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Ce tableau est une commande adressée à Georges de La Tour, en pleine maîtrise de ses moyens. Le sujet est un classique, en faveur à l'époque de la Contre-Réforme. C'est une oeuvre profane, mais elle est destinée à diffuser une message bien moralisateur !
Un jeune homme riche qui se croit fort et invincible, un peu comme l'enfant prodigue, débarque dans une foire. Une créature de rêve a tôt fait de l'appâter et de le conduire chez une vieille femme, la diseuse de bonne aventure. Captivé et distrait par les bavardages de la vieille autant que par les charmes de ses comparses, il se fait dépouiller sans broncher. Il ne lui restera que son air de spadassin satisfait; les poches seront vides.
C'est donc un fabliau, une moralité. La Hollande en produisait, la France appréciait aussi et l'Italie n'était pas en reste de ce type de peinture didactique !
Mais Georges de La Tour nous propose une lecture exceptionnellement subtile de ce sujet. Regardons les visages. La vieille femme est extraordinairement burinée, tandis que les jeunes filles montrent des visages totalement lisses, comme des figures japonaises de théâtre Nô. Les visages sont absolument statiques. Ils ne disent rien. Ils surveillent tout simplement. Ce qui parle, ce ne sont ni les bouches, ni les yeux: ce sont les mains. Tout l'événement est décliné au niveau des mains.
Parcourons ces détails.
Voilà donc le jeune homme. Parfaitement satisfait de lui-même. Il a sans doute des raisons de l'être, au-dessus de son col bien propre !
Notre bohémienne ensuite. Son regard surveille évidemment le jeune homme. Le visage est lissé à l'extrême, jusqu'à supprimer tout effet de modelé. Il est simplement ouvert sur deux yeux, et ouvert sur une bouche qui paraît presque comme laquée Le visage paraît d'autant plus vif qu'il est en contraste avec l'étoffe blanche et noire, de structure plus animée qui le drape.
Voici le troisième visage, la jeune fille de gauche, la plus typiquement bohémienne, dont les cheveux sont noués semble-t-il n'importe comment. Regardez pourtant, ce dessin, c'est presque de la calligraphie japonaise.
Quittons le niveau des visages, fixés dans leur hiératisme sans mots, sans dialogue. C'est au niveau des mains que l'événement se situe. Regardez la main du jeune homme qui tend la pièce, la main de la vieille qui s'apprête à empocher la pièce, les mains de la jeune femme prêtes à couper le cordon doré. Toute l'anecdote se déploie dans ce jeu habile des mains. Les regards n'étaient que des prétextes. Le véritable dialogue, ce sont les mains qui le déclinent. Le Caravage, à nouveau, se rappelle à notre souvenir. Dans la Vocation de saint Matthieu, c'est bien aussi les mains qui racontent le mystère de la rencontre, alors que les personnages semblent s'ignorer. La main de la jeune fille de gauche n'est pas inactive non-plus. Elle prélève furtivement une bourse. Admirez enfin la merveilleuse description des broderies de la manche, comme plus loin, derrière la main ravinée de la vieille, l'étoffe extravagante dans laquelle elle est drapée.
Après la Diseuse de bonne
aventure, voici Le
tricheur.
C'est un autre grand tableau de genre, là aussi un sujet très baroque et Contre-Réforme.