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La lenteur de la croissance et la modération (ou la baisse) de l’inflation semblent récemment être devenues la norme dans la région.
L’année 2019 s’est avérée décevante pour les principales économies d'Amérique latine. Les analystes et les autorités ont été contraints de réviser leurs prévisions à la baisse à plusieurs reprises. Il est en effet devenu évident que la région ne serait pas en mesure de se détacher du ralentissement de l'économie mondiale.
En outre, les efforts de réformes structurelles ont produit des résultats inférieurs aux attentes dans de nombreux pays (Chili, Colombie et, en partie, Brésil) ou sont menacés de régression dans d'autres (Mexique et, surtout, Argentine). Les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de réformes structurelles sont particulièrement inquiétantes, privant de nombreuses économies de leurs moteurs de croissance: les entreprises et les ménages réduisent leur consommation en raison du contexte incertain, tandis que la faible utilisation des ressources freine les investissements privés. Les perspectives des exportateurs se sont détériorées, en raison de la dégradation de la conjoncture mondiale et de la menace d'une nouvelle escalade dans la guerre commerciale. Les gouvernements qui privilégient l'assainissement budgétaire ont peu de marge de manœuvre pour accroître les investissements publics ou les dépenses discrétionnaires.
la tendance mondiale à l'assouplissement de la politique monétaire.
La détérioration des perspectives s’est traduite par une inflation plus faible que prévu. Compte tenu d’une marge limitée en matière d'assouplissement budgétaire et du faible rythme de progression des réformes, la politique monétaire demeure au centre de l'attention. Grâce à la baisse des taux d'inflation, la plupart des banques centrales de la région sont en mesure de suivre la tendance mondiale à l'assouplissement de la politique monétaire.
Au mois de juin, la Banque centrale du Chili a surpris les marchés en abaissant son taux directeur de 50 points de base (pbs). Elle a procédé à une nouvelle baisse de 50 pbs en septembre, les autorités invoquant une inflation ne montrant aucun signe de rebond et une croissance plus faible que prévu. Alors que la situation économique devrait continuer d’entraîner les taux à la baisse au cours des prochains mois, nous prévoyons une réduction par la banque centrale de son taux directeur à 1,5% d'ici la fin de l'année, probablement à travers deux baisses de 25 pbs.
Au Brésil, le taux d'inflation annuel IPCA (CPI) s'est établi à 3,4% en août, soit nettement moins que le point central de la cible d'inflation (4,25%). Si la dépréciation récente de la devise brésilienne est susceptible d'avoir un impact, nous estimons qu’un écart de production conséquent et des perspectives de croissance médiocres se traduiront par une très faible répercussion du taux de change sur les prix domestiques, ce qui laisse globalement intacte la possibilité de nouvelles mesures de relance monétaire.
Récemment, le président de la Banque centrale du Brésil (BCB), Roberto Campos, a noté que l'évolution de l'économie mondiale suscitait une inflation «modérée», confirmant notre opinion selon laquelle des efforts de relance supplémentaires restent nécessaires. Nous pensons que le BCB abaissera son taux directeur à 5% d'ici la fin de l'année en vue d'accélérer la reprise.
Nous considérons également que des hausses de taux sont peu probables en 2020, la croissance anticipée (environ 2%) s’avérant trop faible pour réduire le taux de chômage.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
le cycle d’assouplissement devrait se poursuivre.
La situation de l'inflation étant plus grave au Mexique, la banque centrale (Banxico) doit se montrer plus prudente. Toutefois, certains signes indiquent que le processus de désinflation monte en puissance à mesure que l'économie ralentit. Le Mexique se trouve dans une situation plus précaire, car le pays est davantage exposé à la menace d'une escalade de la «guerre commerciale». En outre, le moins qu'on puisse dire est que l'administration actuelle entretient des relations quelque peu tendues avec les marchés et les investisseurs. Ce contexte fait peser certains doutes sur la stabilité de la devise et, indirectement, sur la robustesse du processus de désinflation. Nous restons malgré tout convaincus que le taux directeur pourrait être réduit davantage, de 8% actuellement à 7,25% d'ici la fin de cette année, puis à 6,5% d'ici décembre 2020.
À l'exception des pays confrontés à des circonstances assez difficiles (Argentine et Venezuela), la lenteur de la croissance et la modération (ou la baisse) de l’inflation semblent, récemment, être devenue la norme dans la région, sous l’influence probable d'un phénomène mondial. D’où notre scénario de taux directeurs «plus bas pour plus longtemps» en Amérique latine.