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Sur les traces des Jacquets
L'important ce n'est pas le but, l'important c'est le chemin.
L'Europe par les Chemins de St-Jacques de Compostelle
Caminoropa
Würzbourg - Satteldorf
115 km
Après une nuit passée entre trains et gares, je suis saisi à mon arrivée matinale à Würzbourg par un froid glacial et un ciel de plomb. Je ne perds pas de temps pour rejoindre le point de départ décrit dans le livre de Wolfgang, soit l'ancien couvent de St-Jacques, dit "des Ecossais". Fondé en 1134, ce surnom ne reflète pas ses origines puisque ce sont, comme très souvent, des moines irlandais qui sont venus en nombre dans ces contrées pour y fonder des monastères et des hospices. Ils venaient à Würzbourg en pèlerinage sur les traces de l'archivèque Kilian, assassiné avec deux de ses coreligionnaires en 689. Je refranchis le Main sur le vieux pont bordé de belles sculptures et remonte la rivière sur sa rive droite, jusqu'à Ochsenfurt. Une dernière traversée du Main et je file plein sud vers les montagnes souabes, par des belles routes assez peu fréquentées. Au terme d'une bonne descente, je me rends compte que je suis entré dans la vallée de la Tauber, jolie petite rivière dont le chemin le long de ses méandres va me mener directement à Rothenbourg. J'atteins ainsi facilement cette magnifique ville que j'avais visitée lors de mon bref chemin il y a 2 ans. Cette fois-ci, je me contente de la regarder depuis le bas de ses remparts, et préfère continuer par monts et par vaux vers le sud. Fort heureusement, je ne roule pas en sens contraire car le vent mordant du nord ne cesse pas de la journée. Les petits villages se succèdent et notamment Schainbach, où je visite la première église St-Jacques du chemin. L'année de sa construction remonte vers 1200, mais des transformations se sont succédées jusuq'en 1435. L'autel gothique tardif date de 1707 et montre la Vierge Marie avec à ses côtés Sainte Barbara et Sainte Catherine. Comme le soir approche je me rends dans le village voisin de Wallhausen dans l'espoir de trouver un gîte. mes espérances sont douchées dans la seule auberge du village et je dois encore continuer à la nuit tombante jusqu'à Satteldorf, où on me dirige finalement vers une maison d'hôtes à l'orée du village. Je me sens très soulagé car cette première journée a été très riche et très longue, environ 12 h dans le froid mordant de la Franconie.
Satteldorf - Rosenberg
25 km
Une invitée non attendue a fait cette nuit son apparition : la neige ! Toutes les routes sont recouvertes de 10 cm de poudre blanche et il est dès lors impossible de rouler dans ces conditions. Toutefois les flocons se font plus rares dès la moitié de la journée et je peux au moins atteindre la prochaine étape, Rosenberg. La localité est connue surtout pour son église dédiée à la Vierge Marie, abritant de très belles peintures du peintre et prêtre Sieger Köder, dominant l'autel. Une face est pour le temps de l'Avent et de Pâques, l'autre pour le reste de l'année.. On y voit également un pèlerin et le chemin pour le Hohenberg.
