Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06999.jsonl.gz/1015

Canton confédéré dès 1351, canton de la République helvétique (1798-1803), puis de la Confédération. Nommé autrefois Stadt und Landschaft Zürich, Respublica Tigurina ou Respublica Turicensis, puis Kanton Zürich dès 1803. La langue officielle est l'allemand, le chef-lieu Z. All. Zürich, ital. Zurigo, rom. Turitg.
Au XIIIe s., la ville de Z. commença à se constituer un territoire, surtout par achats et prises en gage, d'abord le long du lac, puis dans l'Oberland et dans la région de Knonau. Le processus s'acheva, pour l'essentiel, avec l'acquisition du comté de Kyburg vers le milieu du XVe s. Z. fut canton directeur de la Confédération du XVIe au XVIIIe s. et en alternance de 1803 à 1848. Depuis le pacte de 1351 jusqu'à la Constitution fédérale de 1999 incluse, il est placé en tête de la liste des cantons.
On distingue diverses régions: au nord le Weinland, au nord-ouest l'Unterland (vallée de la Glatt, Furttal, Wehntal, Rafzerfeld), à l'ouest la vallée de la Limmat, à l'est l'Oberland de caractère en partie préalpin, au sud-est les rives du lac de Z. avec les collines du Pfannenstiel et du Zimmerberg, au sud-ouest la vallée de la Sihl et le Knonaueramt (que sépare la chaîne de l'Albis). Le canton a pour voisins Schaffhouse et l'Allemagne au nord, l'Argovie à l'ouest, Zoug et Schwytz au sud, Saint-Gall et la Thurgovie à l'est. Les principaux pôles d'habitat sont les agglomérations de Winterthour et de Z.; cette dernière s'étend le long de la Limmat, sur les rives du lac de Zurich et jusque dans la vallée de la Glatt. A peine sortie du lac de Z., la Limmat reçoit la Sihl. Le lac de Pfäffikon et celui de Greifensee se situent dans l'Oberland, que parcourent la Töss (née dans le canton de Saint-Gall) et la Glatt; ces rivières se jettent dans le Rhin à la frontière nord. La Thur traverse le canton, dans son cours inférieur. Au sud-ouest, un court tronçon de la Reuss sert de frontière avec l'Argovie.
|Superficie (2006)||1 728,8 km²|
|Forêt / surface boisée||530,9 km²||30,7%|
|Surface agricole||750,5 km²||43,4%|
|Surface bâtie||347,3 km²||20,1%|
|Surface improductive||100,1 km²||5,8%|
|Année||1850||1880a||1900||1950||1970||2000|
|Habitants||250 698||316 074||431 036||777 002||1 107 788||1 247 906|
|En % de la population suisse||10,5%||11,2%||13,0%||16,5%||17,7%||17,1%|
|Langue|
|Allemand||313 762||413 141||725 701||918 370||1 040 168|
|Italien||1 386||11 192||25 165||113 465||49 750|
|Français||1 471||3 894||16 145||18 756||17 685|
|Romanche||150||610||3 101||4 706||2 606|
|Autres||807||2 199||6 890||52 491||137 697|
|Religion, Confession|
|Protestants||243 928||283 134||345 446||560 080||659 814||532 183|
|Catholiquesb||6 690||30 298||80 752||193 120||406 280||380 440|
|Catholiques-chrétiens||5 158||3 189||1 435|
|Autres||80||4 144||4 838||18 644||38 505||333 848|
|dont communauté juive||80||806||2 933||6 532||6 713||6 461|
|dont communautés islamiques||3 961||66 520|
|dont sans appartenancec||17 560||165 324|
|Nationalité|
|Suisses||245 125||290 225||361 010||725 413||897 684||967 156|
|Etrangers||5 573||25 849||70 026||51 589||210 104||280 750|
|Année||1905||1939||1965||1995||2005|
|Personnes actives||Secteur primaire||63 818||65 721||21 335||17 001d||17 235|
|Secteur secondaire||118 132||124 708||253 290||175 114||141 766|
|Secteur tertiaire||45 983||105 071||242 386||516 633||588 034|
|Année||1965||1975||1985||1995||2005|
|Part au revenu national||20,3%||21,3%||21,0%||20,9%||21,9%|
Les glaciations ont façonné le relief et les paysages du canton de Z., en créant, sauf dans le cours supérieur de la Töss, de larges fonds de vallée au sol fertile et en laissant plusieurs lacs. Rares sont les endroits épargnés par le dernier maximum glaciaire et susceptibles de livrer des vestiges antérieurs à 12 000 av. J.-C. Le biface de Schlieren (12 0000 av. J.-C.) atteste le passage de Néandertaliens.
Le retrait des glaciers et la reforestation permirent la colonisation par l'homo sapiens. L'exploitation de gisements de silex dans la région des Lägern est attestée au Paléolithique final (12 000-10 000 av. J.-C.) et au Mésolithique (9800-6000 av. J.-C.), mais les trouvailles pour cette époque sont maigres.
Auteur(e): Adrian Huber / PM
Le manque de vestiges empêche de comprendre comment se réalisa sur le territoire cantonal le passage à l'agriculture et à l'élevage, qui débuta en Europe centrale au VIe millénaire, et quel rôle y joua la civilisation de Grossgartach (4900-4600 av. J.-C.), attestée par quelques objets à Z.-Mozartstrasse et Wetzikon-Robenhausen. On a supposé une acculturation, difficile à prouver. L'état des sources s'améliore avec l'apparition des palafittes sur les rives des lacs (Z., Greifensee, Pfäffikon), émergées lors de phases climatiques favorables. Durant près de trois millénaires se succèdent les habitats des civilisations du Néolithique et du Bronze, à commencer par celle d'Egolzwil au Kleiner Hafner (4400-4300 av. J.-C.) et celle du Cortaillod de Suisse centrale (4300-4000 av. J.-C.), tournées vers l'ouest. Des éléments du groupe "souabe" de Hornstaad sont perceptibles sur le Rhin vers 4000 av. J.-C. Des influences venant de l'est apparaissent vers 3800 av. J.-C. sur le lac de Z., notamment à Z.-Mozartstrasse et Meilen-Schellen, où en quelques décennies le Cortaillod classique (4000-3800 av. J.-C.) cède la place au Pfyn moyen (3750-3650 av. J.-C.). L'appauvrissement de la céramique dans la civilisation de Horgen (3250-2850 av. J.-C.) est une tendance à long terme; il fut longtemps interprété comme le signe d'une césure ethnique. On passa peut-être à ce moment de la culture sur brûlis à l'exploitation de champs et de prés; on constate une croissance des clairières, même si la couverture forestière reste dense. L'époque de la Céramique cordée (2750-2500 av. J.-C.) se caractérise par une large diffusion de types culturels relativement unifiés. Les stations littorales manquent entre 2500 et 1900 av. J.-C., de sorte que la civilisation campaniforme (2500-2300 av. J.-C.) n'est présente que sporadiquement (habitats de Wetzikon-Kempten et Affoltern-Zwillikon) et que les débuts de l'âge du Bronze sont à peine documentés, à part quelques vestiges métalliques.
Le Bronze ancien est attesté par deux séquences de palafittes: 1900-1750 av. J.-C. (Z.-Mozartstrasse 1a-b, Greifensee-Starkstromkabel) et 1650-1500 av. J.-C. (Wädenswil-Vorder Au, Z.-Mozartstrasse). Des céramiques décorées dans le style d'Arbon apparaissent dans la région centrale du lac de Z. vers 1600 av. J.-C. Les palafittes disparaissent une nouvelle fois à l'orée du Bronze moyen (1500-1350 av. J.-C.); on commence à repérer des fermes isolées à l'écart des rives et des sites de hauteur occupés de façon permanente. Les nécropoles structurées, avec tombes à inhumation et dépôts d'incinération, sont caractéristiques. On y a trouvé parfois des ornements vestimentaires, ainsi que de l'ambre baltique et des perles de verre d'Europe du Sud-Est, témoins d'échanges à longue distance de biens et de coutumes funéraires. Les inhumations en décubitus dorsal relèvent d'une tradition du Bronze ancien. La crémation, plus récente, s'impose au Bronze final, tandis que les cimetières structurés font place à des groupements lâches de sépultures, avec offrandes de vases et de nourriture (non incinérés). L'abaissement du niveau des lacs entre 1050 et 800 av. J.-C. favorisa une fois encore les stations littorales, par exemple à Greifensee-Böschen. Une agglomération se forma sur la rade de Z., bien située au point de vue des transports. Des sites de hauteur furent à nouveau fortifiés, surtout dans le nord du canton. Des innovations s'introduisirent dans l'économie: production intensive de laine, culture du millet et de l'épeautre, exploitation de prairies.
Auteur(e): Adrian Huber / PM
La disparition des stations littorales, vers 800, ne s'accompagna d'aucune rupture dans la culture matérielle. Pour les habitats, on n'a retrouvé à ce jour que de rares fonds de cabane isolés. Des tumulus hallstattiens (800-500 av. J.-C.), par exemple à Kloten-Homberg et Bonstetten-Giebel, livrent des informations sur la hiérarchie sociale et la mise en scène d'une élite par elle-même. Des clans, sans doute, y enterrèrent leurs morts durant deux ou trois générations. Parallèlement, on trouve jusqu'en 600 av. J.-C. des tombes individuelles, plates, selon la tradition du Bronze final (Neftenbach-Steinmöri, Kleinandelfingen-Buck). Rares sont les biens de luxe méditerranéens et les objets en céramique faite selon la technique nouvelle du tour, tels ceux mis au jour à l'Uetliberg (centre du pouvoir, fortifié et occupé jusqu'au début de La Tène).
A l'époque de La Tène (500-15 av. J.-C.), les défunts sont inhumés, sans tumulus (Andelfingen-Hochlaufen); la crémation reparaît cependant vers la fin de cette période. Richesse et position sociale ne se manifestent plus avec ostentation dans les sépultures. La structure des nécropoles (par exemple à Elgg-Breiti), fait penser à un habitat dispersé, qui cependant ne peut être prouvé que dans le cas de quelques fermes fortifiées du nord du canton (Benken-Hämmenriet, Marthalen-Steinacker). La frappe de monnaie apparut dans le sillage de l'expansion celte (IVe-IIIe s. av. J.-C.). La circulation monétaire croissante se reflète dans les pièces retrouvées. Elle est sans doute liée au développement de l'artisanat spécialisé et du commerce lointain dans des habitats fortifiés créés alors, comme l'oppidum de Rheinau ou celui qui, selon des recherches récentes, se trouvait au Lindenhof de Z. Leur rôle dans les événements historiques de l'époque (campagne des Cimbres et des Teutons, intervention d'Arioviste, migration des Helvètes) reste obscur.
Auteur(e): Adrian Huber / PM
Le territoire du canton de Z. passa sous la domination romaine lors de la campagne des Alpes (15 av. J.-C.). Mais un peu auparavant déjà, un poste militaire avait été aménagé au Lindenhof. Il occupait l'emplacement d'un habitat celtique et, en se développant sur les deux rives de la Limmat, donna naissance à la bourgade d'artisans de Turicum. Des centres analogues apparurent dès 4 av. J.-C. au plus tard à Oberwinterthur (Vitudurum) et après le milieu du Ier s. apr. J.-C. à Obfelden-Lunnern.
Administrativement, la région fut rattachée d'abord à la Gaule Belgique, puis, à la fin du Ier s., à la Germanie supérieure. La frontière avec la Rhétie passait sans doute à travers le canton; Z. abritait un poste de douane. Une voie importante conduisait de Windisch (Vindonissa) à Bregenz par le Furttal, Kloten et Oberwinterthur, une autre de Z. aux cols grisons par Coire. Le lac de Z. et les rivières jouaient un grand rôle dans les transports.
En dehors des vici, on trouvait des villae, construites d'abord en bois, puis en pierre (dès la seconde moitié du Ier s.). La demeure du propriétaire était parfois luxueusement ornée (peintures et revêtements muraux, mosaïques), équipée de pièces chauffées et dotée d'un jardin d'agrément (Buchs, Oberwenningen, Seeb, Dietikon). Sources de revenus importantes, des tuileries et des ateliers de potier sont attestés à Seeb et Wettswil am Albis.
Des couches d'incendie, dans de nombreuses villae, sont liées aux crises politiques, militaires et économiques de l'Empire romain au milieu du IIIe s. L'exploitation continua quelque temps, mais la plupart des domaines furent abandonnés après de nouvelles destructions survenues dans la seconde moitié du IIIe s. Il semble que la population se soit retirée dans les places fortifiées. Quand le limes fut ramené sur le Rhin (fin du IIIe s.), le territoire zurichois fut à nouveau zone frontière. Des tours de guet en bois furent élevées le long du fleuve. A Oberwinterthur, une muraille fut construite au Kirchhügel; le castrum de Z. remonte peut-être à cette époque déjà. Après 370, la défense du Rhin fut renforcée; les voies et carrefours importants furent protégés par des castra (Irgenhausen, commune de Pfäffikon) ou des fortins (Kloten).
Auteur(e): Beat Horisberger / PM
Le Ve s. n'a laissé presque aucun vestige. Pour les VIe et VIIe s., les tombes et leur mobilier sont la principale source d'information; elles deviennent beaucoup moins parlantes après 700, car elles ne contiennent plus d'offrandes funéraires. Pour la période allant du VIIIe au XIe s., il faut mentionner les fouilles archéologiques menées dans des églises et dans quelques habitats et centres seigneuriaux. La tradition écrite commence pour l'essentiel dans la première moitié du VIIIe s., avec des chartes de l'abbaye de Saint-Gall.
Prouvée pour les sites fortifiés de Z. et Oberwinterthur, une continuité d'occupation de l'Antiquité tardive au haut Moyen Age est probable à Elgg et dans la zone Bülach-Kloten (fortin du Bas-Empire). L'évolution culturelle et le tarissement de l'apport de petite monnaie se reflètent dans la raréfaction des témoins archéologiques. Néanmoins, des sépultures des VIe et VIIe s. à Bülach, Dietikon, Elgg, Winterthour et Z. attestent la persistance d'une population gallo-romaine. L'influence germanique, dont témoignent des vestiges datés de 400 environ et peut-être même les tombes de Flaach (env. 450-500), sont à mettre en relation avec le recours à des groupes germaniques pour assurer la garde de la frontière au Bas-Empire.
Dans les nécropoles de Bülach, Elgg, Winterthour-Marktgasse et Z.-Bäckerstrasse, des tombes du deuxième tiers du VIe s. (de membres de l'élite pour certaines) prouvent la présence de groupes de type franc, reflet de la prise de possession du territoire par le royaume mérovingien après 531.
La colonisation alémane ne commença qu'au VIIe s., au vu des sépultures, dont un exemple caractéristique est la tombe féminine de l'église de Bülach et son riche mobilier. En se faisant inhumer dans les églises, les membres de la classe dirigeante se distinguaient de plus en plus du reste de la population. On constate clairement dès le VIIe s. un développement des habitats, grâce à l'archéologie funéraire, à la toponymie - multiplication des noms en -ikon (VIIe -VIIIe s.) et en -wil (VIIIe s. env.-IXe s.) - et grâce aux premières mentions écrites dès le milieu du VIIIe s. Vers 900 déjà, des conflits éclatèrent à propos des terres à défricher, dans les alentours densément peuplés de Z.
L'aspect des habitats est mal connu, parce que l'on construisait surtout en bois, matériau qui laisse peu de traces. Même les églises étaient souvent en bois (Winterthour, Wila, Wülflingen). Dans le domaine profane, l'emploi de la pierre était tout à fait exceptionnel (résidences seigneuriales de Z.-Lindenhof et de l'Uetliberg). Vers 700, on cessa de déposer des offrandes dans les tombes. Dès lors, l'archéologie peut certes encore donner des renseignements sur la structure sociale de la population, grâce à des vestiges isolés (premiers châteaux forts de l'Uetliberg et du Stammheimer Berg, résidences seigneuriales, monuments funéraires des églises de Winterthour et de Zell), mais ce sont surtout les documents écrits qui, dès le milieu du VIIIe s., font connaître la division verticale et horizontale de la société en parentèles et clientèles, ainsi que les divers statuts (degrés de liberté). On repère à cette époque un cas typique de famille noble, le clan de Beata et Landolt dans l'Oberland et la région du haut lac de Z., qui fait preuve d'une conscience de groupe, possède des domaines étendus et tient sous son autorité de nombreuses personnes. Peut-être faut-il mettre en relation avec ce clan les tertres de la nécropole d'Illnau-Studenbrunnenholz (VIIe s.).
Auteur(e): Renata Windler / PM
L'organisation politique entre le Ve et le VIIe s. est mal connue. Nominalement, le territoire fit partie jusqu'en 476 de l'Empire romain d'Occident. Il pourrait avoir ensuite appartenu au royaume burgonde. En 531, il passa au royaume mérovingien, dont relèvent des ducs alamans aux VIe et VIIe s. Le Zürichgau apparaît pour la première fois en 743/747, comme subdivision de la Thurgovie. Vers 760 fut constitué sous le roi Pépin le fisc de Z., entité administrative qui reprenait des fonctions liées à l'ancien castrum. Les travaux entrepris dans le castrum au haut Moyen Age et la construction du palais carolingien du Lindenhof sont un indice de l'importance économique et politique de Z., résidence impériale (806/810) et centre d'un vaste complexe de biens d'Empire sous les Carolingiens. Le déclin de cette dynastie permit au second royaume de Bourgogne de s'étendre brièvement jusqu'à la région de Winterthour. Un atelier monétaire est attesté à Z. entre 912/914 et 919, tandis que la construction d'un château fort était mise en route à l'Uetliberg. La bataille de Winterthour entre le roi de Bourgogne Rodolphe II et le duc de Souabe Burchard II, en 919, mit fin à cette expansion des Rodolphiens. Z. devint l'un des chefs-lieux du duché de Souabe, accueillant à maintes reprises l'empereur et sa cour.
L'organisation ecclésiastique était étroitement liée aux structures laïques. La région de Z. relevait au VIe s. du diocèse d'Avenches/Windisch, en tant que partie de la Civitas Helvetiorum. Elle passa vers 600 à celui de Constance. Selon les Vitae de saint Gall, les populations vivant au début du VIIe s. entre les lacs de Z. et de Constance n'étaient qu'en partie christianisées; les élites au moins étaient converties, ce qui explique la construction d'églises, telle celle d'Oberwinterthur (VIe -VIIe s.). L'apparition d'autres sanctuaires aux VIIe et VIIIe s. atteste un essor de l'organisation ecclésiastique, soutenu par le fait qu'après 700 les cimetières furent déplacés près des églises. Les premières abbayes (comme Rheinau, fondée vers 800, ou le Fraumünster) et le chapitre du Grossmünster de Z. jouèrent un rôle important dans la lente mise en place des paroisses. Le monasterium d'Embrach, mentionné pour la première fois dans une charte probablement falsifiée de 1044, pourrait avoir été fondé sur le site d'une résidence seigneuriale, comme le suggère l'ensemble de murs en pierre qu'on y a mis au jour.
Auteur(e): Renata Windler / PM
Les ducs de Souabe furent la puissance dominante dans la région de Z. jusqu'au milieu du XIIIe s. Dès 1079, le duché appartint à la famille des Staufen (Hohenstaufen), qui occupait aussi le trône impérial. Certes, le bailliage impérial (ou avouerie) de Z. fut séparé du duché en 1098 et donné aux Zähringen, mais Frédéric de Souabe, futur empereur Frédéric Ier Barberousse, occupa la ville temporairement lors de la guerre privée de 1146. Les Hohenstaufen restèrent les principaux suzerains dans le reste du territoire cantonal, où se formèrent quelque quatre-vingts seigneuries. Les nobles érigèrent 150 à 200 châteaux et fondèrent une centaine d'églises et de couvents.
A l'extinction des Zähringen (1218), l'empereur Frédéric II reprit le bailliage de Z. et le partagea: les territoires sis à l'extérieur de la ville furent inféodés à des vassaux des Hohenstaufen, tandis que l'exercice des droits de l'Empire dans la ville (dont la haute justice) fut confié à un fonctionnaire portant le titre de bailli, choisi en général dans la bourgeoisie de Z. La ville ne fut donc plus soumise à l'autorité d'un prince héréditaire; elle obtint ainsi l'immédiateté impériale, comme le chapitre du Grossmünster et l'abbaye du Fraumünster. Cette dernière conserva la basse justice, la seigneurie foncière et les régales, mais ne put imposer à la ville sa suzeraineté. Le droit de monnaie, par exemple, passa définitivement au Conseil en 1425. Les pouvoirs du bailli impérial avec la haute juridiction revinrent à la ville en 1400.
La mort de Frédéric II en 1250 mit fin à la puissance des Hohenstaufen et au duché de Souabe. La plupart des familles nobles de la région zurichoise disparurent avant 1300. Dans la haute noblesse, les Nellenburg s'éteignirent en 1101/1102, les Lenzbourg en 1173, les Zähringen en 1218, les Kibourg en 1264. On comptait environ vingt-cinq familles de barons (dont ceux de Regensberg, Eschenbach, Wädenswil, Sellenbüren et Teufen); elles ne parvinrent pas à garder leur influence au-delà du XIIIe s., n'ayant su se constituer de seigneuries territoriales. Leurs vassaux (quelque nonante maisons de chevaliers mentionnées dans les sources) connurent un sort semblable au XIVe s. Seuls purent s'imposer ceux qui, comme les Landenberg et les Bonstetten, entrèrent au service des Habsbourg, puissance montante aux XIIIe et XIVe s., ou qui, comme les Mülner et les Brun, s'appuyèrent sur les ambitions de la ville de Z. Les Habsbourg s'assurèrent après 1264 l'héritage des Kibourg et battirent les Regensberg en 1267-1268, avec l'aide de Z. Détenant vers 1300 les droits essentiels dans une grande partie du futur canton, ils s'y imposèrent au XIVe s. comme puissance souveraine. Ils créèrent les grands bailliages de Kyburg, Regensberg, Grüningen et Andelfingen, administrés par leurs baillis résidant dans les châteaux forts homonymes. Ces entités préfigurent les bailliages zurichois et leurs frontières dessinent déjà celles du futur canton.
Les seigneuries ecclésiastiques apparues aux XIIe et XIIIe s. dans la campagne zurichoise (cisterciens de Kappel, prémontrés de Rüti, dominicaines de Töss, chapitres collégiaux d'Embrach, de Saint-Martin sur le Zürichberg, de Heiligberg et de Beerenberg) ne purent s'imposer face aux Habsbourg. Elles disposaient de biens dispersés, parfois étendus, mais durent toutes, d'une manière ou d'une autre, se placer sous la protection des Habsbourg et accepter que leurs serfs soient soumis à la juridiction des baillis locaux laïques. Quelques seigneuries relevaient d'ordres de chevalerie; elles appartenaient à la maison des hospitaliers de Saint-Lazare à Gfenn ou aux commanderies d'hospitaliers de Saint-Jean de Bubikon, de Küsnacht et de Wädenswil; cette dernière, la plus importante, devint en 1342 combourgeoise de la ville de Z., laquelle étendit aussi sa protection aux abbayes et chapitres de son ressort.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Lors de la phase de défrichement médiévale, l'extension des terres cultivables atteignit bientôt sa limite dans les zones favorables colonisées sans interruption depuis le haut Moyen Age. On se tourna vers des terrains à plus haute altitude, en particulier dans l'Oberland zurichois. On créa ainsi de nouveaux domaines aux environs de Wald. La structure de l'habitat de l'époque moderne était déjà en place, pour l'essentiel, vers 1300. Durant la crise du bas Moyen Age, quelques sites furent désertés; ce phénomène toucha des résidences nobles comme le château fort du Schauenberg, des domaines isolés et terroirs mal situés, mais pratiquement aucune implantation paysanne un peu plus grande, sinon temporairement.
