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Instauré par la France coloniale en 1945, le franc CFA a eu plusieurs appellations « Franc des colonies africaines », « Communauté financière africaine » pour l’Afrique de l’ouest et « Coopération financière d’Afrique Centrale » à partir des années 60 au lendemain de l’indépendance de nombreux pays africains. Aujourd’hui, cette monnaie commune concerne :
- UEMOA, Union Economique et Monétaire Ouest Africaine, comprenant le Sénégal, le Mali, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo et le Niger. Sa banque centrale est située à Dakar.
- CEMAC, Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, comprenant le Tchad, la République Centrafricaine, le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Gabon et la République du Congo. Sa banque centrale est située à Yaoundé.
Chacun de ces espaces a ses propres billets…fabriqués en France, à Pessac et Chamalière précisément. Le Mali est sorti de la Zone franc en 1962 et l’a réintégré en 1984. Madagascar et la Mauritanie l'ont quitté respectivement en 1972 et 1973.
Le franc CFA est cloué à l’Euro depuis le 1er janvier 1999. 1 Euro = 655,957 FCFA
Dès lors, lorsque le cours de l’Euro monte ou baisse, le Franc CFA suit la même courbe. Les pays de la Zone franc n’ont pas la possibilité de dévaluer leur monnaie pour être compétitifs. C’est une atteinte à la souveraineté des Etats et à leur politique monétaire et budgétaire. Le franc CFA est donc une monnaie forte dans un contexte économique fragile et de sous-développement. Néanmoins, c’est une monnaie stable qui lui offre une certaine crédibilité. En cas de guerre ou de catastrophe, la valeur de la monnaie reste constante. Seulement, souligne Dr Idrissa Diandy, enseignant-chercheur à la faculté des Sciences économiques de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, cette stabilité semble bénéficier davantage aux puissances extérieures qu’aux pays de la zone.
Franc CFA, vestige colonial. Le Dessous des cartes, Arte, 16 juin 2018.
Par ailleurs, les pays membres de la zone monétaire doivent déposer 50% de leurs réserves directement au Trésor public à Paris. En retour, celui-ci garantit la convertibilité de la monnaie avec toutes les devises étrangères.
Qu’en est-il du développement et de la croissance ?
Tout d’abord, il y a une grande disparité géographique et climatique allant du Sahara en passant par le Sahel, les zones tropicales sèches et humides et enfin la forêt équatoriale. De fait, la densité de la population est plus forte dans les territoires féconds et vivables que dans les déserts et forêts touffues forcément délaissés.
Les 14 pays de la Zone franc abritent 158,6 millions d’habitants, soit 13% de la population du continent africain. Les pays les plus peuplés sont la Côte d’Ivoire (24,3 millions) ; le Cameroun (24 millions) ; le Niger (21,5 millions) et le Burkina Faso (19,2 millions). Cependant, ces espaces économiques ne produisent que 8% du PIB africain.
Leur particularité repose sur l’extraction de matières premières brutes non transformées à faible valeur ajoutée. Par exemple :
- Le coton
- Le cacao
- Le café
- Le palmier à huile, l’hévéa, l’ananas
- Les mines, parmi lesquelles l’or, le phosphate, l’uranium, le diamant et le manganèse (ce dernier est utilisé pour la préparation d'alliages ferreux et non-ferreux. On le retrouve aussi dans les aciers. Il possède une résistance élevée contre la corrosion).
Ces cultures peuvent représenter 20 à 94 % des recettes d’exportation.
Les hydrocarbures quant à eux sont concentrés en Guinée Equatoriale, au Gabon et au Congo Brazzaville. L’extraction du pétrole représente 80 % des recettes à l’export.
La CEMAC a vu sa croissance augmenter de 1,5 % entre 1994 et 2014. Seuls le Tchad, la Guinée Equatoriale et le Burkina Faso ont fait mieux que la moyenne.
Tandis que l’UEMOA a vu sa croissance grimper de 2,8 % grâce notamment à la hausse des prix agricoles en 2015. Le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire ont enregistré une croissance dépassant les 6%.
Le hic est que les investissements étrangers – pour la période 2009-2014 – ne se bousculent pas et préfèrent se diriger vers les quelques pays producteurs d’hydrocarbures comme le Nigéria, l’Angola et le Congo.
Autre point faible, les échanges intracommunautaires ne sont pas à la hauteur d’une zone monétaire commune. 19% à l’UEMOA, 7% au CEMAC et 3% de l’UEMOA vers le CEMAC.
Pour quelles raisons les échanges commerciaux d'une région à l'autre sont-ils faibles ?
Les pays sont peu complémentaires. Ils produisent la même matière première, à l’instar du coton au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo et au Tchad.
Vu que le franc CFA arrimé à l’Euro est une monnaie forte, elle pénalise les exportations et cela devient plus rentable d’importer des biens manufacturés d’Asie (Chine principalement), d’Europe voire du Nigéria que de les produire localement. 97 % du coton est exporté. Aucun pays n’a développé son industrie textile.
La grosse majorité des pays de la Zone franc est considérée comme pauvre et très endettée par le FMI. L’indice de développement humain (IDH) y est faible dans la plupart des pays à l’exception des pays pétroliers.
Pourtant l’Afrique est la seconde locomotive mondiale après l’Asie. Les banques nationales limitent les prêts aux entreprises pour maîtriser l’inflation. Moins de crédits signifient moins d’investissements et par conséquent moins d’infrastructures et in fine moins de développement.
La faute incombe aux dirigeants africains qui ne financent pas les investissements avec les réserves. Alors qu’ils le peuvent. Le manque de service public est criant. Les banques centrales sont toutes aussi responsables de ce désastre et se contentent de profiter des privilèges laissés par le colon, à savoir un système de rentier et une « servitude volontaire » d’après l’expression de Kako Nubukpo, macroéconomiste togolais, ancien ministre de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques, ancien directeur de la francophonie économique et numérique au sein de l’OIF avant de se faire limoger en décembre 2017 pour ses positions anti-CFA. L’intérêt général est sacrifié et peut avoir des conséquences dramatiques et globales. « L’Afrique se transforme certes, mais ni suffisamment bien ni suffisamment vite pour répondre aux besoins des jeunes qui cherchent du travail. »
L’Afrique étant terre de prédation pour le reste du monde, Kako Nubukpo appelle à « du protectionnisme éducateur en Afrique pour supporter la concurrence internationale et à la responsabilité éthique de l’Occident à l’égard de l’Afrique. »
Ces indicateurs montrent que le franc CFA n'est pas le seul responsable du sous-développement des régions citées précédemment mais constitue assurément un frein.
Pour aller plus loin:
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L'arme invisible de la Françafrique, une histoire du franc CFA. Fanny PIGEAUD, Ndongo Samba SYLLA. Ed. la Découverte. Septembre 2018.
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Sortir l'Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA ? Kako NUBUKPO, Martial Ze BELINGA, Bruno TINEL, Demba Moussa DEMBELE. Ed. La Dispute. Octobre 2016.