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Amar Jesani (Indian Journal of Medical Ethics) et Jinee Lokaneeta (Drew University)
En Inde, au cours des trois dernières décennies, la prévalence (élevée) de la torture et autres mauvais traitements n’a connu quasiment aucun changement notable et le pays a été caractérisé par un écart significatif entre les mesures de protection juridiques de la détention qui sont relativement bien développées et les pratiques réelles de la police et des services pénitentiaires.
La taille du pays rend difficile toute généralisation. Le recours à la torture a été plus important dans les zones affectées par des conflits continus, notamment le Jammu-et-Cachemire, ainsi que dans les régions en proie à des violences communautaires sporadiques. Toutefois, il serait erroné de considérer que la torture est uniquement liée à l’instabilité politique ou à une situation de conflit. La pratique de la torture et autres mauvais traitements est endémique au sein du système de justice pénale indien. Cela reflète en partie des phénomènes sociaux tels que la nature intensément hiérarchisée de la société indienne et la violence systémique contre les femmes. Ces pratiques se perpétuent aussi du fait de l’absence de toute réforme des forces de police dont la structure coloniale a été héritée à l’indépendance en 1947. Les policiers se comportent quasiment comme des occupants dans leur propre pays.
Cela dit, en dépit d’une profusion de chiffres, il est difficile d’obtenir des données concrètes et précises sur la prévalence de la torture. Les chiffres relatifs aux décès en détention – ce qui constitue en soi un problème social de grande envergure – permettent généralement d’estimer le recours à la torture, mais l’ampleur exacte de ces pratiques demeure inconnue. La Commission nationale des droits de l’homme de l’Inde s’est efforcée de documenter et de combattre le recours à la torture, sans résultat significatif. La Cour suprême de l’Inde a pris une série de décisions progressistes mais celles-ci sont à peine prises en compte au niveau local.