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Les convictions exprimées par François Cherix dans un livre voulu par la direction de la TSR ne sont plus guère d’actualité, pas plus que le blochérisme qu’il croit courageux de dénoncer.
Par Mohammad Farrokh
Faut-il beaucoup de courage et d’originalité pour dénoncer le „blochérisme triomphant” ? François Cherix a l’air de le croire dans son dernier livre, „La question romande”, où il multiplie les attaques contre l’ex-conseiller fédéral. Par ailleurs, il évoque le souvenir ému de Jean-Pascal Delamuraz. Manifestement, le plus pro-européen des publicistes romands n’a pas digéré le 6 décembre 1992 qui, écrit-il, „découpe au scalpel une ligne de partage d’une étonnante précision entre Alémaniques et Romands”.
D’ici à rêver d’une région romande, peut-être dotée de ses propres institutions démocratiques, il n’y a qu’un pas que l’auteur franchit allégrement, tout en se défendant de vouloir porter atteinte à l’unité confédérale. „Les désirs des Romands” s’expriment avec les Alémaniques, rassure-t-il, pas toujours très crédible lorsqu’il laisse transparaître une certaine envie pour la position de la Wallonie.
A défaut de parlement ou de gouvernement régional, la Suisse romande a ses institutions médiatiques dont on oublie un peu vite qu’elles l’ont aidée à populariser son nom. Car s’il est effectivement possible de retrouver la trace de l’adjectif romand au XVIIIe siècle, celui-ci a été pour ainsi dire accrédité par les auteurs regroupés dans les années 1906-1910 autour de „La Voile latine”qui se définissait elle-même comme une „revue de culture suisse”. François Cherix n’a pas l’air très au clair sur les débuts de l’idée romande, ni sur le contexte dans lequel elle s’inscrivait.
Le mandat de Gilles Marchand. La grande force de l’auteur de „La question romande” n’est pas de remettre en cause les idées reçues ou de ressortir du placard le souvenir de certains des auteurs de „La Voile latine”, oubliés parce que trop ringards, trop conservateurs, trop vieille Suisse, tels que Gonzague de Reynold ou Robert de Traz qui ont eu, entre autres torts, celui de créer la Nouvelle Société Helvétique en 1914 pour relancer l’idée confédérale. Non, la force de François Cherix est de remplir le mandat que Gilles Marchand, le directeur de la TSR, dit dans sa préface lui avoir confié, celui de mener une „investigation”. Il le fait sans ébranler aucune des propositions généralement tenues pour vraies chez les partisans du politiquement correct. Tout au plus se permet-il de relever que Roland Béguelin n’est pas le créateur du terme de Romandie dont les ignorants l’auraient volontiers crédité.
Mais il soutient le „combat jurassien”, qui n’en a plus besoin, tout comme il sert la soupe à tous ceux qui incarnent l’idée d’une Romandie „ouverte”, des personnalités telles que Jean Studer, Pierre-Yves Maillard, Isabelle Chassot, Pierre Maudet. De fait, c’est un véritable tour de force que de caresser le pouvoir dans le sens du poil tout se positionnant comme un contestataire. Il est vrai que, pour François Cherix, c’est la Suisse romande presque toute entière, qui est en situation de rupture latente face au reste la Suisse sur la question européenne: „depuis le refus de l’EEE, les Romands semblent dans un conflit de loyauté”. Dans cette perspective, les Romands auraient baissé les bras face au „nationalisme blochérien”qui, depuis le 6 décembre 1992, serait devenu „une monoculture dominante”.
La question biométrique. Mais il faudrait faire la part de l’évolution de l’opinion en Suisse romande et, à cet égard, ce qui frappe l’observateur un tant soit peu impartial, c’est au contraire la perte de vitesse de l’idée européenne ces dernières années. En d’autres termes, le „découpage au scalpel” du 6 décembre n’est plus d’actualité et, parfois, les Romands vont jusqu’à se montrer encore plus sceptiques que les Alémaniques face aux oukazes de Bruxelles.
Dernière en date des manifestations de ce scepticisme, la votation du 17 mai sur le passeport biométrique: si celui-ci a été accepté d’extrême justesse, c’est grâce notamment au vote des communes de la „Goldküste” zurichoise, le Blocherland par excellence. S’il n’en avait tenu qu’aux Romands, en particulier aux Jurassiens qui ont eu le courage de dire non à une nouvelle exigence bureaucratique de cette Union européenne que François Cherix aime tant, le passeport biométrique aurait été refusé!
© EDITO 2009