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Comment peut-on résumer l’issue de la conférence d’Addis Abeba?
Le document final de la troisième Conférence sur le financement du développement constitue une avancée majeure par rapport aux résultats de la conférence de Monterrey en 2002 et de la conférence de Doha en 2008. Le texte est équilibré et intègre les concessions faites par les pays du Nord comme du Sud.
La conférence d’Addis Abeba a permis d’établir un cadre de mise en œuvre et de financement pour les nouveaux objectifs de développement durable (ODD) faisant suite aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ainsi que pour la coopération internationale.
Qu’y a-t-il de nouveau exactement?
La discussion sur le financement du développement a été modernisée et son contenu a été élargi. Pour la première fois, la dimension environnementale a occupé une place de choix dans les débats. Auparavant, les discussions sur le financement du développement tournaient principalement autour de la question de l’aide publique au développement.
A Addis Abeba, la communauté internationale s’est intéressée à de nouveaux instruments de financement, tels que les instruments du secteur privé et les partenariats public-privé. Elle a également abordé la question épineuse des flux financiers déloyaux qui quittent les pays en développement pour rejoindre les pays du Nord et s’est penchée sur le problème de la restitution des avoirs de potentats. Concernant ce dernier point, la Suisse a influencé de manière déterminante le contenu du document final et organisé elle-même une manifestation sur le sujet en marge de la conférence.
La Suisse a également mis en avant les transferts de fonds des migrants vers leur pays d’origine, dans la perspective d’une meilleure utilisation et d’une réduction des coûts de transfert. Ces flux financiers sont environ trois fois supérieurs au montant de l’aide publique au développement.
Aviez-vous tablé sur une issue des négociations aussi positive?
Les négociations ont été certes constructives, mais difficiles dès le début, car elles portaient sur bon nombre de sujets controversés. En ce qui concerne par exemple la coopération internationale en matière fiscale, il a fallu attendre le dernier soir de la conférence pour parvenir à ouvrir une brèche.
Qu’est-ce qui a conduit à cette dynamique
La dynamique positive des négociations tient au fait que la communauté internationale travaille depuis deux ans et demi déjà sur le programme destiné à prendre le relais des objectifs du Millénaire pour le développement et que les objectifs de développement durable auront une portée universelle. De fait, le cadre normatif des discussions d’Addis Abeba était déjà établi en grande partie et il a fortement influencé les débats sur le financement. Aucun Etat n’avait intérêt à faire échouer les négociations. Cela aurait compromis le programme de développement durable pour l’après-2015 dont dépendent les ODD, ainsi que le sommet sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre 2015.
Quel a été le rôle de la Suisse?
Avant même l’ouverture de la Conférence, la Suisse a fait figure de médiatrice à maints égards, et plus particulièrement dans le cadre des procédures de suivi et d’examen visant à vérifier si les objectifs fixés sont atteints et si les engagements pris sont respectés. Dans ce domaine, les négociateurs en chef ont demandé à la Suisse d’assumer un rôle de coordinatrice et de médiatrice.
Sur d’autres thématiques telles que l’égalité entre hommes et femmes, les avoirs de potentats, la mobilisation des ressources financières nationales et le rôle de la migration et du secteur privé, la Suisse a également servi de médiatrice entre les pays du Nord et du Sud et fortement marqué de son empreinte l’élaboration du document final.
Par ailleurs, la Suisse a elle-même organisé quelques-unes des 200 manifestations qui ont eu lieu en marge de la Conférence, notamment celles concernant la restitution des avoirs de potentats et l’engagement du secteur privé dans le domaine du développement durable. Elle s’est également associée à d’autres manifestations, par exemple sur le thème des droits de l’homme, de la migration et de la réduction des risques de catastrophe. Enfin, la Suisse a soutenu le Business Forum qui a réuni des représentants du secteur privé venus du monde entier. Cette manifestation d’une journée a connu un véritable succès.
Le financement de la coopération au développement est-il garanti désormais, ou reste-t-il des points en suspens?
A la Conférence d’Addis Abeba, il s’agissait de s’entendre sur la nature des flux financiers consacrés au développement durable – un concept qui dépasse largement le cadre classique de la coopération au développement. Le financement de l’aide au développement reste naturellement important, mais il ne représente plus aujourd’hui qu’une petite part du volume global des flux financiers internationaux vers les pays du Sud. On ne peut pas affirmer que le financement de la coopération au développement est garanti : la mobilisation des fonds nécessaires doit encore se poursuivre pendant les quinze prochaines années.
L’objectif actuel des pays donateurs de consacrer 0,7% de leur revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement a été confirmé à Addis Abeba. La Suisse, dont l’aide publique atteint actuellement 0,49% du RNB, reconnaît elle aussi cet objectif à long terme, sans toutefois s’astreindre à une échéance butoir.
En quoi le plan de mise en œuvre et de financement des objectifs de développement durable est-il différent de celui qui s’applique aux objectifs du Millénaire pour le développement ? Certains mécanismes ont-ils été adaptés?
Pendant longtemps, la discussion sur le financement du développement a été dominée par la question de l’aide publique au développement, et principalement par ce que les pays donateurs peuvent faire pour les pays bénéficiaires. Mais puisque l’agenda post-2015 propose un contenu bien plus étoffé que les objectifs du Millénaire pour le développement et puisqu’il sera applicable universellement – et plus seulement pour les pays en développement –, il lui faut un cadre de financement plus large. En plus de l’aide publique au développement, il faut donc tenir compte de tous les autres flux financiers susceptibles de contribuer au développement durable, ce qui suppose d’adapter les mécanismes de financement existants aux réalités nouvelles et aux exigences futures.
Quelles sont les prochaines étapes du programme faisant suite aux objectifs du Millénaire pour le développement?
Les objectifs de développement durable seront adoptés fin septembre 2015 lors du sommet de New York. Les négociations devront donc être terminées d’ici là. En décembre, la Conférence de Paris sur le climat abordera également des thématiques et des questions politiques en rapport avec les objectifs de développement durable.
A l’issue de la conférence d’Addis Abeba, êtes-vous confiant quant à la position de la Suisse sur l’agenda post-2015?
Oui, très confiant. Car la Suisse a su exercer une influence déterminante sur les négociations menées jusqu’ici, au point que les ODD et le document final de la conférence d’Addis Abeba reprennent de nombreux éléments clés de la position suisse. A n’en pas douter, ces éléments seront conservés dans la suite du processus. Et cela est de bon augure pour le sommet de New York.