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Bordeaux — 2007, année hétérogène avec de belles réussites
Une année hétérogène
avec de belles réussites
En résumé, 2007 est un millésime excellent en blanc, à deux vitesses en rouge, sauvé par l'arrière saison. Les conditions climatiques ont été difficiles toute l'année. Les grands terroirs sont favorisés. Et l'année a demandé, pour la réalisation de grands vins, beaucoup d'énergie, d'engagements importants en temps et un travail viticole assidu aux vignerons motivés.
Par Jean Solis
Pour comprendre 2007, il faut revenir aux conditions climatiques. Après un hiver doux, un mois de mars frais, le débourrement de la vigne a eu lieu début avril. Le printemps fut contrasté, avec un mois d'avril très chaud et sec qui entraîna une croissance rapide de la végétation, un mois de mai frais et humide avec des pluies importantes; pluies qui ont eu une influence sur la floraison précoce de la fin du mois, qui s'étala sur deux semaines, avec l'apparition d'attaques de mildiou sur les feuilles et les grappes. Avec 51 jours de pluie, entre mai et juillet, il a fallu traiter sérieusement.
Un été maussade
Dès le 15 juillet, la température diminue et va annuler l'avance de la vigne prise en avril. L'été est maussade; en juillet-août, les températures sont à la baisse et l'ensoleillement déficitaire. L'intensité des pluies est normale en juillet, mais plus importante en août. La contrainte hydrique, fin juillet, est proche de 2000; on observe un arrêt de croissance au moment de la véraison seulement sur les parcelles de qualité. Malheureusement, les conditions ne sont pas remplies pour un grand millésime. La véraison se déroule début août dans une période ensoleillée. Ensuite, mi-août, des pluies importantes développent la végétation et font apparaître des foyers de botrytis sur les parcelles vigoureuses.
Une arrière-saison sèche
Heureusement, début septembre, la pluviométrie est plus basse, et deux mois ensoleillés s'installent, qui permettent une maturation suffisante des raisins. Les premiers jours de septembre, les raisins blancs sont vendangés: ils sont de bonne qualité, sucrés, acides et très aromatiques, grâce aux températures fraîches de l'été. A Sauternes, l'alternance de pluies fines et de périodes sèches a permis un développement de botrytis très pur. Les vendanges ont été effectuées en quatre tries successives du 10 septembre au 25 octobre. Pour les rouges, l'arrière-saison sèche a permis d'attendre le moment des vendanges, qui se sont déroulées d'une manière très étalée du 20 septembre à mi-octobre. Les sucres étaient importants, l'acidité suffisante, et les raisins ne présentaient pas d'arômes végétaux.
Des vins rouges hétérogènes
En conclusion: «2007, avec son climat estival contrasté, a été extrêmement favorable aux vins blancs, et l'arrière-saison inespérée pour les cabernets».
Les blancs sont excellents, très aromatiques, concentrés, intenses et persistants. Les Sauternes, grands, très liquoreux, avec puissance, fraîcheur, pureté aromatique, d'un superbe équilibre sucre/acidité.
Les vins rouges sont plus hétérogènes. C'est le plus contrasté de tous les millésimes des années 2000. Cette année, les grands vins ont des rendements beaucoup plus faibles qu'en 2004, 2005, 2006. Selon M. Denis Dubourdieu, «2007 n'a pas la concentration des plus grands millésimes. Ce n'est pas un petit millésime; il y a complexité, race, fraîcheur et goût inimitable des grands Bordeaux».
Appréciation du 2007, région par région
Cette présentation des meilleurs Bordeaux du millésime est le résultat de deux semaines de dégustation à l'Union des Grands Crus, au Cercle Rive Droite, dans les associations, groupements, syndicats et dans les châteaux.
Il est difficile, cette année, en dehors des blancs secs et liquoreux excellents, d'avoir une préférence nette pour une région. D'une manière générale, 2007 est un millésime moyen, à la qualité très hétérogène, avec de grandes variations, où des réussites étonnantes côtoient de petits vins. Lors des dégustations, on a effectivement rencontré beaucoup de vins creux, manquant de structure et de volume, en opposition à des vins plus étoffés et surtout aux identités nettement plus affirmées.
