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En 1861, Daniel Borloz, charpentier, originaire des Ormonts-Dessous,habitant Bramois, est chargé par la Bourgeoisie, présidée par Jean-Philippe
Bruttin, régent, de construire une scierie à Loye, sur l’emplacement de
l’ancienne dont aucun document nous en donne description. Nous connaissons son usage antérieur par les dates inscrites sur les chalets construits en madriers sciés, tant en montagne qu’en plaine et par le sciage des bois pour la construction de l’école de Loye en 1839
L’existence d’une scierie communale paraît ne pas être aussi ancienne que
celle de la forge du Nézot, signalée en 1616 et des moulins de Lytravers en
activité avant 1644. Il faut se rappeler que les scieurs de long installaient de
tout temps leurs « bambaneuses » sur les chantiers de constructions et que
les chemins de montagne n’étaient pas conçus pour permettre des transports
d’aller et retour des lourdes pièces de bois. Ces situations ont certainement
reporté la construction d’une scierie communale au début du XIXe siècle.
La Bourgeoisie se charge, pour la nouvelle scierie de 1861, de conduire sur
place le bois nécessaire dans les dimensions spécifiées en pied pour les
longueurs et en pouce pour les épaisseurs utiles. Pour la couverture du toit,
sont utilisés les bois de la vieille scierie. La bienfacture de la construction est
fixée à 800 frs et l’achat des fontes et ferrements à 400 frs, dont la Bourgeoisie
prend à ses frais le transport de Sion à Loye.
Le charpentier Borloz reçoit en outre 3 sétiers de vin ordinaire, 40 deniers de
fromage, 6 fichelins de fruits et se réserve le ferrement de la vieille scierie.
En cours de construction, la Bourgeoisie livre à Borloz des bois en acompte de
son salaire, alors que celui-ci, obtient du syndic des acomptes successifs, à tel
point qu’il est payé à double. Le Syndic, Neurohr Joseph, ainsi grugé, demande
au charpentier-scieur le remboursement des sommes reçues en sus. Devant la
sourde-oreille de celui-ci, le président Jean-Philippe Bruttin séquestre les bois
et l’invite à une séance de conciliation à Sierre auprès du juge de district,
Modeste Germanier de Granges. Après une heure d’attente, l’intimé ne
comparaît pas. Le juge délivre au président Bruttin la non-conciliation et lui
accorde la séquestration des bois et la prise de possession.
L’entretien et le bon fonctionnement de cette scierie nécessitaient une certaine
expérience pour éviter des dérèglements et la mise hors service des
installations. Les personnes aptes à réparer cette mécanique rudimentaire et
délicate de fonctionnement, devaient être recherchées en dehors de la
commune et même de la région.
Au printemps 1863, Michel Roh de Conthey, s’était engagé à faire des
réparations pour un prix forfaitaire de 140 frs. A la suite de l’inexécution de
celui-ci, une convention est signée, le 23 avril 1863 à la pinte Vallotton à
Granges, pour le même prix avec Victor Bonvin à Lens et Eugène Gillioz à
Granges. Le 9 août 1863, ces eux personnages renoncent à leur tour à ces
réparations et la Bourgeoisie accepte la résiliation pure et simple du contrat.
Le même jour, une convention est signée avec Samuel Reichenbach, scieurmenuisier, originaire de Saanen BE, pour 5 ans. Cette convention nous
renseigne sur les conditions de cette location.
Reichenbach s’engage à :
– faire les réparations nécessaires, entretenir et assurer le bon fonctionnement de la scierie
– desservir convenablement et personnellement toute la commune
– ne pas sous-louer
– scier les bois en laissant les billons entiers, c’est-à-dire, les planches ne
sont pas détachées de la bille pour faciliter le transport et éviter tout soupçon de démolument.
– Il est autorisé à prendre un modique « queneau »1, u’il ne peut vendre à
des non-bourgeois
– Il percevra pour le sciage 5 cts par toise de six pieds de roi de taille
courante pour les bourgeois et le double pour les autres habitants.
La Bailleresse fournira les pièces de fonte pour mettre « la scierie en engrenage » et assurer ainsi un avancement plus régulier.
Le prix de location annuelle est de 15 frs, payable la première fois le 1er janvier
1864. Samuel Reichenbach se réserve, pendant qu’il répare la scierie, d’habiter
une chambre de l’école de Loye quand la classe est en plaine, pour 40 frs l’an.
