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Karl Heinrich Marx naît à Trêves, en Prusse, le 5 mai 1818, et mourra à Londres le 14 mars 1883. Il a marqué l’histoire de plusieurs disciplines comme la philosophie, l’économie politique ou encore le champ très large des sciences sociales.
La lutte des classes et les révolutions représentent les idées principales de la pensée de Marx. La société est divisée en classes: la noblesse, la bourgeoisie, le prolétariat. Les sociétés féodales étaient dirigées par la noblesse et ont été renversées par la classe bourgeoise pour mettre en place les sociétés à modes de production capitalistes. Marx pense que de la même manière le prolétariat renversera, par la révolution, la classe bourgeoise dominante pour instaurer des sociétés à mode de production communistes.
Inspiré par l’humanisme de Feuerbach et l’idéalisme de Hegel, Marx propose une série de critiques philosophiques et économiques qui donneront par la suite naissance à de multiples mouvements marxistes dans des disciplines diverses (sciences sociales, économie, philosophie, sciences politiques).
Vie et pensée de Karl Marx (1818-1883)
Repères biographiques
Marx naît en 1818 en Prusse. Après avoir étudié à l’université de Bonn, il défend sa thèse de doctorat en philosophie à l’université de Berlin en 1841.
Durant cette période, il se rapproche des cercles de jeunes hégéliens. Entre 1842 et 1843, il travaille, d’abord en tant que collaborateur puis en tant que rédacteur en chef, à la « Gazette rhénane », journal de la bourgeoisie rhénane de gauche. En 1843, il s’installe à Paris, après que le gouvernement prussien ait interdit la publication de son journal. Il rencontre Friedrich Engels en août 1844, c’est le début d’une longue et fructueuse collaboration. Marx entame alors l’élaboration du matérialisme historique qui constituera la base de toutes les différentes formes qu’a pris le communisme ultérieurement.
En 1847, Marx et Engels participent à la fondation de la Ligue Communiste à Londres. C’est aussi l’année ou Marx publie « La misère de la philosophie » en réponse à « La philosophie de la misère » de Proudhon. En février 1848, après quatre ans de collaboration, Marx et Engels publient le « Manifeste du parti communiste« , leur œuvre majeur. C’est dans cet ouvrage qu’est développée l’idéologie communiste, ainsi que la démonstration scientifique de son application comme accomplissement final de la société. En Mars 1848, Marx revient en Allemagne, s’installe à Cologne et y est élu Président de l’union ouvrière en octobre. Après plusieurs déplacements en Allemagne et en Europe, il écrit, dès 1851, plusieurs articles pour le « New York Daily Tribune« sur les différentes révolutions à travers le monde.
En 1864 est fondée, à Londres, la première internationale des travailleurs pour laquelle Marx rédigera « l’adresse inaugurale », ainsi que » les statuts provisoires » de l’association. En parallèle à son activité pour l’internationale, Marx rédige son œuvre la plus aboutie: « Le Capital« . Il en termine le premier jet à la fin de 1865, et publie le Livre I en 1867. Les deux livres suivants seront publiés à titre posthume par Engels, en 1885 pour le Livre II et 1894 pour le Livre III. Marx passera la fin de sa vie à travailler à l’émergence pratique de la conscience de la classe prolétarienne, en luttant avec l’Internationale auprès de tous les militants ouvriers d’Europe. Il meurt en 1883 à l’âge de 65 ans. Friedrich Engels, son ami et collaborateur durant quarante ans, meurt en 1895, une année après avoir fini de publier « Le Capital » de Marx.
La pensée de Marx
La pensée de Karl Marx est celle d’un philosophe, d’un historien, d’un sociologue et d’un économiste. Résumer cette dernière de bout en bout serait fastidieux et peu utile dans le cas présent. Il s’agit donc ici de se concentrer sur les principaux concepts de sa pensée, dont ceux que l’on retrouve dans ses deux ouvrages principaux que sont le « Manifeste du parti communiste » et « Le Capital« .
La méthode dialectique – Contradictions, aliénation et critique
Marx reprend ici une méthode décrite et détaillée par Hegel en la renversant. En effet, Hegel posait la dialectique comme une analyse du monde en mouvement. Le monde n’est pas en développement continu, mais est fait de bonds, de ruptures, etc. La dialectique lui permet de montrer que toutes ces discontinuités représentent en réalité un mouvement vers la perfection. Marx reprend cette méthode d’analyse en l’appliquant directement à l’Histoire des sociétés. Elle permet une analyse des rapports entre différents éléments contradictoires permettant de mettre en lumière un mouvement de la société dans l’Histoire.
