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Tous les trois ans martiens en moyenne*, une tempête de poussière se lève dans l’hémisphère Sud de Mars et enveloppe l’ensemble de la planète. Cette année, elle est apparue le 9 juin dans la région où opérait le rover Opportunity de la NASA. Le 10 juin, l’énergie produite par les panneaux solaires tombait à 21 Watts-heure contre environ 350 la veille et les jours précédents, et le rover entrait en veille ; simultanément le taux d’opacité de l’atmosphère, « Ƭ », montait en flèche à 10,8, beaucoup plus haut que lors de la tempête globale précédemment subie en 2007 par le même rover (Ƭ 5,5). Vers le 23 juillet, enfin, davantage de poussière retombe qu’il n’en est soulevée ! On parvient donc à un renversement de situation, une sorte de phénomène de décrue, 43 jours après le début de la tempête. Il faudra bien sur un certain temps, plusieurs semaines, avant que la situation ne redevienne normale (la masse des grains de poussière est très faible et la gravité martienne seulement de 0,38g)
*Une année martienne dure 688 jours, trois ans martiens dure 5 ans et 8 mois.
Dernières mesures de production d’énergie par les panneaux solaires du rover Opportunity, crédit: NASA/JPL-CalTech/New Mexico Museum of Natural History.
Les tempêtes de poussière sont inévitables sur Mars puisqu’il n’y a pas d’eau liquide en surface et que, comme dans toute atmosphère (ou comme dans tout fluide), des mouvements de convection résultant des changements de température, emportent les éléments qu’ils peuvent soulever, dans leurs déplacements. Actuellement l’explication est la suivante : les rayons du soleil (lumineux et autres) frappent le sol de la planète et le réchauffe. Le sol chauffe la couche d’atmosphère à son contact. Celle-ci (relativement plus légère) se trouve confrontée à la couche supérieure plus froide (relativement plus lourde). L’élément léger monte, l’élément froid descend, le mouvement est lancé et il va avoir d’autant plus d’intensité qu’il se généralise et que les contrastes de températures sont importants. Or, à l’arrivée du Printemps dans l’hémisphère Sud*, on sort d’une période d’hiver long et très froid (la saison correspond à l’aphélie de la planète sur son orbite ; elle est alors au plus loin du Soleil et se déplace à vitesse croissante vers des conditions exactement opposées). C’est donc dans ces périodes que les vents martiens soulèvent le plus de poussière. Cette poussière faisant écran à la déperdition de température la nuit (effet de serre) on obtient des nuits moins froides, de l’air de surface moins froid et un sol qui se réchauffe plus lentement, idéal pour un effet qui s’auto-entretient et s’intensifie, jusqu’à retrouver un nouvel équilibre. Bien sûr « la mayonnaise » ne prend pas à toutes les occasions et elle « prend » plus ou moins fort, sans doute en raison des particularités géographiques des endroits où elle commence et sans doute parce que certaines années la jonction de plusieurs départs en même temps dans une même région ne se fait pas. Toujours est-il que le risque existe et que la probabilité qu’il se concrétise est forte.
*dans l’hémisphère Sud de Mars, le dernier équinoxe de printemps a eu lieu le 22 mai, le solstice d’été sera le 16 octobre 2018.
Les conséquences de ces tempêtes planétaires (ou « globales » comme on dit en Anglais) sont très importantes. Elles constituent des obstacles à l’exploration robotiques et demain à l’installation de l’homme sur Mars.
D’abord, l’écran constitué par les masses de poussière soulevées fait obstacle à la collecte de l’énergie solaire. Sur le graphique fournis par la NASA on voit qu’en deux jours, l’énergie disponible pour la maintenance et le fonctionnement d’Opportunity a été divisée par 15. Si l’on utilise l’énergie solaire pour les instruments d’exploration ou demain dans les bases solaires, il faut donc pouvoir passer très vite sur une autre source.
La deuxième conséquence négative, c’est la réduction de la luminosité. Sur les photos du Soleil prises par le rover Opportunity (Image en tête d’article), on voit en deux jours, la luminosité passer d’une opacité quasi nulle (taux = 1) à une opacité maximum (11). Pendant la tempête, le rover Curiosity a continué à fonctionner (énergie nucléaire) et sur les photos prises, on n’a pas la même impression d’obscurité mais plutôt d’un fort rougeoiement de l’image (très peu de lumière bleue et verte peuvent pénétrer l’écran de poussière en raison de leurs longueurs d’ondes). On peut donc penser que des moyens sont déjà disponibles pour améliorer la luminosité des caméras et donc des optiques que pourront porter les astronautes en mission sur Mars, mais surtout que la densification de l’atmosphère (son encombrement par des poussières) n’est pas telle qu’elle empêche de voir à quelques centaines de mètres.
