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Ce mois-ci, nous avons essayé de démontrer dans notre podcast en quoi la situation du monde actuelle est comparativement meilleure que dans le passé. Par exemple, les chiffres montrent que le développement social et économique à l’échelle mondiale a permis à plus d’1 milliard de personnes de sortir de la pauvreté. Nous nous sommes notamment penchés sur les conditions qui ont permis aux pays considérés comme « pauvres » de progresser. Là encore, une des clés de la réussite semblent résider dans les institutions qui ont été développées.
Je m’intéresserai alors ici à l’essor économique que permettent ces institutions, en me concentrant sur un cas d’étude devenu classique lorsque l’on veut étudier les effets des institutions sur l’essor économique d’un pays : la Chine.
Un gâteau à se répartir, vraiment ?
Le développement exponentiel de la Chine est souvent comparé à un « miracle économique ». Il est ardu de trouver un autre exemple de pays dans lequel autant d’habitant sont sortis de la pauvreté en si peu de temps. Selon les chiffres de la Banque Mondiale, le pourcentage d’individus vivant dans une situation de « pauvreté extrême » en Chine est passé de 88.3% en 1981 à 66.2% en 1990, pour se situer à « seulement » 0.7% en 2015. Il reste effectivement encore 10 millions de très pauvres en Chine, mais si l’on compare avec les 878 millions de personnes qui vivaient en situation d’extrême précarité il n’y a pas si longtemps, la performance du pays est indéniablement remarquable.
Lorsque l’on appréhende la question de la répartition des revenus dans un pays donné, on entend souvent que l’enrichissement des uns se fait automatiquement au détriment des autres. Imaginer la richesse d’une nation comme un « jeu à somme nul », un gâteau à se répartir, amène à ce genre de raisonnement d’opposition entre les catégories d’individus.
Or, alors que le nombre de millionnaires et de « super-riches » a augmenté de manière exponentielle en Chine, la majorité de la population s’est également enrichie. Tout le monde a donc profité d’un « gâteau » qui grandit au fur et à mesure que la richesse se crée.
Mais comment expliquer un progrès si fulgurant ? Et ce, dans un pays dont le système agricole, économique et social basé sur des principes collectivistes, a causé l’une des plus grandes famines de l’histoire de l’humanité, avec près de 40 millions de mort au milieu du siècle passé.
Un changement de paradigme
Aujourd’hui lorsque l’on mentionne la Chine, c’est souvent pour parler de puissance géopolitique et économique, qui tient tête aux États-Unis. Comment en est-on arrivé là ?
Le changement de paradigme opéré par Deng Xiaoping, le successeur de Mao, a eu un impact décisif sur le développement chinois. Fondamentalement, l’Etat se retire et délaisse rapidement sa mainmise sur le domaine économique tandis que le secteur privé prend progressivement plus de place. Dans l’industrie, le secteur public passe de 73% en 1988 à 35% en 1992.
Cette rapide évolution se cristallise dans certaines réformes d’inspiration libérale. La collectivisation des terres est remplacée par un système de propriété privée et de responsabilité individuelle des parcelles. Des « zones économiques spéciales » exemptes de taxes prévues pour attirer des capitaux et des investissements étrangers sont développées dans le pays. La Chine s’ouvre au monde : abolition des droits de douanes, du contrôle des changes, et ouverture des marchés. La croissance qui a découlée de ces réformes a permis l’émergence d’une classe moyenne, et d’un accès facilité à une diversité de produits.
Ainsi, on peut constater que la meilleure manière de sortir un pays de la grande pauvreté et de contribuer à son développement reste les réformes internes, l’ouverture au commerce et l’investissement. La propre création de richesse de la Chine lui a permis de progresser par elle-même. Un moyen bien plus efficace que le simple transfert d’argent des « pays riches » aux « pays pauvres ».
A la croisée des chemins
Alors, la Chine, un pays parfait ? Bien évidemment non, malgré les progrès, la Chine reste une dictature. En effet son système hybride, entre une organisation économique capitaliste et relativement libérale d’un côté, et la mainmise du parti communiste sur un pays dans lequel les libertés politiques sont régulièrement malmenées de l’autre, est évidemment critiquable.
Dans mon article précédent, je citais Milton Friedman, qui défend qu’un Etat politiquement libéral s’accompagne presque automatiquement d’une économie libérale, et inversement. Il pense en effet qu’un pays qui s’engage dans la voie des libertés économique débouchera inexorablement en un système politique libéral. Dans sa préface à son best-seller en 2002, il réfute l’idée d’un « capitalisme d’Etat » sans démocratie ni liberté, que pourrait devenir la Chine. Selon lui il n’y a pas d’alternative : soit la Chine poursuit ses réformes et devient réellement démocratique, soit le parti communiste revient en arrière par peur de perdre son pouvoir.
On ne peut qu’espérer que la Chine continuera à s’ouvrir et à se libéraliser. Toutefois les tendances actuelles sont de mauvais augure. Le président de la république populaire de Chine, désigné président à vie, impose une politique particulièrement autoritaire. Les camps de travail pour une certaine catégorie de la population et le système de notation sociale digne d’une dystopie orwellienne, en sont un bon exemple. Si l’on y ajoute des résultats économiques moins exceptionnels et une guerre commerciale avec les États-Unis à coup de mesures protectionnistes, il y a de quoi être inquiets. Mais la Chine a montré qu’elle avait besoin de liberté, et le monde a besoin de la Chine pour relever ses plus grands défis. Soyons positifs !