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jeudi 5 janvier 2006, par Ana LOU
Comment cela a-t-il commencé ?
Nous passerons outre concernant la débat au sujet de la date de la première célébration en disant seulement que l’année suivant les événements de la nuit la plus longue - ou quelques années plus tard, les blessés de l’Escalade se réunirent autour d’une table. Cette réunion non anodine, donnera naissance à une longue tradition de célébrations de banquets en famille ou en société et deviendra un moment d’affirmation de l’identité genevoise (ces banquets se célébreront même à l’étranger).
Au XIXème siècle, se rajoutera une nouvelle dimension à cet événement particulier. Les Cercles - littéraires ou autres -, les associations et les partis politiques en plein essor voient dans les banquets de l’Escalade le moment idéal pour nouer des liens et faire revivre le souvenir en rendant hommage aux victimes et en chantant les chansons relatant les faits.
Au passage, nous pouvons relever une petite anecdote au sujet de la composition des menus des dits banquets qui fait référence à l’imaginaire populaire. En référence au contenu présumé de la marmite de la Mère Royaume, il était d’usage de manger le soir de l’Escalade une soupe au riz. S’en suivait un plat de résistance qui comportait du lièvre - le dit animal aurait effrayé les troupes savoyardes - ou de la dinde si on préférait mettre en avant la tradition orale qui voulait que le syndic Blondel ait fait passer les clefs de la ville au duc de Savoie à l’intérieur d’une dinde.
Lorsque la commémoration perd de son caractère uniquement religieux
Au début du mois de décembre, la Compagnie des pasteurs avait pour tradition de délibérer sur les points qu’il convenait de mettre en valeur lors des prédications du 12 décembre. Tout se déroulait pour le mieux lorsqu’en 1646 on voit que la Compagnie des pasteurs marque une certaine réticence à célébrer l’Escalade. A quoi est-ce du ? Les excès considérés comme « profanes » voient peu à peu le jour que cela soit par des pièces de théâtre à caractère badin ou les fameuses mascarades.
Les premiers vents officiels de personnes déguisés lors de l’Escalade apparaissent en 1670. Ces mascarades sont vues comme un mal allant à l’encontre de la bonne loi et portant atteinte à la religion reformée. Des plaintes sont portées auprès du Consistoire qui s’en réfère au Petit Conseil. Pour les pasteurs, il était plus que nécessaire de découvrir l’identité de ceux qui se permettaient de commettre de tels excès et les châtier. En dépit de leurs récriminations, la coutume de se déguiser s’imposa peu à peu ainsi que le fait que l’événement devienne l’occasion de réjouissances.
Il s’en suivra plusieurs épisodes tout au long du XVIII (et notamment en 1701) où les mascarades et autres réjouissances nocturnes continueront à choquer. Les tenants du maintien d’une fête purement religieuse se verront ainsi bousculés par ceux qui entendent que le 12 décembre devienne un jour de liesse populaire.
Les commémorations des centenaires
Il est normal que, pour un événement de la sorte, les centenaires soient célébrés comme il se doit. Il est intéressant de soulever le fait que les différentes fêtes centennales organisées nous renseignent au sujet de l’évolution des mœurs à Genève et soient une fenêtre ouverte sur les évènements qui ont touché de près ou de loin notre bonne ville.
En 1702 se célébrait le premier centenaire. On aurait pu s’attendre à une fête organisée en grandes pompes pour marquer le coup mais il n’en fut rien. La sobriété, préconisée par la Compagnie des pasteurs fut de mise. S’il y eut d’autres raisons, mis à part celles-ci, le registre du Conseil et celui de la Compagnie des pasteurs ne le disent pas.
Pendant l’occupation française, la célébration du deuxième centenaire en 1802 n’avait pu avoir lieu pour des raisons évidentes. Durant tout le XIXème siècle, toute célébration religieuse avait été supprimée. Il fallait ménager les nouveaux genevois des communes réunies en évitant d’exacerber les tensions confessionnelles par une manifestation manifestement anti-catholique.
Le centenaire qui fut célébré avec le plus d’éclat, comparé aux deux autres, fut celui du 12 décembre 1902, qui fut déclaré jour férié. Aux alentours de la même date, avait vu le jour une association patriotique pour la rénovation de l’Escalade qui avait pour but de lutter contre le caractère carnavalesque de la fête.
