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Dans ses Leçons familières d’économie politique (1947), le jésuite Philippe de Soignies écrit «Comme le diable interrogé par le Christ dans l’Evangile, le capitalisme soumis à un interrogatoire d’identité devrait répondre : je suis légion, car je suis tout à la fois : fascisme, mur d’argent, dictature, provocation, etc.,». Le capitalisme d’Etat adopte, lui aussi, des formes variées selon le régime qu’il sert. Celui des Egyptiens, deux mille ans avant notre ère, diffère de ceux que nous avons connus à notre époque.
Actuellement on assiste à sa renaissance sous des formes que nous sommes tentés d’appeler «néocapitalisme d’Etat». Quand une collectivité publique, que ce soit la Confédération, un canton ou une commune transforme une administration en une entreprise autonome d’économie collective, elle renonce à gérer directement un service public sans le privatiser. Certains le regrettent alors qu’en 1911, le socialiste belge Emile Vandervelde, dans sa brochure intitulée Le socialisme contre l’Etat jugeait indispensable la séparation de «l’Etat-gouvernement et de l’Etat-industriel».
Que se passe-t-il ces temps ? Quelques exemples : les services d’électricité de trois villes suisses envisagent d’acquérir l’entreprise Cablecom qui diffuse des programmes de télévision par câble, les Entreprises électriques fribourgeoises augmentent leur participation dans Frigaz, société de gaz du canton de Fribourg, les CFF acquièrent la compagnie de chemin de fer Mittel-Thurgaubahn. Deux entreprises publiques du canton de Berne – dont la Banque cantonale – achètent des participations importantes dans la Holding du chemin de fer de la Jungfrau et les électeurs de la capitale acceptent de créer une entreprise nouvelle, la Stadtbauten Bern (StaBe), pour mieux gérer la fortune immobilière de la ville et la libérer des règles rigides de la réglementation cantonale (qui impose des amortissements fixes dégageant des réserves occultes inutilisables). Evidemment, des opposants se sont plaints du manque de contrôle démocratique. N’est-ce pas ce que Vandervelde nomme «l’Etat gendarme»? Les droits de l’entreprise seront fixés dans un règlement établi par l’Etat.
Le professeur Edgar Milhaud, à l’Université de Genève, avait créé le CIRIEC (Centre international de recherche et d’information sur l’économie collective). Une section suisse avait été constituée au milieu du siècle passé. Dans une conférence donnée en 1956 à une journée de travail de cette section, l’ancien Conseiller fédéral Ernest Nobs avait parlé de «L’Etat de l’économie collective». On trouve cette phrase dans sa conclusion : «Pour maintenir et développer davantage les institutions d’économie collective de notre pays, il serait d’un grand intérêt de forger les armes d’une économie vraiment sociale».
Peut-être le «néocapitalisme d’Etat» permet d’atteindre ce but plus que la pure gestion administrative et bureaucratique. A condition, évidemment, de le vouloir. cfp
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