Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06943.jsonl.gz/890

Voltaire croyait que les anciens Romains avaient peu de religion, parce qu'ils n'étaient pas chrétiens. C'est une idée assez répandue. En fait, souvent, les divers aspects de l'ancienne religion romaine sont masqués par des historiens qui n'y accordent pas d'importance, étant plutôt agnostiques. Cela se constate aussi en littérature. Dans les manuels destinés aux collégiens, on trouve des extraits traduits d'Ovide qui, sans le signaler, sautent volontiers des récits de procession religieuse présents dans la version originale. Ces processions peuvent en particulier être liées au culte des empereurs. Tacite nous apprend qu'un collège de prêtres avait été institué pour célébrer officiellement et solennellement le culte d'Auguste, sous Tibère. Mais ces processions, et les sacrifices qui les accompagnent, peuvent aussi s'adresser aux dieux du Ciel. Ces sacrifices sont également retirés des versions qu'on donne à lire aux enfants. Il s'agit de vaches, par exemple, dont Ovide dit qu'on leur ouvre la gorge, répandant le sang rouge sur un drap éclatant de blancheur.
On imagine volontiers que les Romains aimaient les fables, mais qu'il n'y avait chez eux pas de religion particulière, qu'ils se nourrissaient d'agnosticisme. Quand on lit le latin, on sait que c'est quelque peu erroné.
Cela ressemble à la censure contre l'érotisme, car dans les traductions destinées aux collégiens, on allège également cela, chez Ovide. La vie religieuse, lorsqu'elle est rejetée, peut apparaître comme impudique.