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Une difficulté persistante des pays du sud semble coïncider avec le morcellement de la société, la fréquence des divisions, des conflits intérieurs et l’incapacité d’organiser un consensus autour de projets communs de grande envergure.
En Italie on parle du concept de « familialisme amoral » (amoral familism), à savoir une société dans laquelle le sens moral reste limité à la famille, au groupe des proches ou aux « amis », conçus comme un réseau fondamentalement en concurrence ou en conflit avec le reste de la société. C’est un concept un peu simpliste, mais intéressant, comme j’ai essayé de le montrer dans le chapitre « Réflexions » de ce blog. En principe on devrait parler de familialisme moral, comme forme particulière de moralité et de conception du bien collectif.
En Espagne, la famille semble jouer un rôle un peu moins important qu’en Italie, mais les intellectuels – tels Arturo Perez Reverte (v. article suivant) – parlent de « Caïnisme » : dans le sens de l’envie que chacun témoigne envers ses voisins ou envers les personnes plus fortunées. Selon Perez, qui cite d’autres auteurs, le but des espagnols ce n’est pas d’égaler les voisins plus fortunés, mais de les combattre, afin que ces derniers ne soient pas plus heureux que les autres.
L’image proposée est celle d’une société morcelée en groupes locaux luttant entre eux et toujours prêts à sortir les armes pour se combattre – avec un niveau de violence clairement supérieur à l’Italie.
Une image utilisée par exemple par le poète Antonio Machado, au début du XXe siècle. (https://www.researchgate.net/publication/279914839_Campos_de_Castilla_Una_mirada_Cainitica_sobre_Espana),
et qui se retrouve dans un dessein Francisco de Goya y Lucientes, el “Duelo a garrotazos” de la série des “peintures noires”: https://es.wikipedia.org/wiki/Duelo_a_garrotazos
Les deux paysans espagnols s’enlisent dans la boue, mais ils continuent de se donner des coups, sans pardon, avec leurs bâtons.
Le problème est lié au rapport des gens du peuple à l’Etat. Ni l’Italie ni l’Espagne n’ont connu beaucoup de gouvernements qui se sont réellement préoccupés des conditions de vie de la majorité de leurs sujets, ou des citoyen-ne-s, ce qui n’a pas encouragé l’émergence d’une conception plus large du bien public. L’Etat reste quelque chose en-dessus des « sujets »-citoyen-ne-s, et ces-dernier-ère-s se débrouillent comme il peuvent dans l’optique du « chacun pour soi ». Ou pour leur famille, ou leur groupe… : quelque chose de ce genre.