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Critique
"En 1870, dans les forêts du centre de l'Afrique, une expédition européenne capture deux jeunes pygmées qui sont immédiatement embarqués à destination de l'Europe par un anthropologue écossais, Jamie Dodd (Joseph Fiennes) et une femme d'affaires, Elena Van Den Ende (Kristin Scott Thomas). Le premier souhaite étudier de près ces ""nains sauvages"" parce qu'il croit y voir, sinon l'origine de l'humanité, tout au moins un maillon important entre l'animal et l'homme dans la chaîne de l'évolution. Quant à la seconde, elle aimerait bien présenter ces deux pygmées dans les champs de foires et en tirer quelque profit financier.
Les ""zoos humains"" ont existé, on le sait, et l'on raconte l'histoire vraie d'un pygmée ramené par un explorateur américain et exposé dans une foire en 1905. Le cinéaste Régis Wargnier a imaginé une fiction s'appuyant à la fois sur les recherches entreprises, à la fin du XlXe, dans le domaine de l'anthropologie, et sur une certaine exploitation, à la même époque, du mythe du ""sauvage"". Il y a ajouté une peinture assez fouillée de la société britannique victorienne, avec ses mœurs, son système de classe et cette rigidité qui met toute émotion sous l'éteignoir.
Le film s'oriente très vite vers une reconnaissance progressive d'un statut d'humain (partiel tout au moins) pour le jeune couple de pygmées. En même temps se profile la débâcle de deux autres ethnologues, Alexander (Iain Glen) et Frazer (Hugh Bonneville), pourtant bien décidés à poursuivre, avec arrogance et cynisme, leurs recherches plus ou moins scientifiques sur ces deux êtres qu'ils considèrent comme des cobayes.
Solidement construit, le film de Régis Wargnier pèche par une volonté trop constante de privilégier le spectacle. On n'a cure de ces longues cavalcades et de ces poursuites haletantes dans les forêts, de tout cet attirail cinématographique qui cherche à maintenir la tension. Un certain malaise surgit aussi de la présence, dans le casting du film, des deux jeunes actrice et acteur africains qui sont souvent traités - fiction oblige - comme des bêtes agressées ou enfermées dans des cages. Une forme (visuelle) d'avilissement, même si le message se veut anti-raciste et si la critique est dirigée d'abord contre l'Occident. Quant au problème (intéressant) des origines des pygmées, il est proprement escamoté.
La musique, fortement émotionnelle, ne contribue pas à donner beaucoup d'élan à ce long récit, dont l'écriture cinématographique se veut avant tout efficace. Dans cette superproduction essentiellement britannique (William Boyd a co-signé le scénario), Wargnier s'est attaqué à un grand sujet de civilisation. Soutenu par d'excellents acteurs, il n'a toute-fois pas réussi à tirer son épingle du jeu. L'histoire est bien là, mais on en cherche souvent l'esprit."
Antoine Rochat