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Le Nouveau Testament a-t-il été écrit dans la langue de Jésus?
Non. Du moins pas sous la forme qui nous est connue aujourd’hui. Selon son origine et le milieu où il évolue, Jésus parlait très certainement araméen. Or, tous les manuscrits les plus anciens du Nouveau Testament qui nous sont parvenus ont été écrits en grec.
Le passage de l’araméen au grec n’est pas anodin. En effet, l’araméen, au même titre que l’hébreu et l’arabe, est une langue sémitique dont la grammaire est extrêmement différente des langues gréco-latines. Par exemple, dans les langues sémitiques, on ne conjugue pas les verbes selon le présent, le passé ou le future, mais selon la notion d’ « achevé » ou d’ « inachevé », le temps étant déduite du contexte. De même, les familles de mots sont généralement construites sur une racine de trois consonnes qui suffit à dégager le sens, toujours en fonction du contexte. Les voyelles sont donc un luxe dont la plupart de rédacteurs se passent puisque les consonnes suffisent à un lecteur averti. De fait, de nos jours encore, les journaux hébreux et arabes sont écrits sans voyelles, alors que les textes religieux, la Torah et le Coran, sont eux vocalisés, dans un souci de précision.
Le passage de l’araméen au grec est également le passage d’une langue locale à une langue parlée dans l’ensemble de l’empire romain. La « koinè », une version cosmopolite du grec antique jouait alors le même rôle que l’anglais international aujourd’hui. La signification de « koinè » est par ailleurs très proche du terme « globish » que d’aucun emploient pour désigner cet anglais bâtard et très approximatif parlé, entre autres, dans tous les aéroports du monde.
Il est donc important de comprendre que les textes qui nous sont parvenus, même dans les manuscrits les plus anciens, ont déjà été l’objet d’une transposition culturelle et d’une reformulation dans une autre langue et un autre mode de pensée que ceux du monde palestinien du premier siècle.
Et cette première traduction n’est pas exempte d’erreurs ou de malentendus. Par exemple, dans Matthieu 7, le fameux épisode de la paille et de la poutre est pour le moins surprenant et pourrait bien être une erreur de traduction d’un rédacteur grec rapportant une parole entendue en araméen. En effet, comment peut-on imaginer avoir une poutre dans un oeil? Et l’image opposée ne fonctionne guère mieux… Une paille, même s’il ne s’agit que d’un brin, est déjà disproportionnée par rapport à un oeil. Ne serait-il pas plus naturel de parler de poussière dans l’oeil? Et même une poussière, c’est déjà intolérable. Ce texte semble donc bien bancal, même si des prédicateurs quelque peu exaltés y voient parfois une expression burlesque qui attesterait de l’humour de Dieu.
Dans le texte grec, le mot utilisé, opthalmos désigne bien l’oeil, sans équivoque possible. Mais en araméen, comme en hébreu et en arabe, le mot ‘ayin désigne non seulement l’oeil, mais également le puits. Si, par hypothèse on remplace l’oeil du texte de Matthieu par le puits dont il aurait pu être question dans une tradition orale, force est de reconnaître que tout fonctionne mieux: « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans le puits de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton puits? ».
Il n’en reste pas moins que pour séduisante qu’elle soit, cette hypothèse n’est… qu’une hypothèse.