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Quiconque a suivi le tournoi de Montréal début août a compris en moins de 24 heures pourquoi les avis sont actuellement si partagés au sujet de Belinda Bencic. La Saint-Galloise a d’abord battu Petra Kvitova, double vainqueur de Wimbledon et membre du top 10. Le lendemain, elle a perdu en deux petits sets contre la Russe Ludmilla Samsonowa, moins bien classée. Sortie en quarts de finale. Ce n'est pas un désastre, évidemment, mais ce n'est pas non plus ce que Bencic attend d'elle-même. Une fois de plus, elle a montré deux visages.
Elle a été championne olympique, No 4 mondiale et elle appartient à une élite élargie depuis des années. Mais à 26 ans, Belinda Bencic attend toujours de réaliser son rêve, ce pourquoi elle trime depuis qu'elle est enfant: remporter un titre du Grand Chelem.
«BB» n'est pas du genre à tout dramatiser. Il y a un an, après avoir perdu au troisième tour à l'US Open, elle déclarait: «Je vais y arriver avant la retraite. J'ai le temps.» Le temps n’est pas encore un facteur. Mais les doutes grandissent sur ses capacités à remporter l’un des quatre tournois majeurs. En 32 tentatives, son meilleur résultat est une demi-finale à l'US Open 2019.
Deux visions opposées sont possibles; et elles ne s’excluent pas mutuellement. Même si un nouveau duopole se forme dans le tennis féminin avec Iga Swiatek et Arina Sabalenka, il serait décevant, au vu de leurs qualités et du contexte général, que le rêve de Bencic ne se réalise pas. D'autres joueuses beaucoup moins constantes ont remporté un Grand Chelem: Emma Raducanu, Sofia Kenin, Jelena Ostapenko, Barbora Krejcikova.
Mais les résultats de Bencic dans les tournois majeurs disent tout autre chose. Ils indiquent que la Saint-Galloise y atteint sa limite, un genre de seuil de Peter. Pourquoi donc? Bencic cherche des réponses à cette question depuis des années. Parfois avec plus de véhémence, comme au début de l'année lorsqu'elle était prête à tout remettre en question en engageant le Russe Dmitri Tursunov, un dur à cuir, comme entraîneur. Parfois avec moins d'assiduité, comme le jour où elle a cherché la chaleur du nid parental pour affronter la séparation rapide d'avec Tursunov.
Combien de changement, combien de résolutions, combien d’évolutions sont nécessaires – et combien deviendront de trop? Actuellement, la réponse de Belinda Bencic à cette question est encore une fois: continuer comme avant. S'appuyer sur les atouts qui ont fait d'elle une enfant star: vainqueur à Paris et Wimbledon chez les juniors à 16 ans, quarts de finaliste à l'US Open à 17 ans, membre du top 10 à 18 ans. Un titre du Grand Chelem et la première place mondiale ne semblaient être qu’une question de temps. Mais rien de tout cela n’est arrivé.
Plus récemment à Cincinnati, Bencic a perdu au premier tour face à l'Espagnole Cristina Bucsa (WTA 84). Cette défaite renforce le scepticisme des experts qui ont perdu confiance en elle. Le fait que «BB» s’appuie invariablement sur des solutions éprouvées peut également révéler un manque d’imagination face à des problèmes qui, eux aussi, ne varient pas. De la même façon que les choix conservateurs de Bencic peuvent être interprétés comme du confort.
La championne olympique pense que dans le tennis, une grande partie est due au hasard. Comme à Wimbledon où elle n'a pas joué son meilleur tennis contre la No 1 mondiale Iga Swiatek mais où elle ne s'est pas moins procurée deux balles de match.
Un examen plus attentif de la situation montre aussi que cette année, Bencic s'approche de son rêve à petits pas. À Melbourne, elle a perdu contre Sabalenka, vainqueure du tournoi, tandis qu'à Wimbledon, elle a poussé Swiatek au bord de la défaite.
De plus, malgré une interruption de trois mois pour blessure au printemps, Bencic peut se targuer du meilleur semestre de sa carrière. Elle a remporté les tournois d'Adélaïde et d'Abu Dhabi , elle s'est qualifiée pour les huitièmes de finale de l'Open d'Australie et elle a réintégré brièvement le top 10. L'objectif reste la qualification pour le Masters (elle est actuellement 10e à la race).
La question centrale n'est donc pas de savoir si Bencic peut battre de bonnes joueuses dans un tournoi du Grand Chelem, comme elle le fait ailleurs avec une régularité remarquable. La question est: peut-elle montrer son bon visage pendant deux semaines complètes?