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La dépression économique sera douloureuse, mais le Vieux Continent se révèle étonnamment apte à relever de nouveaux défis.
L’économie mondiale d'aujourd'hui se résume à peu près ainsi: «L'Amérique ralentit, la Chine se stabilise et l'Europe court à sa perte.» Mais un résumé des tendances politiques mondiales soulignerait que les partis américains sont dans l'impasse, que les réformes chinoises s'essoufflent et que l'Europe a pris les décisions les plus courageuses depuis le lancement de sa monnaie commune.
Si le Vieux Continent semble se diriger vers une récession, il a également fait preuve d'une vision politique surprenante face à certains de ses défis les plus urgents. Ce n'est peut-être qu'une maigre consolation alors que les chocs inflationnistes et la hausse des taux d'intérêt provoquent une augmentation du chômage et du mécontentement populaire. Mais l'Union européenne pourrait être en bien meilleure posture pour gérer sa reprise.
En effet, les gouvernements européens ont soutenu huit trains de sanctions distincts contre la Russie, leur cinquième partenaire commercial. Il est aisé de dire, que l'invasion de l’Ukraine par Moscou n'a guère laissé de choix aux responsables politiques européens. Mais lorsque les chars russes se sont dirigés vers Kiev en février, rares étaient ceux qui auraient prédit que les 27 gouvernements de l'UE mettraient fin à leur dépendance vis-à-vis de la majeure partie du pétrole et du gaz provenant de l'Est. Encore moins auraient imaginé que les dirigeants européens s'assureraient un approvisionnement suffisant pour éviter le rationnement cet hiver.
Au milieu de ces bouleversements, l'Europe a choisi de revoir à la hausse ses objectifs déjà ambitieux de réduction des émissions de carbone. L'arrêt des importations d'énergie russe a entraîné une hausse temporaire de la consommation de charbon, mais l'Union européenne va achever cette année une législation qui fera plus qu'atteindre les objectifs de l'accord de Paris sur le climat, à savoir réduire les émissions de 55% avant 2030.
Aussi, Bruxelles a continué à promouvoir un programme de libre-échange, alors même que ses principaux partenaires commerciaux se replient sur eux-mêmes. Avec la guerre à leurs frontières, les dirigeants européens ont pris à partie leur plus important allié militaire pour son protectionnisme. Plus précisément, ils ont déposé des plaintes concernant la loi sur la réduction de l'inflation signée par le président Biden, qui, selon eux, sera discriminatoire à l'égard des importations de véhicules électriques. Plus près, l'UE continue d'insister pour que le Royaume-Uni respecte ses engagements commerciaux en ce qui concerne la circulation des marchandises en Irlande du Nord.
Tant les électeurs que les investisseurs semblent impressionnés par cette preuve de force politique. La popularité de l'UE a considérablement augmenté ces dernières années, puisque 72% des personnes interrogées dans le cadre d'un récent sondage Pew Research lui sont favorables. Ce chiffre comprend 78% en Allemagne, 89% en Pologne et même 68% au Royaume-Uni. Dans le même temps, les écarts de rendement obligataire montrent peu de signes indiquant que les marchés craignent un nouvel épisode de fragmentation de la zone euro dans le contexte actuel.
Rien de tout cela, n'atténuera le choc économique immédiat que représentent les prix élevés de l'énergie et la hausse des taux d'intérêt. La Commission européenne a elle-même réduit ses prévisions de croissance pour 2023 à 0,3%, ce qui représente une forte décélération par rapport au taux de 3,3% enregistré cette année. La prévision centrale est celle d'une récession, proche de -1%, bien que le résultat puisse dépendre fortement des températures hivernales et de savoir si les approvisionnements actuels en gaz seront suffisants pour éviter de nouvelles flambées des prix de l'énergie.
Mais l'Europe bénéficiera également d'un accord plus souple sur la politique budgétaire et monétaire que les interprétations strictes qui ont paralysé sa croissance et presque brisé la monnaie commune à la suite de la crise de la dette grecque. Une plus grande flexibilité en matière de déficits budgétaires et davantage d'outils pour stabiliser les marchés financiers représentent des progrès significatifs.
Le ralentissement à venir comporte des risques évidents pour la cohérence politique de l'Europe face à la crise. Les partis populistes d'extrême droite ont enregistré des gains notables lors des dernières élections. Le soutien aux partis anti-européens a diminué en Allemagne, mais la fin de l'énergie bon marché représente une perturbation massive du modèle économique du pays.
Malgré tout, les institutions européennes, lourdes et peu maniables, restent une cible facile pour les critiques qui les trouvent distantes, bureaucratiques et absurdes lorsque les documents officiels doivent être traduits dans 24 langues officielles. Mais c'est ce qui rend si remarquables son unité et sa cohérence récentes sur des questions difficiles comme les sanctions, le changement climatique et le commerce.
D'autres crises se profilent à l'horizon sur des questions sensibles comme l'immigration, le partage des charges et la sécurité. Mais l'Union européenne d'aujourd'hui sortira de la prochaine récession cyclique avec des institutions plus fortes et de meilleures perspectives de croissance.