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La première chose qui paraît dans notre corps, c'est qu'il est organique, c'est-à-dire composé de parties de différente nature qui ont différentes fonctions.
Ces organes lui sont donnés pour exercer certains mouvements.
Il y a de trois sortes de mouvements : celui de haut en bas, qui nous est commun avec toutes les choses pesantes ; celui de nourriture et d'accroissement, qui nous est commun avec les plantes; celui qui est excité par certains objets, qui nous est commun avec les animaux.
L'animal s'abandonne quelquefois à ce mouvement de pesanteur, comme quand il s'assoit ou qu'il se couche ; mais le plus souvent il lui résiste, comme quand il se tient droit ou qu'il marche. L'aliment est distribué dans toutes les parties du corps au préjudice du cours qu'ont naturellement les choses pesantes ; de sorte qu'on peut dire que les deux derniers mouvements résistent au premier, et que c'est une des différences des plantes et des animaux d'avec les autres corps pesants.
Pour donner des noms à ces trois mouvements divers, nous pouvons nommer le premier mouvement naturel ; le second mouvement vital ; le troisième mouvement animal : ce qui n'empêchera pas que le mouvement animal ne soit vital, et que l'un et l'autre ne soient naturels.
Ce mouvement que nous appelons animal, est le même qu'on nomme progressif, comme avancer, reculer, marcher de côté et d'autre.
Au reste il vaut mieux, ce semble, appeler ce mouvement animal que volontaire, à cause que les animaux qui n'ont ni raison ni volonté, le font comme nous.
Nous pourrions ajouter à ces mouvements le mouvement violent,
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qui arrive à l’animal quand on le traîne ou quand on le pousse, et le mouvement convulsif ; mais il a été bon de considérer avant toutes choses les trois genres de mouvements qui sont pour ainsi parler, de la première intention de la nature.
Le premier n'a pas besoin d'organes, et c'est pourquoi nous l'appelons purement naturel, quoique les médecins réservent ce nom au mouvement du cœur. Les deux autres ont besoin d'organes, et il a fallu pour les exercer que le corps fut composé de plusieurs parties.
Elles sont extérieures et intérieures.
Entre les parties extérieures, la principale est la tête qui au dedans enferme le cerveau, et au dehors, sur le devant, fait paraître le visage, la plus belle partie du corps, où sont toutes les ouvertures par où les objets frappent les sens, c'est-à-dire les yeux, les oreilles et les autres de même nature.
On y voit entre autres l'ouverture par où entrent les viandes et par où sortent les paroles, c'est-à-dire la bouche. Elle renferme la langue, qui avec les lèvres cause toutes les articulations delà voix par ses divers battements contre le palais et contre les dents.
La langue est aussi l'organe du goût : c'est par elle qu'on goûte les viandes. Outre qu'elle nous les fait goûter, elle les humecte et les amollit; elle les porte sous les dents pour être mâchées, et aide à les avaler.
On voit ensuite le col, sur lequel la tête est posée, et qui paraît comme un pivot sur lequel elle tourne.
Après viennent les épaules, où les bras sont attachés et qui sont propres à porter les grands fardeaux.
Les bras sont destinés à serrer, et à remuer ou à transporter selon nos besoins les choses qui nous accommodent ou nous embarrassent. Les mains nous servent aux ouvrages les plus forts et les plus délicats : par elles nous nous faisons des instruments pour faire les ouvrages qu'elles ne peuvent faire elles-mêmes. Par exemple les mains ne peuvent ni couper ni scier; mais elles
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font des couteaux, des scies, et d'autres instruments semblables qu'elles appliquent chacun à leur usage. Les bras et les mains sont brisés en divers endroits, pour faciliter le mouvement et pour serrer les corps grands et petits. Les doigts inégaux entre eux s'égalent pour embrasser ce qu'ils tiennent. Le petit doigt et le pouce servent à fermer fortement et exactement la main. Les mains nous sont données pour nous défendre et pour éloigner du corps ce qui lui nuit. C'est pourquoi il n'y a endroit où elles ne puissent atteindre.
On voit ensuite la poitrine, qui contient le cœur et le poumon ; les côtes en font et en soutiennent la cavité (a).
Au bas est le ventre qui enferme l'estomac, le foie, la rate, les intestins ou boyaux par où les excréments se séparent et se déchargent.
Toute cette masse est posée sur les cuisses et sur les jambes brisées en divers endroits, comme les bras pour la facilité du mouvement et du repos.
Les pieds soutiennent le tout ; et quoiqu'ils paraissent petits à comparaison de tout le corps, les proportions en sont si bien prises qu'ils portent sans peine un si grand fardeau. Les doigts des pieds y contribuent, parce qu'ils serrent et appliquent le pied contre la terre ou le pavé.
Le corps aide aussi à se soutenir par la manière dont il se situe, parce qu'il se pose naturellement sur un certain centre de pesanteur, qui fait que les parties se contre-balancent mutuellement, et que le tout se soutient sans peine par ce contre-poids.
Les chairs et la peau couvrent tout le corps, et servent à le défendre contre les injures de l'air.
Les chairs sont cette substance molle et tendre qui couvre les os de tous côtés; elles sont composées de divers filets qu'on appelle fibres, tors en différents sens, qui peuvent s'allonger et se rétrécir, et par là tirer, retirer, étendre, fléchir, remuer en
(a) L'anonyme a mis à la marge du manuscrit : « Le diaphragme oublié, » et toutes les éditions donnent de cet organe une longue description. On dit que l'abbé Ledieu a tracé cette traduction sur le manuscrit ; mais il n'eu existe pas un mot. D'ailleurs Bossuet parle plus loin du diaphragme, et dit en sou style tout ce qu'on lui fait dire ici en style d'éditeur.
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diverses sortes les parties du corps ou les tenir en état. C'est ce qui s'appelle muscles, et de là vient la distinction des muscles extenseurs ou fléchisseurs.
Les muscles ont leur origine à certains endroits des os, où on les voit attachés, excepté quelques-uns qui servent à l'éjection des excréments et dont la composition est fort différente des autres.
La partie du muscle qui est insérée à (a) l'os s'appelle la tète ; l'autre extrémité s'appelle la queue, et c'est le tendon ; le milieu s'appelle le ventre, et c'est la plus molle, comme la plus grosse. Les deux extrémités ont plus de force, parce que l'une soutient le muscle, et que par l'autre, c'est-à-dire par le tendon qui est aussi le plus fort, s'exerce immédiatement le mouvement.
Il y a des muscles qui se meuvent ensemble, en concours et en même sens, pour s'aider les uns les autres ; on les appelle congénères (b); il y en a d'autres opposés, et dont le jeu est contraire, c'est-à-dire que pendant que les uns se retirent, les autres s'allongent, on les appelle antagonistes; c'est par là que se font les mouvements des parties et le transport de tout le corps.
On ne peut assez admirer cette prodigieuse quantité de muscles qui se voient dans le corps humain, ni leur jeu si aisé et si commode, non plus que le tissu de la peau qui les enveloppe, si fort et si délicat tout ensemble.
III. Description des parties intérieures, et premièrement de celles qui sont enfermées dans la poitrine.
Parmi les parties intérieures, celle qu'il faut considérer la première, c'est le cœur. Il est situé au milieu de la poitrine, couché pourtant de manière que la pointe en est tournée et un peu avancée du côté gauche. Il a deux cavités, à chacune desquelles est jointe une artère et une veine, qui de là se répandent partout le corps. Ces deux cavités, que les anatomistes appellent les deux ventricules du cœur, sont séparées par une substance solide et
(a) L'anonyme : Qui sort de l'os. — (b) L’anon. : On les peut appeler concurrents.
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charnue à qui notre langue n'a point donné de nom, et que les Latins appellent septum médium.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans le cœur est son battement continuel, par lequel il se resserre et se dilate. C'est ce qui s'appelle systole et diastole; systole quand il se resserre, et diastole quand il se dilate. Dans la diastole il s'enfle et s'arrondit ; dans la systole il s'apetisse et s'allonge : mais l'expérience a appris que lorsqu'il s'enfle au dehors, il se resserre au dedans, et au contraire qu'il se dilate au dedans, quand il s'apetisse et s'amenuise au dehors. Ceux qui pour connaître mieux la nature des parties, ont fait des dissections d'animaux vivants, assurent qu'après avoir fait une ouverture dans leur cœur quand il bat encore, si on y enfonce le doigt, on se sent plus pressé dans la diastole, et ils ajoutent que la chose doit nécessairement arriver ainsi par la seule disposition des parties.
A considérer la composition de toute la masse du cœur, les fibres et les filets dont il est tissu et la manière dont ils sont tors, on le reconnaît pour un muscle, à qui les esprits venus du cerveau causent son battement continuel. Et on prétend que ces fibres ne sont pas mues selon leur longueur prise en droite ligne, mais comme tordues de côté ; ce qui fait que le cœur se ramenant sur lui-même, s'enfle en rond ; et en même temps que les parties qui environnent les cavités se compriment au dedans avec grande force.
