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Pourquoi sur le dos des livres en français le titre est-il écrit de bas en haut alors que sur les livres en anglais le titre est écrit de haut en bas ?
Date de la réponse: 20.09.2021
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
En effet, comme l’indique la Banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement canadien TERMIUM Plus sur sa page Titre (orientation du titre au dos d’un livre) :
« Si on dispose le titre dans le sens de la longueur sur le dos d’un livre peu épais, on l’écrit normalement de bas en haut.
La coutume anglaise est de l’écrire de haut en bas. »
Le Guide des difficultés de rédaction en musique (GDRM) de l’Université Laval ajoute encore au sujet du dos des livres :
« Le titre d'un livre qui apparaît sur le dos s'écrit de façon transversale ou de façon descendante, autrement dit de haut en bas, comme le prescrit la norme ISO 6357.
Les éditeurs français, allemands et italiens écrivent généralement le titre de bas en haut, alors que la logique (que reflète la norme ISO 6357) veut qu'on le dispose de haut en bas, comme le font les éditeurs anglophones. D'ailleurs, les livres sont disposés sur les tablettes des bibliothèques de façon à ce que l'on marche toujours de gauche à droite à travers les rayons, et donc que l'on avance la tête penchée vers la droite. Un titre ascendant oblige cependant à pencher la tête vers la gauche pour lire le titre. On peut imaginer l'étourdissement qui peut en résulter lorsqu'on passe des heures en bibliothèque à incliner tantôt à gauche, tantôt à droite, en fonction des pratiques. De plus, il est impossible de lire un titre écrit de bas en haut lorsque que livre est posé à plat sur une table, son titre se trouvant alors à l'envers.
Enfin, une pratique correspondant à la norme ISO éviterait aux libraires francophones qui vendent aussi des livres en anglais d'avoir à placer à l'envers les livres en anglais (ou les livres québécois qui utilisent la pratique nord-américaine) pour éviter à leurs clients d'avoir à pencher la tête tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. »
C'est donc la norme ISO 6357 Titres de dos des livres et autres publications qui « établit des règles pour la présentation générale (position et orientation) et l'utilisation des titres de dos et du texte correspondant utilisés sur les livres, les publications en série, les périodiques, les rapports et les autres genres de publications similaires comme les boîtes, les cassettes et les articles comparables destinés à être rangés sur des rayons. Elle est applicable uniquement aux textes en caractères romains, grecs ou cyrilliques. Elle comporte des règles concernant un espace sur le dos réservé à des fins d'identification en bibliothèque et des règles d'emploi du titre de marge de couverture. »
Cette norme indique ce qui suit dans son introduction :
« Les livres et les publications similaires, qu'ils soient classés ou mis en rayons, sont repérés plus facilement si on normalise la disposition des titres de dos. Cependant, différentes manières (perpendiculaire à l'arête du dos, parallèle à l'arête du dos et lisible soit de haut en bas, soit de bas en haut, et même en colonne) se sont développées dans divers pays et, comme les bibliothèques renferment des collections multilingues, il est difficile de repérer rapidement les publications en rayons.
Le but de la présente Norme internationale est de permettre aux éditeurs de livres, de périodiques, de rapports techniques et autres publications similaires, d'appliquer des règles normalisées d'inscription des titres de dos ou de toute identification similaire, au profit des utilisateurs des bibliothèques, des librairies et autres. »
Et au sujet du titre du dos :
« 2.1.3 - titre de dos descendant - Titre de dos longitudinal lisible de haut en bas du dos [...].
Note 1 à l’article : Avec cette configuration, le titre de dos se lit facilement quand le livre repose à plat, la première page de couverture au-dessus.
2.1.4 - titre de dos ascendant (non normalisé) - Titre de dos longitudinal lisible de bas en haut du dos. »
De nombreux blogs soulèvent les différences que vous avez vous-même constatées sur l'orientation des titres des dos des livres. Nous voyons néanmoins ci-dessus qu’il existe une norme qui permet les deux orientations, mais que le titre ascendant (lisible de bas en haut) ne soit pas normalisé. Il semble donc s’agir d’un choix culturel, bien que nous n’ayons pas trouvé d’information retraçant l’historique de ce choix.
