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En parcourant les autoroutes suisses, personne ou presque ne se doute aujourd’hui que certains tronçons ont servi non seulement à la circulation routière, mais aussi à l’aviation militaire….
L’arrêté fédéral du 21 juin 1960 sur le réseau des routes nationales peut être considéré comme l’acte fondateur des autoroutes suisses. Cette époque est également marquée par des épisodes brûlants de la guerre froide, notamment avec la crise de Cuba en 1962. Dans ce contexte, la Suisse disposait d’une armée de l’air bien dotée, avec une flotte de quelque 350 avions de chasse. Ceux-ci étaient entreposés dans des bunkers et dans des cavernes taillées dans la roche, à l’abri des attaques.
Dans les scénarios de menace imaginés à l’époque, les pistes d’atterrissage étaient considérées comme des éléments vulnérables. En cas de destruction de ces infrastructures, les aéronefs n’auraient pu ni décoller ni atterrir et seraient donc devenus inutiles.
Participation financière du Département militaire
Dans ce contexte, la demande de l’aviation militaire a été prise en compte lors de la planifi-cation du réseau autoroutier dans les années 60. Dans cette optique, plusieurs tronçons autoroutiers disposant d’un tracé en ligne droite sur environ 2 kilo¬mètres et de couloirs d’approche et de départ suffisants furent retenus. Le Département militaire fédéral (DMF) prit en charge la moitié des coûts de construction de chaque tronçon concerné.
Cette participation financière était assortie de conditions. Ainsi, les secteurs d’approche devaient être dépourvus d’obstacles, la voie du milieu stabilisée sur toute la longueur, et les dispositifs centraux de séparation de la chaussée rapidement démontables. Une structure extensible composée de câbles en acier fut développée spécialement à cet effet dans le cadre d’un mandat de recherche confié à l’EPF. Le revêtement était par ailleurs plus résistant.
L’utilisation des routes comme pistes d’atterrissage n’était toutefois pas une invention suisse. L’Allemagne avait déjà mis en pratique ce genre d’idées lors de la Seconde Guerre mondiale, et d’autres États ont suivi leur exemple.
Exercice sur autoroute fermée
Un premier exercice eut lieu le 16 septembre 1970 sur le tronçon de l’A1 entre Oensingen et Härkingen. Les avions décollaient et atterrissaient entre les deux ponts menant d’Oensingen à Kestenholz et d’Oberbuchsiten à Niederbuchsiten. Si le radar qui se trouve aujourd’hui sur ce tronçon avait déjà été installé, les douze de Havilland DH-112 « Venom » auraient déclenché une avalanche de flashs.
Les troupes au sol ravitaillaient les aéronefs et les équipaient de munitions en vue d’exercices de tir ultérieurs. La fermeture complète de l’A1 pendant près d’une journée complète pour les besoins de l’exercice sèmerait aujourd’hui un véritable chaos sur les routes.
En dehors d’Oensingen, des exercices eurent lieu sur les tronçons autoroutiers suivants : Münsingen, Flums, Alpnach, Sion, Aigle et Lodrino. À Alpnach et à Sion, la faible largeur de la route ne permettait d’effectuer que des décollages. Pour ce faire, les avions roulaient depuis les bases militaires situées à proximité jusqu’à la piste en empruntant des voies de circulation provisoires. En cas de destruction des pistes militaires locales, les avions de chasse auraient été évacués de cette manière vers d’autres aéro¬dromes encore intacts.
Concept jeté aux oubliettes
Après dix exercices au total (dont deux sur chacun des sites de Münsingen, Flums et Alpnach), le dernier du genre eut lieu au Tessin en 1991. Lors de la construction de l’autoroute entre Berne et Lausanne à la fin des années 90, le tronçon de l’A1 qui longe l’aérodrome de Payerne fut lui aussi aménagé pour servir de piste d’atterrissage de secours. Les automobilistes attentifs remarqueront peut-être que le hangar principal est toujours relié directement à l’autoroute via une voie de circulation. Les plans prévoyaient que ce tronçon puisse être reconverti en l’espace de huit heures.
Toutefois, aucun exercice n’y eut plus jamais lieu. En effet, dans le cadre de la réforme de l’armée 95, le concept des pistes d’atterrissage sur l’autoroute fut abandonné. Il est donc peu probable de recroiser à l’avenir des avions de chasse sur les autoroutes suisses.