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Les Chinois représentent 20 % de la population mondiale et avec 300 millions de fumeurs, ils sont les premiers producteurs et consommateurs de tabac au monde.1 La population fumeuse masculine prédomine : 57 % des hommes sont actuellement fumeurs, contre 3 % des femmes.2 En 2005, le gouvernement chinois signe la convention de l’OMS affirmant ainsi son objectif de prévention antitabac.2 Ces mesures ont été mises en pratique en 2009, notamment à Wuxi. Nous avons choisi de nous intéresser aux fumeurs de plus de 50 ans car ils ont vécu avant et après ces mesures de prévention. Cette tranche d’âge est, par ailleurs, plus touchée par les conséquences telles que l’addiction, les répercussions cardiovasculaires, etc. Ces éléments nous amènent à la question suivante : dans la population de plus de 50 ans de Wuxi (Chine), quels sont les facteurs favorisant et ceux freinant l’arrêt du tabac ?
Nous avons utilisé une démarche qualitative afin d’identifier les facteurs non biomédicaux favorisant l’arrêt du tabac et les obstacles à la diminution ou l’arrêt du tabac dans la population âgée de Wuxi. Nous avons développé une grille d’entretiens pour des discussions semi-structurées que nous avons traduite et testée afin d’adapter son contenu au contexte chinois et à nos divers interlocuteurs. Nous avons interrogé 36 personnes dont des médecins (n = 7), des infirmières (n = 7), des responsables de centres de santé communautaire et d’EMS (n = 5), des fumeurs (n = 6), ex-fumeurs (n = 6) et proches de fumeurs (n = 6) au moyen de ces entretiens semi-structurés. Les informations récoltées ont été codées dans une grille ad hoc et analysées.
L’obstacle principal à l’arrêt du tabac est son rôle social essentiel pour maintenir de bonnes relations (amicales ou professionnelles). Ainsi, il n’est pas correct de refuser une cigarette, autant dans les régions rurales que dans les villes, et cela dans toutes les classes socioprofessionnelles. La plupart des médecins et infirmières ont la conviction que l’arrêt du tabac dépend de la volonté personnelle de chacun et ne se sentent pas en droit de conseiller l’arrêt du tabac. La seule solution proposée est la substitution par des «snacks», les cacahuètes étant constamment mentionnées, autant par les professionnels de la santé que par les proches et les anciens fumeurs.
Les femmes ne sont pas concernées par ce phénomène ; le tabagisme est essentiellement observé chez les «femmes de mauvaise vie». En outre, un manque de connaissance des effets de la cigarette sur la santé a été constaté mais certains fumeurs et proches de ceux-ci ont rapporté que le tabac tient le fumeur éveillé et que ceci les motive à ne pas arrêter. La maladie est la raison principale conduisant à la réduction ou à l’arrêt du tabac. Finalement, une part importante de la population interrogée estime que les mesures de prévention ont peu d’impacts sur les fumeurs (figure 1). En dépit des politiques de prévention, les règlements ne sont pas respectés.
L’importance socioprofessionnelle de la cigarette pour les hommes est l’obstacle prédominant selon nos investigations. La cigarette joue un rôle social puissant ; elle est capitale pour de bonnes relations entre amis, pour la négociation et pour l’intégration dans des contextes professionnels.3
Cette perception semble entraver le développement des traitements pour l’addiction et les symptômes de sevrage, actuellement inexistants, et se reflète dans l’attitude des professionnels de la santé. Peu d’entre eux effectuent un suivi pour les patients désirant arrêter de fumer.4
En 2009, suite à la loi antitabac mise en place par l’OMS, la Chine s’est alignée sur les mesures de prévention élaborées par les pays occidentaux.1 Or, celles-ci n’intègrent pas la conception de la cigarette qui nous a été décrite en Chine. Nous pensons que la prise en compte de l’importance socioprofessionnelle du tabac serait un point-clé afin d’améliorer la prévention du tabagisme en Chine.
Nous remercions la Direction générale de l’enseignement supérieur du canton de Vaud, la Haute école de La Source et la Faculté de médecine de Lausanne pour l’organisation de ce projet ainsi que les personnes qui nous ont encadrées : Pr Corinne Borloz, Dr Nicolas Bertholet, Pr Madeleine Baumann, M. Thomas Kampel et le Pr Yuyu.