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Navigation: des passagers attendus en 2021
A cause du coronavirus, il n'a pas été possible d'organiser la journée de branche Navigation du SEV qui se déroule traditionnellement en janvier. Pour remplacer les discussions entre les sections, le comité de branche a proposé à ces dernières de rédiger des rapports sur la situation dans leur entreprise. En voici un résumé.
La situation était difficile dans toutes les compagnies de navigation car la pandémie a amené partout une baisse des recettes. La suspension des transports touristiques ordonnée par le Conseil fédéral entre le 21 mars et le 5 juin 2020 a obligé les entreprises à reporter l'ouverture de la saison. Les touristes étrangers ne sont pas venus et les suisses ont moins pris le bateau qu’escompté. De plus, tous les événements et croisières à thème (programmes pour groupes, gastronomie événementielle, bals, soirées) ont dû être annulés. Toutefois la crise a permis à un nouveau bateau d’être mis à flots: le 2 février, à Romanshorn le bateau de vaccination MS Thurgau a été ouvert. Ce centre de vaccination mobile du canton de Thurgovie est exploité par les cliniques privées Hirslanden.
La situation financière est particulièrement critique dans les petites compagnies de navigation à but uniquement touristique comme par exemple celle du lac de Bienne (SNLB), celle sur les lacs de Neuchâtel et Morat (LNM) ou celle sur le lac Inférieur et le Rhin (URh). En temps normal, ces compagnies ont déjà de la peine à éviter les chiffres rouges, elles ne disposent donc pas de réserves. La Société de navigation du lac des Quatre-Cantons (SGV), pourtant grande et renommée, ressent en particulier l'absence de la clientèle étrangère. Elle a subi un recul du nombre de passagers de 56 % en 2020 par rapport à 2019. Mais au moins elle peut utiliser ses réserves. Les compagnies sur le lac Léman (CGN) et le lac de Zurich (ZSG) ont l'avantage d'exploiter des lignes de pendulaires qui ont pu continuer de fonctionner durant le semi-confinement et elles ont reçu des indemnisations. Les horaires ont été allégés.
Augmentation individuelles
Au vu de ces difficultés, les sections SEV n'ont pas pu demander des augmentations générales des salaires pour 2021, et aucune entreprise ne l'a envisagé. « Il a fallu rester modeste dans nos revendications puisqu'aucune compagnie ne dispose de moyens illimités même si elles sont parfois très différentes, commente le secrétaire syndical SEV responsable de la branche Michael Buletti. Il en va aussi de notre crédibilité en tant que partenaire social ! »
A la ZSG, le SEV a demandé une prime pour la flexibilité et l'engagement du personnel. La direction a remercié son personnel dans une communication sur le résultat des négociations salariales en novembre dernier et lui a adressé ses louanges, mais a écrit qu'il n'était pas possible d'octroyer une prime, car la zone tarifaire zurichoise (ZVV) a indemnisé pour 2020 les coûts effectifs seulement et a renforcé les prescriptions pour le budget 2021 au vu du recul massif des recettes, recul qui va certainement continuer en 2021. Afin de contribuer à leur couverture, la ZSG a débloqué pour l'année comptable 2020 plus de 2,8 millions de francs de réserves.
Concernant les augmentations individuelles, la ZSG octroie seulement celles qui sont prévues pour les promotions après des examens ou des changements de fonctions, mais rien pour l'évolution due à l'expérience, à cause de la « situation financière tendue et de l'évolution incertaine des affaires ». La CCT prévoit cette possibilité.
Sinon de manière générale, les entreprises avec des CCT ont octroyé des augmentations individuelles. Cela est le cas par exemple chez BLS, à la SNLB, la CGN ou la LNM. « On remarque une fois de plus durant cette crise l'importance des CCT parce qu’elles empêchent les directions de faire des économies unilatéralement, sans les négocier auparavant avec nous », souligne Michael Buletti.
La SGV n'a pas encore de CCT mais elle a octroyé une partie des augmentations individuelles.
La direction ZSG a encore déclaré qu'elle pouvait continuer à verser les salaires à 100% « grâce à l'intégration dans la ZVV », et qu'aucun licenciement n’allait être prononcé pour des raisons économiques. Elle a ainsi répondu à deux revendications importantes du personnel : la garantie des postes de travail et le maintien des salaires.
