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Le péché est ne pas reconnaître la présence de Dieu en l’autre et en soi-même. Et si perception il y a, c’est ne pas en tirer les conséquences.
Autrement dit, le péché est ne pas reconnaître la sainteté ou, dans un langage moderne, la dignité de l’être, de tout être vivant, notamment la dignité humaine.
Le péche est se reduire et réduire autrui à un objet qu’on peut entièrement instrumentaliser.
Le péché est ne pas reconnaître en toute vie une finalité en soi.
Le péché est ne pas reconnaître une transcendance, en soi et en autrui, c’est se définir et définir autrui, entièrement, finir avec soi-même et avec l’autre, ne pas ou ne plus compter sur un au-delà de ce qui est fini, défini, classé, catalogué, compris, saisi et maîtrisé.
Le péché est se confondre ou confondre autrui avec l’image qu’on a de soi ou de l’autre, ne pas ou ne plus compter sur un au-delà de ce qu’on voit et de ce qui se manifeste.
Le péché est de mettre à la place de l’autre une image de l’autre.
Le péché est se mettre à la place de l’autre, au point que l’autre n’a plus de place.
« Le contraire du péché n’est nullement la vertu, … c’est la foi. » (Kierkegaard)
Le péché est de ne pas croire en soi-même et en l’autre, ne pas se tourner, donc se convertir vers d’autres possibilités que ce qui apparaît, se manifeste dans les limites humains données, celles-ci considérées comme définitives et insurmontables.
Le péché est prendre le handicap comme donnée inéluctable et définitive.
Pécheurs … « fauteurs, ‘amartoloï’ … correspond à l’hébreu ‘hataïms’, d’une racine dont le sens premier est ‘raté’. Le pécheur ‘rate’ sa vie comme une flèche rate son but. La faute qui deviendra en latin ecclésiastique le péché consiste à rater la finalité assignée à l’homme par la tora. » (Chouraqui)
Le péché est ne rien vouloir changer, ne pas compter ni sur soi ni sur l’autre ; ne pas reconnaître l’altérité, ni soi-même comme autre, ni l’autre comme un soi-même.
C’est finalement être perdu, se perdre et perdre autrui.
Mais Dieu cherche ce qui est perdu ; au risque de se perdre lui-même, dans le non-sens de la mort sur la croix.
Cependant, le tombeau vide, ce que nous appelons résurrection, est la matrice d’une vie nouvelle, d’une vie dans laquelle Dieu nous précède et nous attend. Ainsi la vie, – pour Dieu, l’Autre par excellence, pour le croyant, en Dieu et en l’autre, et en soi-même comme autre -, toute vie a du sens et déborde de sens.
Armin Kressmann 2013