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Après le retrait des Russes de la ville de Kherson, le 11 novembre, les combats se concentrent, désormais, sur une autre zone, située à proximité: la péninsule de Kinbourn. Ce bout de terre d'environ 200 km2 se trouve à l'embouchure du fleuve Dniepr, à l'endroit où ce dernier rencontre la mer Noire.
Plus spécifiquement, c'est sa partie occidentale qui attire toutes les convoitises: une langue de sable qui s'étend sur une dizaine de kilomètres et ne fait qu'une centaine de mètres de large à son extrémité, appelée flèche de Kinbourn.
La flèche abrite une réserve naturelle d'«une rare beauté», assure le New York Times. Elle se compose de steppes sableuses, de marécages, de zones de végétation herbacée luxuriante, ainsi que de forêts de pins et de chênes.
Si la région est connue pour sa faune, sa flore et ses couchers de soleil, c'est pour une autre raison qu'elle se trouve actuellement au coeur des combats entre les Russes et les Ukrainiens: sa position stratégique.
Celui qui contrôle la flèche de Kinbourn contrôle l'embouchure du Dniepr et l'accès aux ports clés de Kherson et Mykolaïv, situés à l'est et au nord de la péninsule, analyse Forbes. Libérer cette bande sableuse revient à libérer le commerce maritime de ces deux villes.
Le contrôle de cet endroit présente également d'importants avantages sur le plan militaire, connus depuis des siècles: ce n'est pas pour rien que les Ottomans y avaient bâti une forteresse il y 500 ans.
Les forces russes ont pris le contrôle de la péninsule en juin. Ils ont utilisé la flèche de Kinbourn pour mener des frappes de missiles et d'artillerie sur les positions ukrainiennes dans tout le sud de la région de Mykolaïv et dans d'autres zones le long de la côte de la mer Noire contrôlée par l'Ukraine, rapporte le centre de réflexion «Institute for the Study of War» (IWS) dans l'un de ses rapports quotidiens.
Autre avantage, poursuit l'ISW: la flèche est hors de portée des pièces d'artillerie que les Russes ont accumulées sur la rive gauche du Dniepr, après leur retrait de Kherson. Parallèlement, le contrôle de cette bande sableuse mettrait les principales lignes d'approvisionnement ennemies en Crimée à portée des armes ukrainiennes.
Pour ces raisons, les experts militaires s'attendent à ce que Moscou se bat avec ténacité pour garder le contrôle de Kinbourn.
Des rumeurs concernant un débarquement ukrainien sur la flèche de Kinbourn ont commencé à circuler dès le 14 novembre, trois jours après la libération de Kherson. Des vidéos montraient des commandos ukrainiens dans des bateaux traversant à toute vitesse ce qui semble être l'embouchure du Dniepr.
Normalement très bavardes, les autorités de Kiev ont partagé peu d'informations sur cette opération, officiellement reconnue seulement ce mardi. La porte-parole du Commandement opérationnel sud de l'Ukraine, Nataliya Humenyuk, a évasivement déclaré:
Elle a quand même ajouté que le mauvais temps et la mer aident les forces ukrainiennes, tout comme le manque d'endroits où les troupes russes peuvent se cacher.
Vitaliy Kim, gouverneur de la région de Mykolaïv, a affirmé sur sa page Facebook que trois localités situées sur la flèche devaient encore être libérées.
Les forces spéciales ukrainiennes sont parmi les meilleures du monde, selon Forbes. Pourtant, il s'agit toujours d'une petite force, légèrement armée.
La flèche est un bon terrain pour l'infanterie légère qui se déplace rapidement à bord de petites embarcations, mais la péninsule adjacente et le sud de la région de Kherson, toujours aux mains des Russes, pourraient favoriser des forces plus lourdes.
Si l'objectif de l'Ukraine est de libérer une partie ou la totalité de Kinbourn, les commandos pourraient suffire, poursuit Forbes. Mais si Kiev veut utiliser cette opération pour frapper les brigades mécanisées russes déployées sur la rive gauche du Dniepr, il va falloir débarquer des équipements lourds sur la péninsule. Ce qui n'est pas facile à faire, étant donné que les bateaux légers ne peuvent pas transporter un bataillon mécanisé.
S'il y a un joker, ce pourrait être le navire Yuri Olefirenko, le dernier gros bateau de la marine ukrainienne. Une vidéo qui a circulé en octobre le montre en train de tirer des roquettes sur les forces russes sur ou près de la flèche de Kinbourn.
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre: cette opération va s'avérer cruciale pour la prochaine phase de la guerre contre Moscou.