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Le clivage entre hommes et femmes est plus profond ici qu'à la Jamaïque ou en Afrique du sud. Une étude comparative relègue la Suisse au 25e rang sur 115 pays.Ce contenu a été publié le 28 novembre 2006 - 08:25
Les opportunités économiques des Suissesses sont insuffisantes. C'est ce qui ressort d'une étude globale menée par le World Economic Forum.
L'égalité des chances entre femmes et hommes serait-elle plus grande en Afrique du Sud qu'en Suisse?
Les droits, le niveau de vie, l'accès aux services sanitaires et à l'éducation ne sont bien entendu pas inférieurs en Suisse, toutefois en termes absolus: «Mais si l'on compare les opportunités offertes aux hommes par rapport à celles réservées aux femmes, on s'aperçoit que l'écart entre les deux sexes est plus important chez vous qu'en Afrique du Sud», relève Saadia Zahidi, l'une des auteurs du rapport «Global Gender Gap», du World Economic Forum (GAP).
L'édition 2006 de l'étude, réalisée en collaboration avec l'Université de Harvard et la London Business School, radiographie en quelque sorte la situation d'un nombre plus élevé de pays, totalisant près de 5 milliards de personnes.
Les critères d'évaluation retenus ont été appliqués à des données provenant toutes de la même source: l'Organisation des Nations Unies.
Les secteurs dans lesquels des disparités entre hommes et femmes ont été constatés sont la participation ainsi que les opportunités offertes dans le monde économique (salaires, postes hautement qualifiés et à responsabilités).
A cela s'ajoute l'éducation et la formation (moyenne et supérieure), la participation à la politique (représentation au sein de structures administratives et législatives) ainsi que la santé.
Ni pire, ni meilleure
Sur une échelle de 0 à 10 (0 correspondant à une situation d'inégalité et 10 à une inégalité totale), la Suède occupe la première place mais, avec un taux de parité ne dépassant cependant pas «80%».
Ce résultat démontre que même le pays le plus vigilant en matière d'égalité des sexes n'atteint pas un seuil de parité totale. Cela n'empêche pas la Suède de faire figure de modèle.
Plusieurs Etats européens ainsi que la Nouvelle Zélande et les Philippines figurent parmi les 10 premiers du classement. La Suisse n'arrive qu'en 25e position, bien en deçà de certains de ses voisins, comme l'Allemagne, qui s'arroge la 5e place mais, loin devant la France et l'Italie, qui n'apparaissent respectivement qu'aux 70e et 77e rangs. Un résultat négatif que ces deux pays doivent en grande partie à la sous représentation féminine en politique et dans l'économie.
Quant à la Turquie, candidate à l'entrée au sein de l'Union européenne (UE), elle se positionne loin derrière le dernier des membres de l'UE dans le classement du WEF.
Clivage comblé
«Avec un taux global de parité hommes-femmes supérieur à 90% en matière de santé et d'éducation, on peut désormais considérer que le clivage entre les deux sexes est pratiquement comblé», souligne Saadia Zahidi.
«Par contre, le pourcentage chute aux environs de 50% pour ce qui est de l'économie et de la politique. Dans ces domaines, les femmes sont encore largement sous-représentées», ajoute la chercheuse.
La Suisse ne fait pas exception à cette règle. Le problème de la disparité salariale persiste et les femmes ne sont que partiellement représentées dans les organes politiques tels que les parlements et exécutifs à plusieurs niveaux.
De plus, le «Global Gender Gap» met en exergue une particularité helvétique: selon le document, le nombres d'étudiantes immatriculées dans des hautes écoles et universités de Suisse serait inférieur à celui d'autres pays développés, où la tendance serait exactement inverse.
De considérables obstacles
«La Suisse conteste l'évaluation établie par l'ONU, qui ne considère pas la formation offerte par certaines écoles techniques comme étant de niveau universitaire», précise néanmoins la co-auteure de l'étude.
Sous cet angle, le résultat peut paraître légèrement biaisé par rapport à la réalité, qui placerait la Suisse sous un jour plus favorable.
Globalement, les obstacles auxquels se heurtent les femmes restent considérables. Si des pays tels que les Etats-Unis leurs offrent davantage d'opportunités socio-économiques (22e rang), celui de la politique leur reste cependant largement fermé. Toujours outre-Atlantique, on peut noter le meilleur résultat du Canada, qui arrive au 14e rang du classement général du «Global Gender Gap».
Amérique Latine et pays arabes
Sur l'ensemble du continent latino-américain, les chercheurs du WEF n'ont constaté qu'une disparité relative entre l'accès aux services de santé et aux études offerts aux femmes et celui réservé aux hommes.
Mais, pris un par un, les pays d'Amérique Latine laissent apparaître une réalité différente. Ainsi, l'Argentine est l'un des pays au monde où la disparité salariale est la plus marquée, puisque là-bas, une femme ne percevra qu'un tiers du salaire d'un collègue masculin pour un travail égal.
Quant aux pays arabes, le rapport souligne qu'aux cours des dernières décennies, d'importants progrès ont été réalisés dans les domaines de la santé et de l'éducation, plus accessibles aux femmes.
Mais, leur capital humain demeure très faible et largement inexploité et ce, bien que le nombre de femmes bénéficiant de leurs propres ressources financières s'est accru dans ces pays.
Un constat regrettable, relèvent encore les auteurs de l'étude puisque selon eux, lorsque la situation des femmes progresse, c'est le niveau de vie du pays tout entier qui en bénéficie.
swissinfo, Raffaella Rossello
(Traduction de l'italien: Nicole Della Pietra)
En bref
L'étude «Gender Gap» 2006 du World Economic Forum a été établie sur la base de critères nouveaux par rapport à l'année précédente. La méthodologie utilisée a été modifiée et plus de pays ont été étudiés: 115 pour un total de 5 milliards de personnes, soit 90% de la population mondiale.
Les 10 premiers rangs comptent la Suède, la Norvège, la Finlande, l'Islande, l'Allemagne, les Philippines, la Nouvelle Zélande, le Danemark, la Grande-Bretagne et l'Irlande.
La Suisse arrive en 25e position, après la Jamaïque mais devant l'Autriche.
L'Italie et la France occupent les 77e et 70e places.
Le Sri Lanka est 13e et la Tanzanie 23e.
L'EGALITE en chiffres
Dix ans après l'entrée en vigueur de la loi sur l'égalité, les femmes gagnent en moyenne 20% de moins que leurs collègues masculins.
La disparité est moins forte dans le secteur public: 10% de femmes de moins à la Confédération. Ce taux atteint 15,7% dans les entreprises de moins de 50 employés, 20,4% dans les compagnies jusqu'à 1000 employés et, dans les plus grandes structures, 30,8%.
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