Roche “Duluth”, photo prise le 21 mai (à gauche) et le 17 juin (à droite) crédit: NASA/JPL-Caltech/MSSS. Il faut noter que le taux d’opacité ajoute une baisse de luminosité au « virage » vers le rouge: temps d’exposition à gauche 7,3 millisecondes et à droite 66 millisecondes.
La troisième conséquence, c’est le risque de grippage des instruments et véhicules. La poussière est constituée de grains plus ou moins fins mais les particules de seulement quelques microns sont très abondantes et comme ce sont elles qui sont le plus soulevées par la tempête, ce sont elles qui posent problème, d’autant que la sécheresse, favorise l’électricité statique qui les rend collantes. Les grains de poussière portés par le vent vont s’insinuer partout et en particulier dans tout ce qui est interstices et articulations, les replis des combinaisons spatiales, les points de jonction des pièces métalliques, les serrures, toutes les jonctions de pièces mobiles. Il faudra prévoir des instruments de nettoyage particulièrement puissants et efficaces (et des surfaces de vêtements et d’instruments antistatiques) car il n’est pas question de laisser rentrer la poussière dans les habitats (les particules fines sont dangereuses pour la santé ; inhalées, elles pénétreraient profondément dans les poumons et pourraient y causer des dégâts – silicose – d’autant qu’elles sont beaucoup moins érodées que sur Terre, sans être aussi acérées que sur la Lune).
La quatrième conséquence c’est que la durée contraint à l’adaptation. Un des avantages majeurs de Mars par rapport à la Lune c’est que la nuit n’y dure qu’une partie du jour (« sol »). Dans le cas d’une tempête globale ce n’est plus le cas et il faut s’adapter. Les plantes qui pousseront dans les serres ne pourront pas attendre 43 jours que la lumière revienne. Certains travaux en cours qui nécessitent des sorties devront pouvoir être interrompus, des atterrissages devront pouvoir être différés, des contrôles ou des commandes à distance interrompus, pendant la durée nécessaire.
La leçon que l’on doit tirer de ce phénomène est à mon avis la suivante : la continuité de fonctionnement du dispositif d’approvisionnement en énergie et la fiabilité de la source étant primordiales puisque c’est d’elles que dépend le support vie, il n’y a pas d’alternative à l’énergie nucléaire. Pour cela il y a heureusement une solution en vue, le projet KRUSTY (Kilowatt Reactor Using Stirling TechnologY) sur lequel la NASA travaille (voir mon article sur ce blog, paru le 20/02/18). Des tests, satisfaisants (cf lien* ci-dessous) ont été menés de Novembre 2017 à Mars 2018. Ces petits réacteurs nucléaires de petite puissance thermique (40 Kw) sont couplés à des moteurs Stirling pour délivrer une puissance électrique de 10 Kw. D’après la NASA, quatre réacteurs KRUSTY seraient suffisants pour alimenter une base d’exploration de quatre personnes pendant 10 ans. Ils ont un cœur d’Uranium 235 (235U) mais, afin d’éviter la fission spontanée (et faciliter le transport !), les ingénieurs de KRUSTY limitent l’utilisation de cette matière à 43 kg, en-dessous de la masse critique qui est de 48kg. La réaction peut être activée grâce à une enceinte en béryllium (réflecteur) et déclenchée/interrompue par une barrette en carbure de bore amovible, au centre de la masse d’uranium. La masse d’uranium est elle-même stabilisée sur le plan physique (pour éviter les problèmes de changement de phase, de température de fusion trop basse et améliorer la résistance au fluage à haute température) par un alliage avec du molybdène (7%).
Bien entendu recourir à cette source nucléaire n’exclut pas que l’on utilise le solaire ou éventuellement le géothermique (quand on trouvera un point chaud exploitable en surface !) mais la sécurité impose une source d’énergie indépendante des conditions climatiques. Par ailleurs, en période critique, aucune sortie (EVA) ne devra être autorisée pour une période dépassant une journée, sans une source d’énergie chimique (avec réserves suffisantes) ou nucléaire dans le véhicule.
