Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07223.jsonl.gz/486

Voilà 25 ans que la manufacture de tabac Misani à Brusio (GR) a fermé ses portes. Le bâtiment, construit en 1858 et classé monument historique, menace de s’effondrer. Pietro Misani, représentant de la sixième génération, a hérité de la manufacture de tabac de son père et de ses trois oncles. « L’avenir de cette ancienne manufacture de tabac m’a donné beaucoup de fil à retordre. Pour moi, il était exclu de continuer à travailler avec le tabac, qui n’a plus de débouchés. Je me voyais plutôt me lancer dans le vin, la grappa et d’autres alcools distillés. J’ai donc été soulagé lorsque j’ai rencontré d’autres personnes qui souhaitaient également préserver l’histoire de la production et de la transformation du tabac dans les Grisons », raconte l’homme de 55 ans. En juin 2021 est née l’Association « Museo del Tabacco » (musée du tabac), qui a acheté le bâtiment avec les machines et les outils, posant ainsi un jalon important. Le projet des membres de l’association est de rénover et de transformer la manufacture de tabac Misani et d’y ouvrir un musée.
La culture du tabac autrefois
Brusio se situe à l’extrémité des Grisons. Le début de la culture du tabac dans cette commune remonte à la première moitié du 19 e siècle et devient rapidement l’une des principales sources de revenus pour de nombreuses familles du val Poschiavo. A son apogée, vers 1860, jusqu’à 80 tonnes de tabac y sont produites par année et trois entreprises de transformation emploient plus de 100 personnes, surtout des femmes fabriquant des cigares de type Virginie ainsi que du tabac coupé, principalement destiné à l’exportation. La manufacture Marchitoli & Pozzi & Co. est fondée en 1840 à Brusio. Vingt ans plus tard, elle est vendue à l’entreprise Fratelli Ragazzi & Co. à Poschiavo, avant de passer aux mains de la famille Misani en 1877.
A son apogée, la production de tabac atteignait jusqu’à 80 tonnes par année dans la vallée.
La première période dorée du tabac grison prend fin avec l’ouverture du tunnel ferroviaire du Gothard en 1882. L’intensification du commerce international conduit à un effondrement des prix. En outre, les conditions climatiques et la surexploitation des champs font baisser les rendements. La culture du tabac continue à décliner, mais connaît un nouvel essor après la Première Guerre mondiale, grâce à de nouvelles méthodes de culture et à la politique de protection du tabac indigène menée par la Confédération. En 1934, la production de tabac atteint à nouveau le chiffre considérable de 35 tonnes. Toutefois, seule une petite partie est encore transformée à Brusio, dans la seule manufacture de tabac encore en activité.
Une dernière tentative de sauvetage
La suppression des droits de douane à l’importation à partir de 1969 entraîne une diminution de la demande intérieure et par conséquent une réduction des surfaces cultivées. En 1978, l’introduction de la nouvelle sorte Campà, qui ne nécessite pas de fermentation complexe, tente d’insuffler une nouvelle vie à la production de tabac dans les Grisons. Ce projet échoue, car, à la même période, les conséquences négatives de la consommation de nicotine deviennent de plus en plus évidentes. La Confédération retire progressivement son soutien pour abolir les subventions directes en 1993. C’est le coup de grâce pour le tabac grison et la fin d’une industrie qui a contribué au développement économique de la vallée pendant plus de 150 ans.
La suppression des droits de douane a entraîné la diminution de la demande intérieure.
Un nouvel élan dans la vallée
Depuis la fin de l’ère du tabac, Pietro Misani se consacre avec passion aux raisins. Il cultive plusieurs vignobles dans la Valteline voisine, et produit des vins et de la grappa de haute qualité. Le panneau à l’entrée du bâtiment historique, construit en 1732, indiquant « Ditta Misani Brusio. Vini di Valtellina – Fabbrica Tabacchi » évoque toutefois encore clairement l’ancienne production de tabac.
L’historien Daniele Papacella, de Poschiavo, partage le souhait de Pietro Misani de créer un musée. « Comme dans d’autres vallées, le vieillissement de la population et l’exode sont un problème ici. De nouveaux projets, comme le Musée du Tabac, luttent contre cette situation, insufflent une dynamique positive et renforcent le sentiment de communauté au sein de la population. » Kaspar Howald, directeur du tourisme du val Poschiavo, y voit lui aussi un grand potentiel : « L’histoire de la culture du tabac s’accorde parfaitement avec nos deux thèmes principaux, le vin et la contrebande. D’un point de vue touristique, nous nous félicitons de cette initiative. » La question du financement préoccupe toutefois les responsables de l’Association du Musée du Tabac. « Nous avons besoin de 555 000 francs pour la transformation et l’achat du bâtiment », explique Pietro Misani, qui assure également la fonction de trésorier de l’association. « Nous avons réuni la moitié des fonds depuis juillet 2023, nous attendons maintenant la décision des fondations auxquelles nous avons demandé de l’aide », continue-t-il. Jusqu’au printemps, le bâtiment, construit en 1858 avec un lourd toit en ardoises, était totalement délabré. L’eau s’infiltrait depuis des années à travers le toit à deux pentes, les poutres en mélèze, parfois pourries, s’effondraient et les planchers s’écroulaient.
La conservation des monuments historiques des Grisons ainsi que la commune de Brisio participent chacune au projet à hauteur de 70 000 francs et la commune de Poschiavo y a alloué 15 000 francs. Le reste doit être financé par des dons et des contributions de fondations (65 000 francs supplémentaires ont également été octroyés). Le musée devrait ouvrir ses portes en 2024. « Nous avons encore beaucoup de travail, mais il sera récompensé, car le bâtiment est un des rares exemples aux Grisons de l’industrie de transformation à avoir été conservé dans son état originel », se réjouit Pietro Misani.
Le «Museo del Tabacco Brusio» aux Grisons
En 2003, Pietro Misano avait déjà l’idée de créer un musée dans l’ancienne manufacture de tabac de Brusio, pour perpétuer le souvenir d’une activité qui a façonné l’histoire du village. Un premier groupe de travail a été créé à cet effet en 2021. Le 11 juin 2022 est née l’Association « Museo del Tabacco Brusio ». Elle est présidée par Donato Fanconi et compte actuellement 20 membres. La cotisation annuelle s’élève à 40 francs.
Contact : Association Museo del Tabacco, c / o Pietro Misani, Via Cantonale 288, CH– 7743 Brusio GR, tél. : +41 79 457 52 15, www.museo-tabacco.ch (en allemand ou en italien)