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Conduite sous la double égide de l’OMS et du Ministère irakien de la Santé et de la prospective, la première «évaluation de la santé mentale irakienne» établit que 16,5% des Irakiens ont souffert d’un trouble de la santé mentale au cours de leur vie mais que seuls 2,2% d’entre eux ont pu, concrètement, bénéficier de soins médicaux adaptés.1
Les chercheurs ont travaillé sur la base d’un panel représentatif de la population irakienne de 4332 personnes âgées de plus de 18 ans, vivant en famille dans différentes régions administratives du pays. Objectif: situer au mieux la prévalence de la maladie mentale selon différentes périodes rétrospectives (un mois, un an ou plus). Selon les conclusions de l’étude, la prévalence du stress post-traumatique était de 3,6% inférieure à ce que l’on pouvait raisonnablement pronostiquer en prenant en compte les différents conflits dont ce pays est le siège. En d’autres termes, la résistance aux conséquences psychologiques induites par les violences et les phénomènes de stress qui en résultent semble a priori élevée dans la population adulte irakienne. Ce constat ne saurait toutefois en faire oublier un autre qui établit que la très grande majorité des personnes souffrant de tels troubles ne bénéficient pas d’une prise en charge adaptée. «En Irak, tout ce qui est associé à la maladie mentale est extrêmement stigmatisé. Nous nous devons de mettre en œuvre des programmes d’éducation de grande ampleur pour atténuer la stigmatisation et encourager les malades à se déclarer et à demander le traitement auquel ils ont droit.», a déclaré le Dr Saleh Al Hassnawi, ministre irakien de la Santé.
«Les niveaux de stress sont élevés, mais les maladies mentales sont comparables à celles observées dans les autres pays. Ceci suggère que les Irakiens ont développé des stratégies de résilience pour survivre au cours de plusieurs dizaines d’années de troubles, estime pour sa part le Dr Naeema Al Gasseer, représentante de l’OMS en Irak. Le stress a eu un impact sur la population entière et le conflit est presque devenu la normalité.» Les femmes sont plus exposées que les hommes à l’anxiété et aux troubles du comportement. Les hommes sont quant à eux plus sujets à la consommation excessive de drogue. Et plus ils sont exposés aux traumatismes, plus ils risquent de développer une pathologie psychiatrique.
Pour le premier signataire de la publication, de nouvelles recherches sont nécessaires pour analyser et comprendre les stratégies de résilience mises en œuvre par les Irakiens. Il faudra aussi étudier les effets à long terme des multiples conflits sur la santé mentale de la population. Mais, conclut-il, «la chose la plus importante de toutes serait de parvenir à une stabilité qui nous permettrait de vivre en paix et sans peur.»