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28/06/2012
Le libéralisme « humaniste », une philosophie politique en action
Comme c'est les vacances, j'ai enfin le temps de lire quelques livres, activité dont je suis fort tristement généralement privé par la vampirisation temporelle que représente l'étude universitaire.
Ainsi, après avoir lu l'amusante œuvre de Boudon sur les vils schémas explicatifs que le marxisme, folle et délirante théorie du complot selon lui, aurait implanté dans l'esprit des intellectuels organiques, j'ai décidé de me confronter à quelque chose de plus fondamentalement important.
En m'attaquant à « Libéralisme » de Pascal Salin, professeur d'université d'économie, je me suis proposé de confronter sans complaisance mes convictions avec une description de plus de 400 pages de l'idéologie la plus opposée qui soit à la mienne : celle du libéralisme « humaniste ».
C'est par cette appellation que Pascal Salin décrit, en bon disciple de Hayek, le libéralisme qu'il défend. Ce libéralisme se veut un libéralisme « humaniste » car se fondant sur la véritable nature humaine de l'être humain. Cette prétention à la connaissance ontologique véritable fonde sa pensée libérale et s'oppose au consensus idéologique du libéralisme utilitariste qui privilégie une approche pragmatique et non axiologique de l'organisation humaine.
Nos conceptions ontologiques fondent-elles nécessairement nos idéologies ?
Et dans ce cas, comment peut-on prétendre détenir la conception la plus juste ?
On peut en tout cas proposer un schéma d'influences sur la formation de ses conceptions idéologiques :
socialisation & éducation - > valeurs (axiologie) - > conceptions de la nature humaine (ontologie) -> vision du monde -> projet de société - > articulation politique (collectivo-organisatonnelle) - > idéologie politique
Mais ce que fait Pascal Salin, ce n'est pas seulement d'appliquer sa vision de la nature humaine à l'ensemble de l'humanité, mais c'est de généraliser un idéal-type extrapolatoire des comportements individuels économiques à l'action humaine en soi. C'est un raisonnement abusif, car absolutiste.
Pascal Salin prétend donc comme tous les idéologues libéraux n'être qu'un observateur avisé de la nature humaine, alors qu'il formule des fondements politiques (propriété privée des moyens de production, liberté négative absolue, liberté de marché totalisante) qui n'ont rien de naturels.
Il n'y a pas de « droit naturel », seulement une construction sociale et politique d'un système juridique et institutionnel.
On retrouve chez l'auteur toute la dérive libertarienne totalitaire : haine de la démocratie, de l'organisation collective (c'est à dire de l’État), dégoût de l'égalité (et même de l'équité), incompréhension de la solidarité, négation de la justice sociale.
Mais ce qui est beau chez Salin, c'est qu'il a pris position.
Un discours tranché vaut en effet dix discours craintifs et peureux.
Et puis, Salin est conscient que sa philosophie politique est une philosophie en pleine guerre idéologique.
Ce qu'on appelle, à tord ou à raison, l'ultra-libéralisme (ou le néo-libéralisme) est aujourd'hui en phase de confrontation avec les social-libéraux et autres libéraux utilitaristes.
Face à l'expansion de l'influence intellectuelle, morale, culturelle, idéologique, et politique, de ce véritable libéralisme « humaniste », j'ai eu raison de revenir au socialisme, seule idéologie politique capable de construire un contre-modèle réaliste mais offensif au capitalisme, et seule à même de servir de rempart idéologique pour les populations et les classes subissant les conséquences de cette guerre idéologique (dont l'impact se traduit concrètement économiquement).
Je n'ai lu que plus de 200 pages de cette œuvre de Salin, mais je peux d'ores et déjà présenter quelques éléments où l'auteur et moi-même sommes en parfaite opposition.
1. Le caractère minoritaire des investisseurs privés
Croire que le marché, ou les marchés, ou encore la finance, sont des entités comprenant l'ensemble des individus est une absurdité empirique. C'est pourtant une des bases du libéralisme...
En effet, le marché des investisseurs ne représente qu'un ensemble très minoritaire d'investisseurs privés ou institutionnels, et non la majorité de la population. Concrètement, 0,2% de la population mondiale possède 50% de la capitalisation boursière.
