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Polaroïd 00 : 56
C'est l'ère de l'hyper communicativité, et tant pis si les puristes de la langue française s'égorgent. De toute façon, tout se sait. Les droits sont abolis. Fini de ne pas répondre aux emails, aux pokes, aux appels téléphoniques, aux twitts et aux messages sibyllins de répondeurs. Les non réponses passent systématiquement, au mieux pour de la goujaterie, au pire pour un manque d'éducation. Les "on peut" se remplacent aisément par des "on doit".
C'est encore l'ère de l'hyper communicativité. Les insolubles questions sont insupportables, les non réponses suscitent des plaques irritant l'épiderme, les absences numériques créent des interrogations. Et les silences? Des coucheries. Supposées. Il ne faut rien dire, se taire, adopter l'interrogation des autres à tout prix, même les épisodes de faiblesse ou de vérité, c'est selon, sont décortiquées aux lumières de l'aube. Il faut bien remplir la machine à dire, l'entreprise à faire, exciter les mandibules et l'hypoglosse.
C'est le contrôle des images et des mots, la victoire des mensonges sur l'instant de vérité. On ne fera plus que l'amour que "comme il se doit". Ce sera alors la fin. Ne jamais dire rien à personne. Ne surtout rien faire. Ne surtout pas. Non. Pas.