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Choisir sa religion… et son rapport avec sa religion
Dans le choix d’une religion, il me semble qu’il y a, en réalité, un double choix à faire :
Le choix d’une religion, et d’une confession à l’intérieur de cette religion concerne une conception de Dieu (théologie), de l’humain (anthropologie), ce que l’on peut attendre de Dieu (comment est-on sauvé et de quoi), une éthique… mais aussi une culture (rites, peut-être des lieux, temps…)
- Le choix du rapport que l’on entretien avec sa religion, la sacralisant plus ou moins.
- En effet, dans tous les courants de pensée et religions, il y a tout un éventail de rapports que la personne peut avoir avec sa religion ou son courant de pensée.
Il y a, schématiquement :
- des intégristes (tout ce qui est en dehors de mon courant est diabolique et doit être combattu),
- des traditionalistes (très attachés à bien tout respecter à la lettre, sinon tout est perdu),
- des classiques (rentrent dans le moule sans chercher à personnaliser sa foi),
- des progressistes (la religion est un moyen à perfectionner sans cesse, afin d’aider au développement de chaque personne)
- des libéraux extrêmes (prêts à mélanger éventuellement tous les courants),
- sans compter les je-m’en-foutistes (qui ont plus ou moins une certaine croyance, mais qui ne change concrètement rien du tout à leur façon d’être),
Ces façons de vivre sa foi existent aussi dans le catholicisme, l’orthodoxie, le judaïsme, l’islam & autres courants de pensée… Ce n’est pas nécessairement la forme du culte qui révèle le rapport qui est entretenu avec sa religion. Car il est fréquent d’avoir une forme de culte moderniste et un fond réactionnaire (comme dans certaines églises « évangéliques »), ou, à l’inverse, il est possible d’avoir une forme traditionnelle et un fond progressiste.
On pourrait donc faire une matrice avec en colonnes les religions et confessions, et en lignes les types de rapports que chacun entretient avec sa religion. Est-ce que je choisis d’être (désolé pour les colonnes qui manquent, c’est juste pour l’idée générale) :
|\ Religion|
\
Rapport \
avec ma religion\
|intégriste|
|tradi|
|main stream|
|progressiste|
|syncrétistes|
Plus on est dans le haut du tableau :
- Plus un ensemble de croyances et de règles morales sont sacralisées et unit les membres.
- Plus les relations avec les autres colonnes sont impossibles et les lignes en dessous difficiles (bien que conjoncturellement, des traditionnalistes de tout poil peuvent se retrouver côte à côte dans un même combat pour défendre par exemple la criminalisation de l’avortement, du blasphème…)
- Plus la part collective de la religion est importante (en volume et en valeur) par rapport à la pratique personnelle.
- Plus la pratique religieuse est structurante, portante. Plus le groupe est soudé et solidaire.
Plus on est dans le bas du tableau :
- Plus la démarche personnelle est valorisée, c’est le fait même de chercher qui unit les membres.
- Plus les croyances sont déterminée individuellement, et le pluralisme valorisé comme une richesse.
- Plus sont recherchées les relations avec les personnes d’autres colonnes dans une ligne proche, par contre, les relations avec les lignes plus hautes sont difficiles, avec même un certain mépris.
- Plus la pratique collective est au service de la pratique personnelle (lecture et interprétation des textes, réflexion, prière, ressourcements hors de son groupe…)
- La pratique religieuse est plus épanouissante que structurante, apportant une remise en question.
La conception de ce qui nous unit est différente selon les lignes :
Haut du tableau
ce qui unit : une frontière
Il y a une liberté tant que l’on reste à l’intérieur. Ceux qui sont à l’extérieur de la frontière sont considérés comme perdus (intégristes) ou peu fréquentables (traditionalistes)
-> une église de purs, structurante
|Milieu de tableau|
ce qui unit : un centre (Jésus) et une démarche
Une importance déterminante est accordée par chacun des membres à Jésus- Christ d’une certaine façon libre (à sa personne et/ou à sa foi et/ou à sa philosophie de vie) ce qui n’empêche pas chacun de s’intéresser aussi à d’autres sources (science, histoire, philosophie, psychanalyse, religions…)
-> une église engagée, progressiste, épanouissante ?mais pas très rassurante ?
|Bas du tableau|
ce qui unit est le simple fait d’être en recherche
Peu importe ce que l’on pense, ce que l’on fait (relativisme), ou bien le but est de faire un mélange de tout, souvent en ne gardant que le petit fond commun (syncrétisme)
-> Sympa, mais pas très dynamisant pour avancer ?
Le choix de son rapport avec la religion est une option essentielle. Mais ce choix n’est pas facile à faire, mieux vaut prendre conscience de là où on se situe aujourd’hui, et là où on aimerait être. Travailler ensuite à rapprocher les deux.
Il y a, à mon avis, 3 sortes de christianisme libéral, reprenant un peu ces trois conceptions :
Un courant “libéral” ou “progressiste” existe dans toutes les religions. Mais qu’entend-on par là ? Dans le cadre du protestantisme, nous pouvons rencontrer :
- Le libéralisme “mystique”, ou “apophatique”, dans la tradition des mystiques comme maître Eckhardt ou l’auteur du “nuage de l’inconnaissance”. Le croyant s’intéresse à la théologie, mais en sachant pertinemment que ce sont des modèles cherchant à rendre compte imparfaitement de l’expérience que l’on peut avoir d’un Dieu qui est au-delà de tout langage.
- Le libéralisme “dogmatique”, qui s’exprime souvent à travers une série de refus du genre “ne pas croire au miracles”, “ne pas croire à la divinité du Christ”, “ne pas croire à la vie après la mort”… voire ne pas croire à l’existence d’une transcendance.
- Le libéralisme “rationaliste”, qui accepte d’utiliser le langage théologique traditionnel mais pour qui “Dieu” sont quelque chose comme un idéal absolu, ou la qualité de l’instant, ou le bourgeonnement de l’arbre au printemps
Personnellement, je n’aime donc pas trop cette étiquette de “libéral”, très ambigüe. Mais je serais plutôt proche de la première sorte de libéraux, c’est la position qui me semble (pour moi, mais sans jugement pour un autre) la position la plus complète (intégrant la réflexion et la spiritualité), la plus en adéquation avec ce qu’est l’homme et l’univers, la position la plus ouverte au dialogue avec les autres croyants et avec les non-croyants constructifs. La position rendant le mieux compte de ce dont témoigne la Bible.