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Critique
"KIPPOUR n'est pas un film de guerre comme les autres. Amos Gitaï ne parle pas de vainqueur ou de vaincus, mais des hommes et de l'arrière-front.
Le 6 octobre 1973 est un jour particulier: tout est calme en Israël, c'est Kippour. Et pourtant la guerre éclate: Weinraub et son ami Russo se précipitent sur le Golan à la recherche de l'unité dans laquelle ils ont fait leur service militaire. Après avoir tenté de la rejoindre en vain, ils décident, dans une atmosphère de chaos total, d'intégrer une équipe de secouristes de l'armée de l'air. L'enthousiasme des premiers instants fait rapidement place à la fatigue et à l'écoeurement. A chaque fois, il faut faire très vite: récupérer les blessés les plus graves, laisser les morts sur place, donner les premiers soins. Pendant leurs quelques heures de repos nocturne, les sept hommes peuvent alors, avec pudeur, se laisser aller aux confidences et partager leurs peurs et leurs peines.
KIPPOUR n'est pas à proprement parler un film de guerre. Proche d'un documentaire, ce film est un témoignage assez exceptionnel en ce sens que le réalisateur a été l'un des principaux protagonistes des événements racontés. Il y a vingt-sept ans en effet, le 11 octobre 1973, Amos Gitaï a été envoyé en mission, en hélicoptère, avec une équipe de secours, pour tenter de sauver un pilote tombé en territoire syrien. Leur appareil fut abattu et Amos Gitaï fut l'un des survivants.
KIPPOUR est donc un retour sur le passé et sur soi-même de la part d'un cinéaste qui a toujours milité en faveur d'un rapprochement entre Israël et ses voisins. Et le film, de par sa description du désordre d'une armée israélienne tentant de s'organiser, vaudra à son auteur de vives critiques de la part des autorités politiques.
Avec KIPPOUR, Amos Gitaï a engagé de grands moyens matériels (chars, jeeps, hélicoptères, etc.), mais ce qui fait l'originalité et la qualité de ce film, d'où tout héroïsme militaire est absent, c'est que la guerre y est décrite comme distanciée et du point de vue de cette équipe de secouristes, à peine identifiés, qui s'épuisent à tenter de sauver de la mort, dans des conditions quasi-désespérées, des soldats grièvement blessés et englués dans la boue du plateau du Golan. Au-delà du thème - classique - des horreurs de toute guerre se dégage, paradoxalement, une image de solidarité, d'engagement de soi (voilà où se trouve le véritable héroïsme) et d'acharnement à sauver quelques existences.
Ce qu'il y a de plus important dans ce film, c'est le regard qu'Amos Gitaï porte sur ces hommes dont les efforts peuvent paraître dérisoires, noyés qu'ils sont dans un champ de bataille et de boue. Il n'y a pas de vainqueurs ou de vaincus dans KIPPOUR. Il n'y a pas d'explications non plus sur les raisons du conflit. Mais il y a des images très fortes et, dans ce combat de tous les instants contre le découragement et contre la mort, quelque chose de bouleversant, comme un signe d'humanité.
Amos Gitaï
Cinéaste israélien, né à Haïfa en 1950. Etudes d'architecture. Réalise ses premiers films dès 1977, mais doit quitter son pays - suite à une polémique concernant un de ses films, JOURNAL DE CAMPAGNE - de 1982 à 1993. A tourné une dizaine de films, dont JOUR APRES JOUR (1998), KADOSH (1999). De KIPPOUR, il a dit: ""Il y a deux catégories de films de guerre: ceux qui sont basés sur les faits, les explosions, les attaques, la stratégie militaire, la victoire ou la défaite; et ceux qui sont une réflexion sur la guerre, comme APOCALYPSE NOW ou FULL METAL JACKET. C'est en regardant ces films que j'ai pris la décision de rester par-dessus tout axé sur les gens (...) La guerre que je montre est dans le feu de l'action, mais sans affrontements et sans ennemis. C'est l'arrière-front, le ramassage des débris de la guerre, son résultat: la façon dont elle transforme les gens et les rend presque muets. Montrer cette activité concrète, laconique, évite la glorification de la guerre. Et par ailleurs, c'est bien le jour de Kippour et l'on entend, en fond sonore lointain, les chants des synagogues""."
Antoine Rochat