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Dimanche, une nation remportera bien le Saladier d’argent, l'une des plus belles vieilleries de l'histoire du sport (1900). Une grande nation, peut-être pas: la compétition ressemble moins au Mondial de tennis tant fantasmé qu'à un dernier coup de collier avant les vacances. Ce saladier n'aura pas moins coûté 25 millions de dollars à ses organisateurs, soit la somme posée sur la table pour attirer les meilleurs, ceux qui comptent.
Les audiences sont rachitiques, les assistances efflanquées. Il n’est pas exclu, certes, que dans un élan patriotique irrépressible, le peuple vainqueur ne descende pas dans la rue et n'occupe pas une grand-place, comme au temps où la Coupe Davis déplaçait les foules. C'est l'apanage du sport (et de l'Eurovision de la chanson) que de susciter un engouement à partir de trois notes et vingt déci
bels, et même un championnat d'Europe de bataille de coussins y pourvoirait.
Mais cette Coupe Davis-là, disputée dans un lyrisme surjoué, entre des spotlights roses et des publics moroses, aura rappelé la réalité objective d’une compétition qui, de démodée et encombrante, est devenue inutile et banale, promise à un anonymat total.
D'une compétition qui s'étalait tout au long de l'année, avec des confrontations entre deux pays sur le sol de l'un (en alternance avec l'autre), on est passé à un pseudo championnat du monde organisé en hiver, éparpillé dans des pays plus ou moins concernés, avec des phases de poules en première semaine, puis une phase à élimination directe la deuxième, à partir des quarts de finale.
Il en est ainsi depuis que Gerard Piqué, footballeur star du FC Barcelone et fils à papa hyperactif, a racheté la Coupe Davis avec l'argent du Japonais Rakuten, son sponsor au Barça. L’ancienne formule n’intéressait plus les champions. La nouvelle formule n’intéresse pas le public, et guère plus de champions (à part Novak Djokovic qui, pour rêver à une prochaine carrière de ministre, ne manque jamais une occasion de servir son pays).
Homme des grandes épopées en Coupe Davis, Marc Rosset la suit-il encore? «Non». Pourquoi? «Ça ne m’intéresse pas.» «Moi non plus», confesse Yves Allegro, sans davantage de gaieté.
Le Valaisan, 14 sélections en équipe de Suisse, mesure la perte inestimable d'un outil de propagande: «Ce qui m’ennuie, c’est que la plupart des enfants qui ont commencé le tennis ces trente dernières années l’ont fait grâce à la Coupe Davis. Dans de nombreux pays, il n’y a pas de tournoi, pas d’autre moyen de voir des joueurs en vrai. La Coupe Davis attirait un autre public et suscitait des vocations.»
Ion Tiriac sur la Coupe Davis trahie et vendue en 2019:— Benoit Maylin (@BenoitMaylin) November 25, 2021
«Ces personnes n’ont jamais frappé une balle et ruiné 120 ans de tradition. Ils devraient être condamnés à la prison à vie pour ce qu’ils ont fait. C’est une honte. Ils ont ruiné le joyau du tennis.»
Je plussoie
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Tout à son énergie débordante, Piqué change la formule chaque année sans que la magie opère. Ceux qui ont à peine assimilé le mode opératoire 2021 en seront pour leur peine et adoreront la version 2022: selon «The Guardian», étonnamment bien renseigné sur les projets de Kosmos, la phase préliminaire réunira seize équipes dans quatre villes d'Europe différentes (quatre groupes par ville).
Après la phase préliminaire, les huit qualifiés s'envoleront bel et bien pour Abu Dhabi qui, fort de sa longue tradition de tennis, accueillera les finales pour les cinq prochaines années. Et tant pis si les fils à papa hyperactif d'ici et d'ailleurs ne sont pas assez malins pour organiser des courses de dromadaires sur l'hippodrome d'Avenches.
«Rakuten a mis beaucoup d’argent et maintenant, il doit rentabiliser tout ça, résume Marc Rosset. J’imagine que les organisateurs ont pris un bouillon sur les dernières éditions. Ils vont chercher l’argent là où il est, même s'il n'y a pas de fans de tennis à cet endroit.»
Marc Rosset, qui a affronté le Brésil à Palexpo devant 18 000 spectateurs, pense qu'on «ne reverra plus ces ambiances de supporters. Que feront les gens? Ils attendront la fin du tour préliminaire pour sauter dans un avion, filer à Abu Dhabi et espérer que leur équipe ne soit pas sortie après un match? Des joueurs, eux, le feront. Ils accepteront même de passer de l'indoor à l'outdoor en trois jours, certains pour le prize-money, d'autres parce qu'ils ont peut-être intérêt à prolonger la saison jusqu'à l'Open d'Australie et de faire une vraie coupure après. A la fin, tout ceci me fait davantage penser à une exhib qu’à une Coupe Davis.»
Le champion olympique reconnaît aisément que «la Coupe Davis avait un sérieux problème, c’est clair. Elle s'insérait mal dans le calendrier chargé de l'ATP et n'attirait plus les grands joueurs, ou pas assez régulièrement. Mais fallait-il absolument la déraciner à ce point? Pour ma part, j’ai fait le deuil de l’ancien format. Et le nouveau, disons-le franchement, je m’en shampouine les testicules (ndlr: version édulcorée).»
Des rumeurs l'annonçaient mercredi matin, la nouvelle a été officialisée l'après-midi: les Russes et Biélorusses ne pourront pas participer au prochain tournoi de Wimbledon. En cause: l'invasion russe de l'Ukraine, encouragée et appuyée par la Biélorussie.