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En été 2020, la mort de l'Afro-américain George Floyd à Minnéapolis aux Etats-Unis entraîne une vague de protestations dans le monde entier, faisant vaciller nombre de monuments historiques liés à l’entreprise coloniale et à l'esclavagisme. A Neuchâtel, une pétition demande le retrait de la statue de David de Pury. Une autre, déposée peu après, demande son maintien assorti d'une plaque explicative. Les autorités communales exécutives et législatives ont travaillé main dans la main pour tenter d'apporter les réponses les plus adéquates à ces pétitions. Le 6 septembre 2021, le Conseil général a accepté à l'unanimité un rapport qui propose un certain nombre de mesures à court, moyen et long terme, en vue de développer les connaissances du lien entre Neuchâtel et l’entreprise coloniale et mieux les faire connaître. Il s’agit également de tendre globalement vers plus d’inclusivité dans l’espace public. Voici les grandes lignes de ce plan d'action.
Deux œuvres contemporaines seront installées successivement à proximité de la statue de David de Pury. Le Conseil communal de la Ville de Neuchâtel a primé quatre projets originaux recommandés par un jury international. « A scratch on the nose » de Mathias Pfund sera la première œuvre artistique à voir le jour ces prochains mois, suivie de « Ignis fatuus » de Nathan Solioz.
En 2022, une plaque explicative sera installée devant la statue de David de Pury. En voici la teneur:
David de Pury
Neuchâtel 1709 - Lisbonne 1786
"Cette statue a été érigée en 1855, à la suite d’une souscription lancée par des notables, en l’honneur de David de Pury, qui avait légué la majeure partie de sa fortune à sa ville natale. Cet héritage permit à Neuchâtel de connaître un essor urbain sans précédent, mais l’origine de cet argent fait débat.
Négociant et financier international basé à Lisbonne, David de Pury était actif dans le commerce de diamants et de bois précieux du Brésil, exploités par le travail de femmes, d’hommes et d’enfants réduits à l’esclavage. En outre, il possédait des actions d’une société active dans la traite négrière.
Désireuse de faire la lumière sur cette période de son histoire, la Ville de Neuchâtel soutient la diffusion de la recherche historique et le travail de réflexion mémorielle dans l’espace public.
La Ville de Neuchâtel tient à rendre hommage à toutes les personnes privées de liberté, exploitées et déshumanisées dans le cadre du commerce triangulaire et de la colonisation ainsi qu’aux personnes victimes aujourd’hui encore de racisme. Elle affirme l’égale dignité humaine, la valeur essentielle d‘une société sans discrimination, plurielle et inclusive."
Une traduction est prévue en 9 autres langues.
Au terme de leurs réflexions, les autorités communales n'ont pas souhaité ôter la statue de David de Pury. La plaque a pour but de contextualiser, en quelques mots, l'origine de cette statue, mettre en lumière la récente controverse autour du monument et rendre hommage aux victime de la traite des esclaves, en particulier les Noir-e-s. Pour en savoir plus, un onglet spécial sur le site du Musée d'art et d'histoire contiendra des informations sur les recherches en cours ainsi qu'une bibliographie, incluant les références des sources conservées aux Archives de la Ville relatives à l’érection de la statue de David de Pury.
Enfin, d'autres plaques explicatives seront apposées sur les bâtiments communaux en lien avec l'esclavage ou le colonialisme.
La participation de Neuchâtel à l’entreprise coloniale est traitée dans une section de la nouvelle exposition permanente « Mouvements » du Musée d'art et d'histoire (MahN). Elle interroge notamment le degré d’implication de Neuchâtelois dans la traite négrière et dans l’esclavage. Une borne interactive permet de mieux connaître l'histoire de la statue de David de Pury et fait état des débats récents consécutifs aux pétitions de l’été 2020. L’exposition « Mouvements » intègre également des oeuvres d’artistes contemporain-e-s qui nous interrogent sur notre rapport au passé et aux mouvements.
Dans un souci d’intégrer les acquis de la recherche et de stimuler la réflexion face aux enjeux contemporains liés au passé colonial de la Suisse, le MahN entend mettre à disposition du public des sources et des indications bibliographiques sur l’implication de Neuchâtelois dans la traite négrière et l’esclavage. C'est pourquoi le site du Musée consacre une page spéciale intitulée "Recherches Passé Colonial".
