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Le jour où Deepwater Horizon a explosé
Deepwater Horizon n’est en activité que depuis neuf ans et jouit d’une bonne réputation en 2010. Jusqu’à cette date du 20 avril, prélude à la pire catastrophe environnementale de l’histoire des Etats-Unis.
La plate-forme de forage pétrolier Deepwater Horizon jouit en réalité d’une bonne réputation. Dans les médias, sa «bonne fortune» est «célébrée» – puis le 20 avril 2010, elle explose et prend feu avant de couler à 1500 mètres au fond du golfe du Mexique. La fuite de pétrole qui se poursuit au fond de la mer deviendra la pire catastrophe environnementale de l’histoire des Etats-Unis.
Cette histoire a également un lien avec la Suisse: Deepwater Horizon est la propriété d’une société établie à Steinhausen, dans le canton de Zoug. Chiffrée à 560 millions de dollars (environ 543 millions de francs), sa construction est confiée à Hyundai Heavy Industries, en Corée du Sud; l’acheteur, Triton Asset Leasing GmbH, est livré en 2001. La société transfère Deepwater Horizon à Freeport, au Texas, et la loue à BP jusqu’à la catastrophe.
Un marché juteux pour tous les acteurs, à condition qu’aucun d’imprévu ne survienne: pour le dernier bail, qui doit s’étendre de 2010 à 2013, BP verse à Triton un loyer de 544 millions de dollars (environ 528 millions de francs), soit 497'000 dollars (environ 482'000 francs) par jour. La compagnie pétrolière doit encore prévoir un montant similaire pour l’équipement, l’équipage et l’exploitation.
La société Transocean de Vernier (canton de Genève) est responsable de l’exploitation de Deepwater Horizon, tandis que Triton (canton de Zoug) en est le propriétaire. Au début du millénaire, le trio formé par BP, Transocean et Triton profite pleinement de la plate-forme maritime mobile. Tout d’abord, Deepwater Horizon fore avec succès dans le gisement de pétrole Atlantis, qui n’a été découvert qu’en 1998 et qui s’avère être le troisième plus grand gisement de pétrole sous-marin du golfe du Mexique.
En 2006, elle découvre le gisement de pétrole Kaskida dans le Keathley Canyon, dans les blocs 291 et 292 – les canyons sous-marins offshore sont divisés en parcelles, comme les montagnes pour l’extraction de matières premières. Et en septembre 2009, Deepwater Horizon détecte le gisement de pétrole Tiber dans le Keathley Canyon (bloc 102). Sa capacité de plus de 250 millions de barils de pétrole lui vaut le qualificatif de «géant».
Quelques heures plus tôt, des VIP de BP célèbrent encore Deepwater Horizon
Pour l’exploiter, BP a foré à plus de 10 000 mètres de profondeur – soit le puits le plus profond au monde, s’émerveille la BBC. La mine d’or que constitue Tiber a un défaut: les fonds marins ne commencent qu’à une profondeur de 1500 mètres, où l’on mesure 35 °C. Des équipements spéciaux sont nécessaires ici, mais Deepwater Horizon s’affaire dans le bloc 252 du Mississippi Canyon depuis février 2010. Par ailleurs, elle accuse un certain retard.
Elle a déjà cinq semaines de retard sur son calendrier – et le temps, c’est de l’argent. Pour rappel, la plate-forme coûte un million de dollars (environ 970'000 francs) par jour à BP. Mais le forage d’essai dans le gisement pétrolier Macondo est en réalité pratiquement terminé. Le ciment censé sceller le puits est encore en train de durcir. Cette opération est confiée à la société Halliburton.
Vient ensuite le 20 avril 2010:
le matin même, Patrick O’Bryan est en visite à bord de Deepwater Horizon. Le vice-président de BP et quelques VIP font le tour du propriétaire, emmenés par Curt Kutcha, capitaine de la plate-forme employé par Transocean. Ce jour-là, la compagnie pétrolière célèbre justement sept ans sans accident. Halliburton a en fait terminé de remplir le puits de ciment, il ne reste plus qu’à le boucher.
Des forces titanesques en action
Les conditions autour du puits sont à peine imaginables: les fluides dans la carotte sont soumis à une énorme pression et chauffés à 250 °C. En réalité, du gaz s’échappe déjà dans le trou de forage, mais il ne peut pas remonter et s’accumule en raison de la grande quantité de boue. De l’eau de mer est peut-être également pompée, un phénomène qui a pour effet de durcir le béton plus rapidement mais aussi de rendre le mélange plus explosif.
A 9h56 heure locale, soit 2h56 CET, tout bascule. Le gaz s’échappe et s’embrase. Les feux électroniques clignotent, la plate-forme est traversée par deux vibrations – une bulle de méthane s’est formée, les valve de sécurité se rompent – et lorsqu’il atteint le sommet, le mélange gazeux explose. Le feu se propage à une vitesse fulgurante: l’équipage n’a que quelques minutes pour quitter la plate-forme.
Il y a 126 personnes à bord: 79 de Transocean, 7 de BP et 40 d’autres entreprises comme Halliburton. La côte se trouve à 66 kilomètres.
Onze personnes perdent finalement la vie dans la catastrophe et 17 blessés sont transportés en hélicoptère vers des hôpitaux. Les personnes évacuées sont ramenées sur la terre ferme en bateau et logées dans un hôtel.
1,3 million de litres de pétrole s’échappent chaque jour en pleine mer
Deepwater Horizon est en flammes: la plate-forme coule deux jours plus tard, le 22 avril. Le même jour, les autorités découvrent que du pétrole s’écoule du puits – en l’occurrence, beaucoup de pétrole: 1'300'000 litres par jour. Il faudra attendre la mi-septembre pour que le puits soit bouché: selon les estimations des autorités américaines, 780 millions de litres de pétrole se sont échappés en pleine mer durant cette période.
Des actions en justice s’ensuivent: ce n’est qu’en 2015 que BP s’accorde avec les autorités américaines sur un paiement record de 18,7 milliards de dollars (environ 18,1 milliards de francs). Avant cela, Cameron International a versé 250 millions de dollars (environ 243 milliards de francs) à BP. La société a fabriqué des blocs obturateurs de puits pour Deepwater Horizon. BP et Halliburton ont déjà convenu d’un paiement d’1,1 milliard de dollars (environ 1,07 milliard de francs) en 2014.
Transocean a été poursuivie par la compagnie pétrolière qui lui réclamait 40 milliards de dollars (environ 39 milliards de francs), mais en 2015, le litige est finalement réglé à l’amiable. Ces sommes ne couvrent en aucun cas la facture totale pour BP: son montant est estimé à environ 146 milliards de dollars (environ 142 milliards de francs).
L'accident de l'Amoco CadizRetour à la page d'accueil