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Je suis allé à Albertville pour dédicacer mon dernier livre, et on m'avait dit que c'était une ville sans grâce et sans beauté, mais je l'ai trouvée propre et jolie; les couleurs en étaient nettes, mais douces, et les maisons, petites et charmantes. Comme souvent dans l'ancienne Savoie propre, on peut y admirer un hôtel particulier assez élégant, qui rappelle qu'Albertville fut le centre de ce qu'on nommait alors la Haute-Savoie, c'est-à-dire la partie haute de la province dite de Savoie propre.
En parcourant la rue centrale, dite de la République, de la ville, joliment couverte, comme à Annecy, de petits pavés noirs dans la partie réservée aux piétons, j'ai songé à l'origine toute récente du nom de la cité: elle vient d'une visite solennelle du roi Charles-Albert, au dix-neuvième siècle. Auparavant, elle s'appelait Lhôpital. On s'y réfugiait, des montagnes alentour, pour retrouver la santé. Mais Charles-Albert a voulu en faire une capitale importante. Toute proportion gardée, et sans assimiler forcément la politique générale de l'un à la politique générale de l'autre, c'est comme Staline donnant son nom à Stalingrad, ou celui de Lénine à Saint-Pétersbourg.
Charles-Albert était un roi romantique, qui voulait concilier les mystères de la chevalerie et le dogme chrétien, l'aspiration à l'unité de l'Italie et la monarchie héréditaire, la république et la royauté: un peu comme De Gaulle plus tard. Celui-ci n'assimilait-il pas la madone des églises à la fée des contes, et toutes les deux, sainte Vierge et Galatée, à la France? Finalement vaincu par les Autrichiens, il abdiqua et s'en fut poétiquement au Portugal, recherchant la lumière du lointain Ouest! Le Brésil mystique, si l'on peut dire.
Son ombre aux foyers rayonnants, son ombre traversée de couleurs luisantes se tenait devant moi, au sein de la ville.