Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06901.jsonl.gz/809

Critique
"Le titre du film ne le laisse pas assez entendre: on est ici en présence de la description d'un cheminement initiatique suivi par plusieurs jeunes plus ou moins bien dans leur peau.
On sait que l'Orchestre philharmonique de Berlin est une ""entreprise"" singulière, autogérée, dont les musiciens, par votation, engagent leurs collègues et leur chef d'orchestre (actuellement, Sir Simon Rattle). La ville de Berlin étant au bord de la banqueroute, l'orchestre imagine divers moyens d'améliorer le financement de son budget, en sortant des sentiers battus. Parmi ceux-ci, la mise sur pied d'un spectacle, ""Le Sacre du Printemps"" de Stravinski, avec la participation de 250 enfants et adolescents, la plupart sans aucune expérience de la musique classique ni du ballet.
On peut donc suivre notamment le parcours de quelques jeunes d'une classe scolaire qu'on qualifiait naguère de terminale à options dans le canton de Vaud, des laissés-pour-compte de la société. On assiste avec fascination à la relation pédagogique du chorégraphe britannique Royston Maldoom, sexagénaire qui a bien ""viré sa cuti"" après mai 68 et qui ne craint donc pas de se montrer exigeant et directif, fouaillant ses élèves pour en tirer le meilleur. Il n'hésite pas à leur dire: ""Si vos copains se moquent des efforts que vous faites pour être meilleurs, interrogez-vous sur eux; un vrai ami se réjouit de vous voir aller plus haut.""
La caméra se concentre sur quelques jeunes, Marie (au départ sans grand espoir professionnel), Martin (à la limite de l'autisme) et Olayinska (orphelin de guerre nigérian paumé dans la grande ville), qui seront galvanisés par le projet de la Philharmonie. C'est une merveille que d'assister à leur épanouissement. C'est aussi un privilège que de voir en face le chef d'orchestre, au visage irradiant d'intelligence et de sensibilité, ainsi que le chorégraphe, ""dompteur"" admirable d'une bande de garnements imprévisibles.
On se passionne pour la mise en place laborieuse d'un spectacle ambitieux, qui culmine dans une représentation éblouissante. A relever la prise de son, qui rend une justice saisissante à la qualité des instrumentistes de Berlin."
Daniel Grivel