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Benjamin Constant peut être perçu comme un philosophe qui croit aux bienfaits du progrès de civilisation, moral et matériel, il n’en pense pas moins que les hommes ne peuvent envisager ce progrès par une forme de béatitude ou de naïveté. L’ambition humaine, les rêves de grandeur, et les hommes au pouvoir étant ce qu’ils sont, les sociétés ne doivent pas se départir d’un certain pessimisme, nécessaire à la construction d’institutions et au développement des mœurs favorables à la liberté.
Le libéralisme lui-même est une philosophie pessimiste, qui se méfie viscéralement du pouvoir. Il a cherché à le subdiviser et à le fragmenter, en vue de limiter l’arbitraire et de favoriser les libertés individuelles. Constant a été une sorte d’architecte du libéralisme pessimiste vis-à-vis du pouvoir, monarchique, républicain ou révolutionnaire. Il a conçu une méthode de stérilisation de la tyrannie, il a soutenu l’idée que la liberté l’emporte sur la démocratie, et il se méfie de l’interventionnisme de l’État. Il voulait moins détrôner les princes que les rendre sages.
L’idée de limiter les pouvoirs est en effet fondée sur l’imperfection de la nature humaine, selon une proposition simple : il est dangereux de donner aux hommes une marge indéterminée ou excessive de pouvoirs, ils peuvent en abuser. Le libéralisme de Constant est une méthode de destruction du despotisme métaphysique ou personnel, qui correspond, en toute logique, à une méthode de construction de l’individu libre. C’est la raison pour laquelle, il parle peu, sinon rarement, de démocratie, mais surtout de liberté. Celle-ci importe dans son esprit plus que celle-là. Le libéralisme de Constant est de ce fait le bonheur collectif à travers le bonheur de chacun, de chaque homme pris isolément. L’homme s’épanouit d’abord seul ou dans sa sphère privée, puis en société ou en public. Les deux formes d’épanouissement sont aussi nécessaires qu’inextricablement mêlées, mais elles sont hiérarchisées au profit de l’individu.
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Le libéralisme pessimiste de Benjamin Constant
(16 pages, PDF)