Avant le XIVe ou XVe s., les habitats ruraux n'étaient souvent qu'un tissu lâche de fermes relevant de différents seigneurs; puis ils évoluèrent vers les communautés d'exploitation qui constitueront le cadre pratique et juridique de la vie campagnarde. Un réseau d'environ 140 églises (filiales comprises) s'établit avant 1400, préfigurant la future division du canton en paroisses. Comme le développement de la souveraineté territoriale s'appuya, dans la région de Z., sur des droits de seigneurie justicière plutôt que foncière, les communes purent s'assurer une autonomie appréciable dans la gestion de leurs affaires internes. Les communautés villageoises et paroissiales ne jouaient cependant aucun rôle politique ni administratif dans l'Etat territorial en voie de formation.
Les droits et devoirs des villageois envers le seigneur foncier et justicier (objets des "coutumes locales") furent peu à peu mis par écrit. La plus ancienne de ces rédactions remonte à 1328 (droit des tenanciers de Ferrach près de Rüti); seize datent du XIVe s., quarante-neuf du XVe s.; celles des XVIe et XVIIe s. sont parfois des rénovations; d'autres sont de date incertaine.
Au XIIe s., la Suisse orientale comptait six villes, dont Z. et Winterthour. Jouissant de l'immédiateté impériale depuis l'extinction des Zähringen en 1218, Z. développa des institutions municipales autonomes, mais dont l'influence fut limitée jusqu'au milieu du XIVe s. à son ressort propre. Winterthour prit un caractère urbain peu avant 1200 environ et se vit octroyer des franchises par Rodolphe Ier de Habsbourg en 1264; important point d'appui habsbourgeois, elle obtint l'immédiateté impériale en 1417, mais la perdit en 1442. Aux XIIIe et XIVe s., plusieurs villes plus modestes furent fondées. Les unes (Kyburg, Regensberg, Greifensee et Grüningen) étaient des avant-postes fortifiés de sièges baillivaux, pourvus de différents privilèges par leur seigneur. D'autres n'eurent qu'une existence éphémère: Glanzenberg fut détruite en 1267 lors de la guerre des Regensberg, Maschwanden en 1309 après le meurtre de l'empereur Albert Ier. Eglisau et Rheinau (celle-ci rattachée au canton de Z. en 1803 seulement) furent fondées surtout parce qu'elles contrôlaient des passages du Rhin. Les Habsbourg octroyèrent les franchises de Winterthour à Elgg en 1371 et à Bülach en 1384, qui furent les deux dernières localités suisses à acquérir le statut urbain. Sans être des villes, Andelfingen, Pfäffikon et Uster disposaient de droits de marché au XIVe s.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Au cours du XIIIe s., la ville de Z. s'affirma peu à peu comme force politique et son Conseil agit de plus en plus de manière autonome après 1250. Ses statuts furent recueillis et systématiquement ordonnés dans le Richtebrief de 1304. Elle mena une politique qui visait, tout en préservant la paix, d'abord à assurer son indépendance et, après 1350, à acquérir un territoire. Jusqu'en 1450, elle oscilla entre l'Empire, les Habsbourg et les Confédérés; ces forces, alliées ou ennemies, influencèrent aussi les affaires internes.
Dans la lutte des Hohenstaufen contre le pape (1245-1249), la ville de Z. qui, en tant que commune, devait s'imposer contre le clergé local et en particulier contre le Fraumünster prit le parti de l'empereur. L'adhésion à la Ligue des villes rhénanes en 1255 et à des alliances analogues en Souabe en 1327, 1331 et 1376 servit à préserver la paix. Pendant le Grand Interrègne (1256-1273), il y eut des passes d'armes avec la noblesse, telles les guerres privées des Wellenberg en 1259 et des Regensberg en 1267-1268. Les relations avec les Habsbourg se tendirent sous l'empereur Rodolphe Ier; après sa mort, Z. chercha à échapper à la pression et conclut en 1291 une alliance défensive de durée limitée avec Uri et Schwytz, mais fut vaincue en 1292 lors de la bataille de Winterthour et assiégée la même année par le duc Albert. L'accord de paix signé avec les Habsbourg resta en vigueur jusqu'en 1350.
Après la révolution de Brun (1336), les adversaires du nouveau régime corporatif, réfugiés à Rapperswil, ne baissèrent pas les bras. Ils tentèrent sans succès de reprendre le pouvoir en 1350; Z. occupa alors Rapperswil et chercha une alliance avec les Habsbourg. Ceux-ci n'étant pas entrés en matière, Z. détruisit les châteaux des Rapperswil et s'allia en 1351 avec Uri, Schwytz, Unterwald et Lucerne, mais en se réservant le droit de conclure d'autres alliances. Il s'ensuivit une guerre contre les Habsbourg et l'Empire, lors de laquelle la ville de Z. subit trois sièges et qui se termina en 1355 par la paix de Ratisbonne.
Malgré le pacte de 1351, la politique zurichoise n'était encore nullement alignée sur celle des Confédérés. Certes, des luttes internes en 1373 et 1393 (affaire Schöno) renforcèrent d'abord la tendance anti-habsbourgeoise; entre 1386 et 1389, une guérilla entre la ville et les Habsbourg dévasta la campagne et le cessez-le-feu de 1394 ne dura que jusqu'à la conquête de l'Argovie en 1415. Mais, après 1430, Z. se comporta en ville d'Empire parfaitement indépendante, forte des territoires acquis et des nombreux privilèges octroyés jusqu'en 1437 par l'empereur Sigismond de Luxembourg. Cela s'accompagna d'un conflit avec les Confédérés, qui culmina dans la guerre de Zurich. La ville s'allia en 1442 avec les Habsbourg revenus sur le trône impérial, mais subit une défaite militaire. Après le traité de paix de 1450, elle n'eut plus d'autre choix que l'alliance confédérale. Elle participa aux événements qui privèrent les Habsbourg de leur influence au sud du Rhin: conquête de la Thurgovie (1460, suivie de l'achat de Winterthour en 1467) et guerre de Souabe (1499). La ville se référa encore à l'Empire pour légitimer son pouvoir jusque vers 1650 (mention supprimée dans la lettre jurée en 1654), mais depuis la réforme de 1495, elle ne participait plus à la Diète impériale.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Entre 1350 et la Réforme, Z. fit l'acquisition, par achats et prises en gage (à l'exception du Freiamt zurichois, conquis en 1415), d'un territoire qui correspond pour l'essentiel à l'actuel canton. Cela fut rendu possible par la faiblesse des seigneurs laïques et ecclésiastiques, mais aussi par le dynamisme de la ville. L'abbaye du Fraumünster et le chapitre du Grossmünster, quant à eux, ne réussirent pas à s'assurer une position politique qui les mît à même de créer un Etat territorial.
La ville renforça son influence sur la campagne, en particulier au bord du lac, en recevant comme bourgeois forains des nobles, des paysans, voire des communautés entières, ou en concluant des combourgeoisies, par exemple en 1342 avec les hospitaliers de Saint-Jean de Wädenswil. En outre, des citadins nobles, comme les Brun ou les Mülner, achetèrent des seigneuries qu'ils cédèrent plus tard à la ville. Jouèrent aussi un grand rôle les privilèges octroyés par l'Empire, comme le droit de bailliage sur le lac de Z. (1362) ou le droit de choisir les nouveaux détenteurs des fiefs impériaux devenus vacants (1365).
Jusque vers 1400, les acquisitions se firent surtout aux alentours de la ville et le long du lac: Zollikon (1358), Küsnacht, Meilen et Höngg (1384), Thalwil (1385), les Höfe (1393-1440), Erlenbach (1400), Wiedikon (1400 et 1491), les Vier Wachten (1400 et 1418), Männedorf (1405) et Horgen (1406). Après 1400 vinrent les grands bailliages avec siège administratif central: Greifensee (1402, acquis des Toggenbourg), Grüningen (1408, des Gessler), Regensberg avec Bülach (1409, des Habsbourg), Kyburg (1424, des Habsbourg; restitué en 1442, récupéré en 1452), Andelfingen (1434, des Landenberg) et Eglisau (1496, des Gradner). L'ensemble fut complété par quelques bailliages plus petits: Wollishofen (vers 1423), Rümlang (vers 1424), Oerlikon (1428), Altstetten (1432), Wipkingen (vers 1439), Stammheim (1464), Regensdorf (1469), Birmensdorf (1487 et 1511), Dübendorf (1489), Hedingen (1503), Knonau (1512) et Wettswil (1532 et 1538). Les villes autrefois impériales de Winterthour et Stein am Rhein devinrent zurichoises respectivement 1467 et 1484, tout en conservant leurs privilèges. Les abbayes, chapitres et couvents de la campagne passèrent sous la souveraineté de Z. au XVe s. (ainsi Kappel, par étapes, dès 1403), comme combourgeois, en vertu de traités ou par droit d'avouerie.
Dans ses bailliages, la ville disposait généralement des droits souverains (tels que la haute juridiction, le droit de percevoir des impôts, celui de lever des troupes) sous la forme qu'ils avaient prise au XIVe s. et avait la responsabilité de la politique extérieure. Les actes d'achat et de remise en gage prévoyaient normalement que les bailliages, en tant qu'entités administratives et juridiques, soient conservés tels qu'au moment de leur acquisition. Mais, dès le XVe s., la ville introduisit des modifications par mandat, ce qui déclencha des troubles à maintes reprises (comme l'affaire de Grüningen en 1441 et celle de Waldmann en 1489). Les compétences des basses juridictions qui n'appartenaient pas à la ville furent rigoureusement circonscrites après 1480 et limitées au profit des hautes juridictions.
Une fois surmontés la crise agraire du bas Moyen Age et les ravages des guerres de Sempach et de Z., les villages prirent en main leur gestion interne. Vers 1500, les premières lettres limitant l'accueil de nouveaux communiers furent promulguées. Plus de vingt paroisses furent érigées après 1466. De nombreuses églises furent construites entre 1464 et 1524, généralement à l'initiative des paroissiens eux-mêmes.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Les textes statutaires qui formaient la base du droit urbain (à commencer par la lettre jurée) ne s'appliquaient pas à la campagne. Ville et campagne représentaient deux entités, réunies non par une constitution, mais par l'instance suprême qui les régissait, c'est-à-dire le gouvernement. Composé depuis le XVe s. du bourgmestre et des Grand et Petit Conseils de la ville de Z. (212 membres), élu par la Konstaffel et par les corporations, il se renouvelait aussi par cooptation; il désignait les baillis et les titulaires de charges publiques. Seuls les bourgeois de la ville étaient éligibles.
On distinguait le droit de bourgeoisie des citadins (Stadtbürgerrecht) et celui des campagnards (Landrecht). Apparu au XVIe s. comme émanation de la puissance tutélaire du souverain, le Landrecht était conféré par les baillis, puis, au XVIIIe s., par le Petit Conseil; il fallait le posséder pour devenir communier dans une localité rurale.
Le Conseil légiférait sous forme de statuts, de mandats et d'ordonnances, qui s'appliquaient parfois à toute la population, mais qui souvent étaient destinés soit à la ville, soit à la campagne. Il en allait ainsi pour les mandats dits de police, qui furent édictés aux XVIIe et XVIIIe s. dans tous les domaines de l'administration. Les mandats sur les mœurs jouaient un rôle important. Leur mise en œuvre incombait à la chambre de réforme pour la ville (et pour les bourgeois de la ville vivant à la campagne) et aux baillis pour les campagnards. Chaque juridiction avait son droit civil. Le Stadt- und Landrecht de 1715 renouvela certes le droit civil de 1553 sous une forme systématique, mais il ne valait que pour les citadins et les ressortissants des bailliages proches de la ville. A la campagne, tribunaux et ressorts restèrent nombreux, même si le Conseil supprima au XVIIe s. quelques basses juridictions villageoises et rogna les compétences de quelques autres, au profit des baillis. En appliquant les dispositions urbaines quand les règles locales le leur permettaient, les baillis obtinrent une certaine unification du droit. Dès la fin du XVe s., il fut possible de faire appel auprès du Conseil dans les affaires civiles. Un recueil semi-officiel de lois et ordonnances de la ville et campagne de Z. fut publié en six volumes entre 1757 et 1793. Les cas pénaux graves étaient portés devant le Conseil, sauf dans les bailliages de Kyburg, Grüningen, Sax-Forstegg et (jusqu'en 1646) Wädenswil, ainsi que dans les villes de Winterthour et Stein am Rhein, qui détenaient la haute juridiction.
Le notariat intéressait particulièrement les créanciers citadins. Vers 1650, chaque bailliage avait une chancellerie. Les secrétaires baillivaux, presque toujours originaires de la ville, rédigeaient les procès-verbaux, sentences, ordonnances et appels judiciaires; ils dressaient les actes de vente et les cédules hypothécaires. Parmi les privilèges des bourgeois de la ville figurait le droit d'établir des actes privés qui équivalaient à des actes officiels.
Les finances de l'Etat n'étaient pas centralisées et ne se distinguaient pas de celles de la ville. Chaque bailliage tenait ses propres comptes. Les biens des couvents sécularisés à la Réforme étaient administrés par onze intendances, dont sept à la campagne (Winterthour, Stein am Rhein, Kappel, Küsnacht, Rüti, Töss et Embrach), coiffées par le directeur des couvents (Obmann gemeiner Klöster), tout comme les deux trésoriers chapeautaient la gestion des biens laïques. Le contrôle financier fut centralisé dès le XVIe s., grâce au puissant conseil des comptes qui les révisait tous, se rendait auprès des baillis et intendants pour se renseigner sur leurs activités et disposait de ses propres archives.
Les revenus de l'Etat consistaient surtout en cens fonciers, dîmes et produits des régales (douanes et vente du sel). Un trésor public fut constitué dès 1670 et investi en partie à l'étranger (abbayes et chapitres d'Allemagne du Sud avant tout); les intérêts perçus devinrent au XVIIIe s. la première ressource du canton. La levée de contributions générales était sous les Habsbourg un privilège du souverain, en contrepartie de la protection qu'il assurait. Z. n'y recourut que temporairement, surtout de 1417 à 1470 et de 1628 à 1646 pour financer les dépenses d'armement et la construction de fortifications pendant la guerre de Trente Ans.
La souveraineté impliquait le droit de lever des troupes, qui depuis le milieu du XVe s. ne fut plus guère contesté. Z. n'avait pas d'armée permanente. Au XVIe s., la milice était organisée en ville par la Konstaffel et les corporations, à la campagne dans le cadre des bailliages. Les expériences faites au début de la guerre de Trente Ans conduisirent dès 1624 à une nouvelle répartition des troupes par quartiers. Tous les officiers supérieurs étaient bourgeois de la ville; les campagnards ne pouvaient dépasser le grade de capitaine. Une douzaine de gardes furent affectés dès 1736 à la sécurité intérieure, en particulier à la lutte contre la mendicité et le vagabondage; contrairement aux hommes du guet urbain, ils intervenaient dans tout le canton.
L'administration comprenait, surtout depuis le XVIIe s., un grand nombre de commissions, chacune avec son secrétariat; elles expédiaient les affaires elles-mêmes ou préparaient des dossiers pour le Conseil. Toute décision était collégiale. Les documents écrits montrent les étapes de la modernisation, notamment l'établissement de registres de bailliages vers 1540 et l'adoption vers 1700 de nouvelles méthodes dans la rédaction et l'enregistrement des actes. En revanche, on ne modifia pas les principes constitutifs de l'Etat, fondés sur la distinction entre la ville et la campagne, même si on les compléta dès le XVIe s. sur des points importants. Les communautés villageoises et les paroisses se virent confier des tâches publiques (assistance, entretien des chemins, sécurité) et gagnèrent ainsi un poids politique. Les sous-baillis et sautiers devinrent des fonctionnaires influents, responsables à la fois devant l'Etat et les communes. Ils étaient désignés par le Conseil sur proposition de leurs administrés qui présentaient une liste de trois candidats.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Avant la Réforme, la ville et la campagne de Z. relevaient du diocèse de Constance, mais, au XVe s. déjà, la ville forte de ses droits de souveraineté et d'avouerie, s'attaqua aux pouvoirs de l'évêque en soumettant les clercs à l'impôt, en les citant devant son tribunal, en érigeant des paroisses, en surveillant l'économie des couvents et en réglant elle-même des questions relatives au culte. Elle confirma ses prétentions en la matière en 1497, lors d'un conflit de principe avec l'évêque. Cette tendance aboutit à la Réforme, introduite par Ulrich Zwingli entre 1523 et 1525, avec le soutien du Conseil. Les droits de l'évêque de Constance en territoire zurichois passèrent alors au Conseil, qui réunit ainsi l'autorité laïque et ecclésiastique.
La Réforme entraîna la suppression de tous les couvents, abbayes et chapitres du canton, à l'exception du Grossmünster. Leurs biens passèrent à la ville, qui créa des intendances pour les administrer; les revenus, dont les surplus étaient versés à la direction centrale des couvents, couvraient en premier lieu les dépenses de l'Eglise (selon l'ordonnance de 1525 sur les pauvres), mais servaient aussi, par exemple, à amortir les dettes de l'Etat ou à acheter des seigneuries. Les biens des paroisses leur furent laissés, pour l'entretien des pasteurs, l'école et l'assistance.
Le chapitre du Grossmünster prit la tête de l'Eglise réformée du canton; il garda sa fortune (sauf les droits de justice) et continua de la gérer lui-même. A la suite de Zwingli, le premier pasteur du Grossmünster fut le chef du clergé; dès le XVIIe s., il porta le titre d'antistès. Il était élu par le Grand Conseil. La Prophezey, ouverte en 1525 et appelée Carolinum dès le XVIIe s., dispensait la formation théologique. On instaura pour évaluer les candidats à la consécration une commission des examinateurs. Composée de représentants du Conseil, du clergé urbain et des chanoines, présidée par le premier pasteur du Grossmünster, elle devint l'organe étatique d'administration et de surveillance de l'Eglise; elle était l'une des commissions consultatives du Conseil et contrôlait en outre le corps enseignant de la ville et de la campagne. Le synode, qui se réunissait depuis 1528 deux fois par an sous la présidence de l'antistès et en présence de conseillers, servait à l'autodiscipline des pasteurs, dont il renforçait l'esprit de corps et élisait les doyens. La ville créa un tribunal matrimonial en 1525 (Consistoires); se substituant au tribunal diocésain, il était compétent pour tout le canton. L'organisation de l'Eglise zurichoise se fondait sur les ordonnances du Conseil relatives au culte (1525), aux prédicants (1532) et au synode (1550) ou sur leurs révisions postérieures. Le gouvernement décidait aussi en matière d'éditions de la Bible, de profession de foi, de catéchisme et de psautiers.
L'Eglise d'Etat offrit au Conseil la possibilité de mettre en place une administration cantonale unifiée, échappant au morcellement territorial des bailliages. Formés à Z., encadrés par les classes et le synode, les pasteurs devaient jurer obéissance aux autorités lors de leur consécration. Issus sans exception, depuis le XVIIe s., de la bourgeoisie urbaine, ils n'étaient pas seulement des guides spirituels, mais aussi des fonctionnaires de l'Etat. Dès le XVIe s., ils tenaient les registres de baptêmes, de mariages et de décès; aux XVIIe et XVIIIe s., ils recensaient la population, rendaient compte aux autorités des événements locaux, lisaient et expliquaient en chaire les mandats officiels, contrôlaient l'assistance publique et l'école. Apparus en 1526, les Ehegaumer (assesseurs consistoriaux locaux qui surveillaient les mœurs) étaient groupés en Stillstand préfigurant les conseils de paroisse (ordonnances de 1656, 1684, 1711 et 1758).
Dans le cadre de l'Eglise d'Etat, les pasteurs zurichois jouissaient néanmoins d'une assez grande autonomie, surtout quand leur antistès avait une forte personnalité. Cela se manifestait notamment dans la fonction de vigile que le clergé exerçait même contre les autorités laïques et qui prenait la forme institutionnalisée de remontrances à l'adresse du Conseil (Fürträge und Bedenken), lesquelles abordaient, surtout aux XVIe et XVIIe s., des thèmes politiques aussi bien qu'ecclésiastiques. Les chefs de l'Eglise furent en tête des citadins opposés au service étranger; c'est aussi à leur instigation que l'on érigea dès 1642 de nouvelles fortifications afin de défendre la religion réformée. Tout nouveau membre du Grand Conseil devait jurer de protéger l'Eglise au péril de sa vie et de sa fortune. Le gouvernement, autorité laïque et ecclésiastique, était tenu de mettre en œuvre les commandements de l'Eglise.
Le Conseil possédait dix-sept collations avant la Réforme. Grâce à des achats et à la création de paroisses, il en détenait plus de 250 à la fin du XVIIIe s., même en dehors de son territoire, par exemple en Thurgovie et dans le Rheintal. Le consistoire de Z. était compétent pour les sujets protestants des bailliages communs. La ville pourvoyait en pasteurs quelques paroisses de l'Empire, surtout dans le Palatinat.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Avec la guerre de Souabe (1499), Z. devint le canton dirigeant de la Confédération. La ville abrita la plupart des séances de la Diète jusqu'à la Réforme. Elle devint l'un des centres de la politique et de la diplomatie européennes, vu le rôle joué par les Confédérés jusqu'en 1515 comme puissance militaire, alliés du pape et adversaires de la France en Italie du Nord.
La défaite de Marignan et la critique contre le système des pensions eurent des conséquences plus lourdes à Z. que dans les autres cantons. Certes, Z. cosigna la Paix perpétuelle avec la France en 1516, mais se distingua en refusant d'adhérer en 1521 à l'alliance défensive qui s'ensuivit. Les bénéficiaires de pensions furent mis en accusation en 1526; la lettre de 1513 sur les pensions devint l'une des dispositions fondamentales de la ville. La Réforme fut cause d'isolement et faillit conduire à une exclusion de la Diète. Cette voie solitaire prit fin grâce aux combourgeoisies chrétiennes conclues entre 1527 et 1530 avec les villes passées à la foi nouvelle (Constance, Berne, Saint-Gall, Bienne, Mulhouse, Bâle, Schaffhouse), et finalement avec Strasbourg et le landgraviat de Hesse; la plupart des paroisses des bailliages communs de Suisse orientale embrassèrent aussi la Réforme. Dès lors, la politique de Zwingli visa à imposer la Réforme dans toute la Confédération, par la force si nécessaire. En 1529, Z. attaqua les cantons catholiques, annexa la principauté abbatiale de Saint-Gall et put s'assurer certains avantages à la première paix nationale de Kappel, avant de subir une défaite décisive en 1531 dans la seconde guerre de Kappel. La seconde paix de Kappel scella l'échec de la politique confessionnelle de conquête. Z. dut accepter la prépondérance des cantons catholiques, majoritaires à la Diète, dans les bailliages communs. Cependant, la ville prit la tête du protestantisme suisse et joua un rôle central dans l'unification des Eglises réformées de la Confédération (Consensus tigurinus , Confessions helvétiques).
La défaite de Kappel contraignit la ville à observer assez longtemps une attitude passive et défensive en politique extérieure. Elle renonça d'une part, lors de la guerre de Smalcalde (1546-1547), à soutenir ouvertement les protestants dans l'Empire; elle se tint aussi, en 1549, à l'écart des capitulations avec la France et d'autres puissances. Sa prudence politique, son importance économique pour la Suisse centrale et son prestige à l'étranger firent qu'elle retrouva peu à peu au cours du XVIe s. son rôle de canton directeur dans les affaires regardant l'ensemble de la Confédération. Son bourgmestre présida jusqu'en 1798 les séances de la Diète à Baden (à Frauenfeld après 1712); le greffier de son Conseil géra la chancellerie de la Diète dès 1715. Toute la correspondance diplomatique avec l'étranger passait par Z.
