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Le Liseur
Stephen Daldry peut se vanter d'avoir une filmographie remarquable. Après le très bon "Billy Elliot", et le sublime "Les heures", il signe un troisième long métrage bouleversant d'intelligence et de simplicité.L'intérêt principal de ce "Liseur" ne réside pas du tout dans le fait que le personnage d'Hanna (Kate Winslet) fut nazi, mais dans son secret. Elle va même jusqu'à s'accuser lourdement pour ne pas devoir le révéler. Le réalisateur opte pour une empathie avec Michael Berg (Ralph Fiennes et David Kross) qui découvre en même temps que le spectateur toute l'horreur du passé de son amante en finissant par comprendre qu'il ne fut pour elle qu'un outil, comme l'étaient ses jeunes victimes des camps de la mort nazis. Elle profite de ses deux principales faiblesses, l'une physique au travers de sa maladie et l'autre plus mentale en lui faisant découvrir de manière très explicite les joies de l'amour charnel. Dans cette relation, elle n'est pas sincère et lui est aveuglé comme le serait n'importe quel adolescent qui connaît la sexualité dans les bras d'une femme plus âgée et plus expérimentée que lui. Et, quand il la retrouve, après qu'elle l'eut abandonné sans laisser d'adresse, sur le banc des accusés d'un procès auquel il assiste dans le cadre de ses études de droits, il découvre la vraie personnalité de celle qu'il a aimée si passionnément. Son univers s'écroule d'un seul coup. Malgré cette révélation, il ne peut s'empêcher d'éprouver encore des sentiments pour elle et décide de l'aider à sa manière afin qu'elle ne meure pas sans combler ce lourd secret qui l'a poussé à l'impensable dans le passé.Daldry construit son récit en trois périodes distinctes, rencontre et passion, révélation et finalement digestion de cette histoire en ce qui le concerne lui. Le film s'achève par une scène dans laquelle il décide enfin de raconter son passé à sa fille, de se libérer, de se débarrasser de ce lourd secret qui a géré toute sa vie.En directeur d'acteurs hors paire, Dladry opte pour une mise en scène sobre qui met en avant ses personnages. Kate Winslet mérite amplement son Oscar en campant une Hanna toute en ambiguïté. Elle se donne corps et âmes en révélant sa plastique irréprochable tout en cachant la vraie nature de son personnage. On a droit à des scènes sexuelles explicites dont l'exhibitionnisme agit comme un contraste saisissant par rapport à sa personnalité qu'elle cache pour couvrir un secret qu'elle juge honteux. A ses côtés, le jeune David Kross tient haut la dragée grâce à un jeu tout en fraîcheur au début, devenant plus mature pour illustrer merveilleusement le cruel dilemme de Michael. Et Ralph Fiennes réalise une nouvelle performance tout en finesse faisant de Michael une sorte de fantôme de son propre passé.Rajoutez à cela un travail exceptionnel sur le vieillissement et une musique splendide signée Nico Muhly, déjà responsable de la très belle partition de l'excellent "Joshua" et vous avez l'un des films les plus indispensables de ce début d'année, une oeuvre forte et bouleversante.