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« Je garderai longtemps en mémoire le regard interrogateur de ce petit garçon. J’ai pris cette photo quelques minutes avant le débarquement de Samir, huit ans, ce 25 décembre 2021. Il avait été secouru une semaine plus tôt, alors qu’il prenait place à bord d’une embarcation pneumatique surchargée. »
Laurence Bondard est chargée de communication à bord de l’Ocean Viking, le navire de sauvetage de SOS MEDITERRANEE.
L’Ocean Viking venait d’accoster à Trapani, en Sicile, après neuf longs jours d’attente d’un port sûr où débarquer Samir, sa mère et les 112 autres personnes secourues dans les eaux internationales au large de la Libye. Dans sa main gauche, il tenait un minuscule koala en peluche, habillé d’un petit vêtement vert sur lequel on pouvait lire « I love Australia ». Samir m’a montré le petit koala et m’a dit : « On dirait la police! ». Je suis restée silencieuse, m’interrogeant sur cette étonnante affirmation…
Ici, dans ce contexte si particulier, la plus grande différence entre Samir et moi n’est pas l’âge, mais bien les expériences violentes qu’il a vécues durant sa courte vie. Je n’ai jamais été détenue arbitrairement. Je n’ai jamais vécu dans un milieu où les coups et les abus répétés étaient quotidiens lorsque j’étais enfant. La maman de Samir m’a raconté que son fils et elle avaient passé environ six mois dans un centre de détention en Libye, où ils ont été témoins d’innombrables scènes durant lesquelles les gardiens battaient des personnes détenues devant leurs yeux.
Désignant d’une main la jetée du port de Trapani, Samir a eu ce geste qui traduisait son appréhension :
– « Police ici » a-t-il dit en mimant de l’autre main des fusils tirant dans ma direction.
– « Oui, lui ai-je répondu, la police italienne est là, mais elle ne tirera pas sur toi et ta mère. »
Samir a répété « police » trois fois, en mimant à nouveau des tirs, et en ajoutant des gestes de coups violents. J’ai fait de mon mieux pour rassurer le petit garçon. Cette photo capture son regard à ce moment-là. Je ne sais pas à quoi il pensait. Je pense qu’il se demandait si je disais vrai ou non. Je veux croire qu’il était un peu rassuré lorsqu’il a dit « d’accord » et qu’il est passé à autre chose.
Crédit photo : Laurence Bondard / SOS MEDITERRANEE
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