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Les Indigné-e-s : une tentative de réenchanter le monde
La révolution industrielle, la révolution bourgeoise, et la révolution culturelle individualiste ont forgé la société contemporaine telle qu'elle est aujourd'hui en Occident.
Automatisation du travail, machinisme dans la production et la distribution, extension des technologies dans nos rapports entre humains, gadgétisation de nos loisirs, dogmatisation de la propriété privée, sont caractéristiques de cette société moderne où l'individu se doit d'être rationnel, calculateur, et logique, dans ses rapports avec ses pairs.
Le sociologue Tönnies parle de passage d'une société communautaire (Gemeinschaft), à une société moderne (Gesellschaft) marquée par l'individualisme. Dans cette société, seule l’État (bureaucratie wéberiennement rationnelle) peut garantir la cohésion de la société et évité l'anomie du lien social.
Alors dans la froideur de ce monde moderne en décomposition morale et idéologique, des groupes d'êtres humains s'élèvent contre l'ordre imposé de cette morne société capitaliste. Ces individus sont le fruit de la modernité, ils n'échappent pas à une certaine intériorisation des normes dominantes. Néanmoins, ils tentent de résister à la déliquescence sociale en cours et occupent l'espace public laissé jusqu'à présent aux derniers rassemblements rituels (et ritualisés) qui incarnent l'ultime lien entre les membres de notre modernité.
Les Indigné-e-s ne sont pas qu'un mouvement politique à la ligne idéologique fluctuante, ils sont aussi une réaction à ce délitement du lien social, une tentative (plutôt réussie selon moi) de recréer cette société communautaire pré-moderne. On retrouve en effet chez les Indigné-e-s certains aspects de ces sociétés communautaires pré-modernes, notamment la recherche du consensus, la valorisation du groupe et de l'action de groupe, et la mise en avant de valeurs communes fondamentales.
Mais les Indigné-e-s dépassent les faiblesses des sociétés communautaires, par exemple en étant ouvert sur le reste de la société, non seulement fonctionnellement parce qu'ils désirent la changer en mieux, mais aussi par la volonté affirmée d'intégrer les 99% de la population à leur reconstitution d'une société au lien social développé.
Cette tentative de dépassement de l'anomie capitaliste représente un bon exemple pour les partis et mouvements de gauche. Il n'est plus suffisant de mobiliser des militants, il faut à présent tenter de les intégrer à un mouvement populaire que nous formons inconsciemment d'ores et déjà. Ce mouvement en soi, doit devenir un mouvement pour soi.
Alors notre force politique sera en adéquation avec notre projet de société et avec nos valeurs, ce qui ouvrira ainsi la voie à l'instauration d'une société post-moderne et post-capitaliste : la société socialiste !
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Les Indigné-e-s : une tentative de réenchanter le monde