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Il apparaît chez 15 à 20 pourcent de tous les adultes du monde occidental. Il n'est pas rare qu'il entraîne une véritable odyssée médicale. Les personnes atteintes attendent leur premier diagnostic pendant à peu près six ans en moyenne. Le syndrome du colon irritable (SCI) est une affaire problématique. Pendant longtemps, la maladie était considérée comme affection psychosomatique sans déficit organique. Mais des chercheurs tenaces parviennent de plus en plus à identifier les facteurs déclenchants.
La médecine conventionnelle ne trouve souvent aucune explication décelable pour le complexe systémique composé de ballonnements, maux de ventre et modification des habitudes pour aller à la selle et le classe donc comme «fonctionnel», ce qui veut dire: Il est impossible d'identifier une cause organique. Le chercheur en matière de colon irritable, le Prof. Michael Schemann, biologiste humain à l'université technique de Munich, ne partage pas cette opinion: «Les patients vont voir un médecin parce qu'ils ont des problèmes aux intestins. Il doit donc y avoir quelque chose.» Avec une équipe internationale de chercheurs, il a prélevé des échantillons de la paroi intérieure du tube digestif pour les soumettre à un examen microscopique sophistiqué. Le résultat: L'activité nerveuse de la muqueuse intestinale des patients présentant un colon irritable est plus élevée que celle des personnes en bonne santé! Ce sont certaines protéines qui déclenchent le zèle de ces cellules. Celles-ci se trouvent dans certaines proportions et dans une composition spécifique seulement dans l'intestin des patients atteints du SCI (cependant pas chez toutes les personnes). La découverte de ce profil protéomique peut être considérée comme preuve concrète d'une cause organique du trouble digestif. Ce «biomarqueur» pourrait être adapté au diagnostic du colon irritable à l'avenir.
Des études lors desquelles une solution contenant des substances déclenchant des ballonnements a été administrées aux participants suggèrent également des causes organiques du syndrome du colon irritable. On les a soumis à un examen par IRM pour connaître la teneur en liquides et le volume des gaz présents dans l'intestin. Le résultat: L'augmentation en air et liquide était identique pour les deux groupes. Mais la perception des symptômes déclenchés par cette augmentation ne l'était pas - elle était nettement plus forte chez les patients atteints du SCI que chez les personnes en bonne santé. Des examens comme la dilatation de l'intestin à l'aide d'un ballon (dilatation au ballon) vont dans le même sens. Cet examen consiste à introduire un petit ballon et à le gonfler jusqu'à ce que le participant soit incommodé. Les personnes présentant un SCI ont perçu cette procédure comme douloureuse nettement plus tôt. Mais cela ne signifie pas que les personnes atteintes du colon irritable sont tout simplement plus douillettes. Les experts parlent plutôt d'une hypersensibilité viscérale, d'une sensibilité accrue des nerfs de la muqueuse, probablement en raison d'une perméabilité intestinale accrue.
Par conséquent, le seuil de sensibilité de la muqueuse intestinale est décalé, les personnes atteintes présentent une modification du traitement central des stimuli et un trouble de l'activation des voies nerveuses descendantes qui inhibent. Les problèmes du colon irritable sont donc liés à un trouble de la coordination entre l'appareil digestif et le système nerveux central. De plus, on suppose que le neurotransmetteur sérotonine joue un rôle important dans la transmission de douleurs viscérales (concernant les entrailles) et le pilotage des fonctions intestinales.
Le déclencheur ou bien les facteurs de risque pour une paroi intestinale hypersensible peuvent être une maladie digestive (gastroentérite) précédente et la prise d'antibiotiques. Plus la gastroentérite a été longue et grave, plus grand semble être le risque de développer un syndrome du colon irritable. De plus, tout traitement antibiotique laisse des dommages dans la colonisation de la muqueuse intestinale. Lors d'une analyse du microbiome, des procédés modernes de génétique moléculaire ont démontré un véritable «entaille» laissée par les antibiotiques.
