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Le 100e anniversaire du PCC marque une nouvelle étape pour la Chine à la conquête de la première place politique et économique du monde.
Quel plus formidable symbole que de voir le Président Xi Jinping célébrer en costume Mao le 100e anniversaire de la fondation du Parti Communiste Chinois? Dominant les parades et célébrations, le Président Chinois donnait à voir ainsi combien son pays avait réussi la synthèse de «l’économie socialiste de marché». Mises en œuvre par Deng Xiao Ping et poursuivies durant dix années par ses successeurs, les «quatre grandes réformes» du pays ont livré d’incontestables succès, portant l’Empire du Milieu au deuxième rang économique du monde en un temps record. Rejetant fermement la «cinquième réforme» – celle de la libéralisation politique - ses dirigeants ont maintenu la barre d’une organisation politique et militaire que le Président Xi Jinping a renforcé encore depuis son arrivée au pouvoir en 2012. Afin de servir l’ambition globale qu’il nourrit, il a commencé par affermir son pouvoir comme jamais depuis Mao Zedong. Ainsi il a fait supprimer la limite de deux mandats de 5 ans, il a pris la tête de l’armée (cumulant tous les mandats) et fait inscrire ses pensées dans la Constitution de la République Populaire ainsi que dans la Charte du Parti.
Loin de réduire le rôle du Parti Communiste, Xi Jingping en a fait le rouage central et la force de frappe d’une politique de contrôle renforcée de la population (à travers l’instauration du crédit social) et de la politique économique (au travers de présences directes de ses membres dans les entreprises), non sans recourir à des purges brutales parmi ses cadres. Marqué par la crise financière et la récession américaine et mondiale de 2008, celui qui devait prendre les rênes du pays 4 ans plus tard, pouvait mesurer les faiblesses du système capitaliste libéral et élaborer son «rêve» de redonner à la Chine son rang de première puissance mondiale, selon son propre modèle, et s’affranchir enfin des «oripeaux» de la puissance économique et financière coloniale occidentale, qui ruina et dépeça son pays.
Et cette ambition s’est manifestée sur de nombreux plans: après les infrastructures physiques, ce sont les avancées dans la course technologique, l’organisation des marchés financiers et la mise en place d’un système CIPS de paiement interbancaire, l’investissement dans la blockchain et l’e-RMB, qui retiennent toute l’attention des dirigeants. Au plan extérieur, les «Nouvelles Routes de la Soie» portent les ambitions économiques du pays, tout en satisfaisant les nécessités d’assurer ses approvisionnements et alimenter ses productions. L’effort massif de rattrapage porte également sur l’équipement et la modernisation de l’armée, force de maintien de l’ordre intérieur et de projection extérieure, au service d’un premier objectif de «réunification» du pays (visant, on l’aura compris au «retour» de Taïwan dans le giron national).
Ce faisant, la Chine a suscité la crainte, la défiance et même l’hostilité croissante à son encontre: membre de l’OMC depuis 2001, le statut d’économie de marché lui a cependant été refusé. Ses méthodes commerciales sont de plus en plus ouvertement contestées. La crise de la pandémie de la Covid-19 n’a fait que renforcer ces perceptions. Le manque de transparence dans la gestion initiale de la crise; une diplomatie tantôt faite de coopérations plus ou moins intéressées (diplomatie des masques chirurgicaux puis des vaccins), de pressions (aides conditionnées à des soutiens ou autres accords commerciaux) mais aussi d’agressions plus franches (mesures de rétorsions commerciales à l’encontre de l’Australie, expulsions de journalistes étrangers); des résultats vaccinaux remis en cause par certains pays récipiendaires (le Chili, l’Indonésie); les révélations sur les conditions d’oppressions de minorités ouïghours, ont contribué à ternir l’image du pays au plan international et soulevé des mouvements de protestations.
La Chine de son côté doit encore affronter d’importants défis: son modèle de développement industriel peine à se transformer en modèle de consommation et de développement productif. Alors que la consommation pèse moins de 40% du PIB, le pays reste classé parmi les économies à revenu moyen par la Banque Mondiale, du fait d’un PIB par habitant estimé entre 10’000 et 15’000 dollars, et aux inégalités sociales criantes. La pandémie a révélé les manques d’une couverture sociale encore défaillante. La Chine, dont la population d’enfants uniques vieillit rapidement, doit composer avec le ralentissement progressif de sa croissance et la volonté grandissante de nombreux pays de recomposer les chaînes de valeur au détriment de ses exportations.
Adhérent aux engagements climatiques et fiscaux récemment pris, le gouvernement central entend bien renforcer sa politique d’investissements écologiques, mais se heurte aux réticences locales des provinces minières. La mise au pas politique de Hong Kong avec l’instauration de la Loi de Sécurité, les menaces sur Taïwan, les «incidents» en Mer de Chine et sur les frontières terrestres (avec l’Inde), mettent les pays riverains un peu plus sur leurs gardes. Que pèsent alors les accords commerciaux signés en fin d’année dernière avec l’ASEAN, la Corée, le Japon la Nouvelle Zélande et l’Australie? La volonté américaine de contenir plus frontalement l’expansionnisme économique et stratégique chinois, tout en constituant un «front des démocraties», menace de limiter le champ d’action extérieur du pays. L’Union Européenne pourrait-elle s’interposer un peu plus entre les deux grandes puissances rivales et permettre d’amener le Président Xi à consentir à revenir à des règles du jeu plus équitables? L’accord sur les investissements signé fin 2020 en serait le signal, mais il trouve peu d’appui face aux craintes suscitées par les dérives autoritaires du régime chinois. Aussi nécessaire soit-elle, la coopération avec la Chine ne saurait être bâtie sur les seuls termes qu’elle voudrait imposer.
Ayant endossé le costume du Grand Timonier, Xi Jinping saura-t-il se tenir loin des excès de son prédécesseur?