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1940 : disciplinées, les éditions Globi envoient à la division Presse et radio les habituels deux exemplaires obligatoires de leur nouvelle publication. En ces temps de guerre, la censure militaire veille en effet à ce qu'aucun imprimé, information ou film pouvant constituer une menace pour la sécurité de la Suisse ne soit publié. Les autorités communiquent immédiatement à l'éditeur qu'elles n'ont rien contre la distribution du livre pour enfants « Le soldat Globi »[1]. Et pour cause, Globi se met cœur et âme au service de la patrie. Pour preuve, la première strophe du livre : « Regroupez-vous, Suisses, sous vos bannières // Courageux et fiers comme vos pères ! // Ecoutez l'appel du chef des armées, // Et rejoignez vite votre unité ! »[2].
A cette époque, Globi, qui a déjà une carrière étonnante derrière lui, est bien ancré dans la culture suisse alémanique ; pendant la guerre froide, il endossera encore d'autres habits progouvernementaux ou pro-identitaires, comme paysan ou pompier. Au départ, ce personnage hybride, mi-homme, mi-oiseau, avait toutefois vocation publicitaire. Ainsi, les grands magasins Globus l'avaient-ils créé au début des années 30 pour attirer l'attention sur l'élargissement de leur offre à différents denrées coloniales comme le cacao, le café, le thé ou les produits en coton. Voilà le pourquoi de l'origine africaine de Globi, qui ressemble à un perroquet parce qu'il s'agit à l'époque d'un animal domestique apprécié des couches moyennes.
Globi est donc, si l'on veut bien, un Afro-Suisse. Et probablement aussi le premier immigré de l'hémisphère sud à devenir soldat suisse.
Auteur: Urs Hafner