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Comté, bailliage et district, ainsi que site castral dans la commune de Lenzbourg AG. Bailliage des Kibourg, puis des Habsbourg jusqu'en 1415, bailliage bernois jusqu'en 1798, enfin district du canton d'Argovie. Situé au sud de l'Aar, son territoire, qui s'étend sur le nord du Seetal et du Bünztal, est délimité par les districts argoviens d'Aarau, Brugg, Baden, Bremgarten et Kulm. Le paysage, très varié, ne compte que deux collines dominant la plaine, le Schlossberg, qui abrite le château de L., et le Staufberg.
La région, fertile, ouverte et facile d'accès, fut peuplée très tôt. Un vicus romain est attesté à L. du Ier s. apr. J.-C. à la seconde la moitié du IIIe s. La capacité du théâtre (env. 4000 places assises) fait supposer que l'endroit remplissait la fonction de centre pour une zone plus vaste. Des villae étaient bâties sur les hauteurs du Seetal, de deux côtés de la vallée. L'invasion des Alamans eut lieu au plus tard au VIIe s. Les toponymes, pour la plupart d'origine alémane, sont mentionnés pour la première fois dans des actes datés entre le IXe et la fin du XIIIe s. De nombreux villages relevaient de la paroisse de Staufen, les autres paroisses étant des fondations postérieures.
C'est probablement juste après avoir accédé au titre de "comtes en Argovie", vers 1030, que les L. ont fait du bailliage de L. (et du château fort mentionné pour la première fois en 1077) le centre de leur pouvoir. Le bailliage, toujours associé à la forteresse, demeura un arrondissement administratif seigneurial (et allodial jusqu'au XIIIe s.), auquel étaient liés de nombreux droits de haute et de basse justice. Après la reprise du bailliage par les comtes de Kibourg en 1250/1256, c'est le terrier des Kibourg qui donne pour la première fois ses dimensions; il s'étendait d'Aarau à Mellingen et de l'Aar et du Kestenberg jusqu'au lac de Baldegg. En 1273, toutes les possessions des Kibourg et les droits comtaux en Argovie passèrent aux Habsbourg. Ceux-ci accordèrent leur autonomie aux villes d'Aarau et de Mellingen et détachèrent la région entourant Richensee pour en faire, avec Hochdorf, le bailliage de Richensee. Le terrier des Habsbourg recense ainsi L., Suhr, Gränichen, Villmergen et Reinach comme centres de seigneuries. Auxquelles il fallait encore ajouter des droits d'avouerie, des impôts et des dîmes provenant de plusieurs droits de patronage. On ne connaît rien de l'administration du bailliage à l'époque des L. ou des Kibourg. En 1281 par contre, les droits et les biens des Habsbourg étaient administrés par l'avoyer d'Aarau. Dès l'octroi de franchises à L. en 1306, cette charge revint à l'avoyer, toutefois subordonné au bailli habsbourgeois de Baden.
Après la conquête de l'Argovie en 1415, la majeure partie du bailliage passa sous domination bernoise, le reste revenant à Lucerne; situé à l'est du territoire, augmenté de quelques communes, il devint plus tard le Niederamt, soit une partie des bailliages communs des Freie Ämter. La partie occidentale forma le bailliage bernois de L., sur lequel la ville de Berne exerça une domination rigoureuse. De 1444 à 1798, le château de L. servit de résidence au bailli. Comme Berne avait garanti tous les statuts et privilèges locaux à ses sujets, il n'y eut pas d'unification générale du droit jusqu'en 1798. Le maître bernois laissa aussi ban et juridiction aux différentes seigneuries ecclésiastiques et laïques, dont quelques-unes devinrent au fil du temps la propriété de familles patriciennes bernoises et jouirent ainsi d'une certaine autonomie. Les communautés villageoises autonomes furent réunies au sein de quelques cours de basse justice. A la suite de à l'introduction de la Réforme par Berne en 1528, tous les biens et droits que le couvent de Königsfelden possédait à L. furent sécularisés.
Durant les trois premiers siècles de domination bernoise, l'on produisit principalement des céréales tout en exploitant également quelques vignes. Depuis le Moyen Age, la population était en constante augmentation; elle doublait à peu près chaque siècle, ce qui mena, dans un contexte de pénurie économique, à sa paupérisation. En provenance de Zurich, le travail à domicile du coton fut introduit vers 1720 dans le Seetal et fournit un nouveau revenu. Le centre du Verlagssystem se trouvait à L., tandis que les travailleurs étaient engagés dans tout le bailliage. Les premières manufactures d'indiennes de la région entamèrent leur production à peu près à la même période; le bailliage faisait partie du foyer de l'industrie cotonnière argovienne.
