Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07010.jsonl.gz/714

Ce 18 mars marque le cent-cinquantième anniversaire de l’insurrection qui aboutit dix jours plus tard à la proclamation de la Commune. S’inscrivant dans la longue histoire des révolutions parisiennes, héritière des évènements de juin 1848, cette expérience n’en est pas moins internationale sous plusieurs aspects. Malgré sa courte durée, ce dernier grand soulèvement du XIXe siècle français permet déjà l’expression de solidarités internationales qui marqueront par la suite l’histoire du mouvement ouvrier.
Rappelons d’abord dans quel contexte s’inscrit la Commune: en septembre 1870, à la suite des nombreuses défaites du Second Empire face à la Prusse, la République est à nouveau proclamée dans les principales villes de France. Après deux décennies d’existence, le régime de Louis-Napoléon Bonaparte vacille enfin. Des républicains de l’Europe entière viennent alors combattre les hommes de Bismarck et défendre la France nouvelle. Parmi ces volontaires, Garibaldi est probablement le plus célèbre. Déjà dans sa soixantaine, il amène avec lui des milliers d’autres combattants non français.
Un certain nombre de ces étrangers restent à Paris, alors sous le siège de l’armée prussienne, et fraternisent avec sa population au cours des mois suivants. En mars 1871 ils sont pour certains en première ligne de l’insurrection. Les Polonais occupent à cet égard une place particulière puisque plusieurs d’entre eux occuperont des postes à haute responsabilité militaire au cours du soulèvement parisien. Walery Wroblewski est par exemple un patriote polonais réfugié en France au cours de mois qui ont suivi l’insurrection de 1863 dans son pays natal. Occupant le grade de général dans l’armée des Communards, il parvient à se dissimuler après avoir vaillamment combattu durant la semaine sanglante. Exilé à nouveau à Londres, comme beaucoup d’autres rescapés, il y vit dans l’entourage de Marx et adhère à l’Association internationale des travailleurs (AIT ou Première Internationale).
Jaroslaw Dombrowski est lui aussi un militant nationaliste polonais forcé en 1865 à l’exil vers Paris, où il vit avec son frère Ladislas. Tous deux y deviennent membres de la section du 13ème arrondissement de l’AIT et figurent parmi les premiers Communards. Jaroslaw joue un rôle militaire important dans les conquêtes territoriales du mois d’avril et est promu général. Il est tué le 24 mai, quelques heures après avoir été blessé à proximité d’une barricade. Son frère parvient, lui, à s’échapper à Londres, où il travaille comme imprimeur avec Wroblewski.
Le fait que ces deux personnages, parmi d’autres, soient membres de la Première Internationale n’est évidemment pas un hasard. Bien que les membres de sa section parisienne ne soient pas directement à l’origine des évènements du 18 mars 1871, ils y jouent par la suite un rôle important, occupant notamment 32 des 92 sièges du Conseil de la Commune. L’organisation ouvrière organise des meetings de soutien partout en Europe et jusqu’aux Etats-Unis. Elle participe ainsi à faire connaître le combat des insurgés parisiens et constitue des réseaux de soutien au moment de la répression du mois de mai, permettant à de nombreux communards de s’exiler vers l’Angleterre.
Cet aspect internationaliste de la Commune est d’autant plus à relever qu’il se conjugue dans le même temps avec un patriotisme français relativement puissant parmi les insurgés. L’historiographie a en effet démontré que, parmi les raisons du soulèvement parisien, celle de la défense de la nation assiégée par les forces prussiennes a joué un rôle important. Un facteur qui par ailleurs se mêle à celui de la lutte des classes puisque les élites de la capitale, ayant fui la ville devant l’avancée des troupes ennemies, sont considérées comme traitresses à la République tout juste naissante.
Autre fait important à cet égard, une commune est également proclamée à Alger peu après la proclamation de la République en septembre 1870. Le mouvement est notamment le fait d’anciens révolutionnaires ayant dû quitter la France après les journées de juin 1848. Mais il s’inscrit dans une logique coloniale puisque la sujétion à la métropole n’est pas contestée et la situation de la population «indigène» n’occupe pas une place importante dans ses revendications. En somme, l’internationalisme ouvrier se heurte déjà aux difficultés qui seront les siennes au cours du siècle à venir, ce qui ne l’empêche pas de représenter aux yeux de beaucoup un espoir pour le futur du genre humain.
L’association L’Atelier-Histoire en mouvement, à Genève, contribue à faire vivre et à diffuser la mémoire des luttes pour l’émancipation, <email-pii>