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Les riches s’enrichissent et les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. Cette affirmation que ne se lasse pas de répéter la gauche politique et syndicale ne résiste pas à l’analyse statistique. En réalité, la Suisse connaît depuis plusieurs décennies une répartition stable et très inégalitaire des revenus.
Les salaires colossaux de quelques dirigeants d’entreprise et la baisse moyenne des revenus des actifs entre 1991 et 1999 – moins 4% – semblent confirmer la logique perverse de l’aggravation des inégalités de revenu. Une étude récemment publiée réfute cette impression. La comparaison des résultats de sondages effectués en 1985, 1992 et 1999 montre que le 20% des actifs les mieux lotis ont vu leur part au revenu global légèrement diminuer au cours de la décennie nonante ; au contraire des 20% les plus démunis dont la part progresse très modestement. Cette tendance est plus significative encore si l’on considère non plus les individus mais les ménages. Durant la dernière décennie, la part des 20% les plus riches au revenu total des actifs a baissé de 3,6% ; alors que celle des 20% les plus pauvres a augmenté de 2,2%.
En réalité, la distribution des revenus du travail est relativement constante depuis quarante ans. Si l’on distingue les revenus par tranches de 20% des actifs, chaque tranche, des mieux lotis au plus défavorisés, s’approprie respectivement 45, 20, 16, 12 et 7% du revenu total. En clair, les 20% les mieux payés reçoivent 45% du revenu total, alors que les 20% au bas de l’échelle des salaires se contentent de 7% du revenu total.
Le sondage révèle par ailleurs que la majorité des actifs se positionne de manière erronée dans l’échelle sociale. Ainsi 52% des actifs pensent se situer dans la tranche moyenne qui en fait n’en regroupe que 20%. Et 40% des personnes des tranches inférieures de revenu surestiment leur situation réelle. La classe moyenne reste subjectivement très attractive.
Des appréciations
inexactes
Pourtant cette appréciation erronée n’empêche pas les personnes interrogées de manifester un esprit critique à l’égard de la distribution des revenus. Une majorité se prononce pour un resserrement de l’échelle des revenus, considérant que les revenus élevés devraient être fortement réduits et les bas salaires augmentés de 20 à 30%. Cette revendication ne reflète pas seulement l’avis des bas revenus, mais trouve aussi des partisans parmi les revenus élevés.
Un certain consensus règne également à propos de l’équité de la charge fiscale. Les tranches de revenus moyennes et inférieures devraient bénéficier d’une baisse d’impôt et les hauts revenus être taxés plus lourdement. Mais là aussi la perception ne coïncide pas avec la réalité. Les bas revenus proposent une taxation des riches très inférieure à ce qu’elle est en réalité, alors que les riches surestiment la charge fiscale des moins bien nantis, suggérant pour ces derniers une réduction des impôts qui correspond en fait à ce qu’ils paient actuellement.
Hanspeter Stamm, Markus Lamprecht, Rolf Nef, Soziale Ungleichheit in der Schweiz, Seismo Verlag, Zürich 2003.