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Armoiries le Maure d'Avenches
L'histoire du Maure d'Avenches...
Les archives de l’Etat de Fribourg possèdent un parchemin daté de 1270 qui renouvelle le traité d’alliance et de confédération conclu en 1239 entre les villes de Fribourg et d’Avenches. Il est muni de l’empreinte, très bien conservée, du plus ancien sceau connu de notre cité.
On y distingue la légende « S. Cumunitatis de Adventica » et dans un encadrement polylobé, la tête d’un homme de race blanche.
Nos archives communales ont conservé quatre matrices de sceaux de différentes époques portant les légendes et caractéristiques suivantes :
- La plus ancienne, du XVe siècle, « S. Communitas de Adventica » et dans un tribole une tête aux traits anguleux, mais du même type que la précédente.
- La deuxième, datée de 1564, « S. Communitatis Aventicensis », l’effigie est pour la première fois négroïde.
- La troisième, du XVIIIe siècle, « Sigillum Civitatis Aventicensis », un écu à la tête de nègre tenu par un sauvage emplumé, armé d’un arc.
- La quatrième, également du XVIIIe siècle, « Sigillum Urbis Aventicensis », un écu à la tête négroïde, sommé d’un casque avec plumes et lambrequins.
En ce qui concerne les émaux (couleurs), ils sont déterminés avec certitude dès le XVIe siècle.
Nos archives possèdent la reproduction d’une carte de la République de Berne établie en 1577. Elles est encadrée par les armoiries des principales localités du canton. Avenches y figure naturellement avec un blason « de gueules au buste de Maure de sable, vêtu d’azur, tortillé d’argent ». Les traits sont négroïdes.
Il est également décrit avec quelques variantes dans trois anciens armoriaux :
- Ryff, en 1597, de gueules au buste issant de Maure de sable, vêtu d’azur, au collet d’or, tortillé d’or.
- Fisch, en 1621, de gueules à un buste de Maure d’argent.
- Stettler, en 1680, de gueules au buste de Maure tortillé d’argent. La tête est brune.
Plusieurs hypothèses ont été avancées au sujet de ladite tête :
1. L’empereur romain Vespasien, selon le pharmacien avenchois et conservateur du Musée, Auguste Caspari, décédé en 1888. Cette manière de voir fut partagée par A. Gauthier dans son armorial des villes suisses à la fin du siècle passé. Disons pour la petite histoire que Caspari réussit à rallier nos autorités à son point de vue, si bien que durant une vingtaine d’années, notre blason fut modifié comme suit: coupé de gueules et d’aur à la tête de Vespasien d’argent. Dès la fin du siècle on en revint, fort heureusement, à notre vieux Maure. Cette idée ne peut pas être raisonnablement retenue, car au Moyen Age, le souvenir de l’empire et de ses empereurs devait être passablement effacé comme nous pourrons le voir plus loin.
2. Un évêque, selon l’idée de A. Kohler, historien. Notre ville ayant été durant près de 150 ans le siège d’un important évêché au Ve et VIe siècles. On ne voit cependant guère un tel prélat sans sa mitre ou sa crosse.
3. Un chef barbare du VIIIe siècle, se nommant Wibilus, qui donna le nom germanique à la ville Wibilsborg, puis Wiflisburg. Cette dénomination est encore officielle, puisqu’on trouve dans le dictionnaire postal des localités la mention Wifflisburg=Avenches.
4. Un Maure. C’est l’hypothèse la plus vraisemblable. Les Maures ou Sarrasins, partis d’Espagne au IXe siècle, ravagèrent le sud de la France, une partie de l’Italie, parvenant jusqu’au nord des Alpes. Ce fut chez nous la dernière grande invasion qui laissa, durant longtemps, un souvenir vivace effaçant celui des Romains.
Une preuve tangible est le fait que le mur d’enceinte romain n’était plus désigné comme tel. Les plus vieux écrits mentionnant les champs aboutissant à son pied disent : « affrontent à la Muraille des Sarrasins ».
L’historien, Maxime Reymond, relate que les pêcheurs de l’embouchure de la Broye étaient appelés « les Sarrasins de Salavaux ».
Enfin, le mur partant de l’angle sud du cimetière en direction de l’ancienne ferme Guisan est encore de nos jours dénommé le « Mur des Sarrasins ». Lorsque apparut la tête de notre emblème, vraisemblablement avant le XIIIe siècle, ses créateurs ont dû penser au Maure plutôt qu’à un autre personnage, au vu de ce que nous exposons ci-dessus.
Une chose est certaine, depuis le XVIe siècle, les écrits font mention du Maure. Un mystère subsiste cependant et ne sera probablement jamais éclairci. C’est la métamorphose de la tête de race blanche du début en une tête de type négroïde au cours du XVIe siècle.
Texte de Y. Gottraux, archiviste communal