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J'ai rendez-vous dans quelques minutes pour la dernière visite de grotte de la journée, Ruakuri Cave. Le chauffeur de la navette me disait qu'il serait peut-être dans les parages et pourrait m'y conduire, mais bon, il y a cinq minutes de marche pour y arriver, du coup je pense que je peux y arriver tout seul...
Pour vous situer, l'endroit où je suis actuellement compte un parking, Aranui Cave et deux départs de randonnées, le Ruakuri Natural Tunnel (une petite boucle d'une demi-heure) et le Waitomo Walkway, qui permet de rentrer à pied jusqu'à Waitomo.
A 5 minutes de là se trouve un autre grand parking, un visitor center très récent et l'entrée de Ruakuri Cave - entrée qui ne passe pas inaperçue :
Ca fait pas super naturel tout ça...
[source : Google Street View]
Et pour cause, c'est une entrée fabriquée par l'homme, inaugurée en 2005. J'avais entendu dire que l'intérieur avec sa rampe descendant jusqu'à la grotte en elle-même faisait penser à un repère de méchant de James Bond, et le moins qu'on puisse dire c'est que c'est tout à fait ça :
Des gouttelettes d'eau sont lâchées depuis le plafond et viennent s'écraser sur le caillou posé au centre de la spirale, en bas, ce qui permet apparemment de faire une transition entre le niveau d'humidité de l'intérieur et de l'extérieur de la grotte
[photo : cambridge.co.nz|
Mais pourquoi donc avoir construit un truc aussi impressionnant ? Il se trouve que l'entrée / sortie de la grotte utilisée précédemment pour faire ces visites, de 1904 à 1988, est située à un endroit que les Maoris considèrent sacrés ("tapu" comme ils disent) puisqu'ils y ont enterré des personnages importants.
Ajoutez à ça tout un conflit juridico-financier puisque la grotte est en partie sur du terrain appartenant à l'état, en partie sur du terrain appartenant à la région et en partie sur du terrain privé, et vous comprendrez pourquoi les visites ont dû être interrompues entre 1988 et 2005.
L'histoire a l'air tellement compliquée que je crois que Netflix pourrait nous sortir une série dessus, style "Cavern King". Vous imaginez le truc ? Joe Speleologic, sa coupe mulet, ses clips de country tournés dans les grottes et ses trois maris (arrivés chez lui comme jeunes et jolis spéléologues musclés avant de tomber dans la drogue et de perdre leurs dents) affrontant Carol fucking Baskin, sa secte de bénévoles, ses habits à motifs glowworms et son ex-mari qu'elle a tué et fait avaler à Cecil l'anguille, ça aurait de la gueule non ? Je crois que je m'emporte un peu...
Par contre en lisant un article sur toute cette histoire, j'ai appris que depuis 2005 c'est une certaine compagnie du nom de THL qui avait repris la gestion des trois grottes et de Black Water Rafting. THL qui a également dans son porte-feuilles... Kiwi Experience. Je crois que je comprends mieux maintenant pourquoi Stray ne semble pas être trop fan de la région de Waitomo...
Bref, une fois en bas de notre spirale, on traverse un petit tunnel et nous voilà dans la grotte. Comme pour Waitomo Glowworm Caves, la grotte est fortement aménagée, à tel point que c'est la seule grotte accessible en chaise roulante de tout l'hémisphère sud.
La première partie que l'on visite est un long couloir très joliment doté en stalactites qui porte le nom de Drum Passage.
Attention, roulement de tambour... et vous voilà dans le Drum Passage !
Au bout du Drum Passage on débouche sur le couloir de la grotte où coule une rivière, la même dans laquelle je me promenais la veille. Dans mon récit de l'aventure il y a une photo où je dis que c'est là qu'on a tourné pour commencer à remonter vers la surface. Ben si on avait pas tourné on serait arrivés ici. C'est d'ailleurs ici que passe l'autre tour de Black Water Rafting, le Black Labyrinth, dont on entend quelques aventuriers au loin. Ceux qui font ce tour rentrent dans la grotte à l'endroit où on en est sortis avec le Black Abyss, rejoignent la rivière principale par un chemin légèrement différent (histoire d'éviter les cascades qu'on a escaladées) puis suivent ladite rivière jusqu'à une autre sortie. Ca va, vous suivez ?
Cela dit, pour cette visite on a les pieds au sec puisqu'on observe la rivière depuis une plate-forme. C'est là qu'on rencontre les premiers glowworms du tour, moment que choisit la guide pour... l'instant biologie. Je commence à être un spécialiste !
La guide demande de ne pas prendre de photos à ce moment là pour éviter d'aveugler tout le monde - je prendrai d'ailleurs relativement peu de photos durant ce tour, m'étant rendu compte que mon iPhone 7 ne faisait pas vraiment bon ménage avec les photos de grottes...
Pour la suite de la visite, on repart dans une autre galerie parallèle à la rivière. C'est là que le chemin se sépare en deux. Celui qu'on emprunte nous reconduit à nouveau à la rivière, vers un endroit appelé le glowworm bridge.
Voilà qui peut peut-être vous aider à suivre ce que je raconte...
