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06.09.2022 | Achille Jouberton, Stephanie Kusma | News WSL
Des millions de personnes dépendent de l'eau provenant des glaciers des hauts sommets d'Asie. Or, le sud-est du Tibet compte certains des glaciers qui fondent le plus rapidement dans tout le continent. Ce phénomène s'explique par la diminution des chutes de neige en été, comme le montre une étude menée par l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL.
Contrairement aux glaciers alpins, les glaciers du plateau tibétain sont principalement alimentés en neige pendant les mois d'été, qui sont les plus humides mais aussi les plus chauds. Les glaciers du sud-est du plateau tibétain alimentent le fleuve Brahmapoutre, dont des millions de personnes en aval dépendent pour des usages domestiques, agricoles et industriels.
Des satellites d'observation de la Terre ont récemment révélé que le taux de perte de masse des glaciers de cette région est parmi les plus élevés d'Asie, et que cette perte s'accélère depuis quelques décennies. Nous savons que la hausse des températures due au changement climatique entraîne la fonte des glaciers, mais est-ce vraiment le seul facteur à l'origine du recul rapide des glaciers dans cette région?
La réponse est non, comme l'indiquent les recherches menées par Achille Jouberton et Francesca Pellicciotti du WSL, en collaboration avec l'Institut de recherche sur le plateau tibétain de l'Académie chinoise des sciences. Les scientifiques ont dissocié les divers mécanismes à l'origine de la forte sensibilité des glaciers du sud-est du Tibet au réchauffement.
Pour identifier ces mécanismes, ils ont reconstitué le climat et les variations de masse du glacier Parlung n° 4 dans le sud-est du Tibet au cours des 45 dernières années. Il s’agit de la plus longue reconstruction des variations de masse pour un glacier dans cette région.Le modèle glacio-hydrologique de dernière génération utilisé par les scientifiques a été alimenté par un important jeu de données recueillies sur le terrain et par télédétection. Les modèles glacio-hydrologiques intègrent à la fois des processus glaciologiques et hydrologiques, par exemple l'écoulement des glaciers et le débit des cours d'eau.
Les variations à long terme des phases de précipitation – pluie ou neige – sont toutefois très difficiles à observer, surtout aux altitudes élevées où se situent les zones d'accumulation des glaciers. Ces variations nécessitent des mesures en continu des précipitations, souvent coûteuses et entachées de fortes incertitudes. Par conséquent, le recours à un modèle bien informé, calibré avec des données collectées localement, était la voie la plus pratique pour les quantifier.
Les scientifiques ont découvert que l'accélération de la perte de masse résultait essentiellement du fait qu'une partie des chutes de neige estivales était remplacée par des pluies, réduisant l'accumulation de neige – qui se transforme par la suite en glace – sur les glaciers. Les résultats montrent aussi que la fonte des glaciers a augmenté, mais que la diminution de l'accumulation de neige a été une cause plus importante de la perte de masse récente dans cette région.
Le fait que la neige s'accumule moins sur les glaciers a pour effet secondaire d'exposer la glace des glaciers au soleil et à la chaleur pendant une plus grande partie de la saison de fonte, qui peut être considérablement renforcée. Ce phénomène s'est également manifesté dans les Alpes cet été, où une faible accumulation hivernale a entraîné une fonte estivale précoce et excessive.
Globalement, les résultats montrent toute l’importance pour les projections des variations des glaciers de tenir compte des variations des mécanismes d'accumulation des glaciers. En outre, cette étude contribue à expliquer pourquoi les glaciers à accumulation estivale sont particulièrement sensibles au réchauffement.
L'étude a été publiée dans la revue scientifique PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America).
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