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Claude Black, p. - Dickie Thompson guit. - Alain Bouchet, tp - Harry Allen ts - Pierre Boussaguet, b.
epuis 1961, année de sa première apparition en Europe avec l'orchestre de Buck Clayton, le batteur Oliver Jackson a eu de nombreuses occasions de se produire sur notre continent. A Yverdon, il est apparu avec nombre d'orchestres en faisant découvrir au public de la cité thermale du Nord vaudois des musiciens, parfois peu connus, mais toujours de grande qualité.
En ce début de novembre 1990, dans une ambiance cabaret tout à fait adéquate à ce genre de musique, le grand batteur avait emmené avec lui Alain Bouchet à la trompette, Harry Allen au saxo ténor, Claude Black au piano, Dickie Thompson à la guitare et Pierre Boussaguet à la contrebasse. Soirée non sans faiblesse, il est vrai, mais qui a tout de même valu pas mal de moments fort intéressants. Avec Alain Bouchet, tout d'abord, qui remplaçait au pied levé Johnny Coles qui n'a joué que deux concerts de cette tournée avant de repartir aux Etats-Unis. Le trompettiste français, qui se produisait pour la première fois dans nos contrées a été une véritable révélation pour de nombreux amateurs. Ressemblant physiquement et musicalement à l'un de ses maîtres, Warren Vaché, il ajoute des influences de Buck Clayton très perceptibles et non négligeables. Sans oublier celle du Roi, Louis Armstrong. Ses interventions sur "A Kiss to Build a Dream On" et "Ain't Misbehavin'" l'ont prouvé de manière fort éloquente. Quant à sa version de "Rosetta", elle valait à elle seule le déplacement. Au ténor, Harry Allen, fut une autre découverte pour les spectateurs. Jeune musicien encore peu connu, peut-être un peu timide, a toutefois laissé un grand souvenir chez l'amateur attentif. Tel un fruit sur le chemin de sa maturité, Harry Allen, par la beauté de sa sonorité, sa qualité de musicien parfait, précis et pouvant exécuter des solos dignes de ses aînés, il excelle à l'interprétation des ballades. Cette impression s'est avérée prometteuse. Depuis lors, Harry est actuellement un saxophonistes très actif. On peut l'entendre, peut-être pas chez nous, mais dans de fréquentes retransmissions télévisées, au Japon avec le Trio de Jeff Jefferson, entre autres. C'est encore de la belle musique pour le plaisir de l'amateur, sevré aujourd'hui de bon jazz.
Cette soirée fut réjouissante à de nombreux moments. N'oublions pas que nous entendions de la musique noire interprétée par des jazzmen blancs qui nous ont prouvés que la chose est possible! Evidemment, la présence d'Oliver Jackson, véritablement déchaîné, dans sa forme des grands jours, a pour une grande part contribué au succès de ce concert. Avec les solos de Claude Black, tel ce "Yesterday" des Beatles, remarquablement revisité. Avec les interventions swinguantes de Dickie Thompson à la guitare, également chanteur fort agréable sur "Jump and Shout", à l'aise dans tous les tempos et soliste toujours passionnant, Avec un solide Pierre Boussaguet, bien dans la lignée de Ray Brown. Sans oublier le leader, dont le tempo d'une sûreté à toute épreuve fait toujours merveille et qui s'est livré à une véritable leçon de batterie sur "The Best Things in life are free". Même avec quelques rares chutes d'intensité, ce fut un moment apprécié de plus à mettre à l'actif de Jazz in Yverdon.
L'épreuve du piano solo n'est pas donnée à tout le monde. Nombre de musiciens s'y sont cassés les dents, le manque de soutien rythmique étant évident chez des solistes ne possédant pas les qualités requises pour ce genre d'exercice. Ray Bryant, pour sa part, n'a jamais connu ce genre de problème. Depuis bien des années, il se présente seul devant son clavier. Sa superbe main gauche fait sonner les basses de manière impressionnante, alors que la droite exécute des broderies tout en finesse ou des figures au swing remarquables.
