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Vers le milieu du XVIe siècle, la situation religieuse, et plus particulièrement, celle de l'Église catholique, est confuse dans une grande partie des territoires habsbourgeois héréditaires: de nombreuses paroisses sont à l'abandon (à Vienne, il n'y a pas eu d'ordination sacerdotale depuis 20 ans) et la majeure partie de la noblesse penche vers le protestantisme. Dans ce contexte, le Roi Ferdinand Ier prend l'initiative. En 1542, il fait la connaissance du père Nikolaus Bobadilla, l'un des premiers compagnons d'Ignace, et lors de la Diète d'Augsbourg en 1545, il entend les sermons du Père Claude Jay, qui l'impressionnent profondément. C'est ainsi que le 11 décembre 1550, le Roi écrit à Ignace de Loyola à Rome pour l'informer de son intention de fonder un collège à Vienne dès que possible. Il le prie à cet effet d'envoyer Claude Jay et quelques autres jésuites, ce qu'Ignace accepte immédiatement.
Dès le 25 avril, les premiers jésuites arrivent à Vienne, rejoints par le Père Pierre Canisius en mars 1552. Ils entament rapidement leur travail d'enseignement. En 1554, on compte déjà près de 300 élèves dans cinq classes. La même année, les jésuites et leurs étudiants déménagent dans un nouvel établissement au sein de l'ancien couvent carmélite Am Hof. À la même époque, le Roi formule le souhait qu'un théologien rédige un bref manuel de la doctrine chrétienne. En résulte le célèbre catéchisme de Canisius, publié pour la première fois à Vienne en 1555. Dés écoles et des collèges sont également ouverts à Innsbruck (1562), Graz (1572), Linz (1608) et dans d'autres villes.
En 1563, la Province autrichienne de la Compagnie est fondée. Jusqu'en 1773, elle englobe l'Autriche et la Hongrie (la Bohème constituait une Province à part entière depuis 1622; les collèges d'Innsbruck et Hall appartenaient à la province de Haute-Allemagne). Au XVIIe siècle, elle compte plus de 1900 membres, actifs dans des écoles et universités en tant que confesseurs (également auprès de l'Empereur, de sa famille et de nombreux nobles) et prédicateurs, ainsi que dans bon nombre d'autres domaines. On compte également parmi ses membres d'éminents scientifiques. En Autriche, citons par exemple le Père Maximilian Hell (1720-1792) dans le domaine de l'astronomie ou le Père Joseph Liesganig (1719-1799) en arpentage.
Lorsque la Compagnie de Jésus est aboli par le Pape en 1773, les jésuites d'Autriche ne sont pas expulsés du pays, mais continuent à œuvrer dans divers domaines de la pastorale, de l'éducation et de la science.
En 1814, le Pape Pie VII organise la refondation de la Compagnie de Jésus. Mais en Autriche, les milieux particulièrement libéraux ainsi que la commission d'étude de la Cour s'opposent dans un premier temps au retour des jésuites au sein de la monarchie des Habsbourg. Ce n'est qu'en 1820, lorsque la Compagnie est chassé de Russie par le Tsar Alexandre, que l'Empereur François Ier autorise les jésuites à s'établir en Galicie.
En 1829, un noviciat est ouvrir à Gleisdorf, avant d'être transféré à Graz la même année. À Linz, l'archiduc Maximilien d'Autriche met à disposition la forteresse de Freinberg pour une autre implantation. En 1837, 23 jésuites s'y installent pour se consacrer à l'étude de la philosophe, mais aussi à la pastorale, à la confession, à la prédication et aux missions populaires. En 1839, Innsbruck devient la troisième implantation de l'actuelle Autriche lorsque les jésuites prennent la direction du lycée, de l'internat des nobles Theresianum et de la gestion de l'église de la Trinité, et acquièrent la Nikolaihaus pour y établir la résidence de la communauté. En 1846, la Province austro-galicienne est divisée et une «Provincia Austriaca est fondée avec 154 jésuites.
Suite à la révolution de mars 1848, les jésuites sont bannis de l'Autriche impériale et doivent pour la plupart s'exiler à l'étranger. Deux frères (les Pères Max Klinkowström et Alois Kranewitter) accompagnent un groupe d'émigrants en Australie et y fondent la Province jésuite australienne.
Après l'arrivée au pouvoir de l'Empereur François-Joseph, les jésuites peuvent revenir peu à peu: en 1851, ils retrouvent le Freinberg et y installent un séminaire épiscopal pour garçons; en 1852, un noviciat est inauguré à Baumgartenberg (avant de déménager en 1859 à St. Andrä im Lavanttal); en 1856, l'église jésuite (église de l'Université) de Vienne de la Doktor-Ignaz-Seipel-Platz est confiée à la Compagnie; la même année, l'école jésuite de Vienne-Kalksburg ouvre ses portes; en 1857, l'Empereur François-Joseph Ier autorise la création d'une faculté de théologie à Innsbruck, qui est confiée à la Compagnie de Jésus.
Outre les activités habituelles, à savoir l'enseignement scolaire et universitaire, l'accompagnement des congrégations mariales, les Exercices spirituels, la confession et la prédication, les jésuites se consacrent tout particulièrement aux missions populaires. En 1865, une communauté est fondée à Steyr, qui devient la résidence des missionnaires du peuple. La même année est publié à Innsbruck le premier Sendbote des göttlichen Herzens Jesu (messager du cœur divin de Jésus), tandis que la Zeitschrift für Katholische Theologie (Revue catholique de théologie) est fondée en 1877.
