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Marc Leboucher, Bach, texte inédit, Paris, Gallimard 2013, 372 p.
Maurice Bellet, L'avenir du communisme, Paris, Bayard 2013, 160 p.
D'emblée, l'auteur nous avertit qu'entre la liste des progrès fulgurants et admirables de l'humanité et celle désolante des formes de destruction, entre l'espoir et le désespoir, il choisit l'espérance qui ne se résigne à rien de ce qui meurtrit ou détruit les humains.
Ceci dit, la crise dans laquelle on vit est absurde : un milliard d'humains souffre de la faim et l'on jette à peu près le tiers de la production agricole. L'argent étrangle tout et on est menacé d'un mal que l'auteur nomme hébétude. C'est parce qu'il croit qu'il y a dans l'humanité de quoi surmonter ses désastres et ses folies, qu'il est prêt à affronter, avec cette étude, la gravité du mal et à sonder l'espérance qu'a été le communisme (changer à la fois le monde et l'homme, viser une fraternité universelle ; volonté d'une régénération qui serait liberté et création).
Son étude est divisée en deux parties. Dans la première, Maurice Bellet analyse les faiblesses de la démocratie, les intégrismes, les malheurs du communisme, le complexe de l'Occident avec son délire et sa violence. La deuxième ouvre le regard sur ce qui réunit les humains et sur la volonté d'une stratégie et d'une gouvernance en mutation.
La fameuse devise de la République française ne comportait au début que Liberté et Egalité. La Fraternité ne fut ajoutée qu'en 1848, lorsque parut le Manifeste de Marx. L'auteur, prêtre, psychanalyste, théologien et philosophe, analyse avec brio ces trois termes, alors que le mot révolution revient à la mode. Il s'interroge sur l'homme moderne, partagé entre passion et ténèbres et devenu une sorte d'apprenti sorcier (là, c'est le psychanalyste qui parle) ; sur les droits de l'homme, qui risquent l'équivoque ; sur la jouissance du pouvoir, ce grand tentateur. Comment mixer science, technique et économie ? La première partie se termine par un exercice imaginaire effrayant.
La deuxième partie questionne les voies de sortie. L'auteur souligne que ce qui est commun à tous les humains, c'est le dialogue. Il faut donc tenter d'offrir un lieu de partage, où l'acceptation des différences serait la substance même de l'unité. Faire un grand bond vers la Bible, où retentit l'espoir fou d'une libération de l'oppression (il semblerait que cet espoir soit propre à l'Israël de la Bible). Si la Grèce antique interroge, explique Maurice Bellet, dans l'Evangile on n'a jamais fini d'apercevoir la profondeur : ce mouvement souterrain charrie mille choses, parfois contradictoires, dont il importe de percevoir l'unité.
« L'avenir du communisme, c'est l'immense espoir d'une humanité délivrée de ce qui la détruit et capable de mener plus loin la puissance qu'elle s'est découverte, que cet espoir soit repris en descendant plus bas, jusqu'en ces processus noirs qui ont compromis le communisme lui-même, pour passer par-delà. »
Nathalie Becquart, Yves de Gentil-Baichis, L'évangélisation des jeunes, un défi. <email-pii>, Paris, Salvator 2013,122 p.
Lors de sa dernière année d'études de HEC, au cours d'un week-end d'initiation à la prière ignatienne, Nathalie Becquart vécut une expérience spirituelle très forte qui lui fit choisir la vie religieuse chez les xavières. Devenue directrice du Service national pour l'évangélisation des jeunes de France et responsable de la pastorale étudiante, elle a acquis la conviction profonde que les jeunes peuvent être les premiers acteurs de la nouvelle évangélisation. Elle nous rend attentifs au fait que nous assistons à une révolution culturelle et anthropologique considérable, qui concerne autant l'Eglise que la société.
La première caractéristique des jeunes, c'est d'être connectés. Ils ont grandi la souris à la main et leur appartenance première, avant celle à tel pays ou à telle ethnie, est à l'humanité. Ils sont branchés sur l'ailleurs et vivent dans l'aujourd'hui. Pourtant, reconnaît-elle, 20% des jeunes en France ne s'adaptent pas ou peu à ce monde et sont largués, 21% vivent sous le seuil de la pauvreté et 25% sont au chômage. Car ce qui est déterminant, ce sont les diplômes, et là les inégalités sont très fortes. Ceux des banlieues, qui échouent dans leurs études, dans leur recherche de travail, n'ont souvent d'autre solution que la violence des trafics ou l'investissement dans des pratiques religieuses qui peuvent leur communiquer fierté et cohérence. Pour ces jeunes, partage et solidarité sont des valeurs auxquelles se raccrocher.
Ainsi, ceux qui entre 18 et 30 ans deviennent croyants, n'entreprennent pas cette démarche pour imiter des parents ou leur faire plaisir, mais par choix personnel. Ce qui leur parle le plus, c'est la dimension de fraternité universelle (ils sont très branchés sur les questions de solidarité) et donc Taizé, où l'on pratique une vraie pédagogie de la prière pour initier au silence et au partage.
Partant de son rôle à l'aumônerie, Sœur Becquart confie à Yves de Gentil-Baichis, journaliste au quotidien La Croix, comment l'Eglise aide les étudiants dans leur recherche de logements ou de stages, ou lors de leurs examens en proposant, par exemple, des séjours de révision à l'aumônerie ou dans une abbaye. Mais, souligne-t-elle, l'écoute ne se fait pas uniquement dans un bureau ; elle passe souvent par un vivre ensemble, que ce soit dans le cadre d'un camp, d'un pèlerinage, d'une croisière-retraite, d'entrée en prière ou de JMJ.
Les jeunes, dit-elle encore, ont peur d'un engagement définitif, et apprendre le chemin de la fidélité se fait à travers des épreuves, que ce soit au sein des couples ou au cœur d'une vocation religieuse. Il faut les aider à poser des repères et à opérer un vrai discernement dans la liberté.
Dans ce dialogue avec son interviewer, la religieuse xavière, ayant à peine dépassé la quarantaine, révèle un enthousiasme certain et porte un regard plein d'optimisme sur le monde.
Polina Jerebtsova, Le Journal de Polina. Dédié aux dirigeants de la Russie d'aujourd'hui, Paris, Books Editions/France Culture 2013, 560 p.
Frère Roger de Taizé, A la joie je t’invite. Fragments inédits, 1940-1963, Taizé, Presses de Taizé 2012, 240 p.
C’est avec une certaine retenue que j’entreprends de vous présenter ces fragments inédits. Tout est si brillant, si humble, si intime dans ce livre, que tenter d’en résumer le contenu me paraît impossible. Ces dits fragments
« d’ouvrage esquissé » et de « notes inachevées » nous font entrer dans le monde intérieur du fondateur de Taizé.
Il se souvient de son adolescence, qu’il a consumée dans une recherche incessante, voulant boire à toutes les sources pour étancher sa soif, soupirant parfois après la mort qui lui paraissait plus attirante que la vie. Et un jour, il s’entend appelé par le Christ : « Toi, suis-moi. » Il pressent cet appel dans une voie toute neuve, mais hésite... préférant les chemins tracés.