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En 1909 paraît Villas & maisons de campagne en Suisse, un ouvrage rédigé par l’architecte genevois Henry Baudin (1876-1929) qui présente et conceptualise une nouvelle tendance architecturale en Suisse au début du XXe siècle. Cette architecture correspond à ce que l’auteur considère comme la «renaissance de la maison familiale». Les propos de Baudin sont illustrés par des photographies de plus de 150 bâtiments construits entre 1903 et 1908, et répartis sur tout le territoire suisse. Villas & maisons de campagne en Suisse s’inspire d’une publication due à Hermann Muthesius (1861-1927), architecte et théoricien allemand, parue quelques années auparavant : Landhaus und Garten. Beispiele neuzeitlicher Landhäuser nebst Grundrissen, Innenräumen und Gärten (Munich, 1907). Les deux ouvrages présentent un texte théorique suivi d’un abondant corpus de photographies de villas contemporaines. À l’instar de Muthesius, Baudin accompagne son texte de plans de maisons dont les légendes mentionnent le maître d’ouvrage, le lieu, l’architecte et l’emplacement de son bureau. Au-delà de la forme, des similitudes apparaissent au niveau du contenu.
Construit probablement au XVIe siècle et agrandi au milieu du XVIIe siècle avec l’adjonction d’élégantes galeries, le château d’en bas de Mex a été transformé à diverses reprises, notamment au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Vers 1780-1783, deux dépendances aux façades particulièrement élaborées, réalisées par les architectes Gabriel Delagrange et Abraham Fraisse, ont été bâties au nord et à l’ouest de la cour septentrionale. Dans les années 1930, l’intérieur du château a été profondément remanié afin de répondre aux exigences du confort moderne, tout en intégrant des décors et des aménagements dans le goût du XVIIIe siècle.
Grâce à l’analyse de nombreux documents d’archives inédits, l’auteure nous offre une histoire détaillée de la seigneurie de Mex, du château d’en bas et de ses propriétaires.
L’homme de lettres raffiné qu’était Léon Michaud, imprégné des grands auteurs italiens et français, féru de culture des Lumières, rédigeait en 1947 un «Trésor de mon pays» consacré à Yverdon. Passant en revue les belles réalisations architecturales et artistiques du XVIIIe siècle, notamment le spectaculaire ensemble classique de la Place Pestalozzi, il écrivait au sujet des maisons yverdonnoises: «La plus belle de toutes, celle qui reste vraiment représentative de l’art élégant du XVIIIe siècle, est sans contredit la villa d’Entremonts (1778), ancien hôtel de campagne de la famille des Treytorrens. Située un peu en dehors de la ville, dans le parc de la Cité des Bains, elle mérite le détour qu’on fera pour aller la voir!» L’édifice était alors la propriété de Léon Masraff, qui exploitait encore vaille que vaille les installations des bains voisins et qui a connu un succès certain avec l’eau minérale captée de l’autre côté de l’avenue des Bains, sur le site de La Prairie, dont le nom d’Arkina évoquait l’Arménie de son père Puzant, devenu fin 1920 propriétaire des deux hôtels réputés de La Prairie et des Bains.
S’inscrivant dans la lignée du travail de Clement Heaton (1861-1940), Marcel Poncet a mené de front sa carrière de peintre et de peintre-verrier, puis de mosaïste dès les années 1930. Sa production comprend environ soixante-sept vitraux, situés dans les cantons de Vaud, Genève, en Valais et en Suisse allemande, ainsi que quelques-uns en France, pratiquement tous religieux. Le fonds de l’artiste relatif au vitrail, comprenant près de 1130 œuvres graphiques, esquisses, maquettes et cartons, a été déposé en 1996 au Vitrocentre Romont où il a fait l’objet d’un inventaire réalisé dans sa majeure partie entre 2013 et 2014, sur lequel a pris appui un mémoire de maîtrise achevé en 2016. Ce travail a permis de mettre en lumière une part jusqu’alors peu étudiée de la carrière de Marcel Poncet, avant tout présenté comme un peintre par les critiques, reléguant le vitrail et la mosaïque au rang d’activités secondaires et mineures de l’artiste.
Hormis ses œuvres de jeunesse, conçues dans sa ville natale, La Chaux-de-Fonds, et, en partie, désavouées, Le Corbusier n’a pas réussi à s’implanter dans son pays d’origine par la captation de commandes de grande envergure. Entre la fin de la Première Guerre mondiale et sa mort en 1965, il ne laissera que trois bâtiments, d’ampleur variable, sur le sol helvétique, la villa Le Lac (Corseaux, 1923), l’immeuble Clarté (Genève 1933) et le Musée Heidi Weber (Zurich, 1964-1967). Le refus de son projet pour le Palais de la Société des Nations à Genève en 1927 marquant, à ce titre, l’occasion ratée de s’imposer aux niveaux suisse et international. En revanche, après la Seconde Guerre mondiale, le chaux-de-fonnier n’a pas manqué d’émules et sa démarche détermine une grande partie la production en Suisse romande. Parmi les architectes tributaires de la leçon du maître, Jacques Dumas (1930-2015) constitue un exemple particulièrement remarquable par la reprise et la réinterprétation qu’il propose dans le canton de Vaud de la figure emblématique du Style international.
