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Loin de proposer un biopic informatif sur la vie de Barbara, Mathieu Amalric utilise comme matière première la vie de l'artiste pour nous faire saisir, par bribes, sa personnalité aux multiples facettes.
Jeanne Balibar se glisse dans la peau de la chanteuse de manière déconcertante. Dans l'une des premières séquences du film, l'actrice est, pense-t-on, chez elle: elle erre avec grâce et légèreté dans l'appartement, enregistre un coup de téléphone à l'aide d'un magnétophone, fume, écoute de la musique puis reçoit sa mère, venue pour de l'argent. Une fois qu'elle parvient à congédier cette dernière, un «coupez» intervient: l’on voit un technicien descendre du plafond…
Et c’est sans doute là que réside la prouesse du film: il ne s'agit pas de nous faire croire que Balibar est Barbara. Elle endosse le rôle d'une actrice, Brigitte, qui interprète la dame noire dans un biopic de Yves Zand (Mathieu Amalric). Avec cette séquence s'interrompt alors l'illusion biographique des biopics classiques, manifestant le refus propre au réalisateur de faire un film identique à celui que tente de créer son personnage fictif.
Le film d'Amalric propose ainsi une réflexion sur le cinéma: le désir qu’éprouve Brigitte de ressembler le plus possible à son personnage va la conduire à tenter, en dehors des répétitions, à adopter la même attitude et le même tempérament que ce dernier, jusqu'à finir par y croire véritablement. Fiction et réalité, pour Brigitte, ne font plus qu'un, redoublant l’égarement du spectateur face à cette délicieuse mise en abyme. Cette tentative s'inscrit aussi dans la mise en scène, où une confusion est créée par l'entremêlement d'images d'archives de la chanteuse de l'aigle noir et de Balibar: la ressemblance est troublante.
Participe enfin au charme de cette œuvre, la relation entre Yves, fasciné par son actrice, et cette dernière, plutôt indifférente. Alors, lorsqu'il la regarde admirativement chanter en s'accompagnant au piano, derrière un mur blanc duquel elle se détache en tant qu'ombre de plus en plus nette, nous sommes, nous aussi, entièrement conquis.
Sabrina Schwob
|Nom||Notes|
|Sabrina Schwob||17|