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Voltaire jouit d’une réputation tenace de génie solitaire. La thèse en cours vise à questionner son image d’« ermite de Ferney » en étudiant ses rapports avec certaines personnes qu’il côtoie entre 1760 et 1778. Outre sa nièce Mme Denis et son principal secrétaire Wagnière, Voltaire est entouré, souvent simultanément, de Rieu, Mailly de Château-Renaud, du père Adam, de La Harpe, Christin, Gallien de Salmorenc, Bigex et Durey de Morsan, entre autres. Ces hommes ont des origines, des âges, des situations familiales, des intérêts et des carrières très variés. Ils sont linguistes, spécialistes en théologie, théâtre, droit, médecine ou botanique. Plusieurs sont eux-mêmes écrivains. Nous savons qu’à tout le moins ils fournissent des livres à Voltaire, effectuent des recherches dans les archives, lui lisent à voix haute, traduisent, écrivent sous sa dictée, recopient ses manuscrits, servent d’intermédiaires avec les imprimeurs, corrigent des épreuves, établissent des index et prêtent même parfois leur nom au polémiste. Il s’agit dans un premier temps d’appréhender les spécificités de leur travail – Comment Voltaire le répartit-il ? Quel est le statut de chacun ? Comment cette collaboration est-elle vécue et rémunérée ? Quels sont les rapports des divers individus entre eux ? Quelles sont les conséquences des conflits qui s’élèvent parfois ? – pour tenter ensuite de déterminer si certains d’entre eux ont pu former une sorte de « société de gens de lettres » avec des projets de publications partagés.
Au milieu du XVIIIe siècle, l’activité du critique d’art répond à un besoin public, à une époque où la peinture surtout effectue un glissement d’une sphère royale vers une sphère publique, sociale, voire nationale. À la fin du règne de Louis XIV la parole critique initie cette émancipation hors d’une sphère de cour vers une prise en compte beaucoup plus sociétale du domaine artistique. Un certain nombre de concepts transversaux (utilité publique, patriotisme naissant, approches philosophiques et théoriques de l’art) promus par l’Abbé du Bos, Roger de Piles et plus tard Winckelmann contribuent à cette évolution. La reprise régulière des expositions au salon carré du Louvre en 1737 ainsi que la coexistence de différentes théories de la beauté seront le terrain fertile d’une production littéraire qui foisonne autour de cet événement majeur de la vie culturelle parisienne. Une étude de la parole du critique d’art veut à la fois rendre compte des circonstances de son émergence et de sa dimension littéraire. Ces observations permettront d’analyser les influences réciproques entre peinture et littérature.
Afin d’étendre la connaissance de la poétique des écrits critiques, l’étude se donne pour objet de mieux connaître les circonstances de vie et de travail des critiques d’art. Par la suite il sera possible de retracer d’éventuelles répercussions de la parole critique sur la peinture elle-même. Ces interrelations entre texte et image ont également une influence sur les écrits critiques qui s’approprient des connaissances et des concepts du métier de peintre, qui évoluent en conséquence. Ainsi se cristallise une nouvelle parole et avec elle une nouvelle identité sur le terrain de jeu artistique : la figure du critique d’art. La question fondamentale des préalables de son émergence sera accompagnée de questionnements génériques, théoriques et poétologiques. Sera-t-il possible d’observer une incorporation de ce nouveau discours critique dans d’autres formes littéraires, notamment la poésie ? La production écrite des critiques d’art manifeste-t-elle le potentiel d’innovation du milieu artistique et littéraire dans une société en mouvement ?
Das Forschungsprojekt "performance writing - der Text als künstlerische Strategie" untersucht den Status des Textes in verschiedenen Performance-Situationen (Oralität, Digitalpoesie, Kunstperformance). Die Performance dient nicht dazu, den Text vorzutragen, vielmehr gehört der Text zu den eingesetzten Strategien, mit denen die Performance realisiert wird. Das Zusammenspiel der verschiedenen Strategien, sowie das Erscheinen des Textes in anderen Materialitäten als dem Buch (Bild, Ton…) ergibt dabei jenes trans- oder intermediale Interaktionsfeld, in dem der Begriff performance writing relevant wird. Nicht nur der eingesetzte Text wurde oder wird geschrieben, auch die Performance schreibt sich sozusagen im Moment ihres Vollzuges immer wieder neu. Das Projekt ist gleichzeitig theoretisch und praktisch ausgerichtet, indem es die literarische Praxis beleuchtet und die Literatur unwiderruflich mit den performativen Praktiken der Gegenwartskunst verbindet. Letzte Skeptiker denken an John Cage und an seinen Beitrag zur Bereicherung der Auffassung von Musik.
