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Skiheil au coeur de l'été
Par T. U. L. S. O' Connor.
Lorsque les Douves Blanches et les Aiguilles de la Zα sont couvertes de neige fraîche et sont ensoleillées, elles constituent un spectacle éblouissant et magnifique. Le 1er juillet j' admirais cette vue en attendant Sandy Wedderburn à Arolla, localité que nous avions choisie comme point de départ pour une course d' été à skis. Lorsque Sandy arriva il était vraiment remarquable, chargé de ses skis et de ses bâtons de skis, de son sac de montagne qui semblait presque aussi grand que lui-même et sur lequel étaient attachés une corde, un piolet et des crampons. La soirée fut consacrée à l' achat de provisions et à l' expédition à Zermatt de toute la partie de notre équipement dont nous n' avions pas besoin.
Le lendemain nous partîmes pour la Cabane des Dix. La marche jusqu' au Pas de Chèvres fut fatigante, car il faisait chaud et nous étions passablement chargés, mais nous passâmes une heure très agréable sur le col où nous pûmes prendre notre repas et nous chauffer au soleil. Le problème du transport de nos lourds sacs et de nos skis à la descente du Pas de Chèvres fut résolu en les laissant choir, au bout d' une corde de rappel, directement d' un rocher surplombant, méthode qui nous a paru tout à fait amusante.
Nous arrivâmes à la cabane à 15 heures environ; elle était vide. Le reste de l' après fut employé à dormir, à faire la cuisine et à établir un plan de route sur la Luette, qui nous permît de faire du ski tout le long du chemin en revenant à la cabane. Pendant le dîner survint un groupe d' une quinzaine de villageois; c' était une troupe joyeuse qui disposait d' un inépuisable répertoire de chants.
Le lendemain, quittant la cabane à 6 heures et suivant la route que nous nous étions proposée, nous partîmes dans la direction est de la Luette. Puis, traversant par la gauche, nous parvînmes sur l' arête sud-ouest à 8 h. 30 environ. Là nous abandonnâmes nos skis et, en un quart d' heure, nous terminâmes l' ascension à pied. Du sommet la vue était parfaite et s' étendait du Mont Blanc au Mont Rose et à 1' Oberland.
De retour auprès de nos skis, nous entreprîmes la descente peu après 9 heures. La neige se trouvait dans d' excellentes conditions et le parcours était agréablement varié — il y avait des pentes de tous les degrés d' inch, les virages étaient faciles et nous eûmes deux merveilleuses descentes lancées; mais hélas, la course ne se termina que trop tôt.
Plus tard dans la journée nous montâmes vers le Col de Seilon, mais la chaleur du soleil ayant ramolli et mouillé la neige, il était inutile d' essayer d' y faire du ski.
Le lendemain nous décidâmes de faire l' ascension de la Serpentine et du Pigne d' Arolla. Nous quittâmes la cabane à 3 h: 45. N' ayant pas l' intention de revenir à la cabane, nous étions pas mal chargés et nous avancions lentement.
Sur le Plateau du Seilon nous prîmes la gauche et après avoir traversé quelques crevasses nous atteignîmes le pied du versant qui conduit au Col de Breney. Nous enlevâmes nos skis pour les attacher avec leurs bâtons sur nos sacs de montagne, puis nous mîmes nos crampons. D' habitude la petite rimaie n' im pas, mais elle était alors couverte de neige fraîche et cette circonstance, ajoutée au poids de 30 kg environ que nous avions sur le dos, rendit l' équilibre plutôt difficile.
