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L’objet fait partie des « choses à sens profond » (fèn-koromaw) qui, au Mali, invitent à l’interprétation. Les représentations de la femme « aux seins pleins », bonne à marier ou mère nourricière, font partie des symboles primordiaux, liés aux fondements de la vie, au mystère de la gestation et à la prospérité. Les sculpteurs y sont d’autant plus sensibles qu’ils sont, en tant que maîtres des savoirs occultes, les diplomates chargés des tractations matrimoniales. La forme féminine se réduit ici à quelques traits essentiels : les seins proéminents, le visage réservé de l’épouse respectueuse et deux pieds fonctionnels.
Cette pièce est d’autant plus belle qu’elle est monoxyle, témoignant de l’habileté d’un artiste capable de la tailler sans la briser, et qu’elle présente, par sa structure en Janus, deux faces et deux profils. La pièce n’est complète que lorsque son propriétaire s’y assied, comme une superstructure sur les fondements de la vie. Mais comment s’y assied-on ? La position perpendiculaire des jambes par rapport à la direction des visages et des seins ménage une meilleure vue de l’objet, mais la position des jambes dans le prolongement d’un des personnages pourrait signifier la prospérité d’une généalogie, une femme désignant l’ascendance et l’autre la postérité. Le style rappelle les sculptures brandies par les initiés de la société du Nyagwan (Ezra, 2001 : 131- 141), ou du Jo (Malé, 2001 : 143-165).
La mention « siège de chef », proposée sur place, ne précise pas s’il s’agit d’un chef politique ou d’un chef de famille. Cette pièce provient de Marka, c’est-à-dire de citadins musulmans le plus souvent d’origine soninke, établis au sud du fleuve Niger et qui ont adopté la langue bamana et les us et coutumes bambara. Le royaume bambara de Ségou s’est accommodé de villes marka comme Niamina, Banamba et Sinsani, fondées sur d’importants marchés et qui géraient à la fois des échanges « internationaux » et des villages d’esclaves agriculteurs. Bien qu’islamisés, les Marka avaient le N’tomo (société d’initiation enfantine) et le Korè (société virile) – ou leurs équivalents – dont les célébrations impliquaient des sorties de masques et des pantomimes. Les chefs, à la fois riches citadins et grands voyageurs, étaient amateurs d’objets de prestige, dont des sièges comme celui-ci, des cannes et des poteaux sculptés.
Les styles bambara et marka s’opposent d’autant moins que les sculpteurs appartiennent à une catégorie sociale particulière : les numuw, qui transcendent les distinctions ethniques. Un numu n’est pas lié à un lieu et peut s’établir dans n’importe quel village (McNaughton 1988). Les forgerons passent le plus clair de leur temps à réparer les outils, mais certains réalisent des objets tels que masques, marionnettes, chaises, sceptres, poteaux de soutènement ou serrures, tant à des fins rituelles qu’utilitaires. Dans les deux cas, les catégories du beau (nyi) et du bon (di) entrent en ligne de compte.