Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06952.jsonl.gz/267

L’impact du Covid fut inégal selon les cantons mais le bilan global est négatif. En 2020, la valeur ajoutée brute du secteur est retombée au niveau de 2006.
Pendant la crise du Covid, de nombreux acteurs de l'hôtellerie ont souffert, certains ont résisté à la tempête et quelques-uns ont même prospéré. Une analyse des statistiques avant et pendant le Covid mène à de surprenantes conclusions.
Avec la chute des voyages d'affaires, le nombre total de visiteurs à Zurich a chuté de 68%, tandis qu'Appenzell Rhodes-Intérieures, un canton rural de Suisse centrale, a subi une perte de seulement 4,9%. En ce qui concerne les visiteurs suisses, le perdant est à nouveau Zurich, ayant perdu 55% de ses touristes suisses en 2020. En revanche, quatre cantons ont vu leur nombre de visiteurs helvétiques augmenter en 2020 par rapport à 2019: Appenzell Rhodes-Intérieures (+5,28%), les Grisons (+2,96%), Neuchâtel (+7,87%) et Uri (+12,84%).
C'est une fausse idée de penser que les Suisses ont voyagé davantage au sein des 26 cantons pendant le Covid. A part les quatre cantons gagnants mentionnés ci-dessus, tous les autres cantons ont accueilli moins de touristes suisses durant cette période. Il est possible que les Suisses aient fait plus de «voyages d'un jour» en Suisse pendant la période, mais cela n'apparaît pas dans les données. Il est particulièrement important de noter que de nombreux hôtels en Suisse ont décidé de rester ouverts pendant cette période pour couvrir leurs coûts fixes.
Pour tenter de rééquilibrer le tourisme, de nombreux hôtels ont dû proposer des prix attractifs et faire preuve de créativité pour rendre leur offre plus intéressante. Certains hôtels ont proposé une "utilisation alternative" de certaines de leurs chambres en y ajoutant, par exemple, des meubles, un réfrigérateur, un bureau ou un micro-ondes et en les vendant comme des «appartements-hôtels».
Pour analyser l'impact sur le secteur, il est pertinent de regarder la valeur ajoutée brute du secteur. On constate qu'elle est retombée au même niveau qu’en 2006.
En termes d'emploi, la contribution de l'hôtellerie a chuté aux niveaux de 2014. En 2020, l'hôtellerie Suisse emploie moins de personnes qu'il y a presque dix ans.
Enfin, si l'on examine de plus près les raisons d'un tel impact, on constate que le sous-secteur de l'alimentation et des boissons a licencié le plus grand nombre d'employés.
Nous pouvons constater que 2020 a été la pire année, en termes de performance, des cinq dernières années pour tous les sous-secteurs.
Nous remarquons que dans le cas de l'emploi, les chiffres sont les plus faibles des cinq dernières années pour toutes les sous-catégories (à l'exception du transport de passagers, des services culturels et des loisirs, qui ont maintenu des niveaux équivalents à ceux de 2019).
Le confinement a mis à pied temporairement les travailleurs de l'hôtellerie, leur permettant d'expérimenter un rythme de vie beaucoup moins pénible. À la fin du confinement, certains de ces travailleurs ont décidé de postuler dans des hôtels offrant des conditions de travail plus agréables ou de travailler dans d'autres sous-secteurs de l'hospitalité. Ceci explique pourquoi de nombreux hôtels en Suisse ont beaucoup de mal à recruter des professionnels de la restauration, des chefs, des serveurs et des réceptionnistes ou même des travailleurs saisonniers. Il est intéressant de noter que de nombreux employés de l'hôtellerie et de la restauration ont complètement réorganisé leur emploi du temps, travaillant à temps partiel dans un hôtel et le reste du temps dans d'autres entreprises ou s’installant à leur compte.
Il est encore tôt pour spéculer sur les conséquences à moyen terme que les sanctions contre la Russie auront sur le tourisme suisse. De plus, les Russes représentent une très faible part du tourisme étranger en Suisse (1,3% en 2019). Néanmoins, si l'on se concentre sur les villes et non sur le pays, ils représentaient 4% des touristes et 6% des nuitées de touristes étrangers à Zoug.
De plus, les touristes russes représentent un marché de «niche», puisqu'il s'agit généralement de personnes aisées qui séjournent dans des hôtels 4 ou 5 étoiles. Pendant leurs vacances ou leurs voyages d'affaires en Suisse, ces touristes à fort pouvoir d'achat ont généralement des habitudes de consommation dites «de luxe». Les voyageurs russes consomment des biens et services onéreux et génèrent des revenus substantiels pour les établissements qui les accueillent.
Maintenant que les échanges commerciaux entre la Russie et les pays européens se sont taris, et à cause de la baisse de la valeur du rouble, on peut supposer que les chefs d'entreprise russes observeront une baisse drastique de leur trésorerie et de leurs revenus commerciaux, ce qui affectera leur pouvoir d'achat.
Enfin, les vols entre la Russie et de nombreux pays ont été suspendus. Pour ces raisons, il est facile de supposer que la Suisse perdra un grand nombre de ses touristes russes et que certaines destinations touristiques risquent d'être touchées par la crise actuelle.