L'invasion française de 1798 et la République helvétique ne furent pas saluées par la majorité de la population, conservatrice et fidèle à Berne. Le nouveau district argovien comptait dix-neuf communes à l'origine (vingt après l'ajout de Brunegg en 1840). Les basses juridictions disparurent, de même que les privilèges qui avaient été accordés aux différentes communes. L'entrée dans l'ère des machines, dans les premières décennies du XIXe s., conduisit à un déplacement du centre de gravité de l'industrie textile vers les grands cours d'eau; la disparition progressive du travail à domicile au cours de ce même siècle entraîna la fin de l'industrie cotonnière. Le tressage de la paille prit pied pour quelques décennies dans certaines communes proches du Freiamt, mais la plupart d'entre elles perdirent tout lien avec l'industrie, et le district de L. redevint une région avant tout agricole. Contrairement à la tendance générale en Argovie, un grand intérêt pour les questions agraires se fit sentir dans le district de L. durant la première moitié du XIXe s. La Société culturelle (c'est-à-dire d'agriculture) du district, fondée en 1815, apporta de nouvelles impulsions et des propositions de modernisation (assurance contre la grêle, assurance du bétail, amélioration de la viticulture, lutte contre les parasites, culture de nouvelles plantes fourragères et alimentaires). La grande transversale est-ouest des chemins de fers (début d'exploitation de la ligne Brugg-Aarau en 1858) n'effleura que marginalement le district de L. Les liaisons avec ce dernier furent établies par la ligne du Sud, de Rupperswil à Rotkreuz (1874-1881), celle du National-Suisse de Winterthour à Zofingue (1877) et celle du Seetal (1883), reliant L. à Emmenbrücke. L'industrialisation du district démarra dans le dernier quart du XIXe s., mettant fin au développement plus ou moins uniforme qui avait cours depuis le Moyen Age. Certaines communes, situées idéalement du point de vue des transports, connurent un essor formidable à la suite de l'arrivée d'entreprises industrielles, tandis que d'autres demeurèrent essentiellement agricoles et connurent un exode rural qui dura jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale.
Le district ne fut pas épargné par les mutations économiques et démographiques de la seconde moitié du XXe s. La diminution du nombre d'exploitations, dans l'agriculture (pommes de terre, betteraves sucrières, légumes) entre 1965 et 1990 (46%) fut la plus importante de tout le canton (moyenne 39%). En raison de la rationalisation et de l'automatisation de la production, le taux d'occupation dans le secteur secondaire recula également dans presque toutes les communes entre 1970 et 1990. La plupart d'entre elles connurent cependant une augmentation de l'emploi dans le secteur tertiaire. Les petits détaillants souffrirent de la concurrence des grands centres commerciaux situés hors du district et la réduction de leur chiffre d'affaires entraîna quelques fermetures. L'autoroute A1 (1966-1971, trois accès) et la ligne CFF du Heiterberg (1975) favorisèrent le travail pendulaire dans l'agglomération zurichoise. Grâce à un excellent accès aux voies de communication, une réserve suffisante de terrains à bâtir et un prix du sol relativement bas, la construction de logements se développa dans les communes rurales. La population du district augmenta de 26 592 à 46 398 personnes entre 1950 et 2000, tandis qu'un brassage confessionnel avait lieu dans le même temps; alors qu'en 1950, 87% des habitants étaient protestants et 12% catholiques, ces proportions respectives étaient passées à 52% et 28% en 2000.
Le château de L. est l'un des plus grands sites castraux de hauteur en Suisse. Celui-ci regroupe plusieurs bâtiments disséminés à l'est et des jardins entourés par une enceinte à l'ouest. Les parties les plus anciennes sont le donjon sud, son corps de logis et le donjon nord. La maison des chevaliers, des éléments de la maison de la porte et les constructions proches remontent à la période prébernoise, comme une partie de l'enceinte. Le reste des bâtiments date de l'époque bernoise: c'est le cas notamment de ce qu'on appelle maintenant la maison Stapfer, construite vers 1600, actuel centre de rencontres. Le canton d'Argovie, qui avait repris le château en 1804, le céda au pédagogue Johann Karl Christian Lippe pour qu'il y ouvre un institut éducatif. Longtemps en mains privées, le château est redevenu propriété cantonale dans les années 1950 et il abrite depuis lors le Musée historique d'Argovie.
Bibliographie
– Geschichte der Stadt Lenzburg, 1-3, 1955-1994
Auteur(e): Heidi Neuenschwander, Dominik Sauerländer / PHE