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1. «Apportez au Seigneur, enfants de Dieu, apportez-lui des présents (Psalm. XXXVIII, 1). » Mieux vaut lui apporter, que d'être livré à ces sangsues, qu'on appelle les concupiscences, dont les deux filles, la volupté et la vanité, ne donnent de repos ni le jour ni la nuit et crient a Apportez, apportez. » Qu'offrirons-nous donc au Seigneur? Présentez-lui la gloire «dans l'or, » l'honneur «dans l'encens, » pour glorifier son nom, et de « la myrrhe » en vue de sa sépulture. Mais le disciple de Jésus-Christ, l'enfant de Pierre, me répond: « Je n'ai ni or ni argent (Act. III, 6), » ni sac renfermant ces substances étrangères de myrrhe et d'encens. Paraîtrez-vous donc les mains vides en présence du Seigneur, n'honorerez-vous d'aucune offrande le berceau du nouveau roi? O riche pauvreté, ô nudité opulente, si cependant, elle est chrétienne et volontaire. Quels trésors d'or, d'or au premier titre, d'or éprouvé au feu, ne possèdes-tu pas, quels trésors non-seulement de myrrhe et d'encens, mais encore de toutes sortes d'essences de parfumeurs? Que dis-je, qui sont ceux qui possèdent des richesses de ce genre, sinon les pauvres du Christ? « Je marche, » est-il dit, « dans les voies de la justice, afin d'enrichir ceux qui m'aiment et de remplir leurs trésors (Prov. VIII, 20). » Les moyens ne lui en font pas défaut «Avec moi sont les richesses et la gloire, les magnifiques trésors et la justice (Ibid.) . Excellemment bonnes sont les richesses du salut si on place en elles son orgueil, de manière à ne point abandonner la justice. Mes frères, cet orgueil, c'est la gloire des cieux qui tressaillent dans le Seigneur, et qui insultent le monde et lui reprochent de n'avoir aucun bien assez précieux pour être comparé à la pauvreté des saints, ô vous dont l'âme est faible, pourquoi ne mettez vous point avec moi votre orgueil dans ces richesses ? Le maître de l'humilité ne condamne pas cet orgueil, il le récompense, s'il vous rend assez magnanimes dans le mépris du monde, pour regarder de haut sa gloire, et pour ne faire aucune estime de tout ce qu'il possède, au prix de l'amour et de l'éclat de votre nudité. Vous êtes tout à fait riches, si vous vous glorifiez dans la pauvreté, et pour vous aussi l'allégresse de l'Apôtre exprime un sentiment d'actions de grâces : « Je remercie mon Dieu, de ce que vous êtes devenus riches, en lui, en toute chose, en toute parole et sainteté, en sorte que rien ne vous manque en aucune grâce (I. Cor. I, 5). » Le Seigneur adresse lin langage tout autre à celui qui s'applaudissait d'avoir en abondance les biens de ce monde : « Tu dis je suis riche et je ne manque de rien, et tu es misérable et malheureux, et pauvre, et aveugle et nu (Apoc. III, 17). »
2. Je crois sans hésiter qu'on peut placer parmi les richesses de ce monde, au sujet desquelles saint Paul adressait des félicitations à ses disciples, l'or, l'encens et la myrrhe, qui peuvent être dignement offerts au Christ enfant qui les recevra avec plaisir. Mais, direz-vous, je n'ai pas conscience d'avoir reçu de tels biens, ni de pouvoir trouver en moi des choses aussi précieuses que l'or, l'encens et la myrrhe. Je vois très-bien ma pauvreté, à peine puis-je recueillir, en mendiant, ma nourriture de chaque jour, je mène une vie de dénuement. Vous croyez, dit le Seigneur, n'avoir rien reçu de semblable ? Voyez plutôt, si vous n'avez pas dépensé en vivant dans la dissipation les richesses que vous aviez reçues de mon Père. Mais je n'insiste pas sur ce point, car, ainsi que le Sage le dit, il ne faut pas adresser de reproches à l'homme qui se détourne de son péché (Eccli. VIII, 6). J'aimerais mieux que vous ne fissiez point difficulté de vous fouiller et de chercher s'il ne vous est pas resté quelques bribes de la fortune paternelle qui vous mit à même de regagner le tout. Je voudrais vous fouiller; car on a coutume d'enfouir