Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07270.jsonl.gz/1277

Belinda Bencic après son sacre à Roland-Garros.
© www.skyrock.com
Le 8 juin dernier, Belinda Bencic remportait son premier titre junior dans un tournoi du Grand Chelem en s’imposant en finale de Roland-Garros face à l’Allemande Antonia Lottner. Un mois plus tard, à Wimbledon, la jeune Suissesse est parvenue à confirmer son exploit ; remportant le tournoi en venant à bout de l’Américaine Taylor Townsend en finale. Qui est vraiment Belinda Bencic, quels espoirs peut-on placer en elle et pourquoi la compare-t-on, audacieusement, à Martina Hingis? Portrait de l’étoile montante du tennis helvétique.
Un destin rapidement tracé
Née le 10 mars 1997 à Flawil, dans le canton de Saint-Gall, Belinda Bencic a reçu ses premières balles de tennis avant même de savoir marcher. Prise en main très tôt par son père, elle ne tarde pas à se démarquer des autres joueuses. À l’âge de deux ans et demi, elle démontre déjà une habilité certaine une fois la raquette en main. Son papa Ivan, intrigué par le potentiel de sa fille, demande alors à Mélanie Molitor – la mère de Martina Hingis – d’évaluer son niveau. Belinda n’est, à l’époque, âgée que de quatre ans, mais la grande prêtresse du tennis féminin décèle déjà chez elle un talent évident. Ivan Bencic décide donc de faire appel à la puissance financière de l’un de ses amis, l’ancien hockeyeur Marcel Riederer, afin d’optimiser la progression de sa fille. L’ex-joueur du LHC accepte sans hésiter de rejoindre l’équipage du navire Bencic. Financièrement sereine, Belinda s’envole pour la Floride et intègre l’académie Nick Bolletieri alors qu’elle s’apprête à souffler ses sept bougies. Durant six mois, elle poursuit son apprentissage et peaufine sa technique. Les progrès sont tels qu’à son retour, Mélanie Molitor décide de la prendre sous son aile et s’occupe quotidiennement de ses entraînements. Sa nouvelle coach retrouve alors la soif de victoire et l’ambition qui va avec. Désormais, l’objectif est clair: faire de Belinda une championne d’exception. Une championne comme Martina.
Tout s’enchaîne ensuite très vite. La jeune athlète remporte ses premiers championnats suisses des moins de dix-huit ans alors qu’elle n’en compte que quatorze, puis dispute son premier match de Fed Cup face à l’Australie le 4 février 2012. Huit mois plus tard, elle découvre le circuit WTA lors d’une confrontation contre Venus Williams au premier tour du tournoi de Luxembourg. La consécration de sa jeune carrière intervient finalement le 9 juin 2013, lorsqu’elle s’impose en finale de Roland-Garros junior face à l’Allemande Antonia Lottner et s’empare du même coup de la place de numéro une mondiale au classement ITF (l’équivalent du classement WTA chez les juniors). Un mois plus tard, sur le gazon londonien de Wimbledon, elle réédite son exploit et défait, en finale, l’Américaine Taylor Townsend.
L’héritière de Martina Hingis
Sa précocité, son talent naturel et ses excellents résultats poussent alors les médias à s’intéresser à la nouvelle pépite du tennis helvétique. Rapidement, les comparaisons avec Martina Hingis se mettent à fuser. Et pour cause, les similitudes sont nombreuses.
Toutes deux originaires de Slovaquie, ces deux championnes ont grandi dans le canton de Saint-Gall: à Flawil pour Belinda et à Trübbach pour Martina. Elles ont aussi, toutes les deux, réalisé le doublé Roland-Garros/Wimbledon sous la houlette de Mélanie Molitor. Mais ce n’est pas tout. Leur jeu se ressemble beaucoup, comme l’expliquait Claudio Mezzadri dans les colonnes de la Tribune de Genève le 3 juillet dernier: «Belinda gère ses parties à la perfection, reste concentrée de bout en bout et sa vision tactique se situe au-dessus de la moyenne. À ce stade de sa carrière, je dirais qu’elle a deux ans d’avance sur son âge. Elle ne gagne pas ses matches en force, mais tout en finesse. Belinda ne recule jamais sur le court, n’hésitant pas à jouer en demi-volée comme Martina Hingis avant elle. Derrière son jeu, on sent la patte de Mélanie Molitor.» Le consultant de la télévision tessinoise ne s’y trompe pas. Quand on regarde jouer Belinda, on a l’impression de revoir l’ex-numéro une mondiale. Pourtant, la principale intéressée botte en touche: «je suis flattée, mais je ne serai jamais une deuxième Martina Hingis. Je suis la première Belinda Bencic!»
