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Comme nous l’avons vu dans le dernier article de blog, l’énergie nucléaire est porteuse d’espoir pour la Confédération et les entreprises électriques. Grâce à elle, la Suisse entend s’affranchir des combustibles fossiles et de sa dépendance vis-à-vis de l’étranger. Mais les débuts de l’énergie nucléaire remontent à une époque plus ancienne.
Utilisation civile de l’énergie nucléaire
L’énergie nucléaire est utilisée dès le début du 20e siècle. Mais à l’époque, il s’agit d’une arme militaire. Deux événements permettent au grand public de prendre conscience de son pouvoir de destruction. Il s’agit du largage des deux bombes atomiques par les Américains sur Hiroshima et Nagasaki en 1945. Sans surprise, après une telle catastrophe, l’opinion publique est divisée au sujet de l’énergie nucléaire. Tandis que certaines personnes redoutent une guerre nucléaire, l’espoir d’une possible utilisation civile et donc d’une plus grande autonomie de l’approvisionnement énergétique se fait sentir. La conférence sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique a lieu en 1955. En 1956, la Confédération signe un accord de recherche avec les États-Unis, ce qui lui permet d’acheter à bas prix un réacteur et le combustible nucléaire aux États-Unis. Dès lors, la Suisse mène de nombreuses recherches dans le domaine de la fission et de l’énergie nucléaires grâce à des subventions de la Confédération.
Une Suisse dépourvue de matières premières
La pénurie de charbon et la crise pétrolière rendent la Suisse dépendante de l’étranger. L’énergie hydraulique et le bois ne permettent pas d’approvisionner tout le pays en énergie. On espère que l’énergie nucléaire pourra combler ces lacunes. Malgré la recherche nucléaire, la consommation d’électricité de la Suisse au début des années 1960 est trop faible pour construire une centrale nucléaire. Entre 1948 et 1973, le taux de croissance de la consommation d’énergie brute s’élève à 6,25%. En 1963, lorsque les États-Unis commercialisent la première grande centrale nucléaire en 1963, la Suisse en achète une. La construction, l’octroi de licences et la formation du personnel nécessaire s’élèvent à 68 millions de dollars. La NOK, devenue Axpo, mandate la construction de la centrale nucléaire de Beznau I et BKW celle de la centrale nucléaire de Mühleberg. Les deux centrales électriques sont mises en service entre 1969 et 1972. Parallèlement, la part du pétrole dans le mix énergétique diminue de près de la moitié dans les années 1970.
Un rêve brisé
Dès le début des années 1970, une fois les premières centrales électriques construites, un mouvement hostile à l’énergie nucléaire voit le jour. Il s’agit d’un mouvement pour la protection de l’environnement. Jusqu’alors, les représentant.e.s du monde économique, des partis et des autorités étaient les principaux protagonistes en matière de politique énergétique. Un nouveau courant de pensée prend donc le relais. Les participant.e.s au mouvement de protection de l’environnement s’engagent en faveur d’un nouveau système énergétique durable. Leurs objectifs et leurs idées rencontrent toutefois un succès limité au sein de la population. Sous l’influence de ce nouveau mouvement, l’énergie commence à occuper une place de plus en plus importante dans la vie politique. Rien qu’entre 1979 et 2003, 15 votations populaires nationales ont lieu en Suisse sur des questions énergétiques, sept d’entre elles portant sur l’énergie nucléaire. Le mouvement écologiste n’obtient certes pas de majorité lors des votations, mais il exerce néanmoins une influence sur le régime énergétique.
Dès le début des années 1970, une fois les premières centrales électriques construites, un mouvement hostile à l’énergie nucléaire voit le jour.
La protection de l’environnement, partie intégrante de la politique énergétique
En 1971, la Suisse crée l’Office fédéral de l’environnement. Une votation populaire a également lieu concernant l’ajout d’un article sur la protection de l’environnement dans la Constitution fédérale. Celle-ci est approuvée à une nette majorité de 90%. Cette année entre dans l’Histoire comme «l’année de l’environnement».