Cette convention d’importance est signée par le président Pierre-Joseph
Bürcher, deux anciens présidents Gaspard Rossier et Jean-Philippe Bruttin et
du notaire Joseph Neurhor.
Plusieurs chalets ont été édifiés à Loye et Erdesson par le menuisisr-scieur
Samuel Reichenbach. Pierre-Joseph Bürcher fit construire au Coujon-Loye un
grenier en madriers de belle facture sur des caves voûtées et salles en
maçonnerie en 1864/65. Aujourd’hui cette belle et unique bâtisse en son genre
est la propriété d’Aristide Morard à Loye.
Samuel Reichenbach n’ira pas jusqu’au terme de son contrat. Désirant s’établir
à Sion, où il deviendra le fondateur de la fabrique de meubles Reichenbach, en
amont de Sion, sur la Sionne, il propose au Conseil bourgeoisial, Joseph
Zemp, tonnelier de Haebach, Lucerne, habitant à Réchy. Les conditions de
location sont reprises, sans modifications, le 24 mai 1866, auxquelles, Pierre4
Joseph Bürcher et Joseph Neurohr demandent à Zemp de servir
personnellement et de soigner la scierie en bon père de famille. Pour protéger
la grande roue de la chaleur, il doit en outre construire une « chambre » au
couchant de la scierie et réparer le toit. La location annuelle est fixée à 30 frs.
En 1875, une convention de location est signée avec Joseph Liniger, maîtremécanicien
à Sierre, le 24 avril, pour un an avec renouvellement tacite si non
dénoncée 3 mois auparavant. Le président Udrisard Joseph-Marie et le
conseiller de Preux Antoine ne lui demandent pas de location. En
compensation, , il doit assurer les réparations usuelles et la bonne marche du
train de sciage. A défaut, une indemnité est demandée et les réparations
effectuées aux frais du scieur. Il percevra 6 cts, la toise courante pour les bois
résineux sciés pour les bourgeois et de 12 cts pour les bois durs. Le double
sera perçu pour les bois amenés p0ar les non-bourgeois.
En 1878, le scieur Mabillard Augustin débitera entre autre le bois nécessaire à
la couverture du toit de la cure. Il soumissionnera à plusieurs reprises un
contrat de location de 2 ans.
En 1880, Jean-Joseph Wellig, scieur de Grône, s’engage pour une location
annuelle de 69 frs, à faire marcher la scierie sans interruption lorsque l’eau est
disponible, sous peine d’amende de 1 fr par jour. Il perçoit 1 ct le pied courant
pour les résineux et 1 ½ ct pour les bois durs des bourgeois et le double pour
les bois des non-bourgeois. Il améliorera avec Jean Albasini et Atoine de Preux
les accès à la scierie.
En 1901 la Bourgeoisie décide de changer le train de sciage. A cet effet, le
Conseil Bourgeoisial se rend le 20 juillet à Lens, sur invitation de Jean-Baptiste
Kamerzin mécanicien, pour voir fonctionner les scies de Carreau qu’il avait
construites. Il accepte, pour 5 frs par jour plus un litre de vin, d’assurer la
reconstruction de la scierie de Loye avec promesse de travailler sans discontinuer.
Cependant le Conseil bourgeoisial commande, le 6 août 1901, pour 1850 frs à
la Fonderie de fer Fritz Baud et Cie à Ardon, arbres, pignons, paliers, crémaillère, rails, etc.
Mille sept cent cinquante kilos de pièces seront transportées, de la gare de
Granges à Loye, à dos de mulet. La mise en place et le réglage sont effectués par Kamerzin.
La vieille fonte est reprise par la Fonderie d’Ardon à 5.50 frs le quintal. Les
murs et aménagements en pierre sont confiéa à Benjamin Caloz, fabricant de
fourneaux en pierre ollaire à Réchy. Les outils de taille et autres pièces de
forge sont usinées par le maréchal de Grône à la forge communale du Nézot.
Jean-Baptiste Kamerzin sera le scieur qui étrennera cette nouvelle scierie,
moderne pour l’époque, durant les mois de septembre, octobre, novembre et
décembre 1901 et 1902.
