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Pierre Progin reçoit le prix d'encouragement Frutiger 2022
Le prix Frutiger récompense des travaux de recherche apportant une contribution dans le domaine de la neuropsychiatrie et de la neuropsychologie.
Cette étude conduite au Département de psychiatrie du CHUV s'intéresse à certains symptômes psychotiques, appelés expériences de passivité ou symptômes de premier rang, tels que les hallucinations acoustico-verbales, les pensées imposées ou encore les sensations forcées. De récentes découvertes en neurosciences cognitives ont permis de mieux comprendre ces symptômes, qui au lieu d’être compris comme des phénomènes distincts, semblent être rattachés à un mécanisme cérébral commun de prédiction. En effet, il semblerait que les patients aient des difficultés à prédire de manière correcte les conséquences de leurs propres actions et auraient ainsi tendance à attribuer ces actions à quelqu’un d’autre.
Etude du mécanisme de prédiction
Ce mécanisme de prédiction semble être central dans la conscience de soi. L’équipe du Prof. Olaf Blanke du laboratoire de neurosciences cognitives de l’EPFL a développé un dispositif robotisé qui permet de manipuler de façon expérimentale ce mécanisme de prédiction. En introduisant un décalage temporel entre les mouvements effectués par les participants et les sensations tactiles qu’ils reçoivent dans leur dos, ils rapportent l’impression de ne plus être à l’origine des mouvements qu’ils déclenchent via le robot, ainsi que la sensation que quelqu’un d’autre est présent derrière eux et reproduit leurs mouvements. Autrement dit, la manipulation du robot a permis d’induire des expériences de passivité chez ces sujets.
Test sur des patients psychotiques
Nous nous sommes alors intéressés à tester si cette manipulation robotique pouvait être utilisée avec des patients psychotiques. Nous avons réalisé une première expérience avec des patients qui étaient en phase précoce de la maladie et avaient présenté un premier épisode psychotique. Celle-ci a montré que les personnes qui avaient présenté des expériences de passivité durant l’épisode psychotique étaient plus sensibles à la manipulation et faisaient des erreurs d’attribution de leur propre voix. En effet, lorsqu’on demandait aux participants quelle voix ils entendaient durant la manipulation, seuls les participants qui avaient déjà présenté des expériences de passivité avaient tendance à attribuer leur propre voix à quelqu’un d’autre.
La suite de la recherche
Cette expérience nous indique que la manipulation robotique développée par Prof. Blanke peut être utilisée avec des patients souffrant de psychose. Nous souhaiterions étendre l’étude aux patients n’ayant pas encore présenté de symptôme psychotique mais étant à risque d’en développer, ainsi qu’aux personnes souffrant de psychose au long cours. Cela permettrait d’évaluer si la sensibilité des personnes à cette manipulation varie en fonction des différents stades de la maladie et si cette sensibilité peut être un indicateur du risque de développement de la maladie.