Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06976.jsonl.gz/33

Les 9e championnats d’Europe d’athlétisme se déroulent du 16 au 21 septembre 1969 à Athènes en Grèce, au stade Karaïskaki. Plus de 670 participants venant de 30 nations sont en compétition dans les trente-huit épreuves qui figurent au programme. Parmi les nouveautés, on retrouve désormais chez les femmes le 1500 m et le relais 4 × 400 m. La politique s’est mêlée au sport car ces championnats d’Europe ont servi la propagande de la dictature des colonels Grecs qui, pour redorer leur blason, les utilisent principalement avec le film documentaire « Jeux européens ». D’autre part, l’affaire Jürgen May marque au fer rouge ces championnats d’Europe d’athlétisme. Ce coureur de demi-fond qui avait commencé sa carrière en Allemagne de l’Est, avait décidé de franchir le Rideau de Fer en 1967 pour s’installer en Allemagne de l’Ouest. Les instances dirigeantes refusent pourtant qu’il dispute le 1500 m sous le maillot ouest-allemand. Par solidarité, les athlètes de la R.F.A. boycottent cette compétition (hormis les relais).
L’affaire Spengler secoue la Fédération
En Suisse, quelques affaires secouent également la sérénité de la Fédération Suisse d’Athlétisme Amateur. Suite à la publication de la liste des athlètes sélectionnés pour Athènes, le marathonien Jean-Pierre Spengler et le sauteur à la perche Peter von Arx n’ont pas été retenus; ils sont ainsi les victimes du nouveau mode de sélection de la F.S.A.A. La semaine dernière, Jean-Pierre Spengler a écrit une lettre pleine d’amertume. Sa réaction est moins violente que celle de Reto Berthel, ce printemps, au sujet du boycott des Jeux sud-africains à Bloemfontein. Mais elle est plus profonde, plus douloureuse aussi. On sent que cette affaire l’a ruminé car il était persuadé qu’il avait fait tout ce qu’il fallait pour participer à ces championnats d’Europe d’Athènes : «Mon éviction confirme que les coureurs de fond sont nettement prétérités en Suisse. Lors des sélections, ils ne partent pas à égalité avec les autres. Lors de la fixation des limites pour Athènes, il avait été annoncé que l’obtention de ces limites ne serait pas forcément déterminante. Cette restriction était cependant valable pour toutes les disciplines mais finalement, seul le marathon en a été victime. La décision de ne pas envoyer de marathonien à Athènes risque de porter gravement préjudice au fond helvétique. Peut-on désormais demander à un coureur de préparer le marathon des Jeux de Munich, avec tout ce que cette préparation signifie comme sacrifices, s’il subsiste un risque qu’il soit évincé au dernier moment malgré l’obtention des temps qui lui étaient demandés ? On avait fixé une limite et on a demandé ensuite une confirmation. La limite, je l’ai largement dépassée. En terminant troisième du championnat suisse du marathon, je pense que j’ai confirmé ma performance de Karl-Marx-Stadt. Au championnat suisse, il n’était en effet pas possible de réussir une performance chronométrique : il faisait très chaud, le parcours était difficile car il comprenait notamment des passages sous-voie et le public était souvent indiscipliné. On m’avait demandé de confirmer et personne n’a parlé d’une victoire dans le championnat suisse comme condition de sélection. Cette décision est vraiment injuste. La commission devait décider de sélectionner les trois premiers du championnat suisse (Reto Berthel, Helmut Kunisch et moi-même), ou de ne retenir que moi, puisque j’avais réussi la limite (2:23’12 ce printemps à Karl-Marx-Stadt contre 2:25’00 exigés). Elle n’a pas osé choisir et elle se retire maintenant derrière l’échec des marathoniens suisses aux Jeux Olympiques de Mexico pour justifier sa décision». Tels ont été les mots du sociétaire du CHP Genève et ancien membre de la GG Bern. Jean-Pierre Spengler déclare encore : «À certains, on a donné la possibilité de confirmer leurs performances après la première sélection. Le spécialiste du saut à la perche Peter von Arx et ceux du 3000 m steeple ont ainsi été repêchés. Pour le marathon, la décision a été sans appel. C’est vraiment illogique».
Le perchiste Peter von Arx avait atteint la limite, même plutôt deux fois qu’une. On lui a aussi affirmé imprudemment qu’il irait à Athènes. On l’a présenté à des milliers de lecteurs comme un participant certain aux championnats d’Europe. Mais il a aussi appris qu’il ne partirait pas en Grèce. La faute à son concours totalement raté lors des championnats suisses, dans la Sibérie humide de Saint-Gall, où il avait été éliminé sans performance. On lui a redonné une chance et il a échoué de peu contre le record national. Cela a pourtant suffi pour le repêcher. Par la suite l’autre sauteur à la perche, Heinz Wyss, n’a pas été retenu pour Athènes. La commission de sélection a décidé que le Bernois ne ferait pas le déplacement car la blessure dont il souffre ne pourra pas être guérie à temps. Wyss était déjà blessé au camp d’entraînement de Saint-Moritz et le premier test avait dû être annulé en raison de la pluie. D’entente avec le médecin, Wyss a été convoqué quelques jours plus tard pour un deuxième test à Zurich, mais il ne lui a pas été possible de sauter.
