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Max Weber (1864, Erfurt – 1920, Munich) est considéré comme l’un des pères de la sociologie moderne.
Issu de la bourgeoisie protestante allemande, il étudie le droit mais s’intéresse également à l’économie politique, la philosophie, l’histoire et la théologie. En 1894, il est nommé à la chaire d’économie politique à l’Université de Fribourg en Allemagne. Il mène une vie politique active, faisant notamment partie de la délégation signataire du Traité de Versailles et participant à la fondation du Parti démocratique allemand.
Auteur d’une oeuvre scientifique abordant des thèmes très variés, il est reconnu pour ses grandes avancées sur le plan méthodologique, notamment grâce à la sociologie compréhensive ou des principes tels que la neutralité axiologique et le rapport aux valeurs. Ses travaux les plus importants portent sur la formation de l’Etat moderne, sur les processus de rationalisation caractéristiques de la modernité ainsi que sur les religions. Il s’intéresse particulièrement au protestantisme, à travers son oeuvre phare « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme« , mais aborde également d’autres religions, notamment orientales.
La sociologie compréhensive de Max Weber
La sociologie compréhensive de Max Weber est une démarche scientifique permettant la compréhension d’un fait social. Elle peut être comprise comme une démarche en trois étapes: la compréhension, l’interprétation et l’explication du fait social.
Selon Weber, le monde social est une agrégation d’actions sociales, qui représentent des comportements humains auxquels l’acteur attribue un sens subjectif. Ces actions sont guidées par les intentions et attentes de l’acteur. La dimension sociale d’une action implique qu’un comportement doit être orienté vers un ou plusieurs autres individus. Par exemple, une discussion entre amis est une action sociale, en revanche, une collision entre deux cyclistes ne l’est pas car les individus ne se sont pas dirigés volontairement l’un vers l’autre.
Phase compréhensive
La première phase de la démarche compréhensive sert à comprendre le sens visé par l’acteur lors de ses actions sociales. Il s’agit alors d’adopter une vision empathique afin de trouver ce sens subjectif immédiat: un motif accordé par l’individu à son action. Lors de cette étape, on accorde à l’individu une grande autonomie et on ne cherche pas encore à interpréter ou déchiffrer son action. Ce travail est effectué lors de la seconde phase, la phase interprétative.
Phase interprétative
Une fois le sens identifié, le chercheur passe donc à la phase dite interprétative. Il s’agit alors d’objectiver le sens identifié dans la première phase. On adopte alors une posture extérieure dans le but de pouvoir créer des concepts ou modèles utiles à l’analyse. Il s’agit là d’une tâche difficile, à cause de l’implication du chercheur dans le monde qu’il étudie. Weber a donc élaboré des outils théoriques permettant au chercheur de se distancier de son objet d’étude et d’avoir un regard plus extérieur.
Le premier de ces outils est le rapport aux valeurs: il consiste à faire prendre conscience au chercheur qu’il est lui-même inséré dans le monde social. Après cette prise de conscience, il s’agit pour lui d’analyser la subjectivité de ses propres choix, de ses partis pris ainsi que de ses valeurs, pour tendre vers plus d’objectivité. Une fois conscient de ses propre valeurs, le chercheur fait appel à la neutralité axiologique (second outil de distanciation), qui consiste à ne pas émettre de jugement ni de hiérarchisation des valeurs.
Dès que l’extériorisation est effectuée grâce à ces deux outils de distanciation, le chercheur va pouvoir élaborer des concepts tirés de ses observations. Néanmoins, ces observations étant issues du monde social, lui-même composé d’une infinité de faits, elles sont donc d’une complexité difficilement déchiffrable. Weber recourt donc à un autre principe méthodologique, l’idéal-type, pour faciliter la lecture du réel. Il s’agit alors de concevoir des catégories d’analyse isolant les traits les plus fondamentaux, distinctifs et significatifs d’un phénomène social. Attention, il ne s’agit pas de faire des moyennes mais bel et bien d’une exagération de certains traits significatifs d’un fait social, de créer une utopie qui n’existera jamais à l’état pur dans le monde réel mais qui aide le chercheur à désenchevêtrer le monde social.
