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Monsieur C. Maraini
Ingénieur
Lugano.1
Zurich, le 26/27 Septembre 1876.
Cher Monsieur
M. le Président Welti a été pareillement très satisfait de son entrevue avec M. le Président Depretis et toute la personne de ce dernier lui a laissé la meilleure impression.
Vous exprimez le désir que, en même temps que les délégués suisses chargés des négociations rélatives au traité de Commerce, le Conseil fédéral suisse envoie à Rome un délégué spécial pour entourer la question du Gothard avec le Gouvernement italien et établir une base pour les négociations ultérieures. Je craindrais beaucoup que nous ne risquions de produire par là une fâcheuse impression sur l'Allemagne. En effet, du moment qu'il s'agit de fixer les bases d'un nouvel arrangement, cela ne saurait avoir lieu seulement entre l'Italie et la Suisse, mais il est évident que l'Allemagne aussi devrait être appelée à y participer. Pour vous prouvez jusqu'où vont les susceptibilités à cet égard, je vous citerai ce qui s'est passé à propos de l'entrevue de M.M. Depretis et Welti. Il a paru dans la «National-Zeitung» qui se publie à Berlin, un article émanant, comme je le vois positivement, d'un fonctionnaire très haut placé dans le monde officiel et exprimant la surprise causée par les prétendues tractations sur l'affaire du Gothard qui auraient eu lieu à cette| occasion avec l'un seul des Etats subventionnants. Le même jour où a paru cet article, le rapport de M. le Général de Roeder sur la véritable portée de l'entrevue de M.M. Depretis et Welti, est parvenu à Berlin et ce n'est que par suite de cela qu'on s'y est rassuré. En outre, il faut bien se garder de tout ce qui pourrait faire croire que le Conseil fédéral veuille établir une connexion quelconque entre la question du Gothard et le traité de commerce suisse-italien, car l'opposition cherche à insinuer que l'on veut sauver le Gothard moyennant des sacrifices sur le tarif des péages, et si le Conseil fédéral faisait quoi que ce soit qui pût donner à cette insinuation une apparence de fondement, il nuirait aux deux choses: à l'affaire du Gothard et à la question du traité de commerce. Ce n'est pas la seulment mon appréciation personnelle; mais c'est aussi l'opinion très prononcée de M. le Président de la Confédération, avec lequel j'ai eu ce matin un entretien à cet égard.
J'ai à vous informer, pour votre gouverne, que les Experts nommés par le Conseil fédéral dans l'affaire du Gothard auront probablement terminé leurs travaux dans la première quinzaine d'Octobre prochain. L'époque prévue pour la réunion de la Conférence internationale relative à la reconstitution de l'entreprise du Gothard est le milieu de Novembre. Il va sans dire que le Conseil fédéral fera parvenir, avant cette époque, aux Gouvernements italien et allemand, ses propositions touchant la dite réorganisation.
J'attends avec impatience et un vif intérêt la communication que vous me promettez des passages du discours – manifeste de M. Depretis qui auront trait au Gothard. Vous m'obligeriez aussi en me transmettant si possible des copies des votes motivés du Conseil Provincial et de la Chambre du Commerce| de Gênes en faveur du Gothard qui, me dites-vous, sont parvenues ces jours derniers au Ministère et ont produit une excellente impression.
Les nouvelles que nous avons des sphères officielles de l'Allemagne continuent à être satisfaisantes. On s'y montre disposé à de nouveaux sacrifices pour assurer l'oeuvre du Gothard en supposant que les autres Etats intéressés y prêtent la main pareillement. Telles que les choses sont aujourd'hui, on peut compter, ce me semble, sur l'Italie et l'Allemagne; mais – et je puis d'autant mieux vous le dire puisque vous êtes suisse, – le point faible dans la question de la réorganisation de l'entreprise du Gothard, c'est malheureusement la Suisse. Je ne puis croire toutefois que si l'Italie et l'Allemagne se montrent disposées à contribuer pour leur part à cette réorganisation, la Suisse – sur le territoire de laquelle se construit le réseau du Gothard – veuille rester en arrière et assumer ainsi sur elle seule la responsabilité d'un non-achèvement de l'oeuvre.
Suivant votre désir, il ne sera pas procédé dans la séance du Conseil d'administration qui se tiendra le 28 Ct, aux nominations de M.M. Correnti, Castagnola et Casaretto comme membres du dit Conseil. Je regarde toutefois comme une affaire entendue de part et d'autre et assurée l'entrée de ces messieurs dans le Conseil d'administration du Gothard.
La Direction propose au Conseil d'administration de faire l'appel d'un quatrième versement de 20% (soit Fr. 100) sur les actions. Ce versement est fixé au 31 Décembre 1876, dans ce sens que les actionnaires seront crédités du coupon d'intérêts de f 9.– pour les Fr. 300 par action déjà versés, échéant à la même époque, et qu'il leur sera facultatif d'effectuer le reste du quatrième versement de 20% soit le 31 Décembre 1876, soit le 30 Juin 1877. Je ne doute pas que le Conseil d'administration n'adhère à cette proposition| dans sa séance du 28. On atteindra ainsi le double but de ne pas avoir à payer en espèces le coupon échu aux actionnaires qui ne feraient pas le quatrième versement et de laisser à chacun la faculté d'attendre que la réorganisation de l'entreprise soit une chose assurée avant de faire le versement dont il s'agit.
Le projet détaillé et le devis pour les parties du réseau qu'il reste à construire sont enfin achevés, mais ils doivent encore être soumis à l'approbation des organes de la Compagnie et à celle du Conseil fédéral suisse. La mise au concours a néanmoins été ordonnée et vous l'aurez d'autantmieux remarquée que la publication y relative a paru aussi sans votre journal. L'avantage de cette mise au concours anticipée est, en premier lieu, de corroborer par des offres d'entrepreneurs l'exactitude des calculs existants sur le coût; en second lieu d'être en mesure de faire commencer les travaux aussitôt que la réorganisation de l'entreprise sera décidée. En effet, on pourra dès maintenant entamer des négociations éventuelles avec les entrepreneurs et les engager à profiter de ce que la saison est encore favorable pour examiner le terrain. La publication en question a été largement répandue en Italie. J'apprends aussi qu'il y a déjà une quantité d'entrepreneurs qui se sont présentés ou qui se présenteront encore pour prendre connaissance des plans et devis, ainsi que pour visiter le terrain. Je désire vivement qu'il y ait, parmi eux, beaucoup d'italiens. Je vous enverrai demain ou après-demain un exemplaire français et un exemplaire italien des «Dispositions générales pour les soumissions», contenant les conditions fondamentales du cahier des charges. Si vous en désirez un plus grand nombre, je m'empresserai de vous les faire expédier.
Dans l'attente de vos bonnes nouvelles, recevez etc, etc,
sig. A. Escher. 2