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Un exploitation agricole antique à La Farlède
Cette opération intervient dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement urbainen périphérie du centre ancien de la commune de La Farlède (création d’une crèche et d’immeubles d’habitation).
Le terrain fouillé, sur une surface totale d’environ 6000 m2, a livré les vestiges de plusieurs constructions antiques appartenant probablement aux bâtiments d’exploitation agricole d’une villa (pars fructuaria) dont le développement semble attesté à partir du deuxième tiers du Ier s. apr. J.-C. Les fondations en pierres sèches de plusieurs ensembles de constructions, très arasés et partiellement récupérés, ont ainsi pu être dégagées.
Un vaste bâtiment d’une quarantaine de mètres de long pour huit mètres de large, divisé en six pièces de gabarit similaire, couvrait une superficie proche de 320 m². En l’absence de niveau de sol conservé, son interprétation reste ardue. L’aspect stéréotypé des pièces disposées en enfilade pourrait correspondre à un vaste espace de stockage, à moins qu’il ne s’agisse de cellules destinées à héberger les ouvriers agricoles ? L’hypothèse d’un bâtiment hébergeant des activités artisanales est également envisageable si l’on considère la présence de certaines structures (fosses, canalisations) associées à ce bâtiment, mais la carence de relations stratigraphiques ne nous permet malheureusement pas de le confirmer. Ce bâtiment pourrait s’étendre plus à l’ouest, hors des limites d’emprise, et paraît lié à un espace bâti mal défini implanté dans l’angle nord-ouest de la fouille, mais dont les limites d’extension vers le nord restent inconnues, le bâtiment se développant hors des terrains prescrits.
À l’est, un second bâtiment aux dimensions plus modestes, compartimenté en quatre espaces, a livré l’emplacement de 28 fosses correspondant à la mise en place d’un dispositif de dolia defossa disposées en batterie sur quatre rangées parallèles. Ce chai abritait également un bassin rectangulaire en béton de tuileau pourvu d’une cupule de vidange et d’une conduite d’évacuation. L’implantation de cette cuve intervient dans un second état du bâtiment, postérieurement à l’arrachage systématique des dolia. Ces deux états ne peuvent être datés avec précision. Au nord et à l’est, ce bâtiment est bordé par une galerie matérialisée par la présence de cinq bases carrées maçonnées.
Au sud, une seconde cuve de même facture, également pourvue d’une cupule de vidange et d’un canal d’évacuation, mais de taille moindre a été mise au jour. En l’absence d’éléments signalant les structures de production, des prélèvements de mortiers ont été réalisés sur le fond de ces cuves afin de connaitre leurs contenus et donc leurs fonctions. Les résultats de ces analyses physicochimiques, réalisées par le Laboratoire Nicolas Garnier, ont permis de mettre en évidence la présence de plusieurs corps gras d’origine végétale, dont l’huile d’olive, mais ils ont également démontré l’absence de dépôts caractéristiques liés au raisin ou au vin. Ces éléments paraissent donc témoigner d’une mutation importante avec un domaine passant peut-être d’une activité viticole à une production oléicole.
Ce deuxième bassin est implanté à proximité de trois petites pièces contigües pourvues de sols étanches en mortier de tuileau et chauffées par hypocauste, mais également raccordées à une canalisation d’évacuation souterraine. Cet espace, qui accueillait très probablement un petit secteur thermal, a livré un contrepoids de pressoir partiellement brisé et remployé dans les maçonneries. Ces dernières installations devaient également être abritées par un bâtiment dont le plan n’a pas été clairement identifié.
Plus au sud, les vestiges nous sont apparus encore plus arasés et mal conservés. On retiendra néanmoins la présence de deux murs aux tracés divergents et aux axes discordants par rapport à la trame antique observée, se dirigeant vers un quatrième bâtiment dont on n’a pu observer qu’un plan très partiel. Ces éléments pourraient signaler la présence d’une adduction d’eau matérialisée par un petit aqueduc aérien probablement destiné à alimenter l’espace thermal situé à proximité.
Plusieurs systèmes de collecte et d’évacuation d’eau, principalement matérialisés par des canalisations et un vaste collecteur central traversant le site d’ouest en est et dont les berges étaient consolidées ponctuellement par des murettes de pierres sèches, ont également été reconnus. Deux puits ont été fouillés dans la partie occidentale de l’emprise. Tous deux comblés au cours du Ier s. apr. J.-C., ils ont livré un lot important de céramiques ainsi qu’une petite coupelle à pied annulaire en bronze. Un troisième puits a été partiellement observé dans l’angle sud-est du terrain. Si son comblement paraît contemporain des deux autres, il se distingue par la présence de nombreux grands fragments de béton de tuileau issus du démantèlement d’une structure semblable aux deux cuves précédemment évoquées. Il pourrait s’agir d’éléments correspondant à une troisième cuve implantée au centre du site, déjà repérée au diagnostic, mais qui n’était plus visible que par la présence de ses niveaux préparatoires et de tranchées de spoliation.