La présente recherche se fonde sur la question du paysage dans l’œuvre romanesque et poétique de deux écrivains francophones: C.F. Ramuz (écrivain suisse romand) et Edouard Glissant (écrivain martiniquais). Elle investit trois principaux axes de réflexion: le rapport à l’espace, le rapport à la langue, et le rapport à l’identité.
Les paysages de C.F. Ramuz et d’Edouard Glissant relèvent d’aires linguistiques et culturelles extrêmement différentes et semblent a priori diamétralement opposés et sujets à forclore toute attitude comparatiste. Leurs paysages ne se limitent cependant pas à de simples représentations topographiques, car pour eux, le paysage n’est pas le pays, mais son image, révélant l’imaginaire, la mémoire et les représentations sociales et culturelles du sujet. La relation au paysage permet alors de dégager les liens intimes et parfois problématiques que les auteurs francophones tissent avec l’espace, l’histoire, la langue et la littérature françaises.
Le paysage résulte d’une interaction particulière entre le sujet et le monde et cette interaction requiert tous les sens de la perception ainsi que la mémoire. La perception du paysage nous intéresse, en ce qu’elle engage un langage capable de rendre compte de la singularité du rapport au monde de l’écrivain. C’est dans un travail sur la langue orale que C.F. Ramuz et Edouard Glissant dégagent de nouveaux rapports qui dévoilent leur singularité et les rapprochent à la fois.
Si le paysage permet à l’écrivain de dire son attachement au pays et à la langue, il lui permet aussi d’en dépasser les frontières. Le paysage multiplie alors les rapports qui nouent l’attachement au pays et l’élan vers l’ailleurs, l’emploi du français et son altérité linguistique, le moi et l’Autre.
Littérature et folie entretiennent depuis longtemps des rapports étroits. Le motif de la folie est d’un intérêt particulier pour les critiques littéraires, dans la mesure où il touche à la fois au langage, à la création, à la poétique, etc. Aristote aurait été le premier à se poser la question du lien entre le génie (la créativité) et la manie (la folie)[1]. Au fil des siècles s’effectue un changement de perspective autour de ce motif. Si, pendant longtemps, s’installe un voile ou un mythe autour de la folie, considérée en tant que prisme positif notamment pour la créativité, ou comme médium critique pour dénoncer certaines tares sociétales, peu à peu la folie intéresse en tant que maladie mentale touchant un individu. Ainsi, le thème de la folie a tendance à laisser la place à celui de la maladie mentale, dont le traitement, même dans la fiction, passe de considérations englobantes et souvent métaphoriques (dénonciation de maux sociétaux, vision exaltée de la folie) à une perception intime, clinique, et centrée sur l’individu. A l’ère hypercontemporaine, c’est cette tendance qui prévaut. Or ces manières spécifiques de représenter le personnage malade sur le plan mental et les thérapeutiques qui lui sont liées n’ont pas encore été traitées par la critique portant sur les littératures de langue française contemporaine.
Aussi, tout en m’appuyant sur les travaux antérieurs sur la relation entre psychiatrie et littérature (Foucault, Starobinski, Rigoli), je me propose dans ma thèse d’examiner comment la maladie mentale est représentée et figurées dans quelques œuvres de fiction récentes liées à des régions diverses de l’espace de langue française : C’est vole que je vole (1998) de l’écrivaine martiniquaise Nicole Cage-Florentiny ; La mémoire de l’aile (2010) de l’autrice franco-ontarienne Andrée Christensen ; Le chant des ténèbres (1997) de l’écrivaine sénégalaise Fama Diagne Sène ; La maison des épices (2014) de l’autrice sénégalaise Nafissatou Dia Diouf ; Tête de tambour (2019) de la primo-romancière française Sol Elias ; Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin (2004) de l’écrivain haïtien Victor Gary ; ou encore Folie, aller simple. Journée ordinaire d’une infirmière (2010) de la romancière d’origine guadeloupéenne Gisèle Pineau.
