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Monique et la forêt
La nuit est venue tôt et s'est glissée dans le vallon. Les bras croisés, debout dans l'encadrement de la porte, Monique a commencé à s'inquiéter pour Albert. Elle lui avait dit des milliers de fois :
"Ne retournez pas dans la forêt après la tombée de la nuit !".
Deux heures s'étaient écoulées.
Parfois, Monique ne savait pas si elle avait été trop dure avec lui. Mais qu'allait-elle faire, qu'allait-elle faire si le père de Albert les avait abandonnés ! Elle n'était pas la seule. Sa mère l'avait élevée seule. Elle avait préféré ça à rester avec un alcoolique. Qu'est-ce qu'elle allait faire ? Maintenant, elle devait être un père et une mère. Et ça demande de la discipline.
"Ne retournez pas dans la forêt après la tombée de la nuit !".
Du cocon de l'enfant obéissant qui se laissait habiller et peigner, un jeune homme renégat et provocateur avait émergé.
"Vous êtes fou ! Il n'y a rien là ! Rien !".
Les ombres étaient déjà denses, presque imprenables. Il savait ce que cela signifiait, mais le temps était venu d'agir. Elle a donc sorti la machette qu'elle avait cachée sous les planches. Elle ne pouvait pas aller sans être armée. Père et mère !
Le plus dur a été le premier pas. Le prendre a réveillé en elle le souvenir de Simone, sa meilleure amie. Oui. C'était juste ça : Simone avait disparu dans la forêt alors qu'elle n'était qu'une enfant. L'amitié avait poussé comme du lierre. Monique avait trouvé dans la maison de son amie un refuge pour ses défauts. Les dîners avec les parents de Simone, un pasteur chrétien et un enseignant, les trajets à pied vers l'école et les beaux matins de campagne les avaient rapprochés ; la forêt et la nuit les avaient séparés. Avec sa mémoire sur le dos, le deuxième pas a été suivi de beaucoup d'autres. Bientôt, elle passa de la haie au champ ouvert entre les champs de maïs, aux herbes hautes et à l'adresse ...... La machette était lourde.
"Ne retournez pas dans la forêt après la tombée de la nuit !", se souvient-elle lui avoir dit.
Elle avait déjà oublié les formes de ces arbres, leurs branches tordues cherchant à se glisser dans l'ombre. Elle avait aussi oublié le feu vert vacillant des lucioles, l'insistance des scarabées à poursuivre Simone, et la délicieuse sensation de la terre sous ses pieds nus dans cette clairière. Combien de fois il s'était promené avec Simone dans ces endroits ! Combien de fois il avait pensé à la chance de son amie ! Combien de fois il avait pensé à elle.....
Trouver Albert à genoux à l'endroit indiqué par les lucioles l'a anéantie. C'était la scène horrible qu'elle avait gardée dans ses cauchemars. Le garçon a continué à creuser et soudain il a sauté en arrière. Les lucioles s'enroulent comme une flamme vivante dans l'air de la nuit, éclairant la clairière. Dans le trou terreux, poussant à travers les ombres, est apparu le regard éternel d'un petit crâne avec une arête vive sur le front.
Combien de fois elle s'était promené avec Simone dans ces endroits, combien de fois elle avait pensé à la chance de son amie, combien de fois elle lui avait dit : "Ne retournez pas dans la forêt après la tombée de la nuit !"
Du sol, Albert l'a regardée avec terreur. Elle n'était pas elle. La feuille brillait.
Qu'est-ce qu'elle allait faire ! C'était le sang de son sang ! Mais maintenant il savait ! Albert savait !
Les lucioles dansaient toujours furieusement sur la tombe. Et maintenant, la machette n'était pas lourde. Ce qui était lourd, ce qui faisait bouger sa main, c'était le fait qu'Albert avait découvert la vérité. Et la vérité ne pouvait être effacée que par le sang.
Danilo Rayo