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Le jeûne genevois est célébré le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre. Ce jour a été déclaré férié par la loi du 8 janvier 1966, de préférence au 1er mai.
Contrairement à ce qu’on croit, le jeûne genevois n’est pas la commémoration du massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572).
Historique :
Dès le XVème siècle, la pratique des jeûnes est en vigueur dans les cantons suisses. Déjà en 1480 et en 1483, la Diète se préoccupait d’organiser des journées de pénitence et d’action de grâces, mais laissait aux cantons la décision à cet égard : ainsi les « jeûnes » prenaient des formes diverses selon les lieux : pèlerinages, processions, litanies, jeûnes proprement dits. L’usage de l’époque voulait en effet qu’à chaque événement grave (peste, guerre, famine…) soit consacré un jour extraordinaire de jeûne et de pénitence, sans toutefois l’inscrire officiellement au calendrier. Les cantons protestants de Bâle, Berne et Zurich ont en offert quelques exemples.
Le premier jeûne connu à Genève est célébré en octobre 1567 à l’annonce de la répression contre les protestants de Lyon. C’est sans doute à cet événement-là qu’il faut faire remonter l’origine du Jeûne genevois. D’autres jeûnes sont proclamés en rapport avec des événements graves ( par exemple les massacres de la Saint-Barthélémy, les guerres contre la Savoie en 1589 et l’Escalade) ou des calamités (peste, disette). Dès 1640, le jeûne devient quasiment annuel à l’instigation des cantons suisses réformés. C’est une manifestation d’humilité et d’affliction face aux malheurs et aux péchés de ce monde; son caractère est essentiellement moral et religieux.
La révolution (1792) ne porte pas atteinte au jeûne, mais pendant l’annexion à la France (1798-1813) le jeûne devient une fête patriotique, l’affirmation de l’identité genevoise et protestante. C’est alors qu’on établit un faux rapport avec la St-Barthélémy. La signification patriotique et religieuse du jeûne marque encore fortement la première moitié du XIXème siècle et justifie aux yeux des vieux Genevois la célébration d’un Jeûne genevois distinct du jeûne fédéral, essentiellement patriotique et sans caractère confessionnel.
Le Jeûne fédéral est instauré en 1831 par la Diète fédérale pour l’ensemble des cantons suisses, toutes confessions confondues. Le jeûne est d’abord fixé au 8 septembre puis au troisième dimanche de septembre. Les protestants genevois s’offusquent à l’époque contre cette décision œcuménique et décidèrent d’instaurer un Jeûne genevois, certes religieux, mais aussi patriotique.
Entre 1840 et 1869, le Jeûne genevois est officialisé, puis de 1869 à 1965 fêté de façon non officielle. Il perd peu à peu sa signification religieuse. La loi du 8 janvier 1966 déclare férié le jour du Jeûne genevois, plutôt que le 1er mai. Il est célébré le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre.
Cette disposition légale réintroduit le Jeûne genevois dans la liste des jours fériés et le laïcise. Le Jeûne genevois est désormais, pour la plupart des Genevois, l’occasion de profiter des derniers rayons de soleil de l’été.
Les AEG conservent le texte du premier jeûne connu à Genève, qui est célébré en octobre 1567 à l’annonce de la répression contre les protestants de Lyon. Cette trace se trouve dans le procès-verbal de la séance de la Compagnie des pasteurs du vendredi 5 octobre 1567:
CH AEG Cp Past R 2 f. 50v
« Au commencement d’octobre vindrent nouvelles de la prinse de Lion et des troubles de France recommenceant. Pourtant fust signifié le jeusne public, et toute l’Eglise exhortee a prieres extraordinaires et repentance. »
Le registre fait sans doute allusion à la répression du coup de main qui faillit être tenté par les protestants de Lyon dans les derniers jours de septembre 1567, alors que l’armée de Condé essayait de surprendre le roi à Meaux.
Sources :
O. Fatio, « Le jeûne genevois, réalité et mythe », in BSHAG, 14, 1971, pp.391-425.
Feuille d’avis officielle, article rédigé par les Archives d’Etat et la Chancellerie, septembre 2015.