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On entend par comptabilité l'enregistrement systématique, par écrit, des activités économiques (internes ou en relation avec l'extérieur) d'une institution ou d'une entreprise, .
La tenue de comptes dans les administrations communales et conventuelles est attestée depuis le XIIIe s., et marchands ou banquiers connaissent dès le XIVe s. l'obligation d'avoir des livres. La comptabilité en partie double apparaît entre la première moitié du XVe s. (municipalités) et le début du XVIe (couvents). Elle se caractérise par la séparation des comptes de capital et de profits et pertes, ainsi que par la juxtaposition, sur deux colonnes ou pages, du "doit" et de l'"avoir". Dans les documents du XVe s., on la reconnaît à une structure interne qui tend à se différencier fortement. Vers 1500, la séparation rigoureuse des comptes et la récapitulation annuelle deviennent peu à peu usuelles; au XVIe s., les livres à double colonne se répandent. Dans le domaine commercial, la comptabilité en partie double apparaît aussi au XVe s.: on a retrouvé par exemple un compte de débiteurs pour 1444-1445, établi par une maison genevoise anonyme.
L'amélioration de la comptabilité d'une administration était le plus souvent consécutive à une réforme rendue nécessaire par un agrandissement territorial ou par la création de nouveaux services. Parfois, une forte augmentation du service des paiements conduisait à scinder un compte ou un livre en plusieurs. Jusqu'à la fin du XVIIIe s., les comptes d'Etat étaient très morcelés (comptes de la garde, de l'octroi, de l'ohmgeld, des bailliages, des amendes, des cens, des travaux, de l'arsenal, des biens communaux, des routes, des chantiers navals, de la grenette, des débiteurs, du contentieux, des entrées et sorties hebdomadaires; livret de la dette, livres et journaux trimestriels, annuels, municipaux, cantonaux, livres de contrôle); leur complexité exigeait un contrôle, confié à une "cour des comptes" de trois à vingt personnes (Stadtrechner, Rechenherren, conseil des Trois, des Sept, chambre des bannerets) dont faisaient généralement partie les anciens trésoriers, les anciens bourgmestres ou avoyers, les bannerets et des membres du Petit Conseil. Pour leur part, les maisons de commerce suisses avaient aussi, sous l'Ancien Régime, une comptabilité évoluée composée de divers comptes de pertes et profits et de bilans, dont les principaux postes étaient les suivants: à l'actif, liquidités, change, débiteurs, marchandises, investissements et participations, biens meubles et immeubles; au passif, créditeurs, change, marchandises en commission, participations de tiers et capital propre.
Auteur(e): Martin Körner / PM
L'histoire de la comptabilité au XIXe s. n'a pas fait l'objet d'études générales et n'est guère abordée dans les monographies d'entreprises. Elle est mieux connue au XXe s., son objet ayant bénéficié de l'essor des sciences économiques, lesquelles ont subi de fortes influences allemandes en Suisse alémanique, françaises en Suisse romande et américaines après 1945.
Au XIXe s., on s'en tenait à une conception passéiste de la comptabilité, reflet des mouvements d'argent, de biens et de prestations. Le système en partie double, souvent surestimé, ne permettait qu'un contrôle formel; le canton de Berne, par exemple, n'y recourut qu'à partir de 1835. Sous sa forme dite américaine, qui réunit les différents comptes dans un journal principal pour donner une meilleure vue d'ensemble, il se répandit dans la pratique et l'enseignement entre 1800 et le début du XXe s.
La formation professionnelle des comptables, très traditionaliste, se faisait dans les entreprises. Le métier évoquait une image à la fois de pédanterie, inhérente à la partie double, et de rigueur formelle. Les écoles de commerce, peu nombreuses, étaient réservées à la petite élite des fils de marchands; cependant, après 1860, des associations d'employés, comme la Société suisse des employés de commerce, se mirent à proposer des cours. La comptabilité n'y venait qu'après les langues étrangères et le calcul commercial; mais dès 1920 environ, les élèves arrivant avec un meilleur bagage mathématique, on put faire moins de calcul et insister sur les connaissances spécifiques à la comptabilité.
