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7 - Aracy à l'hôpital
Soudain, la "jeep-ambulance" ralentit. Puis elle quitte la piste de terre rouge pour franchir un portique de bois. Sur un écriteau, on peut lire en grandes lettres: "Porta da Esperança". C'est l'entrée de la Mission Caiua.
Située à quelques kilomètres de la petite ville de Dourados, cette station missionnaire comprend une école et un hôpital…
Quand la jeep s'est enfin arrêtée, Aracy dormait profondément sur les genoux de l'Indienne.

A présent, elle ouvre de grands yeux étonnés et inquiets. Où est-elle? Qui est cette femme au visage sans couleur, qui la prend dans ses bras? Ce n'est pas une Indienne! Non, mais elle sait heureusement s'exprimer en caiua. Et son sourire parle une langue que chacun peut comprendre: celle du cœur. Dona Loide est la femme du directeur de la station missionnaire.
Mba'eixapa! Bonjour, ça va? dit gentiment la dame au visage pâle. Mais Aracy n'est guère rassurée…
Comme il fait très chaud, on lui apporte quelque chose à boire. Ah! que c'est bon quand on a si soif!
Puis on l'emmène prendre une douche.
Aracy aime bien l'eau. Mais là, elle a vraiment très peur. Que se passe-t-il dans sa tête? Peut-être ceci: "Quel mystérieux pouvoir ils ont, ces gens! Ils peuvent dire à la pluie de tomber où ils veulent, même dans une maison. Et ils savent la faire arrêter d'un seul coup!"
Pauvre petite Indienne! Elle n'a pas fini de découvrir des choses vraiment étranges.
- Anhangareko-ta nde-rehe! Ici, on va bien te soigner! dit avec affection Dona Loide en portant Aracy dans sa "chambre".
Comment l'imaginez-vous, cette chambre d'hôpital? Elle est bien différente de ce que vous pensez! Sous un toit de chaume soutenu par quelques piliers de bois, il y a des lits de fer sur une dalle en briques. Pas de fenêtres, et pas de murs non plus. L'air peut circuler! Avec les années, les choses s'amélioreront, à la Mission Caiua. Mais pour l'instant, l'hôpital est ainsi…
- Xe aha-se jevy xe roga-pe! Je veux rentrer chez moi! dit la pauvre petite, en sanglotant. Ah! qu'il est difficile de se mettre à sa place…
Toi qui lis son histoire, tu aurais un choc si tu devais soudain te faire soigner dans ce lieu. Tout te paraîtrait si rudimentaire. Ce même choc, Aracy le ressent aussi, mais dans le sens opposé. Elle qui a toujours vécu dans une maloca, dormant dans une corbeille puis dans un hamac, là voilà tout à coup sur un lit, cette chose si raide qui ne balance même pas! Et comment, à cinq ans, pourrait-elle apprécier sa chance d'être là? Tant d'autres Indiens malades seraient heureux de recevoir des soins dans cet hôpital, le seul qui leur soit réservé dans cet immense Brésil. Mais soixante ou quatre-vingts lits, qu'est-ce que cela pour un pays dans lequel on mettrait quinze fois la France ou deux cents fois la Suisse?
Quand le médecin examine la petite, il ne cache pas son inquiétude.
- Elle dépérit par sous-alimentation! Mais… y a-t-il autre chose? Pour le savoir, on va faire une série d'examens…
Alors commencent aussitôt les prises de sang et toutes sortes d'analyses. Chaque fois, la gentille infirmière s'attarde vers la petite. Mais le premier soir déjà, quand le calme revient, les larmes roulent de nouveau sur les joues de l'enfant.
Comment pourrait-elle s'endormir quand un petit soleil oublie de se coucher? Un petit soleil? Ah, oui, bien sûr! il s'agit d'une lampe qu'on n'a pas encore éteinte. Or Aracy n'a jamais vu d'ampoule électrique… Mais ce n'est pas tout: Ici, la petite Indienne ne connaît personne. Ses voisines de lit, de vieilles femmes pense-t-elle, l'intimident beaucoup.
Pendant le jour suivant, il y a de nouveau un peu d'animation: les repas, les allées et venues de l'infirmière, la visite du médecin. Mais quand le soir revient, une fois encore les sanglots prennent la place du sommeil.
- Que faites-vous donc à cette petite pour qu'elle pleure tellement? demande M. Orlando, mari de Dona Loide.
Rien, mais elle a l'ennui! répond une infirmière. Elle se sent perdue, ici. Et la pauvre, elle s'épuise en pleurant!
Attendez! Je vais essayer quelque chose! Alors M. Orlando prend Aracy dans ses bras, et l'emmène chez lui, dans la maison voisine.
- Tu verras! lui dit-il dans une langue qu'elle ne peut pas comprendre, j'ai trois grandes filles. Elles seront bien contentes de pouvoir dorloter une si mignonne poupée indienne…
Quelques heures plus tard, la petite dort paisiblement. Alors M. Orlando reprend délicatement l'enfant… et vient la déposer tout doucement dans son lit d'hôpital.
Ce curieux manège va se renouveler chaque soir. Hélas! une nourriture saine, et beaucoup d'affection ne peuvent pas tout faire. Le médecin reste perplexe. Décèlera-t-il enfin le mal qui affaiblit pareillement cette petite?
Et les médicaments, agiront-ils à temps?
Texte: Samuel Grandjean