NB : vous remarquerez que je n’aborde pas le faux « problème » de la force du vent, cette grossière erreur d’Andy Weir dans son roman « Seul sur Mars ». La très faible densité de l’air martien rend tout simplement impossible la destruction de la base par une tempête comme il l’imagine.
Image à la Une: évolution sur deux jours de l’opacité (9 et 10 juin) de l’atmosphère martienne vue par le rover Opportunity. Chaque prise de vue correspond à un taux d’opacité (“tau”). De gauche à droite, on passe de 1 à 3,; 5; 7 ;9 et 11. Crédit: NASA/JPL-Caltech/TAMU,
Image ci-dessous (crédit: NASA/JPL-Caltech/MSSS) : Photos du paysage vers le bord du cratère, prises le 7 juin (à gauche) et le 10 juin (à droite) par Curiosity. La baisse de lumière est moins dramatique que dans l'”Image à la Une” car la caméra de Curiosity ne fait pas face au Soleil et donc les contrastes sont moins forts. L’heure de la prise de vue n’est pas indiquée et le taux d’obscurité était sans doute plus proche de 5 que de 10 (on est sans doute entre le deuxième et le troisième rectangle, Ƭ =4). En dépit du taux d’obscurité de toute façon élevé on voit quand même encore assez loin.
Lien vers la note de presse de la NASA rendant compte des tests de KRUSTY :
https://www.nasa.gov/press-release/demonstration-proves-nuclear-fission-system-can-provide-space-exploration-power
14 réponses à “Sur Mars, les tempêtes de poussière planétaires imposeront l’utilisation de l’énergie nucléaire”
Bonjour Monsieur Brisson,
Ne serait-il pas plus judicieux d’établir en premier une base humaine sur Phobos, comme “camp de base” pour l’exploration martienne ? L’atterrissage requerrait moins d’énergie et des robots pourraient creuser un habitat souterrain protecteur avant l’arrivée des astronautes. De Phobos il serait aisé de commander en temps réel une armée de robots à la surface de Mars, complété par des navettes Phobos-Mars et vice-versa.
Bonjour Monsieur Vernet,
Vous avez raison de dire que (1) sur le plan énergétique l’établissement sur Phobos serait moins difficile et que (2) nous pourrions créer une base à l’intérieur de ce satellite naturel pour commander en direct des robots en surface de Mars tout en nous protégeant des radiations.
Je vois cependant quelques inconvénients très importants: (1) la très faible gravité sur Phobos. Sur le long terme les organismes humains en souffriraient énormément; (2) les radiations en surface; elles sont très fortes sur Phobos (double de celle que l’on a dans le cratère Gale) car il n’y a aucun écran atmosphérique et il faudra quand même sortir de la base souterraine de temps en temps et, sur le long terme, un temps cumulé assez important; (3) la très probable absence totale d’eau dans le sous-sol de Phobos alors que la présence d’eau sur Mars est un des gros avantages. Aller la chercher sur Mars ne serait pas impossible mais le coût énergétique de l’extraction du sol de Mars puis de l’envoi en surface de Phobos, serait presque aussi élevé que de la faire venir de Terre.
Je partage entièrement l’opinion que la seule source d’énergie constante et fiable, non soumise aux aléas météorologiques et saisonniers, dont pourront disposer sur Mars les futurs “martionautes” est l’énergie nucléaire. Cela d’autant plus que l’énergie solaire disponible au niveau de l’orbite de la planète rouge n’est que de l’ordre de la moitié de celle en orbite terrestre (591 W/m2 contre 1371 W/m2).
Quelques petites précisions/rectifications concernant la description du réacteur. La masse d’uranium doit évidemment être critique pour obtenir des réactions de fission entretenues (sinon, il faudrait une source extérieure de neutrons). Dans le cas de KRUSTY, comme de tous les réacteurs, elle ne l’est cependant qu’à la condition que le bilan neutronique TENANT COMPTE des absorptions et fuites hors du coeur du réacteur ne soit pas négatif. C’est pourquoi le réacteur ne peut fonctionner s’il n’est pas entouré du réflecteur en béryllium dont le rôle, comme son nom l’indique, est de renvoyer vers le coeur, par collisions, des neutrons (nécessaires pour entretenir les fissions) qui sans lui s’échapperaient du réacteur. Ce réflecteur n’est mis en place qu’au moment où le réacteur doit fonctionner, ce qui fait qu’il reste en toute circonstance “inactif” durant le transport. A noter aussi que la solution d’une barre de contrôle (contenant du bore, absorbeur de neutrons) n’est valable que pour un réacteur “planétaire” (soumis à la gravitation); dans le cas de réacteurs destinés à fonctionner dans l’espace, on recourt à des tambours rotatifs placés autour du réacteur, dont une face seulement est recouverte d’un matériau absorbeur.
