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Cuba sans Castro, une transition sous contrôle
"Miguel Díaz-Canel incarne la continuité avec ses prédécesseurs", déclare dans Géopolitis Aline Helg, professeure au département d'histoire de l'Université de Genève. "On ne sait pas quel pouvoir il aura. Ce qui compte ce sont les liens qu'il réussira à tisser avec les forces armées, car elles représentent la colonne vertébrale du pouvoir à Cuba".
Discret vice-président depuis cinq ans, Miguel Díaz-Canel doit être formellement élu le 19 avril par l'Assemblée nationale du pouvoir populaire, au terme d'un long processus électoral qui exclut toute forme d'opposition. Si Díaz-Canel devient président, c'est parce que le Parti communiste et Raúl Castro l'ont déjà choisi pour perpétuer l'héritage.
Ingénieur de formation, il a gravi pas à pas les échelons de pouvoir pendant 30 ans. Fidèle aux acquis de la Révolution, il défend pourtant une plus grande liberté de la presse et une ouverture à internet. Il y a 20 ans déjà, dans sa ville de Santa Clara, ce fan des Beatles a autorisé des concerts de rock et les premiers spectacles de travestis de l'île. Selon Aline Helg, il devra faire preuve d’équilibre: "S'il dépasse ce qu'on lui demande, on pourra aussi le remplacer."
Une régime sous contrôle de l'armée
L'armée contrôle 60% de l'économie cubaine.
Depuis 1959, le pouvoir des frères Castro s'est consolidé autour d'une armée puissante prête à mettre au pas les intellectuels et les opposants politiques. "Le service militaire étant obligatoire, tout le monde passe par l'armée. Elle contrôle 60% de l'économie et filtre beaucoup de choses."
Le régime s'appuie également sur ses conquêtes sociales: accès gratuit et universel à la santé et à l'éducation, ainsi que la répartition des logements. "Pendant les 30 premières années de la révolution, il n'y a aucun doute qu'un effort énorme a été fait de ce côté-là", poursuit l'experte. "C’était aussi un moyen de garder la population fidèle."
Néanmoins, le mythe de la révolution menée par Fidel Castro est à bout de souffle, selon Aline Helg. "La mythologie est pour les touristes. Pour les Cubains, c’est plutôt du catéchisme désormais enraciné dans l’éducation, mais il n'est plus porteur de rêves", explique-t-elle.
Des défis importants pour la nouvelle présidence
Depuis la chute de l'Union soviétique, la situation économique est difficile et provoque des frustrations dans la population. Le nouveau président sera donc appelé à poursuivre les réformes libérales esquissées par Raúl Castro.
"L'effondrement du bloc soviétique a obligé le régime à s'ouvrir à la diaspora cubaine des Etats-Unis, qui représente une source importante de revenus", explique l'invitée. "Pourtant, cette ouverture agrandit les différences sociales et raciales, car seuls les bénéficiaires de cet argent, principalement des Blancs aisés de La Havane, ont les moyens nécessaires pour lancer les entreprises privées autorisées par le régime."
La question démographique représente aussi un défi important. "Une population vieillissante et une jeunesse de plus en plus limitée proportionnellement sont les prix à payer de la bonne santé et de l'éducation cubaine. Maintenir cette population sera un défi énorme", conclut Aline Helg.
Oliver Galfetti
Publié le 14 avril 2018 à 14:05 - Modifié le 14 avril 2018 à 14:25
Cuba n’a pas que des ennemis
Pourtant l'imprévisibilité de Donald Trump angoisse les Cubains. "Personne ne sait ce qui va arriver, probablement Trump non plus", tranche l'experte. "Washington n’a pas intérêt à une destruction complète de l’économie cubaine. Le développement du tourisme à grande échelle représente une énorme opportunité surtout pour les Etats-Unis."