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Quels sports des Jeux olympiques d'hiver seraient clairement meilleurs dans le noir? Voilà bien une question qui taraude l'humanité depuis des millénaires. Depuis que des athlètes chaussent des skis, des patins à glace ou des chaussures de curling, des spectateurs, partout dans le monde, se demandent si les compétitions ne seraient pas beaucoup plus drôles à regarder si elles se déroulaient dans l'obscurité. Pourtant, personne n'a jamais eu le cran d'essayer de répondre à cette question ô combien capitale. Personne… à part moi.
N'écoutant que mon sens du devoir, j'ai minutieusement analysé les quinze disciplines des Jeux olympiques d'hiver de 2022 afin de déterminer lesquelles seraient mieux (et lesquelles seraient moins bien) si on éteignait les lumières.
Je pense faire parvenir le résultat de mes recherches au Comité international olympique, qui, je l'espère, prendra les mesures nécessaires pour les mettre en œuvre d'ici les Jeux olympiques d'hiver de Milan Cortina 2026. En attendant, cependant, j'ai décidé de partager avec les lecteurs et lectrices de Slate un aperçu des conclusions auxquelles je suis parvenu.
Une brève remarque avant de débuter: il est vrai que beaucoup d'épreuves olympiques ont lieu en plein air et de nuit.
Cependant, il y a une grande différence entre faire du sport de nuit et faire du sport dans l'obscurité. Les épreuves de nuit sont éclairées de manière à simuler le jour en pleine nuit. C'est contre nature! Je veux savoir quels sont les sports olympiques qui seraient meilleurs si on éteignait totalement les lumières (à l'exception de quelques éclairages «fun», comme des spots, des guirlandes ou des lasers). Cessons d'avoir peur du noir!
On ne va pas se mentir: le ski alpin serait très, très, très dangereux dans le noir. La seule manière pour éviter à de nombreux skieurs de se blesser ou de mourir lors d'une descente dans le noir serait de les faire aller très, très lentement au clair de lune ou peut-être avec des lampes frontales qu'on les autoriserait à porter. Ce passage du très vite au très lentement changerait fondamentalement la nature de la discipline en la faisant plus ressembler à une sorte de course d'orientation. En conséquence, le ski alpin, qui est l'un des sports les plus prisés des Jeux olympiques d'hiver, deviendrait l'un des moins appréciés.
Verdict: On laisse les lumières allumées.
Le biathlon, qui combine de façon assez étrange ski de fond et tir à la carabine, n'est pas particulièrement populaire. Si on éteignait les lumières, toutefois, cela pourrait faire sensation et devenir un vrai phénomène viral.
Le truc serait de remplacer les cibles statiques par des cibles explosives qui projetteraient des feux d'artifice dessinant le drapeau du pays de l'athlète qui les toucherait – un peu comme dans les gender reveal parties américaines où les gens font péter des explosifs au milieu des bois pour annoncer si leur bébé à venir sera une fille ou un garçon. Franchement, qu'est-ce qui pourrait mal tourner?
Verdict: On éteint.
Le bobsleigh serait très clairement meilleur dans le noir. On décore la piste avec des bandes lumineuses futuristes façon Tron, on peint les bobsleighs avec des couleurs qui brillent dans le noir, on leur installe un phare à l'avant, on met des enceintes qui crachent du Daft Punk sur la piste et c'est parti. Le sport y perdra peut-être en vitesse, mais il y gagnera en esthétique cyberpunk.
Verdict: On éteint.
Le ski de fond est un sport auquel il est déjà assez difficile d'intéresser les spectateurs – ce qui est vraiment dommage, au passage, car c'est un sport beaucoup plus amusant et sympa qu'il n'y paraît.
Éteindre les lumières et donner des lampes frontales aux athlètes ne changerait sans doute pas beaucoup la compétition (les skieurs de fond peuvent, a priori, pratiquer aussi bien dans l'obscurité qu'en plein jour), mais ne voir que des petites lumières gravissant et descendant des pentes douces sur leur écran pousserait sans doute les téléspectateurs à changer de chaîne encore plus vite qu'ils ne le font aujourd'hui.
