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«Dögmeli.00»: rébellion ou crise adolescente?
A Locarno, un groupe de professionnels du «jeune cinéma suisse» publie un manifeste ironique et revendicatif. Une pierre de plus dans la mare un peu fangeuse du cinéma suisse.
Ils se sont baptisés «Dögmeli.00 (pour un excellent cinéma suisse de qualité)», parodiant ainsi le Dogma.95 du cinéaste danois Lars Von Trier. Le manifeste est signé par 83 professionnels suisses, réalisateurs, producteurs, scénaristes, techniciens confondus.
Le manifeste commence par dix commandements qui jouent de la dérision («Ne rêve pas», «N'agis pas», «N'évolue pas», «Ne sois pas toi-même», jusqu'à «Fais des dossiers» et «Dis merci»!), avant de délivrer un message suffisamment colérique pour avoir l'air rebelle et assez flou pour ne pas s'attaquer aux problèmes concrets.
Il s'agit là du dernier rebondissement d'un médiocre feuilleton estival baptisé «cinéma suisse», qui se joue sur fond de révision de la loi sur le cinéma, une loi que tout le monde s'accorde à trouver désuète et inadaptée. Le feuilleton en question commence donc en juin, lorsque l'Office fédéral de la culture annonce que son budget 2000 d'aide à la production cinématographique est épuisé. Frisson et inquiétude dans le lanterneau de la pellicule.
En juillet éclate publiquement un beau feu d'artifice, qui couvait depuis le 31 mai déjà. Ce jour-là, la Conseillère fédérale Ruth Dreifuss décide de sauver le projet «Bach à Potsdam», de la cinéaste Dominique de Rivaz. La ministre accepte de débloquer 500 000 francs pour ce film qui en est au stade du scénario, alors que les commissions responsables de l'Office fédéral de la culture l'avaient mis de côté. Cette fois, le lanterneau de la pellicule est plutôt en proie à la consternation et à la jalousie. L'Association suisse des producteurs de films adressent une lettre enflammée au responsable de la section cinéma de l'OFC, Marc Wehrlin. En période de disette, même les meilleures familles peuvent se déchirer...
Troisième épisode en août, à Locarno, où, quelques jours après que «Visions 2002», une émanation de Ciné-suisse, eut appelé la Confédération à débloquer en 2001 quatre millions de francs supplémentaires en attendant mieux, les jeunes loups poussent donc un coup de gueule.
«Redonnons au cinéma ses idéaux, ses émotions, son audace!» disent-ils. Et d'expliquer que l'augmentation de l'aide fédérale, c'est bien, mais «à condition d'en faire autre chose que des films insipides et opportunistes». Leurs aînés apprécieront. Ils martèlent que «tout reste à faire» et que «seule la pratique de nos envies nous permet d'avancer». Autrement dit: par ici la monnaie! Et cela même s'ils mentionnent au paragraphe précédent que «la question financière entrave le débat artistique».
A propos de débat artistique... Le «Dogma.95» de Lars Von Trier contenait un programme artistique. Celui de «Dögmeli.00», où est-il?
Bernard Léchot
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