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Pas de nouveauté mais plus de clarté et de cohérence, telle est la première impression qui se dégage du nouveau rapport sur la politique extérieure de la Suisse présenté jeudi à Lugano. Elle place la défense des intérêts de la Suisse au premier rang.
Bien qu'organisée à Lugano et retransmise à Berne et Genève, la conférence de presse présentant les grandes lignes de la politique extérieure suisse pour les dix prochaines années a fait la part belle à l'allemand.
Lors de son discours de présentation, le président de la Confédération Adolf Ogi s'est exclusivement exprimé dans cette langue, tandis que le ministre des Affaires étrangères Joseph Deiss n'a utilisé le français que pour la première partie de son propos, passant à l'allemand pour le reste. Quant à la troisième langue du pays, l'italien, elle n'est sortie de la bouche d'Achille Casanova, porte-parole du gouvernement, que pour présenter les deux premiers orateurs.
Plus qu'un affront à la paix confédérale et au respect des minorités, il faut peut-être voir dans ce choix une impérieuse volonté de convaincre la partie du pays la plus sceptique à l'égard de l'ouverture de la Suisse. Car les deux conseillers fédéraux l'ont répété une fois de plus: l'adhésion à l'ONU et à l'Union européenne restent les principaux objectifs de la décennie à venir.
Pour convaincre les récalcitrants, le nouveau rapport de politique extérieure fait reposer l'ensemble de son argumentation sur la défense des intérêts du pays. «La politique extérieure est une politique d'intérêt», affirme-t-il ainsi dans son préambule. Un document de presse est encore plus explicite: la préservation de l'indépendance et la prospérité de la Suisse sont qualifiées d'objectif suprême.
Les adhésions à l'ONU et à l'Union européenne ne sont donc pas présentées comme des objectifs en soi, mais comme les meilleurs moyens de défendre les intérêts de la Suisse et de se ménager une marge de manœuvre suffisante pour préserver son indépendance.
«Sa forte dépendance économique vis-à-vis de l'extérieur rend la Suisse vulnérable; c'est pourquoi elle doit garder en permanence à l'esprit la question de savoir quel est le prix de son absence d'institutions importantes, en particulier de l'Union européenne», argumente le rapport.
Le propos n'est pas nouveau. Mais il a été largement étouffé par les questions identitaires qui ont dominé les débats sur l'ouverture de la Suisse au monde, tout au long de la décennie passée.
Mais le rapport n'oublie pas pour autant les autres axes de la politique étrangère suisse, que ce soit la paix, la démocratie, l'environnement ou la lutte contre la pauvreté. Mais le rapport précise: «le respect de ces principes est une condition nécessaire au développement économique durable».
Cette recherche de cohérence entre la défense des droits de l'homme, la protection de l'environnement, la coopération et la prospérité de l'économie suisse est peut-être la véritable nouveauté de ce rapport. Joseph Deiss a, en tout cas, affirmé que cette recherche de cohérence était voulue par le Conseil fédéral et tout spécialement entre son ministère et celui de l'économie.
A défaut d'être déjà une réalité, cette cohérence se retrouve au moins dans le titre du rapport: «Présence et coopération: la sauvegarde des intérêts dans un monde en cours d'intégration».
Frédéric Burnand