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Au début de la semaine, le Conseil des Etats a voté le principe de la publication des dons les plus importants faits pour financer les campagnes lors des votations fédérales. Il n'a cependant pas poussé son audace plus loin : les élections ne sont pas concernées par ce début de commencement, même pas de transparence, mais de translucidité, qui doit encore être confirmé par le Conseil National. Le PDC, à l'origine de la proposition, s'est d'ailleurs défendu de vouloir plafonner les dons, et s'est contenté de demander la publication de ceux supérieurs à 10'000 francs (le prix d'une demie-page de pub couleur dans un grand quotidien). Et seulement jusqu'au jour du scrutin : après, les dons pourront continuer à arriver dans l'opacité. C'est un pas vers la transparence, sans doute. Mais un tout petit pas. Très hésitant. Un pas de sénateur.
On n'achète pas les électeurs. mais on peut acheter ce qui les fait voter
Le débat démocratique ne suppose pas seulement que tout le monde ait le droit d'y prendre part. Il suppose aussi que tout le monde puisse s'y faire entendre -et s'y faire entendre avec un minimum d'égalité entre les intervenants. Quand un parti politique dispose de dix fois plus de ressources que ses adversaires immédiats, ou cent fois plus, ou mille fois plus que les formations les plus désargentées, le débat est déséquilibré par l'inégalité des moyens à disposition : on n'entend plus que ceux qui peuvent se payer des pages entières de quotidiens nationaux chaque jour, inonder le pays d'affiches (quoi qu'il y ait sur ces affiches), obtenir, par le vacarme produit dans la campagne, un surcroît d'accès aux media publics et privés. Et qu'on ne nous rétorque pas que la publicité politique ne fait pas la décision : si elle ne la faisait pas, ou du moins si elle n'y concourait pas puissamment, les partis politiques n'y consacreraient pas les moyens, considérables, et de plus en plus considérables, qu'ils y consacrent. Qu'un parti soit omniprésent ne fait pas forcément voter pour lui -mais réduit, voir empêche, le vote pour un autre, rendu inaudible et invisible par l'omniprésence du premier. Or la question du financement des campagnes est au coeur de ce problème : pour l'essentiel, les partis de gauche vivent des cotisations de leurs membres et des contributions de leurs élus. En gros, le résultat des élections finance la capacité du parti à faire campagne pour les élections suivantes, et pour les votations. En revanche, les partis de droite, et aujourd'hui l'UDC plus que le PLR et le PDC, se financent en grande partie par les contributions des plus riches de leurs supporters, et de celles d'entreprises. Savoir qui paie est donc un moyen de savoir pourquoi tel ou tel parti défend telle ou telle position, tels ou tels intérêts. C'est savoir de qui ce parti est le parti, et ce que valent ses slogans, et qui en paie la diffusion De le savoir changera-t-il le prononcement des citoyennes et des citoyens ? Cela est douteux, mais du moins ce prononcement se fera-t-il en connaissance des liens qui unissent les formations politiques à ceux, particuliers ou entreprises, qui ont les moyens de les doter. On ne peut sans doute pas acheter des votes, du moins tant que le scrutin est secret. Mais on peut acheter le bruit de fond des campagnes, et par le bruit qu'on aura acheté, couvrir le discours de ses adversaires et de ses concurrents directs, rendre inaudible les murmures des formations politiques les moins riches, et assourdir l'auditoire. Aucune décision populaire n'est réellement démocratique si elle n'est prise sans que tous les arguments aient été entendus, toutes les prises de positions comprises, tous les choix présentés. On le sait depuis Rousseau, il serait bien temps, en l'Année Rouseau, précisément, qu'en Suisse, on se donne les moyens de le rendre possible.