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J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Robert Redford. C’est avant tout un excellent acteur, ayant tourné de très grands films dans les années 60 et 70 (Butch Cassidy et le Kid, Jeremiah Johnson (chroniqué sur le site), Gatsby le magnifique, Les 3 jours du Condor, Les hommes du président et tant d’autres).
Dès les années 80, il décide de ralentir sa carrière, ne tournant plus qu’épisodiquement. Il passe également à la réalisation, comme les excellents Et au milieu coule une rivière (1992), L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (1998) ou Lions et agneaux (2007).
Ensuite, il préside le Festival du film indépendant de Sundance depuis 1985, a financé plusieurs films indépendants, fuit les mondanités et vit dans une grande demeure en Utah. De plus, et cela se retrouve dans sa filmographie, c’est un fervent démocrate (centre-gauche) et est très engagé dans la cause écologique depuis des décennies (sa maison dans l’Utah, construite en 1969, est faite de matériaux de l’écosystème local et alimentée à l’énergie solaire, ce qui était rarissime à l’époque).
Appréciant l’homme et l’acteur, j’avais très envie de découvrir All is lost, un film indépendant qui a reçu plusieurs prix, aux excellentes critiques et assez déroutant sur plusieurs points que j’expliquerais après le pitch du film.
A 2000 miles nautiques de Sumatra (océan indien), un navigateur solitaire (Robert Redford) fait route à bord du Virginia Jean, un voilier sans luxe particulier. Il est tiré de son sommeil lorsqu’un container dérivant percute le bateau, lui trouant la coque, avec une grosse voie d’eau.
Petit aparté, chaque année, environ 10’000 containers tombent à la mer, principalement en cas de tempête. Si 90% des containers finissent au fond de l’eau, environ 10% flottent et dérivent sur tous les océans et sont devenus le cauchemar des marins.
Après quelques manœuvres à l’aide d’une ancre flottante pour s’éloigner du container, il colmate comme il le peut la coque avec de la résine et des fibres, puis vide l’eau qui a envahit l’intérieur du bateau en pompant manuellement.
Sa radio et son matériel de navigation ayant étés détrempés lors de la collision, il réussit à assécher sa radio au soleil, puis la branche sur une batterie. Il capte une conversation, mais n’est pas entendu. En grimpant en haut du mât pour remettre en état l’antenne, il aperçoit un gros amas de nuages, annonciateurs d’une tempête. La tempête est violente, et il y survit de justesse. Quant à son bateau, les dégâts sont trop graves, il est perdu.
Montant dans son radeau de sauvetage, il prend tout ce qu’il peut comme vivres et un jerrycan d’eau. Avec l’aide d’un sextant qu’il apprend à utiliser et des livres de navigation maritime, sa seule chance de survie est de s’en remettre aux courants pour se rapprocher d’une voie de navigation et être secouru par un bateau. Mais la route est longue, et malgré un incroyable instinct de survie, les vivres s’amenuisent de jour en jour…
Le réalisateur J.C. Chandor fut très remarqué avec son premier film, Margin Call (2011), qui traite du déclenchement de la crise des subprimes en 2008 (que je n’ai malheureusement pas encore vu). La première ayant lieu au festival de Sundance, il en profite pour rencontrer Robert Redford (qui est président du festival), et lui montre son nouveau projet, All is lost.
Ayant financé plusieurs films indépendants (dont le très bon She’s the one d’Edward Burns), Robert Redford pense que J.C. Chandor lui demande de l’aider au financement du film. Pas du tout ! J.C. Chandor lui propose d’incarner le marin d’All is lost. Un choix on ne peut plus pertinent vu sa prestation dans le film.
All is lost est un très bon film, mais il ne plaira pas à tout le monde à cause de nombreux partis pris. En effet, il n’y a aucun effet grandiose (cela reste un film à petit budget), le rythme est lent mais, surtout, il n’y a presqu’aucun dialogue (juste 3 scènes) et il n’y a qu’un seul acteur, Robert Redford, dont on ne sait rien, pas même son nom ! Bref, autant être prévenu tout de suite, car cela peut en rebuter plus d’un. Mais ces partis pris sont également une force pour le récit et pour ma part, j’ai beaucoup aimé.
