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Ce goût croissant pour le poisson est impressionnant pour la Chine. La FAO chiffre à 39,3 kilos la consommation par personne des 1,45 milliard d'habitants du géant asiatique et estime que le pays mangera 36% des poissons pêchés en 2028. C'est une demande qui a modifié la production et le commerce mondial du poisson.
La Chine est le premier producteur mondial de poisson, qu'il soit issu de l'aquaculture ou pêché en mer. En 2018, elle a pêché 12,7 millions de tonnes dans des eaux autres que les siennes, après avoir triplé les prises en quatre décennies. La quantité de calamars capturés par les navires de pêche lointaine chinois a été de 400’000 à 500’000 tonnes ces dernières années. Les données d'exportation des produits de la mer relevées par l'Administration générale des douanes de Chine chiffrent, en 2019, à environ 520’000 tonnes de céphalopodes exportés, calamars compris.
Près de 17'000 navires chinois
La flotte de pêche lointaine chinoise déploie jusqu'à 16’966 navires en haute mer, selon les estimations publiées dans un rapport de l'Overseas Institute Development en juin dernier. Tous ces vaisseaux ne sont pas reconnus officiellement. Le gouvernement chinois a approuvé une flotte de 2700 navires. Navires qui sont enregistrés auprès des organisations régionales de gestion de la pêche. À titre de comparaison, la flotte de pêche espagnole, bien que la plus importante de l'UE, ne compte que 8007 bateaux, d’après les derniers registres du ministère de l'Agriculture.
Selon plusieurs ONG, comme Oceana, la flotte chinoise pêche sans adhérer aux contrôles opérationnels et aux directives scientifiques auxquels les navires battant pavillon européen sont tenus de se conformer. Pourtant, la Chine est membre de 8 organisations régionales de gestion de la pêche. "Elle remplit pleinement les obligations correspondantes en matière de conservation et de gestion des ressources. Elle remplit par ailleurs les obligations de diligence pour certaines pêches en haute mer qui ne sont pas gérées par des organisations régionales", déclare de son côté l’ambassade de Chine à Berne.
Un bateau de pêche au calmar battant pavillon chinois remonte ses filets, dans le nord de l'océan Indien. [Abbie Trayler-Smith - Greenpeace]
En Espagne, "nous pêchons avec des observateurs scientifiques indépendants à bord qui font leur rapport aux autorités des pays côtiers et de l'UE, nous nous adaptons aux tailles minimales et nous avons toujours le GPS activé", explique Javier Touza, président de la coopérative des armateurs de Vigo.
Rien que dans les eaux de l'Atlantique Sud-Ouest, au-delà des 200 milles sous juridiction argentine, plus de 400 navires battant pavillon ou capital asiatique - comme Javier Touza préfère les appeler - pêchent sans aucun type de contrôle, accuse l'armateur. Les risques de surpêche et de prises illégales sont grands. "Même si l'État chinois a essayé d'atténuer ce problème, il est très difficile de contrôler une flotte aussi importante", relève Vanya Vulperhost, directrice de campagne à Oceana.
Des moratoires volontaires
La Chine voit effectivement cela d’un autre œil. En 2020, pour renforcer la conservation scientifique des ressources de calamars en haute mer et pour protéger les ressources de calamars jeunes, les groupes de reproducteurs et leurs zones de croissance et de reproduction, le pays a appliqué pour la première fois des moratoires volontaires sur la pêche dans certaines zones maritimes le long des côtes de l’Amérique du Sud.
Pendant le moratoire de trois mois, tous les navires de pêche en haute mer chinois en activité doivent évacuer la zone. "À l'avenir, la Chine continuera de mettre en œuvre les moratoires sur la pêche, de renforcer les recherches, le suivi, l'évaluation et l'analyse des ressources, et d'ajuster les mesures en temps opportun en fonction de l'état des ressources", explique l’ambassade.