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Comment dépasser le piège de la pensée binaire, pour plus de liberté et de perspective ?
Dernière mise à jour : 13 oct.
Vous avez sûrement appris, comme moi, à analyser, catégoriser, étiqueter ce qui se présente à vous.
Un de ces mécanismes s’appelle la pensée binaire, cette habitude mentale qui oppose deux éléments : c’est juste ou c'est faux, j’ai tort ou j’ai raison, c’est réussi ou c'est raté, il est gentil ou il est méchant, c’est bon ou mauvais… Jusqu’à des catégories plus subtiles telles qu’on est intellectuel ou manuel, voyageur ou casanier, matheux ou littéraire, etc.
Le piège de la pensée binaire est qu'elle suppose qu'il n'y a que deux options ou deux camps opposés à une question ou un problème donné. Là où cela s’avère utile pour corriger et évaluer des exercices de mathématiques : c'est juste ou c'est faux, cela ne l’est pas du tout dans bien des domaines et notamment lorsqu’il s’agit d’appréhender ce qu’il se passe autour de nous, notre regard sur nous-mêmes, nos relations avec les autres, bref dès que nous faisons face à une réalité complexe.
Ces pensées binaires, de type "noir ou blanc", nous enferment et enferment les autres.
Elles sont limitantes, car elles ne prennent pas en compte la complexité et la nuance des situations réelles. Comme le dit Thomas d’Ansembourg, auteur en Communication NonViolente, il s’en dégage une impression de division, de tension, de sécheresse, de manque, d’enfermement.
La pensée binaire est souvent inconsciente mais elle se met en scène dans notre langage
par des « soit ceci, soit cela » :
« Soit tu prends soin de toi, et tu t’en fiches de moi, soit tu prends soin de moi, et tu te négliges »
et par des « ou ceci, ou cela » :
« Ou j’ai peur pour mes enfants, donc je contrôle tout, ou j’ai confiance et je laisse tout faire. »
Et également par des raccourcis mentaux tels que :
« Comme cette amie n’arrive pas avoir un bébé et que ça m’attriste pour elle, je ne peux pas me réjouir d’être avec mes enfants »
« Puisque je dois gagner ma vie, je ne peux pas faire ce que j’aime. »
« Le monde va tellement mal, c’est tellement horrible tout ce qu’il se passe, je ne peux pas être joyeux. »
On sent tout de suite les blocages et les désagréments que la pensée binaire va encourager :
le jugement rapide
la polarisation en intensifiant des attitudes, des émotions et des comportements en faveur de son propre camp et contre l'autre
des conflits
une communication inefficace sur le mode accusation – défense.
En opposant ainsi deux éléments, on risque de générer de la tension en nous et autour de nous.
Et plus on se tend, plus nous aurons de la peine à nous mouvoir. C'est comme nos muscles : lorsqu’ils sont rigides, ils ont de la difficulté à bouger, tandis que lorsqu’ils sont souples, ils sont détendus et peuvent facilement bouger. Cela ressemble à nos pensées : lorsqu'elles sont rigides, campées sur leur position, sur leur mode de vision opposant une réalité avec une autre, ou en tirant des conclusions raccourcies, nous aurons de la peine à nous détendre et à considérer un autre point de vue.
Notre réflexion devient rigide et limitée à une opposition binaire, qui peut être simpliste, injuste et inefficace pour faire face à la complexité de la vie et des êtres humains.
Alors comment peut-on faire pour en sortir ?
Je vais vous parler de stratégies qui peuvent nous aider à éviter le piège de la pensée binaire et à développer une pensée plus flexible, compréhensive et créative.
1) Une fois de plus, la première étape sera d’identifier ces pensées binaires et limitantes. Lorsqu’on se sent bloqué, coincé, à l’étroit, enfermé, lorsqu’on a l’impression que c’est moi contre l’autre, c’est sans doute le signal d’aller voir quelles sont les pensées qui nous agitent.
Ce qui peut nous aider à les mettre en évidence c’est de les écrire comme elles nous viennent et /ou d’en parler avec une personne de confiance, pour nous permettre d’y voir plus clair.
