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Au 16me siècle, du temps du Prince-Évêque Rudolf Blarer de Wartensee, les vignerons du village d’Ötlingen étaient contraints de livrer la dîme (le dixième de la récolte) à Porrentruy. Ainsi dans les caves du château de Porrentruy étaient encavés plus de 500’000 litres de vin chaque année, un travail immense compte tenu qu’il devait arriver aux caves par chars à chevaux ou à bœufs. Les Communes de Ötlingen, Eimeldingen, Efringen-Kirchen et Schliengen, toutes à vocation viticole déjà depuis le temps des romains, toutes ces communes faisaient partie du prince-évêché de Bâle dont la capitale était Porrentruy. Le prince-évêque possédait des parchets bien à lui sur la commune de Ötlingen au 16me et 17me siècle. Ce sont ces parchets qui actuellement sont en possession de Martin Buser qui vignifie ce blanc sous l'appellation contrôlée de "LA DÎME DU PRINCE-ÉVÊQUE". Nous ne savons pas quel cépage blanc était traditionellement utilisé à cette époque, les archives ne nous renseignent pas à ce sujet, les archives spécifient que vin rouge et vin blanc, mais certainement pas du Chasselas. Le cépage Chasselas fût introduit dans ces communes par le Markgraf Charles Frédéric de Bades, car il a fait ses études à Vevey en Suisse êt à son retour il a demandé aux viticulteurs de planter le cépage qu'il a rapporté du Canton de Vaud et qu'il a appris à aimer lors de ses virées d'étudiant ...
Il est certifé que le cépage Chasselas provient du nord de l'Égypte, du Nil moyen, de l'Oasis de "El Fayum", à 80 km au sud-ouest du Caire il y a 5000 ans déjà. Comment le Chasselas a trouvé le chemin de l'Égypte à la Savoie, au bord lémanique, au Valais ne nous est pas connu, peut-être que ce sont des chevaliers, des croisés au retour des croisades qui l'ont emmené avec eux au 9me et 10me siècle après JC. Mais nous savons que le Chasselas livre des vins fins et agréables, en plus c'est un cépage de raisin de table aussi beaucoup apprécié.
Le microclimat de la zone frontière trinationale de la pleine du Rhin est extrêmement ensoleillé (450 mm de précipi-tations), chaud et à moins de 300 m d’altitude, ce sont des vignes plus précoces que les vignobles suisses. Le sol argilo-calcaire de 5 m d'épaisseur confère aux cépages Chasselas un goût de terroir particulièrement prononcé avec un accent d’amandes grillées.
La Dîme du Prince-Évêque est un chasselas typé du terroir argilo-calcaire des vignes précoces de la région bâloises de l’ancien évêché sur la commune de Ötlingen. Ses arômes de noisette et d’amandes typiques en font un vin qui accompagne apéro, poissons d’eau douce, charcuterie, fromages frais et moments de convivialité. (11° vol.) CHF 12.50 / bout. à 75 cl
Il n'est pas du tout certain que les Rauraques, cette tribu celte qui habitait alors cette région géographique, faisaient de la viticulture, car il semblerait que ce ne soient que les Romains qui aient apporté la viticulture dans la région.
Les Romains, cela est certifié, ont cultivé la vigne au bord du Rhin, autours de leur site fortifié d'Augusta Raurica. Les vignes de Muttenz et de Riehen, de Haltingen et de Ötlingen semblent être les plus anciennes. Ainsi sur le territoire de l'ancien prince-évêché de Bâle ces parcelles portent de la vigne depuis plus de 2000 ans, une monoculture de ce type laisse des traces dans la qualité du sol.
Le territoire du prince-èvêché comporte outre les vignobles connus du Laufonais, de quelques emplacements sur le territoire actuel du Canton du Jura surtout les exclaves allemandes de Haltingen - Ötlingen, Effringen et Istein. Là encore de nos jours nous trouvons une région viticole très importante avec une surface viticole équivalente au Canton de Vaud. C'est de là surtout que provenait la quantité faramineuse de 500'000 litres de vin encavés au Château de Porrentruy représentant la dime (10%) due par les viticulteurs au prince-évêque. En outre la vigne de Ötlingen a livré durant des siècles son vin aux moines de Saint-Gall. C'est dans ces archives du prince-évêché et de celui du chapitre de Saint-Gall que l'on trouve les document relatifs à la viticulture jurassienne et celle de l'évêché de Bâle.
La qualité du vin pruduit à cette époque ne peut être comparé a ce qui se fait aujourd'hui et ceci pour de multiples raisons:
1. La méthode de culture doit être considérée comme anarchique. Aucune plantation en lignes, aucun système pour tenir les sarments, le feuillage et les grappes. Tout rempait plus ou moins sur le sol, ainsi les maladies de pourriture étaient fréquents et le travail manuel dans la vigne pénible.
2. Les degrés Oechsle correspondant au taux de sucre ne permettaient pas de conserver longuement, car le vin n'avait que de 7 à 9 ° Vol. d'alcool.
3. Les plants n'étaient pas selectionnés et bouturés, certains sarments ont simplement été enterrés pour permettre la formation de nouvelles racines.
4. La quantité produite dépendait de la météo de l'année, aucune restriction quantitative de la production n'est faite, ainsi certaines bonnes années il était aisé de produire 4 kg au mètre carré.
5. Dans les caves avec tous les ustensiles, contenants et presses en bois la prolifération de germes indésirés était à l'ordre du jour et le goût, la saveur et les aromes étaient régulièrement affectés par des taux d'acide acétique, les brettanomyces à composantes animales et phénolés et autres défauts gustatifs.
6. Chaque année les souches des levures naturelles étaient différentes, une fois plus aromatiques, d'autres fois moins ou même pas du tout. Ceci peut être encore constaté dans les procédés de fermentation pour les eaux-de-vies distillées, la damassine par exemple. Aujourd'hui la technique vinicole a à disposition des souches de levures typés qui permettent de conduire la fermentation exactement là où le producteur le désire.
Ainsi les remarques faites par des contemporains de cette époque n'ont aucune relation directe et indirecte avec les produits exclusifs produits actuellement sur ces parcelles.
Après la contamination par le mildiou et de la phylloxera en fin du XIXme siècle, les surfaces cultivées se sont réduites comme peau de chagrin et beaucoup de vignes seront arrachées.
Est-ce bien ou mal? Pour ma part je plaides pour un bien, car enfin ces sols avaient la possibilité de se régénérer et permettre aujourd'hui une culture mieux intégrée et plus respectueuse de l'environnement.
Pour les intéressés il existe un fascicule édité par Pro Jura qui fait le tour de la question et résume bien la situation bibliographique de cette époque.