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Pour paraphraser le célèbre Winston, on ne peut prédire les intentions de Boris Johnson. C'est une devinette enveloppée dans un mystère à l'intérieur d'une énigme. Mais, il y a peut-être une clé ; et cette clé, c’est Churchill.¹
Tout comme votre serviteur, Boris Johnson est un grand admirateur du politicien britannique le plus marquant du XXème siècle. Ceux qui voyaient la fin de sa carrière se profiler à son renoncement d'être candidat à la succession de David Cameron ont certainement été surpris lors de sa nomination au poste de Foreign Secretary. Et se pencher davantage sur la vie de Churchill, c'est sans doute comprendre un peu mieux Boris Johnson.
Bien avant d’être un politicien influent, Winston Churchill était journaliste et correspondant de guerre – notamment à Cuba, aux Indes, au Soudan et en Afrique du Sud. Excellente plume, il vendait ses récits à prix d’or, et ceux-ci étaient publiés dans les plus grands journaux britanniques : le Daily Telegraph et le Morning Post notamment. À côté de cela, le descendant des Marlborough est également rapidement devenu auteur. Mêlant autobiographies et histoire moderne, ils constituaient une source de revenus importante pour Winston Churchill, mais aussi de notoriété et d’admiration. En 1953, il reçut même le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de ses oeuvres.
Boris Johnson, de son côté, a commencé sa carrière comme journaliste au Times puis au Daily Telegraph, étant notamment détaché à Bruxelles auprès des institutions européennes. De retour à Londres en 1994, il demanda à devenir reporter de guerre – parallèle immanquable avec Churchill – mais son éditeur refusera. Bien après avoir quitté le journal, Boris Johnson y écrit toujours régulièrement des éditoriaux – qui lui rapporteraient officiellement plus de 250’000 livres Sterling par année ! L’ancien maire de Londres est également auteur à ses heures perdues, ayant publié plus d’une dizaine d’ouvrages – dont le dernier étant une biographie… de Winston Churchill.
Winston Churchill avait toujours été une forte tête. Fâché au sein du parti conservateur, il trahit son propre camp en 1904 pour rejoindre le parti libéral, s’attirant les foudres de ses anciens camarades. Pourtant, vingt ans plus tard, il fit précisément le chemin inverse, quittant les libéraux pour revenir sur les bancs conservateurs. Son destin allait faire de lui un homme exceptionnel…
Enfin, conscient que le gouvernement britannique fonctionne sur un mode bien plus collégial que son homologue français, par exemple, il a tout fait pour être aussi proche du pouvoir que possible. Ministre du commerce, de l’intérieur, de l’armement, de la guerre, de l’air, des colonies, de la marine et des finances, tout portefeuille était bon pour se mêler aux affaires du gouvernement – bien au-delà de ses seules responsabilités. En 1915, il accepta même brièvement le poste de chancelier du duché de Lancaster, une pure sinécure, dans le seul but de demeurer au gouvernement !
Les parallèles avec Boris Johnson sont édifiants. S’il n’a pas quitté son parti, il a bel et bien trahi son leader, le Premier ministre David Cameron, en décidant de soutenir la campagne du Brexit. Tout comme Churchill, il était certainement convaincu d’avoir raison et que la victoire suffirait, tôt ou tard, à se faire pardonner. Enfin, en acceptant le poste de Foreign Secretary, il rejoint le cabinet dans le but assuré de peser sur les destinées du Royaume-Uni. Et, qui sait, comme Churchill, d’atteindre peut-être la fonction suprême…
Ardemment critiqué et conspué, il ne peut sans doute oublier une citation de son modèle qu’il voudrait certainement faire sienne : «L’Histoire me donnera raison. Et si je le sais, c’est parce que c’est moi qui l’écrirai !»