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Un passé pas si simple, récit de vie
Chapitre - Notre nouveau domicile (P. 44-46 )
Lorsqu'on tombait malade, maman nous soignait avec les moyens du bord. Pour les rhumes, on allait dans la grange chercher une ramassoire de poussière de foin que l'on mettait dans un bidon avec de l'eau bouillante et avec une couverture sur la tête on devait inhaler les vapeurs pendant cinq bonnes minutes. Lors d'une angine, maman chauffait une couenne de lard sur le fourneau et nous l'appliquait sur la gorge. Parfois, elles étaient trop chaudes et nous brûlaient la peau. Lors de refroidissement on nous frictionnait avec de la pommade camphrée. Les plaies étaient soignées avec des bandes de gaze imprégnées d'une substance désinfectante, le "Windex". Comme fortifiant, on devait prendre chaque matin une cuillère à soupe d'huile de foie de morue qui n'avait pas bon goût. Au fait c'était franchement dégueulasse.
Entre 10 et 12 ans, j'avais aussi grandi un peu vite. Je me tenais mal, voûtée à regarder par terre ou le bout de mes souliers. Mes parents me répétaient tout le temps "tiens-toi droite", mais deux minutes après, je me retrouvais bossue. Mes parents ont commencé à me donner de violents coups de poing dans le dos, au moment où je m'y attendais le moins. Je me suis souvent étalée deux mètres plus loin, me râpant en plus les genoux et les mains. J'éprouvais de la haine, dans ces moments, j'avais envie de rendre ces coups qui me faisaient horriblement mal. Je me suis encore plus renfermée sur moi, de toute manière personne ne m'aimait, puisque j'étais, nulle, bête, idiote et désobéissante. Je ne me souviens pas que maman m'ait prise dans ses bras. Un compliment ou un mot agréable m'aurait fait tant du bien. Maman disait souvent qu'Erna, ma grande soeur, qui était morte, était bien plus gentille, obéissante, travailleuse et je pensais que si moi aussi j'étais morte, peut-être qu'on m'aimerait. Mais, je ne savais pas comment m'y prendre pour mourir, pour qu'on me trouve une qualité. Je n'entendais jamais un mot gentil où un geste d'affection, aucune considération, que des reproches et de nombreuses gifles.
Chaque soir, nous devions dire bonne nuit et embrasser nos parents, même si on avait eu des différends. Maman nous accompagnait dans notre chambre et nous devions faire la prière, pour remercier Dieu de tous les bienfaits qu'Il nous accordait. On allait aussi à l'église et nous faisions partie du choeur des jeunes. Pour le 1'500e anniversaire de l'église de Romainmôtier, on devait apprendre une partition qui faisait partie d'un choeur. Je n'aimais pas ces répétitions. Elles avaient lieu le soir, après une journée de travail, on chantait huit à douze notes puis on devait compter huit temps de pose puis reprendre nos notes, je trouvais ça complètement idiot. Je n'avais même plus envie de continuer.
Un passés pas si simple, Johanna Mosini, Editions à la carte 2012