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L'herpès génital est un problème d'importance croissante. Son diagnostic et sa prise en charge sont complexes. Les présentes recommandations ont été établies par un groupe multidisciplinaire de spécialistes, et ratifiées par toutes les Sociétés Médicales Suisses impliquées dans les soins de patients avec herpès génital (voir Appendice). Leur but est d'améliorer les soins des patients, de réduire la transmission horizontale et verticale et d'alléger le poids psychosocial de cette maladie.
Ce document s'adresse à des médecins praticiens. Il a été élaboré sur la base de recommandations récemment publiées en Europe et aux Etats-Unis,1,2 avec des modifications liées soit à des données récemment publiées, soit aux particularités de la pharmacopée suisse. Nous avons pondéré les niveaux de preuve concernant les observations importantes sur la biologie, la clinique et le traitement des infections herpétiques, ainsi que les niveaux de recommandation selon une codification généralement admise (tableau 1).
L'herpès génital est une infection virale acquise par contact mucocutané. L'infection primaire a une expression clinique variable, fréquemment asymptomatique.3 Une infection primaire symptomatique comprend des signes locaux mais aussi fréquemment systémiques.4 Les deux types d'Herpes simplex virus (HSV-1 et HSV-2) peuvent causer des infections primaires, avec une proportion croissante de HSV-1 en Europe.5,6 Ces virus établissent une infection latente dans les ganglions sensoriels sacrés, d'où ils peuvent réactiver avec production de virus dans la région génitale, avec ou sans symptômes. La fréquence des récurrences varie considérablement d'un individu à l'autre, et tend à décroître avec les années après la primo-infection, de manière variable selon les individus.7 Au niveau génital, HSV-2 réactive beaucoup plus fréquemment que HSV-1. La prévalence de HSV-1 et HSV-2 peut être estimée par des tests sérologiques spécifiques de type. En Suisse, environ 70% des adultes sont infectés par HSV-1, tandis que 20% le sont par HSV-2.8 On estime qu'un Suisse sur 25 souffre d'un herpès génital récidivant diagnostiqué, que trois ont un herpès génital méconnu tandis que un est infecté mais asymptomatique.
Le risque de transmission existe même en l'absence de symptômes. En réalité, la majorité des transmissions horizontales (entre partenaires) ou verticales (mère-nouveau-né) se produisent lorsque le donneur est asymptomatique (III).9,10 Le taux de transmission dans le sens homme-femme est environ cinq fois plus élevé qu'en sens inverse (III). Des préservatifs en latex peuvent réduire le risque de transmission (A). Dans une étude prospective de couples monogames sérodiscordants (I),11 le port de préservatifs lors de plus de 25% des rapports réduisait significativement la transmission homme-femme, tandis qu'une telle protection ne pouvait être démontrée dans l'autre sens. Le traitement suppresseur par valaciclovir diminue la transmission dans des couples sérodiscordants de 50% (I).12 La fréquence croissante des pratiques oro-génitales explique l'augmentation de la fréquence de HSV-1 en tant que cause d'épisode initial d'herpès génital (III).13 Une infection préalable par HSV-1 diminue la probabilité d'herpès symptomatique dû à HSV-2, tandis qu'un effet sur l'infection elle-même reste contesté.3
L'herpès génital favorise la transmission de VIH chez des personnes infectées par HSV-2 (III).14 Toute mesure de prévention de la transmission de HSV-2 contribue donc indirectement à la prévention de VIH (B).
Infection primaire
Chez plus de la moitié des patients, l'infection primaire n'est pas reconnue.3 Si des symptômes sont présents, ils se produisent entre trois et quinze jours après l'exposition à un partenaire infecté et se manifestent par des groupes de vésicules qui progressent vers l'ulcération en quelques jours. La maladie primaire est typiquement sévère avec de nombreux ulcères étendus et des adénopathies inguinales douloureuses. Plus de la moitié des patients souffrent de symptômes constitutionnels. Jusqu'à 20% des patients, surtout les femmes, souffrent de dysurie, allant jusqu'à la rétention urinaire, et une minorité développe une méningite aseptique.15 Les lésions disparaissent complètement après deux à trois semaines. Les deux types d'HSV produisent un syndrome clinique identique.
