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Ferdinand qui…?, me direz-vous peut-être.
On a dit de Ferdinand Lecomte que c’était à la fois un homme de son siècle, et un homme-orchestre. On est amené à penser cela dès qu’on examine sa vie. Il est né en 1826, il est mort en 1899. Il voulait faire du droit, mais a dû interrompre ses études pour gagner sa vie. Il sera préparateur de physique à l'Académie, journaliste au Nouvelliste Vaudois en 1845, officier dans l'armée suisse, fondateur de la Revue militaire suisse dont il sera longtemps le rédacteur en chef, professeur d'histoire à l'Ecole moyenne de Lausanne, bibliothécaire à la Bibliothèque cantonale entre 1860 et 1875, sous-préfet du district de Lausanne, et enfin chancelier du Canton de Vaud et secrétaire du Grand Conseil entre 1875 et 1899. Et au milieu de tout ça, il a participé à des guerres, et écrit des dizaines de textes.
Ferdinand Lecomte, auteur inconnu, la seule photo de lui que j'ai trouvée
Il avait à peine vingt ans lorsqu'il a vécu la révolution radicale de 1845 en Suisse (à une époque où «radical» voulait dire progressiste). Les idéaux du radicalisme progressiste l’avaient attiré dès sa prime jeunesse. Il est «le digne représentant d’une génération acquise aux idées de progrès universel et de démocratie». Il ne faut pas juger du fait qu'il était haut gradé avec les critères d'aujourd'hui. L'armée suisse était au XIXe siècle moins “germanisée” que par la suite, et quand on lit ses textes, on a par moments l'impression qu'il est antimilitariste et qu'il analyse les batailles et les guerres comme un entomologiste le ferait avec des papillons, sans porter de jugement, sans exalter un quelconque héroïsme guerrier. Il est avant tout un historien.
En fait, Ferdinand Lecomte est l’un des Vaudois les plus étonnants du XIXe siècle. Historien militaire, colonel divisionnaire, haut fonctionnaire, cantonal, biographe, éminence grise du parti radical vaudois, il se double aussi volontiers d’un aventurier: il assiste à la guerre d’Italie (1859), et à la Guerre de Sécession (1861-1865).
C’est cette participation à la Guerre de Sécession américaine qui fait de lui un témoin précieux. En Suisse, on l’a un peu oublié, mais aux Etats-Unis, on le connaît bien, car non seulement il a été le témoin de cette guerre, mais il l’a rapportée de façon vivante et riche: la Guerre de Sécession est d’ailleurs la partie de sa vie sur laquelle ses biographes s’attardent le plus.
Un montage d'images de la guerre de Sécession. De gauche à droite: l'armée nordiste à Stone River (Tennessee), des prisonniers à la bataille de Gettisbourg, la bataille de Fort Hindman (Arkansas) – (Images Library of Congress, montage Hal Jespersen)
Dans son livre, “Guerre de la sécession, esquisse des événements militaires et politiques des Etats-Unis de 1861 à 1865” (3 volumes), il suit la guerre pas à pas, et l’explique dans une perspective complètement originale, du moins pour nous. Mais toutes ses œuvres, dont on trouvera une liste ICI, sont intéressantes.
Il était allé aux Etats-Unis comme observateur, entre autres parce que 6’000 Suisses s’étaient engagés aux côtés des Nordistes, chose qu'on a oubliée, il avait recueilli, on le constate en lisant son livre, une quantité considérable de documents et d’informations.
Dans un style limpide, il explique la géographie, les raisons de la guerre, et bien entendu son déroulement. On s’aperçoit en le lisant qu’il était farouchement antiesclavagiste.
La vision qu’il donne des Etats-Unis d’Amérique nous ramène à la jeunesse des républiques (tant suisse qu’américaine d’ailleurs): la population moins dense (35 millions d’habitants, dont 400’000 autochtones, et au moins un millions de Noirs), les débats politiques et sociaux. Mais ce qui fascine et charme le plus, c’est la constante générosité des idées. Il cherche à analyser, à comprendre, à mesurer à l’aune des idéaux républicains, il sait décrire, et il est tenu pour un des maîtres de l’art militaire du XIXe siècle, étudié et analysé encore aujourd’hui: il a étudié sinon vu de visu tous les conflits de la seconde moitié du XIXe siècle; les militaires (qu’ils soient suisses, français ou américains) ne l’ont pas oublié, eux.
Moi qui ne m’intéresse pas aux choses militaires, j’ai commencé à le lire juste pour voir, et je ne l’ai plus lâché. J’ai été charmée par le ton, par le mélange du raisonnement et de la description, par la fraîcheur, par la recherche – quel reporter!
Plutôt que de vous chanter ses louanges, je vous encourage à lire les livres que je vous ai indiqués plus haut. Je vous encourage encore plus à lire l’ouvrage de Lecomte sur la guerre de Sécession. Je donne ici trois des premières pages du premier volume de son livre “Guerre de la sécession…” (téléchargeable) dans l’espoir de vous faire envie. Cliquez sur les pages pour les lire.
Dédicace de “La guerre de la Sécession…” par Ferdinand Lecomte pour une bibliothéque de New York. Cliquez pour lire.
“La guerre de la Sécession…” page 9. Cliquez pour lire.
“La guerre de la Sécession…” page 10. Cliquez pour lire.
“La guerre de la Sécession…”page 11. Cliquez pour lire.
PS. Prière de ne pas s'offusquer du mot “négre”. Il est à l'époque purement descriptif et ne contient pas encore l'insulte qui est impliquée aujourd'hui quand on l'utilise.