Après avoir surmonté son isolement vers 1550, Z. se montra de nouveau plus active. Le canton fut le seul à soutenir les protestants de Locarno et leur offrit l'asile en 1555. Pour répondre à la politique d'alliances confessionnelles lancée par les cantons catholiques, il conclut des alliances défensives avec Berne, Bâle et Schaffhouse (1572), Genève (1584) et Strasbourg (1588). Il tenta, avec d'autres villes protestantes, de trouver un compromis avec les cantons catholiques, mais en vain. En 1587, le Conseil leva un contingent de 3000 hommes pour soutenir les huguenots en France; cela s'acheva par une sanglante défaite (campagne d'Etampes), mais contribua à retourner l'opinion à propos du service étranger, évolution sans doute inévitable pour des raisons économiques et politiques. Une première capitulation, valable douze ans, fut signée par Z. et Berne avec le margrave protestant de Bade-Durlach en 1612. L'alliance avec la France suivit en 1614, celle avec Venise en 1615.
Les alliances zurichoises s'inscrivent dans le contexte des rapports de force dominant la politique intérieure et extérieure de la Confédération. La menace que représentait, à la veille de la guerre de Trente Ans, l'Espagne alliée avec les cantons catholiques facilita les accords des années 1610 avec la France et Venise. Lors de la phase suédoise de la guerre de Trente Ans (1630-1635), l'incertitude de la situation incita la ville à s'abstenir de conclure une alliance avec la Suède, souhaitée par le parti belliciste. En 1715, Z. ne renouvela pas l'alliance avec la France, notamment parce que celle-ci avait conclu avec les cantons catholiques une alliance séparée (Trücklibund) et parce que sa prépondérance compromettait l'équilibre européen. En outre, les persécutions contre les huguenots et les vaudois du Piémont, dont un assez grand nombre avait temporairement trouvé refuge à Z., avaient gravement troublé la paix confessionnelle. Dès lors, Z. se tourna davantage vers les puissances protestantes, Provinces-Unies, Brandebourg et Angleterre, avec qui il existait depuis longtemps de bonnes relations. Une capitulation militaire fut signée en 1693 avec les Provinces-Unies et un traité d'entraide en 1706 avec les Ligues grisonnes qui, elles-mêmes, s'allièrent avec Venise (1706) et les Provinces-Unies (1713). Berne et Z. renouvelèrent la capitulation avec Venise en 1706. Lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763), Z. sympathisa avec la Prusse. Une alliance formelle avec la France fut conclue, après une longue interruption, en 1777, pour faire contrepoids à l'Autriche; on prêtait en effet à Joseph II des visées expansionnistes et notamment l'intention de récupérer l'ancien bailliage habsbourgeois de Kyburg.
Sur le plan fédéral, la politique zurichoise visait une révision de la paix nationale de Kappel, afin d'obtenir la parité entre cantons protestants et catholiques dans l'administration des bailliages communs. Sous la menace suédoise, cet objectif fut atteint pour la Thurgovie et le Rheintal lors du conflit de 1630-1632 sur la juridiction matrimoniale et les droits de patronage. Une tentative d'imposer par la force la révision de la paix nationale échoua lors de la première guerre de Villmergen (1656). Il fallut attendre la seconde guerre de Villmergen (1712), qui permit à Berne et Z. d'acquérir la prépondérance dans la Confédération, pour que les postes de bailli dans les bailliages communs soient attribués paritairement entre les deux confessions.
Canton directeur, Z. devait garantir les intérêts de la Confédération dans les questions supracantonales et offrir sa médiation entre les cantons et les puissances étrangères. Ce rôle lui était reconnu par tous les cantons, même si Z. échoua dans les efforts qu'il fit, par exemple en 1655, pour amalgamer les alliances fédérales en un pacte unique et si on reprochait occasionnellement à la ville un ton condescendant dans ses rapports avec les autres Confédérés. En cas de nécessité, Z. savait aussi défendre ses intérêts avec fermeté. Vers 1770 encore, un conflit armé faillit éclater avec Schwytz à propos des droits sur le lac de Z.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Parmi les juridictions que Z. acquit après 1500, on trouve celles des abbayes et chapitres, en particulier la haute justice que le Grossmünster avait exercée sur des domaines aux environs de la ville (Fluntern, Albisrieden). La seigneurie de Bonstetten fut achetée en 1539, le bailliage de Laufen en 1544, la seigneurie de Wädenswil en 1549, le bailliage de Hegi en 1587, la haute justice sur le Rafzerfeld en 1651, la basse justice dans la seigneurie de Flaach en 1694, la seigneurie justicière d'Altikon en 1696. Wülflingen et Buch am Irchel formèrent jusqu'en 1759 une seigneurie privée avec haute et basse justices. La haute justice sur Ramsen, Dörflingen et Hemishofen fut achetée à l'Autriche en 1770. Enfin, la ville acquit en 1790 la seigneurie de Bubikon (avec la basse justice sur la localité homonyme) et en 1797 une moitié de la seigneurie de Turbenthal. Pour des raisons essentiellement confessionnelles, elle acheta des seigneuries thurgoviennes (Steinegg en 1583, Weinfelden et Pfyn en 1614, Neunforn, Hüttlingen et Wellenberg en 1694), ainsi que la baronnie de Sax-Forstegg dans le Rheintal en 1615.
Au XVIIIe s., il y avait encore sur le territoire zurichois une trentaine de seigneuries justicières en mains privées. Elles consistaient souvent en un château avec basse justice, droit de chasse, banalités et corvées. Depuis le XVIe s., il était possible de faire appel au Conseil de Zurich contre les sentences des seigneurs justiciers. Les conflits avec ceux-ci se multiplièrent aux XVIIe et XVIIIe s., parce que le Conseil se mit à empiéter sur leurs compétences, non certes en droit, mais en fait.
Les bailliages furent en général laissés tels qu'ils étaient au moment de leur acquisition. Ils étaient administrés par des baillis de la ville, représentants du Conseil et successeurs des anciens détenteurs. Les "bailliages intérieurs", innere Vogteien ou Obervogteien, proches de la ville, étaient dépourvus de siège baillival (le bailli gardait son domicile citadin); ils étaient considérés à maints égards comme des arrondissements urbains et le droit municipal pouvait s'y appliquer. Dans les "bailliages extérieurs", äussere Vogteien ou Landvogteien, (Kyburg, Grüningen, Greifensee, Andelfingen, Eglisau, Regensberg, Knonau, Wädenswil et Sax-Forstegg), qui avaient largement gardé leur statut d'entités juridiques autonomes, les droits seigneuriaux étaient censés mouvoir du château servant de siège; les baillis devaient résider sur place. Kyburg et Grüningen disposaient de la haute juridiction. La collectivité des sujets de la seigneurie de Regensberg avait certains privilèges fiscaux et disposa dès 1665 d'un siège administratif. Au XVIe s., les droits seigneuriaux des bailliages, avec leurs dispositions civiles et pénales, furent mis par écrit et vinrent compléter les coutumiers communaux.
Avant la Réforme, la domination et le poids de la ville sur la campagne n'étaient pas encore trop marqués. Les relations entre pouvoir souverain et autonomie locale furent la cause profonde de nombreux conflits (affaire de Grüningen en 1440-1441, affaire Waldmann en 1489, doléances de 1513, Lebkuchenkrieg en 1515-1516, troubles de Wädenswil en 1523-1524, troubles et doléances de 1524-1525, querelle sur les sentences du plaid de Grüningen en 1528 et troubles de 1531-1532), résolus soit par des arbitrages confédéraux (1441, 1489, 1528), soit par des accords mutuels (1516), soit par des décisions du Conseil (1524, 1525, 1532). Si les droits souverains furent maintenus, les libertés de la campagne furent néanmoins confirmées. Ville et campagne signèrent ensemble la seconde paix nationale de Kappel. En 1532 encore, dans la lettre de Kappel, la ville s'engagea à ne pas conclure de combourgeoisie avec des puissances étrangères ni entrer en guerre contre la volonté de la campagne. La campagne de son côté promit dans la lettre de Milan (1516) de renoncer à toute conjuration ou soulèvement armé contre la ville.
Lorsque le gouvernement, après la Réforme, s'arrogea le pouvoir spirituel, la campagne perdit son droit de participation aux affaires du canton. Les autorités de la ville se hissèrent au rang d'instance suprême de l'Etat, dont la campagne n'était plus qu'un membre subordonné. Les consultations populaires instituées en 1439, rares dès 1533, disparurent en 1584. Le Conseil retira entre 1550 et 1650 les sentences (Spruchbriefe) nées de l'affaire Waldmann et affirma lors de l'affaire de Stäfa (1795) qu'elles avaient été déclarées nulles en vertu des droits souverains des autorités. Surtout, la ville se ferma de plus en plus dès le XVIe s. et réserva à ses bourgeois la formation, l'artisanat, l'industrie et le commerce, ainsi que les postes de pasteur et d'officier. Elle n'admit plus aucun nouveau bourgeois dès 1659.
En dehors de mouvements de résistance fiscale en 1599 et 1645-1646, la campagne s'accommoda de cette situation et resta tranquille même pendant la guerre des Paysans de 1653. Ce fut contre ses propres bourgeois que le gouvernement dut défendre sa souveraineté en 1712 et 1777. Des difficultés ne surgirent avec les sujets campagnards qu'en 1784 (affaire de Stein am Rhein) et 1795 (affaire de Stäfa). La ville réagit par des mesures militaires, minant ainsi sa légitimité d'autorité indulgente et paternelle.
En comparaison avec les Etats étrangers, la ville n'exerçait pas sur la campagne un pouvoir absolutiste. Les communes assumaient d'importantes tâches publiques. Le Conseil comptait sur leur collaboration, faute de moyens administratifs efficaces. Individus et communes pouvaient se plaindre des baillis devant le Conseil et il n'était pas rare qu'ils obtiennent gain de cause en cas d'abus. Les responsables des classes interrogeaient chaque année les paroissiens sur le comportement de leur pasteur. Les archives communales, qui remontent au XIVe s., montrent que l'autonomie locale était plus poussée que, par exemple, à Berne. En revanche, les monopoles corporatifs et les entraves au développement artisanal et industriel frappèrent assez durement la campagne au XVIIIe s. La privation de droits politiques ne devint un problème qu'après la Révolution française.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Il est possible d'estimer l'effectif de la population au bas Moyen Age grâce aux rôles fiscaux établis dès le XIVe s. pour la ville et le XVe pour la campagne. Les relevés établis de 1634 jusque vers 1750 par les pasteurs offrent les premiers dénombrements. La Société des sciences naturelles mena un recensement en 1771; le statisticien Johann Heinrich Waser s'intéressait alors de près à la démographie.
Au cours de la période des défrichements médiévaux, la population doubla ou tripla; elle atteignit peu après 1300 un premier maximum qui entraîna des difficultés d'approvisionnement. Les épidémies de peste qui se succédèrent à partir de 1349 et les nombreuses guerres du bas Moyen Age provoquèrent des pertes qui ne seront comblées qu'après 1450. En 1467, la ville comptait quelque 5000 âmes, le reste du territoire cantonal 35 000.
L'essor qui suivit la crise du bas Moyen Age dura jusque vers 1570 et porta le nombre des habitants du canton à environ 80 000. Des disettes (mauvaises récoltes dues au climat jusque vers 1590) et les pestes de 1611, 1629 et 1635 se traduisirent par de fortes variations du nombre d'habitants (jusqu'à 40% de pertes) et, globalement, par une stagnation. L'essor reprit ensuite avec vigueur jusque vers 1680 (env. 130 000 âmes); la dernière attaque de la peste, en 1668, fut géographiquement limitée (région d'Uster) et ne causa pas de mortalité massive. Le retour, lors d'une des pires périodes climatiques de l'époque moderne, des mauvaises récoltes dans un contexte de ressources déjà rares amena vers 1690 une baisse massive de la population.
Au XVIIIe s., la protoindustrie renversa derechef la tendance, car le travail à domicile offrit de nouveaux revenus et accrut les possibilités de fonder une famille. Jusqu'en 1800, le nombre d'habitants passa de 115 000 à 179 000, avec une interruption seulement lors de la disette de 1770-1771. L'augmentation fut très forte (plus de 100%) dans l'Oberland, encore peu peuplé au XVIIe s. et précocement industrialisé, forte sur les rives du lac toujours densément peuplées, mais faible, voire négative jusqu'en 1771, dans les régions sans industrie du Weinland et de l'Unterland; celles-ci, qui figuraient vers 1700 parmi les zones les plus densément peuplées du canton, se retrouvèrent en queue de liste vers 1800. Les villes de Z. et Winterthour n'admirent plus de nouveaux bourgeois après 1659 et leur population stagna (env. 10 000 habitants à Z. vers 1800). A la fin de l'Ancien Régime, seul le canton de Berne était plus peuplé que celui de Z.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Une ligne passant par Knonau, Z. et Winterthour sépare le Plateau (région de la Reuss, Unterland, Weinland) de la zone préalpine (chaîne de l'Albis, région du lac de Z., Oberland). Elle constitue aussi une frontière culturelle, au point de vue des formes d'habitat, des systèmes culturaux et des modes de vie.
Au nord et à l'ouest, depuis la fin du bas Moyen Age, prévalaient l'habitat groupé (villages de cultivateurs et de vignerons), l'exploitation collective et l'usage des communaux. Il n'était pas permis de bâtir hors des villages. Le nombre des fermes, limité par les taxes élevées exigées d'éventuels nouveaux communiers, ne s'accrut pratiquement plus après 1700. La maison concentrée prédominait (habitation et rural sous un même toit). La ferme comme lieu de vie principal, la compacité des villages et le lien à la terre allaient de pair avec une mentalité conservatrice, attachée à la tradition et aux valeurs collectives.
Dans les zones plus élevées au sud et à l'est régnaient les hameaux et les fermes isolées, souvent sans exploitation collective. Au-dessus de 600 m environ, on pratiquait individuellement la rotation culturale; c'est pourquoi il n'y avait pas interdiction de construire des maisons hors des localités. La petitesse des communaux, voire leur absence, rendaient les droits d'usage bien moins importants que dans les régions de labours; les taxes d'entrée pour les nouveaux communiers étaient donc plus basses. Cette situation favorisa aux XVIIe et XVIIIe s. l'extension de l'industrie à domicile, encourageant l'essor démographique et la colonisation intérieure de l'Oberland. De nouveaux hameaux apparurent (avec notamment les maisons ouvrières typiques dites Flarzhäuser) et l'on agrandit les immeubles. Au XVIIIe s., l'Oberland était l'une des régions les plus fortement industrialisées et les plus densément peuplées d'Europe. La pratique de l'exploitation individuelle rendit les habitants sensibles aux mouvements non conformistes et oppositionnels.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Z. s'affirma au XIIIe s. et au début du XIVe parmi les principales places économiques de Haute-Allemagne. La ville était l'une des seules au nord des Alpes, avec Cologne, Ratisbonne et Paris, à être active dans la soierie, liée à d'importantes activités de grand commerce. La matière première venait d'Italie, les tissus étaient exportés jusque vers le Bas-Rhin, en Pologne, en Autriche et en Hongrie. Cette floraison économique prit fin vers 1350, victime de la révolution corporative de 1336 et des troubles qui suivirent et durèrent jusqu'à la guerre de Z. Vers 1470, Z. était devenue une ville d'artisans sans relations commerciales marquantes.
A la campagne, le recul démographique après 1350 entraîna une diminution des surfaces labourées (jusqu'à 25%). Les difficultés d'approvisionnement s'amenuisèrent, les seigneurs fonciers eurent de la peine à conserver leurs fermiers. Dans les emplacements favorables (rives du lac, Weinland) on put développer le vignoble et les cultures maraîchères, l'élevage dans les zones plus élevées (Oberland, collines au sud du lac). Un accroissement de l'artisanat rural comme revenu accessoire est aussi perceptible.
Après 1450, l'augmentation de la population multiplia les conflits liés aux droit d'usage; les limites entre communes furent définitivement fixées. L'importance croissante de la rente foncière stimula l'intérêt des bourgeois de la ville pour les investissements dans l'agriculture. Le souci de plus en plus marqué pour un approvisionnement suffisant en grain, base de l'alimentation, se traduisit après 1480 par des mesures interdisant de changer l'affectation des terres ouvertes. La tentative visant à cantonner la campagne dans les activités agricoles, en réservant à la ville le commerce et l'artisanat, fut l'une des causes de la chute de Waldmann en 1489. Les sentences du tribunal d'arbitrage fédéral confirmèrent largement les libertés économiques des campagnards.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Au bas Moyen Age, l'agriculture était l'occupation principale de plus de 95% des gens de la campagne. En 1800, cette part était tombée à 65%, évolution permise par l'industrie textile à domicile, qui offrit aux XVIIe et XVIIIe s. de nouvelles sources de revenus aux habitants des régions préalpines.
Dans les zones de terres ouvertes, on pratiquait encore presque partout la rotation triennale et l'assolement obligatoire. Les rendements n'augmentèrent pas au même rythme que la population; ils semblent même avoir baissé après la guerre de Trente Ans, au vu des comptes de dîmes. En bien des lieux, on se contenta désormais de cultiver les champs proches du village, en négligeant les parcelles éloignées, parce qu'on put importer les blés souabes meilleur marché. Le partage croissant du travail entre la Souabe agricole et le canton de Z. industriel fit qu'au XVIIIe s. la première couvrait quelque 40% des besoins du second en céréales; à la fin du siècle, 10% seulement des grains vendus sur le marché de Z. provenaient du canton. C'est pourquoi les barrières à l'exportation imposées en temps de guerre ou de mauvaises récoltes (par exemple en 1770-1771) frappèrent durement la population et entraînèrent de graves disettes. Plus tard, la pomme de terre adoucira cette dépendance.
Après 1750, les physiocrates réunis autour de Hans Caspar Hirzel dans la commission économique de la Société des sciences naturelles (dite aussi de physique) s'efforcèrent de réformer l'agriculture, afin d'atténuer la dépendance face aux importations de céréales, mais dans le cadre de l'ordre politique existant et en maintenant cens et dîmes. Ils contribuèrent à la célébrité européenne de Jakob Gujer, dit Kleinjogg, le paysan modèle. Ils se distinguèrent en instaurant des entretiens avec les paysans pour leur apprendre comment améliorer leurs méthodes de culture. Cependant, les rigidités du système économique et l'autonomie relativement élevée des communes zurichoises contrecarrèrent les efforts entrepris pour convaincre les communautés paysannes de partager les communaux et d'abolir la vaine pâture.
Les zones élevées se spécialisèrent aux XVIIe et XVIIIe s. dans l'élevage et la production laitière, tandis que la viticulture jouait traditionnellement un rôle important dans le Weinland, au bord du lac, dans la banlieue de Z. et sur la rive droite de la Limmat. Au XVIIe s. déjà, les paysans trouvèrent des revenus accessoires dans l'artisanat. Une spécialisation régionale était déjà en place dans ce domaine au XVIIIe s.: tressage de la paille dans le Rafzerfeld, tricotage de bas autour de Rümlang, culture et apprêt du chanvre dans le Weinland, élevage d'escargots (exportés en Italie) dans la vallée inférieure de la Töss, fabrication d'ustensiles en bois dans la vallée supérieure de la Töss (surnommée pour cette raison Chellenland, soit pays des cuillers à pot).
A Winterthour et à Z., les artisans étaient organisés en corporations et possédaient le monopole du marché, les artisans et merciers de la campagne n'ayant accès au marché de la ville que quelques jours par an. Certains métiers, par exemple celui d'orfèvre, ne pouvaient être exercés que dans les villes. Les auberges, les boucheries, les moulins, entre autres, étaient soumis à concession (banalités). Pour le reste, les artisans de la campagne, en particulier ceux du bâtiment, étaient libres de travailler pour le marché régional et suprarégional. Les petits paysans en profitaient. Dès la première moitié du XVIIe s., de nombreux campagnards apparaissent dans les sources comme cordonniers, tailleurs ou tisserands; cela prouve l'extension de l'artisanat rural, composante traditionnelle de la société campagnarde. Au XVIIe s. surtout, quelques métiers (cordiers, verriers, passementiers, notamment) furent intégrés aux corporations urbaines, parfois à la demande des maîtres artisans de la campagne; cela ne conférait certes pas la bourgeoisie aux intéressés, mais les soumettait aux droits et devoirs corporatifs et leur assurait donc une protection contre la concurrence.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
L'industrie textile d'exportation, qui prospéra dès 1650, devint un facteur important de l'économie zurichoise; elle sera la base de l'industrialisation au XIXe s. Elle a pour origine la fabrication de cotonnades (Tüchli), apparue après 1450, qui n'était pas soumise aux règles corporatives et pouvait donc être exercée librement. Elle se développa grâce aux réfugiés protestants de Locarno (1555), qui ouvrirent aux toiles de lin et de coton des marchés étrangers et introduisirent le travail de la soie et de la laine. A la Réforme, l'interdiction des pensions et celle du service étranger (respectée durant tout le XVIe s.) bénéficièrent aux entreprises industrielles, car l'élite urbaine dut chercher de nouvelles sources de revenus.
La période 1550-1650 vit se développer des firmes familiales vouées au commerce et à la fabrication, soit par des ouvriers à domicile, soit en manufacture, de produits textiles encore simples. En même temps, les fabricants de la ville gagnèrent en influence politique, car ils occupèrent davantage de sièges dans les Conseils et fournirent des bourgmestres. Ils contrôlaient une grande partie de la production, encore effectuée aux alentours de la ville. Mais, sur le lac supérieur et dans l'Oberland, des entrepreneurs campagnards commencèrent à mettre sur pied une industrie indépendante (lin et coton), pour les marchés régionaux. La perte des privilèges douaniers en France fut l'une des causes de la stagnation qui s'installa dès 1620 et aboutit à une crise vers 1650.
Une nouvelle phase de haute conjoncture s'annonça après 1660, grâce à un affinement et à une diversification des produits. Compromise par la crise de subsistance après 1690, elle prit fin en 1710. La région de Z. fut la première au nord des Alpes à produire des tissus de coton à imprimer; au XVIIIe s., comme déjà au XIVe s., elle était avec Bâle l'une des rares dans l'espace germanique à se vouer à la soierie. Des réfugiés huguenots contribuèrent à sa prospérité après 1685; ils n'obtinrent cependant qu'un droit de séjour de durée limitée. Le Directoire commercial, fondé en 1662, devint une institution importante; il définit des normes de qualité, fixa les salaires, aménagea un service postal et exerça une influence déterminante sur la politique industrielle et commerciale du canton. Vers 1700, les marchands de la ville s'assurèrent le monopole de la fabrication des soieries et de l'apprêtage des cotonnades. Même Winterthour fut soumise à ces restrictions (affaire des fabriques, 1715-1719).
Dans ces conditions, et même si les règles ne furent pas toujours respectées, Z. connut de 1720 à la Révolution française une période de haute conjoncture qui, interrompue seulement par une brève crise vers 1770, dura jusqu'au moment où les filés mécaniques anglais commencèrent à conquérir le marché européen (après 1790). Les ouvriers de l'Oberland produisaient des filés et des tissus bruts (désormais surtout de coton) pour des entrepreneurs locaux servant d'intermédiaires avec les marchands de la ville, tandis que l'industrie de la soie, déjà mécanisée et manufacturière, était implantée aux portes de la ville.
