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Pourquoi le niveau de vie des Chinois augmente-t-il à un rythme effréné? Pourquoi a-t-on besoin de banques? Pourquoi le chômage est-il plus bas en Suisse qu’en Espagne?
L’un des critères déterminant pour évaluer la situation économique d’un pays concerne la situation du marché du travail et en particulier l’évolution du chômage. Celui-ci se mesure au moyen du taux de chômage, qui correspond au pourcentage des personnes désireuses de travailler, mais ne trouvant pas d’emploi. En matière de chômage aussi, la Suisse a longtemps constitué un « Sonder-fall», un cas particulier au sens positif du terme, et l’est d’ailleurs encore dans une large mesure.
La figure 1.3 montre que le taux de chômage de la Suisse connait une évolution remarquable depuis le début des années 1970. Avant les années 1990, ce paramètre n’a pratiquement jamais dépassé 1%, un taux de chômage inhabituellement bas en comparaison internationale. Dans la plupart des pays, on parlerait ici de plein-emploi caractérisé, puisque dans une économie dynamique où règne la division du travail, il est normal qu’à tout moment une certaine partie de la population active soit à la recherche d’un emploi. Mais au début des années 1990, on observe une rupture nette. Contrairement à ce qui s’est passé dans les années 1970, le recul de l’ensemble de l’économie a cette fois un impact massif sur l’emploi : en peu de temps, entre 1990 et 1992, le taux de chômage passe de moins de 1% à près de 5%. Cette flambée est inhabituelle en comparaison internationale et ébranle la population suisse par son ampleur. Malgré tout, un taux de 5% reste qualifiable de chômage modéré.
Le chômage se maintient ensuite à ce niveau jusqu’en 1997 environ. Étonnamment, il recule ensuite nettement, grâce à une reprise économique pourtant modeste. Entre 1997 et fin 1999, le taux de chômage passe ainsi de plus de 5% à moins de 2%, ce qui est presque aussi inhabituel que la forte hausse enregistrée quelques années plus tôt. Alors que vers le milieu des années 1990, de nombreux observateurs prédisaient à la Suisse que ses faibles taux de chômage appartenaient au passé et qu’elle devrait désormais s’accommoder de taux «européens» de 5% et plus, l’évolution de 1997 à 2000 leur a donné tort.
Le marché suisse du travail a montré qu’il pouvait créer efficacement de nouveaux emplois, et le chômage moyen en Suisse est resté relativement bas. À partir de 2001, le chômage augmente de nouveau, sans toutefois atteindre les valeurs records des années 1990. Il se maintient à près de 4% jusqu’à fin 2005, avant de reculer sensiblement sous l’effet d’une très bonne évolution conjoncturelle. Les effets de la crise financière se signalent par une nette poussée du chômage dans les années 2009 et 2010. Puis le taux de chômage baisse de nouveau pour se stabiliser vers 3%.
La figure 1.4 montre, pour le groupe de pays déjà évoqué, que la Suisse affiche un taux de chômage très bas en comparaison internationale. Si ses grands voisins – représentés ici par l’Allemagne et l’Italie – ont été longtemps confrontés à des taux de chômage durablement élevés, celui de l’Allemagne comme celui des États-Unis ont beaucoup reculé ces dernières années. En Italie, par contre, le taux de chômage a encore progressé. À noter que les chiffres des figures 1.3 et 1.4 ne peuvent être comparés directement, car les taux de chômage pour comparaison internationale sont mesurés un peu différemment des taux nationaux officiels.
La réglementation du marché suisse du travail
La réglementation du marché suisse du travail est plutôt souple en comparaison internationale. De ce point de vue, elle est plus proche de celles des pays anglo-saxons ou de certains pays du nord de l’Europe que de celles des grands pays voisins. Pour en comprendre les principaux éléments, reprenons brièvement les cinq formes de réglementation du marché du travail décrites plus haut.
Premièrement, il n’y a pas en Suisse – contrairement à la plupart des autres pays de l’OCDE – de salaires minimums généraux applicables à tous les secteurs. On en trouve bien dans certaines conventions collectives qui limitent alors la flexibilité des marchés du travail concernés. Mais ils sont adaptés à la situation spécifique de la branche à laquelle ils s’appliquent et en conséquence sont moins probables de fixer des salaires plus élevés que la productivité de certains travailleurs concernés, et donc moins problématiques pour l’emploi dans sa globalité. En l’absence de salaires minimums généraux, les employeurs peuvent engager plus facilement une main-d’œuvre moins formée; et d’ailleurs, le taux d’emploi de cette maind’œuvre est assez élevé. En effet, dans d’autres pays, ces travailleurs moins qualifiés sont souvent poussés hors du marché du travail sous l’effet de salaires minimums obligatoires trop élevés. Car aucune entreprise n’est d’accord, sur la durée, d’employer des travailleurs pour un salaire supérieur à leur productivité.
Deuxièmement, la Suisse n’a pas de convention collective de travail applicable à l’ensemble des secteurs et établissant donc globalement les salaires et les conditions de travail de millions de personnes, comme c’est par exemple le cas en Allemagne. En Suisse, les négociations salariales interviennent de manière décentralisée, pour un seul secteur, voire une seule entreprise. Les salaires tiennent ainsi davantage compte de la productivité de la main-d’œuvre, ce qui est bénéfique pour l’emploi.
Troisièmement, le marché suisse du travail connaît nettement moins d’obstacles lorsqu’il s’agit d’engager ou de licencier des travailleurs. Embaucher un collaborateur ne signifie pas pour l’employeur se lier pour de nombreuses années par un contrat qu’il ne pourra résilier qu’à grands frais. Il lui est donc beaucoup plus facile de recruter de la main-d’œuvre lorsque les affaires sont bonnes, parce qu’il a la possibilité de s’en séparer lorsque les temps sont plus durs. Cette adaptabilité contraste nettement avec ce que connaissent la plupart des autres pays européens, où la protection contre les licenciements est plus forte qu’en Suisse et où il est d’autant plus difficile de trouver un emploi fixe. Cette difficulté touche tout spécialement les jeunes qui viennent de terminer leur formation et recherchent un premier emploi.
Quatrièmement, l’assurance-chômage est conçue pour favoriser le retour au travail : elle comporte des mesures d’incitation visant à réduire la durée du chômage. Ce point sera traité plus en détail à la section 5.6.3.
Cinquièmement, les dispositions visant à réduire la durée du travail sont moins nombreuses en Suisse qu’ailleurs. Une initiative sur la semaine des 36 heures a par exemple été rejetée en votation populaire; plus récemment une initiative pour 6 semaines de vacances pour tous a également été rejetée. Il est en outre très facile d’embaucher des salariés à temps partiel, ce qui améliore aussi la situation de l’emploi.
En Suisse, toutes les réglementations ayant une incidence sur le niveau du chômage résiduel sont plutôt flexibles en comparaison internationale. Il n’est donc guère surprenant que le chômage résiduel y soit très bas.
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Extrait du titre Sciences Economiques De Aymo Brunetti Publié aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR)