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En décidant de ne pas rencontrer le chef religieux tibétain, le gouvernement suisse envoie un mauvais signal, estime Kelsang Gyaltsen, le représentant européen basé en Suisse du dalaï-lama.Ce contenu a été publié le 03 août 2009 - 19:00
Le chef spirituel et Prix Nobel de 74 ans effectue sa 22e visite en Suisse cette semaine pour dispenser des cours et des conférences sur le bouddhisme et la paix.
Le Conseil fédéral a suscité la controverse en renonçant à le recevoir officiellement, certaines voix critiques l'accusant de céder aux pressions de la Chine.
swissinfo.ch: Comment réagissez-vous à l'attitude du gouvernement suisse?
Kelsang Gyaltsen: Sa Sainteté ne souhaite causer aucun embarras à aucun gouvernement qui l'accueille. Cela ne lui pose aucun problème.
Mais, en tant que suisse et tibétain, je suis déçu de cette décision. Elle est improductive et n'envoie pas un bon signal pour que les autorités chinoises revoient leur politique à l'égard du Tibet et des autres minorités chinoises.
J'ai l'intime conviction que des membres de la communauté internationale doivent demander clairement au gouvernement chinois de renoncer à la pression et au harcèlement pour régler la question du Tibet par le dialogue et la négociation.
En tant que Suisse et Tibétain, je crois aussi que cette décision ne sert pas les intérêts de la Confédération. Celle-ci est connue pour se consacrer aux valeurs et traditions humanitaires ainsi qu'aux idéaux de liberté et de démocratie. En décidant de ne pas rencontrer le dalaï-lama, le Conseil fédéral porte atteinte d'une certaine façon à la crédibilité de la Suisse en tant que représentant de ces valeurs au sein de la communauté internationale.
swissinfo.ch: Quelles sont les perspectives d'un rapprochement entre les Tibétains en exil, dirigés par le dalaï-lama, et le gouvernement chinois?
K.G.: La situation au Tibet est très sombre. Il y règne une atmosphère d'intimidation et de peur.
La plupart des régions sont toujours fermées et aucun touriste ou étranger ne peut s'y rendre. On nous rapporte quotidiennement des arrestations et de lourdes condamnations contre des Tibétains. Les mesures de sécurité semblent toujours importantes et l'armée est présente dans de nombreuses régions. En outre, selon des informations récentes, les Chinois ont installé des caméras pour surveiller les mouvements des gens, y compris dans des endroits reculés.
Les restrictions de mouvement sont très sévères et, dans certaines villes, il faut demander une autorisation pour se rendre d'un quartier à l'autre.
swissinfo.ch: Plus le dalaï-lama avance en âge, et plus la question de sa succession devient sensible. Vous faites-vous beaucoup de soucis pour l'avenir, une fois qu'il ne sera plus là?
K.G.: Bien sûr que l'absence du dalaï-lama sera une grande perte pour le peuple tibétain, incontestablement.
Mais Sa Sainteté et le gouvernement tibétain en exil s'y préparent en déployant de grands efforts pour démocratiser nos institutions et notre société. L'avenir ne dépend pas seulement d'une personne et la responsabilité de la liberté des Tibétains est assumée par chacun d'entre eux.
Depuis 2001, nous avons créé un pouvoir politique. Tous les Tibétains en exil élisent le premier ministre du gouvernement en exil. Nous disposons donc déjà d'institutions démocratiques saines et de structures démocratiques.
Nous croyons que le dalaï-lama va vivre de nombreuses années encore. Il est en excellente santé et nous avons donc toutes les raisons de penser que sa durée de vie sera plus longue que celle du Parti communiste chinois.
swissinfo.ch: Avec d'autres orphelins tibétains, vous avez reçu l'asile en Suisse en 1963, où vous êtes resté depuis vos 11 ans. Quelle est votre relation avec vos deux pays?
K.G.: Je suis suisse et tibétain. Je suis très reconnaissant envers la Suisse qui m'a donné un second chez-moi. Je pense que les valeurs et traditions humanitaires de ce pays ainsi que l'histoire de sa liberté et de sa démocratie ont joué un rôle très important dans la construction de ma vision du monde et de mes propres valeurs.
En même temps, même si j'ai grandi en Suisse, j'ai grandi parmi des Tibétains et un moine tibétain m'a enseigné le bouddhisme, la langue et l'histoire de mon pays d'origine. Les concepts et valeurs bouddhistes constituent donc une part essentielle de mon être.
Je crois qu'il existe un lien psychologique et émotionnel puissant entre Suisses et Tibétains. Ces deux peuples ont une forte identité de montagnards. Les deux pays sont petits, pris en sandwich entre de grands voisins et, par conséquent, sont très fiers de leur identité propre.
Je me sens chez moi en Suisse. Mes enfants sont nés ici et vont à l'école ici. La Suisse est devenue ma deuxième maison, dans le vrai sens du mot.
Simon Bradley, swissinfo.ch
(Traduction de l'anglais: Isabelle Eichenberger)
22e visite en Suisse
Le dalaï-lama sera à la patinoire de Malley à Lausanne les 4 et 5 août pour dispenser des cours et une conférence publique devant plus de 12'000 personnes.
Il doit rencontrer le président du gouvernement vaudois Pascal Broulis, son collègue du gouvernement Philippe Leuba et d'autres personnalités.
Le 6 août, il doit rencontrer la présidente de la Chambre basse, Chiara Simoneschi-Cortesi, chargée par le gouvernement suisse de recevoir le chef spirituel.
Il s'exprimera ensuite à Genève devant plus de 100 intellectuels chinois et tibétains.
La Suisse abrite environ 4000 Tibétains, soit la 1re communauté en Europe et la 3e dans le monde.
Le dalaï-lama réagit
Le dalaï-lama ne sera pas reçu par le gouvernement suisse. «Il n'y a vraiment aucun problème pour moi», assure le leader tibétain dans un entretien au Tages Anzeiger.
«C'est leur décision. C'est en ordre», indique-t-il, avant de préciser que les motivations de son voyage en Suisse ne sont pas politiques, mais religieuses.
Perspective suisse
La Suisse soutient le dialogue avec la Chine et les chefs religieux tibétains, y compris le dalaï-lama, indique le Ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE).
Comme la communauté internationale, elle reconnaît le Tibet en tant que région autonome de Chine, transformée en une province en 1951.
La Suisse ne reconnaît pas le gouvernement tibétain en exil basé à Dharamsala (Inde) et n'entretient pas de relations officielles. Elle estime que seul le dialogue peut régler la question tibétaine de manière appropriée.
En 1991, la Suisse a été le 1er occidental à institutionnaliser le dialogue avec la Chine sur les droits de l'homme. La 10e rencontre s'est tenue à Pékin en juillet 2008 et la 11e doit avoir lieu cet été.
Kelsang Gyaltsen
Né en 1952 à Batang, il s'est réfugié en Suisse en 1963, après avoir fui en Inde. Il a étudié et travaille encore en Suisse.
En 1999, il est devenu le représentant du dalaï-lama en Europe. Il est aussi l'un des deux émissaires chargés de conduire le dialogue avec le gouvernement chinois.
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