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1. Généralisation de la règle «è devant une syllabe muette»: on peut écrire évènement comme avènement, il cèdera comme il lèvera, etc.
Exceptions:
a) les préfixes dé- et pré- (dégeler, prévenir, etc.);
b) les é- initiaux (échelon, édredon, élever, etc.);
c) médecin et médecine.
Ce premier principe tente de promouvoir une règle générale, qui continue néanmoins à comporter un certain nombre d'exceptions. Il en subsiste trois types. Le premier concerne les préfixes dé- et pré- (on devrait écrire dègeler, prèvenir si on suivait la règle générale); les secondes aux é- initiaux (on devrait sinon écrire èlever); la dernière exception est médecin, médecine, graphie trop bien ancrée dans l'usage aux yeux des experts. Nous avons là un premier exemple de la démarche suivie par le groupe de travail: tentative d'aménagement des zones où la variation est grande, tout en respectant l'usage établi pour les graphies des mots courants. Cette démarche fait perdurer les exceptions, ce qui est jugé illogique et regrettable par certains commentateurs comme par certains usagers.
Exceptions:
Appeler, interpeler et jeter, ainsi que leurs familles, conservent le redoublement de la consonne: j'appelle, tu jettes, elle rejette, tu interpelleras, etc.
De nouveau, on voit apparaitre ici la double volonté - ou le sens du compromis - du groupe d'experts: il s'agit de mettre en place des régularités graphiques mais de respecter l'usage dans des mots courants comme appeler et jeter où les graphies appèle ou jète "défigureraient" le mot. Ces deux exceptions persistent donc mais cette nouvelle règle régularise une graphie qui concerne 200 verbes environ et pour lesquels les dictionnaires se contredisent dans 25% des cas.
3. On unit les numéraux composés par des traits d'union: vingt-et-un, deux-mille-trois-cent-quatre, etc.
Ce principe régularise un ensemble de règles et de pratiques largement aléatoires.
4. Le participe passé de laisser suivi d'un infinitif est toujours invariable: les enfants que tu as laissé partir.
5. Les consonnes t et l qui suivent un e muet restent simples: lunetier, prunelier, interpeler, dentelière.
L'existence d'une seule règle (tréma sur la deuxième voyelle) semble préférable, en effet. Il n'est pas sûr toutefois que les usagers s'appuient sur une telle logique dans l'utilisation de ce signe. En fait, on rencontre extrêmement souvent aigüe et jamais *näif, ce qui tend à montrer qu'il existe un problème lié à la présence du tréma sur une lettre muette et que, du point de vue des usagers, on ne peut mettre dans la même catégorie les graphies aï et uë. Dans ce cas, les rectifications proposées rapprochent la graphie de la prononciation, ce qui est conforme à la logique du système alphabétique qui note avant tout des phonèmes. Cela constitue donc bien une simplification.
Quant au tréma de gageüre et argüer, ils doivent, selon le groupe d'experts du Conseil supérieur de la langue française, permettre "d'éviter une prononciation fautive", l'absence de tréma ayant entrainé des prononciations conformes à la graphie eu. [ga3~œR] ou gue [aRge]. Les variantes arguer et gageure, correspondant à la prononciation actuellement la plus courante risquent tout de même de s'imposer.
Cette règle fonctionne sur l'analogie entre base nominale et dérivé verbal, elle ne crée pas d'exceptions mais elle n'est pas non plus prise en compte par les dictionnaires Robert et Larousse. "La règle proposée pour uniformiser les verbes en -oter/-otter et leurs dérivés est adressée au lexicographe et non à l'usager qui ne serait pas en mesure de l'appliquer. Elle mêle des cas aussi différents que culot/culoter; culotte/culotter, tousser/toussoter (fréquentif péjoratif); à vouloir trop simplifier, on risque de n'être pas compris" (La réforme de l'orthographe au banc d'essai du Robert, p. 10). Il semble pourtant que la règle est simple, justement pour permettre aux usagers de l'appliquer!
Cette proposition s'applique à une série de mots très réduite. Elle n'est pas non plus reprise par les dictionnaires Larousse et Robert, pour ce dernier sous prétexte qu'elle est trop limitée. Dans la prononciation, la fusion phonétique du i avec la consonne qui précède se rencontre également après gn: pourquoi donc ne pas proposer aussi châtaigner? On relèvera que les graphies quincaillier et joaillier s'expliquent par analogie avec poissonnier ou platrier, groseillier par analogie avec pommier, etc., et que le suffixe en question connait de toute manière deux variantes: -ier dans pommier, platrier, -er dans oranger, boulanger. Il semble que les experts aient simplement ici cherché à rapprocher la graphie de la prononciation, mais sans prendre en compte les mots comme châtaignier.