Néanmoins, le magazine en ligne Slate avance une théorie - Pourquoi les dos des livres sont-ils (presque) tous écrits dans le même sens ? - le 28 mai 2017 :
« Ce système peut sembler naturel, mais il s’agit en réalité d’une convention dont l’origine est difficile à établir. En France au début du XIXe siècle, époque de démocratisation du livre avec l’apparition des premières reliures industrielles, les dos étaient surtout pourvus de titres rédigés à l’horizontale. C’est seulement dans le dernier tiers du siècle que l’écriture dans le sens de la longueur apparaît, d’abord sur des ouvrages trop fins pour que le titre soit imprimé horizontalement, puis se généralise lentement et finit par s’imposer. Mais la bascule ne s’est pas faite du jour au lendemain: dans les années cinquante et soixante, beaucoup de livres étaient encore publiés avec un dos titré à l’horizontale. [...]
"C’est un sujet de discussion inépuisable dans la profession, et j’ai entendu toutes les théories", s’amuse Ronald Blunden, directeur de la communication chez le géant français de l’édition Hachette Livre. "On ne connaît plus vraiment l'origine de ce qui est devenu un usage", avoue Pascal Fouché, historien de l’édition qui a codirigé le monumental Dictionnaire encyclopédique du livre (éditions du Cercle de la librairie) :
"Les historiens du livre parlent de « dos à la française » et de « titre à la française » pour le qualifier mais sans en expliquer l'origine. De même on parle de « dos à l’américaine » ou de « titre à l’américaine » pour qualifier l'autre sens de lecture."
Pour justifier leur tradition, les tenants du dos à la française évoquent un sens naturel de lecture: "J'ai parfois entendu que puisqu'on écrit et qu'on lit de gauche à droite, il est plus facile de lire de bas en haut que de haut en bas", ajoute Pascal Fouché qui rappelle cependant que "les anglo-saxons nous expliquent que lire de haut en bas est plus simple que lire de bas en haut." In fine, chacun finit par défendre et trouver de bonnes raisons à ses propres usages sans que leur origine soit établie avec certitude.
Le plus compliqué est encore que le "dos à la française" n’est même pas l’unique système en vigueur dans l’Hexagone. Bien que très minoritaire, le dos à l’américaine a ses adeptes (Les Arènes, Economica, Grasset pour une partie de ses titres…), et il présente même un sérieux avantage, comme le rappelle le fondateur d’Economica, Jean Pavlevski :
"Quand on pose un de nos livres à plat, le dos est lisible. Si vous posez à plat un livre avec un dos à la française, son titre apparaît à l’envers."
C’est la même raison qui a conduit Les Arènes à opter pour le dos à l’américaine: en 2010 l’éditeur avait publié un monumental Tout Cabu et s’est aperçu au moment de placer ses ouvrages en piles sur les tables des libraires que le dos apparaissait à l’envers. Trois ans plus tard, il a donc corrigé le tir avec Cabu New York, dont les dos à l’américaine étaient cette fois lisibles dans les piles de livres.
L’expérience s’avèrera si concluante que Les Arènes choisiront de généraliser les dos à l’américaine à l’ensemble de leur production. "On ne l’a pas fait pour se distinguer des autres éditeurs, mais seulement pour des questions pratiques", confie Quintin Leeds, directeur artistique de la maison. Quand on réfléchit bien, il n’y a pas beaucoup d’arguments en faveur du dos à la française, si ce n’est la force de l’habitude." »
Cet article réunit d'autres témoignages d'éditeurs qui vous permettent de comprendre les divers choix opérés, et conclut :
« En général, les éditeurs s’efforcent de respecter les conventions en vigueur dans les pays où ils publient. "Nous ne nous mêlons pas de la politique éditoriale de nos maisons d’édition, et donc, a fortiori, de détails comme celui-là, explique Ronald Blunden, chez Hachette Livre. Cependant nos éditeurs anglo-saxons continuent à se conformer à la tradition de leurs pays, et les Français, dans l’ensemble, à la leur." »
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève
Pour www.interroge.ch