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Premier débat
Le président. Nous passons au point suivant de notre ordre du jour: le PL 12590-A, la M 2579-A, la M 2586-A et la R 890-A, que nous traiterons ensemble en catégorie II, quarante minutes. Le rapport de majorité est de Mme Beatriz de Candolle, le rapport de minorité sur le PL 12590-A et de première minorité sur la M 2579-A est de M. Rémy Pagani, le rapport de deuxième minorité sur la M 2579-A est de M. Nicolas Clémence - remplacé par Mme Caroline Marti - et le rapport de troisième minorité sur la M 2579-A est de M. David Martin. Madame la rapporteure de majorité Beatriz de Candolle, vous avez la parole.
Mme Beatriz de Candolle (PLR), rapporteuse de majorité. Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, en mars 2019, la première grève du climat mettait en exergue le réchauffement climatique et ses conséquences pour l'avenir de la planète. L'abattage des arbres aux Allières la même année a suscité une vive émotion auprès de la population et au sein même de notre hémicycle. Quatre objets sont alors déposés au Grand Conseil - un projet de loi, deux propositions de motions et une proposition de résolution -, le fil qui les relie étant la préservation de l'arborisation et la végétalisation du sol et des milieux urbains.
La commission d'aménagement a effectué moult auditions entre janvier 2020 et le printemps 2021 afin de mieux comprendre les pratiques, de photographier l'existant et de cerner les enjeux des invites. S'il est indéniable que tout le monde est sensible à l'amélioration de la végétalisation et de la biodiversité, une majorité a conclu que le PL 12590 posait trop de contraintes qui freineraient la construction de logements, par exemple l'obligation d'un taux de végétalisation et d'arborisation proportionnel à la surface et au volume bâtis. Il a également été reproché à ce texte de vouloir fixer dans la législation des dispositions qui n'ont pas lieu d'y figurer.
La M 2579 comporte douze invites. Certaines sont trop contraignantes et s'apparentent à un mode d'emploi sur la façon de planter un arbre. Les professionnels en prennent pour leur grade. Suite aux auditions, il a été clair pour la majorité des commissaires que le canton est assez outillé et compétent pour gérer la conservation de la végétation arborée du canton ainsi que la création des îlots de fraîcheur en milieu urbain. Nous vous invitons donc à refuser aussi cette motion. Le Conseil d'Etat a par ailleurs notamment élaboré en 2018 une stratégie biodiversité 2030 de laquelle découle un plan biodiversité 2020-2023, une feuille de route opérationnelle intégrant 117 mesures concrètes. L'un des principaux champs d'application de ce plan concerne particulièrement les arbres. Le canton et de nombreuses communes, dont la Ville de Genève, ont en outre mis en place des objectifs de plantation d'arbres visant à réduire les îlots de chaleur.
Enfin, Mesdames et Messieurs, une majorité claire a voté la M 2586 et la R 890, toutes deux amendées. Ces deux textes vont dans le sens des objectifs cantonaux et visent à améliorer la protection des grands arbres notamment, en demandant d'améliorer les futures planifications de sorte qu'elles intègrent les considérations liées aux arbres et au climat. Il est important également de considérer les arbres dans une stratégie d'ensemble, tant sur le plan des constructions, de l'amélioration de la qualité de vie, des considérations climatiques que sur le plan sécuritaire. Sur ce dernier volet, le PL 12590 et la M 2579 sont trop restrictifs. La M 2586 et la R 890 vont quant à elles dans le bon sens, c'est pourquoi je vous invite, Mesdames et Messieurs les députés, à refuser le PL 12590 et la M 2579 et à accepter la M 2586 et la R 890. Je vous remercie.
