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ARCHIVES OPERAS
PHAËTON de Jean-Baptiste Lully
octobre
2012
Certainement un des plus beaux opéras de Lully (1632-1687), créé à Versailles le 6 janvier 1683, sur un livret de Philippe Quinault tiré des Métamorphoses d'Ovide, Phaëton raconte l'histoire du fils du Soleil, qui, pour avoir voulu conduire le char de son père, a couru à sa perte. D'origine florentine, Lully, qui a troqué le i italien pour un y plus français, a métamorphosé la musique française. A travers le ballet, la comédie-ballet et enfin la tragédie en musique, il va donner ses premières lettres de noblesse à l'opéra français, en posant des jalons et des règles qui marqueront la musique française de manière indélébile.
Odilon Redon - La chute de Phaëton
Le livret, un des meilleurs de Quinault, pour lequel Lully s'est montré particulièrement exigeant, allant jusqu'à lui faire changer vingt fois des scènes entières, met en scène les péripéties de Phaëton, fils orgueilleux et ambitieux du Soleil et de la nymphe Clymène.

Briguant le trône d'Egypte, il rejette l'amour sincère de Théone pour demander la main de Libye, fille du Roi Mérops. Il suscite ainsi la rage et la haine d'Epaphus, fiancé de Libye et, surtout, fils de Jupiter. Furieux, Epaphus conteste l'origine divine de Phaëton, ce qui pousse ce dernier à demander le soutien de son père, le Soleil. Pour l'aider, le Soleil promet à son fils de lui accorder ce qu'il exigera pour faire connaître au monde son origine solaire. Phaëton va alors demander à conduire le char du Soleil, dont la course éclaire le monde. Le Soleil, consterné, ne peut que tenir sa promesse, tout en décrivant à Phaëton le péril mortel au devant duquel il va. Phaëton perd la maîtrise du char et est sur le point de provoquer l'embrasement de la Terre. Epaphus intervient auprès de Jupiter, son père, qui frappe le char de sa foudre. Phaëton périt dans sa chute.
"Je descends, je descends, comme l'éclatant Phaëton, impuissant à conduire des rosses indociles."
Richard II (acte III, scène III), Shakespeare 1595

LA CHUTE DE PHAËTON / diaporama
Au climat d'inquiétude qui règne au début de l'oeuvre succèdent des scènes nettement plus pathétiques, dont le dialogue superbe entre Epaphus et Libye, l'irruption de furies et de fantômes terribles et la chute fatale de Phaëton. Il faut mettre en évidence ici le développement du rôle de l'orchestre, la splendeur des ensembles vocaux ainsi que le rôle des choeurs. Phaëton n'est pas tant une allégorie politique, personne ne peut approcher ou remplacer le Roi-Soleil, qu'une parabole sur les origines de l'homme, son désir de paraître et les limites à ne pas dépasser.
Contrairement à Artaserse, le concert donné à Lausanne le 26 octobre 2012 par Les Talens Lyriques ne fait pas encore l'objet d'un enregistrement. Celui-ci devrait sortir prochainement. En attendant, vous pouvez écouter une splendide version due à Marc Minkowski avec Les Musiciens du Louvre. Avec des tempi plutôt vifs, Minkovski insuffle une énergie débordante à cette musique, dont la lenteur et la pompe royales pourraient autrement lasser. Cela permet d'accentuer la tension sur le drame à venir. Les solistes sont remarquables, parmi lesquels le remarquable Phaëton du haute-contre Howard Crook, l'émouvante Clymène de Rachel Yakar et le lumineux Soleil de Fouchécourt.
Marc Minkowski, Les Musiciens du Louvre, Howard Crook (Phaëton), Rachel Yakar (Clymène), Véronique Gens (Libye), Jean-Paul Fouchécourt (Triton, Le Soleil, La Déesse de la terre), Philippe Huttenlocher (Mérops), Laurent Naouri (Saturne, Protée), 1994, Erato Musifrance (2CD)