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A. a désigné depuis le règne de l'empereur Otton III une marche créée par Charlemagne, devenue duché héréditaire en 1156 et possession des Habsbourg en 1278. Ceux-ci portèrent le titre d'empereur d'A. de 1804 à 1918. Leur a succédé en 1920 la République fédérale d'A., remplacée en 1945 par la République d'A. Les relations des Confédérés avec l'A. d'avant les guerres révolutionnaires sont traitées dans l'article sur la maison de Habsbourg.
L'acte de Médiation (19 février 1803) et le paragraphe 29 du recès de Ratisbonne (25 février 1803) eurent entre autres pour effet de clarifier les relations de la Suisse non seulement avec la France, mais aussi avec une partie de l'Empire et avec la maison d'A. Le Fricktal, qui avait fait partie de l'Autriche antérieure jusqu'au traité de Lunéville (9 février 1801), fut cédé à la France qui le remit à la Confédération, laquelle l'incorpora au nouveau canton d'Argovie. De même, en dédommagement de ses droits et prétentions sur les possessions situées en Souabe autrichienne, l'Helvétie reçut la curie épiscopale de Coire et la seigneurie de Tarasp. Elle pouvait également racheter les droits et revenus (dîmes, domaines, propriétés) appartenant à l'empereur, aux princes et Etats d'Empire, aux établissements ecclésiastiques et aux seigneurs étrangers, situés sur son territoire.
Si la nouvelle organisation de la Suisse fut reconnue rapidement par les puissances, l'A. voulut s'assurer d'abord de la solidité du nouvel ordre des choses. L'empereur ne répondit pas à l'annonce de la Médiation et n'envoya pas d'ambassadeur. Le Landamman de la Suisse revint à la charge, faisant savoir à Vienne qu'il ne serait pas bon que l'A. abandonnât la Suisse à l'influence exclusive de la France. Fin décembre 1803 le nouveau ministre plénipotentiaire arrivait en Suisse. Mais presque aussitôt les rapports entre les deux pays allaient se détériorer.
En 1770, la ville de Zurich avait acquis de l'A. les villages de Ramsen et de Dörflingen situés au bord du Rhin. L'acte de Médiation les avait assignés au canton de Schaffhouse. Le 16 février 1804 un fonctionnaire autrichien arriva à Ramsen et exigea des habitants un serment de fidélité qu'ils n'osèrent refuser. Le Landamman protesta vivement auprès de la cour de Vienne. Peu après, l'A. réclama l'exercice des droits politiques au nom de la seigneurie de Rhäzüns qu'elle possédait dans les Grisons. En même temps, elle renouvelait d'antiques prétentions sur le ci-devant comté de Kibourg, sur le landgraviat de Thurgovie et sur d'autres possessions. En outre, durant l'année 1804, une interprétation divergente du paragraphe 29 du recès de Ratisbonne allait encore intensifier les frictions. Celui-ci contenait une clause statuant sur les indemnités accordées à la République helvétique pour les possessions en Souabe de fondations ecclésiastiques suisses. Le cabinet autrichien interpréta cet article à sa manière et fit saisir les biens meubles et immeubles des communes et des couvents suisses, et en ordonna l'incamération, soit la nationalisation. En retour, le Landamman envisagea de saisir les médiocres possessions impériales en Suisse. Le conflit s'envenima. L'A. arguait que ni la paix de Westphalie, ni celle de Lunéville n'avaient annulé ses droits dans la Confédération. Elle finit toutefois par restituer les capitaux séquestrés. Bien que ces diverses tensions aient indisposé la Suisse à l'égard de l'A., les deux pays n'en signèrent pas moins à Berne, le 23 octobre 1804, un traité qui devait, d'une manière d'ailleurs assez limitée, faciliter la liberté d'établissement dans les deux pays. En 1821, 1836 et 1851 ce traité sera élargi, pour être finalement adapté en 1875 à la nouvelle double monarchie austro-hongroise.
La paix de Presbourg (26 décembre 1805), qui consacra la prépondérance française en Europe, n'allait pas demeurer sans conséquences pour la Suisse. L'A. perdait 3 millions d'habitants avec la cession de l'Etat de Venise, du Tyrol, du Vorarlberg, des principautés de Brescia et de Trente, de la ville de Lindau et des seigneuries souabes, qui allaient agrandir les Etats des électeurs de Bavière et de Wurtemberg, bientôt promus à la royauté. Quant à la majeure partie du Brisgau, ainsi que la ville de Constance, elles échurent à l'électorat de Bade, qui devenait duché. De ce fait, les relations de voisinage de la Suisse, qui perdait sa frontière commune avec l'A., se trouvaient modifiées. Par l'article 23 de la paix de Presbourg, les parties contractantes reconnaissaient l'indépendance de la Suisse qui, de facto, se trouvait entourée par la seule France ou par ses satellites. Les biens séquestrés ou incamérés par l'A. dans ces pays échappaient dorénavant au contrôle de la Suisse. La guerre austro-française de 1809 plaça à nouveau la Suisse dans une position périlleuse. Au début d'avril, les Autrichiens entraient en Bavière et dans le Tyrol et la Confédération prit des mesures pour garder ses frontières ( guerres de coalition). Par le traité de Schönbrunn (14 octobre 1809), qui sanctionnait la défaite de l'A., la maison de Habsbourg céda directement à Napoléon la seigneurie de Rhäzüns.
