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Patience et foi dans l’avenir
Il faut célébrer la patience et la foi dans l’avenir de ces Chypriotes, qui, après bientôt cinquante ans de partition de facto de leur île, continuent à maintenir des contacts humains chaleureux entre les deux côtés de la ligne de démarcation. Il existe aussi, dans ce même ordre d’idées, une «Maison de la coopération», que tous peuvent fréquenter, et un «Festival de la zone tampon», un partage de manifestations artistiques.
On est en droit de penser que, si les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs étaient seuls maîtres de leur destin, ils auraient déjà trouvé une solution pacifique pour leur île.
Ce que l’article ne décrit pas, c’est que les Chypriotes eux-mêmes ont très peu de poids quant à l’avenir de leur pays. Très brièvement, il faut rappeler quelques étapes historiques. En 1960, l’île, jusque là colonie britannique, devient la République indépendante de Chypre, internationalement reconnue. Des tensions et des violences interethniques surviennent par périodes. En août 1974, l’armée turque envahit plus du tiers nord de l’île et procède à un nettoyage ethnique des Chypriotes grecs qui vivent dans cette région et sont chassés vers le sud: c’est la fuite dramatique que décrit une des choristes. 200 000 personnes sont ainsi déplacées (environ un tiers de la population chypriote grecque). Des soldats chypriotes grecs, faits prisonniers par l’armée turque, mais aussi des femmes et des enfants, sont portés disparus: en tout 1619 personnes; on retrouve petit à petit leurs restes dans des charniers, jusqu’à aujourd’hui.
Pendant la longue durée de cette occupation militaire turque du nord de l’île, des Chypriotes turcs émigrent, du fait de mauvaises conditions économiques, et sont remplacés par des colons venant de l’est de la Turquie; l’armée turque maintient un contingent de 30 000 hommes.
Actuellement, il semblerait que les Chypriotes turcs seraient en passe d’être une minorité par rapport aux colons et soldats turcs, qui n’ont pas de tradition de contact avec les Chypriotes grecs. Les nombreux pourparlers de paix se heurtent entre autres à la revendication turque, très ancienne, de la partition de l’île.
Anne-Marie Bergdol, Chexbres (VD)