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Syndicalisme de droite, vraiment?
Syndicalisme de droite?
Dans sa "Semaine en quatre petites phrases", le rédacteur en chef du NF a retenu ma phrase "C'est un pas de fourmi qui doit pas mal à la communication du Conseil d'Etat" à propos des avancées dans le dossier Tamoil. Avec un commentaire lapidaire: "Les félicitations de la semaine. D'un syndicaliste de droite à un gouvernement de droite."
La question se pose d'emblée, "syndicaliste de droite" est-il un oxymore comme "silence éloquent", "riposte préventive" (G.W. Bush, entre autres) ou "tradition toute neuve" (JFF, en son temps, dans le NF)? C'est surtout le choix d'étiqueter plutôt que d'essayer de comprendre.
Cher Vincent,
Tu n'as pas perdu le sens de la formule, bravo! Je ne me sens aucunement offensé et ne le prends pas pour moi seul, j'ai souvenir d'avoir lu sous ta plume "syndicat de droite" à propos des SCIV. Ce que je ne comprends pas bien, c'est ton insistance à vouloir nous cataloguer "de droite". Parce que je trouve le qualificatif inadéquat, mais surtout parce qu'il me semble témoigner d'un mode de pensée binaire qui n'a que trop sévi dans nos alpines contrées. Je m'explique.
Les Syndicats chrétiens du Valais ne sont pas de gauche, je te l'accorde volontiers. Mais j'affirme avec la même force que les Syndicats chrétiens du Valais ne sont pas de droite. Simplement parce que, comme nous l'avons dit et redit, nous refusons la voie simpliste du prêt-à-penser de droite comme de gauche. C'est peut-être naïf, c'est peut-être prétentieux, mais nous avons l'ambition de penser par nous-mêmes. L'ambition de penser non en termes de droite ou de gauche, mais en termes de valeurs que nous défendons. Celles d'une doctrine sociale chrétienne qui va nous faire juger "de gauche" quand nous mettons en avant la solidarité, mais "de droite" quand c'est la subsidiarité que nous soutenons, face au tout-à-l'Etat si souvent prôné par la gauche.
A l'heure où tu n'as le choix qu'entre être Charlie ou ne pas (l')être, à l'heure où le manichéisme me semble menacer toujours plus le débat d'idées, tu m'excuseras mais je revendique le droit au non-alignement, le droit à une vision du monde multicolore plutôt que comme tout noir ou tout blanc. La logique du "Si t'es pas avec nous t'es contre nous" m'horripile. Parce qu'elle procède par exclusion. Parce qu'elle ne laisse aucun espace à la recherche d'une solution au-delà des divergences.
Quand nous avons interpellé le gouvernement fin 2013 sous le slogan "Serions-nous gouvernés par des machines à calculer névrosées?", le gouvernement était le même. Quand nous nous nous sommes indignés de l'absence de réponse à notre demande de reconnaissance comme partenaire de l'Etat, idem. La phrase qui a retenu ton attention à propos de Tamoil, c'est simplement la reconnaissance que le Conseil d'Etat s'est engagé sur ce dossier, qu'il a soutenu nos efforts et que son action se révèle porter des effets. Pourquoi ne pas le reconnaître? Parce que c'est le Conseil d'Etat et qu'il est de droite, alors que nous sommes un syndicat?
"Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur", disait le Figaro de Beaumarchais. Le journal homonyme (dont je ne suis guère lecteur) en a fait sa devise. La formule vaut pour moi également dans l'autre sens, "Sans capacité à reconnaître les mérites de l'autre, il n'est point de critique crédible". Par honnêteté intellectuelle, mais aussi par souci d'efficacité: l'amélioration des conditions des travailleuses et travailleurs valaisans n'est pas une guerre à gagner, mais un édifice à construire.
Être catalogués de droite ou de gauche, peu nous chaut au fond, car c'est précisément en étant tout l'un ou tout l'autre que nous renierions la singularité que nous revendiquons. Celle d'agir non selon quelque idéologie partisane, mais selon une éthique. Tu sembles préférer l'étiqueteuse, j'ai la conviction que le débat et toi valez mieux que ça.