Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07083.jsonl.gz/68

De quoi s'agit-il?
L’ADN des tomates a été modifié à plusieurs endroits simultanément avec les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas. En " coupant " six gènes différents, des plants de tomates sauvages donnant de petits fruits ont été transformés pour produire des tomates qui ressemblent aux fruits actuellement sur le marché. Cette étude internationale (Etats-Unis, Brésil, Allemagne) montre que la biotechnologie permet d’augmenter la taille des tomates plus rapidement que par des croisements classiques. Le but de cette expérience est de montrer qu’il est possible d’accélérer la sélection de nouvelles variétés de tomates à partir de plants de tomates sauvages ou de variétés anciennes. Selon ses créateurs, ces tomates conserveraient une concentration élevée d'ingrédients bénéfiques pour la santé.
Qu'est-ce qui est problématique?
Cette expérience est emblématique des questions posées par la technique du multiplexage (en anglais : multiplexing). Le multiplexage est défini comme la modification simultanée de plusieurs gènes en une seule opération de biotechnologie, une nouveauté rendue possible par les ciseaux moléculaires CRIPSR-Cas. Dans ces tomates, aucun gène supplémentaire n'a été inséré mais six gènes ont été mutés. Le nombre de fruits, leur taille et leur forme, les ingrédients et la forme de croissance ont été modifiés en quelques étapes et en un temps record. Cette technique va bien au-delà de ce qui était possible avec le génie génétique classique.
Cette technique permet d’accélérer la sélection de telle manière à ce que de nombreux organismes modifiés génétiquement soient introduits en peu de temps dans le monde. Ces organismes pourront être modifiés en profondeur et à plusieurs niveaux dans leur métabolisme. En sélection conventionnelle, les changements obtenus sont graduels et les conséquences de ces changements peuvent être observés et évalués sur plusieurs années avant d’être validés pour la culture à large échelle. L’utilisation du multiplexage omet toutes ces étapes intermédiaires. En cas de dérégulation de ces techniques, il y a un risque réel de perdre le contrôle sur le nombre et le type de mutations introduites dans les plantes de culture.
L'industrie et d'autres groupes d'intérêt exigent actuellement que les nouvelles procédures de génie génétique ne soient pas soumises à réglementation, ce qui implique une absence d’évaluation du risque et d’étiquetage. Si les nouvelles plantes devaient être commercialisées sans réglementation, aucun agriculteur ou jardinier ne saurait ce qu'il cultive réellement et aucun consommateur ne saurait ce qu’il mange. Les plantes pourraient également être croisées et recombinées sans que les effets de ces croisements soient testés en détail. Les consommateurs perdraient toute liberté de choix et les autorités ne sauraient pas quelles plantes ou quels aliments sont importés de quels pays et vers qui se tourner si des dommages à l'homme ou à l'environnement sont effectivement observés.
Le mutliplexage pose également des questions de propriétés intellectuelles.
Grâce à cette technique, la sélection peut se faire à partir de plantes sauvages ou de variétés anciennes à condition de connaître les mutations à introduire. Dans le cas de ces tomates, les mutations introduites étaient similaires à des mutations observées dans des plants déjà sélectionnés de manière conventionnelle. Le génie génétique permet donc de s’approprier des connaissances résultant du travail de longue haleine effectué par de nombreux autres sélectionneurs. Le multiplexage permet également de privatiser des variétés anciennes ou des plantes sauvages dans un temps relativement court et remet en question les aspects financiers et légaux de l’accès aux banques de semences publiques.
Ces tomates ont été mises en avant dans les médias comme ayant un meilleur goût et une concentration élevée d'ingrédients bénéfiques pour la santé. L'impression a été donnée qu'il n'y avait pas d'intérêts économiques derrière la création de cette tomate, seulement des avantages pour les consommateurs. En fait, les scientifiques américains, qui ont joué un rôle de premier plan dans la publication, ont non seulement déposé de nombreux brevets sur des plantes qui ont été manipulées dont le génome a été modifié selon les nouvelles méthodes de génie génétique. Ils entretiennent également des liens étroits avec la société américaine Calyxt, dont la direction comprend de nombreux anciens dirigeants de Monsanto. Les médias, qui ne tiennent pas compte de ces éléments, courent le risque de devenir des supports publicitaires pour les intérêts de Calyxt. Et le ministère allemand de l'Éducation et de la Recherche (BMBF), qui a financé les travaux sur les tomates avec des fonds publics, doit également se demander à qui bénéficiera de tels projets.