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Le mur de Berlin a inspiré Cynthia Beatt et Tilda Swinton qui en suivent le tracé à vélo. Dans une première version, il était une frontière hermétique. Dans ce deuxième volet, il a été abattu.
Le temps n’est pas si lointain où Berlin était coupée en deux par un mur infranchissable. Ceux qui habitaient à l’ouest s’efforçaient de n’y pas penser. Ceux qui avaient été bloqués à l’est rêvaient d’aller voir de l’autre côté, mais ne pouvaient le faire qu’en risquant leur vie. Construit en 1961, le mur devait empêcher l’exode continu, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des habitants de la zone communiste vers la zone libre.
Deux murs en réalité, hauts de 3,6 mètres, contrôlés par un important dispositif militaire: un chemin de ronde, 302 miradors, 14’000 gardes, 605 chiens, de multiples systèmes d’alarme et d’interminables rouleaux de barbelés. Le nombre de personnes tuées en essayant de le franchir fait l’objet de controverses: plusieurs centaines, probablement.
Cynthia Beatt est une réalisatrice britannique établie à Berlin. En 1988, elle et l’actrice Tilda Swinton ont effectué un premier parcours à vélo. Leur film, Cycling The Frame, regardait vers l’est en suivant l’enceinte côté ouest. Celle-ci est tombée en novembre de l’année suivante. En 2009, vingt ans après la libération, les deux artistes reprennent l’itinéraire. Mais le mur n’est plus là, ou presque, et le vélo peut rouler côté ouest aussi bien que côté est. D’ailleurs, la frontière s’est brouillée, la mémoire aussi. Comment y penser au bord des lacs que forme la Spree, dans ces beaux paysages où l’on se promène aujourd’hui sans contraintes. Les sportifs y courent, les coquelicots y fleurissent, une vie bucolique y a retrouvé ses aises.
Ailleurs pourtant, les fantômes ne cèdent pas. Il y a ces monuments aux personnes tombées, pierres qui se distinguent des autres par les noms qu’elles portent. Chris Gueffroy abattu à 20 ans le 5 février 1989. Ou, un mois plus tard, Winfried Freudenberg, 32 ans, qui s’est écrasé à l’ouest après avoir survolé le mur en ballon. D’autres fantômes surgissent, silhouettes troublantes d’immeubles en ruine, d’usines abandonnées qui tentent de rappeler un passé de plus en plus flou.
Des pans de mur subsistent, couverts de graffitis pour certains, devenus sculptures pour d’autres. Parfois, deux lignes de pavés marquent le bitume. Ou, au contraire, de grands ensembles neufs défient le souvenir d’imaginer le no man's land dans lequel ils ont été édifiés. Checkpoint Charlie est là aussi, sur la Friedrichstrasse, l’un des postes-frontières entre le secteur ouest et le secteur est de la ville. Et bien sûr la porte de Brandebourg terminée en 1791 pour symboliser l’unité de l’Allemagne et devenue le symbole de sa division en 1961.
Il n’y a pas d’explications historiques, géographiques, ou sociales. Tilda Swinton et Cynthia Beatt ne s’expriment pas. Elles font parler des poètes comme l’écrivain voyageur Stevenson, le dramaturge Yeats et surtout Anna Akhmatova, résistante et victime communiste. Elles font aussi parler le silence, l’image et la musique afin d’offrir leur film à la méditation et à la poésie.
Geneviève Praplan
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