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En frontispice, fresque du Perugino, collegio del Cambio, Perugia.
On dénombre 12 Sibylles dans la tradition chrétienne, correspondant aux 12 apôtres.
La Sibylle d’Erythrée en Asie Mineure, qui est censée annoncer la venue du Christ, est la plus connue grâce à Saint Augustin, avec son poème à double acrostiche. Voir ci-dessous.
Le nombre des Sibylles a varié selon les époques, ce nombreuses fois représentées. La fin du Moyen Âge en fixe 12, pour correspondre aux 12 Apôtres.
Les 12 Sibylles, selon Wikipedia et la tradition chrétienne :
- La sibylle Érythréenne porte un grand rameau fleuri. Elle évoque l’Annonciation parce qu’elle a proclamé qu’une vierge doit enfanter ; on voit ci-dessous son énorme influence sur l’évolution de la théologie chrétienne.
- La sibylle de Tibur ou Tiburtine porte un gant, ou une main coupée qui symbolise la main du garde qui a souffleté le Christ au cours de la Passion ;
- La sibylle d’Hellespont ou Hellespontine porte une grande croix représentant la crucifixion du Christ au Golgotha ;
- La sibylle Phrygienne porte le labarum : étendard où figure le chrisme, symbole du christianisme ;
- La sibylle Persique : on lui associe une lanterne symbolisant la lumière apportée par le Messie et elle foule aux pieds le serpent de la Genèse qui a abusé Ève ;
- La sibylle Libyque a un cierge allumé qui symbolise la Lumière que la naissance du Sauveur apporte au monde pour repousser les ténèbres. On peut la représenter avec trois clous rappelant la Passion du Christ. Elle aurait été mentionnée par Euripide, selon le pavement de la cathédrale de Sienne ;
- La sibylle Cimmérienne porte un biberon en forme de corne symbolisant la Vierge allaitant son Enfant ;
- La sibylle Delphique ou Pythie porte à la main une couronne d’épines, symbole de la Passion. Elle avait prophétisé : « un Dieu viendra pour mourir et il sera plus grand que les immortels » ; Elle a aussi dit à Socrate : Connais-toi toi-même.
- La sibylle de Samos ou Samienne porte un berceau parce qu’elle avait entrevu la Vierge couchant l’enfant dans une crèche ;
- La sibylle Agrippa ou Agrippine porte un fouet symbolisant la flagellation du Christ ;
- La sibylle de Cumes ou Cuméenne : elle peut porter un coquillage qui représente la virginité de la Vierge. Elle porte le rameau magique et a annoncé qu’un enfant descendrait du ciel ;
- La sibylle Europa ou Européenne : elle porte un glaive évoquant le massacre des Innocents et par association la fuite en Égypte.
Si Saint Augustin, Augustin d’Hippone, en citant cet oracle dans le sermon Vos, inquam, convenio, ô, Judei qui lui est attribué, (voir Cité de Dieu XVIII, 23) n’a pas connu la supercherie, il a été démontré à la Renaissance que l’auteur des textes englobant cet oracle était Eusèbe Pamphile de Césarée, env. 265-339), devenu évêque de la ville et hagiographe de l’empereur Constantin, à ne pas confondre avec Saint Eusèbe, martyr et mentor du premier. Au III è siècle p C (post Christum), il lui était facile de prédire la destruction du temple de Jérusalem et d’indiquer le poisson comme signe de ralliement des chrétiens dans les catacombes !
Voir un article intéressant dans Les Prophètes du Christ, Etude sur les origines du théâtre au Moyen Âge, de Marius Sepet, Paris 1878. Reproduction du sermon latin pp 3 – 8. Cet oracle est cité par d’autres auteurs de textes patristiques, il devint une source inépuisable d’inspiration et théologique et artistique liée au Jugement dernier. On n’oubliera pas de citer les Prophetiae Sybillarum de Roland de Lassus (1532-1594), après l’hymne syllabique médiéval du Dies Irae et avant Hector Berlioz, etc.
L’article comprend une brève description de ces sermons chantés – jusqu’à par Bossuet ! -, lesquels avaient servi de point de départ au drame liturgique. Dans l’école des scribes de Milan par exemple, on était élu évêque à l’aune de l’applaudimètre après le sermon. Ambroise, Augustin… On peut citer aussi Saint Jean Chrysostome et sa bouche d’or.
Le poisson – Ichthus – est associé à Jésus, selon de nombreuses sources . Il est possible, voire probable qu’Eusèbe Pamphile se soit inspiré de cette inscription dans les catacombes pour écrire son poème avec double acrostiche, et non le contraire.
Ce signe, complémentaire à celui de la croix également cité dans l’oracle, a inspiré toute la chrétienté et les arts en général. Selon la remarquable étude bollandiste de F. Cabrol et H. Leclercq, parue en 1907 dans le Dictionnaire d’Archéologie chrétienne et de liturgie, tome VII, 2, pages 2000 et sq, ce pictogramme provenait de l’école d’Alexandrie, véhiculé par les soins du fameux Clément.
Sur la controverse au sujet de l’ajout Stairos, la Croix, voir plus loin dans le même Dictionnaire, sous Oracle, p 2236.
Pour résumer cette petite étude complémentaire, on peut dire que la véritable saga des Sibylles a nourri l’imaginaire de toute la chrétienté; elle comprend encore des zones de recherches passionnantes.
Quand on parle de la Sibylle, c’est habituellement celle d’Érythrée qui est concernée. Pour Delphes, on parle plutôt de la Pythie.
Attention ! Le prénom Sybille inverse le y et le i.
JMC