Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07155.jsonl.gz/325

La forêt de Bödmeren est l’une des 50 réserves de Suisse où la transition d’une forêt exploitée à une forêt vierge est étudiée à l’aide de méthodes scientifiques. En 1971, cinq hectares de cette forêt ont été placés sous protection avec arrêt de l’exploitation. Après plusieurs extensions, 463 hectares sont désormais protégés, soit une superficie équivalente à plus de 500 terrains de football. La forêt de Bödmeren est la propriété de la bourgeoisie du canton de Schwyz.
Le volume de bois a augmenté de 50 %
Depuis le dernier inventaire en 1974, le volume moyen de bois a augmenté de moitié, passant de 187 à 280 m3 par hectare. La tempête Vivian, qui a fauché de nombreux arbres également dans la forêt de Bödmeren en 1990, n’a pas interrompu cette tendance à la hausse. Celle-ci s’explique principalement par l’arrêt de l’exploitation et par la libre croissance des arbres qui en a découlé. Toutefois, dans le climat humide, froid et neigeux de cette forêt de montagne, il faut des décennies pour que cela se traduise par un plus grand volume de bois. Avec le changement climatique, les températures plus élevées qui prolongent la saison de croissance annuelle pourraient toutefois favoriser cette évolution. Le nombre d’arbres vivants dont le diamètre du tronc est supérieur à 7 cm est resté inchangé depuis 1974, c’est-à-dire que la régénération naturelle compense la mortalité. De plus en plus de « géants », actuellement quelque 3,5 par hectare, ont atteint un diamètre égal ou supérieur à 80 cm. Plus de 85 % des arbres sont des épicéas, 7 % des pins de montagne, 4 % des bouleaux et 1,5 % des sapins pectinés. Une telle composition naturelle d’essences est typique de ce climat froid.
Plus de bois mort, un renfort précieux pour la biodiversité
Le bois mort est essentiel pour la biodiversité. Cette réserve forestière en comporte 52 m3 par hectare, dont trois quarts sous forme de troncs couchés, et une proportion importante à un stade fortement décomposé. Ces chiffres sont élevés en comparaison avec d’autres surfaces laissées à l’état naturel et avec la plupart des forêts exploitées, mais ils sont inférieurs à ceux des forêts vierges de régions climatiquement similaires (Alpes, Carpates). Ceci est vraisemblablement dû au fait que pendant longtemps, l’économie alpestre s’est basée sur l’utilisation du bois. Quoi qu’il en soit : la forêt de Bödmeren est dans un état proche de la nature et ressemble par endroits presque à une forêt vierge. L’augmentation de la quantité de bois mort sur pied et couché profite à de nombreux organismes vivant dans le bois et décomposant celui-ci, notamment coléoptères, guêpes et autres insectes, ainsi qu’aux champignons dégradant la lignine et la cellulose. De nombreux arbres présentent également des dendromicrohabitats, tels que des cavités et des blessures du tronc, qui attirent oiseaux, insectes et champignons. En outre, la forêt de Bödmeren compte de multiples mousses, lichens et champignons rares, mais cet aspect n’a pas été abordé dans cette étude.
Source: WSL