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Pourquoi le cinéaste Nanni Moretti aime-t-il tant filmer le sport?
Un prêtre qui joue au foot avec ses paroissiens dans "La Messe est finie"; des cardinaux qui se mesurent dans un match de volley au coeur du Vatican dans "Habemus Papam"; un père endeuillé qui fait son jogging dans "La Chambre du fils"; un responsable politique communiste qui retrouve la mémoire en jouant au water-polo dans "Palombella rossa", la filmographie de Nanni Moretti est sportive. L'homme l'est tout autant, lui qui a pratiqué le water-polo dans l'équipe nationale italienne pendant des années.
Un corps burlesque
Pour le cinéaste et acteur italien qui s'est souvent mis en scène dans ses auto-fictions, le sport est une manière de ramener le corps dans le champ théorique. "Quand il parle, et il parle beaucoup, Nanni Moretti ne laisse jamais seule la parole. Il l'accompagne de grimaces, de haussements d'épaules, de regards qui partent à droite ou à gauche. C'est un corps burlesque et les premiers acteurs du burlesque, Chaplin ou Keaton, étaient de véritables athlètes" explique Edouard Waintrop, directeur des salles de cinéma du Grütli, à Genève, qui consacre au réalisateur né en 1953 une rétrospective de 13 longs métrages.
>> A regarder, Nanni Moretti jouant au water-polo dans "La Palomba Rossa":
Le sport comme métaphore politique
Mais le sport est aussi un révélateur de la chose politique pour Nanni Moretti, cinéaste militant. Le match de water-polo dans "Palombella rossa" est une métaphore de la société italienne toute entière et celui du volley-ball au Vatican une manière pour lui de déclarer son anti-cléricalisme et de substituer une compétition qui n'ose pas dire son nom à une autre - en l'occurrence qui deviendra pape? Voilà pourquoi les sports collectifs ont sa faveur. "Moretti est d'accord avec Camus qui disait: 'La morale, je l'ai apprise sur un terrain de football'", précise Edouard Waintrop.
Un match, c'est le scénario idéal
Nanni Moretti n'est pourtant pas le seul à déclarer sa flamme au sport. D'autres cinéastes dits intellectuels, comme Pasolini, Godard ou Ken Loach, l'ont pratiqué, filmé et commenté.
Pour Edouard Waintrop, cette fascination est logique puisqu'un bon match de foot ou de tennis représente le sommet du scénario sans préméditation: c'est tendu, rythmé, avec des liens entre les joueurs, des humeurs, des impondérables, des stratégies, mais on ne sait jamais comment cela va finir.
>> A lire, le grand format RTS Culture: Sport et cinéma, un mariage de raison
Propos recueillis par Rafael Wolf
Adaptation web: mcm
Publié le 19 février 2020 à 14:29 - Modifié le 19 février 2020 à 16:35