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A Corsier Port, chemin Armand Dufaux, caché derrière le mur d’entrée d’une maison, se trouve une grande pierre grise portant l’inscription suivante : « Ce monument a été érigé sur le lieu de l’atterrissage par les amis et admirateurs d’Henri et Armand Dufaux.». Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité. Qui sont ces deux hommes ? Pourquoi sont-ils commémorés ici par une stèle et un nom de rue ? Quel atterrissage célèbre-t-on ? Toutes ces questions méritaient bien une petite enquête. Et je n’ai pas été déçue : l’histoire de ces deux hommes est belle et passionnante.
Le gène de l’invention
Henri et Armand Dufaux sont nés à la fin du 19ème siècle, sont frères et ont tout deux hérité du gène de l’invention. En 1898, encore très jeunes, ils conçoivent ainsi la motosacoche, un moteur pouvant se monter sur une bicyclette. Ils viennent de créer l’ancêtre du vélomoteur. Le succès est tel qu’ils fondent leur 1ère société, H. et A. Dufaux Fils, à Carouge.
Quatre ans plus tard, ils commencent à se passionner pour l’aviation et déposent, en 1904, le brevet d’un hélicoptère. Ils parviennent à construire un modèle miniature, mais échouent malheureusement à faire voler un engin grandeur nature. Qu’à cela ne tienne, cet échec ne les freine pas et ils décident de se lancer dans la construction d’un avion biplan, appelé le Dufaux-4.
Un succès mondial
Cette fois-ci, le succès est au rendez-vous et le 28 août 1910, Armand réussit la traversée du lac Léman dans sa longueur, de Noville à Genève. Il atterrit à Corsier Port, près de l’actuelle plage de la Savonnière et pulvérise ainsi le record du monde de vol en avion, détenu depuis 1909 par Blériot, lors de sa traversée de la Manche.
Peu de temps après cet exploit retentissant, ils décident d’abandonner l’aéronautique et se séparent. Armand part travailler en France où il inventera, pour l’industrie automobile, l’amortisseur téléréglable. Henri, lui, sera tour à tour peintre, conseiller administratif de la ville de Genève ou encore constructeur de graveurs de disque pour la Radio suisse romande. Il décèdera à l’âge de 102 ans, à Genève, après avoir épousé, à 97 ans, sa gouvernante. Quel caractère !
Comme quoi, un monument gris, caché derrière un mur, peut révéler bien des destinées. Désormais, Chemin Armand Dufaux, j’ai l’impression d’entendre des moteurs qui vrombissent et d’apercevoir un avion à l’approche, son pilote souriant coiffé d’un bonnet de cuir et de lunettes d’aviateur. Mes promenades, au bord du lac, ne sont plus jamais les mêmes, grâce à cette stèle, pour mon plus grand plaisir.