2. Le déséquilibre des flux de l'offre et de la demande
L'équilibre entre demande et offre n'est pas la panacée. En réalité c'est la demande la plus rentable qui détermine l'offre. Pourtant, la demande la plus rentable n'est pas forcément la plus souhaitable collectivement. Ainsi les fonds investis dans la recherche sur l'acné sont-ils plus élevé que les fonds investis dans la recherche sur Alzeihmer. De même à Genève la demande en logements de luxe détermine l'offre en construction de logements et péjore de cette manière la construction de logements pour les classes moyennes et précarisées.
Par ailleurs, l'offre futile (donc écologiquement non souhaitables) peut déterminer la demande en la manipulant par la publicité et le marketing. Il y a dans ce cas gaspillage de ressources par mauvaise allocation.
L'économie planifiée permet de déplacer des ressources d'un secteur à un autre secteur et brise ainsi les limites de la loi du profit privé. La collectivisation du profit ouvre la voie au développement des secteurs socialement souhaitables, même si déficitaires.
3. L'efficacité des incitations dans un régime collectivistes
Le libéralisme prétend bêtement et de manière simpliste qu'il est nécessaire de modifier la nature humaine de l'être humain pour que le collectivisme fonctionne.
Mais c'est mécomprendre la variété de collectivismes qui existe. Le socialisme tel que je l'envisage (et c'est une des raisons pour lesquelles certains communistes et anarchistes n'aiment pas tellement ma philosophie politique) maintient les incitations à la production.
Ainsi le coordinateur (aujourd'hui manager) peut perdre sa fonction si son entreprise est déficitaire ou improductive (en regard de la norme productive dans son domaine), ce qui est une incitation suffisante pour remplacer celle du profit résiduel privé.
Quant aux salariés (ET aux coordinateurs), l'incitation réside dans la différence salariale variable, car un écart salarial équitable (1 pour 5) reste une motivation au travail.
Ajoutons que l'autogestion dans l'organisation du travail, c'est à dire la participation des travailleurs à la prise de décision collective concernant une entité économique est un processus de responsabilisation, incitation à s'investir, et non un processus de désengagement.
4. La liberté réelle
Enfin, l'auteur fait les mêmes erreurs faciles que des générations de libéraux avant lui en prétendant que la liberté contractuelle est une liberté réelle, et non pas uniquement une liberté formelle.
Pourtant, il est évident que la nécessité de vivre (ou de vivre bien, selon des normes socialement construites) contraint l'individu au travail non choisi. Le fondement du capitalisme est donc la coercition, alors que le fondement du socialisme est la liberté.
18/06/2012
« Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme ? »
« Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme ? » est un ouvrage fort divertissant de l'intellectuel et sociologue libéral Raymond Boudon.
Ce dernier l'a rédigé suite à une conférence donner à l'attention du Parti Libéral Suisse en 2003.
A travers le texte l'auteur tente d'utiliser la théorie marxiste de l'aliénation idéologique à son avantage en présentant un long catalogue de tous les courants de pensée non libéraux comme étant aliénés.
Le procédé est évidemment un peu facile, d'autant plus que la théorie de l'aliénation idéologique se fonde la notion d'intérêt de classe, et non sur un jugement de valeur du type le libéralisme est la seule vraie science / idéologie valable.
Jugement que l'auteur ne défend d'ailleurs que faiblement en présentant « l'ordre libéral » comme découlant de la nature humaine (ce qui est faux puisque toutes sortes de sociétés non libérales ont existé...).
On regrettera par ailleurs que l'auteur oublie (volontairement ?) de parler du libéralisme des mœurs, étrangement absent de son découpage des grands axes du libéralisme (philosophique, politique, et économique).
En outre, globalement, Boudon tente de présenter le libéralisme sous une lumière attrayante en le dépeignant sous une forme plutôt consensuelle. Ce qui fait perdre au libéralisme un peu de sa force de proposition et de sa capacité critique.
C'est pourquoi, je me réjouis de lire « Libéralisme » de Pascal Salin, qui m'a l'air bien plus coriace et bien moins courtois.
PS : Oui, on a perdu l'élection complémentaire, mais on se rattrapera à celle du Grand Conseil.
