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On appelle ANGLICISME un emploi ou une tournure propres à la langue anglaise. Ce sont d’abord des mots spécifiquement anglais ou américains dont on use et abuse aujourd’hui, par snobisme ou par ignorance de l’équivalent français : ainsi l’inscription °Sale, peinte en grandes lettres blanches sur une vitrine, même sale, d’un magasin est particulièrement malvenue ! Et que dire de °Cashmeere, qu’un navrant snobisme de boutiquier préfère à cachemire, métonymie tirée de la province du même nom ? C’est aussi toute une catégorie de termes pris dans des acceptions ou régissant des constructions littéralement calquées sur l’anglais : ces anglicismes rampants, qui ne sont pas lexicaux, mais grammaticaux, n’en sont pas moins pernicieux, car ils altèrent le caractère même de la langue qu’ils envahissent.
Citons au hasard, tant ils sont nombreux : °votre attention s’il vous plaît ! au lieu de Attention ! (éventuellement répété) : le reste, qui va de soi, n’est que du verbiage ! °Basique au lieu de fondamental, de base 1Par exemple le vocabulaire de base d’une langue. L’adjectif basique existe en français, dans la langue des sciences, de la chimie en particulier, où il s’oppose à alcalin.; °digital, °digitaliser au lieu de numérique, numériser ; °contacter qqn au lieu de se mettre en rapport avec qqn ; °le futur au lieu de l’avenir (v. Rem. ci-dessous) ; une batterie au lieu d’une pile électrique ou d’un accumulateur ; °bloquer une date au lieu de réserver une date ; de °haute qualité, de °basse consommation au lieu de grande qualité, de faible consommation ; une °haute école au lieu d’une grande école : cf. les Grandes Ecoles françaises : Ecole normale supérieure, Ecole nationale d’administration, Ecole Polytechnique, etc. °Cibler au lieu de viser; °réhabiliter un bâtiment au lieu de restaurer ; °flyer, au lieu de papillon ou de feuille volante, qui traduit pourtant si bien le disgracieux flyer. Le juge °en charge de ce dossier, au lieu de chargé de ; °il est hors de question, au lieu de il n’est pas question ; °gardez votre droite (à l’aéroport de Genève), au lieu de tenez votre droite, ou mieux : tenez-vous à droite ; cela °fait / ne °fait pas sens, au lieu de cela a un sens ou n’a pas de sens ; faire °référence à, au lieu de, selon les cas, se référer à, mentionner, signaler, faire allusion à ; en °lien avec, au lieu de en rapport avec, lié à ; °corrélé à, au lieu de lié à ou en corrélation avec ; prendre quelque chose en °compte, au lieu de prendre en considération ; en revanche, on dit tenir compte de qqch., une chose entre en ligne de compte. Mettre la pression sur qqn au lieu de mettre qqn sous pression. Le malade souffre d’une infection °sévère au lieu d’une grave infection ; cours de niveau °intermédiaire, de niveau °avancé, au lieu de cours de niveau moyen, de niveau élevé. Ne pas se lier d’amitié avec les °locaux au lieu des indigènes ou des autochtones ; un local étant une pièce d’un bâtiment (des locaux commerciaux) cette forme d’amitié est pour le moins saugrenue… De même dans un supermarché, la pancarte local, fixée au-dessus de produits régionaux ou indigènes est une impropriété de terme, ceux-ci n’étant pas présentés dans un local spécifique.
Remarque. — Du verbe advenir (issu du latin advenire, qui signifie arriver, se produire), le substantif avenir vient de l’expression datant de la fin du XV e s. « les choses advenir », c.-à-d. à venir. Cette locution verbale a fini par se substantiver.
― Naguère on disait à propos d’une femme son futur, où futur garde sa valeur d’adjectif accompagnant un substantif sous-entendu : celui d’époux ou de mari. C’est pourquoi, à propos d’un homme, on disait aussi, de manière parfaitement égalitaire, sa future [femme, épouse].
— En tant que substantif, le futur désigne en français des temps verbaux : le futur simple, le futur antérieur et le futur proche, lequel n’est pas synonyme de proche avenir, mais le nom d’une forme périphrastique formée du semi-auxiliaire aller accompagné d’un infinitif, forme servant d’auxiliaire de futur et s’employant au présent et à l’imparfait de l’indicatif : elle va vous répondre sous peu ; ils allaient sortir quand le téléphone sonna.
