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Les données ESG sont souvent moins bien considérées que les indicateurs financiers traditionnels.
En matière d'investissement durable, la question qui revient le plus souvent est de savoir quand les données seront suffisamment bonnes. Selon qui l'on est et ce que l'on veut faire de ces données, l'expression «suffisamment bonnes» peut signifier différentes choses: des données plus complètes ou plus fiables, mesurées de manière cohérente, clairement définies, comparables, auditées, réglementées, financièrement importantes ou encore pertinentes en termes d'impact.
Etre certain d'investir dans des entreprises durables – et de générer des résultats financiers – tout en étant capable de mesurer l'impact (positif ou négatif) que ces sociétés ont sur le monde, voilà tout le défi à relever pour les investisseurs durables. Un défi de taille.
Les données ESG sont apparues quand le MSCI ESG Ratings a été lancé en 1999, l'initiative Trucost Carbon Intelligence en 2000 et le Bloomberg ESG Solutions en 2006. Même l'expression «intégration ESG» n'est apparue qu'en 2005, un an avant le lancement des Principes de l'investissement responsable (PRI) des Nations Unies. Ainsi, les investisseurs investissent en fonction de leurs objectifs non financiers en menant leur propre recherche et en prenant des décisions basées sur les connaissances dont ils disposent.
Aujourd'hui, la plupart des entreprises publient des rapports de durabilité, les investisseurs ont à leur disposition de nombreuses données ESG et le marché de l'alternative data explose, en particulier dans le domaine du traitement du langage naturel et des données géospatiales. Par rapport au début des années 2000, nous sommes submergés de données et la réglementation devrait entraîner la publication d'un nombre incalculable de rapports d'entreprise dans les prochaines années.
Aujourd'hui, nous sommes donc capables comme jamais auparavant de prendre des décisions plus éclairées. Mais trop de données pourrait aussi créer un nouveau problème pour les investisseurs, à savoir, comment identifier les indicateurs les plus importants dans cette avalanche de données?
Les données environnementales et sociales sont souvent mal considérées par rapport aux informations financières. Pour justifier la supériorité de ces dernières, les critiques citent les normes comptables internationales, les règles de cotation en bourse, les exigences réglementaires pour les états financiers devant être audités et les lourdes sanctions en cas de fraude comptable.
Mais les données financières ne sont pas parfaites non plus. Il existe suffisamment de cas de fraude comptable pour savoir que si les entreprises veulent dissimuler des informations, elles le font, et souvent en toute impunité. Car nous n'entendons parler que des cas qui ont été révélés.
Certes, il est plus difficile de mesurer un aspect environnemental ou social qu'un flux de trésorerie. Sachant que les définitions de mesure diffèrent et que de nombreux indicateurs environnementaux sont par nature intangible, les erreurs et les incohérences sont probables et la comparaison entre différentes entreprises est difficile.
Les investisseurs durables sont confrontés à des données imparfaites depuis des années. Ceux qui peuvent exploiter ce type de données environnementales et sociales ont un avantage sur ceux qui attendent qu'elles deviennent parfaites. Déterminer quelle quantité de données est «suffisante» dépend de la mesure dans laquelle une stratégie d'investissement s'engage à incorporer les questions liées à la durabilité et à l'impact, et à communiquer à ce sujet.
Les investisseurs minoritaires sont toujours confrontés à la difficulté de ne jamais tout savoir sur un investissement, de sorte qu'ils doivent formuler des estimations et des hypothèses pour prédire les performances futures d'une société en portefeuille. Cela vaut pour l'investissement classique comme pour l'investissement durable.
Cependant, les attentes en matière de données et de stratégies ESG semblent parfois irréalistes: pourquoi les gérants de fonds durables «controversés» sont-ils davantage critiqués que les gérants ayant reçu un avertissement sur bénéfices pour l'une de leurs participations? Dans la mesure où les données financières sont jugées supérieures aux données ESG, l'inverse devrait être vrai!
Finalement, qu'elles soient financières ou non financières, les données ne sont qu'un outil pour la prise de décision. C'est leur interprétation qui importe surtout. Vouloir prédire l'avenir signifie, par définition, que certains s'y tromperont.
Nous ne devons pas perdre de vue l'objectif de l'investissement durable : canaliser les capitaux dans des activités économiques durables, en investissant dans des entreprises durables qui généreront des performances financières et auront un impact positif sur le monde. La collecte de données n'est pas l'objectif final en soi, et la quête de données parfaites ne doit pas être une excuse pour ne rien faire.