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130 ans hotelrevue
Abaisser les tarifs pour mieux redémarrer
En 1922, les hôteliers suisses subissent le contre-coup de la guerre de 14-18. Selon la Société fiduciaire suisse pour l'hôtellerie, 65% des hôtels ont bouclé leur exercice sur un déficit. Les voyageurs manquent à l'appel. Les hôteliers pâtissent de la conjoncture internationale et de la force du franc suisse. Après avoir connu une hausse massive durant la guerre, les prix des denrées diminuent, mais lentement. En 1922, la nuitée coûte entre 7 francs pour les hôtels de IIIe rang (5,50 fr. en 1914) et 19 francs (12,50 fr. en 1914) pour l'hôtellerie de luxe.
L'hôtellerie fait face à de constantes demandes et critiques afin de baisser à son tour ses tarifs et de revenir à ceux d'avant-guerre. La «Revue suisse des hôtels» consacre de nombreux articles à cette thématique brûlante en début d'année.
«La baisse du coût de l'existence est encore beaucoup trop faible pour que l'industrie hôtelière ait le devoir moral et économique de participer au mouvement de recul», lit-on dans l'édition du 12 janvier 1922. Le coût de la vie aurait baissé de 23% entre octobre 1920 et octobre 1921. Pour beaucoup, revenir aux tarifs d'avant-guerre serait une erreur. On estime que l'hôtellerie suisse travaillait, avant la guerre, à des prix «beaucoup trop bas» par rapport à la concurrence étrangère. «Les prix n’ont pas été convenablement adaptés au renchérissement; ils n’augmentèrent que de 60 à 70% dans une période où le coût général de l’existence était de 150% et plus au-dessus du niveau des années d’avant-guerre», lit-on dans ce même numéro. La «Revue suisse des hôtels» n'hésite pas à parler «d'abus d'avant-guerre», comme on peut le lire le 26 janvier 1922.
«Avant la guerre, alors que les tarifs d'hôtel étaient d'une modicité plus qu'imprudente, alors que l'hôtellerie pratiquait une politique des prix qui devait, même sans la guerre, la conduire peu à peu à la ruine, la clientèle ne tarissait pas d'éloges sur notre compte, en se racontant d'un air satisfait tout ce qui était fourni dans telle ou telle maison pour tel ou tel prix.»
Cette question de la réglementation des prix figure d'ailleurs à l'ordre du jour de l'assemblée extraordinaire des délégués le 9 février 1922. Contre toutes attentes, l'assemblée accepte finalement de baisser ses tarifs de 10% sur les prix minimum des pensions et des repas, dès le 1er mars 1922. «De toutes parts, il est aujourd'hui question de baisse. De gré ou de force, il s'agit maintenant de répondre à cet appel général, dans l'espoir qu'une réduction aura une heureuse influence en Suisse aussi bien qu'à l'étranger», relève-t-on dans l'édition du 16 février 1922.
Pour justifier la modestie du geste, des voix rappellent régulièrement que le coût de biens de consommation reste élevé, tout comme les charges. On évoque le prix des denrées alimentaires, de la main d’œuvre, du mobilier, des réparations et constructions, du combustible ainsi que les impôts et les taux d'intérêt. Dans son édition du 4 mai, la «Revue suisse des hôtels» conseille d'ailleurs aux hôteliers de montrer les tarifs «aux clients ronchonneurs».
Fortement opposé à cette baisse qu'il juge prématurée, M. Angst, représentant des hôteliers de St-Moritz et des Grisons, doute de l'efficacité de la mesure. «Croyez-vous peut-être qu'une baisse de 10% vous amènera une clientèle plus nombreuse, qu'elle engagera le public à voyager davantage et à visiter de préférence notre pays de Suisse?», interroge-t-il dans un discours longuement retranscrit dans les éditions des 9 et 16 mars.[DOSSIER]
Pour ou contre la baisse de prix, une chose est sûre: l'hôtellerie suisse affirme sa volonté de retrouver le chemin de la prospérité et de devenir rentable. «L'hôtellerie consent à se contenter d'un gain très minime, mais elle ne peut pas travailler à perte», annonce l'organisation le 4 mai 1922.
«Il faut faire ressortir que les prix actuels sont encore trop bas pour que l'hôtellerie puisse réellement réaliser des bénéfices qu'elle méritait cependant, étant donné la somme de travail, de prestations et de risques qu'elle est obligée d'assumer.»
En juillet 1922, la «Revue suisse des hôtels» rapporte des plaintes de voyageurs à l'encontre d'hôtels s'écartant des prix officiels. Elle met les hôteliers en garde contre «le danger d'abuser des hauts prix pour les extras» et leurdemande de se conformer aux tarifs du Guide des hôtels.Laetitia Grandjean