Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07157.jsonl.gz/710

Il y aura bientôt seize ans que l'on découvrait, dans The Lancet, les résultats de la première étude internationale consacrée à la contraception masculine hormonale menée sous l'égide de l'OMS. Nous écrivions à cette époque truisme qu'à la différence de la révolution qu'elle avait permis de réaliser avec la contraception féminine, l'endocrinologie n'avait pas encore trouvé de solution permettant de bloquer efficacement la production des spermatozoïdes sans provoquer d'ennuyeux effets secondaires. Pour le dire autrement en 1990 la contraception masculine se bornait donc, pour l'essentiel, à une alternative : soit le recours répété à l'usage des préservatifs, soit à la vasectomie, stérilisation chirurgicale alors adoptée par près de quarante millions d'hommes à travers le monde.«Les temps pourtant changent, comme en témoignent les résultats de la première étude internationale démontrant l'efficacité d'une technique considérée comme marginale, qui permet d'obtenir, par voie chimique, une stérilisation effective et réversible, écrivions-nous encore dans les colonnes du Monde. Réalisée sous l'égide de l'OMS et coordonnée à Genève par le Dr G.M.H. Waites, directeur du Groupe spécial de recherches sur la reproduction humaine, cette étude a été réalisée dans sept pays (Chine, Grande-Bretagne, Australie, Etats-Unis, Finlande, Suède et France). Elle a, au total, porté sur 271 hommes fertiles, en parfaite santé, âgés de vingt et un à quarante-cinq ans et mariés à des femmes de moins de trente-cinq ans, fertiles elles aussi et n'ayant recours à aucune forme de contraception.»La technique alors utilisée consistait à injecter, chaque semaine, par voie intramusculaire, 200 milligrammes de testostérone, les concentrations ainsi obtenues dans l'organisme ayant pour effet de modifier l'équilibre endocrinien naturel et, en bloquant l'action de substances hormonales sécrétées par le cerveau, de tarir la production de spermatozoïdes.Conclusions de 1990 ? Considérant qu'une concentration de spermatozoïdes inférieure à un million par millilitre de sperme équivaut à une stérilité masculine, cette dernière a pu être obtenue dans les six mois suivant la première injection et maintenue sans difficulté pendant un an, durée retenue pour cette étude. L'arrêt des injections hormonales avait alors été suivi d'une nouvelle production de spermatozoïdes en moins de quatre mois et d'un retour à la normale en six mois.A ce bilan a priori positif, il convenait toutefois d'apporter un correctif dans la mesure où cette efficacité n'avait pu être obtenue que chez 65% (157 personnes) des volontaires. Chez les autres (114 personnes), l'arrêt de l'expérience avait eu pour origine, dans 27 cas, des effets secondaires très variés (apparition d'acné, augmentation de la libido, prise de poids, troubles lipidiques, hypertension artérielle, etc.), des difficultés lors de l'injection (8 cas) et, surtout (68 cas), l'inefficacité du traitement hormonal, ce dernier ne parvenant pas, sans qu'on sache expliquer pourquoi, à bloquer la production de spermatozoïdes. Une grossesse non désirée avait été enregistrée dans le groupe des volontaires chez lesquels ce blocage avait pourtant été considéré comme effectif, grâce à des spermogrammes répétés.Toujours The Lancet et toujours le même thème mais cette fois dans les colonnes datées du 29 avril 2006. La publication est signée par un groupe de chercheurs parmi lesquels deux travaillent au sein de laboratoires pharmaceutiques (Organon et Schering) directement impliqués dans le champ de la pharmacologie endocrinologique.1 Leur travail a consisté à analyser les données et les conclusions de trente études publiées entre 1990 et 2005 ; études qui ont porté sur un effectif total de 1549 volontaires sains. En pratique, les concentrations de spermatozoïdes dans les éjaculats de ces volontaires ont été mesurées avec la plus grande précision. Ces volontaires, âgés de 18 à 51 ans, étaient des Occidentaux blancs (965 personnes), des Asiatiques (535), tandis que 49 avaient des origines non précisées.Ces trente études, durant lesquelles le traitement hormonal a été administré durant une période minimale de trois mois correspondent à 90% de la bibliographie internationale médicale et scientifique consacrée à ce sujet. Différents types d'androgènes ont été ici utilisés plus ou moins associés à des progestatifs. Les données fournies par ces études indiquent qu'en pratique tous les patients traités peuvent retrouver une densité supérieure au seuil de fertilité (plus de 20 millions de spermatozoïdes par ml). En moyenne, le délai nécessaire est de 67% à 6 mois, de 90% à 12 mois et de 100% à 24 mois. En d'autres termes, le caractère réversible de cette méthode de contraception masculine apparaît donc aujourd'hui établi.Parmi les facteurs pouvant jouer sur le retour à la normale, les principaux paramètres sont l'âge, la concentration initiale en spermatozoïdes, le taux sanguin d'hormone lutéinisante et la vitesse à laquelle la spermatogenèse est diminuée par le traitement. Les sujets d'origine asiatique semblent aussi recouvrer plus rapidement que les autres des concentrations normales. Des études plus larges sont en cours parmi lesquelles un essai de phase III à grande échelle avec des androgènes, en Chine, et un autre, de phase II, en Europe avec une combinaison d'androgènes et de progestatifs.Bibliographie 1 Liu P Y, Swerdloff RS, Handelsman PJ, Wang C, and the Hormonal Male Contraception Summit group Rate. Extent and modifiers of spermatogenic recovery after hormonal male contraception : An integrated analysis. Lancet 2006;367:1412-20.