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Brent / Clarens
Petit village perché sur les hauts de Montreux.
C'est avec un grand plaisir que je vous présente Brent, le petit village où je suis née un froid matin d’hiver 1929. Cette année là, la neige était tombée, comme il n’en n’est jamais tombé de puis, de mémoire de vivants.
De Blonay, il faut franchir le pont, maintenant centenaire, sous le quel coule la baye de Clarens. Le restaurant du Pont, réputé pour sa haute gastronomie, est la première maison du village que l’on voit en arrivant.
Je tiens de suite à vous préciser que Brent se prononce... » Brin ». Brin, comme un petit brin ! C'est très important !
Car s'il vous prenait l'envie de prononcer " Bran " personne ne vous comprendrait ou feinterait de ne pas vous comprendre.
Vous seriez de suite pris, soit pour un étranger, un ignorant ou pire encore, pour un snob.
Non vraiment dites toujours "Brin", c'est préférable.
En langage celtique Brent s’écrivait Brenn, qui signifie « chef »
Le village de Bren est cité pour la première fois en 1142-1147. Ce n'est que par la suite que l'on a ajouté un "t"au nom. Après les Celtes, les romains vinrent s’établirent à Brenn. De l’époque des Celtes quelques expressions sont restées telles que : bouéler (crier) bougne (enflure) bidet (petit cheval)
Contrairement à la plupart des villages vaudois, Brent n’a pas eu à subir les constructions massives d’immeubles ou d’industries. Brent, bien calfeutré dans son coin, est resté tel qu’il était au début de sa construction et tient à le rester.

Arrivée de Blonay
Les habitants, au nombre de 300 environ dans les années 1920 et 1950, (c'est le temps durant lequel mes parents ont habité le village) étaient des paysans, des vignerons ou des agriculteurs. Un épicier, un cantonnier, une postière et mon père fonctionnaire, étaient les seuls qui n'avaient rien à voir ou presque avec la campagne.
Ha ! J’oubliais le régent et la maîtresse d'école qui eux n'avaient pour tout jardin que quelques pots de géraniums qu’ils déposaient sur le rebord de leur fenêtre. De leur appartement, réservé à leur fonction, ils avaient une vue imprenable sur le lac et les montagnes de Savoie ainsi que sur les jardins de leurs voisins. Certains parents d'élèves, soucieux du bien-être de leurs rejetons, apportaient des uns le jambon, d’autres les haricots et quelques légumes, ou fruits, selon la saison ou la récolte. De cette manière ni l’un ni l’autre ne manquaient de quoi que ce soit.
La vie dans le village était plutôt calme et nous vivions en autarcie. Une seule grande fête annuelle, la foire de Brent, datant de 1486. Chaque automne on venait des environs vendre et acheter ou encore troquer chèvres et moutons. Cela donnait lieu à un grand rassemblement et des réjouissances, carrousels et barbe à papa pour les petits, et bal musette pour les plus grands. On en profitait pour sacrifier le cochon qui finissait en saucisses à rôtir, atriaux et fricassées, dans les assiettes que l’on avait soin de bien remplir afin de satisfaire les visiteurs.
La fricassée était un met délicieux fait d’os de porc sur lesquels il ne restait que peu de chaire celle qui n’avait pas pu être ôtée avec le couteau du tueur. La fricassée se servait avec une sauce et des pommes de terre purée. Vous comprendrez ainsi que rien, à cette époque, ne se perdait. Le porc est un animal plein de ressources même les oreilles finissaient dans la casserole.
Les dimanches matins, de 09 :00 à 10 :00, nous allions à l’école du dimanche. L’heure suivante était consacrée au culte. Pour rien au monde je n’aurais manqué l’école du dimanche. J’aimais bien ce moment de recueillement, néanmoins je savourais surtout le plaisir de me retrouver à la sortie avec les enfants de mon âge. Nous profitions de ce que le garde-champêtre était au culte pour aller marauder les fruits de saisons. Cela nous donnait l’assurance que, durant une bonne heure au moins, nous ne risquions pas d’être pris en flagrant délit de vol. Le printemps venu nous commencions par les cerises du voisin, ensuite les pommes, les poires pour terminer en automne par les raisins, les marrons et les noix. Dans le plantage de mon père il y avait un pêché qui donnait des fruits d'une saveur que rien égal. Ces pêches étaient petites, la peau était dure et rêche elles avaient néanmoins un goût que je n'ai plus jamais retrouvé.
Le repas de midi était toujours très copieux. Aussi l’après midi était alors réservé à la sieste et le village s’endormait jusqu’à 17 heures.
Ouf ! Peu à peu il reprenait vie.
Vers les 17 heures, petits et grands se réunissaient pour jouer au seul jeu collectif que nous connaissions, « la bûche ». Ce jeu consistait à lancer une bûche de bois aussi loin que possible. Durant le temps qu’un participant aille la rechercher et la place à l’endroit d’où elle avait été jetée, nous allions tous nous cacher. Le but du jeu était bien entendu de ne pas laisser voir ou nous nous cachions. Ensuite cela consistait à profiter de l’absence du gardien pour « sauver la bûche » c’est à dire arriver sans être vu et prendre la bûche. Les devoirs du gardien étaient un, de débusquer les participants cachés et deux veiller à ce que personne n’arrive à sauver la bûche. Grands et petits, tous participaient !
Ci-dessus :
La photo de gauche, rue de la laiterie, et à droite, au fond derrière les arbres, la maison où je suis née.
La seule grande
rue à "Brin" c'est la rue de la laiterie
Pour vous donner une idée de l'importance de la route, je précise que la photo est prise au milieu de la montée,
la laiterie se trouvant là à droite.
La baie de Clarens est une rivière ayant toujours de l’eau même en temps de grande sécheresse. Elle fait la frontière entre le village de Brent et de Blonay. Il était assez courant à l’époque que les jeunes, pour se divertir, créent des bagarres entre villages. De temps à autres ceux de Blonay descendaient et là commençait les petites guerres. Il n’était pas rare qu’un de mes frères n’arrive avec un œil poché ou des blessures dues a des projectiles envoyés par l’ennemi. C’était parfois même très grave et les parents n’étaient pas très contents. La vengeance était fatale et une nouvelle petite guerre suivait quelques jours plus tard.
A gauche, une des 2 fontaines du village, et photo de droite, la Baye de Clarens
Par la suite la société de développement, avec l’appui de la commune de Montreux, a créé une piscine. Cette construction a été édifiée avec un grand enthousiasme par les habitants du village et un esprit d’entraide remarquable.
La laiterie et la fontaine étaient les lieux les plus importants du village. Chacun vivait pour soi, néanmoins, les nouvelles bonnes ou mauvaises, se transmettaient le plus souvent à la coulée. Matin et soir les hommes allaient à la laiterie porter leur lait et les dames se retrouvaient la journée à la fontaine pour les lessives mais également pour s'approvisionner en eau. Il n'était pas encore courant que l'eau arrive au robinet de la cuisine.
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