Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07079.jsonl.gz/921

En Suisse, un conducteur sur cinq a pris le volant après avoir trop bu au cours des douze derniers mois, 30% des accidents de la circulation sont liés à l'alcool et plus de 18 000 personnes ont été condamnées pour ivresse au volant en 2001, dont 15-25% de récidivistes. Cet article passe en revue les mesures de prévention après une première infraction pour ivresse au volant actuellement conduites en Europe et en Amérique du Nord et en évalue l'efficacité en termes de prévention des récidives. En moyenne, ces programmes de prévention permettent une réduction des récidives de l'ordre de 40%. L'efficacité semble supérieure pour des programmes combinant plusieurs types d'interventions, éducatives et comportementales, assorties de mesures de répression. De nombreuses questions restent sans réponse et justifient de poursuivre des efforts de recherche dans ce domaine majeur de santé publique.
L'alcool au volant est un problème majeur de sécurité routière et de santé publique : en Suisse, en 2002, l'Office fédéral de la statistique a recensé 2506 accidents de la route dans lesquels l'alcool était impliqué ; ces accidents ont fait 93 morts, 815 blessés graves et 2367 blessés légers. Le bureau de prévention des accidents (2003) attribue 30% des accidents de la circulation à l'alcool. En dépit de nombreuses campagnes de prévention, le nombre de personnes roulant avec un taux d'alcoolémie égal ou supérieur à 0,8 g pour mille reste important : en Suisse, en 2001, 18 613 personnes ont été condamnées pour ivresse au volant ;1 de plus, la police étant habilitée à contrôler l'alcoolémie des conducteurs uniquement en cas de suspicion d'une alcoolisation excessive, on est en droit de considérer que le nombre de personnes conduisant en état d'ébriété est en réalité beaucoup plus élevé ; en outre, selon une enquête téléphonique menée par l'Office fédéral de la statistique 2 auprès de 6000 ménages en Suisse, 22% des conducteurs reconnaissent avoir pris le volant au moins une fois au cours de l'année malgré l'impression d'avoir un taux d'alcoolémie égal ou supérieur au taux autorisé. Par ailleurs, le pourcentage de récidives d'ivresse au volant est extrêmement élevé ; en effet, il se situe entre 15% et 25% en l'absence d'intervention visant la prévention des conducteurs.1-3
En Suisse, comme dans de nombreux pays, des mesures destinées à éviter la récidive chez des personnes condamnées pour alcool au volant ont été introduites et pour certaines évaluées. Le but de cet article est de décrire ces programmes de prévention et d'évaluer leur efficacité.
En Suisse, une personne qui conduit en état d'ébriété s'expose à un retrait de permis d'au moins deux mois pour une première infraction (Loi fédérale sur la circulation routière ; art. 17.1.b) et d'une année au minimum en cas de récidive dans les cinq ans (Loi fédérale sur la circulation routière ; art. 17.1.d). Dans ce type de retrait, dit «retrait d'admonestation», passé ces minimums légaux, le permis peut être restitué avant le terme indiqué sur le jugement, sous certaines conditions (suivi par un service d'alcoologie ou participation à un cours de formation complémentaire). Par ailleurs, lorsqu'un conducteur est diagnostiqué alcoolique, son permis est retiré pour une durée indéterminée («retrait de sécurité») et sa restitution ne peut intervenir que lorsque la personne a pu faire la preuve en se soumettant à un contrôle d'abstinence par un médecin ou un service d'alcoologie qu'elle a résolu son problème d'alcool ; la restitution est alors accompagnée d'un délai d'épreuve d'au moins un an.
La Confédération délègue aux cantons la responsabilité d'organiser des programmes de prévention pour personnes interpellées pour ivresse au volant. Des mesures différentes sont proposées en fonction de la gravité de la situation. Les personnes alcooliques sont soignées par des services spécialisés en alcoologie (hôpitaux, centres médico-sociaux, ligues cantonales contre l'alcoolisme, médecins).
