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C’est au moyen-âge, avec la création des universités, qu’apparurent les groupements d’étudiants. Les universités étaient divisées non seulement en 4 facultés, mais aussi en 4 nations, selon le modèle italien. Chaque nation groupait professeurs et élèves d’une région. C’est l’origine des premières sections universitaires allemandes, appelées alors Landsmannschaften, qui devinrent très puissantes au 17ème siècle. Réprimées suite à certains excès à la fin de la guerre de trente ans, elle perdirent beaucoup de leur influence.
En 1841, sous l’impulsion du climat politique suisse et du développement des organisations estudiantines, la Société des Etudiants Suisses est créée. Le pays subissait en effet une persécution destinée à renverser les structures catholiques, dont il était demeuré solidaire. La fraction extrémiste du parti libéral menait la lutte antireligieuse avec violence, obtenant la suppression de plusieurs couvents et monastères dans différents cantons. Il était donc nécessaire pour les catholiques d’avoir une société d’étudiants ayant pour but de former des hommes qui lutteraient pour assurer le droit des catholiques suisses à l’existence politique.
Quant à la Sarinia, elle est née au cours de l’hiver 1895–1896, à partir de la scission de la Romania (qui regroupait alors alémaniques, romands et tessinois) en 2 sociétés. Le 2 novembre, la Sarinia est constituée au pavillon des Arcades, et Aloys von der Weid en devient le 1er président. A compter de ce jour, la section a perduré, laissant se succéder les générations de sariniens.
Au début du semestre d’hiver 1895–1896, vu les différences de langues et de mentalités, lesmembres de la Romania, fondée 6 ans auparavant, lors de l’ouverture de l’Université de Fribourg, décident de la scission de leur société entre les alémaniques et les romands. Le 2 novembre, ces derniers, réunis au pavillon des Arcades, constituent la Sarinia, et mettent Aloys von der Weid à leur tête. Bientôt, ils élaborent leurs statuts, remplacent la rigide casquette, alors en honneur, par un seyant béret de velours rouge, orné d’une croix blanche. Au cours de leurs séances officielles, ils abordent les sujets les plus divers: religieux, politiques, littéraires, voire artistiques; parfois, un spécialiste de tel ou tel domaine de la culture les régale d’une conférence. Au travail s’allie une vive exubérance, comme le prouvent les moments de détente au Stamm, les officieuses, et le journal humoristique, “La Meule”.
Souvent, ils égayent la cité de leurs airs joyeux, car ils ne tardent pas à avoir leur chansonnier. “Oh! ce premier chansonnier, délicieux mélange de romances légères, de tendres couplets, de refrains graves ou martiaux, comme il est révélateur de l’âme sarinienne d’alors!” (B. de Weck). Vraiment, comme le dit la devise qu’ils adoptent alors, “Sarinia serenat frontes”. Ils se vouent aussi à l’art dramatique: en mai 1896 déjà, ils jouent “La Berline de l’Emigré”, mélodrame qui remporte un vif succès. L’année suivante, c’est le baptême de leur première bannière, dont le grand homme d’Etat, Georges Python, et la baronne Georges de Montenach sont les parrain et marraine.Dès 1902, ils se sentent soutenus moralement et financièrement par leurs aînés qui viennent de se grouper dans l’Ancienne Sarinia.
En juillet 1914, d’entente avec les deux autres sections académiques, l’Alémania et la Léonina (réservée aux étudiants en théologie), les Sariniens célèbrent fort joyeusement le 25ème anniversaire de la fondation de la Romania. Peu après éclate la première guerre mondiale. Au cours des quatre années que dure ce sanglant conflit, ils sont à tour de rôle sous les drapeaux; une fois revenus sur les bords de la libre Sarine, ils se passionnent pour la cause des Alliés, et fraternisent avec les internes français et belges qui étudient à l’Université. En automne 1915, les membres d’origine tessinoise s’estiment assez nombreux pour constituer la Lépontia (les deux sections sont toujours restées en excellents termes).
Au sortir des hostilités et au moment de la sérieuse alerte qu’a été pour la Suisse la grève générale de novembre 1918, les Sariniens s’intéressent d’avantage à l’action catholique et aux problèmes sociaux. Ils collaborent ainsi au mouvement des jeunes conservateurs et à la création de l’Union internationale des étudiants catholiques, dite Pax Romana. Les magnifiques espoirs d’une reprise des affaires et d’une paix durable qu’a fait naître la Société des Nations s’évanouissent rapidement; la crise économique va en s’aggravant jusqu’en 1939; le communisme, le fascisme et le nazisme tentent de gagner la jeunesse, et en particulier l’élite intellectuelle de l’Europe entière.
