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Dans Specific Objects, un article devenu historique, Donald Judd écrit en 1964 : « Les meilleures œuvres réalisées ces dernières années ne relèvent ni de la peinture ni de la sculpture ». S’il rédige ainsi un manifeste pour son propre travail, Judd décrit également les œuvres qui seront plus tard rassemblées sous la bannière de l’art minimal. Un an auparavant, Dan Flavin (1933-1996) accrochait sur le mur de son atelier un unique tube de lumière fluorescente industriel qu’il intitule The Diagonal of May 25 (to Constantin Brancusi) et dédie à la Colonne sans fin de Brancusi. Ce geste minimal et radical pose les bases de l’œuvre à venir, déclinée en une variété de combinaisons au moyen de quatre modules de tubes fluorescents et de neuf couleurs.
La dédicace de cette œuvre l’inscrit dans une suite d’hommage à des événements historiques ou politiques, à des artistes (Monuments for V. Tatlin), des philosophes (Untitled, to Harold Joachim) et des amis (Fondly to Margo).
La série la plus célèbre de Flavin, les « monumentsà Tatline », s’étend de 1964 à 1982. Les œuvres s’organisent le plus souvent selon un principe de symétrie absolue, en respectant une échelle proportionnelle des éléments. La plupart utilisent une lumière du jour fluorescente (day light) ou une lumière plus dure (cool white). Ces « monuments » renvoient au projet de Monument pour la IIIe Internationale commandé par Lénine en 1920 à Vladimir Tatline, resté inachevé et pour lequel Tatline pensait utiliser de façon inédite la lumière comme matériau dans son système de construction.
L’œuvre de Flavin, inclassable lorsqu’elle apparaît sur la scène artistique new yorkaise, est installée dans des zones inédites : angle, couloir ou faisant barrière au visiteur… Elle témoigne d’une maîtrise de l’installation telle que l’artiste ne souhaitait pas que son œuvre lui survive, s’estimant être le seul à pouvoir la mettre en scène.
La lumière des tubes fluorescents excède les limites matérielles de l’objet, sculpte l’espace, efface les angles des salles d’exposition, englobe le spectateur dans son champ coloré et entretient un dialogue intime avec l’architecture pour laquelle certaines œuvres ont été spécialement conçues.
Depuis la fin du 20e siècle l’œuvre de Flavin a fait école et les installations lumineuses, largement présentes dans l’art contemporain, sont tributaires de la voie qu’il a ouverte entre peinture et sculpture.
Exposition organisée par Lionel Bovier, grâce au dépôt au musée d’œuvres de l’artiste par la Fondation Mattioli-Rossi