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Take Five est certainement une des compositions musicales les plus atypiques et extraordinaires de l’histoire de la musique de ces cinquante dernières années. Composée par Paul Desmond (1924 – 1977) lors d’une tournée en Turquie après un concert d’un groupe de musiciens pour qui les polyrhytmes n’avaient pas de secrets, sur un « comp » de Dave Brubeck au piano, Paul Desmond expose le thème avec sa sonorité fluide et langoureuse et démarre immédiatement ensuite sur une improvisation à la fois mélodieuse et sinueuse tout en surfant allègrement sur le rythme en 5/4 du morceau.
Heureux musiciens débutants ne vous laissez pas tromper par l’apparente facilité du thème: essayez juste de siffler le morceau en marchant, vous verrez! La composition est l’œuvre exclusive de Paul Desmond, le talentueux saxophoniste alto et co-fondateur du Dave Brubeck Quartet en 1959. Un des premier single de jazz instrumental à dépasser le million d’exemplaires vendus alors que Paul n’y croyait pas trop car le groupe vivait et tournait dans des conditions matérielles difficiles. Depuis, Paul Desmond continuait à se sous-estimer avec une pointe d’ironie: le prix qui me fait le plus plaisir c’est celui du sax alto le plus lent du monde et le plus « soft and quiet « . Il a néanmoins continué de jouer le morceau pendant de longues années y compris lors d’une dernière réunion sur scène avec Dave Brubeck en 1977 peu de temps avant sa mort. Il a voulu expressément léguer les droits de Take Five à la Croix Rouge américaine qui reçoit de ce fait 100’000 dollars par an depuis 1977, ce qui fait près de 4 million de dollars!
Gene Wright, à la contrebasse, est l’un des premiers musiciens noirs à tourner avec un groupe de musiciens blancs non sans quelques problèmes de discrimination raciste.
Joe Morello batteur unique par sa classe son talent et son solo de 2 minutes au milieu du morceau
Voir aussi d’autres fantastiques solos de sa part sur ce blog qui lui est consacré.
Joe avait des problèmes de vue mais a du apprendre à lire également la musique et les partitions pour batterie et percussion. Heureusement que son prof, à la fois clairvoyant et compréhensif, l’a très vite orienté vers la musique de scène improvisée!
Quelques mots sur Dave Brubeck (1920 – 2012)
Chef d’orchestre compositeur hors pair, Dave vient de transférer son piano « somewhere over the rainbow » la veille de ses 92 ans, après avoir joué encore jusqu’à quelque mois avant de nous quitter. What else ?
Une version live en 1966, enregistrée en Belgique.
One more thing : à titre personnel, j’ai eu la chance d’avoir pu assister (1974 ou 1975?) à une des premières versions vocales de Take Five par Al Jarreau, un psychologue de profession et qui débutait en solo, sur des paroles de Dave Brubeck himself et de Lola sa femme. Ce soir-là, c’était Joey Barron aux drums qui s’est lancé dans un solo de batterie uniquement avec la paume de ses mains! Les 2000 spectateurs en sont restés bouche béee. On a pu ensuite longuement discuter au Bar des musiciens, jammer un peu et surtout, chose rare dans ce milieu de musiciens, on a gardé le contact des années plus tard. Un bon musicien et un chic type.
Al Jarreau continue de chanter Take Five sur scène