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Selon un étrange sondage réalisé du 17 au 27 novembre auprès de 1010 Suisses et Suisses rémunérés pour leur participation, 57 % des personnes interrogées voteraient "oui" le 4 mars à "No Billag" (et 34 % "non"), c'est-à-dire à la suppression de la redevance obligatoire pour l'accès à la radio et à la télévision. Pourquoi évoquer un "étrange" sondage ? d'abord, parce que son échantillon (l'ensemble des personnes interrogées) ne comprend aucune citoyenne ni aucun citoyen d plus de 65 ans, alors que cette classe d'âge est celle qui participe le plus massivement aux scrutins. Ensuite, parce que les résultats du sondage tels que publiés dans la presse ne distinguent pas les réponses des Romands et des Alémaniques, alors que tous les autres sondages effectués sur la question indiquent que les Romands soutiennent beaucoup moins "No Billag" que les Alémaniques. Enfin, parce que dans le même temps où le "sondage" indique une majorité favorable à la suppression de la redevance, il indique une majorité encore plus claire satisfaite des programmes radio et télé financés par la redevance. Sans vouloir complotiser bêtement (ni même intelligemment, si c'est concevable), on s'interroge : ne serait-on pas en train de nous enfumer ?
Un "plan B" : "B", comme la "berlusconisation" du paysage radio-télévisuel suisse.
A la suppression de la redevance, si elle est votée par le peuple et les cantons, il n'y a aucun remède qui soit capable de maintenir une offre de programmes telle que celle dont les Suisses bénéficient actuellement. Et on ne parle même pas ici des seuls programmes de la SSR : on parle aussi de ceux des radios et télés privées qui reçoivent une part de la redevance. Et ne pourront subsister si elles perdent ce soutien. Mais de cela, même s'ils feignent de croire le contraire en affirmant que les ressources publiques perdues pourront être compensées par des ressources privées nouvelles, les initiants de "No Billag" se moquent : leur projet est ailleurs, les intérêts qu'ils défendent aussi.
"No Billag" n'est pas une initiative innocente, vierge de tout calcul trivial : en Suisse comme partout, les entreprises de publicité et les grands groupes de presse sont en pointe dans le combat contre les media publics, pour pouvoir en reprendre les contenus les plus rentables, les plus marchandables (le sport, par exemple -mais pas n'importe lequel : celui dont les compétitions retransmises sont porteuses de profits publicitaires). Inutile de dire que dans cette hypothèse, le pluralisme linguistique, culturel, politique même, tel qu'imposé au service public, ne serait plus qu'un vague souvenir.
Actuellement, les Alémaniques paient une part de la redevance correspondant à leur poids démographique (en gros, 70 %) mais ne reçoivent que 45 % de son produit. Cette inégalité compensatoire permet de maintenir des chaînes francophones et italophones (et des programmes en romanche) qui ne seraient plus que des vestiges confidentiels si la « loi du marché » régnait : quel groupe médiatique privé aurait le moindre intérêt à financer une chaîne télé culturelle suisse en italien ? Ou même en français ? Ce qui serait envisageable à Zurich ne l'est pas ailleurs : il faut une masse suffisante de consommateurs (ici, d'auditeurs et de téléspectateurs) pour qu'un medium puisse être rentabilisé sans soutien public. Cette masse n'existe (et encore, nul ne peut en être assuré) que dans la région zurichoise, au sens large. Et elle intéressera autant, sinon plus, les groupes médiatiques, les investisseurs et les annonceurs allemands, que leurs concurrents suisses. Ni les uns, ni les autres, ne sont d'ailleurs prêts à tenir compte de critères aussi peu pertinents, économiquement, que le respect du pluralisme des langues, des idées, des choix culturels.
De ce point de vue, il y a bel et bien un "plan B" : "B", comme la "berlusconisation" du paysage radio-télévisuel suisse.