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La Vie rêvée de Walter Mitty
Il y a une certaine séparation entre Ben Stiller, l'acteur, et Ben Stiller, le cinéaste: le premier, fils d'acteurs comiques, n'hésite pas à mettre ses talents au service de productions traditionnelles et de franchises, parfois même trop, comme en témoigne Mon beau-père et nous; le second, cinéphile depuis l'adolescence, essaye toujours de s'éloigner de ce qu'on attend de son alter ego devant la caméra, tout en signant des produits, tels que Zoolander ou Tropic Thunder, destinés à un public assez varié. C'est cet esprit de recherche qui fait de La vie rêvée de Walter Mitty un objet curieux et intéressant, ainsi que le film le plus surprenant et émouvant que Stiller ait signé en tant que metteur en scène.
Walter Mitty (joué, bien entendu, par l'acteur-cinéaste), c'est un grand rêveur qui, coincé dans le département photographique de la revue Life, imagine souvent une vie différente, où il est un héros avec tout le courage nécessaire pour demander un rendez-vous à Cheryl (Kristen Wiig), une collègue qui ignore presque son existence. Soudain, la vie rêvée et la réalité vont se rencontrer d'une manière extraordinaire, lorsque la photo qui devrait figurer sur la couverture du numéro final de Life semble avoir disparu. Walter va donc quitter New York pour l'Islande dans une tentative assez folle d'entrer en contact avec le photographe Sean O'Connell (Sean Penn), qui n'a pas de domicile fixe...
Créé par l'écrivain James Thurber en 1939, Walter Mitty a déjà fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1947, avec le visage de Danny Kaye. Cette version étant une comédie musicale avec des éléments du film d'espionnage, il est assez clair que la "mise à jour" de Stiller n'est pas un remake, au sens stricte du terme: le seul élément en commun, c'est Walter et ses rêves, mais sans chansons, ou presque. Car en abordant ce projet, Stiller a signé un film esthéthiquement classique, certes, mais pas pour autant facile à insérer dans une simple définition de genre. Il y a la comédie, l'amour, l'aventure, la contemplation de la beauté naturelle, la nostalgie d'une époque plus innocente, la condamnation - aussi gentille soit-elle - de la numérisation progressive des média. Au centre de tout celà il y a Walter, une sorte de Forrest Gump du 21ème siècle qui traverse un âge et l'observe, avec un mélange très humain de tristesse, enthousiasme et détermination.
Il paraît qu'à des moments différents ce projet soit passé entre les mains de Jim Carrey, Mike Myers et Sacha Baron Cohen. Heureusement pour nous, le choix est finalement tombé sur Ben Stiller, capable de ne pas penser uniquement au rire, mais aussi d'y injecter la vie et le cinéma.