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L'opposant kényan Raila Odinga a prêté serment mardi comme "président du peuple" malgré sa défaite électorale en 2017. Les autorités avaient averti qu'une telle investiture pourrait constituer à un acte de "trahison".
Devant des milliers de partisans en délire rassemblés dans le centre de Nairobi, M. Odinga a prêté serment bible en main lors d'une cérémonie aussi courte que chaotique, dont la diffusion par les médias avait été interdite par le gouvernement. "Nous avons tenu notre promesse", a-t-il lancé.
M. Odinga, 72 ans, refuse de reconnaître la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta en 2017, couplée à des mois de troubles qui ont fait 92 morts, selon des défenseurs des droits de l'Homme, principalement dans la répression de manifestations de l'opposition. Il estime que la victoire lui a une nouvelle fois été volée.
Crainte de violences
L'annonce d'une prestation de serment alternative avait fait craindre des violences, mais les forces de l'ordre ont gardé leurs distances avec la foule, qui s'est rapidement dispersée une fois la cérémonie achevée.
Le procureur général Githu Muigai avait averti le mois dernier que toute "investiture" équivaudrait à un acte de "trahison". Il avait soulevé la possibilité d'une arrestation de M. Odinga.
Les conséquences de cette investiture sont toutefois peu claires, relèvent les observateurs, notamment car l'opposant n'a pas prononcé le même serment que celui prévu par la Constitution pour l'investiture du chef d'Etat. Raila Odinga s'est par exemple proclamé "président du peuple" et non "président".
Signe d'un possible désaccord au sein de la coalition d'opposition Nasa, plusieurs de ses responsables étaient absents mardi. Le plus notable d'entre eux était le colistier de M. Odinga à l'élection de 2017, Kalonzo Musyoka.
"Jeu dangereux"
Les Kényans étaient appelés en 2017 à choisir leur président, mais l'exercice s'est assimilé à une véritable saga: un premier vote a été remporté par M. Kenyatta le 8 août, mais le résultat a été annulé par la Cour suprême et un nouveau scrutin organisé le 26 octobre. Affirmant que le scrutin ne pouvait être crédible, M. Odinga a boycotté le vote d'octobre. M. Kenyatta l'a emporté avec 98% des voix, avant d'être officiellement investi fin novembre.
Le centre d'analyse International Crisis Group (ICG) s'est inquiété du "jeu dangereux" joué par MM. Odinga et Kenyatta dans un pays divisé et où des violences politico-ethniques avaient fait un millier de morts après l'élection de 2007.
"Etant donné la profonde polarisation sociale et des antécédents d'affrontements violents entre la police et les manifestants, les actions des deux dirigeants risquent de se traduire par un bain de sang significatif", écrit l'ICG.