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Village de Granges
Granges, don du Rhône
Lors de la dernière glaciation, le va et vient du glacier du Rhône entraîna ce que les géologues appellent " éboulement de Loèche ". Rongée à sa base, la montagne bascula sur le glacier et cette gigantesque moraine fur rejetée dans la plaine dans le secteur de Sierre à Granges. Cet amas donna naissance au Bois de Finges et aux collines qui hérissent la plaine en aval, la dominant d'une cinquantaine de mètres. Le Rhône se fraya un passage dans ce labyrinthe de roches et de gravas. La plaine du Rhône n'en était pas à sa première métamorphose, car au cours des millénaires sa base avait été recouverte d'une centaine de mètres d'alluvions. Les collines n'étant en quelque sorte que les cerises sur le gâteau de l'histoire de la Vallée du Rhône. En Suisse, ce phénomène rare ne se retrouve que dans la Vallée du Rhin.
L'homme apparaît au début de " l'âge du bronze " dans ce paysage à la fois sylvestre et marécageux. En 1942, alors qu'il agrandissait une vigne, sur le flanc d'une colline au lieu dit " Pinzet ", au couchant du village, Monsieur Ulysse Eggs dégagea des tombes en pierre. Les services de l'Etat n'étant pas aptes à entreprendre un travail de recherches archéologiques de ce genre, le dossier est transmis à l'université de Genève. Lorsque Monsieur Marc R. Sauter, accompagné de Monsieur Pierre Bouffard, arrivèrent sur place quelques semaines plus tard, la vigne était terminée, les sépultures démolies et ensevelies. Monsieur Eggs décrivit ce qu'il avait vu, les fosses au nombre de seize, composées de quatre pierres avec couvercle et les squelettes qui s'y trouvaient. De tout cela il n'avait conservé qu'un crâne. L'étude de cet unique rescapé confirme la présence de l'homme dans notre contrée au néolithique. D'autres découvertes avaient été faites en 1854 dont un poignard triangulaire en bronze et une épingle céphalaire, actuellement au musée à Berne. On peut aussi voir quelques rares pièces provenant de Granges au musée cantonal d'archéologie à Sion.
Histoire
Nous l'avons vu, Granges est un don du Rhône. Le fleuve passait à l'époque de chaque côté des diverses collines modelant la plaine, transformant celles-ci en autant d'îles. Les unes coniques d'autres allongées ou réunies entre elles par un terre-plein naturel. Il est évident qu'une telle situation ne pouvait passer inaperçue aux yeux des hommes du haut moyen âge. Fortifié naturellement par les eaux, Granges serait imprenable.
Des nobles, neveux des Rois de Bourgogne, disent certains historiens, jetèrent leur dévolu sur une masse sise au centre de la plaine à 8 km à l'Est de Sion. Formée de deux collines, une conique, l'autre allongée transversalement à la plaine, reliée entre elles par un col, surplombant une terrasse donnant sur le Sud, ils y élevèrent la première tour vers le IXème ou le Xème siècle. Cette famille noble dite " de Granges " portait le titre de comte, titre qu'elle partageait avec l'évêque de Sion. Il faut peut-être y voir une résultante des donations que fit St Sigismond à l'approche de l'an mille. Le fief de la famille s'étendait de Lens à la Vallée d'Anniviers ainsi que de nombreuses propriétés dans la Vallée de Conches, dans le Haut-Valais. Les comtes de Granges, de par leur titre, étaient indépendants de l'évêque de Sion et avaient obtenu l'immédiateté impériale. Ils relevaient donc de l'empereur du St Empire et optaient généralement pour la politique savoyarde. Cette famille noble plaça deux évêques sur le siège Théodule : Boson I de 1131 à 1138 décédant à son retour de terre sainte pour la croisade et Boson II de 1227 à 1243. D'autres membres de la famille s'illustrent également sur le plan religieux : Seguin, chanoine puis doyen de Valère + 1203, Jacques , chanoine +1246, Pierre, chanoine + 1279. Parmi les comtes dont les noms nous sont parvenus, mentionnons : Ulrich vers 1052. Othon, 1181, Louis et Guillaume, fils du précédent.
La présence de nombreux dignitaires d'église et, dans les dernières générations la naissance de plusieurs filles verra disparaître la famille de Granges au profit d'autres familles nobles. Les mariages successifs émietteront le patrimoine ancestral, ce d'autant plus que les évêques lègueront à la manse épiscopale leur part d'héritage et introduiront de la sorte l'autorité valaisanne dans le comté de Granges et conduiront celui-ci à sa disparition. Les Albi, Monjovet, Morestel, d'Anniviers, de la Bastia succèderont à la famille comtale.
Sur le plan religieux relevons encore la présence dans le bourg médiéval d'un prieuré bénédictin avec église et maison des pères. Ce prieuré, mentionné pour la première fois en 1152 dans une bulle du pape Eugène III, dépendait de l'abbaye d'Ainay près de Lyon. Il était le lieu de sépulture de prédilection pour la noblesse du pays. En 1379 le prieuré de Granges sera rattaché à celui d'Ayent et tous deux seront vendus au chapitre de Sion en 1620.
Les luttes intestines auront raison des constructions féodales. Une première menace apparaît en 1366. A cette époque le Vicaire impérial résidera près d'une année dans les murs de la petite bourgade pour mettre un peu d'ordre entre des voisins belliqueux. A cette occasion, l'évêque de Sion lèvera une centaine d'archers et autorisera la sortie du canon de Vallère pour les mettre en position dans la plaine de Granges. Le désastre arrivera en 1417 lors des guerres de Rarogne. Le soulèvement populaire enflamme la châtellenie toute entière et les patriotes insurgés incendient les châteaux de Granges. Après un interminable procès les habitants sont contraints de construire, vers 1480, la Maison Tavelli. A l'angle Sud-Ouest du bourg, qui est encore visible de nos jours.
Cette famille Tavelli a ses origines à Genève et elle place sur le trône de Sion Guichard en 1342. Ce dernier fait venir ses neveux qui, par mariages et achats, reconstituent le fief de la famille de Granges, leurs agissements sont en partie prétexte de la révolte mentionnée ci-dessus.
Les derniers nobles résidant à Granges sont les De Rovéréa. Marguerite vendra en 1603, ses droits sur la seigneurie à la ville de Sion et en 1650, Claudine de Rovéréa cèdera les siens à l 'Etat du Valais. Si la ville de Sion nomme des châtelains pour la justice, l'autorité civile l'est par la population locale.
Si le Rhône est le meilleur rempart, il est aussi le pire ennemi. Ses crues emportent fréquemment les ponts. Les marais qui enserrent le village le rendent insalubre et favorisent la propagation des épidémies et de la peste. Ayant perdu son importance stratégique, militaire et économique la bourgade se vide de ses habitants et les diverses parties de l'ancienne châtellenie se séparent du noyau central. Chacune des nouvelles entités communales s'emparent des meilleures terres et laissent le village de Granges dans la plaine. Le Rhône qui a maintes fois sauvé les Seigneurs de Granges se venge sur la nouvelle commune et la dévastera malgré les nombreuses digues aménagées. C'est dans la deuxième moitié du XIXème siècle que le parcours du fleuve prendra la configuration que nous lui connaissons, en partie grâce à l'arrivée du chemin de fer. La dernière partie des grands marais ne sera asséchée que pendant la dernière guerre mondiale. Permettant ainsi une vie rurale principalement basée sur l'élevage puis l'agriculture et la viticulture. L'industrie n'y fut que peu développée.
Granges restera commune indépendante jusqu'en 1972, année de la fusion avec sa voisine de l'Est, Sierre.
Les constructions médiévales
Les sources
Granges était une petite ville dominée par de nombreuses tours et bâtisses, entourée d'un mur d'enceinte percé de trois portes et d'un mur de protection contre les crues du fleuve. Outre l'église paroissiale de St Etienne, dont on ne connaît pas l'emplacement on y trouvait l'église du prieuré St Jacques. En 1299 une convention d'utilisation est passée entre les desservant des deux lieux de cultes.
Les anciennes fortifications médiévales ont disparu au début du XVème siècle lors des Guerres de Rarogne. Leurs ruines encore visibles dans la deuxième moitié du XIXème siècle, ont servi de carrière pour la construction du village actuel. Le plan des constructions a été établi en 1954 par Louis Blondel et le géomètre cantonal. Leur relevé est confirmé par les rares documents qui sont arrivés jusqu'à nous.
Les gravures et dessins au crayon : une vue générale de la plaine de Granges, dans " Lettre du Valais " du Major Cockburn, à Londres 1822 ; une vue de l'église bénédictine de Raphaël Ritz 1856 ; une vue générale du bourg, de Raphaël ou Wilhelm Ritz de 1860 ; une vue presque identique de E. Wick, 1864-1867, une vue de la Tour Commune, date et auteur inconnus ; le château Tavelli par Benziger, 1894 ; Maison Tavelli, vue Est, 1902.
Les photos : vue Nord-Ouest de l'église bénédictine avec tour Commune ; vue générale de la plaine de Granges depuis le Rhône, avec église bénédictine et tour Commune 1898 ; vue de la tour Commune et de l'église bénédictine depuis la colline Est, vers 1906 ; vue de la tour Commune depuis l'intérieur du village avant 1910 ; vue générale de Granges depuis le Sud, avant 1910 ; église bénédictine, vues extérieure et intérieure , 1910.
Description des constructions
Colline Est
Posée transversalement à la plaine, elle est de forme allongée et supportait les plus anciennes constructions. Sur la partie Sud se dressait le donjon principal, " La Poype " dont la base formait un rectangle irrégulier. Les fondations de cette tour, la plus ancienne, ont été dégagées à partir de 1980 et restaurées. Elles donnent une idée de ce que devait être les autres constructions et leurs importances. On estime sa hauteur originelle à près de trente mètres. Elles était entourée de deux cours intérieures et au Sud-Est deux maisons d'habitations, plus tardives, la prolongeaient.
Au centre de la colline, sur un replat, était érigée la tour Commune d'un carré de base de 9,5 mètre et d'une hauteur estimée à environ 23 mètres en se basant sur les documents photographiques. Au Nord et au Sud lui avaient été adossées deux maisons de propriétaires différents d'ou le nom de tour Commune. Ce groupe de constructions donnait accès à la Poype. La tour Commune fut démolie en 1910 et ses pierres utilisées pour la construction de l'église actuelle.
Sur un léger promontoire au Nord, une tour dite d'Ollon dominait le plaine.
Le col
Entre la colline Ouest et celle de l'Est dans une sorte de col, une quinzaine de mètres plus bas que les collines, les bénédictins avaient construit leur église tandis que leur demeure était bâtie au centre du bourg.
Colline Ouest
Elle formait une sorte de cône. Sur elle, les nobles avaient construit leurs résidences principales : " La Bâtie ", une tour de base rectangulaire entourée de maisons et de terrasses qui dominaient le bourg.
Le bourg
Il est construit sur un terre plein au-dessus du niveau de la plaine et ferme la deuxième partie du cercle commencé par les collines. Il était entouré par un premier mur, haut d'environ 2 mètres qui avait pour but de protéger le bourg des crues du Rhône et des risques d'érosion. A quelques mètres, en retrait, s'élevait le mur d'enceinte proprement dit, dont le dernier pan fut détruit à la fin du XXème siècle. La porte principale, la " Porte de la Barre " donnait au Nord. Au Sud et au Sud-Est deux autres portes avaient été aménagées. Au pied des collines sont adossées quelques vieilles bâtisses dont l'une est datée de 1352.
A l'angle Sud-Ouest des remparts a été érigée au XVème siècle la maison Tavelli. Elle a fortement été modifiée par ses propriétaires successifs, on y découvre toujours le puit d'origine. Elle a gardé son caractère altier et impressionnant avec ses pignons à redents sur trois façades. Dans les caves, des poutres de mélèze monumentales soutiennent l'édifice composé de deux corps de logis. La chapelle à plafond voûté au niveau des caves a perdu son mobilier mais le niveau des anciens planchers se lit sur les murs aux rares fenêtres cintrées. Au-dessus d'une porte de communication interne sont modelées les armes de la famille Tavelli, trois aiglettes d'or sur fond d'azur. Ces armes ont été reprises par la commune de Granges.
A l'entrée Nord, près de la porte de la " Barre " une grande maison, elle aussi remaniée, certainement l'ancien hospice de st Jean de Jérusalem, avec son puit privé. A l'intérieur du village actuel deux autres puits ont été dégagés et reconstitués. Du fait de sa construction au centre de la plaine, le ravitaillement en eau causait problème à la population qui ne pouvait pas compter sur des cours d'eau salubres ou la fraîcheur de sources, ce qui explique la présence de quatre puits à l'intérieur du village et peut-être de citernes sur les collines fortifiées.