Cette compression fait deux grands effets sur le sang. L'un, qu'elle le bat fortement, et par là même elle l'échauffé ; l'autre, qu'elle le pousse avec violence dans les artères (a), après que le cœur en se dilatant l'a reçu par les veines.
Ainsi par une continuelle circulation, le sang doit couler nécessairement (b) des veines dans les artères, et des artères dans les veines, repassant sans cesse dans le cœur, où il est battu de nouveau, où par conséquent il se réchauffe et se purifie, et où enfin il prend sa dernière forme.
(a) L’anon. : Et par la même raison elle l'échauffé ; l'autre qu'elle le pousse avec violence dans les artères. — (b) L'anonyme a effacé la fin de l'alinéa et l'alinéa suivant.
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Cette compression qui le bat, l'échauffé et le purifie, sert aussi à en exprimer et élever les esprits, c'est-à-dire une vapeur fort subtile, fort vive et fort agitée, qui tient quelque chose de la nature du feu par son activité et par sa vitesse. Il y a des vaisseaux disposés pour la porter promptement dans le cerveau, où par de nouveaux battements et par d'autres causes elle devient plus vive et plus agitée.
Il y a beaucoup de chaleur dans le cœur; mais ceux qui ont ouvert des animaux vivants, assurent qu'ils ne la ressentent guère moins grande dans les autres parties.
On peut (a) penser toutefois que le cœur, par son mouvement le plus vif et le plus violent qui soit dans le corps, s'échaufferait beaucoup plus et jusqu'à un excès insupportable, si cette chaleur n'était tempérée par l'air que le poumon attire.
Le poumon est une substance molle et poreuse (b), qui en se dilatant et se resserrant à la manière d'un soufflet, reçoit et rend l'air que nous respirons. Ce mouvement s'appelle dilatation et compression : en général respiration ; en particulier, quand le poumon attire l'air en se dilatant, cela s'appelle inspiration : et quand il le rend en se resserrant, cela s'appelle (c) aspiration ou expiration.
Les mouvements du poumon se font par le moyen des muscles insérés en divers endroits au dedans du corps (d) et par lesquels la poitrine est comprimée et dilatée.
Cette compression et dilatation se fait aussi sentir dans le bas-ventre, qui s'enfle et s'abaisse au mouvement de la poitrine, par le moyen de certains muscles qui font la communication de l'une et de l'autre partie.
Le poumon se répand de part et d'autre dans toute la capacité de la poitrine. Il est autour du cœur pour le rafraîchir par l'air qu'il attire. En rejetant cet air, on dit qu'il pousse au dehors les fumées que le cœur excite par sa chaleur, et qui le suffoqueraient si elles n'étaient évaporées. Cette même fraîcheur de l'air sert aussi à épaissir le sang et à corriger sa trop grande subtilité. Le
(a) Cet alinéa est aussi barré. — (b) L’anon. : Une partie molle et vésiculaire. — (c) L’anon. : S'appelle aspiration. — (d) Au dedans et au dehors du corps.
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poumon a encore beaucoup d'autres usages qui s'entendront mieux par la suite.
C'est une chose admirable comme l'animal, qui n'a pas besoin de respirer dans le ventre de sa mère, aussitôt qu'il en est dehors ne peut plus vivre sans respiration : ce qui vient de la différente manière dont il se nourrit dans l'un et dans l'autre état.
Sa mère mange, digère et respire pour lui ; et par les vaisseaux disposés à cet effet lui envoie le sang tout préparé et conditionné comme il faut pour circuler dans son corps et le nourrir.
Le dedans de la poitrine est tendu d'une peau assez délicate qu'on appelle pleure (a). Elle est fort sensible, et c'est d'elle que nous viennent les douleurs de la pleurésie.
Au-dessous du poumon est l'estomac, qui est une grande membrane en forme d'une bourse ou d'une cornemuse, et c'est là que se fait la digestion des viandes.
Du côté droit est le foie. Il enveloppe un côté de l'estomac, et aide à la digestion par sa chaleur. D fait la séparation de la bile d'avec le sang. De là vient qu'il a par-dessous un petit vaisseau comme une petite bouteille, qu'on appelle la vésicule du fiel, où la bile se ramasse et d'où elle se décharge dans les intestins. Cette humeur acre en les picotant, les agite et leur sert comme d'une espèce de lavement naturel pour leur faire jeter les excréments.
La rate est à l'opposite du foie; c'est une espèce d'éponge, où s'imbibe l'humeur terrestre et mélancolique, d'où viennent, à ce qu'on tient, les vapeurs qui causent ces noirs chagrins dont on ne peut dire le sujet.
Derrière sont les deux reins, où se séparent et s'amassent les sérosités qui tombent dans la vessie par deux petits tuyaux qu'on appelle les uretères, et font les urines.
Au-dessous de toutes ces parties sont les entrailles ou les
(a) Ou préfère aujourd'hui le mot plèvre.
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intestins, ou par divers détours les excréments se séparent, et tombent dans les lieux par ou (a) la nature s'en décharge.
Les intestins sont attachés et comme cousus aux extrémités du mésentère; aussi ce mot signifie-t-il le milieu des entrailles.
Le mésentère est la partie qui s'appelle fraise dans les animaux, par le rapport qu'elle a aux fraises qu'on portait autrefois au cou.
C'est une grande membrane étendue à peu près en rond, mais repliée plusieurs fois sur elle-même ; ce qui fait que les intestins qui la bordent dans toute sa circonférence se replient de la même sorte et se répandent dans tout le bas-ventre par divers détours (b).
On voit sur le mésentère une infinité de petites veines plus minces que des cheveux, qu'on appelle des veines lactées, à cause qu'elles contiennent une liqueur semblable au lait, blanche et douce comme lui, dont on verra dans la suite la génération.
Au reste les veines lactées sont si petites, qu'on ne peut les apercevoir dans l'animal qu'en l'ouvrant un peu après qu'il a mangé, parce que c'est alors, comme il sera dit, qu'elles se remplissent de ce suc blanc, et qu'elles en prennent la couleur.
Au milieu du mésentère est une glande assez petite. Les veines lactées sortent toutes des intestins, et aboutissent à cette glande comme à leur centre.
Il paraît par la seule situation que la liqueur dont ces veines sont remplies leur doit venir des entrailles, et qu'elle est portée à cette glande, d'où elle est conduite en d'autres parties qui seront marquées dans la suite.
Tous les intestins ont leur pellicule commune, qu'on appelle le péritoine, qui les enveloppe et qui contient divers vaisseaux, entre autres les ombilicaux appelés ainsi parce qu'ils se terminent au nombril. Ce sont ceux par où le sang et la nourriture sont portés au cœur de l'enfant, tant qu'il est dans le ventre de sa mère. Ensuite ils n'ont plus d'usage, et aussi se resserrent-ils tellement, qu'à peine les peut-on apercevoir dans la dissection.
Toute cette basse région, qui commence à l'estomac est séparée
(a) L’anon. : D'où. — (b) Se replient de la même sorte dans tout le bas-ventre.
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de la poitrine par une grande membrane musculeuse, ou pour mieux dire par un muscle qui s'appelle le diaphragme. Il s'étend d'un côté à l'autre dans toute la circonférence des côtes (a), et semble ainsi étendu pour empêcher que les fumées qui sortent de l'estomac et du bas-ventre, à cause des aliments et des excréments, n'offusquent le cœur.
Mais son principal usage est de servir à la respiration. Pour l'aider, il se hausse et se baisse par un mouvement continuel, qui peut être hâté ou ralenti par diverses causes.
En se baissant, il appuie sur les intestins et les presse, ce qui a de grands usages qu'il faudra considérer en leur lieu.
Le diaphragme est percé, pour donner passage aux vaisseaux qui doivent s'étendre dans les parties inférieures.
Le foie et la rate y sont attachés. Quand il est secoué violemment, ce qui arrive quand nous rions avec éclat, la rate secouée en même temps, se purge des humeurs qui la surchargent : d'où vient qu'en certains états on se sent beaucoup soulagé par un ris éclatant.
Voilà les parties principales qui sont renfermées dans la capacité de la poitrine et dans le bas-ventre. Outre cela il y en a d'autres qui servent de passage pour conduire à celles-là.
V. Les passages qui conduisent aux parties ci-dessus décrites, c'est-à-dire l'œsophage et la trachée-artère.
A l'entrée de la gorge sont attachés l'œsophage, autrement le gosier, et la trachée-artère. Œsophage signifie en grec ce qui porte la nourriture. Trachée-artère et âpre-artère, c'est la même chose. Elle est ainsi appelée à cause qu'étant composée de divers anneaux, le passage n'en est pas uni.
L'œsophage, selon son nom, est le conduit par où les viandes sont portées à l'estomac, qui n'est qu'un allongement ou, comme parle la médecine, une production de l'œsophage. La situation et l'usage de ce conduit font voir qu'il doit traverser le diaphragme.
La trachée-artère est le conduit par où l'air qu'on respire est
(a) L'anonyme a supprimé le reste de l'alinéa.