Il est néanmoins légitime de se demander jusqu’où ira la comparaison. Fera-t-elle vibrer les foules comme tant de virtuoses de la petite balle jaune ont su le faire avant elle ou rentrera-t-elle dans le rang une fois le circuit professionnel intégré?
Quel avenir?
Il suffit de regarder le palmarès junior du tournoi parisien pour mesurer la portée de l’exploit réalisé par la jeune Suissesse. Après Martina Hingis en 1993 et 1994, d’autres joueuses d’exception ont inscrit leur patronyme sur le trophée de Roland-Garros. Que ce soit Amélie Mauresmo en 1996 ou Justine Henin un an plus tard, ces deux joueuses ont cumulé à elles deux pas moins de cent cinquante et une semaines en tête de la hiérarchie mondiale et la bagatelle de neuf titres dans les tournois majeurs. Les chances de succès chez les pros sont donc bien réelles, mais la prudence reste de mise. En effet, le palmarès junior des tournois majeurs regorge également de jeunes filles qui ne sont jamais parvenues à enchaîner les victoires au niveau professionnel. À titre d’exemple, des joueuses comme Rossana de los Ríos, Laura Garrone ou encore Amélie Cocheteux ont toutes triomphé à la porte d’Auteuil dans la catégorie junior sans jamais parvenir à confirmer leurs exploits face à des adultes. Que ce soient des raisons personnelles, des pépins physiques ou des problèmes extra-sportifs, bien des tracas peuvent prétériter le bon déroulement d’une carrière.
Cette malchance, Belinda Bencic pourrait également y être confrontée. Comment se comportera-t-elle si les résultats tardent à venir? Trouvera-t-elle les ressources nécessaires pour endiguer une éventuelle spirale négative? Pire encore, en cas de grave blessure, saura-t-elle montrer suffisamment de caractère, pour revenir au plus haut niveau? Autant de questions auxquelles Belinda devra trouver des réponses. Dans une analyse livrée à l’hebdomadaire SonntagsZeitung, Heinz Günthardt – capitaine de Fed Cup – expliquait lucidement que «malgré sa victoire en finale de Wimbledon, elle ne doit pas se reposer sur ses acquis. Pour être compétitive dans la catégorie supérieure et tutoyer les sommets, elle devra redoubler d’effort et se montrer patiente. Dans le tennis moderne, aucune joueuse ne perce avant d’avoir atteint sa maturité physique». Heureusement, la principale intéressée en est consciente et sait «tout le chemin qu’il reste à parcourir». Un chemin tracé par son père.
Justement, l’évolution de leur relation sera à surveiller. Depuis son plus jeune âge, Belinda partage tout avec un homme qui cumule les rôles de père et d’entraîneur. Une situation difficile à gérer qui pourrait engendrer des tensions. Comment réagira la jeune athlète? Se rebiffera-t-elle contre les directives de son paternel ou acceptera-t-elle sans broncher de se plier aux règles? Cela dépendra du degré de pédagogie dont son papa saura faire preuve. Ivan Bencic tient donc un rôle clé, à lui de le gérer de la meilleure des manières.
Finalement, il faudra éviter de lui mettre une pression inutile et garder en mémoire que Federer lui-même n’a gagné qu’un tournoi du Grand Chelem chez les juniors. Ce qui ne l’a pas empêché de briller par la suite. À l’instar de son prestigieux aîné, la jeune Saint-Galloise est pétrie de talent. Laissons-lui le temps de pleinement l’exploiter.
Sites internet:
Presse écrite:
– Le Matin Dimanche du 9 juin 2013, page 49
– SonntagsZeitung du 9 juin 2013, page 37
– Tribune de Genève du 3 juillet 2013, page 13
– SonntagsZeitung du 7 juillet 2013, page 29
– 24 heures du 8 juillet 2013, page 14