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06/03/2016
Union du Cœur et de l'Esprit selon Malcolm de Chazal
J'ai déjà évoqué Malcolm de Chazal (1902-1981), compagnon de route du Surréalisme, chantre de l'île Maurice sa patrie, dont il établit le tableau mythologique, persuadé que la vraie science ne se créait pas par la seule raison, mais aussi par le sentiment, et par l'imagination. Non une imagination qui va au hasard, au gré du caprice, mais disciplinée fondamentalement, suivant une logique profonde, quoique non soumise a priori à des idées précises, dogmes ou théories. Dans son grand œuvre Petrusmok, il écrit: L'esprit de nos jours est l'ennemi du cœur, et le cœur est l'ennemi de l'esprit. On persécute l'ésotérisme, comme on chasse les saints du cœur. Les prophètes sont autant haïs que les saints. L'église des Premiers Temps cependant visait à cet idéal: lier le Cœur à l'Esprit. Tel cherchait la gnose, tel visait la Cabbale. Les Templiers cherchaient cet idéal. Les Albigeois furent abattus, parce qu'ils y marchaient. Le divorce du cœur et de l'esprit est le fait de la chrétienté faussée […].
Comme le disait le spécialiste du romantisme Georges Gusdorf (1912-2000), l'opinion moyenne, d'accord avec les philosophes néo-positivistes, considère que la poésie et le roman, l'art, ne sont faits que pour se détendre des travaux sérieux; l'imprégnation scientifico-technique est si pressante aujourd'hui que seule la démarche purement intellectuelle apparaît comme valable pour comprendre l'univers. Chazal était un héritier du romantisme en ce qu'il voyait les choses autrement. D'ailleurs il a été plus ou moins proscrit du Surréalisme, car sa philosophie le mettait en accord avec le christianisme ancien, et finalement le Surréalisme voulait plus affranchir la sensibilité et l'imagination qu'il ne voulait les mettre en relation intime avec l'intelligence: il affirmait qu'au fond de l'imagination une intelligence se dessinait, mais il excluait ceux qui la faisaient apparaître. Ce faisant, il laissait quartier libre, pour l'essentiel, à la science rationaliste fondée sur l'appareillage - critique qui avait déjà été faite au romantisme français, enfermé dans les arts, et incapable d'avoir des vues particulières sur les sciences, comme en avait eu le romantisme allemand.
Malcolm de Chazal était donc nostalgique d'une intelligence qui pénétrait le monde intérieur, et d'un monde intérieur qui pénétrait l'intelligence, d'une intelligence se déployant en imagination par le biais de l'allégorie, d'une imagination s'orientant par l'intelligence vers le mythe. Seulement si on comprenait avec le cœur saisissait-on les mystères du vivant.
Cela me fait souvenir du Savoyard Louis Rendu (1789-1859), qui estimait que le sentiment de la grande circulation cosmique devait, confronté à l'expérience, aboutir à une réflexion scientifique. Mais il n'alla pas loin sur cette voie. Il se méfiait de l'imagination, dans les faits. Il avait beau affirmer que le catholicisme prenait l'homme tout entier en s'adressant par les symboles à ses sensations et à son émotion, il avouait penser ceux-ci superfétatoires, et aimer l'Église romaine surtout pour la perfection de son dogme et l'unité de sa communauté. Malcolm de Chazal n'avait pas tort, peut-être.