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Critique
"Le roman de Jean-Claude Carrière parle de Goya et de son temps, en mêlant fiction et faits historiques. Milos Forman s'en inspire en y mettant ses propres couleurs: ""J'ai recherché dans la vie de Goya les échos de ma vie sous le nazisme et le communisme."" Le fait est que, au moment où le générique montre une suite d'eaux-fortes du grand peintre, ce ne sont pas les temps obscurs d'une Espagne malade de son Eglise qui s'imposent. Mais Auschwitz, où ont péri les parents du réalisateur. Car Goya est un génie universel. C'est la plus grande réussite du film que de le rappeler.
En 1792, Goya (Stellan Skarsgard) peint la misère des mauvais quartiers, la prostitution, mais il est aussi le peintre du roi. C'est ainsi qu'il entre en contact avec le Père Lorenzo (Javier Bardem), relation bienvenue le jour où il doit essayer de sortir sa muse (Natalie Portman) des griffes de l'Inquisition. Pourtant, le moine ne lui sera pas d'un grand secours. Tandis que les fureurs de la Révolution française arrivent jusqu'en Espagne.
Le film de Milos Forman est une vaste fresque, aux tableaux magnifiques. Tourné à Madrid et dans sa région, il ranime des moments terribles de l'histoire espagnole. Le règne d'un Saint-Office lâche, arbitraire et hypocrite, n'en est pas le moindre mal cependant qu'une monarchie complaisante s'occupe de son faire-valoir. Pourtant, parce qu'il s'emploie
trop à reconstituer l'histoire, Forman ne réussit pas à montrer l'horreur de ce temps ni, surtout, ce qu'il a de récurrent dans l'humanité. Ce qui se passe dans les consciences, le pourquoi de cet obscurantisme lié à la nature humaine et non à une époque sont des points fondamentaux que noie la superproduction. L'ample récit se présente comme un grand spectacle, superbement réglé, mais qui laisse sur sa faim. Cela n'arrive jamais avec les œuvres de Goya."
Geneviève Praplan