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nouveau recteurMonsieur le recteur sortant de charge, Mon cher Rémy,
Il y a quatre ans, dans ton discours rectoral, évoquant le rôle des universitaires, tu parlais de ceux qui «retroussent leurs manches et poussent à la roue». Aujourd'hui, après t'avoir vu à l'oeuvre, j'aimerais, si tu le permets, reprendre cette métaphore qui traduit si justement dans quel esprit tu oeuvras pour l'Université. Tu fus, en effet, pendant ces quatre années constamment sur le terrain. On t'a vu partout, arpentant l'Arc jurassien, des deux côtés de la frontière, portant le message de ton université, assistant à des assemblées, à des inaugurations, présidant des colloques, trouvant même le temps d'y présenter des contributions. Tu n'as pas ménagé ton énergie pour être un véritable ambassadeur de l'Université. Ce sens du contact correspond certainement à ta nature généreuse, mais je suis persuadé que tu as choisi la bonne formule pour faire comprendre l'importance du rôle de l'Université dans sa région. Tes efforts furent d'ailleurs récompensés quand le peuple neuchâtelois approuva massivement le crédit de construction du Mail.
J'aimerais également évoquer deux autres aspects de ton action, car je les considère comme des choix porteurs d'avenir pour l'Université.
Il y a quatre ans, tu t'es autorisé, selon ta propre expression, à prononcer une profession de foi (tu l'as d'ailleurs renouvelée tout à l'heure) déclarant en substance: «L'Université a deux devoirs sociaux à remplir: celui de participer à l'effort commun du pays et de la région qui lui donnent ses moyens d'existence et celui de préserver une pensée libre et, j'ajoute, une recherche fondamentale.» Je peux aujourd'hui te féliciter d'avoir tenu cet engagement. Tu as, notamment, constamment défendu l'idée qu'à l'Université il doit y avoir des chercheurs qui consacrent du temps à la réflexion fondamentale, car ce sont eux qui préparent l'avenir et qui créent le savoir, mais tu as aussi voulu que les
chercheurs qui trouvent puissent concrétiser leurs découvertes. C'est ainsi que tu as largement contribué à la constitution de la FSRAO (Fondation pour la science et la recherche appliquée et orientée).
Ayant pris conscience du rôle que la région allait jouer dans l'Europe qui se forme (c'est l'autre aspect de ton action que j'aimerais évoquer), tu déclarais (c'était toujours il y a quatre ans): «A mi-distance de Genève, apparemment ouverte à la Savoie et à la région Rhônes-Alpes, et de Bâle, apparemment ouverte à l'Alsace et au Bade-Wurtemberg, l'Université de Neuchâtel est appelée à devenir toujours plus l'Université de l'Arc jurassien.» Mon cher Rémy, en disant cela tu venais de créer l'Université des régions jurassiennes! Formidable défi!
Permets-moi au passage de te dire que le régionaliste que je suis a pris des leçons chez celui qui a su si bien définir le rôle de l'Université dans sa région.
Après ces quatre années d'intenses activités rectorales, je m'étais dit que tu avais acquis quelque droit à la paresse, ou du moins, te sachant incapable d'inactivité, à quelques mois sabbatiques. Je t'avais senti très curieux d'aller étudier certaines archives moscovites. Hélas, pour l'enrichissement de l'histoire neuchâteloise, le peuple neuchâtelois, respectueux de certaines trajectoires rectorales, en a décidé autrement, Il a certainement compris que tu ne méritais pas de passer un hiver difficile. C'est pourquoi, plutôt que de te morfondre dans une lointaine ville de l'Est, tu deviendras pendulaire entre Neuchâtel et une ville située à l'Est elle aussi, mais beaucoup plus proche. Bonne chance à Berne, mon cher Rémy!
nouveau recteurMesdames et Messieurs,
Depuis quelque temps, le paysage universitaire subit des transformations qui impliquent que les universités fassent des choix et se fixent des objectifs.
