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On retrouve les premières descriptions du diabète mellitus, plus communément appelé «diabète sucré», dans des écrits remontant à l’Antiquité. Jusqu’à il y a cent ans, il n’existait cependant aucun traitement efficace pour les personnes touchées, si bien que le diabète entraînait la mort en peu de temps. Ce n’est qu’avec la découverte de l’insuline que la maladie a perdu son caractère si redoutable. La recherche sur les médicaments a depuis apporté diverses améliorations qui ont permis un accroissement considérable de la qualité de vie des patients diabétiques.
Le long chemin jusqu’à l’avancée majeure
Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, les savants dressaient déjà un tableau clinique avec des «urines mielleuses», mais ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle qu’une étape importante a été franchie, lorsque les médecins ont identifié le rôle important joué par le pancréas. Les nouvelles découvertes se sont enchaînées au cours des décennies suivantes. 1916 marque la première extraction réussie d’insuline à partir des tissus de pancréas d’animaux. Le traitement moderne du diabète voit le jour six ans plus tard: le procédé est breveté à la suite du premier traitement réussi, et des entreprises d’Amérique du Nord et d’Europe se mettent à produire de l’insuline à l’échelle industrielle.1
Développement de l’insulinothérapie
Les décennies suivantes ont également été marquées par l’innovation. Entre les années 1930 et 1950, des préparations permettant une administration différée de l’insuline ont été mises sur le marché, contribuant ainsi à réduire le nombre d’injections quotidiennes. Depuis les années 1970, l’insuline n’est plus administrée aux patients que sous une forme purifiée par chromatographie, lui conférant ainsi une plus grande tolérance. Depuis les années 1980, la substance active peut être obtenue par biotechnologie, raison pour laquelle aucune insuline d’origine animale n’est plus commercialisée en Suisse depuis 2015. Cela a permis de réduire encore davantage les cas d’intolérance. Afin de mieux gérer l’insulinothérapie, des analogues de l’insuline qui reproduisent mieux la courbe d’action de l’insuline produite par le pancréas ont été développés. La plupart du temps, le traitement des personnes atteintes de diabète de type 1 comprend une insuline basale à longue durée d’action pour les besoins de base et une insuline à courte durée d’action qui peut être administrée selon les besoins (par exemple au moment des repas ou pour corriger une hyperglycémie). Une vaste gamme d’insuline à courte, moyenne et longue durée d’action est désormais disponible.1
Une meilleure qualité de vie grâce à des produits médicaux modernes
Outre l’insuline, des produits médicaux connexes ont été développés au cours du XXe siècle. Deux ans seulement après le premier traitement réussi d’un patient diabétique, des seringues d’auto-injection étaient disponibles. Il existe depuis les années 1980 des stylos à insuline qui remplacent les seringues et offrent aux personnes concernées une plus grande souplesse pour l’administration de la substance active, par exemple en voyage. Les premières pompes à insuline sont également développées à cette époque. Elles s’adressent surtout aux diabétiques de type 1. De nos jours, en plus d’être beaucoup plus compactes, les pompes offrent également une plus grande précision de dosage.
La détermination du taux de glycémie s’est aussi considérablement simplifiée au fil du temps. Outre les lecteurs de glycémie, il existe désormais différents capteurs appliqués sur la peau pour mesurer en continu le taux de glucose sanguin. Sans oublier les systèmes qui combinent une pompe à insuline et des capteurs avec une commande électronique (par exemple via une application), faisant ainsi office de «pancréas artificiel». Ces innovations réduisent les fluctuations du taux de glycémie, ce qui simplifie grandement la vie des patients.2
Traitement par étapes du diabète de type 2 : les alternatives à l’insuline
L’existence de différents types de diabète sucré a été constatée dans les années 1960. Dans le cas du diabète de type 1, décrit plus haut, l’organisme ne produit plus du tout d’insuline. Les personnes concernées sont donc tributaires d’un traitement à l’insuline.
En revanche, dans le cas du diabète de type 2, le corps ne réagit pas suffisamment à l’insuline qu’il produit lui-même. Dans le cadre d’un traitement dit «par étapes», différentes substances actives sont aujourd’hui disponibles comme option thérapeutique pour cette forme de maladie.
Le traitement de base du diabète de type 2 est une modification du mode de vie impliquant un changement d’alimentation et une intensification de l’activité physique.
Si le taux de glycémie ne baisse pas malgré ces mesures, on utilise alors des antidiabétiques oraux. En traitement de première intention, on utilise souvent la metformine, autorisée en Suisse depuis 1960, afin d’augmenter la sensibilité des cellules de l’organisme à l’insuline. Ce traitement peut être complété par d’autres préparations dans le cadre de la deuxième ou de la troisième étape. Le choix de la substance dépend des conditions individuelles des patients. Les sulfonylurées, qui stimulent la sécrétion d’insuline par le pancréas, sont aussi utilisées depuis des décennies déjà.
En présence de facteurs de risque cardiovasculaire, on utilise aujourd’hui des inhibiteurs de SGLT-2 ou des agonistes des récepteurs du GLP-1. Les inhibiteurs de SGLT-2 favorisent l’élimination du sucre par les reins, tandis que les agonistes des récepteurs du GLP-1 (glutides) inhibent la sécrétion d’un antagoniste de l’insuline et contrôlent la libération d’insuline en fonction des repas. Depuis 2020, ils sont également autorisés en Suisse sous forme de comprimés. Ils devaient auparavant être administrés au moyen d’une seringue.
