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Un portrait de Rembrandt van Rijn se cacherait dans ce tableau…
Attribué au peintre Jacob van Spreeuwen (1611-après 1650) et légué au Musée d’art et d’histoire en 1942, L’Opération (1635-1640) figure en bonne place dans les collections d’art hollandais du musée. Le tableau s’inscrit dans une tradition comique qui, amorcée par la Cure de folie de Jheronimus Bosch (vers 1450/55-1516) et diffusée par Pieter I Bruegel (1528/30-1569) notamment à travers la gravure, thématise la niaiserie du paysan, convaincu de se faire soigner de sa folie par un charlatan. Il met en scène la fausse opération dans un intérieur d’apothicaire qui présente, sur les étagères du mur du fond, des objets tels que des pots, des flacons, un plat ou encore un crâne. Le vieux charlatan feint de pratiquer une ablation derrière l’oreille droite du paysan qui, totalement effrayé, se cramponne à son fauteuil, et dont l’épouse prie pour la bonne réussite de cette délicate opération.
Un portrait déguisé de Rembrandt?
Son jeune assistant, vêtu à la mode des années 1630, se tient derrière une table sur laquelle reposent divers instruments (une bassine, des ciseaux), et semble transporter dans un pot le «grain de folie» qu’il s’apprête à faire disparaître dans le feu. Selon Cornelis Hofstede de Groot, il constituerait un portrait déguisé de Rembrandt van Rijn (1606-1669), dont les parents seraient à reconnaître dans le charlatan et la vieille femme. De fait, la composition, éclairée par une grande baie, procède directement des inventions mises en place par Rembrandt dans sa période leydoise et développées par ses premiers élèves, en particulier Gerard Dou (1613-1675).
Attribution à Jacob van Spreeuwen, élève de Rembrandt
Au cours du XIXe siècle, le tableau est précisément attribué à Gerard Dou. L’attribution est nuancée par Cornelis Hofstede de Groot et acceptée avec prudence par Armand Brulhart qui suggère avec raison une datation dans les années 1630 sur la base du costume. Elle est toutefois rejetée par Hors Gerson, qui évoque le nom d’Isaac de Jouderville (1612-1645), puis par Werner Sumowski qui assigne l’œuvre de manière convaincante à Jacob van Spreeuwen. Ce dernier, peut-être formé dans l’atelier leydois de Rembrandt vers 1630-1631, semble interpréter les modèles du maître et ceux du jeune Gerard Dou dans un registre plus dur, comme l’illustre entre autres le Savant dans son cabinet, avec leçon de vanité du musée du Louvre à Paris, dont la composition, la palette et l’écriture sèche entretiennent une étroite parenté avec notre tableau.
Ce texte de Camille Girard est tiré de l’ouvrage L’art et ses marchés. La peinture flamande et hollandaise (XVIIe et XVIIIe siècles) au Musée d’art et d’histoire de Genève, placé sous la direction de Frédéric Elsig (Somogy/MAH, 2009, pp. 174-175)