Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07063.jsonl.gz/834

Le procès ouvert lundi à Lugano contre l'ex-juge Franco Verda, 60 ans, et le contrebandier italien présumé Gerardo Cuomo, 55 ans, est entré dans une phase cruciale. Jeudi, lors de la 4e journée d'audience, les débats ont pris une tournure gênante pour l'ex-président du tribunal pénal tessinois.
En effet, l'audience de jeudi a été en grande partie consacrée à l'écoute de nombreuses conversations téléphoniques entre Franco Verda et son ex-grand ami Gerardo Cuomo. Ainsi qu'entre ce dernier et le boss italien, Francesco Prudentino. Des conversations enregistrées par l'antimafia de Bari (Pouilles).
Les coups de fil remontent à l'été 1999. Ils ont été passés après la décision de Franco Verda de débloquer une partie de l'argent saisi à Francesco Prudentino.
Sur demande des autorités italiennes, le compte bancaire de M. Prudentino avait été confisqué par le parquet tessinois. Grâce à la décision prise par Me Verda, en tant que juge unique, 1,6 million de francs avait été restitué à l'Italien, 1,3 million était allé à l'Etat.
Or, selon un accord passé entre Gerardo Cuomo et son "collègue" contrebandier, Francesco Prudentino, la moitié de l'argent récupéré aurait dû être laissée à l'ex-juge, "en cadeau". Une accusation que Franco Verda a toujours repoussée.
Mais il ressort des appels que Prudentino n'a pas respecté l'accord. Il l'a d'ailleurs dit lui-même, mercredi, à Lugano, où il est venu témoigner.
Pour l'occasion, il a été extradé d'Italie, où il est actuellement incarcéré. Jeudi, la cour correctionnelle a entendu la voix de l'ex-magistrat qui disait à Gerardo Cuomo que ce dernier avait été roulé.
A l'évocation d'autres détails de cette amitié compromettante et qui lui a coûté sa carrière, l'ex-juge n'en mène pas large. Il reconnaît que l'aide financière fournie par le contrebandier présumé, trois prêts pour un total de 500'000 francs, devait servir à sa femme, l'avocate Désirée Rinaldi.
Cette dernière s'était lourdement endettée à cause des problèmes de sa société d'eaux minérales, en plein marasme. En revanche, il rejette la thèse de Gerardo Cuomo, selon laquelle, c'est le juge en personne qui lui aurait demandé de l'argent, à deux reprises.
Au fur et à mesure de l'évolution des débats, une nouvelle image de cet homme apparaît. Eprouvé par un cancer à la prostate, qui l'avait frappé en 1998, et par les difficultés de sa femme, Franco Verda a perdu les pédales.
Pour aider Désirée, connue en 1986 lorsqu'elle était stagiaire au Palais de justice et n'avait que 26 ans, l'ex-juge a fait des pieds et des mains. Il allait jusqu'à intervenir en faveur de personnes peu recommandables, si celles-ci pouvaient renflouer les caisses de la société déficitaire de sa compagne.
Ainsi, Franco Verda est accusé de corruption passive aggravée, de violation du secret de fonction, d'instigation à cette même violation et d'entrave à l'action pénale. Il encourt jusqu'à cinq ans de réclusion.
Gerardo Cuomo, lui, répond de complicité en corruption passive et d'infraction à la loi fédérale sur les étrangers. Des délits beaucoup moins graves et qui ne lui vaudront que quelques mois de détention. Déjà abondamment purgés, puisque l'Italien a été incarcéré en mai 2000.
Au terme du procès, qui devrait se conclure au milieu de la semaine prochaine, M. Cuomo devrait être livré aux autorités italiennes. A Bari, il est inculpé pour association de malfaiteurs liés à la mafia. Une toute autre dimension.
Gemma d'Urso, Lugano