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Le 24 octobre 2021 marque le centième anniversaire de la naissance de Michel Ier, dernier roi de Roumanie. Un "Juste". Le seul souverain ayant régné près de trois ans derrière le rideau de fer. J'ai eu le privilège de rencontrer le roi Michel et la reine Anne et de m'entretenir notamment avec elle, une première fois à Versoix grâce à mon ami Michaël Flaks, alors avocat du couple royal à l'occasion d'un déjeuner donné par le roi Michel. La reine Anne m'avait alors longuement parlé de son passé militaire au cours de la Seconde Guerre mondiale. En 1943, alors princesse de Bourbon-Parme, elle avait rejoint les Forces françaises libres (FFL), comme conductrice d'ambulance. En août 1944, sur le front de Provence, elle avait rencontré le général de Lattre de Tassigny. A l'issue de notre discussion, je lui lui avais offert un exemplaire de mon livre "Marseille, bataille des Seigneurs".
Quant au roi Michel, je me souviens que j'étais fasciné lorsqu'il me racontait ses discussions, notamment avec le Feldmarschall Keitel et avec le ministre des affaires étrangères du Reich von Ribbentrop ! Ce jour-là, l'histoire devint chair pour moi.
Dans son éditorial, dans Passé simple, n° 18 d’octobre 2016, consacré à Michel Ier, « Un roi en Suisse, le long exil de Michel Ier de Roumanie », l'historien Justin Favrod a pu souligner à juste titre que "mieux que quiconque, ce personnage incarne les grandes tensions du XXème siècle. Mais il fait aussi figure d’exception, dans la mesure où il a su préserver son honneur de toute compromission." Troisième et cinquième roi de Roumanie, roi-enfant à six ans, Michel succède le 20 juillet 1927 directement à son grand-père Ferdinand Ier. Son père Carol, déchu de ses droits à la couronne en 1926, vit à l’étranger, sous le nom de Carol Caraiman. Trois ans plus tard, le 5 juin 1930, le petit Mihai est renversé par son propre père, Carol II. Sa mère, Hélène est exilée en Italie, en 1932. Michel retrouve le trône le 6 septembre 1940, à l’âge de dix-neuf ans, quelques heures après que Carol II a suspendu la Constitution et nommé le général Antonescu, conducator de l’Etat. Michel, souverain titulaire de la Roumanie, règne sans pouvoir, dans un pays dorénavant allié de l’Axe. Il refuse de contresigner l’annexion de la Transnistrie et les lois de persécution contre les Juifs. Sa mère, la Reine Hélène, de retour à ses côtés, lui avait dit que tout ce qui se passait, n’était pas bien.
Rétrospectivement, le roi relève que l’appréhension des valeurs morales fondamentales ne nécessitent pas de diplômes universitaires particuliers. Il se souvient de deux rencontres avec Hitler. La première se passe en 1938, Il accompagne son père Carol II dans une tournée européenne, qui les mènent à Londres, à Paris, puis à Berchtesgaden. Michel n’est pas invité aux discussions politiques. Il visite les alentours du nid d’aigle dans la Mercedes du Führer. C’est lors de ce voyage qu’il prend réellement la mesure, à Munich, raconte-t-il, de l’ampleur oppressante du nazisme. La seconde fois, c’est en janvier 1941, à la nouvelle Chancellerie à Berlin. Antonescu impose cette visite à Michel, redevenu formellement roi de Roumanie, l’armée roumaine combattant aux côtés des forces allemandes sur le front russe. Cette fois-ci, il est accompagné de sa mère. Il se souvient de l’agitation d’Hitler, de cet homme qui dégageait quelque chose de viscéralement déplaisant, de son regard à vous donner le frisson. La crise est quasi permanente entre la maison royale et Antonescu. Il considère le souverain comme un enfant, le roi se juge supérieur au général. Michel ne participe à aucun des conseils de guerre présidés par le Conducator. Michel refuse aussi de se rendre sur le front, lorsque celui-ci se trouve au-delà des limites du territoire roumain, à Odessa ou en Transnistrie : Nous n’avons rien à chercher là-bas, ce n’est pas une terre roumaine, je n’y vais pas.
Le 23 août 1944, Michel Ier dirige personnellement le coup d’Etat, prévu de longue date, dès 1943, pour sortir de la guerre, en concertation secrète avec les Alliés. Il arrête le Conducator, l’enferme dans l’armoire blindée de son bureau, et, avec quelques officiers et soldats fidèles, quitte Bucarest, ordonne le cessez-le-feu avec l’URSS, déclare la guerre à l’Allemagne, l’armée roumaine le suit, l’ambassadeur d’Allemagne, Manfred von Killinger se tire une balle dans la bouche. Michel, à vingt-trois ans, renverse ainsi les alliances. Son acte royal le fera vraiment roi et rentrer dans la grande Histoire. En représailles de cette « trahison » Hitler déporte les princes de Hohenzollern-Sigmaringen et attribue le château tutélaire de la famille à ce qui reste du gouvernement déchu de l’Etat français de Vichy, errant dans son exil.. En 1946, les Etats-Unis d’Amérique confèrent au roi Michel la plus haute décoration américaine, la Légion of Merit, au grade de Chief Commander. A cette occasion, le président Truman put dire de Michel Ier qu’il contribua remarquablement, au péril de sa vie, à la cause de la liberté et de la démocratie. Staline, de son côté, honore également le courage de Michel, ce jeune homme, pour qui il a une certaine admiration et lui octroie l’Ordre de la Victoire, destiné uniquement aux chefs militaires victorieux. Il ne fut accordé qu’à dix-sept personnes, dont à cinq étrangers, le général Eisenhower et les maréchaux Montgomery, Rola-Żymierski et Tito.
4 novembre 1993 le roi Michel reçoit la médaille de Juste parmi les Nations à l’Ambassade d’Israël à Berne. . Elle est conférée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem à titre posthume à sa mère, la reine Hélène de Roumanie. "Dans mes écrits, je l'ai appelée : une véritable mère, oui, c’est ce que la Reine Mère Hélène fut pour les Juifs de Roumanie, pendant les années où ils étaient pourchassés sans pitié. Elle s’est efforcée de sauver des Juifs persécutés, et Elle les a sauvés." Le Grand Rabbin de Genève, Alexandre Safran est l’auteur de cet hommage. Elu grand rabbin de Roumanie à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, à l'âge de 29 ans, et à ce titre sénateur de droit, il se trouve alors à la tête d'une communauté forte de 800 000 Juifs roumains. Commencé plus tôt qu’ailleurs, en 1938, le processus d’anéantissement des Juifs de Roumanie s’est arrêté plus tôt, dès l’automne 1942. Alexandre Safran a toujours relevé l’intercession constante du roi Michel Ier et de la reine mère de Roumanie, du nonce apostolique Andrea Cassulo et du ministre de Suisse René de Weck pour tenter de protéger les Juifs de Roumanie.
Photos, témoignage et source : Michaël Flaks.