La JS s'y investira au maximum.
11/05/2012
Crise & keynésianisme : des limites du capitalisme
La crise de 1929 est une crise de suproduction (hypothèse de Roger Garaudy) : la concurrence contraint le patronat à baisser les salaires du salariat dont la consommation (la demande) ne peut plus suivre la production (l'offre).
Cette incapacité de la demande à suivre l'offre provoque la baisse de la valeur de la production, c'est à dire de la déflation. La production ne pouvant plus se vendre le patronat doit licencier et baisser davantage les revenus des travailleurs.
Pour faire face à ce type de crise découlant d'un modèle de capitalisme très libéral, le keynésianisme est mis en place : à travers un État interventionniste et un État redistributeur, l’État met en place des plans d'investissement public visant à distribuer travail et pouvoir d'achat aux masses travailleuses. En permettant aux masses laborieuses d'accéder à davantage de consommation, le keynésianisme règle le problème de la surproduction.
La société de consommation découlerait-elle partiellement du modèle capitaliste keynésien ?
Ce qui est certain, c'est qu'avec la croissance de la productivité et le progrès technologique la production n'a fait que croître, contraignant l'économie capitaliste à accroître la consommation, notamment en transformant des envies en besoins sociaux (par le mécanisme de la publicité et du marketing notamment).
Néanmoins, si la suproduction n'est plus un problème sur le plan de l'efficacité économique grâce au keynésianisme, elle se traduit toutefois largement aujourd'hui par une surconsommation.
Le problème de la surconsommation doit donc être pris à sa racine : la suproduction induite par le fonctionnement chaotique du capitalisme de marché (le marché produisant afin de maximiser les profits, et non en fonction des besoins réels des individus).
Surproduction et surconsommation ont donc provoqué la crise écologique.
Crise écologique que nous ne pourrons résoudre que par une planification rationnelle et intelligente de la production en fonction des capacités régénératrices de la biosphère.
Mais le keynésianisme pourrait aussi être à l'origine d'un deuxième effet pervers.
Les dépenses publiques nécessaires à l'investissement étatique nécessitent des fonds pour pouvoir stimuler la demande et créer emplois et croissance économique (mécanisme du multiplicateur keynésien).
Toutefois, pour éviter trop de pertes sèches induites par l'usage de la taxe et de l'impôt, les gouvernements européens ont eu recours passablement à l'emprunt, créant de la dette.
Cette dette finit par croître tant et si bien, que lorsqu'arrive une crise de suproduction sur le marché immobiliser étasunien induisant des défauts de crédit massifs et une chute de la valeur de ces crédits sur le marché boursier, et qu'à ce moment-la les Etats se retrouvent contrains de dépenser des milliards pour sauver les banques qui avient investi sans précaution, cela provoque une crise de la dette massive.
Ainsi, le keynésianisme pourrait-il être partiellement et involontairement (ou peut-être par mauvaise application) à l'origine de deux crises majeures de notre société contemporaine : la crise écologique, et la crise de la dette.
Comment résoudre ces crises me direz-vous ?
Certainement pas par le passage à davantage de libéralisme comme on le fait actuellement avec les politiques d'austérité.
Les effets sur les populations et sur l'économie sont désastreux.
Mais d'une part, comme je l'ai dit plus haut, par une décroissance planifiée et sélective de l'activité économique.
Et d'autre part, par la socialisation des moyens de production.
Car le problème de la dette est lié au fait que le keynésianisme ne peut bien fonctionner économiquement que lorsque l’État dispose des moyens nécessaires pour se passer de l'emprunt, état de fait difficile à obtenir dans un système capitaliste où la majeure partie des fruits de la production et des richesses échappe à la gestion collective et va engraisser la classe dominante des ultra-riches.
Donc, en socialisant les bénéfices du grand capital, on cesse de dilapider des ressources en les transférant à la gestion individuelle d'actionnaires, et on les transfère directement à l'Etat-social qui peut ainsi se financer de manière adéquate.
Ainsi le socialisme affirme-t-il sa supériorité en terme d'efficacité économique et écologique sur le capitalisme.