Au XVIe s., Z. le cédait à Bâle, Genève ou Saint-Gall pour la capacité financière. L'Etat et les particuliers devaient se tourner vers l'étranger s'ils avaient besoin de crédit, Z. n'ayant pas de banquiers. Au XVIIe s., l'industrie textile jeta les bases d'un secteur financier autonome et la ville n'eut plus à dépendre de créanciers étrangers. Les taxes douanières à l'exportation devinrent après 1617 l'une des principales sources de revenus de l'Etat. Vers 1650, des négociants comme les Werdmüller se firent marchands-banquiers, actifs dans le change et le crédit. Au XVIIIe s., Z. passait pour riche grâce à son industrie d'exportation, mais restait en retrait d'autres villes suisses comme place commerciale et financière. Les firmes zurichoises conservaient leur caractère d'entreprises familiales solides et autofinancées. Après 1750, sept d'entre elles s'adonnaient aux activités bancaires. La commission des cens, institution étatique fondée en 1754, s'occupait de placements et accordait des crédits (future Banque Leu). Le commerce se concentrait sur les importations d'Italie du Nord (Bergame) et les exportations le long du Rhin (Alsace, Hollande), en Angleterre et à Lyon. Vers la fin du XVIIIe s. seulement, des marchands de Z. et de Winterthour tentèrent de prendre pied dans le commerce d'outre-mer; cédant à l'attrait croissant de la spéculation, ils s'écartèrent du principe de l'autofinancement, ce qui entraîna après la Révolution française des pertes et des faillites.
A la campagne, les paysans recoururent de plus en plus, à partir du XVIe s., à des crédits accordés par des citadins et garantis par gage immobilier. Le partage successoral réel, qui obligeait à diviser les domaines ou à dédommager les cohéritiers, ainsi que la baisse des taux d'intérêt entraînèrent dans les deux siècles suivants un énorme endettement des exploitations paysannes. Pendant la guerre de Trente Ans (qui provoqua une hausse des prix agricoles), nombre de gros paysans contractèrent des emprunts excessifs pour acheter des terres; lorsque les importations de grains souabes à bon marché reprirent après 1648, ils firent faillite. Au XVIIIe s., à cause des particularités du droit de gage zurichois, qui connaissait la responsabilité solidaire de l'ensemble des propriétaires des parcelles grevées, un débiteur en incapacité de paiement entraînait dans la faillite ses cocautions, souvent l'ensemble des villageois (ce fut le cas à Thalheim entre 1723 et 1727). Les intérêts de la dette, payables en argent, dépassaient fréquemment au XVIIIe s. les cens et dîmes dus pour une parcelle.
L'essor démographique, du XVIe au XVIIIe s., et l'apparition d'une population d'ouvriers à domicile accrurent la dépendance du canton envers les importations de première nécessité, comme les céréales, le sel et plus tard le bois. Dans l'intérêt des consommateurs, mais aussi pour des raisons fiscales, les autorités renforcèrent aux XVIIe et XVIIIe s. le contrôle sur le commerce de telles denrées. Dans ce but, elles interdirent le stockage et l'accaparement et recoururent au monopole et à la régulation des prix. Comme les producteurs de grains souabes livraient à moindre prix, Z. encouragea après la guerre de Trente Ans les importations directes par les fournisseurs étrangers. En même temps, pour maintenir les prix à un bas niveau, la ville soumit les marchands de grains indigènes à une patente obligatoire et assigna à chacun d'eux, afin d'éviter la concurrence, les marchés étrangers où il devait opérer. Pour les temps de disette, l'Etat constitua des réserves dès le XVIe s. Plus tard, corporations et communes firent de même. Le prix moyen des grains sur le marché de Z., calculé chaque semaine, servait à fixer celui de la farine et du pain pour la ville et la campagne. Le commerce du bétail de boucherie et le prix de la viande étaient soumis à une régulation analogue, en faveur des consommateurs. Dans le commerce du sel, des marchands proches de Melchior Steiner, de Winterthour, parvinrent à s'assurer une position dominante grâce à des accords de monopole conclus en 1655 avec le Tyrol et la Bavière. La ville de Z. mena ensuite une véritable guerre économique contre Steiner; celui-ci eut le dessous et la vente du sel devint monopole d'Etat vers 1675. L'exploitation des forêts des communes rurales fut de plus en plus soumise à la surveillance étatique au XVIIIe s. L'approvisionnement de la ville en bois d'œuvre et de chauffage fut aussi régulé et en partie monopolisé après que l'on eut constaté en 1763 qu'il dépendait seulement de six campagnards de la région du lac.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Le bas Moyen Age se caractérisait par une forte mobilité sociale. La disparition de l'ancienne noblesse avait alors permis à de nouveaux venus comme Waldmann ou Zwingli de faire de rapides carrières. Il n'en alla plus ainsi dès le XVIes. Pour protéger les privilèges urbains, on introduisit au XVIIe s. une stricte distinction entre bourgeois et non-bourgeois, accentuée par les dispositions des mandats somptuaires. Les villes de Z. et de Winterthour n'accordèrent plus la bourgeoisie aux campagnards. Seuls les bourgeois de Z. étaient admis au gouvernement, prêtaient serment aux pactes et étaient donc des Confédérés. Eux seuls, depuis le XVIIe s., avaient accès à la carrière ecclésiastique. Grâce à leur statut privilégié, les moindres d'entre eux se sentaient supérieurs aux élites rurales et même aux bourgeois de Winterthour.
Dès 1336, la bourgeoisie de Z. fut organisée par métiers et corporations (Villes corporatives). A l'exception des domestiques, tout résident devait être membre d'une corporation. Pour exercer un métier, il fallait faire partie de la société d'artisans correspondante. Les marchands pouvaient, depuis 1489, choisir librement leur corporation; cela leur permit, aux XVIIe et XVIIIe s., de chasser les artisans des positions dirigeantes. Les familles les plus avantagées développèrent une conscience identitaire à tendance nobiliaire. Au XVIIe s., des particuliers, détenteurs de seigneuries justicières, se firent construire à la campagne de petits châteaux, par exemple à Berg am Irchel (1642), Wülflingen (1644), Lufingen (1647) et Uitikon (1650).
Aux XVIIe et XVIIIe s. le pouvoir politique se concentra de fait entre les mains d'une minorité (Oligarchisation), mais, à la différence de Berne et Lucerne, Z. ne limita pas formellement l'accès du Conseil à quelques familles. La classe dirigeante resta ouverte et de nouvelles familles d'entrepreneurs purent s'y intégrer fortune faite. L'élite citadine n'échappait pas aux règles corporatives ni aux mandats sur les mœurs. Grâce au Verlagssystem, au ministère pastoral ou à l'administration, ses membres gardaient des relations familières avec la population rurale.
A la campagne, la position sociale était liée aux droits d'usage sur les biens communaux (forêts et herbages surtout). En règle générale, ces droits étaient accordés à des chefs de famille domiciliés dans la localité et ayant leur propre ménage (feu), lesquels formaient le groupe des communiers de plein droit; le pouvoir de décision leur appartenait en matière communale, mais ils devaient aussi assumer les charges. Dans de nombreuses communes, surtout dans l'Oberland, les droits d'usage étaient répartis entre un certain nombre de maisons (droits réels); ils pouvaient être partagés, vendus et achetés. Dans ce cas, le droit de vote était le plus souvent lié à la possession d'un tel droit réel. Afin de contrôler l'afflux de nouveaux venus désireux d'avoir une part des droits d'usage, le gouvernement fixait, à la demande des communes, une taxe d'entrée, proportionnelle à la fortune communale. On appelait "habitants" (Hintersässen) les gens qui s'installaient dans une commune, souvent comme locataires, sans y acquérir les droits d'usage. Ces personnes devaient payer à la commune la taxe d'habitation. La protoindustrialisation, au XVIIIe s., rapprocha les manières de vivre des campagnards de celles des citadins; des habitudes alimentaires et vestimentaires propres à la ville conquirent les régions où prospérait l'industrie à domicile.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
L'absence de liberté personnelle, qui était le lot d'une grande partie des campagnards, perdit de son importance au XVe s. En 1525, la ville affranchit ses serfs, acquis avec les bailliages et abbayes, et renonça au droit de mainmorte. Toutefois, cette mesure ne s'appliqua pas aux serfs du bailliage de Grüningen, punis ainsi de leur insubordination (ils ne purent se racheter qu'en 1796), ni à ceux du bailliage de Wädenswil, acquis en 1549. Quant aux serfs zurichois appartenant à des seigneurs étrangers, ils durent se racheter aux XVIe et XVIIe s., à l'instigation de la ville.
La structure sociale rurale de l'époque moderne se fixa après 1450. Au sommet, on trouvait des détenteurs de banalités: meuniers, forgerons, aubergistes. Gros propriétaires, ils pratiquaient souvent le commerce de grains et le crédit. La classe supérieure comprenait encore les laboureurs, possesseurs d'un train complet, soit une charrue et au moins trois animaux de trait, ainsi que d'un domaine permettant de produire davantage que les besoins du ménage. La spécialisation dans la viticulture ou l'élevage pouvait aussi procurer une certaine aisance. Après 1650 apparurent au bord du lac et dans les zones de collines les fabricants, souvent aussi détenteurs de banalités, vignerons ou éleveurs, qui servaient d'intermédiaires entre les marchands-entrepreneurs de la ville et les ouvriers à domicile. Les familles de l'élite rurale fournissaient, souvent de génération en génération, les juges, les sous-baillis et les titulaires de charges communales importantes.
Au-dessous de la mince couche supérieure venaient les petits paysans, possesseurs d'un demi-train (deux animaux de trait) et d'un domaine assez grand pour assurer leur propre approvisionnement. Les Tauner formaient la majorité de la population (env. 70% au XVIIIe s.); ils disposaient de parcelles trop petites pour nourrir une famille et devaient compléter leurs revenus en se louant comme journaliers ou en pratiquant un artisanat. Les nombreux cordonniers, tailleurs et tisserands villageois étaient généralement des Tauner. Dans les régions où elle se développa, la protoindustrie fit naître une large couche d'ouvriers à domicile, dont les revenus variaient en fonction de la conjoncture.
Au XVIIIe s., les voyageurs étrangers s'étonnaient souvent de l'aisance qui régnait dans les communes riveraines du lac. Cependant, la pauvreté des Tauner et des ouvriers à domicile, due à des causes structurelles, ne put être surmontée sous l'Ancien Régime. Quelque 20% de la population en moyenne dépendaient de l'assistance. Depuis le XVIe s., celle-ci incombait aux paroisses pour les indigents du lieu. L'Etat aidait grâce aux revenus des biens des couvents sécularisés à la Réforme. Le soutien consistait surtout en pain et en vêtements; une somme d'argent mensuelle était accordée en cas d'incapacité totale de gain (aux veuves notamment). Les mauvaises récoltes et les crises conjoncturelles, revenant régulièrement, faisaient à chaque fois augmenter massivement le nombre de ceux qui ne pouvaient plus se nourrir par leurs propres moyens.
De nombreuses personnes s'exilèrent pour des raisons principalement économiques. Un courant migratoire se dirigea après la guerre de Trente Ans vers le Palatinat et ses régions limitrophes, où vivaient en 1661 plus de 4000 Zurichois. D'autres vagues suivirent en direction du Brandebourg (vers 1690 et en 1770-1771) et de l'Amérique du Nord (vers 1730-1750). Interdit à la Réforme, le mercenariat ne disparut cependant pas complètement; il reprit officiellement avec les capitulations du XVIIe s. Environ 2500 hommes servaient dans les régiments capitulés vers 1700, quelque 2000 vers 1770.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Avant la Réforme, Z. honorait particulièrement, outre Charlemagne, fondateur légendaire du Grossmünster, les saints locaux Félix et Regula; entre 1479 et 1484, on éleva sur le lieu présumé de leur martyre la Wasserkirche, financée par la vente d'indulgences. Célèbre pour sa liturgie chantée, le Grossmünster était l'un des principaux sanctuaires du diocèse de Constance. De nombreuses églises nouvelles furent construites à la campagne vers 1500, dont en 1501 celle du Pflasterbach à Sünikon (Steinmaur), but de pèlerinage très fréquenté.
La Réforme (1523-1525) fut une rupture radicale dans la vie religieuse. A la campagne, elle s'accompagna de l'espoir que la Bible devienne la base du pouvoir laïque et que, dans la foulée, les dîmes soient abolies et le choix des pasteurs remis aux paroisses. Ces attentes furent déçues. Au lieu de quoi la ville imposa après la Réforme ce qu'elle n'avait pas réussi à faire passer lors de l'affaire Waldmann. Avec ses mandats sur les mœurs, elle put influencer les us et coutumes; elle chercha à interdire les fêtes paroissiales, veillées et autres réjouissances. Grâce à un nouveau corps pastoral, formé à l'école théologique de Z., les principes de l'Eglise zurichoise, marqués par une morale du travail exigeante et une attitude puritaine, se diffusèrent dans les campagnes au XVIe s. Faisant preuve de fortes convictions religieuses, les anabaptistes des XVIe et XVIIe s. furent d'emblée persécutés. Les éditions de la Bible étaient très répandues dès le XVIIe s., tout comme les catéchismes et les livres édifiants. Néanmoins, la superstition survivait, d'autant que l'Eglise elle-même n'excluait ni l'intervention du Diable ni l'efficacité possible de la magie. La chasse aux sorcières culmina entre 1571 et 1598. Trente-sept femmes furent alors exécutées pour sorcellerie. Le dernier procès de ce type eut lieu à Wasterkingen en 1701 et se conclut par huit condamnations à mort.
La Bible de Z., première traduction intégrale en allemand (1530-1531), le premier catéchisme (1534) et les activités de théologiens comme Heinrich Bullinger, Leo Jud et plus tard Johann Jakob Breitinger (antistès de 1613 à 1645) assurèrent à la Réforme zurichoise un important rayonnement (Zwinglianisme). Au XVIIe s., la foi réformée se figea en un dogmatisme d'Eglise d'Etat, qui combattit rigoureusement les convictions divergentes. Le catéchisme zurichois de 1609 reconnut la doctrine calviniste de la prédestination qui, confirmée au synode de Dordrecht de 1619, devint celle de l'Eglise zurichoise avec la Formula Consensus . L'Etat et l'Eglise pourchassèrent le mouvement piétiste, apparu vers 1700, qui gagna des adhérents à la campagne, mais aussi dans des familles dirigeantes de Z. et de Winterthour.
Après 1730, les pasteurs ne furent plus obligés de signer la Formula Consensus et l'on admit l'interprétation des vérités chrétiennes à la lumière de la raison. L'assistance obligatoire au culte fut abolie vers 1750. L'esprit des Lumières influença la traduction de la Bible de 1772 et le psautier de 1787. Cependant, l'Etat continua de réprimer ceux qui, comme les séparatistes de Bauma après 1770, refusaient le service militaire ou qui, comme Jakob Heinrich Meister dans son traité De l'origine des principes religieux (1769), suspecté de déisme, allaient au-delà de l'"orthodoxie éclairée". Au XVIIIe s. encore, les dissidents religieux ne bénéficiaient d'aucune tolérance. Selon un mandat de 1755, la conversion au catholicisme entraînait le bannissement et le mariage avec un ou une catholique était un délit. Cela n'empêchait pas le peuple de croire aux vertus salvatrices, par exemple des capucins de Rapperswil, pour la protection de leurs maisons.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
La Réforme eut d'abord des répercussions sur la formation supérieure en ville, mais aussi, plus tard, sur l'école élémentaire, par l'entremise des pasteurs. L'école supérieure ouverte en 1525 enseignait la philologie et la théologie, à quoi s'ajoutèrent une chaire de sciences naturelles en 1541, une classe de philosophie au XVIIe s., des cours d'histoire profane en 1713 et de droit naturel en 1724. Entre elle et les écoles allemandes, on maintint les anciennes écoles latines du Grossmünster et du Fraumünster, complétées en 1601 par le Collegium humanitatis, qui préparait en deux ans à l'entrée en théologie. Normalement, il fallait avoir été consacré pour occuper une chaire, si bien que le corps enseignant zurichois se composait surtout de théologiens. Dès 1611, il se recrutait exclusivement parmi les bourgeois de Z. A l'exception de quelques boursiers, les jeunes campagnards n'avaient pas accès aux écoles supérieures. Les villes de Z. et Winterthour entreprirent dans les années 1770 une réforme scolaire; dans ce contexte ouvrirent l'école d'art (1773), celle des jeunes filles (1774) et l'institut médico-chirurgical (1782).
A la campagne, au début du XVIIe s. encore, les écoles n'étaient tenues qu'irrégulièrement, souvent par des étudiants errants engagés pour une durée limitée. Une première ordonnance, édictée en 1637, n'imposa pas l'école obligatoire. Les pasteurs se chargèrent dès lors souvent de l'enseignement. L'ordonnance de 1684 tenta sans grand succès d'introduire l'école obligatoire; elle stipula que les maîtres d'école de campagne seraient testés et désignés par la commission des examinateurs à Z. Une première enquête scolaire fut réalisée en 1715. Les plans d'études furent révisés en 1719, mais l'esprit du "siècle pédagogique" n'est guère perceptible avant les années 1770. Une seconde enquête intervint en 1771-1772, suivie en 1778 d'une nouvelle ordonnance sur les écoles de campagne, qui exigea que l'école soit tenue au moins deux jours par semaine, même en été, et que les jeunes ayant achevé le cursus répètent le programme un jour par semaine en hiver jusqu'à leur confirmation.
A la fin du XVIIIe s., on comptait environ 360 écoles de campagne. Elles ne disposaient pas partout des locaux appropriés et souvent ne fonctionnaient régulièrement qu'en hiver. Leur objectif était d'apprendre à lire et à réciter par cœur des textes religieux imprimés. Vers 1780, quelque 80% de la population rurale avaient ces capacités, taux comparativement élevé. L'apprentissage de l'écriture et du calcul était bien moins répandu, mais avec des différences régionales considérables. A Z. et Winterthour, la scolarité durait plus longtemps et les plans d'étude tenaient compte des exigences plus élevées de la vie intellectuelle et professionnelle citadine (maîtrise de l'écriture).
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
Les œuvres du chanoine Konrad de Mure témoignent de la vie culturelle de la ville impériale de Z. au XIIIe s., tout comme celles nées dans le cercle du chevalier Rüdiger II Manesse, qui avec son fils Johannes commença à la fin du XIIIe s. un recueil de poésie courtoise, source du Codex Manesse (où figurent notamment Johannes Hadlaub, Jakob von Wart et Werner von Teufen). Elsbeth Stagel, dominicaine au couvent de Töss, illustra le courant mystique. La période de crise qui s'ouvrit vers 1350 ne fut pas favorable aux activités culturelles. Les corporations, éléments dominants à Z., étaient fortement attachées à des valeurs comme l'honneur professionnel et l'égalité. Le chanoine Felix Hemmerli fut l'une des rares personnalités du XVe s. à se distinguer par sa culture.
Outre Hemmerli, Albert de Bonstetten et Niklaus von Wyle appartiennent au premier humanisme. Les peintres Hans Haggenberg, Hans Leu le Vieux et Hans Leu le Jeune furent actifs après 1470, tout comme le chroniqueur Gerold Edlibach. Une imprimerie fut ouverte vers 1480; plus de 1100 titres différents sortirent entre 1517 et 1591 des presses fondées par Christoph Froschauer. Les œuvres humanistes et théologiques de Zwingli, de Bullinger et des maîtres qui enseignèrent dès 1525 à l'école supérieure du Grossmünster (tels Jakob Ceporin, Peter Kolin et Conrad Pellican, puis Konrad Gessner, savant universel, professeur d'histoire naturelle dès 1541) furent la manifestation d'un apogée culturel.
Au XVIIe s., l'Eglise d'Etat, dogmatique, domina la vie culturelle. Le théâtre avait pratiquement disparu, la censure était omniprésente. La cartographie servit à renforcer l'administration et l'économie; elle fut illustrée par Jos Murer et Hans Conrad Gyger, puis par les plans de dîmes des XVIIe et XVIIIe s. Les fortifications construites entre 1642 et 1677 sur un plan en étoile furent une réalisation impressionnante. Un nouvel hôtel de ville fut édifié en style baroque entre 1694 et 1698.
Dès le milieu du XVIIIe s., grâce à la décrispation idéologique et à la prospérité économique, Z. devint un centre de la vie intellectuelle dans l'espace germanique. Johann Jakob Scheuchzer, Johann Jakob Bodmer, Johann Jakob Breitinger, Johann Kaspar Lavater et Johann Heinrich Pestalozzi acquirent une renommée européenne. Salomon Gessner était de son vivant l'un des écrivains allemands les plus connus. A côté de la sociabilité traditionnelle des corporations, de nombreuses sociétés cultivaient les idées des Lumières (Société ascétique, Société morale, Société de physique).
Dans le Weinland et l'Unterland, zones de terres ouvertes, la population resta attachée aux valeurs collectives de la culture paysanne. Celle-ci s'accordait avec un besoin de prestige accru de l'élite rurale, dont témoignent les grandes maisons à colombages des XVIIe et XVIIIe s. Dans la région du lac de Z., les campagnards aisés adoptèrent un genre de vie inspiré des modèles urbains. Quelques communes construisirent des églises baroques richement ornées de stucs. Après 1770 apparurent des sociétés de musique, de théâtre, de lecture et de "soirée", répondant à un besoin de se réunir et de se cultiver dans l'esprit des Lumières. Avec la protoindustrialisation, les nouvelles habitudes s'étendirent de la région du lac vers l'Oberland. Le travail à domicile et les salaires en espèces encouragèrent un style de vie individualiste, bien différent des manières de penser et d'agir propres aux collectivités paysannes et qui relança le débat sur le luxe.
Auteur(e): Meinrad Suter / PM
L'entrée des troupes françaises dans le Pays de Vaud en janvier 1798 renforça l'esprit révolutionnaire des élites rurales, perceptible depuis l'affaire de Stäfa au moins, surtout dans les communes du lac, la région de Knonau et l'Oberland zurichois. Dans la déclaration du 5 février 1798, Grand et Petit Conseils reconnurent la "liberté et égalité" de la ville et de la campagne. En même temps, le Petit Conseil instaura une Assemblée nationale, composée de trente-six délégués de la ville et de 128 de la campagne, qui se réunit le 21 février à Z. Un conflit éclata dès la troisième séance; les comités révolutionnaires de la région du lac mobilisèrent un millier d'hommes qui, le 12 mars, armés de bâtons, pénétrèrent dans la ville de la Limmat. La situation se calma du fait que le Petit Conseil abdiqua le même jour en faveur de l'Assemblée nationale. Celle-ci acheva ses travaux le 14 avril déjà. Le 27 avril, les troupes françaises occupèrent Z. qui, dès lors, partagea le sort de la République helvétique unitaire, sauf durant les quatre mois (juin-septembre 1799) séparant les deux batailles de Zurich (durant la deuxième Guerre de coalition) lorsque des autorités conservatrices mises en place par les occupants russes, puis autrichiens gouvernèrent le canton dans le style de l'Ancien Régime. Les dégâts dus à la guerre et les frais de l'occupation tempérèrent l'enthousiasme révolutionnaire des campagnards et favorisèrent, tout comme le chaos politique, l'alliance entre la bourgeoisie possédante et les conservateurs. Le rétablissement des dîmes, imposé par la force, déclencha en janvier 1802 des troubles dans les districts de Fehraltdorf et Wald. Pendant le soulèvement fédéraliste de l'été et de l'automne 1802, Z. se sépara de la République helvétique, dont les troupes ouvrirent le feu les 10 et 13 septembre contre la ville (guerre des Bâtons). Le gouvernement zurichois conservateur entreprit de son côté des expéditions punitives contre des communes républicaines comme Stäfa, Wädenswil et Bauma.
