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Une porte s'ouvre, la littérature renaît
Rétrospective romande: Des récits d'Eric de Montmollin sortis il y a plus de 50 ans entament une seconde vie.
"Le treillis. Vous pouvez passer dessous. Après, c'est la Suisse." En pleine Seconde Guerre mondiale, des civils de l'Est cherchent asile dans notre pays. Quelques lignes extraites de La Porte du Paradis, un court récit du Neuchâtelois Eric de Montmollin paru une première fois dans la revue Suisse contemporaine en automne 1948. Et La porte du Paradis donne d'ailleurs son titre à tout un recueil de nouvelles du même auteur (l'une d'elles date de 1951 et était jusque-là inédite), qui viennent de (re)sortir aux éditions lausannoises Antipodes. Il s'agit de sept fictions, s'échelonnant de la fin des années 30 au début des années 50. Un patrimoine que les moins de vingt ans ne peuvent connaître, comme dit la chanson.
1931, Un Suisse en Chine
En 1930, à l'âge de 23 ans, Eric de Montmollin s'embarque à Marseille pour la Chine. De 1931 à 1934 (Tchang Kaï-Chek est président), il enseigne le français à l'Université de Pékin. Ce séjour en Orient déteint sur son inspiration. Les textes du recueil issus de la période chinoise sont tirés de L'Empire du Ciel, livre multiforme de Montmollin, à la fois essai, récit de voyage et fiction, sorti en1941. Au fil des pages de La Porte du Paradis, des photographies en noir et blanc ouvrent des fenêtres sur la Chine d'autrefois.
Par le biais de ce recueil composite et "historique", patchwork d'écrits diffusés çà et là dans l'Helvétie de grand-papa, un passé littéraire suisse dont il aurait été audacieux de prédire la résurgence revit pour de bon. De ce point de vue, La Porte du Paradis tient du défi; que l'ouvrage sorte de presse relève de l'acte militant. L'imprimer à l'ère des best-sellers et de la civilisation du spectacle, c'est imiter le narrateur de la nouvelle éponyme du recueil: "Je ne pouvais plus aller du même côté. Je suis entré dans la Résistance."
Marc-Olivier Parlatano, Le Courrier, 6-7 novembre 2004
A la redécouverte d'Eric de Montmollin
Il est Neuchâtelois, mais ses années de formation, Eric de Montmollin les a passées en Chine entre 1931 et 1934. Il en a plus tard tiré son grand roman, Empire du Ciel, paru à La Baconnière en 1941. Des extraits de ce livre-clé figurent parmi les sept textes composant l'actuel La Porte du paradis. Il s'agit de textes haletants, bourrés de tension, qui peuvent ainsi rejoindre des écrits postérieurs, comme celui donnant son nom au recueil. La Porte du paradis se situe en effet vers 1944. Un groupe composite de réfugiés tente d'atteindre la Suisse de nuit, par la montagne. C'est brillant. A 97 ans, cet auteur discret reste à découvrir.
Tribune de Genève, 1er novembre 2004
Né en Suisse en 1907, Éric de Montmollin y a publié, pour l'essentiel dans les années 1940, des nouvelles et des ouvrages qui sont repris, pour une petite partie, dans le présent recueil. Les Portes du paradis s'ouvre sur trois nouvelles qui feront découvrir au lecteur, aussi bien le monde des clandestins qui passent la frontière séparant la Suisse de l'Italie pendant la dernière guerre, qu'une version contemporaine de la nouvelle de Maupassant L'Auberge de Schwarenbach. Deux tiers du recueil sont occupés par quatre extraits d'Empire du Ciel, le plus important des ouvrages qui naîtront du séjour que l'auteur fit en Chine entre 1931 et 1934. Ces textes montrent la diversité des genres que l'on trouve dans le récit. Par une écriture et une vision qui cherchent l'effet poétique, Éric de Montmollin décrit, en effet, quelques moments d'un voyage dans la Chine en guerre de l'époque, la méditation d'un dignitaire impérial, les vestiges et derniers représentants de communautés bouddhiques autrefois florissantes, et, enfin, dans une longue nouvelle en forme d'apologue, l'itinéraire, dans l'ancienne Chine, d'un riche commerçant sur la voie du renoncement. Ces extraits qui proposent, dans l'ensemble, une vision de la Chine se voulant inspirée, ne laissent pas, il faut le dire, d'évoquer fortement des oeuvres chinoises anciennes ou celles qu'un Victor Segalen consacrera à ce pays. Quant à la cohérence du choix des textes présentés ici, elle ne peut être trouvée que dans la volonté d'illustrer les différentes facettes de l'œuvre de l'auteur.
Bulletin critique du livre en français, no 666, janvier 2005.