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Aumônerie de prison; ce qui a évolué et ce qui a changé
Quand je pense à ces dix dernières années, entre autres évolutions importantes, trois modifications me viennent à l'esprit. Elles ont un effet à long terme sur les exécutions de peine et de mesure:
1.
"Le 1er septembre 2010, 6'181 personnes étaient détenues dans les établissements destinés à la privation de liberté en Suisse." Selon l'Office fédéral de la Statistique, il s'agit de l'effectif le plus élevé depuis 1999. Le taux d'occupation augmente de 1,5 points par rapport à 2009 pour atteindre 92,5%. "Parmi les personnes détenues en Suisse, 31% étaient en détention préventive, 61% en exécution de peine et de mesure." Il est intéressant de constater que depuis 2004 le pourcentage de détenus étrangers reste stable, et représente 72% de l'effectif total.
Un grand pourcentage de ressortissants étrangers en exécution de peine signifie que l'aumônier doit assumer une identité théologique et professionnelle lui permettant d'accompagner spirituellement des personnes issues d'une autre culture religieuse que le christianisme et ayant grandi dans une autre réalité culturelle et nationale.
Il est aussi important pour l'aumônier d'être capable de communiquer avec les détenus dans les langues les plus parlées dans le monde.
2.
Le 1er janvier 2007 sont entrées en vigueur les nouvelles dispositions de la partie générale du code pénal. Une peine - c'est nouveau - n'est plus fondée sur le seul principe de la vengeance mais s'inscrit désormais dans une optique de prévention spécifique de nouveaux délits. Le sens premier de l'exécution de peine s'évalue donc selon le principe de la peine préventive. Par là même, on ne place plus au centre de l'exécution de peine la volonté d'infliger du mal, mais on veut encourager le comportement social du détenu, afin qu'il puisse vivre libre de toute peine après la détention. Quatre principes spécifiques s'ajoutent au principe général de la réinsertion:
- le principe de normalité,
- le principe du moindre mal (appelé aussi principe du nil nocere),
- le principe d'assistance nécessaire (principe d'assistance et d'encadrement) et
- le principe de sécurité (incapacitation).
Le plan d'exécution porte notamment sur l'assistance offerte, la réparation du dommage, la possibilité de travailler et d’acquérir une formation ou un perfectionnement, les relations avec le monde extérieur et la préparation de la libération. Ces neuf mesures ont pour objectif d'améliorer l'intégration sociale du détenu à sa libération et de limiter pour lui le risque de récidive. Ainsi, dans quelques établissements, des cours Fep (Formation dans l'exécution des peines) sont proposés dans lesquels une formation de base (allemand, mathématiques, éthique et des connaissances de base en informatique) est offerte.
Par ces nouvelles dispositions de la partie générale du code pénal concernant les exécutions de peine et de mesure, la réparation du dommage (matériel et non matériel) est une part importante des objectifs de l'exécution. Plus que tout autre, l'aumônier est invité à traiter de ce thème car la notion de réconciliation joue un rôle central pour lui. La réconciliation est comprise ici comme des paroles de pardon prononcées, mais aussi comme un droit à la réparation.
3.
Les collaboratrices et collaborateurs travaillant dans le domaine de l'exécution de peine et de mesure en Suisses reçoivent après une formation de deux ans au "Centre suisse de formation pour le personnel pénitentiaire" à Fribourg un diplôme de collaboratrice / collaborateur des établissement de privation de liberté. Les employés avec lesquels les aumôniers collaborent sont bien formés et spécialisés dans leur métier.
Le personnel œuvrant dans l'exécution de la justice en Suisse est engagé par les cantons et les établissements et reçoit une formation pratique au sein de l'établissement pendant la première année de formation. Ensuite, les collaboratrices et collaborateurs suivent 15 semaines de formation de base à Fribourg, réparties sur deux ans. Cette formation s'achève par un examen professionnel fédéral. Le domaine de la formation continue est de grande importance dans l'exécution de peine aujourd'hui. Les collaborateurs et collaboratrices doivent se tenir informés des changements intervenus. Un personnel motivé, engagé et bien formé et le garant important pour une privation de liberté de grande qualité.
Dans le FUTUR les modifications suivantes joueront vraisemblablement un rôle important:
1.
Le nouveau code pénal prévoit des conditions pour un meilleur placement des délinquants difficiles, dans le sens où ils ne seront pas placés exclusivement dans des cliniques psychiatriques mais dans des institutions fermées à orientation thérapeutique (art. 59 al. 3 CP). En effet, ces dernières années, de nombreuses offres nouvelles sont apparues ou sont planifiées.
2.
Il apparaît que de plus en plus de personnes âgées, voire très âgées vivent dans les établissements pénitentiaires. Des solutions doivent être recherchées pour mettre à la disposition de ces personnes des établissements adaptés à leur âge.
Ces dernières années dans l'établissement d'exécution des peines de justice de Lenzburg en Argovie, une division "60 et plus" a été mise en place. Elle est la première division créée pour des détenus de plus de 60 ans en milieu de détention fermée.
En automne, le Conseil-exécutif bernois présentera au parlement cantonal un crédit pour la construction de six appartements pour personnes âgées dans les établissement de St-Jean à Cerlier.
Willy Nafzger