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Intégrisme ou totalitarisme?
La loi fédérale du 29 septembre 1952 sur l’acquisition et la perte de la nationalité suisse (LN: RS 141.0) dispose en son article 14 qu’avant l’octroi de l’autorisation, par l’office fédéral compétent (en l’espèce, le Secrétariat d’Etat aux migrations), on s’assurera de l’aptitude du candidat à la naturalisation. On examinera en particulier si le requérant:
a. s’est intégré dans la communauté suisse,
b. s’est accoutumé au mode de vie et aux usages suisses,
c. se conforme à l’ordre juridique suisse et
d. ne compromet pas la sûreté intérieure ou extérieure de la Suisse.
A l’évidence, les deux petites adolescentes musulmanes qui refusent les cours de natation, qui ne participent pas aux camps organisés par l’école et qui en outre refusent de serrer la main de leurs professeurs masculins manifestent clairement qu’elles rejettent l’intégration dans la communauté helvétique et qu’elles n’ont pas souhaité s’accoutumer à nos usages.
On peut en revanche hésiter sur la question de l’ordre juridique violé, même si le Tribunal fédéral a jugé que la natation et les camps sont des composantes à part entière de l’instruction obligatoire, conception absurdement jacobine et totalitaire de l’école. Si cette famille avait eu les moyens d’engager un précepteur (ou plutôt une préceptrice) pour dispenser l’enseignement à domicile, le problème ne se serait pas posé.
Mais le refus de naturalisation opposé à ces deux jeunes filles, qui ne compromettent probablement pas, pour l’instant, la sûreté intérieure ou extérieure de la Suisse, doit nécessairement nous interpeller sur notre propre intégration à une prétendue communauté suisse et notre accoutumance au mode de vie et aux usages suisses.
Je suis d’abord Vaudois, comme mon père, mon grand-père et les aïeux de mon grand-père. J’en ai l’accent, le goût du travail bien fait, l’amour du chasselas produit par Luc Massy et l’habitude de fréquenter les églises seulement pour les mariages ou les enterrements. Je parle un peu l’italien, mal l’allemand et pas du tout le schwytzertütsch ni le romanche.
Je suis lié à la communauté suisse par une histoire commune de deux cents ans, et surtout par le seul élément assimilateur concret, l’armée. Avec un agriculteur obwaldien, qu’ai-je en commun? Ni la langue, ni la religion, ni les cinq cents premières années de l’histoire de la Confédération, ni les écoles. Mais j’ai été officier dans la même armée… à l’époque où nous avions encore une armée et où la conscription des jeunes hommes était obligatoire. C’est là que nous avons appris à nous lever tôt, à ranger notre chambre et à n’être jamais en retard à nos rendez-vous.
C’est peut-être seulement ça, le mode de vie et les usages suisses. Ce fonds culturel élémentaire apporté par l’école de recrues était sans doute le principal dénominateur commun des Suisses de tous les cantons aux coutumes si diverses, aux traditions si colorées, aux patois si savoureux.
Demain s’ouvre à Saint-Gall le procès en appel d’un Bosniaque musulman intégriste, qui s’était opposé à ce que sa fille suive les cours de natation mixtes. Il a déjà été condamné par ordonnance pénale à quatre mois de prison, pour violation du devoir d’éducation.
Cet acharnement de la justice saint-galloise est bien plus grave que le refus de naturalisation des petites Bâloises. Elle manifeste une crispation et même un intégrisme bien plus profond que l’islam rigoureux du père de famille. Ce dernier n’impose pas ses conceptions aux autres, il les revendique pour sa famille. La Suisse, en le condamnant, imposerait à tous les musulmans de Suisse, qu’ils soient Suisses ou étrangers, des comportements individuels réputés justes et bons.
C’est ça, le totalitarisme.
Claude Paschoud
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