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Temple de la Fusterie
Projet: Restauration complète
Maître de l'ouvrage: Fondation pour la conservation des temples
Classement cantonal: MS-c39 du 30.12.1921
Classement fédéral: 100 du 27.01.1981
Année de construction: 1713-1715
2012 - 2023
Le temple de la Fusterie
Édifié dans les Rues-Basses, à l’emplacement de l’ancien port au bois, il y a 300 ans, le « Temple Neuf » revêt, pour Genève, mais aussi pour les protestants en général, une importance historique et symbolique particulière. À Genève, depuis la Réforme, le culte protestant s’est établi dans trois des nombreuses églises que comptait la ville médiévale, la cathédrale Saint-Pierre, l’église Sainte-Marie-Madeleine et l’église Saint-Gervais devenues des temples.
La séparation confessionnelle avec les voisins catholiques romains se produisit à la fin du XVIIème siècle. La population de la campagne genevoise se trouva alors séparée de son lieu de culte et éprouva le besoin d’ériger de nouveaux temples tels que ceux de Gy, de Chêne-Bourg, et de la Fusterie.
Le modèle du plus prestigieux temple de Paris, le temple de Charenton, avec son plan rectangulaire basilical (construit par Jacques Androuet du Cerceau, incendié en 162, reconstruit à l’identique en 1623 par Salomon de Brosse puis rasé après la révocation de l’Edit de Nantes), fut retenu pour le temple de la Fusterie.
Les travaux de construction commencèrent en 1713 sous la direction de l’ingénieur Jean Vennes, un réfugié huguenot, comme plusieurs autres représentants des corps de métier employés sur ce chantier.
Le financement fut assuré par la Seigneurie, par la mise en vente et location des places sur les bancs et par le legs de Jean-Antoine Lullin, constructeur de la maison voisine dont l’entrée commande l’axe latérale du temple.
Achevé le 15.12.1715, le Temple de la Fusterie, en maçonnerie de mollasse sur un soubassement de roche calcaire, forme un rectangle de 18.50 m x 31.25 m. L’extérieur s’apparente à une maison patricienne, sauf la façade principale, avec son clocheton en bois recouvert d’un bardage en écailles métalliques et son horloge, dont le fronton cintré, aux armes de la République, s’infléchit en volutes baroques. On accède à l’intérieur par six portes, trois devant et une sur chacune des faces. L’espace du culte, bien dégagé, avec dans l’axe central, sa haute chaire en bois et son orgue (plusieurs fois renouvelé dans son buffet de 1834), compte deux niveaux de seize colonnes toscanes en bois sur de hauts socles en roche, soutenant une large galerie périphérique à balustres en bois tourné et reprenant les charges de la toiture, des combles et du clocher. Les quatre angles étaient occupés à l’origine par des escaliers séparés de la nef par des parois à 55° créant l’effet d’un octogone (deux seules subsistent côté façade principale). L’éclairage est abondant : 18 baies voûtées en arc surbaissé au rez-de-chaussée, 24 baies en plein cintre à l’étage. Le plafond est établi sur une vaste corniche de 3,2m de hauteur qui le rattache à la puissante architrave de la colonnade.
Autrefois très fréquenté par les genevois, le Temple perdit de sa grandeur après la Révolution, durant la période du Romantisme. Il fut abandonné à la classe la moins aisée de la population qui, faute de moyens, négligea son entretien. Le Temple a fait l’objet de trois rénovations, en 1859, en 1910 et en 1975, cette dernière très lourde, faisant disparaître la plupart des bancs et remplaçant le plancher en gradins par un dallage horizontal en béton. A cette occasion le dispositif de salle paroissiale et tribune mis en place par Leclerc & Gambini, disparu également.
En 2008, le Temple fut rendu à un nouvel usage, l’Espace Fusterie, tel qu’il est valorisé depuis.
Projet d'architecture
Le projet se doit d’améliorer le fonctionnement des locaux, tout en préservant la substance historique. La problématique de la confortation de l’enceinte développée conjointement avec le projet de restauration, intègre une réflexion de fond quant à l’usage du lieu. Le projet propose donc de joindre à la reprise en sous-œuvre, l’aménagement de l’ensemble du sous-sol et ainsi dégager des espaces de stockage, wc, salle de repos, reprise intégrale de la chaufferie ; et de développer la polyvalence du lieu en créant des loges et vestiaires ainsi qu’une grande salle polyvalente dont l’accès est indépendant de l’espace de la nef. Les espaces arrières côté place du Lac sont également réaménagés avec : accès selon les normes aux différents niveaux et ascenseur handicapé ; salles de réunions et bureaux. La rampe située Place du Lac permet de connecter directement ces espaces et a un impact minime sur l’architecture de l’édifice. Un monte-charge au centre de la nef contribue à la polyvalence du lieu puisqu’il permet un accès direct au sous-sol et notamment le stockage d’une tribune télescopique mobile de 156 places, 12 places en parterre et deux gradins escamotables de 18 places.
Une deuxième étape du projet consiste à restaurer l’ensemble de la nef et des installations techniques.
