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La Décollation de saint Jean-Baptiste fait partie des nombreux tableaux légués par un des principaux mécènes à l’origine des collections du Musée d’art et d’histoire, Gustave Revilliod. Jouissant d’une fortune considérable, Gustave Revilliod, né en 1817, n’exerce pas d’activité lucrative. Il remplit quelques charges publiques à Genève et représente la Suisse à l’inauguration du canal de Suez en 1869, sur invitation du Conseil fédéral.
Connu comme éditeur de textes anciens, traducteur et écrivain, il est membre de plusieurs sociétés savantes. Ce célibataire, peu féru de mondanités, consacre le gros de son temps à son amour secret, l’art. Il parcourt toute l’Europe et une partie de l’Asie et de l’Afrique, et ramène une quantité d’objets témoins de la créativité humaine, de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Désireux de partager sa passion et de contribuer à l’instruction de futurs artisans et artistes, il expose ces objets dès 1866 chez lui, au 12 rue de l’Hôtel-de-Ville.
À la mort de son père, Philippe-Léonard Revilliod, Gustave hérite du domaine de Varembé. Il y construit un musée, nommé Ariana en souvenir de sa mère, Ariane Revilliod-de la Rive, pour abriter ses collections: tableaux anciens et modernes, sculptures, gravures, mobilier, étains, argenterie, orfèvrerie, livres anciens, monnaies et autres curiosités. Guidé par un goût encyclopédique typique de son époque, il continue à enrichir sa collection, avec l’aide de son intendant, Godefroy Sidler qu’il envoie en voyage en vue d’acquérir des objets d’art, ou à travers ses multiples correspondants qui lui proposent des achats.
Au décès de Revilliod en 1890, la Ville de Genève hérite de la propriété de Varembé, du Musée Ariana et de sa collection forte de trente mille objets dont dix mille livres. Selon la dernière volonté de Revilliod, Godefroy Sidler, son intendant et ami fidèle, est instauré conservateur du Musée Ariana. En 1934, la Ville décide de réorganiser ces collections et de rassembler les tableaux et dessins au Musée d’art et d’histoire pour permettre au Musée Ariana, par une série d’échanges entre les deux musées municipaux, de se consacrer principalement à la céramique européenne et asiatique. Quatre cinquante-trois tableaux rejoignent ainsi le «Grand Musée».
L’accueil médiatique n’est pas enthousiaste ni en 1890, ni en 1937, lors du réaménagement. Waldemar Deonna, le directeur du Musée d’art et d’histoire, s’attelle alors à «épurer» la collection de tableaux. Certaines œuvres discutables ou jugées sans intérêt sont reléguées dans les réserves. De récentes études ont montré que cette collection de tableaux mérite mieux. S’il est vrai que quelques grands noms ont dû être remplacés par ceux de maîtres moins prestigieux, il n’en reste pas moins que l’apport de la collection Revilliod, en particulier pour les écoles flamande et hollandaise, est considérable. La Décollation de saint Jean-Baptiste fait partie de ces tableaux qui ont été relégués à la cave par les responsables en 1934. Il est aujourd’hui considéré comme une des œuvres majeures de la collection d’art hollandais du musée.