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Si Valérie Favre est bien connue pour faire vibrer la peinture sur des toiles grands formats par la superposition des couleurs, c’est l'addition des éléments graphiques, textuels et photographiques dans l'œuvre Als eine abstrakt Komposition über „Ein Zimmer für sich allein" qui peut faire trembler le regardeur. La peinture n’a pas disparu pour autant. Une composition abstraite, sérigraphiée, rappelle les œuvresconstructivistes de Max Bill (1908-1994) et entoure quatre pages issues d’une édition du roman Une chambre à soi de Virginia Woolf (1882-1941). Elles sont apposées côte à côte, supports d’une seconde sérigraphie. Celle-ci offre au regard un autoportrait photographique de l'artiste tenant un triangle dans ses mains. Pour ressembler à Bill, Favre s’est photographiée après s’être rasé très court les cheveux, posant en ballerine, le tutu en moins.
C’est ici l’interaction des éléments qui donne un nouveau sens aux motifs et manifeste l’inégalité des sexes face à la possibilité de créer et la liberté d’expression. Dans son roman de 1929, Virginia Woolf exprime comment la possibilité pour l’humain de faire de la fiction dépends des conditions matérielles. Elle détaille dans un style unique pourquoi tant d’œuvres de fiction ont été écrites sur les femmes et si peu par des femmes. La référence à Bill lie l’aspect de création à l’égalité des droits civiques. Si on peut lire au travers de la pose de l’artiste la volonté de marquer également le papier et l’espace de formes abstraites, la référence renvoie par là-même à l’histoire politique suisse : alors que Max Bill siégeait depuis 1967 au conseil national, le droit de vote ne fut accordé en Suisse aux femmes qu’en 1971. Ainsi, les formes de Valérie Favre deviennent intimement politiques.
Les tableaux de Valérie Favre, peuplés de créatures hybrides et d’archétypes, se caractérisent par une morbidité féérique, une brutalité vaporeuse, une douceur grotesque. Se tournant vers la peinture à la fin des années 1980, après avoir travaillé dans le monde du théâtre, Favre poursuit dès lors une quête autour de ce médium en tant qu’outil de réflexion sur le monde qui nous entoure. Ses œuvres, alliant la réduction à l’expressivité, constituent un langage pictural unique.
Valérie Favre est professeure de Peinture à la Universität der Künste de Berlin depuis 2006. Elle est nominée au Prix Marcel Duchamp en 2012. De nombreuses institutions lui ont dédié une exposition monographique, dont le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel (2017), la Kunsthalle van der Heydt à Wuppertal (2016), le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (2015) ou encore le Kunstmuseum de Lucerne (2009).