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La question des « avantages injustifiés », autrement dit de la relative facilité avec laquelle les portes s'ouvrent pour certaines personnes simplement parce qu'elles appartiennent à un groupe dominant (souvent majoritaire), a suscité beaucoup d'intérêt lors des récents ateliers sur la diversité.
Pour illustrer ce que l'on entend par « avantages injustifiés », prenons l'exemple des droitiers, qui, simplement parce qu'ils sont majoritaires, peuvent utiliser un ordinateur, un ouvre-boîte, des ciseaux ou que sais-je encore, sans se poser de questions, tandis que les gauchers, eux, doivent s'adapter pour utiliser des objets qui ne sont pas conçus pour eux. Les personnes qui appartiennent à un groupe dominant, à l'instar de nos droitiers, ne se rendent souvent pas compte de leur avantage ; les autres, en revanche, en ont bien conscience, par la force des choses, tout comme ils ont conscience des obstacles qu'ils doivent surmonter pour arriver aux mêmes objectifs.
Les groupes dominants se caractérisent souvent, mais pas toujours, par leur importance numérique ; quoi qu'il en soit, qu'ils représentent ou non la majorité, ce sont eux qui pèsent le plus. Les membres de ces groupes profitent jour après jour d'une structure systémique qui leur confère un avantage uniquement du fait de ce qu'ils sont.
Dans un environnement aussi complexe que le CERN, cette notion d'« avantage injustifié » se manifeste sous de nombreuses formes, qui recouvrent tous les aspects de notre programme Diversité. Pour comprendre ce que cela veut dire concrètement dans notre Laboratoire, posons-nous les questions suivantes :
- Ceux qui s'expriment dans leur langue maternelle ont-ils un avantage sur leurs collègues d'autres cultures, à l'oral comme à l'écrit ?
- Le fait que les hommes soient majoritaires dans l'Organisation crée-t-il une culture de travail et une mentalité défavorables aux femmes ?
- Le présupposé systématique d'hétérosexualité dans l'environnement de travail empêche-t-il les membres de la communauté LGBT d'être eux-mêmes et de donner le meilleur d'eux-mêmes ?
- Le handicap invisible d'une personne malvoyante ou malentendante affecte-t-il sa capacité de contribuer pleinement ?
L'avantage injustifié, le bénéfice qui découle du fait d'appartenir au groupe dominant, n'est pas facile à percevoir pour les personnes qui en profitent. Même quand on a conscience de bénéficier d'un avantage injustifié, c'est quelque chose à quoi l'on ne renonce pas facilement. Quelle que soit notre sensibilité à l'injustice sociale, nous avons naturellement tendance à résister au changement dans un système de domination dont nous profitons, sciemment ou non, et ce même si nous souhaitons remédier au désavantage manifeste qui en résulte pour d'autres dans leur vie professionnelle.
Toutefois, dès lors que nous décidons de nous mettre à la place de l'autre, que nous faisons preuve d'empathie vis-à-vis de ce qu'il vit, nous pouvons commencer à nous rendre compte que, à terme, chacun a intérêt à remettre en question ses croyances et à réfléchir aux notions d'avantage injustifié et d'inclusivité. Ce n'est qu'alors que l’on pourra véritablement comprendre ce qui est en jeu, sur le plan de l'équité et de la dignité.
Sudeshna Datta Cockerill