07/05/2012
Débat autour du socialisme avec John Goetelen (deuxième partie)
En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.
Voici la seconde, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :
http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...
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« Le temps libre rendrait plus créatif, paraît-il dans la théorie socialiste. Non. Cent fois non. On est créatif par ses qualités personnelles, pas par son temps libre. Pour la plupart des gens le temps libre est une occasion de consommer des loisirs, pas d’être créatif. »
Et pourtant, en libérant l'être humain du travail aliénant, et en réduisant le temps de travail au profit du temps libre, le socialisme démocratique donne la possibilité à l'individu de s'engager dans des activités bénévoles, militantes, associatives, humanitaires, artistiques, culturelles, etc.
N'est ce pas dans ce que l'on aime faire que l'on est le meilleur ?
Chacun sera libre de donner davantage de temps à ses préférences.
N'est-ce pas ainsi avantager la créativité ?
« Il faudra ensuite que cela entre dans le plan du super-Etat centraliste socialiste qui voit tout, sait tout et gère tout. »
Tel que développé dans ma théorie néo-socialiste de la démocratie, l’État socialiste se doit d'être décentralisé au maximum, afin de maximiser la capacité de l'individu à influer sur l’État démocratiquement. La planification se fera de même à un niveau d'échelle très rapproché de l'individu (sauf dans le cas de production nécessitant un niveau d'échelle supérieur).
« Donc une minorité d’Etat imposera à la majorité ce qui est bien et décidera in fine de ce qui doit être produit. Il n’y a là pas de liberté. Les seuls gens libres seront les membres de l’Etat central. »
L’État socialiste, sera non seulement décentralisé, mais surtout démocratique.
Et parce qu'il est démocratique il représentera réellement les intérêts de la population.
A nouveau, tel que développé dans ma théorie néo-socialiste de la démocratie, des garde-fous devront être mis en place afin de maximiser le degré de démocratisation de l’État socialiste.
Notamment le tirage au sort d'un pourcentage de parlementaires, une transparence totale en économie et en politique, et des assemblée populaires de quartiers.
« Le socialisme n’aurait éventuellement pas laissé créer les avions pour éviter de «faire mourir la planète»? Donc pas de voitures non plus? Mais leur technologie va avec l’ensemble de la technologie: ordinateurs, téléphones, dentisterie, scanners, anesthésie et chirurgie, CERN, électricité, chauffage, recherche fondamentale pour produire un jour une énergie propre et abondante, etc, tout se tient. Toute évolution dans un domaine fait avancer les autres. Renoncer aux avions c’est aussi, d’une certaine manière renoncer aux nano technologies, à l’enseignement des langues par la vidéo, à soigner les caries sans douleur, à opérer les cancers, à pouvoir analyser notre environnement et le comprendre, etc, puisque c’est la technologie elle-même qui est mise en cause. »
Ce paragraphe est intéressant, car il confond productivisme et progrès, scientisme et science.
Non, tout progrès technologique n'est pas souhaitable.
Oui, il faudrait que la collectivité puisse se prononcer sur le développement scientifique.
Démocratiser la science est souhaitable.
Dans le socialisme démocratique le progrès et la recherche se poursuivront, mais ils seront soumis aux limites écologiques. L'impact écologique des activités humaines ne devra pas dépasser les capacités régénératrices de la biosphère.
« Le capitalisme n’est pas une dictature. C’est un système d’investissement par le privé. Il multiplie les centres de décision. »
Au contraire, la loi de la concurrence amène toujours à une concentration du capital (multinationales, fortunes privées gigantesques, grandes entreprises, etc.)
Cette concentration donne énormément de pouvoir à quelques individus qui en profitent pour influer sur la sphère politique.
« Sans capitaux privés c’est l’assemblée des employés de la coopérative autogérée qui investit. »
C'est certes une possibilité, néanmoins les banques de l’État socialiste et l’État socialiste lui-même seront là pour permettre l'investissement et le crédit.
« Peut-être faudrait-il relire «1984» avant de promouvoir ce socialisme de fourmilière. »
Sauf que George Orwell prônait justement le socialisme démocratique... en opposition avec le capitalisme et le stalinisme.
Débat autour du socialisme avec John Goetelen
En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.
