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Ayant souvent rêvé d'écrire comme Georges Haldas et à défaut d'en avoir la plume, j'ai décidé d'en avoir le lieu (la légende dit qu'il écrit dans un restaurant de quartier) : peu avant minuit, j'ai pris mon bloc-notes, mon stylo et me suis rendue dans un "pub", situé à 50 mètres de chez moi.
A peine avais-je poussé la porte qu'un flot de musique m'a submergée, pour mon plus grand plaisir : l'ambiance était donnée avec "should I stay or should I go ?"
J'ai commandé une bière après m'être frayé un chemin entre la "jeunesse" du coin puis j'ai trouvé une place assise, le dos à la télévision fort heureusement : je me fous de la dernière Lancia, même vantée par Carla ! J'ai alors commencé à cogiter sur fond de Dire Straits : qu'allais-je bien pouvoir écrire, quel serait l'élément déclencheur de l'idée.
J'ai ouvert mon bloc, fouillé dans la poche de ma veste pour en extraire un stylo et compris exactement à cet instant que j'avais trouvé mon sujet : est-ce dû à ce "message in a bottle" qui passait au même instant ?
A une autre époque et sous d'autres cieux, Sylvie Vartan chantait que l'amour, c'est comme une cigarette, ça brûle et ça monte à la tête, ça s'envole en fumée. Mais non, je ne vous parlerai pas d'amour : alors que Bruce Springsteen (évidemment "Born in the USA") envahissait les lieux, j'ai constaté que j'avais déjà les yeux qui piquaient, tant les fumeurs étaient nombreux dans ce lieu fermé.
Clignant des yeux, je me suis souvenue de ces articles récents sur l'interdiction généralisée de fumer dans les lieux publics en France et sur le débat dans certains quotidiens suisses, que je pourrais résumer par "il est temps d'interdire la cigarette dans les lieux publics, ça pue et ça tue" versus "ne faisons pas des fumeurs des parias", avec quelques modulations pseudo-économiques "comment la ville de Lausanne pourrait-elle interdire de façon crédible la fumée et accueillir en même temps une entreprise comme Philip Morris ?"
Mon intention n'est pas de disserter sur les dommages largement établis que la consommation de cigarettes peut causer, sur les conséquences désastreuses de la clope en terme de santé publique, donc pour l'ensemble de la collectivité ; j'ai envie de m'arrêter un instant, le temps d'une volute, sur cet adage qui dit que "ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui" et, par conséquent, sur la question qui en découle immédiatement à mon avis, à savoir "est-il réellement nécessaire de promulguer une interdiction pure et simple ?"
Cette interdiction, on peut la voir, je crois, sous au moins trois angles :
a) "je t'interdis de fumer parce que la cigarette nuit gravement à ta santé"
b) "je t'interdis de fumer parce que la fumée passive est également dangereuse pour la santé et qu'elle est une atteinte à la liberté de ceux qui ont fait le choix de ne pas fumer"
c) "je t'interdis de fumer parce que, en tant qu'employeur, j'ai l'obligation de veiller à la santé de mes collaborateurs, comme m'en intime l'ordre le code des obligations" (en Suisse).
Fredonnant "we don't need no education", j'ai posé mon stylo et bu quelques gorgées de bière - si je doute qu'elle fut consommée par M. Haldas alors qu'il écrivait "Carnets du désert", elle restait la seule boisson qui se prêtait et à l'heure tardive et au lieu-.
Parmi tous les jeunes qui se trouvaient là, la presque totalité avait la moitié de mon âge et plus des deux tiers fumaient. En aparté : vous aurez noté mon caractère optimiste puisque j'aurais aussi pu écrire que j'avais le double de leur âge, perspective hautement déplaisante...
A ce stade-là de ma réflexion, je ne peux exclure que la deuxième bière ait quelque peu amoindri mon "jugement" et ma question pourra sembler naïve à certains : j'aimerais savoir pourquoi des lieux fumeurs et des lieux non fumeurs ne pourraient pas "cohabiter" ? Qui ne supporte pas la simple évocation d'une sèche choisirait de se rendre dans un lieu où la nicotine est prohibée; qui ne peut concevoir une soirée sans "en griller une" opterait pour des lieux où cette interdiction n'a pas cours, chaque établissement devant faire un choix et "courtiser" la clientèle en fonction de ce choix.
Qui est importuné par la nudité totale évite les bains naturistes : pourquoi les fumeurs et les non-fumeurs ne pourraient-ils pas aussi opter pour le lieu de leur soirée en fonction de leurs affinités ? Parce qu'on veut la santé du citoyen même contre son gré ? Parce qu'on veut son bien même s'il n'est pas en mesure d'y veiller lui-même ?
Tiens, la musique du film "Pulp fiction"... J'ai avalé la dernière gorgée, reposé le verre. A côté de moi, un client payait, je crois, son cinquième Ricard. Nous sommes sortis du pub en même temps. Quand je l'ai vu jouer avec sa clé de voiture, je n'ai pas pu m'empêcher de penser : à quand une interdiction de servir de l'alcool à un client qui doit reprendre le volant ? Si je comprends entièrement les non-fumeurs qui ne souhaitent pas être exposés à la clope d'autrui, je me dis que la cohérence imposerait de penser aux dangers que représente sur la route un conducteur qui a consommé de l'alcool.
Allez, pour mon prochain billet, je me rendrai dans un tea-room "sans alcool et sans cigarette": je me demande quel sujet germera de cette tisane que j'y siroterai !
Et pendant que j'y suis, happy birthday à Madame Cuk !