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Comme l’avait dit Cicéron : *Ut sementem feceris, ita metes. (Ci. de orat.) *Comme tu auras semé, tu récolteras. Sujet traité par les Frères F.R., E.V. en Oct. 2009. Le préjugé est une idée commune à un certain nombre de personnes, et qui est considéré par celles-ci comme une vérité. Ce mode de pensée est lié à la nature profonde de l’homme. Peut-être devons nous, pour commencer, nous demander, sans jugements de valeurs, quelle est la fonction première du préjugé. Le préjugé est une idée commune à un certain nombre de personnes, et qui est considéré par celles-ci comme une vérité. Ce mode de pensée est lié à la nature profonde de l’homme. Peut-être devons nous, pour commencer, nous demander, sans jugements de valeurs, quelle est la fonction première du préjugé. Nous Maçons, nous ne pouvons manquer de considérer le préjugé comme une réalité utile, à savoir : une méthode de pensée fut-elle positive contre laquelle notre devoir nous impose de lutter, contre laquelle notre raison nous entraîne, contre laquelle se révolte notre intelligence et se réveille notre sens de l’humour. Reste que le préjugé n’est rien autre qu’une tache sur la marge, l’un des carrés noirs de notre pavé mosaïque, une forme de révélateur. Gardons-nous de tout angélisme, le préjugé acquière son peu d’utilité dans l’exacte mesure où, reconnu et éprouvé, il devient le point de départ de notre réflexion. Sans négliger le fait que les préjugés s’appliquent à la quasi-totalité des objets ou des Êtres observés, nous pouvons donc tenter l’analyse de leurs origines sur l’un des plus archaïques et des plus persistants : le préjugé raciste. Au départ, la xénophobie fut sans doute liée à l’agressivité animale, à la crainte du contact entre les êtres vivants. La défense de leur territoire naturel était comprise par eux comme garante de leur approvisionnement, ce fut donc d’abord, d’une certaine façon, la « peur d’être mangé par l’autre » qui institua cette réaction. On jugea alors des qualités ou des défauts de cet « autre » mystérieux, pour se garantir un lieu d’observation, une option de défense, de fuite ou de fraternisation. Malheureusement, à terme, bien que toutes les données eurent évolué, on évita de remettre en question ces réflexes, on définit des hiérarchies, des priorités, des pouvoirs plus ou moins fictifs, devant lesquels on réagit avec rigidité. Bref on préjugea ! Ces conjectures naquirent donc d’un repère utile, (le tigre porte des rayures verticales noires) puis évoluèrent, au fil du temps, en réflexes sclérosés, (les rayures verticales noires sont dangereuses) pour finir en certitude absurde, (le zèbre porte malheur). C’est ainsi que les préjugés devinrent partie intégrante de cette fraction de notre psyché que Carl Gustav Jung appela « la Persona », terme dérivant du grec « prosopon », qui signifie « masque ». C’est-à-dire : la face que nous donnons à voir publiquement, l’adaptation de notre être singulier aux normes sociales, notre apparence, nos attitudes conscientes envers le monde extérieur, le résultat d’un compromis avec ce que nous voulons être et ce que nous pouvons paraître, répondant aux attentes, aux exigences de la société dans laquelle nous sommes immergés. Dès lors, l’individu choisit un certain nombre d’idées préconçues qui l’aidèrent à préserver son statut social, son confort affectif et intellectuel, sa confiance en lui ou sa défiance en l’autre. Il s’appuya sur de pseudo-certitudes pour se conforter dans l’image qu’il souhaitait imposer, en contradiction avec ce qu’il était réellement. L’affirmation absurde d’une différence collective, l’usage d’un « prêt-à-penser » commun à la tribu devint un lien essentiel dans son besoin vital d’adéquation au groupe. Or, notre vérité n’est pas forcément ce que nous avons rêvé d’être ni ce que la société eut souhaité que nous fussions. Si tant soit peu que l’on puisse, avant de l’avoir découvert, concevoir une idée précise de ce qu’est notre « soi » authentique, loin des masques et plus près du