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La cathédrale Saint-Pierre
Le cœur de la vieille ville a très tôt été occupé par des édifices à vocation religieuse qui s’y sont succédé au cours des siècles. Avec ses deux tours carrées qui enserrent sa flèche néo-gothique rajoutée au XIXe siècle, la cathédrale Saint-Pierre domine fièrement la cité.
Les travaux de construction de la première église sur la colline où se situe l’actuelle cathédrale remontent au IVe siècle. Une cathédrale voit tout d’abord le jour au nord du terre-plein. Les travaux durent de l’an 350 à 375. Aux alentours de 390, un deuxième édifice est bâti au sud. Un incendie détruit la cité en 500, mais cela ne rebute pas les Genevois qui se lancent dans la reconstruction d’une cathédrale entre 550 et 600.
Vers l’an 1000, une nouvelle cathédrale est érigée sur l’emplacement de précédentes églises et, 160 ans plus tard, Arducius de Faucigny, évêque de Genève, procède à la construction de la cathédrale telle qu’on la connaît aujourd’hui dans ses grandes lignes. Des améliorations et extensions interviennent ensuite en raison de détériorations intervenues entre le XIIe et le XVe siècle.
Quand Genève bascule vers le protestantisme
D’abord dédiée à la messe catholique en tant que cathédrale de l’évêque de Genève, l’édifice bascula définitivement dans le rôle de temple protestant en 1536. À l’issue de la Réforme et à l’instigation de Guillaume Farel, le réformateur français Jean Calvin, alors réfugié à Bâle, arrive à Genève ; les habitants adhèrent à ses règles politiques et religieuses.
Dès lors, la cathédrale voit son aménagement intérieur fortement adapté aux idées de Calvin. Sur ses ordres, la chaire est déplacée au milieu de l’assemblée des croyants et les signes ostensibles de la foi catholique, de même que l’orgue, sont démantelés. Les tuyaux de l’instrument de musique sont fondus pour la réalisation de vases et de coupes pour la communion ou de couverts pour l’hôpital.
Aujourd’hui, en dehors de sa vocation religieuse, c’est dans la cathédrale que les autorités du canton et les magistrats du pouvoir judiciaire prêtent serment à l’occasion de leur élection.
Pour accéder au Saint des saints
Pour admirer l’orgue situé au-dessus de la porte principale de la cathédrale, il faut emprunter un impressionnant escalier et traverser le parvis et le portique néo-classique ajouté au XVIIIe siècle. C’est depuis lors que l’entrée du bâtiment est agrémentée de six majestueuses colonnes surmontées de chapiteaux de style gréco-romain. Celles-ci sont érigées de 1752 à 1756 sous la conduite de l’architecte Benedetto Alfieri pour renforcer la façade ouest de l’église qui menaçait de s’effondrer. Des arcs-boutants sont aussi construits pour étayer la nef.
La cathédrale est célèbre non seulement pour son acoustique intérieure, mais aussi pour les sonneries de ses cloches. Au total, ses deux tours n’en comptent pas moins de 45, qui sonnent l’heure et les quarts d’heure, de quoi se faire rappeler aux bons souvenirs des Genevois et des visiteurs de la vieille ville. La plus connue est La Clémence, en raison de sa taille (plus de 6 mètres de diamètre) et de son poids (plus de 6 tonnes). Elle se trouve dans la tour nord, aux côtés de La Bellerive. Cette dernière sonne avec quatre des six autres cloches situées dans la tour sud pour appeler les Genevois à venir se recueillir à la cathédrale le samedi soir et le dimanche matin.
Un panorama unique sur toute la ville
Du haut des tours de la cathédrale, on bénéficie d’une vue imprenable sur l’ensemble de la ville, sur le jet d’eau et les montagnes environnantes. Les cloches du carillon sont installées entre les deux tours principales de l’édifice au départ de la flèche qui culmine à 71 m de hauteur par rapport au parvis. Un automate doté de doigts métalliques montés sur des tambours rotatifs interchangeables pilote un ingénieux mécanisme. Des tringles et câbles pilotent la frappe de marteaux contre les 16 cloches que constitue le carillon.
L’air du Cantique suisse est joué tous les jours du mois d’août et le Cé qu’é lainô revient journellement en décembre. Un clavier permet d’étoffer le spectre des mélodies produites par le carillon. Mais c’est aussi en grimpant les 157 marches d’un escalier en colimaçon que l’on accède à la salle du guet située dans la tour sud.
SAMUEL BRÜCKNER, PRÉSIDENT DE LA FONDATION DES CLEFS DE ST-PIERRE
Avec la perte de son ancienne fonction d’église étatique et la séparation de l’Église et de l’État (ou plutôt la suppression du budget des cultes) en 1907, les églises doivent désormais assumer les coûts d’entretien et d’exploitation de leurs bâtiments. La Fondation des Clefs de St-Pierre a été créée en 1937 pour trouver des recettes permettant d’équilibrer ses comptes. C’est elle qui finance la restauration de la cathédrale.
