Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07115.jsonl.gz/479

Dans le cadre des efforts de DEWA pour documenter les changements environnementaux depuis les trente dernières années dans certains sites sélectionnés de par le monde, plusieurs images satellites ont été étudiées à GRID-Europe. Cela concerne les villes suivantes: Bucarest, Genève, Kiev, Port-au-Prince et Téhéran.
Située au sud-est de la Roumanie, à mi-chemin entre
le Danube et les Carpates méridionales, au bord de la Dimbovita, Bucarest
est la plus grande ville du pays et son principal centre politique, économique
et culturel. Elle est cinq fois plus peuplée que la deuxième
ville, Constantza.
L'agglomération urbaine de Bucarest qui, depuis 1948, a vu sa population et sa superficie plus que doubler sous l'effet de la croissance démographique naturelle, de l'industrialisation et de la centralisation politique, est de plus en plus construite et congestionnée.
Aujourd'hui, 16 ans après la chute du parti communiste et la reprivatisation des terres, Bucarest est confrontée aux problèmes de la croissance démographique et de la dispersion grandissante de l'habitat, du centre vers les zones suburbaines. L'éparpillement progressif de la population résidante et l'augmentation du nombre de véhicules privés entraînent une congestion du trafic, une pollution sonore mais surtout une pollution de l'air, à laquelle contribue aussi le développement industriel des faubourgs.
|1979: des zones agricoles étendues se
trouvent à l'intérieur et à l'extérieur
des limites de la ville, et au-delà du périphérique.
De vastes forêts s'étendent au nord et à
l'ouest de Bucarest. Comme le révèlent les couleurs
différentes des terres agricoles, les images ci-après
ont été prises à différentes saisons.

Bucarest demeure relativement compacte, la zone à forte densité de population se concentrant dans un rayon de sept kilomètre autour du centre-ville.
|1988: un bref coup d'oeil à Bucarest
sur cette image révèle à quel point le
paysage urbain a été restructuré et transformé
durant la présidence de Nicolae Ceaucescu. Jusque-là,
le développement moderne n'avait guère perturbé
le tissu urbain traditionnel.

