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02/02/2009
Le mot évoque un passé fabuleux, des animaux fantastiques, un horizon d'or où l'écriture devient meuble, objet exposé pour la seule beauté des angles et des voûtes. Ceci n’est pas une lettre capitale, mais un ruisseau, une branche rebelle, un feuillage, un paysage lisible. L'enluminure est une fenêtre ouverte sur la vie médiévale, sur ses étrangetés, sur ses mythes et ses charmes. L’art de l’enluminure traverse tout le Moyen Âge en déployant un réseau d’influences croisées, de styles divers où l’on retrouve néanmoins un même fil conducteur dans la conception religieuse du monde, dans l’imbrication de l’image dans l’écrit. Cet art est apparu dans les monastères d’Irlande au cours du VIIe siècle, et plus tard dans l’empire Carolingien, tandis que dans l’aire byzantine les codex délicatement ouvragés constituaient déjà une longue tradition (1). Des lieux distants, des époques différentes, mais des visions convergentes du livre, de ses formes et de ses usages. Le terme enluminure est en revanche plus tardif ; enluminure et enluminer, formés à partir du latin illuminare (éclairer), qui renvoie à l’ornementation faite à partir de feuilles d’or, apparaissent en français au XIIIe siècle et sont souvent associés à la notion de miniature (2).
Les manuscrits enluminés, appelés codex (livre avec des pages reliées ensemble, qui remplace le rotulus antique, le rouleau), étaient fabriqués dans des scriptoria abbatiaux, et aussi dans des ateliers laïques (des corporations d’enlumineurs sont présentes dans les grandes villes à partir du XIVe siècle). Les différents encres et pigments étaient appliqués sur des feuilles de parchemin, c’est-à-dire, des peaux de veaux, de moutons ou de chèvres lissées et grattées puis enduites de craie, sur du vélin (peau de veau mort-né, très recherchée) et aussi sur du papier à partir du XIe siècle. Les couleurs se diversifient au fil des âges, mais l’usage du bleu, assez difficile à obtenir avec des teintures végétales, reste assez rare et ne se généralise que vers 1200, grâce à l’emploi de lapis-lazuli et d’oxyde de cobalt. Des mots comme cinabre, céruse, guède ou orpiment désignent des pigments couramment employés. Sur la page, le texte et l’ornement partagent un espace limité, ce qui favorise le resserrement des différents éléments végétaux, animaux ou géométriques. Il n’y a pas de règles précises de composition pour chaque page, mais la mise en valeur de la lettrine ou première lettre du chapitre ou du paragraphe est essentielle. Viennent ensuite les bordures avec des illustrations dans les marges, les initiales historiées ou fleuronnées et les bas-de-page.
Dans le monde médiéval, les miniatures et enluminures étaient réservées en priorité aux ouvrages religieux, car il s’agissait d’œuvres d’art uniques et chères, mais qui avaient également un usage pratique et liturgique. Ainsi, les manuscrits enlumines peuvent être des…
Bibles. Parmi les plus connues, on peut citer la Bible de Winchester, la Bible de Floreffe, le Codex Amiatinus.
Évangéliaires. Texte intégral des quatre évangiles ; les fragments des évangiles lus au cours de l’année liturgique sont regroupés dans les livres de péricopes. Parmi les plus beaux Évangéliaires figurent ceux de Kells et de Lindisfarne, composés en Irlande.
Apocalypses. Contiennent le texte de l'Apocalypse de Jean.
Antiphonaires. Il s’agit de livres liturgiques utilisés pour les heures canoniales et qui contient les parties chantées de l’office, en notation neumatique.
Bréviaires. Il s’agit aussi d’ouvrages liturgiques, mais sans les parties chantés de l’office.
Sacramentaires. Recueil de prières à l’usage du célébrant.
Psautiers. Contiennent le texte des Psaumes, mais aussi des calendriers, des activités correspondant aux différents mois de l’année ou des listes de saints. Ils étaient fréquemment utilisés pour l’apprentissage de la lecture.
Livres d’heures. Ce sont des recueils de prières, de textes et de psaumes appropriés aux heures liturgiques, bien qu’ils aient également contenu des calendriers. Parmi les plus beaux Livres d’heures on peut citer Les Très riches heures du Duc de Berry, les Grandes Heures de Rohan et les Heures de Bedford.
Au cours du Bas Moyen Âge, l’enluminure devient de plus en plus flamboyante et l’on trouve fréquemment des sujets profanes, ou semi-profanes, comme des visions mystiques, des hagiographies, des commentaires bibliques, des chroniques, des textes littéraires comme le Roman de la Rose et le Roman de Tristan, des Bestiaires, des livres de chasse, des herbiers.
Images : Wikimedia Commons
Un lien indispensable
http://www.e-codices.unifr.ch/fr
Bibliothèque virtuelle des manuscrits en Suisse
(1) Des enluminures sont apparues dans l’empire Byzantin déjà au Ve siècle. Contrairement aux enlumineurs d’Occident, qui utilisaient majoritairement du parchemin comme support, les Byzantins se servaient de papyrus ou de vélin pourpre rehaussé d’or et d’argent. L’enluminure dans le monde islamique, qui connaît un grand essor à partir du XIIIe siècle, en Asie centrale et en Inde, est un autre sujet très vaste qui ne peut pas être évoqué ici.
(2) Le mot miniature vient de minium, oxyde de plomb utilisé pour fabriquer le pigment rouge. Le peintre et calligraphe était appelé miniator avant de devenir enlumineur. Joinville parle de du règne de Saint Louis en ces termes, en le comparant à une enluminure : Et ainsi comme l'escrivain qui a fait son livre, qui l'enlumine d'or et d'azur, enlumina le dit roy son royaume de belles abbaïes que il y fist.