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La Renaissance fut le retour au premier plan de la culture antique. Or, on pourrait dire que l’unité médiévale de l’Occident n’avait tenu qu’autant que les tendances propres à telle ou telle nation, à telle ou telle culture spécifique, avaient été mises sous le boisseau en même temps que la culture antique, laquelle était justement fondée sur les nations! Toutes les traditions antiques devaient s’effacer devant le Christ comme les étoiles devant le Soleil.
La Renaissance a ainsi fait renaître, quoique sous une forme nouvelle, les nationalismes. Sur le plan religieux, chaque peuple voulait au fond avoir sa propre Église. L’anglicanisme et le gallicanisme en sont des marques, mais le schisme protestant aussi, car l’Église catholique était assimilée à la latinité, tandis que les protestants se rattachaient à leurs nations, à commencer par Luther - lié, à mon avis, aux Teutons. Et Calvin participa lui-même à la constitution de Genève comme corps politique autonome.
La culture de Calvin s’enracinait, à ma connaissance, dans la tradition de l’Ancien Testament: il rejetait volontiers le paganisme grec. Or, Castellion, on l’a vu, se réclamait d’une poésie latine bien enracinée dans l’ancienne mythologie; cela a pu jouer dans son désaccord avec le guide spirituel de Genève.
Notons que dans le camp catholique, si François de Sales prônait aussi le rejet des Latins, et le retour à l’origine hébraïque, il se réclamait néanmoins volontiers des anciens Grecs, dans un élan peut-être très italien: il aimait en particulier Platon.
La manière d’aborder le problème de la représentation des êtres spirituels en poésie et dans les arts dépend forcément de ces sources culturelles fondamentales. Par certains aspects, Castellion et François de Sales, qui furent tous deux sujets du duc de Savoie, eurent un lien.