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La coupe du monde féminine de foot débute le 7 juin en France. Fonctions des joueuses, affiche: la présentation a été féminisée comme le montre l’Équipe. Ou presque: trois fonctions sur quatre sont concernées. Par exemple, gardiennes de but.
Gardien, gardienne: le mot existe au féminin depuis longtemps et c’est dans le dictionnaire en ligne cnrtl.fr. Par exemple: gardien de prison, gardienne d’enfants, gardienne de troupeaux.
Attaquant, attaquante: c’est à la fois un participe présent, un adjectif et un substantif. On a ajouté un e final pour féminiser la forme. Pour gardien, le e final ajouté est précédé du redoublement de la dernière voyelle de la forme masculine: gardien, gardienne. Jusque là tout va bien.
Premier écueil: défenseure. Comme substantif on peut le féminiser sur simple décision, alors qu’un adjectif devrait accompagner un substantif dont il prendrait le genre. Ce n’est donc pas un gros écueil. Celui-ci réside surtout dans le fait qu’aucune règle ni aucun fondement théorique n’impose un choix standardisé qui serait ici bien utile. On dit: allumeur, allumeuse; chanteur, chanteuse. On pourrait dire: défenseur, défenseuse.
Enfin le dernier terme n’est pas cohérent avec la démarche: milieux, pour milieux de terrain. C’est un substantif masculin. Il n’est pas féminisé alors que les trois autres le sont: ça fait tache.
Pourquoi ce choix? Les décideurs invisibles (qui ne nous demandent en général pas notre avis, mais bon on ne va pas faire un référendum pour ça) ne sont-ils pas allés au bout de leur intention? N’ont-il trouvé aucune solution gracieuse?
Ce terme manque d’audace et affaiblit l’intention première. Comment pourrait-on le féminiser? Il faut comparer avec un mot en -eu, pas en -eux. Par exemple: cheveu, cheveux. Problème: tous les mots en -eu (comme milieu) sont masculins et prennent un -x au pluriel.
Le mot milieu n’a aucun féminin prévu. Il fallait alors l’inventer. Les décideurs (la FIFA? La FFF?) ne l’ont pas fait. Dommage, une occasion ratée alors que cet événement sera fortement médiatisé en France.
Pour ma part j’ose dire: milieues de terrain. La forme ne manque pas d’élégance et sa simplicité pourrait la faire intégrer naturellement dans la langue. Et puis on dit partout: les Bleues. C’est donc déjà en partie fait.
De même j’ai mis en titre: Mondiale, au féminin, en symétrie du Mondial masculin. Pourquoi pas? La coupe du monde féminine est une épreuve mondiale dans un sport majeur.
J’incline à penser que les décideurs ne sont pas allés au bout de leur intention. Ils ont reculé devant l’écueil et laissé le bébé à qui le veut.
Pire: ils ont lâché le volant en route et le sexe de leurs filles de foot avec. Sur la présentation officielle de l’équipe des Bleues (image 2, clic pour agrandir), on peut lire en bas à droite: «#Fiers d’être des Bleues ».
Fiers au masculin, Bleues au féminin. Je reste sans voix. Je veux bien admettre que l’époque pousse à la confusion des genres et des identités, mais quand-même, la grammaire… Serait-ce un coup des LGBTetc? Ou le résultat de l’analphabétisation rampante qui mine la France et certaines de ses élites? Raaahhh...
Enfin l’affiche officielle (image 3) mérite une mention spéciale. Elle est un mélange de Andy Wharol, d’icône mystique, de manifeste républicain, de graffiti féministe et de publicité de mode de chez Marie-Claire ou Yves Saint-Laurent.
L’affiche est certes visuelle mais son traitement tient plus de la revue de mode ou du programme politique, voire de la quête mystique teintée New-Age, que du foot.
En regardant bien on comprend que les yeux de biche, les cheveux déliés et le rouge à lèvre écarlate ne sont pas le fait d’un top model ou d’une gravure de mode, mais qu’ils représentent censément la tête d’une dure à cuire du foot insérée dans un rond – le ballon.
Mettre la tête d’une femme sur un ballon? Un ballon dans lequel on donne des coups de pieds? Eh bien, en cherchant la petite bête, je trouve le symbole discutable et l’association assez malheureuse par les temps qui courent.
Sur ce, je souhaite à la France et à son excellente équipe bleue-black-blonde autant de plaisir qu’avec le mondial masculin de 2018.