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XVIIIe DYNASTIE - Arasements de l'une des cours à colonnes du palais du Nord, dit de Néfertiti - Tell el-Amarna, cité d'Akhenaton
Bien que sauvagement martelées au début de ce siècle seules les stèles-frontières que le roi fit ériger aux limites de son domaine exorcisent le silence : le royaume d'Akhenaton occupait un territoire de «six ater trois quarts de khe et quatre coudées de côté», soit environ treize mille mètres il y est dit que «le roi était monté sur le grand char d'Etat plaqué d'électrum et avait, au jour propice, marqué les limites du lieu qu'il avait appelé l'Horizon d'Aton alors, comme hommes, femmes et toutes choses étaient dans la joie, il avait érigé un autel et fait un sacrifice sans précédent à Aton. Alors, les proches du roi, les hauts fonctionnaires les chefs d'armée avaient eté amenés à sa face, s'étaient prosternés devant lui, cependant qu'il affirmait que c'était Aton lui-même qui lui avait designé ce lieu, (...) ce à quoi la cour répondit qu'Aton ne dévoilerait ses desseins qu'à lui seul et que bientôt toutes les nations de la terre viendraient ici apporter à Aton donneur de vie le tribut qu'elles lui devaient. Alors Pharaon avait levé la main vers le Disque au zénith, et avait juré qu'il bâtirait là Akhetaton pour Aton son père, en ce lieu précis et nulle part ailleurs , qu'il ne prêterait oreille à personne, pas même à la reine, si on tentait de le persuader de bâtir Akhetaton ailleurs. Puis il avait énuméré les monuments grands de beauté qu'il allait ériger, la liaison d'Aton, l'Etablissement d'Aton, le Pavillon pour la Reine, la Maison de Réjouissance pour Aton dans l'Ile «A ton-distingué-dans-ses-Jubilés», ainsi que tous autres édifices et ouvrages nécessaires à la célébration d'Aton, la Demeure du Roi et la Demeure de la Reine».
On a identifié les fondations de la plupart des édifices cités dans le texte royal. en particulier le grand et le petit temple d'Aton, le vaste palais auquel s'adossait le complexe des bâtiments administratifs la maison du roi, ou petit palais, la résidence de la reine, et surtout, dégagée sur plus de huit cents mètres, la rue royale qui traversait en ligne droite le coeur de la cité. Au-delà s'étendaient les quartiers de plaisance, résidences des hauts fonctionnaires, et plus loin vers le Nord, les banlieues, mosaïque complexe de maisonnettes pressées les unes contre les autres.
Plan du Palais Royal et du centre de la ville
Les palais et les édifices cultuels avaient été conçus à la mesure des ambitions du roi: on a établi que la seule salle de couronnement du palais royal ne comptait pas moins de cinq cent quarante-quatre piliers de soutènement! Le gand temple d'Aton, lui, à en croire Pendlebury. «avait eté construit à l'intérieur d'un vaste mur d'enceinte limitant un rectangle de huit cents mètres de longueur sur trois cents mètres de largeur; il comportait deux sanctuaires, séparés l'un de l'autre par un espace de trois cents mètres environ. Ces deux sanctuaires, d'importance inégale, avaient été bâtis sur le même plan. Le temple intérieur, de beaucoup le plus grand, était divisé en deux parties essentielles, appelées «la Maison de Jubilation» et «la Rencontre d'Aton. La première, précédée d'un pylône, était une grand cour bordée de colonnades latérales qui aboutissaient hacune à un autel : la seconde se présentait sous la forme d'une succession de cours, séparées les unes des autres par des pylônes, et reliées par une chaussée qui s'élevait progressivement jusqu'au sanctuaire, elle était flanquée de tables d'offrandes et de kiosques servant sans doute de magasins. L'autel principal, entouré de tables d'offrandes, se trouvait dans la dernière cour, limitée à l'Est par un mur, et dans laquelle on remarquait une ceinture de chambres à ciel ouvert renfermant chacune un ou plusieurs petits autels. Le temple du fond ne comportait que deux cours précédées d'un pylône. A l'arrière de la seconde cour se dressait une pierre en forme de stèle reposant sur une base d'albâtre à laquelle on accédait par une rampe et qui, sans doute, jouait le rôle du rocher benben sur lequel s'était posé, à l'origine du monde, le premier soleil»
Comme partout et toujours en Egypte, les maisons civiles étaient composées de matèriaux légers, briques, pisé et bois; la pierre, réservée aux demeures des dieux et des morts, n'y entrait guère, si ce n'est pour les seuils des portes et les bases des colonnes. Les missions allemandes ont dégagé les arasements de plusieurs des résidences d'Akhetaton: de plan carré ou rectangulaire hormis la loge du portier faisant saillie à l'angle Nord du bâtiment, elles étaient divisées en trois sections principales: les pièces de réception, ouvrant sur un vaste hall dont le plafond était soutenu par des colonnes de bois polychromé; les salles de séjour, également groupées autour d'un salon qui comportait presque toujours une large banquette de brique faisant office de divan; et enfin, à l'arrière de la demeure, les appartements privés, comptant un nombre variable de pièces, petits salons, salles de repos, cabinets de toilette, penderies, réservés au maître et à la maîtresse de maison. Les communs et un jardin de plaisance agrémenté d'un plan d'eau et de pavillons ou de kiosques complétaient la résidence. Les fondations retrouvées ne permettent guère d'évoquer l'harmonie sereine des demeures amarniennes, enduites de crépi d'un blanc éclatant sur lequel se détachait la polychromie subtile des frises de peintures décoratives, bouquets de lotus, fourrés de papyrus, d'où s'échappaient en vols serrés canards et oies sauvages. Les sables ont étouffé depuis longtemps la douceur de vivre en accord avec l'Unique.
