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Le Cervin d'aujourd'hui
Le Cervin d' aujourd Vu par G. F. Dixon Quatre jeunes Anglais, bons alpinistes, font leur première visite à Zermatt. Malgré le temps médiocre, ils réussissent plusieurs courses de premier ordre - Dent Blanche, traversée du Weisshorn, etc. et pour finir le Cervin, parce qu' il « fallait le faire ».
Le matin suivant, le temps était passable, et nous montâmes à la cabane du Hörnli. En chemin, il devint évident que notre intention de gravir le Cervin le lendemain était aussi celle de beaucoup d' autres personnes. Mon cœur se mit à défaillir. Est-ce ainsi qu' il convenait d' aborder le Cervin pour la première fois? Et quoi que nous fissions dans la suite de cette journée, tout ne contribua qu' à assombrir encore notre humeur. Sur le sentier du refuge les caravanes, y compris la nôtre, se livraient à une course au clocher mal dissimulée pour y arriver avant les autres, ce qui promettait une cabane bondée. Une fois là-haut, tous nos gestes nous desservaient aux yeux d' un gardien d' humeur instable. Nous avions déposé nos sacs sur une couchette; il nous ordonna de les enlever de là, disant qu' il assigne-rait les places plus tard, et que du reste il n' était pas certain de pouvoir nous en donner. Après quoi il voulut bien nous autoriser à cuire notre repas. Profondément déprimés, nous prîmes le parti d' essayer de trouver accès dans le soi-disant hôtel qui jouxte la cabane. Howl et Kerr furent chargés de faire les démarches, tandis qu' Imrie et moi allions reconnaître la route. Nous restâmes environ deux heures sur la montagne, afin d' être sûrs de ne pas nous égarer dans l' obscurité le lendemain matin. Comme d' habitude, le temps ne cessa d' empirer au cours de l' après, et le brouillard descendit jusqu' à la hauteur de la cabane. A notre retour, nos camarades nous accueillirent avec la nouvelle réconfortante qu' ils avaient retenu la dernière chambre de l' hôtel, contenant deux lits à deux places très étroits qu' on nous fit payer un prix exorbitant. Pour tout personnel, il n' y avait, semble-t-il, que deux jeunes filles harcelées qui n' avaient jamais le temps de répondre à nos demandes. Nous fûmes proprement remis en place lorsque nous exprimâmes le désir d' être réveillés le matin. Dans cet hôtel, paraît-il, aucun client n' est appelé séparément, mais tout le monde en même temps. Quant à l' heure, les guides en décideraient. La coupe de notre misère débordait.
Il devait y avoir 80 personnes ou plus pour gravir le Cervin le lendemain. Cela promettait d' être une gigantesque caravane Cook menée au sommet sous bonne conduite. Pour nous, la chose était claire: il fallait se lever très tôt et partir des heures avant la foule. Pourquoi faut-il que cette ascension ait une telle emprise sur l' imagination du monde qu' elle attire des gens de tout acabit comme des abeilles autour d' un pot de miel? Si au moins l' intérêt des grimpeurs pouvait s' étendre à d' autres cimes. Toutefois nous étions mal placés pour émettre des critiques, puisque nous étions nous-mêmes dans le tas *.
La nuit se passa fiévreusement dans la crainte de ne pas nous réveiller assez tôt. A 2 heures et quart nous étions debout et, souliers à la main, nous nous glissâmes furtivement hors de l' hôtel, comme des malfaiteurs qui se dérobent; mais malgré toutes nos précautions, nous ne passâmes pas inaperçus. Entrés dans la cabane pour préparer une boisson chaude, nous fûmes surpris quelques minutes plus tard par le gardien indigné en flagrant délit de vouloir allumer son précieux fourneau. Il se décida enfin à l' allumer lui-même.
A 3 h. 15 nous nous mettions en route. Le plafond de nuages était très bas; mais de l' autre côté de la vallée, vers le Rothorn, les nuées semblaient être passablement plus élevées. Air tiède; presque pas de vent. Cela ne promettait rien de bon; il faut quand même aller voir. Jusqu' au refuge Solvay, atteint en trois heures, nous n' eûmes pas de difficultés particulières. Les rochers étaient recouverts de neige fraîche et nous devions frayer notre propre voie, les traces de clous dont on dit que la piste est marquée n' étant pas visibles. Nous entrâmes pour manger quelque chose. Feuilletant le livre du refuge, nous y relevons cette inscription qui semble marquer le niveau où est tombée l' ascension du Cervin par cette voie: « O mes amis! quant je serai de retour à Chicago, quel sujet de conversation aux coktails !» Tout de suite au-dessus du refuge, la partie devint sérieuse. Les rochers étaient verglacés, et nous devions grimper avec le maximum de précautions. Nous avions tous laissé nos crampons au refuge. A deux ou trois reprises Imrie, qui avait des vibrams, fit des glissades inquiétantes; il n' en conduisit pas moins avec habileté sur des rochers de plus en plus traîtres et difficiles. Le brouillard s' épaissit graduellement et nous fûmes bientôt blancs de givre. Au-dessus de l' Epaule, la couche de glace était plus épaisse et on pouvait y tailler de petites marches. Les conditions de la montagne me rappelaient tout à fait celles d' une ascension en janvier au Buchaille Etive 2. Nos barbes et nos sourcils se couvraient de glaçons. Généralement, je me fais un point d' honneur d' ignorer l' existence d' une corde fixe; mais cette fois, parvenus aux chaînes au-dessus de l' Epaule, nous nous y accrochâmes sans vergogne; sans leur aide, nous n' aurions pas atteint le sommet à temps. La dernière corde dépassée, nous étions à l' endroit où le guide Kurz annonce un véritable sentier jusqu' au sommet. Au lieu de sentier, c' était la neige épaisse où nous enfoncions jusqu' aux genoux. Le vent 1 « Peut-être est-il lieu ici de signaler une particularité de la vallée de Zermatt qui frappe vivement le nouveau venu: c' est la rareté des grimpeurs dans ce qui fut le berceau de l' alpinisme. Excepté la procession qui encombre l' arête de Hörnli, et quelques caravanes sur un ou deux autres itinéraires bien connus, les cimes étaient presque désertes. Pourtant Zermatt était bondé de visiteurs... J' en venais à me demander si l' alpinisme perdait son attrait. Ce n' est sûrement pas possible. » 2 Montagne en Ecosse.
se mit à souffler, nous aveuglant de ses bourrasques et effaçant nos traces. Enfin, après sept heures de grimpée, nous foulâmes la cime, dans un brouillard épais et glacé. Pour moi, cela ne faisait qu' ajouter au charme mystérieux de cette montagne.
Lorsque nous rentrâmes à la cabane, le gardien joua son dernier atout contre nous. Aucune autre caravane n' avait quitté le refuge ce jour-là, et il ne voulut jamais admettre que nous avions été au sommet. « Oh! quand vous dites que vous êtes allés tout en haut, sans doute vous voulez dire jusqu' à Solvay. » Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Nos deux camarades étaient trop fatigués pour s' en offusquer; mais Kerr et moi nous ne pouvions respirer cet air un moment de plus.Alpine Journal )