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Publié le: lundi 10 avril 2017
La dent, un organe vivant
La couronne dentaire est composée d'émail et de dentine qui sont les tissus les plus durs, les plus résistants et les plus minéralisés de l'organisme. Cependant comme les dents sont exposées aux contraintes de la mastication et subissent des traumatismes liés aux bagarres, aux jeux et aux accidents de la vie, ce sont aussi les organes qui se cassent le plus fréquemment. Dans une étude rétrospective sur une population de 621 chiens et chats présentés pour un traitement dentaire, 26,2 % des individus examinés montraient une blessure traumatique dento-alvéolaire dont 49,6% de fracture dentaire complexe. Les canines étaient les dents les plus souvent cassées avec 35,5% des cas*.
*Soukup JW, Hetzel S, Paul A. Classification and Epidemiology of Traumatic Dentoalveolar Injuries in Dogs and Cats: 959 Injuries in 660 Patient Visits (2004-2012). J Vet Dent. 2015 Spring;32(1):6-14.
Conséquences de la fracture sur la santé de la dent
Les fractures peuvent être complexes ou simples selon qu'il y a effraction pulpaire ou non. Le cas échéant, la pulpite qui en résultera sera accompagnée d'une très forte augmentation de la pression intra-pulpaire, ce qui engendrera une nécrose pulpaire dans les 10 jours suivants le traumatisme*. Deuxièmement, la pulpe sera exposée directement aux bactéries de la flore buccale qui envahiront l'endodonte et créeront un réservoir infectieux permanent à mi-chemin entre la bouche et l'os alvéolaire. Dans un troisième temps, l'infection progressera au niveau du parodonte et de l'os alvéolaire via les canaux du delta apical. Cela engendrera une réaction périapicale clairement visible sur les clichés radiographiques, quelques semaines déjà après le traumatisme. Cette réaction qui peut se présenter sous la forme d'un granulome, d'un kyste ou d'un abcès peut rester plusieurs mois voire plusieurs années à l'état latent, jusqu’au jour où le processus infectieux se transformera en chique accompagnée d'une fistule.
*Hale FA1. Localized intrinsic staining of teeth due to pulpitis and pulp necrosis in dogs. J Vet Dent. 2001 Mar;18(1):14-20.
Pourquoi les chiens ne montrent ils donc que rarement de signes de douleurs ?
Immédiatement après le traumatisme, la douleur aigue est très vive mais ne dure jamais très longtemps. Les chiens se cassent rarement une dent en présence de témoins, mais quand c'est le cas, la plupart des chiens réagissent en criant ou en stoppant nette leur activité. Par ailleurs les chiens sont très résistants face à des douleurs chroniques et ne montrent que rarement de signes visibles. Il existe suffisamment d'exemples de fractures dentaires chez l'homme qui peuvent témoigner à quel point cette expérience est douloureuse. Cependant, comme la pulpe, et à fortiori les fibres nerveuses, se nécrose rapidement, la sensation de douleur disparait complètement dans les 10-15 jours qui suivent le traumatisme. Ce n'est qu'avec le développement d'une infection périapicale que la douleur va réapparaitre, épisodiquement et au gré des stimulations du parodonte, lors de mastication par exemple. Cela signifie que seules les dents qui sont sollicitées lors de la mastication peuvent potentiellement engendrer de la douleur, donc principalement les carnassières.
Peut-on traiter une dent cassée avec des antibiotiques et des anti-inflammatoires ?
Les antibiotiques ne devraient être utilisés qu'en cas de forte enflure accompagnée de fièvre ou dans les rares cas où on souhaite procéder à un coiffage pulpaire dans les 48 heures qui suivent le traumatisme chez de jeunes chiens de moins de 2 ans. Les anti-inflammatoires non-stéroidiens font déjà plus sens, car il importe de diminuer l'enflure ainsi que la douleur. Cependant le traitement médicamenteux seul est inefficace. Une dent cassée avec effraction pulpaire doit toujours être traitée soit par extraction, soit par un traitement endocanallaire (traitement de racine). En ôtant la dent, on retire ce réservoir infectieux que représente la pulpe nécrosée. En procédant à un traitement de racine, on retire la pulpe nécrosée, tout en conservant la dent en bouche, fonctionnelle bien que dévitalisée.
Quels types de dents peut-on traiter par ce procédé?
En principe on peut traiter n'importe quel type de dent. Dans la pratique ce sont les canines qui sont le plus souvent traitées conservativement car pour les chiens qui font du mordant, ce sont des outils de travail et en cas de fracture, leurs propriétaires sont très demandeurs. Mais dans l'absolu, c'est la carnassière supérieure qui est le plus souvent cassée chez les chiens toutes races confondues et pour une dent qui a une fonction masticatoire aussi importante, on devrait tout faire pour essayer de la conserver. Il est donc primordial de toujours examiner les carnassières attentivement lors d'un examen de bouche car la zone de fracture est souvent recouverte de tartre et donc plus difficile à identifier. Les incisives sont également souvent traitées conservativement car ce sont les "dents du sourire" et certains propriétaires tiennent absolument à les maintenir en bouche.
