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La loi sur les OGM, amendée, débattue et votée par le parlement en 2001, fut balayée par un vote populaire exigeant un moratoire le dimanche 27 novembre 2005. Cette initiative visait à introduire un nouveau chapitre à l’article 197 des dispositions transitoires de la Constitution fédérale interdisant la culture d’OGM pendant cinq ans. De renouvellement en prolongation du moratoire, la loi sur les OGM n’est toujours pas appliquée.
Or une nouvelle technique vient d’être développée. Elle permet de couper des séquences d’un ADN naturel, sans introduire du matériel génétique étranger pour autant. Sont-ce alors des OGM ? L’UE vient de décider par l’entremise d’un tribunal que c’est bien le cas. Selon toute probabilité la Suisse va s’aligner. Cela vaut donc la peine d’essayer de définir ce que c’est qu’un OGM.
Lorsque l’on demande à un juriste quel est le champ d’application défini par « organisme génétiquement modifié », il renvoie à une ordonnance de la Confédération, qui énumère neuf procédés de modification du génome d’un être vivant et en retient trois comme artificiels, laissant supposer que les six autres seraient naturels. On stigmatise comme étant un OGM, non pas le résultat obtenu mais le procédé utilisé. Dans une station agronomique traditionnelle, on travaillait à tâtons avec des méthodes aléatoires, par croisement et sélection : il faut du temps, de la chance et même de l’intuition pour arriver à un certain résultat. En génie génétique on peut arriver au même résultat plus vite et sans tâtonner
Car, le génie génétique utilise de l’ADN naturel, emprunté à d’autres organismes vivants et non pas des gènes qui seraient fabriqués par synthèse chimique comme l’imagination populaire le suppose. La seule question pertinente est la suivante : est-ce que ces gènes-là, au cas où ils seraient intégrés par une cellule, vont jouer un rôle particulier par rapport à ce qui se passait auparavant ? La réponse est négative parce que la cellule « naturelle » résulte d’un processus ancestral d’invasion par de l’ADN étranger.
Le gène, qui est introduit par le génie génétique dans une plante ou un animal, absorbés lors d’un repas, aurait pu y arriver de façon tout à fait naturelle : il y a continuellement invasion de cellules existantes par des virus porteur de fragments d’ADN collectés lors de leurs périples. C’est un mécanisme à la base même de l’évolution : si les cellules ne se modifiaient pas, l’espèce n’aurait pas d’occasion de muter. Sans évolution de ce type, nous serions encore des monocellulaires flottant dans l’océan.
Si la Nature, c’est-à-dire l’évolution au sens darwinien du terme, procède à cette modification, elle est « bonne ». Si l’homme y procède, elle est « mauvaise », en ce sens qu’il intervient dans un procédé de nature sacrée, immuable, gouverné par des lois supérieures. C’est omettre que l’évolution darwinienne dans sa phase créatrice modifie le génome sans aucun but, de façon aléatoire. Seule la phase destructrice par la lutte pour la survie fera le tri. Le mécanisme naturel n’est donc pas sacré en ce sens qu’il procéderait d’une intention divine, à laquelle on ne pourrait déroger sans sacrilège. En somme l’idée communément admise se résume dans la formule : la Nature n’a jamais commis d’erreur, sauf quand elle a créé l’homme.
C’est aussi oublier que les organismes vivants, utilisés par l’agriculture, ne résultent pas seulement de l’évolution naturelle, qui a engendré des espèces sauvages, mais aussi du processus de sélection qui est à l’œuvre depuis dix mille ans, l’époque de la révolution néolithique, l’invention de l’agriculture. Les paysans, qui se sont succédé pendant des centaines de générations, ont favorisé les espèces les plus productives. Ils ont travaillé par croisements et sélections en agriculture, ils se sont même livrés au clonage par la greffe
Aussi longtemps que l’évolution biologique fonctionne sans que l’homme intervienne, celui-ci n’est pas responsable de celle-ci. Il subit, il assume, il supporte, il proteste, il se plaint. Il est comme le client d’un grand hôtel, qui a tous les droits, parce qu’il n’a aucune responsabilité dans la gestion de l’établissement. Le processus historique de sélection des plantes, des animaux et des hommes, a certes fonctionné sous l’impulsion humaine, mais de façon confuse, avec tellement de tours et de détours que la responsabilité se diluait à travers les siècles et les continents. Maintenant, les hommes ont racheté le grand hôtel et deviennent totalement responsables.
C’est bien là que se situe le problème. Monsanto a tout de suite commis une faute en inventant un maïs transgénique résistant à l’herbicide Roundup. C’est une optique strictement commerciale : comment retirer le plus grand bénéfice possible? Les OGM seront acceptés lorsque d’autres objectifs seront visés.