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combat. Le commandant en cheffit signal de laisser arriver jusqu'à portée de pistolet, et il appuya cet ordre d'un coup de canon. Chacun attendait le signal de commencer le feu. La détonation de ce coup de canon s'était à peine fait entendre, que toutes les batteries du Héros tirèrent.Prompts, dans cette circonstance, à imiter les mouvements du vais seau amiral, plusieurs capitaines engagèrent le combat. I faut en convenir, l'erreur était possible, puisque le Héros avait été le premier à lâcher sa bordée : l'affaire se trouva donc mal engagée, mais il n'était plus possible de la remettre. Les vaisseaux se gênaient à l'avant et à l'arrièregarde, et ils étaient trop loin de l'ennemi pour que leur tir pût avoir un résultat; 3 vaisseaux du corps de bataille luttèrent seuls avec désespoir contre un ennemi qui leur ètait bien supérieur en forces, et deux d'entre eux, dont un était le Héros lui-même, privés de deux de leurs bas mâts, se trouvèrent grandement compromis Les signaux du commandant en chef furent à peu près sans effet; l'arrièregarde y fut insensible, et l'avant-garde ne les exécuta qu'avec lenteur. Tous furent, il est vrai, contrariés par la faiblesse de la brise et par le calme. Les éléments luttèrent aussi contre le chef d'escadre de Suffren dans cette affaire, Un de ses vaisseaux embarqua tant d' eau par sa batterie basse qu'il fut sur le point de couler et qu'il dut se retirer. Un autre qui, faute de munitions, avait été dans la nécessité de sortir de la ligne, eut le feu à bord et fut obligé de couper une partie de sa mâture. Énfin, vers 5 30", la brise s'élevadularge, l'avant garde rallia et dégagea lesvaisseaux compromis. L'état de quelques-uns des vaisseaux anglais
fit prendre alors au vice-amiral Hughes la détermination de faire route au Nord. La nuit était du reste arrivée : il était 7" 20". Les vaisseaux anglais avaient beaucoup souffert ; le WoRCESTER, l'EAGLE, le BURFORD, le MoNMoUTH et le SUPERB étaient criblés. Les capitaines Lumley de l'Isis, James Watt du SULTAN, avaient été tués, et le capitaine
Charles Wood du WoRCESTER avait reçu une blessure extrêmement grave. L'escadre anglaise se rendit directement à Madras. Du côté des Français, le Héros avait perdu son grand mât, son mât d'artimon et son petit mât de hune. L' Illustre avait démâté de son grand mât et de son mât d'artimon : le capitaine de Bruyères était blessé. L'Ajax avait eu un mât de hune abattu. Le capitaine Péan de la Consolante avait été tué (1). Deux vaisseaux prirent le Héros et l'Illustre à la remorque, et l'escadre fit route pour Trinquemalé qu'elle ne put atteindre que le 8. Une nouvelle épreuve y attendait le chef d'escadre de Suffren : en louvoyant pour prendre son mouillage, l'Orient se jeta à la côte et il ne put être relevé. Disons maintenant comment chaque capitaine comprit les obligations de sa position. Lorsque le commandant en chef fit signal de former la ligne de bataille, l'Artésien se trouva bien en avant de la colonne ennemie. Dans le but de diminuer le sillage et de prendre son poste, le capitaine de ce vaisseau serra le vent de manière à mettre ses voiles en ralingue. Cette malencontreuse manœuvre eut pour résultat d'éloigner l'Artésien au lieu de le rapprocher, et ce vaisseau ne prit part au combat que quand, à 5" 20", une brise fraîche du large lui permit d'exécuter l'ordre donné, deux heures auparavant, de se rapprocher à portée de pistolet. Ce fut l'Artésien qui contribua le plus à dégager les vaisseaux qui combattaient au Centre. L'Orient se trouva dans la même situation que son chef de file. Comme lui, il dépassa la tête de la colonne ennemie ; comme lui, il ne combattit que lorsque la brise le poussa sur le champ de bataille. Le Saint-Michel se trouva dans une position identique et son capitaine imita la manœuvre des 2 vaisseaux qui le précédaient. Toutefois, le Saint-Michel ne combattit pas
(1) Il y eut 82 tués et 255 blessés dans l'escadre. Le nombre des tués variait de 1 à 50, celui des blessés de 8 à 82 par vaisseau. Cinq n'eurent ni tués ni blessés. Ce résultat indique suffisamment la part inégale que les vaisseaux prirent au combat.
