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« N'avez-vous jamais réfléchi à la fondation de la terre ? C'est lui qui est assis au-dessus du cercle de la terre…» (La Bible, Isaïe XL, 21-22)
Notre père Adam avait très certainement eu connaissance de l'astronomie véritable et de la forme exacte de la Terre, mais ce savoir se perdit au fil des siècles et ne fut donc pas clairement retranscrit dans la Genèse. Cette omission peut avoir plusieurs causes: un changement progressif de la "mécanique" céleste et de la forme terrestre qui aurait pu prêter à confusion en cas de révélation (de même que nos continents n'en formaient probablement qu'un seul avant le déluge universel) ; un savoir jugé accessoire pour l'intelligence de la foi ; une négligence dans la transmission orale ou écrite de père en fils (jusqu'à Moïse).
L'hypothèse de la Terre plate s'imposa donc chez la plupart des peuples. Elle est vraisemblablement la plus ancienne conception géodésique. En effet, l'observation simple de l'horizon ainsi que nos notions instinctives de haut et de bas n'incitent pas vraiment à penser que nous vivons sur une Terre sphérique. C'est pourquoi, l'idée d'une Terre plate fut longtemps acceptée par les anciens, quoiqu'il y eut diverses opinions sur son apparence exacte et surtout sur le ou les fondements sur lesquels elle était censée reposer (piliers, tortue géante, etc.). Selon l'histoire officielle, c'est le philosophe grec Pythagore (ou ses disciples) qui aurait énoncé le premier l'idée d'une Terre sphérique (vers le VIe siècle avant notre ère).
Avant Pythagore, la Bible avait fait allusion à la rotondité de la Terre et même à sa suspension sur le "vide", c'est-à-dire dans l'espace, sans support visible (Isaïe XL, 22; Job XXVI, 7). Ceci dit, le mot hébreu houg ("cercle") peut se comprendre comme un disque ou comme un globe. De sorte que les deux interprétations sont possibles. La plupart des rabbins ont longtemps privilégié la première interprétation puisqu'ils partageaient généralement l'idée d'une Terre plate portée par des piliers (cf. A. Cohen, Le Talmud). Chez les chrétiens, en revanche, les avis furent plus divergents. Si les sources manquent en ce qui concerne les disciples de Jésus du premier siècle, on trouverait déjà quelques mentions de ce débat chez les chrétiens du deux ou troisième siècle. Il semblerait que les théologiens de l'école d'Alexandrie (Clément, Origène, etc.) aient plutôt adopté l'idée d'une Terre sphérique, tandis que certains de l'école d'Antioche soutiendront davantage l'idée d'une Terre plate (Diodore de Tarse implicitement, mais surtout plus tard Cosmas). Sans être de cette école, Lactance fut l'un des premiers chrétiens connus à défendre explicitement cette hypothèse, tandis que Macrobe, Boèce, et plus tard Bède le Vénérable se positionneront plus nettement en faveur d'une Terre sphérique. À notre connaissance, il n'y eut donc jamais vraiment d'unanimité parmi les théologiens à ce sujet.
Mais contrairement à certaines idées reçues, l'hypothèse d'une Terre sphérique était largement acceptée par les savants occidentaux du Moyen Âge. Les globes crucigères que portaient les rois médiévaux "chrétiens" comme symboles d'autorité le confirment. Cette hypothèse était donc d'autant plus soutenue aux XVIe et XVIIe siècles. Ainsi, bien que nous n'apprécions pas spécialement l'Église romaine (qui est à l'origine du mélange entre christianisme et paganisme et qui a en outre persécuté de nombreux vrais chrétiens), il faut rappeler que Giordano Bruno, que l'on confond souvent avec Galilée, ne fut point brûlé vif pour avoir défendu l'idée d'une Terre sphérique ni même, semble-t-il, pour sa prise de position en faveur de l'héliocentrisme (d'où la confusion avec Galilée qui sera censuré par les papistes, mais non condamné à mort), mais plutôt pour des croyances à la fois peu catholiques et même peu chrétiennes. Ce qui ne justifie bien sûr pas le bûcher!
