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Le «combien vous gagnez» n’est pas sans lien avec votre sexualité
«Les employés ayant des rapports sexuels plus de quatre fois par semaine perçoivent des salaires significativement plus élevés que les autres». Telle est l’une des conclusions que l’on peut tirer d’un travail publié par IZA-Bonn, un institut indépendant de recherche allemand consacré à l’étude du travail1. Elle est signée Nick Drydakis (Anglia Ruskin University, IZA and Scientific Centre for the Study of Discrimination, Athens). On y apprend aussi que les résultats obtenus sont statistiquement plus significatifs pour les personnes âgées de 26 à 50 ans.
Comment comprendre ces conclusions? L’affaire semble assez simple: sauf exception, l'activité sexuelle est pour l’essentiel associée à une bonne santé, à une forme d’endurance, au bien-être mental et à de saines habitudes alimentaires. De ce point de vue la sexualité, machine à fantasmes, est aussi un indicateur de santé qui ne peut être dissocié de l'activité au travail.
5% de plus pour plus de quatre rapports hebdomadaires
Nick Drydakis est un enseignant et un économiste chevronné attaché à l’Université britannique d’Anglia. Il s’intéresse notamment aux interactions possibles entre la personnalité d’un individu, son activité sexuelle et son salaire. Son hypothèse de base est, schématiquement, que l'activité sexuelle (considérée comme un indicateur de santé et de bien-être mental) fait partie des facteurs qui influent sur le salaire d'une personne. Il a mené sa recherche auprès de 7500 foyers et il estime être en mesure de démontrer l’existence de cette relation en calculant qu’il existe un «avantage salarial» de 5% pour ceux qui ont quatre rapports sexuels hebdomadaires.
Les 7500 foyers de M. Drydakis sont réunis au sein d’une étude grecque, la Greek Behavioural Study (GBS) menée notamment par l'Université du Pirée. Chaque ménage se porte volontaire pour fournir une série de caractéristiques démographiques, de revenu (niveau de salaire) et de mode de vie. Et parmi ces caractéristiques figure la fréquence des rapports sexuels. L’éventail des choix proposés est large: jamais, une fois ou deux par an, une fois par mois, deux à trois fois par mois, chaque semaine, deux à trois fois par semaine, et plus de 4 fois par semaine. L’orientation sexuelle est également fournie. Les facteurs de confusion statistique (temps de travail, traits de personnalité, niveau d’études, pratique religieuse, etc.) sont pris en compte.
Au final, l’analyse établit donc qu’il existe bien une relation entre la fréquence moyenne des rapports sexuels et le niveau salarial. M. Drydakis aboutit ainsi à la conclusion que les employés ayant des rapports sexuels «plus de quatre fois par semaine» perçoivent des salaires «significativement plus élevés». En clair, un avantage estimé en moyenne à 5%.
Pas de rapport avec l’orientation sexuelle
Mais ce n’est pas tout: l’absence de vie sexuelle serait associée à des salaires en moyenne inférieurs de 3%. Ces avantages salariaux sont statistiquement plus significatifs pour les personnes de la tranche d’âge 26-50 ans. Ni l’orientation sexuelle (homosexualité vs hétérosexualité) ni le niveau d'éducation, la profession ou le secteur d'emploi n’auraient d’influence sur ces constatations.
Productivisme
L’auteur propose une explication des plus simples: en établissant une adéquation entre la fréquence de l’activité sexuelle et la bonne santé. Bonne santé qui serait en adéquation avec le bien-être mental, lui-même corrélé positivement à l’endurance et à la performance au travail. On peut le dire autrement: des personnes plus heureuses et plus épanouies dans leur vie le seront aussi immanquablement dans leur travail. Et réciproquement.
Mais est-ce aussi simple? La fréquence des relations sexuelles est-elle à elle seule une garantie de plénitude et de satisfaction? Des spécialistes de thérapeutique sexologique verront peut-être ici une étude par trop empreinte de productivisme.
M. Drydakis ne le conteste d’ailleurs pas. En conclusion il explique que les détails sur l’activité sexuelle des salariés peuvent être des paramètres intéressants pour les économistes comme pour les chercheurs en sciences sociales. Mieux vaut être bien dans son corps pour être bien au travail, et vice-versa. Ce ne sont pas là de bonnes nouvelles pour les chômeurs. En Grèce comme ailleurs.
1. Le texte complet (en anglais) de cette étude est disponible à cette adresse: «The Effect of Sexual Activity on Wages».