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L’IA générative a-t-elle fait exploser la consommation d’eau des géants de la tech ?
Nastasia Michaels
Dans leurs derniers rapports de responsabilité environnementale, Microsoft et Google ont fait état de pics de consommation d’eau l’année passée, pointe un article de l’agence Associated Press. En cause : la technologie de l’intelligence artificielle (IA) générative.
6,4 milliards de litres d'eau, ou 2500 piscines olympiques : c'est la consommation d'eau de Microsoft en 2022, soit une augmentation de 34 % par rapport à 2021. Chez Google, la hausse est de 20 % sur la même période, d'après les rapports de responsabilité environnementale de ces firmes, cités par les journalistes de l'agence Associated Press (AP).
Mais qu'est-ce qui pousse les géants de la tech à "avaler" toujours plus d'eau ? "Il est raisonnable de dire que la majorité de la croissance est due à l'IA", a déclaré à l'AP le Pr Shaolei Ren, un scientifique de l'université de Californie à Riverside spécialisé dans l'évaluation des ressources utilisées par ces systèmes.
S'agissant de Microsoft en particulier, le chercheur impute principalement la hausse de la consommation d'eau "à des investissements importants dans l'IA générative [IA capable de générer un contenu, tel qu'un texte ou une image, N.D.L.R.] et à son partenariat avec OpenAI [l'entreprise qui a conçu l'IA générative ChatGPT, et dans laquelle Microsoft a commencé à investir dès 2019]".
Pour 5 à 50 questions posées à ChatGPT, une petite bouteille d'eau vidée
Concrètement, des "superordinateurs" ultra-puissants apprennent à imiter l'écriture humaine : on parle de "l'élaboration d'un modèle linguistique". L'IA doit alors s'entraîner en repérant des régularités dans un vaste ensemble de textes (corpus) écrits par l'homme.
Or, ces analyses (ou "calculs") consomment de l'électricité et génèrent de la chaleur. Gare à la surchauffe ! Pour refroidir les superordinateurs, les centres de claculs disposent de "tours de refroidissement". Lorsque la température extérieure est basse ou modérée, la ventilation suffit. Mais lorsque le thermomètre affiche plus de 29,3 °C dehors, il faut pomper de l'eau, précisent nos confrères.
"Dans un article qui devrait être publié dans le courant de l'année, l'équipe du Pr Ren estime que ChatGPT engloutit 500 millilitres d'eau – l'équivalent d'une petite bouteille d'eau de 50 cl – chaque fois que vous lui posez une série de 5 à 50 questions ou invites [prompt, en anglais, un terme qui correspond à un ordre à exécuter, N.D.L.R.]", relate l'AP.
"Cette fourchette varie en fonction de l'emplacement de ses serveurs et de la saison", et l'estimation tient compte du refroidissement des centres de données, mais également de la consommation indirecte d'eau que les entreprises ne mesurent pas – par exemple pour refroidir les centrales électriques qui alimentent les superordinateurs en électricité, indique l'article.
Préserver la ressource en eau
"La plupart des gens ne sont pas conscients de l'utilisation des ressources sous-jacentes à ChatGPT", confie à l'Associated Press le Pr Ren :
"Si vous n'êtes pas au courant de l'utilisation des ressources, il est impossible que vous puissiez contribuer à les préserver".
En réponse aux questions de l'AP, Microsoft a déclaré cette semaine qu'elle investissait dans la recherche pour mesurer l'empreinte énergétique et l'empreinte carbone de l'IA "tout en travaillant sur les moyens de rendre les grands systèmes plus efficaces, tant au niveau de la formation que de l'application".
De son côté, OpenAI a indiqué qu'elle menait une réflexion approfondie sur la meilleure utilisation possible de la puissance de calcul : "Nous reconnaissons que l'entraînement de grands modèles peut être gourmand en énergie et en eau" et nous nous efforçons d'améliorer l'efficacité, a-t-elle assuré.