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"Tu n'es que poussière et tu retourneras à la poussière" disaient les anciens. Désormais, la science nous apprend qu'il faudrait plutôt dire : "Tu n'es que poussière d'étoiles et tu retourneras aux étoiles". En effet, les scientifiques pensent aujourd'hui que les briques de la vie, les protéines, les acides aminés, se trouvent en abondance dans tout l'Univers. Et partout, elles tentent de s'assembler, car la nature évolue en permanence vers la complication. Mais seules de rares planètes, où les conditions minimales pouvant mener à l'éclosion de la vie sont réunies, parviennent à créer l'étincelle de la vie, et ensuite à la faire perdurer. Dans notre système solaire par exemple, il est possible que la vie soit apparue ailleurs que sur Terre, par exemple sur Mars. Mais il n'y a qu'ici que la vie est parvenu à résister jusqu'à aujourd'hui et à s'épanouir, allant jusqu'à modifier l'environnement de la planète à son avantage.
Et les conditions environnementales étaient d'ailleurs vraiment minimales. La vie a dû trimer au début. Sa survie n'a dû tenir qu'à un fil. Puis petit à petit, la vie a transformé notre planète, la rendant de plus en plus propice à sa présence. Elle aurait alors pu se contenter de rester à son état initial de complication, c'est-à-dire au stade unicellulaire. Mais le véritable miracle de la vie, c'est son évolution. Cherchant en permanence un moyen de supplanter ses voisins, l'organisme vivant s'améliore sans arrêt, de génération en génération. Et il cherche sans cesse à coloniser de nouveaux espaces. Ainsi, il y a si longtemps, la vie qui était pourtant bien acclimatée au milieu marin a choisi de s'aventurer à l'air libre. Ceci montre que l'évolution n'a jamais poursuivi qu'un but, même s'il n'est pas planifié par une puissance supérieure, coloniser de nouveaux territoires et se diversifier le plus possible pour échapper à un destin fatal. Mais ce destin fatal, on le sait aujourd'hui, est inéluctable. Un jour, qu'on espère encore très lointain, notre planète ne sera plus à même d'abriter la vie.
Et s'il doit y avoir une raison à l'apparition de l'Homme sur Terre, elle est bien là. Il fallait bien une espèce capable de comprendre comment fonctionne la nature et de créer des outils très complexes pour aider la vie à poursuivre la phase suivante de son évolution. Pour la première fois de sa très longue histoire, la vie terrestre est capable de quitter le sol de sa planète natale et de partir pour d'autres planètes. Bien timidement pour l'instant, mais qu'est-ce que 40 ans d'histoire en regard des 4,6 milliards d'années que comptent notre planète ?
Car le but de l'exploration spatiale ne sera pas réalisé durant l'espace d'une vie humaine. Ni même de cent. Le but de tout cela, c'est la colonisation de l'espace. Si on prêtait un dessein à la vie, on dirait qu'au travers de la création de l'espèce humaine, elle cherche à retourner là d'où elle vient, de l'espace. Car comment expliquer que des individus cherchent à développer une technologie qui ne sera véritablement utile que dans un futur incertain ? Et comment expliquer que leurs actes soient la conséquence d'un rêve millénaire si ce besoin n'est pas inscrit dans leurs gênes ?
L'Antiquité a commencé avec l'invention de l'écriture. L'ère chrétienne par la naissance de Jésus-Christ. Le Moyen-âge avec la chute de l'Empire romain. La renaissance avec la découverte de l'Amérique. Et l'ère industrielle avec la Révolution française. Tous ces évènements, primordiaux pour l'histoire de l'humanité, ont donc conduit à un changement de période historique. Mais aussi importants nous paraissent-ils, ils seront bien vite oubliés. Dans quelques dizaines de milliers d'années à peine, plus personne ne s'en souviendra. Peut-être qu'il n'y aura alors même plus d'humanité sur cette planète. Mais si un évènement de l'histoire a une chance de laisser des traces pour les milliards d'années à venir, c'est bien la conquête spatiale.
Car si l'Homme, durant les prochaines centaines d'années, voire les prochains milliers d'années, parvient à coloniser d'autres planètes et d'autres systèmes solaires, alors il est probable que cette colonisation survivra à l'Homme. Il emportera avec lui beaucoup d'autres espèces. Plantes, animaux, même des micro-organismes. Et alors, très loin de la Terre, la vie originaire de notre planète commencera à évoluer séparément, différemment. On pourra alors sans peine comparer cet évènement avec le moment où les premières algues, puis les premiers batraciens se sont aventurés à l'air libre pour coloniser de nouveaux espaces.
Voilà pourquoi je pense que la conquête spatiale peut avoir des implications bien plus importantes qu'on ne l'imagine en général. "Un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour l'humanité" avait dit Neil Armstrong en posant le pied sur la surface lunaire. La formule exacte n'aurait-elle pas dû être "Un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour la vie" ? Car oui, en posant le pied sur ce petit satellite désertique et sans atmosphère, il a peut-être fait le premier pas d'une longue aventure qui permettra à la vie terrestre d'assurer sa survie à très long terme. Et ainsi qui lui permettra également de retourner aux étoiles, à ses origines.