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Goutte
Résumé sur la goutte
La goutte est une maladie rhumatologique qui touche en général les articulations, le plus souvent l’articulation de la base du grand orteil dans 75% des cas. Cette affection, souvent chronique, se caractérise par une inflammation intense de l’articulation qui engendre souvent une très forte douleur, on parle de crise de goutte ou au Canada d’attaque de goutte. La goutte est une forme d’arthrite. Les douleurs engendrées par cette maladie sont souvent atroces.
La cause principale de la crise de goutte est le taux élevé d’acide urique dans le sang (au-dessus de 6,8 mg/dL, point de solubilisation de l’acide urique). Cette molécule circule dans le sang et s’accumule ensuite dans les articulations sous forme de cristaux, ces derniers provoquent une réaction inflammatoire et une douleur intense.
La goutte est plus fréquente chez les hommes, en particulier ceux âgés de plus de 40 ans, mais peut aussi toucher des femmes surtout après la ménopause (celle-ci survient en moyenne à 51 ans). Il s’agit en fait souvent d’une maladie chronique, car une personne qui arrête la prise de médicaments et/ou d’un régime adapté (pas d’alcool, pas de viande par ex.) verra souvent les crises de goutte réapparaître.
Ces dernières années, on a observé une augmentation importante du nombre de cas aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, en partie à cause de la malbouffe provoquant de l’obésité et du diabète (voir sous causes pour le lien entre diabète et goutte). Dans d’autres pays du monde on a aussi noté une forte augmentation du nombre de cas. Le vieillissement de la population dans les pays industrialisés explique aussi une hausse de la prévalence de cette maladie.
D’autres facteurs peuvent expliquer cette augmentation des cas comme la prise de médicaments hypotenseurs (ceux-ci peuvent favoriser la goutte en augmentant le taux d’acide urique).
Le taux élevé d’acide urique dans le sang peut être provoqué par des origines génétiques qui favorisent une surproduction de cette molécule.
D’autres raisons sont la consommation excessive de viande ou de fruits de mer, d’alcool ou encore la prise de certains médicaments.
La goutte peut mener à des complications comme des calculs urinaires ou des dépôts de cristaux d’urétates de calcium (tophus) sous la peau.
Pour effectuer un diagnostic exact, le médecin doit effectuer une ponction au niveau de l’articulation. La présence de cristaux d’acide urique confirme la présence de goutte.
Le traitement peut être thérapeutique notamment en cas de crise de goutte avec l’utilisation de médicaments anti-inflammatoires (ibuprofène) ainsi que de la colchicine. On peut utiliser également des traitements préventifs comme l’allopurinol qui prévient les crises. La crise de goutte peut être si douloureuse qu’elle nécessite une hospitalisation.
Certaines plantes médicinales comme les feuilles d’ortie peuvent compléter la thérapie. La consommation de 10 à 12 cerises par jour pendant 2 jours ou plus permet de réduire le risque de crise de goutte de 35%. La prise d’allopurinol et de cerises permet même d’abaisser le risque de crise de goutte de 75%.
Pour conclure ce résumé, le style de vie est très important dans la thérapie de la goutte. Il faudra donc essayer de boire moins d’alcool, manger moins de viande (riche en purines qui se transforment ensuite en acide urique), ne pas boire trop de soda et bien s’hydrater.
3 bons conseils pour bien prendre en charge la goutte:
1. Adoptez un style de vie sain (pratique d’exercice, alimentation équilibrée, etc.)
2. Mangez des aliments qui sont sains pour vous et faible en purines (lire aussi sous Bons conseils ci-dessous)
3. Prenez vos médicaments
Sources: American College of Rheumatology, 2015
Résumé en vidéo
Interview avec un médecin sur la goutte
Creapharma a interviewé début 2015 le Dr Alexandre Dumusc, chef de clinique adjoint au Service de rhumatologie de l’Hôpital orthopédique du CHUV à Lausanne (Suisse). Pour lire cet interview, achetez notre ebook sur la goutte
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Dossier de qualité sur Creapharma.ch : de nombreuses sources médicales ont été utilisées (plus d’informations sur les sources en bas de l’article).
