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Le but de ce projet était de repérer et d'identifier les fonds d'archives dans lesquels les femmes ont une place prépondérante, en tant que productrices des documents et/ou en tant que principales concernées par les thématiques abordées (droits, conditions de vie et représentativité dans la vie sociale, etc.).
La première étape du projet a permis aux ACV de mieux connaître les fonds conservés et de les appréhender dans une perspective de genre.
Quelle place y tiennent les femmes, que disent ces archives de leur rôle dans la société ? Quelle histoire peut-on écrire sur la base de ces sources, jugées légitimes pour être conservées dans un service d'archives publiques ?
Comme ce projet a été lancé en partenariat avec Wikimedia CH, la deuxième étape de sa réalisation a porté sur le référencement de ces fonds d'archives dans Wikipédia: après une formation assurée par Wikimedia CH aux personnes de l’institution qui le souhaitaient, des articles existants ont été enrichis, tandis que de nouvelles notices ont été proposées dans la page du projet, afin d'élargir la représentation des femmes dans cette encyclopédie en ligne. Nous rendons ceci public dans le cadre de la Semaine internationale des archives (#IAW2021).
Des apports à d’autres plateformes Wikimedia seront également envisagés ultérieurement.
Méthode et résultats
La recherche a été effectuée essentiellement sur les inventaires des archives, publiés sur la base DAVEL. Il s'agissait de repérer au niveau de la notice "fonds" si une femme était mentionnée. Les sections suivantes ont ainsi été passées en revue:
- K Archives officielles dès 1803, entrées avant 1985;
- N Archives para-administratives;
- P Archives privées;
- S Archives officielles dès 1803, entrées dès 1985.
Pour chaque fonds, le repérage s’est effectué en parcourant l’intitulé, la zone de contenu et les descripteurs (mots-clé). Si aucun élément significatif n’apparaissait à ce stade du repérage, le fonds n’était pas retenu. En revanche, si une femme apparaissait dans un de ces éléments, une recherche plus poussée était effectuée en entrant plus en détail dans l’inventaire en ligne et en allant rechercher plus précisément quelles étaient les informations la concernant dans les divers séries, sous-séries, dossiers ou encore pièces composant le fonds. Parfois un repérage plus minutieux de type « à la pièce » a été nécessaire, des femmes se « cachant » bien souvent dans des fonds de famille ou dans des fonds portant le nom d’un homme.
Mais cette méthode de recherche connaît évidemment certaines limites, comme le niveau de détail de la description des archives, pas toujours exhaustive quant aux informations contenues dans les archives.
Une fois ce travail de repérage accompli, et avant de passer à la phase de référencement sur Wikipédia, des recherches dans des sources documentaires externes ont également été menées afin de pouvoir juger de l'importance des personnes identifiées et l'intérêt conséquent pour l'encyclopédie en ligne. Nous avons ainsi pu vérifier leur éventuelle présence dans le Dictionnaire historique de la Suisse, des plateformes issues de la recherche académique (Base de données des élites suisses, Lumières.Lausanne, Sikart, etc.), ou encore dans des articles de presse.
En termes de résultats quantitatifs, des milliers de fonds d'archives ont été passés en revue, dont près d'un millier issus des archives officielles et para-administratives, plus de 2000 issus des archives privées, ainsi que plus de 17'000 dossiers ATS (dossiers personnels composés majoritairement de coupures de presse). Au total, nous avons pu repéré un plus de 600 femmes dont le nom est présent dans les inventaires et sur lesquelles des recherches ont été menées afin de déterminer si le référencement sur Wikipédia était possible. A titre d'exemple, il est à signaler que parmi les 17'773 dossiers ATS conservés, seulement 2475 concernent des femmes, dont quelques dizaines ont pu être référencés dans les articles Wikipédia.
Dans les autres fonds d'archives parcourus, il est par contre extrêmement rare que des fonds soient intitulés de noms féminins ou entièrement consacrés à des femmes, alors que nous pouvons constater un peu plus souvent que les femmes sont donatrices d'archives. Elles apparaissent ainsi de manière plus subtile, discrète, le plus souvent au détour d’un fonds familial ou portant le nom d'un homme, « cachées » derrière ces derniers. Leur présence et leur rôle n’en est que plus difficilement identifiable lorsqu’on les cherche.
Lorsqu’on considère la nature des documents dans lesquels les femmes sont mentionnées, on constate qu’elles apparaissent majoritairement dans des documents officiels, tels que des actes de naissance, décès ou contrats de mariage; dans les testaments ou successions, quand la capacité de tester est présente. Dans ce dernier cas, seules les femmes d’une certaine catégorie sociale sont représentées, principalement celles issues de familles nobles ou de haut rang, par mariage ou par naissance.
