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La petite histoire des mots
Applaudir
Georges Pop | L’habitude, émouvante, a été prise un peu partout dans le monde, y compris ici en Suisse: chaque jour la population manifeste sa gratitude à l’endroit du personnel soignant qui se bat contre la propagation du coronavirus en applaudissant de concert, rassemblée aux fenêtres ou sur les balcons. Ce concert bruyant, accompagné parfois de cris, de chants, ou de coups de klaxon, réchauffe les cœurs et montre que bien que distants, voire séparés, nous restons ensemble pour cette campagne pour la vie, en attendant de reconquérir un quotidien que Covid-19 nous a dérobé. « Applaudir » nous vient tout simplement du verbe latin « applaudere » qui a exactement le sens que nous lui connaissons : battre des mains en signe de satisfaction ou d’approbation. Il est probable que l’habitude qui consiste à faire du bruit en frappant les deux mains nous soit arrivée de l’Antiquité grecque et de sa tradition du théâtre. Les anciens Grecs étaient très friands de représentations théâtrales et exprimaient bruyamment leur contentement ou leur désapprobation, pendant ou après chaque spectacle, en tapant du pied, sifflant, criant ou en tapant dans ses mains. Les Romains, qui adoptèrent la culture grecque pour créer leur propre tradition théâtrale, s’emparèrent à leur tour de cet usage. Au IIIe siècle av. J.-C., le dramaturge et auteur comique latin Plaute note parfois dans l’épilogue de ses pièces, à l’usage des comédiens, la mention « Valete et plaudite », ce qui veut dire « Au revoir, et applaudissez ». Les historiens rapportent aussi qu’au VIIe siècle, l’empereur byzantin Héraclius, pour impressionner un roi barbare, demanda à toute son armée d’applaudir. L’effet fut, paraît-il, parfaitement saisissant. Relevons que les premières manifestations d’applaudissements lors de funérailles furent observées dès le début des années 1970 en Europe et en Amérique du Nord. D’abord réservée aux femmes et aux hommes de spectacle, comme un ultime hommage à leur carrière cinématographique ou théâtrale, cette pratique a fini par s’étendre aux personnalités publiques, puis aux défunts anonymes. A l’heure du confinement et, parfois de la solitude, songeons à cette pensée de la romancière française Katherine Pancol : « C’est cela la vraie solitude : se retrouver seule et apprendre à s’estimer, avancer dans le vide sans autres encouragements, sans autres applaudissements que ceux que l’on s’accorde dans le silence du tête-à-tête de l’âme ». En guise de conclusion, l’auteur de ces lignes tient à adresser ses fervents applaudissements non seulement à toutes celles et ceux qui, dans les hôpitaux, les cliniques, les EMS et les pharmacies se dévouent pour sauver des vies, parfois au risque de leur propre santé, mais aussi à toutes celles et ceux qui renoncent au confinement, avec souvent la peur au ventre, pour nous aider à affronter cette crise sans précédent: les femmes et les hommes qui se dévouent dans les secteurs de l’alimentation, des transports, des télécommunications, de l’information, de la sécurité, etc. A vous toutes et vous tous, j’adresse, de concert avec les lecteurs de cette modeste chronique, un tonitruant tonnerre d’applaudissements et un immense, un très sincère MERCI !