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Il y a peu, certains ont reproché à Cuk de ne pas assez parler des sites anglophones de qualité et j'ai pensé que je pouvais également aller de ma petite contribution.
Aujourd'hui, je vais vous parler d'un quotidien réputé et d'une émission télévisée qui aimerait l'être. Le rapport? Et bien nos deux protagonistes ont un point commun: ils ont dû s'adapter à un nouvel environnement économique.
Bon, il y a tout de même une différence de taille puisque le journal l'a choisi alors que l'émission a été "contrainte" d'opter pour cette voie...
Je vous propose une petite réflexion sur ces deux chemins qui, selon moi, ne mèneront pas au même endroit.
De qui parle-t-on?
Pour commencer, je parle de la crème de la crème des quotidiens américains: The New York Times. Ce journal, un des plus respecté et des plus anciens au monde, a été créé en 1851. En un peu plus de 150 ans d'histoire et pour peu que ce palmarès signifie quelque chose, ce quotidien a gagné 95 prix Pulitzer, bien plus que n'importe quel autre journal.
Avec seulement 350 employés et 40 photographes, le journal est distribué quotidiennement aux USA ainsi que dans le reste du monde à 1.1 million d'exemplaires pour 1.25 dollars... deux ou trois fois moins cher qu'un café, y compris le dimanche (édition spéciale avec des centaines de pages et une distribution qui s'élève à 1.6 million d'exemplaires).
La "une" du 6 juin 1944 tirée des archives de la Librairie du Congrès
Malgré ce petit prix, les informations contenues dans ce journal sont hors de prix car c'est une presse "libre" qui informe ses lecteurs... à l'opposé des journaux gratuits qui coûtent une fortune à nos cerveaux et leur pouvoir de réflexion.
Comme tout le monde dans ce milieu, le NYT (son petit nom) n'a pas su comment réagir quand Internet a débarqué. Un peu comme tout le monde, il a aussi créé sa page web en 1995 comme complément à son édition papier. Un peu avant 2000, le journal a introduit une formule "réservée" à des membres qui devait s'enregistrer au travers d'une procédure fastidieuse mais gratuite. Heureusement, ces formulaires pouvaient être contournés grâce à des sites comme Bugmenot.com.
Et puis, 2005 est arrivé, et le journal devait faire un constat amer: de plus en plus de clients résiliaient leur abonnement "papier" et la critique régulière et acerbe du régime en place (les USA hein, pas besoin d'aller ailleurs) n'a pas aidé les finances du groupe. C'est à ce moment-là qu'un petit génie du département Vente décida que dorénavant, non seulement une partie du journal serait payante, mais les éditoriaux aussi!
Cette annonce fit l'effet d'une petite bombe car les éditorialistes du NYT ne sont pas forcément des journalistes "maison" mais des femmes et hommes de tout horizon. Ils ont néanmoins tous un point commun puisqu'ils partagent une vue intéressante sur le monde et veulent la partager avec les lecteurs. Personnellement, à l'époque, je lisais d'une manière systématique les éditoriaux de quelqu'un que j'apprécie énormément: Paul Krugman.
Ce type doit être un des rares à taper toutes les semaines sur Bush, ses amis, ses intérêts, ses choix et ses idéologies! J'ai bien dit toutes les semaines et même jusqu'à deux fois par semaine! Il casse du sucre et démonte tranquillement mais sûrement Bush et sa clique... et ça dure comme ça depuis 2000.
Pour résumer, la version électronique devenait payante à raison de 49.95 dollars par an. C'était un peu trop à mon goût et comme le journal à formellement interdit à ses éditorialistes de publier leur contribution sur leur site personnel ou ailleurs (même des semaines plus tard), je n'ai plus eu le plaisir de lire le NYT à l'exception de quelques articles qui étaient gracieusement offerts au milliard de lecteurs potentiels qui surfent tous les jours sur Internet.
Et puis récemment, deux ans après avoir rendu le site payant, le groupe The New York Times Company annonçait qu'il renonçait à la formule payante... que le journal deviendrait à nouveau gratuit!
Quelle évolution en 12 ans, jugez vous-même: tout d'abord limité et puis mollement protégé avant de devenir payant et enfin, gratuit...
Bon, pour être franc, le journal demande à nouveau un enregistrement "à la noix" mais gratuit et si vous êtes des lecteurs fidèles, vous savez comment contourner le problème à l'aide d'un petit signet.
Au-delà de cette nouvelle et du fait de retrouver mon ancien camarade Paul, le journal a aussi été très transparent et a fourni des données très intéressantes sur ce changement de cap. En quelques années, le journal a généré 227'000 abonnements électroniques annuels. C'est relativement peu si on compare au tirage moyen de 1.1 million d'exemplaires et ce chiffre était en pleine stagnation.
Mais alors, comment compenser le manque à gagner qui va tout de même s'élever à 10 millions de dollars par an? Et bien pas de miracle, le journal compte sur la publicité... comme dans l'édition papier. En fin de compte, ce média est en train de boucler la boucle de son aîné puisqu'en 12 ans, l'édition électronique gagnera de l'argent grâce à ses 15 millions de visiteurs uniques par mois!
Je ne parle même pas du fait que le journal s'ouvre à un potentiel de lecteurs qui se chiffre en milliard d'individus. Un formidable potentiel.
