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En 1928, le muet agonise, menacé par l'arrivée imminente du parlant. Considéré comme le premier film parlant de l'histoire du cinéma, The Jazz Singer d'Alan Crosland, avec Al Jolson grimé en noir, est sorti l'année précédente. Les salles de cinéma tentent de s'adapter et la transition se fera parfois dans la douleur. Pourtant, l'art muet est alors à son apogée. Les réalisateurs atteignent une maîtrise de leur art, et surtout de leur écriture, maîtrise palpable dans la plupart des productions sorties à ce moment-là, et ceci dans le monde entier. C'est le cas de The Wind (Le Vent), l'un des ultimes films de Victor Sjöström (1879 - 1960), cinéaste suédois parti à Hollywood en 1924 sur la demande de Louis B. Mayer, grand patron de la MGM.
Sur l'image ci-dessus, on reconnaît bien sûr la grande Lillian Gish (1893 - 1993) dans un gros plan mettant en valeur sa richesse expressive. Le regard halluciné, les yeux exorbités, mais sans exagération, elle traduit un sentiment de peur et d'effroi. Effroi que le film ne cesse d'amplifier. La jeune héroïne doit y lutter à la fois contre les hommes et contre les éléments (en l'occurrence le vent qu'annonce le titre). Sa main agrippe son visage, dans un geste désespéré mais ferme. Autour d'elle, l'obscurité guette et envahit l'espace, créant un fond uni qui peut s'apparenter à du dénuement. Le hors-champ prend tout son sens, désignant clairement une menace que la jeune femme découvre avant le spectateur. Influencée aussi bien par l'expressionnisme allemand que par la gestuelle des divas du muet italien (les Lyda Borelli ou Francesca Bertini), Lillian Gish a parfaitement digéré les leçons de Griffith - comparable à The Wind, Way Down East (A travers l'orage) est sorti huit ans plus tôt - et sait tirer parti au maximum de la caméra comme de l'orientation de son regard.
The Wind, comme la plupart des dernières grosses productions muettes, sera un échec. Il est à juste titre considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands films des années 20.
The Wind sera projeté le lundi 3 novembre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Du muet à Maddin" proposé par le Ciné-club universitaire.