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Les Kellia (« Cellules »), site monastique copte de Basse-Égypte, fut redécouvert en 1964 par Antoine Guillaumont et Rodolphe Kasser. Par son immensité et l'abondance des vestiges qui s'y trouvaient - plus de 1500 ruines érémitiques, construites en briques crues -, ce site représente le plus grand ensemble monastique actuellement connu dans le monde chrétien.
Dès la découverte de ses inscriptions pariétales, il s'est avéré être un exemple quasi unique dans l'histoire de l'archéologie et de l'épigraphie coptes : 1) pour l'histoire du monachisme, 2) pour celle de la piété populaire et l'étude de la langue bohairique. En effet, la Basse-Égypte, en raison d'une humidité plus importante que dans le reste du pays, a subi des pertes sévères en matière d'écrits. Elle n'a conservé que des textes tardifs (IXe-XIe siècle), rescapés des pillages, qui étaient conservés dans les bibliothèques de monastères. Ainsi, la part bohairique de la surface documentaire totale copte, pour l'ensemble de l'Égypte, ne représente guère plus de 7%. Or, cette langue ne peut faire état, à ce jour, que d'un seul ensemble de textes pariétaux : ceux qui ont été laissés par les moines et les pèlerins sur les parois des ermitages des KELLIA. Par ailleurs, les 2300 inscriptions kelliotes constituent à elles seules un chiffre bien plus considérable que l'ensemble des inscriptions en langue saïdique (dont la masse écrite représente près 88% de la totalité !), puisque cette dernière compte moins de 1000 documents.

La compilation, la rédaction, le traitement analytique du Corpus des inscriptions kelliotes aboutira à la création d'un ouvrage entièrement neuf dans sa conception au sein des études coptes, qui rendra service sur les plans linguistique et dialectologique pour l'essentiel, mais aussi sur les développements sociaux, politiques et religieux d'un site. Il répondra ainsi à un besoin réel et urgent dans la grande synthèse dialectale de la langue bohairique en préparation. D'une part, les historiens de l'Église, des civilisations byzantine et copte en Égypte trouveront là une documentation originale extrêmement riche, illustrant les origines du monachisme chrétien. Les linguistes disposeront enfin de l'ensemble des documents non littéraires en langue copte bohairique standard (B5), dont les textes kelliotes, datant du Ve au VIIIe siècle, sont les témoins originaux les plus anciens. Il est certain que les particularités linguistiques qui auront été dégagées des inscriptions des Kellia joueront une part non négligeable dans une nouvelle évaluation du bohairique en cours d'étude. De même, les épigraphistes et les paléographes trouveront dans ce volume une somptueuse palette d'écritures, onciales ou cursives, de scribes professionnels ou occasionnels, lettrés ou quasi illettrés. Un tel Corpus d'inscriptions du Delta viendra compléter la masse déjà connue des inscriptions relevées - et publiées - des autres contrées de l'Égypte.
L'étude de ce matériel épigraphique apportera aussi une meilleure compréhension de l'histoire d'une demeure monastique, du site et de ses habitants, mais aussi de la vie religieuse des Coptes en général, à cette époque.