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Apprendre le cinéma en faisant de la télévision
Beaucoup de gens peuvent travailler à la TV, apprendre le métier à la TV, c'est finalement la seule école de cinéma qu'on a.
Beaucoup de gens peuvent travailler à la TV, apprendre le métier à la TV, c'est finalement la seule école de cinéma qu'on a.
Lorsque la jeune télévision romande se développe au cours des années cinquante, le cinéma est quasi inexistant dans cette partie du pays. Si Alain Tanner et Claude Goretta partent se former à l'étranger, la télévision offre à des futurs cinéastes comme Jean-Jacques Lagrange, Michel Soutter et Jean-Louis Roy, un formidable terrain d'apprentissage et d'expérimentation.
Le réalisateur Jean-Jacques Lagrange raconte ces années d'apprentissage et de découverte de ce qui deviendra son futur métier.
En parallèle aux reportages et aux documentaires, le secteur de la fiction prend une place de plus en plus grande dans les programmes de la TSR. Durant les années 60, le télé-théâtre et les dramatiques, tournés en studio et en direct, mobilisent des techniciens de talent pour approcher le meilleur du cinéma.
Le Groupe 5
En 1968, cinq réalisateurs suisses romands, Alain Tanner, Claude Goretta, Michel Soutter, Jean-Jacques Lagrange et Jean-Louis Roy, s'associent pour produire des films de fiction indépendants. Le Groupe 5 est né. La TSR y apportera une contribution financière essentielle.
Une loi fédérale de soutien au cinéma existe depuis 1963. Mais elle favorise avant tout les films documentaires dits culturels ou les films éducatifs. De plus, les aides ne sont distribuées qu'une fois le film terminé. L'accord entre le Groupe 5 et la TSR vise à pallier cette difficulté: grâce à un système de préachat, des fonds relativement importants seront débloqués en amont et permettront aux cinéastes de démarrer leurs projets.
Grâce à ces premiers accords, sept films seront produits, dont Charles, mort ou vif (Alain Tanner, 1969), Black Out (Jean-Louis Roy, 1970), Les arpenteurs (Michel Soutter, 1972) et L'invitation (Claude Goretta, 1973).
Durant les décennies suivantes et jusqu'à aujourd'hui, la TSR, puis la RTS, continuera à soutenir financièrement le cinéma, d'abord à travers l'Accord-cadre romand, puis, dès 1996, le Pacte de l'Audiovisuel.
En tournage
Tirés du fonds d'archives photos de la RTS, ces clichés nous font découvrir les réalisateurs Claude Goretta, Michel Soutter et Jean-Jacques Lagrange dans leur travail pour la télévision.
Goretta, Tanner: deux visions d'un métier
Claude Goretta, Alain Tanner. Les deux cinéastes ont travaillé pour la télévision. Le premier d'une manière régulière et constante, le second plus occasionnellement. Quand on leur demande si le métier de réalisateur est très différent à la télévision et au cinéma, leur avis diverge nettement.
Durant toute sa carrière, Claude Goretta fut à la fois un homme de télévision et de cinéma. Pour lui, ces deux réalités n'ont jamais été antagonistes. En 2011, âgé de 82 ans, il réaffirme qu'il s'est toujours senti libre de faire ce qu'il voulait à la télévision, qu'il considère comme "un terrain de découverte formidable".
Pour Tanner, au contraire, les métiers de réalisateur de fiction et de télévision sont bien distincts. La télévision peut apporter au cinéma un soutien financier et éventuellement offrir un tremplin de formation à un futur cinéaste. Mais elle ne peut pour lui soutenir la comparaison au niveau des exigences artistiques.
Quand la télévision parle de cinéma
A travers des émissions phares comme "Le cinéma et ses hommes" et bien sûr "Spécial Cinéma", le 7e art a longtemps occupé une place de choix dans les programmes de la TSR. Parmi les journalistes spécialistes du domaine, deux personnalités se détachent : Rodolphe-Maurice Arlaud et Christian Defaye.
A côté de sa carrière de journaliste, Rodolphe-Maurice Arlaud travailla comme scénariste et dialoguiste aux côtés de réalisateurs comme Jean Delannoy, Jacques Deray ou Pierre Granier-Deferre. Du cinéma-vérité à la Nouvelle Vague, il fut pour la TSR un témoin engagé et passionné de l'évolution du 7e art durant la décennie des années soixante.
Rodolphe-Maurice Arlaud interviewe en 1965 Eddie Constantine et Jean-Luc Godard, qui viennent de tourner ensemble le film Alphaville.
Entré comme journaliste d'actualité à la TSR en 1968, Christian Defaye anima entre 1974 et 1997 l'émission Spécial Cinéma. Si son riche carnet d'adresses lui permit d'interviewer les plus grandes vedettes du cinéma français et international, le cinéma suisse trouva également place dans son émission.
En 1977, avec ses invités Jean-Louis Trintignant et Michel Soutter, Christian Defaye commente des images du tournage du film Repérages.
Janvier 1982. le réalisateur Jean-Jacques Lagrange et la jeune comédienne Anne Bos sont sur le plateau de Spécial Cinéma pour présenter Mérette, téléfilm de la TSR
Une expérience inédite
Même s’ils poursuivent désormais des existences autonomes, les petit et grand écrans ont conservé des liens forts.
Ainsi, la TSR, et la RTS ensuite, n'a jamais cessé de soutenir le cinéma suisse via une politique active de coproduction. Et la télévision offre parfois aux cinéastes romands de partager leur vision du monde à l’antenne. C'est le cas en 2008, lorsqu’à l’occasion du Festival de Cannes, la rédaction de l'Actu de la RTS confie la confection du journal télévisé à un groupe de réalisateurs de cinéma suisses. Parmi eux, Patricia Plattner, Francis Reusser, Lionel Baier, Jacob Berger et même... Jean-Luc Godard!
Cette expérience inédite va déboucher sur la création d'une séquence hebdomadaire intitulée Le regard du réalisateur. Jacob Berger fera partie du noyau central de ce groupe, jusqu'à l'arrêt de la formule en 2014.
Liens et sources
A consulter également
Sur RTSarchives:
Sur RTSCulture:
Sur notrehistoire.ch
A la Boutique RTS:
Sources des émission RTS
Cinéma Suisse : Jean-Jacques Lagrange / 17.12.2015 / Réalisation : Bertrand Theubet.
Cinéma-vif / 04.12.1968/ Journaliste : Maurice-Rodolphe Arlaud.
Le Journal / 07.11.2011 / Journaliste : Isabelle Gonet
En direct avec.../ 27.08.1975 / Journaliste : Claude Torracenta
Le cinéma et ses hommes / 07.10.1962 / Journaliste : Maurice-Rodolphe Arlaud
Cinéma-vif / 16.05.1965 / Journaliste Maurice-Rodolphe Arlaud
Spécial Cinéma / 04.10.1977 / Journaliste : Christian Defaye
Spécial Cinéma / 25.01.1982 / Journaliste : Christian Defaye
Grand Angle / 23.05.2008 / Journaliste : Sébastien Rey