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Après Ignace de Loyola en 2013, Pierre Favre en 2017, Pierre Canisius en 2020, Pierre Emonet sj publie aux éditions jésuites Pedro Arrupe – Un réformateur dans la tourmente. Un livre qui lui tenait à cœur –«mon dernier» précise-t-il– tant le Supérieur général de la Compagnie de Jésus du milieu du siècle dernier est pour lui «un modèle de jésuite». Dans cette interview, le directeur de la revue jésuite choisir dévoile ses liens avec le Père Arrupe.
Céline Fossati: Pourquoi une biographie du Père Arrupe? Une de plus?
Pierre Emonet sj: «Ce n’est pas une biographie de plus! Je crois même que c'est la première un peu complète en français sur Pedro Arrupe. Il existe des ouvrages partiels sur des aspects de sa vie ou de sa pensée, mais rien d’un peu complet à l’image de la biographie en espagnol de Pedro Miguel Lamet [1]»
Comment l’expliquez-vous? Il est pourtant l’un des jésuites qui a marqué le XXe siècle, un Père général charismatique qui a profondément influencé la vie de la Compagnie de Jésus? Qu’a-t-il de si extra-ordinaire?
«Ce qui m'impressionne chez Arrupe, c'est la manière dont il a su vivre au présent la spiritualité ignatienne du XVIᵉ siècle dans laquelle il était profondément enraciné. Comme il le dit à plusieurs reprises: “Ignace de Loyola a fondé au XVIᵉ siècle la Compagnie de Jésus, mais il n'a pas fondé une congrégation pour le XVIᵉ siècle.” Et c’est là tout l’intérêt. Ce qui intéressait le Père Arrupe, c'était de suivre Ignace, le fondateur, et non Ignace le supérieur général. “Je crois que si nous sommes fidèles à l'esprit ignatien, nous pouvons être aujourd'hui plus ignatien qu'à l'époque d'Ignace”, disait-il.»
Que voulait-il dire par là?
«Eh bien, que l’on comprend mieux toutes les implications de la spiritualité ignatienne aujourd'hui qu'à l'époque! Ce qui me séduit beaucoup chez lui, c'est cette capacité d'être très profondément enraciné dans une spiritualité issue du XVIᵉ siècle, tout en étant une homme archi moderne. Et il relève tous les défis de son époque, non pas en essayant de transposer la spiritualité ignatienne des origines, mais en la vivant au présent. En cela, il est génial. Mais c'est aussi ce qui a déconcerté beaucoup de jésuites qui pensaient qu’il n'était plus fidèle à Ignace.»
C’est oublier que si la Compagnie peut faire vivre la spiritualité ignatienne aujourd’hui en l’adaptant «au goût du jour», c'est qu’elle s’adressait dès son origine davantage à la personne, à l'essence même de l'humain, qu'à son époque?
«Oui, oui, oui. C’est ce qui est très enthousiasmant dans la lecture de notre spiritualité par le Père Arrupe.»