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Comme si j'avais des images en guise de doigts, ou des doigts au bout des images.
Cette histoire n'est pas une histoire d'amour. C'est la voix intérieure de l'amoureux dans ses divers états. Je converse, rêve, écris dans un langage qui ne dépend que de moi, mais me rend dépendant de l'autre. Le discours se tisse au fil d'images qui s'agitent selon des séquences non-linéaires et presque chaotiques à la manière de l'envol d'une mouche contenue dans un verre d'argent.
L'image - comme une syllabe isolée au beau milieu d'une page blanche - ne justifie son existence que lorsqu'elle tend vers l'autre image, la regarde, et s'y plonge jusqu'à former un mot. Brefs, ces mots forment une poésie rapide, concise et évanescente. Comme un haïku, j'aimerais que l’on puisse lire mes images d'une seule respiration. C'est la rencontre, parfois furtive et éphémère, et l'expérience avec l'autre - sujet ou objet - qui prévaut dans mon envie de faire une image; instantanée, brutal. Mécanique instable du sentiment, je ne décris rien, j'évoque: la rencontre, le désir, l'attachement, le détachement, la solitude, l'excès.
Finalement, mon travail photographique constitue un voyage sentimental sans limite temporelle. Passager, il se répète à l'infini comme le cycle des saisons. Une monogamie sérielle qui se renouvelle encore une fois, sans cesse. Il y a un mièvre commencement, poétique, puis l'angoisse futile, et puis une fin qui ne m'appartient plus vraiment; elle disparaît comme un zinc toussotant dont les lumières et l'hélice ont tout à coup arrêté de fonctionner, mais continue à planer encore un peu, dans un silence oppressant.