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Chaque mot peut n'être qu'une appellation ou révéler un espace, plus ou moins large selon notre capacité sensible ou spirituelle de le percevoir.
Ainsi, l'islam et islamisme sont deux termes bien distincts à notre oreille, d'où deux significations qui déterminent des espaces bien distincts, même si ces espaces peuvent un peu se recouper. (Rappelons-nous la théorie des ensembles en mathématiques!).
Muhammad Saïd Al-Achmawi, haut magistrat égyptien propose une définition bien claire selon sa formation professionnelle, sa culture, sa sensibilité et son vécu immergé dans le monde islamiste.
Il nous dit, dans son essai publié en 1990:
« Dieu voulait que I’islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique. La religion est générale, universelle, totalisante. La politique est partielle, tribale, limitée dans l'espace et dans le temps. Restreindre la religion à la politique, c'est la confiner à un domaine étroit, à une collectivité, une région et un moment déterminés. La religion tend à élever l'homme vers ce qu'il peut donner de meilleur. La politique tend à éveiller en lui les instincts les plus vils. Faire de la politique au nom de la religion, c'est transformer cette dernière en guerres interminables, en divisions partisanes sans fin, c'est réduire les finalités aux positions recherchées et aux gains escomptés.
Ainsi donc, M. S.Al-Achmawi exprime bien que la religion est la dimension dans laquelle l'homme cherche à s'élever, à se relier au divin. Ainsi perçoit-il la réalité de l'Islam.
L'islamisme en revanche est le mode humain d'utiliser les forces de la religion pour en faire une politique ou une morale. Ce mode humain de travestir une religion dépendra de ses dirigeants, de la culture et des moeurs du lieu où il se développe, de la géographie – du climat - dans lequel il se manifeste, des milieux sociaux ruraux ou urbains, des milieux artisanaux ou intellectuels.
Quand nous parlons de Musulmans, nous pouvons désigner un groupe uniforme de personnes ou voir un ensemble d'êtres humains dont chacun est un micro-univers avec tous ses continents, ses reliefs et ses climats. Ainsi donc, la sensibilité et le dynamisme de chacun prendra une partie de la religion, selon ses habitudes éducatives, ses besoins ou ses penchants. Les Musulmans sont issus de tellement d'ethnies qu'on voit mal comment on peut les envisager comme un magma uniforme.
Et pourtant, c'est la tendance actuelle de les considérer comme des êtres similaires sans voir les énormes différences entre les uns et les autres. C'est à pareille attitude que nous conduisent les voyages faits dans nos fauteuils, face à la TV, aux journaux ou à Internet. Entrer en contact avec eux dans leurs pays, c'est nous engager avec notre esprit et notre sensibilité et découvrir leur humanité, leurs qualités distinctes des nôtres. Evidemment, les aleas de la vie font qu'ils développent d'autres qualités que nous. C'est cela qui fait la richesse des rencontres.
Quant aux Musulmans de chez nous, à nos concitoyens, cessons de les amalgamer à un égrégore musulman et à les considérer comme des êtres à part. Cessons de leur imposer de parler de sujets comme leur avis sur la lapidation alors qu'ils sont engagés ici dans d'autres problèmes bien plus concrets qui sont les mêmes que les nôtres. S'ils choisissent de ne pas discourir, c'est qu'ils ont le droit de parler de ce qui les touche ou encore, de faire autre chose que d'échanger des idées qui restent au niveau rationnel et, par là, très fragmentaire.