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Compromis foiré
On s'y attendait, mais, contrairement à l'éditeur de GHI qui jubile (les "gratuits" ne bénéficiaient pas de cette aide, etil ne voit donc pas pourquoi d'autres auraient pu en bénéficier...) on est tout de même déçus : à 54,6 %, les Suisses et les Suissesses ont refusé de renforcer l'aide publique fédérale aux media, malgré la Romandie (sauf le Valais, majorisé par sa partie alémanique), Uri, Bâle-Ville, Zurich et les autres plus grandes villes, qui l'ont accepté. La Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qui portait le projet, en a tiré la conclusion qu'il fallait "prêter une attention particulière aux minorités linguistiques". Le projet refusé par la majorité du peuple avait tous les défauts d'un compromis : il accordait aussi une aide à des media qui n'en avaient pas besoin et en vouant agréger des soutiens contradictoires, il agrégeait aussi des oppositions diverses. Les battus du jour sont d'ailleurs tout aussi divers : le vote fédéral est une défaite pour le Conseil fédéral et le parlement, c'est une défaite pour la gauche et le Centre qui soutenaient cette proposition, c'est une défaite pour la Romandie, mais c'est aussi une défaite pour un secteur qui tant qu'il était globalement florissant refusait hautement toute intervention publique pour maintenir les journaux en difficulté, et ne s'est mis à considérer favorablement une telle aide qu'à partir du moment où ses recettes publicitaires ont commencé à être siphonnées par les nouveaux media et leurs maîtres, les GAFA. De sa défaite, le secteur est bien l'un des responsable.
S'appuyer sur ceux pour qui il importe de soutenir les media parce qu'ils sont indispensables au débat démocratique.
La loi d'aide aux media soumise au peuple "aurait pu être mieux faite", soupirent les collaborateurs du "Courrier". Ils ont raison -et raison aussi d'avoir, malgré les défauts de la loi, appelé à la soutenir, parce qu'elle donnait la priorité aux media indépendants, et n'entravait pas leur indépendance. Et qu'ils avaient besoin de cette aide, précisément parce qu'ils sont indépendants et entendent le rester -et le rester aussi de la publicité. A en croire le sondage Tamedia de sortie des urnes, les principaux arguments qui ont convaincu plus de 45 % des Suisses.ses de soutenir l'aide aux media qui leur était proposée étaient leur apport à la démocratie directe et au fédéralisme, la nécessité de soutenir les publications locales et régionales menacées, et de protéger l'indépendance de media menacés par la puissance des grands groupes, et le poids de mécènes. L'argument inverse de celui le plus souvent cité par les opposants au projet pour justifier leur refus : la menace que ferait peser une aide étatique sur l'indépendance des media...
II n'y aura pas d'aide publique fédérale supplémentaire aux media Mais cela ne signifie pas forcément qu'une autre aide publique soit inenvisageable : les cantons peuvent y pourvoir (celui de Berne envisage de s'en donner la base légale), et même les villes, pour soutenir les media indépendants dont le siège est situé sur leur territoire, par exemple en prenant en charge une partie du coût de leur distribution au lectorat communal ou cantonal. Les cantons et les villes pourraient également soutenir les media associatifs (la presse associative était l'une des bénéficiaires du paquet d'aide refusé par le peuple). La Confédération pourrait en outre demander à la Poste de renoncer à l'augmentation prévue du tarif de distribution des journaux, et un Conseiller national PLR neuchâtelois a annoncé qu'il allait déposer une initiative parlementaire reprenant des éléments non contestés du projet refusé par le peuple : un soutien supplémentaire aux radios et télés locales et une aide aux petits éditeurs.
Dans le "Matin Dimanche" du 30 janvier, Ariane Dayer posait une bonne question : "notre pays croit-il à l'utilité démocratique des médias ?". Il semble que non -sauf en Romandie et dans les villes. Autant dès lors s'appuyer sur cette part de "notre pays" pour qui il importe de soutenir les media, même, ou plutôt surtout, les plus petits, même ceux qu'on ne consulte jamais. Pas parce qu'on les aime, mais parce qu'ils sont indispensables au débat démocratique.