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porté dans le poumon, où elle se répand en une infinité de petites branches qui à la fin deviennent imperceptibles, ce qui fait que le poumon s'enfle tout entier par la respiration.
Le poumon repoussant (a) l'air par la trachée-artère avec effort, forme la voix de la même sorte qu'il se forme un son par un tuyau d'orgue. Avec l'air sont aussi poussées au dehors les humidités superflues qui s'engendrent dans le poumon et que nous crachons.
La trachée-artère a dans son entrée une petite languette qui s'ouvre pour donner passage aux choses qui doivent sortir par cet endroit-là. Elle s'ouvre plus ou moins, ce qui sert à former la voix et à diversifier les tons.
La même languette se ferme exactement quand on avale ; de sorte que les viandes passent par-dessus pour aller dans l'œsophage, sans entrer dans la trachée-artère, qu'il faut laisser libre à la respiration. Car si l'aliment passait de ce côté-là, on étoufferait. Ce qui paraît par la violence qu'on souffre et par l'effort qu'on fait, lorsque la trachée-artère étant un peu entr'ouverte, il y entre quelque goutte d'eau qu'on veut repousser.
La disposition de cette languette étant telle qu'on la vient de voir, il s'ensuit qu'on ne peut jamais parler et avaler tout ensemble.
Au bas de l'estomac et à l'ouverture qui est dans son fond, il y aune languette à peu près semblable, qui ne s'ouvre qu'en dehors. Pressée par l'aliment qui sort de l'estomac, elle s'ouvre, mais en sorte qu'elle empêche le retour aux viandes qui continuent leur chemin (b) le long d'un gros boyau, où commence à se faire la séparation des excréments d'avec la bonne nourriture,
Au-dessus et dans la partie la plus haute de tout le corps, c'est-à-dire dans la tête, est le cerveau destiné à recevoir les impressions
(a) L'anonyme : Poussant. — (6) L'anonyme : Au chyle qui continue son chemin.
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des objets et tout ensemble à donner au corps les mouvements nécessaires pour les suivre ou les fuir.
Par la liaison qui se trouve entre les objets et le mouvement progressif, il a fallu qu'où se termine l'impression des objets, la se trouvât le principe et la cause de ce mouvement.
Le cerveau a été formé pour réunir ensemble ces deux fonctions.
L’impression des objets se fait par les nerfs qui servent au sentiment, et il se trouve que ces nerfs aboutissent tous au cerveau.
Les esprits coulés dans les muscles par les nerfs répandus dans tous les membres, font le mouvement progressif; et on sait premièrement que les esprits sont portés d'abord du cœur au cerveau, où ils prennent leur dernière forme : et secondement, que les nerfs par où s'en fait la conduite ont leur origine dans le cerveau comme les autres.
Il ne faut donc point douter que la direction des esprits et par là tout le mouvement progressif, n'ait sa cause dans le cerveau. Et en effet il est constant que le cerveau est directement (a) attaqué dans les maladies où le corps est entrepris, telles que sont l'apoplexie et la paralysie, et dans celles qui causent ces mouvements irréguliers qu'on appelle convulsions.
Comme l'action des objets sur les organes des sens et l'impression qu'ils font devait être continuée jusqu'au cerveau, il a fallu que la substance en fût tout ensemble assez molle pour recevoir les impressions et assez ferme pour les conserver. Et en effet elle a tout ensemble ces deux qualités.
Le cerveau a divers sinus et anfractuosités; outre cela diverses cavités qu'on appelle ventricules, choses que les médecins et anatomistes montrent plus aisément qu'ils n'en expliquent les usages.
Il est divisé en grand et petit, appelé aussi cervelet. Le premier vers la partie antérieure, et l'autre vers la partie postérieure de la tête.
La communication de ces deux parties du cerveau est visible parleur structure; mais les dernières observations semblent faire voir que la partie antérieure du cerveau est destinée aux
(a) L'anonyme ; Le cerveau est attaqué.
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opérations des sens ; c'est aussi là que se trouvent les nerfs qui servent à la vue, à l'ouïe, au goût et à l'odorat : au lieu que du cervelet naissent les nerfs qui servent au toucher et aux mouvements principalement à celui du cœur. Aussi les blessures et les autres maux qui attaquent cette partie sont-ils plus mortels, parce qu'ils vont directement au principe de la vie.
Le cerveau, dans toute sa masse, est enveloppé de deux tuniques déliées et transparentes, dont l'une, appelée pie-mère, est l'enveloppe immédiate qui s'insinue aussi dans tous les détours du cerveau; et l'autre est nommée dure-mère, à cause de la fermeté de sa consistance.
La dure-mère par les artères dont elle est remplie, est en battement continuel, et bat aussi sans cesse le cerveau, dont les parties étant fort pressées, il s'ensuit que le sang et les esprits qui y sont contenus sont aussi fort pressés et fort battus : ce qui est une des causes de l'agitation et aussi du raffinement des esprits.
C'est ce battement de la dure-mère, qu'on ressent si fort dans les maux de tête, et qui cause des douleurs si violentes.
L'artifice (a) de la nature est inexplicable à faire que le cerveau reçoive tant d'impressions, sans en être trop ébranlé. La disposition de cette partie y contribue, parce que par sa mollesse il ralentit le coup, et s'en laisse imprimer fort doucement.
La délicatesse extrême des organes des sens aide aussi à produire un si bon effet, parce qu'ils ne pèsent point sur le cerveau, et y font une impression fort tendre et fort douce.
Cela veut dire que le cerveau n'en est point blessé. Car, au reste, cette impression ne laisse pas d'être forte à sa manière, et de causer des mouvements assez grands ; mais tellement proportionnés à la nature du cerveau, qu'il n'en est point offensé.
Ce serait ici le lieu de considérer les parties qui composent l'œil, ses pellicules appelées tuniques ; ses humeurs de différente nature par lesquelles se font diverses réfractions des rayons; les muscles qui tournent l'œil, et le présentent diversement aux objets comme un miroir; les nerfs optiques, qui se terminent en cette membrane déliée qu'on nomme rétine, qui est tendue sur le
(a) L'anonyme a barré tout l'alinéa.
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fond de l'œil comme un velouté délicat et mince, et qui embrasse la partie de l'œil qu'on nomme le cristallin, à cause qu'elle ressemble à un beau cristal.
Il faudrait aussi remarquer la construction tant extérieure qu'intérieure de l'oreille, et entre autres choses le petit tambour appelé tympan, c'est-à-dire cette pellicule si mince et si bien tendue, qui par un petit marteau d'une fabrique extraordinairement délicate, reçoit le battement de l'air, et le fait passer par ses nerfs jusqu'au dedans du cerveau. Mais cette description, aussi bien que celles des autres organes des sens, serait trop longue et n'est pas nécessaire pour notre sujet.
Outre ces parties qui ont leur région séparée, il y en a d'autres qui s'étendent et règnent par tout le corps, comme sont les os, les artères, les veines et les nerfs.
Les os sont d'une substance sèche et dure, incapable de se courber, et qui peut être cassée plutôt que fléchie. Mais quand ils sont cassés, ils peuvent être facilement remis, et la nature y jette une glaire, comme une espèce de soudure, qui fait qu'ils se reprennent plus solidement que jamais. Ce qu'il y a de plus remarquable dans les os, c'est leurs jointures, leurs ligaments et les divers emboîtements des uns dans les autres, par le moyen desquels ils jouent et se meuvent.
Les emboîtements les plus remarquables sont ceux de l'épine du dos, qui règne depuis le chignon du col jusqu'au croupion. C'est un composé de petits os en forme d'anneaux enlacés merveilleusement les uns dans les autres, et ouverts au milieu pour donner entrée aux vaisseaux qui doivent y avoir leur passage. Il a fallu faire l'épine du dos de plusieurs pièces, afin qu'on put courber et dresser le corps, qui serait trop roide si l'épine était d'un seul os.
Le propre des os est de tenir le corps en état, et de lui servir d'appui. Ils font dans le corps humain ce que font les pièces de bois dans un bâtiment de plâtre. Sans les os tout le corps s'abattrait, et on verrait tomber par pièces toutes les parties. Ils en
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renferment les unes, comme le crâne, c'est-à-dire l'os de la tête, renferme le cerveau, et les côtes le poumon et le cœur. Ils en soutiennent les autres, comme les os des bras et des cuisses soutiennent les chairs qui y sont attachées.
Le cerveau est contenu dans un seul os ; mais s'il en eût été de même du poumon, cet os aurait été trop grand, par conséquent ou trop fragile ou trop solide pour se remuer au mouvement des muscles qui devaient dilater ou resserrer la poitrine. C'est pourquoi il a fallu faire ce coffre de la poitrine de plusieurs pièces qu'on appelle côtes. Elles tiennent ensemble par les peaux qui leur sont communes, et sont plus pliantes que les autres os, pour être capables d'obéir aux mouvements que leurs muscles leur devaient donner.
