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L'usage du monde est le récit d'un voyage qui dura dix-sept mois, au début des années 1950 de yougoslavie à l'afghanistan.
Depuis trente-cinq ans il ne cesse d'inspirer d'innombrables écrivains-voyageurs. la délicate préface d'alain dufour, l'ami éditeur, nous fait assister à la genèse et à la composition du chef-d'oeuvre de nicolas bouvier, alors qu'un choix de lettres et de reproductions illustre l'amitié de l'écrivain et du peintre vagabonds de par le monde. en l'honneur du 75e anniversaire de sa création, la librairie droz réédite à l'identique l'édition originale qu'elle a publiée en 1963, avec tous les dessins de thierry vernet.
De retour d'Inde en 1946, Ella Maillart découvre Chandolin, juché à presque 2000 mètres dans les Alpes valaisannes. Désireuse de s'établir après des années de voyage, elle est fascinée par ce village « inondé de soleil et de silence, au sommet d'une épaule de montagne encadrée de mélèzes ». Elle s'y fait construire un modeste chalet en 1948 où elle passera désormais six mois par an. Au fil des décennies, Ella Maillart photographie le village, ses habitants, la vie religieuse et communautaire marquée par les traditions.
Associés à ces images d'une justesse vibrante, des textes d'Ella Maillart racontent la construction de la route qui dès 1959 relie Chandolin à la vallée, déplorent l'invasion des touristes, menace pour l'équilibre alpin, magnifient la montagne, sublime et dangereuse.
Écrites sur le vif, les lettres qu'Ella Maillart a échangées avec ses parents pendant ses années de grands voyages, saisissent au vol ses humeurs du moment, annoncent les projets d'itinéraires, esquissent des réflexions sur l'Orient et l'Europe. Cette correspondance est accompagnée de photographies et complétée par des reportages écrits pour divers journaux et magazines. Un corpus qui plonge le lecteur dans la trépidante existence de la voyageuse : voile sur le Léman, fouilles en Crète, entraînement sportif et pérégrinations dans les montagnes d'URSS... Sans oublier le récit classé « confidentiel » d'une visite à Winston Churchill en 1936.
Sa femme Ana a quitté la maison, sa mère a fugué dans un vieux palace, et son employé encaisse un passage à tabac pour des raisons mystérieuses : Grand National est le récit de quelques semaines de crise dans la vie de Carlo. Une crise qui va permettre au narrateur de ressentir physiquement le manque et l'intime connaissance qu'il a de sa femme, d'appréhender la violente et récente histoire des Balkans, de découvrir enfin le passé romanesque de sa mère pendant la Deuxième Guerre dans le palace du Grand National.
"Che-vro-let ! Che-vro-let ! " : début XXe siècle, l'Amérique est ébahie devant les prouesses de Louis Chevrolet. Né en Suisse en 1878, le jeune homme a grandi en Bourgogne où il est devenu mécanicien sur vélo avant de rejoindre, près de Paris, de florissants ateliers automobiles. En 1900, il quitte la France pour le continent américain. Très vite, au volant des bolides du moment, Fiat ou Buick, il s'impose comme l'un des meilleurs pilotes de course.
En parallèle, il dessine, conçoit et construit des moteurs. Ce n'est pas tout, avec Billy Durant, le fondateur de la General Motors, Louis crée la marque Chevrolet. Billy Durant la lui rachète pour une bouchée de pain et obtient le droit d'utiliser le nom de Chevrolet en exclusivité. Des millions de Chevrolet seront vendues sans que Louis ne touche un sou. Peu lui importe. L'essentiel est ailleurs.
Phrases courtes, mot juste, lucidité et humour : le monde d'Agota Kristof infuse dans L'Analphabète, son seul récit autobiographique, paru pour la première fois en 2004 : onze chapitres pour onze moments de sa vie, de la petite fille en Hongrie qui dévore les livres à l'écriture de ses romans. Les premières années heureuses, la pauvreté après la guerre, l'amour des mots, la rupture du « fil d'argent de l'enfance », puis l'adolescence, et finalement l'exil, qui ne la conduit pas seulement hors d'un pays, mais surtout hors d'une langue.
