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Les amulettes, communes à toutes les civilisations, ont une origine très ancienne qui remonte aux temps préhistoriques. De nombreux témoignages, datant du Paléolithique supérieur (perles, coquillages percés, dents d'animaux, etc.), montrent que leur usage est directement lié aux premières manifestations d'une expression magique et funéraire. L'Égypte n'échappe pas à la règle. Mais c'est surtout à partir du Néolithique (milieu du vie millénaire), quand les habitants sédentarisés dominent les problèmes liés à l'agriculture, à l'élevage et aux techniques nouvelles (tissage et poterie), que les témoignages se multiplient (époque badarienne). Ils vont ensuite se diversifier au cours des époques prédynastique et préthinite (environ 4500-3150 avant J.-C.).
Si les fouilles préhistoriques ont livré un grand nombre d'amulettes, fréquemment mêlées à des perles, leur étude reste problématique, voire décevante, car elles sont généralement privées de leur contexte archéologique. II est donc difficile de leur attribuer une fonction précise. Leur intérêt réside avant tout en la remarquable diversité qu'elles offrent déjà à ces hautes époques et que nous retrouverons pour une large part à l'époque historique.
L'Égyptien, qui pensait que son environnement était dominé par des « puissances» (sekhemou), voyait en certains animaux le réceptacle de leur manifestation. II n'est donc pas étonnant de retrouver, parmi les amulettes provenant de tombes de ces lointaines époques, un nombre non négligeable des représentants de la faune nilotique, des plus modestes aux plus imposants. Ainsi rencontrons-nous l'hippopotame, dont la figurine était peut-être portée au moment où l'on chassait cet animal. La grenouille, probable évocation de la naissance et de l'abondance, apparaît fréquemment, accompagnée de la mouche, de l'abeille et du coléoptère, en même temps que les oiseaux, dont une forme stylisée de la fin du Gerzéen (3500 avant J.-C.) évoque le faucon. Le chien, représenté couché comme Anubis dont il est peut-être une évocation, est également présent. On trouve encore des têtes de taureaux, fortement stylisées, très certainement en liaison avec le culte de cet animal dans le Nord. Quant aux figurines de crocodiles, elles annoncent déjà la vénération que Sobek rencontrera à l'époque historique. Arrêtons là l'évocation du règne animal...
On rencontre également de nombreuses autres pendeloques remontant aux périodes prédynastiques : présentant parfois des formes géométriques approximatives, évoquant aussi une étoile ou un croissant de lune, elles formaient souvent des colliers, en alternance avec des amulettes animales. Elles jouaient certainement un rôle prophylactique, dont on ne saurait toutefois établir la signification précise. Il est probable que chaque groupe d'amulettes et de pendeloques avait un champ d'action défini et l'on ne portait pas indifféremment n'importe quelle amulette. Cela dépendait des circonstances et des buts recherchés : succès à la chasse, promesse de fertilité ou protection contre des maux physiques... Le choix de la matière première et de la couleur revêtait déjà une grande importance.
À la fin de la période prédynastique, les symboles divins deviennent plus fréquents. Mentionnons, par exemple, les figurines de faucons de cette période, en faïence*, en bois ou en ivoire, annonçant l'Horus des temps historiques. Une découverte particulièrement significative, datant du début de l'époque thinite, a été faite à Hélouan*, près de Memphis : celle de deux piliers-djed et d'un noeud d'Isis en bois, dans un contexte commun. Ces indéniables symboles osiriens attestent que le rôle funéraire du grand dieu d'Abydos* a bien son origine dans le delta. Ce n'est que plus tard qu'il se développera en Haute-Égypte. Preuve que la découverte de modestes objets permet parfois d'éclaircir un point capital de l'expression funéraire...
La Ire période intermédiaire met à l'honneur la représentation de différentes parties du corps humain, comme le pied et le poing par exemple. Ces objets, qui accompagnaient le mort, protégeaient les parties corporelles évoquées et, le cas échéant, valaient comme substituts du membre endommagé. C'est encore à cette époque que les insignes du pouvoir royal, telles les couronnes rouge et blanche de Basse et de Haute-Égypte, font leur apparition dans des tombes de particuliers, témoignant ainsi de l'élargissement de destinées funéraires qui étaient à l'origine purement royales.
Le Moyen Empire voit se développer, au niveau technique, le travail des pierres semi-précieuses et du cloisonné, donnant parfois naissance à de véritables chefs-d'ceuvre. Le scarabée acquiert sa forme bien reconnaissable et se porte comme amulette seule ou, pour la première fois semble-t-il, se monte en bague et sert également de sceau. Les amulettes divines sont encore rares à cette époque. À l'exception de Bès et de Thouéris, divinités mineures mais très populaires, les figures importantes du panthéon sont encore absentes. Tout au plus sont-elles évoquées sous leur forme animale, Horus paraissant sous l'aspect du faucon, ou Hathor sous celui de la vache.
Mais dès le Nouvel Empire, vers la fin de la XVIIIe dynastie, la tendance s'inverse et les amulettes divines deviennent les plus répandues. Toutes les figures majeures sont alors évoquées sous forme d'amulettes, qu'il s'agisse des triades memphite (Ptah, Sekhmet, Nefertoum) ou thébaine (Amon, Mout, Khonsou), de Thot ou des déesses-lionnes...
La IIIe période intermédiaire se caractérise par la diffusion de nouvelles formes, parmi lesquelles il faut mentionner les représentations du contrepoids de collier-menat* et de l'égide, éléments liés à la renaissance et à la protection solaire. C'est à cette époque également que se multiplient les représentations des Quatre Fils d'Horus, préposés à la protection des viscères du défunt et que l'on trouve généralement sur la résille enveloppant la momie en compagnie du scarabée ailé, signe de renaissance solaire.
C'est surtout à partir de la période saïte et à la Basse Époque que l'on mesure le succès de la triade Isis-Horus-Nephthys, ainsi que l'accroissement des amulettes funéraires, comme le chevet ou les deux doigts, et parfois la remise au goût du jour d'amulettes anciennes temporairement délaissées, à l'instar du soleil apparaissant à l'horizon ou encadré des deux lions.
Ainsi, les amulettes connaîtront à la fin de l'histoire égyptienne un développement et un engouement extraordinaires. Cela s'explique par deux raisons principalement : la première est une constante de la pensée égyptienne, qui ne supprime pas une donnée ancienne au bénéfice d'une nouvelle, mais qui conserve et juxtapose tous les développements possibles d'une idée ou d'un thème donné. La seconde est liée à un sentiment populaire et national, un besoin pour l'Égyptien d'affirmer son identité par rapport à tous les éléments étrangers alors répandus dans le pays. En ce sens, le succès populaire des amulettes à l'époque tardive est comparable à celui que rencontrait au même moment le culte des différentes espèces animales.