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Le processus d'écriture
On m'a déjà demandé plusieurs fois comment j'écrivais, si chaque mot était réfléchi, voulu, choisi, si j'avais un sens précis que je souhaitais exprimer. A chaque fois que je réponds à ce genre de question, je me retrouve un peu bête, comme si je n'avais pas vraiment de réponse, comme si l'écriture était un processus de hasard, de chance. Je péclote quelques explications qui ne me convainquent jamais. Je profite maintenant de poser des mots sur mon processus d'écriture. Mieux vaut tard que jamais, après tout. *** J'écris depuis maintenant plus de seize ans. Ce qui me pousse à écrire, c'est d'abord un besoin, une pulsion presque, une irrépressible envie de dire. Je ne choisis quasiment jamais le sujet que je veux aborder. Le plus souvent, c'est un sujet qui s'impose à moi de manière inconsciente, comme une vision s'imposerait à un oracle. Il n'y a rien de surnaturel ou de transcendental là-dedans; c'est juste indicible. Ça commence toujours par un germe d'idée; ce germe peut être soit un mot, soit une phrase, soit une image statique, soit un processus dynamique. Je ne sais pas toujours d'où il me vient: parfois c'est suite à un rêve, parfois à une émotion, un événement, un sentiment, un geste, une pensée, etc. Ce qui est sûr, c'est que le genre de texte (poème, essai, réflexion, etc.) dépend principalement du germe d'idée. Si c'est une émotion, un sentiment, alors j'écris un poème. Quand le germe est un raisonnement, une pensée, alors je choisis la prose. Quand je ressens le besoin de mettre en mots ce germe d'idée, je me pose devant mon ordinateur, j'attends quelques dizaines de secondes, et je me mets à taper sur le clavier. A partir de ce moment-là, je ne choisis plus volontairement les mots. Les mots se racontent à moi, et si j'aime leur histoire, alors je les accepte et les incorpore dans l'écosystème du texte. En de rares occasions, le mot est choisi volontairement et activement, par exemple quand je veux faire rimer ou que je veux créer un effet bien précis mais que rien ne me vient intuitivement. Parfois, un mot me plaît au premier abord, mais il créé une dissonance, alors je le change. Parfois, la dissonance me plaît, et je la conserve comme on garderait une espèce étrangère dans un parc naturel pour ses effets bénéfiques et réparateurs. Au fur et à mesure que les processus écopoétiques de mon système textuel prennent chair, se font écho, rentrent en collision ou s'évitent, se découvrent ou recouvrent les uns les autres, se dévoilent ou s'opacifient mutuellement ou unilatéralement, s'amplifient ou s'amenuisent, alors un équilibre se met en place. Je ne parle pas ici d'un équilibre statique, mais d'une sorte d'harmonie des sons, couleurs, textures et idées du texte. C'est un effet boule de neige, une avalanche qui grossit à chaque instant de réflexion, à chaque ajout de mot, et qui emporte toute mon attention sur son passage. Je ne sais jamais trop quand m'arrêter, mais le plus souvent c'est parce que je ne ressens plus le besoin, la pulsion de dire. Alors je relis le texte, fais parfois quelques ajustements. Il arrive que j'ajoute, que je soustraie, que je corrige, clarifie ou complexifie le texte. Il arrive aussi que je fasse des liens avec d'autres textes, ou que je mette en exergue le thème du recueil. Puis je relis, et relis encore, jusqu'à ce que je sois satisfait. Très rarement, je reviens sur le texte le lendemain, ou le surlendemain, ou quand il m'arrive de tomber dessus par hasard. Ces retouches sont de l'ordre de l'esthétique; l'écosystème poétique est résilient et ne saurait vaciller par le changement d'un mot. On m'a déjà demandé plusieurs fois comment j'arrivais à produire autant de contenu. Je crois juste que j'ai beaucoup de choses à dire et qu'il n'y a pas assez d'heures dans la journée pour le faire. Ou peut-être que quand je me sens seul, des voix m'encouragent à les entendre et je les accepte dans mon esprit. Ou peut-être est-ce juste une question d'habitude. Ce que je sais, c'est que l'écriture fait maintenant partie de ma routine quotidienne. Il y a des gens qui se parlent à eux-même; moi des fois j'ai l'impression que je m'écris à moi-même. C'est un réflexe, un doudou qui me rassure. *** Voilà, c'est ça mon processus d'écriture. Il est peut-être unique, ou peut-être est-il banal. Je ne revendique pas une quelconque unicité; je revendique juste le droit de m'exprimer.