Grâce à cette méthode, Karl Marx peut mettre en évidence l’aliénation à laquelle sont exposés les hommes, terme qu’il reprend également à Hegel. L’aliénation a lieu dès le moment où quelqu’un est utilisé autrement que dans sa finalité propre et naturelle. Par exemple, lorsqu’un travailleur vend son travail à un employeur, il s’aliène car le produit de son travail ne lui appartient plus. Ainsi, la nature de son travail n’est plus respectée. Cette aliénation débouche forcément chez Marx sur une critique systématique de ce qui aliène l’être humain. Cette critique est la manière qu’à Marx de mettre en avant des contradictions et les solutions qu’il y donne.
« Manifeste du parti communiste »
Le « Manifeste du parti communiste » que Marx écrit en collaboration avec Friedrich Engels, est la première tentative achevée de Marx de présenter les bases d’un communisme basé sur une démarche scientifique. Les auteurs y exposent une analyse historique des changements sociaux. Cette analyse, qui sera explicitée plus loin, est appelée le matérialisme historique. Mais pour penser ce matérialisme historique, Marx et Engels ont dû mettre en évidence le processus qui est à la base de ce matérialisme: la lutte des classes.
Lutte des classes
La lutte des classes est, selon Marx, le moteur de l’Histoire. En effet, depuis toujours, les différentes classes de la société luttent les unes contre les autres pour la possession et l’utilisation des moyens de production. La possession de ces derniers permet l’accès au pouvoir car elle définit qui est au service de qui dans la société. L’idée de Marx, quelques temps après la révolution française, est que la bourgeoisie s’est emparée des moyens de production, appartenant jusqu’ici à l’aristocratie. Mais la lutte des classes n’est pas pour autant terminée, les rôles ont simplement changés et une autre classe luttera à présent pour le contrôle des moyens de production. Il est essentiel de souligner le caractère révolutionnaire que doit prendre la lutte des classes. Les moyens de production changent de main brutalement, au prix d’un remaniement de la société et de son fonctionnement. Le matérialisme historique exposé ci-dessous est l’inscription cyclique dans l’Histoire de cette lutte des classes.
Matérialisme historique
Le matérialisme historique représente une vision scientifique de l’Histoire à travers la lutte des classes. Tout comme la bourgeoisie s’est emparée des moyens de production appartenant à l’aristocratie, le prolétariat, formé suite à la domination de la bourgeoisie, s’emparera des moyens de production de celle-ci pour se les approprier.
Lorsqu’un système est en crise, c’est la lutte des classes s’exprimant à travers des actes révolutionnaires qui va remettre de l’ordre. Le système entre en crise, la classe dominée se mobilise, elle fait une révolution, reprend le pouvoir à la classe dominante et rétablit un système différent dans lequel elle domine. Ces cycles définissent l’histoire des sociétés selon Marx.
Dans le « Manifeste« , Marx annonce le communisme et la domination de la classe prolétarienne comme l’achèvement de cette évolution des sociétés. Lorsque le communisme sera en place, il n’y aura plus de classe dominée ou dominante, la classe prolétarienne tout entière organisera les moyens de production de manière à ne plus asservir personne. Le matérialisme historique est donc une analyse cyclique de l’histoire sociale qui prendra fin lorsque le prolétariat aura fait la dernière révolution nécessaire.
Le « Manifeste du parti communiste » n’est pas un appel aux armes ou un programme politique, c’est l’exposé d’une analyse de l’histoire des classes sociales et sa projection dans le temps. Il est censé être la démonstration du fait que le communisme n’est pas seulement une idéologie, mais une conséquence scientifiquement inévitable de la marche de l’histoire.
« Le Capital »
« Le Capital » est l’oeuvre majeur de Karl Marx. Publié en majorité à titre posthume, cet ouvrage en trois volumes présente une analyse dialectique de l’économie et de la société à travers l’histoire. Marx part du constat que la vie économique dans le capitalisme n’est pas constituée, comme on souhaiterait nous le faire croire, d’échanges d’équivalences. En effet, tout ne peut pas toujours être équivalent. Le problème réside dans le fait que l’argent, comme d’autres créations de l’homme, est devenu une idole pour l’homme qui oublie qu’il l’a créé. L’homme s’aliène donc par l’argent. Cette aliénation a permis ce basculement entre un système d’échange d’équivalence et un système de recherche de profit. Marx va alors s’attacher à cerner l’origine du profit: d’où vient-il? à qui profite-t-il? et aux dépens de qui?