Entre 1980 et 1989, plusieurs villages des environs de Bucarest ont été démantelés. Leurs habitants ont été contraints de déménager à Bucarest pour céder la place à des travaux d'envergure, tels que l'expansion de l'aéroport et la construction du canal Danube-Bucarest (Dimbovita), qui divise aujourd'hui la ville en deux.
Dans l'intervalle, près d'un quart de la vieille ville a été rasé et remplacé par des constructions massives de l'État comme la " Maison du Peuple " - le deuxième plus grand bâtiment du monde après le Pentagone - et le boulevard de la Victoire du Socialisme
|2001: cette image montre bien la densification de la ville à l'ouest, à l'est et au sud-est. La croissance urbaine se déploie aussi bien en deçà qu'au-delà du périphérique. La ville se développe vers le nord, à l'intérieur de ses limites, et vers l'ouest, au-delà de ses limites et de la route de ceinture.|
Située à l'extrémité sud-ouest du Léman, le plus grand lac d'Europe occidentale, Genève, à la fois ville et canton, se trouve dans un bassin encastré entre les Alpes et la chaîne du Jura. Bien qu'il soit l'un des moins étendus, Genève occupe le 6e rang des cantons suisses pour la population (434 473 habitants en 2003). À part sa frontière de 5,6 km avec le canton de Vaud au nord, il est entouré presque entièrement par le territoire français. Genève accueille de nombreuses organisations internationales, notamment le siège européen des Nations Unies, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Laboratoire européen de physique des particules (CERN). De plus, son régime fiscal favorable attire de nombreuses entreprises étrangères.
Genève concentre près de 75% des emplois
du bassin transfrontalier, mais 57% seulement de sa population.
Formidable pôle d'attraction en matière d'emploi,
le canton de Genève ne dispose pas de l'espace nécessaire à
la construction de nouveaux logements, ce qui n'est pas le cas
des territoires qui le jouxtent. Depuis quelques décennies,
l'agglomération genevoise empiète de plus en plus
sur les frontières cantonales, s'étendant sur les
territoires vaudois et français voisins.
Malgré l'afflux de travailleurs étrangers que cela entraîne, l'immigration et la croissance sont demeurées relativement stables de 1990 à 2000, avec une augmentation moyenne de la population de 1% par an. Mais en 2001, Genève a enregistré un taux de croissance record - plus de 2% - contre 1,3% et 1,6%, respectivement en 2002 et 2003. Le développement suburbain exerce une pression considérable sur les terres agricoles et les milieux naturels, un problème qui, à Genève, est accentué par la nature transfrontalière de l'agglomération urbaine.
Le Canton a adopté une politique de développement
territorial favorisant une "urbanisation vers l'intérieur
", afin de lutter contre l'éparpillement de la zone
bâtie et de préserver au maximum sa zone agricole.
Genève vise à densifier progressivement le centre
urbain et la couronne suburbaine de son territoire, et à
promouvoir la continuité de l'espace urbain, tout en autorisant
un certain degré de développement dans les villages
des alentours.
Cette politique a permis de ne pas trop déparer la campagne mais a contribué à la pénurie de logements. Le canton a reclassé certaines parcelles de la zone agricole contiguë à la zone bâtie, mais cela ne suffit pas. Du fait de la pénurie de logements, les prix de l'immobilier sont élevés et ne cessent d'augmenter.
Malgré ses efforts pour promouvoir l'urbanisation vers l'intérieur, le gouvernement constate que depuis 10 ans, la population augmente davantage dans les communes périurbaines qu'au centre, d'où une aggravation des problèmes de circulation et une congestion du trafic, surtout aux heures de pointe du matin et du soir, sur les voies d'accès tant principales que secondaires.
L'image satellite Landsat prise en 2003, sur l'axe " Genève - Pays de Gex ", à 5 km du centre de Genève, révèle un contraste frappant entre les deux côtés de la frontière pour ce qui est de l'utilisation du territoire. Du côté suisse, les constructions très denses sont coincées contre l'aéroport, alors que du côté français, l'urbanisation est limitée et le paysage ponctué par d'anciens villages et des zones de villas, alternant avec des terres agricoles et des forêts. Le double obstacle que représentent la frontière internationale et les 4 km de pistes de l'aéroport explique ce contraste saisissant - même si des pressions grandissantes semblent indiquer que ces barrières ne suffisent peut-être plus à freiner l'expansion vers le territoire français environnant. Avec la saturation des axes Genève - Pays de Gex et Genève - Annemasse, l'expansion urbaine se dirige vers un autre axe (St-Julien-Archamps), au sud et au sud-ouest de Genève.
Depuis les accords bilatéraux signés entre la
Suisse et l'Union européenne, et la facilitation de la mobilité
régionale, la frontière ne représente plus
une limitation au développement de Genève. L'espace
restreint de Genève ne fera qu'accroître l'attrait
exercé par les parcelles non aménagées de
la France voisine, d'autant plus que le coût de la vie y
est plus bas.
Les autorités suisses et françaises sont confrontées à un défi : coordonner leurs efforts pour lutter contre le développement incontrôlé, qui risque de causer des dommages irréversibles à l'environnement, à la qualité de la vie, ainsi qu'au caractère agricole et au tissu socio-économique de la région.
|09.10.1972 Landsat MSS Natural colour, Equalised histogram|
|17.07.2003 Landsat ETM+ Natural colour, Equalised histogram|
|Composite image of IRS (20.03.2000) and SPOT (17.06.2000)|
Située sur le Dniepr, au centre nord du pays, Kiev
(ou Kyiv) est non seulement la capitale et la plus grande ville de l'Ukraine,
mais aussi son principal centre industriel, commercial, scientifique et universitaire.
Cette ville connaît une expansion sans précédent entre 1950 et 1980, avec la création d'un immense complexe technologique regroupant plusieurs dizaines d'entreprises et employant un personnel hautement qualifié. Kiev devient également un important centre militaire à l'époque soviétique.La forte demande de main d'œuvre inhérente à ce développement contribue à accélérer l'exode rural en Ukraine et en Russie. Les planificateurs n'ont aucune raison d'économiser l'espace car, à l'époque socialiste, la terre n'a pas de valeur officielle. D'immenses faubourgs et un système de transport très étendu sont créés pour répondre aux besoins d'une population en plein essor. Nombre de bâtiments ruraux et des zones boisées sont néanmoins épargnés sur les collines de la ville. En 1986, Kiev doit accueillir des milliers de personnes fuyant la zone contaminée par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres seulement. En 1991, Kiev devient la capitale de l'Ukraine indépendante.
D'après le recensement de 2001, Kiev compte environ
2,6 millions d'habitants, mais selon d'autres estimations fondées
sur les mouvements migratoires récents, ce chiffre avoisinerait les
4 millions. La conjugaison de plusieurs facteurs - expansion urbaine rapide,
transition économique et processus de privatisation -engendre des
problèmes environnementaux pressants, notamment la pollution atmosphérique
par les émissions issues des transports et de la production d'énergie,
la pollution des eaux souterraines et de surface par les rejets d'eau usée
et l'érosion de la diversité biologique.
Autre défi environnemental majeur pour Kiev : la gestion des déchets domestiques, industriels, toxiques, radioactifs et autres. En 1998, environ 300 entreprises et organisations de cette municipalité utilisaient des technologies dont les sous-produits contenaient des résidus radioactifs. Qui plus est, l'État avait implanté dans les limites de la ville un centre national d'entreposage des déchets radioactifs. Faute de disposer de technologies modernes et efficaces pour traiter ses déchets, et de sites pour les enfouir, Kiev se retrouve face à une accumulation des déchets sur des parcelles municipales, et à la mise en décharge illicite de déchets industriels toxiques qui polluent l'eau et le sol de la région. Cette ville doit de toute urgence disposer d'installations spécialisées pour traiter les déchets.
|1975: On trouve de vastes parcs boisés, naturels et replantés, à l'intérieur de la ville. Différentes zones de végétation occupent 43% du territoire municipal de Kiev. Le Dniepr forme un système ramifié d'affluents, d'îles et de ports. Sur la rive droite (occidentale), la vieille ville de Kiev est bâtie sur des collines, avec des ravins et de petits cours d'eau. La rive gauche (orientale) a été construite dans une vallée. Une partie de cette rive a été renforcée par du sable et des digues.|
|2001: Une particularité de Kiev est
la grande décentralisation de son réseau urbain
et sa différenciation territoriale. À côté
d'anciennes régions très construites, on trouve
des zones périphériques couvertes de forêts
ou de prairies. Plusieurs cités satellite et des petites
agglomérations entourent Kiev.

