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Comment font-elles ?
"Je t'aime très fort"
J'ai failli verser une larme, même si le rituel m'avait été détaillé auparavant.
Ma nièce de quatre ans va en classe enfantine. Aujourd'hui, nous dînons chez mon père, qui habite à quelques minutes de l'école et après le repas, j'accompagne la petite pour la reprise de l'après-midi. Le trajet a réveillé en moi tellement de souvenirs. Ce trajet, parcouru tous les jours pendant six ans de ma vie, est imprégné de réminiscences : à l'aller, l'odeur âcre du fumier dans les prés, le livret répété comme une litanie, les pas de courses pour rattraper les minutes de retard et au retour, la cueillette de fleurs pour les petits bouquets printaniers qui enchantent Maman, les histoires des grands à écouter religieusement, le ventre qui gargouille. Et voilà que je me retrouve avec ma nièce à courir jusqu'à l'école. Avec elle, la vie est une grande course. Pourquoi se rendre d'un point A à un point B en marchant, quand on peut faire de grandes enjambées. Heureusement que l'école n'est qu'à une centaine de mètres de la maison familiale !
Arrivées devant l'entrée, elle me demande si je vais rester jusqu'à ce que la maîtresse arrive, parce que c'est toujours à ce moment-là, me confie-t-elle, qu'elle dit au revoir à Maman et qu'elle lui dit qu'elle l'aime. J'ai une grande responsabilité avant l'arrivée de la maîtresse. Comment fait-on pour laisser partir seuls ses enfants la première fois ? Quel déchirement ce doit être. Ce jour-là, il faut entièrement s'en remettre à la vie, les confier à la Providence.
Ma nièce se précipite vers les autres enfants, et tout naturellement, un jeu se met en place. Personne ne semble avoir énoncé à quel jeu tout le monde allait s'adonner, mais il est évident, dès qu'un enfant se met à courir après l'autre, que l'on joue au loup. Et tous s'y mettent. Ma nièce fait partie de ceux qui ne prennent le risque de descendre de leur perchoir protecteur que lorsque le loup est affairé quelques mètres plus loin, et le dos tourné. Elle ose alors poser un pied par terre, puis grimpe de nouveau sur son promontoire, extrêmement fière de son courage. Elle me fait rire... Et je me reconnais... Cela n'empêche pas, plus tard, d'être à même de prendre des risque, d'ailleurs.
Soudain, la maîtresse apparaît. Et tous très dociles, s'alignent devant elle et cessent de courir dès qu'ils ont franchi la porte de l'école. Ma nièce se précipite comme promis vers moi et m'embrasse. Elle me regarde droit dans les yeux et me déclare "Je t'aime très fort". Elle rejoint les autres, ne se retourne pas. La maîtresse me salue de la main et ferme la marche derrière tout ce petit monde. Je suis toute émue. Elle mène sa propre vie.
Et moi, toute bouleversée par ce spectacle.
23 novembre 2010