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L’Amérique de Mercator fait figure d’une terre largement inexplorée, aux contours encore indécis. Les côtes occidentales de l’Amérique du Nord et australes de l’Amérique du Sud semblent encore inconnues, vides de toutes indications, ce qui contraste avec la riche nomenclature des côtes orientales, des Caraïbes et de l’Amérique Centrale, bien documentées par les grandes découvertes.
Le continent sud-américain est représenté plus étendu qu’il ne l’est vraiment dans sa dimension est-ouest et trop réduit dans son allongement nord-sud. Pour combler en partie le vide de l’intérieur des terres, Mercator y dessine un opossum, animal symbolique des tropiques. Ce dessin, repris d’autres cartes, ne respecte pas l’échelle de grandeur et n’a pas grand rapport avec la réalité, l’opossum possédant une poche à la hauteur des épaules plutôt qu’au niveau des hanches.
Si la forme et la position de l’Amérique du Sud et du Nord sont erronées, on peut tout de même se demander comment Mercator a pu donner une image si complète et si juste de ces surfaces encore largement inexplorées. Sa représentation de l’Amérique est innovante et presque fidèle à la réalité, comparée à l’image déformée qu’en donne par exemple son contemporain, le cosmographe Sébastien Munster. Même des cartes hollandaises parues un siècle plus tard ne seront pas aussi exactes.
En dépit de la censure exercée par les cours d’Espagne et du Portugal autour de leurs expéditions maritimes, malgré l’absence de journaux, Mercator a su se renseigner d’une manière incroyable, comme si, carte à la main, il suivait les navigateurs pour noter leurs découvertes et les rendre publiques presque aussi vite que les souverains en étaient instruits.
Trouver un passage vers l’Océan Pacifique par le nord du continent américain était déjà à l’époque de Mercator une quête ancienne. Le cartographe semble avoir changé d’avis sur son existence au cours de sa carrière. Sur son globe de 1541, la terre continue sans solution de continuité entre l’Amérique du Nord et l’Arctique. Par contre, sur sa carte publiée après sa mort en 1595, il représente un détroit qui sépare la Californie du Pôle Nord.
Si Mercator omet de lui donner un nom, les Espagnols nomment ce passage le « détroit d’Anian ». Plusieurs expéditions sont lancées à sa recherche au cours du XVIe déjà. Mais, malgré de nombreuses tentatives au cours des siècles, il faut attendre 1906 et Roald Amundsen, pour que cette route soit enfin entièrement parcourue.
Baptisée Tierra del Fuego, le territoire semble porter malheur aux expéditions successives qui vont le traverser. La Terre de Feu reste longtemps une énigme, le cartographe Johann Schöner estime qu’il existe un continent au sud du détroit. Ce continent austral, conçu pendant l’Antiquité grecque et transmis par le Moyen Âge, est toujours représenté au XVIe siècle, par exemple sur une carte d’Oronce Fine (1531) et sur le planisphère de Mercator (1541).
Il faudra attendre les années 1580 pour qu’une expédition foule le sol désolé de cette contrée.