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A 80 ans, Soeur Maria, une religieuse espagnole, vient d'être rattrapée par son passé. Convoquée jeudi par un juge de Madrid qui enquête sur le vol d'une petite fille en 1982, elle est la première personne poursuivie dans l'affaire des milliers de bébés volés qui scandalise l'Espagne.
Vêtue de sa robe bleue de religieuse, Maria Gomez Valbuena a refusé de répondre aux questions du magistrat, avant de sortir du tribunal, sans un mot, protégée par la police.
Soeur Maria officiait dans la clinique Santa Cristina de Madrid, lorsque Maria Luisa Torres, 58 ans aujourd'hui, est venue accoucher, le 31 mars 1982. Cette femme accuse Soeur Maria de lui avoir volé son enfant, qu'elle avait auparavant accepté de lui confier temporairement, contre rémunération, jusqu'à ce qu'elle retrouve une situation financière plus aisée.
Première plainte à aboutir
C'est sa plainte, la première à aboutir en Espagne, qui a mené jeudi la religieuse devant le juge. Comme elle, des milliers de personnes en Espagne ont pu être séparées de leurs parents ou de leur enfant. Mais ce n'est qu'il y a un an, avec de premiers témoignages qui osaient enfin briser la loi du silence, que le scandale des bébés volés a fait surface.
Cas rare, Maria Luisa a retrouvé sa fille, Pilar, en 2011, après que cette dernière soit apparue à la télévision. Pendant 29 ans, mère et fille ont vécu à une vingtaine de kilomètres l'une de l'autre, sans le savoir. Selon elle, c'est parce qu'elle a pu appuyer son dossier avec des tests ADN ayant montré leur filiation, que sa plainte n'a pas été classée comme la plupart des autres.
1414 plaintes
Selon les associations, 1414 plaintes ont été déposées dans toute l'Espagne. L'une d'elles estime que 300'000 bébés ont pu être volés pendant la dictature de Franco (1939-1975) et jusque dans les années 1980, aucune loi n'étant venue encadrer les adoptions jusqu'en 1987.
Sous le franquisme, des enfants étaient volés à leurs mères républicaines, un décret datant de 1940 permettant de les placer sous la garde du régime si leur "éducation morale" était jugée en danger.
ATS