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Abstract
Au IVème siècle avant notre ère, Aristote, questionnant les liens entre histoire et fiction dans sa fameuse Poétique, s'employait à distinguer le travail de l'historien de celui du poète: alors que le premier relate les événements tels qu'ils se sont déroulés, le second les présente tels qu'ils auraient pu se passer, selon les règles de la vraisemblance. Le philosophe établit ainsi une distinction, presque une frontière, entre histoire et fiction qui perdurera au fil des siècles, tendant à renvoyer dos à dos les deux domaines. Cette opposition, relayée avec force par les doctes du premier XVIIème siècle, se trouve relativisée par les historiens, dont Antoine Prost ou Paul Veyne, qui insistent sur la porosité entre les deux notions. Ainsi l'histoire emprunte-t-elle à la fiction des procédés narratologiques tels que la mise en intrigue : opérant des choix, agençant les faits afin d'établir une causalité qui fera sens, l'historien construit son discours en recourant parfois aux outils du poète, sans qu'il y ait pour autant confusion possible entre discours historique et fiction. Les liens entre fiction et histoire soulèvent donc les questions de la vérité historique, de la construction de l'histoire en tant que discours, et de la validité du discours historique. La séquence élaborée et enseignée dans une classe de 9ème année Harmos se propose de recourir au texte littéraire en tant que document historique pour placer les élèves face à la délicate question de l'élaboration du discours historique. Elle se donne pour objectif d'inciter les élèves à s'interroger sur cette fameuse frontière entre fiction et histoire et, partant, de mener une réflexion sur la construction de leur manuel ou des séquences d'enseignement proposées par leur enseignant. Elle se veut aussi un pont entre deux disciplines, familières des élèves mais souvent encore cloisonnées, qui ont sans doute beaucoup à gagner en terme d'enrichissement réciproque.