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Avec son C919, Pékin souhaiterait chambouler un secteur dominé depuis des décennies par les grands constructeurs aéronautiques Airbus et Boeing, tout en réduisant sa dépendance à l'égard des technologies étrangères.
Ce monocouloir est un concurrent potentiel de l'A320, l'avion le plus vendu au monde, de l'européen Airbus, et du 737 MAX de l'américain Boeing, qui se retrouve dans la tourmente après un incident en matière de sécurité.
Lors d'une présentation aux médias dimanche à Singapour, le C919 a effectué son premier vol en dehors de la Chine, arborant une livrée blanche, verte et bleu marine.
Il participera à des démonstrations de vol quotidiennes pendant les six jours du salon, et figurera parmi les appareils exposés dans un vaste centre de conventions près de l'aéroport de Changi.
Le C919 est construit par l'entreprise publique Commercial Aircraft Corporation of China (COMAC), qui a également fait venir à Singapour son ARJ21, un avion régional bimoteur, plus petit et plus ancien.
L'avion C919 effectue des vols commerciaux en Chine depuis le mois de mai et a été présenté pour la première fois en dehors de la Chine continentale à Hong Kong en décembre.
La compagnie aérienne chinoise Tibet Airlines a profité du salon pour finaliser une commande de 40 appareils C919, ainsi que de 10 ARJ21.
Le groupe Henan Civil Aviation Development and Investment a en outre signé mardi un accord pour six ARJ21, configurés pour des opérations de lutte contre les incendies et des opérations médicales, a précisé la COMAC dans un communiqué, sans chiffrer les montants des deux commandes.
Selon l'analyste aéronautique Shukor Yusof, de la société de conseil Endau Analytics basée à Singapour, il lui sera difficile de trouver rapidement un acheteur du C919 parmi les grands transporteurs.
«Le +made-in-China+ est encore stigmatisé dans l'industrie aéronautique, même si la Chine est aujourd'hui leader mondial sur le marché des véhicules électriques», a-t-il déclaré à l'AFP.
«Il faudra du temps pour que le C919 soit commandé par un grand transporteur», a-t-il ajouté, même si «la question est de savoir quand, et non pas si une compagnie aérienne de premier plan achètera un avion commercial fabriqué en Chine».
La Chine a également profité du salon pour présenter des modèles militaires, en exposant pour la première fois l'hélicoptère d'attaque Z-10ME, sa réponse à l'Apache de fabrication américaine.
Boeing fait «profil bas»
Plus de 1000 entreprises du secteur de l'aviation et de la défense participent au salon, qui a lieu tous les deux ans.
La Chine, la Corée du Sud et la République tchèque disposeront pour la première fois d'un pavillon national.
Si Boeing est présent au salon, il ne présentera pas d'avion commercial, contrairement aux années précédentes.
La société ne s'est pas encore remise de l'incident spectaculaire survenu en janvier lorsqu'une porte d'un 737 MAX 9 de la compagnie Alaska Airlines s'est détachée de la carlingue en plein vol.
Un rapport préliminaire de l'Agence américaine de sécurité des transports (NTSB) a conclu que quatre boulons censés maintenir la porte étaient manquants. Ils avaient été retirés à l'usine de Renton (Etat de Washington) lors d'une réparation, mais n'avaient pas été remis en place, selon l'enquête.
Cet incident, qui n'a fait que des blessés légers, a conduit l'administration fédérale de l'aviation américaine (FAA) à immobiliser plus de 170 avions MAX 9 pendant environ trois semaines.
«Boeing fait intentionnellement profil bas et évite les feux de la rampe alors qu'il se débat avec une ligne de produits obsolète, la famille 737», a commenté M. Shukor.
Les organisateurs s'attendent à ce que le salon attire 50.000 visiteurs professionnels du monde entier, ce qui est proche des niveaux d'avant la pandémie.
Un salon édulcoré avait été organisé en 2020, en plein Covid, après le retrait de nombreux exposants, et l'édition 2022 avait eu lieu sans les deux jours ouverts au public.
Rappelant que 2018 avait été l'édition la plus importante du salon, Leck Chet Lam, directeur général d'Experia, l'organisateur de l'événement, a souligné que 2024 était proche de ce niveau, reflétant la reprise mondiale du transport aérien.
«Le trafic international de passagers est presque revenu aux niveaux d'avant la pandémie et devrait plus que doubler d'ici 2040», a souligné Cindy Koh, vice-présidente exécutive du Conseil de développement économique de Singapour.