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Commotion cérébrale: risque de mort prématurée multiplié par trois
Avant l’âge de quarante-cinq ans, les traumatismes crâniens et cérébraux constituent la principale cause de mortalité et de handicap sévère. Les principales situations pouvant provoquer ces traumatismes sont bien connus: accidents de la voie publique (environ 50%), accidents sportifs, accidents du travail et domestiques, agressions diverses. De ce fait, le traumatisme crânien doit être connu et réclame d’être pris au sérieux. Chaque année en Europe un million de ces traumatismes nécessitent une hospitalisation. Ce chiffre atteint presque le double aux Etats-Unis –un pays où l’on pratique fréquemment des sports plus «violents» que sur le Vieux Continent.
Commotion cérébrale
En marge du traumatisme crânien, la «commotion cérébrale» désigne quant à elle l’ébranlement du cerveau consécutif à ce type de traumatisme, généralement associé à une perte de connaissance. Cette dernière est due à un dysfonctionnement temporaire des régions cérébrales profondes qui assurent le maintien de l'état d'éveil. C'est la conséquence de la propagation des ondes de choc vers le centre du cerveau, où se concentre l’énergie qui en résulte. Ce phénomène ne s’accompagne pas de lésions cérébrales radiologiquement visibles. «Assommée», la personne reprendra spontanément conscience quelques secondes ou quelques minutes après le choc.
Surveillance médicale
On peut alors observer des troubles (transitoires) de la mémoire récente, associés à une confusion, des étourdissements, des bourdonnements d'oreilles et des maux de tête. Une surveillance médicale (ou neurochirurgicale) s'impose: il s’agit de dépister au mieux et au plus vite les possibles complications lésionnelles secondaires opérables sur le plan chirurgical: hématome extra-dural, hématome sous-dural, œdème cérébral.
Au cours des heures ou des jours suivants, d'autres symptômes peuvent apparaître. A commencer par des problèmes de mémoire ou de concentration, des troubles du sommeil, des changements de l'humeur ou encore une hypersensibilité à la lumière et au bruit. Les symptômes d'une commotion cérébrale a priori sans gravité, durent moins de vingt-quatre heures et souvent moins de six heures. S'ils persistent, c’est qu’il faut compter avec une commotion plus importante qui doit impérativement être surveillée.
Nouveau risque
Un nouveau risque ultérieur est aujourd’hui mis en évidence grâce à une étude menée par des chercheurs anglais et suédois, dirigés par le Pr Niklas Långström (département de biostatistiques et d’épidémiologie médicale, Institut Karolinska, Stockholm). Les résultats de ce travail viennent d’être publiés dans l’édition datée du 15 janvier de la revue JAMA Psychiatry.(1)
Deux fois plus de suicides
Les chercheurs de l'Université d'Oxford et de l'Institut Karolinska ont examiné les dossiers médicaux de l’ensemble des victimes de commotion cérébrale en Suède (218300 personnes), toutes nées à partir de 1954. Ces données ont été comparées à celles de leurs frères et sœurs (150513 personnes) ainsi qu’à celles du groupe témoin, soit plus de deux millions de personnes appariées par sexe et par âge.
Leurs conclusions sont sans ambiguïté et assez spectaculaires. Il apparaît que les victimes de tels chocs présentent, six mois plus tard, trois fois plus de risques de décès prématuré que celui qui observé dans la population générale. Ces mêmes personnes ont, d’autre part, 2,6 fois plus de risques de décès prématuré que leurs frères et sœurs (dont les patrimoines génétiques héréditaires sont très proches). Les chercheurs recensent notamment deux fois plus de risque de mort par suicide que chez ce dernier groupe.
Altérations ultérieures du jugement
Comment comprendre ces résultats? Première signataire de cette publication, le Dr Seena Fazel (département de psychiatrie, Université d’Oxford, Warneford Hospital) précise que les victimes de traumatismes crâniens qui ont aussi une histoire d'abus de substances ou de troubles psychiatriques, sont encore plus exposées au risque de décès prématuré. Elle suggère de ce fait que l'augmentation de ce risque pourrait être liée aux dommages causés dans les régions cérébrales impliquées dans le jugement, la décision et la prise de risque –soit, globalement, des lésions qui entraîneraient des formes d’altération du jugement.
Précautions recommandées
Quelle qu’en soit la raison précise, ce travail conduit à des conclusions pratiques. La prise en charge actuelle des lésions cérébrales traumatiques porte, pour l’essentiel, sur les traitements immédiats et la récupération des fonctions altérées. C’est sans doute insuffisant. Les auteurs de la publication estiment que ces personnes doivent être médicalement et psychologiquement suivies sur le long terme. Comme si elles souffraient d’un trouble chronique. Elles suggèrent aussi de surveiller chez elles l’apparition de symptômes de dépression, de toxicomanie et d'autres troubles de nature psychiatrique.
(1) Un résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.