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Le 10 mars 2023, les autorités de régulation américaines se sont empressées de saisir les actifs de la Silicon Valley Bank (SVB), à la suite d’une ruée sur cette banque, la 16ème plus grande institution bancaire du pays. SVB a fait faillite après que les déposants aient massivement et soudainement cherché à retirer leur argent, alors que l’inquiétude sur sa situation financière se répandait.
Il y a quatre similitudes entre la situation actuelle et la crise financière globale éclatée en 2008. Premièrement, les banques en difficulté font l’objet d’une ruée bancaire (bank run en anglais), c’est-à-dire qu’un nombre important et croissant de déposants se précipitent pour retirer leurs propres dépôts car ils craignent l’insolvabilité des banques. Deuxièmement, ces difficultés affectent rapidement le marché interbancaire, où les banques créancières cherchent à se faire rembourser par les banques débitrices, les premières craignant que les secondes ne soient elles aussi illiquides et insolvables. Cela induit un effet domino qui peut rapidement donner lieu à une crise bancaire, le marché interbancaire étant en fait gelé puisqu’aucune banque n’est disposée à fournir une ligne de crédit à une autre. Troisièmement, la contagion atteint également les marchés financiers, tant aux États-Unis que dans le reste de l’économie globale. La politique monétaire américaine représente enfin la quatrième similitude: dans les deux cas, les augmentations du taux d’intérêt directeur ont entraîné une série de problèmes de liquidité pour les institutions financières dans la mesure où plusieurs banques ont eu du mal à gagner suffisamment d’intérêts pour financer leurs propres paiements d’intérêts, à la fois sur le marché interbancaire et au-delà.
Il existe toutefois des différences entre la crise actuelle et celle éclatée en 2008. À l’époque, les crypto-actifs n’avaient pas encore fait leur apparition, et une large fraction des prêts accordés par les banques aux États-Unis étaient assortis d’une garantie physique, à savoir des biens immobiliers, que les banques créancières étaient pour une part en mesure de vendre sans trop de pertes pour leurs propres activités commerciales. En revanche, la crise qui nous occupe se démarque en tant que l’on observe également un certain nombre de problèmes de liquidité et de solvabilité quant aux crypto-actifs et aux institutions y liées, et qu’une part importante des prêts bancaires n’ont pas de garantie physique du fait qu’ils sont simplement basés sur la spéculation sur les marchés financiers. Le risque d’une nouvelle récession aux États-Unis est donc probable, d’autant plus compte tenu des multiples turbulences que traverse actuellement l’économie globale, parmi lesquelles les goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement et les renchérissements qui ont réduit les perspectives de croissance économique réelle et les niveaux d’emploi dans le monde entier.
Face à la perspective d’une nouvelle crise financière, l’administration Biden a été contrainte d’annoncer un plan de sauvetage qui garantit que tous les déposants de la SVB ne perdront pas leur épargne dans cette banque. Cela devrait permettre d’éviter une ruée sur les banques, mais pourrait ne pas suffire à éviter une crise bancaire, dans la mesure où nombre d’autres banques aux États-Unis sont susceptibles de connaître des problèmes d’illiquidité ou même d’insolvabilité qui gèleraient le marché interbancaire, générant ainsi une crise bancaire systémique et, par extension, une crise financière mondiale.
Par ailleurs, les autorités de régulation américaines ont fermé la Signature Bank, basée à New York, afin d’éviter que la crise bancaire ne s’étende. Il s’agit toutefois d’un signal très clair qu’une crise bancaire majeure se profile aux États-Unis, dont les répercussions se feront rapidement sentir sur l’ensemble du secteur financier américain, en particulier en ce qui concerne les crypto-actifs, les entreprises technologiques et les sociétés financées par du capital-risque. L’effet domino ne saurait tarder à se produire, surtout si les interventions des régulateurs américains et de l’administration Biden ne suffisent pas à convaincre les institutions financières et les déposants que l’insolvabilité de la SVB et de la Signature Bank ne posera pas de problème majeur à l’ensemble du secteur bancaire et, au-delà, aux marchés financiers, tant aux États-Unis que dans l’économie globale, de plus à un moment où les crypto-actifs représentent une autre bombe à retardement.