Quand faut-il traiter une dent cassée ?
Le plus tôt possible si c'est un jeune chien avec une dent immature. Par contre pour les chiens adultes ou si la fracture est ancienne, il n'y a pas de caractère urgent. Mais on conseille tout de même de traiter dans les jours ou les semaines suivant le diagnostic afin de limiter l'impact de l'infection périapicale sur la santé générale de l'animal.
Combien coute un traitement de racine ?
Les couts varient selon le type de dents, le nombre de dents traitées dans une même procédure et de la technique utilisée. Si on prend l'exemple d'une canine chez un chien de grande race, les couts du traitement se situeront aux environs de 700.- à 800.-.
Comment prévenir les fractures ?
Il appartient à chaque propriétaire de prémunir son chien contre tout accident et d'éviter les facteurs prédisposant : jeux avec des bâtons, cailloux, mordant, bagarre entre chien. Il est délicat voir éthiquement discutable de protéger les dents avant qu'elles ne se cassent. Par contre on peut protéger les dents déjà cassées ou trop fortement usées par des techniques de restauration, comme les couronnes métalliques ou céramiques.
Dr Philippe Roux
Publié le: mercredi 20 janvier 2016
Aujourd’hui, il existe de plus en plus de nouvelles espèces considérées comme animaux de compagnie. Parmi ces Nouveaux Animaux de Compagnie (NACs), les lapins, de part leur petite taille (surtout les races naines), la douceur de leur pelage et leur image d’animal inoffensif, sont des compagnons très appréciés. Mais, tout comme le chat qui urine sur le lit de ses propriétaires lorsqu’il est frustré de ne pas pouvoir sortir, la captivité a aussi des conséquences sur le comportement et le bien-être des lapins. Voici donc quelques outils simples pour donner la plus belle vie possible à nos compagnons à grandes oreilles, ainsi que pour reconnaître les signes de leur mal-être et les corriger en fournissant un environnement le plus adapté possible.
Tout d’abord, le lapin est fait pour vivre en groupe. S’il est tout seul, il lui manquera un compagnon avec qui « communiquer », et il peut finir par s’ennuyer. Mais si on place trop de lapins dans une cage trop petite, ils manqueront de place et finiront par devenir agressifs entre eux, voire avec leur propriétaire ! L’idéal est donc de garder les lapins par deux ou 3, avec un accès à l’extérieur de leur cage dans une pièce assez calme pour qu’ils ne soient pas trop confinés.
Par ailleurs, l’alimentation est très importante chez le lapin. Dans la nature, il passe presque la moitié de son temps à manger. Pour qu’il puisse y consacrer autant de temps en captivité, il faut qu’il soit nourri à volonté. Mais attention ! C’est un herbivore, donc sa principale alimentation doit être le foin ! Les graines ne sont qu’une « friandise ». Le lapin les préfère généralement au foin, mais il les avale tellement vite qu’il en mange trop et n’a ensuite plus faim pour le foin. Comme les graines sont très caloriques, il grossit, parfois jusqu’à ne plus pouvoir se toiletter. Ses dent, normalement limées par la mastication du foin, poussent trop et blessent sa langue et ses joues. Et pour couronner le tout, il passe beaucoup moins de temps à manger, et finit donc par s’ennuyer.
Un lapin qui s’ennuie développe des comportements anormaux ou indésirables. On peut par exemple le voir mordiller les barreaux de sa cage, gratter frénétiquement le sol, secouer la tête un peu trop souvent, se lécher jusqu’à en perdre ses poils, ou ronger tout ce qui lui passe sous la dent (ce qui est normal pour le lapin, mais embêtant s’il s’agit de vêtements ou de fils électriques…). Ces comportements sont des signes de frustration et de stress, et pour les réduire, il faut enrichir l’environnement.
Avec la présence d’autres lapins pour communiquer, un accès à l’extérieur de sa cage pour se mouvoir en semi-liberté, un abri où se reposer et du foin à volonté, l’environnement du lapin est déjà facilement enrichi. Afin de parfaire le bien-être de notre compagnon, on peut lui proposer des objets à ronger (rouleaux de papier toilette vide par exemple), ce qui diminue également la probabilité qu’il s’attaque à des objets auxquels le propriétaire tient. Comme il aime se placer en hauteur, des plateformes sur lesquelles il peut monter seront très apprécié par le lapin (abri, chaises basses, canapé, ou des plateformes prévues exprès pour lui dans sa cage…). Il est également très joueur, et adore pousser une balle avec son nez (surtout si elle renferme quelques petites friandises !).
Tout ces petits détails semblent peut-être insignifiants, mais permettent à nos compagnons poilus de se sentir mieux dans leur environnement (source: Dr Cécile Grobon, Bases éthologiques et problèmes comportementaux des principaux NACs).
Votre équpie du cabinet vétérinaire Bastet, Dr Christoph Dubosson