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De quoi parle-t-on?
La lecture typologique est une méthode chrétienne d’interprétation des textes de l’Ancien Testament. Son principe est de considérer les événements ou les personnages de l’AT comme des types annonçant le Christ ou d’autres événements relatées dans le NT. Parfois, elle pose aussi des antétypes qui définissent le Christ par opposition à des figures contraires.
Des racines juives hellenistiques …
Si la lecture typologique est une méthode typiquement chrétienne, elle plonge ses racines dans le judaïsme hellénistique (cf. glossaire). A Alexandrie, des philosophes juifs comme Philon cherchent à faire dialoguer leur foi avec la philosophie et les mythes grecs. Pour cela, ils mettent en rapport des figures vétérotestamentaires avec des personnages des discours philosophiques de Platon ou des récits de la mythologie grecque.
Présentes déjà dans le Nouveau Testament
Le Nouveau Testament recèle aussi des traces de la mise en place de cette méthode de lecture. Jean 3,14 par exemple, éclaire l’annonce de la mort de Jésus en croix par son rapprochement avec l’épisode du serpent de bronze de Moïse dans le désert (Nombres 21,4-9). Le tout pour affirmer le caractère rédempteur de la mort de Jésus. Le principe de cette lecture est aussi ébauchée par l’apôtre Paul lorsqu’il écrit à propos des règles alimentaires contenues dans l’AT: « c’était l’ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ« .
Le rapport des chrétiens à la bible hébraïque
La question du rapport des chrétiens avec la Bible hébraïque se trouve au cœur de ce principe. Car les premiers chrétiens n’avaient pas d’autres Écritures saintes que cette bible. A la lumière de leur foi en Jésus le Messie mort et ressuscité et devant le constat que de nombreux coreligionnaires juifs ne partageaient pas cette foi, la question se pose pour eux: faut-il continuer à lire cette bible ? Et si oui, comment la lire ? C’est donc tout le rapport du christianisme au judaïsme qui se pose. Comme se posera aussi rapidement la question du lien entre les Écritures chrétiennes (le NT en voie de constitution) et juives.
La réponse de Marcion
Dans cette perspective, on trouve la réponse de Marcion. Celui-ci postule, au début du 2ème siècle, une rupture radicale entre judaïsme et christianisme. Au point d’affirmer que Jésus est une divinité opposée à celle de l’AT. Non seulement, il refuse toute valeur aux textes vétérotestamentaires. Mais en plus il expurge du canon (cf. glossaire) du NT tous les livres qui lui paraissent trop juifs En fait, il ne gardera que l’Évangile selon Luc et des lettres pauliniennes.
Le refus de cette réponse
L’Église naissante va refuser cette position. Elle va affirmer que les deux bibles (hébraïque et grecque) constituent ensemble le canon chrétien. Et donc que le lien entre les deux est de l’ordre de la continuité et non de la rupture. Le plus souvent cette continuité est pensée sur le mode promesse / accomplissement. L’AT contient les promesses de Dieu, le NT en rapporte leur accomplissement.
Origène (cf. glossaire) est le théologien chrétien qui va développer la méthode de lecture typologique dans ce contexte. Pour lui, il y a unité de la Révélation entre AT et NT. Lire les textes de l’AT dans une perspective chrétienne revient à y chercher toutes les traces (parfois infime ou absurde à nos yeux aujourd’hui) qui préfigurent Jésus-Christ.
Quelques exemples
C’est ainsi que le récit de Jonas avalée par le grand poisson (Jn 1,17) devient le type de la mort de Jésus qui se trouve ainsi annoncée. Il en va de même pour le meurtre d’Abel ou le sacrifice d’Isaac. Autant de préfiguration du destin tragique du Christ. Dans cette lecture, le passage de la mer rouge devient préfiguration du baptême, l’assomption du prophète Élie annonce soit la transfiguration, soit la résurrection, etc.
Une influence durable
Cette manière de lire les textes de l’AT va marquer toute la lecture chrétienne de la Bible et d’une certaine manière fait encore sentir ses effets jusqu’à aujourd’hui. On lui reproche cependant de trahir le sens du texte hébraïque en postulant d’y trouver ce qui n’y a pas été mis par ses auteurs.