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Porgy and Bess
George Gershwin
Salué en son temps pour la modernité de son approche de la culture afro-américaine, Porgy and Bess est au début du XXIe siècle souvent pointé du doigt comme vecteur de stéréotypes peu flatteurs. Dans les années 1950, déjà, Dorothy Dandridge et Sidney Poitier — les deux acteurs noirs les plus célèbres de cette décennie — n'avaient accepté de participer à l'adaptation de Porgy and Bess au cinéma qu'à contre-cœur, victimes d'un chantage de Samuel Goldwyn. Avec les revendications raciales des années 1960, Porgy and Bess a été de plus en plus considéré comme un point de vue blanc, voire raciste, sur la condition des Noirs américains. Au début du XXIe siècle, les passions se sont calmées et l'opéra est avant tout considéré comme un classique de la culture américaine.
Selon le vœu des frères Gershwin et de leurs ayants droit, Porgy and Bess ne peut être interprété que par une distribution exclusivement noire, ce qui a permis de lancer la carrière lyrique de nombreux chanteurs afro-américains.
George Gershwin met en place une série de leitmotive dès le début de l'opéra, afin d'identifier ses personnages musicalement. L'entrelacement de ces thèmes sert à montrer les conflits entre les personnages. Ainsi, dans l'introduction Allegro con brio de 33 mesures qui précède le lever du rideau, le compositeur place deux des leitmotivs principaux de l'œuvre. D'abord le premier leitmotiv : une rapide montée des cordes aboutit à un accord fortissimo tenu et ponctué par les cymbales avant que les cordes attaquent un thème très rapide de doubles croches de type perpetuum mobile (c'est-à-dire un thème musical ressemblant à un mouvement perpétuel dont le caractère « sans fin » est possible par un effet de mouvement cyclique et tournant. Par exemple, c'est le thème principal de l'Allegro molto con brio de l'ouverture des Créatures de Prométhée de Ludwig van Beethoven aux violons) : c'est le thème de Porgy. Cependant, ce thème, par son caractère tourbillonnant, peut aussi symboliser la roue du destin dont personne ne sait quand et comment elle tourne et qui va frapper tous les personnages de l'histoire (dans ce cas, il est possible que Gershwin ait été influencé par Jenufa, l'opéra de Leos Janacek où le compositeur tchèque utilise pour symboliser la fortune changeante un thème frénétique de parenté proche de celui de Gershwin), tantôt les accablant de malheur (chagrin de Séréna qui a perdu son mari...), tantôt les éblouissant de bonheur (joie de Porgy, heureux d'avoir « son chant, sa gosse et son Dieu »...). Mais tandis que le leitmotiv tourne sur lui-même, un autre leitmotiv, de type riff, se superpose et est joué par les cuivres. C'est un riff de sept notes lapidaire, percussif et plein de force brute qui deviendra synonyme de violence brutale (assassinat de Robbins...) et de mort tragique aux moments-clés de l'opéra et qui finit même dans l'introduction par étouffer le premier thème, ce qui veut dire que l'opéra sera marqué sporadiquement par des violents coups du sort. De plus, Gershwin insiste sur ce point car la fin du premier chœur de la première scène est étouffée à son tour par l'orchestre qui martèle comme un forcené ce riff fatal en triple forte avant qu'il ne cède sa place à la berceuse de Clara (Summertime), qui commence l'opéra.
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