En partant d’un corpus de langue française diversifié, le but principal de ce travail est de questionner des représentations contemporaines pour étudier par quelles stratégies la maladie mentale est mise en scène, et quels sont les enjeux de telles représentations. Plus spécifiquement, il s’agit de dresser une poétique du récit de la maladie mentale sévère et, dans une démarche comparatiste, d’étudier les phénomènes d’interculturalité et de transculturalité qui la sous-tendent. D’une part, en effet, l’expression du trouble mental s’accompagne souvent de stratégies narratives diverses et singulières qui, par mimétisme, renvoient au trouble mental lui-même. D’autre part, si elles tiennent du choix d’une autrice ou d’un auteur, ces dernières sont aussi souvent liées à des conflits dans lesquels la dimension culturelle ou interculturelle entre en jeu – par exemple en opposant différentes « cosmologies » (au sens anthropologique). Le prisme interculturel permet donc d’interroger les différentes représentations fictionnelles du désordre mental.
[1] Bühler, François, Les grands écrivains bipolaires, Publibook, 2018, pp. 37-38.
Corpus :
À l’origine de ce projet de recherche, cette question de Hölderlin que Maurice Blanchot nomme une « parole désolée[1] » : « Und wozu Dichter in dürftiger Zeit ? [2] ? » (« Et pourquoi, dans ce temps d’ombre misérable, des poètes[3] ? ») Cette ardente question énoncée dans l’élégie « Le Pain et le vin » trouve des échos tout particuliers au XXe siècle et éveille à l’infini de nouveaux questionnements. Et pourquoi des poètes dans un monde livré à l’horreur de la guerre et des pouvoirs totalitaires ? Comment l’écriture poétique résiste-t-elle « face à l’extrême[4] », selon l’expression employée par Tzvetan Todorov pour désigner le XXe siècle et ses totalitarismes ? Les poèmes pourraient-ils être des actes de résistance ? Les poèmes d’Ossip Mandelstam, de Paul Celan et de René Char, réunis ici pour la première fois, résonnent comme autant de réponses possibles. « Ce qui a résisté [...] – la voix du poète », écrit Mandelstam (traduit par Char[5]) en relégation à Voronej en janvier 1937.
La notion de résistance sera examinée selon différents points de vue (philologique, historique, philosophique et littéraire) qui permettront d’entrer dans la lecture des poèmes du corpus et d’y repérer le « phénomène résistant » à l’œuvre. Pour ce faire, des traductions personnelles de certains poèmes seront présentées, notamment des poèmes de Paul Antschel-Celan, écrits pendant sa captivité au camp de Tabaresti en 1943, dont il n’existe à ce jour ni traduction ni exégèse en langue française. Sera alors menée une réflexion sur l’idée de « poétique du témoignage[6] », énoncée par Jacques Derrida dans ses travaux sur l’œuvre de Celan, et sur le statut de « témoignage » que l’on peut conférer à certaines œuvres poétiques[7]. Mêlant ainsi « dimension historico-politique » et dimension littéraire dans « une approche interconnectée », selon l’expression employée par Catherine Coquio[8], cette thèse se propose donc de poser les fondements du concept de « résistance poétique », à l’instar de la « résistance spirituelle » de Maurice Blanchot[9] et de la « résistance civile » de Jacques Sémelin[10]
[1] Maurice Blanchot, L’espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955, p. 329
[2] Friedrich Hölderlin, « Brod und Wein », Sämtliche Werke, Frankfurter Ausgabe, Band 6, Elegien und Epigramme, herausgegeben von D.E. Sattler und Wolfram Groddeck, Frankfurt am Main, Verlag Roter Stern, 1976, p. 218.
[3] Friedrich Hölderlin, « Le Pain et le vin », traduction de Gustave Roud, in Odes, Élégies, Hymnes, Préface de Jean-François Courtine, traductions de Michel Deguy, André du Bouchet, François Fédier, Philippe Jaccottet, Gustave Roud et Robert Rovini, Paris, Gallimard, 1967, p. 103.
[4] Tzvetan Todorov, Face à l’extrême, Paris, Seuil, 1991.
[5] Ossip Mandelstam, « Ce qui a résisté », in La Planche de vivre, Choix et traductions de René Char et Tina Jolas, Paris, Poésie/Gallimard, 1981, p. 52.
[6] Catherine Coquio, La littérature en suspens. Écriture de la Shoah : le témoignage et les œuvres, Paris, L’Arachnéen, 2015, p. 183.
