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Climat: la limite atteinte en 2030 prévient le GIEC
Depuis Genève, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat rendu public son dernier rapport. Cinq Suisses ont participé à l'élaboration de la publication de référence au verdict sans appel. Le réchauffement progresse plus vite que prévu. Dès 2030, la limite fixée par les accords de Paris sera dépassée.
"On peut s'attendre à ce que des phénomènes météorologiques extrêmes tels que ceux qui se sont produits récemment en Suisse et en Allemagne ou actuellement dans le sud de l'Europe se multiplient à l'avenir. Ces événements extrêmes continueront à devenir plus fréquents et plus intenses", indique la première partie du 6e rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).
Une équipe de 234 experts de 66 pays - dont cinq Suisses - y a évalué l'état des connaissances sur les bases scientifiques. Grâce à davantage de données, à une meilleure compréhension des processus physiques et à l'amélioration des modèles, la certitude de nombreuses conclusions a considérablement augmenté depuis le dernier rapport de 2013.
Depuis cette date, l'avancée majeure réside dans l'attribution des causes du réchauffement climatique, a relevé lundi devant les médias l'un des principaux auteurs du rapport, Erich Fischer, de l'EPFZ. "Selon la quantification la plus fiable, basée sur de nombreuses études, l'intégralité du réchauffement de 1,1 degré Celsius est d'origine humaine", a souligné le chercheur.
Le changement climatique en cours est unique depuis des centaines de milliers d'années, a-t-il ajouté. Les concentrations de dioxyde de carbone sont plus élevées que jamais dans l'histoire de l'humanité et le réchauffement actuel est le plus rapide depuis au moins deux mille ans.
Les concentrations augmentent
Depuis 2013, les gaz à effet de serre dans l'atmosphère ont continué à augmenter. Entre 2013 et 2019, les concentrations moyennes de CO2 ont crû de près de 5%, celles de méthane de 3,5% et celles de protoxyde d'azote (N2O) de 2,5%.
"Le rapport montre que les concentrations atmosphériques de CO2 en 2019 étaient 47% plus élevées qu'au début de l'ère industrielle et globalement plus élevées qu'à n'importe quel moment au cours des deux derniers millions d'années", a déclaré Gian-Kasper Plattner de l'Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et un auteur principal du rapport du GIEC.
La température à la surface du globe entre 2011 et 2020 était en moyenne supérieure d'environ 1,1 degré Celsius à celle de l'époque préindustrielle (1850 à 1900). La fréquence et l'intensité des vagues de chaleur et des précipitations extrêmes ont augmenté depuis 1950.
Origine humaine
Selon le GIEC, la principale cause de ces évolutions est le changement climatique d'origine humaine. "Il est extrêmement improbable que certaines des vagues de chaleur récemment observées aient pu se produire sans l'influence humaine", déclare Sonia Seneviratne, professeure à l'EPFZ et une auteure principale coordonnatrice du rapport, en charge du chapitre sur les extrêmes météorologiques et climatiques.
Les températures mondiales continueront à augmenter jusqu'au milieu du siècle. L'ampleur de l'augmentation dépendra des nouvelles émissions. Et Erich Fischer de déclarer que "le réchauffement climatique ne peut encore être limité à moins de 1,6 degré Celsius avec plus de 50% de probabilité, et très probablement à moins de 2 degrés, seulement si les émissions de dioxyde de carbone diminuent rapidement dans les années à venir et sont réduites à un niveau net zéro d'ici 2050".
La Suisse aussi concernée
La Suisse ne va pas échapper à cette évolution. Elle risque de connaître davantage de vagues de chaleur, de fortes précipitations et de sécheresse. "Touchant l’agriculture et les écosystèmes, celles-ci augmenteront en fréquence et en intensité dans l'ouest de l'Europe centrale, et donc aussi en Suisse, à mesure que le réchauffement de la planète s'accentuera", déclare Sonia Seneviratne.
Certains changements, comme l'élévation du niveau des mers ou la fonte des calottes glaciaires, sont déjà irréversibles pour des centaines ou des milliers d'années, précise Gian-Kasper Plattner. Selon le rapport du GIEC, le recul des glaciers se poursuivra également pendant des décennies, même si les températures mondiales se stabilisent.