Le crâne a beaucoup de choses qui lui sont particulières. Il a en haut ses sutures, où il est un peu entr'ouvert pour laisser évaporer les fumées du cerveau, et servir à l'insertion de l'une de ses enveloppes, c'est-à-dire de la dure-mère. Il a aussi ses deux tables, étant composé de deux couches d'os posées l'une sur l'autre avec un artifice admirable, entre lesquelles s'insinuent les artères et les veines qui leur portent leur nourriture.
Les artères, les veines et les nerfs sont joints ensemble, et se répandent par tout le corps jusques aux moindres parties.
Les artères et les veines sont des vaisseaux qui portent par tout le corps, pour en nourrir toutes les parties, cette liqueur qu'on appelle sang ; de sorte qu'elles-mêmes, pour être nourries, sont pleines d'autres petites artères et d'autres petites veines, et celles-là d'autres encore, jusqu'au terme que Dieu seul peut savoir : et toutes ces veines et ces artères composent avec les nerfs, qui se multiplient de la même sorte, un tissu vraiment merveilleux et inimitable.
Il y a aux extrémités des artères et des veines, de secrètes communications, par où le sang passe continuellement des unes dans les autres.
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Les artères le reçoivent du cœur, et les veines l'y reportent. C’est pourquoi à l’ouverture des artères et à l’embouchure des veines du côté du cœur, il y a des valvules ou soupapes qui ne s’ouvrent qu’en un ses, et qui selon le sens dont elles sont tournées, donnent le passage et empêchent le retour. Celles des artères se trouvent disposées de sorte qu’elles peuvent recevoir le sang en sortant du cœur ; et celles des veines, des valvules de même nature, qui ne permettent pas au sang une fois passé de remonter au lieu d'où il est venu ; tellement qu'il est forcé, par le nouveau sang qui survient sans cesse, d'aller toujours en avant, et de rouler sans fin par tout le corps.
Mais ce qui aide le plus à cette circulation, c'est que les artères ont un battement continuel, semblable à celui du cœur, et qui le suit : c'est ce qui s appelle le pouls.
Et il est aisé d'entendre que les artères doivent s'enfler au battement du cœur, qui jette du sang dedans ; mais outre cela on a remarqué que, par leur composition elles ont comme le cœur un battement qui leur est propre.
On peut entendre ce battement, ou en supposant que leurs fibres une fois enflées par le sang que le cœur y jette, font sur elles-mêmes une espèce de ressort, ou qu'elles sont tournées de sorte qu'elles se remuent comme le cœur même à la manière des muscles.
Quoi qu'il en soit, l'artère peut être considérée comme un cœur répandu partout pour battre le sang et le pousser en avant, et comme un ressort, ou un muscle monté pour ainsi parier sur le mouvement du cœur et qui doit battre en même cadence.
Il paraît donc que par la structure et le battement de l'artère, le sang doit toujours avancer dans ce vaisseau ; et d'ailleurs l'artère battant sans relâche sur la veine qui lui est conjointe, y doit faire le même effet que sur elle-même, quoique non de même force, c'est-à-dire qu'elle y doit battre le sang et le pousser continuellement de valvule en valvule, sans le laisser reposer un seul moment.
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Et par là il a fallu que l'artère, qui devait avoir un battement si continuel et si ferme, fût d'une consistance plus solide et plus dure que la veine ; joint que l'artère, qui reçoit le sang comme il vient du cœur, c'est-à-dire plus échauffé et plus vif, a du encore pour cette raison être d'une structure plus forte, pour empêcher que cette liqueur n'échappât en abondance par son extrême subtilité, et ne rompît ses vaisseaux à la manière d'un vin fumeux.
Il n'est pas possible de s'empêcher d'admirer la sagesse de la nature qui, ici comme partout ailleurs, forme les parties de la manière qu'il faut pour les effets auxquels on les voit manifestement destinées.
Il y a deux artères et deux veines principales, d'où naissent toutes les autres. La plus grande artère s'appelle Y aorte ; la plus grande veine s'appelle la veine-cave (a). La plus petite artère, crue autrefois veine, s'appelle encore maintenant veine-artérieuse, comme la plus petite veine, crue autrefois artère, s'appelle artère veineuse.
A chaque côté du cœur il y a une veine et une artère. La veine-cave est au côté droit, où elle vide, dans la cavité du même côté, le sang qui est reçu dans la plus petite artère. L'aorte, ou la grande artère, est au côté gauche, où elle reçoit le sang, qui est versé par la petite veine.
Les veines et les artères ont leur bouche large du côté du cœur, d'où elles s'étendent en diverses branches, qui à force de se partager deviennent imperceptibles.
L'aorte et la veine-cave vont par tout le corps, excepté le poumon, où la plus petite artère et la plus petite veine, à mesure qu'elles s'éloignent du cœur, se répandent et se perdent en mille petits rameaux.
Immédiatement en sortant du cœur, l'aorte et la grande veine envoient une de leurs branches dans le cerveau ; et c'est par là que s'y fait ce transport soudain des esprits, dont il a été parlé.
Les nerfs sont comme de petites cordes, ou plutôt de petits filets qui commencent par le cerveau, et s'étendent par tout le corps jusqu'aux dernières extrémités.
(a) L'anonyme a barré la fin de la phrase et les trois alinéas suivants.
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Partout où il y a des nerfs, il y a quelque sentiment; et partout où il y a du sentiment, il s'y rencontre des nerfs : ce qui fait regarder les nerfs comme le propre organe des sens.
Les nerfs (a) sont creux au dedans, en forme de petits tuyaux; et nous avons déjà vu, que c'est par eux que se fait la conduite des esprits par tout le corps.
Leur cavité (b) est remplie d'une certaine moelle, qu'on dit être de même nature que le cerveau, et à travers de laquelle les esprits peuvent aisément continuer leur cours à cause qu'elle est rare et poreuse (c).
Par là se voient deux usages principaux des nerfs. Ils sont premièrement les organes propres du sentiment. C'est pourquoi à chaque partie qui est le siège de quelqu'un des sens, il y a des nerfs destinés pour servir au sentiment ; par exemple il y a aux yeux les nerfs optiques, les auditifs aux oreilles, les olfactifs aux narines, et les gustatifs à la langue. Ces nerfs servent aux sens situés dans ces parties ; et comme le toucher se trouve par tout le corps, il y a aussi des nerfs répandus par tout le corps.
Ceux qui vont ainsi par tout le corps en sortant du cerveau, passent le long de l'épine du dos, d'où ils se partagent et s'étendent dans toutes les parties.
Le second usage des nerfs n'est guère moins important. C'est de porter, par tout le corps les esprits qui font agir les muscles, et causent tous les mouvements.
Ces mêmes nerfs répandus partout, qui servent au toucher, servent aussi à cette conduite des esprits dans tous les muscles. Mais les nerfs que nous avons considérés comme les propres organes des quatre autres sens, n'ont point cet usage.
Et il est à remarquer que les nerfs qui servent au toucher se trouvent même dans les parties qui servent aux autres sens, dont la raison est que ces parties-là ont avec leur sentiment propre celui du toucher. Les yeux, les oreilles, les narines et la langue peuvent recevoir des impressions qui ne dépendent que du toucher seul, et d'où naissent des douleurs auxquelles ni les couleurs,
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leurs, ni les sons, ni les odeurs, ni le goût n'ont aucune part.
Ces parties ont aussi des mouvements qui demandent d'autres nerfs que ceux qui servent immédiatement à leurs sensations particulières ; par exemple les mouvements des yeux qui se tournent de tant de côtés, et ceux de la langue qui paraissent si divers dans la parole, ne dépendent en aucune sorte des nerfs qui servent au goût et à la vue ; et aussi y en trouve-t-on beaucoup d'autres, par exemple dans les yeux les nerfs moteurs et les autres que démontre l'anatomie.
Les parties que nous venons de décrire ont toutes, ou presque toutes, de petits passages qu'on appelle pores, par où s'échappent et s'évaporent les matières les plus légères et les plus subtiles par un mouvement qu'on appelle transpiration.
Après avoir parlé des parties qui ont de la consistance, il faut parler maintenant des liqueurs et des esprits.
Il y a une liqueur qui arrose tout le corps, et qu'on appelle le sang.
Cette liqueur est mêlée dans toute sa masse de beaucoup d'autres liqueurs, telles que sont la bile et les sérosités. Celle qui est rouge, qu'on voit à la fin se figer dans une palette et qui en occupe le fond, est celle qu'on appelle proprement sang.
C'est par cette liqueur que la chaleur se répand et s'entretient; c'est d'elle que se nourrissent toutes les parties, et si l'animal ne se réparait continuellement par cette nourriture il périrait.
C'est un grand secret de la nature de savoir comment le sang s'échauffe dans le cœur.
Et d'abord on peut penser que le cœur étant extrêmement chaud, le sang s'y échauffe et s'y dilate comme l'eau dans un vaisseau déjà échauffé.