Des épisodes non primaires ou initiaux en présence d'anticorps préexistants contre HSV sont moins sévères, s'accompagnant plus rarement de symptômes généraux. En pratique cependant, il peut être impossible de distinguer entre une infection primaire ou initiale.
Herpès génital récurrent
Le HSV peut se réactiver dans le tractus génital avec ou sans symptômes. Classiquement, on observe des bouquets de vésicules qui progressent vers l'ulcération, deviennent croûteuses et guérissent en une semaine. L'étendue des lésions est plus faible que lors de l'infection primaire, et les symptômes généraux rares.16 Après un épisode primaire symptomatique dû à HSV-2, près de 89% des patients présentent des récurrences symptomatiques d'une fréquence et d'une sévérité variable (III).17 La fréquence de récurrence dans la région génitale est beaucoup plus élevée avec HSV-2 qu'avec HSV-1 (III).18 Une récidive est souvent précédée de prodromes de type douleur névralgique avec brûlure ou démangeaison.
Cependant, dans beaucoup de cas, les lésions et leur localisation sont moins typiques et, en l'absence d'une anamnèse soignée et de tests diagnostiques appropriés ciblés, l'herpès génital ne sera pas reconnu (III).16,19,20 D'ailleurs, une information détaillée de patientes avec une infection par HSV-2 prouvée sérologiquement mais déclarant ne pas avoir d'herpès génital conduit la moitié d'entre elles à reconnaître des symptômes (III).20
Des localisations atypiques (fessières, anales ou sur les cuisses) sont relativement fréquentes (jusqu'à 61% chez les femmes), parfois accompagnées de douleurs à caractère névralgique (IV).21 Dans tous ces cas, il est justifié de pratiquer des examens virologiques pour assurer le diagnostic clinique (C).
Des présentations atypiques deviennent aussi plus courantes avec l'augmentation de la population de patients immunodéficients, en général après transplantation ou infection par VIH. On observe alors des lésions chroniques et étendues.
Une classification des différents types d'épisodes d'herpès génital se trouve dans le tableau 2.
Détection des infections causées par HSV
Pour démontrer une infection herpétique, on dispose de méthodes de détection directe du virus ou de ses composants (tableau 3) et indirecte, par la mise en évidence dans le sérum d'anticorps dirigés contre le virus.22-24
Détection du virus
Les méthodes de détection du virus se fondent sur trois approches :
* Détection du virus en culture cellulaire ;
* Détection d'antigènes viraux aux moyens d'anticorps spécifiques (tests immunoenzymatiques ou immunofluorescents) ;
* Détection d'acides nucléiques viraux par amplifications (PCR).
Les propriétés et l'utilisation de ces tests sont présentées dans le tableau 3.
Détection d'anticorps contre le virus herpétique
La mise en évidence d'IgG dirigés contre la glycoprotéine G d'HSV-1 (gG-1) ou d'HSV-2 (gG-2) permet le diagnostic de l'infection latente par HSV-1 ou HSV-2 chez le patient ou son partenaire même en l'absence de lésions. Les trousses diagnostiques commercialisées actuellement, capables de distinguer les anticorps contre HSV-1 et HSV-2 utilisent généralement des glycoprotéines recombinantes (voir les listes publiées par l'OFSP : www.bag.admin.ch/md/ ivd/list_h.pdf).
