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La genèse de la manufacture Phénix commence en 1873, le jour où MM. Jules Dubail (1846-1940), Jean-Baptiste Monnin et Joseph Frossard (1844-1918), de Porrentruy fondèrent une entreprise portant leur nom : " Dubail, Monnin, Frossard &Cie".
Monsieur Jules Dubail, français d'origine, alla s'installer à Delle où il fonda une entreprise de décolletage, qui devint par la suite l'une des plus florissantes de la région. Il fut également un des principaux fondateurs de l'école d'horlogerie de Porrentruy.
La fabrique Dubail-Monnin-Frossard acquit l'ancienne manufacture Lopin à Delle, située sur la route de Joncherey. Ces industriels ont fait breveter naguère en France des extincteurs à gaz, appareil très ingénieux qui permettent d'éteindre, par un mouvement mécanique fort précis, les becs de gaz dans les rues, gares, etc...
MM. Dubail, Frossard et Cie fabriqueront les appareils à Delle, et y installeront également une succursale de leur fabrication de potagers à gaz d'essence, dénommé " Duplex ".
Le 6 mai 1899, elle prend le nom de "Société d'horlogerie de Porrentruy" et acquiert également des bâtiments à Bassecourt. A la tête de la société, six associés : MM. Roussel Galle, Jean- Baptiste Monnin, Louis Dubail, Adolphe Dubail, Joseph Dubail et Joseph Frossard.
Le 21 mars 1890, la société " Dubail, Monnin, Frossard & Cie " est radiée pour cause de dissolution.
En février 1902, les actionnaires de la Société d'Horlogerie décident la liquidation de la Société. Plusieurs liquidateurs sont nommés à cet effet. Cette décision a été prise suite à la révocation de MM. Monnin et Fattet comme administrateurs et directeurs. Début juillet, une annonce paraît dans divers journaux pour la mise au concours de la place de directeur commercial à Porrentruy et la place de gérant à Bassecourt. Dès le 28 juillet 1902 a lieu une vente publique et en bloc de tout l'actif social de la société comprenant les usines de Porrentruy et de Bassecourt, des terrains à bâtir au lieu dit Chemin de la Gare à Porrentruy, des maisons d'habitations à Bassecourt avec environ sept hectares de terres, du mobilier industriel, etc. La société renaît alors sous la raison sociale "Phénix Watch Co SA" avec à sa tête de nouveaux associés : directeur, M. Edouard Boivin, demeurant à Bâle; Gaston Daucourt, notaire ; Charles Boivin, industriel ; Victor Donzelot, négociant ; Constantin Senn, directeur, demeurant à Delémont.
J.-B. Monnin créer sa propre société.
En effet, on trouve une publicité en 1908 de la firme Monnin, Rebetez & Cie pour la marque " M.R.C Croissant ". Rebetez est un ancien contremaître de la maison Dubail, Monnin, Frossard & Cie. Cette société proposait pratiquement tous les mêmes produits que la D.M.F & Cie, des montres ancre et cylindre en qualité soignée, interchangeable, mi- plate et exportait ces montres dans plusieurs pays.
En 1917, les deux associés se séparent et la raison sociale devient " Monnin & Cie ". La marque sera radiée en 1941.
Phénix, pionnier industriel.
Les différentes marques déposées par la fabrique:
Cette société a été la première manufacture en Suisse à avoir un calibre enregistré pour un mouvement de montre.
La maison s'est assuré les plus hautes distinctions et récompenses aux principales expositions internationales :
La Chaux-de-Fonds en 1881; Amsterdam et Zurich en 1883; Londres en 1884; Anvers en 1885; Rome en 1888; Paris en 1889; Genève en 1896; Paris en 1900; Salonique en 1931.
La Société horlogère de Porrentruy, Phénix Watch Co S.A., était en tête parmi les pionniers de la fabrication mécanique de la montre à échappement à ancre et c'est elle qui avait conçu et construit la première machine à sertir les pierres avec quilles. C'est à elle encore que l'industrie mécanique devait le célèbre tour, populairement dénommé "tour Dubail", machine de toute simplicité qui fournissait un travail de grande précision pour l'usinage des pièces particulièrement délicates.
