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Une femme conduisant le culte au IIIe siècle (catacombes de Rome)
Les catacombes de Priscille à Rome contiennent des peintures chrétiennes du Ie au IVe siècle, ce qui donne un témoignage précieux sur la vie et la foi des premiers chrétiens avant que les églises soient reprises en main par la volonté de l’empereur Constantin.
Sur une fresque magnifiquement bien conservée, on voit une femme en riche habit liturgique, avec un châle de prière sur la tête. Une autre femme, assise à côté et portant une aube ornée d’un chasuble tient à la main un livre, un rouleau qui est probablement un évangile. À sa droite, d’autres personnages se tiennent, attentifs, dont un homme portant manifestement le même type d’aube que la lectrice. Ils accompagnent une femme debout portant un enfant comme venant le présenter à l’église pour une bénédiction.
Au dessus de cette scène, sur le plafond, est représenté le Christ en bon berger sauvant la plus perdue des brebis perdues. Sur les murs sont représentés d’autres épisodes bibliques évoquant le salut de Dieu : le prophète Jonas sauvé du chaos par le grand poisson et porté sur le rivage, Isaac sauvé du sacrifice par Dieu, les trois jeunes gens du livre de Daniel sauvés de la fournaise à Babylone.
Une autre fresque représente « une fraction du pain », une Communion présidée par des femmes :
Cette fresque est probablement des plus anciennes, le fond rouge laisse penser à une date aux environs de l’an 100. Il ne fait pas de doute que l’épisode représenté soit un repas de Communion les 7 corbeilles de pain et les poissons étant un rappel des multiplications des pains de Jésus. L’ovale des visages, les longs cheveux coiffés, les boucles d’oreilles, les épaules et les seins ne laissent aucun doute que les personnes qui président ce repas eucharistique sont des femmes.
Ces fresques montrent que quand l’apôtre Paul dit aux Corinthiens que les femmes doivent se taire dans les assemblées, c’est à comprendre comme une circonstance particulière propre à une époque donnée de l’église particulière de Corinthe, mais pas comme une généralité s’imposant à toutes les époques et partout. Bien entendu,ce texte de Paul (1 Corinthiens 14:34-35) a été une aubaine pour une reprise en main rapide par quelques machos, au mépris d’autres textes qui montrent la légitime place des femmes non seulement comme présidant le culte,lisant la Bible, présidant la Communion, mais même comme apôtre de premier plan :
- Marie Madeleine est faite par le Christ ressuscité « apôtre des apôtres, chargée d’enseigner la parole du Christ à l’assemblée des onze réunis dans la salle haute (Évangile selon Jean 20:1-18). Pourquoi est-ce que ce n’est pas cet exemple donné par le Christ lui-même qui est suivi, plutôt qu’une parole de l’apôtre Paul ?
- Junia est saluée par Paul comme une remarquable apôtre, avec son mari Andronicus (Lettre de l’apôtre Paul aux Romains 16:7), Saint Jean Chrysostome, au IVe siècle compte lui aussi explicitement Junia comme faisant partie des apôtres.
- Et que l’image de Dieu, dès la première page de la Bible, est dite être créée en l’humain mâle et femelle (Genèse 1:27), et cela il y a plus de 2500 ans.
Cet élan tout à fait fidèle au Christ a été étouffé, ou s’est épuisé après seulement quelques siècles. Cela semble extraordinaire qu’il ait fallu attendre 1943 pour qu’une femme, Marcelle Bard soit pour la première fois admise comme membre de plein droit de la Compagnie des pasteurs. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer de la force de l’Evangile, malgré les résistances, malgré les institutions, sa puissance de vie finit par percer. Avec des manques abyssaux pour l’humanité avec 50% des humains interdits d’exercer un ministère pendant tant de siècles…
Au passage, notre ami Google a intégré dans Streetview une visite virtuelle d’une partie (petite, mais belle) des catacombes de Priscille. Comme souvent maintenant, les œuvres anciennes sont si bien nettoyées qu’elles nous sont rendues avec les couleurs vives qu’elles avaient à l’origine. Peut-être que nous allons nous habituer.