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la tour-de-peilz Depuis sept ans, Sarah Chardonnens sillonne le monde arabe pour aider les réfugiés dans les zones de conflit. De cette expérience, elle vient de sortir un livre «Parfum de jasmin dans la nuit syrienne». Rencontre.
Sandra Giampetruzzi
Il y a quatre ans, Sarah Chardonnens achetait une petite moto rouge près de la ville syrienne de Ar-Raqqa, devenue depuis la capitale de l'Etat Islamique autoproclamé. Après avoir assisté au délitement de la Syrie et à deux crises humanitaires sans précèdent au nord de l'Irak, cette boélande, aujourd'hui membre du Corps suisse d'aide humanitaire, livre le récit de son voyage en moto. Un périple de six mille kilomètres à travers la Syrie, la Turquie, la Grèce, l'Italie et la Suisse.
Sarah, comment à 26 ans arrive-t-on à Damas en Syrie?
> J'ai fait Science politique à l'université de Lausanne, puis j'ai poursuivi mes études une année à Paris pour terminer mon master à Genève. Après mes études, j'ai entrepris un premier stage de quatre mois avec la DDC (Direction du Développement et de la Coopération) à Rabbah au Maroc, j'avais 23 ans. Puis à 26 ans, je suis partie à Damas, pour un deuxième stage. C'était en septembre 2010. Les troubles n'avaient pas encore éclaté. On s'occupait de réfugiés irakiens en Syrie. C'est paradoxal car aujourd'hui on s'occupe de réfugiés syriens en Irak. On travaillait dans les camps avec des femmes irakiennes, principalement des veuves. On leur donnait des cours (anglais, informatique, photo, dessin) pour qu'elles puissent s'intégrer dans le tissu social syrien. C'était un programme de réintégration pour le long terme. J'ai terminé mon stage en février 2011, lorsque les troubles ont commencé, mais j'ai prolongé mon séjour jusqu'en mai. Au départ, cette révolution était populaire, encadrée par des universitaires. Un tiers des jeunes étaient au chômage, il y avait beaucoup de corruption au pouvoir. Ils voulaient une plus grande démocratie, une plus grande liberté d'expression, mais pour des raisons économiques elle n'a pas été soutenue par l'Occident. Si elle avait été soutenue, on n'en serait pas là. Je pense que l'Occident a sa part de responsabilité.
Le fil rouge de votre livre est votre moto, racontez-nous?
> Ça faisait un mois que j'étais à Damas et j'avais une semaine de vacances. J'en ai profité pour faire le tour du pays. Je faisais le trajet Damas-Alep dans un bus. Je voyais toutes ces motos qui allaient et venaient. Ça donnait une sensation de liberté. Moi qui suis une ancienne cavalière, ça m'a rappelé la selle du cheval. Comme je ne pouvais ni acheter un cheval, ni un chameau, j'ai tenté le coup avec une moto. Je n'avais jamais conduit une moto de ma vie. À Alep, on s'est moqué de moi. On n'avait pas de moto à vendre et encore moins à une femme. Je ne me suis pas découragée et je suis allée dans une ville plus petite à Ar-Raqqa. J'ai trouvé un magasin de moto et j'ai entrepris les négociations pour en acheter une. Ça m'a prit six heures. Ce n'était pas une question d'argent. Elle coûtait 400 dollars neuve et je les avais en cash. Le vendeur refusait de me la vendre parce que j'étais une femme. Tout le village était autour de moi. J'ai passé au poste de police. Les services secrets syriens ont pris ma déposition. Ils ont essayé de me dissuader sous prétexte que la moto c'était dangereux. Finalement j'ai pu l'obtenir et je suis retournée à Damas avec.
Tous les matins en me levant je regardais une ancienne carte du monde arabe où il y avait un bout de l'Europe. Je suivais un tracé imaginaire entre la Syrie et la Suisse. J'avais cette moto dans le parking et du temps devant moi. Je suis partie sans rien. J'ai fait la Syrie d'une traite. Puis j'ai traversé la Turquie, la Grèce. J'ai traversé en bateau sur l'Italie. Je suis remontée jusqu'à Venise, puis Aoste et La Tour-de-Peilz. Ça m'a pris 20 jours. Je n'avais aucun itinéraire, aucune carte, ni GPS. J'ai emprunté les routes secondaires à raison de 300 km par jour.
Pourquoi ce livre?
> Entre 2013 et fin 2014, j'étais à Erbil au nord de l'Irak avec un programme des Nations Unies pour le développement. Le 20 mars 2013, je me trouvais à Bagdad, parquée dans des containers pour les expatriés avec gilet pare-balles, voitures blindées, même dans le camp vous vous promenez avec tout l'attirail. Vous ne pouvez pas en sortir. Je regardais la télé et c'était les 10 ans de la commémoration de la chute de Saddam Hussein. Ça m'a fait un coup car le 20 mars 2003, j'avais 17 ans, j'étais au gymnase de Burier et je militais activement contre la guerre en Irak. Avec un ami, on avait appelé à une grève massive des gymnasiens. J'étais très impliquée avec le foulard palestinien autour du cou. Dix ans après, j'étais dans Bagdad qui avait ce jour-là reçu 32 attentats. Je me suis demandé ce qu'il s'était passé en dix ans. Ça a été le déclencheur et c'est là que j'ai commencé à écrire ce livre.