Quelles que soient les régions, j'ai eu des coups de cœur et découvert des vins racés, exprimant bien leurs terroirs, et que l'on peut qualifier de classiques ou très bordelais, aussi bien à Pomerol que dans le Médoc. On s'aperçoit dans l'ensemble, que ce sont les grands terroirs qui sortent du lot, ainsi que les petites propriétés au travail viticole minutieux.
Voici deux citations définissant bien le millésime. L'une, d'un propriétaire de 1er Grand Cru Classé à St Emilion: «Ce n'était pas le millésime où il fallait aller à la pêche à Arcachon». L'autre, d'un célèbre professeur d'œnologie: »Il y a des millésimes à Bordeaux où l'on peut faire beaucoup de vins très bons, mais ce n'était pas le cas en 2007».
Médoc
Château Potensac, toujours d'une grande régularité, se distingue par sa fraîcheur de fruit, sa structure et son équilibre.
Haut-Médoc
Deux vins se détachent, avec une préférence pour La Lagune, superbement vinifié, musclé et minéral, d'une très longue persistance. Sociando-Mallet se présente dans un style différent, plutôt linéaire, avec une texture fine, tout en élégance.Camensac continue à s'affirmer par la précision et l'homogénéité de sa texture. Le meilleur vin depuis la reprise par la famille Foubet. Charmail, très bien construit dans le millésime, séduit par son équilibre et son fruit, ses notes de mûres et de violettes.
Saint-Estèphe
Les beaux terroirs s'expriment. Coup de cœur pour Calon Ségur. C'est un vin plein et homogène, au bon goût de fruit noir, de réglisse, d'une longue persistance sur le magnifique terroir de Calon, «un vin qui redemande». Cos d'Estournel se distingue par une bouche onctueuse et veloutée, d'un volume de fruit inhabituel; il est très charnu et racé, d'une belle allonge.
Trois vins sont proches. Meyney, en pleine ascension, est surprenant dans le millésime par sa densité, sa droiture et ses arômes de cachou; le terroir parle. Montrose est bien construit, dense, avec de la chair; c'est un vin solide, encore introverti, d'une bonne identité. Château de Pez, toujours dans la même lignée, est un vin racé, équilibré, d'une belle unité et d'une grande précision sur la minéralité.
Pauillac
Les grands vins se détachent. Mouton domine l'appellation. Depuis 2005, la race éclate. Il est dense, serré, d'un bloc, remarquable par sa sève, son allonge exceptionnelle sur le terroir. On s'enfonce dans le vin, on est pris par ce vin d'une grande harmonie. Lafite, classique, est tout en élégance, à la texture serrée et crémeuse, d'une belle unité et typicité Pauillac, à la finale minérale et réglissée d'une persistance étonnante. Latour présente un beau volume de fruit; il est charnu, velouté, homogène et ferme, d'une belle minéralité, avec une certaine rigueur dans la masse tannique.
Suivent deux excellents vins. Petit Mouton, la même définition que son grand frère. Coup de cœur. Il est impressionnant et très savoureux; c'est un vin de plaisir, très réussi dans le millésime, certainement le meilleur Petit Mouton. Pichon Baron a une très belle identité, il est remarquable par son équilibre, sa droiture, sa race et la précision de sa texture. Très Pauillac, très cabernet sauvignon.
Ensuite un groupe de six vins typés. Batailley, fin, de bonne densité, offre une belle persistance sur le terroir, avec des notes toastées. Clerc Milon, réservé, droit, au caractère masculin, d'une belle unité au grain fin, a une finale longue et précise. Grand Puy Lacoste, classique, au caractère entier, linéaire et vineux, est très Pauillac et charmeur cette année. Haut-Bages Libéral, très frais, compact, est bien typé et encore austère, aux tanins légèrement saillants. Pichon Lalande retrouve son identité; il s'affirme dans un registre plus ferme, plus homogène, avec des notes plus minérales. Les Forts de Latour, ce vin dynamique, solide, avec de la chair, du volume, est très savoureux et long sur le terroir.
