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Hommage à
Elisabeth Furtwängler
© Nicole Weber
Elisabeth Furtwängler, veuve du grand chef d'orchestre allemand Wilhelm Furtwängler, nous a quittés le 5 mars 2013. Jusqu'à peu de jours de son décès, à l'âge de 102 ans, sa santé était restée bonne, et elle menait une vie paisible et heureuse dans sa demeure, au Basset-Coulon, à Clarens.
Très petite fille, devant la maison familiale de Berlin, Elisabeth Furtwängler avait aperçu, sortant d'une maison située face à la leur, l'Empereur d'Allemagne, qui venait d'y consulter un dentiste américain. Elisabeth Furtwängler a donc vécu presque cent ans d'histoire, dont trois quarts consacrés à la musique. Au moment du départ de son premier mari, Hans Ackermann, un juriste décédé en France à l'âge de 36 ans (c'était en juin 1940), Elisabeth avait 29 ans; elle était alors déjà mère de trois enfants: Peter (1932), Christoph (1935) et Katherin (1938), et en attendait un quatrième: Thomas (novembre 1940).
Le 26 juin 1943, en pleine guerre, elle épouse Wilhelm Furtwängler, son aîné de vingt-cinq ans. De ce mariage naîtra un fils, Andreas (1943). Après un concert donné au Festival de Lucerne, Wilhelm Furtwängler décide qu'Elisabeth, alors enceinte, doit rester en Suisse. Beaucoup plus tard, parlant de cette période de l'histoire, elle dira: «Heureusement que j'étais à ses côtés, pleine de gaîté et d'optimisme, alors que, dans les lettres qu'il m'adressait, il exprimait souvent sa difficulté de continuer à vivre». A la fin de 1944, il la rejoint et s'installe à son tour en Suisse. Il leur reste à peine dix ans de vie commune: Wilhelm meurt le 30 novembre 1954. On ignore la raison pour laquelle Furtwängler décida de s'installer au bord du Léman. D'autant plus que sa connaissance de la langue française (comme d'ailleurs celle de l'anglais et de l'italien) était peu de chose. Elisabeth Furtwängler a deviné qu'un des motifs qui l'y ont poussé fut la proximité du grand chef suisse Ernest Ansermet, qui habitait Genève. Par ailleurs, il semble que le canton de Vaud ait été moins strict avec les exilés allemands que les cantons alémaniques. En tout cas, il est évident que Furtwängler désirait fuir les deux pays dévastés par la guerre, l'Allemagne et l'Autriche, tout en s'installant en un lieu qui ne fût pas trop éloigné de sa patrie. Elisabeth y aura vécu pendant presque septante ans.
Ma première rencontre avec Madame Furtwängler eut lieu à l'issue d'une répétition du grand chef allemand Joseph Keilberth, dirigeant l'Orchestre National de France au Pavillon du Montreux Palace. C'était en 1965. A cette époque, la plupart des chefs internationaux intervenaient alternativement, année après année, au Festival de Lucerne et au Septembre musical de Montreux (les temps ont bien changé!). En la voyant, je l'ai immédiatement reconnue. Elle avait à l'époque plus de cinquante ans, mais l'apparence d'une jeune fille et une aura qu'elle a su garder jusqu'à ses tout derniers jours.
Une vingtaine d'années plus tard, lorsque nous avons déménagé à Montreux, j'ai fait la connaissance d'Elisabeth Furtwängler après une conférence donnée par Henri-Louis de La Grange à propos de Mahler et Schönberg. Peu à peu, une amitié de plus en plus profonde s'est développée entre mon épouse et moi-même, d'une part, Elisabeth et sa famille, d'autre part. Elisabeth était la gardienne de l'héritage de son mari. Pendant nos conversations, elle tenait souvent des propos qui me semblaient venir directement du grand chef lui-même. Combien de fois ai-je pu percevoir l'expression de l'immense respect, de la vénération profonde que lui témoignaient les éminentes personnalités qu'il lui arrivait de rencontrer, quel que fût le domaine de la vie culturelle dont ils étaient issus. Ainsi, par exemple, lorsque je lui rendis visite au Basset-Coulon en compagnie du compositeur György Kurtág, celui-ci lui déclara: «Votre livre sur Furtwängler est une inspiration pour moi et ce que vous dites sur Beethoven est sublime...»...
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(page mise à jour le 5 juillet 2013)