La Société d'Horlogerie de Porrentruy "Dubail, Monnin, Frossard & Cie et Société d'Horlogerie de Bassecourt" prit des contacts dans différents pays du monde afin de vendre ses produits:
En 1899, chez J. B. Leibowitz & Co à Braila en Roumanie.
En 1900, chez P. Eustache à Besançon en France.
Chez Andrieux Frères à Béthune en Belgique.
Contrat avec M. Léopold Lowith de Vienne pour l'Autriche et la Hongrie. En 1901, Pain Brothers à Hastings en Angleterre.
En 1904, la Société d'Horlogerie de Porrentruy engage M. Auguste Marchand de Sonvillier avec un salaire de trois mille francs annuel pour la vente de leurs produits dans la province anglaise et à Londres avec domicile à Londres. La même année, il part chez H. H. Niggebrugge concessionnaire à Amsterdam, en Hollande.
En février 1905, la société engage monsieur Joseph Choquard fils, et l'envoi dans sa maison de vente à Copenhague pour une durée de deux ans. En octobre 1907, il est rappelé en Suisse et est nommé à la direction de Bassecourt pour une durée de trois années, avec un salaire annuel de trois mille francs. Le contrat sera renouvelé par la suite. La même année, la Société d'Horlogerie de Porrentruy engage M. Carlos Graziano de La Chaux-de- Fonds pour l'exportation de ses produits au Mexique.
Depuis le début du XX siècle, l'exploitation s'était principalement spécialisée sur la fabrication de la montre à ancre, bracelet et de poche, de toutes dimensions, depuis la montre baguette 3 3/4 jusqu'à la montre de poche 22 lignes.
Elle fabriquait également toutes ses fournitures, y compris le décolletage, le taillage, le pivotage, le polissage, le dorage et l'habillement, c'est-à-dire les cadrans et les boîtes.
Pour les spiraux de leurs mouvements, la Société Horlogère de Porrentruy fait appel à la maison Borle et Jequier de Fleurier et signera un contrat le 9 août 1900.
Elle manufacturait aussi, des montres pour automobiles, ainsi que des compteurs pour des fusées.
Situation des bâtiments de Porrentruy en 1910.
Les immeubles du site de Porrentruy comptent plusieurs bâtiments pour une superficie totale de plus de 6'000 mètres carrés.
Lieu dit " La Molière " sous No 337, 337a, b, c, d, &f.
No 337 : bâtiment construit en pierres, couvert en tuiles, composé du rez-de-chaussée et de deux étages contenant des ateliers et les bureaux.
No 337 a: bâtiment construit en pierres, couvert en ardoise et zinc au rez-de-chaussée, contenant la chaudière et la machine à vapeur. Ce local renferme en outre la houille, une scie circulaire et est aussi utilisé pour le remplissage et le nettoyage des lampes.
No 337 b : bâtiment n'ayant qu'un rez-de-chaussée construit en réglemurs et bois, couvert en tuiles et contenant un atelier de menuiserie à deux établis et servant de remise pour des planches et le charbon.
No 337 d : bâtiment servant d'ateliers d'horlogerie construit en pierres, couvert en ardoise et muni de deux paratonnerres.
No 337 f : bâtiment construit en pierres, briques, fer et bois, couvert en ardoise et relié par un passage couvert avec les autres constructions de la fabrique. Ce bâtiment contient des bureaux, ateliers, magasins et le logement du portier au rez-de- chaussée.
Situation du bâtiment de Bassecourt en 1910.
Lieudit"LaCombe"sousNo127et 127 a.
Le bâtiment est construit en murs et réglemurs couvert en tuiles, formant avec les nouveaux ateliers attenants un seul bâtiment.