Saint-Julien
Qualité inégale, les grands terroirs sortent. Léoville Las Cases, le plus grand vin de la commune, et l'un des meilleurs du millésime, est très pur, complet, doté d'une texture soyeuse et veloutée, d'un superbe équilibre, très minéral et persistant. Léoville Barton est très précis, avec de la race, de la sève et un terroir qui éclate, avec plus de vivacité qu'à l'habitude. Coup de cœur pour Langoa Barton qui se distingue par son élégance, la finesse de sa texture et de ses tanins; très savoureux, le St-Julien par excellence.
Tout près, Ducru Beaucaillou, plus svelte, se présente dans un style plutôt linéaire, marqué par les fruits noirs, la mûre, sur des tanins fins encore fermes. Le Clos du Marquis apparaît très équilibré, aux fruits rouges mûrs, sur fond minéral, avec une masse tannique tendre.
Margaux
Plus difficile cette année, mais quelques belles sélections. Château Margaux se démarque par sa structure et sa densité; c'est un vin solide, aux tanins fermes, encore un peu dissocié à se stade, très classique, aux arômes persistants de roses fumées. Brane Cantenac est très proche par son expression. Un coup de cœur. Il est musclé, d'une belle unité, racé; c'est le plus Margaux de tous. Résultat d'une sélection draconienne.
Quatre excellents vins suivent. Desmirail, toujours en progression, apparaît plus svelte, avec une texture serrée, lisse et homogène. Il est très persistant et dévoile une belle race. Durfort Vivens est remarquable par sa profondeur de fruit et ses notes de roses rouges; c'est un vin charnu, solide, incisif, au terroir affirmé. Monbrison est magnifique, surprenant par sa plénitude, sa chair, son tonus, son caractère entier avec ses notes de violettes. Une réussite dans le millésime. Palmer est encore réservé, un peu austère, assez tannique avec une trame serrée. Un Margaux solide, droit, qui s'exprime en rétro-olfaction.
Moulis
Un magnifique vin, un seul. Chasse-Spleen est remarquable dans le millésime; il est précis, musclé et minéral, très long, à la finale réglissée.
Listrac
Fonréaud se distingue toujours par sa droiture, son équilibre et la précision de sa texture. Il est vineux, une belle réussite.
Pessac-Léognan
Région plus défavorisée en rouge, avec quelques très grands vins. Haut-Brion domine l'appellation et de loin. C'est un vin profond, encore difficile à pénétrer, dense, plein, d'un bloc, au grain fin, marqué par le graphite, d'une sève exceptionnelle. On croque le terroir, quelle persistance et quel dynamisme! La Mission Haut-Brion est un ton en-dessous cette année, tout en finesse, précision et minéralité, au bouquet d'une grande classe, avec une bouche serrée, d'une longue persistance, exprimant la force du terroir. Haut-Bailly est excellent, très pur, aux notes de mûres, de réglisse, de graphite. La trame est fine, précise, homogène, réhaussée par une fine minéralité. Du vrai vin, bien construit, une autre dimension.
Un groupe de quatre crus est proche. Le Clarence de Haut-Brion (remplaçant Bahans Haut-Brion) est très réussi pour son lancement. C'est un petit Haut-Brion équilibré, racé et bien ouvert, très minéral, d'une très belle unité. Domaine de Chevalier, belle réussite aussi dans le millésime. Il a beaucoup de charme avec ses fruits bien mûrs, ses notes fumés et surtout sa texture soyeuse aux tanins fins, sa finale longue, d'une fine minéralité. Latour-Martillac se distingue par sa souplesse, sa finesse et la qualité de ses tanins enrobés, son terroir très bien exprimé en finale. Pape Clément est typé, au caractère fumé, d'une belle race et persistance, mais manquant un peu d'épaisseur et marqué en finale par un boisé un peu asséchant.
