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"The Dirties", c'est l'histoire de Matt, un lycéen fantasque, un vrai geek du cinéma qui se fait souvent maltraiter par certains de ses camarades et décide de réaliser un film d'action avec son ami Owen (interprété par Owen Williams) dans son lycée.
Au fur et à mesure de leur projet - ou dirons-nous d'humiliation en humiliation - lui prend l'idée de tuer pour de bon les gens de son lycée et d'intégrer les scènes dans son film. Enfin, pas n'importe qui: il enfilerait un tee-shirt sur lequel il est écrit "We're just here for the bad guys" et ne s'en prendrait qu'à ceux qui sont de vrais salauds...
On est surpris par ce personnage de Matt l'adolescent, qui a une pêche incroyable et dispose d'un ton à la fois hilarant et pathétique dans les péripéties de tournage de film d'ado qu'il mène, et avant que le projet commence à sentir le soufre à plein nez.
Et ce qui est franchement troublant dans ce film, c'est que le projet morbide s'impose au personnage de Matt, aussi facilement que toutes les idées étranges qui ont pu lui passer par la tête et qui ont jusque là fait sourire. On est dans le manque de discernement le plus profond.
Cette confusion se répercute aussi chez le spectateur en ce qu'il ne sait pas toujours quel statut donner à ce film: s'agit-il d'un film sur des adolescents ou d’un film d'adolescents?
Le personnage de Matt - qui est par ailleurs l’alter ego de l'acteur et réalisateur en terme d’attitude et de manières de parler - se plaît à généreusement faire sauter ce « quatrième mur » qui sépare le spectateur, du jeu des acteurs. De même, des parties du film apparaissent comme directement "tirées" du film des deux personnages principaux qui utilisent alors des procédés de vrais garnements dans leur manière de tourner et de bidouiller avec leurs images. A l'inverse, des moments déjà vus dans le film sont montés en direct par le personnage principal, un peu comme si l'acteur-réalisateur profitait de faire du montage pendant ses scènes!
Bizarrement, ce côté incroyablement négligé, mais avec une histoire qui mise bout à bout est bien maîtrisée et rythmée, offre au film une très grande crédibilité et une fraîcheur de regard par rapport à la thématique de l'adolescence. En prenant en porte à faux le spectateur, il suscite chez lui une réflexion renouvelée autant sur la question des 'school shootings', d'enjeu prioritaire aux Etats-Unis, que sur l'objet-film qu'il vient de voir.
Primée en 2013 au très prestigieux festival de films indépendants Slamdance, cette première réalisation de Matthew Johnson vaut largement le détour.