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Petit Enfant et Enfant aimeraient pouvoir faire disparaître celles imposées par leurs parents, qui, eux, s'accrochent à une phrase célèbre (dont l'auteur m'échappe maintenant) "c'est parce que je t'aime que je te pose des limites". Pendant ce temps, Ado fume des joints avec ses copains, convaincu d'être cool et d'avoir dépassé les principes "petit bourgeois" de ses "vieux".
Bref, rien de très original mais je pense que c'est notamment dans la prime enfance que prend racine, chez certains êtres humains, ce besoin d'aller toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus vite.
Le fait que certaines limites soient dépassées me laisse totalement indifférente : même si un jour, un athlète devait remporter quinze fois le Tour de France, je ne trouverais toujours pas ça intéressant - et continuerais certainement de m'interroger sur le nom de son "chimiste" -. Ce qui ne signifie pas que les sportifs ne puissent pas me toucher : il y a des caractères et des parcours qui forcent le respect.
Il n'y a pas que le sport qui permette à l'homme d'exprimer sa rage de vaincre et de repousser les limites : ainsi, certains consacrent une grande partie de leur vie à lutter contre une maladie, à ce jour malheureusement sans succès, tandis que d'autres découvertes majeures sont le fruit du hasard ou résultent de l'usage, dans la vie civile, d'un moyen initialement militaire.
Très nombreuses sont les inventions qui constituent un réel progrès, du moins à mon avis; en revanche, dans certains cas et dans d'autres domaines, franchement, je ne sais pas et m'interroge.
Un exemple ?
Les progrès médicaux qui permettent maintenant de faire face à la très grande prématurité. En d'autres termes et exprimée de façon crue, ma question est la suivante : le fait de sauver de la mort un enfant né à 22 semaines (au lieu de 40) constitue-t-il réellement un progrès, sachant que selon une grande vraisemblance, cet enfant - et sa famille - devront faire face à de lourds handicaps ?
Admettons que non : la nature seule ne permet pas qu'un enfant né avec autant d'avance sur son développement intra-utérin survive. N'empêche, force est d'admettre que les enfants nés aux alentours de 30 semaines se développent aujourd'hui souvent très bien, ceci bien que nés deux mois et demi trop tôt.
Vous me voyez venir, j'en suis sûre : où est la limite entre "progrès" qui permet à une famille de serrer par la suite son enfant dans ses bras et où commence la "folie médicale", quand le médecin est-il un génie qui redonne de l'espoir à un couple et quand est-il un acharné qui n'est pas capable d'admettre que la nature a posé des limites qu'il ne doit pas dépasser ? Je ne peux qu'interroger, bien malin qui aura la réponse.
Il y a quelques mois, le débat autour de ces femmes devenues mères à un âge où leurs copines deviennent grands-mères avait fait rage : partout, l'on pouvait lire peu ou prou le même commentaire "pourquoi ces femmes ne sont-elles pas capables d'admettre que la ménopause est une limite de la nature et que cette limite, il convient de la respecter ?"
Alors oui, c'est vrai, la nature veut que la femme soit en mesure d'enfanter jusqu'à (environ) 45 ans, tandis que l'homme, lui, peut devenir père jusqu'à sa mort (ce qui aurait pu passer pour une affirmation caricaturale est - presque - devenu une réalité depuis l'invention du viagra). Mais puisque personne ne s'étrangle lorsqu'on met en oeuvre beaucoup de moyens pour sauver un prématuré, pourquoi ne serait-il pas légitime de mettre en oeuvre des moyens pour repousser les conséquences de la ménopause ?
Qu'on me fasse grâce des arguments "oui mais les enfants, faut pas juste les avoir, il faut ensuite aussi être en mesure de s'en occuper et ça, on ne peut pas quand on a 60 ans à la naissance de son bébé". Il est évident que la probabilité que Maman assiste à la remise de bac de son enfant n'est pas immense, celle qu'elle soit sur les marches de l'église le jour du mariage très faible, celle qu'elle connaisse son petit-fils presque nulle.
N'empêche, cet enfant aura eu une mère durant, qui sait, dix, douze, quinze ans, peut-être même plus et je pense qu'il aura pu développer avec elle une réelle relation, quand bien même cette mère n'aura jamais été capable de faire du foot. Un enfant devant passer le plus clair de son temps en institution, ses parents n'étant pas en mesure d'assumer sa prise en charge en raison des nombreux handicaps occasionnés par sa naissance très prématurée, aura aussi une maman, probablement beaucoup plus longtemps mais comment va-t-elle vivre, cette femme ? Divorcée certainement - si j'en crois les statistiques rapportées par une amie travaillant dans une de ces institutions -, se sentant coupable selon une certaine vraisemblance, s'interrogeant peut-être parfois sur la question de savoir si la médecine a été, pour son enfant et pour elle, un réel progrès.
Loin de moi l'idée de cautionner ces naissances très tardives, tout comme m'est totalement et parfaitement étrangère l'idée de critiquer les parents qui ne peuvent pas s'occuper d'un enfant gravement handicapé et qui doivent se résoudre à le confier à des professionnels une grande partie de l'année. Mes propos, provocateurs, ne sont que le reflet de la seule conclusion à laquelle je parviens aujourd'hui : parfois, l'Homme devrait mettre moins d'énergie à vouloir dépasser certaines limites et mettre davantage l'accent sur l'éthique de ses recherches.
Qu'en pensez-vous ?