Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07070.jsonl.gz/779

Ses origines
Les circonstances ont voulu que Jean Monnet, le Père de l’Europe unie, conserve les archives d’une expérience qui l’a conduit à poser les fondements de cette construction. En remettant en 1978 ses archives à la Fondation qu’il a lui-même constituée, il lui a donné la mission de créer une mémoire des affrontements, de la réconciliation et de l’union des Européens. Son souci était de voir les générations se transmettre les unes aux autres le bénéfice des expériences accumulées.
Un rapide parcours dans le temps fait apparaître comment et pourquoi la Fondation Jean Monnet pour l’Europe est née à Lausanne en 1978, fruit d’une double filière initiée en 1955 par la rencontre entre Jean Monnet et Henri Rieben.
1948-1950: Collaboration de Henri Rieben avec la Division de l’acier de la Commission économique pour l’Europe des Nations Unies qui publie en 1949 un rapport qui est, sur le plan sidérurgique, une sorte de préfiguration du Plan Schuman.
1952: Soutenance sous la direction du professeur Firmin Oulès et de Philippe de Selliers de Moranville, chef de la division de l’acier précitée, d’une thèse intitulée « Des ententes de maîtres de forges au Plan Schuman »
1955: Première rencontre entre Jean Monnet et Henri Rieben à Luxembourg et début d’une collaboration.
Création par Jean Monnet du Comité d’Action pour les Etats-Unis d’Europe qui jouera un rôle primordial dans la conception, dans la signature et dans la ratification des Traités de Rome, dans le développement de l’intégration européenne jusqu’à la création de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement.
1957: Création par l’Université de Lausanne et par le Gouvernement vaudois d’une chaire d’intégration européenne, dont Henri Rieben assume la charge jusqu’en 1991.
Création à l’extérieur de l’Université et sur une base privée du Centre de recherches européennes. Celui-ci va permettre à de nombreux doctorants, dont beaucoup deviendront professeurs d’université, d’élaborer leur thèse. La formation de chercheurs et des travaux d’équipe ont abouti à des publications. La collection des Cahiers rouges, créée également hors des murs, qui compte plus de 200 ouvrages, a servi de base à l’information des citoyens et à la préparation de carrières universitaires, économiques et politiques.
1957: Inscription de l’Association de gestion administrative du Comité d’Action au Registre du commerce de Lausanne.
Création à Lausanne par Jean Monnet du Centre de documentation dudit comité. Ce centre collabore avec le Centre de recherches européennes, créé par Henri Rieben, à la préparation d’études pour Jean Monnet et pour le Comité d’Action. Création par Jean Monnet, toujours à Lausanne, de l’Institut de la Communauté européenne pour les études universitaires, dans le but de susciter la mise sur pied d’enseignements universitaires consacrés à la construction de l’Europe. Henri Rieben en est le secrétaire.
1957-1975: Le Centre de recherches européennes est associé aux recherches conduites pour Jean Monnet et pour son Comité d’Action pour les Etats-Unis d’Europe, notamment dans les domaines de l’énergie (Euratom), des problèmes de la concentration et de la cartellisation posés à l’industrie lourde européenne par l’application des articles 65 et 66 du Traité de Paris, de l’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté européenne, de l’organisation politique de l’Europe. La problématique des rapports entre la Suisse et l’Europe occupe une place centrale dans ces recherches et dans ces publications.
1963: Création à Lausanne par Jean Monnet de l’Institut de recherches historiques européennes dans le but de rassembler des archives significatives et de leur consacrer des recherches. A partir de 1965, Jean Monnet demande à Henri Rieben de lui succéder à la présidence de cet Institut.
1966: Jean Monnet exprime dans son agenda l’idée de remettre ses archives au Centre de recherches européennes et à Henri Rieben.
1978: Création par Jean Monnet de la Fondation à laquelle il donne l’ensemble de ses archives et la mission de créer à partir de celles-ci et de celles d’autres protagonistes de l’Europe unie une mémoire vivante de la réconciliation et de l’union des Européens, de la mettre à la disposition des chercheurs, de guider ceux-ci, de conduire ses propres recherches et de poursuivre par les Cahiers rouges l’information des responsables et des citoyens.
1981: L’Etat de Vaud rénove la Ferme de Dorigny, au coeur du campus universitaire de Lausanne, et la met gratuitement à la disposition de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe.
1983: Henri Rieben et ses associés donnent le Centre de recherches européennes et la collection des Cahiers rouges à la Fondation Jean Monnet pour l’Europe.
Dès 1957, des équipes successives ont contribué à faire de la chaire d’intégration européenne créée à l’Ecole des HEC de l’Université de Lausanne, du Centre de recherches européennes et de la collection des Cahiers rouges (Charles Iffland, Jean-Paul Gonvers, Jacques Oberson, Edwin Ruegg, Pierre Michelet, Madeleine Urech, Werner Rahm, François Cardis, Martin Nathusius, Georges Domeyer, Bernard Dutoit, Yvette Jaggi, Alexander Bergmann, Patrick Piffaretti, Douglas Crowder, etc.) un lieu de mémoire, d’enseignement, de recherche et de rencontre porté par le souffle de la collaboration poursuivie avec Jean Monnet.
Cette expérience a permis à l’équipe qui a suivi (Martin Nathusius, Claire Camperio-Tixier, Françoise Nicod, Monique Zaki, Françoise Schonfeld, Michel Montet, Melchior de Muralt, Vito Monte, Philippe Klein, etc.) de répondre à l’acte de confiance manifesté par Jean Monnet lorsqu’il a créé sa Fondation, lui a donné l’ensemble de ses archives et la mission d’en faire le noyau d’une mémoire vivante et rayonnante de la réconciliation et de l’union des Européens, ainsi qu’un haut lieu de recherche, de réflexion et de rencontre au cœur de l’Europe unie.
Lire le témoignage d’Henri Rieben à la mémoire de Jean Monnet, publié dans Témoignages à la mémoire de Jean Monnet, Lausanne, Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Centre de recherches européennes, 1989, pp. 413-460 (collection de Cahiers rouges).