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Le grand désert blanc - la banquise - est comme une vache. La naissance d’un iceberg s’appelle un vêlage. Le glacier qui produit l’iceberg est comparé à une bonne mère bovidée, une vache qui met bas son veau. La comparaison s’arrête là car le veau en question n’a qu’une petite tête au-dessus de l’eau et de grandes pattes écartées en dessous.
Il semble que le Titanic, qui a fait naufrage il y aura cent ans dans trois jours, ait foncé machines avant toutes dans une région de l’océan où depuis le matin du 14 avril 1912 de grands icebergs avaient été signalés à plusieurs reprises. La prudence aurait dû inciter le commandant à ralentir. Plusieurs causes se sont additionnées pour donner une telle ampleur à ce naufrage. L’erreur humaine fait partie de ces causes. L’accident ne peut donc être totalement écarté.
A propos des icebergs leur présence est habituelle au sud du Groenland et au large du Canada. Plusieurs glaciers actifs en produisent régulièrement. Ces «montagnes de glace» dérivent au sud portées par les courants ou poussés par le vent. On parle de voilure pour désigner la partie émergée, celle qui offre une résistance aux vents.
Les grands icebergs ont une durée de vie de plusieurs années. Ils sont aujourd’hui observés par satellites, par les radars des bateaux et par une patrouille aérienne dédiée. Mais la sécurité ne peut être absolue: les satellites ne distinguent que les plus grands d’entre eux, les radars peuvent être gênés, et ils bougent. L’oeil humain reste indispensable. Pour autant qu’il soit en mesure de voir loin. En cas de grosse vague, de forte houle, un iceberg peut être soustrait à la vue du marin. La navigation requiert donc la connaissance du plus grand nombre d’informations, de la météo, et de l’estimation humaine du danger. Quand on sait que les 7/8èmes de la glace sont sous l’eau et s’étendent de côté, l’anticipation est indispensable.
Différents moyens ont été tentés pour rendre ces icebergs moins dangereux. On les a peints en rouge pour les rendre plus visibles, mais la peinture ne tient pas. On a bombardé les plus grands mais la fragmentation multiplie le danger en en créant de plus petits plus nombreux. Aujourd’hui on sait qu’il faut les laisser fondre à leur rythme et anticiper leur présence par une bonne observation et information.
En tous temps le risque de l’erreur humaine reste. Le naufrage récent du Concordia semble en être aussi la conséquence. On apprend du passé, puis on oublie. La plus haute technologie reste dépendante du facteur humain. Certes le Titanic avait des faiblesses dans sa conception et aujourd’hui les paquebots sont construits avec des compartiments réellement étanches, et disposent souvent une double coque.
Le gigantisme reproché suite au naufrage du Concordia n’est par forcément en cause. Un article paru dans le Science et Vie de ce mois cite Paul Tourret, directeur de L’institut supérieur d’économie maritime. Selon lui plus un paquebot est gros moins il a de chances de sombrer. Les raisons économiques du gigantisme (moins de charges, plus de recettes) ne se doublerait donc pas automatiquement par un accroissement du risque. Mais en cas d’accident, toujours possible, le coût en vies humaines et en argent est évidemment augmenté. En pleine mer, l'évacuation du Concordia aurait probablement été bien plus dramatique.
L’humain est comme il est. Le fait de prendre des risques pour réaliser une performance fait partie de lui. C’est un moteur d’inventivité et d’évolution. Quand celui qui prend des risques a des milliers de gens sous sa responsabilité, on attend de lui que le risque pris soit le plus faible et le plus sécurisé possible. Mais un des principes du risque n’est-il pas entre autres de braver les règles de sécurité?
(Image 1: vroum52.com; image 2: Nasa. Cliquer pour agrandir)
Puisque l’on est dans les océans, voici une jolie simulation informatique des courants océaniques sur toute la planète, réalisée par la Nasa et nommée «L’océan perpétuel»:
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