En octobre 1813, la situation de la Suisse se modifia une fois de plus, tant en raison des victoires remportées en Allemagne par l'alliance russo-prusso-autrichienne qu'à cause du ralliement de la Bavière aux forces antinapoléoniennes, qui eut pour effet de mettre la Confédération en contact direct avec des pays hostiles à la France. La guerre se rapprochant, le Landamman notifia la neutralité aux Alliés comme à Napoléon et prit des dispositions pour garantir les frontières. A Berne, le "comité de Waldshut", formé de réactionnaires bernois et grisons, dont plusieurs avaient été au service de l'A., travaillait à faire entrer en Suisse l'armée alliée afin qu'elle y restaurât l'ordre ancien. Le 18 décembre 1813, le comte Friedrich Christian Ludwig von Senfft von Pilsach se disant envoyé de l'A. (déjà représentée en Suisse par un ministre plénipotentiaire et un envoyé extraordinaire) annonça au commandant en chef des troupes de la Confédération le passage de contingents alliés en Suisse. A Berne, où il se rendit ensuite, il tint le même langage et pressa les autorités de rétablir la situation antérieure à 1798. Berne céda après l'invasion de la Suisse par les Alliés le 21 décembre. Deux jours plus tard, les anciennes autorités cantonales furent restaurées; le 24 décembre, elles réaffirmèrent leurs prétentions sur Vaud et l'Argovie. Les réactions violentes suscitées en Suisse par ce retour à l'Ancien Régime contraignirent Metternich à désavouer et à rappeler Senfft von Pilsach.
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
En dépit des garanties données par les puissances, proclamant la Suisse indépendante "de toutes influences étrangères", cette dernière n'allait pas cesser de subir, jusqu'en 1848, la pression et les tentatives d'immixtion de ces mêmes puissances, A. en tête. La neutralité perpétuelle de la Suisse avait à peine neuf mois lorsque la Diète fut invitée à adhérer à la Sainte-Alliance (23 juillet 1816). Cette proposition fut accueillie sans beaucoup de chaleur par les Confédérés. L'article 1er en effet, qui promettait une assistance mutuelle, impliquait à leurs yeux une possibilité d'intervention par une puissance européenne. Le ministre de Russie ayant dissipé ces craintes, les trois quarts des cantons se décidèrent à accepter une "Déclaration" d'adhésion extrêmement prudente qui fut transmise à l'empereur d'A. (3 mars 1817). La Suisse, tout en évitant de trop s'engager, était ainsi parvenue à ne pas s'aliéner la sympathie des puissances. Metternich, toutefois, déduisit de cette acceptation un droit d'intervention. Dès cette époque, les tensions entre l'A. et la Suisse se multiplièrent, en raison essentiellement de la politique d'accueil des réfugiés pratiquée par quelques cantons.
A la suite de l'écrasement par l'A. des révolutions de Naples et de Turin (1820-1821), de nombreux proscrits cherchèrent refuge en Suisse. Devant cet afflux, Metternich songeait à exiger de la Confédération la possibilité pour la police autrichienne d'exercer une activité de censure et de surveillance sur le territoire suisse. Le congrès de Vérone (octobre-décembre 1822) alla même jusqu'à menacer d'occuper la Confédération si elle ne changeait pas d'attitude. Ces menaces concrètes incitèrent la Confédération à prendre des mesures afin de réprimer les abus de presse et de renforcer le contrôle des étrangers par la police (Conclusum sur la presse et les étrangers).
La fin du régime de la Restauration, contrecoup de la révolution de Juillet 1830 à Paris, la révision démocratique des constitutions cantonales et le projet de révision du Pacte fédéral irritèrent Metternich, qui envisagea une intervention armée en Suisse, pays qui incarnait dorénavant à ses yeux "l'égout fortifié de l'Europe". Le 5 juin 1832, l'A. recommanda aux puissances des mesures communes de coercition contre la Suisse, mais la France et la Grande-Bretagne refusèrent de la suivre. En juillet 1834, un incident fournit à Metternich un nouveau prétexte à ingérence; des ouvriers allemands tinrent, lors d'un banquet dans une auberge proche de Berne, des discours hostiles aux souverains allemands et autrichien et arborèrent le drapeau de la république. Aussitôt le ministre d'A. adressa une note au gouvernement bernois et intima l'ordre aux ouvriers autrichiens de quitter la Suisse, quelques Etats allemands prenant des mesures analogues. La tension monta en janvier 1835, l'A. entraînant derrière elle la Russie, la Prusse, la Sardaigne et les Etats du sud de l'Allemagne. La mort de l'empereur François en mars 1835 permit au canton directeur (Berne) de féliciter le nouveau souverain et de décrisper la situation. En revanche, dans l'affaire Conseil (août-octobre 1836), l'A., tout en faisant savoir qu'elle blâmait l'attitude du gouvernement français, conserva une stricte neutralité, trop heureuse de voir la Suisse aux prises avec la France.
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
Dans la crise du Sonderbund et la guerre qui en découla (1845-1847), l'A. s'immisça dans les affaires intérieures helvétiques comme elle ne l'avait plus fait depuis 1815. S'adressant le 26 octobre 1846 à l'empereur Ferdinand, Metternich souligna "que le combat qui se prépare en Suisse est aussi le nôtre" et qu'il convenait par conséquent de soutenir la fraction catholique, dans la mesure où "l'anéantissement de la Suisse conservatrice serait hautement néfaste aux intérêts supérieurs de l'A.". A la suite d'un appel à l'aide de l'avoyer de Lucerne, Metternich mit à disposition de l'Alliance séparée la somme de 100 000 florins. Lorsque se posa la question du commandement, le Sonderbund tenta d'obtenir un général de l'A. Fin juillet l'archiduc Jean proposa à Metternich que le prince Friedrich von Schwarzenberg soit désigné comme commandant en chef du Sonderbund. Ce dernier déclina l'offre mais, à titre privé, prit part au combat de Gislikon comme aide de camp du général en chef Salis-Soglio. L'analyse pessimiste qu'il livra de la situation militaire incita ses interlocuteurs à se tourner vers le gouverneur autrichien de la Lombardie, pour lui demander une assistance matérielle et une rupture de l'encerclement afin d'assurer le ravitaillement par le Tessin. Mais la rapidité avec laquelle les troupes de la Diète mirent fin à la campagne rendit ces appels caducs.
