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"62 % de logements sociaux, c'est trop", qu'ils disaient, les arracheurs de dents. Et 62 % de "oui" au PAV, alors, vous les avez aimés ?
A force de prétendre que le projet d'aménagement du PAV comportait "62 % de logements sociaux", les milieux immobiliers et les partis de droite ont réussi à mobiliser presque 62 % de votants en désir ou en besoin (insatisfait), et en tout cas en (longue) attente, de logements sociaux. Sauf que ces fameux "62 % de logements sociaux" brandis comme un épouvantail par la droite, c'était du flan, de l'enfumage. En revanche, les 61,4 % de votes en faveur du projet que la droite combattait sont bien réels, eux... Et ils n'aurait sans doute pas été atteints si la droite la plus bête de Suisse (pas du monde, quand même...) n'avait pas agité comme une menace ("trop de logements sociaux") ce qui est une revendication de la majorité de la population ("plus de logements sociaux". Amusant, non ? Réjouissant, même.
Quelque chose comme la sanction morale d'un mensonge
Il y aura donc, si tout va bien, Les 62 % de logements d'utilité publique sur les terrains du PAV en mains de l'Etat. 62 % de logements d'utilité publique, pas 62 % de logements sociaux. Les LUP, ce sont soit des HBM (habitations bon marché), c'est-à-dire de vrais logements sociaux, soit des HM (habitations mixtes), c'est-à-dire des logements destinés à la classe moyenne. Le projet soumis au vote permet 24 % de ces logements sociaux. C'est presque trois fois moins que ce que la droite proclamait sur ses affiches, dans ses tracts et ses annonces publicitaires. Et la limite supérieure pour pouvoir obtenir un HBM, c'est 102'500 francs par an pour une famille de quatre personnes, dans un cinq pièces (la règle, c'est une pièce de plus que le nombre de personnes), qu'elle devra quitter si son revenu dépasse ensuite 174'000 francs par an. Autrement dit, si elle rentre dans la classe moyenne, à qui les HBM ne sont en effet pas destinés, mais à qui sont destinés les HM, soit 38 % des logements prévus, avec une limite de revenu de 248'000 francs pour une famille de quatre personnes dans un cinq pièces. Qui pourra rester dans son logement (avec une augmentation de loyer) si son revenu dépasse cette limite. Et la classe moyenne aura en outre accès à deux autres types de logements prévus au PAV : ceux en loyer libre (26 % de tous les logements prévus sur les terrains en mains de l'Etat, plus ceux prévus sur les terrain s en mains privées) et les logements en propriété par étage en droit de superficie (12 % du total sur le périmètre public, plus ceux sur le périmètre privé). Ces chiffres, ces proportions, étaient évidemment connues des milieux immobiliers. En faisant campagne contre "trop de logements sociaux", ils ne se sont donc pas trompés, ils ont trompé. En clair, ils ont menti. Sciemment, forcément, puisqu'on ment toujours sciemment. De ce point de vue, et quelque critique qu'on puisse faire au projet soumis au vote par Antonio Hodgers (qui n'y était pas obligé), à la réduction de la proportion de logements d'utilité publique dans le total des logements réalisables, à l'intégration de la propriété par étage (fût-elle en droit de superficie) dans le périmètre en mains publiques, son approbation à presque deux contre un par le corps électoral a quelque chose d'une sanction morale d'un mensonge.
Et maintenant, ce projet, adopté après que la droite immobilière ait réussi à faire croire qu'il comportait 62 % de ces logements sociaux dont les Genevois ont besoin, il va bien falloir avancer dans sa réalisation, sans cultiver l'illusion qu'à lui seul, il pourra résoudre la crise du logement à Genève. Le président du Conseil d'Etat sortant, François Longchamp, était d'ailleurs inquiet : les Genevois qui se sont installés côté français de la frontière faute de pouvoir se loger correctement côté genevois, pourraient revenir, chassés de Gaule par divers changements légaux (assurance-maladie, droits de succession, imposition des plus-value). Et ils sont 20'000, ces exilés. Ce qui correspond grosso-modo à 10'000 logements. Un peu moins que le nombre de logements prévus au PAV -qui pourraient, si l'hypothèse se confirmait du retour massif des Genevois exilés côté français de la Grande Genève, n'être qu'un rattrapage de tout le retard accumulé dans la construction de logements accessibles à la majorité de la population. Il va donc y avoir d'autres projets d'aménagement à défendre parce qu'ils créent de tels logements, et qu'ils les créent en zone urbaine ou péri-urbaine, sans attenter ni aux espaces naturels, ni aux espaces agricoles.
Mais là encore, il va falloir les imposer à la droite immobilière (et aux propriétaires de villas...), ces projets. Et nul doute qu'elle nous le resservira, le mythe de "trop de logements sociaux", et qu'elle nous en regratifiera, de l'invocation à la "classe moyenne".
Parce qu'on ne change pas un discours qui perd.