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Le cormoran se mange-t-il ?
Date de la réponse: 16.03.2022
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Dans l’ouvrage Histoire naturelle de Pline du célèbre écrivain et naturaliste romain, Pline l’Ancien, dont on trouve la traduction française dans la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France - Gallica - on retrouve des informations sur le goût de certains oiseaux. Par exemple, il dit à propos de la langue du phénicopère (flamant rose) qu’elle a « un goût exquis ». Il évoque un peu plus loin le cormoran, mais sans pour autant dire si l’oiseau a bon goût.
En 1839, Elzéar Blaze évoque également plusieurs manières de manger différents oiseaux dans le livre Le chasseur au filet ou la chasse des dames : contenant les habitudes, les ruses des petits oiseaux, leurs noms vulgaires et scientifiques, l'art de les prendre, de les nourrir et de les faire chanter en toute saison, la manière de les engraisser, de les tuer et de les manger. S’il évoque toutes sortes d’oiseaux, il ne parle pas de cormoran.
En janvier 1998, le journal irlandais The Irish Times se posait aussi la question sur la comestibilité du cormoran dans l’article Yes, people do eat cormorants. On peut traduire cet article comme ceci : « Avez-vous déjà mangé un cormoran ? » était la question posée à la fin d'un article récent sur cet oiseau. Ronan Henderson, de Roundstone, dans le Connemara, nous écrit pour nous dire que ce n'est pas le cas, mais qu'il a parlé à quelqu'un qui en avait l'habitude. « Il y a de nombreuses années, alors que je commandais un navire entrant à Bergen en Norvège, nous avions à bord un pilote local qui m'a dit qu'il aimait la chasse et qu'il avait hâte d'abattre quelques oiseaux au cours du week-end à venir. Je lui ai demandé quel genre d'oiseaux il recherchait […]. Au détour d'un virage, il m'a montré un groupe de cormorans qui séchaient leurs ailes déployées sur un rocher. J'étais stupéfait et lui ai demandé s'ils n'étaient pas durs et poissonneux... Il m'a répondu que non, parce que la graisse se trouvait dans et sous la peau. Il a entièrement dépouillé l'oiseau et, je crois, l'a mis dans une saumure faible pendant quelques heures. Puis, il l'a disséqué et l'a fait cuire à la casserole ou à la marmite avec les légumes habituels. Il a fait venir ses amis, ils ont bu de l'akvavit et mangé l'oiseau. » Notre ami de Roundstone a dit au pilote que d'où il venait, le cailleach dubh [nom du cormoran en irlandais] ne figurait pas en bonne place sur la liste des mets délicats et il m'a dit que nous ne savions pas ce que nous manquions. « Je me demande si c'était vrai », écrit M. Henderson.
Le 30 avril 2003, l’article Le cormoran revient de loin, paru dans le journal breton Le Télégramme, évoque ce fameux ragoût de cormoran dont vous parlez : « Le ragoût de cormoran (friko-morfaout) est en fait l'un des éléments constitutifs de l'identité insulaire. Cette viande d'un beau violet foncé est coriace, aussi on met l'oiseau, suspendu par le bec ou les pattes, à faisander trois ou quatre jours. Puis on le plume, on l'écorche (car il est très gras) et on le fait cuire pour le consommer soit en matelote, soit en pâté, soit grillé. »
Il semble donc que les Bretons insulaires mangeaient cet oiseau jusqu'au 19e siècle.
La Station ornithologique suisse apporte des précisions sur la chasse au cormoran en Suisse sur sa page La pêche et les oiseaux : « La population européenne du grand cormoran a augmenté. Suite à l’intense persécution subie pendant des siècles, elle n’avait cessé de chuter jusqu’à totalement disparaître de certaines parties d’Europe centrale. L’amélioration de sa protection a permis au cormoran d’étendre à nouveau sa zone de répartition. […] En Suisse, le cormoran peut être chassé. D’après les statistiques fédérales de la chasse, 1485 cormorans ont été tirés en moyenne chaque année entre 2010 et 2017 (y compris les tirs spéciaux). Dans la Liste rouge de 2010, le grand cormoran figure parmi les espèces "non menacées". »
Cependant, il convient de préciser cette information avec l’article Les cormorans, ces insatiables , paru le 3 août 2017 dans la Tribune de Genève : « A Genève, où la chasse est interdite, la question ne se pose pas. Les autorités ont toutefois décidé d'intervenir contre les oiseaux "spécialisés" dans la chasse en rivière. Deux spécimens ont été tirés sur la Versoix ces dernières années, ce qui a entraîné une dénonciation au procureur général émanant de la Ligue suisse contre la vivisection. "Comme le cormoran ne se reproduit pas à Genève et que marginalement en Suisse, nous n'avons pas de prise sur ses effectifs, explique Alain Rauss, chef des gardes de l'environnement. Nous veillons donc à prendre des mesures ciblées et à protéger les espèces de poissons les plus sensibles en améliorant leur habitat." »
Enfin, vous pourrez retrouver d’autres éléments d’informations dans notre réponse de 2014 à la question : « Est-ce que les oiseaux de mer se mangent ? »
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle
Pour www.interroge.ch