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du 29 mai au 22 août 2004
Parmi les photographes suisses qui entrent en scène dans les années 1980, Jean-Pascal Imsand (1960-94) fait figure d'outsider, doué et extrêmement sensible. Très jeune, il commence à dessiner et découvre la photographie avec son père. Après un bref passage à la Kunstgewerbeschule de Bâle, il se forme comme imprimeur-lithographe dans l'atelier de Pietro Sarto à Saint-Prex. Encouragé par ses amis, il se voue ensuite entièrement à la photographie et commence à travailler pour des revues comme Femina, Emois, L'Hebdo et Voir. En 1988, Jean-Pascal Imsand obtient à Arles le « Grand Prix Européen de la Photographie » (« European Kodak Award ») pour une série de photomontages sombres et poétiques, d'une grande virtuosité technique. Cette distinction lui vaut pratiquement du jour au lendemain une reconnaissance internationale. Il s'installe à Zurich et travaille régulièrement pour des magazines comme Du, Das Magazin et Le Nouveau Quotidien. Parallèlement à son activité professionnelle dans le domaine du reportage, il se consacre à des projets personnels ; il publie notamment un hommage original à Lausanne, sa ville natale (Lausanne, une jeunesse, 1990) et un choix de ses montages (Vision, 1992).
Plutôt timide et réservé, Imsand se révèle un portraitiste sensible de politiciens, d'artistes et d'autres personnalités de la scène culturelle, des jeunes artistes lausannois pratiquement inconnus à des grands noms comme Godard et Nizon ; mais surtout de sa femme Sabina, actrice, qui a été pendant de longues années sa complice et son modèle. Un dernier projet de livre, un vaste portrait du Kreis 5, son quartier d'habitation à Zurich, est demeuré inachevé et n'a pas été publié. Dans ce projet, il met en regard des sphères de vie totalement opposées, qu'il découvre progressivement. Autant d'observations faites dans ce quartier urbain, des questions plus que des réponses : le dur travail des saisonniers qui construisent une ligne ferroviaire devant son appartement à la Limmatstrasse ; la Limmatstrasse elle-même, artère du quartier ; la joyeuse activité dans un atelier pour handicapés ; la lumière radieuse qui s'étend sur les visiteurs au milieu du chaos organisé de la brocante « Brocki-Land » ; l'atmosphère fraîche, presque clinique, des cuisines municipales ; la froide désolation du Letten, où s'était établie la fameuse scène ouverte de la drogue, des êtres humains comme des déchets sur une voie de garage.
Photographies de reportage prises sur le vif ou photomontages élaborés avec soin, Imsand réalise tous ses tirages à la main, avec la sensibilité de l'imprimeur. Ses images vivent par le contraste entre la noirceur des ombres et la brillance des tons clairs et il émane d'elles un rayonnement unique.
Représenté par l'agence « Vu » (Paris), affilié à l'agence de photographes Lookat (Zurich), Jean-Pascal Imsand a fait partie des représentants les plus prometteurs de la jeune photographie suisse des années 1990. L'exposition « Jean-Pascal Imsand - Rétrospective" réunit pour la première fois les principales œuvres de sa brève mais intense période de création et lève le voile sur son monde d'images personnel et poétique, sa vie en tant que photographe entre réalité et rêve, entre document et imagination.
Martin Gasser
Fotostiftung Schweiz