Présidence de M. Jean-Luc Forni, premier vice-président
M. Rémy Pagani (EAG), rapporteur de minorité. Nous avons d'abord un gros problème de fond, bien que tout le monde s'accorde à dire qu'il y a un problème de dérèglement climatique: certains - une majorité de la commission - prétendent qu'il n'est pas nécessaire d'adopter des lois, d'imposer des règles, notamment sur les PLQ. Nous pensons le contraire, parce que d'ici 2050 - je vous le rappelle car c'est quand même important de le dire -, selon une étude de l'EPFZ consacrée à cinq cents grandes villes du monde et publiée dans la revue scientifique «PLOS ONE», les villes des régions tempérées connaîtront un changement de climat équivalent à leur déplacement de 1000 kilomètres au sud ! Londres aura le climat de Barcelone et Genève celui de Madrid, Mesdames et Messieurs, et ça a d'ailleurs été repris... (Exclamations. Commentaires.)
Une voix. N'importe quoi !
M. Rémy Pagani. Oui, oui, vous rigolez ! (Commentaires. Rire.) Mais je crois qu'il faudrait faire attention à ne pas trop rigoler, parce que bientôt on va pleurer. (Commentaires. Rire.) Selon cette étude, Genève sera en effet la ville de Suisse qui subira la plus forte augmentation du nombre de jours de canicule, passant de quinze aujourd'hui à environ trente-cinq, avec une température de plus de trente degrés d'ici 2060.
De même, pour l'Office fédéral de la santé publique - c'est bien l'Office fédéral qui le dit, ce n'est pas Ensemble à Gauche -, les vagues de chaleur figurent parmi les menaces les plus graves pour la Suisse ! Dans ces conditions, et c'est déjà le cas à l'heure actuelle, les personnes les plus vulnérables sont les aînés et les malades, ainsi que les petits enfants. Mesdames et Messieurs qui rigolez, je trouve que c'est un peu spécial de dire: c'est très bien que les petits enfants et les aînés subissent des vagues de chaleur. On a vu celle d'il y a quelques années: le nombre de décès a été très important partout en Europe.
Il faut donc agir, et on ne demande pas des mesures générales mais des mesures à court terme, d'inclure un pourcentage d'arbres dans les PLQ - on vient de voter un de ces plans localisés de quartier - qui seront réalisés dans les vingt années à venir. La Ville de Genève a d'ailleurs mis en place ces mesures de manière volontaire: tous les PLQ adoptés depuis une dizaine d'années comportent un pourcentage d'arbres. On ne voit donc pas pourquoi la Ville, qui est le coeur de notre agglomération, s'impose et impose réglementairement aux propriétaires un pourcentage d'arbres dans le cadre des négociations des PLQ alors que les députés ici présents n'imposeraient pas ces règles à l'ensemble des propriétaires qui valorisent leur terrain - mais je comprends pourquoi: il y en a encore qui rigolent, qui pensent qu'on va au-devant de jours heureux.
Voilà, Mesdames et Messieurs, l'essentiel de ce que nous avions à dire pour l'instant. Il y a toute une série d'amendements qui vont être proposés.
Mme Caroline Marti (S), rapporteuse de deuxième minorité ad interim. Mesdames et Messieurs les députés, le parti socialiste vous invite à adopter la M 2579 qui traite de la végétalisation de notre canton, et en particulier de notre centre-ville, pour lutter notamment contre le phénomène des îlots de chaleur qui nuit à la qualité de vie des habitants mais également à leur santé. L'objet vise par ailleurs à favoriser le développement de la biodiversité en milieu urbain et dans notre agglomération.
Nous avons particulièrement apprécié le caractère pondéré des objectifs de cette motion, qui prend le problème dans sa globalité et propose des solutions équilibrées afin de préserver d'autres intérêts tout aussi essentiels, tel le développement urbain pour construire les logements nécessaires à la population. Sans remettre en question ce développement nécessaire, le texte demande qu'une attention particulière soit apportée à la qualité urbanistique et particulièrement à la végétalisation des quartiers; ce sont évidemment des objectifs que le parti socialiste rejoint pleinement.
