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Depuis 1993 - avec un bref intermède en 1997 - une loi très restrictive sur l'avortement est en vigueur en Pologne. Les femmes sont renvoyées à la clandestinité. D'après un rapport de la "Fédération pour les femmes et le planning familial", on estime les avortements clandestins à 80'000 au moins, voire même 200'000.A partir de 1956, l'interruption de grossesse était réglée de façon libérale en Pologne. Les raisons sociales étaient acceptées et les interventions pouvaient se pratiquer gratuitement dans les hôpitaux publics. Mais le panning familial n'étant pas favorisé par l'Etat, il était difficilement accessible pour beaucoup de Polonaises. L'IVG était donc une méthode courante de régulation des naissances.
Après la chute du régime communiste et sous l'influence renforcée de l'église catholique, l'accès à l'interruption de grossesse fut radicalement limité, en 1993. La même année, un nouveau Parlement fut élu et décida le retour à une loi plus libérale. Mais le président de l'époque, Lech Walesa, y opposa son veto. Après sa non réélection en 1995, le Parlement put s'imposer, mais en 1997, la Cour constitutionnelle, à tendance conservatrice, déclara la révision non valable. Par conséquent, depuis 1998, l'interruption de grossesse n'est admise que pour des raisons médicales strictes, de viol ou d'anomalie du foetus.
Par conséquent, le nombre d'interruptions de grossesse légales enregistrées officiellement a chuté à 151 en 1999, alors que plus de 100'000 IVG furent enregistrées annuellement avant 1990. Le nombre a remonté légèrement ensuite et a atteint 745 en 2013 - nombre toujours extrêmement bas pour une population de 38 millions.
Souvent même des femmes présentant des problèmes médicaux graves, n'obtiennent pas la permission d'interrompre la grossesse. Beaucoup d'hôpitaux publics refusent toute interruption même légale.
La "Fédération pour les femmes et le planning familial" a commandé, en 1999, des enquêtes scientifiques auprès du corps médical, du personnel soignant et de la population féminine sur les effets de l'interdiction de l'avortement. La recherche a révélé qu'il existe en Pologne un "marché noir" florissant de l'avortement et que les interventions clandestines se montent à 80'000 au moins, ce qui équivaut à peu près au nombre d'IVG avant 1990.
1% des 210 femmes interrogées ont avoué avoir avorté au cours de l'année précédant l'enquête. Pour tout le pays, cela correspondrait à 90'000 avortements, pour 400'000 naissances.
Tout le monde sait que dans les cliniques et cabinets médicaux privés des avortements clandestins se pratiquent, en partie à des prix usuriers. Des femmes fortunées se rendent à l'étranger, en Russie, en Allemagne et en Hollande. Dans ce seul pays, plusieurs centaines de Polonaises se font traiter chaque année.
Lorsque l'argent pour la clinique manque, les femmes ont recours à des non professionnels ou essaient elles-mêmes de provoquer l'avortement. La plupart des infirmières interrogées avaient connaissance de complications dues à de telles manoeuvres.
Le nombre d'enfants abandonnés à l'hôpital après l'accouchement a presque triplé, passant de 252 en 1993, à 737 en 1999.
Contrairement à l'espoir du gouvernement, la baisse de la natalité n'a pas été arrêtée. Bien au contraire, avec un taux de 1,29 enfant par femme (2013) la Pologne se trouve parmi les pays présentant les taux les plus bas d'Europe.
L'enquête de la Fédération a montré également que l'information de la
population en matière de contraception s'est améliorée, mais qu'il reste
encore beaucoup de préjugés et de méconnaissance. Pour des raisons
financières, beaucoup de femmes n'ont pas accès aux moyens
anticonceptionnels efficaces, mais chers. Seules 8% prennent la pilule,
25% utilisent des méthodes peu sûres (coït interrompu, calendrier). La
stérilisation est interdite en Pologne. La Fédération déplore que depuis
1999, l'éducation sexuelle n'est plus obligatoire dans les écoles et que
les manuels scolaires officiels sont lacunaires et contiennent de
fausses informations, surtout en ce qui concerne la pilule.
Source: The anti-abortion law in Poland. The Federation for Women and Family Planning, september 2000
En avril 2004, un groupe de parlementaires a déposé le projet d'une loi proposant un régime du délai. Il a cependant été rejeté de justesse en février 2005. Depuis les élections d'octobre 2005, une majorité conservatrice est au pouvoir.
Le 31 août 2011, la Diète polonaise a rejeté à une majorité écrasante de 369 voix contre 31 la proposition de l'Alliance oppositionnelle de la Gauche Démocratique (SLD) visant une solution du délai. Le texte proposait également le financement de la contraception par des fonds publics et la mise en place de l’éducation sexuelle dans les écoles. A l'opposé, une proposition qui visait à interdire l’avortement dans tous les cas ne fut refusée que de justesse, par 191 voix contre 186, bien que les commissions parlementaires et la plupart des associations professionnelles aient recommandé son rejet. Par contre, la conférence des évêques avait soutenu la proposition. Le résultat des nouvelles élections en octobre décidera des majorités parlementaires en la matière.
Le 24 octobre 2012, le parlement a rejeté, avec 245
voix contre 184, un projet de loi de la droite qui voulait restreindre
encore plus la loi restrictive, en interdisant l'avortement en cas de
malformation foetale.
Une proposition des progressistes pour un régime du délai avait été clairement refusé, le 10 octobre.
Une initiative citoyenne qui demandait également la suppression de l'indication foetale, fut déposée avec 400'000 signatures (100'000 auraient été nécessaires). Toutefois, elle fut rejeté au Parlement polonais, le 27 septembre 2013, par 233 voix contre 182.