Claire, qui vit en Europe, passe l'été à T okyo chez ses grands-parents. L'objectif de plus en plus lointain de ce séjour est d'emmener ces derniers en Corée renouer avec leur pays qu'ils ont fui pendant la guerre civile il y a plus de cinquante ans.
Claire partage son temps entre le quartier coréen de T okyo, l'appartement des grandsparents et le monde de la petite Mieko, dont elle doit s'occuper pendant les vacances d'été japonaises.
L'écriture précise et dépouillée d'Elisa Dusapin parvient à plonger le lecteur dans une atmosphère intime de douceur et de violence feutrée. Elle excelle à décrire l'ambivalence propre aux relations familiales : les cruels malentendus comme l'amour entre les personnages sont d'une puissante justesse.
Christelle et Greg ont choisi la vie nomade. Ils ont la trentaine et sillonnent le monde en minibus avec leurs deux petits garçons. Amateurs de surf, ils s'installent la` ou`se trouvent les meilleurs spots et vivent de petits boulots. Le vent les mène jusqu'à San Tiburcio, sur la côte mexicaine, Greg s'y sent vivant lorsqu'il danse sur la crête des vagues. Mais il faut s'habituer au soleil implacable, au grondement de l'océan, aux pluies diluviennes des tropiques. Un jour, une jeune femme du village, fait irruption dans leur existence. Elle entraîne Christelle dans une relation vertigineuse qui va bouleverser la famille. Dans une langue sensuelle et luxuriante, Anne Brécart décrit le quotidien vénéneux et inexorable de ces voyageurs à la recherche d'une autre vie.
Palerme, 1965. Antonia, mariée à un notable et contrainte à l'oisiveté, écrit un journal intime où elle exprime son malaise. A la mort de sa grand-mère, elle reçoit des photographies, des lettres et des carnets qu'elle explore pour échapper à son quotidien et découvrir le passé cosmopolite et foisonnant de sa famille. Premier roman.
Vie de poète est considéré par Walser lui-même comme le plus lumineux, le plus poétique de tous ses livres. L'écrivain évoque de nombreuses fi gures qui ont accompagné sa carrière et les petits riens de sa vie¦: le voyage à pied, le discours à un bouton, à un poêle, son séjour comme domestique dans un château, tout ce qui a fait considérer ce livre comme une biographie éclatée.
Une tonalité à la fois facétieuse et sérieuse pour dire la solitude de l'artiste, ses déguisements, ses déboires et ses joies, les valeurs peu reconnues auxquelles obéit sa vocation. Gilles Tschudi est un comédien suisse alémanique très connu. Il a joué au théâtre comme au cinéma des textes de Frisch, Jelinek, Racine, Zschokke, Dürrenmatt, Böll, Handke.
Au soir de sa vie, une auteure se relit. Ses livres sont des îlots dans sa mémoire et elle cherche à relier ces repères. Sa relecture est relecture de soi. De son voyage dans le passé, elle choisit les heures claires, souvenir inaltérable de lieux propices.
Reconnaissances est une reconnaissance de dette. Catherine Safonoff reconnaît l'amour pour le père et celui pour la mère (des pages sublimes). Elle reconnaît aussi la difficulté à être soi, à être fille comme à être mère, la difficulté à conjuguer tout cela. Dette infinie envers le vivant, dette que l'écriture transforme ici en don.
Aujourd'hui mondialement reconnues, les peintures de Louis Soutter (1871- 1942) n'ont été remarqués de son vivant que par des proches. Parmi eux, Le Corbusier et Jean Giono ont été subjugués par le trait libre de l'artiste, vrai sismographe de l'âme.
Violoniste talentueux, marié à une riche Américaine, Soutter mène pourtant une vie d'errance jusqu'à son internement forcé à l'âge de 52 ans dans un asile du Jura suisse. C'est là qu'il parvient à donner forme à une des oeuvres les plus inclassables de l'histoire de l'art.
L'écriture souple et subtile de Michel Layaz nous entraîne le long de cette vie marquée par une rare sensibilité, par la solitude, ponctuée aussi par quelques éclats de lumière et transportée surtout par la puissance de la création.
