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François Luc Rochaix est né le dimanche 2 août 1942 à 22h50, à la clinique de Beaulieu de Genève. Sa mère, Simone Luginbühl, était infirmière, originaire d’Aeschi (Oberland bernois), son père, Michel Rochaix, de Genthod (Genève) et Chavannes-de-Bogis (Vaud), était ingénieur agronome. En 1944 naquit son frère Jean-David, et en 1948 sa sœur Laurence. François passa les premières années de sa vie à Morges, car son père était enseignant à l’école d’agriculture de Marcelin.
En 1948, Michel Rochaix fut nommé directeur de Potasse SA à Berne. François fit donc toutes ses classes en allemand et en suisse allemand. Il entra d’abord à l’école enfantine de Köniz, puis à l’école primaire, au progymnase et au gymnase du Kirchenfeld où il passa sa maturité cantonale en 1961. Il eut notamment comme professeur de français l’écrivain Roland Donzé. Pendant cette période, il fit beaucoup de sport, faisant partie de la GGB (Gymnastische Gesellschaft Bern) où il pratiquait particulièrement l’athlétisme et le ski alpin (sous la houlette de l’entraîneur Werner Adolf et aux côtés de la très douée Ruth Adolf). C’est au Théâtre Arlequin, une cave bernoise où l’on jouait en français, qu’il fit ses débuts comme comédien, tout en suivant la classe de Georges Gremaud au conservatoire de Fribourg. C’est là qu’il joua ses premiers grands rôles. Mais il fut surtout privilégié de faire des études de piano au Conservatoire de Berne sous la conduite du pianiste Albert Schneeberger, qui devint pour lui « un maître de la vie ». Lorsque Schneeberger partit pour une année sabbatique, il travailla avec Hans Ulrich Matter, un pédagogue à qui il doit également beaucoup.
En automne 1961, François Rochaix entra à la Faculté des Lettres de l’Université de Genève, où il eut la chance de suivre les cours et les séminaires de quelques professeurs de grand rayonnement : Jean Starobinski, Marcel Reymond, Jean Rousset, Charles Baudoin, Luc Monnier, Henri Morier et Bernhard Böschenstein. Mais, s’il vint étudier à Genève, c’était surtout pour se former auprès de François Simon qui l’avait bouleversé dans une mémorable représentation de Richard III. Il suivit intensivement les cours que donnaient au Théâtre de Carouge François et Jutta Simon, Philippe Mentha, Maurice Aufair et même Roger Blin. Parmi les élèves de ces cours, il y avait Laurence Montandon (qu’il allait épouser quelques années plus tard), Marcel Robert, Jane Friedrich, Marika Hodjis, Armen Godel, Alain Le Coutre et Elsbeth Schoch. À la fin de la première année de formation, il eut le privilège avec Jane Friedrich de jouer le deuxième acte du Pélican de Strindberg que Simon avait dirigé pour une représentation donnée aux Amis du Théâtre. Il collabora aussi activement avec René Zosso, qui créa un centre international de lectures-spectacles où tous les quinze jours une pièce du répertoire international, souvent traduite pour la circonstance, était présentée à la « Cave des Lettres » de la Grand-Rue.
C’est François Simon qui proposa à Jacques Rufer, le directeur de la toute nouvelle Maison des Jeunes à St Gervais, d’engager Rochaix comme responsable de l’animation théâtrale. Rochaix venait d’avoir vingt ans ; il allait donc apprendre beaucoup lui-même en enseignant (il y avait près d’une cinquantaine d’élèves qui suivaient trois cours par semaine de 17 à 24 heures !). La Maison des Jeunes fut inaugurée en janvier 1963. C’est ce même mois que Rochaix et Marcel Robert, entourés de quelques jeunes comédiens formés au Théâtre de Carouge, fondèrent la troupe deL’Atelier Don Sapristi avec la création de deux spectacles : Les cris du silence de Marcel Robert et En attendant Godot mis en scène par François Rochaix. En février 1964 fut présenté pendant un mois un mémorable Festival Brecht, avec une distribution de 30 comédiens pour Grand’peur et misère du IIIe Reich, la venue de personnalités comme Gerhard Lenssen ou André Steiger, et surtout, le soir du 25 février 1964, avec la visite du Berliner Ensemble représenté par quatre grands comédiens : Ekkehard Schall, Hilmar Thate, Felicitas Ritsch et le jeune Manfred Karge. C’était le cadeau que la veuve de Brecht Helene Weigel faisait à Rochaix pour avoir mis sur pied un tel festival ! En automne de la même année, Weigel invita une délégation d’une quinzaine de jeunes représentants du théâtre genevois pour les dernières répétitions et la première de Coriolan ! Dès lors, Rochaix eut l’occasion de suivre divers stages à Berlin, qui contribuèrent de manière déterminante à sa formation de metteur en scène.
