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Une forêt de micros, des officiers assis (ou debout?) en rang au fond de la salle, des drapeaux au mur et un homme, au centre de l'image, faisant un simulacre de salut militaire. Son costume n'a rien de très élégant. Pantalon bouffant, chemise mal rentrée, cravate trop courte, casquette légèrement de travers. Lorsque Charlie Chaplin réalise The Great Dictator (Le Dictateur) en 1940, l'Amérique n'est pas encore intervenue dans la Seconde Guerre mondiale. S'inspirant du régime nazi mis en place par Hitler, le film ne craint pas de présenter le nazisme comme un danger mortel, non seulement pour les Juifs européens, mais aussi pour l'humanité tout entière et la survie de la démocratie dans le monde. Tout cela n'est jamais nommé, évidemment, dans ce métrage comique conçu comme une satire. Dans le même ordre d'idées, la croix gammée n'apparaît jamais dans The Great Dictator, remplacée par la double croix qu'on voit ci-dessus, et qui en est un décalque. C'est le premier film dans lequel Chaplin n'apparaît pas en Charlot.
Son retentissement fut mondial, mais la censure intervint dans de nombreux pays comme l'Espagne, où The Great Dictator fut interdit jusqu'en... 1976. En Allemagne, censuré durant la guerre, il n'arriva finalement sur les écrans qu'en 1958. Plus surprenant, l'Irlande prononça également une interdiction à son égard afin de rester neutre durant le conflit en Europe. Tel est le risque lorsqu'on se moque des dictatures ou qu'on les critique. Les polémiques autour de The Interview, qui est à l'origine d'une crise politique entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, le rappellent aujourd'hui. Mais n'alimentons surtout pas le buzz et revoyons plutôt Chaplin dans un double rôle qui semble toujours d'actualité.
The Great Dictator (Le Dictateur) est projeté ces jours aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle "Centenaire de Charlot".