Définition
La goutte est une maladie rhumatologique, inflammatoire et métabolique touchant une (la plupart du temps) ou plusieurs articulations, il s’agit d’une forme d’arthrite. La maladie peut dans certains cas être chronique. Il faut noter que la goutte commence souvent par atteindre le gros orteil et presque toujours une extrémité articulaire comme les doigts de pieds, les genoux, les coudes ou encore les chevilles. La goutte est provoquée par un dépôt d’acide urique au niveau articulaire qui forme des cristaux d’acide urique très douloureux (une des pires douleurs selon certains patients). L’acide urique est un métabolite final (issu de la transformation des purines, qu’on trouve par exemple dans la viande) et est éliminé par les reins. C’est pourquoi on observe parfois la formation de calculs rénaux.
La goutte est une maladie qui évolue par poussées, on parle alors de crise de goutte (attaque de goutte au Canada) lorsque la douleur devient très intense. Remarquons qu’il est important de bien soigner la goutte avec des médicaments et/ou un changement du style de vie, car des complications rénales ainsi que des déformations articulaires peuvent survenir si cette maladie est mal soignée. Seul un médecin pourra vous prescrire les médicaments adaptés (éviter l’automédication).
Historique de la maladie
La goutte est une maladie connue depuis environ 4’000 ans. Des personnes célèbres ont souffert de goutte comme Isaac Newton ou Léonard de Vinci. La goutte porte parfois le nom de maladie des rois, car à l’époque ces têtes couronnées faisaient de véritables festins riches en viandes et alcool, deux facteurs de risque important pour la goutte. On sait que le roi Henri VIII d’Angleterre souffrait aussi de cette maladie.
Crédit photo: Consolation in the Gout – Rheumatology Research Foundation – Atlanta, Georgie, Etats-Unis
Epidémiologie
La goutte concerne la plupart du temps des hommes (20 fois plus que les femmes, soit dans environ 95% des cas) à partir de la cinquantaine.
Une autre étude a montré que 6 patients (hommes) et 1 patiente (femme) sur 1’000, patients de cabinets de médecine générale au Royaume-Uni, souffraient de la goutte. Dans ce cas le rapport hommes-femmes n’est plus de 20 mais de 6. Sur ce même sujet, une étude parue en janvier 2014, toujours au Royaume-Uni, a montré que le rapport homme-femmes était de 4 hommes pour 1 femme.
On estime que 1% des hommes de plus de 40 ans souffrent de la maladie de la goutte. Quand les femmes sont touchées c’est la plupart du temps après la ménopause. La première crise de goutte apparaît chez les hommes souvent entre 20 et 40 ans. Chez les enfants la maladie est rare, quand elle touche ce groupe d’âge elle est souvent associée à des problèmes métaboliques bien définis.
– En Suisse, environ 60’000 personnes souffriraient de la goutte (source: UNIL, année 2006).
– En France, environ 600’000 personnes souffrent de la goutte (source: Haute Autorité de santé, avril 2014).
– Aux Etats-Unis, on estime que 4% des adultes américains (source: American College of Rheumatology) souffrent de goutte. Ce nombre est en forte augmentation (environ le double qu’il y a 20 ans, référence année 2014). Selon la Gout & Uric Acid Education Society, plus de 8,3 millions d’Américains souffrent de goutte (chiffres pour 2015).
Dans ce pays, la moitié des personnes atteintes de la goutte souffre de 3 crises de goutte ou plus par année. Une crise de goutte dure en moyenne 4 jours (source: référence no 1, voir en bas de l’article).
Toujours aux Etats-Unis, on estime que les coûts de la santé engendrés par les patients souffrant de la goutte s’élève à 1 milliard de dollars par année, environ 1 tiers provient du traitement des cas de crises de goutte.
– En Europe, on estime qu’environ 14 millions de personnes souffrent de la goutte.
– Au Royaume-Uni, la goutte est la maladie articulaire inflammatoire la plus courante, touchant 1,5% de la population (source: revue Rheumatology, octobre 2013, Royaume-Uni). Dans ce pays on estime qu’une personne sur 40 souffre de goutte (source: Annals of the Rheumatic Disease Journal). Comme la goutte est associée en grande partie au style de vie, on observe suite à la mondialisation et à la malbouffe une augmentation au niveau mondial des cas de goutte. C’est en tout cas une hypothèse souvent avancée. Découvrez notre ebook de 24 pages sur cette maladie (avec témoignages de patients, interviews)
Causes
La goutte est provoquée par un taux élevé d’acide urique dans le sang (hyperuricémie) situé au-dessus de 6,8 mg/dl, c’est-à-dire au-dessus du point de solubilisation de l’acide urique. Autrement dit, au-dessus de 6,8 mg/dl des cristaux peuvent se former puis venir se déposer dans les articulations comme celles du gros orteil.