Par exemple, dans ses travaux sur la formation de l’Etat, Weber cherche à expliquer le rôle de la domination de l’Etat sur ses « sujets » grâce à son outil bureaucratique. Pour expliquer cela, il définit trois idéaux-types de domination: le premier idéal-type est celui de la domination charismatique. Dans ce cas, la domination repose sur le charisme d’une personne (et non sur les règles ou les lois), comme par exemple Che Guevara ou Jésus. Le deuxième idéal-type de domination est la domination traditionnelle, qui repose sur la soumission et la croyance en la tradition. On peut retrouver celle-ci notamment dans des communautés religieuses. Enfin, la domination légale rationnelle, repose sur la croyance en la légitimité des règlements et de ceux qui les exercent. Pour Weber, la forme la plus pure de la domination légale-rationnelle serait la bureaucratie étatique. En effet, les fonctionnaires bénéficient de conditions qui leur permettent d’exercer des fonctions de domination. Le système bureaucratique est hiérarchique, basé sur les qualifications et sur l’impersonnalité de l’accomplissement de la tâche: n’importe quelle personne compétente peut donc exercer cette tâche. L’Etat moderne repose sur cette forme de domination. Il est important de rappeler que, bien que certains cas tendent vers l’idéal-type (on y retrouve des caractéristiques marquantes), jamais un de ces trois types de domination ne se manifeste sous sa forme la plus pure dans la réalité.
Phase explicative
La troisième et dernière étape de la démarche compréhensive est la phase explicative, qui vise à établir une compréhension causale de la réalité sociale (Fleury, 2001, p.30), c’est-à-dire à détecter les causalités entre les phénomènes. Cette étape nécessite donc de l’imagination: il faut alors configurer diverses causes et conséquences imaginaires entre elles pour déterminer la réelle causalité entre deux phénomènes. Weber s’intéresse dans cette étape aux conséquences voulues et non-voulues.
Cette étape peut être illustrée par l’ouvrage « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme », où Weber établit un lien entre deux phénomènes: le développement de valeurs protestantes liées à la Réforme et l’avènement du capitalisme. Ainsi, la Réforme aurait permis le développement de certains comportements liés à l’accumulation de l’argent et peu présents dans l’environnement catholique (celui-ci valorisait plutôt la dépense, la pauvreté, l’aumône et non le travail). Une nouvelle conception du travail naît alors et comprend des comportements de type plus disciplinaire et ascétique. Ceci cause une valorisation de mécanismes permettant l’accumulation de l’argent, comme l’épargne ou l’investissement, encore peu présents dans la vision catholique dominante de cette époque. Weber établit alors un lien entre ces deux phénomènes, mais nous met cependant en garde contre une explication seule et unique d’un phénomène. En effet, pour définir le lien entre ces deux phénomènes, il parle « d’affinité élective », c’est-à-dire qu’il existe des circonstances favorables pour que l’éthique protestante engendre le capitalisme, mais qu’il ne s’agit pas « d’une cause suffisante et nécessaire » (Delas & Milly, 2005, p.165).
Bibliographie commentée
Weber, M. (1989). L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Paris: Pocket.
Paru en deux parties en 1904 et 1905, cet ouvrage est l’un des plus importants de la sociologie moderne. Weber y montre que la Réforme a été importante pour le développement du capitalisme. Dans une première partie, il constate à l’aide de statistiques que les protestants sont surreprésentés dans les classes entrepreneuriales. Il fait l’hypothèse que la mentalité calviniste influence la carrière professionnelle, et construit un idéal-type de l’esprit capitaliste. Dans le second chapitre, il montre que cet esprit capitaliste est bien lié à l’essor des valeurs protestantes comme le travail et l’ascèse. Cet ouvrage sera traduit en anglais par un des fondateurs du fonctionnalisme, Talcott Parsons.
Weber, M. (2003). Economie et société (2 vol.). Paris: Pocket.
Cet ouvrage posthume est publié en plusieurs volumes entre 1921 et 1922, par sa femme et son éditeur. Il s’agit d’un essai qui recueille divers écrits de la sociologie de Max Weber rédigé tout au long de sa vie, formant ainsi une large synthèse de son oeuvre. Il aborde les thèmes économique et sociétal à travers les principaux concepts et notions développés par Weber, tels que les différents types d’action, le concept d’idéal-type, les formes de domination, la bureaucratie ou encore la rationalisation des conduites.
Références
Delas, J.-P., & Milly, B. (2005). Histoire des pensées sociologiques. Paris: Armand Colin.
Fleury, L. (2001). Max Weber. Paris: Presses universitaires de France.