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Pour des raisons essentiellement pratiques, le moine érudit et spécialiste en physique newtonienne va ériger sa société à Yverdon. «Non seulement, cette petite citée se situe au bout du lac de Neuchâtel, donc elle est facile d’accès par la navigation, mais encore les moulins à papier se trouvent dans le Jura, il est par conséquent facile de s’approvisionner», souligne Guillaume Poisson. Sans oublier qu’à la fin du XVIIIe siècle, Yverdon est une cité d’intellectuels. «C’est un lieu de rencontres et de passages, possédant une société économique ainsi qu’un cercle littéraire».
Une encyclopédie empreinte de protestantisme
Si De Felice commence par publier de nombreux ouvrages, notamment de littérature française et diverses traductions d'ouvrage à la mode, son plus grand succès consiste en la création d’une nouvelle encyclopédie. «Considérant les encyclopédies de Diderot et d’Alembert insuffisantes, car elles contiennent des erreurs et que la consonance protestante y est évincée, le scientifique crée sa propre Encyclopédie». Censurée en France et en Italie, cette œuvre magistrale comporte plusieurs particularités. «Réalisée par une trentaine de collaborateurs scientifiques venant majoritairement de Suisse, mais aussi d’Allemagne et des pays du Nord, cette entreprise est massivement suisse et pastorale», ajoute l’historien qui précise que les pasteurs suisses de cette époque étaient des historiens, naturalistes et scientifiques de premier plan.
Parallèlement à cette orientation protestante, De Felice y insère les dernières découvertes scientifiques, comme le paratonnerre. «Une autre originalité concerne Jean-Jacques Rousseau. Très à la mode, mais décrié et condamné, cet auteur est censuré en Suisse. De Felice qui connaît très bien ses œuvres réinjecte des parties de l’ouvrage Du contrat social notamment dans des articles sur l’esclavage et le gouvernement. Ainsi sans le savoir le lecteur de l’Encyclopédie accède à certaines thèses de Rousseau».
Tirée une seule fois à 3000 exemplaires entre 1770 et 1780, l’Encyclopédie va donner un coup d’élan monumental à l’entreprise du moine italien qui s’éteindra en même temps que son entreprise en 1788. L’Encyclopédie d’Yverdon sera diffusée en Suisse, en Allemagne, dans les provinces du Nord, ainsi qu’en France malgré la censure. Loin des clichés, «la Suisse au XVIIIe siècle est un lieu très stimulant pour les Lumières, que ce soit pour les sciences, la littérature, la presse, le théâtre ou encore la musique», relève Guillaume Poisson.