Exceptions: colle, folle, molle.
Cette proposition d'unification n'est prise en compte systématiquement ni par Robert ni par Larousse. La variation graphique pour ces mots existe depuis de nombreuses années. On trouve déjà en effet dans le Petit Larousse de 1907 l'entrée double grole ou grolle, qui perdure dans l'édition de 2001. En revanche, dans l'édition de 1907 ne figure que guibolle, alors qu'on trouve guibolle ou guibole en 2001. Corole et girole ne se trouvent, pour l'instant, ni dans le Robert ni dans le Larousse. Quant à arolle (sorte d'arbre), nom à l'origine du toponyme Arolla, on trouve une triple entrée dans le Larousse 1996 (arol, arole ou arolle), ramenée à une double en 2001 (arolle ou arole). Robert mentionne arolle var. arole. On voit que les deux dictionnaires tendent vers une solution commune.
Trois exceptions persistent (colle, folle molle), tant l'orthographe des mots monosyllabiques est difficile à changer. C'est la composante idéographique de l'orthographe du français, c'est-à-dire l'importance de l'image du mot écrit, qui est soulignée par le maintien de ces exceptions (c'est aussi cette composante qui rend difficile la suppression des circonflexes dans les monosyllabes).
Exceptions:
a) Ils doivent figurer dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif imparfait et plus-que-parfait: nous vîmes, vous lûtes, qu'il aimât, qu'elle eût mangé, etc.
b) Ils doivent figurer quand leur présence permet de lever une ambigüité: du pain et j'ai dû, il croit et il croît, une poule sur un mur et je suis sûr.
Ce principe a heurté bon nombre d'usagers, comme en témoignent les titres de plusieurs articles. Il est vrai que, comme l'écrit P. Gilliéron dans l'Educateur (no 1, février 1995), il est un peu choquant de lire "Nos maitresses et nos maitres prendront surement plusieurs de leurs diners sur une ile au mois d'aout". Si le groupe de travail ne propose que la suppression sur ces deux voyelles, c'est que le circonflexe placé sur les o, les a et les e indiquent parfois des différences de timbre dans la prononciation. Le circonflexe semble en outre jouer un rôle important dans l'image graphique du français, tout au moins pour certaines personnes, par exemple celles qui sont portées à voir dans le circonflexe de île un élément de motivation quasi iconique (le î ne fait-il pas penser à un palmier ou à un parasol...). Il est vrai aussi, cependant, que beaucoup de circonflexes disparaissent dans les écrits quotidiens: combien de peinture fraiche, chaines obligatoires, huitres, et autre maitrise fédérale ne tombent-ils pas sous nos yeux? Il semble que l'absence du circonflexe soit particulièrement remarquable dans les mots monosyllabiques écrits en caractères minuscules, et davantage sur le u que sur le i, qui comporte déjà un point. Les exceptions à cette règle de suppression sont assez nombreuses car, pour ne pas dérégulariser les paradigmes de conjugaison (nous mangeâmes mais *nous vimes), on a décidé de maintenir les circonflexes sur les i et les u dans les formes verbales du passé simple, du subjonctif imparfait et plus-que-parfait. De plus, par crainte de l'ambigüité, on maintient le circonflexe quand il permet d'identifier deux homophones.
L'observation de l'usage et de son évolution actuelle dans les écrits formels et informels se révèle particulièrement intéressante à mener pour évaluer les restructurations des pratiques orthographiques liées aux accents, notamment à l'accent circonflexe. La connaissance de ces phénomènes de restructuration est nécessaire pour proposer de nouvelles normes orthographiques, même si on sait que toute intervention sur la langue comporte forcément des limites.
Exceptions:
a) les noms composés dont le deuxième terme commence par une majuscule (des prie-Dieu)
b) les composés dont le deuxième terme contient un article (des trompe-l'oeil, des trompe-la mort).
Ce principe a également heurté le sentiment linguistique de plusieurs usagers: cela signifierait-il alors - ont remarqué certains - qu'on ne s'essuie qu'une seule main avec un essuie-main? Que pour se sécher les cheveux il faut au moins deux sèche-cheveux?, etc.
