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Intervenant:
Pierre Salama est un latino-américaniste, primé par la chaire Julio Cortazar. Il est professeur émérite des universités (université de Paris 13), membre fondateur de Critiques de l’économie politique, ancien directeur scientifique de la Revue Tiers Monde.
Exposé:
Avec la nouvelle globalisation commerciale, la carte de l’industrie mondiale s’est profondément modifiée. Les économies avancées, à quelques exceptions près comme celle de l’Allemagne, mais aussi les économies émergentes latino-américaines, connaissent un processus de désindustrialisation relative, voire absolue, qui est allé en s’accentuant depuis le début des années 2000, avec l’entrée de la Chine à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2001. La délocalisation de certains segments des lignes de production vers des pays asiatiques, pour l’essentiel, conduit à un éclatement international de la chaîne de valeur réalisé par des firmes multinationales externalisant une partie de leur production. Avant 1979, exportatrice de produits primaires, la Chine est devenue ainsi exportatrice de produits industriels de plus en plus sophistiqués, la moitié de ces exportations provenant d’usines d’assemblages. La Chine occupe ainsi le 1° rang mondial dans les exportations de produits manufacturés, alors qu’elle n’était pas présente parmi les 50 premiers exportateurs de ces produits en 1980.
Les exportations de produits industriels provenant des économies émergentes latino-américaines n’ont pas, en général, un contenu technologique très élevé, à l’inverse des exportations de nombreux pays asiatiques. Deux fortes asymétries des échanges entre économies émergentes latino-américaines et asiatiques : la première concerne la nature des exportations : produits manufacturés vers l’Amérique latine, produits primaires vers la Chine. De ce point de vue, la Chine s’inscrit dans la logique de la vieille division internationale du travail et manifeste ainsi un certain impérialisme vis-à-vis des pays latino-américains ; la seconde concerne les poids respectifs des échanges : la Chine est un client très important de l’Amérique latine, celle-ci est un faible fournisseur en pourcentage des importations de la Chine. Cette seconde asymétrie renforce l’impérialisme de la Chine vis-à-vis des économies émergentes latino-américaines : le sous impérialisme du Brésil vis-à-vis d’autres pays latino-américains souffre ainsi d’un impérialisme asiatique.
Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Sur de nombreux points, ce qui hier était inimaginable, se réalise aujourd’hui : le Nord ne peut plus dominer le Sud de la même manière qu’auparavant. Le Sud, lui-même, est profondément hétérogène. Certains pays du Sud, notamment asiatiques, cherchent à imposer leurs propres règles du jeu, fût-ce en raison du fort taux d’endettement du Nord vis-à-vis d’eux et de la composition du commerce extérieur vis-à-vis de l’Amérique latine.
Horaire
Vendredi 26 octobre
9h00 – 10h45
Amphipôle, salle 201
Panel – Mondialisation et impérialisme: La Chine en tant que puissance émergente dans la crise actuelle