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L’annonce par le gouvernement éthiopien il y a quelques semaines du début du remplissage du barrage de Grande Renaissance (ou GERD – Grand Ethiopian Renaissance Dam) a ravivé les tensions régionales autour de ce projet. Le partage des eaux du Nil a fait l’objet de nombreux accords internationaux, favorisant historiquement l’Égypte et le Soudan. L’émergence de l’Éthiopie comme acteur régional a remis cet équilibre historique en question. L’annonce en 2011 de la construction du barrage de Grande Renaissance est ainsi le dernier chapitre d’un conflit datant de l’époque coloniale tournant autour de la répartition des eaux du Nil.
Le remplissage du barrage de Grande Renaissance va inévitablement réduire les débits en aval du Nil Bleu durant toute la phase de remplissage et provoque logiquement des réactions des pays en aval (Soudan et Égypte), qui craignent pour la pérennité de leur accès à l’eau durant cette phase. Cette situation est d’ordre transitoire, allant de 3 à 15 ans suivant le volume du réservoir à remplir. Plus cette phase est courte, plus la diminution de débit aval est importante et vice-et-versa. En théorie, les débits retrouvent leur niveau d’avant remplissage une fois ce dernier terminé, à l’exception des pertes dues à l’évaporation du lac.
Le développement économique de l’Éthiopie passe par une augmentation de la production d’électricité, de préférence indigène, renouvelable et non intermittente, afin de satisfaire une croissance de la consommation électrique de 30% par an et d’assurer l’accès au réseau électrique pour une plus large proportion de la population éthiopienne. L’augmentation de la production indigène pourrait faire passer l’Éthiopie d’un importateur net d’énergie à un exportateur net d’énergie tout en apportant des devises étrangères. De par sa position de pays en amont, l’Éthiopie possède un atout naturel majeur eu égard aux pays aval, dont il use durant cette phase du conflit autour de la répartition des eaux du Nil.
Dès l’annonce du projet, le Soudan et l’Égypte ont émis des réserves concernant les débits d’eau en aval. Par ailleurs, le manque d’études d’impact environnemental a rendu les bailleurs de fonds internationaux réticents à l’idée de financer le projet. Ce projet n’a très certainement pas réussi à obtenir des contrats d’achat d’énergie à long terme, condition tout aussi sine qua non qu’une étude d’impact environnementale positive à l’obtention d’un financement international. Ceci a forcé le gouvernement éthiopien à financer le projet par un emprunt public ainsi qu’un prêt d’une banque chinoise. Le coût du projet estimé à environ 4.5Mrd $, représentant 5% du PIB de l’Éthiopie, qui constitue un investissement colossal pour ce pays. Si cette dette en monnaie étrangère venait à ne pouvoir être servie, l’Éthiopie se retrouverait en position de faiblesse par rapport à la Chine. Pour contrecarrer ce risque, l’Éthiopie se doit de trouver des débouchés internationaux pour l’électricité produite avec en ligne de mire la capitale du Soudan, Khartoum, située à seulement 450 km du barrage, nécessitant nouvelle ligne électrique. Cette dépendance au Soudan limite naturellement la marge de manœuvre de l’Éthiopie face au Khartoum dans les négociations des débits durant le remplissage.
Il est fort probable que l’Éthiopie commence rapidement le remplissage du barrage afin de pouvoir produire aussi rapidement que possible de l’électricité afin de satisfaire les bailleurs de fonds, notamment chinois.
Le Soudan et l’Égypte, dépendant des débits du Nil Bleu comme principale source d’eau potable, souhaitent avoir des débits minimaux garantis. D’un point de vue énergétique, le pays pourrait être intéressé à importer l’électricité produite par le GERD. Cependant le pays augmenté sa production énergétique ces dernières années. Il dès lors est probable que le Soudan ne souhaite pas s’approvisionner en électricité éthiopienne, d’autant plus que sa balance commerciale est déjà fortement négative. Il est par contre troublant que le Soudan ne manifeste pas ses préoccupations aussi violemment que l’Égypte pendant cette phase du conflit.
L’essor économique de l’Éthiopie a remis en question l’accord sur le partage des eaux du Nil de 1959. Toute solution passe tout d’abord par une reconnaissance de l’évolution des rapports de forces par les parties concernées. Techniquement parlant, un compromis pourrait être envisageable, soit en diminuant temporairement le niveau des lacs aval pour compenser la diminution des débits durant le remplissage, soit en installant des turbines provisoires pour fournir de l’électricité durant la phase de remplissage.
Cette problématique du partage des eaux va se renforcer dans les années à venir, d’autant plus que l’Afrique possède un large potentiel hydraulique non exploité à ce jour, ce qui augmente la pression sur l’environnement. D’un autre côté, l’énergie hydraulique est une source d’énergie renouvelable non intermittente avec des coûts de production faibles et est donc un moteur du développement économique. Il serait dès lors opportun d’essayer de trouver un nouvel équilibre entre considérations environnementales, développement économique et sources de financement pour ces projets de grande envergure.
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