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Il y a quelques années, il a cofondé La Chine contre la peine de mort, un réseau d’avocats qui travaillent sur des affaires dans lesquelles l’accusé encourt la peine de mort, particulièrement en cas de torture, de maladie mentale ou d’erreur judiciaire.
En 2012, le géant d’Asie a procédé à lui seul à plus d'exécutions que tous les autres pays du globe réunis – même si l’on ne connaîtra sans doute jamais le nombre exact d’exécutions, car ce type de statistiques y est classé secret d'État. Si la situation s’améliore lentement, on constate toutefois l’adoption de réformes limitées au cours des deux dernières années. Entre autres, le nombre de crimes passibles de la peine de mort a été réduit et la Cour populaire suprême, la plus haute instance de Chine, s’est vue conférer le pouvoir d’annuler les condamnations à mort. Cependant, Teng Biao reste sceptique quant au changement induit par ces réformes.
«Certes, on observe une amélioration dans les nouvelles lois, mais en réalité, la loi théorique ne correspond pas à la loi dans la pratique. Il est très rare qu’une décision prise par un tribunal de première instance soit infirmée en appel. Ces changements se traduiront peut-être par une baisse du nombre d’exécutions; cependant, il demeure très difficile de faire passer une véritable réforme judiciaire.»
Des procès inéquitables
Dans son dernier rapport sur la peine de mort dans le monde, Amnesty International a mis en lumière le fait que des sentences capitales continuaient d’être prononcées en Chine à l’issue de procès inéquitables. Pour Teng Biao, c’est là le problème le plus urgent.
«La question la plus urgente est de réduire le nombre d’erreurs judiciaires. Notre justice n’est pas indépendante. Les juges sont influencés, voire contrôlés, par la police locale ou le Parti communiste. Bien souvent, la police torture un suspect et les juges acceptent ces preuves, tout en sachant qu’elles ont été obtenues de manière illégale. Un juge est censé exclure les éléments de preuve extorqués sous la torture, mais le tribunal n’étant pas indépendant, il prête attention à ce que lui disent la police et les responsables du Parti communiste. »
Teng Biao répond avec sincérité lorsqu’on lui demande si la peine de mort sera abolie en Chine de son vivant. «À mon avis, la question de l’abolition de la peine de mort est plus délicate que celle de l’émergence d’un système démocratique. Sans démocratie, il n’y a aucune chance que la Chine abolisse la peine capitale. Mais de nombreux défenseurs des droits humains sont optimistes au sujet de la démocratie.»
Cet optimisme est sans nul doute d’une grande aide pour militer dans le pays qui exécute le plus de condamnés au monde. Le courage et le dévouement de Teng Biao transparaissent lorsqu’il parle de son travail. «Je ne peux pas baisser les bras. J’ai une responsabilité. Ce que je fais est juste. Je veux contribuer à une amélioration de la politique et à l’avènement d’une Chine meilleure.»