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Le rendez-vous de la réforme est pris: l'Armée suisse XXI verra le jour en 2003
6 décembre 1998
Ce qui était une rumeur nommée Armée 20XY, puis une prospective à l'enseigne 200X, a définitivement pris ses atours officiels le 1er décembre dernier: en 2003, l'Armée 95 devrait devenir l'Armée suisse XXI.
Après de longs mois de réflexion, l'action prend à présent le pas.
Armée: la réforme permanente
Ainsi donc, Armée 95 - et son slogan fameux "plus de muscle, moins de graisse" - ne durera que huit ans. Il ne s'agissait pourtant pas d'une "réformette", comme en témoigne notamment la diminution de 33% (200'000 hommes) des effectifs; mais c'est bien l'armée elle-même, sous la pression des impératifs politiques, économiques et démographiques, qui depuis presque dix ans vit en fait une réforme permanente.
Les détonateurs principaux de cette réforme ont été, au plan extérieur, la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, et l'évolution des mentalités sur le plan intérieur, révélée par le refus mesuré de l'initiative "Pour une Suisse sans armée". Le Rapport sur la politique de sécurité de 1990 du Conseil fédéral en a tenu compte, et a abouti à Armée 95, à la diversification des missions de l'armée (promotion de la paix et sauvegarde des conditions d'existence en plus de la défense), à des évolutions drastiques dans le domaine de la conduite, de l'organisation et du matériel.
Les cours de répétition en question
Sans doute aucun nécessaire, et malgré de nombreux points positifs, Armée 95 n'a toutefois pas tardé à révéler ses faiblesses. La souplesse accrue dans les dispenses de service ou le fractionnement des services pratiques n'a pas réduit les récriminations d'employeurs traversant une période économiquement difficile, mais bel et bien réduit l'efficacité globale.
Au plan de l'instruction, si la modernisation des moyens et méthodes a permis de compenser le diminution en durée des écoles de recrues, le rythme bisannuel des cours de répétition est un échec: comment concilier espacement des services et introductions plus fréquentes de nouveaux matériels (PzF, tenue AC, vhc expl bl 93, ob bl 88/95 KAWEST, char gren roues 93, etc.) et techniques (NTTC, infanterie territoriale et mécanisée) sans entraîner une chute du niveau de l'instruction? D'autant que l'affaiblissement des liens au sein des unités met en péril le principe même de l'armée de milice.
Après Armée 95: Progress et rapport Brunner
La nature transitoire d'Armée 95 a, de plus, été confirmée par deux importantes décisions. D'une part, avec le paquet de mesures "Progress" (optimisation de l'Armée 95), le DMF puis le DDPS ont procédé à de sérieuses coupes: notamment la mise au rebut des canons de DCA de 20 mm, des missiles Bloodhound, des chars 68, des obusiers de 105 mm et des Mirage III, et la diminution de quelque 10% de l'effectif.
D'autre part, la création de la Commission d'étude pour les questions stratégiques (commission Brunner) a permis, par le biais d'un rapport rendu public en février de cette année, de dresser un éventail relativement complet des menaces à moyen et à long terme. Et de souligner que, si notre armée conservera un rôle essentiel dans notre politique de sécurité, elle doit néanmoins poursuivre sa réforme pour être à même de répondre aux défis multiples et fluctuants du siècle prochain.
"Prochaine" armée: 20XY, 2005 et 200X
L'évolution rapide du monde, de même que les contingences financières sans précédent imposées à la défense nationale, ont toutefois donné l'impression que le DMF a longtemps subi l'évolution. Ainsi a-t-on rapidement parlé, après Armée 95, d'une future Armée 20XY pour résoudre les difficultés apparues. Adolf Ogi lui-même, en 1997, a évoqué une réforme Armée 2005, ne serait-ce que pour des questions démographiques. Enfin est apparu l'enseigne 200X, qui suscita un profond consensus quant à sa nécessité, mais aussi une débauche d'hypothèses.
Le Département de la Défense a repris l'initiative, parallèlement aux réformes en cours, en créant dans le cadre de l'Etat-major général le Kernteam Armée 200X, afin d'échafauder propositions et solutions pour la prochaine armée. Ce même Kernteam s'est également attelé à la phase de consultation du rapport de la commission Brunner, dont les conclusions ont été communiqués en août dernier.
En route pour l'Armée suisse XXI
Ce rapport, qui constituait la première étape formelle de la réforme, a été suivi en septembre par la seconde: la publication des Lignes directrices politiques du Conseil fédéral. Sous la dénomination "La sécurité par la coopération", les sept sages ont ainsi fixé les objectifs d'après lesquels devra s'orienter le rapport de politique de sécurité 2000; ce dernier, dont un groupe dirigé par l'ambassadeur Anton Thalmann est chargé de la rédaction, constitue la troisième étape.
Depuis le 1er décembre, on connaît le calendrier de la réforme. Sous la dénomination Armée suisse XXI, la nouvelle armée devrait être mise en place dès le 1er janvier 2003. Le rapport de politique de sécurité 2000 doit être approuvé par le Conseil fédéral avant le milieu de l'année prochaine, afin que le Parlement puisse clore ses délibérations sur les divers plans directeurs et lois avant la fin de 2002. Une révision anticipée partielle de la loi fédérale sur l'armée et l'administration militaire - pour ce qui concerne la promotion de la paix - est par ailleurs examinée.
Le message est donc clair: la réforme passe à la vitesse supérieure. En route pour l'Armée suisse XXI, en espérant que les scénarios élaborés (brigadisation, composante professionnelle accrue, promotion de la paix avec troupe armée, etc.) se concrétisent!
Lt Ludovic Monnerat
Sources
Site du DDPS, communiqués de presse de la Confédération, communications du Chef du DDPS
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