Une comparaison entre les images de 1975 et de 2001 révèle une expansion urbaine significative, tant au sud qu'au nord de la ville, ainsi que des constructions à grande échelle dans les zones de végétation. Cette situation impose une pression grandissante aux réserves naturelles, un facteur déterminant du grave déclin de la diversité biologique dans l'agglomération de Kiev.
Port-au-Prince, capitale et principal port maritime d'Haïti, est située dans une baie sur le golfe de la Gonâve et a été fondée en 1749 par des colons français planteurs de sucre. Cette ville se présente comme un amphithéâtre : non loin du port, la topographie s'élève rapidement vers une chaîne montagneuse culminant entre 2000 et 2500 mètres d'altitude. Des environnements urbains vastes et densément peuplés ont peu à peu pris possession des collines environnantes. La croissance urbaine de Port-au-Prince a entraîné une prolifération des bidonvilles et une détérioration des conditions de vie de la population.
Selon l'Organisation mondiale de la santé, en Haïti,
le taux de déboisement atteint 98%. Les forêts sont généralement
décimées pour produire du charbon de bois, importante source
d'énergie domestique. La disparition des arbres et du rôle clé de
leurs racines empêche le sol d'absorber l'eau ; les fortes précipitations
que connaît Haïti emportent la couche arable du sol vers les cours
d'eau et les océans, accroissant
progressivement la turbidité des cours d'eau alimentant les lacs et les sources. Le lac d'Étang Bois Neuf, situé à une heure environ de Port-au-
Prince, a quasiment disparu. L'alimentation des aquifères ne fait que de diminuer tandis que la demande d'eau explose. Il y a 50 ans, les 18
sources de Port-au-Prince fournissaient une eau salubre aux quelque 200 000 habitants que comptait alors cette ville, dont la population était estimée à environ 2 millions en 2003.
|06.02.1975 Landsat MMS|
|10.01.2000 Landsat ETM+|

