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Une exposition de photographies judiciaires rassemble des clichés inédits de Rodolphe Archibald Reiss, fondateur de l'Institut de police scientifique il y a plus de 100 ans. Les commissaires d'exposition expliquent son élaboration.
En parallèle au spectacle «Crime et châtiment» (adaptation théâtrale du roman de Fédor Dostoïevski par le metteur en scène Benjamin Knobil) présenté à La Grange de Dorigny dès le 17 janvier prochain, l'Institut de police scientifique (IPS) de l'UNIL propose une exposition de photographies d'archives dépeignant la vie et la mort des Russes au travers de clichés inédits des débuts de la criminalistique. L'auteur de ces images n'est autre que le fondateur de l'Institut de police scientifique, Rodolphe Archibald Reiss (1875-1929), criminologue, et révélé au grand public comme photographe lors de l'exposition Le Théâtre du crime au musée de l'Elysée en 2009, à l'occasion du centenaire de l'IPS.
Les deux commissaires de l'exposition actuelle, Eric Sapin, enseignant de photographie forensique à l'IPS, et Isabelle Montani, MER suppléante à l'IPS, racontent la genèse de l'exposition.
Quelle est la particularité des photographies présentées à La Grange?
Il s'agit d'une sélection de treize photographies du fonds d'archives de l'Institut de police scientifique illustrant les échanges de notre Institut avec la Russie. Sous cette forme, ces clichés n'ont jamais été montrés auparavant au public. On pourra notamment découvrir deux images faites à St-Petersbourg lorsque Rodolphe Archibald Reiss s'y rend en 1912 pour donner des cours aux dirigeants des laboratoires d'expertises judiciaires, des portraits d'une bande de malfrats russes arrêtés à Lausanne ou encore la «revivification» d'un étudiant russe retrouvé mort à Ouchy.
Comment avez-vous conçu l'exposition?
L'exposition reflète sous l'angle particulier des débuts de la photographie forensique la fin du 19e siècle et le début du 20e alors que l'industrialisation, les mouvements sociaux et les guerres bouleversent l'Europe, ses frontières et les populations qui y vivent. De nouvelles techniques se mettent en place pour identifier les individus criminels, ainsi que des méthodes pour visualiser les traces et comprendre l'accomplissement d'un forfait. Les clichés dépeignent les échanges de connaissances entre les criminalistes qui se superposent aux destins pittoresques ou tragiques des exilés russes.
Qu'est-ce que ces photos nous apprennent sur les techniques criminalistiques de l'époque?
La photographie judiciaire, en plein développement, facilite l'identification des individus et documente les traces révélées en permettant la comparaison. On constate par exemple sur une de ces images que la photogrammétrie - technique permettant de reconstituer avec précision le lieu du délit ainsi que le déroulement des faits - était déjà appliquée.
Qu'est-ce que les techniques numériques utilisées aujourd'hui permettent de plus qu'à l'époque de Reiss?
Après la possibilité de capter la couleur et les phénomènes qui vont au-delà du visible (infrarouge, ultraviolet), il n'y a pas eu de développements fondamentaux dans les techniques photographiques et lors du passage de l'analogique au numérique. En revanche, l'utilisation du numérique offre l'avantage de diminuer l'encombrement du matériel, la rapidité d'accès et de transmission de l'image, et la possibilité de prises multiples pour la comparaison. L'émergence de logiciels de traitements d'image a aussi permis d'améliorer le rendu des clichés.
Est-il alors possible aujourd'hui de «truquer» plus facilement des preuves?
Oui, mais il existe toute une panoplie de techniques permettant de démasquer les interventions sur les clichés originaux. L'IPS comprend d'ailleurs une cellule d'expertise photo qui est régulièrement mandatée par la police suisse.