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La rue et le fantôme
Samedi, on manifestait à Genève. Qui, "on", et pourquoi, pour qui ? Entre autres, pour les travailleuses et les travailleurs de la construction et pour l'amélioration de leurs salaires, de leurs conditions de travail, la défense de leur santé et de leur sécurité; pour les vendeurs et les vendeuses du commerce de détail, et contre la volonté de les faire travailler trois dimanches par année, et une heure de plus tous les samedis; pour les infirmières et les infirmiers, et pour l'initiative revalorisant leur profession, leur formation, leur recrutement, leurs salaires. Samedi, on a manifesté à Genève pour ce qu'en des temps que les moins de soixante ans n'ont pas connu on appelait le "prolétariat". Ou la "classe ouvrière", si l'on veut bien donner du mot "ouvrier" une définition plus large que celle d'un homme producteur de biens marchands concrets. Le prolétariat, la classe ouvrière. Dont on ne parle plus. Et pas de la "classe moyenne", dont on ne cesse de parler. Samedi, c'était la réalité sociale qui était dans la rue, pas un fantôme.