Les universitaires, quelque peu désorientés, ont besoin de guides sûrs et prudents. Aussi, à partir des années 1930, comme la plupart des sections académiques, la Sarinia a son aumônier et son Vereinspapa. L’aumônier s’efforce de gagner l’amitié et la confiance de chaque membre; en cas de difficultés au sein de la section (inévitablement, il en surgit de temps à autres), il tente de les aplanir. Dans les discussions d’ordre philosophique ou religieux, il a le talent de mettre tout au point, et ranime enfin sans cesse la flamme de l’apostolat. Le premier à remplir cette charge fut le Père Pilloud, dominicain. Quand au Vereinspapa, comme le terme mi-allemand mi-français l’indique, il est en quelque sorte le père de la section. S’efforçant d’être jeune avec les jeunes, il y met tout son coeur, tout son entrain. Le plus souvent qu’il le peut, il assiste à leurs séances et participe à leurs divertissements. Sans en avoir l’air, il leur prodigue ses conseils et les fait bénéficier de son expérience de la vie. Pierre Aeby, professeur de droit à l’Université, dont le souvenir est resté bien vivant en Sarinia, remplit cette mission avec beaucoup de dévouement durant plus de quinze ans.
Fin juillet 1938, bien qu’elle se déroule dans une atmosphère internationale lourde et orageuse, la Fête centrale de Fribourg met un peu de gaieté et d’enthousiasme au cœur des Sariniens; l’un d’eux, Aloys Sallin, accède à la haute charge de C.P. (Président central de la Société Suisse des Etudiants). Loin de se rasséréner, le ciel s’assombrit toujours davantage; au début de septembre 1939 éclate la deuxième guerre mondiale. En Suisse, on vit dans l’incertitude, et parfois l’angoisse, comme ce fut le cas en été 1940.
A l’appel du général Guisan, militaires et civils ramassent leur énergie pour tenir coûte que coûte. A tour de rôle, nombre d’étudiants sont sous les drapeaux. Néanmoins, c’est avec confiance, voire avec optimisme, que les membres de la section regardent l’avenir; deux d’entre eux secondent le Comité dans sa tâche: le commissaire politique et social, ainsi que le commissaire aux sports. A maintes reprises, les équipes sariniennes se distinguent dans les championnats universitaires.
Les Sariniens déploient une activité culturelle intense et ne manquent pas d’audace. Un soir de l’hiver 1943–1944, François Mauriac est leur hôte. Ce fut une conférence inoubliable. Le tout Fribourg ovationne le grand écrivain. Puis c’est “la Comédie du théâtre” de Sheridan qu’interprètent les Sariniens. Les Fribourgeois et Valaisans n’ont pas peur de s’engager, sous la houlette des Pierre Aeby, Ernest Lorson et Bernard de Weck. Ils participent à la vie de la cité, heureux et fiers de s’intégrer à la communauté fribourgeoise. Les présidents valaisans succèdent aux présidents fribourgeois, dans une parfaite harmonie, ce qui n’empêche pas les discussions passionnées, lors de séances mémorables. L’été 1944 voit, à Bremgarten, Henri Fragnière, déjà alors brillant juriste, accéder à la présidence centrale; ce n’était que le début de la prestigieuse carrière du juge fédéral valaisan, parrain du drapeau du 75ème anniversaire. Le 8 mai 1945, à la fin des hostilités, les Sariniens descendent dans la rue avec leurs camarades de l’Alma mater et toute la jeunesse de la capitale; ils y manifestent leur joie à leur manière.
A l’Hôtel-Suisse, au cours du banquet, les Sariniens entonnent le Chant du cinquantenaire sous la direction de son auteur, le chanoine Bovet. Après avoir prononcé un remarquable discours, le président, M. Bernard ‑de Torrenté, ceint du ruban d’honneur le P. Koller, aumônier de la section, Pierre Aeby, le dévoué Vereinspapa, le Conseiller d’Etat Bernard de Weck, auteur de Sarinia 1895–1945, le juge cantonal Marcel Gardian, si actif au sein de l’Ancienne-Sarinia, et M. René Binz, chancelier d’Etat.
