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Les travaux seront menés par l’Institut, qui a conclu un contrat de droit de superficie avec la Confédération helvétique, propriétaire des lieux. Par ce contrat, l’Institut a acquis les immeubles du domaine qu’il rénovera avec le généreux soutien d’une fondation privée genevoise. Le volume intérieur de la villa sera restructuré en respectant l’enveloppe extérieure, l’objectif étant de créer des espaces modulaires se prêtant aussi bien à l’enseignement qu’à des travaux de groupe. Dans les pavillons, l’auditorium Jacques-Freymond, la cafétéria et les logements seront modernisés et dotés d’une meilleure isolation.
L’opération permettra de réhabiliter un patrimoine historique et de l’élever au niveau de qualité qu’il mérite. Elle offrira aux activités de l’Institut, en particulier de la formation continue, des espaces fonctionnels et attrayants. Enfin, elle marquera l’achèvement du Campus de la paix.
Le domaine et son histoire
Doté d’une résidence d’été et planté en jardin, verger et vignoble depuis la fin du XVIIe siècle, le domaine reçut dans les années 1830 une première construction notable, de facture néoclassique, réalisée par les époux Dunant-Gallatin. Il fut acheté en 1858 par Sir Robert Peel, fils du premier ministre britannique et ambassadeur du Royaume-Uni à Berne durant la guerre du Sonderbund. Le nouveau propriétaire agrandit et transforma la demeure en un « cottage » anglais de style néogothique et lui donna le nom de villa Lammermoor, du nom d’une propriété familiale en Ecosse. Il y installa un salon et une salle à manger créés par Jean Jacquet, maître artisan genevois du XVIIIe siècle, et transportées d’un hôtel particulier du centre-ville de Genève. Ces period rooms, goûtées des Anglo-Saxons à l’époque, permettaient de vivre dans l’ameublement d’une époque antérieure. Dans le même mouvement, il entoura la villa d’un parc victorien, avec des chemins en boucle et des groupes d’arbres, notamment des séquoias de Californie, et fit construire un embarcadère avec deux bassins, dont l’un servait aux bains.
En 1892, la fille de Sir Robert Peel, Alexandra, s’installa dans la villa avec son mari, Daniel F.P. Barton, consul britannique à Genève dont le goût pour le sport, la navigation et les arts a laissé des traces multiples, tel le Victoria Hall qu’il fit édifier et offrit à la ville. Personnalité remarquée pour sa culture et son entregent, Alexandra attira dans leur salon et sur leur yacht – le plus grand du lac Léman – un nombre considérable de personnalités de premier plan : des aristocrates, des artistes et des écrivains de toute l’Europe avant la Première Guerre mondiale ; des politiques et des diplomates du monde entier après la création de la Société des Nations. Dans le milieu de la Genève internationale qui émergeait alors, Mme Barton joua un rôle aussi discret qu’éminent qui lui valut le titre d’« hôtesse de la SDN » et de « reine de Genève », son salon accueillant et facilitant des échanges entre premiers ministres, ministres des affaires étrangères ou diplomates des principales puissances de l’époque et responsables des nouvelles institutions internationales.
Mme Barton décéda en 1935, léguant le domaine à la Confédération qui le confia à l’Institut dont les locaux se trouvaient jusqu’alors dans la vieille ville, à la promenade du Pin, loin du quartier international. La villa fut rebaptisée villa Barton, le parc ouvert au public et le domaine devint un lieu cosmopolite d’enseignement et de recherche qui tendait une sorte de miroir savant à la Genève internationale.
Le changement de fonction et l’élargissement des activités firent bientôt sentir le besoin d’une transformation qui intervint à la fin des années 1950. Elle donna à la villa son enveloppe actuelle, préserva les deux pièces d’apparat, qui furent classées, et ajouta cinq pavillons. L’ensemble devait offrir l’équivalent d’un campus à l’américaine, avec des bureaux, des salles de cours, une salle de conférence, une bibliothèque, des logements pour étudiants et une cafétéria. Cette transformation, qui anticipait à échelle réduite la réalisation du Campus de la paix, prolongeait dans le domaine de la formation une tradition d’ouverture au monde qui continue d’inspirer la vocation internationale de Genève.