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C'est un deuil qui m'a très tôt fait prendre conscience de ce principe universel.
Quand ma mère m'a annoncé la mort de mon père, c'était comme si elle avait tiré d'un coup sec le tapis sur lequel je marchais. D'abord déstabilisée, cherchant désespérément quelque chose à quoi me raccrocher pour éviter la chute, je me suis vite sentie vide, comme les coquilles désertées des bernard l'hermite que j'avais trouvées sur la plage la semaine précédente. Le choc m'avait fait l'effet d'un anesthésiant.
La rentrée des classes n'était pas loin, et l'idée d'avoir à parcourir le marathon des fiches d'information à remplir pour chaque professeur (avec en face de la rubrique "profession du père": décédé le 7.7.1977) me remplit de colère. Je ne comprenais pas que le Dieu auquel je croyais n'ait pas trouvé suffisant de m'accabler du décès de mon père et m'oblige à traverser ces épreuves vides de sens. Cette "injustice" a entretenu ma colère pendant toute la première semaine de ma rentrée au lycée.
Cette semaine passée, poursuivant une chute qui me semblait interminable, je repensais à Alice, celle du Pays des Merveilles, et constatais que je n'avais pas encore atteint le fond. Le soir dans l'obscurité de ma chambre, j'essayais d'établir le contact avec mon père. Mon état d'esprit était au marchandage et mon discours à peu près celui-là: "puisque tu m'as abandonnée, d'où tu es, tu peux au moins me donner le courage de plonger pour le test de natation". Cette tentative de dialogue tourna vite au monologue et me plongea dans l'isolement. Je me recroquevillais sur moi-même comme une huitre essayant de digérer un corps étranger. Heureusement, mon parcours touchait à sa fin et j'atteins bientôt mon point de chute. J'avais l'impression d'avoir parcouru un trajet incroyable. Comme un marathonien, je me sentais maintenant capable de parcourir toutes les distances et de franchir tous les obstacles. Les paroles d'Alice me revinrent à l'esprit: "Après une chute pareille, je me moquerai pas mal de dégringoler l'escalier!"…et je me demandais alors quelles Merveilles allaient m'attendre.
Le grain de sable était en train de se transformer en perle! C'est avec la même curiosité qu'Alice, toujours celle du Pays des Merveilles, que je fis repasser le film de ma chute. Comme un réalisateur, j'observais scrupuleusement chaque scène.
Et là quelque chose me frappa: Comment UN événement réel (le décès de mon père) pouvait-il être à l'origine de sentiments si divers: l'abattement, la colère, la tristesse, l'apaisement?
La perle apparut:
NOUS NE POUVONS RESSENTIR QUE NOS PENSEES.
LA REALITE NE NOUS APPARAIT QU'A TRAVERS LE FILM QUE NOTRE REALISATEUR INTERIEUR REALISE.
- Quand le scénario parlait d'abandon, je me sentais désespérée.
- Quand le scénario parlait d'injustice, la colère m'habitait.
- Quand le scénario parlait de l'échec de retrouvailles, la tristesse m'envahissait.
- Quand le scenario parlait de survie miraculeuse suite à une chute vertigineuse, je me sentais immortelle et investie de super-pouvoirs.
Ce qui m'est apparu comme une révélation est en fait la loi universelle qui s'applique au psychique. C'est le pendant de la loi de la pesanteur à laquelle aucun corps physique n'échappe.
Quand on a compris le principe physique universel de la pesanteur, on n'essaie plus de laisser tomber des objets dans l'espoir qu'ils ne tombent pas. On sait que la chute est inéluctable. Quand on a compris le principe universel du fonctionnement de notre psychique, on n'essaie plus de limiter nos expériences dans l'espoir de ménager nos émotions.
De la même façon qu'au cinéma on s'immerge dans le scénario pour vivre pleinement les émotions des personnages du film, lorsqu'on sait que nos émotions ne peuvent être que l'expression de nos pensées, on s'autorise à vivre pleinement.
Une deuxième question me vint alors à l'esprit: Pourquoi s'acharne t-on à changer son environnement dans l'espoir d'être plus heureux si on ne peut ressentir que ses pensées? Je pensais alors au collègue de mes parents qui avait changé de travail pour se sentir plus réalisé et qui était toujours aussi insatisfait. Les exemples sont légion: on se sent mal dans son job, on croit que c'est le job qui est en cause, on change et, après une période de grâce, le malaise réapparaît. A ce jour, je n'ai toujours pas de réponse à cette question mais il est clair qu'on oriente toujours ses recherches là où l'on y voit plus clair...et notre environnement extérieur n'est-il pas plus "lisible" que nos pensées intérieures?
Si vous avez envie d'en savoir plus:
- http://coachingconnect.co.uk/ian-watson-intro-to-three-principles/
- "The Inside-Out Revolution – The only Thing You Need to Know to Change Your Life Forever" de Michael Neill
- "The little book of Emotional Intelligence" d'Andy Cope et Amy Bradley