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Curieux destin pour Duel. En 1969, la chaîne de télévision ABC lance un nouveau programme, ABC movie of the week (1969-1975). C’était un programme hebdomadaire qui diffusait des téléfilms avec un budget modeste et qui permettait de découvrir de nouveaux talents.
Universal Pictures, qui produisait les téléfilms, confie en 1971 la réalisation d’un téléfilm à un petit jeune de 24 ans qu’ils viennent d’engager et qui semble prometteur. Un certain Steven Spielberg. Tourné en 13 jours avec un budget de 375’000 $, Duel frappe très fort, tant il est maîtrisé.
Le résultat est si bon qu’Universal décide de le sortir au cinéma, en rajoutant quelques scènes. Il est vrai que le scénario de Duel est très mince. Mais au fait, c’est quoi le pitch de Duel ?
David Mann (Dennis Weaver), un représentant d’une boîte informatique, traverse le désert californien pour un rendez-vous d’affaire. Sur la route, devant lui, un camion-citerne semi-remorque le ralentit. D’aspect très sale, rouillé et crachant une épaisse fumée noire, David le dépasse.
Presqu’aussitôt, le camion le double rapidement et lui fait une queue de poisson. Le camion ralentit et David le dépasse à nouveau. A partir de là, l’énorme camion le prend en chasse. Une course-poursuite s’engage entre le très puissant camion, qui a visiblement décidé d’en finir avec lui et David, dans sa modeste voiture…
Oui, le pitch est très court, le scénario tenant sur un timbre-poste. Pour autant, quelle claque !
C’est typiquement le genre de (télé)films où l’on se rend compte à quel point un réalisateur talentueux peut transformer un modeste projet au scénario très mince en une grande œuvre.
Mais comment Steven Spielberg a été projeté sur le projet ? Ayant réalisé son premier long-métrage, Firelight en 1964 à 17 ans (un film indépendant qui coûta 500 dollars et en rapporta… 501 !), c’est grâce à son court-métrage de 1968, Amblin (oui, le même nom que son studio) que tout va commencer.
Amblin ayant obtenu un grand nombre de récompenses, Steven Spielberg obtient un contrat chez Universal Studios. Mais avant de pouvoir réaliser des longs-métrages pour le cinéma (son rêve !), il va d’abord devoir faire ses preuves.
Il va réaliser plusieurs épisodes de séries tv et, en 1971, il réalise le premier épisode d’une future série culte, Columbo. Content du résultat, Universal se dit que ce sera bien de lui permettre d’exprimer son talent sur un téléfilm. Ce téléfilm, c’est Duel.
Pour Steven Spielberg, qui a eu pratiquement carte blanche pour son téléfilm, autant dire qu’il ne s’est pas privé pour démontrer son immense talent. A partir de pratiquement rien (un camion fou qui veut tuer un automobiliste) et un budget modeste, il arrive à rendre son film palpitant, avec de la tension, du suspens, de l’angoisse et des rebondissements.
On est littéralement scotché par cette traque, on éprouve de l’empathie pour le pauvre David Mann qui est poursuivi par ce camion fou. On ne sait rien des motivations du conducteur du poids-lourd, et le fait que son camion soit crasseux et qu’on ne voie jamais son visage accentue le tout.
Mais c’est surtout au niveau de la réalisation que Steven Spielberg enfonce le clou. Au niveau de la mise en scène, on est impressionné, avec des plans d’une ingéniosité folle, un sens du rythme, de la photographie et des cadrages innovants, alors que Spielberg n’a, je le répète, que 24 ans.
Toute la grammaire cinématographique est présente : caméra embarquée, à l’épaule, travelling, gros plans, voix-off, effets visuels, etc. Tout comme le rythme, posé et réfléchi dans les moments de calme, mais d’une rare intensité lors des poursuites.
N’oublions pas Dennis Weaver, qui porte le film à bout de bras et incarne à merveille David Mann, un homme banal qui se retrouve dans une situation que personne ne souhaiterait vivre.
Ayant surtout fait carrière à la télévision des années 50 à 80, Dennis Weaver profita d’une pause dans le tournage d’une série pour tourner Duel. Sceptique au départ d’être dirigé par un réalisateur si jeune, il avouera plus tard que dès le deuxième jour de tournage, il savait que Spielberg allait devenir un grand.
Après avoir fait d’excellentes audiences lors de sa diffusion et rediffusion et avoir remporté le grand prix au festival d’Avoriaz, Universal décida de sortir Duel au cinéma.
Mais comme le téléfilm ne durait que 74 minutes, on demanda à Spielberg de tourner des passages supplémentaires pour atteindre 90 minutes.
Parmi ses scènes, il y a notamment une introduction (il n’y en a pour ainsi dire pas dans le téléfilm), un téléphone à sa femme, un bus scolaire en panne ou encore le passage à niveau (extrait vidéo en fin de chronique). Des scènes qui apportent un plus à l’histoire, et ne l’alourdissent en rien.
Que dire de plus sur Duel ? Qu’il a « lancé » la carrière de Steven Spielberg, avant d’être révélé par Les dents de la mer ? Qu’avec un sujet qui tient sur un timbre-poste et un budget modeste, on peut faire un film qui nous scotche tant il est haletant avec une mise en scène incroyable? Que Georges Miller avouera s’être fortement inspiré du film Duel pour les courses poursuites de la saga Mad Max ?
Doté d’une réalisation de très haute volée avec des cadrages très ingénieux et innovants, Spielberg arrive à partir d’un pitch très simple à en faire un film avec une histoire prenante et haletante, avec du suspense, de l’intensité et des rebondissements. De plus, Dennis Weaver incarne à merveille cet homme banal aux prises avec un camion crasseux et fou. Bref, si vous n’avez jamais vu Duel, je vous le recommande chaudement, que se soit sa version téléfilm ou film.
Hidalgo
Extraits vidéo :
Duel
Sortie: 1971
Durée: 74 minutes (tv) / 90 minutes (cinéma)
Genre: Thriller, action
Pays: USA
Réalisation: Steven Spielberg
Production: George Eckstein
Distribution: Universal Television, Universal Pictures
Scénario: Richard Matheson, d’après sa nouvelle
Musique: Billy Goldenberg
Acteurs principaux: Dennis Weaver (David Mann), Eddie Firestone (le patron du café), Lucille Benson (la femme du Snakerama), Jacqueline Scott (Mme Mann (uniquement version cinéma)), Lou Frizzell (le chauffeur du bus scolaire (uniquement version cinéma))
Budget: 375’000 – 450’000 $ (téléfilm – cinéma)
Recettes : nc $