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Peintre, graveur, illustrateur, décorateur de théâtre, engagé dans l’art monumental religieux dans la seconde partie de sa carrière, Théodore Strawinsky a vécu dans un environnement extrêmement cosmopolite et bénéficié des réseaux et de la notoriété de son père, notamment de ses relations avec Picasso : « Le contact avec l’œuvre de Picasso, et bientôt avec l’homme, aura pour moi l’effet d’un véritable réactif : […] ma voie était tracée. » (Au Cœur du Foyer, p. 70). Il fréquente également les ateliers d’André Derain ou Georges Braque. De 1930 à 1932, il suit les cours de l’académie André Lhote à Paris sans perdre ses liens avec les milieux artistiques de Suisse romande (Ramuz, les Auberjonois, l’éditeur et mécène Mermod etc.). Depuis la fin des années vingt, sa carrière d’artiste se développe dans un environnement familial, géographique et culturel particulièrement mobile. A la suite de son installation définitive en Suisse durant la Seconde Guerre mondiale, il s’investit de plus en plus dans les arts appliqués et décoratifs (illustration, décors de théâtre, art monumental) tout en poursuivant son œuvre de peintre qu’il présente régulièrement à l’occasion d’expositions jusqu’en 1988.
Strawinsky adapte son langage formel aux sujets choisis et aux conditions spécifiques des commandes qu’il reçoit. Son œuvre oscille entre divers modèles esthétiques. L’expressivité, le coup de plume ou de pinceau (qui caractérise l’œuvre de Matisse ou de Raoul Dufy) contrastent avec la rigueur linéaire et plastique qui caractérise le « retour à l’ordre », au « métier » dont ses modèles, André Derain et André Lhote, sont les acteurs. Sa vie durant, Strawinsky a dialogué avec l’œuvre « postcubiste », « néoclassique » ou « surréaliste » de Picasso, et défié les étiquettes. Les libertés de Picasso face aux variables formelles et figuratives sont restées pour Strawinsky un modèle, complété par l’exemple de Matisse, de Braque et de Derain. D’un point de vue tant esthétique que culturel, il présente un certain nombre de points communs avec un autre artiste d’origine slave installé en Suisse romande, qui s’est lancé dans le monde de l’art, à Paris, dans les mêmes années : Balthasar Kłossowski, alias Balthus.