En automne 1965, la troupe se déclara professionnelle et devint Le Théâtre de l’Atelier. Marika Hodjis, Laurence Montandon, Patrick Antoine, François Germond, Alain Le Coultre et François Rochaix étaient des « comédiens animateurs culturels ». Leur travail d’animation leur permettait de toucher un salaire mensuel de 450 francs par mois. Leur premier spectacle fut une adaptation de la pièce radiophonique Le Double de Friedrich Dürrenmatt, mis en scène par Philippe Mentha. Elle remporta un vif succès.
Le 12 novembre 1966, François Rochaix épousa Laurence Montandon. Ils auront deux enfants : Yvan, né le 20 octobre 1972 et Leticia, née le 20 juillet 1976.
Le Théâtre de l’Atelier se consacrait avant tout aux auteurs vivants et contemporains : Miodrag Bulatovic, Vaclav Havel, Milan Kundera, Arthur Miller, Peter Weiss, Bertolt Brecht, Peter Handke, Mustafa Haciane, Raymond Golaz ; les poètes José Herrera Petere, Jean Hercourt, Michel Viala. Pour parfaire leur formation, les jeunes comédiens étaient dirigés par des metteurs en scène invités : Jorge Lavelli, Vaclav Hudecek. La programmation théâtrale s’enrichissait au contact d’autres expressions : le jazz (Earl Hines, Memphis Slim, Willie « The Lion » Smith, Buck Clayton, Henri Chaix), la musique classique (Guy Bovet, Michel Tabachnik, Robert Cornman), la chanson engagée (Atahualpa Yupanqui, Félix Leclerc, Caterina Bueno, Paco Ibanez, Luis Cilia, Gilles Vigneault), des conférences (Joffre Dumazedier, Herbert Graf, Yannis Xenakis, A.J. Liehm), et enfin le cinéma. En collaboration avec Alain Tanner, l’équipe de l’Atelier créa « Cinéma Libre » où furent présentés devant des publics nombreux les premiers films de Tanner, Goretta, Soutter et Reusser. Mais la culture et l’art engagés tels que les pratiquait François Rochaix et ses camarades n’étaient pas du goût de tout le monde ! Après le départ de Jacques Rufer, qui avait fortement contribué à l’épanouissement de l’Atelier, la survie à St. Gervais devint de plus en plus difficile. En 1972, le Théâtre de Carouge allait inaugurer sa nouvelle salle. Guillaume Chenevière et Rochaix se mirent alors d’accord pour unir leurs efforts en faisant fusionner progressivement les deux compagnies. « Le Théâtre de Carouge – Atelier de Genève » fut d’abord dirigé collectivement par Maurice Aufair, Alexandre Blanc, Guillaume Chenevière, Rochaix et Georges Wod. Chenevière se chargea seul de la saison 1974/75, puis Rochaix fut nommé directeur général pour les six saisons suivantes. Il suscita plusieurs événements marquants : Prométhée enchaîné d’Eschyle, mise en scène par Manfred Karge et Matthias Langhoff, la venue de la Volksbühne (que dirigeait Benno Besson) avec La Bataille de Heiner Müller, des échanges avec Robert Hossein et Marcel Maréchal; les premières mises en scène de théâtre de Michel Soutter (Ce Schubert qui décoiffe et Ubu Roi), les débuts comme metteur en scène de Hervé Loichemol (Les trois sœurs de Tchékhov, Se trouver de Pirandello, La Vie est un songe de Calderòn, Dans le dos du maître d’Orlando Beer), ceux de Michel Kullmann (Le Dossier de Rosevic). Rochaix poursuivit sa propre démarche en montant Mère Courage et ses enfants, dont le rôle-titre fut créé par Magali Noël et repris par Françoise Giret, La résistible ascension d’Arturo Ui avec Jean-Luc Bideau, Richard II et les deux parties d’Henry IVde Shakespeare, Le Merle siffleur d’Artur London et en réalisant sa première mise en scène d’opéra (en coproduction avec le Grand Théâtre lors de la première saison d’Hugues Gall) : Le Tour d’écrou de Britten. Se heurtant une fois de plus à de farouches adversaires politiques du théâtre engagé et contemporain, qui lui refusèrent un modeste soutien financier qui lui aurait permis d’accepter la flatteuse invitation de Prométhée enchaîné au Théâtre des Nations, Rochaix décida de quitter son poste et de devenir metteur en scène indépendant.
