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opinion féminisme essentialiste
Quelle est l’essence des femmes?
Le féminisme essentialiste revendique le fait que les femmes* et les hommes* seraient différents-tes sur le plan biologique et comportemental, mais complémentaires et égaux-les. Cet article conteste cette affirmation afin d’amener le-la lecteur-trice vers une réflexion concernant sa représentation des féminismes.
Avec le procès d’Harvey Weinstein et la dénonciation des féminicides, les mouvements féministes continuent d’ébranler toutes les sphères de la société. Cependant, bien que réclamant globalement tous l’égalité entre les sexes, il est intéressant de se centrer sur les fondements des différents types de féminismes, afin de comprendre leurs revendications et leurs arguments propres. L’un d’entre eux, le féminisme essentialiste, mérite d’être présenté, afin de mettre en relief ses possibles incohérences et les critiques qui peuvent lui être adressées.
Avant toute chose, il est crucial de mentionner que cet article ne cherche pas à défendre un certain type de féminisme ou à en condamner d’autres. Il a pour volonté d’engager une réflexion chez le-la lecteur-trice, et non pas de le-la convaincre du bienfondé de ses arguments.
Le féminisme essentialiste, également appelé féminisme différentialiste, réclame l’égalité entre sexes dans la différence : les hommes* et les femmes* seraient différent-e-s, mais égaux-les [1]. Il se caractérise par une forme de pensée spécifique, attribuant aux femmes une essence biologique, c’est-à-dire un principe clé les regroupant entre elles : celui-ci s’exprimerait notamment sous la forme de la maternité et du cycle menstruel [2]. Les féministes essentialistes postulent une différence de nature entre hommes et femmes due à leur physiologie sexuelle et ne croient pas à la construction sociale des genres : le modèle binaire perpétué par la société n’est donc pas remis en question dans leurs théories.
Selon les féministes essentialistes, l’émancipation des femmes ne passerait pas par leur accession aux caractéristiques et avantages masculins, mais par la revalorisation de leurs spécificités biologiques propres et des vertus en découlant. Par exemple, du fait que les femmes soient les gardiennes de la maternité, elles porteraient des valeurs utiles au fonctionnement de la société telles que la douceur, l’empathie, la protection,. En plus d’être biologiquement différentes, les femmes seraient également opposées aux hommes de par/dans leur comportement. Cependant, ces différences seraient complémentaires et ne remettraient pas en cause l’égalité défendue : par exemple, les féministes essentialistes réclament la présence des femmes en politique car, par leur douceur et leur côté maternel, elles équilibreraient l’intransigeance et la dureté des hommes [3].
Après cette présentation des principaux points du féminisme essentialiste, plusieurs critiques peuvent lui être adressées :
Premièrement, le fait d’associer des valeurs et un type de comportement aux femmes postule qu’il n’existerait qu’une catégorie de femme, qui serait, entre autres, douce, empathique et maternelle. De ce fait, le féminisme essentialiste fait preuve de discrimination statistique [4], c’est-à-dire qu’il met en relief des caractéristiques présentes chez certaines femmes et les assimile à l’ensemble des femmes. Il met de côté toutes celles n’étant ni douces, ni empathiques, ni maternelles : par exemple, une femme ne souhaitant pas avoir d’enfants ne rentrerait pas dans la catégorie « vraie femme », et renierait de ce fait son essence [5]. Mais ce type de discours ne pourrait-il pas enfermer les femmes dans leur corps ? En expliquant que certains traits de caractère ou certaines qualités sont inhérentes aux femmes et font partie de leur biologie, le féminisme essentialiste met de côté l’impact que la société peut avoir sur ces comportements et rejette le fait que ceux-ci puissent être construits socialement.
