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C'est une histoire vieille d’un quart de siècle qui éclabousse René Prêtre, "Suisse de l'année" 2009 et sommité du monde chirurgical.
Dans l'étude incriminée, publiée dans la revue "The Annals of Thoracic Surgery", référence en matière de chirurgie cardiaque, René Prêtre décrit six patients dont l'aorte a été déchirée. Tous auraient été sauvés de la mort aux HUG entre 1992 et 1996.
Mais selon le journal alémanique, le chirurgien n'aurait pas pu fournir les coordonnées de ces patients. Il s'appuie sur un courrier de l’ancien patron de René Prêtre, le chef de la chirurgie cardio-vasculaire des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) de l’époque, aujourd’hui décédé. Dans ce courrier, il dit n’avoir jamais reçu les noms et les données chirurgicales exactes des six patients, et somme le spécialiste de les lui fournir, faute de quoi il menace de dénoncer une supercherie.
Soutien de l'ancien doyen
Dans les archives des HUG, il n'y a aujourd'hui aucune trace des dossiers de ces patients.
Supérieur hiérarchique des deux hommes à l'époque, l'ancien doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Genève Peter Suter jure quant à lui que René Prêtre lui a montré ces données, ainsi que certains rapports opératoires.
L’histoire ne serait pas complète sans rappeler le contexte de rivalité qui régnait à l’époque pour succéder au patron de la chirurgie cardio-vasculaire des HUG. Peter Suter évoque même un "conflit très marqué" et de longue haleine entre René Prêtre et son ancien supérieur direct.
>> Les explications de l'affaire dans le 19h30:
"J'ai pensé que cette histoire était définitivement réglée"
Interrogé mardi dans le 19h30, René Prêtre assure que ces patients ont bel et bien existé. "J'ai été impliqué soit comme assistant, soit comme opérateur sur bon nombre d'entre eux, et j'ai même le souvenir de quelques uns", se défend-il.
"Ces données, je les ai gardées très longtemps, car je savais, quand la controverse est survenue une première fois à l'époque, qu'on me les réclamerait", explique le Jurassien. Il raconte avoir présenté les copies des dossiers au doyen de l'époque. "Il les a eus dans les mains. Lui a réglé le problème et j'ai pensé que cette histoire était définitivement réglée", poursuit-il.
Pas la première attaque
René Prêtre dit enfin avoir "du mal à expliquer" pourquoi l'affaire ressort aujourd'hui. Il note que le journaliste de la Schweiz am Wochenende qui a rédigé l'article avait déjà attaqué, il y a une année, la chirurgie cardiaque pédiatrique du Kinderspital de Zurich, dont il avait repris la direction suite à des problèmes internes, "frontalement et méchamment".
La personne qui a rendu publique cette fameuse lettre devait savoir "que c'était quelqu'un qui mordrait peut-être à l'hameçon".
Le Jurassien concède enfin ne pas vivre très bien la résurgence de cette affaire. "Parce que ça attaque ma probité et mon honnêteté en tant que chercheur, et sur plus de 50 articles scientifiques que j'ai publiés, parfois beaucoup plus importants que celui-là, jamais ces deux qualités n'ont été mises en doute."
Christophe Sierro/Fanny Zürcher/jop