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Voici l'un des arguments favoris de ceux qui comprennent Poutine, comme Roger Köppel et Magdalena Martullo-Blocher: les sanctions occidentales contre la Russie n'ont aucun effet. On le voit au fait que le rouble, après une brève chute, est devenu de plus en plus fort. C'est pourquoi il faudrait selon eux arrêter l'exercice au plus vite, car nous ne faisons que nous nuire à nous-mêmes.
Vladimir Poutine accueille joyeusement cette nouvelle. Lui aussi ne cesse de répéter avec malice que l'Occident commet un «suicide économique» avec ses sanctions.
Que faut-il penser de cette thèse? La réponse courte est: rien. Mais prenons les choses dans l'ordre.
Une monnaie forte peut être bonne pour la conscience nationaliste. D'un point de vue économique, c'est un cadeau ambigu. Ainsi, le franc fort est sans doute le plus grand défi pour notre économie d'exportation. Afin de protéger les emplois qui y sont liés, notre Banque nationale dépense donc depuis des années des sommes colossales pour maintenir le franc dans une fourchette à peu près supportable pour l'économie. (N'ayez crainte, elle peut se le permettre, elle peut imprimer elle-même l'argent.)
Outre le fait que le franc constitue une valeur refuge appréciée en période d'incertitude, l'excédent chronique de la balance commerciale de la Suisse est à l'origine de notre monnaie forte.
C'est également le cas actuellement pour la Russie, mais pour une autre raison. La Russie n'a pas de biens significatifs à exporter, mais elle dispose de matières premières importantes. Elle peut toujours exporter du pétrole et du gaz, et comme les prix de l'énergie ont explosé en raison de la crise en Ukraine, la Russie profite même, de manière perverse, de ses turpitudes sur le plan économique.
Comme les sanctions occidentales empêchent en même temps les importations, l'excédent commercial russe a également explosé. Comme le savent tous les étudiants en économie de premier cycle – et même probablement tous les lycéens en économie – cela renforce automatiquement la monnaie.
Mais cela ne suffit pas à expliquer la force du rouble. Poutine y a largement contribué, ou plutôt ses – malheureusement, il faut le dire – très compétents spécialistes financiers, la directrice de la banque centrale Elvira Nabiullina et le ministre des Finances Anton Siluanow. Lorsque le rouble s'est brièvement effondré après le 24 février, ils ont réagi rapidement et efficacement.
La Russie a immédiatement mis fin à la libre convertibilité du rouble et a décrété que 80% des factures de pétrole devaient désormais être réglées dans la monnaie russe. Parallèlement, les Russes ne pouvaient plus transférer à l'étranger des montants en devises supérieurs à 10'000 dollars.
Poutine peut également profiter du fait que ses experts financiers ont mené depuis des années une politique d'austérité ultra-rigoureuse. Une politique à faire pâlir d'envie les économistes ordolibéraux allemands et Ueli Maurer, mais qui ne serait plus tenable politiquement à l'Ouest.
Wladislaw Subok, professeur à la London School of Economics, cite à ce sujet dans Foreign Affairs l'économiste russe Dmitry Nekrasow comme suit:
Grâce à cette politique d'austérité de fer, la Russie a un faible endettement public et d'importantes réserves de devises. Ce qui est stupide, c'est que Poutine n'a actuellement pas accès à ces réserves, car elles ont été gelées par le système financier international.
Poutine peut imposer une politique économique aussi dure parce que la Russie reste un pays pauvre. Les sanctions occidentales touchent en premier lieu les élites dans les villes comme Moscou ou Saint-Pétersbourg. Celles-ci doivent renoncer jusqu'à nouvel ordre à des choses comme Netflix ou leur McBooks, leurs cartes de crédit ne sont plus valables non plus.
Cette élite urbaine est critique à l'égard de Poutine, et la guerre en Ukraine a été l'occasion pour ses membres d'émigrer en grand nombre. Non seulement Poutine n'en a cure, mais il encourage même cette émigration et parle d'une «auto-épuration naturelle et nécessaire de la Russie». On peut y voir un progrès.
Dans les années trente, Joseph Staline a fait tuer l'élite de l'époque par centaines de milliers. Poutine se contente pour l'instant d'étouffer toute contestation dans l'œuf.
La grande masse de la population russe continue toutefois de soutenir Poutine. Elle n'a de toute façon jamais été liée à l'économie mondiale et n'a donc rien à perdre. «Pour garder ce groupe dans le rang, il suffit que Poutine soutienne de manière ciblée certaines régions et injecte des milliards dans des projets d'infrastructure», constate Subok.
De ce point de vue, il est effectivement illusoire d'espérer que les sanctions aient un effet rapide, voire qu'elles renversent le régime de Poutine. Mais il n'en a jamais été question. «L'Occident devrait malgré tout maintenir le cap», estime Subok:
Il ne faut toutefois pas se laisser induire en erreur par le renforcement à court terme du rouble. L'économie russe est en difficulté et devrait se contracter cette année de huit à douze points de pourcentage du produit intérieur brut. C'est dans cette fourchette que se situent les prévisions des experts.
Dans le New York Times, Paul Krugman arrive à la conclusion suivante:
En matière de politique commerciale, il faut écouter Krugman. Après tout, il a été récompensé par le prix Nobel dans ce domaine.
Travail.Suisse exige des hausses de salaire générales comprises entre 3 et 5% pour l'ensemble des travailleurs l'année prochaine. Cette revendication doit permettre de compenser la forte hausse actuelle du coût de la vie et les gains de productivité des entreprises.