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La mondialisation, c’est comme la prose, on l’utilise sans le savoir. La mondialisation, c’est comme la prose, on l’utilise sans le savoir. On a souvent pensé que le phénomène a débuté peu ou prou à la chute du mur de Berlin ; en fait le phénomène est beaucoup plus ancien ; les caravelles en route vers les Indes en témoignaient déjà, dans leur recherche de nouveaux mondes, de nouveaux produits, voire de nouvelle main d’œuvre, mais l’acception qui nous intéresse concerne la période entre 1988 et 2008 au cours de laquelle le monde économique a subi un profond clivage, tant dans le domaine de la production que dans celui de la consommation ; cette évolution a profité aux Asiatiques les plus pauvres et aux Occidentaux les plus nantis. Certains pays en voie de développement ont profité de ce nouveau contexte pour devenir de puissants exportateurs ; en revanche, dans les pays industrialisés, les délocalisations ont souvent durement touché les classes ouvrières. Des enquêtes menées auprès des ménages dans la plupart des pays du monde ont abouti à une conclusion selon laquelle leur propension à dépenser en faveur de produits bon marché, fréquemment inutiles, a crû très fortement. On le constate dans le domaine textile notamment où les réserves ménagères sont devenues déraisonnables avec des articles fabriqués la plupart du temps en Extrême-Orient. Une visite dans un magasin d’articles courants pour enfants comme Disney en témoigne : il est virtuellement impossible de trouver un article qui soit fabriqué dans le monde occidental.
La crise du Covid a marqué le brusque arrêt de cette globalisation heureuse, en panne depuis plusieurs années et qui a ainsi connu son coup de grâce. 2008 avec la crise financière avait démontré les dérives de la globalisation financière et entrainé d’acerbes critiques sur la montée des inégalités renforcées par la globalisation. Cette dernière est en train de se disloquer progressivement, ne serait-ce que par le retour de la notion de souveraineté et de frontières. Le monde développé découvre brusquement sa dépendance dans le domaine sanitaire à l’Inde et à la Chine qui produisent le 80% de ces produits. Des mois durant, des cargos dont nous dépendons pour toutes sortes de produits se sont trouvés bloqués dans des ports lointains faute de dockers ayant échappé à la pandémie. Le social retrouve son importance et la montée des inégalités marque le pas ; Monsieur Bezos qui a massacré des pans entiers de l’économie tout en suscitant des besoins totalement inutiles de la part de ses clients, découvre avec stupéfaction que ses centaines de milliers de collaborateurs ont le droit de se syndiquer. Au plan mondial une trop grande division du travail est fortement remise en cause ; des entreprises qui naïvement avaient souhaité se délocaliser pour des raisons de coûts, découvrent que le prix réel à payer est lourd en termes de dépendance, voire de qualité pour des produits de luxe. On se souviendra de l’ébahissement des constructeurs de voitures, de réfrigérateurs ou de systèmes d’alarme, pour n’en citer que quelques-uns, lorsqu’ils ont découvert que plus de la moitié des semi-conducteurs était fabriquée à Taiwan, à nouveau à cause des prix, au mépris total des questions de distance ou de risques politiques et stratégiques aigus ! Au niveau financier même avec les nouvelles normes de risques, et forts d’expériences douloureuses, de grands groupes bancaires ont décidé de se replier sur leurs bases nationales ou régionales, quitte à renoncer à vouloir jouer les acteurs planétaires.
A peine commençait-on de sortir péniblement de cette période de pandémie que le mystique sanguinaire attaqua la paisible Ukraine. Et là aussi, put-on se souvenir que les gouvernements, nos gouvernements, faute de politique agricole cohérente en mesure d’assurer une vie décente aux paysans, avaient délégué à l’Est de l’Europe la production de céréales indispensables.
La dépendance énergétique est un autre exemple. Comment est-il concevable que les exécutifs d’un grand nombre de pays européens aient accepté d’aliéner leur indépendance en s’alliant avec des partenaires aux autres conceptions en matière de démocratie ou de respect des accords, au lieu d’encourager à fond les solutions d’économie et d’énergies renouvelables ?
Une nouvelle ère s’ouvre dans l’histoire de l’humanité. Nous allons assister à l’émergence d’une nouvelle expérience humaine plus solidaire, à un repli sur soi dans le domaine de l’industrie en général avec tout ce que cela implique comme enrichissement de formations et de postes à pourvoir. Certes nos habitudes vont s’en ressentir, nos échelles de valeur, notre façon de consommer aussi ; on dépensera peut-être moins mais mieux ; tant pis pour les haricots verts du Kenya, les pommes de Pologne ou les fruits exotiques d’Amérique du Sud. Les pays pourvoyeurs de main d’œuvre bon marché et peu qualifiée devront eux-aussi revoir leur copie au grand bonheur de leur population, surtout de leur jeunesse.