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Le langage épicène fait débat entre celles et ceux qui, d'un côté, pensent qu'il alourdit les formulations et parfois les rendent incompréhensibles, et celles et ceux qui estiment qu'écrire et communiquer de manière non-discriminatoire contribue à une société plus égalitaire.
Les discussions sur le sujet sont souvent très émotionnelles, mais pas nouvelles. On se souvient du débat houleux, dans les années 1980 en France, sur la féminisation des noms de métiers. Ou, en 2017, d'un fameux communiqué des "immortels" de l'Académie française affirmant que l'écriture inclusive aboutissait à une langue désunie, disparate dans son expression, génératrice d'une confusion confinant à l'illisibilité.
En 2019, l'Académie française sortait le drapeau blanc et acceptait enfin la féminisation des noms de métiers et des fonctions.
Le langage inclusif, un sujet clivant
En Suisse, la question du langage inclusif est d'abord apparue en politique. La Confédération notamment a publié son premier guide de rédaction non-sexiste dès 1986 et en 1995 la Chancellerie fédérale a démasculinisé ses textes allemands uniquement. Le sujet reste cependant clivant.
>> A écouter, le podcast "C'est quoi, l'écriture inclusive?":
, professeuse émérite de littérature de la Renaissance et historienne, explique que selon elle, la langue française n'est pas sexiste: "C'est à partir du 17e siècle qu'ont lieu les premières attaques contre la légitimité du féminin dans les discours. Au 15e et au 16e siècles, une femme qui écrit est une 'autrice'. Ça ne pose aucun problème. Au 17e siècle, on interdit son usage, tout comme le mot 'médecine' qui qualifiait alors une femme qui soignait".
C'est à cette époque que l'on décide que le masculin l'emporte sur le féminin dans les accords, "parce que c'est le genre le plus noble et que le féminin doit se retirer de la place", explique Eliane Viennot à la RTS.
Et c'est aussi au 17e siècle que le mot "homme" désigne l'ensemble de l'humanité comme l'écrit le premier dictionnaire de l'Académie française. "C'est en opposition à tout ce qui se faisait jusque-là, en opposition à l'histoire du mot 'homme' depuis le Moyen Âge", précise-t-elle.
Un débat idéologique plus que linguistique
Pour Eliane Viennot, le débat n'est pas linguistique, mais idéologique et politique.
La langue française est tout à fait équipée pour parler des hommes et des femmes. [...] Ce n'est pas difficile. La difficulté n'est absolument pas dans la langue, elle est dans notre tête.
L'histoire montre qu'à certaines époques, notre langue était parfaitement égalitaire, même si, selon Eliane Viennot, aucun texte n'est porteur de 100% d'égalité puisque "on a toujours vécu dans des sociétés sexistes, mais il se trouve que certaines ont été moins sexistes que d'autres".
>> A écouter, le papier de Blaise Bersinger dans "Les bras cassés":
"Les usages qui permettent aux femmes de parler d'elles, qui permettent de parler des femmes et de parler des femmes dans des positions de pouvoir existent. Ils sont tous là", conclut l'historienne.
Propos recueillis par Miruna Coca-Cozma
Adaptation web: Lara Donnet