Les motivations menant aux démolitions d’églises ou de chapelles villageoises paraissent souvent étranges au premier abord. En effet, qu’est-ce qui peut conduire une commune rurale à détruire son lieu de culte, alors que celui-ci en constitue très souvent le cœur social, si ce n’est géographique? Au même titre que les cathédrales ou les collégiales contribuent de manière importante à l’identité des chefs-lieux de nos cantons, on peut intuitivement – et peut-être un peu naïvement – conclure que les églises anciennes participent de manière centrale à la construction et au maintien des identités villageoises. Dès lors, pour quelles raisons voudrait-on renoncer à les conserver?
Le cas de Peney constitue une occasion de mieux comprendre les raisons menant à la démolition d’une église. A cette fin, les évènements qui ont conduit à la destruction du temple de Peney ont été reconstitués au travers des sources disponibles.
Le bâtiment de l’Ecole supérieure de commerce – actuel Gymnase de Beaulieu -, fête cette année ses 100 ans d’existence. Pourtant, le chemin qui aboutit, en 1913, à la pose de sa première pierre a été long et parsemé d’embûches.
De manière générale, l’ancienne Ecole de commerce a conservé une part importante de sa substance d’origine malgré les remaniements essentiellement engendrés par l’accroissement constant des effectifs et le manque récurrent de locaux qui en a découlé. La diversité du vocabulaire architectural s’y nourrit de traditions locales et de multiples influences.
L’avènement des projections dans les cours d’histoire de l’art correspond à un moment où la méthodologie des chercheurs est renouvelée. Avec les vues photographiques, le regard sur les œuvres, et non plus seulement le discours sur les œuvres, est au cœur de la leçon. Les historiens de l’art de la fin du XIXe siècle ont eu conscience du changement amené par la photographie et l’ont théorisé.
La Faculté des Lettres de l’Université de Lausanne possède un fonds ancien de 10324 plaques photographiques d’art et d’archéologie qu’elle utilisait pour ses enseignements. Il est classé, selon des séries géographiques et thématiques, dans quelque 80 boîtes vertes en carton et une armoire à tiroirs. Un inventaire récent complété par des documents des archives de l’Université permet de retracer l’histoire de cette collection de clichés sur verre, et de les situer
Le château de La Sarraz abrite entre ses murs une vaste collection de pièces d’argenterie. L’inventaire et l’identification des poinçons d’orfèvres sont essentiels à la constitution de corpus cohérents et permettent de constater que tous ces objets suivent une logique et s’inscrivent dans une histoire plus générale.
Le croisement de ces informations avec celles trouvées dans les archives, dans les « livres de raison » en l’occurrence, mettent en évidence des caractéristiques communes: premièrement, l’éclairage et les objets de table sont les catégories qui dominent largement; deuxièmement la quantité d’argenterie tant citée que conservée est conséquente; enfin, on retrouve à chaque fois les mêmes centres d’orfèvrerie et bien souvent les mêmes orfèvres.
Au cours du XIXe siècle, le maniement des objets et la façon de manger gagnent une importance à part entière. Le long essor de la codification gastronomique assurera le maintien d’une distinction entre les différentes classes sociale.
Les études récentes menées sur le patrimoine vert lausannois ont révélé que les trois décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale ont été particulièrement prolifiques en matière d’architecture paysagère, qu’il s’agisse de réaménagements d’anciens parcs ou de créations nouvelles. Or, si Lausanne est connue et reconnue comme « ville verte » dès les années 1950, c’est bien à André F. Desarzens qu’on le doit.
Evoquée dans l’ouvrage récemment publié, Lausanne – parcs et jardins publics, la contribution majeure dans ce domaine d’André F. Desarzens, d’abord chef jardinier, puis responsable du Service des parcs et promenades de la ville de Lausanne, mérite qu’on l’étudie de plus près.
De nombreux Vaudois se souviennent encore des imposants bâtiments de la Minoterie Coop à Rivaz, qui, jusqu’en 2005, s’élevaient aux portes du Dézaley, aux pieds de la cascade du Forestay. Aujourd’hui, le site est occupé par un édifice plus discret, le Vinorama, lieu voué à la présentation et à la promotion des vins de Lavaux inauguré en 2010.
Dès le XVe siècle, les rives du Léman près de la cascade du Forestay ont été caractérisées par la présence d’un moulin à farine, marquant l’entrée au cœur du vignoble et demeurant presque inchangé jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il faut en effet attendre le seuil du XXe siècle et le passage d’une activité préindustrielle à une exploitation moderne pour voir le site se transformer radicalement : en 1917, une société nouvellement créée, la Minoterie Coopérative du Léman, prend la place des anciens moulins, en perpétuant leur activité pendant des décennies encore.
