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29 octobre 2010
Coaching: mythes et réalités - coach et anticoach
Le mot anglais est relativement récent, mais la fonction est ancienne. Un entraîneur sportif est un coach. Pourquoi dès lors utiliser l’anglais? Parce que «entraîneur» est typé sport alors que la fonction s’est élargie à d’autres domaines d’activité. Et le féminin d’entraîneur n’est guère utilisable pour une femme.
La traduction de l’anglais apporte aussi des nuances que le mot français ne contient pas:
- coach (nom masculin) = diligence, voiture, car, mais aussi répétiteur
- to coach (verbe transitif) = entraîner, donner des leçons. Dans les synonymes anglais on trouve d’ailleurs: instructeur, tuteur, enseignant, ainsi que préparer, entraîner.
Les synonymes français sont: instructeur, meneur, animateur, éducateur.
Je propose de garder la notion d’entraîneur associée au mot anglais, pour signifier deux choses:
- d’une part la fonction de coach n’est pas réservée au sport,
- d’autre part le coach soutient la personne et l’entraîne en vue de réaliser un objectif.
On peut donc déjà éliminer les sens parasites que l’on rencontre parfois: chef, gourou, thérapeute. Cela fait partie du mythe.
Un coach a des fonctions bien précises, variables selon le cadre dans lequel il intervient. Sa première fonction est d’aider à réaliser un objectif. Pour cela il contribue d’abord à une clarification de l’objectif, puis à une évaluation des ressources d’une personne ou d’un groupe en vue de cet objectif. Il propose ensuite un travail précis en vue de le réaliser.
A chaque niveau de son intervention le coach intervient avec l’assentiment de son client. Il ne lui impose rien, ne décide pas de sa vie à sa place; il n’est pas son gourou. C’est compréhensible: puisque c’est le client qui réalise l’objectif, ce sont ses ressources qui sont mises à contribution. Un coach sportif qui exigerait de son poulain de s’entraîner en vue du 100 mètres alors que la musculature de celui-ci est taillée pour du 5‘000 mètres serait incompétent et dangereux. Le coach vise donc à soutenir et améliorer les objectifs de manière réaliste et adaptée à son client.
On voit à la télévision des coachs qui décident pour le client. Soit c’est une conception erronée du coaching, soit l’émission est raccourcie et l’on ne montre que des moments clés. Je pense à Super Nanny, qui prodiguait de nombreux conseils de manière assez ferme, parfois même dirigiste. On ne voyait pas tout le déroulement et la négociation avec les parents. Le cas de Domenech illustre assez bien l'anti-coach, d'après ce qu'il a lui-même dit et ce que des joueurs ont rapporté: il était beaucoup trop personnel. Et on l'a bien vu: une équipe sans initiative, sans autonomie, sans compétences remarquables, qui n'arrive qu'à se saboter. Jamais un coaching ne doit produire cela. Cela montre aussi que jouer aun gourou est gravement contre-productif. Je ne sais ce que Domenech a compensé au niveau personnel pour dysfonctionner à ce point, mais cela n'avait plus rien à voir avec un coaching sain et utile.
Cela dit un coach va faire des propositions, va même pousser son client en avant quand il est persuadé qu’il en a les ressources. Mais sur le fond il travaille toujours avec l’énergie du client.
Le coach ne va pas non plus chercher dans le passé du client les raisons de ses difficultés à réaliser un objectif ou l’incertitude sur ses compétences ou ses choix. Cela c’est le travail du psy. Il reste dans le cadre d’un soutien cognitif. Ce soutien fait appel à des clés conceptuelles, par exemple: toujours penser que c’est le client qui agit, donc qui décide de manière autonome. L’autonomie est importante car il ne s’agit pas de rendre dépendant, fut-ce du meilleur coach du monde. D’ailleurs on ne fait pas appel à un coach pour un rien: il faut une bonne raison et d’abord aller aussi loin que l’on peut par soi-même.
Mais un bon coach utilise aussi son intuition et son expérience de vie. Il doit également penser que son travail est un service. Si ses propositions ne sont pas retenues, il n’en ressent aucun désappointement car le but est d’avancer, pas d’avoir raison.
J’avais écrit un billet sur Jonas ou l’art d’avoir tort, qui illustre bien cette notion de faire avancer les choses même si notre proposition n’est pas retenue.
Le coaching peut être individuel, en groupe, en entreprise. Les sportifs ont souvent besoin de ce regard extérieur qui les mène à se dépasser. Un de mes clients, un homme de 25 ans, préparait le championnat du monde de semi-contact, une forme d’art martial.
Je l’ai vu une fois et j’ai vu exactement ce qui manquait à son attitude corporelle et psychique. Il a travaillé cela - par ailleurs il était très bien préparé physiquement. Je l’ai encore revu une deuxième fois pour bien ancrer l’attitude, et il est devenu champion du monde quelques semaines plus tard à Malte. Ce n’est pas toujours aussi rapide, il faut parfois un suivi plus régulier. Mais j’aime travailler sans faire traîner les choses.
Dans le cas d’un étudiant en décrochage scolaire ou un changement dans sa vie (personnelle ou professionnelle) il faut souvent plus que deux séances. Dans ce domaine le coach occupe une place entre la psychologie et le formateur. Il accompagne, soutient, valorise.
En entreprise un coach intervient pour améliorer le fonctionnement des équipes. Il peut aussi suivre un projet et procéder à la supervision d’une activité.
On entend parfois des coachs proposer des sauts à l’élastique, des marches sur le feu, histoire de remotiver un groupe ou de proposer un dépassement de soi et une communication moins formaliste. Ayant moi-même pratiqué plusieurs marches sur le feu dans le passé j’en connais les limites et je ne crois pas que cela change d’un coup la personne. Le vrai travail d’évolution est beaucoup plus concret et intérieur.
Je propose prochainement une série de 5 soirées de coaching en petit groupe (voir ici). Le travail en groupe est très enrichissant grâce aux interactions qui s’y déroulent.
Une chose encore: chacun a ses propres compétences. On n’a pas besoin d’un coach à tout moment. Le coaching est fait pour les circonstances où un regard extérieur est utile, quand nous-mêmes n’avons plus une vision claire de nos objectifs et de nos moyens de les réaliser, ou quand nous sommes dans une situation pour laquelle nous n’avons pas toutes les réponses.
Voir aussi mon site ici.