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Par le travail, l’homme et la femme humanisent la Terre et eux-mêmes
Depuis la nuit des temps le travail est au cœur de l’activité humaine. Par cet acte fondamental de transformation de la matière et de la connaissance, l’homme contribue à la transformation du monde, de lui-même et de ses semblables. Quatre éléments entrent en jeu dans le processus du travail:
1. l’activité de transformation, qui mobilise les savoir-faire en les complexifiant toujours plus à cause de la «résistance» de la matière ou de la connaissance. Cette résistance a permis à l’homme et à la femme d’inventer toutes sortes d’outils qui les «prolongent» en quelque sorte dans leurs capacités à transformer la matièreconnaissance;
2. l’organisation du travail et des travailleurs (aujourd’hui nommée «management»). Car très vite le travail s’est présenté comme un acte collectif: il fallait répartir les tâches et les responsabilités, organiser dans le temps les différentes étapes pour produire tels objets ou tels services, disposer les «outils» dans le lieu de travail pour procéder aux assemblages nécessaires, etc.;
3. l’utilisation du «produit» (objet, connaissance, ou service) résultant de l’activité de transformation, qui a ouvert un vaste réseau d’échange basé sur l’offre et la demande: le marché. La constitution de cet espace public d’échange a permis la satisfaction des besoins (valeur d’usage du produit) et la constitution d’un capital permettant d’améliorer les outils de transformation (valeur marchande du produit)
4. la rétribution du travail, qui correspond à la reconnaissance de l’habileté, de la compétence du travailleur. Elle lui permet en quelque sorte d’assumer tous les aspects de sa vie et celle des ses proches, qui viennent compléter l’activité du travail: sa nourriture, son logement, sa protection, sa formation, ses loisirs, sa culture, sa vie sociale, etc.
Dans chacun de ces quatre éléments, l’homme est l’acteur principal. Mais il compose d’emblée avec son semblable: les uns fournissent l’activité et la rétribuent, les autres apportent leurs compétences et, par la rétribution, tous consomment les produits et les services leur permettant de développer un cadre de vie commun sans cesse en évolution. Les quatre éléments sont fondamentalement complémentaires et interdépendants. Ils forment la trame d’un processus fondamentalement collectif qui a permis le développement des sciences, des techniques, des arts et des cosmogonies. Telle est l’aventure humaine depuis son origine.
Mais, dans cette vaste chaîne d’interdépendance, n’oublions pas l’acteur caché qui définit la dépendance majeure: dans l’acte de transformer le monde et la connaissance, l’homme est confronté à un tiers qui n’est pas lui: la Terre, reçue en héritage, formidable potentiel de matière (vivante!) à déchiffrer. La Terre est le partenaire générique qui s’est trouvé sur le chemin de l’homme (à moins que ce ne soit l’inverse!) et avec lequel il joue depuis la nuit des temps cette formidable partie d’échec qu’est le processus de transformation mutuelle de la matière et de l’esprit, développant depuis l’origine une humanisation progressive de la Terre. Beaucoup de victoires, beaucoup d’échecs de part et d’autre, pour le meilleur et pour le pire. Mais dans cette partie là, aucun des joueurs n’a encore prononcé le fatidique «échec et mat».
Nous pourrions nous demander aujourd’hui combien de temps il nous reste encore à jouer? Et qui est l’arbitre qui décrétera la fin de la partie et sanctionnera le vainqueur?