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Le taux d'adolescents ayant une activité sportive tend à diminuer depuis dix ans, alors même que les situations de surpoids et d'obésité augmentent. Cet article discute des motivations, du sens et des limites de l'activité sportive à l'adolescence. L'examen médico sportif de même que l'investigation de l'activité physique et sportive dans le cadre d'un bilan général doivent porter sur quelques éléments essentiels : la durée et l'intensité des entraînement à l'adolescence doivent tenir compte du développement statural et pubertaire. Les signes d'activité physique ou sportive abusive doivent être pris au sérieux. Des conseils en matière de prévention des accidents donnés par le médecin ont un effet sur le comportement des adolescents. La majorité des affections chroniques, y compris les cardiopathies, sont compatibles avec une activité sportive modérée.
Notre époque est marquée par un relatif paradoxe : alors que le sport professionnel n'a jamais connu un succès médiatique aussi grand, l'activité physique et sportive des populations des pays développés tend à diminuer de plus en plus et explique largement en plus des modifications du comportement alimentaire l'épidémie d'obésité que nous connaissons.1,2 L'activité sportive occupe à l'adolescence une place particulière :3-5 d'un côté, elle présente incontestablement un support à l'appropriation du corps sexué, de même qu'un élément de socialisation fort,6,7 par ailleurs, la participation à des activités physiques et sportives régulières semble constituer un facteur protecteur aussi en matière de santé mentale et notamment un bon régulateur du stress ;8,9 d'un autre côté, elle constitue aussi une source potentielle de stress et d'accident, notamment chez les sportifs de haut niveau, ou encore chez les sujets peu entraînés.10 L'objectif du présent article est de discuter dans un premier temps de l'épidémiologie des pratiques sportives en Suisse, puis d'aborder les aspects cliniques et sociétaux relatifs à l'activité sportive.
Dans l'étude SMASH-2002,11 une recherche sur la santé et les styles de vie des jeunes Suisses de dix à seize ans, les garçons étaient nettement plus nombreux que les filles à signaler une activité sportive quotidienne, ou du moins régulière (57% contre 39%). Pour toutes les tranches d'âge considérées, l'activité sportive individuelle ou collective était plus importante chez les étudiants que chez les apprentis. Enfin, cette activité tendait à diminuer au fil du temps, surtout chez les apprentis : il est probable que les horaires auxquels sont soumis les apprentis, surtout dans certaines professions, compromettent un engagement systématique dans les activités sportives exigeant un entraînement et une présence régulière.
Par ailleurs, une comparaison entre les enquêtes nationales menées en 1993 et en 2002 auprès des jeunes Suisses de seize à vingt ans, démontre que la sédentarité a beaucoup augmenté au cours des dix dernières années : ce n'est à première vue pas tant le manque d'offre que le manque d'intérêt et de temps qui semble jouer un rôle dans l'abandon du sport entre seize et vingt ans, à quoi s'ajoutent de multiples facteurs d'ordre social : généralisation de l'usage de véhicules motorisés par les jeunes dès quatorze ou seize ans, allongement du temps mis à se rendre sur sa place de travail, horaires difficiles, attrait d'autres activités de loisirs, absence d'une politique d'incitation en direction des jeunes inactifs, parfois manque de structures sportives adéquates, etc.
Un tel examen peut donner lieu à diverses interventions préventives (tableau 1). A l'adolescence, l'activité sportive est souvent associée à un comportement de type exploratoire qui présente un certain risque traumatique. La prévention des accidents liés à la pratique de ces activités, telles que vélo ou roller skate prend donc toute son importance. La promotion, par le médecin, du port d'un matériel de protection, le casque en particulier, a un effet sur la sévérité des accidents liés à ces activités.12
Il en va de même pour les ados qui s'élancent sur les pistes de ski : le port du casque chez ces adeptes de la glisse à haute vitesse semble gagner du terrain. Un moment particulièrement à risque du point de vue des fractures est la période correspondant au pic de croissance (stade III-IV selon Tanner), alors que la masse osseuse relativement à la longueur du squelette est faible et que l'adolescent se trouve de plus handicapé maladroit par un schéma corporel en décalage avec un corps nouveau.13 Les adolescents porteurs de maladies chroniques ou de handicap physiques modérés, qui désirent pratiquer un sport de loisirs, peuvent faire l'objet de recommandations ou d'un suivi particulier, mais la majorité des affections chroniques ne nécessitent pas de limitation pour ce qui est des sports récréationnels.14,15 Finalement, un tel examen permet souvent de déborder du cadre de l'activité sportive, en faisant par exemple appel au désormais acronyme HEEADSSS16 (Habitation, Education, Activités, Alimentation, Drogues, Sexualité, Suicide, Sécurité), qui propose d'aborder systématiquement chez tout adolescent consultant pour un bilan, l'ensemble de ses habitudes de vie.
