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Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, dit
Général Alexandre Dumas de La Pailleterie,
(25 mars 1762 - 26 février 1806).
Les Alexandre Dumas sont trois et le premier d’entre eux, père de l’écrivain, n’était en naissant qu’un esclave dans la partie française de l’île de Saint-Domingue, aujourd’hui république d’Haïti. Il ne s’appelait pas encore Alexandre Dumas. Il n’avait qu’un prénom -Thomas-Alexandre- et pas de nom de famille car les esclaves n’avaient pas le droit d’en porter.
Pour les Dumas, tout débuta en 1760 lorsqu'un aristocrate français, Antoine-Alexandre Davy de la Pailleterie, émigra vers l'île de Saint-Domingue (nom de la République d'Haïti du temps de la colonie). Le Code Noir de Colbert, qui régissait l'esclavage, voulait que l'esclave appartienne à son maître qui pouvait décider d'en faire ce qui lui plaisait. Et comme c'était la règle dans les colonies françaises, Antoine-Alexandre Davy de la Pailleterie, qui avait une habitation à Jérémie, dans le Sud de la colonie de Saint-Domingue, disposa de son esclave Marie-Cessette Dumas (nom qui lui a été accolé parce qu'elle vivait dans un mas) qui se retrouva enceinte. Elle mourut en 1772 après avoir donné naissance à Alexandre Dumas de la Pailleterie, en 1762.
« Le plus grand des Dumas, disait Anatole France, c'est le fils de la négresse, c'est le général Alexandre Dumas de La Pailleterie, le vainqueur du Saint-Bernard et du Mont-Cenis, le héros de Brixen. Il offrit soixante fois sa vie à la France, fut admiré de Bonaparte et mourut pauvre. Une pareille existence est un chef-d'oeuvre auquel il n'y a rien à comparer ».
Fabuleux destin en effet que fut celui de cet enfant métis né esclave à Saint Domingue. Orphelin de mère à l'âge de 10 ans, il est vendu en tant qu'esclave par son père. Puis, racheté par celui-ci, il devînt 31 ans plus tard général de division de l’armée française et commandant en chef de l’armée des Pyrénées ! Son père, Alexandre-Antoine Davy de la Pailletterie, un petit planteur blanc de noble origine, était venu chercher fortune dans la plus riche île française des Antilles, et s’était mis en ménage avec une ravissante Négresse avec qui, il eut quatre enfants.
Thomas-Alexandre, mulâtre et affranchi, grandit dans la colonie en homme libre contrairement à ses ascendants maternels.
Rentré définitivement en France en décembre 1775, le marquis fait venir un an plus tard son fils préféré, Thomas-Alexandre, laissant au bourg Jérémie, à Saint Domingue, Césette et leurs autres enfants, Adolphe, Jeannette et Marie-Rose. Le jeune Thomas découvre alors la trépidante vie parisienne, se lie d’amitié avec un autre métis, le chevalier de Saint George. En 1792, les deux hommes serviront dans le même corps d’armée, la Légion franche des Américains, composée d’Antillais et d’Africains, dirigée par le chevalier. C’est que dès 1786, Thomas-Alexandre Davy de la Pailletterie, qui avait annoncé par défi à son libertin de père qu’il allait se faire tout seul un nom, s’était engagé pour huit ans au régiment des dragons de la reine. Mais son père ne l'autorisa pas à intégrer l'armée sous le nom de Davy de la Pailleterie. Ainsi, c'est sous le patronyme de sa mère, Dumas, qu'il a rejoint l'armée française. Grand et bel homme, il mesurait alors « un mètre quatre-vingt-cinq » avait « des cheveux et sourcils noirs crépus, un visage ovale, plein et brun, une petite bouche, des lèvres épaisses. »
Pendant la Révolution française, il sert d'abord sous les ordres du général Dumouriez. Le chevalier de Saint-George l'élève au grade de sous-lieutenant ; il monte rapidement en grade. C'est le premier homme de couleur à devenir général de division dans l'armée française. Il a 31 ans. Se distinguant pour sa bravoure, sa force phénoménale et ses actes héroïques, il est surnommé Horatius Coclès du Tyrol pour la défense d'un pont en 1798. Il fait campagne en Vendée, en Italie, en Égypte, puis de nouveau en Italie.
