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Une occupation diachronique sous l’autoroute A89
Résumé
Le décapage de trois hectares et demi au lieu-dit les Dérompés à Néronde a permis de mettre au jour une occupation protohistorique et antique accompagnée de quelques indices d’occupations plus anciennes.
Quelques silex témoignent ainsi d’une fréquentation du lieu dès le Paléolithique Moyen (Moustérien, -35 000 ans), puis au cours du Néolithique.
Vers 1400 av. J.-C., un épisode de déboisement est attesté par toute une série de chablis, résultant de l’arrachage d’arbres. Quelques fosses livrent ensuite du mobilier du Premier âge du Fer, en lien probable avec le site du Rieu situé en contrebas.
Au IIe siècle av. J.-C., un habitat gaulois se développe dans la partie amont du site, entouré d’un fossé et alimenté en eau par une boutasse. Des bâtiments, probablement construits en pisé sur solin de pierre, prennent la suite à l’époque gallo-romaine, dès la période augustéenne. L’ensemble constitue vraisemblablement une ferme, pratiquant l’élevage et une polyculture vivrière. Ce domaine est abandonné au cours du IIIe siècle, puis le terrain est laissé à la forêt jusqu’aux défrichements du Moyen Âge (dérompés) pour la mise en culture. Enfin, au XXe siècle, un verger est installé à l’ouest de la parcelle.
Notice complète
Le site des Dérompés, à Néronde (Loire), est situé sur un plateau entre 480 et 484 m d’altitude NGF dans les piémonts occidentaux des Monts du Lyonnais. Les artefacts et les structures anthropiques prennent place directement sur le substrat géologique ou sur des couches peu épaisses de colluvions.
Quelques pièces lithiques en position secondaire présentent des caractéristiques cohérentes avec une datation du Paléolithique moyen. Un autre corpus correspond au bagage technologique reconnu au Paléolithique supérieur, qui évoque les gisements gravettiens du Saut du Perron. La nature des supports d’autres pièces récoltées et les stigmates de certains nucléus permettent également de dégager un faciès chrono-culturel Mésolithique, avec quelques armatures sauveterriennes et des indices de débitage sur site. Quelques pièces très isolées appartiennent enfin au Néolithique, dont une lame complète à rattacher au Chasséen.
Un ensemble de chablis livre ensuite du mobilier céramique du Bronze final I et ont été datés par radiocarbone aux alentours de 1350 av. J.-C. L’érosion postérieure, peut-être induite par cet épisode, a oblitéré les traces d’une éventuelle installation de l’âge du Bronze.
Un nouveau hiatus s’observe jusqu’au Hallstatt D, période pour laquelle quelques fosses ou chablis livrent des lots céramiques. Un phénomène de colluvionnement constaté dans une ravine pourrait constituer un argument supplémentaire pour postuler l’exploitation du plateau dans ce contexte chronologique.
L’occupation suivante appartient au second âge du Fer. Les structures attribuables à cette phase, localisées dans la partie orientale de la fouille, sont très arasées et l’établissement d’un bâtiment antique a sans doute détruit une partie de ces vestiges. On peut néanmoins proposer de voir plusieurs unités d’habitation sur poteaux porteurs, situées à l’emplacement même de ce bâtiment. Ils dessinent en effet deux quadrilatères développant une surface protégée de 42 m 2 au minimum. Ces structures se trouvent à l’intérieur du périmètre défini par un fossé de parcellaire ou d’enclos. La concomitance de ces deux manifestations plaide en faveur de l’existence d’une exploitation agricole gauloise. Par ailleurs, une mare aménagée, située en contrebas, livre des indices probants de cette occupation et reflète la nécessité d’un approvisionnement en eau. La présence d’indices de piétinement fournie par la palynologie, tout comme les restes osseux appartenant à la triade domestique, témoignent d’une activité d’élevage sur le site. D’autre part, le comblement de cette mare, dont le mobilier est essentiellement détritique, offre une image secondaire d’un habitat domestique dans toute sa complexité. Les structures ayant livré du mobilier, essentiellement céramique, attestent d’une occupation importante sur le site dès le milieu du IIe siècle av. J.-C., qui perdure ensuite jusqu’à La Tène D1b, aux environs des années 70 av. J.-C. La présence résiduelle d’une fibule en bronze datée de La Tène B2, dans le fossé, et de récipients se rapportant parfois à un répertoire plus ancien dans ce même fossé et dans la mare, semble toutefois indiquer une installation plus précoce de l’habitat.
L’analyse palynologique met en évidence un paysage assez ouvert, sur lequel l’emprise anthropique est bien attestée et l’analyse anthracologique, réalisée sur des prélèvements de cette même structure, confirme la proximité d’une chênaie. Des indices du travail du métal ont également pu être mis en évidence par la présence de scories et de fragments de blocs tuyère. En raison de l’absence de fossiles directeurs parmi le mobilier métallique, c’est la céramique qui a fourni le plus d’indications chronologiques. Les nombreuses comparaisons effectuées avec les ensembles foréziens ont démontré une filiation certaine entre le faciès de Néronde et celui de Feurs, qui s’explique par la proximité géographique de ces deux sites.
