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« Après 5 années successives de ciné-concert avec des films de Charlie Chaplin, il était temps de changer, tout en restant dans les grands classiques. Avec Le Mécano de la Générale de Buster Keaton accompagné en live par le Philharmonique de Prague, nous souhaitons faire découvrir à notre jeune public ( et aux moins jeunes aussi ! ) un cinéma intemporel et une musique inoubliable ! »
Marie-Noëlle Gudin
– Ciné-concert : buster keaton –
Avec l’Orchestre Philharmonique de Prague
Le 1er février 1966, « L’homme qui ne rit jamais » mourait d’un cancer du poumon en Californie.
Le génial Buster Keaton, Joseph Frank Keaton de son vrai nom, avait adopté le pseudonyme de « Buster » qui lui aurait été donné dans son enfance par le grand prestidigitateur américain Houdini. Celui-ci ayant vu le garçon âgé de 6 mois dévaler les escaliers se serait exclamé : « That’s some buster ! » qui signifie « pote » ou « casse-cou », surnom qui lui est resté car Buster Keaton accomplissait lui-même toutes les cascades dans ses films.
Né le 4 octobre 1895 dans le sud-est du Kansas aux États-Unis, fils d’artistes de variétés, il monte sur scène avec ses parents dès octobre 1900 pour former « The three Keaton » imposant déjà son style : celui d’un visage qui ne rit jamais.
Dès son plus jeune âge, il a développé sur les planches une technique corporelle exceptionnelle nécessitant une grande concentration et une extrême rapidité.
En 1917 il est engagé dans des films muets comiques aux côtés du comédien « Fatty » Roscoe Arbuckle, produits par Joseph Schenk. Le relatif succès qu’ils rencontrent lui donne l’envie de faire ses propres mises en scènes cinématographiques, de devenir producteur, réalisateur et scénariste en créant le fameux personnage introverti au visage de cire impassible dépassé par ses problèmes et toujours en quête d’amour qui fera sa gloire.
Lorsque Roscoe Arbuckle signe avec la Paramount, Buster Keaton prend sa place.
Dans les années 1920, ayant fondé avec Joseph Schenk Les Keaton Comedies, il a son propre studio, interprète et réalise une dizaine de courts-métrages (The Frozen North, Hard Luck, Neighbors, The Scarecrow…) qui feront date dans l’histoire du cinéma muet, puis son premier long métrage en 1923 Ben Akiba a menti. Il est à son apogée dans La Croisière du Navigateur (1924) et le Mécano de la Générale (1926) derniers films dont il a le plein contrôle.
Ayant épousé la benjamine des sœurs Talmadge, il devient ainsi le beau-frère de Schenk et cède à la Metro-Goldwyn-Meyer en 1929 malgré les mises en garde de son ami Charlie Chaplin. Laurence Weingarten reprend alors la gestion de la production de tous les films de Buster Keaton pour le géant hollywoodien.
Désormais la créativité et la liberté de Keaton sont très restreintes et l’arrivée du film sonore rend théoriquement inutilisable la dramaturgie purement visuelle du burlesque des comédies du muet. L’incapacité des producteurs à suivre le mouvement a eu pour conséquence la chute de Keaton qui après son divorce s’est adonné à l’alcool, ce qui a entrainé son effondrement physique, financier et artistique à la fin des années 1930. Il traverse alors une longue période difficile, courant de minables cachets ou acceptant de paraître dans des films dont il n’est plus qu’un faire-valoir.
Il se produit même comme clown dans un cirque.
Billy Wilder lui tend la main dans son magnifique Sunset boulevard, en 1950, film nostalgique qui l’oppose aux stars du muet Gloria Swanson et Erich von Stroheim, et Charlie Chaplin lui offre en 1952 un rôle dans Les Feux de la rampe.
Il tourne encore pour le cinéma et fait quelques apparitions télévisuelles jusqu’en 1966. Au milieu des années 1950, ses films sont redécouverts par de nouveaux publics et Buster Keaton est acclamé comme un génie du 7ème art.
