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Les années 1930 ont vu les principaux théoriciens du mouvement surréaliste tenter de développer une pratique du photomontage qui mettrait les implications politiques du médium, déjà bien établies, au service de l’engagement surréaliste envers la psychanalyse. Au sein de ce programme esthétique, les photographies composites furent assimilées à des traits d’esprit renvoyant à la désorientation, l’instabilité et au jeu comme forme de rébellion. Elles s’appuient sur les illusions spatiales permises par la photographie, mais opèrent par fragmentation et, ce faisant, exposent les liens entre la psychanalyse et le Witz, tel que décrit dans Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient de Sigmund Freud (1905). André Breton et Paul Éluard ont collaboré à la première expérience dans cette veine, une série de photomontages altérant la dernière photographie du livre de poèmes de René Char, Le Tombeau des secrets (1930), un projet qui établit la pratique surréaliste du photomontage comme un acte de résistance, mêlant le rejet de l’autorité à la volonté poétique de décrire le désir inconscient, le tout au sein de la structure intrinsèquement sociale du mot d’esprit.
Susan Laxton est professeure associée en histoire de la photographie à l’université de Californie Riverside. Son livre Surrealism at Play (2019) propose une première évaluation critique des stratégies ludiques opérant dans le mouvement. Ses travaux sont parus dans Critical Inquiry, October et History of Photography, ainsi que dans une variété de catalogues et d’anthologies qui traitent de ses principaux intérêts : la photographie, le jeu et les pratiques artistiques alternatives des avant-gardes du XXe siècle.
Mots clés : surréalisme, photomontage, image composite, mot d’esprit, Witz, psychanalyse
Référence : Susan Laxton, « Le mot d’esprit et sa relation au composite », Transbordeur. Photographie histoire société, no 7, 2023, pp. 38-49.