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La plupart des Balbuzards d’Europe nichent dans le nord et vont hiverner au sud du Sahara ou le long de sa côte occidentale (à l’exception de quelques petites populations plus ou moins sédentaires en Méditerranée). Quelques individus peuvent toutefois ne pas traverser la Méditerranée et hiverner en Espagne ou même dans le sud-ouest de la France, mais de tels cas sont assez rares. En périodes de migration, l’espèce peut être observée en Suisse en petit nombre, principalement de mi-mars à fin mai au printemps et de mi-août à fin octobre en automne.
Contrairement à la plupart des autres rapaces, le Balbuzard est un tellement bon voilier qu’il peut aisément migrer au-dessus de grandes étendues d’eau. Il n’a en effet pas besoin de suivre les bordures continentales ou de traverser les détroits pour y trouver des courants ascendants. Il peut passer un peu partout, même s’il a quand même tendance à éviter les hautes montagnes d’Europe et à longer la côte ouest africaine pendant ses migrations. Remarquablement, le Balbuzard peut traverser le Sahara d’une seule traite, ce qui représente un voyage de 40-66 heures.
La mortalité des jeunes oiseaux est élevée; environ 40% des jeunes ne survivent pas à leur première année, et seulement un tiers environ des Balbuzards atteignent l’âge adulte. Le taux de survie des adultes est ensuite bien meilleur, leur mortalité étant estimée à quelque 10 % par an.
Les Balbuzard, y compris les jeunes, migrent seuls et ils n’ont pas besoin de leur parents pour leur montrer le chemin. Ils savent instinctivement où aller, bien qu’ils ne suivent pas toujours la voie la plus directe (il a été démontré que leurs routes de migration s’améliorent avec l’expérience). D’habitude ils commencent leur migration dans l’ordre dans lequel ils sont nés, à un ou deux jours d’intervalle.
Après leur première migration vers le sud, la plupart des Balbuzards européens passent la deuxième année de leur vie en Afrique. Quelques rares individus âgés d’un an peuvent parfois remonter vers le nord, ce qu’ils font plus généralement à l’âge de deux ans, en quelque sorte pour un « voyage d’essai » mais sans nicher et sans nécessairement aller jusqu’à leur région de naissance.
Depuis plusieurs années quelques Balbuzards ont été équipés de balises satellitaires permettant de suivre leurs déplacements depuis l’Ecosse, la Suède, la France, la Finlande, l’Angleterre et les Etats-Unis, ce qui a révélé certains secrets de leurs migrations. Il est d’ailleurs possible de suivre les mouvements de ces oiseaux presque « en direct » (voici une carte superbe montrant les itinéraires de quelques Balbuzards d’Europe et d’Amérique du Nord). Il est entre autres intéressant de constater que les oiseaux finlandais ont tendance (mais ce n’est pas une règle) à hiverner en l’Afrique orientale, alors que les oiseaux écossais et anglais vont plutôt vers l’Afrique occidentale. Autre découverte intéressante : les Balbuzards sont en outre souvent fidèles à leurs lieux d’hivernage, la plupart des individus marqués ayant tendance à retourner passer chaque hiver au même endroit.
Nous avons eu la chance, en décembre 2014, d’observer « Green J », une femelle âgée de 23 ans que Roy Dennis a équipée avec une balise satellitaire depuis 1999. Contrairement à la plupart des Balbuzards qui passent l’hiver en Afrique, Madame passe tous ses hivers seule sur un grand lac artificiel en Estrémadure en Espagne. Un compte-rendu de notre observation de « Green J » a d’ailleurs été posté par Roy Dennis sur son blog (en anglais bien sûr) !