Et si la chaleur du cœur, qu'on ne trouve guère plus grande que celle des autres parties, ne suffit pas pour cela, on y peut ajouter deux choses : l'une, que le sang soit composé, ou en son tout, ou en partie, d'une matière de la nature de elles qui
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s'échauffent par le mouvement : et déjà on le voit fort mêlé de Mie, matière si aisée à échauffer; et peut-être que le sang même dans sa propre substance tient de cette qualité : de sorte qu'étant, comme il est continuellement, battu premièrement par le cœur, et ensuite par les artères. il vient à un degré de chaleur considérable.
L'autre chose qu'on peut dire, est qu'il se fait dans le cœur une fermentation du sang.
On appelle fermentation, lorsqu'une matière s'enfle par une espèce de bouillonnement, c'est-à-dire par la dilatation de ses parties intérieures. Ce bouillonnement se fait par le mélange d'une autre matière qui se répand et s'insinue entre les parties de celle qui est fermentée, et qui les poussant du dedans au dehors, leur donne une plus grande circonférence. C'est ainsi que le levain enfle la pâte.
On peut donc penser que le cœur mêle dans le sang une matière, quelle qu'elle soit, capable de le fermenter; ou même sans chercher plus loin, qu'après que l'artère a reçu le sang que le cœur y pousse, quelque partie restée dans le cœur sert de ferment au nouveau sang que la veine y décharge aussitôt après, comme un peu de vieille pâte aigrie fermente et enfle la nouvelle.
Soit donc qu'une de ces causes suffise, soit qu'il les faille toutes joindre ensemble, ou que la nature ait encore quelque autre secret inconnu aux hommes, il est certain que le sang s'échauffe beaucoup dans le coeur, et que cette chaleur entretient la vie.
Car d'un sang refroidi, il ne s'engendre plus d'esprits; ainsi le mouvement cesse et l'animal meurt.
Le sang doit avoir une certaine consistance médiocre, et quand il est ou trop subtil ou trop épais il en arrive divers maux à tout le corps.
Il bouillonne quelquefois extraordinairement, et souvent il s'épaissit avec excès; ce qui lui doit arriver par le mélange de quelque liqueur.
Et il ne faut pas croire que cette liqueur qui peut ou épaissir tout le sang ou le faire bouillonner, soit toujours en grande quantité; l'expérience faisant voir combien peu il faut de levain
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pour enfler beaucoup de pâte, et que souvent une seule goutte d'une certaine liqueur agite et fait bouillir une quantité beaucoup plus grande de l'autre.
C'est par là qu'une goutte de venin entrée dans le sang, en fige toute la masse et nous cause une mort certaine : et on peut croire de même qu'une goutte de liqueur d'une autre nature fera bouillonner tout le sang. Ainsi ce n'est pas toujours la trop grande quantité de sang, mais c'est souvent son bouillonnement qui le fait sortir des veines, et qui cause les saignements de nez ou les autres accidents semblables, qu'on ne guérit pas toujours aussi en tirant du sang, mais en trouvant ce qui est capable de le rafraîchir et de le calmer.
Nous avons déjà dit du sang, qu'il a un cours perpétuel du cœur dans les artères, des artères dans les veines, et des veines encore dans le cœur, d'où il est jeté de nouveau dans les artères, et toujours de même tant que l'animal est vivant.
Ainsi c'est le même sang qui est dans les artères et dans les veines, avec cette différence que le sang artériel sortant immédiatement du cœur doit être plus chaud, plus subtil et plus vif, au lieu que celui des veines est plus tempéré et plus épais. Il ne laisse pas d'avoir sa chaleur, mais plus modérée; et se figerait tout à fait, s'il croupissait dans les veines et ne venait bientôt se réchauffer dans le cœur.
Le sang artériel a encore cela de particulier, que quand l'artère est piquée, on le voit saillir comme par bouillons et à diverses reprises, ce qui est causé par le battement de l'artère.
Toutes les humeurs, comme la bile jaune ou noire, appelée autrement mélancolie, les sérosités et la pituite ou le flegme, coulent avec le sang dans la même masse, et en sont aussi séparées en certaines parties du corps, ainsi qu'il a été dit. Ces humeurs ont différentes qualités tant par leur propre nature, que selon qu'elles sont diversement préparées et pour ainsi dire criblées. C'est de cette masse commune que sont épreintes et formées la salive, les urines, les sueurs, les eaux contenues dans les vaisseaux lymphatiques qu'on trouve auprès des veines; celles qui remplissent les glandes de l'estomac, par exemple, qui servent
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tant à la digestion ; ces larmes enfin que la nature tient réservées en de certains tuyaux auprès des yeux peut-être pour les rafraîchir et les humecter. ,
Les esprits sont la partie la plus vive et la plus agitée du sang (a). C'est une espèce de vapeur extraordinairement subtile et mouvante, que la chaleur du cœur en fait élever, et qui est portée promptement par certains vaisseaux au cerveau, ou les esprits s'affinent davantage par leur propre agitation, par celle du cerveau même et par la nature des parties où ils passent à peu près comme des liqueurs s'épurent et se clarifient dans les instruments par où on les coule.
De là ils entrent dans les nerfs qu'ils tiennent tendus; par les nerfs ils s'insinuent dans les muscles qu'ils font jouer, et mettent en action toutes les parties.
Quand les esprits sont épuisés à force d'agir, les nerfs se détendent, tout se relâche, l'animal s'endort, et se délasse du travail et de l'action où il est sans cesse pendant qu'il veille.
Le sang et les esprits se dissipent continuellement, et ont aussi besoin d'être réparés.
Pour ce qui est des esprits, il est aisé de concevoir qu'étant si subtils et si agités, ils passent à travers les pores et se dissipent d'eux-mêmes par leur propre agitation.
On peut aussi aisément comprendre que le sang, à force de passer et de repasser dans le cœur, s'évaporerait à la fin. Mais il y a une raison particulière à la dissipation du sang, tirée de la nourriture.
Les parties (b) de notre corps doivent bien avoir quelque constance; mais si elles n'avaient aussi quelque mollesse, elles ne seraient pas assez maniables, ni assez pliantes pour faciliter le mouvement. Etant donc, comme elles sont, assez tendres, elles se dissipent et se consument facilement tant par leur propre chaleur
(a) L’anon. : … Du sang, et mettent en action toutes les parties . — Le reste du chapitre est barré. — (b) L’anonyme a barré cet alinéa et le suivant.
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que par la perpétuelle agitation des corps qui les environnent. C'est pour cela qu'un corps mort par la seule agitation de l'air auquel il est exposé, se corrompt et se pourrit. Car l'air ainsi agité, ébranlant ce corps mort par le dehors et s'insinuant dans les pores par sa subtilité, à la fin l'altère et le dissout. Le même arriverait à un corps vivant, s'il n'était réparé par la nourriture.
Ce renouvellement des chairs et des autres parties du corps paraît principalement dans la guérison des blessures, qu'on voit se fermer, et en même temps les chairs revenir par une assez prompte régénération.
Cette réparation se fait par le moyen du sang qui coule dans les artères, dont les plus subtiles parties s'échappant par les pores, dégouttent sur tous les membres, où elles se prennent, s'y attachent et les renouvellent : c'est par là que le corps croît et s'entretient, comme on voit les plantes et les fleurs croître et s'entretenir par l'eau de la pluie. Ainsi le sang toujours employé à nourrir et à réparer l'animal, s'épuiserait aisément s'il n'était lui-même réparé, et la source en serait bientôt tarie.
La nature y a pourvu par les aliments qu'elle nous a préparés, et par les organes qu'elle a disposés pour renouveler le sang, et par le sang tout le corps.
L'aliment commence premièrement à s'amollir dans la bouche par le moyen de certaines eaux épreintes des glandes qui y aboutissent. Ces eaux détrempent les viandes, et font qu'elles peuvent plus facilement être brisées et broyées par les mâchoires : ce qui est un commencement de digestion.
De là elles sont portées par l'œsophage dans l'estomac, où il coule dessus d'autres sortes d'eaux épreintes d'autres glandes, qui se voient en nombre infini dans l'estomac même. Par le moyen de ces eaux et à la faveur de la chaleur du foie, les viandes se cuisent dans l'estomac, à peu près comme elles feraient dans une marmite mise sur le feu ; ce qui se fait d'autant plus facilement, que ces eaux de l'estomac sont de la nature des eaux fortes : car elles ont la vertu d'inciser les viandes, et les coupent si menues qu'il n'y a plus rien de l'ancienne forme.
C'est ce qui s'appelle la digestion qui n'est autre chose que
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l'altération que souffre l’aiment dans l'estomac, pour être disposé à s'incorporer à l'animal.
Cette matière digérée blanchit et devient comme liquide : c'est ce qui s'appelle le chyle.
Il est porté de l'estomac au boyau qui est au-dessous, et où se commence la séparation du pur et de l'impur, laquelle se continue tout le long des intestins.
