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L'impression en couleurs
Un peu de théorie et d'histoire
Fig. 1: Le Château de Chillon. Chromolithographie, entre 1890 et 1905. © Library of Congress, Washington
Comment fonctionne la magie de la quadrichromie? Comment se fait-il qu'il soit possible de produire toutes les couleurs (ou presque) avec seulement quatre encres (et même, en théorie, avec trois)? Ceci est lié à la structure de notre oeil: la rétine comporte deux types de cellules sensibles: les «bâtonnets», au nombre de 120 millions environ, et les «cônes», qui ne sont «que» 5 millions; seuls ces derniers sont sensibles à la couleur. Certains de ces cônes perçoivent le bleu, d'autres le rouge, d'autres encore le vert; or, voici le point fondamental: il n'existe pas d'autres types de cellules sensibles, qui seraient dédiées à d'autres couleurs. Que se passe-t-il, dès lors, lorsque nous voyons un objet jaune par exemple? Tout simplement, un certain nombre de cônes dédiés au rouge, et d'autres dédiés au vert, sont excités; les cônes bleus ne sont pas stimulés en revanche; le cerveau, qui reçoit toutes ces informations, est programmé pour reconstituer sur cette base la couleur jaune.
La conséquence intéressante de cette configuration de notre oeil, c'est qu'il sera possible de simuler n'importe quelle couleur à l'aide d'un mélange parfaitement dosé des trois couleurs fondamentales: le vert, le rouge et le bleu. C'est ce phénomène qui se produit notamment sur l'écran de votre téléviseur ou de votre ordinateur: ces derniers sont constitués de minuscules carrés lumineux, appelés pixels; pour un écran de télévision de dimensions moyennes, le nombre de ces pixels est de l'ordre du million; chacun d'entre eux est en fait une sorte de minuscule lampe triple, comportant trois petites bandes verticales juxtaposées: une rouge, une verte et une bleue; l'intensité respective que l'on donne à chacune de ces trois mini-lampes créé la couleur désirée pour le pixel; en effet, ces trois bandes de couleur sont tellement petites que l'oeil ne peut pas les séparer les unes des autres, mais perçoit une couleur unique, qui ne ressemble pas à celle des bandes lumineuses prises individuellement (voir fig. 2). Lorsque aucune de ces mini-lampes n'est allumée, l'écran reste noir; si toutes sont activées à leur maximum, l'écran est blanc; le blanc est en effet le résultat de l'addition de ces trois couleurs, à leur niveau maximum; et les gris sont simplement des mélanges à égalité des trois couleurs de base (par exemple, un vert à 50%, un bleu à 50% et un rouge à 50% donneront un gris moyennement foncé).
En imprimerie, les choses se passent de manière analogue, mais un peu différente. En effet, pour l'écran d'un téléviseur, la valeur par défaut (la couleur si rien n'est activé) est le noir; par contre, si une page de revue n'a encore reçu aucune encre, elle est blanche. Dans le cas du téléviseur, les couleurs seront construites en ajoutant au noir des doses de lumière rouge, verte ou bleue; on parle ici de synthèse additive. Dans le cas d'une revue, la page blanche reflète la lumière du jour, qui contient toutes les couleurs réunies; l'encre qu'on dépose sur cette feuille permet de filtrer certaines de ces couleurs, de les supprimer pour notre oeil. C'est pourquoi l'on parlera ici de synthèse soustractive. Lorsque toutes les encres sont utilisées simultanément à 100% de leur densité, toutes les couleurs sont complètement filtrées, et aucune lumière ne passe: c'est le noir. Du fait que le mécanisme est inversé par rapport à l'écran d'ordinateur, on devra travailler ici non pas avec les trois couleurs fondamentales de l'oeil (rouge, vert et bleu), mais avec leurs couleurs complémentaires (celles qui sont situées à leur opposé diamétral dans le spectre des couleurs). La couleur complémentaire du bleu est le jaune; celle du vert est le magenta (un rouge tirant sur le violet); et celle du rouge, le cyan (un bleu tirant sur le vert)...
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(page mise à jour le 23 septembre 2013)