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Une équipe de huit membres de l'OMS est parti en Irak, le 27 août, afin de finaliser des plans pour étudier le bien-fondé des déclarations du gouvernement irakien évoquant une augmentation de malformations congénitales, de cancers et de maladies rénales (Lancet 2001 ; 358 : 737). Cette augmentation résulterait, selon ce gouvernement, de l'exposition de la population à l'uranium appauvri (UA) contenu dans les munitions que les Etats-Unis ont utilisé durant la guerre du Golfe. Abdelaziz Saleh, directeur de l'office de l'OMS pour la région est-méditerranéenne, au Caire (Egypte), dirige cette équipe, qui inclut des experts en génétique humaine, en médecine du travail, en épidémiologie et en oncologie.Lors de la dernière Assemblée mondiale de la santé, à Genève, le ministre de la Santé irakien, Oumeed Mubarak, a affirmé disposer de preuves que l'usage d'UA dans les munitions durant les campagnes de bombardement des Etats-Unis, en 1991, est à l'origine d'une augmentation des taux de cancers et de malformations chez les nouveau-nés. Mubarak a ajouté que des scientifiques irakiens ont trouvé, lors d'une étude réalisée en décembre, des traces d'UA dans les échantillons d'urine, de sang et de sperme des participants. Toutefois, il n'a divulgué aucune donnée précise. Au cours de l'assemblée, la délégation irakienne a aussi rendu publique une recherche montrant que le foie, les reins, le système immunitaire, l'ADN et les spermatozoïdes des rats exposés à l'UA sont endommagés.L'Irak accuse depuis longtemps l'OMS de retarder ses recherches sur l'UA pour des raisons politiques. L'OMS dément cette accusation, insistant sur le fait qu'elle doit établir une base épidémiologique claire incluant la constitution d'un registre national fiable des cas de cancer. Alors seulement, si une augmentation de maladies non transmissibles et de malformations est détectée, pourra-t-elle tenter d'en révéler la cause, qu'elle soit environnementale, alimentaire ou liée au style de vie. «Nous devons maintenir notre intégrité scientifique [et] assurer l'indépendance de nos travaux», a rappelé Gregory Hartl, porte-parole à l'OMS.L'OMS estime avoir besoin de 20 millions de dollars pour financer un programme de recherche en santé environnementale en Irak et dans les Balkans, où les alliés ont aussi utilisé l'UA lors de leurs bombardements. Il n'existe toutefois pas d'information sur le temps nécessaire à cette recherche.Les sensibilités politiques sont élevées, la santé étant une monnaie d'échange clef dans les négociations entre les Etats-Unis et leurs alliés avec l'Irak au sujet des sanctions. Le ministère de la Santé irakien a publié en juillet des données indiquant que 9080 person-nes sont mortes par manque de nourriture et de médicaments en juin, contre 8967 en mai. Toujours selon le ministère irakien, en juin, environ 6078 enfants de moins de cinq ans sont morts de maladies telles que la diarrhée et de malnutrition, contre 387 enfants en juin 1989, avant le début de l'embargo.L'Irak maintient que l'embargo qu'impose l'ONU a causé la mort de plus d'un million et demi de civils et rejette les affirmations des Etats-Unis qui accusent l'Irak de stocker délibérément les médicaments. Enfin, l'Irak accuse les Etats-Unis et le Royaume-Uni de repousser, au sein du comité chargé des sanctions aux Nations Unis, l'accord concernant l'importation d'équipement médical vital.Le programme de l'ONU pétrole-contre-nourriture, qui permet à l'Irak de vendre du pétrole et de dépenser ses revenus en importations humanitaires, contribue à prévenir les pénuries aiguës. Mais le rapport annuel du Comité International de la Croix-Rouge, publié en juillet, décrit le délabrement du système de santé irakien.