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Critique
"Derrière un titre sibyllin (QUILLS) se cache une évocation des dernières années de l'existence du Marquis de Sade. Adaptation d'une pièce de théâtre, LA PLUME ET LE SANG renvoie à la fois à la réalité des faits historiques et à l'imagination de Doug Wright, auteur de la pièce et scénariste du film.
Incarcéré dans un asile de malades mentaux par Bonaparte qui avait l'espoir de réduire définitivement au silence l'incorrigible athée, l'aristocrate anarchiste et le cruel libertin, Sade (Geoffrey Rush) continue, envers et contre tout, à écrire et publier ses oeuvres grâce à la complicité de Madeleine (Kate Winslet), la lingère de l'hospice, qui se charge de faire sortir de l'asile les manuscrits de l'écrivain.
Le marquis s'occupe par ailleurs de diriger les spectacles de théâtre de l'hôpital, mais il ne peut s'empêcher de ridiculiser le médecin Royer-Collard (Michael Caine) chargé des soins et de l'ordre dans l'établissement: les deux hommes deviendront dès lors des ennemis mortels et un vent de folie emportera Madeleine, le marquis et l'abbé Coulmier (Joaquin Phoenix), directeur pourtant éclairé et tolérant de l'hospice.
Philip Kaufman (L'INSOUTENABLE LEGERETE DE L'ÊTRE, 1990) dit ""avoir été fasciné par la littérature de l'extrême parce qu'elle ouvre à une vision plus large de l'humanité"". On en prend note tout en ne trouvant guère d'écho humaniste dans une oeuvre qui, sans être sulfureuse ou choquante (comme celle du marquis), reste provocante. Le film ne dépasse pas le spectacle du mensonge, de l'hypocrisie et de la cruauté. Même l'obstination à écrire de Sade ne nous émeut guère.
Madeleine est peut-être la seule personne qui échappe à la noirceur du sujet, le seul personnage qui voie clair dans le jeu de l'écrivain scandaleux et qui ne se laisse pas impressionner, suscitant par là même la sympathie du spectateur.
Sade se définissait lui-même comme ""impérieux, colérique, emporté, extrême en tout, d'un dérèglement d'imagination sur les moeurs qui, de la vie, n'a pas eu son pareil"": le cinéaste a souhaité donner de l'écrivain une image différente, une dimension qui soit humaine et non monstrueuse, et il voulait sans doute aussi rappeler que toute pensée est fondamentalement libre, qu'aucune prison ne la retiendra jamais, et éviter - tant mieux! - la biographie inutile d'un monstre persécuteur, dépravé et sanguinaire. Mais plutôt qu'un débat sur la liberté ou la répression, plutôt qu'une réflexion sur le caractère authentique (ou non?) de la révolte et de la subversion du personnage, le cinéaste s'est empêtré dans une description du désir de domination chez Sade, de l'hypocrisie chez Royer-Collard et de la déchéance collective de presque tous les personnages, Madeleine exceptée, seule porteuse d'espoir dans ce récit qui reste, malgré de très beaux décors, une sinistre descente aux enfers."
Antoine Rochat