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1. Le monumentalisme funéraire récent d’Ethiopie et la question des démocraties primitives
23e rencontre biennale de la SAFA. Toulouse 26 juin – 2 juillet 2016. A paraître dans Afrique, Archéologie, Art
Cet article est la continuation des réflexions présentées dans le cadre de la rencontre de Strasbourg 2015 à propos du mégalithisme éthiopien et voudrait approfondir la question des relations entre la notion de démocratie primitive et le concept de classe aristocratique développé par Jensen (1936).
La compréhension de ces questions nécessite que l’on explicite un certain nombre de concepts anthropologiques théoriques.
Au plan monumental, on distingue les pierres dressées sur les places des villages des tombes avec statues de bois, les waaka. Ces derniers monuments concernent soit des guerriers renommés faisant figure de héros, soit des poqolla, actuellement des chefs religieux écartés du métier des armes.
La monographie de Jensen 1936 pose néanmoins un problème d’interprétation difficile car elle présente les poqolla comme formant une aristocratie tirant sa légitimité de ses prouesses guerrières et de ses fonctions religieuses, ce qui paraît en contradiction avec la situation actuelle.
L’examen des waaka publiés tant par le père Azaïs que par Jensen ou par des chercheurs actuels ne montre aucune évolution significative sur le plan chronologique. Les représentations d’ennemis tués, d’armes, de boucliers et de lances se retrouvent aussi bien sur les tombes des guerriers que sur celles des poqolla.
La hiérarchisation lignagère observée chez les Konso peut être expliquée par des principes absolument généraux retrouvés dans toutes les sociétés africaines. Cette hiérarchisation repose soit sur des prérogatives guerrières, soit sur des prérogatives religieuses dominantes selon les circonstances historiques.
Deux populations de langue omotique les Gamo et les Jem permettent d’élargir le débat. Les Gamo présentent une hiérarchisation fondée sur une spécialisation religieuse, mais pas de mégalithisme. Les Jem présentent un cas de société de langue omotique avec royauté divine et mégalithisme.
On peut proposer sur une base cladistique une structure dynamique des sociétés considérées reposant sur 10 pas de transformation. Cette structure débouche au plan historique sur une corrélation possible entre la hiérarchisation observée par Jensen chez les Konso et le développement de l’esclavage de traite. Cette hiérarchisation de nature guerrière forme un grade concernant des populations différentes affectées par le même phénomène historique. Un second grade, historiquement déconnecté, est marqué par la diffusion du mégalithisme est-couchitique au sein des populations omotiques voisines, comme c’est le cas pour les Jem.
Cet essai vise à démontrer que les thèses avancées par Jensen peuvent trouver une explication théorique compatible avec ce que l’on sait de l’anthropologie sociale des populations locales et africaines.
Fig. Structure socio-politique dynamique des populations en relation avec la notion de démocratie primitive. Dans cette analyse le monumentalisme funéraire et l’importance conférée aux privilèges guerriers forment des grades et non des clades.
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2. Du Sénégal à l’Ethiopie : pour une problématique du monumentalisme funéraire africain
Mégalithisme et monumentalisme funéraires : passé, présent, futur. Table ronde internationale de l’ADREUC. Carcassonne, 3 et 4 novembre 2016.
On propose un cadre théorique pour l’étude du monumentalisme funéraire africain – terme générique préféré à celui de mégalithisme – dans les zones sahariennes et sahéliennes, de l’Atlantique à la mer Rouge. Nous prenons comme exemples le Sénégal, le Soudan et l’Éthiopie. Cette marche à suivre se décompose en 10 règles, comme autant de recommandations regroupées en cinq ensembles : démarche ethnographique actualiste référée au contexte linguistique (règles 1 à 4), démarche anthropologique définissant la structure dynamique de transformation des types de sociétés (règle 5), recherche des sources historiques, tant archéologiques qu’ethno-historiques (règles 6 et 7), restitution historique des scénarios propres à certaines régions, ceci en relation avec le contexte climatique (règles 8 et 9), enfin perspective évolutionniste (règle 10).
