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La femme d'Alexeï Navalny a annoncé qu'elle poursuivrait son œuvre: «Je continuerai à me battre pour la liberté de notre pays», a déclaré Ioulia Navalnaïa dans un message vidéo publié peu après le décès de son mari. Elle accuse le gouvernement russe de l'avoir empoisonné. Selon elle, le peuple russe doit désormais saisir chaque occasion pour lutter contre la guerre, la corruption et l'injustice.
Il n'est toutefois pas certain que cela soit possible sans le défunt militant. Celui-ci était considéré comme le principal opposant au pouvoir et pouvait compter sur un large soutien de la population. De plus, l'opposition russe est divisée, et Alexeï Navalny n'est pas le premier opposant au régime à être une victime présumée de la répression étatique.
L'épouse d'Alexeï Navalny, Ioulia, a annoncé vouloir poursuivre le travail de son mari. A-t-elle ses chances?
Andreas Umland: Cela reste à voir. Une situation similaire s'est produite en Biélorussie en 2020. Le gouvernement avait fait arrêter l'homme politique d'opposition Sergueï Tikhanovski. Aujourd'hui, son épouse Svetlana est plus connue que lui. La veuve d'Alexeï Navalny pourrait donc utiliser le nom de son défunt mari et sa propre notoriété.
Y a-t-il un successeur potentiel dans la fondation anticorruption créée par Navalny?
Il sera difficile de reprendre cette place. Alexeï Navalny était à la fois intelligent, politiquement efficace et populaire au sein de la population russe – une combinaison très rare. Il était en outre profondément enraciné dans la société civile et bénéficiait d'un large soutien dans tout le pays.
Qui, par exemple?
L'opposant Boris Nadejdine a un certain poids social et politique. Il est le plus à même de devenir le nouveau leader de l'opposition, mais probablement seulement si plus de voix critiques s'élèvent contre le régime.
Qu'est-ce qui distingue Boris Nadejdine d'Alexeï Navalny
Nadejdine fait partie d'un autre cercle d'opposants. Il a également fait partie, par moments, de la fausse opposition au système; il a par exemple collaboré avec Sergueï Kirienko, qui fait désormais partie du régime.
L'opposition russe est-elle donc divisée?
Oui, c'est leur problème fondamental. Depuis la fin de l'Union soviétique, l'opposition est fragmentée en différents cercles qui sont souvent en conflit les uns avec les autres.
Boris Nadejdine aurait donc du mal à s'imposer?
Nadejdine est d'un calibre inférieur à celui de Navalny, c'est sûr. Mais il est connu et a reçu un grand soutien lors de la collecte de signatures pour les pseudo-élections présidentielles. En revanche, il n'est pas du tout reconnu comme opposant par une grande partie de la population, car il est trop proche du régime.
Pourquoi y a-t-il en Russie une telle focalisation sur les membres de l'opposition?
C'est un autre problème important, non seulement en Russie, mais dans de nombreux autres pays postsoviétiques comme l'Ukraine. Il y a dans ces pays une très forte fixation sur les individus. Pendant les décennies de l'Union soviétique, le gouvernement a détruit la société civile et la société politique. Depuis, les organisations ont besoin de temps pour s'établir.
Vendredi, vous avez déclaré que la mort d'Alexeï Navalny pourrait ébranler le régime russe. Un successeur du militant pourrait-il en profiter?
J'ai probablement été un peu trop optimiste dans mon évaluation. J'ai fait cette déclaration parce que la mort de Navalny est un meurtre politique.
L'opposant Boris Nemtsov, par exemple, n'était depuis longtemps plus un homme politique important lorsqu'il a été assassiné en 2015 – alors que Navalny l'était encore. Si un nouveau leader se dessine pour l'opposition, il pourrait utiliser Navalny comme figure de martyr et ainsi faire pression sur le gouvernement russe.
Pourquoi pensez-vous avoir été trop optimiste?
Parce qu'au vu de la forte répression étatique, l'opposition russe doit être prête à faire encore bien plus de sacrifices. Sans une plus grande disposition au sacrifice, la mort d'Alexeï Navalny restera sans conséquence pour le moment. Ce n'est que lorsque d'autres événements ébranleront à nouveau l'Etat que quelque chose pourrait changer.
Selon le politologue Alexander Libmann, le successeur de Navalny sera confronté au même dilemme que de nombreux autres opposants russes: s'ils restent dans le pays, ils risquent leur vie. S'ils quittent la Russie, ils n'ont que peu d'influence sur ce qui se passe dans le pays.
L'opposition russe elle-même discute de la stratégie à adopter.
Ils rappellent à cet égard que les réseaux sociaux comme YouTube et Telegram sont encore ouverts et accessibles depuis l'étranger.
Un véritable travail d'opposition est-il encore possible depuis l'intérieur de la Russie?
Actuellement, peu de choses sont possibles sur le terrain. Les manifestations sont difficilement réalisables et l'opposition ne peut pas non plus participer de manière significative aux élections. Je pense que cela plaide en faveur d'un travail d'opposition depuis l'étranger.
Le parti d'Alexeï Navalny «Russie du futur» ne semble pas non plus avoir beaucoup d'impact.
Oui, ce parti est en fait absent de la scène politique.
Mais si le mécontentement à l'égard du gouvernement russe devait s'intensifier, les organisations et les réseaux qui existent à l'intérieur du pays deviendraient naturellement beaucoup plus importants, du jour au lendemain.
L'opposition a-t-elle donc les mains liées, sans aucune possibilité d'action?
Il y a une chose qui m'étonne: de nombreux Russes en ont marre de la guerre, et pourtant, il n'y a pas eu de grève générale ou du moins de tentative depuis le début de la guerre – alors que ce serait une forme de protestation simple et très sûre, qui mettrait probablement fin à la guerre.
Pourquoi cela?
Pour la guerre et sa logistique, le gouvernement a besoin d'un énorme arrière-pays qui fonctionne. S'il y avait effectivement dans la société un grand désir de mettre fin à la guerre, une grève générale serait la forme la plus simple.
D'autant plus qu'il y a de toute façon une pénurie de main-d'œuvre en Russie, car beaucoup d'hommes sont au front ou ont fui. Cette pénurie pourrait donc être utilisée comme moyen de pression politique.
Pourquoi pensez-vous qu'une grève serait sûre pour les personnes concernées?
Descendre dans la rue pour la paix est une activité à haut risque. Les manifestants sont souvent interceptés directement par la police, condamnés et mis en prison. Mais si de très nombreuses personnes restent simplement à la maison, elles ne prennent que peu de risques.
Peut-être que personne n'organise un tel mouvement par peur de finir comme Navalny.
Comme je l'ai dit, les réseaux sociaux fonctionnent encore en grande partie. Les moyens de communication existent donc. Et l'opposition n'a pas besoin de grandes équipes pour organiser une grève générale ni d'actions physiques: il lui suffirait de lancer un appel et de voir qui y répond.
Alors pourquoi n'y a-t-il tout de même pas de grève?
La raison principale est probablement que les gens ont peur de perdre leur emploi. Mais vu la pénurie de main-d'œuvre en Russie, ce n'est pas un si grand danger. Les Russes ne sont donc pas prêts à prendre un risque minime.
Ou peut-être que la population russe n'est pas si fatiguée de la guerre?
Les Russes veulent la fin de la guerre, mais ils veulent probablement la fin de la guerre par la victoire. Or, une grève signifierait une fin par la défaite. Voilà qui est encore plus désolant de la part de la société russe: l'idée de perdre leur paraît plus désagréable que la guerre.
Adapté de l'allemand par Tanja Maeder
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