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Edition 2016
Max Ophüls, USA, 1949, Fiction, vost FR, 82′
Master Class avec Edouard Waintrop
Ce film est le dernier de la période hollywoodienne de Max Ophüls, après le succès de Lettre d’une inconnue (avec Joan Fontaine et Louis Jourdan) en 1948, d’après le chef d’œuvre de Stefan Zweig et avant son retour en Europe. Dès 1950, suivent ensuite une série de films à succès : La Ronde (1950), d’après Schnitzler, Le Plaisir (1952), Madame de, avec Danielle Darrieux, « son » actrice (1953), Lola Montès (1955). La Berlinale lui décerne à titre posthume, le Prix Fipresci pour l’ensemble de son œuvre, en 1966.
Le réalisateur, français d’origine allemande, de son nom civil : Maximilian Oppenheimer est né à Sarrebrück en 1902 et mort à Hambourg en 1957. Il est tout d’abord un prolifique metteur en scène de théâtre (200 spectacles montés) avant de se tourner vers le cinéma comme dialoguiste, puis réalisateur dès 1931. Juif, il se réfugie en France dès 1933, après l’incendie du Reichstag, devient français en 1938, gagne en 1940 les Etats Unis par la Suisse et l’Italie.
L’histoire est des plus classiques : une intrigue autour d’un chantage pour le moins ambigu, qui se déroule dans une petite ville proche du Los Angeles des années 40. Une histoire d’amour qui tourne mal entre une jeune fille et un escroc, un meurtre, une famille et surtout une mère dans la tourmente, aux prises avec un maître chanteur (James Mason).
On retrouve dans ce film (que nous décortiquera Edouard Waintrop en nous le présentant avant sa projection), les thèmes de prédilection d’Ophüls, comme le hasard, mais aussi le destin. Le thème de l’emprisonnement, constamment présent dans ce film, s’exprime aussi dans la mise en scène, dans les décors et dans l’histoire d’une mère de famille aux abois, qui souligne la condition des femmes, encore très corsetées et surveillées.
Le titre français reproduit certes mieux le déroulement de cet opus, mais le titre américain original : The Reckless Moment (le moment d’insouciance) en souligne surtout les rebondissements et le masque d’une réalité fugace, dont l’avenir trouble déstabilise et remet tout en question. L’atmosphère est celle d’un monde structuré et discret, que rien ne semble pouvoir réellement troubler…
Edouard Waintrop, qui nous avait séduits par la présentation de Gilda à travers une lecture « homosexuelle » du film, qui alors ne semblait plus n’être qu’un histoire d’amour entre deux hommes, tant la démonstration était vive, fine et évidente… se prêtera cette fois-ci à l’exercice aussi, en abordant notamment 3 questions :
- Pourquoi ce film de Max Ophuls, réalisateur chouchou des Cahiers du cinéma des années 50 est-il quasi inconnu et ne fut jamais commenté par les futurs tenants de la Nouvelle vague ?
- Quelle est sa place dans le genre noir ? C’est un policier féminin, ce qui était extrêmement rare dans ces temps de films avec des « hard boiled detectives ».
- Pourquoi est-ce un grand critique homosexuel, Robin Wood, qui a permis à ce film de retrouver la faveur des cinéphiles et des spécialistes de l’analyse de genre (gender studies) … ?
Edouard Waintrop dirige la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes depuis quelques années, mais aussi les Cinémas du Grütli, après avoir dirigé aussi le Festival de Fribourg, Suisse. Il est parrain et partenaire de notre festival depuis son arrivée à Genève. Auparavant, il a été durant 26 ans critique de cinéma au journal Libération.
Avec : Joan Bennett, James Mason, Geraldine Brooks, David Bair,
Scénario de : Robert Soderberg, adapté de l’œuvre de Elizabeth Sanxai Holding
Musique de : Hans J. Salter
Chef opérateur : Burnett Guffey