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Pour parler de vaccins contre la variole du singe, il faut en fait décrire les vaccins contre le virus de la variole humaine, car, pour l’instant, seuls ces derniers sont disponibles. Le virus de la variole du singe a été identifié chez l’humain en 1970 à la fin des campagnes de vaccination visant à l’éradication de la variole humaine, décrétée effective en 1980 par l’OMS. Cette éradication a été possible car le virus de la variole humaine affichait les caractéristiques le permettant. A savoir, un virus confiné à la population humaine depuis longtemps, ce qui a vraisemblablement contribué à une stabilité antigénique remarquable, une infection s’accompagnant toujours de symptômes reconnaissables, permettant d’identifier les derniers cas de variole et de les circonscrire par la vaccination en anneaux et la disponibilité de vaccins générant une immunité protectrice et durable.
Les vaccins étaient tous dérivés de multiplies souches du virus de la vaccine (vaccinia virus). Ce virus animal dont on ne connait toujours pas le réservoir naturel, mais qui infecte le bétail (vaches, chevaux, moutons etc.) a été empiriquement défini comme apte à protéger du virus de la variole humaine (avant même que la réalité du virus ne soit établie) par l’expérience fondatrice de Edward Jenner à la fin du 18ème siècle. Ce dernier, réalisant que les vachers et vachères qui avaient développé une maladie à pustules en trayant des vaches qui affichaient les mêmes pustules sur leurs pis, a eu l’idée d’inoculer au jeune James Phipps du liquide provenant d’une pustule de Sarah Nelms, trayeuse émérite. Après avoir récupéré de la fièvre et d’un malaise général, James Phipps a eu le privilège d’être inoculé avec le liquide d’une pustule variolique humaine cette fois sans que la maladie ne se développe. Cette pratique s’est ensuite progressivement développée et affinée, particulièrement au début de 20ème siècle, moment où la réalité des virus a été décrite et acceptée.
Au cours de la deuxième moitié du 20ème, sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS )une campagne de vaccination planétaire a été entreprise avec le succès mentionné ci-dessus. En 1967, l’OMS a commencé par mettre un peu d’ordre dans le nombre élevé des souches de vaccinia virus en circulation, aboutissant à des vaccins dits de première génération. Ces vaccins contenaient tous des virus vaccinia compétents pour la multiplication et étaient pour la plupart propagés dans la lymphe de veau. Ils affichaient un taux non négligeable d’effets secondaires importants, tels que des infections disséminées pour les personnes immuno-supprimées ou souffrant de dermatites, de rares mais sérieuses encéphalites chez les enfants de moins de 2 ans, et de myopéricardites.
La deuxième génération de vaccins comprend des souches propagées cette fois en cultures de cellules et produites dans des conditions de bonnes pratiques (GMP). Ces vaccins contenaient toujours des virus compétents pour la multiplication. Si les risques de contaminations par d’autres agents infectieux étaient diminués, les effets secondaires de la vaccination étaient similaires à ceux de la première génération.
La troisième génération est dérivée d’un virus dit « souche Ankara » (virus isolé à Ankara, Turquie), prélevée d’une lésion affectant un cheval. Ce virus vaccinia a été ensuite modifié par plus de 570 passages successifs dans des cellules d’embryons de poulets menant à la souche MVA (pour Modified Ankara Virus). Les passages successifs sont effectués à partir du virus provenant du cheval qui sert à infecter des premières cellules de poulets. Les virus produits lors de cette infection sont récoltés et constituent le passage 1. Les virus du passage 1 servent immédiatement à infecter de nouvelles cellules produisant des virus de passage 2. Et ainsi de suite plus de 570 fois. La série d’infections va progressivement sélectionner des virus qui acquièrent la capacité de se multiplier efficacement dans des cellules du poulet, perdant de ce fait la capacité à se multiplier dans des cellules de mammifères. Cette désadaptation constitue une atténuation de la virulence. En l’occurrence, le virus atténué infecte bien les cellules humaines mais a perdu la capacité de production de nouvelles particules virales, annulant ainsi la dissémination du virus dans l’organisme. Cette atténuation résulte en une perte d’information génétique (délétion) nécessaire à la formation des particules virales dans les cellules humaines. Visiblement cette information n’est pas nécessaire à la formation des particules virales dans les cellules du poulet. Hormis l’absence de production des protéines concernées par cette délétion, la production des autres protéines virales se fait normalement. L’organisme vacciné est donc exposé à toute la panoplie des protéines de l’intrus, favorisant une réponse immune très large. Les effets secondaires observés correspondent maintenant à ceux habituellement associés à la vaccination, tels que symptômes locaux au site d’introduction (grattage à l’aide d’une aiguille bifide), ainsi que des signes cliniques plus généraux tels que maux de tête, fatigue, douleurs musculaires.