Verdict: On laisse les lumières allumées (pour que les gens puissent découvrir à quel point c'est un sport sympa).
Puisqu'éteindre les lumières et faire clignoter un tas de néons partout peut transformer le bowling en «cosmic bowling», on devrait sûrement pouvoir faire de même pour le curling, sport qui serait indiscutablement génial dans le noir. Dans le cosmic curling, les cercles de la «maison» seraient tracés en couleurs fluorescentes et les joueurs lanceraient des pierres qui brillent dans le noir et font bip bip en glissant le long de la piste, à la manière d'un robot dans un sous-Star Wars.
Ces changements mineurs permettraient d'attirer un nouveau public vers le sport et aideraient ainsi les athlètes à mieux gagner leur vie en dehors des compétitions, puisqu'ils pourraient ouvrir des centres de cosmic curling qui siphonneraient en partie les fortunes que les adolescents engloutissent chaque année dans les bowlings pour leurs fêtes d'anniversaire.
Verdict: On laisse les lumières allumées.
Le patinage artistique pourrait se pratiquer dans le noir, mais cela ruinerait en quelque sorte tout le système de notation. Au lieu de regarder et d'évaluer empiriquement les passages des patineurs, les membres du jury devraient se fier aux patineurs, qui crieraient les noms des figures qu'ils réussiraient ou qu'ils louperaient. D'un côté, cela permettrait d'arriver au sextuple axel beaucoup plus vite que l'on ne l'aurait imaginé. Mais, de l'autre, on ne pourrait plus voir leurs beaux costumes.
Verdict: On laisse les lumières allumées.
Je suppose que le ski acrobatique pourrait avoir lieu dans le noir si les différents aménagements des pistes étaient éclairés et que les hélicoptères d'évacuation médicale étaient équipés de projecteurs pour mieux repérer les concurrents blessés afin de les emmener vers l'hôpital le plus proche.
Verdict: On laisse les lumières allumées.
Chris Lillis bringing 5️⃣ to snow with a double full full double full‼️ Quint twists are the hardest degree of difficulty trick an aerial skier can do. 🔥— U.S. Ski & Snowboard Team (@usskiteam) November 29, 2020
The Aerials Team competes in their @FISfreestyle World Cup opener this Friday, Dec. 4 at Ruka Ski Resort. pic.twitter.com/aVjEU0kGWp
Le hockey sur glace pourrait et devrait être pratiqué dans l'obscurité, à condition que les matchs aient lieu en extérieur, en hommage aux innombrables matchs qui ont lieu partout dans le monde sur des petites patinoires de quartier. On allumerait les phares des voitures pour éclairer la glace, mais des pénalités seraient prévues pour sanctionner les joueurs dont les mères se mettraient à klaxonner pour dire à leurs enfants qu'il se fait tard et qu'il faut rentrer dîner.
Verdict: On éteint.
Les descentes en luge seraient extrêmement dangereuses dans le noir. Toutefois, on pourrait faire un petit compromis en accrochant des guirlandes de Noël de part et d'autre de la piste, et peut-être surfer un peu plus sur le thème des fêtes de fin d'année en demandant à un officiel de l'organisation de se vêtir en elfe pour lancer la descente des athlètes en leur donnant un petit coup de pied, comme dans cette scène de A Christmas Story.
Ces changements rendraient-ils la luge plus intéressante ou plus agréable? Non, mais ce serait une belle preuve de solidarité pour ceux d'entre nous qui n'ont toujours pas retiré leurs décorations de Noël alors même que l'on est en février.
Verdict: 50/50.
J'avoue n'avoir jamais beaucoup regardé d'épreuves de combiné nordique, mais si éteindre les lumières peut améliorer les épreuves de biathlon, peut-être pourrait-il en être de même pour cette autre combinaison de disciplines olympiques? Ou alors, vous savez quoi, on pourrait peut-être carrément laisser tomber la discipline pour la remplacer par une sorte de show laser sympa et/ou le concert d'un groupe local qui reprendrait des tubes de Pink Floyd. Non?
