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Histoire de la frontière suisse
Tour de Suisse historique aux confins
1935 km de frontière avec cinq voisins et 7132 marques de délimitation.
Confédération suisse / République française
Du Mont Dolent au port de Bâle
Du Mont Dolent (tripoint Italie-France-Suisse) au port de Bâle (tripoint France-Allemagne-Suisse), la frontière franco-suisse s'étend sur 585 kilomètres. Elle touche les cantons du Valais, de Genève, de Vaud, de Neuchâtel, du Jura, de Soleure, de Bâle-Campagne et finalement de Bâle-Ville.
Du Mont Dolent au lac Léman (Valais-France)
Les 91 kilomètres de la frontière franco-suisse du Mont-Dolent au lac Léman à Saint-Gingolph sont marqués aujourd'hui par 98 bornes complétées de quelques entre-bornes. Cette frontière suit, en gros, la ligne de séparation des eaux entre le bassin direct du Rhône et celui, respectivement, de l'Arve puis des Dranses (de Morzine et d'Abondance).
Les bornes encore visibles sur la limite couvrent grosso modo la période des cinq cents dernières années. La frontière possède une histoire encore plus longue. De la Morge de Saint-Gingolph, séparant probablement des tribus celtes, en passant par les abbayes et prieurés ayant modelés la limite sur les crêtes tout comme les bagarres incessantes entre la Savoie et le Valais, le territoire valaisan prendra finalement sa forme actuelle en 1569. Face à cet État du Valais, le duché de Savoie puis le Royaume de Sardaigne laissèrent finalement la place, en 1860, à la France entre le Mont Dolent et le lac Léman.
De chaque époque, il reste un tracé, des toponymes, des pierres, des bornes ou des rochers taillés pour illustrer l'histoire de la délimitation internationale. Morgins, la Morge, la Pierre des Limites, les croix de Savoie, les écus valaisans des sept dizains comme des treize districts, les armes de l'évêque de Sion comme celles de l'abbé de Saint-Maurice jalonnent encore la ligne de délimitation complétée par moult bornes aux inscriptions plus modestes. Le tout dans des paysages grandioses où les montagnes et les torrents jouent, eux aussi, le rôle de bornes naturelles.
Le lac Léman
La frontière franco-suisse dans le lac Léman s'étend sur 58.9 km et touche les cantons du Valais, de Vaud et de Genève. Historiquement, le milieu du lac servait logiquement de limite entre les souverainetés voisines lorsqu'elles existaient à l'exemple de la description faite dans le traité de Lausanne de 1564 entre la Savoie et Berne. En 1953, la Confédération suisse et la France optent pour une ligne médiane polygonale à six côtés complétée par deux droites transversales à Saint-Gingolph et à Hermance.
D'Hermance au Moulin de Grilly (Genève-France)
La frontière franco-suisse du canton de Genève est assez particulière dans le sens où elle ne s'appuie pas sur des hauteurs naturelles comme la crête des Alpes ou celle du Jura. Les 103 kilomètres de la délimitation internationale se trouvent en plaine et sur le lac. Cette situation singulière a rendu nécessaire la pose de très nombreuses bornes-frontière (445 bornes).
Le territoire genevois actuel découle des traités de Vienne et de Paris de 1814 et 1815. Genève rejoignit la Confédération suisse en 1815 comme vingt-deuxième canton avec un territoire un peu étoffé pour lui permettre d'avoir une liaison avec la Suisse (région de Versoix) et une continuité territoriale entre ses possessions historiques. La frontière internationale genevoise bordait alors deux États : à l'est et au sud, le Royaume de Sardaigne, à l'ouest le Royaume de France. En 1860, la Savoie plébiscita son rattachement à la France. La frontière internationale devint ainsi uniquement franco-genevoise. Le développement de l'urbanisation entrainera, au cours du XXe siècle, quelques adaptations mineures de la limite. Les aigles sardes et genevois ainsi que les lys royaux de France (Restauration) agrémentent encore quelques pierres historiques sur la limite et parfois même en dehors de celle-ci. Cheminer le long du tracé de la frontière du canton est une découverte historico-pédestre étonnante.