Cette approche forme la base de démarches qui peuvent suivre les contraintes du logicisme, ce qui permet à la fois de rendre compte du déroulement logique de la recherche et de présenter notre discours sous forme de propositions résumées facilitant la prise en compte rapide de l’information.
Fig. Problématique d’analyse des rites funéraires africains intégrant données ethnohistoriques, ethnologiques, linguistiques et archéologiques.
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3. Alain Testart et la réflexion épistémologique
De l’ethnologie à la préhistoire ou l’édification d’une sociologie générale. Colloque organisé en hommage à Alain Testart. Paris 24 et 25 novembre 2016.
Cet article résume les thèses développées dans le livre, resté méconnu, d’Alain Testart Pour les sciences sociales : essai d’épistémologie, qui mérite d’être placée parmi les très grandes œuvres théoriques de la sociologie et l’anthropologie contemporaine. Touchant aux fondements mêmes de ces disciplines, ce texte remet fondamentalement en cause les bases des sciences humaines en général.
Il analyse essentiellement, dans une vision unifiée, la place de l’observateur, plus généralement du sujet, face à son objet d’étude, qu’il s’agisse du domaine de la Nature ou de l’Homme, en montrant qu’une mauvaise compréhension de cette question a empêché les sciences humaines d’acquérir un statut scientifique. Nous résumons les thèses de ce livre en 14 propositions et montrons les liens existant entre ce livre et le livre Avant l’histoire, ainsi que la convergence de cette réflexion avec nos propres travaux. Nous confrontons les vues de Testart avec celles, radicalement opposées, de Passeron qui, à notre avis, se complètent.
Fig. Relation possible entre les distinctions opérées par Passeron et l’épistémologie dérivée des sciences de la nature que nous proposons (schéma Alain Gallay).
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4. L’archéologie demain 1986-2016 : quoi de neuf ?
11ème journée doctorale d’archéologie. Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne (18 mai 2016). A paraître dans Archéo.doct.
L’examen du livre “L’archéologie demain” (1986) révèle que toutes les grandes orientations qui ont guidé nos travaux jusqu’à ce jour sont déjà en place en 1986.
Les orientations essentielles concernent alors
1. Une proposition de modèle inspiré de la biologie et de la paléontologie, articulant science et histoire,
2. La promotion de l’ethnoarchéologie et du logicisme et
3. Une critique de l’exhaustivité des observations débouchant sur des préoccupations d’ordre stratégique (cours Gardin 1978)
Les trois décennies qui suivent vont s’attacher à approfondir ces notions théoriques – sans les remettre en question à travers un certain nombre de lectures et d’expériences de terrain. Les préoccupations sont alors plus anthropologiques que strictement archéologiques.
Les sujets abordés concernent :
– l’approfondissement du modèle biologique,
– des réflexions épistémologiques,
– les relations entre pensée savante et pensée vulgaire
– le logicisme
– le développements de l’ethnoarchéologie
Nos derniers travaux explorent aujourd’hui les limites de l’investigation ethnoarchéologique à travers de nouvelles recherches consacrées au mégalithisme africain (Ethiopie, Sahara, Sénégal), recherches qui s’inspirent de la distinction entre sociétés et cultures proposée par Testart (2012) et combinent approche cladistique des sociétés et environnements linguistiques. Cette perspective évolutionniste intègre des généralisations (les types de sociétés) spécifiables (les familles linguistiques).
Télécharger la présentation : Archéologie demain
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5. Autour du feu : campements touareg du Sahara central. Gollion : Infolio
La publication récente d’une monographie consacrée au site magdalénien de Pincevent remet aujourd’hui au centre des débats l’utilisation de l’ethnologie dans la compréhension des vestiges des campements des anciens chasseur-cueilleurs et autres haltes liées à certaines formes de mobilité (Julien, Karlin 2014).
Elle montre toute l’actualité d’une étude déjà ancienne que nous avions consacrée à l’analyse de campements touareg du Sahara central, étude de « littérature grise » mal diffusée et restée confidentielle (Gallay 1991).