Rosenberg - Böhmenkirch
75 km
J'aurais bien souhaité pouvoir passer la nuit à Hohenberg dans le gîte pour pèlerins mais en raison de la météo cela s'est avéré impossible. Hohenberg est depuis fort longtemps un lieu très prisé des pèlerins. Une église St-Jacques du 19e siècle domine le village, depuis le haut de la colline à 569 m d'altitude. Les constructions qui l'ont précédées ne sont plus du tout visibles. Sur une façade du gîte sont peintes de très belles fresques montrant les différents épisodes de la vie du saint. La vue depuis la colline porte sur toute la région alentour, et le temps, bien que toujours froid, est redevenu sec. Je suis toujours des routes cyclables bien balisées et dégagées, même si j'arrive à louper un croisement, ce qui m'oblige à revenir sur ma route au bout de quelques kilomètres. L'étape suivante, Wöllstein, ressemble un peu à Hohenberg, avec sa chapelle très célèbre dominant le village. On retrouve une fresque de Sieger Köder sur la façade sud de la chapelle montrant cette fois la légende du pendu dépendu, qui jalonne à de nombreux endroits le chemin. Une paroissienne, Mme Sorg, me confie la clé pour la visiter. La suite du chemin se montre plutôt astreignant sur le plan physique, avec une succession d'ascensions assez longues et difficiles. Je passe devant le château et l'église de pèlerinage dédiée à Saint Patrice. Un très beau jardin de style "mini-Versailles" se trouve derrière le château. Sur la route vers Bargau un important chantier m'oblige à faire un détour mais je retrouve finalement l'église Saint Jacques, avec une jolie oeuvre d'art à l'extérieur en fome de coquille, où se trouve le livre d'or et le traditionnel tampon pour le crédential. Finalement, au terme d'une nouvelle journée très longue mais riche en découvertes j'atteins Böhmenkirch, un village au pied du mont Falkenberg, la plus importante hauteur du parcours avec 776 m. Je rencontre à la nuit tombante des gens très bienveillants à mon égard dans mes recherches pour un hébergement.
Böhmenkirch - Grimmelfingen
95 km
C'est par une magnifique journée ensoleillée que débute ce troisième jour dans l'Alb. Je vais bientôt atteindre la région du Danube et sa grande ville, Ulm. Mais auparavant je dois franchir une des dernières grosses difficultés du chemin, la montée au Sontbergen, avec son église St-Jacques. Fort heureusement la déclivité est beaucoup moins forte que la veille et mes forces sont intactes en cette matinée. J'arrive donc sans trop de problème dans ce petit village et je dois me présenter chez une voisine de l'église pour qu'elle m'ouvre les portes de la petite église, dont la fondation remonte à 1356. Le sige particulier sont les 5 vitraux créés par Sieger Köder, racontant la vie du saint, notamment. Je poursuis dans la campagne de l'Alb en ayant pour but l'Auberge am Berg à Temmenhausen. Les pèlerins sont bienvenus dans cet établissement devant lequel sont représentés plusieurs marcheurs en sculpture de fer, accrochées à la terrasse. L'endroit est très grand et confortable, d'autant plus que je suis le seul client à l'heure de midi. Je peux ainsi repartir restauré en direction d'Ulm. J'arrive par la cité universitaire, dont les voies d'accès sont complètement bouleversées par des travaux, lesquels doivent notamment permettre au tram de rejoindre les hauts de la ville. Je m'égare un moment dans les dédales de ces déviations, les panneaux indicateurs ayant pratiquement disparus. Finalement je rejoins enfin le centre-ville, symbolisé par la cathédrale, très célèbre par la hauteur de sa tour, la plus haute du monde pour un édifice religieux, soit 161,53 m.Bien que commencée en 1377, elle a été définitivement terminée à la fin du 19e s. Etant donné que les habitants ont adopté la Réforme en 1530, l'édifice est donc le plus grand "temple" du monde protestant. Comme le soleil a depuis longtemps disparu et qu'un vent glacial souffle sur la ville, je ne m'attarde pas plus que de raison et me dirige au bord du Danube, que je remonte sur quelque 5 km jusqu'à Einsingen. Je dois ensuite revenir par les hauteurs en direction d'Ulm pour atteindre le but final de l'étape, Grimmelfingen, où se trouve une église St-Jacques. Je remets au lendemain sa visite car la neige recommence à tomber et le jour touche à sa fin. Priorité donc à m'assurer un hébergement, ce que je trouve à l'Auberge Am Hirsch.
