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Débat
Le président. Le débat est en catégorie II, trente minutes. La parole est à M. Deneys.
M. Roger Deneys (S). Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, cette proposition de résolution qui demande une véritable démocratie en Russie peut sembler surprenante, même malvenue à certains d'entre vous, parce qu'il s'agit d'un sujet international. Cependant, je crois qu'il est important de rappeler que Genève est une ville qui jouit d'une reconnaissance internationale depuis de nombreuses années, notamment en raison de son engagement en faveur du respect des droits de l'Homme à l'échelle mondiale. Et que Genève abrite le siège du Conseil des droits de l'Homme en est une preuve récente que nous devons intégrer dans la vision que nous avons de Genève.
Aujourd'hui, en Russie, des événements graves se produisent et la chute du Mur, chute du régime soviétique, que nous avons pu accueillir avec un grand bonheur, connaît actuellement un étrange retournement de l'Histoire dans la mesure où la démocratie russe que nous espérions se transforme, ma foi, en régime se révélant de plus en plus totalitaire.
Des démocrates russes sont venus à Genève encore récemment, en automne 2012, pour témoigner de ce qui se passe aujourd'hui en Russie. M. Oleg Shein ancien député à la Douma est venu témoigner de ce qui se déroule dans la ville dont il était candidat à la mairie, Astrakhan; il est venu témoigner des fraudes massives qui ont eu lieu en Russie lors des élections. Dans le même temps, des militants des droits de l'Homme sont régulièrement interpellés, arrêtés et tabassés par la police ! Des journalistes sont abattus, menacés et tabassés ! Des lois récentes, votées en 2012, ont pour but d'interdire les manifestations non autorisées et sont de nature à indiquer que les ONG sont des agents étrangers quand elles reçoivent des financements de mouvements démocratiques situés en dehors de la Russie. On a aussi pu découvrir cette loi particulièrement sordide qui vise à interdire l'adoption d'enfants russes par des citoyens américains. Eh bien, tous ces événements inquiètent les démocrates que nous connaissons dans notre pays.
Il faut savoir que Genève a eu, depuis de nombreuses années, l'occasion d'exprimer son attachement à la Russie. Des militants des droits de l'Homme sont déjà venus, bien avant la chute du régime soviétique, témoigner de ce qui se passait là-bas. Et aujourd'hui, Mesdames et Messieurs les députés, même si nous sommes une petite république, je crois que nous pouvons humblement mais fermement demander à la Grande Russie de respecter la démocratie et nous pouvons mettre à contribution notre expérience - aussi en raison des liens d'amitié noués par la Genève internationale - pour aider les Russes à mieux instaurer cette démocratie, ce qui est évidemment extrêmement difficile, car un changement de régime ne se fait pas du jour au lendemain.
Donc même si cela peut vous paraître vain, je pense qu'il est extrêmement important de soutenir les démocrates, qui se battent parfois au prix de leur vie, dans tous les pays du monde, pour obtenir une démocratie, dont nous bénéficions tous les jours ici, en Suisse. Je pense que nous devons être fiers de notre démocratie et que nous devons soutenir les personnes qui viennent à Genève demander de l'aide; cette résolution est une manière modeste de contribuer à la leur apporter et je vous invite à la soutenir. (Applaudissements.)
Le président. Merci, Monsieur le député. Il restera deux minutes à votre groupe. La parole est à M. Eric Leyvraz.
