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Une précision, d'abord: Nicolas Vilas-Boas n'a aucun lien de parenté avec l'entraîneur portugais André Villas-Boas. «Je n'ai qu'un seul "l" à mon nom de famille, qui est typique de ma ville d'origine au Portugal (réd: Barcelos, près de Braga), alors que lui en a deux. La double consonne est courante dans les familles nobles, dont André Villas-Boas est issu.»
Nicolas n'entraîne aucune équipe; son truc à lui, c'est d'analyser des matchs (sur RMC Sport) et d'écrire des livres sur le football (dont la biographie de José Mourinho). Contacté par watson, il a accepté de nous éclairer sur ce Portugal constellé de stars mais chahuté en interne par l'épineuse gestion de Cristiano Ronaldo.
Nicolas Vilas-Boas, lors de la conférence de presse du Portugal lundi, à la veille du match contre la Suisse, Fernando Santos a publiquement critiqué l'attitude de Cristiano Ronaldo lors de sa sortie du terrain face à la Corée du Sud. Cela vous a-t-il surpris?
Oui. Il n'avait jamais osé s'attaquer à ce point à un joueur depuis qu'il est sélectionneur. Cette fois, il a dit publiquement qu'il n'avait «pas aimé» le comportement de Ronaldo (réd: le joueur a manifesté son agacement quand il a été rappelé sur le banc). C'est incroyable.
Est-ce le signe de tensions au sein du vestiaire?
Avant cette sortie de Santos, je vous aurais dit non car tous les joueurs ont toujours affirmé que l'ambiance était excellente dans le groupe. C'est d'ailleurs peut-être encore le cas. Mais en écoutant le sélectionneur, on comprend qu'il a eu une discussion avec Ronaldo après sa réaction contre la Corée du Sud.
S'attaquer à Ronaldo, ce n'est pas rien quand même.
Il y a eu pas mal d'histoires depuis pas mal d'années le concernant, mais elles ont toujours été étouffées parce que c'était Ronaldo et que tu n'avais rien à dire. Mais puisqu'il est désormais moins performant, c'est moins légitime de le voir s'agacer quand il est rappelé sur le banc.
Si vous étiez sélectionneur du Portugal, le feriez-vous débuter contre la Suisse?
Je ne sais pas. Je ne sais pas comment l'équipe s'entraîne, ni dans quel état d'esprit, elle se trouve. Ce qui est certain, c'est que si Ronaldo joue mardi, il va avoir l'envie comme jamais de répondre à tous ses détracteurs, ceux qui le démontent dans la presse et sur les réseaux sociaux depuis quelques jours.
Fernando Santos aurait tort de se priver d'un joueur qui aura envie de «tout casser», non?
Je suis persuadé que s'il le met dans le onze mardi, c'est pour le «piquer». J'ai regardé les stats tout à l'heure, et je me suis aperçu que parmi toutes les équipes qualifiées au Mondial, c'est face à la Suisse qu'il a le plus marqué en carrière (réd: 5 buts en 3 matchs). La Nati, c'est sa victime préférée. Or tout le monde connaît l'obsession qu'a Ronaldo pour les stats. Celle-ci, c'est certain, il l'aura dans un coin de sa tête. Je suis sûr qu'il a déjà travaillé sa célébration.
Chaque club que Ronaldo a quitté a vécu une période difficile par la suite. Il prend tellement de place que son départ laisse un immense vide. Le Portugal risque-t-il de connaître un tel passage à vide maintenant que sa star est moins décisive?
Il est difficile de comparer les clubs et les sélections. Et puis, Ronaldo n'est pas transparent non plus. Il n'a certes pas été décisif contre la Corée du Sud, mais il fait des courses intéressantes, des appels et des déviations judicieuses. Pourquoi ses coéquipiers ne profitent-ils pas de ces espaces, de ces appels? Il y a une espèce d'obsession à vouloir jouer pour lui. Au final, le poids qu'il exerce sur les adversaires, il l'exerce malgré lui sur ses coéquipiers.
Les équipes nationales n'ont pas eu beaucoup de temps non plus pour soigner les automatismes.
C'est vrai. Les sélectionneurs ont tendance à dire avant une grande compétition qu'ils n'ont pas assez de temps pour se préparer, quand bien même ils ont deux ou trois semaines pour le faire. Cette année, ils ont eu seulement quelques jours. C'est difficile pour le Portugal de trouver des automatismes offensivement en si peu de temps quand Bernardo Silva occupe une position différente (réd: il évolue en 8) qu'en club, que Joao Félix n'est plus du tout titulaire avec l'Atlético, que Rafael Leão est encore un débutant en sélection, que Gonçalo Ramos vient d'arriver, etc.
Fernando Santos est-il l'homme de la situation pour faire cohabiter autant de stars en même temps?
On a souvent reproché au Portugal d'avoir de grands joueurs mais pas de grande équipe. Je rappelle qu'entre 1986 et 1996, la Seleção n'a disputé aucune phase finale d'un grand tournoi. Pourtant elle a eu d'excellents joueurs dès les années 80 mais la Fédération était mal organisée, et la guerre que se livraient les grands clubs en championnat se répercutaient sur la sélection. D'ailleurs, pendant des années, le clubisme était tellement important au Portugal, et les résultats de la Seleção tellement médiocres, que les gens préféraient leur club à l'équipe nationale. L'amour pour la sélection est venue très tard au Portugal.
