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La fumée de cannabis dans les voies respiratoires
Malgré le fait que la plupart du cannabis soit consommé par inhalation, il y a relativement peu d’études sur ses effets au niveau du système respiratoire. Cependant, chez les fumeurs de cannabis la fréquence de l’apparition de certaines pathologies telle que les bronchites chroniques, les infections pulmonaires ou encore les cancers du poumon, laisse supposer une relation causale entre la fumée de cannabis et toutes ces maladies.
Environ 160 millions de personnes par le monde consomment du cannabis et la façon la plus répandue est celle de le fumer (1). En Australie et Nouvelle Zélande, par exemple, le cannabis est inhalé généralement par une pipe à eau. Dans d’autres pays est plus habituel de fumer des cigarettes roulées à la main et appelées communément joints (2).
D’un endroit à l’autre il y a, de plus, des tendances variables à fumer différentes parties de la plante. En Amérique, ce sont surtout les feuilles, appelées marijuana, à être utilisées. En Europe, par contre, on consomme surtout la résine du cannabis, appelé aussi hash, shit, chichon. Cette résine, sécrétée par la plante lors de la saison de la floraison, est mélangée parfois avec du tabac et peut-être coupée avec du henné, du cirage ou d’autres substances plus ou moins toxiques (2).
Les études épidémiologiques pour établir les dangers de la consommation sont donc particulièrement complexes pas seulement à réaliser mais aussi à interpréter, car il faut tenir compte de toutes ces modalités d’inhalation ainsi que la multitude de cannabis qu’on trouve sur le commerce (2).
Etonnamment, malgré le fait que le cannabis soit absorbé essentiellement par inhalation, il n’y a qu’une minorité d’études qui décrivent les conséquences du cannabis au niveau des voies respiratoires. La littérature scientifique regroupe à ce propos quelque enquête épidémiologique, menée essentiellement en Australie, Nouvelle Zélande, Afrique du Nord, Amérique du Nord, ainsi que des rapports de cas isolés de personnes ayant développé des problèmes de santé en probable liaison avec la consommation de cannabis (2).
Même si parfois non conclusives, les différentes recherches dans le domaine laissent entendre que la fumée de cannabis est un facteur de risque dans le développement de maladies respiratoires telles que les maladies pulmonaires obstructives chroniques, comme les bronchites et les emphysèmes, caractérisées par un essoufflement important, une toux chronique et une production accrue de crachat ; le pneumothorax, qui correspond au décollement de la membrane qui entoure les poumons, provoquant de vives douleurs à la poitrine et une difficulté respiratoire ; les infections pulmonaires et, plus grave encore, les cancers du poumon (2).
Cannabis : attention au risque de bronchite chronique
Un des résultats le plus unanime est que les fumeurs réguliers de cannabis montrent des signes de bronchite chronique, c'est-à-dire une inflammation des bronches, les conduits qui amènent l'air inspiré de la trachée jusqu’aux poumons. Les symptômes principaux sont une toux persistante accompagnée d’expectorations et une respiration bruyante (3).
De plus, nombreuses recherches montrent que les défenses immunitaires du système respiratoire sont détériorées, ce qui augmente le risque d’infection contre des parasites, comme des bactéries ou des virus (3).
Des prélèvements chirurgicaux des tissus qui tapissent les bronches chez quarante fumeurs ont montré que le cannabis provoque des dégâts importants au niveau des cellules qui composent ces organes. Il parait que cette altération structurale puisse être à l’origine de gênes respiratoires, pharyngites, enrouements et exacerbation de l’asthme, et dans les cas les plus graves constituer les conditions pour le développement du cancer des poumons (4).
Un manque de symptômes n’indique pas forcement que les bronches soient en bon état
Il faut savoir que parfois les inflammations peuvent rester asymptomatiques pendant une période de temps plus ou moins longue (4). Un autre compte-rendu reporte, en effet, que des fumeurs exclusifs de cannabis n’avaient aucun symptôme apparent d’une bronchite et ils avaient obtenu, de plus, des résultats tout à fait normaux avec des examens respiratoires de routine, comme la spirométrie (une technique qui permet de tester les capacités respiratoires en mesurant les volumes d’air à chaque mouvement respiratoire) (5).
Pourtant, ces mêmes personnes avaient, en réalité, les voies respiratoires centrales enflammées. Ce diagnostique a été possible grâce à une autre analyse, la bronchoscopie qui est une inspection des bronches réalisée à l’aide d’un matériel optique qui permet, entre autre, de faire des prélèvements de la muqueuse bronchique, d’enlever des corps étrangers, d’aspirer des mucosités et de faire des lavages broncho-alvéolaire (5).
Chez les fumeurs de cannabis et du tabac il peut y avoir aussi une inflammation des voies respiratoires distales, les parties les plus périphériques des poumons, ce qui provoque des érythèmes et des œdèmes dans les voies aériennes ainsi que des expectorations importantes (4).
La fumée de cannabis peut endommager les muqueuses des voies respiratoires au même titre que celle de tabac. Cependant, il est frappant de remarquer que 2-3 joints par jour de cannabis provoquent le même dégât que 20-30 cigarettes de tabac. En outre, ces dommages ont été diagnostiqués chez des fumeurs de cannabis jeunes et encore asymptomatiques (4,5).
Fumer du cannabis ou fumer du tabac constituent deux habitudes distinctes et produisent des effets différents
Est-ce que le cannabis est plus offensif que le tabac ? En réalité, les dernières recherches montrent que les deux constituent des dangers différents pour la santé des voies aériennes et que si utilisés ensemble ils peuvent avoir une action synergique. De plus, les deux plantes sont consommées avec des modalités différentes (6).
