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La croissance de la Suisse est-elle avant tout quantitative?
- Introduction L’essentiel en bref | Position d’economiesuisse
- Chapter 1 Contexte
- Chapter 2 Retour sur le développement économique de la Suisse ces dernières décennies
- Chapter 3 Comment comparer les performances économiques des pays?
- Chapter 4 Les faits: la Suisse se développe-t-elle surtout quantitativement?
Les faits: la Suisse se développe-t-elle surtout quantitativement?
Venons-en aux chiffres: à combien se monte le produit intérieur brut réel par habitant mesuré en dollars? La figure 3 montre l’évolution du PIB de la Suisse et de quelques autres pays. La performance de la Suisse est impressionnante. Son PIB réel par habitant est près de 50% plus élevé que celui des États-Unis, plus de deux fois plus important que celui de l’Allemagne et presque trois fois plus élevé que celui de l’Italie. En valeur absolue, l’écart entre la Suisse et les autres pays s’est resserré dans les années 1990, avant de se creuser à nouveau dans les années 2000. En comparaison internationale, les Suisses disposent donc, en moyenne, d’un pouvoir d’achat international particulièrement élevé.
Croissance du PIB réel par habitant en comparaison internationale
Arrêtons-nous maintenant sur la croissance en pourcentage: de combien le PIB par habitant a-t-il augmenté depuis l’an 2000? Le tableau 2 montre que malgré un niveau très élevé, le PIB réel par habitant a augmenté de 19% en Suisse. La progression du PIB par habitant était légèrement plus élevée qu’au Danemark et aux Pays-Bas et nettement plus élevée que chez nos voisins français et italiens.
Par rapport à l’Allemagne, la Suisse fait un peu moins bien. Il est vrai que l’économie allemande, avec ses nombreuses entreprises exportatrices, a bénéficié d’un euro faible ces dernières années. Mais la question n’est pas là: les Allemands ne se portent pas mieux que les Suisses en raison d’une croissance par habitant légèrement supérieure. Comme nous l’avons indiqué, le PIB par habitant en Suisse est, depuis de nombreuses années, nettement plus élevé qu’en Allemagne et dans de nombreux autres pays. C’est pourquoi il y a un effet de base: une progression de 19% du PIB par habitant en Suisse représente une hausse de près de 14 000 dollars US en valeur absolue. Or une progression de 22% du PIB par habitant en Allemagne ne représente qu’une hausse de 7600 dollars US environ. Corrigée de l’inflation, c’est donc en Suisse que la prospérité a le plus augmenté par rapport aux autres pays du tableau. Même aux États-Unis, l’augmentation du PIB par habitant en chiffres absolus est plus faible. Si on tient compte du pouvoir d’achat, les différences s’amenuisent en raison des prix élevés en Suisse, mais la richesse par habitant a tout de même augmenté de 800 dollars US de plus qu’en Allemagne. Seuls les États-Unis affichent des hausses encore plus élevées que la Suisse.
Productivité
Le débat mené jusqu’à présent montre qu’il est faux d’affirmer que la population profite peu de la croissance économique et que la Suisse ne s’est développée que grâce à l’immigration. Il est évident qu’une partie de la croissance du PIB est due à l’augmentation de la population. Mais la Suisse a pu atteindre une part importante de cette croissance grâce à une meilleure productivité du travail.
Mesurée en termes de PIB par employé (personne active), la productivité a augmenté de 13% en Suisse depuis 2000, soit davantage qu’en Allemagne par exemple. Cette hausse est d’autant plus impressionnante que la participation au marché du travail est très élevée en Suisse. La part des personnes de 15 à 64 ans intégrées dans le monde du travail est actuellement de 83%, ce qui est plus élevé que dans les autres pays. Cela s’explique principalement par l’apprentissage, qui entraîne une forte participation des jeunes, et une plus grande intégration des femmes dans le marché du travail. Aux États-Unis, on observe la tendance inverse: la participation au marché du travail diminue. Toutefois, les personnes qui y restent ont vu leur productivité augmenter considérablement. Si les chiffres sont si bons pour les États-Unis, c’est aussi parce que les résultats des autres pays sont convertis en dollars. Cela dit, la forte augmentation de leur productivité tient aussi au fait que les États-Unis sont en tête dans des secteurs en vogue comme les technologies de l’information.
La comparaison est toutefois quelque peu faussée par le fait qu’on travaille globalement moins. Ainsi, le temps de travail annuel a davantage reculé en Suisse et en Allemagne qu’en France, aux Pays-Bas ou aux États-Unis, par exemple. Or travailler moins a un effet négatif sur la productivité annuelle.
