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L’attractivité des émergents devrait rester intacte à long terme alors que la pandémie a sérieusement enrayé leur dynamique économique.
Le monde post-Covid a besoin de croissance. Et il semble effectivement que l'économie mondiale pourrait connaître une reprise significative cette année, portée par les Etats-Unis et les gigantesques mesures d’aides mises en place par Joe Biden. Selon les estimations du FMI, les marchés émergents connaîtront également une forte croissance en 2021, estimée autour de 6,3%. Certains pensent donc que les marchés émergents ont déjà surmonté leur baisse de croissance et parlent avec euphorie de 2021 comme de l'année des marchés émergents. Il faut toutefois rester prudents. Et ce, pour plusieurs raisons.
Les marchés émergents et les pays industrialisés empruntent des voies de redressement différentes dans la phase post-Corona. Au-delà du retard des campagnes de vaccination et des difficultés à contenir le rythme des nouvelles infections, les pays émergents ne disposent généralement pas d'une marge financière suffisante pour mettre en place des programmes de soutien et de relance économique à grande échelle.
nettement plus importantes dans les années à venir, en raison de la pandémie.
D’après le FMI, les pays émergents devront compter avec des pertes de revenus nettement plus importantes dans les années à venir, en raison de la pandémie. Alors que, dans les pays industrialisés, la perte moyenne de revenus par habitant de 2020 à 2024 par rapport au niveau d'avant crise est estimée à 2,3%, elle est de 4,3% dans les pays émergents. Si l'on exclut la Chine de ce calcul, cette perte s'élève même à 6,1%. C'est une mauvaise nouvelle pour la demande intérieure en tant que moteur de la croissance.
L'économie chinoise, véritable moteur de croissance des marchés émergents, a également souffert de la crise du COVID-19, avec une croissance de seulement 2,3% l'année dernière. Les prévisions tablent sur une croissance de 8% en 2021, voire 6% si l’on se base sur l’objectif officiel du gouvernement chinois.
Le ralentissement économique chinois n'est pas un signe d'incertitude, mais reflète la volonté de ses dirigeants de ne pas libérer pleinement les forces de la croissance et d’éviter les excès qui ont suivi la crise financière de 2008-2009. Dans ce contexte, l'expansion du crédit est notamment contrôlée et les mesures de relance budgétaire sont maîtrisées.
Les efforts du gouvernement chinois pour resserrer son emprise sur le secteur technologique national pourraient également laisser des traces. Alibaba, Tencent & Co ont gagné beaucoup de pouvoir l'année dernière. Leur influence doit désormais être limitée par des réglementations antitrust, dont l'étendue et la portée n'ont toutefois pas encore été déterminées.
Enfin, le bloc des pays émergents n’est en rien homogène. Les pays bénéficiant d'une bonne cote de crédit ont plus de facilité à stimuler l'économie nationale par une politique budgétaire. On les trouve principalement en Asie et en Europe centrale. Les pays dont la cote de crédit est faible, en revanche, doivent relever le défi de stimuler l'économie sans nuire à cette cote, un exercice d'équilibriste difficile.
massives à la pandémie, ce qui lui a permis de conserver des bilans sains.
Certains marchés émergents sortiront toutefois gagnants de la pandémie. Le Mexique, par exemple, s'est écarté de la tendance mondiale aux réponses fiscales massives à la pandémie, ce qui lui a permis de conserver des bilans sains. En outre, le pays devrait bénéficier à la fois de la forte reprise américaine et de la restructuration des chaînes d'approvisionnement mondiales. En Asie, les signes sont favorables pour la Corée et Taïwan. Les deux pays ont des secteurs technologiques solides et peuvent bénéficier de la demande mondiale de semi-conducteurs.
A l'inverse, certains pays émergents sont confrontés à des défis spécifiques qui ne facilitent pas la sortie de la crise de corona. Le cours économique de plus en plus autocratique de la Turquie cause des problèmes considérables au pays. Le taux d'inflation s'élevait récemment à 16,6% et la monnaie turque ne cesse de perdre de la valeur. La situation politique au Brésil est également compliquée. Avec un taux de croissance annuel moyen de 0,2%, les dix dernières années ont été une décennie perdante. Après de lourdes pertes l'année dernière, une croissance de 3% est désormais attendue pour 2021. Cependant, la situation infectieuse plus qu'incertaine, qui pousse la population dans la rue contre son président, rend les prévisions difficiles.