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Le film s'appuie sur un best-seller vendu à un million d'exemplaires dans le monde, mais il s'agit d'une comédie romantique, un genre tombé en désuétude à Hollywood depuis quelques années. De plus, l'histoire est centrée sur des personnages asiatiques, ce qui est très rare dans le cinéma occidental. Pourtant, le film a rapporté plus de 100 millions de dollars aux Etats-Unis.
Aucune comédie romantique n'avait fait aussi bien depuis dix ans. Le film a passé plusieurs semaines en tête du box-office américain. C'était un pari. Il est réussi.
Un film presque historique
"Crazy Rich Asians" est une comédie romantique typiquement hollywoodienne, drôle et glamour. Tous les acteurs sont beaux, les décors aussi. Le comique vient souvent de la caricature des super-riches mais la relation entre l'héroïne, incarnée par la star montante Constance Wu, et sa future belle-mère est plutôt subtile.
>> A voir, la bande annonce du film:
Les producteurs ont refusé une offre colossale de Netfix. Ils ont préféré travailler avec les studios Warner Bros qui proposaient moins d'argent. Ils voulaient que le film sorte en salles, qu'il reçoive une exposition maximale. C'est le cas. "Je n'avais jamais vu un studio organiser autant de projections avant une sortie. Mais ils ont compris la signification historique du film et ils ont aussi beaucoup travaillé avec la communauté asiatique, organisé des projections avec des associations. Un peu sur le modèle des influenceurs afro-américains avec le film "Black Panther", sorti en février" explique la journaliste Rebecca Sun dans le magazine spécialisé The Hollywood Reporter.
Un succès pas si surprenant
Pour Van Tran, sociologue à l'Université Columbia de New York travaillant sur l'intégration des Asiatiques et des Hispaniques aux Etats-Unis, le succès du film n'est pas si surprenant. "Les Asiatiques-Américains sont un groupe racial important aux Etats-Unis et il s'agrandit. C’est le plus instruit avec le plus haut niveau de revenu. Ça fait très très longtemps qu'ils attendaient d'être montrés sur le grand écran", explique-t-il.
Selon le sociologue, s'il a fallu si longtemps pour qu'ils soient portés à l'écran alors qu'ils sont aux Etats-Unis depuis un peu plus d'un siècle, c'est parce que les Asiatiques-Américains ont été marginalisés par la société et l'histoire américaines, à cause de la taille de leur groupe - ils ne représentent en effet que 6% de la population américaine.
Nous ne subissons pas le même niveau de discrimination que les Afro-américains dans ce pays, en raison de l'héritage historique de l'esclavage. Cela dit, les Asiatiques-Américains ne sont pas représentés publiquement et dans les médias proportionnellement à ce qu'ils font et ce qu'ils sont dans la société américaine.
C'est donc tout un paradoxe qui entoure les Asiatiques-Américains: ils enregistrent des réussites brillantes, mais leur voix continue d'être marginalisé dans la sphère publique et ils continuent d'être perçus comme des étrangers.
>> A écouter, l'interview de Van Tran:
Une nouvelle tendance à exploiter
En 2017, deux tiers des 100 plus gros films américains ne comptaient aucun acteur asiatique. Une sous-représentation sur laquelle s'est appuyée l'équipe de "Crazy Rich Asians" pour sa promotion.
Hollywood prend peu de risques. Les studios se disent peut-être qu'ils ont trouvé une nouvelle tendance à exploiter. La suite de "Crazy Rich Asians" est déjà en préparation. Kevin Kwan, l'auteur du roman original, a écrit une trilogie, donc le matériel existe déjà.
Un sujet de Loïc Pialat pour "Tout un monde"
Adaptation web: Lara Donnet