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Les autorités de régulation des télécoms enquêtent sur l'émission télévisée de Christoph Blocher.
Diffusé sur trois chaînes privées alémaniques, le «show» du ministre de Justice et Police pourrait violer l'interdiction de publicité politique payante.
Le chef du Département fédéral (ministère) de justice et police (DFJP) a annoncé le week-end dernier qu'il participerait à quatre émissions hebdomadaires d'ici les élections fédérales du 21 octobre. Mais la loi sur la radio et la télévision interdit la diffusion de publicité politique payante.
L'Office fédéral de la communication (OFCOM) doit dès lors déterminer si l'émission de Christoph Blocher – une première pour un membre du gouvernement suisse – tombe sous le coup de cette interdiction ou non.
«Nous allons demander aux trois chaînes régionales concernées tous les documents échangés à propos de cette émission afin de déterminer s'il existe un quelconque accord financier entre les producteurs et les chaînes», a indiqué à swissinfo la porte-parole de l'OFCOM Caroline Sauser.
«Si de l'argent a été échangé, cela irait dans la direction soit de la publicité soit du sponsoring».
Eventuelles sanctions
Si une violation de la loi est avérée, les chaînes auront à restituer les gains réalisés à l'OFCOM et à garantir que leurs émissions seront réalisées correctement à l'avenir. Dans le pire des cas, des sanctions financières sont possibles, a ajouté Caroline Sauser.
Selon la description donnée par Christoph Blocher lui-même dans un journal dominical, l'émission «teleblocher» dure quinze minutes. Il est interviewé – en dialecte alémanique - par un journaliste sur des sujets pré-définis.
L'émission diffusée sur Internet montre le ministre réitérant ses accusations contre un plan secret élaboré pour empêcher sa réélection au gouvernement en décembre prochain.
Christoph Blocher est actuellement sous le feu des critiques, qui font aussi l'objet d'une enquête parlementaire, dans l'affaire de la démission - peut-être forcée - de l'ancien procureur de la Confédération Valentin Roschacher, qui avait annoncé son départ l'année passée.
Mais Christoph Blocher nie fermement avoir la moindre intention d'utiliser son émission télévisée comme instrument de campagne électorale. «Seules» quatre émissions seront diffusées avant les élections, a-t-il déclaré.
Propagande?
Ce n'est pas l'avis de Peter Studer, président du Conseil suisse de la presse. Le fait que l'interview de Christoph Blocher apparaisse sur des sites internet politiques montre clairement le caractère de l'émission, à savoir de la propagande, a-t-il expliqué à la télévision alémanique.
Peter Studer remet aussi en question la manière très peu critique dont le journaliste Matthias Ackeret, par ailleurs auteur d'un livre récent sur Christoph Blocher, interviewe le ministre.
De son côté, Rainer Stadler, spécialiste de médias à la «Neue Zürcher Zeitung» fait le distinction entre apparaître sur Internet et se doter d'une émission télévisée propre.
«Lorsque j'ai vu l'émission, j'ai eu l'impression de revoir une de ces émissions de l'ancienne Allemagne de l'Est, lorsque les journalistes suivaient servilement les ordres des membres du gouvernement», explique Rainer Stadler.
L'enquête de l'OFCOM intervient au cœur d'une campagne électorale à la tonalité très agressive. La dernière session de la législature a du reste commencé par un appel au calme et au dialogue constructif lancé de la Présidente du Conseil national.
swissinfo, Adam Beaumont
(Traduction de l'anglais: Ariane Gigon Bormann)
En bref
Le parti de Christoph Blocher, l'Union démocratique du centre (UDC), domine par sa présence et les polémiques qu'elle suscite dans la campagne des élections fédérales 2007, qui auront lieu le 21 octobre 2007.
L'UDC accuse les adversaires de Christoph Blocher d'avoir fomenté un complot pour empêcher sa ré-élection au gouvernement lors de la première session du nouveau Parlement, mi-décembre.
Christoph Blocher est sous le coup des critiques d'une sous-commission de la Commission de gestion du Conseil national, qui l'accuse d'avoir poussé l'ancien procureur de la Confédération à la démission en 2006.
L'affiche de l'UDC, qui montre trois moutons blancs chassant d'un coup de pied un mouton noir, a suscité des critiques de tous horizons, et a fourni une grande publicité au parti.
Selon les derniers sondages, le parti populiste maintiendrait sa domination avec plus de 25% de poids électoral national.
Faits
Parmi les autres membres du gouvernement fédéral, le ministre de l'intérieur Pascal Couchepin est également «médiatiquement» actif puisqu'il tient une chronique dans le quotidien «Blick».
Quant au ministre de l'environnement, transports, énergie et communication Moritz Leuenberger, il tient son propre blog.