Malgré l'importance de la sérologie spécifique de type pour le conseil des partenaires et pour la prise en charge des patients consultant pour maladies sexuellement transmises, il faut connaître ses limites. Un résultat négatif pour un type ne permet pas de conclure automatiquement à une infection primaire par ce type :
* Lors d'une primo-infection, il faut des semaines, voire des mois avant que la réponse immunitaire type-spécifique à HSV ne se complète. L'apparition des anticorps IgG dirigés contre gG-2, se produit en moyenne après huit semaines voire plus pour ceux contre gG-1. Le traitement antiviral peut en outre retarder la réponse immunitaire (séroconversion).
* Les IgG dirigés contre gG-1 ou gG-2 peuvent disparaître peu à peu en l'absence de réexposition ou de réactivation du virus latent.25
* Dans de très rares cas, la réponse immunitaire humorale n'est pas dirigée contre la protéine gG-2 utilisée dans le test.
La prise en charge est fondée sur l'emploi de médicaments antiviraux. La prescription doit tenir compte du type d'épisode (primaire, récidivant), des caractéristiques du patient (immunocompétent, immunodéficient, femme enceinte, nouveau-né) et de la visée du traitement (thérapeutique-épisodique, prophylactique-suppresseur).
Les médicaments antiviraux par voie systémique diminuent les signes et symptômes de l'herpès dans le traitement de l'épisode initial et aussi, à un moindre degré, des récurrences. Lorsqu'ils sont utilisés en traitement suppresseur, ils diminuent dramatiquement la fréquence des récurrences. Cependant, ces médicaments n'ont pas la capacité d'éradiquer l'infection latente, ni de modifier le risque, la fréquence et la sévérité des récurrences après que le traitement suppresseur soit arrêté. Des études randomisées indiquent que trois médicaments ont un effet clinique semblable sur l'herpès génital : aciclovir, valaciclovir et famciclovir. Le valaciclovir, le L-valine-ester d'aciclovir, jouit d'une biodisponibilité nettement meilleure que l'aciclovir. Le famciclovir, un promédicament estérifié de penciclovir, a également une biodisponibilité élevée.
Un traitement topique avec ces antiviraux n'offre pas de bénéfice clinique détectable (I)26 et n'est pas recommandé (E).
Les symptômes généralement sévères justifient un traitement antiviral. Il devrait être débuté aussitôt que possible sans attendre les résultats des tests de laboratoire (A). La durée de la maladie est raccourcie d'environ une semaine si le traitement débute dans les cinq jours après le début des symptômes.7-30 Les régimes recommandés figurent au tableau 4. La posologie de 2 x 1000 mg de valaciclovir par jour utilisée aux Etats-Unis repose sur l'étude de Fife et al. (A).30 Dans la mesure cependant où 2 x 500 mg de valaciclovir produisent des taux sériques supérieurs à ceux atteints avec 5 x 200 mg d'aciclovir,31 on préfère 2 x 500 mg de valaciclovir en Europe (A). L'efficacité de ce régime a été vérifiée dans une étude contrôlée (I).32 En cas de lésions persistantes, particulièrement chez des patients immunocompromis, la durée du traitement doit être au moins de quatorze jours. Les trois médicaments semblent d'une efficacité comparable, et le choix se fonde sur des critères de tolérance, de compliance et de coût. Il n'existe pas d'évidence clinique que le traitement de l'épisode initial affecte le taux subséquent de récurrence (I).33-35
Les complications suivantes nécessitent une hospitalisation : troubles sphinctériens avec rétention urinaire, méningisme, symptômes généraux sévères, et l'impossibilité de prendre un traitement oral. En cas de rétention urinaire, une sonde à demeure peut être mise en place pour quelques jours. On préfère alors la voie sus-pubienne (C).
L'utilisation d'analgésiques appropriés est recommandée. Les agents anesthésiques locaux sont à utiliser prudemment à cause du risque de sensibilisation. Un traitement antiseptique et antiphlogistique avec des solutions iodées ou astringentes (extraits d'écorce de chêne) en bain de siège ou application de compresses est recommandé (C).
