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Le Théâtre du Loup ouvre sa saison du 23 au 27 septembre avec Les promesses de l’incertitude : une pièce muette où la Cie Moost tient le public en haleine entre danse et arts du cirque.
Des cartons s’empilent de chaque côté de la scène. Devant, à droite, un bureau tout à fait ordinaire. Des lests en toile de jute sont suspendus aux cintres, retenus par des fils tous attachés au même engin (qui ressemble à un métier à tisser). Au fond, dans la pénombre, on aperçoit – vraisemblablement – deux régisseurs assis à un bureau à chaque extrémité de la scène. Au beau milieu de l’espace scénique, de sorte que le spectateur ne puisse pas la manquer, une peau de banane est posée au sol. Un son d’orgue se fait soudain entendre, dramatique. Une pile de cartons bouge à gauche de la scène, se déplaçant sur deux pieds, en direction du bureau : sur sa trajectoire, la peau de banane. Le spectateur devine déjà la suite, le gag imprimé dans son esprit. Le personnage s’arrête doucement devant la peau de banane ; il regarde le public après s’être légèrement contorsionné pour le voir malgré l’immense pile de cartons qu’il tient entre ses bras ; il regarde la peau de banane au sol. Et il poursuit son chemin, posant ses pieds à quelques centimètres du dangereux objets sans avoir à faire de mouvement pour le contourner. Le gag n’a pas été réalisé mais le spectateur n’en rit que plus. Puis, le personnage se cogne contre le bureau, retenant heureusement son instable fardeau, se contorsionne à nouveau, cartographiant l’obstacle avec ses pieds, le contourne enfin et s’assoit sur le bureau, soulagé. Le public rit encore. La lumière s’éteint. On entend le brouhaha d’une pile de cartons qui s’effondrent. La lumière se rallume. Le comédien se relève et se met à trembler légèrement d’abord puis de plus en plus fort, si bien qu’il semble danser.
Le ton de la pièce est déjà donné dans ce premier tableau. On y aperçoit la précision de la scénographie, qui provoque des effets d’attente et les rires du public, et la virtuosité pluridisciplinaire de Marc Oosterhoof, dont le subtil jeu clownesque ainsi que les talents d’acrobate et de danseur permettent une connexion avec le public malgré l’absence de texte. Un public qui doit par ailleurs faire son choix dès le début entre compassion avec l’anxiété du personnage face à sa situation ou prise de distance par le rire. Car même si Les promesses de l’incertitude n’a pas d’histoire au sens traditionnel du terme, la situation est claire dès ce premier tableau : le décor visiblement anodin (on imagine une sorte d’entrepôt, avec tous ces cartons) est en fait un champ miné dans lequel le personnage cherche le sens d’un monde pratiquement sisyphéen. S’il le subit dans un premier temps, le personnage finit par prendre des risques et jouer à la roulette russe avec un environnement (contrôlé par les régisseurs depuis leurs bureaux à l’ombre de la scène) dont les règles semblent être pipées et le hasard vaguement malveillant. De tableau en tableau, tous les éléments du décor se transforment en obstacles dans un crescendo d’épreuves provoquées de plus en plus activement par le personnage.
Le jeu de suspense, accentué par la musique que Raphael Raccuia joue en live sur scène (assis au bureau de gauche) met les émotions du public à rude épreuve. Retenant son souffle face aux acrobaties et aux prises de risques du personnage, le spectateur doit pourtant se rendre à l’évidence : et si ce que promet l’incertitude, c’était simplement de se sentir vivant ?
Anaïs Rouget
Infos pratiques :
Les promesses de l’incertitude de Marc Oosterhoff du 23 au 27 septembre 2020 au Théâtre du Loup.
Mise en scène : Marc Oosterhoff
Avec Marc Oosterhoff
Photo : © Julien Mudry