Pour Marx, la valeur d’échange d’un produit, celle que ce dernier acquiert lors d’une transaction, est composée d’énormément de choses: l’offre, la demande, l’amortissement de l’outillage, la valeur de la matière première et, plus important que tout, la main-d’œuvre. L’employeur capitaliste va payer au travailleur un temps de travail moyen qu’il incorporera comme charge dans le prix de son produit. Mais pour que l’employeur puisse faire du profit, il faut qu’il y ait une plus-value quelque part. Selon Marx, cette plus-value réside dans le fait que le travailleur apporte plus de valeur aux produits (par son savoir-faire, son expérience, etc.) que ne lui est restitué d’argent à travers son salaire. C’est pourquoi Marx développe toute une rhétorique de l’exploitation. Le travailleur libre vend son savoir-faire et son temps et est rémunéré par le salaire. Cette apparente équivalence est une des plus grandes contradictions de la société. C’est le capitaliste qui fait fructifier son argent (et qui génère donc du profit) en exploitant le savoir-faire et le temps du travailleur. Le profit vient donc d’un déséquilibre, qui générera des conflits internes à la société, et profite uniquement à la minorité la plus aisée de la société. La majorité prolétaire, étant donné les salaires insuffisants, n’a la plupart du temps pas les moyens d’acheter les produits qu’elle a fabriqués. Le déséquilibre qui suit est non-seulement social (comme exposé dans « Le manifeste du parti communiste »), mais également économique. En effet, si la majorité ne peut pas consommer, les risques de surproduction et donc de crises augmentent considérablement. C’est irrémédiablement ce qui va se passer si les déséquilibres sociaux et économique continuent d’augmenter, en exploitant toujours plus les travailleurs et en réinvestissant uniquement dans les moyens de productions afin de générer encore plus de profit.
Bibliographie commentée
Marx, K. (1972). Manuscrits de 1844. Paris: Editions Sociales. (Oeuvres originales publiée en 1932)
Ecrits durant son séjour à Paris en 1844, ces manuscrits ne seront publiés pour la première fois qu’en 1932. Marx y pose sur papier le début de sa réflexion sur l’économie. Le premier manuscrit contient les prémisses de sa réflexion sur le capital. Le deuxième manuscrit développe les idées du premier, et marque les premières contradictions entre capital et travail. Enfin, le troisième manuscrit passe en revue les grands penseurs de l’économie avant de mettre en place certaines grandes lignes qui seront reprises dans le « Manifeste du parti communiste ».
Marx, K. (1977). Misère de la philosophie. Paris: Editions Sociales. (Oeuvre originale publiée en 1847)
Cet ouvrage est écrit par Marx en réponse à « La philosophie de la misère » de Proudhon, dans lequel ce dernier expose certaines de ce qu’il appelle des contradictions économiques. Marx écrit cette réponse lors de son séjour à Paris, et en français. Marx reprend l’œuvre de Proudhon et la commente argument par argument, tout en montrant à chaque fois que le Français n’invente rien et ne propose pas de solution. C’est un ouvrage intéressant qui expose bien la relation entre les deux penseurs et les contradictions qui les opposent.
Marx, K., Engels, F. (1998). Manifeste du parti communiste. Paris: GF Flammarion. (Oeuvre originale publiée en 1848)
Oeuvre majeure de Karl Marx et Friedrich Engels publiée en 1848, ce livre pose les fondements de l’interprétation scientifique de l’histoire selon Marx. Les auteurs offrent en même temps au communisme naissant une justification historique et scientifique, et une légitimité tant politique qu’économique. Avant de cofonder la première Internationale des travailleurs, ce livre permet à plusieurs générations de prolétaires de rêver d’une société plus équitable, ou tout au moins qui leur appartiendrait.
Marx, K. (1977). Contribution à la critique de l’économie politique. Paris: Editions Sociales. (Oeuvre originale publiée en 1859)
Comme il le dit dans sa préface, Marx examine et critique dans cet ouvrage « le système de l’économie bourgeoise » (p.1). Son but est de passer en revue les différents rapports qui font que le capitalisme fonctionne comme il le fait. Pour cela, il reprend l’économie politique depuis le début en redéfinissant des concepts tels que « marchandise », « monnaie », « valeur », etc. C’est grâce à ce livre ainsi que grâce au « Capital » que Marx reste dans les annales comme un des penseurs principaux de l’économie. Il ne se contente pas de critiquer les auteurs de références, mais il propose lui-même de nouvelles œuvres de référence.
Marx, K. (1924). Le Capital. Paris: ACostes. (Oeuvre originale publiée en 1867, Livre I – 1885, Livre II – 1894, Livre III)
La plus colossale des oeuvres du philosophe allemand. Le Capital est publié en trois livres, dont un seul du vivant de Marx. Comme dans l’ouvrage précédent, Marx plonge dans l’économie politique. Il analyse et critique le capitalisme (voir ci-dessus) d’un point de vue économique, social, politique et philosophique. Il y montre que le capitalisme ne peut être qu’injuste et que la propriété commune est, entre autre chose, la mesure qui aidera à la sortie de ce système qui favorise une toute petite minorité aux dépens de la majorité, les prolétaires.
Références
Collin, D. (2009). Comprendre Marx. Paris: Armand Colin.
Lefebvre, H. (1966). Pour connaître la pensée de Karl Marx. Paris: Bordas.
Marx, K., Engels, F. (1998). Manifeste du parti communiste. Paris: GF Flammarion. (Oeuvre originale publiée en 1848)