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A défaut de pouvoir agencer en un tout cohérent les lectures glanées grâce aux vertus de la sérendipité du web, voici quelques notes de lectures récentes.
François Granier: Compte rendu de: Daniel Moatti, Le numérique éducatif (1977-2009). 30 ans d'un imaginaire pédagogique officiel, Presses universitaires, Dijon, 2010. In Lectures [En ligne], 8 mai 2011.
L'informatisation de l'éducation publique en France a fait l'objet d'un volontarisme politique si fort qu'il s'apparente à une "marche forcée", selon la thèse de l'auteur. Un point qui questionne non seulement une certaine idéologie techniciste de l'éducation nationale, mais aussi les risques de conflit d'intérêt entre industrie informatique et secteur public.
L'auteur dresse par ailleurs un constat critique de l'utilisation des technologies de communication à l'école, qui s’accompagnent d'une "chute concomitante des capacités d'écriture des élèves" et d'un recours massif au coupé-collé.
Jean-Yves Moisseron: Compte rendu de: Frank Frommer, La pensée PowerPoint. Enquête sur ce logiciel qui rend stupide, La Découverte, Paris, 2010. In Lectures [En ligne], 11 février 2011.
Le livre propose une analyse de "l'articulation entre la nature de l'outil technique et les modalités de la gouvernance dans la globalisation actuelle." Ainsi l'avènement de PowerPoint au début des années 1990 correspond à une nouvelle étape dans l'histoire des organisations, celle du "new management" et de l"entreprise projet". Toutes les compétences des salariés sont désormais mobilisées au service de l'entreprise, selon un modèle qui rappelle le "capitalisme cognitif" de Toni Negri et Carlo Vercellone. La "réunionite" et l'e-mail sont les nouvelles activités entrepreneuriales par excellence.
Par ailleurs Powerpoint est une "arme de destruction massive de la subtilité de la pensée", dont les puces (signes typographiques utilisés pour les énumérations) sont les "outils d'une affirmation performative (...) souvent articulée avec l'emploi du verbe à l'infinitif ayant un fort pouvoir d'injonction." Le point de vue du locuteur tend à disparaître; le plagiat et la standardisation prolifèrent.
Mackenzie Adrian, « The Performativity of Code », in Theory, Culture & Society, vol. 22, no. 1, 2005, p. 71-92.
Le code informatique est-il un objet culturel ? Peut-on écrire une histoire sociale des systèmes d'exploitation et des programmes informatiques ? L'article de Mackenzie retrace l'histoire du système d'exploitation Linux, à l'origine du mouvement Open Source. L'article propose parallèlement un cadre théorique pour aborder l'objet "code informatique" dans les sciences humaines et sociales.
Linux est fait un clone apparu en 1991 du programme Unix, un système d'exploitation développé en 1969 par la compagnie américaine Bell Telephone. Vendu à prix fixe entre 1969 et 1983 par obligation légale suite à une procédure judiciaire, Unix se diffuse rapidement dans les universités et labos de recherche, et devient le support d'enseignement privilégié de l'informatique dans les années 70 et 80, en même temps que le langage de programmation "C".
Cependant, la compagnie propriétaire ne fournit aucun service après-vente, car le produit ne lui rapporte pas d'argent. Ainsi se seraient développées des pratiques collaboratives entre utilisateurs de UNIX pour compenser l'abscence de support technique de la part de l'éditeur du programme. Une fois le contrôle des prix d'UNIX levé en 1983, le prix du logiciel augmente rapidement. Ce qui expliquerait la création de LINUX en 1991 par Linus Torvalds, porté par une communauté d'informaticiens formés sur le programme et ayant développé des pratiques collaboratives.
Parmi les références théoriques mobilisées, on notera Judith Butler, Donna Haraway, Scott Lash et Bruno Latour.
Matthew Fuller, In the Paradise of Too Many Books: An Interview with Sean Dockray, in Mute Magazine [En ligne], 4 mai 2011.
Aaaarg.org est une bibliothèque numérique gratuite et ouverte à tous sur inscription préalable. Les utilisateurs peuvent télécharger ou uploader à leur guise des textes en PDF, sans se préoccuper du droit d'auteur. Malgré les carences dans la qualité des pages scannées et les métadonnées, le service en vaut la peine pour la richesse de l'offre, notamment en philosophie contemporaine et en théorie des médias.
Tout le projet est pétri de "free culture", de pensée libertaire, d'approche collaborative, de défense de l'accès libre, et de critique de l'université.
Sur le cycle du livre, Sean Dockray explique que la littérature scientifique se définit aussi par les réseaux de communication dans lesquels elle s'inscrit, qui ne correspondent pas toujours à ses réseaux de diffusion.
"Within academic publishing, the book or journal is being distributed to a few libraries and maybe 500 copies of it are being printed, and then the price is something anywhere from $60 to $500, and there's just dort of an assumption that the audience is very well defined and able to cope with that."
Tout comme les réseaux de circulation, l'architecture du dépôt des textes influe sur leurs usages. La bibliothèque traditionnelle détermine un type de relation au texte, la bibliothèque en ligne en induit un autre. D'où la nécessité de défendre une architecture technique pour les bibliothèques numériques qui garantisse un accès facile et universel.
Dockray reconnaît aussi que la peur de voir disparaître du jour au lendemain les contenus stockés en ligne est intrinsèque au format numérique. C'est pour cela qu'il faut garantir aux utilisateurs la possibilité de télécharger et conserver sur leurs ordinateurs personnels les contenus stockés en ligne, comme le permet Aaaaarg.org.
A suivre...