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Les incapacités fonctionnelles chez les personnes âgées ont des coûts de santé importants. Un des objectifs des prochaines décennies serait de promouvoir pour cette tranche de la population une meilleure santé en la maintenant la plus active possible. De plus, l'allongement de l'espérance de vie moyenne en Suisse, pour les hommes, est actuellement de 76,5 ans et, pour les femmes, de 82,5 ans. Elle devrait passer à environ 85 ans pour les hommes et 90 ans pour les femmes en 2060 (Office fédéral de la statistique, Berne 2003).
La sédentarité et l'isolement social sont des facteurs de risque importants de maladies chroniques chez la personne âgée. Pourtant des études européennes montrent que l'absence d'activité physique ne vient qu'au cinquième rang des facteurs de risque reconnus, après l'alimentation, les toxico-dépendances et le stress.1
Aux Etats-Unis, une étude effectuée en 1997-1998 a montré que 38% des adultes américains n'ont aucune activité physique durant leurs loisirs. La sédentarité, le manque d'exercice et une mauvaise alimentation, sont la deuxième cause de décès aux Etats-Unis après le tabagisme.2 The Behavior Risk Factor Surveillance System (BRFSS), dans l'Etat de Géorgie, a mis en évidence, dans un rapport en 1999, que 41,5% des Géorgiens âgés de plus de 65 ans n'avaient aucune activité physique. Seuls 19% pratiquaient une activité physique régulière.3
En Suisse, 31% de la population de plus de quinze ans ne s'adonnent à aucune activité physique régulière. Et à Genève, il y a une prévalence de la sédentarité de 57% pour les hommes et 70% pour les femmes.4
Le vieillissement se traduit souvent par un immobilisme moteur, cérébral, affectif et social. Il se traduit aussi par une augmentation de la masse graisseuse et une perte de la densité osseuse. Les bénéfices de l'activité physique sur l'état de santé sont multiples : réduction de la mortalité, des maladies cardiovasculaires, diminution de l'ostéoporose, de l'incidence du diabète de type II et de l'obésité. D'où la nécessité d'inclure l'activité physique aussi bien dans la médecine préventive que thérapeutique.
Chez la personne âgée, l'activité physique contribue au maintien de la fonction musculaire et de sa tonicité ainsi qu'à la mobilité des articulations. C'est une prévention contre les incapacités fonctionnelles, un remède contre l'isolement social lorsque l'activité est pratiquée en groupe, contribuant ainsi à un bien-être tant physique, psychologique que social. De plus, la pratique d'une activité physique est associée à une diminution du risque de fracture du col du fémur et du risque de chute. Une activité physique appropriée permet également de mieux se détendre, diminue le stress, l'anxiété et la dépression.5
Quand une personne âgée perd la capacité de faire elle-même les actes de la vie quotidienne, la vieillesse n'est pas seulement en cause. Il s'agit souvent d'un effet de la sédentarité. La perte se produit essentiellement au niveau de l'endurance, l'équilibre, la flexibilité et la force. Des études ont montré qu'il est possible de maintenir ou de récupérer dans ces quatre domaines en faisant quotidiennement des activités physiques. Chaque gain dû à un renforcement ou à une amélioration permet d'augmenter l'autonomie et d'améliorer la qualité de vie.6
Pour lutter contre la sédendarité de la personne âgée, il est important de promouvoir la pratique d'une activité physique d'intensité modérée pendant 20 à 30 minutes le plus souvent possible durant la semaine.4
La motivation relève d'un processus systémique où le fonctionnement de chacun des partenaires dépend de ce qui se passe chez l'autre. Ainsi, le médecin motive son patient lorsqu'il lui explique et lui donne les raisons de pratiquer une activité physique. Mais en plus, il doit faire naître chez son patient les raisons qui devraient le pousser à vouloir pratiquer une activité physique pour préserver ou améliorer sa santé et sa qualité de vie.7
