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La mystique Gertrude d’Helfta (1256-1302) développe dans ses écrits une théologie convaincue de la miséricorde. La misericordia y est considérée comme la forme essentielle de rencontre avec la présence de Dieu. Dans son ouvrage des Exercices (exercitia spiritualia), précisément, Gertrude d’Helfta envisage fondamentalement la miséricorde divine comme le principe de toute vie. L’homme peut y répondre uniquement par un amour inconditionnel. Les voies catégorielles de connaissance que sont l’intellect, l’émotion ou la sagesse ne permettent d’appréhender ni l’amour, ni la miséricorde. Cette ébauche fait donc de la miséricorde un existential mystique.
La mystique féminine des treizième et quatorzième siècles comprend, dans son ensemble, de nombreuses références à la miséricorde divine. Mathilde de Magdebourg (1207-1282 environ) mentionne très souvent la vertu humaine de la miséricorde, entravée principalement par l’« indolence du cœur ».
A certains égards, la position de Mathilde importe pour le vaste champ de la mystique médiévale féminine. La miséricorde a certes valeur de « principe originel » de l’aide divine. Néanmoins, dans ce contexte, cette miséricorde essentielle passe au second plan, confrontée à la grâce de médiation et aux dons divins concrets. Leurs implications éthiques et les préceptes moraux correspondants dominent le chemin théologique.