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Au Casino, Connaissance 3 Pied du Jura a accueilli jeudi 7 décembre une conférencière à l’ascendance prestigieuse en la personne de Daria Tolstoy, arrière-arrière-petite-fille de l’écrivain russe Léon Tolstoï. L’occasion de (re)découvrir La famille Tolstoï au travers de Guerre et Paix.
En préambule, Daria Tolstoy rappelle que la famille de l’écrivain a essaimé au fil des ans dans plusieurs pays, dont les Etats-Unis et l’Italie, et qu’elle-même est issue de la branche suédoise. Après plusieurs formations – de la biologie à la psychothérapie – elle réside au château d’Eclépens.
Son arrière-grand-père se prénommait Lev; parti en Suède pour consulter un médecin, il épousa la fille de celui-ci en 1896, donnant ainsi naissance à cette branche suédoise de la grande famille Tolstoï. Il fut aussi écrivain et artiste.
Anarchiste
Si l’exposé n’est pas uniquement dédié à son ancêtre, fils de princesse et de comte, l’oratrice développe néanmoins sa biographie (1828 – 1910), brossant en parallèle le contexte socio-politique d’une Russie sous le joug des tsars Nicolas Ier, puis Alexandre II, sur fond de guerres, d’abolition du servage et de réforme agraire.
A neuf ans, Léon est déjà orphelin de père et mère. Il étudiera ensuite les langues orientales, puis le droit, sans trop de succès. A une jeunesse festive et décousue succédera sa participation à la guerre en Crimée dont il reviendra dégoûté, s’orientant dès lors vers une vision anarchiste et non violente de la société. Tolstoï effectuera deux voyages en Europe, passera en Suisse (Lucerne).
Douze enfants
Léon épousa Sonya, qui vécut douze grossesses ; leur vie se déroula sur le domaine de Yasnaya Polyana, dans un cadre champêtre à 200 kilomètres de Moscou. Monsieur écrivait dans sa bibliothèque de quelque 20 000 livres, tandis que Madame assurait l’éducation des enfants – dont huit parvinrent à l’âge adulte – et l’intendance.
L’arrière-arrière-petite-fille évoque ensuite les doutes et les pensées suicidaires, la non-violence et l’antimilitarisme de l’écrivain, qui inspirera de grands personnages tels que Gandhi et Martin Luther King. Par ailleurs Tolstoï se réclamait de Jean-Jacques Rousseau, dont il portait un médaillon. Sa relation avec la religion fut particulière : très croyant, il fut cependant excommunié par l’Eglise orthodoxe pour avoir prôné un contact direct avec Dieu.
Au fil de l’exposé, Daria Tolstoy rappelle l’histoire du domaine familial en Russie, qui sert encore régulièrement de lien et lieu de rencontre à plus d’une centaine de descendants de la famille. Cette propriété fut par ailleurs nationalisée peu après la Révolution de 1917, occupée par les Allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale et sauvée d’un début d’incendie lors de leur débâcle.
A lire absolument
En plus des monuments Guerre et Paix, grande fresque historique et sociale, et Anna Karénine, la résidente d’Eclépens suggère la lecture de Hadji Mourat et de Une Paysanne russe. Le premier traite de la vie d’un héros de la guerre dans le Caucase et fut censuré puis publié après la mort de l’auteur; le second décrit la dureté de la condition paysanne par l’histoire d’une femme qui suivra son mari au goulag en Sibérie. Daria rappelle que son ancêtre a aussi écrit plusieurs livres pour enfants.
Et il existe bien sûr plusieurs biographies de Tolstoï; celle de Stefan Zweig est recommandée par l’oratrice. Ce 7 décembre, l’oratrice a offert une belle prestation à un nombreux public qui, visiblement, a apprécié la touche familiale et anecdotique venue agrémenter l’évocation du grand écrivain et de sa descendance.