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Dans les années 1970, l’intérêt pour le bouddhisme tibétain est grandissant en Suisse. En 1973, le dalaï-lama se rend au monastère bouddhiste de Rikon, près de Winterthour, dans le canton de Zurich. Lors de cette visite, des personnes expriment le souhait de recevoir un enseignement bouddhiste. Pour faire suite à cette demande, le dalaï-lama envoie à Rikon le moine Geshe Rabten et l’un de ses disciples, Gonsar Rinpoche.
A Genève, il existait déjà un groupe informel intéressé par le bouddhisme tibétain et réuni par Anne Ansermet. Ce groupe gravitait autour de l’Artimon, une association culturelle créée en 1968 par Arlette Mazliah et qui avait pour but de promouvoir un esprit d’ouverture envers les différentes cultures, avec un intérêt particulier pour les spiritualités orientales.
En ? Anne Ansermet fait venir à Rolle Geshe Rabten pour organiser un premier enseignement. Il s’agissait d’un cours de méditation intensif présentant les points essentiels du Dharma. Il fut donné sur trois semaines à une centaine de personnes et a fait l’objet d’une publication en anglais, Tresory of Dharma, traduite en français.
Le monastère de Rikon est éloigné et plutôt destiné aux tibétains réfugiés en Suisse, ce qui conduisit le groupe de Genève à fonder en 1976 une association, Tharpa Choeling. Elle crée en 1977, avec la collaboration de Geshe Rabten, un centre d’étude au Mont-Pèlerin, près de Vevey. Dix ans plus tard, Le centre et le groupe sont renommés Rabten Choeling en hommage au maître, décédé en 1986. Actuellement, une douzaine de communautés implantées en France, Allemagne, Suisse, Autriche, Hollande, Hongrie, Finlande et République Tchèque sont rattachées au monastère du Mont-Pèlerin et visitées régulièrement par ses moines.
La communauté Rabten Choeling de Genève est probablement le premier groupe appartenant à une école bouddhiste tibétaine à s’être constitué dans le canton. Actuellement, Genève compte une dizaine de groupes différents pratiquant le bouddhisme tibétain.
Sources :
Membres fondateur du groupe Rabten Choeling.
Archives de la ville de Genève, notice Artimon.
Sur le monastère de Rikon voir : http://www.religionenschweiz.ch/bauten/fr/f-tibet.html
Tresory of Dharma, Tharpa Publications, 1988, et en français Trésors du Dharma, Editions Rabten, 1997.
A ses débuts, l’association Rabten Choeling de Genève se réunissait aux domiciles de ses membres. Par la suite, elle loua une salle à la Société de Théosophie, rue Ferdinand Hodler, avant de partager les locaux d’un centre de yoga à Carouge, d’un Centre holistique à Chêne-Bougerie, puis d’un centre soufi à la rue Verdaine. Aujourd’hui les réunions ont à nouveau lieu chez l’un des membres du groupe, au centre-ville de Genève.
La communauté est formée d’un noyau de cinq à dix personnes, habitant Genève, le canton de Vaud ou la France voisine. Ces personnes se retrouvent tous les mois pour un moment de méditation et d’étude. Toutes les trois séances, un moine du Mont Pèlerin vient soutenir cette activité. Le groupe organise par ailleurs deux fois par an des conférences et séminaires qui rassemblent en moyenne une cinquantaine de personnes. Le Rabten Choeling de Genève appartient à l’Union Suisse des Bouddhistes.
L’introduction du bouddhisme au Tibet remonte au 7e siècle. Au 11e siècle, il fut revivifié par la reprise des contacts avec des maîtres indiens (on parle de « deuxième diffusion » du bouddhisme au Tibet). Ces contacts entrainèrent la propagation de doctrines nouvelles et la formation de groupes de disciples autour des maîtres transmettant des enseignements. Ces communautés donnèrent peu à peu naissance à quatre écoles principales : l’école Nyingmapa ou école des « anciens », basée sur des traductions des sūtras et tantras antérieures au 10e siècle, et trois écoles dites « nouvelles », Kadampa, Kagyupa et Sakyapa, basées sur des traductions ultérieures. Toutes se subdiviseront en différentes branches qui s’institutionnaliseront avec l’édification de puissants monastères jouant un rôle majeur dans la politique tibétaine, à la faveur des alliances établies avec les souverains locaux, mongols ou chinois.
L’école Gelugpa naquît au début du 15e siècle sous l’impulsion de Tsongkhapa (1357-1419), un moine tibétain qui voulait créer une réforme des traditions existantes et promouvoir les enseignements d’Atîśa (prononcez « Atisha ») sur lesquels se basait l’école Kadampa ; d’où l’autre nom des Gelugpa : les « nouveaux kadampa ». Tsongkhapa insista sur la discipline monastique et l’étude des textes.
