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Recensione
di Francesco Biamonte
Pubblicato il 20/11/2006
La place du père, ou la crise des pères dans la famille d'aujourd'hui: tel est le thème très actuel auquel s'attaque Olivier Chiacchiari dans ce texte. Bien croquée, la pièce fait une sorte de point de point de situation singulièrement efficace, voire troublant par instants. Benjamin Fertil - un nom comique en forme de programme, entre facultés reproductrices d'une part, et enfance ou immaturité (selon le point de vue) d'autre part - est un homme heureux et jouisseur, plein de ressources. C'est du moins l'impression qu'il donne et qu'il a de lui-même. Jusqu'à ce que la paternité lui tombe sur la tête comme une tuile. Non qu'on l'ait dupé, mais parce qu'il se dupe lui-même sous l'effet d'une mixture (classique) de boisson et d'instincts, de sorte qu'il se retrouve à la fois responsable et irresponsable de la naissance à venir. L'amour qu'il porte à sa compagne Béatrice est sincère, mais il le plaçait dans une perspective toute différente. Pour elle, qui ne souhaitait rien plus ardemment qu'un enfant de lui, le cadeau de Benjamin, pour n'être pas pleinement volontaire, prend une dimension ambiguë. Sur cette situation biaisée, nécessairement difficile, se greffent les épreuves «naturelles» de la parentalité: manque de sommeil, asymétrie des rôles de la mère et du père, besoins matériels (réels ou imaginaires), pressions familiales et sociales, et, à travers ces dernières, la remise en jeu par les parents de leur propre identité. Reproches (il lui en veut d'avoir changé, elle lui en veut d'être resté le même), culpabilisations, tentatives de fuite, conflits de loyauté vis-à-vis de soi-même et des autres s'enchevêtrent pour former une période épouvantable dans la vie de Béatrice et Benjamin. A noter qu'un couple d'amis, qui ne parvient pas à avoir d'enfants, ne s'en sort guère mieux.
Pertinence des lieux communs
Certains traits renvoient aux procédés classiques de la comédie, passant parfois par la caricature (avec efficacité au demeurant, car certaines répliques, dans leur genre, sont vraiment désopilantes), et où l'on pourrait être tenté de voir par moments quelque facilité. Par exemple lorsque Chiacchiari souligne le décalage entre la façade béate que les jeunes parents se croient obligés d'exhiber et leur quotidien infernal. Mais l'auteur a trouvé ici une belle justesse de ton, et une vélocité, un resserrement des problématiques qui font toute la valeur de ce texte. Or ce resserrement passe parfois par ce que l'on pourrait prendre pour des clichés. Plus précisément: les brèves séquences dialoguées qui composent la pièce aboutissent souvent à des lieux communs, mais la force de Chiacchiari est justement d'en démontrer la pertinence. On reconnaît alors, avec éblouissement quelquefois, des répliques que l'on a soi-même dites ou entendues dans son entourage sans être conscient de leur appartenance au corpus de l'expérience parentale ordinaire. Qui plus est, l'auteur n'est ni complaisant ni suffisant. C'est encore une des qualités de ce texte que de croquer des situations et des logiques plus que des personnages, sans marquer d'empathie à l'endroit de ces derniers (à l'exception de Benjamin Fertil, dont l'auteur semble plus proche, et cette asymétrie du texte pourra déranger certains), mais sans nier ou mettre en doute leur sincérité, leurs difficultés, la légitimité de leurs aspirations : quête de l'épanouissement individuel, besoin d'amour, de reconnaissance - une reconnaissance déclinée diversement selon qu'elle est censée venir des parents et beaux-parents, du partenaire dans le couple, des amis, à travers l'adhésion à certaines représentations toutes faites. Ou encore, de manière drôle et inattendue, de la part de l'enfant: le petit Théobald - son prénom même trahit de la part des parents un désir d'être manifestement uniques ou que leur enfant le soit - sauve sa vie sans le savoir en disant pour la première fois «papa» à son géniteur excédé, au bord de l'infanticide. C'est d'ailleurs la seule intervention verbale du bébé, rapportée par le père: Théobald est un élément de l'histoire, mais il n'est pas un personnage de la pièce. Peut-être parce que justement, il ne sait pas parler? Où parce qu'on n'a pas laissé à son protagoniste de père, qui s'en plaint, l'occasion de faire sa connaissance?
La mise en évidence de lieux communs aboutit en outre sur le plan théâtral et social à une forme d'interchangeabilité des personnages, qui annonce dans l'épilogue une perspective nouvelle: après l'échec de la première expérience familiale, c'est la famille recomposée qui se profile, où chacun se glisse dans la place qui était celle d'un autre.
Une perspective d'homme
Au delà de sa drôlerie et de son intelligence, le texte trouve quelques ouvertures authentiquement touchantes: une page particulièrement réussie nous fait ainsi assister au dialogue imaginaire ou onirique de Benjamin Fertil avec son père disparu, où palpite une réelle affection; en même temps, un décalage entre les générations s'y manifeste: père et fils ont un rapport différent à la durée de la vie; et tandis que les parents d'hier cachent derrière leur sagesse (peut-être réelle) une forme d'inassouvissement, les parents d'aujourd'hui révèlent un individualisme difficilement conciliable avec l'idéal familial dont elles ont hérité. Il est d'ailleurs significatif que ce passage soit parmi les meilleurs du livre: c'est un regard d'homme que Chiacchiari porte dans La mère et l'enfant se portent bien - un titre et une formule où le protagoniste brille par son absence, trahissant la difficulté des pères à trouver leur place, et la difficulté des autres à la leur accorder.