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Au commencement était un nuage, un gigantesque nuage de gaz moléculaire et d’un peu de poussière, d’une centaine d’années-lumière en étendue et de deux ou trois soleils en masse, comme il en existe partout dans l’Espace, matériau léger et froid provenant des origines mêmes de l’Univers, enrichi au cours du temps de quelques parties d’éléments lourds, « métalliques », forgés au cœur des étoiles-massives et libérés après leur mort.
« Un jour », comme l’ont théorisé Emmanuel Swedenborg (1734), Emmanuel Kant (1755) puis Pierre-Simon Laplace (1796), cette énorme masse immobile et passive fut animée par un événement extérieur fortuit, le passage d’une étoile proche ou l’explosion en supernova d’une étoile-massive qui ayant généré un vent puissant, souffla le nuage en l’enrichissant aussi d’un peu plus de matière. Le seuil critique de densité était atteint pour que la force de gravité intrinsèque à toute matière commence à faire son œuvre, que la concentration du nuage à peine esquissée se développe et s’auto-accentue et qu’un disque d’accrétion en rotation résultant de l’accélération de la rotation pendant la contraction, se forme autour des parties les plus denses et s’y réchauffe du fait de cette densité.
Le processus étant enclenché, rien ne pouvait plus l’arrêter. C’est au centre du disque que la densité était naturellement la plus forte et la température la plus élevée. Et c’est là qu’assez rapidement (une centaine de millions d’années) un astre ou deux devaient se former comme un enfant dans le ventre de sa mère. La masse seule devait déterminer leur puissance, c’est-à-dire leur capacité à générer une fusion nucléaire de l’hydrogène vers l’hélium plus ou moins importante. Pour notre système ce fut une « naine-jaune », c’est-à-dire une étoile de puissance moyenne (type spectral « GV ») et de durée de vie assez commune, soit quelques 10 milliards d’années…et sans doute un ou deux frères du Soleil dont nous ne savons rien sinon qu’ils sont probables et qu’ils ont dû partir vivre leur vie en fonction de leur masse, de l’influence des masses voisines et de leur vitesse propre autour du Centre galactique.
Aussitôt le feu allumé par la fusion, le Soleil, car c’était lui un des “happy few” qui naissaient, rayonna ; c’est-à-dire qu’il projeta au sein de sa sphère d’influence des particules résultant de son activité interne et rejeta au-delà de son environnement le plus proche les nuages de matière qu’ils n’avaient pas absorbés et en particulier les volatils, dont l’eau sous forme de cristaux. Celle-ci fut repoussée au-delà d’une certaine limite qu’on appellera la « Ligne de glace », située aujourd’hui au milieu de la Ceinture d’Astéroïdes.
Mais le Soleil n’avait pas épuisé la matière de son disque, même s’il en constituait et de loin, la plus grande partie, soit 99,86%. Ce disque continuait à tourner car une fois le processus de concentration du nuage initié, il ne pouvait s’arrêter puisque porteur de l’énergie cinétique liée à l’effondrement de ce même nuage dont il était issu. A l’intérieur, la matière, du fait de la diversité de son mixte de constituants en fonction de sa distance au jeune Soleil et de la vitesse générée par la gravité, ne pouvait y être homogène. Des tourbillons se formaient, des chocs multiples intervenaient, des attractions gravitationnelles de plus en plus puissantes s’exprimaient en fonction des masses en présence et de la distance à l’Astre central, tout ceci dans un « joyeux désordre » apparent mais toujours selon les lois universelles de la Physique (Lois de Kepler et de Newton).
C’est à plus grande distance du Soleil, au-delà de la Ligne de glace, par nettoyage et absorption de la quasi-totalité de la masse de leur environnement et notamment de leur orbite, que se formèrent d’abord les plus grosses planètes, les « géantes gazeuses », Jupiter, Saturne, Neptune, Uranus et peut-être la fabuleuse « Planète-9 » située entre Saturne et Neptune, car non seulement elles disposaient de la matière solide mais aussi des volatils à l’origine présents partout mais rejetés par le jeune Soleil au-delà de cette Ligne. En deçà de la Ligne, les masses étaient par définition sèches, sans eau libre (ce qui n’exclut pas l’eau chimiquement captive). C’est là que se formèrent ensuite les planètes telluriques, Mars, la Terre, Vénus, Mercure. C’était il y a quelques 4,6 milliards d’années.
Les étapes furent multiples. L’accrétion n’est pas quelque chose de simple dans un milieu occupé par d’innombrables masses différentes. Les plus grosses absorbent les plus petites à leur proximité mais en même temps elles se déplacent vers leur centre commun de gravité, leur barycentre. Certains chocs font éclater des astres déjà gros et les centres d’accrétion peuvent se recomposer différemment après impact et éjections. Enfin des zones entières peuvent être soumises à des forces gravitationnelles contradictoires qui empêchent ou limitent toute centralisation. C’est ainsi que la Ceinture d’Astéroïde se forma à distance respectable mais insuffisante de Jupiter et de Mars de telle sorte qu’elle ne put se concentrer en planète. Avant les planètes qui purent se former et après l’époque des astéroïdes, il y eut l’époque des planétoïdes. Certains fusionnèrent pour former ces planètes qui libérèrent de matière leur orbite. D’autres ne purent aller jusqu’au bout de cette évolution, ce sont aujourd’hui les planètes-naines (dans la Ceinture d’Astéroïdes ou la Ceinture de Kuiper, comme Cérés, Pluton ou Eris) et les gros astéroïdes.
