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Poursuivant son voyage au travers de la société de son temps - il parle du Québec, tout en élargissant le propos -, Denys Arcand s'attache aux pas de Jean-Marc Leblanc, classe moyenne et milieu aisé, employé des services sociaux de la ville de Montréal chargé de recevoir doléances et requêtes de concitoyens moins privilégiés que lui. Jean-Marc est un mari par ailleurs assez insignifiant, bousculé par une épouse travaillant dans le marketing et constamment scotchée à son portable. Comment Jean-Marc, homme ordinaire déçu et souvent déprimé, cherchera-t-il à s'en sortir? Par la fuite dans les fantasmes et les rêves: il devient alors un preux chevalier, une vedette de cinéma ou de théâtre, un romancier à succès, un politicien en vue, et à chaque fois il fait tomber les femmes à ses pieds...
Il y a foisonnement d'idées dans L'Âge des ténèbres, avec une tendance à la dispersion et au remplissage. Denys Arcand a conservé son sens du cinéma, de la réplique, des scènes piquantes en prise avec la société d'aujourd'hui. Le ton est celui du moraliste amusé, mais l'humour devient volontiers amer - le titre du film le laissait prévoir. Il manque toutefois, dans ce film réaliste et onirique à la fois, la rigueur et la qualité du propos que l'on avait trouvé, il y a quatre ans, dans les Invasions barbares.
Antoine Rochat
On ne cesse de citer et reciter Andy Warhol promettant à tout un chacun un quart d’heure de gloire dans sa vie. Le héros du film de Denys Arcand, Jean-Marc Leblanc (Marc Labreche) est ce que les anciens Romains appelaient un homo nullius, un homme de rien pour ne pas dire un zéro... Rond-de-cuir employé au guichet des réclamations de l’administration québécoise, il est ignoré par sa femme Sylvie (Sylvie Léonard), ambitieuse courtière immobilière accaparée par son métier, et par ses filles prisonnières de leur ghetto électronique (téléphone mobile ou baladeur musical). Excédé par l’«étasunisation» galopante de la société occidentale, il s’évade dans des mondes imaginaires en compagnie d’égéries allant d’une journaliste nymphomane à une gente dame médiévale...
Même si ce film tient plus de la pochade que de la suite du Déclin de l'empire américain et des Invasions barbares, et malgré quelques longueurs qui auraient gagné à être coupées, il n’en offre pas moins de bons moments, avec des acteurs bien dirigés, un gorillage efficace d’une société où la personne est une ressource humaine, une narration sans ennui. L’administration anonyme et sans états d’âme est installée dans un immense stade de football et fait penser aux visions futuristes de Mon oncle de Tati; le langage politiquement correct en prend pour son rhume (on ne dit plus nègre, on dit de souche équatoriale; les «coaches» ne sont pas épargnés (les théoriciens du rire et les spécialistes du recalibrage par le feng shui). Les avatars de Jean-Marc Leblanc en romancier à succès, en preux chevalier, en politicien populaire rappellent La vie secrète de Walter Mitty. Mais on aurait aimé que Denys Arcand approfondisse son propos qui reste tout de même superficiel et dispersé.
Daniel Grivel
Daniel Grivel
|Nom||Notes|
|Antoine Rochat||12|
|Daniel Grivel||15|
|Georges Blanc||11|
|Serge Molla||15|
|Anne-Béatrice Schwab||8|
|Maurice Terrail||14|