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Dans cette section on s'attachera à présenter d'une manière plus opérationelle de ce qu'on entend par l'application de la théorie de résolution de problème au domaine de l'analyse du traitement du récit. Un modèle ou une théorie qui décrit les processus de compréhension (et le savoir faire en question) de ce que les personnages font pour atteindre leurs buts explicites et implicites, a plusieurs dimensions. Voici les deux les plus importants: (1) A un premier niveau le récepteur doit savoir ce qu'est un récit et sur quel's éléments du texte il faut travailler. Ceci est un des majeurs "centres" cognitifs qui dirigent le processus de compréhension. (2) Il a ensuite besoin d'un savoir sur la résolution de certains problèmes plus précis: Il existe des aspects de résolution de problème comme par exemple le lien complexe entre buts et plans, l'exécution de plans, l'"anti-planification", et les conflits entre les buts d'un même acteur qui sont assez typiques du monde narratif. Quel savoir de résolution de problème sur le monde narratifs est nécessaire pour comprendre un récit? Je mentionne ici brièvement (cf. Black 80) l'essentiel:
(1) Sur un plan général il faut - comme on l'a vu - avoir un savoir assez détaillé sur les buts, plans, actions et états et les relations qui existent entre eux. Dans le cas du récit populaire les buts sont souvent dérivés de thèmes très généraux de la "vie", comme survie, amour, pouvoir, devoir, besoin, avarice, etc. Dans le cas des récits politiques les buts sont moins faciles à identifier à moins que l'auteur ne les suggèrent. En général des buts comme défense, pouvoir, gain, perte, justice, protection, assistance, etc. dominent. Beaucoup de ces buts sont évoqués dans la constitution et les lois. D'autres ne le sont jamais. En tout cas un politologue ou une personne familière avec les processus politiques, les connait souvent au moins d'une manière implicite. Un plan dans un récit peut être décrit ou bien comme un "script", une recette complexe, ou bien comme un ensemble de sousbuts avec des actions-type attachées qui permettent de les atteindre, ou bien comme une "heuristique" beaucoup plus floue. En politique certains plans sont relativement simples, on suit en général une recette standardisée qu'on adapte. Toutefois souvent un acteur n'agit pas selon un plan bien défini, mais selon des règles qui ne sont pas transparentes pour lui-même. Dans ce cas si on interroge la personne, elle aura tendance à rationaliser ses motivations et ses plans. On peut observer un même phénomène chez le récepteur du récit. Ainsi un récepteur typique tend à donner aux actions et aux états une signification dans le contexte de plans ou buts plus généraux, même s'ils n'existent pas en réalité. D'autre part il ne faut également pas oublier que ces éléments du récit sont tenus aussi par une micro-organisation qui fait que l'action par exemple est "provoquée" par un événement ou un autre état, et déclenche à son tour quelque chose. Ainsi souvent on sait ce qu'une action ou un état-type provoque sans trop réfléchir. Finalement le thème du savoir très complexe dont on dispose sur l'execution et la construction de plans n'est pas discuté dans ce cadre.
(2) Souvent un acteur a des buts conflictuels ou autrement exclusifs. Cette caractéristique est importante dans le domaine politique. Par exemple, les ressources dont dispose un acteur ne lui permettent d'atteindre qu'un seul but. Il lui faudra chosir entre des buts ou actions qui impliquent des états mutuellement exclusifs. Ainsi (dans un fameux epos) quelqu'un a dû choisir entre "être le plus sage", "être le plus fort" et "avoir la plus belle femme". Le fait d'atteindre un but (d'avoir la plus belle femme dans le cas précédant) peut mettre en danger un autre but plus important (la santé). Un autre cas pratique est le problème de maintenir un état démocratique tout en empêchant des actes terroristes. Ces exemples montrent qu'on doit connaitre quelques mécanismes de resolution de conflits entre buts. (3) L'interaction entre buts, plans, et actions de différents acteurs est un phénomène complexe. La plupart des récits réclament des conflits. Le récit populaire typique est même bâti sur cette forme. Dans un tel monde narratif le protagoniste et l'antagoniste font de la contre-planification: "Much of what goes on in goal-conflict stories concerns deception and competing anti-plans" (Black 80:248). Le récit fait donc appel à un savoir stratégique qu'on utilise par ailleurs dans nos petites "guerres" quotidiènnes. Ces remarques très générales ne comblent en aucune facon l'absence de savoir précis sur les comportements complexes de résolution de problème (et de sa perception) en politique. Toutefois certaines sous-disciplines de la science politique comme la science administrative ou les études stratégiques ont produit quelques modèles de décision. Eventuellement il serait possible d'intégrer ces approches dans les recherches effectuées en théorie AI de résolution de problème, et ensuite d'étudier comment ce comportement est interprété par les gens qui percoivent et racontent un récit.
Figure: Quelques processus actifs de compréhension