Dès les années 1830, des industriels du textile souhaitèrent connaître plus précisément coûts et bénéfices; mais les méthodes disponibles ne permettaient pas encore la calculation de produits complexes. Il fallut attendre jusque vers 1880 pour que l'évolution du droit, le développement des échanges commerciaux et de nouvelles formes d'organisation des entreprises débloquent la situation. En 1881, le Code des obligations remplaça les anciens règlements cantonaux (Neuchâtel 1833, Lucerne 1839, Bâle-Ville 1847, Zurich 1855, etc.) et imposa pour la première fois des normes comptables fédérales à toute entreprise inscrite au registre du commerce. Ses révisions (1911, 1936, 1975) étendirent à de nouveaux cas l'obligation de tenir une comptabilité. Par ailleurs, la taille croissante des entreprises, leurs relations économiques toujours plus lointaines, la complexité accrue de leurs produits les rendirent de plus en plus dépendantes de la collecte d'informations internes. Une division des tâches apparut alors, par exemple entre comptabilités d'exploitation, des salaires et du matériel. L'essor de ces activités de bureau (Bureaucratie) finit par engendrer des frais importants.
Le manque de personnel qualifié durant la phase de croissance ouverte en 1894, mais aussi l'usage du journal, limitant les comptes multiples, constituaient un obstacle qui ne fut franchi que vers 1905. Les nombreuses nouveautés introduites alors n'intéressèrent pas seulement l'industrie et le commerce. Dès 1901, l'Union suisse des paysans préconisa, dans un milieu peu accoutumé à la pensée comptable, un système adapté par Ernst Laur aux besoins des exploitations agricoles. La substitution (dès 1905 environ) des feuillets mobiles aux livres reliés fut une véritable révolution. Comme le droit suisse, contrairement au droit français ou allemand, laissait une liberté presque entière sur le plan technique, aucune entrave juridique ne gênait l'évolution, conduite par les grandes entreprises. Les méthodes à décalque développées après la Première Guerre mondiale et basées sur le système à feuille unique ouvrirent la voie à la mécanisation appelée par le mouvement de rationalisation. Une enquête menée en 1935 dans le canton de Zurich montra que la plupart des petites et moyennes entreprises avaient adopté un système à décalque, même si la majorité procédaient encore manuellement; 20% seulement restaient fidèles au système des reports. Avec le redressement conjoncturel (dès 1936), mais surtout après 1945, à cause de l'influence américaine, on tendit à considérer la comptabilité comme un outil de planification et de prévision (budget).
L'image traditionnelle du métier de comptable, son enseignement et sa pratique changèrent à mesure qu'il se rationalisait et devenait plus scientifique, perdant sa vieille réputation de pédanterie. Dès 1909, la Société suisse des employés de commerce organisa des examens, de plus en plus fréquentés dès 1925. Cette formation pratique, acquise en cours d'emploi, fut légalement reconnue par la Confédération en 1930 (loi sur la formation professionnelle), ce qui fit des titulaires du diplôme fédéral d'expert comptable, avec les réviseurs, les principaux experts du domaine. Mais la spécialisation et le perfectionnement maintinrent aussi dans ce métier l'inégalité des sexes, puisque jusqu'à nos jours la plupart des cadres sont des hommes tandis que, depuis 1945, de plus en plus de femmes occupent les postes subalternes. Les exigences du métier sont définies par les associations professionnelles (Union des réviseurs, 1913; Union des comptables au sein de la Société suisse des employés de commerce, 1936), par l'Etat (Code des obligations, formation professionnelle), par les sections commerciales et économiques des hautes écoles et par d'autres associations économiques. En Allemagne, Eugen Schmalenbach avait préconisé dès les années 1920 les plans comptables (plans-types donnant une vue d'ensemble) et les plans comptables généraux (systèmes recommandés ou imposés par l'Etat ou une association) afin de faciliter le calcul des coûts et les comparaisons entre entreprises. Le régime nazi les avait rendus obligatoires en 1937. En Suisse, où une telle mesure autoritaire était exclue, les nouvelles conceptions rencontrèrent néanmoins un écho immédiat. L'Union suisse des coopératives de consommation se donna un plan comptable général en 1940-1943. Karl Käfer en élabora un en 1947 à la demande de l'Union suisse des arts et métiers; d'autres branches suivirent.
La tendance à la formation de groupes multinationaux, le développement du droit des actions et l'intégration européenne ont fait naître le besoin d'une unification internationale des systèmes comptables. L'évolution des techniques s'est accélérée avec le traitement électronique des données (dès les années 1960), qui s'est étendu dans les années 1980 aux petites entreprises grâce aux programmes destinés aux ordinateurs personnels.
Auteur(e): Mario König / PM