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Le Conseil fédéral est élu, faut-il vous l’apprendre, pour quatre ans. Mandat renouvelable. Au terme de la législature, les conseillers fédéraux sont donc sortants et, s’ils souhaitent être reconduits, postulants. Ils devraient en conséquence définir leurs options, leurs choix politiques, éventuellement les défendre devant les groupes de l’Assemblée fédérale. Entre le ministre qui arrive au terme de sa légitimité temporelle et le ministre qui souhaite être réélu, s’insère démocratiquement le candidat. Pas en Suisse! Le conseiller fédéral se succède à lui-même, sans interstice, se soumettant, contre son gré, à un scrutin dont le score est plus une expression d’humeur des votants qu’une évaluation et un choix politique.
L’intrusion de Christoph Blocher dans le jeu de quilles fédéral bouscule ce protocole feutré. L’homme est trop avide de pouvoir personnel, trop désireux d’exploiter le succès électoral de son parti, trop soucieux de laisser de son passage une trace historique, pour qu’on le reconduise sans examen préalable, à l’ancienneté. Et même, si l’on fait abstraction de l’homme, le programme de son parti et le cynisme des procédés de sa propagande sont-ils compatibles avec les autres partis associés au gouvernement? Ne pas s’en assurer serait contraire au principe élémentaire de précaution politique.
Ce cadrage, Urs Schwaller en a pris l’initiative (voir son interview dans L’Hebdo, 25.10.2007). Il est pour ce faire qualifié, comme président du groupe parlementaire du PDC, et comme parlementaire dont l’autorité est reconnue dans un cercle large et non partisan.
Urs Schwaller a retenu quatre positions sur lesquelles les partis gouvernementaux ou à prétention gouvernementale sont invités à se déterminer. En tête de liste sont inscrites nos relations avec l’Union européenne, qui seront mises à l’épreuve en 2009, où nous aurons à confirmer la libre circulation des personnes et son extension à la Bulgarie et à la Roumanie. Point 2, la consolidation de la sécurité sociale, et notamment celle de l’AI, même si elle réclame des ressources supplémentaires. Point 3, la fiscalité, pas d’augmentation des impôts, favoriser la famille et les PME, simplifier la TVA. Point 4, le budget; obligation de l’équilibrer.
Nous avions tenté dans Domaine Public le même exercice, et retenu nos relations avec l’UE et le financement de la sécurité sociale. Ce recoupement est significatif. Ce sont des priorités d’intérêt national, qui dépassent les choix partisans. En revanche, les choix fiscaux appartiennent plus à la programmatique des partis. Si toute hausse est exclue, le parti socialiste sera amené à s’opposer à toutes baisses massives, comme celles qui ont été présentées dans le débat au Conseil national (baisse de la TVA, réduction de l’impôt sur les bénéfices des sociétés). Une diminution forte des recettes, combinée avec le frein aux dépenses, aboutirait à un affaiblissement de l’Etat, devenant anémique comme le souhaite l’UDC.
Si l’on fait la part des différences naturelles, qui opposent la gauche et la droite dans des limites qui doivent impérativement rester compatibles avec l’esprit de concordance, il est un point qui ne souffre pas de discussion: la confirmation des accords bilatéraux. Là, pas d’échappatoire. C’est oui ou non. Qui choisit le non se met en marge des responsabilités communes. Il n’a pas sa place au Conseil fédéral. Christoph Blocher a obtenu son siège de conseiller fédéral par le chantage: «Si je ne suis pas dedans, je serai plus dangereux dehors». Au chantage doit répondre la mise en condition: «Ne peut pas être dedans qui n’accepte pas la sauvegarde de nos relations bilatérales avec l’Union européenne».
Urs Schwaller et le PDC ont pris l’initiative de rompre la reconduction muette des sept sortants. Sont posées les bonnes questions, ouvertement. Elles sont une restauration de la politique à l’opposé des arrière-pensées et des intrigues de coulisse.
La balle est maintenant dans le camp des autres partis, y compris les verts. A suivre. A suivre de très près.