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Une grande partie de l'héroïne est achetée à Genève, parfois dans le canton de Berne (image symbolique).
KEYSTONE/GAETAN BALLY(sda-ats)
Une étude inédite analyse la vente et la consommation d'héroïne. En Suisse, ce marché représenterait un chiffre d'affaires de 100 à 150 millions de francs par an. Un relativement petit marché, bien organisé et aux revenus limités, selon les experts.
L'étude interdisciplinaire s'est intéressée à la situation sur le territoire vaudois, mais ses résultats peuvent être extrapolés à l'ensemble de la Suisse, a expliqué à l'ats Frank Zobel, directeur adjoint d'Addiction Suisse. Deux autres volets suivront: sur les stimulants (cocaïne) en 2017 puis sur les cannabinoïdes en 2018.
La première étape s'est penchée sur le marché des opioïdes dont l'héroïne est la principale drogue illicite. Celle-ci est importée en "pains" de 0,5 à 1 kilo avec un taux de pureté de 40 à 60%. Puis elle est coupée trois à quatre fois et conditionnée sous forme de sachets de 5 grammes avec une pureté de 10 à 15%.
Les trafiquants la vendent aux usagers au prix de 120 à 200 francs selon le lieu. "A Genève, où il y a le plus de vendeurs, elle coûtera 100 francs les 5 grammes. A Lausanne, s'il y en a, ce sera 150 francs et 180 à 200 francs à Yverdon", illustre M. Zobel.
Le marché vaudois est un marché secondaire. Une grande partie de l'héroïne est achetée à Genève, parfois dans le canton de Berne.
Volume d'héroïne
Deux méthodes indépendantes, basée sur le nombre d'usagers et sur l'analyse des eaux usées, permettent une estimation du volume d'héroïne consommée dans le canton de Vaud: ce serait respectivement 145 et 205 kilos par an. En ajoutant les saisies de la police, la quantité en circulation oscillerait entre 163 et 223 kilos.
En extrapolant ces chiffres, le marché suisse pourrait représenter 1,8 à 2,5 tonnes d'héroïne coupée par an. Le nombre de consommateurs avoisinerait les 12 à 18'000 personnes. Pour l'essentiel, des usagers réguliers.
Depuis un quart de siècle, ce marché est aux mains de filières albanophones qui importent, coupent, distribuent et vendent l'héroïne. Il s'agit souvent de petites organisations flexibles et remplaçables qui, ensemble, constituent un système difficile à combattre tant pour la police que pour des concurrents, note l'étude.
Chiffre d'affaire limité
Le chiffre d'affaires reste "limité": entre 8 et 11 millions pour le canton de Vaud, 100 à 150 millions au niveau suisse. Et plus de la moitié sert à financer la consommation des toxicomanes eux-mêmes. Les revenus empochés par les groupes criminels ne devraient guère dépasser 4 millions au total pour le marché vaudois.
"Cela m'a surpris", explique Frank Zobel. "Les usagers achètent l'héroïne et la revendent à leurs pairs. Une grande partie du chiffre d'affaires concerne cette revente entre usagers. Les bénéfices pour les trafiquants ne sont pas énormes".
Anciens consommateurs
Un usager régulier qui ne vend pas d'héroïne doit débourser 400 à 1700 francs par mois pour sa consommation. Il semblerait que peu de jeunes se mettent à consommer de l'héroïne: "Une petite population consomme. Elle n'a pas l'air de grandir. La plupart se sont fait 'attraper' il y a 20 ou 30 ans", ajoute le spécialiste.
L'étude, unique en Suisse, a fait travailler ensemble des représentants de la sécurité et de la santé publique. Elle réunit trois entités: Addiction Suisse, l'Ecole des sciences criminelles de l'UNIL et l'Institut de médecine sociale et préventive du CHUV.
Pour ce projet baptisé MarStup (Structure et produits du marché des stupéfiants), les chercheurs ont puisé leurs informations aux sources les plus diverses: les statistiques à disposition, des analyses des eaux usées, des interviews de policiers et de toxicomanes sans oublier une analyse des résidus dans les seringues usagées.
ATS