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Rallié à l'idée de la sécularisation (autonomie des domaines étatique et religieux), par opposition à la laïcité (ignorance voire refus du religieux), Yves Ledure[1] lui trouve l'avantage que « la démarche religieuse [y] relève moins de l'accoutumance collective que d'une détermination personnelle ». Cette situation toutefois comporte le risque d'un véritable oubli de la religion, celle-ci devenant pour beaucoup « des hiéroglyphes illisibles ». Or la religion « définit (...) une catégorie (parmi d'autres) de l'existence humaine » qui est, tout comme l'art, non soluble dans une démarche purement rationnelle : la rencontre du divin n'est pas de l'ordre du cognitif mais de l'expérience.
Les fulgurants progrès de la science n'ont en aucune manière permis de résoudre les questions fondamentales de l'existence : le sens de la vie, l'infini, le début et la fin de l'Univers, cette « interrogation sur la mortalité de l'homme qui reste le dard brûlant dans la chair vive de tout vivant ». La réponse nécessite l'activation de notre capacité religieuse, la découverte qu'au fond de soi il y a - « viatique de l'immortalité » - l'Univers, la « trace de l'infini ». L'actualisation de ce potentiel a besoin de l'incarnation, dont l'exemple concret est le passage du Christ (corps, âme, esprit réunis) parmi les humains. Ainsi « le divin vient à l'homme par (...) l'humain », et les écritures sacrées sont « autant de pédagogies d'éveil au monde religieux ».
La religion apporte aussi des repères comportementaux à « un homme qui risque toujours de rester un loup pour son congénère ». Elle rappelle que l'égoïsme, le matérialisme, le repli sur soi conduisent à l'enfermement. Posséder c'est être possédé, remarquait Gabriel Marcel en 1935 déjà dans Etre et avoir. On ne saurait, dès lors, considérer que le fait religieux n'a plus de dimension collective, et si la vie publique n'a plus à vivre au gré de fois imposées, elle ne peut ignorer l'apport de la pratique spirituelle à l'accomplissement de la destinée humaine.
Dans ce sens, contrairement à un certain consensus confondant libération politique (conquête de la liberté de conscience et de croyance) et refus de toute discipline (toute approche du divin passe par une ascèse), l'auteur affirme que la structure religieuse n'est pas, par définition, une aliénation, pour peu, cependant, qu'elle quitte son « image (...) réductrice de la femme » et « une conception englobante et totalisante (...) qui ne peut qu'entrer en conflit avec une anthropologie de la liberté que véhicule la modernité ».
Un Etat athée ne serait que la symétrique des errements d'un Etat théocratique : que « dans une culture de l'absence de Dieu », les humains puissent néanmoins trouver les voies du Salut, n'est-ce pas là un enjeu de société ?
« La disparition ou l'effacement sans précédent du sacré, de l'absolu (...) laisse chaque personne face à sa fragilité ontologique. » Sécularisation et vie spirituelle ont de quoi se soutenir mutuellement...