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Le Parc Szilassy
Le Parc de Szilassy a été projeté et construit en 1835 à l’endroit du lieu-dit Soressex par Elisabeth Hope, de nationalité anglaise. A ce titre, elle était imprégnée de la tradition des jardins paysagers à l’anglaise, dont l’idée et le concept se sont développés à l’époque des Lumières. Les Anglais ont révolutionné l’art des jardins au 18e siècle, opposant au jardin rigide, géométrique de l’époque baroque l’asymétrie, le sauvage, ainsi qu’une nouvelle compréhension de la nature. Selon cette tradition, Elisabeth Hope a ainsi conçu, à l’intérieur du parc, des chemins prévus pour une promenade comprenant des «tableaux», des points de vue finement choisis à partir desquels on pouvait contempler la nature environnante.
Au moment où Lady Hope arrive à Bex, la Suisse et les Alpes constituent une destination privilégiée et prisée des «touristes» européens, anglais en particulier. Bien que les Alpes soient déjà courues dès le Moyen-Âge, elles font l’objet d’un attrait grandissant au cours du 18e siècle et elles voient défiler un nombre de voyageurs croissant. Parmi ces derniers, les Anglais du «Grand Tour», notamment, participent de l’amplification du mouvement. Comme l’explique Claude Reichler dans La découverte des Alpes et la question du paysage (2002), «les Alpes, peu lointaines mais découvertes comme un monde nouveau (…), furent constituées comme un des espaces de projection destinés à recevoir et à préserver les représentations du monde que les sociétés avancées de l’âge des Lumières voyaient disparaître». Les Préalpes cristallisent ainsi une imagerie idéale et se profilent comme un lieu d’idylle, un «nouvel Eden».
Au tournant du 19e siècle, la recherche de sensations comme l’effusion du moi, la perte de soi ou le sentiment d’infini, directement liés au Romantisme, perpétuent cette fascination pour la moyenne montagne et la nature en général. Alors que dans les jardins paysagers anglais, les temples, les grottes et les ruines artificielles se rapportaient aux biens culturels antiques, les Alpes se présentaient comme un lieu de mythe (on pense par exemple à l’intérêt de Schiller pour le mythe de Guillaume Tell).
Le Parc de Szilassy a été légué successivement à trois générations et il tient son nom du mari de la fille adoptive d’Elisabeth Hope, le hongrois Jules de Szilassy. Marquée par de malheureux revers de fortune, l’histoire de la famille a engendré la mise en vente du parc dans le courant du 19ème siècle, puis son legs, en 1949, au canton de Vaud. Bénéficiaires d’un usufruit, les descendants de Jules de Szilassy ont continué à occuper le parc et à exploiter les champs, les jardins, les serres et les ruches jusqu’en 1969 à la mort de Julia de Szilassy, dernière héritière de la famille. Depuis ce moment-là, l’État de Vaud est propriétaire du domaine, et c’est en 1981 que l’exposition Bex & Arts y a lieu pour la première fois, occupant dans un premier temps le terrain de manière partielle.
Le Parc de Szilassy a été conçu dans le but de susciter des impressions nouvelles et d’ouvrir l’esprit du promeneur. Aujourd’hui, ce site reste fort de sa localisation et empreint de sa fonction première, offrant un terrain de réflexion privilégié autour des notions de délimitation, d’ouverture, d’autonomie et de synergie. En tant qu’espace défini, il interroge le sens des frontières entre des territoires (esthétiques) fluctuants, que ce soit dans le domaine de l’art ou dans notre société. Le caractère autonome de ce parc paysager l’érige en un contexte dont on ne peut faire abstraction. Les artistes sont ainsi invités à le mettre au premier plan, à dialoguer, voire à lutter, avec ce cadre d’exposition atypique. Bien que les passages, les petites forêts et les points de vue d’origine aient en partie disparu, la nature y reste tracée comme un paysage, comme une nature imaginée, prête à se confronter aux difficultés sociales, comme aux interventions artistiques.
La famille Szilassy et la Maison des Jeunes
En 1834, deux aristocrates britanniques, Lady Hope et sa fille Elisabeth, tombent sous le charme de la petite ville de Bex et de ses eaux thermales. En 1837, Elisabeth Hope acquiert un vaste terrain au lieu-dit «Soressex» (« au-dessus du rocher ») et y fait bâtir une maison de maître, des serres et des pavillons.
Dès 1838, Elisabeth Hope habite à Soressex, avec sa mère et avec son mari, le Vaudois Louis Billard, qui était son ancien cocher. On raconte que le cocher avait sauvé la jeune femme face à un cheval emballé… Les Billard-Hope ne parviennent pas à avoir des enfants ; ils adoptent alors une fillette d’Yverdon dont ils font leur héritière : Laure Correvon.
Quelques années plus tard, Laure rencontre à Vevey un aristocrate hongrois, Jules de Szilassy, venu en Suisse pour soigner une maladie des yeux. Les jeunes gens tombent amoureux, se marient en 1869 et viennent s’installer à Soressex. Huit enfants naissent de cette union mais trois meurent à la naissance ou en bas-âge. Laure de Szilassy décède des suites de son dernier accouchement, en 1886.
Jules de Szilassy reste seul à Soressex avec ses cinq enfants. Il meurt peu après, en 1889. Les enfants de Szilassy, désormais orphelins, partent en Hongrie dans leur famille paternelle.
La propriété de Bex est louée jusqu’en 1939. A cette date, l’un des enfants de Jules et Laure de Szilassy, Charles, revient s’établir à Soressex avec son épouse Julia ; ils sont rejoints en 1946 par le frère de Charles, Francis.
En 1952, Charles de Szilassy meurt sans descendance. Il fait savoir par testament que la propriété de Soressex sera léguée à l’Etat de Vaud « en faveur de l’enfance malheureuse », mais que ce legs n’entrera en vigueur qu’après le décès de son épouse, Julia de Szilassy. Cette dernière meurt en 1969, après avoir habité Soressex pendant 30 ans. La maison de maître, désormais propriété de l’Etat de Vaud, devient alors une école, puis une institution. Le petit cimetière, établi sur la propriété, conserve la mémoire des anciens propriétaires de Soressex.
Depuis 2008, le parc et l’ancien domaine des Szilassy accueillent un accompagnement éducatif ambulatoire individualisé pour des adolescents et adolescentes de 15 à 18 ans et depuis 2011 un foyer d’accueil s’ouvre dans l’ancienne maison familiale. Rattaché à la structure vaudoise de la Maison des Jeunes, ce lieu de vie propose un encadrement éducatif résidentiel aux 8 adolescents et adolescentes qui y poursuivent les étapes successives de leur programme individualisé visant à favoriser leur intégration sociale et professionnelle, compromises par une enfance souvent difficiles et tumultueuse. Une équipe d’éducateurs et d’éducatrices assurent une présence continue sur place. Découvrez le site de la mdj-szilassy.