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27/09/2010
Rochebin en tenue de pion
Télévision. Mes mésaventures sur la blogosphère m'ont empêché de réagir au quart de tour. C'était le lundi 20 septembre, il y a tout juste une semaine. Le «19:30», journal télévisé de la Télévision suisse romande, signale les manques de l'école genevoise en matière d'enseignement de l'Histoire suisse.
Enquête en forme de micro-trottoir. Le Sonderbund (le « Sondrebond », disait Ramuz)? Connais pas. Comment? Une guerre civile en Suisse? Eh bien, oui. C'était en 1847 et cela s'est terminé grâce au général Dufour. Assez connu des Genevois, celui-là. Sa statue équestre dirige le trafic des transports publics et des automobiles sur la place Neuve, à Genève. Merci, la télévision.
La petite leçon de choses historiques se termine par un plateau. Darius Rochebin, présentateur consacré, reçoit un invité en direct.
C'est une dame ce soir-là, la journaliste Joëlle Kuntz. Elle est l'auteur d'une Histoire de la Suisse en un clin d'œil, qui rencontre un grand succès. Elle dit comprendre cette absence de curiosité. Nulle part l'histoire nationale n'est en phase avec les intérêts du moment. Elle le déplore, car l'affaire est passionnante si l'on sait la raconter. Joëlle Kuntz n'est ni bégueule ni pédante.
Et voilà qu'en conclusion de l'entretien, Darius Rochebin lui glisse sous les pieds de méchantes chausse-trappes. Il existe sur le site de la TSR, paraît-il, un «quiz» destiné à tester les connaissances historiques des internautes. Alors, il en tire trois questions qu'il pose en rafale à son invitée.
En quelle année, la Suisse a-t-elle adhéré à l'ONU? A quand remonte la présence du premier socialiste au Conseil fédéral? Quand Fribourg est-il devenu canton suisse?
Joëlle Kuntz se trompe d'un an sur l'ONU, bafouille sur le premier socialiste, digresse sans donner la date sur l'entrée de Fribourg dans la Confédération. Elle ne se départit pas de son sourire. Elle fait visiblement partie des gens qui restent leur vie durant brouillés avec les dates, sans rien ignorer du sens des événements. Elle ne s'en trouve pas moins cruellement collée.
Darius Rochebin est un bon présentateur de journal télévisé. Il a la rondeur et l'empathie qu'il faut. Il est pertinent dans ses questions, impertinent lorsqu'il convient de faire sauter la langue de bois. Comme d'autres, il tend cependant à accoucher ses interlocuteurs d'une opinion qui est en réalité la sienne. Ou celle qu'il prête à une majorité du public. Formule classique: «On a le sentiment que...» J'avoue apprécier alors qu'on lui résiste.
Mais là, cette posture de pion! Sous un prétexte ludique, cet oubli de l'état de tension d'une interlocutrice concentrée sur l'essentiel de son propos, pas nécessairement rompue au direct, c'est trop. A sa décharge, il s'en est au moins aperçu. Sans que cela le dissuade de poursuivre.
Le procédé n'est pas particulier à la TSR. Il est tellement facile de se faire ainsi valoir, du côté de ceux qui détiennent le pouvoir à l'écran. D'étaler sa science et sa culture. A chaque fois, je me dis que toute personne conviée sur certains plateaux de télévision devrait préparer, avant l'émission, une contre-question joliment vacharde. A retourner le cas échéant à l'intervieweur-trappeur, plutôt que de lui répondre.