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Royal contre
Aubry
Le Parti Socialiste français dans le dilemme entre Martine Aubry et Ségolène
Royal
Article du 26 novembre 2008
Voulez-vous le mal ou le pire, Martine
Aubry ou Ségolène Royal? Dans la situation actuelle, il n'est d'ailleurs pas clair
qui représente le mal et qui le pire.
Le duel entre Aubry et Royal commence à prendre les dimensions d'une tragédie
grecque. Le 25 novembre 2008, le Conseil national du Parti
socialiste s'est réuni pour trancher l'élection du premier secrétaire du Parti
socialiste sur la base des
conclusions de la commission de récolement du PS du même jour. Avec 159 pour, 76
contre et 2 abstentions, le
Conseil national a conclu que Martine Aubry est la nouvelle cheffe du Parti
socialiste parce qu'elle a été élue avec une avance de 102 voix.
Conscients du fait qu'ils ne représentent qu'une minorité au Conseil national du
PS issu du Congrès de Reims, avant que celui-ci ne se réunisse le 25 novembre, les
“Royalistes” membres de la commission ont officiellement demandé l'annulation du
scrutin du 21 novembre. Au Conseil national du PS, Ségolène Royal réunit 29,08% des voix. Martine Aubry peut non seulement compter sur les 24,32% la
soutenant directement, mais également sur une majorité des 25,24% recueilli par
Bertrand Delanoë et des 18,52% soutenant Benoît Harmon. Les jeux étaient donc faits
à l'avance.
Le premier décompte du scrutin du 21 novembre 2008 - le deuxième tour de l'élection
du premier secrétaire du PS -
a donné une avance de 42 voix à Aubry contre Royal. Cela aurait signifié que 67.413
votants ou 50,02% des militants socialistes auraient préféré Aubry à Royal qui, elle,
aurait recueillis 67.371 voix ou 49,98%. En tout, 233.000 membres du PS
avaient été appelés à voter, et le taux de participation a atteint 58,87% car
137.116 militants socialistes ont voté. Le 25 novembre, le résultat du scrutin a
été officiellement établi à une différence de 102 voix, soit 67.451 pour Aubry
et 67.349 pour Royal.
Le soir du 25 novembre encore, des “Royalistes” ont manifesté leur
mécontentement face à la décision du Conseil
national du PS. Vers 19 heures 15, Vincent Peillon, un député européen proche de
Ségolène Royal a demandé un nouveau vote pour désigner le futur secrétaire du
PS. Mais il a précisé plus tard qu'il ne s'agit pas d'une menace d'action en
justice. Vers 19 heures 30, Jean-Louis Bianco, un député proche de Ségolène
Royal, a annoncé sur I-télé qu'il envisage un recours en justice pour contester
la décision du Conseil. Vers 20 heures 46 finalement, Manuel Valls, un homme
politique proche de Ségolène Royal a déclaré que
“des tribunaux seraient évidemment saisis” pour corriger le
“déni de justice”, c'est-à-dire la non-élection de Ségolène Royal.
Bien qu'elle ait produit une liste d'irrégularités commises selon elle et ses
partisans lors de l'élection du 21 novembre, Ségolène Royal apparaît comme une
mauvaise perdante aux yeux de la majorité au PS comme de la population
française en général. Si elle saisit les tribunaux, elle risque de diviser le
Parti socialiste au point qu'il se déchire. Pour le moment, Royal semble
accepter le résultat et a appelé à “l'unité et au rassemblement” du parti.
Royal contre Aubry, ce duel est le fruit de deux camps dans le PS qui, ni
l'un ni l'autre, représente un futur prometteur pour le parti. Ségolène Royal (*1953) est
l'ancienne candidate socialiste à la présidence, qui a introduit un nouveau
style, mais qui manque de substance et qui n'a pas fait de rupture idéologique
avec le PS de François Mitterrand.
Royal veut l'ouverture du PS qu'elle envisage comme un parti “populaire”, un
mouvement de gauche. Mais jusqu'à présent on a plutôt eu l'impression d'un
“populisme” de gauche d'une femme qui ne maîtrise pas les dossiers.
Du côté de la nouvelle femme à la tête du PS, les choses ne sont pas mieux.
Martine Aubry (*1950) est une énarque. Avant de devenir maire de Lille en 2001, elle
a notamment été ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation
professionnelle dans les gouvernements Cresson et Bérégovoy de 1991 à 1993 et
ministre de l'Emploi et de la Solidarité de 1997 à 2000 sous Jospin. Sa
“réforme” la plus connue est celle de l'introduction des 35 heures.
En décembre 2004, dans un référendum interne, le PS s'est déchiré sur la
question de la constitution européenne. Laurent Fabius et Henri Emmanuelli se
prononçaient contre la Constitution de l'Europe. Aujourd'hui, ils soutiennent
Martine Aubry, fille de Jacques Delors, l'ancien ministre des
finances de Mitterrand et président de la Commission européenne de 1985 à 1995.
Bien que représentant une vision du PS plus classique, Martine Aubry est
également dotée d'une bonne dose de “populisme”. Parmi ses revendications
actuelles on trouve une hausse du smic.
Bref, ni Royal ni Aubry ne représentent un futur crédible pour le PS qui n'a toujours pas
entamé des réformes telles que les partis sociaux-démocrates en Allemagne et en
Grande-Bretagne l'ont fait il y a un bon moment. Le seul profiteur de la
situation est pour le moment
Président Sarkozy.
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