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Sur le vif - Dimanche 23.08.20 - 14.04h
L'attachement à la souveraineté des peuples et des nations n'est pas un dada, pour une âme incarcérée dans le passé, incapable d'entrevoir le présent et l'avenir, toutes choses que cherchent à nous faire croire, par la ficelle d'une caricature méprisable, les multilatéralistes et les internationalistes.
Il est simple et naturel de défendre l'idée de souveraineté. Il suffit d'approcher la politique par l'observation, plutôt que par l'idéologie.
Avant de se prononcer, avant de proférer quoi que ce soit, sur l'Histoire des peuples, la première chose est de l'étudier. Non globalement (rien de plus vain que les "Histoires du monde", ou même les "Histoires de l'Europe"), mais PARTICULIÈREMENT, idiomatiquement à chaque nation, chaque peuple.
Évidemment, c'est une entreprise d'un peu plus longue haleine (une vie jamais n'y suffit) que de déblatérer des généralités globalistes, du style "L'Europe doit être comme ceci", "Le monde doit être comme cela". Propos de géomètres, abstraits, les cadastrés de la Lumière.
Il faut d'abord étudier les langues. Sans connaître le grec ancien, qui permet de lire dans le texte Hérodote ou Thucydide, mais aussi Plutarque, et tous les autres, on n'ira pas très loin dans la compréhension de l'Antiquité hellénique. Idem pour le latin et l'Histoire romaine. Idem pour l'Histoire allemande, italienne, etc.
Il s'agit de lire les textes historiques, mais il s'agit, bien au-delà, d'entrer dès sa jeunesse en intimité avec les textes littéraires. On ne va quand même pas étudier le grec sans passer par Homère, Hésiode, les trois Tragiques du Cinquième siècle, Platon, Aristote, les grands poètes, etc. On se sera immergé dans les grandes fictions comme dans les textes des historiens, faisant la part des choses entre les approches. On se sera, petit à petit, forgé une vision d'ensemble d'une civilisation. Et puis un jour, on meurt, conscient de ne rien savoir sur le fond. Mais au moins, on aura cheminé.
Reconnaître la souveraineté des peuples et des nations, c'est d'abord avoir cheminé, oui, vers leurs Histoires, au pluriel. La logique de la construction nationale française, sur un millénaire, n'a rien à voir avec celle de l'Allemagne, ni de l'Italie, ni de la Suisse. Chaque nation se développe en fonction de critères propres. Ce qui est valable pour l'une, ne l'est pas nécessairement pour l'autre. La Suisse, l'Allemagne, sont des Confédérations. La France, non. Plutôt que de juger, il faut OBSERVER l'Histoire, et tenter de comprendre.
Reconnaître la souveraineté des peuples et des nations, c'est s'inscrire dans un CHEMINEMENT INTELLECTUEL. Il passe par la reconnaissance et le respect des différences, l'ascèse dans l'observation, la méfiance face aux grands principes universels, le refus de confondre la politique avec la morale, la passion pour les langues, pour les récits, pour l'Histoire. C'est cela, très précisément, ce renversement de priorités par rapport aux Lumières de l'Aufklärung, ce retour à l'intimité du verbe et de la langue, que nous proposent le Sturm und Drang, puis le Romantisme, dans l'Histoire intellectuelle, littéraire et même musicale des Allemagnes (à partir des années 1770). Le prodigieux "Dictionnaire de la langue allemande", des Frères Grimm, en sera la consécration.
On apprécierait que l’École, libérée des fadaises de Mai 68, s'attache à réinventer, avec la passion du verbe et de la transmission, ce long chemin de connaissance. Mais déjà, glacialement saisi par le réel, on sent poindre l'ombre du doute. C'est terrible. Parce qu'on sacrifie une génération, sur l'autel des grandes idées, de l'universel abstrait. Et surtout, pire que tout, dévastateur, mortifère sur le plan intellectuel : sur l'autel du Bien.
Pascal Décaillet