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(Dans le dernier épisode de cet étrange récit de voyage en Amérique, j'ai poursuivi l'histoire que Captain America m'a faite de lui-même, m'interrompant alors qu'il venait, en tant que John Stevens, de prendre deux balles dans le corps au moment où il pensait pouvoir se sauver.)
L'une des deux balles était tout près du cœur. Il parvint aux pieds de l'être étrange alors qu'il s'apprêtait à perdre connaissance, et celui-ci le recueillit, il se sentit emmené. À peine eut-il le temps de voir une porte bleue se refermer, et des ombres noires se presser à l'entour de lui dans un couloir luisant, avant de sombrer dans l'inconscience. Un curieux mugissement fut le dernier son qu'il entendit, se prolongeant dans son rêve.
Lorsqu'il reprit ses esprits, il éprouva les plus grandes difficultés à comprendre ce qu'il percevait. Il se sentait porté, glissant au-dessus du sol puis tombant comme en un lent tourbillon, sombre et traversé de reflets bleus et d'éclairs blancs. Il lui semblait que ces reflets et ces éclairs étaient vivants, qu'ils portaient un regard fixé sur lui, mais il n'eût su dire de quelle manière. Puis il entra dans un profond sommeil.
Lorsqu'il se réveilla, il lui sembla qu'il avait longtemps dormi, mais il fut surtout surpris par l'endroit où il se trouvait: car c'était une chambre claire, brillante, blanche, traversée de lueurs rouges, jaunes, bleues, mauves, comme si des voyants électriques s'y voyaient, mais il ne s'agissait pas de cela; cela faisait plutôt penser à des gemmes dématérialisées, voguant dans l'air, ou traversant le mur comme des clartés en flocons. Il essaya de bouger, mais il ne le put pas; il se sentait comme encore enfoui dans le monde du rêve, recouvert de duvets épais, de couches de plumes lourdes, et ses membres ne lui obéissaient pas, comme s'ils restaient hors de sa portée, comme si lui-même était dans d'insignes profondeurs, loin de son corps lourd.
Il vit une paroi s'ouvrir en partie, comme si une porte coulissait à l'intérieur, ou comme si le mur disparaissait en une portion vaguement rectangulaire, ou peut-être ovale, il n'eût su dire, et un être apparaître, ressemblant à celui qui l'avait recueilli.
On ne saurait, me dit Captain America, décrire la suite des événements en détails, car elle échapperait à la compréhension humaine ordinaire. Il devait apprendre qu'il avait en réalité dormi presque vingt années. Pendant son sommeil, il n'avait point vieilli, car on lui avait donné un nouveau corps, l'ancien étant sans vie. Il n'eût su dire, de manière que je le comprisse, comment ces membres avaient été forgés, autour de son âme, ou pouvant lui servant de réceptacle, pour mieux dire. Mais désormais il appartenait, par sa nature, au peuple des immortels du monde élémentaire, selon les mots qu'il utilisa. Il était leur frère, et en particulier le fils de l'aigle à visage humain qui l'avait longtemps guidé, pour ainsi dire son père adoptif, comme dans le temps des anciens Romains, mais de façon plus intime et plus vraie. Il avait été engendré une seconde fois, et l'esprit de son père était mêlé en lui, son corps nouveau en était comme émané. Il était donc un surhomme, dont l'action avait la valeur d'une multitude d'hommes.
(À suivre.)