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Pour me voler mon portefeuille, un voyou m’agresse violemment et me laisse gravement handicapé : dois-je le haïr ou lui pardonner ? La question peut sembler légitime. À partir de là, constatant que la haine ne fait de mal qu’à celui qui l’éprouve, le moraliste et le psychiatre préconisent consensuellement de choisir le pardon.
Mais remplaçons maintenant le voyou par un séisme. Sous l’effet d’un tremblement de terre, l’effondrement de ma maison me laisse gravement handicapé. Faut-il haïr la Terre ou lui pardonner ? Cette fois, la question paraît absurde. C’est que « la Terre n’y peut rien », dira-t-on, tandis que « le voyou est responsable de ses actes. »
Vraiment ?
De nombreux penseurs sont arrivés à la conclusion que le libre-arbitre n’est qu’une illusion. Des expériences d’imagerie fonctionnelle du cerveau tendent à la même conclusion : les décisions que nous croyons prendre rationnellement sont décelables dans la partie inconsciente du cerveau, sous forme de signaux électriques (les « potentiels de préparation motrice »), plusieurs dixièmes de seconde avant que l’on en ait conscience.
Les mécanismes neurologiques qui poussent un voyou à m’agresser et les mouvements des plaques tectoniques qui produisent un séisme sont des phénomènes de même nature : ils obéissent tous deux aux lois fondamentales de la physique. L’alternative de la haine ou du pardon n’a pas plus de sens dans un cas que dans l’autre.
Acceptons simplement que les choses soient comme elles sont.