Aux Etats-Unis, les spécialistes de la goutte recommandent d’avoir un taux d’acide urique inférieur à 6mg/dl. Chez les patients atteints de goutte, ce taux devrait même être inférieur à 5 mg/dl pour prévenir de futures crises.
Plus le taux d’acide urique dans le sang diminue (ex. à 5 mg/dl ou en dessous) et plus la solubilisation des cristaux d’acide urique augmente.
Les cristaux d’acide urique provoquent ensuite au niveau tissulaire une réaction inflammatoire. Il s’ensuite une production de molécules présentes dans le processus inflammatoire comme les interleukines.
De nombreuses personnes ont un taux élevé d’acide urique dans le sang mais ne développent pas la maladie de la goutte. Un taux élevé d’acide urique dans le sang est une condition nécessaire mais pas suffisante pour mener à des crises de goutte. On ignore encore pourquoi certains développent la maladie de la goutte et d’autres non. De nombreuses personnes qui souffrent de goutte ont eu pendant des années un taux élevé d’acide urique avant de connaître leur première crise.
Formation de l’acide urique
L’origine de l’acide urique est multiple. Cette molécule peut notamment provenir de déchets formés par la dégradation des purines au niveau cellulaire:
ADN (provenant d’une cellule morte, viande, après un traitement anti-cancéreux, etc) > Purines > Acide urique > Cristaux d’acide urique au niveau des articulations (en cas de crise de goutte).
Photo: acide urique (source: Wikipedia.org)
En savoir plus sur les causes de l’augmentation de l’acide urique
Dans 80 à 90% des cas de goutte, l’origine provient d’une mauvaise excrétion d’acide urique au niveau des reins, et non d’une absorption excessive. Au niveau rénal, l’acide urique est ensuite réabsorbé dans la circulation sanguine, il s’en suit une hyperuricémie (excès d’acide urique).
La goutte peut se classifier en goutte primaire ou goutte secondaire.
Goutte primaire
Cette forme de goutte n’a pas de causes bien définies, on estime que des facteurs génétiques influencent le taux élevé d’acide urique dans le sang. La goutte primaire est également connue sous le nom de goutte idiopathique.
Goutte secondaire
Dans cette forme, plusieurs facteurs peuvent augmenter le taux d’acide urique dans le sang, cela peut provenir:
– D’une alimentation riche en viande, alcool, etc. Lire aussi sous Bons conseils ci-dessous
Tomate et goutte
Une étude de l’Université de Nouvelle-Zélande, de la ville d’Otago, a montré que manger des tomates pourrait favoriser la goutte, en tout cas les scientifiques ont observé une forte corrélation entre la consommation de tomate et cette maladie rhumatologique. Selon ces chercheurs, manger des tomates augmente le taux d’acide urique dans le sang. Cette étude qui a notamment porté sur plus de 2’000 Néo-Zélandais souffrant de la goutte a été publiée dans la revue spécialisée BMC Musculoskeletal Disorders en août 2015. Ces participants devaient répondre par formulaire sur les déclencheurs des crises de goutte, 71% ont déclaré avoir un ou plusieurs aliments déclenchant la goutte. La tomate a été listée comme facteur déclenchant dans 20% de ces aliments. D’autres aliments cités étaient l’alcool, les fruits de mer, la viande rouge ou encore les boissons sucrées (ex. soda).
– D’une maladie hémolytique (anémie, etc).
– De tumeurs.
– D’une insuffisance rénale.
– De l’utilisation de certains médicaments : aspirine (y compris à faible dosage, ex. 100 mg, utilisé dans la prévention de maladie cardiovasculaire), diurétiques comme l’hydrochlorothiazide, antihypertenseurs, certains médicaments cytotoxiques utilisés par ex. en cas de maladies hématologiques malignes, des immunosuppresseurs comme la cyclosporine ou le tacrolimus.
