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A Paris, on se pose volontiers comme étant au-dessus de toute notion de bien et de mal sur le plan sexuel. On estime simplement que les pulsions doivent s'accorder avec le sens de la vie sociale, être maîtrisées par la raison. Et on fait, en général, comme si on était dans ce cas, comme si, de ses pulsions, on était maître.
Cependant, un personnage illustre a récemment donné une image moins digne: car il disait concilier ses pulsions avec le sens de ce qui est respectable, en ne s'adressant qu'à des adultes consentants - des personnes du monde ayant déjà de l'expérience et n'accordant plus de valeur morale à l'acte, ayant dépassé ce puéril aspect des traditions primitives de l'humanité! Mais ce portrait de l'homme ou de la femme moderne idéal est apparu comme imaginaire, comme sortant plus des romans, ou des films, que du réel - plus de Belle du Seigneur (par exemple) que de la vie que son auteur a pu effectivement mener: car son héros, on s'en souvient, était un grand séducteur. En vérité, les pulsions surgissent depuis un puits sans fond, et elles auraient bien du mal à trouver de quoi se satisfaire si elles respectaient des codes clairs. On a, du coup, découvert que la réalité était loin de l'idéal qu'on peignait.
Les âmes du meilleur monde, semblablement, se posent comme évoluant au-delà de toute jalousie, de tout sentiment de propriété de l'autre. Mais je crois que ce n'est guère fidèle aux faits. Qu'il s'agit surtout de donner un lustre illusoire à l'absence de capacité à réfréner ses pulsions. Et que partout d'ardentes jalousies enflamment les cœurs, se transformant en haines - et prenant divers prétextes pour s'épanouir publiquement: l'idéologie, par exemple...
Je lis le Dhammapada - recueil de versets officiellement issus de la parole même de Bouddha - parce qu'il est le texte fondamental du courant théravadin, pratiqué par des pays dans lesquels je compte me rendre; et le verset 284 dit: Tant que la dernière attache du désir envers la femme n'est pas rompue en l'homme, l'esprit est asservi, tel le veau qui tète sa mère. Naturellement, on n'est pas obligé de suivre Bouddha dans son idée, ni même de chercher à délivrer son esprit des attaches terrestres; mais enfin, il est pour moi un peu ridicule de dire qu'on s'adonne sans frein à ses passions et qu'on a, dans le même temps, une vie intérieure tout à fait apaisée, rythmée par la raison - qu'on a les membres dominés par l'intelligence jusqu'au bout du cheveu!