[7] Il existe de nos jours en Russie un renouvellement de l’historiographie qui se propose d’aborder aussi les textes littéraires comme des objets historiques.
[8] Catherine Coquio, op. cit., p. 89.
[9] Maurice Blanchot, L’écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980, p.132.
[10] Jacques Sémelin, Sans armes face à Hitler, La résistance civile en Europe, 1939-1945, Paris, Payot & Rivages, 1998 [1989].
Savants, hommes de lettres ou philosophes des Lumières ont souvent développé, à leur façon et de manière décousue, des conceptions de l’ascèse en tant que condition du développement des sciences, du progrès de l’esprit et de la raison. Ces pensées peuvent être intégrées dans des écrits savants ou philosophiques (articles de l’Encyclopédie, revues savantes, discours liminaires de traités scientifiques) mais aussi dans des romans ou des correspondances. Elles apparaissent dès lors que l’on s’intéresse aux notions de sobriété, de frugalité, de mesure, de renoncement, de solitude ou de silence telles qu’elles sont présentées dans des textes évoquant ce que l’on nomme par commodité le travail de l’esprit.
On montrera à travers une analyse littéraire – en cela qu’elle s’intéresse aux représentations – que parallèlement aux discours philosophiques et savants s’articulent des propos qui portent sur les conditions morales et sociétales du développement de l’esprit humain. On souhaite ainsi 1) examiner l’idée d’une épistémologie des Lumières fondée sur un idéal de mesure grandement décrit dans les littératures des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (de Rabelais à Diderot) ; 2) montrer l’importance d’une lecture anthropologique de cette même littérature afin de bien comprendre certains questionnements épistémologiques et noétiques, notamment le rôle des sens pour le travail de l’esprit.
Cette thèse propose une étude des œuvres de trois autrices sénégalaises dans lesquelles l’expérience migratoire et la relation entre des aires culturelles distinctes jouent des rôles de premier plan. Aussi, s’inscrit-elle dans l’horizon des études spatiales, des études migratoires et des études transaréales, qui, toutes, permettent à certains égards d’éclairer les relations entre littérature, géographie et migration. L’écriture de la migration implique d’interroger les relations des personnages à des espaces divers (terre natale, trajet vers d’autre territoires, frontière, pays d’accueil, etc.). Nous étudierons ces liens afin de montrer qu’ils jouent un rôle essentiel dans la détermination des identités des personnages et dans leurs relations à l’altérité.
Les œuvres littéraires de Ken Bugul, Fatou Diome et Aminata Sow Fall seront par ailleurs analysées à partir de l’étude de leurs chronotopes et chronochores[1], qui permettent d’interpréter les relations entre sujets, récits et lieux, et d’établir la chorésie[2] propre aux divers romans. Nous nous intéressons par conséquent à la construction de la question spatiale dans le discours : aux ressources utilisées par les narrateurs pour exprimer leurs visions des espaces, à la manière dont ces derniers sont perçus, vécus, imaginés et fantasmés par les personnages. À travers l’étude des représentations de l’Afrique et de l’Europe, mais aussi de l’imaginaire et des métaphores géographiques dans les œuvres en question, cette étude nous permettra de comprendre les enjeux des relations entre les sujets et l’espace.
Selon le « degré de géographicité[3] » de chaque œuvre du corpus, d’autres problématiques et des questions plus larges seront discutées, telles les extrapolations et les intrapolations géographiques présentées, les cartes narrativisées que les personnages établissent de la terre d’accueil, ou la multi-appartenance des sujets migrants.
[1] Dupuy, Lionel, L'imaginaire géographique. Essai de géographie littéraire. Pau, Presses de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, collection « Spatialités », 2019.
[2] Berque, Augustin, « Chorésie », Cahiers de géographie du Québec, 42 (117), Québec, 1998, p.437–448. Disponible sur : https://doi.org/10.7202/022767ar
[3] Dupuy, op.cit.
