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Le sourire de René : comique, humour et ironie dans les récits de voyages de Chateaubriand
Rosset, Caroline ; Sangsue, Daniel (Dir.) ; Antoine, Philippe (Codir.) ; Roulin, Jean-Marie (Codir.) ; Rigoli, Juan (Codir.)
Thèse de doctorat : Université de Neuchâtel, 2011.
Cette thèse cherche à renouveler la lecture des Voyages de Chateaubriand et à montrer que leurs éléments comiques participent à la création d’une nouvelle forme de relation viatique, en accord avec la sensibilité romantique. Après une mise au point théorique, la première partie de la recherche propose d’analyser les différentes sortes de comique dans les récits de voyage de... MoreAdd to personal list
- Résumé
- Cette thèse cherche à renouveler la lecture des Voyages de Chateaubriand et à montrer que leurs éléments comiques participent à la création d’une nouvelle forme de relation viatique, en accord avec la sensibilité romantique. Après une mise au point théorique, la première partie de la recherche propose d’analyser les différentes sortes de comique dans les récits de voyage de Chateaubriand, en traçant le cheminement qui mène l’auteur de la satire à l’humour. La satire du voyageur illustre la tendance à la démystification qui caractérise l’auteur des Mémoires d’outre-tombe et offre une vision lucide et réaliste du monde, qui lui permet non seulement de prendre ses distances par rapport à la littérature idéalisante de sa bibliothèque de voyage, mais aussi de se rallier à l’idéal d’authenticité qui conditionne, à son époque encore, le récit viatique. Or, Chateaubriand rejette explicitement le comique satirique, qu’il attribue aux sarcasmes des philosophes et à leur incrédulité. Il lui préfère une forme plus positive et plus personnelle, qui le situe à l’origine du voyage romantique : l’autodérision dont il fait preuve sur les routes sert de contrepoint aux mises en scène de l’héroïsme du nomade et contrebalance l’orgueil du satiriste. Dès lors, on peut prétendre que le Chateaubriand pitre constitue une sorte d’autodémystification du Chateaubriand héros, ainsi qu’une mise à distance ironique, une négation du sérieux de l’oeuvre et une réorientation de l’entreprise viatique. Mais plus encore, la vision humoristique du monde ramène à la religion le voyageur perdu, errant à travers les déserts du Nouveau Monde comme de l’Ancien. En effet, c’est en voyant dans les caprices du sort et de la Nature la force créatrice de la Providence, que l’humoriste parvient à dépasser la déception du satiriste. La deuxième partie de la réflexion propose une analyse de la poétique humoristique des récits de voyage chateaubrianesques. Métalepses, parabases, digressions, ou montage littéraire permettent à l’auteur de distinguer son oeuvre viatique des relations sérieuses, par le biais desquelles le voyageur savant cherche à convaincre son lecteur de l’exactitude de ses observations. Conciliant fantaisie et réalisme et instaurant entre eux un constant va-et-vient, le récit humoristique trouve l’un de ses fondements dans la rupture d’illusions précédemment créées. Les Voyages de Chateaubriand oscillent constamment entre illusion et réalité, entre perception du réel et imagination. C’est le conflit entre ces deux modalités qui constitue la base de toute poétique humoristique. De ces observations découle une étude de la figure et de la double posture du Chateaubriand ironiste. Il faut en effet la dualité inconciliable entre le voyageur lucide et désenchanté et le poète emporté par son imagination pour que l’écriture se fasse humoristique et que l’auteur devienne ironiste. Dissimulation, réflexivité et décentrement, voire désengagement, permettent au voyageur de renouer avec la lignée tant convoitée des auteurs-créateurs, qui ont su s’affranchir d’une relation purement véridique pour lui préférer une vision plus poétique du monde. Chateaubriand fait donc de l’ironie un procédé littéraire destiné à mettre en évidence son indépendance et le pouvoir de sa fantaisie, par le biais de rapprochements inattendus, de brusques ruptures d’illusions et d’éclats bouffons, au sein de textes a priori sérieux. La dernière partie de ce travail est consacrée aux moyens par lesquels le voyageur s’efforce de réenchanter le monde qu’il parcourt. L’importance que le voyageur accorde aux anecdotes piquantes, aux détails insignifiants (une fourmi, une palmette de fougère, etc.) et aux scènes de la nature qui favorisent l’imagination lui permet d’éclipser le monde objectif pour le remplacer par une vision intime des lieux visités. Ainsi commence, avec Chateaubriand, la prise de pouvoir de la littérature sur le monde réel, un monde qu’elle entend dépasser.