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Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. (Jean 3:16)
Ce qu'on appelle la "Séduction par le Serpent" dans la Bible est un évènement tout à fait remarquable; tous les hommes ont pâti de ses suites quand ils se sont incarnés. S'il n'avait pas eu lieu, toute l'évolution sur la terre aurait été différente, probablement dans un état de bien plus grande perfection. Par suite de cet évènement, les hommes se sont profondément enlisés dans la matière, et c'est là ce qu'on appelle symboliquement la "chute dans le péché". Malgré tout, c'est seulement cette "chute" qui a éveillé chez l'homme son individualité actuelle. Il est vrai qu'il est ainsi parvenu à la faculté d'aimer et à la liberté, mais par là même quelque chose lui a été imposé sans qu'il ait eu voix au chapitre. La chute originelle a eu besoin d'être compensée et sa compensation fut, elle aussi, une affaire non pas humaine mais divine. Le Dieu a dû plonger aussi profondément dans la matière qu'il avait permis aux hommes de s'y enfoncer.
En l'an 30, un grand basculement c'est produit pour l'humanité entière, le Christ (Esprit faisant partie de la Trinité) s'est incarné dans le corps de Jésus de Nazareth durant trois ans pour nous annoncer le retour vers la Source et nous donner le moyen de remonter vers le monde spirituel. Son action compensatrice se termine par l'offrande de son propre corps : Le Christ (Esprit) a fait à Dieu (son Père) l'offrande du péché, offrande qu'il ne pouvait faire que dans un corps humain, étant donné qu'un Dieu est immortel par définition. Et c'est ainsi, par un acte d'amour, le plus grand acte d'Amour depuis deux mille ans, que fut provoqué l'évènement le plus important de toute l'évolution humaine.
L'humanité a la liberté de se laisser encore entrainer dans la chute, de génération en génération, provoquant une sorte de destruction, comme un déssèchement, à l'intérieur et à l'extérieur de son être. Mais pour ceux qui cherchent à s'opposer à ce dépérissement, la solution est l'espérance qui provient de la compréhension du message christique et ceci indépendamment de toutes doctrines ou dogmes religieux, sources de divisions et de conflits incessants.
Cette compréhension passe par la connaissance de soi, celle qui amène à la prise de conscience de ses responsabilités face à sa propre vie. "Connais-toi toi-même", car tant qu'on ignore les besoins de l'Esprit, on donne tout au corps physique qui est gavé, alors que l'âme et l'esprit, affamés, assoiffés, suffoquent et meurent.
Pour se fixer les idées sur le déssèchement de l'âme cité plus haut et qui, à la longue, se manifeste
aussi dans le corps physique, voici l'extrait d'une conférence donnée à Lugano en Suisse
le 17 septembre 1911 par Rudolf Steiner et intitulée: "L'impulsion du Christ dans le devenir
historique".
Dans l'antiquité grecque ou dans l'antiquité égyptienne, l'homme ne fut absolument pas comme il est aujourd'hui. A l'époque de la Grèce antique, il était constitué de telle sorte que des entités supérieures guidaient en lui l'élément psychique, et c'est pourquoi l'homme de ce temps ressentait une obligation toute naturelle vis-à-vis de ces entités. Nous sommes maintenant à l'époque où l'être humain est guidé par l'élément intellectuel, et c'est pourquoi il ressent quelque chose comme une obligation esthétique-morale.
Vinrent ensuite les temps modernes, où l'homme ne ressent même plus une obligation vis-à-vis de l'élément esthétique, ce qui s'exprime en effet dans la formule: des goûts et des couleurs, on ne discute pas.
Ce que l'on ressentait autrefois dans le domaine moral et esthétique, on le ressent aujourd'hui comme nécessaire dans le domaine intellectuel: avoir un certain guide, si bien que l'on ne puisse pas penser comme on veut, mais qu'on doive se conformer aux lois de la pensée logique. Nous nous trouvons maintenant à un niveau de transition, comme on peut bien le remarquer. Si en effet nous considérons les derniers millénaires, nous voyons que le corps physique des hommes se dessèche de plus en plus, que justement l'homme a changé. Il y a un millénaire et demi, le corps physique était sensiblement plus souple, plus plastique. Il est devenu de plus en plus dur. Par contre, il s'est produit dans le corps éthérique quelque chose de tout différent, quelque chose dont l'homme a pu moins bien faire l'expérience, parce que ce corps éthérique a passé par une évolution ascendante. C'est là l'évènement qui doit précisément s'accomplir au vingtième siècle. Tandis que d'un côté se manifeste que l'élément intellectuel devient plus fort, de l'autre le corps éthérique devient tellement plus autonome que les humains seront obligés de le remarquer.