Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07245.jsonl.gz/631

Les identités complexes face aux institutions de soins
13 mars 2017
La séance du 8 mars avait pour thème les identités complexes face aux institutions de santé. Cette problématique a été traitée par Sandro Cattacin, professeur à l’université de Genève et directeur de l’institut de recherches sociologiques.
Le professeur, bien que grippé, a fourni une présentation très complète concernant la problématique des identités complexes. Il a commencé par tracer les contours de ce qu’est une société pluraliste, tout en décrivant les défis qui y sont associés.
Dans une société pluraliste, la normalité n’est plus l’uniformité mais la différence de chacun. Le problème qui se pose alors est la question de l’identité. Peut-elle être définie par une seule caractéristique ? La réponse que donne Sandro Cattacin est négative. Il donne ainsi l’exemple d’une femme ayant quatre caractéristiques qui la définissent : elle est noire, juive, prostituée et elle boite. Cet exemple montre toute la complexité de ne choisir qu’une seule caractéristique afin de décrire l’identité d’une personne.
C’est ainsi que le professeur Cattacin a recours au concept d’identité complexe. Pour expliquer les problèmes que les sociétés pluralistes engendrent, le professeur a pris deux exemples. Le premier concerne le genre et le concept d’intersectionnalité. Sandro Cattacin a retracé brièvement l’évolution historique des divers mouvements féministes, jusqu’à la définition du concept d’intersectionnalité. Celui-ci permet de prendre en compte les personnes qui se situent à l’intersection entre plusieurs identités ou formes de discriminations : par exemple, une femme noire ne subit pas les mêmes qu’une femme blanche. Le deuxième exemple présenté par Sandro Cattacin concerne la migration et la mobilité. Considérer les migrants comme un ensemble homogène n’est pas pertinent selon le professeur, car la notion de migrant peut couvrir plusieurs caractéristiques. Un migrant peut être un expatrié ou un sans papier par exemple, ces deux groupes n’étant pas traités de la même manière, et le premier essayant de se distinguer du second. Par ailleurs, c’est aujourd’hui l’absence de mobilité, plus que la grande mobilité, qui est un facteur de discrimination selon le sociologue .
Sandro Cattacin a ensuite évoqué une étude conduite par lui-même et ses collaborateur-trices qui a analysé les différents systèmes de santé européens. Le tableau synthétique qu’il a présenté prenait en compte si le pays était sensible ou non aux différences et si celui-ci traitait tout le monde de la même manière ou au contraire s’il traitait les gens de façon différente.
Pour conclure, l’intervenant a précisé que ce n’était pas l’égalité qui était importante mais que tout le monde puisse bénéficier des services de santé (principe d’équité).. Il a montré comment le fait de catégoriser les individus de manière rigide produit des effets pervers, notamment en matière de discriminations, et a insisté sur l’importance d’avoir recours à des démarches prenant en compte les approches biographiques, qui ne peuvent être réalisées que dans une situation de confiance réciproque entre le patient et le soignant. Il a finalement proposé que l’accent soit mis davantage sur les capabilités, les ressources des individus, plutôt que sur leurs déficiences.
Le discutant de cette séance, Yves Jackson, est le responsable de la CAMSCO (Consultation ambulatoire mobile de soins communautaires). Il a apporté sa vision de clinicien afin d’offrir une perspective différente sur la question des identités complexes. Tout d’abord il a exposé le problème de l’Evidence-based medicine et des guidelines. Ceux-ci constituent des documents qui indiquent comme traiter une maladie d’une seule façon, indifféremment du patient. Le problème ces guidelines est donc de considérer les individus comme étant similaires. Yves Jackson a exposé ensuite la difficulté des soignants de se positionner dans une perspective de parcours de vie. En effet, le patient est figé à un instant T, le soignant ne le voit qu’à ce moment précis et pendant un cours instant (en Grande Bretagne, la durée de consultation moyenne en ambulatoire est de 7 minutes). Le défi, selon lui, est la gestion de la diversité des individus pour les soignants.
Marine Fontaine
Blog du forum de recherche sociologique