Saint-Emilion
Hétérogène, avec d'étonnantes réussites. Ausone est surprenant par sa robe noire aux franges bleutées, sa pureté, sa profondeur de fruit noir, de réglisse; la bouche est grasse, onctueuse, mais avec de la rigueur, au caractère entier et linéaire, marqué par le calcaire, d'une minéralité impressionnante, avec une intégration parfaite de tous les éléments. Peut-être le plus grand vin du millésime et certainement le plus cher. Cheval Blanc séduit par la pureté de ses arômes, aux notes réglissées et florales; c'est un vin gourmand, équilibré, d'une belle droiture, entier au caractère réglissé et minéral, avec du punch et une belle race.
Cinq vins excellents le côtoient. Chapelle d'Ausone, surprenant par sa classe et son niveau, il est très près du grand vin, avec la même définition, en moins dense. Figeac se distingue par ses arômes de fruits rouges mûrs, ses notes de fèves de cacao; la bouche est grasse, onctueuse, serrée, d'un bon volume, aux tanins fins et enrobés, et d'une longue persistance. La Mondotte est remarquable par sa pureté et sa race. Très belle notion d'équilibre, d'élégance, entre les fruits mûrs et le support calcaire, vin serré et persistant. Pavie, très réussi, surprend par l'élégance et la fraîcheur de son fruit, ses notes de réglisse sur fond calcaire. Il est serré, homogène, d'un bon volume, avec de la chair, du muscle, à la finale longue. Trotte Vieille, d'une belle droiture, est entier, serré, marqué par les fruits rouges mûrs sur support crayeux, très persistant.
Ensuite, un groupe de neuf très beaux vins, d'une belle identité, mettant en valeur la palette des terroirs. Angélus, plein, d'un bon volume de fruit noir, sur fond calcaire, harmonieux. Beau-Séjour Bécot, équilibré, précis et linéaire, un vin de plaisir. Bellefont-Belcier, soyeux, gourmand, d'une belle minéralité. Fonroque, pur et droit, dynamique, de forme svelte, tout en précision, fraîcheur et distinction. «Un St-Emilion qui pinote». Berliquet, élégant, à la texture fine et soyeuse, à la fine minéralité. Canon La Gaffelière, équilibré, charnu et linéaire, aux fruits rouges purs sur des tanins fins. Moulin St-Georges, très réussi dans le millésime, marqué par les fruits noirs, savoureux, équilibré, une très belle race. Rol Valentin, remarquable, d'une très belle structure et unité, solide, dense et persistant. Troplong Mondot, plein et volumineux, marqué par des fruits noirs surmûrs, sur fond calcaire, too much!
Côtes de Castillon
Quatre propriétés se distinguent. Château d'Aiguilhe, remarquable d'équilibre et d'harmonie, vin gourmand. Clos Puy Arnaud, d'une belle profondeur de fruit, à la bouche souple et grasse, très savoureux. Château Veyry, charnu et solide, d'une belle droiture au fruité bien mûr. Domaine de l'A, tendre, d'un bon volume de fruit mûr, charnu et généreux.
Pomerol
Quelques très grands Pomerol; le haut du plateau, sur les argiles, est favorisé. Pétrus domine l'appellation avec Trotanoy. Il est encore réservé, étanche, mais d'une grande pureté et profondeur de fruit; il est solide, d'un bloc, bien marqué par son terroir, l'argile. Quelle race, quelle épaisseur de vin, qui n'en finit pas de s'exprimer! Un Pétrus tannique, d'une minéralité impressionnante. Grand vin, pas toujours compris ou difficile à comprendre pour certains! Trotanoy, en 2007, est le demi-frère incontesté de Pétrus, sans en avoir l'épaisseur. C'est un vin avec du fond, de la chair, marqué par les fruits mûrs, les épices et le terroir. Il est tonique et de fort caractère, d'une allonge impressionnante sur la minéralité, avec de la sève.
Quatre excellents vins s'en approchent. Certan de May est dense, d'une belle unité, avec de la race et des tanins fermes enrobés. Le terroir parle. Feytit Clinet, une révélation dans le millésime, certainement le meilleur vin de la propriété, un vin plein, au fruité bien mûr, à la texture fine, soyeuse et juteuse, aux tanins fins et enrobés, d'une longue persistance. Lafleur, encore réservé, est frais, d'une belle tenue, au terroir fort, à la trame serrée et aux tanins fermes. Vin minéral, d'une belle allonge. L'Eglise Clinet, pur, profond, marqué par les fruits mûrs, l'argile, est un vin structuré, serré, avec de la rigueur, homogène et racé.