En plus de ne concevoir qu’un type de comportement féminin, le féminisme essentialiste rejette également certaines minorités sexuelles, telles que les femmes trans, qui ne seraient pas légitimes à être qualifiées de « femme »[6]. Selon certaines féministes essentialistes, les femmes trans ne seraient en réalité que des hommes « se déguisant » en femme afin de pouvoir asseoir davantage leur domination. De plus, en ne remettant pas en cause le modèle binaire existant dans la société, le féministe essentialiste exclue également les personnes intersexes, qui ne correspondent pas au cadre de la binarité. En outre, puisque le féminisme essentialiste postule que les femmes et les hommes sont complémentaires, il affirme la normativité de l’hétérosexualité, et raye de son combat les personnes homosexuelles, les asexuels-les, etc. Cette critique de la mise à l’écart des personnes LGBTIQ+ doit cependant être quelque peu atténuée : elle n’est valable que si l’on adhère au fait que le féminisme et le mouvement LGBTIQ+ ont des intérêts communs, et que leurs luttes peuvent ou doivent être associées.
Enfin, une troisième critique peut être adressée au féminisme essentialiste : le fait de défendre une différence biologique entre hommes et femmes est-il compatible avec la revendication de l’égalité entre sexes ? Cette question se trouve être quelque peu philosophique, mais il est cependant important de la soulever. En affirmant continuellement que les femmes et les hommes sont différent-e-s dans leur manière d’agir, d’être et de penser, le fait de réclamer leur égalité peut sembler dérisoire et incompatible. De ce fait, il serait pertinent d’analyser les arguments du féminisme essentialiste, et de comprendre comment il les articule avec son désir d’égalité, point qui nécessiterait un article dédié.
Le féminisme essentialiste, bien que défendu par de nombreux-ses adeptes, peut donc être discuté d’un point de vue davantage critique. En effet, en postulant une essence commune à toutes les femmes, le féminisme essentialiste pourrait nier leurs différences, et renoncer de ce fait à leur singularité individuelle. Mais ce dernier point ne constitue-t-il pas la base de l’égalité ? Le fait de défendre et de promouvoir chaque femme dans son unicité n’est-il pas ce qui fait la force du féminisme ?
*Les termes
« hommes » et « femmes » utilisés dans cet article se
trouvent être au pluriel afin de montrer la diversité sous-jacente à chacune
des catégories. De plus, ils renvoient à des personnes cisgenres (dont le sexe
attribué à la naissance correspond à l’identité de genre), puisqu’elles
correspondent à la vision du féminisme essentialiste. Cependant, toutes les
identités de genres se trouvent être mentionnées et regroupées dans cet
article, bien que l’écriture inclusive ait été utilisée par souci de
lisibilité.
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Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (Portneuf-Québec-Charlevoix), Les courants du féminisme, www.rgfcn.org/que-faisons-nous/courants-feminisme/les-courants-du-feminisme, consulté le 26 janvier 2020
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Tribune de Genève, Le féminisme différentialiste, https://www.tdg.ch/extern/interactive_wch/tdg/2019/feminisme/differentialiste.html, consulté le 27 janvier 2020
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Site du magazine féministe « Roseaux », L’égalité dans la différence, le féminisme essentialiste, 2017, https://roseaux.co/2017/04/l-egalite-dans-la-difference-le-feminisme-essentialiste/ consulté le 26 janvier 2020
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Définition de la domination statistique, 2013, https://market.subwiki.org/wiki/Statistical_discrimination, consulté le 28 janvier 2020
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Parini, Lorena. “Essentialisme, anti-essentialisme et féminisme”, in Christine Verschuur et Fenneke Reysoo, Genre, mouvements populaires urbains et environnement. Genève, Cahiers Genre et Développement, n°6, Genève, Paris : EFI/AFED, L'Harmattan, 2007, pp. 45-47, DOI : 10.4000/books.iheid.5795, https://books.openedition.org/iheid/5795?lang=fr, consulté le 26 janvier 2020
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Blog « Le Salon d’Andrée, Pour les Droits des Femmes au Québec », http://salondandree.blogspot.com/search?updated-max=2015-03-02T14:29:00-05:00&max-results=100, consulté le 27 janvier 2020
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