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"Yuli", le film qui montre la réalité de la vie cubaine sous Castro
Prononcer le mot "Cuba", c’est ouvrir un imaginaire fait de cocktails pris en dansant sur des plages baignées de soleil, de routes parcourues par des voitures collectors superbes entretenues par des Cubains souriants, de révolutionnaires pétris d’idéaux égalitaristes et libertaires. Un imaginaire si puissant qu'il évincerait presque la réalité du pays ayant subi le plus long embargo de l’Histoire et où la population ne possède à peu près rien. Une réalité dont le film "Yuli", signé par la réalisatrice Icíar Bollaín et sorti ce mercredi en Suisse romande, permet de prendre la mesure.
Voir la bande-annonce du film "Yuli":
Un talent exceptionnel
L'histoire mouvementée de Cuba n’est pourtant pas le sujet central du film. C’est Yuli, de son vrai nom Carlos Acosta, un gamin élevé par les rues de la Havane, et tant bien que mal que par une mère blanche, psychiquement fragile, et un père noir descendant d’esclaves comme plus de 50% de la population cubaine.
Un métis chez qui le père décèle un talent exceptionnel pour la danse, qu'il va contraindre à travailler. Car entrer dans la prestigieuse école de ballet de Cuba, c’est se garantir un confort matériel et un ticket pour ailleurs. Que prendra l’étoile Acosta: il deviendra le premier Noir à porter des rôles tels que Roméo, au sein du Ballet de Houston, puis du Royal ballet de Londres, avant de prendre son indépendance comme danseur et chorégraphe.
Le rejet des autres élèves
L'ambition du film est de faire l'éloge de la danse. Parallèlement à la narration de son parcours, le film nous situe au présent. où Carlos Acosta, le vrai, dirige une chorégraphie illustrant sa relation complexe et violente à son père, son rejet par les autres élèves blancs des écoles de danse.
Mais ce n'est pas l'éloge de la danse que le film offre de mieux. L'intérêt du film réside surtout dans son arrière-plan: le Cuba des années 1970 et jusqu'au 1990. Par fines touches, l'île apparaît comme le pays que beaucoup tentent de quitter sur des radeaux de fortune, parce qu’on y crève lentement à force d’interdits et de restrictions.
Cuba, pays sans racisme ni injustice c'est un mythe, tout juste bon à remplir les cartes postales envoyées par des touristes venus profiter des beautés cubaines – et pas uniquement des couchers de soleil.
La fracture raciale persiste, la misère aussi, renforcées aujourd'hui par les sanctions américaines qui ont repris de plus belle sur fond de crise avec le Venezuela. C’est aussi cela Cuba.
Et si l’on y danse c’est surtout pour tenter d’échapper à cette réalité.
Anne-Laure Gannac/mh
Publié le 11 juin 2019 à 09:48