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La Boillat, un an après la rupture de la médiation
Rien que de la poudre aux yeux
«Swissmetal s'est servi de la médiation et du travail de l'expert pour parachever son travail de démolition de la Boillat. Le management a profité de l'accalmie qu'offrait cette trêve pour écarter ceux qui lui faisaient de l'ombre.» Un réquisitoire sans appel que dresse X. Y. (nom connu de la rédaction), ancien cadre de l'entreprise et membre de Solidarité Boillat. A ses yeux, aucun des engagements pris lors de la rupture de la médiation (voir ci-dessous) n'a été tenu.
Le chef d'usine agréé par le personnel? Il n'y a eu que des intérimaires mis en place sans consultation, avant que Martin Hellweg n'impose tout récemment Manfred Groening, directeur de Busch-Jaeger.
La stratégie? Swissmetal veut fermer la fonderie de la Boillat d'ici à la fin de l'année pour pouvoir transférer le reste des activités de l'usine 1 dans la 2. L'installation de coulée fils et le four Osprey (seule installation capable de produire le fameux alliage CN8 pour l'industrie pétrolière et les trains d'atterrissage d'avions) seront-ils malgré tout maintenus? Rien n'est moins sûr. «Une fois encore, Swissmetal navigue à vue. Peut-être le management a-t-il l'intention d'abandonner les alliages fabriqués par ces installations. Swissmetal l'a déjà fait pour d'autres produits qu'il n'est plus capable de fabriquer…»
Le réengagement de cadres et de personnel? Certes, le groupe a bien dû réembaucher certains employés - ce qui démontre bien que leur licenciement était une mesure de rétorsion contre les grévistes et ne se justifiait pas économiquement, comme le prétendait Swissmetal. Mais dans le même temps, le groupe a continué à licencier les «fortes têtes», quitte à perdre leurs précieuses compétences. Quant aux cadres, Hellweg a cru que ceux de Dornach remplaceraient sans problème les licenciés. «Là encore, il s'est lourdement trompé, ces gens ayant fait la preuve de leur totale incurie. Et la situation ne va pas s'améliorer avec ceux venus de Lüdenscheid», relève X. Y.
Le réapprovisionnement en matières? «C'est le contraire qui s'est passé puisque sous prétexte d'optimisation des stocks, le groupe a continué à brader des milliers de tonnes de matières pour renflouer ses caisses, comme le prouvent les 23 mios de francs de gains sur métaux qui figurent dans le rapport annuel et qui correspondent à la différence entre la valeur ajoutée brute et la marge brute», constate notre interlocuteur.
N'étant pas à une contradiction près, poursuit-il, la direction change de langage au gré du vent, quand ça l'arrange. En avril, lors de la présentation des résultats 2006, le directeur industriel Volker Suchordt avait affirmé que la situation à la Boillat s'était normalisée et que le taux de productivité était revenu quasi à la normale. Or, moins de deux mois plus tard, Swissmetal annonce que la productivité est de 40% inférieure à celle de Busch-Jaeger. «Il faudrait savoir…»
Sous la férule d'un encadrement incompétent, constate X. Y., la situation s'est encore dégradée à Reconvilier, avec une baisse de la qualité, de la productivité, et des performances. Résultat: les clients sont toujours plus nombreux à tourner le dos à la Boillat. A l'instar du plus gros d'entre eux, Bic, qui ne commanderait plus que le quart de ce qu'il prenait autrefois. Ou du No 2 Durtal, qui aurait rompu tout lien avec Swissmetal.
Il y a d'ailleurs un autre signe qui ne trompe pas, poursuit X. Y.: «On n'a jamais vu autant de camions d'Almeta (société de distribution soleuroise qui appartient au géant allemand Wieland, concurrent de Swissmetal) dans la Vallée. C'est bien la preuve que nombre de clients de la Boillat se sont tournés vers la concurrence.»
