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Le terme s'applique à l'importation et l'exportation de marchandises (transactions visibles) et de services (transactions invisibles). Le commerce extérieur fait partie de ce que l'administration fédérale désigne sous la dénomination "affaires économiques extérieures", dont relève également la circulation des capitaux et des personnes (mouvements de Capitaux, Migrations).
L'économie suisse apparaît aux XIXe et XXe s. comme l'une des plus ouvertes du monde. Ses liens économiques particulièrement étroits avec l'étranger sont le fruit d'une longue tradition qui s'explique notamment par la petitesse du pays, sa pauvreté en matières premières et, dès le Moyen Age, son surpeuplement relatif en termes alimentaires (Commerce). Pour des raisons topographiques et climatiques, la Suisse est tôt amenée à importer en grande quantité des céréales (Politique des grains) et à exporter en contrepartie des produits d'élevage (Commerce de bétail). De même, elle devra jusqu'en 1836 importer, par milliers de tonnes, l'essentiel du sel qu'elle consomme. Par ailleurs, pour équilibrer sa balance commerciale et procurer du travail à ceux qui ne trouvent pas d'emploi dans l'agriculture, plusieurs régions (villes et campagnes) se mettent à produire des biens manufacturés, destinés avant tout à l'exportation, parfois dès le XIVe s. (draps de laine et cuir à Fribourg, toiles de lin à Saint-Gall, dans l'Argovie bernoise et l'Emmental, soieries à Zurich, etc.), mais surtout dès le XVIe s. Cette tendance s'accentue fortement au XVIIIe s. avec l'essor fulgurant de l'industrie cotonnière (Suisse orientale), indiennerie comprise (Genève, Neuchâtel, etc.). A ce développement d'un secteur textile qui exporte l'essentiel de sa production s'ajoute celui de l'horlogerie (Neuchâtel, Genève, vallée de Joux, etc.) et de quelques autres spécialités (paille tressée en Argovie, imprimerie et édition).
Cette dépendance de l'étranger, ajoutée à la faiblesse du pouvoir étatique central, fait que la Suisse offre un terrain peu propice à une politique économique protectionniste. Le mercantilisme helvétique a donc peu d'incidences sur le commerce extérieur. Par contre, dès le XVIe s., les cantons et la Diète fédérale entreprennent de grands efforts pour obtenir des pays voisins des privilèges commerciaux tant pour leurs importations (sel, grains) que pour leurs exportations (surtout textiles). Par ailleurs, pour lutter contre le protectionnisme et les blocus des états voisins, les marchands suisses n'hésitent pas à pratiquer la contrebande à grande échelle, et cela avec l'appui plus ou moins tacite des autorités. Ce commerce extérieur florissant est durement touché par les guerres révolutionnaires et le blocus continental imposé par Napoléon. Il redémarre cependant avec vigueur dès les années 1820 en profitant de l'essor de productions textiles toujours plus spécialisées. L'intégration de la Suisse dans l'économie internationale franchit un nouveau pas, sans doute le plus important, avec l'ère des chemins de fer, quand le jeune Etat fédéral affronta les visées expansionnistes de ses voisins en matière de politique des transports. Le rattachement du pays au réseau européen - dans les débats d'alors, une victoire de l'esprit d'ouverture sur les mentalités isolationnistes - et tout particulièrement cet événement majeur que fut le percement du Saint-Gothard (1872-1880) jetèrent les bases solides d'une small open economy, ancrée dans l'économie mondiale par l'interpénétration des marchés de biens et services, de capitaux et du travail.