Selon la gravité des récidives, un traitement antiviral oral épisodique, ou suppresseur, ou simplement de soins locaux non spécifiques seront indiqués. Le choix entre ces trois approches doit être fait de manière individualisée après discussion avec le patient. Un traitement épisodique, d'une durée de 2 à 5 jours (tableau 4) initié durant les 24 heures après le début des symptômes, a la capacité de réduire la durée d'un épisode de un à deux jours.29,36-42 Un traitement suppresseur a la capacité de supprimer environ 80% des récidives et a donc un impact beaucoup plus grand sur la morbidité liée à l'herpès génital (I).43
Compte tenu de la nécessité d'une prise rapide des médicaments à l'apparition des symptômes, il faut fournir au patient soit un starter d'antiviraux, soit une prescription avec des instructions pour débuter le traitement lui-même (tableau 4) (C).37-42
Une réduction de 70 à 80% de la fréquence des récidives a été démontrée chez des collectifs de patients souffrant de récurrences fréquentes (> 6 par année) (I).44 La sécurité et l'efficacité d'un traitement suppresseur a été démontré pour plus de dix ans pour l'aciclovir,45 et pour plus d'un an pour le valaciclovir et le famciclovir.29,44,46-48 Le régime de valaciclovir 2 x 250 mg par jour est marginalement plus efficace que 1 x 500 mg, et de ce fait est recommandé aux patients ayant plus de dix récidives par année (A).44 Le traitement suppresseur améliore significativement la qualité de vie (I).49 Au fil des années, la fréquence de récidives baisse de manière variable d'un patient à l'autre.7 Il est donc justifié d'effectuer après 6 à 12 mois un arrêt du traitement suppresseur, pour une durée permettant d'estimer la fréquence résiduelle (par ex. au moins deux récidives) (B).50 En cas de persistance de récidives fréquentes ou sévères, il est tout à fait possible de reprendre un traitement suppresseur qui ne conduit ni à des effets secondaires notables, ni à la sélection de souches résistantes (IV).51
Le traitement suppresseur avec le valaciclovir de personnes avec récidives a un autre effet majeur : la réduction de la transmission de HSV-2 dans des couples monogames sérodiscordants. A la dose de 500 mg par jour, on observait une réduction de 50% de la transmission de HSV-2 et de 75% de l'apparition d'un herpès génital clinique chez le partenaire récipient (12) (I).
Chez l'hôte immunocompromis, en particulier avec infection VIH à un stade avancé, on observe des lésions ulcérées chroniques ou sévères. Chez ces patients, un traitement épisodique ou suppresseur est fréquemment indiqué (B).29 Dans des cas sévères (en général avec dissémination viscérale) ou en cas d'incapacité d'avaler des médicaments, la voie veineuse peut être nécessaire (tableau 4)37-42,52-58. Chez ces patients, la probabilité de sélection de souche résistante augmente avec la profondeur de l'immunosuppression et avec le nombre de cures d'antiviraux. La prise en charge de patients dont les lésions ne répondent plus au traitement standard devrait être effectuée en consultation avec des spécialistes familiers de ces problèmes (C).
L'information et le conseil aux patients fait partie intégrale de la prise en charge de l'herpès génital, avec deux buts : aider le patient à supporter sa maladie et prévenir la transmission sexuelle et périnatale.59 Il n'est généralement pas possible de donner cette information dans le cadre d'une seule consultation et beaucoup de patients peuvent bénéficier d'autres sources d'information : imprimés et sites internet (www.herpesalliance.org, www.herpesnet.ch).
Il ne faut pas sous-estimer le poids sociopsychologique de l'herpès qui est souvent ressenti comme une maladie stigmatisante et a un impact significatif sur la qualité de vie. L'empowerment lié à l'information permet au patient de maîtriser mieux des sentiments négatifs liés à la gravité de la maladie, et au risque de transmission (B).60 Il faut aussi informer les patients que HSV-2 n'est pas en cause dans la pathogenèse du cancer du col (A).
Les messages spécifiques à discuter avec les patients se trouvent dans le tableau 5 (check list d'information au patient).
