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On s'émeut des naufrages en mer Méditerranée, où des vies humaines sont arrachées. On s'émeut des enfants noyés et des drames qui se multiplient. Les records sont profondément tristes, et nous nous voyons notre reflet dans la mer. Ils nous tendent un miroir, ces tristes records. Que faisons-nous pour empêcher ces naufrages? Que faisons-nous et comment parviendrons-nous à raconter cette histoire à nos descendants? Faut-il attendre les manuels d'histoire pour reconnaître nos erreurs ou peut-on déjà agir maintenant?
Nous, les Verts, sommes persuadés que l'Europe et la Suisse, par sa contribution à cette politique, portent une large part de responsabilité. Mais nous avons encore le choix et nous pouvons encore prendre nos responsabilités pour empêcher que d'autres milliers de personnes ne soient arrachées à la vie. Nous avons le choix de créer des voies légales pour atteindre nos pays; le choix de respecter la Convention européenne des droits de l'homme, qui consacre le droit de quitter un pays dans lequel on se trouve; le choix de répartir les responsabilités entre les pays signataires de Dublin de manière plus solidaire et respectueuse des individualités des réfugiés; le choix d'apporter un soutien médical ainsi qu'un accompagnement matériel et pratique; le choix, aussi et surtout, de changer de discours.
Oui, nous vivons une crise, en effet, mais c'est une crise humanitaire et non pas une crise, comme on nous le dit, de migration. Oui, nous vivons une crise humanitaire que nous devons à tout prix arrêter d'alimenter. Les Verts dénoncent les termes employés, y compris par le Conseil fédéral dans son message lorsqu'il parle, entre autres, des "défis que pose un afflux aussi important" auxquels il faut faire face. Nous dénonçons le discours de "l'afflux", de "l'invasion". Le Conseil fédéral dit ne pouvoir apporter qu'une réponse sécuritaire. Or, plus l'Europe se barricade, plus la forteresse Europe élève des murs et plus les drames se multiplient.
Que fait l'Europe, à quelle politique participe la Suisse? L'Europe développe sa lubie sécuritaire avec Frontex plus, dont on assiste ici à l'accouchement, qui mènera ses propres opérations d'éloignement et qui verra son budget et son personnel renforcés. Cela a lieu dans un contexte international de scandales répétés, l'Union européenne et la Suisse, au travers de sa collaboration directe, négociant avec des bandits qui n'ont que faire de l'Etat de droit, notamment en soutenant financièrement des activités en Libye.
Les mêmes n'hésitent pas non plus à utiliser leurs relations avec le pouvoir turc pour mener à bien une politique de migration contraire à la Déclaration universelle des droits de l'homme, ou n'ont pas hésité par le passé à collaborer avec Monsieur Kadhafi, tout en le critiquant par ailleurs.
La Suisse est responsable; ce serait trop simple de rejeter la faute sur les autres en invoquant la responsabilité collective. Par la reprise de l'acquis de Schengen qui consacre "Frontex Plus", nous participons directement à cette politique.
Le groupe des Verts refuse de rester coi et d'adopter les yeux fermés toutes les conséquences de Schengen. Penser global mais agir local, tel est l'adage des Verts, que nous appliquons également à notre activité parlementaire. Nous connaissons nos homologues du Parlement européen et nous partageons leurs idées. Je vous citerai donc notre représentante au Parlement européen au sujet de la création de "Frontex Plus", réponse répressive à un appel à l'aide urgent: "Est-ce que 'Frontex Plus' aide à empêcher les noyades en mer? Non. Est-ce que cela aide à lutter contre le manque de solidarité et de volonté politique? Non. Est-ce que cela aide à offrir de meilleurs abris, plus de centres d'asile, des procédures plus rapides, un appui médical? A nouveau, non."
"Frontex Plus", c'est plus de compétences, plus de moyens, plus de personnel pour bafouer un droit humain, le droit qui prévoit que chacun a la possibilité de quitter le pays dans lequel il se trouve. Cessons donc de construire des murs, mais construisons des voies d'accès légales. Rappelons aussi que les accords de Schengen/Dublin ne font pas partie des bilatérales et ne sont donc pas concernés par la clause guillotine des bilatérales.
La forteresse Europe sent la mort. Elle cache l'horizon, certes, mais elle n'apporte aucune solution; absolument aucune. Elle ne stoppe pas les gens, elle ne les dissuade pas de quitter leur pays quand ils vivent des situations de guerre notamment. Les Verts refusent de participer à la construction de cette forteresse.
J'aimerais demander à Monsieur Golay, vu que je n'ai pas pu lui poser de question, qui met réellement les gens en danger et qui, actuellement, porte le poids et la responsabilité de morts? En l'occurrence, c'est la politique européenne qui est à pointer du doigt, cette forteresse qu'on construit et qui ne propose aucune solution si ce n'est de participer à un désastre humain sans précédent.
Le groupe des Verts soutiendra la proposition Glättli de ne pas entrer en matière et refusera le renvoi au Conseil fédéral pour les raisons qui ont été énoncées.
Lisa Mazzone
Source: parlement.ch