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Trumbo
L’affrontement entre le divertissement américain et les militants anti-communistes dans les années 40 et 50 a inspiré un éventail étourdissant de films. Maintes et maintes fois, Hollywood est revenu sur le sujet: Guilty by Suspicion d’Irwin Winkler (1991), avec Robert De Niro en cinéaste déchiré par un terrible dilemme, Good Night, and Good Luck de George Clooney (2005), qui revisitait la bataille du journaliste TV Edward R. de Murrow contre McCarthy, ou encore The Majestic de Frank Darabont (2001). Le plus mémorable reste Le Prête-nom (The Front) de Martin Ritt (1976) dans lequel Woody Allen fournissiat un nom d’emprunt aux écrivains qui étient sur la liste noire.
Le film du réalisateur d’Austin Powers, Jay Roach, au sujet de l'écrivain américain Dalton Trumbo (Bryan Cranston), inscrit sur la liste noire, rappelle une triste période de l’histoire américaine: alors que la Guerre Froide bat son plein, Dalton Trumbo est au sommet de son art mais est accusé d’être communiste. Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire, l'empêcahnt ainsi de travailler. Cependant il demeure un scénariste très apprécié et sollicité. C’est lui qui a écrit, sous pseudonyme, Roman Holiday (Vacance romaines) sans crédit après avoir purgé une peine de prison pour avoir défier la CAAC. Le documentaire Trumbo (2007), réalisé par Peter Askin et scénarisé par Christopher Trumbo, le fils de Dalton, était basé sur les lettres du scénariste, montrait le discours de Trumbo à la Writers Guild of America et rappelait l’incroyable parcours de cet écrivain, scénariste et réalisateur américain.
Côté fiction, la version de Jay Roach, est très réussie, tant pour l’excellente direction des acteurs très judicieusement sélectionnés que pour la reconstitution de l’époque (mobilier, tenues vestimentaires, etc.). Le film retranscrit le célèbre discours, dans une version quelque peu romancée par Jay Roach (scénario écrit par John McNamara d’après la biographie de Bruce Cook). Dalton Tumbo est incarné par l’acteur nommé aux Oscars Bryan Cranston, formidable dans ce rôle, faisant parfaitement vivre le génie de cet écrivain irascible qui a produit son meilleur travail immergé dans son bain où la caméra de Jay Roach nous le fait rencontrer, un stylo dans une main, le porte-cigarette dans l'autre, et dont l’entêtement était une source de de force comme de faiblesse.
Le film s‘ouvre en 1947 avec Trumbo au faîte de sa gloire alors qu’il était l’écrivain le plus prisé et le mieux payé, signant des succès comme Kitty Foyle (1940) de Sam Wood, Tender Comrade (1943) de Edward Dmytryk et A Guy Named Joe (1943) de Victor Fleming. Trumbo règne sur tout Hollywood grâce à sa vivacité d'esprit, son charme charismatique et sa perspicacité.
Autour de lui gravite un troupeau d’amis qui le soutiennent, même dans la tourmente (notamment Arlen Hird, incarné par Louis CK) et qui souffrent sous le régime anti-communiste. La reconstitution de l’époque, fort réussie, doit beaucoup au choix des acteurs, très convaincants dans leur interprétation. Mentionnons les plus truculents: Michael Stuhlbarg (Edward G. Robinson), David James Elliott (John Wayne) et Dean O’Gorman (Kirk Douglas) et Otto Preminger (Christian Berkel), tandis que Helen Mirren, coiffée d’une symphonie de chapeaux extravagants et fusillant les artistes non gratae de son regard de Cruella, incarne avec maestria la redoutée Hedda Hopper. Le film rappelle de manière bienvenue, une bien sinistre époque et résonne avec la situation actuelle de certains artistes, écrivains, journalistes dans les pays qui bafouent la liberté d’expression. L’humour, très présent dans Trumbo, rappelle la résistance de ces artistes, muselés sous des prétextes fallacieux, pour sauver le divertissement.
Courez voir ce film!