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Tel un verrou, un contrefort du Jura prenant naissance au plateau de Gempen s'avance vers le Rhin et forme une frontière marquante entre la plaine du Haut-Rhin et le Sisgau. A ses pieds, du côté de l'ouest, s'étale le village de Muttenz, qui doit son origine à une cour capitulaire.
Cette région était déjà peuplée au paléolithique et les hommes de l'âge du bronze, puis les Romains et les Alémans y ont laissé des traces. C'est près du village de «Mittenza» qu'a eu lieu en 1032 la mémorable rencontre entre Rodolphe, roi de la Haute-Bourgogne - il n'avait pas d'enfants - et l'empereur allemand Conrad, rencontre à la suite de laquelle ce pays jusqu'ici indépendant devait être rattaché à l'Empire allemand.
On ne sait rien de précis au sujet des conditions de propriété du village et des châteaux du Wartenberg. Avec ses terres, qui s'étendaient jusqu'à la Birse, Muttenz formait une seigneurie, tandis que le Wartenberg et le territoire sis du côté du Rhin, une région alors très boisée, en constituaient une autre. Les forêts du Hard, même si elles sont encore relativement étendues, ne représentent plus qu'un maigre reste de la richesse d'antan.
Les deux seigneuries devinrent propriété de l'évêché de Strasbourg, mais on ne sait pas à quel moment. II n'est pas exclu qu'un comte les ait acquises de la maison royale de Haute-Bourgogne et cédées à l'Eglise de Strasbourg, qui les lui aurait rétrocédées à titre de fief. Des prétentions de l'évêque de Bâle ou de la ville l'avaient-elles poussé à agir de la sorte? On l'ignore. Tout comme on ignore à quelle date les deux seigneuries furent réunies et transmises en fief aux comtes de Homberg, du Fricktal. Les documents parlent de cette propriété à partir du XIIe siècle. Le dernier descendant mâle des Homberg mourut en 1223. Par son héritière, le fief de Muttenz et du Wartenberg passa aux mains du comte Hermann de Frohbourg. C'est lui qui fit construire le château de Homberg, près de Läufelfingen, et dès ce moment, sa famille adopta le nom de Neu-Homberg. Mais elle s'éteignit en 1351 déjà; sa succession juridique fut prise par la maison des Habsbourg-Laufenbourg.
Au début du XIVe siècle, les Neu-Homberg furent obligés d'engager une partie de leurs biens. La ville de Bâle, qui aspirait à élargir son territoire, mais voulait aussi éviter que ses voies commerciales ne soient coupées, avança la somme nécessaire à deux de ses bourgeois, Hugo et Kuno zer Sunnen; ils acquirent le fief en 1301. Cinq ans plus tard, les Neu-Homberg vendaient leurs droits seigneuriaux aux comtes de Habsbourg. Ceux-ci laissèrent toutefois aux deux frères zer Sunnen leur arrière-fief; eux aussi n'étaient que les vassaux de l'évêque de Strasbourg.
