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Mesurer la longueur de l’index et de l’annulaire révélerait diverses caractéristiques physiques ou mentales d’une personne. Ce genre d’études reste toutefois très controversées
Les voyantes lisent l’avenir dans les lignes des mains. Des chercheurs en psychologie décryptent, eux, le passé dans les doigts. Et prétendent ainsi arriver à attribuer des caractéristiques psychologiques ou physiques aux adultes que nous sommes. Une scientifique de l’Université de Genève, qui publie ce mercredi ses travaux dans les Proceedings of the Royal Society B, affirme que la longueur de l’index et de l’annulaire d’un individu peut servir à déterminer l’attractivité de son visage, mais pas de sa voix ou de son odeur.
Cet axe de recherches n’est pas nouveau. Dès la fin du XIXe siècle, les hommes de sciences ont établi des statistiques sur la longueur des doigts, en tentant de trouver des explications aux écarts observés. Mais c’est en 1998 que le domaine explose: le psychologue John Manning, aujourd’hui à l’Université anglaise de Swansea, publie une hypothèse puis, en 2002, un livre intitulé «Digit ratio: a pointer to fertility, behavior and health» (trad. Ratio des doigts: indice de fertilité, du comportement et de santé). Sa thèse? Le rapport entre la longueur de l’index (2e doigt, ou 2D) et l’annulaire (4D) permet d’en dire beaucoup sur une personne. En effet, durant la grossesse, le fÅ“tus est exposé à plus ou moins de testostérone, hormone qui détermine la longueur des doigts, mais possiblement aussi une foule d’autres traits.
Depuis, le nombre d’études sur le sujet explose, qui tentent d’associer la valeur de ce rapport 2D : 4D à tel ou tel aspect de caractère ou héritage physique. Ce chiffre a ainsi été utilisé pour expliquer – en vrac – l’aptitude d’une personne à performer en aviron, son intelligence lors de placements en bourse, ses capacités sexuelles, son risque de souffrir d’autisme ou d’un cancer (prostate, Å“sophage), voire ses dispositions à réussir des études. Bref, montrez vos doigts, et l’on vous dira tout de votre vie!
A l’Université de Genève, Camille Ferdenzi a voulu vérifier si ce rapport 2D : 4D pouvait être corrélé à l’attractivité du visage, de la voix et de l’odeur d’un homme, ces caractéristiques étant déterminées entre autres par le système hormonal. La chercheuse a pris des images de 49 sujets à l’expression faciale neutre, a enregistré leur voix et a recueilli leur odeur corporelle à l’aide de tampons de ouate. Ceci après avoir mesuré leur index et leur annulaire.
Elle a ensuite demandé à 84 femmes de les classer suivant leur attractivité visuelle, phonique et odorifique. Détail important, qui a permis d’éluder divers biais: ces femmes étaient réparties en catégories, suivant qu’elles prenaient ou non un moyen contraceptif, et qu’elles se voyaient ou non en couple avec le sujet observé.
Résultats: «Plus le rapport 2D : 4D était petit, autrement dit plus l’annulaire était long par rapport à l’index (ce qui signifie que le sujet aurait été soumis à une haute dose de testostérone étant bébé), plus le visage de l’homme en question était considéré comme attractif. Et cela indépendamment des catégories de femmes!» Par contre, aucun lien n’a pu être établi avec l’attractivité de la voix ou de l’odeur. «Cela montre qu’il faut faire attention avec ce genre de recherches. Et que toutes les caractéristiques d’une personne ne sont pas prédéterminées lors de la gestation.» Et de souligner: «L’on ne peut pas corréler tout avec n’importe quoi.»
Reste donc le possible lien avec l’attractivité du visage. La chercheuse en convient: définir comment un homme peut être qualifié d’«attractif» s’avère très subjectif, «même si un critère généralement admis est la symétrie du visage».
Denis Duboule, directeur du Pôle de recherche national Frontiers in Genetics et spécialiste des gènes de croissance des fÅ“tus, se montre très dubitatif: «Tous les résultats liés à ce ratio 2D : 4D sont controversés. Certes, après quelques semaines de développement, le fÅ“tus est soumis à un pic de testostérone, qui sert à déterminer son sexe. Il se trouve que c’est à ce moment aussi que poussent les doigts. Un lien est donc possible, même s’il reste encore à établir formellement. Mais lier ce taux de testostérone à d’autres traits, comme la voix, voire le visage, qui prennent leur forme définitive à l’âge adulte, est absurde.» Et de résumer: «Il n’existe dans la littérature aucun article qui permette de considérer indubitablement l’une ou l’autre de ces assertions comme plausibles. Il s’agit d’inférences, de corrélations postulées, mais aucun lien de cause à effet entre le taux de testostérone durant la gestation (et donc peut-être le rapport 2D : 4D) et les innombrables traits humains décrits n’a pu être démontré. Ce genre de thèses est toutefois à la mode, car elles permettent de faire la une des médias.»
Un avis qu’avait déjà émis en 2009 Martin Voracek. Ce psychologue de l’Université de Vienne a passé au crible les quelque 400 publications mentionnant ce rapport 2D : 4D. «La plupart des études publiées n’ont pas pu être répliquées», confiait-il à la NZZ am Sontag. Tout au plus relevait-il que deux secteurs pouvaient fournir des résultats plus ou moins cohérents, en relation avec le taux de testostérone: ceux concernant les troubles psychiatriques (autisme, schizophrénie) et les capacités athlétiques.
Camille Ferdenzi, spécialiste des odeurs, le reconnaît: «Nos résultats sont encore préliminaires. Et nous n’avons pas encore établi de lien de cause à effet. Et il faudrait reproduire l’expérience avec d’autres participants.» Consciente qu’elle marche sur des Å“ufs dans ce domaine de recherches, la scientifique estime toutefois qu’«il faut prendre des risques».
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