La piste des intolérances alimentaires a été explorée par la Prof. Annette Fritscher-Ravens (directrice de l'endoscopie interdisciplinaire de la clinique universitaire de Kiel, médecin spécialisée en gastro-entérologie à Londres depuis qu'elle est émérite) en raison de ses observation au quotidien clinique. Pour ce faire, elle a utilisé pour la première fois l'endoscopie laser confocale. L'examen était pratiqué chez des patients au colon irritable qui avaient déjà soupçonné un lien entre leurs symptômes et la prise alimentaire pour la plupart. Et voici le procédé: Un colorant fluorescent était injecté en intraveineux à la personne examinée, pour ensuite introduire un endoscope spécifique doté d'un laser dans l'intestin grêle en passant par l'œsophage. Lorsque le rayon laser rencontre le colorant, il est possible de grossir la surface de l'intestin jusqu'à 1000 fois. La particularité de cette méthode utilisée en premier par la Prof. Fritscher-Ravens et son équipe réside dans le fait qu'elle permet d'observer l'intestin en temps réel et de suivre immédiatement même des modifications minuscules.
La scientifique s'est focalisée sur l'intestin grêle car le système immunitaire associé à l'intestin s'y trouve et qu'on voulait observer les réactions immunitaires du système digestif. Via le canal de travail de l'endoscope, on a appliqué les aliments le plus souvent associés aux intolérances, p.ex. le lait, le soja, la levure, le blé; ensuite la muqueuse intestinale a été observée. Fascinant: Près de 70 pourcent des participants ont réagi à l'un des aliments introduits. Au microscope, on a pu observer que les liens entre les cellules à la surface de la muqueuse intestinale - que l'on peut imaginer comme des «vis de maintien» pour certaines fonctions importantes - ont littéralement éclaté.
60 pourcent des participants ont eu une réaction forte au blé, suivi du lait, de la levure et du soja.
La Prof. Fritscher-Ravens et son équipe qualifient ces réactions d'«allergies atypiques». Pourquoi? Une allergie est définie comme induite par les IgE (réaction d'hypersensibilité déclenchée par des anticorps du type immunoglobuline E), «cela se mesure», explique la scientifique. Mais la réaction qu'elle avait observée lors de l'endoscopie laser spécifique n'était pas enduite par les IgE. Des symptômes d'une allergie sont certes apparus, mais pas les paramètres correspondants, d'où une «allergie atypique».
Ce que chacun peut faire soi-même en vue d'une première clarification et «c'est aussi la norme de la meilleure approche: faire un régime d'exclusion», dit la Prof. Fritscher-Ravens. Cela signifie: Se mettre soi-même à un régime très strict avec des pommes de terre ou du riz pendant trois à quatre jours et en buvant de l'eau ou du thé à la menthe. Si les problèmes du colon irritable s'améliorent nettement, on peut supposer qu'ils sont causés par un aliment.
Malheureusement, il n'y a pas (encore) de traitement standard pour le syndrome du colon irritable. Ce qui existe, ce sont deux approches thérapeutiques différentes.
On prescrit souvent aux personnes atteintes par le SCI des médicaments probiotiques, donc des microorganismes vivants (bactéries et levures). En ce qui concerne l'amélioration des douleurs, des études ont fait apparaître un effet positif produit par Bifidobacterium infantis et Lactobacillus plantarum, resp. une fonction améliorée de l'appareil digestif. À l'université de Milan, on a constaté que la souche bactérienne B. bifidum MIMBb75 est capable de réduire nettement les symptômes du colon irritable en raison de ses propriétés adhésives. Pour simplifier, on peut dire que la bactérie se pose sur la paroi intestinale irritée comme un film de protection.
