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L’épidémie mondiale de grippe – sujette de saison – est associée à une morbidité et une mortalité significatives. Les données publiées, bien que probablement incomplètes, suggèrent que les inhibiteurs de la neuraminidase permettent de diminuer la durée et la sévérité des symptômes, pour autant qu’ils soient débutés précocement. Sans s’étendre sur le vif débat «épistolaire» entre les rédacteurs du BMJ et le producteur de l’oseltamivir (Roche), portant sur la qualité (irrégulière) et la quantité (études non publiées) des données, on peut noter que l’essentiel des études publiées se sont focalisées sur des populations de pays développés, consultant dans les 48 heures suivant le début de la maladie. Ainsi, l’efficacité du traitement dans des populations défavorisées consultant au-delà de 48 heures d’évolution n’est pas démontrée. Pour combler cette lacune dans l’évidence, ces auteurs ont conduit, sous l’égide du CDC américain, un essai clinique randomisé et contrôlé de l’administration d’oseltamivir jusqu’à cinq jours après le début des symptômes, dans une région urbaine défavorisée du Bangladesh. 1190 patients (âge moyen 5 ans, 11% d’adultes) avec une grippe confirmée par un frottis (33% au-delà de 48 heures d’évolution) ont été traités aléatoirement par oseltamivir ou placebo pendant cinq jours, et l’évolution des symptômes a été évaluée quotidiennement de manière systématique, de même que la présence de particules virales par PCR dans le frottis. Les résultats montrent que l’oseltamivir permet une diminution modeste (un jour) de la durée des symptômes, sur l’ensemble de la population étudiée, mais plus importante pour les patients ayant bénéficié du traitement avant 48 heures, et une diminution de la positivité du frottis entre le 2e et le 4e jour. Ils concluent que des stratégies, basées sur le traitement d’oseltamivir jusqu’à cinq jours après le début des symptômes, pourraient réduire les manifestations et la dissémination de la grippe.
Commentaire: Peut-on sur la base de cette étude, et de la littérature disponible, aller dans le sens des auteurs ? Il faut tout d’abord tenir compte des caractéristiques de cette étude, qui a inclus essentiellement des enfants en bas âge, dans un contexte épidémiologique particulier, assez éloigné des conditions occidentales (nutrition, densité de population, accès aux soins), rendant difficile une extrapolation des résultats chez l’adulte et dans d’autres contextes épidémiologiques. Mais on peut cependant confirmer que le traitement d’oseltamivir introduit dans les cinq premiers jours réduit d’un jour la durée clinique de la maladie, de manière statistiquement significative, et probablement cliniquement relevante. Quant à l’effet sur la transmission du virus, cette étude ne permet pas d’être affirmatif : en effet, la positivité de la PCR ne signifie pas que le virus est vivant et capable de transmettre la maladie. Pour démontrer de manière indiscutable que l’oseltamivir réduit la transmission de l’épidémie, il faut encore attendre les résultats d’études se penchant spécifiquement sur ce point, études qui seront le plus probablement observationnelles plutôt qu’interventionnelles. De quoi alimenter encore quelques temps le débat entre le BMJ et Roche.