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Le PIB est un agrégat de circonstance, ce sont ses composantes qui comptent.
La page 2 de la Tribune d’hier et d’aujourd’hui traitent du PIB, sous la plume de Paul Dembinski et de Pierre Ruetschi respectivement. Les deux se complètent.
Les origines de la comptabilité nationale remontent aux années trente. James Meade et Richard Stone en furent les inventeurs. Richard Stone en retira le prix Nobel d’économie en 1984 ; James Meade l’ayant déjà reçu en 1977 pour ses travaux sur la théorie du commerce international, il ne participa pas au second. Ses travaux se déroulèrent en partie à Genève quand il était membre de la section économique de la Société des Nations (véritable pépinière de lauréats Nobel d’économie, soit dit en passant ).
Il s’agit d’une comptabilité de gestion. Ce sont surtout ses composantes qui comptent, et elles se fixent en fonction des objectifs que visent les preneurs de décision. De même un détaillant peut s’intéresser à son loyer, à ses charges d’éclairage et à ses dépenses publicitaires, mais il n’a aucun intérêt et en faire la somme.
Dans les années trente le problème prioritaire de politique économique était le chômage et son l’objectif le plein emploi. Il s’agissait d’organiser l’économie de manière à créer des emplois rémunérés. La guerre changea les objectifs : il fallait désormais déployer la main d’œuvre devenue rare de manière à satisfaire aux mieux aux besoins militaires d’une part et d’autre part à l’approvisionnement équitable de la population ( je souligne un souci majeur de James Meade auquel Pierre Ruetschi fait écho ). Les composantes ne tenaient compte que des instruments et des objectifs que pouvaient influencer ceux qui déterminaient les politiques publiques ; les totaux n’étaient que conséquences accessoires. On pense au vieux dicton anglais « occupez-vous des sous et les piastres s’occuperont d’elles-mêmes. »
C’est le sens d’un petit livre/objet d’art de mon épouse et de moi-même, “Éloge de la décroissance”: la décroissance, ce n’est ni le rétrécissement de l’économie ni la croissance zéro, c’est s’occuper des préoccupations de la société sans se soucier si ces activités se reflètent dans l’agrégat PIB ou pas. Comme le dit Pierre Ruetschi, la croissance zéro ne garantit en rien l’équité, la qualité et la durabilité de l’économie. Ce n’est pas en traitant le marronnier de la Treille pour en retarder la floraison que l’on arrêtera le réchauffement climatique.
Ce n’est que pendant « les trente glorieuses » que l’agrégat PIB vint à dominer l’idéologie économique au point d’atteindre le statut d’idole auquel on porte un culte. C’est bien le moment de le remiser - avec un petit exemplaire dans une vitrine du MEG ?