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De la douane du Molard à la Corraterie
Le Molard 1816 – 1831
Le premier local de la Société Littéraire de Genève se situa au Molard, au premier étage de l’ancienne Douane française (au bord du lac) alors que le Molard était encore un port. La bâtisse fut démolie en 1833 lors des grands travaux entrepris de 1820 à 1835 pour gagner sur le lac afin d’y établir de grands quais.
La Rue du Rhône 1831 – 1876
En 1831 la Société Littéraire de Genève, contrainte à déménager, trouva de nouveaux locaux à quelques centaines de mètres de là. Les frais d’installation, le loyer, les transformations nécessaires pour pallier la vétusté des lieux engagèrent des sommes considérables que l’on finança en partie par un grand bal. En 1827, la bibliothèque renfermait déjà 2654 volumes.
Dans les locaux on y jouait, causait mais il était interdit de fumer. Cette interdiction donna lieu dès le début à des plaintes et des contestations. Les débats passionnés sur ce sujet faillirent amener la dissolution de la Société. En janvier 1839, le Comité convoqua une Assemblée générale extraordinaire où cette “grave question de la fumerie” serait seule discutée et définitivement tranchée. On trouva de justesse la solution en réservant une salle indépendante pour les fumeurs. Ces mesures furent atténuées quelques années plus tard.
En 1846, (année de la révolution radicale), une cinquantaine de membres du Cercle du Commerce près de se dissoudre suite à des dissensions internes demandèrent leur admission dans la Société Littéraire de Genève et 25 d’entre eux furent reçus. Dans cette année tourmentée de 1846, le Comité organisa une collecte pour secourir les blessés.
En 1848 une trentaine de journaux et revues de divers horizons étaient recensés. On y trouvait les principales gazettes de France et de Suisse romande ainsi que les rares revues à paraître. Les lecteurs, nombreux, devaient s’inscrire au préalable. De nouveaux membres venus du Cercle des Mignons furent également admis en 1859. Mais l’on craignit un trop fort accroissement et l’on limita le nombre d’adhérents à 180.
La Société Littéraire de Genève resta dans la rue du Rhône durant quarante quatre ans. A son activité littéraire s’ajoutèrent dîners mixtes, soirées dansantes, un bal annuel réputé ainsi qu’un arbre de Noël pour les enfants. Des “bals d’enfants” ou “bals de la Littéraire” avaient lieu chaque hiver pour les jeunes.
En 1865, les soirées littéraires qui avaient lieu surtout l’hiver avaient pratiquement disparu. Bibliothèque, jeux divers (cartes et billards), salle de rencontre et de lecture étaient devenus l’activité principale de la Société Littéraire de Genève.
La Corraterie 1876-2006
En 1876, le local de la rue du Rhône, situé au deuxième étage, trop exigu, difficile à chauffer, et suite également aux relations tendues avec les locataires voisins, on se mit en quête d’un autre endroit. Il fut question de construire en l’Ile (à l’emplacement de l’actuelle maison Vacheron), mais les enchères montèrent si haut… On se reporta sur l’immeuble appartenant à Théodore de Saussure, (qui deviendra par la suite membre de la Société), à la Corraterie, face au Musée Rath. L’immeuble, reconstruit quelques années auparavant, fut doté au premier étage d’un salon aux magnifiques boiseries, de plusieurs chambres avec véranda et terrasse.
Les frais de reprise, le loyer et les transformations nécessaires mirent la Société en difficulté interne, de sorte qu’il fallut liquider la dette entre les membres ce qui finalement se fit en 1896. En 1916, cent ans après, la bibliothèque renfermait environ 8000 volumes, “sorte de cabinet de lecture circulante”, constamment enrichie par des dons et des legs.
Comme toute société humaine, la Société Littéraire subit la morsure du temps. Elle n’était plus tout à fait ce qu’elle avait été dans ses débuts. En cent ans, reconnaît en 1916 le président en exercice, la Société Littéraire de Genève a fortement évolué :
“Elle ne mérite même presque plus son ancien et glorieux nom de Littéraire, les soirées “athénéennes” du début de son existence, ont changé, peu à peu, de nature, et sont devenues des “soirées de dames”, c’est-à-dire, des soirées élégantes et mondaines, où des artistes ou des amateurs étrangers sont chargés d’amuser ou de distraire un auditoire de dames, souvent un peu distraites, attendant avec impatience la seconde partie. En effet, souvent la partie littéraire et musicale est suivie d’une seconde partie dite “dansante”. Par un phénomène facile à comprendre, l’accessoire est devenu le principal, et les soirées littéraires se sont modifiées par la force des choses, en soirées dansantes, très courues et très brillantes.” (L.-J. Thévenaz)
La Société continua d’ouvrir ses portes aux étrangers de passage à Genève, partageant ses « goûts simples et bourgeois ». En 1914, sur 125 membres actifs, 20 étaient étrangers et provenaient de quatorze nationalités différentes. Chaque année on continuait de fêter l’Escalade par un banquet réunissant les membres.
Un événement vint perturber l’atmosphère paisible de la Société Littéraire : la déconfiture de la Banque de Genève en 1931 qui suscita discussions, controverses et dissensions en son sein. Plusieurs administrateurs de cette banque étaient en effet membres de la Société Littéraire de Genève.