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mardi, 11 octobre 2016
La Grande-Bretagne après le Brexit : Labour, toujours Labour
La Première ministre conservatrice britannique, Theresa May, proclamant que "le Brexit veut dire le Brexit" (elle n'y était pas favorable, mais elle l'assume) a annoncé que le procesus de retrait du Royaume Uni (s'il est encore uni...) de l'Union Européenne sera enclenché au plus tard fin mars de l'année prochaine. Sans que ni l'Ecosse, ni l'Irlande du Nord, qui avaient voté contre le Brexit, ni le Pays de Galles, qui l'avait accepté de justesse, ne soient conviés à participer en tant que tels aux négociations avec l'UE. La Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a néanmoins proclamé que l'"Ecosse était déterminée à rester dans l'Union Européenne". Ses interlocuteurs européens se sont bien gardés de prendre position sur cette volonté écossaise, à l'exception du Premier Ministre espagnol, Mariano Rajoy, qui s'est opposé à ce que l'Ecosse soit partie prenante des négociations sur les modalités du "Brexit", puisque ce serait lui reconnaître au moins implicitement un droit à l'autodétermination que le même Rajoy nie à la Catalogne qui le revendique comme l'Ecosse... En attendant, c'est surtout à gauche qu'il y a du nouveau -et le nouveau, c'est le "vieux" Jeremy Corbyn, et sa volonté de refaire du Parti Travailliste un parti socialiste (social-démocrate, au plein sens historique du terme), et un parti de masse. Et il est en passe de réussir. Malgré le Brexit, ou grâce au Brexit, on ne sait. Mais à cause (entre autres) du Brexit, certainement.
"Salut donc à la canaille, incarnation du progrès" (James Connolly)
Jeremy Corbyn a donc été confirmé (par près de 62 % des suffrages) à la tête du parti travailliste par les militants et les nouveaux membres du parti, après que les caciques du groupe parlementaire aient tenté de le limoger, dans une opération du même genre que celle qui a réussi en Espagne contre Pedro Sanchez). Alors même que le Labour s'est retrouvé au soir du Brexit dans le camp des perdants (il avait appelé à voter "non", même si son leader ne faisait pas beaucoup d'effort pour cacher ses doutes sur cette position, et ne faisait rien pour aider David Cameron à remporter le référendum qu'il avait lui-même aventureusement provoqué), Corbyn est en train de réussir son pari : refaire du Labour une véritable force socialiste, reposant sur sa base militante et sur un programme d'opposition, et non plus seulement une machine électorale -ce à quoi avait été réduit le "New Labour" de Tony Blair. Le Parti travailliste "régénéré" par Corbyn et les siens a gagné plus de 200'000 nouveaux membres depuis l'élection de Corbyn à sa tête, pour atteindre des effectifs dépassant le demi-million, avec pour objectif d'atteindre le million. Et donc, de redevenir ce qu'il était naguère, à l'image des grands partis sociaux-démocrates du nord de l'Europe : un parti de masse.
On saluera cette ambition avec les mots du leader socialiste irlandais James Connolly (fusillé par les Beritanniques après l'insurrection de 1916) : "Salut donc à la canaille, incarnation du progrès", la "canaille" étant évidemment, pour les adversaires de Corbyn au sein du Labour, Corbyn lui-même et ses partisans, et le "progrès" étant la redécouverte de ses racines et de sa vocation par un parti rendu politiquement insignifiant par les "sociaux-libéraux" blairistes. Un joli paradoxe, que ce rejet aux orties d'un « modernisme » acratopège pour retrouver la capacité de se projeter dans l'avenir...