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Fort Lupin
Pour défendre la rade contre les flottes adverses, Vauban fortifie les îles et le littoral de la côte charentaise. Des citadelles et des forts bastionnés sont érigés sur les îles de Ré, d’Aix et d’Oléron, ainsi que le long de l’embouchure de la Charente. Dès le début du XVIIIe siècle, ce système défensif forme une véritable « muraille maritime » face à l’océan. Il sera renforcé au début du XIXe siècle par la construction des forts Boyard, Enet et Liédot qui complètent le dispositif au large.
Le petit Fort Lupin, installé sur la rive sud de la Charente, fait partie intégrante de cette « muraille atlantique », aux côtés du fort de Fouras, de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré et du Château-d’Oléron.
Edifié de 1683 à 1686 sur la base de plans dressés par Vauban, il interdit toute remontée du fleuve à une flotte qui aurait réussi à pénétrer dans la rade. Posé en plein marais sur un rocher avançant dans le lit du fleuve, il couvre non seulement la remontée de la Charente mais aussi, vers l’aval, l’ « aiguade » de la fontaine Lupin qui constituait le point d’approvisionnement en eau douce des vaisseaux appareillant de l’arsenal ou mouillant dans la rade. Implanté sur le premier méandre de la Charente, le fort est constitué, dans son état primitif, de deux formes géométriques harmonieusement imbriquées : un carré sur diagonale inscrit dans un demi-cercle. Cette imbrication de volumes géométriques élémentaires est une caractéristique typique des petits forts côtiers établis par Vauban. L’ouvrage comprend d’une part, une batterie basse semi-circulaire s’avançant dans le cours de l’estuaire et, d’autre part, un tour à éperon couronnée de hourds en bois, retranchée par une coupure du côté du marais.
La batterie basse semi-circulaire comportait 22 embrasures à canons disposées en éventail, permettant d’effectuer des tirs rasants à fleur d’eau pour trouer la coque des vaisseaux au niveau de la ligne de flottaison. De son côté, la tour-réduit permettait d’effectuer des tirs plongeants et faisait à la fois office de donjon, de tours à canons et d’observatoire.
L’ensemble est protégé du côté du marais par un large fossé inondé à chaque marée et par une berge sur laquelle se développe un large chemin couvert au tracé bastionné. Le niveau de remplissage des douves est régulé par des écluses communiquant avec le fleuve et des batardeaux coiffés de dames interdisent la circulation entre les diverses parties. De part et d’autre du donjon et suivant une géométrie axiale rigoureuse, se trouvent les casernes percées de meurtrières.
Inscrit dans un vaste ensemble d’éléments défensifs côtiers, le Fort Lupin fut souvent désarmés et avait un rôle principalement dissuasif. Dès le XVIIIe siècle, il fait l’objet de sévères critiques de la part des ingénieurs militaires qui réclament son rasement. Il ne possède en effet aucun abri à l’épreuve des bombes, mais surtout, le seul point d’eau existant se trouve à plus de 100 mètres au sud du fort.
Véritable témoignage de l’évolution des techniques de fortification, cet ouvrage est le mieux conservé de tous les petits forts établis par Colbert le long de l’ensemble du littoral français. Abandonné par l’armée et classé au titre des Monuments historiques en 1950, le Fort Lupin est aujourd’hui une résidence privée. Il ne se visite pas et n’est pas ouvert au public.
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