Il nous semble donc utile de publier à nouveau dans des canaux plus officiels ce travail qui n’a pas vieilli. La problématique présentée garde en effet un certain intérêt théorique et méthodologique pour le préhistorien qui s’attache à déchiffrer les vestiges d’anciens campements, et à lire les différentes activités qui ont pu se dérouler autour des foyers toujours présents au sein de pareils établissements.
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6. Gardin, J.-C. et Gallay, A. Stratégies pour l’archéologie. Gollion : Infolio
En 1978, Jean-Claude Gardin donnait à Genève un cours sur les stratégies de recherches en archéologie. Il venait d’achever dans le nord de l’Afghanistan une série de prospections, aboutissement d’un long engagement sur le terrain de Bactriane durant lequel il avait pu réfléchir à ce qu’était une stratégie de recherches. Cette expérience était au cœur de cet enseignement.
Ce cours faisait suite à un cours d’archéologie théorique donné l’année précédente devant les mêmes étudiants, enseignement qui a été à l’origine de son livre « Une archéologie théorique » (Gardin 1979b). Curieusement, le cours sur les stratégies de recherches n’a jamais donné lieu à publication et l’on ne trouve pas, à notre connaissance, dans la bibliographie de notre collègue et ami, d’articles ou de livres explicitement consacrés à ce sujet.
Nous avons nous-même prolongé ce double enseignement en reprenant son contenu dans un cours d’archéologie théorique que nous avons donné à l’Université de Genève jusqu’à notre retraite en 2004. Nous pensions en effet que les matières présentées étaient absolument indispensables à la formation de nos étudiants en archéologie.
Le cours de 1978 a eu des retombées positives non seulement sur notre enseignement, et peut-être sur nos étudiants, il a également influencé de façon radicale notre conception du travail de terrain, tant pour nos fouilles que pour nos recherches ethnoarchéologiques ainsi que, d’une manière générale, sur l’élaboration et la publication de nos données.
C’est cette histoire que nous aimerions raconter en publiant nos notes du cours de 1978. Il nous paraissait en effet important d’associer à une réflexion essentiellement théorique, qui pouvait paraître quelque peu rébarbative, une illustration pratique issue de notre propre expérience. Cette dernière s’est étendue dès le moment où nous avons repris les fouilles de la nécropole néolithique du Petit-Chasseur à Sion (Valais) en 1971, jusqu’à celui où nous avons achevé nos enquêtes ethnoarchéologiques sur la céramique traditionnelle dans la Boucle du Niger, au Mali, en 2004.
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7. Le mégalithisme en Ethiopie une approche ethnoarchéologique intégrée ?
Communication présentée dans le cadre du 7ème congrès international d’ethnoarchéologie Current ethnoarchaeology (Rome 25-26 et 27 novembre 2015)
Aujourd’hui encore certaines populations du sud de l’Ethiopie comme les Konso et les Arsi élèvent des mégalithes. Comment construire aujourd’hui une approche globale de cette question qui nous permette d’intégrer données ethnographiques, anthropologiques, historiques et archéologiques et de situer le développement du mégalithisme dans une compréhension évolutionniste des sociétés, selon la perspective élaborée par Alain Testart ?
Nous pouons définir une démarche en quatre points qui intègre les données ethnoarchéologiques.
1. Une démarche ethographique acualiste (P0)
Le phénomène mégalithique éthiopien doit être situé par rapport à un certains nombre de paramètres actualistes, parmi lesquels il convient de distinguer les données linguistiques (relations avec les différentes langues du phylum afro-asiatique), les variations environnementales (hauts plateaux arrosés ou savanes sèches), la relation avec l’élevage des bovidés, les cultigènes présents (sorgho, tef, ensete), l’opposition entre sociétés lignagères hiérarchisées et sociétés à classes d’âge sensu lato, l’importance de la guerre (valorisation du héros), enfin l’esclavage.
2. Une démarche anthropologique : définir la structure dynamique du phénomène (P1)
En suivant Testart (2012) on distingue les sociétés (nos régularités) des cultures (nos scénarios). L’analyse des données centrées sur les types de sociétés permet seule une approche évolutionniste. La démarche cladistique (fondée sur la notion de descendance avec modification) est à nos yeux l’instrument adéquat pour de type d’analyse.