2) Une fois que nous avons mis à jour l’opposition que nous avons créée dans nos pensées, nous pouvons essayer de la reformuler en remplaçant les « soit, ou » par « et, et en même temps, pour le moment ».
En reprenant les exemples précédents, cela donnerait :
« Tu peux prendre soin de toi et prendre soin de moi »
« J’ai peur pour mes enfants, donc je prends des mesures adaptées et en même temps je fais confiance pour le reste. »
Ces formulations nous aident aussi à accueillir l’ambivalence qui peut nous habiter :
« Une partie de moi est triste pour cette amie qui n’arrive pas à avoir un bébé, et en même temps une partie de moi se réjouit de passer du temps avec mes enfants. »
« Pour le moment je ne peux pas faire ce que j’aime car je dois gagner ma vie. »
« Je suis intellectuelle dans ce domaine et je suis manuelle dans celui-ci. »
Est-ce que vous sentez la différence en lisant ces phrases ?
Tout de suite il y a une impression de perspective, de potentiel, d’ouverture, de liberté, de réconciliation, d’abondance.
C’est admettre que deux éléments ne sont pas nécessairement en opposition mais qu’ils peuvent être complémentaires, qu’ils peuvent co-exister l’un à côté de l’autre. C’est accepter la richesse et la complexité de la vie et des êtres humains.
Personnellement, ça m’a particulièrement été utile dans l’apprentissage avec mes émotions.
En acceptant que plusieurs émotions pouvaient m’habiter, alors que certaines pouvaient paraître de prime abord opposées, cela m’a aidé à accueillir l’ambivalence dans laquelle je pouvais me sentir parfois et de comprendre que cela fait partie d’être humain, et que je n’ai pas à me juger ou à m’en vouloir pour cela. Cela m'a appris à considérer tout ce qui m'habite et pas seulement une partie, ce qui me rend mieux à même de décider et d'agir.
J’ai aussi trouvé ces formulations utiles pour encourager mes enfants à ne pas s’enfermer dans des catégories :
Vous avez sûrement déjà entendu ces phrases : « Je ne sais pas faire ça… », « Je ne suis pas capable de… », « Je n’y arrive pas… ». Pouvoir ajouter « pour le moment » à ces déclarations cela change tout !
« Pour le moment je ne sais pas faire ça. »
« Pour le moment je ne suis pas capable de… »
Dans le même ordre d'idée, nous pouvons aussi ajouter « encore » :
« Je n’y arrive pas encore… »
Cela n’annule pas la difficulté, le challenge, tout en reconnaissant que cela peut changer, que ce n’est pas définitif ni inscrit dans le marbre !
Cela me fait d’ailleurs penser à la mentalité de croissance, dont je vous ai parlé dans l'article « Avez-vous une mentalité fixe ou de croissance ? » et que je vous encourage à aller lire si cela vous intéresse.
Ces formulations inclusives m’ont aussi été utiles pour comprendre que pour prendre soin des autres je n’ai pas à me couper de moi-même…
Tout comme je n’ai pas besoin de me couper des autres pour prendre soin de moi. Les deux peuvent co-exister : je peux prendre soin des autres et soin de moi, je peux être proche des autres et de moi. Sans dire que c’est facile dans l’application ;) je pense que tout ceci commence dans la conscience que c’est possible, et même que c’est souhaitable et sain !
Et plus nous arrivons à accueillir nos contradictions, nos ambivalences, notre complexité, plus nous sommes capables d’entendre et d’accueillir celles des autres.
Ce qui élargit notre capacité à être en relation souple et fluide avec nous-même et notre entourage.
Voilà, je ne peux que vous souhaiter de mettre en lumière ces pensées binaires qui vous enferment et vous limitent, et de pouvoir les transformer avec une pensée flexible, compréhensive et complémentaire, pour plus de liberté dans vos vies et vos relations !
Pour aller plus loin
* Des références de livres pour celles et ceux que ça intéressent de creuser plus loin :
- Cessez d’être gentil soyez vrai !, de Thomas d’Ansembourg.
- Être heureux ce n’est pas nécessairement confortable, de Thomas d’Ansembourg.
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