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Bref historique du cinéma Cinélux
Appelé anciennement Lux, son histoire débute dans les années 1940 lorsque son propriétaire, Monsieur Etienne, commence à faire des projections dans son appartement, rue Emile-Nicolet, à la Jonction. Les spectateurs, des gens du quartier, payent alors 25 centimes la projection.
Dès son installation au boulevard Saint-Georges, après avoir transformé une ancienne pension en cinéma, M. Etienne rencontre des difficultés avec ses nouveaux collègues qui voient d’un mauvais œil la venue du nouveau concurrent. Ils se liguent en Groupement des Cinémas Genevois (GCG) pour exclure l’intrus de l’association et l’empêcher de se fournir en films auprès des distributeurs. C’est dans ces circonstances qu’Etienne s’arrange pour acquérir les droits d’un film de science-fiction américain, Le jour où la terre s’arrêta (1951) : ce sera un énorme succès, le film restera à l’affiche plusieurs mois de suite et sera régulièrement reproposé les années suivantes !
Enfin accepté au sein du GCG, qui réunissait les tout-puissants parmi les exploitants, le cinéma Lux s’agrandit jusqu’à compter 165 places, avec fauteuils et rideaux en velours rouge.
Le billet coûte alors 1franc20. Une séance comprend un film d’action et un entracte suivi d’un second film, généralement un western. Les séances de l’après-midi voient souvent Madame Etienne consoler des enfants et leur servir des tartines dans son bureau du 1er étage.
Après le décès du propriétaire, le cinéma est repris le 1er décembre 1969 par Daniel Courlet avec, au programme dans une salle comble, un film avec Bourvil. A cette époque le prix du billet s’élève à 3 et 4 francs, droit des pauvres (taxe sur les spectacles) compris.
Puis, modernité obligeant, le linoléum est remplacé par la moquette, le cadre doré et les rideaux de velours par l’écran « carte postale », les anciens projecteurs « à charbons » par « les lampes au xénon ». Au 1er étage, les tartines disparaissent…sans jamais, toutefois, être remplacées par le pop-corn.
Après une folle parenthèse en tant que « cinéma érotique », explorée au moment où l’âge d’or des salles combles faiblissait sous la concurrence des télévisions domestiques (parenthèse dont certains se souviennent encore, le sourire malicieux au coin des lèvres…), le Cinélux a changé de nom dans les années ’90, renouant avec une programmation de films d’auteur; puis a fonctionné comme cinéma « de prolongation » dans les années 2000, montrant des films en deuxième vision, pour le grand bonheur des spectateurs retardataires !
Un nouveau départ
Dans le courant de l’année 2011, au moment où la Confédération Suisse soutient la numérisation de toutes les salles du pays, Monsieur Courlet prépare la cession de sa gestion à ses derniers téméraires projectionnistes : Giuditta Ricci (à la direction du cinéma encore aujourd’hui), Museng Fischer et Jorge Barbosa (restés respectivement jusqu’à fin 2014 et fin 2012), créent alors l’Association Cinélux et reprennent les rennes de la salle dès le 1er janvier 2012.
Leur objectif est de tout accomplir pour s’équiper de la très onéreuse, mais indispensable, nouvelle technologie. Après de longs mois de travail assidu malgré la précarité, le spectre de l’énième fermeture d’un cinéma de quartier est balayé avec succès ! Le 35mm pousse alors ses derniers souffles au travers des copies des films d’un Cycle Mystique conçu pour honorer la fin du monde selon les Mayas. Parmi celles-ci, Jesus Christ Superstar, de 1973 : grésillements sonores et abondantes “pluies” à l’écran incarnant le charme ultime, ou les stigmates, d’un temps révolu… C’est dans ce contexte, le 19 décembre 2012 précisément, qu’est inaugurée la toute première projection digitale de l’histoire du Cinélux avec un film en prolongation qui ne pouvait avoir de meilleur titre que celui très emblématique de « The End of Time »!
Grâce aux efforts concédés par la nouvelle gestion (dont beaucoup par le bénévolat) pour attirer de nouveaux publics, en agrémentant la programmation de projections-débat en présence d’invités ou de films en exclusivité et en première vision, le nombre de spectateurs annuels passe de environ 8’500 en 2010 et 2011, à près de 19’000 en 2015.
Travaux de rénovation
Le 5 juin 2012, les gestionnaires du Cinélux, le comité de l’Association et amis cinéphiles déposent en musique (accompagnés par la fanfare itinérante Les Legroup !), une pétition de 6800 signatures afin de solliciter les autorités municipales à tout entreprendre pour que l’une des dernières salles de quartier en ville de Genève – menacée par une augmentation de loyer de plus de 50% – ne disparaisse (article presse; interview Jorge Barbosa).
En parallèle à cette démarche, qui aboutit à un loyer raisonnablement augmenté de 12%, le réseau du Groupement des Cinémas Genevois
(très réduit en 2012 : il ne restait plus que le City, le Nord-Sud, les Scalas, le Bio – rénové en 2007 – et nous) se réunit afin de concevoir une stratégie commune pour l’avenir des petites salles, contraintes à réaliser un certain nombre de travaux pour offrir aux spectateurs, de plus en plus exigeants, un confort et des prestations à la hauteur de leurs attentes.
Grâce à l’initiative de Fonction:Cinéma et son projet de rénovation du Cinélux, City, Nord-Sud et Les Scala, trois ans de recherches de fonds et échanges avec les politiciens aboutissent en 2015 à l’obtention de dons privés et publics très conséquents : ces quatre salles vont successivement subir d’importantes restructurations.
L’ancien – Le nouveau
L’ancien Cinélux fête ainsi sa fermeture le 29 mai 2016 (par une journée festive couronnée de la projection de Pain et Fleur de Mohsen Makhmalbaf – poétique mise en abyme et hommage à l’art de narrer par l’image en mouvement…).
Refait à neuf, insonorisé, muni de nouveaux fauteuils et de ventilation, il rouvre ses portes aux cinéphiles le 30 novembre 2016 (en fête toujours ! Avec le film Smoke de Wayne Wang cette fois-ci, sublimant cette même dimension de la vie de quartier qui fait l’essence de notre salle).
La longue coupure a cependant lourdement affecté le taux d’affluence des spectateurs et il a fallu attendre décembre 2017 pour retrouver la sérénité, grâce à la programmation en première vision exclusive, du film «L’Intelligence des arbres», qui sera ensuite le blockbuster de l’année 2018.
Aujourd’hui muni d’un toute nouvelle apparence, le Cinélux maintient le même esprit intérieur que toujours (visible à travers les nouveaux site internet et logo et surtout sa programmation, riche en occasions de rencontres et perles de cinéma).
Nous continuons à faire de notre mieux pour développer la meilleure des relations avec vous, cher public ! Vous êtes invités à parcourir notre site, à laisser vos commentaires sur notre « mur à paroles » (à l’entrée du cinéma) et à nous écrire pour toute question ou suggestion ! Tout don est aussi le bienvenu !
Au plaisir de partager avec vous encore moult années de vives explorations cinématographiques et… humaines !
Merci de votre lecture.
Portez-vous bien !
Giuditta Ricci
(mis à jour fin octobre 2018)
Évolution du logo
Museng Fischer 2012 – logo tiré de l’ancienne marquise
Ludovic Delavière 2013
Ewa Lopienska 2016 – logo lumineux de la façade du cinéma rénové
Marco E. Poleggi 2016