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Vivre avec une amputation
Amputation, prothèse, réadaptation, et ensuite? Comment refaire sa vie, après avoir surmonté ces obstacles? Quand la vie reprend-elle son cours après une amputation?
À l’âge de 19 ans, Katharina S. perd son bras droit lors d’un accident de voiture. Au premier abord, cet accident ne change pas sa vie entièrement, mais beaucoup de petites choses lui manquent énormément. Elle ne peut plus par exemple frapper des mains ou encore tenir les enfants par la main.
Par contre, elle peut très bien donner une conférence. Son amputation lui a fait prendre conscience qu’on ne vit qu’une fois et qu’elle aimerait vivre sa vie au maximum.
La perte d’un membre du corps constitue une coupure irréversible. Le quotidien doit être réapproprié, les mêmes tâches qu’avant l’amputation doivent être effectuées, mais avec un membre en moins.
Dans les premiers moments suivant une amputation, cela semble presque inconcevable. Avec le temps, il devient cependant de plus en plus clair qu’il existe une solution à tout et que rien n’est impossible.
Le sport améliore la qualité de vie: Andrea Scherney
À la suite d’un accident de moto, Andrea Scherney doit se faire amputer la jambe gauche jusqu'au genou. La jeune femme, originaire d’Autriche, n’avait que 20 ans et étudiait en sports. Aujourd’hui, elle est directrice des sports pour l’Association sportive pour personnes handicapées en Autriche et pour le Comité paralympique autrichien. Elle est nommée à plusieurs reprises athlète handicapée de l’année et termine sa fructueuse carrière d’athlète avec trois médailles d’or lors des jeux paralympiques de Pékin en 2008.
À la suite de son amputation, Andrea s’inquiétait de ne pouvoir se déplacer comme avant et de peut-être ne plus pouvoir marcher ou faire du vélo. Même la poursuite de ses études en sport lui paraissait difficile à réaliser.
Finalement, elle ne perd qu’un semestre, réussit à surmonter quelques obstacles bureaucratiques et est la première étudiante handicapée autrichienne en sport.
Andrea Scherney, qui avant son amputation ne pratiquait le sport que durant ses loisirs, rejoint une association sportive pour personnes handicapées à Vienne et ses performances sont accueillies avec un grand enthousiasme. «Cela m’a encouragée à vouloir me perfectionner de plus en plus», confie-t-elle.
Sa performance aux Jeux d’Athènes en 2004, où elle battait le record mondial de saut en longueur, ainsi que sa médaille d’or aux Jeux paralympiques de Pékin en 2008, constituent pour elle ses plus grands exploits sportifs.
Pour Andrea Scherney, le sport fera toujours partie de sa vie. À travers ses expériences, elle essaie d’encourager les personnes handicapées à s’intéresser au sport. «Le sport est une possibilité à travers laquelle on peut se réapproprier son propre corps et essayer de nouvelles formes de mouvement. Ce que l’on apprend à travers le sport nous aide pour tous les mouvements du quotidien et améliore notre qualité de vie», soutient-elle.
«Je n’ai jamais perdu le sens de l’humour»
Markus Rehm débute tout juste sa carrière sportive. Âgé d’à peine 14 ans, il pratiquait la planche nautique lorsqu’un bateau le fait chavirer. Il doit se faire amputer la jambe droite jusqu’au genou. «Tout d’abord, je me demandais si je pourrais un jour pratiquer le sport à nouveau. J’ai rencontré des personnes qui avaient eux-mêmes vécu une expérience similaire et qui m’ont montré que tout est possible. Je me suis dit que si eux le pouvaient, je le pouvais moi aussi», raconte le jeune athlète.
L’hiver suivant son amputation, Markus était déjà sur son snowboard. «J’ai tout essayé, je voulais toujours faire plus», raconte-t-il. Ce faisant, il n’a rien trouvé qu’il ne pouvait faire.
«Le sport est le meilleur moyen pour surmonter les difficultés suivant une amputation. On fait quelque chose pour son corps et on s’amuse en même temps», affirme-t-il.
En juin 2009, alors âgé de 21 ans, le jeune homme détient le record mondial de saut en longueur et vise encore de nombreux objectifs. Il veut participer aux Championnats du monde d’athlétisme en Corée du Sud en 2011 ainsi qu’aux Paralympiques de Londres en 2012.
En tant qu’orthopédiste et bandagiste, Markus Rehm sait à quel point le mouvement est important pour les personnes handicapées. Peu importe s’il s’agit de la marche ou du tennis de table, le plus important, c’est d’y prendre plaisir et de se défaire de ses blocages. Le jeune homme est convaincu que les contraintes ne sont souvent que dans la tête.
«Je n’ai jamais perdu le sens de l’humour»
À l’âge de 16 ans, Heinz B. perd sa jambe gauche jusqu’au genou, en raison d’un accident en plus d’une erreur médicale. Il doit abandonner le soccer, son sport préféré. Son équipe de soccer luit tourne rapidement le dos. L’entreprise au sein de laquelle il voulait faire son apprentissage le refuse également lorsqu’ils prennent connaissance de son accident.
Entre temps, ces faits remontent à trente ans. «Au début, tout est difficile et prend du temps», raconte-t-il. «Après avoir appris à vivre avec les hauts et les bas, qui accompagnent un handicap, et à les accepter, beaucoup de choses sont plus faciles.»
Je me sens bien, tel que je suis: Viktor R.
Viktor R. a aujourd’hui 54 ans. En raison d’une malformation congénitale, il se fait amputer sa jambe alors qu’il n’est âgé que de quatre ans.
Enfant, Viktor R. se sentait tout à fait intégré. Ce n’est qu’à partir de la puberté qu’il a commencé à se préoccuper davantage de son handicap et des questions liées à cette situation.
«Je ne me suis jamais demandé ce qui n’était pas possible, mais plutôt toujours recherché ce qui était possible», raconte Viktor. «Celui qui nourrit des pensées positives et se fixe des objectifs clairs atteint la plus part du temps ce qu’il veut.»
Viktor souffre aussi de signes d’usage de sa «bonne» jambe. Pour le moment, il réussit à maintenir une certaine stabilité grâce à la médecine alternative. Il est cependant conscient qu’un jour ou l’autre il pourrait avoir des problèmes aux genoux ou aux hanches.
Katharina S., Heinz. et Viktor R. ont tous en commun qu’ils considèrent leur handicap comme un aspect positif de leur développement. Ils ont gagné en confiance et en assurance. Tous essaient de réaliser leurs rêves et s’engagent avec plus de profondeur et de sensibilité dans les relations humaines.
«Sans mon handicap, je serais une autre personne. Et je me sens bien, tel que je suis», affirme Viktor R.
Texte: MHA - 7/10
Traduction: MyH 10/2012
Photos: Pixelio, Andrea Scherney, Markus Rehm