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La justice suisse réclame Alfred Sirven, ex-numéro deux d'Elf
Arrêté en février dernier aux Philippines, Alfred Sirven, l'ancien patron d'Elf Aquitaine International, société domiciliée à Genève, intéresse également la justice suisse. Elle a demandé à la France de pouvoir le confronter à ses amis genevois.
Avant de se réfugier en Asie, Alfred Sirven, l'ex-numéro deux de la compagnie pétrolière française Elf, a vécu de nombreuses années dans la cité de Calvin. Il bénéficiait d'abord d'un permis " B ", transformé en 1997, en permis " C ", alors que la justice française est déjà à ses trousses. Paul Perraudin, juge d'instruction genevois en charge du dossier Elf, a demandé à l'entendre.
Sans ce magistrat pugnace, la justice française n'aurait vraisemblablement jamais démêlé les multiples opérations bancaires menées dans la Confédération par ce personnage âgé aujourd'hui de 74 ans. Avant d'organiser sa fuite, Alfred Sirven avait mis en œuvre deux circuits financiers installés en Suisse et susceptibles d'alimenter sa cavale en Asie.
La valse des millions
Le premier, actionné par un franco-suisse, L. Q., lui permettait de récupérer autour de 25 millions de francs, en passant par Monaco. Le second, dirigé par le comptable R.G., installé dans la Cité de Calvin, gérait 47 millions de francs, à travers plusieurs établissements financiers au Liechtenstein, à Genève, et dans l'île angolo-normande de Jersey.
La justice suisse ne se préoccupe que d'un seul aspect de l'affaire Elf : le blanchiment d'argent sur le territoire helvétique. Deux personnes ont été arrêtées en mai dernier, et plusieurs autres inculpés, pour avoir aidé Alfred Sirven à financer sa fuite dans l'archipel des Philippines.
Cette semaine, K. M., le patron d'une compagnie financière, K & M Capital & Finance SA, spécialisée dans la gestion de fortune, a été remis en liberté. R.G. qui se serait rendu quatre fois aux Philippines pour remettre de l'argent en liquide à Alfred Sirven, reste encore en prison.
Viendra ? viendra pas ?
Paul Perraudin vient de demander à la justice française de lui " prêter " Alfred Sirven afin de le confronter aux Suisses qui lui ont donné un coup de main durant son périple en Asie. La justice suisse a notamment constaté des virements vers le Liban et les Emirats Arabes Unis tournant autour de un million de francs.
Sur cette cagnotte de 47 millions de francs, l'ex-numéro deux d'Elf aurait empoché, entre 1997 et le début de 2001, autour de 10 et 15 millions de francs. Existerait-il d'autres heureux bénéficiaires de cet argent, vraisemblablement détourné des caisses de la compagnie pétrolière ?
Emprisonné depuis son arrestation, Alfred Sirven n'a jamais parlé. La semaine prochaine, il sera interrogé par les autorités allemandes. Se montrera-t-il plus bavard ? Enfin, les Français accepteront-ils de lâcher pendant quelques jours en Suisse un personnage capable, selon ses propres dires, " de faire sauter vingt fois la République " ?.
Ian Hamel
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