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Considérée comme la plus «classique» des symphonies de Brahms, certainement la plus stricte et la plus concentrée, cette œuvre semble avoir semé quelque doute chez son auteur. Il avait entouré la composition d’un certain mystère, laissant même entendre que l’ouvrage en chantier pourrait être un concerto pour piano. De fait, la Quatrième Symphonie a occupé Brahms deux étés durant. L’Allegro et l’Andante ont été écrits en 1884, lors d’un séjour alpestre en Styrie, alors que les deux autres mouvements ont été complétés l’été suivant. Encore heureux qu’il soit parvenu aux oreilles des mélomanes, puisque le manuscrit a failli partir en fumée dans l’incendie qui a ravagé la résidence estivale de Brahms! Comme de coutume, c’est à Vienne que le compositeur a donné une première audition privée de l’ouvrage, dans une transcription à deux piano qui dérouta ses amis les plus fidèles. Brahms n’en changea pourtant pas une note et, après une préparation minutieuse avec les musiciens de l’orchestre, la Quatrième Symphonie remporta un succès retentissant lors de sa création à Meiningen. Theodor Billroth, l’ami zurichois de Brahms, trouva toutefois le musicien «trop puissant, trop plein, trop intérieur pour être saisissable à la seule audition». De fait, l’opus 98 se distingue par sa gravité et son humeur tourmentée, que souligne une tonalité de mi mineur peu usuelle chez les symphonistes. L’ouvrage se distingue surtout par son dernier mouvement, construit sur le modèle préclassique de la chaconne et déclinant trente-cinq variations sur un thème emprunté à la Cantate BWV 150 «Nach dir, Herr» de Bach.