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Derib, c'est le papa de "Yakari", et le fils de François de Ribaupierre (1886-1981), peintre, sculpteur et verrier vaudois, né trente ans après Ferdinand Hodler. "Mon père et Hodler ont peint tous les deux le Léman et le Grammont, que j'ai eu sous les yeux depuis ma naissance. C'est cette "filiation" qui m'a donné envie de faire ce livre qui n'est pas ni une BD, ni un roman graphique, mais un exercice de style", précise Derib, auteur de bandes dessinées.
Les fragilités de l'aquarelle
Pourquoi exercice de style? Parce que dans "Ferdinand Hodler, une vie d'artiste", ouvrage de 64 pages comprenant un cahier historique et 34 pages illustrées, Derib s'emploie à recopier à l'aquarelle certains des tableaux à l'huile du maître. Exercice d'autant plus difficile qu'Hodler était un coloriste hors pair, d'une rare subtilité, surtout dans les bleus et les verts.
Avec l'huile, on peut passer plusieurs couches, avec l'aquarelle, une seule. Si c'est raté, c'est raté, et il faut tout refaire!
Pour illustrer la vie d'Hodler, Derib a utilisé trois techniques, l'aquarelle donc, mais aussi le lavis et le dessin, en particulier pour exécuter les portraits du peintre à partir de photographies. "Beaucoup de gens me disent qu'il n'a pas le regard tourmenté de ses autoportraits. Je crois que je l'ai apaisé."
Une planche de "Ferdinand Hodler, une vie d'artiste" de Derib. [Derib - Le Carré d'As]
Du dessin, François de Ribaupierre disait qu'il était essentiel pour faire une bonne peinture. C'était le cas d'Hodler, dont la maîtrise graphique - notamment dans ses dessins de presse - a bluffé Derib. "S'il avait vécu plus longtemps, il aurait été tenté par la bande dessinée! Plus il vieillissait, plus il allait à l'essentiel."
D'ailleurs, selon le bédéiste, autant par sa vie amoureuse tumultueuse que par son charisme, son destin aussi noir que doré et sa passion dévorante pour son art, Hodler était un authentique personnage de BD. A l'image de cette anecdote qu'il a pris plaisir à dessiner: Hodler, tellement pauvre au début de sa carrière, dégondait sa porte de chambre et la posait sur des tréteaux pour en faire un lit.
Coups de coeur
Un des objectifs de Derib, toujours soucieux de pédagogie, était d'intéresser le jeune public à la peinture.
Comment découvre-t-on la peinture aujourd'hui? En la regardant!
Alors Derib l'a regardée, copiée, scrutée, interpellée, interprétée. Cinq toiles ont provoqué chez lui un coup de coeur et une folle envie de les recopier. Parmi ces cinq oeuvres, une vue du Léman et une autre de La Tour-de-Peilz, le monumental bûcheron et un tableau intitulé "Le Meunier, son fils et l'âne". Pourquoi ce dernier choix? A cause de l'âne, assez proche du cheval, un des sujets préférés de Derib, auteur de "Buddy Longway".
Voir autrement le Grammont
Hodler a été encensé en Autriche et surtout en Allemagne, avant d'y être désavoué suite à un article où le peintre fustigeait les Allemands pour avoir détruit la cathédrale de Reims.
Pendant ce temps, la Suisse le boudait. "Il n'était pas assez classique, il avait trop d'énergie, de personnalité et de provocation," estime Derib qui, après avoir fréquenté pendant un an le peintre, dessiné Grammont et Léman de manière "hodlérienne", dit avoir pris conscience de la beauté d'un paysage auquel il s'était habitué. Son travail de copiste l'a rendu contemplatif. "Je ressentais à nouveau une nature que je croyais connaître".
Propos recueillis par Pierre-Philippe Cadert
Réalisation web: Marie-Claude Martin
"Ferdinand Hodler, une vie d'artiste", de Derib,.