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Herbie Hancock ne connaissait pas la partition…
Claude Nobs avait décidé de célébrer l’anniversaire de Georges Gershwin, lors d’une soirée spéciale du Festival de Jazz au Casino. Il consulta George Duke, qu’il connaissait depuis longtemps, pour lui dire qu’il avait déjà l’orchestre mais cherchait encore un pianiste. Duke lui suggéra Herbie Hancock, qui était d’accord, moyennant qu’il puisse se produire avec son quartet à la fin du Festival. Claude appela le chef d’orchestre, lui confirmant qu’Hancock était d’accord, mais que cela valait peut-être une répétition avec les 150 musiciens. Le jour venu, Claude alla chercher Hancock à l’aéroport: il avait triste mine, n’ayant pas dormi après avoir fêté la sortie de son nouvel enregistrement. Mais il avait la partition de la “Rhapsody in Blue” et demanda:
– “Ça ne te fait rien, si je change deux ou trois choses?”
– “Oh lala… attention: la partition est telle quelle et il y a 150 musiciens derrière. Ce n’est pas une bonne idée de faire des modifications maintenant”.
Claude le présenta au chef d’orchestre et ils commencèrent la répétition. Mais, après cinq minutes déjà, le chef appella Claude pour lui dire que rien n’allait: Hancock ne connaîssait pas la partition et se contentait de se balancer devant son piano. Il pouvait néanmoins faire venir de Bruxelles un pianiste classique de remplacement. À cinq heures, celui-ci était là et répéta avec l’orchestre.
Claude expliqua la situation à Hancock:
– “Je vais annoncer que, pour des raisons techniques, tu ne peux pas faire le concert mais que tu fera ton propre hommage à Gershwin”.
Claude présenta la soirée devant une salle comble. Le concert fut un grand succès, le pianiste américain était brillant et l’orchestre sublime. À la fin du concert, Claude annonca habilement que Herbie Hancock allait maintenant faire “son propre Gershwin”. Ce dernier entra avec la partition de la Rhapsodie en Bleu en main, qu’il joua parfaitement… Claude s’affola mais, après quelques minutes, Hancock annonca:
– “J’ai oublié de vous dire que je vais jouer les meilleurs moments de la Rhapsodie.
Il s’est mis alors à jouer Gershwin à sa façon, mélangeant la partition originale avec ses propres arrangements jazzy. Et ce fut un immense succès. Au grand soulagement de Claude Nobs.
Claude était comme ça: il adorait créer des ensembles apparemment peu conciliables et qui, chaque fois, donnaient des résultats époustouflants.