dans la terre les trésors précieux. N'était-ce pas dans un champ qu'était caché le trésor qui poussa l'homme à vendre toutes ses possessions pour l'acquérir (Matth. XIII, 44) ? Les six Israélites prétendaient avoir des trésors ensevelis dans un champ, et ainsi ils échappèrent au glaive (Jerem. XLI, 8). O quels trésors de bonnes œuvres, quel amas de fruits précieux sont cachés dans le champ du corps de l'homme, et combien plus y en a-t-il dans son cœur, si on les y cherchait, si on y fouillait! Je ne parle pas selon l'opinion de Platon, je ne dis pas que l'âme, avant d'entrer dans le corps, avait appris les arts, et que, enfouis dans l'oubli et cachés sous la masse de sa chair, ces arts doivent être dégagés par la discipline et l'industrie : ce que je prétends, c'est que la raison et l'esprit de l'homme, avec la secours de la grâce, sont une pépinière de toutes sortes de vertus. Si donc vous rentrez dans votre cœur, si vous exercez votre corps, ne doutez point que vous trouverez des trésors précieux : si l'or et l'encens ne se présentent point du premier coup, vous trouverez une myrrhe qui ne sera pas inutile. N'appelez pas inutile ou vile une substance que le Christ accepte en présent, par laquelle il a voulu que la sépulture de son corps fût non-seulement indiquée à l'avance quand on la lui offrit, mais encore achevée, lorsqu'il en fut embaumé dans le tombeau.
3. Si vous voulez qu'on vous le dise plus clairement, la myrrhe est la douleur dans votre cur : elle est le travail dans votre corps: si pourtant l'un et l'autre sont accompagnés de l'esprit de pénitence. Que la myrrhe soit l'un et l'autre, non-seulement l'étymologie du nom et la qualité du goût, mais encore ses effets médicinaux nous le montrent clairement. La myrrhe indique par son nom son goût amer ; entre autres utilités, elle a celle de résister à la corruption. Et qu'y a-t-il de plus amer au goût et de plus salutaire en réalité que la douleur qui porte le pécheur à la pénitence ! Il repasse ses années dans l'amertume de son âme, et il dit à Dieu : « Ne me condamnez pas (Job. X, 2). » Mais toute cette amertume n'est autre chose que la myrrhe qui délivre l'homme soit de la corruption de la luxure, dans la pourriture de laquelle il a langui, soit des vers immortels, auxquels il a mérité d'être livré en pâture. Mais qu'est-ce que la fatigue du corps? Ce n'est point tant de la myrrhe qu'un faisceau de myrrhe, si nous voulons en croire ceux qui sont récemment sortis du siècle pour eux, les jeûnes et les veilles de règle, le travail quotidien des moins, les habits grossiers, et toutes les autres pratiques rigoureuses parce qu'elles sont inaccoutumées, ont été réunies comme en un faisceau et placées sur leurs épaules. Ils porteraient avec beaucoup d'amertume ce faisceau , parce qu'ils ne communiquent pas encore assez aux souffrances du Seigneur pour dire : « Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe (Cant. I, 12). » II leur est fort doux néanmoins d'adoucir par l'amertume extérieure, l'amertume de leur cœur, comme on calme une aigreur d'estomac en prenant de l'absinthe. En effet, de même que l'estomac gâté pour avoir pris trop de douceur, se purge par une potion amère, de même, la conscience de ceux qui ont vécu dans les délices n'est jamais mieux guérie que par les contraires, c'est-à-dire par une vie et des habitudes opposées qui causent de l'amertume. Surtout, si on leur donne souvent à boire le vin mêlé de fiel de la passion du Seigneur, c'est-à-dire, s'ils sont abreuvés du vin de la componction; plus cette boisson est amère à cause du souvenir du péché, plus elle est salutaire pour le pécheur. Aussi Jésus n'en voulut point boire (Matth. XXVII, 34), parce qu'il n'avait pas commis le péché : ce que lui reprochait le bourreau, qui lui versait le suc amer d'une vigne étrangère, tandis qu'il avait à boire du vin nouveau avec ses amis dans le royaume de son Père.
