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Un progrès important dans l’histoire moderne fut la formation des Etats nationaux. Depuis la Paix de Westphalie en 1648, on sait que l’exigence de la non-ingérence dans les territoires étrangers a décisivement contribué à la naissance de la souveraineté étatique et au développement autonome de territoires bien définis. Ceci a finalement offert un cadre pour réfréner la convoitise d’autres Etats. Suivant cette logique, la Confédération suisse devint indépendante du Saint-Empire romain germanique, ce qui lui a permis de se développer de manière autonome vers un Etat fédéral et de créer les conditions pour devenir une démocratie directe et un Etat fédéraliste.
A cette époque, les peuples européens, respectivement leurs seigneurs, avaient tiré leur leçon du terrible carnage de la Guerre de trente ans. Plus d’un tiers de la population avait péri suite aux maladies, à la famine, aux meurtres et assassinats. Les êtres humains voulaient en finir.
Les connaissances apportées par le siècle des Lumières et la revendication de structures étatiques indépendantes avec un peuple et un territoire dotés d’une Constitution ont posé le fondement des Etats nationaux actuels et de la démocratie en tant que forme étatique.
Pourtant cette évolution n’a malheureusement pas garanti la paix éternelle, dont rêvaient les êtres humains. Certes, l’Etat-nation souverain offre une certaine protection contre les convoitises d’autres nations, cependant cette souveraineté doit être protégée activement contre toutes les attaques venant de l’extérieur. Pour cela, il faut tout d’abord un gouvernement national qui préserve et défend résolument la souveraineté et il va de soi qu’une armée persuasive et opérationnelle est également indispensable. Même si la Suisse en tant qu’Etat neutre a pu prendre un rôle particulier vis-à-vis des autres Etats, même des petits Etats, cela seul ne la protège nullement contre les aspirations des puissants de ce monde de la façonner comme ils l’entendent. Ici, on n’a plus tout de suite recours à la force militaire, les choses se passent plus subtilement, de manière moins spectaculaire, tant que le succès des puissants sera garanti.
Outre une bonne défense militaire en tant qu’ultime raison, un Etat a également besoin d’une agriculture performante qui ne soit pas orientée vers l’exportation mais vers l’approvisionnement de la population et capable en temps de crises de survire sans importation. Car il n’y a rien de plus facile que d’affamer un pays pour le rendre docile. L’argument du Conseil fédéral suisse selon lequel la sécurité alimentaire serait garantie par un système mondial de libre circulation des produits agraires est naïf et fait fi des expériences historiques.
Lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, lors de la crise du Canal de Suez ou aussi lors de la Guerre du Kippour la Suisse a fait l’expérience à quel point l’approvisionnement énergétique indépendant est essentiel. Pendant la Seconde Guerre mondiale, on a dû faire des concessions amères pour se procurer du charbon quand nécessaire. Avec un hiver rigoureux sans matériel de chauffage, on imagine ce que cela aurait signifié pour la population.
C’est pourquoi, dans les années 50, la Suisse a commencé à envisager plus intensivement la production d’énergie électrique. Là où la technique permettait d’être en harmonie avec la nature, on commença à construire des centrales hydroélectriques pour augmenter le degré d’approvisionnement en électricité. Ainsi, la Suisse pouvait générer dans son propre pays une partie importante de sa production énergétique. Le pays doit préserver cette autonomie. Cependant, l’UE essaie avec des accords sur l’énergie de rendre les pays plus dépendants les uns des autres et de les démunir en partie de leur souveraineté. Avec des importations d’électricité à prix cassés, elle affaiblit la production énergétique suisse. Dans un marché libre, les petites centrales mais également les grandes auront trop peu de réserves financières pour survivre face aux multinationales énergétiques de l’UE si nous ne les protégeons pas en leur accordant des subventions. Sans garantie de l’Etat le secteur énergétique se trouvera en difficultés. Car dans un marché de l’électricité ouvert et global les grands prestataires vont tout faire pour engloutir les petits. Vu les prix continuellement poussés à la baisse, la construction de nouvelles centrales n’est plus profitable. Mais la préservation de l’autonomie en approvisionnement énergétique doit devenir une de nos priorités nationales. Si nous considérons la question énergétique sans prendre en compte la souveraineté de l’Etat, cela pourrait avoir des conséquences fatales pour l’avenir. •
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