Elle se fait par le pressement continuel que cause la respiration, et le mouvement du diaphragme sur les boyaux. Car étant ainsi pressés, la matière dont ils sont pleins est contrainte de couler dans toutes les ouvertures qu'elle trouve dans son passage; en sorte que les veines lactées, qui sont attachées aux boyaux, ne peuvent manquer d'être remplies par ce mouvement.
Mais comme elles sont fort minces, elles ne peuvent recevoir que les parties les plus délicates, qui exprimées par le pressement des intestins, se jettent dans ces veines, et y forment cette liqueur blanche qui les remplit et les colore, pendant que le plus grossier par la force du même pressement continue son chemin dans les intestins, jusqu'à ce que le corps en soit déchargé.
Car il y a quelques valvules disposées d'espace en espace dans les intestins, qui empêchent la matière de remonter (a), et on remarque, outre cela, qu'ils sont tournés en dedans comme une espèce de vis, qui détermine la matière à prendre un certain cours, et la conduit aux extrémités par où elle doit sortir.
La liqueur des veines lactées est celle que la nature prépare pour la nourriture de ranimai; le reste est le superflu et comme le marc qu'elle rejette, qu'on appelle aussi pour cette raison excrément.
Ainsi se fait la séparation du liquide d'avec le grossier et du pur d'avec l'impur, à peu près de la même sorte que le vin et l'huile s'expriment du raisin et de l'olive pressée, ou comme la fleur de farine passe par un sas plutôt que le son, ou que certaines liqueurs passées par une chausse se clarifient et y laissent ce qu'elles ont de plus grossier.
Les détours des boyaux repliés les uns sur les autres, font que
(a) La fin de l'alinéa est barrée.
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la matière digérée dans l'estomac y séjourne plus longtemps, et donne tout le loisir nécessaire à la respiration pour exprimer tout le bon suc, en sorte qu'il ne s'en perde aucune partie.
A cela sert (a) beaucoup encore cette disposition des parties intérieures des boyaux en forme de vis; ce qui fait que la matière digérée ne peut s'échapper qu'après de longs circuits, durant lesquels la nature tire toujours ce qui lui est propre.
Il arrive aussi par ces détours et cette disposition intérieure des boyaux, que ranimai ayant une fois pris sa nourriture, peut demeurer longtemps sans en prendre de nouvelle, parce que le suc épuré qui le nourrit est longtemps à s'exprimer ; ce qui fait durer la nutrition, et empêche la faim de revenir sitôt.
Et on remarque que les animaux qu'on voit presque toujours affamés, comme par exemple les loups, ont les intestins fort droits : d'où il arrive que l'aliment digéré y séjourne peu, et que le besoin de manger est pressant et revient souvent.
Comme les entrailles pressées par la respiration, jettent dans les veines lactées la liqueur dont nous venons de parler, ces veines pressées par la même force, la poussent au milieu du mésentère, dans la glande où nous avons dit qu'elles aboutissent : d'où le même pressement les porte dans un certain réservoir nommé le réservoir de Pecquet, du nom d'un fameux anatomiste de nos jours, qui l'a découvert.
De là il passe dans un long vaisseau, qui par la même raison est appelé le canal ou le conduit de Pecquet. Ce vaisseau étendu le long de l'épine du dos, aboutit un peu au-dessous du col à une des veines qu'on appelle sous-clavières ; d'où il est porté dans le cœur, et là il prend tout à fait la forme de sang.
Il sera aisé de comprendre comment le chyle est élevé à cette veine, si on considère que le long de ce vaisseau de Pecquet il y a des valvules disposées par intervalles qui empêchent cette liqueur de descendre, et que d'ailleurs elle est continuellement poussée en haut tant par la matière qui vient en abondance des veines lactées que par le mouvement du poumon, qui fait monter ce suc en pressant le vaisseau où il est contenu,
(a) Alinéa barré par l'anonyme.
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Il n'est pas croyable à combien de choses sert la respiration ; elle rafraîchit le cœur et le sang ; elle entraîne avec elle et pousse dehors les fumées qu'excite la chaleur du cœur ; elle fournit l'air dont se forme la voix et la parole ; elle aide par l'air qu'elle attire à la génération des esprits ; elle pousse le chyle des entrailles dans les veines lactées, de là dans la glande du mésentère, ensuite dans le réservoir et dans le canal de Pecquet, et enfin dans la sous-davière; et en même temps elle facilite l'éjection des excréments, toujours en pressant les intestins.
Voilà quelle est s peu près la disposition du corps et l'usage de ses parties, parmi lesquelles il paraît que le cœur et le cerveau sont les principales, et celles qui pour ainsi dire mènent toutes les autres.
Ces deux maîtresses parties influent dans tout le corps. Le cœur y envoie partout le sang dont il est nourri; et le cerveau y distribue de tous côtés les écrits par lesquels il est remué.
Au premier la nature a donné les artères et les veines pour la distribution du sang, et elle adonné les nerfs au second pour l'administration des esprits.
Nous avons vu que la fabrique des esprits se commence par le cœur, lorsque battant le sang et l'échauffant, il en élève les parties les plus subtiles au cerveau, qui les perfectionne , et qui ensuite en renvoie au cœur ce qui lui est nécessaire pour exciter (a) son battement.
Ainsi ces deux maîtresses parties, qui mettent pour ainsi dire tout le corps en action, s'aident mutuellement dans leurs fonctions, puisque sans les vapeurs que le cœur élève de ce sang (b), le cerveau n'aurait pas de quoi former les esprits, et que le cœur aussi n'aurait point de battement (c) sans les esprits que le cerveau lui envoie.
(a) L’anon. : Produire. — (b) Sans le sang que le cœur envoie au cerveau.— (c) Mouvement.
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XII. La santé, la maladie, la mort; et à propos des maladies, les passions en tant qu'elles regardent le corps.
Quand le corps est en bon état et dans sa disposition naturelle, c'est ce qui s'appelle santé. La maladie au contraire est la mauvaise disposition du tout, ou de ses parties. Que si l'économie du corps est tellement troublée que les fonctions naturelles cessent tout à fait, la mort de l'animal s'ensuit.
Cela doit arriver précisément quand les deux maîtresses pièces, c'est-à-dire le cerveau et le cœur, sont hors d'état d'agir ; c'est-à-dire quand le cœur cesse de battre, et que le cerveau ne peut plus exercer cette action, quelle qu'elle soit, qui envoie les esprits au cœur.
Car encore que le concours des autres parties soit nécessaire pour nous faire vivre, la cessation de leur action nous fait languir, mais ne nous tue pas tout à coup : au lieu que quand l'action du cerveau ou du cœur cesse tout à fait, on meurt à l'instant.
Or on peut en général concevoir trois choses capables de causer dans ces deux parties cette cessation funeste : la première, si elles sont ou altérées dans leur substance, ou dérangées dans leur composition ; la seconde, si les esprits qui sont pour ainsi dire l'âme du ressort, viennent à manquer ; la troisième, si ne manquant pas et se trouvant préparés, ils sont empêchés d'agir par quelque autre cause, par exemple de couler (a) ou du cerveau dans le cœur ou du cœur dans le cerveau.
Et il semble que toute machine doive cesser par une de ses causes. Car ou le ressort se rompt, comme les tuyaux dans un orgue, et les roues ou les meules dans un moulin ; ou le moteur cesse, comme si la rivière qui fait aller ces roues est détournée, ou que le soufflet qui pousse l'air dans l'orgue soit brisé ; ou le moteur et le mobile étant en état, l'action de l'un sur l'autre est empêchée par quelque autre corps, comme si quelque chose au dedans de l'orgue empêche le vent d'y entrer; ou que l'eau et
(a) L’anon. : Us sont empêchés par quelque autre cause de couler...
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toutes les roues étant comme il faut, quelque corps interposé en un endroit principal empêche le jeu.
Appliquant à l'homme, machine sans comparaison plus ingénieuse et plus délicate; mais en ce qu'il a de corporel, pure machine (a) : on peut concevoir qu'il meurt, si les ressorts principaux se corrompent, si les esprits qui sont le moteur s'éteignent, ou si les ressorts étant en état et les esprits prêts, le jeu en est empêché par quelque autre cause.
S'il arrive par quelque coup que le cerveau ou le cœur soient entamés, et que la continuité des filets soit interrompue : et sans entamer la substance, si le cerveau ou se ramollit ou se dessèche excessivement, ou que par un accident semblable les fibres du cœur se roidissent ou se relâchent tout à fait, alors ces deux ressorts, d'où dépend tout le mouvement, ne subsistent plus (b) et toute la machine est arrêtée.
Mais quand le cerveau et le cœur demeureraient en leur entier, dès là que les esprits manquent, les ressorts cessent faute de moteur : et quand il se formerait des esprits conditionnés comme il faut, si les tuyaux par où ils doivent passer, ou resserrés ou remplis de quelque autre chose, leur ferment l'entrée (c), c'est de même que s'ils n'étaient plus. Ainsi le cerveau et le cœur dont l'action et la communication nous font vivre, restent sans force ; le mouvement cesse dans son principe, toute la machine demeure, et ne se peut plus rétablir.
