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Par Ferran Gili-Millera, directeur musical d’Amabilis
Malgré l’existence d’une importante tradition musicale en Russie, basée, d’une part, sur un richissime folklore, et d’une autre, sur un vaste répertoire lié à la liturgie orthodoxe, ce n’est qu’au XIXe siècle que ce pays rejoint les courants artistiques de la musique occidentale, considérée « savante ».
Mikhaïl Glinka (1804-1857) fut le premier compositeur russe à vouloir concilier tradition populaire et rigueur stylistique, chant folklorique et forme symphonique, ou, comme lui-même le déclara, à vouloir « unir par les liens légitimes du mariage le chant populaire russe et la bonne vieille fugue d’Occident ».
Si, parmi sa production, on retient surtout les opéras « La vie pour le Tsar » et « Rouslan et Ludmilla », c’est aussi la petite fantaisie « Kamarinskaya » qui illustre parfaitement ces propos. Ecrite sur deux chansons populaires très contrastées, la pièce se développe par une série de variations au contrepoint de plus en plus riche, avec une orchestration qui évoque quelques instruments populaires, comme la musette ou la balalaïka. Son premier thème est une chanson de noces (« Par-delà les hautes montagnes ») tandis que le deuxième est une danse rustique très animée, à laquelle la fantaisie doit son titre. Tchaïkovski contribua largement à son succès, après avoir affirmé que cette petite pièce contenait en germe toute la musique russe « comme un gland contient le chêne entier ».
A l’occasion d’un concert qui allait être donné à St-Pétersbourg en 1856, Glinka orchestra la « Valse-fantaisie » qu’il avait écrite pour piano quelques années auparavant. L’idée peut lui avoir été suggérée par sa propre orchestration de l’« Invitation à la danse » de Weber, achevée deux ans auparavant. En effet, les deux œuvres sont construites de façon similaire, en tant qu’un vaste mouvement de valse avec un motif principal exposé à plusieurs reprises, séparées par quelques épisodes contrastants. Dans le cas de Glinka, la Valse est d’un grand charme mélodique. Le thème principal, commencé par les cordes et continué par les flûtes et clarinettes, est teinté de langueur orientalisante, tandis que les motifs secondaires contribuent à définir une œuvre de lignes claires et textures délicates, avec un emploi orchestral de grande finesse.