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Je suis née à Bâle en 1947. Mon père, vivant de l’écriture en tant que journaliste, était « Interdit d’écriture » en Suisse. En effet, dès l’âge de 16 ans, lorsqu’ Hitler est arrivé au pouvoir, mon père s’est engagé contre le fascisme et, un peu plus tard, a adhéré au Parti du travail. Pendant la guerre il était rédacteur au « Vorwärts », journal interdit. Après la guerre l’université de Halle lui a proposé un poste de professeur d’économie et mon père est parti dans la zone occupée par la Russie. En 1949 ma mère et moi l’avons rejoint en Allemagne.
La situation devenait difficile dans ce qui entre temps était devenu la RDA. En 1952 mes parents m’ont mise dans un convoi de la Croix-Rouge qui amenait des enfants en Suisse pour y être soignés. Ce sont mes grands-parents maternels qui m’ont recueillie. J’ai vécu un certain temps avec eux à Peseux, jusqu’à ce que mes parents puissent revenir en Suisse, mon père trouver un quelconque travail qui lui permette de louer un logement pour la famille.
Nous avons vécu à Bern et à Wabern où j’ai effectué toute ma scolarité en allemand jusqu’à l’obtention de la maturité. A la maison nous parlions le français. Ensuite je suis partie à Genève pour faire des études de psychologie. Je ne suis plus revenue en Suisse allemande (raison pour laquelle j’écris en français, éprouvant quelques difficultés à m’exprimer en allemand malgré mon amour pour cette langue). En plus de mes études et petits boulots pour gagner un peu d’argent j’ai commencé à passer mon temps à militer. A Genève l’influence de mai 68 en France était importante. J’ai milité dans des mouvements d’étudiants et nous espérions pouvoir fédérer les mouvements étudiants et luttes ouvrières.
Je n’ai jamais adhéré à un mouvement féministe. Mais je me battais contre toutes sortes d’injustices. La guerre au Vietnam, les conditions de travail des ouvriers et révoltée contre le sort réservé aux femmes, je soutenais également des mouvements féministes tels que le MLF dans des manifestations. Le droit de vote et d’éligibilité pour les femmes, le droit à la contraception et à l’avortement ainsi que l’égalité salariale et le partage des tâches ménagères et familiales me tenaient particulièrement à cœur. Je n’arrivais tout simplement pas à me considérer comme un être inférieur à ces Messieurs ! Plus tard, en 1991, j’ai organisé avec quelques amies un repas solidaire lors de la grève des femmes.
Après notre déménagement à Gland, j’ai adhéré au Parti Socialiste. (A l’époque, la section de Gland était atypique, très marquée à gauche.) En 1989 je suis entrée au Conseil Communal où j’ai siégé pendant 16 ans. Durant cette période j’ai présidé la section du PS pendant 10 ans.
Professionnellement, une fois mes études terminées, j’ai commencé par travailler à l’université en tant qu’assistante d’une professeure de psychologie clinique. Puis j’ai occupé un poste de psychologue dans une institution pour enfants et jeunes handicapés. Ensuite j’ai travaillé dans des structures parapublique et publique proches de l’école. J’ai toujours tenu à travailler dans des services parapublique ou publique. En effet, je désirais m’investir pour toutes les couches de la population et non seulement pour les plus fortunées.
Dans ma vie privée, lorsqu’avec mon compagnon s’est posé la question du mariage, nous désirions avoir un enfant, j’ai refusé. Je me suis penchée sur le contrat de mariage (l’ancien à l’époque) et j’ai constaté que la femme n’avait aucun droit, mais l’obligation de servir et suivre son mari qui pouvait même lui interdire de travailler à l’extérieur. J’ai refusé de signer un tel contrat en pensant que si des milliers d’autres femmes faisaient pareil, une désobéissance civique en quelque sorte, cette loi obsolète et injuste devrait changer. C’est bien ce qui est arrivé.
J’ai eu deux filles et je suis l’heureuse grand-maman de deux petit-fils. Depuis 2011 je suis à la retraite. Ma révolte contre toutes sortes d’injustices n’a pas diminué, même si je ne peux plus m’investir comme avant.
Marianne Wullschleger