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L'opinion américaine a changé sur la loi démocrate depuis 2010: selon un sondage du Washington Post, la moitié des Américains préfèrent Obamacare au projet républicain (dit Trumpcare), qui n'a les faveurs que de 24% des personnes interrogées (archives).
KEYSTONE/EPA/MICHAEL REYNOLDS(sda-ats)
Le projet républicain de réforme du système de santé américain a été de facto coulé lundi par des sénateurs de la majorité opposés au plan dans sa forme actuelle. Ce refus marque un nouvel échec pour Donald Trump.
L'examen de cette réforme, promise depuis sept ans par les républicains et par Donald Trump durant sa campagne électorale, avait déjà été repoussé deux fois, en juin puis cette semaine en raison de l'absence du sénateur John McCain, au repos chez lui après une intervention chirurgicale.
Lundi soir, deux sénateurs républicains ont donné le coup de grâce en annonçant qu'ils voteraient contre la énième mouture élaborée par les chefs de la majorité. Ces derniers ont tenté en vain de concilier les factions conservatrices et modérées du parti.
Au total, quatre des 52 sénateurs républicains ont déclaré leur opposition, alors qu'au minimum 50 voix étaient requises.
Abroger sans projet
Donald Trump, dans un tweet, a demandé aux parlementaires d'adopter une solution radicale de rechange: abroger totalement Obamacare, la loi emblématique de Barack Obama sur la couverture maladie, en remettant à plus tard l'élaboration d'un hypothétique remplacement.
"Les républicains devraient juste abroger Obamacare maintenant et repartir de zéro pour élaborer un nouveau plan sur la santé. Les démocrates se joindront à eux!" a-t-il écrit. C'est presque ce qu'a annoncé dans la soirée Mitch McConnell, le chef de la majorité sénatoriale, qui a confirmé qu'il jetait l'éponge sur la proposition de loi élaborée péniblement depuis plusieurs mois.
A la place, les sénateurs voteront "dans les prochains jours" pour abroger des éléments centraux de la loi démocrate de 2010 avec un délai de deux ans, comme ils l'avaient fait en 2015, quand Barack Obama était encore à la Maison Blanche et avait mis son veto.
Mais ce plan B, à moins de rebondissements, pourrait in fine relever du baroud d'honneur. Il est en effet peu probable que les républicains modérés qui ont contribué à torpiller la réforme approuvent une abrogation sans filet de secours immédiat pour les millions de personnes qui ont eu accès aux soins grâce à Obamacare.
Grand écart
Le 45e président étasunien, qui n'a inscrit aucune grande loi à son bilan depuis son entrée en fonction, avait prévenu: en cas d'échec, "je serais très fâché". Mardi, il a accusé les démocrates d'en être en grande partie responsables. "Tous les démocrates nous ont laissé tomber et quelques républicains. La plupart des républicains ont été loyaux, formidables et ont travaillé très dur. Nous serons de retour!", a-t-il twitté au petit matin.
Les républicains avaient pourtant réduit leurs ambitions pour tenter de tenir leur promesse électorale. Ils avaient remisé tout projet d'abroger totalement "Obamacare", se contentant d'annuler certains éléments de la loi de 2010, comme l'obligation individuelle de s'assurer, tout en conservant d'autres aspects populaires, notamment des aides individuelles, certes réduites, aux ménages les plus modestes.
Ce grand écart, in fine, n'a satisfait personne. Les conservateurs dénonçaient un "Obamacare light", tandis que les républicains modérés, inquiets de l'impact potentiel de la loi dans leurs Etats, refusaient de couper l'herbe sous le pied de leurs populations les plus vulnérables.
L'opinion a changé
Aucun stratège républicain n'imaginait que la promesse soit si difficile à tenir et occupe encore le Congrès à l'été, presque six mois après l'investiture de Donald Trump.
"Au lieu de reprendre le même processus partisan, les républicains doivent repartir à zéro et s'entendre avec les démocrates", a déclaré Chuck Schumer, chef de file des sénateurs démocrates.
L'opinion américaine, de son côté, a changé sur la loi démocrate depuis 2010: selon un sondage du Washington Post, la moitié des Américains préfèrent Obamacare au projet républicain, qui n'a les faveurs que de 24% des personnes interrogées.
ATS