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Comment écrit-on et comment perçoit-on l’Histoire ? Peut-on dégager certains mécanismes de la construction historique en observant les différentes idéologies et utopies qui structurent un espace et un temps donnés ? Ces interrogations traversent l’ensemble du travail de Deimantas Narkevicius qui, le plus souvent, prend la forme du film mais inclut de temps à autre la sculpture. Son terrain d’investigation commence avec son environnement intime et familier qu’est la Lituanie. Ses films explorent cette société d’après-guerre dans le bloc soviétique comme ils témoignent des changements importants survenus lors du passage d’une société de type soviétique à une société de type démocratique. Cependant, les films de D. Narkevicius sont moins des documentaires que des fictions qui observent la réalité sociale et historique d’un point de vue critique et subjectif.
Avec Europe 54°54’-25°19’ (1997), Narkevicius traite littéralement du contexte dans lequel il se trouve. Ces coordonnées sont celles du centre géographique de l’Europe qui se situe quelque part dans la campagne lituanienne. Le film retrace simplement le voyage de Narkevicius de Vilnius vers ce lieu qui, en tant que destination, n’a pas grand intérêt. Le trajet est prétexte à toute une série d’interrogations de la part de l’artiste quant au sens politique et idéologique que peut revêtir une telle idée ; c’est aussi le moyen de marquer un point dans le trajet plus général de sa vie à ce moment précis. Déjà dans ce film, il observe l’idéologie ethnocentriste d’un jeune pays au travers du prisme de l’histoire personnelle et il poursuit dans cette veine avec Disappearence of a Tribe (2005) où la grande Histoire est considérée à travers l’histoire de sa propre famille. Le film, réalisé à partir de l’assemblage de photos de famille, dépeint la vie quotidienne sous l’ère soviétique, un temps qui représente un moment d’expérimentation sociale radicale et qui aujourd’hui semble avoir complètement disparu. Enfin, cette époque et l’amnésie dont elle est frappée s’exposent différemment avec Once in the XX Century (2004). Ce film prend forme à partir de deux sources vidéos existantes, l’une provenant des archives de la télévision nationale et l’autre des images d’un reporter indépendant. Ces deux points de vue enregistraient le démontage d’une sculpture de Lénine sur une place publique de Vilnius, des images qui étaient largement diffusées par les médias occidentaux pour signifier la chute de l’Union soviétique et l’échec du communisme. Mais le montage effectué par D. Narkevicius prend l’événement à contre-courant puisqu’il présente la célébration de la mise en place de la sculpture de Lénine sur la place publique. Il ne s’agit pas ici de porter un regard nostalgique sur l’époque soviétique de la Lituanie mais bien d’interroger le déni par une nation de son histoire récente et les conséquences de celui-ci dans son évolution idéologique et politique contemporaine.