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Histoire
C’est un lieu à part au milieu des bois du Jorat, un lieu où les citadins retrouvent leurs racines paysannes, où les enfants jouent à côté des pâturages où paissent les vaches, où les cyclistes et les cavaliers ont posé leur monture respective pour prendre un moment de bon temps. Mais c’est surtout un lieu qui a une histoire de plus de six cents ans.
L’existence de ce bâtiment isolé dans le Bois de Benenté est attestée depuis le XIVe siècle. Les forêts alentours sont défrichées et exploitées au point que la clairière de ce qui n’est pas encore le Chalet-des-Enfants rejoint celle de Montheron par les Saugealles en 1670. Une anecdote en avance sur l’histoire, puisque le Chalet et le Restaurant de l’Abbaye de Montheron finiront dans l’escarcelle de la Ville de Lausanne, et sont exploités
aujourd’hui par le même patron…
Puis les bois reprennent leurs droits et le domaine agricole de 21 hectares est à nouveau au centre d’une clairière. Propriété d’une des quatre grandes familles lausannoises, les Secrétan, la maison prend son nom actuel à cause du pasteur Joseph Secrétan et de ses trois enfants : on l’appelle au XVIIIe siècle le «Chalet aux enfants à Secrétan», qui donnera ensuite le Chalet-des-Enfants.
En 1807, Victor Secrétan meurt et le Chalet est vendu aux Auberjonois d’Yverdon. Un siècle plus tard, le célèbre peintre René Auberjonois et ses trois soeurs, derniers propriétaires privés, vendent leur bien à la commune de Lausanne. C’est encore une ferme, mais qui devient toujours plus une ferme-auberge. On y organise des fêtes, on vient y manger des fondues et des produits du terroir, on doit traverser la cuisine pour rejoindre la salle à boire. L’électricité arrive en 1924, quarante ans avant l’eau de la ville !
Restaurations et agrandissements font entrer l’auberge dans le XXe siècle. Les tenanciers sont tenus par contrat à ne servir que «des consommations de bonne qualité» et uniquement du vin vaudois, sauf en cas de force majeure.
Les promeneurs se font toujours plus nombreux. La plus célèbre d’entre eux n’est autre que Coco Chanel qui, du Beau-Rivage Palace où elle a habité de 1945 à 1954, aimait se promener dans le Jorat et s’arrêter ici déguster un bol de lait et une part de flan. En 1968, la famille Badoux prend possession des lieux et améliore encore la notoriété de cette ferme au milieu des bois pendant les trente-cinq années où elle s’en occupe. Entre le domaine de 17 hectares et l’auberge, on ne chôme pas.
En 2004, à son départ, la Ville de Lausanne entreprend de grands travaux et sépare l’exploitation agricole de celle de l’auberge. Cette dernière est entièrement rénovée, agrandie avec ses deux salles du rez-de-chaussée et du premier étage que décore Nathalie Rais, avec ce mélange réussi de tradition et de modernité qui garde le cachet de cet «alpage à 843 m d’altitude».
Aux commandes, le nouveau tenancier Romano Hasenauer y privilégie une gestion intelligente et respectueuse des ressources, un approvisionnement auprès de producteurs locaux, une cuisine de terroir dépoussiérée et une ambiance familiale qui poursuit la tradition du lieu. Venir au Chalet-des-Enfants reste cet instant de dépaysement à deux pas de chez soi, ce moment hors du temps, ce petit plaisir sans souci.