Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07085.jsonl.gz/100

Il faut se projeter au-delà de l'incertitude à court terme pour identifier les opportunités obligataires.
Les modèles économiques ne sont pas calibrés pour le contexte actuel et des effets de second ordre, qui pourraient être ignorés autrement, risquent de conduire à des résultats inattendus. Cela conduit à des écarts plus importants dans les estimations et donc à des surprises plus significatives, ainsi qu’à une plus grande volatilité.
Dans les marchés développés, ce phénomène est manifeste depuis octobre, lorsque la BOE et la RBD ont pris le marché au dépourvu et considérablement accru la volatilité. Le même schéma s’est reproduit plus récemment lorsque le président de la Fed, J. Powell, a changé d'avis sur l'utilisation du terme «temporaire» pour décrire l'inflation. Les banques centrales et les investisseurs basent leurs analyses sur des données similaires et sont susceptibles d'être tout aussi désemparés.
Il devient alors complexe de faire des prévisions à court terme. Dès lors il faudrait plutôt se concentrer sur l'orientation générale que semblent adopter les différentes forces animant les marchés des taux. La dynamique de l'inflation à long terme n'a pas fondamentalement changé. La plupart de ses moteurs restent intacts (même le stimulus budgétaire supplémentaire devrait se normaliser dans la durée). On peut s’attendre alors à une normalisation de l'inflation et même au retour des effets de base à mesure que les prix reviendront à la normale, entraînant ainsi des contributions négatives de certaines de ces composantes. De même, il est peu probable que la croissance potentielle soit fondamentalement différente de celle avant la COVID; toute amélioration de la productivité sera compensée par la baisse du taux d'activité et par le vieillissement de la population. La croissance est également appelée à se normaliser pour revenir aux niveaux pré-COVID.
Il est peu probable que les banques centrales soient en mesure de relever leurs taux d'intérêt autant que lors des cycles précédents. C'est ce que reflète l'analyse du marché obligataire à long terme, qui n'a pas enregistré de ventes en masse lorsque le marché à court terme intégrait de nouvelles hausses au début du trimestre. Compte tenu de la dette publique considérable, qui continue d'augmenter, et du vieillissement de la population, combiné à une productivité qui ne progresse pas de manière significative, toute hausse des taux d'intérêt aura un effet de resserrement particulièrement important. Cela limiterait la portée du prochain cycle de hausse. Les estimations actuelles pour la hausse des taux semblent raisonnables, et il est peu probable que la Fed atteigne son objectif final de 2,5% pour les taux directeurs. La hausse des taux, semble dès lors plutôt être une opportunité d’achat. Il y a toutefois quelques précautions à prendre. Il est clair que la volatilité induite par le COVID pourrait être exacerbée par un certain nombre de problèmes géopolitiques latents tels que l’Ukraine ou les relations Sino-Américaines. Une inflation plus persistante pourrait être un autre scénario susceptible d'accroître la volatilité. Dans une telle situation, les banques centrales devront agir de manière beaucoup plus agressive.
Les rendements réels des obligations d'Etat sont très attractifs. Leur différentiel par rapport aux bons du Trésor américain est assez généreux, même en comparaison avec les niveaux de 2013. Les taux des marchés émergents commencent à être attrayants. Cependant, malgré les multiples hausses de taux directeurs dans de nombreux pays émergents, le taux directeur réel est toujours négatif en raison de l'inflation élevée. Lorsque l'inflation commencera à se normaliser, ce dernier devrait soutenir les devises, ce qui rendrait la composante Forex plus intéressante. C'est pourquoi il est préférable d’être patient et surpondérer plus tard en 2022, lorsque les valorisations sembleront plus avantageuses.
Les écarts de crédit devraient être moins affectés que les taux par la volatilité actuelle, même s'ils ne sont pas complètement à l’abri. Il semble que le crédit investment grade (IG) continuera d'être soutenu par plusieurs facteurs. Tout d’abord, une extension du programme d'achat d'obligations de la BCE, bien qu'à un rythme plus modéré, pourrait être anticipée. Les investisseurs finaux devraient, par ailleurs, rester des acheteurs importants, car le crédit IG des entreprises offre toujours un écart raisonnable par rapport aux obligations d'Etat. Enfin, de nombreuses entreprises disposent d'importantes réserves de liquidités et sont donc moins susceptibles de réaliser des émissions record en 2023. Il faut rester neutre. En cas d'élargissement significatif des écarts, une surpondération pourrait être envisagée avec prudence.
De même, les écarts des obligations high yield sont bien soutenus, mais pourraient s'élargir en cas de volatilité continue. Là encore, de multiples facteurs entrent en jeu: les entreprises se sont désendettées et détiennent d'importantes réserves de liquidités. En outre, l’échéancier a été prolongé jusqu'en 2023. Certaines sociétés à haut rendement risquent, en revanche, d'utiliser une partie de leur trésorerie pour des fusions et acquisitions, des dividendes supplémentaires ou des rachats d'actions. Ce comportement favorable aux détenteurs d'actions pourrait mettre les spreads sous pression. Ce genre de comportement est toutefois plus typique des sociétés CCC et appelle à une prudence plus marquée sur ces dernières.
Les obligations convertibles sont presque l’équivalent des obligations high yield. Ces comportements favorables aux actionnaires viendraient soutenir la hausse des actions intégrée aux obligations convertibles. Il faut cependant garder à l'esprit l’allocation sectorielle particulière. Comme la hausse des actions ne se traduit pas toujours directement par une hausse des convertibles, il est préférable de rester neutre sur cette classe d'actifs pour le moment.
La prise de conscience croissante sur la nécessité de soutenir l'excellence environnementale, sociale et de gouvernance a stimulé la demande des investisseurs et l'évolution de la réglementation. Cela a conduit à l'émission record d’obligations vertes par un nombre toujours plus grand de gouvernements et d'entreprises. Les opportunités de diversification en termes d'émetteurs, de notation de crédit, de géographie, de durabilité abondent. Elles devraient encore progresser en 2022, une nouvelle année qui, sans aucun doute, réservera son lot de surprises.