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parution janvier 1994
ISBN 978-2-88182-210-0
nb de pages 192
format du livre 140 x 210 mm
Der Hund, Der Tunnel, Die Panne/Le Chien, Le Tunnel, La Panne
Traduit de l'allemand par W. Weideli et A. Guerne
Dans le chien (1946/47), un prédicateur prêchant l'Evangile dans le labyrinthe d'une ville inconnue, aux côtés d'un chien terrifiant, est soudain dévoré par le molosse qui disparaît aux côtés de la jeune fille à la lueur de la nuit. Dans Le Tunnel (1952), un express s'enfonce entre Berne et Zurich dans un tunnel ouvrant sur un effrayant abîme. La Panne (1956), qui complète le volume, est un des chef-d'oeuvre d'humour noir. Quatre vieillards étranges et grotesques célèbrent avec un visiteur inattendu un banquet jubilatoire. Soudains les convives se lancent dans leur jeu favori, la représentation d'un tribunal en la présence d'un inquiétant bourreau, et les festivités culminent par la condamnation du nouvel arrivant à la peine capitale.
Ecrivain et auteur dramatique, Friedrich Dürrenmatt (1921-1990) s’est inlassablement passionné pour les grands débats politiques de son époque. Il ne les a pas seulement abordés par la fable symbolique ou la satire, mais aussi par l’essai.
Cette pièce de théâtre, jouée au Schauspielhaus de Zurich en 1973, met en scène le personnage de Doc, un biologiste de renommée mondiale rétrogradé au rang de chauffeur de taxi en raison de la crise économique. Révolté contre son sort, il découvre une fantastique machine à détruire, la vend à un chef mafieux, d’où il s’ensuit une vaste escroquerie couverte par le chef de la police, le procureur, un juge et le maire. Tous collaborent.
Dürrenmatt, fâché de l’insuccès de la pièce, y ajoute des postfaces brillantes, essais et récits sur le thème de la collaboration qui forment les trois quarts du livre.
« Traps. Quel crime suis-je donc censé avoir commis ?
Le Procureur. Un point sans importance, mon ami. Il y a toujours un crime à trouver. »
Dans ce texte clé de l’œuvre de Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), la différence entre la culpabilité et l’innocence, entre la justice et l’injustice s’estompe, pendant que la toute puissance des mots se déploie.
Nouvelle traduction de la version radiophonique de La Panne (1955).
Préface de Hélène Mauler
Dürrenmatt n’a pas seulement livré sa pensée dans son théâtre et ses romans. Durant toute sa carrière d’écrivain, il a répondu, à brûle-pourpoint, à des questions que lui posaient les interlocuteurs les plus divers, journalistes ou confrères. Il a raconté son enfance, son expérience de la guerre, ses voyages, ses maladies. Il a parlé littérature, peinture, théâtre ou politique. La richesse et l’originalité de ses propos justifient largement qu’après sa mort on les mette à la disposition des lecteurs, qui découvriront dans ces pages un très grand témoin du siècle qui s’achève.
Frisch et Dürrenmatt, ces deux grands écrivains que l’opinion publique et la critique, en dépit de leurs différences, ont parfois voulu rapprocher jusqu’à les confondre, ont mené un dialogue épistolaire où s’affirme avec force leurs personnalités irréductibles. Ce dialogue va durer près de quarante ans (de 1947 à 1986), mais sera coupé de longs silences, souvent éloquents.
Frisch et Dürrenmatt s’admirent et s’estiment. Ils se lisent mutuellement, avec une remarquable attention. On les voit cependant manifester leurs réserves autant que leur approbation : il s’agit pour eux de marquer leur territoire littéraire, de se définir au miroir d’autrui.
Cette correspondance erratique, à la fois intense et détachée, désinvolte et grave, qui par moments devient tendue et presque hostile, nous permet d’approcher deux personnalités, et deux visions du monde. Elle nous révèle l’homme Frisch, l’homme Dürrenmatt, et leur humaine rivalité. Mais elle jette aussi, sur leurs œuvres, une lumière singulière.
Cette correspondance est précédée d’un brillant essai de Peter Rüedi, familier de l’œuvre des deux grands écrivains, qui brosse leurs portraits contrastés, et rappelle les circonstances (personnelles, historiques et politiques) de leur échange épistolaire.
A la veille de sa retraite, le commissaire Höchstettler, franc-tireur perspicace et sympathique, adopte un comportement qui fait scandale : il rend visite aux auteurs de délits demeurés impunis, et parvient aisément à les confondre, preuves à l’appui. Mais c’est pour les laisser courir. Mieux, il entreprend un cambriolage en compagnie de deux d’entre eux. Le commissaire est-il devenu criminel ? Tout au contraire, on comprend bientôt que chacun de ses actes, si stupéfiant soit-il est inspiré par la compassion pour les hommes et la passion de la justice – la vraie, pas celle des commissariats et des prétoires.
Une telle passion, la société ne peut que la contrarier, de toute son inertie et de toute sa violence. Plus les causes défendues par le commissaire seront nobles et vitales, plus il lui sera difficile de les faire triompher. C’est ainsi qu’il va se trouver pris au piège d’une affaire tragique où son courage et son intelligence risquent bien d’être écrasés par la sempiternelle coalition des intérêts, des ambitions et des bienséances.
Dürrenmatt n’a pas achevé ce roman. Mais la puissance de l’auteur est là tout entière, et son audace, et son humour. Brusquement interrompu, comme étranglé par le silence, son cri de révolte n’en est que plus déchirant.
Etienne Barilier
Friedrich Dürrenmatt est mort à 69 ans le 14 décembre 1990, quelques jours après avoir prononcé ce discours à l'occasion de la remise du prix Gottlieb Duttweiler à Václav Havel. Ce texte a été perçu comme le testament de l'écrivain. Dürrenmatt analyse l'échec du communisme puis il compare le grotesque des pays de l'Est avec le grotesque suisse, moins apparent mais aussi tragique. Une de ses phases est devenue particulièrement célèbre : "Chaque prisonnier fait la preuve de sa liberté en étant lui-même son propre gardien."