Il en résulte que la Suisse est fortement dépendante de la division internationale du travail. Cette dépendance a marqué durablement la structure des échanges marchands: du côté des importations, prédominance jusqu'au milieu des années 1950 de l'approvisionnement en biens essentiels (denrées, matières premières industrielles et agents énergétiques); du côté des exportations, dès le début des Temps modernes, prédominance de produits manufacturés à forte valeur ajoutée, mais n'ayant quasiment jamais permis de dégager des excédents commerciaux. Cette tendance séculaire au déficit commercial n'a pu être compensée que par une forte spécialisation dans la fourniture de services à l'étranger (service mercenaire, commerce de transit et transports, ces derniers renforcés au XIXe s. et complétés par de nouveaux secteurs en croissance: services bancaires, assurances et surtout tourisme), ainsi que par une balance favorable des revenus de capitaux (produit des placements financiers et investissements directs qui jouaient déjà un rôle important dès le XVIIe et surtout le XVIIIe s. (Balance des paiements). Une part croissante des recettes d'exportation provenant des prestations extérieures du secteur tertiaire, il est donc nécessaire d'élargir la notion de commerce extérieur aux transactions invisibles. Elles sont toutefois mal connues, les tentatives de cerner ces postes de la balance des transactions courantes (ou balance des revenus) datant d'après 1945. Les statistiques détaillées pour les marchandises existent quant à elles depuis la fin du XIXe s.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat
A la fin du XVIIIe s., la Suisse disposait en Europe d'un fort réseau financier et marchand et de positions solides dans plusieurs ports. Favorisée jusque-là par sa situation géographique au carrefour des grands courants d'affaires, elle le sera moins au XIXe s. A la chute de Napoléon, après deux décennies de turbulences peu propices aux échanges, la Suisse doit faire face à la montée du protectionnisme chez la plupart de ses partenaires commerciaux. Ne trouvant plus de possibilité de développement dans une Europe retranchée derrière ses barrières tarifaires, négociants et fabricants se tournent vers l'outre-mer et le Proche-Orient, où s'implantent alors de nombreuses colonies marchandes. Dans la première moitié du XIXe s., la croissance du commerce extérieur est surtout marquée par cette conquête de nouveaux et lointains débouchés, soutenue par quelques fortes poussées régionales d'industrialisation en Suisse.
De 1851 à la Première Guerre mondiale, sous le signe d'une vigoureuse croissance industrielle, malgré la Grande Dépression des années 1870 et 1880 et les nouvelles réactions protectionnistes qui mirent fin à un bref intermède de libre-échange en Europe (1846/1860 à 1879), le volume du commerce extérieur suisse connaît un essor relativement rapide, quoique moindre que dans le reste de l'Europe occidentale (croissance annuelle moyenne des exportations suisses de marchandises: 3,6% de 1852 à 1873 et de 1894 à 1913, stagnation dans l'intervalle; Europe: 3,9% entre 1830 et 1913).
Au XXe s., le développement du commerce international est beaucoup plus irrégulier qu'au XIXe s. Marchés et mécanismes monétaires sont déréglés par les deux guerres mondiales et la crise de 1929, par les dysfonctionnements du système monétaire international après 1945 et l'abandon en 1971 de l'étalon de change or (fin du régime des taux de change fixes), enfin par les chocs pétroliers de 1973 et 1979 qui sonnent le glas des Trente Glorieuses.
Dans la Suisse de l'entre-deux-guerres, le renforcement des tendances à l'autarcie et le bilatéralisme qui marqua les années 1930 (accords de contingentement, de clearing, contrôle des changes, etc.) réduisirent considérablement le degré d'interdépendance avec l'étranger et freinèrent la croissance du commerce extérieur, plus faible que celle du revenu national (1918-1939: augmentation cumulée de 20% des exportations et de 25% du revenu national).
Après 1945, dans un environnement institutionnel en transformation rapide sous l'effet du passage au multilatéralisme et des grands regroupements économiques (OECE/OCDE, CEE, Comecon, AELE), la libéralisation des échanges (Gatt/OMC) jette les fondements de la reconstruction d'après-guerre et d'une progression des revenus, particulièrement en Europe occidentale. L'essor sans précédent du commerce mondial fait sentir ses effets positifs en Suisse: en termes réels, ses exportations de biens et services augmentent de 6,8% par an de 1948 à 1973. Puis, contrecoup des deux chocs pétroliers, les années 1970 marquent très nettement une rupture tendancielle: la crise de l'énergie, en freinant la croissance économique dans les pays développés et les pays en développement, ralentit sensiblement celle du commerce extérieur suisse, d'autant plus que les exportations souffrent depuis lors d'une forte appréciation du franc.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat
Dans le cas d'un petit pays ne disposant pas des conditions favorables à un développement autonome, les relations extérieures revêtent une importance vitale. Par l'exportation de biens et de services, il se procure les devises nécessaires à l'importation de ceux dont il est dépourvu ou qu'il ne peut produire. Les réseaux de commerce, de capitaux, d'information et de communication construits au fil du temps par la Suisse furent déterminants dans son développement industriel et financier. C'est dans l'échange international, plus qu'à l'intérieur, vu l'étroitesse du marché domestique, que la Suisse, comme d'autres petits pays développés, a trouvé la voie de spécialisations avantageuses. L'éloignement des débouchés, l'absence de matières premières et les spécificités de la demande étrangère ont favorisé la production de biens de consommation et d'équipement de haute qualité. Une concurrence souvent beaucoup plus rude à l'extérieur qu'à l'intérieur et l'impossibilité, hors des frontières, de s'abriter derrière une quelconque protection étatique furent les moteurs puissants d'une adaptation permanente et firent des secteurs exportateurs les plus productifs du pays. Aujourd'hui, la grande industrie se confond avec l'industrie d'exportation et, de cette dernière, nombre de petites entreprises tirent une bonne part de leur activité comme sous-traitants (Economie d'exportation).
