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18/04/2015
« Les gens qui se battent pour la libre entreprise ne défendent pas les intérêts de ceux qui se trouvent aujourd'hui être riches. »
Ludwig von Mises
Les libertariens anarchistes conséquentialistes (en éthique normative) affirment qu'une société sans État est davantge favorable aux plus pauvres qu'une société avec État. Dans Vers une société sans État, David Friedman met en évidence un certain nombre d'effets pervers qui font que des mécanismes étatiques censés être en faveur des plus pauvres finissent par péjorer leurs intérêts. En dehors de ces effets pervers, on peut noter que l'argumentation libertarienne (conséquentialiste) s'axe autour de trois axes.
1. La suppression de l’État entraîne un enrichissement généralisé (entre autres) par la suppression des monopoles et des cartels étatiques, par la suppression des limitations de la libre concurrence (subventions, privilèges, réglementations, etc.) par les politiciens, par la suppression des rentes politiciennes et gouvernementales, et par la supériorité du fonctionnement des entreprises privées sur les entreprises étatiques.
2. Cet enrichissement généralisé provoque un accroissement de l'entrepreneuriat et une décroissance du nombre d'employés. La valeur (le prix) de la force de travail (des salaires) des employés augmente en conséquence (du fait de sa plus grande rareté).
3. Si malgré les points 1 et 2, il subsistait de la pauvreté, alors un certain nombre de mécanismes existent pour la juguler. D'abord, les individus ont la possibilité de s'assurer contre les mauvais jours (assurance chômage, assurance maladie, etc.). Ensuite, il peut exister des systèmes de mutualisation (comme les sociétés de secours mutuels, les associations ouvrières, les syndicats, etc.) qui peuvent assister et soutenir les individus en cas de difficultés. Par ailleurs, les individus peuvent faire le choix de vivre dans des communautés (kibboutzs, phalanstères, etc.) qui assurent à leurs membres une prise en charge (plus ou moins) complète en cas de problème. Enfin, les libertariens anarchistes comptent sur la solidarité spontanée et volontaire (des familles, proches, amis, mais aussi d'institutions d'entraide organisées comme les associations caritatives, les églises, etc.).
« C’est le fond de la psychologie humaine. A moins que les Hommes soient affolés sur le champ de bataille, ils « ne peuvent pas y tenir », d’entendre appeler au secours et de ne pas répondre. Le héros s’élance ; et ce que fait le héros, tous sentent qu’ils auraient dû le faire aussi. Les sophismes du cerveau ne peuvent résister au sentiment d’entraide, parce que ce sentiment a été nourri par des milliers d’années de vie humaine sociale et des centaines de milliers d’années de vie pré-humaine en sociétés. »
Pierre Alekseïevitch Kropotkine
Et pourtant, malgré tous ces éléments (qu'il conviendrait de développer davantage dans le détail évidemment), bon nombre de gens craignent qu'une société sans État laisse les pauvres au bord de la route. Je pense que nous devons donner comme réponse aux gens qui bloquent sur cette crainte que de la même manière que nous considérons comme libertariens ceux qui souhaitent un État minimal chargé de la justice, de la police, de l'armée et de la diplomatie, nous pouvons tout aussi bien accepter comme libertariens ceux qui souhaitent un État minimal chargé de collecter par l'impôt des sommes nécessaires à assurer la survie des plus pauvres (un peu sur le modèle de l'Hospice Générale à Genève). La somme devrait être suffisamment basse pour inciter les gens à préférer trouver un emploi que de continuer à toucher l'allocation et elle devrait varier pour permettre aux individus de préférer prendre un petit emploi et de toucher encore une petite somme de soutien plutôt que de ne pas prendre d'emploi. Une telle position est une position libertarienne minarchiste de gauche d'après-moi, et elle devrait rassurer beaucoup de gens. Et si une société sans Etat échouait à éradiquer la pauvreté, alors cela signifierait simplement que la position libertarienne minarchiste de gauche est corroborée. A noter enfin qu'un libertarien qui serait favorable à un État minimal en charge des fonctions régaliennes et d'une fonction d'assistance aux plus pauvres serait simplement un libéral classique, c'est à dire un libertarien modéré.