Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07087.jsonl.gz/1311

24/09/2010
Saint Amédée de Lausanne & l’ancienne Bourgogne
Saint Amédée de Lausanne, ou d'Hauterive, vécut au XIIe siècle. Il était originaire du Dauphiné, en particulier de La Côte-Saint-André (dont plus tard serait issu le grand Berlioz). Sa mère, Pétronille de Bourgogne, avait pour frère Guigues VII, comte du Viennois, qui, comme tous les dauphins de la première race, se disait issu des rois de Bourgogne. Ses parents renonçant au monde, il se fit lui-même moine (dans l'ordre de Cîteaux), et devint abbé d'Hautecombe, en Savoie; puis, à son corps défendant, il fut élu évêque de Lausanne, et lorsque le comte de Savoie Amédée III partit en croisade, il gouverna ses États.
En tant qu'évêque, il prononça des homélies sur la Vierge Marie qui firent date, parce qu'elles exposaient et synthétisaient l'espèce de mythologie qui s'était édifiée autour de ce noble personnage. Lausanne fut ensuite entièrement dévouée à celle qu'on regardait comme l'âme de la Lune, et on connaît les richesses que la cathédrale possédait en son honneur. Les Bernois les ont plus tard dispersées.
J'ai lu ces homélies récemment, et la Vierge y est représentée comme une véritable déesse, pouvant à la fois sauver les âmes et les corps: cela m'a rappelé les développements de Bokar Rimpotché sur la déesse tibétaine Tara. C'était grandiose.
Il faut savoir que c'est saint Amédée qui amena l'abbaye d'Hautecombe au bord du lac: jusque-là, elle était placée dans la montagne. Mais saint Amédée, apparemment, trouvait davantage Dieu dans le reflet lumineux des ondes! Lamartine, plus tard, sera lui aussi plus sensible, somme toute, aux ondes qu'aux monts. Cela dit, il vit aussi ceux-ci comme des tremplins vers le Ciel. Mais la vieille image des géants les gravissant pour conquérir l'Olympe demeurait!
En lisant les homélies d'Amédée, il m'est venu l'idée qu'il avait donné forme, dans ses écrits sublimes, à l'âme des lacs alpins! Les couleurs bleues et blanches, sur lesquelles se reflètent les couleurs proprement célestes que sont le jaune, le rouge, le vert, y dominent la figure de la Vierge pure. Elle était l'âme de l'eau répandue à travers l'univers sous forme d'éther! Par elle on gravissait forcément le Ciel: on franchissait le Seuil. Le lac est un miroir qu'il faut traverser. La sainte Vierge est donc aussi la reine des fées, en plus d'être celle des anges.
Je crois que toute la mythologie des anciens Allobroges s'est sublimée dans ces homélies mariales d'Amédée.
Il faut ajouter qu'il était vénéré dans les diocèses de l'ancien royaume de Bourgogne: celui de Grenoble, les trois du duché de Savoie - dont celui de Genève -, celui de Lausanne. Il dut combattre le comte de Genève, qui voulait diriger Lausanne à sa place, mais il regarda le comte de Savoie comme le chef légitime du territoire de l'ancienne Bourgogne: il accepta de se regarder comme son vassal.
Dans ses écrits, il reprend l'idée antique des saints qui prennent la place des anges déchus: Marie s'assied sur le trône laissé vide de Lucifer; pendant que celui-ci descend, celle-là monte. Les sentiments ainsi se purifient, l'âme se nettoie.
La Vierge est la vraie lumière: elle est l'étoile polaire autour duquel tourne le ciel visible, et guide les voyageurs entre l'écueil de Charybde et le chant des sirènes; c'est ce que dit Amédée. On ne peut pas faire plus noble.
Car cette route, éclairée par l'étoile de la mer, mène au Christ et à la rédemption, et l'âme épurée porte, par conséquent, l'enfant de l'Esprit.
Ces images étaient faites pour parler profondément aux cœurs des croyants, comme les mystères l'avaient fait pour les anciens adeptes. Saint Amédée était à cet égard d'un enthousiasme débordant. C'est la figure emblématique de toute une région. Son ombre lumineuse plane sur nos lacs!