L'ordonnance fédérale sur l'admission des véhicules à la circulation routière (1991 ; art. 40) prévoit que les cantons organisent des cours de formation pour récidivistes de la conduite en état d'ébriété. Un cours facultatif de six séances de 2 heures en groupe a été mis sur pied en 1995 par le Bureau suisse de prévention des accidents (BPA). Ce cours, organisé depuis lors dans la plupart des cantons, «a pour but d'améliorer les connaissances dans les domaines alcool et conduite d'un véhicule. Les participants sont encouragés à prendre conscience de leurs habitudes par rapport à l'alcool et à se rendre compte des causes de leurs attitudes envers l'alcool. Cette démarche a pour but de trouver des alternatives personnelles permettant de séparer la consommation d'alcool et la conduite».4 Partant de l'idée que conduire en état d'ébriété à plusieurs reprises ne s'explique pas seulement par un manque de connaissances, ce cours prévoit que «l'intervention soit moins un programme d'enseignement qu'un travail de groupe orienté sur les problèmes et mené sous la direction de spécialistes compétents».5 Les thèmes suivants sont traités dans le cours : aspects médicaux, psychologiques et juridiques du thème «alcool et circulation routière» ; schéma personnel du buveur : réflexion sur l'évolution et la consommation actuelle d'alcool ; travail sur la signification et les conséquences de la consommation d'alcool ainsi que sur les situations dans lesquelles la personne boit ; élaboration, réalisation et évaluation de stratégies alternatives. Ces thèmes sont abordés à travers des exposés, des discussions en groupe, des contributions individuelles, des travaux à domicile, des partages du vécu et des jeux de rôles. Suivre ce cours avec succès, c'est-à-dire régulièrement et en s'y présentant sobre, permet une diminution du retrait de permis variable selon les cantons mais n'excédant toutefois pas trois mois. Le cours n'est pas ouvert aux personnes alcoolo-dépendantes.
Une évaluation auprès de 124 participants d'un de ces cours indique que cette mesure est efficace : plus de 90% des sujets ont affirmé que le cours «serait une aide substantielle afin de séparer, à l'avenir, la consommation d'alcool et la conduite».4 L'élément bénéfique serait essentiellement l'élaboration «de stratégies personnelles pour séparer boire et conduire, et beaucoup moins l'analyse de leurs problèmes antérieurs d'alcool».4
Si ces cours semblent être un succès, une formation pour multirécidivistes en semi-détention dans le canton de Zurich 6 s'est avérée par contre être un échec. Il s'agit d'un cours de 3 fois 3 heures se déroulant en prison. Les taux de récidives d'ivresse au volant du groupe de personnes ayant suivi le cours et de celles n'ayant pas suivi la formation sont identiques : 20%, qui est d'ailleurs le taux de récidives attendu en l'absence de programme de prévention. Des entretiens réalisés trois ou quatre ans après la mesure n'ont pas permis non plus de dégager entre les deux groupes des différences relatives au nombre de trajets sous l'influence de l'alcool, la consommation d'alcool, les modes de consommation, la connaissance du risque de récidive ainsi que le recours à une consultation en alcoologie.
Par ailleurs, dans quelques cantons, les personnes sous l'effet d'un retrait d'admonestation peuvent récupérer plus tôt leur permis de conduire en faisant un suivi auprès d'un service d'alcoologie (par exemple, VD, VS, etc.).
Enfin, quelques cantons organisent des cours pour premières ivresses au volant. A Fribourg est organisé un cours facultatif d'une journée. Des experts transmettent aux participants des informations juridiques, médicales, psychosociales ainsi que sur les assurances. Une évaluation de cette mesure fait apparaître que le taux de récidives dans les cinq ans des personnes qui ont choisi en 1996 et 1997 de suivre ce cours (9,6%) est significativement inférieur (de 58%) à celui des personnes n'ayant pas suivi le cours (23%).7 Ce résultat ne permet pas de conclure définitivement sur l'efficacité de ce cours, l'ensemble des contrevenants ayant choisi ou non de le suivre n'ayant probablement pas le même profil de risque. L'évaluation de ce cours fait apparaître une donnée importante : la plupart des cours étant facultatifs, les contrevenants ne semblent pas tous avoir la possibilité de bénéficier des programmes de prévention ; l'étude révèle en effet que dans ce cours d'une journée entière constitué d'informations médicales, psychosociales, juridiques et sur les assurances, les femmes, les personnes entre 25 et 45 ans et les étrangers sont largement sous-représentés. Les auteurs de l'évaluation suggèrent de remédier à ce problème en proposant des cours le samedi, des cours réservés aux femmes et des cours en présence de traducteurs.
Le canton de Schaffhouse organise également un cours d'une journée pour primo-délinquants de la conduite en état d'ébriété ; son objectif est d'une part la transmission de savoirs, et d'autre part l'examen des habitudes individuelles de consommation afin d'éviter une récidive.
Dans le canton de Genève, une expérience de mesures pour première ivresse au volant est actuellement en cours. Ce programme, nommé PRESCASIA,8 compare l'efficacité de deux mesures de prévention : un cours d'une journée fondé sur le «modèle fribourgeois» et une série de réunions en groupe avec un proche significatif. Il semble que l'implication des proches apporte d'excellents résultats.
