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La chimie agricole et les sciences du sol ont une longue histoire à l’EPF. L’enseignement avait été mis en place dès la fondation de l’école et la recherche avait commencé au début du vingtième siècle. De nombreux pédologues célèbres sont issus de cette école. Aujourd’hui, 150 ans plus tard, la tradition se perpétue toujours.
L’enseignement des sciences du sol et de la fertilisation pour les étudiants en agriculture de l’EPF a commencé en 1871. Il était dirigé par Anton Nowacki, Professeur de production végétale, qui avait écrit le premier manuel suisse sur la pédologie pratique, qui était resté une référence jusqu’en 1920. Il s’intéressait également beaucoup aux transformations de l’azote dans les sols et avait déjà réalisé des expériences de fertilisation sur les champs de l’école d’agriculture du Strickhof.
La physique chimie comme base
La recherche n’a commencé qu’avec l’arrivée de Georg Wiegner à l’EPF en 1913. Wiegner, qui avait été élu Professeur de chimie agricole, avait décidé d’utiliser les principes de base de la physique chimie et des modèles expérimentaux simples pour comprendre le comportement des sols. Il appliquait ces principes pour étudier l’échange d’ions sur les minéraux ainsi que l’humus, la coagulation des colloïdes, l’altération et la sédimentation. Outre les méthodes chimiques classiques contemporaines, il utilisait également un ultramicroscope, qui était alors un instrument révolutionnaire pour l’étude des colloïdes. Ce travail fondamental avait rendu son groupe célèbre dans le monde entier. En outre, Wiegner et ses collègues avaient développé des recherches sur les aspects écologiques de la science du sol avec pour devise « de la théorie à la pratique ».
Première carte pédologique de la Suisse
L’un des célèbres collaborateurs de Wiegner était Hans Jenny, qui avait obtenu son diplôme d’ingénieur agronome de l’EPF en 1922. Il avait fait son doctorat sur l’échange d’ions par permutate, et avait travaillé en même temps avec Josias Braun-Blanquet, l’un des fondateurs de la géobotanique, en étudiant l’interaction entre les communautés végétales et le développement du sol. En 1925, Jenny avait proposé la première carte des sols de Suisse (1 : 600 000) qui avait été présentée à l’exposition suisse d’agriculture, de sylviculture et de jardinage à Berne où l’Institut de chimie agricole de l’EPF avait un stand. Après son doctorat, Jenny partit aux États-Unis où il travailla sur la microbiologie, la chimie et la morphologie des sols. Il devint ainsi Professeur de chimie et de morphologie des sols à l’UC Berkeley jusqu’en 1967. À l’UC Berkeley, il développa des travaux novateurs sur la pédologie quantitative basée sur les cinq facteurs d’état de la formation du sol (temps, matériau parental, topographie, climat, végétation) auxquels il avait ajouté l’homme à un stade ultérieur.
Classification des sols suisses
Un autre collaborateur célèbre de Wiegner était Hans Pallmann. Il était devenu Professeur de chimie agricole à l’EPF après la retraite de Wiegner. Les recherches de Pallmann avaient été consacrées au développement, aux propriétés et à la classification des sols, à la chimie colloïdale des sols et en particulier de l’humus, aux relations entre les communautés végétales et le développement des sols, et à l’amélioration des analyses des sols. Ses travaux sur la classification des sols constituèrent la base de ce qui est aujourd’hui la classification des sols suisses. Pallmann devint recteur de l’EPF, puis président de ce qui est aujourd’hui la Domaine des EPF.
Parmi les collègues de Pallmann, on peut citer Hans Deuel qui devint Professeur de chimie agricole après Pallmann et poursuivi les recherches sur l’argile, l’échange d’ions et la chimie des colloïdes. Deuel consacra beaucoup d’efforts à la caractérisation des polysaccharides du sol, des composés humiques et à la compréhension des interactions entre les composés inorganiques et organiques du sol. L’Institut de chimie agricole prit fin avec la mort de Hans Deuel. Son unité fut alors divisée en deux : le premier groupe étant celui des sciences du sol sous la direction de Roman Bach (également ingénieur agronome de l’EPF) et le deuxième celui de la chimie alimentaire sous la direction de Johannes Neukom.
La recherche et l’enseignement dans les différentes sous-disciplines de la science du sol restèrent fortes à l’EPF et continuèrent à répondre aux questions de recherche fondamentale et aux défis sociétaux en Suisse et à l’international.