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Après une longue et minutieuse préparation, le nouveau règlement concernant l’ajustement des muserolles est entré en vigueur le 1er janvier 2020. Dorénavant, un espace de 1,5 cm doit se trouver entre le chanfrein et la muserolle.
La science a prouvé il y a bien longtemps qu’une muserolle trop serrée entraîne des problèmes de respiration, des difficultés de déglutition, de la tension et du stress chez les chevaux. Ces découvertes ont déjà incité les fédérations équestres danoise et néerlandaise à adopter une réglementation prescrivant la manière d’ajuster la muserolle - une fois fermée, un espace de 1,5 cm doit se trouver entre le chanfrein et celle-ci. En Nouvelle-Zélande, on doit également pouvoir passer un doigt entre le chanfrein et la muserolle fermée. Dans l’esprit d’une solution européenne uniforme, la Fédération Suisse des Sports Equestres (FSSE) a décidé de fixer l’espace requis également à 1,5 cm, contrairement à la proposition initiale qui prévoyait un espace de 2 cm.
Echantillonnage aléatoire
D’une manière générale, le contrôle des muserolles sur la place de concours relève de la responsabilité du président du jury, resp. du délégué technique. Ces derniers peuvent également confier cette tâche à d’autres membres du jury ou à d’autres officiels. Des échantillons aléatoires peuvent être pris autant pendant l’échauffement que lorsque le cavalier quitte le carré, resp. le parcours de compétition - et ce dans toutes les disciplines et dans toutes les catégories.
Des mesures objectives grâce à un instrument de mesure
La vieille règle selon laquelle on doit pouvoir passer deux doigts sous la muserolle reste toujours une bonne référence. Cependant, afin d’éviter des discussions sur l’épaisseur des doigts et de permettre une mesure objective sur les places de compétition, la mesure se fera à l’aide de la «baguette magique» développée par le FSSE. L’objectif était de fournir aux cavaliers et aux officiels un instrument de mesure discret, pratique et bon marché qui permettrait une évaluation rapide et fiable.
L’instrument de mesure est inséré entre le chanfrein et la muserolle - ainsi que la sous-barbe s’il y en a une - depuis le haut dans le sens du poil. L’instrument doit pouvoir être inséré jusqu’à la marque «1,5 cm». Une légère pression peut être appliquée pour ce faire. Chez les chevaux peureux, il est recommandé d’insérer l’instrument depuis le bas afin qu’il puisse être retiré plus facilement. La mesure se fait les rênes relâchées.
Tolérance pendant l’année d’introduction
L’idée directrice derrière cette nouvelle réglementation est le bien-être du cheval. Souvent, la muserolle est trop serrée non pas pour faire mal au cheval, mais par ignorance. Ainsi, les contrôles au cours de la première année (2020) auront surtout pour objectif de sensibiliser les cavalières et les cavaliers et d’initier un processus d’apprentissage. S’il est constaté lors du contrôle que la muserolle est trop serrée, le binôme ne sera donc pas automatiquement disqualifiée. L’officiel en question va plutôt chercher le dialogue avec la personne concernée et l’informer sur les effets néfastes d’une muserolle trop serrée. Evidemment, la personne devra ensuite desserrer la muserolle.
Si le contrôle est effectué avant le départ et que le cavalier se montre coopératif après les explications et qu’il ajuste la muserolle, l’officiel fera une note correspondante dans le rapport du jury, cependant sans mentionner le nom du cavalier. Cette note servira exclusivement à des buts statistiques et le cavalier peut prendre le départ dans l’épreuve. En revanche, si le cavalier se montre incompréhensif et qu’il refuse de coopérer, l’officiel fera non seulement une note - toujours sans mentionner de nom - dans le rapport du jury, mais prononcera également un avertissement verbal ainsi qu’une interdiction de prendre le départ dans l’épreuve concernée. Selon la gravité du cas, le jury peut aussi immédiatement adresser un avertissement écrit (aussi appelé «carton jaune») au cavalier. Deux avertissements écrits dans une période de douze mois - peu importe la raison pour laquelle ils ont été prononcés - portent le cas devant la Commission des sanctions de la FSSE. Celle-ci décide alors des mesures à prendre, telles que des amendes ou des suspensions.
Si un binôme cavalier-cheval est contrôlée lorsqu’il quitte le carré, resp. le parcours de compétition et que le cavalier se montre coopératif après l’avertissement, une note sans mention du nom est effectuée dans le rapport du jury - le cavalier n’est pas disqualifié malgré le mauvais ajustement de la muserolle et le résultat obtenu est maintenu. Les cavaliers qui ont déjà pris le départ et qui se montrent incompréhensifs sont évidemment avertis verbalement et disqualifiés, voire avertis par écrit pour les cas plus graves.
Cette manière de procéder est valable pour l’année d’introduction 2020 au cours de laquelle la FSSE veut se montrer tolérante pour que les cavaliers aient le temps de se familiariser avec cette nouvelle réglementation. Ces premières expériences seront évaluées au cours de la saison et une décision sera prise sur la façon de procéder à partir de 2021.
La FEI ne lâche pas prise
Aujourd’hui, il est incontestable qu’une muserolle trop serrée nuit au bien-être des chevaux, et diverses études scientifiques documentant l’effet des différents ajustements des muserolles ont été publiées au cours des dernières années. La Fédération Equestre Internationale (FEI) mentionne également dans son code de conduite pour le bien-être du cheval que «l’équipement doit être conçu et adapté de manière à ne pas causer de blessures ou de douleurs au cheval».
La FEI explique ce que cela signifie concrètement dans ses manuels pour stewards. On constate cependant que non seulement les réglementations ne sont pas uniformes pour toutes les disciplines, mais qu’elles sont en contradiction avec l’état actuel de la recherche. Ainsi, il est mentionné que dans le cadre d’un contrôle de l’équipement, le contrôle de l’ajustement de la muserolle est à faire à la sortie du carré, resp. du parcours de compétition et que la mesure se prend sur le côté de la tête! A cet endroit, les tissus sont cependant si souples que même chez une muserolle bien trop serrée d’un point de vue scientifique, deux doigts peuvent facilement être placés entre celle-ci et la joue.
Le manuel pour stewards de la discipline Dressage de la FEI indique que la muserolle est fermée correctement si on peut placer un index entre la joue et la muserolle. En saut d’obstacles, la FEI exige cependant deux doigts placés l’un à côté de l’autre sur la joue, et précise de plus que l’ajustement de la muserolle ne doit pas gêner la respiration du cheval.
Premières expériences aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, la règle de 1,5 cm pour l’ajustement des muserolles a été introduite en avril 2019. Une étude effectuée en Hollande auprès de 50 chevaux de saut et 50 chevaux de dressage dans des compétitions et des catégories différentes publiée récemment a montré que 59% des concurrents respectent l’espace de 1,5 cm, le taux étant de 74% en dressage et de 44% en saut. Il a également été démontré que ce taux est relativement constant dans toutes les catégories en dressage, mais qu’en saut d’obstacles la proportion des muserolles fermées correctement diminue à mesure que la catégorie de performance augmente.
Il sera intéressant de suivre le développement de cette tendance et d’observer si des phénomènes similaires apparaissent en Suisse. D’un point de vue éthique, l’introduction de cette réglementation en Suisse est certainement un grand pas dans la direction d’un sport plus correct envers le cheval.
Cornelia Heimgartner
Instrument de mesure officiel de la FSSE.