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Marc Escola, professeur à l'université de Lausanne, a publié un commentaire des Contes de Charles Perrault chez un éditeur et dans une collection de référence. Il prend globalement le parti de dire que Perrault s'adonnait à la parodie des contes comme il s'était déjà, sur le modèle de Scarron, occupé à parodier l'épopée antique. Il rappelle de quelle manière il prenait plaisir, dans sa jeunesse, à récrire Virgile d'une façon burlesque, et émet l'hypothèse qu'il procède de la même façon avec les contes, quoiqu'il ne s'agisse pas d'un genre répertorié par la rhétorique classique, et qu'il n'y ait pas eu, à ce titre, de modèles connus avant lui dont il pût se moquer.
Cela n'est pas impossible, et on peut voir, dans ces contes, des traits de burlesque par exemple dans les allusions aux vêtements, qui étaient à la mode du temps de Perrault même, à Paris – telles que la dentelle anglaise – ou à des armes contemporaines, telles que l'espingole. Un auteur de contes authentiques, comme certains ont voulu que fût Perrault, aurait sans doute placé des objets plus anciens, dans ces récits. Même les fées sont parfois ridiculisées, notamment la fée marraine de Cendrillon, qui est obligée de creuser elle-même la citrouille pour en faire un carrosse. Le contraste avec sa nature d'immortelle crée bien un effet comique.
Néanmoins, je pense que Marc Escola tire trop systématiquement les choses dans ce sens. Sans doute, Charles Perrault est plein de ces plaisanteries galantes qui le faisaient par exemple rejeter de J. R. R. Tolkien, et qui préparaient, assurément, le style d'un Crébillon fils – auteur, au dix-huitième siècle, de Tanzai et Néadarné, sorte de roman merveilleux constamment mêlé d'allusions sexuelles. Ce ton galant pouvant encore être décelé chez Mme d'Aulnoy, et même chez Jacques Cazotte (l'auteur du Diable amoureux, 1772), qui cependant prenait davantage au sérieux les manifestations du monde spirituel que le merveilleux présuppose – ce qui semble, du reste, avoir rebuté le critique Jacques Barchilon. Car Cazotte s'est finalement rallié au courant théosophique de Louis-Claude de Saint-Martin, comme le raconta plus tard Charles Nodier.
De mon point de vue, cela trahit aussi quelque chose pour Charles Perrault: le burlesque était le voile par lequel il essayait de rendre agréables ses contes à son public plutôt sceptique; mais lui-même ne l'était pas forcément autant qu'on croit, il n'était pas le rationaliste qu'a caractérisé la critique Anne Defrance dans une récente publication. Et la raison en est toute simple: Marc Escola lui-même a publié des extraits d'écrits privés, de Perrault, dans lesquels il avoue tout bonnement croire aux sorciers – dit qu'ils existent absolument –, et aussi aux anges, comme esprits directeurs des éléments – et donc de la nature, ou de ses phénomènes.
Mieux encore, il défendait les contes traditionnels comme étant chrétiens, et attaquait les fables antiques comme étant païennes, immorales, dénuées de sens. Cela n'était pas pour de rire: depuis les premiers temps chrétiens, la poésie chrétienne était allégorique explicitement, et à vocation morale, comme on peut le voir chez Prudence (au cinquième siècle). Le merveilleux devait avoir une visée morale, et la condamnation du merveilleux exceptait sa portée allégorique explicite, si elle était possible – ou sa conformité aux principes chrétiens, comme le disait jusqu'à François de Sales, quasi contemporain de Perrault.
Tout se tient donc, car le catholicisme de Perrault est avéré. Le burlesque total pour les épopées antiques était logique; pour les contes, il ne convenait qu'autant qu'ils se rattachaient au paganisme, c'est à dire, pour Perrault même, d'une façon secondaire. Il prenait plus au sérieux qu'on ne le pense ce dont il parlait.