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Pour Mariusz Błaszczak, c'est un succès. A tous ceux qui doutent de la Pologne, le ministre de la Défense veut faire comprendre «que vouloir signifie pouvoir». Il l'a affirmé sans détour:
Derrière lui sont alignés de nouveaux obusiers et chars en provenance de Corée du Sud. Ils font partie du plus gros contrat d'armement jamais conclu par ce pays asiatique.
Dix nouveaux chars et 24 obusiers, c'est beaucoup. A titre de comparaison, en dix mois de guerre en Ukraine, les Allemands ainsi que les Pays-Bas, ont remis à l'Ukraine un total de 14 obusiers blindés 2000.
A Berlin, par exemple, l'achat de 35 avions de combat F-35 fait toujours l'objet de discussions. De plus, un «sommet sur les munitions» devrait encore clarifier avec quoi les soldats allemands devront tirer à l'avenir.
Il en va tout autrement en Pologne: la modernisation de ses propres forces armées se poursuit à un rythme soutenu. Au terme de cette évolution, le pays pourrait devenir la puissance militaire dominante en Europe centrale, et prendre la place de l'Allemagne.
Le gouvernement, dirigé par le parti nationaliste polonais Droit et justice (PiS), justifie ces mesures comme nécessaires pour se protéger de la Russie. Varsovie, la capitale polonaise, avait déjà posé les bases de ce nouveau cap peu après le début de la guerre contre l'Ukraine, en mars dernier.
Le gouvernement polonais avait rapidement fait passer une loi visant à renforcer massivement les forces armées polonaises. Lors de la signature, le président Andrzej Duda a déclaré que la Pologne devait pouvoir se défendre contre les ambitions «avides et impériales» de la Russie.
Selon les données de l'OTAN, la Pologne peut actuellement mobiliser un total de 122 000 soldats. La plus grande armée de l'OTAN est celle des Etats-Unis avec 1,3 million d'hommes et de femmes en uniforme, suivie par la Turquie avec 447 000 hommes et femmes.
Mais le gouvernement polonais veut aller encore plus loin: d'ici 2035, l'armée devrait compter 300 000 soldats au total. Ainsi, le pays a accéléré les procédures de formation. Depuis avril, les volontaires peuvent suivre une formation de base en 28 jours, suivie d'une formation spécialisée de onze mois.
De plus, l'État augmente ses dépenses de défense déjà élevées. La Pologne vise à consacrer 3% de son produit intérieur brut à la défense l'année prochaine, et même 5% à moyen terme. Le pays serait alors l'Etat de l'OTAN dont les dépenses de défense sont proportionnellement les plus élevées.
Sur le marché de l'armement, la Pologne fait toutefois déjà de gros achats. Outre les accords avec la Corée du Sud, le gouvernement a également passé de grosses commandes à des entreprises américaines. L'armée polonaise devrait recevoir plus de 1300 chars et 600 obusiers ainsi que des dizaines d'avions de combat au cours des prochaines années. S'y ajoutent 24 drones de combat en provenance de Turquie ou 20 lance-roquettes multiples Himars. Il est également question d'acheter des centaines d'autres lance-roquettes aux Etats-Unis et en Corée du Sud.
Les livraisons d'armes servent en partie à reconstituer les stocks vides. En effet, environ 250 chars américains Abrams doivent remplacer les plus de 200 chars T-72 de l'époque soviétique que la Pologne a remis à l'Ukraine au printemps.
«Ce réarmement est aussi un acte de méfiance envers l'Allemagne», explique l'expert en armement Christian Mölling de la Société allemande de politique étrangère. La Pologne avait déjà voulu acheter des chars de combat à l'Allemagne avant la guerre. Mais à l'époque, aucune offre n'avait été faite au pays.
Il entend également des plaintes de la part d'autres chefs de gouvernement européens.
Mais les Polonais ne sont pas les seuls à être fâchés: les Etats-Unis seraient également de plus en plus irrités par le gouvernement allemand. L'allié le plus fiable pour le gouvernement américain se trouve désormais à Varsovie. «La Pologne est devenue notre partenaire le plus important en Europe continentale», a récemment déclaré un haut représentant américain cité par le portail d'information Politico.
L'expert en armement Christian Mölling est du même avis. Selon lui, «on est terriblement agacé» à Washington parce que Scholz et ses ministres utilisent sans cesse les Etats-Unis comme bouclier argumentaire pour expliquer leur propre inaction dans le soutien à l'Ukraine.
Mais il n'est pas certain que le nouveau partenariat en matière d'armement rapproche davantage les Etats-Unis et la Pologne: «Sur le plan militaire, il y a bien une tendance vers la Pologne», déclare Christian Mölling. Mais tout n'est pas si simple, car il y a une deuxième perspective à prendre en compte. «La question reste de savoir si la Pologne est politiquement capable de coopérer».
Depuis des années, le gouvernement PiS est critiqué pour avoir attaqué l'Etat de droit polonais et pour avoir renforcé le contrôle politique de la justice et des médias. Depuis des mois, l'UE bloque par exemple des aides liées au Covid-19 à hauteur de plusieurs milliards, car Bruxelles considère que le système judiciaire polonais présente des lacunes flagrantes.
Le gouvernement polonais s'est montré jusqu'à présent peu compréhensif sur ce sujet. L'influent chef du PiS (Droit et Justice), Jarosław Kaczyński, est particulièrement virulent en ce moment contre l'Europe.
«Un autre gouvernement prendrait des décisions similaires sur le plan militaire. La critique de l'UE serait comparable sur le fond, mais sans doute pas formulée avec autant de virulence», explique Kai-Olaf Lang de la Fondation Science et Politique. Le fait que les Etats-Unis misent davantage sur la Pologne est également lié au fait que le pays partage une frontière commune avec l'Ukraine, qui lutte actuellement pour son existence.
La rhétorique radicale du parti au pouvoir peut aussi être vu comme une manœuvre politique. Le PiS espère ainsi engragner des voix aux élections législatives de l'année prochaine. Les sondages actuels prédisent pour le moment une défaite.
La justice britannique, qui avait refusé en février d'accorder une protection systématique de la police au prince Harry lors de ses visites au Royaume-Uni, a rejeté lundi l'appel du duc de Sussex et lui a ordonné de payer la quasi-totalité des frais de justice dans ce dossier.