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Quatre chercheurs français, anglais, allemand et taiwanais ont reçu le Prix Balzan 2003, vendredi, à Berne.
Cette récompense, dotée d'une somme d'un million de francs pour chaque lauréat, a été remise par la ministre suisse Ruth Metzler.
Dans son allocution, Ruth Metzler a tiré un parallèle entre connaissance et politique, entre science et pouvoir.
«Si savoir et pouvoir étaient autrefois l'affaire des élites et sans relation directe l'un avec l'autre, aujourd'hui ils sont devenus - l'un et l'autre - l'affaire de tout le monde», a-t-elle déclaré.
La ministre suisse a souligné l'importance d'engager des moyens dans la recherche: «Le savoir, c'est l'espoir. Le pouvoir est alors dans l'obligation de donner vie à cet espoir». Et cela signifie notamment «libérer les moyens financiers indispensables».
Successeur de Jean Piaget
Dans le domaine des lettres, la fondation a récompensé cette année le Français Serge Moscovici. Ancien professeur à la Maison des sciences de l'homme à Paris, il a notamment enseigné à l'Institut Rousseau de Genève.
Lors de son séjour en Suisse, ce réfugié chassé de Roumanie par le nazisme et la guerre a été frappé par une particularité: «un sens du compromis, une sorte de pacification».
Considéré comme le successeur du psychologue Jean Piaget, Serge Moscovici est l'un des pionniers de la tradition européenne en «psychologie sociale» (voir encadré: Serge Moscovici, l'héritier de Jean Piaget).
Histoire européenne du 20e siècle
L'Anglais Eric Hobsbawn est quant à lui récompensé pour son oeuvre globale sur «l'histoire européenne dès 1900». Il a notamment enseigné aux universités de Londres et de New York.
Absent lors de la cérémonie pour des raisons de santé, Eric Hobsbawn y a participé par téléphone.
Il a expliqué qu’avec l’argent du Prix Balzan il comptait lancer un projet de recherche sur les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, pour vérifier «comment la vie a repris son cours normal après une période de totale destruction».
Génétique et trous noirs
Dans le domaine des sciences naturelles, c’est le Taïwanais Wen-Hsiung Li, professeur à l'Université de Chicago, qui a été primé.
Il est récompensé pour ses travaux en «génétique et évolution». Des travaux qui ont été fondamentaux pour le décodage du génome humain.
Enfin, l'Allemand Reinhard Genzel, directeur de l'Institut Max-Planck pour la physique extra-terrestre à Garching, en Allemagne, a été primé pour ses recherches sur «l'astronomie infrarouge».
Ses travaux ont conduit au développement de télescopes plus puissants qui ont permis d'apporter la preuve définitive de l'existence de trous noirs en 2002.
Les prix Balzan sont parmi les plus prestigieux du monde pour les montants attribués et la valeur scientifique qu'ils représentent. Les lauréats doivent affecter la moitié de leur gain à des programmes de recherche et d'encouragement de la relève scientifique.
swissinfo et les agences
En bref
- La fondation italo-suisse Balzan décerne chaque année ses prix à des savants et chercheurs de renommée internationale. La cérémonie a lieu alternativement à Berne et Rome.
- Depuis la première remise de prix en 1961, la Fondation a récompensé 91 scientifiques - dont six Suisses - et organismes d'entraide. Elle a versé plus de 38 millions de francs.
- Basée à Milan et Zurich, la Fondation Balzan a été constituée en 1956 par Lina Angela Balzan, fille du journaliste et industriel italien anti-fasciste Eugenio Balzan (1874-1953) qui s'était réfugié à Lugano durant la Seconde Guerre mondiale.
- Lina Balzan a consacré la fortune léguée par son père à la promotion de la culture, la recherche et l'engagement humanitaire.