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Planté les tentes sur un vieux récif marin de la baie de Lukovo. Le soleil se couche, avec lui le hameau disparaît. Situé à deux kilomètres, fait de quelques maisons, il a été conquis sur la roche. Pas un arpent de plat, des cailloux jusqu’au ciel. Solides et simples, les bâtisses sont maçonnées à la truelle. Elles se dressent devant une eau claire. Gravée dans la pente, la route de transit relie Sinj au Nord (Istrie croate) et Zadar au Sud: on la devine à mi-hauteur. Au-delà, le territoire est laissé aux oiseaux. En face des tentes, une île sans végétation. Dans l’après-midi, alors que le bac de Cres nous amenait sur Krk, cinquante dauphins ont surgi des profondeurs. Ils ont dansé plusieurs minutes. Le bivouac est installé, le réchaud, les assiettes, les olives et le saucisson répartis sur les cailloux. Nous entrons dans la mer, nous nageons. Evola tente de relier l’île. Il brasse une demi-heure, il renonce. Les distances trompent. Et puis il faut garder ses forces pour se hisser sur la terre ferme: le récif est en pointes, il cisaille les mains, il découpe les pieds. Seul recours, rentrer le ventre et s’extraire à la force des bras. Peu avant vingt-deux heures, la nuit se referme. Evola allume la lampe de camp, verse un Whyskie, allume un cigare. Je surveille les pâtes achetées à Vérone, ouvre une bouteille de Valpolicella.