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Une simple équation : Ray Charles + Count Basie Orchestra = Genius2. Quand plusieurs génies se rencontrent, jouent ensemble sur un album, le résultat ne peut être que génial. Mais que ce passe-t-il si les musiciens meurent avant d’avoir enregistré quoi que ce soit ensemble ?
Ray Charles et le Count Basie Orchestra, deux légendes du jazz. Le Count Basie Orchestra a été créé en 1935 par le pianiste Count Basie. L’Orchestre est un big band de jazz de 16 ou 18 membres qui commence par se faire connaître en jouant du swing. Le groupe fait partie des légendes du jazz de big band aux côtés des orchestres de Duke Ellington, Louis Armstrong, Dizzy Gillespie ou encore Billy Eckstine. Mais contrairement à la plupart des légendes, le groupe survit, et continue de jouer même après la mort de son créateur en 1984. Il est alors mené par d’autres musiciens et c’est à cette période que le groupe enregistre l’album Ray Sings, Basie Swings dont il est question. Mais le groupe continue à forger sa légende autour de ses vieux enregistrements :
Ray Charles, lui, est plus connu du grand public et sa présentation me semble plus superflue. Le pianiste aveugle, le Genius, toujours entouré de ses Raelettes. Peu de pianistes peuvent prétendre avoir laissé une marque aussi impérissable dans l’univers de la musique. Son plus grand mérite est d’avoir su mélanger le gospel et le blues, deux faces irréconciliables d’une même pièce jusqu’à ce que le Ray Charles s’en mêle avec « I Got A Woman ». Mais son talent est loin de se résumer à son début de carrière, il est surtout connu pour ses années avec Atlantic Record de 1957 à 1961, mais prolonge son succès à travers les années 1960 et 1970 pour devenir ensuite un performer de renom.
En somme, Count Basie n’a jamais enregistré avec Ray Charles et sur aucun enregistrement connu ils ne jouent ensemble. Mais la genèse de cet album est partie de la pensée qu’ils pourraient l’avoir fait. Un enregistrement intitulée « Ray Charles and Count Basie » est trouvé par John Burk, directeur de la section A&R (découverte de nouveaux artistes et groupes) de Concord Records. Il ne s’agit pas d’un live où les deux musiciens partagent l’affiche mais de deux concerts où les musiciens se succèdent sur une même scène. Le son du concert de Ray Charles est de très mauvaise qualité, ni les musiciens ni les instruments ne sont audibles. Seule la voix de Ray Charles est écoutable et celle-ci vaut le détour.
John Burk ne voulait pas laisser ses enregistrements sans rien en faire, trouvant la voix du Genius trop belle pour rester au fond d’un tiroir. Qu’en faire alors si seule la voix est recevable ? Pourquoi ne pas… y ajouter le Count Basie Orchestra ? L’occasion était trop belle et Ray Charles n’a jamais caché la grande admiration qu’il avait pour Count Basie. Il n’a jamais non plus caché qu’il cherchait parfois à avoir le même son que celui-ci, le même rythme, le même groove. À vrai dire, Ray Charles a déjà enregistré avec deux groupes tirés de l’Orchestre de Basie sur l’album Genius + Soul = Jazz. L’album est l’un de ses plus mémorables de sa période chez ABC entre 1960 et 1972 et atteint la 4e place des charts US avec notamment « One Mint Julep ».
John Burk, avec Gregg Field, un ancien batteur de Ray Charles et de Count Basie essaie donc de donner à cet enregistrement le son d’une collaboration entre deux légendes : le Genius et l’orchestre du Count. Pour cela ils font bien sûr appel à la formation du Count Basie Orchestra du moment qui enregistre ainsi la musique derrière la voix de Ray Charles. Ils ajoutent aussi des chœurs en créant un groupe de Raelettes mené par Patti Austin. Les morceaux sont arrangés par des connaisseurs de Ray Charles et notamment son ami Quincy Jones.
Le résultat est un album qui sonne plus comme ce qu’aurait fait Ray Charles et peu comme un enregistrement du groupe mené par Count Basie dans les années 1970. Mais la musique reste sublime, enchanteresse et est le plus bel hommage rendu à la voix du Genius alors que celui-ci est surtout reconnu pour son jeu de piano et ses arrangements. On y retrouve quelques classiques des concerts de Ray Charles : « Let The Good Time Roll », « Georgia On My Mind » « Busted » ou encore « Crying Time ». On y retrouve aussi la reprise des Beatles « The Long And Winding Road » ou encore le superbe « Feel So Bad ». Quand on regarde ce qu’ils ont fait de ses chansons, on se dit qu’ils ont bien fait !
Noé Rouget