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Le thème développé dans cet article concerne l’identité de deux lieux :
Pour cela, je mets en lien les différents entretiens obtenus sur ces lieux, avec nos observations et concepts développés tout au long de notre enquête.
Pour bien comprendre ces lieux, j’aimerai les remettre dans leur contexte géographique, qui est la ville d’Onex. Je décrirai la ville, la manière dont elle s’est construite, son évolution depuis les années soixante jusqu’à nos jours, ainsi qu’un petit descriptif de ces deux endroits.
Quelle est la représentation de ces endroits dans l’espace public, quels sont leurs enjeux, et pourquoi les personnes ont choisi ces lieux ?
En 1951, Onex était considéré comme un village qui comptait 957 habitants. Quatorze ans plus tard, en 1965, ce village devint une ville constituée de plus de 10’000 habitants. Cet évènement constitue un changement prépondérant dans la vie collective de ses habitants.
Il y a eu un grand flux migratoire, notamment par les ouvriers et les employés de la construction. Cependant, aucun logement n’a été prévu pour ces personnes. Il a fallu donc construire de nombreuses habitations très rapidement, à proximité des lieux de travail.
Onex est situé en périphérie de la ville de Genève. Bénéficiant de grands terrains, cette ville est "idéale" pour le relogement de la classe ouvrière. C’est ainsi qu’entre 1960 et 1970, Onex est devenue une "cité dortoir".
Toutes ces constructions ont changé le village qu’était Onex. On se mit à construire de grandes barres d’immeubles de plus de 8 étages et on oublia les parcs, espaces de détentes, les cours attenant aux immeubles, ainsi que le centre du village. Dans ce contexte, on ne retrouve plus les composantes habituelles de l’espace public (collectif). L’explosion démographique à changé la coexistence des différents habitants ainsi que leurs liens sociaux. "La dépendance vis-à-vis des voisins se voit diminuée par l’amélioration du confort : les réseaux techniques ont tendance à remplacer les réseaux humains." [1]
Onex est devenue une ville du "sommeil" et non de la vie. Les gens sortent de la ville pour aller travailler et reviennent y dormir. Dans l’élaboration de ce projet, on a négligé des aires de jeux pour les enfants qui ont grandi dans ces lieux. Selon les dires des jeunes, il existe deux structures pour les jeunes : la villa Tachini (Commune de Lancy) et l’UpADO ainsi que des clubs de sport, de musique… Cependant, certains adolescents se sentent "trop vieux" dans ces structures et ne veulent plus y aller. Un autre élément soulevé par un jeune est : "Le problème des structures et des institutions est qu’il y a toujours trop de monde". Certains jeunes aiment quand même aller à la villa Tachini, pour manger, jouer au billard ou lorsqu’ils sont à la recherche d’un petit job. Mais pour d’autres, ces structures ne servent à "rien".
Ils vont alors s’approprier les espaces publics pour se rencontrer, comme par exemple le Parc de la Mairie.
Il se situe dans la vieille ville d’Onex. Comme son nom l’indique, il se situe près de la Mairie et appartient à la Ville d’Onex. C’est un grand parc qui permet également de jouer au foot, de courir, "de se battre"…, de se promener avec les enfants, avec les chiens et de jouir d’un moment de détente sur les bancs publics. Agrémenté d’une jolie petite vigne, l’ombrage est fourni également par les arbres. Un majestueux cèdre est le point de rencontre des différents groupes de jeunes. Dans ce parc, les personnes peuvent y accéder soit à pied, à vélo, en scooteur ou en voiture (disponibilité d’un parking). L’arrêt de bus se situe à environ 200 mètre
Il est situé dans le quartier "Gros-Chêne" en bas d’un grand immeuble. Autour du tea-room d’innombrables bâtiments sont construits.
Le tea-room est géré par un monsieur d’origine portugaise et sa femme l’aide lors des jours d’affluences. Leur bébé "supervise" chacun de leur geste. Il est la mascotte de ce coin. Lorsque nous rentrons dans ce café, nous avons un aperçu de l’étalage rempli de bonnes pâtisseries et de friandises. Le tea-room compte une dizaine de tables. Certaines sont plus visibles que d’autres et chacun peut s’y sentir à l’aise.