L’une des mesures phares proposées en termes de médiation est un parcours pédagogique multimédia. Il questionnera l’implication de Neuchâtel dans la traite négrière et l’esclavagisme. Idéalement, le parcours ainsi initié doit permettre d’approfondir ces questions dans le cadre scolaire. Un support pédagogique sera d'ailleurs proposé aux enseignant-e-s. L’application du parcours pédagogique "Neuchâtel passé colonial" pourra être téléchargée par toutes les personnes intéressées.
Le projet repose sur la collaboration de partenaires externes, en particulier de spécialistes universitaires. La Ville tient à ce que ce parcours soit scientifiquement parfaitement documenté. Une collaboration est prévue avec l’entreprise neuchâteloise Talk to me, créatrice des parcours multimédia urbains Totemi.
Afin de sensibiliser aux marques mémorielles dans l'espace public et rendre ce dernier plus inclusif, les autorités ont confié un mandat de recherche à une historienne pour écrire 50 biographies de femmes, notamment de personnes d’origine étrangère ou issues de minorités, décédées et qui ont un lien avec Neuchâtel. Une première étape qui permettra de mieux connaître, faire connaître et valoriser ces personnalités jusqu’ici invisibilisées ou oubliées par l'histoire. Il s'agira ensuite de nourrir d'autres projets sur l'espace public ou à travers des interventions médiatiques et éditoriales.
A lire dans Arcinfo du 27 janvier 2022: "La Ville de Neuchâtel veut mettre en avant des personnalités historiques invisibles"
La recherche sur la participation de Neuchâtelois à l’entreprise coloniale a le vent en poupe. En 2020, un groupe de réflexion, formé de membres des directions des musées de la Ville et de la région, de l’archiviste cantonal, de professeur-e-s et de chercheur-e-s universitaires et d’historien-ne-s, s'est réuni pour ouvrir des perspectives à ce sujet. En marge de ces discussions, la titulaire de la chaire d’histoire contemporaine de l’Université de Neuchâtel a décidé de préparer une requête au Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), avec le soutien du rectorat de l’Université de Neuchâtel. La réponse du FNS devrait tomber en 2022. Si la réponse est positive, la recherche s’étendra jusqu'en 2026. Le rôle de la Ville de Neuchâtel, d’entente avec l’Université de Neuchâtel, sera de soutenir la valorisation de la recherche et la transmission des connaissances au public.
La valorisation des résultats de la recherche scientifique par la Ville pourra se faire notamment par le biais de manifestations existantes:
- La Semaine d’actions contre le racisme en mars, organisée par le Forum tous différents tous égaux, dont fait partie la Ville ;
- Le Printemps culturel Neuchâtel, tous les deux ans, soutenu par la Ville : en 2023, il sera consacré aux Amériques noires ;
- La Semaine de l’Europe en mai, co-organisée par la Maison de l’Europe transjurassienne et la Ville de Neuchâtel.
Par ailleurs, dans le cadre d’expositions proposées par les musées de la Ville de Neuchâtel, des conférences ou colloques continueront aussi d’être organisés.
Depuis quelques années déjà, des réflexions ont été menées par le service du développement territorial dans la perspective de requalifier la place Pury et de refaire le lien avec le quartier au sud de la place et avec le lac. Aujourd’hui, cette place, avec son noeud de transports publics, est avant tout un lieu de passage. La requalification viserait à ce qu’elle remplisse mieux ses fonctions de place publique. A ce moment-là, il serait possible que la statue soit légèrement déplacée compte tenu des nouveaux aménagements. En lien avec la volonté générale de tendre vers plus d’inclusivité dans l’espace public, il est également envisageable que le nom de la place fasse l’objet d’une réflexion selon ses nouvelles fonctionnalités à l’avenir.
Avec l’enveloppe du pourcent culturel, un concours artistique sera réalisé. Il pourra se faire, par exemple avec l’aide de la fondation des Nouveaux Commanditaires qui travaille de manière participative avec des personnes utilisatrices de l’espace public.