Pour la NASA le seuil de 48 kg d’Uranium 235 est très important. C’est pour cela qu’elle a choisi une masse de 43 Kg pour le cœur de KRUSTY et c’est pour cela que (indirectement) la puissance thermique du réacteur est limitée à 40 Kw et la puissance électrique à la sortie des moteurs Sterling est limitée à 10 Kwe.
Puisqu’en dessous de 48 Kg, la présence du réflecteur en béryllium est indispensable pour provoquer les fissions en chaîne et faire monter la température du cœur, cela veut dire a contrario que sans réflecteur en béryllium, un cœur de moins de 48 Kg ne peut pas s’échauffer par collisions naturelles des neutrons (trop s’échappent de la masse d’uranium).
En ce sens, à mon avis, on peut bien parler des 48 Kg d’Uranium 235, comme d’une “masse critique”. Mais bien sûr j’accepte vos précisions/explications de spécialiste.
Il y a visiblement une mauvaise compréhension du fonctionnement d’un réacteur nucléaire, Une telle installation ne peut “monter en puissance” qu’à partir du moment où la condition de criticité (et même très légèrement plus en l’occurence) est atteinte; sinon, l’obtention d’un niveau stable de réactions de fission nécessiterait une source de neutrons extérieure comme je l’ai expliqué. Mais dans les réacteurs nucléaires, que ce soit KRUSTY ou tout autre, le bilan neutronique ne peut être positif qu’avec un réflecteur entourant le coeur, sinon il y a trop de fuites par rapport aux productions. Maintenant, dès qu’un réacteur devient ne serait-ce que légèrement surcritique, il monte en puissance (réactions en chaîne divergentes) tant que l’on n’agit pas, avec des barres de contrôle par exemple, pour rétablir exactement la criticaillé (=1); il est alors en régime stable. Si l’on ne fait rien, la puissance continue à monter (aucun lien par conséquent avec une puissance de 40 kW (et non “Kw”)). J’avais calculé à l’époque que le réacteur de recherche CROCUS de l’EPFL, dit pourtant “de puissance nulle”, pouvait sans intervention monter en cas de divergence accidentelle à plus de 2 MW de puissance (!) au lieu de ses 100 W limites “réglementaires” (des contre-réactions physiques intervenaient ensuite pour stopper la montée en puissance). A noter que, strictement parlant, tous les réacteurs sont, pour des raisons de sécurité (temps de réaction à disposition plus long), légèrement sous-critiques avec les neutrons dits “prompts” (ceux qui sont émis directement par les fissions); ils ne deviennent critiques qu’en prenant en compte les neutrons dits “différés”, à contantes de temps plus longues, résultant de désintégrations radioactives de produits de fission. Pour résumé, il n’y a pas de corrélation directe ente la masse de combustible et la puissance que peut atteindre un réacteur; soit il est critique (et peut ainsi monter en puissance), soit il ne l’est pas.
Tout ceci est très bien et très intéressant mais on s’éloigne beaucoup de mon sujet qui est l’intérêt de disposer d’une autre source d’énergie que l’énergie solaire si on veut s’installer sur Mars.
Voilà bien la preuve que cette colonisation de Mars relève du pur fantasme:
D’abord, il faudrait qu’elle commence par exploiter une source d’énergie radioactive , donc extrêmement polluante pour ses habitants, ce qui est contraire à l’esprit d’une conquête spatiale écologique, puisque nous devons écarter les mauvaises expériences commises sur Terre.
Cette colonisation serait entièrement dépendante de l’approvisionnement en matière fissible provenant de la Terre, donc pas du tout autonome comme le suggèraient les plus optimistes partisans de cette aventure.
M. Brisson , refusant le dialogue sur la technique nucléaire , montre bien son incapacité à proposer des solutions précises des conditions de vie sur la planète rouge et par conséquent, à relever tous les défis que pose un tel projet !