Cérémonie d’ouverture
C’est dans un stade au trois quarts plein que s’est déroulée la cérémonie d’ouverture des neuvièmes championnats d’Europe d’athlétisme. Après leur entrée dans le stade, les délégations prennent place sur la pelouse. Le drapeau des championnats d’Europe est hissé, tandis que l’hymne des championnats est exécuté. C’est ensuite l’hymne national grec et l’envoi des couleurs nationales. Le sauteur à la perche grec Christos Papanicolaou prête le serment avant de céder la place sur l’estrade au président du comité d’organisation, lui-même suivi de M. Constantine Aslanidis, secrétaire général des sports, qui conclut son allocution en déclarant : «Que chacun travaille en Grèce afin d’obtenir dans un proche avenir une nouvelle grande œuvre, telle que l’organisation des Jeux Olympiques». Le Marquis d’Exeter, président de la Fédération Internationale d’Athlétisme Amateur, remercie ensuite les organisateurs de leur excellent travail et il demande au régent, le général Georges Zoitakis, de proclamer l’ouverture des 9e championnats d’Europe. Un lâcher de 6000 ballons multicolores et le lancement, par un canon, des drapeaux des pays participants (qui redescendent déployés au bout de parachutes) mettent un terme à la cérémonie.
Des premiers tours de qualification favorables pour presque tous les Suisses
Place maintenant au sport avec une première journée, le mardi 16 septembre, où presque tous les Suisses ont été à leur affaire. En effet, sur six athlètes engagés sur le front de cette journée initiale, un seul est éliminé : Hans-Ruedi Wiedmer, qui après avoir franchi le cap des séries du 100 m en se classant deuxième en 10″8 derrière le co-recordman d’Europe Valeriy Borzov, échoue aux portes de la grande finale, en prenant la 6e place de sa demi-finale en 10″7. Tous les autres athlètes suisses ont réussi leur examen de passage avec plus ou moins de brio. Philippe Clerc a produit une très forte impression, tant en séries qu’en demi-finale du 100 m, au point qu’on doit logiquement en faire l’un des tous grands favoris de la finale du lendemain. Lors des éliminatoires, c’est sans la moindre difficulté que Clerc gagne sa série en 10″7, avec pourtant 4,5 m/s de vent défavorable, devant le Polonais Nowosz, le Français Fenouil et le Soviétique Aleksandr Lebedev. Dans la demi-finale, on est tenté de dire que c’est avec une facilité dérisoire que le sociétaire du Stade Lausanne gagne en 10″5 devant le Soviétique Borzov, le Français Merz et l’Allemand de l’Est Haase. À mi-course, Philippe Clerc se permet de regarder très calmement sur sa droite, puis sur sa gauche, pour savoir exactement où il en est. Après cette demi-finale, le Lausannois est aussitôt parti préparer cette finale du 100 m, dans le calme, au bord de la mer.
Hansjörg Wirz réussit lui aussi à se qualifier pour la finale du 400 mètres haies en 51″3, à l’issue d’une course admirable sur le plan technique. L’absence de l’Allemand Schubert facilite bien sûr la tâche du Schaffhousois, mais Wirz se serait quoiqu’il en soit qualifié pour la finale, car il a non seulement gagné sa série devant, excusez du peu, le Britannique Sherwood, deuxième des Jeux olympiques de Mexico, mais il a de plus réalisé le troisième temps de toutes les éliminatoires. Edy Hubacher, 10e des éliminatoires du disque avec 53,80 m, participera également à la finale de sa spécialité. Enfin la Zurichoise Uschi Meyer passe sans difficulté le cap des séries du 400 m en terminant troisième de sa série en 55″5, alors que la Bernoise Trix Rechner n’a pas pu connaître le bonheur d’atteindre la finale du saut en hauteur; elle est éliminée avec 1,65 m.
