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L'organisation EXIT fait de la publicité en faveur d'une libéralisation plus poussée de l'aide au suicide des personnes âgées. EXIT propage ainsi une image illusoire de la vie humaine – comme si celle-ci n’était pas toujours prise dans un champ de tension entre l'autonomie et la dépendance.
Il n'y a pas si longtemps, dans NZZ am Sonntag, on pouvait lire un article sur la nouvelle pression au suicide exercée sur des seniors en bonne santé. L'article se fondait sur les plans d'EXIT de libéraliser davantage les règles autorisant l'assistance au suicide des personnes âgées. La législation suisse est déjà très large en ce qui concerne cette aide. Elle autorise les activités d'organisations qui, à l'instar d'EXIT A.D.M.D., œuvrent pour l'autodétermination des personnes sur leur vie et leur mort. La remise d'un médicament mortel par un médecin exige toutefois un diagnostic médical constatant une souffrance insoutenable ou une maladie incurable de la personne souhaitant mourir.
Jusqu'où faut-il libéraliser?
Au sens d'EXIT, ces dispositions sont trop restrictives. L'organisation pose la question: «Ne devrait-on pas accepter d'autres facteurs comme raisons légitimes d'une mort choisie, comme la perte de son réseau social, l'absence de perspective, la disparition de tout sens de sa vie, etc., ainsi que l'évitement lucide de sa dépendance de soins et de sa perte d'autonomie?» Pourquoi pas? Que peut vouloir opposer une société libérale au souhait d'une personne de mettre fin à une vie qu'elle a vécue avec plus ou moins de succès?
Certaines personnes insensibles répondront: «Oui, qu'ils partent! La santé publique fera des économies et les héritiers seront également gagnants.» Les esprits cyniques vont encore plus loin: «Pourquoi ne pas recommander à toutes les personnes ayant atteint un âge seuil (disons 80 ans) de passer à l'acte?» Peter Greenaway, artiste et cinéaste britannique, l'a récemment thématisé à Bâle, à l'occasion d'une exposition sur l'actualité de la danse macabre. Il n'y a pas soulevé de tollé général. Donc tout va bien?
Si nous ne voulons pas abandonner le champ aux cyniques, il est indispensable de se préoccuper des arguments d'EXIT. Oui, il y a des personnes âgées qui souffrent, mais les causes n'en sont pas prioritairement l'infirmité physique ou certaines déficiences mentales: c’est le fait qu'elles ne voient plus aucun sens à leur vie. Dans son ouvrage Wir werden älter. Vielen Dank. Aber wozu?, Peter Gross, ancien professeur de sociologie de l'université de Saint-Gall, confirme que le grand âge est terrible si on ne lui voit plus de sens. Celui ou celle qui est incapable de trouver ce sens, se suicide – ou tente de le faire.
L'affaiblissement, la maladie et la vieillesse font naturellement partie de la vie humaine
La question du sens est indissociable de celle des relations avec les autres. Il est rare qu'une personne isolée parvienne à donner un sens à sa vie. L'être humain a besoin des autres, il recherche des congénères, qu'ils soient de sa génération ou d'une autre. Ce besoin même contredit l'idée d'une autonomie absolue – celle-ci est illusoire même si la représentation néolibérale de l'être humain la propage comme l'objectif suprême.
Qu'une personne ait la volonté de «ne pas devenir une charge pour les autres», c'est compréhensible dans certains cas concrets. Mais si c'est le ténor fondamental de toute une société? Les jeunes enfants sont une charge pour leurs parents, les malades pour les bien-portants, les personnes non performantes pour ceux qui le sont, les vieux pour les jeunes. Nul n'est à l'abri de l'affaiblissement, de la maladie et de la vieillesse. Forever young – cela n'existe pas.
L'humanité d'une société se mesure en définitive à la manière dont elle traite ses membres affaiblis, malades ou d’un âge avancé. Si nous constatons que certaines personnes ont peur d'être mises à l'écart parce qu'elles sont affaiblies, malades ou très âgées, nous devons comprendre que c'est l'alerte générale. Il est inconcevable de dire à ces personnes: «Alors, partez donc!»
Pour finir, cette annonce: le 15 mai 2014, Pro Senectute organisera un colloque national sur le grand âge et l'avenir. Y seront traitées des questions comme celles du sens d'une longue vie et de l'importance du quatrième âge pour la société.
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Une entrée publiée par Kurt Seifert, Pro Senectute Suisse, Responsable de la recherche et du travail de fonds
(Photo: Pro Senectute Suisse)