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REMARQUES HISTORIQUES.
Deux auteurs peuvent, à des titres divers, revendiquer cet ouvrage : le plus grand de nos écrivains et le fils du plus grand de nos rois.
Ecoutons Bossuet : « Nous lui avons enseigné, dit-il, en parlant du Dauphin, dans la Lettre à Innocent XI ; nous lui avons enseigné l'histoire. Et comme c'est la maîtresse de la vie humaine et de la politique, nous l'avons fait avec une grande exactitude : mais nous avons principalement eu soin de lui apprendre celle de la France, qui est la sienne. Nous ne lui avons pas néanmoins donné la peine de feuilleter les livres; et à la réserve de quelques auteurs de la nation, comme Philippes de Commines et du Bellay, dont nous lui avons fait lire les plus beaux endroits, nous avons été nous-mêmes dans les sources, et nous avons tiré des auteurs les plus approuvés ce qui pouvait le plus servir à lui faire comprendre la suite des affaires. Mous en récitions de vive voix autant qu'il en pouvait facilement retenir : nous le lui faisions répéter; il l'écrivait en français, et puis il le mettait en latin : cela lui servait de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son français que son latin. Le samedi il relisait tout d'une suite ce qu'il avait composé durant la semaine; et l'ouvrage croissant, nous l'avons divisé par livres, que nous lui faisions relire très-souvent
» L'assiduité avec laquelle a continué ce travail l'a mené jusqu'aux derniers règnes: si bien que nous avons presque toute notre histoire en latin et en français, du style et de la main de ce Prince. Depuis quelque temps, comme nous avons vu qu'il savait assez de latin, nous l'avons fait cesser d'écrire l'histoire en cette langue. Nous la continuons en français avec le même soin ; et nous l'avons disposée de sorte qu'elle s'étendit à proportion que l'esprit du Prince s'ouvrait et que nous voyions son jugement se former, en récitant fort en abrégé ce qui regarde les premiers temps, et beaucoup plus exactement ce
II
qui s'approche dos nôtres. Nous ne descendons pas néanmoins dans un trop grand détail des petites choses, et nous ne nous amusons pas à chercher celles qui ne sont que de curiosité : mais nous remarquons les mœurs de la nation bonnes ou mauvaises : les coutumes anciennes, les lois fondamentales : les grands changement et leurs causes: le secret des conseils : les événements inespérés, pour y accoutumer l'esprit et le préparer à tout : les fautes des rois et les calamités qui les ont suivies : la foi qu'ils ont conservée pendant ce grand espace de temps qui s'est passé depuis Clovis jusqu'à, nous : cette constance à défendre la religion catholique, et tout ensemble le profond respect qu'ils ont toujours eu pour le saint Siège.....
» Mais afin que le Prince apprit de l'histoire la manière de conduire les affaires, nous avons coutume, dans les endroits où elles paraissent en péril, d'en exposer l'état et d'en examiner toutes les circonstances, pour délibérer, comme on ferait dans un conseil, de ce qu'il y aurait à faire en ces occasions ; nous lui demandons son avis ; et quand il s'est expliqué, nous poursuivons le récit pour lui apprendre les événements. Nous marquons les fautes, nous louons ce qui a été bien fait : et conduits par l'expérience, nous établissons la manière de former les desseins et de les exécuter (1).»
Cet exposé si clair et si lumineux nous fait connaître, non-seulement l'objet et le contenu de l'Histoire de France, mais encore la pensée première et le double travail qui nous l'a donnée : nous n'ajouterons pas un mot. Seulement une remarque. Bossuet a corrigé, si nous en croyons nos impressions, les thèmes latins du Dauphin plus soigneusement , plus ponctuellement que ses récits français : pourquoi cela ? Parce que le style de la partie française ne devait pas, telles sont du moins nos conjectures, paraître dépasser la force d'un jeune élève, encore dans le cours de ses études: pourquoi encore? Parce qu'on eut longtemps le dessein de publier l'Histoire de France, sous le nom du Prince : le titre du manuscrit porte en toutes lettres : Par M. le Dauphin, et lui-même se désigne dans plus d'un passage comme tenant la plume, par exemple au commencement du règne de Hugues Capet: « Comme je tire mon origine des Capévingiens, dit-il, j'ai dessein d'écrire leur histoire plus au long que je n'ai fait celle des deux races précédentes (2) »
Ainsi que le Prince vient de nous le faire entendre, l'histoire des deux premières races est tracée sommairement, en traits rapides ; mais l'histoire de la troisième race renferme d'intéressants détails et des réflexions profondes. Les traits lumineux qui éclairent tout l'ouvrage, bien qu'ils nous viennent comme à travers une ombre, nous révèlent
1 De l'Instruction de Monseigneur le Dauphin, au pape Innocent XI, ci-dessus, vol. XXIII, p. 22. — 2 Dans ce volume, p. 44.
III
encore le maître qui a présidé à sa composition. Bossuet voulait le conduire jusqu'à Louis XIV; il l'a fini avec le règne de Charles IX.
L'Abrégé de l'Histoire de France fut publié pour la première fois dans l'édition qui porte le nom de Liège, en 1767. On l'a reproduit ici d'après cette édition. Plusieurs éditeurs ne l'ont point donné avec les œuvres complètes.