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"C'est complètement fou ! Je chassais depuis si longtemps ce dix-huitième titre. Et il tombe au moment où je l'attendais le moins..." Roger Federer se pince presque pour être sûr de ne pas rêver.
"J'ai compris que j'avais gagné en regardant mon box après la confirmation par le "hawk eye" que ma balle était bonne, souligne-t-il. J'ai vu ma femme et mes coaches se congratuler. Mais je pensais bien que mon coup droit était resté dans les limites..." En revanche, Roger Federer a tout de suite réalisé la portée de cette victoire. "Elle est la plus marquante avec Roland-Garros 2009. J'ai tant attendu aussi pour gagner à Paris, avoue-t-il. Et gagner cette finale face à Rafael Nadal dix ans après celle de Wimbledon 2007 signifie encore quelque chose de plus. Je l'ai dit lors de la remise des trophées. Rafa méritait aussi de gagner ce match. Mais le tennis est un sport brutal. Il n'y a pas de match nul."
"Un tennis qui me plaît"
Cette victoire, sans doute la plus belle, est due, bien sûr, à ce tennis d'attaque que le Bâlois a pratiqué sans relâche. "Je joue un tennis qui me plaît, lance-t-il. Vers l'avant. Au filet. Le plaisir que je ressens sur le court est presque aussi important que de gagner des titres. Après mon succès à Wimbledon en 2012, je pensais gagner un dix-huitième titre plus vite. Mais en 2013, j'ai eu mes problèmes au dos. Puis l'an dernier, il y a eu cette opération au genou. Malgré ces épreuves, je suis toujours resté positif. J'ai vu aussi que je n'étais pas très loin d'un nouveau titre. Je perds de peu trois finales contre Novak Djokovic et j'ai même eu une chance de terminer l'année 2015 à la première place mondiale. Cela veut dire que j'étais encore capable de bien jouer au tennis."
"Ce soir, je savais que le début du cinquième set allait être compliqué. Je ne touchais plus vraiment les bonnes zones au service pendant un bon moment. Concéder le break d'entrée n'a pas été vraiment une... surprise, poursuit-il. Tout s'est joué dans les instants qui ont suivi. Je ne voulais pas lâcher et juste espérer que Rafa "craque" un peu au moment de servir pour le match. Si tu n'es pas fort mentalement, c'est ainsi que tu perds un tel match. Non, j'ai plutôt décidé de prendre la balle très tôt en retour. J'y ai toujours cru. Mais c'est étonnant comment le score a pu basculer si vite, de 3-1 pour Rafa à 6-3 en ma faveur. On a fait des échanges incroyables et j'avais toujours en tête l'idée d'aller vers l'avant."
Une réponse cash à Cash
Face aux remarques acides de Pat Cash sur le temps mort qu'il a pris à la fin du quatrième set - le champion de Wimbledon de 1987 parle de "tricherie légalisée" -, Roger Federer a tenu à se justifier avec une certaine fermeté. "J'avais déjà pris un temps mort jeudi contre Stan Wawrinka. Stan avait demandé en premier à sortir du court. J'ai pensé ensuite qu'un massage pourrait me faire du bien. Je souffre des adducteurs depuis mon deuxième tour contre Noah Rubin, explique-t-il. Ce soir, j'ai eu mal à l'aine au milieu du troisième set. Je me suis dit qu'il y avait une règle et que je pouvais m'en servir. Je pense aussi que nous ne devons pas abuser du système. Je crois avoir montré l'exemple pendant vingt ans. Me critiquer est exagéré. Je suis sans doute le dernier à demander un temps mort."
Que l'on se rassure, Pat Cash, pourfendeur éternel, est une exception parmi les grands champions australiens qui vouent une véritable dévotion envers le Bâlois. Devant la presse, Roger Federer a tenu à rendre hommage au regretté Peter Carter, qui fut son formateur, et à Tony Roche qui l'a dirigé pendant trois ans. "L'Australie a toujours occupé une place spéciale pour moi. C'est ici que tout a commencé à Melbourne. J'ai disputé les juniors en 1998, les qualifs l'année suivante avant de gagner en 2000 face à Michael Chang mon premier match dans un tournoi du Grand Chelem." Depuis ce jour de janvier 2000, il a aligné 313 victoires dans les tournois du Grand Chelem pour devenir le plus grand joueur de tous les temps.
ATS