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Petra, jeune artiste peintre, n’a jamais connu son père. Obstinée, la quête de ses origines la mène jusqu'à Jaume Navarro, un plasticien de renommée internationale. Ce dernier accepte de l'accueillir en résidence dans son atelier, perdu dans les environs de Gérone. Petra découvre alors un homme cruel et égocentrique, qui fait régner parmi les siens rancœur et manipulation. Espérant des réponses, la jeune femme consent à se rapprocher de cette famille où dominent les non-dits et la violence. Petra trouvera-t-elle vraiment ce qu'elle est venue chercher ?
Critique
Comment présentez-vous Petra en quelques mots ?
Petra est une tragédie grecque qui se déroule en Espagne de nos jours. Tous les éléments sont là : la trahison, le destin, la lutte entre le bien et le mal, les surprises et les détournements. D’un point de vue stylistique, Petra est une fusion entre cinéma classique et moderne.
Continuité ou rupture avec vos œuvres précédentes ?
Mon film précédent, La belle jeunesse, présentait déjà une certaine rupture avec mes autres films. Petra continue dans le sens de cette nouvelle démarche. Il s’agit pour moi d’aller de plus en plus à la rencontre du public, sans pour autant renoncer au langage du cinéma. Je cherche à toucher un spectateur cultivé, intelligent et attentif. Mais je propose un film moins exigeant que mes précédents.
Comment est venue l'idée première du film ?
D’un point de vue dramaturgique, le point de départ, c’est la quête du père. Une jeune femme part à la recherche de son père dont l’identité lui a été cachée par sa mère. À partir de ce moment-là, je me pose des questions. Pourquoi cette identité lui a-t-elle été cachée ? Parce que ce père représentait une certaine idée du mal. De là, j’ai vite enchaîné avec l’idée de la tragédie grecque. Vers la fin, j'ai ressenti le besoin d’offrir une conclusion avec un peu d'espoir. M'éloigner de la noirceur de la tragédie.
Ce fut un projet difficile à produire ?
Il a été long à mettre en marche aux stades de l’écriture, du scénario et du financement. Il s’agit d’une vraie coproduction à trois pays avec une participation artistique, technique et financière espagnole, française et danoise. Il fallait coordonner beaucoup d’agendas et enchaîner de nombreux passages en commissions. Cela supposait un certain temps. Mais cela a permis aussi de gagner la qualité. Je n'ai pas à me plaindre.
Pour quel budget final ?
Il se situe entre 1,5 et 2 M€.
Comment avez-vous choisi vos acteurs ?
Sur certains de mes films, j’avais travaillé avec des comédiens professionnels et sur d’autres avec des "acteurs sauvages", donc non-professionnels. J’avais envie de mélanger les deux sur Petra. J'ai choisi les professionnels par un mode de casting différent à celui des "sauvages". J'avais envie depuis longtemps de retravailler avec Alex Brendemühl. Il fallait trouver le bon projet. J'ai aussi eu le plaisir de travailler avec Barbara Lennie et Marisa Paredes qui ont des techniques très différentes. Arriver à un style d’interprétation homogène a été l'un des défis du film.
Où s'est déroulé le tournage ?
Nous avons tourné à Madrid et dans ses alentours, ainsi qu'à Gerone.
Vous aviez besoin de décors spécifiques ?
Oui. J’aime beaucoup le contraste entre les deux régions. La campagne de Madrid présente un paysage plus dur, des montagnes avec des grandes pierres rondes. Les maisons sont peu sophistiquées… Presque laides, si j’ose dire. Gerone, c'est le contraire. Un paysage très doux. On se croirait en Toscane… Tout est beau et sophistiqué avec une simplicité élégante.
Vous avez une méthode de travail précise ?
D’un point de vue de la mise en scène, le film repose sur deux piliers. D'un côté, je voulais mélanger des typologies d’acteurs très différents, comme je l’ai évoqué précédemment. Avoir quelqu’un de très connu comme Marisa Paredes, à côté de comédiens naturels comme Joan Botey, qui tient le rôle du père et joue pour la première fois dans un film. Il s’agissait de mélanger mais dans le but d'obtenir un seul style d’interprétation. Un style très naturel, presque laconique. De l'autre côté, le vecteur filmique était de tourner en plan séquence avec un steadycam très subjectif. Une caméra qui regarde l’action comme un observateur non-humain mais sensible, comme une espèce d’ange.
À l'arrivée, le film est-il semblable à l'idée que vous vous en faisiez au départ ?
Au début, j’avais une idée du film très différente de ce que j'ai vu en regardant les rushes. C’est toujours comme ça pour moi. L’imaginé diffère beaucoup du filmé. Mais au fur et à mesure qu’avancent le montage image, le montage son puis les travaux de finition, le film imaginé disparait complètement et celui qui a été filmé devient le seul existant dans mon souvenir. Maintenant, je ne peux pas imaginer Petra autrement.
Que signifie pour vous cette nouvelle sélection à la Quinzaine des réalisateurs ?
C'est un lieu formidable. J’adore la Quinzaine. Vraiment. La première projection de ma vie devant un public s'est déroulée à la Quinzaine pour Las horas del dia en 2003. C’est le meilleur souvenir de cinéma de ma vie ! Le premier jour de tournage et le premier jour de projection en public. Mes meilleurs souvenirs. Revenir avec Petra est un honneur et un grand plaisir. Je remercie Edouard Waintrop de sa générosité.