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Une figure du féminisme noir
« Pour présenter Angela Davis à ceux qui ne la connaissent pas, on peut rappeler l’image de cette femme avec sa coupe afro dans les années 70 qui portait haut d'un point de vue de femme les luttes radicales des noirs aux Etats-Unis. »
Julien Bordier
Auteure, activiste et philosophe, on la connaît surtout pour son travail sur les luttes noires aux Etats-Unis, sur les luttes anticarcérales et le féminisme.
« Blues et féminisme noir », qui relève des cultural studies, parle vraiment de musique mais d'un point de vue politique, ce qui n’est pas habituel chez Angela Davis. En cela, cet ouvrage est un OVNI littéraire.
Ces femmes qui ont fait l’histoire du Blues
« Les premières rock stars de la musique enregistrée sont des femmes »
Julien Bordier
Au tout début de la musique enregistrée aux Etat-Unis, ce sont des femmes qui vendent le plus de disques et qui ont la plus grande écoute, des femmes qui revendiquent leur sexualité et le fait d’être des femmes noires dans un pays qui sort tout juste de l’esclavage et qui est encore très marqué par la ségrégation et le racisme.
Dans « Blues et féminisme noir », Angela Davis s’intéresse à l’émergence des figures féminines dans le Blues de la première moitié du XXe siècle. L’ouvrage retrace en effet le parcours de trois figures de la musique afro-américaine: Ma Rainey, Bessie Smith et Billie Holiday.
Dans les années 20, Ma Rainey incarne le Blues rural et le revendique comme une culture spécifiquement noire. Puis à la fin des années 20, Bessie Smith arrive avec un son un peu plus moderne qui s’inscrit dans le mouvement noir de Harlem.
>> (Ré)écoutez l'interview de Julien Bordier, partie 1
Les années 20
A l'époque, dans l'industrie de la musique, les grandes compagnies de disques étaient tous blanches sauf une, Black Swan Records.
En voyant qu’il y avait un marché, ces compagnies ont créé des départements de "disques de races", des race records. Ces sections étaient dédiées à la musique noire. De manière très ségrégationniste, elles cherchaient à ne toucher qu'un public noir.
>> (Ré)écoutez l'interview de Julien Bordier, partie 2
Une nouvelle liberté
« Blues et féminisme noir » est un livre très riche qui aborde de nombreuses thématiques. Parmi les principales figurent la sexualité, le voyage et la spiritualité.
L'ouvrage parle beaucoup de sexe et de sexualité. Juste après la fin de l'esclavage, la sexualité était l'un des rares domaines où les noirs pouvaient réellement expérimenter la liberté. Celle-ci s'exprimait en particulier dans le choix de leur partenaire sexuel.
De même, la thématique du voyage est présente. A cette époque, pouvoir se déplacer représentait une grande liberté.
Angela Davis évoque également la spiritualité et explique comment le Blues se pose en tant que culture.
Billie Holiday
Plus tard, dans les années 40, les chansons de Billie Holiday sont porteuses de ce qui va devenir les luttes féministes noires aux Etats-Unis.
« On pense toujours Billie Holiday comme une femme fragile, un peu bête qui a seulement chanté des chansons d’amour. Ce que Davis nous montre, c’est que derrière ce qui semble être de banales chansons d’amour, chez Billie Holiday il y a une revendication sociale et en particulier une revendication raciale. »
Julien Bordier
Dans son livre, Angela Davis réhabilite Billie Holliday en montrant que les grands critiques du Jazz et du Blues ont tout faux.
>> (Ré)écoutez l'interview de Julien Bordier, partie 3
Un puissant outil d’émancipation
« La musique est un outil d’émancipation extrêmement puissant pour les femmes. »
Julien Bordier
Ces blueswomen de l’époque, à travers leurs chansons, créent une communauté de femmes.
En nommant des éléments de leur vie, en particulier leurs relations aux hommes, elles partagent des expériences qui semblaient individuelles et issues de la sphère privée. Elles montrent ainsi qu’elles sont communes à de nombreuses femmes.
Dans son ouvrage, Angela Davis montre qu’à un moment donné, il y a eu une mise à l’écart consciente de ces femmes, un travail de minimisation de leur rôle par les hommes pour que ces derniers puissent récupérer le pouvoir.
>> (Ré)écoutez l'interview de Julien Bordier, partie 4
« Mon livre ne va pas faire plaisir à tout le monde, il va jeter un pavé dans la mare parce qu’il va nous rappeler à nous les noirs américains que nos premiers leaders étaient des femmes et qu’elles n’étaient pas forcément hétérosexuelles. »
Angela Davis
Angela Davis nous rappelle à travers tous ses travaux que dans un monde régi par le capitalisme, on ne fait pas face à une seule et unique oppression. Et il y a énormément d’expériences différentes de l’oppression. L'oppression patriarcale en est une et à l’intérieur de celle-ci, il y a aussi des spécificités en fonction de ses origines ethniques.
>> (Ré)écoutez l'interview de Julien Bordier, partie 5
Un livre et un CD
En bonus, « Blues et féminisme noir » est accompagné d'une bande-son.
Afin de donner au lecteur la possibilité d'accompagner sa lecture de son et de redécouvrir ces artistes quelque peu oubliés, le livre contient un CD qui reprend les 18 principaux morceaux des blueswomen de l'époque.
Une interview réalisée par Ellen Ichters pour l'émission "Pony Express" sur Couleur 3
Réalisation web: Louise Saudan
Janvier 2018