C'est pourquoi, au nom du nouveau rectorat, je vous présenterai les éléments essentiels qui inspireront notre politique des quatre prochaines années. Nous avons retenu huit grandes catégories d'objectifs.
Nous entendons, tout d'abord, accentuer la participation de l'Université dans le processus de la mobilité suisse et européenne (ERASMUS et CH-Unimobile). La politique d'encouragement à la mobilité des étudiants et des enseignants est récente: le programme suisse a débuté cet automne, la participation à ERASMUS sera effective dès l'automne 1992. Les débuts ont été hésitants, mais le processus est en route et il est porteur d'un réel dynamisme et d'expériences qu'il vaut la peine de soutenir. Aussi, dans le but de participer le plus efficacement possible à ces programmes, l'Université de Neuchâtel tentera de développer son attractivité dans un certain nombre de domaines bien ciblés. Nous devrons par ailleurs affirmer notre vocation d'Université des régions jurassiennes par des enseignements et des recherches en relation avec cette caractéristique.
Il va de soi qu'une politique de mobilité efficace nécessite aussi un tissu de relations diversifiées avec d'autres universités. A ce propos, nous sommes heureux d'avoir pu déposer quatre demandes d'adhésion à des PIC (programmes interuniversitaires de coopération avec des pays de la Communauté européenne). Nous nous emploierons à stimuler ce type d'accords et à conclure des conventions avec des partenaires partageant les mêmes objectifs que nous.
Le maintien d'un bon encadrement des étudiants constituera également une de nos principales préoccupations. L'analyse comparative indique que l'Université de Neuchâtel dispose globalement d'un bon taux d'encadrement (rapport enseignants
et assistants par étudiant). C'est un avantage que nous entendons conserver, si possible améliorer, notamment dans les secteurs qui constituent des centres d'excellence et dans ceux qui enregistrent des accroissements durables d'étudiants. En effet, il faut que dans une université de la taille de la nôtre l'étudiant se sente encadré et soutenu dans ses études et dans ses recherches.
En troisième lieu vient la relève universitaire. Ce n'est déjà plus un objectif, mais une quasi-réalité (puisque les autorités politiques doivent se prononcer définitivement cet automne). La Confédération fournira pour la période allant de 1991 à 1995 un crédit de 104 millions de francs destinés à encourager la relève dans les universités cantonales. Concrètement, pour notre université, cela correspond à 10 ou 12 postes (dont au moins 30% de femmes) de professeurs assistants, maîtres assistants et assistants. La relève universitaire est déterminante pour l'avenir de nos universités, cela d'autant plus qu'un nombre élevé de chaires devra être repourvu d'ici à l'an 2000, mais cette impulsion, si elle est bienvenue, nous complique aussi la tâche, car elle est de durée limitée. Cela signifie que les engagements des collaborateurs rendus possibles par ce crédit d'impulsion devront être en harmonie avec nos plans de développement.
La participation de notre université aux programmes prioritaires entre également dans nos intentions. Plusieurs de nos instituts sont en effet qualifiés pour travailler dans le cadre des programmes prioritaires décidés par la Confédération (technologie de l'information et électronique de puissance, science des matériaux, biotechnologie, sciences de l'environnement). Pour être à même de participer activement à ces programmes, il faudra être sensible aux ressources supplémentaires dont nos chercheurs auront besoin et les aider à définir des priorités correspondant aux spécialités de notre université.
