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Avec la participation de Mme Lüthi-Graf Evelyne, archiviste et historienne communale
Armoiries de Montreux: parti d’argent à trois étoiles à six rais rangées en pal de gueules, séparées de deux croissants montants de même, à dextre, d’azur au moûtier d’or maçonné, avec clocher, à senestre.
La région montreusienne ne fut pendant longtemps qu’un ensemble de petits villages et de hameaux, certains datant de l’époque romaine. Au Moyen Age, mis à part quelques artisans, la population vivait de la terre, élevait du bétail, produisait du blé et cultivait la vigne.
Dépendant spirituellement de l’Evêché de Lausanne dans la première moitié du XIe siècle, la région de Montreux fit partie de l’Evêché de Sion. Après une vaine tentative d’échange avec Pierre de Savoie, la Paroisse de Montreux se transforma en vidamie. Celle-ci fut vendue en 1295 à Girard d’Oron, dont l’héritier se vit dans l’obligation d’abandonner une partie des droits sur ses terres au Comte Amédée V de Savoie. Ce partage eut lieu le 18 août 1317 et fut conclu par un traité capital pour Montreux, qui engendra la séparation du Châtelard et des Planches, laquelle perdura plus de six cents ans. Autour du Château du Châtelard, construit dès le milieu du XVe siècle par Jean de Gingins, s’érigea une châtellenie qui devint la propriété de familles puissantes du pays.
En 1536, les colonnes de l’armée bernoise s’emparèrent du Pays de Vaud savoyard, lui imposant la Réforme, laquelle représenta cependant pour Montreux une période de calme relatif, d’ordre et de prospérité. La Révolution vaudoise de 1798, à laquelle les Montreusiens participèrent activement, les libéra de l’emprise bernoise.
La région connut au siècle passé un développement exceptionnel grâce à la navigation sur le Léman et, pour une bonne part, à l’arrivée du chemin de fer. Les petits villages d’autrefois se transformèrent en une vaste agglomération. Si de modestes pensions ouvrirent leurs portes à partir de 1815, les premiers hôtels dignes de ce nom furent construits quelques années plus tard. Les nombreux écrivains et autres artistes qui séjournèrent dans notre région contribuèrent largement à faire connaître la beauté de ce paysage, le calme et la sérénité qui s’en dégagent.
La Première Guerre mondiale mit fin à l’âge d’or que Montreux connut durant plus de cinquante ans. Malgré les vicissitudes engendrées par les deux conflits mondiaux du XXe siècle, le tourisme demeura la principale source de revenus.
En 1961, la fusion des Communes du Châtelard et des Planches, votée par la population, transforma Montreux en une seule entité politique.
Depuis cette époque, c’est en tant que station touristique que Montreux exprime de la manière la plus évidente sa vocation d’ouverture internationale. S’étant dotée d’un Centre de Congrès et d’Expositions à la pointe du progrès comprenant une prestigieuse salle de concert de quelque 1800 places, elle est en mesure d’accueillir tout au long de l’année, conférences, expositions, réunions, séminaires et autres assemblées dans les domaines les plus divers.
Des manifestations internationales s’inscrivent régulièrement à son calendrier, telles que les festivals de jazz, du rire, de musique, d’art choral ou le Marché de Noël pour ne citer que les principales.
La Coupe des Nations de rink-hockey, le Montreux Volley Masters et les autres joutes sportives se disputent également en ses murs.
Aux organisateurs de congrès et aux touristes en provenance de toutes les parties du monde, Montreux propose un éventail de ressources hôtelières de toutes catégories.
Mais on ne saurait parler de Montreux sans évoquer ses instituts bancaires, ses établissements scolaires communaux et privés, véritables ambassadeurs de l’enseignement suisse et, sur le plan de la santé, son hôpital régional et ses nombreuses cliniques privées mondialement connues pour leurs soins personnalisés, leurs cures de diététique et de revitalisation.
S’appuyant certes sur un passé prestigieux, Montreux prépare l’avenir avec enthousiasme, dynamisme et créativité.