La comparaison de
ces images Landsat révèle une croissance urbaine
vers le sud-est (en direction de Petionville et Kenscoff), et
vers l'est (en direction de Thor, Carrefour et Mariana).
Téhéran, la capitale de l'Iran, s'étend des contreforts méridionaux de la chaîne de l'Elbourz (1700 m) au désert du Dasht-e Kavir au sud (1100 m d'altitude). Par rapport aux nombreuses villes anciennes que compte l'Iran, Téhéran fait figure de ville récente, d'autant plus qu'elle ne sert de capitale que depuis 200 ans.
Au nombre des plus grandes métropoles du monde, Téhéran est aussi située dans la province la plus peuplée d'Iran. Selon le dernier recensement (1996), la province de Téhéran comptait 11 millions d'habitants, dont environ 6,7 millions pour la ville elle-même. Entre 1986 et 1996, l'accroissement annuel de la population en ville de Téhéran, a fléchi à 0,9 % seulement, tandis qu'il augmentait de 4,7 % pour l'ensemble de la province, dont le nombre d'habitants devrait dépasser les 15 millions d'ici à 2012.
La province abrite 2 % seulement des ressources en eau de ce
pays semi-aride, mais 20 % de sa population totale. Géologiquement
parlant,
on peut comparer la plaine de Téhéran à un bol, limité au nord par de hautes montagnes et au sud par les collines du Kahrizak. Éloignée des cours d'eau importants, la ville de Téhéran est tributaire de sources relativement lointaines.
La conjugaison récente de plusieurs facteurs: le développement
trop lent des réservoirs, la mauvaise gestion de l'eau et des années
successives de sécheresse a entraîné une grave diminution
des ressources en eau. Faute de disposer de systèmes d'égouts
suffisants, les déchets humains sont en grande partie évacués
avec les eaux usées domestiques, sans aucun traitement, ce qui dégrade
la qualité des eaux souterraines. Qui plus est, plus la ville se développe,
plus elle doit importer d'eau potable. Une fois utilisée, cette eau
vient grossir les nappes souterraines déjà polluées,
surtout dans la partie basse, au sud de Téhéran, où
les inondations sont courantes.
Historical growth of Tehran 1881-1956 on the image of 18.07.2000

|1975:
Autrefois, l'approvisionnement en eau assuré par le
barrage d'Amir Kabir sur le Karaj (extrémité supérieure
gauche de l'image ; assombri par l'ombre des montagnes environnantes)
et le barrage de Latiyan (à droite de l'image, au-dessus

de la ville) sur le Jaj-Rud, suffisait pour couvrir les besoins de la ville de
Téhéran.Des nuages obscurcissent certaines parties de l'image. Au sud et à l'ouest de la zone urbaine se trouve une ît en vert.

19.09.1988 Landsat TM colour composite RGB, bands (3,4,1)
|1988: La construction du
barrage du Lar s'est achevée en 1980 (voir lac en
haut à droite de l'image) pour faire face à la
demande croissante en eau de la ville de

Téhéran. Ce barrage est situé sur le Lar, qui se jette dans la mer Caspienne au
nord du pays.Cette image illustre l'expansion géographique et la densité accrue de la ville, ainsi que le déclin significatif des niveaux du réservoir. Elle révèle également
la perte considérable d'espaces verts au nord de la ville.
L'expansion et la densité croissantes de la ville sont évidentes à l'ouest et au nord-est. Les montagnes au nord et à l'est, et le désert au sud constituent des obstacles naturels à l'extension de Téhéran.
La structure urbaine se développe de plus en plus vers l'est de la ville, où ne se trouve aucune limite naturelle au développement.

18.07.2000 Landsat ETM+ colour composite RGB, bands (3,4,1)
|2000: Dans cette zone, la
ville rejoint pratiquement pratiquement la principale zone
suburbaine de la province, (non comprise dans les images
disponibles ; toutefois, l'expansion de Téhéran
est telle qu'une partie de Karaj est visible sur la partie
gauche de l'image prise en 2000).

Vu le contexte géographique, on peut se demander si Téhéran atteint ses limites
naturelles d'expansion, ou si ses problèmes d'eau ne finiront pas par limiter sa croissance.
Des posters des villes suivantes ont aussi été créés par d'autres bureaux régionaux du GRID: Brasilia, Everglades, Las Vegas, London, Lusaka, Nairobi, Mexico city and San Francisco.
Par Saman SALARI SHARIF