[image trouvée au hasard de mes pérégrinations sur le web, sans source]
Des glowworms, il y en a pas mal. Problème : les photos sont autorisées. Les glowworms brillent tellement peu que ça s’apprécie dans la nuit, pas avec quinze débiles qui sortent leur téléphone - qui sont de tout de façon bien incapables de photographier ça. Et voilà que toute cette bande d'imbéciles a l’idée de photographier avec… leur flash réglé au maximum de sa puissance. A quel moment tu peux être con au point de penser que pour photographier un truc qui claire faiblement le meilleur moyen est de lui balancer un flash ultra puissant dans la gueule ? La sélection naturelle ne fait pas toujours bien son travail…
Après ce moment gâché, la visite ne s'améliore pas vu que la mère d'une des familles du groupe est apparemment subitement paniquée à l'idée d'être sous-terre. Sauf que, vu que la guide est seule, pas moyen de la raccompagner à la surface...
C'est donc dans une ambiance un peu bizarre qu'on continue le tour. Plus de glowworms au programme, que des formations rocheuses (et des fossiles également), tout ça étant plutôt joli. La boucle se termine en franchissant un pont par-dessus la rivière et en arrivant à l'endroit où les chemins se séparaient.
La grotte est bien plus grande que celle d'Aranui, avec notamment des passages sur des passerelles dans des salles plutôt vastes
Les fans de stalactites auront vraiment de quoi se mettre sous la dent (enfin non, ne vous mettez pas ça sous les dents !)
C'est grand, c'est beau et c'est loin d'être grott-esque !
Une version avec un filtre Instagram cache-misère...
Il y a un moment de la visite où on passe sous un "puit" communiquant avec la surface 65 mètres plus haut, mais je suis pas sûr que ça soit ça qu'on voit sur cette photo (commentaire sponsorisé par Jean-Michel Apeupré)
A proximité de la zone "tapu" il y a aussi les restes des premières traces du conflit J. Holden (le fameux Joe Speleologic) VS l'Etat, avec cette plaque posée en 1988 où il menaçait de poursuivre tout visiteur embarqué dans une visite guidée passant sur (ou plutôt sous) ses terres...
[source : New Zealand Geographic]
Et la visite se termine. Que penser de ces visites Aranui / Ruakuri ? Ben je sais pas trop... Déjà le fait qu'elles soient guidées fait que te te retrouves toujours entassé sur des chemins assez serrés, sans être toujours capable d'apprécier la vue et encore moins de prendre des photos. En plus, les commentaires des guides sont pas franchement passionnants, même si les deux guides que j'ai eues était plutôt sympathiques.
La partie glowworms de Ruakuri a été une grosse déception, particulièrement à cause de cette autorisation de prendre des photos, avec flash qui plus est, ce qui gâche vraiment tout. Quand à la partie formations rocheuses, Aranui et Ruakuri ont chacune leurs attraits (j'aurais du mal à en recommander une plus que l'autre), mais visiter les deux fait peut-être un peu doublon... d'autant que c'est vraiment pas donné.
Bref, si vous devez retenir une chose : pour voir des glowworms, foncez faire un des tours de Black Water Rafting, y'a pas mieux !
Il est alors 15h30, je me dis que j'ai tout le temps de rentrer à pieds jusqu'à Waitomo plutôt que de chercher une navette. Je demande au visitor center combien de temps ça prend : 2 heures. Parfait.
Je retourne alors jusqu'au parking situé vers Aranui Cave où je me dis que j'ai même le temps de faire l'autre randonnée que je vous ai déjà mentionnée ; la boucle Ruakuri Natural Tunnel. 30 minutes indiquées, ça paraît idéal.
Le plan affiché au début de la rando avec un "you are here" relativement cryptique ! A noter que la partie passant sur la gauche de la rivière étant malheureusement fermée.
On commence par longer la rivière et on passe devant une autre entrée / sortie de la Ruakuri Cave, celle par laquelle sort le tour Black Layrinth. Puis on traverse un pont. Des panneaux expliquent que des glowworms vivent sur les rochers situés de chaque côté de la rivière, mais il faudrait évidemment être là de nuit pour pouvoir les observer.
Avec tout ce temps passé sous terre, j'avais presque oublié à quoi ressemblait un paysage d'extérieur !
Après un passage très agréable à travers la forêt, on tombe sur (ou plutôt dans) une caverne
Jolie vue sur la rivière en contre bas une fois de l'autre côté, puis longue volée de marches pour passer par dessus la caverne
Un peu plus loin, on traverse un passage bien sombre qui débouche sur ce point de vue, à savoir l'objectif de la randonnée : Natural Tunnel. En vrai, c'est très grand, impressionnant et très joli, et pas flou et tout moche...
La rivière entre par là dans la cave-ité
Autre point de vue tout aussi peu glorieux sur Natural Tunnel, depuis le chemin un peu plus loin
Le chemin continue avec une nouvelle caverne à traverser. Par contre, il n'y a malheureusement pas de taverne au programme.
A la place, voilà un nouveau joli point de vue sur la rivière.
Et on voit même l'entrée du Natural Tunnel.
Reste plus qu'à revenir jusqu'au point de départ. Très joli randonnée avec plein d'éléments variés et bien sympas (cavernes, ponts, escaliers, forêt), une très jolie vue et un Natural Tunnel impressionnant. A ne pas manquer !