La révolution de 1848, avec les conséquences qu'elle entraîna pour l'A., entre autres le départ de Metternich, ne lui permit plus de se préoccuper du sort des cantons vaincus ou d'exercer une quelconque pression sur la Confédération. Le soulèvement survenu en Lombardie-Vénétie (mars 1848-avril 1849) et la guerre qui s'ensuivit entre l'A. d'une part, la Sardaigne et les insurgés de l'autre, obligea la Confédération à mobiliser des troupes aux Grisons et au Tessin. Mais pour le plus grand désagrément de l'A., celles-ci ne purent qu'imparfaitement empêcher l'afflux de réfugiés, la contrebande d'armes et le passage de sympathisants se portant au secours des insurgés. En revanche, l'A. sut gré à la Suisse d'avoir repoussé l'offre d'alliance de Charles-Albert de Sardaigne lorsqu'il envahit le Milanais.
Durant la première moitié du XIXe s., les relations commerciales entre la Suisse et l'A. furent peu importantes. La guerre et ses séquelles interrompirent pour longtemps les échanges qu'un réseau routier sous-développé rendait d'ailleurs difficiles. A cela s'ajoutaient, en l'absence de tout traité de commerce entre les deux pays, des tarifs douaniers prohibitifs qui s'inscrivaient dans une sévère politique protectionniste. Tout au plus peut-on relever l'existence d'un commerce limitrophe avec le Vorarlberg, Lindau et Bregenz jouant un certain rôle dans ces échanges (sel, vin, bois, toile, etc.). Quelques maisons de commerce suisses s'établirent également en A., où vivait une colonie restreinte, ne dépassant pas quelques centaines de personnes (artisans, ouvriers, mécaniciens et, surtout, militaires).
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Dans les premières années du règne de François-Joseph, la question des réfugiés allait à nouveau provoquer une tension entre la Suisse et l'A. A la suite d'une tentative de soulèvement à Milan (6 février 1853), le gouvernement autrichien s'en prit au Tessin, coupable à ses yeux de pratiquer une politique libérale à l'égard des réfugiés lombards et d'être devenu un foyer d'agitation anti-autrichienne. Il lui reprochait en outre d'avoir expulsé des capucins autrichiens illégalement et sans dédommagement; par rétorsion, tous les Tessinois furent expulsés de la Lombardie, puis en février 1854, l'A. instaura le blocus de la frontière tessinoise, ce qui mit le canton dans une situation économique difficile. La crise culmina en mai, lorsque le chargé d'affaires autrichien quitta Berne, ses prétentions à propos des assurances exigées de la Suisse sur le contrôle des réfugiés politiques au Tessin et aux Grisons ayant été repoussées par le Conseil fédéral. Mais finalement la modération prévalut. Tout en maintenant ses plaintes concernant la responsabilité partielle du Tessin dans l'affaire de Milan, l'A. leva le blocus, reprit ses relations diplomatiques, en continuant cependant à lier la question des capucins à celle de l'expulsion des Tessinois de Lombardie. Finalement (conférence de Milan, 29 mars 1855) un accord intervint sur le dédommagement à verser aux moines.
Lors de l'affaire de Neuchâtel (1856-1857), l'A. adopta une position conciliante et s'efforça de jouer le rôle d'"honnête courtier" entre la Prusse et la Suisse, arrêtant avec la France, la Grande-Bretagne et la Russie (conférence de Paris) le texte de la convention soumise à l'acceptation de la Confédération (29 avril 1857). Dans la guerre qui opposa la France et la Sardaigne à l'A. en 1859, la Suisse résolut de maintenir sa neutralité par tous les moyens et le fit savoir aux puissances européennes (14 mars 1859). Le 9 juin 1859 la garnison autrichienne de Laveno, encerclée par les Piémontais, embarqua sur trois vapeurs et s'échappa en direction de Magadino sur le lac Majeur où elle fut désarmée puis internée par les Suisses. Le 14 octobre 1859 la Confédération acheta à l'A. les trois bateaux. Le 10 novembre fut signée à Zurich la paix entre la Sardaigne et la France d'une part, l'A. de l'autre. La conséquence pour la Suisse en fut que désormais une nouvelle puissance s'était établie sur ses confins méridionaux, entraînant un raccourcissement considérable de sa frontière avec l'A. Cette dernière loua l'attitude helvétique dans le conflit et se montra dès lors disposée à régler les questions frontalières avec les Grisons (délimitation de la frontière de Samnaun) et à envisager un accord pour la correction du Rhin.
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
La victoire prussienne (1866) sur l'A. et l'éviction de celle-ci des affaires allemandes lui valurent un regain de sympathie helvétique car, depuis l'affaire de Neuchâtel, l'opinion publique redoutait la Prusse. Les relations helvético-autrichiennes allaient se décrisper et dans les conflits qui surgiront, l'attitude autrichienne se fera plus conciliante, même si certains éléments conservateurs du cabinet de Vienne s'inquiétaient des efforts centralisateurs des radicaux et des libéraux suisses, alors qu'en Suisse on se réjouissait de la libéralisation subie par la monarchie danubienne. Cette atmosphère facilita la conclusion d'un traité postal et de commerce, et le règlement du contentieux, vieux de cent ans, du Finstermünz sur la frontière du Tyrol (1868). En revanche, les négociations sur la correction du Rhin et sur la construction de routes entre les Grisons et le Tyrol s'avéreront infiniment plus laborieuses. La proclamation de l'empire d'Allemagne (1871) accentua encore la modération de la diplomatie autrichienne, même si l'adhésion de l'A. à la Triplice, signée en 1882 avec l'Allemagne et l'Italie, provoqua des craintes en Suisse, surtout en ce qui concernait le passage possible de troupes italiennes se portant au secours de l'Allemagne par le territoire national.
