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En 1985, Josef (Fabian Krüger), alcoolique, vit seul et négligé dans une maison délabrée avec un jardin en proie aux herbes folles. Lorsque sa jeune sœur célibataire (Anne Haug) emménage dans le deuxième appartement de la maison avec sa fille de quatre ans, Nina (Lia Hahne), une amitié inattendue se développe entre Josef et la petite fille délaissée par sa mère. La fillette, éveillée et enjouée, aime son oncle de manière impartiale, sans préjugés et l’aide, au fil des jours, pas à pas, à sortir de sa dépendance. Trente-cinq ans plus tard, leurs chemins se croisent à nouveau. Nina (Johanna Bantzer) est en difficulté et Josef (Matthias Habich, Josef âgé), qui a maintenant quatre-vingt-deux ans, entreprend de l’aider.
Né à Zurich en 1975, le réalisateur, scénariste et producteur Peter Luisi est connu pour ses nombreux longs métrages dont Flitzer, Verflixt Verliebt et Der Sandmann et en tant que co-auteur de Vitus de Fredi Murer. Ses films ont reçu le Prix du film de Zurich, le Prix du jury et du public au Festival du film Max Ophüls et le Prix du public au Festival du film de Locarno. Peter Luisi a voulu se démarquer de nombreux films – on songe à Amour de Michael Haneke (2012) ou plus récemment Vortex de Gaspar Noé (2021) – qui montrent des personnes âgées à travers un long et difficile processus de vieillissement débouchant inéluctablement sur la mort. Dans la seconde partie du film, Josef, désormais octogénaire, semble être une personne dont personne n’attend plus rien – ni ses semblables ni lui-même – et pourtant, le film de Peter Luisi illustre combien Josef peut encore apporter quelque chose de décisif à la vie.
Le film de Peter Luisa présente clairement deux parties : dans la première partie de l’histoire, c’est l’amour pour Nina, une petite fille de presque quatre ans qui provoque le tournant décisif dans la vie de l’homme solitaire, esseulé par son alcoolisme. À travers cette rencontre inattendue et rédemptrice, Josef envisage sa tâche dans la vie et découvre le rôle qu’il a à jouer en tant qu’oncle. C’est suite à cette confrontation avec la fillette que Josef a la possibilité de surmonter sa dépendance et de trouver un nouveau courage pour affronter la vie. Dans la deuxième partie de l’histoire, Josef a quatre-vingt-deux ans et Nina en a trente-neuf. Les rôles se sont désormais inversés dans une certaine mesure, la forme de leur relation est différente. Josef a la possibilité d’accomplir l’œuvre de sa vie et de rendre à Nina le soutien qu’elle lui avait apporté trois décennies auparavant. Bien que les circonstances des rencontres entre les personnages principaux soient tristes, les spectateurs décèlent des aspects positifs, ne serait-ce que dans ces destinées croisées qui s’avèrent bénéfiques pour chaque protagoniste. Au fil des échanges, les liens se consolident et construiront, pour l’un comme pour l’autre ultérieurement, une planche de salut. Si la première partie convainc pleinement, la deuxième partie laisse les spectateurs sur leur faim.
Peter Luisa a opté pour une caméra à main levée, qui lui a permis de capturer les événements de manière quasi documentaire, créant une atmosphère plus intimiste au cœur de la maison et dans le jardin qui l’entoure. Depuis l’époque de Platzspitz à Zurich, le problème de l’addiction reste d’actualité et omniprésent en Suisse. Peter Luisa tenait à faire un film sur ce sujet et s’est beaucoup documenté auprès de spécialistes Le cinéaste constate :
« L’alcool est la substance addictive la plus répandue en Suisse, environ 300’000 personnes sont classées comme alcooliques. Les opiacés ainsi que les benzodiazépines ont connu un triste renouveau dans de nombreux pays ces dernières années. Le film est destiné à permettre aux gens d’aborder le sujet difficile de la dépendance et de se concentrer sur les gens. »
Le réalisateur helvétique livre un drame en forme de conte de fée moderne, âpre mais chaleureux, sur deux personnes qui s’offriront mutuellement un nouveau souffle vital.
Firouz E. Pillet
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