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stop aux discriminations
Santé sexuelle: L'amour entre femmes n'est pas sans risque
«La première fois que je suis allée consulter une gynécologue, j'avais une vingtaine d'années. «Vous prenez la pilule?» J'ai répondu non, que j'avais des relations sexuelles avec des femmes. Ensuite, la médecin m'a demandé si j'utilisais des objets. Face à ma réplique négative, j'ai ressenti un malaise. Elle était complètement perdue. Et cette gynécologue m'a dit: «Mais vous faites comment alors?».»
L'épreuve de la consultation gynécologique
Pour Irena, 31 ans, ce fut la première d'une série de consultations laborieuses. Comme 28% des femmes* qui ont des relations sexuelles avec des femmes (FSF), selon une étude de 2020, elle n'est pas suivie par un-e gynécologue. Irena est pourtant attentive à sa santé. Cependant, elle peine à trouver un-e professionnel-le qui réponde à ses besoins.
La reproduction est considérée comme centrale dans la santé sexuelle des femmes, qui se base principalement sur les besoins des hétérosexuelles. Dès lors, les 30 000 FSF de Suisse romandes, d'après l'estimation d'une étude de PROFA publiée en 2012, peuvent ne pas se sentir concernées par les consultations gynécologiques, si elles n'ont pas de désir d'enfant ou ne souhaitent pas une contraception.
Après sa mauvaise première expérience, Irena hésite à reprendre rendez-vous. Auprès de la fondation PROFA, elle espère trouver une meilleure ouverture d'esprit. Mais à chaque examen, la jeune femme fait face à un nouveau visage et doit annoncer son homosexualité. «Une fois, j'étais hyper stressée et l'examen m'a fait beaucoup souffrir. Après, j'ai saigné pendant des jours.» Cette expérience violente l'a marquée. Irena ajoute: «Toutes les femmes que je connais ont une histoire similaire à raconter. Dans une situation aussi intime, on se sent vulnérable, pas en sécurité. Ce sentiment est déjà une violence», souffle la jeune femme.
Cette visite ponctuelle, Nadine, 33 ans, la vit aussi comme un enfer. «L'examen est tellement intrusif… mais nécessaire.» Selon elle, le problème principal est la présomption d'hétérosexualité de la part du corps médical.
Nadine ne cesse de demander aux secrétaires de noter dans son dossier qu'elle est en couple avec une femme. «Je dois le répéter, à chaque rendez-vous, car on me pose la question de la contraception, déplore-t-elle. Pourtant, je considère que c'est un élément important pour une prise en charge adaptée.»
Spécialiste de la gynécologie des adolescent-e-s au CHUV, la doctoresse Martine Jacot-Guillarmod regrette que tant de FSF ne consultent pas régulièrement en gynécologie. «Ce frein peut être expliqué par la méconnaissance des personnes impliquées, mais aussi par le système de santé: si une femme fait face à un jugement à cause de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, c'est compliqué de retourner consulter. Et malheureusement, beaucoup de gynécologues souffrent d'un biais hétérocentré.»
Peu de FSF utilisent des protections
L'étude parue le 29 novembre 2020 et menée par le milieu associatif vaudois (Les Klamydia’s, VoGay, Lilith) a révélé des faits alarmants. Outre le nombre élevé de FSF victimes de violences sexuelles et en proie à des pensées suicidaires, plus de 60% des répondantes déclarent ne pas se protéger lors de rapports occasionnels. Près de la moitié ne connaît pas les moyens de protection ou comment s'en servir.
Pourtant, les lesbiennes risquent également de contracter des IST (infections sexuellement transmissibles). Malheureusement, cette population est oubliée des campagnes de préventions dédiées aux rapports homosexuels, mais également des études scientifiques, car elle n'est pas considérée comme à risque. Néanmoins, d'après les conclusions de l'étude de 2012, 28% des répondantes ont déclaré avoir contracté au moins une IST, mais «vu le faible taux de dépistage (un tiers des répondantes), il est probable que le nombre d’infections soit en réalité plus élevé, en particulier pour les IST provoquant peu ou pas de symptômes». Ce constat montre que les femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes sont tout aussi susceptibles d'être infectées que les hétérosexuelles.