Né le 24 décembre 1931 à Philadelphie, ce musicien, bientôt sexagénaire, a très vite fait montre de qualités évidentes, Ce qui lui a valu de figurer dans de nombreuses formations aux styles très divers, dans lesquelles il a fait mieux que s'adapter. Pour cette soirée, suivie par un public accouru en nombre de tous les coins de la Romandie, Ray Bryant n'a pas failli à sa réputation. Dans une forme superbe, il s'est montré absolument éblouissant. Il faut souligner qu'il bénéficiait d'un instrument lui convenant à merveille et d'une sonorisation réellement parfaite. Rarement, on a entendu sa main gauche faire sonner les basses de pareille manière. Certes, on objectera que son répertoire ne varie guère d'une prestation à l'autre. Mais, quel plaisir de réentendre des thèmes comme "Take the A Train" ou "Liebestraum", pris en boogie. Et de redécouvrir d'autres morceaux, car on oublie souvent que le soliste se double d'un prolifique compositeur, tels que "In De Back Room" et autres "Gotta Travel On". En résumé, ce fut une soirée en tous points dignes d'éloges, marquées par de véritables joyaux, comme cette superbe version d'"After Hours".
Et tous ceux qui ont fait fête à ce musicien de qualité, et qui avaient choisi de rallier la cité du Nord vaudois sous une pluie continue n'auront certainement pas regretté leur déplacement!
Rolf Ericson, Britt Woodman, tb. - Dick Heyfer, ts - Norris Turney, as - Wild Bill Davis, p - Jimmy Woode, b - Butch Ballard, dm - Sandy Graham, vocal.
Pour la venue d'une petite formation constituée sous le nom de DUKE'S BEST FORMATION, Jazz in Yverdon avait choisi le dimanche après-midi du 20 octobre. Formule sympathique, puisqu'elle se déroulait en fin de week-end dominical. Et puis, l'orchestre proposé avait fort belle allure sur le papier. A la trompette, Rolf Ericson; au trombone Britt Woodman; au saxophone alto Norris Turney; au piano Wild Bill Davis; à la contrebasse Jimmy Woode; tous ayant accompli nombre d'années au sein du grand orchestre du Duke.
Le clarinettiste Jimmy Hamilton, autre Ellingtonien, devait être de la partie. Malade, il a du céder sa place à Dick Heyfer, au saxophone ténor, un habitué des big bands. Ce dernier, ainsi que le batteur, Butch Ballard et la chanteuse Sandy Graham étaient les seuls à n'avoir pas figuré au sein de cet orchestre prestigieux.
Et le public est accouru en nombre pour fêter cet événement. Las! Il a fallu vite déchanter en voyant apparaître Jimmy Woode, dans un état éthyllique plus qu'avancé, pour s'emparer du micro et tenir des propos aussi longs et ennuyeux que ses solos de basse. Une première partie, très courte, mais entrecoupées de propos avinés incohérents, avait eu le don de mettre en boule ses collègues musiciens. Heureusement, la seconde partie a permis de rétablir quelque peu l'équilibre, le trublion ayant mis de l'eau dans son vin. Elle mit en valeur une révélation pour beaucoup, la chanteuse Sandy Graham. Fort agréable à regarder, elle puise ses sources chez les plus grandes. Ses interprétations de "Lush Life", un thème pourtant peu facile à digérer, ou ses interventions sur "Mood Indigo" ont permis de se rendre compte de ses qualités. Norris Turney, jouant un "Do Nothing Till You hear From Me" de fort belle facture, Rolf Ericson, maîtrisant "In A Sentimental Mood", Wild Bill Davis, à l'aise sur "Passion Flower", Britt Woodman, dans "Mood Indigo" et Dick Heyfer, qui n'étaient pas en reste, nous ont tout de même permis de passer d'agréables moments. Butch Ballard, batteur efficace de 73 ans, au faciès quasi asiatique, a propulsé tout ce petit monde avec bonheur, se montrant un soliste inventif sur "Caravan".