Une vague de réactions
Les appels à l'action en Suisse se multiplient, notamment envers le Parlement et le Conseil fédéral.
Greenpeace considère le nombre croissant de catastrophes dans le monde comme un signal d'alarme. L'organisation écologiste invite ainsi le Conseil fédéral et le Parlement à élaborer le plus rapidement possible des mesures de protection du climat efficaces, socialement acceptables et pouvant être soutenues par la population.
"Après le 'non' à la loi sur le CO2, la politique climatique ne doit pas être laissée de côté en Suisse. Nous devons chercher des moyens de protéger le climat qui soient acceptables par la majorité", a déclaré Georg Klingler, expert climatique de Greenpeace, dans une réaction.
L'enjeu de Glasgow
Il est encore possible d'éviter de nombreuses souffrances, estime l'expert. On verra lors de la conférence climat COP26, qui se tiendra en novembre à Glasgow, si la protection du climat peut désormais bénéficier de la priorité nécessaire, ajoute-t-il.
La Suisse va s'engager pour une protection du climat efficace à l'échelle mondiale lors de la COP26, assure de son côté Simonetta Sommaruga dans un tweet. "Le GIEC confirme ce que les ministres des pays impactés me décrivent", écrit la ministre de l'environnement. Elle évoque notamment des terres disparaissant sous les eaux et des incendies de forêt dévastateurs.
Toutes les régions touchées
Le rapport du GIEC montre clairement que la crise climatique touche désormais toutes les régions de notre planète, écrit pour sa part le mouvement de la Grève du climat sur Twitter. Pour éviter les phénomènes météorologiques extrêmes et empêcher que les points de basculement climatique ne soient dépassés, chaque dixième de degré de réchauffement évité compte, ajoutent les activistes dans un communiqué.
Les nouvelles découvertes scientifiques et les événements climatiques extrêmes actuels, comme les inondations en Allemagne, les incendies de forêt en Grèce et les vagues de chaleur aux Etats-Unis, soulignent l'urgence de mesures, poursuit le mouvement. Ce dernier estime qu'en Suisse, les décideurs et grands pollueurs ne sont pas disposés à s'attaquer de manière conséquente à la crise climatique.
Fenêtre d'opportunité bientôt refermée
Le changement climatique frappe tout le monde, mais les plus pauvres sont les plus durement touchés, s'inquiète Caritas Suisse sur Twitter. L'organisation qualifie le rapport du GIEC de "profondément inquiétant" et estime que le changement climatique progresse de manière incontrôlée.
Le WWF Suisse prévient pour sa part que la fenêtre d'opportunité pour la lutte contre le réchauffement climatique va bientôt se refermer. La Fondation suisse de l'énergie (SES) voit quant à elle dans le rapport un appel à l'action.
Etant donné que trois quarts des émissions de gaz à effet de serre en Suisse proviennent du secteur de l'énergie, l'expansion rapide des énergies renouvelables est la mesure de protection du climat la plus efficace, estime l'organisation. Le levier politique le plus important est offert par la révision de la loi sur l'énergie, qui sera débattue au Parlement en automne.
Les Verts en appellent au Parlement
Les Vert-e-s relèvent pour leur part que le rapport du GIEC est "sans détour": la crise climatique est plus présente que jamais. "Après le non à la loi sur le CO2, la Suisse doit tout mettre en oeuvre pour que les objectifs climatiques des Accords de Paris soient atteints", déclare la conseillère nationale Delphine Klopfenstein Broggini (GE).
Le parti écologiste demande que le Parlement mette en oeuvre les éléments incontestés de la loi sur le CO2. Il cite notamment des mesures pour une place financière respectueuse du climat, la création d'un fonds destiné à encourager la protection du climat ou encore de placer des limites d'émissions de CO2 pour les véhicules.
Les Verts font également de nouvelles propositions, tenant compte des critiques émises contre la loi sur le CO2. A l'avenir, les investissements dans la protection du climat devront par exemple être soutenus grâce à des fonds de l'Etat et non plus grâce aux recettes issues de taxes incitatives.
Philippe Verdier avec ATS