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Rex Carroll. LE Rex Carroll. Qui nous invite à prendre le petit déj’ avec lui pour l’interview ! On s’est retrouvés devant un grand-père qui a toujours l’esprit de ses vingt ans pour une expérience qui en traverse trente de plus, l’incarnation du rock’n’roll qui nous explique les mouvances du blues à 9h le matin ! Il en a, des choses à raconter...
Salut, est-ce que tu peux te présenter et raconter comment tu as commencé à t’intéresser à la musique ?
Déjà, Rex est un raccourci de mon prénom, qui me vient de mon grand-père, Rexford. Rexford Mitchell. Il était directeur d’école dans le Wisconsin. J’ai pris son nom de famille comme deuxième nom, ce qui fait que mon nom complet est Rexford Mitchell Carroll. Je ne viens pas du Wisconsin, je suis né à Cincinnati, Ohio, mais quand j’étais enfant on allait tout le temps dans le Wisconsin. On possédait une maison d’été là-bas, avec un lac dans lequel je passais tout l’été ! Maintenant je vis juste en dehors de Chicago.
Le blues se trouve à Chicago. En cours de musique en Amérique, on apprend qu’il y a quatre types de blues, au niveau vocal : il y a le son très brut de Chicago et Détroit, celui que j’ai, d’ailleurs. Ensuite le son du Sud central, Kansas City et Memphis, qui comporte presque des influences jazz. Il y a aussi celui du "Sud Profond", du delta du Mississippi, qui sort tout droit des origines du blues. Toutes les villes dont j’ai parlé sont d’ailleurs autour du fleuve. Quand le blues est né dans le Sud, c’était la musique des esclaves, et c’était vraiment une musique très simple. Quand ils ont obtenu la liberté, ils sont remontés tout le long du Mississippi à la recherche de travail, en emportant le blues avec eux. Et le quatrième type de son, c’est celui du Texas. Là-bas, l’état d’esprit est très orienté vers la compétition. Chacun veut être plus grand, plus rapide et jouer plus fort que tous les autres. Du coup, beaucoup d’excellents guitaristes viennent du Texas. Le meilleur pourrait bien être Stevie Ray Vaughan. Il est impressionnant. Pour moi, en tant que musicien blues, c’est mon inspiration. Johnny Winter, Albert King, Freddie King viennent tous du Texas [1]. Le son de là-bas est particulier. Il n’a rien à voir avec la musique populaire qui passe à la radio. En gros, c’est de là que vient le rock. Avec les Beatles, qui ont écouté du blues américain et qui l’ont interprété à leur façon, et c’est revenu sur les radios américaines.
J’aimais le blues et ça me fascinait. Je ne comprenais pas, comme si c’était une autre langue. Comment ces guitaristes faisaient pour jouer tout un concert et se souvenir de toutes les notes ? Je les regardais, et je voyais les morceaux défiler avec des accords tous différents et c’était la chose la plus impressionnante que j’avais jamais vue. Ça me captivait, je voulais être comme eux. J’étais très jeune. Ma mère jouait beaucoup de jazz dans la maison, depuis l’ère des big bands des années 40. Moi j’étais haut comme trois pommes et je dansais dans la pièce quand elle jouait. Ça m’a aussi influencé. Ensuite, à l’école, ils ont commencé à nous initier à divers instruments. J’ai pris le violon, et je sentais que ça m’allait bien. On m’a dit que je m’en sortais bien, alors j’ai continué. Je n’y réfléchissais pas trop, mais je le faisais. J’ai aussi essayé le piano, mais ce que je voulais faire c’était la batterie. C’est gros, ça sonne fort, ça fait du bruit. Mais j’étais trop timide ! Et ma mère, qui avait une bonne perception musicale, m’a dit qu’il me fallait un instrument plus sophistiqué. Elle m’a en quelque sorte poussé à la guitare.
J’ai reçu une guitare à mes dix ans, et elle m’a acheté un livre pour débuter, que j’ai fini en un mois. Ça me plaisait, donc elle m’a inscrit à des leçons, et c’est parti comme ça. Ensuite quand j’avais quinze ans, je regardais une émission de rock à la télé, et il y avait des concerts d’un peu tous les types de rock chaque vendredi soir. À cette époque, mon groupe préféré était Deep Purple qui, je trouve, a plutôt un son européen. Pour moi, c’était le premier groupe de rock néoclassique, mais c’est peut-être parce que j’ai également grandi avec la musique classique que j’entends cette approche de musicien classique dans le rock.
