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Au mois de mars de cette année, deux articles sur le dépistage du cancer de la prostate ont paru et ont fait couler beaucoup d’encre... Le premier article (Andriole et coll.) se base sur une étude multicentrique de dépistage des cancers prostatiques, pulmonaires, colorectaux et ovariens (PLCO), étude multicentrique randomisée menée dans dix centres aux Etats-Unis. 78693 hommes de 55 à 74 ans ont été inclus, répartis en deux groupes semblables. Le groupe dépistage se voyait proposer six mesures annuelles de PSA avec une valeur limite définie à 4,0 ng/ml et quatre touchers rectaux. Après sept ans, le nombre de diagnostics de cancer prostatique était légèrement plus important dans le groupe dépistage que dans le groupe contrôle (OR 1,22 ; IC à 95% 1,16-1,29). A dix ans avec un suivi de 67% des patients, l’augmentation du nombre de diagnostics de cancer dans le groupe dépistage persiste (OR 1,17; IC à 95% 1,11-1,22). La mortalité suite au cancer est toutefois restée semblable dans les deux groupes à sept et dix ans. Les deux limitations principales de cette étude sont l’importance de la contamination du groupe contrôle de 52% (patients du groupe contrôle ayant eu un dépistage PSA), ainsi que la valeur seuil du PSA définie à 4,0 ng/ml. Nous pouvons élargir la discussion au second article (Schröder et coll.) qui porte sur un groupe européen et montre une réduction du taux de mortalité suite au cancer prostatique de 20% avec une mesure du PSA tous les quatre ans et une valeur limite définie généralement à 3,0 ng/ml. Cette étude porte sur un plus grand nombre de patients (162387 patients entre 55 et 69 ans) avec cependant comme limitation des protocoles de prise en charge propres à chaque pays participant, et des protocoles de prise en charge différents entre le groupe dépistage et le groupe contrôle. Quoi qu’il en soit, les auteurs mettent en évidence une diminution du risque relatif de décès lié au cancer de la prostate de 20% avec un taux de décès qui ne commence à diverger qu’après sept ans. Le prix à payer est le dépistage de 1410 hommes, plus de 17 000 biopsies et 48 traitements de cancer de la prostate pour sauver une vie sur une période de neuf ans. Même si les auteurs comparent ces résultats au dépistage du cancer du côlon ou du cancer du sein qui obtiennent la même diminution du taux de mortalité, le taux de surdiagnostics est beaucoup plus important dans le cas du cancer de la prostate. Le taux de contamination du groupe contrôle dans cette étude est estimé à 20%.
Commentaire: la première étude a été terminée prématurément par le comité de surveillance en raison d’un probable effet préjudiciable du dépistage. En effet, même si les résultats des deux études divergent et malgré les limitations importantes évoquées, on peut en tirer une conclusion : le dépistage systématique par PSA coûte cher aussi bien en termes financier qu’en termes de qualité de vie, de surdiagnostics et de traitements inutiles, et ceci pour un petit bénéfice. Nous attendons impatiemment les résultats du suivi de ces deux études ainsi que les résultats de deux autres études en cours : l’étude PIVOT aux Etats-Unis (Prostate cancer intervention versus observation) et l’étude PROTECT (Testing for cancer and treatment) en Grande-Bretagne.