Enfin, depuis le concile Vatican 11, grave crise au sein de l’Eglise catholique; certains “Progressistes”, tant dans le clergé que dans le laïcat, voudraient tout moderniser à leur fantaisie.Plus que par le passé, l’influence du Vereinspapa et de l’aumônier s’avère nécessaire et salutaire. En 1950 Me Aloys Sallin succède à Pierre Aeby; il y met et son coeur de Vieux-Sarinien et son enthousiasme d’étudiant suisse. Souvent, il se retrouve avec les jeunes dans la chaude ambiance du Stamm, aux séances, quand une tension éclate, il parvient, pas sa modération, sa diplomatie, à calmer les esprits et à rétablir la bonne entente. Aussi gagne-t-il rapidement toutes les sympathies et bientôt on ne jure plus que par Aloys ! Bien qu’il se voie obligé en 1964, pour raison de santé, de renoncer à sa charge, il reste encore en contact avec les étudiants, comme président de l’Ancienne Sarinia. Son successeur, M. Laurent Butty, préfet du district de la Sarine, ne peut consacrer autant de temps à la section, pris qu’il est par ses fonctions officielles; au bout de trois ans, il renonce à sa paternelle mission.
Bientôt, la Sarinia trouve un excellent Vereinspapa en M. Jean Würsdörfer, sous-directeur de ta Brasserie du Cardinal.Plusieurs Dominicains se succèdent comme aumônier: le P. Koller, le P. Emonet (à deux reprises), le P. Louis, le P. Conus, enfin le P. Bonvin. Malgré les velléités d’indépendance et l’esprit de contestation de quelques-uns, la plupart des membres répondent à son attente, participant à la messe qu’il célèbre chaque mois à leurs intentions, suivant une retraite spéciale pour universitaires, s’intéressant à l’action catholique, spécialement aux missions; tous l’entourent de leur sincère amitié. Au cours de ces six dernières années, certains en viennent à critiquer leur ‘grand druide’, comme ils le surnomment, tentent même de limiter son action.Les assemblées, quant à elles, se succèdent au même rythme que précédemment. Comme le laissent entrevoir les procès-verbaux, rien de plus gai et de plus animé. Après le protocole, plus ou moins pittoresque suivant la verve du secrétaire, vient le Billet sarinien, bref exposé d’un membre sur un sujet d’actualité (Le marché commun, la technique du lavage de cerveau, L’abus de l’alcool, etc.), suivi d’une discussion parfois fort intéressante. Oublié depuis quelques années, ce Billet sarinien mériterait d’être remis en honneur. Autrefois la Meule jetait un peu de gaieté avant les tractanda purement administratifs. Quand et pour quelles raisons a‑t-elle cessé de paraître. Faute de documents à l’appui, on ne peut le préciser; en tout cas déjà avant 1960, puisque, en cette dernière année, on tente, mais sans succès, de la faire tourner à nouveau.
En revanche, les langues sont bien pendues, bien aiguisées, et, parfois, le président a quelque peine à dominer la situation. A maintes reprises, l’élection de ce dernier s’accompagne d’intrigues, sinon de cabales; d’autres fois, le candidat s’impose par ses qualités personnelles; ainsi celui du semestre d’hiver 1960–1961. Chaque membre, ou presque, intervient dans les débats. “Après de multiples interventions, après des motions et des contre-motions par poignées, accompagnées d’applaudissements, d’invectives et de rires” (comme le relate un procès-verbal!), sonne l’heure de la clôture des débats. Malgré cet entrain, il arrive, en particulier au cours de cette dernière décennie, que nombre de membres, parfois un tiers, brillent par leur absence.Pour ce qui touche à la vie intellectuelle de la société entre 1945 et 1970, la radio et la télévision déversent sur le monde un tel flot d’informations dans les domaines les plus divers que partout les conférences perdent de leur attrait, les Sariniens en font l’expérience. Néanmoins, en vue de leur culture générale, ils en organisent souvent dans l’intimité de la section (il y a une dizaine d’années encore, ils en avaient une tous les quinze jours!). Des professeurs de l’Université, des Dominicains, très au courant de l’athéisme marxiste, des parlementaires des Chambres fédérales, des conseillers d’Etat, des rédacteurs de grands quotidiens viennent volontiers à leur stamm et bien que l’auditoire soit restreint (quelques Vieux-Sariniens viennent assez fréquemment se joindre à leurs cadets), ils éprouvent une profonde joie à lui ouvrir de vastes et nouveaux horizons.
