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Le mulet a fait ses preuves en tant que partenaire polyvalent et fiable de l’homme - que ce soit comme animal de charge, de trait ou même de selle. Cependant, le mulet a été graduellement relégué dans l’ombre par le cheval de sport et de loisir et ne retient que rarement l’attention du grand public.
La pouliche mulet Baila s’est révélée être une petite beauté au concours de poulains à Einsiedeln. Photo: Josefine Jacksch
Un mulet est un équidé hybride issu du croisement entre un âne mâle et une jument. Un bardot est le produit du croisement d’un étalon et d’une ânesse. Les animaux des deux espèces sont désignés avec le terme de mulet dans l’espace francophone selon Josefine Jacksch de la Société des amis du mulet (IG Maultier). Les mulets et les bardots ne peuvent pas être distingués visuellement, mais l’on dit que dans un pré commun, les mulets se joignent aux chevaux et les bardots aux ânes. Si l’on ne veut pas se fier uniquement au test du pré mais que l’on désire néanmoins savoir lequel des parents d’un mulet était un cheval et lequel un âne, une analyse cytogénétique en laboratoire permet de déterminer avec certitude quel parent était ou est un cheval resp. un âne.
La Société des amis du mulet organise régulièrement des promenades à dos de mulet, rassemblant une ribambelle de ces animaux aux longues oreilles lors de ces sorties. Photo: Josefine Jacksch
Le mulet en Suisse
Comme indiqué dans le «Guide pratique pour la détention des mulets et des bardots» d’Agroscope, le mulet a été introduit en Suisse par les Romains et était utilisé comme animal de rente en particulier dans les régions montagneuses. Dans nos contrées, le mulet a connu son apogée entre le XVIe et le XIXe siècle. On élevait alors principalement deux types de mulets: un animal de trait de grand gabarit mesurant entre 155 et 175 cm au garrot et un animal de bât et de selle plus petit et plus léger mesurant entre 140 et 150 cm.
Elevage
L’élevage de mulets et de bardots se fait toujours avec des chevaux et des ânes, les mulets étant, dans la majorité des cas, inaptes à la reproduction. Ce fait est dû au nombre impair de chromosomes, les mulets en ayant 63. La Société des amis du mulet ainsi que la brochure d’Agroscope mentionnée plus haut - réalisée en collaboration avec ladite société - expliquent ce phénomène comme suit:
Lors de la production de cellules reproductrices (spermatozoïdes et ovules, appelés gamètes), les chromosomes sont répartis également entre les gamètes. Ainsi, les ovules ou les spermatozoïdes ne contiennent qu’un seul jeu de chromosomes. Après la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde, on retrouve donc à nouveau le bon nombre de chromosomes. Dans le cas des mulets et de leurs 63 chromosomes, cette répartition entre les gamètes est difficile car le 63e chromosome est endommagé lors de ce processus, résultant en des spermatozoïdes ou des ovules défectueux. Cependant, la répartition ne se fait pas toujours de la même manière: dans de très rares cas, l’information génétique est suffisante pour créer des gamètes fonctionnels malgré le nombre impair de chromosomes. Un tel ovule pourra donc être fécondé par un étalon (cheval ou âne) et devenir un poulain en bonne santé. Les femelles mulet peuvent donc être fertiles selon les circonstances. Cependant, seulement deux naissances de poulains issus d’un tel croisement ont été prouvées scientifiquement jusqu’à présent dans le monde. Le même principe s’applique pour les étalons mulets, mais, vu le nombre de spermatozoïdes déjà très restreint dans ces cas-là, il est très improbable que suffisamment de sperme fonctionnel soit produit pour saillir une jument. Jusqu’à ce jour, il n’existe aucun cas documenté.
Les mulets dans l’armée
L’élevage de mulets en Suisse a longtemps été subventionné par l’Etat, notamment pour fournir suffisamment d’animaux de charge performants à l’armée. Ces mulets étaient produits à partir d’ânes étalons et de juments franches-montagnes. Depuis la réduction des effectifs du train en 2002, seul un nombre restreint de mulets est encore utilisé dans l’armée suisse. En conséquent, le subventionnement étatique a également été suspendu. Malgré cela, selon le «Rapport de la filière équine suisse 2016», le nombre de mulets a cependant à nouveau augmenté au cours des dix dernières années. Le mulet est aujourd’hui très apprécié comme partenaire de loisir et pour les activités touristiques.
La Société des amis du mulet
(IG Maultier)
Le succès que connaît le mulet actuellement est également dû à la création, en 1989, de la Société des amis du mulet (IG Maultier). A côté de la promotion générale de l’intérêt pour le mulet, la société s’engage en particulier pour une solide formation des animaux et de leurs détenteurs. Josefine Jacksch explique: «Les mulets ne sont ni des chevaux ni des ânes et ne fonctionnent pas comme ceux-ci. Ils ont des besoins et des spécificités propres à l’espèce, c’est pourquoi nous conseillons aux nouveaux détenteurs d’aller chercher de l’aide auprès de spécialistes compétents qui aiment travailler avec ces animaux.» La société aide aussi les détenteurs de mulets à trouver des vétérinaires, maréchaux et pareurs ayant de l’expérience avec les mulets dans leur région. De plus, la société s’engage pour la préservation et l’élargissement des connaissances sur le mulet, prend part à des salons du cheval et organise des activités internes comme le «Mulihöck» ou des chevauchées conviviales.
