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La pandémie continue à marquer le vocabulaire quotidien, mais le mot de l'année 2021 en Suisse romande est lié à l'identité de genre: il s'agit de "iel", contraction de "il" et de "elle" pour évoquer une personne, quel que soit son genre. Ce néologisme devance les termes "précarités" et "variants", selon la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) qui a analysé les mots les plus utilisés dans la presse suisse.
"Iel", qui se dit "iels" au pluriel, est un nouveau pronom, c'est-à-dire un terme grammatical, une catégorie dans laquelle les néologismes sont très rares. "Il s'agit donc d'un remarquable phénomène linguistique, indépendamment de la question de sa légitimité", indique mardi le département de linguistique de la ZHAW.
>> A écouter, le slam de Narcisse:
En novembre, "iel" a fait une entrée fracassante dans le dictionnaire en ligne Le Robert et a cristallisé plusieurs débats houleux autour de la transidentité et de l'écriture inclusive. Ce néologisme s'est même invité dans la campagne présidentielle française, éclipsant momentanément les problèmes liés à la pandémie.
"Iel" constitue un signe fort que la langue française vit et se développe avec la société qui évolue. Il nous confronte au changement, écrit la ZHAW.
Conflit de générations
Le mot est apparu vers les années 2010, porté à l'origine par la communauté LGBT. Il a commencé à être diffusé trois ans plus tard, en grande partie grâce aux réseaux sociaux. Pour la socio-linguiste Marinette Matthey, "il y a un effet générationnel très profond. Les moins de 30 ans sont plus ouverts aux questions de genre et avoir un nouvel outil pour l'exprimer paraît une très bonne chose".
>> A écouter, le commentaire d'Alice Delorme Benites, membre du jury et enseignante-chercheuse à la Haute école zurichoise:
Phénomène de mode ou modification profonde de la langue, le mot "iel" entrera-t-il dans le langage courant? Et le fait qu'il soit issu d'une minorité militante peut-il être un obstacle à son usage? "On ne peut pas le savoir mais je me souviens de mon propre combat féministe dans les années 1970 - porté également par une minorité militante - pour faire disparaître le discriminant 'Mademoiselle', aujourd'hui bien obsolète", indique Marinette Matthey.
La pandémie et son nouveau lexique
Classé en deuxième position par le jury francophone, le "précarité" était dans toutes les bouches en cette année de pertes d'emploi, de factures impayées, de fermetures d'enseignes et de personnel soignant éreinté.
Plus directement virologique, le pluriel "variants" a distingué 2021 de 2020. Après l'arrivée du Covid-19 en Europe l'an dernier, autorités et habitants ont commencé à compter les variants cette année et à leur donner des noms inspirés de l'alphabet grec. Ce pluriel imprévisible remet tout en question à grands coups de mutations, souligne la ZHAW.
mcm avec Swissinfo
Et les mots d'autres langues
En Suisse alémanique, la pandémie a aussi dominé l'usage de néologismes en 2021. Ainsi, "Impfdurchbruch" y est le mot de l'année. Il signifie littéralement "percement du vaccin" et décrit le fait de tomber malade du Covid tout en étant vacciné.
Côté italophone, "certificato" vient en tête. Désignant le certificat Covid, l'usage omniprésent de ce mot en Suisse italienne montre que la pandémie continue à préoccuper la population dans toutes les régions linguistiques.
Pour les Romanches, le mot qui a marqué 2021 est "respect". Son usage répété révèle la préoccupation de la population face au fossé qui sépare la majorité vaccinée et la minorité refusant de se faire vacciner. Dans les vallées grisonnes romanchophones, il a souvent été utilisé pour marquer l'importance de surmonter les clivages en respectant l'opinion divergente.