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27/12/2010
Histoire. «Quand j'entends le mot "culture", je sors mon revolver». La formule continue à faire mouche. Elle est attribuée le plus souvent à Hermann Goering. Elle lui va bien, mais elle n'est pas de lui. Autre prétendant, Baldur von Schirach, le chef des Jeunesses hitlériennes. Encore raté. Les principaux acteurs de la tragédie nazie n'ont sans doute pas hésité à l'employer. Ce ne sont pas eux qui l'ont inventée.
21/12/2010
Lecture. Vagabondage jouissif dans les œuvres intimes de Stendhal. Reprise des Souvenirs d'égotisme, lus il y a très longtemps, histoire de se frotter à cette incomparable écriture d'improvisation, précipitée, sèche et crépitante. J'y croise M. le comte de Ségur, qui «mourait de chagrin de ne pas être duc». «A ses yeux, note Stendhal, c'était pis qu'un malheur, c'était une inconvenance. Toutes ses idées étaient naines, mais il en avait beaucoup et sur tout». Une petite centaine de pages dans l'édition de la Pléiade, rédigées d'un jet, en deux semaines, brusquement interrompues.
15/12/2010
Idées. Le journaliste iranien Abdolreza Tajik vient de recevoir le Prix de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Incarcéré pour la troisième fois en juin dernier, il est toujours détenu. En Iran, la liberté de la presse est une liberté cher payée.
«Si vous tenez vraiment à juger la liberté de la presse non d'après son idée, mais d'après son existence historique, pourquoi ne l'allez-vous pas chercher là où elle existe historiquement? [...] Vous rencontrez dans l'Amérique du Nord le phénomène naturel de la liberté de la presse sous ses formes les plus pures.»
Ces lignes ne sont pas de Tocqueville - quant au style, on s'en douterait. Elles sont d'un journaliste de vingt-quatre ans, destinées en mai 1842 aux lecteurs de la Rheinische Zeitung. Le journal sera interdit l'année suivante.
10/12/2010
Télévision. Pathétique moment de télévision, jeudi soir au journal télévisé de France 2. On y parle abondamment de neige et de verglas, comme partout ailleurs. Mais on s'y réserve une gâterie: «Le grand retour de Jean-Louis Borloo», comme l'annonce en ouverture David Pujadas. Une exclusivité de la chaîne, rappelée en cours de route. Restez avec nous, car dans quelques minutes JLB «sort du silence». Un silence observé depuis le remaniement du gouvernement, qui a confirmé François Fillon au poste de premier ministre, alors que JLB semblait en état d'y prétendre.
Arrive le moment des révélations. Borloo est en direct, plongé dans une ambiance festive. On célèbre autour de lui le cent-cinquième anniversaire de la loi sur la laïcité, à la Maison de l'Aveyron. David Pujadas attaque d'entrée: «D'abord un mot sur ce qui s'est passé à la mi-novembre. Avez-vous été trompé ou dupé?»
L'ancien ministre - il l'a été sans interruption de mai 2002 à novembre 2010 - fait aussitôt le pas de côté. Il est là pour célébrer les valeurs de la République, l'égalité, la fraternité, la liberté (citées dans cet ordre) et non pour parler de politique. Relance de Pujadas. C'est bien joli tout ça, mais ce remaniement, «comment l'avez-vous vécu?» Nouvelle esquive de JLB. «J'éprouve le besoin de me ressourcer dans le combat pour les valeurs de la République».
Ah, ah, ah, se dit Pujadas, promettant un dernier mot (il y en aura d'autres): «La République c'est aussi le gouvernement. Est-ce que Nicolas Sarkozy a changé d'avis à votre sujet?» Rebelote du côté de l'ancien ministre. Et cela continue.
Pujadas tournicote autour de JLB, mais il n'arrive pas à lui mordre le mollet. «Est-ce que vous n'avez pas de l'amertume? Serez-vous toujours un soutien de Nicolas Sarkozy?» Il essaie de l'amadouer en lui posant une question dont la réponse l'indiffère totalement («Quel est l'enjeu de cette soirée?»), avant de repartir de plus belle: «Etes-vous plus à l'aise hors du gouvernement? Allez-vous quitter la politique et revenir au métier d'avocat?» Arrive enfin la question qui tue: «Est-ce qu'il y aura une candidature Borloo en 2012?»
Cela dure six minutes. JLB n'entend parler que de République laïque et mâche jovialement sa langue de bois. Quant à Pujadas, il ne se pose pas la question d'un éventuel intérêt des téléspectateurs pour une manifestation sur la laïcité républicaine, aujourd'hui mise à mal par tant de vociférations identitaires. Si Jean-Louis Borloo doit sortir de son silence, ne serait-ce pas, au fond, pour permettre à David Pujadas de le côtoyer sur les grands titres des journaux du lendemain?
06/12/2010
Lecture. Ce livre n'est pas une évasion. Il n'est pas de ceux qu'on glisse sous le sapin sans prévenir. L'hiver, au coin du feu avec un bon bouquin... Rien de cela. Ce livre est le feu même, qui brûle dès les premières lignes. Il est grave, il secoue, il bouleverse, porté par une écriture incandescente. Il retrouve les grandes interrogations de la littérature, quand elle s'intéresse à l'être humain plutôt qu'à son nombril.
Oui, définitivement, Où j'ai laissé mon âme, roman de Jérôme Ferrari, s'approche sur les rayons de ma bibliothèque de grands textes du siècle dernier, La Condition humaine, Les Mains sales, La Peste. Il est fait du même bois.
01/12/2010
Histoire. Curieuse coïncidence, l'autre semaine. Le lundi, Médialogues m'invite à parler sur La Première de la Radio suisse romande de mon dernier livre, Les médias ont-ils trop de pouvoir? (éditions du Seuil). Deux jours plus tard, une collaboratrice de l'émission A vue d'esprit, sur Espace 2, enregistre un entretien pour une série diffusée cette semaine sous le titre «Ecrits de croyants». La discussion prend appui sur mon tout premier ouvrage, paru en 1968, Karl Barth et la politique (éditions Labor et Fides). L'émission est programmée le jeudi 2 décembre.