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Je n'ai commencé à m'intéresser à la politique qu'en arrivant au gymnase, à Lausanne alors que j'habitais Yverdon. Mes prises de position étaient à l'époque peu favorables aux mouvements de masse. J'ai en particulier eu une vision très "anar de droite" des événements de Mai 68 (j'avais 17 ans).
Mon optique a complètement changé lorsque je suis arrivé à l'Université, en Sciences politiques, en 1969. Tout d'abord, j'ai constaté que j'étais parmi les plus jeunes, et que tous mes camarades avaient une expérience de la vie bien plus longue que la mienne. De plus, je me suis rapidement trouvé dans un groupe de séminaire très engagé politiquement. Il y avait alors:
Ahmed Benani, fils d'un ancien Premier Ministre marocain, qui avait vécu à la cour du roi, dans une famille très aisée. Il avait ensuite fait des études à Paris, après que son père eut connu quelques ennuis politiques. Il était auréolé du prestige d'avoir vécu de l'intérieur les événements de Mai 68. Son origine en faisait le spécialiste incontesté, dans notre volée, des problèmes de décolonisation, de néo-colonialisme, de tyrannie politique et de tiers-monde (on ne disait pas encore Nord-Sud). Il vivait en communauté à l'av. Dapples à Lausanne, et c'est grâce à lui que j'ai découvert ce mode de vie, car j'y passais pas mal de temps. Il enseigne aujourd'hui à Lausanne et a conservé sa réputation de spécialiste des problèmes de néo-colonialisme.
Jean-Michel Dolivo, aussi jeune que moi mais déjà actif depuis de nombreuses années dans les mouvements écoliers et gymnasiens marxistes, ou plutôt trotzkystes. Ses relations politiques dans les milieux marginaux étaient impressionnants pour un si jeune homme, au visage innocent encadré de jolis cheveux blonds. Devenu avocat, il a voué sa vie à la poursuite des mêmes luttes, et représente aujourd'hui un mouvement important dans la politique cantonale. Depuis 2007, je l'ai retrouvé au Grand Conseil, pas tout à fait dans le même Groupe que moi mais pas trop loin, toujours sur ma gauche.
Maurice Boggio était le plus ancien de nous tous, et il nous impressionnait par son élégance, sa diction et ses connaissances. Il était ou avait été journaliste à Radio Suisse Internationale, ce qui faisait qu'il connaissait très bien les relations internationales. Il avait décidé de prendre une pause sabbatique pour faire une licence en science po. Comme aîné de la bande, il nous cornaquait dans nos travaux de séminaire. Il a loué par la suite un moulin historique sur la Côte, et nous y avons organisé quelques fêtes. Après notre licence, j'ai appris qu'il avait eu des problèmes de dépendance et je ne crois pas me tromper en disant qu'il doit être décédé dans les années 1990. Si ce n'est pas exact, mes excuses à Maurice !
Avec une telle équipe, au sein de laquelle j'ai fait mes trois années d'université, mon échelle de valeurs a complètement changé et j'ai passé ma licence en étant un marxiste convaincu. Je le suis resté depuis, en particulier dans mes analyses du rôle du service public, de l'entreprise publique, de la nécessité de conserver en mains publiques certains outils de production, les sources d'énergie et les biens vitaux (eau, air). Je n'ai pas honte à dire que je suis étatiste et que je fais confiance aux fonctionnaires.