Si le problème des réfugiés politiques et du terrorisme continua à susciter l'inquiétude de l'A., l'attitude adoptée ne fut plus aussi menaçante qu'à l'époque de Metternich. A la suite d'une série d'attentats anarchistes à Vienne (fin 1883 - début 1884), l'A. demanda à la Confédération de considérer le régicide ou les attentats contre les chefs d'Etat comme des crimes de droit commun, afin de permettre l'extradition. Cette exigence, sans cesse répétée, retarda l'établissement d'un traité d'extradition jusqu'en novembre 1888, date à laquelle le Conseil fédéral parvint à imposer son point de vue. Mais l'affaire Wohlgemuth (1888-1889) devait encore en repousser la discussion par les Chambres. Les sympathies diplomatiques et populaires de l'A. allèrent à la Suisse, en dépit du ministre des affaires étrangères qui soutenait les exigences de Bismarck, mais dont l'attitude fut tempérée par la bienveillance de son ambassadeur à Berne. L'assassinat de l'impératrice Elisabeth à Genève par un anarchiste, le 10 septembre 1898, n'entraîna pas entre les deux pays la crise majeure que l'on aurait pu redouter, François-Joseph se montrant conciliant à l'égard de la Confédération. Pour sa part, le Conseil fédéral prit, dès le 19 septembre, des mesures d'expulsion et de surveillance contre les anarchistes et accepta de participer à une conférence internationale (décembre 1898) dont le protocole final, contenant pour l'essentiel des mesures facilitant la collaboration entre les polices, n'impliquait d'ailleurs que des propositions facultatives.
Lors de l'affaire Silvestrelli, qui entraîna la rupture des relations diplomatiques entre la Suisse et l'Italie (7 avril 1902), l'A. demeura neutre et son représentant à Berne adopta une attitude lénifiante. A juste titre donc, lors de la visite faite à Rorschach (31 août 1909) par François-Joseph au Conseil fédéral, le vice-président Robert Comtesse souligna que, durant les soixante et un ans de règne de l'empereur, aucune crise majeure n'avait troublé les relations entre les deux pays.
Sur le plan militaire ces dernières furent, dès la fin du XIXe s., excellentes. Lors de la construction de la ligne du Gothard (convention du Gothard), il avait été décidé de ne pas ériger de fortifications pour des raisons d'économie mais, confrontée à la Triplice qui pouvait s'avérer menaçante pour elle, la Suisse commença à en édifier dès 1886. L'A. comprit que ces travaux n'étaient pas dirigés contre elle mais contre l'Italie irrédentiste et s'en accomoda. Entre 1900 et 1914 de nombreux officiers autrichiens assistèrent aux manœuvres en Suisse alors que leurs homologues helvétiques fréquentaient les écoles militaires autrichiennes. Plusieurs Suisses, souvent Grisons, servirent en A., atteignant les plus hauts grades de la hiérarchie. La création en 1908 d'un poste d'attaché militaire à Berne démontra l'importance que l'A. attachait à l'institution militaire helvétique.
Dans les années 1860, on assista à une intensification des relations austro-suisses. Sur le plan économique, trois traités de commerce, d'une portée toutefois limitée en raison des clauses restrictives qu'ils contenaient, furent conclus en 1868, 1891 et 1906. De plus, en 1875, était ratifié un traité réglant les conditions d'établissement, l'imposition, les faillites, le service militaire, etc. C'est toutefois l'ouverture de la ligne ferroviaire de l'Arlberg (1884) qui allait donner une impulsion définitive aux nouveaux échanges qui augmentèrent rapidement (45,5 millions de francs d'exportations suisses vers l'A.-Hongrie en 1900 pour des importations d'environ 70 millions, 80 et 110 millions en 1910), tandis que les investissements suisses dans les secteurs bancaire, industriel et ferroviaire en A. croissaient régulièrement, ainsi que l'échange de la main-d'œuvre. Les colonies suisses en A. et autrichiennes en Suisse (8% des étrangers fixés dans le pays en 1911) s'en accrurent d'autant, ce qui entraîna l'ouverture de consulats à Zurich et Saint-Gall (1872). En outre le "Tir allemand" de Vienne (1868) ainsi que l'Exposition universelle (1873), à laquelle la Suisse participa officiellement, permirent de conforter les liens économiques et culturels. Dès la fin du XIXe s., nombreux furent les professeurs et étudiants suisses qui fréquentèrent et enseignèrent dans les universités autrichiennes, surtout à Innsbruck et Vienne, alors que les Autrichiens se rendaient de préférence à Zurich et Fribourg.
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
Durant toute la Première Guerre mondiale, les relations entre la Suisse et l'A. ne subirent pas de crise majeure. Tout au plus cette dernière s'inquiéta-t-elle, à l'occasion de l'affaire des Colonels (1915-1916), des tensions intérieures helvétiques qui auraient pu compromettre la neutralité. Durant cette période, l'ambassade d'A.-Hongrie à Berne déploya une intense activité dans le domaine de l'espionnage, de l'organisation d'actions de sabotage en Italie, de la surveillance de réfugiés marxistes, des contacts avec la presse, à laquelle elle communiquait des informations favorables à sa cause, ou encore dans l'organisation de manifestations culturelles.
Sur le plan économique de difficiles négociations eurent lieu avec l'A.-Hongrie et l'Allemagne sur l'importation (61 millions de francs en 1918) et l'exportation (101 millions en 1918) de marchandises, principalement des matières premières à l'importation et des produits manufacturés à l'exportation. Mais finalement un "arrangement économique" intervint entre l'A. et la Suisse (février 1916).
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
La disparition de la monarchie danubienne suscita d'innombrables problèmes entre l'A. et la Suisse. Le 4 novembre 1918, le gouvernement provisoire informa le Conseil fédéral de la création d'un Etat autrichien allemand indépendant, demandant l'établissement de relations diplomatiques. Toutefois, si des relations de facto s'établirent, il n'y eut pas de reconnaissance formelle, le Conseil fédéral voulant d'abord s'assurer qu'il n'y aurait pas d'Anschluss avec l'Allemagne et que l'A. demeurerait un Etat indépendant. La reconnaissance n'eut lieu que le 9 janvier 1920, cette longue attente engendrant de vifs ressentiments en A.