Tout d’abord, lors de l’élaboration de notre "problématique", nous nous sommes dirigées sur les "lieux informels", créateurs de lien social.
Pour nous, les "lieux informels" comprennent tous les lieux et les activités qui ne font pas parties des structures mises en place par les politiciens ou les travailleurs sociaux, comme par exemple la maison onésienne. Nous considérons les "lieux informels" (comme par exemple un tea-room, un centre commercial, un parc, le coiffeur), où l’ont peut y faire des activités, des rencontres ou se promener. Le but premier n’est pas à proprement parler la création de liens, même s’ils peuvent être présents dans chacun de ces lieux. Plus nos recherches avancent et plus nous nous rendons compte que ces lieux font bien parties intégrante des espaces publics. Pour définir ces lieux, leurs enjeux, leur "vécu", leurs significations et comment les acteurs se les approprient je me suis mise à la quête d’informations concernant ces espaces publics.
L’espace public est un emplacement où tout le monde a accès. Il s’agit d’endroits où l’on peut discuter, se réunir… Il ne faut donc pas les réduire aux réseaux de rues, de places. Ce sont des lieux ouverts à tous, comme les gares, les magasins, les cafés.
Comme nous pouvons le remarquer les espaces publics peuvent être soit à l’intérieur : restaurants, commerces etc., ou à l’extérieur : parc, rue, place etc. Chaque lieu a une identité très différente, de part son vécu, son architecture, sa culture ou encore par les personnes qui côtoient ces lieux. Se sont également deux lieux très distincts avec une histoire très différente. Le tea-room "Les Fougères" est né lors de la construction de la cité nouvelle dans les années 60. Par contre, la Mairie et son parc existait déjà depuis plus longtemps. La population qui les fréquentent y est très différente. Par exemple, Se sont surtout des jeunes qui vont dans le Parc de la Mairie, au contraire du tea-room où se sont en particulier des personnes dans la trentaine qui se rencontrent. De plus, un des espaces se trouve à l’intérieur et l’autre à l’extérieur. Ses différents éléments font que chacune de ces personnes choisissent un lieu plutôt qu’un autre.
Les personnes qui fréquentent les espaces publics sont d’une importance capitale sur le "vécu" de l’endroit et la manière dont va vivre le lieu. Comme le souligne Le Corbusier "La preuve première d’existence, c’est d’occuper l’espace." [5] Chaque jeune qui "vit" dans ce lieu apporte des éléments essentiels, par leurs personnalités, leurs activités, la manière dont ils s’approprient le lieu. Le lieu peut être vu de manière positive ou négative, mais cela dépend aussi du regard et de la représentation qu’on a de celui-ci.
L’aménagement des espaces publics est d’une grande importance dans la façon dont ils vont être occupés. Derrière ces espaces, plusieurs acteurs jouent un rôle important pour la construction, l’amélioration, l’organisation de ces derniers. On en compte quatre : les acteurs économiques, politiques, les professionnels de l’architecture et les usagers.
Les espaces publics doivent pouvoir répondre, dans la meilleure des situations, à quelques enjeux :
"L’appropriation est un processus psychologique fondamental d’action et d’intervention sur un espace pour le transformer et le personnaliser : ce système d’emprise sur les lieux englobent les formes et types d’intervention sur l’espace qui se traduisent en relation de possession et d’attachement." [8]
Lors de notre enquête nous avons pu remarquer cette appropriation, le fait que certains jeunes vont toujours sur le même banc, chaque groupe nous l’a fait remarquer. Par exemple un jeune nous dit "chaque groupe a sa place, on ne se mélange pas." Un deuxième élément nous fait prendre conscience de cette appropriation. Un jeune nous raconte, qu’après une plainte concernant les mégots de cigarettes laissés par terre, les "grands " ont fabriqué un cendrier aux couleurs du mouvement Reggae. Même si ce sont les "grands" qui l’ont construit, les plus jeunes se sont approprié le cendrier et le lieu, comme nous le souligne un adolescent : "ce cendar il est à nous, c’est chez nous ici" La plainte a permis aux jeunes d’investir ce lieu avec un objet qui les "représente", qui est réellement à eux.
