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Récolte de betteraves fourragères à Rheinau, dans le canton de Zurich, vers 1910.
Musée national suisse
Les révolutions agricoles en Suisse
La modernisation de l’agriculture suisse s’est déroulée sur plus de deux cents ans, introduisant l’emploi systématique du fumier, puis l’utilisation des bêtes comme force de traction et enfin la motorisation de nombreuses tâches.
La modernisation de l’agriculture suisse tient plus d’un processus au long cours que d’un événement survenu soudainement, les travailleurs de la terre ayant toujours cherché à améliorer l’utilité des plantes et des bêtes en fonction du sol. La réussite de leurs efforts dépendait toutefois des conditions climatiques, techniques et institutionnelles, en constante évolution, dans lesquelles s’inscrit toute production agricole.
Entre 1700 et 1850, période que les spécialistes ont longtemps désignée sous le terme de «révolution agricole», l’agriculture a connu des progrès fondamentaux, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’avancées révolutionnaires. Le phénomène est notamment lié au siècle des Lumières et à l’intérêt nouvellement manifesté par une partie de l’élite pour l’économie et les questions agricoles. En s’appuyant sur les pratiques de longue date de paysans comme Jakob Gyer, des agronomes suisses comme Johann Rudolf Tschiffeli ont propagé à Berne et partout en Europe la privatisation des biens communaux jusqu’alors exploités collectivement par le village, l’élevage du bétail dans des étables et la culture de «nouvelles» plantes comme la pomme de terre et le trèfle, capables de fixer l’azote de l’air pour le faire passer dans le sol.
Nourrir le bétail à l’étable, même pendant l’été, permettait de récupérer l’engrais naturellement produit par les animaux et de l’utiliser pour fertiliser les terres arables. Les rendements des plantes céréalières augmentèrent alors, libérant des parcelles pour les cultures fourragères. Le développement du cheptel fournit à son tour plus de lait et de viande, mais aussi davantage de fumier et de lisier, ce qui permit pour la première fois de rendre au sol la matière organique prélevée par la croissance des végétaux. Cela rendit la jachère inutile en de nombreux endroits.
Une des caractéristiques de l’augmentation de la production agricole pendant cette première révolution est que, dans l’ensemble, elle ne s’appuya pas sur des éléments contenus dans la croûte terrestre (lithosphère). Sa progression resta donc limitée, la croissance étant naturellement contingentée par les ressources vivantes disponibles. Les catastrophes météorologiques et climatiques exceptionnelles continuèrent cependant à causer des fléchissements dans la production, ce qui explique pourquoi l’Europe occidentale connut des périodes de pénurie et de disette jusqu’au milieu du XIXe siècle.
En dépit de l’augmentation de la production agricole au XVIIIe siècle, la population connut des périodes de disette jusqu’au milieu du XIXe siècle. Dessin représentant la grande famine de 1817, «l’année sans été». Dans le Toggenbourg, les gens mangèrent l’herbe des pâturages.
Toggenburger Museum à Lichtensteig
Changements drastiques dans l’agriculture
La situation ne se transforma qu’à la seconde révolution agricole, que l’on situe entre 1850 et 1950. Si la croissance, même limitée, de la production rendue possible par la première révolution agricole entra pour beaucoup dans la révolution industrielle et l’essor de la population, les principales avancées de l’industrie, comme les engrais chimiques et les moissonneuses, ont à leur tour eu un impact sur l’agriculture. Le lait, la viande et le cuir devinrent des produits clés pour l’industrie alimentaire et textile.
Ces marchandises commencèrent à être échangées au niveau national et international à partir des années 1880, essentiellement par des coopératives. Les plus importantes étaient la Verband Ostschweizerischer Landwirtschaftlicher Genossenschaften VOLG (Fédération des coopératives agricoles) pour les producteurs et la Verband Schweizerischer Konsumvereine VSK (Union suisse des coopératives de consommation), aujourd’hui appelée Coop, pour les consommateurs. En 1898, VSK et VOLG fusionnèrent pour former le Schweizerischer Genossenschaftsbund (Alliance des coopératives suisses). La sélection systématique et scientifique des bêtes et des plantes a aussi largement contribué à rendre possible une croissance continue de la production agricole, suivant de près celle de l’industrie.
Mais c’est seulement pendant la deuxième moitié du XXe siècle, lors de la troisième révolution agricole qui fut basée sur les progrès motoriques et chimiques, que la croissance de la production agricole rejoignit le niveau de la production industrielle, qui s’appuyait depuis le début du XIXe siècle sur le charbon et le pétrole extraits de la lithosphère. Si les rendements augmentèrent davantage entre 1950 et 1985 qu’au cours des 150 années précédentes, c’est également du fait de l’utilisation de pesticides comme celui produit par la société Maag. De plus, les surfaces autrefois nécessaires à la production du fourrage destiné aux très nombreux animaux de trait contribuèrent également en grande partie à l’expansion sans précédent de la production de denrées alimentaires. En effet, la mécanisation de la production survenue au cours de la deuxième révolution agricole était largement basée sur l’utilisation de bêtes de trait (chevaux, ânes, vaches, bœufs, taureaux, chiens) dont la nourriture, comme celle des humains, devait être produite sur le sol, dans la biosphère.
Musée national Zurich
A partir de 12 avril 2019
Sur une surface de 1000 m2, la nouvelle exposition permanente consacrée à l’histoire de la Suisse s‘étend sur une période de 550 ans. Ce parcours à travers les siècles débute à la fin du Moyen Âge et s‘achève avec les défis auxquels sont confrontées aujourd‘hui les institutions démocratiques. L’exposition illustre le passage d‘un système d‘alliances politiques à l’État Fédéral moderne, après de rudes luttes au sein de la Confédération. Elle transcende également une limite temporelle qui est souvent un tabou pour les musées historiques, en se projetant dans l’histoire du présent.
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