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Lecture de Luc 2 : Marie donne naissance à Jésus
1En ce temps-là, l'empereur Auguste donna l'ordre de recenser tous les habitants de l'empire romain. 2Ce recensement, le premier, eut lieu alors que Quirinius était gouverneur de la province de Syrie. 3Tout le monde allait se faire enregistrer, chacun dans sa ville d'origine. 4Joseph lui aussi partit de Nazareth, une ville de Galilée, pour se rendre en Judée, à Bethléem, là où était né le roi David ; en effet, il était lui-même un descendant de David. 5Il alla s'y faire enregistrer avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 6Pendant qu'ils étaient à Bethléem, le jour de la naissance arriva. 7Elle mit au monde un fils, son premier-né. Elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle destinée aux voyageurs.
Prédication : « Une naissance qui offre à chacun une place »
Chers frères et sœurs,
Si je vous dis : « pas de place pour vous ! », vous pensez à quoi ? à la dernière fois que vous avez essayé de prendre le train Lausanne-Genève aux heures de pointe ? (« dites-vous que cela pourrait être pire »). A la dernière fois que vous n’avez pas trouvé de place de parc ? ou que vous vous êtes fait éliminé-e aux chaises musicales ?
Pas de place. Ou dit avec un autre mot : « Exclusion ». Je me rappelle de ce dimanche où nous sommes allés en famille au culte dans notre lieu de vacances à ce qui nous avait été annoncé comme un « culte famille ». A 10h moins 1, nous avons donc débarqué à la bourre (comme c’est souvent le cas quand on a des enfants en bas âge) avec notre poussette et nos enfants. Le temple avait été préparé, mais toutes les places autour du centre où le culte allait se dérouler (avec notamment une narration avec objets), toutes ces places étaient prises. Et nous nous sommes donc retrouvés là, un peu comme des cons, pardon du terme, mais sans savoir où aller et que faire avec cette poussette, sans que personne ne se préoccupe de notre cas. Je me suis senti pas bien. Comme s’il n’y avait pas de place pour nous, pour notre famille, dans ce culte.
Bien sûr, cette expérience que j’ai vécue en famille n’est pas aussi forte que d’autres expériences d’exclusion (on peut se souvenir ce que vivaient les Noirs à l’époque de Martin Luther King…). Mais ce sentiment de « y a pas de place pour moi » reste gravé en moi. Ce qui fait, bien sûr, que je n’en suis que plus attentif à accueillir chacune et chacun, comme c’est la culture ici…
« Pas de place pour vous », cette phrase résonne aujourd’hui aussi particulièrement pour les personnes dans la précarité, qui sont bien souvent ballotées d’un endroit à l’autre, pour essayer de trouver une solution. Pas de place pour les migrants non plus, notamment à la frontière biélorusse où des familles entières sont dans le « no man’s land » à côté de la Pologne. « Pas de place pour vous », certains amis et connaissances qui selon leur choix sont « anti-vaccin » ou « anti-PassCovid » me disent ressentir cela également : « pas de place pour les antipass » (ca ferait un bon texte de rap, non ? les antipasse… ti !). Personnellement, ne pas pouvoir accueillir tout le monde ici à l’Eglise me rend très triste, même si je comprends le cadre sanitaire qui est le notre. Et puis, à l’autre bout de la chaine, on se pose la question depuis la début de la crise : y aura-t-il de la place pour tous dans les hôpitaux, comme avec ce dessin de presse de Noël 2020 ?
Oui, l’exclusion fait partie de notre société Covidienne, comme elle fait partie du récit de Noël. L’avez-vous entendu ? Dès sa naissance, Jésus est mis à l’écart : « Et elle [Marie] mit au monde un fils, son premier-né. Elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle destinée aux voyageurs.» (Luc 2,7)
L’exclusion fait donc aussi partie du récit de Noël : Jésus-Christ n’est pas né là où Marie l’aurait souhaité. À l’auberge, il n’y avait plus de place pour elle, pour Joseph et pour l’enfant à naître. Dans la narration pour les enfants, vous avez entendu l’aubergiste qui répond à Joseph d’un ton sec : « Complet ! C’est complet ! Y a pas de place pour vous ici. Je peux rien faire pour vous. Allez ailleurs ! ». Mettez-vous un instant à la place de Marie et Joseph : c’est violent ! Pas de place, c’est complet. Joseph et Marie sont renvoyés, exclus. Comme si le monde que le Christ vient sauver ne voulait pas de Lui. Il ne l’accueille pas, il ne lui accorde pas de place d’honneur. Pire, il l’exclut. Pas de place pour lui. Pas de place pour ce Dieu Sauveur dans notre société.
