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La rubrique de La Liberté « il y a cent ans », très appréciée des lecteurs, vient de parler de l’école d’Ecuvillens. Elle mentionne que le Conseil d’Etat, suivant sa décision du 15 avril 1856, avait envoyé des garnisaires (= agents du gouvernement) dans ce village pour forcer les autorités communales à construire une maison d’école.
A cette époque, l’école était paroissiale, les filles du village allaient en classe à Posieux et les garçons de ce village venaient à Ecuvillens. Le maître d’école d’alors n’avait certes pas été un brillant élève de l’école normale. C’était un ancien domestique de campagne, un certain Chenaux, dit à Jean-Charles. La salle d’école était aménagée dans une vieille maison maintenant démolie.
Il parait que, après la mise au concours et les adjudications des travaux, ceux-ci furent rapidement exécutés. La maison bâtie était un beau bâtiment pour l’époque. C’était une construction en bois bien éclairée et aux façades en tavillons. Le toit n’était pas du style casquette comme on en voit beaucoup de nos jours. Ce beau toit peut encore se voir à Posieux.
Dans la maison d’école, plusieurs bons maîtres enseignèrent et des très nombreux élèves prirent place sur les longs bancs d’une salle déjà assez bien conçue. L’un des maîtres, qui passa toutes ses années d’enseignement au village, exigeait absolument une belle écriture de ses élèves. Au village, il y a encore plusieurs anciens élèves qui calligraphient les lettres qu’ils écrivent.
En 1913, le moment vint de construire un nouveau bâtiment scolaire après avoir démoli l’ancien. Le gros œuvre en bois de cette vieille école était encore en très bon état et un agriculteur du village l’acheta pour le transférer près de Posieux, en bordure de la route cantonale, après le bâtiment-atelier Overney. C’est actuellement le magasin aux façades jaunes. Le vieux toit a été conservé. Celui qui écrit ces lignes (Denis Pittet, entrepreneur de Magnedens) devait faire un relevé du vieux bâtiment avant de le démolir pour être transféré. Il avait eu la chance de trouver, dans un placard insoupçonné, tous les plans bien détaillés du bâtiment, documents laissés par les garnisaires de 1856.
Qu’il nous soit permis de faire un peu d’histoire. En creusant les fondations pour le bâtiment, près de Posieux, nous avions trouvé des vestiges de l’ancien cabaret (auberge) du Champ du Nod. Vers 1720, le mestral Python était cabaretier. Quand il encavait son vin, les jurés d’Ecuvillens étaient présents pour juger de la qualité de ce vin encavé. Pour leur peine, ils recevaient chacun un pot du meilleur cru
Suivant une tradition, Pierre-Nicolas Chenaux, en tournée d’inspection le 3 mai 1781, afin de juger des dispositions des gens de la contrée, se serait arrêté au cabaret du Champ du Nod où l’un de ses officiers, Chappuis de Magnedens, l’y attendait. L’aide-major (Chenaux) aurait attaché son cheval sous le grand avant-toit cintré du cabaret. Un vieux plan des territoires d’Ecuvillens et d’Ilens conservé à Ecuvillens porte un dessin de ce cabaret. L’avant-toit est large et cintré, donc comme celui de l’auberge actuelle de Posieux. On sait que Chenaux a été assassiné par le fermier de Dom Bielmann, curé d’Ecuvillens, au Tronbourlo. Près de l’endroit où le chemin d’Ecuvillens rejoint la route cantonale actuelle. On disait même que Chenaux avait été transporté mourant au cabaret qui se trouvait à une faible distance du lieu du crime. La tradition ment car, en 1752 déjà, le cabaret du Champ du Nod avait été transféré au village de Posieux pour devenir l’auberge actuelle de la Croix Blanche. Une planche portant une inscription et une date trouvées au moment de la restauration de l’auberge, en 1952, prouvent le transfert deux cents ans plus tôt, comme d’autres documents d’ailleurs trouvés aux archives. Détail curieux, ce transfert avait causé un changement de juridiction, soit une perte pour le bailliage d’Illens et une pour l’Abbaye d’Hauterive, Ecuvillens étant sous la juridiction d’Illens, tandis que Posieux était sous celle d’Hauterive, Dom Bernard de Lenzbourg, Abbé d’Hauterive, et le bailli d’Illens s’arrangèrent à l’amiable.
Quant au bâtiment scolaire d’Ecuvillens construit en 1913, c’est une belle et solide maison d’école, quasi un « collège », comme disaient les gens de Villars-sur-Glâne du bâtiment construit chez eux quelques années plus tôt. A Ecuvillens, contrairement à ce qui se fait généralement de nos jours, les façades sont en forte maçonnerie de pierre de tuf et de grès de Corbières. Les encadrements des baies sont en bonne molasse d’Hauterive, cette même molasse que les constructeurs de l’abbaye avaient utilisée il y a bientôt huit siècles. On voit encore les coups de ciseaux des tailleurs de pierre d’alors sur certains blocs. La chapelle de Posieux est en grande partie en même molasse. Les nombreuses améliorations apportés, ces derniers années, au bâtiment scolaire d’Ecuvillens, font qu’il demeure parmi les plus beaux du cantons maintenant.
N’oublions jamais que la maison d’école est une construction qui doit bien traduire notre esprit et nos mœurs. C’est heureusement celle qui est partout l’objet des attentions particulières des pouvoirs publics et de la population, même dans les plus modestes villages. Le campagnard qui vient passer chaque jour plusieurs heures laborieuses à l’école, doit trouver, dans ce milieu, une atmosphère agréable. Aussi est-il heureux qu’aucun sacrifice ne paraisse plus au-dessus des moyens de nos communes lorsqu’il s’agit d’élever le toit qui abritera les études de l’enfance.
Auteur: Denis Pittet, Magnedens