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Quand on demande à Alejandro Jodorowsky comment est née la psychomagie, il répond « Par la vie peu commune que j’ai vécue, depuis ma naissance dans un petit village du Chili où j’étais enfermé comme un rat. Mais le rat a abandonné le morceau de fromage et s’est enfui de sa cage. » Oui, son histoire, commencée en 1929, est bien celle d’une libération perpétuelle au moyen de l’art. Elle le mènera successivement des années chiliennes de révolte contre sa famille d’abord, puis de ruptures avec amantes et amis de l’avant-garde de Santiago, aux premières années parisiennes (1953-1965) où il écrit des pantomimes pour Marcel Marceau (les plus célèbres, comme « La Cage » ou « Le Fabricant de masques », c’est lui), passe par le théâtre de l’absurde (Ionesco, Beckett, Arrabal) pour en venir au happening qu’il appelle le « théâtre éphémère ». « Il s’agissait de proposer à une personne de faire quelque chose qu’elle n’avait jamais fait auparavant. Un acte poétique, toujours constructif, jamais destructif. Très vite, j’ai senti que cela avait une vertu thérapeutique. » La Psychomagie, acte guérisseur visant à éliminer ce qui empêche la personne d’être soi, était née.
Psychomagie, un art pour guérir s’ouvre sur une courte présentation par Jodorowsky (90 ans, vitalité inentamée) opposant Freud, un neurologue aux racines scientifiques, inventeur d’une thérapie par les mots interdisant au thérapeute de toucher ses patients, à Jodorowsky, metteur en scène aux racines artistiques, inventeur d’une thérapie par les actes recommandant au thérapeute de toucher ses consultants. Une façon de placer la barre plutôt haut, parfaitement légitime, se dit-on, une fois le film vu. Celui-ci montre quelque quinze exemples de rituels profanes (autant de chapitres) - chacun n’ayant lieu qu’une seule fois - filmés ces quinze dernières années par Jodorowsky ou son épouse pour la plupart. (...)
Ce qui est progressivement évident en regardant le film, c’est que Jodorowsky, avec la psychomagie, applique aux autres la cure qu’il s’est appliqué à lui-même en faisant ses films, particulièrement les autobiographiques La dansa de la realidad et Poesia sin fin. D’où le sentiment que Psychomagie appartient pleinement à cettee oeuvre qui tire sa cohérence d’une volonté de guérir, pour lui-même et sa famille, mais aussi pour la société toute entière. Avec pour résultat une énergie créatrice et une capacité d’empathie pour l’autre peu communes et très émouvantes de la part d’un homme de son âge. On ne peut que se réjouir qu’il prépare le troisième volet de son autobiographie Voyage essentiel consacré aux premières années parisiennes après qu’il eut quitté le Chili en 1953.
Christian Bernard, Scène Magazine