Depuis 1974 et jusqu’à aujourd’hui, une grande partie des moyens financiers alloués à la recherche énergétique est consacrée à l’énergie nucléaire. En 1974, la Confédération met en place la Commission fédérale pour une Conception globale de l’énergie (CGE). La CGE est chargée de dresser un état des lieux général de l’approvisionnement énergétique de la Suisse, de définir des objectifs en matière de politique énergétique et d’élaborer des mesures adaptées à ces objectifs. Au début, la commission ne compte que des représentant(e)s de l’économie énergétique. Suite aux protestations des mouvements écologistes, un membre du mouvement écologiste et une personne du monde scientifique rejoignent la commission.
Les objectifs définis de la CGE visent un approvisionnement énergétique suffisant et sûr, des prix de l’énergie optimaux et la protection des personnes et de l’environnement. Parmi les mesures recommandées par la CGE figurent l’inscription d’un article sur l’énergie dans la Constitution et l’introduction d’une taxe énergétique. Il faut également informer et éduquer la population, utiliser des instruments de marché, c’est-à-dire des mécanismes de prix, établir des prescriptions, exiger une taxation et mettre à disposition des subventions pour certains agents énergétiques. Par la suite, les investissements dans le secteur de l’énergie passent de 37,4 millions à 97,5 millions entre 1974 et 1980. En 1990, l’article constitutionnel sur l’énergie est adopté pour la première fois à 71%. L’énergie nucléaire et la problématique de l’effet de serre sont au centre de ces débats. L’article autorise en outre la Confédération et les cantons à s’engager en faveur d’un approvisionnement énergétique diversifié, sûr, économique et respectueux de l’environnement.
Les stratégies énergétiques de 1990 à nos jours
En 1990, le Département des transports et de l’énergie lance le programme «Énergie 2000». Il se concentre sur les mesures d’économie d’énergie et le développement des énergies renouvelables. Les cantons soutiennent ce programme qui comporte des objectifs de réduction de la consommation d’énergie, de pétrole et d’électricité. L’objectif est également d’augmenter la part des nouvelles énergies renouvelables dans le mix électrique à 3,5% d’ici l’an 2000 et d’augmenter la production d’énergie hydraulique de 5%. Les personnes favorables à l’initiative souhaitent également augmenter la puissance des centrales nucléaires existantes de 10%.
En 2001, «Énergie 2000» est remplacé par SuisseEnergie. Là aussi, de nouveaux objectifs sont définis pour les dix prochaines années, notamment réduire de 10% les émissions de CO2 en Suisse, ne pas augmenter la consommation d’électricité de plus de 5%, réduire l’utilisation des énergies fossiles et donc favoriser le recours aux énergies renouvelables. Les deux premiers objectifs de réduction des émissions de CO2 et de la consommation d’électricité n’ont pas pu être atteints en 2010, comme cela était souhaité. Les deux autres objectifs ont été atteints.
Les propositions de votation des années 1970 jusqu’en 2008 portent, du côté du mouvement écologiste, sur l’abandon du nucléaire et, du côté de la Confédération, sur son développement. Les propositions des deux parties sont à chaque fois rejetées par la population. Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, le Conseil fédéral décide finalement la même année de sortir progressivement de l’énergie nucléaire. En 2013, le Conseil fédéral adopte le premier paquet de mesures de la Stratégie énergétique 2050, que l’électorat accepte en 2017. Les trois mesures principales de cette stratégie sont le développement des énergies renouvelables, l’augmentation de l’efficacité énergétique et l’abandon progressif du nucléaire. Par conséquent, il est interdit de construire de nouvelles centrales nucléaires. Les centrales existantes peuvent continuer à être exploitées tant que leur sécurité est garantie.
Ces mesures impliquent également de nouveaux défis, notamment pour Swissgrid en sa qualité de gestionnaire de réseau. Le réseau électrique doit être optimisé, développé et rénové de manière stratégique. Vous découvrirez les moyens mis en œuvre par Swissgrid à cet effet dans notre prochain article de blog.