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Le Manifeste du Parti communiste a cent cinquante ans, la Confédération aussi
et la grève générale de 1918 fête ses quatre-vingt ans. Retour sur une époque où deux cent cinquante mille ouvriers s’opposaient à la bourgeoisie.
L’année se termine en 8 ; on reparle donc de la grève générale. Ë Berne par exemple, des notables débattront du sujet le 19 novembre. Il y aura deux historiens : Nathalie Imboden et Hans Ulrich Jost, deux conseillers nationaux : le président Ernst Leuenberger et Paul Rechsteiner, futur président de l’Union syndicale, ainsi que Martin Rothenbühler pour présider.
Un quart de million de travailleurs en grève
Pourquoi toujours évoquer ce passé ? Est-ce comme 1515 Marignan, une défaite devenue miraculeusement une victoire pour la mémoire populaire ? Rappelons les faits en citant le tableau chronologique de La Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses : « 1918, un quart de la population dans le besoin ; épidémie de grippe ; 11 novembre, Armistice ; 11 au 14 novembre, Grève générale ».
Autres événements cités pour l’année : « Rupture diplomatique avec la Russie des Soviets, Caisse nationale suisse en cas d’accidents, Berne : PAB (actuellement UDC). »
En réalité, c’est l’arrogance avec laquelle les autorités et le patronat ont traité les travailleurs, mobilisés ou non, qui a provoqué l’explosion.
Ë l’occasion du cinquantenaire de la Grève de 1918, l’Union syndicale avait convoqué un congrès spécial, fait frapper une médaille et publié plusieurs livres. En français il était de Constant Frey et DP en a parlé. Un quart de million de travailleurs ont fait grève. Leurs revendications en neuf points étaient réformistes et ont été réalisées depuis lors « à la Suisse », donc tardivement.
Le 14 novembre, c’est l’appel à cesser la grève à la suite de l’ultimatum du Conseil fédéral. On trouve cette phrase dans l’adresse du Comité d’Olten (qui siégeait à Berne) : « La classe ouvrière a cédé devant la puissance des baïonnettes, mais elle n’est pas vaincue. Pour la première fois, elle a prouvé que, s’il est nécessaire, la grève générale devient une arme de la plus terrible importance. Il s’agit là de la perfectionner, de la rendre plus redoutable. »
Les membres du Comité de grève ont comparu devant le Tribunal de la IIIe division au printemps 1919. Il y eut vingt et un inculpés et finalement quatre condamnés : Robert Grimm, Frédéric Schneider, Frédéric Platten et Ernest Nobs. Seul « Fritz » Platten a eu une fin tragique puisqu’il fut victime des purges staliniennes. Ernest Nobs est devenu président de la Confédération et Robert Grimm un des premiers conseillers d’État socialistes du canton de Berne. Parmi les vainqueurs de la lutte contre la grève, il faut compter les catholiques conservateurs qui ont obtenu un deuxième siège au Conseil fédéral. Ils ont aussi su faire oublier le Sonderbund. La bourgeoisie, effrayée par « le péril bolcheviste », a cherché à criminaliser tous ceux qui s’efforçaient de modifier l’ordre social. Socialistes, syndicalistes et même coopérateurs ont souvent subi les conséquences de cette « union sacrée ». Cela a renforcé la solidarité de classe, surtout dans les Montagnes neuchâteloises où une culture ouvrière autonome s’est développée en marge de la culture que l’on peut qualifier de bourgeoise.
Mais peut-être faut-il tourner la page et laisser aux historiens le soin de réécrire l’histoire des Suisses et des mythes du passé. Quant aux problèmes des plus défavorisés de notre société, ce ne sont pas des discours et des résolutions qui les résoudront. cfp
Les neuf revendications des grévistes de 1918
«Renouvellement immédiat du Conseil national d’après la proportionnelle. »
¥Ê« Droit de vote et d’éligibilité de la femme. »
¥Ê« Introduction du devoir de travailler pour tous. »
¥Ê« Introduction de la semaine de 48h dans toutes les entreprises publiques et privées. »
¥Ê« Organisation d’une armée essentiellement populaire.»
¥Ê« D’accord avec les producteurs agraires, assurer le ravitaillement.»
¥Ê« Assurance vieillesse et invalidité. »
¥Ê« Monopole de l’état pour l’importation et l’exportation. »
¥Ê«Paiement des dettes publiques par les possédants. »