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1.8. Portraits de domesticité
Fidèle à sa perspective documentaire, Jean-Gabriel Eynard a photographié les employés qui vivaient avec lui, du moins dans son domaine de Beaulieu, là où ils étaient sans doute les plus nombreux. La distinction sociale entre le maître et ses employés est marquée par les lieux où les vues sont prises, qui se limitent à l'espace des domestiques, hors des secteurs réservés aux propriétaires. La condition subalterne des personnes représentées est signifiée par les codes vestimentaires et les attributs qu’ils portent, liés à leur activité manuelle (voir le chapitre sur la mode).
On nuancera cependant ce propos en remarquant que les modèles ne restent pas anonymes et que leurs noms ont très souvent été notés. L’assistant d’Eynard lors des prises de vue, Jean Rion, est ainsi présent dans deux portraits de groupe et le maître valet d’Eynard, prénommé Renaud, est figuré sur quatre pièces. Surtout, Rion a bénéficié d’un portrait individuel qui le singularise parmi les employés (voir chapitre sur le portrait individuel). Pour réaliser ces images, Eynard applique les mêmes principes que pour les autres portraits de groupe. Les plus anciennes vues sont régies par des principes d’équilibre : alternance de personnes de sexes opposés, femme placée au centre d'un groupe d'hommes (84.XT.255.13), composition pyramidale et jeu des regards (84.XT.255.31), séquence de costumes clairs et foncés (DE 079).
La stéréoscopie qu'Eynard expérimente dès 1852 le pousse à faire de nouvelles recherches formelles et à complexifier ses images. Comme pour les autres portraits de groupe, l’architecture a tendance à occuper une bonne partie de la surface de l’image (2013 001 dag 099). Les portraits sont assimilables à des scènes de genre où le personnel est mis en situation. On voit les employés affairés devant la ferme autour d’une brouette ou conduisant les bœufs. Dans le cas du cocher attendant le maître, on peut cependant penser que c’est la berline qui est le sujet et que le domestique n’est qu’un faire-valoir (84.XT.255.28). Le véhicule fait en effet partie du monde des propriétaires. Le plus souvent, il est présent sur les images qui figurent Eynard, seul (2013 001 dag 051) ou accompagné (2013 001 dag 001 ; 2013 001 dag 092). Les domestiques qui s’en occupent sont là en raison de leurs fonctions et non pour eux-mêmes (ides 55 doc ; 84.XT.255.28 ; 84.XT.255.45).
Il convient de traiter à part deux vues stéréoscopiques, l’une de l’annexe du palais Eynard (DE 078), l’autre de Beaulieu (2013 001 dag 133). Elles semblent en effet conçues dans le but de tester de nouvelles formes de composition. La disposition complexe des domestiques dans l’espace n’apparaît pas justifiée par des raisons documentaires. Elle n’a probablement pas d’autre raison que la volonté d’expérimenter les possibilités de la photographie en relief. En l’occurrence les employés sont utilisés dans ces cas comme des modèles.
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