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L’indissolubilité du mariage se fonde sur le Christ qui affirme que « quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère »[1]. Or l’évangéliste Matthieu ajoute une incise – sauf en cas de prostitution (en grec porneia) – dont l’interprétation exégétique orthodoxe ouverte contraste avec la position plus stricte de l’Eglise catholique.
Côté latin, la porneia peut être interprété comme le concubinage. Dès lors, quiconque répudierait sa femme – sauf s’ils vivent en concubinage – est adultère. Il peut également désigner des unions illégitimes, incestueuses par exemples, qui rendent le mariage nul et non avenu. Le champ sémantique du mot se limite donc à ce qui préserve l’indissolubilité.
Un remariage « toléré »
La tradition orientale, plus sensible à la polysémie du terme, interprète porneia au sens d’adultère. Elle admet ainsi un second mariage si l’adultère est constaté. Or, au fil du temps, cette notion a été élargie pour recouper la faute grave, la haine des époux l’un envers l’autre ou encore l’apostasie de l’un des conjoints. Cette amplitude conceptuelle a ainsi contribué à réduire une notion d’indissolubilité pourtant « souhaitée » par le rite et la définition du mariage orthodoxe.
L’Eglise doit respirer avec ses deux poumons.
Aujourd’hui, c’est sur la notion de miséricorde et de compassion pour la faiblesse humaine que s’appuie l’Eglise orthodoxe pour admettre un divorce – « s’il est patent que les époux ne sont pas montrés capables et dignes du sacrement » – ainsi que des secondes noces après un délai de pénitence et à l’issue d’un rite particulier. Dans sa traduction rituelle, ce remariage, davantage « toléré » que pleinement accueilli, est toutefois de moindre solennité.
Une conciliation?
Intégrer la pratique orthodoxe dans l’Eglise catholique semble de prime abord relativement simple: il suffirait d’interpréter le terme porneia dans le sens oriental et d’en tirer les conséquences. Dans les faits, les choses sont plus complexes. L’affirmation de l’indissolubilité du sacrement du mariage par l’Eglise catholique remonte au 13e siècle – et l’on ne peut révoquer aussi facilement huit siècles de tradition. Reste que « l’Eglise doit respirer avec ses deux poumons », écrivait Jean Paul II dans l’encyclique Ut Unum Sint (1995), oriental et latin. Dans cette perspective, les Pères synodaux pourraient peut-être envisager une conciliation des deux interprétations exégétiques.
[1] Mt 5,32, 19.9, Mc 10, 11, Lc 16, 18