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Cette statuette masculine accroupie, dont le cou est orné de perles et les chevilles d’anneaux métalliques, est un mortier du peuple luluwa de République démocratique du Congo. Le sommet de la tête de la figure a été creusé pour que du tabac, du chanvre ou d’autres ingrédients magiques à inhaler ou à consommer, faisant partie de la guérison ou des pratiques de divination, puissent y être broyés, à l’aide d’un pilon aujourd’hui disparu. Fumer le chanvre représentait un moyen d’entrer en contact avec les ancêtres et le monde des esprits.
La symbolique de cette figure et de sa position offrent plusieurs interprétations.
Il pourrait s’agir d’un chef méditant sur ses devoirs et ses responsabilités. Mais il est aussi possible que cette figurine ait été associée à un rituel de chasse comme le suggère la comparaison avec une autre figurine accroupie luluwa de la collection Barbier-Mueller, identifiée comme un fétiche de chasse. Dans ce cas, la statuette fait partie intégrante d’un rituel. Elle sert à la préparation du tabac qui est ensuite fumé dans une pipe.
Le chasseur souffle de la fumée sur celle-ci pour activer son pouvoir et s’assurer du succès de la chasse.
La position accroupie est synonyme de repos dans des sociétés où les tabourets et les chaises n’étaient guère disponibles ni utilisés communément. D’autre part, elle peut évoquer la maladie, la douleur, voire les remords et le chagrin. Chez les Tchokwe, un peuple voisin des Luluwa, les figures tapies représentent des ancêtres qui se lamentent d’être délaissés par leurs descendants.
La caractéristique la plus frappante de ce mortier est la description détaillée d’un grand pénis en érection. Dans les arts de certaines cultures africaines, le phallus surdimensionné est associé à l’humour et à la raillerie. Ici, il pourrait également faire référence aux pouvoirs sexuels reproducteurs de personnes de haut rang. Dans de nombreuses sociétés africaines, les chefs sont considérés comme responsables de la fertilité des sols et de la fécondité des êtres qu’ils gouvernent. L’importance accordée au pénis pourrait être liée spécifiquement aux troubles érectiles et à d’autres problèmes sexuels auxquels cette statuette aurait été censée remédier.
Constantine Petridis a consacré à cet objet l’article « Mortier ou amulette ? Un récipient à caryatide luluwa » dans Arts & Cultures 2009, pp. 124-137.