Du Vitiau au moulin de Grilly (Vaud-France)
Une frontière lacustre et une jurassienne : voilà ce qui compose la délimitation internationale du canton de Vaud. Si le lac n'est pas propice à la pose de bornes, le Jura s'est révélé, par contre, favorable à leur plantation et surtout à leur conservation. 309 bornes et quelques entre-bornes, couvrant plus de cinq cents ans d'histoire, jalonnent les 91 kilomètres de frontière terrestre du canton de Vaud avec la France.
Le pays de Vaud fut tour à tour helvète, romain, burgonde bourguignon, savoyard, bernois, helvétique puis finalement canton suisse depuis 1803. En outre, le tracé de la frontière sur les crêtes jurassiennes fut fortement influencé par l'établissement de plusieurs prieurés et abbayes dans la région à partir de l'an Mil. Cependant, ce sont les Bernois, arrivés en 1536 dans le pays de Vaud, qui systématisèrent le marquage des frontières aux moyens de bornes. Tout d'abord au nord, à Sainte-Croix en 1553, puis au sud, dans la région de Versoix en 1564 suite au traité de Lausanne. Les deux extrémités du pays seront reliées par un abornement continu dès 1649. Berne bordait alors la Franche-Comté espagnole. De magnifiques bornes de cette époque, blasonnées du lion et de l'ours, subsistent encore dans les forêts jurassiennes. La Franche-Comté deviendra française en 1678 sous Louis XIV. Quelques bornes aux trois lys illustrent ce changement. En 1798, le pays de Vaud se libéra et adhéra à la République helvétique une et indivisible. Des bornes à l'acronyme RHUI rappellent cette période de l'histoire suisse. En 1803, Vaud devint un canton à part entière. L'écu vert et blanc « Liberté et Patrie » orne, depuis lors, les pierres de 1824 en compagnie du lys de la restauration monarchique française. Une dernière page d'importance pour la frontière franco-suisse se tourna dans la vallée des Dappes au milieu du XIXe siècle. La France de Napoléon III désirait intégrer au territoire français la totalité du tracé de la route stratégique du col de la Faucille. Ce qu'on appela alors l' « affaire des Dappes » déboucha en 1862 sur un traité d'échange de territoire entre la Confédération suisse et l'Empire français. Les bornes à l'aigle impérial et à l'écu vaudois dans la région de la Cure illustrent, in situ, les implications de ce traité.
À partir de la fin du XIXe siècle, la Suisse figurera en lieu et place du canton sur la face vaudoise des bornes-frontière. La découverte inédite du Jura vaudois à travers le prisme de ses bornes-frontière ne laisse indifférents ni les amateurs de nature ni les fans d'histoire.
De Biaufond au Vitiau (Neuchâtel-France)
Le comté de Neuchâtel, devenu principauté puis canton suisse, possède une longue histoire que les bornes des hauteurs jurassiennes illustrent à leur manière. Dès 1408, le Doubs fut choisi pour limite entre la Bourgogne et le comté de Valangin (qui rejoindra le comté de Neuchâtel en 1592) de Biaufond au lac des Brenets. Cette partie de frontière ne bougera plus. Les confédérés occupèrent le comté de 1512 à 1529, mettant de l'ordre dans les délimitations de celui-ci. Entre 1524 et 1527, le tracé de la frontière des Brenets au Vitiau à Sainte-Croix fut finalisé et aborné avec le pal aux trois chevrons et la croix de Bourgogne avec briquets comme blasons. Cet abornement fut confirmé et complété en 1704 et 1766 par le Royaume de France présent aux frontières de Neuchâtel depuis 1678. En 1707, le roi de Prusse devint prince de Neuchâtel et de Valangin. La principauté prussienne réalisa en 1766, avec la France, l'abornement systématique de leur limite commune dont il reste encore plusieurs témoins intacts (blasons : chevrons/trois lys). Les bouleversements politiques enfantés par la Révolution française de 1789 toucheront Neuchâtel quelques années plus tard, durant la période napoléonienne. De 1806 à 1814, Berthier, Maréchal d'Empire, régna sur la principauté. Suite à la chute de Napoléon, les traités de Vienne et de Paris redessinèrent la carte de l'Europe. Neuchâtel devint officiellement, en mai 1815, le vingt-et-unième canton de la Confédération tout en restant (ou en redevenant) une principauté prussienne. Question territoire, le nouveau canton s'agrandit de la commune du Cerneux-Péquignot. Toute la frontière franco-neuchâteloise, de Biaufond au Vitiau, fut révisée, adaptée (au Cerneux-Péquignot) et abornée plus densément en 1819. Les nouvelles bornes portaient le pal chargé de chevrons neuchâtelois et le lys de la restauration française. Un grand nombre de ces pierres subsistent le long de la frontière.
