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La Corée du Nord possède la 4e plus grande armée au monde et la bombe nucléaire. Or, depuis 2006, l'ONU a imposé neuf séries de sanctions au régime communiste, qui l'empêchent notamment d'acheter ou de vendre des biens avec des devises étrangères. Comment dès lors le pays qui compte à peine 25 millions d'habitants et qui semble fonctionner en totale autarcie parvient-il à se financer ? Grâce au Bureau 39, une administration gouvernementale secrète chargée de collecter et de gérer les revenus du régime. En totalité, ce serait plus d'un milliard de dollars qui arriveraient chaque année dans ses tiroirs grâce à une économie parallèle fondée sur le capitalisme.
La Corée du Nord, l'un de derniers régimes communistes au monde. [a&o buero]Régulièrement cité par des transfuges nord-coréens, ce bureau aurait été fondé à la fin des années 1970 par Kim Jong-il et Kim Il-sung, respectivement le père et le grand-père de l'actuel dirigeant Kim Jong-un. Grâce à une fuite de données numériques intervenues en 2007 et grâce à la persévérance d'un chercheur hollandais nommé Remco Breuker, l'existence de cette administration a pu être prouvée et même détaillée.
Exportations de textiles et de minerais, traite d'ouvriers, arnaques à l'assurance, piratages informatiques, vente d'armes, contrefaçons, trafic de drogues, etc: les moyens utilisés pour financer le régime sont aussi divers que variés, comme le démontre le film "Bureau 39: la caisse noire de Kim Jong-un", visible ci-dessus.
La Corée du Nord n'est pas ce que le pays nous dit de lui.
Le Bureau 39
Selon la légende, le nom de Bureau 39 a été choisi par Kim Jong-il, qui aurait décidé de renommer ainsi le Département des finances du Comité central du Parti des travailleurs car il se trouvait au 3e étage, pièce 9. Une autre légende explique que le bureau a été créé un 9 mars, explique l'ex-diplomate nord-coréen Koh Young-hwan. Bien d'autres exilés confirment le rôle central de cet organisme pour le régime. Toutefois, le Bureau 39 n'est jamais nommé ainsi à l'extérieur du pays. Le comité de l'ONU chargé de sanctions confirme rarement le voir lors de ses enquêtes.
La preuve de son existence et sa localisation ont pu être établies grâce aux 2 millions de données que contient le registre municipal de Pyongyang, piraté en 2007, parmi d'autres éléments. Le Bureau 39 tel qu'il a été identifié par Remco Breuker. [a&o buero]"Si vous voulez comprendre les activités économiques de la Corée du Nord à l'intérieur et à l'extérieur du pays, ceci est vraiment la Pierre de Rosette", se réjouit le professeur Remco Breuker. Le Bureau 39 se trouverait ainsi à quelques pas du siège du Parti du travail. Il serait divisé en six services administratifs, compterait plusieurs milliers d'employés et accueillerait... un terrain de golf et un élevage d'autruches, notamment.
Le Bureau 39 serait responsable de centaines d'entreprises nord-coréennes spécialisées dans l'exportation. "Les personnes du Bureau 39 travaillent souvent soit dans une ambassade, soit dans un consulat", précise de manière anonyme un ex-fonctionnaire nord-coréen spécialisé dans le trafic de devises étrangères et aujourd'hui exilé à Séoul.
Les exportations illégales
Le produit le plus exporté par la Corée du Nord est le textile. Rien que pour la soie, le régime parvient à sortir 200 tonnes de tissus par an de son usine basée dans la capitale Pyongyang. Les vêtements sont rarement exportés de manière officielle, en raison des sanctions. De nombreuses entreprises nord-coréennes fabriquent des habits conçus officiellement en Chine, parfois pour des marques européennes.
Le 2e produit le plus exporté est le charbon. Mais Pyongyang parvient aussi à écouler des minerais (fer, plomb, zinc), des diamants et du tabac.
Le pont de l'Amitié, principal point de passage des échanges commerciaux entre la Chine et la Corée du Nord. [Emily Wang - AP/Keystone]Près de 90% des exportations partent en Chine, avec qui le pays partage 1000 km de frontière, dont 60% ne sont pas sécurisés. Les échanges commerciaux se font dans les deux sens: les Nord-Coréens achètent leurs nourritures et leurs marchandises aux Chinois. La plupart des produits sont importés par des frontaliers avant d'être mis en vente dans des marchés noirs, apparus dans le sillage de la famine qui a fait au moins un million de morts dans les années 1990. Près de 400 marchés noirs sont agréés (et imposés) par le régime communiste, conscient qu'il ne peut fournir tous les biens nécessaires à son peuple.
Pour le reste de ses exportations, Pyongyang peut compter sur des partenaires en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient, en Afrique et en Occident. Ces échanges se font évidemment au détriment du régime de sanctions de l'ONU.
Le piratage informatique
Le piratage informatique serait une activité économique de première importance en Corée du Nord. Près de 80% des hackers sont nord-coréens, estime même l'expert en cyber-sécurité Simon Choi. Selon d'autres experts, les pirates nord-coréens seraient entre 600 et 1300. Depuis 2015, ils visent particulièrement les banques internationales, mais leur action peut être large, comme l'a prouvé leur attaque en 2017 via le virus WannaCry, qui a touché 300'000 ordinateurs.
