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Ce visage gravé sur pellicule pour l'éternité. Incarnation d'une Jeanne d'Arc si souvent représentée au cinéma, mais rarement comme Dreyer en 1928. Le film s'appelle La Passion de Jeanne d'Arc et date de la fin du muet. Période où le genre se trouve en état de grâce dans le monde entier. Un métrage unique et incomparable, succession de gros plans et récit d'une passion vécue comme celle du Christ par son interprète. Renée Falconetti, justement. L'actrice d'un seul film. Après Dreyer, elle ne tournera plus. Pire, elle disparaîtra quasiment de la circulation. Un peu de théâtre - elle fut pensionnaire à la Comédie française - puis un départ pour l'Argentine au début de la Seconde guerre mondiale, en 1943. Pourquoi est-elle allée se perdre là-bas, s'interrogeait en 1992 le cinéaste Edgardo Cozarinsky dans un passionnant documentaire, Boulevards du crépuscule, où il partait sur les traces de l'actrice (ainsi que sur celles de Robert Le Vigan, autre grand exilé) dans une Buenos Aires où, on s'en doute, les archives la concernant ne sont pas légion? Je n'ai pas revu Boulevards du crépuscule, j'ignore même s'il existe en DVD ou sur le net, et ces imbéciles de moteurs de recherche, lorsque je tape son titre, m'orientent sans grande surprise vers Boulevard du crépuscule de Billy Wilder (Sunset Boulevard).
De Renée Jeanne Falconetti, née le 21 juillet 1892 à Pantin, et non à Sermano en Corse d'où sa famille était originaire, nous ne savons donc pas grand-chose. Selon wikipedia, elle se serait donnée la mort le 12 décembre 1946 au Brésil. Ses restes reposent dans un caveau familial, au cimetière Montmartre à Paris. Sa fille Hélène lui survécut et écrivit plus tard, en 1987, un livre sur sa mère, entremêlant son destin à celui de son propre fils, le comédien Gérard Falconetti (1949 - 1984), vu notamment chez Eric Rohmer et prématurément décédé à l'âge de 35 ans. Le livre est épuisé et je ne l'ai pas lu. Renée Falconetti, après son triomphe dans La Passion de Jeanne d'Arc, a-t-elle fait exprès de s'évanouir, de disparaître, de retourner à une sorte d'anonymat troublant qui la regarde elle seule? A-t-elle fui quelque douloureux secret, a-t-elle refusé les propositions d'un univers qui ne lui correspondait pas? Ces hypothèses sont gratuites et irréductibles. D'elle, il ne reste qu'un film, un chef d'oeuvre de 1928. Rien de plus, rien de moins.
La Passion de Jeanne d'Arc passe en ce moment aux cinémas du Grütli dans le cadre de la manifestation "Il est une foi", événement organisé en collaboration avec l'église catholique romaine.