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L'événement, plutôt ordinaire, était prévu depuis longtemps. La guerre en Ukraine a donné un caractère autrement plus lourd à la «visite professionnel» de trois jours, en Suisse, de Charles Q. Brown Jr. Le séjour du général, commandant de l'armée de l'air américaine, s'est finalement terminé mardi 15 mars à l'issue d'une conférence de presse sur l'aérodrome militaire de Payerne (VD).
La visite de Brown consistait principalement à évoquer «les bonnes relations entre les Etats-Unis et la Suisse» ainsi qu'à partager «l'expérience des Etats-Unis avec l'avion de combat F-35A»», comme l'indiquait l'invitation. Mais au départ, le sujet de l'Ukraine n'était pas au programme des questions à soumettre au premier chef afro-américain de l'armée de l'air américaine, considéré aux Etats-Unis comme le grand favori pour succéder au chef d'état-major général Mark Milley.
Face à la situation ukrainienne critique, le général quatre étoiles de 60 ans, qui s'est présenté à Payerne en combinaison de pilote accompagné de ses gardes du corps, n'a pas pu se défiler. Il a déclaré:
Le F-35 fait jaser depuis que le Conseil fédéral a annoncé en acquérir en juin dernier. Au total, 36 avions de type F-35 qui devront remplacer les F/A-18. Le jet est sans doute l'avion de combat le plus moderne du monde; une sorte de «Ferrari des airs» et un «ordinateur volant» pouvant être exploité pour de multiples tâches.
Mais alors pourquoi l'avion de combat créé autant la controverse? En cause, l'explosion des coûts lors du développement et de l'acquisition, bien que près de 2500 appareils aient déjà été livrés. Le Parti socialiste, les Verts et le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) récoltent, d'ailleurs actuellement des signatures pour une initiative populaire visant à empêcher l'achat du F-35.
L'attaque russe contre l'Ukraine n'arrange pas les affaires du Conseil fédéral, indépendamment de l'appel – discutable du point de vue de la politique nationale – de la ministre de la Défense Viola Amherd à retirer l'initiative. Et pourtant, le F-35 continue d'avoir le vent en poupe. Lundi, le gouvernement allemand a également opté pour le jet de combat polyvalent.
«14 pays utilisent déjà le F-35», a souligné Brown. L'engin est le numéro deux derrière le F-16, soit le «cheval de bataille» de nombreuses forces aériennes. Avec le conflit à l'Est, des appareils supplémentaires ont été déployés en Europe. «Le F-35 est un pilier de notre armée de l'air, il devrait rester en service pendant quelques décennies», a ajouté le militaire américain.
Le chef de l'armée de l'air n'a montré aucune difficulté à répondre à la problématique de ces avions de combat au sein du territoire helvétique. La Suisse a-t-elle besoin d'une Ferrari? «Le F-35 a de grandes capacités». N'est-elle pas trop cher? «Nous allons continuer à réduire les coûts». Qu'en est-il du transfert de données redouté vers les Etats-Unis? «La Suisse a le contrôle, elle peut décider quelles données elle veut partager».
Brown a finalement formulé ses félicitations à son hôte Peter «Pablo» Merz, le commandant des Forces aériennes suisses: «Une grande armée de l'air comme la nôtre peut aussi apprendre des petits», a-t-il déclaré à la fin de sa brève intervention médiatique. Il a laissé au divisionnaire Merz le soin de faire d'autres commentaires sur la guerre et l'avion de combat.
«La situation actuelle nous a montré de manière brutale et choquante qu'une guerre, avec des moyens conventionnels, peut avoir lieu en Europe», a expliqué le chef des forces aériennes suisses. Il a confirmé que la Russie n'avait pas réussi à s'emparer de la souveraineté aérienne au-dessus de l'Ukraine:
Ce serait un indice supplémentaire que l'armée russe, supposée hautement combative, n'est pas aussi bien équipée qu'on le pense. Sans donner plus de détails, Merz a expliqué voir plutôt dans la guerre en Ukraine une preuve supplémentaire du bien-fondé de l'achat de l'avion de combat: «L'Allemagne est le dixième pays en Europe à avoir opté pour le F-35».
Peter Merz n'a néanmoins pas caché son inquiétude concernant l'initiative populaire. Plus particulièrement parce que l'offre du fabricant Lockheed Martin expire en mars 2023. Le vote ne pourra avoir lieu à temps que si l'initiative est déposée rapidement et qu'elle passe en vitesse au Parlement. «Le temps nous est compté», a redouté le commandant des Forces aériennes suisses, en indiquant que les F/A-18 devraient être remplacés d'ici 2030.
L'armée et le Département de la défense (DDPS) ne veulent en tout cas pas prendre de risques. La tournée des visites étrangères pour le F-35 se poursuivra dès la semaine prochaine. Après la visite du général Charles Brown, le jet se posera alors sur la base aérienne d'Emmen (LU).
(Traduit de l'allemand par mndl)
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