Grimmelfingen - Weingarten
115 km
Je suis soulagé de constater que la neige n'a fait que de blanchir très légèrement les champs avoisinants et a laissé des chemins parfaitement praticables. Les températures semblent aussi un peu plus clémentes. Comme pour toutes les églises vouées au culte protestant, l'église St-Jacques est fermée et je dois une nouvelle fois me mettre à la recherche d'une voisine bienveillante qui accepte de me faire la visite. Je n'obtiens aucune réponse à la cure, pour une raison très simple selon ma guide : le prêtre a été impliqué il y a peu de temps dans un accident de circulation et il doit se rétablir. L'édifice enferme comme à chaque vois une statue de l'apôtre et un timbre pour mon crédential. Je reprends ensuite le chemin parcouru la veille, notamment dans une forêt où la neige et la glace me jouent des tours, puis je mets le cap sur Erbach et Oberdischingen. Le village est le siège de l'Association souabe des pèlerins de St-Jacques, dans une très belle demeure de maître située juste en face de l'église, toujours fermée. Je me repose un instant à côté de la jolie fontaine avec la sculpture d'un pèlerin se rafraîchissant les pieds puis continue jusqu'à la prochaine église, à Risstissen. Depuis Ulm le parcours est un peu moins bucolique, par contre les modestes dénivelés me font avancer rapidement. La prochaine église est à Laupertshausen, qui se singularise par la présence de pas moins de cinq tableaux figurant la vie de St-Jacques ainsi que 2 statues. Sur le chemin je peux aussi voir des statues ou des peintures dans des champs ou sur des murs de maisons, confirmant que toute la région allant de Rosengarten jusqu'à Markdorf est très imprégnée par le pèlerinage, et ceci depuis très longtemps. Je passe notamment à Grodt puis Muttensweiler, avant d'atteindre Steinhausen où se dresse une église qui n'est pas dédiée à St-Jacques, mais à St Pierre et St Paul. Elle est toutefois considérée depuis sa fondation entre 1728 et 1733 comme une des plus magnifiques de toute la Souabe. Construite par l'architecte Dominikus Zimmermann, les fresques et sculptures qui ornent les murs et plafonds de l'église sont l'oeuvre de son frère Johann Baptist. Après l'abandon du couvent en 1865 l'église a été reprise par la commune de Steinhausen. Depuis lors, on parle souvent de cette église comme "la plus belle des églises villageoises au monde".
Weingarten - Meersburg
50 km
Au moment de mon entrée dans la ville la veille en fin de journée, le coucher de soleil donnait une magnifique couleur rosée à la basilique. Elle domine le centre-ville depuis son promontoire et en raison de sa longueur de 106 m et sa coupole de 66 m de haut, elle est considérée comme la plus grande de style baroque au nord des Alpes. Elle est effectivement magnifique et sa coupole est très impressionnante. Weingarten constitue sans doute une importante étape sur la route de Santiago depuis le Moyen-Age. Dans la cour intérieure, un panneau indique qu'il reste encore 2400 km jusqu'au but ultime. J'ai par la suite un peu de peine à traverser Ravensburg et arriver finalement à Brochenzell, en raison de travaux, mais je commence à y être un peu habitué. L'église St-Jacques de Brochenzell a une statue du saint de 1624. L'ancienne nef constitue actuellement le choeur. Les fondations romanes datent du 12e s. Alors que je prenais constamment la direction du sud, je bifurque maintenant vers l'ouest, à travers vergers de pommiers et cultures maraîchères, en direction de l'avant-dernière localité d'importance avant la fin, Markdorf. Il s'y trouve une église St-Nicolas, avec à l'intérieur une statue de St-Jacques. Comme recommandé par Wolfgang F. Mayer, je fais un léger détour de 5 km jusqu'à Ahausen, puisqu'il y a une dernière église St-Jacques avec plusieurs représentations du saint. Enfin, après une dernière montée je franchis les collines qui me séparent du lac de Constance et la petite localité de Meersburg, étape finale où des ferrys relient la rive nord du lac à la ville de Constance. J'avais visité la ville il y a 5 ans, pour mon départ de la Voie supérieure, et me réfère donc à mes explications.
Deux ans après avoir parcouru le Chemin entre rotehbourg et Rottenbourg, je reviens dans cette belle région vallonnée de la Haute Souabe. Mon guide de référence reste encore et toujours celui écrit par Wolfgang F. Mayer dans ce qui constitue sans doute ma toute dernière excursion en Allemange du Sud pour très longtemps. J'aurais ainsi exploré les 4 régions que Wolfgang a si minutieusement décrites dans son ouvrage.
de la vallée du Main au lac de Constance - mars 2018
De la Franconie à la Haute Souabe