Emplois sauvés grâce au chômage partiel
Les indemnités de chômage partiel accordées par les pouvoirs publics sont très importantes pour le maintien des postes. Elles ne sont pas octroyées sans autre dans tous les domaines. Il a fallu faire pression sur le plan politique et le SEV s'en est chargé par exemple pour que la compagnie URh puisse bénéficier du chômage partiel. En 2020 le personnel URh a été au chômage technique durant 6 mois répartis sur l'année. Heureusement il n'y a pas eu de licenciements, et une solution consensuelle a été recherchée pour les saisonniers.
La Compagnie de navigation sur le lac de Constance (SBS) a aussi dû avoir recours au chômage partiel au printemps et dès le mois d'octobre. Depuis lors, la plupart du personnel est au chômage partiel. Durant ce mois, certains pourront travailler à quai. Il y a eu des licenciements seulement dans le domaine de la gastronomie.
A la SGV il y a eu du chômage technique au printemps, et en fin d'année seulement depuis décembre, lorsque les compte de temps étaient à zéro. Il y a eu des licenciements dans le secteur de la gastronomie et parmi le personnel des stations et de l'administration (notre journal du 19.11.2020). Certains des douze saisonniers nautiques de l'année passée n'ont pas encore l'assurance d'avoir du travail en 2021.
Mis à part le cas très particulier des licenciements collectifs de tous les employés du lac Majeur (notre édition du 29 janvier), jusqu'ici aucune entreprise n'a dû licencier du personnel nautique. « Les matelots dûment formés ne se trouvent pas à chaque coin de rue, remarque Michael Buletti. Et les entreprises savent qu'elles auront de nouveau besoin de tout le monde dès que la cadence normale reprendra. Nous espérons que ce sera le cas cet été. » A cause de la pandémie, les entreprise ne débuteront la saison qu'en avril avec des horaires allégés.
Pas d'aide fédérale sans les cantons
A la LNM par exemple, on ne sait pas encore exactement combien d'auxiliaires seront engagés cette année car le budget 2021 n'est pas encore bouclé. « Nous espérons que les cantons et les communes sont conscients de la valeur de compagnies telles que la LNM ou la SNLB pour le tourisme régional et qu'ils ne les laisseront pas tomber », confie Michael Buletti. Les subventions cantonales sont les conditions de base pour que la Confédération verse les aides promises aux compagnies touristiques.
Les baisses de salaire sont naturellement combattues par le SEV. Mais durant cette crise il n'a pas pu obtenir de toutes les compagnes de navigation qu'elles compensent au moins partiellement les indemnités de chômage partiel (80 % du salaire) plus les indemnités. Outre la ZSG, la CGN verse aussi les pleins salaires. BLS l'a aussi fait le premier mois avec les indemnités, puis le deuxième mois 90 % des salaires avec indemnités, et dès le troisième mois 90 % des salaires sans les indemnités. La SGV a versé durant les trois premiers mois les salaires à 90 % plus une partie des indemnités, et la SNLB a d'abord versé un peu plus que le minimum légal. Par contre à la LNM, la SBS, la SNL (Lac de Lugano et Lac Majeur et l'URh, il n'y a jamais rien eu de plus.
Michael Buletti précise que les diminutions de salaire individuelles sont établies sur la base du nombre d'heures où chaque personne a été au chômage partiel. Ainsi par exemple pour les matelots de BLS, grâce à leur engagement pour désinfecter les trains, leur quota de chômage partiel a baissé. Ce fut aussi le cas pour le personnel nautique qui a travaillé à quai, par exemple à la SNLB. Dans les grandes entreprises telles que la SGV ou la CGN, les quotas ont ainsi beaucoup diminué. Ce n'est pas facile de répartir équitablement le travail au sein du personnel et de tenir compte des besoins de tous lors de la planification des vacances. « Mais une procédure de partenariat social permet de trouver les meilleures solutions possibles et ces dernières sont ainsi mieux acceptées », assure Michael Buletti.
Markus Fischer
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