M. Eric Leyvraz (UDC). Merci, Monsieur le président. Cette résolution part d'un bon sentiment ! Or ce parlement a des prérogatives, et celles-ci ne comprennent pas les affaires internationales, lesquelles sont la prérogative du Conseil fédéral ou du Conseil national ! Il faudrait adresser cette résolution au moins au Conseil fédéral, ce serait la première chose. Pas au Conseil d'Etat ! Je ne vois pas tellement ce qu'il peut en faire. Il me semble quand même extraordinaire de devoir traiter de ces sujets ici. Si nous devons nous occuper de tous les pays qui, hélas, ne sont pas démocratiques, je crois que nous n'aurons plus beaucoup de temps, dans ce parlement, pour nous occuper de sujets aussi importants et aussi indispensables que les Vélib', par exemple. Je trouve que cette résolution est malvenue. Il me semble que nous avons beaucoup de sujets plus importants à examiner et qu'il est un peu déplacé de devoir étudier cet objet ici. Je pense que le gouvernement russe n'a pas grand-chose à faire d'une résolution, même si elle vient du Conseil d'Etat. Quant à mes camarades Deneys, Moyard, Carrard et Sobanek, chers amis, s'il vous plaît, n'allez pas manifester sur la place Rouge, nous serions trop tristes de ne pas vous voir revenir !
M. Michel Ducret (R). Mesdames et Messieurs les députés, oui, M. Deneys a parfaitement raison: c'est un sujet malvenu. Parce qu'il doit aussi savoir que la Russie d'aujourd'hui ce n'est pas un pays ayant une longue tradition démocratique. L'apprentissage de la démocratie prend du temps ! Il faut leur laisser ce temps et il faut encourager, et non pas réprimer, comme vous proposez de le faire.
Et puis, il n'y pas que la Russie ! C'est juste un peu amusant, tout d'un coup c'est la Russie ! Est-ce qu'il n'y a pas d'autres pays, Mesdames et Messieurs, qui mériteraient les mêmes observations ? Et parmi les plus grandes puissances de ce monde ? C'est un problème général, ce n'est pas de notre compétence, et il y a tellement de pays pour lesquels on pourrait dire quelque chose !
Ensuite, il y a un autre problème, Mesdames et Messieurs, et il s'agit d'un problème purement genevois: la reconnaissance internationale de Genève - dont nous nous gaussons tellement, dont nous sommes tellement fiers ! Effectivement, elle repose sur le respect des droits de l'Homme, mais elle repose surtout sur la capacité qu'a Genève d'accueillir tous les pays, quels qu'ils soient, pour des conférences internationales, afin de tenter de résoudre, par la parole, des conflits dans le monde entier.
En ce sens-là, Mesdames et Messieurs, une telle résolution serait de nature à pousser l'un des plus importants pays de notre globe à renoncer à venir fréquenter Genève et à le pousser aussi à engager des pourparlers dans d'autres lieux. Je vous signale simplement que la concurrence à ce niveau est extrêmement importante !
Pourquoi chercher à gâcher les relations entre la Suisse et la Russie, l'une des plus importantes nations du monde ? Surtout au lendemain de l'appui russe, afin que la Suisse puisse accéder au G20 ! Genève est aussi, souvenez-vous, la principale place de trading du pétrole et du gaz russe ! Souhaitez-vous, Monsieur Deneys, que ces emplois partent ? Décidément, vous êtes habitué à fustiger les banques - les principaux emplois...
Le président. Vous vous adressez au président, Monsieur le député !
M. Michel Ducret. ...à fustiger le trading - les principaux emplois à Genève - et après, vous dites: «Ah, il faut s'occuper des chômeurs !» Mais vous voulez générer des chômeurs ! Ce n'est pas ainsi, Monsieur Deneys, Mesdames et Messieurs les proposants, que l'on sortira de nos problèmes ! L'esprit de Genève, l'esprit de la diplomatie et l'esprit de la démocratie, Mesdames et Messieurs, c'est aussi, parfois, savoir se taire !
Le président. Il vous faut conclure, Monsieur le député !
M. Michel Ducret. Je conclurai simplement en disant que si ce n'est pas notre rôle ici, au parlement genevois, de traiter ce genre de problème, rien n'empêche le parti socialiste de s'approcher d'autres députés, pour fustiger, au titre de parti, le comportement de certains Etats - et je risque fort d'être parmi les signataires - mais ce n'est pas le rôle de ce parlement !
Une voix. Bravo ! (Applaudissements.)
Le président. Merci, Monsieur le député. J'interromps brièvement l'examen de cet objet, Mesdames et Messieurs, et je vais vous donner les résultats de l'élection E 2047.