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Texte déposé
1. Alors que les pays de l'UE ont pris des mesures d'isolement diplomatique à l'encontre du Gouvernement autrichien, le Conseil fédéral se prépare à accueillir la ministre autrichienne des affaires étrangères et, à la fin mars 2000, M. Wolfgang Schüssel, chancelier. La Suisse serait ainsi le premier pays du monde à sortir ce gouvernement de son isolement politique. Les considérations de politique intérieure suisse, plus particulièrement la proximité de la votation populaire sur les accords bilatéraux avec l'UE, n'ont-elles pas été déterminantes? N'y a-t-il pas là un manque de courage du Conseil fédéral?
2. Le chancelier bleu-noir demande qu'on lui laisse sa chance et qu'on le juge sur les actes de son gouvernement. Or, pour se développer, l'extrême droite xénophobe et raciste a absolument besoin d'alliances politiques. C'est précisément ce que Wolfgang Schüssel a offert à Jörg Haider, alors qu'il avait le choix de ne pas conclure ce mariage. Le Conseil fédéral ne pense-t-il pas qu'il faut donc ne laisser aucune chance au Gouvernement Haider-Schüssel?
3. Le Conseil fédéral a déclaré: "L'extrémisme de droite représente en cette fin de XXe siècle un potentiel de risque pour la société démocratique et pluraliste, qui peut brusquement se libérer et croître précisément en période de mutation et de crise. C'est pourquoi il importe de lui accorder une attention soutenue." (Réponse du Conseil fédéral à l'interpellation Frick, 95.3599)
Si l'on considère la montée des partis xénophobes dans plusieurs pays européens, notamment en Suisse, n'y a-t-il pas là un danger évident pour la sécurité de l'Europe? Ne faut-il pas y répondre par une collaboration et une mobilisation des gouvernements et des populations? Ne faut-il pas aider le peuple autrichien, dans sa majorité, à se débarrasser d'un gouvernement composé pour moitié d'un parti d'extrême droite?
4. L'appréciation des mesures à prendre contre la montée de partis xénophobes d'extrême droite est aussi fonction des leçons que l'on tire de l'histoire contemporaine, notamment de la Deuxième Guerre mondiale et de la shoah. Ainsi, en Autriche, la réflexion sur les responsabilités autrichiennes pendant la Deuxième Guerre mondiale est restée très longtemps bloquée. La situation n'est pas très différente en Suisse, où cette réflexion, malgré la mise sur pied de la commission indépendante d'experts, est restée encore superficielle. Cela n'explique-t-il pas aussi la décision du Conseil fédéral de recevoir en Suisse M. Wolfgang Schüssel, chancelier?
Risposta del Consiglio federale del 29.03.2000
1. Le Gouvernement de coalition ÖVP/FPÖ actuellement au pouvoir en Autriche résulte de la difficile recherche, des mois durant, d'une majorité gouvernementale, et il est issu d'élections libres et démocratiques. Les propos qu'ont tenus, par le passé, l'ancien président du FPÖ et d'autres membres de ce parti ont suscité des craintes en Autriche et à l'étranger quant au respect de valeurs fondamentales par le nouveau gouvernement. Le Conseil fédéral comprend cette inquiétude et a de ce fait clairement affirmé, dans sa déclaration du 4 février 2000, qu'il suivra attentivement l'évolution de la situation en Autriche, tout particulièrement en ce qui concerne l'engagement du nouveau gouvernement "en faveur du respect, de la tolérance et de la compréhension dus à tous les êtres humains, quelles que soient leur origine, leur religion et leur vision du monde". Dans le même temps, le Conseil fédéral a rappelé qu'il rejette avec la plus grande fermeté toute attitude caractérisée par l'intolérance et la xénophobie, où qu'elle se manifeste.
Les pays membres de l'UE ont la possibilité de coopérer avec l'Autriche dans tous les domaines, au sein des institutions communautaires, tout en adoptant des mesures diplomatiques au niveau bilatéral. La Suisse ne peut, quant à elle, agir que par la voie bilatérale.
La coopération, traditionnellement étroite, entre la Suisse et l'Autriche a tissé au fil des décennies un maillage serré de relations entre les deux pays dans les domaines les plus divers. De nombreuses questions requièrent de ce fait le maintien des contacts à tous les niveaux. En raison, précisément, de ces traditionnelles relations de bon voisinage, il semble indiqué de discuter directement les questions soulevées, par la voie du dialogue. La visite de travail effectuée en Suisse par la ministre autrichienne des affaires étrangères le 8 mars 2000 a été l'occasion d'obtenir des informations de première main sur le programme du gouvernement et sur le respect des engagements consignés dans le préambule de ce programme. Après cette première visite à un niveau gouvernemental, le Conseil fédéral est d'avis que la politique du nouveau Gouvernement autrichien permettra de maintenir cette bonne entente entre les deux Etats. Aussi recevra-t-il M. Wolfgang Schüssel, chancelier, à la fin du mois de mars. La Suisse n'est pas le premier pays à accueillir des membres de ce gouvernement. Outre plusieurs rencontres dans le cadre de l'OSCE et de l'UE, la ministre autrichienne des affaires étrangères a aussi effectué une visite en Hongrie dès le 24 février 2000. M. Schüssel, chancelier, a, quant à lui, rencontré M. Antonio Guterres, premier ministre portugais et président en exercice de l'UE, le 13 mars 2000 à Bruxelles. Il a également participé au sommet européen de Lisbonne.
Les accords sectoriels conclus entre la Suisse et l'UE étant surtout de nature économique, le Conseil fédéral est convaincu que les sanctions politiques imposées à l'Autriche par 14 pays membres de l'UE n'auront aucun incidence sur la votation du 21 mai 2000. Il est d'avis que les électeurs suisses savent parfaitement faire la part des choses.
2. Le Conseil fédéral est d'avis que rompre le dialogue est très rarement une bonne solution. En l'état actuel des choses, il n'est pas indiqué de refuser ce dialogue avec notre voisin. Le Conseil fédéral a cependant clairement précisé qu'il rejette toute forme d'intolérance et de xénophobie et qu'il n'hésitera pas à exprimer directement son opinion à l'Autriche, si des développements imprévus l'exigent.
3. La position du Conseil fédéral, c'est-à-dire le rejet très clair de l'extrémisme de droite tel qu'il ressort de sa réponse à l'interpellation Frick (95.3599), n'a pas changé.
4. La xénophobie et l'antisémitisme n'ont pas leur place dans une société démocratique. Ce principe guide la politique du Conseil fédéral, qui est d'avis, comme les auteurs de cette question ordinaire, qu'il est important de mener une réflexion sur l'histoire et les atrocités de la Deuxième Guerre mondiale. Le programme du Gouvernement autrichien contient une déclaration par laquelle celui-ci s'engage clairement à faire le nécessaire pour une élucidation sans réserve du passé de l'Autriche. Par contre, le Conseil fédéral ne partage pas l'avis selon lequel la réflexion critique engagée sur différents aspects de l'histoire suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale est restée superficielle. Aucun autre pays n'a poussé cette réflexion aussi loin et n'a procédé à un examen aussi ample de la question au cours des dernières années. Les mesures prises par la Suisse ont non seulement été reconnues à l'étranger, mais elles ont aussi été souvent qualifiées d'exemplaires.