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Un journaliste littéraire du Monde, sur son blog, a récemment évoqué mon livre sur la Savoie, et une partie de ce qu’il énonce concernait Genève. Selon lui, j’aurais à peu près dit que la mondialisation avait eu pour effet de faire manger aux Genevois des reblochons. A vrai dire, si j’ai dit cela, c’est assez absurde, car le reblochon a surtout du succès à Paris.
Ce que je me souviens plus précisément avoir dit, c’est que durant la seconde moitié du XXe siècle, les machines étaient venues en Haute-Savoie depuis Genève et plus généralement la Suisse. De fait, Genève est connue en France, au sein du peuple, par ce dont les journalistes ne parlent guère (ils préfèrent aborder des sujets plus élevés, sans doute) : c’est simplement la présence en son sein de grosses et belles voitures. La Suisse est réputée pour avoir des voitures automobiles qui brillent !
Le plus amusant est que si on lit Michel Butor, par exemple, on s’aperçoit que cela s’y reflète : car dès qu’il regarde vers Genève, il voit les avions qui s’élèvent des bords du Léman, et s’enfoncent dans l’azur du ciel. Butor est un grand écrivain parce qu’il sublime ce dont parle le peuple, et non parce qu’il évoque de préférence des sujets qui paraissent élevés au commun des journalistes qui écrivent.
Ce qui est remarquable, et spécifique, en Suisse et en Haute-Savoie, c’est le mélange permanent entre la nature - les montagnes, les lacs, la campagne - et les machines les plus modernes ! A Paris, les choses sont différentes : l’industrie étant centralisée, c’est la ville qui est imaginativement mécanisée, tandis que la campagne est restée agricole et dénuée de machines visibles. C’est ce qu’on appelle le désert français.
Or, la Haute-Savoie épouse, spontanément, le modèle suisse, plus décentralisé, qui dissémine la technologie, qui ne regroupe pas l’activité économique autour d’une capitale administrative en particulier. Cela crée, je crois, des images poétiques du type de celles de Butor, qui a également évoqué le travail d’usinage des gnomes, sous la terre, durant l’hiver savoyard, quand ils préparent le printemps ! Ce mélange entre l’organique végétal et le mécanique m’a toujours paru profondément intéressant, et se différencier d’une vision parisienne au sein de laquelle la machine est plus intimement liée à la pierre des cités - à la civilisation urbaine, à l’héritage romain. C’est cela dont j’ai réellement voulu parler : non du reblochon.