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La Pologne, ce cher et vieux pays qui veut entrer dans l'Union européenne et qui souhaite qu'une référence à Dieu soit faite dans le futur traité constitutionnel de l'Union, vient d'entrer dans le club de moins en moins fermé des pays comptant des cas de vache folle. L'animal, atteint, âgé de 9 ans, provenait d'une ferme de la région de Tarnow dans le sud-est du pays. L'enquête aussitôt diligentée a permis d'affirmer que ce bovin n'avait pas été importé. Le diagnostic a été fait à l'abattoir de Mochnaczka et l'affaire a suscité une vive émotion dans l'ensemble du pays où 100 000 tests venaient d'être effectués sur des bovins âgés de plus de 30 mois. «Il n'y a pas de raisons de paniquer, la viande de la vache atteinte par l'ESB n'a pas été destinée à la vente, a assuré Piotr Kolodziej, médecin vétérinaire en chef du pays. Pour parer au danger, la Pologne applique exactement les mêmes procédures que celles en vigueur dans l'Union européenne.»Les mêmes causes produisant les mêmes effets, un cordon sanitaire s'est aussitôt installé autour du pays. La Lituanie a ainsi interdit les importations de buf et de produits dérivés polonais, suivie de l'Estonie, de la Roumanie et de la Russie. Pour sa part, la Commission européenne a annoncé ne pas prévoir «de nouvelle mesure» vis-à-vis de la Pologne. David Byrne, commissaire européen chargé de la santé et des consommateurs, a rappelé que dans le cadre de l'évaluation de risque géographique menée par les services de la Commission, la Pologne avait été classée dans la catégorie des pays sans cas d'ESB «constaté», mais où la présence de la maladie apparaissait «probable». M. Byrne a également rappelé que les pays tiers classés dans cette catégorie devaient extraire les matériaux à risque spécifique pour les exportations de viande vers l'Union européenne et que dans cette optique aucune nouvelle mesure ne s'imposait.Plus loquace qu'à l'ordinaire, M. Byrne a fait observer que «certaines carences ont été relevées» lors d'une mission d'experts européens en Pologne il y a quelques mois, et que le rapport sur cette inspection sera publié «en temps voulu». Il a aussi ajouté que des «contacts» étaient en cours avec les autorités polonaises, notamment dans la perspective de l'adhésion de Varsovie à l'Union européenne. Dans un rapport publié en février, l'UE avait estimé que la Pologne n'était pas en mesure de détecter la maladie de la vache folle et d'empêcher sa propagation. La commission, qui avait mené une étude à la fin de l'année dernière dans neuf des douze pays candidats à l'UE, avait constaté qu'un nombre insuffisant d'échantillons y étaient soumis aux tests dans les laboratoires.«L'ESB en Pologne ne surprend pas, souligne pour sa part Karin Irgens sur la «liste ESB» qui réunit depuis plusieurs années déjà en langue francophone les férus des énigmes et des problématiques inhérentes à la maladie de la vache folle. Selon l'avis du Comité scientifique directeur de l'Union européenne, la Pologne a importé plus de 100 000 bovins de divers pays touchés par la maladie (mais aucun du Royaume Uni !) sans compter les bovins importés de Lituanie ou d'Estonie et, surtout, pas loin de 2 millions de tonnes de farines diverses sur vingt ans dont la plus grande partie en provenance d'Allemagne, le reste venant des Pays-Bas, du Danemark, de Belgique, de France et d'Italie (et "seulement" 176 tonnes du RU en 1994-95). Ces importations ont duré jusqu'en 1999.»Mme Irgens nous explique encore qu'en Pologne les farines animales ne furent formellement interdites chez les ruminants qu'en 1997 et que le pays compte un cheptel d'environ 6 millions de bovins dont la moitié a aujourd'hui moins de 24 mois. En Pologne comme ailleurs, on évoque, bien évidemment, la facile et fameuse hypothèse des farines données "par erreur" aux bovins alors qu'elles étaient destinées à d'autres animaux d'élevage. En janvier de cette année, la Pologne n'avait testé qu'une centaine d'animaux et même si le pays en est aujourd'hui à un total de 100 000, c'est encore 4 à 6 fois moins que les pays de l'Union européenne qui ont des cheptels bovins comparables qu'il s'agisse de l'Irlande, de l'Espagne ou de l'Italie. En toute logique épidémiologique, des cas devraient émerger si le dépistage est fait dans les autres pays d'Europe de l'Est que les scientifiques ont classés dans le groupe III, à savoir l'Estonie, la Lituanie, Chypre, l'Albanie, la Roumanie, et la Hongrie. Plus à l'est, le travail d'évaluation n'a pas été fait et rien ne permet de situer le risque en Russie, en Ukraine, en Biélorussie ou en Bulgarie. Mme Irgens nous indique aussi que les amateurs éclairés peuvent désormais comparer les nombres de tests dans les pays de l'Union européenne pour les périodes janvier-février 2001 et 2002 sur les sites http://europa.eu.int/comm/food/fs/bse/testing/bse_test03_en.pdf et http://europa.eu.int/comm/food/fs/bse/testing/bse_test20_en.pdf.Lorsque nous avons commencé ce Journal, le dépistage n'existait pas, ou guère, et l'on se souviendra que c'est la Suisse qui eut le courage de démontrer sa faisabilité. C'est aujourd'hui une affaire de routine. Le nombre d'animaux cliniquement normaux testés dans l'Union est passé de 382 364 durant les deux premiers mois de 2001 à 1 655 223 pour la période correspondante de 2002. Corollaire : on est passé de 55 à 239 cas positifs. Immanquable question : combien de cas de maladie de la vache folle en phase d'incubation ont pu, ces vingt ou trente dernières années, être consommés par l'homme ?