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Dans les années 1823 et 1824, assombries par la maladie, Franz Schubert a conçu une forme nouvelle dans l’histoire du Lie ; il a composé un cycle de 20 pièces qui constituent un récit semblable à une nouvelle. Il y retrace l’histoire d’amour d’un jeune meunier à la sensibilité exacerbée, que la réalité déçoit cruellement. Ainsi l’action commence dans un climat idyllique et se termine dans une atmosphère sombre. Schubert a utilisé les vers de Wilhelm Müller (professeur au gymnase et bibliothécaire à Dessau) de manière étonnante : il a retenu le caractère ironique et parodique des « Papiers d’un Corniste itinérant » mais a supprimé les passages dont la sentimentalité lui paraissait surannée et ceux dont le ton bucolique raillait trop visiblement le style Biedermeier ; il a rapproché les épisodes qui retraçaient la triste histoire d’un jeune meunier en modifiant une partie des titres des Lieder.
Le cycle écrit pour une voix de ténor était destiné à l’amateur éclairé Karl Freiherr von Schönstein. Le registre grave domine, ce qui semble correspondre au timbre de la voix de Schubert. L’accompagnement est confié au pianoforte. En effet les notes médianes de cet instrument, qui sonnent de manière particulièrement chaude et distincte, sont souvent utilisées, alors que le registre aigu, plus clair voir parfois agressif, du pianoforte n’est pratiquement pas employé.
Les Lieder constituent vingt stations qui représentent les expériences d’un jeune homme face à sa première et douloureuse rencontre avec l’amour et la souffrance. Le cycle se termine de manière indéfinie : le jeune meunier se précipite-t-il dans l’élément liquide qui l’a accompagné tout au long de l’histoire sous la forme du ruisseau du moulin ? L’eau est en effet le symbole du changement incessant des choses. Comme dans une nouvelle, le héros se trouve confronté à une série de personnages : la capricieuse et coquette fille du meunier, le maître meunier, un chasseur qui apparaît dans un canon sur des sonneries de cor. A la fin du cycle, aussi profondément blessé que le héros désespéré du « Voyage d’Hiver », le jeune meunier ne rencontre plus un seul être humain.
Le caractère simple et parfois populaire de la « Belle Meunière » n’est qu’apparent. De la première à la dernière mesure, le cycle recèle une profusion de raffinements rythmiques, mélodiques et contrapuntiques, même dans les chants strophiques les plus simples. Cette musique évite pour ainsi dire tout accent violent ; l’essentiel réside dans la subtilité.