Il y a maintenant une série d'études cliniques portant sur le régime Low FODMAP (GN avril 2021) chez les patients souffrant du colon irritable qui ont été publiées et qui démontrent toutes que les troubles diminuent. C'est l'un des de régimes alimentaires peu nombreux qui se sont avérés être une approche thérapeutique efficace, en se basant sur des preuves. Mais il ne faudrait en aucun cas voir ce régime comme une recommandation alimentaire à vie - sinon, on risque des carences alimentaires. Il faut absolument se faire accompagner par une diététicienne formée.
À Berlin, le Prof. Andreas Michalsen et son équipe (Charité – médecine universitaire de Berlin et l'hôpital Immanuel, dép. naturopathie) misent sur une association du jeûne thérapeutique et d'une alimentation ayurvédique ou un régime diététique à orientation naturopathique à base d'aliments complets. Différentes formes de jeûne, p.ex. le jeûne selon Buchinger, F.X. Mayr ou le jeûne intermittent produisent régulièrement des succès étonnants chez des personnes souffrant du colon irritable.
Il s'est avéré bénéfique de débuter le changement de l'alimentation par un jeûne thérapeutique. La suite pourra être le concept de l'alimentation ayurvédique qui consiste à chauffer la quasi-totalité des aliments pour les préparer en douceur. L'utilisation ciblée de certaines épices favorise la digestibilité. Une étude achevée récemment a montré d'excellents résultats pour le concept alimentaire ayurvédique, dit le Prof. Michalsen.
La nourriture diététique complète et qui tient chaud comprend des éléments de l'alimentation ayurvédique. Ce régime évite les crudités en grande partie. L'orientation basée sur des plantes permet cependant d'assurer un apport suffisant en substances végétales secondaires.
L'efficacité de l'hyperthermie du corps entier, un traitement par la chaleur de la radiation avec une lumière rouge sans UV, a été l'objet d'une étude pilote dirigée par le Dr. Rainer Stange (Charité – médecine universitaire de Berlin et l'hôpital Immanuel, dép. naturopathie). Il a utilisé une lumière infrarouge A filtrée à l'eau (wIRA). Les résultats étaient prometteurs: La plupart des participants à l'étude, majoritairement des femmes plutôt jeunes, ont pu constater une amélioration de leur syndrome du colon irritable grâce à six traitements par hyperthermie de 45 minutes répartis sur cinq semaines. L'idée d'utiliser le traitement par la chaleur, qui fonctionne très bien pour l'arthrose et les douleurs, pour le SCI aussi leur est venue en observant la constitution des personnes: «Les patients atteints du colon irritable recherchent la chaleur», explique le Dr. Stange. Comme le traitement est assez sophistiqué (et donc cher), la question de savoir s'il va s'imposer pour le traitement du SCI reste ouverte.
Selon une étude de l'université de médecine de Vienne, les patients atteints du colon irritable sont aussi soulagés par une hypnose du ventre relative aux intestins. Dans des études contrôlées, ce procédé a atténué les douleurs chez 65 à 80 pourcent des participants. Tout comme des médecins spécialisés en médecine psychosomatique de la clinique universitaire de Sarrebruck misent sur cette méthode spécialement conçue pour les malades du colon irritable. Une unité de thérapie dure environ 25 minutes et on en recommande six à douze. Les patients doivent ensuite continuer l'hypnose du ventre en autonomie chez eux, guidés par des CD. Des spécialistes voient cette méthode comme complément intéressant à associer à d'autres traitements.
Visiblement, un médicament phytothérapeutique permet d'obtenir une absence de troubles passable. Il s'agit d'une préparation combinée de myrrhe, d'huile de camomille en forme séchée et de charbon de café (issu de grains de café verts, séchés, carbonisés par une torréfaction intense et moulus ensuite pour obtenir une poudre). Les plantes médicinales interviennent sur différents points de l'appareil digestif et se renforcent mutuellement dans leurs effets (particulièrement intéressant pour le type avec diarrhée, SCI-D et le type mixte, SCI-M).