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Pierre François et Claire Lemercier, Grands Repères Manuels, Editions La Découverte.
Les auteurs sont respectivement directeur de recherche en sociologie au CNRS et directrice de recherche en histoire au CNRS.

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
|Alain Brunet||

Dans cet ambitieux ouvrage, la reconstitution de l’histoire du capitalisme est en fait l’histoire d’un monde dont les auteurs situent le début à la fin du XVIIe siècle, tout au moins dans sa composante collective. Pour souligner l’ampleur des mutations qui se sont opérées depuis cette période, ils avancent que la chronologie du capitalisme est soumise à de grandes inflexions qui se sont déployées à l’échelle mondiale suivant trois âges: l’âge du commerce, qui s’étend jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’âge de l’usine qui dure un siècle pour prendre fin autour des années 1990 avec l’entrée dans un «troisième âge»: celui de la finance. Si cette manière de condenser plusieurs siècles de capitalisme en trois périodes est assurément commode, les auteurs n’en tirent pas de conclusion en forme d’assertion comme «c’était mieux avant», encore moins sur la question de savoir si d’autres formes d’organisation sociale seraient préférables. Prudence toute scientifique qui s’appuie sur des travaux récents, comme de grands auteurs (Weber, Marx et Braudel).
Pour rassurer ceux qui pourraient craindre que l’enquête ait été menée sur des bases profanes, de multiples insertions relatives à la théorie économique jalonnent le texte pour que les apports de l’analyse financière soient bien intégrés à la description historique.
Ce que rencontrent les sociologues en général dans leurs investigations, et les sociologues des organisations en particulier, ce n’est pas l’organisation idéale, mais plus prosaïquement des hommes et des femmes qui construisent cette organisation. Un intérêt de cet ouvrage - très complet - est donc de nous livrer, sinon nous rappeler par de nombreux exemples qu’il fut un monde (pas si lointain) où les principes de rationalisation mettaient en œuvre une organisation scientifique du travail (OST), qu’une famille d’origine lyonnaise fut à l’origine de ce qui deviendra EDF. L’histoire se poursuit…