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LE FONDS DU DOYEN MOREL
Société, culture et vie privée
Charles-Ferdinand Morel (1772-1848)
Plus de 160 ans après sa disparition, la figure sévère de Charles-Ferdinand Morel hante toujours les vallons jurassiens. Celui que l'on a coutume d'appeler le doyen Morel - il fut le doyen des pasteurs jurassiens - a marqué de son empreinte la vie de ses contemporains, mais aussi la nôtre. Le buste érigé aux abords de la rue principale de Corgémont, son village natal, impose sa présence à ceux qui auraient été tentés de l'oublier.
Témoin de la fin de l'Ancien Régime, de la Révolution française et de la naissance de la démocratie moderne, Charles-Ferdinand Morel vit à la charnière de deux mondes. Membre d'une élite cultivée qui a foi dans le progrès, il imagine et bâtit sans relâche une société nouvelle, rationnellement élaborée.
Il a tout juste dix-sept ans lorsque la Révolution française éclate. Le jeune aumônier alors cantonné à Maubeuge s'enthousiasme immédiatement et devient un ardent défenseur des idées nouvelles à son retour au pays. Le pasteur de Corgémont est en effet un ecclésiastique et un citoyen engagé. Il est, par exemple, l'auteur d'un projet de constitution pour le Jura en 1814, un membre influent de la Constituante bernoise en 1831 et de la Commission jurassienne en 1840.
Membre de nombreuses sociétés savantes et agronome averti, il est également un efficace promoteur de l'industrialisation.
Le pasteur combat la misère et ses causes : dès 1816, il préside la Caisse centrale des pauvres, une institution qui permettra bientôt la création pour le district d'un hôpital, d'un asile des vieillards et d'un l'orphelinat. Dans un même élan, il fonde en 1829 la Caisse d'épargne du district de Courtelary, première banque jurassienne, et la Société de tempérance du Jura bernois en 1837.