Très proche de Bonaparte durant les premières années de la montée en puissance de celui-ci, le général Alexandre Dumas se brouille avec le futur empereur durant la campagne d'Egypte. À l'époque du consulat, en 1802, il refuse de contribuer à mater une révolte d'esclaves à Haïti (que dirige Toussaint Louverture), ce qui lui vaut une disgrâce définitive.
Fait prisonnier par le royaume de Naples pendant son voyage de retour en France, il est emprisonné durant deux ans. A sa libération, en 1801, sa santé est profondément affectée. Les dernières années de sa vie se passent à Villers-Cotterêts auprès de son épouse, Marie-Louise Labouret.
Du récit des dernières années de la vie du général Dumas, on ne peut qu’être outré par les nombreuses injustices dont il fut victime. Voici ce qu’en dira sa veuve Marie-Louise : « Le brave général Dumas, que le sort des combats avait respecté, périt dans la misère et le chagrin, sans aucune décoration [ni] récompense militaire, victime de la haine implacable de Bonaparte et de sa propre sensibilité.»
Le 20 mai 1802, deux mois avant la naissance de l’auteur du Comte de Monte Cristo, Napoléon Bonaparte rétablissait l’esclavage aboli en 1794 par la Révolution et le 2 juillet, le territoire français était interdit aux Noirs et sang-mêlés !
C'est le 24 juillet 1802 qu'Alexandre Dumas dit Dumas père voit le jour à Villers-Cotterêts, pays près de Dieppe (France). Son père, le général Alexandre Dumas, meurt quelques années après, le 26 février 1806.
Bien que le futur écrivain ait très peu connu son père, ce dernier exercera une grande influence sur son oeuvre. La figure mythique du géant intrépide se retrouve ainsi dans les romans de Dumas, en tout premier lieu dans le personnage de Porthos.
Alexandre Davy de La Pailleterie Dumas, dit
Alexandre Dumas - père
(24 juillet 1802 - 5 décembre 1870).
Illustre auteur dramatique et romancier français, fils du général Alexandre Dumas, né à Villiers-Cotterets (Aisne) le 5 thermidor an X (24 juillet 1802), mort à Puys, dans les environs de Dieppe (Seine-Maritime), le 5 décembre 1870.
Son père, fils d'un marquis normand et d'une esclave de Saint-Domingue, meurt, alors que le jeune Alexandre n'a que quatre ans. Des centaines de livres, des milliers de personnages et des millions de mots ne viendront jamais combler la cruelle absence de celui dont la figure héroïque hantera toute son oeuvre. De son propre aveu, Alexandre Dumas ne guérira jamais de "cette vieille et éternelle douleur de la mort de son père."
Restée veuve en 1806 et réduite aux modiques ressources que lui concédait le titre de son mari, Mme Dumas ne put faire donner au fils issu de cette union qu’une éducation extrêmement sommaire et incomplète. L’enfant tenait, par contre, de son père, une constitution athlétique, une aptitude naturelle à tous les exercices du corps et une santé robuste.
D’abord clerc d’avoué à Villers-Cotterets, puis à Crépy-sur-Oise, il vint en 1823 à Paris solliciter l’appui des anciens compagnons d’armes de son père, ralliés, pour la plupart, à la Restauration.
Éconduit de divers côtés, il ne fut accueilli avec bienveillance que par un membre de l’opposition, le général Foy qui, aussi frappé de ses talents de calligraphe qu’affligé de son ignorance, lui procura une place d’expéditionnaire dans les bureaux de la chancellerie du duc d’Orléans.
Le jeune homme, qui se proposait bien un jour de vivre de sa plume, se trouva néanmoins fort heureux de devoir à son écriture un traitement de 1200 fr. qui lui permettait de ne plus être à la charge de sa mère et lui laissait assez de loisirs pour apprendre tout ce qu’il ne savait pas et nommément l’histoire de France. Bientôt il osa faire imprimer ses premiers essais : une Élégie sur la mort du général Foy (1825).
Il continua à écrire pour le théâtre et connut enfin le succès grâce à la représentation en 1829 de Henri III et sa cour par la Comédie-Française. Ce succès continuera pendant toute sa carrière littéraire dans son genre de prédilection : le drame et le roman historique.