Quant à cet exemple, il parle de lui-même : la réduction globale des cas devrait ainsi ralentir dans un futur proche. Enfin, le slogan placardé dans les rues de Genève en été 2012 : le futur commence à Genève, est inepte et prétentieux ; où commencerait alors le futur antérieur ?
Autre tournure calquée sur l’anglais faisant fureur actuellement : °merci de + infinitif présent : °merci de frapper avant d’entrer, °merci d’éteindre la lumière en quittant la salle et, à la forme négative : °merci de ne pas donner de nourriture aux poneys, °merci de ne pas marcher sur la pelouse — au lieu de prière de frapper avant d’entrer, veuillez éteindre la lumière en quittant la salle, prière de ne pas donner de nourriture aux poneys, il est interdit (défendu) [ou interdiction] de marcher sur la pelouse, etc.
C’est sans doute parce que les formules traditionnelles telles que veuillez / prière de + infinitif, ayez l’obligeance / l’amabilité de + infinitif, voire interdiction de + infinitif ou il est défendu / interdit de sont jugées trop longues, trop polies ou trop impératives par les gens pressés et °efficients d’aujourd’hui qu’elles sont tombées en désuétude quasi complète, relevant de sentiments d’un autre âge… Or la formule °merci de [ne pas] + infinitif présent est non seulement contraire aux habitudes du français, mais encore d’une amabilité feinte, sinon insidieuse, quand elle n’est pas franchement comminatoire…
Comme on ne remercie que d’une chose obtenue, faite, reçue, etc., merci de est uniquement suivi de l’infinitif passé : Merci d’être venu si rapidement, ou, bien sûr, d’un substantif : merci de votre aide, de votre message, de votre amabilité, etc. (Et non : merci °pour votre lettre, °pour votre invitation, car le substantif suivant la préposition étant le complément déterminatif du nom merci doit être introduit par de). Si l’on veut remercier de manière anticipée, on dira : je vous remercie d’avance de bien vouloir me répondre le plus rapidement possible, ou je vous saurai[s] gré de bien vouloir…
Autres anglicismes : le verbe initier n’a jamais en français le sens général de commencer (une carrière), d’entreprendre (une étude), de lancer (un projet), d’ouvrir (des négociations), de mettre en œuvre (une mesure), mais uniquement celui d’admettre qqn à la connaissance d’un savoir peu répandu, à la participation de certains cultes ou de certains rites secrets 2Petit Robert, s.v. : initier un candidat aux mystères du culte de Déméter à Eleusis ; initier un néophyte aux arcanes du pouvoir. Quant au verbe débuter, il s’emploie uniquement de manière intransitive : le spectacle a débuté. Il n’en demeure pas moins que le bon vieux verbe commencer, qui s’emploie aussi bien transitivement qu’intransitivement, est le plus correct ; il n’a aucune raison de se voir expulser 3Et non le participe passé passif expulsé, l’infinitif actif expulser marquant une action. par les deux anglicismes ci-dessus.
Comme si cela ne suffisait pas, voilà que l’on met le verbe initier, déjà pris dans ce sens fautif, à la forme pronominale : Cette °boucle de plus de 6 km peut °s’initier où l’on veut, au lieu de : on peut commencer ce circuit où l’on veut [à raquettes et non °en raquettes ! comme à vélo, à moto, puisque l’on ne saurait se déplacer à l’intérieur de ces moyens de locomotion].
Semblablement, le verbe transitif intégrer, qui signifie « faire entrer dans un ensemble en tant que partie intégrante » 4Pt Rob., ne désigne donc pas une action faite par le sujet sur ou pour lui-même ; il ne veut pas dire, par exemple, entrer à (l’université, au conseil d’administration d’une société, etc.) Rappelons qu’il a d’abord un sens mathématique (soit celui de calculer l’intégrale d’une fonction), puis celui que nous citons ci-dessus.
