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Créée en 1933, il y a 90 ans, l'épreuve de Morat-Fribourg est un rendez-vous pour les amoureux de la course à pied, tant professionnels qu'amateurs. Réunissant à ses débuts un nombre restreint de coureurs essentiellement suisses, la compétition atteint un pic de participation en 1985, avec plus de 16000 inscrits, et peu à peu s'internationalise. Après un creux de la vague au tournant des années 2000, Morat-Fribourg retrouve son élan et confirme son statut de "classique d'automne" et de grande course populaire.
Chapitre 1
Morat-Fribourg: un esprit, une ambiance
1942 : ils sont quelques centaines de coureurs à s'élancer au départ de Morat. Ces images du Ciné-Journal Suisse nous plongent dans les jeunes années de l'épreuve.
1983 : la petite cité de Morat est envahie par les concurrents s'apprêtant au départ. On s'échauffe, on essaie d'assouplir et de détendre ses muscles et on va chercher son dossard. Depuis 1977, la course est enfin ouverte aux femmes. Au milieu des "populaires", on reconnaît Markus Ryffel, une star de Morat-Fribourg.
2016 : il reste quelques centaines de mètres à parcourir avant l'arrivée sur la place Georges-Python. Doyenne des courses sur route de Suisse, Morat-Fribourg a joué un rôle important dans le développement et la démocratisation de la course à pied.
Chapitre 2
Naissance d'une course
La légende
En 1476, les Confédérés battent les armées de Richard le Téméraire à Morat. Un messager est envoyé à Fribourg pour annoncer la bonne nouvelle. Ramenant avec lui un rameau de tilleul prélevé sur le champ de bataille, celui-ci effectue en courant et sans s’arrêter les quelque 16 kilomètres séparant les deux villes. Il arrive à Fribourg tellement épuisé qu’il tombe à terre et meurt. Le rameau de tilleul sera planté sur le lieu de son trépas.
Adolf Fluckiger, le père-fondateur
La course Morat-Fribourg est née dans un esprit de commémoration. L'homme à qui revient cette idée se nomme Adolf Fluckiger. En 1931, cet artiste peintre passionné de sport s'élance sur les traces du messager des Confédérés. 2 ans plus tard, en 1933, l'épreuve est officiellement créée.
En 1969, à l'âge de 75 ans, Adolf Fluckiger est toujours au départ de Morat-Fribourg, avec un plaisir intact.
Chapitre 3
Le temps des Suisses
Keystone
Dans ses premières décennies d’existence, Morat-Fribourg est exclusivement dominée par les Suisses. Si sa réputation au niveau national se confirme d’années en années, les étrangers sont encore peu nombreux dans le peloton.
Les Alémaniques sont aux avant-postes: Emile Boll, Arnold Meier, Ernest Sandmeier (5 victoires entre 1943 et 1948) ou encore Hans Frischknecht (5 victoires entre 1950 et 1957). Les Romands viennent parfois bousculer cette hégémonie. Pierre Page, en 1952, est le premier Fribourgeois à gagner l'épreuve. Sédunois d'origine jurassienne, Yves Jeannotat, remporte les éditions de 1959 et 1961.
Pierre Page (sur la photo) mène la course avant d'être rattrapé par Hans Frischknecht (l'année de la compétition n'est pas clairement identifiée: 1950 ou 1951?)
En 1956, c'est encore Hans Frischknecht qui s'adjuge la victoire. Il s'agit ici des toutes premières images de Morat-Fribourg tournée par les caméras de la TSR.
La légende Dössegger
Un athlète va marquer particulièrement les mémoires: Werner Dössegger. La carrière sportive de cet Argovien est étonnante. Il a d'abord fait du cyclocross, mais après une blessure, il décide de se mettre à la course à pied. Il gagne une première fois Morat-Fribourg en 1965. Quelques mois après cette victoire, il parvient à se hisser à la 4e place de la corrida de Sao Paulo, une course de fond qui réunit les meilleurs spécialistes mondiaux.
