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Le somnambulisme s'hérite de ses parents
Après avoir suivi près de 2000 enfants pendant dix ans, des chercheurs ont trouvé qu’une personne a deux fois plus de risque d'être somnambule si un de ses parents l'est ou l'a été, et trois fois plus (!) si ses deux parents sont somnambules. Dans ces familles, les risques d’avoir un enfant somnambule sont augmentés de 60%.
L’étude canadienne montre aussi que le somnambulisme est très répandu chez les enfants. Ce sont ainsi près de trois enfants sur dix – de parents somnambules ou non– qui ont connu des épisodes de somnambulisme. Un résultat «dans la fourchette haute» des chiffres dont on disposait jusqu’à présent, relève José Haba Rubio, médecin associé au Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil de Lausanne. «Les épisodes diminuent toutefois à l'adolescence dans la très grande majorité des cas», rassure-t-il. On estime ainsi que seul 1 à 2% de la population adulte est somnambule.
Etant donné la nature bénigne de cette affection, «un dépistage génétique n’est pas justifié», selon le spécialiste. On ignore d’ailleurs quels gènes sont impliqués dans ce phénomène. Tout juste commence-t-on à identifier des gènes qui jouent un rôle sur le sommeil profond, la phase du sommeil où apparaissent les crises de somnambulisme.
Le mécanisme du somnambulisme commence cependant à être connu. Ce serait une mauvaise coordination de nos systèmes de veille et de sommeil. Comme un frein et un accélérateur, ceux-ci fonctionnent en parallèle: pour dormir, le système du sommeil doit être activé et celui de la veille inhibé. Or, chez les somnambules, le système de veille semble ne pas se désactiver complètement. «C’est un problème purement organique, comme un court-circuit, analyse le médecin du sommeil. Cela rassure beaucoup les familles quand on l’explique. Elles craignent souvent que le somnambulisme soit un symptôme lié à un trouble psychique.»
Durant un épisode de somnambulisme, le dormeur est veillé et endormi à la fois. «Son cerveau dort globalement mais sa partie qui contrôle le mouvement se réveille, détaille José Haba Rubio. Nous parlons d’éveil dissocié.» Le somnambule peut donc bouger et effectuer des mouvements habituels comme ouvrir une porte dont il connaît l’emplacement par cœur. Mais il ne peut pas vraiment réfléchir ou mobiliser des souvenirs – se rappeler où l’on a caché une clé, par exemple. Enfin, il ne se souvient par ailleurs généralement pas de ces tribulations nocturnes le lendemain.
Chez l’enfant, «la manifestation la plus fréquente consiste à se réveiller et s’asseoir dans son lit, en regardant confus autour de soi, explique le spécialiste. Le somnambule a les yeux ouverts et est généralement peu réactif. Parfois, il se lève, se promène puis revient dans son lit.» Ce sont ces déambulations qui présentent un danger. Le risque est principalement de chuter, par exemple dans les escaliers, ou de sortir de chez soi.
Les mesures de prévention sont du coup évidentes: verrouiller les portes qui communiquent avec l'extérieur ou qui conduisent à un escalier. Et si vous croisez votre enfant qui déambule ensommeillé, ne le réveillez pas, il serait désorienté. Raccompagnez-le plutôt à son lit en le prenant par le bras. Il faut aussi être spécialement attentif lorsque la nuit se déroule dans un endroit inconnu (hôtel, colonie de vacance, chez un ami, etc.). Comme le somnambule reproduit des mouvements qui correspondent à la disposition de son domicile, il pourrait, par exemple, faire le chemin qui l’amène habituellement à passer la porte et tomber par une fenêtre.
Il est possible de diminuer la fréquence des crises de ses enfants en leur donnant une bonne hygiène de sommeil, à savoir les coucher et les lever toujours aux mêmes heures et s’assurer qu’ils dorment assez. Cette régularité permet d’éviter que certaines de leurs nuits contiennent trop de sommeil profond, la phase du sommeil où se produit le somnambulisme. Des réveils programmés en début de nuit – le moment où interviennent généralement les crises– sont aussi pratiqués pour ne pas laisser l’épisode survenir.
Parasomnie
Ce sont des troubles, généralement inconscients, apparaissant pendant le sommeil. Ils se traduisent par des mouvements anormaux, des perceptions inhabituelles ou des rêves dérangeants. Les plus fréquents de ces troubles sont le somnambulisme, les terreurs nocturnes et le syndrome des jambes sans repos.
Enfin, les résultats canadiens montrent un lien entre terreurs nocturnes et somnambulisme. Un tiers des nourrissons ayant connu des terreurs nocturnes –un réveil brutal avec une peur terrible– connaissent plus tard des épisodes de somnambulisme. Ce ne serait pas un hasard: ces épisodes sont des parasomnies du sommeil profond –tout comme le somnambulisme– et sans doute «une expression différente du même mécanisme», conclut le Dr Haba Rubio.