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C’était un « Genève à chaud » apparemment comme les autres. Comme d’hab, il y avait Stauffer. Sauf que l’on s’est très vite aperçu que quelque chose clochait. Stauffer n’était pas interrogé sur les autres, mais sur lui-même. Et Décaillet, comme à son habitude, avec ses autres invités, ne lâchait pas le morceau. Ce qui avait le don d’énerver le leader du MCG. Les questions qui lui étaient posées étaient pourtant toutes simples, du genre de celles que l’on pose à n’importe quel entretien d’embauche, même pour devenir technicien de surface ou responsable liquide au supermarché du coin. Avez-vous un CV et que ferez-vous une fois nommé ?
Là, on s’est très vite aperçu qu’Eric Stauffer n’avait pas de programme, mais qu’il avait un CV. Et Décaillet, stimulé par ces zones d’ombre et de mystère entourant le personnage, s’est mis à creuser la question avec le talent qu’on lui connait.
Est-vrai que vous avez quitté l’école à 15 ans ? Qu’avez-vous fait entre cet âge et 28 ans ? De quoi avez-vous vécu ?
Est-ce vrai que vous avez fait de la prison à au moins deux reprises ?
Est-ce vrai que votre ancienne campagne a porté plainte pour violence contre vous à plusieurs reprises avant de retirer sa plainte à chaque fois ?
Est-ce vrai que vous avez fait faillite à plusieurs reprises ?
Est-ce vrai que vous avez tenté d’apporter en Suisse l’argent de responsables politiques étrangers ?
Est-ce vrai que vous avez été arrêté en conduisant alors que vous étiez sous le coup d’un retrait de permis ? Pour quelle raison d’ailleurs ?
Est-ce vrai que vous vous rendiez aux séances du Grand Conseil avec une arme sur vous ? Et pour quelle raison ?
Est-ce vrai que vous avez eu des empoignades physiques à au moins deux reprises au Grand Conseil, en plus du verre d’eau, et aussi à Onex, à la sortie d’une séance houleuse de conseil municipal ?
Etes-vous conscient qu’une seule de ces peccadilles serait de nature à pousser à la démission la plupart des politiciens de ce pays ?
Là-dessus, saisi brusquement par l’incongruité de sa démarche et comme touché par le Saint-Esprit, Eric Stauffer prit une inspiration et le regard apaisé, affirma : « Oui, vous avez raison, une peccadille, ça va, mais à la demi-douzaine, bonjour les dégâts. J’ai compris, je ne veux pas faire davantage de torts à mon canton et à l’image de la politique, je me retire, j’abandonne la course, je renonce: votez utile, votez ... »
Et là, tout à coup, je me suis réveillé, on était le 1er avril. On l’est toujours.
ps: au fait, merci à mes 7500 lecteurs différents du mois de mars.