En 1959 il reçoit un Oscar pour l’ensemble de sa carrière et en 1962, lors de sa réédition internationale, Le Mécano de la Générale reçoit une ovation mondiale.
Reconnu et honoré, Buster Keaton meurt le 1er février 1966 dans la banlieue de Los Angeles.
Le film
Tous les films de Buster Keaton sont d’une grande modernité. Dans tous ses films il a su utiliser le principe du « slapstick » et de la succession toujours plus rapide de divers gags souvent répétés, avec beaucoup d’élégance et de finesse.
Dans les années 1920-30 sont réalisés les plus grands films du cinéma muet. C’est à cette époque que Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et David Wark Griffiths forment les United Artists et que Keaton est son propre scénariste, réalisateur et producteur. C’est le moment de sa gloire avec la série des Malec, Les trois âges, Notre hospitalité, Le Navigateur, et Le Mécano de la Générale.
En 1989, année de la création du National Film Registry, il est le premier film sélectionné par la bibliothèque du Congrès pour son « importance culturelle, historique et esthétique » et est classé au National Film Registry.
Le sujet du film s’inspire d’un fait réel de la guerre de Sécession : le raid d’Andrews.
Buster Keaton essaya de louer la vraie « Générale » qui était encore en service, mais la compagnie ferroviaire qui la possédait refusa en apprenant qu’il prévoyait de tourner une comédie. Il utilisa donc une autre locomotive du même modèle et quand le train entier tombe dans la rivière à la fin du film, on a l’impression qu’un des trucages les plus fabuleux du cinéma se déroule sous nos yeux, or c’est vraiment le train entier que Keaton fait tomber ! Cette scène est la plus onéreuse du cinéma muet !
Le Mécano de la Générale est l’un des films les plus chers de l’ère du cinéma muet. Malheureusement l’échec de la réception du film auprès du public comme de la critique signe la fin de l’indépendance artistique de Keaton qui va signer après lui avec la MGM.
A la fin des années 1950, lorsque ses films muets sont redécouverts, Le Mécano de la Générale redevient un succès et attire le public. Depuis, le film est l’une des comédies les plus importantes du cinéma muet pour sa rigueur dramaturgique et l’ambition de sa conception visuelle. En outre, Keaton a personnellement exécuté les cascades.
L’histoire
Johnnie Gray (Buster Keaton) a deux grandes passions : une locomotive appelée « La Générale » et la séduisante Anabelle Lee. Quand éclate la guerre civile américaine, il veut prouver son courage à Anabelle et se propose comme l’un des premiers bénévoles à l’armée confédérée. Jugé plus utile comme mécanicien que pour combattre les nordistes, l’armée le refuse. Ignorant les raisons du rejet, la famille d’Anabelle rejette Johnnie qu’elle considère comme un lâche. Peu après, les espions de l’Union volent le train avec Anabelle à son bord et La Générale à sa tête. Une poursuite sauvage s’ensuit alors à travers le réseau de chemin de fer américain à la fin de laquelle Johnnie Gray, apportant une contribution décisive à la victoire des confédérés, est finalement récompensé.
La musique du film
Bien que la bande son n’existait pas à l’époque, le cinéma muet n’était pas silencieux. Un pianiste ou un petit orchestre jouait directement dans la salle en suivant les indications fournies par les producteurs.
En 1987 Carl Davis crée une partition symphonique pour le film.
En 1995, l’universitaire américain Robert Israël, spécialiste de musique de films muets, arrange l’accompagnement musical de l’époque pour créer une nouvelle bande son diffusée avec les copies du film.
En 1999, Baudime Jam compose une partition originale pour l’accompagnement en direct du film. Elle a été créée par le Quatuor Prima Vista.
En 2004 le film est rénové grâce à la technique numérique en haute définition et le compositeur japonais Joe Hisaishi crée une bande originale inédite.
En 2007 le film est introduit dans le Top 100 de l’American Film Institute à la 27ème place.