La suite du texte présente sous forme de tableaux les programmes de prévention proposés en Europe, aux Etats-Unis et en Australie, aux personnes condamnées pour ivresse au volant. Une recherche approfondie dans la littérature scientifique, sur Internet, ainsi que des collectes d'informations auprès des Services des automobiles et de la sécurité routière de nombreux pays ont été menées. Cette recherche a permis de recueillir des informations substantielles concernant les programmes de prévention proposés dans quatorze pays industrialisés, parfois également dans leurs différentes régions (tableau 1).
Une méta-analyse portant sur 215 recherches répondant à des critères sévères de qualité et réalisées entre 1955 et 1992 aux Etats-Unis, mais aussi au Canada, en Australie, en Allemagne et en Nouvelle-Zélande, établit qu'en moyenne les programmes de prévention destinés aux personnes condamnées pour alcool au volant réduisent le taux de récidives d'ivresse au volant de 7 à 9% par rapport à l'absence de programme de prévention, une réduction de l'ordre de 40% si l'on considère que le taux de récidives d'infraction pour ivresse au volant est réduit de 20% à 12%.18
Deyoung parvient lui aussi à la conclusion que les programmes de prévention diminuent la récidive ; il compare les taux de récidives à 18 mois en fonction de la sanction prononcée contre des contrevenants à la loi sur l'alcool au volant en Californie entre juillet 1990 et juin 1991, qu'ils aient été condamnés une fois (N = 88 552), deux fois (N = 27 293) ou plus (N = 32 787) pour alcool au volant. Les personnes qui ont eu un retrait de permis assorti de l'obligation de suivre un programme de prévention comprenant des heures de cours (transmission d'informations), des heures de conseils et des entretiens individuels ont un taux de récidives significativement moins élevé que celles qui n'ont fait l'objet que du seul retrait de permis ou d'une peine de prison.19
L'effet des programmes semble être maximal dans l'année où ils sont suivis et se maintenir dans le temps malgré une diminution ; il ressort en effet d'une recherche menée en Angleterre12 que le taux de récidives des contrevenants qui ont suivi un cours de deux ou trois heures la séance pendant huit à dix semaines (un cours constitué d'informations sur l'alcool, ses effets sur la capacité de conduire un véhicule ainsi que sur les alternatives à la conduite en état d'ébriété) est, un an après la mesure, 8 fois moins élevé que celui des contrevenants n'ayant pas suivi le cours ; ce taux chute à 4 fois moins élevé après deux ans, à 2,5 fois moins élevé après quatre ans mais s'élève encore à 2 fois moins élevé après cinq ans (figure 1).
De nombreux auteurs se sont demandés si toutes les mesures sont également efficaces ou si certaines sont plus efficaces que d'autres.
Dans la méta-analyse déjà évoquée, Wells-Parker18 met en évidence l'efficacité supérieure des programmes combinant plusieurs types d'interventions : psychologique, socio-éducatif, suivi de probation, retrait de permis. On ignore toutefois si ce constat indique que la conduite sous influence de l'alcool requiert une intervention multimodale ou s'il suggère que, en tenant compte de plusieurs types de contrevenants, l'accès à différentes modalités d'intervention permet de toucher un grand nombre de personnes.
Selon cette dernière hypothèse, l'efficacité d'un programme n'est pas identique pour tous mais dépend des caractéristiques de la population qui y participe. Par exemple, des recherches20,21 suggèrent que les programmes éducatifs (transmission d'informations) sont plus efficaces pour les buveurs sociaux et pour les consommateurs excessifs épisodiques alors que les personnes alcoolodépendantes tirent davantage profit de programmes de réadaptation centrés sur la consommation d'alcool et l'élaboration de stratégies permettant d'éviter les situations à risque de récidive.