Les partenaires sexuels des patients atteints d'herpès génital bénéficient d'une prise en charge. Ceux qui sont symptomatiques devraient être pris en charge en conséquence. Ceux qui sont asymptomatiques devraient être interrogés concernant d'éventuelles lésions génitales, éduqués à reconnaître les symptômes d'herpès et on devrait leur proposer une sérologie spécifique de type pour HSV (C).
Aussi bien le HSV-2 que le HSV-1 peuvent être transmis de la mère à l'enfant lors de l'accouchement et peuvent provoquer une infection souvent sévère chez le nouveau-né. En Suisse, l'incidence de l'herpès néonatal est vraisemblablement basse, basée sur les résultats d'une étude nationale en cours.61
Le risque de transmission périnatale dépend du caractère de l'épisode en cours (une primo-infection représente un risque nettement supérieur par rapport à une récurrence) et du type de virus (HSV-1 L HSV-2). En cas d'une détection positive du virus au moment de l'accouchement, cette transmission peut varier entre 30% lors d'une primo-infection et l 1% lors d'une récurrence.62,63 Le risque de transmission verticale est réduit lorsque l'on pratique une césarienne (OR 0,14 IC 95%, 0,02-1,08) (III).62
La distinction clinique entre une primo-infection, une infection initiale avec l'autre type de HSV et une réactivation pendant la grossesse n'est pas possible (III). Cependant elle serait d'un intérêt particulièrement important pour l'évaluation du risque qu'encourt le nouveau-né. Une première manifestation d'un herpès génital pendant la grossesse ne correspond pas dans la plupart des cas à une infection primaire.64 A l'inverse, la majorité des primo-infections sont totalement asymptomatiques.63 En outre, un épisode apparaissant cliniquement comme une récidive peut également être une infection initiale par l'autre sérotype et ainsi, peut représenter un risque accru pour le nouveau-né.62 Ces observations font apparaître l'inutilité d'une prise en charge distincte des épisodes primaires et des récidives de l'herpès génital pendant la grossesse. Cette approche pourra être différente lorsque la nature précise de l'infection peut être caractérisée par la détermination du type viral et des anticorps type-spécifique.
Aucun dépistage, qu'il soit sérologique ou viral (par culture ou PCR) effectué avant l'accouchement, ne permet une identification fiable des nouveau-nés à risque d'un herpès néonatal (III).62 Pour cette raison, un tel dépistage de routine ne peut pas être recommandé (D). La valeur d'un dépistage sérologique en début de grossesse afin d'identifier les patientes à risque de développer une primo-infection est en cours d'évaluation.
Traitement des épisodes cliniques
Toutes les patientes présentant un premier épisode clinique ou une récidive pendant la grossesse peuvent être traitées par aciclovir ou valaciclovir selon les recommandations d'usage (tableau 4). Ces traitements ne semblent pas représenter un risque accru pour le ftus.65,66
Traitement suppresseur
Des études randomisées ont montré qu'un traitement suppresseur à partir de la 36e semaine de grossesse jusqu'à l'accouchement réduit la fréquence de manifestations cliniques ainsi que l'excrétion du virus au moment de l'accouchement et de ce fait permet d'éviter un certain nombre de césariennes (I) (A).67-70
Mode d'accouchement
Une anamnèse positive d'herpès génital en l'absence de symptômes génitaux (lésions actives ou prodromes de douleurs ou brûlures) au début de l'accouchement n'est pas une indication de césarienne élective (E).70 En présence de lésions herpétiques cliniques ou d'une détection positive du virus ou des deux lors de l'accouchement, la césarienne constitue une mesure de prévention efficace (III) 62 et est par conséquent indiquée (B). Lors de rupture des membranes, dans la mesure où la maturité pulmonaire ftale est acquise, une césarienne doit être pratiquée aussi vite que possible, au plus dans un délai de quatre à six heures (B).69
Dans un contexte d'immaturité pulmonaire, nous ne disposons pas de données suffisantes permettant de définir des recommandations précises. La poursuite de la grossesse dans ce contexte semble ne comporter qu'une faible augmentation du risque d'une infection ftale/néonatale en dépit d'un traitement maternel antiviral (avec ou sans maturation pulmonaire). Cette attitude expectative doit être évaluée par rapport au risque de prématurité (qui dépend essentiellement de l'âge gestationnel) lié à une extraction immédiate par césarienne.69 Le risque lié à une attitude expectative lors d'un herpès récurrent et une rupture prématuré pré terme des membranes apparaît comme peu important (IV) (B).70 Dans de telles situations complexes un transfert immédiat auprès d'un centre spécialisé est recommandé (C).
