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Source: LinuxFR – les dépêches
Liens: État de l’espéranto sous GNU/Linux
État de l’espéranto sous GNU/Linux
L’espéranto, créé pour être facile à apprendre et servir de passerelle neutre entre les peuples, continue tranquillement à faire son chemin dans le monde entier. Faisons un point sur la prise en charge, tant du point de vue des traductions que de l’écriture, de cette belle et intéressante langue sous GNU/Linux.
- lien n°1 : L’espéranto en bref (association québecoise d’espéranto)
- lien n°2 : FAQ (association québecoise d’espéranto)
- lien n°3 : Portail de l’Espéranto sur Wikipédia
- lien n°4 : Site de l’association Espéranto France
- lien n°5 : Site de l’association Espéranto-Jeunes
Sommaire
- Introduction
- Traduction en espéranto
- Écrire en espéranto
- Apprendre l’espéranto
- Conclusion
Introduction
Qu’est-ce que l’espéranto ?
L’espéranto est une langue inventée par Ludwik L. Zamenhof. Il habitait dans une ville proche de la frontière entre l’Autriche, la Prusse et l’Empire russe. Il parlait couramment le russe, le polonais, l’allemand, l’hébreu et le yiddish, et pensait que l’incapacité à communiquer jouait un rôle majeur dans les conflits entre groupes ethniques.
Après de nombreuses années de travail, il publie en 1887 le livre « Langue Internationale » décrivant sa langue, très simple et rapide à apprendre, destinée à favoriser la compréhension entre les peuples. Avec la montée du nationalisme précédant la Première Guerre mondiale et les idéalismes de l’époque, l’idée d’une langue internationale était très attrayante.
Le Volapük, précédente tentative similaire, se répandait depuis 1879. Mais le développement ouvert et dynamique de l’espéranto convainquit un nombre important de personnes dont une bonne partie des locuteurs du Volapük. Son succès est tel qu’en 1905, à peine 18 ans après l’apparition de la langue, se tient le 1er congrès mondial d’espéranto à Boulogne-sur-Mer.
Bien sûr, l’histoire de l’espéranto n’est pas sans reliefs. La politique a joué un grand rôle dans son histoire : des projets concurrents à une époque où l’idée de langue internationale intéressait certaines élites, aux répressions des régimes nazis et stalinien, en passant par l’opposition de la France à son adoption en tant que langue internationale par la Société des nations (ancêtre de l’ONU).
On peut donc qualifier l’espéranto de succès : c’est, parmi des centaines de tentatives, la seule langue construite à être devenue une langue vivante. En effet, il y a plus d’une centaine de milliers d’espérantophones, et ce nombre de locuteurs augmente constamment. Il y a même des espérantophones natifs !
Aujourd’hui on peut se faire héberger à l’étranger grâce au Pasporta Servo, faire un service civique pour faire connaitre l’espéranto, ou participer à un festival culturel en espéranto ! Des gens sont payés pour travailler en espéranto à la construction de sites web d’apprentissage de langue (deutsch.info, slovake.eu, mluvtecesky.net) ou à des projets concernant l’espéranto.
L’espéranto et le mouvement du logiciel libre
Malgré le succès de la langue, il y a assez peu de logiciels libres traduits en espéranto. Ça parait logique : si le logiciel est disponible dans une de nos langues natales, pourquoi s’embêter à le traduire ?
Pourtant c’est utile pour que tout le monde puisse comprendre le logiciel même s’il n’est pas traduit dans chaque langue vivante existante. C’est un privilège de francophone d’avoir beaucoup de logiciels traduits dans notre langue.
D’un autre côté, la plupart des logiciels traduits en espéranto — tous ceux que je connais — sont des projets communautaires de logiciel libre : là où il semble assez peu probable pour une entreprise de dépenser de l’argent pour une traduction en espéranto, le modèle collaboratif attire des traducteurs bénévoles.
Certains sites web de logiciels libres sont aussi disponibles en espéranto, comme celui de Firefox ou celui de Mageia. À noter qu’en dehors des logiciels libres, il est possible d’utiliser Facebook, Google et Ipernity en espéranto.
Le souci avec les sites non-communautaires, même si on peut parfois ajouter des traductions, c’est qu’on peut se retrouver bloqué bêtement. Par exemple, une traduction de Twitter existe, mais ce dernier n’a personne qui peut la valider (et ne semble pas compter ça dans ses priorités).
