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21/01/2012
Noël et le christianisme
Au sein de l'ancienne Grèce, la divine Perséphone entrait dans la Terre au moment du solstice d'hiver; elle était alors acclamée par tous les habitants des profon-deurs. La vie pénétrait par elle dans l'ob-scurité de l'abîme et, mûrissant en secret, apparaissait quelques mois plus tard, au sein d'une saison qui voyait la nature reprendre ses couleurs, le monde végétal resurgir, les fleurs éclater dans la lumière glorieuse du temps! Alors, Perséphone retournait auprès sa mère, et la vie s'élançait vers le ciel.
On mesure mal ce qu'avait de constamment mythologique le paganisme. Le matérialisme actuel regarde la nature comme une sorte de machine animant le monde végétal - ou ce que l'homme partage avec celui-ci, ses sensations, et ce qui améliore sa vie, ou la fait tendre vers la mort. Mais la mythologie prolongeait cela dans la sphère morale, et c'est bien ainsi que sont nées les religions. Même à l'époque médiévale, on ressentait encore le gel comme issu du diable et le printemps comme étant le fruit des bons anges du Très Saint!
De nos jours, on n'accorde plus une telle portée morale aux phénomènes extérieurs. Le principe en est pourtant très antérieur au christianisme. Victor Hugo, dans Les Travailleurs de la mer, a essayé de raviver l'ancienne vision qu'on avait des esprits des éléments: il les peint comme voulant, pensant, sentant! Dans ce noble roman, les tempêtes sont des colères perçues par l'homme depuis ses sens: les ont de puissants esprits des éléments.
Homère, dans l'Odyssée, fait de Zeus un dieu bon, lié au ciel, de Poséidon un dieu mauvais, lié à la terre. Et à Athènes, le combat entre l'envoyée de Zeus Pallas Athéna et l'ancien dieu devenu mauvais, ce même Poséidon, est une réalité qu'on a établie: elle reflète la guerre entre le bien et le mal, et y fait écho la sublime image de saint Georges et le dragon, si importante pour les Athéniens de notre temps. La mer était un royaume de monstres, et Poséidon était lié à Kronos: il précédait la venue de Zeus, qui, au sein de l'obscurité ancienne, avait créé la lumière dont on bâtit, moralement, les cités.
Cette philosophie antique de la nature s'est perdue. On en eut les derniers feux, en Occident, avec François de Sales. Mais ils se sont évanouis. Aux yeux de l'Occidental moderne, la nature ne contient aucune forme de vie morale!
Ce qui continue à donner à la fête de Noël, par exemple, une portée morale, est l'image de l'Enfant né du sein de la Vierge. Depuis cette heure fatidique et grandiose - depuis ce minuit aux cent mystères -, Perséphone va sous la Terre, depuis la maison de sa mère, accompagnée de cet Enfant sublime: de cet Enfant ange. Il porte une étoile qui se place dans le cœur de la Terre et la fait refleurir moralement, dans l'âme de l'être humain: elle y est le germe divin de l'Espoir! Cet Enfant réellement sauve.
Sa date de naissance sur Terre correspond à Noël parce qu'il a réalisé dans l'histoire les symboles antérieurs: le christianisme en a constamment fait celui qui accomplissait les prophéties. Matérialisant les images grandioses des anciennes mythologies dans l'histoire de l'homme, il a placé les phénomènes naturels dans sa vie morale; la nature lui apparaît à nouveau comme figure de son être propre. D'un autre côté, en se liant aux cycles naturels, il permet à l'être humain de recommencer à voir, dans la nature, une vie d'esprit: Jésus-Christ, en quelque sorte, révèle la sainte Vierge - éclaire de l'intérieur la nature, y montre les anges. On les voit chanter ses louanges pour les bergers, ou pénétrer les profondeurs de la Terre pour y repousser les dragons prêts à surgir et à envahir le monde. La figure de saint Georges apparaît alors se réalisant aussi dans l'histoire humaine: les âmes, les cités.
Dans le christianisme médiéval, ces anges étaient souvent figurés au travers de saints hommes réputés avoir vécu sur Terre, parce qu'après leur mort, il se rattachaient aux anges en général. Il en était ainsi de saint Nicolas: par lui les enfants renaissaient, après avoir été mis en morceaux dans le saloir de l'Ogre. Il en était le spécial protecteur. Il préside aux fêtes de Noël, offrant par les mains des parents les cadeaux alors donnés.
A une époque où le matérialisme spontané de l'être humain lui donne, de la nature, une image froide, sèche, dénuée de vie véritable, Noël lui rend, je crois, sa vie pleine, mais à condition de relier cette nature aux anges, aux esprits; et les mystères du christianisme le permettent, si on sait les prendre par un certain bout.