Par ailleurs, le commerce extérieur exerce sur la croissance économique interne une influence certaine, quoique controversée autant chez les historiens que chez les économistes. Aux importations concurrençant les producteurs domestiques sont liés des effets de croissance, induits par la contrainte à l'innovation. Quant aux exportations, leur développement stimule celui de l'emploi et des revenus. Avant la Première Guerre mondiale, un tiers de la population suisse tirait son revenu directement ou indirectement de l'économie extérieure. Dans les années 1990, près d'un franc sur deux était gagné à l'étranger. Au XIXe s. déjà, vu l'engagement externe toujours plus poussé de la grande industrie, la demande d'exportation exerçait une influence non négligeable sur le rythme de croissance de la demande globale (celle des ménages, des entreprises, des pouvoirs publics et de l'étranger). Au XXe s., l'existence d'un rapport étroit entre mouvement des exportations et croissance intérieure apparaît clairement: la part des exportations dans le produit national brut, élevée en phase d'expansion (années 1920 et 1960), faible en période de stagnation (années 1930), indique que leurs fluctuations peuvent agir comme moteur ou comme frein.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat
|1840||1890||1900||1912||1937||1953||1970||1989||1999|
|Textiles, vêtements||72,5%||57,2%||53,9%||44,1%||20,1%||16,0%||9,2%||5,5%||3,1%|
|en soie||39,4%||30,1%||29,3%||20,6%|
|en coton||31,3%||22,4%||20,0%||20,3%|
|broderie||9,6%||11,1%||12,9%||15,6%||5,4%||2,0%||0,7%||0,3%||0,2%|
|Produits métalliques et électriques||10,0%||21,3%||25,5%||28,1%||50,3%||56,8%||51,4%||61,2%b||52%|
|machines||0,1%||3,2%||5,9%||8,1%||16,1%||20,7%||30,4%||29,6%||17%|
|prod. horlogers||8,2%||14,2%||15,0%||13,0%||18,1%||21,2%||11,8%||7,4%||7%|
|instruments et appareils||1,0%||2,8%||7,0%||3,1%||5,3%||5,7%|
|Produits chimiques||0,4%||2,3%||3,6%||4,7%||15,5%||16,3%||21,0%||21,4%||27%|
|colorants||1,6%||2,0%||2,1%||2,9%||4,9%||4,6%||2,8%||1,8%|
|produits pharmaceutiques||0,7%||2,6%||6,0%||5,3%||9,0%||16%|
|Produits agricoles||5,6%||11,3%||12,4%||14,6%||6,2%||5,6%||4,3%||3,2%||3,0%|
|fromage||5,6%||3,7%||5,0%||3,8%||2,1%||1,4%||0,7%||0,4%|
|chocolat||0,3%||1,3%||3,7%||0,2%||0,4%||0,4%||0,3%||0,4%|
|lait condensé||1,9%||3,2%||3,3%|
|Total||88,5%||92,1%||95,4%||91,5%||92,1%||94,7%||85,9%||91,3%||85,1%|
Bien que les transactions invisibles jouent un rôle grandissant dans les échanges internationaux, la part des services plafonne depuis les années 1980 et le commerce de marchandises conserve son dynamisme et une place centrale dans le commerce extérieur suisse. Du côté des importations, un changement considérable s'est opéré par rapport au XIXe s., traduisant l'évolution de la division internationale des activités: matières premières, produits agricoles et énergétiques, après avoir formé pendant de longues décennies les 2/3 de la valeur totale des importations, connaissent depuis 1950 un recul relatif face à la proportion croissante des produits fabriqués (machines, produits chimiques, montres, véhicules, habillement, chaussures, etc.). Du côté des exportations, dominées par les produits manufacturés (75 à 95% de leur valeur totale), on observe - et c'est une constante depuis le XIXe s. - un fort degré de concentration sur quelques spécialisations industrielles: textiles, montres, machines, puis chimie constituent les quatre groupes principaux. Mais au sein de cet ensemble, la répartition par produits a subi de profonds réaménagements. Ceux-ci s'expliquent par les transformations de l'économie mondiale (notamment l'industrialisation de certaines régions du Tiers-Monde