Une recherche examine également si, dans une population de 246 primo-délinquants de l'alcool au volant, les personnes tirent davantage profit de tel ou tel traitement en fonction de la sévérité de leurs habitudes de consommation d'alcool. Des questionnaires, administrés avant et après le traitement, ont permis de distinguer deux groupes de contrevenants : le premier composé de personnes ayant des facteurs de risque et un problème d'alcool plus importants, de plus graves difficultés psychosociales, davantage de conséquences liées à la consommation d'alcool et de problèmes psychiques, par rapport aux sujets du second groupe. L'ensemble des contrevenants a été ensuite orientés au hasard vers l'un des trois programmes suivants : 1) groupe éducatif (informations sur les conséquences de l'abus d'alcool et de la conduite en état d'ébriété) ; 2) groupe prévention de la rechute et entraînement aux compétences sociales (approche cognitive et éducative centrée sur les stratégies, les compétences, les situations à hauts risques, les facteurs de conditionnement, les signaux d'alarme, les compétences interpersonnelles et les résolutions de problèmes) ; 3) thérapie de groupe interactionnelle (groupe éducatif mais aussi travail sur la dynamique de groupe et sur des thèmes comme les histoires familiales, la perte, le déni). Les auteurs n'ont relevé aucune différence d'efficacité entre les trois types de traitements, ni entre les types de contrevenants. Absence de différence ou limitations méthodologiques, le nombre limité de participants dans chaque groupe ne permet pas de conclure.22
Parmi les recherches portant sur la correspondance entre types de traitement et types de contrevenants, on peut également évoquer le programme suédois KAPUBRA qui compare l'efficacité d'un programme d'éducation, d'une intervention basée sur les douze étapes (alcooliques anonymes) et d'une intervention cognitivo-comportementale.17 Un entretien avant et après le traitement a permis de repérer des caractéristiques chez les contrevenants et de mesurer un éventuel changement induit par le traitement. Les trois programmes se sont révélés également efficaces ; une tendance se dégage toutefois : le groupe de contrevenants ayant un haut score de neurotisme et de personnalité antisociale obtient de meilleurs résultats avec l'intervention cognitivo-comportementale.
Les recherches portant sur l'efficacité des programmes de prévention mettent en évidence d'autres points intéressants. Plusieurs travaux établissent l'absence de lien entre la durée du programme et son degré d'efficacité.18,19 Deyoung, par exemple, ne trouve aucune différence d'efficacité, mesurée par le taux de récidives, entre un programme de 18 mois et un programme de 36 mois pour des récidivistes.
Les premiers résultats d'une recherche suggèrent qu'une intervention brève de 80 minutes sur le modèle de l'entretien motivationnel a soit plus efficace qu'une séance de 80 minutes comprenant la transmission d'informations sur l'influence de l'alcool sur la conduite illustrée par des exemples vidéos. En effet, trois mois après le programme, les personnes qui ont reçu l'intervention motivationnelle ont six fois moins de risque de conduire en état d'ivresse. D'autres recherches sont nécessaires pour confirmer ces résultats, avec notamment une période d'observation plus longue.23
Des chercheurs se sont également demandé lequel des traitements en groupe ou individuel est le plus efficace. EVACAPA, une recherche auprès de 372 primo-délinquants en France, fournit des éléments de réponse en comparant l'efficacité, mesurée par le taux de récidives sur trois ans, de trois mesures : une mesure dite «stratégie minimale» (distribution d'une liste d'adresses et de téléphones et deux entretiens médicaux) ; une «stratégie individuelle» (document interactif portant sur les points suivants : la prise de conscience de la consommation d'alcool, l'information sur les risques de la consommation d'alcool en général et au volant en particulier ; une aide stratégique pour apprendre à changer de comportement avec l'alcool ; trois entretiens avec un psychologue alcoologue et une lettre par mois portant sur l'alcool au volant avec questionnaire à retourner, deux entretiens médicaux) ; une «stratégie collective» (groupe de 6 à 10 personnes, cinq séances de 2 heures, deux entretiens médicaux). Dans le groupe stratégie minimale, on compte 15% de récidives d'ivresse au volant, contre 11% pour la stratégie individuelle et 5,5% pour la stratégie collective. Les auteurs expliquent le faible taux de récidives de la stratégie collective en invoquant l'utilité de la confrontation et de l'échange entre pairs ainsi qu'un «engagement implicite» envers les autres membres du groupe.3
Sur le même thème, dans une recherche avec 4074 primo-délinquants, l'ajout de deux entretiens face à face de 20 minutes et une brève session de suivi à une intervention qu'elle appelle «standard» (de type groupe éducatif) est susceptible de réduire considérablement le taux de récidives parmi certains groupes d'individus, notamment les femmes et ceux qui présentent des signes marqués de dépression.24