Tous ces solistes n'ont guère eu la tâche facilitée par leur collègue encombrant. Mais ils ont démontré à l'évidence qu'ils demeuraient toujours des musiciens de premier plan. Que l'on aurait aimé apprécier dans des conditions idéales. Hélas, il en va ainsi. Ce sont les aléas des tournées et les organisateurs n'y peuvent rien...
René Hagmann, - Bertrand Neyroud cl, sax - Jacques Ducrot, cl, sax - Pierre-Alain "Pam" Maret , banjo - Michel Rudaz, tuba - Raymond Graiser, dm
On connaissait les DRY THROAT FIVE- Les cinq gosiers secs -, cette contraction du grand orchestre des Louisiana Dandies, composée de ce véritable Protée de la musique qu'est René Hagmann, à l'aise sur n'importe quel instrument, Bertrand Neyroud clarinettiste et saxophoniste de talent; Pam, Pierre-Alain Maret, le banjoïste au tempo et au faciès imperturbables; , Michel Rudaz qui prouve que le tuba peut être également un instrument mélodique; et de Raymond Graiser qui assure le rythme sur son washboard tout en amusant la galerie et en se montrant vibraphoniste intéressant. maintenant, depuis que Jacques Ducrot, clarinettiste, saxophoniste et chanteur, est venu grossir ses rangs, le combo se nomme: DRY THROAT FELLOWS
De passage sur la scène du Théâtre d'Yverdon en ce vendredi 19 juin, cette petite troupe s'était enrichie de la présence du pianiste anglais Keith Nichols, pour une soirée placée avant tout sous le signe du jazz des années vingt. Ce fut un grand moment de bonne humeur, de joie de vivre, une véritable pinte de bon sang! Quelle performance, quelle mise au point et quel travail pour produire un résultat aussi remarquable! René Hagmann est un perfectionniste qui exige le maximum de ses partenaires. Quelle joie de réentendre les thèmes chers à Jimmy Noone, tel cet "Apex Blues" ou ce "I Know That You Know", où la clarinette de Bertrand Neyroud a fait merveille, ou ce "Red River Blues" avec un solo de cornet de René Hagmann d'une superbe facture, souligné par le travail remarquable de Michel Rudaz. Ou encore ce "Sweet Sue", chanté par le crooner Jacques Ducrot. Ou cette version inénarrable de "Handful Of Keys" où Keith Nichols et Bertrand Neyroud se sont amusés comme des petits fous en se succédant au piano. En fait, ce fut une succession de petits bijoux présentés par René Hagmann, toujours aussi souriant et modeste. Et puis, il y avait le pianiste Keith Nichols. S'il a tenu sa partie avec bonheur dans les ensembles en prenant, de temps en temps, de courts solos, on eût aimé qu'on lui accorde un peu de place dans la soirée. Un hommage en solo à Fats Waller, un autre dédié à James P. Johnson ont permis de se rendre des qualités de cet artiste qui se produisait pour la première fois dans notre région. Raison pour laquelle on aurait souhaité l'entendre plus longuement. Mais, ceci n'est qu'un détail dans une soirée qui fut une réussite à tous les points de vue.
Dans une ambiance cabaret, fort appropriée pour ce genre de musique, suivie par un public très réceptif accouru en nombre, ce fut un de ces véritables moments de bonheur comme on aimerait en vivre plus souvent... A voir et à revoir!
Michel Bastide, leader, cornet, tb. - Bernard Antherieu, cl & as. - Philippe Raspail, as & ts. - Stephane Matthey, p & vcl. - Jean-Pierre Dubois, bjo & cl, - Christian Lefevre, tub & vcl.
