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Loin des grandes voies de communication, dans la contrée vallonnée qui s'étend entre les vallées de la Töss et de l'Eulach, on découvre deux petites localités, Ober- et Unterschlatt. On désignait autrefois par «Schlatt» des coteaux et des vallons. Ici, ce nom se rapporte à la longue dépression dans laquelle sont blottis les deux villages. Un peu en dessus des maisons d'Unterschlatt, on voit se dresser l'église et son presbytère, mentionnés en 1241 déjà dans des textes. Depuis les travaux de rénovation entrepris en 1958, le presbytère, une demeure cossue, se remarque par son angle nordest à l'appareil grossier, fait de grosses pierres erratiques et de molasse. Les moellons angulaires eux-mêmes ne sont que peu équarris. Seul le revêtement de la porte haute en plein cintre percée dans la façade nord présente des pierres de molasse bien taillées. Cette partie du bâtiment n'est autre que le socle de l'ancien donjon qui, tardivement, fut englobé dans un plus grand complexe et placé sous le toit en demi-croupe de cet ensemble. Selon les études les plus récentes, l'appareil mégalithique de l'ouvrage de Schlatt ne remonte pas à la nuit des temps, mais au XIIIe siècle. A cette époque, la tour d'habitation, dont le plan dessine un carré de quelque huit mètres de côté, devait être surmontée d'une superstructure en bois. Les fenêtres du socle et l'actuelle entrée ont été percées tardivement. Nous ne savons que fort peu de choses à propos de transformations effectuées au Moyen Age. Le chroniqueur Johannes Stumpf parle d'une destruction par les Zurichois en 1334. La tour fut reconstruite, mais avec le temps, elle se délabra à nouveau.
En 1473, les chanoines de Heiligenberg (Winterthour) acquirent le droit de patronage de l'église de Schlatt et des prêtres vinrent s'installer dans le donjon tout proche. Les prébendiers réussirent en 1531 à obtenir encore le château et ses terres. La tour, quelque peu délaissée, avait besoin d'être restaurée. Ce n'est probablement qu'à cette date qu'on adossa une annexe angulaire aux côtés sud et sud-ouest de la tour. Comme à Elgg, proche de Schlatt, l'angle de la nouvelle construction fut chanfreiné. La transformation du donjon en presbytère exigea d'importants remaniements. Pour gagner de la place, les bâtisseurs démolirent les murs, épais de deux mètres, jusqu'au niveau du premier étage. Une dernière atteinte massive à la structure de cet ouvrage eut lieu en 1748/49, lorsqu'on abattit jusqu'aux murs des caves une partie de l'annexe et la remplaça par une nouvelle construction. Lors de ces travaux, l'angle sud-ouest fut soutenu par un énorme pilier, qui vint se placer juste devant l'une des étroites fenêtres transversales des caves. En même temps, le bâtiment fut agrandi du côté nord-ouest, ce qui donna au presbytère son plan presque carré.
Il est fait mention des seigneurs de Schlatt en 1180. Leur tour d'habitation ne doit cependant pas nécessairement être datée de cette époque. Nombre de familles ne prirent pas dès le début le nom de leur château, mais choisirent celui de l'une de leurs propriétés les plus importantes. Les seigneurs de Schlatt étaient vassaux des comtes de Kybourg. En 1241, ils détenaient les droits de bailliage et de patronage de l'église de Schlatt. A l'encontre de nombreuses lignées qui, au Xlle siècle, disparurent peu à peu, celle des Schlatt connut à cette époque un véritable essor. Elle entretenait d'étroites relations avec les Schad de Liebenberg, les seigneurs d'Ossingen et ceux de Wida. Après la reprise de l'héritage des Kybourg par les Habsbourg, nous trouvons les seigneurs de Schlatt parmi les nombreux bailleurs de fonds des ducs d'Autriche. Les biens qu'ils reçurent en nantissement se trouvaient en partie dans le lointain Etschtal, mais aussi dans la région d'Effretikon. Vers 1300, le château de Moosbourg, près d'Effretikon, était occupé par Jacques de Schlatt. Cet ouvrage, dont subsistent des vestiges, avait été construit en 1254 par le comte Hartmann l'Ancien de Kybourg pour son épouse. II semble que le château de Schlatt ait passagèrement continué à appartenir à la famille à titre de fief et il n'est pas impossible qu'il ait servi de siège au prévôt séculier de l'église de Schlatt, Jean de Schlatt.
En 1361, la tour était habitée par Rodolphe Hoppler, un citoyen de Winterthour. Par la suite, il y eut plusieurs changements de propriétaires; on trouve parmi ces derniers les seigneurs de Hohenklingen et les sires de Gachnang. Nombre d'entre eux ne résidèrent toutefois jamais à Schlatt et peu à peu, le château se délabra. Johannes Stumpf, le chroniqueur, ne fut pas le seul à déplorer en 1548 le mauvais état de cet ouvrage; le bailli de Winterthour le qualifia lui aussi de vétuste. Entretemps, le château avait passé des anciens chanoines à Zurich. D'importantes transformations furent entreprises en 1583, puis à nouveau en 1748/49. Depuis cette date, l'aspect du presbytère de Schlatt n'a guère changé et son utilisation est demeurée la même. Avec l'église, il forme un ensemble de belle apparence.
Bibliographie