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"Lars von Trier est de retour dans son pays natal, avec une comédie légère. Il en profite pour utiliser, aux frontières de la normalité cinématographique, ce que l'informatique et le numérique offrent aujourd'hui de plus sophistiqué.
Le cinéaste le dit lui-même en préambule - il interviendra à plusieurs reprises tout au cours du film pour en souligner et l'artifice et l'arbitraire -: ""LE DIRECTEUR n'a aucun message à transmettre, aucun objectif à atteindre, sinon celui de divertir."" Pure clause de style: l'histoire de Ravn (Peter Gantzler), propriétaire d'une petite entreprise d'informatique qu'il cherche à vendre, est de celles qui comportent assez d'allusions au contexte socio-économique pour qu'on retrouve le côté critique et persifleur du cinéaste danois, observateur satirique de tout ce qui l'entoure (en particulier les rapports souvent conflictuels qui opposent Danois et Islandais).
L'argument est simple: ledit Ravn, à l'époque où il a créé sa société, s'est inventé l'existence fictive d'un directeur derrière lequel il a pris l'habitude de s'abriter pour justifier vis-à-vis de ses employés toutes les décisions impopulaires qu'il était obligé de prendre. Voilà pourquoi, le jour où il met son entreprise en vente, il se voit contraint d'embaucher Kristoffer (Jens Albinus), un acteur au chômage, pour jouer face aux acheteurs éventuels le rôle de ce directeur inexistant. Le comédien se prend d'abord au jeu, mais sa conscience l'amènera à abandonner son statut de pion à la solde de Ravn... Une émancipation difficile, drôle parfois.
Un scénario qui, sur le papier, paraît original et aurait pu être un gage de succès. Le film pèche pourtant par manque de tempo et excès de dialogues. Les acteurs sont excellents, mais il ne suffit pas d'additionner des plans de manière ostensiblement aléatoire, ni de cultiver l'imprécision, ni de laisser bavarder à l'infini les protagonistes, pour donner du goût à ce brouet. Une réflexion sur le théâtre, sur le rôle de l'acteur et ses limites, est certes amorcée, mais très vite abandonnée. Les meilleures scènes sont celles où l'acteur Kristoffer se trouve confronté à des situations où il se demande s'il doit continuer à jouer ou non. On retrouve dans ces moments-là la véritable comédie de situation, celle où les uns (acteurs ou spectateurs) savent ce que les autres ne savent pas...
LE DIRECTEUR, film à petit budget et tourné rapidement selon un nouveau procédé de prises de vue qui réduit drastiquement la part personnelle d'intervention du réalisateur - une programmation informatisée la remplace -, reste avant tout un exercice de style."
Antoine Rochat
|Nom||Notes|
|Daniel Grivel||12|
|Ancien membre||12|
|Antoine Rochat||11|