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L’antispécisme est un courant philosophique apparu dans les années 1970, en opposition au spécisme. Tandis que le spécisme (par analogie avec les notions de racisme et de sexisme, dont les discriminations sont basées sur l’appartenance à une race et, respectivement, à un sexe) considère que l’espèce à laquelle appartient un individu justifie une inégalité de considération des intérêts, l’antispécisme considère au contraire que l’appartenance à une espèce n’est pas un critère pertinent pour décider du traitement qui doit lui être infligé et de la considération morale qui doit lui être accordée.*
Les intérêts des humains ne devraient pas être considérés comme supérieurs aux intérêts des autres animaux, tout comme les intérêts des individus de certaines espèces (les animaux domestiques par exemple) ne devraient pas primer non plus sur ceux d’autres espèces (utilisées pour la consommation ou la recherche, ou considérées comme nuisibles). Les antispécistes ne souhaitent ni plus ni moins qu’une redéfinition normative de ce que devraient être les relations entre animaux (humains et non-humains) et le changement systémique qui en découle.
Plusieurs conséquences et applications émanent de l’antispécisme. Nous vous proposons dans cet article d’en parcourir les principales.
Animalisme, un anti-humanisme ?
L’animalisme se définit comme la défense des droits des animaux d’une manière qui dépasse les considérations strictement écologiques. Selon cette doctrine, les animaux ne sont pas uniquement objets de devoirs (de la part des humains) mais aussi sujets de droits. Par exemple, si j’ai le devoir de ne pas maltraiter mon chien, mon chien a quant à lui le droit de ne pas se faire maltraiter. De même, tout animal doit pouvoir vivre selon ses propres intérêts du moment que ces derniers ne portent pas atteinte aux intérêts d’autrui, comme c’est le cas entre les humains. Ayant pris connaissance de cette définition, nous pouvons alors nous demander en quoi attribuer des droits aux animaux aurait pour conséquence d’aller contre la doctrine humaniste, qui nous est si chère depuis l’époque des Lumières. Pour commencer, si nous reconnaissons des droits aux animaux, il va sans dire que toute l’exploitation que l’on fait d’eux doit être remise en question. En effet, l’exploitation d’une truie dans le seul but de satisfaire un plaisir gustatif ne saurait être légitime ; nos plaisirs gustatifs ne peuvent en aucun cas justifier la violation du droit fondamental à la liberté de tout être sensible, sentient. Dès lors, l’animalisme implique une modification de nos habitudes.
C’est là qu’intervient l’humanisme. Du moins, une certaine forme d’humanisme. Il existe deux définitions du terme. La première est celle du courant des Lumières, qui le définit comme un mouvement intellectuel se développant en Europe à la Renaissance et qui, renouant avec la civilisation gréco-latine, manifeste un vif appétit critique de savoir, visant l’épanouissement de l’homme rendu ainsi plus humain par la culture. La seconde, qui nous intéresse ici, le décrit comme l’attitude philosophique qui tient l’homme pour la valeur suprême et revendique pour chaque homme la possibilité d’épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines. Octroyer des droits aux animaux, les considérer comme nos égaux à partir de critères tels que la capacité à souffrir, implique que nous, humains, ne pouvons plus nous considérer comme au-dessus d’eux, ou en tout cas comme ayant le droit de les dominer. Comme nous, ils ont une sensibilité et nous devons la respecter. Or, comme mentionné plus haut, cela a pour conséquence de remettre en question nos habitudes qui causent du tort aux animaux.
Être animaliste n’est pas anti-humaniste, être animaliste c’est respecter toute vie sensible, y compris la vie humaine.
Nous pouvons associer cette seconde définition à la pensée anthropocentrique, qui considère que l’Humanité (l’Homme, comme on dit en francophonie patriarcale) est le centre de tout et que tout lui est dû. Selon la Bible, les animaux auraient été créés uniquement au bénéfice de l’Homme afin de lui servir de nourriture, de vêtements chauds, etc. Même si, dans certaines régions reculées du monde, les hommes dépendent des animaux pour survivre, ce n’est évidemment pas le cas en Occident, où nous avons à disposition tout ce qui nous est nécessaire, afin de pouvoir laisser les autres animaux vivre leur vie comme elle est censée être. Ainsi, si l’on peut considérer que nuire à des êtres sensibles peut être justifié en cas de survie, de nécessité vitale, nous ne sommes généralement pas du tout dans ce cas de figure.
Il ne s’agit pas seulement de reconnaître des droits aux animaux non humains, mais aussi aux humains, dans la mesure où nous sommes tous des animaux. Ainsi, non seulement le spécisme se doit d’être combattu, mais pas seulement… Toute pensée causant du tort à un humain (sexisme, racisme, homophobie, etc.) doit être remise en cause elle aussi : elle n’est pas justifiable car elle ne respecte pas les droits fondamentaux. Pour résumer, être animaliste n’est pas anti-humaniste, être animaliste c’est respecter toute vie sensible, y compris la vie humaine.