Entre-temps, comme acteur, Rochaix a joué dans plusieurs dramatiques (films télévisuels) de Michel Soutter : La Collection de Pinter, Les nénuphars et Ce Schubert qui décoiffe ; de Christian Liardet : La Tartine côté beurre et d’Yvan Butler : Le Bunker d’après Michel Viala. A la télévision suisse romande, il a coréalisé avec Jo Excoffier Adieu Bert (pour le 75ème anniversaire de Brecht) et Les dictateurs (qui obtint à Monaco le prix de la meilleure émission sur le théâtre), deux soirées « en direct ».
Après avoir quitté le Théâtre de Carouge – Atelier de Genève, Rochaix se consacra essentiellement à la mise en scène, alternant le théâtre dramatique et l’art lyrique. Au Grand Théâtre de Genève où Hugues Gall lui confia douze mises en scène, à la Comédie de Genève, invité par Benno Besson, à Neuchâtel avec l’Opéra décentralisé, dans les théâtres municipaux de Lucerne et de Berne, en Grande-Bretagne (Scottish Opera, Opera North et Sadler’s Wells), en France (opéras de Lyon, de Lille et TNP de Villeurbanne), aux Etats-Unis (Washington DC, Seattle, où, en plus de L’Anneau du Nibelung de 1985 à 1995 – qui passe pour « le Ring américain post-moderne » -, il fit six mises en scène, Chicago, Cleveland, Cambridge-Massachussetts), en Norvège (théâtres nationaux d’Oslo et de Bergen), à l’opéra de Copenhague, et enfin à Moscou (Théâtre de la Taganka, Théâtre de la Satire, Théâtre d’Art, Théâtre de l’Ecole du Drame Contemporain). Pendant six ans, il fut directeur associé de la National Scene de Bergen ; pendant six ans il fut aussi directeur associé de l’American Repertory Theatre et directeur de l’Institute for Advanced Theatre Training à l’Université de Harvard. En 1991, il présenta en Suisse, en Norvège et à Moscou L’Orestie d’Eschyle avec des comédiens suisses norvégiens, russes et américains. De 1992 à 1999, il fut le concepteur, le directeur artistique et le metteur en scène de la Fête des Vignerons 1999 à Vevey (5’000 participants, 250’000 spectateurs). En 2002, il conçut et mis en scène la Cérémonie et le Spectacle d’ouverture d’Expo 02. Pendant ces années « freelance », Rochaix développa des collaborations privilégiées avec, en premier lieu, Jean-Claude Maret, et aussi avec Robert Israel, la costumière Catherine Zuber, les éclairagistes Jean-Philippe Roy, Joan Sullivan et Michael Chybowsky, avec les chefs d’orchestre Roderick Brydon, Valentin Reymond et Armin Jordan, avec de nombreux artistes lyriques comme Julian Patrick, Roger Roloff, Alexandra Hughes, Michel Brodard, Philippe Huttenlocher, avec les comédiennes Laurence Montandon, Frøydis Armand, Uni-Kristin Skagestad, Kristin Kajander, Randi Danson, les comédiens Alvin Epstein, Tommy Derrah, Bjørn Floberg, Frode Rasmussen, Michel Kullmann, avec les musiciens Guy Bovet, Jan Garbarek, Robert Cornman.