Les inhibiteurs de la DPP-4 (gliptines) désignent un autre groupe de substances actives pouvant être utilisées en deuxième ou troisième étape. Ils agissent de la même manière que les agonistes des récepteurs du GLP-1, mais ne réduisent pas les risques associés aux comorbidités. Les glinides (mode d’action similaire aux sulfonylurées) et les glitazones (qui augmentent la sensibilité des cellules musculaires à l’insuline) peuvent également être administrés dans le cadre d’un traitement par étapes, mais sont aujourd’hui moins répandus que les substances décrites précédemment.
Ce n’est que si les antidiabétiques oraux seuls se révèlent inefficaces que l’on a recours à l’insuline, en troisième ou quatrième étape. Pour chaque patient atteint de diabète de type 2, on détermine si une insuline à courte ou à longue durée d’action est appropriée et si celle-ci doit continuer à être administrée en combinaison avec des antidiabétiques oraux.3, 4
Étant donné que les préparations décrites peuvent être administrées par voie orale plutôt que par injection, la prise est moins contraignante pour les patients. Bien souvent, il n’est même pas nécessaire de traiter le diabète de type 2 avec de l’insuline, car la maladie est bien contrôlée avec les antidiabétiques oraux. De plus, en cas d’insulinothérapie, le sucre est stocké dans le corps sous forme de graisse, ce qui peut entraîner une prise de poids. Or, l’augmentation du poids corporel est particulièrement problématique pour les personnes déjà en surpoids. Les antidiabétiques oraux ont en revanche l’effet inverse, dans une certaine mesure, et peuvent entraîner une perte de poids. Le traitement d’un diabète de type 2 vise à faire régresser la maladie à un stade moins sévère et, si nécessaire, à réduire le poids corporel. Il est ainsi possible, dans de nombreux cas, de renoncer à une insulinothérapie.5
Objectif du traitement moderne du diabète
Alors qu’au début du siècle dernier, le diabète revenait encore à une condamnation à mort dans la grande majorité des cas, les personnes diabétiques mènent aujourd’hui une vie pratiquement normale à condition de bénéficier d’un traitement approprié. Plusieurs études montrent une augmentation significative de l’espérance de vie des personnes atteintes de diabète de type 1 et de type 2. Pour les périodes 1990-1999 et 2000-2016, une baisse du taux de mortalité des personnes atteintes de diabète a été constatée dans 75% des pays européens.6 En Suisse aussi, la mortalité due au diabète sucré est en baisse depuis 1990 :
L’objectif du traitement moderne du diabète n’est toutefois plus seulement la survie des personnes concernées, mais aussi la prévention des maladies secondaires (par exemple, rétinopathie diabétique, syndrome du pied diabétique et amputations associées, insuffisance rénale) et l’optimisation de la qualité de vie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: l’incidence des amputations chez les patients diabétiques a nettement diminué. Onze pays de l’OCDE affichent en effet une baisse de près de 30% entre 2000 et 2013.7 Le taux de cécité a aussi pu être massivement réduit au cours des 30 dernières années :
On peut s’attendre à d’autres innovations issues de la recherche dans les années à venir, offrant encore plus de flexibilité aux personnes atteintes de diabète. La médecine dite de précision jouera un rôle important à cet égard. Grâce à l’intelligence artificielle, notamment, on parvient déjà de mieux en mieux à identifier et à traiter les sous-types de diabète, ainsi que les complications et les risques correspondants.
1 Österreichisches Diabetes-Museum: Die Geschichte der (modernen) Diabetes-Behandlung. https://diabetes-museum.at/geschichte-diabetesbehandlung
2 Deutsche Diabetes-Hilfe (2022): 100 Jahre Insulin: Die Geschichte des lebenswichtigen Hormons. diabetesde.org/100-jahre-insulin-geschichte-lebenswichtigen-hormons
3 Mehnert, Hellmut (2019): Orale Antidiabetika: Ab wann? Welche? Wie lange? Ars Medici 21: 721-723.
4 Hôpital universitaire de Zurich (2022): Diabetes mellitus – Behandlung. https://www.usz.ch/fachbereich/endokrinologie/angebot/diabetes-mellitus/#typ-2-diabetes
5 Diabinfo (2021): Diabetes Typ 2: Medikamente. https://www.diabinfo.de/leben/typ-2-diabetes/behandlung/medikamente.html
6 Kulzer, B. (2022): Körperliche und psychische Folgeerkrankungen bei Diabetes mellitus. Bundesgesundheitsblatt 2022 (65): 503–510.
7 Carinci et al. (2020): An in‑depth assessment of diabetes‑related lower extremity amputation rates 2000–2013 delivered by twenty‑one countries for the data collection 2015 of the Organization for Economic Cooperation and Development (OECD). Acta Diabetologica 57(3): 347-357.
Diabète sucré
Le diabète sucré est une maladie métabolique chronique. Le corps ne peut plus produire d’insuline, l’hormone du métabolisme, ou plus en quantité suffisante, si bien que les personnes concernées souffrent d’un taux de glycémie élevé. Le diabète de type 1, qui survient souvent pour la première fois à l’adolescence, est une maladie auto-immune détruisant les cellules de l’organisme qui sécrètent l’insuline. En conséquence, le corps ne peut plus produire d’insuline.
Dans le cas du diabète de type 2 («diabète de la maturité»), le corps ne réagit pas suffisamment à sa propre insuline. Le surpoids et une mauvaise alimentation sont souvent en cause.
En Suisse, près d’un demi-million de personnes souffrent de diabète. Environ 40 000 d’entre elles ont un diabète de type 1. Moyennant un traitement adapté et une bonne observance des prescriptions thérapeutiques, les patients atteints de diabète de type 1 ou de type 2 peuvent aujourd’hui atteindre une espérance de vie normale