La réalisation de J.C Chandor est sobre. Il nous livre un film sans esbroufe, parfois proche du documentaire, mais très pur, avec quelques plans magnifiques, jamais inutiles, et servant la force du récit.
Il a également le mérite d’avoir placé au plus près sa caméra de Robert Redford, comme si l’on vivait l’aventure à ses cotés. Et même si le film est avant tout contemplatif, les scènes spectaculaires, comme lors de la tempête, sont également présentes.
Robert Redford nous offre une performance juste incroyable ! Il crève l’écran et est juste bluffant dans le rôle d’un marin usé, qui va tout tenter pour s’en sortir. Sans dialogues, uniquement par son jeu, ses gestes, sa présence et son regard, on sent toutes les émotions à travers son personnage, même si certains pourrait lui reprocher de garder presque toujours son sang-froid face à ce qui lui arrive.
De plus, Robert Redford a une force physique qui défie les années. Agé de 76 ans lors du tournage, c’est un rôle physique, mais il a tenu à réaliser toutes les cascades ! Oui, à 76 ans !!!
C’est assez exceptionnel et à l’instar de Sylvester Stallone, on se demande comment ils peuvent encore tourner des films physiquement éprouvants à 70 ans passés. Vu sa prestation, sa nomination comme meilleur acteur aux Oscars et aux Golden Globes fut amplement méritée.
Bon, le film n’est pas parfait. Même si l’aspect contemplatif est voulu, le rythme est parfois très (trop) lent, la musique est très discrète (dommage, car elle est bonne) et les partis pris, si ils servent le film, le rendent par moments austère.
Si l’on compare All is lost à L’Odyssée de Pi, sorti un an auparavant et qui traite lui aussi de survie en milieu marin, ce dernier me semble plus accessible. Mais les 2 films sont très différents, L’Odyssée de Pi tenant plus de la fable que de l’aspect purement survie et contemplatif. D’autant plus que son budget est près de 15 fois supérieur à celui de All is lost.
En fait, le film qui se rapproche le plus de All is lost est Gravity, qui parle de survie en milieu hostile et seul. Pour l’anecdote, ils sont sortis avec une semaine d’écart. Doté d’un budget de 8,5 millions, il en rapportera 13,6 dans le circuit officiel, plus quelques autres millions lors de divers festivals (comme beaucoup de films indépendants).
En conclusion, All is lost est un très bon film. Si avoir un seul acteur, presque pas de dialogue et un aspect contemplatif ne vous rebute pas, je vous le conseille vivement. Il bénéficie d’une réalisation soignée sans en faire des tonnes, une ode à l’instinct de survie et au courage, original, avec un Robert Redford juste exceptionnel, tant dans son jeu que dans sa forme, impressionnante pour un homme de 76 ans. Et si vous avez aimé Gravity, All is lost devrait vous plaire également.
Hidalgo
Extraits vidéo :
All is lost
Sortie: 2013
Durée: 106 minutes
Genre: Drame / action
Pays: Etats-Unis
Réalisation : J.C. Chandor
Production : Neal Dodson, Anna Gerb, Justin Nappi et Teddy Schwarzman
Distribution : Lions Gate Film
Scénario : J.C. Chandor
Musique : Alexandre Ebert
Acteurs principal: Robert Redford (notre homme)
Budget : 8’500’000 $
Recettes : 13’627’519 $
Récompenses :
Plus d’une vingtaine de prix ou nominations dans divers festivals. Les principaux :
Festival du cinéma de Deauville 2013
Prix du jury
New York film critics circle awards 2013
Meilleur acteur
Golden globes 2014
Meilleure musique
Oscars 2014
Meilleur montage son