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13.05.2022 - 29.05.2022
Monica Vitti a disparu pour la dernière fois. La première fois, c’était à l’écran, au début de sa carrière, en jouant le personnage de Claudia dans L'avventura de Michelangelo Antonioni. Puis, en 1988, lorsque la rédaction du journal Le Monde avait cru à une «fake news» et publié l’annonce de sa mort. Au début des années 2000, atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle avait quitté la scène publique, avant-dernier acte de sa récente et définitive disparition. Icône du cinéma révolutionnaire des années 1960 avec Antonioni, reine de la comédie populaire italienne ensuite, mais aussi grande interprète au théâtre et à la télévision, Monica Vitti a expérimenté plusieurs vies, personnages, genres cinématographiques, langages et scénarios.
Diplômée de l’Académie nationale d’art dramatique en 1953, elle débute sa carrière sur scène avec Machiavel, la tragédie grecque, Brecht, Shakespeare, en jouant en parallèle des rôles comiques et de cabaret. C’est grâce à ces interprétations qu’elle est repérée par Antonioni, avec qui elle noue une relation artistique et sentimentale, et pour qui elle incarne les personnages tourmentés de la tétralogie de l’incommunicabilité (L’avventura, 1960; La notte, 1961; L’eclisse, 1962; Il deserto rosso, 1964), quatre films qui donneront au cinéaste et à sa muse une renommée internationale fulgurante.
Quand Antonioni tourne Blow-Up en Angleterre avec Vanessa Redgrave, Vitti change de registre et s’illustre dans des comédies à l’italienne et des films à sketches. Elle tourne alors avec Mario Monicelli dans La ragazza con la pistola (1968), Ettore Scola dans Dramma della gelosia (1970), ou encore Dino Risi dans Noi donne siamo fatte così (1971) où elle joue douze rôles. Elle devient ainsi l’une des principales protagonistes du cinéma italien et tient tête à ses collègues masculins, comme Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman, Giancarlo Giannini, Nino Manfredi ou Alberto Sordi.
Malgré son succès populaire, elle ne délaisse pas le cinéma d'auteur et joue pour Joseph Losey (dans un registre comique sublime dans Modesty Blaise, 1966), Miklós Jancsó (La pacifista, 1970), Luis Buñuel (Le Fantôme de la liberté, 1974), ou encore André Cayatte (La Raison d’Etat, 1978). Elle revient de temps en temps au théâtre, son premier grand amour (notamment dans la version féminine de Strange Couple de Neil Simon, dans les années 1980, avec une mise en scène qui restera gravée dans les mémoires et qui est signée d'une autre grande actrice comique, Franca Valeri), et ne snobera jamais la télévision, convaincue de son importance pour véhiculer la culture.
Véritable actrice à 360 degrés, intellectuelle à l’intuition sous-estimée et à la communication débordante – avant d’être réduite au silence par une maladie cruelle –, Monica Vitti avait compris très tôt l’importance d’un langage artistique multiforme. En ce sens, elle a été une artiste extrêmement moderne, précurseuse d’une certaine idée de la transmission, de l’art et du cinéma qui a inspiré de nombreuses générations d’actrices et de comédiennes.
N.B. Pour rendre hommage à Monica Vitti, nous souhaitions proposer les trois premiers films de la tétralogie de Michelangelo Antonioni, avec lesquels tout a commencé. Nous espérons que la vague de tristesse suscitée par sa disparition dans le monde facilitera l’accès aux copies des œuvres cinématographiques qu’elle a contribué à rendre célèbres, de manière à pouvoir lui consacrer une plus vaste rétrospective dans le futur.
Chicca Bergonzi