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Dans un texte inédit publié par la version allemande de la revue de théologie Communio de juillet-août 2018, le pape émérite Benoît XVI déclare que la théorie selon laquelle l’Église aurait pris la place d’Israël dans l’alliance avec Dieu -la théologie de la substitution- n’a «jamais existé en tant que telle». «L’alliance» entre Dieu et le peuple juif n'a «jamais» été «révoquée». Le judaïsme, insiste-t-il, n’est pas une religion «comme les autres». Il occupe une position «spéciale», que l’Église doit reconnaître. «Des réflexions qui ont été critiquées par des théologiens chrétiens comme par des autorités juives, car elles semblent remettre en question le fondement du dialogue judéo-chrétien qui s’est développé depuis le concile Vatican II», commente le provincial des jésuites de Suisse Christian Rustishauser sj.
Il y a 50 ans, un 28 octobre, la déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra aetate était adoptée par le concile Vatican II, à 2221 voix contre 28. Beaucoup parlèrent d’une « révolution d’en haut ». Pour la première fois dans l’histoire, l’Eglise se prononçait en faveur d’autres traditions religieuses.
Jusqu’à la publication de Nostra aetate, l’Eglise considérait le non chrétien comme une personne pour le salut de laquelle elle tremblait et qu’elle voulait baptiser. Désormais, l’Eglise « ne rejette rien de ce qui est vrai et sain » dans les autres religions. Elle ouvre le dialogue, mais continue cependant de croire que Dieu s’est révélé à travers l’histoire du salut rapportée par la Bible. Par cette déclaration, l’Eglise cesse de se situer au centre. Il en va de Dieu qui s’est manifesté en plénitude à travers Jésus et l’ensemble de la création, et qui œuvre à travers toutes les cultures.
Il y aura bientôt un demi-siècle depuis le concile Vatican II et l'ouverture officielle d'un dialogue entre l'Eglise et le judaïsme. Dans quelle mesure ce dialogue a-t-il influencé l'image que le catholicisme et le christianisme ont d'euxmêmes ? Au niveau théologique la question est double. L'Eglise a-t-elle vraiment besoin d'une théologie du judaïsme, d'un traité sur les juifs ? Quels sont les changements que le dialogue judéo-chrétien implique dans les diverses disciplines théologiques ?