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Qui était Patience, citée dans l'expression "Patience est mère de toutes les vertus" ?
Date de la réponse: 26.10.2016
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Vers l'an 200, l'auteur chrétien Tertullien a consacré un traité à la patience "De patientia". Traduit en français sous le titre "De la patience" http://data.rero.ch/01-0508586 , nous pouvons lire ceci sur la quatrième de couverture :
« Considérée avant tout aujourd'hui comme un trait de caractère, la patience était, pour la pensée antique, qui ne dissociait pas morale et psychologie, une composante de la Vertu, c'est-à-dire du seul bien véritable que le Sage devait posséder. »
D'après nos recherches, cette vertu, incarnée sous les traits d’une femme, est une allégorie et non pas une divinité.
Le site d'un enseignant en français-lettres, "Lettres.org", propose la définition suivante d' "allégorie" http://www.lettres.org/files/allegorie.html : « Il s'agit d'une figure de style qui consiste à représenter de façon imagée, en la matérialisant, une idée abstraite. On fait donc appel au(x) symbole(s). Un ensemble d'indices renvoie à une idée comme la justice, le temps, la mort etc. Elle peut faire appel à la personnification. [...] Voici quelques exemples d’allégories : - Une femme aux yeux bandés tenant une balance : allégorie de la Justice. La statue de la Liberté : allégorie de la Liberté. Marianne : allégorie de la République. La colombe et le rameau d'olivier : allégorie de la Paix. »
Dans l'expression "Patience est mère de toutes les vertus", il s'agit de ce que l'on appelle en littérature une "Personnification" http://www.lettres.org/files/personnification.html : « Figure de style qui consiste à évoquer un objet, une idée ou une abstraction sous les traits d'un être humain. »
Patience ou Patientia, ne figure dans aucun des ouvrages que nous avons consultés tels que : "Mythologie grecque et romaine" http://bit.ly/1lkKjut de Pierre Commelin ; "Nouveau dictionnaire de la mythologie" http://bit.ly/1lkKciB de Raymond Jacquenod ; "Petit traité des grandes vertus" http://goo.gl/FX3LJJ d'André Comte-Sponville et le tome 1 de la série "Traité des vertus" http://bit.ly/2eu2QvV de Vladimir Jankélévitch.
Nous retrouvons toutefois une représentation de Patience sur les anciennes pièces romaines comme en témoigne le site "Sacra Moneta.com" http://www.sacra-moneta.com/Numismatique-romaine/L-image-de
-la-Patience-sur-les-monnaies-romaines.html : « L'allégorie de la "Patientia Augusti" ( = la Patience de l'Auguste) est représentée sur le revers d'un denier d'Hadrien, sous la forme d'une femme assise tenant une patère dans la main droite et une haste dans la main gauche […].
Vaillant, faisant référence au revers de cette monnaie, observe que la patience ne doit pas être considérée dans son acception chrétienne. La Patience dont il est question sur cette monnaie serait plutôt le fait d'endurer les revers de fortune avec une résignation soumise. Selon l'interprétation du même Vaillant, la Patience est alors la volonté d'affronter les aléas quotidiennement avec une résistance personnelle sans jamais renoncer. Cela correspond à la définition donnée par Cicéron : "Patientia est honestatis, aut utilitatis causa, rerum arduarum, ac difficilium voluntaria, ac duiturna ac perpessio". Il s'agirait donc d'une monnaie se référant à la philosophie personnelle de l'Empereur, qui comme chacun sait, était un stoïcien. »
Selon l’article "Stoic virtues in Tertullian’s works and their relation to Cicero" http://bit.ly/2eFcsBM de Levente Pap, paru en 2014 dans la revue "Acta Universitatis Sapientiae, Philologica" :
« [...] The speaker hints at the fact that in Greek-Roman culture, the concept of "patienta" belonged primarily to the field of philosophy and it was of an extremely great importance in philosophical thinking [...]. Patientia was considered a very important human virtue by Cicero as well; the word patientia and its inmections appear more than 33 times in his works. ». L'auteur explique dans ce passage, que dans la culture gréco-romaine, le concept de patience appartient avant tout au domaine de la philosophie et était d’une extrême importance dans la pensée philosophique. Pour Cicéron, la patience était une vertu importante est elle est notamment citée plus de 33 fois dans son oeuvre.
Une note de bas de page accompagne ce passage :
« There is no mentioning of a godly embodiment of patientia in the Greek-Roman world either in archaeological or epigraphic, or in literary sources. [...] there is no data about a similar cult of patientia; furthermore, there are only two occasions when it appears as an attribute of gods. ». La note indique qu'il n’y a aucune mention parlant d’une incarnation divine de la patience dans le monde gréco-romain, ni d’un point de vue archéologique ou épigraphique, ainsi que dans aucune source littéraire. Il n'y a également aucune donnée qui indique un culte à Patience et cette vertu n'est un attribut des dieux qu'à deux occasions.
Pour terminer, rien dans nos recherches ne nous a permis de situer l'origine de l'expression "Patience est mère de toutes les vertus".
Nous retrouvons la trace d'une expression similaire vers l'an 300 dans des écrits chrétiens, mais dans laquelle la patience est remplacée par l'humilité. Selon la page 88 de l'ouvrage de Michel Meslin sur "Benoît de Nursie" http://data.rero.ch/01-R006414190 , Jean Cassien (360-435), dans sa "Conférence" XV, écrivait ceci : « L’humilité est la maîtresse de toutes les vertus ; c’est le fondement le plus solide de l’édifice spirituel et le don le plus spécial et le plus magnifique du Sauveur. »
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève http://www.bm-geneve.ch
Pour http://www.interroge.ch