De toute évidence, on ne pourra pas régler tous les problèmes en une seule génération d’astronautes , mais il faut d’emblée considérer que la conquête de Mars se fera sur des siècles, voire des millénaires.
La question de la viabilité de la planète Terre reste de loin la priorité No 1 bien avant les hypothétiques voyages interplanétaires.
Cher Monsieur Giot,
Je retrouve bien votre optimisme!
Ma discussion avec le Professeur Haldi ne repose pas sur la pertinence d’utiliser l’énergie atomique ni même sur la faisabilité du petit réacteur nucléaire Krusty mais sur son mode de fonctionnement, ce qui n’est pas du tout la même chose (d’ailleurs les tests Krusty ont été couronnés de succès en Mais 2018).
Par ailleurs Mars dispose des mêmes ressources minérales que la Terre. Ne vous inquiétez pas il y a de l’Uranium sur Mars et ce n’est pas parce qu’on va l’exploiter (ce qui certes ne sera pas facile) que l’on va détruire la planète. D’ailleurs on vous dit bien qu’on se soucie de limiter la masse des réacteurs Krusty à des quantités inférieures à la masse critique.
Il n’est pas envisageable en effet que l’on règle “tous” les problèmes de l’implantation humaine sur une autre planète en une seule génération mais si on ne commence pas maintenant, on aboutira évidemment plus tard!
Bonjour Mr GIOT,
L’avantage de vous avoir sous la main, c’est qu’on dispose d’un échantillon représentatif des opinions et des arguments des anti-spatial habités. Vos arguments sont toujours un peu les mêmes et pour la plupart passablement éculés.
Le plus classique étant :
Occupons nous d’abord de sauver la Terre, d’endiguer les famines, de stopper les guerres, etc … avant d’aller voir ailleurs.
Je ne pense pas qu’il y ai un quelconque lien entre la dégradation de l’environnement et les crédits absorbé par le spatial habité. S’ils ne sont pas employés là, ils le seront dans n’importe quelle autres opération de prestige ou directement dans le militaire.
Bien au contraire, l’exploration humaine de Mars pourrait servir d’exemple de coopération internationale et la mise au point des équipement de support vie à montrer l’interdépendance entre les différents écosystèmes terrestres.
Bonjour Pierre,
Effectivement, quand on voit le faible niveau de luminosité atteint à cause de la tempête martienne actuelle, on comprend aisément, qu’une source d’énergie alternative (non solaire) et nécessaire.
Heureusement, le réacteur nucléaire KRUSTY donne déjà satisfaction.
Pour en revenir à la sécurité intrinsèque d’un tel réacteur, j’ai cru comprendre qu’il était muni de plusieurs systèmes de régulation et de sécurité passifs.
1) La masse d’U235 est non critique 43 kg < 48 kg. Cela évite une divergence spontanée si toute la masse se retrouve accidentellement réunie en un seul bloc.
2) Le réflecteur en béryllium est monté sur un dispositif qui éloigne le réflecteur (ralenti la fission) quand le cœur chauffe et le rapproche quand il refroidi. Un simple phénomène de dilatation de certaines pièces peut être utilisé ou des alliages à mémoire de forme un peu plus sophistiqués.
3) La barre de béryllium qui sert de modérateur, peut stopper la réaction si elle entièrement enfoncée dans le cœur. Là encore, un système de régulation passive à dilatation ou à mémoire de forme peut être utilisé.
4) Pour finir, on peut ajouter des pièces fusibles qui fondent dès que le cœur dépasse une température critique (ou de sécurité). Résultat, la barre de béryllium tombe dans le cœur par simple gravité ou sous l'action d'un ressort, le réflecteur s'éloigne grâce à un dispositif similaire et le cœur peut-être divisé en plusieurs (deux) sous-parties.
Bref, il est très facile d'atteindre un niveau de sécurité acceptable pour un petit réacteur nucléaire tout en conservant une relative simplicité.
Conclusion, cela fait un élément de plus à prévoir pour la prochaine mission humaine vers Mars. Mais dans le cas présent, il est déjà presque au point.
