Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07270.jsonl.gz/683

En 1909 au sud du Japon, la firme Chisso s'installe dans le petit village de pêcheurs de Minamata. Durant des décennies, cette usine pétrochimique déverse sans vergogne ses eaux usées directement dans la mer. Avec des conséquences dramatiques.
Une grave pollution au mercure cause une terrible maladie du système nerveux, observée chez ceux qui se nourrissent du poisson pêché dans la baie, les chats d'abord puis les pêcheurs. Gens et animaux meurent dans d’atroces souffrances, d'autres naissent avec des handicaps multiples. Cette affection prendra le nom de maladie de Minamata.
En 1975, le fameux reporter Fernand Gigon publie un livre, Le 400e chat ou les pollués du Minamata, sur l'immense catastrophe écologique et humaine. Dans son émission de cette même année, Henri Guillemin vous parle de..., le journaliste Henri Guillemin présente ce livre et revient sur cette page noire de l'histoire industrielle du Japon.
(Source photo: TSR 2007)
La pollution de Minamata
Minamata est un port de pêche et cité industrielle situé au Sud du Japon. En 1907, une usine pétrochimique de la compagnie Chisso s'installe à Minamata et dès 1932 déverse ses eaux usées dans la baie, rejetant métaux lourds et mercure dans la baie.
En 1949, on fait la première description des symptômes d'une maladie du système nerveux qui touche notamment les chats de la région. A cette époque l'usine de Chisso, qui a su continuer à fonctionner durant la guerre, est considérée comme un exemple de réussite économique.
En 1953 les premiers malades se déclarent parmi les pêcheurs. En 1956, 13 cas de maladie et 10 décès sont dénombrés, on trouve également quantité de poissons morts échoués sur les rives. En 1959, suite à des expériences sur des chats, un médecin arrive à la certitude que la pollution au mercure de la mer est bien à l'origine de la maladie neurologique affreuse qui touche surtout les familles de pêcheurs. Ceux-ci manifestent une première fois devant l'usine en novembre 59, la police intervient, il y aura 600 blessés, les ouvriers, eux, prennent le parti de l'usine.
A la fin de la même année, un article dans la presse dénonce le mercure comme la cause de la maladie de Minamata. La compagnie Chisso verse un dédommagement de 10 millions de yen en faveur des malades mais poursuit ses rejets toxiques. Et cela jusqu'en 1968, au total environ 400 tonnes de mercure auront été déversées dans la mer. Le photographe américain Eugene Smith installé à Minamata fait une série de photographies qui symboliseront la tragédie.
En juin 1969 un procès s'ouvre devant la justice et l'enquête débute: en été 1972, l'affaire prend des proportions nationales au Japon.
Le 21 mars 1973, vingt après la découverte des premiers malades, le verdict tombe: la compagnie Chisso est condamnée à verser plus d'un milliard de yens aux victimes de la pollution au mercure. Officiellement 13'000 personnes dont 900 sont décédées ont été victimes de la catastrophe écologique.
En 1973, suite à cette affaire, le gouvernement Tanaka entame la lutte contre la pollution généralisée de la mer au Japon.
-
Journaliste: Henri Guillemin