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Conseiller national, Président du Groupe socialiste du Parlement

24.05.2012 - Assemblée générale de Swissolar, Olten,Discours du président:
Swissolar est plus nécessaire que jamais
Notre dernière assemblée générale s'est tenue le 17 mai 2011. Vous me permettrez un petit flashback. C'était deux mois après Fukushima, et nous avions déjà, au Parlement, posé les bases du compromis de sortie du nucléaire, mais nous ne savions pas si le Conseil fédéral allait s'y rallier, et encore moins si nous allions trouver une majorité dans les deux chambres du Parlement. Finalement, nous y sommes parvenus, et lors des élections fédérales d'octobre 2011, le peuple a récompensé les partis politiques qui avaient forgé ce compromis.
Mieux encore, les tentatives d’utiliser la sortie du nucléaire pour affaiblir la politique de réduction des émissions de CO2 ont lamentablement échoué. Le Parlement a définitivement adopté la nouvelle loi sur le CO2, qui prévoit une réduction des émissions de 20% d’ici 2020. La loi prévoit une augmentation de la taxe CO2 et un renforcement du programme d'assainissement des bâtiments. Le référendum n'a pas été lancé et la consultation est en cours pour l'ordonnance d'application.
Qu’il me soit permis ici de féliciter la Conseillère fédérale Doris Leuthard pour le travail accompli jusqu'ici. Économiesuisse et certains milieux pro nucléaires ne cessent de la critiquer sur des questions de détail, au motif que ceux-ci n'auraient pas été clarifiés. Pour ma part je pense que ce reproche est totalement infondé. Sur une décision d'une pareille envergure, il est de toute façon impossible de prévoir et de connaître tous les détails 10, 15 ou 20 ans à l'avance. Il était donc juste de prendre une décision de principe, comme nous-mêmes avions d'ailleurs exigé. Il était également juste de ne pas se limiter à l'approvisionnement électrique, mais de considérer l'ensemble de l'approvisionnement énergétique, vu les effets de substitution qui peuvent avoir lieu et l'approche globale nécessaire en matière d'efficacité.
En une année, le contexte macro de la politique énergétique s'est largement transformé, et ceci dans le bon sens. Pour autant, notre association Swissolar n'est pas devenue superflue. Au contraire, nous passons maintenant sur tous les fronts à la phase de mise en œuvre politique et pratique des décisions de principe. Et c'est un sacré défi. Permettez-moi d’esquisser ici les principaux enjeux.
Le solaire thermique
Le solaire thermique est une technologie bien établie et largement acceptée, tant pour l'eau chaude sanitaire que pour l'appui au chauffage. En même temps, le marché stagne alors que techniquement et économiquement, il serait possible et intéressant d'utiliser beaucoup plus souvent et dans une beaucoup plus grande ampleur la chaleur solaire. Dans ce domaine, le soutien politique est certes insuffisant, mais cela n'explique pas tout, d'autant que la Confédération entend renforcer les efforts d'assainissement du bâtiment. L'analyse montre qu'il y aurait encore beaucoup de progrès possible sur la qualité, sur le prix et sur le fonctionnement des installations. Une approche globale nécessaire, et c'est la raison pour laquelle Swissolar s'est lancée dans l'élaboration d'un Masterplan pour le solaire thermique.
Le photovoltaïque
Dans le photovoltaïque, la situation est toute autre : alors même que les prix ont baissé de plus de 50 % en quatre ans, de nombreux milieux continuent d'attaquer frontalement cette technologie. Le cadre de soutien politique est totalement insuffisant, puisque la RPC est presque complètement bloqué. Malgré ce blocage, la croissance est énorme puisqu'en 2011, les nouvelles installations ont plus que doublé par rapport à l'année précédente. Cela reflète le fait que le photovoltaïque se rapproche de la rentabilité.
Politiquement, nous sommes dans une phase intermédiaire. Le Conseil fédéral a enfin reconnu que le photovoltaïque pourrait assurer une vingtaine de pour cent de l'approvisionnement électrique. Une telle reconnaissance paraissait encore inconcevable il y a une année. Mais dans le même temps, le gouvernement prévoit une vitesse moyenne de développement pour les prochaines années qui est inférieures à celle que nous avons effectivement vécue en 2011. C’est absurde. Il faudrait au contraire d'ici 2020 multiplier par 12 la vitesse d'installation pour arriver à notre objectif de 20 % de courant solaire dans le réseau à l'horizon 2025. Et comme cette croissance ne peut être que progressive, il faut absolument commencer maintenant. C'est la raison pour laquelle nous nous battons pour un déblocage anticipé de la RPC. Nous estimons que les contingents proposés par l'Office fédéral de l'énergie de l'ordre de 50 MW ne sont pas du tout en rapport avec les besoins de la Suisse. Ces besoins sont simples : il faut parvenir à remplacer la production nucléaire par du courant propre, c'est-à-dire finalement produire environ 25 térawatt-heures de renouvelable. Et c'est clairement le photovoltaïque le plus grand potentiel. Si nous ne l'exploitons pas, nous tomberons dans la dépendance au gaz, au courant sale importé.