Sous l'Helvétique, l'application des lois incombait au préfet national. Il existait à Z. et Winterthour des administrations communales autonomes (municipalités d'abord provisoires, puis légalisées en automne 1799). Par une disposition du 24 juillet 1798, le Directoire helvétique exigea l'instauration du conseil de l'éducation (dissous en 1998). La création de la Chambre de régie sur le plan cantonal et de ses pendants communaux aida l'ancien Etat-cité et les communes à conserver leur fortune. Pour prévenir une confiscation de celle des corporations par les autorités helvétiques, les responsables en vendirent des éléments (argenterie, immeubles) et répartirent le produit de la vente entre les membres.
La Constitution cantonale, qui forme le dix-neuvième chapitre de l'acte de Médiation de 1803, est à la base du canton moderne. Un document de 1805 régla le partage de la fortune et des compétences entre le canton et la ville. A l'exception des biens gérés par les intendances du Fraumünster (avec la forêt de Sihlwald), de la Sihl et du Hard, tous les droits seigneuriaux, offices, immeubles et cens de l'ancien Etat-cité passèrent au canton, tout comme les relations extérieures et les fonctions souveraines (justice, affaires militaires, cultes). Le contrôle des denrées alimentaires, l'approvisionnement en eau potable et d'autres domaines de la vie quotidienne revinrent à la ville.
Selon la Constitution de 1803, le Grand Conseil (195 sièges) détenait l'autorité législative. Le droit de vote et d'éligibilité était soumis à un cens élevé, si bien que les possédants gardèrent le pouvoir de fait. On institua soixante-cinq corporations électorales: treize en ville de Z., correspondant aux anciennes corporations de métier, mais dépouillées de leurs multiples compétences d'avant 1798, et cinquante-deux à la campagne, réunissant deux ou trois communes (mais Winterthour en eut une pour elle seule). Elles élisaient chacune un député au Grand Conseil, ainsi que quatre candidats domiciliés hors de leur ressort, soit 260 au total, parmi lesquels un tirage au sort désignait 130 élus. Le découpage électoral assurait à la ville une forte surreprésentation (un mandat pour 1576 campagnards ou pour 147 citadins). Le Grand Conseil élisait en son sein le Petit Conseil, exécutif de vingt-cinq membres, seul compétent en matière de finances et d'initiative législative, ainsi que, pour présider ce dernier, deux bourgmestres alternant annuellement.
Dominé par les conservateurs de la ville de Z., le Petit Conseil abrogea le Code pénal helvétique. Une nouvelle loi sur l'abolition des dîmes augmenta fortement les sommes exigées pour leur rachat. On espérait ainsi perpétuer les charges féodales, pour éviter de devoir toucher aux privilèges fiscaux de l'aristocratie urbaine. Cela suscita des résistances; en 1804, quarante-sept communes (sur 192) refusèrent de prêter serment. Le gouvernement prépara une intervention militaire. L'incendie bouté au château inoccupé de Wädenswil, siège du bailliage, donna le signal de la révolte de la région du lac, réprimée par le Landamman de la Suisse avec l'aide de troupes bernoises et argoviennes (guerre de Bocken). Les lourdes peines infligées aux rebelles et les redevances élevées réclamées de leurs communes marquèrent le début d'une période d'apathie politique qui dura deux décennies. L'aristocratie urbaine verrouilla son pouvoir grâce à une justice répressive et au corps de gendarmerie récemment fondé.
La Constitution de la Restauration (1814) ramena à Z., comme sous l'Ancien Régime, un Grand Conseil de 212 membres, dont cinquante et un seulement élus par les corporations rurales, trente et un par les villes de Z. et Winterthour, et 130 cooptés par leurs pairs qui privilégièrent des citadins. Face aux représentants de l'Ancien Régime, comme Hans von Reinhard, Hans Conrad Escher vom Luchs ou Hans Conrad Finsler, qui donnaient le ton, on ne trouvait qu'un petit groupe de citadins libéraux modérés, tels Paul Usteri ou Hans Conrad Escher de la Linth. Les campagnards membres du gouvernement, anciens révolutionnaires de 1798 pour la plupart, était souvent ignorés lors de l'attribution des sièges de commissions au Petit Conseil; ils ne parvenaient qu'exceptionnellement jusqu'au cœur du pouvoir.
Dans les années 1820, la domination de Reinhard et de ses amis fut secouée par une série de scandales comme la faillite de la banque Finsler, qui avait bénéficié de crédits de l'office du sel, et le suicide en 1829 de Johann Jakob Hirzel, membre du Petit Conseil et homme de confiance de Reinhard. Les conservateurs durent après ce drame entrer en matière sur l'abolition de la censure de la presse, ce qui les déstabilisa encore davantage. Mais, au total, ils avaient réussi à renforcer les institutions du canton après les troubles de l'Helvétique et surtout à assainir les finances. Les libéraux se trouvèrent ainsi en 1831 dans une position plus favorable que leurs prédécesseurs de 1798.
Auteur(e): Martin Illi / PM
La révolution de Juillet en France stimula les forces libérales. Après que le Petit Conseil eut lancé lui-même la révision de quelques articles de la Constitution, une centaine de libéraux convoquèrent une landsgemeinde à Uster, le 22 novembre 1830; environ 10 000 personnes y participèrent: les revendications furent consignées dans le mémorial d' Uster, qui déclencha au Grand Conseil un débat houleux de deux jours, après quoi le parlement prononça sa dissolution. Des élections eurent lieu le 6 décembre, selon de nouveaux principes de représentativité. Une commission de treize membres élabora un projet de Constitution, sur lequel 130 communes, groupements et particuliers prirent position par écrit. Adoptée par le peuple à une confortable majorité le 20 mars 1831, la nouvelle loi fondamentale entra en vigueur le 23 mars.
La Constitution de la Régénération fit de la souveraineté populaire le premier principe de l'Etat. Elle réalisa la séparation des pouvoirs et l'égalité entre citoyens (masculins). Elle instaura un régime de démocratie représentative. Le Grand Conseil était l'organe suprême; 179 des 212 députés étaient élus par le peuple, les trente-trois autres étaient cooptés. La campagne y était représentée proportionnellement à sa population. Le droit de vote et d'éligibilité était acquis sans limitation, le cens électoral aboli. L'intégrité personnelle était garantie, de même que la liberté de conscience, celle de la presse, celle du commerce et de l'industrie. La publicité des affaires était imposée dans l'administration, la justice et les finances. Les principes introduits en 1831 sont encore d'actualité, ce dont témoigne notamment la continuité de la législation (dont le recueil officiel commence à cette date). La Constitution renforça les communes et leur donna le droit de se doter de règles propres, dans le cadre du droit cantonal, mais elle les soumit aussi à un contrôle plus sévère. Le Petit Conseil fit place à un Conseil d'Etat de dix-neuf membres (treize en 1840, neuf en 1849). Libéraux et radicaux y obtinrent la majorité aux élections de 1832.
Convaincus que seul un peuple éduqué peut exercer sa souveraineté d'une manière avantageuse pour l'Etat, les libéraux mirent l'accent sur la formation. Dans le domaine économique, ils démantelèrent les douanes intérieures et les péages, tout en multipliant les chantiers routiers. La décision prise en 1833 de démolir les fortifications de la ville fut un signe de rupture avec le passé. Cependant, en cette première époque libérale, la population rurale ne suivit pas. La société nouvelle, fondée sur l'effort individuel, la concurrence et la pensée rationnelle, profitait aux entrepreneurs, aux juristes, aux instituteurs, tandis que les petits paysans, les ouvriers à domicile et les représentants des anciennes élites se comptaient parmi les perdants. Ce n'est pas par hasard que le mécontentement se manifesta d'abord dans l'Unterland conservateur, à l'occasion de l'introduction de nouveaux manuels scolaires au contenu sécularisé. La nomination à l'université du théologien libéral David Friedrich Strauss suscita une forte irritation. En 1839, une foule de campagnards conservateurs en colère marcha sur le chef-lieu et renversa le gouvernement lors du "Züriputsch" (affaire Strauss). Les élections qui suivirent donnèrent une majorité temporaire aux conservateurs. Johann Caspar Bluntschli devint l'homme fort du gouvernement dit de Septembre.
Mais en 1844 déjà, les libéraux-radicaux reconquirent le Grand Conseil. Leur seconde époque porte le sceau d'Alfred Escher, élu conseiller d'Etat en 1848, à qui l'on doit de nombreux jalons sur la voie de l'Etat moderne, comme l'introduction de l'administration par départements en 1850 ou la loi cantonale de 1863 sur les constructions en zone urbaine (qui encouragea les îlots d'immeubles et les canalisations). Dans les années 1860, le "système Escher", où l'entourage du politicien accaparait de nombreuses fonctions dirigeantes dans l'économie et la politique, suscita une assez large opposition, surtout à Winterthour et à la campagne, sous la forme du mouvement démocratique, qui était porteur aussi d'idées sociales. En 1867 fut fondé le Parti démocratique, qui recruta le gros de ses adeptes dans la classe moyenne (fonctionnaires, instituteurs). Si l'opposition entre libéraux et conservateurs de l'aristocratie urbaine avait marqué la politique de la première époque libérale, dans la seconde ces anciens adversaires se rapprochèrent face aux nouveaux courants, communisme des milieux d'artisans (Wilhelm Weitling) et socialisme naissant.
Auteur(e): Martin Illi / PM
Les démocrates remportèrent une grande victoire en faisant adopter la Constitution cantonale de 1869. Celle-ci contenait des éléments de démocratie directe comme le référendum législatif obligatoire, le référendum financier, l'initiative législative et, particularité zurichoise toujours en vigueur, l'initiative individuelle (proposition adressée par un citoyen au parlement). Elle confiait au peuple l'élection des sept membres du Conseil d'Etat, au système majoritaire. Elle instaurait des jetons de présence pour les députés au Grand Conseil (Kantonsrat), afin que des gens sans fortune puissent aussi siéger. Elle prévoyait la gratuité de l'école primaire, la progressivité fiscale, un impôt sur les successions et la fondation d'une banque cantonale.
Les tenants de l'économie de marché avaient fondé en 1867 le parti libéral (parti radical dès 1917). Ils s'associèrent à la fin du XIXe s. avec les démocrates qui, après avoir occupé les sept sièges du gouvernement de 1869 à 1872, furent affaiblis par la faillite du National-Suisse en 1878, perdirent la majorité au Conseil d'Etat en 1896; au début du XXe s., ils n'étaient plus qu'un parti moyen. Les grutléens, formant d'abord une tendance au sein du parti démocratique, se présentèrent dès 1878 sur des listes séparées et se rapprochèrent en 1901 du socialisme. Des députés de gauche fondèrent en 1893 un groupe socialiste au Grand Conseil. Le parti socialiste (PS) cantonal fut créé en 1902. Vers 1880 apparut dans l'Unterland un mouvement conservateur paysan, opposé à l'extension des activités de l'Etat et qui s'attaqua notamment aux pensions de retraite des pasteurs, instituteurs et fonctionnaires. Le parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB, puis UDC en 1971), fondé en 1917, conquit un siège au Conseil d'Etat en 1919 déjà. Grâce à l'introduction (décidée en 1916) de la proportionnelle pour les élections au Grand Conseil, le PS, avec 36% des voix en 1917, put obtenir des mandats; il devint le premier parti, malgré la scission des communistes en 1921. Le PC (PdT dès 1944) enregistra ses meilleurs résultats en 1923 et 1947; il perdit la confiance de la population après l'insurrection hongroise de 1956. Face à la gauche, le bloc bourgeois regroupait les radicaux, le PAB/UDC, le parti évangélique (fondé en 1917 comme parti chrétien protestant) et le PDC (parti conservateur populaire de 1896 à 1905, parti chrétien-social de 1905 à 1971). L'Alliance des Indépendants (AdI) de Gottlieb Duttweiler occupa de 1936 à 1999 une position médiane. L'agitation frontiste se développa après 1933. Le Front national culmina en 1935, avec 6,2% des voix aux législatives cantonales, recueillies surtout en ville de Z., sur les rives du lac et dans les communes rurales du nord.
Les émeutes de la Tonhalle (1871) et l'Italienerkrawall (1896) furent des signes précoces d'agitation sociale. L'industrialisation et la modernisation firent apparaître, surtout dans les villes de Z. et Winterthour, une société à deux classes. Les fronts entre bourgeoisie et mouvement ouvrier se durcirent à partir des années 1890. On recense 450 conflits du travail dans le canton entre 1880 et 1914, dont 84% entre 1904 et 1912. La plupart des grèves eurent lieu à Z. et Winterthour. Les luttes s'envenimèrent dès 1906, débouchant assez souvent sur des affrontements physiques, auxquels participèrent même des ouvriers et employés habituellement pondérés. Quatre personnes furent tuées sur des barricades lors des troubles des 15, 16 et 17 novembre 1917. En septembre 1918, une grève des employés de banque, que les patrons avaient crue impossible, déclencha des manifestations de solidarité qui conduisirent à la grève générale. Le Conseil d'Etat ayant demandé de l'aide, le Conseil fédéral déploya des troupes en novembre 1918 dans la ville de la Limmat, qui resta occupée militairement après la grève générale jusqu'en 1919. Le Conseil d'Etat légalisa en 1919 les milices bourgeoises. Z. fut au bord de la guerre civile.
La polarisation entre le mouvement ouvrier et le bloc bourgeois renforcé marqua aussi la période de l'entre-deux-guerres. Vers le milieu du XXe s., l'opposition entre la "ville rouge" et la campagne conservatrice devint un élément structurel de la politique cantonale. Dans la période de haute conjoncture qui précéda la crise économique mondiale, la ville prit une série de mesures de politique sociale: assurances maladie et chômage obligatoires (1927 et 1931), aide aux personnes âgées (dès 1930), logement social. Mais le vent se mit à souffler partout en ce sens et même des communes dominées par les bourgeois réalisèrent des projets analogues, la ville de Z. s'avérant un exemple d'administration socialiste efficace qui rayonna sur tout le canton. Cette expérience fut, à côté de la menace extérieure et de la paix du travail, l'une des conditions préalables au rapprochement des socialistes et du bloc bourgeois à la fin des années 1930 et surtout à la politique de concordance de l'après-guerre.
La crise économique mondiale frappa durement le canton de Z., parce que le textile et l'industrie des machines dépendaient des exportations. Cela suscita une politique dominée par la volonté d'économiser. En 1934, le canton comme les villes de Z. et Winterthour baissèrent leurs salaires. On tailla dans les prestations sociales et les subventions; quelques communes amputèrent leurs contributions aux caisses d'assurance chômage. On s'attaqua au "double gain", c'est-à-dire à l'engagement de femmes mariées par le canton. Après un débat virulent, le Grand Conseil décida d'exclure celles-ci des emplois de l'administration. Pour des raisons juridiques, le Conseil d'Etat retarda jusqu'en 1939 l'entrée en vigueur de l'arrêté, qui sera pleinement appliqué jusqu'en 1962. Le canton prit encore d'autres mesures pour atténuer les effets de la crise. Les caisses publiques financèrent des programmes d'occupation, dont profitèrent surtout les métiers masculins et le génie civil. Dès 1936, canton et Confédération favorisèrent aussi le bâtiment. Néanmoins, ni l'exécutif cantonal ni celui du chef-lieu ne remirent en cause le principe du budget équilibré et des économies rigoureuses. En revanche, ils jouèrent un rôle pionnier dans l'introduction de la garantie des risques à l'exportation. Après une tentative avortée des banques, ils assurèrent en 1935-1937 les emplois du constructeur de machines Escher, Wyss & Cie. La votation sur l'initiative de crise illustra l'opposition entre les villes de Z. et Winterthour, qui acceptèrent le projet, et les campagnes, qui le rejetèrent.
Après la Deuxième Guerre mondiale, la politique sociale connut d'abord dans le canton un bref essor, que la classe ouvrière zurichoise, bien organisée, contribua à étendre sur le plan national. En multipliant les actions, ouvriers et employés parvinrent à faire reconnaître leurs organisations, ce qui n'allait pas encore de soi dans de nombreuses branches. Durant cette période, des projets de lois relatives à la politique sociale (gratuité de l'enseignement secondaire par exemple) et à la construction de logements passèrent aisément la rampe. L'activisme syndical s'affaiblit dans les années 1950, car l'arrivée de la haute conjoncture permit d'obtenir des améliorations salariales sans grand peine. Ce tournant s'était amorcé dès 1949 avec la fin de la "Z. rouge", quand un radical, le populaire Emil Landolt, fut élu à la présidence de la ville.
Pendant les deux premières décennies de l'après-guerre, l'anticommunisme donna le ton, ce qui s'exprima par exemple dans les grandes manifestations de solidarité de la jeunesse estudiantine envers les mouvements d'opposition derrière le rideau de fer. La société refusa des expériences sociales ou des tentatives de libéralisation. Le peuple soutint majoritairement ses autorités; il accepta 86% des 125 projets que celles-ci soumirent à son approbation entre 1946 et 1960. Les rares initiatives populaires cantonales furent presque toutes retirées en faveur d'un contre-projet.
|1919||1939||1959||1967||1971||1979||1983||1991||1995||1999||2003||2007||2011||2015|
|Conseil des Etats|
|PRD||2||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PS||1||1||1||1||1||1|
|PAB/UDC||1||1||1||1||1|
|AdI||1||1||1||1|
|Verts libéraux||1||1|
|Conseil national|
|PRD||4||4||5||5||6||9||9||7||6||6||5||4||4||5|
|Démocrates||3||2||2||1|
|PS||9||10||9||8||8||10||8||7||9||10||10||7||7||9|
|PAB/UDC||6||5||5||5||5||5||5||8||9||13||12||12||11||12|
|PDC||1||2||4||4||3||3||3||2||2||2||2||3||2||2|
|PEV||1||2||2||2||2||2||2||1||1||1||1||1||1|
|AdI||5||5||9||6||4||4||2||2||1|
|Verts||1||2||2||1||3||4||3||2|
|Verts libéraux||3||4||3|
|PBD||2||1|
|Autres||1||1||5||2||3||5||3||1|
|Total||25||28||32||35||35||35||35||35||34||34||34||34||34||35|
Auteur(e): Martin Illi / PM
Dans la seconde moitié du XXe s., le canton de Z. s'affirma comme un moteur de croissance de l'économie suisse. En 2005, il assurait avec un sixième de la population du pays environ un cinquième (99 milliards de francs) du produit intérieur brut, dont environ deux tiers provenaient de la ville de Z. (48 milliards) et des régions de Winterthour (8,9 milliards) et de Kloten (9,2 milliards). Son efficience et son dynamisme lui valurent le respect du reste de la Suisse, mais conduisirent aussi à des réflexes de défense contre le libéralisme économique zurichois.
La satisfaction politique générale commença à se fissurer dans les années 1960. Le premier signe du retournement critique contre la croissance fut la fondation en 1960 de la Ligue de Rheinau. Celle-ci, regroupant après leur défaite dans les urnes les opposants tant schaffhousois que zurichois à la construction d'une centrale électrique à Rheinau, s'activa dans toute la Suisse. La "dispute littéraire de Zurich" (attaque contre des auteurs contemporains) et la polémique autour de l'acquisition par l'Etat d'œuvres d'Alberto Giacometti apparaissent a posteriori comme des combats d'arrière-garde menés par les tenants de conceptions artistiques et sociales conservatrices. La révolution culturelle douce de la fin des années 1960 et l'essor économique qui se poursuivit globalement malgré le bref coup d'arrêt de la crise pétrolière offrirent à partir des années 1980 des possibilités d'évolutions pluralistes dans tous les domaines de l'existence. Z. échappa ainsi à la saturation de l'après-guerre. L'éventail des partis se modifia complètement et nombre de projets officiels (30,2%) échouèrent devant le peuple entre 1974 et 1992, surtout dans les domaines des transports et de l'environnement. De nouveaux genres de vie s'imposèrent (l'interdiction du concubinage fut ainsi abrogée par le peuple en 1972). Dans le domaine culturel, l'officialité s'ouvrit à l'avant-garde et à certains aspects de la culture de masse, tout en subissant la concurrence de pratiques alternatives. La richesse matérielle et culturelle aida la ville de Z., mais aussi le canton à affirmer leur éclat mondain; l'économie, le tourisme, une partie des artisans et de l'élite culturelle considérèrent dès lors Z. comme l'égale des grandes capitales. Des manifestations culturelles de très haut niveau attirèrent un public venu non seulement de l'agglomération, mais de toute la Suisse et même de l'étranger. Cette évolution eut son revers, comme l'explosion des loyers à Z. et dans une partie de l'agglomération, source de ségrégation sociale, qui se traduisit sur le plan politique.
En 1963, le PS subit un âpre revers avec l'éviction de Paul Meierhans, chef de la Direction des travaux publics. Il ne retrouva un second siège au Conseil d'Etat que de 1991 à 1995 et depuis 2003. L'AdI participa au gouvernement pendant plus de quatre décennies, avec Walter König (1951-1971) et le peu consensuel Alfred Gilgen (1971-1995). En 1971, radicaux et démocrates fusionnèrent au sein du PRD. Le parti des Verts, le plus important des nouveaux mouvements écologistes, fondé en 1978, conquit quatre sièges au Grand Conseil en 1983; les Vert'libéraux firent sécession à Z. en 2004 déjà. L'ascension de l'UDC dans les années 1990 et 2000 au rang de premier parti et le déclin concomitant des radicaux (affaire Kopp, débâcle de Swissair) modifièrent les équilibres au sein du bloc bourgeois.
Le canton refusa le suffrage féminin en 1920, 1947, 1954 et 1966, mais l'accepta en 1970 après l'avoir rendu possible en 1969 en matière communale. La socialiste Hedi Lang fut en 1983 la première femme élue au Conseil d'Etat. En 1998, le référendum législatif et financier obligatoire fut rendu facultatif (il est organisé à la demande de 5000 citoyens ou de quarante-cinq députés). Née d'une intervention parlementaire déposée en 1991, l'idée de lancer une révision de la Constitution de 1869 fut acceptée par le peuple en 1999. Une Constituante de 100 membres élabora un texte, qui fut adopté en 2005; analogue dans son plan à la Constitution fédérale de 1999, il la dépasse surtout dans le domaine des buts sociaux.
Auteur(e): Martin Illi / PM
Le territoire du canton contemporain est presque identique à celui de l'Etat-cité de l'époque moderne. En 1803, Z. perdit Stein am Rhein, le comté de Sax-Forstegg, les bailliages thurgoviens et Büsingen, mais acquit les communes de Rheinau (catholique) et Dietikon (mixte). Les quinze districts créés en 1798 furent regroupés sous la Médiation en cinq entités. La Constitution de 1814 revint à des districts plus petits, au nombre de onze (Oberamt jusqu'en 1831, puis Bezirk). En 1989, celui de Z. fut réduit à la zone urbaine et amputé des communes rurales de la vallée de la Limmat, qui formèrent le nouveau district de Dietikon, tandis que Zollikon passa à celui de Meilen. Dès 1957, on créa des régions de planification, plus conformes que les districts aux réalités économiques. Le canton comptait 190 communes en 1836, 177 en 1934. Depuis 1970 environ, les groupements de communes institués pour gérer des infrastructures ou pour centraliser des tâches (état civil, épuration des eaux, Spitex) prirent de plus en plus d'importance.
L'administration cantonale remonte à 1803. Le gouvernement s'appuyait sur la chancellerie d'Etat et sur celle des finances qui lui était adjointe. Pour accomplir ses fonctions exécutives, le Petit Conseil instaura entre 1803 et 1805 sept commissions et trente-cinq sous-commissions; la plus importante était celle des finances (conseil des finances dès 1831), qui contrôlait le budget cantonal, les travaux publics, le personnel, les forêts et la régie du sel. La loi d'organisation de 1850, qui pour l'essentiel resta en vigueur jusqu'en 1999, introduisit le système départemental, avec neuf directions. La commission diplomatique (1803), devenue le Staatsrat en 1831 et la Direction politique en 1850, fut dissoute en 1871, les affaires étrangères relevant de la Confédération. Les activités de la Direction de l'intérieur augmentèrent fortement avec l'essor du secteur industriel et les premières mesures de soutien à l'agriculture, si bien qu'une partie d'entre elles furent confiées dès 1899 à la nouvelle Direction de l'économie publique. Celle de la santé et de l'assistance date de 1882 (elle changea de nom en allemand en 1907). A l'initiative des radicaux, l'assistance fut confiée en 1948 à une direction distincte.
La multiplication des tâches et leur complexité croissante remirent en question après 1945 l'organisation administrative; comme de nombreuses affaires relevaient de plusieurs directions, il fallait former des commissions interdépartementales. La nouvelle loi d'organisation approuvée par le peuple en 1999 accorda au Conseil d'Etat davantage de liberté dans la répartition des tâches entre les directions, réduites de neuf à sept. L'agriculture passa de l'Economie publique au nouvel office de la nature et de l'environnement de la Direction des travaux publics, ce qui reflétait l'évolution du rôle des paysans vers l'entretien du paysage. On créa une Direction de la sécurité et des affaires sociales, substituée à celles de la Police et affaires militaires et de l'Assistance.
Les travaux administratifs furent structurés et bureaucratisés entre 1880 et 1914. Les réformes des années 1930 visèrent toutes la rationalisation; pour les statistiques fiscales et le contrôle des effectifs militaires, on loua par exemple à IBM des machines traitant les cartes perforées. L'administration cantonale introduisit le traitement électronique des données en 1965, à l'aide d'un gros ordinateur IBM. Les propositions de réforme présentées dans le cadre de l'étude d'efficience Veras (1985-1990) échouèrent souvent face à l'opposition des chefs de service. En 1995, le Conseil d'Etat introduisit la "nouvelle gestion publique" (New Public Management ou NPM), avec l'appui du parlement et après deux votations populaires; cela se traduisit par un ensemble de 150 projets conformes au modèle de gestion par résultats. En fin de compte, il s'avéra que certaines des exigences du NPM ne pouvaient être entièrement satisfaites; l'introduction du système de l'enveloppe budgétaire rencontra des résistances au Grand Conseil.
La Constitution cantonale de 2005 ne toucha pas aux autorités de district, auxquelles incombaient toutes les tâches cantonales non dévolues aux services centraux des commissions, puis des directions. Au XIXe s., le Conseil d'Etat s'appuyait pour l'exécution des lois sur le préfet, le Conseil de district et le Gemeindeammann (représentant du préfet au niveau communal). Par analogie avec le Conseil de district, organe de contrôle et de recours chapeautant les communes politiques, on créa en 1831 des commissions scolaires et ecclésiastiques de district. Les premières surveillaient et visitaient les écoles primaires et, jusqu'en 1922, celles de perfectionnement. Composées de commissaires laïques, elles tombèrent sous le feu de la critique dans les années 1990; une modification constitutionnelle adoptée en 2002 permit leur abolition (2007), leurs tâches étant reprises depuis 2005 par un service de l'Instruction publique.
La première Constitution helvétique de 1798 laissa ouverte la question de l'organisation des communes. Le conseil de paroisse siégeant sans le pasteur s'occupait d'une bonne partie des affaires locales. Sous l'Helvétique, tous les hommes domiciliés dans une commune (bourgeois ou établis) avaient certes le droit de vote à l'assemblée générale. Mais la gestion des biens communaux fut confiée à la chambre de régie et les non-bourgeois continuèrent d'en être exclus. La Médiation créa la commune politique regroupant les bourgeois domiciliés et, après un délai de carence de deux ans, les nouveaux établis. Ces derniers, dès 1816, ne purent plus exercer leurs droits que dans leur commune d'origine; dès 1838, ils purent choisir entre celle-ci et celle de leur domicile. Il fallut attendre la loi sur les communes de 1866 pour que les citoyens suisses non-bourgeois aient obligatoirement le droit de vote dans leur commune de domicile. L'octroi du droit de bourgeoisie incomba aux communes bourgeoises jusqu'en 2006. Au sein des communes politiques (dont le territoire correspond généralement à celui des paroisses), les communautés villageoises pouvaient former des communes civiles (Zivilgemeinde ) disposant de leurs propres biens et qui n'acceptaient de nouveaux membres que contre paiement d'un droit d'entrée. En 1866, ces communes civiles (on en comptait plus de 300) durent elles aussi s'ouvrir aux non-bourgeois, ce qui amoindrit leur intérêt. La Constitution de 2005 imposa leur dissolution.
Auteur(e): Martin Illi / PM
Les basses justices et les seigneuries justicières privées furent supprimées en 1798. La Constitution helvétique instaura un tribunal cantonal coiffant des tribunaux de district. Celle de 1803 créa la cour suprême ou cour d'appel, composée de treize députés du Grand Conseil, auxquels se joignaient quatre membres du Petit Conseil pour les causes capitales. Le Grand Conseil approuva en 1803 la fondation de cinq tribunaux de district, dont dépendit jusqu'en 1814, dans chacun des quatre districts campagnards, un tribunal dit de corporation de cinq juges (en fait, un tribunal de cercle). Enfin, un juge de paix fonctionnait dans chaque commune comme autorité judiciaire et arbitre.
Sous la Restauration, chaque district eut son tribunal et les juges de paix furent maintenus. Le principe de la séparation des pouvoirs n'était guère respecté. Le préfet présidait le tribunal de district, cumulant fonctions exécutives et judiciaires. Ce n'est qu'en 1831 que la Constitution écarta de la cour suprême les membres des Grand et Petit Conseils. Le jugement en première instance des affaires pénales graves incomba de 1831 à 1852 à un tribunal criminel et de 1853 à 2010 à une cour d'assises; dès 1874, celle-ci ne fut convoquée qu'en cas de crime de sang et en l'absence d'aveux. De la cour suprême dépendent onze tribunaux de district (douze dès 1988), dont les membres, comme les juges de paix, sont élus par le peuple, ainsi que des tribunaux de cercle (jusqu'en 1874). Une cour de cassation exista de 1875 à 2012; on pouvait y attaquer les sentences de la cour suprême pour vice de forme.
Parmi les instances spécialisées, le tribunal du commerce fut institué en 1867, le tribunal administratif en 1960 et celui des assurances sociales (avec siège à Winterthour) en 1995. Les efforts d'unification du droit pénal, tentés en vain sous la Médiation et la Restauration, n'aboutirent qu'en 1836 avec l'entrée en vigueur du premier Code pénal zurichois, rédigé par le juge cantonal Johann Caspar Ulrich sur le modèle de celui du Hanovre (1826). La peine de mort fut abolie formellement en 1869 (la dernière exécution avait eu lieu en 1865). L'instruction incombait depuis 1803 aux tribunaux eux-mêmes; ils la menèrent de plus en plus fréquemment avec l'aide des préfets qui en furent chargés entièrement en 1874. Des offices d'instruction distincts des préfectures furent créés en 1889 dans les districts urbains de Z. et de Winterthour et, dès 1906, dans les districts ruraux. Le ministère public des mineurs fut instauré en 1919. Les peines de prison étaient accomplies au pénitencier d'Oetenbach à Z., transféré en 1901 à Regensdorf. En outre, les chefs-lieux de district furent tenus dès 1831 de mettre à disposition des cellules. Dans les années 1970, le service zurichois d'exécution des peines fut souvent critiqué. Comme première réforme, on décida de reconstruire le pénitencier de Regensdorf; depuis sa réouverture en 1995 sous le nom de Pöschwies, il est, avec plus de 400 places, le plus grand établissement du genre pour hommes en Suisse. En 1999, le Conseil d'Etat rattacha les prisons de district et d'autres institutions, comme la prison de l'aéroport et l'établissement de semi-liberté d'Urdorf, à la division "prisons zurichoises" de l'office d'exécution des peines créé en 1999 à la Direction de la justice.
Le droit privé fut réglé après 1803 par des lois particulières. Sa codification dans le Privatrechtliches Gesetzesbuch (1854-1856) fut longuement préparée par Friedrich Ludwig Keller et Johann Caspar Bluntschli.
Auteur(e): Martin Illi / PM
A l'époque de la Médiation et de la Restauration, le Petit Conseil et le conseil des finances réussirent à assainir le ménage cantonal, mis à mal sous la République helvétique. Dès 1803, le canton préleva de nouveau les grandes dîmes et les cens sur les biens ecclésiastiques sécularisés à la Réforme. Il se faisait payer à la fois en nature et en argent et versait les traitements de ses fonctionnaires en partie sous forme de grains. Le Grand Conseil régla en 1807 et 1810 les procédures à suivre pour le rachat des dîmes et cens, mais opta pour un taux de capitalisation élevé (vingt-cinq fois le revenu annuel), qui retarda sa concrétisation. Les rachats ne se généralisèrent qu'après 1831, quand le taux fut ramené à vingt fois le revenu annuel; ils durèrent jusque vers 1850. Pour remplacer les redevances féodales, on introduisit en 1832 les patentes, ainsi que des impôts sur la fortune et, pour les salariés, sur le revenu (à un taux très modeste). La perception reposait sur l'auto-déclaration. La loi de 1891 sur la fusion communale de Z. apporta aux citadins de Z. et de Winterthour un système fiscal moderne, que les campagnards durent attendre jusqu'en 1917.
La Constitution de 1831 stipula la suppression des intendances gérant les biens sécularisés; l'administration des domaines vendit donc de nombreuses propriétés, comme le château de Kyburg en 1832 ou l'ancien couvent de Töss en 1833-1834. Dès 1803, l'Etat encaissa, outre les redevances féodales, les revenus des impôts indirects et des régales (monopole des postes, droits de timbre, impôt sur les chiens dès 1817, péages jusqu'en 1848, régale du sel jusqu'en 1971). Du côté des sorties, le poste le plus important fut presque chaque année, dès 1833, l'instruction publique. Les dépenses de l'Etat passèrent entre 1850 et 1913 d'environ 2,5 millions de francs à 24,5 millions, les revenus de près de 3 millions à près de 28 millions. Entre 1930 et 1940, entrées et sorties varièrent autour de 100 millions. La barre du milliard fut franchie en 1970, celle des 10 milliards en 1996. En 2011, les revenus se montèrent à 13,9 milliards, les dépenses à 15,6 milliards.
La répartition des compétences financières entre canton et communes fut fixée en 1831. Les dépenses relatives aux affaires militaires et à la justice (à l'exception des justices de paix et des poursuites et faillites) incombaient au canton, de même que l'entretien du gouvernement, de l'administration et des pasteurs. Certaines charges étaient partagées entre canton et communes, les salaires des instituteurs par exemple. En outre, le premier versa dès 1869 des subventions aux secondes. En 1964, des communes riches fondèrent une association pour venir en aide, sur une base volontaire, aux communes pauvres. La péréquation légale de la quotité d'impôts et de la capacité contributive ne fut introduite qu'en 1977 et tint compte des prestations fournies en tant que centres par les villes de Z. et Winterthour. En 2004, la commune présentant la plus forte capacité fiscale par tête disposait de dix fois plus de ressources que celle à la capacité la plus faible. La loi cantonale sur la péréquation financière, adoptée par le peuple en 2011, augmenta la pression exercée sur les petites communes en faveur de fusions avec leurs voisines. Le canton de Z. est le plus gros contributeur, en chiffre absolu, à la péréquation fédérale (382 millions de francs en 2013).
Auteur(e): Martin Illi / PM
L'économie publique fut le principal objet de la commission (1803-1831), du conseil (1831-1850) et de la Direction (1850-1899) de l'intérieur. A cela s'ajoutèrent, depuis la reprise de l'état civil par les autorités politiques (1874), la haute surveillance des offices communaux compétents et les affaires relevant du droit de cité. Lors de la création de la Direction de l'intérieur en 1850, l'assistance publique resta au conseiller d'Etat et médecin Ulrich Zehnder, qui se considérait comme le "père des pauvres". Après la crise des pommes de terre (1844-1848), qui greva fortement les fonds d'assistance communaux et cantonaux, le Grand Conseil promulgua en 1853 une loi sur les indigents, qui misait sur la répression et prévoyait des peines sévères contre les récalcitrants (travail forcé, entraves). L'assistance incombait aux communes, mais le canton les aidait par des subsides; en outre, il subventionna dès 1919 la fondation privée Pro Senectute. Par la loi de 1927, la responsabilité de l'assistance passa des communes bourgeoises aux communes politiques où les intéressés avaient leur domicile, ce qui mit fin au renvoi des indigents vers leur commune d'origine; l'adhésion au concordat intercantonal de 1923 sur l'assistance au lieu de domicile suivit en 1929. En 1931, le projet d'assurance vieillesse et survivants (AVS), quoique rejeté sur le plan national, reçut un accueil positif dans le canton. Le Conseil d'Etat et le Grand Conseil soumirent donc au peuple, en 1941, un projet d'AVS cantonale qui cependant fut rejeté dans tous les districts, avec un refus particulièrement net dans les milieux paysans et ouvriers. Ces derniers bénéficiaient déjà, en partie, d'une prévoyance professionnelle. Parmi les mesures de politique sociale, il faut mentionner les subventions de la ville de Z. à la construction de logements, dès 1918. Grâce à une loi de 1928, le canton soutint les caisses communales et syndicales d'assurance chômage. L'assurance obligatoire des bâtiments, fondée en 1808 déjà, remplaça les collectes organisées au profit des victimes d'incendie.
Auteur(e): Martin Illi / PM
Sous l'acte de Médiation, Z. pouvait entretenir une troupe permanente de 200 hommes et devait mettre à disposition de l'armée fédérale un contingent de 1900 hommes. La compagnie cantonale, assermentée en février 1804, assura principalement le service de garnison, c'est-à-dire la surveillance des murailles de la ville et des établissements cantonaux à Z. Dès 1813, elle se consacra surtout à l'instruction des troupes de milice. Quant à la légion cantonale (1804-1816), elle comprenait, outre des corps de cavalerie et d'artillerie, une compagnie de carabiniers, une de fusiliers et une de chasseurs. Dans le cadre des règlements fédéraux de 1815-1817 et avec l'introduction du service militaire obligatoire, on créa une milice zurichoise d'un effectif théorique de 17 000 hommes, dont environ la moitié était à disposition de la Confédération. La loi d'organisation militaire de 1832 confirma l'obligation de servir. Les deux premières classes d'âge (19-22 ans et 22-29 ans) formaient l'élite et la réserve fédérales. L'armée zurichoise, d'environ 20 000 hommes, se divisait en cavalerie, artillerie, infanterie et troupes du génie. Les soldats zurichois constituèrent la 6e division selon l'organisation militaire de 1874, la 5e de 1912 à 1937, à nouveau la 6e de 1938 à 1961 et la division de campagne 6 de 1962 à 2003. Depuis 2004 (Armée XXI), il n'y a plus de division zurichoise. L'administration incomba à la commission (1803), au conseil (1831), à la Direction (1850), puis au simple office (1995) des affaires militaires.
Le corps de gendarmerie fondé en 1804 est à l'origine de la police cantonale (130 personnes en 1855, 200 en 1912, 426 en 1950 et 2503 en 1996). La ville de Z. en 1864 et celle de Winterthour en 1867 se dotèrent de leur propre police. La création d'une police unique fut refusée par le peuple en 2001 (des tentatives dans le même sens avaient déjà été abandonnées vers 1900).
Armée et police eurent leur quartier, dès l'époque de l'Helvétique, au Grosse Magazin de la Talackerstrasse à Z. (ancien grenier à blé), incendié en 1875, puis à la caserne du Kräuel à Aussersihl (avec arsenaux). Les casernes et places d'armes de l'Allmend Brunau à Z. furent transférées entre 1975 et 1986 à Birmenstorf et dans le Reppischtal inférieur (caserne et place d'armes réaffectées dans le cadre d'Armée XXI en 2007).
Auteur(e): Martin Illi / PM
L'ouverture de l'école d'agriculture du Strickhof à Oberstrass près de Z. en 1853 fut l'une des premières mesures d'encouragement en faveur du secteur agricole. La lutte contre le phylloxéra et le mildiou suscita d'autres démarches, comme la mise en place d'une commission cantonale du phylloxéra en 1875 et la fondation de l'école intercantonale de viticulture de Wädenswil en 1890. La loi de 1912 sur l'agriculture permit de lancer d'ambitieuses améliorations foncières, qui commencèrent notamment par de nouveaux systèmes d'irrigation dans le Furttal et l'Oberhauserriet (communes d'Opfikon, Wallisellen et Z.) en 1917. Les assèchements de zones humides débutèrent en 1925 et connurent leur apogée grâce au plan Wahlen jusque vers 1950.
Le peuple refusa en 1869 un projet cantonal de protection des travailleurs. L'exécution de la loi fédérale de 1877 sur les fabriques incomba à la Direction de l'intérieur, puis à celle de l'économie publique dès sa création en 1899. Le Conseil d'Etat attribua aussi à cette dernière, en 1906, le bureau pour la protection des travailleuses. La section du commerce, à l'Intérieur, reprit en 1884 le contrôle sur la Bourse de Z., fondée en 1877.
Les difficultés d'approvisionnement dues à la guerre (dès 1916) poussèrent les villes de Z. et Winterthour à prendre des mesures d'entraide. Le Conseil d'Etat mit alors sur pied un comité de coordination de l'économie de guerre. Pour organiser le rationnement, il y eut à la Direction de l'économie publique, de 1917 à 1920, un office des denrées alimentaires et des combustibles. Ne voulant pas être pris au dépourvu comme lors de la Première Guerre mondiale, le canton mit en vigueur le 24 août 1939, avant même l'éclatement du conflit, les mesures d'économie de guerre prévues dès 1938 par la Confédération. Ernst Nobs, qui deviendra le premier conseiller fédéral socialiste, en dirigea l'application. Le Conseil d'Etat nomma à nouveau un comité de pilotage, qui coordonnait les mesures, d'entente avec le conseil de l'économie de guerre, formé de représentants du monde économique. Un office de l'économie de guerre fonctionna de 1939 à 1948 au sein de la Direction de l'économie publique. Celle-ci eut aussi à mettre en place les allocations pour perte de gains, introduites en 1939.
Lors des crises de l'après-guerre, le canton, dominé par les partis bourgeois, renonça volontairement à intervenir. En lieu et place, il s'efforça d'améliorer les conditions-cadres pour les entreprises, à travers sa politique économique conduite dès 1970 par l'office cantonal de l'industrie et des arts et métiers, puis dès 1998 par l'office de l'économie et du travail. La promotion économique municipale et cantonale se montra efficace, en réussissant à attirer les sièges centraux de sociétés internationales.
Sous la Régénération, le canton entreprit d'améliorer ses routes, depuis longtemps négligées. Des accès aux chefs-lieux de district éloignés et à de nombreuses communes furent aménagés ou construits à neuf. Mais l'élan retomba à la fin des années 1840 déjà, pour des raisons de coût, les dépenses étant à la charge de l'Etat, mais aussi des communes (sous forme de corvées ou de paiements compensatoires). En 1903, la Direction des travaux publics acheta son premier rouleau compresseur, afin de tasser l'empierrement selon le procédé du macadam. Les chantiers autoroutiers débutèrent en 1960 avec l'A3, conçue comme route panoramique de Z. à la frontière cantonale, au-dessus de la rive sud du lac (Zimmerberg). Les routes cantonales à grand trafic complètent le réseau des routes nationales.
Le réseau ferroviaire fut surtout développé par les Chemins de fer du Nord-Est, fondés à Z. en 1853. Le Chemin de fer National-Suisse, soutenu par Winterthour, vint leur faire concurrence dès 1872, mais fit faillite en 1878, ce qui plongea le parti démocratique dans une profonde crise et greva de dettes, pour des décennies, la ville de Winterthour et les communes riveraines, jusqu'à Zofingue, qui avaient pris des participations dans la société. Le réseau zurichois fut aménagé, pour l'essentiel, entre 1855-1856 (tronçon Z.-Winterthour) et 1894 (ligne de la rive droite du lac). Quelques tramways et lignes secondaires entrèrent en service entre 1899 et 1909, en partie remplacés par des bus après 1945 (comme la ligne Wetzikon-Meilen, en 1950).
La prospérité et l'émergence, dès les années 1960, d'une économie de services alla de pair avec une très forte augmentation de la mobilité, surtout à l'intérieur des agglomérations, mais aussi entre elles. En témoignent l'évolution du réseau routier, l'essor du trafic automobile et des migrations quotidiennes. Après l'échec d'un projet de métro de 1973, la réalisation du RER zurichois (votation populaire en 1981, inauguration en 1990) et de la communauté tarifaire zurichoise fut pour Z. l'ouvrage du siècle.
Le soutien cantonal au trafic aérien résulte d'une loi de 1928. La Direction des travaux publics exploita dès 1929 l'aérodrome de Dübendorf, utilisé aussi par l'armée. Le canton fit aménager entre 1947 et 1953 l'aéroport intercontinental de Z.-Kloten. La ville et le canton étaient les principaux associés de la coopérative immobilière propriétaire des superstructures. La privatisation de l'aéroport intervint en 1999. En 2000, le nombre des passagers (arrivées et départs), dépassa les 22 millions; depuis lors, les oppositions au bruit des avions freinent une nouvelle expansion.
Auteur(e): Martin Illi / PM
Sur pression des cantons de Schwytz et de Saint-Gall, celui de Z. institua en 1807 déjà une commission chargée de contrôler les installations hydrauliques à la sortie du lac de Z. et d'empêcher des pratiques entraînant des inondations refoulant jusque dans la plaine de la Linth. La correction de la Linth (1807-1823), à laquelle Z. participa, fut suivie dès 1812 de la première correction de la Glatt, aux résultats décevants. Après une série d'intempéries et d'inondations, le canton déploya de grands efforts dans les années 1860. La troisième correction de la Glatt (1936-1939) acheva la canalisation de tous les cours d'eau importants. Celle de la Thur, lancée en 1983, marqua une orientation nouvelle; on rendit à cette rivière, sur sa partie inférieure, un cours sinueux et des rives naturelles.
L'aménagement du territoire fut inauguré en 1944 par la délimitation de la zone de l'aéroport de Z.-Kloten. Les premiers groupes régionaux de planification apparurent en 1957; ils réunissaient les communes concernées. Depuis 1963, le Conseil d'Etat élabore des plans d'urbanisme et de circulation qui, une fois approuvés par le Grand Conseil, sont contraignants pour les autorités. La protection de la nature et des sites relevait au XIXe s. des sociétés savantes. Une commission cantonale pour la protection de la nature et du paysage fut créée en 1912; un de ses premiers succès fut le retour en mains publiques du château de Kyburg en 1917. Dès 1942, le bureau pour l'aménagement régional de l'office cantonal des bâtiments prit aussi en compte la protection de la nature et du patrimoine. En 1958, la ville de Z. et le canton fondèrent chacun un service des monuments historiques. Un service pour la protection de la nature existe au sein de l'administration cantonale depuis 1972.
