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L'agriculture suisse est toujours plus compétitive et écologique. Mais les réformes conduisant à ces succès sont socialement à la limite du supportable.
L'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) a reconnu ces difficultés lors de la présentation du rapport agricole 2005, mardi à Berne.
Il est faux de prétendre que les réformes agricoles des dernières années n'ont rien changé, a déclaré le directeur de l'OFAG Manfred Bötsch mardi devant la presse. Des effets positifs ont été constatés dans divers secteurs.
La productivité du travail dans l'agriculture suisse s'est accrue de 1,4% par an de 1990 à 2004. Les prix à la production sont devenus plus compétitifs face à ceux des concurrents étrangers, même si les prix finaux pour les consommateurs tardent à baisser.
Durabilité
Pratiquement tous les indicateurs montrent que les paysans suisses respectent toujours plus la durabilité. Les surfaces de compensation écologique ont gagné du terrain, quintuplant pratiquement à 116'000 hectares entre 1993 et 2004.
Les quantités des substances actives de produits phytosanitaires (engrais et autres pesticides) ont diminué de 38% de 1990 à 2004. Les excédents de phosphore ont reculé de presque deux tiers, alors que l'efficience de l'azote a progressé.
Aucun progrès n'a en revanche été réalisé dans le domaine de la consommation d'énergie. Et en dépit des progrès observés dans les autres indicateurs, les objectifs écologiques n'ont pas encore tous été atteints. D'autres améliorations s'imposent notamment dans certaines régions.
Socialement difficile
Mais le véritable point noir des réformes engagées concerne le niveau social. L'écart entre le revenu agricole et celui des autres groupes de la population persiste, a noté Manfred Bötsch. L'année agricole 2004 a été supérieure à la moyenne, avec un revenu net des entreprises agricoles de 3,22 milliards de francs.
Pour cette année, l'OFAG s'attend à ce que le revenu sectoriel retombe, avec quelque 2,78 milliards, au niveau de 2003. En moyenne, les exploitations ont obtenu un revenu de 76'115 francs en 2004, indépendamment du nombre de personnes occupées.
«Les réformes de la politique agricole (PA) sont à la limite du supportable d'un point de vue social», a reconnu le patron de l'OFAG. Sur le plan intérieur, le budget de l'agriculture est toujours sous la pression des mesures d'économie.
Coup de pouce possible
Mais la nouvelle loi sur l'agriculture (PA 2011), actuellement en consultation, devrait permettre d'aller de l'avant, tout en assurant un développement socialement supportable grâce à une enveloppe annuelle de 3,36 milliards pour les paysans, a rappelé Manfred Bätsch.
La situation sera en outre revue si la clôture des négociations avec l'OMC ou un éventuel accord de libre échange avec les Etats-Unis devaient entraîner de nouvelles pertes importantes pour l'agriculture, d'après lui.
Autre problème révélé par le rapport agricole, le recul des terres arables. La surface agricole utile s'est rétrécie de 2,1% en quinze ans. Cela correspond presque à la moitié du lac de Neuchâtel. Pratiquement toutes ces terres ont été perdues en raison de l'urbanisation et de la construction d'infrastructures.
swissinfo et les agences
Faits
En 2005, il y avait encore 65'000 exploitations agricoles en Suisse contre 80'000 en 1990.
Cinq exploitations disparaissent chaque jour.
Selon le rapport, le revenu moyen par exploitation était de 76'115 francs l'an dernier.
En 2001, 4,1% de la population était active dans le secteur primaire.
En bref
- La poursuite des réformes inquiète beaucoup les agriculteurs. Ils se sentent tout particulièrement menacés par la Politique agricole 2011 et par un éventuel accord de libre-échange avec les Etats-Unis.
- Cette situation a poussé 10'000 d'entre eux à manifester le 17 novembre dernier devant le Palais fédéral à Berne.
- Le but de la manifestation était de «réveiller» les responsables politique et de leur faire comprendre la gravité de la situation.