et le déplacement de l'avantage comparatif) et par la restructuration industrielle que ces transformations ont imposée à la Suisse. C'est dans l'entre-deux-guerres que se dessinent les nouvelles tendances de cet ajustement structurel. Les textiles, qui représentaient encore 44% des exportations totales en 1912, chutent à 20% en 1937, alors que durant la même période l'industrie des machines progresse de 8 à 16% et l'industrie chimique de 4,7 à 15,5%. L'après-guerre, marqué par la concurrence nouvelle du Japon et des "dragons" asiatiques, verra un nouveau recul des textiles, un fort déclin de l'importance relative de l'horlogerie et, inversement, une expansion des exportations de produits pharmaceutiques.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat
|1900||1910||1928||1953||1970||1987||1999|
|Europe||79,5%||74,0%||69,6%||56,8%||67,2%||66,8%||65,8%|
|dont||Allemagne||22,5%||18,1%||11,8%||15,1%||20,1%||22,3%|
|Autriche||6,6%||3,5%||2,8%||5,3%||3,8%||3,1%|
|France||10,8%||7,6%||7,1%||8,5%||9,2%||9,2%|
|Royaume-Uni||16,8%||14,5%||5,0%||7,3%||7,7%||5,7%|
|Italie||7,1%||6,6%||9,2%||9,0%||8,1%||7,8%|
|Russie/URSS||3,5%||0,3%||0,3%||0,4%||1,0%||0,4%|
|Suède||0,6%||1,4%||3,4%||3,3%||1,9%||1,3%|
|Afrique||1,0%||1,1%||2,4%||5,0%||3,8%||2,6%||1,6%|
|dont||Afrique du Sud||0,1%||0,7%||1,0%||1,4%||0,6%||0,5%|
|Egypte||0,5%||0,7%||1,4%||0,4%||0,4%||0,4%|
|Amérique||14,3%||18,9%||16,9%||25,4%||16,3%||13,1%||16,1%|
|dont||Argentine||2,2%||1,8%||1,1%||0,8%||0,3%||0,4%|
|Brésil||1,2%||1,1%||2,5%||1,2%||1,0%||1,0%|
|Canada||1,8%||1,9%||1,8%||1,4%||0,8%||0,8%|
|Etats-Unis||12,2%||9,9%||14,5%||8,9%||8,9%||12,0%|
|Mexique||0,4%||0,4%||1,3%||1,0%||0,4%||0,7%|
|Asie||4,8%||5,0%||9,0%||11,0%||11,2%||16,4%||15,6%|
|dont||Chine||1,6%||1,4%||1,9%||0,3%||0,9%||0,9%|
|Hong Kong||-||-||-||1,7%||2,1%||2,5%|
|Inde||1,5%||1,8%||1,8%||0,4%||0,6%||0,5%|
|Iran||-||0,1%||0,3%||0,8%||0,5%||0,3%|
|Japon||0,7%||2,3%||0,7%||3,0%||3,8%||4,1%|
|Turquie||0,3%||0,3%||0,9%||0,5%||1,0%||1,0%|
|Océanie||0,5%||1,1%||2,1%||1,7%||1,3%||1,0%||0,9%|
Contrairement à la première moitié du XIXe s., période de forte diversification géographique, voire de mondialisation du commerce extérieur suisse, la fin du siècle et plus encore le XXe s. se caractérisent par une concentration des échanges sur l'Europe occidentale. Des environs de 1820 aux années 1850, l'outre-mer devint l'aire géographique dominante pour les exportations, absorbant vers 1845 quelque deux tiers des ventes extérieures (Europe: env. 36%; Etats-Unis: sans doute près d'un tiers; Asie, Amérique latine et Afrique: le solde). Quant aux importations, plus de la moitié provenait des voisins immédiats de la Suisse.
Mais dès les années 1850, en raison d'une certaine saturation des marchés d'outre-mer et du développement du réseau ferroviaire en Europe, la Suisse se rapproche de celle-ci et ses nouveaux secteurs moteurs s'y ancreront solidement à partir des années 1880. Au XXe s., l'essentiel de ses échanges se déroule en Europe (60-70% des exportations totales; 60-80% des importations), où l'Allemagne constitue le principal partenaire. Suivre la répartition des échanges par grands blocs économiques et institutionnels (CEE, AELE, pays à économie planifiée) présente un intérêt limité étant donné les processus d'élargissement ou de dislocation de la seconde moitié du XXe s. Il est en revanche plus intéressant de relever l'intégration de fait de l'économie suisse dans l'Union européenne, dont le poids est devenu considérable autant pour les échanges (50 à plus de 60% des exportations annuelles suisses depuis 1970; env. 70 à 80% des importations) que pour les intérêts économiques généraux du pays.
