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Doctorante en sciences économiques et assistante à l’enseignement à l’Université de Lausanne.
Thèmes: Economie du travail, sport, économie internationale
L’été dernier, le Wall Street Journal a publié les salaires des 32 sportifs les mieux payés au sein de leur discipline (du 1er janvier au 22 août 2014), pour une sélection de sports collectifs et individuels. La plus grande différence est observée pour le tennis masculin, où le numéro 1 mondial Novak Djokovic a remporté environ 9.5 fois le revenu de Fernando Verdasco, classé au 32ème rang des tennismen les mieux payés durant l’année de l’étude.
Les sports individuels comme le tennis et le golf apparaissent comme les sports les plus inégaux. Ce constat est principalement dû à la nature du sport lui-même, où les revenus dépendent uniquement de la performance lors des tournois. De plus, seulement un petit groupe domine le circuit ATP à l’heure actuelle, ce qui concentre les revenus sur une petite fraction de joueurs. À l’inverse, les joueurs de sports collectifs comme le basket-ball ou le hockey sur glace reçoivent un salaire mensuel. Leur rémunération est donc moins reliée à leur performance. Mais, afin d’éviter les problèmes d’aléa moral associés à une rémunération fixe, les clubs accompagnent souvent les salaires mensuels de bonus liés à la performance.
Notons que ces chiffres considèrent uniquement les revenus directs et ignorent les revenus publicitaires et autres sponsoring, ce qui n’est pas négligeable. Le magazine Forbes estimait un revenu total de 33 millions de dollars en 2014 pour Novak Djokovic, dont 21 millions proviendraient de recettes publicitaires (Fernando Verdasco ne figure même pas dans le classement du magazine).
Comment justifier ces différences de revenus?
Il existe de nombreuses théories économiques permettant d’expliquer l’hétérogénéité observée dans les salaires mais, rares sont celles admettant l’émergence de salaires extrêmement élevés. Parmi celles-ci figure la théorie des Superstars.
Selon la théorie des Superstars, la forte inégalité salariale observée au sein des sportifs d’élite s’explique notamment par la relative rareté du talent et son manque de substituabilité. Par exemple, si l’on estime Novak Djokovic comme étant deux fois plus talentueux que Fernando Verdasco, peut-on également dire que regarder deux matchs de Verdasco est équivalent à regarder un match de Djokovic? La plupart des gens vous répondraient probablement non! Le progrès technologique joue également un rôle clé. Par exemple, grâce aux nouvelles technologies de diffusion (avènement du câble et de la télévision par satellite), il est désormais possible de toucher une audience de plus en plus large pour un coût modéré. La conjonction de ces éléments permet ainsi de transformer de petites différences de talent en gros revenus.
Cette situation n’est pas spécifique aux sports, on observe le même phénomène dans le cinéma ou la musique (1% des stars de la pop telles que Justin Timberlake, Christina Aguilera ou 50 Cent se sont accaparé 56% des revenus des concerts en 2003).
Quelle est la limite?
Ces inégalités vont-elles s’amplifier? Au vue de la forte croissance du marché du divertissement, la tendance ne semble pas prête de s’inverser. Par exemple, les droits de diffusion de la première division anglaise de football pour trois saisons (à partir de 2016/17) ont dépassé tous les records et se montent à plus de 5 milliards de livres (soit plus de 7.5 milliards de francs suisses). Doit-on en conclure que les sportifs d’élite sont devenus plus talentueux? La question reste ouverte… Ce qui est sûr en revanche, c’est que le gâteau n’a jamais été aussi grand.
Pour en savoir plus:
- Module «Différences salariales»
- Wall Street Journal. No.1 vs. No. 32. (26.08.2014)
Infographie des salaires des 32 sportifs les mieux payés.
- The New York Times. How Superstars’ Pay Stifles
Everyone Else. (25.12.2010)
Article décrivant l’évolution des inégalités à travers le temps et sous différents angles.
- The American Economic Review. The Economics of
Superstars. (12.1981)
Article fondateur de la théorie des Superstars de Sherwin Rosen.
Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.
Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’enseignement à l’Université de Lausanne.