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"A l'unanimité. Attendu qu'Epie, fille de Dionysios, se comporte avec piété envers les dieux et avec dévouement envers le peuple ; attendu qu’elle s’est toujours volontiers proposée pour assumer la charge de néocore ; qu'en ces occasions, elle n'a pas seulement montré son zèle envers la communauté mais qu'elle a encore fait restaurer les temples à ses frais et qu’elle a, la première, consacré des offrandes dans le sanctuaire d'Artémis et dans le temple d'Aphrodite ; attendu qu’en toute circonstance, elle fait preuve d’un dévouement semblable envers ses concitoyens et qu’elle souhaite maintenant construire le propylée de l'Artémision à ses frais, avec des colonnes de marbre, des entablements, des portes - car dans l'état actuel, certaines ouvertures sont murées et d’autres sans vantaux. Plaise au Conseil et au peuple d'accorder l'éloge à Epie, fille de Dionysios, pour son mérite, sa vertu et et sa générosité envers la cité. Qu'après avoir construit le propylée, elle y inscrive : «Epie, fille de Dionysios, a dédié la restauration et la construction du propylée à Artémis Protectrice des naissances et au peuple»."
Stèle, Thasos, Ier s. av. J.-C.
Ce
décret de Thasos appartient à un groupe de quatre documents
remerciant une bienfaitrice religieuse, Epie. Elle a été
néocore d'Artémis (cf. document ci-dessus), néocore
de Déméter et de Koré, et néocore d'Athéna,
une responsabilité qui lui a été conférée
à vie. En tant que néocore d'Artémis, elle a offert
des cadeaux à la divinité et fait construire le propylée
du sanctuaire. En remerciement, Epie a reçu le droit d'inscrire
son nom sur le nouveau porche. C’était un honneur prestigieux
réservé d’ordinaire à des hommes. Le fait
qu'Epie en ait bénéficié indique en quelle estime
elle était tenue à Thasos.
Les
décrets soulignent qu'Epie a souvent été la seule
Thasienne à accepter une néocorie, les autres femmes ne
pouvant assumer une contribution financière si élevée.
L'exception que constitue l'aisance matérielle d'Epie trahit
un affaiblissement numérique de la classe fortunée thasienne.
Ce phénomène avait pour conséquence que les membres
des rares familles riches assumaient des responsabilités financières
dans tous les domaines de la vie civique, y compris la religion.
Engagée
comme néocore d'Artémis Protectrice des naissances, Epie
devait être mariée. Pourtant seule est mise en évidence
la lignée paternelle d’Epie dont elle tirait certainement
son prestige social et sa fortune. On notera aussi qu’Epie paraît
assumer ses dépenses sans l'assistance d’un tuteur.
Avant
de recourir à la générosité d'Epie, les
autorités avaient sollicité d’autres Thasiennes.
Il semble que Thasos avait tenté d’instituer un cycle d'obligations
religieuses pour lesquelles les citoyennes aisées étaient
sollicitées à tour de rôle. Ce cycle devait comporter
les responsabilités religieuses les plus coûteuses. Il
représentait le service public dû par les riches Thasiennes
à leur communauté.
Le
document insiste sur l'étendue des générosités
d'Epie. Les néocories ont permis Epié de satisfaire son
goût des responsabilités, de participer à la vie
de sa cité, de faire étalage de sa fortune, d’accroître
sa gloire et celle de sa famille. Epie constitue un exemple de bienfaitrice
religieuse, une femme qui à travers des réalisations dans
le domaine sacré a acquis peu à peu une véritable
dimension publique au sein de sa collectivité civique.