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En Europe, la PPA n’affecte que les cochons domestiques et les sangliers, mais en Afrique les phacochères et les potamochères y sont aussi sensibles. Il n’y a pas de risque de transmission à l’homme. Cependant, une épidémie de PPA implique de lourdes conséquences économiques pour le pays touché.
Une maladie d’origine africaine
La maladie a été décrite pour la première fois au début du 20e siècle en Afrique, où elle est encore largement répandue. La PPA a été décrite en Europe pour la première fois dans les années 1950. Elle s’est étendue du Portugal à l’Espagne, la France, Malte, la Belgique et les Pays-Bas ; il y a même eu des foyers sur le continent américain. La maladie a alors pu être éradiquée de tous les pays américains et européens, mis à part la Sardaigne, où elle est présente encore aujourd’hui.
Epidémie actuelle en Europe de l’Est
La PPA a été introduite en Géorgie en 2007. Elle s’est ensuite étendue en Arménie, Russie, Ukraine et au Bélarus. En 2014, elle a atteint la Lituanie, la Pologne, la Lettonie et l’Estonie. En juin 2017, elle a été mise en évidence pour la première fois en République tchèque chez des sangliers morts, à une distance d’environ 400 km du front de l’épidémie le plus proche ; cent autres cas ont été recensés jusqu’au mois d’octo-bre. L’origine de l’infection n’a pas été complètement élucidée, mais selon les autorités tchèques, le virus aurait pu être introduit par des ouvriers ukrainiens de la blanchisserie de l’hôpital local par l’intermédiaire d’un jambon cru. Des foyers de PPA chez des porcs domestiques ont été détectés dans deux petites fermes d’arrière-cour en Roumanie en juillet 2017, mais ils ont pu apparemment être combattus avec succès. Il faut s’attendre à ce que la PPA continue à se propager vers l’ouest : le risque d’une introduction vers l’Europe occidentale est considéré comme très élevé. La question n’est donc pas de savoir si la PPA va arriver dans nos régions, mais plutôt quand et où le nouveau foyer va apparaître.
Reins présentant de nombreux saignements ponctuels.
Des porcs et des sangliers, qui infecte qui ?
Après les premiers cas mis en évidence chez des porcs domestiques en Géorgie, la PPA est aussi apparue chez le sanglier. Le scénario typique semble être le mouvement légal ou illicite de porcs malades ou de leurs produits, ou d’objets contaminés par l’homme, suivi de l’apparition de nouveaux foyers dans des élevages de porcs ; puis suivent les premiers cas chez des sangliers dans la même région, qui transmettent à leur tour le virus à des porcs domestiques et contaminent l’environnement avec des excrétions contenant le virus. Suivent alors de nouveaux cas chez le sanglier et la situation ne peut plus être contrôlée…
Dans des conditions naturelles, la maladie est moins contagieuse qu’on s’y attendait, et elle s’étend plus lentement qu’on le craignait au départ, plus lentement, mais sûrement : même dans les régions où on avait l’espoir que le virus ne se maintiendrait pas au sein des populations de sangliers, on a dû changer d’avis. On ignore encore si les hautes densités de sangliers et certaines pratiques de gestion du sanglier, comme par exemple le nourrissage, jouent un rôle important. Cependant on peut soupçonner qu’en présence d’un nombre élevé d’animaux et de points d’agrégation, les contacts entre animaux sont plus fréquents, impliquant donc un risque plus élevé de transmission du virus de la PPA.
Surface de coupe d’un poumon révélant une mousse abondante.
Un virus très résistant !
La PPA est causée par un virus. Il peut survivre des mois dans le sang, les excréments ou les produits carnés – qu’ils soient congelés, réfrigérés ou conservés à température ambiante. En revanche le virus est inactivé par la cuisson (au moins à 60° pendant 20 minutes) et détruit par les désinfectants. Parmi les désinfectants efficaces, on compte ceux à base de o-phenylphenol appliqués pendant 30-60 min, le formol à 1% pendant 6 jours, la soude caustique, l’acide peracétique (0.15%, une heure de temps d’action) et les désinfectants disponibles dans le commerce avec un spectre d’action incluant les vi-rus enveloppés, en particulier ceux à base de surfactants.
