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L'Ère de la Transition offrira un contexte plus difficile pour les investisseurs que celle de la Nouvelle Normalité au cours de la dernière décennie.
Dans nos Perspectives séculaires 2020, intitulées ‘Escalating Disruption', nous avions soutenu que la pandémie de COVID-19 servirait de catalyseur pour accélérer et amplifier quatre importants perturbateurs séculaires: la rivalité Chine-États-Unis, le populisme, la technologie et le changement climatique. Les évènements de l'année passée ont renforcé ces attentes.
Ces quatre perturbateurs, ainsi que les trois tendances séculaires ci-dessous, discutées en profondeur lors du Forum séculaire 2021, auront des implications importantes pour les résultats économiques et d'investissement dans l'Ère de la Transition.
- La transition vers les énergies vertes. Les efforts déployés pour atteindre des émissions nettes de carbone nulles d'ici 2050 signifient que les investissements privés et publics dans les énergies renouvelables accéléreront au cours des prochaines années. Bien entendu, l'augmentation des dépenses en faveur des énergies propres sera probablement partiellement, mais pas totalement, compensée par la baisse des investissements et la destruction de capital dans les secteurs de l'énergie brune tels que le charbon et le pétrole. Pendant la transition, il est possible que des ruptures d'approvisionnement et de fortes hausses des prix de l'énergie sapent la croissance et stimulent l'inflation. De plus, comme le processus crée des gagnants et des perdants, il existe un risque de réaction politique négative en réponse aux pertes d'emplois dans les industries brunes, à l'augmentation des taxes et des prix du carbone, ou aux mécanismes de régulation du carbone aux frontières pour rendre les importations plus coûteuses.
- Adoption plus rapide des nouvelles technologies. Les données recueillies jusqu'à présent montrent une augmentation significative des dépenses des entreprises en matière de technologie. Des augmentations similaires des investissements dans le passé, par exemple au cours des années 1990 aux États-Unis, ont été accompagnées d'une accélération de la croissance de la productivité. Pourtant, il reste à voir si la récente poussée des investissements technologiques et de la croissance de la productivité est un phénomène ponctuel ou le début d'une tendance plus forte. La numérisation et l'automatisation vont créer de nouveaux emplois et rendre les emplois existants plus productifs. Mais elles seront également perturbatrices pour ceux dont les emplois disparaîtront et qui n'auront peut-être pas les compétences nécessaires pour trouver un emploi ailleurs. Comme pour la mondialisation, le côté sombre de la numérisation et de l'automatisation sera probablement une augmentation des inégalités et un soutien accru aux politiques populistes.
- Partager plus largement les gains de la croissance. La troisième tendance potentiellement transformatrice en cours est l'accent accru mis par les décideurs politiques et la société dans son ensemble sur la lutte contre le creusement des inégalités de revenu et de richesse et sur la nécessité de rendre la croissance plus inclusive. Des preuves empiriques suggèrent, par exemple, que dans de nombreuses entreprises, l'équilibre du pouvoir dans la relation employeur-employé a commencé à se déplacer du premier vers le second, améliorant ainsi le pouvoir de négociation des travailleurs. Il reste à voir si cette tendance se poursuit ou si le travail à domicile, avec l'aide de la technologie, permet finalement aux entreprises d'externaliser davantage d'emplois vers des sites nationaux et mondiaux moins chers, préservant ainsi, voire augmentant, le pouvoir de négociation des employeurs.
Nous pensons que l'Ère de la Transition offrira un contexte plus difficile pour les investisseurs que celle de la Nouvelle Normalité au cours de la dernière décennie. Mais nous pensons également qu'elle offrira de bonnes opportunités d'alpha aux investisseurs actifs armés pour tirer parti de ce que nous prévoyons être une période de plus grande volatilité et de plus grande probabilité de voir des évènements extrêmes que dans la distribution habituelle de la courbe en cloche.
