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Les sciences naturelles regroupent différents domaines scientifiques tels que la physique, la chimie, la biologie et la géologie. Les sciences sociales réunissent quant à elles les domaines de la sociologie, des sciences politiques, de l’ethnologie et de la communication. Les sciences humaines rassemblent les disciplines telles que la linguistique, l’anthropologie, la littérature, l’archéologie, l’histoire, les études religieuses, la pédagogie, l’étude des arts et la musicologie.
À quoi sert de faire cette distinction? Comment peut-on l’expliquer? Si l’on considère le nom de ces trois types de sciences, on pourrait penser que ces catégories nous permettent de distinguer les différents sujets traités ou des domaines de recherche distincts. Ainsi, tandis que les sciences naturelles étudieraient la « nature » au sens large, les sciences sociales se consacreraient au domaine purement « social » et les sciences humaines s’intéresseraient à tout ce qui touche à l’être humain et à son esprit. Or il semblerait que certaines de ces sciences ne puissent être attribuées de manière indéniable à l’une ou l’autre de ces trois catégories. La psychologie, par exemple, est une science qui étudie principalement l'être humain et son esprit, mais qui fait toutefois partie de la catégorie des sciences naturelles. De même, il existe des programmes de recherche en biologie – une des sciences naturelles par excellence, qui s'intéressent aux comportements des animaux et des êtres humains. Les sciences sont-elles alors toutes égales, indépendamment de leurs sujets ou domaines de recherche?
On pourrait également expliquer ces différentes catégories à partir des méthodes utilisées au sein des sciences particulières. La question est alors de savoir si les méthodes utilisées dans les domaines des sciences naturelles se distinguent catégoriquement de celles utilisées par les sciences humaines et sociales. On part souvent du principe que sciences naturelles et sciences sociales procèdent de manière empirique. Les sciences dites empiriques récoltent en effet des données concrètes dans le but d'établir ensuite des lois ou rapports d'interdépendance. Les expériences constituent ainsi la base des sciences empiriques dans la mesure où elles leur permettent de vérifier ou de réfuter leurs prédictions et hypothèses. Quelle méthode utilisent alors les sciences humaines?
L’une des méthodes les plus utilisées par les sciences humaines est l’herméneutique, qui est l’art de l'interprétation. Le but de la méthode herméneutique n’est pas d‘expliquer des phénomènes à l’aide de lois ou de rapport d’interdépendances, mais de comprendre les actes de langage, les symboles et les textes en en saisissant le sens. La méthode des sciences humaines est-elle « égale » à celle utilisée par les sciences empiriques? L’herméneutique constitue-t-elle la méthode principale des sciences humaines ou en existe-t-il encore d’autres? Et si oui, lesquelles? Les résultats des sciences humaines sont-ils « objectifs », au même titre que ceux des sciences naturelles? Toutes ces questions constituent le domaine de la philosophie des sciences humaines, qui tente de définir et d'expliquer la nature des sciences humaines.
Les sciences sociales, et en particulier la sociologie, constituent des sciences indéniablement empiriques. Or, si l’on compare les sciences naturelles avec les sciences sociales, force est de constater que les sciences naturelles obtiennent de biens meilleurs résultats que les sciences sociales. La question est alors de savoir si cet « échec » des sciences sociales est dû à un manque d’assiduité de la part des chercheurs au moment de la récolte des données ou des expériences à proprement parler, ou s’il existe tout de même une différence fondamentale entre les sciences sociales et les sciences naturelles. Une des différences essentielles se situe au niveau de l’objet de recherche. En effet, contrairement à des pierres, des produits chimiques ou des électrons, les êtres rationnels disposent d’un libre arbitre. Afin d’étudier le domaine social le plus précisément possible, les sciences sociales doivent donc trouver des termes, des concepts et des théories appropriés à leurs sujets de recherche. De même que la philosophie des sciences humaines, la philosophie des sciences sociales traite de la nature des sciences sociales. Elle étudie les questions suivantes: Les lois des sciences sociales sont-elles identiques aux lois de la physique ou de la chimie? Existe-t-il quelque chose qui corresponde à des lois sociales scientifiques, qui se distinguent des lois dites « naturelles »? De quels termes et concepts les sciences sociales ont-elles besoin pour leurs recherches? Quel processus les sciences sociales doivent-elles respecter afin d’obtenir les meilleurs résultats possibles?
On peut appréhender la philosophie des sciences humaines et sociales comme un terme générique pour la philosophie des sciences en général. De même qu’il existe une philosophie de la physique ou de la chimie, il existe également une philosophie de l’histoire et de l’anthropologie. Une « philosophie de la science X » est généralement une tentative de définir et d’expliquer la science en question. Il s’agit notamment de se demander: En quoi une science X se distingue-t-elle d‘autres sciences? En quoi une science X peut-elle être considérée comme une science? Quelles méthodes utilise cette science X? Les résultats de cette science sont-ils objectifs ou généraux?
Vous trouverez une introduction en anglais à la philosophie des sciences sociales ici: The Routledge Companion to Philosophy of Social Science