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Le CICR n'est pas en premier lieu une organisation humanitaire, au sens d'une organisation qui doit apporter de l'aide le plus efficacement possible et avec le plus de moyens possibles aux victimes d'un conflit. Si c'était le cas, il faudrait en effet faire croître cette organisation et lui créer tous les partenariats possibles avec les prestataires de service privé, les entreprises, etc. La mission première et centrale du CICR c'est la protection des victimes de la guerre ; la distribution d'aide ne vient que comme activité auxiliaire à la protection.
Or la protection suit une logique normative ; elle n'est pas foncièrement politique, même s'il faut bien connaître les rouages politiques pour exercer le mandat de protection. Pour un acteur avant tout politique, les choses se négocient. On peut comprendre l'intérêt de cette activité de négociation s'il s'agit de défendre les intérêts de l'apport de l'aide le plus grand. Mais ce n'est pas la mission du CICR.
Le sens de « humanitaire » au CICR – contrairement à la plupart des autres acteurs humanitaires – c'est la protection, basé sur le droit, suivant une norme. L’activité de la protection, normative, demande qu'on ait un "track record" impeccable en terme politique, et qu'on se tiennent éloigné du politique ; l'image est que le délégué "nage dans une mer politique en tenant son nez dehors".
En négociant avec tout le monde, surtout les acteurs de la globalisation, et en faisant des compromis politiques pour acheminer de l'aide, le risque est de perdre l'axe de la neutralité nécessaire à la protection.
Abu Salam
Ancien délégué du CICR
10 décembre 2018