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Une construction harmonieuse
Mai 1968 et la crise pétrolière de 1978 marquent la fin d’une époque. Dès 1975
la population de Genève se stabilise. L’arrêt brutal de la croissance s’accompagne
d’une remise en question des conceptions qui ont régi le développement urbain
de l’après-guerre. L’urbanisation façon cités-satellites, l’architecture moderne,
l’expansion de l’agglomération urbaine sont contestés. On ne rêve plus d’une Genève
de 800 000 habitants mais de 430 000 pour l’an 2000. Le désir de sauvegarder l’environnement
naturel et ce qui reste du passé constitue une exigence nouvelle. Dès 1983, une
commission d’urbanisme est crée par le Conseil municipal pour contrôler les constructions.
En 1988, le Conseil municipal adopte un document qui définit les idées directrices
de l’aménagement communal. Les zones de construction existantes ne sont pas remises
en cause, mais on y souhaite une densification par des projets « bien étudiés,
intégrés et harmonieux ». Chêne-Bougeries s’attribue un rôle de « poumon vert
de la cité, avec de la verdure et pas de constructions banlieusardes ».
En 1983, la rénovation du secteur sud du village est à l’ordre du jour. La nouvelle Commission sur l’urbanisme attribue un mandat d’étude d’un plan directeur de quartier pour le côté sud aux architectes Dominique Reverdin et Roland Meige. En 1990, le futur du village est fixé. Les bâtiments situés en front de rue sont maintenus ou remplacés dans leur gabarit d’origine, à l’arrière, il est prévu de construire un second front de petits immeubles, avec 120 logements supplémentaires. Sur la rue du Vieux-Chêne, les immeubles seront rénovés au fur et à mesure des opportunités.
Alors que les esprits s’agitent toujours pour l’élargissement de la rue de Chêne-Bougeries, il reste un bloc à construire entre la Seymaz, le chemin du Pont-de-Ville, le chemin de la Fontaine et la rue de Chêne-Bougeries. En 1994 les autorités lancent un concours d’architecture, remporté par Pierre-Alain Renaud et l’immeuble est achevé en 1996. Avec ses quatre étages, il paraît bien mieux s’intégrer dans le village que ses voisins des années 1970 qui culminent à neuf étages. Il incarne une évolution vers des gabarits plus modestes, plus traditionnellement villageois.
En 1997, le département des travaux publics en collaboration avec la commune, initie un concours d’idées pour ce périmètre. Le concours est remporté par un jeune architecte, Antoine Ris. Son projet aussi contemporain que respectueux des lieux prévoit 19 morceaux représentant chacun un bâtiment, et prend ses distances par rapport à la démarche de la « table rase » pratiquée dans les année 1970. L’objectif est de pouvoir procéder par étape et de confier la réalisation des bâtiments à des architectes différents pour retrouver la combinaison d’unité et de variété.
Une longue bataille concernant la démolition du numéro 13 et 15 de la rue de Chêne-Bougeries verra son paroxysme la nuit du 13 au 14 mai 1995 quand une centaine de manifestants empêchent la démolition de ces immeubles . Ils sauvent leur bâtiment pour deux ans. En décembre, accompagné d’un dispositif policier musclé, les bulldozers démolissent l’immeuble durant la nuit du 5 au 6.
Les parcelles situées le long des chemins de Grange-Canal et de la Chevillarde se trouvent en 3e zone de développement et possèdent donc un important potentiel d’urbanisation. Des projets d’aménagement commencent à voir le jour et ne sont pas toujours bien accueillis. Pour traduire la volonté communale de faire de cette 3e zone de développement « une entrée dans un poumon vert, communal et bien chênois » au lieu d’ « une sortie de ville à caractère urbain », le bureau Aera planche sur un nouveau plan d’aménagement, plus « convivial », « un urbanisme fondé sur une volumétrie modulée, des gabarits raisonnables et une implantation harmonieuse des bâtiments tout en permettant de sauvegarder chemins ombragés, murs caractéristiques, demeures intéressantes et importante végétation. » Si la plupart des programmes d’urbanisation le long des chemins de la Chevillarde et de Grange-Canal sont renégociés pour aboutir à des solutions mieux acceptées ou sont carrément « gelés » en attendant des jours plus favorables, tel n’est pas le cas du projet de mise en valeur de l’ancienne campagne Moreillon, qui fait l’objet d’un referendum municipal. Le projet, soutenu par la municipalité, mais désapprouvé par les associations de voisinage et de l’environnement, est refusé à 66% une première fois en 1998 puis une deuxième fois en septembre 2004, sur un projet revu avec une densité moins élevée et des prises au sol réduites intitulé « Les Hauts de Malagnou ». Cependant l’autorité cantonale veut outrepasser le résultat des urnes et lancer une procédure d’opposition pour le bien commun.