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Les causes exactes du syndrome Gilles de la Tourette (SGT) ne sont pas connues. SGT est complexe et résulte probablement d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. Les théories qui prévalent aujourd’hui sont énumérées ci-après.
Le Dr Gilles de la Tourette a lui-même déjà suggéré que le syndrome SGT est une maladie héréditaire. Le SGT est souvent présent chez plusieurs membres d’une même famille, ce qui présuppose que les membres de cette famille partagent des facteurs de risques génétiques ou des facteurs de risques environnementaux (non génétiques) qui contribuent au SGT.
Une personne ayant un lien familial direct avec quelqu’un atteint du SGT a un risque de 10 à 15% d’être également touchée par ce syndrome. Ce risque est de 50 à 70% pour un vrai jumeau, et de 9% pour le faux jumeau.
Rappelons que les vrais jumeaux ont 100% de gènes en commun, alors que les faux jumeaux en n’ont que 50%. Le fait que les vrais jumeaux ont un taux de concordance nettement plus élevé que les faux jumeaux suggère que le SGT a une forte composante héréditaire et n’est pas uniquement lié à des facteurs environnementaux.
Le fait que le taux de concordance est plusieurs fois plus élevé chez les vrais jumeaux que chez les faux jumeaux suggère aussi que plusieurs gènes contribuent au risque de développer la maladie. Le taux de concordance n’étant pas de 100% pour les vrais jumeaux montre que des facteurs environnementaux jouent également un rôle comme facteur de risque de développer la maladie.
On peut ainsi dire que le SGT est causé par plusieurs gènes responsables d’une susceptibilité à développer la maladie, mais que d’autres facteurs environnementaux influencent également sa survenue.
Les personnes ayant un lien familial direct avec quelqu’un atteint du SGT ont aussi un risque plus élevé d’avoir un trouble obsessionnel compulsif (TOC), ou des tics moteurs chroniques. Dans une famille, on peut ainsi voir par exemple un père ayant des tics moteurs chroniques, un fils atteint du SGT, et une sœur ayant un TOC. Ces différents troubles partagent vraisemblablement des facteurs génétiques de susceptibilité communs.
Malgré les évidences que le SGT ait une forte composante héréditaire, la génétique du SGT est complexe. Les gènes responsables et le mode de transmission n’ont pas encore été établis. A fin 2005, des variantes du gène SLITRK1 sur le chromosome 13 ont été observées chez des personnes atteintes du SGT, sans être retrouvées chez d’autres personnes. On pensait avoir identifié, pour la première fois, l’un des gènes responsable du SGT. Les études effectuées sur ce gène en 2006 n’ont malheureusement pas confirmé le lien avec le SGT. Au vu des progrès de la génétique ainsi que des efforts effectués, les chances d’identifier prochainement les gènes responsables sont réelles.
Une cause auto-immune, consécutive à une angine à streptocoques, a été proposée mais n’est pas clairement prouvée. En effet, des chercheurs ont supposé qu’un sous-groupe d’enfants souffrant de tics, du trouble obsessionnel compulsif ou des deux, auraient une brusque exacerbation de leurs symptômes en relation avec une infection à streptocoques.
L’entité des maladies pédiatriques neuropsychiatriques auto-immunes associées à une infection streptococcique (PANDAS, paediatric autoimmune neuropsychiatric disorder associated with streptococcal infection) est controversée. Bien que certains arguments soient favorables à cette hypothèse, des études n’ont pas permis de clairement confirmer que les nouvelles infections à streptocoques béta-hémolytiques du groupe A causent le développement ou l’exacerbation de tics ou de symptômes obsessionnels compulsifs. Selon le modèle proposé pour expliquer la chorée de Sydenham, l’hypothèse est faite pour expliquer les PANDAS que les anticorps fabriqués pour se défendre contre le streptocoque du groupe A se tromperaient de cible, réagissant contre certaines régions spécifiques du cerveau dont la structure moléculaire ressemble à celle de la surface de la bactérie.
Bien que cette explication ne permette probablement pas d’expliquer la majorité des cas de SGT, il est possible que ce soit un des mécanismes qui favorise le développement du syndrome chez certains enfants.
Le cerveau est réparti en matière grise (régions où se situent le corps cellulaire des neurones, des prolongements de neurones, et les connexions que font ces prolongements avec d’autres neurones), et en matière blanche (régions où ne se situent que des prolongements de neurones). On trouve la matière grise en surface du cerveau, définissant le cortex cérébral. On la trouve également en profondeur du cerveau, constituant les noyaux de la base. Alors que le cortex joue surtout un rôle pour les activités motrices volontaires et sensorielles conscientes, les noyaux de la base jouent ,entre autres, un rôle de régulateur dans l’élaboration des mouvements volontaires mais aussi involontaires (tonus postural, motricité automatique). Parmi les noyaux de la base, il y a notamment le noyau caudé et le putamen (ces deux noyaux constituant le striatum), le globus pallidus, le thalamus, la substance noire.
Les impulsions électriques sont transmises d’un neurone à un autre grâce à la libération dans les synapses (espaces entre les neurones) de substances chimiques appelées neurotransmetteurs, comme la dopamine, la sérotonine, la noradrénaline, l’acétylcholine, le glutamate et d’autres encore.
Il y a des arguments directs et indirects qui indiquent que les voies qui communiquent entre les ganglions de la base et le cortex sont impliquées dans l’expression du SGT et des troubles qui y sont associés. Les localisations et les mécanismes précis du dysfonctionnement sont mal connus. Certains arguments incriminent des noyaux de la base comme le striatum ; d’autres arguments incriminent le cortex frontal et préfrontal, qui auraient une capacité diminuée à empêcher les tics de survenir.
Bien que plusieurs neurotransmetteurs aient probablement un rôle dans l’expression du SGT, il est vraisemblable que le système dopaminergique joue un rôle substantiel. L’efficacité des neuroleptiques (qui diminuent l’action de la dopamine) pour traiter les tics est un argument dans ce sens. Des données suggèrent que le striatum des patients atteints a un nombre augmenté de récepteurs à la dopamine, des concentrations élevées en transporteurs de dopamine, et une libération augmentée de dopamine dans les synapses. L’hyperactivité du système dopaminergique, entre la substance noire et le striatum, peut expliquer une augmentation de la production des mouvements, au contraire de la maladie de Parkinson dans laquelle la diminution de l’activité dopaminergique causée par la dégénérescence de la substance noire induit une difficulté à initier les mouvements.
Le cerveau travaillant en réseau, le dysfonctionnement d’une région a des répercussions sur d’autres régions, et la modification de l’activité d’un neurotransmetteur a des répercussions sur l’activité d’autres neurotransmetteurs. D’une part, il est donc difficile de distinguer la poule de l’œuf, mais d’autre part, cela permet à des traitements d’avoir une certaine efficacité même s’ils n’influencent le dysfonctionnement que de façon indirecte.