Nombreux étaient les problèmes en suspens, économiques, juridiques, diplomatiques, et toute une série de réclamations et de créances suisses durent être traitées, le Conseil fédéral étant d'ailleurs d'avis, contrairement au projet du traité de Saint-Germain (1919), que les Etats successeurs devaient reprendre les dettes de la double monarchie. Parmi les problèmes principaux mentionnons la fixation de dividendes (1/15e) attribués aux Suisses lors de la liquidation de la banque nationale austro-hongroise, le contentieux sur la livraison du sucre payé par avance en 1917 par la Suisse, la répartition de la dette de l'Etat autrichien, ainsi que la validité des divers traités diplomatiques et de commerce conclus avec la monarchie, la République refusant d'être le successeur de cette dernière, point de vue que la Suisse partageait. Il faudra attendre les traités du 15 mai 1925 et du 21 mars 1927 sur la validité des accords juridiques et leur application pour que les relations austro-suisses se normalisent complètement.
La présence de l'ex-empereur Charles sur le territoire helvétique posa un autre problème. Le monarque, qui avait quitté son pays en mars 1919 sans avoir abdiqué, fut autorisé par le Conseil fédéral à s'installer en Suisse, à condition de s'abstenir de toute activité politique. Comme il ne s'en tint pas à cette règle et participa à deux tentatives de restauration en Hongrie, le Conseil fédéral décida son expulsion définitive (25 octobre 1921). La hantise suisse d'un Anschluss se fit de plus en plus lancinante et forma bientôt le thème central de la politique étrangère à l'égard de l'A. Car effectivement, en dépit du traité de 1919, le désir d'un rattachement demeurait très vif dans toutes les couches de la population autrichienne et en Suisse, malgré l'hostilité des milieux politiques et de la presse, nombreux furent ceux qui considéraient l'Anschluss comme inéluctable. Parallèlement, la Suisse dut résoudre le problème du Vorarlberg, dont 80% des électeurs s'étaient exprimés par référendum en faveur d'un rattachement à la Confédération (11 mai 1919). Toutefois, l'"Annexion" n'eut pas lieu, tant en raison de l'hostilité du gouvernement autrichien et de certains milieux helvétiques - protestants ou francophones qui redoutaient un déséquilibre confessionnel ou linguistique - qu'à cause de la décision des Alliés d'empêcher un démembrement accru de l'A.
Un autre problème qui se posa à la Suisse dès novembre 1918 fut celui de la viabilité de l'A. Si la Confédération souhaitait, bien que le Conseil fédéral fût partagé sur cette question, une A. indépendante, encore fallait-il lui fournir les moyens de survivre. Dès novembre 1918, des envois d'urgence de vivres furent organisés pour le Vorarlberg et le Tyrol. En décembre, une motion parlementaire demanda la livraison de vivres et, dès la fin du mois, 112 wagons furent expédiés à Vienne, sous escorte militaire, pour être vendus au prix coûtant à la municipalité. Parallèlement, on assista à un vaste mouvement de solidarité populaire. Des comités de secours aux enfants furent créés et 56 300 d'entre eux furent accueillis en Suisse jusqu'en 1921. En juillet 1920, l'Assemblée fédérale décida de participer pour un montant maximum de 25 millions de francs à l'action internationale de crédit de relèvement économique, décidée dans le cadre de la conférence de Paris d'avril 1920. La Suisse coopéra également à l'emprunt de la SdN pour 20 millions de couronnes-or, ainsi qu'aux efforts entrepris pour réorganiser les finances autrichiennes, assainir l'économie et mettre des conseillers techniques à disposition (protocole de Genève, 4 octobre 1922).
Devant la destruction de la démocratie autrichienne et son remplacement par le régime catholique autoritaire de Dollfuss (mars 1933) dont les affinités avec l'Italie fasciste étaient connues, les Suisses se montrèrent partagés, à l'instar de leurs propres convictions idéologiques. Après l'écrasement, en février 1934, des milices ouvrières socialistes de Vienne, la gauche helvétique manifesta son indignation et soutint matériellement les camarades persécutés. Quant au CICR, il inspecta les camps de détention et les prisons.
Dès la fin de la guerre et jusqu'en 1929, les échanges commerciaux entre la Suisse et l'A. furent actifs, avec d'importants investissements privés helvétiques, les capitaux et avoirs suisses rapportant environ 9 millions de francs en 1932. Mais à partir de 1930 la situation se dégrada en raison de la crise bancaire et monétaire autrichienne, contraignant la Banque nationale suisse à signer un accord de clearing avec son homologue viennoise (12 novembre 1931). Dès 1932 les exportations suisses vers l'A. furent plus importantes que les autrichiennes vers la Suisse (44,2 millions contre 37,9 millions de francs en 1937).
Les travaux de régulation du Rhin prévus par le traité d'Etat de 1892 furent achevés en 1923, mais ils s'avérèrent bientôt insuffisants. Par un nouveau traité conclu le 19 novembre 1924, la Suisse tint compte de la situation financière difficile de l'A. et lui avança sa part de financement à l'entreprise commune, sans intérêts. Cette mesure eut des conséquences économiques immédiatement favorables pour le Vorarlberg. Parallèlement, la Suisse et l'A. conclurent un traité sur la régulation du Rhin, qui redéfinit le tracé de la frontière. Au début de 1925, l'A., qui s'en tenait jusqu'alors à des barèmes fixés en 1906, augmenta fortement ses tarifs douaniers, ce qui rendit la conclusion d'un nouveau traité de commerce nécessaire afin de défendre les intérêts de l'industrie helvétique (6 janvier 1925); il fut renouvelé en janvier 1932 en raison de la situation économique et financière très fluctuante de l'A. Enfin (15 juillet 1932) un protocole était ratifié à Lausanne par la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Belgique, qui s'engageaient à fournir au gouvernement de Vienne les moyens indispensables pour faire face à ses obligations financières extérieures et contribuer au redressement de son économie. La Suisse, après bien des tergiversations, s'associa au protocole et mit à disposition 5 millions de francs, mais en subordonnant cette aide au sort de la négociation sur la broderie, le Conseil fédéral voulant obtenir une destruction partielle des métiers à tisser du Vorarlberg afin de protéger la production de la Suisse orientale. Le traité, qui allait dans ce sens, fut signé le 18 mars 1933.
