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Voir le monde à travers les yeux d’une enfant, un monde qui à ceux de ses aînés a perdu tout son sens, qui de leur hauteur a glissé sans crier gare dans les décombres de la raison; un monde qui fut le nôtre, et qui sans autre tapage s’imite sans cesse et sans savoir, sans devenir, grandir ou comprendre; un monde où les jeux tournent à la mascarade, où les cris couvrent les massacres qui couvent, où personne n’est responsable car les coupable insaisissables; un monde où la vie ne peut que se perdre, où sa valeur n’a plus de prix, où les millions se confondent pour un résultat fatalement nul, erroné, impossible, multiplié par des divisionnaires, additionné au substrat des derniers restes; ce monde qu’elle ne peut imaginer, Anna le contemple de plein fouet. Aleksey Fedorchenko pose en 1941 le projecteur qu’il dirige dans notre dos, et tente de dire encore une fois, par l’intermédiaire d’une fillette qui ne peut parler à personne, ce qui ne sera jamais entendu, car n’a jamais été écouté. Hommage aux enfants de toutes les guerres, aux vieillards qu’ils deviennent trop tôt, «Anna’s War» se veut manifeste de la répétition par le vide, contre le sens prêté à l’incompréhensible, et invite à porter sur les heures graves ce regard rarement simple, peut-être seul à même d'enrayer la brutale mécanique dont l'oubli règle les révolutions.