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Le polygone de tir «Heidelager» de Blizna [9]
Jusqu’à la mi-été 1943, tous les essais de tir de la fusée A4 furent réalisés au-dessus de la Baltique, à partir du pas de tir n°VII de Peenemünde. Le bombardement massif du centre de recherches par la R.A.F. dans la nuit du 27 août 1943 n’eut pas de graves conséquences pour le développement du V2 et n’entraîna qu’un retard de quelques semaines dans le développement du missile. On dénombra surtout des pertes humaines, mais les installations techniques ne subirent que des dégâts mineurs. Ce raid aérien (opération « Hydra ») montra toutefois que Peenemünde n’était pas à l’abri des bombardements et que les Britanniques soupçonnaient qu’il s’y tramait quelque chose, même s’ils ignoraient la nature exacte des recherches qui y étaient menées. Craignant d’autres raids, le général Dornberger ordonna malicieusement de ne pas réparer les dégâts et de ne pas déblayer les gravats, de façon à suggérer un abandon du site pour leurrer les Alliés. La ruse fonctionna parfaitement et permit aux scientifiques de poursuivre impunément le développement de la A4 et de la A9/A10 à Peenemünde jusqu’à la fin de la guerre.
Pour ne plus attirer l’attention des Alliés sur Peenemünde, les essais de tir des fusées A4 et V2 furent délocalisé vers l’est et transférés en Pologne, sur le polygone d’essais « HEIDELAGER » de Blizna.
Situé dans une région peu peuplée, à l’écart des axes de circulations, ce site ultra-secret offrait des conditions optimales pour poursuivre en toute sécurité les tirs expérimentaux, à l’abri des curieux et des importuns. La clairière de « Heidelager » (« camp païen ») était un endroit très isolé comme l’affectionnaient les Nazis, tapi au fond d’immenses et sombres forêts de pins qui offraient une protection supplémentaire contre les indiscrétions. L’endroit présentait l’énorme avantage d’être hors de portée des bombardiers britanniques mais aussi des frappes aériennes soviétiques. En outre, Le site de « Heidelager » relevait directement de la S.S. et dépendait de Himmler en personne qui saisit cette opportunité pour s’immiscer dans le projet des fusées avec la ferme intention d’en prendre progressivement le contrôle. Etant donné le caractère hautement sensible des activités qui s’y déroulaient, les accès au polygone « Heidelgager » étaient sévèrement gardé et contrôlés. La zone d’essai était entourée par un vaste périmètre de sécurité, patrouillé jour et nuit, doublé par une zone d’interdiction à l’intérieur de laquelle personne n’était habilité à pénétrer sans autorisation spéciale. Quiconque s’y aventurait ou était surpris par l’une des patrouilles S.S. équipées de chiens était aussitôt abattu sans sommation et voué à une mort certaine pour protéger le sinistre secret des activités qui se tramaient au fond des sombres forêts de Blizna.
Les tirs d’A4 reprirent à Blizna dès novembre 1943, mais durant les premiers mois, seuls 20% des fusées d’essai lancées atteignaient leur cible avec succès. Les 80 % restants se désintégraient ou explosaient mystérieusement en vol, ou retombaient au sol comme un bolide, au grand dam des techniciens de von Braun qui ne comprenaient pas ce qui clochait. Dornberger et les scientifiques n’étaient pas d’accord sur les causes de ces échecs qui démontraient que la fusée n’était pas au point. Durant l’année 1944, ce problème fut en grande partie résolu grâce au Generalmajor Rossmann qui suggéra d’isoler les réservoirs de combustible avec de la laine de verre, pour s’opposer au réchauffement lors de la rentrée dans l’atmosphère. Du coup, le taux de réussite des lancements grimpa subitement à 70%, mais environ un tiers des fusées lancées continuèrent à ne pas atteindre leur cible. Ce problème ne fut totalement résolu que dans les derniers mois du conflit, suite à divers perfectionnements techniques de la fusée et grâce au renforcement de l’enveloppe entourant les réservoirs par une feuille d’acier rivetée. En 1945, le taux de réussite des lancements approchait enfin les 100%, mais la guerre était finie…
Le polygone d’essais de Blizna fut utilisé jusqu’à fin juillet 1944, date à laquelle le général Dornberger ordonna son évacuation étant donné l’approche de l’Armée rouge. Les tirs d’essais furent alors transférés sur un nouveau site baptisé « HEIDEKRAUT », situé à une quinzaine de kilomètres à l’est de Tuchel, sur la lande du même nom. Des tirs expérimentaux y furent encore effectués jusqu’en janvier 1945, mais il fallut également abandonner ce site menacé par la progression des Soviétiques. Les équipes de lancement de Dornberger se replièrent alors dans la région de Wolgast, près de Peenemünde qu’elles quittèrent à la fin février 1945 pour se réfugier à Rethen, sur la Weser, où la fin de la guerre les surprit…
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