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Psychiatrie culturelle : Consultations pour anxiété climatique
Dr Janet Lewis
Les psychiatres et autres cliniciens en santé mentale sont de plus en plus appelés à répondre aux inquiétudes des patients face à la déstabilisation de nombreux aspects de notre monde. […] La majorité des Américains se disent maintenant « préoccupés » par les changements climatiques et un pourcentage record de 21 %, soit un Américain sur cinq, en est « très préoccupé » . Les récents ouragans, inondations et feux de forêt ont été des rappels des changements climatiques. Bien qu’aucun événement ne puisse être attribué à lui seul au changement climatique, la tendance à des tempêtes plus violentes, à plus de chaleur et à une déstabilisation générale du climat est claire.
Nos patients sont exposés par les nouvelles, et parfois par leur expérience personnelle, à un rythme croissant de catastrophes climatiques et d’extinctions d’espèces et à des informations sur une réaction inadéquate des dirigeants. Les patients bien informés savent aussi que […] nous ne sommes pas simplement confrontés à une « nouvelle norme » de chaleur accrue, d’incendies, d’inondations et de tempêtes, mais que notre situation est encore plus grave et urgente […]. Nous participons tous aux systèmes sociaux, culturels et économiques à base de combustibles fossiles qui ont engendré et qui aggravent cette catastrophe qui se propage lentement.
Comprendre l’anxiété résultant de cette réalité
L’inquiétude au sujet du changement climatique peut être considérée comme justifiée et n’est généralement pas inadaptée. […]
Cependant, une détresse importante au sujet du changement climatique a été décrite. Certaines de ces descriptions concernent des populations particulièrement touchées. Par exemple, les peuples autochtones ont des liens étroits avec la terre et certains perdent leurs terres - des aspects chers de leur identité culturelle - à cause des changements climatiques, ce qui produit une détresse considérable.
Dans une étude menée auprès de patients atteints de TOC en Australie, 28 % des participants à l’étude avaient des descriptions spontanées de TOC liés aux changements climatiques, comme de toujours vérifierque les robinets étaient complètement fermés ou les lumières étaeintes. Une étude sur des Australiens, dont la moitié vivaient en milieu urbain, a documenté une détresse importante face aux changements climatiques, en particulier chez les femmes et chez les personnes âgées de moins de 35 ans.
La détresse face au changement climatique est décrite dans un ensemble de termes connexes tels que « anxiété climatique », « éco-anxiété », « éco-paralysie » et « deuil climatique », qui pourraient tous être considérés comme des syndromes « psychoterratiques ». Ce terme inventé par le philosophe Glenn Albrecht désigne les troubles mentaux découlant de notre relation avec le monde naturel. Un syndrome dit psychoterratique est la « solastalgie », un autre terme inventé par Albrecht [à partir des mots anglais solace (consolation) et nostalgia], désignant la détresse que l’on ressent lorsqu’un environnement bien connu a changé et n’offre plus le même réconfort. […]
Une étude quantitative des visites à l’urgence dans le Kentucky a révélé un risque accru de dépression et de troubles liés à la consommation d’alcool et d’autres drogues dans les régions où il y avait des activités d’extraction minière au sommet des montagnes, un processus qui modifie radicalement le paysage. […]
Un autre syndrome psychoterratique proposé est le « trouble du manque de nature », terme créé par le journaliste Richard Louv, mieux connu pour son livre Last Child in the Woods. Il définit ce trouble comme le coût humain de l’aliénation de la nature, affirmant qu’il y a « une diminution de l’utilisation des sens, des difficultés d’attention et des taux plus élevés de maladie émotionnelle et physique » en raison de notre aliénation de la nature. […]
Une littérature psychanalytique croissante explore également notre relation avec le changement climatique. Comme d’autres psychanalystes, Sally Weintrobe, psychanalyste britannique, éditrice du livre Engaging with Climate Change,a reconnu que le changement climatique peut être considéré comme un problème de développement [de la personne]. Weintrobe écrit que, tout comme dans le développement du jeune enfant, nous cherchons collectivement à passer d’une relation avec la nature en tant que « mère qui allaite et qui toilette » à une relation plus mature où nous reconnaissons que la Terre Mère a des limites.
Des psychanalystes documentent la détresse climatique. Rosemary Randall décrit la détresse causée par la conscience de la dette écologique. Une fois qu’une personne est profondément consciente du fait que, dans sa vie occidentale ordinaire, elle est engagée dans des activités qui affectent négativement l’environnement, nuisant à la fois aux gens d’aujourd’hui et aux générations futures, cela peut être une crise pour cette personne. Prendre conscience de cette dette peut parfois mener à la dépression, au masochisme ou à l’amertume. Elle recommande un « sentiment de proportionnalité » […] et un engagement dans la réparation en réponse au sentiment de dette écologique […].
La psychanalyste Susan Bodnar décrit des cas de détresse climatique chez de jeunes adultes qui se lancent dans des modes de vie autodestructeurs parce qu’ils se sentent désespérés quant à leur vie future sur une planète qu’ils considèrent comme endommagée. Elle recommande la « métaphore environnementale » comme intervention thérapeutique utile. Il s’agit de lier l’auto-négligence et l’autodestruction du patient au comportement de l’humanité envers la Terre et de souligner l’importance de ne pas perpétuer ce modèle […].
L’anxiété face au changement climatique est un peu différente des autres anxiétés que nous traitons souvent, car notre but ne devrait pas être d’éliminer ce qui, dans ce cas, est généralement une anxiété justifiée. […]
De nombreux patients éprouvent une profonde détresse lorsqu’ils observent les souffrances causées par les changements climatiques et qu’ils pensent à ce qui attend leurs enfants et petits-enfants. […]
Ce que nous pouvons faire pour lutter contre le changement climatique et nous y préparer :
- Réduire l’utilisation des combustibles fossiles
- Réduire la consommation de viande
- S’engager dans des activités politiques pour faire sortir les dirigeants d’entreprises et les dirigeants politiques de leur déni ou de leur complaisance.
[…]
- Aider les autres à renouer avec la nature pour faire l’expérience de notre bonne mère la Terre.
- Aider à sensibiliser le public […] au changement climatique
[…]
Le Dr Lewis est professeur adjoint de clinique au Département de psychiatrie de l’Université de Rochester, NY, et elle exerce en pratique privée à Penn Yan et Ithaca, NY.
Source : In the Room With Climate Anxiety – Psychiatric Times n° 35/11, 27 nov. 2018
Traduction Cenator pour LesObservateurs.ch