Quant à ceux restés fidèles, c'est souvent par obligation, en raison de l'excellente conjoncture: débordés de commandes, les autres fournisseurs ont des délais de livraison si longs que ces clients se sont résignés à commander chez Boillat. «Mais quand la situation économique se dégradera, ils n'auront vraiment plus aucune raison d'acheter chez Swissmetal», prophétise-t-il.
Les propositions acceptées par Swissmetal
L'Etat est impuissantDirecteur de l’Economie publique du canton de Berne, Andreas Rickenbacher assure s’être préoccupé de la Boillat dès son entrée en fonction en rencontrant très vite le médiateur Rolf Bloch. Il rappelle s’être engagé publiquement en faveur de ce processus et en avoir déploré la rupture unilatérale par Swissmetal. Quant à une éventuelle intervention de l’Etat – canton ou Confédération – réclamée par la pétition Boillat, notre interlocuteur rappelle que de par le cadre juridique et institutionnel existant, elle ne fait pas partie de l’arsenal des moyens d’intervention à disposition. Il ne peut que venir en aide aux personnes licenciées, ou intervenir en cas de liquidation pour aider à trouver un repreneur. C’est d’ailleurs aussi une question de mentalité, poursuit-il, car ce qui pourrait être imaginable dans un pays interventionniste comme la France ne l’est pas en Suisse, pays où le libéralisme économique est la règle. Même quand des managers détruisent des entreprises? «L’Etat n’a pas les moyens d’intervenir. Son rôle se borne à fixer les conditions cadres et c’est aux partenaires sociaux d’agir», indique-t-il. Le problème, c’est que les dirigeants de Swissmetal se comportent en managers dont l’intérêt est limité à court terme, et pas en entrepreneurs qui veulent assurer la pérennité de l’entreprise.
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Une promesse, ça n'engage à rien
Editorial de Philippe OudotIl y a tout juste un an, Swissmetal claquait la porte de la médiation conduite par Rolf Bloch. Le groupe affirmait toutefois qu'il allait appliquer les recommandations formulées par l'expert Jürg Müller pour relancer la production à la Boillat. Des promesses qui, comme toutes les autres faites par Martin Hellweg, n'ont été que de la poudre aux yeux. L'expert invitait notamment le groupe à nommer au plus vite un chef de site agréé par le personnel. Condition sine qua non pour restaurer la confiance et motiver les troupes. Au lieu de cela, Hellweg et consorts ont désigné d'obscurs responsables par intérim, avant d'imposer il y a 15 jours Manfred Groening, patron de Busch-Jaeger. Et tant pis s'il ne parle pas un mot de français! De toute façon, la communication ne se fait que par ukase chez Swissmetal.
Les autres recommandations - maintien des activités de fonderie pour quelques années, engagement d'un maximum de personnes et de cadres licenciés, approvisionnement des stocks de matières premières et d'ébauches en suffisance - sont elles aussi restées lettre morte.
De toute évidence, le management de Swissmetal navigue à vue et n'est pas à une contradiction près. En présentant ses résultats 2006, le groupe affirmait que la productivité à la Boillat était quasi revenue à la normale. Moins de deux mois plus tard, il prétend qu'elle est inférieure de 40% à celle de Busch-Jaeger! Les voies du Sieur Hellweg sont décidément impénétrables.
Aujourd'hui, le groupe garde la tête hors de l'eau en bradant ses stocks, et grâce à la conjoncture économique florissante - qui ne l'empêche d'ailleurs pas d'annoncer le licenciement prochain d'un quart de ses effectifs. Alors que la concurrence ne sait plus où donner de la tête pour livrer ses clients, ceux qui restent chez Swissmetal y sont souvent contraints, sous peine d'attendre des lustres chez d'autres fournisseurs. Mais au prochain refroidissement conjoncturel, plus rien ne les retiendra: avant, on était prêt à payer cher pour de la qualité Boillat. Mais si cette qualité et le service ne sont plus là et qu'en plus Swissmetal augmente ses prix sous prétexte d'une hausse du prix de l'énergie...
Actualisé le 28.06.07 par webmaster