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Critique
"31e Prix du Jury œcuménique: ""L'univers intime d'un homme de télévision est filmé à son insu. Ces images vidéo, qui lui sont adressées, l'inquiètent et le déstabilisent car elles font resurgir des événements de son enfance et sont en résonance avec l'actualité. Dans un style épuré, le réalisateur évoque la complexité de la responsabilité de l'Homme face à son passé et à l'Histoire.""
Georges, journaliste littéraire à la télévision, reçoit des vidéos filmées clandestinement depuis la rue, où on le voit avec sa famille, ainsi que des dessins inquiétants et difficiles à interpréter. Il n'a aucune idée de l'identité de l'expéditeur. Peu à peu, le contenu des cassettes devient plus personnel et bientôt suivent les coups de fil anonymes. Il semble que l'auteur de ces forfaits connaît Georges depuis longtemps. Ce dernier sent qu'une menace pèse sur lui et sur sa famille, mais comme cette menace n'est pas explicite, la police ne peut rien faire pour lui.
Connu pour son anti-conformisme, Michael Haneke vient à nouveau bousculer son public. Son nouvel opus est une route tracée sur différents niveaux, entre vie réelle, images vidéo anonymes et fantasmes personnels.
D'emblée le spectateur est placé devant une énigme presque indéchiffrable. Qui est l'instigateur de ces cassettes? Et pourquoi? Qu'y a-t-il derrière le regard en apparence innocent de Georges? Haneke ne donne que des bribes de réponses qui deviennent tout autant de nouvelles interrogations. A chacun d'apporter sa propre interprétation. Osons la nôtre, en vous invitant à ne pas la lire avant d'avoir vu ce film passionnant. En réalisant lui-même ces cassettes, Georges ne ferait-il pas sa propre psychanalyse pour se déculpabiliser d'un passé qui n'est pas sans fautes?
Georges Blanc
Le printemps dernier, CACHE a été le cinquième film de Michael Haneke à participer à la Compétition officielle du Festival de Cannes. Il y a remporté le Prix de la meilleure mise en scène et celui du Jury œcuménique. On sait le réalisateur autrichien parfaitement au point quant à sa technique de filmage, chaque plan voulu dans ses moindres détails. Le scénario subit le même contrôle. Celui de CACHE laisse toutefois un sentiment de contrefaçon, comme s'il explorait à côté de la vie. Peut-être parce que le réalisateur utilise son film pour ""saper la confiance des spectateurs en la véracité des images"", comme il dit dans une interview accordée à Arte. ""Les images ne sont que des trompe-l'œil qui n'ont aucun rapport avec la réalité. On ne peut appréhender la réalité que lorsqu'elle est vécue.""
Justement, Georges (Daniel Auteuil) reçoit des images vidéo anonymes qui montrent sa maison et sa famille. Ces cassettes sont de plus en plus personnelles, enveloppées dans d'inquiétants dessins. Le doute s'insinue en lui. Le doute et la peur qui minent peu à peu le couple qu'il forme avec Anne (Juliette Binoche). Mais le sujet du film est ailleurs. Les cassettes, puis des appels anonymes conduisent Georges à se souvenir de son passé. On comprend peu à peu qu'il a quelque chose de grave à se reprocher.
C'est de culpabilité que parle Haneke. Une culpabilité enfouie dans l'enfance et d'autant plus intéressante. Faire face à la réalité (mais ces images sont-elles la réalité?) demande du courage. Et quand on en manque vient le déni. Comment en sortir. La question est grave, elle mérite une attention forte et humaine. Celle que lui prête Haneke est froide, distante, monochrome et la question reste en suspens. CACHE manque de chair, figé sur un plan conceptuel. Tenu à l'écart, le spectateur n'est pas amené à s'interroger sur le fond tragique de cette culpabilité.
Geneviève Praplan"
Ancien membre