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Daniela Ryf se lancera vendredi dans un voyage vers l'inconnu, comme toujours lorsqu'elle part pour Hawaï. Certes, la jeune femme de 36 ans prendra l'avion avec la certitude d'avoir tout fait pour être au mieux de sa forme au départ des championnats du monde d'Ironman. Mais sa préparation ne s'est pas déroulée comme prévu. Début août, la Soleuroise, fortement enrhumée, a été victime d'une inflammation des poumons. Même respirer était devenu douloureux.
La triathlète a alors réduit l'intensité de son entraînement et a veillé encore plus scrupuleusement à accorder du repos à son corps. Elle a dormi jusqu'à 14 heures par jour. Sa forme en a souffert, elle était plus vite essoufflée et son pouls était plus élevé qu'avant son rhume.
Son plus grand défi, cette année à Hawaï, n'est pas de nager, rouler et courir pour la victoire, mais de prendre le départ en bonne forme. Daniela Ryf se veut néanmoins confiante. L'année dernière, alors qu'elle était au top de sa forme, elle a contracté le Covid deux semaines avant la compétition, ce qui ne l'a pas empêchée d'obtenir une remarquable 8e place.
Lors de sa dernière victoire sur l'île en 2018, il ne lui avait fallu «que» 8h26'16 pour parcourir les 3,6 kilomètres de natation, les 180 kilomètres à vélo et le marathon (42,195 kilomètres). Même une piqûre de méduse au début de la compétition n'avait pas pu arrêter Daniela Ryf, qui avait obtenu le meilleur temps de l'histoire (un record qui tient toujours).
Mais les temps ont changé, dit Ryf. «Mon corps est devenu plus sensible et je suis plus vite fatiguée.» A l'entraînement, il ne lui est plus possible d'atteindre les mêmes intensités et volumes que dans les années précédentes, et c'est facilement compréhensible: en 2020, la Soleuroise a subi une déchirure des ligaments du pied. En 2021, elle a eu un zona, a souffert de vertiges, de problèmes respiratoires et d'une grande fatigue permanente.
Les raisons de cet affaiblissement n'ont jamais pu être clairement établies. Ryf a fait de la nécessité une vertu, a pris une longue pause, a commencé des études par correspondance en psychologie d'entreprise, a construit sa propre maison et s'est séparée entre-temps de son entraîneur Brett Sutton après huit années de succès.
Depuis le début de l'année, Ryf travaille à nouveau avec l'Australien, bien que ce dernier vive désormais la majeure partie de l'année en Chine. Le fruit le plus précieux de ces retrouvailles est le record du monde établi lors du Challenge Roth en juin, lorsqu'elle a terminé l'Ironman en 8h08'21".
Derniers grands objectifs? Cela ressemble à des adieux. Les Mondiaux de triathlon auront lieu à Nice l'an prochain. Daniela Ryf pourrait imaginer y participer. «Mais je m'attends à ce que cette année soit ma dernière fois à Hawaï. A un moment donné, il est temps de prendre un nouveau départ.»
Hawaï est l'île qui a marqué et façonné sa carrière, voire sa vie, depuis qu'elle y a pris le départ pour la première fois en 2014. «Le fait que ce soit peut-être la dernière fois rend les choses encore plus spéciales», concède la championne qui, contrairement aux précédentes fois, se rendra directement à Kona, où se déroule la course.
Ryf vit et s'entraîne une grande partie de l'année en altitude à Saint-Moritz. Son arrivée précoce, trois semaines avant la course, sert en premier lieu à l'acclimatation. Elle a loué un appartement à Hawaï, même si elle qualifie la vie sur place de peu spectaculaire et monotone. «Mes journées sont rythmées par les entraînements, la récupération, les repas et le sommeil.» La plupart du temps, elle cuisine elle-même.
Daniela Ryf ne parle pas de victoire. Sa façon d'aborder une épreuve a toujours consisté à mettre l'accent sur ce qui était en son pouvoir puis à tout donner le jour de la course. Mais elle sait aussi qu'en cas de sixième triomphe, le cinquième à Hawaï (en 2022, les championnats du monde ont eu lieu à St. George), elle égalerait Natascha Badmann, sextuple vainqueur entre 1998 et 2005.
Interrogée sur les adversaires qu'elle considère comme les plus fortes cette année, Daniela Ryf s'extasie presque. Elle estime que le suspense pour la victoire n'a jamais été aussi intense et prédit «une course incroyablement passionnante». Parmi les favorites, elle cite les Allemandes Anne Haug, vainqueur en 2019, et Laura Philipp, mais il faudra également compter avec Chelsea Sodaro, la gagnante de l'année dernière, Kat Matthews et Lucy Charles-Barclay, qui a déjà terminé quatre fois deuxième.
Et puis, il y a une athlète dont on dit qu'elle pourrait faire des merveilles, qui pourrait créer la surprise et qu'elle considère comme sa plus forte concurrente. Ryf ne veut pas dire son nom mais on peut supposer qu'il s'agit de l'Américaine Taylor Knibb, 25 ans, championne du monde de demi-fond à Lahti cet été.
Daniela Ryf aura fort à faire le 14 octobre prochain, pour ce qui sera probablement sa dernière participation à Hawaï, l'île qui a fait d'elle l'immense championne qu'elle est devenue.
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