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Logos est le thème central de la Réforme ; mais c’est aussi le problème de la Réforme.
La traduction latine du mot grec logos est verbum, un mot qui fut à son tour traduit par Luther et Zwingli par das Wort, la parole. Il en résulta la place centrale occupée par la prédication dans l’Église réformée. Or la signification originelle du mot logos en grec est beaucoup plus large que la parole. Déjà dans le chef d’oeuvre de Goethe, Faust peine à traduire ce terme et ne parvient guère à trouver une solution satisfaisante.
C’est entre autres pour cette raison que l’oratorio Logos est chanté en différentes langues : turc ancien, grec, latin, hébreu, allemand de Luther et français du XVIe siècle. Dans ce mélange de langues digne de Babel, la parole reçoit de nouveau quelque chose comme une « signification transcendantale » qui résiste à toute compréhension trop directe. Logos reçoit de nouveau cette qualité mystique qui échappe au concept.
L’oratorio Logos réfléchit l’époque de la Réforme qui ressemble sous bien des aspects à notre époque. On y fit de grandes découvertes : les armes à feu, la technique moderne de navigation et l’imprimerie furent celles qui eurent les plus importantes conséquences. Les guerres de religion causèrent d’importantes destructions et l’Empire ottoman menaçait de conquérir l’Europe. Comme aujourd’hui, mais pour d’autres raisons, des flux de population importants remontaient le cours du Danube en direction de l’Europe centrale. Les ennemis les plus dangereux de l’Occident étaient alors les jeunes janissaires, formés dès l’adolescence à la guerre sainte dans des écoles spécialisées du Sultan. Les chants de janissaires dans l’oratorio Logos témoignent de cette histoire.
L’époque de la Réforme fût un temps de bouleversement, de catastrophes, de conflits entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, mais une époque de progrès aussi : voilà ce que Logos veut ressaisir.
Superstition, guerre, inquisition, épidémies, appât de l’or, conquête du monde, alchimie, mystique et guerre de religion marquèrent de leur empreinte la Réforme. À cette époque comme aujourd’hui, les hommes étaient à la recherche du logos, de la force primitive capable de les conduire, cette force qui nous promet son aide dans les temps difficiles.
La parole seule ne suffit pas ; elle est trop vite corrompue et déformée. Le logos se trouve à une plus grande profondeur. Comme universalia ante rem, une réalité universelle antérieure aux choses, la musique nous montre un chemin direct pour accéder au logos. Comme Tolkien l’a si bien décrit, il s’agit de trouver la mélodie primitive qui, tout au commencement, a été diabolisée par Lucifer : il chanta d’autres notes et les anges, furieux, le chassèrent du ciel.
Mais Dieu sourit…
Daniel Schnyder