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Au-delà des voeux personnels et consensuels que je me réjouis de présenter aux lectrices et lecteurs de ce blog, il est une idée que j'estime opportune de développer au moment où chacun vient de prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année.
Mes considérations étant relativement longues et touffues, je me permets de débuter par la conclusion, étant certain que nombre de lectrices et lecteurs seront heureux de commencer par la fin pour, éventuellement, lire ensuite le début...
Conclusion
Donc, pour éviter les catastrophes électorales de 2009 et 2005, tout en garantissant une légitimité populaire forte à une liste alternative à la gauche institutionnelle, une solution que j'imagine simple et réaliste serait de créer une "Alterliste" qui ne fédérerait pas des partis ou des associations, mais des individus aussi nombreux que possible (les listes peuvent présenter 100 noms !) qui s'entendent sur deux points:
- un programme commun simple et concis
- la garantie que chaque élu-e de la liste bénéficiera d'une liberté absolue de parole et de position dans le cadre de ses fonctions de député-e, dans la mesure où il-elle respecte les principes énoncés dans le programme.
Si par extraordinaire un nombre suffisant de militant-e-s, membres ou non de partis politiques ou d'associations, se révélait prêt-e-s à lancer ce projet, je m'y associerais volontiers, sans d'ailleurs nécessairement faire acte de candidature. Je reçois volontiers vos messages et co-organiserai avec plaisir une éventuelle première réunion, tout en refusant tout statut particulier, conformément aux principes énoncés dans le texte ci-dessous.
État des lieux de la gauche à moins d'une année des élections cantonales.
Les deux dernières années auront été particulièrement cruelles pour les partis institutionnels de gauche. L'agenda politique et quelques hésitations les ont trop souvent mis en porte-à-faux avec leur électorat, ce qui les a inévitablement affaiblis.
Du côté du PS, si l'on constate avec satisfaction que le parti semble avoir enfin réalisé qu'il est dans l'opposition et qu'il l'a assumé de manière convaincante, en particulier lors des débats budgétaires et ceux concernant la caisse de pension de l'État, son incapacité à accepter les différences d'opinion en son sein et sa façon de les écraser au rouleau-compresseur (qu'on pense au mercredi matin, à la Constitution, aux Cherpines...) en a fait déchanter plus d'un...
Sans compter que sa situation de parti institutionnel, devant défendre son Conseiller d'État et de nombreux sièges dans les différentes instances du canton, affadit trop souvent les positions souvent pertinentes de ses membres les plus actifs.
Du côté des Verts, leur nouveau statut majoritaire, associé à la nécessité de soutenir deux Conseillers d'État, dont l'un, tout remarquble qu'il soit, ne brille ni par ses idées progressistes, ni par son souci de l'environnement, a conduit bien souvent la députation sur la pente glissante de la résignation, de l'acceptation de "faire le sale boulot", bref de la collaboration plutôt que de la résistance.
S'en sont suivis les acceptations sans sourciller d'un budget 2012 rompant l'accord entre l'État et ses employés, puis d'une loi sur la fusion des caisses de pension qui elle aussi brisait un accord entre syndicats et Conseil d'État. Dans l'intervalle, un clash entre une base très peu enthousiaste face au projet de loi sur les régies publiques, que les députés qui avaient acceptée à l'unanimité avec la droite, en ayant préalablement refusé tous les amendements du PS.
Heureusement, le PLR n'ayant pas, parmi ses rares qualités, le sens de la mesure, les Verts semblent avoir enfin compris qu'ils n'avaient rien à gagner à jouer la chambre d'enregistrement des décisions de Weiss et ses copains, et, manifestement, ils s'apprêtent à être bien plus offensifs dans les débats budgétaires de janvier-février que lors des précédents. Ouf !
Restent les autres mouvements de gauche...dont la caractéristiques principale, pour tous les citoyens non initiés, au nombre desquels je peux me ranger, est de se diviser à la moindre occasion, pour des questions de doctrine ou de personnes (ou les deux à la fois) et de manquer systématiquement leurs rendez-vous électoraux...
Aucune condescendance de ma part dans ce constat, car j'admire sincèrement les luttes menées par ces gens, qui, avec de petits moyens et peu d'espérances électorales, parviennent souvent à occuper le champ politique avec talent. Et j'ai l'impression que les nombreuses querelles qui ont émaillé ces mouvements, loin d'être futiles, sont le plus souvent le résultat de prises de position honnêtes de gens pour qui l'intransigeance est une forme noble de refus de la résignation et de la compromission.
