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Employés: exigence de compétences transdisciplinaires
Dans toutes les branches explorées, les employés doivent présenter un profil dexigences étendu et de haut niveau; désormais, le savoir professionnel ne suffit, à lui seul, plus. Le poids des compétences professionnelles est inférieur à celui accordé aux exigences transdisciplinaires, ce dans toutes les branches de lindustrie et des services. Ce dernier secteur affiche à cet égard des exigences légèrement supérieures à celles de lindustrie en général ou de lindustrie du bâtiment.
Depuis la fin des années 80, on a pu observer des changements lourds de conséquences dans lactivité économique. Globalisation, informatisation, dynamique dinnovation en sont les mots-clés. La flexibilisation qui y va de pair et la décentralisation de lorganisation du travail ont modifié les exigences des entreprises envers leurs employés. Ceci a conduit, entre autre, à modifier un profil de qualification jusquici caractérisé principalement par les tâches professionnelles au sens étroit du terme, en y intégrant des éléments dactivités transdisciplinaires. Comment ce développement se traduit-il en Suisse? Quels profils dexigences les entreprises suisses requièrent-elles pour leurs employés? Nous avons effectué un état de la situation en opérant une comparaison entre les divers secteurs ou branches de lindustrie et des services.
En comparant trois secteurs, lindustrie en général, lindustrie du bâtiment et les services, on peut constater certaines similitudes dans le fait quon accorde partout beaucoup plus dimportance à des exigences généralisables de type transdisciplinaires - comme les compétences sociales, méthodologiques, personnelles et le comportement à sa place de travail - quà celles purement axées sur le savoir professionnel. Dans lévaluation, par les entreprises interrogées, de limportance du savoir formel diffusé au sein de linstitution, on peut remarquer que ce dernier est indéniablement moindre que le savoir relatif à la personnalité qui est acquis en dehors de linstitution et souvent au cours de longs processus de socialisation.
On peut aussi observer certaines différences dans les profils comme le fait que, dans le secteur des services, on évalue en général les exigences de façon légèrement supérieure à ce que le font les deux autres secteurs, avec toutefois une exception. Cest dans lindustrie du bâtiment quon accorde le plus de poids au comportement à la place de travail, à savoir à, entre autre, la "ponctualité ", la "loyauté ", etc. Ces compétences font partie de certaines de ces exigences traditionnelles qui revêtent encore une importance certaine, en particulier dans le secteur de lartisanat, mais aussi dans ceux des services et de lindustrie. On peut constater une discrépance entre cette situation et la discussion actuelle sur les qualifications, qui est principalement orientée sur les contenus transdisciplinaires de type sociaux. Il semble que les exigences traditionnelles sont tout simplement implicitement supposées et, quen cela, il napparaît plus vraiment nécessaire de les mentionner. Or elles garantissent justement une certaine continuité importante en ces périodes de mutations rapides.
A une exception près, celle de la branche recherche et développement informatique, toutes les branches du secteur des services considèrent, dans leur classement, que les compétences professionnelles au sens strict sont dans lensemble moins importantes que les compétences transdisciplinaires. Mais il faut se garder den conclure que ces premières ne soient pas importantes. En poussant lanalyse dans le détail, on peut constater que les compétences professionnelles clés (au sens étroit) dont il est question ici - par exemple certaines connaissances professionnelles spéciales ou des connaissances en informatique -, sont considérées comme aussi importantes que les compétences transdisciplinaires. Les entreprises interrogées accordent donc de la valeur aux compétences professionnelles et ne se disent pas intéressées à ce que leurs employés aient à leur actif une palette de compétences plus large, qui comprendrait aussi les langues étrangères, la formation générale, etc.
Dans la discussion actuelle sur les qualifications, on attribue une importance centrale aux compétences sociales. Notre évaluation montre que les branches du secteur des services leur accordent indéniablement une grande importance. Mais ce qui est intéressant, cest que, les branches dans lesquelles il y a des contacts directs avec les clients - les commerces de détail, lhôtellerie, les services de prestations à des personnes - qui ont toujours exigé de hautes compétences sociales, ont aujourdhui à cet égard des exigences encore supérieures. Les changements intervenus dans lorganisation du travail ont sur ce plan sûrement eu pour effet une harmonisation des autres branches.
Les compétences méthodiques et personnelles ont beaucoup de poids, en particulier dans les branches dans lesquelles la répartition des tâches est ouverte et complexe, par exemple dans la recherche et le développement en informatique, ou dans les services de prestations pour les entreprises. Etonnamment, ce quon appelle communément la créativité, qui fait partie des compétences personnelles, est comparativement aux autres exigences, classée comme moins importante et figure en queue de peloton dans toutes les branches.