L’un des intérêts majeurs de cette opération réside en la mise au jour d’un petit espace funéraire associé à l’occupation du Haut-Empire. Ce dernier est implanté dans l’angle sud-ouest de l’emprise, en bordure d’un vaste paléochenal traversant le terrain du sud-ouest vers le nord-est. Cette zone regroupe cinq dépôts secondaires de crémation en fosse dont l’une a livré un fond de dolium remployé en contenant cinéraire. Une sépulture d’immature déposé dans une panse d’amphore est également associée à ce secteur. Bien que très arasées, ces structures ont tout de même livré du mobilier céramique et de nombreux fragments de verre ainsi qu’une monnaie. Ces éléments permettent d’assurer une chronologie alto-impériale et donc une contemporanéité avec l’occupation des bâtiments étudiés. La zone est bordée par un petit mur qui ne partage pas l’orientation générale des murs de la villa et matérialise peut-être la limite du secteur funéraire. Plusieurs fosses retrouvées dans ce même secteur pourraient correspondre à des dépôts en lien avec cette petite nécropole. L’aspect funéraire est également perceptible au travers de la découverte d’une sépulture en coffrage de tegulae retrouvée isolée à une trentaine de mètres vers le sud. Il s’agit vraisemblablement d’une sépulture plus tardive, mais dont la datation exacte n’a pu être établie.
Au sud de l’emprise, une vaste structure de forme ovale à la base aplatie et dont une seule assise de gros blocs est conservée a été mise au jour . On note également la présence de quelques éléments remployés (fragments de béton de tuileau) dans sa construction. Implantée en plein milieu du paléochenal principal, ici comblé et assaini par l’installation d’un vaste remblai composé d’éléments divers (céramique, TCA, pierres), la structure n’a livré aucun niveau associé que ce soit dans l’espace circonscrit ou à sa périphérie immédiate. Son interprétation fonctionnelle reste donc assez difficile, mais sa morphologie pourrait correspondre à une aire de battage.
Dans le quart nord-est du terrain, une vaste zone dépressionnaire humide avait été repérée lors de la phase de diagnostic. La fouille a permis de délimiter son extension maximale au sud et à l’ouest. Mise à profit comme dépotoir durant l’Antiquité, cette dépression a livré un mobilier riche et varié (céramique, verre, faune, tabletterie…) illustrant le vaisselier employé et les activités pratiquées sur le site. Les sédiments caractéristiques qui la comblent ont été prélevés ont fait l’objet de plusieurs analyses (géomorphologie, palynologie, malacologie) qui nous apportent de précieuses informations sur le paléoenvironnement antique.
La chronologie de la mise en place des divers espaces bâtis reste assez floue. L’absence de relations stratigraphiques directes ne permet pas de subdiviser clairement la phase principale d’occupation. Dans l’ensemble, les maçonneries et les orientations observées semblent plutôt signaler un programme de construction homogène, mais au moins deux états paraissent pouvoir être mis en évidence au niveau de la restructuration du bâtiment abritant le chai. L’occupation antique perdure au moins jusqu’au milieu du IIe s. apr. J.-C.
Après un hiatus de près de deux siècles, quelques éléments signalent une fréquentation du site durant l’Antiquité tardive, à partir de la fin du IVe s. et jusqu’au début du VIe s. apr. J.-C. Celle-ci se manifeste principalement par la présence de tranchées de spoliation de murs, mais est également sensible au niveau du remblaiement des cuves et peut-être à travers la réoccupation temporaire des espaces sur hypocauste. Quelques structures en creux éparses sont également associées à cette seconde phase d’occupation. Dans l’ensemble, ces éléments paraissent témoigner d’une réoccupation très partielle du site, probablement liée à une phase de récupération des divers matériaux disponibles, plutôt que d’une occupation pérenne.
Enfin, les Époques moderne et contemporaine sont illustrées par la présence de trois longs fossés-drains marqueurs du parcellaire et d’un petit bâtiment partiellement visible dans l’angle nord-est de la fouille, identifié comme une « loge à cochons » sur le plan cadastral de 1848.
J. Grasso
une aire de battage ?
Commune: La Farlède
Adresse / lieu-dit: Projet de Centralité, Phases 1 et 2
Canton / Département: Var (83)
Pays: France
Date de l’intervention:
du 15/07/2013 au 21/11/2014
Période(s) concernée(s): Antiquité romaine
Surface: 6 000 m²
Nature de l’intervention:
Opération d’archéologie préventive liée à un projet d’aménagement urbain
Responsable d’opération: J. Grasso
Suivi scientifique: SRA PACA
Aménageur: Commune de La Farlède