L'activité physique qui peut le mieux convenir à une personne âgée dépend de ses besoins, de ses limitations et de ses objectifs. La situation de chaque patient est unique et particulière. Si le patient n'est pas prêt à bouger, il faut d'abord le préparer et le motiver. Ensuite, dès qu'il est prêt ou qu'il a adopté une activité physique régulière, il faut le soutenir. Les effets favorables de l'activité physique s'estompent souvent dès son arrêt. Il faut donc insister sur la régularité plutôt que sur l'intensité de l'effort.4
Pour motiver, une approche cognitivo-comportementaliste devrait être choisie. Cette méthode s'est déjà montrée efficace pour modifier des habitudes de vie néfastes pour la santé telles que le tabagisme et la consommation excessive d'alcool.4
Une étude faite aux Etats-Unis en 2000 a mis en évidence des paramètres permettant à une personne âgée de se mobiliser pour une activité physique et d'y adhérer à long terme. Il s'agit d'une pratique agréable de l'exercice, un soutien social, le status biomédical, le plaisir et la motivation.8
En d'autres termes, une personne âgée sédentaire commencera à pratiquer une activité physique si elle est persuadée qu'elle en tirera un bénéfice, que l'activité choisie lui apporte du plaisir et qu'elle sente que cette activité peut se faire dans de bonnes conditions et sans danger. De plus, il faut qu'elle puisse pratiquer cette activité régulièrement et à des horaires adaptés, sans contrainte financière ou sociale, et surtout avec peu de conséquences négatives, telles que blessure, perte de temps ou influence négative. Le premier mois est crucial. Si ce cap est passé, le pronostic pour une pérennisation de l'activité physique est positif.6
La mise en place du programme de réhabilitation de la mobilité et de l'équilibre MOBEQ en 2002 incluait dans ses interventions spécifiques et novatrices un atelier Taï Chi.9 Celui-ci, dont les effets ont été mis en évidence dans différentes études, permet aux personnes âgées hospitalisées de pratiquer une activité physique et d'améliorer leur équilibre. Une forme adaptée de Taï Chi s'inspirant des principes fondamentaux de cette discipline a été développée par Jai Tharicharu, professeur de Taï Chi, et donne la possibilité à tout patient de participer, même s'il est en chaise roulante ou souffre de troubles cognitifs modérés.10
Le programme expérimental et transversal E&VEC (Expression et Vécu de l'hospitalisation) qui a pour but de permettre aux patients d'exprimer ses émotions, de faire part de son vécu vis-à-vis du séjour hospitalier, de sa maladie, de ses difficultés au travers d'expressions artistiques, a permis de proposer cette activité aux patients hospitalisés dans le Département de réhabilitation et gériatrie des Hôpitaux universitaires de Genève. Nous avons pu ainsi rapidement réfléchir à une recherche clinique qui montrerait les potentiels effets sur une population très fragilisée et particulière, tant du point de vue de la mobilité que sur la qualité de vie et le bien-être.
Dans une suite logique et afin de diversifier les interventions dans la prise en charge spécifique MOBEQ, la rencontre avec un danseur chorégraphe, Pierre-Amar Lissner, a été à l'origine de l'atelier «mouvement par la danse», qui s'inscrit aussi dans le programme E&VEC. Cette approche, qui reprend les principes des mouvements de la danse classique, joue aussi sur l'écoute musicale. Les gestes sont portés par la musique que nos patients connaissent et apprécient.11
Les principes fondamentaux du Taï Chi remontent à plusieurs milliers d'années d'histoire culturelle chinoise. C'était à l'origine un art martial basé sur la douceur et l'harmonie dans le mouvement, la recherche de l'équilibre et de la stabilité. Le Taï Chi a connu ces vingt dernières années un essor considérable, d'abord aux Etats-Unis puis en Europe. Il a de multiples effets thérapeutiques : il favorise la perception consciente du corps et apprend à corriger les mauvaises positions. Le Taï Chi entraîne muscles, tendons et articulations en douceur. La position du corps, droite et décontractée, favorise la respiration en profondeur, ce qui a des effets apaisants sur le système nerveux. L'attention mentale requise pendant le mouvement est très grande. La concentration portée sur les mouvements permet de ne penser à plus rien d'autre.