– Des études ont montré qu’une consommation excessive en soda et jus de fruits industrialisés pouvaient augmenter la probabilité de développer la goutte, y compris chez les femmes. La relation entre une consommation excessive de sucre et l’apparition de la goutte n’est pas encore totalement comprise (probablement l’insuline exercerait un rôle important).
– Le diabète: on sait que des taux élevés d’insuline dans le sang peuvent mener à des taux élevés d’acide urique, il y a donc un lien entre le diabète et la goutte.
– Un lymphome.
– L’hypertension.
– L’excès de cholestérol.
– Apnée du sommeil, une personne souffrant d’apnée du sommeil présenterait un risque 20% plus élevé de souffrir de goutte.
– D’autres causes.
Personnes à risque
Les personnes qui peuvent plus facilement développer la goutte: – Les hommes, en particulier ceux âgés de plus de 50 ans (l’âge et donc le vieillissement de la population est un facteur qui explique en partie l’augmentation des cas de goutte).
– Les hommes qui aiment bien manger (“bons vivants”), notamment ceux qui font des “festins” riches en viandes et/ou une consommation d’alcool importante. C’est pourquoi on parle parfois de la maladie des rois.
– Les hommes qui font peu de sport (sédentaires).
– Les personnes souffrant du syndrome métabolique: hypertension, taux élevé de cholestérol, diabète, etc.
– Les personnes ayant des cas de goutte dans la famille (composante héréditaire), serait responsable pour 15 à 20% des cas.
– Les personnes qui font des marathons (donc qui courent beaucoup), le risque serait 5 fois plus élevé que la moyenne de la population.
– Les femmes après la ménopause, la chute des oestrogènes observée à la ménopause peut favoriser la goutte.
– Chez les femmes ayant subi une hystérectomie (acte chirurgical qui consiste à enlever tout ou partie de l’utérus), on estime que les oestrogènes peuvent protéger de la goutte et un niveau bas de ces hormones, après avoir enlevé les ovaires peut favoriser la goutte.
– Les personnes obèses, l’obésité augmente d’un facteur de 2 à 3 le risque de souffrir de goutte. On estime de plus en pus que la malbouffe, origine fréquente de l’obésité, pourrait aussi être responsable de l’augmentation du nombre de cas de goutte comme c’est le cas au Royaume-Uni.
– Les personnes souffrant d’apnée du sommeil.
Symptômes
La goutte, caractérisée dans sa phase aiguë par la fameuse crise de goutte, présente les symptômes suivants :
– la crise de goutte touche en général les articulations, la plupart du temps (dans environ 70% à 75% des cas) l’articulation de la base du gros orteil, celle-ci est souvent l’unique articulation concernée par la goutte.
Lors d’une crise de goutte, les cristaux d’acide urique se déposent en premier lieu sur l’articulation de la base du gros orteil. En général une seule articulation par crise est touchée.
Chez 90% des patients souffrant de la goutte, l’articulation de la base du gros orteil sera au moins une fois touchée.
Pourquoi l’articulation du gros orteil est-elle plus touchée ?
Plusieurs hypothèses sont avancées. Premièrement, le pH dans cette région du corps est plus acide que dans d’autres régions. On sait qu’un milieu acide diminue le point de solubilisation de l’acide urique, ce qui augmente la probabilité de former des cristaux d’acide urique. Deuxièmement, à cause de la situation de cette articulation à une extrémité du corps, la température est plus froide que dans d’autres régions, le froid comme l’acidité abaisse le taux de solubilité de l’acide urique. Troisièmement, certains spécialistes estiment que la pression exercée pendant la marche favorise la formation de cristaux d’acide urique.
La goutte peut aussi atteindre d’autres articulations comme celle du pied, du genou, des doigts de la main, du coude, etc. D’autres régions peuvent aussi être atteintes comme les oreilles (on parle dans ce cas plutôt de tophus) ou les reins.
– la crise de goutte est extrêmement douloureuse et apparaît soudainement. La douleur est souvent si insupportable qu’il devient impossible de poser le pied par terre, de mettre une chaussure ou de se couvrir d’un drap pour dormir. La douleur est si forte qu’une crise de goutte peut réveiller le patient en pleine nuit. L’origine de ces douleurs provient de milliers de cristaux d’acide urique qui agissent comme des éclats de verre à l’intérieur des articulations.
