Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07156.jsonl.gz/438

Mur Trump : du béton à l’acier
Après la construction de prototypes soumis à évaluation, le projet d’ériger une barrière le long des 3 201 km de frontière entre les Etats-Unis et le Mexique bloque toujours le pays.
Aux États-Unis, aucun accord n’a été trouvé sur la loi budgétaire entre républicains et démocrates pour mettre un terme au shutdown, le président républicain ayant rejeté un projet de loi de finances ne prévoyant pas de fonds pour la construction de son mur. L’administration fédérale est toujours partiellement paralysée et plus de 800'000 fonctionnaires subissent une suspension de salaire depuis le 22 décembre. Trump persiste pourtant dans son souhait de voir construire un mur de 3201 km, qui provoque l'hostilité des démocrates du Congrès, devenus majoritaires à la Chambre des représentants. Trump se dit prêt à ne pas débloquer les négociations, et a affirmé dimanche 6 janvier que le mur qu'il a promis durant sa campagne électorale pourrait être fait d'acier plutôt que de béton. "Les démocrates n’aiment pas le béton, alors on va leur donner de l’acier. C’est bien l’acier. L’acier, c’est même plus cher que le béton, mais ça sera beau et très solide", a-t-il déclaré aux journalistes à Camp David. Il a aussi assuré qu'il allait prendre contact avec les principaux acteurs de cette industrie "pour qu'ils proposent le design d'un magnifique produit en acier qui sera fait ici et que nous utiliserons comme barrière". Provocation ou argument?
Les échantillons des constructeurs
Les prototypes mesurent 9 mètres de haut, suivant les recommandations de l’appel d’offres lancé le 8 mars par les services de l’US Customs and Border Protection. Huit échantillons ont été construits par six entreprises américaines dans la région de San Diego, le long de la frontière, afin d’être soumis à évaluation. « A big, beautiful wall », avait promis Donald Trump (« un grand et beau mur »). Pour l’instant, ces immenses blocs posés en ligne évoquent des créneaux géants. Dotés d’une belle régularité, ils sont aussi impressionnants que glaçants, préfiguration d’un rempart de plusieurs milliers de kilomètres. Beiges, gris clair ou anthracite, avec ou sans claires-voies, ces morceaux d’enceinte n’ont rien de rudimentaire. Et pour peu, à contempler leur ingénieuse déclinaison, on s’extasierait devant l’inventivité humaine. L’esthétique est d’ailleurs une demande explicite des commanditaires.
Résistant aux dégradations
En sus de ne point choquer l’œil, il est exigé de ces monolithes modernes qu’ils puissent résister aux tentatives d’escalade ainsi qu’aux altérations et aux dommages. En novembre 2018, ils ont été tour à tour attaqués au marteau, à la pioche, à l’aide d’outils électriques. Des testeurs ont essayé de les franchir par voie souterraine et aérienne afin de déterminer quel est le plus efficace, bien que résister aux assauts ne soit qu’un critère, l’autre étant celui du prix (considération d’autant moins négligeable qu’on ne sait pas qui, des Américains ou des Mexicains, va payer l’ouvrage). Sur les huit prototypes réalisés à l’automne dernier, seuls quatre sont en béton ; les autres sont en métal ou dans un matériau non identifié. Au printemps, Trump avait suggéré, à la surprise générale, que le futur mur soit recouvert de panneaux solaires, créant un frisson d’aise chez les patrons du secteur. L’une des entreprises s’était empressée de dire que, le cas échéant, ses miroirs seraient fabriqués aux Etats-Unis, alors que la matière première d’un mur de pur béton serait certainement acheminée du Mexique par des files de camions. La piste semble, à ce jour, totalement abandonnée.
Trump veut 5 milliards pour son mur
Invité dimanche matin sur NBC, le secrétaire général par intérim de la Maison Blanche, Mick Mulvaney, avait laissé entendre que Trump pourrait effectivement renoncer à construire un mur en béton à la frontière mexicaine au profit d'une barrière métallique. "Et s'il doit renoncer à un mur en béton et le remplacer par une barrière métallique pour que les démocrates puissent dire 'Regardez, il ne construit plus de mur', cela devrait nous aider à nous déplacer dans la bonne direction", poursuivait le secrétaire général par intérim de la Maison Blanche. Après une nouvelle réunion dimanche entre le vice-président américain Mike Pence et d'autres représentants du gouvernement et des collaborateurs de parlementaires démocrates pour tenter de trouver une issue au "shutdown", aucun progrès n'a été effectué. Pendant que Trump réclame 5 milliards de dollars pour la construction du mur, les démocrates, qui ont repris le contrôle de la Chambre des représentants à l'issue des élections de mi-mandat, répètent qu'ils sont opposés au financement de ce mur qu'ils jugent "immoral", coûteux et inefficace.