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Cela fait déjà quelques années que Françoise et moi entretenons des relations privilégiées avec Mouni. Ce petit village de brousse est situé à une quinzaine de km de Ouahigouya, au nord du Burkina Faso.
Il abrite la grande famille de notre ami Abdoulaye. Celui-ci est enseignant et travaille depuis plusieurs années au Service des Ressources Humaines de la DPEBA (Direction Provinciale de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation) à Ouahigouya. Nous l'avons connu en 1997-1998, lors de stages pédagogiques dirigés par Françoise et dans lesquels je fonctionnais comme intendant. À l'époque, il avait le projet de créer une bibliothèque scolaire dans son village d'origine et nous avons soutenu financièrement ce projet.
La bibliothèque fut inaugurée en janvier 2000. À l'époque, j'ai raconté l'événement dans un courriel (voir le PDF, 2.3 MB).
En novembre 2000, en juin 2001, en mai 2003 et la dernière fois en août 2005, suite à des disettes à répétitions, nous avons amené ou fait amener des sacs de céréales à Mouni (en 2001 et 2005, déjà sous le nom de «Mil pour le Sahel», conjointement avec les deux autres villages de Gorguél et Arbinda, et avec l'aide financière de nos relations).
Dans le cadre de «Mil pour le Sahel», la quasi totalité des opérations d'achats, de transports et de distributions des céréales ont été prises en charge sur place par des Burkinabè, principalement mes amis Djibril et Aly. Tout s'est toujours passé dans la transparence, tant sur le plan des comptes que de la distribution.
Les coûts ont toujours été négociés au mieux, rien n'a été détourné ou utilisé à d'autres fins et je dispose de tous les justificatifs. Aly a reçu un petit salaire pour son travail alors que Djibril a insisté pour travailler bénévolement, Gorguél et Arbinda étant ses villages d'origine (encore plus au nord, dans le Sahel).
La distribution s'est toujours déroulée de la manière suivante: les sacs étaient déchargés sur une place où étaient convoquées les femmes du village. Chacune se présentait avec un récipient, sac ou calebasse. À l'appel de son nom, elle venait recevoir une certaine quantité de mil correspondant à la taille de sa famille, puis son nom était coché sur la liste. J'ai assisté à quelques unes de ces distributions, toutes se sont déroulées dans le calme et la dignité, au vu et au su de tous. S'il restait quelque chose à la fin de la liste, c'est les plus pauvres qui se le partageaient.
Outre cette aide alimentaire, je suis retourné à Mouni à plusieurs reprises, avec, par exemple, des livres pour la bibliothèque ou des équipements de footballeurs pour les élèves. Une bonne relation s'est créée avec le directeur de l'école (aujourd'hui remplacé) et dans ce cadre j'ai eu l'occasion de financer l'achat de poules pour que les élèves apprennent à gérer un bien: vaut-il mieux vendre les oeufs ou attendre les pousins qu'il faudra défendre des prédateurs? Du matériel scolaire a aussi été financé, de même que des abonnements au «Margouillat Libéré», publication à l'attention des élèves, créée par un groupe d'enseignants de la ville voisine.
Au fil des ans, des liens se créent, principalement avec le corps enseignant (3 classes), mais aussi avec la population, malgré la barrière linguistique: la langue locale est le «morré» et la plupart des adultes n'ont pas connu l'école qui n'existe que depuis moins de vingt ans.
Et entre-temps, certainement dynamisées par notre modeste aide, les femmes ont demandé —et obtenu— des cours d'alphabétisation en langue locale; des latrines ont été créées pour l'école; un forage a été creusé (avec l'aide d'une ONG internationale)...
Mais les femmes en sont toujours à moudre leur mil à la main, entre deux pierres. Lors de ma dernière visite, en mars 2007, elles ont exprimé leur désir de voir se monter un moulin à moteur...
Puis, en juin et juillet, le Sahel a aussi eu droit à ses anomalies climatiques: d'énormes et violentes chutes de pluies ont d'abord causé des inondations, des ravinements et des coulées de boue, la destruction de nombreux bâtiments en «banco» (terre séchée), le déplacement de populations hors des villages, des blessés et même des morts, par noyades ou ensevelissements lors d'écroulements de constructions. Par chance, aucune victime n'est à déplorer à Mouni.
Et puis, les pluies ont brusquement cessé. Trop d'eau en début de saison, pas assez après. Nombre de champs qui avaient pu être ensemencés malgré tout n'ont pas donné les récoltes espérées pour cause de sécheresse!
Le prix des céréales sur le marché augmente pour cause de spéculation, le prix de la viande diminue car les éleveurs des villages veulent tous vendre leurs bêtes pour acheter du mil ou du riz... un scénario malheureusement connu pour un n-ième épisode de la même série!
Une nouvelle aide alimentaire sera-t-elle nécessaire? Pour le moment notre action se borne à un investissement de moyen terme: de toute manière, un moulin à mil sera utile durant de nombreuses années.
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