J’aime aussi me souvenir de la California Jam, qui était un des premiers festivals de rock à grande échelle, et là Ritchie Blackmore [2] filmé en plein dans mon écran de télé avec sa guitare épaulée en fusil qui joue en gros plan devant moi, et à ce moment-là je me suis dit : "C’est la chose la plus incroyable que j’aie jamais vue, je veux être ce gars !". C’était exactement comme ça que je voulais être. Sans jamais regarder en arrière. Je me sens chanceux de ne jamais avoir eu, en grandissant, de périodes pleines de doutes et de questions quant à mon avenir. J’ai toujours su ce que je voulais être. Je voulais être dans un groupe.
À quel moment as-tu décidé de consacrer ta musique à Dieu ?
J’avais environ quatre ou cinq albums de Black Sabbath, et je voulais savoir jouer chaque morceau de chaque album. Pour moi, c’est le groupe de metal originel, avec des guitares lourdes. La chose intéressante à propos de Black Sabbath, c’est que je sentais quand j’étais petit que toutes les paroles étaient en rapport avec le spirituel. Et ce n’était pas sous forme de démenti de la part de Black Sabbath, mais ses membres ont dit à ce propos que leur but n’était pas juste de parler de fantômes, de Satan, etc, mais que c’était un genre d’avertissement. Mais ils ne se sont jamais positionnés en faveur de Dieu non plus. Ils en sont simplement restés là. Donc, ce que je me disais, c’est que ça serait cool, en tant que chrétien, de mettre ça dans la musique. Et cette idée était une petite graine que j’ai toujours portée avec moi. Et je n’arrivais pas à me représenter comment c’était conciliable avec le fait d’être un groupe de rock, parce que je n’aimais pas du tout le concept d’être bourré tout le temps et de prendre de l’héroïne, comme tous les autres groupes avaient l’air de faire.
Enfin bref, je n’étais pas du tout en adéquation avec le mode de pensée sexe, drogue et rock’n’roll. Le truc avec un groupe, c’est que tu pars dans ton bus de tournée, chaque jour six semaines de suite avec les mêmes gars, à te droguer sans arrêt et à embarquer des groupies dans le bus, ou alors tu lis la Bible avec les autres membres du groupe. Il n’y a pas tellement de milieu. Si dans le même groupe il y en a un qui est vegan, bouddhiste, qui a besoin de ses moments de méditation, un autre qui ne pense qu’à faire la fête et à boire toute la journée, et un autre qui veut s’asseoir dans un coin et lire sa Bible, ça va pas fonctionner. Si tu veux que ça marche, il faut avoir le même ordre d’idées. C’est l’un ou l’autre. Ça arrive parfois dans un groupe qu’un membre se convertisse, et dans ce genre de cas c’est fréquent que suite à ce changement, la personne se dise que sa présence dans le groupe ne se justifie plus. Dans la majorité des cas où c’est arrivé, la personne réfléchit, prie, puis quitte le groupe. Comme Brian Head Welch, par exemple. Ce style de vie ne jouait plus avec la vie qu’il avait choisie. Moi je vois ça comme un choix logique. Comme l’huile et l’eau ne se mélangent pas.
Comment s’est formé Whitecross ?
Pour te raconter ça, il faut que je remonte un peu avant. En 1977, quand j’étais au collège. La première chose qui s’est produite, c’est que je suis tombé sur un groupe qui voulait faire du rock chrétien. J’étais très surpris, parce que je voulais faire ça depuis le début, mais je ne pensais pas qu’il y avait d’autres gens qui avaient la même envie que moi ! À cette époque, c’était une sous-culture en gestation, mais avant ça il n’y avait pas de rock chrétien. Il y avait le Jesus Movement plutôt hippie du sud de la Californie, avec par exemple Randy Stonehill, Keith Green, Nancy Honeytree ou encore Benny Hester. J’ai commencé à écouter toute cette musique et à l’apprendre, et on a repris des morceaux qui venaient de là. Mais je savais ce qui manquait à tout ça : les riffs Black Sabbath, la batterie incroyable !
Et là Resurrection Band est venu dans mon école pour un concert. Et pour moi ça a été la révélation ! Ce groupe faisait ce à quoi je pensais depuis le début et que je voulais faire ! Et j’ai dit à mes copains du groupe que tout ce qu’on faisait avant, c’était fini. Et je ne me suis pas rendu compte, ils me l’ont dit plus tard, mais j’ai vraiment tout changé dans le matériel qu’on avait. J’avais tellement d’idées qui attendaient l’occasion de sortir que j’ai tout changé comme je voulais.
