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Tout avait bien commencé...
Je suis née le 17 janvier 1957, en Mandchourie, au Nord-Est de la Chine, plus précisément dans la ville de Changchun, capitale de la province du Jilin, et dans une famille de médecins réputés : mon père, grand cardiologue ; ma mère, spécialiste de médecine traditionnelle chinoise ; et mon oncle, l'un des plus célèbres neurologues de Chine.
La Révolution culturelle
À l'âge de 10 ans, je me suis retrouvée cheffe de famille : seule à m'occuper de mes deux petits frères jumeaux. Mes parents venaient d'être déportés dans des camps de rééducation, car déclarés ennemis du peuple. En ce temps-là, le « peuple », c'étaient les ouvriers et les paysans. Toute autre profession vous exposait à l'accusation d'« ennemis du peuple ».
Élève diplomate
1972 - La Révolution culturelle prend un nouveau tournant, les Gardes Rouges sont mis hors jeu. Après un examen approfondi de leurs antécédents, mes parents sont libérés. Quant à moi, après avoir passé avec succès un examen national, je suis sélectionnée par le Ministère des Affaires étrangères pour aller étudier la diplomatie internationale à l'ambassade de Chine de Moscou.
J'arriverai à Moscou à 15 ans ; j'allais y passer les quatre annnées suivantes.
Diplomate
De retour à Pékin, je vais travailler quasi quotidiennement avec des chefs d'État de nombreux pays , en tant que spécialiste des relations de la Chine avec la Russie, l'Europe, les Amériques et l'Australie. Je participerai entre autres aux discussions avec George Bush père, en 1982, et 5 ans plus tard aux négociations entre Deng Xiaoping et Margaret Thatcher sur la rétrocession de Hong Kong. Par la suite, je serai étroitement associée à la préparation de la visite de Gorbatchev prévue à Pékin en 1989.
Gorbatchev
Nous avions préparé dans les moindres détails la visite de Mikhaïl Gorbatchev à Pékin. Pendant les quatre années qui ont précédé la date prévue de l'événement, un nombre incalculable de délégations russes étaient venues à Pékin, tandis qu'autant de délégations chinoises s'étaient rendues à Moscou, afin de planifier chaque minute de chaque thème de discussion. Tous les aspects économiques, politiques, militaires, juridiques et culturels avaient été passés au crible, afin d'assurer le triomphe de ce qui devait marquer une réconciliation historique entre les deux géants du communisme, brouillés depuis plus de 20 ans.
Résultat : la visite de Gorbatchev a tourné au cauchemar ! Les manifestations d'étudiants empêchèrent la réception du numéro 1 soviétique sur la place Tian'anmen. La route de l'aéroport était pratiquement bloquée et Gorbatchev fut reçu en catimini, à l'entrée de la résidence qu'il devait occuper, et cela au mépris de tous les protocoles.
La Suisse
Le régime ne pardonnera pas aux étudiants ce qu'il considéra comme une humiliation infligée à la Chine par une minorité d'« individus animés d’intentions inavouables », et cela aux yeux du monde entier. Les manifestations estudiantines furent réprimées dans le sang et la Chine s'est refermée dramatiquement. J'ai alors décidé de renoncer à mes fonctions au service du gouvernement chinois. À cette époque, des dizaines de diplomates en poste dans les ambassades chinoises à travers le monde, prirent la même décision et quittèrent leurs fonctions.
Mutée à l'ambassade de Chine en Suisse dans un premier temps, j'ai finalement décidé de m'établir dans ce pays pour y donner une nouvelle orientation à ma carrière.
Déchue de ma nationalité chinoise, je resterai apatride en Suisse durant 15 ans, avant de pouvoir obtenir mon passeport helvétique.
Aujourd'hui
Aujourd'hui, j'ai renoué avec la politique au sein du Conseil communal de Pully
et comme députée au Grand Conseil vaudois
. Professionnellement, je dirige l'entreprise SinoLéman qui propose ses services aux entreprises suisses et chinoises désireuses d'être actives dans les deux pays.
