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Plan des Litanies du Sacré-Cœur
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À la première lecture des Litanies du Sacré-Cœur, nous pouvons ne pas découvrir aussitôt l’ordre qui relie entre elles les invocations dont elles sont composées, et qui en a réglé la distribution. On est plutôt tenté de penser qu’elles énoncent sans aucune suite ni coordination les principales excellences et les principaux bienfaits du Sacré-Cœur.
Or, l’examen attentif des invocations des Litanies nous montre qu’en réalité elles ont été arrangées d’après un plan méthodique.
Entre les supplications adressées à la Très Sainte Trinité et au Christ Rédempteur d’un côté, et celles adressées à l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde de l’autre, sont insérées les trente-trois invocations du Sacré-Cœur, qui constituent la partie distincte essentielle de ces Litanies. Trente-trois est le nombre auquel la tradition populaire limite les années de la carrière terrestre du Rédempteur : ce n’est pas sans un dessein caché de sagesse et d’amour que l’Homme-Dieu fixa d’avance la durée de son séjour sur la terre, de ses travaux et de ses souffrances : et il convenait d’en faire mémoire en gardant le nombre sacré de trente-trois pour les invocations des Litanies du Sacré-Cœur, destinées à rendre grâce au Rédempteur pour toutes les merveilleuses inventions de son amour.
Division générale
Les sept premières invocations concernent ce que nous appelons l’objet matériel du culte du Sacré-Cœur, qui n’est autre que tout l’ensemble signifié par les mots Cœur de Jésus, c’est-à-dire, comme nous l’avons expliqué, le cœur organe matériel vivant, l’amour divin et humain du Rédempteur, et tout cela considéré comme ne faisant qu’un par une union très intime dans la personne du Verbe Incarné.
Les quatre suivantes concernent l’objet formel du culte spécial du Sacré-Cœur, c’est-à-dire la charité de Jésus et les autres vertus de sa nature humaine.
Puis cinq autres parlent du culte qu’il faut rendre au Sacré-Cœur à cause de ses excellences.
L’autre moitié des Litanies, qui commence à la dix-septième invocation, énumère les raisons du culte spécial du Sacré-Cœur, tirées des bienfaits dont nous sommes redevables à ce divin Cœur. C’est l’ordre d’idées, évidemment très rationnel, que nous trouvons exprimé dans l’oraison de l’office liturgique du Sacré-Cœur.
Liens des diverses invocations entre elles
Quant à l’objet matériel du culte du Sacré-Cœur, nous glorifions le Sacré-Cœur (1ère invocation) comme le Cœur du Fils le Dieu, de Jésus qui est la personne du Verbe Incarné ; nous le glorifions comme ayant par là même une dignité, une excellence infinie, en raison de la Personne divine, dont il est, en toute rigueur de termes, le propre Cœur.
Il est, oui, un Cœur de chair, organe vivant de l’humanité de Jésus ; il est l’œuvre de la toute-puissance de Dieu, et le fruit béni des entrailles de la Vierge Marie rendues fécondes par la vertu divine, l’action toute pure et sainte de l’Esprit de Dieu, il a été formé dans le sein de la Vierge-Mère (2e invocation), du sang immaculé, de la précieuse substance de la très Sainte Vierge Marie. Mais il fut dès lors uni substantiellement à la personne du Verbe de Dieu (3e invocat.), il reçut ainsi en partage la dignité infinie du Verbe, et il commença à posséder comme sienne propre la Majesté infinie de cette divine Personne (4e invocat.). De plus, par la personnalité du Verbe, il fut intimement uni à la nature divine elle-même, il en devint la demeure, le temple saint de Dieu, le tabernacle du Très-Haut, la maison de Dieu et la porte du ciel (5e, 6e et 7e invocat.). Voilà bien déterminé l’objet matériel du culte du Sacré-Cœur de Jésus, c’est-à-dire le Cœur de chair et l’amour de Jésus-Christ, ainsi que l’excellence divine qui exige que nous lui rendions le culte suprême de latrie, d’adoration.
Nous appelons objet formel de ce culte une excellence particulière du Sacré-Cœur, qui est la raison déterminante pour laquelle, dans l’humanité de Jésus-Christ, nous honorons spécialement son Cœur. Cette excellence particulière n’est autre que la charité de Jésus, dont le Cœur est l’instrument et l’emblème, et qui est signifiée par le mot cœur pris dans le sens figuré. C’est à cet objet formel du culte du Sacré-Cœur, que se rapportent les quatre invocations 8e, 9e, 10e et 11e : fournaise ardente de charité, réceptacle de la justice et de l’amour, plein d’amour et de bonté, abîme de toutes les vertus, qui accompagnent la charité, leur reine, qui constituent avec la charité l’édifice de perfection morale dont elle est le couronnement et le lien de son unité, selon la parole de l’Apôtre (Col. III, 14). La charité du Rédempteur, source de tous les bienfaits de la Rédemption, constitue le titre spécial, auquel nous dirigeons particulièrement les hommages de notre culte vers le Cœur qui lui est intimement uni, et qui nous la représente comme son emblème.
