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La consommation de drogue induit des changements dans le cerveau qui rendent les ex-toxicomanes susceptibles de rechuter même après une longue période d'abstinence, affirme Kent Berridge, de l'Université du Michigan, à Ann Arbor (Etats-Unis) (Lancet 2001 ; 358 : 1163). «La consommation de drogue sensibilise certains circuits neuronaux, ce qui rend les toxicomanes vulnérables en permanence à des stimuli associés aux drogues (cendriers, pailles, aiguilles, etc.). Chez ces personnes, de tels stimuli peuvent déclencher la volonté irrationnelle et excessive de rechercher de la drogue sans rapport avec le fait qu'elles aiment toujours, ou non, cette drogue, et de surcroît même des années après avoir cessé de la consommer.»D'autres théories expliquent pourquoi les ex-toxicomanes restent réactifs aux stimuli associés à la drogue, reconnaît Berridge : les théories des symptômes de retrait, des habitudes acquises, ainsi que la thèse du plaisir ressenti à l'égard de ces stimuli eux-mêmes. Aussi, ce scientifique s'est-il fixé comme objectif de démontrer que la consommation de drogue induit une sensibilisation neuronale qui rend les stimuli associés à la drogue capables de déclencher, chez les (ex-)toxicomanes, la volonté irrépressible de partir à la recherche de drogue.Avec Cindy Wyvell, Berridge a conçu une étude expérimentale qui permet d'éliminer la théorie des symptômes de retrait. Ces deux auteurs ont entraîné des rats à presser un levier pour obtenir une pastille sucrée (apprentissage instrumental). Ils ont également entraîné ces rats à associer un son d'une durée de 30 secondes avec l'arrivée d'une pastille sucrée, sans qu'ils aient besoin de presser le levier pour l'obtenir (apprentissage pavlovien).Ensuite, Wyvell et Berridge ont séparé les rats ainsi entraînés en deux groupes. A l'un, ils ont donné une série de micro-injections d'amphétamines, dont on sait qu'elles induisent une sensibilisation neuronale. A l'autre les rats contrôles ils ont pratiqué une série de micro-injections d'une solution saline. Après un délai de 10 à 14 jours destiné à assurer que les rats du premier groupe étaient bien débarrassés de toute trace de drogue, ils ont soumis les deux groupes à une situation dite «d'extinction», c'est-à-dire que le fait d'appuyer sur le levier qui auparavant déclenchait l'arrivée d'une pastille sucrée ne déclenchait plus cet effet.Alors que les rats appuyaient sur le levier dans le vain espoir d'obtenir les pastilles, les chercheurs ont, par intermittence, présenter le son de 30 secondes pour évaluer la capacité de ce stimulus auditif à déclencher la poursuite excessive de la récompense. Or, lorsque le son se faisait entendre, les rats sensibilisés par les injections d'amphétamines se mettaient à appuyer sur le levier de façon «frénétique», indique Berridge, environ 200% plus que les contrôles (J Neurosci 2001 ; 27 : 7831-40) !«Pour combattre la toxicomanie, de nombreuses interventions, telles que, par exemple, l'injection de méthadone, ont pour but de stopper les symptômes de retrait. C'est très bien, mais cela pourrait ne pas suffire», prévient Berridge. La façon dont une personne peut être sensibilisée varie en fonction de différences génétiques et d'autres facteurs. Mais «dès lors qu'une personne est sensibilisée à une drogue, poursuit Berridge, cela signifie que même si elle parvient à se débarrasser de ses symptômes de retrait, et qu'elle comprend que la drogue exerce sur elle un effet nocif, cette personne peut rester sensible à des stimuli associés à la drogue et, de ce fait, être toujours sous la menace d'une rechute.»En fin de compte, les traitements qui prémunissent contre l'expression de la sensibilisation pourraient se révéler plus efficaces que ceux qui ciblent les changements comportementaux ou les symptômes de retrait, conclut Berridge.