Il n'en demeure pas moins que, le quorum étant toujours à 7%, la seule possibilité d'envisager l'entrée d'une troisième force de gauche au parlement, c'est l'union, quelle que soit sa forme...
Quelques raisons d'espérer...
La première, et la moins avouable, c'est la faiblesse historique des partis de droite. La fusion du PLR a équivalu à une annexion des radicaux par les libéraux, libéraux qui ont rarement cumulé avec autant d'outrecuidance le mépris de la population, la rapacité et l'allégeance aux lobbies, tout en trustant éhontément les postes surpayés des régies publiques. On y ajoutera un PDC qui n'a manifestement pas encore saisi la nouvelle orientation de son allié, qu'il suit encore systématiquement comme un caniche en quête de susucre (le dernier étant bien évidemment le désistement en faveur de G. Barrazone). Tout cela pour dire qu'il y a fort à parier que ces deux partis se ramasseront une veste mémorable en 2013, le tout étant d'éviter que les votes perdus partent dans l'escarcelle du Conducator d'Onex...
La deuxième, c'est la prise de conscience, de plus en plus manifeste, de la population genevoise, de l'échec du modèle libéral. La concentration de capitaux, de multinationales et autres sociétés de négoce, génère des désagréments pratiques et moraux de moins en moins supportables pour le Genevois moyen. Prix du logement, congestion du transport, pollution, détresse sociale, mitage du territoire, image désastreuse de notre canton, ont crû à mesure que les hedge funds conquéraient la place et que les entreprises industrielles et de services à la population la désertaient, pour s'établir sous d'autres cieux, adoubées par les adorateurs du libre-échange.
Désormais, rares sont ceux qui croient encore que l'échec du libéralisme vient de son manque de... libéralisme, dernier argument des derniers dinosaures disciples de Smith et Ricardo.
La troisième, c'est la vigueur de la société civile et du monde associatif et syndical. Désormais, face à chaque échéance politique, ces milieux se mobilisent, publient et descendent même dans la rue. Ils sont animés par des milliers d'intelligences dynamiques, de gens prêts à s'engager dans l'action publique, sans nécessairement souhaiter à adhérer à un parti politique. Et, même si leurs positions n'ont pas plu à toutes et tous, il faut relever l'extraordinaire travail des représentants des milieux associatifs à la Constituante, dont les documents ont été des (trop) rares exemples d'approche objective du texte proposé.
La quatrième, c'est le mode d'élection du Grand Conseil. Si le quorum à 7% rend impossible la désunion, ce qui est surtout intéressant, c'est la possibilité d'inscrire 100 noms sur la liste. Il s'agit d'une rare occasion d'ouvrir largement une liste à la société civile et d'éviter les divisions dues aux conflits de personnes, dans la mesure où chacun-e accepterait de voir son nom côtoyer celui de 99 autres nécessairement différent-e-s sous une même bannière, dans un ordre qu'on devrait imaginer aléatoire.
Ce que je propose...
Les dernières tentatives de listes communes des partis de gauche se sont soldées par des échecs. J'ai donc tendance à croire que l'union "par le haut" est un exercice particulièrement périlleux pour plusieurs raisons, avouables ou non.
C'est pourquoi je propose humblement - car je n'ai que très peu d'expérience politique - à tou-te-s celles et ceux qui se sentent concerné-e-s, la création d'une "Alterliste" à laquelle adhéreraient non des partis, mais des individus, membres ou non de partis politiques.
Le but n'étant évidemment pas de créer une liste supplémentaire à gauche, il est nécessaire que les militant-e-s des groupes déjà constitués adhèrent à cette idée. La liste n'ayant aucune vocation à devenir un Xème parti de gauche, elle pourrait fédérer sans difficulté des membres de partis déjà constitués, qui resteraient évidemment les organes essentiels, aux même titre que les syndicats et certaines associations, des luttes sociales.
