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L'oeuvre de Romain Gary entre dans la prestigieuse collection de La Pléiade
La Pléiade, c'est un peu le panthéon des écrivains, où toute une oeuvre est rassemblée, analysée et commentée sur du papier bible. C'est un livre comme un trésor, qui vaut d'ailleurs son pesant d'or: pour les deux tomes "Romans et Récits" de Romain Gary, il faut tout de même débourser environ 150 frs.
Romain Gary, c'est "La Promesse de l'aube", ou "Les Racines du ciel". Mais quand on parle de l'écrivain, ce qui vient tout de suite à l'esprit, ce sont les fameux deux prix Goncourt qu'il a reçus. Le premier en 1956 pour "Les Racines du ciel". Puis, en 1975 pour "La vie devant soi", sous le pseudonyme d'Emile Ajar. Un véritable scandale à l'époque.
Une vengeance sous forme de gag pour l'écrivain. En effet, Romain Gary, qui a très vite eu un succès populaire, s'est toujours senti méprisé par les critiques et par l'intelligentsia parisienne. Il a donc décidé de leur jouer un tour. Tour qu'il n'avouera que de façon posthume: il se suicide en 1980, deux jours après avoir envoyé le manuscrit de son livre "Vie et mort d'Emile Ajar", dans lequel il raconte la supercherie.
Ecrire pour ne pas devenir fou
Des pseudonymes, Romain Gary en utilisera beaucoup d'autres. Il y a eu Fosco Sinibaldi, Shatan Bogat ou Lucien Brûlard. Ce qui n'est pas étonnant pour un homme qui a eu plusieurs vies et autant de destins: aviateur, résistant, diplomate, écrivain, militaire, scénariste et réalisateur... Il est né en Russie, a vécu en Pologne, puis en France, avant de tout quitter pour les Etats-Unis et revenir en France.
Il a souvent raconté cette anecdote du caméléon: "posez-le sur du vert, il devient vert, sur du rouge, il devient rouge. Et si vous le posez sur un tapis écossais, il devient fou". Pour ne pas devenir fou, le remède de Romain Gary a été de devenir écrivain. Alors pour essayer de le cerner, le public et les critiques ont souvent cherché à le comparer à ses personnages.
Il ne faut pas confondre l'auteur avec ses personnages. De tous mes romans, le seul où je me reconnaisse totalement dans ce que j'exprime, où je me suis mis tout entier sans le savoir pendant que je l'écrivais, c'est "Clair de femme". J'ai été épouvanté. J'ai failli ne pas le publier.
Dans l'écriture comme dans la vie, Romain Gary s'est toujours défini comme un improvisateur. Des improvisations qu'il est désormais possible de lire dans la collection de La Pléiade des éditions Gallimard.
Sujet radio: Linn Levy
Adaptation web: Lara Donnet
Publié le 05 juin 2019 à 13:07 - Modifié le 12 juin 2019 à 14:39