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Santé mentale: les policiers sont débordés

La police de Montréal a l'impression qu'elle
intervient de plus en plus auprès de personnes atteintes d'une maladie
mentale.
La Presse
La police de Montréal répond chaque jour à une centaine d'appels d'urgence liés à des personnes souffrant de problèmes de santé mentale, révèle une étude de l'Institut universitaire en santé mentale de l'hôpital Douglas, dont La Presse a obtenu les grandes lignes.
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C'est la police qui a commandé cette étude, la première du
genre. Le corps policier se sent souvent mal outillé pour répondre à ces appels
de détresse.
Après avoir reçu des menaces de mort proférées par une personne en crise, la mairesse de Mont-Royal, Vera Danyluk, a soulevé la question à la séance de la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal, mardi soir.
Ce mois-ci, la mairesse a reçu plusieurs appels téléphoniques d'une femme qui la menaçait de la «mettre dans un cortège funèbre à la suite du maire Tremblay». Elle a alerté la police, qui a retrouvé la femme en question et l'a fait hospitaliser. L'incident a suscité beaucoup de questions chez Mme Danyluk.
«Êtes-vous outillés pour faire face à ce genre de problème?» a-t-elle demandé au chef de police de Montréal, Yvan Delorme, qui présentait son rapport annuel à la Commission. «Le SPVM n'est pas toujours le mieux placé pour répondre à ce genre d'appel. D'autres acteurs sociaux peuvent être plus efficaces», a répondu franchement le chef de police.
Formation insuffisante
«Les policiers ont besoin d'être formés en santé mentale. On a
réussi à donner une formation de base à 20% des patrouilleurs. C'est mieux
qu'ailleurs au Québec, mais c'est loin d'être suffisant», a expliqué plus tard à
La Presse l'expert-conseil en santé mentale du SPVM, le policier Michael Arruda.
La police de Montréal a l'impression qu'elle intervient de plus en plus auprès de personnes atteintes d'une maladie mentale. Mais aucune étude n'avait été faite sur cette question. Elle a donc demandé à la Dre Anne Crocker, de l'hôpital Douglas, d'examiner, avec l'aide d'un étudiant en criminologie, les appels reçus au 911 à Montréal l'an passé. Résultats: 3,8% de ces appels, soit 38 000 par an, concernent une personne souffrant de problèmes de santé mentale (la centrale 911 de Montréal reçoit environ un million d'appels par an).
«Ce chiffre est conservateur, avertit la chercheuse. On a décelé des signes de problèmes de santé mentale à partir de résumés d'appels au 911. Si on avait épluché les rapports de police rédigés après les interventions, nos chiffres auraient été plus élevés.» C'est parfois uniquement au moment de l'intervention que le policier découvre une personne en crise.
«La pointe de l'iceberg»
«Ce n'est que la pointe de l'iceberg», confirme l'agent Arruda.
Le policier est chargé de faire connaître à ses collègues l'équipe Urgence
psychosociale-justice. Cette équipe formée de psychologues, de travailleurs
sociaux et d'infirmières est joignable 24 heures sur 24, sept jours sur sept,
pour porter main-forte à des policiers au beau milieu d'une intervention. «Les
policiers n'ont pas encore le réflexe de les appeler», affirme M. Arruda.
C'est que la nouvelle loi québécoise sur la protection des personnes dont l'état mental représente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui ne les oblige pas à le faire, déplore le coordonnateur de l'Urgence psychosociale, Jason Champagne. La loi leur donne le choix, en cas de crise, d'appeler ou non un intervenant. «J'ai vu des policiers intervenir six fois en une semaine auprès de la même personne avant de décider de nous appeler. Ils perdent un temps fou. Ce sont de grands coups d'épée dans l'eau», raconte-t-il.
De son côté, Action Autonomie, un collectif de Montréal pour la défense des droits en santé mentale, voudrait que les patrouilleurs soient mieux formés pour appliquer la nouvelle loi. L'organisme a tenu un forum sur la question la semaine dernière à l'UQAM. Plusieurs personnes internées sans leur consentement sont venues critiquer cette loi et le travail des policiers. L'agent Arruda, invité au forum, les a même encouragées à porter leur cause devant le Conseil de la déontologie policière. «Ça permettra de mieux baliser le travail des policiers», leur a-t-il dit.
L'intervention de la police auprès de personnes souffrant de problèmes de santé mentale demande plus de temps, a observé le Dr Crocker dans son étude. «On en demande beaucoup aux policiers. Ils sont formés pour faire respecter les lois, mais on voudrait qu'ils soient aussi psychologues et travailleurs sociaux», conclut le médecin