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Andrés Manuel Lopez Obrador, premier président de gauche de l'histoire récente du Mexique, a pris officiellement ses fonctions samedi. Un profond changement de politique se dessine dans un pays lassé par la corruption, la pauvreté et la violence.
"Je promets de défendre la Constitution et ses lois et de faire preuve de loyauté et de patriotisme dans la charge de président de la République que le peuple m'a confiée", a juré le nouveau président devant le Congrès mexicain et des chefs d'Etat étrangers ou représentants diplomatiques réunis à Mexico.
Surnommé "AMLO", suivant ses initiales, M. Lopez Obrador, qui s'est fait élire comme candidat anti-système, a promis d'accomplir une "transformation" historique du Mexique. "Cela peut paraître prétentieux, mais aujourd'hui commence non seulement un nouveau gouvernement, mais un nouveau régime politique" a-t-il déclaré.
"A partir de maintenant une transformation pacifique et ordonnée mais profonde et radicale va être réalisée car nous allons en finir avec la corruption et l'impunité qui empêche la renaissance du Mexique", a-t-il promis, soulignant que "la politique économique néolibérale avait été un désastre, une calamité pour le pays".
Les coudées franches
Après sa large victoire à l'élection présidentielle du 1er juillet, et la majorité obtenue par la coalition dirigée par son parti Morena aux deux chambres du Congrès, l'ancien maire de Mexico (2000-2005) aura les coudées franches pour transformer le Mexique.
Sa victoire a été la plus ample depuis la mise en place du multipartisme en 2000 dans le pays, et la première pour un candidat de gauche.
Ses opposants craignent toutefois que son gouvernement ne verse dans une forme d'autoritarisme, et l'inquiétude des milieux d'affaires a grandi ces dernières semaines, faisant chuter le peso mexicain et la bourse mexicaine.
Alors que le Congrès ouvrait sa session samedi matin, AMLO a quitté son modeste domicile, à bord de son habituelle Volkswagen Jetta blanche, fendant la foule de ses supporters avec une sécurité limitée pour se rendre à l'Assemblée.
Après avoir prêté serment et revêtu l'écharpe présidentielle devant les membres du Congrès et ses invités, M. Lopez Obrador devait se rendre sur la place centrale de Mexico, le Zocalo, afin d'y être intronisé par un représentant des peuples indigènes mexicains, qui pratiquera un rituel de purification avec de l'encens et des fleurs.
Dossiers épineux
Le nouveau président hérite de son impopulaire prédécesseur Enrique Pena Nieto (PRI, droite) d'une série de problèmes épineux.
Sur la pile des dossiers qui l'attendent figurent notamment la violence croissante alimentée par le narcotrafic, la corruption endémique, la crise migratoire avec une caravane de 6000 migrants qui campe à la frontière nord, sans oublier une relation diplomatique hautement inflammable avec les Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump.
Confronté à des crises sur de nombreux fronts, M. Lopez Obrador promet une présidence unique en son genre, martelant qu'il va "en finir avec la corruption" et la gabegie d'argent public pour financer notamment différents programmes sociaux.
Il a renoncé à occuper la résidence présidentielle, à utiliser l'avion présidentiel, à bénéficier d'une sécurité rapprochée et va réduire son salaire de plus de moitié.
Il devra cependant parvenir à rétablir la confiance vis-à-vis des milieux d'affaires, échaudés par sa décision d'annuler fin octobre la construction du futur aéroport à Mexico, d'un coût de 13 milliards de dollars, dont un tiers est déjà achevé, après une consultation publique entachée d'irrégularités.
Changement de style
Après son intronisation officielle, Andres Manuel Lopez Obrador prononcera un second discours sur la place centrale de la capitale, le Zocalo, tout près du Palais national, devant ses partisans.
C'est dans ce siège historique du pouvoir longtemps désaffecté - qui abrite des peintures murales du grand peintre mexicain Diego Rivera -, que le nouveau président envisage d'installer ses bureaux.
Il délaissera l'actuelle résidence présidentielle de Los Pinos, un vaste complexe situé dans un parc verdoyant à l'écart de l'agitation de la capitale, qui dès samedi a été partiellement ouvert au public.
De nombreux présidents d'Amérique latine, dont le Vénézuélien Nicolas Maduro, doivent assister à sa prise de pouvoir ainsi que le roi d'Espagne Felipe VI, le vice-président américain Mike Pence et Ivanka Trump, la fille du président américain.
Bonnes relations avec Trump
Donald Trump, actuellement au sommet du G20 en Argentine, a jusqu'à présent noué une relation étonnamment chaleureuse avec M. Lopez Obrador, même si la crise migratoire à la frontière pourrait compliquer la lune de miel.
Le président américain fait pression sur AMLO pour qu'il accepte un accord stipulant que les migrants demandant d'asile aux Etats-Unis resteront sur le sol mexicain le temps que leur demande soit étudiée par les autorités américaines.
Le ministre des Affaires étrangères de M. Lopez Obrador, Marcelo Ebrard, devrait se rendre à Washington dès dimanche pour des entretiens à ce sujet avec son homologue américain Mike Pompeo.