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Petite histoire de la sexualité en URSS, plongée dans l'intimité d'un peuple
Adoptant un ton désinvolte et légèrement sarcastique, la réalisatrice Inara Kolmane, elle-même d'origine lettone, explore la sexualité aussi secrète et mouvementée qu'ignorée par des autorités pudibondes au temps de l'Union soviétique.
Pour les premiers communistes, l'un des principaux postulats était l'égalité hommes-femmes. Les changements devaient toucher tous les aspects de l'existence, estimaient-ils, et les corps n'échappaient pas à cette logique de mise en commun, raconte le documentaire.
Un tourbillon de récits et d'archives
Après la Révolution de 1917, des gens manifestaient nus avec une écharpe portant l'inscription "à bas la honte". La loi avait totalement libéralisé le divorce et, par commodité, il était possible de se marier dans l'heure. L'avortement était quant à lui utilisé comme principal moyen de contraception.
Des excès d'Octobre à la chute de l'URSS en 1991, en passant par la chape de plomb stalinienne, le documentaire livre un tourbillon de récits et d'archives fascinants, une riche succession chronologique d'anecdotes tantôt dramatiques, tantôt croustillantes, qui éclairent d'un jour nouveau la vie intime au-delà du rideau de fer.
Pour Lénine, la libération sexuelle était une perte d'énergie et desservait la Révolution
"Beaucoup de choses ont été possibles au moment de la Révolution, parce que la priorité était d'organiser le travail et l'économie. Les questions de moeurs étaient alors secondaires", relève l'historienne Magali Delaloye, interrogée par la RTS. "Le documentaire donne beaucoup d'importance au mouvement qui prônait la libération sexuelle alors qu'il était en fait extrêmement minoritaire", estime la spécialiste de l'Union soviétique et du genre.
Car si Lénine voulait bien accorder des droits politiques et un accès au marché du travail aux femmes, c'était plus dans un souci d'émancipation au service de l'Etat que pour favoriser leur épanouissement personnel au sens où on l'entend aujourd'hui, précise la chercheuse de l'Université de Lausanne.
Une égalité... sur le papier
Dès que la société a été stabilisée, Staline est d'ailleurs revenu à des idées plus conservatrices en interdisant l'homosexualité en 1934, en durcissant la loi sur le divorce en 1935 et en interdisant l'avortement en 1936.
Je savais démonter un fusil automatique, mais l'éducation sexuelle, il n'y en avait point du tout
"A partir de là, les Soviétiques vivront dans une certaine hypocrisie avec une société très planifiée qui ignore le sexe, mais qui ne peut pas empêcher les gens de vivre leur vie", note la chercheuse. L'avortement sera d'ailleurs à nouveau légalisé en 1955 en URSS "pour des raisons pratiques".
Quant au principe d'égalité cher à la Révolution, il ne cessera jamais d'exister, du moins sur le papier. "Même si des crèches ont été ouvertes pour permettre aux femmes de travailler, l'Union soviétique n'avait pas beaucoup de moyens. Elles n'ont pas tardé à péricliter et c'est retombé sur les femmes qui ont dû assumer une triple journée, au service du travail, de la famille et du parti", rappelle Magali Delaloye. Et de conclure: "Si certaines avancées ont eu lieu en termes d'égalité, elle a été loin d'être totalement acquise".
>> Ecouter l'entretien avec l'historienne Magali Delaloye dans Histoire vivante:
Juliette Galeazzi
* "La double vie - Petite histoire de la sexualité en URSS", diffusé dimanche sur RTS Deux à 21h00 et disponible en ligne jusqu'au 12 février.
Publié le 13 janvier 2018 - Modifié le 16 janvier 2018