Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06945.jsonl.gz/582

Le 7 mars, le peuple suisse se prononcera sur l'initiative "Oui à l'interdiction de se dissimuler le visage". Le Conseil fédéral appelle à rejeter ce texte. Pour la cheffe du Département fédéral de justice et police Karine Keller-Sutter, le phénomène est "très marginal": "Il s'agit avant tout de touristes du Golfe."
S'appuyant sur une étude de l'Université de Lucerne, elle estime que seules 20 à 30 femmes portent le voile intégral en Suisse par conviction propre: "Très souvent, il s'agit de Suissesses converties à l'islam qui portent le niqab. Je n'ai jamais vu de burka." Et d'ajouter: "Dans une société libérale, on n'interdit pas tout ce qu'on n'apprécie pas."
Selon elle, la compétence est "clairement cantonale". Aujourd'hui, le Tessin et Saint-Gall interdisent déjà la dissimulation du visage et le voile intégral. Dans le canton du Tessin, très peu de cas ont été traités depuis l'entrée en vigueur de la loi sur la dissimulation du visage, a indiqué Karin Keller-Sutter. Dans celui de Saint-Gall, la nouvelle législation n'a même encore jamais été utilisée.
Je ne vois pas d'enjeu féministe dans l'initiative anti-burqa
Quinze autres cantons ont adopté des règles sur la dissimulation du visage lors de manifestations ou d'événements sportifs. D'autres comme Glaris, Zurich ou les Grisons ont clairement rejeté des projets, n'en voyant pas le besoin.
"Pas un danger"
Interrogée sur les valeurs, Karin Keller-Sutter "ne voit pas d'enjeu féministe" dans cette initiative. "Si le plus grand combat féministe en Suisse est de libérer une trentaine de femmes, ce serait facile."
Pour la conseillère fédérale libérale-radicale, le combat des femmes devrait porter davantage sur la "conciliation de la vie familiale et professionnelle ou la lutte contre la violence sexuelle et conjugale" que sur le voile. "Les Suissesses ne vont pas commencer à porter en masse le voile intégral. Ce n'est pas un danger dans une société forte et avec des valeurs."
Propos recueillis par David Berger
Adaptation web: Valentin Jordil
"Ce n'est pas à l'Etat de développer une solution informatique"
Le peuple vote le 7 mars sur deux autres objets, dont la Loi sur les services d'identification électronique, un texte défendu aussi par la ministre de la justice Karin Keller-Sutter. "La Suisse a pas mal de retard dans le domaine du numérique. Cette loi est l'occasion pour l'Etat de prendre la responsabilité de régler cette question sur le plan législatif", argumente-t-elle mardi dans La Matinale.
La nouvelle identité électronique (e-ID) veut permettre d'effectuer de nombreuses opérations sur internet, y compris des opérations nécessitant généralement de se présenter physiquement.
Pour la conseillère fédérale, le rôle de l'Etat dans cette loi est "très fort": "Certes la mise en oeuvre technique est réalisée par un fournisseur d’identification privé ou public, mais la Confédération reconnaît et contrôle le fournisseur d’identité électronique, vérifie l’identité de la personne et transmet les données nécessaires. Elle reste ainsi maître du registre des données."
D'ailleurs, Karin Keller-Sutter reconnaît que la Confédération s'est "plantée pas mal de fois" sur le développement de solution information: "Ce n'est pas à la Confédération de développer des solutions informatiques". Et d'ajouter: "Avec cette nouvelle législation, la protection des données est plus sévère que celle dans la loi sur la protection des données."