L'autre...
Avec tout ça, vous aviez presque oublié que je devais vous parler d'un second "protagoniste" qui va lui aussi tout changer. Pourtant, l'information est presque passée inaperçue puisqu'elle est tombée pendant les vacances.
Comme vous le savez, la télévision avait son espèce de Don Quichotte ou Zorro du petit écran. Imaginez: cette émission a, en 12 ans, passé à la moulinette tous les rouages et travers qui se produisaient dans "votre" télévision et même plus, ce qu'elle vous cachait.
Bien entendu, je parle de l'émission "Arrêt sur Images" sur France 5 qui était présentée par Daniel Schneidermann, un apprenti despote qui était à deux doigts de recevoir sa licence (accessoirement, si j'en crois wiki, il est aussi journaliste, un primate en voie d'extinction selon la description d'Anne).
Un journaliste télé sans son milieu naturel
Pour ceux qui seraient passés à côté, cette émission avait pour but de prendre sur le fait les travers de la télévision. Intention louable puisque le sujet était inexploité mais largement présent dans le paysage audiovisuel. D'après moi, il y avait même tellement matière à exploiter que l'émission aurait pu être quotidienne!
Malheureusement, comme vous le savez, l'enfer est pavé de bonnes intentions. La question que tout le monde pouvait légitimement se poser en regardant cette émission était: "Y a-t-il un journaliste pour sauver la télévision?" La réponse était sans appel: "Non!"
Sans vouloir remettre pour le moins du monde en question cette émission qui avait un objectif ambitieux lors de sa conception, force est de constater qu'elle n'a rien changé au paysage audiovisuel. Au contraire, je trouve qu'elle a même donné une bonne conscience à tout ce beau monde qui se réunissait une fois par semaine pour discuter le bout de gras.
Mais (là encore, je ne vous apprendrai rien), toutes les bonnes choses ont une fin et l'émission n'a pas été reprogrammée pour la rentrée.
Bien sûr, Daniel Schneidermann a beaucoup gesticulé et beaucoup parlé... sur le net. L'avantage de ce monologue, c'est que le surfeur est libre d'arrêter la lecture et ce, avant même que Daniel n'interrompe son invité ou ne le coupe au montage. Ca soulage dans le fond de reprendre le contrôle.
Malheureusement pour notre Calimero de la télévision, cette dernière ne veut plus de lui et de son émission. Pourquoi? La faute est, semble-t-il, à chercher du côté des présidents et autres directeurs de chaînes qui ne veulent plus de lui... sans parler des membres influents du paysage audiovisuel qui ont, dans l'ombre, oeuvré pour son excommunication.
Personnellement, cette émission et son brouhaha orchestré ne me manqueront pas! Par contre, une émission qui aurait une influence sur les médias ainsi que leurs fautes, on commencerait à progresser. Et puis si elle permettait également de faire autre chose que se regarder le nombril et celui des collègues... on friserait la perfection.
Bref, comme la télévision ne veut plus de lui et qu'Internet n'appartient pas encore à quelqu'un, il veut tenter un "coup" comme on dit dans le milieu.
C'est donc tout naturellement qu'il a décidé de donner une seconde vie à Arrêt sur images sur Internet. Toutefois, les rêves ou les coups, même sur Internet, ils coûtent quelque chose! Pas de panique, notre homme a pensé à tout et, vous aussi, vous pouvez faire partie du "coup" ou de l'aventure. Bien sûr, il y a un tribut et pour en être, il vous faudra vous délier de 30 euros, ou alors 12 euros par an, si vous faites partie des 30 à 40% de Français qui sont dans une certaine précarité.
Marchera ou ne marchera pas? Réponse dans environ 2'000 heures puisque le site démarre début 2008.
Conclusions
Le monde électronique avance tous les jours un peu plus dans nos vies. Il façonne de manière certaine nos médias de demain et certains arriveront, j'en suis persuadé, à prendre le train en marche.
Pour d'autres, au contraire, la chute sera plus dure mais il ne faut pas oublier un aspect qui est fondamental: ce n'est pas la technologie qui définit la qualité de nos médias, c'est nous.
Je peux encore donner un troisième exemple qui est un beau pied de nez à l'industrie musicale qui ne sait pas comment aborder l'ère du numérique avec un excellent groupe de Rock: Radiohead. Ils viennent de sortir sur le web leur dernier album: In Rainbows. Au-delà du tour de force de mettre en ligne un album quelques jours seulement après l'avoir terminé, le groupe vous propose son travail pour le prix que vous voulez... de 0.01 à 99 Livres. Le tout sans DRM et en MP3.
À juste titre, beaucoup me diront que c'est une opération facile à mener quand on est déjà connu et très riche. C'est juste, mais ça montre aussi comment acheter directement au producteur sans passer par des intermédiaires.
En optant pour des médias de qualité comme The New York Times avec un riche contenu, on garantira à cette institution du journalisme une pérennité dans la qualité de ce qu'elle offrira à ses lecteurs.
Au contraire, en optant pour des médias vides qui participent activement et gratuitement à la déliquescence de nos esprits et de notre société, on aura exactement ce que nous méritons: de la merde.
C'est maintenant qu'il faut faire un choix car après, il sera trop tard.