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En ce qui concerne la position d’un cheval « placé », l’on entend souvent dire (à tort): « Mon cheval est enrêné », « mon cheval est à la rêne ». Le mot qui convient pour qualifier un chanfrein qui avoisine la verticale est en effet « le ramener ». Le général Decarpentry, dans sa brillante œuvre littéraire « Equitation académique », le définit ainsi: « Le ramener, c’est la fermeture de l’angle de la tête avec l’encolure. La nuque restant le point le plus élevé. Le ramener est dit complet quand le chanfrein atteint la verticale. Quand il l’a dépassé derrière elle, le cheval n’est plus ramené, mais encapuchonné. »
Avec un jeune cheval, il va de soi qu’avant d’exiger que la nuque s’élève et qu’elle demeure le point le plus haut, l’on passera par des étapes progressives, pendant lesquelles l’on se souciera davantage de la décontraction du dos (descente d’encolure) que du placé élégant du cheval dans le ramener.
Le ramener tel qu’on le conçoit ici devrait être un but pour le cavalier, but que l’on obtient progressivement par des exercices de gymnastique (notamment ceux dont il est question dans cette série d’articles). En aucun cas l’on ne doit être « obsédé » par cette position que doit prendre le cheval. Cela entraînerait des tractions continuelles sur les rênes, l’application systématique d’enrênements ou, pire, des chevaux que l’on enrêne des heures durant dans leur box. Tout ceci ne provoque qu’un ramener forcé, blessant l’animal dans son moral, ramener dont le cheval aura tôt fait, à la moindre occasion, de se défaire.
Lors du ramener, parallèlement à « la cession de nuque », il est important d’exiger également « la cession de mâchoire ». La mise en main, « c’est la décontraction de la mâchoire dans la position du ramener ». Un cheval dans l’impulsion, qui se livre franchement aux exercices souhaités par son cavalier, celui dont la décontraction est totale, le signale souvent par une cession de mâchoire. Cette décontraction de la bouche ressemble alors à la légère mastication, telle que le cheval le fait lorsqu’il reçoit un sucre. A l’opposé d’un cheval contraint, qui ouvrirait exagérément la bouche pour fuir l’action du mors, ou de celui qui, énervé, claque ou grince des dents.
François Baucher avait mis au point dans sa méthode d’équitation une série de flexions à l’arrêt ayant pour but d’obtenir cette mise en main. C’est là un travail délicat, dans lequel bon nombre de cavaliers (sans doute moins habiles que le maître ou n’ayant comme guide que ses écrits) se sont aventurés, ne récoltant que des déboires et accusant trop souvent la méthode elle-même. Etant donné le travail assez complexe que cela représente, nous ne l’exposerons point ici.
Durant le travail de « la mise en main », l’on devra exiger du cheval qu’au moindre appui de sa part sur le mors il mobilise sa mâchoire, tout en cédant dans sa nuque. Pour aboutir à ce résultat, l’on a recours à plusieurs procédés. Celui qui reste le plus plausible et le plus accessible à tous est le travail de « deux pistes » appelé aussi « pas de côté ». L’apprentissage de l’épaule en dedans et de l’appuyé dans toutes leurs formes, effectué dans l’impulsion aux trois allures, en plus de la souplesse, de la maniabilité qu’elle procure chez le cheval, agit également sur la décontraction de la mâchoire (mise en main). A la condition évidente que l’on encourage l’animal quand cela se produit. Car il est vrai qu’il se trouve des sujets que l’on peut qualifier de « timides » dont la mise en main est très brève.
Avec ces chevaux-là, l’on redoublera de tact, afin de ne pas les offenser en prolongeant inutilement l’exercice entamé lorsque la cession de mâchoire se fait sentir.
Les différences existantes entre l’équitation germanique et l’équitation de tradition française réside principalement dans cette décontraction de la mâchoire. En effet, les écuyers français exigeaient de leur monture qu’elle réponde franchement aux actions impulsives de l’assiette et de la jambe tout en cédant dans la mâchoire chaque fois que la main le leur demandait, Tandis que l’équitation allemande, par ces mêmes actions impulsives, amène le cheval à un appui franc sur la main.
Le rassembler, c’est un équilibre dans lequel se met le cheval afin de répartir également son poids entre l’avant-main et l’arrière-main, En observant les gravures des maîtres de Versailles, l’on peut se rendre compte que le rassembler exigé alors chargeait fortement l’arrière-main des chevaux. A l’évidence, les montures employées à cette époque étaient toutes de provenance ibérique. Les chevaux employés actuellement en dressage ne supporteraient pas un tel rassembler.
Le rassembler sera satisfaisant lorsque aux trois allures, lors des transitions, des pas de côté, des allongés, le cavalier aura ce sentiment d’impulsion et de grande légèreté. Le cheval « semble se porter » alors de lui-même; les grandes articulations (grasset, jarret, paturon) se ploient sous la masse, la nuque s’élève, le dos s’arrondit…
Pour obtenir un rassembler, certains cavaliers s’occupent essentiellement d’élever très haut l’encolure et se contentent souvent de cette position gracieuse, sans trop se soucier du fonctionnement du dos et de l’arrière-main. L’important pour arriver un jour à ce que l’animal reporte son poids vers l’arrière-main (ceci afin d’équilibrer équitablement sa masse), c’est avant tout de préparer les postérieurs à recevoir ce surplus de poids. C’est donc en travaillant de concert le relèvement de l’encolure avec le ploiement des postérieurs sous la masse par des exercices de gymnastique tels que transitions, travail de deux pistes, reculer, etc., que le rassembler sera total et efficace.
Dès le premier jour du dressage d’un cheval, qu’il soit destiné à l’obstacle ou au dressage classique, l’on doit tendre vers cet objectif qu’est le rassembler avec les diverses étapes qu’il comporte, en ayant l’esprit de tolérance nécessaire face à cet être vulnérable qu’est le cheval.