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Raconter la souffrance. Se mettre à la place de celui qui dépérit. Chose malaisée. Max Blecher en a fait un roman autobiographique. Radu Jude en a tiré un film, Inimi cicatrizate, dont le photogramme ci-dessus est extrait. Photogramme? Si l'arrondi de l'image suggère la pellicule, c'est aussi que l'oeuvre a bien été tournée en 35 mm, avec une caméra ArriCam Studio (merci de cette précision à Jürg Lempen, l'un des ingénieurs du son du film). Le personnage couché s'appelle Emanuel, il a 21 ans, et souffre d'une tuberculose osseuse le contraignant à passer ses journées dans un sanatorium de la Mer Noire. Nous sommes en 1937. Traitement classique, plutôt dépouillé, pour une reconstitution juste mais discrète, concentrée sur son héros, sans digressions ou fioritures inutiles. On pourrait appeler cela de la belle ouvrage. Le film mérite un peu plus. Il sait trouver son rythme, ses respirations, ses articulations, ses pleins et ses déliés. Ses deux heures 21 ne paraissent pas si longues. Aferim!, le précédent film de Radu Jude, cinéaste roumain qui, entre Corneliu Porumboiu et Cristian Mungiu, a son importance, nous avait déjà séduit. Il figurait en compétition à la Berlinale 2015 et ce blog doit quelque part en conserver une trace. Inimi cicatrizate est cette année en compétition à Locarno. Il n'est pas moins honorable.