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Titre : Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8
Auteur-e-s : Loretta Seglias, Kevin Heiniger, Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler
Éditeur : Alphil 2019
Pages : 767
Après plusieurs volumes consacrés aux différents aspects de l'internement administratif ce dernier volume de recherche - le prochain est une édition de sources commentées tandis que le dernier est le rapport destiné aux autorités fédérales - s'intéresse spécifiquement aux différents établissements qui ont acceptés des interné-e-s sous le régime administratif. Les auteur-e-s prennent l'exemple de 5 établissements dans les cantons de Fribourg, Berne, Zurich et le Tessin. Ce gros livre est divisé en un grand nombre de chapitres, suivis d'annexes, mais on peut le diviser en deux grosses parties, que nous allons présenter sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.
La première partie concerne la création des établissements. Elle est constituée d'un historique qui permet de comprendre les buts initiaux des autorités lors de la construction des différentes prisons. Bellechasse, par exemple, devait permettre la mise en valeur d'un large terrain agricole. Les auteur-e-s y examinent non seulement les idées derrière la construction mais aussi l'architecture précise. Cela permet de mettre en avant certaines caractéristiques, par exemple le fait d'être proche d'autres établissements ou de fabriques.
Une seconde partie s'intéresse plus précisément aux conditions de vies à l'intérieur des établissements. Il faut noter que les auteur-e-s s'intéressent aussi aux gardien-ne-s. Même si les directeurs vivent assez bien les gardien-ne-s doivent longtemps accepter des conditions de vie proche de l'armée et du quotidien des personnes internées. La nourriture est de basse qualité, le travail est difficile sans vacances et la vie de famille presque impossible puisque les employé-e-s doivent vivre à l'intérieur des prisons, en tout cas en ce qui concerne Bellechasse. Ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les conditions de travail s'améliorent quelque peu.
Mais le gros du volume concerne les conditions connues par les personnes internées. Les auteur-e-s prennent en compte aussi bien le travail, la santé, la sexualité ou encore les violences subies. Pour ce dernier point, le volume permet de mettre en avant des actes de violences physiques qui confinent à la torture. Ces actes ont pour seuls buts de soumettre les personnes internées, sans avoir commis de crimes, à l'autorité des gardien-ne-s. Les auteur-e-s essaient d'expliquer ces actes de violences par le manque de formation concernant la gestion d'une population enfermée et l'exemple de personnes plus élevées en termes de grades.
La nourriture est longuement examinée. C'est une revendication importante des gardien-ne-s et des interné-e-s. Elle est modeste, constituée souvent de la production interne lorsque l'établissement possède des champs. Ce sont les invendus ou les déchets. Les médecins et autorités ne considèrent pas cette nourriture comme mauvaise bien qu'elle ne soit pas adéquate pour un travail important. Cependant, ces mêmes médecins notent que les interné-e-s n'hésitent pas, parfois, à manger des animaux trouvés dans les champs. Loin de remettre en cause les portions de nourritures ces actes sont mis sur le compte de problèmes psychologiques personnels. Tandis que les portions peu ragoutantes permettent de suivre l'idée que les personnes emprisonnées doivent vivre moins bien que les personnes libres les plus pauvres.
Le travail est aussi largement examiné puisque celui-ci est vu comme un moyen de réadaptation, de preuve de la réussite de l'internement et de préparation à la sortie. Le travail est souvent monotone car ce sont des emplois peu rémunérés et peu formateurs qui sont proposés. La rémunération n'est d'ailleurs pas un salaire mas un pécule qui permet d'éduquer à la prévoyance et qui ne donne pas forcément des droits à l'AVS. Le travail est au centre de la vie interne puisqu'une personne qui accepte de travailler est vue plus favorablement et pourrait sortir plus facilement, suivant en cela l'idée du travail comme moyen de rééducation à la vie dites normales en dehors de l'établissement. Mais celui-ci est aussi un moyen d'éviter des coûts importants pour les cantons. En effet, les directeurs utilisent les interné-e-s afin de créer des biens et de les vendre à l'extérieur, quand la production n'est pas directement utilisée à l'interne. Bien entendu, se pose la question de la concurrence avec des producteurs qui utilisent des employé-e-s libres. En effet, les personnes interné-e-s n'ont pas de véritables salaires, ne sont pas soumis aux cotisations sociales et ne sont pas protégées par le droit du travail. Cependant, cette question n'est jamais examinée sérieusement par les directeurs.
Je n'ai fait que mettre en avant quelques aspects. Ce volume est le plus gros de ceux actuellement édités. L'examen de la vie quotidienne est très complet et permet de mieux comprendre les conditions de vie et leurs effets sur les personnes qui ont été internées et leur vie en dehors des prisons. Il faut noter le pouvoir important de la direction sur les possibilités de sortie, puisque les personnes internées sous régime administratif ne le sont pas toujours avec une date de sortie précise mais peuvent dépendre du choix des autorités.
Image : Éditeur