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Très tôt, Andrea Binotto s'est trouvé une étoile pour le guider, s'appuyant sur des capacités intellectuelles déjà au-dessus de la moyenne, une culture du savoir très pointue. Cette concentration de richesses lui a permis de maîtriser rapidement un destin. Le sien. De construire sa personnalité, chouette et attachante, saine à tout point de vue.
A la question: quand avez-vous su que vous seriez entraîneur de foot, il répond en montrant un sourire naturel et rassurant: "Assez rapidement, car j'ai toujours eu la fibre pour l'enseignement. Idem pour mon métier - il est professeur de maths au Gymnase de la Cité à Lausanne-. Ça s'est produit quand j'étais gymnasien. J'avais un bon prof, je le regardais faire, je l'écoutais. Il m'inspirait, alors je me suis dit que je ferai comme lui un jour; d'autant que j'aimais les maths."
Si l'arithmétique est une branche des mathématiques qui correspond à la science des nombres, les mathématiques sont un ensemble de connaissances abstraites, qui résultent de raisonnements logiques appliqués à des objets divers tels que les nombres, les formes, les structures, etc. "Le processus est de partir d'axiomes et d'arriver à des conclusions qu'on appelle des théorèmes", ajoute Andrea Binotto. "
Les maths me structurent. Mon job de coach consistant notamment à faire passer des messages, ça synthétise le raisonnement."
Joueur, Andrea Binotto analysait le jeu, posait des questions d'ordre tactique, était déjà dans la peau d'un entraîneur. D'ailleurs, il a été entraîneur-joueur, avant d'être coach. "Là aussi -en 2e ligue surtout- j'avais la fibre pour expliquer aux joueurs ma vision du jeu, les placer sur le terrain, les conseiller, les motiver." En Suisse, Andrea Binotto est le seul à avoir entraîné à tous les échelons, de la 4e ligue à la Challenge League; cette ancienne LNB qu'il découvrira la saison prochaine.
Un frère chez Ferrari
Votre frère, Mattia, est le patron de Ferrari en F1, vous êtes dans le football, l'idée vous a-t-elle effleuré de le suivre?
Non, pas du tout. Avec mon frère on a tout fait ensemble, notre enfance, la période ado, on avait le même groupe de copains. Mattia est l'aîné. A l'EPFL, on s'est séparés seulement quand il a fallu s'orienter. J'ai choisi les mathématiques et il est parti dans la mécanique, parce qu'il aimait ça, et pas forcément les bagnoles. Il a pu participer à un master en Italie, où étaient présents une dizaine d'ingénieurs spécialisés dans les moteurs de voitures de course. Il y a eu une sélection, elle a été rude, et Mattia a été engagé chez Ferrari, (team essai). Depuis le début de la saison, il est le patron de la Scuderia.
Croissance tardive
Footballeur, vous étiez prometteur et puis...
...Tout s'est écroulé; dans ma tête, le foot c'était terminé. J'avais 13-14 ans, peut-être 15, je n'avais pas encore commencé par croissance. J'étais petit, explosif et je me suis mis à beaucoup grandir (il mesure 195 cm). Du coup, je n'ai plus su jouer, j'avais perdu toute ma vitesse, mon explosivité. Je ne savais même plus marcher. Durant 2 ans, ça a été la "cata." La déception digérée, j'ai évolué en 4e ligue, pour du foot plaisir.
Quelle est votre philosophie, dans le football?
Je suis convaincu qu'on peut gagner des matches parce qu'on est malins. Sur la longueur, c'est maîtriser le ballon, c'est avoir des qualités techniques, les travailler, travailler les gammes, les répéter quotidiennement. Aux entraînements, c'est, avec les joueurs, mettre en place le jeu souhaité le samedi. Il y a beaucoup de contenus excellents mais on s'éloigne de la vérité du match. Cette jouerie souhaitée, on doit la placer à l'entraînement dans les bonnes dimensions et positions.
Y a-t-il une zone où vous accordez de la liberté à vos joueurs?
La 2 ou la 3, soit la zone offensive, devant le but adverse. Là, il faut garder de la spontanéité. J'y accorde de l'importance. Idem dans le jeu de transition.
Vous êtes donc plus proche de Guardiola -champion d'Angleterre avec Manchester City, ancien coach à succès de Barcelone - que de Mourinho?
Oui, on doit bien jouer au foot. L'objectif, c'est marquer, et pas forcément conserver le ballon. En gardant trop la balle, on perd en efficacité. La transition vers l'avant doit être rapide. Quand on récupère le ballon, l'important est de savoir quoi en faire. Dans mon équipe, les joueurs doivent avoir la capacité de faire ce que je demande.
Pro dans le foot
La saison prochaine, le SLO va la vivre en Challenge League...
...Il y a une évolution qui se fera naturellement. À chaque fois, il faudra s'adapter à des équipes qui iront plus vite, qui seront meilleures (en principe). Il faudra soigner les détails, pour être plus précis et plus compétitifs. Le travail global, lui, restera le même.
Vous allez devoir être pro...
...Si on veut durer dans cette catégorie de jeu, c'est quasi obligatoire.
Et en ce qui vous concerne?
Je le serai aussi. Je vais pouvoir faire un arrêt d'une année à l'Etat de Vaud. Dans cette optique une demande sera (ou a déjà été) faite. À partir d'un certain nombre d'années, on peut obtenir ce congé. Pour un an, j'ai ce parachute. Après? Je peux retrouver mon poste, en cas de turbulences dans le foot.
Ce nouveau défi en Challenge League est excitant, non?
