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En 2005, Nicholas Negroponte et Kofi Annan ont dévoilé le premier prototype d’ordinateur pertinent au projet One Laptop Per Child (OLPC), dont le but était de fournir aux enfants des pays en voie de développement le matériel pour entreprendre un saut technologique qui leur serait utile à sortir leur pays de la pauvreté.
Un but noble, à l’aide de moyens relativement simples et abordables, ceux-ci étant un laptop aux spécifications ouvertes doté d’un système d’exploitation lui aussi ouvert et des applications destinées aux enfants.
Historique
L’idée de créer un PC pour les enfants des pays en voie de développement a germé vers la fin des années 90. Elle se base sur des théories de l’apprentissage. Un PC peut être vu selon celles-ci comme un outil pour construire des modèles du monde nous entourant. La conférence 2B1 (1997) a joué un rôle important dans la création du OLPC - cette conférence avait comme but d’abattre les barrières technologiques entre les pays développés et ceux en voie de développement.
On peut retenir une remarque de fond faite lors de la conférence 2B1. Les jeunes ont plus de facilité à apprendre à utiliser les ordinateurs que les adultes, il est donc nécessaire que les jeunes des pays en voie de développement puissent avoir accès aux nouvelles technologies de façon à pouvoir interagir avec le reste du monde et à encourager la croissance économique et sociale. C’est aussi lors de cette conférence que le projet Nation.1 est né. Nation.1 aurait été un pays en ligne, peuplé et dirigé par des enfants, qui aurait dû représenter les jeunes dans le vrai monde. Les adultes auraient pu accéder à Nation.1 avec un visa. Le projet n’a pas duré longtemps, mais une partie du concept a été recyclée dans le projet OLPC. Nicholas Negroponte était déjà dans le coup.
Le projet et l’association OLPC ont été annoncés au Forum économique mondial de Davos en 2005 et ont été créés par des membres du Media Lab du MIT. Mais ce n’est qu’en 2006 que le projet a attiré l’attention, quand Nicholas Negroponte et Kofi Annan ont dévoilé les deux premiers prototypes (appelés Children’s Machine 1). Mais ces prototypes ne fonctionnaient pas encore. Pour cela, il a fallu attendre jusqu’en mai 2006. De plus, un devis a été annoncé : le laptop aurait coûté 100 dollars US en 2008. Negroponte a quand même ajouté que 100$ n’était qu’une limite fixée, mais qu’en réalité il fallait s’attendre à un prix de 135, 140$. Malheureusement, maintenant, il a déjà atteint les 200$, en partie à cause de la dévaluation du dollar.
Parmi les acteurs du projet, on peut citer (en plus de Nicholas Negroponte, actif tout le long) :
- Mary Lou Jephsen (1997-2007)
- Intel (2007)
- Ivan Krstić (1997-2008)
- Walter Bender (1997-2008)
Intel, Krstić et Bender ont abandonné le projet à cause de divergences avec Negroponte, le point culminant des disputes étant les raisons pour lesquelles Negroponte a accepté XP comme OS sur l’OLPC. Jephsen a quitté le projet pour fonder sa propre entreprise.
Maintenant, avec le nouveau Président Charles Kane, le projet OLPC n’est plus un projet centré sur l’éducation, mais un projet centré sur les laptops.
Le Hardware
Le matériel est tout à fait standard ; il est basé sur un processeur de type AMD Geode LX, allant avec son chip graphique intégré et celui audio (CS5536). De plus, il y a une carte wireless Marvell, et une webcam PCI de très bonne qualité.
Concernant la connectique, le XO (premier laptop du projet OLPC) présente 3 ports USB et des jacks pour écouteurs et micro, et il dispose d’un emplacement pour carte SD (fig. 2).