Jazz in Yverdon a de la suite dans les idées. Après le concert de Keith Nichols et des Dry Throat Fellows l'année précédente, il est l'heure de présenter une formation française réputée s'exprimant dans le même idiome: le HOT ANTIC JAZZ BAND. En provenance de Nîmes, cet orchestre a été créé en 1979 par Michel bastide, amoureux fou du trompettiste Jabbo Smith et collectionneur avide de tous les vieux films rares sur le jazz. Ce petit groupement n'a jamais dévié de son orientation axée sur la musique syncopée des années vingt et trente. Ce qui a valu au public enthousiaste et ravi, dans une ambiance cabaret très décontractée, de découvrir des thèmes rarement proposés par d'autres musiciens du genre. Ceux de Jabbo Smith ne sont guère connus du grand public, voire même de certains amateurs. Le HOT ANTIC JAZZ BAND les interprète avec une mise au point de premier ordre. La formation a même eu la chance de pouvoir accompagner ce grand trompettiste, alors en fin de carrière, au début des années quatre-vingt dans plusieurs festivals estivaux, en France notamment.
Dans ses rangs, tout comme dans ceux des Dry Throat Fellows, les protagonistes sont polyvalents. C'est ainsi que le leader Michel Bastide joue du cornet ou du trombone avec le même bonheur, que le banjoïste Jean-Pierre Dubois se double également d'un excellent clarinettiste et que tous participent avec la même ferveur et la même joie de vivre à la réussite de leur apparition. Tout cela dans une bonne humeur communicative. On ne s'ennuie guère à pareille réunion! Les trios de clarinette sur "She's Funny That Way" et sur "I'll See You In My Dreams" furent un pur régal. "That's My Witness Now" a mis les spectateurs en joie avec son trio vocal non dépourvu d'humour. Pour ne citer que quelques réussites. En définitive, les amateurs du jazz vieux style auront été à la fête tout au long de cette soirée qui s'est déroulée dans une ambiance relax et festive, menée avec beaucoup d'entrain par Michel Bastide qui possède vraiment un orchestre de réelle valeur dans son genre. Ce ne sont pas les auditeurs qui sont repartis les yeux brillants et le coeur en fête de cette soirée réussie. Qui nous contredira ?
Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin. C'est ainsi que cet événement marquait aussi le terme des concerts mis sur pied par Jazz in Yverdon.
Les grands noms du jazz ayant disparu ou étant sur le point de l'être, le grand maître de toutes ces organisations, Georges Mathys, avait de plus en plus de peine à trouver des musiciens susceptibles de remplir une salle. Mais il faut tout de même souligner que Jazz in Yverdon, avec le peu de moyens dont il disposait, a mis sur pied la bagatelle de 57 concerts entre 1976 et 1993!
Et non des moindres puisque la "crème" des plus grands solistes de jazz s'est produit sur la scène du Casino-Théâtre. Ce qui signifie que plus de 350 musiciens (certains, il est vrai, à plusieurs reprises) ont défilé sur les planches de la cité du Nord vaudois. Peu de petites villes en Suisse peuvent s'enorgueillir de pareil palmarès! Durant près de vingt ans, Yverdon aura ainsi été la capitale du jazz classique et les souvenirs de ces rencontres inoubliables resteront gravés dans la mémoire de la foule d'amateurs qui les ont suivies fidèlement.
Dix années se sont écoulées depuis le premier coup de "plume" de cet historique. Que de bonheurs et de malheurs ! En cette dernière page, avec le temps passé, je constate avec douleur d'avoir assisté à la disparitions de la presque totalité des musiciens présentés sur ce site! Tous avaient leur personnalité et leur style. Un grand trou s'est creusé ! On ne le comblera jamais.
Merci à mon ami Michel MARGOT, président et animateur du Jazz Club de Lausanne qui m'a assisté durant ces dernières pages et pour son expert coup d'oeil de correcteur sur l'ensemble des textes.