En mai 1902, il convient avec le conseil bourgeoisial de la construction d’une
chambrette à l’est, pour le logement du scieur et d’une grue pour le
déplacement des bois.
Il renoncera en 1903 en faveur de Augustin Mabillard qui soumissionne pour
deux ans, à 200 frs de location l’an et aux nouvelles conditions dictées par le
Conseil Bourgeoisial, représenté par Maurice Torrent, président et Théodoloz Philippe, secrétaire.
Le scieur Mabillard percevra 4 ½ cts le mètre linéaire de bois de feuille et 3 cts
pour les résineux amenés par les bourgeois. Si ces derniers commercialisent
les bois, ils paieront le double comme les non-bourgeois. Il n’aura plus droit au
queneau traditionnel et devra scier en laissant les billes entières.
En 1905, Borloz César, reconnaît l’inventaire du 24 mars 1903 et scie jusqu’en
1908. A cette date Jean-Pierre Morard, le remplace. A la suite de plaintes
réitérées sur le manque d’eau en octobre et en novembre, restées sans
réponses, il démissionne pour raison de santé.
Nouvelle réfection du train de sciage et de la mécanique d’entraînement
confiée en 1910 à Rath G., mécanicien à Bramois, qui installera aussi une scie
circulaire. Les courroies de transmission sont commandées à Emile Perrot à
Bellegarde France, par son bureau de vente à Genève.
Les locataires vont se succéder. Chaque deux ans c’est un nouveau nom qui
soumissionne ou se fait prier pour louer selon l’état de bon ou mauvais
fonctionnement. Les difficultés d’entretien et d’usure sont considérables et
fréquentes. Les réclamations des scieurs, restées nombreuses sans réponses,
les découragent. L’intermittence du débit de l’eau du bisse, les mois d’été
surtout, interrompait le sciage, compliquait la bienfacture des pipces à débiter,
rendait toute promesse de délai aléatoire.
En mai 1910, Pasquettaz Aristide d’Itravers, ne respecte pas la convention
établie le 14 février. L’eau est en suffisance et les propriétaires des bois
attendent le sciage. Le Conseil bourgeoisial le fait surveiller et verbaliser par le
garde-champêtre Zufferey.. Une amende de 5 frs par jour lui est notifiée. Sur
quoi Pasquettaz s’oppose et rétorque qu’il attend toujours que les réparations
réclamées plusieurs fois, soient effectuées. Le Conseil admet ses
revendications et annule le procès-verbal.
La crémaillère, la bielle et les engrenages sont remis en état par le maréchal
Joseph Rossier à Granges et les autres réparations effectuées par Camille Ravaz.
Pasquettaz Aristide louera encore la scierie en 1919 pour 370 frs par an.
Gillioz Henri, qui habite avec sa famille à Loye, est fréquemment appelé à faire
du sciage temporaire et à remplacer les scieurs défaillants. En 1919, la facture
de ses journées n’est honorée que partiellement par un rabattement du prix de
l’heure estimé exagéré par le Conseil Bourgeoisial.
En 1933, un nouveau et dernier scieur, Neurohr Emile, accepte les conditions
de location et reconnaît en avril, l’inventaire établi par le vice-président Maurice
Allégroz et le syndic Vogel Joseph-Auguste. Les réparations ne dépassant pas
30 frs sont à sa charge. Il perçoit 8 cts le mètre courant des bourgeois et 12 cts
des non-bourgeois.
Le 17 décembre 1933, l’Assemble bourgeoisiale décide de la vente de la
scierie. Déjà autorisée par le Conseil d’Etat le 5 juillet 1933, l’enc hère publique
n’a lieu que le 4 août 1935. Elle est rédigée par Pierre Devanthéry, notaire et
présidée par Eugène Théodoloz, accompagnée du conseiller Maurice Allégroz,
secrétaire.
Les conditions de vente précisent :
1.- La scierie et le terrain sont vendus avec toutes les installations
indispensables et les accessoires, mobiliers tels qu’ils existent actuellement,
tels que décrits aux registre d’impôt, sans garantie de surface.
En ce qui concerne la force hydraulique faisant marcher la scierie, la
Bourgeoisie, venderesse expose qu’elle a de tout temps utilisé l’eau du bisse
Morestel pour faire mouvoir la roue à eau de la scierie. Elle cède à l’acquéreur
les droits qu’elle a pu acquérir elle-même à cette utilisation, sous réserve des
droits de la Municipalité, propriétaire du bisse Morestel.