Durant 9 ans, entre 1965 et 1973, Werner Dösseger régnera sans partage sur Morat-Fribourg. On le voit ici à l'oeuvre en 1966, avec son dossard numéro 70.
Chapitre 4
Markus Ryffel
Keystone
Autre star incontournable de Morat-Fribourg: Markus Ryffel. Le Bernois gagne pour la première fois en 1976, battant par la même occasion le record de la course (sur le parcours de 16,4 kilomètres qui sera rallongé l'année suivante) en 50'46''. Markus Ryffel survole ensuite l’épreuve jusqu'en 1987 (avec un exception en 1986). Il égale ainsi le record de 9 victoires de Werner Dössegger.
Markus Ryffel mène également une brillante carrière internationale. Il est vice-champion d’Europe sur 5000 mètres en 1978 à Prague. Deux fois sacré champion d’Europe en salle sur 3000 mètres (à Vienne et à Göteborg) il décroche en 1984 la médaille d’argent sur 5000 mètres aux Jeux olympiques de Los Angeles.
Chapitre 5
Où sont les femmes?
Keystone
La folle aventure des clandestines
En 1975, la Valaisanne Odette Vetter décide de courir Morat-Fribourg malgré l’interdiction faite aux femmes d’y participer. Elle n’est pas la première à s’immiscer en catimini dans le peloton. Mais cette fois, une caméra de la TSR est là et assiste à l’altercation qu’elle et son mari ont avec l’organisateur de la course. Odette Vetter réussit à prendre le départ. D'autres sportives sont là, comme cette concurrente portant sur son maillot l'inscription "Et les femmes?" et qu'on tentera d'empêcher de franchir la ligne d'arrivée.
Ces images fortes, choquantes, vont être reprises en 2016 dans le documentaire de Pierre Morath Free to run, qui évoque l’histoire tumultueuse de la course à pied hors des stades, considérée longtemps comme une pratique marginale, et en tout cas strictement réservée aux hommes.
En 1977, 2 ans après le reportage de la TSR, les femmes sont enfin autorisées à participer à la course.
Marijke Moser
D'origine néerlandaise, Marijke Moser fut aussi une clandestine de Morat-Fibourg. En 1971, puis à nouveau en 1973. La participation de l'athlète au 1500 mètres des Jeux olympiques de 1972 n'y changera rien! La championne devra attendre 1977 pour s'aligner officiellement et remporter l'épreuve.
Chapitre 6
Des années 90 à aujourd'hui, côté hommes
Keystone - Anthony Anex
En 1986, la victoire du Portugais Manuel de Oliveira met un terme à l'hégémonie suisse. Après 3 podiums successifs du brésilien Diamantino dos Santos (1989-1991), les coureurs africains deviennent les maîtres du parcours: parmi eux les Kényans Charles Omwoyo et Laban Chengen, l'Ethiopien Semretu Alemayehu et le Tanzanien Hussein Abdallah.
Stéphane Schweickhardt
En 1998, la Suisse revient aux premières loges en offrant au public un doublé : côté femmes avec Franziska Rochat-Moser et côté homme avec le Valaisan Stéphane Schweickhardt. Détenteur du record suisse de demi-marathon et du record suisse de l'heure, Il sera le dernier Hélvète à gagner Morat-Fribourg avant une traversée du désert qui durera 18 ans.
Tesfaye Eticha
Aujourd'hui naturalisé Suisse, l'athlète avait encore la nationalité éthiopienne lors de ses participations à Morat-Fribourg. 2 fois troisième, deux fois deuxième, il remporte la 69e édition de la course en 2002. Victorieux à 7 reprises au marathon de Lausanne, il s'illustre également à Sierre-Zinal en 1994 et au marathon de la Jungfrau entre 2002 et 2006.