Les objectifs de cette motion sont donc raisonnables; ils apportent de la rationalité à un débat devenu très émotionnel, ce qui évidemment est largement bienvenu. Les propositions avancées, notamment la mise en place d'un plan stratégique de lutte contre les îlots de chaleur; un fonds cantonal de végétalisation; la libération de places de stationnement afin de pouvoir y planter des arbres en pleine terre; ou encore la prise en compte d'autres composantes de végétalisation et pas uniquement des arbres, sont donc des solutions pragmatiques qui permettent de répondre de façon concrète et cohérente à la tension qui, en effet, existe actuellement entre l'impact environnemental du développement urbain, nécessaire pour loger notre population, et la nécessité de préserver notre environnement. Voilà toutes les raisons pour lesquelles nous vous invitons à accepter cette motion. Je vous remercie.
M. David Martin (Ve), rapporteur de troisième minorité. Mesdames les députées, Messieurs les députés, la M 2579 a été élaborée et déposée par le groupe des Verts en pleine canicule de l'été 2019, un moment où le simple fait de traverser une rue sans arbres devenait parfois insupportable pour tout un chacun. Les derniers pronostics du GIEC sur l'augmentation des températures confirment que cela ne fera qu'empirer ces prochaines années.
En commission, le traitement a été long, d'abord parce que les demandes d'audition des maires de Grenoble et de Lyon, qui ont des actions exemplaires en la matière, n'ont pas pu être exaucées, puis en raison de la crise sanitaire. Entre-temps, le Conseil d'Etat a heureusement répondu en grande partie à certaines invites à travers sa stratégie d'arborisation annoncée au point de presse du 22 janvier 2020. Ainsi, la vision directrice du gouvernement reprend l'objectif de 30% de canopée ainsi que des leviers supplémentaires pour le maintien des arbres dans les projets d'urbanisation, et en particulier l'augmentation de la taxe d'abattage.
La minorité Verte regrette que cette proposition de motion n'ait pas fait l'objet d'un débat plus approfondi en commission. Elle a été traitée, comme la rapporteuse de majorité l'a dit, en même temps que les PL 12590, M 2586 et R 890 qui se font tous trois l'écho de réactions très émotionnelles face à l'abattage des arbres aux Allières. Ces trois textes visent principalement le foncier privé, les PLQ et les projets de construction, ce qui n'est pas le cas de la proposition de motion 2579. Celle-ci, intitulée «Notre canton, vous le souhaitez saignant, à point ou bien cuit ?», conserve toute sa pertinence puisqu'elle vise quant à elle les espaces publics principalement: les places, les routes, les trottoirs, tous ces espaces communs extérieurs qui sont gérés par les pouvoirs publics et vont devenir, selon les derniers scénarios climatiques, de véritables fournaises si l'on n'agit pas rapidement pour les ombrager davantage.
Afin que le Grand Conseil envoie un signal fort quant à la prise en compte de ces enjeux, la minorité Verte vous invite à renvoyer la proposition de motion à la commission d'aménagement. Cela nous permettra d'engager un débat sur cette proposition - débat qui a manqué en commission - et de reformuler si nécessaire des invites en matière de végétalisation des centres urbains pour qu'elles puissent faire l'objet d'un consensus et qu'il n'y ait pas de doublons avec d'autres textes connexes.
La rapporteuse de majorité a dit que le canton est assez outillé pour faire face aux îlots de chaleur. Face aux enjeux en matière de plantation d'arbres au centre-ville - la difficulté de trouver de la pleine terre, l'encombrement de la voirie et des sous-sols -, il nous semble que c'est vraiment la moindre des choses de pouvoir thématiser ce sujet en commission, d'en débattre et de s'assurer que nos administrations cantonale et communales sont effectivement dotées des outils et des moyens suffisants pour faire face aux immenses défis qui nous attendent. Je vous remercie.
Le président. Merci, Monsieur le rapporteur de troisième minorité. Vous demandez bien le renvoi en commission de la M 2579-A ? (Remarque.) Merci. Madame la rapporteure de majorité, vous avez donc la parole sur cette demande de renvoi.
