Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07269.jsonl.gz/750

Une dizaine de femmes et d'hommes sont assis autour de la grande table de la salle de réunion de Zurich. Autour d'eux, des enfants courent et prennent quelques sucreries, dont des branches au chocolat suisses et des Baklava soudanais.
Ces Soudanais sont originaires de différentes régions de Suisse. Ce n'est que récemment qu'ils se sont officiellement constitués en organisation locale. Mais la communauté - dont la plupart des membres sont des femmes - est présente dans notre pays depuis plus de 20 ans. Au début, ils se réunissaient principalement pour des raisons sociales, explique el-Wathig el-Gozoli, qui est assis à la table et prépare son enceinte pour la réunion avec Zephania Amuiri, conseiller principal de liaison pour le bureau régional du HCR pour l'Afrique de l'Est, la Corne de l'Afrique et la région des Grands Lacs :
"Mais lorsque la guerre a éclaté, nous avons réalisé que nous devions faire plus."
C'est une guerre un peu oubliée. Dans ce pays, nous n'apprenons pas grand-chose sur ce qui se passe dans le nord-est de l'Afrique. Pour el-Wathig el Gozoli, ce n'est pas une surprise : Le Soudan est très éloigné de la Suisse, et les gens d'ici en savent donc très peu sur ce pays. Les médias ne s'y intéressent pas vraiment non plus, poursuit el-Wathig el-Gozoli. Mais ce qu'ils entendent de leurs parents et voisins au Soudan est effrayant :
"Il n'y a pas que les combats officiels. Les civils sont délibérément attaqués, les femmes sont victimes de violences sexuelles. C'est notre travail d'informer les gens ici sur la gravité de la situation".
Les violents affrontements entre les forces armées soudanaises (SAF) et les forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) ont éclaté à la mi-avril. Depuis lors, plus de 5 millions de personnes ont déjà été contraintes de fuir. Nombre d'entre elles ont trouvé refuge dans les pays voisins, tels que le Tchad, le Sud-Soudan ou l'Éthiopie. Mais même là, la situation est très difficile et les réfugiés ont un besoin urgent d'eau, de nourriture, d'abris sûrs et de soins médicaux. Pour le HCR, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, le conflit au Soudan est une situation d'urgence. Les travailleurs humanitaires et les organisations partenaires font de leur mieux, mais les ressources sont insuffisantes. Contrairement à d'autres conflits, comme par exemple la guerre en Ukraine, la population mondiale ne s'est pas montrée particulièrement préoccupée ou intéressée par les appels aux dons lorsqu'il s'agit du Soudan.
La communauté soudanaise de Suisse a collecté des fonds et fait des dons au HCR. Malgré le conflit, tous les membres de la communauté ont accepté de rester politiquement impartiaux. Ils se sont simplement souciés des victimes. C'est pourquoi ils prévoient une aide supplémentaire et souhaitent développer leur coopération avec le HCR, explique Nagla Fathi. Mère de trois enfants, elle est particulièrement préoccupée par le sort des jeunes Soudanais.
"Beaucoup d'entre eux ne peuvent plus aller à l'école. Ils ne savent pas de quoi leur avenir sera fait. Ces jeunes ont désespérément besoin d'accéder à des établissements d'enseignement pour pouvoir se construire une vie."
Les Soudanais sont un peuple très ouvert et hospitalier, toujours soucieux des autres, ajoute Nagla Fathi. Cela se reflète également dans le fait que le Soudan a toujours été l'un des pays d'Afrique qui a accueilli le plus de réfugiés. Mais aujourd'hui, il a lui-même un besoin urgent d'aide.
Tous les membres de la communauté soudanaise comprennent un peu pourquoi les Suisses ne font pas preuve d'autant de solidarité à l'égard du Soudan. "Le pays est loin, la situation est chaotique", explique Gibreil Hamid. Originaire du Darfour, dans l'ouest du Soudan, il est sans nouvelles de sa famille depuis cinq mois. Il ne peut pas les contacter, ni même leur envoyer de l'argent : Internet, les réseaux mobiles et les banques ne fonctionnent plus.
"Mais c'est à nous de sensibiliser la population à la situation. Nous n'en faisons pas encore assez, nous devons aller davantage dans les rues. Nous devons aussi mieux aider les organisations humanitaires, car leur accès est limité au Soudan".
Zephania Amuiri, du HCR, est du même avis. Il est connecté en ligne et les Soudanais présents dans la salle de réunion de Zurich sont invités à lui poser des questions. Quel type d'aide le HCR peut-il apporter sur le terrain ? Où se trouvent les travailleurs humanitaires ? Certaines zones ne sont toujours pas accessibles pour des raisons de sécurité. Mais ils y travaillent, affirme Zephania Aimuri. Et il est très touché par l'engagement de la communauté soudanaise en Suisse.
Le Soudan est secoué par des crises depuis des décennies. Les coups d'État militaires, les flambées de violence et, aujourd'hui, la guerre civile se succèdent. La société soudanaise est composée de nombreux peuples et tribus différents.
"When this war ends, the population will finally see itself as one," Gibreil Hamid is convinced. "Origin does not matter; we are all simply Sudanese."
Dans ces conflits violents, dit-il, tout le monde souffre de la même manière, surtout les innocents. Il sait que les Suisses sont très généreux en matière d'aide humanitaire. Mais ils ne sont pas encore conscients de l'inhumanité de ce qui se passe actuellement au Soudan. "Les gens d'ici ne nous ont pas attendus", précise el-Wathig el-Gozoli. "Il est de mon devoir d'aller à la rencontre des gens et de leur raconter mon histoire. C'est ainsi que nous pourrons aider les victimes ensemble". Et Nagla Fathi est convaincue : "Même un franc suisse peut faire la différence".
Vous pouvez soutenir les réfugiés du Soudan en partageant les nouvelles sur ce qui s'y passe ou en faisant un don. Ensemble, nous pouvons faire la différence et faire connaître au grand public la situation dans ce pays africain.
Restez à l'écoute pour un regard plus profond et plus émotionnel sur le Soudan, car nous publierons très bientôt les vidéos de nos entretiens avec Nagla Fathi, el-Wathig el-Gozoli et Gibreil Hamid.