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L'externalisation du nettoyage aux dépens des salariés
Nombre de grandes entreprises ont externalisé leur service de nettoyage aux dépens des conditions de travail des employés
L'emploi dans le secteur du nettoyage a augmenté de 50% depuis dix ans alors que le nombre de salariés dans l'ensemble de l'économie n'a progressé que de 10%. En réalité, on ne nettoie pas davantage que par le passé. C'est un artifice statistique dû à l'externalisation massive à des sociétés de nettoyage de services inclus autrefois à l'intérieur des banques, des entreprises pharmaceutiques, de télécommunication et autres. Ce chiffre donne une idée de l'ampleur du phénomène de la sous-traitance du nettoyage qui a gravement péjoré les conditions de travail du personnel de cette branche.
Les externalisations des services de nettoyage qui ont eu lieu depuis une dizaine d'années ont empoisonné les conditions de travail de cette branche. Le salaire minimum y est d'environ 20 francs de l'heure, si l'on prend en considération l'indemnité de vacances et la part du 13e salaire. Si le personnel du nettoyage était directement employé, par exemple, par les banques, les salariés recevraient environ 27 francs de l'heure, même pour les travailleurs qui touchent le salaire minimum le plus bas.
Baisse des salaires
Ce sont surtout des grandes entreprises - UBS, Crédit Suisse, Novartis, Swisscom - qui ont externalisé le nettoyage de leurs bâtiments. L'UBS, par exemple, l'a fait en 2006, en autonomisant ses services de nettoyage sous la forme d'une nouvelle entreprise du nom de Edelweiss FM. Dans de nombreux cas, il a été exigé des entreprises de nettoyage extérieures qu'elles reprennent les anciennes conditions de travail des employés. Mais ce ne fut que provisoire. Premièrement en effet, cette branche, qui connaît d'importantes fluctuations, a pu, lors de nouvelles embauches, convenir de salaires plus bas. Deuxièmement, des entreprises de nettoyage ont été vendues à d'autres entreprises qui n'étaient pas tenues de respecter ces accords. Ce fut aussi le cas de l'ancienne entreprise de nettoyage de l'UBS, Edelweiss FM, qui fut reprise par ISS, une entreprise internationale dont le siège se trouve au Danemark.
Double gain des banques
Dans les milieux syndicaux, ISS est surtout connu comme étant l'entreprise qui a dénoncé en 2010 la convention collective de travail de l'aéroport de Genève. Cela afin de tirer les salaires vers le bas. Une décision inacceptable que le Syndicat des services publics (SSP) a dénoncé en déclenchant une grève. ISS est propriété des fonds d'investissement de Private Equity qui, à leur tour, appartiennent à la famille Wallenberg, de l'oligarchie suédoise, ainsi qu'à la banque d'investissement Goldman Sachs.
La boucle est ainsi bouclée. Les banques et les grandes entreprises externalisent les travaux de nettoyage afin d'économiser sur les coûts pour faire plus de profits. Ces économies se font en grande partie aux dépens des nettoyeuses et nettoyeurs, dont les salaires minimums baissent fortement. De ce fait, les entreprises de nettoyage peuvent enregistrer des bénéfices qui, à leur tour, reviennent aux banques qui ont acheté ces mêmes entreprises!
L'initiative de l'USS sur les salaires minimums pourrait mettre fin à cette pression sur les salaires au détriment du personnel de nettoyage. En effet, si ce dernier gagne plus, l'externalisation de ces activités n'en vaudra plus la peine.
Daniel Lampart / USS