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A la suite de la visite du Dalaï Lama à Genève au cours de l’été 1999, des bouddhistes d’origine japonaise, chinoise, sri lankaise et coréenne prennent contact avec les autorités du canton afin de trouver un terrain pour y faire construire un temple. Ce projet répondait au désir d’offrir à la fois un lieu de culte et un lieu de rencontre aux Genevois appartenant aux différentes branches du bouddhisme. Une parcelle fut mise à leur disposition par le canton, selon le principe du droit distinct permanent, avec l’obligation de débuter les travaux de construction au plus tard en 2005. Pour réunir les fonds nécessaires, le groupe de croyants s’adressa alors, en 2004, à l’International Buddhist Progress Society (IBPS) (ou « Société internationale pour le progrès du bouddhisme suisse »), l’organisation faîtière de l’ordre monastique Fo Guang Shan dont le siège suisse se trouve à Gelfingen (canton de Lucerne). C’est ainsi que, grâce à l’apport financier de cet ordre chinois, fut entrepris en 2005 l’édification de ce lieu de culte, premier temple bouddhiste de Genève. La concrétisation de ce projet est toutefois l’œuvre de trois personnes appartenant à différentes écoles bouddhistes : la Vénérable Chueru, nonne de l’ordre monastique Fo Guang Shan, le Vénérable Jean Eracle, ancien chanoine converti au bouddhisme, fondateur du temple de la Foi Sereine et de la Société bouddhique suisse Jôdo-Shinshû, et le Vénérable Dhammika Tawalama, fondateur et responsable du Centre International Bouddhiste.
La cérémonie d’inauguration du Centre de Conférence bouddhiste de Genève» (GCCB – Geneva Centre of Buddhism), également appelé « Institut Fo Guang Shan », eut lieu le 23 juin 2006 en présence de Xingyun (aussi écrit Hsing Yun), le fondateur du Fo Guang Shan, ainsi que de nombreux représentants politiques et religieux. Rattaché à l’ordre du Fo Guang Shan et placé sous l’autorité spirituelle de Xingyun, le centre abrite un institut ayant pour mission de faire connaître le bouddhisme māhāyana tel qu’il est pratiqué en Chine, et plus particulièrement au sein de l’ordre. Il a également pour vocation de développer une activité d’enseignement, de recherche, d’échanges, de documentation et d’information sur le bouddhisme en général.
Sources :
« Coupole – Temple – Minaret », projet du Centre de recherche sur les religions, Lucerne, 2012 ; http://www.religionenschweiz.ch/bauten/fr/f-foguangshan.html
Article de la Tribune de Genève, « Genève éclairée par la lumière du Bouddha », 11 janvier 2005
Nonnes du temple
Statuts de l’association « Institut Fo Guang Shan »
Le bâtiment du Centre de Conférence bouddhiste de Genève (GCCB – Geneva Conference Centre of Buddhism) est l’œuvre des architectes Anderegg et Rinaldi. Situé au Grand-Saconnex, il est entouré de petites maisons familiales. On pénètre dans le temple après avoir traversé une cour conçue pour symboliser le « champ des mérites », un concept bouddhiste qui fait référence aux prières et offrandes allouées par les croyants aux Trois Joyaux (le Bouddha, le Dharma et le Sangha) afin d’acquérir des mérites améliorant le karma. Au centre de cette cour se dresse une sculpture de Bouddha, entourée de deux petites statues que l’on dépasse avant de parvenir au petit jardin dans lequel se trouve le bâtiment central. Le chemin qui mène à l’entrée du temple est dallé ; sur les côtés, disposées dans le gazon, se trouvent de petites statues de granit clair représentant des « moines-novices » mimant des scènes de la vie bouddhiste.
De style contemporain, le temple, construit de plain pied est auréolé d’un petit toit circulaire. Au rez-de-chaussée se trouvent une réception et un bureau dans lequel sont disposés des tables et des chaises, ainsi qu’une vitrine abritant des objets mis en vente (ouvrages, encens, petites statues de bouddhas). Un autel rond, un bouddha rieur en son centre, marque l’entrée de la grande salle de Bouddha, dans laquelle se déroulent notamment les méditations. Le toit circulaire, vitré, qui surplombe cette pièce aux murs et au plafond entièrement boisés est scindé à l’intérieur par huit poutres symbolisant le « noble chemin octuple ». Une grande statue de Bouddha trône au fond de la pièce. Face à elle et sur les côtés sont disposés des coussins de sol et des tabourets de prière prêts à accueillir les pratiquants.
Au sous-sol du temple se trouvent encore une pièce destinée à commémorer les ancêtres, une bibliothèque ainsi qu’une grande pièce d’exposition et de conférence.
Entre une et cinq nonnes vivent régulièrement au temple du Centre de Conférence Bouddhiste. Principalement originaires de pays d’Asie, Chine et Malaisie en particulier, ces dernières voyagent fréquemment entre les différents centres Fo Guang Shan dans lesquels elles restent généralement trois à cinq ans. A Genève, une dizaine de laïcs fréquentent régulièrement le Centre mais lors de cérémonies particulières, le nombre de participants – en majorité des Suisses, Chinois, Vietnamiens, Thaïlandais et Cambodgiens – peut s’élever à une centaine[1].
Le Centre organise de nombreuses activités cultuelles et culturelles : des célébrations et cérémonies aux ateliers d’art, des retraites aux journées de méditation, en passant par les cours de chinois et de cuisine chinoise.
