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En Suisse romande, le Musée militaire vaudois se trouve au château de Morges, le domaine de Penthes abrite le Musée militaire genevois. Tout proche de cette institution, le Musée des Suisses dans le monde accorde une large place au service étranger sous l'Ancien Régime. Quelques autres institutions consacrent une place à l'histoire militaire. Conséquences d'une indifférence ou de la volonté de faire des économies, le Musée militaire valaisan, au château de Saint-Maurice, et celui de Colombier dans le canton de Neuchâtel ont dû fermer.
Dans le Jura historique, l'existence d'un musée dépend le plus souvent de l’engagement d'une Fondation, d'une association privée, de bénévoles qui œuvrent à mettre en valeur des infrastructures et des collections. Dans cette région, il y a des musées de qualité, mais aucun ne comprend un volet militaire et ne présente au public le service étranger des «Jurassiens», l'histoire des troupes épiscopales, cantonales et fédérales, les bannières du Moyen-Age et de l'Ancien Régime, les milices de l'époque napoléonienne, de la Régénération et du Kulturkampf, l'organisation des troupes fédérales jusqu'à la Guerre froide et l'Armée XXI.
Il faut relever qu'en France et en Belgique, trois musées militaires rencontrent un vif succès auprès du grand public. Ils sont d'une conception ultra-moderne au bon sens du terme, voire futuriste. Il s'agit du Musée de la Grande Guerre à Meaux, du Mémorial de Verdun consacré la bataille de 1916 et du Bastogne War Museum centré sur la bataille des Ardennes en 1944.
Un musée d'histoire militaire ne peut assurer sa pérennité que s'il s'éloigne de sa vocation première de « temple du souvenir » pour devenir un lieu de rencontre qui favorise la compréhension de faits historiques, ainsi que des interactions entre les personnes et les événements. Son existence et la création de nouveaux espaces ne se justifient que dans la mesure où il présente un reflet objectif du passé et ne se livre pas une propagande chauvine ou belliqueuse. En d'autres termes, un musée militaire ne peut se limiter l'évocation de guerres ou de faits d'armes. Il doit en outre mettre en évidence les opinions publiques, ainsi que les liens entre l'armée et la société civile.
En Suisse, le terrain, l'organisation de la défense, les contingents, les liens entre le service militaire et les droits politiques, l'architecture militaire constituent des données historiques de poids. Sans ces éléments, on ne saurait comprendre le présent. C'est à travers eux que l'on voit se profiler les mentalités, l'évolution des communautés, de petits Etats souverains qui se rapprochent sans se confondre dans une confédération d'États, puis dans un État fédératif.
Article paru dans le numéro 62 de la revue « Passé Simple – Mensuel romand d’histoire et d’archéologie » et repris ici avec le bienveillant accord des éditeurs