Les questions suisses tiennent particulièrement à cœur aux membres de la section. Que l’on se rappelle les brillants exposés du divisionnaire Roch de Diesbach, ancien président de la Sarinia, sur L’armée suisse, sur L’armement atomique; de M. José Python, ancien C.P., alors directeur de l’instruction publique, sur Les problèmes de notre Université, de M. Paul Torche, lui aussi ancien C. P., alors directeur de l’intérieur, sur La S.E.S. et la politique, de M. Olivier Reverdin, Conseiller national, sur La collaboration entre les catholiques et les protestants dans le domaine politique. de M. le Conseiller fédéral Roger Bonvin, membre d’honneur de la Sarinia, sur L’aménagement des finances fédérales (elle fut donnée à l’Aula magna de l’Université en présence d’un public nombreux et enthousiaste).Une fois ou l’autre, avec le gracieux concours de quelques demoiselles, les Sariniens, cornme l’avaient fait leurs aînés, montent sur les planches et donnent un grand spectacle; ainsi en 1958, L’Aiznotice faite à marie, l’un des chefs-d’oeuvre de Claudel; deux ans après, Le Maître de Santiago, de Montherlant. Bien que le Vereinspapa les encourage vivement à persévérer dans cette voie, bien que l’un des membres propose un jour de composer et de jouer une revue, quelque peu satirique,comme doit l’être toute revue, ils renoncent au théâtre. Espérons que ce n’est pas à tout jamais!Si quelques-uns révèlent à l’occasion des talents de dessinateur, de peintre, voire de poète, tous, à l’instar de leurs devanciers, aiment la musique. Même aux jours moroses, comme le dit la chanson qui leur est particulièrement chère, vrais oiseaux de la gaieté, ils savent mettre les cœurs en fête.
Les sports qui, depuis un quart de siècle, bénéficient d’un remarquable essor, les attirent toujours davantage. Au football qu’ils ont pratiqué comme collégiens, ils associent le basket, le tennis, le tir et surtout le ski; à maintes reprises, ils se distinguent dans les championnats universitaires.A n’importe quelle classe sociale qu’ils appartiennent, la plupart des jeunes d’après-guerre se laissent facilement emporter par l’attrait des plaisirs. Les Sariniens aiment à prendre une tasse de café ou une chope de bière au stamm, à y faire leur partie de cartes ou d’échecs. Un beau jour de décembre 1967, ils se voient dans la nécessité de le transférer du Restaurant de la Paix au Café de Pérolles. Aventure digne d’être contée 1 Comme déménageuse, un simple char à bancs d’autrefois, traîné par deux chevaux, sur lequel s’installent une quinzaine d’entre eux; derrière, vient la longue et massive table de la section, portée par six ‘croque-morts’; au lieu d’hymnes funèbres, les chansons les mieux adaptées à étouffer la tristesse qui étreignait chacun. Il est 21 heures lorsqu’une cinquantaine de gais lurons inaugurent leur nouveau local en se délectant d’une raclette délicieusement valaisanne. Au cours de l’hiver, c’est le cours de danse (que l’on ose une fois, à tort ou à raison, taxer d’agence matrimoniale!) puis le bal où nombre de Vieux-Sariniens retrouvent un peu de leur jeunesse aux côtés de leurs cadets. Au semestre d’été, c’est le Bummel, charmante sortie en compagnie des Couleurdamen. Quand un membre de la section passe une licence ou un doctorat, c’est l’occasion d’une joyeuse soirée, pour ne pas dire plus.Il arrive même que, tout en se divertissant, les Sariniens accomplissent une œuvre fort charitable.
Le samedi 20 juin 1964 et le lendemain, soucieux d’aider la VICO (Conférence de St-Vincent de Paul de l’Université) dans l’organisation d’une colonie de vacances pour les enfants de familles peu aisées, ils s’installent en salopettes sur diverses places publiques pour laver les voitures. Leur action auto-lavage remporté un vif succès et ils peuvent remettre plus de 2000 Frs. à la VICO. Depuis, ce beau geste se renouvelle chaque année.Rupture avec nombre de traditions, évolution. Dans l’ambiance de l’après-guerre, que de changements s’opèrent peu à peu au sein de la Sarinia ! Autrefois, par exemple, on était fier de son béret rouge, de son ruban de fuchs ou de bursch. Depuis 1945, il en est bien autrement. Alors qu’ils étaient au collège, les futurs Sariniens avaient déjà remplacé la casquette d’étudiant par un insigne, insigne à son tour abandonné; une fois à l’Université, ils ne veulent plus se distinguer de leurs camarades.
