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Comment sont-ils perçus sur leurs terres d'accueil? Quelles sont les conséquences sociales et économiques de cette nouvelle «diaspora russe»? L'Institut italien d'études politiques internationales (ISPI) a examiné les destinations russes les plus populaires:
La Géorgie partage une frontière avec la Russie, au sud de la République russe de Tchétchénie. Les Russes n'ont pas besoin de visa pour entrer. C’est donc une destination particulièrement plébiscitée.
Il n’existe pas de chiffre exact d’immigrés russes – ou relokanty, comme ils se nomment eux-mêmes. On estime que des centaines de milliers de Russes se sont réfugiés en Géorgie depuis février 2022. Selon le ministère géorgien de l’Intérieur, 112 000 Russes pourraient être arrivés dans son pays au cours des neuf premiers mois suivant le début de la guerre.
Les Russes sont arrivés en Géorgie lors de deux vagues migratoires importantes. La première s’est produite dans les premières semaines après le début de l’invasion en février 2022 et a duré jusqu’à l’été. La seconde est intervenue après l'annonce par Poutine d'une mobilisation partielle le 21 septembre 2022. Alors que la première comportait principalement des personnes en opposition avec la politique répressive, les gens de la deuxième vague voulaient surtout éviter d'être enrôlés dans l'armée.
Même si le russe se fait davantage entendre dans les rues géorgiennes et si des magasins russes ont ouvert leurs portes, les nouveaux immigrés ne sont pas les bienvenus. La Géorgie s'est rangée du côté de l’Ukraine depuis le début de la guerre. Pour de nombreux citoyens, la présence des Russes rappelle des souvenirs de la guerre russo-géorgienne de 2008.
Le gouvernement géorgien est dirigé par le parti «Rêve géorgien». Il n'est pas totalement opposé à la vague d'immigration puisqu'il y voit de nouvelles opportunités économiques. L'opposition, en revanche, est moins enthousiaste. Le parti «Mouvement national uni» veut même exiger une «taxe d'occupation» de 1000 lari géorgiens (334 francs) aux Russes à leur entrée dans le pays.
Ce petit pays a toujours été une destination prisée des Russes, car comme la Géorgie, ils peuvent y pénétrer sans visa. De plus, la capitale Erevan est accessible quotidiennement par des vols directs depuis diverses villes russes.
L’Arménie a connu un développement économique impressionnant au cours des dernières décennies, qu’elle doit notamment à la croissance du secteur informatique. Les start-ups et les entreprises informatiques sont accueillies à bras ouverts dans ce pays situé entre la Géorgie, l'Azerbaïdjan, l'Iran et la Turquie. Cependant, l’Arménie n’est pas en mesure de pourvoir tous les nombreux nouveaux postes créés. Les personnes qualifiées quittent encore leur pays pour aller travailler ailleurs.
Depuis février 2022, environ 100 000 Russes au total se sont rendus en Arménie. Le mouvement est également divisé en deux vagues. Beaucoup de nouveaux arrivants sont des informaticiens qui espèrent trouver un environnement de travail avantageux en Arménie. Selon l'ISPI, la communauté technologique locale s'est organisée rapidement. Dès le mois de mars, lorsque la première grande vague de migration, elle a proposé des événements et des groupes en ligne pour faciliter l'intégration des informaticiens russes.
Contrairement à la Géorgie et à l'Arménie voisines, l'Azerbaïdjan n'a jamais été une destination privilégiée des Russes, écrit l'ISPI. Le nombre d’immigrés fuyant la politique du Kremlin est donc bien inférieur.
La délivrance d'un visa est soumise à une réglementation stricte: elle autorise les Russes à rester seulement 90 jours sans autorisation de séjour. L’Azerbaïdjan n’est pas membre de l’Union économique eurasienne dirigée par la Russie. Du point de vue russe, ce n’est pas le meilleur pays pour faire des affaires. La communauté russe en Azerbaïdjan est relativement petite, ce qui constitue un autre inconvénient pour les migrants russes.
Le Kazakhstan a connu une vague d’immigration russe après la mobilisation partielle de septembre 2022.
En 1919, la région kazakhe est soumise aux Soviétiques avant de devenir une république de l'Union soviétique de 1936 à 1991. Un rappel particulièrement douloureux de cette période est la famine de 1932/1933, qui a coûté la vie à 42% de la population kazakhe (entre 1,3 et 1,7 million de personnes).
Selon l'ISPI, la vague migratoire a suscité de nouvelles discussions sur la mémoire historique, la langue et l'appartenance ethnique. Le russe est la langue la plus parlée dans les villes kazakhes. Les Kazakhs de souche ne parlent peu ou pas kazakh. A noter que le kazakh et le russe ne sont pas des langues issues de la même racine, donc très différentes.
Environ 20% des Russes vivent au Kazakhstan. Ils sont implantés au Kazakhstan depuis des générations, car il s’agit pour la plupart de Russes qui ne sont pas allés en Russie après l’indépendance du Kazakhstan.
Une situation qui profite aux immigrés russes. Beaucoup d'entre eux ont expliqué leur déménagement à l'ISPI en indiquant que la langue rendait les choses plus faciles. De nombreux Kazakhs perçoivent cette attitude comme une ignorance impériale, même si nombre d’entre eux ne parlent eux-mêmes pas le kazakh. Le gouvernement tente depuis plusieurs années de promouvoir la langue kazakhe, c’est pourquoi, entre autres, la transition de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin a été initiée en 2017.
Le président kazakh a démontré jeudi dernier que le pays ne s'inclinerait pas devant la Russie. Lors de la réception de la délégation russe conduite par le président Vladimir Poutine, Kassym-Jomart Tokayev, à la grande surprise de toute l'assistance, a ouvert son discours en kazakh:
This is an encapsulation of the tables turned in the Kazakhstan-Russia relations: President of Kazakhstan pulls a power move and opens his speech to the visiting Russian delegation headed by Putin speaking Kazakh. You can see the bewilderment and confusion among the delegation pic.twitter.com/fEpJB57frR— Bakhti Nishanov (@b_nishanov) November 9, 2023
Comme le Kazakhstan, le Kirghizistan était autrefois une république soviétique. Des Russes de souche sont restés dans le pays et le peuple kirghize les considère comme des membres à part entière de la communauté, mais pas les nouveaux immigrants. Comme l’a expliqué une femme kirghize.
Malgré les réserves de la population, les «nouveaux Russes» sont recueillis par le gouvernement. Le Kirghizistan a rapidement organisé des visas spéciaux et même un programme de «nomade digital» pour faciliter l’arrivée des Russes. Habituellement, le flux va dans l’autre sens en Asie centrale, pour converger vers la Russie.
Pour de nombreux hommes d’affaires russes, Dubaï est comme un refuge. L’émirat était déjà une destination prisée des Russes avant la guerre en Ukraine – une tendance qui n’a fait que s’accentuer depuis. Aucun chiffre public n'est disponible, mais on estime qu'environ 200 000 Russes s'y sont installés depuis le début de la guerre. Outre la menace d’une mobilisation partielle, certaines entreprises en particulier pourraient avoir joué un rôle dans cet exode.
Dubaï offre non seulement une certaine qualité de vie, mais également un environnement favorable aux relations financières et commerciales. Contrairement à de nombreux autres pays, le gouvernement n’a pas imposé de sanctions contre la Russie. De plus, les Russes peuvent disposer facilement d'un visa.