Voilà ce qu'on appelle mort, et les dispositions à cet état s'appellent maladies.
Ainsi toute altération dans le sang, qui l'empêche de fournir pour les esprits une matière louable, rend le corps malade ; et si la chaleur naturelle, ou étouffée par la trop grande épaisseur du sang, ou dissipée par son excessive subtilité, n'envoie plus d'esprits, il faut mourir : tellement qu'on peut définir la mort l'extinction de la chaleur naturelle dans le sang et dans le cœur (d).
(a) L’anon. : Appliquant ceci au corps de l'homme, machine sans comparaison plus composée et plus délicate ; mais en ce que l'homme a de corporel, pure machine. — (b) Alors l'action de ces deux ressorts, d'où dépend tout le mouvement, ne subsiste plus. — (c) L'entrée ou le passage. — (d) On peut définir la mort par la cessation du mouvement interne et du mouvement local dans le sang et dans le cœur.
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Outre les altérations qui arrivent dans le corps par les maladies, il y en a qui sont causées par les passions, qui à vrai dire sont une espèce de maladie. Il serait trop long d'expliquer ici toutes ces altérations, et il suffit d'observer en général qu'il n'y a point de passion qui ne fasse quelque changement dans les esprits, et par les esprits dans le cœur et dans le sang. Et c'est une suite nécessaire de l'impression violente que certains objets font dans le cerveau.
De là il arrive nécessairement que quelques-unes des passions les y excitent et les y agitent avec violence, et que les autres les y ralentissent. Les unes par conséquent les font couler plus abondamment dans le cœur, et les autres moins. Celles qui les font abonder, comme la colère et l'audace, les répandent avec profusion, et les poussent de tous côtés au dedans et au dehors : celles qui excitent moins, telles que sont la tristesse et le désespoir, les retiennent serrés au dedans, comme pour les ménager. De là naissent dans le cœur et dans le pouls des battements, les uns plus lents, les autres plus vites ; les uns incertains et inégaux, et les autres plus mesurés ; d'où il arrive dans le sang divers changements, et de là conséquemment de nouvelles altérations dans les esprits. Les membres extérieurs reçoivent aussi de différentes dispositions : quand on est attaqué, le cerveau envoie plus d'esprits aux bras et aux mains, et c'est ce qui fait qu'on est plus fort dans la colère. Dans cette passion, les muscles s'affermissent, les nerfs se bandent, les poings se ferment, tout se tourne à l'ennemi pour l'écraser, et le corps est disposé à se ruer sur lui de tout son poids. Quand il s'agit de poursuivre un bien, ou de fuir un mal pressant, les esprits accourent avec abondance aux cuisses et aux jambes pour hâter la course ; tout le corps soutenu par leur extrême vivacité, devient plus léger : ce qui a fait dire au Poète en parlant d'Apollon et de Daphné : Hic spe celer, illa timoré. Si un bruit un peu extraordinaire menace de quelque coup, on s'éloigne naturellement de l'endroit d'où vient le bruit, en y jetant l'œil, afin d'esquiver plus facilement ; et quand le coup est reçu, la main
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se porte aussitôt aux parties blessées, pour ôter s'il se peut la cause du mal : tant les esprits sont disposés dans les passions, à seconder promptement les membres qui ont besoin de se mouvoir.
Par l'agitation du dedans, la disposition du dehors est toute changée. Selon que le sang accourt au visage ou s'en retire, il y paraît ou enflammation ou pâleur (a). Ainsi on voit dans la colère les yeux allumés ; on y voit rougir le visage, qui au contraire pâlit dans la crainte. La joie et l'espérance en adoucissent les traits, ce qui répand sur le front une image de sérénité. La colère et la tristesse au contraire les rendent plus rudes, et leur donnent un air ou plus farouche, ou plus sombre. La voix change aussi en diverses sortes. Car selon que le sang ou les esprits coulent plus ou moins dans le poumon, dans les muscles qui l'agitent, et dans la trachée-artère par où il respire l'air, ces parties ou dilatées ou pressées diversement, poussent tantôt des sons éclatants, tantôt des cris aigus, tantôt des voix confuses, tantôt de longs gémissements, tantôt des soupirs entrecoupés. Les larmes accompagnent de tels états, lorsque les tuyaux qui en sont la source sont dilatés ou pressés à une certaine mesure. Si le sang refroidi et par là épaissi, envoie peu de vapeurs au cerveau, et lui fournit moins de matière d'esprits qu'il ne faut ; ou si au contraire étant ému et échauffé plus qu'à l'ordinaire, il en fournit trop, il arrivera tantôt des tremblements et des convulsions, tantôt des langueurs et des défaillances; les muscles se relâcheront, et on se sentira prêt à tomber; ou bien en se resserrant excessivement, ils rétréciront la peau, et feront dresser les cheveux dont elle enferme la racine, et causeront ce mouvement qu'on appelle horreur (b). Les physiciens expliquent en particulier toutes ces
(a) L’anon. : Rougeur. — (b) Si le sang refroidi et par là épaissi se porte lentement au cerveau et lui fournit moins de matière d'esprits qu'il ne faut; ou si au contraire étant ému et échauffé plus qu'a l'ordinaire, il lui en fournit trop, il arrivera tantôt des tremblements et des convulsions, tantôt des langueurs et des défaillances; les muscles se relâcheront, et on se sentira prêt à tomber; ou bien les fibres même de la peau qui couvre la tête, faisant alors l'office de muscles en se resserrant excessivement, la peau se retirant sur elle-même fera dresser les cheveux dont elle enferme la racine et causera ce mouvement qu'on appelle horreur.
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altérations ; mais c'est assez pour notre dessein d'en avoir remarqué en général la nature, les causes, les effets et les signes.
Les passions à les regarder seulement dans le corps, semblent n'être autre chose qu'une agitation extraordinaire des esprits ou du sang, à l'occasion de certains objets qu'il faut fuir ou poursuivre.
Ainsi la cause des passions doit être l'impression et le mouvement qu'un objet de grande force fait dans le cerveau.
De là suit l'agitation et des esprits et du sang, dont l'effet naturel doit être de disposer le corps delà manière qu'il faut pour fuir l'objet ou le suivre; mais cet effet est souvent empêché par accident.
Les signes des passions, qui en sont aussi des effets, mais moins principaux, c'est ce qui en paraît au dehors; tels sont les larmes, les cris et les autres changements tant de la voix que des yeux et du visage.
Car comme il est de l'institution de la nature que les passions des uns fassent impression sur les autres; par exemple que la tristesse de l'un excite la pitié de l'autre; que lorsque l'un est disposé à faire du mal par la colère, l'autre soit disposé en même temps ou à la défense ou à la retraite, et ainsi du reste : il a fallu que les passions n'eussent pas seulement de certains effets au dedans, mais qu'elles eussent encore au dehors chacune son propre caractère, dont les autres hommes pussent être frappés.
Et cela paraît tellement du dessein de la nature, qu'on trouve sur le visage une infinité de nerfs et de muscles, dont on ne reconnaît point d'autre usage que d'en tirer en divers sens toutes les parties, et d'y peindre les passions par la secrète correspondance de leurs mouvements avec les mouvements intérieurs.
Il nous reste encore à considérer le consentement de toutes les parties du corps, pour s'entr'aider mutuellement et pour la défense
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du tout. Quand on tombe d'un côté, le col (a) et tout le corps se tournent à l'opposite. De peur que la tête ne se heurte, les mains se jettent devant elle, et s'exposent aux coups qui la briseraient. Dans la lutte, on voit le coude se présenter comme un boucher devant le visage. Les paupières se ferment pour garantir l'œil. Si on est fortement penché d'un côté, le corps se porte de l'autre pour faire le contre-poids, et se balance lui-même en diverses manières pour prévenir une chute, ou pour la rendre moins incommode. Par la même raison, si on porte un grand poids d'un des côtés, on se sert de l'autre à contre-peser. Une femme qui porte un seau d'eau pendu à la droite étend le bras gauche et se penche de ce côté-là. Celui qui porte sur le dos se penche en avant (b) et au contraire quand on porte sur la tête, le corps naturellement se tient fort droit. Enfin il ne manque jamais de se situer de la manière la plus convenable pour se soutenir ; en sorte que les parties ont toujours un même centre de gravité, qu'on prend au juste comme si on savait la mécanique. A cela on peut rapporter certains effets des passions, que nous avons remarqués. Enfin il est visible que les parties du corps sont disposées à se prêter un secours mutuel, et à concourir ensemble à la conservation de leur tout.