Mme Beatriz de Candolle (PLR), rapporteuse de majorité. Merci, Monsieur le président. Nous avons mené plusieurs auditions pendant une année et demie, je l'ai dit précédemment, et il serait inutile d'encombrer la commission d'aménagement alors qu'elle est très chargée: elle a d'autres projets de lois et d'autres objets à traiter urgemment. Je vous demande par conséquent de refuser le renvoi en commission. Merci.
Le président. Merci, Madame la rapporteure de majorité. Nous passons donc au vote... (Remarque. Un instant s'écoule.) Oui, excusez-moi: les deux autres rapporteurs peuvent s'exprimer. Monsieur Pagani, vous avez demandé la parole et vous l'avez !
M. Rémy Pagani (EAG), rapporteur de minorité. Merci, Monsieur le président. Je pense que c'est essentiel d'avoir une discussion; il s'agit de ne pas balayer cette problématique d'un revers de main. Cette problématique va ressurgir tous les étés, voire plus souvent ! On l'a vu cet été, au niveau mondial: les tempêtes et les typhons ont ravagé certaines régions et expulsé de leur logement passablement de personnes. On peut continuer comme ça, en se voilant la face ou en se cachant derrière son petit doigt, et dire que tout va bien, Madame la marquise, mais il faudra de toute façon prendre des mesures !
Il est essentiel aujourd'hui de discuter pour au moins nous convaincre, parce qu'on a eu des auditions et les gens, les architectes, disaient: «Oui, on prend des mesures, ne vous occupez pas de ça. Ne réglementez pas: on prend déjà des mesures.» Mais quand on voit les mesures qui sont prises, c'est une peau de chagrin, Mesdames et Messieurs les députés ! Il s'agit donc pour nous de renvoyer cet objet en commission et d'avoir un vrai débat, ce que nous n'avons pas eu aujourd'hui: les positions sur cette question sont tranchées. Plus le temps va passer, plus on attendra et plus notre collectivité devra prendre des mesures qui ne seront pas faciles à prendre, qui seront douloureuses ! Nous avons donc intérêt à prévenir cette situation et à discuter entre nous pour nous convaincre les uns et les autres de mesures arbitrées bien évidemment, mais nécessaires.
Mme Caroline Marti (S), rapporteuse de deuxième minorité ad interim. Vu l'importance du sujet abordé par cette motion, je soutiens la demande de renvoi pour que la commission d'aménagement puisse effectuer les travaux nécessaires. Je vous remercie.
Le président. Merci, Madame la rapporteure de deuxième minorité. Mesdames et Messieurs les députés, nous passons au vote.
Mis aux voix, le renvoi du rapport sur la proposition de motion 2579 à la commission d'aménagement du canton est rejeté par 50 non contre 42 oui.
Le président. Nous poursuivons le débat et je cède la parole à M. le député Guy Mettan pour deux minutes.
M. Guy Mettan (HP). Merci, Monsieur le président. Il est évident que si on a le souci de contrer le réchauffement climatique, il faut accepter les quatre objets qui nous sont proposés - le projet de loi, les deux motions et la résolution - puisqu'ils vont dans le même sens, à savoir une amélioration de la couverture végétale de notre canton, et surtout de notre ville, qui souffrent pendant les périodes de canicule. Je crois que c'est très clair !
Vous avez tous vu le film «Don't Look Up» - du moins beaucoup d'entre vous l'ont probablement vu - qui passe sur Netflix, où on voit une comète se précipiter sur la Terre et toutes les autorités en place jouer à «La croisière s'amuse», pendant que le danger s'approche de la planète, par incapacité, parce que les politiques ne veulent pas prendre les choses au sérieux, jusqu'à ce que cette comète les force à prendre conscience qu'ils courent vers la catastrophe. C'est exactement ce qui est en train de nous arriver avec le réchauffement climatique et je suis personnellement désolé que ce Grand Conseil ne prenne pas ces alarmes au sérieux et rejette les quatre objets. Je regrette évidemment aussi que les écologistes, qui prétendent lutter pour la nature, pour les arbres et tout ça, s'opposent par exemple au projet de loi alors qu'il est le seul à prévoir l'inscription de la protection du patrimoine végétal genevois dans notre législation.
