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Etant donné son rôle de pivot central du dispositif et de verrou de la haute vallée du Rhône, la forteresse de Saint-Maurice était susceptible d’être attaquée aussi bien du nord que du sud. La menace pouvait survenir des deux directions opposées et les fortifications furent donc pensées et réalisées en conséquence.
Cas nord
Un agresseur venant du nord (Allemagne ou France voisine) pouvait être tenté de violer la neutralité suisse et de progresser rapidement en direction du massif alpin pour occuper le Réduit, ou traverser notre territoire pour faire passer des troupes au sud des Alpes en empruntant l’une ou l’autre des transversales alpines;
Progressant à travers le Plateau suisse ou le long de l’arc lémanique, ses éléments pouvaient chercher à forcer le verrou de Saint-Maurice pour franchir les Alpes par le Grand-Saint-Bernard ou le Simplon, afin de gagner l’Italie. Cette menace était prise d’autant plus au sérieux que ces deux axes (routier et ferroviaire) constituent les transversales alpines les plus courtes pour déborder vers la plaine du Pô et atteindre les grands centres industriels de Turin et Milan;
Après avoir bousculé l’armée fédérale sur le Plateau suisse, cet agresseur pouvait également chercher à pénétrer rapidement en Valais pour s’infiltrer profondément au cœur du Réduit alpin, afin d’empêcher les forces suisses de s’y retrancher à l’abri des montagnes, ou remonter la haute vallée du Rhône pour menacer la forteresse du Saint Gothard et briser la volonté de résistance de la Suisse.
Cas sud
Un agresseur venant du sud par le Grand-Saint-Bernard ou le Simplon pouvait descendre la vallée du Rhône et forcer le verrou de Saint-Maurice pour gagner le Plateau suisse ou l’arc lémanique, et déboucher ainsi rapidement au nord des Alpes, soit dans l’intention d’occuper le pays, soit pour traverser la Suisse en direction de la France ou de l’Allemagne (indépendamment de sa motivation);
Enfin, une colonne motorisée s’infiltrant depuis la vallée de Chamonix (France) en direction du coude du Rhône, par les cols des Montets et de La Forclaz, pouvait chercher à déborder la forteresse de Saint-Maurice et à l’attaquer à revers, dans le but de faire sauter ce verrou pour libérer la route au gros des forces ennemies remontant la plaine du Chablais en direction du Valais.