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Au Kosovo, la survie des prématurés nés hors de la capitale Pristina n’est pas garantie. Le témoignage d'Arlinda Poniku.
Dans la matinée du 8 février 2016, Arlinda Poniku a soudainement ressenti une douleur abdominale sévère. Elle était enceinte de 32 semaines et a immédiatement su que quelque chose n'allait pas. Elle a appelé une connaissance qui l'a conduite l'hôpital universitaire de Pristina. «Le trajet d'une heure et demie a été difficile: douleur, incertitude et inquiétude à propos du bébé», explique-t-elle. Mais Arlinda Poniku savait que l'hôpital de Prizren, sa ville natale, n'était pas équipé pour traiter les naissances prématurées. Elle a ainsi préféré se rendre dans la capitale kosovare plutôt que de courir le risque que son bébé ne reçoive pas le traitement nécessaire.
Arrivée à l'hôpital universitaire et examinée par un gynécologue, Arlinda Poniku a été soulagée. Mais pas pour longtemps: « Vous devrez peut-être faire face à une naissance prématurée, a averti le docteur, qui l’a renvoyée au centre de santé des femmes, géré sur le site de l’hôpital par l'organisation Action for Mothers and Children (AMC). « Seule la sage-femme du centre de santé a finalement répondu aux nombreuses questions qui me tourmentaient: qu'arrive-t-il à mon bébé après une naissance prématurée? Va-t-il survivre? Quelles sont les complications à craindre?» C’est dans ce centre qu’Arlinda Poniku a pu se calmer pour la première fois. « Je ne sais pas comment j'aurais pu m'en sortir sans le soutien et les conseils du centre. Quand ma fille est née trois jours plus tard, j'étais bien préparée et la naissance s’est passée sans complication majeure. » La petite Suhejla ne pesait que 1800 grammes et a dû passer quelques jours dans une couveuse, mais elle était robuste et a rapidement fait des progrès. En février, Suhejla a célébré son premier anniversaire. En très bonne santé, elle pèse hui dix kilos.
Des naissances prématurées prises en charge par la société civile
AMC, l'organisation partenaire de Solidar joue un rôle central dans la prise en charge des bébés prématurés à Pristina. De nombreuses couveuses et lampes chauffantes pour la néonatologie sont des dons. L'organisation achète également la quantité nécessaire de Survanta, un médicament spécial pour la maturation pulmonaire, pour les 500 bébés qui naissent prématurément chaque année au Kosovo. L'AMC a également demandé au ministère de la Santé d'équiper l'hôpital universitaire de Pristina de l'infrastructure nécessaire aux investigations rétiniennes des nouveau-nés, le risque de cécité étant plus important pour eux. Solidar a aidé l’AMC à mettre en place des centres de santé pour femmes à Ferizaj, Mitrovica et Shterpce. Ceux-ci sont toujours gérés par AMC, mais les coûts d'exploitation sont maintenant couverts par les hôpitaux. Le dernier projet d'AMC consiste à développer un système permettant de transférer de manière fiable à l'hôpital universitaire les prématurés nés dans des hôpitaux régionaux.
La voix des patient-e-s, une nécessité
Ces soins de santé de qualité, acquis en Suisse, sont loin d'être la norme dans le système sanitaire délabré du Kosovo. Heureusement, celui-ci devrait être réformé et une assurance maladie obligatoire introduite. Pour cela, il est important que les patients aient leur mot à dire : c’est la seule façon de répondre à leurs besoins et d’octroyer à des populations négligées un meilleur accès aux soins de santé primaires. Pour renforcer leurs voix, Solidar Suisse collabore avec diverses organisations de patients dans le cadre du projet Kosana. Outre l'AMC, l'organisation Roma Balkan Sunflowers, l'association des diabétiques et celle pour l'autisme se sont exprimées sur la question de savoir comment l'assurance maladie obligatoire devait être conçue de manière à servir leurs membres. Depuis, les organisations de patients ont même un siège dans le groupe de pilotage préparant l'assurance maladie et peuvent ainsi faire part de leurs préoccupations. Les organisations partenaires de Kosana font tout leur possible pour améliorer les soins médicaux et la prise en charge de leurs membres, à la fois par des réformes politiques et par le développement de leurs propres services. Afin que les prématuré-e-s comme Suhejla aient une chance de survie à l'avenir si leur mère ne peut rejoindre Pristina à temps.