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Secrets de famille
Qu’est-ce qu’un secret ? C’est ne pas parler, ne pas dire garder un secret. Et un non-dit ? C’est une façon de dire, sans les mots. Il existe trois sortes de secrets : essentiels (intimes et nécessaires à l’individu pour se construire) ; toxiques (les histoires familiales cachées et tues) et dangereux (abus sexuels).
Toutes les familles ont des secrets. Chacun essaie de protéger les tiers d’informations qui ne nous paraissent pas importantes pour eux. Salvador Dali a vécu avec un secret de famille : son frère aîné est mort 3 mois avant sa naissance et en naissant il a connu la mort (voir ci-dessous). Sa peinture est remplie de non-dits. Ils se transmettent silencieusement, involontairement. Les non-dits ont autant de poids que les paroles. Comment l’enfant réagi autour du non-dit ? Est-ce de ma faute ? Ai-je fait une bêtise ? Mes parents ont-ils fait quelque chose de honteux ? Est-ce que je me fais des idées ? L’enfant s’invalide par rapport à ce qu’il pense par rapport à ses parents. Ce que l’enfant ne peut exprimer en mots s’impriment en lui et s’expriment en maux.
Par exemple : l’enfant de remplacement
Psychologue et analyste, Kristina Schellinski étudie un thème douloureux et souvent passé sous silence: l’enfant de remplacement, né après la mort d’un autre enfant. Quelques illustres personnages ont été dans ce cas, comme Vincent van Gogh (qui naît un an jour pour jour après son frère Vincent Willem, mort-né), Salvador Dali, Françoise Dolto…
Le point.
Définition d’un enfant de remplacement. Un enfant de remplacement au sens strict du terme est un enfant conçu pour remplacer un enfant décédé. On peut également y associer un bébé déjà «en route», quand l’autre meurt; un jumeau survivant et l’autre non; un avortement ou encore une fausse couche. C’est alors un enfant de remplacement si sa fonction et/ou son rôle dans la famille est de remplacer.
Les conséquences psychologiques paraissent multiples. Oui, cela peut aller d’un malaise bénin, comme ne pas être bien dans sa peau; d’une mauvaise estime de soi jusqu’à la dépression grave, voire une psychose. Chez les adultes, j’ai souvent constaté des troubles relationnels, des problèmes et surtout une souffrance liée à la culpabilité du survivant.
Le nouvel enfant est alors utilisé par les parents pour ne pas faire le deuil qui lui restera collé. Il est terrible de perdre un enfant! C’est la chose la plus tragique qui peut arriver aux parents. Et c’est tellement humain de ne pas vouloir faire face à ce deuil douloureux. «Faites-en un autre!» entend-on souvent par d’autres personnes. Mais c’est faux, c’est un raccourci. La présence d’un nouvel enfant rappellera toujours l’absence de l’autre. Les parents devraient réussir à faire le deuil, lui dire adieu et pouvoir s’en séparer. S’ils n’y arrivent pas, comment voulez-vous qu’un nouveau-né puisse le faire à leur place?
Notion de culpabilité liée à l’existence même de cet enfant de remplacement. On parle de la culpabilité du survivant. C’est un symptôme central chez l’enfant de remplacement. Être simplement vivant alors que l’autre ne l’est pas, crée un sentiment de culpabilité. On connaît d’ailleurs ce même phénomène chez les survivants des guerres ou les victimes de l’Holocauste ou de leurs descendants. Le survivant peut même se sentir responsable de la mort de l’autre.
Aussi l’enfant vivant n’est souvent pas «aussi bon», que l’autre l’aurait été! L’enfant de remplacement s’en sentira coupable. Et encore, si l’on n’est pas soi-même, tout en remplaçant l’autre, on se sentira un jour coupable de rater sa propre vie.
Cri d’alarme et prévention. Si l’on peut aider les parents à faire face au deuil, à enterrer l’enfant mort, à prendre le temps avant de concevoir un autre être, on éviterait beaucoup de souffrance! Surtout il serait bon d’éviter des erreurs, comme appeler le nouvel enfant du même prénom qui rappelle l’enfant décédé. Le nom est essentiel au développement de sa propre identité et il faudrait la sauvegarder. Et bien sûr, veiller dans l’éducation de l’enfant à ne pas lui transférer le rôle ou la fonction de celui qui est parti. Des groupes de soutien pour les enfants et pour les parents seront une bonne chose, car tout enfant a le droit d’exister pour lui-même et de ne pas remplacer quelqu’un d’autre.