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Donald Trump a qualifié les changements climatiques de « mythiques », « d’inexistants » ou encore de « canulars coûteux », le 21 janvier dernier. Il a fustigé les « alarmistes » qui veulent « contrôler tous les aspects de notre vie ». Il a également parlé de « prophètes du malheur » et de « discours d’apocalypse ».
Dans ce même discours, le Président américain a également trouvé le moyen d’exprimer le soutien des États-Unis à une initiative visant à planter un trillion d’arbres. Et glissé la phrase « Le climat est un sujet très sérieux et très important pour moi ».
Un parcours marqué par les virevoltes
Aussi surprenant que cela puisse paraître, Donald Trump s’est d’abord engagé en faveur du climat. Dans une annonce publiée en 2009 dans le New York Times, avec des dizaines d'autres chefs d'entreprise, il a affirmé : "Si nous n'agissons pas maintenant, il est scientifiquement irréfutable qu'il y aura des conséquences catastrophiques et irréversibles pour l'humanité et notre planète".
Prise de position de Donald Trump dans le New-York Times en 2009 [rts.ch]
Dans les années qui ont suivi, le candidat à la Maison Blanche a cependant adopté une approche diamétralement opposée pour gagner les faveurs de l’électorat républicain avec plus de 120 post sur Twitter, questionnant ou prenant à la légère le changement climatique :
Il a ainsi déclaré en 2012 que le changement climatique avait été "créé par et pour les Chinois afin de rendre la production américaine non compétitive". Ce qu'il a qualifié ensuite de blague. Il a également lancé des dizaines de tweets suggérant que le temps froid réfutait le changement climatique - malgré le fait que l'Organisation météorologique mondiale dise que les 20 années les plus chaudes enregistrées ont été les 22 dernières années.
Changement de ton à la Maison Blanche
Depuis son élection, Donald Trump a beaucoup moins twitté sur le changement climatique. Il a par ailleurs adopté une position plus ambiguë et parfois incohérente, à l’image de l’interview donnée au New York Times en novembre 2016 : "Je pense qu'il y a une certaine connectivité (ndlr. entre les activités humaines et le changement climatique). Il y en a, il y a quelque chose. Cela dépend de la quantité. Cela dépend aussi de ce que cela va coûter à nos entreprises".
Autre exemple sur les ondes de la CBS en octobre 2018 : "Je ne pense pas que ce soit un canular. Je pense qu'il y a probablement une différence. Mais je ne sais pas si c'est fait par l'homme... Je ne veux pas donner des milliards et des milliards de dollars."
Réthorique marquée avant tout par des préoccupations électorales
Nombre de commentateurs ont suggéré que Donald Trump avait tendance à confondre le changement climatique avec l'environnement en général. "Il ne comprend pas vraiment ce qu'est le changement climatique", déclare le professeur Michael Gerrard, professeur de droit de l'environnement à l'université de Columbia.
« Donald Trump ne croit en rien au changement climatique - c'est un nihiliste du climat », explique pour sa part Joseph Goffman, directeur exécutif du programme de droit de l'environnement de Harvard. « Sa position est basée sur son besoin de faire appel à "la partie de l'establishment républicain qui rejette la politique climatique", ajoute le spécialiste qui a précédemment travaillé comme directeur du personnel démocrate au sein de la commission environnementale du Sénat.
Joseph Pinion, un stratège républicain qui a appelé à plus d'action sur le changement climatique, soutient également l’idée que Donald Trump considère la question d'un point de vue plus politique que moral : "Il ne gagnera pas en se présentant sur l'environnement. Comme en Amérique, le climat n'est pas un problème, il en fait son cheval de bataille. Si les démocrates considèrent la question comme une priorité, c'est uniquement parce qu'ils veulent le battre".
Nouveau discours pour les présidentielles ?
Les actions de l'administration Trump ont largement fait reculer les mesures de lutte contre le changement climatique. Certains voient cependant un changement de ton dans les derniers discours du Président : « Je suis un écologiste. Je le suis. Je veux l'eau la plus propre de la planète. Je veux l'air le plus propre de la planète." a-t-il affirmé en décembre 2019. De là à parler de rédemption, il est un pas qu’on ne saurait franchir…
Citations de Donald Trump [rts.ch/wikipedia]
Un sondage Pew Research Center, réalisé à la fin de l’année passée, a en effet révélé que 52 % des jeunes républicains estiment que le gouvernement fait trop peu pour réduire les effets du changement climatique, tandis qu'un autre sondage, de l'université de Monmouth, a révélé que près des deux tiers des républicains croient maintenant au changement climatique - une augmentation de 15 % par rapport à il y a seulement trois ans.
"Vous pouvez trouver des moyens de gagner des élections avec des marges de plus en plus étroites, mais nous arriverons bientôt au point où un parti qui n'a pas de solutions sur le changement climatique ne pourra plus obtenir la majorité des suffrages " constate Joseph Pinion.
Donald Trump arrivera-t-il à adapter son discours sur le climat pour les élections ? La question est ouverte…
Philippe Jeanneret
Vous trouverez la version intégrale de l’analyse de la BBC en cliquant sur ce.