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Toute œuvre littéraire est exploitable, et celle de Ramuz a connu les tentatives de récupération les plus diverses. Mais depuis les années 1930, c’est la droite conservatrice et patriote qui a étendu le plus efficacement son emprise sur elle. C’est sans doute parce que cette droite détenait les organes de réception et de diffusion des œuvres littéraires que sa vision s’est imposée. Il n’en reste pas moins que l’œuvre de Ramuz prêtait le flanc à une lecture à visée patriotique. Autant les thèmes récurrents que l’ancrage régional ont pu laisser croire que l’on avait affaire à une production qui servait les intérêts du pays. Plus problématique encore est l’image léguée à la postérité par son auteur, propice à l’établissement du culte posthume. Sans doute Ramuz n’a-t-il pas mesuré les effets combinés de son héritage multiple, qui ont conduit à faire de lui une figure d’investissement privilégiée des valeurs « nationales ».
Involontairement donc, Ramuz a préparé, à plusieurs égards, sa propre récupération ; or celle-ci pose problème dès lors que l’appréhension de l’œuvre en a été profondément modifiée. Sacralisée, elle devenait un monument intouchable et intimidant, ne se laissant pas approcher impunément, en particulier du point de vue critique et à l’échelle suisse.