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Nous avions annoncé pour aujourd'hui une tentative expérimentale de salivation à connotation gastronomique à partir de l'évocation de ce que furent, bien avant la vache folle, les ris de veau et autres abats blancs. Las, c'était compter sans le séisme politique que vivent la France et l'Union européenne avec les résultats du premier tour de l'élection présidentielle. Nous avions cru trop vite pouvoir organiser le réel et voilà que la réalité démocratique nous rattrape qui dicte sa loi. L'histoire retiendra toutefois que notre affaire n'a pas échappé à la politique. Et la coïncidence veut que le dernier arbitrage interministériel rendu dans la soirée du vendredi 19 avril par le gouvernement de Lionel Jospin concernait la question du maintien ou de la levée de l'embargo français sur les viandes bovines britanniques.
Au terme de cette réunion, à la veille du séisme provoqué par le succès du leader d'extrême droite, la France prenait la décision de demander de nouveaux délais. Cette décision fut aussitôt transmise à la Commission européenne, Bruxelles ayant laissé à la France jusqu'au samedi 20 avril pour justifier son refus d'appliquer une mesure communautaire. Il faut ici rappeler que c'est sur la base d'un avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments que Paris refuse depuis octobre 1999 de lever l'embargo sur les aliments britanniques d'origine bovine. Les experts français des maladies à prions estiment en effet depuis cette date que rien ne permet de lever certaines inconnues quant au risque de contamination alimentaire par l'agent de la forme humaine de la maladie de la vache folle à partir de la consommation de produits bovins d'origine britannique. Cette politique sanitaire a conduit la Commission et la Grande-Bretagne à engager une action devant la Cour de justice des communautés européennes.
En septembre 2001, l'avocat général auprès de la Cour de justice des Communautés européennes avait requis une condamnation partielle de la France pour ce refus de lever l'embargo. Les conclusions de l'avocat général de la Cour rappelaient que «les premières mesures de lutte contre l'ESB ont été naturellement prises au Royaume-Uni en 1988», qu'«elles ont été complétées par des mesures communautaires intervenues à partir de 1990 lorsque a été prise la mesure de l'ampleur de l'épidémie et des risques dont elle était porteuse». «Inspirées par le principe de précaution, ces mesures communautaires ont gagné en sévérité au fil des années et des constats alarmants opérés par les instances scientifiques qualifiées, pour culminer dans la décision de la Commission du 27 mars 1996 interdisant, à titre transitoire, les exportations de bovins, de viande bovine et de produits dérivés à partir du Royaume-Uni vers les autres Etats membres et les pays tiers.»
C'est dans ce cadre que la Commission venait, une nouvelle fois, demander au gouvernement français de fournir de nouvelles données médicales et scientifiques susceptibles de justifier sa position. A la veille du délai fixé par Bruxelles, Paris a donc demandé un nouveau sursis. Le gouvernement a pris cette décision au vu des échanges établis ces derniers mois entre les responsables de l'Afssa et ceux de la Food Standard Agency britannique. On indique, côté français, que de nombreuses inconnues scientifiques demeurent quant à la réalité de la situation épidémiologique qui prévaut dans les cheptels bovins et ovins d'outre-Manche.
Le Royaume-Uni a aujourd'hui officiellement recensé plus de 180 000 cas de maladie de la vache folle et près de 5,5 millions de bovins âgés de plus de 30 mois ont été retirés de la chaîne alimentaire afin de prévenir le risque de transmission à l'homme. En 2001, 1005 cas d'ESB ont été dépistés contre 1300 en 2000 et les autorités vétérinaires britanniques prévoient que ce nombre devrait continuer à décroître dans les prochaines années. Pour autant, à la différence des autres Etats membres de l'Union européenne, Londres s'était toujours refusée à mettre en place un dépistage systématique des animaux apparemment sains âgés de plus de 30 mois. «Les autorités britanniques essaient de rattraper, depuis le mois de janvier 2002, l'énorme retard de mise en conformité avec les exigences de l'Union européenne dans ce domaine, observait l'ambassade de France en Grande-Bretagne dans une note confidentielle datée de février dernier. Cette surveillance de l'encéphalopathie spongiforme bovine plus complète permettra de mieux appréhender l'incidence réelle de la maladie.»
Les services sanitaires britanniques ne disposent aujourd'hui que des résultats portant sur 56 000 des 355 000 tests programmés chez des animaux de plus de 30 mois. Le gouvernement de Tony Blair se refuse toujours d'autre part à mettre en place un programme de dépistage des animaux âgés de plus de 24 mois comme c'est le cas en France ainsi que dans d'autres pays de l'Union européenne. «Dans un tel contexte, précisait-on dans la soirée du 18 avril à l'hôtel Matignon, il nous apparaît impossible de prendre une mesure de levée d'embargo qui ne correspondrait en aucune manière aux règles, toujours défendues sur ce dossier, du principe de précaution.»
A Luxembourg, lundi 21 avril, David Byrne, commissaire européen à la Santé, a confirmé la teneur de la réponse française. Il a toutefois ajouté qu'il n'en connaissait pas encore les détails et que cette requête devait encore être examinée sur le plan juridique.