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Critique
"La peinture de Francis Bacon (1909-1992) fut, en grande partie, une recherche sur ""La"" manière de peindre l'homme dans sa solitude, nu, dépouillé de toutes ses prétentions. LOVE IS THE DEVIL tente de souligner toute l'humanité d'un personnage iconoclaste, souvent proche de la folie, à travers une brève période de sa vie en 1964. Cette volonté de John Maybury peut susciter quelques réactions négatives au premier abord. Sexuellement masochiste ou encore intellectuellement sadique, la vie de Francis Bacon tombe souvent dans les excès. L'homme au féminin y prend une place débordante. L'alcool et la drogue y coulent à flots. Le charnel est immergé dans les rapports de soumission.
Cette atmosphère quelque peu dantesque ne doit toutefois pas effacer tout l'intérêt de la création de John Maybury. Derrière la mise en évidence de Francis Bacon, LOVE IS THE DEVIL fait preuve de beaucoup d'ingéniosité. Son réalisateur offre une palette impressionnante des possibilités actuelles du septième art. A la manière d'un peintre, il a construit son film par fragments visuels et sonores très différents les uns des autres. L'assemblage de toutes ces fresques forme un cadre homogène et crée véritablement l'ambiance du film. Maybury peut ainsi mettre en évidence deux corps nus, à travers une lumière très contrastée, à la manière d'une nature morte. Le réalisateur peut filmer les réunions de Bacon avec ses amis dans un pub de Londres à travers des bouteilles et des verres. Effet prismatique. Ambiance délirante. Ou encore Maybury peut laisser sa caméra en plan fixe sur le peintre irlandais en train de créer son oeuvre.
Le titre du film est donc significatif en soi. Univers extrême, LOVE IS THE DEVIL oscille constamment entre le plan séquence et le clip vidéo, entre le délire psychédélique et la contemplation esthétique. Ce tangage remue fortement l'estomac et pousse parfois le spectateur dans ses derniers retranchements. Mais le bateau ivre de Maybury surprend plus souvent qu'il ne donne la nausée. Toute l'originalité des images de LOVE IS THE DEVIL réside certainement dans cette volonté de restituer un genre de cinéma, où la caméra se met au service des personnages, et réciproquement."
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