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Un prototype de voiture électrique conçu à Athènes a suscité l'intérêt du constructeur américain Tesla, qui a débauché des ingénieurs grecs et va implanter en Grèce un centre de recherche: une innovation symbolique dans un pays sinistré par 10 ans de crise économique.
Développé à l'Ecole Polytechnique d'Athènes, ce véhicule baptisé Pyrforos a déjà été plusieurs fois primé ces dernières années au concours européen Eco-Marathon de Shell, dont le but est de parcourir la plus longue distance avec le moins d'énergie possible.
Sa réputation "a déjà permis à de nombreux ingénieurs grecs d'être embauchés à Palo Alto en Californie, au siège de Tesla", le constructeur de voitures électriques du milliardaire Elon Musk, mais également chez d'autres constructeurs étrangers, se félicite Antonios Kladas, chef du laboratoire de moteurs électriques de l'Ecole Polytechnique.
Tesla a annoncé fin février qu'il allait implanter près d'Athènes un centre de recherche et de développement de ses moteurs. Un investissement de 750'000 euros (près de 880'000 francs) considéré comme "important" pour le pays, qui émerge du tunnel de la récession.
Renverser la fuite des cerveaux
"Tesla va embaucher une quarantaine d'ingénieurs grecs travaillant actuellement à l'étranger, un pas très positif pour renverser la fuite des cerveaux dont le pays a souffert pendant la crise (...)", indique à l'AFP George Nounesis, directeur de Demokritos, le centre de recherches où Tesla va s'implanter.
M. Nounesis espère d'autres investissements dans l'innovation en Grèce, soulignant que les grandes entreprises du secteur vont "profiter de la plus-value du capital intellectuel dont dispose le pays".
Environ 500'000 personnes, surtout de jeunes diplômés âgés de 20 à 40 ans, ont quitté le pays depuis le début de la crise de la dette en 2010, qui a fait fondre le produit intérieur brut (PIB) d'un quart.
Mais après une croissance de 1,4% enregistrée en 2017, non loin des 2,3% de la zone euro toute entière, et "avec les réformes effectuées, la Grèce bénéficiera d'une croissance de 2% en moyenne les trois prochaines années grâce au retour du modèle économique traditionnel basé sur la hausse de la consommation, des exportations et des investissements", prédit Panayiotis Petrakis, professeur d'Economie à l'Université d'Athènes.
Entre 3 et 4 milliards d'euros ont été investis en Grèce ces deux dernières années, "un record" depuis une quinzaine d'années se réjouit le gouvernement.
Philip Morris International, qui avait racheté en 2003 Papastratos, l'un des plus vieux cigarettiers grecs, a ainsi investi 300 millions d'euros dans la production de bâtonnets de tabac pour sa nouvelle cigarette électronique à tabac chauffé Iqos, avec 400 nouveaux emplois à la clé.
Des retards demeurent
"Cet investissement est un vote de confiance dans l'économie grecque", estime Christos Harpantidis, directeur général de Papastratos. Deux usines similaires existent déjà en Italie et en Roumanie.
Toutefois, les experts restent prudents à cinq mois de la sortie de la Grèce de la tutelle de ses créanciers, Union européenne et Fonds monétaire international, et du retour aux marchés d'emprunt après un tunnel d'austérité, marqué par la baisse des salaires et des retraites.
"Des retards demeurent dans les secteurs agricole et manufacturier, qui doivent devenir plus compétitifs et poursuivre les réformes", souligne Panayiotis Petrakis.
Le marché de l'immobilier, grand potentiel pour la Grèce favorisée par des conditions géographiques et climatiques, peine pour sa part à retrouver des couleurs, en raison de problèmes bureaucratiques.
Ainsi, la transformation en parc touristique des terrains de l'ancien aéroport d'Athènes, privatisés il y a quatre ans pour 915 millions d'euros, peine à décoller en raison de démêlés administratifs et judiciaires.
Le défi de la Grèce, estime M. Petrakis, est désormais "la stabilisation", non seulement à l'intérieur, "mais aussi à l'extérieur, compte tenu de sa position géopolitique sensible", entre Europe, Turquie et Moyen-Orient.