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Giuseppe Conte annonce sa démission et critique Matteo Salvini
20.08.2019
L'Italie s'est retrouvée sans vrai gouvernement et dans l'incertitude mardi soir après la démission annoncée du premier ministre Giuseppe Conte. Il a pris acte du divorce irrémédiable entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S) dont il est proche, et la Ligue (extrême droite).
Peu après 21h00, M. Conte est arrivé au palais du Quirinal où il a présenté sa démission au président Sergio Mattarella qui l'a chargé, comme c'est la pratique, d'expédier les affaires courantes. A la fin d'un débat parlementaire de plus quatre heures, M. Conte a repris la parole, affirmant vouloir "faire preuve du courage qui manque à Salvini pour assumer ses responsabilités".
Avec la fin du gouvernement né en juin 2018, l'Italie entre dans une période de flottement dont le président Sergio Mattarella détient la clé. Il va entamer rapidement des consultations, avec le défilé attendu dans son palais du Quirinal de toute la classe politique italienne pour explorer la possibilité d'une nouvelle majorité.
Conte, de l'ombre à la lumière?
Plusieurs hypothèses se dessinent: le chef de l'Etat pourrait demander à M. Conte de rester à la tête du pays pour piloter un gouvernement de transition. Beaucoup d'observateurs estiment que le premier ministre, accueilli au Sénat par une banderole "Conte, l'Italie t'aime", sort grandi de la crise. Mardi, le chef du M5S (anti-système) Luigi di Maio, l'a qualifié de "serviteur de la Nation dont l'Italie ne peut pas se passer".
Un gouvernement "Conte bis" pourrait avancer dans l'élaboration du budget pour 2020 et éviter une hausse automatique de la TVA prévue l'an prochain, si rien n'est fait avant pour combler un trou de 23 milliards dans les caisses de l'Etat. Cela donnerait le temps au M5S de peut-être nouer avec le Parti démocrate (centre gauche) un pacte pour "un gouvernement fort et de renouvellement dans son programme", selon les termes du chef du PD Nicola Zingaretti.
L'idée d'une alliance PD-M5S est venue, par surprise, de l'ex-chef de gouvernement Matteo Renzi, toujours poids lourd du PD, qui a proposé à ses anciens ennemis du M5S une réconciliation et un gouvernement "institutionnel".
"J'espère qu'avec la défaite de Salvini, nous pourrons ouvrir une nouvelle page pour l'Italie", a déclaré M. Renzi. Il dit espérer que "l'Italie jouera un rôle plus important en Europe dans les mois à venir". "L'accord entre le M5S et le PD peut être une solution", a-t-il ajouté, en dépit des fortes inimitiés du passé car "le plus important c'est la sécurité financière de l'Italie".
Une autre piste pour M. Mattarella a été suggérée par l'ex-premier ministre et ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, qui propose un gouvernement pro-européen baptisé "Ursula", du nom de la nouvelle présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen. M. Prodi, très écouté, imagine une alliance gauche-droite pour que l'Italie revienne au premier plan en Europe.
Discours à charge
Avant d'annoncer son départ - peut-être pour revenir bientôt -, M. Conte a lancé un virulent réquisitoire à l'adresse de Salvini. Il l'a fustigé pour avoir voulu "poursuivre ses propres intérêts et ceux de son parti" en faisant éclater la coalition formée 14 mois plus tôt avec le M5S.
"Faire voter les citoyens est l'essence de la démocratie mais leur demander de voter tous les ans est irresponsable", a lancé M. Conte, à propos des pressions de son vice-premier ministre pour obtenir des élections immédiates, afin de capitaliser sur des sondages très favorables (36 à 38% des voix pour la Ligue, plus de 50% en cas d'alliance avec la droite traditionnelle).
Le professeur de droit a accusé le ministre de l'Intérieur de faire "courir de graves risques au pays". Il a notamment évoqué le danger d'une spirale négative pour la troisième économie de la zone euro et rappelé les importants rendez-vous qui attendent l'Italie, dont le choix de son commissaire européen prévu lundi.
M. Salvini a maintenu sa ligne après la démission de M. Conte, assurant qu'il irait au Quirinal en qualité de chef de la Ligue pour réclamer au président "la voie royale" du retour aux urnes car "en démocratie la chose la plus belle est de voter".
ats, afp