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Dans l'hebdomadaire britannique The Economist du 24 septembre 2011, un dossier entier1 est consacré au "rattrapage" des Etats-Unis et de l'Europe par les grands pays émergents, la Chine en premier, mais aussi l'Inde, le Brésil et l'Indonésie (les CIBI, on ne parle déjà plus des BRIC…). Selon The Economist, le degré de dominance économique qu'a connu monde occidental depuis deux siècles est en effet une anomalie. Par exemple en 1700, l'Inde était la première économie mondiale et de loin le premier producteur de coton, suivi de près par la Chine, ces deux pays représentant alors plus de la moitié de l'économie mondiale. Puis il y a eu la révolution industrielle, partie de l'Angleterre, se propageant progressivement à travers l'Europe et l'Amérique du Nord, chance que les vieux grands pays d'Asie n'ont pas su saisir car pas vu venir, ou alors que trop tard. La colonisation était nécessaire pour assurer l'approvisionnement en matières premières - voir pour s'en assurer la primeur ou l'exclusivité (on ne parlait pas encore de supply chain management) - et, dans les cas de l'Inde et de la Chine, afin aussi de disposer de marchés captifs pour les produits manufacturés.
Or le fossé qui nous sépare des grands pays émergents a commencé à se combler depuis la fin du 20e siècle. Au rythme actuel, les quatre CIBI devraient représenter 40% de l'économie mondiale en 2030, alors que l'Europe et les Etats-Unis pris ensemble n'en représenteraient plus qu'un tiers2. Devons-nous nous en inquiéter? Nous sommes d'avis que non. Parmi les pays développés, la Suisse n'a fort heureusement perdu que peu d'emplois3 à la "mondialisation" ou la "délocalisation", même s'il y a peut-être eu des cas ici ou là. Lorsque nos entreprises ont créé des centres administratifs ou de production à l'étranger, c'était souvent pour palier à une pénurie chronique4 de main-d'œuvre en Suisse, pour avoir plus facilement accès aux marchés, où pour y développer et produire des équipements spécifiquement adaptés aux pays émergents. Nos secteurs du private banking, du tourisme, de l'industrie horlogère et des biens d'équipements pointus et performants ont tout à gagner du développement rapide des CIBI et de l'émergence d'une importante classe moyenne dans ces pays, avide de tourisme et de consommation.
Espérons maintenant que la Suisse - dont le commerce extérieur est réalisé à 80% avec des pays à taux de croissance inférieurs à 2% - saura adapter ses priorités pour mieux profiter de ceux dont la croissance est de 8% ou plus.
Et Thônex dans tout ça?
Notre commune accueille le siège Caran d'Ache ainsi qu'un important site de Rolex, entreprises rayonnant dans le monde entier. Dommage qu'il y en ait pas plus. On y travaille !
(v. http://www.apexserv.com/asingh/economie.php)
|à g.: aux portes de Delhi, la ville nouvelle de Gurgaon compte un million et demi d'habitants|
1The Economist, http://www.economist.com/node/21528979
2En parité du pouvoir d'achat.
3L'absence de débouchés en Suisse pour des jeunes peu formés reste un problème préoccupant, mais qui n'est que peu ou pas dû à la mondialisation. J'y reviendrai.
4Lorsqu'en 1992, Swissair avait fait office de pionnier en inaugurant un centre de traitement des billets d'avion à Mumbaï (alors Bombay) en collaboration avec TATA Consultancy Services, c'était moins pour une question de coût que de l'impossibilité de trouver, chez nous, 300-400 personnes disposées à travailler dans un centre opérant 24h/24 et sept jours sur sept…
|à d.: une zone économique d'exportation, telle que celle d'où opérait Swissair au début des années 1990|