En 1901 la Société d'Horlogerie de Porrentruy lance une campagne publicitaire dans divers journaux du monde. En Autriche, dans le journal horloger de Leipziger. En Allemagne, dans le quotidien de Berlin. En Inde, dans le Times.
La société est également présente dans les différents indicateurs horlogers, catalogues, revues, etc.
Assurances
La société Dubail, Monnin et Frossard contracte une assurance à La Neuchâteloise le 18 avril 1887 pour un maximum de 20'000 francs par jour concernant les transports de marchandises, par chemin de fer, camion ou poste, expédié en Suisse, Allemagne, Belgique, Hollande, France, Autriche, Luxembourg, Hongrie et Italie.
En 1899, la raison sociale se changeant en "Société d'Horlogerie de Porrentruy", une nouvelle police est faite auprès de la même assurance. Pour un maximum de 35'000 francs par jour, valable dans le monde entier.
Des papiers concernant l'assurance incendie du 31 décembre 1909 nous donnent plus de renseignements. La société a fait appel à quatre assurances différentes, soit L'Helvétia à St Gall, La Bâloise à Berne, La Société Suisse du Mobilier à Berne et l'assurance française du Phénix à Paris pour couvrir tout les bâtiments de Porrentruy et de Bassecourt. Rappelons pour mémoires qu'à l'époque les machines sont mues à la vapeur et le chauffage des ateliers se fait également à la vapeur. L'éclairage des ateliers est assuré par des lampes à pétrole tandis que le bureau est éclairé par le gaz. Les risques d'explosion de la chaudière et des incendies sont importants à cette époque.
Voici plus en détails l'inventaire général et la répartition de la somme totale assurée sur le site de Porrentruy :
Inventaire général.
a) Matières premières, fournitures, etc. 85'000.-
b) Ebauches, échappements 340'000.-
c) Etablissages 180'000.-
d) Montres finies 360'000.-
e) Mobilier industriel, de bureaux et autres 270'000.-
Somme totale assurée 1'235'000.-
La somme totale assurée se répartit comme suit entre les différentes sociétés d'assurance :
"Phénix" Société française 325'000.- "Bâloise" Société suisse 150'000.- "Helvétia" Société suisse 410'000.- "Société Suisse pour l'Assurance du Mobilier" 350'000.-
Concernant le site de Bassecourt, l'inventaire est identique. Cependant la somme totale se monte à 290'000 francs.
La répartition totale assurée se partage entre la société française "Phénix" pour cent septante mille francs et la " société suisse pour l'Assurance du Mobilier " pour cent vingt mille francs.
Après la guerre de 1914-1918 et pendant la crise, soit durant les années 1918 à 1922 et 1932 à 1936, elle organisait, dans ses propres ateliers, des cours de réadaptation pour les ouvriers horlogers désireux de reprendre leur travail après un long chômage.
Soucieuse d'une bonne formation professionnelle, la Phénix avait, de tout temps, collaboré à la bonne marche des ateliers d'apprentissage de l'Ecole professionnelle. Dans ses propres ateliers, elle formait des mécaniciens faiseurs en étampe, des horlogers praticiens et des régleuses
Dans les années 1930, la société occupait une centaine d'ouvriers et ouvrières et fabriquait cent mille montres par année.
En 1934, la direction de l'entreprise fit appel à monsieur Henri Knecht, alors âgé de 24 ans, chargé de la responsabilité technique, jouissant de la confiance du Conseil d'administration, il contribua largement au développement de l'entreprise.
Il construisit également de nouveaux calibres qui augmentèrent encore la renommée de la maison. Quelques années plus tard, il fut nommé directeur.
Depuis 1939, la Phénix a été reprise par la banque cantonale de Berne, ensuite cédée à l'ASUAG et rétrocédée en 1949, à un groupement de Granges se rattachant de près à la Fabrique d'horlogerie NIVADA. Le nouveau Conseil d'administration se composait de MM. Robert Lerch, président ; Alois Casutt, vice- président ; Paul Aeschbacher, secrétaire ; Jakob Schneider, Emile Schneider et Charles Schneider.