Le fait que l’Escalade devienne une fête chômée n’était pas nouveau. En 1631 puis à partir de 1660, on voit ce jour devenir de plus en plus un jour de liesse populaire. C’est à partir de 1673 que la fête chômée se légalisa comme on peut le voir dans le registre du Conseil de l’époque
A cause des violentes luttes sociales dues aux mutations économiques qui avaient éclaté en l’automne 1902, le comité pour l’Escalade décida de reporter la fête et les événements prévus au printemps 1903. Le conflit impliquant les employés de la compagnie des tramways électriques, soutenus par tous les syndicats, aboutit à une grève générale à Genève. Le Cercle des Arts et des Lettres organisa un cortège historique où les Genevois, au temps de l’Escalade, étaient représentés. Le 1 juin 1903, mille participants conduits par Henri Fazy, le président du Conseil d’Etat, parcoururent la ville en passant par la Corraterie et, à l’endroit où les Savoyards dressèrent leurs échelles, ils marquèrent un arrêt puis ils reprirent la route jusqu’au monument funéraire élevé contre le temple de Saint-Gervais et y marquèrent un nouveau temps d’arrêt.
L’Eglise de Genève joua un rôle important lors de cette commémoration, venant briser plus d’un siècle de silence. En 1900, un premier culte exceptionnel est réintroduit dans les temples, réunissant un grand nombre de fidèles. Mais, signe de l’évolution des mœurs et de la modification de l’identité genevoise, lors du troisième centenaire, l’Eglise protestante n’est plus la seule détentrice de la mémoire collective. Les confessions juives et catholiques s’associent à cette commémoration en organisant des services religieux extraordinaires le jour dit en souvenir des événements du XVIIème siècle.
Marmite en chocolat vous avez dit ?
Nous avons tous, une fois ou l’autre, brisé une marmite en chocolat en prononçant les paroles traditionnelles : « Ainsi périrent les ennemis de la République ! ». Mais d’où nous vient cette tradition qui ne se trouve nulle part ailleurs qu’à Genève ? Le site de la Compagnie de 1602 nous fournit la réponse. Il semblerait que cette fameuse marmite soit apparue dans la seconde moitié du XIXème siècle et ait été l’idée d’un confiseur.
La tradition des cortèges
Nous pouvons faire remonter cette tradition en 1793, pendant les années chaudes de la révolution genevoise. En effet, le gouvernement organisa le premier cortège de l’Escalade où les autorités constituées et les membres de l’Assemblée nationale, coiffés de bonnets rouges, défilèrent suivi par des groupes de citoyens chargés des objets rappelant la victoire et le souvenir des héros de 1602. Suspendu après 1794, durant les années de normalisation, le cortège de l’Escalade ne réapparaîtra que dans les dernières décennies du XIX.
Une première tentative de rétablissement des cortèges est faite en 1867. Un appel est alors lancé à tous les Genevois par les organisateurs. Ils cherchent à regrouper pour la marche des personnages dans les anciens costumes bourgeois ou militaires de tous genres et de tous âges. Le succès fut tel que l’on répéta le défilé en 1868, sans que la tradition ne parvienne pourtant à s’établir de façon définitive. Il faudra attendre la commémoration du 300ème anniversaire de l’Escalade pour voir, à nouveau, un cortège parcourir les rues de la ville.
La création d’associations patriotiques
La Compagnie des pasteurs n’était pas la seule à voir d’un mauvais œil les scènes scandaleuses que provoquaient dans les rues les déguisés de l’Escalade. Certains citoyens se réunirent en groupe de pétitionnaires pour attirer l’attention du Conseil d’Etat puis constituèrent ensuite la première Association Patriotique Genevoise pour la rénovation de l’Escalade, mieux connue sous le nom de Comité de l’Escalade patriotique, en 1898. Cette association, comme nous l’avons vu antérieurement, ne se contenta pas seulement d’organiser le cortège du 300ème anniversaire mais aussi d’autres cortèges commémoratifs ainsi que des conférences.
Bien plus tard, il s’en suivra la création de la Compagnie de 1602 le 31 mars 1926. Dans un souci de continuité, elle a repris dignement la succession du Comité de l’Escalade patriotique. Reprenant les nombreuses tâches qui étaient déjà gérées par le précédent Comité, elle patronne des conférences et des expositions et édite des gravures et des publications.
Bibliographie
Les monuments d’art et d’histoire du canton de Genève - Genève, Saint-Gervais : du Bourg au Quartier,tome 2, WINIGER Anastazja, Société d’histoire de l’art en Suisse SHAS, Berne, 2001
La Mère Royaume, figures d’une héroïne, XVII-XXIème siècle, WALKER Corinne avec la collaboration de ZUMKELLER Dominique, Société d’histoire de la Suisse Romande, Georg, 2002
L’Escalade de Genève 1602, Histoire et tradition, BLONDEL Louis, RUCHON François, Alexandre Julien Editieur, Genève, 1952
Images d’Escalade, Editions de la Compagnie de 1602, Genève