Les médecins demandent parfois aux patients d’évaluer la douleur sur une échelle de 1 à 10, 1 étant le moins douloureux et 10 le plus douloureux. Souvent les patients évaluent la douleur à 9 ou 10.
Période et durée de la crise de goutte
La crise de goutte survient souvent la nuit ou le soir, période plus froide qui favorise la cristallisation de l’acide urique. En décembre 2014, des chercheurs de la Boston University School of Medicine (Etats-Unis) ont découvert dans une étude clinique portant sur plus de 700 personnes que les patients atteints de goutte avaient 2,4 fois plus de risque de souffrir d’une crise la nuit entre minuit et 8h du matin que la journée entre 8h et 16h. En général la crise commence par des petites douleurs ou des petits désagréments, mais après quelques heures, l’articulation devient complètement enflammée.
Une crise de goutte peut durer plusieurs jours, souvent de 3 à 7 jours (certaines sources parlent de 3 à 10 jours). Aux Etats-Unis, la moyenne de la durée d’une crise de goutte est de 4 jours (source: référence no 1, voir en bas de l’article).
Il faut savoir que même sans traitement, la crise se résorbe en quelques jours et souvent en moins d’une semaine.
– L’articulation concernée pas la goutte présente les signes classiques de l’inflammation : une peau rouge, douloureuse, chaude et tuméfiée, d’où l’utilisation particulièrement recommandée d’anti-inflammatoires dans le traitement de la goutte (lire ci-dessous médicaments contre la goutte).
– Les crises de goutte peuvent survenir une seule fois ou se répéter (on parle de goutte chronique), par exemple plusieurs mois ou années après la première crise.
– La goutte peut aussi provoquer des calculs urinaires.
Diagnostic
Pour diagnostiquer la goutte le médecin peut observer les symptômes ou signes cliniques de cette maladie. La plupart du temps cela suffit, car les symptômes sont assez clairs. Le médecin peut aussi effectuer une ponction au niveau du liquide de l’articulation atteinte, la présence de microcristaux d’acide urique (MAU) confirme la goutte. L’analyse de ces cristaux se fait au microscope en général au cabinet médical. Certains spécialistes estiment que cette analyse des cristaux au microscope et l’unique moyen d’établir un diagnostic correct de la goutte. En effet, le taux d’acide urique peut également donner des indications sur le diagnostic, mais de faux diagnostics sont possibles.
Le médecin peut aussi effectuer une radiographie, surtout pour exclure un autre diagnostic, comme par exemple la pseudogoutte (aussi appelé chondrocalcinose articulaire), provoquée par le dépôt de pyrophosphate de calcium dans les articulations. Les radiographies de l’articulation sont utiles en cas de goutte chronique pour rechercher d’éventuels problèmes osseux ou articulaires comme un tophus. En cas de goutte chronique, le médecin peut aussi vérifier la fonction rénale, pour identifier une éventuelle insuffisance rénale.
Nouveaux critères de diagnostic de la goutte
En septembre 2015, l’association de rhumatologues américains, American Rheumatology Association (ACR), et l’EULAR, son équivalent européen, ont publié de nouveaux critères permettant de diagnostiquer la goutte en fonction notamment des symptômes et de différents paramètres.
Les principaux critères permettant de diagnostiquer la goutte sont:
- Le critère d’entrée, condition nécessaire, de cette nouvelle classification est que le patient ait connu au moins un épisode de gonflement, de sensibilité ou de douleur dans une articulation périphérique ou dans une bourse synoviale avec douleurs.
- La présence de cristaux d’urate de sodium (CUS) dans une articulation ou bourse synoviale symptomatique, mais aussi dans un tophus est un critère suffisant, dans le cas où le critère d’entrée est positif, pour caractériser la goutte.
Si le médecin ne constate pas de CUS, il devra poursuivre le questionnaire, portant notamment sur des questions cliniques.
Tous ces critères et le système de sélection peuvent être consultés online sur ce site en anglais (http://goutclassificationcalculator.auckland.ac.nz/).
