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Les denrées d’origine animale sont une composante importante de notre nourriture. Mais elles sont à l’origine, en Suisse, de près de la moitié de l’empreinte climatique liée à l’alimentation. Leur consommation devrait donc diminuer en faveur d’un mode d’alimentation basé sur les végétaux. Une production laitière et bovine adaptée aux conditions locales permettrait de maintenir la capacité de régénération des ressources disponibles dans le pays et d’augmenter son taux d’autosuffisance.
Texte : , Haute école bernoise des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL)
En Suisse, la consommation de produits carnés s’élève à environ 920 g de viande (poisson non compris) par personne par semaine et celle de produits laitiers (beurre inclus) à 5.8 kg d’équivalents de lait entier (ELE).1,2 En 2021, la viande de porc était la plus demandée (45 %), suivie par celle de bœuf et de veau (27 %), puis par celle de volaille (23 %). Plus des deux tiers de la viande demandée en Suisse proviennent donc de systèmes de production qui dépendent presque entièrement de surfaces arables et sont en concurrence alimentaire directe avec l’homme. Les aliments nécessaires à l’élevage des porcs et de la volaille sont en grande partie produits à l’étranger: environ 61 % sont importés dans la production porcine et quelque 84 % dans celle de la volaille.3
Rendre l’alimentation en Suisse compatible avec les objectifs climatiques et les limites des ressources mondiales implique de réduire la consommation de viande à 280 g en moyenne par personne par semaine et celle de produits laitiers à 2.5 kg ELE au cours des deux décennies à venir.4 La question se pose de savoir dans quelle mesure la demande en produits carnés peut être couverte par une agriculture adaptée aux conditions locales. Cela suppose une production qui se fonde principalement sur les ressources naturelles disponibles sur place et qui les utilise à une intensité permettant de maintenir à long terme la capacité de régénération des écosystèmes.
Les sols fertiles sont la base de la production agricole. En Suisse, la surface agricole est constituée principalement de prairies naturelles et de pâturages en montagne.5 Si l’on ajoute les prairies artificielles liées à la rotation des cultures sur les terres arables, l’herbe occupe à peu près 75 % des surfaces agricoles. Cette ressource centrale de l’agriculture suisse ne permet de produire des denrées alimentaires qu’à partir de ruminants, notamment de bovins. Dans une production bovine adaptée aux conditions locales, où la production de lait et de viande est essentiellement basée sur les herbages, la quantité d’herbe disponible détermine le nombre d’animaux pouvant être élevés. Partant des surfaces herbagères et de l’estimation des rendements annuels, ainsi que de la consommation annuelle moyenne d’une unité de gros bétail, il est possible d’évaluer combien d’animaux peuvent être entretenus dans la production laitière et bovine avec les ressources en herbe disponibles en Suisse.
En se référant aux rendements desdites surfaces, il apparaît qu’une production laitière et bovine essentiellement basée sur les herbages entraînerait une réduction du cheptel bovin d’environ 20 %. Cette diminution de l’effectif de bétail, mais aussi la perte de performance par animal dans une production basée sur les herbages, auraient pour effet de réduire les rendements en viande de la production bovine de plus de 20 % par rapport à la situation actuelle (figure 1). Dans le secteur laitier, il faudrait s’attendre à une baisse de 30 à 40 % (figure 2). L’estimation des quantités de lait et de viande est basée sur les rendements de la production biologique. Les résultats d’essais d’alimentation sans concentrés en agriculture biologique indiquent que la production de lait pourrait même être inférieure de 10 % aux rendements bio actuels.6
La production de viande en recourant à l’élevage bovin adapté aux conditions locales pourrait couvrir à peu près la moitié d’une demande ne dépassant pas les limites des ressources (figure 1). En revanche, la production laitière fournirait presque deux fois la quantité de lait nécessaire à une alimentation respectant ces limites (figure 2). Si l’on considère le besoin prévisible non pas en termes de lait et de viande, mais de protéines animales, l’approvisionnement de la population serait plus que couvert en Suisse par une production laitière et bovine adaptée aux conditions locales (figure 3).
Une production adaptée au site réduit les émissions climatiques
Une telle production adaptée réduirait les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture suisse grâce à la baisse de l’effectif bovin et à la diminution concomitante durable des rejets de méthane. La réduction du cheptel bovin et du niveau de production serait également profitable à la biodiversité, car elle aurait pour effet de diminuer les pertes de substances nutritives ainsi que la surfertilisation d’écosystèmes sensibles par l’ammoniac.7 Mais pour que l’agriculture suisse puisse évoluer vers une production adaptée aux conditions locales et respectueuse du climat, il est indispensable que la population adopte des modèles alimentaires flexitariens privilégiant les végétaux.
Dans ce contexte, la production de porcs et de volailles, qui domine aujourd’hui la demande en viande, compléterait judicieusement l’approvisionnement en protéines – à condition qu’elle recoure exclusivement à des flux annexes de l’économie alimentaire qui ne sont plus directement utilisables pour l’alimentation humaine. Une telle stratégie aurait pour effet secondaire d’augmenter le taux d’autosuffisance de la Suisse, parce que les besoins en protéines animales seraient couverts par une production laitière et bovine basée sur les herbages et que les importations d’aliments pour animaux ne seraient plus nécessaires.
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Matthias Meier enseigne l’économie alimentaire durable à la Haute école bernoise des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL). Ses recherches mettent l’accent sur l’économie alimentaire durable et les évaluations environnementales le long de la chaîne de création de valeur des denrées alimentaires.
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Références
[1] Ein Vollmilchäquivalent (VMA) entspricht einem kg Kuh-Vollmilch mit einer verwertbaren Energie von 2800 Kilojoule (kJ).
[2] bfs.admin.ch/bfs/de/home/statistiken/land-forstwirtschaft/ernaehrung.assetdetail.23945845.html
[3] Baur P, Krayer P (2021) Schweizer Futtermittelimporte – Entwicklung, Hintergründe, Folgen. Forschungsprojekt im Auftrag von Greenpeace Schweiz. Wädenswil: ZHAW. doi: 10.21256/zhaw-2400
[4] Fesenfeld L, Mann S, Meier M, Nemecek T, Scharrer B, Bornemann B, Brombach C, Beretta C, Bürgi E, Grabs J, Ingold K, Jeanneret P, Kislig S, Lieberherr E, Müller A, Pfister S, Schader C, Schönberg S, Sonnevelt M, Barjolle D, Boivin P, Brunner T, Contzen S, Espa I, Estève M, Forney J, Häberli C, Hediger W, Hilbeck A, Kopainsky B, Lehmann B, Mack G, Markoni E, Meier B, Paccaud F, Rohrmann S, Schindler M, Schwab C, Tribaldos T, Waibel P, Zähringer J (2023). Wege in die Ernährungszukunft der Schweiz: Leitfaden zu den grössten Hebeln und politischen Pfaden für ein nachhaltiges Ernährungssystem. SDSN Schweiz – doi.org/10.5281/zenodo.7543576
[5] bfs.admin.ch/bfs/de/home/statistiken/raum-umwelt/bodennutzung-bedeckung/landwirtschaftsflaechen.assetdetail.19964705.html
[6] fibl.org/de/infothek/meldung/es-geht-auch-mit-weniger-kraftfutter.html
[7] Guntern J et al. (2020) Übermässige Stickstoff- und Phosphoreinträge schädigen Biodiversität, Wald und Gewässer. Swiss Academies Factsheet 15 (8).