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Août 1945: lettre rédigée par le japonais Minoru Suzuki gravement brûlé par la bombe d’Hiroshima
Cette lettre de Minoru Suzuki a été publiée dans le livre «Ces voix qui nous viennent de la mer», un recueil de lettres de Japonais tués lors de la Deuxième Guerre Mondiale rassemblées et présentées par Jean Lartéguy (*).
Minoru Suzuki
Le 25 août 1945, 21 heures.
Il y a 76 ans, les Américains larguaient une bombe atomique sur la ville d’Hiroshima, la rayant de la carte d’un seul coup et tuant plus de 100,000 personnes. Un jeune étudiant a survécu pendant quelques jours après l’explosion et a eu le temps d’écrire une lettre avant de mourir.
Minoru Suzuki était un étudiant en Droit de l’Université de Tokyo. Il a été gravement brûlé par la bombe atomique de Hiroshima le 6 août 1945. Il est décédé à l’hôpital militaire de Oono le 25 août à vingt et une heure trente à l’âge de vingt ans.
Suzuki écrivit cette lettre en katakana (alphabet simplifié par rapport aux caractères chinois généralement employés) au prix d’immenses douleurs, ses mains ayant été complétement brûlées par l’explosion atomique.
Père, mère,
Vous me pardonnerez de n’avoir pas été toujours un très bon fils. J’aurais aimé le devenir mais je n’en ai plus le temps; je vais mourir.
Malgré vos maigres ressources, vous m’avez permis de faire mes études, d’abord au Lycée, puis à l’Université de Tokyo et, au moment où, enfin, j’allais pouvoir vous rendre tout ce que vous m’avez donné, à mon tour, je meurs.
Mes sœurs ont renoncé à se marier et ont préféré devenir institutrices afin de vous aider. Je ne sais comment leur exprimer ma reconnaissance. Pour pouvoir me payer mes études vous avez travaillé depuis l’aube, quand la lune est encore dans le ciel, jusqu’à l’heure où se lèvent les étoiles. Je ne pourrais jamais payer de retour vos dévouements et vos sacrifices; je vais mourir, je ne sais comment m’excuser.
Mon corps sera bientôt mort, mais mon âme restera à vos côtés, près de Bouddha. Ne pleurez pas, père, mère, et vous mes sœurs, je vous en conjure. Je travaillerai, je prendrai mes repas, je serai joyeux ou triste toujours auprès de vous. L’automne va venir, le chant des criquets, la forêt dépouillée de ses feuilles et l’hiver vous rappelleront ma mort, mais ne pleurez pas. Soignez votre santé et gardez votre courage. Je vous souhaite une vie longue et heureuse. La bombe atomique tombée le 6 août avait une puissance terrifiante. Elle m’a provoqué des brûlures au visage, sur le dos et aux bras. Je meurs en remerciant les médecins, les infirmières et tous mes amis de leurs soins et de leur prévenance.
Le 25 août, 21 heures.
Minoru Suzuki
(*) Le livre «Ces voix qui nous viennent de la mer»