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12/11/2015
There is no alternative!
Il y a 35 ans la premier ministre Margaret Thatcher débuta son mandat avec le slogan «There is no alternative». Une nouvelle ère s’annonça, l’ère du néolibéralisme façon Milton Friedman et Friedrich Hayek, un modèle de société qui a marqué la fin du XXème et le début du XXIème siècle jusqu’à ce jour. Après la chute du communisme en 1989 le philosophe américain, Francis Fukuyama proclama « La fin de l’histoire ».
Il faut se rappeler que la situation économique de la Grande Bretagne en 1979, alors gouvernée par le parti socialiste, était calamiteuse. L’industrie était paralysée par des grèves interminables, le taux de chômage galopait à des niveaux record et l’inflation crevait le plafond. Un changement de gouvernement et de politique s’imposa. Seulement, ce qui s’annonça comme une réforme était devenu une révolution avec toute la violence que cela implique pour les plus faibles de la société.
Le démantèlement progressif de «l’état providence» et, par conséquent, des privatisations des services publics tous azimuts tels que la poste, les chemins de fer, la santé, l’éducation, la police et les prisons devait servir à remplir les caisses de l’état et permettre une baisse substantielle des impôts, notamment pour les plus fortunés. L’argent ainsi libéré serait, grâce aux vertus des marchés libres, réinvesti dans l’économie réelle et aurait ainsi dû créer de l’emploi. Les économistes appellent cela «trickle-down-economics». En réalité cela ne s’est pas produit, car avec la libéralisation des marchés financiers, cet argent est allé en bourse, dans l’économie virtuelle, créant une bulle spéculative sans précédent qui avait finalement éclatée en 2007. Il s’ensuivit une crise financière et économique planétaire et un sauvetage historique du secteur bancaire avec de l’agent public et, par conséquent, une détérioration massive des finances publics au détriment de la classe moyenne.
La réforme nécessaire d’un état sclérosé s’est transformée peu à peu en une sorte de dictature de la «pensée unique» et le système économique, censé favoriser les plus méritants, grâce à un marché impartial et dérégulé, s’est transformée en une oligarchie de profiteurs, le secteur bancaire et les détenteurs du capital. Le surdimensionnement du secteur bancaire, suite à sa dérégulation, et la financiarisation de l’économie ont mené à des inégalités dans la distribution des richesses et une concentration du capital sans précédent.
«Ce qui se passe aux Etats-Unis est simple, les pauvres deviennent plus pauvres et plus nombreux et la classe moyenne se vide» dit Joseph Stiglitz, économiste américain et prix Nobel d’économie dans son livre «Le prix de l’inégalité » et il poursuit «Depuis trente ans, les salaires de 90% inférieurs n’ont augmenté que de 15% tandis que les salaires du 1% supérieur se sont accrus de 150%, et chez le 0,1% leur augmentation dépasse 300% » Cela n’est pas seulement discutable sur le plan éthique mais un danger pour la démocratie.
L’économiste français, Thomas Piketty soutient dans son ouvrage « Le Capital au XXIème siècle » (2013 Seuil) la thèse, selon laquelle le « taux de rendement du capital est supérieur au taux de croissance de l’économie, ce qui favorise le capital existant au détriment du travail ». Pour rétablir un équilibre entre la rétribution du capital et du travail un impôt progressif sur le revenu du capital ainsi que sur le capital et une baisse d’impôt sur le travail s’imposerait.
La gauche européenne n’a non seulement pas de contreprojet à proposer mais emboite le pas à la pensée unique (« New Labour » en 1994, « Agenda 2010 » en 2003, « Loi Macron » en 2015). Le résultat de ce manque d’inspiration est une défection d’une partie de plus en plus importante des électeurs vers l’extrême droite et , signe encourageant, la création de partis dissidents qui, eux, proposent une alternative (Die Linke en Allemagne, La nouvelle direction du parti Labour en Angleterre, Podemos en Espagne, Le candidat démocrate aux élections présidentielles américaines, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, Le nouveau gouvernement canadien sous la présidence de Justin Trudeau).
La droitisation de la gauche ne semble pas épargner le parti socialiste suisse qui, pourtant jusqu'ici , avait résisté aux sirènes du "marché libre". Il n'en est rien si on écoute la remarque du conseiller aux Etats zurichois, fraîchement élu, Daniel Jositsch, qui déclarait à la presse que "le PS Suisse devait mener une politique davantage à droite".
Ce qu'on attend d'un parti politique c'est un projet de société. Quand on regarde la répartition des sièges au parlement suisse on ne doute guère vers quel modèle de société la Suisse penche.