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Son dernier livre («Résolution française») écrit en vue de l'élection présidentielle est tout à fait édifiant quant à son mode - très personnel - de «résolution». En particulier le moment «carolingien» où il se réfère à «Carolus Magnus» (un substitut du «Grand Charles» ?)
Au cœur de son exposition sur l'Ecole : une opposition (plus que caricaturale, mais susceptible de capter des électeurs) entre « deux conceptions de l'école, l'école qui veut d'abord transmettre, qui croit aux contenus, et l'école qui croit que la pédagogie est d'abord animation » (sic). Pour en finir avec « cette guerre qui dure depuis des décennies » (re-sic) et refonder à sa façon l'Ecole, François Bayrou a une solution inédite : en revenir à la fondation (fantasmée) de l'école carolingienne et à son programme (soi-disant) quasi intemporel (!) de '' blocs de connaissance'' !
« Du temps où Charlemagne inventait l'école - ce sacré Charlemagne - son ministre de l'éducation nationale à la mode du temps s'appelait Alcuin. Le moine Alcuin définit les premiers programmes scolaires auxquels on réfléchissait depuis sept ou huit siècles. Nous croyons toujours avec une touchante naïveté, que nous inventons tout . Il y a deux mille ans qu'on y pense, qu'y réfléchissent des esprits incroyablement profonds et agiles. Et la réflexion du temps conduisit à deux blocs de connaissance, trois disciplines d'un côté, le trivium, les ''trois chemins'', quatre disciplines de l'autre, le quadrivium, les ''quatre chemins''. Et pour qu'une éducation soit achevée, il fallait maîtriser les deux blocs : le premier, les disciplines littéraires, la grammaire, la maîtrise de la langue, sa correction, le bien parler, et l'argumentation ; et le deuxième bloc, c'était les disciplines que nous dirions ''scientifiques'', l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie (on dirait aujourd'hui la'' physique'') auxquelles on ajoutait la musique. Si je peux y ajouter l'éducation physique et sportive, je signe tout de suite […]. Voilà d'où nous venons. Voilà ce que tous les parents cherchent instinctivement pour leurs enfants » (« Résolution française », François Bayrou, éditions de l'Observatoire, février 2017, pages 213 et 214).
Si François Bayrou dit vrai, alors c'est cela qu'il aurait dû avoir à l'esprit lorsqu'il a répondu à l'une de mes questions lors de son audition par la commission'' Thélot''. Mais il s'en est fallu de beaucoup !
Verbatim de l'audition de François Bayrou le 28 avril 2004.
Claude Lelièvre : « D'après mes informations, vous demandez en 1994 à la direction des Ecoles, et certainement à son directeur, de rédiger en deux pages une liste de ce qu'un élève ne peut ignorer en quittant les enseignements du premier degré pour entrer au collège. Avec une certaine obstination, quelques jours plus tard, vous réitérez la demande. […]. Il n'y a pas eu de suites- en tout cas que j'ai perçues. Quel diagnostic portez-vous sur cet épisode ? »
François Bayrou : « Merci beaucoup, monsieur Lelièvre. C'est très attentif et chaleureux de votre part d'avoir mentionné cet épisode. Je pourrais vous en citer cinquante de ce type, mais celui-là est éclairant . Du temps où j'étais ministre de l'Education nationale, j'avais énoncé les deux lois de Bayrou. Première loi : quand vous demandez quelque chose de ce genre, le directeur vient vous voir et vous dit :''Monsieur le ministre, c'est impossible''. Alors vous laissez entendre que si c'est impossible avec ce directeur là, on le fera avec un autre. Et là, deuxième loi de Bayrou, on revient vous voir le lendemain en disant : ''Monsieur le ministre, c'est déjà fait''. C'est donc sûrement ce qui s'est passé.
Et cependant la question était juste, pertinente, essentielle. Et je peux essayer d'y répondre ; il me semble que c'est assez simple. Je serais heureux pour notre pays qu'au moment d'entrer en sixième, les élèves sachent lire un texte à une vitesse raisonnable, en comprenant l'intrigue et les mots courants qui sont utilisés. Je serais heureux qu'ils sachent écrire un paragraphe sans trop de fautes. Je serais heureux qu'ils sachent compter de tête. - et je voudrais m'arrêter quelque temps sur ce sujet […]. Pour poursuivre sur la question de monsieur Lelièvre, je suis pour qu'on sache où on en est dans le temps et dans l'espace. Et qu'on essaye de se représenter les principaux événements historiques et les principales figures que cela impose – on a réécrit les programmes de l'école primaire en ce sens. C'est depuis ce changement que l'on étudie les grandes figures que sont Saint-Louis, Jeanne d'Arc, Marie Curie – on a pris comme ça 22 grandes figures. De la géographie également : espace et temps. Et puis une initiation à la musique des langues vivantes, la langue française ayant une inscription tonale particulière, avec accent sur la dernière syllabe des mots, les autres langues romanes et anglo-saxonnes n'ayant pas du tout la même mélodie, je trouverais important que l'on ait cette notion à la sortie de l'école primaire. Avec ça, qui tient effectivement en deux pages, je trouve que l'on aurait déjà bâti quelque chose. »
Claude Thélot : « Sur le processus d'élaboration du socle, monsieur le ministre ? »
François Bayrou : « Je pense que le boulot d'un ministre est de prendre le risque d'écrire sur deux pages – en fait, monsieur Lelièvre, c'est ce que j'aurais dû faire, tout simplement. Mais à l'époque, je croyais encore aux directeurs »
On aura remarqué qu'il y a des différences très sensibles quant à ce qui doit être ''transmis'' ( pourtant un point capital selon François Bayrou, et qui devrait s'imposer sans différences et sans différends majeurs à ce qu'il prétend) entre d'une part la définition donnée par l'ancien ministre de l'Education nationale lors de son audition par la commission Thélot en avril 2004 et d'autre part la définition qu'il donne comme évidente du trivium et quadrivium en 2017 (en particulier : en 2004, mentions d'histoire, de géographie et de langues étrangères qui ne font pas partie formellement du triviumet du quadrivium ; et inversement absence totale de références aux arts ou aux sciences, qui existent -elles- dans le cadre du trivium et du quadrivium... ).
On aura remarqué aussi (et sans doute surtout...) la curieuse légèreté du mode de ''gouvernance'' (ou de ''résolution''...) du ministre de l'Education nationale François Bayrou : une demande à son directeur des Ecoles qui n'est pas exaucée, mais dont il se satisfait finalement dans la pratique sans s'en inquiéter pour autant (« c'estdonc sûrement ce qui s'est passé ») alors même qu'il la jugeait pourtant essentielle (« et cependant la question était juste, pertinente, essentielle »)...
On a ainsi, en deux moments différents, un concentré du personnage « Bayrou » qui en dit long sur lui (en particulier sur son mode de ''résolution'' des problèmes : une grande ''assurance'' quant au ton, mais finalement très ''oscillante'' voire ''vacillante'' sur le fond). Et il n'était pourtant pas alors (pas encore, à Dieu ne plaise !) en situation d'être chef de l'Etat (même s'il a toujours cru fermement qu'il le deviendrait). Une sacrée « Résolution française », sacré Charlemagne !
Qui a eu cette idée folle
Un jour d'inventer l'école
C'est ce sacré Charlemagne
Sacré Charlemagne
Participe passé
4 et 4 font 8
Leçon de français
De mathématiques
Que de que de travail
Sacré sacré sacré Charlemagne