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Les bienfaits et les méfaits des révolutions
Le bilan des révolutions politiques est clairement négatif. Une société véritablement désespérée est cependant une société qui n’est pas capable d’une révolution.
On fait des manifestations, pas la révolution: les révolutions politiques sont le résultat de structures sociales inflexibles et d’actions correctives. Le pouvoir est transféré à de nouvelles élites, et sa structure change. Les révolutions sont le résultat et la conséquence de grosses crises et de bouleversements, mais elles ne leur succèdent pas toujours. Le pouvoir en place parvient à réprimer les opposants (Iran 2009), gagne une guerre civile (Syrie) ou est renversé par la révolution (Russie de 1917 à 1921, Chine de 1945 à 1949). Les guerres et les guerres civiles peuvent précéder les révolutions ou leur succéder. Les évolutions imprévues jouent un rôle déterminant et font partie des éléments déclencheurs des révolutions.
Selon Huntington, les révolutions sont une tentative de mettre une société dont les institutions sont arriérées au niveau des précurseurs. Le première grande révolution des temps modernes, la Révolution anglaise (1640 à 1649/1660 et 1688 à 1689) n’a emboîté le pas à aucun autre pays, mais a fait des émules avec la Révolution française de 1789, qui a inspiré les deux révolutions non citoyennes de Chine et de Russie avec leur idée des révolutionnaires professionnels.
«Selon Huntington, les révolutions sont une tentative de mettre une société dont les institutions sont arriérées au niveau des précurseurs.»
De Robespierre à Trotski, le destin des révolutionnaires ayant failli à leur mission et la détresse économique ayant suivi les révolutions affichent un bilan clairement négatif (les seuls gagnants étant les membres de la nomenklatura). Seule la Révolution anglaise fait exception, avec comme bilan la protection des libertés publiques, le partage des pouvoirs et la tolérance religieuse. La France régresse au XIXe siècle par rapport à l’Angleterre et à la Prusse. La proclamation des droits de l’homme, influencée par les précurseurs anglais et américains, reste une avancée durable, tout comme la séparation entre l’Eglise et l’Etat en 1905. En Union soviétique, environ 20 millions de victimes de la famine et des pogromes sont à déplorer, et dans la Chine de Mao, elles sont entre 30 et 50 millions. En face, l’essor économique d’environ 500 millions de Chinois a résulté des réformes en faveur de l’économie de marché entamées sous Deng en 1978. Il n’y a que dans l’éducation scolaire en partie doctrinaire et les soins médicaux de la population que les révolutions communistes présentent un bilan concluant.
La révolution actuelle se produit chaque jour partout dans le monde grâce aux progrès techniques, avec des possibilités infinies de combiner les processus des connaissances et des matériaux et exige une adaptation des institutions. C’est une source de «destruction créatrice», qui va bien au-delà de la théorie de l’entrepreneur de Schumpeter.
La citation d’Huntington, selon laquelle une société véritablement désespérée est celle qui n’est pas capable d’une révolution, reste plus vraie que jamais. La Corée du Nord nous fournira le prochain exemple de la difficulté de mener du sommet une réforme à la fois dirigée contre ceux qui persévèrent et les révolutionnaires. L’Union soviétique a échoué dans ce contexte.
Ekkart Zimmermann
est professeur ém. de macrosociologie à l’Université technologique de Dresde. Dans le cadre de ses recherches sur les conflits, il a publié de nombreux articles sur la modernisation et le développement, les changements de système, la mondialisation et le terrorisme, l’inégalité sociale, l’extrémisme de droite, les questions de méthodologie et d’autres thèmes de recherche fondamentale.