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L'histoire complète du cigare
Les cigares existent depuis des milliers d’années. Le tabac, base du cigare, est introduit en Europe par les navigateurs et explorateurs espagnols qui revenaient de leurs expéditions sur le sol américain (le Nouveau Continent par opposition au Vieux Continent désignant l’Europe). C’est par la suite aux Européens que l’on doit le développement de l’industrie du tabac, contribuant par la même occasion à la popularité mondiale du cigare.
L’Amérique du Sud : berceau du tabac
Les premiers fumeurs de cigares sont localisés en Amérique. Mais où et quand exactement, la question demeure encore une énigme. Un fait est cependant sûr : le tabac (la plante) vient d’Amérique du Sud. Pour l’heure, il est impossible de déterminer avec exactitude la date de son introduction à Cuba. Les historiens penchent sur une période allant de 3 000 à 2 000 ans avant Jésus Christ. Toujours d’après les chercheurs, les premières cultures de tabac sont organisées par les Indiens du Yucatan sur la partie mexicaine (sud du Mexique). C’est de cette région que la culture se répand dans toute l’Amérique du Nord et du Sud. Les aborigènes utilisent le tabac comme une plante médicinale, persuadés de ses vertus miraculeuses. La plante est également intégrée dans les différents rituels pratiqués à l’occasion de diverses cérémonies religieuses, d’évènements politiques et de manifestations sociales. Enfin, la culture du tabac occupe une place prépondérante dans le secteur agricole des civilisations précolombiennes. Pour résumer, le tabac est inhérent au mode et style de vie de ces peuples autochtones.
Les anciens Mayas
D’après les hypothèses admises au jour d’aujourd’hui, le cigare aurait été créé par les Maya qui auraient eu pour habitude d’envelopper le tabac soit dans des palmes (feuilles du palmier) soit dans du plantain. La découverte d’un vase maya du 10e siècle conforte cette hypothèse. Le récipient est en effet décoré d’une peinture représentant un Maya en train de fumer un de ces cigares originels. Ce vestige d’époque suffit plus ou moins à démontrer que fumer un cigare était assez commun dans cette civilisation Méso-Amérique. Il laisse cependant une interrogation en suspens : à quelle période les Mayas ont-ils découvert les plantes de tabac et quand ont-ils su qu’il est possible de les fumer ? Il est intéressant de constater que les Mayas utilisent le terme « sikar » (ou cegar) pour désigner l’action de fumer. C’est de cette expression que les Espagnols tirent le terme «cigarro » qui devient plus tard « cigare ». Il y a peu de type de cigares. Le plus connu est le Parejo dont la forme est probablement identique à celle des cigares que fumaient les Mayas.
Christophe Colomb, l’Espagne et le reste du Monde
En découvrant le continent américain, les Européens ne s’attendaient pas à faire une autre découverte qui allait marquer l’histoire du commerce mondial : celle du tabac. Lorsque Christophe Colomb pose les pieds en Amérique en 1492, il ne lui faut pas attendre longtemps pour faire connaissance avec la plante de tabac. Car parmi les indigènes du Nouveau Monde qu’il rencontre, il y en a qui fument des rouleaux cylindriques de feuilles de tabac entremêlées entre elles et enveloppées dans des feuilles séchées de palmier ou de maïs. Dans l’histoire, Christophe Colomb et ses compagnons sont les premiers Européens à connaître le tabac. Et c’est à travers les échanges (troc et commerce) que les Indiens révèlent cette plante aux nouveaux arrivants. En expérimentant le tabac des indigènes, les explorateurs comprirent que ce produit peut être source de bien-être physique et psychologique : c’est le début d’un coup de foudre qui dure jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, on raconte que l’un des bras droits de Christophe Colomb est pris d’une passion tellement grande pour ces premiers cigares de l’histoire qu’il en fumait chaque jour tout le long du voyage de retour en Espagne. Le royaume est d’ailleurs le premier pays européen où l’on dénombre le plus grand nombre de fumeurs. L’engouement est tel qu’en 1676, Séville, pour la première fois de l’histoire, fabrique ses propres cigares. Parallèlement à cet incroyable succès, les autorités mettent en place une politique d’encadrement légal du commerce du tabac assorti de mesures de répression afin de contenir le nombre de fumeurs en Espagne. Les contrevenants s’exposent alors à des punitions sévères. C’est surtout sous Philippe II que la loi se durcit, le souverain voyant dans les cigares un instrument diabolique. La passion vouée au cigare se répandit par la suite en Perse, au Japon, en Turquie et en Russie où l’on fumait illégalement. Dans ces pays, la loi interdit de fumer et est impitoyable à l’égard des fumeurs illégaux. Ces derniers encouraient des sanctions très dures et cruelles, allant d’une peine d’emprisonnement à une condamnation à mort. Paradoxalement, alors que l’interdiction de fumer les cigares battait son plein, le tabac ne cessait d’être sollicité sur le plan médical.
