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Machumetis Saracenorum principis, eiusque successorum vitae, ac doctrina, ac ipse Alcoran… His adiunctae sunt confutationes… Haec omnia in unum volumen redacta sunt, opera & studio T. Bibliandri. (Basle) 1550. (3 ff. bl. xxiv, 227 p.; viii p., 358 colonnes; 235 p. avec lettrines. relié en bois recouvert de vélin estampé remonté, dos refait, fermoirs, attaches absentes. Ce recueil de Bibliander, dit Corpus de Cluny, réédité par Jean Oporin à Bâle en 1550 reproduit presque mot par mot le lourd titre de la première édition de 1543. Il se compose de trois tomes en un seul volume: le premier tome reproduit, à la suite de la «Proemonitio» et de l’»Apologia pro editione Alcorani» de Bibliander, le Coran et les mêmes textes qui se trouvent dans le corpus de Cluny ou de Tolède, commandé au XIIe siècle par Pierre le Vénérable abbé de Cluny. Le deuxième tome contient les «Confutationes legis Machumetcae», des oeuvres polémiques en latin (en grec ou en latin pour la première édition), auxquels est ajouté un écrit, la Risâla du pseudo-Kindi, rédigée par un chrétien de langue arabe et considéré comme l’un des principaux monuments de l’apologétique anti-islamique. Le troisième tome comprend des écrits descriptifs des moeurs et institutions turcs, complétés par l’»Epistola ad pium lectorum» de Luther et par la lettre du pape Pie II, adressée au sultan turc Muhammad II, le conquérant de Constantinople. Il est donc évident que la pièce maitresse du «Recueil» est le Coran dont c’est la première impression en version latine. Contexte de la publication du “Recueil”.
Dans ce début du XVIe siècle, les victoires successives des troupes du sultan de Constantinople posant le problème de l’islam d’une façon de plus en plus aiguë, c’est la Réforme protestante suisse qui va jouer un rôle précurseur dans une nouvelle approche de l’islam basée sur sa connaissance de l’intérieur. Le théologien Théodor Buchmann, plus connu sous le nom de Bibliander, voulant mettre à la disposition de ses contemporains une arme plus efficace que l’épée, avait entrepris entre les années 1530-1540 une traduction latine du Coran faite à partir de l’ancienne version de Pierre de Cluny. Mais l’originalité du travail réside dans la réalisation d’une véritable somme où Bibliander expose ses connaissances relatives à la religion musulmane. Jean Oporin, le savant éditeur bâlois et fervent soutien du projet, voyant que la demande d’imprimatur suscitait des remous dans les milieux des docteurs de la Réforme malgré l’avis favorable de Calvin et Luther, entrepris de publier le “Recueil” en sachant qu’il courrait un risque certain. En 1536, un autre éditeur Henrich Petri s’était proposé de publier une traduction latine du Coran mais les autorités l’avaient averti qu’elles ne permettraient jamais la parution de l’ouvrage. C’est pour cela que Jean Oporin commença l’impression du Coran sans l’autorisation expresse de la censure, car la publication des autres textes du “Recueil” ne posaient pas de problème, la plupart étaient des réfutations de la doctrine musulmane. Quand les autorités eurent vent de l’affaire le Conseil de Bâle requis l’avis de quelques théologiens et d’un jurisconsulte qui se sont partagés et le jugement rendu le 30 août 1542 fut entièrement défavorable à Oporin: le texte imprimé fut confisqué et l’éditeur jeté en prison pour quelque temps. L’intervention de la plupart des grands Réformateurs (Luther – Mélanchthon..) en faveur de la publication poussa le Conseil de Bâle le 7 décembre 1542 à prendre une nouvelle décision, cette fois favorable. Mais l’impression et la distribution du “Recueil” de Bibliander furent autorisées sous trois conditions: 1- Que le nom de la ville et de l’imprimeur ne figurent pas dans le livre; 2- Qu’Oporin trouve un savant pour patronner la publication en acceptant d’apposer son nom sur la page de titre; 3- Que le “Recueil ne soit pas vendu à Bâle. Les conditions requises ayant été remplies, les textes confisqués furent rendus à Oporin le 11 janvier 1543 et le “Recueil” était entièrement achevé quelques semaines plus tard, et pour couper court à toute discussion publique de cette affaire, le Conseil de la ville interdit aux pasteurs d’en parler du haut de leurs chaires. Ainsi l’édition du Coran par les soins de Bibliander et d’Oporin fut la première impression de sa traduction latine dans l’Histoire. Auparavant le texte coranique arabe avait été publié par Paganini à Venise en 1538, mais dès sa publication il fut brûlé par ordre du pape et la nouvelle édition en arabe n’en sera entreprise qu’en 1694 à Hambourg par Hinckelmann. Le manuscrit arabe que Bibliander a utilisé est celui que Jean de Raguse avait apporté à Bâle au temps du Concile et qui restait en possession de la bibliothèque de l’Université. Ce manuscrit, copié à Constantinople en 1437, est mentionné dans l’explicit figurant à la fin du texte coranique de notre édition. Dans cette seconde édition Bibliander apporte, par rapport à la première, quelques améliorations qui remplacent les variantes figurant auparavant; elle diffère aussi de la première parce qu’elle donne les traductions latines sans le texte grec et, surtout, parce que la troisième partie à été augmentée de neuf pièces. La diffusion de ce “Recueil” encyclopédique sur l’islam, en dépit de ses imperfections, a marqué une étape dans le progrès de la connaissance européenne du monde musulman. Pfannmüller estima que cette oeuvre est représentative de l’ensemble de la polémique chrétienne jusqu’au XVIe siècle