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01/02/2015
La courte mémoire de l'Allemagne
"Il n'est pas question d'effacer, même partiellement, la dette de la Grèce", nous assène péremptoirement Madame la chancelière Angela Merkel, avec l'arrogance d'une Allemagne qui considère qu'elle ne doit sa prospérité qu'à la seule force de son travail.
( http://www.tdg.ch/monde/lutte-austerite-athenes-cherche-allies-europe/story/22439840 ).
Pourtant, aucun autre pays européen n'a autant profité d'effacements successifs d'ardoises. Ainsi, entre 1924 et 1929, la République de Weimar se relevait de la Première Guerre mondiale grâce aux crédits accordés par les Etats-Unis, lorsque la crise de 1931 lui a permis d'obtenir, à Lausanne, en 1932, un abandon de créance de la part des Alliés pour plus de 6 milliards de Deutsche Marks.
Les pillages du régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale ne sont un mystère pour personne, pas plus que les dettes que le Reich impose alors aux pays conquis, et que ceux-ci sont contraints d'honorer. Pourtant, une fois la guerre terminée, et afin de se garantir un rempart contre le communisme menaçant, les Etats-Unis imposent en février 1953, dans l'Accord de Londres, un nouvel abandon de créances, la dette de la RFA passant de 15 à 7 milliards de Deutsche Marks. Il s'agit alors de ne pas mettre en péril le miracle économique allemand, alors que le reste de l'Europe, exsangue, se redresse péniblement des destructions de la guerre. La dette est divisée par deux, pour ne pas faire supporter à la RFA la part de la RDA, passée dans le bloc de l'Est.
Il est néanmoins prévu qu'en cas de réunificxation allemande, le solde de la dette renaîtrait. Ce qui n'a pas empêché le chancelier Helmut Kohl, en 1990, de refuser d'appliquer cette clause à peine le Mur tombé...
( voir sur ce sujet : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/8d9e8f32-d815-11e1-b6c7-87316167502b/1953_le_tournant_qui_a_permis_%C3%A0_lAllemagne_de_rebondir )
C'est donc dire si l'intransigeance allemande laisse perplexe. Ce n'est pas, contrairement au discours récurrent, la fourmi qui demande à la cigale ce qu'elle a fait tout l'été, mais bien l'arrogance d'un remarquable profiteur du siècle dernier, qui voudrait se donner des airs de moralisateur.
Autant la Grèce doit entamer des réformes profondes plutôt que de reprendre, comme elle semble le faire, les catastrophiques habitudes du passé, autant l'Allemagne n'a pas à se présenter en donneur de leçons...car il pourrait venir à l'esprit de certains de refaire les comptes et de lui demander d'honorer ses dettes, avec la même intransigeance dont elle sait faire preuve.