Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07190.jsonl.gz/664

Un chiffre brut d'abord : l'OMS estime que le réchauffement climatique d'origine humaine observé depuis 30 ans provoque déjà aujourd'hui la mort de 150 000 personnes par année dans le monde. Que faire d'une telle information ? La ranger au rayon des estimations alarmistes et l'oublier ? La transformer en argument prêt-à-servir ? Les auteurs d'une revue parue le 17 novembre dans Nature invitent le lecteur à une démarche plus intègre : s'intéresser à ce chiffre, revenir aux sources, faire le point sur ce qui est connu des liens entre santé et climat, identifier les zones d'incertitude, détailler les différents risques que le changement climatique fait peser sur la santé et s'intéresser aux communautés menacées par ces risques (Nature 2005;438:310-7).Les chercheurs du Nelson Institute for environmental studies, une structure multidisciplinaire de l'Université du Wisconsin, commencent par un exemple européen : la vague de chaleur de l'été 2003, le plus chaud depuis cinq siècles, et les dizaines de milliers de morts qui lui ont été associés. L'événement illustre le fait que, du point de vue des impacts sur la santé humaine, l'augmentation de la variabilité climatique a au moins autant d'importance que l'évolution des valeurs moyennes. Bien qu'on ne puisse pas démontrer que l'été 2003 n'aurait pas été aussi chaud sans effet de serre, les climatologues estiment que la probabilité d'un tel extrême climatique a doublé en raison des activités humaines.La seule température peut à l'évidence être une cause importante de mortalité directe.Autre facteur de risque, l'impact des changements climatiques sur la production agricole. Les études réalisées à ce sujet montrent que, globalement, les effets positifs et négatifs des changements climatiques sur la production céréalière mondiale devraient s'équilibrer. En revanche, on peut craindre une augmentation des crises alimentaires régionales.L'impact profond du climat sur les maladies infectieuses ne fait aucun doute. Pourtant, le lien entre l'évolution du climat régional et la prévalence d'une maladie donnée n'est pas toujours facile à démontrer. Les études réalisées sur le lien passé entre climat et malaria en Afrique, par exemple, livrent des résultats contradictoires. De nombreux facteurs socio-économiques brouillent les cartes.Les cycles climatiques naturels El Niño confirment cependant en grandeur réelle la dépendance climatique des maladies. De nombreuses études montrent des associations entre les épisodes El Niño et les épidémies de malaria en Amérique du Sud, celles de dengue en Thaïlande, ou encore les cas de choléra ou les diarrhées infantiles dans les aires géographiques concernées.Reste à traduire le corpus des observations ponctuelles en chiffres globaux, ou, plus délicat encore, en prévisions. Les auteurs présentent les travaux réalisés dans ce domaine, en particulier les projections de l'OMS pour l'année 2030. Ils montrent combien l'incertitude est grande dans l'état des connaissances. Ils soulignent la valeur des systèmes d'alerte précoce dans ce contexte. Ils relèvent enfin que les populations les plus menacées par les risques climatiques sont, une fois encore, les plus vulnérables. Et celles qui émettent le moins de gaz à effet de serre par tête.