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Au début de la Première Guerre mondiale, la Suisse, comme les autres pays européens, s’attendait à un conflit de courte durée. Les autorités ont négligé la planification d’une économie de guerre. Elles ont également tardé à prendre des mesures sociales pour lutter contre l’inflation galopante. Elles n’ont pas mis en place des système d’indemnité pour perte de salaire aux soldats mobilisés et n’exercent aucun contrôle sur les prix ; ce n’est que pendant les deux dernières années de la guerre qu’elles rationnent les denrées alimentaires de base comme le pain et le lait. De plus, le Conseil fédéral avait assoupli la loi sur les fabriques et décrété le gel des salaires dans les entreprises publiques. Il en résulta des pertes de salaire réel de 25 à 30 %, un approvisionnement alimentaire précaire et une pénurie de logements. En été 1918, on dénombre officiellement 692 000 personnes dans le besoin, soit environ un sixième de la population, le pourcentage étant plus élevé dans les villes. En automne 1918, la population fragilisée est frappée par la grippe espagnole qui fait près de 25 000 victimes (0,6 % de la population de 1920).
Les mesures de secours d’urgence sont essentiellement prises par les cantons et les communes qui, souvent en collaboration avec des associations féminines d’utilité publique, mettent sur pied des soupes populaires et des foyers de travailleurs et distribuent des denrées alimentaires. La Confédération, pour sa part, apporte avant tout son soutien à l’assistance aux chômeurs. Tablant sur une hausse du nombre de sans-emplois, elle constitue en 1917 un fonds de prévoyance alimenté par l’impôt sur les bénéfices de guerre. Avec les communes et les employeurs, elle vient en aide aux chômeurs. Elle verse enfin des subventions aux caisses de chômage existantes – le plus souvent gérées par des syndicats – et accorde des avantages fiscaux aux institutions de prévoyance privées.
La dégradation de la situation sociale entraîne une polarisation de la politique intérieure, des protestations et des grèves, qui atteignent leur paroxysme avec la grève générale de novembre 1918. Le Comité d’Olten, qui coordonne l’action du mouvement ouvrier, formule des revendications essentiellement sociales, à savoir le suffrage féminin, l’introduction de la semaine de 48 heures, d’une organisation assurant le ravitaillement et d’une assurance-vieillesse et invalidité, pendante depuis 1912 au niveau politique.
Literatur / Bibliographie / Bibliografia / References: Tabin Jean-Pierre et al. (2010 [2008]), Temps d’assistance. L’assistance publique en Suisse romande de la fin du XIXe siècle à nos jours, Lausanne; HLS / DHS / DSS: Guerre mondiale, Première; Grippe.
(12/2014)