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Notre revue de presse : le mois de janvier 2023.
Les matières premières et l’art – 5. Le sucre et Sartre
La Suisse est une plaque tournante du négoce des matières premières. Saviez-vous que cette activité représente 4 % du PIB suisse, et même 22 % des recettes fiscales pour le canton de Genève ? Nous continuons d’explorer ce vaste sujet sous un autre angle, mais dans une nouvelle série, nous publions une série d’articles, en nous focalisant à chaque fois sur une matière première et une œuvre artistique ou culturelle. Cette semaine, nous abordons le thème du sucre, au travers de l’essai de Jean-Paul Sartre : Ouragan sur le sucre. Cela nous donne l’occasion d’admirer le tableau du peintre Paul Cézanne (1839-1906) : sucrier, poires et tasse bleue, exposé au Musée d’Orsay.
Essai sur le sucre : Jean-Paul Sartre
Le contexte
Au début de l’année 1960, Carlos Franqui, alors directeur du journal Revolucion, invite Jean-Paul Sartre à se rendre à Cuba, pour qu’il se rende compte par lui-même et sur place de ce qu’est le régime de Fidel Castro.
Le philosophe est perplexe, n’ayant pas un très bon souvenir d’une visite à Cuba, dix ans plus tôt Cuba lui est alors apparu comme “une belle de nuit, très louche, probablement vérolée”, mais finalement accepte. En février-mars 1960, il se rend à Cuba, en compagnie de Simone de Beauvoir. De ce voyage, naît un reportage : Ouragan sur le sucre. Sartre publie dans France-Soir, une série de 16 articles pour faire connaître au plus grand nombre la révolution cubaine.
En 1971, Sartre déchante, en effet, le poète Heberto Padilla est arrêté. Une lettre est signée par une soixantaine d’intellectuels, dont Sartre, pour protester contre l’arrestation de celui-ci. Après cet épisode, il rompt alors avec Cuba.
En guise de représailles, Castro les qualifie “d’agents de la CIA”, et leur interdit “indéfiniment” d’entrer à Cuba.
Thème du sucre
Dans ses articles, Sartre évoque l’importance de la canne à sucre, et la résignation de des habitants de Cuba :
“L’ennui, c’est qu’il en faut ! Si mal qu’il nous fasse vivre, c’est par lui que nous vivons.” Et l’un d’eux ajouta avec l’agrément de tous : “Notre pays est soumis à cette loi d’airain : pas de sucre, pas d’île ! Le sucre enrichit les riches, nous savons qu’il appauvrit les pauvres de jour en jour davantage. Mais que voulez-vous y faire ? C’est notre lot.” p. 175.
Depuis les fenêtres de son immense « suite » de son hôtel, il observait les promeneurs en sueur marcher sous un soleil brûlant par une température de trente-trois degrés, pendant que lui, son corps parcouru de frissons luxueux, restait dans la pénombre accueillante de sa chambre.
Sur le chemin de retour pour reprendre l’avion qui le ramène à Paris, Sartre rencontre un américain qui lui propose de l’accompagner à l’aéroport.
Il m’apprit en chemin l’incroyable sollicitude de son pays pour Cuba : depuis cinquante ans les USA avaient la générosité d’acheter aux Cubains leur sucre au-dessus du prix mondial. “Nous avons, dit-il en souriant, de ces faiblesses. Cette île est si belle que nous l’entretenons comme une danseuse.” p. 177.
Sucrier, poires et tasse bleue, de Paul Cézanne
Admirons une peinture de Paul Cézanne (1839-1906) exposée au musée d’Orsay, intitulée sucrier, poires et tasse bleue.
Pour plus d’anecdotes sur le sucre :
Dans la même série, « Les matières premières et l’art» :
Sources :
Photo credit : Paul Cézanne, Public domain, via Wikimedia Commons