Attention, il y a confusion entre barre de bore (absorbant les neutrons et limitant ainsi les réactions de fission) et le réflecteur/modérateur qu’est le béryllium.Introduire dans le coeur une barre de béryllium améliorerait la modération des neutrons et augmenterait donc les réactions (car les neutrons “modérés”, c’est-à-dire ralentis, sont plus efficaces pour produire des réactions de fission), le contraire d’une action de sécurité! Mais d’accord avec vous qu’il est très facile de prévoir des dispositifs de sécurité intrinsèque pour des réacteurs nucléaires. La nature nous en fournit même “gratuitement”; il y a entre autres un effet Doppler “automatique” qui réduit les réactions quand la température augmente, d’où auto-régulation de la puissance.
On se souvient que le Programme Voyager, qui a lancé Voyager 1 et Voyager 2 en 1977, avait équipé ces sondes de GTR, soit de générateurs thermoélectriques à radio-isotope, en l’occurrence du Pu238 (près de 88 ans de demi-vie). La puissance thermique délivrée par 18 kg était initialement de 7 kW(th), sachant que la puissance spécifique est de 390 W(th)/kg. La conversion en électricité est faite par effet Seebeck avec des couples thermoélectriques de 6 à 7% de rendement. On obtenait donc initialement 470 W(él). La puissance thermique spécifique s’abaisse à 360 W(th)/kg après 10 ans et à 260 W(th)/kg après 50 ans. En 2011 il aurait dû y avoir encore 360 W(él) à disposition, cela sans dégradation des couples thermoélectriques. Grosso modo, on s’attendait effectivement à une perte d’environ 7 W(él) par an. De fait on n’avait plus en 2011 que quelque 265 W(él), soit 56% de la puissance initiale. Actuellement il doit rester moins de 200 W(él) à disposition des sondes. Dès 2030 environ, il n’y aura plus assez de puissance pour les télécommunications. Évidemment avec un moteur Stirling (encombrant pour une sonde !), le rendement aurait été de quelque 27%.
Pourquoi, si l’on craint que KRUSTY ne diverge et parte hors de contrôle (malgré toutes les sécurités dites inhérentes ou intrinsèques), ne pas utiliser des GTR sur Mars ? On peut calculer, à l’envers, que pour avoir encore 10 kW(él) après 10 ans, il faudrait équiper ces GTR à moteur Stirling (avec 27% de rendement) de 103 kg de Pu238, si je ne fais erreur.
Bonjour Monsieur de Reyff,
J’ai interrogé Pierre André Haldi qui a enseigné les systèmes énergétiques à l’EPFL et qui s’intéresse aussi à l’installation de l’homme sur Mars. Il me dit:
1/ On utilise déjà les générateurs isotopiques sur Mars (Curiosity).
2/ Personne (parmi les spécialistes) ne craint sérieusement qu’un réacteur martien “parte hors de contrôle”.
3/ On ne peut pas atteindre avec des générateurs isotopiques les puissances (relativement) élevées qui seront nécessaires pour de futures bases martiennes. Par ailleurs, il est plus facile de moduler la puissance d’un réacteur.
Il vous écrira davantage à ce sujet plus tard et pourra développer ses remarques rapides mais j’ajouterais personnellement qu’il est sans doute plus facile de se procurer et plus politiquement acceptable d’utiliser de l’Uranium 235 que du Plutonium 238 et que la masse nécessaire d’U235 pour obtenir une puissance de 10 KWe (à la sortie des moteurs Sterling) sur une même durée, est plus faible (43 Kg dans la configuration KRUSTY). Je pense aussi que la possibilité de contrôler la réaction au sein d’une masse d’U235 avec une barrette de bore (et éventuellement en retirant le réflecteur en béryllium), présente une avantage considérable.
J’ajouterais aussi que jusqu’à présent, lorsqu’on a utilisé l’énergie atomique, on a utilisé les GTR mais c’est sans doute qu’on n’avait pas trouvé la solution KRUSTY. Je ne serais pas étonné que cette solutions soit désormais utilisée de préférence à celle des GTR (rendement et sécurité).
En compléments:
Il y a effectivement un certain recouvrement possible dans les domaines d’utilisation potentiels pour les applications spatiales des générateurs isotopiques d’une part et des réacteurs nucléaires d’autre part. On estime néanmoins qu’au-delà d’une puissance de l’ordre de 10 kWe les réacteurs deviennent la seule option envisageable.
Un point aussi que je n’avais pas pensé mentionner à M. Brisson lors de notre contact de cet après-midi est qu’il est plus sûr de transporter un réacteur n’ayant pas encore fonctionné (presque pas d’émission radioactive) qu’un générateur isotopique qui est, lui, “actif” dès le début.