En 1875, Ami Chessex, propriétaire de l’Hôtel des Alpes de Territet, offre une parcelle située proche de la gare de Territet à la Société anglicane de Montreux, qui souhaite y édifier une chapelle. Cet édifice doit répondre aux attentes spirituelles de la nombreuse clientèle anglophone de l’hôtel, alors l’un des plus renommés de Montreux. L’architecte John-Henri Foretay, de Morges, produit les plans de la chapelle, caractérisée par son style néo-gothique; elle est inaugurée en 1877. Transformée et agrandie à plusieurs reprises (notamment en 1895 par l’architecte Reginald Blomfeld), Saint John conserve intacts son décor intérieur, son mobilier, ses vitraux et ses orgues. Autrefois un cimetière adjacent complétait le site. Aujourd’hui la communauté anglicane est très active et le jardin des Roses entoure la statue de l’Impératrice Sissi.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
« Il y a près de Clarens un village appellé Moutru, dont la Commune seule est assez riche pour entretenir tous les Communiers (=habitants bourgeois), n’eussent-ils pas un pouce de terre en propre. Aussi, la bourgeoisie de ce village est-elle presque aussi difficile à acquérir que celle de Berne. Quel dommage qu’il n’y ait pas là quelque honnête homme de subdélégué, pour rendre Messieurs de Moutru plus sociables, & leur bourgeoisie un peu moins chère ! » (tiré de: Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la nouvelle Héloïse). Cinquante ans après Rousseau, plusieurs « honnêtes hommes » suivent ses conseils et transforment la fédération de villages en une station touristique promue à un brillant avenir. Cette vue depuis la terrasse de l’Hôtel Righi à Glion est aussi celle qu’avait Henri Nestlé, père de la multinationale, depuis sa résidence d’été…
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 187
« Alors vivait la belle Nicolaïde de Blonay, devant laquelle de nombreux adorateurs avaient en vain plié le genou. L’un deux, un Tavel de Villars, vainquit la fière beauté, à force de constance. Mais le mariage tardait. Officier au service de France, Tavel était retenu par ses devoirs militaires. Pendant ce temps, Jean-François de Blonay, d’une autre branche de la famille, la branche savoyarde, s’éprenait de sa cousine, et par deux fois la demandait en mariage. Par deux fois, il était refusé. Alors n’écoutant que sa passion, il réunissait quelques amis, et venait se cacher avec eux dans le voisinage du Châtelard. Pendant quelques temps, ils épiaient les allées et venues du baron (père de Nicolaïde); puis, profitant de son absence, ils faisaient irruption dans sa demeure, et enlevaient Nicolaïde, qui, transportée en Savoie, couronnait tant d’audace et devenant l’épouse du ravisseur. (tiré de:Eugène Rambert, Montreux, 1877, p. 70).
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 187
Fondée en 1841, la petite Auberge du Chasseur des Alpes devient, après trois agrandissements successifs, l’Hôtel des Alpes tel que cette gravure le représente. L’édifice principal est dû à l’architecte Henri Chessex, fils du propriétaire et frère d’Ami Chessex (1840-1917), hôtelier et influent promoteur de Montreux. L’établissement possédait alors plusieurs villas et dépendances représentées en médaillons, où de riches clients peuvent passer de longs séjours avec famille et domestiques. Aujourd’hui l’une d’elles est occupée par Warner Music. En 1888, le Grand-Hôtel est adjoint à l’ouest de l’ Hôtel des Alpes. Cet ensemble devient le premier Palace de la région; il abritera de nombreuses personnalités de renom, dont la plus connue, l’impératrice Elisabeth d’Autriche, dite Sissi, occupera le premier étage de l’ancien bâtiment (visibles les stores rayés) à quatre reprises de 1893 à 1898.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Construit proche du château de Chillon, sur le territoire de la commune de Villeneuve, l’Hôtel Byron est le premier établissement hôtelier de luxe de la région du Haut lac. Inauguré en 1839, il accueille une population essentiellement anglophone, venue retrouver les traces du poète Byron, qui a tant apprécié la région en 1816. Cet important bâtiment néo-classique rappelle les hôtels londoniens de l’époque victorienne. Il était devancé par un parc à l’anglaise et on y descendait pour les cures de raisin du Clos-Byron, pour les bains chauds ou froids ou encore pour les cures d’eau sulfureuse. Victor Hugo et Garibaldi furent des clients célébres.
