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Sapin
Le sapin blanc se mêle au hêtre à l’étage montagnard en Bas-Valais et peut même atteindre la limite supérieure des arbres en quelques endroits comme le Catogne ou la vallée de la Morge. Mais les forêts où il domine se rencontrent surtout dans la partie inférieure de l’étage subalpin. Le sapin a reconquis le Valais il y a 8000 ans environ, lors d’une période chaude. Puis il a cédé du terrain à l’épicéa, favorisé par un certain rafraîchissement du climat et par les interventions de l’homme. Occupant les meilleures terres, les forêts de sapins ont été défrichées en premier. Elles ont particulièrement souffert des incendies, du parcours du bétail et, jusqu’à une période récente, de l’exploitation pour le charbon de bois. Au lieu de se régénérer, elles ont fait place dans la plupart des cas à des forêts d’épicéas, à des brousses d’aulnes verts ou à des pâturages. Voilà qui explique le morcellement de leur répartition: en dehors de la région du hêtre, le sapin blanc ne forme plus actuellement que quelques massifs isolés, sur des pentes généralement raides et difficiles d’accès. Ces peuplements se rencontrent dans différentes conditions: versants nord au- dessus de Viège et de Chippis, versants sud au-dessus de Fully, de Savièse et à l’entrée du Lötschental ou fonds de vallée comme celles de la Lizerne, de la Morge et de la Lienne
Sommaire
Caractères du sapin
Le sapin blanc se distingue de l’épicéa ou sapin rouge par une couleur d’ensemble un peu plus claire et des branches plus horizontales. De près, on remarque d’autres différences: écorce grise; aiguilles aplaties, blanchâtres dessous, insérées en deux rangs sur les rameaux. Dressés comme des cierges au sommet de l’arbre, les cônes se désagrègent à maturité et ne parviennent pas entiers au sol.
Les différences entre le sapin blanc et l’épicéa se manifestent aussi dans le comportement. Alors que le second a besoin de lumière pour germer, le premier se régénère volontiers dans son propre sous-bois, à l’ombre d’autres arbres ou dans de petites clairières. Tandis que l’épicéa s’accommode de sols minces et rocheux grâce à son enracinement superficiel, le sapin recherche des sols plutôt profonds et pas trop secs pour y enfoncer ses racines pivotantes, garantes d’une meilleure stabilité et d’une meilleure résistance aux coups de vent et aux dégâts de la neige. Par ailleurs, il est moins sensible aux blessures par chutes de pierres et aux maladies fongiques consécutives.
Il faut relever enfin que le sapin exerce une influence très bénéfique sur le sol, en produisant un humus à haute activité biologique et en mobilisant les éléments nutritifs aussi bien en profondeur qu’en surface. Il contribue ainsi à augmenter la productivité des forêts de montagne. La plupart des sapinières se caractérisent par une bonne croissance. Malheureusement, le sapin présente aussi quelques handicaps: faible pouvoir de colonisation dans les milieux ouverts, grande sensibilité à la pollution atmosphérique dans la région de Monthey par exemple, abroutissement des jeunes arbres par les cerfs et les chevreuils. Depuis 1980, les larves de deux petits papillons, la tordeuse à tête noire et la tordeuse à tête rouge, provoquent un roussissement des aiguilles dans quelques sapinières du Valais central.
Les différentes sapinières
En dehors des hêtraies-sapinières déjà décrites, il existe en Valais plusieurs types de forêts où le sapin domine, accompagné d’épicéa en proportion plus ou moins importante.
- La sapinière à laîche blanche est la plus sécharde de toutes. Elle se rencontre sur des pentes calcaires, exposées au sud comme à Savièse ou au nord comme dans la région de Finges. Dans le sous-bois, la laîche blanche et le mélampyre des bois forment ça et là de délicats tapis verts. A l’étage montagnard, cette sapinière s’enrichit de plusieurs espèces des pinèdes: pin sylvestre, polygale faux-buis, épipactis pourpre, céphalanthères et autres.
- La sapinière à gaillet correspond à des terrains un peu plus humides, plus frais et plus acides, comme il en existe au-dessus de Collonges, de Bovernier, de Viège et en différents endroits du Valais central. Plante caractéristique, le gaillet à feuilles rondes s’accompagne souvent de mélampyre des bois et de pain de coucou. La saxifrage à feuilles en coin et la luzule blanc de neige traduisent l’acidité du sol.
- La sapinière à adénostyle s’observe sur des pentes fraîches, humides et fertiles, en général exposées au nord. Les sapinières situées au-dessus de Troistorrents en offrent un bon exemple, de même que la fameuse forêt vierge de Derborence, dont il sera question plus loin. La fertilité du terrain stimule le développement des hautes herbes. Ainsi, dans les endroits un peu éclairés, l’adénostyle mêle ses feuilles grands comme des assiettes à celles assez semblables, mais plus arrondies, du pétasite blanc. Dans les sous-bois les plus sombres, vous aurez peut-être la chance de découvrir le rare épipogium, petite orchidée, petite orchidée sans chlorophylle, qui ne se montre que quelques jours par an.
- La sapinière à calamagrostide se rencontre ça et là, sur versant nord de préférence, dans la partie moyenne et supérieure de l’étage subalpin, au-dessus de Champex par exemple. Graminée caractéristique, la calamagrostide velue se reconnaît facilement : ses longues feuilles se penchent toutes dans le sens de la pente formant de grandes chevelures bien coiffées parmi les myrtilles. Ce genre de sous-bois correspond à un sol pauvre et acide, et se retrouve dans les mêmes conditions sous couvert d’épicéas, de mélèzes ou d’aroles.
- La sapinière à fougères, répandue dans le Jura et les Préalpes, occupe quelques recoins humides du Bas-Valais, par exemple au-dessus d’Evionnaz ou dans la vallée du Trient. Le sol est constitué le plus souvent d’éboulis grossiers. Fougère caractéristique, la fougère d’Autriche déploie ses gerbes élégantes parmi les cailloux couverts de mousse, de myrtilles et de lycopodes.
- La sapinière à prêle se limite en Valais à quelques terrains mouillés et argileux de la rive gauche du Val d’Illiez. Sur ces sols trop humides pour le hêtre, la prêle des bois se mêle à la fougère femelle.
Groupements de hautes herbes
Dans de nombreuses forêts subalpines, comme celles de Derborence, de la vallée du Trient ou du val d’Illiez, les clairières et ouvertures se caractérisent par des étendues de plantes à grandes feuilles atteignant 1 à 2 m de haut. On parle d’herbes par opposition aux arbres, buissons et autres espèces ligneuses. Cette végétation luxuriante se développe avant tout dans des couloirs d’avalanches et des revers humides, sur sols riches. L’alimentation en eau est généralement assurée par des sources, par des ruisselets ou par la fonte des neiges. Malgré la fertilité du milieu, la forêt se régénère difficilement dans ces endroits, car la densité du feuillage et la sur occupation du sol par les racines empêchent l’implantation des petits arbres.
La traversée de ces épais tapis de verdure représente une aventure dont on ressort habituellement mouillé de la tête aux pieds. Adénostyles et pétasites cachent complètement le sol sous leurs feuilles rondes, grandes comme des assiettes. Plusieurs espèces de fougères se mêlent aux impératoires, aux aconits tueloup et aux achillées géantes. En plein été, les fleurs bleues de la laitue des Alpes s’épanouissent à hauteur de visage. Beaucoup plus discrète et plus rare, la tozzie des Alpes vit en parasite sur les racines de pétasites; ses graines sont dispersées par les fourmis.
Bibliographie
- Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988
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