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Parmi les nouveaux Cantons fondés par l'Acte de Médiation, la République et Canton de Vaud.
Une région où les idées jacobines bouillonnaient tout particulièrement.
Depuis le 16e siècle, le Pays de Vaud vit sous la tutelle bernoise. C'est une région économiquement prospère, mais le poids des autorités bernoises est lourd à porter, comme en témoigne la tentative de putsch menée par le fameux Major Davel, en 1723 déjà.
Avec la Révolution française, certains citoyens vaudois vont envisager la mise en pratique, chez eux aussi, des idées nouvelles. Ils y seront en effet plus sensibles que d'autres, l'intransigeance bernoise à l'égard de ses pays sujets étant particulièrement rigide.
Parmi ces rebelles, Frédéric-César de Laharpe, ancien précepteur du Tsar de Russie Alexandre 1er, qui va appeler à la révolution, et approcher le Directoire, ainsi que Bonaparte, afin que la France intervienne dans les affaires de la Confédération.
Une très éphémère «République lémanique» naîtra le 24 janvier 1798. Qui disparaîtra quelques semaines plus tard suite à l'intervention française et à la création de la République Helvétique, sur l'impulsion et le modèle de la France.
Le Pays de Vaud devient donc un district du nouvel Etat, malgré quelques poches de résistance (combat entre les troupes franco-vaudoises et celles des Ormonts, pro-bernoises, le 5 mars 1798).
De la République Helvétique à la Médiation
«Les Vaudois ont joué un rôle essentiel dans la République Helvétique. A ses débuts, ils ont d'ailleurs peuplé ses autorités», constate Denis Tappy, professeur d'histoire du Droit et le droit de la procédure civile à l'Université de Lausanne.
Et au contraire des cantons de l'ancienne Confédération, Zurich et Berne en tête, qui rejetteront ce nouveau régime et verseront dans l'insurrection fédéraliste dès 1802, «le Canton de Vaud sera avec le Tessin, tous deux d'anciens pays sujets, les derniers cantons qui resteront fidèles au régime unitaire.
A tel point qu'après le retrait des troupes françaises en août 1802, qui précipite la Suisse dans le chaos, les Vaudois accueillent à Lausanne le Gouvernement helvétique en déroute.
L'Acte de Médiation est signé le 19 février 1803, lequel revient à une Confédération d'Etats, mais d'Etats égaux, sans rapports de sujétion possibles. Le Pays de Vaud acquiert ainsi le statut de Canton en même temps que Saint-Gall, Argovie, Thurgovie, le Tessin et les Grisons.
Lien fédéral
Le retour partiel à l'Ancien Régime n'a-t-il pas effrayé les Vaudois? Leurs différences culturelles et linguistiques n'auraient-elles pas dû les pousser à tenter d'intégrer le giron français?
«Si les Vaudois avaient eu à se plaindre du Régime bernois, il y avait néanmoins un très fort sentiment d'appartenance à la Suisse», répond Denis Tappy.
Ainsi, dans les instructions données aux délégués vaudois lors de la «Consulta» de Paris (la délégation helvétique chargée, avec quatre sénateurs français, de mettre sur pied une nouvelle constitution) sont claires:
«Ils avaient à s'assurer que le Canton de Vaud deviendrait un canton séparé, et non pas lié à une autre entité, bernoise par exemple. Un canton égal en droit aux autres cantons. Si cela ne pouvait pas être acquis - car on ne savait pas ce qui sortirait de ce processus - ils avaient pour mission de demander alors la constitution du Canton de Vaud sous forme d'une petite République séparée, un peu sur le modèle du Valais ou de Neuchâtel à l'époque.»
«Mais il n'était pas question d'une éventuelle intégration à la France. Si la question a été parfois évoquée, c'était plutôt comme une crainte que comme un souhait».
Les Vaudois vivront plutôt bien la période de la Médiation, reconnaissants qu'ils sont à l'égard de Napoléon de l'avoir octroyé leur statut cantonal, et plus généralement, de pouvoir vivre en paix alors que l'Europe est à feu et à sang.
Un statut acquis
1814... Effondrement de l'Empire français, et donc, en Suisse, du Régime de la Médiation. Les Vaudois réussissent à résister aux vues restauratrices des Bernois, même si ces derniers demandent à leurs «fidèles sujets» de revenir à l'obéissance, et qu'ils disposent du soutien du tout-puissant ministre autrichien des Affaires étrangères, le Prince Metternich.
C'est, paradoxalement, l'intervention des grandes puissances, celles qui ont vaincu Napoléon, qui imposeront le respect des 19 Cantons issus de l'Acte de Médiation. Cela dans une Suisse partiellement revenue à l'Ancien Régime, mais désormais sans pays sujets.
«A cet égard, les bonnes relations que certains Vaudois avaient avec le Tsar, peut-être le Général Jomini, mais surtout Frédéric-César de Laharpe, qui avait été son précepteur, ont certainement joué un rôle essentiel», remarque Denis Tappy. Frédéric-César Laharpe qui, lors du Congrès de Vienne, représente les intérêts des Vaudois et des Tessinois.
swissinfo, Bernard Léchot
En bref
16e siècle - 1798: Le Pays de Vaud est un sujet du Canton de Berne.
1798: La France du Directoire annexe Genève et envahit la Confédération. La même année, Paris transforme la Confédération en état centraliste, la «République helvétique, une et indivisible».
Le Pays de Vaud devient district, simple unité administrative.
1799: les armées européennes se disputent les 'transversales alpines'. Batailles de Zurich.
30 septembre 1802: Bonaparte annonce qu'il jouera le rôle de «Médiateur» dans les affaires de la Confédération suisse.
Décembre 1802: La «Consulta helvétique» se rend à Paris pour y travailler à une nouvelle constitution.
19 février 1803: Signature de l'Acte de Médiation
20 décembre 1813: La Confédération laisse les troupes prussiennes, autrichiennes et russes traverser le Rhin à Bâle.
29 décembre 1813: Une «Entente» entre les anciens cantons met un terme au régime de la Médiation.
9 juin 1815: Signature de l'Acte final du Congrès de Vienne