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Dans les années ’20, mais par un tout autre biais, des femmes et des jeunes filles ont aussi pratiqué l’athlétisme dans le pays. C’est en Suisse allemande que le mouvement SATUS (Schweizerischer Arbeiter-, Turn- und Sportverband, traduit en français par Fédération Ouvrière Suisse de Gymnastique et de Sport) a ouvert ses portes aux athlètes féminines. En 1922, cette fédération suisse du sport travailliste décide d’abolir la gymnastique populaire et de la remplacer par l’athlétisme. Les premières compétitions sont organisées l’année suivante et les premiers championnats officiels ont lieu en 1924 à Bâle avec trois championnes : Emmy Hein court 11″0 sur 75 m, Rosa Walch saute 1,25 m en hauteur et Margrit Kunz lance 7,00 m au poids 5 kg. En 1925, deux athlètes portent les couleurs helvétiques à la première olympiade ouvrière de Francfort : Trudy Vonnier termine quatrième sur 100 m en 13″4 et Rösi Hächler franchit 1,23 m en hauteur ainsi que 3,67 m en longueur. Les performances n’ont rien de transcendant, mais le mouvement continue de se propager avec des championnats organisés en 1925 à Berne, en 1926 à Zurich et en 1927 à nouveau à Berne. Malgré un coup d’arrêt en 1928, les compétitions reprennent en 1929 et il n’y aura plus d’interruption jusqu’à nos jours. Nous pouvons donc dire que grâce au mouvement SATUS, l’athlétisme féminin a toujours été pratiqué en Suisse depuis 1922.
Charles Leuthardt, le grand architecte de l’athlétisme féminin en Suisse
Au début des années ’30, l’athlétisme féminin doit être repensé de manière plus sérieuse. On l’a dit précédemment, le train de l’athlétisme international roule désormais sans aucune Suissesse à son bord et le retard pris va prendre énormément de temps à être comblé.
Suite aux compétitions en Suisse romande, ainsi que dans les rangs du mouvement SATUS durant la majore partie des Années Folles, il est laissé au club de Bâle appelé Old Boys d’activer sérieusement l’athlétisme féminin en Suisse. Nous sommes en 1928 et la direction de la section athlétique féminine de l’Old Boys Basel est prise par Charles Leuthardt (photo), d’abord en tant qu’entraîneur de cette section, puis en tant qu’entraîneur national et chef de l’athlétisme féminin à la future Fédération Suisse d’Athlétisme Amateur (F.S.A.A., dès 1949). Tel un architecte, il va construire patiemment durant pas moins de quatre décennies les bases de l’athlétisme féminin helvétique. À ses débuts à Bâle, il entraîne vingt jeunes filles enthousiastes, qui vont progressivement devenir les meilleures athlètes du pays jusqu’à la fin des années ’50. Les mêmes efforts se produisent du côté de Zurich, mais les esprits négatifs sont nombreux. La section d’athlétisme du FC Zürich aimerait créer un groupe féminin, mais au sein même du conseil d’administration du FCZ, il y a des opinions partagées. C’est finalement grâce à la ténacité des seuls partisans que la création de la section féminine voit le jour à la mi-octobre 1931. Du côté de Berne, le comité de la GG Bern s’oppose clairement aux compétitions d’athlétisme féminines. Il y a pourtant des athlètes bernoises motivées, à l’image de Doris Christen. Elle a finalement quitté la GGB au profit d’Old Boys Basel ! Ce n’est qu’en 1948 qu’une athlète de la GGB prend part pour la première fois aux championnats suisses; il s’agit d’Edith Jakob, qui remporte le titre sur 60 m.
Et du côté de la Suisse romande ?
