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Ethique et politique : différentes mais forcément intriquéesLa question est souvent posée de savoir si l'éthique dans ses formes institutionnelles (commissions avec différentes fonctions, à divers niveaux) n'est pas la servante de la science et même de l'industrie, accordant un vernis moral acceptable aux démarches de la recherche. Bon sujet, il importe d'être attentif à cette possible dérive. Garder toutefois aussi à l'esprit que rien n'est simple
En particulier, alors que certains affirmeraient qu'éthique ne peut rien avoir à faire avec politique, elles sont en contact et en interaction, bona fide, se chevauchent (notamment quand des lois sont promulguées sur des sujets marqués par l'éthique PMA, cellules souches, transplantation). J'ai été intéressé par un texte récent de C. Rehmann-Sutter, président de la Commission nationale d'éthique,1 et pense utile d'en traduire des passages, avec son accord.«Quand on évoque négativement une "politisation" de l'éthique, on pense à la mise du discours éthique au service du pouvoir d'acteurs du registre politique. Sont avancés les reproches d'indépendance insuffisante, de corruption intellectuelle, d'être "acheté". (
) Il y a aussi un côté positif à cette coexistence ; je postule en effet que l'éthique, de par sa nature même, a toujours à faire avec un matériel qu'on peut dire politique».«Le politique n'est pas seulement le domaine des questions liées à la structuration des pouvoirs. Dans un sens plus fondamental, il pénètre l'éthique. Il ne peut donc être question de les maintenir "proprement" séparés. Les pouvoirs et les problèmes de valeur qui y sont liés touchent en effet les questions de l'agir bon, de la moralité, de la raison/sagesse pratique» (cette dernière notion étant souvent présentée comme un fondement de l'éthique note du traducteur). «J'utilise le concept de politique de manière plus large que celui d'étatique. Je me réfère à l'ensemble des normes sociales qui structurent une société, y organisent la répartition du travail, règlent les actions et relations et permettent globalement son fonctionnement».Plus loin, à propos des aspects législatifs : «Les composantes essentielles du politique sont l'exercice de la puissance publique et le caractère public de son action. Une conséquence en est que tout le domaine des institutions socio-techniques, à savoir les formes de l'usage et des mises en place de la technologie (dans ce qu'elles ont de socialisé), en particulier la technologie biomédicale, appartiennent nécessairement au politique. (
) Dire cela n'est pas dénoncer la bioéthique comme une "éthique politisée", c'est faire référence à la nature de son objet».«L'éthique est ainsi essentiellement une discipline herméneutique. Elle dirige sa réflexion d'abord vers l'être humain qui cherche à comprendre lui-même et sa situation. Ce faisant, elle partage la langue d'autres domaines. Le fait pour elle de communiquer de manière attentive et responsable implique la reconnaissance des autres, chacun dans sa perspective propre». 1 Rehmann-Sutter C. Das Politische der Ethik. Bioethica Forum (Société suisse d'éthique biomédicale). N° 47, déc. 2005,10-15.