Voici trois textes réunis autour d'un sujet rarement traité par Bouvier : son enfance. Dans le récit central éponyme, l'écrivain raconte les étés passés dans la propriété des grands-parents maternels et comment, petit garçon de huit ans, il triompha de l'« une des figures les plus détestées » de son enfance : Bertha, la gouvernante prussienne tyrannique.
Elle se passionne pour la conquête spatiale, prépare des gâteaux légendaires, tient le ménage. Poète, lui s'efforce d'inventorier le monde et ce qui va disparaître. Madeleine et Gustave ont toujours vécu sous le même toit. A les voir, on pense à deux chouettes endormies qui se shooteraient au thé. Ou à d'étranges adeptes d'une existence lente et régulière, passée dans une maison où il y a plus de tiroirs que de jours dans l'année.
Grâce à une écriture contemporaine, attentive à la lumière et au presque rien, Bruno Pellegrino réussit à nous rapprocher de ses personnages au point de nous propulser dans leur monde : une véritable expérience sensorielle. Né en 1988, Bruno Pellegrino vit entre Lausanne et Berlin. Après un récit paru en 2015, Comme Atlas (Zoé Poche, 2018), Là-bas, août est un mois d'automne est son premier roman, récompensé par de nombreux prix littéraires.
Avec Aude Seigne et Daniel Vuataz, il a cosigné la série littéraire Stand-by, aux éditions Zoé. "Il dit aussi qu'il ne fuit pas, qu'il explore. Que la poésie, c'est poser des questions au monde, et espérer une réponse - et, dans l'intervalle, attendre". Préface de Michel Audétat
Un accident de chasse, le procès, la prison. De retour au village, Simon doit affronter les regards, il faut être "endurant comme un âne pour vivre avec eux". Alors Simon accepte une tâche qu'on ne souhaiterait même pas au diable : une coupe de bois dans l'endroit le plus reculé et hostile de la région. Combat de l'homme avec la nature, ce texte est une histoire de solitude et de fureur dans une langue âpre et brûlante.
Dans ces deux recueils de poèmes dédiés l'un et l'autre à un ami paysan, le narrateur dit l'amour qui le porte vers cet homme autant que la distance qui l'en sépare, avant son retour inexorable à la solitude. Pour le poète romand, l'approche du paradis est une quête à recommencer sans cesse. Le second recueil a reçu le prix Rambert 1941.
Après une enfance solitaire au bord d'une mare en compagnie des oiseaux, la narratrice, à peine adolescente, part main dans la main avec sa mère à la recherche de son frère inconnu. Ensemble, elles passeront quatre années à vagabonder sur les chemins, à dormir dans les champs et les forêts, à travailler dans les fermes ou les usines. Quand la fille découvre l'amour, il est temps pour sa mère et elle de s'éloigner l'une de l'autre, une séparation aussi libératrice que douloureuse.
Les Printemps sauvages raconte de manière puissante la nature et la surprise du sexe. Odeurs, matières, couleurs, tous les sens sont aux aguets pour saisir la beauté du monde. Et sa fragilité : il y a urgence à inventer de nouveaux rapports au vivant.
Avec J'ai saigné, chronique du recueil La Vie dangereuse, Cendrars attire son lecteur en 1915, dix jours après son amputation du bras droit, lorsqu'il est évacué vers l'arrière. Survivant à l'horreur de la mutilation, le jeune homme blessé n'est plus qu' « un pauvre vieux » : sa vie lui a filé entre les doigts, mais il veut survivre. En 1938, alors que le carnage est prêt à recommencer, le poète témoigne de sa guerre, de sa peur de mourir et, de fait, de son humanité.
Gus quitte l'enfance un été de canicule. A l'instar du paysage qui se craquèle et de la nature agonisante, la famille du garçon part en poussière : le père, force de la nature, refuse peu à peu ses responsabilités et se renferme sur lui-même, tandis que la mère, présence rassurante et complice, s'éloigne doucement, jusqu'à partir avec une autre femme. Livré à lui-même, Gus doit prendre les rennes de la ferme et assumer toutes les responsabilités : mener les militaires et leur camion citerne aux champs assoiffés, traire les vaches trop pleines d'avoir été oubliées ou prendre en charge Rudy l'aide fermier légèrement débile. Il abandonnera finalement les derniers restes de l'enfance entre les bras de Mado, avant que la nature ne retrouve la vie sous une pluie bienfaisante.
