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Autres vues aériennes du château et de la ville
Le château d’Yverdon, construit par Pierre de Savoie dès 1259, est le premier exemple régional du type de forteresse appelée le «carré savoyard » ou plus judicieusement le « château régulier géométrique ». Il s’inscrit en étroite relation avec la ville neuve créée par le même Pierre peu avant 1260, dans une volonté d’occuper le Pays de Vaud alors divisé en de nombreuses seigneuries. Le château est construit sur la rive de l’ancien cours de la Thièle qui était ainsi sous contrôle. Les fossés pouvaient être inondés en cas de nécessité. Le bras sud, navigable mais disparu depuis le XVIe siècle, offrait également la possibilité de mettre la galère du comte à l’abri de la grande tour ainsi que cela est précisé en 1410. Le château n’étant pas situé sur une colline, il fallait un dégagement suffisant tout autour pour en assurer sa protection. Des espaces au pied des murs – les lices et les braies – permettaient d’en garantir la défense. Dans les lices se trouvaient quelques annexes utilitaires, poulailler, porcherie ou pigeonnier, mais aussi, sans doute, un jardin d’agrément. L’actuelle place Pestalozzi, non construite, était à l’origine utilisée comme dégagement pour des raisons défensives. Le plan, régulier, présente quatre murs cantonnés de quatre tours entourant une cour intérieure surélevée. La porte de la grande tour placée à environ cinq mètres de hauteur était ac cessible après avoir franchi un escalier suivi d’un pont-levis, tout ce parcours effectué sous la garde de la tour orientale précisément nommée tour « des gardes ». Les tours dominant l’ensemble des constructions assuraient la surveillance de la forteresse, complétée par des archères placées dans les murs.
Le château fut édifié entre 1259 et 1267 sous la direction de l’architecte Jean et de son fils Jacques de Saint-Georges. D’abondantes et exceptionnelles sources d’archives ont permis à Daniel de Raemy d’en reconstituer l’histoire détaillée. Si la silhouette générale du château a peu changé au cours du temps, en revanche, à l’origine, les corps de logis étaient plus modestes qu’aujourd’hui, avec un seul niveau sur la cour. Ils étaient simplement couverts de toitures basses en appentis. Le rez-de-chaussée et le premier étage des tours avaient également une fonction d’habitation. La grande tour servait de dernière retraite en cas d’attaque et, pour cette raison, était séparée des autres corps de bâtiment par une petite cour.
dès 1290 et jusqu’en 1359, les seigneurs de Vaud embellirent le château à vocation résidentielle, et en améliorèrent le confort. C’est à cette époque que fut créée la chapelle et sa belle fenêtre du côté du faubourg de la Plaine. Afin d’agrémenter le séjour du comte Amédée VIII de Savoie, attesté de Noël 1398 à février 1399, les charpentiers et menuisiers s’activèrent pour fabriquer des meubles et remettre en état l’édifice. Les archives attestent que les repas qui se déroulèrent dans l’aula furent égayés par plusieurs ménétriers, un premier venant d’Allemagne et trois autres arrivant de Payerne et jouant de la trompette. Incendiée et fortement endommagée lors des guerres de Bourgogne, la forteresse fut rénovée de 1484 à 1509. C’est à cette époque que les corps de logis furent surélevés d’un étage et que les toitures reçurent leur forme à deux pans.
Dès 1536, le château, devenu siège baillival, fut peu à peu transformé pour répondre aux besoins de confort des édiles bernois. L’intérieur conserve encore aujourd’hui de très beaux aménagements des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment au premier niveau de l’aile nord. Retrouvées sous des boiseries en 1990, puis soigneusement restaurées, les peintures qui ornaient la chambre de Madame la baillive sont peintes en trompe-l’œil et imitent des éléments de menuiserie. Des personnages engainés, représentés avec délicatesse, et de charmants paysages bucoliques donnent l’impression d’espace et aèrent les murs épais de l’ancien château fort. Ils sont sans doute de la main du peintre Sidler et datent du début du XVIIIe siècle. A côté, la salle des Audiences conserve un superbe plafond peint de la fin du XVIIe siècle orné de grands rinceaux et de guirlandes de fleurs et de fruits. Sur les parois, ce sont des imitations de draperies qui agrémentent et théâtralisent cette salle peu éclairée. Sous les peintures, un œil attentif découvrira çà et là dans les deux salles, des motifs plus anciens, remontant à la fin du XVIe siècle. Ce sont parmi les premiers exemples de papiers peints, imprimés avec le procédé de la gravure sur bois. Soigneusement posés sur les larges madriers, ils offraient autrefois au regard des motifs de mauresques disposés en couches superposées de façon à créer un effet d’imitation de marqueterie. Des relevés, effectués par les conservateurs-restaurateurs lors de la dernière restauration ont permis d’en comprendre le subtil agencement.
L’édifice abrite actuellement le musée de la ville. Il comprend une importante collection d’archéologie régionale ainsi qu’un musée de la mode et s’emploie à faire connaître le riche passé culturel et artistique de la ville et de la région d’Yverdon.
Brigitte Pradervand "Châteaux en Pays de Vaud"
Bibliographie