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Sans doute l'affaire est-elle encore préliminaire. Et force est de constater que bien des éléments concrets nous manquent pour évaluer l'exacte portée de ce projet. Pour autant on ne saurait le passer sous silence. La société ExonHit Therapeutics1 vient d'annoncer avoir déposé auprès de l'Institut national français de la propriété intellectuelle, un brevet d'invention portant sur un panel de gènes permettant de distinguer, à partir d'échantillons sanguins, les patients atteints de la maladie d'Alzheimer de personnes âgées ne présentant pas encore de troubles cognitifs.On s'intéresse ici aux altérations de l'épissage alternatif, ce processus de régulation qui intervient uniquement chez les eucaryotes. Epissage alternatif ? Après la transcription d'un gène en ARN prémessager ce dernier subit une maturation qui en fait un ARN messager qui est traduit en protéine. C'est au cours de la maturation qu'a lieu l'épissage alternatif. L'épissage consiste, schématiquement, en l'excision des introns (séquences non codantes) de l'ARN prémessager conduisant à ce que seuls les exons (parties codantes) soient réunis dans l'ARN messager mature. On parle d'épissage alternatif lorsque, pour un même gène et dans un même organisme eucaryote, l'élimination des introns est différente selon la cellule concernée. Ainsi, pour un même gène, l'ARNm sera différent conduisant de ce fait à une protéine différente.On sait qu'il n'existe pas aujourd'hui de test de dépistage pour affirmer de manière certaine, le diagnostic de la maladie d'Alzheimer et plus généralement des affections neurodégénératives. En pratique le diagnostic est porté après par élimination d'autres démences au terme d'un examen clinique très approfondi mais sans preuve directe. Affirmer le diagnostic de maladie d'Alzheimer impose de ce fait, en toute rigueur, une analyse anatomopathologique post-mortem du tissu cérébral. Cette situation constitue un frein à une prise en charge précoce, médicamenteuse ou autre, des patients.Les responsables de cette société soulignent, sans plus de détails avoir pu «grâce à une technologie unique de profilage du génome» découvrir une «empreinte moléculaire associée au dialogue entre le système immunitaire et la neurodégénérescence caractéristique de la maladie d'Alzheimer.» «Cette approche a permis de découvrir le rôle fondamental des altérations de l'épissage alternatif dans les modifications des cellules du système immunitaire des patients atteints de cette pathologie, ajoutent-ils. Initialement décrite comme une pathologie essentiellement neuronale, la maladie d'Alzheimer est en effet de mieux en mieux comprise comme un enchevêtrement d'altérations de trois grands systèmes biologiques qui assurent l'homéostasie de l'organisme : les systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire.»Pour le dire autrement l'atteinte dégénérative de certains neurones entraînerait des modifications des régulations endocriniennes, ces dernières ont par ailleurs un impact sur les fonctions immunitaires, l'altération de la réponse immunitaire jouant elle-même un rôle important dans la progression de la maladie d'Alzheimer. C'est dans ce contexte, et grâce à cette meilleure compréhension de la maladie que les responsables de cette société estiment qu'il est «potentiellement possible de mesurer les différents stades de la maladie d'Alzheimer en analysant les cellules blanches présentes dans le sang circulant.»En pratique la technologie de profilage du génome DATAS (Differential Analysis of Transcripts with Alternative Splicing) a été mise en uvre sur des échantillons sanguins de patients atteints ou non d'une maladie d'Alzheimer. Cette approche aurait d'ores et déjà permis d'identifier et d'isoler un ensemble de gènes incluant des variants d'épissage qui sont exprimés différemment selon que les personnes sont ou non atteintes de la maladie neurodégénérative. Les marqueurs les plus significatifs vont maintenant être caractérisés sur des collections importantes de sang provenant d'essais cliniques bien définis. La caractérisation se fera via la technologie SpliceArray développée sur une plateforme de biopuces d'Affymetrix située à Santa Clara, en Californie. Plusieurs centaines d'échantillons sanguins devraient ainsi être analysés et les premiers résultats sont attendus vers la fin de cette année.«Nous avons un moteur de découverte qui nous permet très rapidement d'identifier des panels de gènes, altérés par épissage et caractéristiques d'une maladie. Notre objectif est de continuer de développer et breveter de tels panels de gènes associés à des maladies majeures comme la maladie d'Alzheimer, précise Bruno Tocqué, président du directoire d'ExonHit. Les diagnostics moléculaires représentent un énorme marché de la recherche et sont un élément clé de notre modèle de croissance, le temps de développement de tels tests étant fortement réduit par rapport au développement thérapeutique pour des tailles de marché comparables.»1 ExonHit Therapeutics, fondée en 1997, est basée à Paris et a également un laboratoire de recherche à Gaithersburg (Maryland, Etats-Unis). Cette société se présente comme le leader dans l'analyse de l'épissage alternatif de l'ARN.