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Ce texte fait suite à celui appelé Le Mystère de la pierre magique, dans lequel je rapporte avoir pris le joyau lumineux qu'on me tendait, et y avoir vu des visages étranges, qui me laissèrent stupéfait.
J'entendis alors soupirer à côté de moi, et c'était Ithälun – et lorsque je la regardai, je vis qu'elle avait, sur le front, un nuage de tristesse et que, apparemment compatissante, elle jetait les yeux tantôt sur moi, tantôt sur la pierre que je tenais, tantôt sur Othëcal, tantôt sur ses gens, passant lentement des uns aux autres, bougeant imperceptiblement la tête, comme si le temps s'était arrêté, ou n'était plus fait que d'une succession d'images fixes. Un silence intense, semblant peser sur les mondes, s'était installé dans la salle, et les gemmes des habits des elfes luisaient sans qu'un bruit se fît entendre, comme les étoiles lors des nuits cosmiques – au-delà des oiseaux, des feuillages, des renards glapissants, ou des automobiles qui vrombissent dans les lointains de la Terre. Ce silence aussi était stupéfiant, et ma gemme sembla briller moins fortement, sous son poids. C'était comme un endormissement complet, et comme si les lumières de la salle et des parures se changeaient en veilleuses – comme on appelle les lampes qu'on laisse pour les dormeurs, notamment les enfants.
Je vis soudain, tel un diamant, une larme surgir de l'œil d'Ithälun. Elle aussi était émue par ce fatidique moment, bien que je n'en devinasse en rien la cause. Pourquoi était-elle si mélancolique? Ce qui arrivait n'était-il pas ce qu'elle avait attendu, en se rendant avec moi en ces lieux? Je ne comprenais pas vraiment ce que tout cela signifiait, et me demandai si je n'avais pas commis une grave faute, en m'emparant de la pierre qu'on m'avait offerte. Je fis un mouvement traduisant mon désir de la lui donner à mon tour, mais elle m'arrêta, posant son bras sur le mien, et dit: «Non, Rémi, non. Tu dois la garder. C'est maintenant la tienne. Maintenant et à jamais. Ne t'inquiète pas. Il te la fallait, pour accomplir ta mission. Tu as bien fait, de la prendre. Car je vois que ton cœur est troublé, mais il ne doit pas l'être. Sache que si tu nous vois un regard triste, ce n'est pas pour cette raison, que tu eusses dû agir autrement que tu ne l'as fait. Non. Il n'en est rien. Tu as agi conformément à nos vœux. Mais vois-tu, même quand on sait qu'un ami doit mourir, et que, en mourant, il ira rejoindre les dieux – entrera dans le pays des étoiles et sera accueilli avec joie par ceux qui gardent ces joyaux du ciel au front –, et que ses bonnes actions mêmes accourront à lui en dansant, comme des vierges, et l'entoureront de leurs bras tendres et frais, même quand cela arrive, tu le sais, nous sommes tristes, parce que nous aurions voulu garder avec nous cet ami, et, malgré ce que dit la raison, la passion fait surgir des larmes, car la séparation est un déchirement; et un vide se crée, au sein de l'âme, dès que l'ami s'éloigne.
«Or, cette pierre était le secret de la royauté d'Othëcal sur la Terre, et le moyen qu'il avait, avec son peuple, pour y vivre, s'y maintenir, et créer le cercle enchanté qui y maintenait, aussi, les splendeurs des temps anciens – justement celles des étoiles. Oui, par cette pierre, sache-le, Othëcal conservait sur la Terre où vivent les mortels la gloire du Ciel où sont nés les génies, elle était le secret de leurs enchantements les plus nobles, les plus purs. Et qu'Othëcal te l'ait donnée veut dire une chose claire: pour toi, pour le salut de l'homme, pour le salut, aussi, de la Terre, il a accepté de renoncer à son royaume, de laisser dépérir ce qu'il a bâti sur la Terre. C'est donc avec peine que nous entrevoyons la déperdition du pays où il veut – de ce royaume qu'il gouverne, de la fin de ses enchantements qui étaient parmi les plus purs de la Terre, et qui étaient parmi ceux qui y conservaient le mieux les splendeurs astrales. Comprends-tu? Nous savons qu'en partant sur l'orbe lunaire, Othëcal et les siens gagneront un royaume plus pur, plus noble; mais celui-ci, où ils vivaient, étaient leur patrie, leur maison, et, même si, en haut, ou au fond du Ciel, ils retrouveront bien des amis, des cousins, des congénères – même si, avec le temps, ils s'y referont volontiers une patrie, ils avaient assimilé ce royaume, ici-bas, à eux, y avaient versé leur sang, y avaient sacrifié leur sueur, leur vie, leur âme, et s'en séparer leur brise le cœur, le leur crève. Ils savent que certains d'entre eux ne le supporteront pas, ne le souffriront pas, et qu'ils erreront parmi les ombres, sans pouvoir monter dans le vaisseau spatial qui emmènera la plupart d'entre eux dans leur nouvelle maison; ils savent que ce sera pour eux une épreuve, et que tous ne la surmonteront pas – et que, attachés à ce sol, ils s'y mêleront aux plantes, aux rochers, aux bêtes: triste sera leur destin! Mais ils ne peuvent pas faire autrement, ils le savent aussi, et maintenant qu'ils te connaissent, ils comprennent qu'il le faut, que c'est fatal. C'est ainsi, et tu dois respecter leur peine.»
(À suivre.)