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Il a fait de son style vestimentaire une véritable marque de fabrique. Jean-René Fournier, élu lundi à la présidence du Conseil des Etats, ne passe pas inaperçu. Il est reconnaissable entre mille.
Le veston à col droit lui donne une apparence de chasseur bavarois. "Avec les affaires de loups, j'étais identifié comme conseiller d'Etat chasseur", raconte Jean-René Fournier. Et un jour, sa femme découvre ce genre de veste dans un magasin de Sion et lui dit de l'essayer. "C'est devenu ma carte de visite".
L'habitude de présider
Autre caractéristique de Jean-René Fournier, il aura présidé toutes les autorités dans lesquelles il a siégé. Sa carrière politique débute en 1985 avec une élection au Grand Conseil valaisan, dont il devient député-suppléant, puis député quatre ans plus tard. Il est élu à la présidence du parlement cantonal en 1995.
L'accession à ce perchoir marque le véritable début de sa carrière politique. "Sans cela, elle n'aurait jamais été ce qu'elle fut", estime-t-il. Mais le Valaisan admet avoir bénéficié de "circonstances favorables". Lors des élections de 1993, il sort premier de sa liste et, en 1995, c'est le tour de son groupe politique, le PDC, d'accéder à la présidence.
Au gouvernement
Deux ans plus tard, il a alors 36 ans, le démocrate-chrétien est candidat au Conseil d'Etat valaisan. A Sion, deux autres personnalités, alors bien plus connues, sont sur les rangs lors de la primaire du parti. Alors que les observateurs ne lui donnent guère de chance, il tient devant les 1200 personnes présentes un discours dont il bannit toute langue de bois.
La sincérité et la transparence des propos font mouche. Contre toute attente, il est désigné dès le premier tour, loin devant ses concurrents pourtant plus capés. "Quelle émotion à l'annonce des résultats, c'est un sentiment inoubliable", dit-il.
Douze ans durant au Conseil d'Etat, qu'il présidera à deux reprises, l'homme tentera de maintenir cette ligne de vérité. Ce qui lui vaudra des critiques, notamment sur sa position vis-à-vis du loup. Mais lui permettra aussi de défendre des positions claires comme dans le dossier de Loèche-les-Bains qui comportait un gros risque financier pour le canton.
Moins visible
Elu au Conseil des Etats en 2007, son action politique se dilue un peu dans la masse. Il n'est plus l'homme en vue d'un gouvernement cantonal, mais un parlementaire fédéral parmi d'autres. Il admet volontiers que l'activité de sénateur est peu spectaculaire. "C'est du travail d'équipe".
Le Valaisan obtient pourtant quelques succès qui lui tiennent à coeur, comme la possibilité pour les cantons d'exiger des garanties financières pour la dépollution des sols. La défense de la péréquation financière et des forces hydrauliques l'ont aussi occupé durant ses trois mandats à Berne.
Une carrière politique ne se construit pas sans déceptions. Jean-René Fournier ne cache pas que les ouis populaires à la Lex Weber et à la loi sur l'aménagement du territoire (LAT) figurent en tête de ses grandes déconvenues politiques.
L'acceptation de la Lex Weber, "personne ne l'a vue venir", dit-il non sans regrets. "On aurait pu gagner cette votation en mettant mieux en avant le principe du fédéralisme". Quant à la LAT, "la défaite est cuisante", admet-il.
Proche des PME
Si l'activité parlementaire est peu spectaculaire, c'est parce qu'elle se construit avant tout en commission, ou en assurant le lien avec la société civile. Sous la Coupole, M. Fournier préside l'importante Délégation des finances de sa Chambre, et siège dans les commissions des finances, de politique extérieure et de la sécurité notamment.
Ex-président de l'Union valaisanne des arts et métiers et vice-président de l'usam, Jean-René Fournier se distingue dans le dernier classement des parlementaires les plus favorables aux PME. Outre l'usam, il siège dans les comités ou conseils d'administration d'une dizaine d'associations ou sociétés, notamment actives dans les assurances ou l'énergie, et préside le conseil d'administration de la Loterie romande.
Sans regrets
A quelques encablures de sa retraite politique, au terme de son année de présidence du Conseil des Etats, Jean-René Fournier ne nourrit pas de regrets sur sa carrière. Pas plus qu'il n'appréhende de quitter une activité qui l'aura occupé 34 ans durant.
L'homme est serein. "La plus grande réussite de ma vie, c'est ma famille. Nous avons six enfants bien dans leur peau et nous sommes quatre fois grands-parents".
La famille, c'est aussi ce que le démocrate-chrétien qualifie de succès le plus important de sa carrière politique. Car il est à l'origine de l'inscription dans la constitution cantonale de l'article pour la promotion et la protection de la famille qui a servi de base légale au développement de la politique familiale valaisanne.