Si la poche des eaux est intacte et en l'absence de contractions, un herpès génital récurrent dans les semaines précédents le terme n'est jamais une indication de césarienne élective70 (D). Il convient de se rappeler que même à 37 et 38 semaines de grossesse, il existe encore un certain risque de syndrome de détresse respiratoire néonatale qui sera significativement accru si la naissance s'effectue en pratiquant une césarienne (III).71
Après un épisode symptomatique d'un herpès génital récurrent pendant la grossesse, un accouchement par voie basse est possible en absence de toute lésion clinique au moment de l'accouchement. Cependant si la patiente présente durant le troisième trimestre une infection génitale primaire ou initiale, le mode optimal d'accouchement n'est pas précisément défini. La plupart des recommandations préconisent une césarienne élective pour toutes patientes ayant développé une infection clinique primaire dans les quatre à six semaines avant l'accouchement (IV)©.1,72-76 Mais certains experts estiment que le ftus reste à risque de contamination lors d'accouchement par voie basse jusqu'à l'apparition des anticorps type-specifique IgG, qui peut prendre jusqu'à huit à douze semaines©.77
L'herpès néonatal se manifeste par trois tableaux cliniquement différents. La forme la plus fréquente (50% des cas) et la plus légère reste localisée sur la peau et/ou les yeux ou la bouche. L'infection touchant de manière prédominante le SNC, l'encéphalite herpétique néonatale (33%) se manifeste par une léthargie et des convulsions et entraîne très fréquemment des séquelles secondaires. La forme disséminée (17%) est liée à une mortalité élevée et s'accompagne d'une hépatite, d'une pneumonie, d'une coagulation intravasculaire disséminée et d'un état de choc.78
Lors de l'établissement du diagnostic on observe les symptômes suivants : des vésicules cutanées 68%, un état fébrile 39%, une somnolence 38%, des convulsions 27%, une conjonctivite 19%, une pneumonie 13%, une coagulation intravasculaire disséminée 11%.
Il est rare que les symptômes soient déjà présents à la naissance, mais ils peuvent survenir chez 60% d'entre eux au-delà de cinq jours de vie. Parfois les symptômes ne se présentent que quatre à six semaines après la naissance (III).79
En présence d'un herpès génital manifeste lors de l'accouchement ou d'excrétion connue du virus chez la mère, une culture de frottis des tissus conjonctifs, oro-pharyngiens et rectaux du nouveau-né est recommandée. Pour mettre en évidence une transmission (et non seulement une contamination), les frottis doivent être prélevés dans les 24 à 48 premières heures de vie du nouveau-né (C).69
La surveillance du nouveau-né doit être attentive et suffisamment longue (jusqu'à quatre à six semaines), pour déceler la survenue de tout symptôme d'herpès néonatal. A la sortie de l'hôpital, les parents doivent en être adéquatement informés (B).
