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La population est fortement exposée à la fumée passive surtout dans les restaurants et les lieux de travail.
La législation suisse, connue comme étant laxiste au sujet du tabac, ne protège pas assez les droits des non-fumeurs, soit deux tiers de la population.
Un quart des non-fumeurs respirent au moins une heure par jour les effluves des cigarettes de leurs voisins. Neuf sur dix dans les restaurants et la moitié sur leur lieu de travail.
C’est ce que révèle l'enquête sur le tabagisme passif publiée cette semaine par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Et chez les adolescents, habitués à sortir dans des lieux de consommation, ce pourcentage s’élève à plus de la moitié des 14-24 ans non-fumeurs.
Vingt substances cancérigènes
La fumée du tabac se compose de 12% de particules ultra-fines qui pénètrent dans les voies respiratoires et les poumons, et de gaz pour le reste.
Sur les quelque 4000 substances recensées dans la fumée du tabac, dont l’ammoniaque ou l’arsenic, 20 sont cancérigènes.
Et, selon les chercheurs, la fumée dégagée par l’incandescence de la cigarette est encore plus dangereuse que celle inhalée par le fumeur.
Le risque pour les non-fumeurs vivant avec des fumeurs de souffrir d'une angine de poitrine est 23% plus élevé que chez les non-fumeurs vivant dans un environnement sans fumée, selon l’Association suisse de prévention du tabagisme (AT) qui cite 19 études.
Idem pour les affections pulmonaires, le risque est accru de 20%. Ce chiffre est doublé s'ils sont également obligés de respirer la fumée du tabac sur leur lieu de travail.
Pour des employés travaillant dans la restauration, les plus exposés à la fumée passive, ce pourcentage peut même encore augmenter.
Les enfants exposés
Plus inquiétant encore, un écolier sur deux environ est exposé au tabagisme passif à la maison. Et c’est la catégorie de la population qui est la plus sensible aux méfaits de la fumée passive.
Chez eux, la fumée provoque notamment une augmentation des rhino-pharyngites et des otites, un plus grand risque de crises d’asthme, de bronchites ou pneumonies. Elle affecte aussi le développement des poumons.
Mais Verana El Fehri, directrice de l’AT, constate tout de même une prise de conscience réjouissante au sein de la population. «Quand je vois tous ces parents fumer sur le balcon, je me dis que les mentalités changent».
Pas assez de protection au travail
Outre le fait que le prix des cigarettes est l’un des plus bas d’Europe, la structure politique suisse - sa démocratie directe - fait que les décisions sont très lentes.
«Une Loi Evin, adoptée en six mois France en 1992, ne serait pas possible en Suisse, admet Verana El Fehri. Et d’ailleurs, c’est aux cantons de légiférer.
L’Ordonnance sur le tabac est néanmoins en cours de révision. Elle entend renforcer la prévention du tabagisme, en prenant en considération les innovations introduites par l’Union européenne.
Cela dit, depuis 1992, les entreprises suisses ont l’obligation légale de prendre des mesures contre le tabagisme passif. «Des progrès énormes ont été faits à ce sujet», reconnaissent les milieux de la prévention.
Il n’en reste pas moins qu’un tiers des employés travaillent encore dans des entreprises qui ignorent ces droits, selon l’enquête de l’OFSP.
Les non-fumeurs dans les restaurants
Et pour l'heure, seul le Tessin oblige, dans une loi datant de 1996, les restaurants à transformer au minimum un tiers de leur surface en zone non-fumeur.
Et pourtant, selon l’enquête de l’OFSP, 80% des sondés non-fumeurs aimeraient que la moitié des places soient sans fumée.
«Dans neuf autres cantons, il existe un article de loi allant dans ce sens, mais ils ne vont pas aussi loin que le Tessin», explique Verana El Fehri.
Une des dernières en date, dans le canton de Vaud, a d’ailleurs causé pas mal de remous. Les petits établissements craignaient de ne pouvoir supporter les investissements exigés par un espace non-fumeur, dont la ventilation.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’interdiction de fumer ne ferait pas baisser le chiffre d’affaires, selon Jean-François Etter, professeur de l’Institut de médecine sociale et préventive de Genève.
Des études américaines ont montré que le chiffre d’affaires a plutôt tendance à augmenter avec l’interdiction de fumer. Il faut dire aussi que les deux-tiers de la population sont non-fumeurs.
