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Lorsque j'étais Secrétaire cantonal du PS Vaud, je fréquentais très régulièrement le Grand Conseil, qui était alors installé dans le bâtiment Perregaux, à la Cité. J'assistais aux séances du Groupe, et j'ai même créé un service de presse pour les décisions prises par le Groupe, que je transmettais aux journalistes avant le début de la session. Cela n'a pas plu à certains députés socialistes, qui avaient l'impression que je leur coupais l'herbe sous les pieds, si bien que j'ai dû arrêter ce service.
Lorsque j'assistais aux sessions, soit parce que je devais rencontrer quelqu'un à la Cité, soit parce qu'un objet était un cheval de bataille du parti, je n'appréciais guère cette assemblée compassée et où personne ne semblait s'intéresser au déroulement des débats.
J'ai donc passablement hésité lorsque ma section m'a demandé de me porter sur la liste, mais l'intérêt pour les sujets cantonaux m'a finalement décidé. Et j'ai été élu du premier coup, et avec un très bon score qui plus est. Il faut dire qu'à l'époque le Cercle électoral était la ville de Vevey, et que j'y étais positivement connu en raison de mon activité au sein du Vevey-Natation. De plus, la proportion était en ce temps-là de 3 socialistes sur 5 élus veveysans, si bien que l'accès au Grand Conseil n'était pas trop difficile.
C'est donc en 2004 que j'ai fait mon entrée au Grand Conseil. Le premier jour, je suis arrivé tôt car je savais qu'il y avait moins de sièges dans la salle que de députés (!) et je désirais me choisir une bonne place. Naïvement, je me suis installé à la "Table du soleil", table qui était installée à gauche de la tribune de la presse et du Président, dans l'angle de la salle, entourée de vitre et jouissant de la vue sur Rumine. Cette table était située dans la zone d'influence des socialistes et j'étais donc à ma place. Dès l'arrivée des autres députés, j'ai été proprement éjecté par les barons socialistes qui occupaient précédemment ces places: la Table du soleil n'était pas pour les bleus.
Je me suis alors rabattu sur un fauteuil situé au fond de la salle. C'était très confortable et nous avions de la place pour tendre les jambes, contrairement aux sièges des gradins, raides et peu confortables. L'inconvénient, c'était qu'il y avait devant nous le promenoir, où passaient tous les députés qui (re)gagnaient leur place, et que nous étions complètement caché par les gradins.
Avec l'habitude, j'ai cependant réussi à m'imposer à la meilleure place de ce fond de salle: le fauteuil situé juste à côté de la table d'angle arrière, exactement dans l'alignement du couloir menant au micro. Ainsi, j'étais bien assis et je voyais tout le débat comme si j'étais dans les gradins.
Mais cette place était convoitée, et je risquais de la perdre dès que je la quittais, même simplement pour aller au micro (à cette époque, on ne parlait pas depuis sa place mais on se déplaçait devant l'assemblée et on parlait au pupitre de l'orateur). En revenant, je trouvais souvent un député "sans terre" qui avait squatté mon fauteil. La tactique était alors d'y laisser un document suffisamment encombrant pour que le squatteur potentiel ne puisse pas innocemment le déplacer: un gros classeur, ou une pile de fourres plastiques qui se déglinguent quand ont veut les prendre...
J'ai ainsi occupé ce siège durant toute ma présence dans la salle Perregaux, beaucoup moins contesté à la fin de la période qu'au début ! J'étais à la frontière avec l'UDC, et j'ai eu comme voisin de siège pendant plusieurs années Jean-Claude Mermoud, devenu par la suite Conseiller d'Etat. Nous nous entendions bien, et il avait parfois l'élégance de s'abstenir dans certains votes lorsque mes convictions lui paraissaient honorables...
En 2001, nous avons quitté le bâtiment Perregaux pour le Palais de Rumine. Nous en espérions beaucoup, déjà simplement d'avoir un siège pour chaque député. Hélas, nous avons hérité d'une salle à usage polyvalent, qui accueille les séances de cinéma didactique pour enfants du Musée et doit donc demeurer vierge d'équipements fixes. Les sièges sont trop étroits et nous ne pouvons pas tendre les jambes, ce qui nous expose au syndrome de la classe Touriste comme les passagers d'un charter bon marché. Les tablettes sont trop petites même simplement pour ouvrir un classeur, sans parler naturellement de la place disponible pour un ordinateur portable.
Bien sûr que nous avons déjà un plus par rapport à la Cité: il y a une tablette ! Et le micro individuel, le vote électronique, l'écran géant, la télévision automatique et la liaison internet sont de bonnes choses. Mais que ces sièges sont inconfortables, surtout pour moi après mon opération d'une hernie discale.
Sur le plan stratégique, je me suis arrangé là aussi pour arriver tôt lors du premier jour de la première session pour choisir ma place. En me mettant tout en haut à droite, je peux voir toute la salle sans avoir à me tourner, je peux découvrir les réactions et les mouvements des députés. De plus, je suis tout près de la sortie, on peut m'appeler de l'extérieur très facilement, je suis à proximité des papiers destinés aux députés, et surtout je suis en bordure de rangée. Comme ça, je peux ranger une partie de mon matériel dans le passage latéral et pas sous ma banquette, et également avoir une jambe dans le couloir. Le seul inconvénient est que je suis juste devant le pupitre où les députés signent la liste de présence, qui est un lieu très bruyant en début de séance.
Avec l'élection de 2002, le nombre de députés a passé de 200 à 180, ce qui a donné quelques places supplémentaires et les députés ont pratiquement tous la possibilité d'avoir une place adéquate... sauf peut-être Daniel Brélaz, à qui la tablette froisse la cravate !
Et depuis 2007, nous ne sommes plus que 150... et j'ai pu conserver la même place. Il y a moins le sentiment d'être les uns sur les autres, mais les meilleures places demeurent toujours côté couloir.