Cette solution cumulerait plusieurs avantages, dans la mesure où certains principes seraient suivis:
- Une rupture avec le fonctionnement politique traditionnel: La légerté de la structure (la création d'une association et un site web suffiraient) permettrait de se passer de la lourdeur des appareils de partis et de leur hiérarchie. On peut tout à fait imaginer un groupe auto-géré, sans présidence pérenne, ni comité directeur, traitant dans des séances à présidence tournante les aspects principaux de la campagne. Après l'élection, le caucus pourrait fonctionner également de cette façon, en intégrant même les candidat-e-s non élu-e-s pour assurer une diversité d'opinion aussi large que possible.
- L'égalité entre les candidat-e-s: L'acceptation de ce principe, qui suppose par exemple le renoncement à une hiérarchie et un tirage au sort des positions sur la liste, permettrait à chaque candidat-e de disposer d'un espace d'intervention équivalent. Pas question de truster les interviews, les journalistes devront s'habituer à devoir découvrir différents visages, en fonction des thèmes abordés.
- L'élaboration d'une liste de "principes communs": Le premier travail du groupe de candidat-e-s serait sans doute d'élaborer les principes fondateurs d'une politique progressiste, principes simples et incontournables qui seraient le ciment unissant les candidat-e-s.
- La garantie de la liberté de parole et de position: Le principe du vote en bloc prévaut au Grand Conseil, en particulier à gauche. Générateur de tensions inutiles, il ôte le débat en plénière de tout son sens, vu que les majorités sont faites au cours des caucus. Ce principe n'a de raison d'être que lorsque les principes fondateurs du parti sont en cause, ce qui ne pose généralement aucun problème, vu l'adhésion des membres de ces partis à ces principes.
Dans notre cas, la liberté de position devrait être garantie par défaut et ce n'est que lorsque le caucus, à une majorité qualifiée, estime qu'une question relève des "principes communs" que le vote pourrait être imposé.
- L'acceptation du processus parlementaire: On l'observe trop souvent, des candidat-e-s pétri-e-s de bonnes intentions se transforment en député-e-s semblant renier sans scrupule leurs engagements, cela au nom du consensus, ciment du fédéralisme helvétique. La difficulté, en particulier dans le travail en commission, réside sans doute dans l'acceptation du principe du dialogue et de l'élaboration de textes en commun avec des partenaires aux idées fondamentalement opposées. C'est là pourtant la nature du travail parlementaire et accepter de faire partie d'un parlement sans espoir d'y apporter quelque progrès est inutile et démoralisant.
Il faut donc trouver une juste voie entre l'obstruction systématique et la compromission sans scrupule. Cette voie doit sans doute être définie par rapport aux "principes communs" qu'il est exclu de renier et qu'il est impératif de défendre dans le cadre de textes proposés par la liste. Cette voie implique aussi une transparence aussi large que possible sur les travaux en commission, l'exposé des buts recherchés, ceux qui ont été atteints et ceux qui ont été manqués, la position finale étant par nature définie par la pondération des premiers et des seconds.
- Un dialogue systématique avec les électeurs: Les outils de communication permettent aujourd'hui de maintenir un contact permanent avec l'électorat, en court-circuitant des médias qui, bien trop souvent, se font les relais exclusifs de la doxa majoritaire. Il y a donc un travail permanent d'information à mener, travail déjà largement effectué par les syndicats, les associations et les partis. La possibilité d'avoir des député-e-s dans un des coeurs de la bataille renforcerait sans conteste notre capacité d'informer les citoyen-ne-s et de lancer des débats populaires.
Conclusion
Donc, pour éviter les catastrophes électorales de 2009 et 2005, tout en garantissant une légitimité populaire forte à une liste alternative à la gauche institutionnelle, une solution que j'imagine simple et réaliste serait de créer une "Alterliste" qui ne fédérerait pas des partis ou des associations, mais des individus aussi nombreux que possible, (les listes peuvent présenter 100 noms !) qui s'entendent sur deux points:
- un programme commun simple et concis
- la garantie que chaque élu-e de la liste bénéficiera d'une liberté absolue de parole et de position dans le cadre de ses fonctions de député-e, dans la mesure où elle respecte les principes énoncés dans le programme.
Si par extraordinaire un nombre suffisant de militant-e-s, membres ou non de partis politiques ou d'associations, se révélait prêt-e-s à lancer ce projet, je m'y associerais volontiers, sans d'ailleurs nécessairement faire acte de candidature. Je reçois volontiers vos messages et co-organiserai avec plaisir une éventuelle première réunion, tout en refusant tout statut particulier, conformément aux principes énoncés dans le texte ci-dessus.