Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07281.jsonl.gz/726

Diese Seite wird nicht mehr aktualisiert.
Wir heissen seit 2014 Swissveg und sind nun hier zu finden: www.swissveg.ch
Interview du Capitaine Paul Watson de la Fondation «Bergers des Mers» (Sea Shepherd Foundation)
Sea Shepherd est l’organisation de protection des animaux marins la plus efficace, et donc aussi la plus redoutée des pêcheurs de baleines. Elle considère que le fait d’informer (comme le font d’autres organisations) sur la mort des baleines est insuffisant. Son objectif est que plus une seule baleine ne soit tuée. Elle est aussi la seule organisation qui fournit à bord de ses bateaux une alimentation exclusivement végane.
Renato Pichler: Un grand intérêt a été accordé à votre confrontation avec l’industrie japonaise de la chasse à la baleine. Sans entrer ici dans tous les détails, pouvez- vous nous relater dans ses grandes lignes votre plus récente expérience?
Capitaine Paul Watson: Nous sommes partis de Melbourne le 8 décembre 2005 en direction de la côte sud de l’Antarctique. Nous y avons trouvé la flotte japonaise chassant la baleine le 21 décembre, qui s’est alors dirigée vers le nord-ouest sur une distance de 600 miles (1 mile = 1km 600 env.). Nous l’avons rattrapée à Noël par un temps extrêmement mauvais. Elle a alors pris la fuite à nouveau, cette fois durant onze jours, sur une distance de 2500 miles. Nous l’avons poursuivie et retrouvée le 8 janvier. Nous avons alors pu engager notre bateau Nisshin Maru pour une confrontation de deux heures à la suite de quoi, la flotte japonaise a pris la fuite.
Le 9 janvier, nous avons intercepté l’Oriental Bluebird et lui avons intimé l’ordre de quitter le sanctuaire des baleines de cette région sud (‘Southern Whale Sanctuary’). Après son refus de s’exécuter, nous avons choqué fortement notre coque tribord contre la sienne et l’avons chassée du sanctuaire. Elle s’est alors dirigée vers l’ouest sur 700 miles et nous l’avons poursuivie tant que notre réserve de fuel nous l’a permis, puis nous nous sommes dirigés vers le port le plus proche, soit à une distance 2600 miles de Cape Town, en Afrique du sud. Nous avons chassé cette flotte japonaise sur une distance de quelque 4000 miles et l’avons empêchée de chasser la baleine durant 15 jours. Les Japonais ont admis que cette action allait infléchir leurs quotas de pêche à la baleine, justifiant de la sorte notre intervention.
Ce qu’il nous importe est de démontrer que les chasseurs de baleine nous craignent, nous confortant dans notre action de les museler complètement. Nous devons retourner en décembre 2006, cette fois avec un bateau plus rapide. Si nous avons une vitesse qui rivalise avec la leur, nous pouvons les neutraliser et sauver des centaines de baleines.
Greenpeace avait un bateau plus rapide qui pouvait atteindre la même vitesse que la flotte baleinière japonaise, mais Greenpeace est limitée par sa propre tactique. Greenpeace n’arrête pas les chasseurs de baleine, mais a pour objectif de témoigner de la tuerie et de fournir le chiffre des baleines tuées. C’est là la grande différence entre eux et nous. Nous ne sommes pas allés en Antarctique pour protester et regarder les baleines mourir. Nous y sommes allés pour faire respecter la loi internationale sur la conservation en empêchant les activités illégales des baleiniers. Nous sommes fiers du fait que nous n’avons pas vu une seule baleine mourir. Les Japonais n’ont pas osé tuer de baleines tant que nous étions là parce qu’ils savaient que nous éperonnerions leurs navires pour sauver les baleines. Depuis 1979, nous avons coulé neuf (9) baleinières.
Pour quelle raison avez-vous ressenti ce fervent intérêt pour les mammifères marins? Et quand avez-vous décidé de leur consacrer votre vie?J’ai grandi dans un village de pêcheurs de la côte est du Canada. Quand j’ai eu 8 ans, j’ai sauvé deux homards que j’ai recueillis et que j’ai continué de soigner à la maison. A 10 ans, j’ai été pris d’amitié pour un castor, que des trappeurs ont tué. Alors, en guise de représailles, j’ai suivi les pistes de leurs trappes, libérant les animaux piégés et détruisant les pièges. Comme enfant, j’ai été membre d’un club du nom de ‘Kindness Club’, qui encourageait les enfants à se montrer aimable envers les animaux. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai co-fondé le groupe appelé ‘Don’t Make a Wave Committee’ qui, en 1972, devint la Fondation Greenpeace. J’ai quitté Greenpeace en 1977 pour créer la ‘Sea Shepherd Conservation Society’. Bergers des mers n’est pas un groupe de protestation mais d’intervention. Nous nous opposons à l’exploitation illégale de la vie marine.