Verdict: On éteint.
Sans modifications trop importantes, le short-track (patinage de vitesse sur piste courte) pratiqué dans l'obscurité tournerait en véritable bain de sang. Afin d'éviter des pertes de vie inutiles, les athlètes devraient donc émousser considérablement les lames de leurs patins (quel ennui!), porter un imposant équipement de protection, comme les joueurs de hockey (déjà vu!) ou mettre des casques avec lumière qui les feraient ressembler à de petits phares virevoltant sur la glace.
Il est difficile d'imaginer que des spectateurs pourraient trouver que n'importe lequel de ces changements pourrait améliorer la compétition, à part peut-être pour les gardiens de phare, et encore, j'ai des doutes.
Verdict: On laisse les lumières allumées.
Le skeleton serait sans doute beaucoup plus amusant dans le noir si et seulement si les athlètes devaient porter des costumes de… squelettes (évidemment) phosphorescents, comme ceux que l'on achète au dernier moment dans les boutiques de déguisements spécialisés le soir d'Halloween, car ce sont les seuls qui restent en rayon.
Toutefois, si les athlètes portaient ces déguisements aux Jeux et que l'on créait en outre autour d'eux une atmosphère effrayante en louant des machines fumigènes et en passant «Monster Mash» en boucle… on ne pourrait s'empêcher d'avoir l'impression de voir des athlètes qui ont choisi leur déguisement au dernier moment.
Verdict: 50/50.
J'ai un peu honte de l'avouer, mais j'ai l'impression que le saut à ski n'est pas très intéressant à regarder en l'état actuel des choses – ou du moins, pas aussi intéressant qu'il pourrait l'être, étant donné qu'il implique tout de même des athlètes qui semblent littéralement s'envoler vers les cieux tels des chauves-souris sortant de l'enfer.
Aussi, pourquoi ne pas tirer parti de la théâtralité inhérente à la discipline en attachant quelques petites fusées aux skis des sportifs? Il faudrait mettre la zone de saut à ski dans le noir complet, à l'exception d'un seul et unique projecteur qui suivrait les skieurs lors de leur descente. Puis, dès qu'ils seraient en l'air, on éteindrait le projecteur pour ne plus voir que les fusées traversant le ciel. Avec ces changements, le saut à ski deviendrait rapidement le premier sport olympique à gagner un Oscar des meilleurs décors.
Verdict: On éteint.
Le snowboard pourrait se faire lumières éteintes si on respectait deux conditions. La première: permettre aux athlètes de filmer avec leur téléphone. La seconde: les autoriser à être assez défoncés pour se moquer complètement de savoir s'il fait jour ou s'il fait nuit. Pour être sincère, j'ai l'impression que beaucoup de snowboarders sont déjà assez familiers avec ces deux conditions.
Verdict: 50/50.
Le patinage de vitesse est déjà spectaculaire, mais il le serait encore beaucoup plus si, au lieu d'illuminer la piste par le dessus, on l'illuminait par dessous. Cela donnerait en quelque sorte l'impression que les athlètes glissent sur un gigantesque anneau de lumière. Bon, certes, ce serait sans doute un peu éblouissant.
Certes, les patineurs n'y verraient plus rien et se planteraient sans arrêt. Et puis, la chaleur des lumières finirait par faire fondre la glace, ce qui gâcherait tout. Et, oui, d'accord, ça ne pourrait pas du tout être considéré comme du patinage dans le noir. Bon, laissez tomber, c'est une très mauvaise idée.
Verdict: On laisse les lumières allumées.
64 buts en une année, des records séculaires, des triplés légendaires, dix titres de champion d’Allemagne. Et pourtant, rien. Pas de Ballon d'or. Pas de proposition indécente. Pas de photographes qui en font un modèle (papa modèle d'une petite fille adorable, conducteur modèle d'une «Lambo» décapotable) ou qui le reluquent à la plage. Pas de diners en ville ni de campagne publicitaire: loin de tout, si loin. Presque oublié.