En 1884, un pavillon de chasse est acheté à Vienne-Lainz pour y installer le terciat et une aile dédiée aux Exercices spirituels y est ajoutée en 1889. En 1886, les jésuites reviennent à Graz, cette fois au sein de la Stiegenkirche. En 1888, ils prennent la direction du séminaire de Klagenfurt. À Vienne, la Canisiuskirche (l'église Canisius) est bâtie entre 1899 et 1903, tandis qu'en 1909, les jésuites retrouvent l'église «Am Hof». La même année, à Linz, la Compagnie se voit confier la Cathédrale Saint-Ignace («ancienne cathédrale»), tandis qu'en 1910/11, à Innsbruck, le Canisianum devient un séminaire international.
On note également une petite station à Maria Taferl (1888-1894) et des implantations dans les pays de la Couronne, notamment à Budapest et Bratislava, à Trnava et Kalosca, à Mariaschein, Velehrad et sur la Sainte Montagne à Hostein (Moravie), à Königgrätz et Prague, à Ljubljana et Zagreb, à Dubrovnik et Split, à Gorizia, Trieste et Trient ainsi qu'à Travnik et Sarajevo. En 1909, le Supérieur général établit la Province hongroise, désormais autonome et indépendante de l'Autriche.
Jusqu'en 1918, l'action des jésuites s'inscrit dans les multiples tensions et débats de l'époque: les milieux libéraux, opposants à la culture, anticléricaux et ultramontains se disputent l'influence; à cela viennent s'ajouter de gros problèmes et conflits sociaux, la question de la nationalité dans la monarchie des Habsbourg, etc. Les jésuites s'emparent de bon nombre de ces questions et les abordent avec détermination (et parfois même une certaine agressivité).
Les conséquences de la guerre introduisent de nouvelles frontières pour les Provinces. En 1919, les deux vice-Provinces tchécoslovaque et yougoslave sont fondées. Le nombre de membres de la Province autrichienne passe de 592 à 356. En 1939, la Province assume en outre la responsabilité d'un territoire missionnaire en Chine et, pour la première fois en 1934, une mission dans la ville de Salzbourg avec le service pastoral de Ste Elisabeth.
L'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes menace l'ordre et certains jésuites eux-mêmes: le 11 septembre 1944, le Père Alois Grimm, originaire du Vorarlberg, et le 18 septembre 1944, le Père Johann Steinmayr, originaire du Tyrol du Sud, sont exécutés; le 27 février 1945, le Père sud-tyrolien Johann Schwingshackl, condamné à mort, décède en prison. En 1938, les congrégations mariales sont interdites; à Innsbruck, la faculté de théologie et le Canisianum sont réquisitionnés; à Vienne, le collège de Kalksburg est démantelé; à Linz, le Freinberg est occupé par l'armée. En 1939, le collège jésuite d'Innsbruck ainsi que la communauté de Graz sont expropriés. En 1940, les jésuites doivent quitter St. Andrä, tandis que la maison dédiée aux Exercices spirituels à Lainz est saisie par l'administration de la garnison militaire en 1941. À Vienne, le Père Georg Bichlmair fonde le «service d'aide aux catholiques non-aryens» qui, après son arrestation en 1939, sera perpétué par le Père Ludger Born sur ordre du cardinal Innitzer. En 1941, Hitler émet un ordre secret afin que les jésuites soient considérés comme « n.z.v. » (nicht zu verwenden, ne pas utiliser) et exclus du service militaire actif.
La guerre et ses conséquences, ainsi que la répression du régime ont durement frappé la Compagnie, mais la reconstruction est rapide et bien gérée: dès 1945, le noviciat est rouvert à St. Andrä, les maisons expropriées ou réquisitionnées sont successivement restituées, de sorte que le travail peut reprendre normalement. La faculté de théologie catholique connaît un nouvel essor avec certains professeurs comme le Père Josef Andreas Jungmann ou le Père Karl Rahner, et attire des étudiants du monde entier. La maison Kennedy à Innsbruck est également reconstruite en 1964. À Vienne-Lainz, la Konzilsgedächtniskirche est reconstruite en 1968 près du centre de formation sociale, aujourd'hui géré conjointement avec Caritas sous le nom de Kardinal König Haus.
En 1952, la communauté « Am Hof » à Vienne est fermée, celle de Salzbourg l'est en 1955, celle de Graz en 1957, celle de Klagenfurt en 1986, celle de Vienne-Canisius en 1999, celle de Vienne-Kalksburg en 2002 et celle de St. Andrä en 2012. Depuis 1991, l'Aloisianum am Freinberg est une école privée catholique de tradition ignacienne gérée par une association de soutien, tout comme le collège de Kalksburg depuis 1994. En 2007, une communauté est rouverte à Graz.
Suite au Concile Vatican II, la Compagnie de Jésus réaffirme la dimension sociale de sa mission. L'œuvre de formation fondée par le Père Walter Riener devient une académie sociale catholique de la Conférence épiscopale autrichienne. En 1991, le Père Georg Sporschill commence à s'occuper des enfants des rues en Roumanie, à la suite de quoi sont créés les projets sociaux Concordia.
À l'heure actuelle, 60 jésuites vivent au sein de 4 communautés en Autriche. Les axes principaux de leurs travaux reposent sur l'enseignement théologique, le travail avec les jeunes et l'Atelier du futur à Innsbruck, les Exercices spirituels et les offres de formation au sein de la Kardinal-König-Haus, les paroisses, la Fondation jésuites international, les projets sociaux Concordia et le projet ELIJAH à Vienne, la pastorale à Graz et à Linz. Vous trouverez un aperçu concret de leurs travaux dans les étapes autrichiennes de notre pèlerinage Canisius numérique, qui vous conduira à travers la Province d'Europe centrale