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oratorio pour soprano, alto, ténor, basse, chœur mixte et orchestre opus 41
Texte de Julien-François Zbinden - Adaptation latine de Lucien Dallinges
L’oratorio Terra Dei a été écrit en 1966 et 1967 à l‘instigation de la Fondation Pro Helvetia. Le compositeur a établi lui-même l’argument de son œuvre, argument impliquant la religion chrétienne, mais dépassant le cadre strictement confessionnel pour tenter, en quelque sorte, d‘évoquer la situation de l‘Homme face à Dieu. L’oratorio comporte quinze numéros qui s’enchaînent sans interruption.
Toutefois, l’œuvre s’articule sur trois parties principales, dont la première (Nos 1 à 3) présente l’humanité (Le Chœur) interrogeant Dieu (Basse) sur le pourquoi de l’existence, tantôt sur un mode douloureux, tantôt sur un ton révolté. La seconde partie (Nos 4 à 11) met en scène successivement l‘Homme (Ténor), la Femme (Alto) et l‘Enfant (Soprano) qui, tour à tour, chantent leur joie d’être au monde et les beautés de ce monde, jusqu’à l‘instant où tombe la première goutte de la haine de l’Homme. La troisième partie (Nos 12 à 15) s‘ouvre par une fugue à huit voix en forme de marche guerrière sur le proverbe célèbre : Si tu veux la paix, prépare la guerre, auquel Dieu oppose la variante salvatrice : Si tu veux la paix, prépare la paix. Devant la misère de l’Homme, Dieu lui accorde encore une dernière chance : l‘Espérance. L‘œuvre s‘achève par un Laudate Dominum, Amen auquel participent tous les exécutants.
Un tel sujet orienta tout naturellement le compositeur vers l‘utilisation d‘une langue qui soit comprise du plus grand nombre possible. Choisi non seulement pour son universalité, mais en raison aussi de son pouvoir verbal et musical, le latin constitue l‘instrument le mieux adapté à la nature particulière de cet oratorio. Lucien Dallinges, tout en s’efforçant de respecter l‘esprit du texte français, n’a pas craint de prendre certaines libertés quand les structures de la langue latine l‘exigeaient, puisant d‘ailleurs très largement dans le trésor immense de l’Antiquité et du Moyen-Âge, et délibérément de se laisser guider par l‘oreille, par le rythme et le jeu des sonorités, n’ayant d‘autre souci, finalement, qu‘une certaine beauté musicale du langage, en accord avec l‘esprit même de l’œuvre du compositeur. Lequel a volontairement conféré à son écriture musicale une sensibilité et une efficacité commandées par la nature de l’argument.
Terra Dei est, en définitive, une œuvre essentiellement dramatique. Elle est dédiée à André Charlet qui l'a créée le 12 juin 1967 au Théâtre de Beaulieu dans le cadre du 12ème Festival de Lausanne avec Erna Spoorenberg, soprano, Norma Procter, alto, Joszef Réti, ténor. Donald Bell, basse, les Chœurs du Brassus, le Chœur Pro Arte, le Chœur de la Radio Suisse Romande et l'Orchestre de la Suisse Romande. Elle obtint le Prix de la Radiodiffusion Suisse, Lausanne, 1967.
Du 13 au 15 juin 1967, l'oeuvre fut enregistrée par la Radio Suisse Romande avec mes mêmes interprètes, mais accompagnée par l'Orchestre de Chambre de Lausanne renforcé, et Erna Spoorenberg, indisponible, remplacée par Elisabeth Speiser.
Notons encore que les 31 mars et 1er avril 1999. l'oeuvre bénéficia de deux concerts au Victoria Hall de Genève à l'initiative de Didier Godel, directeur du Chant Sacré, solistes, choeur et l'Orchestre de la Suisse Romande placés sous la direction prestigieuse de Fabio Luisi.
RéférenceRené Gerber
Je ne te ferai pas un long discours (…) En réalité, Terra Dei est un chef-d’œuvre à mettre au niveau des grandes fresques conçues par les maîtres de l’oratorio.
Lettre personnelle, Bevaix 1999