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L’homme pense donc je suis », dit l’Univers. Paul Valery
Produit de l’interaction entre les personnes, le langage n’est pas un reflet de la réalité, ni une représentation de la réalité, ni un empêchement à l’accès à cette réalité, mais il est la réalité.
… Comment, par le langage nous ordonnons le monde, ou plutôt, comment le langage a ordonné le monde avant nous » Steve de Shazer
Qu’entend-on exactement par-là ? Le langage performatif est un langage qui utilise des énoncés qui réalisent ce qu’ils énoncent. Par exemple : « je te promets de venir demain», est un énoncé qui crée une réalité. John Austin oppose ces énoncés aux énoncés constatatifs, ceux qui sont censés décrire le monde. Mais est-il bien certain qu’un énoncé puisse simplement décrire le monde sans tenir compte du contexte relationnel dans lequel il est utilisé ? Est-il bien certain qu’un énoncé, au moment où il décrit le monde, ne soit pas du même coup en train de le changer ? On ne raconte pas le monde de la même manière à un enfant, un adulte, un scientifique… On dira que le langage est la réalité à partir du moment où il agit sur le monde, et sur notre pensée du monde. L’expression « parler pour ne rien dire », par exemple, pourrait être comprise comme la description d’une parole qui ne remplit pas sa fonction de parole, à savoir nous préparer à l’action.
Face à une personne, enfermée dans une vision du monde désespérante, il sera utile d’ouvrir d’autres perspectives que celles qu’elle envisageait jusques là. Les alternatives proposées par l’aidant, par le seul fait d’être énoncées, peuvent changer la vision du monde de la personne accompagnée. Un dé a plusieurs faces mais les personnes en difficulté n’en voient en général qu’une seule, le un. Le travail de l’intervenant centré solution est de faire tourner le dé dans les mains de son interlocuteur-trice pour ouvrir le champ des possibles. Et quand toutes les faces ont été dévoilées, le dé ne peut plus jamais être vu comme auparavant. Ce qui permet à la personne accompagnée de se détourner du problème pour se centrer sur l’amélioration. L’orientation solution nécessitera donc un langage orienté solution, espoir, ressources et futur possible. Ce langage, qui dévoile les aspects ignorés du présent et du futur, est bien au-delà de la parole un acte.
Quelle différence cela fera-t-il dans notre pratique de considérer le langage comme « la réalité » et non pas comme la représentation de la réalité ?
Les mots étaient à l’origine magiques. Steve De Shazer