Une volatilité macroéconomique et de marché plus élevée se traduira très probablement par une baisse des rendements sur les marchés des titres à revenu fixe et des actions. Les valorisations initiales – faibles rendements réels et nominaux sur les marchés à revenu fixe et multiples d'actions historiquement élevés – renforcent cette attente.
Dans notre scénario de base, nous nous attendons à ce que les taux bas des banques centrales prévalent et ancrent les marchés obligataires mondiaux. Bien que nous voyions des risques de hausse des taux d'intérêt à court terme avec la poursuite de la reprise économique, nous pensons qu'à long terme, les taux devraient rester dans une fourchette relativement étroite. Nous prévoyons des rendements plus faibles mais positifs pour les allocations obligataires ‘core’.
Même si une période prolongée d'inflation élevée ne fait pas partie de nos perspectives de base, nous continuons de penser que les titres du Trésor américain protégés contre l'inflation (TIPS), ainsi que les matières premières et autres actifs réels, constituent des couvertures intéressantes contre les risques d’inflation.
Dans le même temps, les tendances, les perturbateurs et les moteurs macroéconomiques, ainsi que les niveaux d'endettement élevés, entraîneront probablement une différenciation importante des résultats entre les régions, les pays et les secteurs. En Asie, la perspective d'une croissance plus forte et le développement des marchés de capitaux offriront probablement de bonnes opportunités d'investissement, malgré les risques associés au ralentissement de la croissance en Chine et aux tensions géopolitiques actuelles. Bien qu'un certain nombre de pays émergents (ME) soient confrontés à des circonstances séculaires difficiles, il est important, comme toujours, d'aborder les marchés émergents comme un vaste ensemble d'opportunités, et non comme un investissement bêta passif, et nous nous attendons à trouver de très bonnes opportunités dans les ME.
La transition du brun au vert, l'adoption plus rapide des nouvelles technologies et les changements post-pandémiques dans les chaînes d'approvisionnement et les préférences créeront une série de gagnants et de perdants et renforceront l'importance de la gestion active sur les marchés de la dette des entreprises. L'évolution de la réglementation environnementale sera synonyme d'incertitude et de complexité, mais aussi d'opportunités. Les niveaux d'endettement élevés sont particulièrement préoccupants dans le cas des pays ou des entreprises qui risquent d'être perdants dans la transition du brun au vert.
Enfin, nous prévoyons de rester constructifs sur les actions dans nos portefeuilles diversifiés. Nous pensons que la reprise post-COVID-19 a mis en évidence la nécessité d'investir dans les infrastructures physiques – après des années de sous-investissement – en raison des tendances à la numérisation et à l'automatisation et de la pression en faveur de la transition écologique. Alors que la dernière décennie était axée sur le software, la prochaine sera davantage marquée par les investissements hardware liés à ces tendances.
Le thème de la différenciation et des gagnants et perdants de la reprise sera crucial dans tous les pays et secteurs et au niveau de la sélection des titres. En particulier, nous pensons que les fabricants de semi-conducteurs, les fournisseurs d'équipements d'automatisation des usines et les fournisseurs d'énergie verte et de mobilité sont tous susceptibles d'en profiter, et nous nous attendons à ce que ces secteurs constituent une part importante de nos portefeuilles.
Dans cette Ère de Transition où les taux d'intérêt réels et nominaux sont susceptibles de rester ancrés à de faibles niveaux, nous pensons qu'il est logique de chercher à maximiser les sources d'alpha dans les stratégies traditionnelles à revenu fixe avec des mandats flexibles visant à tirer parti de l'ensemble des opportunités mondiales. Il est également judicieux, selon nous, de rechercher des alternatives au-delà des titres à revenu fixe traditionnels, notamment en recourant à l'immobilier, au crédit privé et aux marchés de capitaux en développement, lorsque cela correspond aux besoins et aux attentes des nos clients.