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Lors de l’entrée en scolarité obligatoire, les élèves sont âgés de cinq ans et sont supposés maîtriser les bases orales de la langue de scolarisation. Cependant, dans certains quartiers, 80% des élèves entrant en 1H parlent une autre langue à la maison et entre 60 et 70% ne parlent pas et ne comprennent pas un mot de français. Les processus d’acquisition des représentations phonologiques (= sons de la langue) du français par ces élèves dits « allophones », bien que nombre d’entre eux soient nés en Suisse, sont peu étudiés et font l’objet du présent projet.
Le projet « Sons de la langue de scolarisation » englobe deux sous-projets qui sont liés à deux étapes importantes pour le succès de la scolarité des élèves : la maîtrise de la langue orale et l’apprentissage de la lecture. Premièrement, il vise à mieux comprendre comment se déroule l’acquisition du français oral par des élèves allophones à l’école. Deuxièmement, il cherche à évaluer l’intérêt de la synthèse vocale pour pallier les difficultés de compréhension écrite engendrées par une maîtrise limitée du français oral et des liens entre écrit et oral. Ce projet a reçu le soutien du Fonds du centenaire de l’Université de Fribourg, de l’Institut de plurilinguisme et de la HEP de Fribourg pour conduire des pilotes pour chacun des deux sous-projets. Ces pilotes seront réalisés en 2022 et feront ou non l’objet d’un développement ultérieur.
Sous-projet 1 : « les sons du français : le défi des premières heures »
Ce sous-projet vise à évaluer le rythme et les caractéristiques de l’acquisition phonologique et à observer quelles sont les stratégies de communication mises en place par des élèves de cinq ans allophones lors de leur entrée dans la scolarité obligatoire. Aucune description de l’acquisition phonologique ni des interactions n’a été conduite à ce jour pour le français langue seconde à l’école obligatoire.
Dans l’état actuel des connaissances, nous ignorons si l’acquisition des représentations phonologiques est similaire à celle des enfants monolingues francophones (McLeod, Sutton, Trudeau & Thordardottir 2011). Des études, réalisées avec quelques élèves (n=2) apprenant le français dans une école de langue française en Suède (Splendido, 2014) semblent montrer que ce serait le cas pour des phénomènes linguistiques très ciblés. La présente étude vise non seulement à augmenter le nombre de participants et le nombre de phénomènes observés mais également à mieux cerner le lien entre acquisition phonologique et lexicale. Dans ce but, les mots prononcés seront analysés au niveau phonémique, de leurs collocations, et de leur contexte d’usage. Cette analyse détaillée sera complétée par une analyse des interactions verbales.
Les interactions verbales se produisant à l’école, tant pendant le temps d’enseignement que pendant les moments informels (récréation, vie de la classe…) seront analysées pour déterminer : quelles langues sont utilisées par l’élève allophone ? Qui initie les interactions verbales qu’ils expérimentent ? Combien d’interactions ont-ils en un matin d’école ? Quel est le vocabulaire utilisé par l’élève ? Aucune donnée n’est actuellement disponible dans la littérature.
Pour commencer de répondre à ces questions, les productions orales de 10 élèves de 5H seront enregistrées en continu pendant les heures d’école durant un matin ou une après-midi, deux fois à 6 semaines d’intervalle. Ce projet pourrait être étendu sur une période de 3 ans pour observer le lien entre l’acquisition phonologique et celle de la lecture.
Après les quatre semestres de soutien en français, les élèves allophones poursuivent leur scolarité sans toujours pouvoir s’appuyer sur un français oral fonctionnel. L'étendue du vocabulaire a tendance à être plus restreinte auprès des bilingues et allophones (Bonvin, Vanhove, Berthele, Lambelet 2018). En outre, l’acquisition souvent incomplète des représentations phonologiques du français limite leur capacité à comprendre ce qu’ils arrivent à décoder d’un texte écrit. La méta-analyse de Jeon et Yamashita (2014) révèle que les principales difficultés linguistiques en langue seconde sont la syntaxe, le vocabulaire et le décodage. Or, ces trois compétences linguistiques, essentielles au bon déroulement des processus de compréhension écrite, peuvent être potentialisées par l’usage de la synthèse vocale.