Le dernier acte, en 1848, sans conséquence sur le tracé de la limite, toucha les drapeaux des États limitrophes. Depuis lors, de part et d'autre du Doubs, flotte des drapeaux tricolores : bleu-blanc-rouge pour la France, vert-blanc-rouge avec la croix suisse pour Neuchâtel. Seule une borne aux Brenets illustre ce changement. Les 182 bornes placées entre rivière et montagne le long de 62 kilomètres de magnifiques paysages jurassiens livrent leur histoire page par page.
De Pleigne à Biaufond (Jura-France)
La frontière franco-jurassienne est à la fois la plus neuve de Suisse dans sa dénomination et la plus densément abornée. En effet, le Jura est devenu un canton suisse en 1979 et sa frontière avec la France, longue de 121 km comporte pas moins de 606 bornes standard et de nombreuses entrebornes.
L'histoire de la limite se confond avec celle de la formation de l'Evêché de Bâle. Par Evêché de Bâle, on entend les terres placées sous l'autorité temporelle de l'Evêque de Bâle (Principauté épiscopale de Bâle). Après la Réforme à Bâle, Porrentruy devient, en 1529, la capitale de la principauté. Son territoire comprend le canton du Jura actuel, le Jura bernois, Laufon et Birseck. La limite aujourd'hui franco-jurassienne se met en place au cours du XVIIIe siècle et trouve pratiquement son tracé actuel suite au traité d'alliance et la convention de 1780 entre le Roi de France et le Prince Evêque de Bâle. En 1815 au Congrès de Vienne, les puissances décident de réunir l'Evêché de Bâle (sans Birseck) au canton de Berne. Dès lors les commissaires franco-suisses jalonnent en 1817 l'ancienne frontière de 1780 d'un lys de la Restauration du côté de la France et d'un ours bernois du côté de la Suisse. En 1979, date d'entrée du canton du Jura dans la Confédération suisse, la frontière (sans Laufon) devient franco-jurassienne.
Du Petit-Lucelle au Rhin à Bâle (Bâle-Campagne / Soleure / Bâle-France)
Entre Petit-Lucelle et le port de Bâle, la frontière franco-suisse présente toutes les caractéristiques d'une limite façonnée par l'histoire hors de considération de barrière naturelle. Elle présente une longueur de 51,2 km à raison de 25,9 km pour Bâle-Campagne, de 20,1 km pour Soleure et de 5,2 km pour Bâle-Ville.
La frontière internationale entre Petit-Lucelle et Bâle suit un tracé historique somme toute assez stable depuis un demi-millénaire. Par contre, la carte des souverainetés de part et d'autre de la frontière subit de nombreux changements. Depuis sa conquête de l'Alsace en 1648, le Royaume de France (Alsace) borde les territoires de l'Évêché de Bâle et ceux des cantons de Soleure et de Bâle. La France reprend les limites existantes du Sundgau autrichien. Les parties entreprennent un travail systématique d'abornement jusqu'au Rhin entre 1745 et 1747, ainsi qu'entre 1771 et 1789. Plusieurs témoins de ces travaux jalonnent encore la frontière actuelle.