MSR : un groupe dynamique.
Un pas décisif allait être franchi en 1961 avec la création du groupe MSR (Manufactures d'horlogerie suisses réunies S.A.), formé de quatre manufactures : Revue Thommen à Waldenbourg, Vulcain à La Chaux-de- Fonds, Phénix Watch S.A. à Porrentruy, et Buser Frères & Cie S.A. à Niederdorf.
A sa naissance, ce groupe produisait 40 calibres. Pour des raisons de compétitivité, leur nombre fut réduit à huit. Notamment le calibre 200 de 1954, automatique dont le rotor pivote sur un palier à rouleaux ; le "Rollamatic". Le calibre 132, de 1956 ; le "Chronostop", sans compteurs ni poussoirs, car les fonctions de commande de l'aiguille de seconde se font par la couronne et sans l'utilisation d'une roue à colonne.
Pour exploiter au maximum son potentiel d'efficacité, le groupe se structurait de la manière suivante : Vulcain s'occupait de la partie commerciale, Phénix du remontage et Revue Thommen de la production des ébauches, alors que Buser se lançait dans la construction d'appareils de mesures de pression. Par ailleurs, utilisant des bases préexistantes, le groupe tenta une diversification de sa production. Cette tentative a bien réussi puisqu'en 1972, sur un chiffre d'affaires de 24,2 millions de francs, la part horlogère s'est élevée à 13,4 millions et les produits de diversification (celle-ci portait essentiellement sur la mécanique et l'électronique) à 10,8 millions de francs.
Le groupe MSR, qui a réinvesti tous ses bénéfices dans la modernisation et le développement de ses moyens de production, a connu une réjouissante expansion.
En juin 1973, le groupe MSR dont le siège social était à Bienne, s'adjoignit la Maison Marvin, de La Chaux-de- Fonds. Cette nouvelle concentration ouvrait de nouveaux marchés à MSR, en raison de la bonne réputation dont jouissait la marque Marvin et de son réseau de distribution.
Les années septante et la fin d'une manufacture.
Sur les 600 personnes employées par le groupe MSR, la Phénix en employait 162. Le personnel de l'entreprise bruntrutaine avait été augmenté au cours des derniers mois. La Phénix comprenait un département horloger. A l'époque cette maison était la seule du groupe à faire l'assemblage des mouvements. La diversification des activités du groupe s'était traduite pour Phénix par l'introduction, dès 1967, d'un département électronique qui travaillait à plein temps pour le compte d'Ebauches S.A. Une septantaine d'ouvrières montaient les circuits électroniques. Phénix Watch S.A. fabriquaient journellement 3 à 4'000 de ces petits mouvements.
Il subsistait également un petit département d'ébauches et de mécanique qui produisait essentiellement des fournitures d'horlogerie et occupait une quinzaine de personnes.
En 1981, la fabrique connaît de graves difficultés. Un plan de restructuration est mis en place et prévoit également des licenciements. Le directeur Roland Voisin de Porrentruy, a reçu son congé après avoir tenu les rênes de l'entreprise durant 26 ans. L'usine employait alors une cinquantaine de personnes. Suite aux décisions de la direction générale du groupe Revue
Thommen située à Waldenburg, l'effectif du personnel sera réduit à 11 personnes qui travailleront à 40 %. Une partie de l'usine est louée à un atelier de boîtes de montres, une autre à l'Ecole professionnelle.
Fin des années 80. Les ouvrières avec l'aide du groupe ETA, fondent la société " Prisma " et déménagent dans de nouveau locaux, situés à la route d'Alle.
Le bâtiment de la Phénix sera détruit en 1984 pour être remplacé par un centre commercial et une vingtaine d'appartements. Ce complexe conserve le nom de " Phénix ".
Aujourd'hui, il subsiste un bâtiment qui fut les bureaux de la société où l'on peut encore voir les initiales " DMF " en fer forgé sur la porte principale, seul vestige de ce qui fut une grande société horlogère.