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François Bayrou est l'une des principales victimes du premier tour de l'élection présidentielle française, ne drainant que 9,13% des voix. Il a donc perdu la moitié de ses électeurs par rapport à 2007. Pourtant, ses idées ne cessent de parcourir la campagne actuelle. Depuis plus de cinq ans, le centriste fondateur du MoDem sonne le tocsin devant le tsunami de la dette publique. Cette année, Bayrou a été le premier à pointer du doigt la désindustrialisation de son pays. Alors, pourquoi sa mayonnaise n'a-t-elle pas pris?
L'explication immédiate est de mettre en cause la personnalité de François Bayrou qui n'a pas été capable de construire une équipe forte. La politique est à l'image du cyclisme, un sport individuel pratiqué collectivement. Même le plus doué des coureurs ne peut gagner le Tour de France sans plusieurs équipiers de valeur. Il y a du Poulidor, chez Bayrou!
Mais il existe aussi des causes plus profondes. Tout d'abord, il n'y a pas qu'un centre en France mais plusieurs, depuis fort longtemps. Cet espace politique apparaît, en effet, comme une sorte de lieu quantique gouverné par le principe d'indétermination. Le croit-on vers la gauche? Le voilà qui penche à droite simultanément. L'espère-t-on à droite? Il surgit aussitôt à gauche. Il paraît donc bien difficile de mobiliser les électeurs avec cette géométrie variable.
De plus, le centre a toujours été divisé. Sous la IIIe République, il était écartelé entre les formations proches de l'Eglise catholique et le Parti radical qui mangeait du curé à tous ses banquets républicains. Après la Libération, l'alliance des démocrates-chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire) et des radicaux a été le pivot des multiples gouvernements, alliance fragile dans une IVe République qui l'était tout autant. L'avènement de la Ve a fait voler le centre en éclats. Il n'est pas mort pour autant, mais a servi, sous diverses formes, de force supplétive au gaullisme et à ses avatars.
Fort de sa troisième place en 2007, François Bayrou a tenté de reconstituer un parti autonome et central entre la gauche et la droite de gouvernement. Mais les divisions anciennes du centre ont alors ressurgi. Une autre forte personnalité est apparue, Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical. Bayrou n'était plus le représentant d'un centre unifié mais le chef de la faction démocrate-chrétienne d'un centre pluriel. L'entente entre les deux dirigeants aurait pu créer une dynamique nouvelle, après avoir surmonté les obstacles entre démocrates-chrétiens et «laïcards». Elle n'a pas été possible en raison de la démesure des ego et des intrigues de Nicolas Sarkozy qui voyait, à juste titre, sa mort politique dans cette alliance.
Le centre disparaîtra-t-il au fond d'un trou noir? En tout cas, sa marge de manœuvre étant étroite, le futur président, quel qu'il soit, sera bien forcé de gouverner au centre. Avec ou sans les centristes.
Jean-Noël Cuénod
ESPACE VIDEO
François Bayrou dans son nouveau spectacle d'après-premier tour: "Grognons sous la pluie"