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Cette maquette en noir et blanc est un second dessin à l'échelle réduite pour la deuxième fenêtre haute à gauche dans le temple de Coppet.
Clément a réalisé une première maquette pour ce vitrail, le CHC_045. Sur cette seconde, il reprend les mêmes dessins avec plus de précisions. Il est très instructif de les mettre en parallèle afin de voir comment le sujet a évolué. Il semble que l’artiste ait rapidement fixé les deux épisodes liés à Adam et Eve, à l’exception de petits détails qui ont évolué. Par contre, l’illustration dans le quadrilobe de la partie supérieure du vitrail semble avoir donné plus de peine à l’artiste. Deux variantes très différentes ont été imaginées. Pour la maquette CHC_045, Adam et Eve, debout côte à côte, sont figurés sur le lobe supérieur et l’agneau et le lion sont à leurs pieds dans les lobes gauche et droit. Pour le présent dessin, c’est le pommier qui prend place dans le lobe supérieur avec Adam et Eve assis de chaque côté de celui-ci. Seul l’agneau, couché, figure dans le lobe inférieur.
Dans le fonds graphique de l'atelier fribourgeois Kirsch et Fleckner, donné au Vitrocentre Romont en 1991, plusieurs cartons pour les vitraux de Coppet y figurent, notamment celui pour ce vitrail, le KF_1231. Sa comparaison avec les deux maquettes nous permet de constater que quelques changements ont été opérés. Pour la scène de la tentation, le serpent ne grimpe plus long du tronc du pommier mais descend, accroché à des branches de l'arbre. Pour l'épisode d'Adam et Eve chassés du Paradis, l'artiste a modifié la position des deux protagonistes. Ils se présentent de face et s'avancent vers le spectateur alors que sur les maquettes ils étaient de trois quarts et partaient sur le côté. L’ange a légèrement été redressé et la disposition de ses bras a été modifiée,
le gauche tenant l'épée est tendu alors que le droit est plié. Par contre, dans le quadrilobe, Adam et Eve ont disparu au profit d’une grande gerbe de fleurs et le vol de trois canards, le lion et l’agneau étant couchés dans le lobe inférieur.
L'étude des deux fenêtres hautes à gauche dans la nef du sanctuaire consacrées à Adam et Eve nous permet de constater un autre changement étonnant : le quadrilobe au-dessus des deux lancettes a été inversé. En effet, la représentation du lion et de l’agneau figure au-dessus d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden et Eve naissant de la côte d’Adam. Par contre, les deux écoinçons en dessous du quadrilobe sont restés à leur place. Ce changement d’image est étrange car les motifs dans les écoinçons complétaient ceux représentés dans le quadrilobe figuré au-dessus et auraient dû logiquement également être intervertis. Que signifie donc ce changement partiel ? Comment peut-on l’expliquer ? Peut-être est-ce une volonté de dernière minute des commanditaires ? Ou une erreur dans le montage des vitraux ? Il est difficile de donner une réponse claire.
Charles Clément réalise les vitraux pour le temple de Coppet en deux phases. Il est appelé une première fois pour les vitraux du choeur (Crucifixion et les deux verrières d’évangélistes) entre 1933 et 1934, qu’il réalise en collaboration avec l’atelier fribourgeois Kirsch et Fleckner. Vingt ans plus tard, en 1953-1955, il réalise avec l’atelier Kirsch frères les vitraux pour la nef et la façade occidentale.
En 1933, il est de retour en Suisse depuis une année après cinq ans passés à Paris et Marseille et continue son activité liée au vitrail (Rouiller, 1989, p. 199-200) commencée dix ans auparavant avec des verrières pour le temple d'Arnex (1922) (Courthiau, 2011, p. 327). Alors qu’il débute son travail pour les verrières du temple de Coppet, il est en train de terminer celui pour la cathédrale de Lausanne. Il y a réalisé quinze vitraux entre 1930 et 1934. Il vient également de terminer la grande verrière du choeur pour l’église de la commune voisine de Coppet, Commugny (1933), et va s’occuper de la création des vitraux pour le temple de Cuarnens (1935) (Rouiller, 1989, p. 205).
Lorsqu’il commence la seconde phase de sa création à Coppet, Clément s’occupe en même temps de la réalisation de cinq vitraux pour l’église de Crêt-Bérard à Puidoux et de quatre verrières pour l’église réformée de Goumoens-la-Ville (1953). En juin 1954, le vitrail du Christ Roi pour l’église Saint-Luc à Lausanne est inauguré (Rouiller, 1989, p. 205).
Entre ces deux époques le style de Clément a évolué. Pour les trois verrières du choeur, l’artiste compose un dessin avec une multitude de pièces de verres très petites et modèle ses personnages dans un style cubiste. Vingt ans plus tard, il simplifie ses motifs, agrandit les verres et va à l’essentiel. Son travail sur la couleur semble suivre le même chemin. Alors qu’il juxtapose une multitude de couleurs dans ses premières verrières, parfois se contrastant fortement, il préfère l’harmonie des teintes dans cette seconde phase créative. La verrière du Jugement dernier en est un parfait exemple. Composée dans une déclinaison allant du lie de vin au mauve, l’impression générale est harmonieuse et paisible alors que le vitrail consacré à la Crucifixion dégage une impression d’hétérogénéité qui fait néanmoins toute la force de la verrière.