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Critique
Le dernier film du réalisateur portugais est, dans sa mise en scène comme dans son sujet, l'un des films les plus originaux parmi ceux présentés à Cannes en sélection officielle en 1999.
Certes l'adaptation au cinéma d'un roman n'a rien de nouveau. Mais de cette façon, oui. Manoel de Oliveira parvient en effet à porter à l'écran une oeuvre littéraire, de surcroît du XVIIe siècle, écrite dans un style compassé et pour le moins totalement démodé, sans rien perdre de ce style, sans rien céder non plus aux exigences communément admises aujourd'hui du genre cinématographique. Pour cela, il transpose le roman de Madame de La Fayette, «La Princesse de Clèves», à la fin du XXe siècle.
Ces deux époques sont incarnées par Madame de Clèves pour le XVIIe, qui vit ses passions avec la pudeur de son époque, se confie à une amie religieuse, analyse avec finesse et sans complaisance ses sentiments, et pour le XXe par un chanteur à la mode, Pedro Abrunhosa, dont Madame de Clèves tombe amoureuse, au désespoir de son mari que ce coup envoie sans façon au cimetière. Les conseils et les encouragements prodigués par la religieuse en font un personnage à la fois ancien et moderne.
Pedro Abrunhosa est réellement un musicien et un chanteur connu au Portugal. Ajoutons que c'est aussi le personnage le plus agaçant de ce film, totalement inexpressif, les yeux constamment cachés derrière des lunettes noires. Pourtant, le rôle, «joué» de cette façon, sert parfaitement le film, rentre dans le parti pris choisi par le réalisateur: tous les personnages sont comme en retrait d'eux-mêmes; les sentiments sont vécus intérieurement, les acteurs sont comme placés dans la situation de récitants, prenant la pose correspondante à leur texte, l'accentuant et transformant ainsi parfois une situation sensée être tragique en situation comique. Le procédé permet de mettre en évidence le décalage entre les deux époques, deux manières de percevoir entre autre l'amour, la passion, le désir, la jalousie. A ce jeu, Chiara Mastroianni en Madame de Clèves se montre virtuose.
Ne pas saisir d'emblée l'intention du réalisateur, c'est se condamner à l'ennui pendant 1 h 47. Mais si l'on entre dans le jeu, on pourra apprécier cette rencontre inattendue, insolite, entre deux siècles si différents. Deux époques qui ont manifestement des choses à se dire sur l'amour, comme si le siècle de Madame de Clèves pouvait aider le XXe, complètement déboussolé, à redonner à l'amour galvaudé ses lettres de noblesse.
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