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Comédien versatile, charmant et timide avec un physique de cow-boy blond aux allures d’intello, William Hurt, décédé en mars dernier, représente à lui seul le cinéma américain post New Hollywood des années 1980.
Né à Washington en 1950, il est vice-président du Dramatics Club de son école et joue dans plusieurs pièces. Quand il obtient son diplôme en 1968, le «yearbook» du lycée fait cette prédiction le concernant: «Vous pourriez même le voir à Broadway». Il entame ensuite des études de théologie, mais revient vite à l’art dramatique et intègre la Juilliard School de New York. Sa carrière commence effectivement à Broadway, où il joue ses classiques tels que Shakespeare, mais aussi les auteurs américains contemporains à l’instar de Lanford Wilson, David Rabe ou Corinne Jacker. Ses premiers rôles au cinéma, dans l’hallucinatoire Altered States de Ken Russell (1980) ou dans le torride Body Heat de Lawrence Kasdan (1981), l’élèvent au rang de star. Après The Big Chill de Kasdan (1983), film culte
sur une génération soixante-huitarde désabusée, la consécration survient avec Kiss of The Spider Woman de Hector Babenco (1985). Le rôle de Luis Molina, homosexuel drag-queen enfermé dans une prison d’Amérique latine avec un prisonnier politique révolutionnaire et macho (Raúl Juliá), lui vaut le Prix d’interprétation au Festival de Cannes et l’Oscar du meilleur acteur.
Dès lors, Hurt choisit des personnages inconfortables et à contre- courant: un professeur aux méthodes peu orthodoxes qui s'éprend d’une étudiante sourde-muette dans Children of a Lesser God de Randa Haines (1986) – pour lequel il est nommé à l’Oscar du meilleur acteur aux côtés de Marlee Matlin devenant, à 21 ans, la première comédienne sourde à remporter ce prix –, un journaliste de télévision ambigu et opportuniste dans Broadcast News de James L. Brooks (1987) – encore nommé aux Oscars –, un auteur mélan- colique et introverti de guides touristiques pour voyageurs d'affaires dans The Accidental Tourist de Kasdan (1988) – Oscar pour Geena Davis –, ou encore un homme d’affaires cynique et mari infidèle dans Alice de Woody Allen (1990).
Fuyant pour un temps Hollywood et le star-system («Je ne suis pas à l’aise avec tout ça, à l’idée de marcher sur le tapis rouge en smoking, et de voir toutes les femmes avec leurs seins remontés et tous les hommes habillés en pingouins»), Hurt tourne, à partir des années 1990, avec des cinéastes non hollywoodiens (Wim Wenders, Luis Puenzo, Chantal Akerman, Tonie Marshall, Sandrine Bonnaire, Franco Zeffirelli, István Szabó, etc.), refuse des rôles principaux au succès assuré (Misery de Rob Reiner ou Jurassic Park de Steven Spielberg), et interprète de plus en plus des rôles secondaires mémorables (Smoke, The Village ou A History of Violence qui lui vaudra une nouvelle nomination aux Oscars): «Depuis mes débuts, je m’intéresse aux seconds couteaux, à ceux qui se tiennent dans un coin de la scène, une lance à la main, tandis que Roméo a de grandes tirades».
Ces dernières années, il avait rejoint la famille Marvel en incarnant, à plusieurs reprises, le général Thaddeus Ross aux côtés de Hulk et des Avengers. Il avait en outre joué dans plusieurs séries de télévision (Damages, Humans, Goliath, etc.), tout en préférant se concentrer sur son travail au théâtre, sa grande passion et son premier amour.
Chicca Bergonzi