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J'ai été surprise, voire dubitative, voire un brin irritée récemment, en lisant un article, je ne sais plus où - peut-être un partage sur Linkedin - qui revenait sur cette éternelle question des conditions de stage des étudiants en soins infirmiers. En substance, l'article affirmait que les jeunes professionnel·les n'abandonneraient pas la profession s'ils·elles pouvaient, durant leur stage, travailler le week-end ou la nuit. Comme si, expérimenter le travail de week-end et de nuit était LA voie pour connaître la "vraie vie" professionnelle - la seule indispensable - et comme si, les étudiant·es n'avaient pas conscience que le temps de formation ne correspond pas à la réalité de la vie professionnelle. Soyons sérieux!
Cette question du travail de week-end et de nuit n'est pas récente. Lorsque j'ai commencé à enseigner, les étudiants en stage pouvaient travailler un week-end par mois et de nuit en dernière année. Lorsque le statut d'étudiant a été appliqué aux "élèves infirmières", en 1994, le travail de week-end et de nuit a été aboli, sauf pour "exception pédagogique", à savoir si le milieu clinique pouvait démontrer que le travail de week-end ou de nuit, étant très différent du travail de jour et de semaine, pouvait grandement contribuer à l'atteinte des objectifs de stage - versus au développement des compétences. Toutefois, en principe, depuis 1994, les étudiant·es en soins infirmiers de Suisse romande, ne travaillent pas le week-end ou la nuit pendant leur stage. Cette décision a été très difficile à digérer pour les soignant·es, un peu selon la pensée "j'en ai bavé pendant ma formation, il faut que tu en baves aussi, aucune raison que tu aies des conditions d'études plus confortables". Le sont-elles vraiment ? j'y reviendrai. Vous pensez que j'exagère et que les arguments sont autres, peut-être...
In fine, le statut d'étudiant a été mis en oeuvre et accepté par les milieux cliniques, bon an mal an. Toutefois, depuis ce moment-là, à chaque fois que des questions se posent à propos de la qualité de la formation et de son adéquation aux besoins des milieux professionnels, cette question est remise sur la table. Elle est particulièrement aiguë en cette période de pénurie et d'abandon de la profession par les jeunes diplômé·es.
Que l'on s'entende bien. Je ne suis nullement opposée au fait que les étudiants expérimentent le travail de nuit et de week-end, si cela fait sens pour leur formation. En revanche je suis convaincue que ce n'est pas cela qui empêchera les jeunes diplômé·es de quitter la profession. Imaginer cela me semble terriblement réducteur et simpliste. Il y a de nombreuses raisons qui poussent un·e jeune diplômé·e à abandonner sa profession, j'en vois deux principales :
Les conditions d'études semblent, de prime abord, plus confortables qu'elles ne l'étaient avant l'adoption du statut d'étudiant, ce qui n'est pas un problème à mes yeux. Toutefois, si l'on y regarde de plus près, on peut se rendre compte que ce n'est pas vraiment le cas; aujourd'hui, une grande partie des étudiant·es ont un job d'appoint pour payer leurs études et ce job est souvent un travail de week-end ou de nuit, par exemple dans des CMS ou des EMS. Cela signifie que les semaines de six ou sept jours, c'est déjà connu et largement expérimenté! De plus, se former, étudier, nécessite de consacrer du temps hors des séquences de cours présentiels ou à distance; en effet, dans une formation en Haute Ecole, ce qui est abordé en cours n'est que la pointe de l'iceberg de tout ce que les étudiant·es doivent maîtriser pour entrer dans la profession. Il ne suffit pas - loin s'en faut - de bachoter les contenus vus en cours pour réussir. Une bonne partie de la semaine (et du week-end!) est donc dédiée à des recherches et des lectures sur un sujet, un approfondissement de la matière enseignée, des travaux de réflexion à rédiger, des travaux de groupe à réaliser, des révisions et j'en passe. La formation n'est pas un long fleuve tranquille constitué d'une vingtaine de périodes de cours et de temps libre pour se détendre et s'amuser, comme d'aucuns semblent le penser.
Arrêtons donc de penser que la solution à un problème aussi complexe et systémique que la désertion de la profession par les infirmières, peut être aussi simple que l'ajout de quelques week-end et nuits de travail pendant les périodes de stage et attaquons-nous aux vrais problèmes que sont le manque de personnel, l'absentéisme, le ratio infirmière-patients et la sécurité des soins. A bon entendeur, salut!
Quelques références concernant les hôpitaux magnétiques