Après une sieste au Col de Breney nous fîmes l' escalade de la Serpentine au sommet de laquelle nous arrivâmes à 8 heures. Quoique le jour fût clair et ensoleillé, il y avait une brise froide et nous reprîmes à skis le chemin direct du col. La course n' était guère agréable parce que la neige était dure et balayée par le vent. Continuant notre route en montant vers le Pigne, nous laissâmes nos skis à la dépression qui se trouve en dessous du sommet, puis terminâmes l' ascension à pied. La descente à skis commença à 9 h. 45. Nous nous étions encordés, et Sandy se chargea de trouver le chemin pour descendre, ce qui n' était point facile étant donné que nous ne connaissions pas du tout ce côté de la montagne. Ce versant du Pigne était protégé contre le vent, car il est orienté vers le sud; le soleil avait ramolli la neige. La première partie de la course fut merveilleuse, mais bientôt nous nous trouvâmes engagés dans un dédale de crevasses où nous devions avancer avec précaution. Toutefois, Sandy découvrit un chemin à travers les crevasses en suivant le côté sud-ouest du glacier. Nous avancions lentement vu que la neige s' était ramollie et était très mouillée. A plusieurs reprises nous passâmes à skis par dessus des crevasses qui semblaient être recouvertes uniquement de minces ponts de neige humide; c' est un miracle que l' un ou l' autre de ces ponts n' ait pas cédé sous nos pas. A peu près aux trois quarts de la descente nous enlevâmes nos skis pour les remplacer par nos crampons afin de franchir une pente glacée qui nous amena près de quelques rochers descendant abruptement devant nous et à notre gauche, jusqu' au plateau de glacier près du Petit Mont Collon. A notre droite se trouvait une pente glacée escarpée. Il ne s' agissait plus que d' une distance de quelque 150 mètres pour arriver au plateau; néanmoins nous perdîmes bien du temps à chercher une voie praticable et nous décidâmes enfin de risquer la descente sur la pente glacée. De nouveau les skis furent attachés sur les sacs et nous descendîmes chaussés de crampons; tout alla bien sauf que de temps en temps nos skis heurtaient l' escarpement derrière nous et risquaient de nous précipiter au bas de la pente. Après une halte sur le glacier horizontal, nous contournâmes le Pigne et arrivâmes à la cabane Jenkins à 13 heures. Cette expédition nous a laissé un sentiment de satisfaction plus grand que bon nombre de nos précédentes courses.
La cabane Jenkins est très exiguë, mais admirablement bien située. Après le repas nous étendîmes les couvertures au soleil pour les aérer et, à 15 heures, nous nous mîmes en route pour aller chercher des provisions qui avaient été portées pour nous au pied du Glacier de Pièce. La neige était un peu trop molle, néanmoins la descente à skis fut très agréable — du moins c' est ce que pensait l' un de nous deux! Toutefois, le retour à la cabane fut des plus pénibles; nous y arrivâmes à 18 heures, mais lorsque nous pûmes enfin nous coucher, nous ne pouvions plus disposer que de 4 1/2 heures pour dormir.
Notre but suivant étant Zermatt, nous avions décidé de quitter la cabane Jenkins de bonne heure et nous nous levâmes à 1 h. 30 de la nuit. Notre départ fut retardé du fait d' avoir égaré une corde, et ce n' est qu' après 2 h. 30 que nous quittâmes enfin les rochers du Col des Vignettes. Le Col de l' Evêque baignait dans les brouillards et, derrière l' Evêque nous pouvions de temps à autre apercevoir des éclairs. Il y avait un orage dans le lointain, sur l' Italie, et nous espérions qu' il ne franchirait pas la frontière! Après avoir passé en dessous du pied du Petit Mont Collon, nous traversâmes dans la direction de VEvêque où nous arrivâmes à 4 h. 15. Les brouillards s' étaient élevés au-dessus du col et nous pûmes constater qu' en effet une sérieuse tempête sévissait sur les montagnes, au sud. Cependant, le ciel était parfaitement serein ailleurs. L' aube avait fait son apparition, mais les sommets aux alentours n' étaient pas encore teintés de rose. La descente jusqu' au Glacier d' Arolla nous était absolument inconnue, mais Sandy découvrit un chemin qui nous permit de descendre en quelques minutes. La neige était très dure et, pendant une bonne partie de la descente, nous dûmes traverser de biais. En traversant le plateau vers le Col du Mont Brûlé, nous pûmes nous convaincre que l' orage ne venait pas dans notre direction; les sommets étaient délicatement teintés.
