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Comment comprendre le retour en force de la voix vive dans l'esthétique contemporaine? L'Afrique noire serait-elle parvenue aux rivages ultimes de l'écriture en moins d'un siècle de souscription aux valeurs sacrées de la révolution gutenbergienne? Il faudrait, pour élucider cette problématique, dresser au préalable une carte des différentes catégories performantielles ou des différentes formes d'actualisation vocale du texte négro-africain. En effet, l'oeuvre vocale en tant que texte, sonorités, rythmes et éléments visuels, se manifeste en performance vive et médiatisée. Le théâtre itinérant yoruba, par exemple, est un cas de performance vive où l'auditoire perçoit par l'ouïe et la vue la voix et les gestes des interprètes. Le texte négro-africain se manifeste également en performance médiatisée lorsqu'il y a abolition de la dimension collective de la réception au moyen de « médiats » auditifs et visuels. Ces catégories performantielles décrites, nous évoquerons les effets de leur inscription sociale en mettant l'accent sur deux aspects: la publicité et la socialité du texte en performance. En effet, l'oeuvre vocale s'offre à une audition publique, contrairement à l'écriture qui s'offre à la perception solitaire. Cette publicité est accrue par le micro qui réduit les distances auditives. Par ailleurs la voix en performance exalte la communauté dans une convergence spontanée de volontés et dans une adhésion aux formes imaginaires communes autour d'un chanteur. Ainsi la performance est désir d'altérité et refus de privatisation du langage. Au total il faudrait peut-être voir dans le retour en grâce de la voix en performance, la volte-face d'un monde émietté par l'abus d'écriture.