Oui, j'ai envie de montrer qu'avec une équipe "petite cylindrée", on peut continuer à pratiquer un football attrayant et à mettre en difficulté les équipes du haut de tableau. Le maintien? On l'obtiendra avec la manière, et de la séduction. Chaque fois qu'on est montés, on a toujours su montrer qui on était. Personne n'a du tout envie de changer la nature de ce qu'on fait et qui est la nôtre.
Une implication totale
Pour quelle faute, ou pour quel fait, faites-vous preuve de plus d'indulgence?
Au foot, que ce soit à l'entraînement ou dans un match, on a un moment de vide, on vit avec un régime inférieur. Je peux comprendre ça. Les joueurs ne sont pas des robots. Il faut accepter ce creux et mettre en avant des joueurs qui tournent à plein régime. Si on les perd, ce moment de vide s'accentuera.
Et à l'inverse, vous ne pardonnez pas...
...Le manque d'implication, le manque de ponctualité et certains efforts qui ne se font pas sur le terrain. Par rapport à l'esprit d'équipe, c'est manquer de respect. Je suis très exigeant envers moi-même, il est naturel que je demande beaucoup à mes joueurs. Ils me le rendent bien.
Enfant, quel métier rêviez-vous de faire?
J'étais un mordu de foot. Je rêvais d'être footballeur. Sélectionné avec les juniors Inter (jusqu'à 14-15 ans, Team Vaud n'existait pas à cette époque). Il y avait 2 clubs à Lausanne qui en proposait: le LS et le Stade-Lausanne. J'ai évolué avec le SL et je peux dire que j'étais prometteur. Sont alors arrivées ma croissance, la puberté, ses conséquences fâcheuses.
Transmettre des passions
Qu'est-ce qui vous plaît dans la vie qui est la vôtre?
C'est transmettre des passions. Chaque match est une aventure, une passion. Et dans mon métier -professeur de maths-, c'est de tout entreprendre pour que mes élèves apprécient la branche.
Au foot, on vous surnomme le "professeur". Ça vous dérange?
Oui, dans la mesure où ça peut avoir comme connotation le fait de tout savoir. Non, parce que ça me fait un peu rire. Quand mes joueurs me parlent, ils me disent coach.
Aimez-vous le milieu du foot dans lequel vous évoluez?
J'aime le football et son jeu, par rapport à ce qui se passe dans le vestiaire et sur le terrain. Autour? Non.
Êtes-vous une force tranquille ou plutôt une pile électrique?
La plupart du temps, je suis quelqu'un de tranquille. Je recherche la tranquillité. Mais parfois, j'ai le sang très chaud. Je fais un gros travail sur moi-même pour justement maîtriser ces moments de colère. Je dois en être capable. Il faut que j'y arrive. Cela dit, un coup de gueule bien placé...Je n'ai pas envie d'être trop lisse, non plus, c'est un peu ch...
Jono Gibbs, entraîneur de l'équipe de rugby de La Rochelle dit: "Un coach n'a pas besoin d'être dur, mais se doit d'être clair". Vous êtes de cet avis?
Oui, il a tout à fait raison.
Votre devise, c'est donner, même mal, mais donner?...
...Donner, oui, tout en sachant qu'on peut se planter.
L'exigence a-t-elle toujours été une de vos qualités premières?
Je suis exigeant et rigoureux. On peut atteindre des objectifs en étant exigeant, sinon ce n'est pas possible. Dans le monde qui est le nôtre aujourd'hui, il y a trop de connaissances dans tout, ce qui vous poussent à l'être, pour réussir.
En quelques mots, comment définiriez-vous votre personnalité?
Je suis quelqu'un d'ouvert, de disponible, de cohérent et respectueux.
Entraîneur, vous arrive t-il de commettre des erreurs de jugement?
Quand on se trouve au bord du terrain, on a une vision à plat, on a des angles de vue différents que si on se trouve plus en hauteur. Ces angles de vue peuvent être mal analysés. En revoyant certaines images montrant certaines situations de jeu, je peux changer mon analyse. Parfois, c'est ce qui m'arrive.
PALMARÈS
- Andrea Binotto est né le 29 novembre 1970.
- Professeur de mathématiques au Gymnase de la Cité à Lausanne.
- Ancien footballeur. Était milieu de terrain devant la défense puis à la fin a joué en défense centrale.
- École de foot au Racing Lausanne. A été sélectionné avec les équipes inters et a joué au Stade-Lausanne, jusqu'à l'âge de 15 ans.
- Puis, victime de crise de croissance et d'une puberté tardive, il n'a plus joué du tout.
- Après un arrêt de deux ans, il évolue avec Epalinges, en 4e ligue, puis au LUC (Lausanne Université Club) en 2e ligue, "J'étais aux études à l'EPFL", puis à La Tour-de-Peilz (son entraîneur était Yves Débonnaire, qui lui a donné le goût de la fonction). ensuite avec Pully (2e ligue), puis Concordia Lausanne en 4e ligue.
- A Concordia, il a été entraîneur-joueur durant 5 ans et connu 2 promotions (4e en 3e ligue, puis 3e en 2e ligue) et entraîneur durant 5 ans, en 2e ligue.
- Depuis 7 saisons, il entraîne SLO (Stade-Lausanne Ouchy) qui vient d'être promu en Challenge League. Avec SLO, il a fêté 3 promotions: 2e ligue inter à 1ère ligue, 1ère ligue à Promotion League. Et, cette saison, de Promotion League à Challenge League (ex-LNB).