Quant au verbe rejoindre – un mauvais calque du verbe anglais to join – il est employé à tort et à travers dans toutes sortes de contextes où il n’a rien à faire, jouissant d’une faveur sans bornes. Ainsi, dans une phrase comme celle-ci : Laissez-vous tenter par telle ou telle activité et °rejoignez-nous ! C’est le verbe pronominal se joindre à ou le verbe adhérer à qu’il faut utiliser : joignez-vous à nous, adhérez à notre parti, joignez-vous à notre groupe de musiciens amateurs. Et que dire de ce slogan publicitaire pour le moins malencontreux : Votre avenir professionnel ? Imaginez-le aux HUG (Hôpitaux universitaires de Genève) et °rejoignez le premier hôpital universitaire de Suisse [pour vous y faire soigner en cas d’urgence…]. C’est un verbe comme s’engager, ou l’expression présenter sa candidature qu’il faudrait utiliser.
Ou encore cette injonction en usage à l’aéroport de Genève : °rejoignez la sortie 42, au lieu de gagnez la sortie, rendez-vous à la sortie 42 ; et l’on pourrait multiplier les exemples à l’infini. Enfin ce cas limite : l’écrivain a rejoint New York où il réside ! Ecrire est rentré à N.Y., où il vit / où il habite était sans doute trop banal. On remarquera la virgule avant où, obligatoire devant une proposition subordonnée relative de valeur explicative. Sans virgule, la relative est de nature déterminative, ce qui n’est évidemment pas le cas ici.
Le verbe rejoindre – qui, à l’origine, comme l’indique son préfixe, signifie joindre de nouveau des choses ou des personnes séparées par diverses circonstances – a, dans son acception la plus courante, le sens de se joindre de nouveau à, rattraper une personne / un groupe dont on s’est momentanément distancé ou séparé : partez déjà, je vous rejoins dans cinq minutes. C’est aussi retrouver une personne / un groupe à un endroit précis, où l’on se rend par deux itinéraires différents : Allez par la route, moi je prends le raccourci et nous nous rejoignons à la gare dans une demi-heure. Pour d’autres emplois du verbe rejoindre on consultera avec profit un bon dictionnaire français.
L’article indéfini un/une dans des titres d’ouvrages ou dans des vœux quotidiens
Contrairement à l’anglais, ce n’est pas l’habitude du français de faire précéder de l’article indéfini un, une des titres de livres ou d’articles, que ce soit dans des titres simples : °Une histoire de [ceci ou cela] comme : Une histoire de la langue de bois ‒ ou dans des doubles titres : Voyage en Dieu. °Un manuel de méditation chrétienne ; Prison communiste, °une vérité spirituelle. Comme dans nombre de langues romanes et en grec moderne, par exemple, l’absence de l’article indéfini suffit pour marquer le caractère indéterminé d’une chose.
Semblablement, on ne fait pas davantage précéder des vœux divers de l’article indéfini : A vous aussi, °une bien belle journée ; Merci à vous °pour (au lieu de de !) votre texte et °une belle fin de journée également. Cette manière ampoulée de s’exprimer est empruntée et peu naturelle…
C’est que, entré relativement tard dans la langue, l’article indéfini représente l’affaiblissement, déjà sensible en latin classique, du numéral unus, una, unum, signifiant un seul, un en particulier. S’il servait à l’origine à compter, il a très vite été employé dans des cas où il n’était nullement question de compte. Dès les premiers temps de l’ancien français, il apparaît épisodiquement sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Ayant pris très tôt le sens d’un certain, puis celui d’un quelconque, il est toutefois assez rare dans l’ancienne langue, où il n’est pas exprimé quand il y a indétermination, mais où il s’emploie pour présenter un être particulier dont il n’a pas encore été question ; une fois introduit dans l’énoncé, celui-ci sera accompagné de l’article défini, puisqu’il sera désormais individualisé.
Jusqu’à l’époque classique, où l’emploi de l’article indéfini devient vraiment régulier, le français se passait dans l’ensemble de l’article indéfini, qui avait gardé de son origine latine une nuance de particularisation (d’un être ou d’une chose dont on n’a pas encore parlé). On l’omettait généralement devant autre, même, tel, tout et demi, ainsi que dans certaines locutions, dont beaucoup ont survécu jusqu’aujourd’hui : ne dire mot, quantité de gens, en cas de pluie, par mauvais temps, en lieu sûr, en lieu et place de, bonne journée, bonne soirée, etc. Usant avec mesure de l’article indéfini, la langue d’aujourd’hui a donc gardé ce qui est fondamentalement conforme à la nature du français.
