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Les origines de Bachet de Pesay
Situé à la convergence des actuelles communes de Lancy, Carouge, Troinex et Plan-les-Ouates, le Bachet de Pesay était au Moyen Age un hameau épars avec des moulins actionnés par la Drize. L’origine du nom Pesay, cité en 1263, provient peut-être du latin picetum, qui signifie bois de sapins rouges, tandis que Bachet vient du celte bach, signifiant creux humide (à Genève, on appelle bâche le foin des marais). La topographie et l’hydrographie de ce lieu-dit ne contredirait pas cette double étymologie. Les quelques habitants de Pesay possédaient des pâturages communs qui ont souvent fait l’objet de contestations de la part des gens de Lancy, Troinex, Compesières et des seigneurs de Saconnex d’Arve dont les terres pénétraient à l’ouest du hameau.
L’arrivée de Lunati
Dès 1665 environ, on prend l’habitude de désigner le secteur du Bachet de Pesay – relevant de Lancy et de la seigneurie de Saconnex– sous une nouvelle appellation, celle de Chapelle sur Carouge, du fait de la construction d’un lieu consacré sur la terre de la Ferme de la Chapelle. Tout commence au milieu du XVIIe sècle, lorsque Jérôme Lunati de Milan, ancien moine, diacre ou simplment clerc, on ne sait pas exactement, a des difficultés avec son Eglise et vient à Genève pour embrasser la Réforme et s’y marier. Le gouvernement l’autorise donc à donner des leçons, mais Lunati ne s’adapte pas à la mentalité genevoise et cesse de fréquenter les temples. Il entre bientôt en relation avec des membres du clergé savoyard, suite à quoi le Conseil prononce contre lui un arrêt de bannissement.
Or, Lunati a acquis une petite propriété à Pesay, près de la Drize, où se trouve une maison du fief de Saconnex et où les Genevois ne possédent pas les droits d’usage qui leur sont par contre reconnus sur les terres des fiefs anciens de Saint-Victor et du chapitre. Nous ne connaissons pas l’acte d’achat passé par Lunati, qui n’est pas passé par un notaire genevois. Après son exil de Genève, le Milanais prend une agence d’affaires à Chambéry, en se chargeant, comme procureur, des causes portées devant le Sénat de la capitale savoyarde.
L’âge d’or de la Chapelle
Jérôme Lunati rédige, le 1er juin 1663, un testament par lequel il lègue son domaine de Pesay, plus une somme d’une dizaine de miliers de francs à l’évêque diocésain résidant à Annecy, Jean d’Arenthon (consacré le 9 octobre 1661), pour «fonder une chapelle qui pût servir aux habitants de Genève où ils pourraient assister à la messe les dimanches et les fêtes». Le testateur stipule encore que ses filles et une nièce jouiraient de leur vivant de la maison, et qu’une rente leur serait versée par l’évêque.
Il faut savoir qu’à cette époque, entre Arve et Rhône, consacrées au culte catholique et proches de Genève,il n’y a que les églises de Confignon, Bernex Compesières, Veyrier et Thônex. Créer une chapelle à Pesay constitue donc une entreprise très séduisante pour Mgr d’Arenthon d’Alex, car elle rassemblerait les fidèles de Lancy, Troinex, Carouge et – chose importante – les domestiques catholiques à Genève et les étrangers de passage.
Aussitôt en possession du legs, l’évêque entreprend les travaux de construction: un édifice sur plan rectangulaire d’environ dix mètres de façade sur quinze mètres de profondeur qui occupe l’angle de la propriété Lunati, entre le chemin de Pesay et un sentier conduisant à une «planche» sur la Drize. Ce sanctuaire est placé sous le vocable de l’Enfant Jésus et desservi par le curé de Compesières dès 1665, semble-t-il.
Cette chapelle connut tout de suite un certain succès. On dit qu’il y avait parfois jusqu’à 400 personnes le dimanche. L’évêque déclare dans son testament du 1er octobre 1685 «avoir fourni des sommes considérables, soit pour la construction de cette chapelle, soit pour la liquidation des dots réservées en faveur des filles et de la nièce de Lunati».