Ce contexte signifie de nombreux défis pour notre organisation Swissolar
Nous devons continuer à défendre les intérêts de l'énergie solaire, qui coïncident d'ailleurs largement avec l'intérêt général. Nous devrons être présents politiquement, car le choix n’est pas entre la présence ou l’absence de régulation, mais bien entre une bonne et une mauvaise régulation. L'énergie est en effet un domaine éminemment stratégique, avec des infrastructures lourdes. Il est totalement illusoire de croire qu'un jour l'État pourra renoncer à mener une politique énergétique et laisser ce secteur entièrement au libre marché. À vrai dire un certain nombre d'indices laissent même penser qu'il y aura à l'avenir plutôt davantage d'interventions étatiques que par le passé dans le secteur.
Je pense évidemment aux conditions faites à l'énergie solaire, mais il y a aussi toutes l’influence de la politique menée par rapport aux énergies sales. Ainsi, le niveau de taxation du CO2 constitue par exemple un paramètre décisif pour le solaire thermique. Nous sommes aussi touchés par toutes sortes d'autres décisions, notamment en matière d'aménagement du territoire, de politique de la recherche, de stratégies d'information etc. etc.
Au plan individuel, les entreprises sont trop petites pour représenter directement leurs intérêts en politique. En plus, on les soupçonnera de défendre des intérêts particuliers. Une association comme Swissolar a pour vocation de regrouper les forces et de faire une intermédiation qui rende nos revendications crédibles. Swissolar a donc aussi pour vocation de filtrer quelque peu les exigences de ses membres. Vous comprendrez aisément que l'intérêt à long terme de la branche ne coïncide pas toujours avec l’intérêt à court terme de chacune des entreprises. Un seul exemple : à court terme, vous auriez souvent intérêt à des tarifs de rachat et à des subventions plus élevées. Mais à terme, la branche a plutôt intérêt à être le plus autonome possible sur le plan économique, en parvenant à baisser ses prix. Swissolar doit donc toujours essayer de définir un intérêt global de la branche qui s'inscrive dans l'intérêt général du pays. En tout les cas, ma conception n'est pas celle d'une défense étroite et clientéliste de notre branche. Si j'ai accepté cette présidence et que je l'exerce avec plaisir et passion, c'est bien parce que je crois qu'elle s'inscrit dans l'intérêt général du pays.
La dimension éthique et philosophique est très importante, parce qu'elle donne une légitimité particulière à notre business. Nous ne vendons pas simplement des savonnettes ou du conseil sur la manière de mieux soustraire son argent au fisc étranger, comme certaines autres branches économiques de notre pays. Le solaire est certes une branche économique, mais il ne se réduit pas à cela. Nous entendons contribuer à un approvisionnement énergétique durable, qui ne prétérite pas les intérêts des générations futures ni ne compromette les bases mêmes de notre existence. En matière de fourniture d'énergie, le pire est toujours possible. Mais nous voulons le meilleur.
Les entreprises membres de Swissolar sont aussi en concurrence entre elles, ce qui contribue grandement à stimuler le marché. Pourtant, il existe plusieurs domaines, outre la politique, dans lesquels nos entreprises doivent coopérer, à commencer par la formation du personnel, la communication grand public au sujet du solaire, les normes techniques, etc. La concurrence ne saurait donc être la seule forme de rapport entre nos entreprises. Swissolar s'efforce donc de fournir un cadre de coopération des prestations collectives, mais sans paralyser la concurrence.
Pour accomplir toutes nos missions, nous avons besoin du fidèle soutien que vous, les membres de Swissolar, nous apportez. Lorsque je dis cela, je ne pense pas uniquement aux cotisations que vous nous versez. Il y a aussi tout l’engagement personnel que vous fournissez au sein de nos instances, de nos commissions et de nos groupes de travail. Et tout le travail pédagogique que vous fournissez auprès des clients potentiels, des autorités locales, des médias, etc. En guise de conclusion, je souhaite donc vous remercier de votre fidèle soutien.

Contact: Roger Nordmann, Rue de l'Ale 25, 1003 Lausanne,
Twitter @NordmannRoger
27.3.2017