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Effets secondaires des statines
Les effets secondaires provoqués par les statines portent parfois le nom scientifique de “symptômes associés aux statines”, en anglais “statin-associated symptoms” (SAS).
Type musculaire
– Les statines peuvent mener à des effets secondaires au niveau musculaire (douleurs musculaires, etc). Les effets secondaires de type musculaire provoqués par les statines portent aussi parfois le nom scientifique de “symptômes musculaires associés aux statines”, en anglais “statin-associated muscle symptoms” (SAMS).
Une étude portant sur 20 millions de personnes a montré que 10 à 20% de cette population prenant des statines présentait des effets secondaires et en particulier des problèmes de type musculaire. La plupart du temps ces troubles musculaires ne sont pas graves mais peuvent perturber la vie du patient (douleurs).
Aux Etats-Unis, les scientifiques estiment que jusqu’à 10% des Américains sous statines pourraient présenter des effets secondaires de type musculaire, soit entre 3 et 4 millions d’Américains.
Ces maladies ou troubles musculaires peuvent être des myopathies symptomatiques (myalgie, crampes), asymptomatiques (avec un taux élevé de créatinine) ou une rhabdomyolyse.
Rhabdomyolyse et statines
La rhabdomyolyse se caractérise par une destruction des muscles avec des conséquences sur d’autres organes (le rein par ex.). Il s’agit d’une maladie très grave avec une issue parfois fatale qui est un effet secondaire rare des statines, de l’ordre de 1,5 cas sur 100’000 personnes prenant des statines selon la Mayo Clinic.
Dans un article scientifique publié en mai 2016 dans la revue de référence Journal of the American College of Cardiology, les auteurs qui travaillent notamment à l’Hartford Hospital dans le Connecticut (Etats-Unis) estiment en se référant à une autre étude que l’incidence de la rhabdomyolyse survient dans 1 cas sur 10’000 personnes par année de traitement de statines (en excluant la cerivastatine). C’est une façon de compter un peu différente de la Mayo Clinic qui se réfère à un nombre de personnes sous statines sans spécifier la durée de traitement, autrement dit dans l’analyse de la Mayo Clinic le patient peut prendre une statine que quelques semaines, sans que cela se réfère à une année entière. Les scientifiques de la Hartford Hospital relèvent que le risque de rhabdomyolyse est de 0,3 cas sur 10’000 personnes par année de traitement pour la lovastatine et de 8,4 cas sur 10’000 pour la cerivastatine (cette statine a été retirée du marché, notamment pour son risque trop élevé de rhabdomyolyse).
Relevons que des légères variations existent entre chaque type de statines. De plus, plus la dose de statine est élevée et plus le risque de rhabdomyolyse augmente.
L’apparition des effets secondaires de type musculaire dépend de certains facteurs comme les caractéristiques du patient, les femmes étant plus touchées que les hommes, les personnes à un âge avancé davantage que les jeunes, ceux présentant certaines maladies comme l’insuffisance rénale, une dysfonction hépatique ou encore une hypothyroïdie ont un risque supérieur d’avoir des effets secondaires affectant les muscles. On observe aussi des différences entre les statines, certaines molécules de cette classe semblent avoir plus ou moins d’effets secondaires affectant les muscles. La dose de la statine prescrite peut aussi avoir une influence.
En cas de complications musculaires par prise de statines, le médecin peut doser les CPK (des enzymes qu’on retrouve au niveau musculaire). Il peut aussi doser les transaminases, notamment pour contrôler l’état du foie.
L’étude STOMP (Effect of Statins on Skeletta Muscular Function and Performance) compte parmi les principales études concernant le lien entre les myalgies et la prise de statines. Dans ce travail de recherche, les scientifiques ont recruté 420 participants, une partie prenant un placebo et l’autre de l’atorvastatine. Dans le groupe placebo, 4,6% des participants ont rapporté des troubles musculaires contre 9,4% dans le groupe atorvastatine. Cette étude a ainsi montré un risque doublé d’effets secondaires de type musculaire lors de prise de statines, en tout cas avec l’atorvastatine.
Localisation de ces troubles musculaires
En cas d’effets secondaires de types musculaires, la localisation principale de ces douleurs et troubles se situe souvent dans le haut des deux jambes.
Moment de l’apparition de ces effets secondaires
Les symptômes des myalgies apparaissent en général une à plusieurs semaines après l’instauration du traitement et non un jour après la prise de statines, comme certains patients le rapportent parfois (probable preuve d’un effet placebo). En effet, une étude a montré qu’une partie significative de patients qui recevaient un placebo, tout en croyant qu’il s’agissait de statines, ont néanmoins rapporté des myalgies, la preuve pour une partie de la population de l’effet placebo.
Attitudes possibles à adopter pour le médecin (et le patient) en cas d’effets secondaires de type musculaire
Afin de savoir si les statines sont véritablement à l’origine des effets secondaires de type musculaire et pour réduire ou arrêter ces effets néfastes, le médecin pourrait :
– Interrompre le traitement à base de statines pendant 5 à 10 jours, puis les réintroduire.