Apprécié comme animal de selle
Bien qu’en Suisse les mulets soient encore utilisés comme bêtes de somme à l’armée et comme animaux de trait et de charge dans le tourisme, ils rencontrent un grand succès principalement comme animaux de selle et de loisirs. Josefine Jacksch, qui détient elle-même deux mulets, dévoile pourquoi elle préfère ces derniers aux chevaux: «Mes deux mulets m’ont beaucoup appris sur la relation entre l’homme et les équidés et l’équitation en général. Ils sont beaucoup plus critiques envers l’être humain que les chevaux et exigent toute ma concentration, ce qui rend le travail avec eux certes intensif mais également très intéressant.» Grâce à la grande curiosité de ses mulets, elle a notamment découvert beaucoup de choses dans son entourage qu’elle n’aurait jamais remarquées autrement, explique Josefine Jacksch.
Les mulets compatibles avec le Parelli
L’un des formateurs et cavalier de mulets les plus connus en Suisse est Adrian Heinen, instructeur cinq étoiles de la méthode Parelli. L’expert explique comment il a découvert les mulets: «A l’époque, j’habitais dans la région de Visp en Valais où l’on ne peut monter à cheval que dans la vallée. A l’époque, on y prévoyait la construction de l’autoroute et je me disais qu’il n’y aurait bientôt plus de place pour partir en promenade. S’il ne restait plus que les côtés escarpés de la vallée, je serais plus à l’aise avec des mulets qu’avec des chevaux.» Ses premières expériences avec des mulets, Heinen les avait faites dans le train à l’école de recrues. A Visp, il noua ensuite des contacts avec la famille Gentinetta, active dans la détention et le commerce de mulets depuis des générations.
Adrian Heinen raconte ensuite comment, à travers l’étude de la maigre littérature traitant de mulets, il a trouvé son mentor Pat Parelli. En effet, l’homme de cheval américain Parelli est un excellent entraîneur polyvalent, chose très peu connue du grand public. Heinen explique: «Avec Parelli et à travers mes propres expériences avec les chevaux et les mulets, j’ai remarqué qu’avec un seul et même cheval, de nombreux cavaliers et entraîneurs étaient capables de fournir des performances et de remporter des succès. Avec les mulets, ce n’est que très rarement le cas».
De bons professeurs
L‘expert de longue date voit le rapport entre les hommes et les équidés de manière très philosophique: «Selon moi, il est tout à fait naturel que les hommes rencontrent des difficultés dans leur relation avec le cheval. En effet, l’être humain est un prédateur et les prédateurs sont les ennemis des équidés. Les connaissances que nous avons sur les équidés sont encore et toujours principalement marquées d’une perspective humaine. Les instincts et la manière de réfléchir des chevaux, des ânes etc. ne sont pas vraiment pris en considération. Evidemment, les exceptions confirment la règle.» Adrian Heine raconte que son expérience avec les hommes et les équidés lui a montré que toute personne pensant bien savoir travailler avec des chevaux devait faire le test avec des mulets. Si les résultats sont tout autant bons avec les mulets, la personne peut continuer de travailler ainsi avec les chevaux. Dans le cas contraire, la personne devrait fondamentalement remettre en question sa méthode d’entraînement et chercher à s’améliorer aussi avec les chevaux. «Les mulets sont donc aussi de très bons professeurs pour les professionnels du cheval», conclut l’instructeur Parelli.
Polyvalents, robustes et têtus
Les spécialistes s’accordent sur le fait que les mulets réunissent la force et la volonté du cheval et la robustesse de l’âne. Ils présentent une haute résistance contre les maladies et sont souvent très équilibrés mentalement. Mais le croisement du cheval et de l’âne peut aussi se révéler exigeant, par exemple dans des situations effrayantes. Les chevaux réagissent souvent par la fuite, les ânes ont cependant plutôt tendance à se figer. Les mulets, quant à eux, ont, selon leur personnalité, souvent un caractère ressemblant soit à celui du cheval, soit à celui de l’âne, soit aux deux de manière équilibrée. Ainsi, un mulet peut s’effrayer et commencer par prendre la fuite pour ensuite s’arrêter soudainement et fixer la «menace» pendant de longues minutes. Une chose est sûre: on ne s’ennuie jamais avec un mulet.
Barbara Würmli
Josefine Jacksch
Josefine Jacksch et Zorro en balade décontractée. Photo: Josefine Jacksch
Impressions de la descente d’Erschmatt lors des journées du mulet valaisannes. Photo: Josefine Jacksch
Des mulets fiables et bien formés comme Bigi dans la propriété de Romy Balsiger peuvent même être utilisés pour faire de la voltige. Photo: Josefine Jacksch
Bien que l’armée ne détienne plus qu’un nombre restreint de mulets, le travail avec ces animaux performants est néanmoins toujours montré lors des journées portes ouvertes de l’école de recrues de Sand Schönbühl. Photo: Josefine Jacksch