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gnon, et qu'alors apparaîtrait un vicaire du Christ, qui ranimerait les vertus évangéliques et ramènerait le clergé aux mœurs pures des Apôtres1. Cette prédiction ne devait s'accomplir qu'en partie. Un nouveau pontificat allait s'écoulor avant que la papauté se décidât à quitter Avignon pour retourner en Italie, sans vouloir toutefois s'y fixer encore, et jusque-là plus d'une épreuve lui était en effet réservée; mais, loin qu'elle puisât dans ces épreuves la force de se relever, elle devait, au contraire, s'amoindrir et s'abaisser davantage.
1. D'après Froissart (<id. Luce, t. V, p. 28; cf. ibid. p. Lxix, note 2), Jean de la Roche Taillade composa plusieurs livres do ses prophéties, dont l'un fut commencé en 1345 ot l'autre en 1356. C'est à ce dernier, qui ne devait pas différer sensiblement du précodent, que nous empruntons notre citation. Voy. Rrown, Rer. expetend. t. II, p. 494 et ss. Ce moine avait, de son aveu, commencé de prophétiser publiquement (ista publice praedicabam) dès 1336.
III
INNOCENT VI
1352-1362.
Clément VI mourut le 6 décembre 1352. Quelques mois avant de mourir, se résignant à traiter avec l'archevêque Jean Visconti, faute de pouvoir le vaincre, il lui avait abandonné, pour douze ans, la seigneurie de Bologne, à la condition de payer un tribut annuel de douze mille florins et, le délai expiré, de rendre cette ville au saint-siège Dans les derniers temps, il avait cherché également, par de nouvelles négociations, à rétablir l'accord entre la France et l'Angleterre. A Philippe de Valois avait succédé Jean, son fiis, et Clément s'était flatté qu'Edouard III se montrerait plus conciliant à l'égard du nouveau roi, avec lequel il n'avait eu aucun démêlé personnel, qu'à l'égard de Philippe. Sa mort interrompit ces négociations2. Que si l'on considère l'ensemble de son
1. Voir le texte de ce traité dans Eaynald. anno 1352, n° 8, 9. Le traité est du 5 mai 1352. Cette même année, le 14 janvier, la paix avait été conclue sous les auspices du pape, sinon par son influence, entre Jeanne de Naples et le roi de Hongrie. Pour les détails, voir Christophe, Hist. de la papauté au XIV siècle, t. II, p. 144-146.
2. Raynald. anno 1352, n» 19 (in fine).
pontificat, on peut dire que le seul résultat auquel il fût parvenu avait été de restituer à la chaire apostolique sa prépondérance sur l'Empire. Encore ce résultat n'était-il qu'une apparence. Son administration qui n'avait rien eu d'ecclésiastique, sa vie peu régulière, son goût des plaisirs, son faste, avaient eu une influence funeste sur les mœurs de la cour d'Avignon, et l'on ne saurait nier que, malgré une générosité de caractère et des sentiments d'humanité dont il avait donné un mémorable exemple et qui sont demeurés son titre d'honneur dans l'histoire, il n'eût contribué sensiblement à hâter le déclin de la papauté.
Une convention que, lors de l'entrée en conclave, firent entre eux les cardinaux1, no montra que trop l'esprit qui régnait à la cour d'Avignon. Avant de choisir un autre pape, ils se concertèrent pour en borner les prérogatives. Résolution salutaire, s'ils eussent considéré le bien de l'Église au lieu de voir leurs seuls intérêts. D'après cette convention, le nombre total des cardinaux ne devait pas à l'avenir être porté au delà de vingt, et, dans cette limite, le pape ne pouvait en créer de nouveaux que d'accord avec le sacré collège. Il ne pouvait d'ailleurs déposer, ni même frapper de censures aucun des cardinaux, non plus que le priver de ses bénéfices ou de ses biens, sans l'assentiment du collège ou tout au moins des deux tiers de ses membres. Il était stipulé en outre que, sans cet assentiment, il ne pourrait octroyer aux princes ni attribuer à la chambre apostolique des décimes ou tout autre subside, aliéner ou inféoder les terres de l'Église romaine, non plus que nommer ou destituer, soit dans la cour pontificale, soit dans les provinces ecclésiastiques, aucun officier temporel. Enfin il devait reconnaître aux cardinaux le droit de toucher la moitié de tous les revenus que percevait le saint-siège pour cens, amendes, condamnations ou autre cause, en quelque lieu que ce fût, conformément au privilège
1. Les cardinaux, à la mort de Clément VI, étaient au nombre de viugthuit. Ciacon. Vita ponlif. et card.
concédé autrefois par Aicolas IV Tous les cardinaux signé* rent cette convention, les uns purement et simplement, les autres, en plus petit nombre, avec cette restriction: « si elle était conforme au droit. » Telles étaient les préoccupations intéressées de ces hommes, appelés à seconder le vicaire du Christ dans la grave mission de gouverner l'Église. Ils semblaient ne vouloir entrer en partage avec lui que pour les richesses et le pouvoir; et, afin que cette part fût et plus large et plus sûre, ils limitaient leur propre nombre et ôtaient d'avance au pontife les armes dont il eût pu les frapper.
