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En mai 2015, The Economist jetait un pavé dans la mare en réalisant un numéro critique sur la place de l’homme dans les sociétés occidentales modernes.1 Les hommes ont longtemps tenu le devant de la scène et pourraient encore donner l’impression de le faire : plus de 90 % des présidents d’états ou des premiers ministres sont des hommes et ces derniers sont également prédominants dans la finance, le sport, la technologie ou la musique. Le fait d’être un homme confère encore des avantages sur le plan politique (sous-représentation des femmes dans les parlements, notamment en Suisse : 15,2 % de femmes au Conseil des Etats, en régression depuis 2003 et 32 % au Conseil National) ou professionnel (accès aux postes plus facile, avantage salarial de 15,1 % supérieur dans le secteur privé et de 12,3 % dans le public).2
Les médecins de premier recours ont un nouveau rôle à jouer auprès de cette population
Pourtant, avec l’évolution des sociétés durant le 20e siècle et de l’égalité entre hommes et femmes, une partie des hommes s’est retrouvée déboussolée. Les hommes occidentaux ont plus de risque de vivre éloignés de leurs enfants, d’être emprisonnés ou de commettre un suicide. Ils ont un risque 1,5 fois plus élevé de ne pas terminer leur scolarité obligatoire et ils possèdent moins de titres universitaires que les femmes.1 Un groupe particulièrement exposé est celui des hommes de la classe socio-culturelle inférieure ; ces derniers sont à risque de perdre leur emploi, de ne plus en retrouver, de ne plus être attractifs pour les femmes et de finir sans emploi, sans famille et sans perspectives.
Les médecins de premier recours ont un nouveau rôle à jouer auprès de cette frange de la population. Ces médecins, femmes et hommes, qui rencontrent chaque année 80 % de la population ont une place privilégiée pour aider ces hommes à risque ou déjà touchés par des problèmes de santé spécifiques. Les hommes ont un profil de risque augmenté pour les maladies cardiovasculaires ; ce risque accru est entre autres lié au fait qu’ils consomment plus de substances psychotropes, avec un ratio de deux tiers d’hommes pour un tiers de femmes. Les questions liées à la santé sexuelle des hommes sont cruciales : sexualité à risque, dysfonction érectile, risque de cancer de la prostate. Quant au suicide, il peut découler de la dépression masculine qui présente des formes particulières, rendant son diagnostic délicat. Finalement, la violence est un thème important chez l’homme, souvent auteur, mais aussi parfois victime, ou poussé à la violence physique par la violence psychologique.3
Après des âges de domination masculine, perdurant encore dans certains domaines ou régions, une partie des hommes pourrait désormais faire partie des populations vulnérables et à risque accru pour leur santé. Il était donc logique de tenir l’engagement pris il y a un an dans notre numéro dédié à la santé des femmes et d’en réaliser un sur la santé des hommes, qui devront s’adapter à une nouvelle réalité sociétale, apprendre à reconnaître leur vulnérabilité, retrouver leurs ressources et considérer leur réalité avec la nuance du Ying et du Yang.