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Objectif : évaluer la fréquence des problèmes olfactifs après chirurgie endoscopique rhino-sinusienne. Méthode : ont été inclus 203 patients, souffrant d'un problème rhinosinusien chronique ayant nécessité une intervention chirurgicale rhinosinusienne sous contrôle endoscopique en anesthésie générale. Tous les patients ont subi un test olfactif avant et trois mois après l'opération.Résultats : aucun cas d'anosmie n'a été observé parmi les patients testés. La majorité des patients (76%) ont amélioré leurs performances olfactives après le traitement chirurgical. C'est dans le groupe de patients avec une polypose ethmoïdale que l'amélioration postopératoire des performances olfactives a été la plus marquée (87%). Toutefois, 13 ± 2% des patients ont diminué leurs performances olfactives sans pourtant en avoir pris conscience.Conclusion : environ 13% des patients étudiés avaient une fonction olfactive diminuée après la chirurgie sans exprimer de plainte olfactive spontanément. Un examen olfactif devrait donc être pratiqué avant tout geste chirurgical endoscopique rhinosinusien et les patients devraient être informés du risque potentiel d'une éventuelle anosmie ou hyposmie postopératoire.
Au cours de ces dernières années, les progrès de la chirurgie endoscopique rhino-sinusienne ont permis d'améliorer le traitement d'un nombre croissant d'affections chroniques des voies respiratoires supérieures. L'anosmie1 figure parmi les nombreuses complications décrites suite à ce type de chirurgie.2-7 Peu d'études sont actuellement disponibles concernant la fréquence de ces troubles olfactifs. Quelques rares études disponibles suggèrent que l'anosmie est une complication rare et qu'à l'inverse, la fonction olfactive est très fréquemment améliorée après un traitement chirurgical chez la majeure partie des patients souffrant de rhinosinusite chronique.1,8,9,10-13 Les conclusions de ces travaux basés sur une évaluation subjective des performances olfactives corroborent ces observations.14 Cependant, il est important de savoir que l'évaluation subjective de l'odorat n'a qu'une faible corrélation avec les résultats de tests psychophysiques.15 Jusqu'à ce jour, il n'y a malheureusement aucun consensus concernant les informations préopératoires à donner à un patient concernant les possibles complications olfactives.16 Certains auteurs ont plaidé en faveur d'une information systématique des risques de perte de l'odorat.16 Leur motivation était celle de prévenir une plainte juridique en cas d'anosmie. Afin de pouvoir mieux informer nos patients sur les complications olfactives pouvant éventuellement apparaître après une chirurgie endoscopique rhinosinusienne, nous avons évalué les performances olfactives de nos patients avant et après une intervention chirurgicale rhinosinusienne.
Notre étude a inclus 203 patients souffrant de divers problèmes rhinosinusiens chroniques, pour lesquels une indication à un geste chirurgical endoscopique rhinosinusien avait été posée.
Les patients avec polypose ethmoïdale sont connus pour avoir une olfaction altérée de façon significative par leur inflammation naso-sinusienne chronique. Dans l'analyse des données, nous avons donc distingué les patients avec ou sans polypose ethmoïdale.
Le test utilisé était le «Sniffin' Sticks» (Burghart, Wedel, Allemagne). Il s'agit d'un test constitué de feutres odorants à différentes concentrations.17 Il permet de détecter le seuil et de tester l'identification et la discrimination olfactives. Pour cette étude, nous avons uniquement utilisé les tests de l'identification et celui des seuils.
Les mêmes odeurs que nous avons exploitées dans une étude précédente18,19 ont aussi été utilisées ici sous forme de poudres alimentaires (Givaudan SA, Dübendorf, Suisse) pour le test rétronasal. Afin d'éviter des confusions avec la gustation, ces poudres n'avaient aucune composante gustative telle que le salé, sucré, acide ou amer. L'application de 50 mg des différentes poudres odorantes a été faite sur la langue20 et l'identification des stimuli olfactifs a été évaluée par un questionnaire à choix multiples.
