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(Photo par Adrian Michael)
Les imposantes ruines de Neuburg se dressent sur une éminence rocheuse escarpée entre Untervaz et Haldenstein. Jadis, lorsque le Rhin ne coulait pas encore dans un lit sûr, au tracé artificiel, mais suivait librement son cours au fond de la vallée, l'un de ses bras passait à proximité de la colline du château. Comme l'ancienne route reliait entre eux les villages de la rive droite du Rhin, Neuburg était à l'écart du trafic de transit. Aucun droit douanier n'était de ce fait lié au château.
Ouvrage marquant, Neuburg comporte un corps de logis défensif de dimensions impressionnantes et, à l'ouest et au nord, une enceinte avancée. Celle-ci devait clôturer une cour au centre de laquelle avait été forée une grosse citerne. L'entrée se trouvait dans la partie ouest du mur d'enceinte. On y parvenait par une rampe escarpée menant du replat formé par l'avantterrain à la cour du château.
S'il ne reste de l'enceinte que fort peu de chose, l'habitation défensive est, elle, pour ainsi dire demeurée intacte. Le bâtiment d'habitation de Neuburg compte parmi les plus importants représentants de son genre en Rhétie. Les ouvrages comparables de Splügen, de Schiedberg, près de Sargans, et de Gräpplang, près de Flums (SG), sont de dimensions beaucoup plus modestes. En Rhétie, ce type de corps de logis défensif semble avoir vu le jour dans le courant du XIIIe siècle; il était sans doute appelé à remplacer la tour d'habitation classique, généralement peu confortable. Il est fort possible que l'architecture du nord de l'Italie ait eu une certaine influence sur cette évolution.
Ce qui distingue la forteresse de Neuburg, ce sont ses dimensions hors du commun. Son plan dessine un rectangle de 29 mètres sur 12, sa hauteur atteint quatre étages et l'épaisseur de ses murs est de 1,5 mètre dans le bas; elle va ensuite en s'allégeant. A l'intérieur, deux murs de refend divisent l'ouvrage en trois parties de dimensions à peu près égales. La porte haute pratiquée à quelque deux mètres du sol dans le grand côté orienté vers la montagne donne accès à la partie centrale de l'ouvrage. A l'est, c'est-à-dire du côté de la vallée, la pente est passablement escarpée, de sorte qu'il fut possible d'aménager des caves dans l'espace se trouvant au-dessous du niveau de l'entrée. Comme aucune porte ne reliait entre elles les caves des différentes parties du corps de logis, on ne pouvait y accéder que du haut, par d'étroits escaliers. Chichement éclairés par de petites meurtrières, ces locaux ont sans doute avant tout servi à l'entreposage de denrées alimentaires et de vin, peut-être aussi, de temps à autre, à l'incarcération de prisonniers.
On remarquera en particulier qu'aux trois étages supérieurs, la disposition intérieure n'est pas partout la même. La partie orientée vers le nord ne recèle aucune trace de crépi, certes, mais des fenêtres pourvues de niches-repos et une sortie donnant sur des latrines témoignent tout de même de son habitabilité. Si le crépi manque, c'est peut-être parce que les parois furent à un certain moment garnies de boiseries aujourd'hui disparues. Les étages supérieurs des deux autres ailes devaient eux aussi servir de logis. Dans la partie centrale, l'endroit où se trouvait probablement la cuisine est marqué par deux éviers à écoulement extérieur. Une chambre dotée d'un poêle avait été aménagée dans le secteur méridional. Les diverses portes pratiquées dans les parois extérieures des étages supérieurs donnaient sans doute en partie sur des latrines, en partie sur des galeries. Les étages communiquaient entre eux par des escaliers intérieurs, vraisemblablement logés dans le secteur central.
La forme droite actuelle du haut des murs et le peu de débris jonchant le sol à la base du vaste bâtiment principal pourraient porter à croire que cet ouvrage a conservé sa hauteur primitive. Pour ce qui est de sa toiture, nous ne possédons aucun renseignement précis. Peut-être s'agissait-il simplement d'un toit en bâtière posé sur l'axe longitudinal du bâtiment. La possibilité d'un couronnement partiel ou entier de créneaux et d'un toit en retrait ne saurait cependant être exclue. Les travaux de consolidation envisagés apporteront peut-être quelques éclaircissements à ce sujet.
Dans son ensemble, la forteresse de Neuburg, avec ses formes monumentales et ses pièces de belle apparence, appartient à l'époque tardive de la construction des châteaux rhétiques. Certains détails de sa construction semblent indiquer qu'elle a été érigée vers 1300. Il n'est toutefois pas impossible qu'elle ait remplacé une construction plus vieille, dont rien n'aurait subsisté. Il faudrait procéder à des fouilles étendues pour éventuellement retrouver quelques traces d'un tel ouvrage. Quoi qu'il en soit, le nom de Neuburg (plus rarement Neuenburg) n'a pas trait à un château antérieur, mais à la famille qui en fut la fondatrice, les Tumb de Neuburg, dont le berceau - la forteresse de Neuburg proche de Götzis - était sise dans le Vorarlberg. Il n'a jusqu'ici pas été possible d'établir dans quelles circonstances les Tumb ont, au début du XIIIe siècle, repris cette forteresse d'une plus vieille famille, établie elle aussi à cet endroit.
On ignore également à quelle date les Tumb sont apparus pour la première fois dans les environs de Coire. Il est possible qu'ils se soient établis au début du XIIIe siècle déjà près d'Untervaz et aient été les promoteurs du château rupestre de Rappenstein. Les Tumb ont en tout cas construit vers 1300 l'actuelle forteresse de Neuburg, autour de laquelle se développa par la suite une petite seigneurie foncière. C'est en 1345 que cet ouvrage est cité textuellement pour la première fois, au moment où les frères Siegfried et Johann Tumb entrèrent pour trois ans au service de l'évêque de Coire; ils promirent à cette occasion au prélat de tenir leur château à sa disposition pour toute la durée du contrat. Vers 1360, Neuburg passa à titre de gage aux mains des frères Heinz et Martin Buwix qui, en 1362, arrêtèrent un contrat de vassalité avec l'Autriche. Ils s'engagèrent alors à tenir leur château ouvert aux Autrichiens. A partir de 1385 environ, la forteresse se trouva à nouveau entre les mains des Tumb. Vers 1396, une guerre privée opposa ces derniers aux seigneurs de Rhäzüns. Le bétail qu'ils leur volèrent au cours des luttes fut tout simplement emmené à Neuburg. On ne sait rien de précis à propos d'un siège qu'aurait subi la forteresse à cette époque.
Au début du XVe siècle, Jean de Neuburg devint vassal épiscopal. Au plan politique, cela le rendit dépendant, certes, mais il vit ainsi sa propriété garantie. Plus tard, aux environs de 1450, une famille de commerçants de Ravensbourg, les Mötteli de Rappenstein, reprit la seigneurie de Neuburg, dont faisait probablement partie le château rupestre de Rappenstein, déjà en ruine à cette date. En 1496, Rudolf Mötteli de Rappenstein revendit la seigneurie à l'évêque de Coire, qui installa un bailli au château.
Il semble que l'édifice ait encore servi de siège à un fonctionnaire épiscopal pendant un certain temps. Mais en 1577, lorsque l'évêque et le chapitre aliénèrent le château et les droits seigneuriaux à la commune d'Untervaz pour le prix de 6000 florins, il était déjà abandonné et en ruine.
(Photo par Adrian Michael)
Bibliographie