Dans les fonds d’archives privées issus de ces familles, elles apparaissent majoritairement au travers de l’écriture et de la correspondance (exemple de la famille de la Harpe).
Les registres de poursuites et faillites de la fin du 19e et du 20e siècles renseignent sur les professions des femmes, en particulier lors des faillites de commerces. On les trouve principalement à la tête d'une échoppe ou d'un petit commerce, notamment dans le domaine des vêtements et tissus (marchande de vêtements et d’articles de mercerie, couturière, modiste, négociante de chaussure, tapissière-décoratrice, sellière-tapissière), des marchandises et de la vente (négociante, négociante en graines, marchande, revendeuse, épicière), de la restauration et/ou de l’hébergement (tenancière de café, maîtresse de pension ou pensionnat, hôtelière, restauratrice, tenancière d’école ménagère), de l’agriculture (agricultrice-fermière, marchande de légumes, horticultrice). Aux côtés du « traditionnel » titre de ménagère, des professions et fonctions plus rares ou singulières sont mentionnées, comme pierriste, directrice de clinique ou entrepreneuse. Il s’agit le plus souvent de métiers dits « féminins ».
Dans les domaines de la vie sociale et associative, les femmes restent également difficiles à percevoir. Comparativement aux hommes, que l’on retrouve notamment dans des sociétés d’étudiants et autre cercles exclusivement masculins, on dénombre peu d’associations féminines ou à vocation féministe dans les archives aux ACV. Celles qui existent s’apparentent le plus souvent à des associations charitables et de bonnes œuvres ou à de mouvements de défense des droits des femmes. Dans le monde associatif en général et les organisations politiques, leur présence et leur rôle sont difficiles à attester, les listes de membres ne figurant que rarement dans les fonds d’archives. Dans les quelques cas où ces données existent, on observe que les femmes sont très minoritaires et qu’elles occupent le plus souvent la fonction de secrétaire.
On relève néanmoins quelques fonds particulièrement intéressants pour l’étude de la vie familiale en Suisse au début du 20ème siècle et l’émancipation des jeunes femmes, parmi lesquels on peut mentionner celui de Madeleine Gaudard Barber, infirmière, partie à l'étranger: ACV PP 836 Gaudard-Barber (Madeleine).
Référencement sur Wikipédia
Parmi les femmes identifiées dans les fonds d’archives des ACV, rares sont celles déjà présentes sur Wikipédia: la plupart n’y figurent pas, alors qu’elles pourraient y être mentionnées. (cf. liste dans la page du projet). A cet égard, les archives conservées aux ACV apportent une preuve indéniable de leur rôle dans la communauté : certaines ont été pionnières dans leur domaine d'activité ou ont joué un rôle significatif dans la société.
A noter également que sur l’ensemble des femmes auxquelles une page Wikipédia est consacrée et dont des archives se trouvaient également aux ACV, seules les pages portant sur Tatiana Corvin, Hélène de Mandrot et la maison des artistes, France Pastorelli et Jacqueline Jonas comportaient déjà une référence aux archives.
Plusieurs compléments ont ainsi pu être apportés à des notices existantes, ainsi que des références à des documents attestant une information déjà contenue dans une page (par exemple Irène Joliot-Curie). Ceci n’a toutefois été le cas que lorsque l’intérêt semblait suffisamment pertinent, ou dans le but d’apporter un regard complémentaire ou nouveau sur la personne concernée (par exemple, Germaine de Staël et l’affaire de la baronnie de Coppet).
Sur Wikipédia il existe une page catégorie intitulée Personnalités de l’histoire vaudoise. Il est plus qu’intéressant et significatif de noter le peu de femmes comptant parmi ces personnalités.
Perspectives
Faire l'histoire nécessite d’avoir accès à des sources.
Afin de pouvoir questionner et analyser l’évolution du rôle des femmes dans la société, il est indispensable d’identifier les traces et témoignages qui ont (ou pas) été conservés à leur sujet. Quels choix ont été faits et faudra-t-il envisager dans le domaine de l’évaluation et de la conservation ? De quoi la recherche scientifique et la société ont-elles besoin dans ce domaine ? Comment déterminer qui a sa place dans les encyclopédies communautaires ?
Des contacts ont été pris avec l'Université de Lausanne, et un échange aura lieu aux Archives cantonales dans le courant du mois de juin afin de tenter d’esquisser quelques réponses à ces questions.
Compléments
D'autres projets ont été menés ces dernières années ou sont en cours, avec lesquels nous souhaitons établir un lien, en les mentionnant: