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Communiqué de presse - Culture d’entreprise
(Pressemitteilung auf Deutsch)
Lausanne, 9 mars 2023 - Une étude montre que l'élite mondiale des entreprises est façonnée par un petit nombre d’organisations. Les cadres supérieurs de ces « plateformes de carrières » partagent ainsi les mêmes normes, stratégies et idéologies et définissent par conséquent la culture du capitalisme financier contemporain. Les organisations qui redistribuent le plus de cadres sont Pricewaterhouse Coopers (PwC), General Electric et Bank of America. Un autre effet de ce fonctionnement est que les expériences de carrière dans les entreprises du Nord mondial et en particulier dans les pays anglo-saxons sont répercutées dans le monde entier.
Dans une publication récente parue dans la revue spécialisée « Global Networks », une équipe de chercheurs de l’Université de Lausanne, de Copenhagen Business School et de Roskilde University au Danemark a étudié les parcours professionnels de 16'500 cadres supérieurs issus des 1366 plus grandes entreprises du monde. L’étude, basée sur la liste de Forbes 2000, montre qu’une grande majorité des top managers mondiaux sont lié·es entre elles et eux par des étapes de carrière communes dans un petit groupe d’entreprises.
Trois types de plateformes de carrière se distinguent et sont valorisées dans des économies différentes : 1) les entreprises mondiales d’audit et de conseil comme PwC ou McKinsey sont appréciées dans les marchés libéraux, 2) les entreprises financières intégrées dans l’alliance bancaire transatlantique, comme Citigroup ou UBS sont appréciées dans les pays les plus intégrés dans le système financier mondial, et 3) les entreprises américaines de biens de consommation comme GE ou Pepsico sont importantes pour les entreprises situées dans des paradis fiscaux.
L’entreprise la plus centrale dans le réseau global de carrière, Pricewaterhouse Coopers (PwC), a par exemple réussi à placer 456 de ses ancien·nes collaborateur·ices parmi les 16’500 dirigeants. Dans 314 des 1366 plus grandes entreprises (24 %), au moins un·e dirigeant·e a travaillé chez PWC au cours de sa carrière. Les ancien·nes employé·es de la deuxième entreprise la plus centrale, Citigroup, sont présent·es dans des équipes de direction dans 32 pays différents (voir le tableau).
Comparable à des universités d’élite, ces plateformes de carrières façonnent les normes et idéologies du capitalisme global et contribuent, par la socialisation des futur·es dirigeant·es, à la diffusion et l’unification du savoir managérial contemporain. De surcroît, en se positionnant au cœur du réseau mondial de carrière, elles s’affirment mutuellement leur prestige dans la hiérarchie des entreprises et sont capables de le convertir en contrats et relations clients lucratifs.
Le cas de la Suisse
La Suisse est l’un des pays les plus centraux dans le réseau mondial des carrières et joue le rôle de tête de pont entre les Etats-Unis et l’Europe. Par le biais de ses deux grandes banques UBS et Crédit Suisse, la Suisse est étroitement intégrée au cœur transatlantique de l'économie mondiale. D'une part, elles ont intégré le marché des banques d'investissement américaines et anglaises dans les années 1990 et, d'autre part, conséquence directe, des banquiers anglo-saxons ont accédé en grand nombre à des postes de haut niveau dans les grandes banques suisses. En 2019, par exemple, parmi les 13 membres de l'équipe de direction du Crédit Suisse, on compte 5 Américains et 3 Britanniques. Parmi les étapes de la carrière de ces top managers du CS, on trouve donc des noms comme Lehman Brothers, HSBC, Donaldson Lufkin & Jenrette, Bankers Trust, Citigroup, Barclays, Merrill Lynch et Morgan Stanley.
Contact et informations
- Prof. Felix Bühlmann, Centre LIVES, Université de Lausanne, <email-pii>, 079 773 78 66
- Article complet : Felix Bühlmann, Christoph Ellersgaard, Anton Larsen, Jacob Lunding (2023). How Career Hubs Shape the Global Corporate Elite. Global Networks.
- Communiqué en version PDF
Depuis 2011, le Centre LIVES (Centre suisse de compétence en recherche sur les parcours de vie et les vulnérabilités) étudie les effets de l'économie et de la société sur l'évolution de situations de vulnérabilité par le biais d'études longitudinales et comparatives. Il vise à mieux comprendre l'apparition et l'évolution de la vulnérabilité ainsi que les moyens de la traverser pour favoriser l'émergence de mesures sociopolitiques innovantes. Le Centre LIVES est abrité par les universités de Lausanne et de Genève. Il comprend un réseau de quelque 200 chercheur·es de diverses disciplines, dans toute la Suisse et à l’étranger.