Ensuite, dix vins fameux par leur complexité et par l'expression de leur terroir. Bourgneuf-Vayron, très réussi dans le millésime, d'une belle élégance et remarquable par la finesse de sa texture, serrée et savoureuse; belle expression de raisins mûrs et d'épices, belle typicité. Clos L'Eglise, vin savoureux, de texture très fine, dans un registre de fruits mûrs et d'épices. Gazin a du fond, du muscle, de la sève, marqué par les raisins de corinthe. Réussite dans le millésime. Hosanna, avec sa trame serrée, droite, son punch, est un vin de caractère masculin, au terroir fort, bien exprimé dans une longue persistance. L'Evangile est très harmonieux, d'une belle élégance et fine minéralité, à la texture très veloutée. La Fleur-Pétrus est plutôt marqué par les fruits rouges sauvages et des notes florales, avec une trame serrée, des tanins fermes et une finale nerveuse. Latour à Pomerol présente une texture fine, élégante, soyeuse, évoluant sur les épices, le moka, le terroir. Providence, sa trame est fine, au fruité mûr, sur fond minéral, de « crasse de fer ». Rouget est marqué par les fruits rouges, kirschés, les épices, les raisins de corinthe; il est souple et tendre. Vieux Château Certan, au bouquet frais et profond, présente une bouche veloutée, charnue, d'un bon volume de fruit.
Lalande de Pomerol
Les Cruzelles, vin droit, aux tanins fermes, d'une belle identité et une belle persistance sur le terroir.
Fronsac
Une petite préférence pour Château La Rousselle, toujours d'une pureté aromatique exemplaire et d'une très belle harmonie. Du velours sur du calcaire.
Trois autres propriétés se démarquent par la structure et la finesse de leurs vins: Château du Gaby, Haut-Carles, Moulin Haut-Laroque.
Pessac Léognan, blancs
De grands vins blancs, mais à la qualité inégale. Haut-Brion blanc est de nouveau exceptionnel. C'est un vin impressionnant par son volume, sa chair, et « son épaisseur de vin », sans compter sa palette aromatique d'une grande profondeur de fruit, où se mélangent les agrumes confits, des écorces de petits citrons verts, l'ananas, les épices sur fond minéral. Laville Haut-Brion est aussi exceptionnel avec son bouquet explosif et complexe, d'agrumes, pamplemousse, fleurs de tilleul, au caractère minéral d'une grande clarté. C'est un vin plein de sève et d'énergie, quel punch, quelle matière à la finale longue et cristalline! Très proche, le célèbre Domaine de Chevalier blanc, d'une classe et régularité historique. Olivier Bernard a su garder la précision, l'élégance, en révélant le terroir dans un équilibre parfait avec un caractère incisif. Vin dynamique et cristallin.
Ensuite, cinq excellents vins. La Louvière se distingue par sa pureté de fruit, son caractère minéral fin, son équilibre, sa tonicité et sa persistance. Larrivet Haut-Brion est très charnu, d'un bon volume, marqué par les agrumes mûrs, à l'acidité bien intégrée. Latour Martillac est intéressant par sa fraîcheur de fruit, sa minéralité et sa clarté; c'est un vin précis, racé et très persistant. Malartic Lagravière séduit par son bouquet pur et élégant, de petits citrons verts sur fond minéral; la bouche est fraîche, d'une belle unité et longue sur le fruit. Pape Clément apparaît plus fruité et assez gras à l'attaque; il est encore marqué par le bois, charnu et un peu riche. Smith Haut-Lafitte, d'une belle profondeur de fruit, présente une bouche grasse et structurée, à la finale vive et persistante sur les agrumes.
