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LES ALÉAS D’UNE MAISON DE MAÎTRE DU XVIIIE SIECLE
L’histoire du domaine de Plonjon- connu aujourd’hui sous le nom de parc des Eaux-vives illustre parfaitement les changements subis par la campagne genevoise à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle. Les multiples regroupements parcellaires qui se produisent à cette époque conduisent en effet à la constitution d’importants domaines fonciers où s’implantent de prestigieuses maisons de plaisance. Généralement édifiées à proximité d’anciens bâtiments ruraux, ces nouvelles demeures évolueront considérablement au cours du XVIIIe siècle. A la silhouette compacte et quelque peu austère des premiers édifices vont se substituer progressivement des résidences plus spacieuses, conformes aux modèles classiques importé de France.
Situé dans un écrin de verdure, à mi pente entre le plateau de Frontenex et le lac, le château des Eaux-vives incarne ce type de demeure. La stricte symétrie de sa composition et l’apparente homogénéité de ses façades pourraient laisser croire qu’il a été construit d’un seul jet aux alentours de 1750.Cependant, l’examen de documents d’archives laisse penser que la construction s’est déroulée en deux étapes à une cinquantaine d’années d’intervalle. Le noyau de l’édifice, soit l’actuelle partie centrale, aurait ainsi été édifié au début du XVIIIe siècle, vraisemblablement vers 1710 à l’époque ou le domaine appartenait à la famille Tremblay. Cette disposition à été maintenue par le banquier Bouer, puis par son fils, propriétaires de l’ensemble entre 1714 et 1760. D’après une vue panoramique de Robert Gardelle, exécutée vers 1720, la maison de maître visible au premier plan forme un bloc compact de cinq travées en façade. Une haute toiture à croupe surmonte l’unique corps de bâtiment d’un étage sur rez-de-chaussée. Une ferme bâtie en 1658-1660, aujourd’hui disparue, fait office de dépendance.
En Avril 1760, le domaine est acquis par le négociant Jean-jacques Horneca. A peine propriétaire, celui-ci fait transformer la maison de maître en lui ajoutant des ailes latérales, pourvues de combles indépendants galbés en doucine sur les angles. Le jeu de toitures qui en découle confère au bâtiment une silhouette pittoresque, inhabituelle dans la tradition genevoise. Les petites toits « à l’impériale », qui donnent aux extrémités de l’édifice une allure de tours d’angle, constituent l’élément le plus frappant. Ils sont probablement inspirés des clochers franc-comtois. On trouve un semblable traitement des ailes dans le château de la Roche-sur-Loue à Arc-et-Senans (Doubs, France ). Une fois le volume augmenté, la maison a été dotée d’un décor architectural unifié, propre à lui assurer une nouvelle cohésion : chaînes à bossage et à table, frontons, cordons et encadrements de fenêtres. Notons que la démarche choisie par Horneca d’agrandir sa demeure par l’adjonction de deux corps latéraux n’était pas une pratique isolée dans le contexte genevois. Le château de Voltaire à Ferney et le Reposoir à Pregny, transformés aussi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, en sont les exemples éloquents. Dans les trois cas, il s’agissait d’adapter le bâtiment aux modèles esthétiques en vogue et au raffinement du confort moderne, reflet tangible des aspirations mondaines du propriétaire.
Au XIXe siècle, le château change souvent de mains, passant successivement aux Archer, Senn, Grévedon-Bousquet, avant d’être racheté par le constructeur du tunnel du Gothard, l’ingénieur Louis Favre. La fille de ce dernier le revend en 1896 à la société de l’industrie des hôtels, qui y installe un restaurant de luxe. Une première terrasse couverte, en partie vitrée, est alors aménagée sur les deux côtés de l’édifice : elle sera remplacée par la véranda actuelle en 1913, date à laquelle l’ensemble est acquis par la commune des Eaux-Vives.
Si l’enveloppe du « château » conserve encore l’essentiel de son aspect dix-huitièmiste, il en va autrement pour les aménagements intérieurs. En effet, deux importantes campagnes de travaux en 1923-1924, à la suite de l’incendie des toitures et en 1961-1963 modifient profondément la distribution d’origine, effaçant du même coup la quasi-totalité du décor ancien. L’une des rare rescapées de ces opérations est la belle galerie voutée de l’aile droite, crées lors de l’agrandissement de la maison en 1760 et pourvue d’une corniche néobaroque à la fin du XIXe siècle.
Les plus récentes transformations, menées après l’incendie des toitures en 1999, ont fait disparaître le petit appartement du XVIIIe siècle, situé au premier étage de l’aile droite. C’est depuis les travaux de très grande ampleur achevés en 2003 que l’établissement a revêtu l’apparence qui est bien désormais connue du paysage genevois.
ÉCRIVONS LA SUITE DE L’HISTOIRE ENSEMBLE !