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Dževad Karahasan
Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 1994, pour
Un déménagement, Paris, Calmann-Lévy, 1994
Dževad Karahasan est né en 1953 à Duvno, ville de Bosnie Herzégovine. Il présente une thèse de littérature à l'Université de Zagreb en 1986 puis occupe la chaire de dramaturgie et histoire du théâtre de Sarajevo jusqu'en 1993.
Homme de théâtre et écrivain, Karahasan a mis en scène la Médée d'Euripide, le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare ainsi que L'empereur de l'Atlantide de Viktor Ulmann et Peter Kien. Il est l'auteur de trois volumes consacrés à la critique théâtrale, au langage de la peur et au rôle du modèle dans l'écriture dramatique. Son travail d'écrivain porte aussi sur le roman, (Le Divan oriental, 1989) le récit et la nouvelle (Légendes royales, 1980 ; La maison de repos, 1993). Ses pièces, La roue de Sainte Catherine, 1991 et Al-Mukaffa, 1994 sont jouées dans de nombreux théâtres yougoslaves et autrichiens.
En 1993, il quitte Sarajevo pour l'Autriche et l'Allemagne où il publie la version allemande d'Un déménagement.
L’ouvrage :
Un déménagement n'est ni un pamphlet, ni un ouvrage politique, ni un journal de guerre, mais une tentative d'analyse des enjeux culturels du conflit bosniaque. C'est le témoignage d'un siège destructeur dont Karahasan cherche à comprendre la raison. Il y voit l'affrontement de deux modes de pensée: l'un réducteur, opposant la partie au tout, l'autre holistique où la partie génère le tout. Le premier représente l'idéologie dominante, en particulier celle des nationalismes s'appropriant la culture européenne par morceaux. Le second sous-tend le fédéralisme européen qui veut mettre en tension créatrice la spécificité des identités de chacun.
Or, Sarajevo, ville associant les trois religions du Livre – comme Jérusalem ou Tolède –, mais sous la forme de quatre cultures, la catholique et l'orthodoxe, la juive et la musulmane, est exemplaire depuis cinq siècles du pluralisme créateur. "Sarajevo est très vite devenue une sorte de métaphore du monde, lieu où convergent ses différents aspects comme des rayons de lumière épars dans un prisme. … Un déménagement évoque la façon dont on brise Sarajevo, dont on la profane. Il raconte l'incapacité à jouir d'un enchantement. Ces textes sont à prendre au pied de la lettre et ont été écrits dans le but secret de dire combien une telle littéralité fait mal. ... N'est-il pas clair que la haine suscitée par la ville vient de la peur du mélange des cultures et qu'elle est à l'origine d'une politique funeste qui tourne les armes contre ceux qui veulent vivre ensemble en se réjouissant de leurs différences?"
A ce titre, son destin peut être prémonitoire de l'avenir en Europe. Une mise en garde que la Fondation Veillon veut souligner par son choix.
Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :
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