Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06955.jsonl.gz/594

Au sortir de l’accord de la COP26, au nom de la délégation suisse, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a «dénoncé» la modification obtenue par l’Inde et la Chine de ne pas forcer une sortie immédiate du charbon, vue comme une «manœuvre inacceptable». Les grands médias suisses et occidentaux en ont immédiatement profité pour pointer du doigt ces coupables idéaux, en enfonçant le clou: les Etats-Unis et l’Europe prévoient la neutralité carbone pour 2050, alors que la Chine ne la prévoit «que» pour 2060 et l’Inde pour 2070.
La Suisse et les pays occidentaux ont entamé leur révolution industrielle il y a bientôt 200 ans. S’ils arrivent à la neutralité carbone en 2050, ils auront effectué leur «transition énergétique» en deux siècles et demi. La Chine quant à elle, n’aura mis que 80 ans depuis son boom économique, en 1980, pour effectuer cette transition. Et cela en sortant un milliard d’humains de la misère et en fournissant le monde entier en produits manufacturés. La Suisse, elle, ne compte que quelques millions d’habitants. Elle est déjà dotée en technologies propres, mais ne les utilise pas. Elle a les moyens d’investir dans une transition énergétique, mais ne le fait pas, car le «marché» ne le permet pas encore.
Les passes d’armes qui font suite à chaque COP masquent le fait que les pays actuellement développés sont responsables de la grande majorité des émissions CO2 accumulée. Ils sont en outre les principaux responsables des émissions réalisées dans les pays en développement orientés vers l’exportation. Quand la délégation suisse demande des efforts similaires aux pays riches et aux pays plus pauvres, elle se comporte comme un juge qui réclamerait des peines égales pour le coupable d’un vol et… pour sa victime.
Alors que la transition énergétique, selon le Conseil fédéral, le Parti socialiste et les Vert.es, devrait s’opérer par la taxation des populations pour faire changer leurs comportements individuels dans un contexte de libre marché, en Chine elle passe par l’investissement massif et la planification économique. Voilà peut-être pourquoi la Chine se sent capable de réaliser en trois fois moins de temps sa propre neutralité carbone. Au lieu de «dénoncer» cette efficacité, la Suisse devrait plutôt s’en inspirer.