En 1958 déjà, le comité a grand-peine à obtenir le port du béret un jour par semaine; l’année suivante, il se contente de l’exiger pour l’assistance aux assemblées, mais sans grand succès; par la suite, il n’en est plus question.L’intérêt porté aux affaires de la section, notamment aux conférences, va diminuant dès 1964; aussi la participation aux séances laisse-t-elle à désirer. Si la plupart des fuchs-majors n’avaient pas gravement négligé la formation des füchse, on n’en serait probablement pas arrivé là !En politique, certains envisagent de rompre les liens traditionnels de la S.E.S. avec le Parti conservateur chrétien-social; l’un ou l’autre se montre gauchisant, peut-être par snobisme. Sur le plan religieux, les mêmes tentent de restreindre l’action de l’aumônier et entendent faire de la vie chrétienne une affaire uniquement personnelle.Une courageuse minorité réagit plus ou moins vivement, soucieuse du maintien des traditions intellectuelles, politiques et catholiques des étudiants suisses. Une forte tension finit par éclater. La situation se révèle plus grave qu’en 1932, lors de la fondation de la Vigilia (alors la scission n’avait duré que quelques mois). En 1965, cette minorité envisage la création d’une nouvelle section, malheur que Me Aloys Sallin parvient à conjurer pour un certain temps; quatre ans plus tard, comme l’antagonisme subsiste, elle se sépare nettement de la Sarinia en constituant la Romandia.Comme dans toute vie, des journées ensoleillées, pleines de gaieté et de réconfort, font oublier ou presque les moments pénibles, douloureux et sombres.
Les 25, 26 et 27 juillet 1948, c’est la Fête centrale de Fribourg, à la préparation de laquelle jeunes et moins jeunes collaborent avec entrain. A l’office pontifical du dimanche 26, l’appel de Son Excellence Mgr Charrière touche les cœurs : ‘Des gens qui sont toujours contre quelqu’un ou contre quelque chose n’apportent rien, car le monde ruiné n’a pas besoin de lutte stérile, mais d’un effort constructeur’. Au banquet, M. Paul Torche, alors Conseiller d’Etat, demande aux Etudiants de ne pas décevoir les classes populaires; le soir, le Conseiller fédéral Enrico Celio, Vieux-Sarinien, célèbre le centenaire de la transformation de la Confédération helvétique en un Etat fédératif. Le lendemain, lors de la réception des candidats à Estavayer-le-Lac, le Conseiller national Paul de Courten, ancien président de la Sarinia, leur adresse une vibrante harangue. Quant aux Sariniens, ils sont heureux et fiers de la brillante élection à la haute charge de C.P. de l’un des leurs, M. Georges Guisolan, aujourd’hui préfet du district de la Broye.Quatre ans plus tard, c’est la bénédiction d’un drapeau, destiné à remplacer celui de 1914, bannière dont Monsieur Paul de Courten et Madame Aloys Sallin sont les parrain et marraine. La cérémonie se déroule à l’église du Collège St-Michel. Si le recteur de ce dernier établissement bénit le nouvel étendard, celui du Collège de Sion prononce l’allocution de circonstance. Au cours du banquet, à l’Hôtel Suisse, le président, M. Marius Remy, proclamé membres d’honneur de la Sarinia Pierre Aeby, Ernest Lorson, le Chanoine Armand Pittet (tous trois enlevés depuis quelques années à l’affection des Sariniens), l’abbé Ernest Dutoit, les Pères Emonet et Louis, dominicains.Les étudiants suisses tiennent à nouveau leurs assises à Fribourg en 1958. Le Chef vénéré du diocèse leur adresse encore une fois la parole, insistant sur la force que donnent aux vrais chrétiens la profession d’une même foi et la pratique d’une même charité.
