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L’annonce défraie la chronique: l’US Navy aurait mis au point un procédé pour former du kérosène à partir de l’eau de mer. Elle viserait ainsi à produire elle-même de quoi approvisionner les avions sur les porte-avions.
L’idée n’est pas nouvelle en soi. Il s’agit d’extraire le monoxyde et le dioxyde de carbone et l’hydrogène, puis de les recombiner pour en faire un carburant de synthèse proche du kérosène. Les allemands ont produit leur propre kérosène durant la deuxième guerre mondiale à partir de charbon et de gaz.
Mais pourquoi l’eau de mer? Parce qu’elle contient du carbone dilué. Or le carbone est indispensable à tous les carburants nécessaires aux moteurs thermiques. Il doit en effet bruler ou exploser pour déclencher être transformer en force mécanique. L’eau de mer ne contient toutefois qu’une proportion relativement faible de ce carbone - sans quoi l’océan serait du pétrole.
Il faut donc d’abord l’extraire, puis le recombiner avec de l’hydrogène. l’US Navy a trouvé un procédé pour fabriquer - pour l’instant à petite échelle - ce kérosène «marin». Elle a réussi à faire voler un modèle réduit avec ce carburant.
«La recette de la fabrication du carburant à partir de l’eau de mer comporte deux volets:
1 - Extraire le CO2 contenu dans l’eau de mer
2 - Combiner le CO2 obtenu avec de l’hydrogène pour synthétiser des hydrocarbures
Le CO2, l’eau de mer en contient pas mal (140 fois plus que dans l’air, en poids rapporté au volume de départ) : sous la forme d’acide carbonique et de sels dissous (carbonate et bicarbonate). Les chercheurs ont mis au point une cellule électrochimique qui, en abaissant le pH de l’eau de mer, déplace les équilibres chimiques dans l’eau et récupère jusqu’à 92% du CO2 qu’elle contient. La cellule électrochimique fabrique aussi de l’hydrogène comme sous-produit. Une unité pilote a été testée en Floride, en puisant de l’eau dans le Golfe du Mexique.
Pour la 2ème étape du procédé, le Naval Research Laboratory ne dit pas grand-chose sur son degré d’avancement. Sauf qu’il a mis au point un catalyseur qui transforme le CO2 et l’hydrogène en hydrocarbures, par une réaction semblable au procédé Fischer-Tropsch, qui lui fonctionne avec du CO. En fait, d’autres étapes de réaction sont nécessaires pour aboutir à la composition d’hydrocarbures utilisables par les avions.»
Si l’idée est intéressante pour l’autonomie énergétique relative et pour le recyclage du carbone stocké dans les océans, le passage à une production à plus grande échelle n’est pas encore résolu. L’ensemble du processus consomme beaucoup d’électricité et les quantités à fournir supposent, à l’heure actuelle, des installations encombrantes.
L’US Navy continue ses recherches. L’annonce d’un pétrole illimité faite par certains médias est prématurée. Les recherches vont durer encore au moins dix ans avant d’aboutir à un carburant en quantités et à un prix compétitif.
Je rappelle par ailleurs qu’une technologie existe déjà pour fabriquer du pétrole à partir de la décomposition d’algues et de CO2, appelé le pétrole bleu. Une usine pilote fonctionne en Espagne. Le résultat est annoncé comme supérieur quantitativement par rapport au biocarburant de sol ou tiré de l’eau de mer.