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L'impensable s'est produit lors des finales de Bormio: Didier Cuche a perdu son globe du super-G. La faute à une mauvaise gestion de sa course (16e), à la victoire d'Hannes Reichelt et au staff de l'équipe de Suisse qui a «laissé» Daniel Albrecht éjecter son coéquipier des points.
Avant ce super-G, tout semblait pourtant joué. Cuche devait remporter son deuxième globe de la saison après celui de la descente et devenir le sixième coureur de l'histoire à réussir le doublé dans les épreuves de vitesse la même année.
Le Neuchâtelois bénéficiait d'une marge de 99 points sur Reichelt. Etant donné qu'une victoire rapporte 100 unités et que les 15 premiers marquent des points lors des finales, il suffisait à Cuche d'intégrer le top 15. Ou d'espérer que Reichelt ne gagne pas.
Or, l'Autrichien a gagné. Avec un misérable centième d'avance sur le Valaisan Didier Défago, mais il a gagné. Quant à Cuche, prudent, beaucoup trop prudent, il a flanché. Il faut en effet remonter à janvier 2006 pour le retrouver si mal classé dans la discipline.
Albrecht fait perdre Cuche
Cette fameuse 15e place, synonyme de globe, Cuche l'occupait jusqu'au passage de Daniel Albrecht. Dossard 26 et avant-dernier coureur à s'élancer, le Valaisan a pris le 11e rang et donc privé son compatriote du titre. Conclusion de cet improbable scénario ? Cuche a perdu le globe pour 1 point, 1 rang et 2 centièmes...
Au-delà de ces chiffres, l'amertume vient du fait que la Suisse a galvaudé un globe de cristal "à cause" d'un Suisse. L'Autriche, par exemple, ne se gêne pas de sacrifier certains coureurs au profit d'autres (victoire de Mario Matt en super-combiné à Wengen en 2006). Chez Swiss-Ski, on ne joue pas ce jeu d'équipe. Ou on le fait mal.
Consignes absentes
Ainsi, Albrecht n'a pas reçu de consignes précises. «J'ai appris trois secondes avant mon départ que Didier était en danger. Et encore, je pensais qu'il était 13e et non pas 15e», a expliqué le Valaisan, très miné par cette mésaventure. «C'était de toute façon trop tard. J'étais déjà dans ma course et j'ai pas pu intégrer l'information. Je suis vraiment désolé pour Didier», a-t-il poursuivi, les larmes aux yeux.
Pour Patrice Morisod, entraîneur de Cuche, «c'est horrible de perdre un globe de cette manière. Mais il n'y a aucun reproche à faire à Albrecht.» Et d'ajouter: «Il faut se mettre dans la peau du skieur. Ce sont des bêtes de course qui s'élancent pour faire des temps. On ne peut pas leur demander de changer de tactique à 10 secondes du départ.»
Pas de polémique
Si Albrecht n'est clairement pas à blâmer, les coaches n'auraient-ils pas pu prévoir le coup et miser sur une course d'équipe ? «Il n'y a pas à polémiquer. Le ski est un sport individuel, c'est comme ça», a tranché l'entraîneur en chef Martin Rufener.
«Si nous avions demandé à Albrecht de ralentir, la Suisse aurait gagné le globe mais le ski aurait beaucoup perdu», a renchéri son adjoint Patrice Morisod. «Le sport en ressort grandi», a-t-il estimé.
«Le seul idiot, c'est moi»
Même discours chez le grand perdant de l'histoire, Didier Cuche. «Cela ne sert à rien de discuter. Je ne veux même pas savoir si Dani a reçu des consignes ou pas.» Le Neuchâtelois s'en est pris à lui-même: «Le seul idiot, c'est moi. J'ai essayé de faire une course tactique en assurant, mais cela n'a pas fonctionné.»
Dejà deuxième du classement final du super-G en 2002 et en 2007, Cuche a relevé qu'il n'avait pas perdu le globe qu'à Bormio. «A Beaver Creek et Kvitfjell par exemple, je commets des fautes qui me coûtent aussi des points.»
Cuche a finalement choisi de relativiser: «Il y a deux semaines, Lanzinger a perdu sa jambe en chutant à Kvitfjell. De mon côté, je termine la saison en bonne santé. C'est l'essentiel.»
swissinfo et les agences