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En 1936 à Berlin, Arthur Tell Schwab avait apporté à l’athlétisme suisse la troisième médaille olympique de son Histoire en décrochant l’argent lors d’un 50 km marche de feu. Douze ans plus tard, Gaston Godel (CA Payerne) a été sélectionné pour suppléer à son illustre aîné, disparu juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans des conditions tragiques qu’on évoquera un peu plus loin dans ce récit des Jeux Olympiques. Né à Givisiez le 19 août 1914, ce Fribourgeois habitant à Domdidier ne découvre la marche que sur le tard, à 28 ans ! Champion suisse en 1945 et en 1947, Gaston est logiquement appelé à participer à ces Jeux Olympiques. Le problème c’est qu’il n’a pas vraiment envie d’y aller, jugeant qu’il ne possède aucune chance de bien y figurer. Il hésite quelque temps avant de donner son accord, une semaine avant de se déplacer vers la capitale anglaise. Avec son âme de solitaire, l’un des deux Romands de l’équipe (avec Jean Studer) s’entraîne tout seul à Londres et reste en marge de ses coéquipiers, ce qui provoque quelques amusements dans la délégation. Pourtant il y a sur ses épaules quelques lueurs d’espoirs car, s’il est bien disposé, il pourrait bien créer une bonne surprise, quand bien même son record de 4:46’19 se situe assez loin des 4:32’09″2 que Schwab avait réalisé douze ans plus tôt dans la fournaise des rues berlinoises.
Un départ prudent, puis une magnifique remontée
En ce 31 juillet 1948, il est 13:15 lorsque vingt-trois marcheurs s’élancent du stade de Wembley pour un périple de 50 km dans la ville et ses alentours. On craint beaucoup pour eux car la chaleur moite qui règne sur Londres sera encore plus lourde qu’à Berlin; heureusement une bonne partie d’entre-eux a eu l’idée de se munir d’un couvre-chef. Dès la sortie du stade, l’allure est rapide sous l’impulsion du favori de l’épreuve, le Suédois John Ljunggren qui passe en tête aux 10 km avec déjà une minute et demie d’avance sur le Norvégien Edgar Bruun; les Britanniques Rex Whitlock et Herbert Martineau, ainsi que l’Italien Francesco Pretti et le Hongrois Sandor Laszlo sont également dans un bon élan. Parti nettement plus prudemment, Gaston Godel pointe à ce moment-là en onzième position. À la mi-course, la chaleur est de plus en plus pesante et les dégâts commencent à se faire gentiment ressentir. Quelques abandons sont déjà signalés, dont Pretti, mais les meilleurs font toujours leurs gros efforts sur la route. La ligne des 30 km est désormais franchie par Ljunggren devant Bruun, à six minutes, Whitlock, Martineau et Laszlo. Godel est un peu plus loin, mais il passe maintenant en sixième position. Aux 35 km, l’avance de Ljunggren passe même à huit minutes lorsque Whitlock abandonne la course; le Scandinave peut déjà savourer son titre olympique. Continuant à une belle allure, le Fribourgeois rejoint bientôt ses adversaires directs et les passe même facilement. Parti lui aussi prudemment, le Britannique Tebbs Lloyd Johnson caracole désormais en deuxième position et Gaston Godel entrevoit déjà une inespérée médaille de bronze.
Une grosse frayeur dans le stade
Quelques kilomètres avant l’arrivée, une journaliste française placée en bord de route conseille au Suisse d’y mettre encore un coup car l’Anglais qui le précède est assez proche de lui. Motivé et toujours en bonne condition, Godel accélère et rejoint Johnson dans les derniers hectomètres. Après un moment d’observation, le Suisse dépasse l’Anglais et arrive seul sur la piste en cendrée du stade de Wembley. L’ovation qu’il reçoit est absolument grandiose et le marcheur de Domdidier commence à jubiler et à faire des signes au public, comme s’il avait gagné l’or; d’ailleurs c’est ce qu’il croit car il n’a jamais vu le Suédois durant la course ! Pratiquement arrêté, Godel remarque soudain un geste d’un officiel qui lui rappelle qu’il faut parcourir encore un tour de stade avant de réellement franchir la ligne d’arrivée. Interloqué et le regard inquiet, le Fribourgeois reprend aussitôt sa marche, la casquette dans la main droite. Il réalise son dernier 400 m en étant en ligne de mire du Britannique Johnson, que le public encourage de plus belle. Finalement Gaston Godel franchit l’arrivée en 4:48’17, à plus de six minutes du vainqueur, mais seulement quatorze secondes devant Tebbs Lloyd Johnson. Peu après avoir passé la ligne finale, en voyant le Suédois John Ljunggren déjà arrivé et totalement frais, il se rend compte qu’il n’a pas gagné; mais il se contente largement de la médaille d’argent. Cette course héroïque de Godel fait l’effet d’une bombe dans la délégation suisse car il a bluffé tout le monde par son incroyable abnégation. Il vient d’apporter à l’athlétisme suisse sa quatrième médaille, toujours en argent, après celles de Paul Martin et de Willy Schärer sur 800 m et 1500 m en 1924 à Paris et celle d’Arthur Tell Schwab sur 50 km marche en 1936 à Berlin.
Gaston Godel est vraiment un cas à part; n’appréciant guère les honneurs, il est fort gêné lorsqu’il apprend qu’il est invité le lendemain au palais de Buckingham, avec plusieurs d’athlètes, par le roi George VI et Winston Churchill. Et au village des athlètes, tout le monde cherche maintenant à rencontrer cet étonnant marcheur de Domdidier qui a réussi à gagner une médaille d’argent aux Jeux Olympiques.
À son retour en Suisse, Gaston Godel est bien évidemment fêté en ville de Payerne, car il est membre du club athlétique local. Il est surtout reçu par les autorités de sa commune de Domdidier, dont il restera fidèle jusqu’à la fin de ses jours en 2004. Jamais il ne pensera à tirer profit de sa médaille d’argent olympique.
Le classement final du 50 km marche des Jeux Olympiques de 1948 à Londres est le suivant :
PAB
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