Le vent, facteur déterminant de la première journée des concours multiples
La malchance, qui guette constamment n’importe quel sportif, s’est semble-t-il acharnée sur quelques athlètes suisses lors de la deuxième journée des championnats d’Europe. C’est tout d’abord Meta Antenen qui en est la victime. Lorsqu’elle se met dans ses starting-blocks pour le 100 m haies, sa première épreuve du pentathlon, le vent souffle très violemment (-4,9 m/s). Dans ces conditions, la Schaffhousoise ne parvient pas à descendre au-dessous des quatorze secondes comme c’est habituellement le cas, en obtenant un tout petit 14″3. Tout cela n’aurait pris aucune allure dramatique si sa grande rivale, l’Autrichienne Liesel Prokop, n’avait pas bénéficié elle de conditions particulièrement favorables avec un vent ne soufflant en effet qu’à 0,3 m/s lorsque l’Autrichienne s’était mise en piste pour réaliser 14″0. Meta Antenen vient donc de perdre de précieux points, alors qu’elle aurait plutôt dû en gagner dans cette première épreuve. Au poids, assez démoralisée, Meta Antenen (photo à gauche) ne peut se surpasser et avec ses 10,05 m, elle concède plus de cinq mètres à Prokop (15,20 m). Ce début de concours complètement raté lui fait perdre tout espoir de remporter le titre auquel elle pouvait très sérieusement prétendre après avoir battu le record du monde en juillet dernier à Liestal. Avant de prendre part au saut en hauteur, la troisième et dernière épreuve de la première journée du pentathlon, Meta ne s’en remet toujours pas : «Ah, ce vent, ce maudit vent», répète-t-elle pour commencer, à la manière d’une interminable litanie. Puis, croyant bien faire, certains évoquent, compatissants, ce sacré zéphyr. Elle coupe, presque maussade : «Ne me parlez surtout plus du vent, j’en ai eu ma part ce matin». La Schaffhousoise se reprend brillamment l’après-midi lors du saut en hauteur en égalant son record personnel avec un saut à 1,71 m. À l’issue de la première journée, elle ne pointe pourtant qu’au 7e rang de ce pentathlon avec 2’779 points, très loin derrière Liesel Prokop qui caracole allègrement en tête avec 3’132 points, devant les Soviétiques Mariya Sizyakova avec 3’002 points et Valentina Tikhomirova avec 2’905 points. L’autre Suissesse de ce concours, Elisabeth Waldburger (photo à droite), pointe au 9e rang avec 2’761 points. Tout comme Meta, elle n’a pas pu bénéficier de conditions favorables. Elle a débuté avec 14″6 sur 100 m haies, puis elle a enchaîné avec 13,07 m au poids et elle a perdu pied en hauteur avec 1,53 m seulement. Il faudra sortir le grand jeu demain lors du saut en longueur et du 200 m.
Du côté des deux décathloniens, le vent est plutôt un allié pour Arthur Hess et Urs Trautmann puisqu’ils améliorent tous les deux leurs meilleures performances personnelles dans les trois premières disciplines. Arthur Hess gagne sa série du 100 m en 10″9, puis grâce à un vent trop favorable il réussit un joli 7,25 m en longueur, mais il se blesse aussi au pied droit. Il arrive encore à enchaîner avec 13,53 m au poids, ce qui lui permet de se classer au quatrième rang de ce décathlon. Hélas, la blessure devient de plus en plus douloureuse, au point de ne plus pouvoir sauter en hauteur. Il franchit une seule barre à 1,80 m, puis il doit se résoudre à abandonner. Hess est un de nos grands espoirs, mais il est encore bien fragile. Sur les trois décathlons qu’il a disputé cette saison, il n’en a terminé qu’un seul; c’était celui de Madrid. Laissons-lui du temps pour se construire solidement, c’est tout ce qu’on peut dire. Urs Trautmann, moins brillant peut-être, mais nettement plus sûr, se retrouve au 9e rang après la première journée avec 3’883 points. Il a réussi 11″3 sur 100 m, 7,04 m avec trop de vent en longueur, 14,17 m au poids, 1,95 m en hauteur et 50″8 au 400 m.
La journée a été longue également pour le Bernois Edy Hubacher. Le matin, l’instituteur d’Iffwil se qualifie pour la finale du lancer du poids avec un beau 18,48 m. L’après-midi, il prend part à la finale du lancer du disque où il n’arrive cependant pas à dépasser les 55 mètres. Son meilleur jet, mesuré à 54,12 m, lui vaut la 11e place. Hubacher, qui est sans conteste LE personnage de l’équipe suisse, est satisfait de sa performance : «Je m’étais promis de devancer au moins deux de mes adversaires. J’ai rempli ce contrat». Un autre contrat dûment rempli, c’est bien celui du Bernois Hansueli Mumenthaler. Il entame fort bien ses championnats en se qualifiant sans grande difficulté pour les demi-finales du 800 m en 1’50″1. Uschi Meyer, l’une de nos plus charmantes représentantes, doit faire face en demi-finales du 400 m à une concurrence beaucoup trop forte pour prétendre accéder à la finale. Elle n’en a pas moins battu pour la 4e fois de la saison son propre record suisse en 54″9, soit un dixième de mieux qu’il y a trois semaines à Stuttgart.
PAB
A découvrir prochainement
Saison 1969 de l’athlétisme suisse