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Jeudi 14 décembre, 18h
Le travail de Florian Bach questionne la place de l’humain dans son environnement en proposant des structures qui souvent le rejettent. Il a ainsi contraint la circulation en divisant des espaces ou en érigeant des murs, refoulé le spectateur en construisant des structures qui lui étaient inaccessibles, il l'a aussi exclu en réalisant des performances auxquelles il ne pouvait assister que depuis une pièce voisine. Mais si chacune de ces propositions est marquée par l’absence de protagonistes, on peut cependant imaginer leurs actions : des enfants qui jouent sur un portique brûlé, les ruines laissées par des émeutes ou le sniper dans son mirador, par exemple. Il présente des objets qui suggèrent des usages et des fonctions concrètes issus directement de l’activité humaine et de son industrie. Ces éléments sculpturaux invoquent le réel et l’obsession de contrôle.
Pour cette exposition à Halle-Nord, Florian Bach propose deux installations, SELF et HALID, une photographie, ISOLA DI LINOSA, et une vidéo, LA LUTTE.
Ces pièces se répondent l’une à l’autre et forment un environnement qui pose des questions paradoxales et ambiguës : d'une part, l'existence politique, l'implication militante, la démission, le rejet ; d'autre part, les moteurs de l'exil, le déracinement, la domination, la perte et la destruction.
SELF est une lourde corde d'amarrage de 100 mètres de long, enroulée sur un tambour motorisé qui tourne sans cesse sur lui-même. A chaque lente révolution, la corde s’affale au sol. Avec une machinerie absurde, Florian Bach produit une installation dont il émane une forte charge physique et émotionnelle. SELF est dense, chargée d'une énergie concentrée. De facture industrielle, inhumaine, elle est lourde, difficile à déplacer, elle impose de par son poids de 650kg une manutention réfléchie. SELF est un problème. A caractère biographique, elle parle de lien, d'attache à la terre, de communauté. Mais aussi d'irrésolution, d'indécision, d'éternel recommencement.
LA LUTTE est un extrait d’une performance présentée à l’été 2017 à l'Arsenic, centre d’art scénique contemporain à Lausanne. On assiste à un combat. Acte d’étouffement, de contrôle ou de libération, la cause ou le but de l’action ne sont pas clairs. Il existe un instant d’une intensité qui appelle à se questionner sur les raisons d’un tel acte. LA LUTTE est un instant performatif qui pour sa réalisation nécessite l’appel de pulsions et de sentiments complexes : l’agressivité, la violence, la froideur face à un geste décidé mais aussi le dépassement de soi et la détermination personnelle face au regard des autres.
Autant SELF et LA LUTTE nous confrontent à la propre ambivalence de l'auteur. Toutes deux traitent des mécaniques difficiles induites par la prise de position politique, l'engagement citoyen, le renoncement, le sentiment d’impuissance.
HALID et composée de six projecteurs contenant des lampes à décharge haute pression (metal Halide). Ils éclairent un mur de l’espace d’exposition de manière homogène. A intervalles irréguliers un ou plusieurs projecteurs s’éteignent et créent un « trou » dans l’espace éclairé. Comme une faille dans un système. L’installation rappelle les dispositifs de surveillance aux frontières, les éclairages de zones de fret. Ce sont des projecteurs utilisés dans des espaces incertains dont on veut contrôler l’accès. Par métaphore, les projecteurs qui s’éteignent laissent une brèche ouverte au passage ou alors sont les éléments défaillants d’un dispositif que l’on veut sécurisé.
ISOLA DI LINOSA est un tirage numérique d’une photographie prise en 1999 lors d’un voyage à l’île de Linosa en méditerranée. L’île, voisine de celle de Lampedusa, est aujourd’hui un lieu d’entrée en Italie pour les personnes qui ont pris la mer pour fuir depuis l’Afrique vers l’Europe. Cette photographie fait partie d’un projet de notations photographiques intitulé Source(s), initié en 1995. Elle s’inscrit dans une réflexion à propos de ce que Florian Bach appelle les objets de médiations, à savoir des objets dont les références sont multiples et ambiguës : comme la cabane, la hache ou la bonbonne de gaz. Souvent utilisés dans son travail, ils comportent en eux une double connotation : domestique et menaçante à la fois. Cette photographie a été le point de départ de la réalisation de SELF.
Crédits : SELF : Équipe de réalisation : CEN-Construction : Cédric Bach, Manuel Abad, Norma Nasri-Baillargeat / Marcello Silvio Busato. SELF et LA LUTTE (extrait de la performance) ont été réalisées dans le cadre de PROMESSES avec Anne-Laure Sahy, Adina Secretan, Eduard Mont de Palol et Dragos Tara, projet qui a reçu le soutien de : Canton de Vaud, Loterie Romande, Pro Helvetia, Fondation Leenaards, Pour-cent culturel Migros Vaud, Fondation Engelberts.
mardi - samedi : 14h -18h
Exposition visible depuis l'extérieur du 23.12.17 – 06.01.18
Photo : Florian Bach, Source(s), El Nido, PHP, 2017