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Andrew Linzey, Théologie animale, One Voice, Strasbourg 2009, 240 p.
Il aura fallu attendre plus d'une quinzaine d'années pour trouver enfin une traduction française du célèbre livre d'Andrew Linzey, Animal theology. Cet ouvrage, qui a fait date dans le monde anglophone, ouvre une brèche dans la théologie classique. A. Linzey, professeur à l'Université d'Oxford, est également pasteur d'obédience anglicane. En 2001, il a reçu de l'archevêque de Cantorbéry, suite à ses nombreux ouvrages sur la question animale, le titre de docteur en théologie.
A. Linzey reformule la théologie classique sous un nouvel angle. Il rappelle, à la suite du théologien suisse Karl Barth ainsi que de Leonardo Boff, qu'il n'existe aucun fondement biblique permettant de nier que les animaux ont une âme et qu'ils ont un esprit. « Le sort des fils d'Adam, c'est le sort de la bête, c'est un sort identique : telle la mort de celle-ci, telle la mort de ceux-là ; ils ont tous un souffle identique » (Qo 3,19).
Le théologien dénonce la philosophie occidentale, et surtout le cartésianisme, qui s'est préoccupé uniquement de l'homme, délaissant les animaux, ainsi qu'un anthropocentrisme étriqué qui a séparé l'homme du reste du créé. Le chrétien est appelé à faire preuve de respect envers l'animal. Et de reprendre la vision d'Albert Schweitzer qui invitait « l'homme éthique » à acquérir un sentiment de responsabilité élargi à l'infini, envers tout ce qui vit : « Je suis vie qui veut vivre, entourée de vie qui veut vivre. »
Pour saint Thomas d'Aquin et la scolastique médiévale, l'animal n'était pas sujet de droit. Et du fait que les animaux ne sauraient avoir des liens d'amitié, au sens strict, avec les humains, ni par conséquent faire l'objet d'obligations charitables, il n'était pas possible de leur causer du tort.
Linzey détruit cette antique argumentation et développe la notion de générosité divine incarnée par le Christ. Cette dernière suggère que l'on accorde aux êtres faibles et sans défense, sous-entendus les animaux, une considération morale plus importante. L'homme a des obligations envers le reste du créé. D'ailleurs, l'idéal biblique au niveau de la nourriture comprend une alimentation uniquement végétarienne.
L'auteur cite également de manière régulière Peter Singer, théoricien de la libération animale, mais il ne va jamais aussi loin que lui. « Si un être souffre - quel que soit son statut, homme ou animal -, il ne peut y avoir de justification morale pour refuser de tenir compte de cette souffrance. » Cependant les deux auteurs s'entendent pour dire que les animaux peuvent être moralement égaux aux humains?
De cette idée révolutionnaire, le lecteur ne saurait sortir indemne, convaincu du travail novateur de l'auteur. Linzey ouvre réellement à travers son argumentation, une nouvelle brèche dans le mur de la Tradition.