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Les failles du système commercial, les interstices du pouvoir social, les opportunités des réseaux médiatiques délimitent le champ d'activité de Matthieu Laurette. Comme une sorte de prestataire de service, il propose et diffuse des recettes qui permettent à leurs utilisateurs de se créer une identité médiatique ou de vivre à moindre frais en jouissant de la surenchère publicitaire de la société de consommation comme d'une forme de sécurité sociale anarchiste.
M. Laurette fait ses premières « Apparitions » à partir de 1991, alors qu'il fréquente encore l'École des beaux-arts de Grenoble. C'est ainsi qu'il apparaît parmi les spectateurs d'émissions de télévision grand public telles que « Frou-Frou ». Ces interventions, rassemblées sous l'étiquette « Vu à la télé », peuvent être relayées auprès d'un public averti par un mailing comme lorsque M. Laurette participe cette fois en tant qu'acteur à « Tournez Manège » où il se présente en tant qu'artiste « multimédias ». Dans la confrontation avec le médium télévisuel, M. Laurette accepte les conditions posées par l'industrie du divertissement et s'inscrit donc délibéremment dans la « société du spectacle », surmontant ainsi l'aporie que pose la diffusion de vidéos d'artistes sur le support télévisuel. Parfaitement conscient des implications de sa position, M. Laurette a d'ailleurs exposé son rapport à l'économie du spectaculaire en tournant une vidéo dans laquelle il demandait à des passants interpellés sur les Champs-Élysées (!) de lire face à la caméra des extraits de « La Société du spectacle » de Guy Debord (« Le spectacle n'est pas terminé », 1998). La radicalité des prises de position situationnistes y apparaît sous un jour ironique qui suffit à montrer que pour M. Laurette le rôle de l'artiste se situe ailleurs. C'est ce que montre bien la « Bibliothèque dispersée » (1995-2000), un geste par lequel M. Laurette mettait ses livres personnels à disposition des lecteurs de la bibliothèque Saint-Bruno à Grenoble. Mais son travail le plus connu touche aux articles « satisfait ou remboursé ». M. Laurette a développé un travail d'enquête exemplaire (types de produits, conditions de remboursement, trucs et recettes) qu'il rend public lors d'expositions (« Mangez remboursé », 1997 ; « Nourrissez un artiste à partir de 100 francs et vous serez remboursé par les plus grandes marques », 1997 ; « La Folie des produits remboursés », 1997), dans la rue avec un camion qu'il déplace 'in situ', dans l'espace public et le monde de la consommation (« Vivons remboursés ! Venez découvrir les produits 100 % remboursés », 1997), ou directement dans les médias dès qu'il est suffisamment connu pour être invité à parler de sa méthode sur les plateaux de télévision ou pour que « Le Monde » lui consacre un article à la une. Ou encore dans le 'web' des produits remboursés (1997-1998) qui rencontre des échos chez d'autres adeptes de ce système et instaure un véritable réseau de solidarité. Son intérêt pour la recomposition du lien social se vérifie également dans le « Citizenship Project » (1998), un site web qui délivre des informations sur les conditions d'obtention de différentes nationalités dans le but avoué de les collectionner comme pour montrer face au problème plus global de la citoyenneté qu'il ne s'agit que d'une enveloppe vide.
Conçue pour deux vitrines et intitulée « Patchwork in progress. Exposition monographique », l'intervention de M. Laurette est une autre démonstration de cette forme de système D débouchant cette fois sur une sorte de manuel de survie dans la société post-capitaliste. Anticipant la conversion de son œuvre en marchandise et jamais à court d'une adaptation à des conditions de travail données, il produira un « remix » de son travail. Chaque pièce, reproduite et accompagnée de son descriptif, sera glissée dans un petit présentoir de plastique transparent qui n'aura rien d'un reliquaire puisque ce sera un moyen de rappeler que ces pièces sont disponibles à la vente.