On l’a vu précédemment, les débuts avaient été florissants dès 1921 du côté de Genève. Malgré d’excellentes prestations sur le plan international, le mouvement s’est peu à peu éteint à la fin de la saison 1925. Une période blanche de quatre ans permet aux dirigeants du Stade Lausanne de créer une section féminine et le, 11 août 1929, ils organisent à Vidy ce qu’ils nomment les championnats suisses. Les athlètes du SL trustent les premières places avec en vedette Suzanne Devenoges qui s’impose dans quatre disciplines : sur 100 m en 13″6, sur 250 m en 36″8, en hauteur avec 1,23 m et en longueur avec 4,90 m. Dans les lancers, Georgette Wächter remporte le poids avec 9,20 m, la jeune Grosjean gagne le disque avec 25,05 m et Renée Collet s’adjuge le javelot avec 23,47 m. Elles font également main basse sur les relais 4 x 100 m en 57″8 et suédois en 2’47″0. Mise au courant de cette compétition, le département d’athlétisme de l’A.S.F. ne reconnaît pas ces championnats. Par contre il admet que les performances réalisées par les athlètes Stadistes sont tout à fait valables et il les entérine comme étant les tous premiers records suisses féminin. Ainsi tout ce qui s’est déroulé jusqu’à cette date au cours des années ’20 est tout simplement ignoré ! Cette situation a pourtant le mérite vouloir faire repartir l’athlétisme des femmes sur des bases identiques pour tout le pays. Vouloir seulement, car lors d’une réunion extraordinaire des délégués du département d’athlétisme de l’A.S.F. le 22 février 1930 à Berne, l’ordre du jour parlant de l’athlétisme féminin ne donne aucun résultat et l’immobilisme semble rester de mise.
Encore une tentative avortée en 1933
Il faut attendre le 27 août 1933 pour voir une seconde tentative de championnats suisses se tenir à Zurich. Mais comme quatre ans auparavant sur les bords du Léman, le département d’athlétisme de l’A.S.F. ne reconnaît toujours pas ces championnats suisses. Ainsi ces deux compétitions resteront dans l’histoire comme étant des meetings nationaux. Cette édition de 1933 voit pourtant un joli nombre d’athlètes venant de Bâle, Balsthal, Coire, Lucerne et Zurich, chacune des disciplines avec 25 à 30 participantes. Hélas le journal « Sport » décrit que le tout est un fiasco du point de vue propagande athlétique car dans l’ombre de l’athlète allemande de classe mondiale Käthe Krauss (qui a gagné partout où elle a concouru), les Suissesses ont paru extrêmement faibles. Berta Brändli (FC Zürich) obtient les meilleurs résultats helvétiques avec quatre victoires sur 100 m, au poids, au javelot et au pentathlon. Au classement par club, le FC Zürich domine Old Boys Basel et le FC Chur.
Les championnats suisses féminins enfin reconnus en 1934
Le meeting national zurichois de 1933 fait office de détonateur dans les esprits des dirigeants de l’athlétisme suisse. Sous la présidence du Bernois Paul Lüdin, il est officiellement décidé d’organiser des championnats suisses féminins dès 1934. Ils se disputeront séparément des hommes jusqu’en 1951 (y compris durant les années de guerre) et ce n’est qu’en 1952 que l’athlétisme suisse sera enfin réuni à Zurich pour un seul et même championnat regroupant les hommes et les femmes. On y arrive… gentiment ! Ces premiers championnats suisses féminins sont donc organisés le 12 août 1934 à Zurich. Au Letzigrund, on assiste essentiellement à des duels Old Boys Basel vs LC Zürich. Quatre records suisses sont améliorés : le 100 m par Klara Moser (Old Boys Basel) en 13″3, le 300 m par Margrit Hunn (Old Boys Basel / la future épouse de Charles Leuthardt) en 46″6, le poids par Berti Brändli (LC Zürich) avec 10,39 m et le 4 x 100 m par les Bâloises Moser, Grunkin, Hoffmann et Zurkirchen en 54″2.
Les championnats suisses de 1935 se disputent à Bâle et font office de revanche entre les deux clubs phares de l’athlétisme helvétique. Mais les filles de l’OB Basel sont en forme et elles raflent tous les titres, à l’exception du 100 m et du 4 x 100 m. Charles Leuthardt peut être fier de son travail sur le terrain avec ses athlètes. Omniprésent, il est également très actif en coulisses puisqu’il est chargé par le département d’athlétisme de l’A.S.F. de travailler sur le règlement féminin, ceci avec la collaboration du Dr Viktor de Roche. Il est avant tout question de la sécurité des jeunes femmes. Ainsi le 800 m leur est toujours interdit. Quant au 200 m, il est autorisé uniquement aux athlètes qui ont deux ans d’entraînement athlétique derrière elles ou qui ont réalisé un chrono inférieur à 14″0 sur 100 m !
PAB
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