A la réception des candidats, qui se déroule en toute simplicité à la Cité universitaire, le divisionnaire Roch de Diesbach s’adresse en termes enthousiastes aux jeunes qui font leur entrée dans la S.E.S. Pour la section, c’est un honneur, une joie, de voir son président de naguère, Jean-Marie Closuit, élu C.P.17 décembre 1959, journée mémorable pour la Sarinia. Pour la troisième fois, l’un des siens est élu Conseiller fédéral; après Jean-Marie Musy, en 1919, après Enrico Celio en-1940, c’est au tour du regretté Jean Bourgknecht, son ancien président. Elle participe avec enthousiasme à la grandiose réception que lui ménagent dans la soirée le canton de Fribourg et spécialement sa capitale dont il est le syndic. Six jours après, d’entente avec l’Ancienne Sarinia, elle le fête au cours d’un souper plein d’entrain. En juillet 1966, la section présente comme futur C.P. M. François Lachat, qui avait été son président au semestre d’hiver précédent; la candidature triomphe.
En 1968, la Fête centrale se déroule sur les bords de la libre Sarine (du 6 au 9 septembre). L’heure est aux questions sérieuses. Depuis mai, souffle de la France vers la Romandie un courant nouveau. Les jeunes envisagent leur participation à l’organisation des Universités suisses, la modernisation des programmes avec l’introduction de branches à option et d’exercices pratiques plus nombreux, le dialogue entre maître et élèves, une plus grande collaboration entre les diverses Hautes Ecoles. A Fribourg, peu de vrais contestataires et parmi ces derniers, peu de Sariniens. Après un long et intéressant débat au sein de l’Assemblée générale, la S.E.S. adopte un Manifeste concernant la politique universitaire, remarquable par sa pondération. Autre question à l’ordre du jour: l’admission des étudiantes dans la société comme membres à part entière. Quelque peu en relation avec le puissant mouvement en faveur de l’octroi des droits civiques et politiques à la femme suisse, ce problème devait se poser un jour ou l’autre.
Aux Sariniens surtout revient l’honneur de l’avoir étudié, lancé, enfin travaillé en vue de son heureuse solution. Jusqu’en 1966, on regardait comme Sariniennes les demoiselles qui prenaient part au cours de danse, au bal, au Bummel et parfois aux grandioses fêtes de la section ; à partir de 1963, on leur décerne même de fort jolis diplômes. Depuis la deuxième guerre mondiale, les jeunes filles suivent les cours universitaires en nombre toujours plus grand; elles se retrouvent aux côtés de leurs camarades masculins non seulement dans les auditoires mais encore au stamm; elles en viennent à connaître leurs problèmes, leurs aspirations, quelques fois le fond de leurs cœurs. Le 23 février 1960, un jeune membre, aujourd’hui remarquable juriste, propose d’accueillir aux réunions les Sariniennes qui sont étudiantes, même de leur donner une voix consultative.
Un peu plus tard, à partir de 196î, la section envisage leur admission comme membres à part entière mais elle se heurte à une résistance plus ou moins forte. En attendant, ces demoiselles prennent part aux conférences, aux causeries-auditions de la Sarinia et, si elles en expriment le désir, elles peuvent, grâce à une autorisation du Comité central, en devenir membres comme hôtes (hospes); alors, en 1967, plusieurs font leur stage de fuchs et parviennent à la dignité de bursch; leurs camarades ont la galanterie d’en élire, chaque semestre, une comme membre du comité. Le 14 novembre 1967, en l’absence du président, on voit une Sarinienne diriger les débats avec une réelle maîtrise; au début de la séance, deux füchse lui ont offert un splendide bouquet d’œillets. “Cette séance, note le secrétaire dans le procès-verbal, fut unique, ce soir fut un grand soir, son histoire est de la grande histoire !”
Avec autant de persévérance que de courage, la Sarinia poursuit ses efforts, gagne nombre d’adhérents à ses vues, vues larges et souples en ce sens que les sections auront la faculté, mais non l’obligation, d’admettre les étudiantes catholiques comme membres à part entière. A la dernière Fête centrale, on adopte cette importante modification des statuts. En décembre 1969, brillante élection de M. Paul Torche à la présidence du Conseil des Etats. La section envoie au Palais fédéral une délégation en couleurs, avec le drapeau, apporter ses chaleureuses félicitations au distingué magistrat, son ancien président. Comme toutes les sociétés locales, elle prend part à la réception que la ville de Fribourg ménage au nouvel élu.