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Caves, cyclotron et cardinal. Trois mots qui n'ont jusqu'ici jamais été employés ensemble, tellement ils recouvrent des mondes différents.
Il y a d'abord le cyclotron. Un coup d'oeil sur Wikipedia nous apprend qu'il s'agit d'un accélérateur de particules qui permet la production d'éléments radio-actifs utilisés par exemple en médecine.
La partie francophone de l'Université catholique de Louvain (UCL) est située à Louvain-la-Neuve. On y trouve non pas un, mais deux cyclotrons.
Vous pouvez voir sur la photo suivante le cœur du premier cyclotron belge, une antiquité exposée le long de la chaussée.
Le second, en service, lui, se trouve dans les bâtiments de l'institut de physique. Je n'ai pas pu le photographier le jour de ma visite. Pas grave, je ne voulais quand-même pas vous parler du cyclotron: juste des caves du cyclotron!
Le bâtiment de l'institut de physique est communément appelé "le cyclotron" puisqu'il abrite précisément... le cyclotron. Pour ma visite, ce n'est pas par la porte centrale que je rentre, mais par la porte de gauche, direction le sous-sol!
Sur la porte, une affiche placardée à l'aide de quelques papiers collants suffit à informer le visiteur qu'il se trouve au centre Cerfaux-Lefort du nom de deux prélats belges ayant enseigné à l'université.
La couleur est déjà annoncée dans le hall d'entrée, on va y trouver des livres d'occasion. Beaucoup de livres.
Plus loin, on arrive dans une sorte de long boyau d'une cinquantaine de mètres.
Et un peu plus loin à gauche, on se trouve au cœur de cette immense bibliothèque. Les rayonnages d'environ trois mètres chacun, perpendiculaires au "boyau", se succèdent. Les livres sont classés par domaine et par auteur, et il y en a partout!
Mais d'où viennent-ils donc?
Pour le comprendre, il faut revenir plus de quarante années en arrière. Dans son tryptique sur la Belgique, Frank Pastor nous a un jour parlé de la scission entre la section francophone et la section néerlandophone de l'université.
Au moment où les francophones sont partis de Louvain (Leuven en flamand) pour s'établir à Louvain-la-Neuve, ils ont emporté avec eux la moitié des ouvrages présents dans les bibliothèques, l'autre moitié devant rester sur place; il fallait donc la reconstituer, et ce fut à cette première tâche que s'attela le centre.
Depuis plus de quarante ans, ce sont des dizaines de milliers d'ouvrages qui sont recueillis tous les ans par le centre: après un tri méticuleux, une liste est établie par le personnel et les titres susceptibles d'intéresser l'un ou l'autre département de l'université leur sont communiqués. Les livres qui ne trouvent pas acquéreur au sein de l'université sont proposés aux pays d'Europe centrale et orientale et au Tiers-Monde. Ce qui reste est mis en rayon et cédé pour une modeste participation aux frais de gestion et d'administration du Centre: on dépasse rarement quelques euros pour acquérir tel ou tel ouvrage!
Bon nombre d'entre eux proviennent du monde catholique, par exemple lorsqu'un prêtre âgé meurt ou qu'une congrégation ferme ses portes. Pas étonnant donc que les livres religieux s'y retrouvent en nombre, même si ce thème est loin d'être exclusif: ouvrages culturels, livres artistiques et joyaux de la littérature classique et moderne s'y côtoient de sorte que tout un chacun peut y trouver son compte.
On trouve des livres partout, même en-dessous des tuyauteries qui alimentent le bâtiment…
Et comme je vous l'ai dit, le très vieux côtoie le très récent. Et le religieux le non religieux.
De façon surprenante, les ouvrages ne sont pas répertoriés, mais comme je vous l'ai dit, ils sont classés par thème et par auteur. Aidé par un personnel toujours aimable, il y a toutes les chances que vous trouviez votre bonheur si le livre recherché est bien présent en ces lieux.
Il est également à noter que le centre s'est fixé un autre but: fournir en titres divers les institutions d'enseignement et de recherche du tiers-monde et d'Europe centrale et orientale.
Ce rôle est évidemment important, non seulement sur un plan social, mais également pour faire rayonner la culture française à laquelle nous sommes attachés.
Vous savez maintenant pourquoi je tenais tant à vous parler des caves du cyclotron.
Mais au fait, que vient faire le cardinal dans le titre de mon article?
C'est un pur hasard du calendrier, mais il se fait que le centre Cerfaux-Lefort a été mis en place par un prêtre belge, l'abbé Julien Ries, né en 1920. Ce théologien, spécialiste mondial de l'histoire des religions, a été tout récemment créé cardinal par le Pape Benoît XVI.
Capture d'écran KTOTV.com
Chose étonnante, il est pratiquement inconnu du grand public en Belgique, et c'est tout récemment que la presse subventionnée a parlé de lui de manière assez abondante. Malgré son grand âge, ce bourreau du travail écrit plus de six heures par jour. Pas étonnant qu'à ce rythme, il ait 680 publications à son actif! A en croire un récent article du magazine Humo, sa chambre est remplie de livres, qui s'empilent du sol au plafond.
Je n'ai pas l'honneur de le connaître, je ne sais donc pas précisément comment s'est opéré le choix de ce site pour le moins insolite: des caves dans le bâtiment abritant le cyclotron...
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat est tout à fait étonnant et vaut certainement le détour d'une visite.
Et si, pour vous, c'est trop loin et que vous cherchez la perle rare, n'hésitez pas à les contacter, ils feront de leur mieux pour accéder à votre demande: leurs coordonnées complètes se trouvent précisément sur la troisième photo de cet article!...