Plus globalement, la Suisse commerce avant tout avec les pays industriels avancés (OCDE). Quant aux anciennes colonies ou semi-colonies (le groupe des pays en développement, dont les nouveaux pays industrialisés, notamment asiatiques, se détachent progressivement), elles ont accru leur part tout au long du XXe s., et ce davantage en tant que débouchés (8,5% des exportations suisses en 1900; 18,4% en 1992) qu'en tant que sources d'approvisionnement (respectivement, 6,5% et 8,4% des importations). La Suisse enregistre ainsi des excédents commerciaux appréciables, tout particulièrement avec l'Asie, ce qui compense en partie son déficit avec les pays de l'OCDE et, parmi eux, surtout de la CEE.
Auteur(e): Béatrice Veyrassat
Jusqu'au XIXe s., la politique commerciale de la Suisse a eu comme buts principaux la conquête de marchés et la défense du libre-échange. S'y grefferont la sécurité de l'approvisionnement économique du pays et la protection de l'agriculture, qui deviennent au XXe s. deux volets essentiels de cette politique. Déjà les traités d'alliance de l'Ancien Régime (avec le roi de France, le duc de Milan) réglaient les relations commerciales. Après 1815, la Confédération est mal équipée pour défendre ses intérêts face aux courants protectionnistes; en 1822, pour résister à la pression française, treize cantons et demi concluent un concordat de rétorsion qu'ils doivent abandonner en 1824. La situation s'améliore quand la Constitution de 1848 donne à la Confédération, avec la souveraineté douanière, la compétence de la politique commerciale. Un premier tarif douanier fédéral est décidé en 1849, suivi de ceux de 1851, 1884-1887, 1891, 1902, 1921, 1960 (Douanes); leur but, surtout pour les premiers, est d'abord fiscal, les tarifs de 1891 et 1902 amorçant toutefois un virage politique vers un protectionnisme modéré. Une statistique du commerce est dressée depuis 1885.
Le corps consulaire, créé en 1798 pour le commerce étranger, est étoffé (38 Consulats en 1848, 78 en 1865 et env. 90 postes à la fin du siècle) mais le peuple refuse en 1895 sa professionnalisation. Le Secrétariat du commerce de 1848 est remplacé en 1874 par une Division du commerce, devenue en 1978 Office fédéral du commerce extérieur, en 1979 Office fédéral des affaires économiques extérieures, qui, en 1999, fusionne avec l'Office fédéral du développement économique et de l'emploi pour former le Secrétariat d'Etat à l'économie (seco). Son directeur est entouré de délégués aux accords commerciaux depuis 1939; il sera le premier grand commis à porter le titre de secrétaire d'Etat (1979). Les mandats d'Arnold Eichmann (1893-1923), Walter Stucki (1925-1935) et Jean Hotz (1935-1947) ont été particulièrement longs. Sauf pendant quelques années où la division du commerce fut rattachée au Département politique (1888-1895), la responsabilité du commerce est celle du Département de l'économie publique (et de ses prédécesseurs) et la politique extérieure de la Suisse a longtemps consisté en la seule défense de ses intérêts économiques.
Malgré la place de plus en plus forte des institutions publiques dans la politique commerciale extérieure de la Suisse, l'économie privée n'a pas cessé d'y jouer un rôle important. Le directoire (Vorort) de l'Union suisse du commerce et de l'industrie (1869; economiesuisse dès 2000), l'Union suisse des paysans (1897) sont des partenaires consultés et écoutés, par exemple lors de la discussion des tarifs douaniers. L'Office suisse d'expansion commerciale, né en 1927, à l'origine entreprise privée, jouit d'un statut semi-public.
La garantie contre les risques à l'exportation (1958) facilite les relations avec les pays du Tiers-Monde, qui peuvent aussi bénéficier de la coopération au développement. Depuis 1945, l'adhésion à plusieurs organisations internationales (OECE en 1948, Gatt en 1958/1966, AELE et OCDE en 1960, CNUCED en 1964, OMC dès 1995) marque d'importantes étapes de la politique extérieure économique axée, comme la politique extérieure en général, sur le postulat de l'universalité des relations. Les politiciens et les grands commis qui la conduisent doivent toutefois compter avec les droits populaires; le peuple suisse a accepté en 1972 l'accord de libre-échange signé avec la CEE, refusé en 1992 l'Espace économique européen, accepté les traités bilatéraux en 2000 et reste partagé quant à l'adhésion à l'Union européenne.
Auteur(e): Lucienne Hubler