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La capacité des consommateurs à supporter les chocs est cruciale pour savoir si une récession est en vue.
Les mouvements de certains indicateurs très suivis de la santé des consommateurs, tels que les ventes de détail ou les données de consommation des ménages, monopolisent désormais régulièrement l’attention. Il existe toutefois d’autres indicateurs importants auxquels les investisseurs peuvent s’intéresser pour évaluer la solidité du bilan des consommateurs.
Le premier d’entre eux est le taux d’épargne. De l’avis général, les consommateurs sont restés en bonne forme ces derniers mois: cet argument repose en grande partie sur le fait que dans le sillage de la pandémie de Covid-19, les transferts budgétaires à grande échelle et la politique monétaire accommodante ont engendré les taux d’épargne les plus élevés de l’histoire. Le taux d’épargne est une variable de «stock» plutôt que de «flux»: les données ne sont pas cumulatives et fournissent donc un instantané de la situation.
Depuis les années 1980 et avant la pandémie, le taux d’épargne était juste au-dessus de 7% aux Etats-Unis et proche de 8,5% au Royaume-Uni. Si ces taux devaient tendre vers zéro, ou descendre bien en dessous de leurs moyennes à long terme pour un certain temps, nous pourrions supposer que les consommateurs ont du mal à payer leurs factures. Dans les faits, les taux d’épargne se sont normalisés et l’on s’attendrait à ce que les transferts budgétaires soient aussi revenus à la normale depuis la pandémie, mais les chiffres concernant les USA et le Royaume-Uni ne sont jusqu’à présent tombés qu’à des niveaux proches de leurs moyennes historiques.
Deuxièmement, les défauts de paiements sur les prêts à la consommation et les cartes de crédit peuvent aussi fournir des informations utiles. A cet égard, la publication très rapide des rapports mensuels sur les opérations de titres adossés à des actifs (ABS) après la fin de chaque mois est un avantage que nous pouvons exploiter. Les pertes sèches liées aux opérations ABS sur cartes de crédit permettent par exemple d’évaluer la capacité des consommateurs à honorer régulièrement leurs dettes. Les rapports concernant les titres adossés à des créances hypothèques résidentielles (RMBS) sont également utiles pour évaluer la pression sur les versements hypothécaires, bien que les arriérés de paiement dans ce domaine évoluent souvent en décalage et de façon moins volatile que les ABS sur cartes de crédit. Les données actuelles montrent que les défauts de paiement et les pertes sèches n’ont pas vraiment évolué cette année. Selon les indications des banques britanniques, les consommateurs remboursent leurs dettes de carte de crédit ces derniers trimestres. Il est difficile d’imaginer un consommateur en difficulté prendre une telle initiative.
Troisièmement, nous devons tenir compte de certains indicateurs sur le marché du travail. Un taux de chômage bas est essentiel pour que les consommateurs restent en forme. Au vu du dynamisme du marché de l’emploi dans le monde – en partie dû à une diminution de la main-d’œuvre qui semble se pérenniser en raison de la pandémie – il est possible que nous assistions à un ralentissement marqué, voire à une récession, avec des taux de chômage relativement faibles. Si tel est le cas, nous doutons fortement de l’éventualité d’un pic de prêts non productifs (NPL) dans les bilans bancaires ou d’une explosion des taux de défaut sur les obligations à haut rendement. A cet égard, les taux de démissions et de licenciements constituent de bons indicateurs. Le premier correspond au nombre de personnes qui démissionnent en pourcentage de l’emploi total, le deuxième au nombre de licenciements et de renvois (i.e. initiés par l’employeur) en pourcentage de l’emploi total. Aux USA, le taux de démissions est à un plus haut historique de 3,0% et le taux de licenciements à un plus bas historique de 0,9%. En d’autres termes, le rythme des démissions volontaires n’a jamais été aussi rapide et celui des licenciements jamais aussi lent. Cette situation ne peut pas durer éternellement, mais une inflexion marquée de cette tendance pourrait être un indicateur anticipé de mauvaise santé des consommateurs.
Enfin, certains lecteurs peuvent se demander pourquoi nous n’avons pas encore mentionné les indicateurs de confiance des consommateurs. Nous gardons bien sûr un œil vigilant sur des données telles que l’indice de l’Université du Michigan sur le sentiment des consommateurs aux USA et l’indice de confiance des consommateurs GfK au Royaume-Uni. Depuis quelque temps, il semble toutefois que ces enquêtes ne soient pas corrélées comme d’habitude avec les dépenses réelles. Voilà des mois que ces données reflètent une détérioration de la situation des consommateurs, qui continuent pourtant à dépenser. Les indices de confiance s’affichent déjà à des plus bas de plusieurs années; leur évolution future pourrait donc être moins instructive que celle des autres indicateurs mentionnés.
En conclusion, nous sommes d’avis que l’état de santé réel des consommateurs est bon. Il faut absolument que cela continue, non seulement pour que le monde puisse éviter une récession, mais aussi pour que les conséquences d’une potentielle récession puissent être amorties en termes de taux de défaut et de NPL.