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L’analyse de l’oppression diffère selon la grille de lecture que l’on emploie. Mais le point commun est la souffrance d’humains, soit en tant que membres d’un groupe social, soit en tant qu’individus.
La grille d’analyse politique voit dans les rapports de classe et la domination d’une classe sur une autre l’essentiel de l’oppression. Elle serait résolue par la prise de pouvoir par les classes opprimées, qui établiraient ensuite une société sans classe.
La grille d’analyse humaniste voit la source de l’oppression d’abord dans l’individu et sa conscience. Les préjugés, l’éducation élitiste, favorisent l’oppression. C’est alors dans la conscience individuelle que doit se faire le travail de déracinement de cette oppression.
Si les systèmes d’oppression politique étaient et sont dotés de fortes structures étatiques, militaires et policières, il n’y a pas besoin de grands moyens pour opprimer un humain. L’oppression peut être réalisée par la simple force musculaire, par la prise de pouvoir affective sur l’autre, par l’ascendant intellectuel. Un chef de service, un enseignant, peuvent utiliser leur position pour opprimer. Un racketteur utilise la peur et opprime ses victimes. Elle peut aussi prendre la forme d'une contrainte de productivité ou de toute autre contrainte civile, familiale, professionnelle.
Constatant que les systèmes politiques supposés lutter contre l’oppression la recréent, il me semble que c’est dans la conscience de l’individu que l’oppression doit in fine e travailler. Cela ne signifie pas que c’est la seule voie de libération: le regroupement d’employés dans un syndicat fait contrepoids au risque d’oppression d’un dirigeant. En politique, une opposition - de gauche ou de droite - sert aussi à limiter le risque d’hégémonie et donc d’oppression du pouvoir en place.
Rester intérieurement libre face à l’oppression me semble toutefois être une attitude à rechercher et à développer. Cela peut comporter des risques. Mais la soumission à l’oppression ne comporte-t-elle pas aussi le risque d’une extinction morale?
Voici une chanson de Léo Ferré sur ce thème: «L’oppression». Très belle chanson.