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Dès mi-décembre 2008, un mâle d’Autour des palombes juvénile hante le port d’Ouchy à Lausanne. Matin et soir, il guette depuis la girouette les pigeons qui dorment dans la digue à l’entrée du port. Cet oiseau étonnamment peu farouche est facilement observable à l’entrée du port, généralement escorté par de nombreuses corneilles. Il porte une bague à la patte gauche qui a pu être lue à la longue-vue, ce qui est rare pour une espèce si difficile à approcher. Elle lui a été posée le 12 juin 2008 au nid à Bussy-sur-Moudon, 30 km au nord-est, par Gilbert Rochat.
On connaît environ 158 reprises d’Autour en Suisse, dont 118 bagués comme poussins au nid. Tous les oiseaux repris ont été bagués en Suisse, à l’exception d’un ind. bagué à Radolfzell D et d’un autre bagué comme poussin le 2.6.1979 à Zbudov (République Tchèque), retrouvé le 23.5.1980 à Alt St. Johann SG, 429 km au SW (reprise la plus lointaine). Seules 15 reprises ont été effectuées à l’étranger, dans les régions limitrophes de France (7), d’Allemagne (7) et du Liechtenstein, ce qui met en évidence la haute sédentarité de nos Autours 9 : 83 % ont été effectuées à moins de 50 km du lieu de baguage ; les femelles sont bien plus mobiles que les mâles, 24 % d’entre elles (n = 46) ayant été retrouvées à plus de 50 km du lieu de baguage, un tel éloignement ne concernant que 14 % des mâles (n = 29). Trois poussins bagués dans le même nid le 4.6.1985 à Kaltenbach TG ont été repris respectivement le 12.11.1986 à Seuzach ZH (à 16 km), le 16.1.1999 à Dettingen (Bade-Wurtemberg D, 23 km) et le 8.1.2000 à Müllheim TG (14 km). Cette dernière reprise, à l’âge de 14 ans et 7 mois, constitue le record suisse de longévité.
L’Autour des palombes est une espèce holarctique, qui niche dans toute la zone climatique tempérée et boréale d’Eurasie et d’Amérique du Nord. En Europe, son aire de nidification est limitée au sud par la Méditerranée et au nord par la toundra arctique. Une petite population isolée niche au Maroc et une sous-espèce endémique, A. g. arrigonii, habite la Corse et la Sardaigne. Les populations nordiques d’Autour des palombes, représentées par la sous-espèce pâle A. g. buteoides, sont partiellement migratrices alors que celles d’Europe centrale sont largement sédentaires.
En Suisse, l’espèce est disséminée dans la plupart des forêts suffisamment étendues, de la plaine jusquà la limite supérieure de la forêt vers 1'800 m. La nidification la plus élevée a été signalée à 2'040 m près de Zermatt VS. Les adultes hivernent à proximité du site de nidification alors que les jeunes se déplacent souvent vers les régions les plus basses. La migration de l’Autour n’est guère décelable ailleurs que sur certains sites où la topographie concentre les oiseaux. Au col de Bretolet VS, au col de Jaman VD, au Fort l’Ecluse F et à l’Eriskircher Ried D, le passage d’automne dure de mi-août à début novembre et culmine entre mi-septembre et mi-octobre, impliquant dans près de 90 % des cas des jeunes de l’année. La migration de printemps est observée de mi-mars à fin avril.
L’Autour est un superprédateur se nourrissant de tous les oiseaux qui passent à sa portée, du Roitelet huppé et Pinson des arbres au Héron cendré en passant par le Grand Corbeau, le Hibou des marais, le Hibou moyen-duc, Faucon pèlerin ou même des rapaces plus grands que lui tels que la Buse variable ou le Milan royal. De tous les rapaces européens, c’est celui qui possède le plus large spectre de proies potentielles, la femelle capturant les proies les plus grosses. Son apparition provoque l’émoi chez les corneilles, qui le houspillent cependant avec méfiance. Diurne, c’est un spécialiste de l’affût, attaquant par surprise après une longue période d’observation immobile depuis une branche basse. Une fois sa proie repérée, il montre une grande ténacité à la pourchasser, mais c’est parfois au Faucon pèlerin, profitant d’une poursuite manquée, que revient la proie. Le vol sur place, la chasse à pied ou depuis le sol sont d’autres méthodes plus rarement utilisées. Il capture occasionnellement des mammifères, notamment l’Ecureuil roux Sciurus vulgaris, mais aussi des lièvres ou des mustélidés. Ne s’éloignant guère de la forêt et du bocage pendant la période de reproduction, l’Autour élargit son rayon d’action en hiver à tous les types de milieux : il poursuit les Lagopèdes, Tétras lyres et les Lièvres variables Lepus timidus jusqu’à l’étage alpin, les pigeons et mouettes jusqu’au cœur des plus grandes villes ou les grèbes, canards et foulques sur les lacs. Il peut se montrer charognard à l’occasion, surtout lors de conditions hivernales difficiles. Un couple nicheur chasse sur un territoire de 15 à 50 km2 et peut s’éloigner jusqu’à 5 km de son aire. L’Autour est généralement solitaire et silencieux mais émet des miaulements et des cris en série « hièk hièk hièk hièk » à l’aire et lors de la parade nuptiale. Le couple effectue la parade dans le ciel où il s’élève en spirale et cercle haut en planant, les sous-caudales bouffantes, avant de plonger en piqué pour regagner la forêt.
L’Autour des palombes a subi des pertes massives au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, en raison des persécutions directes dont il fut la cible dans une grande partie de l’Europe. Les pesticides ont anéanti le retour de l’espèce qui se dessinait jusque dans les années 60, mais suite à leur interdiction, les effectifs se sont rapidement rétablis en Suisse pour se stabiliser à la fin des années 80. Dans une région d’étude de l’Ouest lémanique par exemple, le nombre de couples nicheurs s’est accrû de 0 en 1977 à 7 en 1990.
En Suisse comme ailleurs en Europe, la décimation de l’espèce a été encouragée dans certaines régions par l’octroi de primes de chasse, jusque dans les années. Après une brève période de récupération, l’introduction des pesticides organochlorés vers 1960 a provoqué un nouveau recul – en dépit de sa protection décrétée en 1962 – sensible surtout sur le Plateau, dans le Jura et les Préalpes, mais moins dans les Alpes centrales. L’interdiction des biocides a permis un rapide rétablissement des effectifs à une densité normale pour un prédateur. D’autres causes de mortalité sont les collisions contre les lignes aériennes, des véhicules ou les baies vitrées, ainsi que les tirs d’individus attaquant les poulaillers ou les pigeonniers; l’Autour est un des rares rapaces pouvant faire l’objet d’une autorisation de tir lorsqu’il se spécialise sur les oiseaux de basse-cour. Les dédommagements peuvent décourager le braconnage.

A propos de Lionel Maumary