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«Vous êtes moyen.» Voilà très exactement le genre de choses qu'on ne peut pas dire à un candidat, alors que c'est par définition statistique la majorité des cas que l'on rencontre.
Il est assez facile de dire à un postulant qu'il est mauvais (parce qu’il ne correspond pas aux besoins du poste, que les sirènes du politically correct ne viennent pas pousser la chansonnette autour de mon bateau): l'entretien ayant une phase de questions purement techniques, on pourra toujours se reposer dessus. Si le candidat a une personnalité difficile, s'il vous coupe la parole à tout moment et qu'il répond à une question par une autre question, on pourra hausser le sourcil, enclencher la gestuelle tu-vas-te-calmer (mouvement d'épaule, faux sourire volontairement crispé, phrases qui commencent par «je ne comprends pas», etc.).
Quand le candidat est sympathique mais trop immature, on peut lui faire le compte-rendu d'entretien in vivo, en lui expliquant qu'une heure d'entretien vaut dix heures de cours. Il faudra pour cela illustrer par des exemples précis qu'on aura notés pendant l'heure précédente.
Souvent le manque d’écoute: «Parlez-moi de votre parcours académique?» «Eh bien je suis actuellement en stage chez Goldman Sachs.»
De concision: «Lors de mon stage j'étais adjoint du coresponsable du département comptable qui comportait de nombreux services mais le mien se situait au quatrième étage d'un immeuble pas très loin de la République enfin entre la République et la Bastille en fait alors que la maison mère du groupe dans lequel je travaillais se trouvait à la Défense ce qui n'était pas très pratique».
De mesure: «Moi la finance c'est le truc que j'ai toujours voulu faire parce que je trouve ça génial et surtout la finance d'entreprise parce que c'est la vraie vie des gens et j'ai besoin de travailler sur du réel alors que la finance de marché c'est trop que du vent.»
Quand le candidat est agressif, ce qui est très rare, on peut à l'extrême le confronter à sa propre agressivité. Mais il faut pour cela qu'il en arrive à vous provoquer de façon personnelle. Et là, c'est du beurre, mais passons.
Celui dont nous parlons aujourd'hui, c'est celui à qui nous n'avons rien à reprocher, celui qui possède des connaissances théoriques passables, qui répond sans entrain mais sans réel faux pas aux questions de personnalité. L'esprit lisse comme un mur fraîchement recouvert d'enduit mais sans papier peint, le plat de pâte al dente mais sans sel.
Sa vacuité attire le silence, et sa sélection se fera de façon opportuniste, c'est-à-dire en fonction de l'urgence à boucher les trous.
Mais que faut-il lui dire?
Faut-il le secouer à la fin de l'entretien dans l'espoir de voir tomber quelques cerises, les fameuses dix minutes de déstabilisation qui passent souvent pour du sadisme alors qu'elles ne sont qu'une illustration des moments pointus de la vie en entreprise?
Faut-il motiver son refus par les vraies raisons (s'endormir au milieu de l'entretien par exemple)?
Faut-il se réfugier dans l'hypothétique choix d'un candidat plus expérimenté?
Faut-il procrastiner jusqu’à ce qu'il trouve quelque chose d'autre?
Dans ce métier on est souvent lâche, et quand on ne l'est pas on est un salaud.