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La Première Symphonie de Gustav Mahler, œuvre purement instrumentale de structure classique, est considérée comme la plus traditionnelle des neuf symphonies du compositeur. Il n’en a pas toujours été ainsi. Au moment de la création de l’ouvrage à Budapest en 1889, le public a entendu un poème symphonique en deux parties et cinq mouvements. Lors d’une nouvelle audition quatre ans plus tard à Hambourg, Mahler a fourni des explications sur le contenu de chaque mouvement et un nouveau titre : Titan, poème symphonique en forme de symphonie. Ce n’est que lors de la publication de l’œuvre en 1899 que cette symphonie a trouvé sa forme définitive en quatre mouvements, tout en renonçant aux titres programmatiques.
L'ambition de Mahler d'innover dans le domaine symphonique explique ce louvoiement. Pour arriver à ses fins, le compositeur a fait appel à des compositions antérieures, à des mélodies et des musiques évoquant des «images vivantes». Il a aussi puisé son inspiration dans des sources extra-musicales, comme l’évocation du printemps naissant pour le premier mouvement ou des gravures parodiques pour le mouvement lent. Il a ensuite traité ce matériel hétérogène selon des principes symphoniques, en définissant clairement un finale triomphal comme objectif.
Cette œuvre fait néanmoins déjà entendre des accents typiquement mahlériens dans la juxtaposition de la splendeur et de la misère, l’expression d’un conflit intérieur, le choix d’une expression populaire toute simple ou au contraire d’une trivialité distordue. Naissance du son à partir de «bruits naturels» (1er mouvement, introduction) ou mise en scène grotesque du canon «Frère Jacques» (3ème mouvement): qui d'autre que Mahler aurait pu écrire une telle musique? Et quand, dans le final, le désespoir le plus profond se transforme en apothéose solennelle, c’est déjà le concept mahlérien de la symphonie en tant que drame de la création du monde qui se dessine.