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Du plus loin que je me souvienne, j’ai aimé les lettres. Et les chiffres aussi, en moindre mesure toutefois, ce qui n’a pas empêché mon instituteur de l’époque de vouloir m’orienter vers la filière scientifique plutôt que littéraire.
J’avais, en effet réalisé le meilleur résultat, au niveau cantonal, d’un test de calcul oral.
Mais cela n’avait rien à voir avec les mathématiques! Il s’agissait sans doute et plutôt de vélocité mentale. J’ai donc étudié latin et grec et connu, de fait, la dernière année non mixte du Collège Calvin de Genève.
Car jusqu’en 1969, le Collège n’accueillait les filles qu’en section classique.
Je me suis ensuite inscrite à la Faculté des Lettres de l’Université de Genève pour, avant tout, y étudier le russe. L’apprentissage de la langue se réalisait de manière intensive en une année, après quoi, étaient abordées la littérature, l’Histoire et l’histoire de la langue.
En 1978, alors que je rentrais de Leningrad où j’avais rencontré l’un des plus célèbres traducteurs de Baudelaire dans le cadre du travail que je préparais, consacré à l’influence du poète sur le symbolisme russe, j’ai opté pour la linguistique générale.
Sans jamais regretter ce choix, il a malgré tout constitué un crève-coeur.
Raison pour laquelle, vingt ans plus tard, j’ai renoué avec le russe en vue d’un travail en épistémologie et linguistique russes. Le Professeur avec lequel j’étais en relation a voulu lire mon premier recueil de nouvelles, « Nouvelles de Personne ».
Ce recueil lui a plu, il l’a prêté à sa collaboratrice, tout juste arrivée de Moscou.
Elle l’a « adoré » selon ses propres termes et a tout de suite proposé de le traduire en russe. À la demande d’un éditeur avec lequel elle était en contact, elle a soumis une ou deux nouvelles en russe, le projet d’édition bilingue a été retenu.
C’est ainsi qu’en 2005, après trente ans d’absence, j’ai retrouvé la Russie pour présenter ce livre.
Ensuite, j’y suis retournée au fil des cinq recueils de nouvelles qui y ont été traduits et publiés en édition bilingue. Et c’est avec le soutien conjoint de Pro Helvetia et du Département des Affaires Etrangères de la Suisse que j’ai honoré les diverses invitations qui m’ont été adressées de présenter ces ouvrages.
En 2010, j’ai ouvert un blog sur le site de la Tribune de Genève.
On m’a invitée à y parler de la Russie, j’ai refusé, je ne connaissais pas assez le pays que je retrouvais 30 ans après que j’y avais séjourné comme étudiante. C’est en 2012 que j’ai commencé à traiter d’actualités russes. Pas pour prendre parti, pour partager ce que j’avais reçu et appris de ce pays.
La suite, vous la connaissez, le blog a été fermé grâce à l’activisme d’aimables internautes.
Vous savez aussi comment j’ai réussi, par un admirable tour de passe-passe, à être associée au Kremlin et à sa politique. Alors que « ma Russie » est celle de Dostoïevski, celle de Tchekhov, celle de Harms, écrivains auxquels j’ai été associée par tel ou telle critique littéraire
Cette manière de confondre approche littéraire et militantisme est dans l’air du temps, on le sait.
Je ne renonce pas à y réagir, encouragée par ces mots reçus d’une amie qui ne partage pas du tout ce que j’énonce sur la Russie. Mais qui, face aux critiques formulées à mon encontre, m’a confié avoir pris ma défense. Et d’ajouter, « J’ai dit que je t’admirais en tant qu’écrivaine et qu’on pouvait parler de bien d’autres sujets que la politique avec toi. »
Or ce blog a été perçu comme « politique » tandis qu’il résulte d’observations.
S’adonner à une critique, en l’occurrence, de discours médiatiques relatifs à la Russie n’équivaut pas à louer son Président et à le soutenir, mieux encore, à m’en rendre l’amie! Mais qui se donne la peine de ne pas mélanger a-priori, partis pris pour, en définitive, juger?
J’aime échanger avec des personnes d’avis opposé au mien.
Mais lorsque la sentence hâtive s’en mêle, on n’est plus dans le débat d’idées. On est dans l’exécution, l’Histoire et l’actualité nous en fournissent de nombreux exemples. Raison pour laquelle, je l’ai écrit ici le 24 mars dernier, ma véritable patrie, c’est la littérature.
Je maintiens et renvoie aux précisions apportées dix jours plus tard.
J’aime les lettres, j’aime les langues, j’aime la langue. La travailler, non pour haranguer des foules, non pour vendre un produit, non pour brandir un slogan mais pour restituer un instant, une humeur, une saveur, une sensation, s’impose et constitue un pur bonheur.