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Rencontres Mercredi 28 et Jeudi 29 septembre
18h30 au cinéma Spoutnik
Culture et urbanisme, une gentrification inéluctable?
« Le thème de la gentrification occupe, depuis les années 1980, une place importante dans la littérature internationale de langue anglaise sur la transformation sociale des villes. Il désigne les processus par lesquels des quartiers centraux, anciennement populaires, se voient transformés profondément par l’arrivée de nouveaux habitants appartenant aux classes moyennes et supérieures.
Le mot lui-même a été créé, par référence métaphorique à la gentry, par la sociologue anglaise Ruth Glass dans son analyse des transformations sociales de Londres, sur lesquelles elle a mené d’importantes enquêtes dans le début des années 1960 : « l’un après l’autre, nombre de quartiers populaires de Londres ont été envahis par la classe moyenne supérieure et inférieure, de petites maisons modestes de piètre apparence, deux pièces au rez-de- chaussée et à l’étage, ont été reprises en fin de bail et sont devenues des résidences élégantes et chères.
Il a ensuite été repris avec succès au début des années 1980 par les chercheurs britanniques et nord américains (cf. par exemple Zukin, 1982, Smith et Williams, 1986) confrontés aux mutations rapides de certains espaces urbains jusqu’alors marginaux dans l’économie politique de la ville. »
Cours sur la gentrification – Yankel Fijalkow
La figure du « gentrifier » type de nos jours est celle couramment utilisé du « bobo » ou bourgeois bohème, personnage urbain par excellence vivant en communauté, cherchant en théorie des quartiers comportant une certaine mixité sociale ainsi que de nombreux espaces sociaux et culturels. Les nouvelles professions tournant autour de la créativité ou « creativ class » selon le terme développé par Richard Florida (2002) font partie de ce tissu d’individus cherchant à construire, modifier, améliorer leur environnement en investissant des biens anciens (objets, vêtements, appartements) pour leur donner une nouvelle vie.
Dans les figures types fortement connectés à la gentrification, on trouve également les travailleurs internationaux ou classes moyennes globales (Sassen 1996); leur logement leur est souvent alloué par leur exployeur qui s’approprie des appartements ou des immeubles au centre ville pour lesquels il débourse une somme se trouvant bien au dessus du prix du marché et fait ainsi grimper les prix de l’immobilier.
Ainsi les couches sociales à moyens et bas revenus se retrouvent expulsées des quartiers centraux.
Les artistes ne sont pas en reste dans ces modifications du tissu socio économique des quartiers urbains. Si les artistes sont souvent victimes de l’augmentation fulgurante des prix du foncier, leur présence contribue également à l’attractivité des quartiers dans lesquels ils ont établi leurs ateliers. Ce paradoxe soulève quantités de questionnements nouveaux et d’enjeux pour les acteurs culturels.
Le projet U.ZN offre l’opportunité à l’Usine, d’une part, de se remettre en question et d’autre part, de questionner le devenir du quartier dans lequel elle évolue depuis 22 ans ainsi que l’évolution de la ville qui l’a vue naître. Une ville de plus en plus épurée, de plus en plus inaccessible, vendue aux intérêts des banques et des régies immobilières. Une ville qui a également laissé tout un pan de sa culture disparaître : les squats de Rhino, de la Tour et de l’Arquebuse en 2007 suivis d’Artamis en 2008.
La diversité des espaces d’expressions et des lieux publics tend à disparaître au profit de la standardisation et de l’aseptisation des cafés, des boutiques, ou encore des galeries. La population se voit exclue de ses terrains de vie au profit de projets ambitieux qui ne servent qu’à remplir la vitrine de cette ville de plus en plus froide et hostile. Heureusement, certains luttent encore pour ce « droit à la ville », politiquement, artistiquement et parfois même, bruyamment. L’Usine résiste encore à la pression conduite par la mutation du quartier, l’UECA se bat pour que des espaces culturels autogérés voient le jour, des habitants de la Jonction ainsi que des artistes s’organisent pour lutter contre de gros projets dictés par l’Etat sur des territoires qui se trouvent encore aux mains des citadins, tels que la Pointe de la Jonction et de manière générale, les berges du Rhône et de l’Arve.
Désirant nous éloigner du contexte genevois, nous avons fait appel à un réseau d’espaces projets européens, Artfactories/Autre(s)pARTs pour organiser cet événement avec nous.
Les objectifs de la rencontre, qui se déroulera les 28 et 29 septembre, sont de mettre en lumière ces processus, à travers l’étude de différents cas : Paris, Berlin, Marseille, Hambourg, Bruxelles, Genève…
Comment l’espace public est-il privatisé ? Quelles sont les stratégies d’expulsion des locataires par les lobbies immobiliers, afin de pouvoir spéculer en toute tranquilité ?
Quelles sont les stratégies adoptées par les citadins pour contrer ces processus et se réappoprier leurs espaces de vie ?
Dans cette optique la structure U.ZN se présentera comme une tribune éphémère d’échanges et de réflexions autour de ces problématiques urbaines.
Mercredi 28 septembre - Projections de deux documentaires
« A qui appartiennent les Villes » réalisé par Claudia Dejá
Allemagne, 2011, 52mn en français
Le scénario est le même partout : d’anciens quartiers populaires avec des usines, des ateliers désaffectés et des immeubles souvent vétustes dont les loyers sont modérés, attirent des étudiants, des jeunes couples peu fortunés, des chômeurs et des artistes. Ces derniers créent progressivement une dynamique avec des lieux de créativité, de culture et d’échanges. Les différents groupes s’entraident, retapent les appartements et les locaux à moindres frais. Grâce à leurs efforts, il fait bon vivre dans ces nouveaux espaces. C’est alors que les investisseurs flairent la bonne affaire. Ils rachètent l’une après l’autre les parcelles dans ces quartiers pour y installer notamment des boutiques et des bars chics. Face à la flambée des prix, les habitants doivent déménager pour laisser la place à d’autres plus argentés.
« Empire St. Pauli », réalisé par Irene Bude, Olaf Sobczak, produit par Steffen Jörg
Allemagne, GWA St.Pauli, 2009, 85 min, allemand soustitré anglais
Hambourg est entré dans la compétition avec les autres métropoles. Son développement urbain lui garantit des conditions idéales pour les affaires, les investissements et le tourisme : le dernier stade a été franchi avec le dessein de projets ambitieux dans le lieu dit « string de perles » le long de l’Elbe. « Pourquoi le quartier de St. Pauli et le port sont-ils si importants pour le marketing touristique ? » demande un employé de l’office du Tourisme de Hambourg. « Ils attirent le plus de touristes : 20 à 25 milions par année. » Les touristes viennent à St. Pauli pour s’amuser dans les nombreuses grosses soirées proposées, tel que ‘Hafengeburtstag (l’anniversaire du port), les jours d’Harley Davidson, ou encore la Schlager parade, événement très populaire.
Pour les habitants du quartier, cela amène plus de bruit, de déchêts et surtout la privatisation de l’espace public.