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L'interview | Cary Adams

Comment présenteriez-vous votre organisation en quelques mots ? En quoi consiste votre fonction? Quel est votre objectif?
L'Union internationale contre le cancer (UICC) est une organisation mondiale fondée en 1933. Elle regroupe environ 1 150 organisations membres dans 172 pays et territoires, incluant des sociétés de lutte contre le cancer, des groupes de soutien aux patients, des centres de recherche et de lutte contre le cancer, des organisations non gouvernementales, des organisations de base, des associations professionnelles et des agences gouvernementales qui façonnent le contrôle du cancer partout dans le monde.
La mission de l’UICC est à la fois d’unir et de soutenir la communauté du cancer dans ses efforts visant à mieux prévenir, traiter et gérer le cancer, et à améliorer la vie des personnes vivant avec le cancer. Nous visons également à promouvoir une plus grande équité et à veiller à ce que la lutte contre le cancer reste une priorité dans le programme mondial de santé et de développement.
En tant que PDG de l'UICC, mon rôle est d’offrir une direction stratégique, de favoriser la collaboration et d'assurer le fonctionnement efficace de l'organisation. Avec mon équipe, nous organisons le Congrès mondial du cancer (World Cancer Congress) - qui se tiendra cette année en septembre à Genève - et le Sommet mondial des leaders en cancer (World Cancer Leaders’ Summit), ainsi que la campagne, lancée le 4 février dernier, pour la Journée mondiale contre le cancer. Nous fournissons des bourses et des Fellowships aux organisations et individus, pour faciliter le partage de connaissances et de compétences techniques pour la prévention et le traitement du cancer, particulièrement dans les pays à faible et moyen revenu, et menons le plaidoyer au niveau international.
Notre vision est qu'aucune personne ne meure d'un cancer évitable et traitable, et que chacun ait accès à un dépistage, un diagnostic, un traitement et des soins abordables.

L'UICC jouit d'un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies et entretient des relations officielles avec l'Organisation mondiale de la santé et des partenariats avec l'Agence internationale de recherche sur le cancer, l'Agence internationale de l'énergie atomique et le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime.
L'UICC collabore également avec quelque 60 partenaires, incluant des associations, des fondations et des entreprises du secteur privé avec lesquelles nous avons développé des engagements à long terme basés sur des ambitions partagées. L'UICC est également membre fondateur de Non-Communicable Diseases Alliance (NCD Alliance), du Centre McCabe pour le droit et le cancer (McCabe Centre for Law & Cancer), du Partenariat international pour le contrôle du cancer (International Cancer Control Partnership, ICCP) ; UICC a créé la City Cancer Challenge Foundation (C/Can) en janvier 2019 et la Coalition pour l'accès aux médicaments en oncologie (Access to Oncology Medicines (ATOM) Coalition) en mai 2022. En travaillant étroitement avec ces entités, nous visons à tirer parti de l'expertise et des ressources collectives pour faire avancer notre mission de réduire le fardeau mondial du cancer.

Quelles sont les forces et les faiblesses de Genève en ce qui concerne le développement de votre activité?
Genève sert de plaque tournante pour les organisations internationales et les missions diplomatiques, offrant un environnement idéal pour le plaidoyer en matière de santé mondiale. La proximité avec les principaux décideurs est ainsi l’un des points forts, facilitant l'engagement avec les parties prenantes internationales. Cependant, cela signifie également une certaine concurrence parmi les nombreuses questions mondiales qui y sont discutées, ainsi que trouver un financement durable pour soutenir notre travail.
Genève s'est avérée être une excellente ville pour accueillir le Congrès mondial sur le cancer, que nous avons organisé ici en 2022 en partenariat avec et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et plusieurs agences onusiennes, dont l'OMS. Nous avons accueilli 1 600 délégués de plus de 100 pays et dans notre enquête post-événement, près de 90 % ont évalué leur expérience à Genève de très bonne à excellente. Nous sommes ravis que le Congrès se tienne à nouveau à Genève cette année, du 17 au 19 septembre 2024.

La gouvernance mondiale devrait évoluer pour être plus inclusive, réactive et adaptable aux défis émergents. La collaboration entre les gouvernements, les organisations internationales, la société civile et le secteur privé devrait être renforcée pour traiter efficacement les problèmes mondiaux complexes. La Coalition pour l’accès aux médicaments en oncologie (ATOM Coalition) en est un bon exemple, où nous travaillons avec plus de 40 partenaires pour aborder les obstacles à la disponibilité, à l'accès et à l'utilisation appropriée des médicaments essentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur.
De plus, une plus grande importance accordée à la durabilité, à l'équité et aux solutions innovantes sera cruciale pour façonner un cadre de gouvernance mondiale plus résilient et équitable pour l'avenir.
Les initiatives contre le cancer lancées par l'OMS pour lutter contre le cancer du sein, le cancer du col de l'utérus et le cancer chez l'enfant marquent un pas important dans cette direction.

La question que je souhaiterais qu’on me pose est : « Comment Genève peut-elle aider l'UICC à faire avancer sa mission ? »
Une manière de nous soutenir serait de promouvoir activement la prévention primaire du cancer à Genève et de réduire l'exposition aux facteurs de risque, notamment l'usage du tabac. Il existe des mesures efficaces telles que le conditionnement neutre et la fiscalité pour réduire le tabagisme, et donc les cancers qui y sont liés. Il serait également bon de voir une réglementation beaucoup plus stricte autour des cigarettes électroniques, car nous savons que les jeunes adultes sont la cible principale des entreprises qui vendent ces produits, ils sont addictifs et il y a des indications que le vapotage chez les adolescents mène à un tabagisme lourd.
Deux choses me tiennent « éveillé la nuit ». D'abord, le fait que trop d'individus à travers le monde rencontrent des défis significatifs pour accéder à des services de soins pour le cancer, alors même que ces services existent, en raison de l'âge, de l'ethnicité, des moyens financiers ou des niveaux d'éducation, de leur lieu de vie, de leur genre ou orientation sexuelle, ou d'un handicap physique ou mental.
Cette année pour la Journée mondiale contre le cancer, nous avons lancé un appel mondial à l'action pour que les individus contactent leurs autorités sanitaires respectives leur demandant de prioriser le cancer. Comme nous le soulignons dans notre campagne « Pour des soins plus justes » pour la Journée mondiale contre le cancer, il est urgent de garantir que les services de qualité pour le cancer – l'alphabétisation en matière de facteurs de risque et le besoin de dépistage de routine, les programmes de prévention incluant le dépistage et le diagnostic, et le traitement de qualité et les soins de soutien et de survie – atteignent les communautés mal desservies dans le monde entier.
Ce qui me préoccupe également la nuit dans cet environnement financier difficile est le financement durable de l'UICC pour continuer efficacement à réunir et soutenir les organisations de lutte contre le cancer dans le monde.