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Ces dernières années, les thèmes de l’égalité des chances et de l’intégration de la dimension de genre (gender mainstreaming) ont gagné en importance dans le domaine des hautes écoles à l’échelle nationale et internationale. En Suisse, à la suite de la conclusion du programme «Égalité des chances et développement des hautes écoles» (2017-2020), les hautes écoles ont mis en place des plans d’action correspondants qui énoncent les mesures que les institutions doivent mettre en place pour renforcer l’égalité des chances et la diversité. Rectrice de l’Université de Fribourg et présidente de la Chambre des hautes écoles universitaires de swissuniversities, Astrid Epiney explique dans un entretien ce que les hautes écoles pourront faire à l’avenir afin de promouvoir encore mieux l’égalité des chances.
Ces dernières années, les thèmes de l’égalité des chances et de l’intégration de la dimension de genre (gender mainstreaming) ont gagné en importance dans le domaine des hautes écoles à l’échelle nationale et internationale. En Suisse, à la suite de la conclusion du programme «Égalité des chances et développement des hautes écoles» (2017-2020), les hautes écoles ont mis en place des plans d’action correspondants qui énoncent les mesures que les institutions doivent mettre en place pour renforcer l’égalité des chances et la diversité. Rectrice de l’Université de Fribourg et présidente de la Chambre des hautes écoles universitaires de swissuniversities, Astrid Epiney explique dans un entretien ce que les hautes écoles pourront faire à l’avenir afin de promouvoir encore mieux l’égalité des chances.
Que font les hautes écoles pour améliorer l’égalité des chances entre femmes et hommes?
Astrid Epiney: Toutes les hautes écoles disposent de mesures institutionnelles, par exemple la sensibilisation des supérieurs hiérarchiques, la définition de valeurs cibles (notamment pour les nominations), le soutien aux doctorants, postdoctorants et autres jeunes scientifiques (entre autres offres de mentorat et de formation et possibilités d’allègement) ou encore le soutien aux couples à double carrière (dual career couples). La collecte systématique de données pertinentes sur le sujet fait également partie de ce genre de mesures. On peut citer en particulier le monitorage des données relatif aux professeures.
Par ailleurs, toutes les hautes écoles ont un service ou une personne déléguée à l’égalité des chances et s’appuient sur leurs propres plans d’action, élaborés dans le cadre du programme Égalité des chances et développement des hautes écoles et assumés entièrement par les différents établissements depuis 2021.
Dans quels domaines est-il encore nécessaire d’agir?
Les chiffres montrent que, de manière générale, des actions sont encore nécessaires. Si l’on considère la proportion de femmes aux différents niveaux de formation et de carrière, on voit apparaître le phénomène du «tuyau percé» (leaky pipeline): plus on gravit les échelons de carrière et moins les femmes sont nombreuses. Il est donc essentiel que les hautes écoles maintiennent leurs mesures et les développent encore.
L’égalité des chances et la diversité ont été définies comme thèmes centraux pour la prochaine période de planification (2025-2028). Par ailleurs, les hautes écoles universitaires poursuivent trois objectifs en la matière. Elles visent, premièrement, une meilleure prise en compte des éléments de qualification lors de nominations, deuxièmement, une augmentation du nombre de postes de professeurs assistants en prétitularisation (tenure track) et, troisièmement, en fonction de leurs possibilités financières, la création de nouveaux postes à durée indéterminée au-dessous de l’échelon du corps professoral afin de proposer aux jeunes scientifiques diverses options de carrière avec des objectifs et des possibilités d’évolution clairement définis.
Selon vous, quelle est l’importance du document rédigé par swissuniversities (Chambre des hautes écoles universitaires) «Recrutement des professeur·e·s: recommandations et bonnes pratiques»?
Il s’agit d’un instrument de travail important pour les hautes écoles universitaires afin de stimuler la réflexion critique autour des procédures de nomination et de les rendre encore plus transparentes et égalitaires. Les procédures de sélection doivent être structurées de sorte que les femmes ne soient pas exclues à cause de préjugés inconscients (implicit biases) ou du fait qu’elles ont fait une pause dans leur carrière pour des raisons familiales. Il en va par ailleurs de la qualité de ces procédures de nomination, laquelle se vérifie notamment par la garantie de l’égalité des chances. De manière générale, le document vise la création d’une culture qui tienne compte des aspects de l’égalité des chances et de la diversité.
Avec un taux de 44%, la proportion de femmes en 2020 parmi les professeurs assistants dans les hautes écoles universitaires est réjouissante. Comment se fait-il que la proportion de femmes parmi les professeurs ordinaires (25%) ne soit pas plus élevée?
La faible proportion de femmes au niveau des professeurs ordinaires illustre le phénomène du tuyau percé. En effet, des analyses montrent que, si les femmes sont actuellement minoritaires aux postes de professeurs dans la plupart des disciplines, elles sont systématiquement mieux représentées à l’embauche que dans les effectifs totaux. La proportion de femmes a continuellement augmenté ces dernières années. La part de femmes nouvellement nommées à des postes de professeurs assistants en tenure track s’élève même à 5% sur trois ans, pour les années 2018 à 2020. Ces nominations aboutissent généralement, après une évaluation positive, à des postes fixes de professeur à différents échelons (professeur ordinaire, professeur extraordinaire, professeur associé). On peut donc s’attendre à ce que le nombre de professeures ordinaires s’accroisse de façon continue. Des mesures ciblées restent cependant nécessaires.
