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Le Temps, 15.12.1998
Andreas Ladner, politologue, à propos d'une enquête sur le financement des campagnes politiques
«Les partis politiques suisses
n'ont pas assez d'argent»
Sylvain Besson
En Suisse, les partis politiques et les organisations qui financent les campagnes référendaires n'aiment pas parler d'argent. Une enquête effectuée par la Chancellerie fédérale et rendue publique lundi à Berne le prouve: en dépit des garanties de discrétion, seul un quart des organisations contactées dix-huit partis, huit organisations de l'économie et une vingtaine d'associations ont accepté de répondre à son questionnaire, qui portait avant tout sur le financement des campagnes lors de référendums et d'initiatives. Parmi les acteurs importants, on relèvera les silences du Parti socialiste et de la Société pour le développement de l'économie suisse (SDES), qui coordonne les campagnes du patronat. Le politologue Andreas Ladner analyse ce résultat.
Le Temps: La Chancellerie fédérale semble s'être heurtée à un véritable mur du silence. Les acteurs politiques suisses ont-ils donc le goût du secret?
Andreas Ladner: Probablement pas! Les partis sont plutôt incapables de produire des chiffres parce qu'ils n'ont jamais eu de comptabilité sophistiquée. Les secrétaires actuels des grands partis me semblent assez ouverts. A droite, les entreprises sont de plus en plus réticentes à donner de l'argent et cela provoque une réflexion sur de nouvelles règles, notamment le subventionnement public des partis, qui nécessiterait plus de transparence. Actuellement, ces derniers n'ont pas assez de ressources pour proposer des solutions à long terme aux problèmes politiques. Ils ne peuvent que réagir à l'actualité immédiate.
Mais les grandes organisations, comme la SDES, ne semblent pas plus bavardes que les partis…
Effectivement, beaucoup d'argent circule lors des campagnes pour les initiatives et référendums, mais on ne voit pas ce qui se dépense. Des règles seraient nécessaires à ce niveau aussi.
Le problème dont souffre la politique suisse est-il le manque d'argent ou l'excès d'argent?
Je pense que les ressources financières sont mal réparties. Trop d'argent est dépensé lors des campagnes, pas assez pour les partis, et il y a un phénomène Blocher: il a rétribué directement un comité référendaire, des milieux proches de lui rémunèrent un parlementaire zurichois. Cela pose le problème de l'achat de la politique.
Propos recueillis par Sylvain Besson