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Voici une situation qui pose de manière très délicate la question de la parentalité et en particulier de la paternité. Le cas s’est produit au Québec. Un homme, père de quatre enfants conçus dans le cadre d’un mariage, se sépare de sa femme. Que se passe-t-il alors dans sa tête?
Il fait faire un test ADN à leurs enfants. Et là il découvre qu’il n’est pas le père biologique de trois d’entre eux. Depuis il se bat en justice car il refuse de payer la pension alimentaire. Il dit avoir travaillé jours et nuits pendant des années pour subvenir aux besoins de sa famille. La justice lui impose de payer une pension, considérant qu’il a accepté la paternité depuis des années, qu’il figure sur le registre d’état-civil comme le père, et qu’il a construit une relations parentale réelle avec les enfants. Les pères biologiques, retrouvés, refusent toute contribution financière. Le père trompé ne reçoit aucune aide dans son cas.
Plusieurs questions et pistes contradictoires dans cette affaire.
1. La paternité biologique reste un marqueur fondamental de la parentalité. Récemment Rachida Dati a assigné un riche homme d’affaire pour l’obliger à se soumettre à un test ADN. A part ce qu’une telle situation contient de mécanismes de pouvoir, la loi donne foi à la génétique dans l’identification du père. Sur cette base elle peut contraindre un homme à payer une pension alimentaire. En 2010 un tribunal suisse a cassé une paternité suite à un test ADN négatif, preuve encore de la place prépondérante de la génétique dans la parentalité.
2. Certaines estimations chiffrent de 5% à 15% le nombre de pères qui ne sont pas pères biologiques et qui ne le savent pas. Ils l’apprennent parfois après des années de vie commune. Faut-il accorder la prépondérance au lien social, éducationnel et affectif, à la représentation donnée par la présence, ou faut-il la donner à la biologie? La biologie donne au père une certitude d’être pour quelque chose dans la procréation. Le social, lui, est toujours discutable. Les mères sont toujours les mères. Les pères n'en savent rien. Les parents, pas plus que le couple, ne sont symétriques. C'est un des fondements possibles de la transmission du nom du père comme nom de famille.
3. Les enfants eux-même donnent à la filiation biologique une forte signification symbolique. La biologie conduit à une forme d’amour inconditionnel. L’appartenance biologique est plus grande que la contingence sociale. La biologie est formatrice de familles, de clans, de peuples, d’ethnies, c’est-à-dire des marqueurs qui supposent entre autre collaboration, solidarité, responsabilité mutuelle. Le social est le monde réel, celui de la négociation, de l’échange, du contrat. Le social produit un bilan des avantages et inconvénients de la relation. Qu’est-ce qui est le mieux: un père biologique ou un père symbolique? Une image de la paternité qui serait réduite à un rôle social, sans ancrage biologique, et où les pères sont interchangeables comme des comédiens? Pour ma part je pense que la biologie doit rester un marqueur fort. C'est le lien au corps, à la matière primordiale où nous nous faisons. Par la biologie on acquiert une dimension au-delà du simple choix personnel. Je ne veux pas dire que le choix est une mauvaise chose, au contraire, il montre un engagement. Mais il est limité aux éléments de la personnalité, alors que la biologie demande de s’accepter au-delà de nos choix personnels. La biologie impose l’apprentissage de l’altérité là où le social n’impose que la conformité à un rôle, affectivité comprise.
4. Mais dans la pratique ce n’est pas si simple: faut-il que la blessure affective et morale du père qui apprend la trahison et les années de mensonge retombe sur les enfants, qui se sont construits avec cet homme-père et qui le perdent sans savoir pourquoi? S’il a aimés ces enfants quand il pensait que c’étaient les siens, qu’est-ce que l’amour pour que, d’une certaine manière, il les abandonne aujourd’hui?