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Nous achevons ici la relation de la séance que vient d'organiser l'Académie française de médecine sur le thème du cannabis et des inquiétudes sanitaires liées aux modalités actuelles de la consommation de drogues illicites (Médecine et Hygiène des 6, 13 et 20 mars) avec la fin de la communication du Pr Paul Lechat, membre de l'Académie nationale de médecine quant à la synthèse actualisée des données disponibles sur la consommation de cannabis à des fins médicales.I Le cannabis comme stimulant de l'appétitSelon Robson,1 l'administration de THC à 139 malades atteints du sida et 54 atteints d'une affection cancéreuse, a stimulé leur appétit et réduit leur cachexie. Pour le Pr Lechat, une telle donnée justifierait sans aucun doute que soient menées des recherches complémentaires, pour s'assurer en particulier de l'absence d'effets du THC sur le système immunitaire. Des comparaisons plus poussées sont sans doute aussi nécessaires avec les médicaments pouvant être utilisés dans cette indication (mégestrol, hormone de croissance).I Le cannabis exerce-t-il des effets bénéfiques chez les malades atteints de sclérose en plaques ?Le Pr Lechat observe que certains malades atteints de sclérose en plaques ont signalé une amélioration de leur spasticité et de leurs douleurs musculaires lorsqu'ils fument du cannabis.1 «Toutefois, précise-t-il, des essais comparatifs avec des médicaments classiques (myorelaxants comme le baclofène par exemple) n'ont pas été réalisés. Le premier essai multicentrique important vient d'être lancé et il convient d'en attendre les résultats avec prudence car on connaît les périodes de rémission spontanée de la sclérose en plaques».I Le cannabis améliore-t-il le glaucome ?En 1979, Newell et coll.2 ont observé que la nabilone diminuait la pression intra-oculaire chez des malades atteints de glaucome à angle ouvert. Pour sa part, Robson1 a recensé cinq essais cliniques publiés entre 1976 et 1981 qui ont noté une diminution significative de la pression intra-oculaire après administration de THC, ce dernier étant soit fumé, soit utilisé sous forme de gouttes oculaires. «Aucune publication n'a été relevée depuis 1981 et des essais complémentaires comparatifs avec des myotiques récents (b-bloquants, prostaglandines) s'avèrent nécessaires, car ceux-ci sont mieux tolérés localement et n'ont pas les effets neuropsychiques du THC administré par voie générale qui ont dissuadé les sujets glaucomateux âgés de poursuivre le traitement» observe le Pr Lechat.Que conclure au terme de ce tour d'horizon bibliographique ? Peut-être comme le rapport, daté de 1997, de la British Medical Association, rapport qui est cité dans le rapport Roques de 1998 :3 «Les travaux sur l'utilisation médicale du THC restent anecdotiques et ne donnent pas de résultats scientifiques incontestables, en particulier lorsqu'on compare les études qui ont été effectuées avec celles qui sont exigées pour la mise sur le marché d'un nouveau médicament». On ne trouvera en revanche aucune donnée française puisque dans ce pays aucun essai clinique en double aveugle n'a été publié à ce jour sur une application médicale donnée du cannabis.Le cannabis et la résine de cannabis figurent à la fois dans le tableau 1 et dans le tableau 4 des stupéfiants dans la convention unique du 30 mars 1961 sur les stupéfiants. Il est prévu que les pays signataires de cette convention pourront autoriser les essais cliniques avec les stupéfiants, sous «leur surveillance et contrôle directs». Aux Etats-Unis, depuis le Marihuana Tax Act de 1937, le cannabis fumé est inscrit sur la liste I des produits sous contrôle fédéral et classé parmi les hallucinogènes, il est illégal de le prescrire, le distribuer, le posséder ou le cultiver. «En novembre 1996, une majorité de citoyens de Californie et de l'Arizona ont approuvé par vote les "Compassionate Use Acts" 200 et 215 qui permettent aux malades graves de cultiver et de posséder du cannabis pour leur usage personnel s'ils détiennent une prescription d'un médecin, rappelle le Pr Lechat. Cette décision a été considérée comme illégale et contraire aux lois fédérales par les policiers et les médecins. Le THC de synthèse (dronabinol), commercialisé en 1985 aux Etats-Unis, a vu son usage par voie orale d'abord strictement limité comme antiémétique, puis en 1989 sa prescription interdite. En Grande-Bretagne, la nabilone (Cesamet®) est le seul cannabinoïde de synthèse autorisé sur prescription médicale, uniquement pour traiter les nausées et vomissements induits par une chimiothérapie cytotoxique chez des malades ne répondant pas aux antiémétiques classiques.Au Canada, le gouvernement fédéral a décidé en 2000 de faire croître du cannabis, d'en contrôler la teneur en THC et l'absence de contaminants, afin de le mettre à la disposition de quelques citoyens canadiens autorisés à fumer du cannabis en raison de leur maladie.5 Aux Pays-Bas, un "Office of medicinal cannabis" a été créé en mars 2000. Il devra contrôler la production horticole du cannabis et en coordonner les essais cliniques afin de mieux évaluer son potentiel thérapeutique. Le gouvernement néerlandais donne priorité aux essais chez les malades atteints de sclérose en plaques, de sida ou de cancer.6«Deux axes de recherche semblent prometteurs quant aux applications thérapeutiques éventuelles des dérivés du cannabis. Le premier concerne les cannabinoïdes endogènes, du type anandamide. La seconde voie de recherche touche les agonistes et antagonistes des récepteurs aux cannabinoïdes, conclut le Pr Lechat. Mais à la question : le cannabis a-t-il un intérêt thérapeutique ? la réponse paraît être aujourd'hui négative. De nouveaux essais cliniques rigoureusement conduits permettront peut-être de la modifier un jour. Pour l'instant, des autorisations d'usage du cannabis données actuellement à certains malades à titre compassionnel ne sauraient être confondues avec une mise sur le marché du cannabis comme médicament».(Fin)Bibliographie :1 Robson P. Therapeutic aspects of cannabis and cannabinoids. Br J Psychiatry 2001 ; 178 : 107-15.2 Newell FW, Stark P, Jay WM, Schanzlin DJ. Nabilone : A pressure-reducing synthetic benzopyran in open-angle glaucoma. Ophthalmology 1979 ; 86 : 156-60.3 Roques B. Problèmes posés par la dangerosité des drogues. Rapport au secrétariat d'Etat français à la santé, mai 1998.4 Marihuana as medicine. Report from the Health Council in the Netherlands. Intl J Technology assessment in health care 1997 ; 13 : 481-2.5 Expertise collective de l'INSERM. Cannabis : quels effets sur le comportement et la santé ? Paris : Editions INSERM, 2001.6 Scholten NK. Dutch measures to control medical grade marijuana : Facilitating clinical trials. Drug Information Journal 2001 ; 35 : 481-4.