Disponible chez Edilivre
Ou par e-mail chez les auteurs
au prix spécial de CHF 26.- net
(valable en Suisse, facture à 30 jours)
Bande-annonce
Article de 24 Heures (31.03.2012)
Article du Régional (8.06.2016)
Ce livre réalise une promesse, celle que j’avais faite à mes parents, il y a de cela déjà bien des années. La promesse de ne pas laisser l’oubli recouvrir de son voile inexorable les vicissitudes que connurent notre famille – comme bien d’autres – au travers d’un siècle tourmenté que connut la Chine. À mes yeux, tant de peines inutiles et d’espoirs déçus méritaient pour le moins une stèle de papier.
Extraits
Gardes rouges (p. 56)
Les Gardes rouges m’annoncèrent que mon nom personnel, Na, ne convenait pas aux principes révolutionnaires. J’allais donc devoir en changer. Ils me chargèrent de communiquer à mes parents un choix entre trois possibilités : Yibing (un soldat), Hongbing (soldat rouge) ou Aiwu (qui aime la guerre/la violence).
J’ai rapporté cette exigence à mes parents qui n’ont pas voulu de ces trois noms. Alors mon père a dit : « Appelons-la Yu », qui veut dire « cosmos » en chinois.
Sélectionnée à 14 ans (p. 111)
Le directeur de l'école a pris la parole :
- — Le Ministère des Affaires étrangères a donné l’ordre de recruter Liu Yu et d’autres, dix élèves au total, pour aller à Pékin, suivre une formation de diplomate.
Liu Yu… Je tombais du ciel en entendant mon nom ! Pourquoi avait-il prononcé mon nom ? Et seulement mon nom ?
« Liu Yu et d’autres… »
Comment « et d’autres » ?
Quels autres ? Pourquoi « dix élèves au total » ?
Je ne savais pas si je devais me réjouir ou m’inquiéter. Je n’y comprenais rien ! Ensuite le directeur a lu la liste des dix noms d’élèves sélectionnés par le Ministère : mon nom était en tête de liste ! C’était moi qui avais obtenu les meilleures notes…
Moi, la plus jeune de tous les élèves de notre école !
Moi qui venais d’une famille de simples médecins, alors que tous mes camarades étaient des enfants de notables !
Moi, la fille des « ennemis du peuple » !
Moi qui étais persuadée de n’avoir aucune chance !
À 14 ans, je me retrouvais en tête de la liste des futurs diplomates recrutés par le Ministère des Affaires étrangères de Chine ! C’était simplement inconcevable… Je ne pouvais pas y croire !
Activités diplomatiques (p. 236)
La visite officielle, à la préparation de laquelle le gouvernement m’avait demandé de prendre une part active dès le mois de janvier 1982, était celle de George Bush père. À ce moment-là, il occupait la fonction de vice-président des États-Unis. George Bush est arrivé à Pékin le 5 mai 1982, pour quatre jours. Chaque matin, il tenait à sa balade à vélo, dans les hutongs, les vieux quartiers de Pékin aux petites ruelles étroites, accompagné de ses gardes du corps. Nos services de sécurité suivaient aussi de loin cette expédition.
Lors des entretiens avec Deng Xiaoping, j’étais mobilisée pour prendre des notes. Durant toute cette visite du père Bush, mon travail a été particulièrement stressant.
Exilée en suisse (p. 366)
Pas une seconde je n’ai regretté mon ancienne existence de diplomate du gouvernement chinois. Je crois que je n’étais pas vraiment faite pour me plier à la discipline intraitable d’un parti unique et d’un gouvernement autoritaire.
Aujourd’hui, je peux rencontrer qui je veux, dire ce que je pense, aller où je veux sans demander la permission à qui que ce soit. Décidément ni la notoriété, ni les voitures avec chauffeurs, ni les passe-droits en tout genre dont j’ai pu bénéficier ne valent une seule minute de liberté !