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En 1957, les premières Suissesses ont voté dans le village d'Unterbäch, illégalement. Face aux protestations des hommes, leurs votes n'ont jamais été comptabilisés. En 2009, notre journaliste Gaby Ochsenbein s’était entretenue avec certaines d'entre elles.Ce contenu a été publié le 10 août 2009 - 11:00
Non, elle n'était pas allée voter à l'époque, mais ses sœurs l'ont fait, dit une femme âgée dans la rue du village. «Il y avait des journalistes et des caméras partout, se souvient une femme aujourd'hui âgée. J'étais enceinte: pour moi, c'était trop, toute cette agitation.»
Le local de vote est une petite maison au milieu du village, abritant aujourd'hui la petite fromagerie «Milchhitte». «Au premier étage, c'est là que nous avons voté», explique Rosa Weissen.
Rosa Weissen a été la première présidente (maire) de cette commune de 440 habitants qui fut il y a 64 ans au centre de l'attention internationale. Même le New York Times avait parlé de ce vote historique.
Attendre le coucher du soleil
La votation portait sur un service civil obligatoire pour les femmes. Les femmes, qui n'avaient pas encore le droit de vote sur le plan fédéral, ne pouvaient pas donner leur avis.
À Unterbäch, cette situation choquait particulièrement un homme. Paul Zenhäusern, président de commune à ce moment-là, n'a pas hésité longtemps: avec ses collègues du conseil municipal, il décida d'autoriser les femmes à s'exprimer sur un sujet qui les concernait.
Sur 86 citoyennes, 33 ont osé se rendre au local de vote, le soir, une fois le soleil couché, pour éviter les injures de certains citoyens plus conservateurs. Leur vote n'a jamais été dépouillé.
Depuis, Unterbäch s'est baptisé «le Grütli de la femme suisse.» Une sculpture devant la maison de commune commémore l'événement.
Dans les mémoires
«Tous les enfants d'Unterbäch connaissent la signification de cet événement historique», explique Rosa Weissen, membre du Parti du progrès d'Unterbäch. Aujourd'hui encore, on connait le nom de toutes les femmes qui sont allées voter le 3 mars 1957.
Toutes étaient membres du Parti chrétien-social. La maman de Rosa Weissen en faisait partie.
Le nom de la première votante est également entré dans les mémoires. Katharina Zenhäusern, l'épouse du maire de l'époque. Cette dernière est décédée en 2014, mais lorsque nous l’avions rencontrée en 2009, la citoyenne avait 90 ans et se souvenait très bien des événements.
«Ce ne sont pas des choses que l'on oublie facilement», nous avait-elle confié. Elle était très fière que les femmes de sa commune soient allées aussi loin, même si elle ne se définissait pas comme une politicienne ou défenseuse des droits des femmes.
Beaucoup de bruit
«Je n'aurais jamais pensé que nous susciterions un tel intérêt. C'était quelque chose de totalement nouveau. Jusque-là, les femmes ne pouvaient être qu'à la cuisine. Certains hommes étaient déçus. Et des femmes se sont aussi opposées au vote.»
Katharina Zenhäusern était particulièrement fière de son époux, également décédé, qui était un fervent partisan du droit des femmes, tandis que d'autres hommes avaient peut-être peur de perdre de leur pouvoir.
La femme derrière l'action
Le fait que le premier vote de protestation des femmes ait eu lieu dans le canton du Valais n'est pas une coïncidence. Paul Zenhäusern avait été inspiré par Iris von Roten, l'épouse de l’un de ses collègues du parlement cantonal. Iris von Roten est devenue une célébrité nationale un an plus tard, en 1958, avec son livre «Frauen im Laufgitter» («Femmes dans un parc pour bébé»). Son analyse pointue de l'oppression des femmes a cependant été rejetée avec colère par la presse. L'éditeur et même les associations de femmes se sont distanciés de ses propos.End of insertion
Germaine Zenhäusern, fille aînée du couple, avait six ans en 1957. «Je sentais que quelque chose de spécial était en train de se passer et que ma maman faisait quelque chose de particulier. Mais j'avais peur, car il y avait tellement de bruit partout.»
«Mais comme souvent en Valais, après l'explosion, tout était redevenu calme», ajoute Germaine Zenhäusern. Si calme qu'il a fallu attendre 1971 pour que la Suisse accorde le droit de vote à ses citoyennes.
Germaine Zenhäusern avait alors 20 ans. Sans s'être lancée en politique, elle n'a cessé, depuis, de se battre pour les questions féminines.
Le vote du 3 mars 1957 a laissé des traces: «Le village a toujours eu des femmes fortes, propriétaires de restaurants ou directrices de poste», souligne Rosa Weissen.
50 ans de suffrage féminin
Le 7 février 1971, les hommes de Suisse ont dit oui au suffrage féminin. La Suisse est ainsi devenue un des derniers pays à introduire le suffrage universel. Volontiers présentée au niveau international comme un modèle de démocratie directe, la Suisse est donc en fait une jeune démocratie libérale.
swissinfo.ch consacre un de ses Points forts à cet anniversaire peu glorieux. Nous organiserons le 4 mars un débat public numérique sur le thème «50 ans de suffrage féminin: une vieille question de pouvoir et un nouveau combat avec de nouvelles personnalités».End of insertion
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