Des séances de prières chantées ont lieu trois fois par jour (le matin, le midi et l’après-midi). Le dimanche, des séances de méditation et de taiji quan (prononcez tai chi chuan) sont également organisées. Les récitations sont en chinois, traduites si besoin en français.
[1] Chiffres communiqués par la communauté.
Fo Guang Shan (佛光山), qui signifie « Montagne de la Lumière de Bouddha », est un ordre monastique international chinois se rattachant au bouddhisme māhāyana. Basé à Taïwan, il est l’une des organisations bouddhistes les plus importantes de l’île, organisation par ailleurs très répandue dans le monde.
Son fondateur, le maître Xingyun, est né en 1927 dans la province du Changzhou, en Chine. A l’âge de 11 ans, il intègre un monastère de l’école Lin Chi Ch’an, mieux connue en Europe sous son nom japonais, Zen Rinzaï, et reçoit l’ordination en 1941. En 1949, Xingyun se rend à Taïwan en raison de la guerre civile qui se déroule alors en Chine. Il y fonde en 1957, un centre culturel bouddhiste qui deviendra en 1996 « Édition Lumière de Bouddha » (Buddha’s Light Publishing) une maison d’édition produisant des traductions anglaises de textes classiques bouddhiques et de travaux d’enseignants bouddhistes contemporains.
C’est en 1967 qu’il crée à Taïwan l’ordre monastique du Fo Guang Shan avec pour but de « revitaliser » le bouddhisme traditionnel chinois. Dans ce but, il rédige de nombreux ouvrages et développe de multiples projets qui aboutiront à la création d’une centaine de temples dans le monde, de quatre universités et seize instituts bouddhistes. En 1985, il quitte sa fonction d’abbé du Fo Guang Shan pour travailler au développement de l’ordre dans différents pays du monde. Il créé la BLIA, Buddha’s Light International Association. Inaugurée en 1992 à Los Angeles, Californie, la BLIA est une organisation non-gouvernementale, formée de moines et de laïcs bouddhistes, qui a un statut consultatif auprès de l’ECOSOC (« Economic and Social Council of the United Nations ») à l’ONU.
Le Fo Guang Shan entreprend de nombreuses activités sociales, éducatives et missionnaires en coopération avec les dirigeants politiques et les grands entrepreneurs. Cette démarche a valu au fondateur d’être qualifié de « moine politique » et de « moine commercial ». Cependant, pour ce dernier, ces relations doivent permettre d’atteindre les objectifs fixés par l’ordre : transformer notre monde en «Terre Pure » pour le bien et l’éveil de l’humanité. Le Fo Guang Shan est également connu pour son « empire éditorial » qui propose la publication de nombreux textes bouddhiques et des vidéos. Les temples situés aux Etats-Unis (Temple Hsi Lai en Californie), en Afrique du Sud (Temple Nan Hua) et en Australie (Temple Nan Tien) sont les principaux points missionnaires du Fo Guang Shan.
Les objectifs du Fo Guang Shan sont les suivants : propager le Dharma par la culture, découvrir les talents par l’éducation, améliorer la vie en société par la charité, purifier le cœur de l’homme par la pratique en commun.
L’ordre s’attache à promouvoir le « bouddhisme humaniste » et à construire une « Terre pure » en ce monde. Terre Pure et bouddhisme humaniste sont deux concepts bouddhiques importants.
Le principe de la Terre Pure est présent dans différentes écoles chinoises, coréennes, vietnamiennes et japonaises du bouddhisme māhāyana. Si pour ces écoles, la Terre Pure est un endroit paradisiaque placé sous la bienveillance du bouddha Amitābha que l’on peut rejoindre après sa mort, pour les membres du Fo Guang Shan, c’est à l’intérieur de soi que se trouve la Terre Pure. Il s’agit d’une forme de bonté que chacun possède en soi et qu’il faut développer pour le bien de l’humanité. Dans la philosophie du fondateur, cet idéal peut être atteint si chacun s’engage dans la contemplation, la méditation et la réflexion personnelle, tout en consacrant son énergie à améliorer le bien-être des autres. La transmission du Dharma est perçue comme une clé pour y parvenir.
Le « Bouddhisme humaniste » ou « bouddhisme engagé » est une tendance qui s’est développée ces quarante dernières années. Pour ceux qui prônent cette forme de bouddhisme, il ne suffit pas de réciter des sūtras, il faut activement travailler à répandre et transmettre des valeurs de paix, de non-violence et de respect de toutes formes de vie. Certaines figures bouddhistes célèbres font partie de ce mouvement : Thich Nhat Hanh au Vietnam, Sulak Sivaraksa en Thaïlande, Maha Ghosananda au Cambodge, le Dalai Lama au Tibet et Aung San Suu Kyi en Birmanie notamment.
L’engagement social avait relégué la pratique religieuse des disciples de ce mouvement au second plan, raison pour laquelle à partir des années 1990, Xingyun a ré-encouragé à la pratique de la méditation.
Indications bibliographiques :
Sources académiques :
CHANDLER, Christopher Stuart, Establishing a Pureland on Earth : The Foguang Buddhist Perspective on Modernization and Globalization, University of Hawaii Press, 2004.
HSIAO, Hosin-Huang Michael, SCHAK, David, « Les organisations bouddhistes socialement engagées à Taïwan », dans : Perspectives chinoises, 88, mars-avril 2005.
Sources émanant du mouvement :
Hsing Yun, The Buddha’s Light Philosophy, Buddha’s Light Publishing, 2010.