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1702
Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde, Lettres curieuses de littérature et de morale
Paris : J. et M. Guignard, 1702
Critique d’une pièce d’Euripide
Relation de la fin de l’Hécube d’Euripide comme exemple d’une « faute » dans la façon de gérer l’intensité dramatique. On sent aussi la propension de Bellegarde à l’observance de la règle classique de la bienséance.
Le poète doit avoir grand soin de réserver le plus tragique pour la fin de la pièce, et pour en faire le dénouement, afin d’exciter de plus grandes passions dans l’âme des auditeurs. S’il expose à la fin de la tragédie deux grandes actions, l’âme partagée demeure incertaine et ne sait à quels sentiments se fixer. C’est une faute que les critiques reprochent à Euripide dans son Hécube : les plaintes que fait cette mère infortunée, après avoir trouvé le corps de son fils Polydore que le perfide roi de Thrace avait fait égorger, attendrissent tout le monde ; il fallait s’en tenir-là. Mais le poète donne le change au spectateur en lui représentant Hécube acharnée à se venger et qui arrache elle-même les yeux au meurtrier de son fils. Quoique ce roi barbare eût bien mérité ce cruel traitement, cependant ce triste spectacle diminue la douleur que les infortunes d’Hécube avoient causée.
Extrait de la cinquième lettre, "Sur les pièces de théâtre", disponible sur Gallica, p. 355-4.
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