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Il y a dix ans, les banques suisses acceptaient de rembourser les victimes de l'holocauste dont les comptes en banque avaient disparu. Deux des participants aux négociations d'alors reviennent sur cet épisode qui avait servi de «catharsis» à la Suisse.
Mais en signant cet accord prévoyant le versement de 1,25 milliard de dollars (à l'époque, 1,87 milliard de francs suisses) le 12 août 1998, les banques avaient aussi provoqué un énorme bouleversement en Suisse. L'accord global mettait un terme à trois années de violentes polémiques et attaques contre la Suisse en raison de son attitude avec le régime nazi.
En 1995, lorsque les organisations juives avaient recommencé à poser des questions insistantes sur le sort des comptes en déshérence dans les banques suisses et contenant les avoirs des victimes de l'Holocauste, personne n'avait prévu la tempête qui suivrait. Personne n'aurait osé prévoir ni son intensité, ni sa durée.
Mais ce n'était qu'un début. La pression sur les banques suisses était ensuite montée d'un cran lorsque l'administration américaine s'était immiscée au débat. Des commissions d'enquête se mirent au travail, des deux côtés de l'Atlantique.
Un choc psychologique
Menée par le professeur d'histoire Jean-François Bergier, la commission suisse s'est aussi penchée sur la question des réfugiés en Suisse pendant la deuxième guerre mondiale, l'attitude des entreprises et la question centrale de l'or acheté aux Allemands par la Banque naitonale suisse.
Lorsque des plaintes collectives furent déposées devant la justice américaine pour réclamer réparation, la situation devint vraiment précaire pour les banques suisses aux Etats-Unis.
«Le climat était extrêmement polarisé, se souvient Stuart Eizenstat, représentant du gouvernement américain et auteur du rapport du même nom. Les parties se renvoyaient la faute les unes sur les autres. Cela a été un événement traumatisant et un choc psychologique pour la Suisse.»
Confrontées à ces critiques et à des menaces de boycott, les deux plus grandes banques du pays – UBS et Credit Suisse – finissaient par publier des détails sur les comptes et à accepter de rembourser les descendants des victimes spoliées.
Une fusion en cours...
Un autre élément a joué un grand rôle, rappelle le Suisse Rolf Bloch, qui président alors la Fédération des communautés israélites de Suisse: «L'Union des banques suisses et la Société de banques suisses étaient en train de fusionner pour devenir l'actuelle UBS. Or obtenir l'aval des autorités américaines pour être actives aux USA n'était pas facile avec des actions en justice sur le dos. L'accord global a été un accord financier servant les intérêts de toutes les parties.»
Le Conseil fédéral (gouvernement) et la Banque nationale suisse n'étaient pas parties prenantes de l'accord global. Le gouvernement suisse déclarait d'emblée, le 13 août 1998, ne pas se sentir «obligé», rappelant la création, en 1997, du Fonds humanitaire en faveur des victimes de l'holocauste, doté de 300 millions de francs.
Stuart Eizenstat critique encore la non-participation de l'Etat suisse à l'accord global. Selon lui, la Banque nationale suisse aurait dû participer aux frais.
«Les banques nationales d'Allemagne, d'Autriche et de France ont participé à des accords. En Suisse, l'Etat a laissé tout le fardeau à l'économie privée. Je pense que ce n'était ni juste ni judicieux», affirme l'ancien négociateur.
Une fin financière, mais pas morale
En revanche, l'accord global a été «juste et équitable». Jusqu'ici (état à fin juin 2008), tout l'argent a été versé, sauf 200 millions de dollars, à des victimes juives, homosexuelles, handicapées, témoins de Jéhovah ou membres de la communauté Rom et à leurs descendants.
Pour Rolf Bloch, ces versements ont permis de tirer un trait sur l'attitude de la Suisse pendant la deuxième guerre «financièrement, mais pas moralement». Stuart Eizenstat parle de son côté de l'effet de catharsis qu'a eu cet accord sur la population suisse. Il a permis aux banques suisses de nettoyer leurs archives sur l'argent blanchi.
«Le problème résidait aussi dans le fait que la Suisse était isolée au sein de l'opinion publique mondiale. La Suisse n'a pas compris à quel point cela pouvait se retourner contre elle. Ce cataclysme a eu un effet purifiant et lui a permis d'aller de l'avant», conclut Stuart Einzenstat.
swissinfo, Matthew Allen
(Traduction et adaptation Ariane Gigon)
ACCORD GLOBAL
En 1995, 50 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, les organisations juives ont accru leurs pressions sur les banques suisses pour qu'elles donnent des renseignements sur les les comptes en déshérence.
Les organisations juives exigeaient la lumière sur les avoirs des victimes de l'holocauste, mais le secret bancaire rendait leur tâche difficile.
En 1996, des plaintes collectives en réparation ont été déposées aux Etats-Unis contre les banques suisses.
Les Américains lancèrent le « Comité Volcker», composée d'éminentes personnalités. Ces experts, en collaboration avec l'Association suisse des banquiers, étaient chargés de retrouver les comptes ayant appartenu à des victimes de l'holocauste.
En Suisse, le gouvernement nommait une commission indépendante d'experts dirigée par l'historien Jean-François Bergier, qui publièrent leurs travaux en plusieurs volets (les réfugiés juifs, les achats d'or au régime nazi, l'attitude de l'économie privée en général).
En 1997, le Conseil fédéral, la Banque nationale suisse et des institutions privées ont créé un Fonds humanitaire de 300 millions de francs en faveur des victimes de l'holocauste.
Le 12 août 1998, UBS et Credit Suisse acceptaient de verser 1,25 milliard de dollars en réparations aux victimes de l'holocauste et à leurs descendants.
Administré aux Etats-Unis, le fonds a rapatrié les avoirs des comptes en déshérence vers leurs propriétaires légitimes, a remboursé les fonds volés par les nazis et versé des compensations pour le travail forcé et pour les réfugiés qui avaient été refoulés de Suisse.
Jusqu'à fin jin 2008, un peu plus de 1005 millions de dollars ont été versés à 448'703 personnes ayant fait valoir leurs droits, selon une statistique du tribunal new-yorkais compétent pour ces versements. Cela représente un peu plus de 80% du montant total (ATS)
Les victimes homosexuelles, handicapées, les Roms et les témoins de Jéhovah victimes du nazisme ont bénéficié de l'accord global comme les victimes juives.
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