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L’une des certitudes de l’enquête sociologique de terrain est de constater la belle constance avec laquelle les individus nient que leurs positions sociales influencent leurs pratiques professionnelles. On reste tout de même un peu étonné de voir un ancien juge cantonal socialiste affirmer ( DP 1347 ) que les « convictions religieuses ou philosophiques, morales, politiques, esthétiques » ne sont que les « épices » du jugement et que celui-ci n’est qu’une application de la loi, dont les règles d’interprétation seraient « fixées ».
Le juge Abravanel devrait s’informer sur la manière dont les options politiques des juges, conservateurs ou libéraux, ont façonné les jugements de la Cour suprême des États-Unis d’Amérique et, partant, la vie politique de ce pays. Sur la « fixité » de l’interprétation des lois, il pourra lire avec profit une analyse de la pratique de la Cour de cassation française. Déjà ancien, ce texte d’Alain Bancaud « Une Ü constance mobile Ý. La haute magistrature », Actes de la recherche en sciences sociales, 76/77, mars 1989, p. 30 et ss. ) l’éclairera pourtant sur la dimension sociale de l’acte de juger et donc sur sa variabilité.
Jean-Christophe Bourquin, Lausanne