Je ne peux donc que vous inciter à relire attentivement le contenu de ce projet de loi et des invites de ces motions et à les voter si vous voulez pouvoir préserver notre habitat et vivre dans des conditions acceptables. Merci de votre attention.
M. Sébastien Desfayes (PDC). Ça a été dit, et bien dit, par la rapporteure de majorité: il faut trouver un juste équilibre entre la préservation de la biodiversité et des arbres, de l'arborisation, et la nécessité de construire des logements pour la population. Ce qu'il faut éviter, c'est que l'on ait une jungle législative et réglementaire qui bloque les projets de logement et d'aménagement actuels et futurs. Dans ce contexte, le groupe PDC vous invite à soutenir la M 2586 dont l'auteure est Mme Christina Meissner, du PDC - Mme Meissner dira d'ailleurs tout le bien qu'il nous faut penser de cette motion. Le groupe PDC vous invite par ailleurs à accepter la R 890 telle qu'amendée et à rejeter les autres textes. Merci.
Mme Christina Meissner (PDC). Je remercie la commission d'avoir adopté à l'unanimité la M 2586 pour préserver nos arbres; mes remerciements vont également à la rapporteure de majorité pour avoir annexé l'étude de la Ville de Genève, dont les recommandations ont inspiré la motion, mais aussi la présentation cantonale réalisée par le service du paysage de l'OCAN.
Cela ne fait plus aucun doute, le taux de canopée doit encore être augmenté pour préserver la fraîcheur en milieu urbain - mais comment faire ? Le manque d'espace en surface, l'encombrement des sous-sols, les contraintes techniques et légales ou encore les enjeux financiers sont énormes. Pour ne pas cuire demain, il faut le courage de préserver des arbres et d'en planter davantage, tant dans le cadre de la planification future que lors de la révision de la planification actuelle lorsqu'elle ne s'est pas encore concrétisée, et partout: non seulement là où c'est possible mais aussi là où c'est nécessaire.
Les effets du changement climatique se font sentir aujourd'hui et seront encore pires demain. Peut-on se permettre le luxe de laisser la température augmenter et balancer le problème à la génération d'après ? L'administration cantonale n'a pas attendu la fin des travaux parlementaires pour se mettre au travail, et je l'en remercie vivement. Sur les 120 PLQ en vigueur qu'elle a révisés, près de 80% devraient être adaptés ou abrogés afin de mieux tenir compte de la végétation naturelle qu'ils menacent. Cela implique cependant d'entrer en négociation avec des propriétaires et des promoteurs, et là, ça se complique; à l'évidence, personne n'a envie de se compliquer la vie ou de dépenser davantage aujourd'hui, quitte à le regretter demain. Je ne peux qu'encourager l'administration à poursuivre le travail entamé et espérer que cette révision débouche sur des solutions répondant à l'urgence climatique et à la préservation de la nature en ville. Il est temps d'ouvrir les yeux !
Présidence de M. Diego Esteban, président
M. Stéphane Florey (UDC). Rapidement, sur le PL 12590: l'alinéa 2 de l'article 35A interdit «l'abattage d'arbres de plus de 50 cm de circonférence à 1 m du sol». C'est un peu compliqué à visualiser, mais on s'est aperçu que de tels chiffres posent énormément de problèmes et amèneraient plus de blocages pour la construction sans finalement résoudre grand-chose. C'est ce qui a principalement bloqué dans ce projet de loi, parce que précisément, à entendre les architectes, inscrire ce genre de norme dans la loi poserait bien évidemment des problèmes à tous les niveaux, ce qui compliquerait la mise en place même de ce texte; c'est pourquoi nous le refusons.