Le déclin
Toutefois, l’importance de la chapelle de Pesay diminue beaucoup lors de l’institution, par Louis XIV en 1679, d’un résident de France près de la République de Genève, lequel, se référant aux usages diplomatiques, ouvre une chapelle dans son hôtel de la Grand’Rue (actuel immeule de la Société de Lecture) et y invite aux offices tous les catholiques de la région.
La chapelle de Pesay n’a plus désormais qu’un caractère local pour Lancy et Carouge, le curé de Compesières la considérant comme une desservance mineure, à laquelle se sont toutefois attachés certains revenus.
En 1696, Benoît de Pontverre, curé de Confignon, cherche à récupérer les dîmes ecclésiastiques qui se trouvent alors aux mains de la famille genevoise Lullin qui les lève au nom de la République de Genève. Pontverre intente procès contre Lullin devant les instances judiciaires de Chambéry. Et pour justifier sa position, le curé de Configon ouvre une chapelle dans une maison de Lancy et s’intitule curé de Lancy. Cette chapelle (dans l’actuelle maison Collé) ayant brûlé par la négligeance d’un voisin, Pontverre entreprend la construction par étapes de l’église de la Trinité, au village, à l’entrée du chemin de Pesay. En 1704, il charge le révérend Aimé Roch de cet embryon de paroisse et obtient de l’évêché les revenus de Pesay et un arrangement avec Lulin au sujet des dîmes.
A ce moment, la chapelle de Pesay et ses dépendances sont dans un état pitoyable. Le curé Roch fait procéder à leur restauration en 1721. Il est appelé à la paroisse de Compesières: lui succède à Lancy le révérend Destral.
La dépendance paroissiale de Pesay devient alors équivoque, car le curé Roch continue d’en percevoir les revenus tandis que le curé Destral acquiert, tout près, mais sur l’occident de la route, une propriété sur laquelle il y a un cabaret. Le successeur du curé Roch à Compesières ne s’occupe plus de la chapelle de Pesay.
Entretemps, le traité de Turin est signé en 1754 et reconnaît à Lancy, Carouge et Troinex que les biens de Saint-Victor et Chapitre relèveraient désormais de la Maison de Savoie. Toute influence politique de Genève sur la région disparaît ainsi.
Puis, en 1780 naît la ville de Carouge, détachée de Lancy. Précédemment, le curé de Lancy, Etienne Baud, avait vendu les matériaux de la chapelle de Pesay. C’est alors que les autorités ecclésiastiques et le Sénat de Savoie décident que les revenus de Pesay soient enlevés au curé de Lancy pour augmenter la rente des desservants de l’église de Carouge. Le curé Etienne Baud entreprend une action judiciaire auprès des autorités de Chambéry, pour souligner ses droits sur Pesay. Un mémoire imprimé de quinze pages sur ce sujet figure aux Archives départementales d’Annecy. Etienne Baud est débouté et le curé de Carouge attribue les revenus de Pesay à une œuvre qu’il a établie pour des vieillards.
En 1792 les armées de la révolution française envahissent la Savoie et l’annexent à la France pour en faire le Nouveau Département du Mont-Blanc, soumis désormais aux lois révolutionnaires: la création de municipalités, la Constitution civile du clergé et la vente des biens écclésiastiques.
C’est ainsi que les biens de la chapelle de Pesay se retrouvent parmi les tout premiers à être vendus par le District révolutionnaire de Carouge. Les enquêtes et procès-verbaux se trouvent aux Archives d’Etat de Genève, rangés par hasard, dans les papiers de la Préfecture du Léman. La ferme, avec terrains et «sol d’église», sont vendus pendant le Directoire à la citoyenne Payerne de Carouge, femme de Jean-Baptiste Desgranges pour la somme de 54 000 livres (monnaie révolutionnaire qui se dévalue de jour en jour). Elle la revend en parcelles à des habitants du lieux tels que les Revillet et les Bellamy.
une galerie d'art
La ville de Lancy l’acquiert enfin en 1978 et entreprend de la rénover entièrement en 1982-83, date à laquelle l’ancienne chapelle est également mise en valeur.
Après avoir été utilisée quelques temps comme maison de quartier pour des fêtes privées, la Ferme de la Chapelle devient une galerie d’art dont les activités se poursuivent à ce jour.
Six expositions d'art contemporain sont organisées chaque année. Les divers événements présentés dans le cadre de chacune d'elles donne à ce lieu une identité d'espace d'art et de culture.