La carte mère se trouve derrière l’écran, qui est pivotable. L’écran est remarquable, ce n’est pas un simple écran LCD, mais deux écrans superposés. On peut varier l’intensité du rétroéclairage. Lorsque l’intensité est au mininum, l’écran fonctionne en mode réflectif. Ainsi, lorsqu’on le pose sous le soleil, on voit très bien ce qui est affiché grâce à des miroirs. Cette fonctionnalité est vitale pour les buts du projet OLPC.
Le clavier est aussi particulier. Complètement étanche, il ressemble plus à un clavier de jouet qu’à un clavier d’ordinateur mais il n’est pas très confortable à utiliser. Ce choix de design est probablement dû au fait que le XO est destiné aux enfants, qui ne vont pas beaucoup utiliser le clavier pour écrire des longues dissertations. De plus, ce design rend la partie inférieure du XO complètement étanche.
Le système d’exploitation et l’interface graphique
Le système de base du XO consiste dans une Fedora Core 7 modifiée avec une interface graphique appelée Sugar. Cette interface est conçue pour être utilisée par des enfants qui n’ont jamais touché à un ordinateur. Pour l’adulte occidental moyen par contre, elle paraît complètement anti-intuitive et difficile à utiliser.
Dans Sugar, on ne trouve pas un bureau : les activités sont classifiées par tâches et, au lieu des bureaux virtuels auxquels les utilisateurs des principaux window managers sont habitués, on trouve des niveaux de profondeur, accessibles via les touches fonctions. Les niveaux de profondeur sont :
- L’Internet - On voit ici les accès points et les réseaux auxquels on peut se connecter, ainsi que les autres XOs à proximité (fig. 4).
- Le voisinage - On voit ici les amis c’est-à-dire des autres utilisateurs XO que l’on connait (fig. 5).
- Nous-mêmes - Les activités actives apparaissent ici autour du bonhomme qui représente l’utilisateur (fig. 6).
- L’application courante.
Voulez-vous essayer Sugar ? Il est disponible dans Ubuntu 8.04, dans le repository universe.Voulez-vous vous sentir à la maison ? Ctrl-Alt-F1 vous ramène vers une console.
Les applications
Le OLPC dispose de plusieurs applications, la plupart éducatives. On peut y trouver un navigateur Web (fig. 7), une application de vidéoconférence, et différentes applications pour apprendre à programmer. De plus, toutes les activités qui se déroulent sur le laptop sont enregistrées dans un journal.
Hacks
Comme le XO est fait de matériel standard avec des spécifications ouvertes, on ne peut pas vraiment parler de hacks, mais plutôt de marches à suivre pour installer votre distribution de GNU/Linux préférée sur ce laptop.
On va brièvement expliquer ici comment installer n’importe quelle distribution Linux sur une clef USB, depuis laquelle le XO va démarrer. On pourra toutefois trouver les guides sur le wiki du projet pour installer diverses distributions, telles que Ubuntu ou Debian.
Installation de Linux sur la clef USB
Branchez votre clef USB sur votre ordinateur (pas l’OLPC), insérez un CD d’installation de votre distribution préférée et procédez à l’installation. Au moment du partitionnement, sélectionnez la clef USB comme disque d’installation. Procédez à l’installation comme vous le feriez sur n’importe quel ordinateur.
Configuration de X
Il faut utiliser le pilote amd (ou geode, selon les versions), et spécifier explicitement les options concernant la résolution et la taille de l’écran. Voici à titre d’exemple un exemple de configuration X11.
Démarrage
Le système de démarrage du laptop changeant assez fréquemment, il est conseillé d’aller suivre les instructions disponibles ici.
Il faut toutefois noter qu’il est possible de faire démarrer le système sans reprendre exactement ces données, mais que cela demande un peu plus de connaissances et de temps.
Est-ce une bonne idée ?
La question est légitime : n’y a-t’il pas mieux à faire pour les enfants des pays en voie de développement, que de leur donner des laptops ? En effet, il y a d’autres besoins plus directs, tels que celui d’avoir un gouvernement stable ou de manger à sa faim. De plus, l’achat de ces machines est financé par les gouvernements, qui sont aussi cause de la pauvreté dans certains pays.