On imagine que l'arrêt Bosman en 1995 a dû faire du bien à l'équipe nationale. Il a fait sauter le verrou du clubisme.
C'est exactement ça. Il a permis aux meilleurs joueurs de s'exporter. Chacun a fait sa vie et aujourd'hui, on voit un Bernardo Silva (réd: formé au Benfica) chambrer un ex-joueur de Porto ou du Sporting sans que ça ne suscite la moindre animosité.
Le Portugal a-t-il une grande équipe aujourd'hui?
Non, toujours pas. Mais il a de grands joueurs.
N'est-ce pas du gâchis d'avoir autant de talents individuels et de les faire jouer selon la méthode conservatrice, «résultadiste» même, de Fernando Santos?
Santos estime que pour gagner, son équipe doit bien jouer. Mais chacun a sa définition du beau. Lui en tout cas ne se définit pas comme un «résultadiste» et je pense qu'il a raison. Depuis le début de la Coupe du monde, il tente des trucs. Face à l'Uruguay et même la Corée, il a fait des remplacements que je ne l'avais jamais vu faire auparavant. Il a sorti des milieux défensifs et fait entrer des offensifs. Je me suis dit: «Mais c'est lui, mon Fernando Santos?» Finalement, il n'est pas conservateur mais pragmatique: il fait en fonction de ce qu'il a. Ses choix sont cohérents par rapport aux joueurs dont il dispose.
Son effectif, sur le papier, est incroyablement riche. Les Portugais ne disent pourtant jamais: «Notre objectif est d'être champions du monde». N'avaient-ils pas définitivement éliminé le complexe d'infériorité du petit pays, dont ils ont parfois souffert par le passé, lors de leur victoire à l'Euro 2016?
Si, et ce ne sont pas seulement les Portugais qui se sont vus autrement mais le regard des autres sur eux qui a changé. Jusque-là, le Portugal était un loser magnifique, un pays qui jouait super bien mais qui se faisait sortir avant la fin, souvent dans des circonstances dramatiques d'ailleurs. Le fait de gagner contre la France, chez elle, alors que les Portugais avaient perdu un Euro chez eux et enchaîné les défaites contre les Bleus, ça a fini de les décomplexer. Et si aujourd'hui, ils ne disent pas qu'ils veulent être champions du monde, ils avouent tout de même qu'ils font partie des candidats au titre.
Pour gagner, il faudra que les internationaux portugais soient au moins aussi forts en sélection qu'en club. Or ça ne semble pas être le cas. C'est vrai ou c'est une mauvaise perception des choses?
C'est vrai que j'entends parfois des observateurs dire: «Ah purée, quand on voit Bernardo Silva avec City, ce n'est pas le même qu'avec le Portugal!» Mais c'est normal: City ne joue pas comme le Portugal! Là-bas, ça fait des années que tous les jours, Guardiola enfonce des idées dans la tête des mecs en leur expliquant qu'il faut jouer comme ceci et comme cela. En sélection, Santos a compris qu'il devait donner un nouveau rôle à Bernardo Silva parce qu'il y a d'autres joueurs autour de lui et d'autres idées que Guardiola.
Parmi les énigmes qui entourent cette équipe portugaise, l'une d'elles concerne João Félix. On ne sait plus quoi en penser. Il est si fort que cela?
Le problème de Félix, c'est qu'il traîne une double erreur de casting depuis des années: un transfert à 126 millions d'euros et un salaire mirobolant à l'Atlético Madrid. Soi-disant que le projet sportif devait tourner autour de lui mais très vite les deux parties ont déchanté. Félix n'est pas un joueur qui correspond au style de l'Atlético, et inversement. Il est devenu au fil du temps un super remplacant en sélection et c'est normal puisque c'est son statut en club.
Quel club aurait-il été mieux pour lui?
Barcelone, Manchester City, ou un autre qui joue le contre de façon moins caricaturale qu'à l'Atlético, où toute l'équipe défend beaucoup, même s'il y a différentes phases dans le «cholisme» (réd: en référence au coach de l'Atlético, Diego «El Cholo» Simeone). Le problème, c'est qu'à Madrid, on lui demande de redescendre et de tacler, et qu'il n'est pas habitué à fournir ce genre d'efforts. Peut-être que Simeone s'est dit qu'il allait le former à cela, mais si ça a marché avec Antoine Griezmann, ça ne fonctionne pas avec João Félix.
Vous avez écrit une biographie sur José Mourinho. Qu'est-ce que ça donnerait, Mourinho, en sélectionneur de ce Portugal-là?
Je ne sais pas. Mourinho sélectionneur du Portugal, c'est un vieux fantasme, y compris pour lui. Je me souviens d'une année, c'était il y a environ dix ans, alors qu'il était entraîneur du Real Madrid, il avait demandé au président Florentino Pérez l'autorisation de faire une sorte de «super interim» avec le Portugal. Mais Pérez avait refusé.
La saison des marrons chauds est sur le déclin chez nous, mais pas en NHL, où certains joueurs s'en échangent encore joyeusement. Pour preuve, lundi, lors du match entre les Flames de Calgary et les Blue Jackets de Columbus. «Mathieu Olivier a goûté à la médecine de Milan Lucic», a joliment résumé TVA Sports, rappelant que Lucic était l'homme fort des Flames.