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À la fin de l’année 1881, le médecin bâlois Gottlieb Burckhardt est nommé directeur de Préfargier dans un contexte idéologique fortement marqué par la philanthropie et donc peu différent de celui qui règne lors de la fondation de l’établissement près de quarante ans auparavant. Toutefois, l’arrivée de ce nouvel acteur aux commandes du vénérable asile neuchâtelois marque le début d’une nouvelle ère dans l’histoire de l’institution. L’engagement de Burckhardt est une rupture à la fois sociale et médico-scientifique. Le nouveau directeur, qui – contrairement à ses prédécesseurs – n’est pas originaire du canton, va faire en sorte de calquer l’asile neuchâtelois sur le modèle de la clinique psychiatrique promue par la psychiatrie universitaire. Lors du choix du Bâlois par les membres de la commission, les responsables de Préfargier sont conscients de l’originalité que représente Burckhardt par rapport à ses devanciers. Le comité, légèrement inquiet, espère que malgré l’ « individualité propre » de Burckhardt et les modifications qu’il pourrait suggérer, il « saura comprendre et conserver les traditions générales qui datent de la fondation et se conformer autant que possible aux usages auxquels, nous tous, administration et public, sommes habitués ». Cette inquiétude est motivée par le fait que le médecin bâlois n’est qu’indirectement lié au réseau social qui s’est élaboré autour de Préfargier et de son fondateur.
De plus, Burckhardt est le promoteur d’une psychiatrie scientifique fondée sur la recherche anatomo-pathologique qui est étrangère à Préfargier et ses administrateurs.
Le processus qui mène à la nomination de Gottlieb Burckhardt comme médecin directeur de la maison de santé est initié à l’issue d’une séance du Comité de direction du début du mois de juin 1881. Auguste Châtelain, alors directeur de l’établissement, y « demande la parole pour faire au Comité une communication […] de nature à l’affecter profondément »1)ADP, 1881, p. 29.. Il annonce qu’il a pris un « parti définitif […] grave », qu’il « est maintenant décidé à donner sa démission des fonctions qu’il remplit depuis si longtemps et de quitter Préfargier »2)ADP, 1881, p. 15.. Cette nouvelle attendue – Auguste Châtelain était “au bout du rouleau” physiquement et moralement – bouleverse la vie de l’établissement. Elle force le Comité à se lancer à la recherche d’un remplaçant à un directeur très apprécié. Cette période de transition est propice au développement de discours et de débats sur les attributs qui font un bon directeur.
Ces débats sont d’autant plus importants que la Commission est désemparée face au départ d’un directeur auquel on ne connaît pas de successeur désigné. La décision de Châtelain est si problématique que certains des membres de la Commission proposent de « se rendre en corps auprès du Directeur [pour] lui exprimer verbalement l’impression pénible que lui cause sa retraite et s’efforcer à l’engager à rester »3)ADP, 1881, p. 18.. Les membres de la Commission s’étaient pourtant préparés à ce départ ; ils avaient déjà mené quelques recherches pour trouver un remplaçant à Auguste Châtelain. Mais ce sondage anticipé se solde par un échec et la Commission a peu d’espoir de trouver un nouveau directeur convenable. La situation est telle que les membres de la Commission considèrent même la possibilité « d’obtenir les Services […] d’un médecin ordinaire »4)ADP, 1881, p. 16.qui se formerait sur le tas.
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Références [ + ]
|1.||⇑||ADP, 1881, p. 29.|
|2.||⇑||ADP, 1881, p. 15.|
|3.||⇑||ADP, 1881, p. 18.|
|4.||⇑||ADP, 1881, p. 16.|