Si d’une part, la fréquence de l’usage du cannabis, même chez les fumeurs réguliers, est plus faible que celle du tabac, d’autre part, la dynamique de l’inhalation semble plus nocive pour le cannabis que pour le tabac. Par rapport aux cigarettes de tabac, les joints de cannabis n’ont souvent pas de filtre, ne sont pas très serrés et le papier utilisé est épais, ce qui produit une fumée très chaude et dangereuse car riche en oxyde de carbone (6).
De plus, les fumeurs de cannabis font des bouffées longues et inhalent profondément ce qui fait qu’ils avalent en moyenne quatre fois plus des particules et des gaz nuisibles libérés lors de la combustion que les fumeurs de tabac (6).
La fumée de cannabis contient une multitude de particules nocives dont certaines sont cancérigènes
Le nombre de ces particules est impressionnant et leur toxicité plus ou moins importante. Dans la fumée d’un joint on trouve entre autre de l’ammoniaque, du cyanure d'hydrogène, des nitrosamines, du nickel, du polonium. Une étude récente vient de montrer que beaucoup de ces composés sont contenus en plus grande quantité dans la fumée de cannabis que dans celle de tabac. Par exemple, l’ammoniaque est présente à des niveaux vingt fois supérieurs dans le premier que dans le deuxième (7).
L’aluminium a été retrouvé à des doses biologiquement actives, c'est-à-dire potentiellement toxiques dans les deux types de fumées. De plus, on suppose que d’autres particules, telles que les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les amines aromatiques et les N-hétérocycliques soient responsables en grande partie de l’action cancérogène de la fumée. La toxicité de ces composés a été montrée en bonne partie chez les animaux (7).
Est-ce que fumer du cannabis augmente donc le risque de cancers ? Même si certaines études épidémiologiques ne sont pas conclusives, d’autres suggèrent que oui, car la fumée de cannabis est corrélée avec l’apparition de certains cancers des voies respiratoires, comme le cancer du cou ou du poumon (2,3,4).
Est-ce que fumer du cannabis soulage ou accentue les crises d’asthme ?
Malgré tout, certains utilisateurs de cannabis témoignent qu’après avoir fumé ils respirent mieux. Cet effet immédiat est dû au fait que le cannabis est un bronchodilatateur. D’ailleurs, il avait été utilisé dans plusieurs pays jusqu’au siècle dernier pour soulager les crises d’asthme (4).
Cependant, si les études confirment cette action bénéfique, l’effet bronchodilatateur disparait après 6-8 semaines d’utilisation pour laisser la place à des effets opposés : une augmentation des bronchites et une exacerbation de l’asthme (4).
Du coup, cet effet potentiellement thérapeutique, dont le responsable semble d’ailleurs être le THC, le majeur composé psychoactif du cannabis, n’est pas encore considéré pour l’instant en médecine, mais il est possible qu’un jour seront fabriqués des cannabinoïdes synthétiques ayant une action bronchodilatatrice dépourvue d’effets secondaires (4).
Les perspectives pour le futur
Vu le grand nombre de personnes qui consomme du cannabis, il est important d’augmenter les études pour éclaircir toute la panoplie des conséquences de la fumée de cannabis sur les voies respiratoires. Certains auteurs suggèrent qu’il faudrait organiser des enquêtes épidémiologiques à plus grande échelle en incluant systématiquement les fumeurs chroniques de cannabis. Ceci permettrait de prouver l’effet causal du cannabis dans l’apparition des maladies pulmonaires (4).
Il est également nécessaire que dans les études futures soit tenu compte méthodiquement des différentes façons d’inhaler le cannabis (la pipe à eau, la pipe, le joint, la vaporisation, etc…). En effet, les premiers résultats montrent que les impacts sur la santé ne sont pas les mêmes, les joints restant parmi les plus dangereux (4).
Il est aussi probable que dans les prochaines années l’histoire médicale de chacun tiendra compte de la consommation de cannabis comme on fait déjà actuellement pour le tabac. Même si le choix de fumer reste personnel, il est essentiel que les gens soient informés quant aux risques courus de développer des bronchites chroniques, voire des cancers des voies respiratoires (4).
Références
1. Effects of cannabis on pulmonary structure, function and symptoms. Aldington S, Williams M, Nowitz M, Weatherall M, Pritchard A, McNaughton A, Robinson G, Beasley R. Thorax. 2007. 62:1058-63. Epub 2007 Jul 31.
2. Cannabis and the lung. Reid PT, Macleod J, Robertson JR. J R Coll Physicians Edinb. 2010. 40:328-3
3. Adverse health effects of non-medical cannabis use. Hall W, Degenhardt L. Lancet. 2009. 374:1383-91.
4. Effects of smoking cannabis on lung function. Lee MH, Hancox RJ. Expert Rev Respir Med. 2011. 5:537-46.
5. Airway inflammation in young marijuana and tobacco smokers. Roth MD, Arora A, Barsky SH, Kleerup EC, Simmons M, Tashkin DP. Am J Respir Crit Care Med. 1998. 157:928-37.
6. The respiratory effects of cannabis dependence in young adults. Taylor DR, Poulton R, Moffitt TE, Ramankutty P, Sears MR. Addiction. 2000. 95:1669-77.
7. A comparison of mainstream and sidestream marijuana and tobacco cigarette smoke produced under two machine smoking conditions. Moir D, Rickert WS, Levasseur G, Larose Y, Maertens R, White P, Desjardins S. Chem Res Toxicol. 2008. 21:494-502. Epub 2007 Dec 7.
Auteur : Lia Rosso / décembre 2012