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Les symphonies de Jean Sibelius reflètent prétendument la situation personnelle de leur créateur, faite de crises, de nouveaux départs, de ferveur nationaliste et de retraite. Dans la Troisième Symphonie (1904-07), cette relation semble particulièrement perceptible. Elle a été conçue à une époque où Sibelius, alors âgé de 40 ans, connaissait le succès tant dans sa patrie qu'à l'étranger. Le compositeur a aussi profité de cette reconnaissance au niveau de sa vie privée : en 1904, la famille Sibelius s'est installée dans une maison de campagne près de Järvenpää, à environ une heure de Helsinki. C'est là que la nouvelle œuvre a été composée en grande partie. Des traces de cette consolidation biographique peuvent rapidement être trouvées dans la symphonie. L’œuvre est écrite en ut majeur, comporte trois mouvements, débute par une petite musique à danser pleine d’entrain et tend de manière générale vers le néo-classicisme plutôt que vers le ton pathétique du romantisme tardif qui avait marqué les deux symphonies précédentes. Sibelius tourne-t-il là dos à ce qui a fait ses preuves, reculant devant le risque? C'est tout le contraire! Dans le détail, la Troisième Symphonie contient beaucoup d'éléments nouveaux et inhabituels, mais elle présente ceux-ci de façon plus conviviale que les autres symphonies. Au niveau de la forme, par exemple, Sibelius ne s’en tient presque jamais aux modèles établis. Dans le premier mouvement, le contraste entre le développement et la réexposition se superpose à un long crescendo. Le deuxième mouvement est un mélange de mouvement lent et de scherzo, tandis que le finale se refuse à toute contrainte formelle. Un traitement sonore sophistiqué, l’emploi de tonalités étrangères et des métamorphoses constantes de la matière thématique première confèrent à cette musique une touche improvisée.