Fils de mulâtre, Alexandre Dumas doit alors affronter les regards d'une société française qui, pour ne plus être une société d'Ancien Régime, demeure encore une société de castes. Elle lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux crépus, à quoi trop de caricaturistes de l'époque voudront le réduire, sa folle prodigalité aussi. Certains de ses contemporains iront même jusqu'à lui contester la paternité d'une oeuvre étourdissante et son inépuisable fécondité littéraire qui tient du prodige. Mais Alexnadre DUMAS lui-même, fier de sa lignée, écrivit un jour : "Lorsque j’ai découvert que j’étais noir, je me suis déterminé à ce que l’homme voie en-dessous de ma peau".
Dumas a lui-même raconté comment, après l’insurrection de juin 1832 et une atteinte de choléra, dont il se ressentit d’ailleurs une partie de sa vie, les médecins et ses amis lui conseillèrent de quitter Paris durant quelques mois. De cette première excursion à travers la Bourgogne et la Suisse datent ces fameuses Impressions de voyage qui forment l’une des parties les plus attrayantes de son œuvre et qui ont si légitimement contribué à sa popularité.
Il est un auteur prolifique (avec l'aide notoire de nègres en particulier Auguste Maquet qui a participé à la plupart de ses réalisations), signant des grandes œuvres telles les Trois Mousquetaires ou le Comte de Monte-Cristo en 1844.
Les toutes dernières et si tristes années de la vieillesse de Dumas furent adoucies par le dévouement de sa fille, Mme Petel, et par la sollicitude de son fils, qui finit par pourvoir à tous les besoins de sa vie matérielle; ce fut dans la ville de Puys, près de Dieppe, qu’il s’éteignit le 5 décembre 1870, sans avoir conscience des désastres infligés à la France, et sa mort passa forcément alors inaperçue. Au mois d’avril 1872, sa dépouille fut exhumée de la tombe provisoire où elle était déposée et transportée, selon un vœu souvent exprimé par lui, au cimetière de Villers-Cotterets, en présence de la plupart de ses amis, collaborateurs ou interprètes encore survivants.
Son corps a été transféré au Panthéon de Paris en 2002, au mépris de sa dernière volonté de « rentrer dans la nuit de l'avenir au même endroit que je suis sorti de la vie du passé », « dans ce charmant cimetière (de Villers-Cotterêts) qui a bien plus l'air d'un enclos de fleurs où faire jouer les enfants que d'un champ funèbre à faire coucher les cadavres » (1870).
Son fils, également nommé Alexandre Dumas, fut lui aussi écrivain, auteur en particulier de la Dame aux camélias.
Lettre d'Alexandre Dumas - père, le 5 août 1838, aux compatriotes haïtiens et à tous les hommes de couleur, pour honorer son père, le général Alexandre Dumas.
«Mes chers compatriotes,
Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par mon propre cœur de faire élever une statue à mon père ; cette statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale, grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus de 20 à 25 000 francs.
Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs :
Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils habitent. A cette souscription ne pourront se joindre, pour les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu de se monter à 25 000 F, se monte à 40 000, on fondrait une seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors, j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter.
Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve [Alexandre Dumas vient de perdre sa mère] et qui réveille cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père, ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès du Tyrol ; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France. »
Œuvres choisies
- La Tour de Nesle, 1832
- Kean, 1836
- Pauline, 1845
- La Reine Margot, 1845
- Le Comte de Monte-Cristo, 1845
- La Dame de Monsoreau, 1846
- Joseph Balsamo, 1846, inspiré de la vie de Giuseppe Balsamo
- Le Vicomte de Bragelonne, 1848
- Le Collier de la reine, inspiré de l'affaire du collier de la reine, 1849
- La Tulipe noire, 1850
- Les Mille et Un Fantômes, recueil de contes fantastiques, comportant :
- Une journée à Fontenay-aux-Roses : les mille et un fantômes
- La Femme au collier de velours, 1850, récit des pérégrinations d'un jeune Allemand dans le Paris de la Terreur
- Les Mariages du père Olifus
- Le Testament de M. de Chauvelin
- Un dîner chez Rossini, ou les Deux Étudiants de Bologne
- Les Gentilshommes de la Sierra-Morena et Histoire merveilleuse de Don Bernardo de Zuniga
- Le Lièvre de mon grand-père, causerie en manière d'explication
- Georges
- Le Bagnard de l'Opéra (livre pas très populaire)
- Les Blancs et les Bleus
- Les Compagnons de Jéhu
- Le Chevalier de Sainte-Hermine. Ce dernier roman, publié intitalement sous forme de feuilleton en 1869, a été exhumé des fonds de la >Bibliothèque nationale de France et publié pour la première fois en 2005.