Je me suis aussi lié d’amitié avec Glenn Kaiser [3], et nous sommes restés en contact. Quand il m’a vu débarquer avec mon espèce d’afro blonde, il était un peu dubitatif, mais dès que j’ai pris la guitare, il a changé d’avis ! Je crois qu’on s’est impressionnés mutuellement.
Autour de cette période il y a eu le premier Cornerstone festival, qui se situait à vingt minutes de ma maison. Je n’avais qu’à sortir du lit, aller dans la rue et j’avais tout à portée de main, c’était génial ! Donc je suis allé au premier Cornerstone, et j’ai eu des tas d’opinions différentes. Je ne veux offenser personne, mais : Steve Taylor, lui, était vraiment cool, avec un super sens de l’humour, et j’ai beaucoup aimé. Certains autres, je peux les comprendre pour ce qu’ils sont, comme Larry Norman, par exemple, qui est plus un hippie qu’autre chose, et qui se définit comme le Bob Dylan chrétien. Sa musique est chouette, ça j’aime bien ! Mais pour d’autres groupes qui venaient, et juste parce qu’ils avaient des guitares amplifiées et un batteur se réclamaient du rock chrétien, je suis désolé mais non, ça c’est de la foutaise. Non, faut pas se moquer des gens ! À côté t’as un Van Halen, ça c’est du rock’n’roll !
Je donnerai pas de noms, mais certains groupes qui étaient à ce festival étaient simplement ridicules. J’avais l’impression qu’on se foutait de moi. J’étais en colère, vexé, et j’étais convaincu que ça devait changer, sinon ça n’irait nulle part. Et j’ai décidé que j’allais y remédier. Et j’étais pas tout seul, il y avait un paquet de gens qui pensaient la même chose. Ça a commencé à aller mieux la deuxième année du Cornerstone, avec Bloodgood. Je me suis dit : "Ah ouais, là c’est un petit peu mieux !" Stryper était comme une lumière dorée qui brillait sur l’Univers. Ces gars avaient compris, ils y allaient par le bon chemin ! Ça, c’est du rock’n’roll !
Il y avait un net avantage à vivre en Californie dans les années 80, parce que c’était avant l’internet. Maintenant, quand tu entends un son qui te plaît, c’est beaucoup plus facile de chercher sur l’internet comment le faire, ce son. Mais avant, quand j’étais dans le Midwest et que j’entendais ces incroyables sons de guitare qui venaient de Californie, je me disais que jamais je ne pourrais les reproduire ! Je ne savais ni ce que c’était, ni comment faire pour y arriver ! Il y avait un écart d’à peu près cinq ans, c’est le temps qu’a mis cette musique avant d’arriver de Californie à Chicago ! C’était un gros désavantage. Mais je ne voulais pas en rester là.
J’avais déjà commencé à pratiquer le rock chrétien quand j’étais étudiant, et j’en étais toujours à mon idée que certains groupes me plaisaient, mais que personne ne jouait comme moi je voulais le faire. La première chose que je me suis dite, c’est que je voulais trouver un chanteur. Et je ne trouvais pas. C’est une longue histoire, et je ne vais pas te la raconter en entier, mais en gros ça m’a pris trois ans pour trouver un chanteur et signer pour les enregistrements, et c’était quelque chose à l’époque ! Maintenant tu veux enregistrer un album, tu peux entrer en contact avec le cousin d’un pote qui connaît un groupe qui a un studio dans la cave, c’est plus un problème !
Bon, donc en 1985, j’enseignais la guitare à l’école de musique du coin, et Scotty [4] a franchi ma porte un jour. À l’époque, il y avait un code de reconnaissance entre rockeurs chrétiens, vu que c’était un mouvement peu connu, que presque personne ne savait que ça existait, et que ceux qui en entendaient parler trouvaient ça contradictoire, il fallait un code pour qu’on se reconnaisse entre nous. Donc Scotty est entré, tout discrètement pour écouter, et il avait un T-shirt de Petra. C’était ça, le code, la façon dont tu avertis que tu cherches des gens de la même culture. Donc il a simplement observé, et il est revenu la semaine suivante, et je suis allé parler avec lui. La première question que je lui ai posée, c’était : "Alors comme ça t’aimes la musique chrétienne, hein ?". Il était presque sur la défensive, un peu fuyant, jusqu’à ce que je lui dise : "C’est cool, j’aime ça aussi !"
