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Fort Liédot [10]
En 1666, sous Louis XIV qui a de grandes ambitions maritimes, Colbert ordonne la construction d’un grand arsenal maritime à Rochefort, sur la façade atlantique, pour approvisionner et ravitailler la Royale. Pour défendre la rade contre les flottes britanniques et hollandaises, Vauban fortifie les îles et le littoral de la côte charentaise. Des citadelles et des forts bastionnés sont notamment érigés sur les îles de Ré, d’Aix et d’Oléron, ainsi que le long de l’embouchure de la Charente. Dès le début du XVIIIe siècle, ce système défensif forme une véritable « muraille maritime » face à l’océan. Il sera renforcé au début du XIXe siècle par la construction des forts Boyard, Enet et Liédot qui complètent le dispositif au large. L’île d’Aix, enfin dotée de forts, en fait partie intégrante, aux côtés du fort de Fouras, de l’île Madame, de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré et du Château-d’Oléron.
Malgré les fortifications, l’île est prise le 21 septembre 1757 par l’amiral anglais Hawke qui y débarque avec 3’ 000 hommes. Le donjon de Vauban, terminé en 1702, est alors détruit. Parmi les différents projets destinés à protéger l’île, celui de Montalembert, en 1780, le plus élaboré, ne débouchera finalement que sur des fortifications de bois, supervisées par le lieutenant du génie Choderlos de Laclos, futur auteur de l’œuvre littéraire Les liaisons dangereuses. Il faudra attendre Napoléon Ier pour que l’île soit enfin dotée de défenses côtières durables, avec la construction du fort de la Rade à la pointe sud, du fort Liédot sur la côte nord, et de nombreuses batteries disséminées le long des rivages nord et ouest.
Le fort Liédot est construit sous le Premier Empire sur ordre de Napoléon Ier, pour compléter les défenses de l’île après la destruction d’une flotte française devant l’île d’Aix par la Royal Navy en 1809. Edifié de 1810 à 1814, il est érigé selon des plans dressés personnellement par Napoléon Ier lors de sa première visite à l’île d’Aix, en août 1808. C’est également de l’île d’Aix que Napoléon part en exil vers l’île de Sainte-Hélène, le 8 juillet 1815. Bâti sur le point le plus haut de l’île, il s’agit d’un carré bastionné de 90 m de côté, entièrement casematé à l’épreuve des bombes. Il pouvait accueillir une garnison de 600 soldats. Déclassé dès 1854, il sert d’abord de cible pour des expériences de tir avant d’être reconverti en prison d’Etat. Des prisonniers de guerre russes y sont incarcérés en 1854 à l’issue de la guerre de Crimée, des Communards après 1871, des forçats en partance pour le bagne de la Guyane en 1886, des prisonniers allemands entre 1914 et 1917. En 1927, l’arsenal de Rochefort est fermé, la garnison de l’île d’Aix est supprimée et les forts déclassés. Le Fort Liédot retrouve toutefois une fonction carcérale en 1959 et 1961, lorsque des leaders du FLN algérien, dont le célèbre Ben Bella, y sont emprisonnés. Remis en état et classé monument historique, le fort appartient désormais au Conservatoire du Littoral. Il abrite occasionnellement des manifestations culturelles et peut être visité en saison (se renseigner sur place).
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