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Les trois soeurs chanteuses américaines Anne, Virginia et Mattye sont en Suisse en 1960 pour un récital exceptionnel. Elles interprètent notamment le fameux «Down by the Riverside».
Une correspondante nous a adressé cette biographie de Virginia Vee que nous publions ici.
«La musique a fait partie de la vie de Virginia Vee depuis toujours. Chanter le jazz, pour elle, c'est aussi naturel que de respirer. Le jazz, expression directe de l'âme des noirs, a décidé le plus naturellement du monde de la carrière de Virginia Vee (qui a aussi du sang indien par son père et mexicain par sa mère).
Toute jeune, elle découvrait déjà le monde du jazz, du blues et du negro-spiritual. En fait de berceuses, elle entendait les répétitions de l'orchestre paternel, un orchestre de copains qui se réunissait le soir, après le travail, dans leur maison de Santa Monica, en Californie. Aux heures des repas, la grand-mère prenait le relais: elle faisait chanter les enfants autour de la table.
Virginia participa très tôt avec ses cinq sœurs à ce spectacle permanent, de sorte qu'elle ne s'étonna pas de se trouver à cinq ans sur les scènes locales. Petites nattes en bataille, l'œil faussement langoureux trahissant ses dons de comique, elle présentait un numéro de chanteuse-acrobate-contorsionniste. Il ne lui manquait plus, par la suite, pour achever cette formation d'artiste »complète«, que d'apprendre la danse et les claquettes. Malgré le trac, elle était dévorée par le besoin d'être face au public. Son trac, elle l'affirmera plus tard, n'a jamais disparu, et il lui fallut toujours une salle, des gens, un contact pour atteindre la pleine forme.
Aux Etats-Unis, pour tenter sa chance à la radio, il reste des concours: Virginia choisit le plus difficile et gagna le premier prix. Devenir la vedette attitrée de »Breakfast club«, une émission matinale appréciée par tous les californiens. Chaque matin, le même rite se déroulait chez les Peters: à quatre heures, on habillait Virginia, on l'enroulait dans une couverture; elle continuait de dormir au fond de la vieille Ford qui l'emmenait vers les studios. Arrivée là, elle se réveillait. Il fallut les mises au point de la presse pour qu'on acceptât de croire que cette vedette à l'incroyable dynamisme n'avait que six ans. L'émission terminée, à huit heures et demie, on la déposait à l'école sur le chemin du retour. Cela dura trois ans, au bout desquels la petite Vee (c'est le surnom qui lui est resté) s'aperçut qu'elle n'aurait plus besoin de gagner des concours pour trouver du travail.
Son univers se poursuivait, même à l'église, où pendant les cérémonies, elle chantait des negro-spirituals avec deux de ses sœurs. Elle ne savait pas que leur trio ainsi formé, ferait le tour du monde, mais elle rêvait de succès moins profanes.
Les Peters sisters triomphèrent à Hollywood – sept ans de contrat avec la Twenty Century fox! Puis dans tous les Etats Unis avec l'orchestre de Count Basie, Louis Armstrong, Duke Ellington, Lionel Hampton, Cab Calloway! Sans oublier le célèbre Apollo Theater de Harlem.
Très vite le Music Hall international raffole de ces trois silhouettes aux rondeurs spirituelles et étonnamment légères, aux rythmes perpétuellement dansants, aux voix admirables.
Un an au London Palladium! Folies Bergères, deux ans! L'Olympia de Paris, l'Europe puis l'Amérique du Sud se les arrachent.
Le Trio ne se disloqua qu'en 1964, à la suite du seul »différent« qui fut capable de séparer les »sisters«: la mort de l'une des trois.
»Quand Anne eut disparue, dit Virigina, j'ai eu tant de chagrin que j'ai cru ne jamais pouvoir remonter sur une scène de ma vie«.
Et peut-être en effet ne chanterait-elle plus aujourd'hui que pour son propre plaisir si deux séjours ne l'avait retenue en Europe. Le premier fut assez long pour qu'elle épouse un français, le dessinateur-affichiste Michel Engel, devenu depuis son manager. La seconde fois elle s'installa à Paris, le temps de donner naissance à deux enfants: Didier, dont la marraine est Lena Horne et le parrain Bruno Coquatrix, puis Brigitte, filleule de Jean Richard.
Virginia allait se laisser prendre au piège de la vie parisienne, de la vie de famille et de l'amitié. Ce sont ses amis (son cercle d'intimes se compose de ce que le spectacle du monde entier a de plus célèbre) qui l'ont obligée à reprendre son métier seule. D'autant que sa sœur Mattye (qui disparaitra en 1984) l'encouragea dans cette voie.
C'est avec un trac fou et un pincement au cœur qu'elle se remet à chanter seule pour la première fois sans ses sœurs au cours d'un gala en l'honneur des forces des armées américaines en France.
Elle gardera toujours ce trac que sa grande expérience devrait suffire à rassurer.
Elle soigne par exemple ses entrées et ses sorties de scène comme si elle en était chaque fois à son premier gala. Elle prétend que c'est la chose la plus importante, que tout le tour de chant en dépend.
Si on lui dit qu'elle a autant de gentillesse que de talent, elle prétend n'avoir qu'un secret: la sincérité. C'est la sincérité qui lui fait refuser de chanter des chansons où elle ne se reconnait pas elle-même. Parce qu'elle aurait peur de tricher. L'expression directe et personnelle est la seule qui lui semble digne du public. En tout cas, c'est ce que lui a appris la musique.
Virginia Vee décède à Paris, le 9 Juin 2010, à l'âge de 86 ans.»