Par conséquent, la rumeur populaire selon laquelle la majorité des savants religieux du Moyen Âge (et au-delà) croyaient en une Terre plate est en fait un mythe qui a été conçu par les adversaires du catholicisme et du christianisme en général. Il y a en réalité beaucoup de mythes sur le Moyen Âge, comme celui qui veut que les hommes de cette époque ne se lavassent point (alors qu'en réalité la "peur" de l'eau, possiblement vectrice de maladies, a plutôt commencé à la Renaissance pour s'étendre jusqu'au XVIIIe s.). On oublie aussi souvent que c'est au Moyen Âge que sont nées les premières universités proprement dites. Naturellement, si par obscurantisme les critiques entendaient justement les universités, nous serions alors partiellement d'accord avec eux, vu ce qu'elles sont devenues (des usines à conformistes). Mais là n'est pas notre sujet.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il y a toujours eu une minorité de chrétiens pour défendre l'idée d'une Terre plate, et cela jusqu'à aujourd'hui. Nous n'avions jamais vraiment été attentif à cela auparavant, mais des chrétiens ont compris certains passages – qui nous paraissaient plutôt symboliques, spirituels, allégoriques – comme des descriptions physiques de la Terre (cf. De. XIII, 7 ; Job XXVIII, 24 ; Ps. XLVIII, 11 ; Pr. XXX, 4 ; Is. XI, 12 ; Mt IV, 8 ; Ap. VII, 1). Après tout, pourquoi pas. Même si la lecture littérale ne nous paraît pas toujours appropriée et défendable, c'est une exégèse possible.
Chez les musulmans, l'hypothèse d'une Terre plate sera plus largement défendue puisque certains textes coraniques semblent davantage s'y prêter (Sourates 15:19; 71:19; 78:6, etc.). Cependant, là aussi, le sens allégorique est défendable.
Notez qu'il ne s'agit pas d'user de subterfuges pour essayer d'échapper à des "difficultés" que poseraient certains passages en prétendant qu'un texte peut toujours dire tout et son contraire (car alors il ne servirait à rien de les lire); mais simplement de reconnaître que, selon le contexte, la lecture littérale n'est effectivement pas toujours idoine pour certains versets, chapitres et même pour des livres entiers (par exemple, dans la Bible, le Cantique des Cantiques ou l'Apocalypse sont des livres hautement symboliques).
Mais dans les passages dont il est question dans ce débat, autant pour les juifs, les chrétiens que les musulmans, différentes interprétations sont possibles. Voilà pourquoi des théologiens ont toujours pu défendre l'idée d'une Terre plate, tandis que d'autres ont soutenu l'idée d'une Terre sphérique.
Dans tous les cas, pour nous, cette question ne devrait pas être un objet de division, pas plus que la question de l'héliocentrisme et du géocentrisme. Ce ne devrait pas non plus être un objet de moquerie, ni d'un côté ni de l'autre, car chacun à des arguments qui peuvent s'entendre. Car en définitive, il n'est ridicule que celui qui se contente d'accepter et de suivre la majorité sans jamais se poser de questions.
En Occident, l'idée de la Terre plate continua à être défendue, mais plutôt par des cercles chrétiens très marginaux qui ne cherchaient pas forcément à prouver "scientifiquement" leur vision. Cependant, au XIXe siècle, un audacieux médecin et chercheur anglais nommé Samuel Rowbotham (1816-1884), alias Parallax, allait donner un caractère plus scientifique à ce modèle. Doutant de la géodésie officielle, il décida de mener lui-même des expériences pour savoir si la Terre était réellement sphérique ou pas.
Il faut savoir que depuis Aristote, l'argument principal employé en faveur de l'hypothèse de la Terre sphérique était le fameux "effet de naufrage" d'un bateau : lorsqu'un bateau s'éloigne à l'horizon, sa coque disparaît avant son mât, ce qui prouverait la courbure de la Terre (voir image).