Welfarisme et abolitionnisme
Les welfaristes prônent l’amélioration du bien-être animal dans les élevages, sans impliquer pour autant leur abolition. Leur combat se concentre sur la souffrance des animaux d’élevage plutôt que sur leur exploitation en tant que telle. Le CIWF, WelFarm ou l’OABA œuvrent dans ce sens. Il ne s’agit pas d’abolir aujourd’hui l’exploitation des animaux de rente mais d’améliorer les conditions d’élevage.
Les welfaristes prônent l’amélioration du bien-être animal dans les élevages, sans impliquer pour autant leur abolition. Leur combat se concentre sur la souffrance des animaux d’élevage plutôt que sur leur exploitation en tant que telle.
Contrairement au welfarisme, l’abolitionnisme vise, comme son nom l’indique, l’abolition totale de l’exploitation animale. Pour justifier l’abolitionnisme, certains partisans s’appuient sur la Théorie des Droits des Animaux (TDA). Selon cette dernière, les animaux non humains conscients bénéficient d’un certain nombre de droits négatifs (le droit de ne pas être tué, le droit de ne pas être possédé, etc.) inviolables. La particularité de la TDA est qu’elle ne leur attribue aucun droit positif (le droit à être nourri, le droit à être soigné, etc.). La raison est assez simple : si nous respectons ne serait-ce que le droit négatif de l’animal non humain à ne pas être possédé (relatif au droit fondamental à la liberté), alors toute forme d’exploitation ou même de propriété de notre part à l’égard des animaux domestiques sera amenée à disparaître. Les animaux non humains et nous formerons dès lors deux sociétés totalement distinctes dont aucune n’aura de devoirs envers l’autre. Un autre courant abolitionniste considère au contraire que les animaux ont des droits positifs et ont parfois tout à gagner à pouvoir vivre au contact des humains et à être intégrés librement aux sociétés humaines.
Abolitionnisme et welfarisme sont-ils alors incompatibles ? En parlant de maximiser le bonheur, on pourrait penser que le welfarisme laisse la porte ouverte à l’exploitation animale si elle n’engendre pas de souffrance chez les individus. Cela est vrai d’un point de vue théorique. Toutefois, l’élevage sans souffrance n’existe pas et il en va de même pour l’abattage. Si l’on reconnaît cet état de fait et si l’on souhaite sincèrement que les animaux non humains n’aient plus à souffrir de l’exploitation, alors cette souffrance ne doit pas être seulement diminuée mais doit disparaître. Ainsi, on vise tout de même l’abolition de l’exploitation animale sur le long terme. Par conséquent, en attendant la disparition totale de cette dernière (abolitionnisme), si quelques améliorations peuvent apporter moins de souffrances aux animaux non humains (welfarisme), c’est, d’un point de vue utilitariste, toujours plus bénéfique : on maximise le bonheur bien que cette maximisation soit faible. Ainsi, il est tout à fait possible d’être à la fois welfariste et abolitionniste. C’est ce que fait L214, et également PEA lorsqu’elle soutient l’initiative pour la fin de l’élevage industriel.
Pour certains abolitionnistes, il vaudrait mieux laisser les animaux dans les conditions d’élevage telles qu’elles sont aujourd’hui afin de rendre urgente leur libération.
Cependant, aux yeux de certains abolitionnistes, le welfarisme a pour conséquence de retarder la libération animale, voire de l’annihiler complètement. D’après eux, il vaudrait mieux laisser les animaux dans les conditions d’élevage telles qu’elles sont aujourd’hui afin de rendre urgente leur libération. Dans le cas contraire, si ces conditions s’améliorent, les consommateurs des produits issus de l’exploitation animale pourront se donner bonne conscience et continuer de participer à cette industrie sans trop de remords. Or, le problème n’est pas uniquement la souffrance des animaux mais leur exploitation en tant que telle.
Naturalisme, interventionnisme et anti-prédation
De la thèse philosophique au mouvement littéraire, le naturalisme peut correspondre à différentes définitions. Nous nous arrêterons ici sur une définition assimilant le naturalisme à la prise en compte des sciences cognitives et des sciences de la nature. Le terme nature lui-même est un terme difficile à définir tant il inclut un concept complexe à maîtriser et à mesurer. Selon une vision pragmatique, on peut toutefois définir la nature comme l’ensemble de notre environnement biophysique, les habitats et milieux terrestres et aquatiques, ainsi que les différents cycles assurant la pérennisation de cet environnement (cycle de l’eau, cycle géologique, évolution, etc.) et, bien sûr, les espèces et individus qui en bénéficient, leur comportement et besoins (ou traits de vie). Notons que l’écologie est elle-même un concept souvent victime d’abus de langage. En effet, pour être tout à fait exact, l’écologie désigne la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu ainsi que leurs interactions. Au sein du mouvement antispéciste, le naturalisme est parfois perçu comme une volonté de déifier la nature, alors qu’il ne devrait en réalité n’être que la simple prise en compte et l’étude de phénomènes et interactions tout à fait visibles et courants.
