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17.04.13 à 18h30
Invité à présenter son film «Mon Sandwich: un making of» (2010, 20') parallèlement à un autre qui puisse s'y affilier de diverses façons, Raphaël Julliard propose «Spiral Jetty» (1970, 35' - Electronic Arts Intermix, New York) de Robert Smithson, et évoquera les motifs de cette association, ainsi que sa pièce plus particulièrement, lors d'une discussion qui suivra la projection des deux films.
Plutôt donc que de mettre en œuvre un rapport direct et littéral avec un film s'adossant à une thématique ou approche analogue, Julliard privilégie ici un contexte davantage abstrait, une forme, et une relation plus intérieure à une œuvre d'ores et déjà inscrite dans une certaine mythologie de l'histoire de l'art. Il n'est pas question ici d'une influence immédiate, mais davantage pour Julliard, dans le contexte de cette proposition, de liens possibles, d'une association potentiellement productrice de sens.
«Spiral Jetty» est un portrait filmique du terrassement monumental de Smithson – portant le même nom – à Rozel Point dans le Grand Lac Salé, Utah. Achevé en 1970, Spiral Jetty est un travail iconique et l'œuvre de Smithson la plus renommée. D'une longueur de 457 m et d'une largeur de 4,57 m, la spirale de Smithson faite de boue, de cristaux de sel, de rochers de basalte, de bois et d'eau dépasse le littoral et s'enroule dans l'eau rouge lumineuse. Le film documente le processus du terrassement, devenu presque mythique au moment de sa disparition avant de ré-émerger du lac au cours des dernières décennies. Mettant en exergue le lien à l'archaïque à travers une visite au musée d'Histoire naturelle et l'image des pelleteuses mécaniques travaillant la terre, le film réitère l'intérêt de l'artiste à explorer la profondeur des origines à travers l'action artistique même; le site par ailleurs est choisi, entre autres, en raison de ses vestiges industriels, qui comme il le décrit lui-même évoquant un «monde de préhistoire moderne». Smithson se fascine pour certains processus scientifiques des matériaux ou systèmes (tels que la dislocation et l'entropie), l'art et la nature, dans une relation nouvelle.
Raphaël Julliard à propos de son film et de ce rapport possible: «J'ai tourné ce film avec l'idée de faire moi-même les différentes étapes qui permettent la réalisation d'un sandwich jambon-beurre. Je suis allé voir les artisans de la campagne autour de Romont dans le canton de Fribourg et leur ai demandé de m'apprendre leurs gestes. Je commence par les trois matières premières, blé, lait et cochon. Puis selon un plan de montage en spirale, je me rapproche des produits finis, pain, beurre, jambon.
Je suis parti d'un travail photographique que j'ai réalisé en 2007 autour de la disparition et de la réapparition de la « Spiral Jetty » de l'artiste américain Robert Smithson, pour associer mon film à celui que Smithson a réalisé, en jouant sur la forme centrale de la spirale. Si les formes et les sujets des deux films sont différents, ils partagent cette idée que ce qui est montré aux spectateurs est un lieu potentiellement accessible mais où personne ne va jamais, que les actions réalisées dans cet ailleurs ont pour finalité la création du film qui les documente. Ainsi, si Smithson tourne son film en tournant autour de la spirale au son des pales rotatives de son hélicoptère, avec “Mon Sandwich: un making of” je mets les mains dans la matière, je tente d'extraire la matière première des images pour réaliser un autre produit fini: le film.»
DATES À NE PAS MANQUER
Projection: 17.04.13 à 18h30