Lire davantage à ce sujet: Des nouveaux critères de diagnostic pour la goutte
Complications (Tophus)
La goutte (et l’accumulation d’acide urique) peut mener, si elle n’est pas bien soignée, à des complications comme :
– Des calculs rénaux ou urinaires.
– Des complications rénales comme l’insuffisance rénale (dans ce cas la perte de la fonction rénale est souvent irréversible). On estime que les personnes souffrant de goutte ont 4 fois plus de risque de mourir de troubles rénaux.
– Des déformations articulaires (actuellement moins souvent, car traitement préventif possible à base d’allopurinol).
– Dépôts de cristaux d’urétates de calcium appelés tophus (tophi au pluriel), il s’agit d’une solide masse (nodule) blanche. La formation des tophi provient de l’accumulation de cristaux d’acide urique dans le sang, ces nodules siègent près de l’articulation atteinte de goutte, comme par exemple sur le gros orteil, les faces postérieures des coudes, le pavillon de l’oreille, etc.
Comme on le voit, les tophi peuvent se déposer sur des tissus mous formant une bosse comme l’oreille et donc pas toujours au niveau de l’articulation. Une opération permet en général d’enlever ces tophi. Cette opération semble toutefois réservée à des cas avancés, en général l’abaissement du taux d’acide urique permet de résorber ces nodules. Les tophi peuvent potentiellement détruire les articulations.
– Risque augmenté d’infarctus du myocarde et d’AVC. Une étude parue en septembre 2013 dans la revue anglaise Rheumatology a montré que les patients souffrant de goutte avaient 2 fois plus de risque de souffrir d’infarctus du myocarde et d’AVC que ceux qui n’avaient pas de goutte. Une autre étude anglaise publiée fin août 2014 a montré que la goutte augmente le risque cardio-vasculaire, cette étude a mis en évidence que les femmes étaient particulièrement à risque.
– Une étude divulguée en juin 2014 au congrès EULAR (European League Against Rheumatism), qui s’est tenu à Paris, a montré que les hommes atteints de goutte souffrent davantage de troubles érectiles.
Traitements (antigoutteux)
Pour soigner la goutte on distingue 2 types de traitements: le traitement de la crise de goutte (1.) et celui qui prévient de futures crises (2.):
1. Traitement de la crise de goutte
Pour calmer la très douloureuse crise de goutte, on parle aussi de la phase aiguë de la maladie, le médecin dispose principalement de certains médicaments analgésiques ou anti-inflammatoires comme :
– Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), notamment du diclofénac (par ex. Voltarène®) ou de l’ibuprofène, à prendre en général sous forme de comprimé. Il faut éviter toutefois la prise d’Aspirine® dans le traitement de la goutte, en effet ce médicament pourrait agir sur l’élimination de l’acide urique au niveau rénal et aggraver les symptômes de la maladie.
– La colchicine (un antigoutteux), action contre l’inflammation causée par les cristaux d’acide urique. Attention la prise de ce médicament doit être bien contrôlée par un médecin ou pharmacien notamment à cause des effets secondaires de la colchicine: nausées, vomissements, diarrhée. Remarquons qu’en Suisse la colchicine n’est pas un médicament de première intention.
– La cortisone, parfois utilisée pour son action anti-inflammatoire. La prednisone (une forme de cortisone) peut être prescrite par un médecin. Ces médicaments peuvent être utilisés sous forme de comprimés ou directement en injection au niveau de l’articulation douloureuse. En général, on utilise les cortisones chez des personnes qui ne peuvent pas utiliser ou ne supportent pas les AINS (diclofénac, ibuprofène, etc).
– Le canakinumab, un anticorps dirigé contre l’interleukine, utilisé chez certains patients. Il est prescrit notamment lorsque les autres médicaments comme les AINS et la colchicine sont inefficaces ou contre-indiqués.
2. Traitement préventif de la crise de goutte
Tout d’abord, il est conseillé de suivre certains conseils qui ont trait au changement du style de vie (diminuer l’alcool, etc.) pour soigner la goutte et limiter des crises futures. Si le changement du style de vie n’a pas fait effet, il existe pour le médecin la possibilité de prescrire un médicament très efficace pour éviter et limiter des nouvelles crises de goutte, l’allopurinol (plus d’informations sur ce médicament).