L’appropriation des lieux existe aussi au tea-room, même si les personnes ne veulent pas nous l’exprimer de manière explicite. Mais un jour un monsieur s’écrie au patron "je suis à la table des dames, ça ne va pas les déranger ?". Par nos observations et le récit des personnes du tea-room, nous avons vérifié si le Monsieur disait vrai : si chaque personne avait une place "attribuée". Pour cela, nous avons demandé au patron quelles étaient les personnes qui fréquentaient son tea-room, il nous a répondu "c’est beaucoup des habitués, avec leurs habitudes, même boisson, même heure, même place." Cependant, chaque endroit n’a pas été marqué au stylo indélébile, "c’est à nous". Il existe une sorte de "contrôle psychologique" sur ces lieux, de par les habitudes de chacun.
Dans ce chapitre, je me suis basée sur les paroles d’un jeune, "ici, c’est ma première maison." Cependant, nous n’avons pas eu de réponse concrète afin de savoir pourquoi cet endroit et pas un autre ?
Voici quelques hypothèses que j’aimerai énoncer. Tout d’abord, c’est un lieu où il existe très peu de contraintes. Les parents ne sont pas là pour les surveiller. Ils peuvent se rencontrer entre amis, "même venir à 45" . Ils n’ont pas besoin de dépenser de l’argent pour se retrouver, et certaines activités comme le foot peuvent être organisées. Pour certains adultes, ces espaces publics fréquentés par les jeunes sont marginalisés. Contrairement aux jeunes pour qui c’est un lieu d’échanges. Pourquoi ce lieu serait-il marginalisé ?
Selon Gustave-Nicolas Fischer, auteur du livre "Psychologie de l’environnement social", il existe les espaces sociaux parallèles. Ces espaces" sont l’objet d’usages sociaux non prévus et/ou non-conforme aux codes qui y sont construits." [9] Nous pouvons les décrire comme des espaces détournés de leur première fonction.
Il existe quatre espaces parallèles : les espaces marginaux, interstitiels, d’errance et squattés.
Voici la définition de chacun :
C’est un espace en périphérie, d’un système social. C’est un lieu qui se situe à la bordure des lieux valorisés, de même que la population qui côtoie ce lieu est souvent déviante.
"L’espace marginal peut être considéré comme un espace où se manifeste une forme de vie sociale particulière, c’est-à-dire qu’à la marge se développent des processus sociaux qui permettent aux individus de resocialiser le tissu même qui les désocialise." [10]
Par exemple au parc de la Mairie ce n’est pas le lieu qui est marginalisé, mais c’est peut-être le fait que ce soit les jeunes qui occupent ce lieu qui peut le faire croire ?
C’est un espace "entre deux", qui permet le passage entre deux lieux et c’est un lieu disponible. Par exemple les rues, les parcs, les terrains vagues. Ce sont des espaces qui ne sont pas définis clairement au niveau de la fonction sociale ou qui relèvent du domaine de l’utilitaire. Ça peut devenir un endroit de refuge pour les groupes qui ne veulent pas subir certaines contraintes. C’est un lieu "flou", mal défini. Pour faire un lien avec notre thème, je pense que les jeunes se sentent "bien" dans cet endroit, car il n’y a pas de contrôle de la part des parents. Même si ce lieu se situe sous les fenêtres de la Mairie, il est aussi loin des "yeux de la population", peu d’habitations se situent à proximité. Ils peuvent ainsi se rencontrer de "manière informelle" et se sentir "libre".
C’est un endroit où les personnes peuvent se déplacer, et partir à l’exploration de l’inconnu, changer ses habitudes de vie. Cette espace ne sera pas lieu d’appropriation, mais de mouvance, comme relation passagère, momentanée.