Ces éléments du deuxième âge du Fer sont tout à fait pertinents car ils sont les témoins de la présence d’un établissement, sans doute agricole, sur les contreforts de la plaine du Forez. Ce genre d’occupation et de mise en valeur du territoire n’était jusqu’alors pas attesté de manière fiable dans ce secteur géographique. Le site laténien le plus proche, le Crêt Chatelard, correspond à une agglomération plus importante, puisqu’il fait partie des oppida contrôlant la vallée de la Loire. Bien que ce site ait livré de rares indices d’occupation du IIe siècle av. J.-C., sa période d’occupation principale débute seulement au deuxième quart du Ier siècle av. J.-C. à mettre en parallèle avec un abandon concomitant du site des Dérompés.
L’occupation reprend ensuite au milieu du premier siècle de notre ère. Toute la surface explorée livre des indices de cette phase. Deux pôles, situés à l’est et à l’ouest, fonctionnent néanmoins comme centres d’attraction des structures et du mobilier archéologique, avec une liaison par la façade nord du terrain. Deux bâtiments ou moins vastes et livrant des quantités importantes de mobiliers. Par ailleurs, de nombreux tracés linéaires fossoyés viennent scander le paysage.
Un premier bâtiment se trouve à l’est du site, à l’emplacement probable de l’occupation gauloise. Le corps principal présente une surface de 20,30 m par 8,50 m séparé en trois espaces et orienté à N23°W. La pièce nord est partiellement occupée par un grand bassin équipé d’un mortier hydraulique et dont il ne reste que le fond. Un fragment de porphyre vert provient d’un des murs de ce bâtiment. Ce dernier présente également une petite annexe accolée à sa façade occidentale. Au-devant de cet habitat, plusieurs grandes fosses à fond plat livrent un abondant mobilier céramique. Leur fonction demeure incertaine, mais l’une d’entre elles présente un pavage de dalles en roche locale. A proximité de celle-ci, un puits à probable cuvelage en bois a également été comblé par un important dépotoir. En contrebas, un autre puits maçonné peu profond reprend à peu près l’emplacement de la mare gauloise. Toujours sur la parcelle A 527, un dernier puits, plus profond, voit son abandon daté du IIIe-IVe siècle. Dans la partie septentrionale du site, une série de petits bâtiments au plan incomplet matérialise probablement la façade nord de l’occupation, et se trouve limitée par un grand fossé est-ouest.
A l’ouest, en deçà d’un autre fossé perpendiculaire au précédent, un bâtiment allongé, de 15,50 m par 4,60 m possède une annexe au sud et une cour à l’avant, limitée par un mur d’enceinte de la parcelle, parallèle au fossé. Une pièce semi-enterrée borde cette cour au sud et conservait encore sa toiture effondrée et son pavage sous-jacent, interrompu localement par des négatifs de structures probablement en bois. Plusieurs foyers rectangulaires de dimensions variées gravitent autour de cette installation. A environ 40 m de part et d’autre du bâtiment deux aménagements matérialisent les angles du fossé parcellaire. Enfin, deux vastes dépressions peu profondes ont été comblées par un abondant mobilier céramique dans la partie nord-ouest de l’occupation.
L’ensemble des installations antiques est concentré entre le milieu du Ier siècle et la fin du IIe début du IIIe siècle. Quelques indices augustéens, au demeurant bien isolés, et la datation radiocarbone, tardive, du comblement d’un puits peuvent toutefois venir élargir cet intervalle temporel. Par ailleurs, il est impossible d’établir un phasage au sein de cette période, ni de préciser la chronologie relative des différents bâtiments.
Divers indices témoignent enfin des dernières interventions anthropiques réalisées sur les parcelles fouillées à une date relativement récente. Plusieurs alignements de fosses carrées témoignent ainsi de l’implantation d’un verger dans la partie occidentale de la parcelle A 629. Ces nouvelles traces font suite à un hiatus important, probable conséquence d’un déplacement de l’occupation médiévale plus en amont, au lieu-dit Chazelle par exemple.
T. Argant
Commune: Néronde
Adresse / lieu-dit: Les Dérompés
Canton / Département: Loire (42)
Pays: France
Date de l’intervention:
du 03-08-2009 au 14-12-2009
Période(s) concernée(s): Préhistoire, Protohistoire, Antiquité
Nature de l’intervention: Opération d’archéologie préventive en préalable à la construction de l’autoroute A.89
Surface: 35 000 m²
Responsable d’opération: T. Argant
Suivi scientifique: M.-A. Gaidon-Bunuel (Drac-Sra Rhône-Alpes)
Aménageur: A.S.F.