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Pour savoir où nous allons, le mieux est de se rappeler d’où nous venons. Or, on en sait de plus en plus et c’est assez intéressant.
Si l’on se réfère aux premiers chapitres de la Genèse, l’homme, puis la femme, sont créés, en dehors du règne animal, par une action, compréhensible voici trente siècles, où le Créateur effectue avec de la boue l’œuvre d’un potier, auquel il insuffle son propre esprit. Le récit est semblable à ceux des mythologies égyptienne et mésopotamienne. Il n’a aucune signification historique. Cette image exprime pourquoi l’homme a été créé : elle ne prétend pas préciser le comment.
Le comment est de plus en plus révélé par les découvertes de la paléontologie. Les spécialistes estiment que la séparation de l’homme et de l’animal s’est échelonnée entre 19 et 7 millions d’années. A l’origine, nous avons eu un aïeul commun avec les orang-outangs, les gorilles, les chimpanzés, les bonobos. Ces lignées animales se détachèrent successivement du tronc commun, jusqu’à l’apparition de notre aïeul initial, dit Toumaï, voici 7 millions d’années, le prédécesseur de la lignée des australopithèques, qui elle-même engendra, cinq millénaires plus tard vers -2,8 millions d’années, Homo habilis notre ascendant direct. Cette émergence fut donc naturelle, lente et continue par contraste avec le récit selon la Genèse, qui est à la fois magique, instantané et unique. De même, elle établit un lien étroit avec les primates en particulier et tous les animaux en général : ceci enseigne une première leçon selon laquelle les animaux ne sont pas des choses.
En parallèle avec l’animal Toumaï qui a réussi à engendrer, après plusieurs milliers de millénaires, le premier homme, il y eut aussi d’innombrables cousins disparus. Diverses espèces d’hominiens, égarées dans des impasses de l’évolution, sont totalement disparues, parce qu’elles furent incapables de s’adapter à un environnement changeant, parce qu’elles ne survécurent pas lors des bouleversements du climat, parce qu’en un mot elles ne sont pas arrivées à devenir de plus en plus humaines. Selon la règle implacable de l’évolution, parmi diverses espèces apparentées, certaines disparaissent pour faire place à la mieux adaptée. Il est vain de vouloir rechercher dans ce foisonnement d’espèces un couple dont descendraient tous les hommes actuels, sinon en remontant très haut, vers des humains très primitifs, incapables du discernement moral qui justifierait l’interprétation traditionnelle du péché originel.
Nous, les Européens, Homo Sapiens métissés de Neandertal, sommes les bénéficiaires de plusieurs extinctions massives, parce que nous avons résisté à des modifications rapides du milieu, qui ont éliminé nos concurrents. Nous aurions pu ne pas apparaitre. Nous sommes le fruit d’un enchaînement de défis, que nous avons tous surmontés. C’est l’explication de notre espèce, sa définition, sa méthode de sélection à la fois biologique, technique et culturelle.
On conçoit que cette émergence fut sans cesse menacée et qu’elle dépendit de nombreux aléas. Le plus spectaculaire fut l’extinction massive à la fin du Secondaire, voici 66 millions d’années. Depuis 170 millions d’années les dinosaures de toutes espèces régnaient sur la Terre en ne laissant que peu de place aux mammifères, de petites tailles réfugiées dans des terriers. Une météorite d’une dizaine de kilomètres de diamètres percuta la Terre au Yucatan. La perturbation du climat résultat des débris rejetés dans l’atmosphère qui fut obscurcie au point que les végétaux, nourriture des dinosaures herbivores, disparurent entrainant leur mort suivie par celle de leurs prédateurs privés de proie. Sur cette Terre désormais libre les mammifères prospérèrent et donnèrent par évolution toutes les espèces que nous connaissons, en terminant par nous-mêmes.
La chute de cette météorite fut donc l’acte préalable de notre occasion d’émerger. Elle résulte de la rencontre parfaitement déterministe de deux objets célestes, sans qu’on puisse y voir quelque intention que ce soit, mais l’application aveugle des lois de la gravitation. Il n’y a aucun hasard au sens propre du terme. C’était inscrit dès le départ de l’accrétion du disque solaire qui donna naissance aux planètes.
Où allons-nous donc ? Selon le même déterminisme, notre espèce a évolué jusqu’à inventer la science, les techniques industrielles et se multiplier par quatre en un siècle. Dès lors nous avons modifié un paramètre essentiel de la planète, la composition de son atmosphère, qui est essentielle pour notre survie. Nous n’avons pas évolué au point de considérer lucidement ce danger. Nous y courons donc tout droit comme jadis tant d’espèces humaines disparues par leur inadaptation à l’environnement. La seule question intéressante est de savoir quel sous ensemble d’humains vont survivre et comment. Les Scandinaves par leur position géographique qui leur permettrait d’échapper à une montée de 4 degrés de la température et par leur démocratie hautement développée ? Ou bien quelques Suisses réfugiés dans les montagnes ? Qui va bénéficier de la prochaine extinction massive ? La vie est toujours la plus forte. Soyons donc confiants.