Dans lensemble, on peut voir que, dans le secteur des services, les compétences transdisciplinaires sont très importantes, puisquelles ont été désignées dans toutes les branches comme "importantes" à "très importantes". Il nexiste pas de profil dexigences professionnelles au sens étroit du terme. Mais dun autre côté, on ne peut pas non plus parler dune homogénéisation générale de ces exigences professionnelles, puisque quon peut relever des différences significatives entre les branches de ce secteur.
2.3 Profils dexigences dans lindustrie
Les résultats concernant les compétences professionnelles dans les branches de lindustrie sont comparables à ceux du secteur des services. En les comparant aux autres compétences nécessaires, elles ont aussi ici le moins de poids. Lanalyse des différences montre également que toutes les branches accordent beaucoup de poids aux compétences-clé spécifiquement professionnelles, qui revêtent une grande importance et se situent à un niveau comparable aux exigences transdisciplinaires.
Les changements intervenus dans lorganisation du travail, où lon est passé dune segmentation par métiers à des équipes en processus, modifient les exigences relatives aux compétences méthodiques, sociales et personnelles. Les branches de lindustrie aussi font montre, sur ce plan, de grandes exigences envers leurs employés; et ces exigences savèrent en fait très semblables pour les différentes branches, ce contrairement à la situation dans le secteur des services. A titre dexemple, on ne peut relever de différences significatives entre les différentes branches de lindustrie concernant les compétences sociales. A lépoque des changements organisationnels et technologiques, figure, dans toutes les branches, au premier rang des compétences méthodiques, celle de "flexibilité". Comme le montre lévaluation des compétences personnelles, en même temps, toutes les branches veulent en premier lieu avoir des collaborateurs à même de travailler de façon autonome.
On peut voir aussi que, dans lindustrie, les exigences relatives aux compétences transdisciplinaires ont été évaluées comme ayant une valeur "importante" à "très importante". Contrairement à la situation dans le secteur des services, les différences entre branches sont moins significatives. Dans ce sens, il nexiste que peu de différences dans les profils dexigences spécifiques aux différentes branches du domaine. Les différences apparaissent principalement dans les compétences professionnelles au sens strict.
Pour répondre le plus vraisemblablement au profil des exigences souhaitées et avoir toutes ses chances lors dune postulation pour un emploi, il faut être âgé de moins de 45 ans, avoir acquis une large expérience dans le domaine professionnel, navoir pas trop fréquemment changé demploi, témoigner de dispositions à la mobilité et jouir dune bonne réputation (pas dantécédents judiciaires). Lanalyse des réponses à la question des principaux obstacles à lembauche permet de constater une similitude entre les trois secteurs, qui mérite dêtre relevée.
Ce qui apparaît principalement déterminant, ce sont les performances antérieures du candidat. Par son expérience professionnelle et ses références, il peut faire état de ses compétences professionnelles et transdisciplinaires. Puis, interviennent les aspects de personnalité, qui renseignent sur la confiance quon peut placer en la personne, par exemple «changements fréquents demploi». Il est à cet égard intéressant de remarquer, quen dépit de toutes les mutations dordre technique ou organisationnel, le fait de changer fréquemment demploi nest pas du tout apprécié de façon positive comme lexpression dune certaine capacité de flexibilité, mais comme un manque de persévérance et de stabilité.
Lâge apparaît le plus fréquemment cité comme le facteur qui ne peut pas être influencé par les candidats dans le cadre dun processus dembauche. Ce serait un obstacle dans 6 à 8% des cas qui concernent des personnes de plus de 45 ans. Cette situation confirme les tendances en cours sur le marché du travail, selon lesquelles les plus jeunes demandeurs/deuses demploi ont en général de plus grandes chances dêtre embauché/e/s.
Et le fait dêtre ou davoir été au chômage, aurait-il quelque influence? Celui davoir été chômeur précédemment ne semble pas revêtir dimportance. Par contre, le fait dêtre actuellement au chômage semble peser davantage dans la balance. Malgré cela, les résultats montrent que le chômage nest pas appréhendé comme une «tare irrémédiable», due à une faute personnelle. Les fortes poussées de chômage des années 90 ont sans doute contribué à en faire modifier la perception.
Figure 2.5: Obstacles principaux à lembauche en pour-cent
2.5 Synthèse
Nos analyses ont montré que, sur le plan de lemploi, les compétences transdisciplinaires sont actuellement très valorisées dans le profil dexigences des entreprises suisses. Dans un futur proche, les choses ne devraient pas tellement changer, puisquon ne peut pas constater de renversement de vapeur déterminant sur le plan des facteurs techniques, organisationnels ou économiques. Cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir au fait que les travailleurs doivent pouvoir recourir à une large palette de compétences, qui ne font souvent pas partie intégrante de leur formation professionnelle. Là où on peut remarquer certaines discrépances entre les compétences existantes et les exigences, il est nécessaire que les entreprises interviennent pour encourager activement la formation (continue), ce parallèlement à la motivation personnelle de lindividu.