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Peintre espagnol d’origine crétoise, Le Greco a reçu sa première formation en Crète, sans doute au monastère de Sainte Catherine. Avant 1567, il s’installe à Venise, où il a travaillé aux côtés du Titien. Mais très vite, il est attiré par le travail du Tintoret dont l’art expressif l’a fortement influencé. On le sait à Rome en 1570. Vers 1573, il est probablement retourné à Venise. Vers 1575-76, il s’installe définitivement en Espagne. En 1577, Le Greco s’installe à Tolède où il trouve un centre artistique un peu à l’écart des courant dominants à la cour (ses œuvres pour l’Escorial n’ont pas été approuvées par Philippe II).
Histoire d'une œuvre
Comme nous le savons, Pierre a renié le Christ trois fois avant que le coq ne chante. Ce tableau représente Pierre regrettant sa trahison.
Ce thème de Pierre repentant est typique de la réforme catholique, qui s’est déployée vers la fin du XVIe siècle. Alors que la vénération de Pierre ainsi que le sacrement de pénitence étaient refusés par les protestants, du côté catholique on a exalté la figure de Pierre à la fois comme fondateur de l’Église et premier pape.
Le motif de cette repentance pleine de larmes entendait aider à la méditation tous ceux qui étaient affaiblis, et voulait soutenir la foi des chancelants.
Cette représentation de Saint Pierre est la toute première dans l’œuvre du Greco. Il fera d’autres représentations du même sujet légèrement différentes.
Quelques pistes pour regarder «Saint Pierre repentant»
Le saint est représenté jusqu’à mi-corps, avec les yeux pleins de larmes, tournés vers le ciel, les mains jointes pour la prière.
Il est assis devant une grotte. Pierre surgit de l’obscurité. Éclairé par la gauche, la source lumineuse semble venir de l’espace du spectateur. Il est pris entre l’obscurité à sa gauche et la lumière à sa droite (lumière du corps de l’ange et du soleil levant). Ses bras avec leurs reflets verts donnent l’impression qu’il sort d’un tombeau.
Le Greco représente Pierre avec des couleurs: une bure bleue (qui renvoie au ciel) et un manteau jaune (qui renvoie à la terre). Les plis du manteau sont larges, présentant une étoffe épaisse.
Ces mains, assez grossière rappellent son activité de pécheur. Il est intéressant de noter que Pierre n’est pas représenté avec son attribut habituel: les clés. Dans des œuvres ultérieures, Le Greco ajoutera les clefs.
Le visage de Pierre est celui d’un homme âgé, mais très soigné avec une magnifique barbe et des cheveux courts grisonnants. De grosses larmes perlent de ses yeux.
Une forte diagonale passant par la tête et les mains de Pierre marque l’axe du tableau. Le regard du spectateur est appelé à suivre cette diagonale qui «projette» Pierre vers le haut.
Les nuages autour de la tête du saint constituent une sorte d’auréole tourmentée.
Au fond à gauche, on reconnaît l’ange, qui garde la tombe du Christ, – il est d’un blanc éblouissant, plus spirituel que matériel – on voit aussi Marie-Madeleine avec le récipient d’huile, en chemin vers Pierre, pour lui annoncer la résurrection du Christ. Cette représentation de Marie-Madeleine seule, sans les autres femmes, suit la version de Jean (20.1 – 2).
Ainsi deux motifs séparés chronologiquement sont représentés dans le même espace : Pierre repentant à cause de son reniement, et Marie-Madeleine après la résurrection. Mis côte à côte, les deux évènements s’éclairent mutuellement.
Le lierre, qui est placé à côté de la tête de Pierre, représente la foi solide, vivante et durable ; il enserre la grotte devant laquelle Pierre est assis, lieu habituel des ermites et des pénitents.
Le ciel tourmenté met en évidence le déchirement intérieur représenté par le saint. Mais derrière lui, la lumière, comme la résurrection, semble déjà triompher de l’obscurité et du tourment.
Bruno Fuglistaller sj
Saint Pierre repentant, de Domenikos Theotokopoulos Espoiei dit Le Greco, est une huile sur toile peinte vers 1580-1586, une œuvre de taille moyenne 108 x 89,6 cm. Le tableau se trouve actuellement au The Bowes Museum de Barnard Castle, Château français du nord-est de l'Angleterre, à Durham.
Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
(d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)
Dates en 2017: 29 novembre et 20 décembre.
Dates en 2018: les 31 janvier, 28 février, 28 mars, 25 avril, 30 mai.
(Pas de Méditations avec une œuvre d'art en juin, juillet et août)
Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45)