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Les vestiges du château de Locarno se dressent sur une basse arête rocheuse, à la limite ouest de la vieille ville moyenâgeuse. Les constructions ayant subsisté jusqu'à nos jours représentent un vaste complexe d'habitations et d'ouvrages défensifs. L'actuel château n'occupe qu'une partie de l'ouvrage primitif.
On trouve dans les parties du château encore debout - elles occupent à peine un cinquième du terrain ayant à l'origine appartenu à la forteresse - des murs datant de différentes époques. Les éléments les plus vieux, soit quelques pans du mur d'enceinte, les parties inférieures des logis et la souche d'une tour, pourraient fort bien remonter au XIIIe siècle ou même à la fin du XIIe. Les constructions actuelles datent toutefois pour la plupart des XIVe et XVe siècles, époque à laquelle l'ouvrage du haut Moyen Age fut peu à peu transformé en une gigantesque forteresse.
Le bâtiment d'habitation conservé fut probablement le palazzo cité à plusieurs reprises dans des documents du bas Moyen Age. Avec ses salles, ses cheminées, ses peintures murales et ses fresques de plafond, ce palais est un impressionnant témoin du style d'habitation de l'Italie du Nord. On remarquera particulièrement la belle cour, les rangées de fenêtres et l'arcade peinte.
Le complexe des bâtiments contigus à la cour comprend une tour rectangulaire du haut Moyen Age, sans doute le dernier reste de la rocca, le noyau puissamment fortifié du château ayant occupé le plateau supérieur de la colline; la rocca doit avoir été le premier élément de la forteresse. Ont en revanche disparu les considérables installations de défense du secteur nord, l'imposante tour d'angle circulaire, le bastion de plan triangulaire et son fossé avancé. Les parties du château donnant sur le lac, la grande entrée percée dans le front sud des murailles d'enceinte et les fortifications du port reliées au château ont elles aussi été démolies. De leur côté, les abords du château ont subi de radicales transformations. Là où passe aujourd'hui une route de contournement s'étendaient autrefois les bords du delta de la Maggia. Cela explique les inondations et les glissements de terrain qui à plusieurs reprises ont ravagé les parties inférieures du château fort.
En raison de la destruction partielle de l'ouvrage et de la superposition des bâtiments des XIVe et XVe siècles sur les plus vieux éléments de construction, il n'est plus possible de reconstruire l'histoire du château à ses débuts. Il est d'ailleurs difficile de localiser les différents châteaux forts du Locarnais cités dans des textes des XIe et XIIe siècles, car il en existait également à Muralto et à Orselina et tous appartenaient à la même famille de nobles. Vers la fin du XIe siècle, l'archevêque de Milan concéda le territoire de Locarno en prêt aux seigneurs de Besozzo. Connus sous le nom de Capitanei de Locarno, ces seigneurs s'établirent dans différents châteaux et régnèrent dès lors sur le Locarnais.
Les Orelli et les autres Capitanei, en particulier les Muralto,jouirent d'une large indépendance, ce qui ressort notamment du fait qu'à l'époque des Staufen, les empereurs reconnurent leur fief. Ils fortifièrent leur domaine non seulement du côté de la Léventine et du val Blenio, où ils érigèrent un château au-dessus de Biasca et exercèrent des droits seigneuriaux, mais également du côté des vallées latérales du Locarnais, où ils déployèrent une politique de colonisation particulièrement fructueuse. C'est à l'instigation des Orelli que la région de Bosco-Gurin fut peuplée par des Walser au début du XIIIe siècle.
