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Régis Brouard a emmené sa petite équipe de Quevilly (3e division) en finale de la Coupe de France 2012 après avoir notamment battu l'OM de Didier Deschamps, l'actuel sélectionneur français. Il raconte comment on fait.
Dites-nous, coach: comment fait-on un exploit? D’abord, il faut avoir une bonne lecture individuelle et collective de l’adversaire. Lors de cet Euro 2020, le sélectionneur de l'équipe de Suisse devra se demander ce qu’il va mettre en place pour contrer cette équipe de France. Ensuite, il devra convaincre ses joueurs que son plan fonctionnera.
Ce qui nécessite des talents d’orateur, non? Un peu. Mais il faudra aussi savoir le démontrer visuellement, en projetant des séquences vidéos sur lesquelles les Bleus sont en difficulté. Cela peut être la gestion du second poteau sur les balles arrêtées. Vous montrez les images tout en les commentant. Si vous êtes convaincant, vous mettrez vos joueurs en confiance.
Et réduirez la menace adverse. Il ne faut surtout pas «dramatiser» l'équipe d'en face. Les joueurs lisent la presse, les réseaux sociaux, écoutent les émissions. Ils savent, et on le sait tous, que l'équipe de France a des joueurs talentueux. Si le coach en rajoute sur les qualités adverses, c’est fini, terminé.
Le sélectionneur de la Suisse n’est pas un expert en communication. Est-ce grave? Certains techniciens vont directement à l’essentiel et ont fait de grandes carrières comme ça. Il s'agit simplement de trouver les bons ressorts motivationnels. Plusieurs joueurs suisses ont très peu joué avec leur club cette saison. J’irais vers eux en leur disant: «Notre salut va venir de vous, c’est le moment de montrer contre une grande nation que vous êtes capables de faire de grandes choses».
Cette équipe de France, auriez-vous eu une chance de la battre en 2011-2012 avec Quevilly (3e division)? On a éliminé l’OM et Didier Deschamps était sur le banc.
Vous insistiez à l’époque pour que votre équipe joue son jeu avant de tenir compte de celui de l’adversaire. C’est vrai. On avait des principes bien définis, chaque joueur savait ce qu’il avait à faire et on s’est vachement appuyé là-dessus, mais on s’intéressait quand même aux équipes que l’on affrontait. Lors des préparations de match, je ciblais toujours 3-4 choses chez notre adversaire sur lesquelles on pouvait les emmerder. D'ailleurs les matches qu’on a gagnés, c’est en exploitant les failles qu'on avait décelées avant le match.
Petkovic aussi souhaite que son équipe fasse le jeu. Le problème, c'est que si la Nati perd le ballon à 30m du but adverse face à des joueurs talentueux, tout va très vite ensuite. C’est le risque face à une équipe comme la France. Exactement. C'est pour cette raison que je ne conseille pas à la Suisse de jouer comme elle en a l'habitude. Mais. (il insiste et répète). Mais: il ne faut pas passer d’un extrême à l’autre: si vous êtes habitué à jouer et que vous refusez soudain le jeu, vous allez vous faire punir. Il y a un juste milieu à trouver.
Par exemple en mettant un 6 et deux 8 avec un milieu offensif en soutien d'un attaquant? Ça peut être la solution, parce qu’il faudra gérer Griezmann si la France joue en 4-2-3-1. Mais la Suisse devra surtout réussir à faire douter les Bleus, parce qu'ils n'aiment pas trop ça.
À partir de quel moment sent-on que l’exploit est possible dans un match? Il y en a deux: le premier intervient après une demi-heure. Parce que durant les 30 premières minutes, les joueurs sont dans leurs petits souliers. Ils craignent l'adversaire, n'osent pas trop prendre de risques. Soudain une action arrive, puis une autre, un coup de pied arrêté est dangereux, et ils se rendent compte que c'est jouable.
Et le deuxième moment? Après une heure de jeu. Si le score est toujours de 0-0, ou de 1-0 en faveur de l'équipe d'en face, il se passe quelque chose. Les gars s'aperçoivent que la qualité de l'adversaire a été exagérée.