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En 1959, Walter Lehmann peignit les émigrants sur le départ devant le restaurant Rössli à Rothfrist.
Photo: Daniel Lehmann
L’émigration comme solution
Au XIXe siècle, certaines communes suisses encouragèrent leurs pauvres à émigrer pour éviter la faillite. L’exemple de l’une d’elles, dans le canton d’Argovie, montre que l’émigration en Amérique ne fut pas toujours volontaire.
En 1855, la commune de Niederwil paya 305 de ses habitants – plus de 12 % de sa population – pour partir en Amérique. Située dans le canton d’Argovie, celle qui porte aujourd’hui le nom de Rothrist couvrit d’ailleurs tous les frais de voyage. Il s’agissait d’un calcul à long terme, car elle estimait que les billets de train et de bateau lui reviendraient moins cher que d’aider financièrement ses pauvres sur plusieurs des années.
Au milieu du XIXe siècle, de nombreux Suisses avaient en effet à peine de quoi se nourrir. La population avait rapidement augmenté et l’agriculture s’était transformée. En fait, la modernisation affectait surtout les petits paysans; les cultures devenaient plus intensives et les prés communaux, ces pâturages que pouvaient utiliser gratuitement tous les membres de la commune, disparaissaient. L’industrialisation permettait bien aux petits agriculteurs de gagner un peu d’argent en travaillant à domicile, mais ces revenus ne suffisaient généralement pas, car il leur fallait désormais acheter du fourrage pour leurs animaux. La situation était précaire, à Niederwil aussi.
Pas seulement les volontaires
Après plusieurs mauvaises récoltes qui générèrent une forte inflation, l’industrie textile entra en crise. En 1855, la commune dut choisir entre pousser une partie de sa population à partir, ou augmenter encore une fois les impôts pour pouvoir venir en aide aux plus pauvres. Cette option n’avait cependant rien de très réaliste, car la classe moyenne luttait aussi pour sa survie. La commune se décida donc en faveur de l’émigration de masse. On demanda s’il y avait des volontaires et, dans le même temps, le conseil communal exhorta nombre d’habitants à partir. Certains se laissèrent convaincre, d’autres furent appâtés par la promesse d’une vie meilleure. Lorsque les arguments ne suffisaient pas, la commune menaçait de faire appel à la police. De fait, la majorité des futurs émigrants touchaient, ou allaient toucher l’aide réservée aux pauvres.
Cap sur BÂLE PUIS VERS LA NOUVELLE-ORLÉANS
Le 27 février 1855, 305 émigrants partirent vers le pays qui allait devenir leur nouvelle patrie. Le voyage dura sept semaines: Bâle, Paris, Le Havre jusqu’à La Nouvelle-Orléans. De là, les habitants de Niederwil continuèrent vers Saint-Louis, qui abritait déjà quelques colonies suisses. Ils arrivèrent à destination au mois de mai 1855. Certains continuèrent jusqu’à New York, mais la plupart s’établirent dans la région.
L’opération coûta 50 000 francs suisses. La commune dut s’endetter auprès des banques et de ses membres fortunés pour pouvoir payer cette somme, mais y gagna au final. Un an après, Niederwil fermait sa «maison des pauvres». On a longtemps choisi d’oublier que de nombreux émigrants avaient été poussés à «tenter leur chance».
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