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Après plusieurs années de travail acharné de développement et de journalisme scientifique au plus haut niveau, higgs.ch ferme ses portes pour des raisons financières. Les dons, les fondations et les revenus des abonnements n'ont pas suffi à couvrir les coûts engendrés. Et les universités, les dizaines de milliers de scientifiques et les centaines de milliers d'étudiantes et d'étudiants qui ont bénéficié d'une formation universitaire? Ils sont silencieux.
Les stratégies moisissent dans les tiroirs. Les fondations se retirent. Les établissements d'enseignement ne sont pas disposés à dépenser ne serait-ce qu'une fraction des milliards d'argent du contribuable pour mettre les résultats de la recherche à la disposition de la population suisse sous la forme d'un portail de connaissances.
La question du financement
Les raisons sont nombreuses. Les fondations apportent un financement de départ, puis se retirent. En général, elles sont prudentes et veulent éviter que leurs projets soient interprétés comme (trop) politiques. Toutefois, dans d'autres pays, cela fonctionne bien: la Fondation européenne pour le climat1 s'engage explicitement en faveur d'un objectif de zéro émission nette de CO2 et soutient la plateforme Carbonbrief2, qui fournit des connaissances sur le climat aux médias et aux autres parties intéressées.
Le parrainage direct des médias par la communauté des scientifiques – ou par des particuliers ou des fondations - est problématique en raison des conflits d'intérêts. Les universités ne peuvent pas placer l'argent des contribuables directement dans des entreprises de médias privées. L'indépendance des médias doit être garantie. Néanmoins, il n'est pas impossible de résoudre ces problèmes structurels, par exemple par le biais d'une fondation dans laquelle un organe distinct décide du financement des projets ou des chaînes. Enfin, et ce n'est pas le moins important, les institutions et les individus forts qui ont une approche «non inventée ici» sont susceptibles de moins apprécier le travail externe et préfèrent lancer quelque chose eux-mêmes afin de conserver le pouvoir en termes d'interprétation et de contrôle – et tout cela en sachant qu'il faudra de précieuses années pour construire quelque chose de nouveau.
Le suivi est difficile
Mais revenons à l'essentiel: pourquoi avons-nous besoin du journalisme scientifique? Pourquoi est-ce si difficile, et que se passe-t-il si nous n'en avons plus? Le monde est complexe, les défis sont divers et l'évolution des technologies et du big data est rapide. Transition énergétique, biodiversité, médias sociaux, vie privée, crise climatique, médecine personnalisée: personne ne peut tout suivre. Le besoin de classer les données de manière compréhensible, de les synthétiser et de les mettre en contexte est grand. La confiance dans la science est fondamentalement intacte, et a même augmenté pendant la pandémie.
Le journalisme scientifique peut faire tout cela, mais il prend beaucoup de temps et coûte cher. Les médias sont sous pression; beaucoup de gens ne lisent plus grand-chose. Ce qui compte, c'est «l'engagement», c'est-à-dire les clics. Dans le même temps, les fake news se répandent plus facilement et plus rapidement que jamais sur les médias sociaux. Cela fait le lit d'un discours social et politique de plus en plus polarisé. Ce qui compte, c'est la vision du monde d'une personne, plutôt que l'exactitude factuelle d'une déclaration. Donald Trump l'a démontré à la perfection: lorsqu'il s'agit de foi et d'idéologie, une vérité perçue suffit, même si elle est fondée sur des mensonges. Il suffit de la répéter suffisamment souvent et bruyamment pour discréditer ses adversaires.
Des connaissances solides pour des décisions solides
Mais la compréhension des faits permet-elle de résoudre ces problèmes? Il est évident que ni la science en tant que discipline ni les représentants individuels ne peuvent déterminer les politiques. Les faits et les chiffres ne conduisent pas nécessairement à des décisions. Mais les faits constituent la base d'un débat éclairé. Les scientifiques peuvent calculer des scénarios, évaluer les coûts et les risques, mettre en évidence les liens et proposer des solutions. Cela peut donner lieu à des priorités contradictoires pour toutes les parties concernées – à cet égard, le Covid-19 a beaucoup en commun avec la crise climatique.
Le discours est parfois épuisant, mais il faut le supporter. Dans une démocratie, il est essentiel que les politiciens et le public comprennent l'essentiel pour pouvoir prendre des décisions éclairées. Et en Suisse, où le peuple a le dernier mot, c'est particulièrement important.
C'est précisément là qu'un bon journalisme scientifique apporte une contribution importante: il fournit une compréhension de base de la façon dont les nouvelles connaissances sont créées, de ce qui maintient notre monde ensemble, de la façon dont la nature, la technologie et la société fonctionnent et interagissent. Il nous aide à interpréter les statistiques et les diagrammes, à remettre en question les affirmations et à argumenter objectivement. Et dans sa fonction de «quatrième pouvoir» par rapport à la science, il fournit une toile de fond critique et une mise en contexte.
Une société qui ne lit pas, ne comprend pas, est incapable de s'engager dans un discours critique ou se laisse trop facilement tromper, prendra des décisions à courte vue. À long terme, c'est dangereux. Au vu de tout ce qui est en jeu, une voix scientifique forte devrait être quelque chose d'important pour nous.