Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07268.jsonl.gz/771

Blog
-
J'ai réalisé il y a quelques jours que mon chiot de 5 mois ne savait pas s'assoir... sur demande. Je suis éducatrice canine, et mon chiot de 5 mois ne connait pas cette commande élémentaire qu'on nous enseigne dès le premier cours depuis des décennies. Cet ordre que tous mes élèves enseignent à leur chiot dès son acquisition; cet ordre qui semble avoir tant d'importance pour tous; cet ordre qui semble être le fondement, le pilier de toute éducation de base... non clairement, je ne l'enseigne pas à un chiot!
Blasphème! Scandale! Hérésie! Ignorance! Stupidité... me direz-vous? Je vous répondrais tout simplement: bons sens. Pourquoi? Qui? Quand est-ce qu'un jour, quelqu'un a décidé que le "assis" était aussi important? Je n'en ai pas la moindre idée; en revanche, je peux vous expliquer pourquoi je trouve qu'apprendre le "assis" à un chiot n'a aucune valeur ajoutée, et que cela est voir même complètement abhérrant. Peu importe la méthode utilisée (coherictive, renforcement positive, ou autre), le résultat est identique.
Le premier comportement appris
Lorsque votre chien ne comprend pas ce que vous lui demandez, le comportement qu'il vous offrira sera le premier qu'il a appris. Oui oui! Vu avez bien lu. En clicker, il est fort possible que le chien "enquête" et vous propose une multitude de comportements successifs, puis lorsqu'il aura épuisé le catalogue enregistré dans son cerveau, il reviendra à cet ordre qui a été le premier qui a été renforcé, ce précieux assis qui le rassure tant dans sa communication avec vous, celui qui semble vous avoir fait tant plaisir, et celui qui a été source d'une déferlante de friandises aussi apétentes les unes que les autres. En cohercitif, ne comprenant pas que qu'on lui demande, votre chien va s'assoir, parce que bien souvent, il n'a pas reçu de punition pour cela. Ou encore, c'est grace à ce assis qu'on a arrêté de le suspendre en un bout de laisse. Peu importe la méthode, la résultante sera la même: quand il sera perdu ou ne comprendra pas votre demande, votre chien vous offrira le premier comportement qu'il a appris.
Dans ces conditions, posez-vous la question: est-ce que je veux vraiment que mon chien s'assoit en toute circonstance, même quand je lui demande autre chose? Quelle serait la réponse adéquate lorsque votre chien doute ou qu'il veut vous faire plaisir?
Je pense que nous avons chacun une réponse différente à cette question... en ce qui me concernce, ce qui est important pour moi, c'est que mon chien soit capable de me regarder, de me "demander" de l'aide quand il est perdu. J'aime que mon chien soit attentif à ce que nous faisons, que s'il doute, il revienne vers moi pour que je puisse le guider.
Je connais mon nom et je reviens en toutes circonstances
Voici ce que mes chiots apprennent en premier lieu!
Je connais mon nom: on me l'a appris et il a été renforcé à chaque fois que j'y prétais attention, je me retourne quand mon nom est prononcé, je regarde mon maître avec attention et intérêt parce que je sais qu'il va se passer quelque chose de fascinant.
Je reviens en toute circonstance: quand mon maître me rappelle, je m'attend à quelque chose de fantastique, et je laisse tomber tout ce que je fais (courser un chat, jouer avec un chien, etc) parce que ce qu'on me propose sera encore mieux (ou tout aussi attractif!).
S'il y a bien deux choses qui vous sauveront la mise et vous rendrons service, ce sont ces deux là. La première vous permettra d'avoir l'attention de votre compagnon et ainsi de lui demander tout ce que vous voulez... après tout, c'est la base de la communication non? La deuxième vous assurera des promenades paisibles et sans accroc, puisque votre chien pourra vaquer à ses occupations et revenir quand vous l'appelez. Ca lui sauvra même peut-être un jour la vie, en lui évitant de finir plat sous une voiture par exemple, parce qu'il a voulu "jouer" avec le chat du voisin (qui lui n'avait aucune envie de jouer).
Mon chiot ne sait pas s'assoir... MAIS
Cela ne veut pas dire qu'elle ne s'assied jamais. Depuis petite, j'ai caressé chaque fois qu'elle était assise (au lieu de me sauter dessus) ou couchée, proposé une séance de papouille, un petit massage des oreilles; de ce fait, le comportement spontané "assis" a été renforcé d'une façon ou d'une autre, mais uniquement lorsqu'il a été proposé par ma chienne. Il a donc été associé à un moment de calme, de pause. Elle a aujourd'hui 5 mois et lorsque je me sers sur les étales du marché, elle attend patiemment assise à mes côtés. Au restaurant, une fois le "spectacle" intéressant offert par le serveur passé, elle se couche et apprécie une petite sieste sur une jolie moquette.