2.- L’acquéreur s’engage à maintenir la scierie en exploitation pour autant que
la force hydraulique est en sa possession et cela sous peine d’une pénalité de
200 frs à payer à al Bourgeoisie, en cas de chômage prolongé et d’interruption
anormale.
3.- La mise à prix est fixée à 1000 frs. Le prix de vente, garanti par inscription
hypothécaire légale, est payable dans le terme de 10 ans, avec intérêts 5 % .
Elle est adjugée à Emile Neurohr, vice-juge, pour le prix de 2040 frs. Se portent
cautions solidaires son frère Camille Neurohr et le conseiller Adolphe Bruttin.
Le nouveau scieur reconnaît l’inventaire de la scierie, établi en avril 1933 par
Joseph-Auguste Vogel, syndic et Maurice Allégroz, vice-président.
Cette vente est homologuée par le Conseil d’Etat seulement le 17 janvier 1939.
Emile Neurohr scie à façon pour les particuliers surtout pour les habitants des
villages de la montagne dès 1933. Il achète les bois de service des particuliers
ou de la Bourgeoisie. Il les choisit, en connaisseur avisé, en forêt, mais le plus
souvent à Itravers où les bois, « flottés » en hiver par le dévaloir de la Barre, ou
traînés sur la route du val de Réchy, sont déposés, dans les prairies. De là, les
billes chargées sur un char, étaient acheminées à la scierie. Après sciage en
poutres ou en planches de menuiserie et une période de séchage, le bois
faisaient partiellement chemin inverse. Hissés sur une chargosse équipée
d’une puissante mécanique et tirée par un mulet, ces bois de service
descendaient l’ancienne route du Dentor, pour être livrés aux acheteurs au
Merdessonnet ou à la Croix-du-Pont.
Il fallait être courageux, persévérant et ne pas regarder sa peine, pour excercer
un métier aussi exigeant en prudence et en habileté, qu’en énergie et en savoirfaire.
Neurohr exploite la scierie jusqu’à son décès en 1964. Son fils Michel en est
l’héritier en 1978 et ne reprend pas l’exploitation. La scierie, livrée aux outrages du temps, se dégrade.
« Et c’était là, dans les entrailles de la scierie que naissaient nos habitats : en
madriers, en poutres, en chevrons, en sablières, en solives. Et en lambris ! Là
que l’oeil de l’artisan mesurait, cubait, créait, charpentait.
Chaque Grônard de ma génération y a laissé quelque chose de tendrement
aimé en ces lieux. En romantisme, en promesse ou en rêve. Comment
l’oublier ?
Et comment laisser une telle scierie disparaître de nos mémoires et effacer, du
même coup une page héroïque de notre histoire ? Ceux qui ont la charge de
sauvegarder notre patrimoine disposeront-ils de suffisamment d’amour et
d’obstination pour restaurer ce témoin du passé qui, mieux qu’un livre, nous
rappelle ce que fut hier le destin des hommes ».
Depuis les 1970, la Société de développement de Grône-Loye avait décidé de
sauver cet édifice historique du patrimoine communal et régional. Après
plusieurs tentatives infructueuses et toujours reportées, elle sollicite la
Commune qui l’achète en 1985. Celle-ci, le 28 avril 1988, nomme un comité de
restauration de 5 membres et lui assigne un cahier des charges. Composé de
MM. Couturier Michel, président de la SDGL, Zufferey Jean-Bernard,
conseiller, de Preux Joseph, Fischer Walter et Arbellay Charly. Ce comité
rapporte le 16 novembre 1989.
La scierie de Grône est construite en 1925 par Neurohr Daniel et Vogel Emile,
sur la propriété de ce dernier à la Croix-du-Pont. Vendue en 1929 à une
association composée de Torrent Maurice, Torrent Aristide et Ballestraz
Aristide, elle fera partie du patrimoine des enfants de Maurice Torrent, jusqu’en
1973.
Non exploitée depuis lors, elle tombe en ruine et est démolie. Sur son
emplacement Bernard Neurohr édifie, en 1993, une maison d’habitation.
Afin de ne pas laisser mourir le passé, elle sera restaurée et inaugurée en
1994.