Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06953.jsonl.gz/1313

Et si les thérapies antivieillissement, bien qu'encore dans les limbes, permettaient bientôt à des individus dans la force de l'âge de vivre quelques années de plus. Juste assez pour pouvoir profiter d'une nouvelle génération de traitements, qui les maintiendrait à son tour vivants jusqu'aux techniques ultérieures, et ainsi de suite jusqu'à l'immortalité, ou presque ? On peut trouver l'hypothèse farfelue, ou ces considérations futiles. Aubrey de Grey, du Département de génétique de l'Université de Cambridge, l'auteur de ce scénario, juge au contraire que de telles hypothèses ne doivent pas être méprisées, ne serait-ce que pour ne pas être totalement surpris le jour ou elles se concrétiseraient.Dans la revue PLoS Biology, de Grey remet en question le discours prudent de beaucoup de ses confrères notamment les auteurs d'un ouvrage collectif dont il fait la critique selon lequel les progrès des thérapies antivieillissement ne seront ni suffisamment rapides, ni suffisamment décisifs pour bouleverser le cours de la vie (PLoS Biology 2004 ; 2 : 723-6). De Grey juge que rien ne permet d'exclure l'utilisation plus ou moins prochaine de stratégies de réversion du vieillissement cellulaire, même «sans percée conceptuelle nouvelle». Et surtout, il montre que des progrès biomédicaux permettant une diminution des taux de mortalité par âge supérieure à 2% par an pourraient conduire au scénario esquissé plus haut.En effet, si la diminution des taux de mortalité est assez rapide, tous les individus traités au-dessous d'une certaine limite d'âge ont une chance de gagner d'un seul coup de nombreuses années de vie. Il suffit pour cela que, grâce aux nouvelles thérapies, leur espérance de vie se stabilise à une valeur positive, avant de commencer à augmenter d'année en année. Comme la fusée qui parvient à échapper à la gravité, ces sujets auraient une «vitesse d'évasion» suffisante pour passer vivants le minimum de leur courbe d'espérance de vie. Cette dynamique mathématique est telle que «seules cinq ou dix années pourraient s'écouler entre la naissance du premier individu dépassant les 150 ans et celle du premier millénaire», observe le généticien.Si de Grey se montre volontairement alarmiste, c'est parce qu'il juge que la révolution de la longévité, si elle doit advenir, risque de se produire bien avant que les traitements soient accessibles. L'auteur imagine «une avancée», même «le succès d'un seul laboratoire», qui abolirait dans les esprits le caractère inéluctable de la mort, du moins à moyenne échéance, et qui donnerait à l'humanité déjà née l'espoir de multiplier sa propre longévité.De Grey imagine les conséquences probables d'une telle révolution de la pensée : de violents changements dans les valeurs et dans les choix individuels, susceptibles de déstabiliser l'organisation sociale ; la crainte de rater l'éternité de peu ; la lutte pour atteindre la «vitesse d'évasion», alimentée par un instinct de survie privé de la bride du réel ; la violence sans doute... Ainsi, la désagréable question de la longévité extrême ne serait pas si prospective que cela. Hélas, peut-être.