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Première édition critique des Œuvres complètes
Conduite par une équipe internationale de chercheurs dont les travaux ont été soutenus par le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique et par des institutions privées, la nouvelle édition des Œuvres complètes de Charles-Albert Cingria a été réalisée sous la direction d’Alain Corbellari, Maryke de Courten, Pierre-Marie Joris, Marie-Thérèse Lathion, Daniel Maggetti et Thierry Raboud dans le cadre du Centre de recherches sur les lettres romandes de l’Université de Lausanne, où est conservée la plus grande partie des manuscrits de l’écrivain. Elle est éditée par L’Age d’Homme dans la collection « Caryatides ».
Les caractéristiques principales des OC sont les suivantes :
Pour la première fois, l'ensemble de l'œuvre de Cingria est pris en compte ; à la totalité des textes que l'auteur a publiés de son vivant s'ajoutent un grand nombre d'inédits restés jusque-là à l'état de manuscrits.
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L'édition adopte des principes scientifiques aussi bien dans l'établissement des textes que dans leur accompagnement ; des notes explicatives, des relevés de variantes, des notes sur le texte et des commentaires critiques proposent des éclairages génétiques, des éclaircissements thématiques, des précisions intertextuelles, des pistes interprétatives.
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Soucieuse de refléter les différentes pulsions et postures d'écriture de Cingria, qui aboutissent à des solutions stylistiques et génériques variées, la nouvelle édition ne se contente pas de suivre la chronologie de la production de l'écrivain, mais regroupe ses récits selon trois axes qui justifient le partage en trois parties : les « Récits » (dans les deux premiers volumes), où l'on observe comment Cingria est tenté par la fiction ; les « Essais » (volume 3 et 4), réunissent les contributions historiques et musicologiques érudites portant essentiellement sur le Moyen Age ; les « Propos » (volumes 5 et 6) enfin, lieu d'une écriture davantage en prise sur l'actualité et souvent destinée à la presse périodique.
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Dans chaque volume, un cahier iconographique reproduit, à l'échelle de la collection, les illustrations des éditions originales.
Un système d'index et de repères permet au lecteur de circuler d'un volume à l'autre, et de s'orienter aisément dans une œuvre étendue et complexe.
Par sa rigueur, son exhaustivité, sa volonté d'aider le lecteur dans sa découverte, son souci constant de lisibilité, cette nouvelle édition est une réalisation qui répond aux critères scientifiques que l'on attend d'une entreprise de cette nature, tout en restant accessible à un public non spécialisé. Elle est donc à même de mieux faire connaître un des plus grands écrivains du XXe siècle, dont elle permet de mesurer la qualité esthétique, la richesse des contenus et des sujets, ainsi que l'ampleur de l'écriture : elle valorise par là en le prenant en charge de manière exemplaire, un moment clé du patrimoine culturel suisse.
Les Récits
Ces Récits comportent chacun des textes parus en volumes, en revues, des inédits souvent importants, et des « Ateliers » qui traitent de fragments : feuillets épars, notes, textes incomplets, souvent très travaillés et laissés là en attendant un moment plus propice ; certains, lacunaires, paraissent être rescapés d’un naufrage, d’une catastrophe ou d’un accident, comme Cingria l’a souvent raconté : auteur et manuscrits font vie commune et en partagent les aléas.
Cette plongée dans les manuscrits sous toutes leurs formes et dans la diversité des supports possibles est révélatrice de l’activité de l’écrivain, de tout un côté de laboratoire des possibilités narratives ou critiques, du potentiel que recèlent mots et expressions, de la difficulté dans le choix des synonymes, quand on veut que les textes restent ouverts, libres, dégagés.
Pour mettre en place les « récits », terme le plus souple et le plus large pour désigner ce mixte entre histoire et description que Cingria conjugue le plus souvent au présent et à la première personne, les chercheurs ont refusé l’ordre chronologique (qui est celui de l’édition des Œuvres complètes publiées à L’Age d’Homme sous la direction de Pierre-Olivier Walzer entre 1967 à 1981) et l’ordre alphabétique qui aurait été celui des listes surréalistes. Ils ont séparé la suite des récits en deux séries:
D’une part, « Itinéraires et lieux dits » permettent de développer toutes les harmoniques des lieux, inséparables du temps. Se déclinent ainsi différentes modalités de rythmes, d’actions, d’impressions, de jeux : « Fuites et poursuites », « Explorations », « Etapes » (de lieu en lieu, selon son mode préféré de déambulation) et « Regards ».
D’autre part, « Histoires et scènes » regroupent les écrits à teneur anecdotique ou fabuleuse ; c’est le narrateur-personnage qui interroge le lieu, recourt parfois à la troisième personne, amorce une intrigue, élabore une légère trame. Se succèdent ainsi « Fabulations », « Contes » et « Epiphanies » (comme autant de petites scènes observées qui témoignent de cette passion du réel qui habite l’écrivain). A cela s’ajoutent, outre les ateliers déjà décrits, trois catégories à part : « Retours sur l’enfance » (textes rétrospectifs autobiographiques), « Adresse » (c’est toute la veine dialogique de Cingria qui s’exprime ici, que ce soit dans le « Grand Questionnaire » ou dans des lettres fictives ou réelles, familières ou philosophiques, selon l’héritage de Pétrarque) et « Cingria avant Cingria » (textes de jeunesse, tous parus dans des revues suisses entre 1904 et 1908, puis entre 1915 et 1919).
Les Propos
A la différence des Récits, les écrits de ces nouveaux volumes, souvent brefs, ne racontent pas une ou des histoires, mais ils renseignent ou convainquent sur « toutes sortes de choses ».
Selon leur thème dominant, ils sont répartis en huit sections : Esthétique générale, Poétique, Littérature et Beaux-Arts pour le premier volume, Musique, Idées politiques, Philosophie et Religion, enfin Culture et Société pour le second. Dans ces quelque six cents textes, dont la moitié environ avait été laissée inédite par l’auteur, chacun trouvera ses propres sujets de prédilection, et les idées de Cingria bien affirmées, avec humeur ou délicatesse, enthousiasme ou mépris. Deux cahiers iconographiques agrémentent ces textes.
La remarquable culture de Cingria et ses sauts dans le temps et dans l’espace, associés à une spontanéité toujours en éveil, font de ces articles, originairement disséminés dans de multiples revues et aujourd’hui rassemblés, un délice de lecture. Ne boudez pas ce plaisir…
Les Essais
Réunissant tout ce qui ressortit à la posture « érudite » de Cingria, les deux volumes des Essais forment véritablement le cœur de son œuvre.
Car l’érudition est loin d’être un passe-temps accidentel de notre auteur : elle est motivée par des aspirations profondes qui tendent à situer dans le Moyen Age central un apogée de la culture et de la civilisation occidentale que Cingria n’aura de cesse d’exalter et de faire redécouvrir.
Portés par un désir de réhabilitation, ces deux volumes ont été les plus difficiles à mettre en œuvre. Les sujets abordés par Cingria n’étant pas forcément familiers à tous les lecteurs, l’explication et le balisage annoté de son travail se sont avérés indispensables, tout comme un travail éditorial approfondi sur les portées dont l’auteur parsème ses textes musicologiques.
Le premier volume des Essais contient des études sur la musique du Moyen Age et la civilisation de Saint-Gall, ainsi qu’un ensemble de textes sur la Pré-Renaissance italienne. Le second volume contient un vaste ensemble inédit sur la poésie courtoise, intitulé Les Grands Lyriques provençaux cités par Dante et par Pétrarque, ainsi que des textes historiques majeurs comme La Reine Berthe et sa famille.