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Les criquets pèlerins ont ravagé la Corne de l’Afrique cet hiver. Ils s’attaquent actuellement aux champs indiens. D’où vient ce fléau?
DANGEREUX, LE CRIQUET?
Le criquet pèlerin est un insecte herbivore qui vit dans les prairies arides et les déserts d’Afrique, du Moyen- Orient et d’Asie du Sud-Ouest. Les individus sont le plus souvent solitaires et inoffensifs. Cependant, si les conditions leur sont favorables, ils peuvent se reproduire de façon exponentielle en se multipliant par vingt tous les trois mois. Une fois cette dynamique enclenchée, les criquets changent de comportement: ils forment de gigantesques essaims, migrent et dévastent les cultures.
IL MANGE BEAUCOUP?
Le criquet pèlerin mange l’équivalent de son poids chaque jour. Un essaim de la taille de Paris compte des milliards de spécimens qui dévorent en un jour autant de nourriture que la moitié de la population française. L’ONU estime qu’en Ethiopie, au Kenya, en Ouganda, au Yémen et en Somalie, 800’000 hectares de cultures ont été touchés par leur invasion cet hiver. Cela aurait plongé 2,5 millions de personnes supplémentaires dans la sous-nutrition.
D’OÙ VIENT L’ÉPIDÉMIE ACTUELLE?
En grande partie du Yémen et d’autres espaces désertiques de la péninsule arabique et d’Afrique de l’Est. Touchées par plusieurs cyclones en 2018, ces régions ont reçu de fortes pluies. Celles-ci ont généré une végétation abondante et formé des lacs au milieu des déserts: un terrain de reproduction idéal pour les criquets pèlerins. Généralement, les pays concernés surveillent la reproduction des criquets et prennent des mesures pour les exterminer avant qu’ils ne forment leurs essaims dévastateurs. Or, ces deux dernières années, la guerre a empêché ces opérations au Yémen. De là les criquets ont gagné soit l’Afrique de l’Est, soit l’Iran, le Pakistan et l’Inde – dans ce pays, on n’avait pas vu pareille épidémie depuis 27 ans.
UNE DEUXIÈME VAGUE?
Les criquets ont atteint le Pakistan en février et l’Inde fin avril. L’Afrique de l’Est, de son côté, a été touchée cet hiver et scrute déjà avec appréhension le développement de la nouvelle génération de criquets – qui commence à bouger – et de la deuxième vague après une accalmie en avril et mai. Si celle-ci se concrétise, les criquets retourneront dans la Corne de l’Afrique et au Soudan. Ils pourraient aussi, selon les vents et la pluie, se diriger vers l’Ouest pour atteindre le Tchad, voire le Niger, le Mali et le Sénégal.
QUE FAIRE CONTRE?
Avec les criquets, il vaut mieux prévenir que guérir. La meilleure méthode consiste à identifier les zones de reproduction puis à détruire les larves dès le début de la grégarisation. Les pays concernés pulvérisent des insecticides sur celles-ci. Il existe aussi une solution «bio»: un champignon tueur de criquets utilisé notamment en Somalie, mais plus difficile d’emploi. Les invasions de criquets étaient courantes dans les temps anciens – il en est question chez les Pharaons et dans l’Ancien Testament – et jusque dans les années 1950. C’est l’arrivée des pesticides et la création de réseaux de surveillance internationaux qui y ont, presque, mis un terme.