Pour ressusciter tous ceux qui vécurent ici, prenant soin de la maison royale, dirigeant les centres administratifs, veillant à l'accomplissement du rituel au fond de santuaires, ou exploitant les vastes domaines qui s'étendaient à l'horizon, il faut gagner les premiers contreforts de la chaîne arabique, où furent creusés les hypogées des fidèles du roi : Merire, grand-prêtre du Disque, Ahmose, flabellifère à la droite du Roi et compagnon aimé, Ramessou, intendant du Palais, Houya, supérieur du Harem royal et intendant de la Maison de Tiy, Pentou, scribe royal et premier auprès du Roi, Parennefer, ami unique de Sa Majesté, Mahou, chef de la Police, Toutou, Panehesi, May Ipy, d'autres encore.
Si la disposition des tombes amarniennes reste conforme à la tradition et comporte, tout comme les hypogées thébains par exemple, un vestibule d'entrée, une grande salle à piliers de plan carré ou rectangulaire et une chapelle axiale abritant la statue du défunt, complétés par un puits menant à la chambre du sarcophage, l'iconographie des reliefs ou des peintures, par contre, est délibérément autre: on y chercherait en vain les références attendues aux mythes funéraires traditionnels: le rituel de l'ouverture de la bouche, la mise au tombeau, le pèlerinage à Abydos, en sont bannis, de même que toute allusion au Livre des Morts ou à quelque autre recueil annexe ; les grandes divinités du royaume d'Occident, Osiris, Isis, Nephthys, Anubis, Hathor ou Oupouat, ainsi que la longue théorie des génies parèdres n'y figurent pas davantage. Par contre, en accord avec la doctrine royale, Aton, Père et Mère de la Vie et de la Mort, est omniprésent, toujours accompagné du roi et de la reine, ses manifestations vivantes. Les artistes amarniens privilégièrent ainsi cinq sujets majeurs, que l'on retrouve systématiquement dans toutes les tombes de la nécropole:
La famille royale en adoration devant Aton - Calcaire - haut. 1,373 - Provient de Tell el-Amarna - Le Caire, Musée arhéologique - Ce relief a été détaché de la tombe du roi lors des fouilles de 1891-1892
XVIIIe DYNASTIE - Remise au général Horemheb des colliers de récompense - Calcaire - haut 0,772 - Provient de Sakkara - Leyde, Rijksmuseum van Oudheden - Ce relief a été dégagé dans la tombe memphite de Horemheb, alors général sous le règne d'Akhenaton
Il arrive que l'artiste substitue aux sujets officiels la représentation de tel événement qui marqua la carrière du défunt: la visite de la reine Tiy à Amarna et l'inauguration du nouveau temple d'Aton chez Houya, l'inspection des magasins du temple chez Merire; les détails d'un procès retentissant chez Mahou, par exemple.
Mais c'est dans les marges des grands tableaux surtout que l'art amarnien trouve l'expression de son génie spécifique, dans la foule des petits personnages qui, indifférents semble-t-il à l'action principale, exaltent en scènes pittoresques le bonheurde vivre sous la loi d'Aton: ici, sans se laisser distraire par le cortège royal qui défile, une jeune femme cueille quelques fleurs au bord de la route ; là, aux portes mêmes du palais, un vaurien s'enfuit d'une basse-cour où il a dérobé des oeufs, au grand dam du fermier trop tard alerté; là encore, un serviteur chasse à grands coups de gueule un chiot espiègle qui agaçait sa maîtresse. C'est dans cette célébration sereine de l'harmonie universelle, à laquelle chacun participe, si petit soit-il, si humble soit-il, que l'atonisme remporta sa vraie victoire. En dépit des humiliations, des revers, des échecs, Akhenaton sut ouvrir à son peuple les portes de l'espoir en lui enseignant que la ferveur, la foi, ou plus simplement le bonheur consenti de chaque instant, conduisent l'homme à retrouver au terme de son chemin l'ineffable lumière du Disque, l'ineffable mansuétude de Dieu. On a retrouvé dans les décombres de la tombe royale inoccupée des fragments épars du coffre qui aurait dû abriter les viscères du roi ; les quatre déesses tutélaires, gardiennes traditionnelles des vases canopes, y sont remplacées par quatre faucons aux ailes déployées, comme pour montrer qu'après sa mort, porté par les oiseaux divins, Akhenaton savait qu'il rejoindrait pour jamais le sein d'Aton son père.