Auteur(e): Martin Illi / PM
Au XIXe s., la santé publique était étroitement liée aux soins aux indigents. Repris par le canton en 1803, l'hôpital, installé dans l'ancien couvent des dominicains à Z., servait surtout d'asile pour indigents et personnes âgées; la pharmacie cantonale fondée en 1810 distribuait des médicaments aux pauvres agréés. La construction du nouvel hôpital cantonal dans le quartier de Platten à Fluntern (1837-1842) créa les conditions d'une gestion moderne. En reprenant l'hôpital communal de Winterthour en 1886, le canton disposa d'un second grand établissement. L'un et l'autre furent détachés en 1998 de la Direction de la santé publique et soumis à un conseil hospitalier. Les malades mentaux, au début du XIXe s., étaient internés à l'hôpital, voire isolés avec les estropiés dans l'ancienne maladrerie Saint-Maurice à Z.-Unterstrass. La Direction de la santé ouvrit en 1867 un asile d'aliénés dans les bâtiments de l'ancienne abbaye bénédictine de Rheinau (agrandi en 1901, fermé en 2000), puis en 1870 la clinique psychiatrique du Burghölzli à Z.-Riesbach et, en 1975-1979, la clinique Hard à Embrach. Grâce à la Fondation Wäckerling et aux dons d'autres familles d'industriels, le canton entra en possession d'une maison de retraite à Uetikon am See (construite de 1899 à 1902, revendue en 1992). En 1892-1894, il aménagea dans l'ancienne filature Beugger à Wülflingen un asile qui sert depuis 1998 de clinique de psychiatrie intégrée pour Winterthour et l'Unterland. Pour le traitement des tuberculeux, la Société d'utilité publique fonda à Wald (ZH) en 1898 et à Davos-Clavadel en 1916 des sanatoriums, que le canton aida d'emblée par des subventions. En 1945, le Conseil d'Etat zurichois acquit l'hôtel Altein à Arosa et le fit transformer en une clinique cantonale d'altitude qui fut propriété du canton jusqu'en 1978.
Auteur(e): Martin Illi / PM
Le canton de Z. a toujours été l'un des premiers en Suisse pour la population. Celle-ci connut une croissance analogue à la moyenne nationale entre 1800 et 1870 (facteur 1,58 contre 1,59 en Suisse), très supérieure entre 1870 et 1960 (facteur 3,35 contre 1,97) et légèrement inférieure entre 1960 et 2010 (facteur 1,44 contre 1,47), quoique à nouveau supérieure grâce à une plus forte immigration depuis le recensement de 2000. Avec l'essor des années 1950, Z. dépassa Berne en 1955-1956 et prit le premier rang parmi les cantons. Il représentait 10,5% de la population suisse en 1850; sa part monta jusqu'à 17,7% en 1970 et s'est maintenue depuis lors au-dessus de 17%. Pour la densité, il n'est dépassé, depuis 1900, que par les cantons-villes de Bâle et de Genève. En 2012, il comptait 1 406 083 habitants.
L'essor, dans ses phases les plus vives, se fonda à la fois sur les excédents de naissances et sur un bilan migratoire positif (entre 1850 et 2010, la seule décennie négative à cet égard est celle de 1970-1980). Longtemps les immigrés provinrent surtout de Suisse, mais, dans les phases de croissance maximale (1888-1910 et 1950-1970), ils furent en majorité d'origine étrangère. La part des étrangers dans la population cantonale atteignit des maxima à la fin de ces périodes, 20,3% en 1910, 19% en 1970. Après une chute due à la récession des années 1970, l'immigration étrangère reprit sur un rythme soutenu dès les années 1990; en 2010, la part des étrangers était de 24,1%, malgré une pratique renforcée de la naturalisation. Le bilan migratoire positif n'exclut pas l'émigration, notamment celle vers l'outre-mer, qui culmina dans les années 1880, mais fut toujours nettement plus faible que dans les cantons agricoles. Les phases d'essor démographique freinèrent le vieillissement (mesuré d'après la part des personnes âgées de 59 ans et plus), phénomène apparu dans l'entre-deux-guerres et qui s'est poursuivi depuis lors.
|Année||Habitants||Etrangers||Protestants||Catholiques||Structure par âge (60 ans et plus)||Période||Accroisse-menta||Excédent naturela||Solde migratoirea|
|1850||250 698||2,2%||97,3%||2,7%||1850-1860||5,6‰||3,8‰||1,8‰|
|1860||266 265||3,8%||95,3%||4,2%||7,5%||1860-1870||6,5‰||3,8‰||2,7‰|
|1870||284 047||5,1%||92,8%||6,3%||7,8%||1870-1880||11,0‰||6,2‰||4,8‰|
|1880||316 074||8,2%||89,6%||9,6%||8,3%||1880-1888||8,1‰||6,8‰||1,3‰|
|1888||337 183||10,1%||87,1%||11,8%||9,0%||1888-1900||20,7‰||9,2‰||11,5‰|
|1900||431 036||16,2%||80,1%||18,7%||8,3%||1900-1910||15,7‰||9,6‰||6,1‰|
|1910||503 915||20,3%||75,9%||21,8%||8,0%||1910-1920||6,7‰||4,7‰||2,0‰|
|1920||538 602||13,7%||76,1%||21,0%||8,9%||1920-1930||13,8‰||4,4‰||9,4‰|
|1930||617 706||10,6%||74,2%||21,7%||10,3%||1930-1941||8,0‰||3,1‰||4,9‰|
|1941||674 505||5,6%||74,5%||22,3%||13,2%||1941-1950||15,8‰||6,8‰||9,0‰|
|1950||777 002||6,6%||72,1%||24,9%||14,1%||1950-1960||20,6‰||6,7‰||13,9‰|
|1960||952 304||13,1%||65,7%||31,8%||15,2%||1960-1970||15,2‰||8,2‰||7,0‰|
|1970||1 107 788||19,0%||59,6%||36,7%||16,7%||1970-1980||1,3‰||3,0‰||-1,7‰|
|1980||1 122 839||16,4%||56,0%||35,4%||18,0%||1980-1990||4,9‰||1,9‰||3,0‰|
|1990||1 179 044||19,5%||50,6%||34,8%||19,1%||1990-2000||5,2‰||1,9‰||3,3‰|
|2000||1 247 906||22,5%||42,6%||30,5%||20,0%|
Dans l'espace comme dans le temps, l'évolution démographique se produisit par vagues. Au début du XIXes., la pression se porta notamment sur les hameaux de l'Oberland où, dès la fin du XVIIe s., le filage à domicile offrit des moyens d'existence à un nombre croissant de familles de la petite paysannerie et où se formèrent, par exemple le long de l'Aa, de véritables villages industriels. Le déclin du travail à domicile, dès 1840 environ, entraîna un dépeuplement, parfois dramatique, surtout dans les communes les plus élevées; Sternenberg (aujourd'hui commune de Bauma) par exemple comptait 1423 habitants en 1836 et seulement 273 en 1980. L'exode frappa aussi entre 1877 et 1910 les villages agricoles du nord du canton et du district d'Affoltern. Cependant, l'événement le plus marquant, au point de vue de la démographie et du peuplement, fut la transformation du chef-lieu cantonal en la ville suisse la plus peuplée, attirant une grande partie de l'immigration provenant des régions agricoles et protoindustrielles. La croissance de la ville s'accéléra vers 1850. L'absorption en 1893 de onze communes de banlieue plaça la ville de Z. (27 644 hab. en 1888, 121 000 en 1894) devant Genève. Une seconde fusion suivra en 1934. En 1888, 31% de la population cantonale vivaient sur le territoire de la future agglomération; cette part dépassa de peu les 50% en 1950, puis retomba (28,1% en 2010). Si la ville perdit des habitants entre 1962 (440 000) et 1989 (356 000), avant que la tendance ne se renverse (385 468 en 2010), c'est que la croissance se répartit dès lors sur un territoire de plus en plus vaste.
Winterthour, deuxième ville du canton, connut une évolution analogue, mais nettement moins dynamique. La formation d'une banlieue ne fut qu'esquissée. La population atteignit un maximum en 1973 (94 100 personnes), puis diminua légèrement avant de reprendre sa croissance dans les années 2000. La barre des 100 000 habitants fut atteinte en 2009.
Bien que la part de la ville de Z. dans la population du canton ait baissé dans la seconde moitié du XXe s., le taux d'urbanisation (part de la population vivant dans des communes de plus de 10 000 habitants) resta élevé: 67,9% en 1970 et 66,3% (dont 35,6% à Z. et Winterthour) en 2010. Uster franchit la barre des 10 000 âmes en 1941, Wädenswil et Horgen avant 1950; on comptait seize villes en 1970 et vingt-neuf en 2010. Des bourgades des rives du lac de Z. et du bas de l'Oberland ainsi que des villages au nord de Z. (tels Kloten, Opfikon-Glattbrugg ou Volketswil) s'avérèrent particulièrement dynamiques.
L'essor démographique analysé par groupes de communes ne donne qu'une image partielle de l'évolution dans l'espace urbain. Pour tenir compte du rapprochement croissant des communes sur le plan des relations économiques, des flux de transports et des surfaces bâties, le recensement de 1930 recourut pour la première fois à la notion d'agglomération. Celle de Z. compta jusqu'en 1950 quinze communes; elle fut progressivement élargie entre 1950 et 2000 jusqu'à contenir 131 communes (103 zurichoises, vingt-cinq argoviennes et trois schwytzoises) en six "ceintures" et un million d'habitants. On parle en outre des agglomérations de Winterthour (dès 1960), Wetzikon-Pfäffikon (dès 1990) et Rapperswil-Jona-Rüti (dès 2000, essentiellement saint-galloise).
On a défini en 1990 une entité encore plus vaste, l'aire métropolitaine, formée des agglomérations où au moins un douzième des migrants pendulaires (8,3%) se rendent dans l'agglomération-centre. L'aire de Z. comprend des agglomérations dans (Winterthour, Wetzikon-Pfäffikon et Z.) et hors du canton (ces dernières plus petites). Seules quelques localités des marges nord-est (dans le Weinland), est (dans l'Oberland) et sud-ouest (près d'Affoltern) restent à l'extérieur de l'agglomération et de l'aire métropolitaine zurichoises. Il s'agit surtout de petites communes peu densément peuplées (moins de 2000 habitants).
Auteur(e): Mario König / PM
Essor démographique et croissance économique se stimulèrent mutuellement, surtout à partir de 1855 environ, quand celle-ci devint plus régulière et que les revenus commencèrent à croître. Pour la première moitié du XIXe s., les données statistiques fiables font défaut, si bien que les enquêtes et estimations locales sont précieuses. Les recensements fédéraux débutent en 1850. En 1868, le canton institua un bureau statistique; la ville fit de même après la fusion de 1893. Dès 1860, nous connaissons la taille de la population active et sa répartition approximative entre les trois secteurs économiques. Mais, avant 1888, ces données n'ont qu'une valeur limitée, à cause du grand nombre de personnes travaillant à la fois dans l'agriculture et dans l'artisanat ou l'industrie.
|Année||Secteur primaire||Secteur secondaire||Secteur tertiaireb||Total|
|1860||49 514||34,4%||69 559||48,3%||24 942||17,3%||144 015|
|1870c||50 112||35,6%||72 163||51,2%||18 548||13,2%||140 823|
|1880c||49 474||30,3%||86 171||52,9%||27 392||16,8%||163 037|
|1888||42 795||26,1%||84 766||51,7%||36 270||22,1%||163 831|
|1900||40 454||19,3%||110 896||53,0%||58 068||27,7%||209 418|
|1910||43 842||17,2%||133 352||52,3%||77 861||30,5%||255 055|
|1920||42 171||15,1%||140 851||50,5%||95 956||34,4%||278 978|
|1930||35 002||11,0%||159 017||49,7%||125 620||39,3%||319 639|
|1941||34 188||10,3%||154 161||46,2%||145 113||43,5%||333 462|
|1950||30 081||8,0%||179 751||47,7%||167 252||44,4%||377 084|
|1960||24 872||5,3%||233 631||49,6%||212 750||45,1%||471 253|
|1970||19 600||3,5%||244 844||44,0%||292 177||52,5%||556 621|
|1980||16 244||2,8%||203 516||35,2%||359 086||62,0%||578 846|
|1990||13 455||2,1%||171 579||26,4%||464 020||71,5%||649 054|
|2000d||12 040||1,7%||126 422||18,3%||553 700||80,0%||692 162|
On considère communément la révolution industrielle comme le moteur de l'évolution économique. Pourtant, l'agriculture, les transports et les communications amenèrent des développements qui eux-mêmes encouragèrent l'industrialisation. Il n'existe pas d'estimation chiffrée de l'apport de chaque secteur à l'accélération de la croissance économique. On a néanmoins quelque idée de l'importance de l'industrie textile précoce. Les investissements annuels dans le bâtiment, disponibles dès 1814, donnent une image du niveau général d'activité et des fluctuations conjoncturelles considérables qui accompagnèrent régulièrement le passage à une économie capitaliste de marché. Ce passage eut lieu dans le cadre juridique de la liberté du commerce et de l'industrie qui, introduite pour la première fois en 1798, limitée en 1804, s'imposa définitivement après 1830. Les corporations, autrefois responsables de la réglementation des métiers, survécurent uniquement comme lieux de sociabilité. Dès les années 1850, la défense des intérêts économiques prit de nouvelles formes.
Les modèles anglais inspirèrent dès 1800 la mécanisation de la filature; le filage à domicile céda la place à la production en fabrique, qui impliqua une concentration des exploitations le long des petits cours d'eau de l'Oberland. Les filateurs zurichois prirent une position dominante dans leur branche en Suisse dès les années 1820, tout comme les tisserands en soierie de la rive ouest du lac de Z. (qui ne passèrent à la production en fabrique qu'après 1870). Les premières fabriques de machines furent fondées pour répondre aux besoins de ces branches; se vouant d'abord à la réparation et à la production de répliques de machines existantes, elles se lancèrent dès 1830 dans des réalisations originales de machines à filer et à tisser, de machines à vapeur et de turbines (Escher, Wyss & Cie, Maschinenfabrik Rüti, Rieter, Sulzer).
L'évolution parallèle de l'agriculture s'appuya sur les efforts de réforme lancés au XVIIIe s., dont la République helvétique favorisa l'extension en supprimant peu à peu l'assolement obligatoire. L'abolition des dîmes prit du retard (jusqu'aux alentours de 1850 dans certains cas). L'accent mis sur l'élevage, la stabulation, l'amélioration de la fumure et le partage des communaux entraînèrent une hausse des rendements. Les agriculteurs se considérèrent de plus en plus comme des entrepreneurs individuels, conduisant leur affaire sur la base de calculs économiques. En altitude, la production fourragère et laitière s'imposa définitivement. Dans l'Unterland, la céréaliculture résista plus longtemps, mais finit par céder sous la pression de la concurrence internationale, dans les années 1870.
A côté de la productivité accrue de l'agriculture, l'évolution des transports contribua aussi à faire disparaître les crises de subsistance; les dernières disettes furent celles de 1816-1817 et 1845-1847. La navigation à vapeur commença en 1835 sur le lac de Z., importante voie de communication vers les cols grisons. La construction de lignes de chemin de fer, envisagée dès les années 1830, fut retardée par des obstacles politiques. La liaison Z.-Baden (1847), premier tronçon ouvert en Suisse, ne fut prolongée qu'à partir de 1855-1856. Mais, en 1859 déjà, Z. était raccordée par train à toutes les principales villes au nord des Alpes et aux réseaux étrangers.
Le financement des chemins de fer exigeait d'énormes capitaux. Le Crédit suisse, fondé en 1856 à Z., qui incarnait un nouveau type de banque, se voua à cette tâche. La Banque de Winterthour suivit en 1862; par fusion elle donnera naissance en 1912 à l'Union de banques suisses (UBS). Négligés par les grandes banques, artisans et paysans avaient néanmoins besoin de crédit; la Banque cantonale fondée en 1870 à la demande du mouvement démocratique vint compléter les caisses d'épargne locales. Les banques, les assurances (Winterthur Assurances, Zurich Assurances, Compagnie suisse de réassurance) et le commerce de détail en expansion tendirent à se concentrer en ville de Z., tandis que Winterthour gardait un caractère industriel plus marqué. L'ouverture en 1842 de la ligne du Gothard fit de la ville de Z. le principal nœud ferroviaire de Suisse.
Auteur(e): Mario König / PM
Dans le canton de Z., le secteur secondaire occupa plus de la moitié de la population active des années 1860 aux années 1960, soit plus précocement que dans l'ensemble de la Suisse où le secteur primaire prédomina jusqu'en 1888.
Durant sa longue prépondérance, le secteur secondaire subit d'intenses mutations structurelles, tantôt lentes, tantôt rapides. L'industrie à domicile disparut avant 1914 et la production en fabrique s'imposa. Dans les années 1880 débuta l'ère de l'électrification; le téléphone et l'éclairage électrique, nouveautés spectaculaires, bouleversèrent les manières de communiquer et la vie quotidienne. La Maschinenfabrik Oerlikon (MFO) mit au point d'importantes innovations. Les petits moteurs électriques trouvèrent toutes sortes d'applications, également dans l'artisanat et l'agriculture. De la même époque datent le développement du moteur à explosion et les débuts de l'automobile. L'imprimerie connut aussi une évolution technique rapide et une forte croissance. En revanche, l'industrie textile (y compris celle de l'habillement, grosse demandeuse de main-d'œuvre) déclina continuellement dès la fin du XIXe s. et perdit sa place dominante avant 1930, au profit de la métallurgie, des machines et de l'industrie électrique. Ces branches d'avenir se concentrèrent dans les villes bien plus fortement que ne l'avait fait le textile.
L'essor du secteur des services toucha lui aussi les centres urbains. Dès 1890, la ville de Z. s'affirma comme le centre financier de la Suisse; grâce aux grandes banques, elle dépassa les places plus anciennes de Bâle et de Genève. Un quart de tous les employés du secteur bancaire suisse y travaillait en 1929 et un tiers pour les assurances, proportions qui ne varièrent guère durant les décennies suivantes. Dans le commerce de détail, les grands magasins (maison Julius Brann en 1896, Jelmoli) et les coopératives de consommation fixèrent de nouvelles habitudes. La Migros stimula fortement la rationalisation dès 1925; mais, freinée par la crise des années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale, elle ne s'imposa qu'après 1945. Elle et la Coop introduisirent le libre-service en 1948-1949, ainsi que les supermarchés selon le modèle américain. La ville de Z. fut le banc d'essai de ces nouveautés qui, rapidement étendues à tout le pays, firent disparaître nombre de petits magasins d'alimentation.
Dès la fin du XIXe s., les emplois diminuèrent rapidement dans l'agriculture qui, en 1910 déjà, n'occupait qu'un cinquième de la population active (seuil atteint dans l'ensemble de la Suisse en 1950 seulement). La part du secteur secondaire restant relativement stable, ce fut surtout l'exode agricole qui alimenta la croissance du secteur tertiaire. Ce furent essentiellement les très petites exploitations, peu rentables, qui disparurent. En même temps, grâce à la rationalisation et aux machines, grâce au recours accru aux engrais et aux pesticides, la productivité augmenta, sur un rythme qui s'accéléra encore après 1945.
Auteur(e): Mario König / PM
Le nombre des emplois dans le secteur secondaire augmenta encore pendant la période de haute conjoncture qui suivit la Deuxième Guerre mondiale; il atteignit son maximum au début des années 1970, à la suite du recrutement d'ouvriers étrangers. Des décisions politiques et la récession de 1974-1975 mirent fin à cette immigration et accélérèrent une mutation structurelle qu'avait déjà annoncée une vague de rachats spectaculaires: Escher, Wyss & Cie avait été repris par Sulzer en 1966, MFO avait perdu son indépendance en 1967, la Maschinenfabrik Rüti en 1969. En même temps, ce qui restait de l'industrie textile subit une crise qui entraîna la fermeture de la plupart des entreprises au cours des années 1970. Dans la construction des machines de grand format, des gammes entières de produits, pourtant appréciés depuis longtemps à l'exportation, disparurent dans les années 1970 et 1980. En délocalisant une partie de la production et en vendant les vastes terrains qu'ils occupaient près des centres-villes, les groupes industriels ébranlés se procurèrent les moyens nécessaires à leur réorientation. La transformation de Sulzer en groupe de technologie est exemplaire à cet égard. A Z. comme à Winterthour, des friches industrielles apparurent, prêtes à recevoir de nouvelles affectations.
Le secteur tertiaire dépassa le secondaire dans les années 1960 (sur le plan national, ce phénomène se produisit dans les années 1970), puis poursuivit sa progression. En 2010, le secondaire offrait moins d'un cinquième des emplois, tout comme le secteur primaire un siècle auparavant. Cependant, pour l'un comme pour l'autre, cela ne signifiait pas une disparition, mais était le signe d'une rationalisation parfaitement réussie et d'une augmentation de la productivité.
La prospérité croissante et la consommation de masse stimulèrent l'évolution vers une économie basée sur les services. A cela s'ajouta, pour Z., l'expansion de la place financière, avec ses banques, assurances, fiduciaires, conseillers financiers, etc. Dès les années 1970, les grandes banques, alors encore fortement impliquées sur le marché domestique, firent des affaires internationales leur activité dominante, en s'appuyant de plus en plus sur les opérations boursières et la gestion de fortune et en favorisant l'évasion fiscale pour leurs clients étrangers. La branche connut une croissance spectaculaire durant les années 1980 et 1990. Z. devint l'une des dix premières places financières mondiales; en Europe, elle n'était dépassée que par Londres et Paris. Depuis la fusion en 1998 de l'Union de banques suisses et de la Société de banque suisse, il ne resta plus que deux grands groupes financiers en Suisse, l'UBS et le Credit Suisse (CS), qui ont leur siège à Z., la première de facto, le second de jure. La part des services financiers au PIB du canton de Z. passa de 8,6% en 1980 à 23,7% en 2000 (37% en ville de Z.). Leur part au produit fiscal suivit une courbe parallèle, mais non celle au marché du travail, car la branche affiche une valeur ajoutée très supérieure à la moyenne. Néanmoins, le secteur employait en 2000 presque 100 000 personnes, soit 13% de la population active. Entre 2000 et 2010, sa croissance ralentit, à cause de la crise financière internationale.
Auteur(e): Mario König / PM
La société des débuts de l'industrialisation (première moitié du XIXe s.) dut affronter le paupérisme et les crises périodiques de subsistance. Dans les districts de tradition agricole aussi bien que dans les régions densément peuplées qui se vouaient à l'industrie à domicile, la majorité vivait au jour le jour. Les domaines, très morcelés en raison du droit successoral en vigueur, étaient souvent trop petits pour nourrir une famille. Pour survivre, on pratiquait toutes sortes de petits métiers, des commerces improvisés et l'industrie à domicile; parfois, on était poussé à émigrer. Seule une minorité de gros paysans, de bourgeois et d'industriels vivaient à leur aise. Le paupérisme atteignit son apogée entre 1845 et 1855, à cause de l'essor démographique combiné à de mauvaises récoltes. Les élites politiques lui opposèrent des mesures disciplinaires (internement dans des asiles, limitation des secours, empêchements au mariage). On craignit des troubles sociaux, mais ils furent rares (incendie d' Uster).
L'industrialisation, qui toucha d'abord les campagnes, fut un moteur du changement social. Les ouvriers et ouvrières des filatures de coton de l'Oberland formèrent un nouveau groupe social, au début composé surtout de femmes, d'enfants et de jeunes, soumis à des conditions très dures. On comptait en 1870 plus de 20 000 ouvriers de fabrique (14,6% de la population active, 30,5% des emplois du secteur secondaire). Ils devinrent peu à peu une classe, à laquelle on appartenait de naissance. Ils étaient mal payés et mal considérés; pour vivre, il était nécessaire que tous les membres de la famille travaillent. L'immigration de personnes étrangères à la localité, parmi lesquelles des catholiques, accentua la ségrégation des ouvriers dans les villages industriels. La loi cantonale de 1859 sur les fabriques limita quelque peu l'omnipotence des entrepreneurs. Vers la même époque, les salaires réels commencèrent à augmenter, ce qui mit fin peu à peu aux pires excès de misère qui avaient accompagné les débuts de l'industrialisation. Après 1880 se formèrent des syndicats où les ouvriers défendirent directement leurs intérêts.
