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Le poids que les chevaux et les poneys peuvent porter sans séquelles physiques dépend de différents facteurs. Le poids du cavalier doit correspondre à la capacité portante de son partenaire quadrupède: s’il dépasse les 20% du poids idéal de l’équidé, ce dernier peut subir des lésions de surcharge physique.
Une étude a démontré que les chevaux présentent des niveaux de stress accrus lors de la mise en selle du cavalier. Une preuve plus claire de l’influence du poids du cavalier sur le cheval est-elle encore nécessaire? Une question lourde de sens à laquelle un instructeur en surpoids observé lors d’une démonstration dans le cadre d’un salon du cheval n’a manifestement jamais réfléchi, puisqu’il s’affala de manière brusque sur sa monture. Le jeune hongre gris, qui fit quelques pas en avant pour échapper à la surcharge soudaine de son dos, fut immédiatement «corrigé» par quelques pas de reculer. Après tout, un cheval doit se tenir tranquille lorsque le cavalier se met en selle ... L’Armée suisse en revanche a toujours pris très au sérieux le sujet du poids porté par les équidés. Dans le règlement du train, plusieurs pages sont consacrées à la manière de mettre en place des charges sur le dos des quadrupèdes. Les charges latérales doivent être accrochées et retirées délicatement et en même temps. Le poids total porté par les équidés se situe en général entre 80 et 90 kg et il doit être réparti de manière égale entre les deux côtés. Si la différence de poids entre les deux charges latérales dépasse 1 kg, un rééquilibrage doit être effectué. Dans ce cas, on allège en général le côté surchargé.
Dans le monde des courses également, les kilos portés par les athlètes à quatre sabots pèsent lourdement dans la balance. Dans ce cas, la force motrice derrière ces préoccupations n’est pourtant pas la protection des animaux, mais le marché des paris, vital pour ce sport. Sur une distance de course de 2000 m, une longueur d’avance à l’arrivée se traduit par un handicap additionnel de 2 à 2,5 kg à la prochaine course, tandis qu’une longueur d’encolure d’avance correspond à une charge supplémentaire de 1 kg. D’une manière générale, les juments ont 1,5 kg de moins à porter que les mâles.
Des disproportions flagrantes entre la corpulence du cheval et celle du cavalier font souvent l’objet de remarques virulentes («Le cavalier doit manger plus que le cheval!»). On s’imagine peut-être les chevaliers du Moyen Age, si lourds dans leur armure de fer qu’ils étaient incapables de se mettre en selle sans assistance. De nos jours, le poids tolérable d’un cavalier pour son cheval ou poney est un sujet largement débattu pour des raisons de protection animale. Le surpoids du cavalier a aussi été critiqué dans le rapport sur les compétitions 2020 de la Protection Suisse des Animaux (PSA) et discuté lors d’une séance entre la Fédération Suisse des Sports Equestres (FSSE) et la PSA. Un résultat positif de cette discussion est la formation par la FSSE d’un groupe de travail incluant un expert de la PSA. Pour Sandra Schaefler, responsable du service spécialisé des chevaux de la PSA, le fait que la FSSE s’intéresse au sujet du poids supporté par les équidés est réjouissant: «La surcharge du cheval est une thématique relevant de la protection des animaux, puisque elle entraîne des douleurs et des lésions. La FSSE doit s’assurer du bien-être des chevaux de sport et il est important de sensibiliser les cavaliers à ce sujet. Si notre campagne et la fiche d’information actuellement en préparation ont également un effet positif sur l’équitation de loisir, tant mieux!»
Alors qu’il est facile de constater lorsqu’un cavalier en croissance devient trop grand pour son poney ou qu’un cheval de corpulence fine est surchargé avec le poids d’un humain sur son dos, il n’est pas évident de fixer une limite en kilogrammes ne devant pas être dépassée dans la selle. Le ratio tolérable entre le poids du cheval et celui du cavalier dépend de plusieurs facteurs et peut, au mieux, être représenté par des valeurs indicatives exprimées en pour cents. La fédération équestre allemande prend position sur le sujet de la manière suivante: «Selon nous, la charge portée par le cheval ne devrait pas dépasser 15 à 20% de la masse corporelle de celui-ci. La définition d’une limite de poids stricte n’a aucun sens, puisqu’elle ne permet pas de résoudre le problème dans toute sa complexité.» En Angleterre, le pays du sport poney, des valeurs limites ont cependant été définies il y a quelques années déjà. Depuis 2016, les stewards et les juges sont autorisés à effectuer des contrôles de poids chez les cavaliers poneys. Ils peuvent leur demander de mettre pied-à-terre, voire les éliminer. Dernièrement, la FEI a suspendu pour une durée de trois ans et condamné à une amende de 5000 francs le cavalier de Dressage brésilien Leandro Aparecido Da Silva après que celui-ci a été filmé l’année dernière en train de monter et de maltraiter le poney de sa fille.
La limite de charge en règle générale
L’Association allemande des cavaliers et atteleurs de loisir indique les limites de charge suivantes pouvant être appliquées de manière générale (rapport en pour cents entre le poids du cavalier et celui du cheval):
- 15% pour les chevaux jeunes, vieux et peu entraînés;
- 17,5% pour les cavaliers débutants, les cavaliers ne montant que sporadiquement et les cavaliers plus lourds;
- 20%: rapport de poids maximal pour tous les autres cavaliers;
- 25 ou 30%: rapport de poids entraînant des lésions de la musculature et pouvant laisser des séquelles permanentes.
Le poids vif d’un cheval peut être déterminé au moyen d’une balance agricole au sol, d’une balance équine mobile ou d’un ruban barymétrique.
Il existe de plus des méthodes simples pour estimer le poids corporel du cheval ou la charge maximale pouvant être portée:
Pour les vétérinaires de l’Association allemande pour la protection des animaux, la capacité portante effective d’un cheval ne peut pas être déterminée définitivement avec le poids corporel du cheval et du cavalier. Selon eux, la région lombaire et la circonférence du canon sont également à prendre en considération. Ainsi, une méthode permettant d’estimer la stabilité des membres du cheval est l’indice basé sur la circonférence du canon: plus la valeur obtenue est élevée, plus le cheval est robuste. L’indice peut aller de 9,5 pour un poney shetland à 3,0 pour un cheval à sang-froid. Il peut être calculé avec la formule suivante:
Une étude1 britannique récemment actualisée nomme également le ratio de 20% du poids du cheval comme limite supérieure pour le poids du cavalier. Des essais avec des cavaliers lourds et très lourds (pesant 20% du poids de leur monture ou plus) ont dû être interrompus car tous les équidés présentaient des signes de mal-être ou de douleur, voire des boiteries. L’association allemande des vétérinaires pour la protection des animaux Tierärztliche Vereinigung für Tierschutz arrive à des valeurs similaires dans sa fiche d’information sur le poids du cavalier. Bien que la question de la charge maximale pouvant être portée par les équidés se pose depuis que ceux-ci sont montés, il s’agit d’une question qui n’a pas perdu de son actualité selon l’association. Du point de vue de la protection des animaux, il est important de ne pas prendre en compte uniquement le poids du cavalier lors de l’évaluation de la charge maximale pouvant être portée par le cheval, mais aussi l’éventuel surpoids de ce dernier, comme le souligne très justement la fiche d’information. Par «cheval», les vétérinaires allemands entendent des chevaux et poneys de poids normal, suffisamment musclés et entraînés régulièrement. Ils considèrent néanmoins le cheval islandais comme un cas particulier: «Les islandais sont élevés depuis des siècles pour être montés par des adultes. Malgré leur taille relativement petite et leur poids inférieur par rapport aux autres races de chevaux de selle, les islandais ont développé quelques particularités au cours des siècles passés qui leur permettent de porter de grandes charges pratiquement sans séquelles. La capacité portante légèrement supérieure des islandais a en outre été démontrée scientifiquement par des études effectuées en 2017.»2,3
Le comité consultatif sur l’éthique et la protection des animaux de l’association allemande des cavaliers et atteleurs de loisir Vereinigung der Freizeitreiter und -fahrer Deutschland (VfD) arrive à une valeur supérieure mais encore défendable dans sa prise de position publiée à la suite d’un colloque organisé le printemps passé. La VfD retient que de nombreux facteurs influencent la capacité portante d’un cheval et qu’il n’existe pas de races naturellement plus portantes que d’autres. Cependant, un cheval peut être entraîné, dans une certaine mesure, à être plus portant. Les facteurs influençant la capacité portante peuvent agir seuls ou de façon combinée. La VfD souligne également la responsabilité des cavaliers: «Les cavaliers doivent connaître et prendre en compte tous les effets liés à la biomécanique et aux lois de la physique, car ce sont eux qui déterminent le cadre de toutes les considérations en lien avec la capacité portante.»
En plus du poids du cavalier, la performance demandée, la cadence choisie, l’équipement utilisé et les capacités du cavalier ont une grande influence sur la force portante du cheval. Des préceptes tels qu’«avec une selle mal adaptée, chaque cavalier est trop lourd» ou «c’est la vitesse qui tue le cheval» sont à prendre au sérieux et pèsent tout autant dans la balance que les capacités équestres du cavalier. Si le cheval est en bonne forme physique et s’il est entrainé de façon adéquate par rapport à sa posture corporelle, les cavaliers disposent de plus de marge de manoeuvre en ce qui concerne leur poids. Il est de la responsabilité du cavalier de choisir comme partenaire un type de cheval adapté à son poids et à la discipline sélectionnée.
Thomas Frei
1 S. Dyson, A. D. Ellis, R. Mackechnie-Guire, J. Douglas, A. Bondi, P. Harris (2019): «The influence of rider:horse bodyweight ratio and rider-horse-saddle fit on equine gait and behaviour: A pilot study.»
2 G. J. Stefansdottir, V. Gunnarson, L. Roepstorff, S. Ragnarsson, A. Jansson (2017): «The effect of rider weight and additional weight in Icelandic horses in tölt: part I. Physiological responses.» Animal (2017), 11:9, 1558–1566
3 V. Gunnarsson, G. J. Stefansdottir, A. Jansson, L. Roepstorff (2017): «The effect of rider weight and additional weight in Icelandic horses in tölt: part II. Stride parameters responses.» Animal (2017), 11:9, 1567–1572