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Depuis la chute de l’Empire soviétique, le modèle de la démocratie libérale semble être celui qui s’est le plus généralisé du point de vue de sa propre légitimité. En effet, quel autre type de régime politique permet à la liberté individuelle de s’épanouir aussi largement qu’elle ne le fait au sein de nos sociétés occidentales contemporaines ?
D’aucuns ont pu définir ce type de liberté, indéniablement moderne, de liberté négative. Non pas que cette liberté soit mauvaise en soi, mais force est de constater qu’elle se définit comme l’absence d’entraves à la marge de manœuvre individuelle. En ce sens, il existe une sphère individuelle inviolable au sein de laquelle l’individu est libre de faire ce que bon lui plaît, tant que son action n’empiète pas sur la sphère de liberté individuelle de son prochain.
Pour être plus clair, considérons la manière dont on fait aujourd’hui usage de notre propre liberté. La plupart du temps, nous n’utilisons pas notre liberté pour « faire ce que l’on veut » ou « aller où l’on veut ». En effet, notre vie est rythmée par les impératifs financiers, professionnels et familiaux, et notre marge de liberté, entre ces différents impératifs, est souvent assez faible.
Dès lors, force est de constater que nous utilisons surtout notre liberté de manière négative, c’est-à-dire pour éviter de subir des désagréments qui empièteraient sur notre sphère de liberté individuelle. Par exemple, nous sommes libres de ne pas croire en Dieu, ce qui peut expliquer le fort déclin de la religiosité et de la pratique religieuse ; nous sommes libres de ne pas aimer notre famille, ce qui peut expliquer l’éclatement des structures familiales traditionnelles et solidaires au profit d’une recomposition des liens sociaux selon des logiques affinitaires basées sur la sympathie et l’amitié ; nous sommes libres de ne plus aimer notre conjoint, ce qui peut expliquer la multiplication des divorces et des familles recomposées ; nous sommes libres de ne pas aimer nos voisins, ce qui peut expliquer l’augmentation des litiges au sein des quartiers résidentiels et l’antipathie ambiante dans nos immeubles ; nous sommes libres de ne pas apprécier certains aliments, ce qui peut expliquer le foisonnement de différents régimes alimentaires ; nous sommes libres de ne pas nous intéresser à la politique, ce qui peut expliquer les faibles taux de participation aux diverses consultations populaires sanctionnées par le vote.
Au final, nous l’aurons compris, cette liberté négative permet de ne pas être comme tout le monde. Elle permet notamment d’avoir le sentiment légitime de n’être « entouré que de cons » qui, étant également libres, ne partagent pas nos conceptions de la vie. Cette liberté nous amène à nous démarquer de plus en plus de nos pairs et de nos contemporains. Elle nous incite à refuser tout élément qui ne correspond pas à nos critères de jugement et nos goûts personnels. Elle nous invite à épurer notre vie de toute interférence néfaste et délétère.
Au final, nous l’aurons compris, cette liberté nous convie à trouver notre incommensurable authenticité, à s’émanciper de toute influence dogmatique ou idéologique, à refuser le statut de vérité à toute autre opinion que la nôtre… Cette liberté, nous l’aurons compris, nous met face à nous-mêmes et nous confronte, en dernière instance, à notre propre solitude.
Francis –