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On ne saurait placer au dernier rang des éloges de saint Bernard, le fait qu'il est le premier de l'ordre de Cîteaux qui ait mérité d'être compté au nombre des saints. Cet honneur était réclamé par la sainteté singulière de ce bienheureux, par les immenses travaux entrepris par lui pour l'Église, et parles témoignages de sainteté qu'il reçut du ciel dans ses miracles insignes, auxquels il eût semblé coupable de tarder davantage à souscrire. A peine dix ans s'étaient-ils écoulés depuis sa sainte mort que, dans le concile de Tours, en 1163, auquel assistait et présidait le pape Alexandre III, on commença à agiter cette question. Toutefois, le souverain pontife, bien que disposé, quant à lui, à cause de sa vénération particulière pour saint Bernard, à donner suite à ce dessein, fut néanmoins d'avis d'en ajourner un peu l'accomplissement, pour des raisons particulières qu'il fit connaître plus tard dans la lettre de canonisation. Il y dit en effet : «Comme nous étions favorablement disposés à donner suite à cette affaire (à la canonisation de saint Bernard), il nous arriva une multitude, un nombre considérable de solliciteurs qui nous demandaient de faire quelque chose de semblable, dans diverses provinces. Voyant donc que nous ne pouvions satisfaire convenablement à toutes ces demandes, nous avons résolu, pour éviter toute espèce de scandale à ce sujet, de différer pour ce qui était de Bernard, ce que nous étions obligés de refuser pour d'autres. » Mais enfin, le même pape Alexandre, à la prière de Gérard abbé, et de tout le couvent de Clairvaux, voulut qu'on plaçât l'abbé Bernard au nombre des saints, pour satisfaire au voeu de ses pieux enfants. Les lettres de canonisation ne faisant point une mention expresse. de l'année où ce fait s'est passé, les auteurs sont partagés sur la date de cette canonisation; les uns la placent en 1164, tels sont Horstius et Henriquez; les autres la reportent jusqu'à l'année 1166; mais les uns et les autres semblent dans l'erreur, attendu que les lettres de canonisation sont adressées par le pape Alexandre à Gérard abbé de Clairvaux, qui n'entra en charge que l'an 1172. C'est avec plus de raison que Ciaconius, qui mérite une plus grande confiance que les autres, à cause de sa connaissance des antiquités romaines et des lettres pontificales, la place à l'année 1174. Il est suivi par le très-docte Sirmond, dans ses notes à Pierre de Celles, et par Manrique dans ses annales; et Aubry se range à leur avis dans sa Chronique. A cela s'ajoute un témoignage qui l'emporte de beaucoup sur tous les autres, c'est celui qui ressort de la Chronique de Clairvaux, dans Chifflet de la société de Jésus; cette Chronique est l'oeuvre d'un auteur anonyme, mais contemporain de saint Bernard. Or il dit : « La même année 1174, dédicace de l'église de Clairvaux, canonisation et exhumation de saint Bernard. Assistait à cette fête, don Guicard qui, d'abbé de Pontigny, était devenu archevêque de Lyon. »
L'année suivante, on reçut en chapitre général le chant de saint Bernard et celui de la sainte Trinité. La sainte inauguration de saint Bernard se place donc au dix-huit du mois de janvier de l'année 1174, vingt ans quatre mois et vingt-neuf jours après sa mort. Pour ce qui est de son exhumation dont il est parlé dans le passage rapporté plus haut, on lit bien il est vrai, dans le livre des sépulcres de Clairvaux, qu'elle fut faite par Guicard lui-même, archevêque de Lyon, et par Henri abbé de Clairvaux, quelques années après la canonisation; mais il semble que cela doit s'entendre d'une translation plus solennelle, puisque le livre des sépulcres insinue que ledit abbé Henri eut soin u de faire enlever pieusement le corps de saint Bernard et placer avec honneur par l'archevêque de Lyon, dans un tabernacle de marbre situé derrière l'autel de la sainte Vierge, où on le voit maintenant. » On lira plus loin la lettre que l'abbé Henri a écrite à ce sujet, mais elle est sans note chronologique. Reproduisons mainte nant la lettre par laquelle le souverain pontife Alexandre III déclare que saint Bernard est placé, par l'Église, au nombre des habitants du ciel. (Note de Mabillon. )
LETTRE APOSTOLIQUE Du pape Alexandre III, à l'Église de France, sur l'admission de saint Bernard au nombre des saints, et sur sa fête, qui doit désormais être célébrée avec solennité dans l'Église.
Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses vénérables frères les archevêques et évêques, à ses bien-aimés fils les abbés, et à tous les prélats du royaume de France, salut et bénédiction apostolique.
Il est arrivé naguère, comme nous nous trouvions à Paris, que des personnages aussi nombreux que vénérables nous parlèrent de la canonisation de Bernard de sainte mémoire, en son vivant abbé de Clairvaux; nous témoignèrent le désir et nous adressèrent la prière de faire prochainement droit, pendant le concile qui allait se célébrer. à Tours, à ce voeu aussi fondé que louable. Comme nous étions animé des meilleures dispositions à ce sujet, il nous arriva une foule, une vraie multitude de solliciteurs qui nous demandaient une faveur pareille pour des saints des provinces les pins diverses. Voyant que nous ne pouvions satisfaire tout le monde comme il convenait, nous avons décidé, pour éviter tout scandale, de remettre à une autre époque le vu même qui concernait Bernard, à cause du refus que nous devions opposer alors à d'autres demandes du même genre. Mais, cédant aux dernières instances et à la piété des religieux de Clairvaux et d'autres personnes également haut placées qui renouvelèrent les voeux qu'ils nous avaient déjà adressés,nous avons rappelé à notre souvenir la sainte et vénérable vie de ce bienheureux homme, les prérogatives de grâces singulières dont il fut orné, l'éclat dont il a brillé lui-même par sa sainteté et sa religion, et la lumière qu'il a répandue sur l'Église de Dieu toute entière, par le flambeau de sa foi et de; sa doctrine. Quant aux. fruits qu'il a produits dans la, maison du Seigneur, par sa parole et par ses exemples, ils sont connus à peu près jusqu'aux confins du monde catholique, car il a envoyé des détachements de son ordre jusqu'au sein des nations barbares et des peuples étrangers, il a étendu la fondation des monastères et a rappelé à la rectitude de la vie spirituelle une multitude infinie de pécheurs qui s'étaient égarés dans les voies larges du siècle.
Pour ce qui est en particulier de la très-sainte Église romaine, à la tête de laquelle, par le fait de Dieu même, nous nous trouvons placé, il l'a soutenue au milieu du tourbillon des graves persécutions qu'elle eut naguère à essuyer, par la sainteté de sa vie d'abord, puis par le zèle de la sagesse qu'il avait reçue du ciel, de telle sorte qu'il est digne de vivre dans notre mémoire d'abord, et dans celle de tous les enfants de l'Église, et de recevoir à jamais l'expression de nos pieux respects. Il a su si bien; dans les afflictions dont son corps fut accablé, se crucifier le monde et se crucifier lui-même au monde, que nous ne pouvons hésiter à croire qu'il a acquis tous les mérites des saints martyrs, en supportant un si long martyre dans la profession de son ordre et dans le détachement de sa vie. Toutes ces choses pesées avec une pieuse attention, et exposées dans le conseil de nos frères, nous appuyant d'un côté sur la miséricorde de Dieu, dont il a été un constant et fidèle soldat, et, de l'autre, sur les mérites des bienheureux apôtres Pierre et Paul, ainsi que sur ceux de ce très-heureux confesseur lui-même, nous avons mandé qu'il fût inscrit, en vertu de l'autorité du saint siège, au catalogue des saints, et avons ordonné qu'on fit désormais, publiquement, la fête de sa commémoration.
Pour vous donc, qui avez coutume de recevoir les institutions du même siège apostolique, et d'honorer glorieusement Dieu dans ses saints, célébrez la fête de ce saint, sur la terre, de manière à mériter de recevoir de dignes récompenses dans les cieux par la vertu de ses prières et de ses mérites.
Donné à Anagni, le dix-huit janvier (de l'an 1174).
Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à l'illustre Louis, roi de France, salut et bénédiction apostolique.
