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Des archives, pourquoi et pour qui?
Historiquement, la préservation des documents par une institution seigneuriale, religieuse ou communautaire répondait à un besoin utilitaire: le document écrit faisant état de titres et droits était conservé parce qu’il permettait de faire valoir les prérogatives qui y étaient attachées tant que la validité juridique de celui-ci n’était pas remise en cause.
Les inventaires anciens rendent compte de cette vision pratique des archives dont l’utilisation à des fins historiques était parfaitement ignorée. Les archivistes faisaient mention dans leurs listes des seules pièces directement utiles à la gestion, dans le cadre de rénovation des droits fonciers et féodaux. Les documents dont la valeur juridique n’existait plus étaient écartés avec parfois une annotation sans ambiguïté (Nihil) et ont pu être détruits mais rien ne permet de savoir la part de documents éliminés.
Des archives mises au secret
Ces documents utiles à la gestion étaient strictement surveillés et mis sous clé au point même qu’au XVe siècle, trois personnalités munies chacune d’une clé, devaient se réunir pour permettre l’ouverture du coffre des archives de la Cité. Culture de la suspicion et du secret, la consultation des archives entre 1649 et 1797 montre que celle-ci reste liée aux seules autorités: bourgmestres, boursiers, maisonneurs, grossautiers, secrétaires, commissaires–arpenteurs ou juges. La part des historiens dans leur mise en valeur resta donc longtemps marginale.
Premières approches historiques
Au XVIIIe siècle, des professeurs comme Abraham Ruchat (1680-1750) ou Charles-Guillaume Loys de Bochat (1695-1754) contribuent néanmoins à souligner l’intérêt des archives comme source d’information primaire pour les recherches historiques. En 1707, Ruchat tenta notamment d’obtenir l’ouverture des archives au moment où il publia son Abrégé de l’histoire ecclésiastique du Pays de Vaud. De même c’est le titulaire de la chaire de droit et d’histoire, à l’Académie de Lausanne, Charles-Guillaume Loys de Bochat, qui favorisa l’engagement de Denis de Thurey pour le classement des archives lausannoises. Mais ces figures restent bien isolées dans le paysage vaudois. Au XIXe siècle, en revanche, les historiens du canton de Vaud vont participer de manière plus directe à la vie des archives lausannoises sans pour autant favoriser l’émergence d’une institution communale.
Des archives délaissées
Après Thurey et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la situation des Archives lausannoises se dégrade. L’installation de la nouvelle municipalité du chef-lieu cantonal vaudois sera sans effet. En 1836 seulement, le préfet réclame une remise en ordre des locaux. En vain. En 1840, trois historiens sont convoqués pour: expertiser le contenu d’une caisse retrouvée dans les combles de l’Hôtel de Ville renfermant 5275 documents. Parmi ces personnalités, Frédéric Gingins-La Sarra (1790-1863), membre fondateur de la Société d’histoire de la Suisse romande qui connaissait bien les archives lausannoises.
En 1856, alléguant la nullité juridique des titres retrouvés, il invite la Municipalité à remettre ces documents aux Archives cantonales vaudoises pour qu’ils puissent servir les travaux des historiens. Le Conseil d’Etat ayant promis de faire dresser un inventaire des pièces, l’accord du Conseil communal est obtenu le 17 mars 1856. Le transfert est politiquement motivé par l’impossibilité pour la commune de payer un paléographe et de rendre accessibles aux «savants» ces sources ignorées…
Les archives dans la modernité
De facto, il faut attendre les vingt dernières années du XXe siècle pour qu’une mutation essentielle intervienne dans la vie des Archives lausannoises. Elles quittent alors la cave ou le grenier pour rejoindre l’espace public et culturel. Au début du XXIe siècle, les Archives communales fonctionnent comme un centre d’information et de recherche et bénéficient directement des changements sociaux et légaux qui imposent avec subtilité: transparence, devoir d’information et protection des données. L’heure n’est plus au lieu commun qui voulait que l’archiviste a horreur d’être dérangé.
Ouvertes à tous les publics, des plus jeunes au plus âgés, sans aucune discrimination, les Archives de la Ville de Lausanne accomplissent leur mission d’intérêt public en s’appuyant non seulement sur les documents archivés (de l’administration et des privés) mais aussi sur les imprimés catalogués et constitutifs d’une bibliothèque de référence sur Lausanne et sa région, bénéficiant de riches collections de presse régionale (depuis la Révolution) et d’une documentation cumulative. Cet usage public des Archives en a profondément modifié le visage et leur place dans la ville.
Pour en savoir plus
- Gilbert Coutaz, Histoire des Archives de la Ville de Lausanne des origines à aujourd’hui (1401-1986), Lausanne 1986, 123 p.
- Gilbert Coutaz, avec la collaboration de Jean-Jacques Eggler, Marcel Ruegg et Monique Favre, Guide des Archives de la Ville de Lausanne, Lausanne 1993, 168 p.
- Gilbert Coutaz, Beda Kupper, Robert Pictet, Frédéric Sardet, Panorama des archives communales vaudoises, BHV, 2003