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De plus, il y avait également une tradition assez ancienne qui voulait que les membres de la jeunesse fortunée effectuent un tour d’Europe, parfois pendant plusieurs années, pour parfaire leur éducation: le «Grand Tour». Enfin, les artistes de la période Romantique feront de la nation helvétique une destination privilégiée. C’est ainsi que l’on voit apparaître une multitude de petits guides touristiques donnant des conseils divers comme les horaires de diligences ou des adresses d’auberges. Dès 1789, l’Anglais William Coxe publie l’un des premiers guides consacrés à la Suisse. Suivront Richard, Murray, Baedeker, Ebel et bien d’autres. Ce dernier indique que les voyages en Suisse sont singulièrement propres à fortifier la santé, mais il prévient que la vie y est (déjà!) plus chère que dans d’autres pays.
De longs trajets
A cette époque, on voyageait dans des diligences ou des «malles-poste» tirées par des chevaux qu’on échangeait dans des relais échelonnés le long des routes. La distance d’un relais à un autre formait une «poste». En Suisse, celle-ci était de 3 lieues (environ 14,5 km), que l’on parcourait en 1 h. 30. Dans les années 1830, on pouvait faire la route de Paris à Bâle en 60 heures, grâce aux diligences de la compagnie des Messageries Générales, qui roulaient jour et nuit. Le service de Lausanne à Genève était, quant à lui, assuré par une grosse malle-poste qui faisait le trajet en 6 heures, avec une dizaine de personnes à bord. Le 1er juillet 1838 fut inauguré un service quotidien accéléré entre Berne et Bâle. Il s’agissait d’une grande diligence à trois grands compartiments, haute sur roues, portant le nom de «vélocifère» et couvrant la distance en 16 heures. On créa la même année un autre service quotidien appelé «célérifère», qui franchissait en 34 heures la route de Genève à Zurich via Fribourg.
En arrivant au pied des Alpes, les voyageurs quittaient leur voiture pour le char à banc, «véhicule national de la Suisse» comme le qualifie le guide de Murray. Il consistait en une capote de cuir abritant une simple planche, posée en long sur quatre roues très basses, pratique sur les routes escarpées. Mais quand le chemin devenait trop difficile, il fallait monter sur des chevaux ou des mulets. L’auteur du «Derniers des Mohicans», Fenimore Cooper, qui visita la Suisse en 1828, décrit bien tout cela. Pendant ces longs trajets, il fallait également dormir et manger. A ce propos, en 1840, un peintre anglais nommé Strutt raconte qu’il se trouvait à Bulle avec sa femme en attendant la diligence pour Rossinière/VD. Cherchant un endroit convenable pour passer la nuit, le couple renonça à loger à «l’Hôtel de la Mort», trouvant ce nom peu engageant… L’enseigne de cet établissement indiquait pourtant avec un certain humour:
«A la Mort. Bon logis à pied et à cheval.
Le vin qu’on y boit guérira votre mal. Entrez donc passans (sic),
assiégez mon tonneau
Ce n’est pas celui-ci qui vous conduira au tombeau».
Recettes variées
Arrivés le lendemain à Rossinière, les deux Britanniques ne trouvèrent qu’une salle commune qui tenait lieu d’auberge. Après de laborieux pourparlers, on leur servit une sorte de potage où «des tranches de pain rassis nageaient dans un mélange d’eau et de lait, avec un petit morceau de vache séchée». Cette anecdote mise à part, le jugement d’ensemble sur les auberges suisses au début du XIXe siècle était plutôt bon. Il est vrai que les appréciations des voyageurs étaient souvent contradictoires à l’image des commentaires que l’on trouve aujourd’hui sur le Net… L’écrivain et poète Gérard de Nerval, voyageant de Berne à Zurich, fut accueilli à 23 h. au relais de poste, où il dégusta des «truites bleues des lacs». Le menu proposait un large choix: potages, côtelettes sur de la choucroute, pigeon, langue en ragoût, poulet lardé, rôti de veau et diverses salades. De quoi reprendre des forces après une longue route.
Frédéric Schmidt