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Symbole de la croix. Vendredi saint. Jour de la crucifixion et mort de Jésus. Quand j'étais petite je n'aimais pas beaucoup ce jour un peu triste. Un repas léger, souvent du poisson sans goût, passage à l'église pour nous recueillir. Le rire et la joie étaient mal vus.
Pendant trois jours et jusqu’au dimanche de Pâques les cloches ne sonnent pas. Autrefois on me faisait croire qu'elles s'étaient envolées à Rome. Pour faire quoi? Apparemment pour se remplir de chocolats qu'elles verseraient à leur retour uniquement sur la France, tandis qu'en Allemagne et en Suisse on prône une collaboration entre poules pondeuses et lapins coureurs, réquisitionnés pour la distribution.
L'après-midi du Vendredi saint on décorait souvent les œufs avec ma maman et mes frères. J'aimais bien faire ça même s’il ne fallait pas trop montrer son plaisir.
Cette nuit est né un petit Josué. Son nom signifie "Dieu sauve" ou "Dieu est son aide". Né en esclavage en Egypte, Josué assiste Moïse dans la fuite des Hébreux et se distingue en tant que commandant militaire. A la mort de Moïse il devint son successeur dans la quête d'arriver en Terre promise après 40 ans d'errements dans le désert du Sinaï. Josué est surtout connu pour la bataille de Jéricho où il fait tomber les murs après sept jours en sonnant le schofar, un instrument de musique à vent fabriqué d'une corne de bélier.
Petit Josué, tu as choisis une drôle d'époque pour naître. Je te souhaite une vie en liberté et bonne santé, sans vaccinations obligatoires ni puces implantées. Comment sera le monde quand tu deviendras adulte? Quelles batailles auras-tu à livrer et quels murs feras-tu tomber? Bâtiras-tu des bateaux ou des églises? Deviendras-tu musicien ou militaire? Quelle sera ta quête à toi et ta Terre promise?
En attendant les réponses à toutes ces questions la famille est heureuse et accueille ce nouveau citoyen du monde. De mon côté je m'attaque à une nouvelle pièce pour le ménage du printemps. Mes amis ont remarqué que je tousse souvent le soir. Soit c'est psychologique, soit il y a trop de poussière qui s'est amassée dans la pièce. Nous verrons bien si l'aspirateur aura le dernier mot sur mes toussotements occasionnels.
Entre deux j'en profite pour sortir et déranger les pigeons qui s'installent sur ma terrasse. Cela ne me plaît guère. Dans le silence de l'après-midi je n'entends que le craquement des écorces de tournesol sous les becs voraces des verdiers, puis le bruissement de leurs ailes quand ils s'envolent. La mésange prend une graine et se pose sur une branche pour toc toc toc l'ouvrir à son tour avec élégance. J'essaie de reconnaître les chants des uns et des autres. Bercée par la douceur du moment je commence à m'endormir jusqu'à ce que mon livre tombe sur ma poitrine.
La pie s'invite aussi régulièrement à ma table, toute élégante dans son habit noir et blanc. Depuis qu'il n'y a plus de boules de graisse je n'ai pas revu le pic épeiche. Ni la merlette. Elle a dû trouver un meilleur endroit pour construire son nid, à l'abri des regards curieux. Dommage, j'aurai bien vouloir voir les petits. Cette semaine j'ai surpris un nouvel hôte, un rougequeue noir avec sa belle queue en éventail. C'est sa queue flamboyante qui a attiré mon regard. Mais l'oiseau ne m'a pas laissé le temps de le prendre en photo.
Vendredi saint. Tandis que nos amis suisses et allemands ont le droit de se déplacer librement, du côté français nous restons confinés avec la seule possibilité de sortir pendant une heure et dans la circonférence d'un kilomètre. Ces mesures font du sens dans les grandes villes comme Paris, mais moins dans notre environnement avec pleins d'espaces libres. En fin d'après-midi je signerai mon autorisation pour sortir et amener une tonnelle à une amie qui devra encore patienter quelques semaines avant de pouvoir réceptionner sa pergola. Au moins cela me fait une petite sortie.
Vendredi saint - jour tranquille et pourtant riche.