À la suite des mouvements expansionnistes de la France révolutionnaire, les territoires de l'Évêché intègrent l'État français en 1793. Après le Congrès de Vienne de 1815, ils sont attribués en grande partie au canton de Berne et pour le reste au canton de Bâle. Un grand abornement de toute la nouvelle frontière suisse entre Bâle et Genève suit. Les bornes bâloises portent le millésime 1816, les Soleuroises et les Bernoises 1817. En 1833, Bâle se scinde en deux demi-cantons (Bâle-Ville et Bâle-Campagne). De l'autre côté de la frontière, la France perd l'Alsace en 1871 en faveur de l'Allemagne, la récupère en 1918, la perd à nouveau en 1940 pour la recouvrer à la fin de la guerre. Ceci explique les «DR» (Deutsches Reich) ou «D» (Deutschland) encore parfois partiellement observables sur certaines bornes-frontières. Finalement du côté suisse, la création du canton du Jura en 1979, suivie par le rattachement du district de Laufon à Bâle-Campagne en 1993, dessine la carte actuelle des souverainetés cantonales.
Confédération suisse / République fédérale d'Allemagne
De Bâle à Thal (SG)
Le territoire suisse s'arrête-t-il au milieu du Rhin ? Parfois oui, parfois non. En effet, géographiquement, le Rhin et le lac de Constance portent la frontière sur environ 171 km des 364 km de la limite germano-suisse. Plusieurs territoires suisses se situent outre-Rhin ou, autrement dit, sur la rive droite du fleuve. Le canton de Bâle-Ville occupe les deux rives du Rhin. Une partie du canton de Zurich s'étend également sur la rive droite du Rhin (Rafzerfeld et Nohl). Pour sa part, le territoire du canton de Schaffhouse se trouve lui presque exclusivement au nord du Rhin. Une portion de la commune schaffhousoise de Stein am Rhein fait exception et occupe la rive gauche du Rhin. Finalement, la ville allemande de Constance s'étend de part et d'autre du Rhin. La partie historique de la ville se trouve sur la rive gauche et constitue ainsi la seule portion de territoire allemande au sud du Rhin le long de la frontière germano-suisse.
Du tripoint des trois états jusqu'à Grenzach (Bâle-Allemagne)
Les 22 km de frontière entre le canton de Bâle-Ville et l'Allemagne occupent la rive droite du fleuve. Le territoire bâlois de la rive droite du fleuve se compose de Kleinhüningen, Kleinbasel, Riehen et Bettingen. Sa forme particulière peut faire penser à un doigt pointé vers l'Allemagne. Le tracé de la limite internationale débute au tripoint Suisse-France-Allemagne au milieu du Rhin. La pointe du doigt se trouve au lieu nommé Eiserne Hand. Ensuite, le tracé passe non loin du point culminant du canton (St Chrischona 522 m) puis redescend rejoindre le Rhin au Grenzacher Horn.
La ville de Bâle, point de franchissement du Rhin, occupe de longue date les deux côtés du Rhin. La ville s'affranchit lentement de la tutelle de l'Évêque de Bâle. Elle devient un canton suisse en 1501 et passe à la Réforme en 1529. Durant ce même siècle, la ville déjà en possession de Kleinbasel et Kleinhüningen acquiert Bettingen en 1513 et Riehen en 1522. Depuis lors, la frontière suit pratiquement le tracé que nous lui connaissons aujourd'hui. Du côté aujourd'hui allemand, se sont succédé le Margraviat de Bade, le Grand-Duché de Bade, la République de Bade puis enfin le land allemand du Bade-Wurtemberg. Ce n'est pas tout à fait tout. Jusqu'en 1805, les territoires de Stetten et de Wyhlen (tous deux aujourd'hui allemand) faisaient partie de l'Autriche antérieure. Ainsi, nous trouvons des blasons ou des inscriptions de chacune de ces souverainetés sur le pourtour du canton de Bâle-Ville.
Le long du Rhin (Bâle-Campagne et Argovie-Allemagne)
Nous reprenons la frontière au tripoint BL (Bâle-Campagne) - BS (Bâle-Ville) - Allemagne au milieu du Rhin à la hauteur du Grenzacher Horn jusqu'à Kaiserstuhl (AG). Une frontière fluviale ne nécessite pas beaucoup de marques de délimitation. Ainsi, nous n'en trouvons que sur les ponts et sur les barrages hydroélectriques. De plus, la portion de frontière entre Kaiseraugst et Leibstadt date de l'intégration du Fricktal autrichien dans la République helvétique en 1802, puis dans le canton d'Argovie en 1803.