De plus, le mouvement espérantiste est empreint de valeurs proches du logiciel libre : le partage, l’entraide, etc. D’ailleurs de nombreux et nombreuses espérantistes utilisent GNU/Linux.
Ainsi, la majorité des associations utilisent des ordinateurs sous GNU/Linux tous les jours ou pour l’organisation des festivals et congrès : pour l’administration (comptabilité sous Grisbi), l’édition de leurs magazines avec Scribus, leurs sites web avec SPIP…
Traduction en espéranto
Ajout de la locale Espéranto dans glibc
En informatique, ce qu’on appelle locale ou paramètres régionaux sont les informations utiles à la régionalisation des logiciels. Ceci concerne notamment la langue, la représentation des chiffres, le format de date et d’heure, la monnaie et le système d’unités utilisées.
Les paramètres régionaux du système sous GNU/Linux sont gérés par la glibc, et définit selon le format
language[_territory][.codeset], par exemple,
fr_FR.UTF-8,
en_US.UTF-8 ou
eo.UTF-8. Tous les exemples utilisent UTF-8 car à part dans des cas très particuliers, il n’y a pas de raison d’utiliser autre chose.
L’ajout de l’espéranto permet à tout le monde de bénéficier :
- De logiciels traduits en espéranto plus facilement
- Noms de jours, en espéranto
- Format de date court, noms de mois en espéranto
- etc.
Mais le système de locale est très flexible ! Regardons par exemple, grâce à la commande
locale, les différents paramètres régionaux gérés (ici sur un système configuré en
fr_FR.UTF-8) :
LANG=fr_FR.UTF-8 LC_CTYPE="fr_FR.UTF-8" LC_NUMERIC="fr_FR.UTF-8" LC_TIME="fr_FR.UTF-8" LC_COLLATE="fr_FR.UTF-8" LC_MONETARY="fr_FR.UTF-8" LC_MESSAGES="fr_FR.UTF-8" LC_PAPER="fr_FR.UTF-8" LC_NAME="fr_FR.UTF-8" LC_ADDRESS="fr_FR.UTF-8" LC_TELEPHONE="fr_FR.UTF-8" LC_MEASUREMENT="fr_FR.UTF-8" LC_IDENTIFICATION="fr_FR.UTF-8" LC_ALL=
Les guillemets indiquent quelles sont les variables dont la valeur a été héritée de
LANG. Chacune de ses variables peut être configurée indépendamment : on peut configurer un système globalement anglais (en mettant
LANG=en_US.UTF-8) mais avoir un format d’heure en français si on veut un format 24 heures (en mettant
LC_TIME=fr_FR.UTF-8). En général, on ajoute ou remplace ces assignations dans
/etc/locale.conf.
Ça faisait longtemps qu’une demande était présente pour avoir l’espéranto dans glibc : c’était dans Debian et Ubuntu, sur Arch Linux avec le paquet AUR
glibc-eo, mais le projet a d’abord refusé les langues construites, puis la politique du projet a changé, mais il a fallu du temps avant que quelqu’un s’en occupe. Rapport de bug.
Logiciels libres traduits en espéranto
Plusieurs logiciels ont une traduction complète ou presque :
- E-vendejo, moteur de boutique en ligne créé pour les associations espérantistes
- Firefox (statistiques non trouvées)
- Klavaro, tuteur de dactylographie — dont le nom signifie « clavier » en espéranto
- LibreOffice (100 % pour LibreOffice 5.1 et master)
- MediaWiki, évidemment (voir Vikipedio)
- Piwigo, logiciel de galerie de photos (100 %)
- Silence, pour envoyer des SMS chiffrés sur Android (100 %)
- WordPress (100 %)
- …
Et un grand nombre ont une traduction relativement complète (au-delà de 60 %) :
- CyanogenMod (traductions depuis peu sur Crowdin à 73 % traduit en espéranto, mais ce n’est pas encore intégré aux compilations)
- DokuWiki (92 % pour le cœur)
- Enlightenment (90 %)
- GIMP (86 % pour GIMP stable 2.8.x et 65 % pour master 2.9.x)
- GNOME (61 % pour GNOME stable 3.20 et 59 % pour la version de développement 3.21.x)
- qBittorrent (71 %)
- SPIP (63 %)
- Transmission (93 %)
- …
Il faut noter que le pourcentage total ne veut pas dire grand-chose pour l’utilisation d’un logiciel au quotidien. Par exemple, pour KDE, les fichiers « principaux » sont bien traduits, et d’ailleurs, le projet met en avant quatre fichiers ou répertoires principaux à traduire en priorité pour autoriser la diffusion de paquet linguistique.
