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Outil marketing de premier rang pour le grand équipementier américain, le Nike Oregon Project (NOP) avait comme première visée de redonner à terme ses lettres de noblesse au marathon américain, malmené par l’arrivée massive des coureurs africains. L’idée était de travailler à long terme à partir de coureurs de demi-fond du meilleur niveau mondial, appelés à devenir des stars du marathon.
Le coureur qui a incarné au plus près les valeurs du projet à logo en forme de tête de mort est le protégé préféré de Salzar Galen Rupp, détenteur du record des Etats-Unis sur 10’000 m (26’44) et médaillé olympique consécutivement sur 10’000 m (2012) et marathon (2016). C’est aussi lui qui catalyse les principaux soupçons de tricherie.
La plus grande star à avoir participé au projet est le Britannique Mo Farah, qui a vu sa carrière exploser lorsqu’il a rejoint l’Oregon en 2011 ; au point de décrocher 4 titres olympiques et 6 titres de champion du monde. L’Américain Matt Centrowitz a aussi décroché l’or olympique du 1500 m en 2016 en tant que membre du projet. Tous deux ont quitté le groupe depuis.
Connu pour utiliser – sous l’égide et avec le soutien de son sponsor titre – toutes les dernières recherches et technologies, l’équipe faisait encore jusqu’à cette année office de référence planétaire, avec des athlètes du monde entier dans ses rangs. Notamment : la double championne du monde de Doha (1500 m/10’000 m) Sifan Hassan (NED), le champion du monde du 800 m Donovan Brazier (USA), le vice-champion du monde du 10’000 m Yomif Kejelcha et la médaillée de bronze du 5000 m Konstanze Klosterhalfen (GER).
Tous ces athlètes vont devoir revoir leur structure de coaching et d’entraînement pour l’année prochaine. Brazier et Klosterhalfen ne s’entraînaient pas directement sous les ordres de Salzar, mais d’un des autres coachs du projet, Pete Julian (USA), pas mouillé dans les scandales et qui pourrait continuer à s’occuper de ses athlètes. Du côté de l’Oregon, le concurrent du NOP, le Bowermann Track Club, également soutenu par Nike, continue ses activités en tant que groupe de haute performance dans les disciplines de course (800 m au marathon).
Si Nike a annoncé fermer le projet, la firme a affirmé maintenir son soutien à Alberto Salazar dans ses démêlés juridiques.
Commentaire 1 | « Quelle quantité déclenche un test positif ? »
La question du dopage est celle de la limite entre naturalisme (sport sain et propre) et technicisme (sport malade et sale), humanisme (l’homme tel qu’il est) et transhumanisme (l’homme tel qu’il voudrait être). Un mail de Mark Parker, PDG de Nike, au Dr. Jeffrey Brown, collaborateur du NOP, est significatif à ce sujet. Il écrit qu’il « serait intéressant de déterminer la quantité minimale d’hormone masculine requise pour déclencher un test positif ». L’enjeu est de déterminer et valoriser le statut de la « zone grise » qui, pour certains – aussi par chez nous – n’existe tout simplement pas…
Commentaire 2 | Pas de quoi faire trembler le business de Nike
Equipementier sportif numéro 1 en termes de revenus, Nike a enregistré sa plus forte valeur boursière avant les révélations sur l’apparition du nom du PDG de la marque Mark Parker dans des échanges avec le coach Alberto Salazar. Pas de quoi inquiéter le business de Nike. Par le passé, les affaires Lance Armstrong, Marion Jones et Justin Gatlin (entre autres) ont montré que les acheteurs font fi de la question du dopage. Pour rappel, durant son exercice 2018-2019, Nike a enregistré un chiffre d’affaires record de près de 40 milliards de dollars pour un bénéfice net de 4 milliards.