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Accros au milk-shake?
Saviez vous que le milk-shake a eu un ancêtre? Il portait le même nom. On signale son existence vers la fin du XIXème siècle. Les temps étaient rudes alors et on incorporait à la préparation des œufs et du whisky. Puis le XXe vit apparaître l’usage du sucré: sirops au chocolat, à la vanille, à la fraise. L’ensemble avait néanmoins encore tendance à peser sur l’estomac. Puis vinrent, toujours outre Atlantique, les miracles de la technique.
D’abord les mélangeurs . Ils permirent, en incorporant de grandes quantité d’air, d’alléger l’ensemble et de commencer à vendre du vent. Puis les ingénieurs de la compagnie Walgreens eurent l’idée de passer à la crème glacée. C’était en 1922. Près d’un siècle plus tard le succès demeure. Enfin ce fut la révolution du réfrigérateur et le développement des distributeurs automatiques et l’industrialisation de la fabrication du frappé. Le progrès étant ce qu’il doit être, on est récemment passé du sucré au salé avec, depuis quelques semaines en France, l’invention du milk-shake au sirop de bacon. Ce qui nous rapproche peut-être du whisky ancestral.
C’est bien au milk-shake sucré que se sont intéressés des chercheurs de l’Oregon Research Institute qui viennent de publient des résultats assez troublants dans The American Journal of Clinical Nutrition. Ils ont cherché à mesurer ce que pouvait être l'activité cérébrale de 151 adolescents (bénévoles) en train de consommer un milk-shake à la glace au chocolat. Tous ces jeunes gens avaient un poids normal: on avait exclu ceux qui étaient en surcharge pondérale, les prisonniers du binge eating (ou hyperphagie compulsionnelle) ainsi que les usagers de drogues.
Tous ont rempli des questionnaires alimentaires standards sur leurs habitudes alimentaires. On les a alors invités à prendre leurs repas comme d'habitude, mais à ne rien manger dans la période de cinq heures précédant l'examen de leur activité cérébrale. Les chercheurs leur ont ensuite donné soit une gorgée de milk-shake au chocolat soit une boisson sans saveur, les deux boissons dans un ordre aléatoire.
Et ils ont ainsi eu la surprise d’observer un phénomène particulier chez les adolescents qui avaient été grands consommateurs de cette préparation au cours des deux semaines précédentes: ces gourmands présentaient nettement moins d'activité dans les «circuits de récompense» du cerveau dont on sait qu’ils sont directement à l’origine des sensations de plaisir. Le phénomène observé est indépendant du pourcentage de graisse corporelle, de l'apport énergétique total, ou de la part de l’énergie provenant des matières grasses et du sucre.
Or, c’est très précisément le même phénomène d’épuisement neuronal que l’on observe chez les personnes souffrant de diverses formes de toxicomanie : quand l’addiction s’installe, la même dose ne fait plus le même effet. Il faut consommer davantage. Ce qui est évidemment une aubaine pour le fournisseur. Et voici que l’on découvre que la même mécanique pathologique peut aussi se mettre en place avec le milk-shake.
Au-delà de cette observation ponctuelle, les chercheurs estiment que le milk-shake pourrait bien n’être que la pointe visible de l’iceberg: les personnes souffrant d’obésité peuvent en effet également être les victimes de cette dépendance aux aliments et à l’apport calorique qu’ils représentent. Il en va de même avec la junk food (ou malbouffe) Ce phénomène est aussi bien connu chez les spécialistes de l’addiction travaillant chez les rongeurs de laboratoire qui, souffrant d’assuétude, n’ont de cesse que d’activer leurs circuits de récompense.
L’étude américaine sur le milk-shake ne dit pas quelle attitude adopter face à la dépendance au milk-shake. En tous cas il ne s’agit certainement pas de passer à la version qui était en vigueur à la fin du XXe siècle.