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Aujourd'hui, la croissance économique est considérée comme l'instrument privilégié du bien-être, et représente le premier indicateur du niveau de vie d'un pays. Au milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales ont imité l'American way of life, mode de vie basé sur une société de consommation où la possession matérielle est synonyme de réussite sociale et de bonheur. La production industrielle connaît un boum et à la fin du siècle on commence à s'interroger sur le sens de cette croissance économique dévergondée: on se rend compte que la couche d'ozone réagit plutôt mal aux émissions de C02 et que l'effet de serre a des conséquences directes sur le climat.
Mais le problème est global: les industries du Nord répondent à la demande des marchés de masse avec une production toujours plus importante et donc toujours plus polluante. Parallèlement, la croissance économique occidentale accroît les inégalités avec les pays du Sud, qui, s'ils produisent peu, n'en consomment pas moins. Qui dit consommation dit déchets. Qui dit pauvreté dit nécessité de survie: la déforestation, l'agriculture et la pêche intensives par exemple sont autant de phénomènes qui échappent à toute logique environnementaliste car la vie des gens en dépend.
Si rien ne change concrètement et rapidement dans nos habitudes de consommation et de production, les experts assurent que ce sont les pays les plus défavorisés qui payeront les frais de notre déraison. Force est de constater qu'ils le paient déjà: l'énorme tsunami de 2004 en Indonésie et l'ouragan Katrina (Nouvelle Orléans, août 2005) parlent d'eux-mêmes. Bien sûr, la nature a ses caprices. Bien sûr, les populations défavorisées sont bien plus exposées par leur situation géographique et par le manque de moyens dont elles disposent pour prévenir les catastrophes naturelles. Mais, dans le doute, il vaudrait mieux se remettre en question. Juste au cas où.
Penser globalement, agir localement
Le rapport Brundtland édité en 1987 propose pour la première fois une définition du concept de développement durable: «le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.» Il met en évidence le lien étroit qui unit la croissance économique et la pollution ainsi que le droit pour chacun de bénéficier des ressources de la Terre dans l'espace et surtout dans le temps.
La définition énoncée par le rapport Brundtland est modifiée lors du deuxième Sommet de la Terre qui s'est tenu à Rio de Janeiro en 1992; désormais, la notion de développement durable s'articule autour de trois axes qui sont le progrès économique, la justice sociale et la préservation de l'environnement. Dans cette logique, la création de l'Agenda 21 répond au désir des communautés locales d'assurer un développement durable, à travers une série d'actions concrètes qui ont pour objectif principal de réconcilier le développement économique et social tout en respectant les limites écologiques de la planète. En réunissant deux notions à priori antagonistes, l'écologie et l'économie, on propose simplement de ne pas consommer moins, mais mieux, c'est-à-dire en tenant compte de la pollution que l'on génère et en mettant en oeuvre des moyens pour la réduire.
L'éco-citoyenneté, un phénomène de mode?
Mangez bio. Soutenez le commerce équitable. Eteignez la lumière lorsque vous quittez une pièce. Ne laissez pas couler l'eau. Recyclez vos déchets. La question écologique est devenue en peu de temps un enjeu de société. Aujourd'hui, le citoyen est censé être responsable de sa consommation, et d'adopter par luimême des comportements rationnels en fonction d'une problématique écologique.
L'éco-citoyenneté n'est pas une mauvaise idée en soi: sensibiliser les gens et les inciter à améliorer les problèmes environnementaux de leur propre initiative est une manière de garantir des générations futures plus responsables. Mais le problème est que l'on ne peut pas l'imposer à toute la société et qu'il y a de nombreuses personnes qui ne désirent pas faire d'efforts sous prétexte que les autres en font suffisamment. Or, l'un des prochains défis que l'humanité va devoir affronter sera la fin de l'énergie bon marché, avec la disparition progressive du pétrole. Et là, il sera probablement difficile de faire comme si l'on n'était pas concerné. C'est la base même de notre économie qui va être touchée et cela aura des répercussions à tous les niveaux de notre mode de vie. Le sursis n'est pas très long et si l'on veut se préparer au mieux à cette nouvelle donne, il serait judicieux, en plus de promouvoir l'éco-citoyenneté, de mettre en place progressivement des politiques restrictives, comme des taxes à la consommation. Tirer le frein à main dès maintenant serait une bonne idée si l'on ne veut pas finir dans le mur.
On pense que la technologie et la science ont le pouvoir de tout arranger, des problèmes de pollution à la découverte de nouvelles énergies qui remplaceront le pétrole, mais cette politique de l'autruche ne conduira nulle part. Par exemple, plutôt que de vouloir à tout prix implanter la croissance économique dans les pays pauvres, comme solution présumée à leur problème de développement, on pourrait se pencher davantage sur ce que la sagesse populaire de ces pays peut nous (ré-)apprendre, comme faire la distinction entre nos besoins et nos envies. Il est certain que nous aurions beaucoup à y gagner.
L'agenda 21, kesako?
En 1992, lors du sommet de la Terre de Rio, 173 pays adoptent l'Action 21 ou Agenda 21. Cette déclaration fixe un programme d'actions pour le XXIème siècle dans des domaines très diversifiés afin de s'orienter vers un développement durable de la planète, notamment sur les problématiques liées à la santé, au logement, à la pollution de l'air, à la gestion des mers, des forêts et des montagnes, à la désertification, à la gestion des ressources en eau et de l'assainissement, à la gestion de l'agriculture, à la gestion des déchets. Aujourd'hui, ce programme reste la référence pour la mise en oeuvre du développement durable au niveau des territoires. Voici les principaux chapitres de cet action :
Dimension sociale et économique
-coopération internationale visant à progresser rapidement vers un développement durable dans les pays en voie de développement
-modification des modes de consommation
-lutte contre la pauvreté
-dynamique démographique et durabilité
-protection et promotion de la santé
-promotion d'un modèle viable d'établissement humain
-intégration du processus de prise de décisions sur l'environnement et le développement
-mise en oeuvre d'un système alimentaire local
Conservation et gestion des ressources
-protection de l'atmosphère
-conception intégrée de la planification et de la gestion des terres
-lutte contre le déboisement, la désertification et la sécheresse
-mise en valeur durable des montagnes
-promotion d'un développement agricole et rurale durable
-préservation de la bio-diversité
-protection des océans, des mers et des zones côtières
-protection des ressources en eau douces et de leur qualité
-gestion écologiquement rationnelle (des substances chimiques toxiques, des déchets dangereux, solides et radioactifs.)
Renforcement des principaux groupes sociaux
-femmes, enfants et jeunes
-populations autochtones
-ONG
-collectivités locales, travailleurs et syndicats
-commerce, industrie, scientifiques, techniciens et agriculteurs
Moyens de mise en oeuvre
-ressources, mécanismes financiers
-transfert de techniques écologiquement rationnelles
-coopération internationale
-science au service d'un développement durable
-promotion de l'éducation, de la sensibilisation du public
-instruments institutionnels et juridiques adaptés
-formation
-information