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La Rançon de la gloire
POUR
Xavier Beauvois réalise une tragi-comédie sur l'enlèvement du cercueil de Charlie Chaplin en se gardant de juger ses personnages et le résultat donne un film malin. Le cinéaste s'intéresse surtout aux motivations qui ont poussé deux hommes simples à commettre cet acte répréhensible, en s'attardant sur leur personnalité.
Benoît Poelvoorde et Roshdy Zem forment un duo de bras cassés à la fois irritants et touchants qui agissent pour des raisons différentes. Grâce à ce coup, le premier pense pouvoir se ranger définitivement de ses petites magouilles, alors que le deuxième compte sur l'argent de la rançon pour payer les frais de santé de sa femme.
Le nouveau long métrage du réalisateur de Des hommes et des dieux commence par poser le décor assez misérable d'un baraquement dans lequel vivent Osman Bricha (Roschdy Zem), sa fille et son ami Eddy Ricaart (Benoît Poelvoorde), fraîchement sorti de prison. Pour le remercier de l'héberger, Eddy offre un poste de télévision à Osman le jour de Noël 1977. Comme le monde entier, c'est grâce à cet objet qu'ils prennent connaissance du décès de Charlie Chaplin. Très vite, Eddy propose à Osman de voler la bière du grand cinéaste afin de demander une rançon à la famille. D'abord, ce dernier refuse, mais la santé précaire de sa femme engendre de tels coûts qu'il finit par accepter.
Survient alors le passage à l'acte que Xavier Beauvois filme comme une épreuve longue, physique et pénible, à savoir déterrer, déplacer et enterrer à nouveau le cercueil en une seule nuit. Dès cet instant, le film montre combien une idée farfelue et utopiste, qui ne devrait être qu'une formalité, se transforme en un vrai travail avec toute la pénibilité qu'il enquiert. C'est par la suite que le long métrage touche à la comédie, car les deux lascars se retrouvent face à des éléments qu'ils n'avaient pas prévus. Ils doivent d'abord prouver à la famille, recevant quantité d'appels revendiquant l'enlèvement, qu'il sont bien en possession de la dépouille. Il y a à ce moment une scène hilarante dans laquelle Eddy essaie tant bien que mal de réaliser une lettre anonyme. D'un côté, les deux profanateurs pensent astucieusement à des détails, mais de l'autre ils omettent certaines évidences, comme le montrera la manière dont ils finiront par se faire avoir par la police. Cet acte irréfléchi amène Eddy à un sentiment de toute puissance. Il devient très sûr de lui, tout semble lui sourire, et il ose aborder une artiste équestre de cirque. La Rançon de la gloire prend dès lors un virage poétique et rend hommage aux gens de la balle que chérissait tant Charlie Chaplin.
Xavier Beauvois garde ses distances avec son illustre prédécesseur un peu comme un fan qui devient gauche devant son idole. Sans essayer d'imiter le créateur de Charlot, il immerge tout son film dans l'univers de celui-ci, en s'attachant à des gens paumés qui essaient de s'en sortir de manière maladroite, et en utilisant la musique des Feux de la rampe comme une sorte de fantôme qui plane ironiquement et délicieusement sur les aventures rocambolesques de ce duo improbable, très proche de l'éternel vagabond imaginé par Sir Charles Chaplin, au début du siècle dernier.