Les travaux envisagés à l’intérieur seront rigoureusement respectueux de la substance historique de l’édifice. La plupart des éléments qui seront restaurés datent de la construction du temple. Ils concernent la totalité de l’enveloppe, murs et toiture, les deux cages d’escaliers côté rue de la Confédération, la galerie, les fenêtres, la charpente, les colonnes et les menuiseries.
Les études de dendrochronologies et chrono-stratigraphiques nous permettent d’affiner le projet sur les éléments à conserver et notamment de proposer un traitement des revêtements en cohérence avec l’évolution du lieu.
L’adaptation des gradins au niveau de la galerie permet d’améliorer la déambulation et la visibilité des places assises, des rangements sont également dissimulés ainsi que des panneaux d’exposition amovibles.
Les installations de distribution de chauffage et de ventilation, dont dépendent le confort et la pérennité de l’édifice, seront entièrement rénovées selon un concept énergétique mieux adapté à l’exploitation et à la préservation de l’environnement (régénération de l’air ambiant et récupération de chaleur) et en adéquation avec la conservation de l’orgue. Ce dernier point est favorisé également par la mise en place du mur de scène derrière la chaire en terre crue pisé, permettant une auto régulation du taux d’humidité des espaces proches de l’orgue.
L’optimisation de l’enveloppe du point de vue thermique est obtenue par la mise en place du sous-sol isolé et l’isolation du plancher des combles, ainsi que par l’adaptation des fenêtres avec doubles vitrages.
Dans un troisième temps, l’enveloppe extérieure est entièrement restaurée : perrons démontés puis remontés pierre par pierre, entretien de la toiture et restauration du clocher, des façades, de l’horloge monumentale etc.
Une réflexion doit se faire sur de nouveaux dispositifs de communication dégageant les façades du temple de tout support, et au-delà sur l’utilisation des espaces urbains environnants.
Vers une architecture passive, durable et écologique
Le projet de sous-sol, développé avec la participation de M. M. Walgenwitz, ingénieur du bureau Ingeni, propose un plancher dans la nef en bois massif séché au four, assemblé à l’aide de chevilles en bois dur, en lieu et place de la dalle béton existante. Cette construction projetée à 100 % en bois massif, y compris pour les assemblages, serait supportée par le dispositif de colonnes existantes, lesquelles seraient mises à jour jusqu’au niveau de leur fondations, préservées et consolidées, avec une reprise en sous-œuvre par des micropieux.
Ainsi, les 16 colonnes se trouveraient renforcées au niveau de l’appui par 2 micropieux de 13 ml ancrés sous le radier, en dessous de chaque colonne.
Sur sa périphérie, ce plancher serait lié à l’enceinte par des connecteurs en bois de bout sur les sommiers, de type crêt Silent-960 (acier inox) logé-scellés dans la maçonnerie avec gaine anti vibratile, résistant au feu et permettant des dilatations. Ces derniers seraient scellés dans la maçonnerie, diam. 80 mm longueur env. 15 cm.
Les éléments de partitions au sous-sol et le mur derrière la chaire sont intégralement projetés en parpaings de pisé. Ces matériaux naturels participeront de la qualité de l’air par leur capacité à absorber et restituer l’humidité. Ce concept permettrait par conséquent d’améliorer les conditions hygrométriques et thermiques, ce qui est particulièrement favorable pour l’orgue et les utilisateurs. Afin de bien maîtriser ces paramètres, il est prévu d’intégrer le facteur d’orgue, M. Pascal Quoirin, qui est aussi le concepteur de l’orgue en place depuis 1976, dans le groupe d’étude en phase de pré-exécution, avec l’acousticien, les ingénieurs CVSE et le physicien. Pour information, le temple est équipé actuellement de 4 humidificateurs qui permettent de maintenir un taux d’humidité constant autour de 50 à 60%, ce qui est problématique au plan énergétique, et pour la physique du bâtiment, ainsi que pour l’acoustique. Aussi, ce projet vise autant que possible à supprimer ces appareils.
Le recours en quantité importante de matériaux naturels, comme le bois massif et les parpaings de pisé, consiste à déployer des éléments en phases avec la matérialité de l’édifice, tout en réduisant l’apport d’humidité qui pourrait être consécutifs aux travaux. Il s’agit aussi d’offrir un environnement sain avec des matériaux écologiques comme le crépi à la chaux et les badigeons à la chaux et caséine pour les murs ; des chapes de terre compactée et des linoléums à l’huile de lin pour les revêtements au sous-sol ; des parquets massifs en chêne dans la nef et les circulations ; des isolations dans les combles en laines de lin, mouton ou chanvre ; du verre cellulaire recyclé sous le radier pour optimiser l’enveloppe énergétique. Conjugués ensembles et utilisés de façon judicieuse, ces matériaux renouvelables permettent d’obtenir une architecture passive, favorisent les économies d’énergie et contribuent à diminuer l’empreinte CO2.
Cette approche sur l’enveloppe thermique permettrait de réduire l’impact et l’importance des installations techniques de manière significative. À ce propos, nous envisageons de recourir à une PAC eau/eau permettant d’exploiter la température de la nappe superficielle située à +/- 2 m. sous le temple, en profitant de la présence des micropieux nécessaires à la stabilisation de l’ouvrage et en réalisant des pieux actifs reliés à la PAC, pour chauffer le temple et ainsi supprimer totalement la consommation d’énergie fossile.