Relevons encore un point intéressant : par le repérage de caractéristiques chez des personnes condamnées pour alcool au volant, Wells-Parker dégage ce que devraient contenir les programmes de prévention. Elle suggère de travailler en priorité sur la préparation concrète du changement et sur son maintien et non sur la prise de conscience de l'existence d'un problème d'alcool.25,26 Dans ses recherches, l'auteur fait passer des questionnaires comportant des items qui permettent de situer le contrevenant dans un des stades de Prochaska et Di Clemente.27 Il ressort que la plupart des personnes interpellées pour alcool au volant sont au stade d'action (65%) ou de contemplation (ou stade d'ambivalence ; 20%) et non au stade de précontemplation (ou déni du problème ; 6%), et ce tant pour la consommation d'alcool que pour l'alcool au volant ; seuls 4% des contrevenants se trouvent au stade de précontemplation pour l'alcool au volant. Comme les personnes se situant au stade de précontemplation sont celles qui ont le score le plus bas sur une échelle mesurant la gravité du problème d'alcool, il semble que la majorité des personnes considérant ne pas avoir de problème d'alcool ne sont pas dans le déni mais sont ce que l'auteur convient d'appeler des «buveurs sociaux». Ce résultat permet d'entrevoir de nouvelles orientations pour les programmes de prévention ; en effet, il s'agirait moins de travailler sur la prise de conscience du problème, comme le fait en transmettant des informations une majorité de programmes de prévention, que d'élaborer des stratégies pour éviter de conduire en état d'ivresse, de soutenir le changement, etc. Wells-Parker tire une seconde leçon de ses recherches ; constatant que 30% des sujets ont un score élevé d'action et un score bas de contemplation, elle s'interroge sur la possibilité qu'une condamnation pour alcool au volant propulse le contrevenant au stade d'action sans passer par le stade de contemplation. Or, elle rappelle que, selon Prochaska (1992), les personnes atteignant le stade d'action sans être préalablement passées par le stade de contemplation et de planification du changement ont un risque élevé de rechute.27 Ce raisonnement conduit Wells-Parker à suggérer de travailler l'ambivalence avec les contrevenants.
On constate que la plupart des pays pour lesquels des informations ont été obtenues organisent des cours de type éducatif pour les contrevenants à la loi sur l'alcool au volant. Ces cours reposent sur l'hypothèse que les personnes conduisant en état d'ivresse manquent de connaissances. La plupart de ces formations semblent constituées de périodes de transmission de savoirs ainsi que de discussions en groupes et jeux de rôle.
L'ensemble des études examinées dans cette revue permet d'affirmer que les programmes de prévention après infraction pour ivresse au volant permettent de réduire la fréquence des récidives, cela pendant une période prolongée. Ces programmes semblent d'autant plus efficaces qu'ils sont précoces, c'est-à-dire qu'ils proposent des mesures dès la première infraction. Il est vraisemblable que la réduction des infractions pour ivresse au volant se traduit par une baisse des accidents mais cela ne peut pas être affirmé sur la base des études évaluées.
Les connaissances relatives à la relation entre le contenu, l'organisation et l'efficacité de la prévention doivent encore être précisées. La durée et l'intensité des programmes ne semblent pas avoir d'influence. Ce constat peut paraître s'opposer au bon sens mais il correspond aux connaissances actuelles dans le traitement de la dépendance à l'alcool. L'intensité et la durée n'ont pas d'influence, c'est le contenu et la manière de dispenser ce contenu qui sont déterminants.28,29
L'application de l'entretien motivationnel est encourageante. Cette approche trouve actuellement une large utilisation dans le champ des comportements à risque pour la santé tels que mésusages d'alcool, de drogues, de tabac, obésité ou sédentarité. De nombreuses publications démontrent que cette approche est aussi efficace que les autres traitements habituellement proposés, probablement plus efficace lorsqu'il s'agit d'individus peu disposés au changement, caractéristique qu'on peut logiquement s'attendre à rencontrer fréquemment lors des premières infractions pour ivresse au volant.30 En responsabilisant les usagers, en les soutenant dans leur capacité à identifier eux-mêmes les stratégies qui leur permettront de ne pas «boire et conduire», l'entretien motivationnel offre une alternative prometteuse aux programmes éducatifs et cognitivo-comportementaux appliqués le plus souvent jusqu'ici.
Certaines informations manquent, en particulier sur les déterminants individuels de la récidive d'ivresse au volant, l'absence d'arguments en faveur de programmes ajustés aux caractéristiques individuelles telles que la personnalité ou la sévérité des problèmes d'alcool. Les autorités en charge de la sécurité routière de notre pays devraient prendre en considération l'ensemble des expériences de prévention faites dans les autres pays pour s'en inspirer et soutenir des projets qui viseront à améliorer les connaissances et renforcer l'efficacité de ces mesures en Suisse.
a L'intervention n'est pas décrite ; la seule information donnée est qu'elle comporte des feed-back et qu'elle se base sur l'ouvrage de Miller et Rollnick (1991).