A quel moment avez-vous pour la première fois navigué en tant que ‘Sea Shepherd Foundation’ et quelle a été votre première mission?
J’ai fondé la Sea Shepherd Conservation Society en août 1977. Notre premier bateau, le Sea Shepherd a été acheté en octobre 1978 et notre première campagne date de mars 1979 lorsque nous sommes intervenus contre la tuerie des phoques par les Canadiens. Notre deuxième campagne date de juin et juillet 1979 lorsque nous avons chassé, éperonné et endommagé la baleinière pirate Sierra au large des côtes du Portugal.
La nourriture à bord de votre bateau serait, selon nos informations, végane. Tous les membres de votre équipage le seraient-ils ou

La baleinière japonaise livre la viande des baleines aux restaurants mais se dissimule en tant que bateau destiné à la recherche.
bien ils s’y adapteraient juste pour l’occasion?
Non, ils ne sont pas tous végans, ni végétariens d’ailleurs, mais ils le sont lorsqu’ils sont à bord. En 2002, nous avons été la première expédition végane à faire route vers l’Antarctique. De nombreux membres de notre équipage habitués pendant des mois à nos repas végans le sont devenus et beaucoup ont apprécié les bienfaits du véganisme pour des raisons de santé. Cette année, nous avons bien ri lorsqu’un porte-parole de l’industrie baleinière du Japon nous a traités tantôt de ‘dangereux végans’ tantôt d’ ‘artistes de cirque’. Ce sont là les noms les plus inhabituels qui nous aient jamais été attribués. Et pourtant, on nous avait déjà traités de bien des manières. Le premier bateau de notre association, du nom de Sea Shepherd, a été depuis 1978 un navire végétarien.
Quelle a été votre raison personnelle pour ne pas manger de la viande et du poisson?
Ma préoccupation première a été pour les poissons. Je suis un partisan de la conservation des océans et cela m’a toujours frappé que les humains chassent et tuent des animaux marins sauvages dans de telles proportions. Les gens ne toléreraient pas une tuerie aussi massive d’animaux sauvages terrestres comme ils le font à l’encontre des animaux marins. Les poissons sont essentiellement de la viande de ‘brousse’. Beaucoup de gens pensent qu’il est déplorable que les Africains de l’Ouest tuent et mangent des gorilles, des chimpanzés, des lions et des girafes de la brousse africaine, mais en même temps estiment tout à fait acceptable de chasser et tuer des requins, des espadons, des thons et d’autres espèces marines. Beaucoup de poissons sont des animaux qui ont une longue vie. Les flétans peuvent vivre 150 ans, les ‘orange roughy’ n’atteignent pas leur maturité sexuelle avant 45 ans. Les homards peuvent vivre jusque 200 ans. Malgré cela, nous accordons peu d’importance à découper en morceaux un poisson très jeune ou dans les premiers temps de sa vie, tout cela pour un sandwich au thon ou une salade de homard. Plus de 50% des poissons pêchés en mer sont donnés comme nourriture aux animaux terrestres. Nous avons transformé les vaches, les moutons, les poulets et les cochons en mangeurs d’animaux provenant surtout de la mer. Ceci n’est pas seulement une pratique perverse et non naturelle, mais elle contribue aussi massivement à la diminution de la faune marine. Par conséquent, et pour répondre à votre question, je ne mange pas de viande pour sauver les poissons. Ma femme est végane depuis vingt ans, et moi-même je fais aussi la cuisine de sorte que je suis devenu un bon cuisinier végan. A mon avis, les repas végans sont plus variés, plus inventifs et plus savoureux que ceux à base de viande et de poisson.
Les mises en garde contre les excès de la pêche s’intensifient de mois en mois. Il devient évident que certaines espèces de poissons ont atteint un point proche de l’éradication et il est clair que dans certains cas un moratoire serait même trop tardif. Que pensez-vous de la pêche dite durable?