La majorité des cas d'herpès néonatal surviennent alors que l'anamnèse d'herpès génital est négative chez la mère.63 Il convient donc de rechercher immédiatement une infection à HVS chez tous les nouveau-nés présentant des symptômes correspondants (B). Un tiers des nouveau-nés atteints d'herpès ne présente pas de lésions cutanées caractéristiques, ce qui constitue par conséquent un défi particulier en matière de diagnostic.79
Il faut penser à un herpès néonatal en particulier en cas de :
* Lésions caractéristiques de la peau ou des muqueuses
* Conjonctivite, en particulier en cas de conjonctive oculaire injectée ou de kératite
* Convulsions et/ou somnolence, en absence de toute autre explication
* Etat fébrile ou autres symptômes systémiques, sans autre explication.
En cas de suspicion d'herpès néonatal, il convient de pratiquer les examens suivants (C) :62
* Culture des frottis des vésicules, tissus conjonctifs, oro-pharyngiens, culture des selles/rectum, urine et sang
* Ponction lombaire avec recherche de HSV par PCR (la culture du liquide céphalo-rachidien est moins sensible)
* Tests biologiques de routine y compris les transaminases et la crase
* Imagerie cérébrale et/ou examen ophtalmologique selon les cas.
Un traitement à haute dose pendant une durée suffisamment longue avec aciclovir par voie intraveineuse a prouvé son efficacité (II).78 Toutefois, une infection néonatale herpétique reste associée à une mortalité et morbidité résiduelle certaine. Alors que la forme localisée se soigne toujours sans laisser de séquelles, l'atteinte du SNC entraîne une mortalité de 6% et des séquelles résiduelles chez 69% des cas. L'infection disséminée a une issue fatale dans 31% des cas et entraîne des séquelles secondaires dans 17% des cas.78 Le facteur déterminant du pronostic est le délai écoulé avant la mise en place du traitement dans l'évolution de la maladie (III).
Pour obtenir les meilleurs résultats thérapeutiques, en cas de suspicion clinique d'herpès néonatal, il convient de débuter immédiatement après prélèvement des échantillons diagnostiques décrits au chapitre précédent, une thérapie intraveineuse par aciclovir à raison de 60 mg/kg par jour en trois administrations (A). En cas d'examens virologiques négatifs, le traitement peut être suspendu. En cas d'infection localisée à HSV, la durée de traitement est de 14 jours, et en cas d'atteinte du SNC ou d'infection disséminée, de 21 jours (B).78 Si l'infection touche les yeux, une thérapie antivirale locale doit en plus être instaurée.
Après un herpès néonatal, des récidives cutanées peuvent survenir pendant une certaine période. Le rôle d'un traitement suppresseur n'est pas encore défini dans de telles situations. En cas d'infection oculaire, un examen ophtalmologique devra être pratiqué deux à trois semaines après l'arrêt du traitement pour exclure une kératite.
Un traitement préventif par aciclovir des nouveau-nés asymptomatiques dont les mères souffrent d'herpès génital n'a pas de fondement certain et n'est pas de ce fait recommandé (D).69
Les nouveau-nés présentant une infection confirmée ou soupçonnée à HSV doivent être isolés et seront soignés en évitant tout contact direct avec les lésions de la peau et des muqueuses ainsi que les sécrétions et les liquides corporels.
Les lésions herpétiques situées sur les lèvres, les doigts, les mamelons de la mère ou d'autres personnes qui ont un contact direct avec des nouveau-nés peuvent également constituer un risque de transmission nosocomiale, toutefois faible, d'infection herpétique néonatale. La mère, le père, les visiteurs et le personnel soignant lors du séjour à l'hôpital doivent par conséquent en être informés et doivent prendre les mesures nécessaires (protection/isolement des lésions pour éviter un contact direct avec la peau ou les muqueuses du nouveau-né). Il n'est pas nécessaire d'exclure le personnel soignant souffrant d'herpès labial des soins au nouveau-né lorsque ces mesures de précautions sont observées (B).69
En raison du risque élevé de complications, même pour des infections herpétiques épithéliales «bénignes» de la cornée et d'un risque extrêmement élevé de séquelles visuelles graves, on fera contrôler tous les patients présentant une atteinte oculaire par un ophtalmologue.