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Recycler, c'est bien. Mais réparer, c'est encore mieux, estime Greenpeace Suisse sur la base d'une analyse réalisée par le bureau d'étude Infras.
La production de biens de consommation - produits en Suisse comme à l'étranger -, représente environ 9% de l'empreinte carbone du pays. Une part que l'on pourrait facilement diminuer en prolongeant la durée de vie des produits. Pour l'analyse, cinq types de biens ont été passés en revue: machines à laver, ordinateurs portables, smartphones, vêtements et meubles. L'étude suggère qu'en prolongeant leur durée de vie de trois ans, on pourrait réduire de 15 à 35% l'empreinte carbone de ces produits.
Ce sont les vêtements qui offre la plus grande possibilité de réduction. Aujourd'hui, ils sont portés en moyenne quatre ans. Si on prolongeait leur durée de vie de trois ans, on pourrait économiser 1,5 million de tonnes d'équivalent CO2. Cela correspond à la quantité émise par une voiture qui aurait fait 186'000 fois le tour du monde.
Mieux que le recyclage du PET
Si tout le monde gardait son smartphone 3 ans de plus que les 2,3 ans actuels, on pourrait économiser 91'000 tonnes d'équivalent CO2 (11'400 tours de la Terre). Pour les lave-linge, ce seraient 11'000 tonnes de CO2 en moins (1340 tours). Les ordinateurs portables, qui durent actuellement 5,7 ans, pourraient faire économiser 102'000 tonnes de CO2. Et les meubles: 143'000 tonnes.
"Le potentiel d'économie est gigantesque. A titre de comparaison, en allongeant la durée de vie de nos appareils d'environ 3 ans, on aurait une réduction de 10 à 30 fois supérieure à celle qu'on obtient en récoltant et en recyclant le PET", assure Florian Kasser, expert en consommation chez Greenpeace.
En 2020, le PET a permis d'économiser 137'000 tonnes d'équivalents CO2. C'est moins que la sauvegarde des vieux meubles à domicile durant 3 ans, et cela nécessite une logistique complexe.
Les analyses du rapport se sont concentrées sur les émissions de gaz à effet de serre. Mais prolonger la durée de vie des produits génère d'autres effets positifs sur l'environnement, par exemple sur l'utilisation des sols ou la consommation d'énergie.
Une nouvelle jeunesse
Réparer plutôt que jeter devient une évidence pour ceux qui se préoccupent de l'environnement. A "La bonne combine", près de Lausanne, où l'on répare à peu près tout ce que l'on trouve chez soi, le responsable a vu arriver ces dernières années une nouvelle clientèle, emportée par la vague verte.
"Avant, nos clients étaient plutôt des personnes âgées de 50 à 60 ans. Mais ces dernières années, il y a un boom de la jeunesse, qui vient réparer ses appareils", raconte Dragan Ivanovic, le responsable du magasin.
Garantir la réparabilité des appareils
Pourtant, même les bricoleurs les plus convaincus trébuchent sur deux obstacles: "Tout d'abord, il faut que le prix d'une réparation ne dépasse pas la moitié d'un engin neuf. Sinon, le client ne voudra pas réparer. Ensuite, la plupart des appareils qui coûtent moins de 200 francs n'ont pas de pièce détachées. Ils ne sont pas faits pour être réparés", déplore le responsable.
C'est pour pallier cette dernière difficulté que Greenpeace a lancé une pétition en novembre dernier pour demander que le droit à la réparation s'inscrive dans la loi sur la protection de l'environnement, qui est actuellement en révision: "Nous devons garantir la réparabilité des objets, notamment en permettant l'accès à des pièces de rechange, même plusieurs années après l'achat d'un appareil", estime Florian Kasser.
Feriel Mestiri, Nicolas Rossé