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Perdre un compagnon de vie sur une route du canton n'est déjà pas drôle en soi. Mais lorsque, à la peine du deuil, se conjuguent les procédures et le déni de la responsable de ce décès, la douleur devient intolérable. C'est ce qu'a vécu une femme, compagne depuis vingt-trois ans du motard décédé sur la route Suisse, à la hauteur de Dully un dimanche de juin 2013. La fille du défunt, aujourd'hui encore, n'arrive pas à accepter ce décès prématuré. Plus jamais elle ne passera par la route Suisse à proximité du lieu de l'accident.
La conductrice, une diplomate américaine qui travaille pour le compte de l'ONU, a fait valoir d'emblée son immunité diplomatique, échappant ainsi à tout prélèvement de sang ou d'urine qui aurait permis de vérifier si elle était sous l'emprise de l'alcool, de la drogue ou de toute autre substance. Ainsi, comme l'a relevé l'avocate de la partie civile, "personne ne saura jamais ce que faisait l'accusée lorsqu'elle a subitement coupé la route à la victime qui arrivait en face. Ni si elle téléphonait, ni si elle était sous une emprise quelconque. En se soustrayant ainsi à l'enquête, n'acceptant finalement d'être entendue que plusieurs mois plus tard, elle a fait subir aux proches du défunt une épreuve supplémentaire. Sans oublier que, jusqu'à aujourd'hui, devant la Cour, elle n'a jamais reconnu sa culpabilité".
De fait, cette quinquagénaire, née dans l'Ohio, est presque une caricature de l'Américaine type. Elle s'exprime fort, gesticule et rit beaucoup. Un rire qui a exaspéré non seulement les parties civiles, mais aussi le premier président de la Cour, Lionel Guignard.
"Sous cette désinvolture se cache une réelle douleur, a plaidé son avocat. Elle est sous antidépresseur depuis l'accident, elle souffre et est en arrêt de travail. Mais elle ne sait pas exprimer ses regrets et ses excuses".
Le funeste jour de l'accident, il faisait beau. Le motard et sa compagne, chacun sur sa moto, se réjouissaient de pouvoir faire une petite virée qui devait les amener jusqu'à Nyon pour un repas en tête à tête. La veille, la fille du motard s'était mariée, rendant fous de joie son papa et sa compagne. Ceux-ci formaient un couple uni, soudé, fusionnel, diront les témoins. Et ce n'étaient ni l'un ni l'autre, des motards du dimanche. Tous deux plaçaient la sécurité en tête de leur priorité. Au guidon de leur Harley Davidson, pas d'excès de vitesse, les phares toujours allumés, alors même que cela n'était pas rendu obligatoire, pas d'alcool ni quoi que ce soit qui puisse diminuer l'attention. Lorsque l'accusée a subitement tourné à gauche pour monter en direction de Dully, le motard a tenté de l'éviter non seulement en freinant violemment, mais en obliquant sur sa gauche pour essayer d'éviter la voiture. Peine perdue. Une violente collision a eu lieu. Sa compagne, qui le suivait à une trentaine de mètres, a assisté, impuissante, à l'accident qu'elle a elle-même tout juste réussi à éviter. Et c'est sous ses yeux que l'homme qu'elle chérissait est décédé une demi-heure plus tard, alors qu'il était pris en charge par les secouristes. L'accusée avait continué sa route, dans un premier temps. La compagne du défunt l'a suivie en moto pour lui signaler que le motard qu'elle venait de heurter était à terre. Pendant tout ce temps, l'accusée est restée dans sa voiture. Elle priait... A aucun moment, elle n'a soutenu la compagne de sa victime par un geste, un mot, une présence. Son manque d'empathie et d'humanité a choqué tout le monde.
Dans son jugement, le président a tenu compte des différences de culture entre l'Amérique et l'Europe. Il a tenu compte aussi du fait que l'accusée ne s'exprime que fort mal en français et n'a ainsi pas réussi à traduire avec précision ses pensées, malgré la présence d'une interprète. Il l'a reconnue coupable d'homicide involontaire et a suivi le Ministère public en lui infligeant une peine de 60 jours-amende à 250 francs par jour, avec sursis deux ans. Au titre d'amende immédiate, elle devra s'acquitter d'une somme de 3'000 francs et assumer la totalité des frais de justice. Enfin, elle devra indemniser pour tort moral la compagne du défunt à hauteur de 40'000 francs et 20'000 francs pour sa fille.