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Temple de Carouge
Un emplacement voulu symbole de tolérance
A l’aube du XIXe siècle, Carouge retrouve la liberté religieuse instaurée par son souverain sarde en 1754, hélas perdue 30 ans plus tard durant l’occupation française. L’ancien lieu de culte n’étant plus disponible, le Consistoire carougeois décide alors de construire un temple. Dans un premier temps on pense l’ériger sur la place d’Armes, dans l’axe du Pont Neuf, (actuel Pont de Carouge, voir Pont de Carouge) mais après le rattachement de Carouge à Genève ce projet est abandonné.
Dans l’idée des architectes de la Genève protestante, on va jusqu’à évoquer la construction d’un second Temple Neuf, le premier étant celui de la Fusterie construit près d’un siècle plus tôt (voir Temple de la Fusterie)! De concert avec Louis de Montfalcon, premier maire de Carouge suisse (voir Rondeau de Carouge) l’emplacement, bientôt choisi, est la Place du Marché au bois (actuelle Place du Temple) toute proche de la Place du Marché où s’élève l’église (catholique) de Sainte-Croix: ce choix répond à une symétrie architecturale expressément voulue pour mettre sur pied d’égalité les deux lieux de cultes comme signe de la tolérance qui a perduré dans l’ancienne cité sarde malgré les bouleversements politiques qu’elle a subis.
On fait alors appel à l’architecte Marc-François Brolliet (1796-1879) et à son père l’entrepreneur Joseph-Louis, récemment reçu bourgeois de Genève, pour concevoir et mener à terme les travaux de l’édifice qui sera inauguré en 1822 en présence de nombreuses personnalités politiques et religieuses.
Près de 100 ans plus tard on recense 2499 protestants et 1981 catholiques à Carouge. Lorsque le pasteur Ernest Christen (1873-1961) arrive dans sa nouvelle paroisse en 1917, il lance un projet pour restaurer le temple car il est convaincu que l’art oratoire n’est pas le seul à pouvoir glorifier Dieu. En tant que sculpteur lui-même il s’assure bientôt la collaboration d’autres artistes : le peintre Eric Hermès pour la réalisation des peintures murales et la conception des vitraux, le maître verrier Charles Wasem pour réalisation de ces derniers, Félix Wanner pour la ferronnerie ou encore A. Vettin pour les œuvres sculptées.
Les talentueux artistes travailleront pendant plusieurs années à Carouge, ce qui permet à l’historien Fernand Dreyfus d’écrire « qu’en 1930, lorsque le pasteur Ernest Christen quitte la paroisse de Carouge il laisse derrière lui un temple où les Écritures saintes sont désormais présentes dans les sculptures, les peintures et les vitraux ».
Développement historique
Un véritable événement dans la vie d’Eric Hermès
Né en Allemagne dans une famille d’origine huguenote réfugiée à Cologne après la Révocation de l’Edit de Nantes, Eric Hermès (1881-1971) arrive en Suisse à l’âge de 15 ans, suit d’abord une première formation de décorateur puis s’inscrit à l’école des Beaux-Arts de sa ville d’adoption. Il collabore ensuite avec plusieurs architectes et constructeurs en réalisant de nombreuses décorations artistiques dans les domaines public et privé, se liant d’une grande amitié avec l’un des plus remarquables et prolifiques d’entre eux dans la région genevoise, Maurice Braillard (voir Temple d’Avullly), et le célèbre peintre Ferdinand Hodler. Hermès expose également ses dessins, peintures et affiches au Musée Rath (voir Place de Neuve).
En 1921 il rencontre le pasteur Ernest Christen et d’emblée les deux hommes vont partager leur amour de l’art à la gloire de Dieu. C’est alors que l’artiste va proposer au pasteur d’ennoblir le temple en peignant - en contrepoint aux symboles de mort et de résurrection - une grande fresque (60m2) au-dessus de la chaire représentant une Nativité. Tous les personnages ont les traits d’authentiques carougeois … pas forcément protestants !
Suivront dix vitraux en collaboration avec le maître verrier Charles Wasem, une peinture à l’huile pour la parabole du Bon Samaritain enfin la décoration de la voûte et des murs latéraux, chefs d’œuvres salués par les médias de l’époque. Pour sa part, Eric Hermès écrit au conseil de paroisse que leur réalisation est devenue « un événement dans sa vie ».
Hermès et Christen poursuivront leur collaboration artistique en créant ensuite une série de décors religieux dans plusieurs temples genevois.
(Sources et ouvrages consultés : Genève 1816, Leila El-Wakil, Archives ouvertes UNIGE – Eric Hermès, Lorena Denise Cholakian Lombard, Archives ouvertes UNIGE - Le temple de Carouge Fernand Dreyfus éd. Labor et Fides 1999)
Liens
Bibliographie
- Les sculptures du Temple de Carouge Christen Ernest Atar, s. d.
- Le culte protestant, Christen Ernest, Ed. Labor, Genève, 1934
- Temple de Carouge Girard Ariane in Dictionnaire carougeois, Musée de Carouge
- Arts à Carouge : peintres, sculpteurs et graveurs, Marquis Jean (dir.), Ville de Carouge, 2009
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