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(VL) Jusqu'à présent, la politique agricole suisse se fondait sur l'hypothèse selon laquelle la production agricole devait en tout cas suivre le développement démographique, afin de garantir la sécurité d'approvisionnement en cas de crise. Mais, dans l'absolu, quelle pro-duction alimentaire faut-il maintenir dans des conditions normales pour pouvoir assurer un approvisionnement en grande partie autarcique de la population en cas de crise ? Par ailleurs, l'adaptation constante de la production domestique à l'évolution démographique a-t-elle pour effet d'accroître réellement la sécurité d'approvisionnement de la Suisse ? Contribue-t-elle à réduire les problèmes alimentaires mondiaux… ou a-t-elle plutôt l'effet contrai¬re ? Simulations de scénarios
Jusqu'à présent, ces questions n'ont guère été posées et encore moins étudiées. Les bases pour des mesures étatiques ciblées dans le domaine de la sécurité d'approvisionnement font donc largement défaut. La présente étude a pour objectif de contribuer à répondre à ces questions.
Les analyses montrent que la sécurité d'approvisionnement n'est pas déterminée par la production calorique dans des conditions normales, mais, en dehors des stocks obligatoires, par le potentiel de production naturel et la volonté de production, c'est-à-dire la ca¬pacité d'adapter la production et le traitement aux besoins alimentaires de la population en cas de crise. Pour assurer cette capacité, selon les résultats disponibles, il suffit de pro¬duire, en temps normal, des céréales panifiables, des pommes de terre, de la betterave à sucre, du colza et des légumes, sur une superficie totale de 150 000 hectares. L'intensité de la production actuelle pourrait reculer un petit peu et ainsi le bilan environnemental s'améliorer. Fertilité des sols cruciale pour le potentiel de production
Les autres surfaces d'assolement, soit environ 250 000 ha de cultures arables, constituent certes une réserve déterminante pour la production en cas de crise, mais le volume de production sur ces surfaces n'exerce aucune influence sur la sécurité d'approvisionnement en dehors des crises, tant que les ressources naturelles sont épargnées.
En ce qui concerne la produc¬tion de lait et de viande, les volumes susceptibles d'être produits sur la base du fourrage domestique sont suffisants pour la sécurité d'approvisionnement. La capacité de production requise peut être garantie, même en cas de production calorique inférieure à celle d'aujourd'hui. Du point de vue de la sécurité d'approvisionnement, l'intensité de production actuelle n'est pas nécessaire; elle pourrait même s'avérer contre-productive, dans la mesure où elle est préjudiciable aux bases de production. Pas de conflit d'objectifs avec la sécurité à l'approvisionnement
Les résultats révèlent que les conflits d'objectifs souvent invoqués entre la sécurité d'approvisionnement et les autres objectifs de la politique agricole – en particulier la sauvegarde des ressources naturelles et l'entretien du paysage rural – sont en réalité inexistants. Le maintien de la sécurité d'approvisionnement est compatible avec une agriculture durable et capable de réaliser les objectifs environnemen¬taux de la Confédération dans le secteur agricole. A quoi ressemblerait une agriculture qui garantisse l'approvisionnement ?
La conséquence d'une agriculture suisse qui produit en assurant l'approvisionnement et en préservant l'environnement, c'est une production légèrement diminuée et en revanche un peu plus d'importation de certains produits. Cela serait aussi un avantage pour l'environnement. Des études de renom montrent qu'en comparaison, une production extensive dans l'Europe de l'Est et d'autres régions du monde peut être augmentée en utilisant moins de ressources et avec un impact environnemental plus faible qu'une production en Suisse déjà intensive. Ne pas augmenter la production de l'agriculture suisse s'inscrit donc aussi dans une perspective globale de sécurité de l'approvisionnement. 1,1 milliard de francs de contributions à la sécurité de l'approvisionnement pas nécessaires
Les résultats de l'étude remettent largement en question les contributions actuelles à la sécurité de l'approvisionnement, qui représentent de loin le poste le plus important de la politique agricole suisse avec 1,1 milliard de francs par an. On peut s'étonner que cet instrument coûteux n'a jusqu'ici jamais été évalué au regard de son effet et de sa justification. Vision Agriculture a déjà demandé à plusieurs reprises que la Confédération procède à cet examen et en tire les conclusions nécessaires pour la politique agricole future. Plus d'information et les chiffres détaillés dans la fiche info Nr. 5
(en allemand)