°Dédier à
Remarque. — A force d’être employé à toutes les sauces, sauf à la bonne (cf. infra) ‒ tout ou presque pouvant être dédié à tout et à n’importe quoi ‒ cet anglicisme envahissant a éjecté de la langue le verbe correct, consacré par un usage séculaire, nous voulons parler du verbe… consacrer ! En dépit de l’étymologie, consacrer à, n’a plus guère dans la langue d’aujourd’hui qu’un sens profane : celui de destiner à un certain usage 5H. Bénac, Le Dictionnaire des synonymes ; rendre propre à qqch., R. Bailly, Dictionnaire des synonymes. On dira donc, par exemple : consacrer [et non °dédier] une étude à un sujet donné.
Appartenant à l’origine à la langue religieuse, dédier 6Du latin ecclésiastique dedicare, d’où le substantif la dédicace, sur lequel on a formé au début du XIXe s. le néologisme dédicacer. a un sens proche de celui de vouer : on dédie une œuvre d’art à une personne seulement, c.-à-d. qu’on lui en fait hommage (à ne pas confondre avec dédicacer) ; on dédie un ouvrage à la mémoire de qqn ; on ne saurait donc °dédier une benne à la récupération du vieux papier !!! On la destine à cet usage trivial.
— A noter toutefois ceci : lorsque la dédicace d’un livre est imprimée, on dit que l’auteur dédie son livre à quelqu’un. Si elle est manuscrite, comme cela se fait lors d’une séance de dédicace d’un nouveau livre, on dira que l’auteur a dédicacé son livre à tous ceux qui le lui demandaient. Là où le français a deux verbes, pour exprimer deux sens différents, l’anglais n’en a qu’un : to dedicate, dont l’anglomanie d’aujourd’hui s’est emparée pour répandre à l’envi ce barbarisme. Ainsi des tournures comme une conférence des Nations Unies °dédiée à l’environnement, un produit °dédié à la finance solidaire (sic) sont fautives et même dénuées de sens.
L’idéal est de s’installer dans un endroit °dédié, clair et lumineux (pour le travail à distance, c.-à-d. à domicile) ; les incidences sécuritaires de l’utilisation d’internet avec des machines (?) non °dédiées !!! Sans commentaire… Cet emploi absolu (c.-à-d. sans complément) de dédié, participe passé passif, est absurde : c’est convenable, adapté, approprié, adéquat, idoine, ou encore la locution latine ad hoc qui conviennent ici.
Comme on le constate, la plupart de ces anglicismes sont dus à ce dont se garde tout bon traducteur : les faux amis, soit les vocables qui, dans une langue étrangère, présentent des similitudes trompeuses avec des mots de sa propre langue, comme, par exemple : actually, qui, en anglais, a le sens d’effectivement et non d’actuellement. Ou encore l’éducation.
L’éducation
Remarque. — Si le terme d’instruction se rapporte surtout « aux connaissances qui forment l’esprit, l’éducation, en un sens plus large, a rapport au cœur, aux mœurs, à la politesse, parfois même au corps, aussi bien qu’à l’esprit, et se dit aussi pour les animaux qu’on veut rendre dociles ou utiles : Elle n’avait pas peut-être plus d’instruction, mais elle avait reçu une éducation plus fine. [J. Romains] » 7Exemple proposé par Henri Bénac, Dict. des syn.s. v. – C’est ce qu’illustre cette phrase de Charles Bally : « les états qu’impliquent les divers milieux de l’activité humaine sont l’ensemble des conditions présidant à la vie d’un individu : classe sociale, niveau culturel de son entourage, éducation, degré d’instruction, convictions personnelles, principes moraux, etc. » Comme il appert de cette citation, éducation et instruction ne sont pas synonymes en français ! C’est pourquoi l’appellation Ministère de l’éducation nationale, qui a remplacé l’ancien Ministère de l’Instruction publique, est contestable ! Ainsi, on se gardera d’employer éducation dans le sens qu’il a en anglais ; en français, une personne bien éduquée est une personne bien élevée, qui a de bonnes manières. Avoir reçu une bonne instruction ne va pas obligatoirement de pair – malheureusement ! – avec une bonne éducation…
De l’ordre régulier des mots dans la phrase française
Remarque. — Reste à traiter de l’anglicisme probablement le plus menaçant, puisqu’il affecte la nature même du français : nous voulons parler de l’ordre des termes composant une appellation en général, que ce soit la raison sociale d’une entreprise, le nom d’une association, d’une organisation, d’une société, d’une manifestation culturelle ou sportive, etc. Citons au hasard : °Payot Librairie, °Montreux Jazz Festival, °Transports service, °Genève marathon, °social démocratie, °arc club (sur le « modèle » de tennis club, football club), °bébé ambulance et, le plus amphigourique de tous : °musiques en été festival ! Festival de musiques estivales est sans doute jugé inintelligible ! Quant au °Saint-Gervais Genève Le Théâtre, ce charabia se passe de commentaire, tant la forme simple et naturelle le Théâtre [de] Saint-Gervais de Genève est banale : … tout cela est proprement renversant !