Durant l'entre-deux-guerres, les relations culturelles austro-suisses furent restreintes. Alors qu'en Suisse les théories du pédagogue viennois Otto Glöckel ou de Sigmund Freud exerçaient une forte influence, deux Suisses, l'écrivain Gustav Renker et le juriste Carl Stooss occupaient une place importante en A. En 1931 fut créée à Innsbruck l'Alpenländische Forschungsgemeinschaft qui se proposait d'étudier les dialectes de l'ensemble des pays alpins et qui rassembla plusieurs Suisses éminents. Enfin de nombreux écrivains et artistes autrichiens, dont l'écrivain Robert Musil et le sculpteur Fritz Wotruba, séjournèrent ou émigrèrent en Suisse entre 1914 et 1945.
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
L'Anschluss (13 mars 1938), bien qu'il ne surprît personne en Suisse, n'en provoqua pas moins une nouvelle prise de conscience en faveur d'un retour à la stricte neutralité. Le 21 mars 1938, le Conseil fédéral et l'Assemblée fédérale émirent une "Déclaration solennelle" qui soulignait que le destin tragique de l'A. constituait un exemple pour la Suisse qui, si elle voulait survivre, devait faire preuve d'une volonté unitaire et se montrer capable de défendre son indépendance. Sur le plan diplomatique, le Reich réclama la reconnaissance immédiate et inconditionnelle du fait accompli et le 19 mars l'ambassadeur de Suisse à Berlin annonçait au ministère des affaires étrangères du Reich la décision du Conseil fédéral de reconnaître l'Anschluss, mettant ainsi fin à vingt ans de politique hostile à ce dernier.
L'Anschluss entraîna toute une série de conséquences pratiques pour la Suisse. En mars 1938, 3000 à 4000 réfugiés venant d'A. gagnèrent la Suisse, leur nombre total devant atteindre environ 5000 durant la guerre, 2000 reconnus en tant que réfugiés, les autres transitant seulement. Le 1er avril 1938 l'obligation du visa pour les passeports autrichiens fut introduite, tandis que l'ambassade de Vienne devenait consulat général. Juridiquement, les traités de 1868 et 1908 concernant la délimitation des frontières et le traité sur la régulation du Rhin de 1924 subsistèrent. Par contre d'autres traités (double imposition, accord sur la broderie, traité de commerce) durent être adaptés au droit allemand; quant aux traités d'Etat possédant un contenu politique, ils devinrent caducs, le Reich ne se considérant pas comme successeur au droit de l'A., pas plus qu'il n'accepta de prendre en charge les dettes de cette dernière. L'Anschluss allait avoir également des conséquences fâcheuses pour le trafic frontalier avec le Vorarlberg (hôtellerie, commerce de détail, artisanat, etc.) et pour l'industrie suisse de la broderie, la broderie allemande étant soutenue par la politique de création d'emplois du Reich. Militairement, l'Anschluss, tant par le choc qu'il avait produit que par la situation stratégiquement défavorable qu'il avait créée sur la frontière orientale de la Suisse, suscita une attitude positive à l'égard de la défense nationale.
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, la position de la Suisse envers l'indépendance autrichienne allait évoluer à partir de la déclaration de Moscou du 1er novembre 1943 par laquelle les Alliés s'engageaient à rétablir l'Etat autrichien. Dès lors sa reconstitution fut envisagée comme une éventualité à laquelle différents milieux d'émigrés se préparèrent. Une association "Austria" fut fondée à l'université de Zurich par un groupe d'étudiants autrichiens. Mais ce ne fut que vers la fin de la guerre que les émigrés eurent la possibilité de créer le "Mouvement libre autrichien en Suisse" (28 avril 1945) et de publier des journaux. En juin 1945 se constituait à Zurich la Société pour la promotion des relations culturelles entre l'A. et la Suisse.
Auteur(e): Jean-Jacques Langendorf
Depuis la guerre, la Suisse et l'A. entretiennent des relations étroites et amicales. La seconde République autrichienne accepta son statut de petite puissance, fut fermement décidée à défendre son indépendance et obtint en 1955 la garantie de sa neutralité permanente. République parlementaire fédéraliste, devenue après les succès de la reconstruction une "petite économie ouverte", la nouvelle A. offrait des bases solides pour une étroite collaboration avec la Suisse, avec laquelle elle partage certaines caractéristiques, même si leur culture politique est très différente.
La prédominance de deux grands partis, le parti populiste (Österreichische Volkspartei, ÖVP) de tendance conservatrice et le parti socialiste (Sozialistische Partei Österreichs, SPÖ), et leur opposition, ont marqué la vie parlementaire autrichienne après 1945. L'ÖVP et le SPÖ ont formé des grandes coalitions de 1947 à 1966 et de 1987 à 2000. Depuis les années 1980 toutefois, cette prédominance s'est effritée au profit d'autres formations, comme les Verts et le parti libéral (Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ), d'extrême-droite, dont se sont séparés le Liberales Forum en 1993 et la Bündnis Zukunft Österreich (BZÖ) en 2005. La concertation entre partenaires sociaux passe par des organisations faîtières qui sont plus centralisées qu'en Suisse et dont certaines, comme l'Union syndicale autrichienne (Österreichischer Gewerkschaftsbund, ÖGB), jouissent d'un monopole dans la représentation des intérêts de leurs membres. Les chambres des ouvriers et employés, les chambres économiques et les chambres d'agriculture, corporations de droit public auxquelles l'appartenance est obligatoire, influencent la législation et la formation des salaires et des prix. Dès 1947, la commission de l'économie parraina des ententes sur les salaires et les prix tenant compte des intérêts économiques généraux. Ensuite, la commission paritaire des prix et des salaires, créée sur une base informelle en 1957 réunit syndicats patronaux et ouvriers et représentants du gouvernement; on y discute et règle toutes les questions relatives à la politique sociale et économique. S'appuyant sur un important secteur nationalisé et sur le partenariat social, les gouvernements fédéraux pratiquèrent jusque dans les années 1990 une forme de dirigisme économique que l'on a désignée par le terme d'"austro-keynésianisme". Enfin, le fédéralisme autrichien donne beaucoup de poids à l'Etat fédéral, qui intervient dans la préparation des lois des Länder et qui leur fournit la plus grande partie de leurs ressources. Cependant, les Länder ont pu accroître peu à peu leurs compétences et s'engager dans la voie d'un fédéralisme de coopération. Cette tendance profite aux institutions transfrontalières dont font partie les cantons de Suisse orientale (Communauté de travail des pays alpins, Conférence internationale du lac de Constance).
