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14/01/2013
Qu'est ce que l’État ?
Prises de note brouillonnes sur l’État
L’État est-il un outil de coercition de classe ?
La société sans classe implique-t-elle sa disparition ?
Dans mes premiers textes sur ce blog, je définissais l’État comme étant identique à la collectivité, mais n'étant réellement au service de la collectivité que lorsqu'il était dirigé par des socialistes. Cette définition est-elle toujours pertinente ?
Mais d'abord, quand y a-t-il État, et quand apparaît-il ?
Il n'y a pas d’État sans société. Y a-t-il eu des sociétés dans État (et peut-il y en avoir) ? Tout dépend de la définition que l'on donne de L’État.
Prenons la définition suivante : L’État correspond à toute organisation de la société.
Étant donné que du moment qu'il y a société, il y a organisation, et que du moment qu'il y a organisation, il y a État, alors s'il y a société, alors il y a État.
L’État est-il impliqué par l'acte de délégation du pouvoir, de la souveraineté que l'on a sur soi-même ? C'est possible, mais dans ce cas, l’État n'existerait plus dans une société fonctionnant par démocratie directe (au sens très strict du terme).
Je considère que du moment où il y a délégation du pouvoir que l'on a sur soi-même à x, alors on peut considérer que x est l’État. (Et j'ajouterais même que je considère que le mandat impératif correspond à un acte de délégation.)
Cela n'implique évidemment pas que la délégation du pouvoir que l'on a sur soi-même soit volontaire.
De plus, x peut être un individu, un groupe, ou une entité.
L’État correspond-il donc à l'expropriation de son pouvoir sur soi-même par x ?
Reprenons à la base :
Du moment qu'il y a deux individus qui vivent ensemble (et cela entendu de manière large), on peut considérer qu'il y a société.
Du moment qu'il y a société, il y a coopération (plus ou moins volontaire ou forcée), car sans coopération, alors il y a conflit (et mort, donc fin de la société).
Du moment qu'il y a coopération sociale, il y a organisation.
Toute organisation implique-t-elle un État ?
Oui, s'il y a délégation de son pouvoir sur soi-même. (Et aucune société contemporaine ne saurait se passer de délégation, au vu de la complexité de l'organisation qui se fait à divers niveaux d'échelle et touche à des secteurs variés, et si on prend en compte le degré très élevé de la division du travail)
Quant est-il d'une société qui fonctionnerait sans délégation du pouvoir que l'on a sur soi-même ?
Si on prend l'exemple d'une société s'organisant par démocratie directe, c'est à dire par assemblée populaire, il n'y a alors pas de délégation du pouvoir que l'on a sur soi-même.
Mais cette assemblée populaire n'est-elle pas un État ?
Après tout, les décisions prises par l'assemblée touchent chacun des individus la composant, y compris s'ils ne sont pas d'accord.
L’assemblée représente une force potentiellement coercitive, car elle fonctionne par démocratie, certes directe, mais démocratie quand même.
Est-ce le caractère coercitif de l'assemblée qui fait d'elle un État ?
Non, c'est la démocratie qui est coercitive.
Une assemblée pratiquant le principe d'unanimité serait-elle non coercitive ?
Non, car le principe d'unanimité est coercitif, il masque le rapport de force simplement, en le rendant moins apparent, les règlements de compte se faisant par pression plus ou moins directes (cf. les tentatives des Indigné-e-s).
C'est le caractère organisationnel de l'assemblée qui fait d'elle un État.
Bien sûr, un État c'est une population qui a des frontières, et qui est souveraine sur un territoire, mais cette définition est nulle, car elle ne dit rien de la nature de l’État.
La nature de l’État ce n'est pas la coercition, car la coercition, ou la domination, n'est que le résultat du choix d'instaurer un modèle socio-économique et politique plutôt qu'un autre.
L’État en lui-même ne correspond qu'à l'existence d'une organisation dans une société donnée. L’État correspond donc au principe fondamental d'organisation sociale.
Les sociétés nomades aussi avaient des États, puisqu'elles s'organisaient elles-aussi par assemblées ou sous la domination d'un individu ou d'un groupe x.
Mais attention, on pourrait imaginer une société qui ne s'organiserait pas.
Est-ce théoriquement envisageable ?
Une société pourrait ne pas s'organiser, par conséquent elle ne tiendrait pas d'assemblée : il n'y aurait pas de politique, car la politique implique l'existence de l’État.
Une société peut-elle ne pas s'organiser ?
Les individus peuvent-ils coopérer sans s'organiser ?
Peuvent-ils se diviser le travail sans s'organiser ?
Peuvent-ils ne pas rentrer en conflit sans s'organiser ?
Ils ne l'ont pas fait historiquement il me semble, mais ce n'est pas une preuve logique !
Les nomades rentraient en conflit pour le contrôle de territoires, car sans partage organisée de l'espace et des ressources, il y a conflit.
Donc c'est seulement dans une société sédentaire qu'une société sans organisation, mais sans conflit est possible.
Quant est-il d'une société sédentaire ?
Si les individus sont tous bienveillants les uns envers les autres (hypothèse ontologique), alors il est possible que pareille société puisse exister sans conflit.
Si une société n'utilise pas la planification de la production en fonction de la consommation, si une société ne régule pas ses marchés, si une société ne redistribue pas ses richesses, bref, si une société ne s'organise pas, alors oui une société n'a pas d’État.
Qu'est ce qu'une société sans État ? C'est une société sans organisation.
Pareille société peut-elle survivre ? Seulement si tous les êtres humains qui la composent sont très bienveillants les uns envers les autres.
Car sans redistribution des richesses, les individus qui ont des problèmes quelconques doivent compter alors sur la solidarité de leurs pairs.
Mais en fait tout cela est faux !
Car une société qui refuse toute organisation se fonde sur le marché et la propriété privée des moyens de production.
Et comme la propriété privée des moyens de production implique un État coercitif pour faire accepter de force les inégalités (mécaniques) qui en découlent, alors une société sans organisation est une contradiction, car c'est quelque chose de toujours faux.
Il est donc vrai de dire que du moment qu'il y a société il y a organisation, et que du moment qu'il y a organisation il y a État.
Ce que les anarchistes appellent abolition de l’État, c'est la création d'un État anarchiste.
Le dépérissement de l’État marxien, c'est l’État communiste.
La société libérale c'est l’État libéral.
Par contre, État libertarien ou État anarcho-capitaliste est une contradiction.
Y a-t-il toujours société ?
Oui, car il y a l'impératif de la reproduction.
Donc sans société, il y a disparition de l'être humain, donc la société est condition nécessaire de l'espèce humaine (l'être humain n'existe donc que socialement).
Quant à l'ermite, il n'est que l'expression de l'abondance d'êtres humains.
Une société trop peu peuplée ne produit peut-être que fort peu d'ermites.