Voici la première, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :
http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...
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« Je crois à l’individu, à sa créativité, et à la liberté d’agir et d’entreprendre. »
Je crois à l'individu, et c'est justement pour le préserver de toute exploitation et de toute aliénation de type économique que j'adhère au socialisme.
En organisant collectivement la production, et non égoïstement, on préserve l'individu de toute production qui va à l'encontre de ses intérêts, puisque toute production allant à l'encontre la société ou de son cadre (l'environnement, l'écologie) va au final à l'encontre des intérêts réels de l'individu.
La créativité des individus est aujourd'hui borné par les limites du marché, nécessité d'une rentabilité et de faire du profit.
Grâce à la création collective, on pourra distribuer richesses, ressources, et fruits de la production, de manière à assurer les moyens à chacun de développer sa créativité, y compris hors des limites castratrices du marché et de ses lois limitatives.
Le socialisme est donc un vecteur de créativité et de progrès.
Quant à ce qu'on appelle la liberté d'entreprendre, elle existera dans le socialisme toujours, mais à travers la propriété commune (ou collective) des moyens de production, et elle sera donc filtrée par l'intérêt de tous (donc par l'intérêt réel de l'individu).
« Pas d’accord. Si le pouvoir économique est entre les mains d’une minorité, le droit de vote fait qu’il est possible d’édicter des lois qui limitent ce pouvoir. »
Selon la théorie du reflet de Marx, la superstructure (le rapport de force politique et idéologique) n'est que le reflet de l'infrastructure (le rapport de force socio-économique).
Gramsci a montré que le capitalisme et les intérêts d'une minorité se maintenaient en place par le maintien d'une hégémonie culturelle, morale, idéologique, et intellectuelle.
La pensée des classes dominantes dominent donc malgré la démocratie représentative, et le rapport de force politique n'est que la conséquence de cette aliénation idéologique et politique généralisée dans la société capitaliste.
Bourdieu ajoute lui que l'individu est forcé à intérioriser sa position de classe et son statut social, et à accepter l'ordre établi par la société (capitaliste).
Et puis très concrètement, on constate bien à chaque votation ou élection en Suisse que les moyens financiers des forces politiques sont très différents entre droite et gauche, entre intérêts de la minorité disposant du pouvoir économique, et la majorité dépossédée.
Bref, sans démocratie économique, pas de démocratie réelle !
« [Le contrat] c’est l’opposé de l’esclavage, c’est la reconnaissance des droits des deux parties. »
Entre le propriétaire du capital et celui qui ne possède que sa force de travail (manuelle, intellectuelle), il ne peut y a voir d'égalité contractuelle.
Celui qui ne possède rien doit se vendre ou accepter de vivre mal (en tout cas en Occident où les restes de l'Etat-social protège encore un peu un certain droit à la survie). Il n'a donc pas le choix de se vendre.
Le contrat, c'est donc l'illusion de la liberté.
Le contrat c'est la liberté du plus fort d'exploiter le plus faible.
« Le salariat n’est pas un esclavage et il est simplement abusif de lui superposer la traite des esclaves. »
Selon la théorie de Marx de la plus-value, le propriétaire des moyens de production (aujourd'hui l'actionnaire ou le patron) exproprie une part de la valeur du travail des travailleurs (des salariés) afin de s'offrir une rente (le revenu du capital) sans travailler.
Le revenu du capital privé c'est donc le revenu de l'oisiveté et du vol.
« La répartition équitable équitable des fruits de la production est un thème central dans le socialisme proposé. Equitable doit-il être compris dans le sens de justice ou d’égalité? »
Voici un point sur lequel je diffère de mes amis communistes, car je ne crois pas que le revenu du travail (le salaire) doive forcément être égalitaire. Je penche justement plutôt pour une répartition équitable des fruits de la production. Un écart salarial maximal de 1 pour 5 me paraît raisonnable (si on prend comme salaire minimum 4000 francs, cela correspond à un maximum mensuel de 20 000 francs, une somme encore fort rondelette).
« La politique gère, la morale juge ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. »
Toute conception idéologique (donc politique) s'appuie sur des conceptions morales (une vision de ce qui est bien ou mal, de ce qui est souhaitable). Il est illusoire de vouloir séparer les deux.
