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Comment un médecin de Chemnitz révolutionna l’exploitation minière et pourquoi il fit imprimer son ouvrage à Bâle: l’histoire de Georg Bauer, mieux connu sous le patronyme de Georgius Agricola.
Dominik Landwehr
Dominik Landwehr est un scientifique de la culture et des médias et vit à Zurich.
En 1556, l’imprimeur bâlois Jean Froben fait paraître un livre qui se révèlera être un best-seller de l’époque. L’ouvrage, qui dresse un état des lieux de la métallurgie et de l’activité minière, est intitulé De re metallica, que l’on pourrait traduire aujourd’hui par Sur la métallurgie ou Sur les métaux. Son auteur, Georgius Agricola, médecin de la ville de Chemnitz, décède seulement un an avant la mise sous presse.Agricola, né Georg Bauer, voit le jour en 1494 à Glauchau, non loin de Chemnitz. Il étudie les langues anciennes, puis la médecine, et s’installe en 1527 à Jáchymov dans les monts Métallifères. Il passe la majeure partie de sa vie à exercer comme médecin à Chemnitz, dont il devient également maire. La ville est connue pour son activité d’exploitation des mines d’argent, un domaine qui intéresse l’homme de science: à l’époque, les propriétés curatives des minéraux sont aussi importantes que celles des plantes. Georgius Agricola est un savant versé dans de multiples disciplines et combine diverses thématiques dans ses publications. En 1530 paraît Bermannus, sive de re metallica qui traite des procédés de recherche et d’extraction des minerais. L’ouvrage De Mensuris et ponderibus, édité en 1533, est consacré aux procédés et unités de mesure. Dans De ortu et causis subterraneorum, paru en 1546, Agricola s’intéresse aux matériaux qui proviennent de la terre. En 1544, il livre un compte rendu détaillé des connaissances minéralogiques et géologiques de son époque dans De natura fossilium.C’est ensuite que paraît De re metallica, le chef-d’œuvre de Georgius Agricola. L’ouvrage rassemble nombre de ses œuvres de jeunesse: il s’agit de la première représentation systématisée de l’exploitation minière, de la métallurgie et de la métallerie en douze chapitres. Il traite notamment des veines, des fractures et des couches rocheuses, de la mesure des gisements, des fonctions des mineurs et des outils, appareils et machines qu’ils utilisent pour extraire les minerais. L’auteur décrit en outre les procédés de traitement, la séparation de l’argent, de l’or et du plomb, ainsi que les méthodes pour obtenir du sel, de la soude, de l’alun, du vitriol, du soufre, du bitume et du verre.Mais Georgius Agricola s’intéresse aussi aux animaux qui vivent sous terre et creusent des terriers: castors, loutres, lapins, marmottes, furets, blaireaux, ours, salamandres ou encore serpents. Enfin, une partie de l’ouvrage est consacrée aux esprits de la montagne, certains étant amicaux et d’autres malveillants avec les mineurs. «Il y en avait un de cette sorte à Annaberg, qui tua de son souffle douze mineurs dans la mine dite de Rosenkranz. Le souffle provenait de sa gorge. On dit qu’il avait un cou allongé comme celui d’un cheval et des yeux sanguinaires». Mais il existe aussi des esprits bienveillants, les kobolds. «Ils expriment leur gaieté en riant bruyamment et font semblant d’être très occupés alors qu’en réalité, ils ne font rien du tout. On les appelle aussi gnomes. Ils ressemblent à des nains et ne mesurent que trois empans de haut». Agricola connaît manifestement la mythologie et le folklore autour de ces créatures fabuleuses.L’ouvrage doit surtout son succès à ses 292 gravures imaginées par Basilius Wefring. Ce sont les artistes Hans Rudolf Manuel (1525–1571) et Zacharias Specklin (1530–1576) qui les gravent ensuite dans le bois. Les motifs contiennent un niveau de détail étonnant et livrent un aperçu du savoir-faire en ingénierie de l’époque. Il s’agit presque d’illustrations techniques. Du point de vue actuel, on peut être surpris par le degré élevé de mécanisation, bien que les principales forces employées soient celles des humains et des animaux.