Concernant la M 2579, la rapporteure de majorité l'a dit, il fallait quand même être un peu gonflé pour venir en commission avec un catalogue de bricolage afin d'expliquer aux professionnels comment planter un arbre alors qu'en général ils connaissent leur affaire. Il me semble que quand on fait appel à ce type d'entreprise - à moins que vous ne preniez des bracaillons et que ce ne soient pas de vrais professionnels -, elle connaît en principe son affaire. Ce texte ne sert par conséquent absolument à rien et il est donc à refuser.
La M 2586, contrairement à ce qui a été dit, n'a pas été votée à l'unanimité puisque, même si je peux adhérer au fait de préserver les arbres, je me suis moi-même abstenu, et ce pour la simple et bonne raison que toutes les invites sont formulées à la manière d'un catalogue de bonnes intentions: elles vous disent qu'il faut faire de la promotion, qu'il faut collaborer - enfin bref, le blabla habituel de ce type de motion. Elle est bien gentillette, mais on estime là aussi qu'elle va compliquer les choses plutôt que de dire simplement qu'on veut sauver des arbres. Nous nous abstiendrons donc sur cet objet.
Finalement, le seul texte qui a trouvé grâce aux yeux de l'UDC est la R 890, que nous avons amendée pour en faire une résolution générale; il faut se souvenir qu'elle se concentrait sur le domaine des Allières. Il a été décidé de l'amender pour en faire une résolution qui concerne tous les arbres du canton, et c'est en fin de compte la seule bonne décision à nos yeux: il faut préserver l'ensemble du canton et le dire simplement. C'est ce que raconte justement cette résolution que nous vous invitons à voter également. Je vous remercie.
Le président. Merci, Monsieur le député. Je cède la parole à M. le député Vincent Subilia pour trois minutes et quarante-sept secondes.
M. Vincent Subilia (PLR). Merci, Monsieur le président. Chers collègues, quel plaisir de se retrouver entre ces murs qui inspirent non seulement la sérénité qu'on peut appeler de nos voeux, mais aussi la durabilité, laquelle est au coeur des débats qui nous animent ce soir. Contrairement aux propos que j'ai pu entendre dans cet auditoire, notamment sur ma gauche - mais ce n'est une gauche que géographique -, le PLR n'est pas dans le déni cosmique dont parle «Don't Look Up», et contrairement à Meryl Streep, qui incarne la présidente des Etats-Unis, nous ne sommes certainement pas en train de contester la nécessité d'engager des mesures, et des mesures fermes et rapides pour lutter contre les méfaits du réchauffement climatique; je crois que nul dans cette enceinte n'y serait opposé. Simplement, Mesdames et Messieurs, nous devons aussi faire preuve d'une humilité qui consiste à écouter les experts, celles et ceux qui, en matière d'aménagement et de construction, sont quotidiennement confrontés aux problématiques auxquelles ces textes, qui procèdent d'une bonne volonté évidente, souhaitent remédier.
Une critique tend à accréditer que nous sommes dans ce fameux déni cosmique; nous entendons systématiquement celles et ceux qui s'érigent en censeurs de l'humanité pointer un doigt accusateur sur ceux qui, par hypothèse, auraient l'outrecuidance de contester un certain nombre de mesures parce qu'ils les jugent trop contraignantes ou contreproductives, ce qui est avéré, les auditions l'ont prouvé: eh bien, je trouve ce résumé binaire un peu facile. Mesdames et Messieurs, les contraintes imposées par le projet de loi et celles qui pourraient ressortir de la motion sont tout simplement irréconciliables - et nous l'avons entendu de la bouche du PDC - avec un autre équilibre auquel nous devons veiller, celui de l'acte de construire. On l'a vu avec le précédent texte, que nous avons soutenu: on est tout le temps dans cette dialectique, dans ce champ de tension que nous reconnaissons, encore une fois, et auquel il s'agit d'apporter des réponses frappées au coin du bon sens, qui émanent du pragmatisme et qui ne ressortissent pas au dogme, comme il semble que c'est le cas avec ce projet de loi et cette motion - vous pardonnerez la critique que nous formulons ici - et comme les nombreuses auditions, la rapporteuse de majorité l'a rappelé il y a un instant, ont permis de le prouver.