Tant de mouvements si bien ordonnés et si forts selon les règles de la mécanique, se font en nous sans science, sans raisonnement et sans réflexion ; au contraire la réflexion ne ferait ordinairement qu'embarrasser. Nous verrons dans la suite qu'il se fait en nous, sans que nous le sachions ou que nous le sentions, une infinité de mouvements semblables. La prunelle s'élargit et se rétrécit de la manière la plus convenable à nous faire voir de loin ou de près. La trachée-artère s'ouvre et se resserre selon les tons qu'elle doit former (c). La bouche se dispose, et la langue se remue comme il faut pour les différentes articulations. Un petit enfant, pour tirer des mamelles de sa nourrice la liqueur dont il se nourrit, ajuste aussi bien ses lèvres et sa langue que s'il savait
(a) L’anon. : La tête, le col — (b) Comme pour contre-peser. — (c) A nous donner plus ou moins de jour; l'œil s'aplatit et s'allonge selon que nous avons besoin de voir de loin ou de près; la glotte s'élargit ou s'étrécit selon les tons qu'elle doit former.
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l'art des pompes aspirantes ; ce qu'il fait même en dormant, tant la nature a voulu nous faire voir que ces choses n'avaient pas besoin de notre attention.
Mais moins il y a d'adresse et d'art de notre côté dans des mouvements si proportionnés et si justes, plus il en paraît dans celui qui a si bien disposé toutes les parties de notre corps.
Par les choses qui ont été dites, il est aisé de comprendre la différence de l’âme et du corps, et il n'y a qu'à considérer les diverses propriétés que nous y avons remarquées.
Les propriétés de l’âme sont voir, ouïr, goûter, sentir, imaginer ; avoir du plaisir ou de la douleur, de l'amour ou de la haine, de la joie ou de la tristesse, de la crainte ou de l'espérance; assurer, nier, douter, raisonner, réfléchir et considérer, comprendre, délibérer, se résoudre, vouloir ou ne vouloir pas : toutes choses qui dépendent du même principe, et que nous avons entendues très-distinctement sans nommer seulement le corps, si ce n'est comme l'objet que l’âme aperçoit, ou comme l'organe dont elle se sert.
La marque que nous entendons distinctement ces opérations de notre âme, c'est que jamais nous ne prenons l'une pour l'autre. Nous ne prenons point le doute pour l'assurance, ni affirmer pour nier, ni raisonner pour sentir : nous ne confondons pas l'espérance avec le désespoir, ni la crainte avec la colère, ni la volonté de vivre selon la raison avec celle de vivre selon les sens et les passions.
Ainsi nous connaissons distinctement les propriétés de l’âme ; voyons maintenant celles du corps.
Les propriétés du corps et des parties qui le composent sont d'être étendues plus ou moins, d'être agitées plus vite ou plus lentement, d'être ouvertes ou d'être fermées, dilatées ou pressées, tendues ou relâchées, jointes ou séparées les unes des autres, capables d'être insinuées en certains endroits plutôt qu'en
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d'autres (a) : choses qui appartiennent au corps, et qui en font manifestement la nourriture, l'augmentation, la diminution, le mouvement et le repos.
En voilà assez pour connaître la nature de l’âme et du corps et l'extrême différence de l'un et de l'autre.
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altérations ; mais c'est assez pour notre dessein d'en avoir remarqué en général la nature, les causes, les effets et les signes.
Les passions à les regarder seulement dans le corps, semblent n'être autre chose qu'une agitation extraordinaire des esprits ou du sang, à l'occasion de certains objets qu'il faut fuir ou poursuivre.
Ainsi la cause des passions doit être l'impression et le mouvement qu'un objet de grande force fait dans le cerveau.
De là suit l'agitation et des esprits et du sang, dont l'effet naturel doit être de disposer le corps delà manière qu'il faut pour fuir l'objet ou le suivre; mais cet effet est souvent empêché par accident.
Les signes des passions, qui en sont aussi des effets, mais moins principaux, c'est ce qui en paraît au dehors; tels sont les larmes, les cris et les autres changements tant de la voix que des yeux et du visage.
Car comme il est de l'institution de la nature que les passions des uns fassent impression sur les autres; par exemple que la tristesse de l'un excite la pitié de l'autre; que lorsque l'un est disposé à faire du mal par la colère, l'autre soit disposé en même temps ou à la défense ou à la retraite, et ainsi du reste : il a fallu que les passions n'eussent pas seulement de certains effets au dedans, mais qu'elles eussent encore au dehors chacune son propre caractère, dont les autres hommes pussent être frappés.
Et cela paraît tellement du dessein de la nature, qu'on trouve sur le visage une infinité de nerfs et de muscles, dont on ne reconnaît point d'autre usage que d'en tirer en divers sens toutes les parties, et d'y peindre les passions par la secrète correspondance de leurs mouvements avec les mouvements intérieurs.
XIII. La correspondance de toutes les parties.
Il nous reste encore à considérer le consentement de toutes les parties du corps, pour s'entr'aider mutuellement et pour la défense
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du tout. Quand on tombe d'un côté, le col (a) et tout le corps se tournent à l'opposite. De peur que la tête ne se heurte, les mains se jettent devant elle, et s'exposent aux coups qui la briseraient. Dans la lutte, on voit le coude se présenter comme un boucher devant le visage. Les paupières se ferment pour garantir l'œil. Si on est fortement penché d'un côté, le corps se porte de l'autre pour faire le contre-poids, et se balance lui-même en diverses manières pour prévenir une chute, ou pour la rendre moins incommode. Par la même raison, si on porte un grand poids d'un des côtés, on se sert de l'autre à contre-peser. Une femme qui porte un seau d'eau pendu à la droite étend le bras gauche et se penche de ce côté-là. Celui qui porte sur le dos se penche en avant (b) et au contraire quand on porte sur la tête, le corps naturellement se tient fort droit. Enfin il ne manque jamais de se situer de la manière la plus convenable pour se soutenir ; en sorte que les parties ont toujours un même centre de gravité, qu'on prend au juste comme si on savait la mécanique. A cela on peut rapporter certains effets des passions, que nous avons remarqués. Enfin il est visible que les parties du corps sont disposées à se prêter un secours mutuel, et à concourir ensemble à la conservation de leur tout.
Tant de mouvements si bien ordonnés et si forts selon les règles de la mécanique, se font en nous sans science, sans raisonnement et sans réflexion ; au contraire la réflexion ne ferait ordinairement qu'embarrasser. Nous verrons dans la suite qu'il se fait en nous, sans que nous le sachions ou que nous le sentions, une infinité de mouvements semblables. La prunelle s'élargit et se rétrécit de la manière la plus convenable à nous faire voir de loin ou de près. La trachée-artère s'ouvre et se resserre selon les tons qu'elle doit former (c). La bouche se dispose, et la langue se remue comme il faut pour les différentes articulations. Un petit enfant, pour tirer des mamelles de sa nourrice la liqueur dont il se nourrit, ajuste aussi bien ses lèvres et sa langue que s'il savait
(a) L’anon. : La tête, le col — (b) Comme pour contre-peser. — (c) A nous donner plus ou moins de jour; l'œil s'aplatit et s'allonge selon que nous avons besoin de voir de loin ou de près; la glotte s'élargit ou s'étrécit selon les tons qu'elle doit former.
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l'art des pompes aspirantes ; ce qu'il fait même en dormant, tant la nature a voulu nous faire voir que ces choses n'avaient pas besoin de notre attention.
Mais moins il y a d'adresse et d'art de notre côté dans des mouvements si proportionnés et si justes, plus il en paraît dans celui qui a si bien disposé toutes les parties de notre corps.
XIV. Récapitulation, où sont ramassées les propriétés de l’âme et du corps.
Par les choses qui ont été dites, il est aisé de comprendre la différence de l’âme et du corps, et il n'y a qu'à considérer les diverses propriétés que nous y avons remarquées.
Les propriétés de l’âme sont voir, ouïr, goûter, sentir, imaginer ; avoir du plaisir ou de la douleur, de l'amour ou de la haine, de la joie ou de la tristesse, de la crainte ou de l'espérance; assurer, nier, douter, raisonner, réfléchir et considérer, comprendre, délibérer, se résoudre, vouloir ou ne vouloir pas : toutes choses qui dépendent du même principe, et que nous avons entendues très-distinctement sans nommer seulement le corps, si ce n'est comme l'objet que l’âme aperçoit, ou comme l'organe dont elle se sert.
La marque que nous entendons distinctement ces opérations de notre âme, c'est que jamais nous ne prenons l'une pour l'autre. Nous ne prenons point le doute pour l'assurance, ni affirmer pour nier, ni raisonner pour sentir : nous ne confondons pas l'espérance avec le désespoir, ni la crainte avec la colère, ni la volonté de vivre selon la raison avec celle de vivre selon les sens et les passions.
Ainsi nous connaissons distinctement les propriétés de l’âme ; voyons maintenant celles du corps.
Les propriétés du corps et des parties qui le composent sont d'être étendues plus ou moins, d'être agitées plus vite ou plus lentement, d'être ouvertes ou d'être fermées, dilatées ou pressées, tendues ou relâchées, jointes ou séparées les unes des autres, capables d'être insinuées en certains endroits plutôt qu'en
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d'autres (a) : choses qui appartiennent au corps, et qui en font manifestement la nourriture, l'augmentation, la diminution, le mouvement et le repos.
En voilà assez pour connaître la nature de l’âme et du corps et l'extrême différence de l'un et de l'autre.