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À une heure de route à peine de la ville de Guwahati, capitale de l'Etat d'Assam, l'eau du fleuve Brahmapoutre s'étend à perte de vue de part et d'autre de la "Route asiatique". Sur le bas-côté du bitume surélevé de l'immense autoroute, des réfugiés s'entassent dans des abris de fortune.
Car en ce début du mois de septembre, après une semaine de pluies intenses, quelque 1200 villages seraient sous l'eau, poussant environ 600'000 personnes victimes des inondations à trouver refuge dans ces abris.
"Nous avons été surpris par la montée soudaine des eaux qui a englouti notre village. Nous avons construit cet abri en bois dans l'urgence", raconte Anjuma Begum, 33 ans, qui survit là avec son mari et ses trois enfants depuis deux semaines.
"Nous sommes une centaine de familles à vivre ici comme des rats! Pas d'électricité, pas de toilettes, pas d'eau potable. Mon bébé a attrapé la fièvre à cause des moustiques et j'ai peur qu'il se noie, donc je l'ai attaché aux meubles", poursuit-elle.
Caprices des flots
En outre, les cultures de riz sont en danger, tandis que les troupeaux de vaches et de chèvres ont été emportés par les flots, laissant craindre une situation dramatique pour la population de la région.
Même les abris de fortune sont régulièrement inondés. [Biju Boro - AFP]La situation relèverait de la simple catastrophe naturelle si elle n'était pas devenue la norme dans le bassin du Brahmapoutre ces dernières années. En dix ans, le fleuve a changé de comportement.
L'architecture typique de la région, avec des habitations montées sur pilotis, montre que les populations qui vivent près du Brahmapoutre savent normalement faire face à ses caprices. Mais désormais, les inondations sont irrégulières et soudaines.
"Cette année, il y a eu peu de précipitations mais une crue tardive. D'autres années, il y a trop de pluies et jusqu'à six crues. C'est directement lié au changement climatique", explique Probin Pegu, habitant de la région.
Pas de solutions durables
"Un autre problème majeur dans la région est l'érosion des sols. Des villages et des terres cultivables sont grignotés lors de chaque inondation", explique Dadu Dutta, coordinateur pour l'ONG North East Affected Area Development Society (NEADS). Chaque année, 80 kilomètres carrés sont grignotés par le fleuve.
Face à ce dérèglement menaçant des millions de personnes, le gouvernement tente tant bien que mal de jouer la carte de l'adaptation. Des routes surélevées sont construites pour canaliser les crues. Une réponse insuffisante qui ne suffit plus face à la taille des crues d'aujourd'hui, explique Dadu Dutta. "Construire toujours plus haut ne peut pas être une solution durable!", alerte-t-il.
Cette course industrielle entre l’Inde et la Chine est en train de détruire tout le cycle hydraulique et écologique de la région
Long de près de 3000 kilomètres, le Brahmapoutre, qui traverse le Nord-Est Indien avant de rejoindre le Gange, est alimenté par des dizaines d'affluents dans l'Himalaya chinois et indien, ainsi que par les pluies des moussons. Avec le changement climatique, ces pluies deviennent de plus en plus erratiques et intenses, pendant que la fonte des glaciers de l'Himalaya s'accélère chaque été.
Bétonner pour mieux posséder
En outre, le désastre s'explique également par le trop plein d'interventions humaines sur le fleuve. Les digues bétonnées construites pour protéger les grandes villes, les raffineries et les plantations de thé exacerbent les inondations. Mais le grand fleuve paie aussi les frais de la rivalité géopolitique entre l'Inde et son voisin chinois.
"La Chine revendique la souveraineté de l'Etat d'Arunachal Pradesh. En réaction, l'Inde veut y marquer son territoire avec des infrastructures géantes comme les barrages. Cette course industrielle entre l’Inde et la Chine est en train de détruire tout le cycle hydraulique et écologique de la région", déplore l'expert des conflits transfrontaliers Mirza Zulfiqur Rahman.
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En définitive, c'est la population de l'Assam qui paie, en première ligne, le prix de ce cocktail explosif composé de disputes géopolitiques, du changement climatique et d'une gestion trop "technicienne" des enjeux écologiques.
Côme Bastin/jop