Enfin la stabilisation fut longue et difficile. On pense ainsi (Alessandro Morbidelli, « le Grand Tack ») que Jupiter, après avoir concentré l’essentiel de la matière de sa zone mais toujours attiré par la matière voisine qui restait très abondante, « entreprit » de descendre vers la Ceinture d’Astéroïdes, région qui, vers le Soleil lui était la plus proche et où la matière était encore très diffuse. Jupiter entraîna sa voisine, Saturne, en amorçant sa descente et ce ne fut que lorsqu’une certaine résonnance fut établie entre les deux (trois rotations de Jupiter pour deux de Saturne) que les deux astres purent revenir de concert vers leur lieu de naissance. A l’aller et au retour elles capturèrent une bonne partie de la matière initiale de la Ceinture d’Astéroïdes et « chamboulèrent » le reste, remettant des corps glacés en deçà de la Ligne de glace toujours à l’intérieur de la Ceinture, ce à quoi le Soleil, un peu calmé de ses ardeurs juvéniles, ne put s’opposer. Quand les perturbations étaient trop violentes ces petits corps glacés étaient projetés en dehors de la Ceinture, soit vers le système planétaire externe soit vers le système planétaire interne et donc la Terre. Mais, comme dans toute manœuvre de ce genre, il y eut des excès ; c’est-à-dire des effets d’inertie ou de balancier. Jupiter descendit très bas vers le Soleil, jusque dans le domaine de Mars et captura beaucoup de matière à cette distance du Soleil, ce qui n’en laissa pas suffisamment à la future Mars pour devenir aussi massive que la Terre ou Vénus. Dans l’autre direction, après rebroussement, le retour du couple emporta Saturne bien au-delà du berceau de sa naissance. Neptune fut de ce fait éjecté au-delà d’Uranus et l’axe de rotation d’Uranus fut complètement perturbé (rotation rétrograde, sur un axe incliné de 97,7° sur l’écliptique). Certains pensent même qu’une autre géante gazeuse, qui s’était formée à distance respectable de l’orbite initiale de Saturne, fut, du fait de son retour, expulsée bien au-delà des autres planètes. C’est ce qu’on appelle la Planète-9 susmentionnée, qui serait aujourd’hui quelque part dans la Ceinture de Kuiper, ce tore d’astéroïdes trop lointain et trop immense (et ses composants animés d’une vitesse trop faible) pour avoir permis la création d’une planète unique sur son orbite bien qu’il soit peuplé de plusieurs planètes-naines de la taille de Pluton. D’ailleurs ces planètes naines résultent peut-être de perturbations créées par l’intrusion profonde de Neptune dans cette zone du fait qu’elle y avait été rejetée par le retour de Saturne. Du fait de ces bouleversements dans les Ceintures d’astres glacés, l’eau redescendit sous forme de pluies de comètes vers le Soleil. Et la Terre, comme Mars et Vénus purent jouir de ses bienfaits.
Les dés étaient jetés, les cartes distribuées, les rôles pouvaient se dérouler en fonction des positions de chacune des planètes par rapport au Soleil et de leurs dons ou aptitudes respectifs. La Terre, comme les autres, avaient ses potentialités sinon son destin. Compte tenu des circonstances particulières galactiques, compte tenu du dosage des composants chimiques les constituant, compte tenu de l’histoire ayant mené les astres jusqu’à ce point, beaucoup de voies étaient possibles. Ce qui est certain c’est que la Terre se trouvant alors dans la zone-habitable du Soleil et possédant de l’eau en plus des fameux éléments chimiques C,H,O,N (plus souffre, potassium, et quelques autres), elle devenait potentiellement habitable.
Cela a conduit jusqu’à nous au travers d’une multitude de vicissitudes, d’accidents, d’imprévus comme de possibles sinon de prévisibles. C’est précisément parce que la Vie a pris au bon moment les bonnes directions dans les multiples carrefours qui se sont présentés par accidents que nous sommes aujourd’hui présents sur Terre. Ces accidents étaient imprévisibles dans leur intensité particulière et dans le moment exact où ils survinrent par rapport à l’écoulement du fleuve de la Vie.
Certains voudraient que tout fut écrit. Je ne le pense pas. De la poussière à l’Homme il y a un très long parcours croisant de multiples carrefours, unique comme une empreinte digitale et qui s’est effacé au fur et à mesure qu’on a progressé. Il y a eu le Hasard et la Nécessité et aussi, lorsqu’il accéda à la conscience, la Liberté de l’Homme, sa Réflexion, sa Volonté et sa capacité de Faire. Maintenant on peut toujours s’interroger sur le Hasard, la Nécessité et l’issue de la Réflexion. Jamais nous n’aurons de certitude absolue sur la cause du résultat de ce cheminement absolument unique. C’est cela aussi notre Liberté. Le pari de Pascal a un bel avenir.
Comme quoi « On » peut tout faire avec la poussière, même l’Homme pour contempler le Ciel et se poser les questions qui lui sont essentielles.
Joyeuses Pâques!
Illustration de tire : Nébuleuse d’Orion, crédit NASA, ESA, M Robberto (STscl/ESA et al.).
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