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Présenté ce vendredi 26 mai dans la section Un certain Regard, le dernier film de François Ozon était très attendu. Pour les inconditionnels du cinéaste français, L’amant double a surpris et décontenancé, laissant à de nombreux festivaliers un sentiment mitigé tant le contenu du film semble avoir été déjà vu moult fois au cinéma.
En guise de prologue, un gros plan dévoile une vulve frémissante qui se contracte. Chloé (Marine Vacth), un ancien modèle au chômage dans la vingtaine, a des douleurs à l’estomac durant toute sa courte vie. Ne décelant aucune raison physique, le corps médical diagnostique des causes physiologiques et lui recommande de consulter un psychiatre pour soigner son état psychosomatique. Chloé entame des séances de thérapie mais se sent «vide» et «incapable de vivre». Elle tombe amoureuse de Paul (Jérémie Renier) au cours de ses séances, trouve un emploi comme gardienne dans un musée et ses problèmes d’estomac cessent de la déranger: la vie de Chloé semble être enfin sur la bonne voie.
Peu de temps après, alors que le couple s’installe dans un nouvel appartement, Chloé commence à découvrir les secrets de Paul. Tout en déballant leurs affaires, Chloé trouve l’un des passeports expirés de Paul, dans lequel son nom de famille est autre que celui qu’elle lui connaît. Lorsqu’elle le questionne à ce sujet, Paul devient défensif et évasif, répondant avec une explication vague et peu convaincante qu’il ne veut pas être associé au nom de son père, et qu’il était préférable pour sa carrière d’utiliser celui de sa mère. Chloé n’est pas pleinement satisfaite de cette alibi, mais choisit de ne pas insister, jusqu’à ce qu’elle croie l’apercevoir ailleurs que sur son lieu de travail. Il nie également que cela se soit produit, et plaisante qu’il ait un double. A ce moment surgit pour la première fois le spectre du double gémellaire qui nourrira tout le reste du film.
En rentrant dans le bâtiment où elle a vu ce double, Chloé constate qu’il abrite le cabinet d’un autre psychiatre. En remontant à lui, Chloé est stupéfaite de constater que Louis Delord est effectivement un double exact de son compagnon Paul. Elle souligne leur ressemblance, et Louis confirme que c’est parce qu’ils sont frères jumeaux. Chloé n’aime pas Louis, qui est audacieux, impitoyable, autoritaire et devrait probablement être celui qui est assis sur le canapé du psychanalyste, mais elle continue de le voir et ses séances deviennent des explorations physiquement violentes de ses fantasmes sexuels réprimés. Ponctuellement, le gros plan sur la vulve qu se contracte revient, métaphore de la frigidité de Chloé qui découvrira enfin un plaisir orgasmique grâce aux méthodes thérapeutiques peu orthodoxes de son nouveau psychanalyste.
L’amant double suit une approche plutôt conventionnelle pour immerger les spectateurs dans le subconscient de Chloé, de Paul et et de Louis, par le truchement de la la psychologie et la psychanalyse, suggérant que tous les couples gardent des secrets les uns pour les autres. Insistant sur le fait que connaître un jumeau n’implique pas que l ‘on connaisse son double, François Ozon persévère dans ces considérations freudiennes qui ennuient rapidement les spectateurs malgré le jeu excellent des comédiens et les tentatives répétées du cinéaste de révéler ses états d’esprit. L’amant double distille une psychanalyse trop superficielle et trop fragile pour convaincre. En l’absence de toute idée originale ou novatrice, le film échoue mais Ozon ne semble guère s’en soucier, alignant les provocations inutiles et creuses tout au long du récit, manquant nombre d’occasions de pousser la réflexion.
Le cinéaste qui nous avait séduit par sa juste et subtile description de la femme – on songe à Sous le sable (2002), Huit femmes (2002), Potiche (2010) ou Jeune et joie (2013) – semble avoir modifier sa perception de la gent féminine de manière déconcertante, imposant des scènes peu convaincantes d’un vagin qui s’efface dans une larme à partir de l’œil de Chloé. Comme si cela n’était pas suffisant pour le public, Ozon pousse la provocation en recourant à une scène de sexe hétéro-anale (le partenaire qui sodomise n’est pas celui qu’on supposait) pour symboliser le rôle traditionnel du genre, la transgression et le renversement de pouvoir.
Si L’amant double a été l’occasion de stimuler intellectuellement son auditoire avec une sorte d’exaltation dans la débauche, servie avec brio par Marine Vacth et Jérémie Renier qui incarnent parfaitement l’attrait sexuel inhérent à toute passion; si les deux comédiens semblent fermement attachés à tout ce que François Ozon envisage, leur engagement est gaspillé dans un récit classique qui tente seulement de reproduire les sensations frappantes du porno le plus prévisible, en particulier quant à la dynamique des jeux de devinettes sexuelles.
L’amant double sombre dans des méandres d’intrigues et de métaphores ridicules, incapable de distraire ou de captiver son auditoire qui attend en vain d’atteindre un orgasme cinématographique auquel nous avait habitués le cinéaste. Malheureusement, L’amant double laisse nos fantasmes insatisfaits, et nul plaisir ne pointe à l’horizon.
Qu’est-il donc arrivé à François Ozon ?
Firouz Pillet, Cannes
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