Une pêche durable n’existe pas. Je déteste le mot ‘durable’. Il justifie l’exploitation, comme d’habitude. Il n’existe nulle part au monde de pêche commerciale durable. L’industrie de la pêche a éradiqué 90% des poissons dans les océans. C’est une situation malsaine. Nous devons mettre fin à l’exploitation commerciale massive des populations animales sauvages dans les océans.
Comment jugez-vous l’explosion du nombre de fermes d’élevage aquatiques? Cela peut-il freiner la diminution des espèces de poissons sauvages?
Absolument pas. Quelque 50 poissons pêchés en mer sont nécessaires pour élever et nourrir un seul saumon d’élevage. La culture aquatique de crevettes en Equateur a détruit de vastes estuaires et étendues marécageuses et nombre de mangroves dans ce pays. C’est une cause majeure de la diminution des populations naturelles de poissons. En outre, les fermes d’élevage de poissons attirent les prédateurs marins qui sont alors abattus en grand nombre par les fermiers qui les qualifient de «pestes.» Les fermes d’élevage aquatique ne sont pas la solution aux excès de la pêche, c’est au contraire un stress et un poids supplémentaires qui frappent les populations de poissons sauvages dans les mers.
Beaucoup de gens mangent moins de viande rouge mais davantage de poisson. Certains vont même jusqu’à penser que l’humanité sera condamnée si elle ne pouvait plus consommer de poisson. Quelle est votre opinion à ce sujet?
Les poissons vont certainement sombrer à cause de l’humanité. Nous sommes littéralement en train d’amener les poissons au bord de l’extinction et pire encore. J’ai toujours trouvé risible que les gens pensent qu’ils peuvent manger du poisson tout en se disant végétariens. Les poissons ne sont pas des légumes, ce sont des animaux, des animaux sauvages.
C’est un fait bien connu que les animaux qui se trouvent au sommet de la chaîne alimentaire souffrent des niveaux élevés de contamination par des agents polluants. Comment voyez-vous le fait qu’au Japon la viande de baleine est servie aux repas, même aux enfants, et qu’en Norvège et quelques autres pays il est accepté que cette viande frauduleuse finisse dans les assiettes?
Nourrir les enfants avec du poisson, de la chair de baleine ou de phoque est une forme d’abus. Les enfants des Iles Féroé ont dans leur cerveau une concentration de mercure plus élevée que chez les enfants d’autres régions du monde parce qu’ils sont nourris avec beaucoup de viande de baleine. Plus haut un animal se trouve-t-il dans la chaîne alimentaire, plus élevé est son niveau d’intoxication. Les Etats-Unis recommandent que les enfants et les femmes enceintes ne mangent pas de thon. Mais si ce n’est pas sain pour les enfants et les femmes enceintes, comment cela pourrait-il être sain pour les hommes et les femmes qui ne sont pas enceintes?
Dans notre monde où tout est lié, la disparition d’une espèce a une influence sur beaucoup d’autres. A votre avis, quelles seraient les conséquences écologiques si une espèce de baleine après l’autre venait à disparaître?
Si nous ne parvenons pas à sauver les baleines, nous ne sauverons pas les océans, et si nous sauvons pas les océans nous ne pourrons pas nous sauver nous-mêmes.
Et quelle est votre réaction au fait que les baleines, des animaux non humains qui ont peuplé la planète bien avant les humains, soient massacrées, avec la bénédiction officielle et même la protection de certaines nations?
Les humains sont des prédateurs en tant qu’espèce, mais ce qui est plus inquiétant, c’est que cette espèce humaine se comporte comme si elle était au-dessus des lois de l’écologie. Toute espèce qui ne vit pas en conformité avec les lois écologiques est une espèce en voie de perdition et d’extinction. Nous devons vivre conformément à la loi régissant la diversité et l’interdépendance et celle de la limite des ressources. Nous devons préserver la diversité et valoriser l’interdépendance et aussi réaliser qu’il y a des limites à la croissance.
Comme nous l’avons vu, le mot ‘sanctuaire’ n’a pas grande signification de nos jours. Les pêcheurs et les chasseurs de baleine font en gros ce qu’ils veulent. Quelles sont les perspectives relativement à un soutien international pour que les sanctuaires soient protégés efficacement par des autorités neutres comme les organisations non gouvernementales, les corps de police nationaux ou la Marine?
