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Le règlement "Le combat moderne en Europe": une référence incontournable dans la réflexion sur l'art de la guerre et la transition vers l'Armée XXI
20 février 2000
Valable dès le 1er juillet 1999, la documentation du chef de l'Etat-major général sur le combat moderne en Europe (52.15) constitue une référence incontournable, dans notre pays, pour toute réflexion sur l'art de la guerre, la doctrine militaire tactique comme opérative.
Ecrit par le Groupe des renseignements, ce manuel rassemble et résume en effet l'essentiel des informations quant aux moyens, principes et capacités des Forces armées occidentales les plus modernes. Servi par une forme agréable, avec ses illustrations et schémas colorés, il indique sans conteste la voie à suivre et la transition qu'entraînera l'Armée XXI.
Sur la voie de l'interopérabilité
Destinée en priorité aux officiers des Forces terrestres, cette documentation survient à point nommé, dans le processus de l'Armée XXI, pour mettre au rebut certaines idées surannées et ne considérer que les seuls faits. Dans "Le combat moderne en Europe" sont décrites principalement les Forces de l'OTAN, Etats-Unis, France et Allemagne en particulier; il ne s'agit donc pas d'une présentation d'un adversaire potentiel, mais d'une représentation technique de capacités, utilisable par tous les échelons jusqu'aux grandes unités, pour prendre le chemin de l'interopérabilité.
Face à l'ampleur comme à la complexité du sujet, des choix ont dû être faits pour limiter l'ouvrage à 314 pages: la description se restreint aux niveaux opératif et tactique, de même qu'aux seules opérations de type guerrier. L'éventail des chapitres reste cependant large et s'articule en 5 grands domaines: les moyens (organisation et matériels), les formes classiques du combat, les éléments d'appui au combat, les domaines particuliers (combat en zone urbaine ou montagneuse, ou encore forces spéciales) et la prospective, y compris une perspective nationale hélas largement contestable.
Moyens: ordres de bataille et matériels
Pour donner une base solide aux chapitres suivants, le manuel s'ouvre par une succession de 27 ordres de batailles majeurs; sont présentées la plupart des grandes unités américaines, françaises, allemandes et italiennes, avec également celles de l'OTAN et un exemple russe. L'articulation descend jusqu'au niveau compagnie/batterie, voire section, avec un récapitulatif chiffré des effectifs et matériels.
La description de ceux-ci fait l'objet d'un autre chapitre, qui résume en 14 pages les caractéristiques des principaux véhicules et équipements modernes, aussi bien sur terre qu'en l'air. Regrettons que certaines données importantes, comme la vitesse, l'autonomie ou le blindage, n'y figurent pas: la consultation de certaines revues spécialisées reste de mise.
Les trois formes du combat
La doctrine militaire opérative et tactique de l'OTAN est traitée selon les 3 formes du combat conventionnel: l'attaque, la défense et le combat retardateur. Le manuel rassemble ici une somme particulièrement valable d'informations sur les manœuvres standards, de la division jusqu'à la compagnie, ainsi que sur les éléments dimensionnels du combat. Même si chiffres et schémas doivent être adaptés aux différences de terrain, ils soulignent les limites intellectuelles inhérentes à notre doctrine de défense dynamique héritée de l'Armée 95.
Si de nombreuses données s'appliquent de manière générale à l'OTAN, les différences nationales, qu'elles soient dues aux moyens ou aux principes d'engagement, ne sont pas écartées: l'exposé de l'attaque d'une position préparée d'un groupement de combat américain cohabite ainsi avec l'attaque d'un régiment blindé français.
Appui au combat et information
Les différents formes d'appui au combat sont décrites de manière similaire: artillerie, aviation, DCA, génie ou logistique sont abordées sous la double perspective de leurs moyens et de leur engagement. Le texte porte avant tout sur la doctrine et les éléments temporels ou dimensionnels aux niveaux opératif et tactique. La plupart des données, comme le temps entre le repérage d'une cible et le feu d'efficacité ou la zone de minage d'une batterie pour l'artillerie, constituent autant d'éléments arithmétiques indispensables à la compréhension du combat moderne.
Un accent particulier est mis sur l'information, qu'il s'agisse de son acquisition (exploration) ou de sa transmission (commandement et contrôle). Complètement sous-évaluées ou carrément absentes dans notre armée, les notions de déception et d'opération psychologique, de guerre électronique et de renseignements, sont ici traitées de manière simple et concise, offrant à chaque officier un aperçu utile dans ses activités de commandement.
Domaines particuliers: les forces spéciales
Plusieurs domaines particuliers du combat sont également abordés, comme le combat en milieu urbain ou montagneux, bien que le premier sont nettement plus important que le second. Ici encore, les principes généraux de l'OTAN - voire d'autres pays non membres de l'Alliance - sont reproduits sans détail inutile.
Un chapitre complet traite par ailleurs des forces spéciales, dans l'importance avant ou pendant le combat est sans cesse croissante. Presque complètement absentes dans notre armée, les forces spéciales des nations occidentales font l'objet d'une description précise de leurs missions et engagements possibles, mais également de leur instruction et de leur matériel.
Prospective: une perspective discutable
L'une des qualités majeures de cette documentation réside dans le fait que chaque chapitre, systématiquement, comporte plusieurs paragraphes de prospective présentant l'évolution probable à court et moyen terme. L'intégration des technologies de l'âge de l'information à l'outil militaire, avec leurs capacités et leurs faiblesses, promettent en effet de bouleverser l'art de la guerre dans les 25 prochaines années - la fameuse "révolution dans les affaires militaires" -, et une telle perspective est indispensable.
En revanche, l'avant-dernier chapitre, intitulé "les chances de la Suisse", oppose une vision parfaitement discutable à cette orientation. Les auteurs se sont-ils sentis contraints, après avoir exposé des capacités en face desquelles notre armée fait parfois bien pâle figure, d'affermir le moral du lecteur helvétique? Toujours est-il que les vraies "chances de la Suisse" résident difficilement dans les infrastructures de combat fixes, le relief montagneux ou l'interruption des transversales alpines. De même, croire que les moyens de haute technologie sont sans effet en milieu urbain ou montagneux relève de la profession de foi, et non de l'expérience.
Conclusion: un ouvrage indispensable
Cette perspective n'amoindrit toutefois pas l'importance de ce manuel, qui se révèle absolument indispensable. En parfait accord avec notre stratégie en matière de politique de sécurité, "la sécurité par la coopération", cette documentation a en effet pour qualité supplémentaire d'utiliser la terminologie de l'OTAN, qu'il s'agisse des abréviations, des définitions ou des signes conventionnels, et que plusieurs glossaires et tabelles permettent d'esquisser cette transition à laquelle nous contraignent non seulement la mise en place de l'Armée XXI, mais aussi le bon sens.
Plt Ludovic Monnerat
Sources
Documentation du chef de l'Etat-major général, "Le combat moderne en Europe", 52.15
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