Victime d’un incendie en 1939, il ne subsiste qu’une de ses annexes, actuellement maison de repos pour personne âgées. La majestueuse rampe d’accès à l’ouest témoigne encore de la splendeur de l’ancêtre des hôtels de la Riviera vaudoise.
Edifié en 1857 pour Jean-François Masson, l’aile orientale (à droite sur l’image) du Beau-Rivage, se double en 1874 d’un second bâtiment. Le Beau-Rivage jouit alors d’une « position magnifique, splendides jardins ombragés, avec terrasses sur le lac. Le meilleur confort moderne. Grand salon de lecture. Journaux en langues diverses. Salon pour dames; salle pour fumeurs » précise une publicité de l’époque. Démoli en 1978, cet hôtel était caractéristique des petits établissements hôteliers montreusiens de la fin du XIXe siècle. Construit au coup par coup, selon les besoins de la clientèle, il ne présentait pas de façade unifiée et monumentale. Comparé aux palaces qui fleurissent au tournant du XXe siècle, il paraissait plus modeste. Pourtant, la plupart des hôtels de Montreux présentait cette configuration, plus pittoresque et, peut-être, plus humaine, que celle des « paquebots » de luxe bâtis après 1900.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Cette gravure montre l’un des plus grands hôtels de Montreux des années 18- l’Hôtel Monney, fondé en 1862. Agrandi, démoli, reconstruit et transformé à plusieurs reprises (les travaux de 1873 lui donnent l’aspect que l’on voit ici), cet « établissement de premier ordre » était avantageusement situé en bordure du lac, à proximité du débarcadère et de la gare de Montreux. Il a notamment accueilli les séjours de Lady Evelyn, fille du Comte de Atholl, seule famille écossaise autorisée à entretenir une armée dans le royaume de Grande Bretagne… Qualifiée de mélancolique, nous dirons aujourd’hui marginale et indépendante, Lady Evelyn est connue en Ecosse pour avoir constitué une grande collection de broderies et dentelles, dont certaines proviennent peut-être des achats fait en 1893 dans les boutiques de broderies suisses de Montreux.L’hôtel Monney a été démoli en 1966 pour faire place à l’actuel Eurotel.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Placé sur une terrasse dominant les berges de Clarens et du Basset, le Château des Crêtes (1865) est un monument majeur du Montreux d’autrefois. Cet édifice néo-renaissance témoigne en effet de l’ouverture d’esprit et de la mobilité des montreusiens d’alors: son propriétaire, Vincent Dubochet, est un enfant du pays qui fit fortune en devenant le premier directeur du gaz parisien. De retour à Clarens, il marquera par sa construction le paysage et les esprits… Après le Château, Dubochet commande encore à l’architecte parisien Emile Hochereau 21 villas construites au bord du lac et bénéficiant du confort d’un service hôtelier. Aujourd’hui une seule, la Villa Krüger, a retrouvé son affectation première. L’ensemble est classé Monument historique.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Dès 1850, cette vue de la forteresse médiévale de Chillon et des Dents du Midi devient l’« icône » de la station montreusienne. Le château de Chillon, rendu célèbre par Lord Byron dans son poème The Prisoner of Chillon (1816), résulte de plusieurs campagnes d’agrandissements qui débutent au Xe siècle; il doit son âge d’or aux Comtes, puis Ducs, de Savoie, qui, aux XIIIe et XIVe siècle, en font l’une de leur résidence de prestige. D’ailleurs, le nom Savoy pour un hôtel a son origine dans la splendeur de la résidence que le Comte de Savoie possédait près de Londres. L’époque romantique, suivant les traces de Byron, lui trouve un charme mystérieux, renforcé par la présence sublime et obsédante des Alpes voisines. Cette lithographie rend bien compte de cette vision, qu’elle accentue par des effets d’ombres et de lumière.