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Edito: Mal dormir ou conduire, il faut choisir !
Rev Med Suisse
2007; volume 3.
32728
Résumé
Le passage de 0,8 à 0,5 vous a interpellé ? Que penseriez-vous d'un minimum de 7 heures de sommeil avant de prendre le volant ?Il existe dans chaque pays européen des règles de plus en plus strictes concernant la vitesse maximale sur les routes et le taux d'alcoolémie toléré pour prendre le volant. Mais qu'en est-il d'une quantité ou d'une qualité minimale du sommeil pour être autorisé à conduire ? Certains Etats américains sont en train de faire le pas, mais en Suisse nous en sommes encore bien loin évidemment. Il n'existe chez nous aucune loi à ce sujet, il est juste mentionné dans la loi sur la circulation routière que «toute personne n'ayant pas les capacités physiques et psychiques nécessaires pour conduire un véhicule (
) doit s'en abstenir». Le but de notre démarche n'est évidemment pas de plaider pour davantage de lois, mais plutôt de sensibiliser notre profession à l'importance que nous devrions accorder aux symptômes de somnolence diurne lorsque le patient s'en plaint.Même si l'alcool et les excès de vitesse sont les premières causes d'accident de la route, la somnolence au volant constituerait jusqu'à 20% d'entre eux. Les accidents dus à un endormissement au volant sont souvent mortels et plus graves que les autres étant donné qu'ils ne sont pas précédés d'un freinage. Il est difficile de déterminer la proportion exacte des accidents attribuables aux troubles du sommeil et de la vigilance. On trouve des statistiques variant entre 0,14% et plus de 20% des accidents.1,2 Cette importante fourchette de chiffres est liée à la difficulté de démontrer que la somnolence est effectivement la cause de l'accident. Les policiers doivent se baser sur des indices indirects comme l'absence de traces de freinage, la trajectoire de la voiture, la présence d'un seul véhicule impliqué et l'heure de survenue pour suspecter un endormissement comme cause du drame.La somnolence au volant peut avoir différentes origines : elle peut être due à un manque quantitatif de sommeil ou à un trouble qualitatif de celui-ci. Il est bien connu qu'en cas de manque d'heures de sommeil, la vigilance s'en trouve proportionnellement diminuée. Parmi les problèmes qualitatifs du sommeil, on trouve en premier lieu le syndrome d'apnées du sommeil qui toucherait plus de 150 000 personnes en Suisse,3 mais des pathologies plus rares comme la narcolepsie, l'hypersomnie idiopathique ou encore les mouvements périodiques des membres pendant le sommeil peuvent aussi engendrer une somnolence diurne. On sait par exemple qu'un patient apnéique aura environ six fois plus de risque d'être impliqué dans un accident de la route en comparaison avec un sujet contrôle du même âge.4Le traitement des apnées du sommeil améliore la vigilance de ces patients et leur permet de diminuer leur risque d'accident de la route. On peut suspecter qu'il en est de même avec le traitement des autres pathologies du sommeil, même s'il n'existe pas à l'heure actuelle d'étude prospective le prouvant. Vu les conséquences catastrophiques de la somnolence sur la sécurité routière et sur la qualité de vie, il est capital que nous prenions au sérieux et que nous recherchions ce symptôme chez nos patients. En effet, il existe actuellement des traitements spécifiques qui permettent de leur rendre une vigilance satisfaisante, même dans les situations monotones.La Société suisse de médecine du sommeil et de chronobiologie a récemment publié des recommandations pour la prise en charge des patients présentant une somnolence diurne.5 Il en ressort que même si la responsabilité primaire de la conduite d'un véhicule incombe au conducteur, le médecin a le devoir de l'informer des risques liés à la somnolence, des signes annonciateurs de l'endormissement et de l'inefficacité des mesures comme l'ouverture des fenêtres de la voiture, l'augmentation du son de la radio, etc. Le seul moyen de contrecarrer la somnolence est de s'arrêter de conduire et de se reposer (et éventuellement d'y associer la prise de caféine). Il est recommandé de spécifier dans le dossier les avertissements et recommandations qui ont été donnés au patient.Le médecin se doit également de rechercher la cause de la somnolence du patient, d'organiser les investigations nécessaires, et de lui proposer les traitements qui s'imposent. Si le patient refuse d'entendre raison ou de poursuivre les investigations ou traitements, le médecin aura le droit de signaler le cas aux autorités. Il est toutefois difficile pour un médecin d'effectuer ce genre de démarche et il doit choisir parfois, en son âme et conscience, entre la rupture du secret médical et son devoir de préserver la sécurité d'autrui.Le problème se complique du fait que, si les troubles respiratoires du sommeil sont une cause commune de somnolence diurne, tous les apnéiques ne sont pas nécessairement somnolents. En cas de doute, il est possible de référer le patient à un centre accrédité de médecine du sommeil qui pourra évaluer objectivement la somnolence du patient (par un test de maintien de l'éveil par exemple). Les patients ayant déjà eu un accident après s'être endormis au volant, ceux qui ne perçoivent pas leur somnolence et les chauffeurs professionnels devraient être référés d'emblée dans des centres spécialisés vu les implications médico-légales liées à ces situations. Si aucun consensus ne peut être trouvé avec le patient malgré des examens approfondis et un avis spécialisé, le responsable du centre du sommeil peut demander un deuxième avis auprès d'un institut de médecine légale.Ne banalisons donc pas quand un patient se plaint de somnolence diurne ! Il est de notre devoir de prendre les mesures qui s'imposent, vu les conséquences potentiellement létales pour lui et les autres usagers de la route. Les recommandations de la Société suisse de médecine du sommeil sur la somnolence et capacité à conduire un véhicule6 peuvent nous aider à agir de manière adéquate dans ce genre de situation.
Bibliographie
1 Horne J, Reyner L. Vehicle accidents related to sleep : A review. Occup Environ Med 1999; 56:289-94.
2 Pack AI, Pack AM, Rodgam E, et al. Characteristics of crashes attributed to the driver having fallen asleep. Accid Anal Prev 1995;27:769-75.
3 Young T, Plata M, Dempsey J, et al S. The occurrence of sleep-disordered breathing among middle-aged adults. N Engl J Med 1993;328: 1230-5.
4 Teran Santos J, Jimenez-Gomez A, Cordero-Guevara J. The association between sleep apnea and the risk of traffic accidents. N Engl J Med 1999;340:847-51.
5 http://www.medicalforum.ch/pdf/pdf_f/2007/ 2007-13/2007-13-384.PDF
6 Mathis J, Seeger R, Kehrer P, Wirtz G. Capacité à conduire un véhicule et somnolence. Recommandations pour les médecins lors de la prise en charge de patients souffrant de somnolence. Forum Med Suisse 2007;7:328-32.