– En général, le médecin instaurera un traitement médicamenteux préventif à base d’allopurinol seulement si le patient a déjà connu plusieurs crises de goutte dans le passé.
On parle aussi de traitement de fond, par opposition au traitement de la crise. L’allopurinol diminue la concentration d’acide urique dans le sang, ce qui réduit la probabilité d’avoir une crise de goutte. Il faudra prendre ce médicament régulièrement, car une fois la thérapie arrêtée, le taux d’acide urique remonte et la probabilité d’avoir une crise de goutte augmente également. Il s’agit alors d’un traitement à prendre sur une longue durée, souvent à vie.
Relevons que de nombreuses personnes prennent ce traitement à base d’allopurinol la première année puis par exemple dès la deuxième année ou en tout cas après un certain temps l’arrêtent. C’est dangereux, car cela provoque un risque pour la santé du patient (crise de goutte, complications rénales, etc). Il s’agira donc de bien prendre tous les jours ce médicament, votre pharmacien peut vous aider pour atteindre cet objectif.
– Depuis quelques années (2008, 2010 en France), il existe un autre médicament que l’allopurinol sur le marché : le febuxostat. Cette molécule agit aussi sur l’enzyme (xanthine oxydase) responsable de la synthèse de l’acide urique. Le febuxostat peut être une alternative intéressante en cas d’effets secondaires de type cutané provoqué par l’allopurinol. Cette molécule provoquerait une diminution du taux d’acide urique plus importante que l’allopurinol. Cette baisse importante et rapide peut toutefois provoquer des crises de goutte au début du traitement, une prise en parallèle de colchicine pourra ainsi être conseillée. Demandez toujours conseil à votre médecin ou pharmacien pour trouver la meilleure molécule et dosage.
– La probénécide est un médicament aussi utilisé en prévention et traitement de la goutte. Cette molécule augmente la capacité rénale d’éliminer l’acide urique, on parle aussi de médicament uricosurique. De cette façon la concentration en acide urique dans le sang diminue et réduit le risque de développer cette maladie.
– Le pegloticase (nom de marque aux Etats-Unis: Krystexxa) est un médicament disponible aux Etats-Unis depuis le début des années 2010 permettant de prévenir la goutte en abaissant le taux d’acide urique. Ce médicament se présente sous forme d’injection. On l’utilise notamment lorsqu’un patient ne répond pas aux traitements classiques (ex. allopurinol) ou présente des contre-indications à ces traitements. Il est notamment utilisé lors de tophus. La FDA (agence américaine des médicaments) a autorisé la mise sur le marché de ce médicament en 2010 et l’EMA (agence européenne des médicaments) en 2013.
Remarques sur les traitements de la goutte:
- On estime qu’une grande partie des personnes souffrant de la goutte, 80% des patients selon certaines sources, ne prennent pas correctement leurs médicaments pour soigner et prévenir les crises de goutte ou ne profitent pas de traitements adaptés. C’est souvent un sérieux problème de santé publique, notamment en Occident (Europe et Amérique du nord).
- Selon l’American College of Rheumatology (Société américaine de rhumatologie), un traitement préventif contre la goutte peut fonctionner chez un patient et pas chez un autre. C’est pourquoi, la thérapie doit être adaptée à chaque patient. Le médecin devra notamment décider quand commencer le traitement et avec quelle molécule. Le choix du traitement dépend aussi de la fonction rénale et d’autres problèmes éventuels de santé.