– Changer de statine (il existe plusieurs molécules de la classe des statines avec des propriétés souvent différentes pour chacune d’elles).
– Espacer les doses (par exemple prendre une statine chaque 2 à 3 jours au lieu de chaque jour ou par exemple du lundi au vendredi et pas le week-end). Il n’existe pas d’études scientifiques (voir référence ci-dessous) montrant l’effet de l’espacement des doses sur le taux de mortalité cardiovasculaire.
– Utiliser des doses plus basses de statines en association avec d’autres médicaments hypolipidémiant qui ne sont pas de la famille des statines (associer une faible dose de statines par exemple avec l’ezetimibe, les fibrates ou un inhibiteur PCSK9).
Attention, il ne faut pas arrêter soi-même un traitement à base de statines sans se référer à son médecin.
Sources : ces 4 idées proviennent d’une présentation réalisée le 26 mai 2016 à Sao Paulo au Brésil au congrès annuel SOCESP, congrès des cardiologues de l’Etat de Sao Paulo (Brésil), l’un des plus grands congrès médical d’Amérique latine.
AVC hémorragique
L’utilisation des statines abaisse le nombre d’incidence d’AVC, notamment les cas non mortels. Néanmoins, une grande étude clinique a toutefois montré que les statines peuvent légèrement augmenter le risque d’AVC hémorragique, une forme très grave de l’AVC. Le risque d’AVC hémorragique semblait particulièrement élevé chez les hommes, les patients âgés et ceux prenant une dose élevée de statines. Chez les femmes post-ménopauses, l’association d’antiplaquettaires et de statines augmente aussi le risque d’AVC hémorragique, comme l’a montré une autre étude publiée en 2015.
Plus d’informations sur des statistiques concernant le risque d’AVC hémorragique
Troubles cognitifs (pertes de mémoire notamment)
En février 2012, la FDA (autorité américaine de régulation des médicaments) a publié un communiqué sur le risque possible de troubles cognitifs et notamment de la mémoire avec l’utilisation des statines. Ces troubles semblent être réversibles, c’est-à-dire qu’après l’arrêt des statines, la mémoire revient. Le cholestérol participe à la croissance du cerveau et on sait que 25% du cholestérol total se trouve dans le cerveau, notamment dans les gaines de myéline. Les statines peuvent théoriquement interférer avec la synthèse du cholestérol au niveau du cerveau. Il n’est toutefois pas possible de doser la protéine qui transporte le cholestérol dans le cerveau par une prise de sang classique comme on le fait pour le LDL ou le HDL. Les statines peuvent théoriquement traverser la barrière hémato-encéphale, notamment les statines très lipophiles comme la simvastatine, c’est moins le cas avec la pravastatine, une statine plus hydrophile. Les études cliniques sont toutefois contradictoires à ce sujet.
De ce fait, malgré des éléments théoriques, en pratique clinique on estime que pour le moment (état 2015) peu d’études ont montré l’effet négatif des statines sur la mémoire. Citons l’étude PROSPER, un travail de recherche portant sur 5804 participants, avec une partie prenant 40 mg de pravastatine et l’autre partie un placebo. Chez ces individus âgés entre 70 et 82 ans, les chercheurs n’ont pas montré une détérioration des troubles cognitifs en comparant le groupe placebo avec le groupe pravastatine.
Diabète
– Une grande étude finlandaise publiée en mars 2015 dans la revue spécialisée européenne Diabetologia a montré que le risque de diabète de type 2, en tout cas chez des hommes blancs (l’étude a porté sur plus de 8’700 hommes blancs finlandais âgés de 45 à 73 ans), était environ deux fois plus élevé chez des personnes sous statines que ceux n’en prenant pas et 46% plus élevé après avoir pris en compte des facteurs de correction comme l’obésité, pour ne pas fausser les résultats. Selon les chercheurs, les statines augmentent la résistance à l’insuline de l’ordre de 24% et diminuent la sécrétion d’insuline de 12%.
– Selon une étude australienne publiée en 2017 dans la revue spécialisée Drugs and Ageing, les femmes âgées de plus de 75 ans présentent 33% plus de risque de développer un diabète si elles prennent des statines. Cette étude réalisée par l’Université du Queensland, dans l’ouest de l’Australie, a porté sur l’analyse des données de plus de 8’000 femmes australiennes. Lire davantage à propos de cette étude
Troubles gastro-intestinaux
Des troubles gastro-intestinaux ou des problèmes hépatiques peuvent aussi apparaître avec la prise de statines.
Pour la liste complète des effets secondaires, veuillez lire la notice d’emballage et demandez conseil à votre médecin ou pharmacien lors d’achat ou de prise de statines.
News
- Les femmes âgées prenant des statines plus à risque face au diabète
- Les statines ont plus de bénéfices que de risques pour la santé (étude publiée dans The Lancet)
- Tour d’horizon complet sur les effets secondaires des statines