La transmission a lieu par contact avec des animaux infectés, leurs produits ou leurs excrétions, y compris l’ingestion de viande infectée. Comme cela est mentionné plus haut, l’homme joue un rôle central dans la propagation de la PPA en transportant le virus sur de longues distances par l’intermédiaire d’objets contaminés (par exemple des bottes), de véhicules, de produits carnés, et par le déplacement d’animaux. En Afrique, certaines espèces de tiques jouent un rôle important comme vecteurs du virus de la PPA, mais il semble qu’en Europe de l’Est les tiques ne jouent aucun rôle.
Tronçon d’intestin avec de nombreux saignements (stries rouges).
Maladie rapide et fatale avec lésions hémorragiques
L’évolution de la maladie est généralement rapide et mortelle, que cela soit chez le sanglier ou le porc – en général moins de dix jours s’écoulent entre l’infection et la mort. La maladie est caractérisée par un manque d’appétit et de réactions, de la fièvre et des saignements cutanés (reconnaissables chez les porcs à peau claire). Les animaux atteints peuvent aussi présenter des troubles respiratoires et de la diarrhée. Ils développent des hémorragies dans les organes internes, comme par exemple les reins qui présentent alors de nombreux petits saignements ponctuels, et la vessie. Les ganglions lymphatiques dans la région de l’estomac et du foie sont typiquement rouge foncé et enflés. De la mousse blanche peut être présente dans les poumons et la trachée.
Possibilités de contrôle
Il n’existe aucune option de contrôle et il n’y a actuellement aucun vaccin disponible. Par conséquent, les seules possibilités de limiter la progression de la maladie incluent la prévention de l’introduction du virus et la détection précoce des cas, ainsi qu’une gestion des sangliers proche des conditions naturelles et une biosécurité élevée dans les élevages porcins.
Annoncer les sangliers trouvés morts
Les expériences faites dans les régions où la PPA est présente montrent que l’échantillonnage et l’examen de sangliers sains tués à la chasse ou heurtés par un véhicule ne sont pas très utiles pour la détection précoce, car la grande majorité de ces animaux ne sont pas infectés. En revanche les sangliers trouvés morts représentent un matériel d’analyse idéal : dans les régions affectées, jusqu’à 50% des carcasses sont infectées par le virus de la PPA ! Il faut songer à la PPA comme origine potentielle de la mort, en particulier lors de la découverte de plusieurs carcasses de sangliers dans la même zone. Dans la situation inquiétante actuelle en Europe, il est donc essentiel d’annoncer et d’analyser systématiquement les sangliers trouvés morts (non accidentés). Ceux-ci doivent être immédiatement signalés à une institution compétente (Service vétérinaire, Service de la chasse, Centre pour la médecine des poissons et des animaux sauvages FIWI) et mis à disposition pour une analyse. Les échantillons adéquats pour la recherche du virus de la PPA incluent le sang ainsi que différents organes internes comme la rate, les reins, les ganglions lymphatiques, les poumons et le foie (de préférence ceux présentant des lésions). Il est cependant vivement conseillé d’acheminer les sangliers trouvés morts au laboratoire sélectionné sans les ouvrir au préalable et après les avoir bien emballés. A l’heure actuelle, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) prépare une stratégie pour la surveillance et la détection précoce de la PPA à l’échelle nationale, en collaboration avec l’Office fédéral de l’environnement (OFE) et le FIWI. Il est prévu de lancer un programme de surveillance du virus de la PPA chez les sangliers trouvés morts ou abattus pour des raisons sanitaires.
Texte Marie-Pierre Ryser-Degiorgis , Dominique Suter, Cordia Wunderwald, Thomas Gerner
et photos Friedrich-Loeffler-Institut