L'activité de piratage aurait rapporté jusqu'à maintenant 2 milliards de dollars au régime nord-coréen.
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Les ouvriers envoyés à l'étranger
Autre manne pour le régime de Pyongyang: le travail de Nord-Coréens à l'étranger. Il s'agit principalement d'ouvriers qualifiés, envoyés sur des chantiers et sous-payés. Ils seraient 100'000 en Chine, 40'000 en Russie et 10'000 répartis dans d'autres pays d'Asie (Cambodge, Mongolie, Malaisie), du Moyen-Orient (Koweit, Oman, Qatar, Emirats arabe unis), d'Europe (Pologne notamment) et d'Afrique. Cet esclavage moderne rapporterait un milliard de dollars par an au régime, selon les experts.
"Les conditions de travail sont misérables. Je ne suis pas libre. On doit rester par groupe. Je suis sûr qu'ils gardent tout notre salaire pour eux. Nous n'en recevons qu'une partie", confie à visage couvert un Nord-Coréen basé en Pologne. Les ouvriers travailleraient 12h par jour, sous la surveillance de services de sécurité nord-coréens. En cas de fuite, la famille de l'ouvrier restée en Corée du Nord serait souvent réprimandée.
Les musées, restaurants et hôtels à l'étranger
D'autres domaines sont concernés par l'exportation de travailleurs sur-exploités: l'hôtelerie-restauration. Il existerait 130 restaurants nord-coréens de part le monde, fonctionnant avec des serveuses-danseuses qui résident dans les bâtiments et rapportant en totalité plusieurs millions par an au régime. Mais il y a aussi les hôtels: à Berlin, une auberge de jeunesse () intégrée à l'ambassade nord-coréenne rapporterait 38'000 euros par mois au régime, et ce malgré les nombreuses tentatives des autorités allemandes pour y mettre un terme.
Le Angkor Panorama Museum rapporterait 7 millions de dollars par an au Bureau 39. [a&o buero]Le tourisme peut aussi rapporter de l'argent via les musées, a constaté le régime nord-coréen. Grâce à ses traditionnelles bonnes relations avec le Cambodge, la Corée du Nord a ouvert en 2015 le Angkor Panorama Museum. Située dans l'ancienne cité, cet institution expose notamment une gigantesque toile, qui raconte l'histoire de l'empire khmer et a été peinte... par 63 Nord-Coréens. Selon l'accord, toutes les entrées financières partent directement à Pyongyang (et donc au Bureau 39) durant les 10 premières années. Le musée rapporterait 7 millions par an au régime.
Le rapatriement des travailleurs nord-coréens était une des mesures phares imposées en 2017 par le Conseil de sécurité de l’ONU. Mais cette injonction n'aurait pas été mise en application avec la même rigueur dans tous les pays.
Les arnaques à l'assurance
Le régime est parvenu à assurer certains de ses biens désuets afin d'en tirer un remboursement intéressant auprès d'assurances européennes après un "accident". Ainsi des hélicoptères russes MI-8, qui étaient en fin de vie, lui ont permis de mettre la main sur 2 millions de dollars. Face à ces arnaques qui auraient rapporté en totalité plusieurs millions de dollars à Pyongyang, l'Union européenne a placé en 2015 la compagnie d'assurance nord-coréenne KNIC sur sa liste de mesures restrictives visant la République populaire.
Les ventes d'armes
La Corée du Nord recourt à des bateaux qui naviguent sous de faux noms et sous de faux pavillons pour divers commerces, notamment pour les ventes d'armes. Entre 2012 et 2017, 40 cargaisons nord-coréennes seraient ainsi passées par le Canal de Suez pour rejoindre la Syrie.
En 2018, l'un de ces bateaux a pu être intercepté par des équipes onusiennes. Il transportait notamment des tuiles et des valves résistantes aux acides, qui pouvaient être utilisées pour des armes chimiques. Le destinataire était une société écran liée au SSRC, le centre de recherche syrien. "La présence nord-coréenne en Syrie est largement sous-estimée", assure Remco Breuker. Le conflit syrien terminé, la Corée du Nord devrait désormais participer à la reconstruction des villes syriennes. Un accord a été signé en juin 2019 entre les deux pays.
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Kim Jong-un, ce président au pouvoir depuis l'âge de 26 ans
Propulsé à la tête de la Corée du Nord en 2011 à la suite du décès prématuré de son père, Kim Jong-un a dans la foulée repris les rênes du Bureau 39, qui lui permet de financer son train de vie luxueux. Ce jeune passionné de basket, qui est le 3e fils de Kim Jong-il, suit le style de son grand-père et veut imiter la Chine, en maintenant un pouvoir communiste tout en développant une économie capitaliste.
Pourquoi ce jeune trentenaire, qui a suivi une partie de sa scolarité à Berne, poursuit-il avec détermination le programme nucléaire lancé par son père ? Pour ne pas finir comme Mouammar Kadhafi, comme l'explique plus en détail le film "Le dernier prince rouge" à voir ci-dessous jusqu'au 7 juillet 2020 (paru en 2015, avant sa rencontre avec le président américain Donald Trump):
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Les Documentaires de la RTS - Caroline Briner