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"Je me lève le matin et après avoir servi le thé à la famille, je laisse mes enfants pour aller chercher de l'eau. Ça peut prendre une, deux ou trois heures, ou même parfois toute la journée. Ensuite, je rentre, je m'occupe de ma famille, je lave le linge ou je m'occupe de la maison. Toute ma journée tourne autour de mes trajets au puits pour aller chercher de l'eau", résume Khaitu dans l'émission Tout un monde.
Dans son village de 1300 âmes, Dasser Ji Dhani, un puits unique permet de procurer de l'eau aux habitantes et habitants, qui font la queue pendant des heures en attendant leur tour.
Pour subvenir aux besoins des dix membres de sa famille, la jeune femme doit parcourir plusieurs fois par jour 300 mètres d'un chemin pentu et escarpé, quitte à prendre des risques.
"On préfère partir en groupe, si possible avec une femme plus âgée. On fait ça pour que les plus jeunes d'entre nous ne se sentent pas isolées. Cela nous protège des mauvaises rencontres", explique Khaitu, qui comme d'autres femmes se sent abandonnée par le gouvernement de la province.
"Le gouvernement n'a rien fait pour nous concernant l'eau. Ils ne nous ont rien donné: pas de projets, pas de routes, pas d'infrastructures pour récolter de l'eau. Tout ce qu'ils font, c'est récupérer des votes", ne décolère pas la jeune femme.
"La météo a changé"
A quelques kilomètres du village de Khaitu, le gouvernement local a construit un puits filtrant l'eau venant des sols. Fatima, 40 ans, doit marcher quatre kilomètres aller-retour pour chaque trajet depuis son village de Kharo Dongro. Cette tâche est rendue de plus en plus difficile en raison du changement climatique et de l'allongement des périodes de sécheresse.
"C'est devenu très difficile de récolter de l'eau. La météo a changé ces derniers temps. Avant, la mousson arrivait en juin ou en juillet. Désormais, c'est plutôt août ou septembre. C'est devenu un vrai problème de ramener de l'eau et même celle du puits est saumâtre", raconte Fatima.
L'eau récoltée dans des bidons en plastique est ensuite versée dans des pots en terre cuite. Elle sera principalement utilisée pour la consommation des sept membres de la famille, mais aussi pour le troupeau de vaches, cuisiner, laver le linge. Tous ces besoins nécessitent plusieurs trajets par jour et peuvent lui prendre jusqu'à neuf heures de la journée.
Les ONG se substituent aux autorités
Les autorités locales ont pourtant multiplié les initiatives pour garantir un accès à l'eau aux habitants du district désertique de Tharparkar, fort d'environ deux millions d'habitants.
"Des pompes à eau solaires ont été installées dans les villages les plus isolés, ceux qui sont les plus touchés par le manque d'eau. Nous avons également construit des bassins de rétention d'eau. Toutes ces initiatives nous permettent de garantir un approvisionnement en eau aux habitants pour plusieurs mois", explique Sarah Javed, l'adjointe au gouvernement local.
Problème: de nombreuses infrastructures mises en place par les autorités locales ne fonctionnent plus. Récemment, des employés en charge des pompes se sont mis en grève après ne pas avoir reçu de salaire.
Des ONG tentent de combler les manquements, comme l'explique Nasira Rana, de la Fondation Sukkar. "Nous fournissons des réservoirs sous-terrains de récupération d'eau de pluie, qui filtrent l'eau pour qu'elle soit potable. Ces réserves ne tiennent pas toute l'année, mais elles permettent de fournir les besoins du quotidien pendant au moins trois à quatre mois."
L'association a déjà construit 2000 réservoirs à travers trois cents villages du désert de Tharparkar.
Pénurie d'ici 2025?
Malgré ces initiatives, l'avenir de ses habitants est préoccupant. Selon un rapport de la province du Sindh publié fin mai, le nombre de suicides augmentent dans la région, touchant principalement les femmes. Les causes sont notamment l'absence d'eau potable et la pauvreté.
Au Pakistan, ce sont à 72% les femmes qui s'occupent d'assurer les besoins en eau de la famille, les privant souvent de toute éducation. D'ici 2025, le pays sera en pénurie d'eau absolue en raison du changement climatique.
Reportage radio: Elodie Goulesque
Adaptation web: Jérémie Favre