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Quand un village est privé d'un café ou d'un établissement public, il manque à la communauté quelque chose d'essentiel, un lieu de rencontre, d'échange, d'affrontements aussi. C'est le rôle que semblait jouer dans certaines civilisations les bains publics. C'est ce que rappelle avec finesse ce film chinois qui allie la réflexion à l'humour.
Quelque part dans le nord de la Chine, Maître Liu tient un tel établissement, aidé de son fils cadet Er Ming qui est un léger handicapé mental. Les habitués permettent au cinéaste de dresser le portrait de toutes sortes de personnages issus de milieux différents que la nudité rapproche. Ils ont leurs problèmes, leurs habitudes, leur besoin de communiquer et leurs jeux. Le bain est davantage une hygiène mentale, un rôle social et d'entraide. L'installation est sommaire, mais l'atmosphère est chaleureuse au propre et au figuré.
A travers ce portrait de groupe, Zhang Yang poursuit deux réflexions importantes. Non sans nostalgie, il met en scène le combat entre les anciens et les modernes. Le film s'ouvre sur une séquence avant-gardiste et prémonitoire au cours de laquelle un homme d'affaires se rend dans un établissement high-tech où il se fait laver de la tête aux pieds, exactement comme nos voitures dans une station de lavage. Et le film s'achève quand les machines de chantier démolissent tout ce quartier resté à l'écart des tours modernes. Note supplémentaire, Maître Liu meurt au moment où son fils aîné l'avait abandonné une minute pour obéir à l'appel impératif de son téléphone portable.
Le cinéaste analyse également les relations entre les deux frères. L'un est un homme actif et moderne, l'autre est un simple d'esprit que la mort de son père jette dans le plus grand désarroi. On retrouve là la problématique que Barry Levinson avait traitée dans le célèbre RAIN MAN.
Il y a dans SHOWER de nombreuses invraisemblances et quelques zones d'ombre quand est évoqué le passé ancestral de cette famille. On peut également regretter que la fin du film souffre d'un défaut de construction laissant imaginer que le réalisateur ne sait pas comment achever son oeuvre.
Mais cela n'est rien à côté des nombreuses qualités de cette sorte de fable moderne. On est très loin des combats de samouraïs ou de théâtre chinois.
Sans mélodrame, SHOWER touche à la fois le coeur et la raison et se penche avec sensibilité sur la disparition d'un monde de chaleur humaine et de sagesse ancestrale au profit d'une société aseptisée qui engendre la solitude.
Ce film est une douche, froide pour les uns et fort agréable pour les autres.
Zhang Yang
Né en 1965, Zhang Yang est un des pionniers de la scène vidéo-musicale indépendante. Il se bat avec courage et obstination contre la censure qui est encore très sévère en Chine. SHOWER est son second film. Il a reçu de nombreux prix dans les festivals internationaux.
Maurice Terrail
|Nom||Notes|
|Georges Blanc||15|
|Ancien membre||16|
|Maurice Terrail||17|