Et en discutant, je peux dire que rien qu’en l’entendant parler j’imaginais à quel point ce gars pouvait chanter bien. Sa voix a le même son quand il parle que quand il chante. Je lui ai demandé si il chantait un peu, et il m’a dit qu’il avait un petit groupe qui s’appelait Whitecross, qu’il cherchait un guitariste soliste et qu’il ne trouvait personne, et donc qu’il pensait prendre des cours de guitare et jouer lui-même. Je lui ai dit que j’avais une meilleure idée. Il m’a dit que les répétitions avaient lieu le jeudi soir, je lui ai dit que je viendrais voir ce qu’ils faisaient. Je voulais surtout l’entendre chanter. Une fois que j’ai vu ce que ça donnait, je lui ai dit de laisser tomber l’idée des cours et de prendre juste le chant, et que moi je pouvais prendre la guitare. À partir de ce moment, je lui ai dit de remplacer ces petits gars immatures qu’il avait engagés avant, et de chercher de vrais musiciens et que ce groupe donne quelque chose d’intéressant. Il voulait faire des reprises d’autres groupes chrétiens, mais je lui ai dit de voir à un niveau beaucoup plus élevé ! D’arrêter d’écouter seulement la musique des autres, mais de créer la nôtre. Et j’avais des tas d’idées de morceaux qui me trottaient dans la tête depuis des années, c’était faisable ! Même si le processus normal si on veut décrocher plus de concerts c’est de jouer des morceaux que les gens connaissent, je ne voulais pas entrer dans une mentalité de groupe de reprises, parce qu’on en sort jamais.
À un moment donné, on est arrivé à une sorte de point critique entre Scott et moi. Je voulais composer mes propres morceaux, c’était ma vision, je comprenais son envie de faire des reprises, mais je voyais des choses beaucoup plus grandes que d’être un énième groupe qui ne sort jamais de son garage. Et l’issue de ce point critique a été l’acceptation de Scott d’essayer les choses à ma façon. Ça c’était en 1985.
L’année suivante, nous avons commencé à enregistrer des démos, et en 1987 nous avons sorti notre premier album. Ensuite de ça, on a fait une petite pause, parce qu’on avait des amis à voir au Cornerstone, comme Glenn Kaiser et d’autres encore. Il faut savoir que le Cornerstone était la seule scène de musique chrétienne de l’époque. C’est comme les Elements of Rock, tu y vas, et après tu te demandes ce qu’il y a le week-end prochain : rien. C’était le seul et unique endroit. Du coup on y est allés, et c’était une très petite communauté de musiciens, donc c’était pas difficile d’y entrer. On a demandé leur avis aux organisateurs à propos de notre album, ils ont dit que ça leur avait plu et ils ont gardé notre candidature. Environ une semaine avant le festival, il y a eu une annulation et ils nous ont appelés pour venir jouer. On leur a répondu que c’était même pas la peine de poser la question, qu’on arrivait en vitesse ! Notre album était sorti la semaine qui précédait le festival. Je crois que c’était Bloodgood qui jouait avant nous, et comme on était tout nouveaux, personne ne savait qui on était. Je me rappelle de la tête des gens au concert, ils ne comprenaient pas d’où on venait, ni comment ils avaient pu ne pas entendre parler de nous plus tôt. On a vendu tout ce qu’on avait en une heure. Les circonstances ont vraiment été placées par Dieu pour qu’on soit au bon endroit au bon moment.
Notre apparition à ce festival à été comme une gigantesque explosion. Tout le monde n’avait que notre nom à la bouche, le téléphone a commencé à sonner sans arrêt, tous nos week-ends étaient pris jusqu’à la fin de l’année ! Steve Taylor a appelé, et nous a dit qu’il voulait nous engager pour sa tournée du printemps. On a accepté, et ça a été une super tournée. Ta première tournée, tu t’en souviens toujours. On a fait trente-cinq concerts en quarante jours. On était totalement crevés, mais on s’en foutait, c’était génial, on s’éclatait, on vendait nos T-shirts par paquets de douze, c’était juste incroyable ! À la fin de la tournée, on se demandait quand même comment on allait continuer nos vies, parce que gérer le travail et prendre toutes ses vacances, ses congés et ses week-ends pour aller jouer dans des salles ou des festivals, on ne savait pas trop ce que ça allait donner.
Et notre album n’était sorti que depuis deux ou trois mois que le label nous appelait déjà pour savoir comment on prévoyait le prochain. Notre réaction : "De quoi ??" Hahaha ! Je trouve qu’après la sortie d’un album, la seule chose que t’as envie de faire, c’est de rentrer chez toi et qu’on t’oublie pendant une semaine ! T’es mort. Une fois que t’as fait ce truc énorme que t’as voulu faire toute ta vie, tu te sens accompli, comme si tu n’avais plus rien à faire de ta vie et que t’as donné absolument tout ce que t’avais. Tous les musiciens te diront la même chose ! Mais bon, le problème c’est que t’as mis ta vie entière à écrire ton premier album, et t’as six mois pour écrire le second. Il faut renouveler ta musique tous les six mois ! Mais il se passe des choses tellement motivantes, aussi, que c’est pas si terrible que ça !