Ces vaccins, la Suisse en a commandé 40’000 doses pour une estimation de 20’000 personnes prêtes à se faire vacciner. En plus, l’armée, elle, veut en stocker 60’000 en prévision d’épidémies potentielles, causées par un virus de la variole qui réapparaitrait par accident, ou par d’autres virus de la même famille (Virus Orthopox). Il y en a plus d’une cinquantaine, dont huit ont été décrits comme infectant l’humain. Pour l’instant ce vaccin n’a pas été agréé par Swissmedic parce que le fabricant n’a pas encore déposé de demande d’autorisation.
A ce stade une question s’impose : comment sait-on que le vaccin efficace à contenir le virus de la variole humaine, jusqu’à permettre son éradication, est efficace contre les autres virus de la famille, dont le virus de la variole du singe. Les études cliniques habituelles ne sont pas disponibles parce que pour les faire il faut avoir à disposition un collectif de personnes à risque dont une partie est vaccinée et l’autre ne l’est pas. Ce n’est qu’en démontrant que la partie vaccinée est protégée que l’on établit l’efficacité du vaccin. Des modèles animaux (souris, primates non humains, chiens de prairie..) permettent de penser qu’il y a des protections croisées, du moins partielles, entre ces différents virus. De rares études faites en Afrique (1988), ont conclu en observant l’incidence de la maladie chez les personnes vaccinées ou non, une différence en défaveur des non-vaccinés ( 0,04/10’000 versus 1.7/10’000). Les cas contacts infectés s’élevaient à 4.3% pour les non vaccinés contre 0.7% chez les vaccinés. L’étude conclut à un effet protecteur de la vaccination. En 2003, une flambée de variole du singe atteignant les humains a éclaté aux Etats Unis. Pour la première fois, le virus avait quitté l’Afrique, transporté par l’importation d’animaux venant du Ghana. Le virus a circulé dans des espèces animales locales, notamment les chiens de prairie, qui ont à leur tour infecté des humains. Sur la centaine de cas humains rapportés, plus de septante ont été suivis pendant plus d’une année. De même, leurs contacts ont été étudiés. Quatre groupes de personnes ont donc été suivis : les infectés, vaccinés ou non et les cas contacts, vaccinés ou non. En plus d’obtenir des renseignements sur le déroulement des infections en lien avec des marqueurs du système immun, la question de la protection suite à une vaccination contre la variole humaine dans l’enfance a pu être étudiée. Les chiffres sont faibles. Par exemple, sur 29 cas d’infection, 6 avaient reçu une vaccination dans leur enfance, arguant que la vaccination préalable ne procure pas une protection complète. Pourtant, les vaccinés infectés ont été plus nombreux à afficher une maladie moins sévère que les non vaccinés. Une méta analyse (un résumé de dizaines d’études) publiée en février 2022 arrive à une conclusion intéressante. L’âge des personnes infectées en Afrique durant les quatre décennies passées n’a fait qu’augmenter depuis 1980, moment où la vaccination contre la variole humaine a cessé. Dans les années 1970-1989, la variole du singe était principalement une maladie de jeunes enfants (4-5 ans). L’âge moyen a augmenté à 10 ans dans les années 2000-2009 et a atteint 21 ans pour les années 2010-2019 (lien avec l’article Le virus de la variole du singe…). Cette observation est cohérente avec le fait que dès 1980, moment de l’arrêt de la vaccination, la population de susceptibles augmente en âge, attestant de la protection apportée par la vaccination contre la variole humaine.
OFSP-Variole du singe : https://www.bag.admin.ch/bag/fr/home/krankheiten/ausbrueche-epidemien-pandemien/aktuelle-ausbrueche-epidemien/affenpocken.html
OFSP-Vaccination : https://www.bag.admin.ch/bag/fr/home/krankheiten/ausbrueche-epidemien-pandemien/aktuelle-ausbrueche-epidemien/affenpocken/impfung-behandlung.html#135728321