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La question de l’égalité est peut-être aussi vieille que la politique elle-même. Ces dernières années, elle retentit sans cesse dans nos esprits. Pour cause : la mondialisation de l’économie et l’innovation technologique paraissent contribuer à concentrer de plus en plus de ressources dans de moins en moins de mains.
Amplifié par la crise du COVID-19, le creusement des inégalités sociales nous apparaît comme profondément injuste. Pourtant, nos expériences passées nous mènent à croire que la recherche de l’égalité parfaite aboutit, elle aussi, à une forme de tyrannie. Nous avons donc cherché à savoir quel est le niveau d’inégalité optimal, à supposer bien sûr qu’il en existe un.
Les inégalités furent d’abord définies comme des différences individuelles exposées à un référentiel. Ainsi, une différence de taille entre deux individus deviendrait une inégalité dès lors qu'ils doivent s’affronter au basketball. Faudrait-il pour autant réduire la hauteur du panier ? Et si l’un des joueurs court moins vite que l’autre, faudrait-il accrocher des poids aux chevilles du second ?
Selon cette conception, les différences naturelles qui existent entre individus rendraient le concept d’égalité absurde. Nier l’existence d’inégalités dans leur ensemble serait un exercice dangereux dans la mesure où égalité et liberté en deviendraient antinomiques.
Il existerait cependant une conception plus réaliste et désirable : l’égalité des chances. Cet idéal consisterait à construire notre société de façon à ce qu’aucun potentiel ne soit entravé. Une telle organisation bénéficierait non seulement à chaque individu, qui serait libre de développer ses talents, mais également à la société dans son ensemble, qui récolterait les fruits des potentiels exploités. En d'autres termes : une course juste n’impliquerait pas que tout le monde atteigne simultanément la ligne d’arrivée, mais bien que tout le monde commence sur la même ligne de départ.
Mais si nous atteignions cet idéal, ne serait-il pas immédiatement dépassé dès lors que les choix individuels introduiraient de nouvelles inégalités ? L'égalité des chances serait-elle une idée derrière laquelle nous sommes destinés à courir, sans jamais parvenir à l'attraper ? L’utopie, un point de bascule entre deux dystopies ?
Une fois la course lancée, les coureurs qui ont effectué le meilleur démarrage ont irrémédiablement une probabilité plus élevée de la gagner, et ces avantages ne font que s’accroître à mesure que le temps passe. Dans ce cas, le niveau d'égalité serait-il un élément que nous devrions réévaluer constamment, afin que la course puisse se poursuivre ?
Après s'être heurtés à la complexité de cette question, les participants se sont accordés sur un point : les débats autour des inégalités sont trop souvent abstraits, et par conséquent, dénués de sens. Peut-être avant d’aspirer à plus d’égalité, faudrait-il se tourner vers nos bons vieux cours de maths : définir exactement ce que l’on mesure, et selon quelle unité de mesure. Ainsi, nous aurons plus de chances de résoudre l'équation.