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C’est au milieu de cinq villages, dans une campagne quasiment vierge, qu’arriva un jour de 1855 la première gare de Renens. Comme dans un jeu, elle était en bois et ne comptait que deux employés. Celui qui vendait les billets, quelques billets, et celui qui manoeuvrait l’aiguillage pour diriger les trains vers Morges ou Yverdon via Bussigny, puis vers Lausanne dès 1856. Aucun hasard à ce que ces champs voient passer les premiers trains de Suisse romande, aucun hasard, mais la géographie.
A l’ère de la machine à vapeur et des transports modernes, il est assez naturel de chercher à faire passer le plus rapidement possible marchandises et voyageurs du Lac Léman au Lac de Neuchâtel, de la Mer Méditerranée à la Mer du Nord. La pente dicte le tracé. A Lausanne, la Capitale, elle est beaucoup trop forte entre Ouchy et la ville. A Morges, par contre, elle est faible entre le lac et le nord de la ville où il sera aisé de bâtir une gare pour relier Yverdon, via Renens et Bussigny.
Les villages agricoles de l’Ouest lausannois sont donc reliés à la Suisse romande par le train dès le milieu du XIXème siècle, puis bientôt à la Suisse et à une grande partie de l’Europe. Dès 1860, c’est dans cet espace -que l’on ne tardera pas à appeler Renens-Gare- qu’aura lieu l’essentiel de la croissance démographique et économique des quatre communes les plus directement concernées par cette aventure ferroviaire, Chavannes, Crissier, Ecublens et Renens.
Quelques années plus tard, en 1876, la Compagnie des chemins de fer de la Suisse-Occidentale -les CFF n’existent que depuis 1903, suite au rachat par la Confédération des principales compagnies ferroviaires du pays- inaugure à Renens une gare de triage, complétée l’année suivante par une gare aux marchandises -« la petite vitesse »- puis des entrepôts. Pourquoi ici, au milieu de ces cinq villages, dans une région toujours très agricole ? La pente, encore la pente, toujours la pente. Lausanne, la Capitale escarpée, n’a pas la surface nécessaire pour de telles installations. C’est que l’on cherche une vaste plateforme, légèrement, très légèrement en pente pour laisser couler, par gravité, les wagons qui défont et refont les trains de marchandises. Or ce n’est pas la place qui manque le long des rails de Renens, juste en amont de cette bucolique gare en bois, modeste station entre Morges et Lausanne, plus modeste encore depuis que les trains qui vont à Yverdon et Neuchâtel ne font plus le détour pour venir la saluer; ils ont trouvé un raccourci pour Bussigny, la voie Delta, en langage de cheminots.
C’est véritablement dans ce dernier quart du XIXème siècle que Renens-Gare prend son essor. Il faut bâtir des logements pour le personnel de la gare de triage, établir des commerces, des hôtels, bâtir des écoles, en agrandir d’autres, ériger des chapelles, éclairer les rues, bref, construire une ville. Et cette ville verra rappliquer dare-dare artisanat et industrie, car à défaut des beaux atours des ses voisines, la coquette à l’ouest et la pittoresque à l’est, elle a de beaux atouts : l’espace, une faible pente, un sous-sol riche en matériaux de construction, des terrains bon marché, des bras qui affluent de partout, bon marché eux aussi, et des rails qui la connectent au reste du monde.
Une ville donc, au milieu de villages, à cheval sur quatre communes, la Mèbre et la Sorge aux sources d’une agglomération en somme, entre le Flon et la Venoge. Des flux liquides, des flux de marchandises, des flux de personnes. Et les idées ? Imagine-t-on la Capitale sans sa Feuille d’avis, Genève sans sa Julie, Bulle sans sa Gruyère, Fribourg sans sa Liberté, la Métropole lémanique sans son Temps ? Impensable, impossible !
C’est donc en français que paraît pour la première fois, samedi 1er septembre 1906, la Feuille d’avis et journal de Renens. Sa zone de distribution nous montre qu’en ce début de siècle Renens-Gare est le centre d’un vaste territoire.
Lisons son premier éditorial qui nous renseigne sur le dynamisme de ce territoire.
Et l’avis ci-contre, paru dans le premier numéro de ce journal, qui montre la confiance des autorités renanaises dans ce nouveau média, ancêtre des bulletins d’informations édités aujourd’hui par les communes.
De 1906 à 1970 la Feuille d’avis et journal de Renens sera le journal d’un territoire. Nous le feuilletterons régulièrement ensemble afin de mieux saisir la substance de cet Ouest qui a, fort heureusement, survécu à son journal. Pourvu que ça dure !
Le croquis cartographique ci-dessous, synthèse de la carte Dufour de 1854 et de celle de 1907, permet de mieux saisir le processus de naissance de l’agglomération de Renens-Gare.
Aujourd’hui, la plupart des communes du District de l’Ouest ont un journal. Certains de ces journaux se trouvent sur internet. Journal communal de Chavannes / Journal communal de Crissier / Journal communal d’Ecublens / Journal communal de Prilly / Journal communal de Renens / Journal communal de Saint-Sulpice. Le Journal de Morges, hebdomadaire, donne chaque vendredi des nouvelles de Bussigny, qui s’appelait Bussigny-sur-Morges jusqu’en 1958 et faisait partie du District de Morges jusqu’en 2007.
Sources de l’article
Feuille d’avis et Journal de Renens, consultée à la Bibliothèque cantonale universitaire, site de Rumine.
Ch. Biermann, «Renens, une ville qui naît», in Bulletin de la Société neuchâteloise de géographie, 18, 1907, p. 98-105.
J.-C. Marendaz, Renens, de la campagne à la ville, Renens, 2010.
S. Gervasi, J. Longchamp, Morges, traces d’un passé récent, Morges, 2007.
Dictionnaire historique de la Suisse, site internet http://www.hls-dhs-dss.ch/index.php.
Guichet cartographique de la Confédération, map.geo.admin.ch.