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chemin du Curé-Desclouds
L'abbé Gaston Desclouds (1892-1963) fut un personnage truculent, hors du commun, curé de campagne taillé pour l'aventure, bon vivant, figure colorée au langage à l'emporte-pièce... Assurément, la personnalité de l'abbé Desclouds, lorsqu'on l'évoque avec ceux qui l'ont connu, a laissé une forte empreinte dans la mémoire des habitants et paroissiens de Thônex. Elevé dans le quartier des Pâquis dont il garda le franc-parler, cet amateur d'haltérophilie, sport qu'il pratiqua dans sa jeunesse, commença un apprentissage de commerce avant de se rendre à Marseille où, décidé à entrer dans les ordres, il effectua son séminaire. De retour à Genève, le jeune abbé rejoint la paroisse de Saint-Joseph aux Eaux-Vives, puis celle de Thônex, dont il sera le curé de 1923 à sa mort.
Dès son arrivée dans la commune, il fonde une troupe de scouts avec lesquels il organise de nombreuses sorties et plusieurs camps. Aimant à passer incognito, il n'hésitait pas à troquer la soutane contre des vêtements « civils », s'attirant ainsi de vives critiques de la part de quelques paroissiens choqués de voir leur curé en cuissettes.
Mais il savait aussi se montrer quand il le fallait... C'est ainsi qu'à l'époque de « la Genève rouge », lors d'un meeting tenu à la salle communale de Plainpalais, alors que Léon Nicole fustigeait les représentants du capital et notamment les curés, fils de famille, donc riches, notre curé ne manqua pas l'occasion de se lever et de sa voix forte lui répondre : « Ta gueule, ma mère est concierge aux Pâquis ! ».
Dans les années trente, il ramène de France, fréquemment et illégalement, divers produits et denrées alimentaires tels que beurre et pipes qu'il réserve à ses scouts ou aux pensionnaires de Bel-Air pour lesquels il dit régulièrement la messe. De cette activité de « contrebandier », il a acquis une parfaite connaissance de la région frontalière du Foron, aidé, lors de ses expéditions par son chien, un berger belge, qui était capable de repérer les douaniers en patrouille.
Au début de la guerre, son expérience de ces passages clandestins lui valut d'être sollicité par le Service de renseignements de l'armée (SR), qui l'intégra à son antenne genevoise en tant qu'auxiliaire. S'engageant à ne plus faire de contrebande tant qu'il serait à la disposition de la SR, l'abbé Desclouds consacre alors son temps et sa fabuleuse énergie à transmettre des instructions et des documents aux résistants français et aux agents alliés qui se trouvaient de l'autre côté de la frontière. Pour ceux qui devaient pénétrer en territoire suisse, le curé de Thônex, Abraham dans la clandestinité, organisa une centaine de passages jusqu'en 1944, en leur fournissant des faux papiers ou en leur faisant traverser le Foron avant de les recueillir à la cure toute proche de la frontière. En plus des agents de liaison et des résistants dont il facilita le passage, l'abbé Desclouds sauva un bon nombre de personnes en établissant notamment de faux certificats de baptêmes pour des réfugiés juifs.
C'est donc non seulement à cause de son action exemplaire pendant cette guerre, mais également en raison de sa forte personnalité que l'abbé Desclouds reste une figure marquante dans l'histoire de Thônex, lui qui n'hésitait pas parfois à placer un « mécolles » très pâquisard dans son sermon dominical...
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