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Définition Larousse :
Standardiser : ramener un produit, une production à une norme, à un modèle unique ou à un petit nombre de modèles aux caractéristiques définies.
Synonymes : normaliser, rationaliser
« La tendance de l’esprit est d’atteindre aux solutions simples. La simplicité est l’aboutissement du travail de l’esprit. »
[Architecture Vivante, n° 192 automne, p.72]
Dans les années 1920, le Bauhaus s’efforce de systématisation et de cohérences, de standardisation de la construction de logements, rationalisation des agencements, uniformité du lettrage et de la langue, modularisation des formes. Une alliance ambivalente entre la poursuite de l’ordre et la formation de la société voit le jour. Les systèmes mettent de l’ordre dans le chaos, permettent de comprendre, définir et normaliser les relations.
Au cours de la première partie du XXe siècle, la problématique de l’industrialisation du bâtiment s’appuie sur deux concepts qu’on retrouve en permanence, celui de standard et celui de module. Gropius, Le Corbusier, Wachsmann et Mies van der Rohe, par leur foi dans la standardisation, marquent le devenir de l’architecture moderne en prônant la coordination modulaire. Le rationalisme passe par la standardisation, la standardisation est rationaliste.
La construction préfabriquée, naissant de recherches pour des superstructures à vocation militaire, fut rapidement une garantie pour la dynamique du marché de l’habitation individuelle. En vue de l’automation de la production en masse de l’habitat, la construction préfabriquée répond ainsi aux besoins de l’époque. Puis, ce concept de standardisation évoluant, il est appliqué aux meubles, logements, hangars, structures spatiales. Finalement Mies van der Rohe penche ses recherches sur l’espace universel.
En 1950, Wachsmann était convaincu qu’avec le temps, tous les types de bâtiments étaient destinés à converger. L’architecture deviendrait alors un processus de multiplication des cellules et des éléments en obéissance aux lois de l’industrialisation. « Les frontières entre le produit, l’élément de construction et la structure disparaîtront », prédit-il, « et les bâtiments seront reconnus comme faisant partie d’un ensemble plus vaste qui façonne continuellement le paysage de la civilisation. »
[Architects’ Journal, Konrad Wachsmann: the greatest architect of the twentieth century, Martin Pawley, 1999]
La standardisation soulève la question de la norme . Dans Vers une Architecture, le développement de la culture est lui aussi pensé sur le modèle de l’élaboration d’un standard. Mieux : l’élaboration d’une solution standard est la meilleure image de la marche vers la culture: « La culture est l’aboutissement d’un effort de sélection. Sélection veut dire écarter, émonder, nettoyer, faire ressortir nu et clair l’Essentiel. »
[Vers une Architecture, Le Corbusier, 2008, p.110]
Autre exemple de projet appliquant le principe de la standardisation :
Symbole de la fin du XXe et dérivé de l’industrialisation & de la standardisation, l’automobile a conduit à un assouplissement de la vie quotidienne. « Un jour nous avons remarqué que la maison pouvait être comme l’auto : une enveloppe simple contenant à l’état de liberté des organes libres infiniment multiple. »
[Architecture Vivante, n° 192 automne, p.74]
Symboles du XXIe siècle, Uber, Facebook et Tesla, ces marques incarnent le début du siècle et ont acquis une dimension planétaire. Un jour nous remarquons que la maison peut donc être comme Facebook : une plateforme simple contenant à l’état de liberté des connecteurs libres infiniment multiples.
Les avantages et objectifs de la standardisation d’après-guerre ne sont plus valides. Aujourd’hui encore, le concept de standardisation tend à créer des paysages homogènes. Alors qu’avant, chaque ville était caractérisée par des valeurs et une architecture culturellement ancrée dans la tradition, les villes actuellement se banalisent sous l’emprise de la mondialisation. La standardisation amène vers cette vision de village globale de Marshall McLuhan. La standardisation est également vécue comme l’abstraction de la valeur culturelle des choses, la culture même est une forme de standardisation. Un passage de Vers une Architecture exprime cela : « La culture est l’aboutissement d’un effort de sélection. Sélection veut dire écarter, émonder, nettoyer, faire ressortir nu et clair l’Essentiel. »
[Vers une Architecture, Le Corbusier, 2008]
Le but est de réduire chaque élément, de le transformer en un nouveau qui sera standardisé, c’est-à-dire rapidement et facilement constructible, de plus à faible coût, en reprenant les idées générales de son prédécesseur. Puis il est proliféré à la chaîne et reproduit autant de fois que nécessaire dans un but d’homogénéiser et faire du bénéfice.
Notre rationalisme ne cherche pas à bannir ces méthodes, mais à les extrapoler afin de ne garder que le bénéfice. Oui à la standardisation, mais celle qui est maîtrisée, pensée et étudiée pour ne pas homogénéiser, mais rendre possible des paysages hétérogènes. Comme l’affirme Sergey Choban : les individus ne se sentent pas à l’aise dans un bloc composé uniquement d’immeubles résidentiels. Cette cyclicité – on travaille à un endroit, on vit à un autre, on se repose à un troisième et on se fait enterrer à un quatrième – est étouffante. Le nouveau standard vise l’espace : des plateformes multifonctionnelles. Oui à la standardisation structurelle pour plus de liberté individuelle. Oui à la standardisation pour apporter à tous une unité de base concrète et vitale autour de laquelle chacun évolue de manière autonome. Un espace résidentiel, un bureau, une bibliothèque, un bar, un autre espace résidentiel et ici un cinéma, on aperçoit le jardin. Vive la standardisation 2.0 !
Vers une Architecture, Le Corbusier, 2008.
Architecture Vivante, n° 192 automne.
Architects’ Journal, Konrad Wachsmann: the greatest architect of the twentieth century, Martin Pawley, 1999. https://www.architectsjournal.co.uk/archive/konrad-wachsmann-the-greatest-architect-of-the-twentieth-century