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Plutôt que d'une épidémie de cancer du poumon, il faudrait parler de deux épidémies parallèles, celle qui touche les hommes et celle qui touche les femmes. Tandis que la première a généralement commencé à décliner vers la fin des années 1980 en Europe, la seconde est encore en phase de forte croissance dans de nombreux pays. L'épidémiologue Fabio Levi, de l'Institut de médecine sociale et préventive de l'université de Lausanne, et son confrère milanais Carlo La Vecchia viennent de publier une étude exhaustive, la première aussi complète, de l'évolution de la mortalité par cancer du poumon chez la femme en Europe (Annals of Oncology 2005, publication en ligne le 13 juillet 2005).Ce portrait de l'épidémie féminine de cancer du poumon en Europe, basé sur les données collectées par l'OMS, différencie l'évolution de la mortalité féminine pour différents groupes d'âge. Il révèle du même coup de très intéressantes différences entre ces groupes. Principale découverte des deux chercheurs : les taux de mortalité évoluent de façon beaucoup plus favorable chez les femmes les plus jeunes (20-44 ans) que de façon générale. En Suisse, par exemple, alors que la mortalité tous âges confondus présente une désespérante et exponentielle progression entre 1965 et 2001, celle des femmes jeunes croît de façon plus hésitante, et présente même un premier recul à la fin de l'intervalle étudié, entre 2000 et 2001.Cette observation vaut pour de nombreux pays, comme l'Autriche, la Hongrie, l'Italie, les Pays-Bas, la Pologne ou la Suède. La baisse des taux de mortalité chez les 20-44 ans a commencé beaucoup plus tôt, vers la fin des années 1960, en Irlande et au Royaume-Uni, deux pays précurseurs où l'épidémie féminine de cancer bronchique a été à la fois précoce et intense. Dans ces deux pays, la mortalité par cancer du poumon des femmes de tous âge a culminé vers 1985. Fabio Levi explique dans un communiqué de l'Université de Lausanne que «les tendances chez les jeunes adultes sont un indice précoce de ce que pourra être l'impact à court et plus long terme des changements de la prévalence des facteurs de risque».D'où cette note d'espoir en conclusion : l'épidémie de décès par cancers pulmonaires ne devrait pas atteindre parmi les femmes européennes les mêmes sommets qu'aux Etats-Unis. Surtout si les efforts de prévention sont poursuivis et intensifiés. Ceux-ci devraient définitivement empêcher le tabagisme féminin, qui a débuté plus tardivement en Europe qu'en Amérique du Nord, d'atteindre les mêmes niveaux de diffusion.L'étude de Fabio Levi et Carlo La Vecchia révèle d'autres aspects de l'épidémie. La mortalité par cancer bronchique tous âges confondus a augmenté de 23% en moyenne européenne entre 1980 et 1990, et de 16% dans la décennie suivante, pour atteindre la valeur de 11,2 pour 100 000. Dans les pays les plus touchés, ces taux ont atteint 25 pour 100 000, alors que la France des années 1980, par exemple, n'en déplorait que 4 pour 100 000.L'évolution de l'épidémie varie beaucoup d'un pays à l'autre. Là où elle a atteint les niveaux les plus élevés, elle a généralement commencé à décroître le plus tôt, notamment au Royaume Uni ou au Danemark. Ailleurs, comme en France, en Allemagne ou en Suisse, l'épidémie plus récente continue à progresser de façon inquiétante.