In my PhD project, I will focus on the field of pragmatics and concentrate my work on the study of speech acts. More precisely, I will consider two specific acts: criticism and compliment. Since the birth of speech acts theory, which is generally attributed to Austin (1962), this important theoretical notion has been discussed by several scholars with a theoretical, discourse-oriented or cross-cultural perspective (e.g., Kerbrat-Orecchioni, 2016). However, fewer contributions have analyzed speech acts empirically, using an experimental methodology. To fill this gap, I will carry out different controlled experiments to assess the use of compliment and criticism by native and non-native speakers, in various communicative situations. I will adopt an interactionist approach, thus considering these speech acts as the product of verbal interaction. This will give a greater importance to the situation in which the acts occur, but also to the participants themselves. My aim will be to explore the extent to which the factors related to the situation (setting, interpersonal relationship, type of act) and the participants (language, personality, socio-demographic background) impact the comprehension and the production of these acts. Through this approach, I will be able to assess inter-individual differences between speakers from the same language and culture, as well as different ones, and take an interdisciplinary view on this topic, integrating insights from sociolinguistics, cognitive psychology, and anthropology.
Dans le cadre de ma thèse de doctorat, je m'intéresse au domaine de la pragmatique et concentre ma recherche sur l'étude des actes de langage. Plus précisément, deux actes spécifiques sont au centre de mes analyses : la critique et le compliment. Depuis la naissance de la théorie des actes de langage, qui est généralement attribuée à Austin (1962), cette notion théorique importante a été discutée par plusieurs chercheurs avec une perspective théorique, orientée vers le discours ou encore interculturelle (par exemple Kerbrat-Orecchioni, 2016). Cependant, moins de contributions ont analysé les actes de langage de manière empirique, en utilisant une méthodologie expérimentale. Pour combler ce vide, je réaliserai différentes expériences contrôlées pour évaluer l'utilisation de la critique et du compliment par des locuteurs natifs et non natifs, dans diverses situations de communication. J'adopterai une approche interactionniste, considérant ainsi ces actes de langage comme le produit d'une interaction verbale. De ce fait, une plus grande importance sera donnée à la situation dans laquelle les actes se produisent, mais aussi aux participants eux-mêmes. Mon objectif sera d'explorer dans quelle mesure les facteurs liés à la situation (contexte, relation interpersonnelle, type d'acte) et aux participants (langue, personnalité, milieu socio-démographique) ont un impact sur la compréhension et la production de ces actes. Grâce à cette approche, je serai en mesure d'évaluer les différences interindividuelles entre les locuteurs d'une même langue et d'une même culture, ainsi qu'entre des locuteurs différents, et d'adopter un point de vue interdisciplinaire sur ce sujet, en intégrant les connaissances de la sociolinguistique, de la psychologie cognitive et de l'anthropologie.
DIDI – Discovering Discourse: The acquisition of discourse connectives in L1
Le projet Discovering Discourse (L1) étudiera l'acquisition des connecteurs discursifs par des adolescents francophones à travers une série d'expériences contrôlées. Ces expériences permettront d’observer l’acquisition progressive de ces connecteurs par des apprenants du français L1 et apporteront de nouvelles données sur l'acquisition de ces mots qui codent le sens procédural dans le lexique mental.
Les connecteurs discursifs sont des éléments lexicaux qui rendent explicites les relations de cohérence entre les unités de texte ou de discours, telles que la cause ou la concession. Les connecteurs jouent un rôle crucial pour une communication verbale réussie, car leur utilisation adéquate aide les lecteurs adultes à traiter et à comprendre le discours. Les connecteurs sont toutefois particulièrement difficiles à maîtriser pour les enfants qui acquièrent leur première langue. Par exemple, plusieurs études ont montré que les enfants ne maîtrisent pas certaines relations temporelles véhiculées par des connecteurs fréquents (comme après) jusqu'à l'âge de 12 ans et on sait peu de choses sur l'acquisition ultérieure de connecteurs moins fréquents dans des contextes discursifs plus complexes pendant l'adolescence.
L'objectif principal de mon doctorat est de combler le vide actuel dans la littérature entre les études sur des enfants plus jeunes et les études sur des adultes, en fournissant des données sur l'acquisition de connecteurs pendant l'adolescence. Pour ce faire, le projet se concentrera sur trois contextes discursifs dans lesquels la compréhension et le traitement des connecteurs sont particulièrement complexes : (1) lorsque les connecteurs sont utilisés en mode écrit ; (2) lorsque les segments discursifs sont liés par une relation de cohérence implicite ; (3) lorsque les relations discursives sont intégrées les unes aux autres. Ces trois contextes se produisent très fréquemment dans en mode écrit et il est important d'établir si et à partir de quel âge les adolescents peuvent gérer ces cas difficiles.