Plus de 600 km séparent Bâle de Chemnitz: au XVIe siècle, cela représente un voyage de plusieurs jours. Alors, pourquoi le livre a-t-il été imprimé dans la ville suisse? Ce choix s’explique probablement par la remarquable qualité d’impression et l’excellente réputation de la Maison Froben, d’après l’historien Christopher Zoller-Blundell, qui travaille à la bibliothèque consacrée au fer du couvent de Paradies, près de Schaffhouse. Il estime que l’ouvrage a eu une importance majeure. «Il a eu une forte influence sur l’évolution de l’industrie», précise-t-il. L’exploitation minière a été une activité essentielle pour le développement humain, elle posait d’immenses défis techniques et nécessitait un large éventail de machines, pompes et dispositifs de levage. De nombreux ingénieurs de premier ordre ont commencé leur carrière dans ce domaine.
Le livre d’Agricola brosse un tableau de la métallurgie au début des temps modernes. Lorsqu’on le feuillette aujourd’hui, force est de constater que l’art d’extraction et de la transformation des minerais était déjà très avancé avant l’industrialisation. Toutefois, il ne s’agit pas d’un manuel pratique, mais d’une vue d’ensemble théorique. Agricola décrit également les dégâts causés par l’extraction et le traitement des minerais sur l’environnement: destruction des zones avoisinantes, déforestation pour alimenter les fours et détérioration de la santé des mineurs, qui perdent leurs dents à cause des vapeurs toxiques générées par la production de mercure.La traduction allemande de De re metallica est parue en 1557, soit seulement un an après la première édition en latin. Jusqu’en 1675, neuf autres éditions en latin, allemand et italien ont vu le jour. Le livre est l’une des principales sources documentaires sur la métallurgie à l’époque moderne. Au XXe siècle, pas moins de 28 éditions ont été publiées dans différentes langues. Une version allemande remaniée est disponible dans les librairies ainsi que sur Internet. En 1912, l’ingénieur en construction et futur président des États-Unis Herbert Clark Hoover (1874-1964) en propose une nouvelle version en anglais.Des chercheurs ont découvert en 2015 la copie d’une traduction chinoise datant du XVIIe siècle, effectuée par Johann Adam Schall von Bell (1591-1666). Une version latine du livre serait arrivée en Chine au début du XVIIe siècle et ce missionnaire jésuite l’aurait traduite à la demande du gouvernement chinois, dans le but d’enrichir la dynastie Ming. L’ouvrage n’a cependant jamais été imprimé.Il ne fait aucun doute que l’œuvre d’Agricola a également bénéficié d’une bonne réception en Suisse: l’Université de Bâle, fondée en 1460, possédait une sorte d’abonnement auprès de la Maison Froben et obtenait automatiquement tous les livres qui y étaient imprimés. Ludwig Lavater (1527 – 1587), antistès et pasteur zurichois, cite abondamment Agricola dans sa compilation d’histoires de fantômes et d’esprits; il avait donc également pu s’en procurer un exemplaire.
Et ce n’est pas le seul lien que ce livre entretient avec la Suisse: la bibliothèque consacrée au fer du couvent de Paradies près de Schaffhouse possèderait l’une des plus grandes collections au monde de cet ouvrage: parmi ses 18 exemplaires figurent des éditions originales en latin, en allemand, en italien, en français, en anglais, en tchèque et en hongrois.
Tout semble opposer les deux rives du lac de Zurich, du moins si l’on en croit leurs appellations populaires: la gauche est surnommée la «Pfnüselküste» (la «rive où l’on renifle»), la droite la «Goldküste» (la «rive dorée»). Mais aussi différentes soient-elles, elles possèdent un point commun – ou plutôt un trait d’union: les ferries du lac de Zurich.
Quand on parle d’imprimerie, on pense naturellement avant tout aux livres et journaux mais moins aux cartes géographiques ou bancaires. Cela vaut donc la peine de passer en revue l’histoire de cette activité aux multiples facettes.
Comment la mini-trottinette est-elle devenue ce à quoi elle ressemble aujourd’hui? Tout a commencé en 1917 avec la construction d’un modèle en bois lourd et brinquebalant avec lequel les balades dominicales n’étaient pas une sinécure.