Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07182.jsonl.gz/1201

Rosette Poletti, la femme sage en quête de cohérence
"J'ai vécu une suite de choses géniales pour moi, mais je ne suis pas certaine que cela puisse passionner les autres". C'est ainsi que Rosette Poletti explique sa discrétion, son manque de goût à parler d'elle-même.
Modestie toute protestante, ou volonté de ne pas trop s'arrêter sur soi pour rester disponible aux autres? Car la Vaudoise a vécu bien plus d'une vie, à l'image de la paume de sa main qu'un chirologue indien avait refusé de considérer pour enseigner sa science: trop de lignes!
Des parents humanistes
Tout commence un 21 octobre 1938. Rosette Poletti est l'aînée d'une famille dont l'arrière grand-père paternel était italien. "Cette génération voulait tellement s'intégrer que l'italien s'est perdu en chemin. Hélas, je ne le parle pas alors que c'est une très belle langue".
Ses parents sont des humanistes protestants. Le père fonde en 1971 les Services industriels à Yverdon, tandis que sa mère, sitôt le droit de vote accordé aux femmes, s'inscrit sur la liste du Grand Conseil.
Ma mère avait coutume de dire "C'est comme ça". Ce n'était pas l'expression d'une fatalité accablante mais plutôt la traduction d'un certain pragmatisme. "Voilà la réalité, qu'est-ce qu'on en fait?
Ce bon sens maternel, Rosette Poletti en a hérité. Plutôt que de rêver sa vie, elle l'a mise en action. "Le pouvoir n'a d'intérêt que si on va de l'avant", dit celle qui a commencé par des études d'infirmière à Genève. Mais siitôt engagée aux urgences, elle entame des cours de théologie catholique à l'Université de Genève, dont elle sort diplômée. "Je travaillais la nuit, et étudiais le matin. C'était exaltant. Je pouvais combiner la tête et le corps".
Pour cette protestante, qui si elle avait été catholique serait peut-être devenue religieuse - "j'aime la vie en communauté; je suis bien avec les autres" - , il n'y a pas de religion meilleure que d'autres. C'est la raison pour laquelle, jamais, elle n'aurait pu devenir missionnaire. Un voyage en Kabylie le lui confirmera.
>> A voir: Rosette Poletti évoquant son voyage en Kabylie:
La moitié de ses cordes vocales
Trois rencontres vont être déterminantes pour la jeune Vaudoise. La première, c'est Miss Greg, une vieille dame russe polyglotte qui enseigne l'anglais quand Rosette Poletti officie comme jeune fille au pair à Londres. Elle lui apprend ce qu'est la prière active avec "La voie du Pélerin". Elle ouvre également son élève à la musique orthodoxe, elle qui ne dispose que de la moitié de ses cordes vocales, suite à une opération.
Sa maîtrise de l'anglais lui ouvre ensuite les portes des Etats-Unis. Rosette Poletti y passera un doctorat en sciences de l'éducation à l'Université de Columbia à New York, et surtout découvrira l'oeuvre de Carl Rogers, psychologue humaniste qui met l'accent sur la qualité de la relation entre thérapeute et patient. "Il pariait que le gens pouvaient évoluer et changer quand ils disposaient de choses simples, comme une belle écoute, un regard bienveillant ou une acceptation inconditionnelle".
La mort des proches
Enfin, sa troisième rencontre capitale sera l'Américaine Barbara Dodds, une infirmière en soins généraux formée en Suisse, avec laquelle Rosette Poletti publiera de nombreux ouvrages dont "Vivre son deuil et croître". "Barbara était une bricoleuse de génie, une femme capable de trouver une solution à chaque problème", dit Rosette Poletti qui lui a survécu. A-t-elle pu mettre à profit toute sa connaissance acquise sur l'apprentissage du deuil?
Je n'ai jamais pu accompagner les gens que j'aimais parce qu'ils sont morts subitement. C'est le cas de Barbara. Oui, notre travail sur le deuil m'a été utile, mais un chagrin reste un chagrin et une absence, une absence.
Celle qui a apporté les soins palliatifs en Suisse n'est ni pour ni contre Exit. "Je suis simplement favorable à ce que les gens veulent. Je défends la liberté de choix".
>> A voir: une interview de Rosette Poletti sur le deuil
Grand-mère d'adoption
Même si elle a passé depuis longtemps l'âge de la retraite, Rosette Poletti continue d'écouter et de répondre aux Romands dans sa chronique hebdomadaire dans Le Matin-dimanche. Et de donner des conférences un peu partout dans le monde. Comme un gourou? "Oh, non. Un gourou pense détenir la vérité, moi pas, et il organise tout pour que tout le monde pense comme lui, ce n'est pas mon cas", avance la thérapeute comme pour s'excuser de son succès.
Celle qui se dit reconnaissante envers la vie est aujourd'hui une femme comblée. Depuis quelques mois, elle est la grand-mère adoptive d'une petite Tibétaine, dont les parents habitent sous le même toit qu'elle. Ses parents lui ont donné comme deuxième prénom Rosetta....
Propos recueillis par Manuella Maury/Adaptation web: Marie-Claude Martin
Publié le 06 août 2019 à 10:29 - Modifié le 06 août 2019 à 13:55