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L’histoire de la SSPM : de 1893 à 1939
En été 1892, trois musiciens réunis lors d’une fête de chant évoquent les lacunes de la formation musicale en Suisse. Ils avaient ainsi donné le coup d’envoi à la création de l’Association Suisse des Maîtres de Chant et de Musique, ancêtre de la SSPM.
Lors d’une fête de chant organisée en été 1892 à Birsfelden (Bâle), Ferdinand Schneeberger, de Bienne, Johann Jakob Rosenmund, de Liestal, et Heinrich Kunz, de Bubendorf, tous trois musiciens et professeurs de musique, discutent de la situation actuelle de la musique et de la pédagogie musicale en Suisse1. Leur jugement est catégorique : les écoles de musique suisses sont insuffisamment développées, le chant à l’école se porte mal et le niveau de la vie musicale en général laisse à désirer. Seul un regroupement de tous les professeurs de chant et de musique permettrait de combler les énormes lacunes dont souffre la formation musicale.
Une année plus tard, les préparatifs sont suffisamment avancés pour permettre la fondation, le 1er octobre 1893 au restaurant Gotthard à Olten, de l’Association Suisse des Maîtres de Chant et de Musique (Schweizerische Gesang- und Musiklehrerverein SGMV).
Celle-ci se consacre en priorité à l’encouragement du chant dans les écoles et à des concours de chant avec des chœurs. En 1899, la SGMV organise déjà des cours de direction chorale, qui suscitent beaucoup d’intérêt et reçoivent des aides considérables des cantons. En 1903 par exemple, ils sont suivis par 124 participants de 20 cantons.
En 1906 a lieu le premier cours d’organistes. Il s’étire sur deux ans à raison d’une demi-journée d’enseignement pendant huit semaines par année. Comme le souligne l’organe de la SGMV, la nécessité de proposer ce cours s’est malheureusement confirmée « de manière douloureuse ». Pour la jeune association, c’est une période riche d’initiatives et de plaisir d’expérimenter. Sa confiance en ses connaissances professionnelles se reflète dans la liberté de ses contacts avec les autorités en charge de l’éducation.
En 1911, soit 18 ans après sa création, le développement continu des activités de pédagogie musicale conduit l’association à se donner un nouveau nom et de nouveaux statuts : la Société suisse de pédagogie musicale (SSPM) était née. Les nouveaux statuts élargissent considérablement les tâches de l’association dans le domaine de la pédagogie musicale, et l’affiliation y est déjà réglée de façon plus stricte : « La Société recherche l’association de tous les professeurs de chant et de musique, chefs d’orchestre, organistes, artistes interprètes et auteurs d’ouvrages sur la musique dans le but d’améliorer l’enseignement musical dans son ensemble, de promouvoir la musique dans la vie publique et d’améliorer le statut de professeur de musique. »
Cette même assemblée crée aussi les bases de la formation professionnelle SSPM. Lancée en 1913, elle marque le début d’une histoire couronnée de succès fondée sur un modèle de formation décentralisée et individuelle dont il n’existe pas d’équivalent ni en Suisse ni au niveau international. Signe de cette nouvelle confiance en soi, les Feuillets suisses de pédagogie musicale sont séparés de la Revue musicale suisse et deviennent une publication indépendante.
Cinq ans plus tard, en 1916, les activités de l’association sont enfin étendues à la Suisse romande et le nom français Société Suisse de Pédagogie Musicale est inscrit dans les statuts. L’association compte alors 550 membres.
A cette même époque, l’offre de services destinés aux membres est aussi considérablement étoffée. La SSPM propose régulièrement une bourse d’emploi dans les Feuillets de pédagogie musicale, et constitue également une bibliothèque de partitions. Et jusque dans les années vingt, elle gère même des centres de consultation pour l’organisation de concerts auxquels les membres peuvent s’adresser plutôt qu’à des agents ou des organisateurs professionnels. En 1919, pas moins de 80 centres avaient ainsi été créés en Suisse.
La caisse de secours fait aussi partie intégrante des aides proposées aux membres. A partir de 1940, ces derniers peuvent en outre bénéficier de conseils juridiques. Comme aujourd’hui, cette prestation est limitée au métier de professeur de musique, et les premières séances sont gratuites.
En raison de l’élargissement des activités à de nombreuses régions de la Suisse, il devient de plus en plus difficile de tenir compte des spécificités locales. Jusqu’ici, la SSPM était gérée de manière très centralisée, mais à présent ce modèle atteint ses limites. On prend conscience que certaines tâches, comme l’organisation de cours de formation et de concerts, l’établissement de tarifs conformes aux usages locaux, ou encore la discussion de questions touchant à la politique locale, seraient beaucoup plus faciles à régler au niveau régional. C’est pourquoi l’assemblée générale décide en 1923 de permettre à certaines sociétés locales, appelées groupes locaux, de s’affilier à la SSPM. Il faut attendre dix bonnes années pour que la première fasse usage de cette possibilité : en 1933, la Musikpädagogische Vereinigung Bern, fondée déjà en 1918, rejoint la SSPM en tant que groupe local de Berne.
D’autres lui emboîtent le pas les années suivantes : Soleure et Zurich en 1934, puis Saint-Gall, Bâle, etc. Le premier groupe local romand est le Groupe Vaudois, qui voit le jour en 1942, tout comme la section tessinoise.
La cohabitation avec les groupes locaux transforme durablement le travail dans l’association, et nécessite en particulier beaucoup de discussions et d’échanges. Pour tenir compte de ce besoin, l’Assemblée des délégués est introduite en 1939.
En juin 1939, une assemblée générale extraordinaire adopte de nouveaux statuts qui ajoutent un élément important pour l’identité de la SSPM : son rôle d’association professionnelle. Dans le contexte économique tendu de l’époque et à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’association entend intensifier son engagement politique en faveur des conditions de travail des professeurs de musique, ce qui l’amène aussi à appliquer de façon plus restrictive les règles d’affiliation, notamment afin de protéger le titre SSPM. Elle pose ainsi les jalons pour le développement d’une association professionnelle moderne qui, après la Seconde Guerre mondiale et jusque vers l’an 2000, allait enregistrer une augmentation continuelle de ses effectifs.