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La législation cimétériale
Le « droit » funéraire commence bien avant le Moyen Âge, comme nous l’avons vu avec la Loi des Douze Tables. Différents empereurs comme Constantin (310-337), Gratien (367-383) ou encore Théodose (379-395) légifèrent et interdiction est faite d’enterrer dans les églises (381). Le canon 14 du concile d’Auxerre (561-605) interdit « d’ensevelir les corps dans le baptistère ». La période médiévale voit la mise en place d’un véritable arsenal législatif quant au lieu des pierres tombales, à leur disposition ou encore aux modalités de mises en terre. Le concile de Clermont (535) interdit d’enterrer un corps avec une « nappe ou autres linges sacrés ». De même, les édits royaux et conciliaires tentent de mettre fin aux activités des vivants qui ont lieu sur et dans les cimetières.
L’interdiction d’inhumer à l’intérieur de l’église faite aux fidèles amène également au développement de l’inhumation ad sanctos. Au très Haut Moyen Âge, il existe une séparation entre cimetière et église qui tend très vite à s’amenuiser avec le développement des basiliques cimétériales ou des inhumations au sein de terres « habitées », ce qui amène souvent à la construction de chapelles funéraires familiales. La présence de tombes dans les basiliques péri-urbaines s’effectue assez rapidement, d’autant qu’au IXe siècle, l’ensevelissement intra muros est à nouveau condamné. La condamnation répétée de ce type de sépulture intra muros est la marque de sa conservation malgré sa prohibition. Cette interdiction connaissait des dérogations (les conciles de Germanie au IXe siècle montrent une certaine tolérance à ce sujet) pour les hauts dignitaires ecclésiastiques et laïques (nobles) qui possédaient une place « réservée » à l’intérieur des églises, surtout lorsqu’ils en étaient les donateurs ou constructeurs. Pépin le Bref, par exemple, fit construire un sanctuaire dans la basilique Saint Denis destiné à sa propre sépulture afin d’y être enterré proche des reliques de Saint Denis, abritées dans une église construite par Sainte Geneviève, la patronne de Paris. Les bourgeois acquièrent au XIIIe siècle le droit de sépulture dans les églises que contre des sommes d’argent de plus en plus élevées.
À l’époque carolingienne, petit à petit, et de façon variable selon les régions, on aboutit finalement au système du cimetière paroissial qui encadre l’église. Au Xe siècle, on considère l’évolution des « champs de repos » comme achevée.
Le cimetière : une « terre sacrée »
Le lieu de repos des morts est considéré comme sacré et ce dès les périodes antiques. Les empereurs chrétiens promeuvent des lois contre la destruction, la violation et l’atteinte aux sépultures, comme l’empereur Constant qui, en 356, promulgue une loi « contre la destruction des tombeaux ». Le droit romain prévoyait déjà ce genre d’interdiction (Dig. 1, 8, 6 , 4). La violation de sépultures est sacrilège chez les Burgondes ou chez les Wisigoths. Le concile de Mâcon (585) interdit l’ouverture des pierres tombales pour y déposer de nouveaux morts si les cadavres des anciens occupants ne sont pas encore décomposés.
Dès le Ve siècle, le cimetière est vu comme un lieu d’asile et de refuge. À l’instar des églises, il est interdit de capturer un fugitif qui se réfugie dans l’enceinte du cimetière.
Avec la consécration épiscopale, le cimetière acquiert un nouveau statut, dont les plus anciens témoignages remontent au Xe et XIe siècles : l’évêque bénit à la fois l’église et son cimetière. Au XIIIe siècle, les sources indiquent finalement qu’un cimetière sans église est inutile et la zone funéraire attenant à ladite église est alors désignée comme son « sein ».
La règle de l’ensevelissement en terre consacrée est absolue : les membres dirigeants de la communauté ecclésiastique et de la noblesse locale cherchent à se faire ensevelir — dans la mesure de l’espace disponible — dans les églises. L’application de l’interdiction d’inhumer à l’intérieur de l’église est plus ou moins bien appliquée : même des fidèles, suffisamment aisés, peuvent jusqu’au XVIIIe siècle se faire inhumer dans la nef, ce qui assure de substantiels revenus à la fabrique. Le sort des plus humbles reste à cette époque la fosse commune. De plus, les tombes dans les cimetières ne sont pas individualisées.
Contrairement à la vision erronée du grand public, cette terre sacrée que devrait constituer le cimetière, n’est pas soustraite à de multiples usages profanes. Les autorités ecclésiastiques y constatent en effet de nombreuses infractions : jeux et danses, séchage du linge, échoppes de marchands, foires et marchés, fabriciens faisant construire des maisons à louer.
Les nouvelles préoccupations sanitaires qui se développent au long du XVIIIe siècle sont accompagnées de recommandations pour agrandir les cimetières, en instaurer extra-muros, surtout dans les grandes agglomérations urbaines. Le XIXe siècle achève de faire des cimetières déplacés et monumentalisés le lieu privilégié du culte des morts.
Exclusion du cimetière paroissial, « terre sacrée »
Les non-catholiques, n’ayant pas reçu le sacrement de l’extrême onction sont toujours exclus de l’inhumation dans le cimetière paroissial par l’Église, à l’exception des enfants morts sans baptême qui bénéficient d’une place mais non bénite. Le 16 septembre 1634, le parlement de Paris par un arrêt de la Cour des grands jours de Poitiers interdit aux protestants d’être enterrés dans les cimetières paroissiaux. Les morts devront aller ailleurs. Jusqu’à la Révolution, les inhumations se feront de nuit et plus ou moins clandestinement.
Le décret impérial de 1804, autorisant chaque citoyen à inhumer ses parents ou amis dans sa propriété, rend légal les cimetières familiaux et privés qui se généralisent au cours du 19ème siècle, dans les régions à forte présence protestante.
Protégés par la République, ils sont inaliénables, invendables et appartiennent au petit patrimoine rural.