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01/05/2010
Onze minutes
Onze minutes est un roman de Paulo Coelho, romancier brésilien et publié en 2003 . L'histoire se déroule en partie aux Pâquis, principalement à la rue de Berne. Maria, la jeune héroïne du roman, est une femme brésilienne du Nordeste qui a vraiment existé sous un autre nom et qu' a rencontrée l'écrivain. "Un ouvrage cru, choquant, difficile" selon l'auteur.
Pourquoi onze minutes ? Le temps d'une passe.
Maria est une jeune brésilienne dont le premier chagrin d'amour la convainc qu'elle ne trouvera jamais l'amour de sa vie et pense "Que l'amour est une chose terrible qui vous fait souffrir". Elle préfère partir à l'aventure. Un directeur artistique suisse lui fait miroiter richesse et fortune, elle passera d'artiste de cabaret à prostituée à la rue de Berne. Elle développera une fascination morbide pour le sexe. Mais sépare bien l'âme du corps. Un jeune peintre lui présente la vie sous un autre jour, elle hésite, le suivre ou repartir au Brésil seule.
Paulo Coelho semble avoir été fasciné par les Pâquis dans ce roman. Mais dans le fond, la vie n'y vibre pas comme dans la réalité, on n'y retrouve pas la multiculturalité, le brassage perpétuel, les filles debout dans la rue. Le monde de Maria évolue dans les bars tamisés, à l'intérieur, elle est cachée derrière les façades de la bienséance. Je parcours donc la rue de Berne, après avoir lu "Onze minutes" , Coelho y mentionne une plaque " St Jacques de Compostelle", je m'adresse à un policier pour lui demander si on trouve effectivement cette plaque citée dans le roman. Il s'étonne, il ne l'a jamais vue et il prévient quand on sait le nombre de "c.........s qu'on peut lire dans la vie, il suffit de lire la Bible!" - J'apprécie en souriant, son grand sens de la critique littéraire, son acolyte s'esclaffe carrément.
Pour finir, j'arrive au bout de la rue de Berne et confirme que le roman n'a pas su donner l'ambiance véritable des Pâquis, et puis ce n'était certainement pas le but recherché par l'auteur.
Par conséquent, à défaut d'avoir trouvé St Jacques de Compostelle, je me rabats sur un café , certes moins miraculeux, mais plus concret et efficace. Assise à une terrasse, je discute avec un jeune Portugais, bien habillé, propre sur lui, il dit être maçon non qualifié et travaillait en Espagne durant des années. Après avoir perdu son boulot, il tente sa chance en Suisse et dort dans la rue, il espère décrocher un job, n'importe lequel. Un autre homme se joint à notre conversation, et insiste en montrant le Portugais : "lui au moins il a de la chance, il est jeune, j'en connais un autre qui est venu lorsqu'il était mineur, ça fait 30 ans qu'il dort dans la rue et il n'a plus aucun papier à montrer !" -
Je remonte la rue de Berne, les "filles" me lancent un "Olà Madame", je leur rends leurs sourires, tout en pensant à la Maria de Paulo Coelho, la plupart sont sans aucun doute des filles qui sont venues, elles aussi, nourries de rêves et espèrent comme l'héroïne quitter la rue, se marier, avoir des enfants, éventuellement rentrer chez elles, pleines de cadeaux pour tout le monde.
Et la question qui tombera inévitablement : Comment était-ce l'Europe ? On imagine, leur réponse laconique et évasive : très froid !