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Contrairement à ce que nous pourrions imaginer, la canne à sucre ne provient pas du continent américain comme la pomme de terre ou la tomate. Cette herbacée de la famille des graminées provient d’Asie et aurait ses origines dans les dans l’archipel de Nouvelle-Guinée, il y a plus de 1400 ans, d’où elle aurait été répandue par l’homme dans toutes les îles du Pacifique et dans l’océan Indien jusqu’en Malaisie. On retrouve historiquement la première mention à la canne à sucre dans les récits de Néarque, commandant de la flotte d’Alexandre le Grand et fondateur de la route maritime des épices. Dans son journal lors d’un voyage entre l’Indus et l’Euphrate, il décrit un « roseau donnant du miel sans l’aide des abeilles ». A partir des Indes, la canne à sucre va entreprendre une longue migration d’est en ouest. Quelques siècles plus tard, Dioscoride, un médecin, pharmacologue et botaniste grec dont l’œuvre a été une source de connaissances majeures en matière de remèdes de nature végétale, animale ou minérale, décrit à son avoir découvert en Arabie et aux indes « une sorte de miel croquant sous la dent comme le sel ».
La canne à sucre en Europe
La canne à sucre commence son expansion dans le bassin méditerranéen, en Afrique du nord et au sud de l’Europe au VII ème siècle, au rythme de l’expansion de la civilisation musulmane. En effet, les savants arabes découvrirent les vertus du sirop de sucre pour conserver les qualités des herbes médicinales.
Le reste de l’Europe devra attendre les premières Croisades afin de propager la canne à sucre, grâce aux cultures découvertes en Syrie et en Palestine.
C’est au 15 ème siècle que la canne à sucre atteint les limites extrêmes du monde occidental. Les portugais, grands explorateurs, importent la canne à sucre à Madère alors que les espagnols développent sa culture aux Canaries vers 1480.
Au cours de son second voyage, en 1493, Christophe Colomb transporte des cannes provenant des Canaries et destinées à être cultivées à Saint-Domingue. Au fur et à mesure des expansions espagnoles dans les Caraïbes et aux Antilles, la canne fait systématiquement partie du voyage alors que les portugais la cultivent au Brésil dès le 16 ème siècle et conservent le monopole du marché pendant un siècle.
Les cultures espagnoles de la canne à sucre dans les Caraïbes restent limitées, les conquistadors étant plus intéressés par amasser or et argent et par la conquête de l’Amérique centrale. La canne y est cultivée pour pourvoir à la demande interne exclusivement.
Les portugais, quant à eux, cultivent la canne d’une manière intensive au Brésil. Le climat est idéal et il faut rentabiliser ce territoire dépourvu d’or et d’argent. Mais il faut attendre l’arrivée des anglais et des français, 130 ans plus tard, pour voir naître de véritables projets de plantation de canne à usage commerciale.
A cette époque, on ne parle pas encore de distiller le pur jus de canne. En effet, le sucre est trop précieux et les marges sont confortables pour les sociétés exploitant la canne à sucre. De plus, les méthodes de distillation restent, au 16 ème siècle, le patrimoine exclusif de quelques communautés monastiques. Les premiers rhums, fabriqués selon des méthodes artisanales, ne sont destinés qu’à un usage local: pour la consommation des marins, des flibustiers ainsi que pour « payer » les esclaves.
Une boisson pour les marins et les esclaves
C’est au 17 ème siècle, grâce à l’arrivée en Guadeloupe et en Martinique des exilés hollandais chassés du Brésil par les portugais, que la distillation industrielle apparaît dans le Nouveau Monde. Cette nouvelle technologie permet de cristaliser un sucre de qualité, dit « sucre terré ». Accessoirement, elle permet aussi d’obtenir une mélasse de qualité qui va servir de matière première dans les alambics pour être distillée.
La mauvaise qualité du rhum attirera le mépris des classes bourgeoises et des colons. Malgré les perfectionnements apportés par le père Labat au 18 ème siècle et l’apparition de rhums distillés directement à partir du jus de canne, le rhum sera considéré comme la boisson des classes pauvres et ce, jusqu’à la fin du 19 ème siècle.
Ce n’est qu’au 20 ème siècle, avec l’engouement autours des cocktails et des punchs, que le rhum accédera à la notoriété.