Le Taï Chi a un effet certain dans le cadre de la prévention des chutes grâce à ses mouvements répétitifs, lents, doux et circulaires. C'est une activité physique d'intensité modérée, économique accessible à une population âgée. Dans le service de gériatrie, du fait de la mobilité souvent réduite et des troubles de la cognition des patients, une forme adaptée, s'inspirant des grands principes du Taï Chi, utilise des moyens auxiliaires tels que gros ballons, balles de tennis, grands bâtons, petits bâtons, cerceaux, anneaux.10,12-15
Il a fallu dans un premier temps sensibiliser le personnel et expliquer les effets d'une telle intervention. Après une période test, un projet de recherche scientifique a été déposé en septembre 2002 pour évaluer les effets du Taï Chi. Différents paramètres tant qualitatifs que quantitatifs sont pris en compte.11 Parallèlement aux séances trois fois par semaine de Taï Chi pour les patients inclus dans le protocole scientifique, des séances de Taï Chi sont proposées à tous les patients intéressés du service de gériatrie, à la même fréquence hebdomadaire.11
La danse semble être une activité appropriée pour les personnes âgées. Elle était courante mais actuellement les opportunités de danser sont le plus souvent limitées. Cependant, cette activité est très populaire et appréciée auprès des personnes âgées. Elle est parfois proposée dans les centres pour aînés. Elle permet de lutter contre la sédentarité et offre de façon ludique et agréable une activité physique. D'autres effets peuvent être attendus sur le système cardio-respiratoire, l'équilibre, la mobilité, les performances physiques, la confiance en soi et la prévention des chutes. De plus, la participation à une activité de groupe évite l'isolement social, favorise la convivialité et peut avoir un impact favorable sur la dépression.16
La musique joue un rôle très important car elle stimule l'activité physique, donne le rythme, initie le mouvement et surtout permet de se remémorer les airs d'autrefois. Les plaisirs démodés retrouvent un sens dans cet atelier et les choix musicaux se font essentiellement en tenant compte des désirs des participants.
A notre connaissance, aucune activité liée au mouvement par la danse n'existe en milieu hospitalier gériatrique en tant qu'atelier de réhabilitation et d'expression du vécu hospitalier. Le professeur de danse, Pierre-Amar Lissner, a adapté son cours aux patients du service de gériatrie. Ceux-ci souffrent de handicaps différents, avec parfois une mobilité très limitée. Peu à peu, ce cours s'est structuré autour de plusieurs temps :
I accueil personnalisé sur des airs de chansons françaises ;
I échauffement, en position assise, en utilisant des mouvements de danse en s'accompagnant de musique classique et de musique de danse ;
I jeux de mots pour encourager les échanges et le travail de mémoire ;
I mime et approche théâtrale ;
I respiration et prise de conscience du corps ;
I espace danse pour ceux qui peuvent se tenir debout.11
Le Taï Chi, hors protocole, permet à tous les patients d'effectuer une activité physique dans un contexte ludique, convivial mais structuré. Nous constatons des progrès et surtout une meilleure confiance en soi. Le protocole Taï Chi donne aussi déjà quelques résultats préliminaires prometteurs.
L'atelier danse remporte un succès inattendu auprès des patients. Les ressources physiques sont utilisées au maximum, le plaisir est manifeste et chacun contribue de façon spontanée au bon déroulement de la séance. La musique catalyse les énergies et chacun se dépasse. Le patient, le personnel et l'entourage constatent les performances et les progrès sont mis en évidence.
Notre souci actuellement est d'assurer une continuité de l'activité physique lorsque le patient quitte l'hôpital :
I l'entrée en établissement médico-social permet le plus souvent de valoriser des activités existantes, semblables ou différentes ;
I le retour à domicile est plus problématique, car le lien avec des structures de quartier est difficile en raison des handicaps de nos patients. Nous pouvons cependant compter sur l'hôpital de jour de la Policlinique de gériatrie qui propose des cours de Taï Chi avec le même professeur. Pour l'activité danse, rien n'est encore pour l'instant structuré dans la communauté.
Par ailleurs, nous développons de plus en plus de collaborations avec, par exemple, le Département des affaires sociales de la ville de Genève, les Clubs d'aînés et d'autres institutions s'occupant de personnes âgées.
Nous avons bon espoir de pouvoir pérenniser ces interventions au sein du Département de réhabilitation et gériatrie. Ainsi, d'autres programmes, dont celui de réhabilitation cardiorespiratoire, intégreront ces ateliers dans la prise en charge de leurs patients.
L'introduction des ateliers Taï Chi et danse au sein du Département de réhabilitation et gériatrie, et plus particulièrement dans le programme MOBEQ, a été vécu de façon très positive par les patients et le personnel. L'expérience de ces interventions novatrices montre que de telles activités sont bénéfiques et qu'elles peuvent tout à fait avoir leur place dans un hôpital. W