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Un ministre reste en poste une dizaine d'années au cours desquelles il règne sur des milliers de fonctionnaires, tout en composant avec le monde politique.Ce contenu a été publié le 27 novembre 2002 - 12:07
Mais quelles sont les qualités requises pour cette charge? Réponse d'un «chasseur de têtes».
«Chercher un conseiller fédéral n'est pas facile», affirme Pascal Forster, «chasseur de têtes» auprès de l'entreprise Heidrick & Struggles.
Dans le secteur privé, on peut définir les compétences nécessaires à un poste et rechercher la personne qui y correspond. Mais les systèmes d'évaluations mis au point par les «chasseurs de têtes» ne fonctionnent pas pour la politique, même si une bonne partie du travail d'un ministre est d'ordre administratif.
«Le problème est que les sept ministres de répartissent les départements après chaque nouvelle élection, explique Pascal Forster. Du coup, le critère des compétences spécifique n'a pas lieu d'être». Le nouvel élu peut tout aussi bien devenir le chef de l'armée que des finances ou de l'économie.
Il faut donc rechercher des critères plus généraux sans pour autant tomber dans des platitudes du genre «flexible» et «dynamique». Une tâche ardue, d'autant qu'il faut tenir compte d'aspects politiques tels que l'appartenance politique, le sexe et l'origine linguistique et régionale.
Difficile mais pas impossible
Mais pour Pascal Forster, il ne s'agit pas d'une mission impossible. Et les faits lui donnent raison puisque, depuis 1848, 105 conseillers fédéraux ont été élus, sans que la Suisse ne soit devenue pour autant une république bananière.
Mais une autre théorique veut que les ministres ne jouent pas un rôle déterminant. La vraie réalité du pouvoir serait en fait aux mains de l'appareil bureaucratique.
Le Valaisan Peter Bodenmann, l'ancien président du Parti socialiste, fait partie de ceux qui défendent cette thèse. Ce vieux renard de la politique fédéral a d'ailleurs fait récemment des déclarations à ce sujet dans une interview accordée au quotidien alémanique Tages Anzeiger.
«Nous avons une administration qui fonctionne bien, déclarait Peter Bodenmann. Les conseillers fédéraux pourraient se contenter de signer les documents que leur présentent les fonctionnaires pendant une heure et passer le reste de la journée dans un club de fitness, loin des regards indiscrets. Je pense que personne ne s'en apercevrait.»
Les qualités nécessaires
Quoi qu'il en soit, un membre du gouvernement se doit de savoir faire quelque chose. Pascal Forster donne quelques pistes.
«La personne adaptée à cette tâche doit avoir une solide expérience de l'administration publique, indique-t-il. Elle ne doit pas nécessairement avoir travaillé dans le secteur public, mais au moins avoir eu des contacts directs avec les organes de l'administration. En outre, elle doit disposer de grandes capacités intellectuelles et connaître les rouages de la politique.»
Alors pourquoi pas n'importe quel manager? «Non!, répond Pascal Forster. Un manager habitué à commander serait rapidement mis hors-jeu, bien qu'un caractère bien trempé soit une qualité primordiale. En effet, le système collégial exige un sens de la collaboration.»
Et le «chasseur de têtes» de se faire plus précis: «cette personne doit savoir déléguer, afin de pouvoir développer des idées et tirer des débats une solution susceptible de satisfaire le plus grand nombre.»
Mais les qualités doivent aussi être physiques. En effet, tout le monde n'a pas la santé nécessaire pour travailler plus de 70 heures par semaine.
La bonne personne au bon moment
Mais des facteurs extérieurs influent aussi sur le choix du ministre, notamment la notoriété au niveau national et la représentativité. «Un conseiller fédéral doit défendre les positions d'un pourcentage significatif des électeurs», estime Pascal Forster.
Mais surtout, la personne qui réunit les qualités nécessaires doit se trouver à la bonne place et au bon moment. A moins que l'on renonce à la «formule magique», le successeur d'un ministre démissionnaire doit provenir du même parti et de la même zone politique.
Par ailleurs, le fait d'être un homme ou une femme joue aussi un rôle déterminant depuis une dizaine d'année. En revanche, l'appartenance religieuse semble avoir cessé d'être un critère.
Bref, trouver la personne qui a toutes les qualités nécessaires pour devenir membre du Conseil fédéral est une tâche compliquée. Ce n'est donc pas un hasard si, en fin de compte, l'Assemblée fédérale doit choisir parmi un éventail de candidats assez restreint.
swissinfo/Daniele Papacella
En bref
La Suisse a connu 105 conseillers fédéraux. A deux exceptions (Ruth Metzler et Ruth Dreifuss), tous étaient membres du Parlement lors de leur élection. La plus grande partie ont fait des études de droit, mais les études en économie et en sciences politiques ont depuis quelques années le vent en poupe. Rare sont ceux qui n'ont pas fait d'études supérieures: Willi Ritschard (1974-1983) était ouvrier et Adolf Ogi (1988-2000) avait suivi une formation commerciale.End of insertion