Il y a pléthore de lois et règlements internationaux, qui ne sont pas appliqués. Il y a des centaines de sanctuaires marins, mais peu d’entre eux sont de vrais sanctuaires, qui ne sont pas seulement des noms. Il semble qu’il y ait une absence de volonté au niveau international ou de motivation de la part des gouvernements nationaux d’appliquer les lois et de protéger les sanctuaires. Les corporations de pêche manient habilement l’argument financier et les politiciens et les bureaucrates se laissent aisément séduire par cet aspect. Il y a de grands enjeux financiers liés au pillage des mers et peu de motivation pour les protéger.
Vous êtes un expert de la faune marine. Quel avenir, si toutefois il y en a un, les poissons et mammifères marins ont-ils dans des océans sillonnés par les chalutiers et si fortement pollués par les produits toxiques et le bruit?
Aucun avenir, et si la vie dans les mers n’en a pas , alors nous n’en avons pas non plus. Les océans nous donnent bien davantage que de la nourriture. Ils sont la source de 80% de notre oxygène. Ils alimentent l’air que nous respirons. Nous pouvons bien survivre sans manger du poisson, mais nous ne pouvons pas survivre sans oxygène.
La diminution du nombre de baleines, ajoutée au réchauffement de la planète et à la diminution de la couche d’ozone, a des conséquences irréversibles pour l’éco-système marin. L’oxygène produit par le phylo-plancton peut diminuer par le déséquilibre déclenché par l’extinction massive des poissons et l’extermination des baleines. Nous devons abolir l’exploitation commerciale de la faune marine. Les gens doivent arrêter de consommer du poisson. Certains verront dans cette déclaration une proposition radicale, mais elle est en réalité une condition de la conservation. Si nous continuons de piller brutalement la faune marine et la souiller, les océans vont mourir, et cela se produira prochainement.
Quels changements et quelles améliorations envisagez-vous et quelles recommandations adressez-vous aux consommateurs? Comment chaque individu peut-il contribuer à l’amélioration de la situation? Comment les gens peuvent-ils aider Sea Shepherd?
La ‘Sea Shepherd Conservation Society’ est la seule association pour la préservation de la faune marine qui promeut l’absence totale, donc à 100%, de consommation de poissons et tous autres animaux marins. Les espèces peuplant l’océan ont été sauvagement endommagées par l’exploitation commerciale, à un point tel que le commerce de la pêche est au bord de l’effondrement économique. La vie dans les mers a diminué dramatiquement. Il n’y a simplement plus assez de poissons pour continuer de nourrir une population humaine qui ne cesse de croître. Si les gens veulent nous aider, c’est en participant à nos efforts en vue d’acquérir un bateau plus rapide pour nous permettre de pourchasser et anéantir la flotte baleinière japonaise.
Après avoir atteint sans encombres l’Afrique du Sud, quel est votre prochain objectif?
Nous faisons campagne pour récolter des fonds en vue d’acheter un bateau plus rapide, qui puisse rivaliser avec la flotte baleinière japonaise. Si nous pouvons atteindre les mêmes vitesses qu’elle, nous pourrons empêcher la tuerie des baleines. C’est cela notre priorité pour cette année. Nous allons relancer en mer notre bateau, le Farley Mowat, et l’utiliser pour des interventions contre des opérations de pêche illégale au large des côtes de l’Afrique de l’Est. Nous avons aussi un bateau qui patrouille au large des îles des Galapagos qui travaille en partenariat avec le Parc National des Galapagos afin d’intervenir contre les braconnages dans la Réserve Marine des Galapagos. Lorsque nous serons en Afrique du Sud, l’équipage du Sea Shepherd va s’occuper de défendre les phoques destinés à la fourrure et soigner les blessés et nous nous opposerons à l’abattage d’autres phoques en Namibie.
Je suis convaincu que beaucoup seraient désireux de vous rencontrer, vous et votre équipage, dans des ports européens. Avez-vous l’intention de faire route vers l’Europe dans un proche avenir?
Au cours des années précédentes, nous avons effectivement fait halte dans des ports européens. Nous avons été en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et à Monaco, et je suis certain que nous retournerons en Europe bientôt.
Bon vent, Capitaine Watson, et chaleureux remerciements pour avoir pris le temps de répondre à nos questions!