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Soutenu par trois associations suisses, le peuple ogoni réclame une partie des fonds de l´ex-président nigérian gelés en Suisse. Les victimes du régime Marcos, elles, avaient obtenu gain de cause lors du transfert des fonds de l´ex-dictateur philippin.
L'ethnie des Ogonis compte à peine un demi-million de personnes. Installée dans une région clé pour l'exploitation pétrolière nigériane, elle s'est évertuée à défier les multinationales autant que l'ex-président Sani Abacha.
En effet, voilà bientôt dix ans, que ce petit peuple mène une croisade pour les droits écologiques des pays en développement et la défense des minorités opprimées. Sous l'impulsion de l'écrivain Ken Saro-Wiwa, il a même lancé le Mouvement pour la survie du peuple ogoni (MOSOP).
Et c'est à l'invitation de trois associations tiers-mondistes helvétiques - la Déclaration de Berne, l'Institut pour l'écologie et l'ethnologie d'action et la Société pour les peuples menacés - qu'un membre de MOSOP a fait le voyage de Zurich vendredi.
«Nous ne demandons pas la globalité des millions de dollars détournés par Sani Abacha qui sont actuellement bloqués en Suisse, lance Deebii Nwiado. Nous ne revendiquons pas une compensation mais une contribution afin de réparer les préjudices subis par le peuple ogoni.»
Ce n'est pas la première fois que le MOSOP monte au créneau pour obtenir de l'argent en faveur de son peuple. En 1992 déjà, le mouvement avait lançé un ultimatum au gouvernement nigérian et aux compagnies pétrolières - Shell et Chevron en tête - en exigeant le versement de royalties pour compenser les préjudices écologiques subis par leur région.
«Le pétrole représente 90 pour cent des revenus extérieurs du Nigéria, explique Tobias Haller, représentant de l'Infoe. Les Ogonis ont largement contribué à cette richesse sans jamais en profiter. Pire, ils ont subi la terreur et leurs droits les plus élémentaires ont été bafoués sous le régime de l'ancien dictateur Sani Abacha.»
Les Ogonis sont rapidement devenus le symbole de la lutte contre la dictature nigériane. En 1995, Ken Saro-Wiwa, le fondateur du MOSOP, et huit de ses compagnons ogonis ont d'ailleurs été pendus.
La sentence a suscité une vive réprobation internationale. La Suisse a même rappellé son ambassadeur en poste à Lagos. Pour autant, le Nigeria n'a jamais cessé d'exporter son pétrole.
«Au vu de toutes les souffrances endurées par le peuple ogoni, estime Tobias Haller, il serait tout à fait normal que la Confédération s'engage pour qu'un accord équitable puisse être passé entre le gouvernement nigérian et le MOSOP lors de la restitution des fonds Abacha. D'autant que la Suisse continue d'acheter près de la moitié de son pétrole au Nigéria.»
Pour soutenir les revendications du MOSOP, la Déclaration de Berne, l'Infoe et la Société pour les peuples menacés se réfèrent à l'affaire des fonds de l'ex-dictateur philippin Ferdinand Marcos.
«Dans un arrêt datant de 1997, le Tribunal fédéral avait posé une condition au transfert vers les Philippines de l'argent bloqué en Suisse, explique Peter Bosshard, secrétaire permanent de la Délégation de Berne. Les juges avaient exigé que le nouveau gouvernement philippin en verse une partie aux victimes du régime Marcos.»
Fort de ce précédent, les organisations d'entraides suisses, espèrent que la Confédération associera le transfert des fonds de l'ex-président Sani Abacha à une close de dédommagement des victimes de la jute nigériane.
Vanda Janka