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Critique
"Un drame familial en Islande. Le patriarche est dépositaire de secrets qui vont brutalement éclater au grand jour. Un film grinçant, en même temps qu'un regard plein de bienveillance.
Le cinéma des pays du Nord est généralement sombre, comme leurs hivers sans soleil. Le réalisateur islandais à qui l'on doit en 2000 101 REYKJAVIK, Baltasar Kormakur, est imprégné de cette culture. Homme de théâtre, il parvient à faire d'une pièce de son compatriote Haukur Simonarson une œuvre très cinématographique. Ce huis clos familial d'une grande dureté s'ouvre sans cesse sur le décor à la fois grandiose et nu d'un village perdu à 10 heures de route de la capitale.
Thordur, propriétaire d'une conserverie de poissons qui fait vivre tout le village, réunit ses enfants pour parler de la situation financière et pour leur faire une révélation. L'aîné dirige l'entreprise et souhaite la vendre. Agust, le cadet, vit à Paris où il se consacre à la musique, tout en faisant croire qu'il poursuit des études. La sœur, dont les enfants donnent tous les signes de dégénérescence ne songe qu'à prendre sa part. Ajoutons à ce tableau déjà bien épicé, une grand-mère pas si folle qu'on le croit, une belle-mère effacée, une belle-fille déjantée et une adolescente délurée. Et pour pimenter ce délicieux tableau de famille, une chape d'ennui dont on sort en buvant ou en troussant les jupons des femmes et des filles.
Mais qu'on ne se méprenne pas, Kormakur, avec force et talent, décrit à travers une loupe grossissante une situation universelle. Le conflit qui éclate, un peu à la manière de FESTEN du réalisateur danois Thomas Vinterberg, révèle chacun comme une sorte de prototype humain. L'autoritaire, le faible, l'artiste, l'intéressée qui ne songe qu'à l'héritage, l'adolescence en crise et le couple qui n'a pas su préserver son amour. Il y a surtout le mensonge et les ""non-dits"" qui causent des ravages. Pour être juste, il faut aussi reconnaître que personne n'est entièrement mauvais ou tout bon. Le père autoritaire par qui tout le drame arrive montre une sensibilité sociale. Son usine va mal, mais elle fait vivre toute la communauté. Il y a aussi des moments de tendresse, car, même éclatée, la famille demeure solide de liens indélébiles.
Le cinéaste fait preuve d'humour tout au long de ce film durant lequel le spectateur ne s'ennuie jamais. C'est un humour noir, cynique, parfois lourd qui cadre avec la rudesse de l'existence de ces insulaires du bout du monde. Il y a surtout le contraste entre une nature superbe, celle des fjords islandais, et les maisons délabrées qui côtoient les usines aux façades hideuses. Ce contraste, on le trouve aussi entre les éléments naturels, l'eau, la glace et le feu. Un film riche en symboles universels.
Baltasar Kormakur
Né en 1966, Baltasar Kormakur est un acteur islandais de la jeune génération et un metteur en scène de théâtre parmi les plus reconnus de la scène islandaise. Il a créé son propre théâtre. En 2000, il fait ses débuts au cinéma en tant que réalisateur avec 101 REYKJAVIK, film qui connut un grand succès et remporta de nombreux prix."
Maurice Terrail