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Le président gambien a décrété un moratoire sur les exécutions. Bémol : le moratoire est sous condition et laisse au moins 38 condamnés à mort fortement menacés.
Dans la soirée du 14 septembre 2012, à l'approche de l'échéance qu'il avait fixée pour l'application de toutes les peines de mort prononcées, le président Jammeh a annoncé un moratoire sur les exécutions. Le communiqué publié par la présidence indique que «ce qui se passera ensuite sera fonction des événements : soit le niveau de criminalité baisse, auquel cas le moratoire deviendra illimité, soit le niveau de criminalité augmente, auquel cas le moratoire sera levé automatiquement». Cette annonce intervient trois semaines après l’exécution de huit hommes et une femme, le 23 août 2012.
Une annonce insatisfaisante, selon Lisa Sherman-Nikolaus, chercheuse sur la Gambie à Amnesty international. «Pour apaiser un peu l'anxiété des condamnés à mort et de leur famille, il faut instaurer un moratoire permanent dans la perspective de l'abolition de la peine de mort en droit.» , a-t-elle déclaré.
Le communiqué officiel indique que le président respectera la Constitution gambienne et la législation nationale, mais Amnesty International note avec préoccupation que le gouvernement ne s'est pas jusqu'à présent conformé à ses propres lois.
«Il est temps maintenant que l'Assemblée nationale gambienne réexamine la législation relative à l'application de la peine de mort en Gambie, a poursuivi Lisa Sherman-Niklaus. La Constitution du pays le prévoit, et cette révision aurait d'ailleurs dû intervenir il y a plusieurs années déjà.»
Neuf prisonniers exécutés
Deux au moins des neuf prisonniers exécutés au mois d'août 2012, Malang Sonko et Buba Yarboe, ont été tués sans qu'un appel ait été examiné, selon le communiqué par lequel le ministère de l'Intérieur a confirmé les neuf exécutions à la fin du mois d'août. Ceci est contraire aux normes internationales et à la Constitution gambienne, qui prévoit que tous les détenus condamnés à mort doivent pouvoir exercer toutes les voies de recours, jusqu'à la Cour suprême.
Amnesty International est préoccupée par d'autres déficiences de la justice gambienne : elle est soumise aux pressions politiques, la prise en compte d'«aveux» obtenus sous la contrainte est courante et elle fait fi des autres garanties internationales relatives au recours à la peine de mort.
«Nous nous efforçons de vérifier les informations concernant ceux qui ont été exécutés et ceux qui se trouvent toujours dans le quartier des condamnés à mort, mais dans le climat de peur qui règne dans le pays, il s'avère extrêmement difficile d'obtenir la coopération des avocats et des professionnels du droit», a précisé Lisa Sherman-Nikolaus.
Silence de la justice devant les familles
La justice pénale gambienne est un système gravement déficient, ambigu et difficile d'accès. De ce fait, même les avocats et les familles des prisonniers condamnés à mort ont du mal à savoir exactement à quel stade de la procédure on se trouve dans tel ou tel cas individuel.
Amnesty International demande que toutes les affaires ayant donné lieu à une condamnation à mort soient réexaminées lors d'une procédure transparente et excluant la peine de mort.
Les corps des huit hommes et de la femme exécutés en août 2012 n'ont toujours pas été restitués aux familles, qui n'ont pas non plus été informées de l'endroit où se trouvent ces dépouilles.