La synthèse vocale est une aide technologique qui transforme la forme écrite du mot en sa valeur sonore. Cet accès au son des mots paraît faciliter la compréhension écrite par des élèves dyslexiques ou mauvais lecteurs (Wood et al. 2018). L’accès facilité au son épargne au mauvais lecteur les difficultés du décodage et lui permet de reconnaître les mots écrits quand il les connaît oralement. L’accès à la forme orale du texte écrit faciliterait ainsi sa compréhension. Cependant, les effets de la synthèse vocale n’ont pas été évalués pour les élèves allophones.
Ce sous-projet 2 cherche à déterminer si l’accès au son des mots écrits grâce à la synthèse vocale peut faciliter la compréhension écrite et l’apprentissage du français langue de scolarisation. Dans ce but, deux récoltes sont menées. Premièrement, les performances en lecture-compréhension seront évalué par des tests répétés avec (2 fois) et sans synthèse vocale (1 fois) grâce à 3 textes de niveau équivalent en diversité lexicale, lisibilité et complexité syntaxique. Les participants sont des élèves (n=18) d’une classe de 5H de l’école obligatoire, considérée comme hétérogène car 80% des élèves parlent au moins une autre langue que le français à la maison. Deuxièmement, une recherche collaborative menée avec huit élèves, deux enseignants de Français Langue Seconde (FLS) et l’unité de recherche de T. Geoffre (HEP|PH FR) durant six mois cherche à observer quelles sont les actions pédagogiques basées sur l’usage de la synthèse vocale qui sont susceptibles de faciliter le développement de la compréhension écrite et de l’apprentissage d’autres savoirs disciplinaires (mathématiques, sciences…).
Références
- Bonvin, A., Vanhove, J., Berthele, R. & Lambelet, A. (2018). Le développement final de compétences lexicales productives compétences lexicales chez les élèves issus de l'immigration portugaise en Suisse. Revue pour Interkulturellen Fremdsprachenunterricht 23 : 1, 135-148. http://tujournals.ulb.tu-darmstadt.de/index.php/zif/.
- Jeon, E.H. & Yamashita, J. (2014), L2 Reading Comprehension and Its Correlates: A Meta-Analysis. Language Learning, 64: 160-212. https://doi.org/10.1111/lang.12034
- Macleod, A., Sutton, A., Trudeau, N. & Thordardottir, E. (2011). The acquisition of consonants in Québécois French: A cross-sectional study of pre-school aged children. International journal of speech-language pathology, 13(2), 93-109.
- Splendido, F. (2014). Le développement d'aspects phonético-phonologiques du français chez des enfants bilingues simultanés et successifs : Le VOT et la liaison dans une étude de cas multiples. Doctoral Thesis. Lund University (Sweden).
- Wood, S.G., Moxley, J.H., Tighe, E.L., Wagner, R.K. (2018). Does Use of Text-to-Speech and Related Read-Aloud Tools Improve Reading Comprehension for Students With Reading Disabilities? A Meta-Analysis. J Learn Disabil. 51(1), 73-84. doi: 10.1177/0022219416688170
Les informations collectées dans le sous-projet 1, « les sons du français : le défi des premières heures » pourrait permettre de mieux comprendre le rythme, les étapes et le déroulement du processus d’acquisition de la langue orale. Ce savoir pourrait permettre l’élaboration de supports didactiques et pédagogiques plus à même de répondre aux besoins des élèves allophones et faciliter ainsi le passage à la lecture.
La lecture est une compétence à maîtriser pour pouvoir suivre une scolarité normale, mais son acquisition est difficile si la langue orale n’est pas maitrisée. Le sous-projet 2, « Intérêt de la synthèse vocale pour faciliter la lecture compréhension », devrait nous informer sur l’intérêt de la synthèse vocale pour pallier les difficultés de lecture compréhension des élèves dont la langue orale n’est pas suffisamment développée. Dans un deuxième temps, l’effet long terme de cet usage devra être mesuré pour déterminer s’il peut aider à suivre un enseignement normal en classe ordinaire inclusive.