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Au milieu des années 1980, le quartier du Queens à New York est sous l’hégémonie du promoteur immobilier Fred Trump, père de Donald Trump, le futur président des États-Unis. Paul Graff (Michael Banks Repeta), un adolescent, étudie au sein de l’école public où la mixité sociale est de rigueur ; Paul y rencontre Johnny Davis (Jaylin Webb), un jeune noir-américain plus âgé que lui, comme il a redoublé. Johnny et Paul se lie d’amitié mais Johnny, rebelle, a tôt fait d’amuser Paul et de l’entraîner sur ses pas.
Paul et Johnny nourrissent de grands rêves : le premier veut être artiste, il dessine d’ailleurs constamment pendant les cours et fait preuve d’un immense talent qu’encourage Johnny; le second rêve de devenir astronaute pour la NASA. Pourraient-ils concrétiser leurs rêves en s’enfuyant en Floride ? Cela impliquera un ordinateur – une innovation – de l’école de Paul pour le revendre sur le marché noir.
Avec Armageddon Time, James Gray se replonge dans sa propre adolescence. Pour ce faire, le cinéaste convoque une excellente distribution, à commencer par Anthony Hopkins qui interprète Aaron, le grand-père bienveillant et aimant qui noue avec Paul une relation privilégiée, contrairement à son père autoritaire, Irving (Jeremy Strong), et sa mère, Esther (Anne Hathaway), dépassée par les événements et par son benjamin qui sort des carcans éducatifs, contrairement à son frère aîné, Ted (Ryan Bell).
Armageddon Time permet au cinéaste de filmer avec justesse, poésie et émotion le difficile passage à l’âge adulte. La dimension profondément personnelle de l’histoire qui se déroule au sein d’une famille juive à New York mêle des moments d’humour au drame. Il est question de la transmission de l’histoire et de la culture familiales des Graff qui ont fui le nazisme qui sévissait en Europe et qui ont changé leur patronyme à leur arrivée aux États-Unis.
James Gray a entraîné son public dans la jungle puis dans l’espace pour ses deux derniers films. Armageddon Time marque le retour très réussi du cinéaste à New York, où il a tourné tous ses films avant The Lost City of Z. Ce huitième long métrage s’avère être un projet profondément personnel qui l’installe dans sa maison de Flushing, dans le Queens, le foyer familial qui abritait ses expériences d’enfant et d’adolescent.
Le titre Armageddon Time provient d’une chanson reggae de 1979, reprise par The Clash, et qui reflète la guerre nucléaire que le candidat à la présidence Ronald Reagan annoncera probablement. Mais ici le titre est lié au point de vue de Paul qui, à travers les épreuves de l’adolescence, estime qu’il s’agit de la fin du monde, de son monde, en particulier lorsqu’il traverse une série de grands bouleversements et de chocs culturels au cours des mois d’automne.
La relation de Paul avec son grand-père anglais bien-aimé est particulièrement bien développée, finement dépeinte entre la grande complicité et les riches conversations que partagent Aaron et Paul. James Gray ne se contente de s’inspirer de son adolescence, il traite aussi des problèmes de racisme omniprésent et d’exclusion raciale, des maux qui semblent acceptés et acceptables pour les adultes qui entourent Paul, mis à part son grand-père, qui a toujours l’anecdote ou le sage conseil à distiller face aux questions de Paul qui ne comprend pas que la couleur de peau de son ami puisse les empêcher de se voir.
Le retour de James Gray au drame est une réussite et Armageddon Time propose un voyage dans le temps, plus précisément celui du cinéaste, rafraîchissant et très bien interprété par des comédiens bien dirigés. Pour des raisons de santé, Anthony Hopkins n’a malheureusement pas pu accompagner la présentation du film sur la Croisette.
Firouz E. Pillet, Cannes
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