Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06936.jsonl.gz/601

Il y a une semaine, la présidente du Grand conseil vaudois a fait un discours à l'occasion du départ à la retraite du chancelier d'Etat Vincent Grandjean. L'allocution de l'élue PLR Laurence Cretegny s'est terminée avec «une chute» faisant référence à «Tintin au Congo». Après sa désormais fameuse mimique de la «maman congolaise», qui dit «Si toi pas sage, toi y’en sera jamais comme Tintin», aucune voix discordante n'a été entendue dans la salle. Mieux, l'ex-syndique de Bussy-Chardonney a été applaudie par les députés de droite comme de gauche.
D'affaire Cretegny, il n'y avait point encore. Or, deux jours plus tard, toutes chapelles politiques confondues, les députés ont crié au «racisme» ou, pour le moins, à la «maladresse».
Qu'est-ce qui fait que des mots apparemment tolérés, voire approuvés de manière instantanée, soient rejetés et dénoncés par la suite? Si les références à la BD d'Hergé et l'imitation de la «maman congolaise» sont inadmissibles, pourquoi n'y a-t-il eu aucune voix discordante, ni aucun signe de protestation pour rompre ce qui semblait être une belle unanimité au sein de l'hémicycle, après l'allocution de Laurence Cretegny? Pour Pascal Wagner-Egger, enseignant-chercheur en psychologie sociale à lʹUniversité de Fribourg, le déroulement et la chronologie des faits n'ont rien d'étonnant. Il l'explique par ce qu'il appelle «le mécanisme du conformisme».
«Il est très difficile pour un individu isolé de se démarquer de l’opinion d’un groupe. Par un phénomène de dilution de responsabilité en situation collective, les gens sont amenés à se dire que ce n’est pas à eux d’intervenir», analyse l'universitaire. Allant plus loin dans sa réflexion, Pascal Wagner-Egger est d'avis que «si le groupe avait été moins grand, et la situation moins festive et officielle, on peut imaginer que les personnes présentes auraient davantage réagi».
L'éclairage du chercheur fribourgeois concorde avec l'interprétation de la députée Rebecca Joly. «Le discours était un hommage au chancelier d'Etat qui partait à la retraite. Ainsi, c'était l'hommage du Parlement à cet homme qui a été applaudi, mais pas le discours. De plus, le passage décrié a eu lieu en toute fin d'allocution, empêchant ainsi une réaction.»
Toutefois, selon l'élue verte, une fois l'effet de stupeur passé, la décision de signifier à la présidence du Grand conseil qu'elle venait de franchir une ligne rouge a été prise au sein de son groupe parlementaire. «Nous en avons discuté immédiatement au sein de notre groupe et avons convenu que notre représentante au Bureau du Conseil irait dire à Laurence Cretegny que ses paroles étaient racistes et donc déplacées», a précisé Rebecca Joly.
«Nous sommes restés sidérés après ces mots et cette mimique, lourds et racistes dans les murs du Grand conseil», a admis la socialiste Valérie Induni. Mais, à l'instar de sa collègue verte, elle a affirmé que les applaudissements étaient destinés au chancelier d'Etat sur le départ.