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Les terres rares désignent un groupe de 17 éléments métalliques dotés de propriétés magnétiques et conductives similaires.
L’importance stratégique, économique et géopolitique des terres rares n’a cessé de croître durant les deux dernières décennies. Leur usage dans l’électronique de pointe en fait ainsi des composants essentiels dans des secteurs comme le numérique, la transition énergétique et les technologies militaires (Niquet, 2011).
Le terme de terres rares est une convention communément acceptée, mais est néanmoins trompeur d’un point de vue scientifique. Les terres dites rares ne le sont pas d’un point de vue géologique. Ainsi, 17% des éléments d’origine naturelle sur Terre sont des terres rares. Celles-ci sont cependant dispersées dans la croûte terrestre, rendant leur processus d’extraction difficile d’un point de vue technique. La connotation de rareté contenue dans le terme de terres rares est avant tout utilisée à des fins commerciales et politiques (Klinger, 2017, p. 41).
L’existence des terres rares est connue depuis plusieurs siècles, mais pendant longtemps leur utilisation est restée marginale. Il fallut attendre l’ère atomique et le développement à grande échelle de l’électronique, dans les années 1980, pour que leur utilisation devienne plus importante. Aujourd’hui, les terres rares, du fait de leurs propriétés magnétiques et conductives uniques, sont utilisées dans de nombreuses technologies (Christmann, 2011, p. 78).
Du fait de l’importance essentielle des terres rares, leur extraction et leur production sont des enjeux cruciaux. Des années 1960 aux années 1990, les Etats-Unis étaient le producteur principal de terres rares (Degeorges, 2021, p. 23). Trois dynamiques ont cependant mené à un transfert progressif de la production mondiale en Chine. En premier lieu, dès les années 1980, le gouvernement chinois a implémenté une stratégie à long terme à travers une politique de bas prix, de régulations environnementales faibles et de programmes de recherche. En second lieu, l’impact environnemental négatif lié à l’extraction des terres rares, particulièrement la radioactivité et la pollution de l’eau, a suscité l’appel à des régulations plus strictes par les mouvements environnementaux au sein des pays occidentaux. Par conséquent, la libéralisation et l’expansion du commerce international dans les années 1980-90 ont mené à une délocalisation et à des transferts technologiques en faveur de la Chine (Seaman, Ting, 2019, pp. 13-14). Ainsi, en 2010, environ 95% de la production mondiale de terres rares était localisée en Chine. Toutefois, l’importance de cette dépendance a mené plusieurs pays à relancer l’extraction et la production de terres rares (Gholz, 2014, p.).
Les terres rares sont un bien économique particulier, à l’intersection des dynamiques de marché et de la politique (de Medeiros, Trebat, 2017, p. 515-522). En tant que matières premières critiques, les terres rares relèvent d’un « nationalisme de ressource », les Etats ayant une influence déterminante sur l’instauration et l’organisation de la filière. En dépit de leur importance économique et stratégique, leur production est extrêmement concentrée. Il n’existe en outre à ce jour pas de marché public organisé pour ces matières premières (Fizaine, 2021, p. 83). Ces conditions renforcent le pouvoir de marché de la Chine, qui lui confère en retour un pouvoir stratégique considérable. La démonstration en fut faite en septembre 2010 lorsque la Chine restreignit temporairement l’exportation au Japon de terres rares à la suite d’un incident entre un navire japonais et un navire chinois. Ce genre de pressions liées à l’approvisionnement de terres rares pourraient engendrer des tensions géopolitiques, voire des conflits.
En conséquence, les terres rares ne peuvent être exclusivement analysées en termes économiques. Les logiques économiques et politiques y sont en effet intriquées. De plus, la crise climatique et l’impératif de la transition énergétique complexifient ces dynamiques. D’une part, la transition énergétique requerra des quantités croissantes de terres rares. En conséquence, une nouvelle géographie mondiale de l’énergie se constitue, ce qui aura des répercussions politiques et stratégiques considérables (Kuzemko et al., 2019, p. 8). D’autre part, l’extraction de terres rares elle-même peut créer des dégâts environnementaux considérables. Si l’ouverture de mines hors de la Chine est théoriquement possible, les résistances sont nombreuses dans les pays occidentaux (Christmann, 2016, p. 14). Pour illustrer la complexité de ces enjeux, l’on peut citer les velléités d’exploitation de nouvelles mines dans des zones naturelles préalablement protégées au Brésil (Klinger, 2017, p. 168). L’extraction et l’exploitation de terres rares sont ainsi liées à de nombreux enjeux sociaux et environnementaux.
Une approche d’économie politique internationale, entendue ici comme une perspective de relations internationales appréhendant les interactions entre les domaines du politique et de l’économique, est ainsi particulièrement apte à restituer, dans toute leur complexité, les dynamiques au sein desquelles les terres rares sont insérées. La transition énergétique engendre des dynamiques qui favorisent de nouveaux acteurs, dont la Chine, au détriment de puissances traditionnellement basées sur la maîtrise du pétrole (Newell, 2019, p. 17). Les terres rares sont l’une des ressources clé de ce nouvel ordre économique et géopolitique. Si la Chine dispose aujourd’hui d’un pouvoir non négligeable, des alternatives commencent à émerger. D’une part, certains métaux possèdent des substituts et sont donc progressivement remplacés par les entreprises qui en usent. D’autre part, les technologies de recyclage progressent, ce qui réduirait la criticité des terres rares (Massari, Ruberti, 2013, pp. 41-43). Plusieurs Etats, à la suite de la Chine, mènent en outre des politiques « néo-mercantilistes » à l’égard des terres rares, ce qui contribue à réduire les risques d’approvisionnement et de volatilité des prix (Humphreys, 2013, p. 348). Une approche d’économie politique internationale, en considérant à la fois les dynamiques économiques, politiques, et leurs interactions, est ainsi à même d’appréhender un phénomène dont l’importance croîtra dans les années futures.
Álvaro Gómez
Benjamin Vermont
Cindy Santos Da Silva
Edgar Mathevet
Juan Manuel Reyes
Yann Reitzel
Publié en 2022
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