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"J'ai une passion pour le soleil". C'est avec cette devise que Louise Harra intitule son compte Twitter. Effectivement, cette native d'Irlande du Nord a jusqu'à présent entièrement consacré sa vie de chercheuse à notre astre central. Depuis trois ans, l'astrophysicienne dirige l'Observatoire physico-météorologique de Davos (PMOD), une institution traditionnelle de recherche pour l'exploration du soleil et la détermination exacte du rayonnement solaire.
Le jour de notre entretien, le temps est maussade à Davos. Le ciel est couvert, l'hiver s'installe. Même si le soleil de Davos ne brille pas toujours, il y avait en 1907 de bonnes raisons de construire ici, à 1560 mètres d'altitude, un centre de recherche pour mesurer le rayonnement solaire. "Nous avons significativement plus de jours d'ensoleillement que les villes du Plateau. A notre altitude, nous avons un ciel clair, ce qui est très important pour le travail de notre institut", explique Louise Harra. "Le fait qu'il neige parfois ici et que le soleil disparaisse tôt derrière les sommets des montagnes sont des choses dont nous nous accommodons".
Le standard originel pour le rayonnement solaire
L'institut dont parle Louise Harra est le 'Physikalisch-Meteorologische Observatorium Davos' (PMOD). Harra dirige depuis 2019 cette institution installée dans un ancien bâtiment scolaire. Environ 60 experts scientifiques et techniques y travaillent. L'une de leurs tâches principales consiste à mesurer le rayonnement solaire avec une telle précision que cette mesure puisse être utilisée comme étalon. Pour ce faire, ils utilisent un instrument d'observation composé de six appareils de mesure du rayonnement météorologique (pyrhéliomètres à cavité). Ce "groupe d'étalonnage mondial" mesure le rayonnement solaire à Davos depuis 1971, sur mandat de l'Organisation météorologique mondiale, afin d'étalonner les instruments de mesure solaire dans le monde entier et de rendre leurs mesures comparables. Grâce à ce mandat, le PMOD porte en outre le nom de 'Centre mondial de rayonnement' ('World Radiation Center'/WRC).
Les mesures du PMOD/WRC sont d'une importance capitale pour la recherche météorologique, y compris les prévisions, mais aussi pour l'industrie solaire mondiale. Les mesures de précision de Davos jouent en outre un rôle important dans le respect des normes de qualité des programmes mondiaux de surveillance du climat. Ces programmes se basent entre autres sur des observations à long terme. L'institut de recherche de Davos dispose entre-temps de séries de mesures datant de plus de cent ans.
Experte en éruptions solaires et en vent solaire
Dans ses recherches personnelles, Louise Harra se concentre sur le soleil lui-même, plus précisément sur les processus qui se déroulent dans l'atmosphère du soleil. Elle s'intéresse notamment aux éruptions solaires, c'est-à-dire aux décharges rapides d'énormes quantités d'énergie à la surface du Soleil. Un deuxième domaine de recherche est le vent solaire, ce faisceau de particules de protons et d'électrons émis par le Soleil. Louise Harra fait de la recherche fondamentale. Mais les résultats ont aussi une importance pratique, par exemple pour décrire la météo spatiale. Il s'agit de phénomènes météorologiques qui se produisent dans l'espace et à proximité de la Terre sous l'effet du vent solaire et des rayons cosmiques et qui, dans le pire des cas, peuvent perturber le trafic aérien ou les installations techniques des entreprises industrielles et électriques sur Terre. "Nos prévisions pour la météo spatiale mondiale sont aujourd'hui encore aussi rudimentaires que les prévisions pour la météo terrestre il y a 50 ans. La recherche sur le soleil nous aide à améliorer les prévisions", explique Harra.
L'étude du soleil se fait aujourd'hui essentiellement par le biais de l'astronautique. Des sondes spatiales équipées de dispositifs de mesure s'approchent le plus possible du soleil. Elles y enregistrent les données qui seront ensuite analysées et interprétées sur Terre. Après avoir obtenu son doctorat à l'université de Belfast, Louise Harra s'est rendue au Japon et a travaillé au sein d'une équipe de scientifiques pour le télescope spatial satellitaire Yohkoh, qui a pris plusieurs millions de radiographies du Soleil entre 1991 et 2001. En 1995, elle s'est installée en Angleterre, à l'université de Birmingham, d'où elle travaille notamment pour l'observatoire solaire et héliosphérique SOHO. La mission de l'Agence spatiale européenne (ESA), lancée en 1995, se poursuit encore aujourd'hui. Le PMOD/WRC participe à l'un des appareils de mesure de SOHO, qui observe la variabilité du rayonnement solaire. Par la suite, Harra a rejoint le « University College » de Londres. Elle y a travaillé pendant une vingtaine d'années et a participé à plusieurs missions spatiales au cours de cette période.
Promouvoir les équipes de recherche diverses
"Avant de venir au PMOD/WRC il y a trois ans, j'étais vraiment chez moi dans l'espace", explique Louise Harra avec un sourire. "Maintenant, je fais de la recherche sur le soleil depuis Davos, ce qui ramène mes recherches sur terre, si vous voulez". En février 2020, son dernier voyage d'affaires avant la pandémie l'a menée au lancement de la sonde spatiale Solar Orbiter, dont l'objectif est d'étudier les causes du vent solaire. Outre la recherche, Louise Harra a désormais d'autres obligations : Elle enseigne en tant que professeur d'astrophysique solaire à l'EPF de Zurich. A cela s'ajoute la direction administrative du PMOD/WRC. Dans ce contexte, elle est également confrontée à la thématique du genre. "Je préfère parler de 'diversité' plutôt que de 'genre'", dit la directrice de l'institut, "la diversité fait avancer la recherche". Pour garantir la diversité des équipes de recherche, il n'est pas nécessaire, selon Harra, de pratiquer une discrimination positive. Ce qui est important, ce sont les conditions de travail flexibles pour les collaborateurs et collaboratrices en fonction de leur situation familiale. "Chez nous, la meilleure candidature est retenue, indépendamment du genre". Les femmes scientifiques s'imposent aujourd'hui grâce à leurs compétences, dit-elle en faisant référence à son dernier poste à Londres. En 1995, elle était la seule femme de son groupe de recherche, et lorsqu'elle a quitté son poste en 2019, les hommes et les femmes étaient représentés de manière égale.
Auteur : Benedikt Vogel
Portrait #10 de Femmes de science dans les disciplines MAP (2021/22)