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Penchons-nous sur le bilan peu reluisant des clubs suisses lors des compétitions européennes
Déjà dans les années nonante, alors que je n'étais qu'un gamin qui découvrait le hockey, on m'expliquait que j'avais la chance de pouvoir assister à des matchs d'un des meilleurs championnats d'Europe. Bon, c'était à la télévision que j'assistais aux exploits de papa Hollenstein face à papa Bykov, car aux Vernets on avait soit de la première ligue soit des play-out de LNB. Alors forcément, avec ma naïveté de gosse j'y ai cru ! Il faut dire que ça avait de la gueule les play-off de LNA en comparaison d'un GSHC-Thurgovie devant 600 personnes.
Il m'était pourtant difficile de comprendre pourquoi avec un championnat si relevé les résultats de notre équipe nationale oscillait entre le mauvais et le carrément grotesque. On me répondait alors que l'équipe nationale n'était pas prise au sérieux par nos meilleurs joueurs, qui devaient se concentrer sur le championnat qui est très exigeant (alors qu'en Tchéquie, Suède ou Finlande le championnat est un camp de vacances, c'est de notoriété publique...). L'apogée étant certainement atteinte en 1995 où notre brillante équipe nationale après avoir subit la loi des cadors italiens, allemands et français finit reléguée dans le groupe B après un match décisif perdu face à... l'Autriche. Le groupe A ne sera rejoint qu'en 1998 et uniquement grâce au fait que les championnats du monde sont organisés en Suisse (entre temps la remontée avait été manquée deux ans de suite par la faute du Belarus, de la Lettonie et du Kazakhstan, excusez du peu !).
C'est le début de l'air Krüger, la Suisse se classe quatrième (en ne gagnant que 2 matchs...). Comme prévu, si l'équipe joue à son niveau on est parmi les meilleurs ! Tout va très bien, Madame la marquise...
Personne ne remettra sérieusement en question la progression du championnat national sur les vingt dernières années. Mais est-il passé de très bon à excellent ou de médiocre à simplement bon ? Là est toute la question ! Et pour répondre à cette question, rien de tel que des affrontements internationaux pour se mesurer aux autres ligues du continent tel que la ligue des champions.
Cette compétition nous a été présentée comme une quasi-nouveauté après l'unique édition remportée par Zürich en 2009. Donc suite à ce triomphe national quelques années plus tôt, on ne doutait pas vraiment à travers le pays que nos clubs allaient tout défoncer dans cette nouvelle mouture. D'autant plus au premier tour face à des clubs français, allemands, autrichiens ou norvégiens. Pourquoi notre hockey ne brillerait pas de manière fulgurante ?
Pourquoi ? Eh bien simplement parce qu'à part en 2009, nos clubs n'ont jamais brillé dans les différentes compétions européennes organisées... Car pour ceux qui l'ignorent, il y a eu une « Coupe des champions » de 1966 à 1997, qui sera renommée « Ligue européenne de hockey » jusqu'en 2000. Ensuite la Coupe des champions fait son retour en 2005 après un break de quelques années jusqu'à sa dernière édition en 2008, juste avant le sacre zurichois dans l'unique édition de la première version de la ligue des champions. C'est compliqué ? Estimez vous heureux que je ne vous détaille pas les différentes formules utilisées et pas toujours de manière heureuse... On a quand même un nombre d'éditions suffisant pour se faire une relative idée de la valeur de notre championnat au niveau européen.
Prenons les résultats à partir de 1991, soit après l'écrasante domination du CSKA Moscou et la chute de l'URSS (ce qui simplifia certains déplacements d'un point de vue politique) et avant le sacre zurichois de 2009 :
Nombre de victoire d'un club suisse : zéro
Nombre de finale d'un club suisse : zéro
Les clubs allemands et autrichiens ont d'ailleurs fait bien mieux que nous... Vous admettrez qu'il n'y a pas de quoi pavoiser !
Alors oui, il y a aussi la coupe continentale, sorte de coupe UEFA du pauvre remportée deux fois par Ambri et deux fois par Zürich. Mais une compétition qui comptait plus de clubs espagnols que scandinaves et qui a été remportée notamment par Rouen (sans manquer de respect du tout pour ce club français) a-t-elle plus de crédibilité pour comparer les ligues qu'un tournoi de Playstation ?
Donc domination il n'y eut pas... Evidemment que personne d'un tout petit peu censé n'imaginait voir quatre équipes helvétiques en demi-finale. Mais au vu des résultats, on se rend bien compte que la domination vient du nord.
En 1/8 de finale : 2 clubs suisses, 2 autrichiens, 1 tchèque, 4 suédois et 7 (!!) finlandais.
En 1/4 de finale : 4 suédois et 4 finlandais.
La messe est dite ! Le meilleur hockey se joue dans le nord de l'Europe et derrière tout le monde se vaut... Car quand on se penche sur les résultats de la phase de groupe, certains clubs suisses ont pris de belle baffes et pas forcément contre des cadors du hockey européen (y'a des oreilles qui sifflent du côté de la capitale ?)
Alors je vous vois venir avec vos explications dignes d'une analyse tactique de Fredy Bobillier sur le plateau de Teleclub : c'est le mois d'août, les équipes ne sont pas encore à 100% et la ligue des champions n'est pas la priorité etc. Et on part du principe que pour les autres par contre c'est super important ! C'est pour ça qu'ils nous battent ces sans grade de Norvégiens !
Snober une compétition dont on a largement contribué à la création (en tant que ligue et parfois en tant que club), ça atteindrait le summum de l'arrogance. Mais peut-être bien qu'on en est capable dans ce pays ! Après tout, le slogan des championnats du monde 2009 était « Welcome to ice hockey country », il fallait oser...
La réalité est que notre championnat est probablement aujourd'hui capable de viser le podium européen (en excluant la KHL) et qu'il en était bien loin il y a 20 ans. Mais la marge sur nos supposés poursuivants, qu'ils soient tchèques, slovaques, allemands voir autrichiens et norvégiens n'est pas bien grande. Quand il y en a une... Du jeu spectaculaire et des patinoires bien remplies ne définissent pas la qualité de jeu d'une ligue, c'est un bon début mais ça ne suffit pas pour gagner.
Espérons que cette énième déconvenue internationale aura été salvatrice et ait enfin appris l'humilité à nos hockeyeurs/dirigeants/journalistes/spectateurs. Les premiers résultats de l'édition de cette année semblent en partie le démontrer. Le hockey helvétique peut et doit encore beaucoup progresser, en prendre conscience serait déjà une riche idée !