«Il n'est pas nécessaire d'avoir des relations hétérosexuelles avec pénétration pour être exposées à un risque d'IST, confirme Martine Jacot-Guillarmod. Même si l'on manque de données scientifiques pour connaître la prévalence de contamination dans les relations entre femmes, a priori tous les germes considérés comme IST peuvent se transmettre, par voie cutanée (comme le papillomavirus), le sang, les sécrétions ou l'utilisation de sex toys sans protection, explique la doctoresse du CHUV. Donc concrètement les HIV, HPV, Chlamydia, Gonocoques, Herpès, Trichomonas, Hépatites et Syphilis.»
Nadine avoue n'avoir découvert les protections adaptées aux pratiques des FSF qu'à l'âge de 27 ans.
«Probablement car les pratiques sexuelles entre femmes sont souvent perçues comme des faux rapports.» Nadine se remémore les cours d'éducation sexuelle à l'école obligatoire. «La seule chose que l'on apprenait, c'était comment utiliser un préservatif.»
Toutefois, des protections adaptées existent, et sont recommandées pour éviter la transmission d'IST entre FSF, comme la digue dentaire, un carré de latex ou du film alimentaire non poreux, des gants et des préservatifs pour les sex toys. Pour la doctoresse Martine Jacot-Guillarmod, la prévention doit effectivement commencer à l'école. «Les cours d'éducation sexuelle sont parfois encore trop lacunaires. Il faudrait, par exemple, parler de préservatif externe et interne, au lieu de féminin et masculin. Ce sont des petites choses qui ouvrent les portes aux combinaisons amoureuses possibles.»
Un faux sentiment d'immunité face aux IST
«En tant que lesbienne, on a plutôt l'impression que ce sont les hommes gays qui contractent ces maladies, développe Irena. Plus jeune, je ne connaissais pas les risques auxquels j'ai pu m'exposer.» La jeune femme découvre la digue dentaire vers l'âge de 23 ans, alors qu'elle participe au festival la Fête du Slip, à Lausanne. Toutefois, elle n'utilise pas cette protection, ni aucune de ses partenaires, et regrette que ce type de dispositif ne soit pas facilement accessible. «Je ne multiplie pas les relations et nous nous reposons sur la confiance mutuelle.»
Même lorsqu'un-e médecin lui propose des informations, Irena n'a pas entièrement confiance. «Lorsque je pose des questions et que le ou la gynécologue répond, l'air mal à l'aise, je doute de ses explications. Même chez PROFA.» Toujours à la recherche du bon médecin, la jeune femme a consulté une liste qui répertorie les gynécologues safe de son canton. «Lors de mon dernier rendez-vous, les soins que j'ai reçus étaient adaptés, mais le professionnel a mis en doute mon incapacité à trouver quelqu'un pour me suivre, comme si c'était de ma faute… Cette maladresse m'a blessée. Je ne sais pas si j'y retournerai...» Irena souhaite que les gynécologues expliquent mieux chaque geste des soins qu'ils et elles pratiquent. Avec bienveillance et ouverture.
Une solution? Un centre dédié aux FSF
Un centre spécialisé dans la prise en charge de la santé sexuelle des femmes qui aiment les femmes a ouvert le 1er juillet 2021 à Renens (VD). Le L-Check, une initiative de la Fondation PROFA, offre l'accès à un espace sécurisé aux FSF pour une consultation gynécologique, mais également des informations et des dépistages.
Pour plus d'informations sur le safer sex entre femmes, l'association Les Klamydia's propose un mémo à l'attention des gynécologues pour la prise en charge des FSF, ainsi que des guides de bonnes pratiques des protections adaptées et sur l'utilisation des sex toys.
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