Jonathan Wyatt
Le Néo-Zélandais est une légende vivante de la course en montagne. En 2004, au moment de sa victoire à Morat-Fribourg, il a déjà été sacré 4 fois champion du monde de la spécialité. Il a aussi remporté Sierre-Zinal en 2002, en établissant un nouveau record qui ne sera battu qu'en 2019 par Kilian Jornet. Il renouvelle son exploit sur Morat-Fribourg, où il porte le record masculin à 51'18.
Tadesse Abraham
D’origine érythréenne, ce spécialiste de la course de fond vit à Genève et possède la nationalité suisse. Son palmarès international est éloquent: 7e du marathon des Jeux olympiques de Rio en 2016, vainqueur la même année du semi-marathon des championnat d’Europe d’athlétisme à Amsterdam, vice-champion d’Europe d’athlétisme en 2018 à Berlin et deuxième au marathon de Vienne en 2019.
Il excelle également dans la plupart des courses sur route et des marathons en Suisse depuis 2005. 3e de l’édition 2014 de Morat-Fribourg, il remporte celle de 2016 et de 2018, permettant à la Suisse de se hisser à nouveau au sommet. 2e en 2021, il renoue avec la victoire en 2022, à l’âge de 40 ans.
Chapitre 7
Des années 90 à aujourd'hui, côté femmes
Keystone
Franziska Rochat-Moser
Née en 1966, la Bernoise est une spécialiste du marathon. Au moment de s'élancer sur le parcours de Morat-Fribourg en 1997, elle est championne suisse de la discipline, compte une victoire sur le marathon de Francfort et vient de s'illustrer sur les 20 km de Lausanne.
Franziska Rochat-Moser va non seulement survoler l'épreuve mais sera la première femme à descendre sous l'heure en réalisant un temps de 58'50, un record qui tiendra jusqu'en 2019.
Quelques semaines après son succès fribourgeois, Franziska Rochat-Moser participe au marathon de New York. Elle réalise alors un formidable exploit en s'adjugeant la course en 2 heures 28 minutes et 43 secondes. Ce succès dans l'une des épreuves les plus prestigieuses du monde propulse l'athlète bernoise de 35 ans sous les feux de la rampe.
Zenebech Tola
L'Ethiopienne est requérante d’asile en Suisse lorsqu’elle gagne l’édition 2003 de la course Morat-Fribourg. En janvier 2004, l'émission Dimanche Sport évoque sa situation dans un reportage. L’athlète, qui a alors 19 ans, ne peut sortir de Suisse à cause de son statut. C’est donc en Suisse qu’elle court, et elle gagne pratiquement tout, tant est grand son talent.
Ayant acquis le statut de réfugiée, Zenebech Tola demande plusieurs fois, en vain, sa naturalisation. En 2005, elle devient citoyenne de Barhein (elle s'appellera désormais Maryam Yussuf Isa Jamal) et démarre enfin une carrière internationale. Championne du monde du 1500 mètres en 2007 et 2009, elle sera championne olympique dans la même discipline à Londres en 2012.
Maude Mathys
Si la course de montagne et le trail sont ses spécialités (4 victoires consécutives sur Sierre-Zinal entre 2019 et 2022), Maude Mathys est à l'aise sur le parcours vallonné de Morat-Fribourg. En 2017 et 2018, la quintuple championne d'Europe de course en montagne franchit en tête la ligne d'arrivée. Elle occupe la deuxième place de l'édition 2021.
Helen Bekele Tola
De nationalité éthiopienne, l'athlète vit à Genève. Elle tient les premiers rôles dans des marathons internationaux: victoire à Barcelone en 2017, 2eme place à Tokyo et 3eme place à Berlin en 2012. Elle a dominé durant plusieurs années les classiques de Suisse romande: 4 victoires à la course de l’Escalade et 3 victoires au 20 km de Lausanne.
En 2019, Helen Bekele Tola crée l'exploit en raccourcissant de une minute le record établi par Franziska Rochat. Moser en 1997, fixant ainsi le nouveau temps de référence à 57'50.