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1963-2021: l’aventure de DP 1/3
Au long de six décennies, DP s’est donné pour mission de documenter, de commenter et d’aiguillonner l’évolution de la Suisse. Et quelle évolution! Elle représente la toile de fond de ce que l’on pourra lire dans la collection intégrale du journal mise à disposition sur ce site. Cette collection est par ailleurs disponible également sur le site d’archives de presse E-Periodica maintenu par l’EPFZ et sur le Scriptorium de la Bibliothèque cantonale universitaire de Lausanne, qui permettent des recherches transversales au niveau national et régional respectivement.
Si les institutions n’ont pas changé (le fédéralisme, le Conseil fédéral, le Conseil national et le Conseil des Etats, le droit de référendum législatif depuis 1874 et d’initiative populaire depuis 1891, l’élection du Conseil national au scrutin proportionnel, fruit de la grève générale de 1918), cette période a vu l’aboutissement de revendications historiques à maturation lente. Le «suffrage féminin», discuté depuis la fin du 19e siècle et encore refusé en votation fédérale en 1959, n’a été acquis, en commençant par Neuchâtel et Vaud en 1959, Genève en 1960, que peu avant le lancement de DP en octobre 1963. Il ne s’imposera sur le plan fédéral qu’en 1971, dans une vague de réformes du droit civil puis l’adoption d’un article constitutionnel sur l’égalité entre femmes et hommes - et c’est une des fondatrices de DP, Ruth Dreifuss, qui deviendra en 1999 la première femme présidente de la Confédération. Posée depuis 1948 au moins, la «Question jurassienne» a donné lieu à la création d’un nouveau canton dès 1979 (qui va encore être complété par l’adjonction de Moutier après un nouveau scrutin en 2021). Et une nouvelle Constitution fédérale dont le chantier a débuté dans les années 1970 est entrée en vigueur le 1er janvier 2000 (elle entérine en particulier l’émergence laborieuse d’un nouvel interlocuteur dans la conversation fédérale, les villes, accompagnées par les agglomérations et régions de montagne).
Associée au fédéralisme multiculturel, la conjugaison des droits populaires et de la composition proportionnelle du Conseil national, qui rendent impraticables un gouvernement fort ou un régime fondé sur l’alternance entre majorité et opposition, conduit à des évolutions politiques certes lentes, mais au moins décisives (et aussi difficiles à révoquer qu’à établir!). Ce système unique a peut-être atteint son apogée entre 1959 et 2004 avec ce que l’on a appelé la «formule magique»: un Conseil fédéral formé de deux radicaux, deux socialistes, deux démocrates-chrétiens et un agrarien.
La démocratie directe s’en est trouvée renforcée, avec davantage de demandes de référendum et des initiatives populaires à l’influence croissante: en 1982, pour la première fois, une initiative de la Fédération romande des consommatrices sur la lutte contre les abus dans la formation des prix l’emporte sur le contre-projet qui lui est opposé par les autorités, et depuis le succès des initiants n’est plus une rareté.
Les 45 ans de la formule magique ont représenté une période de progrès, d’ouverture et de stabilité qui ont permis la mise en place de réformes. DP a pris toute sa place dans ces débats, du développement jamais achevé des assurances sociales (mise en place de la prévoyance professionnelle, introduction de l’assurance-maternité, assurance-maladie rendue universelle) en passant par l’aménagement du territoire, la politique des transports, la protection de l’environnement et la politique de l’énergie (deux préoccupations apparues dès les années 1970) ou la politique des transports; de la modernisation de la fiscalité qu’a représenté l’introduction de la TVA à la péréquation financière intercantonale et la lutte contre la portée excessive du secret bancaire jusqu’à son abolition effective (encore seulement sur le plan international). La meilleure illustration du suivi donné par DP à l’évolution politique est peut-être donné par la politique des étrangers, de la lutte contre l’indigne statut de saisonniers pour les travailleuses et travailleurs italiens ou espagnols dans les années 1960 à celle contre les initiatives xénophobes dès les années 1970, de l’initiative «Etre solidaires» et une vraie politique d’intégration, de l’asile pour les réfugiés à, dès 2002, la libre circulation des personnes en Europe. Et tant d’autres questions, à lire au fil des pages.
La société suisse elle-même, toujours plus prospère mais avec ses zones d’ombre, s’est transformée à la faveur de ce que l’économiste français Jean Fourastié a appelé les «Trente Glorieuses» tant sur le plan économique et social (un sujet de prédilection pour DP, attaché à en comprendre les mécanismes pour en corriger les dysfonctionnements) que sur le plan culturel, partie intégrante de DP.
La complète transformation sous la conduite de Christoph Blocher du petit parti agrarien en une UDC oppositionnelle et nationaliste, devenue le premier parti du pays en 1999, a toutefois mis fin au sortilège consensuel avec la révocation d’une conseillère fédérale démocrate-chrétienne en 2004 pour la remplacer par Blocher. L’éjection de celui-ci quatre ans plus tard n’a pas suffi à clarifier les choses, d’autant que l’éventail des partis s’est aussi diversifié avec la montée en puissance du courant écologiste.
Autres bouleversements à la fin du siècle dernier avec la réunification démocratique de l’Europe après la disparition du Rideau de fer communiste et la fin de l’Union soviétique, et la dissolution de la Yougoslavie, puis le choc du terrorisme islamiste. Mais aussi la financiarisation de l’économie issue de la révolution numérique jusqu’à la crise de 2008 (comparable à celle de 1929, avec toutefois une réponse multilatérale qui en a limité les dégâts) et la montée des populismes.
Et si DP, pleinement acquis à la notion d’interdépendance universelle mais en rupture avec une prédilection sentimentale à laquelle la gauche militante cède trop facilement, s’est donné comme limite de ne pas commenter l’actualité internationale, c’est pour mieux se concentrer sur la place de la Suisse en Europe et dans le monde: adhésion à l’Organisation des Nations Unies, à la Banque mondiale, au Fonds monétaire international et à l’Organisation mondiale du commerce, rapprochement en 1972 avec le Marché commun (qui deviendra l’Union européenne), Espace économique européen (conçu principalement pour la Suisse, mais à laquelle celle-ci a finalement refusé d’adhérer pour se résigner à des accords bilatéraux) ou, dans un tout autre chapitre, rôle des multinationales suisses dans le tiers-monde...
Durant ces six décennies DP s’est engagé pour une Suisse plus consciente de ses responsabilités globales et plus active sur le plan multilatéral, dont la mutation du débat environnemental et énergétique en prise de conscience de l’urgence climatique illustre l’importance.
Numéros spéciaux
Occasionnellement, DP a publié des numéros spéciaux ou hors série, consacrés à un thème particulier. Ils revêtent le plus souvent une forme différente du journal usuel et leur énumération donne ici un aperçu des sujets d'intérêt de DP: