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L’inflation est une préoccupation pour les entreprises, tout comme la récession. De fait, la dernière fois que les équipes dirigeantes débattaient à ce point de la récession, elles en connaissaient une.
Par Tina Fong, Strategist
L’inflation concentrait l’attention des entreprises américaines de façon inédite fin 2021 (voir What analysing language tells us about inflation).
L’inflation reste un sujet fréquemment évoqué dans les discussions avec les entreprises, aux côtés des salaires et des chaînes d’approvisionnement. Mais l’attention des entreprises se tourne de plus en plus vers le risque de récession et les craintes de récession n’ont jamais été aussi élevées.
Comment le savons-nous? En collaboration avec les experts de notre Data Insights Unit (DIU), nous avons eu recours au traitement du langage naturel (NLP) pour analyser des milliers de transcriptions de présentations de résultats d’entreprises. Ces transcriptions reproduisent par écrit les points évoqués par des entreprises américaines cotées en bourse lors de la présentation de leurs résultats.
Analyser manuellement des milliers de présentations chaque mois serait un exercice pour le moins fastidieux. Cependant, le NLP exploite la puissance des ordinateurs pour analyser le nombre de documents qui mentionnent un mot ou une phrase donné(e) dans le temps.
Le risque de récession inquiète clairement les entreprises
Au cours du deuxième trimestre 2022, le nombre de transcriptions mentionnant le terme «récession» a été le plus élevé depuis la pandémie de Covid en 2020 (graphique 1). Les entreprises des secteurs financier et industriel sont celles qui ont le plus évoqué la perspective d’une récession, à tel point qu’elles représentent la moitié des mentions documentées sur ce sujet.
Si cette analyse ne peut être comparée qu’à deux récessions depuis 2005, la forte hausse du nombre de mentions du terme récession est pour le moins préoccupante. Lors des précédents épisodes où ce nombre était élevé, l’économie américaine était en récession. Nous utilisons ici les récessions datées officiellement par le NBER (National Bureau of Economic Research).
Dans le même temps, le nombre de transcriptions mentionnant le terme «récession» ainsi que des mots tels que «préoccupations» et «craintes» a bondi à un niveau record. Non seulement les entreprises évoquent le risque de récession, mais elles sont aussi clairement préoccupées par cette perspective.
Alors que la Réserve fédérale (Fed) a relevé ses taux d’intérêt rapidement en réponse au niveau élevé de l’inflation, il n’est guère surprenant que le sujet de la récession mobilise autant l’attention des entreprises et même du grand public. Nous savons que ce dernier s’inquiète de la récession car les recherches sur Google mentionnant le terme «récession» se multiplient, et semblent même atteindre un niveau plus élevé que dans le cas des discussions entre entreprises américaines (graphique 2).
Les consommateurs américains sont sans doute préoccupés par un retournement imminent de l’économie car ils ressentent la pression sur leurs revenus découlant de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires.
En comparaison, les bénéfices des entreprises se montrent jusqu’à présent solides cette année, certaines sociétés en mesure d’imposer leurs prix ayant pu répercuter la hausse des coûts. Cela étant, les entreprises sont confrontées de plus en plus à la hausse des salaires et des prix des matières premières. Dès lors, le nombre de mentions du terme récession parmi les entreprises pourrait encore augmenter lors de la prochaine saison des résultats.
Les discussions sur les salaires se multiplient tandis que celles sur l’inflation restent nombreuses
Les entreprises s’expriment manifestement plus souvent sur le risque de récession, mais un nombre record de transcriptions continuent de mentionner le terme «inflation» aux côtés de mots tels qu’«augmentation» ou «accroissement». Le graphique 3 montre que l’indice NLP du terme «inflation» évolue au gré du taux d’inflation effectif aux États-Unis. Autrement dit, les discussions de l’inflation parmi les entreprises confirment la tendance observée dans l’économie en général.
Si les mentions du terme «inflation» lors des comptes-rendus des entreprises restent élevées, nous constatons également une augmentation du nombre des mentions évoquant les salaires cette année. Le graphique 4 montre que le nombre de transcriptions mentionnant le mot «salaires» atteint un plus haut historique et évolue en rapport étroit avec la hausse des salaires.
Ainsi, depuis le début de l’année, les dirigeants d’entreprises semblent davantage préoccupés par les effets de second tour de l’inflation. Cela n’est pas surprenant sachant que l’inflation se révèle moins transitoire que prévu et que le marché du travail reste tendu aux États-Unis.
Quel est le sujet de conversation le plus courant parmi les entreprises?
Dans notre sélection de mots clés, le terme «chaînes d’approvisionnement» reste celui le plus mentionné, à l’instar du trimestre précédent (graphique 5). Et ce malgré l’amélioration des délais de livraison des fournisseurs, selon les indices des directeurs d’achats (PMI).
Le risque de nouveaux confinements en Chine avec le maintien par les autorités de la politique «zéro Covid» semble en être la cause probable. En outre, la guerre en cours en Ukraine pourrait provoquer de nouvelles perturbations.
Il n’est dès lors pas surprenant que les entreprises restent préoccupées par les difficultés liées aux chaînes d’approvisionnement.
Le terme «inflation» arrive très près derrière en deuxième place, suivi du terme «récession», qui a dépassé les mentions du mot «salaires» par rapport au premier trimestre de cette année.
En amont du démarrage de la saison des résultats du deuxième trimestre aux États-Unis, il sera intéressant de voir si le sujet de préoccupation majeur des entreprises se détournera de l’inflation pour se concentrer davantage sur la récession. Cela signifierait que les entreprises s’inquiètent de plus en plus de la croissance et de l’évolution des bénéfices.
Ces données alimentent notre analyse du stade du cycle économique que nous pourrions avoir atteint, à savoir la période durant laquelle l’économie passe d’une situation d’expansion à une phase de contraction, ou de récession, avant de croître à nouveau.
Cette analyse peut aller du suivi du discours des entreprises, à celui d’une série de variables «inflationnistes», «monétaires» et «macro et marchés financiers à court terme», comme le reflète le Tableau de bord Schroders de la récession (voir Schroders Recession Dashboard: what is it telling us?).
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