Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07032.jsonl.gz/54

Le langage, nous dit-on, est une des principales caractéristiques qui distingue l'être humain de l'animal : en nous permettant d'échanger des idées, même les plus abstraites, il confère à notre espèce un avantage décisif du point de vue de l'évolution et constitue un système de communication aussi complexe qu'efficace.
Pourtant, nous faisons quotidiennement l’expérience de ce qui, au sein même du langage humain, semble faire obstacle à une communication efficiente, tels que l'ambiguïté ou le flou sémantique.
Ainsi, les messages que nous tentons de transmettre à nos interlocut·rices doivent sans cesse être précisés, voire même "négociés", d'autant plus que les mots que nous utilisons ne semblent pas toujours faire référence aux mêmes concepts pour chacun·e d'entre nous.
Et si, au fond, loin d'être anecdotiques, ces phénomènes linguistiques constituaient autant d'attestations de ce que le langage n'est en réalité pas optimisé pour la communication, mais pour autre chose ?
Dans mon projet de recherche, je propose de démontrer que le langage humain a évolué et est en réalité optimisé pour la coordination plus que pour la communication.
Je définis la coordination comme un processus qui, pour aboutir avec succès -- et contrairement à la communication -- ne requiert pas que chaque signal linguistique soit décodé de manière identique par chaque individu. Se coordonner au sein d'un groupe, c'est faire entrer en correspondance des espaces conceptuels distincts, permettant par là-même de réconcilier les spécificités des expériences individuelles.
Ce faisant, je propose d'explorer l'avantage sélectif que confère à notre espèce le langage humain vu comme système de coordination. J'émets l'hypothèse que le langage permet de catalyser l'intelligence collective, définie comme la capacité pour l'espèce de s'adapter à un défi environnemental mettant en jeu sa survie, ou plus simplement de trouver une solution optimale face à un problème donné. En permettant à chaque membre de l'espèce d'entretenir autant de représentations du monde différentes, je postule de plus que le langage permet à l'échelle du groupe d'explorer et de partager autant de solutions possibles à un problème donné.
D'un point de vue méthodologique, mon projet met en concurrence différentes hypothèses quant à la fonction du langage humain, en créant pour chacune d'entre elle un système informatique spécifique qui modélise tour-à-tour les processus de communication et de coordination. L'objectif est ainsi de pouvoir reproduire artificiellement l'évolution de deux populations d'individus sur plusieurs générations, et d'analyser comparativement les bénéfices de la communication et de la coordination sur leurs développements respectifs.