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The DIDI project will investigate the acquisition of discourse connectives by French-speaking teenagers through a series of controlled experiments. These experiments will shed new light on the acquisition path of first language learners and will provide new evidence about the acquisition of words encoding procedural meaning in the mental lexicon.
Discourse connectives are lexical items that make explicit the coherence relations linking units of text or discourse, such as cause or concession. Connectives play a crucial role for successful verbal communication, as their adequate use helps adult readers with discourse processing and comprehension. Connectives are, however, particularly difficult to master for children acquiring their first language. For example, several studies have shown that children do not master certain temporal relations conveyed by frequent connectives like after until the age of 12 and little is known about the subsequent acquisition of less frequent connectives in more complex discourse contexts during teenager years.
The main objective of my PhD is to fill a current gap in the literature between studies with younger children and studies with adults, by providing much needed data about the late acquisition of connectives during teenage years. In order to do so, the project will focus on three discourse situations in which understanding and processing connectives is particularly complex: (1) when the connectives used are restricted to the written mode; (2) when discourse segments are linked by an implicit coherence relation; (3) when discourse relations are embedded into one another. All three situations occur very frequently in written data and it is essential to establish whether and from what age teenagers can handle these difficult cases.
Ma thèse de doctorat est réalisée dans le cadre du projet Discovering Discourse (DIDI) de Prof. S. Zufferey financé par le Fonds National Suisse. Dans mon projet, je me concentre sur l'acquisition des connecteurs discursifs en français langue seconde.
Les connecteurs discursifs sont des éléments linguistiques qui encodent des sens procéduraux entre les segments d’un discours, c’est-à-dire des mots qui indiquent des relations de cohérence, comme par exemple une relation concessive ou une causalité (Sanders, Spooren & Noordman, 1992, Halliday & Hasan, 1976). Bien que ces mots représentent un outil linguistique extrêmement important pour assurer la cohérence tout au long d'un discours, de nombreuses études ont démontré que les personnes non-natives, même possédant une compétence linguistique très élevée, surutilisent, sous-utilisent ou utilisent mal les connecteurs discursifs (entre autres : Field & Yip, 1992; Lamiroy, 1994; Milton & Tsang, 1993; Granger & Tyson, 1996; Tapper, 2005).
Au cours de plusieurs expériences contrôlées, j’examinerai les facteurs qui empêchent les apprenantes et apprenants germanophones de maîtriser les connecteurs discursifs en français. Les facteurs présumés sont par exemple une charge cognitive élevée, notamment pour les relations de cohérence discontinues comme la concession (cf. Murray, 1997), ou des effets de transfert de la L1 (cf. Granger & Tyson, 1996). Sur le plan méthodologique, différentes approches seront effectuées avec des expériences en ligne, comme la lecture avec un appareil d’oculométrie, ou avec des expériences hors ligne, comme des tâches de jugement. En fonction des résultats des premières expériences des études subséquentes seront menées pour évaluer d'autres aspects de l'acquisition des connecteurs discursifs en L2.
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My doctoral thesis is being carried out within the Discovering Discourse Project (DIDI) of Prof. S. Zufferey, financed by the Swiss National Fund. In my project I focus on the acquisition of discourse connectives in French as a second language.
Discourse connectives are linguistic elements that encode a procedural meaning between segments of a discourse, i.e., words that indicate a coherent relationship, such as a concessive relationship or causality (Sanders, Spooren & Noordman, 1992, Halliday & Hasan, 1976). Although these words represent an extremely important linguistic tool for ensuring coherence within a discourse, numerous studies have shown that non-native speakers, even with very high language proficiency, overuse, underuse, or misuse these discourse connectives (among others: Crewe, 1990; Field & Yip, 1992; Lamiroy, 1994; Milton & Tsang, 1993; Granger & Tyson, 1996; Tapper, 2005).
In several controlled experiments, I will examine the factors that hinder German-speaking learners from mastering discourse connectives in French. Presumed factors include for example a high cognitive load, especially for discontinuous coherence relations, such as concession (cf. Murray, 1997), or L1 transfer effects (cf. Granger & Tyson, 1996). Methodologically, different approaches will be carried out such as online experiments, e.g. reading with an eye-tracker, or offline experiments, e.g. judgement tasks. Based on the results of the first experiments, subsequent studies will be conducted to evaluate other aspects of L2 connective acquisition.