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22/11/2011
La couleur du poireau et la taille des capotes
L'Union européenne (UE) n'a pas que des défauts, Hans Magnus Enzensberger en convient. Il reconnaît quelques avantages au fait d'habiter une partie du monde que la guerre a épargnée depuis plus d'un demi-siècle et où il est désormais possible de changer de pays sans emporter avec soi un arsenal d'adaptateurs électriques pour brancher son rasoir à l'hôtel. Oui, l'intégration européenne aura au moins eu ça de bon.
Pour le reste, Enzensberger n'est pas tendre. A 82 ans, mais avec un mordant de jeune loup, l'écrivain bavarois a décidé de se payer l'eurocratie bruxelloise. Il lui consacre un pamphlet féroce dont est presque honteux de se régaler à un moment où l'UE va si mal. Mais on s'en régale tout de même.
De sa plume élégante, harmonieuse, héritière d'un grand style européen, Enzensberger cartographie l'empire d'une bureaucratie ayant surtout le souci de sa propre expansion. Il examine des dossiers interinstitutionnels, déchiffre des organigrammes, s'avance à travers une forêt d'acronyme, et traite cette triste matière avec une infinie drôlerie. «Le doux monstre de Bruxelles» désigne cette machine à produire des règlements sur la courbure des concombres, la couleur des poireaux ou la taille des préservatifs, et qui ambitionne de faire ainsi le bonheur des peuples avec leur assentiment si possible, mais contre leur volonté si nécessaire.
A l'UE souffreteuse, l'écrivain recommande un bon régime amaigrissant et un peu de fidélité à elle-même. Son pamphlet n'a de rien de nationaliste; c'est le livre d'un grand Européen qui sait ce qu'il doit à la culture de son continent. Et si l'UE se fiche de cette culture à laquelle elle concède une part infinitésimale de son budget, c'est pour lui une raison de se réjouir: «Des directives sur la façon dont on doit danser, peindre et écrire en Europe: il n'aurait plus manqué que ça!»
Le doux monstre de Bruxelles ou L'Europe sous tutelle
Hans Magnus Enzensberger
Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary
Gallimard, 81 p.