« Pas de place », une expression qui résonne aussi dans cette période du trop plein, tourbillon du mois de décembre entre organisation des fêtes et recherche de cadeaux, où en plus on se doit se creuser la tête pour imaginer des plans B avec le COVID. Il faut se mettre d’accord sur où, quand, avec qui, avec quel menu (sans lactose ou gluten ici ou là, pour pimenter le tout), sans oublier la recherche du cadeau adapté pour chacune et chacun. Et sans cesser non plus la vie « normale » : conjoint, enfants, parents, amis, travail, école. Et encore aller chercher un sapin, le décorer, et puis passer à Sapin Solidaire, pis tout pis tout. Bref, moi aussi quand j’ai préparé ce message, je me sentais un peu comme cette hôtellerie, complet, sold out, qui n’a plus de place pour accueillir l’essentiel. C’est vrai : bien des choses peuvent prendre de la place, dans ma vie comme dans la vôtre : des soucis pour un proche, pour l’avenir, la douleur physique, ou même l’absence et la solitude, peuvent occuper un espace considérable dans nos vies. Sans oublier les incertitudes en lien avec la situation sanitaire. Tout cela prend une place monstre dans nos vies. Et c’est finalement assez souvent, voire très souvent, que nous n’avons plus de place pour accueillir ce Dieu qui veut naître dans nos vies… Oui vraiment, dans notre agenda, dans nos cœurs, avec ce trop plein de décembre, y a-t-il de la place pour l’essentiel ? Pour l’essenCiel ?
L’essentiel à Noël, c’est quoi ?
C’est Dieu qui se fait proche de nous, qui se fait humain en un tout petit bébé, si fragile, si humble. Et ce bébé sera un Sauveur POUR NOUS, dit le texte. Un Sauveur enveloppé de langes, qu’on met dans une mangeoire. Tellement humain, tellement proche. C’est beau, cette humilité de Dieu. Oui l’essentiel à Noël, c’est de remettre l’Eglise au milieu du village, et Jésus au milieu de la crèche, dans sa mangeoire. N’en déplaise aux publicitaires consuméristes et au Père Noël. Faisons-lui une place, Sa juste place, car Lui, le Christ, le Sauveur, nous en offre une, de place !
Car c’est bien cela la Bonne Nouvelle de Noël : même si nous n’avons pas de place pour lui dans notre vie, Dieu vient quand même nous offrir la sienne, précisément là où nous en avons le plus besoin ! Même quand nous lui fermons la porte, même quand nous nous croyons très loin de lui, Christ est là, dans chacune de nos vies. Et il se fait proche de nous. Quelle extraordinaire bonne nouvelle !
Liliane m’a raconté qu’un jour, elle avait demandé aux enfants de son village, de recréer l’histoire de Noël avec des playmobil. Certains qui connaissaient l’histoire dans la Bible, ont tout bien mis, la crèche, Marie et Joseph, et Jésus sur la paille. Même l’âne et le bœuf. Mais tout à coup, d’autres ont commencé à mettre ici un requin, là une girafe. « Pourquoi le requin ou la girafe n’auraient pas leur place auprès de Jésus ? » Oui, chacun a sa place dans la crèche auprès de Jésus, autour de la naissance de ce Dieu fait homme. Chacun. Même une licorne.
Quelle bonne nouvelle de Noël, chers frères et soeurs : Dieu nous offre une place, à chacune, à chacun. Plus fort que nos refus, que nos indifférences, il vient à nous pour nous offrir une place, et nous donner sa lumière. Celui à qui l’on n’a pas fait de place crée de la place, pour nous, dans la famille de Dieu. Oui Noël, c’est la fête de la proximité de Dieu avec les êtres humains.
Et vous, comment vivez-vous Noël ? Comment faire de la place au Christ ? Comment cette bonne nouvelle que « Christ vient nous offrir une place » résonne-t-elle en vous ?
Offrir une place à chacun, pour notre Eglise qui se définit comme inclusive, c’est essentiel. Une Eglise inclusive, cela signifie que nous souhaitons accueillir chacune, chacun, sans discrimination, quelles que soient son origine, son niveau social, son orientation affective. Comme il est écrit sur la banderole : « Dieu est amour », et il l’est pour toutes et tous, dans toutes ces couleurs de l’arc-en-ciel que nous formons les uns avec les autres.
Oui à Noël, il y a une place autour du Christ pour chacun. Comme une invitation à Lui faire de la place dans nos vies, comme une invitation à faire de la place à tous les exclus de notre société aussi. Un beau programme pour cette semaine de Noël qui commence aujourd’hui pour lequel je nous invite, dans la joie et l’espérance… à faire de la place !
Amen.