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1. Elisée, le prophète des signes (1/5)
Daniel ARNOLD
Les miracles fascinent. Certaines époques sont marquées par une multiplication d'interventions divines. C'est le cas en particulier des périodes de Moïse, d'Elisée et de Jésus.
Deux de ces époques sont des périodes de fondation de l'histoire de la Révélation: celle de Moïse pour l'Ancien Testament et celle de Jésus pour le Nouveau Testament. Dans les deux cas, Dieu a authentifié ces ministères clés par des signes et des prodiges variés. Jésus a attiré l'attention sur la valeur démonstrative de ses miracles: «les oeuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces oeuvres mêmes que je fais, témoignent de moi que c'est le Père qui m'a envoyé» (Jean 5.36), ou encore «Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais, quand même vous ne me croyez point, croyez à ces oeuvres, afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi et que je suis dans le Père» (Jean 10.37-38). Lors d'une visite à Capernaüm, Jésus guérit un paralytique apporté par quatre hommes «afin que vous sachiez que le Fils de l'bomme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés» (Marc 2.10). Les miracles jouent un rôle analogue pour Moïse. Au buisson ardent, l'Eternel promet à Moïse d'opérer des miracles pour convaincre le peuple de le suivre (Ex 4.1-9). Puisque tant de choses étaient nouvelles, une multiplication de signes était nécessaire pour authentifier ces ministères à la base de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Le troisième personnage dont le ministère est saturé de miraculeux n'a pas apporté, au contraire des deux autres, de changement fondamental. Elisée n'est pas une pièce maîtresse comme Moïse ou Jésus. Retirez Moïse ou Jésus de la révélation biblique et tout s'écroule; retirez Elisée et tout demeure. Elisée ressemble à un feu d'artifice qui impressionne et émerveille sur le moment, mais, une fois terminé, laisse le monde dans l'état où il était.
Cette constatation sur l'impact insignifiant du ministère d'Elisée concerne non seulement l'histoire générale de la Révélation, mais aussi l'époque particulière du prophète. Les miracles d'Elisée semblent souvent gratuits. Prenez Naaman (2 Rois 5). Certes, un lépreux est guéri, mais ce n'est qu'un lépreux parmi tant d'autres contemporains d'Elisée, Hébreux de surcroît, qui souffraient de la même maladie (2 Rois 7.3). De plus, la guérison du général syrien ne change en rien les relations tendues entre Israël et son voisin du nord. Après la guérison, le roi de Syrie continue à harasser les Juifs (2 Rois 6.8-9, 24). De même, la célèbre et miraculeuse capture de l'armée syrienne par Elisée suite au siège de Dothan (2 Rois 6.8-23) n'atténue pas l'agressivité des Syriens qui remettent l'ouvrage sur le métier, peut-être même avec les soldats gracieusement libérés par Elisée (2 Rois 6.24). Concernant ce siège de Dothan, on peut aussi s'interroger sur l'utilité de montrer au serviteur d'Elisée l'armée céleste (2 Rois 6.16-17), puisque celle-ci n'est jamais intervenue.