L’interventionnisme est prôné par l’antispécisme. Ainsi, les antispécistes s’opposent et interviennent dans nos sociétés contre l’asservissement des animaux pour les besoins humains. Par extension, pour certains antispécistes, il conviendrait d’intervenir également au-delà de la sphère d’impact des humains afin de réduire, voire faire disparaître la souffrance du monde. Cet interventionnisme serait alors mené contre l’influence de certaines espèces d’animaux sur d’autres, mais aussi contre les maladies, les famines, les sécheresses, les parasitoses, les accidents, etc., dans des environnements sur lesquels Homo Sapiens n’a pour le moment que peu d’influence. Cette mouvance au sein de l’antispécisme est connue sous le nom d’anti-nature, anti-prédation ou RWAS (pour Reducing Wild Animal Suffering)** et fait l’objet de nombreux débats encore ouverts à l’heure actuelle.
Pour certains antispécistes, il conviendrait d’intervenir également au-delà de la sphère d’impact des humains afin de réduire, voire faire disparaître la souffrance du monde. Cet interventionnisme serait alors mené contre l’influence de certaines espèces d’animaux sur d’autres, mais aussi contre les maladies, les famines, les sécheresses, les parasitoses, les accidents, etc., dans des environnements sur lesquels Homo Sapiens n’a pour le moment que peu d’influence.
En effet, l’interventionnisme, dans ce contexte, bien qu’il ne désigne finalement qu’un moyen, poursuit le but de réduire la souffrance animale dans son ensemble. Mais l’environnement et les animaux qui nous entourent répondent à bien plus d’interactions, de besoins et d’équilibres que la science et la philosophie ne sont capables pour l’instant d’appréhender. Intervenir sur des actions sans en connaître les conséquences est-il vraiment souhaitable ou éthique ? L’interventionnisme humain n’est-il pas déjà source de catastrophe à travers le monde ? Dans le monde animal sauvage dépourvu des interventions et exploitations humaines, des individus et leurs familles luttent pour survivre, certaines plus facilement, certaines plus durement.
Les humains doivent-ils et ont-ils le droit d’intervenir sur le monde animal pour en faire disparaître la souffrance en général, quitte à engendrer des effets encore inconnus ou non-maîtrisés ? Une question au centre de nombreux débats au cœur de l’antispécisme, sur laquelle il est difficile de trancher, mais qui ne laissera personne indifférent.
Végétarisme, végétalisme et véganisme
Application concrète du refus du spécisme au quotidien, le véganisme est un mode de vie qui rejette toute forme d’exploitation animale en excluant les produits qui en sont issus et les services qui y participent. On l’appelle aussi végétalisme intégral (le végétalisme étant uniquement une pratique alimentaire). Le végétarisme, quant à lui, n’exclut que la consommation de chair animale tout en autorisant la consommation d’autres produits issus de l’exploitation des animaux comme les produits laitiers, les œufs ou le miel. Il ne concerne par ailleurs pas l’habillement, les objets, les cosmétiques et médicaments ou encore les loisirs (équitation, zoos, cirques, corrida, aquariums, etc.). Un antispéciste cohérent ne peut donc pas se contenter d’être végétarien ou végétalien, le véganisme constituant l’action la plus probante à l’échelle personnelle lorsque l’on combat le spécisme.
Certains antispécistes rejettent le véganisme en tant que fin en soi, y voyant une polarisation sur une sorte de pureté personnelle qui prend la place d’un activisme militant pour un changement sociétal, bien plus important.
Certains antispécistes rejettent pourtant le véganisme en tant que fin en soi, y voyant une polarisation sur une sorte de pureté personnelle qui prend la place d’un activisme militant pour un changement sociétal, bien plus important (ce n’est pas en ne participant pas au massacre des animaux que celui-ci va s’arrêter). De plus, il peut invisibiliser le combat mené pour les animaux. Des actions militantes, voire la désobéissance civile, ainsi surtout qu’une véritable révolution culturelle qui reste à promouvoir avec force, sont selon eux indispensables pour combattre le spécisme.
Pour en savoir plus
Chacun des sujets introduits dans cet article fera l’objet d’un dossier approfondi à découvrir prochainement sur antispeciste.ch.
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