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"Je me considère comme une personne très chanceuse!"
Publié le 29.06.2023
Parmi les artistes invités, il n’en est pas de plus fidèle que Gábor Takács-Nagy, présent depuis 1987, d’abord avec son violon, puis à la baguette. Rencontre avec ce chef qui dirigera d’anciens collègues et étudiants de la HEM, ainsi que L’Orchestre de Chambre de Genève avec le pianiste russe Mihkail Pletnev.
Vous vous produisez chaque année au Festival de Bellerive. Avez-vous un rôle officiel dans son organisation?
Je joue au festival depuis 1987. J’ai commencé avec mon quatuor, puis comme violoniste, et maintenant à la direction d’orchestre, mais je n’ai pas de rôle officiel ; c’est ma femme, Lesley, la big boss!Est-ce là que vous l’avez rencontrée?
Non, en fait, je l’ai rencontrée en 1985 lors d’un autre concert que je donnais avec mon quatuor. Je l’ai remarquée dans le public ; je la cherchais des yeux entre les mouvements. Elle nous a invités à jouer dans son festival deux ans plus tard. C’est une histoire très romantique!
En fait, la première fois que j’ai dirigé, c’était à Sion à l’Académie de Musique Tibor Varga. C’est un peu plus tard que j’ai commencé à diriger des concerts au Festival de Bellerive.Pensez-vous que vous vous seriez intéressé à la direction d’orchestre si vous n’aviez pas dû arrêter le violon?
Probablement pas, mais qui sait? Si je n’avais pas eu de problèmes à la main, je ne pense pas que j’aurais arrêté. À l’époque, c’était une très mauvaise nouvelle; avoir un problème à la main quand on est violoniste, c’est catastrophique, c’était ma carrière. Puis je me suis tourné vers la direction, et j’en suis très heureux. Je me considère comme une personne très chanceuse!Si on regarde la liste des artistes qui sont passés par le Festival, on voit un nombre impressionnant de grands artistes.
Certains d’entre eux se sont d’ailleurs produits au festival en début de carrière. Lesley est très douée pour découvrir de jeunes talents.Les Hongrois en représentent une bonne partie.Était-ce une manière de promouvoir les artistes hongrois ?
C’est vrai que beaucoup de Hongrois sont venus au festival, mais je ne l’ai pas fait pour cela. Pour la plupart, ce sont des artistes que je connais, donc c’était l’occasion de les inviter. Si ce sont des amis, c’est un plus, mais ce qui prime par-dessus tout, c’est la qualité artistique.
J’ai enseigné au Conservatoire de Genève, qui est par la suite devenu Haute École de Musique, pendant environ 25 ans. J’ai un lien fort avec l’institution et je souhaite l’entretenir.
L’idée était de collaborer avec la HEM en faisant jouer des professeurs et un ensemble constitué des meilleurs étudiants.
Nous avons alors fait appel au violoniste Sasha Rozhdestvenskiy, fils du légendaire chef d’orchestre, et à l’altiste Máté Szücs, qui a été alto solo du Philharmonique de Berlin. Quand j’ai rencontré Sir Simon Rattle l’année dernière, il m’a dit «Tu sais, je pense que Máté est un des meilleurs altistes au monde». Ce sont deux musiciens extraordinaires, parfaits pour la Sinfonia Concertante de Mozart.
C’est un orchestre très spécial pour lequel les étudiants sont soigneusement sélectionnés. Nous avons pris les meilleurs étudiants qui sont déjà avancés dans leur cursus. Ils ont déjà un pied dans le monde professionnel.
Un peu à l’image du Verbier Festival Chamber Orchestra que vous dirigez également?
Exactement! Le VFCO a justement servi de modèle pour cet orchestre-là: de jeunes professionnels triés sur le volet pour leurs qualités musicales. La différence est que, pour cette collaboration, la HEM a eu la brillante idée d’intégrer quelques professeurs à l’orchestre, comme le flûtiste Jacques Zoon, ou Máté Szücs qui endossera le rôle d’alto solo pour la Symphonie n°3 de Brahms. De cette manière, les étudiants n’apprennent pas seulement pendant leurs cours, mais également en orchestre, dans un cadre un peu plus professionnel.
Nous l’avons fait l’année dernière, et c’était fantastique. Les retours ont été tellement positifs que nous avons renouvelé l’expérience. Les étudiants, en plus d’être évidemment très bons musiciens, ont montré un grand enthousiasme.
Nous essayons au maximum d’offrir au public une diversité de répertoire et de styles. Par exemple, le 13 juillet sera un concert de musique de chambre consacré à deux œuvres françaises relativement peu jouées: le Quintette pour piano et cordes de César Franck et le Concerto pour violon, piano et quatuor à cordes d’Ernest Chausson. À coup sûr un concert rempli d’émotions; à mon sens, elles sont particulièrement profondes, sensibles et spectaculaires. Elles ne sont pas très connues mais méritent d’être découvertes!
Un autre objectif du festival est de tendre la main au jeune public et le faire tomber amoureux de la musique classique. Le concert du dimanche matin (9 juillet) sera un concert familial avec, notamment, Le carnaval des Animaux de Saint-Saëns, Ma Mère l’Oye de Ravel, ou des extraits de Jeux d’enfants de Bizet...un programme parfait pour les petites oreilles! Sans compter que le lieu est magnifique ; on a une vue imprenable sur le lac depuis la scène!
La musique est un «médicament spirituel», et nous sommes très fiers, au festival, d’observer que tout le monde ressort de nos concerts avec le sourire. Chacun a ses problèmes, mais c’est important de leur permettre d’oublier les soucis le temps d’un concert magique.
Festival de Bellerive
Du 7 au 14 juillet 2024à La Ferme de Saint-Maurice, Collonge-Bellerive
Informations, programmation, réservations:
bellerive-festival.ch
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