Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07254.jsonl.gz/1134

Tout est lié à une chanson
« La bohème, la bohème, Ça voulait dire, On est heureux… »
Tous les plus de 20 ans, ou peut-être plutôt 40, reconnaitront La Bohème, chanson mythique de Charles Aznavour. Juste sublime !
L’homme derrière la chanson
Peu de gens savent que cette célèbre chanson créée en 1965 est celle du grand Charles Aznavour lui-même en ce qui concerne la musique, mais que les paroles sont signées de Jacques Plante (1920-2003).
Jacques Plante atteignit des sommets en composant les paroles de nombreux tubes chantés par les plus grand.e.s interprètes des années 1940 à 1960. Mais Monsieur Plante était également passionné de papillons. Ses succès en tant que parolier lui permirent de se consacrer pleinement à leur étude dès la fin des années 1970. Il se retire alors en Suisse, d’abord dans la région de Genève, où s’est établi son ami Charles Aznavour, et ensuite à Martigny où il occupe deux appartements d’un immeuble, l’un d’eux étant dévolu à sa précieuse collection de Lépidoptères. Voulant faire œuvre utile, c’est-à-dire scientifique, et reconnaissant l’immensité de l’ordre des insectes aux ailes couvertes d’écailles, Jacques Plante décida de se concentrer à l’étude des noctuelles, papillons de la famille des Noctuidae, des régions paléarctique et orientale. À la fin des années 1990, il avait constitué la plus importante collection privée au monde de ce groupe de papillons de nuit.
Un legs à la Ville de Genève
En 1986, Jacques Plante lègue au Muséum de Genève la plus grande partie de sa remarquable collection, soit environ 86 000 spécimens, ne gardant que les noctuelles, de façon à continuer s’y consacrer pleinement. Sa santé déclinant, M. Plante a demandé en 2000 au Muséum de venir prendre possession de ses 62 688 spécimens de noctuelles.
Celles-ci sont précieusement conservées dans 600 grandes boîtes entomologiques de qualité supérieure, boîtes qui occupent 12 armoires complètes.
Ce legs remarquable enrichit de façon substantielle la collection scientifique de Lépidoptères du Muséum puisqu’il représente alors environ le tiers du nombre total de spécimens de cette collection, aujourd’hui la plus importante de Suisse.
Les collaborateurs de Jacques Plante
Jacques Plante avait plusieurs collaborateurs scientifiques, certains plus à l’aise sur le terrain, comme Claude Moinier, et d’autres, à l’aise autant avec une lampe allumée la nuit devant un drap blanc pour attirer les papillons nocturnes que devant la loupe binoculaire, en train de disséquer un abdomen pour en extraire et étudier les pièces génitales éventuellement montées entre lame et lamelle.
Parmi ces derniers, on compte François Aulombard, ami de longue date et médecin, Albert Legrain, belge et également médecin, ainsi que plusieurs extraordinaires lépidoptéristes hongrois, dont Márton Hreblay (1966-2000), Gabor Ronkay, et László Ronkay. Márton Hreblay aida notamment J. Plante à classer sa collection et collabora avec lui à la publication des descriptions scientifiques de 49 des 90 espèces et sous-espèces que J. Plante décrivit comme nouvelles pour la science.
Un projet de mise en valeur de la collection Plante de Noctuidae
Devenu chargé de recherche et de collection, celle des Lépidoptères, au Muséum de Genève en 2001, votre serviteur entreprit d’inviter des lépidoptéristes afin qu’ils m’aident à organiser la collection selon les plus récentes connaissances taxonomiques de leurs familles d’expertise.
En 2011, László Ronkay fut ainsi invité au Muséum où il accomplit un travail fabuleux dans la collection générale de Noctuidae, rangée selon un catalogue devenant désuet.
László travaillait alors sur un projet de livre sur la collection Vartian de Lépidoptères du Muséum de Vienne et émit alors l’idée de réaliser un ouvrage similaire sur la collection Plante de Noctuidae, restée en l’état et exceptionnelle par la quantité d’espèces qu’elle contient. L’idée fit son chemin et s’imposa vraiment en 2017. Suite à un accord de László et de son équipe, le projet vit le jour et son financement fut mis sur pied. Le travail en collection, soit l’étiquetage des spécimens avec un numéro unique selon la base de données du Muséum avec l’aide de stagiaires et la révision des identifications et les prises de vue par László et ses compagnons lors de trois visites, fut effectué au pas de charge, principalement en 2019.
Le livre
Intitulé « La collection Jacques Plante de Noctuidae, Première partie, Noctuinae et Hadeninae », le livre est l’œuvre de nos amis hongrois Gábor Ronkay, László Ronkay et Zoltán Varga, ainsi que de François Aulombard, avec la complicité de Philippe Lopes Curval et de sa maman, Colette, épouse de Jacques Plante, de même que de votre serviteur.
Celui-ci comprend 343 pages, dont 147 planches en couleurs illustrant au moyen de plus de 3’000 photos les 1’702 espèces et sous-espèces de Noctuinae et Hadeninae de la collection Plante. On y décrit également quatre genres nouveaux, de même que 21 espèces et 21 sous-espèces nouvelles pour la science. Certaines de celles-ci sont dédiées à Jacques Plante lui-même ainsi qu’à d’autres lépidoptéristes, alors que d’autres sont dédiées à des collègues du Muséum de Genève, dont la collaboration et l’engagement envers ce projet ont grandement facilité la réalisation de l’ouvrage. Une espèce (Dichagyris payotiorum Varga, Ronkay & Ronkay) est aussi dédiée à la famille Payot de la célèbre chaîne de librairies suisse.
Épilogue
La présence de la collection Jacques Plante de papillons au Muséum de Genève eu sans doute son importance à ce que j’y sois engagé en 2000 comme scientifique, étant donné mon expertise dans l’étude des Lépidoptères. Et lorsqu’Hélène, mon épouse, apprit que La Bohème, sa chanson préférée, avait été écrite par M. Plante, elle considéra cette coïncidence comme une bonne augure de notre établissement en ville de Genève.
Le travail sur le deuxième tome de l’ouvrage est présentement suspendu à cause des restrictions imposées par la pandémie en cours.
Remerciements
Bien que la plus grande partie des subsides nécessaires à la réalisation de ce projet et à la publication du livre vient du Muséum de Genève, un financement additionnel crucial a été obtenu auprès de la Fondation Nature et Découvertes Suisse de Payot Libraire grâce aux contacts et à la ténacité de Nadir Alvarez, chef de l’Unité Recherche et collections du Muséum de Genève. Aussi, la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève (SPHN), par l’intermédiaire de son président, Michel Grenon, nous offrit de financer l’impression des deux volumes prévus de cet ouvrage en tant que Mémoires de la SPHN. Au nom du Muséum de Genève, je souhaite exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes ayant participé à ce projet.