Sauternes
Grand millésime, trois vins exceptionnels. Château d'Yquem (14° – 130 gr de sucre) pourrait se rapprocher du fameux 1988. C'est un vin profond, plein, bien botrytisé, aux arômes d'agrumes frais, au caractère rôti. Quelle matière! Il est complet avec de la chair et un superbe équilibre des saveurs, sur un bon support acide. Un Yquem d'une belle exubérance. Climens (14° – 150 gr de sucre) a réussi un vin de grande classe et d'un équilibre parfait. Il est pur, transparent, aux arômes d'agrumes, de citron avec une touche minérale; en bouche, la liqueur est ample, rôtie, sans lourdeur, d'une belle densité. Vin complexe, dynamique, d'une très belle harmonie. Une liqueur aristocratique. Nairac (13,5° – 145 gr de sucre) continue son ascension avec un vin frais et percutant. 2007 fait partie des grands millésimes avec 2003 et 2005; la liqueur devient aérienne. Le bouquet intense, d'agrumes confits et de petits citrons, est précis, d'une grande fraîcheur et envahissant. La bouche est très fruitée, équilibrée, d'un dynamisme étonnant; la force des agrumes frais soutenue par l'acidité. Quelle pureté, précision et persistance démesurée! Nairac est un diamant bien taillé.Château de Fargues est très proche dans un style plus opulent. Le nez est profond, rôti, marqué par les agrumes confits; la bouche, elle, est pleine, d'une grande densité avec de la chair fraîche d'agrumes et du miel. Belle richesse. Un vin qui a du poids, de la puissance.
Trois excellents vins. Guiraud, aux arômes d'agrumes et d'épices, montre une bouche grasse, très large, marquée par la mangue, volumineuse, très liquoreuse, mais équilibrée par l'acidité. Un superbe Guiraud, une grosse cylindrée, qui a mis un lion dans son moteur. Myrat, très réussi cette année, un des meilleurs millésimes du château. Très beau rôti au nez, aux notes d'agrumes, de zestes d'oranges, d'une belle fraîcheur que l'on retrouve dans une belle masse de vin. Il est charnu, avec du punch et une pointe d'amertume. Belle richesse et énergie. Suduiraut, lui aussi très réussi, au bouquet intense, complexe, dominé par des petits citrons verts, dévoile une bouche fruitée, solide, d'un bon support acide et d'une belle fraîcheur. Il est classique, d'un superbe équilibre.
Suivent quatre très bons vins. Coutet, d'un belle intensité, se distingue par son équilibre, la finesse de sa texture et sa persistance aromatique. Doisy Daëne séduit par sa fraîcheur de fruit exotique et ses agrumes; la bouche est pleine et savoureuse, au fruité soutenu par l'acidité. Belle densité et précision. Doisy-Védrines se distingue par une belle masse de vin serré, aux agrumes frais avec une pointe d'amertume, très belle équilibre. Clos Haut Peyraguey, profond, avec son caractère bien rôti, présente une bouche fruitée, grasse, avec une belle liqueur, du volume; la finale est longue et finit un peu sur le sucre.
Voir aussi la liste de tous les vins dégustés et notés (sur cinq *****) par Jean Solis.
Eclairage
L'état du marché et conseil d'achat
Après les prix élevés des 2005 et 2006, la qualité globale moyenne du millésime, un marché américain pratiquement inexistant, on aurait pu s'attendre à une forte baisse; mais celle-ci, en moyenne, est de -5% pour les vins rouges (les prix ont augmenté dans les grands vins blancs secs et explosé dans les Sauternes, +35% pour Nairac, +55% pour Climens). La campagne « part en vrille ». Les vins se vendent difficilement, en tout cas sur le marché européen, victime de la mondialisation. Le climat est morose. Certains négociants n'hésitent pas à tailler dans leurs marges et à balancer leurs vins à la grande distribution. On assiste en fin de campagne à des chutes plus significatives chez les crus classés, de l'ordre de 30 à 40%.
En conclusion, il faut rester prudent dans les achats en primeur et être très sélectif, et surtout n'acheter que les vins réussis sur le conseil des bons professionnels, les autres vins pouvant probablement se retrouver aux mêmes prix dans deux ans à leur sortie.
Jean Solis, dégustateur et négociant en vins fins, peut être atteint par e-mail à <email-pii>