Mais Robowtham n'était pas tellement convaincu par cette "preuve". En effet, il constata que cela ne se produisait pas toujours, car tantôt un corps éloigné comme un phare semblait moins visible, tantôt il se montrait plus entièrement. Ainsi remarqua-t-il que l'effet de naufrage d'un bateau était plus susceptible d'apparaître sur une mer houleuse ou par temps agités que dans des zones plus calmes (lacs et canaux). Habitant près du canal de Bedford, Rowbotham réalisa ses expériences les plus illustres dans ce cours d'eau artificiel. Un endroit idéal puisque peu soumis aux perturbations. Son expérience consista à placer plusieurs drapeaux au bord de l'eau, sur la longueur du canal, à une distance d'un mile (1609 mètres) les uns des autres, et disposés de telle sorte que le haut de chaque drapeau soit à un mètre de la surface. Une hampe plus élevée était fixée à la fin de la rangée de manière à ce que le bas de ce dernier drapeau soit aligné avec le haut des autres drapeaux. Puis il observa cela avec un télescope depuis le premier drapeau. La distance totale était d'environ dix kilomètres. Il remarqua qu'aussi bien du point A au point B que du point C au point D, tout était en ligne droite. Et chaque drapeau intermédiaire se trouvait à la même hauteur. Or, si la Terre était réellement un globe, l'observation de ces drapeaux aurait dû être différente (voir les schémas ci-dessous).
En menant d'autres expériences, il en conclut que la Terre devait être plate. Il exposa ses vues dans un livre publié sous pseudonyme (Parallax), au titre évocateur de Zetetic Astronomy : Earth Not a Globe (Astronomie zététique : la Terre n'est pas un globe). Il se fit également connaître lors de débats publics où il se confronta à plusieurs scientifiques britanniques de l'époque. Grâce à ses arguments, il réussit à convaincre plusieurs membres de l'auditoire et c'est ainsi que la théorie de la Terre plate sortit un peu des groupes strictement religieux.
Évidemment, les partisans de la Terre sphérique tenteront d'expliquer l'expérience de Rowbotham. Le principal contre-argument utilisé consistera à dire que ce phénomène est dû à la réfraction de la lumière, laquelle aurait rendu visible tout objet situé sous l'horizon donnant ainsi l'illusion d'une Terre plate. Mais les partisans de la Terre plate pourront rétorquer qu'il est quand même curieux que tous les drapeaux aient subi ce phénomène de réfraction. De plus, il pourrait tout aussi bien être utilisé comme l'un des contre-arguments possibles sur l'effet de naufrage du bateau censé prouver la Terre sphérique (comme un mirage). Nous voyons donc qu'il s'agit encore d'une question de point de vue et d'interprétation.
La vision de la Terre plate de Robowtham sera généralement adoptée par la plupart des autres platistes. Elle consiste en un disque rond où le Pôle Nord est situé au centre, et où l'Antarctique borde les extrémités de la Terre pour former une sorte de "mur de glace" (quoique la Terre n'aurait pas vraiment de limite connue ou franchissable, selon plusieurs adeptes de cette thèse).
Le Soleil, la Lune, les planètes, et les étoiles seraient beaucoup moins éloignés que ce qu'en dit la science officielle. En effet, ceux qui défendent aujourd'hui l'idée d'une Terre plate pensent généralement que le Soleil et la Lune ne se trouvent qu'à quelques milliers de kilomètres de la Terre, donc bien en dessous de la distance moyenne généralement admise qui est d'environ 384'400 kilomètres pour la Lune et 150 millions de kilomètres pour Soleil. Aussi le diamètre du Soleil et de la Lune serait à peu près identique, soit une cinquantaine de kilomètres. Donc une Lune plus grande et un Soleil beaucoup plus petit que les mesures rendues par la science conventionnelle (env. 3 474 km pour la Lune et 1,39 millions de kilomètres pour le Soleil). Cette taille quasiment égale de nos deux luminaires expliquerait plus simplement les éclipses solaires, tandis que la version officielle qui élucide ce phénomène par le fait que la Lune est quatre cents fois plus petite que le Soleil, et le Soleil quatre cents fois plus éloigné de la Terre que la Lune peut effectivement faire penser à une curieuse coïncidence. Cependant, cela n'aurait rien de si surprenant pour celui qui croit en un Créateur. De plus, la Bible donnerait ici plutôt raison à la science conventionnelle puisque les Écritures affirment très clairement que le Soleil est plus grand que la Lune (Ge. I, 16). Mais à leur décharge, certains platistes pourraient éventuellement admettre un Soleil plus grand que la Lune sans forcément renverser leur postulat de base.
