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Sources écrites de l'Egypte ancienne
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Les belles-lettres : reflets de la société
Textes narratifs : Le paysan éloquent ou l'Oasien
Il y avait une fois un homme qui s'appelait Khounanoup. C'était
un oasien...
Le début de
l'oeuvre, semblable à notre "il était une fois",
marque la fictionalité.
Un paysan, vivant dans
un oasis aux marges du désert, descend dans la vallée
du Nil, pour y vendre quelques produits (natron, peaux d'animaux, herbes).
Il se fait voler tous ses biens par un employé sur une grande
propriété. Il va se plaindre et réclame justice
au patron du voleur, au propriétaire terrien et au grand intendant
Rensi. Ce dernier représente le public cible de l'histoire, c'est
un fonctionnaire lettré. La façon dont l'oasien se plaint
plaît tellement à Rensi qu'il informe le roi d'avoir trouvé
un simple paysan d'une grande éloquence, « au beau discours
». Le roi demande à Rensi de faire parler encore ce paysan
et de mettre ses propos par écrit pour qu'il puisse les lire
et s'en divertir par la suite. Le roi ordonne à Rensi de garder
le silence, mais de pourvoir aux besoins du paysan et de sa famille.
C'est ainsi que le paysan, qui ne sait pas quel jeu on joue avec lui,
doit se présenter encore huit fois devant Rensi, formuler des
suppliques et déployer son éloquence. Ce n'est qu'au terme
de cette douloureuse épreuve qu'il reçoit satisfaction.
La fin de l'histoire est heureuse, mais l'image qui reste des instances
de pouvoir est très négative.
Le thème central
que le paysan développe de différentes manières
est celui de la justice, de la relation entre l'idéal de justice
qu'affiche l'élite et l'ordre qui règne concrètement.
C'est un grand débat social qui réfléchit sur la
relation du faible et du fort, du pauvre et du riche, sur les rapports
de l'individu avec la société et ses institutions. La
corruption bureaucratique, l'abus de pouvoir et l'inefficacité
des institutions sont sévèrement critiqués.
De façon très
habile, l'auteur anonyme de l'oeuvre établit différentes
stratégies de solidarité afin que le public, issu justement
de cette noblesse lettrée si critiquée, ait pu accepter
et même aimer ce texte. Le lecteur se sent solidaire du pauvre
paysan qui représente la justice, il partage avec le roi le plaisir
esthétique de la belle parole, l'admiration de l'éloquence
et il peut, tout à la fin du texte, se reconnaître dans
son collègue Rensi qui rétribue le paysan selon les règles
morales que lui impose sa position sociale.
La littérature
est le seul lieu de critique sociale que nous connaissons dans cette
société très hiérarchique où la contestation
ouverte était peu tolérée. La fiction permet d'exprimer
des réflexions et des observations sur les carences de la société
et de ses institutions.