Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06854.jsonl.gz/367

Après avoir perdu toute crédibilité en faisant la promotion, qui d'une patinoire de 10'000 places, qui d'un faux "éco-quartier", les bétonneurs des Cherpines entament le dernier round argumentatif contre les référendaires d'une étrange façon: Le tronçon de la Plaine de l'Aire concerné par le vote ne représenterait qu'une petite part de la zone agricole genevoise.
On a ainsi eu coup sur coup:
- Un conseiller d'Etat affirmant en débat public que le tronçon au-delà de l'autoroute ne serait pas rendu déclassable dans le prochain Plan Directeur.
- Un conseiller administratif plan-les-ouatien se lançant dans une périlleuse querelle de chiffre, qui affirme que la zone déclassée ne représente que 15% d'une Plaine de l'Aire dans laquelle il inclut manifestement une bonne partie de la Champagne ou, qui sait ?, le Signal de Bernex.
- Une lettre de lecteur dans Le Courrier d'aujourd'hui, signée par un certain Steve Bernard, qui a l'humilité de ne pas mentionner qu'il est le directeur de la fondation "Genève Place Financière", ses amis banquiers n'ayant sans doute aucun intérêt dans l'éventuel bétonnage des Cherpines. (Si vous n'êtes pas abonné au Courrier, achetez-le, vous aurez ainsi l'occasion de lire l'excellente lettre de L. Luisoni, qui, lui, a l'honnêté d'indiquer qu'il est ingénieur-agronome EPFZ)
Outre le fait que l'inévitable confrontation des chiffres met en évidence que cette part n'est pas si négligeable (surtout si on la rapporte à la somme des terres maraîchères), l'argument sous-entendu est le suivant:
On sait très bien que les terres arables sont précieuses, qu'il ne faut pas les bétonner, que la souveraineté alimentaire, l'agriculture de proximité sont des sujets capitaux, vitaux, mais bon, juré promis, c'est le dernier déclassement. Après le 15 mai, on arrête.
On perçoit immédiatement la proximité entre ce discours et celui de la personne dépendante, qui sait identifier son mal, mais qui ne trouve aucune autre solution que de replonger périodiquement dans son addiction en se promettant d'arrêter le lendemain.
- Le mal profond qu'il faudrait soigner, c'est évidemment le développement économique de Genève, axé sur le prestige, les grandes entreprises et la démesure. Toutes les études de qualité de vie montrent qu'au-delà d'un seuil, la croissance apporte plus de nuisances que de bénéfice au commun des mortels. Comment s'étonner dans ce cas que les plus acharnés promoteurs du déclassement sont précisément ceux qui s'intéressent plus à leurs affaires qu'au sort des Genevois-es, au premier rang desquels les promoteurs immobiliers et les équilibristes de la haute-finance (et leurs relais politiques, cela va de soi).
- La dépendance n'étant pas une tare, mais une maladie, il convient de réfléchir sérieusement aux moyens de se passer de notre substance addictive. C'est précisément le débat qu'a lancé le comité référendaire. Et force est de constater que, s'il y a quelques semaines, on pouvait penser que l'avalanche de publicité des Libéraux et de la Chambre Immobilière parviendrait à occulter ce débat, les articles récents, les innombrables discussions que nous avons avec les Genevois-es lors de nos distributions de tracts (eh oui, nous n'avons pas les moyens de les faire encarter dans les journaux locaux...) nous montrent que le débat s'est petit à petit recentré sur les thèmes que nous souhaitions discuter: La protection de l'agriculture de proximité et de qualité, la promotion de l'économie sociale et solidaire, la redéfinition de la politique économique du canton. La population est très réceptive à ces questions et nous réserve un accueil en général très positif.
C'est pourquoi nous posons une question simple à tous ceux qui nous promettent que ce déclassement sera le dernier, à tous ceux qui affirment que la zone concernée n'est pas si grande:
Quel argument contre un déclassement d'une autre portion de la Plaine de l'Aire serait valable demain (ou dans dix ans), et ne serait pas valable aujourd'hui dans le cas des Cherpines ?
J'ai eu l'occasion de poser la question à plusieurs responsables politiques. On m'a expliqué que l'air du temps allait changer, que la préoccupation pour l'agriculture de proximité irait croissant, bref, que nous étions des précurseurs et que, dans 20 ans, un pareil déclassement sera inimaginable. Cela m'a certes flatté, mais fort peu convaincu et donné l'impression que ces arguments dilatoires cherchent surtout à éviter de se poser une question peut-être douloureuse, mais incontournable à court ou moyen terme: Comment sortir indemnes de la spirale de la croissance exogène de notre région ?
Alors, que l'on cesse avec les "Demain, promis, j'arrête !", soyons adultes et responsables et votons aujourd'hui (si ce n'est pas déjà fait) NON au déclassement de la Plaine de l'Aire !