Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07092.jsonl.gz/270

Aujourd’hui la troisième voie désigne une démarche de renouvellement idéologique de la gauche face à la droite néo-libérale, d’une part, et à la gauche traditionnelle, d’autre part.
Mais dans le passé, l’expression a été accommodée à de multiples sauces :
¥ la tentative centriste d’échapper au clivage gauche-droite (l’économie sociale de marché en Allemagne, l’introuvable troisième voie dans le débat politique français sous la IVe et la Ve République) ;
¥ la recherche d’un système économique qui dépasse l’antagonisme entre planification étatique et marché (l’économiste du Printemps de Prague Ota Sik en 1968) ;
¥ dans une certaine gauche française des années soixante, la prétendue convergence entre un capitalisme apprivoisé et un « socialisme » (des pays de l’est) humanisé.
Charles-Ferdinand Pochon nous rappelle quelques pistes moins connues fréquentées par la troisième voie :
Sans remonter au 19e siècle, notons cet extrait de l’hebdomadaire L’Eveil démocratique du 28 mars 1909 qui relate une conférence du « Sillon », mouvement catholique animé par Marc Sangnier : « Une distinction est faite entre la thèse libérale , la thèse du socialisme et la thèse sillonniste ». Si le mot n’est pas prononcé, la troisième voie est marquée. Elle s’appellera « La Troisième Force » au lancement de la revue Esprit en 1932. Mais le besoin d’action manifesté par Georges Izard et ses proches conduira à une scission de la revue animée par Emmanuel Mounier. En fait, le personnalisme devait être cette troisième voie. En témoigne le titre du livre publié par Mounier en 1934 : Révolution personnaliste et communautaire, donc ni individualiste ni communiste. Les idées du père du personnalisme ont souvent été mal comprises et taxées de crypto-fascistes par des auteurs nourris de certitudes.
On trouve l’idée de troisième voie en Suisse également avec le mouvement «Entscheidung » dont le centre était à Lucerne et dans le « Mouvement des lignes directrices » regroupant la gauche modérée et une fraction de la bourgeoisie et de la paysannerie.
Après la guerre, l’idée renaît. En France par exemple cette troisième force vise à constituer un pôle de centre-gauche dont les socialistes de la SFIO et les démocrates-chrétiens seraient les piliers. Le groupe socialiste romand de Berne a consacré deux séances au sujet « Socialisme et troisième force » pour préparer le congrès du Parti socialiste suisse d’avril 1948. fb/cfp
sur l'actualité suisse