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Première nidification lémanique de l'Eider à duvet
Après 28 jours d'incubation, le 5 juin 2020, une femelle Eider a donné naissance à 2 canetons, pour la première fois sur le Léman. Ce gros canard marin, originaire des côtes de la Baltique, de la mer du Nord à la Norvège, au nord jusqu'au Spitzberg, niche en Suisse depuis 1988 sur le lac de Zurich suite à une "invasion" durant l'hiver 1972, probablement due à une bonne reproduction dans la Baltique. Le dernier afflux qui a touché le Léman a eu lieu durant l'automne-hiver 1988-89. Les premières nidifications en Suisse romande ont eu lieu dans la réserve du Fanel (BE/NE) de 1994 à 1997. Friand de moules, l'Eider à duvet reste la plupart du temps au large, où il plonge à 10-20 m de profondeur pour se nourrir. La femelle jeûne durant les 25-28 jours que dure la couvaison. L'Eider à duvet est considéré comme vulnérable sur la liste rouge des espèces menacées en Suisse.
L'exception des Grangettes
Cette nidification est l'une des plus méridionales connues, à 1'000 km au sud de la Baltique. Paradoxalement, l'Eider à duvet est pourtant depuis longtemps un oiseau emblématique de la réserve des Grangettes, où réside actuellement la moitié de la population helvétique. Suite à l'afflux de l'automne 1988, lorsqu'on y trouvait jusqu'à 70 individus, ce groupe n'a cessé de diminuer pour être réduit cette année à une quinzaine d'individus, dont seulement 4 femelles. Depuis plusieurs années, en avril-mai, on peut y observer la parade des Eiders, voire l'accouplement, mais sans suite jusqu'à présent. Deux nichoirs avaient été installés en 2018 à l'intérieur des enrochements protégeant la roselière, sans succès. Mais l'espoir de voir l'espèce se reproduire s'est enfin concrétisé le 8 mai 2020, lorsque Hubert Fivat a repéré une femelle couvant sur un banc de corbicules qui s'est formé à l'intérieur des enrochements.
Pourquoi maintenant ?
Il peut d'agir d'un dernier soubresaut avant une disparition programmée par le réchauffement climatique de cette micro-population isolée au pied des Alpes. Mais les facteurs qui ont rendu possible cette nidification sont avant tout le niveau du lac resté très bas suffisamment longtemps, permettant à des bancs de sable, graviers et coquilles de corbicules (mollusque asiatique récemment introduit dans le Léman) de se former. En 2020, comme chaque année bissextile, le niveau du lac est descendu de 90 cm, soit 30 cm supplémentaires par rapport à une année normale, afin de permettre des travaux riverains. Le niveau du lac est régi par une convention intercantonale et internationale.
Nid menacé par le remontée des eaux du lac
Il s'en est fallu de peu que le minicule îlot sur lequel la femelle Eider elle avait fait son nid ne soit englouti par la montée des eaux. Afin d'assurer sa réussite, il fallait que le niveau du lac ne remonte pas trop vite car la marge au début de la couvaison n'était que d'une quinzaine de cm. Or le lac devait encore monter de 45 cm d'ici à mi-juin. Grâce à la bonne collaboration des services cantonaux concernés, notamment le service de l'écologie de l'eau à Genève, le lac a pu être maintenu à un niveau permettant l'éclosion de la couvée. Il a fallu aussi renforcer la surveillance pour éviter que des engins aquatiques ne s'y aventurent, particulièrement durant les 3 jours de Pentecôte très fréquentés. Enfin, la météorologie ensoleiillée avec un régime de bise a également contribué à une lente remontée des eaux du lac.
Contacts, photos et vidéos:
Lionel Maumary 079 323 17 03, biologiste/ornithologue (<email-pii>)
Olivier Epars 079 674 61 81 Gestionnaire de la réserve naturelle des Grangettes

A propos de Lionel Maumary