Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06869.jsonl.gz/296

Le relief entre Saint-Maurice et Bex soulève depuis longtemps de nombreuses questions. A cet endroit où la vallée du Rhône semble se refermer, le fleuve coule dans une gorge très étroite. En rive droite, les collines de Chiètres bloquent le passage: leur surface est-elle formée de roche bien en place ou de débris rapportés? Sur ce point, les cartes géologiques de 1934 et de 1971 qui couvrent la zone ne sont pas d’accord!
Autre mystère: entre les collines et le versant de la montagne, un vallon à la pente douce et régulière relie Lavey à Bex en passant par le Châtel. Certains y ont vu un ancien cours du fleuve, mais cette hypothèse n’a jamais été prouvée. Récemment, de nouvelles données ont permis de reconstruire une histoire plus réaliste de ce gros point d’interrogation posé au milieu de la plaine…
Trois géologues ont étudié le type et la succession des sédiments déposés sur les collines de Chiètres, révélés par des forages et grâce à l’extension d’une carrière. Ils ont trouvé, au-dessus des dépôts laissés par le glacier du Rhône, deux couches de débris d’éboulement. Ces éboulements se sont détachés de la Croix de Javerne et sont venus recouvrir les collines de Chiètres; les blocs de roche qu’on y trouve en surface sont donc bien des éléments rapportés. La carte géologique de 1934 est donc à réviser sur ce point.
En ce qui concerne le petit vallon du Châtel, les auteurs confirment son origine glaciaire, à une époque où le glacier du Rhône stationnait à ce niveau, mais rejettent l’idée qu’il ait été emprunté par le fleuve. Si les éboulements survenus ensuite n’ont pas recouvert le vallon, c’est que la dynamique de ces événements catastrophiques a projeté la masse de débris loin du versant, un phénomène déjà souvent observé ailleurs.
Si toute les questions ne sont pas réglées, le travail de ces géologues nous permet de mieux comprendre l’histoire très mouvementée et originale de ces lieux qui ont fait obstacle au glacier du Rhône et que nous traversons aujourd’hui bien confortablement dans un tunnel.
Référence: A., Burri, M., & Weidmann, M. (2017). Données nouvelles sur la géologie des collines de Chiètres. Bulletin de la Société vaudoise des Sciences Naturelles, 96, 31‑48.