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Des riches et des pauvres
Carte blanche donnée à l'historien de l'art Jean-Hubert Martin, l'exposition Pas besoin d'un dessin revisite la collection du MAH de manière aussi originale que réjouissante. Le parcours d'une vingtaine de salles thématiques inclut un chapitre intitulé "Des riches et des pauvres" que le commissaire introduit ainsi dans le catalogue de l'exposition:
«Impensable dans le contexte de l’époque, le riche décor d’une salle du Conseil et d’un luxueux salon du XVIIIe siècle est perturbé par l’intrusion de représentations de pauvres qui pénètrent par les portes et les fenêtres.
Parmi les objets vestiges et marqueurs des classes sociales, le mobilier est le plus parlant. Un coffre paysan en bois rudimentaire avec un décor au couteau contraste sévèrement avec un coffre métallique aux solides renforts et à la serrure sophistiquée. Le dernier est destiné à préserver des objets précieux, alors que le coffre paysan ne contenait que quelques vêtements dont la comparaison avec une commode du XVIIIe siècle est tout aussi saisissante.
La critique du capitalisme se répand dès le XVIe siècle avec des gravures telles que L’Argent règne sur le monde (Greuter). L’usure, c’est-à-dire le prêt à des taux abusifs, bien que régulièrement condamnée par l’Église, se développe au détriment des moins riches, ce qui explique le succès des tableaux maintes fois dupliqués de Quentin Metsys et Marinus van Reymerswaele. Le pouvoir et la richesse qu’il entraîne reviennent d’abord au monarque auquel il sied de se montrer dans des atours et dans un décor le plus luxueux possible, tel le portrait de Louis XVI avec ses habits du sacre par Antoine-François Callet. Les aristocrates privilégient les tenues chamarrées civiles ou militaires et les bourgeois ne sont pas en reste. Les vêtements, signes distinctifs de classe, sont dans des tissus précieux, les coloris sont vifs et raffinés et les broderies de fil d’or ou d’argent.
Les raisons pour lesquelles les artistes dès le XVIIe siècle représentent pauvres et mendiants ne sont pas claires. On sent bien chez Jacques Callot une compassion pour les déshérités et une aversion pour les horreurs de la guerre et ses massacres. Ces exactions sont si étrangères à la doctrine chrétienne, alors que les guerres comme celle de Trente Ans sont le plus souvent perpétrées au nom de la religion: catholiques contre protestants. Si l’on peut accepter une part de révolte et de provocation de la part des artistes, ces images se retrouvent dans les collections de la classe des nantis, voire des princes, sans que l’on puisse préciser quels sentiments habitaient les regardeurs: un mépris moqueur? Une impression d’exotisme face à la différence de classe, de pittoresque en regardant leurs accoutrements?
Censées pallier les excès de pauvreté, il y a les activités charitables telles que la quête faite avec un tronc, la distribution de pains (David Teniers) et les jetons donnant droit à des plats de nourriture distribués par les grandes familles bourgeoises. Au XIXe siècle, la représentation des pauvres prend un tour nettement politique de revendication sociale. Le vétéran des campagnes napoléoniennes qui a risqué sa vie pour la patrie et pour la défense des acquis de la Révolution se retrouve dans un dénuement total et en est réduit à demander l’aumône (Nicolas-Toussaint Charlet), de même que Les Chanteurs de rue d’Honoré Daumier.»
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