- L’objectif des traitements préventifs contre la goutte est d’atteindre une concentration d’acide urique dans le sang inférieure à 6 mg/dL. (Source: American College of Rheumatology, site consulté le 24 septembre 2015)
Interview avec un médecin sur la goutte
Creapharma a interviewé début 2015 le Dr Alexandre Dumusc, chef de clinique adjoint au Service de rhumatologie de l’Hôpital orthopédique du CHUV à Lausanne (Suisse). Pour lire cet interview, achetez notre ebook sur la goutte
Remèdes naturels pour soigner la goutte
Prévention goutte – Alimentation goutte
Pour prévenir l’apparition de nouvelles crises de goutte, il peut être très utile de changer son style de vie et suivre certains conseils comme :
– Limitez votre consommation de viande (la viande est riche en purines, les purines se transforment en acide urique, molécule responsable de la goutte) et de fruits de mer. Essayez ainsi de faire un régime riche en fruits et en produits laitiers et pauvre en aliments riches en purines comme la viande, les abats, les légumineuses…
Une étude a montré que les purines d’origine animale (viande, fruits de mer) étaient associées à un risque bien plus élevé de développer une crise de goutte que les purines d’origine végétale (légumineuses comme les haricots, lentilles, pois). Lire aussi: 10 bons conseils pour une bonne alimentation en cas de goutte – Alimentation en cas de goutte
– Limitez votre consommation d’alcool et en particulier de bière ainsi que de vin rouge. L’alcool diminue l’élimination rénale d’acide urique. Lire aussi : Toutes les boissons alcooliques augmentent le risque de goutte, même le vin
– Buvez beaucoup (2 à 3 litres d’eau ou de jus par jour), particulièrement en cas de crise de goutte. N’hésitez pas à boire 500 ml d’eau le matin directement après le réveil. La déshydratation est une cause de la goutte.
– Contrôlez votre poids, le surpoids favorise la goutte. Essayez donc de perdre du poids avec un régime adapté.
– Diminuez votre consommation de boissons sucrées comme les sodas ou les jus industriels, des études récentes (2010 et 2013) ont montré une influence négative sur la goutte. Une variante génétique (appelée SLC2A9) chez certaines personnes expliquerait l’influence des boissons sucrées sur la goutte. En effet, selon une étude néo-zélandaise parue en 2013, chez des individus avec cette variante génétique la prise de boissons sucrées augmente la concentration d’acide urique dans le sang, ce qui favorise une crise de goutte. Le fructose, qu’on retrouve souvent dans des boissons sucrées, augmente le risque de goutte comme l’a montré une étude réalisée notamment par l’Ecole de Médecine de l’Université de Boston.
– Faites davantage d’exercice. Le sport a un effet au niveau métabolique qui pourrait améliorer de façon positive la goutte.
Bons conseils en cas de crise de goutte
– Evitez de forcer au niveau des articulations (surtout celles touchées par la goutte). Tout mouvement peut augmenter la douleur, il est donc préférable d’immobiliser l’articulation pour éviter la douleur. Il faut éviter de donner des coups de pieds, donc ne pas jouer au football, car les articulations remplies de cristaux d’acide urique n’aiment pas les chocs et cela peut amplifier la douleur.
– Ne pas chauffer ou refroidir au niveau de l’inflammation, car cela pourrait augmenter la douleur de la goutte. Toutefois, certains spécialistes comme la Société d’arthrite au Canada estiment qu’il peut être possible de réchauffer et refroidir l’inflammation de façon temporaire pour soulager la douleur. La NHS (l’équivalent de la Sécu. au Royaume-Uni) recommande de garder l’articulation touchée par la goutte au froid.
Aux Etats-Unis, l’American College of Rheumatology (ACR) recommande en cas de crise de goutte de garder l’articulation touchée au repos et d’appliquer des poches de glace ou des compresses froides pour soulager la douleur et l’inflammation. Comme les informations à ce sujet semblent un peu contradictoires, demandez conseil à votre médecin pour des informations personnalisées. Essayez notamment d’observer ce qui vous convient le mieux (rien appliquer, du froid ou du chaud) pour lutter contre la douloureuse crise de goutte.
– Buvez beaucoup (2 à 3 litres d’eau ou de jus par jour), particulièrement en cas de crise de goutte. N’hésitez pas à boire 500 ml d’eau le matin directement après le réveil.
– Mangez moins de tomate. Selon une étude parue en 2015, les tomates pourraient favoriser la goutte (lire sous Causes pour davantage d’informations).
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Crédit photo: Palatable Physic – Rheumatology Research Foundation – Atlanta, Georgie, Etats-Unis
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Sources numérotées dans le dossier mentionné ci-dessus:
No1: Lee SJ, Hirsch JD, Terkeltaub R, et al. Perceptions of disease and health-related quality of life among patients with gout. Rheumatology (Oxford). 2009;48(5):582-586.
Ressources intéressantes sur la goutte: Gout & Uric Acid Education Society (Pittsburgh, Etats-Unis)