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De nombreuses voix s'inquiètent, au Nord, des conditions dans lesquelles les pays industrialisés entendent mener des études cliniques dans les pays du Sud. Mais cette réflexion est peu incarnée faute de contact direct avec la réalité du terrain. D'où l'intérêt de l'analyse du phénomène proposée par Samiran Nundy et Chandra Gulhati, deux médecins de New Dehli (New England Journal of Medicine 2005 ; 352 : 1633-6).C'est la révision de la législation indienne sur la recherche, en janvier dernier, qui a poussé les deux auteurs à s'exprimer. Auparavant, expliquent-ils, la loi exigeait un «décalage de phase» entre l'Inde et le reste du monde pour les essais cliniques concernant des préparations mises au point à l'étranger. Un essai de phase 2 n'était autorisé en Inde que si un essai de phase 3 avait été achevé à l'étranger. Depuis janvier, si les essais de phase 1 restent en principe interdits, les autres ne sont plus soumis au «décalage de phase».Nundy et Gulhati se demandent si leur pays risque dès lors de devenir l'objet d'une nouvelle forme de «colonialisme» ou si, comme certains l'affirment, la recherche clinique, après l'industrie du logiciel, est une chance pour le pays. Du point de vue de la recherche clinique, le pays présente l'avantage d'abriter un milliard de personnes présentant quantité de maladies souvent non traitées. Ses médecins, dont beaucoup se sont formés dans les pays industrialisés, parlent tous anglais. Les coûts d'un essai peuvent y être réduits de 60%.D'un autre côté, l'Inde possède des institutions d'encadrement de la recherche massivement insuffisantes trois personnes sont chargées d'évaluer les protocoles ; ses hôpitaux manquent des structures nécessaires à la conduite d'essais dans les règles ; la formation aux bonnes pratiques cliniques y fait défaut ; les conflits d'intérêts y sont rarement déclarés. Dans ces conditions, selon Nundy et Gulhati, le risque est grand de voir se multiplier les essais illégaux, ou légaux mais non éthiques. Crainte confirmée par plusieurs affaires récentes, impliquant des organismes de recherche tant indiens qu'étrangers.A supposer que la recherche soit mieux encadrée, l'importation massive d'essais cliniques est-elle une chance pour les Indiens ? Les auteurs en doutent. Economiquement, le volume des investissements que l'Inde peut espérer dans ce domaine est limité. De plus, la recherche menée par les pays industrialisés est souvent vouée à l'amélioration donc à l'augmentation des prix de produits existants. Il y a pourtant place pour une recherche clinique en Inde, y compris étrangère, plaident les auteurs. Mais à des conditions qu'ils esquissent en conclusion, avec l'autorité de ceux qui connaissent véritablement la situation.