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En 2016, Donald Trump a remporté la victoire aux élections présidentielles grâce aux états industriels de la Rust Belt. Son discours protectionniste avait d’autant plus séduit qu’à ce moment-là le secteur industriel était en récession, avec à la clé des destructions d’emploi. Dans certains de ces états-pivot, les électeurs avaient pu vouloir punir l’administration démocrate. L’industrie a rebondi en 2017 et 2018, mais connaît à nouveau des difficultés. La guerre commerciale avec la Chine n’est semble-t-il pas si facile que cela à gagner, et il n’y a pas de grand mouvement de relocalisation des emplois industriels.
L’élection de Donald Trump en 2016 doit beaucoup à ses victoires dans plusieurs états industriels du nord-est (la “Rust Belt”), tels que Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, Ohio. A l’échelon national, l’emploi manufacturier compte pour 8.5% du total, mais cette part monte à 9.5% en Pennsylvanie et à 16% dans le Wisconsin. On sait combien cette campagne a été incertaine jusqu’à son terme, mais avec le recul, divers politologues ont vu dans le discours protectionniste et pro-industriel du candidat Trump la clé de sa victoire. La situation s’y prêtait bien car l’industrie américaine était entrée en récession au T1 2015 et y restée jusqu’au T2 2016.
L’emploi manufacturier a fléchi pendant ce temps, notamment dans les états-pivots (graphe de gauche). La faiblesse de l’industrie était telle qu’elle laissait sa marque sur les conditions d’emploi à l’échelon national. Au moment de l’élection en novembre 2016, le nombre de chômeurs chômage avait pratiquement cessé de baisser pour la première fois depuis la crise (graphe de droite).
A un an de la prochaine élection, quelle est la situation? Dans l’absolu, l’économie va mieux. Les trois dernières années ont allongé le cycle d’expansion, le chômage est tombé à 3.7% (vs 4.7% en novembre 2016), la richesse nette des ménages s’est accrue de 17tr$. Toutefois, le momentum récent est plus faible. La croissance ralentit, et l’industrie, comme souvent, amplifie le mouvement. Ces derniers mois, l’emploi industriel baisse dans la Rust Belt et le nombre total de chômeurs diminue moins vite. De surcroît, les industriels imputent leur morosité à l’incertitude commerciale qui est directement causée par la politique de Trump. Il avait promis d’utiliser l’arme des droits des douanes pour ramener les emplois industriels aux États-Unis mais la stratégie est loin de porter ses fruits.
En un an de l’élection, les jeux ne sont pas faits (la récente “affaire ukrainienne” en est la preuve). Pour un président en quête de réélection, cela ferait sens d’essayer de dynamiser l’activité. A défaut d’une relance budgétaire, qui nécessite un accord avec les Démocrates, on pourrait imaginer que Trump s’efforce de geler le conflit commercial. Est-il capable de cette volte-face?
Politique
Même si l’événement est strictement politique, on ne peut manquer de signaler que la Chambre a ouvert officiellement le 24 septembre une enquête en vue de destituer le président US dans l’affaire de la pression que Donald Trump aurait exercé sur le président ukrainien pour obtenir des informations défavorables sur Joe Biden, qui est à ce jour le favori de la primaire démocrate. La transcription de la discussion confirme que le “cas Biden” a été évoqué plusieurs fois entre les deux présidents. Reste à prouver le lien avec l’assistance militaire des États-Unis à l’Ukraine. Au bout du compte, l’impeachement dépend d’un vote des 2/3 du Sénat, actuellement dominé par les Républicains (53%). Autant dire que la procédure est très loin d’aboutir mais cela va sûrement occuper l’attention générale pour un moment. Cela peut-il détourner Donald Trump de l’une de ses activités favorites qui est de déstabiliser le commerce mondial, et par ricochet, de causer incertitude et volatilité?
A suivre cette semaine
Après la déception des créations d’emploi en août (+130.000) et dans le contexte de fébrilité actuelle, le rapport sur l’emploi de septembre (le 4 octobre) sera une information importante pour l’appréciation du cycle US et les perspectives de la politique monétaire. La probabilité d’une baisse des taux de la Fed à la réunion du 30 octobre est tombée de 80% mi-août vers 50% dernièrement. Selon Bloomberg, les attentes sont un gain net de 140.000 postes et un chômage stable à 3.7%. Autres chiffres-clés à surveiller : l’indice ISM-manufacturier qui est tombé à 49.1pt le mois dernier et l’indice non-manufacturier qui avait étonnamment rebondi en août (+2.7pt à 56.4) et qui pourrait donc retomber.
Sources : Thomson Reuters, Oddo BHF Securities