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L’accroissement des inégalités sociales suscite depuis plusieurs années l’intérêt de la recherche, des médias et de la politique. Nous consacrons nous aussi une série à ce thème. Une des premières questions qui se pose est de savoir pourquoi les inégalités économiques au sein d’une société constituent un problème.
Série: l'inégalité sociale en SuisseEnd of insertion
La montée du nazisme pendant la Grande Dépression des années 30 et d’autres exemples historiques montrent bien que la situation devient dangereuse quand de nombreuses personnes rencontrent de sérieuses difficultés économiques. Mais les inégalités sociales sont-elles dangereuses en soi?
En théorie, il est possible de concevoir une société où il y a des différences sociales mais pas de pauvreté absolue. Cette idée se manifeste en particulier dans le concept de «pauvreté relative»: ne sont pas seulement considérées comme pauvres les personnes qui souffrent de privation matérielle, mais également celles qui ont moins par rapport à la prospérité médiane du pays.
Professeur d’économie à l’Université de Saint-Gall, Reto Föllmi explique: «Cela devient dangereux quand le sentiment que ce qu’on apporte à la société par son travail ne correspond pas à ce qu’on en reçoit». Autrement dit: des tensions sociales peuvent apparaître.
Robert Fluder, professeur à la Haute école spécialisée bernoise estime également que les inégalités matérielles peuvent constituer une menace pour la paix sociale: «Des conflits pourraient émerger si l’évolution se poursuit ainsi», dit-il.
La progression des inégalités permet à un cercle restreint de personnes de gagner une influence politique toujours plus grande. Le chômage et la pauvreté au travail figurent en effet parmi les facteurs auxquels on attribue la montée du populisme en Europe et aux États-Unis. L’inégalité sociale représente aussi un danger pour la démocratie. Nous consacrons un article particulier à cette question.End of insertion
Les inégalités freinent la croissance économique
Les inégalités sociales ne menacent pas seulement la stabilité politique, mais aussi la croissance économique. Reto Föllmi estime que, lorsqu’elles sont trop fortes, elles ont une influence négative sur la motivation des individus et leur propension à prendre des risques. Une personne comparativement très pauvre par rapport à la majorité de la population n’aura pas les moyens financiers et probablement pas le courage de fonder une entreprise.
La consommation globale baisse aussi lorsque les biens matériels sont concentrés dans les mains d’un groupe restreint, ce que montre également l’exemple des successions: souvent, ceux qui héritent sont de riches retraités. «Pour la consommation, il serait nettement préférable que l’argent aille à de jeunes familles qui en ont d’ailleurs vraiment besoin.» Il serait donc mieux pour l’économie que l’argent passe directement dans le circuit économique plutôt que d’aller dormir sur le compte d’un retraité déjà fortuné.
Certaines études, contestées, affirment en outre que les inégalités entravent la croissance économique. Lorsque les riches deviennent encore plus riches, le PIB en souffre, indique une étude Fonds monétaire international (FMI). L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) met également en garde contre le fait que «la progression des inégalités est néfaste pour la croissance économique à long terme».
Trop de richesse est néfaste pour l’environnement
Pour sa part, le WWF Suisse relève que la Suisse porte préjudice à l’environnement par la quantité de ressources qu’elle utilise parce que, en comparaison mondiale, les Suisses sont extrêmement riches et consomment beaucoup. D’un autre côté, de nombreuses alternatives respectueuses de l’environnement dans les domaines de l’alimentation, de la mobilité et de l’énergie sont plus chères et requièrent un certain niveau de vie pour y accéder. Toutefois, les comparaisons globales montrent qu’un excès de richesse est mauvais pour l’environnement. Dans une étude consacrée à l’Amérique latine, un chercheur de l’Université de Berne arrive à la conclusion suivante: «Une répartition plus uniforme des revenus et de la terre serait non seulement plus juste, mais aussi un moyen efficace pour mieux protéger l’environnement».
Mais après tout, les inégalités sociales ont-elles aussi des aspects positifs? Certainement: certains scientifiques estiment que l’inégalité sociale accroît la productivité pour autant qu’il existe des chances d’ascension sociale. La richesse des uns constitue pour ceux qui sont plus pauvres une incitation à travailler dur parce qu’ils veulent eux aussi devenir riches. Autrement dit: si tout le monde disposait de la même chose, indépendamment de la prestation et du travail, la motivation pour être productif baisserait. Et la croissance s’en ressentirait.
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