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Première
La maison rouge présente pour la première fois à Paris une grande exposition consacrée à l’œuvre de l’artiste russe Eugen Gabritschevsky.
Portrait
Eugen Gabritschevsky est né à Moscou en 1893 dans une famille de cinq enfants, issue de la grande bourgeoisie, cultivée et polyglotte, typique de la Russie tsariste. Après des études scientifiques de haut niveau en biologie et génétique des insectes, il quitte l’Union Soviétique en 1924 pour rejoindre un laboratoire de recherche de l’université de Colombia aux États-Unis. Malgré sa grande intelligence, qualifiée d’originale par son entourage, et sa vaste culture, il est sujet à de graves troubles psychiques, qui l’empêchent progressivement de poursuivre sa carrière scientifique et de mener une vie affective stable.
En 1926, il rejoint Münich où vit son frère, Georges. En 1931, il est interné définitivement. Il aura donc vécu, hormis la période de la guerre, près de cinquante ans à l’hôpital psychiatrique de Haar-Eflingen à la périphérie de Münich.
Œuvre
L’abandon de ses activités scientifiques laisse place à l’éclosion, sur trois décennies, d’une œuvre riche et foisonnante, réalisée dans le silence et la solitude. L’exposition couvre cette période prolifique, mais présente également, et pour la première fois, des œuvres réalisées avant 1929 – des dessins au fusain sur papier de format raisin, à l’esthétique sombre et angoissée, mystique et fantastique.
Le parcours de l’exposition est à la fois chronologique et thématique : le paysage, habité ou désert ; la ville et ses foules ; la nuit, ses carnavals, ses fêtes et ses concerts ; les phénomènes de mutations, de déformations du corps, et d’hybridations ; les bestiaires d’êtres fabuleux. Les techniques
qu’il déploie, frottage, tamponnage, grattage, prouvent sa liberté d’expression et la maîtrise de son art. C’est grâce à Jean Dubuffet, informé de son existence dès 1948, que l’œuvre a trouvé une visibilité. Dubuffet possède 4 œuvres en 1950 et décide d’en acheter 71 pour sa Compagnie de l’art brut en 1960.
De nombreux dessins ont été logiquement dispersés dans des collections privées au cours des années, mais l’exposition propose une sélection qui restitue très fidèlement l’esprit de l’artiste, la singularité et la force de son travail. Elle réunit 250 œuvres parmi les milliers de dessins produits et un ensemble d’archives (photographies et correspondances de l’artiste).
Du 8 juillet au 18 septembre 2016