La théorie de la Terre plate est aujourd'hui principalement défendue par une organisation américaine nommée Flat Earth Society qui fut fondée dans les années 1950. Son actuel président, Daniel Shenton, n'est pas un créationniste mais un évolutionniste. Ce qui tend à prouver que cette théorie ne découle pas nécessairement d'une lecture littérale ou particulière de certains textes bibliques ou coraniques, mais qu'elle part surtout d'un doute méthodique. Évidemment, défendre aujourd'hui une telle hypothèse suppose de croire en un complot de grande ampleur orchestré en l'occurrence par des agences spatiales comme la NASA : l'alunissage lors des missions Apollo serait une simulation; les images de la Terre seraient frauduleuses; les astronautes seraient soudoyés ou trompés; les satellites seraient des "stratolites", etc. La science officielle servirait à maintenir un fossé entre les gens ordinaires et les élites afin que celles-ci gardent une certaine légitimité et que ceux-là restent domestiqués et domesticables. La science servirait en outre à infirmer les textes sacrés pour que l'homme n'ait plus d'absolu ni de repère pour résister à l'emprise des puissants. De notre point de vue, sachant qui est le maître de ce monde impie, tous ces arguments sont recevables, quoiqu'ils soient difficilement démontrables.
Les médias et les vulgaires nous présentent souvent les "platistes" comme de parfaits idiots et nous avons failli nous contenter de ce genre de préjugés. Mais en apprenant qu'il y avait eu et qu'il y avait encore sûrement des frères en Christ pour soutenir cette vision des choses, nous avons cherché à approfondir le sujet pour savoir ce qui les avait conduits à penser ce qu'ils pensent. Et à vrai dire, nous avons pu réaliser qu'ils sont loin d'être ridicules, à moins de considérer l'examen critique et la recherche comme quelque chose d'absurde. Leur démarche qui consiste à douter de tout, y compris de ce qu'on tient pour des certitudes, est au contraire tout à fait scientifique et zététique ("qui examine, cherche"). Nous l'avons déjà dit ailleurs, la Bible nous encourage aussi à examiner toutes choses (I Th. V, 21). De sorte qu'en réalité, même si nous ne partageons pas forcément leur vision, ils nous paraissent beaucoup plus intelligents que les vulgaires qui acceptent tout ce qu'on leur dit sans jamais réfléchir. Car tandis que ceux-là font au moins l'effort d'étudier pour tenter de comprendre par eux-mêmes, ceux-ci laissent le soin aux autres de penser à leur place. Or, l'attitude conformiste qui consiste à toujours se remettre aux "plus savants" est dangereuse et purement animale. Souvenons-nous que beaucoup de personnes croient que leurs ancêtres sont des singes parce qu'ils l'ont appris à l'école. Souvenons-nous aussi que nombre d'Allemands de la première moitié du XXe siècle avaient accepté le nazisme au nom de la science évolutionniste ; une science raciste qui s'appuyait d'ailleurs même sur des images et des expériences (biométrie, tests psychométriques, etc.). Les conséquences ne sont évidemment pas les mêmes ici, mais l'esprit de ceux qui acceptent tout ce qu'on leur dit est identique. Voilà pourquoi il nous semble que les platistes ne sont ni ridicules ni méprisables, bien au contraire. Ils nous poussent d'ailleurs à nous questionner sur le pourquoi nous croyons que la Terre est un globe et nous rappellent aussi que ni les images ni la grande majorité des hommes ne sont des preuves en soi, mais que chacun est appelé à faire des recherches approfondies. Par conséquent, déconstruire toutes les croyances, y compris celles qu'on considère comme des évidences, avant de reconstruire étape par étape est une démarche parfaitement scientifique. La théorie de la Terre plate est donc, en ce sens, scientifique.
Toutefois, le modèle d'une Terre plate nous paraît quand même moins probable que celui d'une Terre sphérique, non pas en raison des images ou parce que la majorité y croirait, mais plus simplement parce que le cycle du jour, de la nuit et des saisons, les différences horaires dans le monde, le Soleil qui "monte" et "descend" à l'horizon, les éclipses lunaires (l'ombre présumée de la Terre), etc. s'expliquent pour l'heure mieux si l'on part du principe que la Terre est sphérique. D'autant que la Bible ne s'y oppose pas. En revanche, nous ne faisons pas partie des gens qui ont des certitudes à ce sujet n'ayant nous-même jamais pu observer la courbure de la Terre. Et nous avons encore bien des doutes en ce qui concerne l'astronomie officielle…