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La forêt suisse est exploitée de manière intensive depuis des siècles. Pourtant, de plus en plus de forêts sont transformées en réserves. Ceci permet de reconstituer des milieux naturels, où le bois n'est pas exploité et où aucun entretien n'est effectué. Deux de ces forêts protégées se trouvent dans la vallée du Doubs, près de St-Ursanne dans le Jura suisse. Ces forêts primitives de hêtres se situent sur des versants qui diffèrent entre eux par un ensoleillement plus ou moins fort. Les espèces d'arbres et d'autres plantes y sont donc légèrement différentes.
La Confédération soutient depuis 1991 la création de réserves de forêts naturelles. Celles-ci doivent, dans les prochaines décennies, redevenir semblables à des forêts primitives. D'autres forêts, placées sous stricte protection, viennent compléter cet ensemble. Actuellement, le statut de réserve protège plus de 44 000 ha de forêt, soit environ 4% de la superficie des forêts suisses.
Les deux hêtraies de Clos du Doubs appartiennent à un réseau de 54 réserves forestières naturelles, au sein desquelles l'évolution est étudiée depuis des décennies. Les scientifiques y recherchent les réponses à des questions essentielles: comment se transforme la forêt dans ces réserves? Observe-t-on vraiment des différences par rapport aux forêts exploitées? Si oui, quelles sont-elles?
Pour les chercheurs de l'EPF de Zurich et de l'Institut fédéral de recherches WSL, les réserves de forêts naturelles sont des laboratoires uniques de plein air. Les premiers résultats montrent par exemple que les hêtres s'étendent peu à peu aux dépens des autres essences. Par ailleurs, les arbres morts laissent derrière eux de grandes quantités de bois mort. Bien que lente, cette accumulation permet à un véritable grouillement de vie de s'installer dans ce bois qu'on dit "mort" mais qui est en fait optimal pour des milliers d'insectes, de champignons et de bactéries. Par contre, il faut de nombreuses décennies pour que des arbres géants puissent dominer à nouveau une forêt jusqu'ici exploitée.
Des recherches à long terme sont indispensables
Les forêts exploitées pendant des siècles nécessitent beaucoup de temps pour retrouver un caractère de forêt primitive. Cela s'applique aussi aux réserves forestières de Tariche Bois Banal et de Haute Côte, à gauche et à droite du chemin de randonnée qui longe le Doubs, cinq kilomètres au sud-ouest de St-Ursanne.
Les randonneurs attentifs remarqueront au printemps, dans la forêt un peu moins ensoleillée et plus humide au sud de la rivière (Haute Côte), surtout les dentaires bulbifères aux feuilles en forme de plume et les nombreux jeunes sapins pectinés. Dans la forêt plus ensoleillée et un peu plus sèche au nord du Doubs (Tariche Bois Banal) croissent non seulement beaucoup plus de hêtres que sur le versant opposé, mais aussi davantage de tilleuls, de charmes, d'ormes, de frênes et d'ifs. Une visite est particulièrement agréable au printemps, lorsque les bourgeons explosent et que les plantes sont en fleurs. La biodiversité est impressionnante dans ces deux forêt.