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03/05/2016
Il est un débat récurent, mais pas forcément toujours très explicite, parmi les libertariens portant sur qui, des riches ou des pauvres, est la principale et première victime de l'intervention de l’État. Les libertariens de droite affirment que ce sont évidemment les riches – qui paient tant et tant d'impôts – qui sont les premières et principales victimes de l'intervention de l’État. C'est là, il me semble aussi, la position de la romancière et philosophe Ayn Rand.
Voici la réponse des libertariens de gauche (left free market anarchists), qui est aussi celle à laquelle j'adhère (cf. aussi sur la question les positions développées par le Center for a Stateless Society).
La somme totale d'impôt payée par un individu ne nous informe pas sur la somme totale des coûts subis par cet individu infligés par l'Etat.
Premièrement, il convient aussi de prendre en compte les taxes, et pas seulement les impôts, payées par les individus. Il existe en effet la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui concerne tout bien ou service vendu, mais aussi un certain nombre de taxes supplémentaires (sur l'essence, sur le tabac, etc.). Les pauvres paient évidemment toutes ces taxes de la même façon que les riches, mais le coût en est proportionnellement plus lourd pour leur porte-monnaie que pour celui d'une personne plus riche.
Deuxièmement, il convient de prendre en compte les coûts subis par les plus pauvres en termes d'entraves à l'enrichissement. Il s'agit de toutes les limitations à l'accès au travail et au capital (à l'accès au crédit) et à toutes les distorsions de la concurrence. Ces dernières peuvent prendre la forme de réglementations et régulations fermant certains marchés aux plus pauvres, de licences et patentes augmentant le coût d'entrée sur un marché (c'est le cas des bars, des taxis, etc.) ou encore de subventions ou privilèges (monopole légal par exemple) attribués par le gouvernement ou les autorités politiques à certains acteurs privés (copinage, entente, corruption, etc.) empêchant les plus pauvres de concurrencer des acteurs déjà en place car protégés par ces privilèges. L'ensemble de ces pertes subies par les plus pauvres les empêche d'autant d'économiser un capital éventuellement utile pour lancer une affaire.
Troisièmement, les plus pauvres n'ont accès qu'aux services de l'Etat-providence et non aux services d'entreprises privées en ce qui concerne de nombreuses prestations (santé, formation, etc.). La qualité de ces prestations étatiques étant inférieures à celles fournies sur le marché privé, ils subissent une perte que ne subissent pas les plus riches qui peuvent accéder à une qualité supérieure de prestations. Certes, sans l'Etat-providence les plus pauvres auraient toujours accès à des prestations inférieures à celles des plus riches, mais ils auraient accès à de meilleures prestations que celles fournies aujourd'hui par l'Etat-providence.
Enfin, l'action de la banque centrale a comme effet de provoquer artificiellement de l'inflation, ce qui fait baisser la valeur de l'argent des plus pauvres (avec la même somme ils peuvent acheter moins). Les plus pauvres doivent aussi subir le coût terrible des crises économiques que les manipulations monétaires et gouvernementales provoquent.
C'est pourquoi, un individu peut ne pas payer d'impôt du tout et pourtant subir un coût plus grand de la part de l'intervention l’État qu'un riche payant beaucoup d'impôt. C'est pourquoi aussi les pauvres ont tout intérêt à s'opposer à l'intervention de l’État.
« Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit.
Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence : l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir. »
Frédéric Bastiat, 1850