Peu après, des gens nous ont appelés pour faire un concert en Pennsylvanie, et on se demandait presque pourquoi ! On ne comprenait pas l’ampleur de ce qui se passait. Je m’inquiétais pour le prix de l’essence, et on leur a demandé ce que ça nous coûterait. Ils nous ont répondu : "Non, les gars ! On vous paie le vol !" "De quoi ??" "On vous paie l’hôtel et la nourriture !" "De quoi ???" On ne se rendait pas compte de ce qui se passait, que les gens voulaient nous payer pour qu’on vienne s’amuser chez eux ! Donc on y est allés, on était sur scène, et les gens connaissaient les paroles de nos chansons ! C’était incroyable. Je n’avais aucune idée de ce que c’était. Cette partie-là ne vieillit jamais. Dieu a pris cette vision vieille de plusieurs années, et en a fait quelque chose que les gens ont compris. Ce concert en particulier nous a fait ouvrir les yeux sur pas mal d’aspects.
D’ailleurs, une chose qui s’est passée à ce moment-là, pour me rappeler que Dieu veille : c’était presque la fin du concert, je jouais en regardant le public, et tout d’un coup ils m’ont tous regardé d’une façon très bizarre, et je comprenais pas. Jusqu’à ce que je regarde sur ma gauche et que je voie un spot qui avait basculé à vingt centimètres de ma tête. Si j’avais été décalé de trente centimètres, je serais mort. Hahaha !
Durant les cinq ans qui ont suivi, nous avons sorti cinq albums, et nous étions tout le temps ensemble sans avoir trop le choix. C’était assez dur, nous n’avons jamais eu de camion de tournée, nous nous déplacions dans un petit bus, et ma foi, la perception et la réalité sont deux choses différentes. On était perçus comme des riches rockstars, mais on n’en était pas. C’est aussi pour ça qu’on avait tout le temps des batteurs différents, parce qu’on n’avait pas assez d’argent pour prendre soin de tout le monde comme ils le méritaient. On bossait tous à 150%, sans jamais avoir de bénéfices. Le fait de travailler quatorze heures par jour du lundi au dimanche avec une famille, ça ne peut pas durer longtemps. On était un peu au bout. Et je trouve que cinq ans de durée de vie pour un groupe qui a du succès, c’est pas mal !
Autour de cette période, nous sommes allés à New York pour un festival, et Jimi Bennett était là pour jouer avec Sacred Fire. On a discuté, il m’a dit qu’il était chanteur. J’ai toujours gardé mes antennes allumées pour des nouvelles opportunités musicales. Donc en discutant, on s’est rendus compte qu’on aimait les mêmes choses.
À ce moment-là, ma fille avait trois ans, et elle a dû subir une opération à cœur ouvert assez majeure. Ça m’a pris beaucoup de temps sur le groupe, et c’était pas facile parce que tout le monde doit être là pour travailler ensemble. Il a fallu se rendre compte qu’on avait grandi, qu’il y avait d’autres responsabilités, et c’est devenu évident que nous devions faire une pause. Nous avons pris le temps de terminer notre cinquième album, High Gear, et après je me suis senti extrêmement fatigué. Il fallait que je puisse me changer les idées. Scott avait envie de faire quelque chose de différent, moi aussi, et ça me tentait bien d’avoir un projet avec Jimi. Donc on a fondé King James. Robert Sweet de Stryper a rejoint la formation. La première réaction des gens était de nous demander si notre but était de faire un supergroupe, mais pas du tout ! On était juste des gars avec un intérêt commun, mais c’était l’interprétation la plus simple, comme on avait tous fait partie de groupes connus. Ça nous a surpris, en fait, parce que ça nous était pas venu à l’esprit.
Et maintenant, quels sont tes projets ?
On a un album qui devrait être sorti avec King James. Le titre c’est "Maximus", et d’ailleurs ça nous énerve que les gens du label retardent sa sortie, faudra qu’on le leur dise ! On a aussi un album a venir avec The Rex Carroll Band, soyez prêts !
[1] Tous sauf Albert King, qui vient du Mississippi. Ndlr
[2] guitariste de Deep Purple
[3] Bluesman de Chicago et membre principal de Resurrection Band
[4] Scott Wenzel