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Après l’échec attendu de l’initiative populaire pour une fusion des cantons de Vaud et Genève, il est utile de revenir sur certaines idées « brassées » pendant la campagne. Par exemple, l’efficacité de la structure politique cantonale n’a jamais été mise en cause. Au contraire, les initiants voulaient la création d’un supercanton.
Or, en matière d’aménagement du territoire, il est depuis longtemps reconnu que le découpage du pays en cantons est inadéquat. La concentration géographique des entreprises et des populations, comme le nuage de Tchernobyl, ignore les limites institutionnelles. La polarisation territoriale de certaines villes va largement au-delà des frontières politiques communales, cantonales, voire nationales. Zurich se répand abondamment dans les cantons d’Argovie et Zoug, Genève déborde amplement dans le canton de Vaud, et les départements français de l’Ain et de la Haute-Savoie, Bâle fait de même en France et en Allemagne. Ces débordements mettent en cause des structures politiques désuètes et imposent de s’interroger sur le concept de régions.
Pendant la campagne référendaire, la fusion Vaud-Genève a souvent été présentée comme le premier pas de multiples regroupements permettant de régionaliser la Suisse, de manière à atteindre des tailles comparables à celles des régions européennes. Mais se posent alors des questions importantes : Vaud et Genève forment-ils ensemble une région ? La Suisse romande est-elle une région ? Est-il sans danger d’utiliser la notion de région ? Cette notion est-elle neutre et inoffensive ?
La région contre l’Etat
Jusqu’à aujourd’hui, l’entité régionale a presque toujours été employée comme critique radicale à l’Etat-Nation au profit d’identités souvent meurtrières. En Catalogne et au Pays basque, contre l’Etat espagnol ; en Bretagne et en Corse, contre l’Etat français; sans oublier le retour du nationalisme « régional » dans les Balkans et l’Est européen.
La fin des Etats-Nations qu’annonce la mise en place de l’Union européenne implique-t-elle fatalement l’Europe des régions ? Dans une telle perspective, l’approfondissement des inégalités régionales pourrait conduire l’Europe au pire. Dans le processus de la construction européenne, d’autres acteurs territoriaux méritent d’être mis en valeur, en particulier les villes.
Une Europe des villes
En Suisse sous l’ancien Régime, les villes détenaient le pouvoir politique et les campagnes le pouvoir économique. Dans la Suisse moderne, la situation est inverse. Les villes abritent la grande majorité de la population et des emplois ; elles jouent un rôle décisif en matière sociale, culturelle, économique. Aujourd’hui, ce sont les villes qui définissent leurs régions et non l’inverse comme par le passé. Mais, emprisonnées dans des structures anciennes devenues peu efficaces – en Suisse, l’organisation cantonale -, les villes ne possèdent pas un pouvoir qui correspond à ces responsabilités.
A la proposition d’une Europe des régions, d’une Suisse des cantons, même regroupés, il est possible d’opposer le projet d’une Europe des villes, d’une Suisse des villes. dm