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Vittorio Sella (1859-1943) est l’un des principaux photographes et alpinistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. C’est le neveu de Quintino Sella, l’un des membres fondateurs du Club Alpin Italien (1863). Il était autant réputé pour ses photographies que pour ses ascensions.
Sella disait lui-même avoir décidé de combiner photographie et alpinisme à partir de 1880 et ne s’intéresser qu’aux hautes régions des Alpes, alors encore peu explorées et non photographiées – même si, nous l’avons vu dans d’autres articles, plusieurs pionniers avaient déjà pris des photographies dans les Alpes. Sella a profité du patronage du prince Luigi Amedeo, duc des Abruzzes, cousin du roi Victor Emmanuel III, dont Sella a été le photographe officiel.
Premières photos en montagne
Sella n’a que dix-neuf ans lorsqu’il fait sa première tentative photographique en montagne, en se rendant au sommet du mont Mars, qui surplombe Biella du haut de ses 2600 mètres. Avec le lourd matériel photographique qu’il a emprunté, Sella fait son premier panorama des Alpes. La technique est celle du collodion humide, ce qui nécessite non seulement d’amener un petit laboratoire et une chambre noire en altitude, mais aussi de développer le cliché lorsqu’il est encore humide, c’est-à-dire dans les minutes qui suivent la prise de vue. Mais les progrès techniques vont faciliter la tâche du photographe alpin : les négatifs secs peuvent être préparés à l’avance et développés plus tard. Leur sensibilité plus élevée permet en outre des temps de pose plus courts.
Sella attache beaucoup d’importance à la photographie et subordonne l’alpinisme à celle-ci, quand de nombreux photographes de son temps raisonnent en sens inverse. Sella est aussi à rebours sur la science, qui ne joue aucun rôle dans sa pratique.
Première hivernale du Cervin et premières photographies depuis son sommet
Sella a développé un goût particulier pour les ascensions hivernales. Il aimait particulièrement grimper et photographier les montagnes en hiver pour la qualité de l’air, à savoir sa clarté due au froid. En 1882, Sella mène la première cordée au sommet du Cervin en hiver. La même année, il écrit à la firme londonienne J. H. Dallmeyer pour lui demander de modifier un appareil photo, avec des plaques de 30 x 40 cm, pour qu’il puisse le transporter plus facilement dans les Alpes. L’appareil pèse près de 18 kg, chaque plaque à peine moins d’un kilo. Auparavant, Sella utilisait le format plus petit de 24 x 30 cm, mais il ne lui convenait pas vraiment :
« Comme je considérais que le format 24 x 30 est esthétiquement trop carré et que, de plus, il est insuffisant pour atteindre l’objectif que je me fixais alors d’offrir, grâce à la photographie, la meilleure image possible des Alpes, je choisissais le format supérieur 30 x 40. »
C’est avec ce matériel qu’il réussit à prendre les premières photographies au sommet du Cervin. Elles ont aidé à l’établir comme le photographe de montagne le plus important de son temps.
Sella, peintre de montagne
S’il est connu en tant qu’alpiniste et en tant que photographe, Sella était également un peintre. Il s’est formé avec Ciardi, même s’il n’avait pas l’intention de faire une carrière artistique. Il a exposé quelques peintures, mais plus pour se prouver à lui-même qu’il n’avait pas perdu son temps et son argent qu’autre chose. Dans ses peintures, Sella fait preuve d’un regard exact et attentif aux détails, mais aussi à la façon de placer les lumières. Photographie et peinture sont évidemment liées dans la pratique de Sella, et plusieurs tableaux sont manifestement peints d’après une photographie prise en altitude, comme le massif du Mont-Rose depuis le pic Tyndall.
En dehors des Alpes
Sella n’est cependant pas resté cantonné aux Alpes, il a également exploré d’autres chaînes de montagnes dans le cadre d’expéditions organisées par le duc des Abruzzes. Il se rend ainsi dans le Caucase à trois reprises en 1889, 1890 et 1896, où le groupe réalise plusieurs premières ascensions. Ils sont dans les premiers à réussir l’ascension de l’Elbrouz, le plus haut sommet en Europe avec ses 5642 mètres.
Il présente notamment quelques photographies prises dans le Caucase à Londres en 1890 et gagne un prix grâce à elles. En 1897, Sella se rend en Alaska. Malheureusement, plusieurs des photographies ont souffert de l’humidité. Sella a également visité l’Himalaya à deux reprises, en 1899 et en 1909, lorsqu’il prend part à une expédition organisée par le duc des Abruzzes Lors de l’expédition dans le Karakoram, le groupe échoue dans son ascension du K2 (tout comme la première expédition à laquelle a pris part le médecin et photographe suisse Jules Jacot-Guillarmod en 1902). Le groupe doit également abandonner l’ascension du Chogolisa, à seulement 150 mètres du sommet en raison du mauvais temps et des corniches. Cela constituait alors le nouveau record d’altitude.
En 1906, Sella accompagne le prince dans le Rwenzori, chaîne à cheval entre l’Ouganda et le Congo qui n’aurait été vue pour la première fois par un Européen qu’en 1876. L’expédition a fait seize ascensions et nommé plusieurs sommets. Si Sella participe donc à des expéditions européennes coloniales visant à conquérir des régions encore vierges, aucun élément dans ses photos ne trahit une rhétorique de conquête ou de gloire. Sella reste centré sur la beauté de la montagne.
Sella accordait en effet une grande importance à l’esthétique et regrettait que la beauté du paysage de montagne laissât indifférent la plupart des alpinistes de son temps.
Depuis 2010 j’ai entrepris à perpétuer la préservation de la mémoire des Alpes en les photographiant.
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