Le point commun à toutes ces appellations est le fait qu’elles inversent complètement l’ordre direct ou logique du français, dit ordre progressif ou, selon un autre point de vue, ordre descendant, soit, pour simplifier, l’ordre sujet – verbe – attribut / complément(s).
Dans la mesure où les premières places de la phrase sont réservées aux termes que le génie de la langue juge les plus importants, l’ordre progressif énonce : 1° le sujet ; 2° l’action ou l’état ; 3° le complément (c.-à-d. ce qui complète l’action ou l’état). Cet ordre va donc du déterminé ‒ l’objet à déterminer ‒ au déterminant ‒ ce qui détermine. 8Cf. H. MORIER, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, art. inversion, pp. 549ss.
Chaque élément de la chaîne des termes est précisé par celui qui le suit ; on a donc la chaîne directe : A ← B ← C ← D ← E, etc. A est déterminé par B, lui-même déterminé par C, lequel est déterminé par D et ainsi de suite. Dans la phrase enchaînée, l’ordre des termes liés obéit donc à des lois strictes, conformes au génie de la langue. Il y a inversion dès qu’un des éléments de la chaîne est déplacé. A cet ordre logique s’oppose l’ordre dit psychologique ou affectif, qui traduit, comme Bally l’a bien mis en évidence, les mouvements de l’âme et les innombrables nuances des sentiments 9cf. Manuel de stylistique française, IIe part., chap. IV, A, l’inversion..
Ainsi, les exemples donnés ci-dessus doivent être corrigés comme suit : Librairie Payot (ce qui était d’ailleurs son appellation d’origine !), Festival de jazz de Montreux, Service de transports, Marathon de Genève, démocratie sociale, club de tir à l’arc, club de tennis, de football, ambulance à bébés 10Comparer avec une tasse à thé, un verre à eau, etc., etc..
On remarquera la réintroduction de la préposition de, dite préposition universelle du français, puisque c’est elle qui, en général, établit les rapports de détermination 11Pour de plus amples renseignements sur l’ordre des mots dans la phrase française, on se reportera à l’ouvrage de Ch. Bally, Linguistique générale et linguistique française, première section : Séquence progressive, §§ 313ss., ainsi qu’au 2e vol. de la Syntaxe du français moderne de G. & R. Le Bidois, L’ordre des mots dans la phrase, pp. 1ss.. Elle est donc indispensable et ce n’est pas faire preuve de discernement que de la supprimer systématiquement, comme c’est généralement le cas aujourd’hui… Pour des raisons d’économies ? pour faire moderne et efficace ?
Au terme de ce rapide survol des anglicismes ayant envahi le français, on aura constaté que, par ce terme, on n’entend pas seulement l’emploi de vocables anglo-américains dans notre langue, ce qui d’ailleurs a toujours existé, mais bien une influence polymorphe du génie de la langue anglaise sur le génie du français. On peut dès lors parler d’une forme d’aliénation du caractère de notre langue, soumise à toutes sortes d’influences, certes difficilement évitables, mais dont il faut au moins prendre conscience, afin de ne pas y contribuer !… Qui s’intéresse aux échanges linguistiques s’étant instaurés entre le français et l’anglais au cours de l’histoire trouvera, aux pages 24 à 26 de notre Manuel de stylistique française, une présentation succincte de ces rapports, qui commencèrent en 1066, année de la conquête des Iles Britanniques par les Normands et se sont poursuivis tout au long de l’histoire, jusqu’à notre époque, l’anglo-américain ayant pris le relais de l’anglais britannique.