Aujourd'hui, les marques de délimitation sur les ponts ou les ouvrages hydroélectriques ne servent plus en général de point de repères officiels. Le tracé de la frontière au milieu du Rhin repose sur une série de points non matérialisés (coordonnées numériques). Néanmoins, quelques bornes historiques subsistent sur les anciens ponts et barrages sur le Rhin. Ainsi, les jolies bornes de 1810 aux armes d'Argovie et du Grand-Duché de Bade (p. ex. au pont de Bad Säckingen) rappellent le marquage de la nouvelle frontière internationale du canton d'Argovie (1803). De même, les plaques B S (République de Bade / Suisse) que l'on trouve par exemple sur le barrage hydroélectrique de Ryburg-Schwörstadt illustrent la période de l'Entre-deux Guerre avec ses constructions hydroélectriques.
Confédération suisse / République d'Autriche
De Thal (SG) au Piz Lad
Du lac de Constance (embouchure de l'ancien Rhin) au Piz Lad, la frontière austro-suisse s'étend sur 167 km. Elle concerne les cantons de Saint-Gall et des Grisons sur le versant suisse. En Autriche, elle borde les Lands du Vorarlberg et du Tyrol.
La frontière dans le Rhin en amont du lac de Constance (Saint-Gall-Autriche)
En simplifiant un peu, cette limite internationale a pour but de suivre le milieu du Rhin comme il se présentait avant les travaux d'endiguement. Ceci explique que la frontière emprunte des portions de « vieux Rhin » comme à Sankt Margrethen et à Diepoldsau. Pour ces portions, une série de bornes-frontière marque le milieu de l'ancien Rhin. Pour les parties endiguées qui font frontières, le milieu du Rhin corrigé fait office de frontière. Le traité de délimitation entre la Confédération suisse et la République d'Autriche du 20 juillet 1970 décrit le tracé de la limite et son abornement.
Confédération suisse / Principauté du Liechtenstein
Du tripoint Suisse-Autriche-Liechtenstein dans le Rhin au Naafkopf
Le tronçon liechtensteinois de la frontière internationale suisse s'insère entre la limite austro-saint-galloise et celle qui sépare les Grisons de l'Autriche. La frontière entre le canton de Saint-Gall et le Liechtenstein suit le milieu du Rhin sur environ 27 km. La convention du 7 mai 1955 entre la Confédération suisse et la Principauté du Liechtenstein fixe les détails du tracé de la frontière dans le fleuve. La limite entre les Grisons et la principauté présente un relief plus tourmenté sur 14 km du Rhin (485 m) au Naafkopf (2570 m).
Hans Adam de Liechtenstein achète la seigneurie de Schellenberg en 1699 et celle de Vaduz en 1712. Grâce au statut d'immédiateté impériale des deux seigneuries, Anton Florian (le successeur de Hans Adam) obtient de l'empereur Charles VI de Habsbourg en 1719 leur transformation en la principauté d'Empire du Liechtenstein. La borne-frontière de 1735 témoigne l'abornement effectué à la suite de cet événement. Complétés en 1871 et en 1887, l'abornement et le tracé de la limite internationale entre le Rhin et le Naafkopf font l'objet de multiples modifications et d'échanges de territoire en 1949 (traité du 23 décembre 1948). Ainsi la majorité des bornes-frontières actuelles portent le millésime 1949.
