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La nouvelle constitution a donc été approuvée. C’était le souhait de la majorité des assemblées générales des verts et des socialistes et plus particulièrement de leurs constituants qui ont mené la campagne pour le oui. Cette victoire suscite cependant quelques questions.
Ainsi, les quartiers populaires de la Ville de Genève et les communes suburbaines votant habituellement à gauche (socialiste, vert et différentes gauches de la gauche) ont refusé cette constitution, un refus qui tranche singulièrement avec l’acception, parfois très forte, par des communes votant traditionnellement à droite telles que Cologny ou Vandœuvres. Bien sûr, le Mouvement citoyens genevois (MCG) et l’Union démocratique du centre (UDC) se sont également prononcés contre cette constitution mais leur campagne a été à peine audible. Je ne peux donc m’empêcher de penser que cette constitution a été acceptée essentiellement par l’électorat de droite et que l’électorat de gauche l’a refusée, tout en rappelant que cette votation a eu lieu dans une indifférence généralisée! Autant je me suis senti très solitaire parmi les constituants de la gauche gouvernementale, je me suis senti raisonnablement minoritaire dans l’assemblée générale de verts et, le soir du scrutin, je me suis senti confortablement majoritaire dans l’électorat de gauche!
Se pose donc la question de savoir comment les directions des deux partis de la gauche gouvernementale entendent renouer avec leur électorat traditionnel. Plus fondamentalement, comment ces partis envisagent-ils de reconstruire un rapport de confiance avec le monde associatif et syndical, sachant que cette campagne a laissé des traces à ne pas sous-estimer dans ce milieu?
Se pose également la question des alliances et de l’orientation politique. En effet, seulement quelques jours avant le vote de la constitution, le projet de budget – élaboré par un gouvernement de droite et présenté par David Hiler, conseiller d’Etat écologiste admiré par la droite – a été renvoyé au Conseil d’Etat par la droite néolibérale du Grand Conseil, pourtant majoritaire au gouvernement, avec l’aide de la droite populiste et xénophobe. Insistons sur le fait qu’il s’agit d’une mesure rarissime, totalement inhabituelle et reflétant le climat d’une dureté exceptionnelle qui rège actuellement au Grand Conseil. Cette même droite, toujours en collaboration avec la droite populiste, a également refusé la possibilité que des régies publiques telles que les Transports publics genevois (TPG) puissent être présidées par des étrangers habitant à Genève. Et c’est justement avec les députés de cette droite néolibérale, intransigeante et tendanciellement xénophobe, que les représentants de la gauche gouvernementale ont fêté chaleureusement la victoire de la nouvelle constitution! En s’inspirant du travail de convergence de la constituante, il a même été affirmé qu’on entrait dans une nouvelle ère de faire la politique en quittant la stérilité des affrontements gauche/droite. Cette fête commune des partis gouvernementaux et les accolades chaleureuses le dimanche soir de la votation font évidemment craindre le pire pour la politique quotidienne compte tenu du rapport de force, de l’intransigeance actuelle de cette droite et de la combativité très mesurée, pour ne pas parler d’une certaine tendance à la compromission de la gauche gouvernementale.
Comment ne pas comprendre que la naissance de cette politique de convergence autour de cette nouvelle constitution ne constitue pas un abandon (supplémentaire) de la défense d’un Etat social et écologique fort, un abandon qui se traduit déjà maintenant, et non seulement à Genève, mais partout en Europe, par la montée de courants populistes, xénophobes et néolibéraux?
* Ancien constituant «Verts et associatifs».