeté l'adhésion à l'Espace économique européen (EEE), à laquelle le Conseil fédéral, les associations économiques et presque tous les partis avaient tant aspiré.
Le soir du 6 décembre, le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz (PLR) s'est exprimé sur les résultats du vote: «Un magnifique but contre son camp», a-t-il lancé au peuple. Le ministre avait parlé d'un «dimanche noir» pour l'économie, la jeunesse et l'emploi.
Avant la votation, il avait prédit qu'en cas de «non», le chômage atteindrait 20% en l'an 2000. Le scénario catastrophe ne s'est pas réalisé.
Les avis sur la loi Netflix, ou plutôt «Lex Netflix», sont encore très partagés. Si les Suisses avaient voté la semaine du 18 avril, elle aurait été acceptée sur le fil, selon un sondage publié lundi. Par rapport au premier sondage publié dix jours avant celui-ci, le camp du non a progressé de trois points de pourcentage.