Vers le milieu du XIVe siècle, les Münch de Münchenstein, endroit où se trouvait leur château patrimonial, devinrent à leur tour propriétaires de la seigneurie de Muttenz. Quelques années plus tard, ils devaient cependant se résoudre à donner leur acquisition en nantissement, et ce à un certain Henmann Murnhart, de Bâle. La lignée des Münch était d'ailleurs presque éteinte à ce moment-là; il n'en restait que Hans Thüring, chanoine et archiprêtre de l'évêché de Bâle, de même que prieur de Saint-Ursanne. II se sentait toutefois plus à l'aise dans un milieu séculier que là où l'appelaient ses charges ecclésiastiques. A plus d'une reprise, il s'occupa d'ailleurs des affaires temporelles de son oncle Hartmann, évêque de Bâle, mais prélat incapable. II voua aussi tous ses soins à la propriété de ses ancêtres et chercha à l'arrondir et à l'élargir, une activité qui ne l'empêcha pas de toucher les revenus découlant de ses charges ecclésiastiques. Pour éviter que sa famille ne s'éteigne, il demanda à être dégagé de son état de prêtre et épousa celle qui jusqu'alors avait été sa concubine. Et qui n'était pas n'importe quelle servante, mais la riche Fröwelina d'Eptingen. De longtemps déjà, elle devait sans doute, grâce à sa fortune considérable, subventionner les affaires de celui qui devint son mari. Quoi qu'il en soit, Hans Thüring put, avec la dot de son épouse, racheter le gage en 1420, pour l'énorme somme de 22 000 florins. Après la mort de leur père, Jean et Conrad se querellèrent à propos de sa succession et il fallut de longs et coûteux procès pour que le plus jeune, Conrad, puisse déloger son frère aîné, plus faible que lui, de la propriété qui lui était échue à Muttenz. Les énormes frais occasionnés par ces nombreuses procédures avaient toutefois à tel point entamé la fortune familiale que Conrad se vit obligé, en 1470, de donner ses seigneuries en nantissement à la ville de Bâle. En 1515, ses descendants vendirent finalement Muttenz et les châteaux du Wartenberg à Bâle. Les Münch et l'empereur renoncèrent à ce moment définitivement à leurs droits.
Les droits seigneuriaux des Münch se rapportaient non seulement aux terres qui entouraient les châteaux du Mittel- et du Vorder-Wartenberg et s'étendaient jusqu'au Rhin et à la Birse, de même qu'au terrain délimité à l'est par la frontière communale de Pratteln et atteignant au sud le plateau de Gempen, au-dessus du château de Schauenbourg, mais encore à la haute et à la basse juridiction, aux droits ecclésiastiques, aux droits de chasse et de pêche et à des pontonages, ainsi qu'à la protection temporelle du couvent de Rothaus, sis sur les bords du Rhin. La plupart des villageois étaient en outre censitaires envers leurs seigneurs. A quoi venaient s'ajouter des fiefs sis hors de la commune, dans le Fricktal et le Sundgau.
Les Münch connurent des temps difficiles lorsque sévit la Grande Guerre de la noblesse, qui entre 1444 et 1449 opposa les familles nobles fidèles aux Habsbourg à la ville de Bâle. Conduits par le margrave Guillaume de Hochberg, les vassaux autrichiens établis dans les environs proches et lointains de Bâle tentèrent de reconquérir les propriétés et les droits dont ils avaient effectivement ou prétendument été dépossédés par Bâle. Espérant être libérés de leurs dettes envers la maison autrichienne, certains feudataires habsbourgeois avaient cependant acquis la bourgeoisie de Bâle. Et puis, ce qui exaspérait aussi les nobles, c'étaient les innombrables interventions de la ville qui, pour élargir toujours plus son territoire, cherchait à acheter ou à prendre en gage les biens appartenant à des seigneurs à court d'argent. Enfin, force était à cette noblesse courroucée de reconnaître que son temps était passé.
Seule une épreuve de force pouvait peut-être retarder sa déchéance naissante. Une occasion favorable de régler ces vieux comptes sembla s'offrir à elle lorsque Zurich s'allia à l'Autriche. Elle espéra alors qu'elle pourrait arriver à ses fins grâce au soutien des Armagnacs. Mais lorsque, après la bataille de Saint-Jacques sur la Birse (août 1444), le dauphin se retira, la noblesse locale fut non seulement profondément déçue, mais elle dut encore constater que les pillards et incendiaires venus de France avaient gravement endommagé les terres et les villages du Sundgau, dont elle tirait ses revenus. Après une longue guerre d'usure, les partis furent tous deux à tel point épuisés qu'ils se résignèrent à signer la paix de Breisach.
