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1. L'analyse la plus simple du récit se contente d'identifier quelques éléments choisis du texte et éventuellement de les arranger dans une structure tres` simple. Il s'agit d'un travail de classification simple. Lors de la comparaison de textes il est possible de définir des typologies de textes selon l'occurrence des éléments d'analyse. Cette méthode souvent utilisée par la philologie du dernier siècle permettait de définir par exemple des différents concepts de protagoniste.
2. Le structuralisme, inspiré par les analyses des formalistes russes, amena des changements majeurs. On étudiait plus seulement les éléments isolés du récit, mais aussi le lexique que constitue un ensemble empirique de textes. Il a aussi repris le principe de Saussure, suivant lequel le lexique constitue en fait un système qui donne une signification première à ses éléments. Les structuralistes cherchent même à définir les "universels" de tous les récits, à un niveau toutefois très abstrait. A cet axe paradigmatique d'analyse s'ajoute l'axe syntagmatique, l'étude des règles de combinaison d'éléments narratifs du récit. Finalement les structuralistes ont également introduit la notion du raconté, de la structure narrative qui est médiatisée par le texte de surface. La majeure partie de leurs études se concentrent sur ce phénomène-ci. Aujourd'hui le structuralisme dispose d'un cadre théorique très élaboré. Son langage d'analyse est en grande partie "voisin" de l'objet d'analyse, dans le sens, où il s'agit de traduire un texte surface dans une structure composée d'éléments d'un système sémiotique de signification et d'éléments de combinaison. Les analyses structuralistes ont une certaine signification psychologique (cognitive), sociale, et culturelle, bien qu'elles refusent en général d'inclure ces facteurs dans leur analyse. Pour eux le récit existe sans ses utilisateurs et les systèmes qui le constituent n'ont un statut très clair, car on se refuse les moyens de déterminer si elles ont une signification plus que théorique.
3. Une autre tradition d'analyse du récit relativement jeune, née au début des années soixante-dix en psychologie cognitive et en anthropologie s'inspire des travaux de Chomski. Trouver un langage d'analyse du récit, voulait dire développer une grammaire axiomatique qui permette de décrire ou encore de générer la forme de récits. S'appuyant sur des règles de reécriture sur des spécificateurs d'élements terminaux et sur des règles de transformation, ces grammaires arrivent à déterminer principalement la grammaticalité d'un récit, s'il est bien conforme à une des formes canoniques de ce genre de texte. L'analyse du sens du récit a perdu quelque peu son intérêt, bien que la signification de la structure hierarchique d'analyse ne soit pas purement syntaxique. En effet elle nous donne les constituantes du récit en termes d'épisodes composés de différentes structures d'action qu'on peut rencontrer dans le récit. Toutefois par rapport à certaines analyses structuralistes, on peut parler d'une certaine perte d'information. Par contre l'analyse est bien plus élégante et permet de décrire certaines structures hierarchiques et récursives de facon plus efficace que les structuralistes peuvent le faire. Un autre aspect intéressant de la plupart des modèles générateurs est leur valeur psychologique. Ces grammaires ont été testées dans des expériences de mémorisation et de rappel. Ainsi l'analyse de récit dans ce cadre ne veut pas seulement élaborer un langage permettant de décrire la structure du récit, mais aussi développer une théorie partielle de la cognition humaine.
4. En dernier lieu, l'emergence de la linguistique de texte et de l'intelligence artificielle on reconduit l'intérêt vers l'analyse de la signification du récit. Ces deux disciplines ne se sont rencontrées en fait que très récemment. La linguistique de texte s'est demandé entre autre, comment un texte gagne sa cohérence, et comment dans une communication certaines formes de texte se choisissent. On espérait également résoudre des problème plus linguistiques comme anaphora et cataphora au niveau du texte. L'intelligence artificielle s'est tout simplement demandé comment modéliser la production et la compréhension d'un texte, une activité qui nécessite de l'intelligence. Dans ces deux branches, pour donner un sens à un texte, il faut au moins un récepteur ou un producteur (réel ou hypothétique). L'analyse du récit devient ainsi en grande partie l'analyse du traitement du récit. Faire des théories et des modèles de production et de réception de récit inclut aussi faire un modèle du savoir qu'a une personne sur le monde du récit, pas seulement sur les mécanismes linguistiques de traitement de récit. Pour le moment ce domaine de recherche est encore très ouvert et mal défini, c'est-à-dire il se trouve dans un stade préparadigmatique. Mais il existe déjà un certain nombre de modèles qui s'appliquent à des mondes très limités, ou un peu plus généraux, mais très partiels.