Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06969.jsonl.gz/1296

Cinéma: le sacrifice au service du récit
Il était une fois dans une galaxie lointaine, très lointaine… Le vieux chevalier Jedi Obi-Wan Kenobi se bat contre l’infâme Dark Vador. Il gagne du temps pour permettre au jeune Luke Skylwalker de s’échapper de la station spatiale de l’étoile noire. Il y laissera sa vie. Cette scène, tirée de l’épisode IV de la saga Star Wars (1977) reste dans la mémoire des fans du genre comme le noble sacrifice par excellence. Le mentor s’efface pour permettre à l’élève de s’accomplir et de continuer son œuvre. Cette trame, qui trouve son origine dans les théâtres de la Grèce antique, est reprise dans de nombreuses œuvres cinématographies. Elle constitue souvent un élément dramaturgique fort destiné à susciter l’émotion.
Un moyen de rédemption
En dehors de ce genre d’acte "chevaleresque", le cinéma aborde la notion de sacrifice de manières diverses. «Dans les films catastrophe, il arrive souvent qu’un personnage se sacrifie pour se racheter de quelque chose», note le cinéaste Vincent Adatte. Par exemple, dans le classique du genre La tour infernale (1974), l’un des responsables des avaries du bâtiment tente de sauver les autres au péril de sa vie. Ce sacrifice comporte clairement une dimension morale qui permet à un personnage de trouver une forme de rédemption. Le cinéaste note que cette dimension est totalement absente des films d’Alfred Hitchcock, qui préfère laisser les personnages aux prises avec leur culpabilité pour servir le récit.
Préserver les valeurs
Pour le Vincent Adatte, le sacrifice destiné à défendre un idéal est également une figure imposée dans de nombreuses productions. Dans les films de guerre, il est un élément nécessaire pour la sauvegarde de la liberté. C’est notamment le cas de ceux qui traitent de la deuxième guerre mondiale. «Les films de résistance défendent des valeurs fondamentales pour lesquelles il est nécessaire de se battre, quitte à y laisser sa vie», complète le cinéaste.
Les films qui traitent de la guerre du Vietnam apportent un éclairage nettement plus critique sur cette notion. Ils portent souvent sur l’inutilité du sacrifice. Dans Platoon (1986), le réalisateur Oliver Stone s’interroge sur le rôle d’une guerre dans laquelle l’Amérique perd son âme dans un conflit perdu d’avance. La scène clé du film est celle dans laquelle le sergent Elias (Willem Dafoe) meurt sous les tirs ennemis les bras écartés. «Le personnage comporte une dimension christique indéniable», ajoute Vincent Adatte. Tout au long du film, il représente une forme de conscience morale qui refuse de se laisser avilir par cette guerre.
Une notion désuète
Vincent Adatte note toutefois que la notion de sacrifice a tendance à être moins exploitée, surtout dans les productions hollywoodiennes: «Les spectateurs ne sont plus dupes. Ils ne se laissent plus aussi facilement prendre par ce type de pirouette scénaristique», ajoute-t-il. De plus, le cinéaste observe une forme d’infantilisation du cinéma actuel, notamment avec les films de super-héros: «Batman peut se montrer faible, passer par des questionnement existentiels, mais il ne peut pas mourir. Ce serait anti-commercial et le public ne le pardonnerais pas». D’une certaine manière, les personnages de ce genre cinématographique comportent une dimension de surpuissance en contradiction totale avec la notion même de sacrifice.