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Par un raccourci audacieux, cette gravure place l’Hôtel d’Angleterre au bord du lac, séparé de l’eau par la route et la voie de chemin de fer, presque invisibles… Publicité mensongère de l’époque ! Ce petit établissement de 48 lits, édifié en 1873 pour Henri Monnier, contraste avec les autres établissements de la région (comme l’Hôtel du Righi vaudois, un peu plus ancien). En effet, ses dimensions, sa forme et son style l’apparentent plutôt à une villa. Le toit à la Mansart qui le coiffe et le jardin à l’anglaise qui lui sert d’écrin ajoutent au charme des façades et de la situation, sublimés par le graveur. En 1911, l’édifice est passablement transformé et surélevé; de nos jours, il abrite l’établissement médico-social Les Laurelles.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Peu après la création d’un débarcadère (1869) et d’une gare à Clarens (1861), des hôtels sont édifiés en bordure de ce village sis à l’ouest de la commune du Châtelard. Le premier Hôtel des Crêtes est édifié en 1865 pour Charles Fatio; en 1874, il est remplacé par celui qui est figuré sur la gravure et qui serait la première œuvre des architectes veveysans Ernest Burnat et Charles Nicati, très renommés à l’époque. Surplombé par deux châteaux (celui du Châtelard et celui des Crêtes), l’hôtel est situé dans un îlot de verdure propice au repos. Le compositeur français Maurice Ravel y séjourne quelques semaines avec sa mère en 1913 car de l’autre côté de la voie de chemin de fer, à l’Hôtel du Châtelard, habite son ami le compositeur russe Igor StraWinsky avec toute sa famille. L’Hôtel des Crêtes a depuis été surélevé et transformé en appartements; il abrite aujourd’hui le bureau de poste de Clarens.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Un beau soir de l’été 1830. Une barque s’avançait lentement, ayant à bord plusieurs Anglais qui mirent pied à terre, cherchant la maison où avait habité Byron, acuellement maison Pauly. Une heure s’écoula, puis une heure encore; les Anglais ne pouvaient quitter ces lieux d’extase; ils demandèrent le gîte à Verte-Rive, dont ils furent les premiers pensionnaires; ils y passèrent quelques jours et vantèrent à leurs amis les charmes de ce doux pays. Verte-Rive fut rempli puis il fallut construire d’autres pensions (tiré de Jules Monod, Le Canton de Vaud pittoresque, 1906, p. 146). Sans aucun doute, les premiers Anglais dont parle cette version du « mythe montreusien », prirent aussi la barque pour se rendre à Chillon, comme ces hôtes des années 1870. Le peintre François Bocion s’est représenté avec sa famille lors d’une sortie dominicale.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
Grâce à la famille Dufour, le petit village des Avants devient, de façon précoce, une station touristique de montagne. C’est en 1874 déja que l’hôtel représenté par la gravure est édifié. La petite chapelle, à gauche, est édifié par l’Eglise anglicane en 1877; pendant un temps, l’Eglise libre y tiendra ses cultes. Le succès de la station va grandissant, grâce à son emplacement quasi-alpin privilégié, c’est aussi le premier endroit de la région où l’on skie pour le plaisir. En effet en1877 une paire de ski commandée à Stockholm par les frères Dufour glisse pour la première fois en terre vaudoise. en 1900, puis en 1912 l’hôtel est transformé puis agrandi par l’architecte Louis Villard, le père du chansonnier Gilles. A cette époque, des promoteurs espèraient pouvoir créer un train entre Les Avants et Caux ; la Première Guerre mondiale mettra un frein à cette expension prometteuse.
Gravure tirée de « Montreux », par Eugène Rambert, H. Furrer Publishing, Neuchâtel, 1877
En 1854, le financier genevois Jacques Mirabeau fait construire un « chalet » à Glion. Dix ans plus tard, un second bâtiment est édifié à proximité: il s’agit de l’Hôtel du Righi vaudois, tel qu’il est représenté par la gravure. Ses façades sont caractéristiques de certains établissements montreusiens par leur décor inspiré de l’art local suisse. Très luxueux pour l’époque, le Righi vaudois contient plusieurs salons, un établissement de bains et un télégraphe, dont le tracé vertical de la ligne dans la colline est devenu le jogging le plus efficace de Montreux. L’intrépide Impératrice Sissi l’arpenta régulièrement entre 1893 et 1898. Le chalet et cet hôtel disparaissent en 1895, lors de la reconstruction menée par l’architecte Louis Maillard. L’état actuel de l’édifice résulte de ces travaux et la restauration entreprise récemment lui a redonné son lustre.