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Bénéficiaire d'une bourse "Starting Grant" du Fonds national suisse, Timothée Léchot entre en fonction au Département de français en qualité de professeur assistant. Il y lance un projet de recherche sur "Le Mercure de France et l'institution littéraire (1720-1820)" avec deux collaboratrices et un collaborateur : Anouk Delpedro (sous-assistante), Léa Kipfmüller (doctorante) et Ghazi Eljorf (chercheur senior).
Cette recherche collective, qui s'étendra de février 2024 à janvier 2029, porte sur un périodique français durable et largement diffusé. Lancé à la fin du XVIIe siècle et traversant plusieurs régimes, le Mercure de France évolue pour s'adapter aux contextes politiques, aux attentes du public et à la concurrence des autres journaux, mais il n'en constitue pas moins, jusque vers 1820, un point de repère relativement fixe dans le paysage médiatique français. D'abord mensuel, puis hebdomadaire, il se présente comme une publication généraliste, couvrant en particulier les champs de l'actualité littéraire et politique, tout en accueillant de nombreux essais, récits, lettres et poésies composés par ses lecteurs. Publication quasi officielle, le Mercure entretient avec les gouvernements successifs des relations à la fois étroites, complexes et parfois tendues. Il constitue une source remarquable pour étudier sur le long terme le fonctionnement de l'institution littéraire en France et l'interdépendance du journalisme, de la littérature, de la politique et de l'économie.
L'équipe du Prof. Léchot constituera une base de données en ligne des auteurs et des articles du Mercure de France. Elle s'attachera à étudier les usages que des milliers d'hommes et de femmes de lettres font de ce périodique qu'ils consultent et auquel ils contribuent. Ces lecteurs-contributeurs laissent des informations sur eux-mêmes dans les pages du Mercure, offrant l'opportunité d'étudier en profondeur le lectorat d'un tel organe de presse. Dans une perspective diachronique, l'équipe analysera également sa ligne éditoriale, l'organisation des matières en rubriques et le principe de la diversité qui préside à sa composition.
Collaboratrice scientifique au bénéfice d’une bourse Ambizione octroyée par le Fonds national suisse, Anne-Frédérique Schläpfer rejoint le Département de français dès le 1er février 2024 pour une durée de quatre ans. Elle y mènera une recherche portant sur les formes de l’engagement littéraire dans la littérature de Suisse francophone au cours du XXe siècle.
Cette recherche a pour ambition d’interroger l’idée selon laquelle la littérature romande serait foncièrement désengagée et coupée de toute préoccupation politique ou sociale. À la fois historique et esthétique, cette étude explorera les formes de l’engagement littéraire en Suisse romande entre les années 1910 et 2010 à partir de collectifs (revues, groupes, institutions) constitués à trois moments charnières du XXe siècle : la Première Guerre mondiale avec les Cahiers vaudois (1914-1920), l’immédiat après Seconde Guerre mondiale avec les Rencontres internationales de Genève (1945-), le PEN Club (1949-) et la revue Rencontre (1950-1953), et la Guerre froide avec le Groupe d’Olten (1971-2002). Ces moments exigent de la part des auteurs et intellectuels qu’ils pensent l’usage de la littérature en temps de crise, qu’ils discutent du rôle social de l’écrivain, et qu’ils se confrontent aux pratiques et théories existantes dans d’autres sphères culturelles et linguistiques.
Ce projet se basera sur de nombreuses archives institutionnelles et privées inédites, sur des sources imprimées, ainsi que sur une sélection d’œuvres d’auteurs inscrits dans ces collectifs. Il s’agira de comprendre comment ces groupes ont pensé l’engagement littéraire à des moments et en des lieux spécifiques, et comment cet engagement prend forme dans leurs œuvres. Il importera également de restituer les réseaux transnationaux et translinguistiques des différents collectifs, qui importent non seulement différents modèles d’Europe, mais traduisent également la pensée d’auteurs et intellectuels engagés. En cela, ils participent pleinement à la réflexion sur l’engagement littéraire en infléchissant les théories et pratiques qui ont circulé en Europe durant tout le XXe siècle.
Cette recherche aura pour but de rendre compte de la variété, de la complexité et de la concurrence des types d’engagement qui ont existé en Suisse romande ; de proposer de nouvelles lectures d’œuvres d’auteurs parfois délaissés par la critique, et d’éclairer ainsi un pan de l’histoire littéraire et culturelle de Suisse romande. Finalement, elle entend apporter des éléments susceptibles de nourrir une histoire renouvelée de la notion d’engagement littéraire à l’échelle de l’Europe.