Aucune plainte olfactive n'a été enregistrée de façon spontanée lors des différents contrôles postopératoires. L'interrogatoire ciblé n'a pas non plus mis en évidence de plaintes quantitatives (anosmie ou hyposmie) ou qualitatives (parosmie ou fantosmie).
Les tests psychophysiques n'ont pas non plus révélé de cas d'anosmie postopératoire.
La majorité des patients (87%) ont amélioré leurs performances olfactives lors du contrôle effectué trois mois après l'opération. Deux pour cent avaient une fonction olfactive inchangée alors que 11% ont diminué leur fonction olfactive sans en avoir pris conscience (fig. 1). Le score olfactif composé de la valeur du seuil olfactif, le nombre des odeurs correctement identifiées par voies orthonasale (maximum 10) et rétronasale (maximum 10) était de 16 avant et de 19,6 trois mois après l'opération (p
La majeure partie des patients (75%) ont amélioré leurs performances olfactives trois mois après l'opération. Dix pour cent avaient une fonction olfactive inchangée alors que chez 15% on a observé une diminution de leur fonction olfactive. Ces patients n'avaient pas pris conscience de cette réduction de leurs performances olfactives (fig. 2). Le score olfactif composé était de 21,7 avant et de 23,2 trois mois après l'opération (p
La présente étude montre que la majorité des patients qui subissent une intervention endoscopique rhinosinusienne bénéficient également d'une amélioration significative de leur fonction olfactive mesurable. Cette amélioration est particulièrement prononcée chez les sujets souffrant d'une polypose ethmoïdale. Ceci est probablement dû au fait que, chez ces patients, le déficit olfactif préopératoire est beaucoup plus important que chez les patients sans polypose ethmoïdale.21 Nos résultats confirment des observations récentes faites par d'autres groupes.8-13 Ces résultats nous permettront de mieux informer nos patients sur les éventuelles complications olfactives pouvant apparaître après un geste chirurgical endoscopique rhinosinusien.
Heureusement, nous n'avons pas eu de cas d'anosmie postopératoire, bien que cette complication aie déjà été rapportée.1,16 La fréquence de cette complication est difficilement estimable, car les études publiées ne concernent que des petites groupes de patients ayant été testés avant et après l'opération.8-13
Dans notre série, les résultats des tests psychophysiques olfactifs étaient moins bons après l'opération qu'avant chez environ 10 à 15% des patients. Ceci confirme les chiffres d'autres études récemment publiées.12,13 Aucun de ces patients ne se plaignait spontanément d'un trouble de l'olfaction. L'absence de corrélation entre les évaluations subjectives faites par le patient et les scores qu'il obtient lors de tests psychophysiques a été déjà documentée.22,15 Cette observation pose toutefois un problème. En effet, il nous paraît indispensable de réaliser des tests psychophysiques olfactifs avant et après toute intervention rhinosinusienne, au même titre que tous les otologistes réalisent un audiogramme tonal avant et après une chirurgie d'oreille. Mais, dans le domaine de l'olfaction, les patients ne se plaignent pas spontanément d'une diminution de leur odorat, alors que les patients opérés d'oreille constatent immédiatement une baisse de l'audition si celle-ci apparaît après l'intervention chirurgicale.
Faut-il informer les patients devant subir une intervention chirurgicale rhinosinusienne qu'ils risquent de diminuer leurs performances olfactives, sans forcément en prendre conscience ?
Tenant compte de cette non-fiabilité de l'auto-évaluation des performances olfactives, du nombre croissant de plaintes juridiques dans le domaine médical23 et du risque d'anosmie dont on ignore cependant la vraie fréquence, il nous paraît éthiquement indispensable d'informer les patients de ces risques et de mesurer leur fonction olfactive avant et après tout geste chirurgical endoscopique rhinosinusien.
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