La démolition des bâtiments en 2005 met un terme à plusieurs siècles d’industrie meunière. Le site est reconverti en lieu de découverte du vin, produit phare de la région, révélant la volonté des autorités locales de promouvoir une autre image de Lavaux, qui cette même années présente sa candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Des travaux effectués en 1972-1973 dans la chapelle Saint-Sébastien attenante à l’église d’Agiez (district du Jura-Nord vaudois) ont mis au jour, dans des circonstances demeurées mystérieuses, une console armoriée en pierre jaune.
Discrètement, mais soigneusement conservée, elle n’a pas fait depuis l’objet d’études visant, d’une part, à déterminer sa provenance exacte et, d’autre part, à identifier les armoiries figurées dans un écu de petite dimension.
Il est fort tentant et plausible d’attribuer ce blason à Antoine Cosson, notaire et alors mayor d’Agiez.
Si les cathédrales et les édifices majeurs de l’architecture civile et religieuse sont désormais tombés dans les considérations touristiques et commerciales de la société de l’image, le patrimoine de quartier, plus modeste, est confronté depuis plusieurs années à la nécessité de transformer ses usages pour en assurer la pérennité.
Le temple de Saint-Luc, à Lausanne, participe pleinement de cette histoire à transformations multiples dont le patrimoine nous livre les plus emblématiques exemples.
L’hôtel de ville d’Yverdon conserve plusieurs œuvres sur toiles, exposées actuellement dans la salle de la Municipalité. La découverte récente de six panneaux dans les combles, aux sujets très diversifiés, vient enrichir considérablement le corpus des œuvres.
La période à laquelle remonte les panneaux, le XVIIe siècle, est particulièrement faste pour les décors peints. Les hôtels de ville régionaux en particulier en conservent d’intéressants témoins, tant sur le plan stylistique que sur le plan symbolique, les œuvres commandées étant destinées à montrer des exemples édifiants pour les magistrats en charge du pouvoir. Les peintres, que l’introduction de la Réforme avait éloignés des églises, exercèrent leur art désormais dans le domaine municipal ou dans les maisons privées.
Jean-Pierre Vouga est l’un des acteurs qui ont joué un rôle important dans la construction patrimoniale de Lavaux, dont le classement dans la liste des biens de l’Unesco en 2007 ne représente que la dernière étape.
Dans son rôle d’architecte de l’Etat de Vaud, Jean-Pierre Vouga participe en première ligne à l’affirmation de la pensée aménagiste en Suisse romande et à la promotion et mise en œuvre d’une « nouvelle politique cantonale en matière d’aménagement du territoire », avec l’idée fondamentale que le sol et l’espace sont des biens communs, des ressources matérielles et identitaires pour toute collectivité.
De nombreux Lausannois se souviennent encore de l’ancienne chapelle de l’Eglise libre, sise à la rue Langallerie n° 5 à quelques pas du pont Bessières, avant qu’elle ne soit démolie en 1969 pour faire place à un centre commercial. Peu d’entre eux savent cependant que cet édifice fut à l’origine un théâtre, le premier théâtre en pierre construit dans le chef-lieu du Canton de Vaud, inauguré le 15 novembre 1804. L’histoire de cette salle de spectacle étant largement méconnue, notre étude souhaite retracer les circonstances de sa construction, ainsi que les principales tractations et transformations dont elle a fait l’objet, avant de fermer définitivement ses portes en 1860.
Le Musée d’Yverdon et région conserve dans ses collections une remarquable channe en étain de 1680 ayant appartenu à la corporation des drapiers d’Yverdon. Acquise par le musée en 1992, cette pièce permet d’évoquer une page encore peu connue de l’histoire économique d’Yverdon à l’époque préindustrielle et plus particulièrement celle de l’industrie drapière .
En 2004, un mémoire de licence sur une manufacture de laine yverdonnoise à la fin du XVIIe siècle a permis une première approche de ce thème; par la suite, le travail d’inventaire des collections d’histoire du Musée d’Yverdon et région pour lequel l’auteure de l’article a été mandatée a suscité un nouvel intérêt pour cette channe. C’est ainsi qu’il est possible aujourd’hui de présenter les grandes lignes de cet intéressant chapitre de l’histoire yverdonnoise.
Ces dernières années, le portail peint de la cathédrale de Lausanne a fait l’objet d’un intérêt tout particulier : mis en valeur par une importante restauration, récemment rendu aux visiteurs, il est devenu un incontournable du parcours touristique de l’édifice. Dans les textes destinés à un large public, il est présenté comme un chef-d’œuvre; les chercheurs, quant à eux, s’accordent au sujet de la qualité de ses sculptures et de l’originalité de son programme.
Cette appréciation positive du portail peint est-elle récente ? Quel regard lui a-t-on porté durant les siècles? Les textes et les œuvres graphiques qui l’ont commenté et évalué à travers les époques sont autant de témoins révélateurs de l’évolution du goût et de l’intérêt pour l’art médiéval en terres vaudoises et en Suisse.