Conclusion: apprendre à un jeune chiot à s'assoir semble plus tenir de la tradition en éducation canine, répétée génération après génération, sans réel fondement ou même bon sens. Un chien doit s'assoir... ah oui? vraiment? et pourquoi donc? J'attend de mes chiens un travail d'équipe, qu'ils aient envie de collaborer avec moi alors l'ordre "assis" dans tout ça, est-il bien indispensable?
Et vous, qu'attendez-vous de votre chien avant tout? ;)
-
Oui, une chose est certaine: tout le monde (et surtout les éducateurs canins) a son opinion sur la question!
J'ai longtemps résisté à l'envie de rentrer dans ce débat, tout simplement parce que je considère qu'il n'y en a pas. Pour ou contre, peu importe... pour moi, il y a la science. Il y a ce qu'on savait en 1970-1980, et ce qu'on sait aujourd'hui, 40 ans plus tard. Lorsque j'ai fait mes premiers pas sur un terrain d'éducation, j'ai appris la méthode "naturelle". Avec le recul, je me dis qu'elle n'avait pas grand chose de naturelle, si ce n'est qu'après avoir forcé le chien à se coucher, ou lui avoir donné une saccade sur le collier, on lui donnait une friandise (oui, manger c'est naturel!) pour le féciliter d'avoir abdiqué (ou subit un peu de violence, c'est selon...). Je me suis très vite rendu compte que la violence amenait la violence, et qu'il me restait deux options: tuer mon chien de mes propres main (je n'étais pas assez douée pour l'avoir cassé) ou changer de méthode. Vous vous en doutez... j'ai opté pour la seconde option.
C'était il y a 17 ans, et à l'époque, il n'y avait pas de débat. Il y avait ceux qui faisaient comme d'habitude, et ceux qui aspiraient à un changement. Je me suis renseignée puis formée à une méthode scientifique: le clicker training. Oui, scientifique. Bien entendu, comme toute science, elle ne peut fonctionner que si elle est bien appliquée, et ce n'est pas parce qu'on connait une science qu'on en maîtrise l'usage! J'ai à mon tour formé de nombreux élèves, dont certains sont devenu éducateurs canins. Les années passant, le langage a évolué: on parle de méthode R+, de renforcement positif, etc. Peu importe comment on l'appelle... les bases sont posées.
En novembre, j'ai lu un article qui pour moi apporte bien des réponses à ce débat houleux, ou du moins, il l'éloigne de l'approche émotionnelle en lui apportant une notion scientifique. Je vous en cite la partie, qui selon moi, est la plus représentative de ce qu'on peut optenir d'une méthode faisant appel à la force et à la contrainte physique:
"L'on ne peut que faire le parallèle avec les méthodes de certains dresseurs qui, en peu de temps, obtiennent des résultats qu'aucuns jugent spectaculaires. Bien sûr que les tenants des méthodes coercitives ont des résultats, et rapides! Ils forcent l'animal à se soumettre à leur vouloir, faisant complètement fi de ce qu'il pourrait, lui, désirer.
On ne le dira jamais assez: un comportement n'apparaît pas par hasard, il répond à une motivation profonde. Vouloir redresser le comportement sans tenir compte des causes qui ont mené le chien à l'adopter, c'est forcer l'animal à se taire. Le comportement pourra être contrôlé, muselé, mais les causes sous-jacentes seront toujours présentes... Peu à peu, certains chiens se retirent ainsi dans des recoins silencieux de leur être où plus rien ne peut les atteindre. Ils sont dépossédés d'eux-mêmes, retranchés dans des limbes mortifères. Certains ne s'en remettent jamais..."
Extrait de l'article: "Détresse acquise, inhibition de l'action, syndrome de Klüver Bucy: pour aller plus loin..." par Marie Perrin, paru dans "Info Chiens" n°11-12 Novembre-Décembre 2016. Publié avec autorisation écrite de l'auteur.
Je pense que le débat "pour ou contre" est stérile et sans fin, chacun argumentant de manière émotionnelle ou égocentrique, portant plus haut la voix de celui qui maîtrise le mieux verbe et outils marketing. Pour ma part, j'ai choisi la science, la biologie et l'éthologie. J'ai choisi d'écouter ce que l'animal nous dit, tentant de répondre au mieux à ses besoins et à ceux de son propriétaire. J'ai choisi d'appliquer une méthode scientifique, tout en observant les comportements du chien dans le but de trouver la réponse la plus adéquate, dans le respect de l'animal et celui de son maître.
Mes premiers pas en tant que simple propriétaire et conducteur de chien se sont fait sous le règne de la contrainte. Suis-je une repentie? Non, je ne le pense pas... tout simplement parce qu'à l'époque, il n'y avait pas d'autre choix. Il fallait dominer son chien sous couvert d'une vie infernale avec lui, dixit les spécialistes du chien. Aujourd'hui, on trouve pléthore d'information sur internet, des livres, des cours, des stages... sur une approche comme sur l'autre. Aujourd'hui, on ne peut plus nier l'existence des différentes méthodes; elles sont plus que visibles.
J'ai fait mon choix... à vous de faire le votre en connaissance de cause!