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20/09/2011
Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme
Socialisme, Écologie politique et Anti-productivisme
Dans son livre Capitalisme, Socialisme, Écologie André Gorz définit le socialisme comme un mouvement idéologique en opposition avec le capitalisme et tentant de le dépasser en proposant un autre modèle de société. Le socialisme scientifique se théorisait sous la forme d'un système centralisé, André Gorz se désintéresse du système pour parler en termes de logique anti-capitaliste.
Si on définit le capitalisme comme une logique de rentabilité, sous-entendant maximisation des profits, (et par conséquent baisse des coûts de production), le socialisme consisterait alors à établir des zones d'activité humaine échappant à cette logique. Gorz met en évidence le fait que dans un système d'économie étatisée, centralisée et planifiée, des pans de l'activité humaine se retrouvent quand même astreints à la logique capitaliste de rentabilité.
''Les systèmes économiques sont et demeurent capitalistes aussi longtemps que la logique de la rentabilisation maximale d'un maximum de capital (fixe et circulant) détermine les conditions de travail, les investissements, le modèle de consommation et donc le mode de vie, la culture et l'échelle de valeurs.''
Comment différencier le socialisme et la social-démocratie ? Car à première vue, du moment qu'on ne s'intéresse plus à ces idéologies en tant que système, mais en tant que logique il ne semble plus y avoir de différence entre ces deux modèles. La réponse est claire : la social-démocratie entérinant le système capitaliste comme fin en soi ne peut prétendre à le dépasser et ne peut donc pas accomplir l'objectif du socialisme, à savoir l'émancipation de l'être humain.
Un système dit socialiste est donc bien entendu nécessaire pour sortir du capitalisme, même si à l’intérieur de ce système des logiques capitalistes de rentabilité et de maximisation des profits subsistent. Celles-ci sont nécessaires pour financer l'extension des zones de non rentabilité des activités humaines, du moins dans une première étape, qui est l'étape de libération de la domination du capital.
Dans un second temps, pour accomplir son objectif d'émancipation de l'être humain, le socialisme doit se dissiper en tant que système via un processus de décentralisation socio-économique et politique, c'est à dire de relocalisation des activités humaines. Ce processus devrait amener l'être humain à l'auto-production et à l'auto-gestion par l'adoption d'une logique d'auto-limitation.
Le socialisme accomplit ainsi la révolution anti-productiviste qui est la finalité de la véritable écologie politique. On voit ainsi que l'écologie politique (et non l'écologisme vendu au capital) rejoint le même rêve d'émancipation humaine que le socialisme. L'auto-limitation étant une nécessité pour l'établissement d'une société relocalisée non dépendante du processus de mondialisation.
''L'écologie politique ne se borne pas à vouloir diminuer l'impact sur l'environnement du système de production existant. Il conteste les raisons pour lesquelles un certain nombre de techniques, de productions et de consommation ont été développées en premier lieu. Ces raisons sont contenues dans la logique de l'accumulation capitaliste : il faut que des quantités croissantes de capital puissent être investies avec profit, ce qui exige la consommation d'un flux croissant de marchandises et de services marchands. Il faut donc amener la population à satisfaire ses besoins par un maximum de consommation et susciter un maximum de besoins de consommation.''
Quant à la planification, elle est l'outil idéal pour mettre sur pieds une société centrée sur ses besoins et non plus sur ses envies. On voit ainsi comment socialisme et écologie politique sont liés, que ce soit dans les moyens ou dans les buts.
''La restructuration écologique (...) a donc nécessairement un sens anti-capitaliste et socialiste. L'investissement ne peut plus y avoir pour but croissance de l'économie, mais seulement sa décroissance, au profit de l'expansion des activités qui ne sont pas régies pas l'évaluation et la recherche du rendement et du gain.''
L'écologie politique ne doit pas disparaître sous les coups des penseurs libéraux qui ont théorisé un capitalisme vert (oxymore) sous le nom de développement durable. Le camps social-démocrate doit reconnaître que la social-démocratie ne peut ni résoudre la crise écologique, ni la crise sociale (on l'a vu avec la politique d'austérité mise en place en Espagne, en Grèce et au Portugal). Il est donc grand temps de revenir à un véritable socialisme émancipateur démocratique !