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Mon chocolat Villars
Il y a cinquante ans, le champion suisse de hockey sur glace était romand. Allez, avant le début des playoffs, petit voyage dans le temps...
Il y a cinquante ans, le champion suisse de hockey sur glace était romand. Allez, avant le début des playoffs, petit voyage dans le temps...
Pascal Bertschy
Qui de Fribourg-Gottéron ou de Genève-Servette, cette année, sera champion suisse? A quelques jours des playoffs, je l’ignore. Je sais simplement que c’est déjà un club romand, il y a un demi-siècle, qui trônait au sommet de la hiérarchie.
Cinquante ans, qu'est-ce que c'est? Ce n’est rien et 1964, vous diront certains anciens, c’était hier. Même que c'était l’année du HC Villars, vainqueur du championnat suisse comme la saison précédente.
Deux promotions consécutives suivies de deux titres nationaux en 1963 et en 1964, qui dit mieux? Villars est une fusée. Elle a été allumée par une dame, Janine Potin, qui possède un chalet dans la station. Madame, pour appartenir à la famille du géant français Félix Potin, est riche. Le hockey lui plaît. Elle dote Villars d’une patinoire artificielle et enrôle bientôt Gaston Pelletier, star canadienne de l’ACBB de Paris.
Monsieur Pelletier, dans les Alpes vaudoises, dirige des gars nommés Wirz, Gallaz ou Kohli. Sans oublier les Luisier, les Bernasconi, les Berra, les Chappot. A côté de ces frangins, il y a aussi le père et le fils. L’ailier Daniel Piller a 17 ans et joue souvent dans le même bloc que son papa Jo, pilier de la défense. Un père et un fils jouant ensemble à ce niveau, c’est une première. Les Fribourgeois Piller ont été plus rapides, sur ce coup, que le grand Gordie Howe et son fiston.
Villars a pour maestro Roger Chappot, attaquant racé et meilleur compteur du championnat 1964. Le gardien, lui, s’appelle Gérald Rigolet. Il vient de Fribourg (lire la chronique qui lui était consacrée en cliquant ici), comme les Piller, et respect à lui. Un demi-siècle plus tard, il compte toujours parmi nos plus grands gardiens.
Béni des dieux et de madame Potin, Villars est un club de village. En 1964, parmi ses dix équipes, la ligue A en compte quatre autres: Ambri, Davos, Viège, Langnau. Côté villes: Berne, Neuchâtel, Grasshopper, Kloten, Zurich. Le vrai championnat moitié-moitié!
Si vous je parle de cette épopée, qui remonte à l’Antiquité, ce n’est pas pour l’avoir vécue (eh! oh! je ne suis pas si vieux). C’est juste par gourmandise, parce que l’évocation de ce club a le goût d’une douceur. Toujours vu Villars comme un chocolat dans lequel, naguère, il aurait fait bon croquer.
Et puis, rétrospectivement, le second titre de Villars a la beauté d’un chant du cygne. La géographie de la ligue nationale, après, ne sera plus la même. Les villes prendront presque toute la place. A l’image du La Chaux-de-Fonds champion de 1968 à 1973, avec le même Gaston Pelletier et d’anciens cracks villardous – Rigolet, René Berra, Jacques Pousaz.
Le hockey suisse est un jardin d’hiver dont les premières fleurs ont poussé en altitude. Les Avants, Gstaad, Villars, Saint-Moritz, Davos – devenue entre-temps une ville – et Arosa, pour ne citer qu’eux, appartiennent à la légende. Puis le jardin a connu un réchauffement climatique et ses plus belles plantes se sont épanouies en plaine, là où il était plus facile de les entretenir et où il se trouvait plus de monde pour les admirer.
Le hockey suisse ne s’est jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui. En cinquante ans, il a fait des pas de géant. Mais avant de devenir grand, quand il se jouait là-haut sur la montagne, qu’est-ce que cet enfant devait être charmant!
P.S. Cette chronique est dédiée à Pierrot Ayer, le grand chef fribourgeois, qui est quasiment aussi fan de Villars que de Gottéron.