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Après la guerre de 1914-1918 qui ruina tant de pays et de gens, Daniel Gaïffe, héritier du château, connut de sérieux revers de fortune. Il se trouva bientôt dans l'impossibilité d'assumer les charges imposées par cet édifice qui nécessitait en outre de sérieuses réparations. Il se mit donc à la recherche d'amateurs, bien rares à cette époque de crise économique permanente ponctuée d'escroqueries et de scandales financiers de grande envergure. Ceux qui s'engagèrent renoncèrent bien vite devant les frais d'entretien et de restauration. Sur le conseil d'amis, Gaïffe s'adresse alors à l'État de Vaud en février 1932. Pour la somme de Fr. 250'000.-, il offre le château avec son contenu, dont la remarquable bibliothèque, les terrains qui entourent les bâtiments et le petit bois de la Coulaz.
Une commission d'experts désignés officiellement étudie cette proposition et préavise favorablement après avoir obtenu une réduction de Fr. 50'000.-. Le Conseil d'État la suit dans ses conclusions, il présente au Grand Conseil une demande de crédit d'un montant de Fr. 220'000.-en vue de cet achat et des réparations à entreprendre dans l'immédiat. L'entrée en matière même est aussitôt refusée nettement dans la séance du 5 juin 1934.
La situation du moment ne se prêtait guère à des folies de ce genre. Qu'aurait-on fait de ce château ?
D'aucuns s'émurent en apprenant la décision du Grand Conseil vaudois, en particulier deux citoyens d'Oron qui avaient fait partie de la commission extraparlementaire favorable au projet, le géomètre Henri Kissling et le notaire William Gilliéron. Le lendemain déjà des contacts sont pris. Par téléphone, Frédéric Gilliard, architecte à Lausanne, membre du comité de la Société d'art public, section vaudoise du "Heimatschutz", suggère de réunir rapidement un groupe d'action qui envisagera les premières mesures à prendre. Il faut à tout prix sauver le château de la ruine, d'une spéculation hasardeuse ou d'une autre affectation toujours possible. Il offre le soutien de sa société qui ne manquera pas de s'intéresser à l'affaire.
Le jour même quelques personnalités s'assemblent à l'Hôtel de Ville: Paul Serex, Préfet du district d'Oron; Charles Jan et Aimé Chollet, députés du cercle d'Oron; William Gilliéron, notaire à Oron; Henri Kissling, géomètre officiel à Oron.
Après discussion, elles s'accordent pour:
1. demander l'aide et le soutien de la Société d'art public,
2. former un groupement ayant pour but l'acquisition du château pour le remettre à l'État,
3. constituer les fonds nécessaires à cet achat par une souscription publique et une loterie.
Ces messieurs se constituent eux-mêmes en comité d'initiative dont le Préfet Serex prendra la présidence et le géomètre Kissling le secrétariat.
Des appels seront aussitôt lancés aux personnes de la région et d'ailleurs, susceptibles de se joindre au mouvement. Une telle détermination ne peut que forcer le succès.
A Oron, les affaires ne vont pas traîner. Le comité d'initiative connaît la précarité de la situation du propriétaire et son ardent désir de céder le château. Les appels rencontrent un accueil favorable auprès de plusieurs personnalités du pays. Le Conseiller d'État Paul Perret, consulté, voit d'un bon il l'organisation d'une loterie. On peut aller de l'avant. Le comité d'initiative devient comité d'action, il reçoit l'aide et les conseils du professeur Adrien Taverney, des architectes Frédéric Gilliard et Adolphe Burnat, agissant au nom de la Société d'art public, de l'historien Maxime Reymond, président de la Société vaudoise d'histoire, représentant la Commission vaudoise des monuments historiques.
Tout se précipite. Gaïffe est convoqué pour discuter des conditions de vente avec une commission ad hoc. Il accepte à nouveau une réduction de prix. Un projet de statuts est élaboré. Une assemblée générale est convoquée pour le 11 juillet 1934 dans la salle du Tribunal d'Oron. Elle réunit 30 personnes qui acceptent à l'unanimité la fondation de l'ASSOCIATION POUR LA CONSERVATION DU CHATEAU D'ORON régie par les statuts présentés et adoptés. La cotisation des membres se montera à Fr. 2.- par année.
Les membres du comité sont confirmés dans leurs fonctions avec la charge d'entreprendre toutes les démarches nécessaires pour atteindre le but fixé:
Tout est en place. L'Association est créée, ses statuts admis et signés par les fondateurs. Reconnue par l'État, elle bénéficie de la compréhension de chacun et des encouragements de tous.
Toutefois l'acquisition du château ne peut se réaliser avec des belles paroles et des bonnes intentions.
Une vente de gravures et de cartes, une souscription publique ne laissent pas la population indifférente mais rapportent relativement peu d'argent. Il faut absolument mettre sur pied la loterie prévue qui seule fournira la somme nécessaire à l'achat, d'autant plus que les communes sollicitées, elles aussi, se récusent, à l'exception d'Oron-la-Ville qui verse Fr. 500.-...
Non sans difficultés, les responsables organisent au mieux leur affaire en même temps qu'ils agissent auprès de Gaïffe, toujours plus impécunieux, pour l'aider à trouver de I'argent et l'inviter à baisser encore ses prétentions. Le succès couronne leurs entreprises puisque le tirage de la loterie s'effectue dans la cour du château le 1er août 1936 au milieu des discours, des rires et des danses et que le propriétaire accepte Fr.140'000.- pour son manoir, sans le bois de la Coulaz vendu à un particulier.
L'objectif est atteint. La ténacité a triomphé. Les fonds accumulés précédemment, le bénéfice de la loterie augmenté de quelques dons autorisent le comité à passer à l'action.
Le 16 août 1936, à 10 heures du matin, en l'étude du notaire Édouard Gilliéron, l'acte d'achat est stipulé, signé pour l'Association pour la Conservation du Château d'Oron par le Préfet Paul Serex, président et le secrétaire Henri Kissling.