« Par ailleurs, à la place du chef d’entreprise on aura une sorte d’entité abstraite: l’assemblée de la coopérative autogérée. C’est la majorité des votants qui sera responsable de l’entreprise, et non pas une personne ou un groupe de personnes bien défini. Donc personne en réalité ne sera responsable nominativement. »
Attention, démocratie économique au sein de l'entreprise (ou autogestion), ne signifie pas suppression des fonctions dans l'entreprise, mais prise de décision collective dans les choix.
Concrètement, cela signifie qu'il y aura toujours des coordinateurs (aujourd'hui managers) qui exerceront une activité de gestion et de planification (donc il y aura toujours des responsables).
« Pourquoi l’humain serait-il soudain différent sous le socialisme? »
Comme prouvé en sociologie, l'individu est socialisé par son contexte social, par le système dans lequel il vit. Dans une nouvelle organisation de la société, on aura un nouvel être humain : un individu réellement libre.
02/05/2012
Qu'est ce qu'être social-libéral aujourd'hui ?
Être social-libéral c'est ne pas être marxiste.
Être social-libéral c'est ne pas être néo-libéral.
Être social-libéral c'est ne pas être socialiste.*
Être social-libéral c'est être éventuellement social-démocrate.**
Être social-libéral c'est être keynésien.
Être social-libéral c'est être en faveur du capitalisme.
Être social-libéral c'est être en faveur de l’État-providence.
*Une question qui me taraude ces derniers-temps : peut-on être socialiste sans être marxiste ?
**Être marxiste réformiste, ou socialiste, aussi.
Être social-libéral aujourd'hui, c'est faire partie de la deuxième plus grande famille politique en Europe (après l'aile dominante néo-libérale).
La critique du néo-libéralisme est facile, surtout en ces temps de mise en application drastique de cette politique dans les pays d'Europe du sud, avec les résultats désastreux que l'on peut observer de jour en jour.
Mais critiquer le social-libéralisme est bien plus ardu, puisque ce courant représente la norme en terme de bien-pensance et de politiquement correct.
Être social-libéral c'est aimer les PME.
Le petit patron est un gentil patron puisqu'il est petit, dit le social-libéral.
Le petit patron gagne parfois moins que ses employés. Comme il est vertueux, pense le social-libéral.
Le petit patron a investi ses économies, ou bien il a pris un empreint, dans tous les cas, il a pris un risque. Comme il est louable, se dit le social-libéral.
Être social-libéral c'est donc être prétentieux, car c'est croire que les choix égoïstes (puisque dictés par un soucis de rentabilité de l'investissement) d'un individu sont dans l'intérêt de toute la société.
Comment un individu pourrait-il savoir mieux que la collectivité elle-même ce qui est souhaitable ou pas pour elle-même ? L'actionnariat et la création d'entreprise dans un marché libre sont donc le signe d'une grande arrogance.
Cette prétention social-libérale explique son attachement au marché.
Être social-libéral c'est penser que la domination économique d'un individu sur d'autres n'est pas un problème. Le salariat est une forme acceptable de division du travail. L'expropriation de la valeur du travail des salariés par le propriétaire des moyens de production est donc une pensée qui lui est étrangère.
Pourquoi le social-libéral accepte-t-il tout cela ?
Parce qu'il a peur du communisme, et que tout ce qui est à gauche du social-libéralisme, c'est du communisme.
D'un autre côté lire la description que Marx fait du communisme (dans son texte sur la Commune de Paris notamment) est trop ésotérique pour lui. Mieux vaut lire encore un coup de Keynes.
Être social-libéral c'est ne pas avoir compris que la crise actuelle du capitalisme a détruit la crédibilité du social-libéralisme. Les gouvernements social-libéraux du sud de l'Europe ont abandonné leurs théories et sont passés au néo-libéralisme (qui s'est traduit par l'austérité), car autrement la seule solution aurait été de passer au socialisme afin de faire face au niveau d'endettement élevé.
Être social-libéral aujourd'hui c'est être dans le mauvais sens de l'Histoire.
Mais ça, il va falloir encore un peu de temps pour que cela devienne clair à toutes et à tous...