« En somme j'étais beaucoup moins bien nourrie que chez les B. Cela ne me gênait pas tellement. Ce qui m'ennuyait, c'était que les patrons ne nous disaient pas bonjour, et ne nous donnaient pas les journaux. » Voici les souvenirs de Madeleine Lamouille : les temps de l'enfance, la faim au ventre, dans les années 1900, puis l'adolescence dans une « manufacture-internat » ; l'engagement, surtout, comme femme de chambre dans une famille de l'aristocratie vaudoise, puis dans une maison bourgeoise de Genève. À la campagne comme à la ville, bonnes et cuisinières sont des « pipes de terre » quand leurs maîtres seraient de « porcelaine ». Mais si Madeleine Lamouille connaît sa place auprès de « Monsieur » et de « Madame », elle sait se faire entendre pour obtenir un minimum de considération. Presque un siècle après, son récit n'a rien perdu de son actualité. Il en dit long sur cet esclavagisme des temps modernes.
A la morte saison, dans l'enceinte désertée d'un cirque à Vladivostok, un trio à la barre russe s'entraîne. Nino pourrait être le fils d'Anton, à eux deux, ils font voler Anna dans les airs. Ils se préparent au concours international de Oulan-Oude, visent le quadruple triple saut périlleux sans descendre de la barre. Si Anna ne fait pas confiance aux porteurs, elle tombe et ne se relève plus.
Dans ce troisième roman d'Elisa Dusapin, le lecteur retrouve son art du silence, de la tension et de la douceur. Son sens puissant de l'image nous rend le monde plus perceptible, plus proche sans pour autant en trahir le secret.
De retour au pays, Max Lobe est parti dans la forêt bassa rencontrer la vieille Mâ Maliga pour qu'elle lui raconte ce qu'elle sait du mouvement de l'indépendance au Cameroun et de son leader Ruben Um Nyobè. Confidences est le récit de cette femme volubile et espiègle, qui a vécu dans sa chair la résistance contre la puissance coloniale. En racontant, elle n'oublie pas de boire, et de faire boire son interlocuteur.
C'est donc avec un mélange de légère ivresse et de profonde gravité que le lecteur découvre l'histoire de l'indépendance du Cameroun et de sa guerre cachée. Max Lobe est né à Douala, au Cameroun, et vit aujourd'hui en Suisse. Il est notamment l'auteur de 39 rue de Berne et de Loin de Douala. Pour Confidences, il a reçu le prix Ahmadou Kourouma en 2017. "Nous voulions notre liberté. On voulait que ces gens-là, que ces Blancs-là, que ces Poulassi-là s'en aillent et qu'ils nous laissent, nous, ici, en paix dans notre pays, dans nos forêts".
Après un début de carrière fulgurant dans les avant-gardes berlinoises, Robert Walser revient s'installer en 1913 à Bienne, dans sa région natale du Seeland. Il y passera sept ans de dénuement, arpentant en promeneur infatigable ce pays de lacs, montagnes et forêts, y puisant la matière de l'écriture : Seeland, le dernier recueil de cette période, rassemble six nouvelles - au centre desquelles "La Promenade" - interrogeant la condition de l'artiste et sublimant la marche comme une manière d'être au monde et aux mots.
Maître des petites proses et poète du quotidien, paradoxal dans son destin comme dans ses textes, Robert Walser (1878-1956) est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands écrivains du XXe siècle. Son oeuvre littéraire, célébrée par Franz Kafka, Elfriede Jelinek ou W. G. Sebald, ne cesse de fasciner et de gagner de nouveaux lecteurs. Traduit et préfacé par Marion Graf "Un Paul Klee de la prose, un Beckett plein de bonne humeur et de douceur...
Walser, quel écrivain merveilleux et déchirant". Susan Sontag