Auteur(e): Judit Garamvölgyi
La restauration en 1945 d'un Etat indépendant, tourné vers l'ouest, intéressait fortement la Suisse, pour des questions de sécurité notamment. D'où la reprise très rapide des contacts, d'abord avec des réfugiés autrichiens en Suisse, puis avec le Tyrol et le Vorarlberg et enfin, dès que les autorités d'occupation l'autorisèrent, avec le gouvernement de Karl Renner, qui avait proclamé l'indépendance de l'A. le 27 avril 1945. La Suisse reconnut le nouvel Etat le 2 novembre déjà. En 1946 et 1947, on mit en place les représentations diplomatiques jusqu'au plus haut niveau. Malgré les difficultés dues au fait que l'A. n'était pas encore un Etat souverain et qu'elle était occupée par les Alliés, des contacts intenses se développèrent très vite entre les deux pays. Pour l'A., la Suisse représentait un accès vers l'ouest. Quant à la Suisse, elle souhaitait protéger ses ressortissants et rétablir rapidement les relations économiques. Plusieurs campagnes d'aide humanitaire firent beaucoup pour renforcer les relations de bon voisinage. De 1945 à 1948, au moins 53,5 millions de francs récoltés par le Don suisse furent distribués par le CICR et les grandes organisations caritatives. En particulier, plus de 27 000 enfants purent se refaire une santé en séjournant trois mois en Suisse.
Quand le contrôle allié sur les relations extérieures de l'A. fut assoupli, des accords bilatéraux facilitèrent les relations économiques. En acceptant d'importants règlements par compensation, la Suisse dynamisa les relations commerciales. En 1946, un tiers des exportations autrichiennes partait pour la Suisse, en 1947 encore plus du quart. En revanche, l'A. ne représentait pour la Suisse qu'un très modeste partenaire: 1,2% de ses importations et 0,7% de ses exportations.
Jusqu'en 1955, dans le contexte de la guerre froide, l'A. fut un pion sur l'échiquier que l'on déplaçait au gré du problème allemand. Un statut de pays non-engagé fut souvent envisagé, mais il fallut attendre les négociations de Moscou, en avril 1955, pour le concrétiser. La déclaration de Moscou du 15 avril se réfère explicitement au modèle suisse: "... devant le monde entier, le gouvernement autrichien s'engagera par une déclaration à ce que l'A. respecte une neutralité permanente, telle qu'elle est pratiquée par la Suisse". Ce passage ne fut pas repris dans la loi sur la neutralité du 26 octobre 1955. Le 22 novembre déjà, la Suisse répondait affirmativement à la demande autrichienne de reconnaître sa neutralité, même si elle n'était pas totalement satisfaite de cette évolution. La faiblesse de la défense armée autrichienne qui pouvait menacer le flanc oriental suisse et la manière dont Vienne, très vite, conçut sa neutralité expliquent ces réticences.
Les relations bilatérales depuis 1955 se caractérisent par des contacts particulièrement intenses et par une collaboration étroite. Tous les présidents autrichiens, à l'exception de Kurt Waldheim, ont choisi la Suisse pour leur première visite officielle à l'étranger. Les ministres des Affaires étrangères, suisses et autrichiens, suivent la même tradition après leur entrée en fonction. De plus, le réseau très dense des traités commerciaux (plus de 80 en 2008) facilite les échanges.
Auteur(e): Judit Garamvölgyi
Bien que la neutralité armée ne pèse pas le même poids dans les deux pays, le système suisse de l'armée de milice et la conception générale de la défense ont suscité beaucoup d'intérêt en A. Un accord concernant la coopération dans le domaine de l'armement a pu être signé le 13 septembre 1978. Et, après un moment de scepticisme, la conception autrichienne de la neutralité armée a trouvé un écho toujours plus grand dans les milieux militaires helvétiques. Contrairement à la Suisse, l'A. a mis l'accent sur une politique étrangère active et sur des initiatives en faveur de la paix pour assurer sa neutralité. Directement confrontée à l'opposition entre l'Ouest et l'Est, marquée par le traumatisme de 1938, l'A. s'est efforcée de consolider son indépendance en étant très présente dans les institutions européennes et internationales. Elle est entrée en 1956 au Conseil de l'Europe, ce qui a souligné son appartenance au monde occidental, et à l'ONU en décembre 1955. Elle a fourni des casques bleus depuis 1967, fait partie du Conseil de sécurité en 1973 et 1974 et, pendant dix ans (1972-1982), le secrétaire général fut l'Autrichien Kurt Waldheim. Suivant l'exemple de la Suisse et entrant ainsi du reste en concurrence avec elle (tout particulièrement avec Genève), l'A. a attiré à Vienne de nombreuses organisations internationales et y a accueilli plusieurs conférences. Vienne est devenu en 1979, après New York et Genève, le troisième siège de l'ONU, ce qui a entraîné à quelques reprises des frictions avec Berne.