La grandeur de votre magnificence royale sait, comme nous le pensons, que nous sommes toujours porté à faire, de grand coeur et avec empressement, tout ce que nous savons vous être agréable en même temps que conforme à la gloire de Dieu. C'est surtout ce que nous faisons dans les choses où il y va plus spécialement de l'honneur de Dieu et de la gloire de ses saints. D'ailleurs, nous savons que vous avez tout particulièrement pour agréable tout ce que l'autorité apostolique décrète, de nature à favoriser la gloire de l'Église et l'honneur du roi suprême. Voilà pourquoi, sachant que Bernard, de sainte mémoire, naguère abbé de Clairvaux, fut toujours cher à Dieu et à vous, autant que goûté de tout votre royaume, nous avons résolu, pour la gloire de Dieu, l'exaltation de l'Église et de votre royaume tout entier, de le canoniser, de le faire honorer par une fête particulière parmi les bienheureux confesseurs, en nous appuyant mon moins sur la miséricorde de Dieu, et sur celle de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul, que sur la connaissance que nous avons de toute sa vie et de sa sainteté. Nous engageons donc la piété royale de Votre Sérénité très-chrétienne, à accueillir des deux bras de sa grande dévotion, ce don de la grâce du ciel accordé à votre royaume pendant votre règne, et que vous vous montriez plein de votre dévotion habituelle pour ce saint, qui jouit maintenant de la félicité des cieux, et que vous aimiez, à cause de sa vénérable sainteté, quand il était encore enseveli dans les ténèbres. Quant au monastère de Clairvaux qu'il a fondé, et où son vénérable corps repose, nous voulons que vous l'ayez en si grande estime, à cause du respect qui lui est dû, que vous vous montriez constamment digne ainsi d'avoir ce saint pour protecteur.
Donné, à Anagni, le 18 janvier.
LETTRE APOSTOLIQUE DU MÊME PAPE ALEXANDRE III A TOUS LES ABBÉS DE L'ORDRE DE CITEAUX.
Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses bien-aimés fils, les abbés de Cîteaux, de la Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de Morimond, et à tous les abbés de l'ordre de Cîteaux, salut et bénédiction apostolique.
Toutes les fois qu'il se présente à nous une occasion favorable de répondre en quelque chose, eu égard à vos mérites, à la foi et à la dévotion, que vous avez témoignées de nos jours envers l'Église de Dieu, nous la saisissons avec empressement, et nous nous hâtons de contribuer à votre avancement dans tout ce qui respire particulièrement une vertu toute spéciale. Or, il est arrivé dans ce temps-ci que Dieu a voulu qu'on nous remit en mémoire la proposition, qui nous a été faite autrefois, de canoniser le bienheureux Bernard, jadis abbé de Clairvaux, laquelle, à l'époque du concile de Tours, s'est trouvée ajournée, pour éviter de scandaliser quelques personnes qui demandaient de nous, pour d'autres, da semblables canonisations. C'est un bon présage que le Seigneur nous a donné, en réservant à nos mains la consommation de cette uvre de piété. Nous rappelant donc, avec un soin tout particulier, la vie et la sainteté de ce bienheureux confesseur, en nous remettant en mémoire à quel point il fut magnifique en lui-même, par la prérogative de la vie religieuse et de la pureté de ses murs, combien aussi il fut utile, par sa foi et sa doctrine, à l'Église de Dieu tout entière, et tout particulièrement à votre ordre, combien enfin il produisit de fruits abondants; plein de confiance dans la miséricorde de Dieu, et nous appuyant sur les mérites des bienheureux apôtres Pierre et Paul, non moins que sur ceux de ce saint confesseur, nous avons jugé bon, après en avoir conféré avec nos frères, de l'inscrire, de l'autorité du siège apostolique, au catalogue des saints, et de faire célébrer publiquement, dans l'Église, le jour de sa mort. En conséquence, comme cela concourt à la gloire et à l'honneur du souverain auteur de toute chose, de telle sorte qu'il contribue en même temps à votre édification et à votre consolation, il vous importe tout particulièrement de rendre grâce au Dieu tout-puissant, qui a daigné, dans ces derniers temps, susciter dans votre ordre un homme d'une sainteté parfaite et digne d'être proposée en exemple. Pour vous donc, recevez, avec une dévotion spéciale, ce don de sa munificence, et honorez spécialement, par le culte que vous rendrez à saint Bernard, le Dieu qui est admirable dans la glorification de ses saints. Donné à Anagni, le 18 janvier.
Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses bien-aimés fils, et à tous les religieux du monastère de Clairvaux, salut et bénédiction apostolique.
Comme il n'y a pas lieu, pour nous, de douter des sentiments de religion et de piété que vous avez pour Dieu, ainsi est-il toujours manifeste, clair et certain pour nous, par des signes évidents, que votre dévotion et votre foi sont pleines de solidité. Car vous ne pouviez, et, avec la grâce de Dieu, vous ne pourrez désormais vous montrer dégénérés de la grâce de sainteté, puisqu'il est constant que vous êtes les héritiers de ce saint abbé, en qui la grâce spirituelle a abondé pour le mérite, et l'efficacité des couvres n'a pas fait défaut pour l'exemple. Vous savez, en effet, et vous vous le rappelez avec une pieuse vénération, comment Bernard, de bonne mémoire, premier abbé et principal fondateur de votre monastère, fut agréable à Dieu pour sa vertu de religion, et utile à l'Église de Dieu par la plénitude de sa dévotion et de sa foi. Aussi seriez-vous réputés justement coupables. si peu que vous négligiez de l'imiter et de lui témoigner votre vénération. Il nous a donc été agréable de voir que vous avez été remplis de sollicitude pour lui, comme pour un père pieux, et que vous avez sollicité sa canonisation avec un zèle digne de louanges. Pour nous, qui avons toujours à coeur, cher fils abbé, eu égard aux nombreux témoignages que vous nous avez donnés de votre dévouement, et à votre zèle pieux et religieux, de céder toujours à vos prières, et de favoriser votre avancement, nous accédons avec clémence à vos voeux, afin que vous ayez une preuve de nos sentiments de bienveillance et de faveur à votre égard. Aussi, après avoir rappelé à la mémoire le souvenir de la vie de ce bienheureux confesseur, et de l'éclat dont ont brillé sa foi, sa religion et sa doctrine, ainsi que des rayons lumineux dont il a rempli l'Église de Dieu, après en avoir conféré avec nos pères, plein de confiance dans la miséricorde de Dieu, dans les mérites des bienheureux apôtres Pierre et Paul et dans les siens propres, nous avons résolu de le faire inscrire au catalogue des saints, et de faire célébrer désormais, comme un jour de fête et de solennité, le jour de sa mort. En conséquence, comme il vous importe au plus haut point d'imiter sa vie, de faire respecter sa gloire, ayez à coeur en toute chose, de vous appliquer à suivre les pas de ce saint père, et de célébrer la fête de sa sainteté, de telle sorte que, après avoir mérité de partager son genre de vie, vous soyez jugés dignes un jour d'avoir part à sa félicité. Donné à Anagni, le 18 janvier.
Ce n'était pas assez pour la mémoire de Bernard et pour ses grands mérites, des monuments d'une telle importance, il fallut encore qu'un pontife suprême de l'Église dictât, de sa propre bouche, l'office de sa fête. C'est ce que fit Innocent III, à la prière de Jean, qui, de métropolitain de Lyon, était devenu moine à Clairvaux, et de Régnier, moine de Heisterbach. Il remit, en 1204, pour Jean, à Innocent des Confessions, une lettre ainsi conçue:
«A Jean, autrefois archevêque de Lyon. Nous n'avons pas voulu vous refuser ce que vous avez voulu nous demander, d'autant plus qu'il en résultera, tant pour vous que pour nous, dés fruits d'éternelle récompense. A la prière de vos frères, vous nous avez demandé que, pour la gloire du bienheureux Bernard, premier abbé de Clairvaux, que le siège apostolique a inscrit au catalogue des saints, pour en recevoir les honneurs, nous composassions nous-même, de notre propre bouche, une collecte et les autres oraisons qui seraient récitées, avec plus de dévotion, eu égard à l'autorité de celui qui les aurait composées, et à la manière dont elles seraient composées. Voici comment nous avons tenté, du mieux qu'il nous a été possible, d'accéder à vos vieux, à la demande de notre très-cher fils, le frère Régnier. »
Accomplissez en nous, Seigneur, nous vous en prions, le pieux effet d'une sainte religion, et que, pour obtenir l'abondance de vos grâces, le bienheureux abbé Bernard, ce docteur remarquable, intercède toujours auprès de vous en notre faveur, par ses mérites et ses prières. Par Notre-Seigneur, etc.
