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Critique
"IMMORTEL déconcerte d'emblée par un mélange d'hyper-réalisme ""rétro"" et de science-fiction délirante: de superbes guimbardes style années 60 volent au-dessus d'immenses avenues, suspendues à des fils aériens, tandis que des humains côtoient des mutants et que des acteurs réels croisent des êtres de synthèse.
Une pyramide égyptienne géostationnaire flotte au-dessus d'un New York fin de XXIe siècle. Horus, dieu à tête de faucon, condamné à mort par ses pairs, doit se réincarner pour assurer sa survie. Nikopol, dissident subversif cryogénisé (c'est ainsi qu'on purge sa peine d'emprisonnement) dégringole de la pyramide et tombe sur terre. On laissera de côté les héros (images virtuelles) d'une grotesque campagne électorale, les transplantations d'organes, les courses-poursuites en voitures ailées, les allusions à la mythologie égyptienne, les avatars d'une entreprise (Eugenics) très suspecte. Sans oublier le serial-killer de service...
Pour (essayer de) résumer: les destinées de trois personnages (Horus, Nikopol et Jill, jeune femme aux cheveux bleus qui verse des larmes bleues...) - les deux derniers étant plus ou moins amnésiques - convergent, semble-t-il, vers un retour sur terre, vers l'amour qui apportera la délivrance.
Dans ce chaos organisé, le spectateur comprend vite que son plaisir sera essentiellement d'ordre visuel. Enki Bilal (homme de théâtre, de cinéma, d'opéra, auteur de science-fiction, en particulier du roman d'où est tiré le scénario) réalise ici un (3e) film extrêmement ambitieux qui, par le choix des décors, des images, des teintes, par l'attention portée aux détails, s'adresse essentiellement aux yeux. Et sur ce plan-là, certaines séquences constituent de véritables et surprenants tableaux.
Ce qui se situe en revanche au-delà - on devrait dire en deçà! - de cette recherche d'ordre visuel, de cette beauté plastique d'un monde de science-fiction froid et impitoyable, tout cela n'a guère d'intérêt. Les relations étranges qui lient les protagonistes entre eux et génèrent leurs actes ne peuvent que surprendre et déconcerter. Au mieux fixer le regard. Sans séduire, ni toucher."
Antoine Rochat