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Dans ces colonnes, nous avons critiqué à plusieurs reprises le fétichisme auquel donnent lieu certains indicateurs économiques. Comme si le niveau et l’évolution du PNB ou du PIB représentaient le dernier mot en matière de développement des nations ou même de bonheur des peuples.
Au cours de la dernière décennie du siècle précédent sont apparus des indicateurs alternatifs qui prennent en compte les dimensions sociales et environnementales. Mais ces outils n’ont pas encore acquis la notoriété, la légitimité et le soutien qui leur permettraient d’équilibrer la perception exclusivement économique et monétaire prédominante aujourd’hui.
Le célèbre indicateur de développement humain (IDH), proposé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), est le premier indicateur alternatif qui synthétise en un chiffre la richesse et le progrès d’un pays. Il résulte de la moyenne entre le PIB, l’espérance de vie à la naissance et le niveau d’instruction. Le PNUD a également développé l’indicateur de pauvreté humaine (IPH) qui tient compte à égalité de la probabilité de décéder avant soixante ans, du taux d’illettrisme, de la proportion de personnes en deçà du seuil de pauvreté et du pourcentage de chômeurs de longue durée.
Ces indicateurs restent très rudimentaires, basés sur des données parfois lacunaires et peu aptes à montrer des écarts significatifs entre les pays économiquement riches. Néanmoins on observe avec intérêt que les pays nordiques présentent des performances sociales nettement meilleures que leurs performances économiques brutes, alors que les pays anglo-saxons s’en sortent mal en matière de pauvreté humaine.
Des chercheurs américains ont proposé un indicateur de santé sociale fondé sur seize variables (santé, éducation, chômage, inégalités, pauvreté, accidents et risques divers). Pour les Etats-Unis, les courbes du PIB et cet indicateur de santé sociale s’éloignent de manière spectaculaire à partir de 1973-1974.
Le développement durable, un concept défini en 1987 par la Commission mondiale pour l’environnement et le développement (Commission Brundtland), a également suscité la construction d’indicateurs. Le plus intéressant d’entre eux, l’indicateur de progrès véritable (Genuine Progress Indicator, GPI), élaboré par un institut californien, part de la mesure de la consommation des ménages, à laquelle on ajoute des contributions au bien-être exprimées en termes monétaires, telles que les activités bénévoles et le travail domestique. Puis on soustrait la valeur estimée des richesses naturelles perdues (dommages à l’environnement, destruction des ressources non renouvelables, ?) et des dégâts sociaux (chômage, délits, accidents, inégalités, ?).
Ce genre d’indicateurs est bien sûr discutable. On peut critiquer la pondération des facteurs comme la valeur monétaire qui leur est attribuée. Mais les indicateurs classiques tels que le PIB ne reposent-ils pas eux aussi sur des conventions discutables ?
Alternatives économiques, n°211, février 2003
Patrick Viveret, Les nouveaux facteurs de richesse, 2002
www. mediasol.org/download/viveret.pdf
Bernard Perret, Indicateurs sociaux : état des lieux et perspectives, 2002
perso.wanadoo.fr/bernard.perret/indicsoc.htm