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Pour ceux qui l’ignoreraient encore, la Nouvelle-Zélande est entrée dans l’histoire le 19 septembre 1893, en reconnaissant pour la toute première fois le droit de vote aux femmes. Le Suffrage Day vient ponctuer chaque année la célébration de cette date clé de l’évolution, d’autant qu’elle a montré la voie à nombre de pays, majoritairement situés en Europe. Un évènement majeur en cette fin du XIXème siècle, dans la mesure où les Kiwi(e)s sont devenues pour lors le symbole de la libération de la femme.
Une initiative similaire avait été amorcée dans les années 1870, sans être parvenue à susciter l’engouement de leurs homologues masculins, pour lors essentiellement guidés par un mode de pensée traditionnelle et un système étriqué. Ce n’en est à souligner d’autant que l’exemplarité portée par le pays n’était guère assurée. C’était une révolution en sommeil, à intégrer dans l’ère du temps mais portant sur un projet somme toutes encore quelque peu utopique.
Pour ce faire il a fallu que l’action soit porté par des femmes à poigne, ambitieuses voire à la limite de la vulgarité aux yeux de la majorité des représentants de la gent masculine. La femme, en sortant de son cadre, ne pouvait qu’avoir une morale débridée et se comporter de façon outrancière. Tout en s’insurgeant contre une énorme carence en terme d’égalité, fut ainsi revendiquée dans toute la sphère politique une évolution des mœurs (notamment comme moyen de lutter pour la prohibition).
C’est ainsi que Kate Sheppard, suivant en droite ligne le mouvement des suffragettes françaises mené par Hubertine Auclert, en vint à décider d’entamer une lutte sévère pour acquérir l’égalité des droits en politique. Son égérie outre Atlantique étant parvenue à fonder en 1876 la société intitulée “Le droit des femmes”, celle-ci n’eut de cesse d’y inclure le droit de vote pour ces dernières. En transformant le mouvement en 1885, par “Le suffrage des femmes”, la néo-zélandaise décida d’y inclure “Women’s Christian Temperance Union” (association fondée en 1873).
Lancé dans les années 1890, le groupement tançait entre autre la candeur exacerbée et la retenue dogmatique, considérées alors comme des vertus indissociable de la féminité. Rapidement pour Kate Sheppard la lutte en faveur du suffrage devint une fin en soi, en ces temps où il était de bon ton que les femmes restent chez-elles à s’occuper de leurs enfants, faire la cuisine pour leurs époux et contribuer aux tâches domestiques pour lesquelles la nature les avait conçues.
Selon la bien-pensance, ou l’opposition farouche des hommes tels que Henry Wright, un résident de Wellington, elles devaient « renoncer à s’ingérer dans des préoccupations masculines, dont elles sont profondément ignorantes ». Pour la génération en marche, la suffragette soutenait qu’elles étaient fatiguées d’avoir à évoluer dans une “sphère” qui leur était dévolue, et s’entendre dire que tout ce qui se trouvait en dehors du cercle soit décrété “non-féminin”.
Dans une suite logique, après avoir recueilli près de 32.000 signatures de femmes pour soutenir la cause, Kate Sheppard et ses collègues ont présenté en 1893 leurs revendications au parlement. C’est un moment dont l’effet dramaturgique est demeuré gravé dans les mémoires, quand la pétition a été déroulée dans l’enceinte de la Chambre. Avec ses 270 mètres de long, ce fut la plus longue jamais présentée aussi, malgré le désaccord du premier ministre Richard Seddon, la loi du 19 septembre a été adoptée.
La déferlante gagna alors les autres pays du globe, partout de par le monde la Nouvelle-Zélande a insufflé un vent de tempête qui a inspiré bien des vocations. Cette grande novatrice a continué dans son combat pour les droits de la femme, tant dans son pays qu’à l’étranger, qui va de la contraception jusqu’à la liberté du corset. Devenue présidente du Conseil national des femmes de la Nouvelle-Zélande, elle a parallèlement pris la direction de rédacteur en chef de Le Ruban blanc (premier journal à être géré et publié exclusivement par des femmes).
Une telle destinée valait bien qu’un hommage lui soit rendu, ce jour du 19 septembre est devenu symbole de l’avant-gardisme en l’occurrence de la Nouvelle Zélande. C’est peu après que les femmes ont été accueillies pour leur premier vote, en date du 28 novembre de la même année à Takahupa. L’entrée en vigueur de la législation de 1919, permettant aux femmes de se présenter aux législatives, mit un point d’honneur à l’impulsion initiale avec l’élection d’Elizabeth Mc Combs (qui devint la première femme parlementaire du pays).
Pour le centenaire commémoratif des camélias blancs “Kate Sheppard”, donation du National Council of Women, ont été plantés devant le New Zealand Parliament Buildings house. Un buste de la célèbre chef de file du mouvement féministe néo-zélandais a été érigé au Parlement, par la New Zealand Women’s Christian Temperance Union. En hommage à sa contribution à l’identité nationale, un timbre commémoratif a pour sa part été gravé et son image son image trône sur les billets de 10 $. Une femme du commun, qui a vécu une destinée hors normes et a laissé une empreinte indélébile.