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Critique
"Bien tranquille en apparence, le film de Phillip Noyce va plus loin que la simple illustration de la nouvelle de Graham Greene. Il se présente comme un regard critique sur les années qui ont précédé la guerre du Vietnam.
A première vue, UN AMERICAIN BIEN TRANQUILLE est une adaptation solide de la nouvelle éponyme de Graham Greene et une bonne mise en images d'un texte littéraire. Phillip Noyce, réalisateur australien éclectique (on lui doit de grosses productions hollywoodiennes assez contestables, mais aussi des films plus personnels et engagés, comme récemment LES CHEMINS DE LA LIBERTE) s'est attaché à respecter la lettre et l'esprit de l'ouvrage de l'écrivain anglais.
En y réfléchissant bien, on découvre ensuite que le film va plus loin et s'aventure sur un autre terrain, plus mouvant et plus intéressant, celui d'une réflexion sur la politique américaine des années 50. Par un jeu subtil de miroirs historiques, il renvoie alors à la politique américaine d'aujourd'hui. L'allusion est peut-être discrète, mais elle est sous-jacente.
On est à Saigon en 1952, au moment des affrontements entre l'armée de libération du Vietnam et les troupes de la France coloniale. Un jeune Américain un peu idéaliste, Alden Pyle (Brendan Fraser), débarque dans la capitale. Il y fait la connaissance de Thomas Fowler (Michael Caine), correspondant britannique du London Times, qui lui présente sa jeune maîtresse Phuong (Do Dhin Hai Yen). Les relations triangulaires entre les deux hommes et la jeune femme deviendront vite conflictuelles. On découvrira aussi que Pyle a été chargé par la CIA, sous couverture d'aide médicale, de contacts moins humanitaires et beaucoup plus politiques (avec le général The et les responsables de la ""third force""). La trame sentimentale, enrobée d'un mystère de type espionnage, sera donc tragique, on le sait d'ailleurs dès les premières images.
Graham Greene, en 1954, s'était montré sévère à l'adresse d'une politique étrangère américaine assez ambiguë (non-ingérence officielle en Indochine, mais appui logistique aux anti-communistes). Phillip Noyce - c'est à mettre à son actif - n'a pas oublié de le dire et de montrer, en prolongeant volontairement le récit de Graham Greene, comment les Américains ont peu à peu pris pied dans le Sud-Est asiatique, à la suite de la France, en allant jusqu'à se laisser progressivement enfermer dans la souricière indochinoise. L'évocation de l'arrière-plan historique de UN AMERICAIN BIEN TRANQUILLE - même s'il y a, dans le récit du réalisateur, un côté appliqué - contribue à donner, avec les scènes tournées dans la ville même de Hanoi, une certaine épaisseur à ce film. On y retrouve par ailleurs aussi, dans la psychologie des personnages, bien des thèmes propres à l'auteur du TROISIEME HOMME.
Reste à rappeler, pour la petite histoire cinéphilique, qu'une première adaptation de l'œuvre de Graham Greene avait été réalisée en 1958 par Joseph L. Mankiewicz, mais que, signe des temps (on était en pleine guerre froide), le film trouvait une conclusion inversée, Pyle gardant le beau rôle (Graham Greene avait refusé cette fin contraire à l'esprit de son œuvre).
Phillip Noyce a sans doute réalisé, avec UN AMERICAIN BIEN TRANQUILLE, son meilleur film à ce jour. Il est intéressant de noter que cette production date du début 2001 et qu'elle ne sort qu'aujourd'hui sur les écrans, sans doute parce qu'elle s'inscrit à contre-courant d'un cinéma américain ""politiquement correct""... Un film de qualité donc, plein de bruit et de fureur aussi, où la violence n'est jamais gratuite, et qui bénéficie de l'excellente interprétation, toute en nuances, de Michael Caine."
Antoine Rochat