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Dès ses premiers essais photographiques, Gustave Roud se prend régulièrement lui-même comme sujet. Le poète qui s'interroge sur l'inconsistance de sa propre personne se met volontiers en scène de manière très concertée : il s'entoure d'objets fétiches et familiers qui pourraient l’ancrer dans un réel vis-à-vis duquel il se sent en décalage. D'autres autoportraits jouent avec le reflet ou le miroir, insistant par là sur le caractère mouvant, incertain, et somme toute irréel de l'image de soi. Plus tard, Roud réalise des autoportraits en compagnie d'amis paysans, en particulier d'Olivier Cherpillod, à côté de qui il apparaît sur les photographies : mise en scène explicite du désir d'acquérir une épaisseur, fût-ce par la médiation d'une figure terrienne en quelque sorte vampirisée. Emblématiques de ce flottement identitaire, les innombrables autoportraits en creux où Roud fixe son ombre, au moment où il prend la photographie d'un de ses modèles : il exprime ainsi simultanément la force de son regard et la labilité de sa présence physique.