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La vie d'Amo
Au hasard de mes recherches sur mon prochain grimoire, je tombe souvent sur des vies étonnantes, des personnalités insoupçonnées. Ainsi en va-t-il de cet Antoine-Guillaume Amo (1703-1753).
Né dans la tribu des Akan au Ghana, il est enlevé à 4ans par les sbires de la Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales et emmené en Europe où il est rapidement offert au duc Anton Ulrich de Brunswick-Wolfenbüttel. Car en ce début du XVIIIe siècle, s'épanouit la mode de l'exotisme et les cours européennes, petites ou grandes, raffolent des négrillons habillés à l'orientale et qui sont du meilleur effet parmi leurs pages et leur ménagerie.
Le vieux duc élève cependant le jeune Amo avec grand soin, lui faisant profiter des précepteurs de ses propres fils, dont le duc August Wilhelm (1662-1732) qui lui succède en 1717.
Amo (qui a reçu le même prénom que le nouveau duc) a 14ans et devient sa coqueluche . Il est vrai que le nouveau duc régnant est un homosexuel affirmé, que sa lointaine parente Liselotte (la princesse palatine) traitera d' "horriblement débauché". Prince facétieux et curieux, il développe dans ses petits états le commerce et l'industrie, plante du tabac, ouvre des mines et s'occupe de l'instruction d'Amo.
En 1727 ainsi, son protégé entre dans la prestigieuse université de Halle où ses talents sont vite remarqués, bénéficiant du soutien des meilleurs professeurs, dont Thomasius (un des pères des "Lumières" allemandes). Deux ans après, il soutient son mémoire juridique sur "le droit des Maures en Europe"; en 1738 il publie un traité remarqué sur "l'Art de philosopher de manière simple & précise" et obtient, le premier africain en Allemagne (et bien avant la France) une chaire de philosophie à l'université d'Iéna.
Ses positions pour les Lumières contre les piétistes qui n'y voient que blasphèmes et abominables nouveautés, les ricanements d'un professeur ennemi sur ses tentatives de trouver une épouse mais encore la mort de ses protecteurs le duc et son frère (1732 et 1735) concourent à ce qu'Amo décide, un beau jour de 1751, de retourner dans son Afrique natale où il essaiera en vain d'éclairer (sic) ses compatriotes. Il meurt deux après son arrivée, dans un des comptoirs de la côte.
Eric de Haynin 2.7.2017