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Extrait du Temps du 24 octobre 2005 :
On peut certes reprocher à Patty Schnyder une certaine maladresse dans ses déclarations, son caractère parfois lymphatique sur le court ou le manque d’encadrement véritablement professionnel – elle est coachée par son mari Rainer Hofmann qui n’est pas un spécialiste de tennis – mais force est de reconnaître qu’elle obtient malgré tout des résultats remarquables.
Les linguistes ont depuis longemps montré qu’il existe deux MAIS en français. Le premier est concessif : ce qui suit le mais est l’opposé de la conséquence atendue par ce qui précède le mais. Ici, on peut prendre « son caractère lympahtique sur le court » comme argument en faveur d’une conclusion qui peut être l’inverse de ce qui suit le MAIS, c’est-à-dire « elle n’obtient pas de résultats remarquables ». Si on prend « le manque d’encadrement véritablement professionnel », cela colle aussi parfaitement bien.
Reste le premier argument « la maladresse dans les déclarations ». On voit mal le rapport avec les résultats de la joueuse de tennis. A moins qu’on ne suppose qu’il y a ici un autre MAIS. Cet autre MAIS, appelé argumentatif, oppose au moins deux arguments qui impliquent des conclusions contraires. A l’exemple de : « Il n’est pas venu aux cours, mais il a bien bossé les documents donnés. Il peut donc réussir ». La réussite possible, dans cet exemple, est la conclusion inverse d’une conclusion implicite liée au premier argument. Ne pas venir aux cours peut en effet amener un échec aux examens.
Si, avec Patty Schnyder, on a affaire à un tel MAIS, il est beaucoup plus coton de supputer les conclusions antithétiques de chaque position argumentative. Mais on peut imaginer malgré tout que la première conclusion pourrait être « c’est une ratée », voire « elle n’a aucun intérêt » et que la seconde conclusion, inspiré par l’argument des résultats remarquables » conduit à une conclusion contraire « Elle est intéressante », « ce n’est pas une ratée ».
Ce qui me paraît intéressant dans ce raisonnement, c’est que les résultats sont jugés plus importants que tout le reste. A partir du moment où tu réussis, on ferme les yeux sur tes défauts. A l’heure où plusieurs banques mondiales chutent très lourdement après avoir été portées aux nues, le caractère répandu de cet argument pragmatique : « tant que tu as des résultats, tu peux faire ce que tu veux » incite à la prudence et à l’introspection. Non ?
Nota bene: la pauvre Patty n’a pas fait des résultats si remarquables depuis depuis 2005. Est-il temps de sortir du tiroir les reproches qu’on lui faisait en 2005?
#1 on 2008-Avr-19 sam 04:15+0
#2 on 2008-Août-14 jeu 08:46+0