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Voici maintenant un an que la guerre fait rage sur le continent européen et que les armées de Vladimir Poutine se sont lancées sur le territoire ukrainien. Tant de questions que l'on pensait reléguées au passé ont ressurgi au regard des flammes qui dévorent Bakhmout et Marioupol — y compris en Suisse: la réexportation d'armes de fabrication helvétique, des discussions âpres sur la neutralité et le vote de budgets conséquents pour l'armée suisse.
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Dans ce mic-mac, on trouve: de la politique, de la diplomatie, et évidemment du militaire. De passage à Crissier, à l'occasion d'une rencontre avec les milieux économiques vaudois, le chef de l'armée Thomas Süssli s'est entretenu avec watson au sujet des changements qui agitent l'institution depuis le début de la guerre.
Les combats d'artillerie, de chars ou d'infanterie reviennent au cœur des discussions. Avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, c'était plutôt le développement de la cybersécurité qui était sur toutes les lèvres. Qu'est-ce que cela représente pour l'armée?
Thomas Süssli: Pour nous, il a toujours été clair que l'aspect «cyber» ne remplace par les menaces conventionnelles, mais les rend plus dangereuses.
Du reste, l'armée suit des objectifs clairs pour les dix ans à venir, qui ont été définis ces dernières années et qui concernent l'espace aérien et les forces terrestres, ainsi que le développement «cyber», dont les buts ont étés posés en 2022. Il s'agit aussi en parallèle de maintenir les capacités actuelles en place: l'artillerie et les chars de combat, notamment. L'armée a toujours maintenu que ces éléments étaient essentiels. Tactiquement, la combinaison de la gestion du feu, du mouvement et de la protection des troupes s'est avérée une stratégie payante, en Ukraine.
Quels sont les principaux enseignements pour l'armée depuis le début de ce conflit?
L'importance de la gestion des stocks et de l'approvisionnement en matériel, ainsi que l'innovation et la numérisation de l'armée, qu'il faut accélérer. Cela a permis à l'Ukraine de mettre sur pied une stratégie défensive efficace, qui a porté ses fruits.
Quel est l'impact sur la doctrine et la formation?
L'idée est la suivante: les grandes armées ont leur place dans les plaines et les campagnes, et les petites armées dans les villes. C'est la tendance. On voit en Ukraine que les combats les plus violents, comme à Bakhmout, ont lieu dans les villes.
L'armée peine à séduire certains jeunes et anticipe un manque de personnel d'ici à la fin de la décennie. Avez-vous remarqué un regain d'intérêt pour l'institution depuis que cette guerre fait rage?
Oui, il y a une revalorisation de l'image de l'armée au sein de la population. On valorise à nouveau le service militaire et l'intérêt des jeunes lors du recrutement a augmenté.
Beaucoup de citoyens s'intéressent désormais au fonctionnement de l'armée et à ce qui s'y passe. Cet intérêt est positif et nous permet de mettre en avant ce qui rend l'armée attractive pour les jeunes: faire des expériences, la camaraderie, l'aspect challenge et aventureux et pour les cadres, pouvoir prendre des responsabilités. Et puis, simplement, faire quelque chose au profit de la sécurité de la Suisse.
Vous êtes venu mercredi parler au secteur privé et au tissu économique local. Pourquoi?
Et, pour revenir à l'intérêt que les jeunes peuvent avoir envers l'armée: nous voulons faire certifier un maximum de compétences acquises à l'armée dans le civil. C'est par exemple quelque chose que nous allons mettre en place avec les pilotes de drones.
A propos de drones: on en voit de plus en plus utilisés sur le champ de bataille, en Ukraine. Où en est l'engagement de ces appareils au sein de l'armée?
Les drones ont des applications différentes. On peut les utiliser comme «senseurs», pour faire de l'observation et du repérage, comme le système Hermès-900, que l'armée utilise déjà. Ce sont de gros appareils pilotés comme de petits avions. Ensuite, il y a les petits et les micro-drones. Ils sont utilisés à l'échelle d'une compagnie ou d'une section pour faire de l'observation. Nous disposons de deux centres de développement pour les drones et la robotique, un au sein d'Armasuisse, et un au sein de l'armée.
Vous avez parlé d'appareils d'observation. Et les drones armés?
Nous partons du principe que d'ici à cinq ou dix ans, ce type de drones sera la norme dans un grand nombre d'armées.
Ce n'est pas une intelligence artificielle qui décidera, mais l'humain qui presse la détente — ou un bouton.