Mesdames et Messieurs, les solutions existent. La Ville de Genève en a apporté la démonstration, puisqu'on parle de densité urbaine - s'il est un centre urbain, c'est bien Genève, c'est d'ailleurs dans cette même salle que le Conseil municipal se réunira bientôt -, en ouvrant il y a deux jours un crédit de 4,5 millions en faveur de la végétalisation de la ville. Compte tenu des majorités en présence dans cette sympathique commune, on peut imaginer que celui-ci sera adopté et visera précisément à répondre à la problématique des îlots de chaleur qui était dénoncée.
S'agissant de réchauffement climatique, Mesdames et Messieurs, nous n'avons pas pour ambition de faire de Genève la Costa Brava; ce n'est pas le but. Nous sommes conscients de la nécessité qu'il y a d'agir, mais il faut agir avec bon sens et pragmatisme. Ecoutons, je le répète, les spécialistes: ils nous disent que ces objets ne contribueront pas directement à régler les problèmes auxquels ils s'attaquent légitimement. Je vous remercie.
Le président. Merci, Monsieur le député. Monsieur le député Marc Falquet, vous avez la parole pour vingt-cinq secondes.
M. Marc Falquet (UDC). Merci, Monsieur le président. On parle de l'importance vitale des arbres; en théorie, c'est joli, mais il faut aussi le mettre en pratique. On vient de voter un PLQ pour lequel on abat quarante arbres et personne, à part l'UDC, ne s'est levé pour dire quoi que ce soit ! Merci. (Commentaires.)
M. Christian Bavarel (Ve). Mesdames et Messieurs les députés, on entend en ce moment beaucoup de discours sur les émissions de CO2. 2030, c'est dans huit ans: alors que nous devrions avoir réduit nos émissions de CO2 de 60% à ce moment-là, nous sommes en train d'atteindre aujourd'hui des records d'émissions de CO2 sur cette planète. On n'a jamais émis autant de CO2 que ces jours-ci !
Si l'on évoque le climat de Madrid, c'est pour donner une image; il s'accompagnera d'événements météorologiques extrêmes. On a eu des précipitations dans les pays de l'Est - oh, Lausanne, on ne va pas trop loin non plus ! - avec 50 mm de pluie en moins d'une heure. Des entreprises ont été inondées - je dis ça pour les gens de droite parce qu'en fait, ça a un coût -, les dégâts se chiffrent en millions. J'aime bien lire les rapports de Swiss Re, vous savez, ces espèces de gauchistes qui font de la réassurance ! Eh bien leurs rapports sont extrêmement alarmants.
Ce qu'on vous dit aujourd'hui, c'est qu'il y a une urgence. Cette urgence, c'est d'adapter la ville aux changements climatiques; c'est d'essayer de faire une ville éponge capable d'absorber des précipitations énormes; c'est de se rappeler que la moitié de l'arbre est sous terre et qu'il a donc besoin de place aussi bien dessous que dessus. Ces textes auraient pu être amendés et améliorés en commission, mais la commission s'y est refusée et il ne nous reste maintenant plus qu'une seule chose à faire: voter ces quatre objets même s'ils sont imparfaits, même s'ils ne vont pas dans notre sens, parce que l'immobilisme... Nous avons tous entendu aujourd'hui des déclarations affirmant qu'on est tous en train de faire des efforts pour limiter nos émissions de CO2 alors qu'on fait exactement l'inverse. Merci. (Applaudissements.)
Le président. Merci, Monsieur le député. Je passe maintenant la parole à M. le député Alberto Velasco, que je remercie de remettre son masque. Merci.
