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Pour rappeler le souvenir de cet événement, ainsi que pour débattre des perspectives qu’ouvre son héritage aujourd’hui encore, le Parti Suisse du Travail/POP a invité à une conférence à Berne Hermann Kopp, historien, rédacteur, président de la fondation Marx-Engels, Nick Brauns, historien, publiciste, collaborateur du quotidien Junge Welt, René Barthes, représentant du Pôle de Renaissance Communiste en France, et Alexander Eniline, doctorant et membre du Comité directeur du PST. Une conférence qui a réuni une soixantaine de personnes. Du 24 au 30 avril 1916 se tenait à Kienthal, dans le canton de Berne, une conférence internationale des socialistes qui refusaient de se résigner à la boucherie impérialiste qu’était la Première Guerre mondiale, ainsi qu’à la trahison des dirigeants officiels de la IIème Internationale, qui au nom de l’union sacrée avec l’ennemi de classe envoyaient les travailleurs s’entre-tuer dans les tranchées pour que les maîtres du capital puissent se repartager les colonies. Convoquée dans la continuité de la Conférence de Zimmerwald, elle vit l’opposition entre un «centre» pacifiste et opportuniste, et une gauche révolutionnaire, avec Lénine à sa tête. Si le «centre» y fut de nouveau majoritaire, la Conférence de Kienthal posa plus clairement que celle de Zimmerwald le problème de l’opportunisme et de la faillite de la IIème Internationale, et fit un pas en avant vers l’indispensable clarification, prélude à la nécessaire rupture. Mais, surtout, elle fut plus représentative que la Conférence de Zimmerwald, l’opposition interne au sein des partis socialistes ayant pu se structurer entre-temps. La «gauche de Zimmerwald», du fait des efforts de Lénine, mais pas seulement, prit forme. Elle était destinée à être à la base des futurs partis communistes de la IIIème Internationale. En ce sens, la Conférence de Kienthal est un jalon majeur de l’histoire communiste.
Un climat de guerre globale
La conférence de Berne a tout d’abord été une occasion de rappeler les enjeux historiques de la Conférence de Kienthal. Nick Brauns les a présentés dans ses détails. Hermann Kopp a expliqué la position du mouvement socialiste par rapport à la guerre dès ses débuts, la formulation progressive d’une stratégie pour empêcher les guerres sous le capitalisme même, la question des alliances possibles et souhaitables ou pas avec les pacifistes bourgeois, essayant de tirer des parallèles avec la situation actuelle, eu égard aux changements survenus dans les techniques militaires et les rapports de force au niveau mondial. Pour sa part, Alexander Eniline a fait une présentation de caractère historique principalement, au sujet de la position du Parti socialiste suisse pendant la Guerre – contrairement à ce que l’on croit parfois, le PSS ne fut nullement épargné de répondre à la question des crédits de guerre; il vota même au Conseil fédéral des pouvoirs illimités, dont tous les gouvernements des pays belligérants eux-mêmes ne disposaient pas. Il est aussi revenu sur une facette méconnue de la vie et de l’œuvre de Lénine, qui fut aussi un militant du PSS, entre 1915 et 1917, et s’engagea à ce titre dans la vie interne du PSS aux côtés de son aile gauche. La conférence de Berne a aussi permis de discuter de l’héritage de Kienthal pour ce qui concerne la lutte présente. La question de la pertinence actuelle du clivage entre les deux lignes qui s’étaient opposées dans le mouvement socialiste et du rôle versatile et traître du «centre», ainsi que celle de la guerre et des moyens de l’empêcher. C’était le sujet de l’intervention de René Barthes, qui a donné lieu à un intéressant débat sur la question de la pertinence ou non du front commun avec la social-démocratie, et celles des alliances pour la préservation de la paix. Des questions on ne peut plus pertinentes à notre époque, à peine moins sombre que celle de Kienthal, marquée par le déchaînement des agressions impérialistes, qui font planer la menace bien réelle d’une guerre globale à la portée destructrice impossible à estimer.