Ce type de réaction est intéressant car il montre deux conceptions bien différentes du mot composé. L'une semble privilégier le référent, l'objet désigné, dans la mesure où le mot sans s renvoie à l'objet unique, alors que le mot avec s renvoie à un ensemble de ces objets. L'autre au contraire est plutôt sémantique que référentielle, c'est-à-dire qu'elle privilégie le sens de la paraphrase définitionnelle en réduction que l'on peut voir dans le mot composé. Dans ce cas, le x de cheveux au singulier de sèche-cheveux peut être ressenti comme logiquement indispensable, car un sèche-cheveux est bien "un objet qui sèche les cheveux".
Le groupe d'experts a surement sous-estimé le rôle de la conscience du sujet parlant en adoptant un principe simple, certes, mais qui ne tient pas compte du besoin de motivation sémantique qui, dans certains cas bien précis, inspire les scripteurs quand ils orthographient les mots composés. Dans ces derniers en effet, le rapport entre le mot et le référent est en général relativement motivé, et l'orthographe est un moyen d'exprimer cette motivation du signe. On remarquera tout de même que pour la majorité des composés ce problème ne se pose pas et que la variation graphique entre dictionnaires est très grande. Joseph Hanse, en 1987 déjà, adopte, dans ce domaine, certaines modifications orthographiques déjà proposées par le Conseil international de la langue française (CILF) et l'Académie française.
- des prépositions contr(e)– et entr(e)– comme contrepouvoir, contravis ou entrejambe, s'entraimer...
- d'un préfixe savant comme agroalimentaire ou audiovisuel;
- d'une onomatopée ou de redoublement expressif comme blablabla ou passepasse;
Quelques composés divers sont ajoutés à cette liste (tirebouchon, portemonnaie, piquenique, weekend, rondpoint...).
Dans les mots composés, la variation orthographique est importante. Soudure ou trait d'union (portefaix ou porte-faix, portemine ou porte-mine); traits d'union ou blanc graphique (point de vue mais rond-point, panier à salade mais arc-en-ciel, etc.), les graphies hésitent entre ces trois options, reflétant le sentiment linguistique ambigu des locuteurs: a-t-on à faire à un ou plusieurs mots? On voit peut-être plus facilement un seul mot dans portemonnaie, le référent étant un objet courant, que dans porte-avion?
|Larousse 2001||Robert 2000|
|contravis||contravis|
|contre-sujet||contresujet|
|contre-choc||contrechoc|
|contrefiche||contrefiche ou contre-fiche|
|contre-braquer||contrebraquer|
|contre-fil||contrefil ou contre-fil|
|contre-pente||contrepente ou contre-pente|
Le principal problème lié à la soudure survient dans les composés préposition + verbe. Par exemple, entre les trois variantes sous-tendre, soustendre et soutendre (forme lexicalisée comme soumettre), le choix n'est pas toujours facile!
Ce principe rapproche le français de l'espagnol ou de l'italien en ce qui concerne les emprunts. Dans ces dernières langues, ils sont plus facilement assimilés à l'orthographe de la langue d'accueil (fútbol en espagnol, par exemple). C'était aussi le cas en français jusqu'au XIXe siècle (Chervel 1992), mais depuis lors les emprunts sont souvent soigneusement distingués, par leur graphie, des mots français (ou considérés comme tels!). On peut voir dans ce principe d'assimilation une certaine "glottophagie", surtout en Suisse romande où l'on est habitué aux graphies allemandes de rösti et birchermüesli!
La francisation des termes étrangers rencontre très vite les limites du sentiment linguistique de chacun et les rectifications n'envisagent que les aspects de l'accentuation, des marques du pluriel et de la soudure dans la francisation des emprunts. Les bloudjinnzes de Queneau resteront encore longtemps une création littéraire originale et les reuchtis évoqués plus haut sont rares !
Au nombre de ces graphies rectifiées s'ajoutent celles rassemblées sous l'appellation «anomalies». Il peut s'agir de familles réaccordées (bonhommie comme bonhomme) ou de rectifications isolées (ognon, assoir, nénufar, saccarine, ...).
Ces recommandations générales s'adressent avant tout aux personnes qui fixent l'usage des néologismes, en particulier les correcteurs d'imprimerie. Elles sont conformes à l'esprit d'harmonisation et de simplification des graphies qui a guidé les travaux du groupe d'experts. Ces rectifications tendent à introduire plus de régularité dans l'orthographe.