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C'est le choc de la 30e journée de championnat au Portugal. Le 2e (Sporting) reçoit le 3e (Benfica) avec l'obligation de l'emporter afin de ne pas se faire davantage distancer par le FC Porto qui, avec six points d'avance sur Sporting, semble bien parti pour remporter son 30e titre national.
Ce Derby eterno ou Clássico da segunda circular sera surtout l'occasion pour les deux clubs de prouver leur supériorité sur leur voisin et de nourrir une rivalité qui a beaucoup changé. La preuve avec ces trois clichés qui sont encore ancrés dans certaines mentalités mais ne sont plus vrais en 2022.
Soyons clairs: le centre de formation du Sporting est une véritable référence en Europe. Deux ballons d'Or sont sortis d'Alcochete: Luis Figo et Cristiano Ronaldo. D'autres joueurs reconnus mondialement comme Ricardo Quaresma, Nani, Joao Moutinho ou Nuno Mendes ont aussi été formés au Sporting CP.
En 2021, le Centre international d'étude du sport (Cies) a classé le Sporting à la troisième place des meilleurs centre de formation d'Europe, derrière l'Ajax et le Shakhtar Donetsk. Benfica et Porto se sont classés respectivement 9e et 16e de ce classement basé sur le nombre de joueurs formés par les clubs en question évoluant au plus haut niveau en Europe (première division).
Le succès du Sporting a inspiré son rival Benfica. Les Aigles de Lisbonne ont également investi dans leur centre de formation depuis de nombreuses années et concurrencent désormais le Sporting. Depuis 2015, Benfica est l'académie la plus rentable du monde avec 379 millions d'euros de vente. La plus grande de ces ventes étant celle de Joao Felix en 2019 à l'Atletico Madrid pour 129 millions d'euros. Les deux centres de formation sont donc aujourd'hui à un niveau d'excellence quasi identique, une situation qui se ressent également en sélection nationale où les deux clubs de Lisbonne dominent dans le nombre de joueurs formés dans les récentes convocations: 11 pour le Sporting et 9 pour Benfica.
Comme dans la plupart des plus grands derbys du monde, la rivalité entre le Sporting et le Benfica peut être interprétée au travers des stéréotypes sociaux des supporters. A l'image de Buenos Aires et du Boca (le peuple) - River (l'élite), ces clichés sont ancrés dans l'histoire. Le Sporting CP a été fondé en 1906, sur la tombe du Belas Football Clube, un club créé par l'élite lisboète pour jouer au football, mais également pour organiser des bals populaires pour la jeunesse aisée de la capitale portugaise. La création du Sporting est par ailleurs financée par le Vicomte d'Alvalade, qui donnera plus tard son nom au stade du club.
De son côté, Benfica est fondé en 1904 par un groupe de jeunes lisboètes. Il rencontre rapidement un certain succès sportif mais également des difficultés financières. En conséquence, sept joueurs de l'équipe première rejoignent le Sporting en 1907. De quoi poser les bases d'une solide rivalité. Depuis toujours, Benfica est considéré comme le club do povo (le club du peuple).
Si le Sporting est donc réputé comme le club de l'élite, de la bourgeoisie, la réalité est bien plus complexe. Il est aujourd'hui encouragé par des supporters issus de toutes les couches de la société portugaise à travers tout le pays, tout comme le Benfica.
Bien sûr, le Sporting est le seul club du Portugal à posséder un groupe ultra revendiqué d'extrême droite (le groupe 1143), dans un pays où, contrairement notamment à l'Italie, la politique est souvent laissée de côté en tribunes populaires.
Mais les autres groupes de supporters du club ne se revendiquent aucunement de droite, encore moins d'extrême droite. De plus, des éléments fascistes ont également été repérés dans les tribunes d'équipes comme Benfica ou Porto, où un sous-groupe ultra s'appelait même la Divisão Azul en honneur aux soldats ibériques ayant combattu pour l'Allemagne lors de la Deuxième Guerre mondiale.
L'épisode le plus marquant de la rivalité entre les différents groupes de supporters des deux clubs lisboètes a eu lieu en 1996 lors de la finale de Coupe, lorsqu'un supporter du Benfica en a tué un autre du Sporting avec un «very light» (feu d'artifice lancé par un pistolet).
Moqués pendant 20 ans, les fans du Sporting ont enfin pu célébrer un titre de champion la saison dernière. Vingt ans sans titre de champion au Portugal pour l'un des trois grands, c'est une éternité.
Une éternité qui a donné une certaine étiquette au Sporting, celui du loser. Une étiquette qu'est en train d'arracher violemment le coach Ruben Amorim, ancien joueur du...Benfica. Débarqué à la mi-saison 2019-2020 en provenance de Braga, l'ancien milieu de terrain international portugais a redonné vie au Sporting en s'appuyant sur des principes de jeu simples et pragmatiques et les jeunes du club. Depuis la saison dernière, le Sporting est donc redevenu le meilleur club de Lisbonne, sportivement parlant.
Historiquement par contre, il faudra encore de nombreuses années aux verts pour renverser la suprématie rouge. Sporting possède en effet 19 titres de champion contre 37 pour le Benfica. Les rouges comptent également 26 coupes du Portugal à leur palmarès contre 17 pour les verts du Sporting.
En attendant de dépasser son rival en termes de trophées, le Sporting devra se concentrer sur le match de dimanche qui peut lui permettre de continuer de rêver d'un 20e titre de champion du Portugal. Mais pour cela, il faudra compter sur des faux pas du FC Porto qui reste sur une série record de...57 matchs sans défaite en championnat !
Située au bas de l'échelle européenne, la Super League est considérée comme un tremplin et un championnat formateur. C'est aussi sa vocation. Alors souvent, ses meilleurs joueurs partent vers des ligues plus prestigieuses. Lors du mercato hivernal, synonyme de reprise économique post-Covid, le phénomène a été particulièrement marqué, avec les départs de sept cracks.