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Marion van Laer-Uhlmann, originaire de Berthoud, contredit en même temps deux erreurs qui circulent encore au sujet de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale: premièrement, la guerre n’aurait laissé aucune trace sur la Suisse et deuxièmement, les femmes n’auraient pas fourni leur contribution au front.
Conductrice pour la Croix-Rouge suisse, Marion van Laer-Uhlmann rassemble pendant la Seconde Guerre mondiale des blessés et réfugiés dans l’Ajoie et s’occupe de prisonniers italiens internés en Valais. A l’époque, une condition importante pour ce type de service ne va pas encore de soi pour les femmes: la possession d’un permis de conduire. Elle est la deuxième femme du canton de Berne à l’obtenir en 1922, avec une dérogation, car même si elle n’est pas encore majeure, elle est extrêmement talentueuse au volant. Lorsque les nuages de la guerre se rassemblent au-dessus de l’Europe, elle est l’une des quelque 300 femmes à s’annoncer en octobre 1938 comme conductrice pour la Croix-Rouge.
En mai 1940 commence pour Marion van Laer-Uhlmann le premier service actif dans l’armée. Dans une colonne de voitures de tourisme réquisitionnées, elle se rend à Viège, où elle soigne des soldats malades et transporte des blessés lors de combats. Après la guerre elle séjourne souvent en Allemagne et en Autriche, où elle s’engage pour l’aide aux enfants. Par ailleurs, elle ramène en Suisse, dans des trains sanitaires, des réfugiés des camps russes et aide des agriculteurs d’origine suisse, qui avaient été enrôlés dans la guerre pour leur bétail et leurs biens, à revenir au pays avec la «colonne motorisée Varsovie». Suivent de nombreux services et échelons de carrière, jusqu’à ce qu’elle passe à la réserve en 1966 en tant que commandante d’une colonne sanitaire du Service complémentaire féminin de l’armée. Dans le privé également, cette mère de deux fils se préoccupe du destin de réfugiés: la famille accueille pendant quelques mois en 1944 un jeune réfugié français, et en 1948 elle permet à un écolier hongrois de fréquenter le gymnase.
La vie de Marion van Laer-Uhlmann montre de façon exemplaire que pendant la guerre les femmes suisses ne faisaient pas que remplacer les hommes mobilisés dans les usines et l’agriculture – car il leur incombait bien entendu de s’occuper de la famille – mais qu’elles s’engageaient également en service actif pour le pays et les victimes de la guerre. Les pionnières comme Marion van Laer-Uhlmann ont contribué de manière déterminante à permettre aux femmes suisses de conquérir leur place également dans la vie publique.
L’ensemble des portraits des pionnières de la Suisse moderne fera l’objet d’une publication dans un livre qui paraîtra à l’automne 2014, édité par Avenir Suisse, les Editions Slatkine et Le Temps. A précommander ici