La pratique de sports de haut niveau requiert une investigation plus poussée. Il faut tenir compte du fait que l'adolescent qui fait de la compétition est bien souvent pris dans une dynamique propre à ce type de situation. Son ardeur est canalisée vers un but plus ou moins reconnu et l'énergie déployée de même que les sacrifices consentis posent des questions d'ordre médical, psychologique et éthique. Il n'est pas rare par exemple que les parents et l'entraîneur surinvestissent l'activité et les résultats sportifs du jeune, au détriment d'un développement physique et psychologique harmonieux,17 et les accidents ou problèmes ostéoarticulaires résultant d'un entraînement excessif ne sont pas rares. Par ailleurs, le sport intensif peut être un élément révélateur de pathologies cardiopulmonaires ou un facteur causal de problèmes musculosquelettiques. La plupart des cardiopathies traitées sont compatibles avec une activité sportive raisonnable ;18 mais le risque de décompensation cardiaque et de mort subite par exemple en cas de cardiomyopathie hypertrophique ne peut malheureusement pas toujours être totalement exclu. Ainsi, tout malaise survenant durant l'activité sportive, surtout chez les adolescents pratiquant à un haut niveau, mérite une exploration cardiaque soigneuse.18
L'examen médico-sportif constitue aussi une bonne occasion de prodiguer des conseils dans le domaine de l'alimentation : les connaissances de l'adolescent et des entraîneurs dans ce domaine sont souvent des plus limitées et mâtinées d'idées préconçues.17 L'attitude de certains entraîneurs face à la prise pondérale physiologique des jeunes filles en phase pubertaire peut prêter à critique et il importe d'être attentif à une prise alimentaire équilibrée en phase de croissance. L'examen médico-sportif est aussi l'occasion de proposer des mesures préventives simples en cas de compétition : contenu des repas riches en sucres lents dans les heures précédentes, nécessité d'une bonne hydratation, etc. Enfin, il importe de mettre en garde les adolescents contre l'utilisation abusive de produits censés augmenter la force musculaire voire de dopants.
Un des problèmes propres à l'adolescence tient à la variabilité considérable d'un individu à l'autre dans l'âge de survenue de la puberté, avec des extrêmes variant sur une fourchette de cinq à six ans, et qui provoque des écarts considérables de taille et de capacités physiques et sportives entre individus du même âge chronologique. Cette dispersion des âges pubertaires, si elle n'entraîne que des conséquences mineures en terme d'apprentissage scolaire, a des répercussions plus importantes en terme sportif et mérite beaucoup d'attention de la part des milieux sportifs et d'éducation physique : durant cette période, il devrait être possible de mesurer les performances physiques et sportives à l'aune de la taille et du développement physique et pubertaire plus qu'à celle de l'âge chronologique.
La puberté se manifeste par une accélération fulgurante de la vitesse de croissance qui double en l'espace de quelques mois. C'est à un corps nouveau, aux dimensions insolites que l'élève doit s'habituer ; la maladresse que tant de parents et de maîtres déplorent n'est-elle pas autre chose que l'expression d'un décalage entre les dimensions réelles de l'adolescent et le schéma corporel d'enfant qui est encore le sien dans les régions cérébrales qui en sont le siège ? C'est dire tout l'intérêt d'une pratique sportive centrée non seulement sur la performance, mais sur l'intégration des capacités sensori-motrices, à l'aide d'exercice nécessitant de la souplesse, une bonne coordination, des réflexes !
Qu'en est-t-il des aspects psychosociaux de la pratique sportive ? On a coutume de dire que l'adolescence est l'âge de la prise de risque, ce qui expliquerait la survenue d'accidents, notamment d'accidents de sport à cette période de la vie. Cette vision est terriblement réductrice et mérite d'être tempérée. Beaucoup des comportements «à risque» actuels, notamment dans le domaine du sport (glisse hors piste, roller, etc.) peuvent être compris comme autant de moyens pour les adolescents de trouver leurs marques dans une société largement déritualisée. Ce besoin d'expérimenter, de sentir son corps, de l'éprouver, de le tester, très présent durant l'adolescence, est lié à divers facteurs psychologiques et sociaux de sorte qu'il est probablement plus adéquat et moins stigmatisant dans ces situations de parler de comportements «exploratoires». Ceci paraît d'autant plus important que le culte de la vitesse et de l'action immédiate propre aux jeunes n'est souvent qu'une réponse en miroir à la brutale accélération de la vitesse de croissance et de développement à laquelle ils font face à cette période de leur vie. A ce besoin de tester, d'éprouver des émotions fortes répond dans notre société un véritable culte de l'exploit et de l'extrême : le saut à l'élastique, le Paris-Dakar ou autres trophées Camel ne sont-ils pas, de la part des adultes, autant d'incitations à s'éclater, comme s'il s'agissait, dans notre société en perte de valeurs, de retrouver du sens à l'existence à travers des impressions fortes ?
Par ailleurs, dans une société de plus en plus envahie par des conduites de dépendance (substances psychoactives, télévision, natel, etc.) certains jeunes sportifs ne pratiquent plus leur discipline pour le plaisir, mais peu à peu dans une quête égocentrique de sensations et désespérée de dépassement : on sait la tendance chez ces individus à devenir peu à peu dépendants de leur entraînement, dans une forme d'addiction qui fait beaucoup penser à la dépendance aux drogues. Souvent, cette quête s'accompagne de troubles de la conduite alimentaire dont les répercussions à court terme (par exemple une aménorrhée) ou à moyen terme ne sont pas négligeables.
A l'issue de cette réflexion, il apparaît que la pratique de l'exercice physique et du sport comporte à l'adolescence des enjeux importants, auxquels les professionnels de la santé, mais aussi les parents, les professeurs d'éducation physique, la communauté scolaire doivent trouver des réponses :
* En termes éducatifs, la pratique sportive doit être soutenue et promue en tenant compte des caractéristiques individuelles des adolescents. Elle fournira une approche positive du plaisir et des sensations, un apprentissage à la maîtrise et à la coordination, et finalement à la perception du risque à l'anticipation du danger, pour autant qu'elle s'exerce dans un cadre approprié et avec le soutien d'adultes à la fois ouverts et fermes.
* En termes sociaux, la pratique du sport fournit aux adolescents un lieu d'expérimentation des rapports humains, un lieu de socialisation indispensable. On peut souhaiter qu'en dehors du sport de compétition, qui a toute sa place à divers âges de la vie, se développent plus encore que ce n'est le cas actuellement, des opportunités de pratiquer le sport par plaisir, selon des horaires flexibles et dans une ambiance conviviale.