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L’occupation du site sur lequel s’élèvera au XVe siècle l’église de Saint Gervais est très ancienne. Les fouilles ont mis au jour des traces d’un habitat de l’époque néolithique (4000 ans avant J.-C.). Il s’agit de la première attestation d’une présence humaine sur le territoire de la ville actuelle.Succédant à des constructions d’époques celte et romaine, dont on pense qu’elles ont déjà une fonction cultuelle, une église funéraire est construite au Ve siècle. Sa crypte est l’un des plus vieux monuments chrétiens intégralement conservés de Suisse.En 926, le vicus de Saint-Gervais, défendu par de profonds fossés, est cité pour la première fois. A la fin du Moyen Age, il s’étend considérablement, à la faveur du lotissement d’une nouvelle voie, la rue de Coutance. L’ancien bourg devient un quartier de Genève, enserré de murailles jusqu’au milieu du XIXe siècle.
L’église est entièrement reconstruite entre 1430 et 1450. Le nouvel édifice, voûté de croisées d’ogives, se compose d’une nef unique bordée de chapelles placées entre des contreforts. Des maçons piémontais en édifient les murs avec les briques qu’ils produisent dans une tuilerie située au bord du lac. Colonnes, arcs et encadrement des baies sont taillés par des artisans genevois dans le style flamboyant.
Un artiste bourguignon orne les culots du chœur de magnifiques anges sculptés.
Après l’adoption de la Réforme en 1535, l’église devient un temple protestant. Une chaire et des bancs sont installés au milieu de la nef et des tribunes sont construites contre le flanc nord; celles-ci ont été détruite en 1903, à l’exception de l’une d’entre elles transformée en sacristieUne restauration du temple intervient entre 1987 et 2001.
La chapelle située au-dessous du clocher est fondée en l’honneur de Tous-les-Saints, dans les années 1430 par un riche marchand genevois, Matthieu Bernard d’Espagne. Son décor est un témoin de la floraison des arts à Genève au XVe siècle.
Sous le manteau protecteur de la Vierge, représentée sur la voûte, on reconnaît l’ex-duc de Savoie Amédée VIII, devenu pape sous le nom de Félix V en 1440 au moment de la réalisation du décor. Du côté des laïcs, le commanditaire s’est sans doute fait figurer lui-même derrière l’empereur et le roi. Au-dessous de cette image se trouvent les vestiges d’une Mise au tombeau ornant à l’origine un autel dont on conserve les fondations. Sur le mur sud, sont figurés saint Antoine puis, à droite de la fenêtre, Jean-Baptiste entouré de deux saintes martyres, probablement Stes Catherine d’Alexandrie et Marguerite.
Les Evangélistes représentés sur le côté ouest travaillent dans un scriptorium à la rédaction des textes sacrés.
Une bonne part des décors médiévaux du chœur subsiste encore. Le chevet, orné d’une tenture et de rinceaux végétaux, conserve un ancien tabernacle gothique(derrière les stalles).
Au-dessus de l’arc d’entrée de la chapelle Tous-les-Saints, on reconnaît les vestiges d’une architecture en trompe-l’œil peinte par un artiste italien dans le troisième quart du XVe siècle. Cette fresque révèle une maîtrise parfaite des règles de la perspective géométrique. Il s’agit du plus ancien témoignage de l’apparition du style Renaissance en Suisse.
Le chœur conserve également plusieurs rangées de stalles partiellement mutilées après la Réforme. Les plus spectaculaires d’entre elles ont été créées vers 1445 par le sculpteur Jean de Vitry pour la chapelle fondée par les marchands italiens de Genève dans l’ancienne église du couvent des Cordeliers à Rive. Leurs dorsaux figurent des anges qui portent les armoiries de Florence, ainsi que Jean-Baptiste et François
Le grand vitrail du chœur, crée en 1944 par Géo Fustier, montre la ville de Genève, symbolisant ici la Jérusalem céleste, décrite dans l’Apocalypse de Jean.d’Assise.
En 1995, l’artiste jurassien Jean-François Comment (1919-2002) crée les cinq vitraux non figuratifs des chapelles de la nef.
En 2012, un sixième vitrail de l’artiste, réalisé à titre posthume, est inauguré dans la chapelle Tous-les-Saints.
Une œuvre de l’artiste genevoise Brigitte Crittin, acquise en 2013, révèle une phrase de l’auteur Valère Novarina: Chaque mot, n’importe quel mot, le plus petit des mots est le levier du monde. Il soulève la matière de la mort.
La chapelle de l’Escalade est édifiée vers 1478 à l’initiative de la confrérie des marchands d’origine alémanique de Genève. Elle réunit quatre voûtes à croisée d’ogives autour d’un pilier central. De son décor médiéval, elle a conservé une peinture de saint Christophe.
C’est dans cette chapelle que sont ensevelis en 1895 les restes des victimes de l’Escalade, jusqu’à là enterrées à l’extérieur dans l’ancien cimetière de Saint Gervais. Une stèle et un vitrail de Marc-Henri Demole de 1905 marquent l’emplacement du tombeau. Les autres vitraux de la chapelle sont l’œuvre de Bodjol et datent de 1953.
La crypte et les principaux vestiges retrouvés lors des fouilles sont visibles depuis le site archéologique créé sous le temple.
La crypte et le site archéologique sont accessibles sur demande. S’adresser au:
Service archéologique du canton de Genève
tél. +41.22.327.24.86
www.ge.ch/patrimoine/sca
Le texte est basé sur une publication de l’Office du patrimoine et des sites (OPS) de l’Etat de Genève, publiée en 2009 et actuellement épuisée.