De l’Espagne au reste de l’Europe
En peu de temps, une grande partie de la population du Vieux Continent tombe d’amour pour le tabac. Le Portugal est le premier à succomber. La passion du cigare est importée en France par Jean Nicot, ambassadeur du Royaume de France au Portugal et réussi à s’y imposer en dépit des lois anti-tabac promulguées par Louis XIII. L’Italie est à son tour « contaminée » par la fièvre du tabac avant que celle-ci n’atteigne les autres nations européennes, dont l’Angleterre où le tabac fut introduit par sir Walter Raleigh, via Jersey, malgré la réticence de Jacques 1er. À cette époque, les manufacturiers espagnols créent un papier spécial dans lequel le tabac est enveloppé, rendant les feuilles de plantes inutiles. Cette nouvelle technique élève les cigares au rang d’œuvres d’art et, en conséquence, fumer s’érige en un mode de vie d’un grand raffinement. Le cigare continue de gagner en popularité au point que des entreprises se lancent dans la culture du tabac destiné à être vendu aux fabricants de cigares. Mais cet engouement populaire ne suffit pas à mettre fin à la méfiance des dirigeants comme en témoigne la décision catégorique du pape Urbain VIII d’excommunier les fumeurs. Si le cigare est autant prisé c’est également parce que son prix est abordable le rendant accessible aux gens du peuple. Ceci étant, il finit par devenir un des accessoires du parfait gentleman en Angleterre. La tendance est lancée lorsque le roi Edward VII, qui occupe le trône en 1901, met fin aux mesures restrictives sur les cigares instaurées par sa mère la reine Victoria. La France n’est pas en reste dans cette politique de libéralisation. En 1815, à la fin de la guerre d’Espagne, Napoléon ordonne la fabrication de cigares en France. La Grande-Bretagne s’y met dés 1820.
Les USA
Alors que l’Espagne tente de dominer et de monopoliser l’industrie du cigare, au même moment de nombreux fabricants prennent la décision de déménager à Key West, en Floride, principalement dans la baie de Tampa (à l’époque, cette région appartient au Royaume d’Espagne). Au début du 20e siècle, Tampa, dans le comté de Hillsborough, est surnommé la Ville du Cigare. Mais la véritable aventure nord-américaine du cigare débute en 1762 lorsque la première manufacture de cigares voit le jour aux USA. C’est grâce à Israël Putnam que cette initiative a pu être concrétisée. Lorsqu’il revient de Cuba où il fut enrôlé dans l'armée britannique, il rapporte dans ses bagages d’excellents Havanes ainsi que des semences de tabacs cubains qu’il cultive chez lui dans le Connecticut. Durant la 1re moitié du 19e siècle, les Américains ont fumé 300 millions de cigares. Le marché semblant arrivé à saturation, des fabricants décidèrent de s’implanter aux Philippines alors colonie espagnole.
Cuba
Le climat et le sol cubain sont propices à la culture du tabac. Les Espagnols n’ont pas mis longtemps à le découvrir et en 1799, ils inaugurent leur première manufacture de cigare à La Havane. Cette industrie naissante est protégée et favorisée par le monopole royal qui frappe la production de tabac depuis le 11 avril 1717 et qui fut instauré par le roi Philip V. En vertu du décret royal instituant ce monopole (l’Estanco del Tabaco), toute la production cubaine doit être enregistrée à Séville avant de pouvoir être exportée. Les opposants à cette loi sont exécutés. Le monopole est levé le 23 juin 1817, permettant aux cultivateurs d’exporter librement leurs productions dans le reste du Monde à condition qu’elles transitent par les ports espagnols. En 1859, il y a environ 10 000 plantations de tabacs et 1 300 manufactures de cigares rien qu’à La Havane. Le développement du secteur se poursuit jusqu’en 1961, année de la mise en place de l’embargo américain sur Cuba. Il faut attendre les années 1990 pour que le marché retrouve de l’entrain.