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En 1401 Bonneville fut quasiment détruite par une grande crue de l'Arve. On ne parlait pas alors de réchauffement - d'autant moins que le petit âge glaciaire avait commencé. Aujourd'hui, à presque chaque événement intense ou hors norme, il est devenu courant d’invoquer le réchauffement climatique. Or les informations du passé montrent que les épisodes extrêmes ont toujours existé.
56 ans avant la canicule de 2003 l’Europe avait déjà eu très chaud: l’été 1947 a été marqué par une canicule record en terme de températures et de durée des chaleurs.
Les pluies et inondations ont aussi toujours été au rendez-vous. On connaît la crue centennale de la Seine en 1910 et l’inondation d’une partie de Paris.
L’Arve est un torrent de montagne qui devient une rivière. Elle est alimentée par de nombreux autres torrents. Montagne, torrents: deux raisons de voir les eaux monter rapidement. La cause à la fonte des neiges, en particulier sous l’effet d’un vent doux, et aux pentes raides ou abruptes où l’eau dévale sans être absorbée.
A cela s’ajoute un troisième élément: l’intensité des précipitations. Vendredi, une remontée d’air très humide a déversé son eau sur le bassin de l’Arve et sur le Chablais. Un classique printanier que l'on a déjà constaté au Tessin. Et de l’eau, elle en avait en réserve! Or on sait que le bassin de l’Arve est rapidement saturé, comme indiqué sur ce site dédié. Dans le passé les inondations se sont succédé jusqu’à l’endiguement de la rivière.
La vitesse du courant de la rivière a également été accélérée il y a quelques décennies, accentuant les risques dus aux crues fortes:
« Depuis les années 50, l'extraction de millions de tonnes de gravier et de sable du fond de l'Arve, utilisés pour diverses constructions, a approfondi, par endroits, le lit de la rivière d'une dizaine de mètres. La vitesse du courant s'est accélérée. Une étude de diagnostic faite en 1988 a montré que l'approfondissement du lit de la rivière isolait l'Arve de sa plaine alluviale sur 75 % de son cours. »
Mais la réputation de la rivière était déjà faite:
« Chaque décennie, jusqu'à nos jours, a été marquée de crues plus ou moins importantes. Parmi les plus violentes: 1401, qui détruisit Bonneville, 1733, qui emporta tous les ponts bâtis sur la rivière, 1778, 1787, 1825 qui se ressemblèrent en volume d'eau, et enfin 1852, 1888 et 1895 qui firent bien des dégâts dans les villes bordières. (…) Les anciennes crues sont repérées le plus souvent lorsqu'il est nécessaire de reconstruire les ponts et les passerelles sur le cours de l'Arve, ou quand les bâtiments disparaissent dans les flots sur la rive carougeoise (en 1733). La crue de 1888 de 1136 m3/s déclencha le projet de correction générale de l'Arve, avec la subvention de la Confédération, moyen pour rattacher le canton à la jeune moderne Confédération. »
1136 m3/s en 1888: un record inégalé. Le pic de la crue d'hier n'a été « que » de 905 m3 samedi matin à Genève.
Images 1 et 2: L’Arve à Servoz. Image 3: crue de 2014, Chamonix.