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parution janvier 1995
ISBN 978-2-88182-235-5
nb de pages 32
format du livre 105 x 150 mm
Notre Point de vue suisse
Traduit de l'allemand par C. Guilland
En été 1914, la Première Guerre mondiale éclate et la Suisse est bientôt divisée entre les Romands, pro-français, et les Alémaniques, partisans de l’Allemagne. Carl Spitteler réagit aux tensions qui partagent le pays en prononçant le 14 décembre 1914 son discours intitulé Notre point de vue suisse. Cinq mois après le début des hostilités, ce n’est pas une réaction à chaud, mais un texte mûrement réfléchi, présentant la neutralité, le plurilinguisme et le fédéralisme comme des valeurs suisses indiscutables.
Texte disponible dans une nouvelle édition ici.
Carl Spitteler (1845-1924), après des études de droit et de théologie, décide de se consacrer à l’écriture. En 1887, Nietzsche remarque une de ses chroniques dans le Bund et le recommande auprès d’éditeurs en Allemagne, ce qui marque un tournant dans sa carrière.
Carl Spitteler est un fin observateur de son époque, prêt à se mêler d’affaires politiques, notamment avec Notre point de vue suisse, prononcé en 1914. D’abord violemment critiqué en Allemagne et en Suisse, le discours devient par la suite un véritable monument et Spitteler est érigé au rang d’écrivain national, défenseur de la neutralité et des valeurs du fédéralisme.
Carl Spitteler reçoit le Prix Nobel de littérature en 1919 pour son épopée versifiée Le printemps olympien. Romain Rolland, lauréat de 1915, qui avait soutenu la nomination de Spitteler, appréciait le message pacifiste porté par Notre point de vue suisse et y reconnaissait sa propre vision « au-dessus de la mêlée ».
En 1919, Carl Spitteler (1845-1924) devient le premier Suisse à recevoir le prix Nobel de littérature. Notre point de vue suisse, son discours prononcé au début de la Première Guerre mondiale en faveur de la paix et de la neutralité, avait marqué l’esprit de Romain Rolland ou Blaise Cendrars. Le voici dans une nouvelle traduction. Cent ans plus tard, huit écrivains, alémaniques, romands et tessinois, entrent en dialogue avec l’écrivain. Quel rapport la Suisse et ses habitants entretiennent-ils avec leurs voisins européens ? Avec la question des migrants ? Les frontières sont-elles toujours aussi définies qu’il y a un siècle ? Quelles valeurs rattache-t-on aujourd’hui à cette fameuse neutralité helvétique ? Neuf textes et autant de points de vue sur des questions brûlantes.
Né à Liestal, Carl Spitteler est un observateur critique des dogmes dominants au début du XXe siècle. Huit écrivains, de langues et de générations diverses, proposent en écho leur « point de vue suisse » : Adolf Muschg, Pascale Kramer, Fabio Pusterla, Daniel de Roulet, Dorothee Elmiger, Catherine Lovey, Tommaso Soldini et Monique Schwitter
Édité par Camille Luscher
Carl Spitteler, "Notre point de vue suisse"
Discours tenu devant la Nouvelle société helvétique, groupe de Zurich, le 14 décembre 1914
Mesdames et Messieurs,
C’est à contrecœur que je sors de ma solitude pour m’exprimer en public sur un sujet qui ne me regarde pas de prime abord. En fait, il ne me regarderait pas si tout était pour le mieux. Mais comme ce n’est pas le cas, j’accomplis mon devoir de citoyen en tentant, si tant est que la parole d’un modeste particulier puisse y contribuer, d’agir contre une situation consternante et non sans danger. Nous n’avons pas su éviter l’apparition de divergences d’opinion entre la partie germanophone et la partie francophone du pays à l’occasion de la guerre. Je ne parviens pas à prendre ces divergences à la légère. Ce n’est pas une consolation qu’on me dise : « En cas de guerre, nous ferions quand même bloc comme un seul homme. » « Quand même » est une mauvaise conjonction. Devrions-nous désirer l’avènement d’une guerre pour mieux prendre conscience de nos affinités ? Ce serait un peu cher payé. Nous pouvons nous en tirer à meilleur compte. D’une façon plus belle et indolore. En tout cas, je ne peux rien voir de fructueux dans un éloignement, bien au contraire. Ou voulons-nous, comme le font certains étrangers, négliger les opinions de nos confédérés qui parlent une autre langue du seul fait qu’ils sont en minorité ? « Mise à part la fraction de la Suisse romande, qui navigue tout entière en eaux françaises… » En Suisse, nous ne laissons personne à part. Même si la minorité était dix fois plus faible, nous lui accorderions tout autant d’importance. Il n’y a pas de fractions en Suisse. Mais affirmer que la Suisse romande navigue « tout entière en eaux françaises » est un reproche injuste. Elle navigue aussi bien que la Suisse alémanique en eaux helvétiques. Elle l’a démontré assez souvent sans la moindre ambiguïté. Elle ne tolère d’ailleurs même pas le nom de Suisse « française ». Ainsi je crois que nous devons naturellement nous soucier de nos rapports avec nos confédérés francophones, et le désaccord doit nous causer du souci.
« Que s’est-il donc passé au juste ? »