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Synonyme d'auto-réflexivité, d'auto-définition de l'œuvre d'art, d'intérêt pour son essence, le modernisme a rejeté l'ornemental et le décoratif à sa périphérie, dans la répétition, dans le compulsif, l'inessentiel, le marginal. Travailler à cette lisière, dans ce refoulé, afin d'en tirer une vision critique de la prolifération des images est la préoccupation majeure de Peter Kogler.
Depuis 1980, P. Kogler utilise des motifs digitalisés la programmation informatique lui permettant de les répéter, de les reproduire sur des supports réels, de les combiner, de les adapter à un espace d'installation ou à de nouveaux moyens techniques tels que la vidéo ou le 'web'. En 1986, pour sa contribution à « Aperto », l'ancienne manifestation 'off' de la Biennale de Venise, il propose une série de portraits informatiques sérigraphiés sur toile qui font singulièrement penser à des caricatures autre genre peu apprécié dans la sphère de l'art légitimé. Dans le catalogue figure une autre série de portraits dont l'unique personnage perd peu à peu ses traits humains pour ressembler à une sorte de machine cauchemardesque. Tous sont sous-titrés par un énoncé qui semble émis par le personnage en question : « I am an antique art dealer / I make my living / out of the craze / for pre-plastic object / I am a bit of a social historian myself / antique dealers have to be / so I know something of man's crazes for artefacts through the ages / the stuff that sells big today ». L'ironie violente propre à l'énoncé de ce genre de pratiques ou d'opinions équivaut à une critique de l'autonomie artistique qui n'est pas étrangère non plus aux motifs que sélectionne Kogler. Ainsi, à une série de motifs géométriques qui jouaient avec des cordages et des yeux il juxtaposait, dans le catalogue de son exposition à la Galerie Krinzinger en 1988, des slogans qui parodiaient certains des clichés de l'art moderne — « man kriegt was man sieht » (on reçoit ce qu'on voit) — et qui ne laissaient guère de doutes sur ses intentions critiques — « die wissenschaft steht in enger beziehung zu übermittlungsfehler » (la science est en rapport étroit avec les erreurs de transmission) ; « unsere leistung für alle » (notre offre pour tous) ; « ja, das gesicht hat eine grosse zukunft » (oui, le visage a un grand futur), « erfolg vergnügen flucht wachstum » (succès plaisir évasion croissance) ; « einfachheit ist eine hälfte der strategie » (la simplicité est une moitié de la stratégie). Avec les fourmis et les tuyaux, métaphores du social et des réseaux dans lesquels celui-ci semble aujourd'hui s'abîmer complètement, Kogler définit également des motifs simples ou évolutifs qui lui permettent de saturer l'espace qui sert de support à ses interventions. La dimension obsédante de ces figures, leur caractère répétitif ou labyrinthique, les connotations archaïques qu'elle peuvent susciter, expliquent aussi la facilité avec laquelle elle peuvent réactualiser des contenus psychiques ce qui n'est peut-être pas innocent si on se rappelle que c'est à Vienne au début du siècle, dans le contexte qui a vu l'invention de la psychanalyse, que la question de l'ornement a été posée avec le plus d'acuité et de violence.
Pour son intervention au Mamco, P. Kogler envisage un décor complexe fait de la superposition de deux réseaux tubulaires, l'un rouge, l'autre vert. Sur l'une des parois, une image vidéo sera projetée sur cet entrelacs. Grâce aux lunettes 3D qui seront mises à disposition, le spectateur se croira assailli par des boules couvertes de circonvolutions analogues à celles du cerveau. Elles devraient contribuer à créer une atmosphère de saturation de l'espace résultant autant de la présence physique de l'intervention de Kogler que de l'impression de plonger dans un monde virtuel sans limite ni fond.