Interdiction de la publicité pour le tabac
La publicité sur le tabac est déjà interdite dans les médias. Mais elle est toujours bien présente sur les murs et lors de diverses manifestations culturelles ou sportives.
Toutefois, son interdiction totale est discutée dans plusieurs cantons. Bâle-Ville et Genève ont déjà interdit les affiches publicitaires.
Les Parlements d'Appenzell Rhodes-Extérieures, de Bâle-Campagne, de Berne, des Grisons, de Neuchâtel, de St-Gall, de Vaud et de Zurich ont pour leur part approuvé des motions dans ce sens.
Des motions doivent encore être débattues dans les cantons d'Argovie, de Schwyz, de Thurgovie et du Tessin. Soleure et le Valais ont, tout comme Schaffhouse cette semaine, refusé une interdiction.
Echec de la prévention
Comme la législation suisse est une des plus laxiste d’Europe, il ne reste plus qu’à se tourner vers la prévention.
Mais, alors que la Suisse a été plébiscitée pour son excellent travail de prévention sur le sida notamment, elle a partiellement échoué dans celui du tabagisme.
Il s’agit pourtant d’un problème de santé publique majeur. Un Suisse meurt toutes les heures des conséquences du tabagisme.
Et l’avenir ne semble pas meilleur, puisque le taux de jeunes fumeurs est un des plus élevés d’Europe (25% de fumeurs quotidiens chez les 15-16 ans et jusqu’à 41% chez les 19-20 ans).
«Il a heureusement légèrement reculé, note Verena El Fehri, grâce notamment à une série d’actions dans les écoles».
La prévention ne fait pas le poids
«Mais nous n’avons encore peu agi à ce niveau en Suisse, poursuit-elle. C’est plus facile de lancer une campagne de prévention contre la drogue. Un drogué, vous le voyez vraiment dans la rue et vous êtes choqué. Alors que les victimes du tabagisme meurent d’une tumeur ou d’un accident cardiovasculaire à l’hôpital.»
Et que faire quand une partie des décideurs politiques ou des journalistes sont eux-même fumeurs, remarque-t-elle encore. Ils sont forcément gênés par ce sujet.
Ce manque de volonté politique, Dominique Vallat, responsable du programme de prévention du tabagisme de l’OFSP, le souligne aussi. Il est d’ailleurs renforcé par le lobbying actif de l’industrie du tabac très présente en Suisse, qui n’a eu de cesse, en Suisse comme ailleurs de semer le doute sur la nocivité du tabac.
Effectivement, les chiffres parlent d’eux-mêmes, l’industrie du tabac investit chaque année 66 millions de francs dans la publicité. Les 6 millions destinés à la prévention du tabagisme ne font donc pas le poids.
Dès lors, on ne s’étonne plus guère que «le public soit peu sensible à ce problème», selon l’argument utilisé par Dominique Vallat pour justifier la maigreur des campagnes de prévention.
swissinfo, Anne Rubin
Faits
La fumée passive représente une menace importante pour la santé.
Elle peut être à l'origine, chez les non-fumeurs exposés, de cancer du poumon, de maladies cardio-vasculaires, d'asthme et d'infections respiratoires.
Elle peut également causer la mort subite du nourrisson.
Des recherches très récentes montrent qu'une exposition d'une demi-heure à la fumée passive suffit pour affaiblir le cœur.
En bref
-Les principaux résultats de l'enquête sur le tabagisme passif publiée mardi par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) effectuée par l’université de Zurich auprès de 5000 personnes.
-Un quart des non-fumeurs respirent au moins une heure par jours les effluves des cigarettes de leurs voisins,
-Les restaurants et les lieux de travail sont particulièrement enfumés où près de neuf non-fumeurs sur dix sont exposés à la fumée passive.
-Près de deux tiers d'entre eux se disent très incommodés par la fumée. Et 80% aimeraient que la moitié des places soient non-fumeur.
-La moitié des employés sont exposés à la fumée passive sur leur lieu de travail et plus de la moitié d'entre eux se sentent importunés.
- Près d'un tiers des employés travaillent par ailleurs dans des entreprises qui ignorent les droits des non-fumeurs, soit faute de règlement, soit parce que la fumée y est tolérée.