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vendredi, 16 septembre 2016
Initiative pour une "économie verte" : Mettre la "COP 21" en oeuvre...
Lancée par les Verts et déposée en 2012, soumise au vote dans dix jours, l'initiative pour une "économie verte" (de son vrai titre : "pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources") propose de réduire l'impact écologique de l'économie à un niveau supportable pour la nature, en inscrivant dans la constitution fédérale l'objectif d'une économie "durable" d'ici 2050, par une production écologique, la réutilisation, la réparation, le recyclage et l'élimination sans dommage environnemental des biens produits. Par économie "durable", on entend une économie et des modes de vie ne laissant pas une empreinte écologique supérieure, en un an, à celle que l'écosystème planétaire est capable d'absorber. Or il faudrait trois planètes Terre pour absorber l'activité humaine si tous les habitants du globe utilisaient (et gaspillaient) autant de ressources naturelles que les Suisses. L'initiative demande donc que d'ici 2050, l'empreinte écologique de la Suisse soit réduite des deux tiers. Et c'est possible, en conjuguant protection climatique, utilisation efficace des ressources (lutte contre le gaspillage), production et importations "propres". Tous engagements qui permettraient d'atteindre celui pris à la COP 21, en novembre 2015, pour réduire le réchauffement climatique. En somme, l'initiative des Verts est une sorte d'initiative de "mise en oeuvre" des engagements pris alors par la Suisse.
"L'alternative est aussi posée du côté de la survie"
Pour la Conseillère fédérale Doris Leuthard, l'initiative "pour une économie verte" va "trop vite, trop loin" en demandant une réduction de deux tiers de la consommation de la Suisse en ressources naturelles. Ce que l'initiative ne demande pas en ces termes, mais peu importe à ses adversaires : on aura droit aux habituelles prédictions apocalyptiques de mise lorsqu'il s'agit de dissuader les bon peuple de suivre son inclination à soutenir une initiative "radicalement réformatrice" : tous les prix vont augmenter pour les consommateurs, les entreprises locales vont fermer, les multinationales prendre le large et le chômage explosera. Et tout ça pour rien, nous assure le président du groupe Lonza : "l'impact sur le climat serait dérisoire, compte tenu du poids de l'économie helvétique à l'échelle mondiale". Il est si infime que cela, ce poids ? Ou cette subite modestie ne serait-elle pas purement opportuniste ? Des grands patrons et des grandes entrepris s (Ikea, par exemple) soutiennent l'initiative : sont-ils devenus fous, sont-elles devenues oublieuses de leurs propres intérêts ? Ou plutôt, sont-ils conscients, ces grands capitalistes, que le capitalisme ne peut s'abstraire des réalités environnementales sans mettre en cause sa propre pérennité ?
Si elle s'impose en un terme un peu moins court, il y a une urgence climatique et environnementale comme il y a une urgence terroriste (ou plutôt antiterroriste), d'autant que si le terrorisme ne menace pas la survie de l'espèce humaine, la dégradation du climat peut, au pire, la menacer réellement, non par l'hypothèse d'une catastrophe brutale qui la ferait disparaître d'un coup, mais par une évolution irréversible et non maîtrisable : hausse des températures, hausse du niveau de la mer, fonte des banquises et des glaciers,submersion des bandes côtières et de leurs ressources, déplacements massifs de population, baisse des rendements agricoles, sécheresses et famines. Pour commencer. Et sans oublier les autres atteintes à l'environnement : la pollution des sols, des eaux (si rien ne change, en 2050, nos océans abriteront davantage de plastique que de poissons) et de l'air.
Et qu'on ne fasse pas semblant de découvrir aujourd'hui ce que les plus sagaces avaient compris et annoncé depuis longtemps, bien au-delà du cercle longtemps restreint des écologistes réactionnaires : Ce sont des r.évolutionnaires qui écrivaient il y a plus d'un demi-siècle, en 1963 : "L'alternative n'est pas seulement dans un choix entre la vraie vie et la vie qui n'a à perdre que ses chaînes modernisées. Elle est aussi posée du côté de la survie même, avec les problèmes sans cesse aggravés que les maîtres de la seule survie n'arrivent pas à résoudre" (Internationale Situationniste, janvier 1963)