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Ce texte fait suite à celui appelé Cours de conduite de voiture volante, dans lequel je raconte qu'un être étrange m'a appris à conduire un engin volant, après avoir été envoyé à cette fin par le seigneur du lieu, un certain Tornither. Il venait de m'annoncer en riant que j'étais plus adroit que la plupart des mortels.
Comme disait Molière, il n'est flatterie qui ne fasse croire à la plus grande folie, et, entendant son compliment, je ne pus m'empêcher de sourire aussi, bien qu'en réalité conduire ce véhicule n'avait rien de bien difficile et que n'eussent su faire aussi bien, et même mieux que moi, des milliers d'hommes et de femmes mortels.
Comme midi approchait, et que le soleil était haut dans le ciel, l'elfe, car c'en était un, me demanda de nous poser, et, après qu'il m'eut expliqué comment procéder, je m'y employai avec succès.
Lorsque nous fûmes parvenus au sol, il chercha dans le coffre et trouva, à ma grande surprise, du matériel que je n'avais pas vu, et que je n'aurais jamais pensé y être. Il déploya alors, en l'accrochant à des piquets plantés à terre, un pavillon de soie, sur lequel étaient dessinés de curieux symboles, notamment des animaux mélangeant plusieurs formes, proches de la chimère, du centaure, du sphinx, du griffon. Des hommes ailés aussi s'y trouvaient, colorés et brodés avec art. L'ouverture était large et laissait voir le paysage. L'elfe ne rabattit pas le pan qui permettait de la fermer. Nous nous mîmes à l'intérieur, à l'abri du soleil.
Puisant dans un sac du coffre, Ornuln m'offrit, à son tour, une sorte de thé, des gâteaux excellents, et il s'absenta quelques instants, avant de ramener de larges feuilles, semblables à du chou, qu'il commença à faire cuire dans de l'eau, en y plaçant aussi des herbes. Il m'indiqua comment je devais continuer cette préparation, et retourna à la recherche de nourriture. Il ramena des racines violettes et jaunes rappelant le navet, ainsi que des fruits de plantes poussant au sol, et ressemblant à des courgettes ou des concombres.
Quand il vit que je n'avais toujours pas sorti le chou de son eau bouillante, cependant, il parut mécontent. Sans rien dire, il jeta le tout au loin, et retourna à la vitesse de l'éclair chercher le même chou.
Il fit cuire à sa guise, à son retour, tous ces légumes, sans les laisser longtemps dans l'eau chaude, afin qu'ils craquassent sous la dent. Et, je l'avoue, jamais je n'avais mangé rien d'aussi bon. J'étais stupéfait. Je me sentais à nouveau léger et pur, après ce repas.
Je dois ajouter que celui-ci n'avait pas commencé sans une prière aux dieux du pays, aux êtres qui présidaient à la croissance végétale des différentes plantes, de nous pardonner nos emprunts, et par une action de grâce, pour les remercier de nous les laisser faire.
Or, j'eus la plus grande surprise de voir se matérialiser, dans l'air, des formes souriantes, assez semblables à l'elfe mais plus éthérées et dénuées de jambes distinctes: leur ventre se prolongeait en bas par des effilochements qui disparaissaient dans une nuée - ou plutôt deux nuées, une de chaque côté du corps, comme si leurs membres inférieurs avaient été dissous dans l'air et qu'il ne restait plus que la force qui les mouvait. Toutefois ces nuées s'enroulaient, mais vers l'extérieur, donnant à ces gens l'image des êtres jadis dits anguipèdes.
Ils s'inclinèrent devant Ornuln, et prirent tout à tour ses mains jointes dans les leurs. Il me sembla même qu'ils prenaient, de ces mains, un objet qui brillait, comme si ce fût de l'argent, mais je ne pus distinguer ce que c'était, et à aucun moment Ornuln ne me parut avoir quelque chose dans ses mains ou se saisir de quelque objet que ce fût, dans ses poches ou ailleurs.
C'était encore un mystère, pour moi, devant s'ajouter aux précédents.
Lorsque nous eûmes mangé, nous nous reposâmes sur des matelas fins et moelleux installés dans le pavillon, et bientôt j'entendis le souffle régulier d'Onuln, qui s'était endormi. Je m'endormis à mon tour.
(À suivre.)