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Le Cabinet d’arts graphiques conserve une vaste collection (environ 370 estampes) de William Hogarth. Cet ensemble a été récemment inventorié et est désormais accessible au public sur le site des collections en ligne du musée.
William Hogarth (1697-1764) est l’un des artistes emblématiques de l’Angleterre du XVIIIe siècle. Il a fortement marqué l’art européen de l’époque et principalement la représentation satirique. Sa maîtrise de la caricature a notamment influencé le Genevois Wolfgang-Adam Töpffer. Ce lien artistique entre la caricature anglaise et l’art genevois est mis en évidence tout particulièrement dans trois albums d’estampes de Hogarth détenus par le Cabinet d’arts graphiques: deux ont été déposés par la Société des arts de Genève (l’un d’entre eux a été assemblé par la veuve de l’artiste, l’autre est une réédition de la fin du XVIIIe siècle); le troisième est un possible legs des descendants de Wolfgang-Adam Töpffer.
Témoin de son époque
Hogarth commence sa carrière dans un atelier d’orfèvrerie en gravant des emblèmes sur métal. Il consacre ses débuts de graveur à la réalisation d’enseignes et d’affiches pour magasins ainsi qu’à l’illustration de livres comme Hudibras (1726), poème héroïque et satirique du XVIIe de l’écrivain Samuel Butler pour lequel il produit seize vignettes.
L’artiste passe sa vie à Londres, grande métropole marquée par les échanges commerciaux, l’essor économique et le développement d’une bourgeoisie qui va devenir l’un de ses sujets favoris. À travers sa production gravée, il laisse un témoignage historique et critique de la société et de la culture du Londres et de l’Angleterre de l’époque.
Dans ses «œuvres de coutumes morales», Hogarth montre les réalités sociales quotidiennes, des joies aux tragédies de la vie. La série La Carrière d’une prostituée (1732) décrit le drame d’une paysanne qui arrive à Londres pour gagner sa vie et La Carrière d’un libertin (1735) celle d’un homme qui gaspille sa fortune. Le Zèle et la paresse (1747) dépeint les caractères opposés de deux jeunes apprentis. D’autre sujets comme la violence, l’alcoolisme ou la misère dans les rues de la capitale apparaissent dans les œuvres Les Quatre étapes de la cruauté, Gin Lane et Beer Street (1751). De même, la superstition, la politique et les traditions des gens se reflètent dans la pauvreté du peuple, la richesse de la bourgeoisie croissante et la ruine de la noblesse.
Toutes ces œuvres ont été gravées au burin et à l’eau-forte et chaque estampe compte plusieurs états (entre deux et huit) dont le Cabinet d’arts graphiques conserve plusieurs d’entre eux. À travers ces différents états, l’artiste a créé des effets de luminosité et d’obscurité, et modifié assez souvent les éléments, les personnages et les titres des planches.
L’inventaire de ces gravures s’inscrit dans le contexte de la mise en valeur du fonds anglais du cabinet et est lié au projet d’une exposition sur la caricature genevoise au XVIIIe qui se tiendra au Cabinet d’arts graphiques en 2014.
Légendes
« Hogarth peignant la muse comique» de William Hogarth, 1764, eau-forte et burin, état VII/VII. Inv. E 68-0380
« Gin Lane » de William Hogarth, 1751, eau-forte et burin, état III/IV. Inv. E 2012-0992