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Si la visibilité devrait se réduire à court terme, les actifs brésiliens offrent néanmoins des opportunités de diversification, notamment sur le segment obligataire.
Alors que le FMI abaisse ses prévisions de croissance dans le monde entier, le Brésil a vu ses projections relevées à la hausse de 2 points de pourcentage à 2,8% pour 2022 en l’espace de six mois. Si la visibilité devrait se réduire à court terme, les actifs brésiliens offrent néanmoins des opportunités de diversification, notamment sur le segment obligataire.
Plusieurs facteurs sont susceptibles d’expliquer la bonne tenue de l’économie brésilienne au premier semestre. D’une part, le Brésil est relativement isolé de la crise géopolitique en Europe occidentale. De l’autre, l’économie brésilienne a bénéficié de la hausse des prix de l’énergie – notamment du pétrole – et des produits agricoles dont il est l’un des tops exportateurs. Combinée à des termes de l’échange favorables, cette situation s’est traduite par une nette amélioration de la balance commerciale et par l’augmentation des recettes fiscales grâce aux rentes pétrolières. Enfin, des efforts de relance croissants et des mesures de réductions d’impôts ont protégé les ménages contre une forte inflation permettant de soutenir la consommation (60% du PIB brésilien).
Bien que la part des exportations dans le PIB du Brésil (20%) soit nettement inférieure à la moyenne mondiale (43%), l’économie brésilienne reste sensible à l’évolution du commerce mondial et en particulier à l’activité en Chine, pays qui représente à lui seul un tiers des exportations brésiliennes. La stratégie «zéro COVID» et le ralentissement du secteur immobilier chinois représentent un risque baissier pour le Brésil, car ils réduisent la demande de métaux industriels et de pétrole. Il existe toutefois certains facteurs favorables, comme la volonté de l’Opep+ de fixer un plancher implicite aux prix du pétrole, tandis que le Brésil pourrait être considéré comme une alternative à l’Ukraine pour la production de denrées agricoles et permettre à la Chine de réduire sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Au vu de ces facteurs et d’un ralentissement probable de la demande domestique, nous estimons que la croissance du PIB atteindra 1,4% en 2023.
L’inflation globale au Brésil a dépassé son pic et se situe à 7,2% en septembre (après avoir culminé à 12% en avril). Si ces chiffres, artificiellement déflatés par les réductions d’impôts, restent loin de la cible des autorités monétaires, ils ont permis à la Banco Central do Brazil (BCB) de mettre fin au cycle de hausse des taux le plus précoce et le plus sévère parmi les grandes économies.
La banque centrale devrait maintenant rester un certain temps sur une position attentiste bien que le marché anticipe déjà des baisses de taux l’an prochain et que le rendement du 2 ans soit passé de 14% à 12% au cours du dernier trimestre. Une baisse des taux directeurs (Selic) en 2023 serait opportune dans le contexte d’un ralentissement de l’économie et d’une diminution du soutien budgétaire.
En ce qui concerne les prochaines élections, si le candidat de gauche Lula da Silva – considéré comme le plus susceptible de faire dérailler la politique budgétaire – devait arriver en tête, les élections législatives ont renforcé le poids des partis libéraux et centristes au Parlement, ce qui réduit le risque de dérapage fiscal en imposant des compromis.
Si ce risque est ainsi amenui, il n’a toutefois pas entièrement disparu puisqu’indépendamment du résultat des élections, les deux candidats plaident en faveur d’une modification ou d’une suppression du plafond limitant la croissance des dépenses publiques. Il n’est donc pas impossible que le ratio dette/PIB (77%) augmente à nouveau.
Dans ce contexte, la courbe des taux brésiliens demeure néanmoins relativement attrayante. Des taux réels positifs, un portage avantageux et de probables baisses de taux à venir, font du Brésil l’un des seuls pays où avoir de la duration s’avère intéressant. Pour les investisseurs en dollars, accroître les positions en dette locale permet également de diversifier son exposition devises et de parier sur un «retour à la moyenne» du billet vert en 2023/2024 (bien que ces positions soient vulnérables au risque politique et aux baisses de taux). En outre, si la dette extérieure du Brésil atteint 40%, les non-résidents ne détiennent que 4% des emprunts d’Etat, ce qui limite le risque d’une correction majeure en cas de fuite des investisseurs étrangers.
Côté actions, après une année faste marquée par une croissance à deux chiffres des bénéfices, les multiples de valorisation semblent bon marché, d’autant que les prévisions des analystes intègrent déjà une baisse de 15% des bénéfices par action (BPA) l’année prochaine. Les actions brésiliennes offrent une option intéressante pour les investisseurs souhaitant diversifier leurs portefeuilles et se couvrir contre un scénario de stagflation persistante associée à des prix élevés des matières premières. Toutefois, plusieurs facteurs de risque doivent être pris en compte, tant du point de vue cyclique (dépendance à l’égard des matières premières) que du point de vue structurel (capacité du Brésil à engager des réformes, visant notamment à la simplification de la fiscalité des entreprises).