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Question posée :
M. le pasteur,
Dans la TOB ainsi que la bible de Jérusalem genèse 1.2 Dieu dit : Faisons l`homme à notre image, comme notre ressemblance et qu`il domine etc….
Pourquoi notre image, notre ressemblance ?
en 27 Dieu créa l`homme à son image, à l`image de Dieu il le crée; mâle et femelle il les créa.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir
Très fine remarque ! Vous avez certainement raison :
- Au verset 26, le projet est de créer l’humain « à notre image selon notre ressemblance », comment au verset suivant, l’action de Dieu n’a fait que la moitié du programme : l’image seulement, est-ce que la ressemblance aurait été oubliée ? Je ne le pense pas.
- De même que le passage du pluriel dans le projet « faisons » et le singulier dans la réalisation « Dieu créa ». Est-ce que c’est une erreur ? Je ne le pense pas.
Ces textes sont très soigneusement rédigés ; il n’est pas possible que cela ne soit pas fait exprès. Ceci afin que le lecteur se pose des questions (donc bravo) et s’implique ainsi plus profondément dans cette lecture. Cela dit, comme dans tout texte de la Bible, de multiples interprétations sont possibles (ce qui ne veut pas dire non plus que l’on puisse dire n’importe quoi, que tout fasse sens). Voici ce qui me vient en tête, que cela vous laisse libre de chercher vous-même :
Dieu nous a créé à son image : or à quoi Dieu ressemble à ce moment-là ? à une personne qui fait un projet, qui entre en dialogue pour proposer ce projet (d’où le pluriel), puis qui crée. On pourrait dire que « Dieu nous crée à son image » signifie que l’humain est fait pour avoir une certaine liberté, pour avoir un point de vue et des projets, ainsi que parce que l’humain est un être social, qui est fait pour ne pas rester seul et collaborer, et donc que l’humain est conçu capable de créer, il n’est pas seulement une créature, un produit, mais peut devenir producteur de sens et créateur à son tour.
Il manquerait donc le fait d’être créé à la ressemblance de Dieu ? Il me semble que ce qui ne nous est pas donné dès le départ, c’est la bonté, c’est le fait d’aimer. Même Dieu ne peut pas forcer quiconque à aimer, ni à vouloir ce qui est bien, beau, bon. Même Dieu ne peut pas nous forcer à choisir la vie plutôt que la mort et le chaos. Bien sûr, cela demande notre participation personnelle. Le projet de notre création n’est donc pas encore abouti, il est en cours.
Et c’est pour cela, je pense, que Dieu ne parle pas à la première personne mais s’adresse à quelqu’un d’autre quand il fait part de son projet « Faisons l’humain à notre image, selon notre ressemblance ». A mon avis il s’adresse à la personne qu’il est en train de créer : « si tu le veux, toi et moi, nous créerons une personne qui soit à notre image, selon notre ressemblance » : à la fois à l’image de Dieu et à l’image de la terre dont nous sommes tirés : enfant de Dieu et enfant de l’humus, enfant de l’humain. Et aussi à la ressemblance de Dieu (dans sa bonté source de vie) et à notre ressemblance à nous (avec notre propre personnalité unique, qui est un trésor inestimable).
En même temps cela nous dit quelque chose d’essentiel, sur notre propre évolution, toujours en cours, sur notre vocation, sur la façon dont nous pourrons le mieux faire avancer les choses en ce monde.
Voilà ce que je dirais sur ces énigmes de ces deux versets évoquant la création de l’humain par Dieu.
En même temps, c’est vrai que cette distinction entre l’image de Dieu et la ressemblance de Dieu n’est pas évidente en hébreu. Au point qu’un peu plus loin dans la Genèse, il est dit que : « Lorsque Dieu créa l’humain, il le fit à la ressemblance de Dieu. Il créa l’homme et la femme, il les bénit, et il les appela du nom d’ « humain », lorsqu’ils furent créés.” Genèse 5:1-2. On voit donc qu’ici, Dieu nous crée tout seul comme un grand, sans notre aide, « à sa ressemblance », et que cela nous rend digne du nom d’ « humain » (« adam » en hébreu), mâle et femelle en parité parfaite.
Pourtant, il y a une différence en hébreu entre ce qui est traduit ici par « image » et « ressemblance » qui n’est pas évidente.
- Image : tselem en hébreu ( צֶלֶם), est en général plutôt négatif, comme une pâle copie, un simulacre, comme ces statues qui étaient censées représenter des dieux, mais ne sont même pas vivantes et encore moins source de vie.
- Ressemblance : démout (דְּמוּת) vient du verbe damah, comparer, ressembler. Donc il y a quelque chose de commun entre Dieu et nous quand on nous voit de l’extérieur. Certes pas dans l’apparence physique (dans ce contexte), mais espérons un petit peu à travers nos actes, parfois ?
Donc Genèse 5 est assez optimiste en affirmant que Dieu nous donne d’emblée une certaine « ressemblance » ? Je pense plutôt que Genèse 5 exprime le résultat enfin réalisé : la conviction qu’en définitive Dieu arrivera à nous créer comme étant une bonne personne, c’est la confiance que Dieu a, et c’est ce à quoi il travaille sans cesse. C’est aussi ce que dit Jésus dans la parabole de la brebis perdue de Luc 15 : Jésus n’envisage même pas que le berger puisse ne pas retrouver même la plus perdue des brebis perdues.
Belle lecture de la Bible, avec votre beau questionnement,
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot