Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07033.jsonl.gz/1497

Herrliberger 18e siècle
Le château de Girsberg couronne un drumlin situé sur le bord ouest de la vallée de Stammheim. Couverte de vignes, cette éminence conique, haute d'une trentaine de mètres, n'offre que peu de possibilités naturelles de défense.
Le sentier qui monte au château part de l'ouest, puis passe sur le versant nord de la colline. C'est au sud-est qu'il parvient à la porte extérieure du château, derrière laquelle se trouve une avant-cour pourvue d'un puits. A ce qu'on dit, celui-ci atteindrait une quarantaine de mètres de profondeur. Un bâtiment d'habitation de trois étages, érigé après l'incendie de 1756, délimite l'ouvrage à l'est. Le vaste sous-sol comprend au sud une petite pièce construite en contrebas et transformée ultérieurement en étage intermédiaire et, au nord, un vaste local, dont le plafond est soutenu par deux gros piliers en bois. A l'origine, ces deux caves atteignaient l'étage supérieur. Les pièces d'habitation des deux étages du haut sont enrichies de fuis stucs rococo et de poêles d'un luxe contenu. Ce qui frappe dans cet édifice, ce sont ses murs extérieurs de plus d'un mètre d'épaisseur. Seule la façade à colombage donnant sur la cour intérieure occidentale est moins épaisse. Au nord, la cour pavée est délimitée par un mur plus mince, sur l'extérieur duquel est greffée une annexe. Au sud, c'est une bâtisse reliant l'habitation et la tour qui ferme la cour. Son rez-de-chaussée sert de vestibule; on y pénètre de la cour extérieure par un portail orné d'armoiries. Les étages supérieurs de ce bâtiment de communication donnent accès à la tour.
Haut de 15 mètres, le donjon marque la limite occidentale de la cour intérieure. C'est la seule construction datant encore du Moyen Age. Contrairement à la plupart des tours carrées de la région, celle de Girsberg s'élève sur un plan rectangulaire de 16,5 mètres sur 8,6; elle représente en quelque sorte un compromis entre le donjon traditionnel et le corps de logis qui alors commençait d'apparaître. Elle devrait donc dater du milieu du XIIe siècle. Ses murs sont faits de pierres de différentes grosseurs peu travaillées, principalement de pierres erratiques et de morceaux de grès. Seul l'appareil angulaire comprend des moellons de grès plus gros. A certains endroits, les murs sont de plus entremêlés de morceaux de brique. Le crépi de la façade sud est presque entièrement conservé, tandis que sur les autres murs, il s'est écaillé ou a été enduit selon la technique dite «rasa-pietra». La porte de plain-pied donnant sur la cour intérieure porte la date de 1757. Elle a donc été pratiquée une année après l'incendie qui ravagea le château. Si les fenêtres de la tour sont dues à des remaniements, la répartition des étages semble, elle, être originale. La chapelle aménagée au premier étage est tardive. Au deuxième étage, la salle des chevaliers est principalement éclairée par deux fenêtres en ogive ornées de remplages; elles non plus ne remontent pas à l'époque de la construction de la tour. Les étroits jours ont en revanche été percés dès le début et il se peut que la cheminée ait elle aussi appartenu à l'installation initiale . Les deux niches-repos qui se trouvent dans la salle d'au-dessus elle contient une collection d'armes sont tardives. Deux marches d'escalier ménagées dans la paroi occidentale de cette salle mènent à une fenêtre en plein cintre. L'étage supérieur de la tour, coiffée d'un toit en croupe, abrite maintenant une pièce habitable.
Devant l'angle sud-ouest et le côté ouest du donjon s'élève un bâtiment de deux étages; il renfermait autrefois des écuries, une remise et les chambres des domestiques. Rien, ni sources historiques ni reproductions anciennes, ne nous fournissent des précisions quant aux dimensions du château médiéval. Vu sa situation, on peut toutefois admettre que tôt déjà, des bâtiments d'habitation et de service vinrent se grouper autour du donjon. Une première mention de la ferme située au pied du château, et qui aujourd'hui encore lui appartient, est faite en 1361.
A notre avis, l'ouvrage de Girsberg a vu le jour vers le milieu du XIIIe siècle, comme par exemple celui de Goldenberg. Aussi bien la maçonnerie et le genre du donjon que l'apparition d'une famille du nom de Girsberg parlent pour une telle datation. Celle-ci coincide avec une période de plein développement de l'empire kybourgeois, une époque au cours de laquelle ces seigneurs mirent tout en oeuvre pour parvenir à une ministérialité étendue. Enfin, le nom du château luimême fait penser à la date de construction présumée. Dans tout le territoire de la Suisse nord-orientale, on constate en effet dès le milieu du XIIIe siècle une augmentation constante du nombre des châteaux dont le nom correspond au patronyme ou au surnom de leur propriétaire. Un document de 1252 cite par exemple un certain Gir de Stammheim en qualité de témoin, fl pourrait fort bien s'agir d'un habitant d'une bourgade kybourgeoise ayant acquis les faveurs des comtes, qui l'auraient chargé de la construction du château. S'il portait le nom de la localité de Stammheim, proche de Girsberg, c'est soit que le château n'ait pas encore été terminé en 1252, soit que son nom, nouvellement apparu, n'ait pas encore été courant. Mais dès 1253, les ministériaux kybourgeois, et plus tard les habsbourgeois, portèrent tous le patronyme de Girsberg. Cette lignée s'étant éteinte vers le milieu du XIVe siècle déjà, le château retourna à ceux qui l'avaient inféodé, donc aux comtes de Habsbourg. II n'est plus possible aujourd'hui d'établir s'il avait été construit sur un franc-alleu ou s'il avait dès le début été tenu en fief.
Rares sont les châteaux de Suisse orientale qui ont connu un aussi grand va-et-vient de propriétaires que Girsberg. Aucune famille ne le posséda pendant un siècle entier. Peut-être cela provient-il du fait qu'aucun pouvoir juridictionnel n'était lié à ce fief et que celui-ci ne possédait pas de vastes biens-fonds. Parmi les premiers châtelains, nous trouvons les propriétaires du château voisin de Schwandegg. Après leur extinction, survenue au début du XVe siècle, le château appartint passagèrement à la lignée des Griessheim, originaire du Klettgau, qui possédait aussi les châteaux de Widen et d'Altikon. Puis vinrent les Winkelsheim, de Schaffhouse, et l'illustre famille saint-galloise des Giel de Glattburg. Depuis le XVIe siècle, Girsberg se trouva presque toujours entre les mains de célèbres familles bourgeoises, telles que les Sal de Winterthour ou les Stockar, les Peyer et les In Thurn de Schaffhouse. C'est à l'époque de la dernière de ces lignées que se produisit l'incendie dévastateur de 1756; seuls le donjon et une cave à vin en réchappèrent. Rapidement reconstruit, le château surmonta sans mal la Révolution française. De 1800 à 1919, nous ne comptons pas moins de huit changements de mains. Puis l'ouvrage fut acquis par la famille zurichoise Bodmer, qui déploie des efforts méritoires pour le conserver en bon état. Le château de Girsberg n'est pas ouvert au public.
Bibliographie