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Des lettres enfin lues 300 ans après
Il y a un temps pour tout. Jamais parvenues à leurs destinataires, des lettres écrites au XVIIIe siècle à des marins français durant la guerre de Sept Ans entre la France et la Grande-Bretagne ont finalement été ouvertes, livrant des témoignages à la fois intimes et historiques. Une découverte riche en renseignements et chargée d'émotion, comme l'explique Renaux Morieux, professeur d'histoire à l'universitéd de Cambridge dans une interview donnée à la radio France Culture : « J'étais aux Archives nationales anglaises, à Londres, dans la salle des catalogues. J'ai tapé des mots-clés sur le moteur de recherche : "France, Angleterre, XVIIIᵉ siècle, prisonniers". Il y avait des milliers de références, car ces archives de l'Amirauté figurent parmi les plus gros dépôts archivistiques anglais. M'est alors apparue cette aiguille dans la botte de foin : le titre du carton était : "Lettres à des prisonniers de guerre principalement adressées à l'équipage de la Galathée à Rochefort et transférées en Angleterre, 1757-758". J'avais déjà vu plein de lettres envoyées par des prisonniers de guerre, mais jamais de courriers adressés aux prisonniers de guerre. Cela m'a tout de suite intéressé. » À dire vrai, précise l'historien, ces lettres n'étaient pas destinées à des détenus, mais à des marins, leurs expéditeurs ignorant que leurs proches avaient été capturés par les Anglais au moment où ils rédigent leur missive.
La guerre de Sept Ans a principalement opposé la France à la Grande-Bretagne de 1756 à 1763. En pleine guerre, qui passe pour être le premier conflit d'ordre mondial, la Galatée, une frégate française partie de Bordeaux à destination de Québec, est capturée par les Britanniques en 1758. Tous les membres d’équipage sont alors faits prisonniers et leurs 75 courriers sont confisqués par la marine royale de l’empire. Ces documents rares, à 59% rédigés par des femmes, livrent un témoignage à la fois intime et historique de la vie des marins et de leurs familles dans les années 1700. « Je passerais fort bien la nuit à t'écrire (...), ta fidèle femme pour la vie. Bonsoir mon cher ami. Il est minuit. Je pense qu'il est temps de me reposer », écrit par exemple en 1758 une certaine Marie Dubosc à son époux Louis Chambrelan, premier lieutenant de la frégate française Galatée, capturée par les Britanniques. Louis n'a jamais reçu la lettre de son épouse, laquelle ignorait que celui-ci se trouvait en captivité. Elle est décédée avant la libération de son mari.