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Pourquoi les tenants de la droite dure dans deux grands partis nationaux, l’Union démocratique du centre (UDC) et le parti radical démocratique (PRD), sont-ils originaires du canton de Zurich? Pourquoi les courants politiques que représentent Blocher et Merz et leurs fidèles lieutenants, courants dans lesquels existent une forte composante anti-européenne primaire et, ne l’oublions pas, un fort attrait américain plutôt républicain, proviennent-ils d’un lieu assez bien délimité du territoire helvétique?
Un ami zurichois m’a soufflé le début d’une réponse: Alfred Escher (1819-1882), l’industriel et banquier zurichois, l’un des pères fondateurs de la Suisse moderne et du Crédit Suisse, surnommé le tsar de Zurich, était un manchestérien pur et dur, partisan d’un capitalisme sans frein et d’une politique de laissez-faire, d’une régulation par le seul marché, sans règle ni droit pour le travail. Un modèle bien éloigné du capitalisme rhénan, dit social, de l’Allemagne d’après 1945.
Mais cette piste n’explique pas tout. La culture et l’histoire, fussent-elles économiques, sont des éléments importants, mais pas exclusifs. D’autant plus, qu’Alfred Escher fut contesté avec succès par le mouvement démocratique, comme le sont aujourd’hui, peut-être avec moins de réussite, les chefs de l’UDC. Il est nécessaire de ressortir des faits plus récents qui, semés dans ces terreaux, peuvent expliquer Zurich, «berceau» de la «droite dure».
Il y a une bonne dizaine d’années, Zurich se profilait comme la ville la plus importante du pays, l’agglomération principale, la métropole, au sens premier de ville-mère, de la Suisse. Elle ne semblait pas être en concurrence avec les autres villes helvétiques, mais avec d’autres villes européennes comme Londres, Francfort, Paris ou Bruxelles. Elle devenait une ville globale, un centre international de contrôle et de décision. Ce fut alors la stratégie de l’«Unique» et les appellations emblématiques de Unique Airport pour l’aéroport de Kloten et de Downtown Switzerland pour la ville elle-même. Une stratégie d’où la naïveté n’était pas absente et qui manifestait sinon une arrogance, du moins une difficulté pour les Zurichois à assumer leur rôle: on ne naît pas habitant – responsable – d’une métropole, on le devient!
Mais depuis lors, quelques turbulences ont bousculé cet ambitieux projet: la faillite de Swissair, le rachat de Swiss par Lufthansa… et aujourd’hui la crise d’UBS. Certes de nombreuses autres activités et entreprises se portent bien, mais il est difficile d’être en concurrence avec des villes d’Europe lorsque l’on n’est pas dans l’Europe.
Quand on affiche l’ambition d’être «Unique», l’Alleingang de la «droite dure», anti-européene et pro-américaine, a un double prix. Il agit comme un frein économique et social qui engendre des déçus et des mécontents de toutes provenances, lesquels rejoignent le camp de la droite dure et poussent ses leaders à radicaliser leur politique.