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Exemple d'un essai clinique, le protocole SAKK 95/17
L’activité sportive après un traitement du cancer du sein précoce et sous thérapie anti-hormonale
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes dans le monde. Bien qu'il existe un risque élevé de cancer du sein chez les femmes présentant certains facteurs héréditaires, comme des mutations touchant les gènes BRCA1, BRCA2 et PALB2, la grande majorité des cas de cancer du sein sont sporadiques. Dans ces cas, les facteurs de risque tels que l'âge, les facteurs de reproduction et le mode de vie (tabagisme) jouent un rôle important dans la pathogenèse de la maladie. En particulier, il existe des preuves solides d'une corrélation positive entre le manque d'activité physique et le risque de cancer du sein1.
Après l'ablation de la tumeur, suivie d'une chimiothérapie et/ou d'une radiothérapie si cela est cliniquement indiqué, les patientes atteintes de tumeurs cancéreuses du sein présentant des récepteurs hormonaux positifs reçoivent fréquemment un traitement endocrinien adjuvant, par exemple un inhibiteur de l'aromatase (IA). Les effets secondaires courants de ce traitement sont: douleurs articulaires, douleurs musculaires, raideur, fatigue et bouffées de chaleur.
Les arthralgies et les myalgies peuvent entraîner une baisse de l'activité physique et avoir une influence négative sur la qualité de vie (QoL)2 et peuvent être responsables d’une non-reprise du travail. Par ailleurs, les douleurs musculaires et articulaires et la raideur sont parmi les principales raisons d’un arrêt du traitement anti-hormonal. Étant donné que le traitement anti-hormonal est habituellement administré pendant 5 et parfois même 10 ans, il s'agit d'un défi clinique majeur de ce traitement adjuvant (= prophylactique).
Les douleurs musculaires et articulaires associées à cette thérapie se manifestent généralement au cours des 1 à 2 premiers mois de traitement et atteignent leur maximum après 6 mois. Dans les essais cliniques, jusqu'à 47 % des patientes ont déclaré avoir un certain degré de douleurs musculaires ou articulaires liées à ce traitement. Les symptômes se caractérisent le plus souvent par des douleurs aux genoux, hanches, au bas du dos, aux épaules et aux mains, souvent associées à une raideur matinale précoce.
Pour les patientes atteintes d'un cancer du sein qui suivent un traitement antihormonal, l'activité physique peut procurer des bienfaits potentiels en réduisant les douleurs et la fatigue musculaires et articulaires et peut donc améliorer la qualité de vie, ceci a été démontré dans plusieurs essais cliniques3.
Cependant, le type d'activité ou la combinaison d'activités, l'intensité et la durée totale de l'exercice ont été assez hétérogènes, et les effets sont par conséquent difficiles à comparer. En outre, les interventions se sont principalement concentrées sur les patientes qui suivaient déjà un traitement antihormonal et qui présentaient déjà des effets secondaires suite au traitement, alors que l'effet préventif de l'activité physique sur les effets secondaires reste indéterminé.
L’objectif de cette étude est de démontrer cet effet préventif de l’activité physique sur les effets secondaires (arthralgies) suite au traitement antihormonal. Il s'agit d'une intervention simple, à domicile, consistant en une marche extérieure récréative rapide d’intensité modérée en continu pendant au moins 30 minutes par jour, avec l'objectif de faire au moins 3000 pas comptés par le podomètre, et ceci 5 jours par semaine (Fig. 1).
Étant donné que les douleurs musculaires et articulaires associées à l'IA se manifestent généralement au cours des 1 à 2 premiers mois de traitement et qu'elles culminent généralement à 6 mois, la durée de l'intervention est de 6 mois.
Nous avons activé ce protocole au printemps 2019. Le nombre de patientes correspondant aux critères d’inclusions (patiente après intervention chirurgicale et indication à une thérapie par un IA) étant élevé, nous avons pu rapidement inclure un grand nombre de patientes.
n pratique, les patientes sont informées sur l’essai clinique, donnent leur consentement à y participer, puis sont enregistrées. Les symptômes, en particulier les arthralgies, sont notifiés par la clinical trial coordinatrice (data-manager) dans le cadre d’une interview. Les patientes sont ensuite munies d’un podomètre, plus ou moins motivées à marcher (selon le bras dans lequel elles ont été randomisées) au minimum 3000 pas/jour (30 minutes) et sont revues à intervalles réguliers dans notre centre. Le retour de nos patientes est très prometteur: la prise en charge par notre centre (médecin, infirmières d’étude) est plus intensif et un important soutien est donné aux patientes après chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie. Les patientes participent à ce protocole de recherche avec grand plaisir et enthousiasme.
Il s’agit d’un protocole d’étude simple, mais demandant un grand investissement de travail de la part de nos infirmières de recherche. Le centre de Fribourg a inclus 29 patientes dans ce protocole. En novembre 2019, nous étions le centre en Suisse avec le plus haut taux de participation. Les autres centres n’ont pas inclus le nombre prévu, parfois en raison du coût du personnel nécessaire au suivi des patientes. Notre Fondation participe activement au soutien des infirmières de recherche permettant la poursuite de ce protocole dans notre centre fribourgeois.
1) Rezende, L.F.M., et al., Physical activity and cancer: an umbrella review of the literature including 22 major anatomical sites and 770 000 cancer cases. Br J Sports Med, 2017
2) Olufade, T., et al., Musculoskeletal pain and health-related quality of life among breast cancer patients treated with aromatase inhibitors. Support Care Cancer, 2015. 23(2): p. 447-55
3) Irwin, M.L., et al., Randomized exercise trial of aromatase inhibitor-induced arthralgia in breast cancer survivors.
J Clin Oncol, 2015. 33(10): p. 1104-11. Nyrop, K.A., et al., Aromatase inhibitor associated arthralgia: the
importance of oncology provider-patient communication about side effects and potential management through
physical activity. Support Care Cancer, 2016. 24(6): p. 2643-50