- Les Mohicans de Paris
Alexandre Dumas, dit
Alexandre Dumas - fils
(27 juillet 1824 - 27 novembre 1895).
Fils naturel de l'écrivain Alexandre Dumas, Dumas fils est élevé par sa mère, Laure Labay, jusqu'à l'âge de sept ans avant d'être placé en pension. Longtemps raillé, le 'bâtard' a toujours critiqué la vie dissolue et mondaine de son père et défendu, dans ses oeuvres, les enfants naturels et les mères célibataires.
Dans cette pension dirigée par Goubaux, l’un des collaborateurs de son père, il suivit les cours du collège Bourbon (plus tard lycée Condorcet) et y remporta quelques succès.
Il avait à peine dix-huit ans quand La Chronique, revue mensuelle (1842), inséra ses premiers vers, réimprimés depuis dans un recueil de poésies, intitulé d’abord Préface de la vie, puis Péchés de jeunesse (1847). Vers la même époque, il écrivit un roman, présenté sous le titre de Fabien par son père à divers journaux qui le refusèrent, et publié, par la suite, sous celui d’Aventures de quatre femmes et d’un perroquet.
Malgré les dons heureux que trahissaient ces œuvres de début, la véritable personnalité de l’auteur ne se fit jour que lorsqu’il aborda l’étude de la société moderne, où la mort de Balzac lui laissait le champ libre. La Dame aux camélias (1848) est restée le type le plus célèbre de cette galerie, où vinrent presque aussitôt prendre place Diane de Lys (1851), et La Dame aux perles (1854), qui initiaient le public aux mœurs et aux mystères de ce que l’auteur lui-même avait appelé le demi-monde.
Plus heureux que son père, M. Dumas fils n’a jamais vu mettre en doute sa puissante originalité et nul ne s’est avisé de lui prêter des collaborateurs réels ou imaginaires. Par contre, il lui est arrivé plusieurs fois de mettre sa plume au service d’autrui, notamment pour «Le Marquis de Villemer» de George Sand (Odéon, février 1864)
Candidat au fauteuil d'académicien laissé vacant par Pierre Lebrun, M. Dumas fut élu par 22 voix contre 11 au premier tour de scrutin le 30 janvier 1874 : Victor Hugo, absent de l'Académie depuis 1851, y fit sa rentrée pour voter pour Alexandre Dumas fils.
Le 11 février 1875, au discours d'intronisation où il évoquait la gloire paternelle comme son meilleur titre à la bienveillance de l’Académie, lui rappelant ainsi l’une de ses plus criantes injustices, M. d’Haussonville répondit par une spirituelle critique du monde spécial où l’auteur avait le plus volontiers pris ses modèles et de ses théories morales et religieuses.
Alexandre Dumas fils prononça en 1877 un remarquable discours sur les prix de vertu.
Possesseur d’une très riche collection de tableaux et d’objets d’art qu’il a plusieurs fois épurée par des ventes publiques, M. Dumas a été personnellement lié avec la plupart des grands artistes de [son] temps. Parmi ses nombreux portraits, il faut citer son buste par Carpeaux (placé à la Comédie-Française), un petit anneau (en pied) de Meissonier, et un buste (grandeur naturelle) par M. Bonnat, remarquablement gravé sur bois par M. Baude.
Ses principaux succès au théâtre sont : La Dame aux Camélias, 1852 ; Le Demi-Monde, 1855, Le Fils naturel, 1858, les Idées de Madame Aubray, 1867, la Princesse Georges, 1871, l’Étrangère, 1876 ; il publia aussi un certain nombre de brochures sur le divorce, la recherche de la paternité, etc.
Alexandre Dumas fils est enterré au cimetière de Montmartre à Paris.