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L’austérité est une mesure de politique économique qui vise à la réduction des dépenses étatiques. Préconisée par des institutions internationales telles que le FMI, l’austérité est décriée par de nombreuses approches d’économie politique internationales, notamment en raison des conséquences néfastes qu’elle entraine sur les populations.
Le concept d’austérité rappelle les politiques adoptées par plusieurs pays européens dans le cadre de la crise financière et des dettes souveraines à partir de 2008. Mais il est difficile de le réduire uniquement à ces expériences. En 2019, des pays d’Amérique latine tels que l’Argentine et le Mexique ont adopté des mesures d’austérité avec des justifications différentes, mais avec au moins un élément en commun : l’obtention d’un équilibre budgétaire par la réduction des dépenses, tout en honorant les engagements financiers envers les détenteurs de la dette publique. De ce fait, la doctrine économique néolibérale définit l’austérité comme un ensemble de mécanismes politiques budgétaire visant à réduire l’empreinte fiscale et économique du secteur public et à modifier la manière dont les services publics sont fournis. Dans cette mesure, l’austérité vise à réduire les dépenses du secteur public afin que les agents du secteur privé se substituent aux agents du secteur public. Cela présuppose que les agents du secteur privé sont plus efficaces pour fournir des biens et des services que ceux de la fonction publique comme l’évoque Henderson (2018). Cette affirmation se base sur le postulat selon lequel le marché est en mesure d’atteindre l’équilibre (et donc de tendre vers l’optimum de Pareto) de façon autonome, sans intervention extérieure, et fournir ainsi la meilleure allocation des ressources disponibles. Ainsi, en minimisant l’influence étatique au sein de l’économie, cela permettrait de favoriser les investisseurs privés, moteur de la croissance économique selon cette doctrine. Ces éléments théoriques sont contestés par le keynésianisme, qui insiste sur les dangers associés à l’austérité comme “une forme de déflation volontaire dans laquelle l’économie s’ajuste par la réduction des salaires, des prix et des dépenses publiques. Blyth 2013 :2).
Bien que le keynésianisme ait mis en doute l’utilité pratique de l’austérité en temps de crise, des auteurs tel que Berry (2016) affirment que ce type de mesures économiques est d’une importance vitale pour maintenir l’économie de l’État à flot en période de stabilité. En fait, cet auteur considère que la simple réduction des politiques sociales n’implique pas nécessairement une politique d’austérité car cela impliquerait également la réorientation des dépenses publiques et la réduction de la dette (Reinhart et Rogoff 2010). En d’autres termes, pour le néolibéralisme économique, le problème de cette politique réside dans une application de l’austérité et non dans le programme poursuivi. D’autres, comme Alesina et al. (2015), considèrent que l’austérité a été mise en cause sans preuves suffisantes pour affirmer que ses mesures aient eu un impact négatif sur la société.
Dans le domaine de l’économie politique internationale (EPI), Wade (2002), adopte par exemple une perspective gramscienne pour montrer que la promotion de la politique d’austérité par les instances multilatérales répond à la nécessité de consolider l’hégémonie américaine par le biais de certaines idées économiques compatibles avec le modèle de développement américain. En d’autres termes, l’austérité sert d’outil pour définir l’identité des États. L’approche de l’EPI évite de considérer l’austérité comme une question uniquement économique et interne concernant les besoins propres des États. Au contraire, elle soulève des discussions sur les effets de ce type de politique sur la construction (ou la subsistance) des ordres financiers internationaux et sur le rôle de certains acteurs hégémoniques au sein de cette dynamique. De même, elle dépasse le cadre des Etats pour tenir compte des organisations internationales telles que le FMI et met en avant les relations de pouvoir qui pourraient naître de la promotion de la politique d’austérité.
Enfin, nous pouvons étudier les raisons pour lesquelles le FMI est sérieusement mis en cause par la crise inflationniste dans laquelle s’est retrouvée l’Argentine en 2019 après avoir adopté une politique d’austérité. Une question supposément nationale (comme le suggère l’économie) a été traversée par des variables internationales (la présence du FMI) et par des aspects idéologiques car le président Mauricio Macri avait l’intention de s’adresser aux institutions financières internationales et façonner l’image du pays dans le système international (Mander, 2019). En ce sens, comme dans le cas de l’Argentine, l’EPI nous permet de dépasser les limites imposées par les vues économiques de l’austérité et tient compte non seulement des conséquences économiques de ces mesures, mais également des relations de pouvoir qui les sous-tendent dans le cadre international et des conséquences de ces mesures qui transparaissent à l’échelle nationale.
Aubry Alexandre
Maria-Léticia Antonino Madrid
Reynell Badillo Sarmiento
María Paula Ballesteros Paipilla
Andrés Tellez
Hervé Tschanz
Publié en 2021
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