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Si la montre suisse existe depuis plusieurs siècles,
la fabrication industrielle de la boite n'a vraiment débuté qu'en
1876, après la visite aux Etats Unis d'une commission suisse qui
a pu se rendre compte de leur avance industrielle dans ce domaine
et commencer à faire appliquer en Suisse des procédés similaires.
Depuis lors, outre les progrès technologiques (citons l'utilisation
de l'acier inoxydable pour remplacer les montres en laiton, puis
la généralisation de la montre étanche dès les années 1960, surtout
grâce aux travaux d'Ervin Piquerez), c'est essentiellement la mode
qui a conditionné l'évolution de la branche.
Elle a introduit les boites extra plates et favorisé la construction
de calibres spéciaux comme celui de la " Délirium ", dont les développements
ultérieurs lui permirent de devenir le calibre utilisé dans la "
Swatch " actuelle.
Ce sont aussi la mode et la demande du marché qui ont généralisé
l'usage de verres en saphir et de matériaux inrayables.
Tour panthographe ou à copier, fin XIXe siècle,
Musée International d'Horlogerie, La Chaux-de-Fonds
Les exigences toujours croissantes de la mode ont à la fois stimulé
et tiré parti de l'évolution de la technique. Les premiers balanciers
mécaniques ont été remplacés par des presses hydrauliques qui permettent
aujourd'hui d'automatiser complètement le processus d'étampage et
de recuite.
La fabrication des étampes, autrefois entièrement faites à la main,
est grandement facilitée par les automates d'érosion à fil ou par
enfonçage.
Les anciennes machines " Gudel ", références absolues de l'usinage
sur lesquelles on faisait toutes les opérations d'enlèvement de
copeaux, ont été remplacées par des centres d'usinage à plusieurs
axes gérés par des commandes numériques.

Même le polissage, qui était resté l'un des derniers bastions du
travail manuel, est en passe de se mécaniser par l'introduction
de robots de plus en plus performants, capables de reproduire le
travail du polisseur.
Les seules opérations impliquant le savoir-faire artisanal sont
l'assemblage des composants de la boite et le contrôle visuel final.
Comme on s'en doute, ces évolutions ont complètement transformé
le métier de boîtier. D'abord purement artisanal il est devenu l'affaire
de spécialistes dans de nombreux domaines modernes, et demande aujourd'hui
un apprentissage encore plus long qu'autrefois (plusieurs années)
.La fabrication en série et le besoin de composants interchangeables
ont fait émerger les concepts modernes de métrologie et de contrôle
statistique, activités qui n'existaient pas sous cette forme jusque
là. Enfin, le développement fulgurant de l'informatique a bouleversé
la gestion des entreprises actuelles.
Il n'est plus pensable aujourd'hui de se passer des programmes de
conception et de production assistée par ordinateur. Sans ces nouveaux
outils, je ne suis pas sûr que les patrons actuels auraient la possibilité
de créer et faire fructifier leurs usines - ils n'ont plus rien
à voir avec les Francillon, Favre-Perret, et autres Ruedin d'antan.
Tour à refrotter, début XXe siècle,
Musée International d'Horlogerie, La Chaux-de-Fonds
L'industrie de la boite de montres
en Suisse se trouve, depuis quelques années, à un tournant. Elle
est confrontée à plusieurs phénomènes qui influencent son avenir.
En premier lieu, émerge la concurrence, de très bonne facture, pronenant
de l'Extrême Orient. Si, il y a quelques années, cette concurrence
n'était que dans le " bas de gamme ", elle occupe aujourd'hui le
moyen de gamme et s'approche dangereusement du haut de gamme. Cette
concurrence exerce une très forte pression sur les prix et oblige
les fabricants suisses à rester très compétitifs. Néanmoins une
réduction des marges amène aussi sa cohorte d'incoveniants et désavantages
à longue échéance. N'oublions que c'est le cash-flow qui permet
les investissements pour améliorer l'outil de fabrication.
A cette concurrence s'ajoute la verticalisation des groupes horlogers
ainsi que leur concentration qui ont le même effet sur les prix
et partant sur le cash-flow, etc., etc.
Concentrations et verticalisations qui n'ont pas encore apporté
leur preuve de pérennité. J'attends encore la preuve que la politique
menée par les nouveaux managers financiers, qui doivent donner satisfaction
à leur actionnaires, est viable à longue échéance.
Par ailleurs, il est actuellement impossible de juger des effets
de l'Internet sur le futur de la boîte de montre.
Pour terminer sur une note optimiste, il faut relever que notre
industrie apporte tous les jours des innovations technologiques,
souvent brevetées, qui lui donnent une avance indéniable.
Qu'il y aura toujours des niches à occuper, comme la proximité,
la possibilité de réagir vite pour apporter de solutions, ou la
capacité de gérer des petites séries à des coûts acceptables.
Ce sont des atouts de l'industrie suisse de la boîte de montre et
il ne faut pas oublier que cette industrie s'est relevée malgré
un nombre impressionnant de crashs et qu'elle existe toujours.