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Mariage et inégalités sociales
Selon des études récentes, le mariage associerait de plus en plus des individus issus du même milieu social, en particulier en haut de l’échelle des revenus. Si bien que ce serait aujourd’hui le facteur qui contribuerait le plus, en termes relatifs, au creusement des inégalités sociales.
Si on compare les chances actuelles de réussite (meilleure éducation, revenus plus élevés, etc.) des enfants des milieux privilégiés avec ceux des enfants des milieux défavorisés, le différentiel est beaucoup plus élevé qu’il y a 25 ans. Mais cet avantage de départ se voit encore considérablement renforcé, beaucoup plus qu’auparavant, par des stratégies de mariage qui concentrent ces atouts au sein de couples particulièrement aisés.
Une recherche danoise a ainsi montré que la moitié des gains financiers attribuables à un diplôme universitaire découlerait de la rencontre plus probable d’un partenaire aussi favorisé. Corolairement, il serait devenu plus difficile pour des individus d’origine modeste de trouver un partenaire mieux loti.
Aux USA, selon une étude de l’Université de Pennsylvanie, le mariage, le divorce et la promotion éducative et professionnelle des femmes auraient ainsi pesé ensemble pour un tiers de l’accroissement des inégalités sociales, de 1960 à 2005. En effet, dans la mesure du possible, les hommes auraient tendance à choisir une partenaire ayant un statut professionnel équivalent au leur afin d’améliorer encore le statut économique de leur famille.
Stratégie de mariage et renforcement de privilèges
Historiquement, le renforcement des privilèges par les stratégies de mariage avait été particulièrement élevé dans les dernières décennies du 19e siècle, pour décroître dans la première moitié du 20e siècle et augmenter à nouveau à partir des années 1960. La fin de la Seconde Guerre mondiale, avait en particulier favorisé la formation de couples socialement plus hétérogènes, en particulier aux Etats-Unis.
Le G.I. Bill de 1944 avait, en particulier, donné une série d’avantages aux soldats démobilisés (hypothèques et prêts à taux réduits, bourses d’étude, etc.), facilitant une ascension socio-professionnelle préférentielle des jeunes hommes. Dans une période où l’âge au mariage des femmes était particulièrement précoce, une telle promotion masculine avait contribué à accroître l’inégalité entre les sexes, favorisant aussi des mariages socialement plus hétérogènes, et par-là une réduction de l’inégalité sociale.
Dans une société de classe, la promotion socio-professionnelle d’un nombre plus important de femmes tend à accroître la différenciation sociale parmi elles, ce qui favorise en même temps la formation de couples socialement plus homogènes dans les classes moyennes supérieures, contribuant par là même à l’accroissement des inégalités sociales entre groupes familiaux.
Jean Batou
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