Mon Dieu, ayez pour agréable l'oblation de ce sacrement, que nous offrons à votre Majesté en mémoire de la passion de Notre-Seigneur.
Dieu tout-puissant, que la nourriture que nous avons prise produise en nous son effet, et que celui que nous mangeons s'incorpore ceux qui le mangent, lui qui,avec vous, etc.
Donné au palais de Latran, le 10 juillet.
On voit, par ce qui précède, que saint Bernard a reçu le nom de docteur, du pontife suprême de l'Église. nom que Alexandre III lui-même lui a donné dans la messe de canonisation, ainsi que l'atteste un vieux manuscrit de Corbie, dans lequel se trouve retracée la vie du saint. Dans ce manuscrit, après la collecte, prêtez l'oreille à nos supplications, et le reste comme au commun; après l'épître commençant par ces mots : Voici ce que dit le Seigneur, je vous ai envoyé ce commandement nouveau, etc., et après cet évangile pris au commun des docteurs: Vous êtes le sel de la terre, on lit cette note : La messe de saint Bernard, écrite ci-dessus, a été célébrée, la première fois, par le seigneur pape Alexandre III. Mais, en voilà assez sur ce sujet.
LETTRE DE HENRI, ABBÉ DE CLAIRVAUX, A ETIENNE, ROI D'ANGLETERRE, SUR L'EXHUMATION DU CORPS DE SAINT BERNARD, ET SUR L'ENVOI D'UN DE SES DOIGTS A CE ROI.
Nous venons de célébrer un jour honorable et solennel, embelli par une fête nouvelle, un jour de fête rempli de bonheur, un jour que l'exhumation du très-saint corps du bienheureux Bernard a rendu très-célèbre pour nous, et a rempli de la plus pure lumière. Que nous aurions souhaité de voir Votre Majesté présente à ces joies plus célestes que terrestres ! En effet, l'éclat d'une si grande fête se serait trouvé augmenté pour nous, par la gloire résultant de la présence d'un prince, et, de vôtre côté, vous auriez recueilli, des mérites de ce trés-illustre confesseur, comme d'une source intarissable, de larges et abondantes bénédictions. Mais, parce que la trop grande distance qui sépare les contrées que nous habitons, nous a privés de ce bonheur, nous avons fait tourner nos voeux au remède spirituel de votre âme, et nous avons fait en sorte, avec la grâce de Dieu, que si votre présence nous a fait défaut, votre souvenir nous fût présent. En effet, nous avons imprimé solennellement et comme il faut, dans l'âme de vos frères et dans le coeur de vos fils, votre nom avec les insignes de sa piété. Après l'avoir reçu avec une grande dévotion, ils l'ont placé, si je puis parler ainsi, sous les yeux de ce saint père, et présenté au secrétaire de la cour céleste. De plus, ne voulant pas que votre absence corporelle privât vos reliquaires royaux de leur part des richesses que nous avons trouvées, nous vous envoyons du trèsor de ses reliques une part honorable; car nous regarderions comme une indignité que la piété d'un si grand prince se vît frustrée de sa part d'une si grande sainteté. Recevez donc un doigt de cette sacrée main, que, en récompense de ce que cet homme juste a su la tenir éloignée de tout gain et de tout avantage terrestres, Dieu a remplie, comme il était juste, d'une grande abondance de bénédictions célestes; un doigt, dis-je, de cette main dont le toucher guérissait les malades, rendait la force aux faibles, affermissait les hommes et mettait les démons en fuite; un doigt de cette main qui a jeté la première pierre des fondements de notre cher Clairvaux, dont vous avez plus tard donné le toit. Nous avons apporté tous les soins et la diligence possibles à renfermer, dans un vase scellé, ce que nous vous envoyons, pour empêcher que le trésor qui y est placé ne soit exposé à quelque profanation, si on l'ouvrait trop souvent, ou que, par la pensée d'une soustraction dictée par un sentiment de dévotion, il ne se commît quelque pieuse fraude.