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Brexit : Cul-de-sac
Aux dernières nouvelles perceptibles à l'heure (minuit) où nous écrivons, Boris Johnson est toujours Premier Ministre du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord. Résumons la situation de "Bojo" : il a perdu la majorité absolue au parlement, dont le "speaker" (président), pourtant du même parti que le Premier ministre, a démissionné pour protester contre ses méthodes, perdu le contrôle de l'agenda du Brexit, perdu 21 députés conservateurs (dont d'anciens ministres, et son propre frère) partis rejoindre l'opposition, perdu sa ministre du Travail et des Retraites. Il a échoué dans sa tentative de provoquer des élections anticipées avant la date-butoir actuelle du Brexit, a assisté, impuissant, au vote d’une motion permettant aux députés de prendre le contrôle de l’agenda parlementaire, d'une autre lui imposant de divulguer des échanges et des documents confidentiels qu'il ne voulait pas divulguer, puis d'une loi lui imposant de retourner négocier avec Bruxelles ou de repousser la date du Brexit. Mais lui «préfère être mort au fond d’un fossé plutôt que de repousser le Brexit». Et on croit presque entendre un chœur d'opposants lui susurrer (en français dans le texte) : "Chiche !"
Peut-être que "Bojo" s'y sent bien, dans son cul-de-sac
Aussi empêtré dans le Brexit que celle à qui il a succédé, Boris Johnson a tenté le 28 août un coup : il a suspendu le parlement britannique jusqu'au 14 octobre, deux semaines avant le Brexit. "Un scandale constitutionnel", a tonné le conservateur John Bercow, qui en a démissionné de son poste de "speaker" (président) de la Chambre des Communes, une "attaque contre la démocratie" pour forcer à un Brexit sans accord avec l'UE, a dénoncé le chef des Travaillistes, Jeremy Corbyn. Une pétition a recueilli deux millions de signatures pour bloquer la décision du Premier ministre, la cheffe des conservateurs écossais a démissionné, comme la ministre du Travail et des Retraites, Amber Rudd, qui accusé Boris Johnson de «vandalisme politique» et «d’assaut à la décence et à la démocratie». Et pour la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, "à moins que les députés ne s'unissent pour empêcher (Johnson de suspendre le parlement), aujourd'hui entrera dans l'histoire comme une sombre journée pour la démocratie britannique". Ce dont Boris Johnson se contrefout certainement -comme il se contrefout presque aussi certainement du Brexit lui-même, son objectif n'ayant jamais été qu'arriver au pouvoir et y rester, quitte pour cela à provoquer la chute de son propre gouvernement (les travaillistes ont annoncé une motion de censure), la dissolution d'un parlement où il n'avait qu'une voix de majorité (qu'il a perdue à la suite de la démission d'un conservateur de son parti) et des élections anticipées qu'il est sûr de pouvoir gagner : les sondages lui donnent en effet dix points d'avance sur les travaillistes, grâce au ralliement d'une partie de l'électorat du parti anti-Brexit, ce qui, dans le système électoral anglais (la majoritaire à un seul tour) est suffisant pour obtenir la majorité absolue des sièges, si ses opposants (travaillistes, libéraux-démocrates, nationalistes écossais, gallois et républicains irlandais) ne se coalisent pas avec une candidature unique). Mais le parlement a refusé la motion de Johnson pour des élections anticipées. Et voté celle enjoignant le Premier ministre (qui s'y refuse) de demander à l'Union Européenne un nouveau report de la date du Brexit pour renégocier un nouvel accord (dont l'Union Européenne, a priori, ne veut pas -la France notamment s'y refusant). Or le Premier ministre de la République d'Irlande a relevé que son homologue britannique n'avait fait "aucune proposition" pour modifier l'accord passé par Theresa May, notamment en ce qui concerne la frontière entre l'Irlande du Nord et la République.
Boris Johnson s'est octroyé le titre de "ministre de l'Union". Mais de quelle union ? Sa tournée en Ecosse, en Irlande du Nord et au Pays de Galles a permis de mesurer la méfiance, pour le moins, qu'il suscite, même au Pays de Galles qui avait voté en majorité pour le Brexit, alors que l'Ecosse avait voté à 62 %, et l'Irlande du nord à 56 %, contre : le Premier ministre gallois, le travailliste Mark Drakeford, a prévenu Boris Johnson que "l'avenir du Royaume-Uni est plus en danger aujourd'hui qu'à un autre moment de sa vie politique". En Ecosse, la Première ministre nationaliste Nicola Sturgeon a réaffirmé son intention de faire procéder à un nouveau référendum sur l'indépendance : "le peuple écossais doit pouvoir choisir son propre futur". En Irlande du nord, le Sinn Féin, républicain, a prévenu que le Brexit représentait "un changement de circonstance fort", et favorable à la réunification avec la République d'Irlande (membre de l'Union Européenne)...
Bref, le Premier ministre conservateur a mis le parti conservateur, le parlement britannique et le Royaume Uni dans un cul-de-sac. En français dans le texte. Et en anglais dans l'usage en Angleterre depuis 1066. Au fond, peut-être bien que "Bojo" s'y sent bien, dans son cul-de-sac.