Il convient de souligner que les conséquences sur la composition du corps professoral d’un changement dans la pratique de nomination ne sont perceptibles dans les hautes écoles universitaires qu’avec un délai considérable, étant donné que les professeurs restent en poste pour une longue durée. Même si dès aujourd’hui, les nominations se faisaient de façon parfaitement équilibrée en ce qui concerne la répartition des sexes, cette pratique ne se refléterait sur l’ensemble du corps professoral que dans plusieurs dizaines d’années.
Cela étant, il faut également tenir compte du fait que la promotion du nombre de femmes dans le corps professoral doit se faire dans le respect du cadre constitutionnel, de sorte que l’introduction de quotas durs n’est pas envisageable et que les droits des jeunes chercheurs doivent être pris en compte – la non-discrimination s’applique aussi aux hommes.
Comment le contexte international influence-t-il la mise en œuvre de l’égalité des chances et de l’intégration de la dimension de genre dans les hautes écoles suisses?
La recherche est une affaire internationale. La promotion de la relève consiste à former de jeunes scientifiques qui, face à la concurrence internationale, soient en mesure de mener de brillantes carrières, que ce soit au sein des hautes écoles ou dans d’autres milieux. Le contexte international constitue donc un cadre de référence important pour la mise en œuvre de l’égalité des chances et de l’intégration de la dimension de genre. Les hautes écoles suisses sont en contact avec les réseaux correspondants à l’étranger et sont actives au sein des organes consacrés à ces thèmes, selon les possibilités qui s’offrent à elles.
La Grande-Bretagne et l’Irlande disposent du prix Athena SWAN. Il s’agit d’un programme de certification au sein duquel les universités doivent atteindre un certain niveau (bronze, argent ou or) pour recevoir des fonds d’encouragement. Ainsi, les structures en faveur de l’égalité des chances et la thématique du genre doivent être mieux réglées et ancrées à long terme dans les établissements. Les prix et systèmes de certification peuvent-ils faire office d’incitation?
La qualité est un élément central dans les hautes écoles. Ces dernières accordent en conséquence une grande importance à l’assurance de la qualité. En Suisse, l’égalité des chances est une condition pour l’obtention d’une accréditation institutionnelle (art. 30, al. a, ch. 5, de la loi sur l’encouragement et la coordination des hautes écoles). Les systèmes d’assurance de la qualité ne sont toutefois pas tous structurés de la même manière. Leur mise en œuvre au sein des hautes écoles se fait notamment par le biais de plans d’action et relève de l’autonomie des institutions, qui disposent d’une certaine marge de manœuvre. Un système parallèle corrélant l’attribution de fonds d’encouragement à un prix ou à des critères supplémentaires irait à l’encontre du système. D’autant plus qu’il faudrait alors définir pourquoi un tel système de corrélation ne serait pas établi pour d’autres problématiques importantes, telles que la durabilité.
En comparaison internationale, comment évaluez-vous l’égalité des chances dans les hautes écoles suisses?
Si l’on mesure l’égalité des chances uniquement à la proportion de femmes dans le corps professoral, elle est dans ce cas relativement faible par comparaison avec les pays voisins et les pays de l’Union européenne. Cependant, les plans d’action sont un succès et sont très bien acceptés par les hautes écoles. À noter également que l’égalité des chances dans le domaine scientifique ne peut pas être considérée à l’échelle nationale hors du contexte général et que d’autres facteurs, tels que la conciliation entre vie privée et vie professionnelle et les systèmes scolaire et de garde d’enfants entrent donc en jeu.
Pour les universités, l’évolution de la part de femmes dans le corps professoral et à l’embauche représente un indicateur important de l’égalité des chances. À l’aide d’une méthode inédite, l’Office fédéral de la statistique détermine ces proportions sur la base de l’enquête auprès du personnel des hautes écoles. Il calcule rétroactivement jusqu’en 2017 la répartition des sexes à l’échelle des nouvelles nominations aux postes de professeurs, par université et par groupe de domaines d’études. Ces nouveaux chiffres approfondissent le monitoring dans les hautes écoles universitaires et le prolongent, afin notamment de mettre en place de nouvelles mesures pour l’égalité des chances.
Les mesures portent leurs fruits
Par le biais de contributions liées à des projets, la Confédération et les cantons peuvent fixer des priorités dans le domaine des hautes écoles et aborder ensemble des thématiques transversales. De 2017 à 2020, la Confédération a financé à hauteur de 12 millions de francs le projet «Égalité des chances et développement des hautes écoles». Dans ce cadre, les plans d’action relatifs à l’égalité des chances ont pu être ancrés dans les hautes écoles. Ces plans d’action constituent la base pour la participation au programme «Diversité, inclusion et égalité des chances dans le développement des hautes écoles» pendant la période de 2021 à 2024.
Des financements incitatifs à la nomination de professeures ont permis initialement le lancement d’une discussion autour de la politique d’égalité des chances et son renforcement à différents niveaux au travers de mesures supplémentaires, par exemple le mentorat et le coaching, des offres pour la garde d’enfants, des moyens mis en place pour éveiller l’intérêt des filles et des femmes pour le domaine MINT ainsi que la sensibilisation aux discriminations liées au sexe. Cette structure s’est établie dans les universités au cours des vingt dernières années.
Informations complémentaires
Irene Rehmann, SEFRI
Conseillère scientifique
Unité Politique des hautes écoles