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Classement thématique série 1848–1945:
2. RELATIONS BILATÈRALES
2.18. PORTUGAL
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J’ai été reçu ce matin assez longuement par le Général Guisan, qui m’a exprimé au nom de l’armée ses meilleurs remerciements parce que votre Légation de Lisbonne avait réussi à obtenir du Gouvernement portugais une licence d’exportation de 300 chevaux et mulets dont 23 chevaux et 71 mulets destinés à l’armée venaient d’arriver cette nuit à Berne.
Il s’est déclaré en principe d’accord pour continuer ces achats, lorsque je l’informai que le Colonel de Charrière venait de me faire savoir que les chevaux, qui étaient à la remonte, faisaient bonne impression et que les mulets étaient très beaux.
Le Général en parlera au Chef de l’Etat Major Général et, comme les mulets déjà arrivés sont des mulets de bât pour les troupes de montagne, il se déclara en principe d’accord pour faire venir aussi, à titre d’essai, quelques grands mulets pour traction en plaine.
Au point de vue de la guerre, le Général a considéré comme très grave les suites de la surprise dont les marines et les ports de Grande-Bretagne et des Etats-Unis avaient été l’objet en Extrême-Orient. Ces deux grandes puissances venaient de recevoir un choc aussi sévère qu’inattendu, qui pouvait avoir pour elles les plus fâcheux contrecoups.
Je lui donnai quelques explications sur l’état de l’armée portugaise, la situation économique en Espagne, sur les routes de la Péninsule ibérique, ainsi que sur nos approvisionnements par le port de Lisbonne. Il me dit qu’il avait quelques soucis sur notre ravitaillement par Gênes, car ce port était constamment attaqué par la RAF et subissait des dégâts. Je lui expliquai qu’à côté de Gênes, nous disposons aussi du port de Savone jusqu’ici réservé à l’importation de nos charbons.
Non seulement Moscou et Leningrad n’avaient pas été prises, mais les Russes avançaient de nouveau dans certains secteurs et ne permettraient sans doute pas, comme cela avait été annoncé à la radio, que le front fût stabilisé.
L’usure des armées avait été énorme et nous avions, du côté de notre frontière nord et nord-est, une trentaine de divisions allemandes qui venaient se reposer et se refaire.
Ce travail de recomposition était si bien réglé qu’au lieu où arrivait chaque division, il y avait toujours un petit complément de troupes qui permettait de parachever plus vite la reconstitution entière de l’unité. Certaines de ces troupes du front russe recommençaient leurs exercices. En outre, des troupes allemandes rentrées du front russe avaient été, selon les informations de notre armée, également dirigées, dans un but de reconstitution, vers le sud-ouest de la France (selon le Colonel Dollfus, il doit s’agir de la région de Pau).
Il n’y avait cependant pas lieu de s’attendre, pour le moment, à une invasion de la Péninsule.
Le problème ibérique me permit de lui rappeler une information intéressante que j’avais puisée dans le rapport de mon collègue, M. Broyé, du 13 juin dernier3. Il s’agissait de la déclaration de M. Serrano Suner à un diplomate:
«Si l’Amérique entre en guerre, l’Allemagne demandera à l’Espagne de passer à travers son territoire et comme nous ne pouvons pas nous y opposer, nous entrerons nous-mêmes en guerre pour ne pas donner l’apparence d’avoir obéi aux injonctions de l’Allemagne.»
Le Général, qui avait probablement lu le bulletin politique du Département, ne se souvenait pas de cette précision et s’y intéressa de façon toute spéciale.
En me reconduisant, il me pria à déjeuner à Interlaken pour un jour de la semaine prochaine qu’il me désignerait.
J’ai fait ensuite visite au Colonel de Charrière de Sévery qui me fit savoir que le Colonel Jordi, Chef de l’arme de la Cavalerie, accompagné de lui-même, tenaient à me conduire au dépôt de la remonte pour voir les chevaux portugais et ensuite à Schönbühl où se trouvaient les mulets.
Cette visite aura lieu vendredi 12 décembre, après-midi.
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