Ces hommages sont l’objet des cinq invocations suivantes. Le Sacré-Cœur est d’abord proclamé très digne de toute louange (12e), qui comprend l’adoration, l’amour, l’action de grâces, la réparation, l’imitation. Il est proclamé ensuite (13e) Roi et centre de tous les cœurs, et encore (14e) renfermant tous les trésors de la sagesse et de la science, et même (15e) toute la plénitude de la divinité ; de telle sorte qu’il est le digne objet, dans lequel le Père lui-même met toutes ses complaisances (16e).
De ces excellences, qui rendent le Cœur de Jésus digne de notre adoration et de toutes nos louanges, ainsi que d’un culte spécialement dirigé vers lui, nous devons distinguer les motifs qui rendent les hommages d’un culte spécial du Sacré-Cœur opportuns, utiles et même nécessaires. Ces motifs sont nombreux.
Le Sacré-Cœur est d’abord déclaré comme la source dont la plénitude s’est déversée sur nous tous (17e). Il n’y a pas de bien qui ne vienne de cette source ; il n’y a pas de grâce qui ne remonte à elle ; tous en reçoivent les moyens nécessaires de salut, et même dans l’Ancien Testament, avant l’avènement du Rédempteur, ces moyens n’étaient refusés à personne, et tous les hommes pouvaient se sauver par la foi et l’espérance dans le Rédempteur promis. C’est pourquoi le Cœur de Jésus est proclamé dans les Litanies le désiré des collines éternelles (18e), celui dont l’univers entier, tout le genre humain avait un immense besoin, que les Patriarches du peuple de Dieu appelaient jadis de leurs vœux les plus ardents, et dont les prophètes ont annoncé l’avènement.
L’universalité de la rédemption, son extension, même à ceux qui ont vécu avant l’avènement du Christ Messie, sont les premiers bienfaits dus à la charité du Rédempteur. Il faut y ajouter les dispositions favorables, que cette charité lui inspire à l’égard de tous ceux qui ont besoin de rédemption : sa patience et sa miséricorde (19e) à l’égard de ceux qui avec foi et confiance recourent à lui ; sa richesse et sa libéralité envers tous ceux qui l’invoquent (20e) ; et enfin, et surtout, les biens eux-mêmes qui constituent la rédemption des âmes, la vie de la grâce rendue aux âmes, source de vie et de sainteté (21e), et le pardon des péchés, propitiation pour les péchés (22e).
Après avoir rappelé de la sorte les bienfaits de la Rédemption, les Litanies mentionnent spécialement la part qui revient au Sacré-Cœur de Jésus dans la passion et la mort du Rédempteur, parce que selon la volonté manifestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ à la bienheureuse Marguerite-Marie, et selon les intentions de l’Église, le culte spécial du Sacré-Cœur de Jésus doit particulièrement servir à rendre grâces à Dieu pour le bienfait de la passion du Sauveur. Les Litanies rappellent donc que le Sacré-Cœur de Jésus, en accomplissement de la prophétie d’Isaïe, a été rassasié d’opprobres, et brisé pour nos crimes (23e et 24e), que volontairement il s’est fait obéissant jusqu'à la mort (25e) pour faire le bon plaisir de son Père ; qu’il a été percé par la lance (26e).
Enfin parmi les bienfaits de la Rédemption il faut mettre tous les effets de salut des âmes, qui en sont la conséquence et le fruit, et il faut dire que, grâce à l’œuvre accomplie par la passion et la mort du Sauveur, le Cœur de Jésus est devenu, selon l’expression de l’Apôtre saint Paul la cause du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent ; il faut proclamer d’une façon générale qu’il est véritablement la source de toute consolation, notre vie et notre résurrection, notre paix et notre réconciliation (27e, 28e, 29e).
Et les Litanies nous font proclamer, que pour les pécheurs, le Sacré-Cœur est leur victime (30e), immolée pour eux, mais aussi que, malgré cela, il est pour les pécheurs comme il l’est pour les justes, leur espérance, et le salut de ceux qui espèrent en lui (31e) ; qu’il est l’espérance de ceux qui meurent en lui (32e) ; qu’il est enfin les délices de tous les saints (33e).