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Le mythe de Divico a vu le jour il y a près de 200 ans, à une période de pénurie de héros. Le chef du peuple helvétique des Tigurins a alors marqué l’histoire par ses actes de bravoure et ses discours irrévérencieux à l’égard de Jules César.
Katrin Brunner
Katrin Brunner est une journaliste indépendante, spécialisée dans l'histoire et chroniqueuse de Niederweningen.
Les Helvètes reçoivent des otages, mais n’en donnent point: tels sont les mots que Jules César attribue au pugnace Tigurin Divico à la fin du IIe siècle av. J.-C. L’homme et sa tribu réclament alors la zone qui longe le Jura actuel jusqu’au lac Léman. Sous la pression croissante des peuples du Nord, ils partent à la recherche de nouvelles terres. Cette quête les mène jusque dans les régions qui composent aujourd’hui la Bourgogne et dans le sud de la France. Les Tigurins, sous-groupe des Helvètes, traversent ainsi le territoire d’autres peuples, de façon peu pacifique. Ils sont considérés comme belliqueux.
En 107 av. J.-C., les Romains et les Helvètes se sont finalement affrontés à Agen, dans le sud de la France. Les troupes romaines avaient répondu aux appels à l'aide des peuples résidents et désormais menacés, également dans leur propre intérêt : Elles voulaient mettre fin aux désirs d'expansion des peuples nordiques et protéger les frontières de leur empire. La bataille qui s'ensuivit devait cependant se solder par une humiliation pour les troupes romaines bien équipées, au cours de laquelle leur commandant, le consul Lucius Cassius Longinus, fut notamment tué.Ce n’est qu’en juin 58 av. J.-C. qu’un sévère revers sur les bords de la Saône conduit les Helvètes à la table des négociations. Jules César leur donne une douloureuse et sanglante leçon. D’après son récit, certes un peu propagandiste peut-être, ses hommes construisent en peu de temps un pont au-dessus du fleuve pour pourchasser encore plus les Helvètes vaincus. À leur tour, les adversaires tentent avec des moyens de fortune, comme des pirogues et des fagots de bois, de gagner l’autre rive.
Réellement impressionnés, les Helvètes se montrent ensuite prêts à discuter. Lors des négociations ultérieures, Divico ne manque pas de rappeler que les Helvètes ont appris de leurs pères et de leurs ancêtres que l’on remporte davantage ses batailles par la bravoure que par la ruse. La chance était effectivement avec les Helvètes au cours des précédents affrontements.Son attitude audacieuse et ses discours parfois irrévérencieux envers le proconsul romain et futur autocrate Jules César ont fait de Divico un «Guillaume Tell» des premiers temps. Il meurt en héros en juillet de l’année 58 av. J.-C. sur le champ de bataille de Bibracte, où les Tigurins, aux côtés d’autres tribus helvètes, combattent la suprématie romaine et sont tenus en échec. Si la sphère d’influence des peuples helvétiques est durablement entamée par cet affrontement, Divico n’en devient pas moins une légende.
À l’instar de Guillaume Tell, dont la vie est contée en diverses versions depuis le XVe siècle, Divico avait lui aussi l’étoffe d’un héros national. Son aura était telle que Conrad Ferdinand Meyer n’a pas hésité à placer la scène de la lutte d’Agen en Suisse, comme en témoigne le poème Das Joch am Leman, écrit en 1882.Si l’histoire de Divico, contrairement à celle de son homologue originaire de Suisse centrale, a longtemps été connue d’un public plutôt académique, car l’étude des écrits de Jules César rédigés en latin sur la guerre des Gaules était obligatoire dans les universités. Mais les deux récits ont assurément laissé un souvenir impérissable et réconfortant dans les cœurs suisses.
Il y a 1600 ans, l’empereur romain Valentinien Ier fait édifier des fortifications le long du Rhin et du Danube, qui jouent le rôle de frontières, afin de protéger l’empire contre les envahisseurs venus du Nord.