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On va de nouveau coder le récit "Ia", la première version de notre histoire sur l'acquisition d'immeubles par des étrangers. Il contient seulement trois acteurs, les gens des villes, les gens des montagnes (montagnards) et les étrangers. On réserve pour chacun d'entre eux une colonne dans notre graphe. Souvent on met l'acteur principal au milieu pour éviter de longues lignes de connections inter-acteur. On attribue à chacun d'eux un état affectif qui correspond à un élément textuel ou inféré. Dans la suite je vais donner une description rapide de l'itinéraire suivi pour parvenir au graphe d'états affectifs de la la fig.18. Le début du récit, c'est-à-dire la phrase 1, ne peut pas être codé puisqu'on sait quel acteur il affectera. Ensuite le fait que les gens des villes aimaient bien les montagnes crée le premier état affectif +0. On note par cela qu'il existe un état dans le monde narratif qui plait aux gens des villes. L'information qu'on met entre parenthéses devrait reflèter d'une facon courte et relativement précise ce que le codeur projète dans le texte. Le fait que les gens de montagnes vivent de l'agriculture n'est pas mauvais en soi (+1), mais le fait qu'elle n'est pas profitable est percu par les montagnards comme négatif et on créera donc aussi un état -0. Comme ces deux états forment une expression affective d'un même état physique dans le monde, on les relie par un connecteur "e". Si on consulte la liste des unités affectives élémentaires, on voit qu'un "+" et un "-" reliés par un "e" constituent une bénédiction mixte ("mixed blessing"), ce qui décrit bien la situation. On aurait pu également coder ce fait par un simple "-", si on avait supposé que le montagnards n'aimaient pas leur situation de facon plus générale. Passons aux étrangers qui jouent un rôle très mineur dans l'histoire. L'achat des maisons par les étrangers est codé par +2. Ainsi un événement qui n'est pas explicitement positif est aussi codé avec un "+". Le fait que les montagnards sont aussi affectés par cet événement nous donne +3. Une industrie de tourisme est créee (+4), et entraine une augmentation du niveau de la vie (+5). Cette chaine d'états positifs a de multiples conséquences. Tout d'abord l'état +4 termine la valeur affective de +1, c'est un "positif tradeoff", on échange une manière de gagner la vie contre une autre. +5 est connecté également par un "t" à -0 pour indiquer le fait très important qu'une situation percue négativement par les montagnards se termine. Ces deux derniers états forment une résolution ("resolution"). Du côté des gens des villes cela ne va plus très bien. Ils ont une réaction négative ("negative reaction") par rapport à la montée du tourisme. L'état +4 des montagnards provoque -1 des gens des villes, qui termine à son tour l'état positif +0. Le fait, que le problème de l'enlaidissement des montagnes est ramené aux problèmes des ventes d'immeubles, est codé par -2 connecté avec +3 par un lien interpersonel. L'événement négatif est donc complexe. Ce codage un peu incertain reflète le fait qu'en réalité on ne sait pas trop quel phénomène (ventes ou constructions) a provoqué la perception de l'autre.
Maintenant on est arrivé au moment, où la vraie intrigue commence, comme l'indiquaient déjà les grammaires génératrices. L'état négatif -2 (trop d'immeubles aux mains des étrangers) provoque le but ou état mental M0 des gens des villes. Ils veulent limiter les ventes dans l'avenir. On code ce lien de motivation avec un connecteur "m" qui pointe vers l'avant. Ce but très général motive la génération d'un sousbut M1: passer une loi. Ce sousbut est achevé tout de suite dans +6. On est en présence d'un succes ("sucess"). Ce succes signifie en même temps une résolution du problème -2, le fait, que le but M0 est satisfait, est codé avec l'état +7. Cette séquence aurait posé des problèmes de codage pour un novice. Mais une consultation du lexique des unités affectives complexes lui aurait montré comment coder un processus de résolution de problème à buts imbriqués "nested subgoals" comme il est symbolisé par les états M0, M1, +6, +7. Toutefois même sans ce lexique on pourrait parvenir à la solution, si on s'apercoit que le passage de la loi a deux effets affectifs. Mais, oh malheur, un troisième effet de passage de la loi est négatif. Les montagnards le percoivent comme menace à leur niveau de vie. L'état -3 est crée. On code cette menace par "t" qui relie -3 avec +5. A un niveau affectif c'est en effet une perte. Toutefois les choses ne sont pas perdues. Un état M2 est crée par -3. Cet état mental n'est pas un but, mais un acte de parole. Comme un acte de parole découle directement d'un but et comme il est directement relié avec les gens des villes, on a décidé de le coder de cette manière simple. Les gens des villes qui se rejouissent de +7 entendent les plaintes (-4) ce qui met en terme à leur état de satisfaction. Comme ces plaintes signifient une menace à la paix du paix du pays, l' état M3, le but de préserver la paix, est généré. Ceci est clairement une inférence que j'ai faite. Mais à mon avis elle est nécéssaire pour pouvoir expliquer, pourquoi ils ont modifié la loi. Comme un codeur doit également montrer à un niveau plus instrumental, comment les gens de villes sont parvenus à faire des exceptions à la loi, il nous faut générer un but M4, le but de faire des concessions. Toutefois avec le connecteur "e" vers M0 on indique que M0 est toujours valable. Il s'agit toujours de limiter les ventes, seulement dans une forme acceptable pour les montagnards. En effet, les exceptions à la loi de +8 terminent plusieurs problèmes. D'abord c'est un succès instrumental - la nouvelle loi a passée. Plus important, elles provoquent une réaction positive de la part des montagnards (+9). Le passage de cette nouvelle loi signifient un succès de leur plaintes dans M2. En plus l'unité de l'intrigue "intentional problem resolution" -3, M2, +9 témoignent qu'ils ont résolu leur problème. Ceci fait en retour plaisir aux gens des villes (+10) qui maintenant ont réussi à résoudre leur deuxième problème, la maintenance de la paix dans le pays. On est de nouveau en présence d'une unité de résolution intentionelle de problème avec -4, M3, +10.
Le lecteur qui essaierait de faire son propre codage s'apercevrait de nouveau qu'il pourrait coder ce même texte de facon assez différente. Toutefois si on établit certainess prémisses (ou politiques de codages) ces différences tendent à s'amenuiser. Ainsi j'ai décidé de me tenir assez près du texte surface et de le coder depuis la perspective d'un lecteur passif, mais attentif. En conséquence il n'est pas surprenant que mon codage ne contienne pas becaucoup d'états "M", qui indiqueraient une forte activité de résolution de problème. Je fais très peu de présuppositions sur la structure des buts de nos acteurs, à l'exception du but de préserver la paix du pays. On laisse "les choses se passer", les acteurs génèrent les buts au fur et à mesure, qu'ils initient une action. Ainsi j'aurais pu coder le début du récit d'une manière plus "activiste". D'autre part j'ai usé libéralement des connecteurs "e" et "t". Comme il ne s'agit pas d'un "jeu", où les gains possibles sont crées au fur et à mesure de la progression de l'intrigue, mais d'un jeu à somme constante (il n'y a qu'une ressource montagne), leur utilisation me semble être justifiée. En effet ils permettent de coder comment cette ressource montagne est partagée durant le récit. Un dernier problème concerne le thème du compromis présent dans cette histoire. Comme je l'ai indiqué plus haut, une codification conservatrice n'impose pas qu'on attribue explicitement le but de faire des compromis aux acteurs. Il suffit de montrer comment il se cré et comment il termine le récit.
Figure: Les unités d'intrigue du récit Ia