Vienne a voulu jeter des "ponts vers l'est depuis la rive occidentale", ce que l'opinion publique helvétique a regardé avec une certaine méfiance. En nouant des contacts diplomatiques, économiques et personnels nombreux avec l'Union soviétique et avec ses voisins membres du bloc de l'Est, en accueillant des rencontres au sommet (Kennedy et Khrouchtchev en 1961, Carter et Brejnev en 1979) et des négociations sur le désarmement (SALT 1, réduction des effectifs de l'Otan et du Pacte de Varsovie depuis 1973), l'A. a donné à sa neutralité un profil spécial. L'A. et la Suisse se sont trouvées par contre sur la même longueur d'ondes dans leur action au sein de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe où elles ont pu exercer une grande influence dans le groupe des neutres et des non-alignés. Les liens historiques de l'A. avec l'espace danubien ont favorisé la mise en place précoce d'une coopération surmontant l'obstacle des frontières entre les deux blocs. L'effondrement du bloc de l'Est en 1989 et les changements politiques subséquents dans les pays voisins ont encore intensifié l'Ostpolitik autrichienne, ce qui a du reste stimulé la réaction suisse. Pourtant, alors que l'A. a joué un rôle très actif dans la reconnaissance rapide des Etats qui ont succédé à l'ex-Yougoslavie, la Suisse s'est mise à l'écart.
Auteur(e): Judit Garamvölgyi
Dans ce domaine aussi, les politiques autrichienne et suisse ne se recoupent que partiellement. Comme la Suisse, l'A. a fait partie des membres fondateurs de l'Association européenne de libre-échange (AELE). Mais, vu ses relations étroites et traditionnelles avec le marché allemand, lorsque la Confédération interrompit les négociations en vue d'une intégration, l'A. demanda temporairement en 1963 à être associée à la CEE, démarche entreprise en solitaire. L'accord de libre-échange, signé en 1972 entre les pays neutres de l'AELE (Suisse, A. et Suède) et la Communauté, montra au contraire des positions communes. Le programme de grand marché européen défini en 1985 lança un vaste débat en A. sur le thème de l'Europe. Il déboucha en 1989 sur une demande d'adhésion officielle. En parallèle, l'A. a participé, comme la Suisse, aux négociations menées par les Etats de l'AELE pour l'Espace économique européen (EEE) et elle y est entrée le 1er janvier 1994. Un an plus tard, elle a aussi adhéré à l'Union européenne. Depuis lors, des tensions ont surgi entre l'A. et la Suisse, en particulier sur la répartition du trafic routier entre le Brenner et le Gothard.
Mais les relations entre les deux pays sont restées bonnes. Par exemple, en 2000, au moment où plusieurs Etats de l'UE exerçaient de fortes pressions sur l'A. en raison de l'entrée au gouvernement du parti libéral de Jörg Haider, le Conseil fédéral publia un communiqué dans lequel il disait sa confiance; malgré les protestations de la gauche suisse, il reçut la ministre autrichienne des Affaires étrangères, Benita Ferrero Waldner, et plus tard le chancelier Wolfgang Schüssel. Pour sa part, l'A. a été le premier pays membres de l'UE à ratifier les accords bilatéraux I; elle fit progresser le dossier des bilatérales II lorsque ce fut son tour de présider l'UE, en 2006.
Auteur(e): Judit Garamvölgyi
Les relations économiques austro-suisses ont subi des fluctuations importantes. Sa reconstruction achevée et sa souveraineté retrouvée, l'A. put diversifier son commerce extérieur. En particulier, même pendant la guerre froide, celui avec le bloc de l'Est eut un poids qu'il n'eut jamais en Suisse; il représentait en 1986 10,5% des exportations, 8,5% des importations (en Suisse, 3,1% et 2%). Dans le marché mondial par contre, la part de la Suisse est beaucoup plus grande que celle de l'A. Pendant les premières années de l'AELE, les échanges entre les deux pays s'intensifièrent. Mais le traité de libre-échange de 1972 favorisa le courant commercial entre l'A. et la République fédérale allemande. En 2007, les importations suisses s'élevaient à environ 8,1 milliards de francs, les exportations à environ 6,3 milliards. La Suisse se plaçait au quatrième rang des exportations et des importations autrichiennes. Les investissements directs des Autrichiens en Suisse se sont multipliés entre 2004 et 2007 pour atteindre presque 58 milliards de francs; l'A. occupait ainsi le troisième rang parmi les investisseurs étrangers après les Etats-Unis et les Pays-Bas. Les investissements directs suisses en A. se montaient à environ 8 milliards. En 2007, la Suisse comptait 33 994 ressortissants autrichiens et l'A. 13 904 suisses, dont 8 033 doubles-nationaux.
Auteur(e): Judit Garamvölgyi
La Société pour la promotion des relations culturelles entre l'A. et la Suisse, fondée en juin 1945, animée par Jean Rodolphe de Salis, avait pour but de réactiver et d'entretenir ces liens et de contribuer à la renaissance de la culture autrichienne. L'apogée en fut incontestablement les expositions, montées à Zurich en 1946 au Musée des beaux-arts et à celui des arts appliqués, consacrées aux chefs-d'œuvres autrichiens. Par la suite, les initiatives furent plutôt viennoises; en effet, l'A. attache beaucoup d'importance à la culture dans sa politique extérieure. Comme la Confédération, en Suisse, n'est pas compétente en la matière, les relations culturelles passent par les ambassades et par Pro Helvetia: expositions, lectures, concerts, conférences. En 1996, lors du millénaire de l'A., le château de Lenzbourg accueillit une exposition sur la maison de Habsbourg. Les contacts reposent essentiellement sur des bases privées ou d'affaires. C'est ainsi que les auteurs autrichiens sont régulièrement invités aux Journées littéraires de Soleure et que les écrivains suisses sont nombreux à participer au concours littéraire de Klagenfurt et à y être distingués. Les contacts plus scientifiques sont réglés par des accords entre le ministère autrichien de la science et de la recherche, les universités suisses et la Confédération (bourses d'études, professeurs invités). Dans la conscience collective toutefois, les clichés qui perdurent et la concurrence dans certains domaines (sport, tourisme, transports) dessinent l'image de deux voisins qui se tournent le dos, selon le mot d'Hans Thalberg. La co-organisation du championnat d'Europe de football en 2008 devrait avoir peu modifié ces sentiments.
Auteur(e): Judit Garamvölgyi