« La plupart des travaux d’entretien visent actuellement à améliorer la sécurité et à mettre à jour les installations », souligne Samuel Brückner, président de la Fondation des Clefs de St-Pierre. « Mais nous avons la chance de pouvoir compter sur un collège d’experts qui nous accorde son aide dans le choix des meilleures solutions à apporter aux problèmes que nous rencontrons. »
Le dernier gros chantier de fouilles archéologiques réalisées sous la cathédrale s’est déroulé sous la houlette du canton et, pour l’instant, il a été convenu de ne pas aller plus loin dans leur extension, explique en substance Samuel Brückner, en raison d’interventions très invasives que cela nécessiterait. « Le travail qui nous incombe évolue en fonction des aléas financiers », note-t-il.
OLIVIER CAIRUS, DIRECTEUR DE LA FONDATION DES CLÉS DE ST-PIERRE
En charge de la gestion du personnel, des finances, du budget, des travaux et des visites, Olivier Cairus est arrivé un peu par hasard à la direction de la Fondation. Il connaissait bien cet édifice qui a marqué son enfance, car il a vécu à son ombre dans sa jeunesse. Son père y a travaillé de nombreuses années. Il a postulé pour un emploi d’employé alors qu’il était au chômage et c’est finalement pour la mission de directeur qu’il fut engagé. « Il faut faire preuve de beaucoup d’entregent et de patience, avoir la fibre sociale et être assez proche des questions ecclésiastiques. Cela implique un très fort engagement personnel », indique-t-il.
En plus des chantiers en cours, il a aussi été impliqué dans l’aménagement de la chapelle de Portugal, là où se trouvait précédemment, à l’extrême nord du transept, la chapelle Notre-Dame. On y découvre un mobilier moderne créé par l’architecte portugais Alvaro Siza, ainsi que d’anciennes traces de décors peints sur les murs datant du XIVe et XVe siècle.
TIZIANO BORGHINI, ARCHITECTE
Membre du bureau GM Architectes Associés, Tiziano Borghini est responsable des travaux qui se déroulent actuellement sur le site de la cathédrale. Il a hérité d’une situation dominée par plusieurs campagnes de fouilles archéologiques d’envergure entreprises sous la cathédrale durant plus de trois décennies. Ces fouilles ont été marquées par la découverte d’une tombe de l’époque allobrogienne datant de l’ère préchrétienne et se sont achevées par d’importants aménagements. La dernière campagne de fouille archéologique réalisée entre 1996 et 2006 a porté sur une surface 1’060 mètres carrés. Le site ouvert au public s’étend ainsi sur 3’300 mètres carrés. Le parcours total qui lui est réservé porte sur une longueur de près de 400 mètres.
En 2008, ces travaux se sont vus honorés par une médaille octroyée par le Prix du Patrimoine culturel de l’Union Européenne dans la catégorie « conservation » en raison de leur importante valeur historico-culturelle dans le cadre de l’histoire européenne.
Parmi les autres aménagements qui ont été réalisés récemment, il faut aussi mentionner l’éclairage intérieur : il a été entièrement revu et de nouvelles couronnes lumineuses équipées de LED éclairent désormais le chœur, la nef et les allées latérales et centrale du bâtiment. Une commande permet de piloter individuellement toutes ces couronnes en fonction des conditions de luminosité des lieux. Une passerelle métallique intérieure a par ailleurs été construite sous la flèche de la cathédrale durant l’hiver 2019 pour faciliter le passage et relier les tours nord et sud.
« Les futurs chantiers de rénovation vont révolutionner le confort acoustique au coeur de l’église. Un projet prévoit d’installer des estrades amovibles offrant une réelle amélioration pour les auditeurs », relève Tiziano Borghini. Les travaux de réhabilitation prévus sur le site des fouilles archéologiques devraient quant à eux se focaliser sur une amélioration de la qualité de la lumière avec le passage aux ampoules LED et sur le renforcement de la partie sécuritaire du site. Par ailleurs, le chauffage devra aussi subir une cure de jouvence pour améliorer le confort des visiteurs.
VINCENT THÉVENAZ, ORGANISTE DE LA CATHÉDRALE SAINT-PIERRE
Vincent Thévenaz a été piqué par le virus des orgues alors qu’il n’avait pas encore fait son entrée dans l’adolescence. En plus de ses fonctions d’organiste de la cathédrale, il exerce celles de professeur à la Haute école de musique et d’organisateur de concerts et de festivals. Il apprécie ce monde pour son ambiance agréable.
L’orgue postmoderne de la cathédrale de Genève a été installé en 1965. Il a succédé à celui de 1907 dont le prédécesseur, de style romantique, date de 1866, alors que le premier orgue connu, de style baroque, remonte à 1757. Vincent Thévenaz nous explique que le grand orgue Metzler, toujours en service à l’heure actuelle, a marqué les esprits et constitue une véritable révolution. Il allie les racines germaniques de son facteur d’orgues à des ajouts d’inspiration française.
« Sur le plan esthétique, il a marqué les esprits. Il sert de référence pour son époque et il est même devenu une icône », souligne-t-il.
La grande nouveauté réside dans la retransmission du travail de l’organiste sur grand écran, de manière à animer visuellement le jeu de l’instrument et de l’artiste pour le public. En effet, « habituellement assis le dos à la nef, l’organiste ne peut pas laisser paraître son émotion aussi pleinement que quand il est en étroite symbiose avec ses auditeurs », explique Vincent Thévenaz.