Il y a également le risque de détournement. Ces machines sont solides, et pourraient être exploitées à des fins militaires (même si leur couleur vert fluo est dissuasive).
Il est possible également que cela ait une mauvaise influence sur ces enfants. Notamment parce que le projet est américain, et que la perception du monde américaine peut ne pas correspondre à leur culture et les influencer. De plus, on ne peut exclure qu’il y ait des abus tels que de la pédopornographie. Si un problème arrive, cela touchera beaucoup d’enfants.
On peut aussi critiquer la direction prise par le projet, d’une part parce qu’il y a des enfants pauvres dans les pays développés, et d’autre part parce que le projet n’est peut-être pas aussi éducatif qu’on l’aurait voulu. En effet, Sugar est très différente d’une interface normale d’un ordinateur, alors qu’il serait peut-être souhaitable de leur apprendre comment utiliser un ordinateur normal. Il n’est pas non plus bon de les habituer à utiliser un logiciel propriétaire pour le cas de XP.
Par contre, on notera que ce projet a le mérite d’exister, qu’il y a de l’argent dépensé pour des projets concrets, et beaucoup d’efforts consacrés pour que ces enfants aient accès à l’informatique.
De plus, les idées novatrices utilisées dans le projet peuvent très clairement être réutilisées pour le grand public.
Par contre on ne sait pas si l’idée de départ (éducation des enfants défavorisés) restera en premier plan. Un marché potentiel de plusieurs millions de jeunes enfants étant très tentant, le projet OLPC risque de se transformer en une plate-forme publicitaire. On ne peut pas ignorer le fait que ces enfants, une fois adultes, souhaiteront utiliser quelque chose de similaire à ce qui leur a été offert maintenant. Certains distributeurs de logiciels (les mêmes qui préfèrent que les utilisateurs piratent leur logiciels au lieu d’utiliser des équivalents libres) en salivent juste à l’idée.
Le futur du XO
On ne peut pas nier que l’OLPC est le premier d’une longue dynastie d’ultra-portables à bas prix. ASUS avec son EEE surfe sur la vague, HP a sorti le Mini-Note, et même Dell s’y met avec son nouvel ultra portable dont le nom n’a pas encore été dévoilé. Mais si d’un côté l’OLPC est conçu pour être pas cher et pour les enfants, le EEE, le HP et le Dell visent à un bon rapport praticité/prix, en se rapprochant le plus possible d’un laptop standard.
En mai, des plans pour un XO de 2ème génération ont été dévoilés. Le XO-2 va coûter 75$ en 2010. Il comportera notamment 2 écrans tactiles, et sa consommation électrique sera fortement réduite.
Mais le futur du projet OLPC (ou d’un projet similaire) pourrait être ailleurs : Intel a créé le
Classmate , et une adaptation des EEE ou Mini-Note pourrait aussi donner naissance à un projet similaire. Néanmoins, on ne peut pas nier que le XO a été le premier ordinateur dans son genre : résistant, léger, peu gourmand en énergie et à bas prix.

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- fig.1
- Nilton Quispicóndor, 9 ans, est un des enfants de l’Institución Educativa Apóstol Santiago, Arahuay, Pérou, où environ 50 enfants utilisent un prototype XO depuis l’été dernier. © Ana Cecilia Gonzales-Vigil
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- fig. 2
- Vue des ports du XO : côté droit (de l’ordinateur) on voit deux ports USB, côté gauche on trouve un port USB et des jacks audio en plus de l’alimentation. On ne voit pas l’emplacement pour carte SD, caché sous l’écran
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- figure 3
- Utilisation dans la nuit
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- fig. 4
- Vue de l’internet
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- fig. 5
- Vue du voisinage
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- fig. 6
- Vue du login. Le bonhomme au milieu symbolise l’utilisateur, autour duquel on voit les applications actives. Les applications de couleur différente appartiennent à d’autres utilisateurs
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- fig. 7
- Exemple d’application : butineur web