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Abstract
Nous situant dans le champ de l’analyse textuelle des discours politiques, nous nous sommes concentrés sur les allocutions des 11 et 16 mai 1968 de Georges Pompidou, deux discours oubliés de la critique scientifique. Valorisant une conception active du fait communicatif, nous considérons que tout discours relève d’une certaine intentionnalité illocutoire, qu’il est sous-tendu par une orientation argumentative et pragmatique. Toute description, tout fait de référence, est, suivant Jean-Blaise Grize, affaire de schématisation, c’est-à-dire de systématisation : l’orateur gère et génère un monde, sa composition, disposant les polarités énonciatives et rhétoriques à la manière d’images sur une scène théâtrale. Notre analyse suit le déroulement chronologique des allocutions : les deux discours se suivent et sont eux-mêmes étudiés dans leur progression rhétorique. Dans un premier temps, ces discours posent l’orateur et introduisent la situation (ethos). Dans un deuxième, ils expliquent ou argumentent sur le monde (logos). Enfin, se tournant vers l’auditoire, ils prennent en charge sa composition et l’interpellent pour une action citoyenne (pathos). Dans les deux discours, les ressources séquentielles, rhétoriques et argumentatives sont mises à profit pour légitimer les catégorisations et les actes que l’orateur produit. La description du monde est centrale dans ce jeu rhétorique : aboutissement d’une prise en charge légitimée par l’orateur lui-même et prémisse autant à l’argumentation qu’à l’usage de ressources épidictiques (création d’une communauté de valeur entre l’orateur et l’auditoire face à un tiers exclu), elle est le lieu d’organisation des polarités énonciatives et rhétoriques.