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Que vaut une vie ? Suffisamment pour qu’on y consacre de l’argent, en finançant la recherche médicale.
On exige aujourd’hui que l’investissement dans la recherche fasse preuve de rentabilité, que les prestations des institutions académiques soient dûment mesurables par une batterie d’indicateurs quantitatifs. « Vaut-il la peine d’investir dans la recherche scientifique ? », voila la question la plus fréquemment posée aux acteurs de la politique scientifique, Ð à l’exception des chercheurs qui ont d’autres chats à fouetter.
Si l’on applique la question du retour sur investissement à la recherche médicale, on peut, en préambule, admettre que son but est d’augmenter la longévité ; on négligera par contre les conséquences de la diminution de la morbidité sur la qualité de la vie. L’effet de la recherche médicale est donc facilement mesurable. Mais on bute ensuite rapidement sur un problème : l’estimation de la valeur financière d’une vie. Une vie, ça ne vaut rien dans un camp de concentration, mais c’est inestimablement cher si c’est la nôtre. Une organisation sans but lucratif, le Mary Woodard Lasker Charitable Trust, qui, entre autres, octroie chaque année la médaille Lasker (« le petit Nobel »), a commandité l’évaluation économiquement correcte de la valeur d’une vie. Elle se calcule à partir de questions comme celle-ci : quelle est l’augmentation minimale du salaire pour que les ouvriers d’une usine acceptent librement de se déplacer sur un lieu de travail où les risques de décès accidentel sont augmentés d’un dix millième ?
Une vie vaut cinq millions
Une série d’études de ce genre estiment toutes la valeur d’une vie entre trois et sept millions de dollars. Cinq millions donc, soit parce que c’est ce que nous valons réellement, soit parce que toutes ces études ont les mêmes préjugés. Ensuite, une formule quantifie la valeur de la vie selon l’âge de la personne. La longévité a augmenté aux Etats-Unis de six ans entre 1970 et 1990 ; cette augmentation vaut, rapportée aux calculs précités, plus de 2500 milliards de dollars par an, alors que les dépenses de recherche médicale totales se chiffraient, en 1995, à 36 milliards de dollars ; le rapport investissement/bénéfice est donc de 70 ! Et même si seule une partie mineure de l’augmentation de la longévité était due à la recherche médicale (le reste est attribué aux campagnes anti-fumée, anti-cholestérol, campagnes aussi fondées sur la recherche), le return on investment est phénoménal. N’est-ce pas là qu’il faut placer notre argent ? ge
Sources : Le dossier complet, « Exceptional returns. The economic value of America’s investment in medical research » se trouve sur www.laskerfoundation.org/fundingfirst/; voir aussi The Economist, 3 juin 2000, « The health effect Ð The economic benefits of medical research may far exceed anything brought by information technology ».