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De l'absurde à l'amour par la révolte, tel est le destin de l'homme sans Dieu pour Camus. Pour qui est conduit à l'athéisme par un regard sans complaisance sur le réel et qui veut combattre ce qui détruit l'homme, l'essentiel n'est-il pas de chercher à comprendre quelle attitude adopter face à l'absurde ? Albert Camus a tenté de répondre à cette question par un humanisme radical que retrace bien l'ouvrage d'Arnaud Corbic. La richesse de sa pensée est synthétisée à travers les trois grandes notions de son univers philosophique : l'absurde, la révolte et l'amour.
Disposition existentielle préexistant à toute catégorie logique, l'absurde qualifie le désaccord fondamental entre le caractère proprement irrationnel du monde et le désir humain d'y trouver une signification.
A cette confrontation déchirante ne peut répondre que la révolte. Elle n'est pas d'abord émotion mais décision, volonté de faire face. En effet, l'homme se doit d'affronter le non-sens par une attitude de confrontation à sa propre absurdité. Chez Camus, absurde et révolte sont contemporains, laissant jaillir le sens possible par un engagement courageux pour la justice.
Sagesse humaine et modeste, refusant une philosophie de l'histoire ensanglantée au nom d'un humanisme abstrait, la révolte a le sens des limites. Contestation incessante, elle est mesurée par l'amour concret de la vie et de l'homme. Cet étrange amour fait barrage aux déviations nihilistes en combattant le mal qui opprime l'homme. Réaliste, il croit à ce qui est ; il affirme la valeur sacrée du monde, de l'homme et de la terre. Cette fidélité est refus des arrière-mondes.[1] Originaire, l'amour permet ce consentement premier et ultime à la vie et assume en une naïveté seconde l'absurde, en fondant une révolte solidaire des combats contre l'injustice et le mal.
Théologiquement parlant, cet ouvrage gagne encore en intelligence lorsque, dans le dernier chapitre, l'auteur met en parallèle l'oeuvre de Dietrich Bonhoeffer avec celle de Camus. En quelques pages remarquablement emmenées, nous découvrons que ce dernier s'est élevé à juste titre contre une conception faussée d'un christianisme où Dieu est soit tout-puissant et malfaisant, soit bienfaisant mais stérile.[2]
Sa critique pertinente tombe lorsqu'elle est mise en rapport avec la Révélation chrétienne. En effet, celle-ci entre en consonance - et Bonhoeffer l'a bien mis en lumière - avec la critique des arrière-mondes refusant un Dieu bouche-trou, un Deus ex machina, pour révéler un humanisme radicalisé par la kénose divine. L'attitude de celui qui est devant Dieu et avec Dieu, mais qui vit dans un monde sans Dieu, rejoint celle de celui qui trouve son point d'appui dans l'amour, au-delà de la révolte. Qu'advienne alors le secret de la Vie qui est du ressort de l'intime de la conscience et du mystère de Dieu.
1 - Au sens nietzschéen : toute philosophie qui dévalorise le réel, le sensible, au profit d'un monde idéel et idéal.