L’arborescence (cladogramme) proposée se fonde sur cinq hypothèses :
– l’importance phylogénétique structurante et primordiale des familles linguistiques,
– la distinction entre sociétés à classes d’âges (langues est-couchitiques) et sociétés de filiation (langues omotiques),
– L’antériorité du pastoralisme sur les économies mixtes,
– L’opposition entre économies mixtes de savane (sorgho) et économies mixtes des hautes terres (tef et ensete)
– Le caractère dérivé de l’agricuture intensive (Konso), du nomadisme chamelier (Borana) et des hydroagricultures (Gidolé, Karoo, Dassanetch).,
3. Une démarche historique (P2)
Sur cette base nous pouvons insérer le développement du mégalithisme dans un scénario historique en distinguant 1. un mégalithisme ancien lié aux premières populations pastorales sans agriculture (3ème millénaire cal BC, lac Turkana, Somaliland), 2. un mégalithisme plus spécifiquement issu de la famille est-couchitique, associé à des sociétés à classes d’âge (démocraties primitives) et pratiquant une horticulture de l’ensete. Ce second mégalithisme se développe en plusieurs phases, du second millénaire cal BC à l’époque actuelle.
4. Une perspective évolutionniste (P3)
L’élargissement des résultats éthiopiens à l’ensemble de la bande sahélo-soudanaise et l’intégration des données acquises sur le mégalithisme sénégambien montre que le mégalithisme ne s’insère pas facilement dans la taxonomie cladistique décrivant la dynamique évolutive des sociétés et ne constitue donc pas, dans cette persective, un clade homogène. Le mégalithisme caractérise en efftet des types distincts de sociétés holocènes placées entre les sociétés de chasseurs-cueilleurs et les société étatiques.
Communication présentée (français)
Communication présentée (anglais)
Quelques réflexions en guise de conclusion (français)
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8. Rances ou le défi méthodologique
Introduction à la monographie consacrée aux fouilles de Rances. A paraître dans les Cahiers d’archéologie romande (Lausanne).
L’expérience des fouilles de Rances se situe à la conjonction de deux situations inédites sur le plan de notre expérience professionnelle et ne peut être comprise qu’à travers elles :
– Pour le première fois nous nous trouvons confronté à un environnement géomorphologique et géologique entièrement nouveau pour les préhistoriens de l’époque. Dans ce terrain, issu du retrait glaciaire, les traces laissées par l’homme préhistorique, souvent très diffuses, se trouvaient imbriquées dans des colluvions de pente caillouteux issus du lessivage des terrains fluvioglaciaire, cailloutis du retrait ou limons déposés dans le cuvettes mises en place au moment du retrait des glaces, sans qu’il soit toujours possible de reconnaître des niveaux d’occupation nettement distincts.
– Sur le plan théorique nous nous trouvons à l’époque où nous remettons en question les certitudes héritées de l’enseignement de notre maître André Leroi-Gourhan. Nous avions en effet fouillé la nécropole de Petit-Chasseur en nous référant à cette sacro-sainte exhaustivité dominant la recherche archéologique des années 60, tant au niveau de la fouille que de l’exploitation des données (Gallay 2003, 2004 ; Gallay et al. 2011).
Lors des années universitaires 1976-77 et 1977-78, soit au moment même des fouilles de Rances, Jean-Claude Gardin donne à Genève deux cours, sur l’archéologie théorique, puis sur les stratégies de recherches en archéologie qui auront de profondes répercussions sur la conception de notre métier. Seul le premier cours est à l’origine d’un livre (Gardin 1979).
Il remet à cette occasion en question la notion d’exhaustivité de l’observation, démontrant l’impérieuse nécessité de subordonner l’observation à des questions précises permettant de sélectionner les critères jugés pertinents pour la recherche. Dans son essai d’épistémologie Alain Testart (1991) ne dira pas autre chose sur les fondements de la recherche scientifique plusieurs années plus tard.