Il est aussi à noter que le logiciel libre, c’est aussi vous ! Si vous parlez couramment l’espéranto et que votre logiciel favori n’est pas traduit entièrement (voire pas du tout, ou alors de qualité insuffisante), il ne tient qu’à vous de contribuer en devenant traducteur. Il est bon de rappeler que la contribution dans le logiciel libre ne s’adresse pas qu’aux développeurs.
Écrire en espéranto
Saisie en espéranto
Une des particularités de l’espéranto est qu’il utilise quelques lettres accentuées, coiffées d’un accent circonflexe (ĉĝĥĵŝ) ou d’une brève (ŭ). En solution de secours, on peut placer un x après la lettre (ĉ = cx), ce qui est utile pour les URL par exemple. Mais pour le texte, on peut faire mieux.
Depuis 2004, il existe une disposition de clavier dans X.org, un qwerty agrémenté des lettres spécifiques à l’espéranto accessible via AltGr. Cependant, contrairement à Windows, n’importe quelle disposition disposant d’une touche morte accent circonflexe permet de taper ces lettres.
On retrouve aussi la brève sur de nombreuses dispositions : en français (variante) en Maj+Altgr+3, en anglais (US, international) en Maj+Altgr+9, en bépo en Altgr+w, etc.
Bref, on trouve facilement une façon de taper les caractères accentués de l’espéranto adaptée à ses habitudes.
Correction orthographique
Comme toute langue dont les mots sont séparés par des espaces, les outils de correction orthographique fonctionnent très bien pour l’espéranto ! Ainsi, il suffit d’installer le paquet Hunspell pour l’espéranto, et la correction sera disponible dans tous vos logiciels.
Apprendre l’espéranto
Outre dans les nombreuses associations qui dispensent des cours ou par des livres d’apprentissage, il est possible d’apprendre l’espéranto sur des sites web.
Lernu.net
Jusqu’à fin 2015, le site le plus utilisé (200 000 inscrits) était Lernu.net. Lancé en 2002, il est disponible dans plus de vingt langues. Depuis quelques semaines, le site et le cours principal ont subi une grosse mise à jour !
Duolingo
Le dernier arrivé Duolingo compte désormais plus de 500 000 élèves, il a ouvert son cours d’espéranto en mai 2015, uniquement en anglais (mais un cours en espagnol est en phase de bêta). Ce site web et application pour mobile et tablette propose un apprentissage gratuit mais n’est pas libre. Le site se finance par la traduction effectuée par les élèves utilisateurs.
Kurso de esperanto
Le logiciel Kurso de Esperanto, présenté dans une dépêche sur LinuxFr.org, développé par le brésilien Carlos Pereira en C++/Qt fonctionne sur différentes plateformes. Il est distribué sous licence libre (GNU GPLv3). Le contenu pédagogique a été repris des cours en dix leçons que l’on trouve sur Ikurso (voir ci-dessous).
Ikurso
La plateforme Ikurso et son cours en dix leçons a été développée pour mettre en relation des élèves et des correcteurs bénévoles. Le contenu pédagogique est dans le domaine public et le code des cours ainsi que la partie de gestion des élèves sont disponibles sur GitHub.
Méthode Zagreb
Conclusion
Peu de logiciels sont disponibles avec une traduction relativement complète en espéranto, mais on peut facilement apprendre l’espéranto et écrire en espéranto sous GNU/Linux. Nous ne nous sommes pas vraiment étendu·e·s sur l’espéranto en tant que tel — ce n’est pas le sujet de la dépêche — mais il y aurait tellement à dire !
Atendante, amuziĝu se vi estas Esperantisto kaj uzanto de GNU/Linux!
(En attendant, amusez-vous bien si vous êtes espérantiste sous GNU/Linux !)