Squatter, c’est prendre possession illégalement d’un espace vide et se l’approprier pour y habiter. Les occupants des espaces squattés détournent la fonction première de celui-ci et le font souvent le font par la protestation. Par exemple, détourner un préau d’école en y allant le soir. Je cite cela, car avant de se rencontrer au parc de la Mairie, les adolescents allaient à l’école des Bossons, "avant on avait le droit de "squatter" la cour d’école des Bossons, après la fin de l’école. Le concierge laissait même les toilettes ouvertes pour qu’on puisse aller aux toilettes". Le jeune utilise le mot "squatter". Cependant, ils ont l’autorisation du concierge d’y rester, donc est-ce vraiment le mot idéal ? Je pense que Oui, car ils avaient l’autorisation du concierge, cependant leur présence dérangeait. C’est pourquoi ils sont se sont retrouvés au Parc de La Mairie.
Tous ces espaces restent dévalorisés, marginalisés, car ils ne se trouvent pas dans les normes sociales de la société. Pourtant, certaines personnes retrouvent une part de "bonheur", même s’ils ne se sentent pas compris et comme les jeunes le mentionnent "ce n’est pas parce qu’on traîne ici qu’on est délinquant ! Nous on est tranquille, on ne dérange personne. Faut arrêter de nous juger." Peut-être qu’il y n’y pas d’autres endroits où ils peuvent se rassembler ? Comme un jeune le cite : "Il y a nulle par où aller à Onex, il n’y a pas grand-chose à y faire." Le peu de structures prévues pour les jeunes, les amènent à "traîner"dans les espaces publics, comme le Parc de la Mairie, devant le vidéo club, ou encore à "La Calle."
En conclusion, grâce au développement de cette thématique, j’ai pris conscience de l’importance des espaces publics au sein d’une ville, au sein de la société ainsi que pour les travailleurs sociaux. J’ai constaté que l’espace public est essentiel à l’évolution de la collectivité au sein d’une ville. Il permet de faire des rencontres, des activités et de se détendre. L’emplacement, la fréquentation, "l’image" du lieu amène les personnes à s’y rendre.
Chaque lieu étudié a sa propre identité créé par les personnes qui le fréquente. Et chaque personne que l’on a rencontrée, que ce soit les jeunes au Parc de la Mairie ou les clients du tea-room, se sentent bien dans "leur" lieu, pour autant que nous ne les modifions pas trop. Un des éléments qui ressort, c’est l’importance des liens sociaux, car chacun des groupes peut se retrouver pour échanger et partager.
La différence entre ces lieux est la représentation qu’on s’en fait. Le Parc de la Mairie est un lieu plus "marginalisé", contrairement au tea-room qui est "valorisé" au sein de la société.
Pour tous ces points énumérés, il est important de construire des espaces où la collectivité puisse se rencontrer. Et que chaque personne puisse trouver sa place à l’intérieur d’un de ces espaces. Mais aujourd’hui, est-ce que cela est-il vraiment possible ?
[1] (Page 17)ROULIN N. et TOTO C. "les jeunes et la rue, une école de vie". mémoire HES, travail social, Genève, Mai 2005)
[2] (page 35)BASSAND M., COMPAGNON A., JOYE D et STEIN V. "Vivre et créer l’espace public." Édition Presse polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2001
[3] (Idem page 11)
[4] (Idem page 11)
[5] (page 15) FISCHER G-N. "psychologie de l’environnement social". 2ème èd, Dunod, Paris, 1997.)
[6] (page 15) BASSAND M., COMPAGNON A., JOYE D et STEIN V. "Vivre et créer l’espace public."Édition Presse polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2001
[7] (page 14)BASSAND M., COMPAGNON A., JOYE D et STEIN V. "Vivre et créer l’espace public." Édition Presse polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2001
[8] (page 71) FISCHER G-N. "Psychologie de l’environnement social." 2ème èd, Dunod, Paris, 1997.)
[9] (page 159) FISCHER G-N. "Psychologie de l’environnement social". 2ème èd, Dunod, Paris, 1997.)
[10] (Idem Page 161)