04/11/2011
La social-démocratie en question
Au XXème siècle, l'extension des idées marxistes dans le monde force les penseurs libéraux à répliquer. C'est pourquoi ces derniers théorisent un compromis entre socialisme et libéralisme : le social-libéralisme.
Cette idéologie prône l'intervention et la régulation de l’État dans le cadre du capitalisme pour limiter et réduire les inégalités socio-économiques. Il s'agit donc d'établir une forme d'efficacité productive équitable.
Cette idéologie (renforcée par le keynésianisme) va remporter un immense succès en convertissant progressivement la majeure partie des social-démocrates, alors marxistes réformistes.
Depuis ce moment, cette idéologie peut être séparée entre deux courants proches : le social-libéralisme (de droite) et la social-démocratie (de gauche).
Toutefois, il n'y a pas de différence fondamentale au niveau socio-économique entre ces deux courants idéologiques. Au niveau politique, la social-démocratie est classée au centre gauche, et le social-libéralisme au centre droit.
Deux principales critiques existent au sujet de la social-démocratie :
La première, marxiste, dénonce le fait que la social-démocratie et son Etat-providence empêche la polarisation sociétale nécessaire à la mobilisation des classes dominées pour que ces dernières se soulèvent et renversent les classes dominantes.
La seconde, néo-libérale (voire libérale classique), prétend que le défaut du social-libéralisme réside dans son improbable pérennité. Car toute intervention étatique visant des buts humanistes affaiblit l'efficacité du capitalisme et réduit la production de richesses.
Avec la réduction des richesses, l’État s’appauvrit et se retrouve dans l'incapacité d'intervenir. Il lui faut donc s'endetter pour financer de nouvelles mesures humanistes et par là réduire l'efficacité et la production de richesses. C'est un cercle vicieux.
Leur solution consisterait à revenir à un libéralisme classique offensif : le néolibéralisme (et ses formes voisines), seul à même de rétablir la bonne marche du capitalisme.
Aujourd'hui, on peut constater avec l'exemple scandinave, les bons résultats obtenus par la social-démocratie.
Toutefois, l'exemple actuel des pays sud-européens pourrait prouver la critique néo-libérale.
En réalité, la situation scandinave permet de se rendre compte des limites de la social-démocratie : on a certes atteint une situation de progrès humain importante, toutefois il est difficile d'aller encore plus loin dans l'égalitarisme et la justice sociale. C'est l'optimum limité de la social-démocratie.
Si on veut tendre vers une société plus juste, davantage égalitaire, il est alors nécessaire de passer au socialisme démocratique.
Quant à la situation sud-européenne, elle montre l'échec possible de la social-démocratie quand un certain nombre de facteurs péjoratifs sont réunis (par exemple pour la Grèce : forte évasion fiscale, fortes dépenses militaires, fort soutien financier au clergé).
Dans ce cas-là, la seule solution humaniste est le socialisme. L’État manquant de recettes, il faut en effet nécessairement étatiser des entreprises rentables pour maintenir l'Etat-social et l'étendre.
En conclusion, on peut définir la social-démocratie comme un juste but à atteindre, mais non comme la finalité de notre action. L'idéal auquel nous devons tendre restant le socialisme démocratique.
28/10/2011
Libéralisme ou libéralisme ?
Lorsqu'on emploie le terme de libéralisme aujourd'hui, il est difficile de savoir exactement quel sens on lui donne, car ce terme recoupe des notions différentes. Petit tour de la question :
Originairement, le libéralisme philosophique s'est incarné en un mouvement politique qui renversa le féodalisme et transforma le système économique (qui était le mercantilisme durant l'époque féodale). L'analyse marxiste qualifie ce mouvement historique de révolution bourgeoise.
Le libéralisme politique (ou philosophique) a amené de nombreux bienfaits comme les droits fondamentaux (les droits de l'Homme), l'égalité politique, ou la liberté d'expression.
Selon la philosophe libérale, Catherine Audard, le libéralisme politique s'est aujourd'hui fondu dans le champ politique et idéologique européen.
En ce sens, quand on parle maintenant de libéralisme, on n'entend pas par là défendre les acquis du libéralisme politique, puisque ceux-ci vont de soi (bien que la signification qu'on leur donne varie).