On doit dire toutefois que ceux des cardinaux qui n'avaient donné à ce traité qu'une adhésion conditionnelle ne s'associaient qu'à demi à ces préoccupations profanes, et quelques-uns même sentaient la nécessité de ramener une certaine discipline dans la cour pontificale. Par un heureux hasard, ce fut sur l'un d'eux que se portèrent les suffrages. La nouvelle, vraie ou erronée, que le roi Jean se rendait à Avignon dans le dessein de diriger le choix du futur pape précipita l'élection s. Bien que les membres du sacré collège fussent en général dévoués aux intérêts français, ils s'alarmèrent d'une intervention qui pouvait contrarier leurs vues, et ils réunirent leurs voix sur un de leurs collègues, limousin d'origine, Etienne Aubert, évêqued'Ostie. De mœurs simples, économe, ami de l'ordre et de la règle3, il convenait, par ces qualités, au petit nombre de ceux qui blâmaient la prodigalité et l'indulgence du dernier pontife. D'un autre côté, comme il était vieux et infirme 4 et de naissance obscure, on peut supposer que la majorité, en le désignant, se flattait de le dominer. Élu le 18 décembre 1352 et couronné douze jours après, il prit le nom d'Innocent VI.
Par ses premières mesures, Innocent, loin de chercher à complaire à la majorité des cardinaux, parut vouloir répondre
1. Voir le teste de cette convention dans Raynald. anno 1352, n<> 26.
2. M. Villani, 1. III, c. 44.
3. Baluze, Vitœ, t. I, p. 343. — M. Villani, loc. cit.
4. « Valetudinarius.. innio et senio confraetus. » Baluze, loc. cit.
aux désirs de ceux qui l'avaient élu pour ses mérites. Aussitôt après son couronnement, qui fut célébré sans pompe, il bannit de la cour pontificale le luxe qu'y avait introduit Clément VI, réduisit les dépenses, diminua le nombre des officiers, s'efforça de ramener les membres du sacré collège à une vie plus sévère l. Il osa même casser le règlement qui avait été juré dans le conclave, croyant ainsi mettre un frein aux prétentions ambitieuses ou à l'avidité des cardinaux. Par une bulle du 30 juin 1353, il déclara que ce règlement portait préjudice à la plénitude de puissance que le chef de l'Église avait reçue de Dieu, et qu'en conséquence ni lui, ni ses successeurs n'étaient tenus de l'observer2. Étendant plus loin ses vues de réforme, il supprima nombre de réserves et de commendes, interdit le cumul des bénéfices, renvoya dans leurs églises la foule de prélats qui se trouvaient à Avignon et menaça d'excommunication ceux qui manqueraient au devoir de la résidence3. Il s'occupa aussi do diminuer le coût des procès soutenus en la chambre apostolique et abolit de honteux trafics auxquels se livraient les officiers de la pénitencerie 4. C'était reprendre, à certains égards, l'œuvre de Benoît XII. Il est vrai que ces louables efforts ne devaient pas avoir plus de résultats. Encore Innocent ne porta-t-il guère son attention que sur les abus de la cour d'Avignon, sans chercher, comme avait fait Benoît, à corriger les mœurs du clergé. Il semblait que la papauté, sentant son impuissance, abandonnât elle-même la direction morale de l'Église.
Ami de la France comme ses prédécesseurs, Innocent, quelques mois après son élévation au saint-siège, avait renoué les négociations engagées par le défunt pontife en vue d'amener la paix entre Édouard et le roi Jean. Il avait même
1. Baluze, ibid., p. 357.
2. Raynald. anno 1353, n» 29, 30.
3. Baluze, Vitss, t.1, p. 357. — Les commendes furent supprimées par une bulle du 18 mai 1353. Raynald. eod. anno, n° 31. Comme Benoit XII, Innocent fit exception pour celles que possédaient les cardinaux.
4. Il abolit notamment l'impôt quelles officiers apostoliques percevaient sur les maisons de débauche. Raynald. loc. cit. (in fine).