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Le 16 mai dernier, est mort un des plus grands poètes du vingtième siècle, à mes yeux: Robert Marteau. Il avait quatre-vingt-sept ans, et était méconnu. Il était peu connu du grand public, mais presque tous les poètes contemporains sont dans ce cas. Il n'avait pas reçu la même reconnaissance que d'autres, mais la raison, pour moi, en fut toujours claire: il était mystique, et n'avait pas renoncé à représenter, par des images, les êtres divins auxquels il croyait.
On pouvait, avec une certaine mauvaise foi, lui reprocher son traditionalisme, puisqu'il reprenait souvent les figures du christianisme, en les mêlant à la mythologie grecque; il se réclamait volontiers des artistes de la Renaissance qui faisaient fusionner ces deux traditions fondamentales de l'Occident. Sur le plan formel, il était une sorte de Mallarmé ou même de Leconte de Lisle chrétien, mais cela se mêlait en lui à la contemplation de la Nature, au fond de laquelle il reconnaissait, donc, les êtres divins des anciennes traditions françaises - et plus généralement du monde latin.
On le lui reprocherait avec une certaine mauvaise foi, parce que les poètes qui sont allés dans le même sens en se rattachant toutefois à des mythologies exotiques, ou à des figures fabuleuses créées par eux-mêmes, tel Charles Duits, ont subi un sort comparable au sien, celui d'être mis à l'écart par les intellectuels qui dominent la scène littéraire et culturelle du doux pays gaulois. Car ce qu'on lui reprochait, ce n'est pas son traditionalisme, en vérité, mais qu'il n'hésitât pas à reprendre des images mythologiques fortes, vibrantes, regardées avec foi et ardeur. Finalement, même la science-fiction, pourtant volontiers matérialiste en essence, est regardée du même œil: on n'aime pas les imaginations qui se présentent comme des vérités intimes - des faits de l'âme.
Un des derniers poèmes de Robert Marteau, consacré à une forêt d'automne, et évoquant l'éphémère de ce qui se manifeste aux sens, n'en disait pas moins:
Considérez qu'en l'instant même où je vous parle
Tout s'ensevelit dans la brume ensoleillée,
Celle même dont Zeus avait accoutumé
De s'envelopper pendant ses épiphanies.
Il avait, ici, saisi, au sein des apparences, la lumière qui n'est qu'un voile pour le dieu, la lumière vivante dont tout sort et où tout revient, la lumière qui n'est qu'une porte et dont Victor Hugo disait aussi que derrière, des êtres immortels se mouvaient, regardant les mortels, et agissant - car il les appelait des providences, et les disait ailés!
Je connaissais un peu Robert Marteau, l'ayant rencontré, et ayant correspondu avec lui; c'était un grand homme. Il a lui aussi disparu dans la lumière qui sert de vêtement à Zeus. Puisse-t-il être accueilli par ce dieu, au sein de son Olympe! Hermès puisse-t-il le prendre par la main, et à ce port le conduire! Il l'en a souvent prié.