Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07052.jsonl.gz/129

Tous les commentaires, tous les textes en voix off qui accompagnent le film (par la voix de l’acteur Samuel L. Jackson) sont directement tirés du livre de J. Baldwin. Raoul Peck a choisi parallèlement de présenter des images d’interviews dans lesquelles l’écrivain lui-même parle d’une Amérique qui a gardé les traces agressives d’un racisme séculaire. I Am not YourNegro rappelle aussi, à travers des documents d’archives, les vies et les assassinats de trois amis de Baldwin : Martin Luther King Jr., Malcolm X et Medgar Evers (membre de la National Association for the Advancement of Colored People).
Nominé en janvier dernier pour l’Oscar du meilleur documentaire et Prix du Public (documentaire) au dernier Festival de Berlin, I Am not Your Negro se présente comme sorte de «collaboration posthume» entre un réalisateur et un célèbre écrivain. Ou comme une forme de narration qui intègre M. L. King, Evers, Malcolm X et Baldwin au cœur de l’histoire américaine. Un film qui est une plongée dans les problèmes racistes du pays, depuis la naissance du mouvement des droits humains jusqu’au monde d’aujourd’hui. Les problèmes de discrimination, d’intégration sociale, de suprématie blanche sont longuement évoqués. Dans un entretien télévisé James Baldwin pointe du doigt une Amérique conservatrice et affirme : «Si un Blanc proclame «donnez-moi la liberté ou la mort», il sera applaudi dans la monde entier. Mais si un Noir le dit, il sera appréhendé ici comme un criminel».
Le film s’articule en chapitres (Témoins, Héros, Pureté, Vendre du nègre, etc) et Raoul Peck les accompagne - en les utilisant comme toile de fond - de nombreuses et intéressantes séquences de films américains, du cinéma muet jusqu’à nos jours. L’écriture de I Am not Your Negro, qui mélange politique, histoire (avec ou sans H majuscule), vie intime et poésie parfois, est bien maîtrisée : les textes de Baldwin sont riches, les interventions de M. L. King, Evers et Malcom X importantes, et le montage de toutes ces séquences est parfaitement clair. Le recours aux détails réels et vécus est précis et les collages temporels s’intègrent bien.
Film sans concession, coup de projecteur assez cru sur les violences raciales anciennes et actuelles, rappel d’une tranche d’histoire, le documentaire de Raoul Peck reste en même temps un message d’espoir, une invite à remettre en question certains fondements d’une
problématique sociale: «L’histoire, rappelle d’ailleurs Baldwin, ce n’est pas le passé, c’est le présent».
Antoine Rochat