Les acteurs politiques (de droite) qui se disent de nos jours les tenants du libéralisme font sémantiquement (et parfois idéologiquement) une référence historique au libéralisme politique.
Toutefois, le sens contemporain du terme libéralisme, celui que défendent les acteurs politiques dits libéraux, est celui du libéralisme économique.
Par libéralisme économique, on doit comprendre de manière assez simpliste, qu'il s'agit de réduire l'intervention de l’État (et donc du politique et de la démocratie) dans la sphère économique, ceci afin de laisser le plus de marge de manœuvre à l'économie de marché (au capitalisme).
A gauche, on entend aussi quelquefois des acteurs politiques employé le terme de libéralisme. Dans ce cas, il s'agit en fait de soutenir le libéralisme des mœurs, comme le mariage homosexuel, ou la légalisation des drogues.
Ceci étant dit, on retiendra donc que lorsque l'on parle de Libéraux (c'est à dire l'ensemble de la droite) aujourd'hui, il s'agit des ennemis de l'Etat-social (et donc des classes précarisées ou moyennes), et des suppôts du pire des capitalismes.
26/10/2011
Le mythe mensonger du capitalisme vert
Comment analyser la « victoire » des Verts Libéraux aux élections fédérales ?
Après tout, le capitalisme vert est prôné par l'ensemble de la droite, par une partie des Verts, et par une partie du PS.
En soi, le résultat démontre simplement que une partie des Suisses qui votaient pour les Verts désiraient voter pour la cause écologique, mais que lorsqu'ils ont pu voter pour la cause écologique ET le libéralisme économique, alors ils ont préféré les Verts Libéraux.
Les Verts Libéraux défendent-t-ils la cause écologique ?
Ou plutôt : peut-on être en faveur du libéralisme économique (de la non intervention de l’État) et de l'écologie ?
Si je répondais oui, cela signifierait que je pense que en ne faisant rien les crises écologiques se résoudraient d'elles-mêmes. Cette position est particulièrement non pertinente quand on voit que la situation écologique va de mal en pis.
La vraie question est donc : capitalisme et écologie sont-t-ils compatibles ?
Le moteur du capitalisme c'est le productivisme, c'est à dire le toujours plus. Il faut toujours plus consommer, donc toujours plus produire, donc toujours plus travailler ; bref il faut de la croissance économique.
Cependant, croissance économique constante et écologie sont antinomiques !
La seule économie qui est écologique (ou écologiquement soutenable) est celle dont l'impact écologique ne dépasse pas les capacités de régénération de la biosphère. Ce type d'économie peut croître ou décroître, mais à l'intérieur de cette limite naturelle.
Le fondement de l'écologie politique vise donc à amener l'économie à décroître (en privilégiant l'essentiel sur le futile) jusqu'à ce que son impact écologique soit inférieur aux capacités régénératives de la Terre.
Une écologie politique qui viserait à croître sans cesse est un oxymore absurde ! Une invention typique des penseurs libéraux au service des intérêts des classes les plus riches !
Car « l'avantage » d'une économie productiviste, c'est qu'en augmentant sans cesse la taille du gâteau, il y a suffisamment de miettes pour contenter les plus pauvres sans avoir besoin de partager.
L'écologie libérale est donc de nature non partageuse, égoïste, et servile.
Certains à gauche ont trop longtemps cru dans ce mythe de capitalisme vert !
Les penseurs libéraux ont attaqué l'écologie politique pour mieux désarmer son potentiel révolutionnaire. Aujourd'hui, il s'agit pour la gauche de répliquer avec force en se ralliant derrière la bannière de l'anti-productivisme !
Si la gauche ne se rallie pas maintenant à l'anti-productivisme, elle sera incapable d'anticiper la prochaine mutation de l'idéologie libérale : à savoir, son adhésion au malthusianisme (« solution » dans la logique libérale, pour préserver le capitalisme et éviter tout partage !)
UNE CROISSANCE ECONOMIQUE VERTE ILLIMITEE EST IMPOSSIBLE DANS UN MONDE AUX RESSOURCES LIMITEES !!!