Impliqués dans les luttes de pouvoir régionales qui opposaient les différentes écoles depuis le 12e siècle, les Gelugpa trouvèrent au 16e siècle un appui auprès du souverain mongol Altan Khan qui se convertit au bouddhisme et reconnut l’abbé Sönam Gyatso comme son maître. Il lui décerna également le titre de « dalaï-lama » (« maître océan [de sagesse] »). Les querelles de pouvoir se poursuivirent et en 1642, le cinquième dalaï-lama fut proclamé autorité suprême du Tibet avec l’aide des Mongols. A partir de là, le rapport de maître à disciple dans l’école Gelugpa s’établit entre le dalaï-lama et une deuxième lignée de maîtres, les panchen-lamas. Ceux-ci assumèrent un rôle uniquement spirituel tandis que les dalaï-lamas assumaient désormais aussi un pouvoir politique. En 1950, la Chine envahit et annexa le pays. Le dalaï-lama actuel, Tenzin Gyatso (le quatorzième de la lignée), se réfugia au Nord de l’Inde, à Dharamsala où il établit le gouvernement tibétain en exil. Les moines qui le suivent rétablirent les trois principaux monastères de l’école Gelugpa (Sera, Ganden et Drebung) au Sud de l’Inde, où ils continuent de suivre le cursus monastique traditionnel.
L’école Gelugpa, comme les autres écoles tibétaines, se rattache au vajrayāna (littéralement le « véhicule du diamant »), un courant du bouddhisme que l’on peut considérer comme une extension du mahayana (le « grand véhicule »). Suivre le véhicule du diamant présuppose d’ailleurs, selon les textes de cette tradition, de chercher à développer une compréhension profonde des enseignements essentiels du mahayana : la notion de vacuité (l’absence d’existence du « moi » et des phénomènes extérieurs : toute chose étant conditionnée à l’existence d’une autre, aucune n’a de substance propre), l’importance de la compassion (incarnée par les bodhisattvas, des êtres déterminés à atteindre l’éveil pour aider les autres à en faire autant), le fait que tout être sensible possède en lui le germe de l’éveil.
Le vajrayāna se caractérise quant à lui par le développement de méthodes ou « moyens habiles » (les pratiques tantriques) qui aident le pratiquant à atteindre l’éveil en peu de vies, voire en une seule. Ces moyens sont réputés d’une telle puissance qu’ils sont considérés comme dangereux pour le pratiquant s’ils sont utilisés de manière inappropriée, à des fins personnelles ou sans respecter les conditions préalables, c’est-à-dire sans être unis à la sagesse (prajñâ). D’où l’importance de la transmission de maître à disciple et le caractère secret de cette voie.
L’école Gelugpa est réputée pour son cursus monastique, long d’une vingtaine d’années d’études pour les grades les plus élevés attachés à la fonction d’enseignant. La pratique religieuse valorise le lamrim, le « chemin graduel », une méthode de progression vers l’éveil tenant compte des capacités du disciple pour lui rendre accessible les enseignements du Bouddha. Il est précédé de six pratiques préparatoires comprenant la prise de refuge dans les Trois joyaux et des actes visant à ouvrir l’esprit du disciple et à contrer les mauvaises tendances (orgueil, avarice, jalousie, etc.). Le cursus d’étude et de pratique donne accès aux enseignements supérieurs du vajrayana.
Le dalaï-lama n’est pas, contrairement à ce que l’on croit souvent, le chef de l’école Gelugpa. Ce titre revient à l’abbé du monastère de Ganden, choisi pour son autorité morale et intellectuelle. Le dalaï-lama quant à lui est considéré comme le protecteur du Tibet ainsi que de toutes les écoles bouddhiques du pays. Jusqu’en 2011, il était le chef du gouvernement tibétain en exil, titre auquel il a renoncé pour ne conserver qu’une fonction spirituelle. Selon la tradition Gelugpa, la lignée des dalaï-lamas se perpétue par réincarnation. A la mort d’un dalaï-lama, la recherche de son successeur repose sur des oracles, des prophéties ou des indications laissées par le défunt. L’enfant doit être porteur d’un certain nombre de signes, passer par l’épreuve de la « mémoire antérieure » en reconnaissant des objets ayant appartenu à son prédécesseur, et suivre une éducation et un entrainement stricts et intensifs. Le 7 septembre 2014, l’actuel dalaï-lama a annoncé vouloir mettre fin à cette tradition. Il serait ainsi le dernier de sa lignée.
Indications bibliographiques :
CELLI, Nicoletta, Le Bouddhisme, Hazan, Guide des Arts, 2006.
CORNU, Philippe (dir), Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Editions du Seuil, 2001.
KEOWN, Damien, A dictionary of buddhism, Oxford University Press, 2004 (online version 2012)
LEVENSON, C. B., « Le bouddhisme et ses écoles au Tibet », dans : LENOIR, Frédéric, TARDAN-MASQUELIER, Ysé (dir.), Encyclopédie des religions, Bayard, 2000.
MAGNIN, Paul, Bouddhisme, unité et diversité, Editions du Cerf, 2003.