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Pourquoi ne pas considérer Paul et ses écrits comme ceux d’un Père de l’Église, plutôt que comme ceux d’un « apôtre » ?
Question posée :
Bonjour,
merci pour votre site !
J’ai une question à propos du Paul des épîtres et des Actes des apôtres :
– dans les épîtres, hormis pour 1- et 2-Thessaloniciens et Philippiens, les prologues des épîtres pauliniennes contiennent l’affirmation du titre de Paul apôtre (pastorales y compris), de même que les épîtres 1- et 2-Pierre affirment le titre de Pierre apôtre
– dans les Actes des apôtres, la narration suit d’abord principalement Pierre, puis Paul pour les 2 derniers tiers de l’épître. Paul est donc considéré comme apôtre.
Néanmoins, au sens le plus fort, les apôtres sont ceux envoyés témoigner par Jésus humain, avant sa résurrection. Cela correspond au cercle des douze, ou aux 72 selon l’évangile de Luc…
Dans ses épîtres, Paul se désigne lui-même apôtre, envoyé par le Seigneur Jésus Christ, mais c’est après la résurrection du Christ, et selon l’interprétation de Paul d’une interprétation mystique qu’il a vécu. Le problème c’est que beaucoup de personnes peuvent dire avoir eu des expériences mystiques authentiques, sincères, mais quelle est la part qui vient d’eux-même, quelle est la part attribuable à Dieu, et/ou à Jésus-Christ ressuscité, ou encore à l’Esprit Saint… ?
C’est pourquoi, pourquoi ne pas considérer Paul et ses écrits et actes comme ceux d’un Père de l’Eglise ? Un Père de l’Eglise mystique et théologien. Pourquoi sa théologie prend elle une place démesurée par rapport aux autres Pères de l’Eglise ? Philon d’Alexandrie est considéré comme le premier Père de l’Eglise avec sa lecture allégorique de l’Ancien Testament et son lien avec la philosophie grecque antique notamment avec celle des stoïciens antiques, approche qui sera reprise par les Pères de l’Eglise suivants, au moins pour la lecture allégorique, et peut-être aussi concernant la méditation stoïcienne sur le Logos (Jean 1:1…). Paul serait donc un des premiers Pères de l’Eglise, avec Pierre, Jacques, Jean et son école…
Merci beaucoup par avance !
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir
Merci pour les encouragements.
Non seulement Paul est compté comme « apôtre » mais même : quand il est question de ‘L’apôtre » dans les textes des « pères de l’église » (les théologiens des premiers siècles), c’est de Paul qu’ils parlent !
C’est vrai que dans les Évangiles ainsi que dans le début du livre des actes ce terme d' »apôtre »est réservé aux « douze » (plus proches de Jésus),
Mais il semble que dans l’église primitive ce terme était plus large que cela, il était une fonction de premier rang, pas limitée aux apôtres de Jésus. Paul parle même de couple d’apôtres et de femme apôtre (Ro 16:7), il y avait aussi des apôtres non reconnus par ceux qui se prenaient pour les autorités de l’église. Apôtre signifie littéralement « envoyé » comme un pays envoie des ambassadeurs. Envoyé par Dieu, par le Christ : c’est ce qu’a senti Paul sur le chemin de Damas, et en conséquent il témoigne que le Christ directement l’a appelé « apôtre ». C’est une expérience mystique profonde. Vous avez raison de dire que rien n’est plus subjectif que cela et qu’une impression d’avoir entendu quelque chose venant de Dieu peut tout à fait être une impression ou un mensonge. C’est vrai. C’est vrai pour telle ou telle personne (il est bon de ne pas prendre pour la vérité de Dieu la parole de son pasteur, de son théologien préféré, de son église). C’est vrai aussi pour nous-même (il faut de l’humilité avant de penser que telle idée nous vient de Dieu, et encore plus avant de déclarer que « Dieu m’a dit que… », les faux prophètes ne sont pas toujours les autres). Donc oui, il faut du discernement. Il faut croiser ce que l’on entend avec sa propre réflexion, avec d’autres passages bibliques, avec sa propre prière, avec ses observations sur les fruits produits par telle inspiration).
Or, globalement, les lettres de Paul ont été et sont extrêmement fécondes pour avancer vers Dieu. Mais même dans ces textes certaines paroles sont redoutablement dangereuses, par exemple celles concernant la politique, la place de la femme dans le couple…
Je ne donnerais pas ma main à couper que Jésus a effectivement nommé, historiquement douze personnes avec ce titre d’apôtre. D’ailleurs le flou relatif sur la liste de ces douze laisse à penser que c’était plus compliqué que cela. Il est possible que le nombre de 12 soit, comme souvent dans la Bible non pas un nombre disant une quantité de personnes (12) mais une qualité, un sens, en ce qui concerne les personnes envoyées témoigner de l’Évangile, de la grâce de Dieu. Le douze évoque effectivement la totalité du peuple (à travers le chiffre 4 qui désigne la terre entière) bénie par Dieu, travaillant avec Dieu en équipe, en alliance (-le chiffre 3 évoquant Dieu). C’est ainsi pour les 12 tribus d’Israël : c’est à la fois le peuple entier, avec la diversité des personnalités de chacune des tribus.
Du coup, je dirais que quand l’évangile parle « des douze » qui sont apôtres, cela évoque l’ensemble des hommes et femmes formant une équipe : le corps du Christ.
L’importance de Paul est démesurée, effectivement, dans le Nouveau Testament, en nombre de pages. Peut-être moins en terme d’influence que les quatre évangiles quand même. Quoique. Il est vrai que bien des théologiens par la suite ont profondément été influencé par les écrits de Paul, en particulier la lettre aux Romains. Je pense que cette place des écrits de Paul est dû à deux choses : premièrement c’est dû à l’importance historique de Paul, il écrit très bien, il écrit très tôt (avant les 4 évangiles), il écrit effectivement d’une façon qui parle aux personnes cultivées de l’époque, aussi bien aux personnes nourries de culture biblique juive qu’aux personnes nourries de pensée grecque. Deuxièmement, Paul a couru partout dans l’est de l’empire romain, fondant des églises, montant des réseaux entre ces églises, de sorte que ses lettres étaient copiées et recopiées, transmises. Et cela très très tôt, au moment où le christianisme commençait à naître et commençait à être pensé, à être expliqué, transmis. Cela a fait de ces lettres une sorte de socle de base avant même que les évangiles soient écrits et diffusés.
Philon d’Alexandrie a eu une grande importance pour les Pères de l’église, plus tard, il me semble : à partir du IIIe siècle. Et il était plus étudié par les théologiens et philosophes chrétiens, mais je ne pense pas qu’il était lu le dimanche matin à l’église au cours du culte, servant de base à la prédication. Or la liste des livres de la Bible sert à ça : à donner une liste de livres communément pris comme cœur du culte. Les Pères de l’église sont en quelque sorte le second cercle de textes.
Bravo pour vos recherches, votre questionnement, votre lecture de la Bible et des Pères de l’église.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot