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Critique
"Ne retenez pas le nom du film, mais celui de son auteur: ses multiples talents, comme les grands vins, ont encore besoin d'un peu de temps pour parvenir à leur pleine maturité.
D'emblée, l'argument fait mouche: ""Les morts sont revenus en masse. Dans le monde, des millions de personnes décédées ont quitté les cimetières pour investir les villes."" Trompeur, le synopsis poursuit: ""Une question fondamentale se pose alors: comment réinsérer tous ces revenants dans la société?"" Or l'intérêt du propos est d'explorer les ""fossés émotionnels"" qui séparent les vivants et les re-vivants avant même (ou mieux au-delà de) toute esquisse de réinsertion.
A l'inverse des films-catastrophes où l'action se décline en quelques secondes à l'échelle du monde, Robin Campillo pointe le doigt sur une petite ville française où il confine et ralentit son intrigue. Pas de cris, pas d'étreintes effrénées ou de foules en délire. Après une entrée en matière d'une cinglante sobriété, il élargit le cadre en choisissant minutieusement trois situations relationnelles fort différentes qui vont évoluer en parallèle: un enfant, un homme dans la maturité et une vieille dame retrouvent ainsi chacun leur milieu de vie après quelques années de séparation. Ces trois situations s'insèrent dans une chronique plus large, celle de deux communautés - les vivants et les revenants - qui, finement décalées, s'observent.
Ce film à mes yeux est d'abord une remarquable esquisse formelle, tissée de trouvailles esthétiques et d'originalités techniques. Pour créer entre les deux états humains une différence repérable, le réalisateur choisit le décalage imperceptible (et non les grands effets sur le maquillage, l'habillement ou le jeu d'acteur). Suit un travail d'orfèvre sur la mise en images, la mise en scène, la bande-son ou certains artifices techniques (l'acteur français Jonathan Zaccaï, par exemple, est post-synchronisé par lui-même, pour créer à l'écran cet imperceptible décalage).
Se dégage dès les premières images une atmosphère captivante au parfum d'inquiétude qui emballe et embaume le récit d'un bout à l'autre. Casting, interprétation, décors, image, musique: tout se met au diapason de l'étrange que Robin Campillo (qui a été le monteur des deux précédents films de Laurent Cantet) génère et entretient avec une grande maîtrise. Un étrange où quelques vivants laissent osciller leur identité entre les deux communautés. Un étrange où les revenants s'insinuent dans le sillage des vivants avec leur personnalité qui tourne en boucle et leur apparence troublante qui rappelle l'effet de rémanence.
Hélas, le film trop vite ennuie. La faute à l'absence d'une trame suffisamment cohérente: d'une certaine manière, le vide s'empare du film et la lassitude envahit le spectateur terrassé par la torpeur ambiante. Et il se met à trouver le temps long et les rythmes lourds. Pourtant, plusieurs filons étaient à portée de pioche: du spirituel (totalement évacué) au matériel (le discours ""people"", les préoccupations terre à terre qu'auraient immédiatement les personnes ordinaires dans ce genre de circonstance), il y avait là sans doute matière à donner au public un minimum de champs pour le nécessaire processus d'identification.
LES REVENANTS se présentent comme un superbe gâteau. Mais à y regarder de plus près, c'est un volumineux pudding qui manque de tenue. A voir plutôt comme une magnifique promesse."
Ancien membre