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Le cercueil dans lequel repose le Prix Nobel de littérature
avait été posé, ouvert conformément à la tradition orthodoxe, sur
un catafalque, pour une cérémonie d'adieux dans le hall d'honneur
de l'Académie des Sciences à Moscou.
Poutine en vedette
Vladimir Poutine, qui a largement éclipsé le président Dmitri
Medvedev dans l'hommage officiel depuis le décès dimanche soir de
l'écrivain à l'âge de 89 ans, est entré un bouquet de roses rouges
à la main qu'il a déposé devant le cercueil. L'ancien président,
qui affiche sa foi orthodoxe, s'est ensuite signé devant la
dépouille mortelle, puis a embrassé la veuve de l'écrivain, Natalia
Soljenitsyna, avec laquelle il s'est entretenu pendant quelques
instants.
Vladimir Poutine avait rendu plusieurs fois visite à l'écrivain
pendant sa présidence (2000-2008), non sans quelques grincements de
dents parmi les anciens dissidents en raison de son passé
d'officier du KGB.
Bravant la pluie battante, des centaines de simples citoyens,
souvent âgés, ont également tenu à saluer celui qui leur ouvrit les
yeux sur le système soviétique en décrivant avec force la réalité
de l'univers concentrationnaire.
Un petit livre qui change une vie
«Dans les années 70, j'ai lu ce petit livre qui a tout changé
pour moi», a dit Sergueï Aristarkhov, 64 ans, en brandissant un
exemplaire d'»Une journée d'Ivan Denissovitch», le récit sur un
détenu ordinaire du Goulag qui ébranla les consciences à sa
parution en 1962. «Il écrivait et n'avait pas peur», renchérit
Alexandre Chelioudkov, 34 ans, employé dans la construction.
Accompagnées, en toile de fond, par une musique funèbre, les
quelque 200 personnes présentes au début de la cérémonie, rejointes
peu à peu par d'autres, ont défilé devant le cercueil, qui reposait
devant un grand portrait en noir et blanc d'Alexandre
Soljenitsyne.
La dépouille mortelle était en partie couverte de fleurs, d'autres
ayant été mises au pied du cercueil, entouré par quatre soldats de
la garde d'honneur. Après ces funérailles civiles, un office
religieux aura lieu mercredi matin au monastère Donskoï à Moscou,
un des hauts-lieux de l'orthodoxie russe où Alexandre Soljenitsyne
sera inhumé conformément à ses dernières volontés.
Hommage appuyé de la presse russe
La presse russe a salué mardi "un prophète", qui voulait "aider
la Russie à comprendre sa vraie mission prédestinée". "Le prophète
est décédé en son pays", titre le quotidien populaire Komsomolskaïa
Pravda, qui consacre sept pages au Prix Nobel de littérature.
"Humaniste, prophétisant, effrayant, insociable, tantôt génial,
tantôt naïf, il n'était pas de ceux qui sont aimés de tous (...).
Mais son rôle dans l'histoire n'est pas exagéré, non seulement il
est significatif, mais il est immense", écrit Kommersant.
Pour le quotidien Gazeta, "plusieurs générations d'hommes russes
pensants n'imaginent pas le monde" sans Alexandre Soljenitsyne. "Il
était écrivain, éditorialiste, personnalité publique, mais aussi un
historien sérieux et un penseur original", souligne le
journal.
"Soljenitsyne vivait de la Russie et pour la Russie (...). Après
avoir surmonté la guerre, la prison et le cancer, il croyait que
Dieu l'avait sauvé pour qu'il serve sa patrie, pour qu'il aide la
Russie à comprendre sa vraie mission prédestinée", analyse le
quotidien Vremia Novosteï.
agences/sbo/cht
Un parcours "incroyable"
Il défia le pouvoir soviétique en décrivant avec force l'horreur de l'univers concentrationnaire dans une oeuvre monumentale, de "L'Archipel du Goulag" au "Pavillon des cancéreux".
Prix Nobel de littérature en 1970, il fut privé de sa citoyenneté soviétique en 1974 et expulsé d'URSS.
Il vécut alors 20 ans en exil en Allemagne, en Suisse puis aux Etats-Unis, avant de revenir en Russie, en 1994, après la chute de l'URSS.
"Alexandre Issaevitch Soljenitsyne a vécu une vie incroyable!", rappelle le quotidien officiel Rossiïskaïa Gazeta. "Il fut étudiant, soldat, officier pendant la guerre, prisonnier, professeur d'école, lutteur contre le pouvoir, exilé politique, Prix Nobel et probablement le plus célèbre des écrivains vivants de ce monde".
Les hommages ont afflué du monde entier après son décès. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a ainsi salué «une des voix les plus importantes du XXe siècle dans la lutte contre la tyrannie des régimes totalitaires».
Presse française unanime
"L'effondrement de l'Empire soviétique doit tout à Soljenitsyne. A un individu qui a osé s'élever contre une tyrannie qui se croyait éternelle", affirme François Sergent dans Libération.
Tous les éditorialistes s'accordent sur l'importance de Soljenitsyne dans l'histoire de la littérature du XXème siècle.