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Sous le titre un peu ardu «L'évaluation des risques présentés par la créatine pour le consommateur et véracité des allégations relatives à la performance sportive ou à l'augmentation de la masse musculaire», c'est un rapport riche d'enseignement que vient de rendre public à Paris Martin Hirsch, directeur général de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments. Cette agence avait été saisie de cette question il y a un an par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et le document a été rédigé par le comité d'experts spécialisés en nutrition humaine auprès de la Direction de l'évaluation des risques nutritionnels et sanitaires de l'Afssa.
Créatine ? «La créatine est un supplément largement utilisé dans certains milieux sportifs pour ses effets supposés sur certaines performances ou sur la masse musculaire, alors qu'elle serait sans danger pour la santé, peut-on lire en introduction du rapport. L'objectif du présent rapport est de répondre aux questions : quelles sont les allégations les plus répandues ? S'agit-il d'une molécule physiologique pour l'organisme humain ? Quels sont ses effets sur les performances et ce, pour quelles quantités ingérées ? Quels effets délétères ont été décrits ? Y a-t-il un risque toxicologique ? Quelles allégations reposent sur des faits scientifiquement démontrés, à quelles doses et à quels risques pour la santé, et quelle attitude le monde du sport peut-il avoir vis-à-vis de ce produit ?».
Les auteurs situent fort opportunément l'ampleur du «phénomène créatine» dans le monde du sport. Ils rappellent que cette substance est actuellement largement répandue dans ce milieu et qu'il a pu être avancé qu'environ 50% des sportifs participant aux Jeux olympiques étaient consommateurs réguliers de créatine. La supplémentation en créatine serait le fait surtout des culturistes, des lutteurs, des joueurs de tennis, des cyclistes sur route et tout terrain, des rameurs, des sauteurs à ski, des skieurs alpins, voire nordiques, et de nombreux pratiquants de sports collectifs : rugby, handball, basket-ball, football et hockey sur glace
Une étude de prévalence a été réalisée auprès des 806 athlètes d'un collègue national de haut niveau des Etats-Unis ; 93% ont répondu à l'étude ; 28% reconnaissaient ingérer de la créatine, soit 48% des hommes et 4% des femmes (LaBotz et Smith, 1999).
Il n'est pas inintéressant de rappeler d'autre part que la découverte de la créatine et la description de ses fonctions ont été réalisées grâce aux travaux de biochimistes et de physiologistes. «Elle est découverte vers les années 1832-1835 grâce à Chevrel ; en 1847, Liebig a rapporté des teneurs en créatine très supérieures dans la viande de renard sauvage, et plus tard, Heintz et Pettenkoffer ont décrit son métabolite, la créatinine ; en 1912 et 1914, Denis et Faulin rapportèrent que l'ingestion de créatine s'accompagnait d'une augmentation importante de son taux dans le muscle de chat. La créatine phosphate a été découverte en 1927-1929 par Fiske et Subbarow ; son taux diminue lors des contractions musculaires pour retourner à sa valeur initiale lors de la phase de récupération».
Dans le cas des exercices musculaires à haute intensité, l'hydrolyse de l'ATP, en petite quantité dans le muscle, d'où son épuisement rapide et la nécessité d'une régénération immédiate, est au départ «tamponnée» par la phosphocréatine sous l'action de la créatine kinase (CK). Alors que la phosphocréatine (CrP) est disponible instantanément pour la régénération de l'ATP, la glycolyse anaérobie, avec production de lactate, est induite avec un délai de quelques secondes et la stimulation des phosphorylations oxydatives mitochondriales est encore différée davantage. «Mais les réserves de phosphocréatine dans le muscle sont limitées, de telle sorte que pendant un exercice à intensité maximale, la phosphocréatine est épuisée en environ 10 secondes, écrivent les auteurs du rapport. S'il est alors possible d'augmenter les réserves musculaires en phosphocréatine et ainsi de reporter sa déplétion, cela pourrait retentir favorablement sur les exercices brefs et intenses».
L'utilisation en pratique sportive de la créatine paraît relativement récente, à partir des années 1990, avec cependant quelques faits anecdotiques présentés auparavant, et s'accroît très nettement depuis 1995. De nombreuses publications lui ont été consacrées, de niveaux très variés ; le plus souvent elles sont destinées à promouvoir les effets supposés de la créatine. Les auteurs soulignent également que de nombreuses revues générales sont parues également, avec là aussi des modes de présentation très divers (Greenhaff, 1995 ; Toler, 1997 ; Mujika et Padia, 1997 ; Clark 1997 et 1998 ; Williams et Branch, 1998 ; Bigard, 1998 ; Demant et Rhodes, 1999 ; Juhn et Tarnopolsky, 1999 ; Feldman, 1999 ; Juhn, 1999 ; Jacobs, 1999 ; Plisk et Kreider, 1999 ; Silber, 1999 ; Williams et coll., 1999). Les allégations en faveur du recours à la créatine sont d'autant plus à considérer qu'elles sont généralement véhiculées par des médias dont l'impact est plus significatif. Les magazines populaires sont souvent la première source d'information sur la créatine, bien loin devant les médecins et les diététiciens.J.-Y. Nau