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Ce texte fait suite à celui appelé Confins des déraisons, dans lequel Ithälun me soutint si avant que je retrouvai l'équilibre dangereusement entamé par mon expérience du départ d'Ornuln et des paroles étranges de la fée, ainsi que de visions trop belles pour ma faible nature.
Me voyant apaisé, elle dit: «Puisse Ornuln, quoi qu'il en soit, guérir de ses maux et être bien soigné, dans la cité du noble Tornither!» Sa voix était mélodieuse, rassurante, sereine et douce, et c'est à peine si elle murmurait, et pourtant je l'entendais si clairement! Je me rappelai alors l'elfe qui avait tenté de me protéger. Et je répondis: «A-t-il, lui, le berger des moutons de ces pentes, le moyen de le guérir?» Ithälun dit: «Il est, en son palais, un guérisseur fameux du nom d'Astalcalc. Il fut, en vérité, le maître de nombreux médecins célèbres, y compris chez les mortels - qu'il initia jadis à son art. D'ordinaire il leur apparaissait comme en songe, nimbé de lumière et d'écharpes de couleurs transparentes, mais une fois, il tomba amoureux de la fille d'un de ces mortels qu'il instruisait, et voici! il l'épousa, et engendra en elle un fils qui fut le plus grand des médecins parmi les hommes. Ce fut un péché, en un sens, et en un autre, l'humanité en fut grandement améliorée, par la suite. La sagesse des dieux l'avait voulu, peut-être, et lui avait donné de l'amour pour cette vierge ravissante!
«À sa mort, cependant, il lui fallut revenir auprès de Tornither, malgré sa tristesse. Car il l'aima sincèrement et profondément. Mais il ne pouvait mourir avec elle.
«Il demeura de longs siècles en repos, dormant dans sa maison du fond des bois, puis, un jour, se réveilla, car, déclarait-il, il avait, en songe, revu sa belle, et elle lui avait ordonné de ne pas lui rester obstinément fidèle au point de ne rien faire du tout, puisque, quant à elle, elle boirait le lait de l'oubli, et partirait vers d'autres existences: elle accomplirait sa destinée et, cette fois, épouserait l'homme qui lui avait été réservé durant sa précédente vie, et qu'avait, de façon impromptue, remplacé ce noble immortel, appelé Astalcalc! Ils se reverraient plus tard, peut-être.
«Il pleura de nouveau abondamment, mais, le matin suivant, il sortit de sa maison et rejoignit Tornither dans son palais. Celui-ci lui demanda s'il avait terminé son deuil, et s'il était prêt à soigner à nouveau ses gens, et Astalcalc répondit: "Oui". Il prit un appartement dans la vaste demeure du prince, et resta auprès de lui pour mille éons, le conseillant de ses sages avis renouvelés. Grâce à lui les elfes de Tornither reprirent vie et santé, et il s'efforça de payer ses fautes par son dévouement à leur égard. Puisant la nuit ses obscurs secrets dans les étoiles, vouant le jour aux soins à donner aux gens ordinaires et aux bêtes, il est devenu un sage mage aux mains vides, n'acceptant nul argent de quiconque, ni aucune fille à épouser, ni don du troupeau ou du potager. Les dieux seuls savent ce qu'il mange, et l'on dit que les rayons des astres le nourrissent pendant que son esprit, planant au-dessus des sphères, distingue leurs secrets et appréhende les soins de la guérison, béni soit-il!
«Aussi tu peux m'en croire: entre ses mains Ornuln est entre de bonnes mains, et s'il est une chance qu'il guérisse, à coup sûr Astalcalc la saisira! Il mettra tout en œuvre, pour ce faire, errant sous la lune et la pluie parmi les collines, et arrachant les herbes le permettant, alors que les signes étoilés sont favorables! Il ira par les montagnes, au fond des lacs, au bord des rivières, et cueillera les simples bénis dont Ornuln a besoin. Aie confiance! Rien ne dit encore qu'Ornuln mourra, lui, ton elfe protecteur - je dirai même ton elfe sauveur!»
(À suivre.)