Le château vers 1920
Locarno fut mêlée au XIIIe siècle au conflit qui avait éclaté entre les Guelfes et les Gibelins et vers 1240, elle était la base la plus importante des Guelfes dans le territoire du lac Majeur. En 1260, la forteresse de Locarno fut néanmoins conquise, puis détruite par les Gibelins, chassés de Milan. Par la suite, Simon d'Orello, alors le plus éminent représentant des Capitanei de Locarno, changea de camp et se rangea aux côtés des Gibelins, pour lesquels il combattit avec succès jusqu'à sa mort, survenue en 1290. Il fut particulièrement heureux lorsqu'il put faire prisonniers les chefs des Guelfes de Côme. Pour se venger d'une détention qu'il avait lui-même subie quelques années auparavant, il les fit enfermer pendant de longues années dans d'étroites cellules. L'extension territoriale que connut Milan sous le règne des Visconti ne s'arrêta pas aux portes du Locarnais. En 1342, la forteresse de Locarno ne résista pas à une attaque des Visconti lancée simultanément du lac et de la terre. Les Capitanei faits prisonniers furent cependant libérés après peu de temps et se virent même octroyer une indemnité pour la perte de leurs droits de souveraineté. Dès cette date, Locarno fut dirigée par les Visconti. Ils confièrent l'administration de leurs biens seigneuriaux à un podestà et l'installèrent au château de Locarno. C'est de cette époque que datent les premières grandes transformations de l'ouvrage. Pour des raisons qu'on ignore, les Visconti renconcèrent au XVe siècle à administrer eux-mêmes la ville de Locarno et en 1439, ils cédèrent le château à titre de prêt à Franchino Rusca. Ce fut le point de départ de l'époque la plus glorieuse de ce monument. Franchino Rusca et ses descendants, qui résidèrent à Locarno jusqu'en 1500, en firent un gigantesque ouvrage défensif. Les dernières décennies de l'ère des Rusca furent malheureusement ternies par des dissensions politiques. Brouillé avec les Confédérés depuis les guerres de Bourgogne, le comte de Milan, qui avait de bonnes raisons de douter de la loyauté des Rusca, installa un intendant au château de Locarno. Les Rusca furent autorisés à occuper le palazzo, donc la partie de l'ouvrage non fortifiée. Quant au fonctionnaire milanais, il s'établit à la rocca. Au cours des dernières décennies du XVe siècle, la forteresse de Locarno s'avéra être un ouvrage par trop grand et de ce fait quasi impossible à maintenir en état de défense.
A bien des reprises, les intendants milanais se plaignirent des mauvaises conditions des installations défensives, d'un armement insuffisant et d'une garnison numériquement trop faible. En 1475 déjà, un fonctionnaire signalait à ses supérieurs qu'en cas de guerre, deux cents hommes ne suffiraient pas pour défendre une aussi grande forteresse. Ce qui en outre irrita particulièrement les occupants milanais, c'est que les Rusca se firent construire un splendide palais, tandis qu'eux-mêmes devaient se contenter de la rocca, fort peu confortable. Les crues de la Maggia et l'engravement du port fortifié causèrent de leur côté bien des difficultés aux Milanais. Pour qu'il puisse continuer à remplir ses fonctions, le port dut être dragué en 1485 et en 1486.
Le château vers 1920
Lorsque, en 1499, Louis XII de France envahit la Lombardie, il fit occuper le château de Locarno par ses troupes. Ce fut le début d'une longue lutte, dont l'enjeu était la possession du Locarnais. Las des promesses vaines de Louis XII et de sa tactique visant à faire durer les négociations de paix, les Confédérés occupèrent Locarno en 1503. Ils se déclarèrent toutefois prêts à restituer la ville lorsque le roi, dans le traité d'Arona de 1503, renonça à Bellinzone. La forteresse de Locarno demeura propriété du roi de France pendant quelques années. La campagne lancée par les Confédérés en 1512 mena, certes, à l'occupation du pays, mais non à la prise des fortifications tenues par les Français, car les troupes suisses ne disposaient pas d'une artillerie suffisante pour une telle entreprise. Il fallut les négociations engagées au début de 1513 pour que les Confédérés puissent prendre possession du château de Locarno. Sa cession ne devint toutefois effective qu'en 1516, à la signature de la Paix perpétuelle. A partir de 1513, la forteresse servit de siège à un bailli confédéré chargé de l'administration du bailliage commun de Locarno.
L'entretien du gigantesque ouvrage causa bien des soucis à la Diète qui, en 1531, décida d'en démolir une grande partie et de ne conserver que le palazzo, résidence du bailli. En 1532 déjà, les travaux de dématèlement étaient terminés. Le terrain qu'avaient occupé les bâtiments abattus fut vendu; il ne tarda pas à être construit.
Bibliographie