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Tú mismo est à mi-chemin entre une méthode classique (“Ven”, “Sueño”) et une méthode pour autodidactes (“Assimil”, “Tell me more”).
L’étudiant étudie une moitié du livre de son côté et l’autre moitié avec l’enseignant :
il étudie avec l’enseignant les chapitres pairs (2 Fonética, 4 Gramática, 6 Uso, 8 Conversación et 10 Redacción) ;
il étudie de son côté les chapitres impairs (3 Verbos, 5 Vocabulario, 7 Antología et 9 Ejercicios).
L’étudiant prend part au processus pédagogique. Dans un premier temps, c’est l’enseignant qui dirige la manoeuvre, mais c’est bientôt l’étudiant qui prend la relève et négocie les priorités d’apprentissage, selon ses besoins, sa personnalité et ses centres d’intérêts. En jetant un coup d’oeil sur le tableau synoptique qui rassemble les cent chapitres de la méthode, il décide s’il souhaite apprendre de nouveaux mots, améliorer sa compréhension auditive, conjuguer, rédiger, asseoir ses connaisances ou en acquérir de nouvelles, faire des exercices et cesser d’en faire, etc. Ces négociations périodiques orientent, responsabilisent et encouragent étudiant et enseignant.
L’apprentissage du vocabulaire se fait moyennant association d’idées : images, couples, couples d’opposés et raccourcis.
Les raccourcis, ce sont tous ces mots espagnols et français qui ont une même étymologie. Les chapitres Coincidencias et Españolización identifient et trient par sujets quelques 1500 mots usuels particulièrement faciles à retenir et assimiler pour un étudiant francophone. La liste n’est de loin pas exhaustive, mais l’étudiant apprend ainsi bien vite à repérer les termes communs aux deux langues.
L’apprentissage du lexique repose sur une base décimale : il y a cent chapitres, les mots sont classés par groupes de dix, vingt, cinquante ou cent, il y a dix chapitres par livre, etc. Au total, ce sont quelques 10.000 mots que l’étudiant est censé voir, exercer, ingérer et assimiler.
Cinq languettes sont fournies qui reprennent les formes verbales, grammaticales et lexiques les plus élémentaires.
La symbologie chromatique, employée pour que la rétine soutienne la mémoire, est triviale :
|Rouge||violence, danger et obstacle|
|Vert||espoir, nature et facilité|
|Rose||féminité, amour et beauté|
|Gris||tristesse, labeur et ville|
|Brun||saleté, désordre et difficulté|
|Bleu||masculinité, eau et calme|
Il n’est pas nécessaire de perdre du temps à apprendre les chiffres. La méthode compte 600 pages ; à force de se demander les uns les autres à quelle page sommes-nous, à quelle page est tel exercice, etc., l’étudiant apprend à compter jusqu’à 600 (de 600 à l’infini, c’est très facile).
Les livres Gramática et Verbos n’entrent pas dans les détails. Les règles ne figurant pas surgissent naturellement durant les cours ; ainsi quand un élève se demande pourquoi dit-on “el agua” et non “la agua” ? L’étudiant scrupuleux peut noter tout cela au chapitre Demás reglas de gramática (autres règles de grammaire).
L’enseignant se borne à des explications basiques de grammaire et de conjugaison, juste de quoi faire les exercices correspondants. Ainsi le reste du cours est-il consacré à la discussion, le débat et la narration, notamment en s’appuyant sur les livres Vocabulario, Uso, Antología, et bien entendu le livre de Conversación qui cible des échanges orientés vers tel ou tel vocabulaire.
Les livres Uso (usage) et Vocabulario, quoique fort longs, ne constituent pas des dictionnaires. Ils ne reprennent en général que le mot ou la tournure clef de chaque concept et non ses dérivés (pour le trio agobio - agobiante - agobiarse, c’est le verbe qui l’emporte et figure sur la liste).
L’espagnol étant une langue éminemment logique, l’essentiel de la conjugaison espagnole tient sur deux pages. Et parce que l’étudiant adulte intellige vite et globalement les nuances entre les temps et les modes, l’enseignant délivre d’un coup tout ce qu’il est impératif de savoir pour parler au présent, passé et futur. Cela étant fait, chaque fois que dans la conversation l’étudiant a besoin d’une forme verbale qui ne lui vient pas de manière infuse, il a recours au tableau de conjugaison où il pioche la forme verbale requise. Ce procédé, quelque peu fâcheux au départ, donne bien vite de bons résultats.
La méthode comprend des exercices de dialogue quotidien et mondain (les courses, le temps qu’il fait, les réservations, la négociation, etc.). Néanmoins, pour exercer les formes verbales et les règles de grammaire, rien de tel qu’un véritable échange d’information. Aussi la méthode encourage-t-elle le débat, notamment polémique, voire conflictuel. L’apprentissage et l’ennui ne font pas bon ménage.
Tout est fait pour qu’il y ait échange et partage du patrimoine culturel et intellectuel des uns et des autres. Il est ainsi demandé à l’étudiant qu’il partage connaissances, blagues, ragots, anecdotes et autres pensées, le tout moyennant exposés, conversations à bâtons rompus et débats, afin de s’amuser, s’instruire ou s’opposer. Cette méthode est destinée à des adultes causants.
Tú mismo ne prétend pas enseigner toute la langue espagnole, tout juste cette partie de la langue qui est accessible par l’étude et l’exercice. Le livre Uso (usage) ne constitue qu’un louable effort pour s’approcher de l’espagnol tel qu’il est parlé. Le “vrai” espagnol est donc à rechercher en pays hispanophone ; aussi le chapitre Recomendaciones dresse-t-il une liste d’idées utiles pour enrichir son espagnol chacun de son côté (papoter avec les collègues hispanophones, échange de courriel, regarder la télévision espagnole, voir des films hispaniques sous-titrés en espagnol, lire la presse dominicale espagnole, fouiner dans la librairie espagnole du coin, voyager, etc.).
Un tableau synoptique rassemble tous les chapitres de la méthode. Chaque fois qu’un chapitre est maîtrisé, il est coché. On voit ainsi clairement ce qu’il reste à faire.
Pour ne pas trop s’ennuyer, les exemples et exercices sont consitutés de phrases rigolottes, surprenantes, idiotes ou édifiantes : par exemple au chapitre Obligación, “un buen profesor debe parecerse a un mal alumno” (un bon prof doit ressembler à un mauvais élève) ou, au chapitre Subjuntivo “El matrimonio permite resolver los problemas que uno no tendría si no se hubiera casado” (le mariage permet de résoudre les problèmes que l’on aurait pas eu si l’on ne s’était pas marié), etc.