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Le Conseil administratif de la Ville a donc demandé au Conseil d'Etat, qu'on voit mal l'accepter, une dérogation à la loi pour pouvoir prélever 870'000 francs dans le «non-dépensé» du budget 2009, et les accorder au Grand Théâtre qui, pour avoir présenté un budget aux recettes surévaluées, se retrouve avec un manque de financement de deux millions et demi. L'opération n'est pas seulement douteuse d'un point de vue formel, elle l'est surtout d'un point de vue politique. La plus lourdement subventionnée de toutes les institutions culturelles du canton, et la seule à bénéficier, année après année, en sus de sa subvention, d'une prise en charge directe par la Ville de la plus grande partie de son coût, doit pouvoir assumer seule ses erreurs de prévision. Et le canton, qui clame -à juste titre, d'ailleurs- sa volonté de prendre dans la politique culturelle la part qui devrait être la sienne, pourrait, enfin, commencer à financer, un peu, encore marginalement, un Opéra dont l'existence même ne dépend actuellement que de la seule Ville de Genève. Il y a un bon usage des crises : comme la précédente crise qu'a traversée le Grand Théâtre, entre 2007 et 2009, avait permis d'entamer enfin une réforme de l'institution, le dernier épisode d'une crise structurelle de financement du GTG devrait être l'occasion de réformer ce financement, au lieu que de persister à le bricoler de subventions extraordinaires en garanties de déficit, toutes à la charge de la Ville.
Beggar's Opera
Ce que la précédente crise traversée par le Grand Théâtre avait illustré était l'état absolu d'obsolescence de sa structure institutionnelle et professionnelle : des statuts dépassés, des règlements poussiéreux, des pratiques folkloriques, des relations féodales entre chefferie et personnel.... Ce qu'illustre le dernier épisode de la crise de financement du GTG est un même état d'obsolescence : celui de la structure de son financement (outre la persistance d'un réflexe d'omertà qui semble s'être traduit d'abord par la punition infligée à une cadre du Grand Théâtre coupable d'avoir soulevé le lièvre de la surévaluation des recettes, ensuite par une décision du Conseil de fondation de ne pas informer sur la crise financière pour ne pas gâcher le lancement de la saison à venir, enfin par l'absence d'information donnée à leurs partis par les représentant du Conseil municipal au Conseil de fondation). Ce ne sont là que péripéties subalternes, l'enjeu est ailleurs : il est dans l'opportunité d'utiliser ce nouvel épisode pour redéfinir le financement de l'institution Mais on ne pourra de cette crise faire ce bon usage qu'en rompant avec la mauvaise habitude qui consiste pour la Ville, chaque fois que le Grand Théâtre manque d'argent, à lui donner ce qu'il réclame, en promettant haut et fort que « c'est la dernière fois qu'on cède ! » pour mieux se préparer à céder une fois encore, et en assortissant ce soutien de conditions dont le caractère impératif s'estompe au fur et à mesure que le temps passe. Aujourd'hui, la Ville affecte 45 millions et demi de francs au Grand Théâtre (le canton... 900 fois moins). Une participation du canton au financement du Grand Théâtre permettrait d'abord à la Ville d'affecter ce qu'elle n'aurait plus à assumer pour l'opéra à d'autres champs culturels que celui d'une institution. et ensuite de prendre au sérieux les intentions de l'avant-projet de loi sur la culture. La charge de l'exploitation de l'opéra devrait donc être au moins être partagée entre la Commune et la République. Même si le canton prenait à sa charge la totalité de la subvention d'exploitation du GTG, il n'assumerait encore que le tiers de la charge financière totale de l'institution, la Ville continuant à supporter presque tout le reste, à commencer par les salaires de la moitié du personnel, l'entretien du bâtiment, la rénovation des équipements, etc... Quand le canton affirme sa volonté d'être celui qui « définit et met en oeuvre la politique culturelle cantonale », fût-ce « en concertation avec la Ville et les autres communes », cette volonté devrait l'engager à un peu plus que ce discours. Pour l'y inciter, sans doute faudra-t-il que le Conseil municipal commence par refuser toute subvention extraordinaire au Grand-Théâtre, puis décide, souverainement, de réduire la subvention ordinaire à la moitié de ce qu'elle est actuellement, charge au canton d'assumer l'autre moitié, la Ville continuant cependant d'assumer le coût (autour de 30 millions par an) de l'existence de l'institution et des salaires du personnel qu'elle y affecte déjà, et de celui encore employé par la fondation et qui devrait passer sous statut de la fonction publique municipale.