Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07037.jsonl.gz/486

La commission Bergier réfute les critiques de ses détracteurs. Selon elle, il est impossible de parvenir à des chiffres définitifs concernant le nombre de personnes refoulées à la frontière suisse durant la Deuxième Guerre mondiale.
En raison des lacunes béantes dans les archives, il n'est pas raisonnable de se limiter à des résultats comptables et d'en tirer des conclusions politiques sur la volonté d'accueil de la Suisse, écrit en substance la commission Bergier dans une prise de position publiée vendredi par le quotidien Le Temps.
La commission répond ainsi à certaines critiques récentes, notamment celles de l'économiste lausannois Jean-Christian Lambelet, qui lui reprochait d'avoir sali le comportement de la Suisse en la présentant comme fermée aux réfugiés. Selon M. Lambelet, plus de 90 pour cent des juifs qui se sont présentés à la frontière suisse pendant la guerre auraient été accueillis.
Pour confirmer ses calculs, l'économiste citait notamment une étude publiée le mois dernier par les Archives d'Etat genevoises, qu'il estime pouvoir être extrapolée au niveau suisse.
La commission Bergier réfute le reproche d'avoir ignoré cette étude, publiée quinze mois après la date prévue. La commission a préféré s'appuyer sur les recherches approfondies des archives fédérales, faisant état de 24 398 refoulements aux frontières suisses pendant la guerre.
Ainsi, le chiffre de 3000 refoulements articulé par certains ne résiste pas à un examen attentif, selon la commission. Le cas genevois ne saurait être extrapolé tel quel. En outre, il faut tenir compte des nombreuses incertitudes qui subsistent, des différences de méthode et de la période envisagée.
Il faut savoir également que le chiffre de 24 398 refoulements entre janvier 1940 et mai 1945 prend en compte les réfugiés civils, à la fois juifs et non-juifs. Il indique bien le nombre de refoulements et non celui des personnes refoulées, impossible à établir vu que nombre de réfugiés ont tenté plusieurs fois leur chance, relève la commission.
Dans ces conditions, reconstituer une statistique complète des personnes refoulées et acceptées n'est pas possible. Aux yeux de la commission, ce ne sont pas en premier lieu les chiffres qui importent, mais «le fait indéniable d'une politique restrictive, à courte vue, et d'une pratique passablement confuse».
«En se limitant à des résultats comptables, on risque tout autant d'occulter l'implication de certains acteurs dans la machinerie nazie que de négliger les actions innombrables de ceux qui ont aidé les victimes à échapper à leurs bourreaux», écrit encore la commission.
swissinfo avec les agences