Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06994.jsonl.gz/554

Il y a des années que ma mère, femme au foyer, m’a demandé de l’accompagner en ville pour retourner un sac à main qu’elle avait acheté dans un grand magasin zurichois. Je ne me souviens pas du défaut de ce sac, mais c’était clair que pour le prix payé, le défaut n’était pas acceptable. Arrivant au magasin, ma mère a trouvé une vendeuse qui parlait anglais. Elle a commencé à expliquer son problème en montrant le sac, son ticket de caisse et le défaut. J’observais ce qui se passait. La vendeuse faisait semblant de ne pas comprendre la demande de ma mère, elle n’adressait plus ma mère en anglais, ni en bon allemand, mais en suisse-allemand. Elle disait qu’elle ne pouvait rien faire et s’apprêtait à partir. Ma mère avait l’air découragée. Elle m’a demandé de traduire sa demande en suisse-allemand. Je l’ai fait et je me souviens de la surprise de la vendeuse suisse-allemande d’entendre une Anglaise parler sa langue. Je lui ai répété la demande de ma mère, seulement je n’utilisais pas les formes de politesse de ma mère. En fait, j’ai exigé un remboursement total du prix du sac à main en disant que c’était pas de bonne qualité. Je disais que ma mère devait être libre de choisir un autre sac dans le magasin ou d’avoir l’argent remboursé pour pouvoir dépenser son argent dans un magasin de qualité. La vendeuse s’est pliée à mon exigence. Nous avons fait le tour des autres sacs à main. Ma mère ne trouvant pas son bonheur, s’est fait remboursé pour le sac et nous sommes reparties.
A l’époque je me disais que c’était quand-même étrange comment les mères au foyer pouvaient manquer autant de confiance. Plus tard, une amie, mère au foyer, m’a téléphoné, dans un état piteux, pour me dire qu’elle s’était fait avoir par une vendeuse de maquillage à domicile. Je me souvenais de la FSRC et je lui ai donné le numéro de téléphone. Et de nouveau, je me disais qu’être femme au foyer était un moyen sûr de ne pas cultiver la confiance. Pourtant, les deux femmes en question étaient (et sont toujours) des vraies vedettes du foyer. Elles font des repas sublimes, elles font de la décoration d’intérieur, elles savent faire du patchwork, elles ont eu trois et quatre enfants respectivement. Donc – je sais je raconte toujours de longues histoires pour arriver à une conclusion – elles ont confiance dans leurs capacités de mères au foyer, cuisinière, couturière, éducatrice, décoratrice, hôtesse. Elles n’avaient pas, par contre, des capacités de négocier de prix, de s’affirmer face aux vendeuses et de dire que ce n’était pas acceptable. Alors que la plupart d’entre nous qui ont travaillé dans le commerce ont ces capacités.
Une définition de confiance en soi est de se sentir capable. C’est évident que ce soit lié au contexte dans lequel on se trouve. Un psychologue, Jean Garneau, la décrivait comme étant “l’évaluation réaliste et ponctuelle qu’on a les ressources nécessaires pour affronter une situation particulière” (Source: K. Larocque, psychologue, www.infopsy.com/estimconf1.html).
Alors de quoi êtes-vous capable? Quelles sont les ressources dont vous disposez pour affronter des situations particulières?
Peut-être qu’il serait plus facile de vous demander de quoi n’êtes-vous pas capable? De quelles ressources avez-vous besoin pour affronter des situations particulières?
Car je suis sûr que vous en êtes capables mais je sais également qu’il y a des obstacles. Voici deux:
L’invisibilité du travail des mères. Est-ce que c’est un phénomène occidental – les femmes au foyer sont loin du regard public? Est-ce que c’est une conspiration du système patriarcal – de faire semblant que ce qu’elles font n’est ni difficile ni exigeant? Un angle mort sociétal – économiquement ça ne rapporte rien? En tout cas, les mères sont souvent complices dans le maintien de l’invisibilité sans se rendre compte. Quand je demande aux mères ce qu’elles font, elles n’ont pas l’habitude de stipuler chaque tâche. Elles disent des généralités comme, « une mère est responsable de son enfant 24 heures par jour, sept jours sur sept. » Pourtant, elles en font des choses et pas les moindres. Mais le fait qu’on maintient son travail invisible fait qu’on ne le valorise pas.
Le manque de reconnaissance des professionnels. Lorsqu’elles ont des enfants différents, les mères en savent des choses sur son enfant, sur sa différence particulière, sur comment il faut faire dans le quotidien. Elles en savent plus que les professionnels. Et de nouveau, leur savoirs et leur savoir-faire ne sont pas rendus visibles ni valorisés.
Difficile de se sentir confiante dans des pareilles situations, n’est-ce pas ?
Vous souhaiterez avoir plus de confiance en vous?
On dit que la confiance en soi, la reconnaissance de ses propres capacités, nous donne un sentiment de sécurité. Lorsqu’on sait qu’on a les capacités nécessaires pour affronter une situation, on se sent plus en sécurité. Il faut de l’entraînement pour acquérir des capacités. Il faut des expériences positives pour acquérir plus le sentiment de sécurité.
Vous souhaiterez vous sentir plus en sécurité?
Comment pouvez-vous faire pour accroître votre confiance en vous, en vos capacités?
Écrire la liste de toutes les choses que vous faites dans une journée ou dans une semaine. Vous allez vous étonner de toutes les capacités comprises dans ces fonctions.
Écrire des descriptifs de situations que vous avez mené à bien, p.ex. une visite chez le médecin, un rendez-vous avec un enseignant, de manière régulière. Comme les trois kifs par jour.
Venir aux ateliers « Apprivoiser la planète des mères d’enfants différents » et être accompagner dans la démarche.