car, lorsqu'on ouvrit sa batterie basse, l'eau entra par les sabords en quantité telle qu'il fallut la refermer, et il se retira. Le Sévère qui se trouvait aussi en avant et au vent de la tête de la colonne ennemie, n'exécuta pas plus que les vaisseaux qui le précédaient le signal de se rapprocher ; et il n'y eut guère pour lui possibilité de faire usage de son artillerie avant que le vent l'eût conduit dans le groupe des vaisseaux qui combattaient. De tous les vaisseaux de l'avant-garde qui s'étaient vus d'abord dans l'impossibilité de combattre, le Brillant fut le premier à rallier les vaisseaux qui se battaient. Mais, au lieu de passer entre ces vaisseaux déjà fort maltraités et l'ennemi, il gouverna au large et se plaça derrière l'Illustre. L'Hannibal combattit en avant du poste qu'il devait occuper, et il ne s'inquiéta nullement de l'embarras dans lequel se trouvèrent le Héros, l'Illustre et l'Ajax. Le Sphinx remonta également trop haut dans la ligne ennemie. Son capitaine oublia que son poste de matelot d'avant de l'amiral lui faisait une obligation de se maintenir auprès de ce vaisseau auquel il ne prêta qu'une assistance tardive. Le Héros fut littéralement écrasé. Mais, il faut bien le dire, la faute n'en était pas tout entière aux capitaines des autres vaisseaux. Lorsque, par suite du signal de former la ligne de bataille, l'escadre fut au plus près, les deux derniers vaisseaux du corps de bataille mirent un hunier sur le mât. Si le Héros qui les précédait n'imitait pas leur manœuvre, il allait se trouver isolé, puisque l'Hannibal et le Sphinx s'étaient portés trop en avant. Il mit donc en panne, mais sans faire aucun signal. Cette manœuvre acheva ce que le passage de l'ordre de marche à l'ordre de bataille avait commencé : le désordre devint extrême. Pour le réparer, il n'y avait pas de temps à perdre. Aussi, afin d'appeler l'attention sur le signal de laisser arriver et
d'approcher l'ennemi à portée de pistolet qui fut hissé à bord du Héros, le commandant en chef fit-il tirer un coup de canon. Sur le vaisseau amiral lui-même, ce coup de canon fut pris pour l'ordre de commencer le feu : les batteries du Héros tirèrent. D'autres vaisseaux l'imitèrent. C'en était fait, le combat était engagé, mais dans des condifions tout à fait défavorables puisque les vides qui existaient en avant du Héros et en arrière du corps de bataille permettaient à l'ennemi de concentrer son feu sur les vaisseaux qui se trouvaient ainsi isolés. A 3 20", signal fut fait à i'avant-garde de venir soutenir le vaisseau amiral; nous savons déjà qu'elle n'en tint pas compte.La position du Héros était fort critique. Son grand mât et son mât d'artimon furent successivement abattus. Ce fut dans ce moment que, n'apercevant plus le pavillon de poupe nicelui # commandement, le bailli de Suffren s'écria : Des pavillons ! qu'on apporte tous les parillons blancs ! qu'on en mette tout autour du vaisseau! Les vaisseaux finirent par rallier; ils couvrirent et dégagèrènt le Héros. Le commandant èn chef arbora son pavillon sur l'orient et resta sur ce vaisseau jusqu'à la fin du combat Le Sphinx prit le Héros à la remorque. " # a . • ' * 4 · Lors de la formation de la ligne de bataille, le Flamandse rapprocha trop de l' Illustre et mit sur le mât. Le 'capitaine de ce dernier vaisseau imita cette manœuvre, on ne sait ti'op pourquoi, et occasionna ainsi une partie du désarroi dans lequél l'escadre se trouva. Le capitaine de Bruyères racheta noblement la faute qu'il avait commise en restant jusqu'au dernier moment là où était son poste, auprès du vaisseau amiral. L'Illustre partagea tous les périls du Hérös et,'comme lui, il fut écrasé il avait déjà perdu son mât d'ārtimon lorsque le signal de se porter au feu fut fait à l'avant-garde. Plus tard, son grand mât fut aussi abattu.
C'est le Flamand qui fut la cause première du désordre dans lequeIl'escadre se trouva. Le capitaine de ce vaisseau ayant mal calculé son mouvement d'oloffée, lors de la formation de l'ordre de bataille, se trouva trop près de l'Illustre et mit un hunier sur le mât pour se laisser culer. Nous avons vu que cette manœuvre fut imitée par l'Illustre et par le Héros N'obtenant pasdès lors le résultat qu'il s'était promis, le capitaine du Flamand fit orienter, passa sous le vent et ne rentra plus dans la ligne. " " " Naturellement surpris par la manœuvre de son chef de file, l'Ajax ne put amortir assez promptement son erre et le dépassa; mais son capitaine s'arrêta auprès du commandant en chef et, avec l'Illustre, il soutint le Héros jusqu'au dernier moment. Ce vaisseau fut, comme les deux autres, dégagé par l'avant-garde. L'Ajax n'avait perdu qu'un mât de hune. • • • • • • • • • -* . , La frégate la Consolante, qui avait été mise en ligne, reçut l'ordre de doubler l'ennemi par-dessous le vent. Sa · manœuvre ayant été contrariée par le WoRCESTER, serrefile de la ligne, elle présenta le travers à ce vaisseau. Dans cette lutte inégale, le capitaine Péan fut victime de l'explosion d'une grenade qu'on crut être tombée de la hune d'artimon de la frégate. L'Annibal avait tenu le vent trop tôt et se trouva à une distance à laquelle son tir ne pouvait avoir d'efficacité. Son capitaine s'y maintint cependant malgré l'ordre de combattre à portée de pistolet.
Le Vengeur reçut, en même temps que la Consolante, l'ordre de doubler l'ennemi par-dessous le vent; mais sa manœuvre fut déjouée et il combattit au vent. Ce vaisseau n'avait malheureusement presque pas de munitions et elles furent promptement épuisées. Son capitaine dut alors se retirer et il se plaça au vent du corps de bataille : le feu était à bord de ce vaisseau. Le Vengeur devint un