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Le 1er septembre 1914, un mois après la mobilisation générale, paraît à Genève un journal intitulé La guerre mondiale. Entre nouvelles du front et photographies tragiques, une rubrique du journal apprend à ses lecteurs (et surtout ses lectrices) à:
Se nourrir, nourrir les siens, ou nourrir les autres, de la façon la plus hygiénique, — la plus profitable à notre organisme et à nos forces, qu’un autre devoir patriotique nous oblige à maintenir vivaces, — et de la façon la plus économique.
Le 1er août 1914, le Conseil fédéral appelle les hommes suisses à la mobilisation générale. Dès le début de la guerre, des mesures sont prises pour assurer le ravitaillement des soldats. Les civils sont incités à participer à l’effort de guerre en réduisant leur consommation de produits frais (œufs, légumes, etc.), de pain, de viande et de sucre. Cette tension alimentaire mène à la publication de de recettes économiques qui illustrent la mobilisation de tous dans le conflit. Les « Menus de guerre » du journal La guerre mondiale sont un exemple de ces recettes.
La première et principale préoccupation à Genève à l’annonce de l’entrée en guerre de l’Europe, est la crainte de ne plus être approvisionner. La Suisse (et Genève surtout) dépend beaucoup de l’importation pour les denrées alimentaires. La population urbaine fait beaucoup d’achats préventifs. Le Journal de Genève rassure la population :
Si l’on jette maintenant un coup d’œil, sur l’ensemble, l’on peut dire que l’approvisionnement en denrées alimentaires de la Suisse est somme toute assuré, même si les apports de l’étranger étaient complètement supprimés. C’est la constatation que nous redevons avant toute chose au fait que les complications se produisent au moment où notre pays se trouve à la veille de la moisson et à ce qu’il réserve dans l’exploitation de son bétail et dans son industrie laitière.
Le 1er septembre 1914, un nouveau quotidien est publié à Genève : La guerre mondiale. Le journal se présente ainsi :
Le public veut connaître la vérité, ou avoir l’illusion qu’il la connaît. C’est cette illusion agréable que la Guerre mondiale se propose de lui procurer.
Chaque jour, donc, — sauf le dimanche, — la Guerre mondiale donnera deux cartes où seront indiqués en deux couleurs les mouvements […] des opérations. […]
Une plume militaire commentera brièvement cet exposé graphique et cherchera à extraire la somme de vérité ou d’erreur que pourront contenir les nouvelles contradictoires reçues le matin. En même temps, nous ferons un triage des informations les plus vraisemblables, et nous les présenterons…
En plus des nouvelles du front et des différents lieux de combats et de tensions, La guerre mondiale fait paraître des essais, des poèmes, des récits, et d’autres textes variés sur la guerre. Parmi ces écrits, la plume de Pénélope donne des conseils aux femmes genevoises sur la manière la plus économique de cuisiner pour leur famille, afin de participer elles aussi à l’effort de guerre (les recettes sont toujours pour quatre personnes).
Le 3 septembre, les premières recettes paraissent : elles vont toujours par deux : une pour le déjeuner, une pour le dîner. Elle indique aussi les achats à faire pour chaque jour, avec les prix, auxquels
il ne faut pas oublier d’ajouter le lait du premier déjeuner, à raison d’un demi-litre par personne, et le pain, une livre par adulte. Il est bon d’ajouter encore, tout au moins pour les enfants, un demi-litre de lait à quatre heures.
Emplettes et prix:
Recettes :
Mettre les pommes de terre en « robe des champs », (comme disait mon spirituel ami), dans très peu d’eau bouillante et laisser mijoter 20 minutes.
Carottes : Si elles sont petites, les laisser entières ; sinon, les couper à volonté. Les mettre dans très peu d’eau froide peu salée, et les faire cuire à tout petit feu et couvertes une heure. Soigneusement les égoutter avant de les jeter dans la sauce.
Sauce blanche : Un quart d’heure avant de servir, faire fondre 1 cuillère à bouche de graisse ; mélanger 1 cuillère à soupe de farine ; lorsque cela forme une pâte, y verser goutte à goutte le lait nécessaire (de préférence froid), en tournant continuellement et vivement. Lorsque c’est arrivé à consistance voulue, y ajouter sel et poivre.
Emplettes et prix:
Poireaux, 0,05
Total pour les deux repas, fr.1,05.
Recettes :
Soupe aux légumes : Prendre la moitié des proportions indiquées plus haut. Couper fin poireaux, oignons, raves ; hacher le persil ; mettre le tout dans 2 litres d’eau froide, y ajouter ce qui reste des pommes de terre de midi, plus 1 feuille de laurier, 2 clous de girofle et sel. Laisser mijoter très doucement de 1 h. 1/2 à 2 h.
Riz : Hacher un oignon, le mettre sur le feu avec le riz et une cuillère à soupe de graisse. Tourner jusqu’à ce le riz soit doré ; recouvrir d’eau, sel, poivre ; continuer à remuer jusqu’à l’ébullition, puis le laisser au four et couvert 20-25 minutes. Y incorporer le fromage au moment de servir.
Vous voulez lire une autre recette historique?
Poulain, Caroline. Manger et boire : entre 1914 & 1918. Dijon, Bibliothèque municipale de Dijon, 2015.
Images 1, 3 et 4 : Pixabay
Image 2 : BNF, La guerre mondiale, n°2, septembre 1914. En ligne sur Gallica: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6482467j/f1.item