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Taraudé par sa pathologie dont il cherche à chasser la menace, abasourdi par le meurtre de son père lors du cambriolage de la maison familiale à Ville-d'Avray en 1944, Boris Vian n'a pourtant jamais versé dans la tragédie, bien au contraire. Devenu un jeune père et ingénieur à 22 ans pour gagner sa vie, il multiplie les scènes d'intervention dans le bouillonnement culturel de l'après-guerre, entre cinéma, existentialisme et chanson Rive-Gauche.
En 1946, son amitié avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir lui permet de vivre l'aventure de la revue "Les Temps Modernes" dans laquelle il signe des articles. La même année, il publie son chef-d'œuvre "L'Écume des jours" dont la véritable portée sera mieux reçue par les jeunes soixante-huitards, dix ans après sa mort. Mais son véritable biotope (l'esprit d'invention, l'improvisation, l'enchantement du quotidien) l'oriente d'emblée vers la pataphysique que Raymond Queneau avait "inventée" et qu'il fréquente assidûment dès 1952, en y franchissant les grades loufoques jusqu'à devenir "Satrape et Promoteur Insigne de l'Ordre de la Grande Gidouille" au sein du Collège.
Plus qu'une amuserie, cette camaraderie potache lui offre une nouvelle famille alors qu'il traverse un divorce pénible et affronte des poursuites judiciaires pour son roman policier "J'irai cracher sur vos tombes" déclaré pornographique par la justice.
Couverture du livre "L'écume des jours" roman de Boris Vian. [Editions Gallimard NRF, 1947 - AFP]