Durant tout ce conflit, les Münch de Münchenstein demeurèrent plus ou moins neutres, contrairement à ceux de Landskron qui, eux, participèrent activement à la lutte contre la ville de Bâte et les Confédérés. Ils tenaient d'une part à conserver leurs biens et, d'autre part, étaient parents par alliance, mais aussi brouillés, avec bien de leurs égaux S'ils n'ouvrirent pas les portes de leur forteresse de Münchenstein aux ennemis de la ville, ils autorisèrent les nobles à établir une sorte de quartier général dans l'avant-château, ils assurèrent d'autre part la ville de leur fidélité, mais lui défendirent en même temps de construire un mur de retranchement près du Wartenberg. Conrad Münch fut fait prisonnier par Bâte après s'être rendu dans cette ville pour visiter sa mère malade. Il fut relâché après quelques semaines, non sans avoir dû auparavant jurer qu'il ne se vengerait pas et qu'il se tiendrait absolument tranquille pendant toute la durée de la guerre. Le village de Muttenz fut assailli et dévasté par les seigneurs de Falkenstein. Il semble que c'est à ce moment que les châteaux du Wartenberg furent définitivement abandonnés. Leur époque glorieuse était d'ailleurs passée de longtemps.
Comme nous ne possédons aucun document écrit sur leurs origines, nous ne pouvons qu'avancer des hypothèses en prenant en considération l'histoire de la région et les vestiges des murs subsistant.
L'ouvrage avancé, le plus vaste, occupe un plateau rocheux séparé de la crête de la montagne par un fossé à gorge artificiel. La cour renferme une citerne profonde de quatre mètres. Vu la position clé que représente le Wartenberg, véritable verrou entre la plaine du Rhin et l'entrée du Sisgau, il est permis de supposer que la demeure d'un comte provincial devait autrefois occuper cet endroit et qu'elle consistait en une maison forte et une palissade. Son origine devrait remonter au IXe siècle. Peut-être servit-elle aussi de refuge aux habitants de la cour capitulaire. D'après les matériaux de construction mis au jour et les divers vestiges de murs, le château de Vorder-Wartenberg a dû être construit en plusieurs étapes. Les moellons en bossage et à arêtes taillées datent probablement de la seconde moitié du xiie siècle, période au cours de laquelle se situe aussi la phase de construction suivante. Les deux châteaux du Wartenberg ont vu le jour pendant la période des Frohbourg et des Homberg et furent tous deux habités par des vassaux de ces familles. C'est à l'époque des Münch que les châteaux durent être reconstruits après avoir été gravement endommagés par le tremblement de terre de 1356. L'ouvrage arrière appartenait à titre de fief mouvant à une branche des Eptinger.
Le façonnage artisanal des pierres indique qu'il s'est agi, en partie du moins, d'une construction cossue, voire luxurieuse pour son époque. Elle a dû être en rapport avec l'aménagement roman de la cathédrale de Bâle et avec l'église de Saint-Arbogast de Muttenz, romane elle aussi. Le nom du patron de ce sanctuaire confirme son appartenance à l'évêché de Strasbourg.
Après que Fröwelina d'Eptingen eut retiré le gage de son mari Jean Thüring Münch, le mur d'enceinte de l'église de Muttenz, la seule église forte existant encore en Suisse, fut considérablement surélevé et cet endroit servit dès lors d'abri à la population du village. C'est sans doute ce qui fit perdre à l'ouvrage du Wartenberg son caractère de château-refuge. Et d'ailleurs, l'entretien de cette installation devenue inutile aurait été beaucoup trop onéreux. Une partie importante des biens de la famille avait déjà servi à réparer les dommages de guerre subis par d'autres propriétés et à remplir différentes obligations financières. Ce n'est qu'au moyen de mises en gage et de service mercenaire que les derniers descendants de la famille jadis si puissante des Eptinger purent conserver un certain temps encore leur propriété, c'est-à-dire jusqu'au moment où la ville la leur acheta. Plus tard, la solide forteresse d'autrefois servit de carrière. Ce qu'il en reste aujourd'hui nous permet néanmoins de nous faire une idée de ses dimensions et de sa magnificence d'antan.
Bibliographie