Confédération suisse / République d'Autriche (suite)
Du Naafkopf au Piz Lad (Grisons-Autriche)
La frontière se divise administrativement en deux tronçons. Du Naafkopf à la Dreiländerspitz, les Grisons bordent le Vorarlberg ensuite, jusqu'au Piz Lad, c'est le Tyrol qui prend le relais. Le 20 juillet 1970, la Suisse et l'Autriche concluent un traité fixant le tracé de leur frontière commune (lac de Constance — Piz Lad). Malgré le fait que les deux états abrogent alors toutes les conventions antérieures, le tracé de la frontière reprend pratiquement celui qui séparait historiquement les deux pays. Ainsi, plusieurs bornes ou inscriptions de 1856, 1870, 1903, 1920, 1928, 1929, 1937 et 1951 jalonnent la limite internationale avec celles posées dans les années 1970. Géographiquement, la ligne de délimitation internationale suit la ligne de séparation des eaux du bassin versant de l'Ill jusqu'à la Dreiländerspitz qui est le rencontre du Vorarlberg, du Tyrol et des Grisons. Ensuite, le tracé de la limite jusqu'au Piz Lad suit différentes crêtes et rivières, sans logique naturelle claire. Le tripoint Suisse-Italie-Autriche du Piz Lad date seulement de la fin de la Première Guerre mondiale (Traité de Saint-Germain-en-Laye du 10 septembre 1919). Avant ce traité (et la guerre), ce tripoint se trouvait au-dessus du col de Stelvio (Piz da las Trais Linguas ou Cima Garibaldi).
Confédération suisse / République italienne
Du Piz Lad au Mont Dolent
Du Piz Lad (tripoint Autriche-Italie-Suisse) au Mont Dolent (tripoint Italie-France-Suisse), la frontière italo-suisse s'étend sur 741 kilomètres, réparti à raison de 201 km pour le Valais, de 207 km pour le Tessin et de 333 km pour les Grisons.
Du Piz Lad au Sasso Bodengo (Grisons - Italie)
La frontière entre les Grisons et l'Italie est une frontière internationale relativement jeune. Jusqu'en 1797 la Valteline, Bormio et Chiavenna faisaient parties des pays sujets des trois Ligues (Grisons). Du côté italien, l'unité du pays ne s'est réalisée qu'en 1861. A l'issue de la première guerre mondiale, le Tyrol du Sud est rattaché à l'Italie. Depuis lors, la frontière italo-grisonne s'étend du Piz Lad (tripoint Suisse-Autriche-Italie) au Sasso Bodengo où se rejoignent les Grisons, le Tessin et l'Italie.
Du Sasso Bodengo au Piccolo Corno Gries (Tessin - Italie)
La frontière entre le canton du Tessin et l'Italie s'étend sur 207 km par monts et par vaux.
Du Piccolo Corno Gries au Mont Dolent (Valais-Italie)
Les 201 kilomètres de la frontière italo-suisse du Mont-Dolent au Piccolo Corno Gries sont marqués aujourd'hui par 93 bornes complétées de quelques anciennes pierres. La frontière internationale suit en général la ligne de séparation des eaux du bassin versant du Rhône. Cependant, elle s'en éloigne au col du Grand-Saint-Bernard et dans la région du Simplon (Zwischbergen, Simplon Dorf et Gondo).
Les bornes de la limite italo-suisse encore en place aujourd'hui datent majoritairement du vingtième siècle. Cependant, la ligne de démarcation plonge ses racines probablement dans les limites provinciales romaines. Façonnée ensuite par la construction et l'extension de l'État valaisan ainsi que par les migrations des Walser, la frontière se stabilise au cours du XVIe siècle dans les grandes lignes sur le tracé que nous lui connaissons aujourd'hui. En face de l'État du Valais, le duché de Savoie puis le Royaume de Sardaigne laissent finalement la place, en 1860, à la France entre le lac Léman et le Mont Dolent et au Royaume d'Italie (puis la République italienne) entre ce dernier sommet et le Piccolo Corno Gries. Plus récemment, au XXe et XXIe siècle, c'est le développement de l'industrie du tourisme et la fonte des glaciers qui rendent nécessaire la pose de nouvelles marques de délimitation en plusieurs endroits.
Chaque époque nous lègue un témoignage sur la limite. À travers les tracés, les toponymes, les pierres gravées, les bornes ou les inscriptions sur les rochers taillés, l'histoire de cette délimitation internationale se découvre en chemin. En effet, le Saint-Bernard et le Simplon comme les cols plus retirés, les croix de Savoie et les écus valaisans des sept dizains comme les inscriptions plus modernes, tous concourent à s'imbriquer dans le puzzle historique de la formation de ce morceau de frontière internationale aujourd'hui italo-suisse. Le cadre naturel grandiose qui porte la limite internationale du Valais ajoute à cette découverte majesté et grand air.