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La Chine prend au sérieux son programme de réforme économique et la croissance à court terme sera compromise.
Au cours des 12 derniers mois, la Chine a été l'épicentre du risque pour les marchés de capitaux. La plupart de ces risques sont d'ordre politique. Qu'il s'agisse de la surveillance réglementaire accrue du secteur technologique, de la politique des «three red lines» limitant l'effet de levier des promoteurs immobiliers ou de la réduction de l'extraction du charbon afin d’atteindre les objectifs ambitieux en matière d'émissions de carbone, l’ensemble de ces politiques ont alimenté la volatilité du marché et affecté le sentiment des investisseurs.
Cependant, la raison d'être de ces changements de politique est louable. L'amélioration des pratiques commerciales et la clarification des normes dans le secteur technologique profiteront en fin de compte aux consommateurs et aux propriétaires de petites entreprises. La limitation de l'effet de levier dans le secteur immobilier réduit le risque de bulle immobilière. Enfin, le renforcement des normes de sécurité et la réduction de l'impact environnemental de l'extraction du charbon sont conformes aux initiatives mondiales en matière de changement climatique.
Le dénominateur commun de tous ces changements de politique est que la Chine est prête à tolérer une certaine pression à court terme, pour un gain à long terme. Ce n'est pas une coïncidence si la plupart de ces changements ont été introduits en début d'année, lorsque la croissance économique de la Chine était encore forte. Depuis, les indicateurs économiques sont en baisse, en partie à cause de l'effet de ces ajustements politiques sur l'activité économique.
Avec la diminution de la croissance économique, la question est maintenant de savoir si les autorités chinoises vont continuer à faire avancer leur programme de réforme, ou si elles feront marche arrière, ou assoupliront certains des ajustements politiques. La bonne nouvelle est que le gouvernement dispose de plusieurs leviers qu'il peut actionner afin de soutenir l'économie nationale. Ceci est apparu lorsque la banque centrale a réduit le taux de réserves obligatoires en juillet, ce qui pourrait être le signe avant-coureur de nouvelles réductions si les données économiques continuent à être orientées à la baisse. En effet, la Chine a une longueur d'avance, car elle est la seule grande économie à adopter une position monétaire plus souple alors que toutes les autres viennent de commencer ou sont sur le point de commencer à se durcir.
Les nouvelles mesures de soutien seront probablement plus ciblées afin d’éviter de réduire à néant les progrès déjà accomplis. Par exemple, il est peu probable que les autorités reviennent sur la politique des «three red lines» qui restreint l'effet de levier des promoteurs immobiliers. Toutefois, elles pourraient assouplir les restrictions imposées aux banques qui accordent des prêts dans ce secteur. Les prêts bancaires liés au secteur de l'immobilier étaient auparavant limités et se situent actuellement à des niveaux gérables. Permettre aux banques d'accorder davantage de prêts hypothécaires aux acheteurs d'une première maison contribuerait ainsi à stimuler la demande, à aider les promoteurs immobiliers à déplacer des lots et à atténuer leur manque de liquidités.
La crise énergétique actuelle est plus difficile à résoudre car elle est liée à une réduction de l'offre de charbon. La solution à court terme consisterait soit à assouplir les normes réglementaires afin d'accroître la capacité d'extraction du charbon au niveau national, soit à augmenter les importations de charbon. Cependant les deux solutions iraient à l'encontre de l'objectif de réduction des émissions de carbone. Les autorités espèrent peut-être qu'un ralentissement du secteur immobilier réduira la demande en ciment et acier, ce qui aurait pour effet de diminuer la demande en électricité nécessaire à la production de ces matériaux de construction. Cette question pourrait devenir critique au cours des mois d'hiver, lorsque les besoins en chauffage résidentiel augmenteront, ce qui détournera probablement davantage l'électricité de l'industrie lourde. Il faut donc s'attendre à ce que l'activité industrielle soit encore réduite au cours des prochains trimestres.
Il est clair que la Chine prend au sérieux son programme de réforme économique et que la croissance à court terme sera compromise. Cela aura des répercussions sur le reste du monde, car les perturbations de la chaîne d'approvisionnement et la hausse de l'inflation devraient persister.