Malheureusement, à ce point de notre parcours je ne me sentis pas très bien et je dus à plusieurs reprises avoir recours au flacon de whisky de Sandy. A 7 h. 15, le sommet du Col du Mont Brûlé était atteint. Là nous pûmes déjeuner au soleil qui était déjà passablement chaud. La descente du col jusqu' au glacier de Zα de Tzan fut courte, mais délicieuse; nous sommes descendus à skis et encordés pour gagner du temps. L' ascension jusqu' au Col de Valpelline nous parut interminable; il faisait très chaud, et la dernière rampe jusqu' au col nous fit rêver d' ombrages touffus et de bière à la glace! Il était 10 heures lorsque nous atteignîmes le col. Nous étions quelque peu inquiets au sujet de la descente sur le Stockgletscher, vu que nous ne connaissions pas la route à suivre et que nous avions entendu dire que les crevasses étaient formidables. Après avoir traversé quelques terribles crevasses, nous vîmes soudainement notre chemin bloqué. Nous avions été trop à droite au lieu de nous tenir à gauche, sous les rochers, vers le Col d' Hérens, et nous aboutissions à un glacier escarpé en face de nous. La seule issue possible était de refaire en sens inverse une partie du chemin que nous venions de parcourir et de descendre par la voie usuelle. A plusieurs reprises nous eûmes à traverser de larges crevasses sur lesquelles il n' y avait que de la neige détrempée et fondue, ce qui nous causa plus d' un moment d' angoisse. Cependant nous avions le plus grand plaisir à faire du ski. Ce fut néanmoins un grand soulagement pour nous que de mettre le pied sur « terre ferme » au Stockje. Là nous fîmes une très longue halte, admirant la grandeur du Cervin et de la Dent d' Hérens, tout en faisant honneur à un copieux repas qui se termina par une précieuse pêche Melba!
C' est bien à contre-cœur que nous nous remîmes en marche à 13 heures; il nous fallut perdre une heure entière à chercher le chemin qui descend du Stockje. La traversée du glacier de Z' Mutt, poussiéreux et semé de grosses pierres, fut pour nous un véritable cauchemar.
Il était plus de 15 h. 30 lorsque nous atteignîmes le sentier allant de la Schönbühl à Zermatt, et nous avions hâte d' arriver au bureau de poste de Zermatt où nous devions être avant 18 heures pour y prendre nos valises qui contenaient des vêtements propres dont nous avions un pressant besoin!
La cabane Bétemps est un des meilleurs centres pour le ski sur glaciers dans les Alpes — surtout pour faire du ski en été. Trois ans auparavant j' y avais été au printemps et je décidai de faire un jour la descente du Felikjoch. Nous prîmes le train jusqu' au Rotenboden et allâmes à pied jusqu' à la cabane en étudiant la route à suivre pour le lendemain. Le Zwillingsgletscher ne permet pas de faire du ski aussi parfaitement que le Mont Rose, mais la course est beaucoup plus intéressante. Nous quittâmes la cabane à 3 h. 30 et traversâmes le plateau du glacier jusqu' au premier escarpement de glace du Zwillingsgletscher, lequel ne présentait aucune difficulté. L' ascension du Felikjoch se fit sans encombre. Peut-être fûmes-nous chargés de nos skis plus longtemps qu' il n' aurait fallu; la neige était plus molle que celle que nous avions eue pendant les jours précédents, et il nous fallut plus de temps que nous n' avions prévu pour atteindre le Felikjoch où nous laissâmes nos skis pour grimper au sommet du Castor où nous arrivâmes à 9 h. 45. Il était plus tard que nous ne l' aurions voulu et nous nous rendîmes compte du danger que présentaient les ponts de neige molle et les nombreux séracs qui embarrassaient la route en divers endroits. Toutefois, nous fûmes particulièrement heureux de n' être pas arrivés un peu plus tôt, car, en approchant de la traversée sous le Lyskamm, nous vîmes dévaler une puissante avalanche de glace; d' immenses séracs tombèrent du Lyskamm à peine à 16 mètres devant nous, recouvrant ainsi sur une longue distance les traces que nous avions laissées au début de la journée. Nous partîmes sur nos skis à toute vitesse et pûmes quitter sans accident la zone dangereuse. Ainsi que nous le craignions, les ponts de neige dans la pente glacée inférieure étaient bien ramollis et ce ne fut pas précisément agréable de les traverser à skis. Malgré tous ces obstacles, nous pûmes faire à skis presque tout le parcours du Felikjoch à la cabane.
Notre course d' été à skis arrivait à son terme. Nous ne sommes tous deux que de médiocres skieurs, mais nous sommes convaincus que les skis devraient faire partie intégrante de l' équipement de chaque alpiniste. Ils permettent de jouir des diverses étapes d' une expédition qui autrement ne seraient qu' un ennuyeux pataugeage dans la neige; en outre, ils vous mettent à même de faire des ascensions intéressantes lorsque les montagnes ne sont pas dans un état qui permette d' entreprendre des expéditions plus sérieuses.