Après qu’il eut quitté ses fonctions à l’American Repertory Theatre et à l’Université de Harvard, la Fondation du Théâtre de Carouge – Atelier de Genève demanda à Rochaix de reprendre la direction du Théâtre, qui était en crise et menacé de fermer. Même s’il n’avait jamais envisagé de reprendre la commande d’un théâtre, il accepta et fut à nouveau le directeur général du théâtre pour une période de six ans, de 2002 à 2008. Il collabora pendant cette période avec des comédiens amis et appréciés, notamment Michel Kullmann, Laurent Sandoz, Armen Godel, Laurence Montandon, Isabelle Bosson, Elodie Bordas, Michel Rossy, Pierre Dubey. Il poursuivit son travail en complicité avec Jean-Claude Maret, et aussi avec Yves Bernard. Il eut le plaisir de produire des spectacles de Manfred Karge, de Hervé Loichemol, de Michel Kullmann, de Jean Liermier, de Dominique Ziegler et même de Patrick Lapp avec le team de « Bergamote ». Il put compter sur une bonne équipe technique que dirigeait Christophe de la Harpe et sur une équipe administrative efficace qu’animait Isabelle Collet. Rochaix mit en scène Shakespeare, Sophocle et Michel Vinaver, un auteur qui le touche particulièrement, et des pièces aux sujets brûlants, comme Copenhague, Les Physiciens ou État de piège. Sa dernière année de direction coïncida avec le 50ème anniversaire du Théâtre (fondé en 1958 par François Simon et Philippe Mentha). A cette occasion, Rochaix monta Molière ou la cabale des dévots de Boulgakov, et son dramaturge Joël Aguet, qui l’accompagna tout au long de cette période carougeoise (tout comme son fils Yvan, artiste visuel), publia un ouvrage remarquablement documenté, en deux volumes, LE CAROUGE 1958-2008 Chronique du Théâtre de Carouge – Atelier de Genève, qui raconte dans le détail la formidable épopée de ce théâtre. Rochaix fut très touché de recevoir des mains de Madame le Maire Jeannine de Haller « Le mérite carougeois 2008 ».
Après avoir remis un « Carouge » en excellent état à son successeur Jean Liermier, après s’être bien sorti d’un cancer de la langue, Rochaix revint à l’opéra avec Eight songs for a mad king de Peter Maxwell Davis etOffertorium magorum de son vieil ami Guy Bovet. 2009 fut une année de folie créative : Calvin Genève en flammes de Michel Beretti, joué au Parc des Bastions (ou au Théâtre du Léman en cas de pluie) pour le 500ème anniversaire de Calvin, L’Incoronazione di Poppea de Monteverdi avec les jeunes chanteurs des Hautes Ecoles de Musique suisses romandes, où il eut le bonheur de rencontrer le chef Leonardo Garcia Alarcón. Puis vint une création comme Rochaix les apprécie tout particulièrement. Un diptyque pour le 200ème anniversaire de Darwin, préparé pendant deux ans en complicité avec l’Académie suisse des sciences naturelles : Darwin en finit avec les Cirripèdes de Michel Beretti (l’auteur du spectacle sur Calvin), et La Confession de Darwin de Dominique Caillat (l’auteure d’État de piège).
En décembre 2009, après la dernière du diptyque « Darwin », Rochaix se retrouva épuisé. Il décida donc que le metteur en scène ferait une pause pour consacrer du temps au piano, à la lecture, à sa famille et particulièrement à ses adorables trois petits-enfants, Tiago, Jolan et Nell, ainsi qu’à des expériences d’écriture (des histoires pour enfants et une chronique de sa vie par décennies). ).
En 2011, il crée S.D.F. que Michel Viala a écrit pour lui. Avec Guy Bovet, il donne régulièrement des représentations d’une fantaisie musicale et dramatique, Le pèlerinage de Liszt à Fribourg, ainsi qu’un dîner-spectacle A Pretty Dinner (en compagnie de Samuel Pepys). En ce moment il tente de produire Vieil Homme et Vierge, une pièce que Manfred Karge a écrite pour ses septante ans, et il écrit une pièce sur Andreas Vesalius, Rencontre. Il prépare un film, Showing the Way, en collaboration avec Pavel Chilov. Avec Guy Bovet, il donne régulièrement des représentations d’une fantaisie musicale et dramatique Le pèlerinage de Liszt à Fribourg.