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« Je ne peins pas des Vénus ou des pommes, ou mon dernier rêve ou celui que je pourrais faire. Je peins des peintures, des propositions picturales, des questions sur/à la peinture », indique Martin Barré à la critique Anne Tronche dans un entretien de 1976. En plaçant résolument sa démarche artistique sous le signe de la raison, de l’immanence et de la réflexion esthétique, le peintre français rappelle l’évidence de son œuvre : la peinture, toute la peinture, rien que la peinture envisagée comme un espace (mental) à part, un terrain de jeux conceptuels et visuels, un lieu où penser et mettre en forme cette pensée.
Après des études en architecture puis en peinture à l’Ecole des beaux-arts de Nantes, où il naît en 1924, Martin Barré s’installe à Paris au tournant des années 1950. Des expositions personnelles et collectives en 1954 et 1955 marquent ses débuts sur la scène artistique parisienne. Abandonnant le langage de ses années de formation, il s’emploie dès lors à déployer une œuvre abstraite singulière – entreprise à laquelle il se consacre avec rigueur et inventivité pendant les quatre décennies suivantes, jusqu’à son décès en 1993.
D’une extrême cohérence, son œuvre est généralement envisagée selon cinq périodes. Entre 1954 et 1962, un premier moment donne corps à une synthèse inédite des leçons artistiques du premier 20e siècle et de l’abstraction de l’après-guerre. Entre 1963 et 1967, il élabore un corpus pionnier dans l’histoire de la peinture contemporaine en recourant à la bombe aérosol pour créer des tableaux qui mettent en scène l’inscription du geste et du temps sur la toile. Définies comme son « épisode conceptuel », les années 1969-1971 sont l’occasion de s’essayer aux possibilités conceptuelles de la photographie et de l’exposition comme œuvre – une manière de poursuivre, par des voies nouvelles, son examen du médium pictural et de ses conditions d’apparition. En 1972, son retour à la peinture ouvre une période de vingt années de création : entre 1972 et 1977 autour de la structuration du tableau et du recouvrement ; entre 1979 et 1992 par une réflexion croisée sur la couleur et la combinatoire.
Travaillant par séries successives, Martin Barré prend ainsi en charge l’ensemble des paramètres picturaux pour libérer le potentiel dynamique, spatial comme mental, de la peinture. Envisageant chaque tableau à la fois en lui-même et comme un élément en relation avec les autres tableaux de la série à laquelle il appartient, Martin Barré mène un travail précis, quasi « linguistique », où la question de la formation du tableau est primordiale, où s’élaborent des articulations choisies entre couleurs et réserves, premier et arrière-plan, l’espace pictural et son hors-champ, la transparence et la bordure.
Première exposition d’envergure dédiée, en Suisse, à cette figure essentielle de la scène artistique de la seconde moitié du 20e siècle, l’exposition retrace, à partir d’œuvres représentatives de chaque période, l’entreprise picturale de Martin Barré : celle qui l’a conduit à continûment expérimenter les possibilités sensibles, mentales, chromatiques et physiques de la forme tableau.