M. Alberto Velasco (S). Terrible - terrible ! Merci, Monsieur le président, de m'avoir amené à remettre mon masque. Mesdames et Messieurs les députés, nous avons effectivement voté un texte tout à l'heure, un projet d'intérêt public - un projet qui demandait simplement de lever les servitudes, même pas, disons, d'immeubles - pour construire des logements, parce que les gens doivent se loger, et M. Falquet s'est élevé contre. Il disait: «Non, non, l'important, ce n'est pas que les gens se logent. L'important, c'est que l'on conserve les arbres !» Evidemment, quand tous ses problèmes dans la vie sont résolus, on peut parfaitement s'occuper des arbres.
Seulement voilà, Mesdames et Messieurs, il y a dans ce canton des femmes avec un enfant qui vivent dans une chambre parce qu'elles ne trouvent pas de logement. Et là, on s'occupe d'abord des arbres au lieu de s'occuper de ces problèmes de logement. Il y a des gens qui travaillent ! Il y a des gens qui travaillent et paient des impôts, mais ils n'arrivent pas à se loger ! Alors je suis d'accord avec la canopée, Mesdames et Messieurs, et je le dis sincèrement, mais il y a des lieux pour planter des arbres et des lieux pour construire, bon Dieu ! Et là, quel que soit le lieu où on veut construire, on vient nous dire qu'il faut préserver les arbres ! Bon, à ce moment-là, je demande aux architectes qu'ils conservent les arbres à l'intérieur des appartements; on va par exemple construire des appartements autour des arbres ! Je ne sais pas, c'est une possibilité, parce que le grand problème de ce canton aujourd'hui, ce ne sont pas les arbres: Genève est l'une des villes les plus arborisées au monde. Une des villes les plus arborisées au monde ! Avec deux cours d'eau qui la traversent !
Par contre, c'est une des villes où le problème du logement est gravissime, et voir que deux projets - deux projets ! - de construction de logements ont été rejetés parce que des partis ont fait campagne en faveur des arbres contre le logement...! On en arrive franchement à une religion: les arbres deviennent une religion ! Ça devient: les arbres d'abord, l'humain après. Non, Mesdames et Messieurs, ce n'est pas possible ! Je veux bien qu'il y ait une politique de conservation de la végétation arborée du canton quand on construit des quartiers, mais... comment dire, prioriser un arbre au détriment de logements où on doit loger des enfants ! Et n'oublions pas que l'économie a besoin de gens formés, de gens qui participent, disons, qui travaillent, qui élèvent des enfants. L'économie en a besoin ! Les arbres, c'est bien, ils apportent des bienfaits, mais si vous ne prévoyez pas de logements pour toutes ces personnes qui contribuent à notre économie - y compris pour celles qui viennent à Genève, parce qu'en venant à Genève, elles participent à notre économie - où va-t-on ? Où va-t-on, Mesdames et Messieurs ?
Vous savez, c'est très démagogique aujourd'hui de parler des arbres, ça fait bien - «ah, tel groupe parle des arbres, c'est bien !» Mais quand vous parlez de ça, vous essayez de faire croire aux citoyens que tout le reste est résolu. Les problèmes sociaux sont résolus, les problèmes de logement sont résolus, les problèmes d'emploi sont résolus, et on a tout le temps de s'occuper des arbres ! Eh bien je trouve quant à moi que c'est un discours un peu passéiste, Mesdames et Messieurs. Ici, dans cette salle, la majorité est bien logée, a de bons revenus et pas de problèmes. Mais il y a une bonne partie des gens qui ont des problèmes. J'ai assisté à une séance avec des dames... (Le président agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole. Un instant s'écoule. Rires.) ...dont certaines avaient les larmes aux yeux parce que, même en travaillant toute la journée, elles ne trouvaient pas à se loger avec leur enfant et vivaient dans une chambre ! Certaines avaient dû dormir dehors ! (Protestations.)
Le président. Merci.
M. Alberto Velasco. Voilà le vrai problème de la république, Mesdames et Messieurs. (Applaudissements.)
Le président. Merci, Monsieur le député. Mesdames et Messieurs, il est 19h; nous prenons note des demandes de parole de même que des temps de parole des uns et des autres et nous poursuivrons ce débat après les points fixes et les urgences s'il nous reste du temps.