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ca. 1667
Samuel Chappuzeau, L'Europe vivante ou la relation nouvelle historique et politique de tous ses états
Genève : Chez Jean Herman Widerhold, 1667-1669
Situation du théâtre en France et Parnasse des auteurs
Dans le tableau consacré à la France, Chappuzeau fait la liste des hommes illustres en précisant leur domaine d'excellence. C'est l'occasion de voir comment s'organise le classement des auteurs à cette date:
Dans la poésie, Monsieur de Brieux, Conseiller au Parlement de Metz, inimitable dans la poésie latine, et admirable dans la française ; Monsieur Godeau Évêque de Vence, qui a hérité de la harpe de David, et qui a sanctifié le Parnasse ; Monsieur Chapelain, l'Homère de la France, et le plus heureux père qui fut jamais ; Messieurs Ménage, Boileau, et Pelisson, dont les ouvrages sont si estimés. Et pour le roman et la comédie, que je mets ensemble, puisque le roman est une comédie en prose, et la comédie un roman en vers, Monsieur de Gomberville, qui entend admirablement sa langue ; Monsieur de Scudéry qui écrit avec une facilité merveilleuse, et également fort dans le style héroïque, et dans celui des ruelles ; Monsieur de Benserade, pour les pièces galantes ; Monsieur Quinault qui sait parfaitement la Carte de Tendre, et qui touche si bien les passions amoureuses ; Monsieur Boyer, dont l'expression est noble ; Monsieur Gilbert, qui a fait de beaux ouvrages ; Monsieur Thomas Corneille, qui ne le doit céder qu'à son aîné Monsieur Pierre Corneille, qui l'emporte de belle hauteur, et sur tous les poètes de l'Antiquité, et sur tous les poètes du temps. Je ne dis rien de cent autres, qui sans passer pour des auteurs et sans se faire imprimer, produisent tous les jours de très beaux ouvrages.
Puisque j'ai parlé de la comédie, je dois remarquer qu'elle se joue dans trois maisons trois fois la semaine, sans compter les fêtes : à l'Hôtel de Bourgogne, où règne le grand cothurne ; au Marais, où les machines font bruit ; au Palais-Royal, où le beau comique attire le monde. Je prends ces maisons selon leur antiquité, et selon leur principal caractère ;et elles sont aujourd'hui remplies d'habiles gens, qui exécutent si bien les pièces que les auteurs leur confient, que tout l'univers avoue qu'à parler des choses en général, ni le théâtre italien, ni le théâtre espagnol n'approchent point de la régularité et de la pompe du théâtre , et ne peuvent si bien divertir un honnête homme. Il y a de plus huit ou dix troupes à la campagne, qui courent les provinces du royaume pour leur faire part de ce noble amusement.
[Suit la liste "des illustres à qui le roi donne pension"]
Relation en ligne sur Google Books, édition de 1671, p. 315
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