cœur, il apparaît que, quelque soit la voie de développement personnelle choisie, les préjugés sont des entraves à la réalisation de l’être humain. D’où il découle que plus l’individu est « unifié » et bien structuré, moins il a de préjugés puisque le développement de notre structure et de notre équilibre intérieur permet d’éliminer le réflexe de juger avant de connaître. Pour nous réaliser, il nous faut donc « affronter nos préjugés », en prendre conscience et les éradiquer. Pour essayer de les définir, ces préjugés, non seulement comme des strates archaïques de l’évolution des espèces, mais aussi comme des entraves à cette liberté de pensée qui nous est chère, il faut les identifier ; car en effet ils changent de forme selon les sociétés, les époques et les lieux géographiques où ils sont établis. Prendre conscience des différentes castes qui composent la société occidentale moderne et de leurs structures mentales n’est sans doute pas plus difficile que découvrir la présence dans notre Ordre comme en nous-mêmes, des mêmes schémas d’exclusions. Cela suppose un minimum de courage et d’indépendance de jugement et pour l’acquérir, il nous est utile de nous débarrasser de nos réflexes ataviques, de cultiver notre propre raisonnement, notre propre intuition, pour nous approcher avec sérénité et curiosité de cette parfaite métaphore qu’est la « Vérité » et de la multiplicité de ses avatârs. On peut donc dire qu’ « affronter » signifie « reconnaître » et « combattre » nos préjugés. Et voilà une interrogation maçonnique qui porte en elle-même sa réponse. De quels outils la Maçonnerie dispose-t-elle pour combattre ses préjugés comme ceux des sociétés dans lesquelles elle s’inscrit ? Quelles sont ces vertus originales qui se développent à travers le corps maçonnique. Il y a, bien sûr, les outils traditionnels : la fraternité et la tolérance, qui obligent à l’ouverture vers autrui. Il y a, également, préexistant à l’invention de toutes psychanalyses, le lien de la loge et du Temple et ses drames symboliques, qui contribuent à développer chez les Maçons leur structure intérieure et à la réorienter. Il y a l’Instruction qui, par l’imitation et l’échange, par l’apprentissage, oblige à une forme propre et sophistiquée de civilité. Il y a aussi la discipline dans la prise de parole, la chaîne d’union, le tutoiement et toutes ces formes qui tendent à rapprocher les Frères dans nos rituels, à aiguiser leur curiosité et leur compréhension, à les « contraindre » en quelque sorte à la Fraternité. Il y a encore ce travail, à la fois personnel et collectif, qui ne peut que générer une attitude adéquate face aux préjugés et à leur effacement progressif. Il y a enfin, poussée jusqu’au scrupule, l’honnêteté du Maçon lorsqu’il fait son devoir. Si, par extraordinaire, en souvenir de la question posée par le V. : au néophyte : « -Monsieur, avez-vous des défauts ? » l’on souhaitait travailler à l’échelle de l’Atelier sur ce thème du préjugé et de ses conséquences, ne nous faudrait-il pas envisager, étude pratique, une Tenue en Salle humide, selon nos Rituels, où serait accomplie, pour autant que nous en soyons capables, une sorte d’analyse de groupe. Quelles conséquences naîtraient-elles d’une discussion très ouverte et très bienveillante dans laquelle nous appliquerions notre promesse d’aller les uns vers les autres, de nous parler de la façon la plus franche, la plus sincère et la plus fraternelle. Ne risquerions-nous pas d’ouvrir une nouvelle « boîte de Pandore maçonnique » dont la sagesse de nos Maîtres nous aurait jusqu’alors préservé ? En résumer et pour conclure, quoiqu’il soit intéressant de se poser la question de la pertinence maçonnique de ce thème, on peut sans risques affirmer que la meilleure façon d’affronter les préjugés suppose d’appliquer avec vigueur, indulgence et sincérité, aux autres comme à soi-même, nos principes maçonniques en toutes choses et en toutes occasions, dans le Temple comme dans le monde. V. : M. : en Ch. : et vous tous DD. : & BB. : AA. : FF. : merci de votre attention.