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La rétrospective ROBERT BREER est jusqu’à présent l’exposition la plus complète sur cet artiste américain qui fut à la fois peintre, cinéaste et sculpteur. Le Museum Tinguely a pu réaliser en étroite collaboration avec Breer lui-même une première vue d’ensemble sur plusieurs décennies de son travail. Elle montre ses divers procédés artistiques et atteste que son art est tout aussi actuel que dans les années 1950. L’exposition a été organisée conjointement avec le Centre BALTIC for Contemporary Art à Gateshead (Grande-Bretagne).
Né en 1926 à Detroit et décédé en 2011 à Tucson (Arizona), Robert Breer a été célébré pour avoir ouvert la voie au film expérimental. Cette exposition sera la plus grande rétrospective à ce jour consacrée au travail que Breer a accompli de 1950 jusqu’à 2011. Fils d’un cinéaste amateur en 3D et ingénieur de haut niveau à la Chrysler Corporation, Robert Breer fait d’abord des études d’ingénieur à Stanford avant de se mettre à la peinture. Dans ses jeunes années, il s’enthousiasme pour les roadsters BMW de l’année 1935 ainsi que pour la voltige en biplan. Sa première passion est cependant la pureté réductive des toiles abstraites de Piet Mondrian avec leurs structures quadrillées.
Après son installation à Paris en 1949, Breer réinterprète le hard-edge à sa façon et expose ses œuvres à la Galerie Denise René. Rapidement, il abandonne l’équilibre et l’harmonie des compositions de Mondrian pour introduire dans ses propres toiles des lignes flottantes et un mouvement implicite. Il crée ainsi des formes irrégulières qui s’entrechoquent et évoluent dans une agitation permanente. Quatorze toiles des années 1950, parmi lesquelles Composition with Three Lines (1950), Time Out (1953) et Three Stages Elevators (1955), seront également visibles dans cette exposition. Beaucoup d’entre elles n’avaient plus été exposées depuis longtemps.
Tout en développant le mouvement implicite dans ses peintures, Breer expérimente aussi avec l’art de l’animation, d’abord sous forme de « flip books » puis avec le cinéma. Dans son premier film Form Phases (1952), ce sont les ébauches de ses toiles qui sont mises en mouvement et, chemin faisant, se transforment d’un objet en un autre tout en changeant aussi de couleur dans l’espace filmique.
Form Phases IV (1954) est un véritable défi au mouvement et à l’instabilité : sur chaque centimètre carré de l’écran surgissent des formes, des couleurs, des lignes et des mouvements tantôt complémentaires tantôt antagonistes. La tension entre l’image animée et l’image inanimée détermine bon nombre de ses premières œuvres : Recreation I (1956-1957) utilise pour chacune des images (24 images/seconde) une représentation autre, bannit ainsi la prétendue réalité que présente le film habituel et révèle le mouvement comme une simple répétition de cellules filmées statiques. Sa carrière progressant, Breer s’intéresse de plus en plus aux corrélations entre abstraction et représentation. Fuji (1974) métamorphose des vues filmées par la femme de Breer à travers la fenêtre d’un train en une séquence rotoscopée d’un contrôleur de billets et des représentations innombrables et distendues du Mont Fuji, qui toutes finissent en abstraction avant de reprendre forme à partir de celle-ci. Dans Swiss Army Knife with Rats and Pigeons (1980), la forme fonctionnelle du couteau se détache de sa couleur rouge et l’une danse avec l’autre avant de se réunir à nouveau. Ces travaux, ainsi que d’autres œuvres pionnières des années 1952 à 1990, seront présentés à Bâle au Museum Tinguely.
Une autre partie importante de l’œuvre de Breer sont les sculptures flottantes ou « Floats », entamées dans les années 1960. Ces formes simples, quasi minimalistes, se meuvent dans l’espace à une vitesse presque imperceptible et changent de direction en fonction des obstacles qu’elles rencontrent. Par la relance du mouvement en trois dimensions et le déroulement de ses films, des œuvres comme Zig (1965), Column (1967) et Sponge (2000) « enrobent » le spectateur de telle sorte que celui-ci vit la forme et la transformation en temps et espace réel. La plus grande réussite de Breer est sans doute d’avoir utilisé l’énergie pour définir son contraire – le mouvement pour agir contre le mouvement, la pause pour augmenter la vitesse, la représentation pour densifier l’abstraction. L’exposition, réalisée en étroite collaboration avec Breer lui-même, est la première vue d’ensemble sur plusieurs décennies de travail. Les œuvres très diverses rassemblées ici montreront que l’artiste n’a rien perdu de sa vitalité depuis les années 1950. Un important catalogue accompagnera l’exposition.
L’exposition s’est tenue dans un premier temps de juin à septembre 2011 au BALTIC Centre for Contemporary Art où elle a pu être inaugurée en présence de Robert Breer lui-même. À son retour à Tucson, Arizona, où il vivait depuis quelques années avec sa femme Kate, il tomba malade et décéda en août dernier. L’exposition à Bâle était en pleine préparation. « I feel very lucky », avait-il dit en juin à propos de l’exposition et du catalogue qui constituent désormais un bel hommage à cet homme et artiste merveilleux.
Exposition réalisée en collaboration avec le BALTIC Centre for Contemporary Art, Gateshead (GB)