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N° 124 (13/03/2008). A la une: Subprime, finances... rien ne va plus! p. 19
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Coup de Théâtre
Feuilleton théâtral...Nous poursuivons ci-dessous la publication, commencée dans notre numéro 122, des réflexions d’André Steiger, recueillies lors d’une rencontre avec Natacha Jaquerod et Geneviève Guhl. Articulées autour du théâtre, de son rôle et de son avenir, elles sont présentées sous forme de mots clefs.
Le théâtre n'a jamais parlé que d'une chose à travers toutes ces réalisations: le théâtre a mis en cause le pouvoir, plus exactement, les pouvoirs.Des textes antiques jusqu'à ceux de nos jours. Et même dans le théâtre de boulevard; on pourrait dire ironiquement que dans le boulevard, la question du pouvoir se pose comme tel: qui a le droit de faire cocu l'autre? L’époux ou l’épouse, l’homme ou la femme? Qui en a le pouvoir? Et d’ailleurs qu’est-ce que ce pouvoir? Or, peut-être que le seul vrai combat à quoi l'on doit se livrer de nos jours, c'est de mettre en cause le pouvoir dans tous ses états.
Et je vais prendre, en exemple, certaines pièces modernes qui montrent la cruauté sur scène, la violence: on peut raisonnablement penser que l’on ne fait de leurs spectateurs-trices que des consommateurs-trices de violence qui adorent cela finalement, peut-être pour s'en défouler, peut-être, comme dérèglement personnel, et en même temps parce qu'ils-elles se disent: - Après tout, pourquoi je ne serais pas violent un jour? Je pense que les Grecs avaient bien pensé à cela. Les Grecs ne montraient pas la violence. Ils montraient l'ironie de la violence, c'est-à-dire l'humour.C'est ce que Brecht appelait la distance. Ce qu'Artaud appelait la cruauté - artistiquement - c'est l'humour. Artaud s'en explique très bien, puisque dans sa critique d'Animal Crackers des Marx Brothers, il découvre que la violence humoristique est ce qui met le plus en danger la doxa du monde. Donc, c'est ce qu'il y a de plus révolutionnaire. Si on fait des spectacles emphatiques, des spectacles qui exaltent la violence, on ne comprend rien à rien! Montrer comment la violence a été lue dans le passé peut nous inciter à mieux comprendre comment lutter contre la violence de nos jours, plus qu'en la montrant sans distance, au premier degré.
Contenus?Il y a plus d'invention actuellement dans le théâtre d'institution que dans le théâtre dit «indépendant». Et pourquoi cela? Celles-Ceux qui se disent indépendants cherchent le plus souvent une entrée dans l'institution, donc ils-elles sont plus à l'écoute de ce qu'ils-elles pensent qu’on attend d'un théâtre d'institution.
Il y a peu de création, de réflexion intéressante sur le théâtre; on fait des coups de plaisir, mais on ne fait pas de recherche approfondie. Il y a peut-être deux trois personnes, deux trois groupes, mais très peu. Est-ce qu’il y a ainsi des théâtres esthétiquement, techniquement et idéologiquement différents?
Dans les années 70, on employait le terme de théâtre marginal, après la vague post-soixante-huitarde. Ces troupes ne dépendaient que de leur volonté et de leurs actions: elles étaient donc auto-dépendantes.
Maintenant, c’est paradoxalement dans le théâtre institutionnel que s’expérimente le «nouveau», mais un «nouveau» en quelque sorte aseptisé pour la commercialisation: un «correctement nouveau».
Les conditions de travail ont changé: économiques, syndicales, sociales... Il y a eu des améliorations, mais dans le même mouvement, des aberrations; les conditions ont évolué certes, mais en même temps, comme elles n'ont généralement été pensées que quantitativement, et non surtout qualitativement, elles s’avèrent le plus souvent aliénantes. On a créé en fait des entraves, des apories supplémentaires, faute d’une visée générale du théâtre à développer. D'abord on est dans la concurrence, la boulimie, la surenchère. (On pourrait citer là de nombreuses présentations théâtrales, soit de l’institution, soit de la contre-institution). On en revient à la question du pouvoir. Le pouvoir est boulimique. Plus on peut manifester que l'on a du pouvoir, plus il devient manifeste qu’il faut le renforcer. Je crois que l'avenir ne peut être géré sur ce problème-là que si on cesse de ne penser qu'aux questions liées au pouvoir: l'économie et la gloriole. Le capital symbolique est en matière artistique plus important que le capital économique. Il faudrait, il faut créer des instances, une sorte d'états généraux permanents du spectacle où l'on prendrait comme principe que l'on ne parle de questions économiques qu'en dernier ressort. Certes l'économie est déterminante, mais elle est en matière d’art, comme disait un camarade bien connu naguère: une contradiction secondaire.
La contradiction principale n'est pas là!
André Steiger
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