La formation continue constitue notre cinquième objectif. La formation continue de type postuniversitaire devient une tâche importante des hautes écoles. Dans le cadre des mesures fédérales, notre université a déjà mis sur pied, et continuera à le faire, un certain nombre de cours. Nous sommes persuadés que, dans ce domaine, nous devrons être très sélectifs et que notre efficacité dépendra de la collaboration que nous établirons avec d'autres universités. Mais nous faisons pleine confiance au professeur Michel Rousson, l'actuel président du Sénat, qui est chargé de ce dossier en tant que délégué du rectorat à la formation continue, Il est certain que le logement des étudiants devra retenir toute notre attention. Il s'agit non seulement de penser à nos étudiants, mais aussi à ceux qui s'intéressent aux programmes de mobilité. Malgré les efforts de ces dernières années, l'offre de logements aux étudiants n'est pas encore satisfaisante. Grâce au legs de Ch. et E. Boissonnas, nous pourrons
améliorer la situation, mais cela prendra quelque temps. Relevons que bientôt quarante appartements seront disponibles dans l'immeuble des Sablons acquis par la Fondation du Foyer des étudiants. Nous sommes naturellement ouverts à toutes les propositions qui pourraient nous aider à améliorer plus rapidement la situation.
L'objectif suivant s'intitule nouvelle construction. La Division économique et sociale est aujourd'hui confrontée à des problèmes aigus de locaux. Afin de loger cette division et d'éviter une dispersion préjudiciable, nous espérons pouvoir mener à chef le projet de construction d'un bâtiment sur l'espace Louis-Agassiz. La construction de cet immeuble achèverait la série des grandes constructions universitaires et permettrait également d'améliorer la situation pour le Séminaire de français moderne, la Division juridique et l'Administration centrale.
Enfin, et ce sera notre huitième objectif, nous entendons jouer un rôle dans la coopération et coordination romande. L'idée d'une collaboration plus intense entre les universités suisses, et notamment entre les universités romandes, a fait l'objet, ces derniers temps, de plusieurs déclarations, voire même de propositions précises. Nous n'allons pas aujourd'hui prendre parti pour telle ou telle formule. Nous tenons toutefois à manifester notre intention résolue à participer à l'édification d'un système universitaire romand plus cohérent et mieux coordonné. Mais, puisque les intentions sont prêtes à se concrétiser en action, j'aimerais que les responsables mettent au point le plus rapidement possible un code de bonne conduite, une déontologie de la coopération, une éthique de la coordination. Nous souhaiterions que trois principes au moins fassent partie de ce code:
— la coordination ne s'accommode pas du fait accompli, elle implique la concertation dès la naissance d'un projet, tout au long de son élaboration, de sa mise en oeuvre et finalement de sa gestion;
— la coordination doit être fondée sur le principe de la confiance réciproque. Pour que celle-ci soit véritable, et pour éviter la suspicion entre partenaires, il faut d'emblée s'accorder sur la manière de sanctionner les comportements opportunistes;
— la coordination ne peut réussir que si, dès le départ, les programmes sont construits de telle manière qu'ils incitent les échanges d'enseignants et surtout d'étudiants.
Il s'agit bien entendu de suggestions qui peuvent être discutées, mais je suis persuadé que pour que la coordination réussisse et pour qu'elle soit un enrichissement pour tous, il vaut la peine de passer quelque temps à en préciser les modalités. Cela sera d'autant plus facile que les universités romandes ont acquis une certaine expérience en la matière, notamment dans le cadre des troisièmes cycles.
Faut-il que je conclue en chiffrant ces objectifs? Je n'ai pas hésité longtemps à répondre par la négative. D'abord parce que certains de leurs aspects doivent être précisés, ensuite parce que je suis persuadé que les autorités politiques neuchâteloises et le peuple neuchâtelois, conscients de l'importance que l'Université revêt pour l'avenir du canton et des régions jurassiennes, continueront à soutenir nos efforts.
La nouvelle équipe rectorale mettra tout en oeuvre pour accomplir la tâche qui lui a été confiée: continuer à être un ferment du développement économique et culturel régional et transfrontalier et assurer le relais avec l'extérieur, tant pour diffuser les idées et les travaux de nos chercheurs que pour capter les idées venues du large monde.
D. Maillat