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"J'ai gardé pour lui une certaine admiration car ce fut un homme d'Etat (...) qui a su redresser un Etat en lambeaux": ces mots qui dressent un portrait flatteur d'Augusto Pinochet émanent de l'élu ultraconservateur chilien Luis Silva, alors fraîchement élu en mai dernier au Conseil constitutionnel.
Cet avocat de 45 ans est un membre du Parti républicain, une formation d'extrême droite qui défend l'héritage du dictateur. Fort de sa dernière victoire dans les urnes, le parti sera chargé de rédiger la nouvelle constitution du Chili. Il a rassemblé 35% des suffrages, contre 29% pour la coalition de gauche qui soutient le gouvernement de Gabriel Boric.
Le premier projet de nouvelle constitution avait été balayé l'an dernier par près de 62% des Chiliens et Chiliennes. Le texte, qui visait à remplacer la constitution héritée de Pinochet, prévoyait notamment de garantir le droit à l'éducation, à la santé publique, à une retraite ou à l'avortement, et de faire du Chili un Etat plurinational.
Vestiges des années Pinochet
Les parents de Vania Aillon ont fui la dictature en 1973. Pour la directrice du festival, qui revient cette année sur les 50 ans du coup d'Etat au Chili, l'héritage de Pinochet est encore bien présent. "Il y a tout un système lié au coup d'Etat qui s'est mis en place notamment par des investissements économiques, qui sont liés à ce qu'est le Chili aujourd'hui, le Chili néolibéral qui a privatisé beaucoup de ses ressources financières. C'est sûr que l'extrême droite est aussi là pour protéger ses privilèges", précise-t-elle dans . Et d'ajouter qu'au Chili, "ce sont encore dix familles qui détiennent les ressources économiques."
En 2019, un grand soulèvement populaire rassemble des milliers de Chiliens et Chiliennes dans les rues. Les manifestations ont démarré dans la capitale Santiago en réaction à la hausse des tarifs des transports publics, dans une société très inégalitaire. Ce mouvement, violemment réprimé par le gouvernement Piñera, réclamait une réforme profonde du système ultralibéral chilien et l'adoption d'une nouvelle constitution. En 2021, la gauche incarnée par Gabriel Boric est de retour au pouvoir.
"On attendait quelque chose de beaucoup plus ample par rapport à la démocratie, à l'arrivée de Boric", regrette Vania Aillon. "Je pense qu'il faut aussi le lire dans un contexte beaucoup plus international, avec une droite qui se durcit dans toute l'Amérique latine."
Lourd passé
Sous la dictature du général Pinochet, des milliers de Chiliens, dont beaucoup de soutiens au gouvernement Allende, sont arrêtés, torturés ou assassinés. Plus d'un millier d'entre eux sont toujours portés disparus. Ce lourd passé continue de peser sur l'histoire du pays. Le gouvernement de Gabriel Boric vient de lancer pour la première fois un programme national de recherche, estimant que "la justice a trop tardé".
Un sentiment partagé par Vania Aillon qui juge ce programme essentiel: "On a besoin de reconnaître nos disparus. On n'a pas fait le processus comme l'Argentine qui a tout de suite condamné sa junte militaire."
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A la demande d'un juge espagnol, Augusto Pinochet est arrêté à Londres en 1998. C'est la première fois qu'un ancien chef d'Etat est arrêté au nom du principe de compétence universelle. "J'ai fêté cette arrestation, comme beaucoup de Chiliens. (...) Avec mon ami de l'époque, on est allé là-bas justement pour festoyer devant la résidence de Pinochet", se rappelle Vania Aillon.
Mais l'ancien dictateur (décédé en 2006, ndlr) n'a jamais affronté les tribunaux, invoquant des problèmes de santé. "La petite victoire, c'est que Pinochet ait dû se porter sénile. C'est l'unique manière qu'il a trouvé pour se détourner de la justice", conclut-elle.
Mélanie Ohayon