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En été, on a vu le nombre de cas en Suisse augmenter régulièrement, alors que les lits restent vides dans les hôpitaux. Mais les expériences dans les autres pays montrent que la situation peut changer rapidement. La Suisse tire-t-elle les leçons des erreurs commises ailleurs?Ce contenu a été publié le 01 octobre 2020 - 09:41
En août, la radio-télévision alémanique SRF a enquêté sur la question suivante: pourquoi les lits des hôpitaux suisses restent-ils vides malgré l’augmentation du nombre de cas de Covid, comme on l’observe aussi par exemple en Allemagne ou en Grande-Bretagne?
Trois explications plausibles ont été identifiées:
- L’augmentation du nombre de tests pratiqués permet de déceler plus de cas.
- Depuis juin, les groupes d’âge les plus jeunes ont été infectés dans de plus larges proportions.
- Les groupes plus âgés ont pu mieux se protéger.
Les expériences dans des pays comme l’Espagne et la France montrent que les cas présentant une évolution grave peuvent augmenter à nouveau rapidement si l’on perd la vision d’ensemble de l’épidémie et que le nombre de personnes âgées infectées recommence à grimper.
Justement, avec l’arrivée des températures plus fraîches, qui font que les gens restent davantage à la maison la question se pose: dans quelle mesure la Suisse a-t-elle la situation en mains?
Nous avons évalué les données actuelles et interrogé une experte.
On va continuer à beaucoup tester
Un système de tests fonctionnel est une condition préalable pour avoir une image correcte de la situation actuelle de la pandémie. On sait maintenant qu’une part considérable des infections à la Covid-19 restent quasiment invisibles, parce qu’elles sont asymptomatiques ou que les sujets ne présentent que des symptômes très légers.
Le système de tests a été adapté au fil du temps: depuis le 22 avril, toutes les personnes présentant des symptômes peuvent se faire tester, et depuis le 25 juin, la Confédération prend en charge les coûts des tests. Ces changements et quelques autres ont contribué à ce qu’un plus grand nombre de personnes puissent se faire tester en Suisse.
Mais combien l’ont été effectivement?
Depuis septembre, on teste nettement plus qu’en été, ce qui conduit à avoir plus de cas détectés. L’augmentation du nombre de cas serait-elle donc due uniquement à l’augmentation du nombre de tests?
Le taux de positivité des tests, c’est-à-dire la proportion de tests positifs sur le nombre de ceux qui ont été effectués, aide à répondre à cette question. Selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tant qu’il reste en dessous de 5%, on a une image fiable de la propagation du virus.
En Suisse, le taux de positivité est effectivement en dessous de 5%, mais une fois encore, nettement plus haut aujourd’hui qu’en juin et en juillet.
Emma Hodcroft est épidémiologiste et co-développeuse de la plateforme open source Nextstrain, qui suite les mutations du virus SARS-Cov-2. Pour elle, l’évolution du taux de positivité est un signe clair que les infections augmentent réellement et la hausse du nombre de cas ne peut s’expliquer par la seule fréquence des tests: «Nous devons être prudents. Un taux de trois à quatre pourcent de cas positifs, c’est bien, mais nous ne voulons pas qu’il augmente davantage».
La proportion des jeunes parmi les personnes infectées augmente à nouveau
On l’a vu cet été dans de nombreux pays: la jeune génération, en particulier les 20-29 ans, a été la plus touchée par l’augmentation du nombre de cas.
Il semble que cela change à nouveau lentement. Les jeunes sont certes toujours légèrement surreprésentés par rapport à leur part dans la population globale (qui est d’environ un tiers), mais ils le sont clairement moins qu’ils l’étaient encore à fin août.
Cela ne surprend pas Emma Hodcroft: «Nous ne vivons pas dans une société où nous n’interagissons qu’avec des gens de notre âge». Le meilleur moyen de protéger les groupes vulnérables reste de maintenir le nombre de cas le plus bas possible.
Comme les jeunes présentent souvent une évolution moins grave de la maladie, le nombre d’hospitalisations est resté bas en été. En septembre également, on n’a observé qu’une légère augmentation parmi les groupes de population plus âgés.
L’épidémiologiste Emma Hodcroft s’attend à ce que les choses changent. «Si les cas augmentent dans les autres groupes d’âge, nous nous attendons à une augmentation des hospitalisations et des décès».
On le constate déjà dans d’autres pays d’Europe, comme l’Espagne ou la France. «Ce n’est pas une situation hypothétique», assure-t-elle.
La Suisse n’apprend pas grand-chose des autres pays
Pour Emma Hodcroft, la chose la plus inexplicable dans toute cette pandémie, c’est le peu de leçons que nous tirons des développements dans les autres pays. On l’a déjà vu avec la première vague: «Tout le monde a regardé vers l’Italie en se disant ‘comme c’est grave pour eux, mais chez nous, ça n’arrivera pas’». Pourtant, c’est arrivé dans de nombreux pays.
Alors que faire? Il est essentiel de pouvoir maintenir le traçage des contacts. C’est la seule façon d’interrompre les chaînes d’infection à un stade précoce. Plus le nombre de cas est élevé, plus cela devient difficile. Emma Hodcroft est inquiète pour les zones fortement touchées, comme le canton de Vaud, car le traçage des contacts y arrive lentement à ses limites de capacité.
Elle considère néanmoins le fait que «de nombreux cas se répartissent sur un petit nombre de cantons» comme un avantage. Si ces cantons réussissent à maîtriser la situation, la Suisse se trouvera dans une position plutôt favorable.
Cependant, de nombreux cantons ont hésité à introduire de nouvelles restrictions pour contenir le virus. Emma Hodcroft explique cela non seulement par la pression de l’économie, mais aussi par l’absence de directives claires.
Avec le retour du froid, l’Europe fait face à de nouveaux défis
«En Europe, nous avons eu de la chance avec le temps jusqu’à présent», ajoute Emma Hodcroft. Mais maintenant, l’automne est définitivement à nos portes. «Avec le temps froid, nous sommes confrontés à une série de nouveaux défis».
En effet, lorsque vous êtes à l’extérieur dans un parc, la distanciation sociale est facile, mais à l’intérieur, c’est plus difficile.
Sources et méthodes
Pour cet article, nous avons suivi les méthodes et les considérations du reportage diffusé en août par la télévision alémanique SRF. Nous avons utilisé les données de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Pour le nombre de cas, de décès et d’hospitalisations, nous avons calculé une moyenne sur sept jours. Par hospitalisations, nous entendons le nombre de nouvelles hospitalisations annoncées dans le rapport de situation de l’OFSP. Pour cela, nous avons analysé tous les rapports de l’OFSP depuis fin mars. Comme date d’admission à l’hôpital, nous avons pris en compte la date annoncée, sachant que l’admission effective peut avoir eu lieu plus tôt.End of insertion
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