La productivité d’une personne par heure travaillée est intéressante, car elle est moins influencée par le volume de travail annuel. Dans le cas de la Suisse, on constate là aussi une évolution positive de la productivité: le PIB par heure travaillée a augmenté de 24% en Suisse depuis l’an 2000. La Suisse fait beaucoup mieux que ses voisins: la productivité a mieux évolué en Suisse qu’en Allemagne par exemple, tant en termes réels qu’à parité de pouvoir d’achat. Parmi les pays examinés ici, seuls les États-Unis affichent une évolution nettement meilleure et le Danemark légèrement meilleure.
Loisirs
Grâce à une croissance économique solide, la prospérité s’est accrue en Suisse, tant pour l’économie dans son ensemble que pour chaque individu. La population est devenue plus productive et les entreprises exportatrices sont compétitives à l’échelle internationale. La Suisse a pu réaliser cela tout en réduisant le temps de travail annuel moyen de 8% depuis l'an 2000. Les travailleurs renoncent donc à un revenu encore supérieur et «consomment» en contrepartie davantage de temps libre. Sinon, le PIB par habitant serait encore plus élevé. En moyenne, une personne active a travaillé près de 137 heures de moins en 2021 qu’il y a vingt ans.
Qualification de l’immigration
La nette amélioration de la productivité depuis les années 2000 s’explique entre autres par les meilleures qualifications des personnes immigrées. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) étudie régulièrement l’impact de l’immigration dans le cadre de la libre circulation des personnes sur le marché du travail. Ce monitoring montre qu’une majorité de la main-d'œuvre immigrée en provenance de l’UE/AELE est qualifiée voire très qualifiée. En moyenne, 84% des immigrés de 2020 et 2021 avaient au moins un diplôme de niveau secondaire II et 51% disposaient même d’un diplôme de niveau tertiaire. Cela a mis une certaine pression sur les salaires des travailleurs autochtones très qualifiés. La situation des personnes actives autochtones peu ou moyennement qualifiées s’est en revanche améliorée depuis l’introduction de la libre circulation des personnes. L’éviction redoutée des travailleurs autochtones par des immigrés n’a pas eu lieu. Au contraire, la Suisse fait face à une pénurie persistante de main-d’œuvre qualifiée dans la plupart des secteurs, tant pour les postes exigeant des qualifications élevées que pour des postes moins qualifiés.
Salaires et temps de travail nécessaire pour acquérir un iPhone
Les comparaisons ci-dessus peuvent paraître quelque peu abstraites. Poursuivons maintenant la discussion avec des grandeurs faciles à comprendre. La productivité d’un collaborateur détermine sa valeur aux yeux de l’entreprise. Plus une personne est productive, plus elle produit de biens ou de services, en volume ou en valeur, ce qui accroît les revenus de l’entreprise. Le travail fourni par une personne est rémunéré: en règle générale, plus la productivité est élevée, plus le salaire l’est aussi. Le tableau ci-après montre le salaire moyen en Suisse, aux États-Unis et en Allemagne.
Il est intéressant de regarder par exemple combien de temps une personne doit travailler pour pouvoir s’offrir un iPhone. En Suisse, il ne faut travailler que 22 heures pour obtenir un iPhone, contre 43 heures en Allemagne et 31 heures aux États-Unis. Cela montre le pouvoir d’achat élevé des Suisses, en particulier pour acquérir des biens échangés à l’international ou pour voyager à l’étranger. Ces proportions reflètent assez bien les rapports entre le PIB réel par habitant des différents pays.
Nous l’avons vu, dans les économies riches, les prix sont élevés parce que les salaires de tous les travailleurs augmentent et que les biens et services produits localement sont chers. Le Big Mac est un bon exemple de bien produit localement. Au-delà des salaires, il y a des frais pour le loyer, l’énergie et les matières premières. Dans le cas de la Suisse, il faut également tenir compte du protectionnisme agricole qui aboutit à des prix très élevés pour la viande de bœuf, ce qui renchérit la production du Big Mac et fausse quelque peu la comparaison. Malgré des coûts et des prix nettement supérieurs en Suisse, une personne doit travailler nettement moins longtemps qu’en Allemagne et à peu près autant qu’aux États-Unis pour pouvoir s’offrir un Big Mac. Cette comparaison reflète à peu près le débat sur le PIB par habitant corrigé du pouvoir d’achat.