A l'autre extrémité du spectre social, on vit se développer après 1800 et s'affirmer distinctement depuis 1830 une bourgeoisie rurale, de plus en plus unie par des liens familiaux, regroupant les nouveaux industriels et le milieu, en partie plus ancien, des professions intellectuelles (médecins, avocats, instituteurs). Ce groupe, qui au début comprenait nombre d'hommes nouveaux, se considérait comme la classe moyenne et s'imposa rapidement. Il chercha à se démarquer des classes inférieures et acquit durablement une prépondérance sociale et culturelle. Les anciens "messieurs" privilégiés de la bourgeoisie urbaine durent s'adapter, même s'ils gardèrent longtemps leurs distances avec la nouvelle bourgeoisie montante. Les différences s'effacèrent à la fin du XIXe s.
Auteur(e): Mario König / PM
Le travail en usine ne s'imposa pleinement que dans le dernier tiers du XIXe s. En 1901, les ouvriers de fabrique (au nombre de 54 000) représentaient le quart de la population active et la moitié des effectifs du secondaire, proportions qui varièrent peu jusqu'au début des années 1960. Dès les années 1880, la classe ouvrière, en expansion numérique, se composa en majorité d'hommes et, de plus en plus, de citadins, en raison du déclin frappant les industries textiles rurales et des limitations légales relatives au travail des femmes et des enfants. Le type de l'ouvrier qualifié et fier de son métier, tel qu'on le rencontrait dans les entreprises exportatrices de la métallurgie et de la construction de machines, gagna en importance. A l'instar des ouvriers des services publics et du bâtiment, ces travailleurs qualifiés développèrent un style de vie particulier qui se manifestait dans les organisations du mouvement ouvrier et les coopératives d'habitation. Ces dernières furent particulièrement actives en ville de Z.; après la Deuxième Guerre mondiale, elles contrôlaient un quart des logements.
La mutation sociale la plus marquante, au début du XXe s., fut la montée d'une couche d'employés, à laquelle appartenait déjà un cinquième de la population active en 1930. Dans la hiérarchie sociale, elle occupait une position médiane entre la classe ouvrière et la bourgeoisie d'affaires. De nombreuses filles d'ouvrier cherchaient une place d'employée, que ce soit dans l'administration d'une entreprise industrielle, dans le commerce de détail ou dans un bureau. Elles y rencontraient des jeunes femmes et hommes issus en majorité de la classe moyenne. Les employés vivaient de préférence en ville, tendaient à avoir moins d'enfants et cultivaient un style de vie axé sur la consommation, qui gagna peu à peu d'autres couches sociales. La croissance numérique de ces groupes professionnels offrait des perspectives d'ascension sociale ou au moins d'améliorer sa situation, chances qui cependant restèrent insuffisantes jusqu'en 1945. A cette époque, un cinquième des femmes actives l'était dans les services domestiques, où les salaires étaient très bas et la dépendance sociale élevée; ce mode de vie des jeunes femmes ne perdit son importance qu'après 1950.
Dans le canton de Z., la société se structura jusqu'au-delà de la Deuxième Guerre mondiale autour d'oppositions sociales et culturelles nettes: socialistes et bourgeois, familles du cru et nouveaux arrivés, majorité protestante et minorité catholique. La paysannerie, de moins en moins nombreuse, s'accrochait aux valeurs confessionnelles. Cependant, pour ceux qui abandonnaient la terre, le passage à un autre métier favorisait les relations avec la classe moyenne et les milieux urbains, tandis que les petits paysans se rapprochaient des ouvriers de fabrique. Les immigrants s'installaient surtout en ville de Z.; la majorité des catholiques venus dans le canton y vivaient, de même que la petite minorité juive (1% au maximum). La mobilité sociale et géographique reste insuffisamment étudiée.
Vers 1930, environ 12-15% de la population appartenaient à la bourgeoisie des entrepreneurs, grands patrons, membres des professions libérales et cadres (fonctionnaires et employés). Ce groupe possédait pratiquement toute la fortune privée; quelque 70% des contribuables n'en déclaraient aucune. Les membres des professions libérales et les détenteurs de très grosses fortunes habitaient en majorité en ville, de même que les fabricants de soierie du lac de Z. En revanche, les industriels du coton de l'Oberland restaient domiciliés dans leurs villages.
Auteur(e): Mario König / PM
Pendant la haute conjoncture des années 1950 et 1960, les salaires réels augmentèrent fortement et la consommation de masse s'étendit. Dans les années 1960, la proportion d'habitants possédant des biens de consommation durables, comme l'automobile, connut sa croissance maximale. En même temps, une part toujours plus grande de la population active (29% en 1970, 55% en 2000) se déplaça quotidiennement entre lieux de domicile et de travail situés dans des communes différentes. L'extension de la consommation et de la mobilité, ainsi que la transformation des cadres du travail (un monde de bureaux et de magasins au lieu des chantiers, ateliers et domaines agricoles d'autrefois) donnèrent son allure particulière à la période qui s'ouvrit au début des années 1960. Les gros besoins de main-d'œuvre de la haute conjoncture attirèrent dans le canton de nombreux immigrants venus du sud de l'Europe, tandis que de nombreux ouvriers suisses acquéraient un statut d'employé, ce qui fit perdre à la classe ouvrière son identité socioculturelle. L'immigration fit augmenter la part des catholiques, qui atteignit un maximum de 37% en 1970, et brisa leur homogénéité.
L'essor économique s'accompagna d'un optimisme misant sur l'amélioration matérielle des conditions de vie et sur l'ascension sociale facilitée. Dans ce contexte, on commença à développer la formation supérieure; celle-ci fut davantage accessible aux jeunes filles, dont la présence dans les hautes écoles était restée très faible jusque vers 1960. Les femmes virent aussi s'ouvrir à elles de nouvelles possibilités dans la vie professionnelle, en raison du manque de main-d'œuvre qui régnait alors. Ce ne sont là que deux exemples; de manière générale, les perspectives se modifièrent durablement dès la fin des années 1960. De plus en plus sûres d'elles, les femmes virent s'effacer peu à peu de nombreuses discriminations. Le changement d'attitude devint visible en 1970, quand le suffrage féminin fut accepté à une majorité des deux tiers. La baisse de la natalité et la hausse des divorces furent des effets secondaires d'un processus que l'on peut décrire comme la promotion sociale collective des femmes. Dans la formation, l'égalité des sexes fut réalisée avant les années 1990. Dans le domaine professionnel en revanche, les femmes continuent de subir toutes sortes de désavantages.
Il est difficile de saisir les changements intervenus dans la bourgeoisie et dans les élites anciennes et nouvelles. L'extension de la formation supérieure débloqua la barrière qui protégeait autrefois les professions libérales. La concentration des grosses fortunes entre les mains d'une petite minorité diminua légèrement dans les années 1960 et 1970, mais reprit à partir des années 1980. Les statistiques fiscales cantonales, disponibles depuis 1934, attestent de profondes inégalités. Selon les données de 2007, 72,4% des contribuables détenaient 7,2% de la fortune imposable, alors que 7% d'entre eux en détenaient les deux tiers. On ignore dans quelle mesure la classe supérieure a subi une restructuration que la mondialisation économique pourrait bien avoir favorisée. En même temps, les liens locaux perdirent de leur force; ce phénomène toucha tous les groupes sociaux, dans une moindre mesure cependant les habitants des petites localités occupés dans l'agriculture ou l'industrie. En 2010, les personnes nées dans leur commune actuelle de domicile ne représentaient que 14,6% de la population (contre un tiers en 1970), tandis que 30,4%, chiffre très élevé, étaient nées à l'étranger. Au point de vue de la topographie sociale, les classes supérieures sont nettement séparées des inférieures. Les premières privilégient le Zürichberg, les communes de la rive droite du lac (la "Goldküste" ou "rive dorée") et la rive droite ensoleillée de la vallée de la Limmat; les secondes vivent surtout à Z.-Nord et vers l'aéroport. Les grandes fortunes se concentrent en ville de Z. et aux environs, attirées par la place financière. A Winterthour, les oppositions sont moins tranchées. On distingue aussi, depuis peu, deux courants parmi les immigrés. Ceux qui viennent du nord ou de l'ouest de l'Europe et bénéficient d'un statut élevé résident dans les mêmes quartiers que la classe supérieure indigène, où l'on rencontre d'ailleurs peu d'étrangers, tandis que ceux qui viennent du sud de l'Europe se concentrent sur la rive gauche de la Limmat, dans des zones où les étrangers représentent jusqu'à 40% de la population. A Opfikon, en 2010, presque la moitié des 15 000 habitants était née à l'étranger.
Auteur(e): Mario König / PM
La relation étroite entre l'ordre étatique et l'Eglise protestante fut contestée sous la République helvétique. Si l'Eglise d'Etat fut restaurée en 1803, l'édit de tolérance de 1807 autorisa, pour la première fois depuis la Réforme, la célébration de services divins catholiques; néanmoins, dans un premier temps, il ne concerna, outre Dietikon et Rheinau, que la ville de Z. Au sein de l'Eglise protestante, une théologie d'orientation rationaliste fit face à des formes de religiosité populaire d'inspiration piétiste. La rupture libérale de 1830 garantit la liberté de religion, fit perdre à l'Eglise son caractère coercitif et la transforma en une organisation de droit public, même si elle resta privilégiée, en tant qu'Eglise nationale protestante. Les querelles religieuses purent longtemps encore susciter les passions (affaire Strauss). Les tenants des différents courants utilisèrent les moyens d'organisation offerts à la société civile par le nouvel ordre bourgeois: ils fondèrent des sociétés. Les conservateurs (appelés "orthodoxes" ou "positifs"), issus en grande partie des anciennes familles dirigeantes, créèrent en 1837 la Société évangélique du canton de Z. Ils trouvèrent dans les soins aux malades un domaine d'activité qui leur valut le respect du public; ils ouvrirent en 1858 l'institut des diaconesses du Neumünster. Les adeptes de la théologie libérale, telle qu'un Alois Emanuel Biedermann l'enseignait à l'université de Z., se regroupèrent dès 1871 dans l'Union suisse du christianisme libéral, bien implantée dans le canton. Eux aussi s'intéressèrent aux soins infirmiers, dont la maison des sœurs de la Croix-Rouge à Z.-Fluntern, fondée en 1882 par Hermann Walter Bion, stimula la réforme.
Le passage à des formes concrètes de tolérance et au pluralisme religieux demanda beaucoup de temps. Dès les années 1830, des groupes se formèrent en dehors de l'Eglise nationale (méthodistes, baptistes); ils furent parfois l'objet de violents rejets dans les communes. Avec l'immigration, une importante minorité catholique se constitua entre les années 1880 et la Première Guerre mondiale; elle resta en butte à de multiples formes de discrimination. Une communauté catholique-chrétienne apparut en 1873; elle fut reconnue de droit public, alors que l'Eglise catholique romaine du canton de Z. (qui relève du diocèse de Coire depuis 1819) n'obtint que par la votation populaire de 1963 un statut semblable, lui permettant de lever un impôt ecclésiastique et de bénéficier de la loi cantonale sur les communes. Parallèlement, les femmes reçurent le droit de vote en matière ecclésiastique. La reconnaissance ne fut pas étendue aux autres grandes religions (judaïsme, islam, etc.); le peuple rejeta en 1977 un projet de séparation entre l'Eglise et l'Etat qui visait une égalité négative. En mai 1973 encore, Z. fut l'un des rares cantons qui refusèrent d'abroger les articles d'exception anticatholiques de la Constitution fédérale.
Le canton perdit ensuite sa forte empreinte protestante (laquelle se maintint mieux à Berne, par exemple, à cause d'un moindre dynamisme démographique). Entre 1960 et 2010, le pourcentage des réformés tomba de 65,7% à 34,5% de la population. Le poids de l'Eglise catholique s'amoindrit aussi après 1970. Les deux grandes confessions, dont les parts se rapprochent de plus en plus, pourraient bientôt perdre la majorité (98,1% ensemble en 1960, 62,8% en 2010). Dans le domaine religieux aussi, on observe des tendances longues allant vers la disparition des autorités reconnues et la diversification des orientations et des pratiques.
A côté de la minorité musulmane (près de 8% en 2007), le groupe à la croissance la plus rapide est celui des "sans confession" (plus d'un cinquième de la population en 2010). Le pluralisme de fait des croyances et des visions du monde continue cependant de susciter des résistances, visibles par exemple dans la lenteur de la création de cimetières musulmans (en 2004 à Z., en 2012 à Winterthour). La Constitution de 2005 reconnut en revanche les communautés juives; la loi d'application entra en vigueur en 2008.
Auteur(e): Mario König / PM
La bourgeoisie montante accordait une grande valeur à la formation. Des associations s'activèrent dans ce domaine, telles la Société suisse d'utilité publique (SSUP), fondée en 1810 (Z., qui abritait son siège central, y joua un grand rôle) et son pendant cantonal (1829). A partir de la fin du XVIIIe s., les sociétés de lecture, comme celle du Musée à Z., fondée en 1834, et les bibliothèques populaires poursuivirent des buts éducatifs, en premier lieu pour la jeunesse. Ces institutions furent fondées par vagues, surtout dans les périodes politiquement troublées (vers 1830, vers 1848 et dès 1860).
La mise en place d'une instruction publique moderne commença avec la révolution libérale de 1830. L'ouverture de l'école normale de Küsnacht, en 1832, qui donna une nouvelle base à la formation des instituteurs, s'accompagna d'une large campagne en faveur de l'alphabétisation et de l'école obligatoire. Celle-ci se heurta à des résistances dans les couches inférieures de la société, milieux où se manifestèrent aussi des oppositions contre les nouveaux manuels de lecture profanes. Le taux d'analphabétisme chez les jeunes hommes, tombé à environ 5% en 1880, disparut ensuite presque complètement. La loi de 1833 sur l'école secondaire (primaire améliorée) permit d'offrir ce type d'enseignement (facultatif) dans tout le canton. L'école cantonale de Z. dispensa une formation gymnasiale dès 1833, l'école municipale de Winterthour dès 1859. L'école supérieure de jeunes filles n'ouvrit qu'en 1875, bien que les femmes aient été admises dès 1864 à l'université de Zurich. Celle-ci, fondée en 1833, connut des débuts modestes: moins de 200 étudiants avant les années 1860, moins de 1000 avant 1904-1905, dont près de la moitié, avant la Première Guerre mondiale, venait de l'étranger (tout comme les membres du corps enseignant, dans une même proportion). Après la fondation de l'Ecole polytechnique fédérale en 1855, qui acquit rapidement une renommée internationale, Z. devint un centre de l'enseignement supérieur.
Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, l'accès à la formation supérieure était très restreint (1-2% de la population active); il ne toucha de plus larges cercles qu'au cours des années 1950. En 1955 fut ouverte à Wetzikon la première école cantonale en dehors de Z. et Winterthour; on comptait en 2012 dix-huit gymnases. Dans la foulée, le nombre des étudiants se multiplia (il tripla dans la seule décennie 1958-1968). La population dans son ensemble avait déjà profité du développement des écoles secondaires, dès 1870, et de la mise en place de cours de perfectionnement proches de la formation professionnelle. La loi cantonale de 1906 sur l'apprentissage imposa pour la première fois aux apprentis la participation à des cours, pour autant que leur commune en propose. Le technicum fondé à Winterthour en 1874 s'adressait aussi à un public assez étendu (Ecoles techniques supérieures); il formait des spécialistes pour la métallurgie et l'industrie des machines. Devenu école d'ingénieurs, il connut plusieurs fusions; en 2007, avec d'autres instituts de formation aux beaux-arts, à l'économie, à la pédagogie et au travail social, il se fondit dans la haute école zurichoise des sciences appliquées (10 169 étudiants en 2010), le plus grand établissement supérieur du canton après l'université (26 168) et l'EPFZ (15 984). Depuis 1930 environ, l'université de Z. est la plus grande de Suisse.
Auteur(e): Mario König / PM
La culture élitaire bourgeoise était fortement concentrée dans les villes. Le protestantisme avait longtemps proscrit le théâtre à Z.; une première salle de spectacle permanente ouvrit en 1834. Le bâtiment brûla à la fin de 1889 et fut remplacé en 1891 par le nouveau théâtre municipal (opéra depuis 1964). Ouvert en 1926, le Schauspielhaus fut pendant la Deuxième Guerre mondiale un refuge de liberté pour le théâtre germanophone. A la fin du XIXe s., Z. s'affirma comme l'un des centres littéraires de la Suisse alémanique, en lien étroit avec le marché du livre allemand. Le cercle de lecture de Hottingen (dès 1882) rayonna bien au-delà du canton. D'importants auteurs vécurent à Z. ou participèrent à sa vie littéraire, tels Gottfried Keller et Conrad Ferdinand Meyer, plus tard Jakob Christoph Heer, Ernst Zahn, Heinrich Federer et Alfred Huggenberger. Eduard Korrodi, chef de la rubrique culturelle de la NZZ, eut une énorme influence entre 1914 et 1950. Les professeurs Robert Fäsi et Emil Ermatinger défendirent efficacement le goût conservateur dominant dans la première moitié du XXe s. Les manifestations éphémères de l'avant-garde (comme les soirées dadaïstes du cabaret Voltaire) n'acquirent sans doute leur célébrité que rétrospectivement. Après 1950, la jeune génération, sous la conduite de Max Frisch, ouvrit de nouvelles perspectives.
Contrairement à Bâle, Z. n'abritait pas d'anciennes collections d'art, fruit d'une tradition de mécénat bourgeois. En revanche, il y existait depuis 1787 une Société des artistes (Sociétés d'artistes), qui entreprit de collectionner des œuvres et de les exposer. Devenue la Société zurichoise des beaux-arts, elle fit construire dès 1896 le Kunsthaus, ouvert en 1910; ses collections d'abord modestes, puis enrichies par des donations et des achats, lui valurent après la Deuxième Guerre mondiale une réputation internationale. Les dons d'Emil Georg Bührle, patron dans l'industrie de l'armement, furent importants quoique contestés. Les riches collections réunies à Winterthour sont, plus que celles de Z., le fruit des activités de mécénat d'éminents entrepreneurs privés comme Theodor et Oskar Reinhart. Max Bill, Verena Loewensberg et Richard Paul Lohse réunirent autour d'eux le groupe des peintres concrets zurichois.
Servant de lien entre la culture élitaire bourgeoise et la culture populaire, un grand nombre de sociétés apparurent dès 1830. Leur histoire est mal connue. D'abord fortement marquées par les valeurs libérales et patriotiques, les sociétés de chant, de gymnastique et de tir cherchèrent à influencer l'opinion publique. Dès les années 1860, elles se multiplièrent aussi dans les villages, surtout ceux à vocation industrielle. Des minorités sociales, culturelles et politiques commencèrent à s'organiser. Mises à l'écart des sociétés libérales, des femmes de la bourgeoisie se tournèrent vers les sociétés d'utilité publique. Suivirent les associations catholiques et socialistes. L'abolition de la censure favorisa le développement, dès 1830, de la presse politique, à cette époque étroitement liée aux sociétés. Le titre le plus durable fut la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) , née à la fin du XVIIIe s. Dès 1900 environ, le canton disposa d'un large éventail de journaux partisans (radicaux, démocrates, agrariens, catholiques ou socialistes comme le Volksrecht ). Le Tages-Anzeiger , fondé en 1893 comme tribune ouverte à diverses opinions, afficha bientôt de loin le plus fort tirage.
La culture populaire et les formes précoces de l'industrie du divertissement augmentèrent leur présence dès les années 1860, par exemple à travers la vente d'almanachs et de brochures à deux sous. A cela s'ajouta le sport dans les années 1890. Les premiers clubs de football furent fondés par des écoliers et étudiants (Grasshopper Club de Z. en 1886, FC Zürich et FC Winterthur en 1896). Le cinéma suivit au tournant du siècle; comme la plupart des formes culturelles populaires et commerciales, il était soupçonné d'être dangereux pour la jeunesse et fut soumis à la censure jusqu'en 1971. Ouvert en 1912, le vélodrome d'Oerlikon connut des hauts et des bas. Après l'incorporation d'Oerlikon, il fut racheté en 1935 par la ville de Z., qui construisit à côté le Hallenstadion. Le championnat cycliste de Z. (Züri Metzgete) fut organisé depuis 1910. Dès les années 1920, les clubs de football disposèrent de leurs propres stades; le Letzigrund du FC Zürich accueillit pour la première fois en 1928 une manifestation internationale d'athlétisme. Le sport bénéficie de subventions publiques depuis les années 1930 au moins.
Après la Deuxième Guerre mondiale, Z. devint le centre de la presse et des médias suisses. La feuille de boulevard Blick s'y installa en 1959. Les organes partisans disparurent au cours des années 1990. Des groupes de presse suprarégionaux gérés selon des principes commerciaux (Ringier, Tamedia, groupe de la NZZ, Jean Frey SA) établirent leur siège à Z., de même que la télévision suisse alémanique au début des années 1960. La nouvelle presse dominicale est également ancrée à Z.
La politique culturelle officielle encouragea surtout, jusque vers 1980, les institutions de la culture élitaire (opéra, théâtre, ballet, bibliothèques et musées). Même si l'opéra (dont le financement passa au canton en 1994) continua de revendiquer une grande partie des moyens disponibles, l'Etat étoffa son soutien à la culture dite alternative, en réaction aux révoltes des jeunes qui débutèrent avec l'"émeute de l'opéra" (1980). Financièrement, l'encouragement est surtout l'affaire des communes, en particulier des centres urbains. La culture a gagné en importance depuis que les offices de promotion économique en ont fait un élément de leur argumentaire. La ville de Z. est un poids lourd dans les domaines des médias écrits, du cinéma, de la télévision, du marché de l'art, de l'industrie musicale, des arts graphiques et du design, concentrant dans chacune de ces branches environ un cinquième des emplois en Suisse. L'économie culturelle dépend étroitement des flux d'argent et de la demande générés par la place financière; elle a investi quelques quartiers proches du centre, dont elle a modifié le caractère.
L'essor du divertissement en ville de Z. remonte aux années 1990. Le RER amena des foules croissantes de visiteurs et, depuis 2003, son service de nuit assura aussi leur retour dans leurs pénates. Le cinéma, qui déclinait depuis les années 1960, retrouva la croissance dès 1990; les salles se concentrent dans les quartiers d'amusement, où fleurissent aussi les restaurants servant une cuisine internationale et les discothèques. Depuis 1980, le festival du Theaterspektakel s'est solidement implanté; il s'insère dans une série de grandes manifestations modernes (Streetparade, Zürifest) et de fêtes traditionnelles (Sechseläuten, Knabenschiessen). La révision de la loi sur les auberges libéralisa en 1998 les horaires nocturnes et le calendrier religieux ne détermine plus les jours où l'on a le droit de s'amuser. L'image, encouragée par la propagande touristique, d'une ville caractérisée par l'hédonisme de la jeunesse a marqué l'idée que l'on se fait de Z. dans le monde. Cette vision a remplacé aussi bien la vieille représentation de la ville de Zwingli que les stéréotypes négatifs de la place bancaire et effacé le souvenir de la scène ouverte de la drogue, connue dans le monde entier vers 1990. A côté de l'industrie du divertissement, concentrée surtout à Z. et Winterthour, il subsiste toute une vie associative où les gens s'organisent eux-mêmes, en particulier dans le domaine sportif. Les sociétés ont largement perdu le caractère public et politique qu'elles avaient au XIXe s., mais elles ont conservé leur popularité.
Auteur(e): Mario König / PM
Auteur(e): Meinrad Suter / PM