4. Du reste, quoique la fatigue du corps soit peu utile aux parfaits, parmi lesquels se trouvait Timothée (I Tim. IV, 8), vous pouvez attester, mes frères, de quel avantage elle est pour ceux qui sont grossiers et imparfaits comme nous : vous savez combien l'amertume de l'épuration et du travail rachète votre âme de la corruption. Vous savez comment vos cœurs et vos corps seraient rongés de vers, si la myrrhe ne découlait tous les jours de vos mains lassées. Est-ce qu, la luxure n'est pas yin ver? Je ne sais s'il y en a de plus nuisible. Il s'introduit avec douceur, il ronge en riant, il perce en causant du plaisir, il donne la mort par le consentement volontaire qu'il arrache à l'âme. La paresse et la tristesse ne sont-elles pas des vers? « Comme la teigne ronge le vêtement, » dit l'Écriture, « et le ver le bois, » ainsi la « tristesse nuit au cœur (Prov. XXV, 20), » que sont tous les désirs mauvais? Ne sont-ils point des vers? « Tout homme oisif est livré aux désirs, et les désirs tuent le paresseux (Prov. XXI, 25). » Heureux donc celui dont les mains distillent la myrrhe de toutes parts pour faire mourir tous ces vers et qui prélude ainsi à l'embaumement de son corps pour la sépulture. Est-ce bien de son corps que je dois dire, n'est-ce pas du corps de Jésus? Oui, c'est de celui de Jésus. Car son corps est un membre du corps de Jésus. Quel que soit celui qui est pénétré de cette onction, il n'a pas à craindre le ver qui ne meurt point : parce que le ver est déjà mort pour lui, à raison de ce qui fait que ce ver est mort pour lui.
5. Vous avez donc offert, vous aussi, avec les rois, de la myrrhe, une myrrhe même choisie et très éprouvée, si votre main, n'étant point en état d'offrir l'or de la sagesse ou l'encens de la dévotion, vous avez du moins consacré votre cœur contrit et votre corps affligé au Seigneur avec l'amertume de la pénitence. Car, sauf explication meilleure, la myrrhe est la première offrande faite par ceux qui commencent; l'encens est celle de ceux qui progressent, l'or celle des parfaits : voilà pourquoi lorsque l'évangéliste les a désignés ensemble , il a placé les plus précieux et les plus dignes selon l'ordre oui il les a nommés. Autrement, selon la mesure des progrès, vous trouvez la myrrhe placée avant l'encens, comme en ce passage : « Comme une colonne de fumée de myrrhe et d'encens (Cant. III, 6). » Et encore : « J'irai à la montagne de la myrrhe et à la colline de l'encens (Cant. IV, 6). » Le progrès n'est pas médiocre, quand de là myrrhe on passe à l'encens, et lorsque, de ce qui sert à soulager l'infirmité humaine, on arrive à ce qui est employé dans les sacrifices, les jours de fête, en l'honneur de la divinité; en sorte que celui qui offrait, avec la myrrhe amère, le sacrifice d'un esprit brisé et d'un corps humilié, présente ensuite un sacrifice de louange avec l'encens de la dévotion, et que, selon la promesse du Seigneur, ceux qui pleurent en Sion, reçoivent une si grande consolation que le ciel leur donne une couronne à la place de la cendre dont ils se couvraient, l'huile de la joie en échange de leur deuil, et un vêtement de Joie au lieu de la tristesse de leur cœur. Celui qui pleurait chante alors : « Vous avez changé en joie mon chagrin, vous avez déchiré le sac de tristesse qui m'enveloppait, et vous m'avez entouré de joie, » c'est-à-dire du vêtement de louange, « afin que ma gloire fasse retentir vos louanges et que je ne sois plus livré à la componction (Psalm. XXIX, 12). Car je me réjouirai dans le Seigneur, et Sion tressaillera d'allégresse en mon Dieu, parce qu'il m'a entouré d'un vêtement de salut, et m'a enveloppé d'un habit de joie (Isa. LXI, 10).»
