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Pour faire délicat, on dit: aller là où même le roi va seul. Mais à l’origine, aux toilettes, on y allait à plusieurs et on papotait affaires tout en faisant sa petite affaire… tandis que l’eau coulait sous le trou pour tout éliminer. C’était avant la puanteur des rues du Moyen Age, avant les latrines qui dégoulinent sur les parois des châteaux et les pots de chambre qui se vident par les fenêtres. C’était l’époque, déjà, de toilettes avec évacuation des eaux, des cagoinces collectives chez les Grecs et les Romains. Et même individuelles dans les maisons de la ville indienne de Harappa, plusieurs millénaires avant Jésus-Christ.
Puis, l’hygiène sanitaire se perd dans les tuyaux. Ailleurs qu’en Europe, au moins, on récupère les excréments pour les réutiliser en engrais ou carburant: à Kaboul ou au Yémen. L’empereur romain Vespasien, lui, taxait bien l’urine que teinturiers et blanchisseurs utilisaient pour dégraisser les vêtements. D’où le nom de vespasiennes…
L’eau revient avec la première chasse mise au point par le filleul de la reine d’Angleterre, John Harington, en 1592, puis le brevet de son compatriote horloger Alexander Cummings deux siècles plus tard. Mais c’est vraiment après la «Grande Puanteur» ou quand la Tamise se transforme en une grande rivière de m… en 1858 que les odorats s’ouvrent à révolutionner le système des égouts.
Quant au PQ, inventé en Chine au XIVe siècle à l’usage exclusif de l’empereur, il connaît une vie avant la populaire Feuille d’avis. Sous forme d’éponge ou de laine chez les Romains, de cailloux chez les Grecs, de poireaux chez les riches, de coquilles ou de bâtons chez les Asiatiques qui se le transmettent de père en fils. Ou simplement d’un pan de vêtement. Aujourd’hui, le Suisse consomme chaque année 2 kilomètres du papier de toilette né en Angleterre en 1850, l’Américain 10 kg et l’Européen 13 kg, tandis que plus des trois quarts de la population mondiale n’en utilise pas.
© Migros Magazine - Isabelle Kottelat
Auteur: Isabelle Kottelat
Photographe: Konrad Beck