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Coïtus interruptus
La Suisse ne signera pas (du moins pas pour le moment, pas avant que les Chambres fédérales en aient débattu) le Pacte sur les migrations de l'ONU. Le Conseil fédéral, qui se dit pourtant convaincu que ce pacte "correspond aux intérêts de la Suisse", puisqu'il vise à diminuer la migration "irrégulière" en organisant une migration "ordonnée", a donc courageusement décidé de ne pas décider. Après avoir annoncé qu'il signerait un texte à la rédaction duquel il avait fait participer son ambassadeur auprès de l'ONU. La Suisse était donc absente à la signature du pacte, lundi 10 dernier à Marrakech. Comme les gouvernements "populistes" (qu'on nous pardonne cet oxymore -comme si on pouvait être "populiste" en étant au pouvoir...) des USA, de Hongrie, d'Autriche, d'Australie, de la République Tchèque, d'Israël et de Pologne. Le texte du Pacte est pourtant purement déclamatoire et sans conséquence impérative ni effet juridique : chaque Etat signataire en fait rigoureusement ce qu'il veut. S'il vise à définir des critères pour une politique mondiale ordonnant la migration, renforçant la lutte contre la traite des êtres humains et le trafic des migrants, sécurisant les frontières, veillant au respect des droits humains, organisant le rapatriement et la réintégration des migrants "irréguliers" dans leur pays d'origine et l'intégration des migrants "réguliers" dans leur pays d'accueil, il le fait en reprenant des principes déjà exprimés dans les grands textes internationaux proclamant les droits fondamentaux de la personne, et dans la plupart des constitutions nationales. Et il ne créée nullement un "droit à la migration" (comme s'il fallait créer un tel droit, alors que la migration est un fait millénaire qui se contrefout de toute espèce de droit). Seulement voilà : parler de "migration", même "ordonnée", sans la qualifier a priori de menace et d'invasion, c'est agiter un chiffon rouge (ou jaune ?) sous le mufle des xénophobes. Et à moins d'un an des élections fédérales, la majorité de droite du Conseil fédéral, à commencer par l'acratopège ministre des Affaires Etrangères a eu peur des réactions du bestiau. D'où ce pitoyable coïtus interruptus.