Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07276.jsonl.gz/602

Par sélectif il faut entendre ici la sélection du sexe de l’enfant. Certaines cliniques anglaises acceptent de pratiquer l’avortement à la demande de parents qui ne veulent pas de fille ou pas de garçon.
C’est encore un thème compliqué de la société moderne. D’abord il faut se rappeler que l’avortement et l’infanticide sélectifs se pratiquent régulièrement en Inde, et dans d’autres pays d’Asie. Dans ce cas ce sont les filles qui sont sacrifiées, à cause de la coutume et du prix de la dot qui appauvrit les familles.
En Angleterre une équipe de journalistes a piégé des cliniques en caméra cachée. La patiente fictive demandait à être avortée pour éliminer un garçon ou une fille. Or c’est illégal. L’avortement en Angleterre est encadré et les décisions doivent être justifiées médicalement ou socialement. Des médecins donnent ou non leur accord.
La question du choix de l’enfant par l’avortement fait donc débat. La plupart des réactions que j’ai pu lire expriment une indignation. Je le comprends dans la mesure où la raison d’avorter peut sembler conduire à une société qui pratique l’exclusion de genre. Pire: choisir ainsi le sexe de son enfant peut déséquilibrer la société entière. Dans ces conditions l’avortement devient un crime.
Pourtant la question du choix du sexe de l’enfant n’est pas nouvelle. Il existe des méthodes qui permettraient d’obtenir le sexe désiré:
«Pour avoir un garçon, il serait conseillé de manger salé : privilégiez les aliments riches en sodium et potassium comme la viande, le poisson séché ou fumé, la charcuterie, les lentilles, les pommes de terre, les poires et abricots, les fruits secs et les eaux minérales gazeuses comme la Saint-Yorre.
Pour avoir une fille, il suffirait de limiter les aliments du régime garçon, et de consommer la nourriture riche en calcium ou en magnésium. Vous pouvez alors manger des jaunes d’œuf, des pâtes, du riz, de la semoule, du poisson frais et de la viande en quantité limitée, les agrumes et eaux minérales.
77,6 % de femmes ayant suivi un régime spécifique pour avoir un bébé de sexe masculin ou féminin ont mis au monde un enfant du sexe désiré.»
Donc le choix du sexe est déjà pratiqué dans les faits. Pas par un avortement, mais on peut se poser la question: est-ce si différent? Au fond l’intention est la même. On peut aussi se demander combien d’avortements sont pratiqués en France et en Europe pour le choix du sexe de l’enfant, là où la mère n’a pas besoin de justifier sa demande?
La question de la sélection prénatale du sexe est donc acceptée si elle est liée à régime alimentaire, refusée en cas d’avortement, et d’une manière générale elle est tue.
Quel est le principe, s’il y en a un, autre qu’une réaction émotionnelle, qui doit conduire à admettre ou refuser l’avortement sélectif? On pourrait citer justement la non-discrimination. Pourtant les méthodes qui préconisent un choix par l’alimentation où par le moment du rapport sexuel selon l’ovulation impliquent que le droit à cette discrimination existe dans les faits, et qu'il ne pose pas de problème dans ces cas.
Donc, sur quel principe se poser? Faut-il même un principe? S’il n’en faut pas, pourquoi s’indigne-t-on?