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Critique
"Kore-eda s'est inspiré d'un récit très populaire de l'histoire du Japon (Les 47 rônins) pour en faire une très belle comédie en costumes, assurant avoir voulu se concentrer sur ""une période qui pouvait être amusante à regarder"" et sur le ""portrait d'un homme qui s'affirme faible et assume sa faiblesse"". On est loin, on l'a compris, des héros formatés, toujours costauds, que l'on découvre quotidiennement sur nos écrans...
Brillant cinéaste, Hirokazu Kore-eda est un humaniste qui a toujours porté un regard très attentif sur le monde qui l'entoure. Avec LA LUMIERE DE L'ILLUSION (1995), très beau film poétique, il avait dessiné le portrait saisissant d'une jeune femme qui, veuve prématurément, tentait de retrouver avec son fils un sens à la vie. Dans AFTER LIVE (1998), œuvre totalement étrange et originale, il imaginait le monde des limbes où les morts devaient choisir et raconter le souvenir le plus marquant de leur vie. Dans DISTANCE (2001), une demi-douzaine d'hommes et de femmes tentaient de comprendre pourquoi plusieurs de leurs proches, membres d'une secte, s'étaient ôtés la vie, quelques années auparavant, après avoir participé à un acte terroriste meurtrier. Avec NOBODY KNOWS enfin (2005), s'inspirant d'un fait divers, Hirokazu Kore-eda contait le destin atypique de quatre enfants contraints de se débrouiller tout seuls, en pleine ville, sans aucune aide parentale.
On le voit, le cinéaste japonais s'est toujours attaché à décrire les réactions de petits groupes de personnes impliquées dans des événements exceptionnels. On pouvait donc s'attendre à un film bien ancré dans la vie d'aujourd'hui, à une nouvelle réflexion sur les souvenirs, sur la nécessité de gérer l'existence coûte que coûte. Or HANA, au premier abord en tout cas, part dans une tout autre direction: si l'on retrouve la place donnée à la mémoire - à sa fiabilité comme à ses défaillances - et aux groupes d'individus, le cinéaste change de registre et nous plonge dans le Japon du début du XVIIIe siècle. Une période de paix et de mutations profondes qui remettent fondamentalement en question les traditions, et en particulier le statut des samouraïs, plus préoccupés maintenant de nouer les deux bouts à la fin du mois que de respecter un code d'honneur exigeant d'eux loyauté jusqu'à la mort.
C'est dans ce contexte-là - et sur un mode léger - que l'on suit un jeune samouraï passablement introverti et maladroit, Sozaemon, chargé de retrouver l'assassin de son père. Seule la mort du meurtrier - selon la règle - permettrait de sauver l'honneur familial. Habitant dans les bas-fonds de la ville d'Edo (Tokyo), Sozaemon apprend à connaître ses voisins, découvre peu à peu la richesse des relations humaines et se prend à douter: faut-il vraiment respecter l'ancien code d'honneur?
Délaissant l'univers de ses précédents films, Hirokazu Kore-eda fait parfois penser à Kurosawa. On retrouve dans HANA la multiplicité et la truculence des personnages de l'auteur des SEPT SAMOURAIS, à la différence près - importante - que la violence est totalement absente du récit. Voilà une fresque historique où le sang ne coule pas, ou alors seulement lorsque l'histoire rejoint une forme de fiction théâtrale (comique) voulue et mise en scène par les protagonistes eux-mêmes.
Les personnages que l'on croise dans cette histoire parfois compliquée sont nombreux, ce qui n'empêche pas HANA d'être une œuvre parfaitement maîtrisée, le cinéaste cumulant par ailleurs les fonctions de réalisateur, scénariste et monteur. Le chroniqueur se doit d'avouer que plusieurs détails lui ont sans doute échappé - peu à l'aise qu'il est avec les règles du ""bushido"" ou la définition précise du ""shogun"" -, mais peu importe: le spectateur attentif prendra peu à peu conscience que l'intrigue et le thème évoqué (faut-il se venger?) renvoient non seulement au Japon (de jadis et d'aujourd'hui), mais aussi à d'autres pays de notre planète, et à maintes turbulences du monde actuel."
Antoine Rochat