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Pensée du mois • février 2016
Unité, diversité, conformité...
«Il règne dans nos mœurs une vile et trompeuse uniformité, et tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule: sans cesse, la politesse exige, la bienséance ordonne : sans cesse on suit des usages...»
- JEAN-JACQUES ROUSSEAU
«Qu'ils soient parfaitement un et qu'ainsi le monde puisse reconnaître que c'est toi qui m'as envoyé et que tu les aimes comme tu m'aimes.»
- JEAN 17.23
Le langage est source de malentendus, déclare le renard au Petit Prince, il semblerait que cette affirmation soit malheureusement vraie en ce qui concerne ces paroles du Christ, qu'ils soient parfaitement un...
Un terrible glissement de sens s'est opéré, la pensée de Jésus, lorsqu'il fait cette prière, a été dévoyée de son intention première. Unité est devenue uniformité. Avec des différences notables sur les sujets et selon les époques, le même triste scénario s'est répété au travers des siècles dans l'histoire de la chrétienté. Chaque mouvement, chaque école théologique, chaque réforme ou nouvelle branche, a désiré imposer l'uniformité sous prétexte d'atteindre l'unité. Comment se peut-il qu'aujourd'hui encore, de nombreux chrétiens soient désignés par les non-croyants comme étant des «copiés-collés» ? Même vocabulaire d'initiés, mêmes modes vestimentaires, mêmes traditions musicales, mêmes cercles exclusifs... Comment avons-nous pu perdre de vue que le Dieu qui veut pour nous l'unité est le champion universel, toute catégorie confondue, de l'unité dans la diversité ?
La nature de notre Dieu est un enseignement sans fin sur ce sujet, même si réfléchir à cette déclaration fait systématiquement fondre les fusibles de notre rationalité limitée. Notre foi est fondée sur l'affirmation d'un Dieu unique en trois personnes distinctes et différentes. Même la grammaire est choquée par ce sujet, inadaptée pour l'évoquer. Cependant, si nous ne pouvons pas l'expliquer, nous pouvons l'admirer, la contempler et même l'adorer. Trois, tellement différents, le Père, le Fils, l'Esprit, unis dans une dissemblance affirmée et assumée. Trois personnes liées par un amour sans limites qui ne désire aucunement ramener les autres à ce qu'il est, mais plutôt qui trouve sa joie et sa grandeur à exalter les spécificités des deux autres.
On pourrait, bien sûr, ajouter aussi l'évidence du goût pour la diversité dans l'unité, qui ressort de la création. Nous pourrions remplir des volumes à l'infini avec l'observation de cette constante dans le monde qui nous a été offert, depuis nos empreintes digitales, jusqu'aux rayures des zèbres, en passant par les cris des nouveau-nés chez d'innombrables animaux. Les caractéristiques qui identifient un individu à un groupe ou une espèce sont en même temps le marqueur de son unicité.
Est-il possible que les adorateurs de l'inventeur de l'unité dans la diversité en soient réduits à l'uniformité par la conformité ? Comment imaginons-nous refléter l'image de Dieu en demandant à ses enfants de se conformer à un standard, quel qu'il soit ?
Notre unité est une réalité vitale et organique. Nous sommes un, parce que nés du même Père, sauvés par l'unique sacrifice, régénérés par un seul Esprit. Nous n'avons pas à prouver ou démontrer notre unité en nous conformant à des règles qui nous feraient nous ressembler les uns aux autres comme des petits clones du bon chrétien modèle, à supposer qu'il existe. Manifestons plutôt la mise en commun de nos spécificités dans l'unité de l'amour. Que nos communautés ne soient plus caractérisées par une triste conformité à un quelconque standard, mais plutôt comme le seul lieu alternatif sur cette planète où chacun peut être aimé et accepté comme il est afin d'être transformé à l'image de Christ par la vie de l'Esprit, qui lui donnera la forme qui lui plaît !
Que nous puissions faire nôtre cette belle phrase de Gaston Frommel, issue de sa correspondance avec un ami cher qui ne partageait pas toutes ses idées: «Je suis persuadé que nous vivons des mêmes réalités, mais transposées sur des claviers dont la sonorité musicale est autre. Si Christ est le centre de ta vie, comme il l'est aussi de la mienne, nous finirons bien par nous retrouver, non pas quelque part, mais en lui, tout uniment.»
Philip
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