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Surmédication dans le traitement des maladies thyroïdiennes?Le traitement actuel par substitution hormonale d'une fonction thyroïdienne abaissée est remis en question. La plus grande étude à ce jour, réalisée en partie au CHUV, est publiée dans le journal scientifique The New England Journal of Medicine.
Réalisée notamment dans le Service d’Endocrinologie, Diabétologie et Métabolisme du CHUV, en collaboration étroite avec des collègues de l’Hôpital de l’Île à Berne et plusieurs pays européens, cette étude montre que cette pratique médicale n’apporte pas de bénéfice notable chez les personnes âgées.
Une fonction thyroïdienne abaissée (hypothyroïdie infraclinique) est souvent retrouvée chez les personnes âgées et peut toucher jusqu’à une personne sur dix. Selon les recommandations médicales actuelles, jusqu’à neuf femmes sur dix avec cette condition pourraient recevoir une substitution d’hormone thyroïdienne, la lévothyroxine, qui est devenue le médicament le plus prescrit aux Etats-Unis et en troisième place des prescriptions au Royaume-Uni.
L’étude européenne TRUST qui a duré 5 ans montre maintenant que le traitement par lévothyroxine de l’hypothyroïdie infraclinique n’apporte pas de bénéfice notable, ce qui nécessite de revoir les recommandations cliniques pour ce traitement. Les résultats principaux de cette étude ont été présentés au début avril au congrès annuel de la Société d’Endocrinologie (ENDO 2017) à Orlando aux Etats-Unis, conjointement à la publication dans The New England Journal of Medicine.
La plus grande étude clinique pour une fonction thyroïdienne abaissée (hypothyroïdie infraclinique)
Une équipe de chercheurs européens a suivi 737 personnes âgées avec une hypothyroïdie infraclinique pour déterminer si la lévothyroxine apporte des bénéfices cliniques. L’hypothyroïdie infraclinique est liée à plusieurs problèmes de santé, comme la fatigue, les maladies cardiovasculaires, une faiblesse musculaire, un ralentissement de la pensée, une augmentation de la pression artérielle et du poids, mais certains scientifiques considèrent que cette pathologie n’entraîne que peu de complications médicales. Les participants ont été suivis sur deux ans, dont la moitié ont reçu un placebo, l’autre moitié de la lévothyroxine. L’étude montre que la substitution de lévothyroxine restorent une fonction thyroïdienne normale, mais n’améliore pas les symptômes. Par ailleurs, il n’y avait pas de gain de force musculaire, de vitesse de la pensée, du poids ou de la pression artérielle.
Pas de bénéfice notable de la substitution hormonale par lévothyroxine
Selon ces résultats, l’équipe de chercheurs conclut qu’il y a maintenant assez de preuves scientifiques que les personnes âgées avec une hypothyroïdie infraclinique modérée ne tirent pas de bénéfice clinique d’un traitement de lévothyroxine. Le Professeur Nicolas Rodondi, de l’Hôpital de l’Île (Inselspital) de l’Université de Berne, qui a dirigé l’étude en Suisse conclut : « Pendant plus de 20 ans, il nous manquait des preuves scientifiques tangibles sur le dépistage et le traitement de l’hypothyroïdie infraclinique, même si elle est très fréquemment traitée. Notre but était de clarifier l’impact du dépistage de l’hypothyroïdie infraclinique et de l’efficacité du traitement chez les personnes âgées. Notre étude, cinq fois plus grande que toutes les précédentes, montre que ce traitement n’apporte pas de bénéfice notable chez les personnes âgées et ne devrait donc plus être prescrit de routine dans cette condition par les médecins. »
Grâce au concours de 443 médecins installés, de l’Institut Universitaire de Médecine de Famille (IUMF) de l’Université de Lausanne et de l’Institut de médecine de premier recours de Berne (BIHAM, Prof. Nicolas Rodondi), plusieurs centaines de patients suisses ont pu être dépistés, recrutés et suivis par l’équipe de recherche du Service d’Endocrinologie, Diabétologie et Métabolisme du CHUV (Prof. Nelly Pitteloud, Dr Gerasimos Sykiotis, Dr Tinh-Hai Collet, Mme Emmanuelle Paccou, Mme Marie-France Derkenne et tout le reste de l’équipe).
A propos du projet de recherche TRUST
L’étude TRUST (Thyroid Hormone Replacement for Subclinical Hypo-Thyroidism Trial) est un vaste projet de recherche mené par des chercheurs experts en endocrinologie, médecine interne générale, gériatrie et maladies cardiovasculaires, pour investiguer les pratiques cliniques chez des personnes âgées avec une fonction thyroïdienne abaissée. Des recommandations spécifiques au grand âge (plus de 80 ans) seront disponibles l’année prochaine, lorsque les résultats de l’étude TRUST seront combinés à une autre étude en cours chez les patients de plus de 80 ans. Le Professeur David Stott de Glasgow en Ecosse a coordonné l’étude, en collaboration étroite avec des chercheurs en Suisse (direction Prof. Nicolas Rodondi), aux Pays-Bas (direction Prof. Jacobijn Gussekloo), en Irlande (direction Prof. Patricia Kearney) et au Danemark (direction Prof. Rudi Westendorp). Les données ont été analysées au Centre de Biostatistiques Robertson de l’Université de Glasgow (direction Prof. Ian Ford). L’étude a été financée pendant 5 ans par l’Union Européenne avec un soutien important du Fonds National pour la Recherche Scientifique pour la partie suisse.