6. O mes frères, vous qui vous plaignez de l'insuffisance et de la pauvreté de vos habits pendant ce rigoureux hiver, vous qui dites : qui pourra supporter des froids si excessifs? Pourquoi, je vous le demande, ne prenez-vous pas ce vêtement de joie et de salut, ce manteau de louange? Si vous louez le Seigneur, votre âme sera louée en lui, et ce manteau de louange incroyable qu'il porte, il l'étendra pour vous couvrir et vous réchauffer, comme la poule enveloppe ses petits, si cependant vous y consentez. Ah ! combien de fois l'a-t-il voulu, lui, et vous, vous ne l'avez point voulu ! Car ce manteau est-il étroit et ne peut-il vous couvrir tous les deux? « Ne soyez point à l'étroit dans nous, » dit-il, « soyez à l'étroit dans vos entrailles (II Cor. VI, 12). » Dilatez-vous, et le manteau s'étendra sur vous. Sa main n'est point raccourcie, elle peut toujours nous sauver ; et si notre méchanceté n'y met obstacle, ce n'est point grand'chose pour lui que de nous consoler. O vous qui avez froid, ce manteau est chaud parce qu'il est chaleur, il peut réchauffer, non-seulement le dedans, mais encore le dehors. N'est-il pas vrai que vos habits sont chauds, lorsque l'Auster souffle sur votre terre (Job. XXXVII, 17), lorsque surtout le feu pénètre dans vos os et s'y enflamme (Thren. 1,13). Sur ce feu brûle votre encens, et quand vous l'offrirez avec les rois, que votre prière s'élève comme sa vapeur en la présence du Seigneur, et après avoir respiré les parfums de votre offrande, que Dieu s'écrie : « L'odeur de vos vêtements est comme celle de l'encens (Cant. IV, 11). »
7. Quant à l'or de la sagesse, offrande que font les parfaits, ainsi que nous l'avons dit, je laisse le soin de vous en parler à celui qui l'a reçu, car nul ne le tonnait que celui qui l'a possédé. Que celui donc qui a appris la sagesse, parle de sagesse parmi les parfaits : et qu'il fabrique, avec l'or qu'il a, des ornements pour vos oreilles. « Pour moi, je ne crois point l'avoir saisi, je suis pourtant pour tâcher de le saisir (Philipp. III, 12) . » Bien grand et bien heureux celui qui possède la sagesse et est rempli de prudence ! qui a la sagesse peut contempler les choses éternelles, et la prudence pour administrer les biens temporels, ou bien, pour donner de celui qui est sage, une définition plus modeste, celui qui sait se conduire et conduire les autres. Cet « or » est plus précieux que tous les trésors, plus précieux même que « l'encens » et la a myrrhe:» tout ce que l'on peut désirer en fait de vertus ou de grâces ne peut lui être comparé. De plus le sage, bien que rempli de vertus et riche en toutes choses, pouvant offrir de l'or dans sa contemplation élevée ou dans son admiration prudente, ne néglige cependant point de présenter l'encens de sa dévotion dans les œuvres divines, et la myrrhe dans la mortification de son corps. Nous donc, mes frères, offrons à la gloire du nouveau roi ce que nous avons. Quant à ce qui nous manque, demandons-le à celui à qui nous voulons en faire hommage. Si quelqu'un a besoin de sagesse, qu'il s'adresse au Seigneur qui la donne à tous avec abondance (Jac. I, 5). Mes présents sont mes dons, s'écrie le Père des lumières, de qui vient tout bien parfait et toute grâce précieuse; à lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen.