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Le supervolcan de Taupo et son histoire agitée
La Nouvelle-Zélande est formée de deux îles : l’île du Nord, volcanique, et l’île du Sud, non-volcanique. Celle du Nord est célèbre pour ses manifestations géothermales, comme les geysers, et ses volcans majestueux. Le centre de l’île est occupé par la caldera de Taupo, un gigantesque cratère de 140 kilomètres carrés, qui s’est formé lors de l’éruption nommée Oruanui, il y a 25’580 ans. Cette éruption, la deuxième plus puissante de la planète, a expulsé plus de 530 km3 de produits volcaniques en l’espace de quelques jours probablement, soit de quoi recouvrir le canton de Genève sur une épaisseur de 2 km ! Ces dépôts que l’on appelle dépôts pyroclastiques (littéralement « brisés par le feu »), sont des retombées de cendres et de pierres ponces qui ont recouvert une grande partie de l’île. Une partie de la dépression formée s’est ensuite remplie de sédiments et d’eau, ce qui constitue le lac Taupo à l’heure actuelle. L’histoire de cet appareil volcanique est complexe, puisque de nombreuses éruptions moins importantes se sont produites avant et après cette phase paroxysmale. Les éléments minéraux des roches volcaniques, dissous par les pluies importantes, donnent un sol fertile et donc une végétation luxuriante.
L’impact des éruptions sur les kiwis
On imagine bien que ces éruptions monumentales ont dû modifier l’environnement insulaire en supprimant de nombreux habitats tout autour du volcan, mais ces phénomènes ont rarement pu être quantifiés. C’est ce qu’ont fait les auteurs de l’article paru dans la revue Current Biology, en associant les résultats de la génétique des populations de kiwis avec les épisodes d’éruptions majeures du passé. Endémique de Nouvelle Zélande, le Kiwi de Mantell (Apteryx mantelli) est aujourd’hui formé de 4 populations principales, distinctes génétiquement, réparties autour du Lac Taupo.
Les auteurs ont analysés les différences génétiques de ces populations selon plusieurs modèles de reconstruction des évènements passés, en incluant les principales causes de changement d’habitat : évolution du climat (notamment l’effet des glaciations), éruptions volcaniques, et plus récemment dans l’histoire des îles, réduction des habitats sous la pression anthropique. A l’issue de ces analyses, il s’avère que ce sont les éruptions volcaniques qui expliquent le mieux la répartition actuelle des kiwis de Mantell, avec deux évènements majeurs : une première éruption il y a environ 25 000 ans, qui a touché la plus grande partie de l’île, et une seconde il y a environ 2 000 ans, sur une surface moins importante.
Pour de nombreux oiseaux insulaires, notamment certaines espèces de kiwis, l’arrivée des humains (les maoris au 13e siècle, suivis par la colonisation européenne au 18e siècle) entraina des diminutions drastiques des aires de répartitions, allant parfois jusqu’à l’extinction. Par exemple, le Kiwi d’Owen (Apteryx owenii), autrefois largement réparti en Nouvelle Zélande, n’a vu sa survie possible qu’à l’aide de la persistance de petites populations sur de minuscules îles dépourvues de prédateurs. L’aire de répartition du Kiwi de Mantell a également diminué sur l’île du Nord, l’espèce ayant complètement disparue de l’île du Sud. Elle est considérée comme vulnérable par l’IUCN, car, si elle a su s’adapter aux modifications majeures induites par les éruptions volcaniques, sa survie dépend aujourd’hui de la préservation des forêts et du contrôle des prédateurs introduits.
→ Article scientifique disponible sur abonnement : Bemmels, J. B., Haddrath, O., Colbourne, R. M., Robertson, H. A., & Weir, J. T. (2022). Legacy of supervolcanic eruptions on population genetic structure of brown kiwi. Current Biology. https://doi.org/10.1016/j.cub.2022.05.064