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Une grande pédagogue du chant s’en est allée
Hommage à Tiny Westendorp, disparue le 5 mars dernier, qui durant une grande partie de sa vie s’est engagée avec passion dans l’enseignement du chant.
Née à Amsterdam en 1930, sous le nom de Catharina Magdalena Alida de Bree, «Tiny» Westendorp a d’abord mené une carrière de cantatrice. Adolescente, sans avoir encore suivi de formation vocale, elle s’impose d’emblée en gagnant le premier prix d’un concours pour jeunes talents à s’Hertogenbosch. A cette occasion, les membres du jury lui conseillent vivement de s’engager dans une carrière lyrique professionnelle. Elle reçoit alors les précieux enseignements de Franziska Martienßen-Lohmann et de Ruth Horna, qui l’initient au bel canto. Jouissant d’une haute estime, elle multiplie aux Pays-Bas les récitals et les apparitions à l’opéra, y chante dans des salles prestigieuses (tel le Concertgebouw d’Amsterdam). Sa carrière internationale de cantatrice débute rapidement. Elle chante notamment devant le chancelier allemand Helmut Schmidt à l’Auditorium de la Kongresshalle de Berlin. Cependant, à la naissance de son premier enfant, elle met un terme à sa carrière scénique, décision qu’elle qualifiera de plus douloureuse de sa vie. En 1965, elle quitte son pays natal pour suivre son mari, qui avait trouvé un emploi dans le canton de Fribourg.
Un de ses voisins, chanteur amateur, par ailleurs élève de Juliette Bise, remarque sa voix et la présente au directeur du Conservatoire de Fribourg, Jean Piccand. Commence alors, en 1971, sa seconde carrière, celle de pédagogue, lorsqu’elle est appelée à diriger, jusqu’à sa retraite en 1995, la classe professionnelle de chant du Conservatoire de Fribourg. Durant neuf ans, elle assurera également la préparation des solistes à l’Opéra de la même ville. Avec passion, elle transmit sa technique vocale à un nombre incalculable de chanteurs, de chefs de chœur ou même d’instrumentistes, guidant plus d’une vingtaine de ses élèves jusqu’à l’examen de virtuosité. Certains sont familiers des scènes lyriques et des podiums de concerts, d’autres (parfois les mêmes) sont devenus à leur tour des pédagogues reconnus. Il serait fastidieux de les énumérer tous et le risque serait grand d’en oublier. Parmi ses disciples les plus renommés, citons le baryton-basse Michel Brodard et la mezzo-soprano Marie-Claude Chappuis. Le premier souligne que «l’enseignement de Tiny Westendorp était tellement axé sur la voix que la musicalité en découlait naturellement. Ceux qui ont fréquenté sa classe de chant peuvent témoigner des métaphores parfois fleuries qu’elle avait inventées, invitant à la découverte parfois ardue du ‘geste’ vocal adéquat. Ses anciens élèves savent ce qu’ils doivent à cette si charismatique personne et se sentent aujourd’hui un peu orphelins.» La seconde «garde le souvenir d’une grande dame intelligente, rayonnante, pleine d’humour, généreuse et aimante», qui lui a permis de découvrir sa passion pour le chant.
Le rayonnement de l’enseignement de Tiny Westendorp a été important non seulement pour le canton de Fribourg, mais aussi pour toute la Suisse romande et même au-delà. Elle ne s’est pas limitée à éduquer de futurs chanteurs solistes, trouvant important qu’une technique vocale juste soit également transmise aux choristes.
Des remerciements sont adressés à Michel Brodard et à Marie-Claude Chappuis pour leur témoignage, ainsi qu’à Max Jendly pour les renseignements qu’il nous a aimablement communiqués.
Deux témoignages d’anciens élèves
Marie-Claude Chappuis:
«Mon père avait rencontré Tiny Westendorp lors d’un cours. Il lui avait parlé de moi. A l’époque, j’avais 15 ans, je composais mes chansons au piano: c’était ma passion. Tiny lui a dit qu’elle voulait m’entendre une fois que j’aurais 17 ans. Je n’avais pas envie de faire du chant classique et c’est pour faire plaisir à mon papa, déjà très malade à cette époque, que j’avais accepté de rencontrer le professeur Westendorp pour une audition. Je me suis mise au piano et je lui ai chanté deux de mes chansons. J’ai pensé que la chose serait réglée ainsi, la mission accomplie. Mais cette grande dame qui m’impressionnait me dit: ‘je n’ai pas de place pour vous dans ma classe, mais j’ai le devoir de vous prendre’. C’est là que tout mon parcours a changé. J’ai compris que je ne pouvais pas refuser et que ces leçons de chant seraient précieuses. Et dès ce moment, ma passion pour le chant classique n’a cessé de grandir.
Je garde le souvenir d’une grande dame intelligente, rayonnante, pleine d’humour, généreuse et aimante. Elle m’a guidé, au Conservatoire de Fribourg, jusqu’à mon diplôme de chant.
Merci Tiny, ce métier-là est vraiment le plus beau du monde.»
Michel Brodard:
«Une grande carrière de cantatrice attendait Tiny Westendorp, mais elle a choisi de privilégier sa famille. C’est dans le sillage de son mari qu’elle est arrivée à Fribourg. C’est là que sa passion pour la voix humaine a trouvé son expression dans l’enseignement au Conservatoire.
Tiny Westendorp a été un de ces grands professeurs de chant ayant communiqué son talent à de nombreux chanteurs et chanteuses, dont certains sont actuellement familiers des scènes lyriques et des podiums de concerts. Elle a su préserver la personnalité de chacun tout en lui permettant d’assimiler des compétences ‘universelles’.
L’enseignement de Tiny Westendorp était tellement axé sur la voix que la musicalité en découlait naturellement. Ceux qui ont fréquenté sa classe de chant peuvent témoigner des métaphores parfois fleuries qu’elle avait inventées, invitant à la découverte parfois ardue du ‘geste’ vocal adéquat. Ses anciens élèves savent ce qu’ils doivent à cette si charismatique personne et se sentent aujourd’hui un peu orphelins.»
Quelques citations de Tiny Westendorp
- L’enseignement du chant, une sorte de prière quotidienne au service d’un idéal humain et musical.
- Les vrais chanteurs le sont déjà au berceau.
- Le chant [est] une broderie du langage.
- Un(e) élève qui me fait pleurer est en voie de devenir un(e) authentique artiste.
- J’aime avoir des chefs de chœurs dans mes cours afin qu’ils disent des choses justes à leurs choristes!
- Le bonheur suprême du chant: exprimer la plénitude du sentiment musical qui s’accompagne d’une grande reconnaissance envers la vie.