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Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste freudien. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à se lever, de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à aimer, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau, mais pour avoir été la dernière personne à l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée morte, on l'accusa d'avoir eu sa peau. Telle est l'histoire. Deux personnes qui ne devaient pas se rencontrer et qui ne purent se quitter. Des mots noirs et des souvenirs blancs. Dans la lumière adoucie d'un cabinet de psychanalyste se redit la dernière séance de Marilyn.
"mais ce jour-là, lors de son dernier concert donné à chicago le dimanche 28 mars 1964, quelque chose s'était effondré dans le troisième mouvement de la sonate opus 110 de beethoven, quand se déplore le klagender gesang, le chant de douleur.
Il n'avait pu faire le crescendo qui sous-tend la plainte. il ne pouvait faire cela. pas devant eux, les deux mille qui regardaient, attendaient la fin. c'était comme se dévêtir, ou mourir. il fallait se cacher. il savait que la fugue allait venir très vite, oú il pourrait se masquer de sérénité. mais il reviendrait aussi, encore, voilé, perdendo le forze, l'arioso de douleur, et alors, la pédale una corda ne suffirait pas à teinter d'absence la phrase qui s'efface.
Il faudrait encore moins de son. " m. s.
Comme une ombre, c'est l'histoire de deux frères, Michel et Bernard, de leur enfance, de leur rivalité secrète, de leur impossible amour. D'effrayantes symétries entre les objets, les noms, les guerres, les amours. Des images obsédantes : une piscine municipale au bord de la Seine, un dancing, une caserne à Blida, un été espagnol... Et la mystérieuse L.
Michel Schneider raconte ici l'enquête du narrateur sur les traces de son double perdu : la guerre d'Algérie et ses douleurs, la musique et ses consolations, les femmes partagées - à commencer par la mère -, le désir, la trahison. Il explore le plus intime et confie la difficulté de grandir privé de son ombre.
Cherchant les mots qu'il ne lui a pas dits, et qui lui auraient ouvert ses bras, le survivant adresse au frère disparu une lettre qui ne lui parviendra pas.
Étrange passion que celle de Freud et de ses disciples aspirant au « communisme des idées » et finissant par s'entre-déchirer pour des histoires de propriété de mots et de transmission de pensées. Surpris de rencontrer dans la psychanalyse comme chez les écrivains ces mêmes jeux avec les mots de l'autre - plagiat, palimpseste, pastiche - et ce même rêve nostalgique des greffiers du déjà dit - « copier comme autrefois » -, Michel Schneider dévoile ce qui pourtant devrait être l'évidence : le propre des mots est d'être impropres ; leur destin, d'être volés. Ou de vous voler : ne vous dérobent-ils pas à vous-même, déposant en vous des pensées insues, des réminiscences involontaires ?
Sur la carte, des mots sans pays ; on laisse derrière soi la propriété littéraire - contradiction dans les termes - pour arriver à la propriété psychique, elle aussi faite de colonies, de frontières, d'invasions étrangères, de reconquêtes. Vous parlez, pensez, écrivez, vous créez ; mais ces mots que vous utilisez, à qui les avez-vous volés ? Comment dès lors situer dans une relation à deux - le transfert analytique, la passion amoureuse, l'influence intellectuelle - la propriété des mots et des pensées ? Comment discerner dans le propre de celui qui écrit, dans son identité de papier, la possession démoniaque et l'appropriation créatrice ? Le parcours, ici, est buissonnier, parfois égaré. Les questions changent en chemin, à force d'être répétées. Commençant par « peut-on être original ? », on en vient à « de qui tenir son être, son style ? »
«Entre maman et son petit Marcel se consommait l'insignifiance légère du langage. Par sa lecture, la mère devenait la loi intérieure, dépliant les mots comme des étoffes, chantant les noms si beaux et nus des personnages de roman, ouvrant des phrases pareilles à des chambres. Puis, un jour, elle mourut. Il écrivit.
Pour elle : si quelqu'un était bien son genre, et valait la peine de lui dédier sa vie entière comme à son plus grand amour, c'était bien maman. Contre elle : s'il n'avait pu, à force de travail, de haine et de désir, s'en détacher, Marcel ne serait jamais devenu Proust. Il serait resté le «petit loup» qui montre ses petits papiers à sa petite maman, pour lui dire : «Reviens».
La Recherche est une longue lettre adressée par Marcel à maman pour lui dire que finalement, elle n'était pas son genre.» Michel Schneider.
Dans la vie d'un lecteur, certains auteurs occupent une place à part - lectures inaugurales, compagnons de tous les jours, sources auxquelles on revient.
La collection « Les auteurs de ma vie » invite de grands écrivains d'aujourd'hui à partager leur admiration pour un classique. Elle reprend le principe des « Pages immortelles », publiées dans les années trente et quarante chez Corrêa/Buchet Chastel : chaque volume se compose ainsi d'une présentation de l'auteur choisi ainsi que d'une anthologie personnelle.
Ces rencontres extraordinaires, ici partagées, sont pour le lecteur de belles occasions de relectures ou de découvertes.
Parlant de Pascal, Michel Schneider a choisi de faire le portrait d'une écriture. Il fait entendre les mots de la dramaturgie pascalienne, ceux qui sont repris et entrelacés, dans des motifs presque musicaux : Dieu, jeu, coeur, joie, ordre, infini, moi, mort.
« Pascal n'est personne. Il est celui qui ne sait pas qui il est mais qui le sait mieux que personne. Il est chacun de nous. Écrites pour lui seul, amères, sévères, les Pensées parlent à tous ceux qui ont souffert, désiré, perdu. » Lisons donc le recueil de ses plus belles pages comme s'il nous donnait des nouvelles de nous-mêmes.
«Je tiens ici le registre des morts imaginaires d'écrivains réels. J'ouvre le rideau au moment où La commedia è finita, ce qui n'est pas forcément un mal, si j'en crois plusieurs de ces mourants, écarquillés devant la merveille d'une robe qui bruit : alors, la vie leur apparaît toute neuve.»
Avec émotion et érudition, Michel Schneider traite, à travers trente-six portraits d'écrivains saisis dans leurs derniers instants, de l'expérience la plus commune, la mort. Une certaine histoire de la littérature, où les derniers instants de Pascal, Kant, Flaubert, Rilke, Zweig, Buzzati et tant d'autres sont comme l'ultime révélateur de... la vie.
En mars 1821, quand les plaisirs et les jours viennent à manquer et qu'il est entré dans la phase finale de la recherche du temps retrouvé, Proust écrit une étrange lettre à un jeune homme, Thiébault Sisson. À lui, un inconnu qu'il aimerait connaître, comme à ses amis, ses proches, ses amants, il ne cesse de se dire mourant. Ça finira par arriver, un an et demi plus tard.
Dans cette lettre, il inclut un article d'une dizaine de pages, assez plat mais extrêmement louangeur de La recherche. Croyant sans doute qu'on n'est jamais mieux critiqué que par soimême, il souhaite le faire publier anonyme ou pseudonyme sous l'intitulé : L'esthétique de Marcel Proust. Proust par Proust, donc, mais sans son nom. L'auteur et l'homme qui vit et meurt sont deux. L'auteur, c'est toujours l'autre, écrivait-il dans le Contre Sainte-Beuve.
C'est ce texte qui sert de noyau, avec d'autres lettres inédites, à une sorte de roman essai ou de nouvelle par lettres. Une histoire de pseudonymie, de dédoublements, de feintes, d'immortalité, de nom d'auteur, de critique littéraire. Un étrange ballet d'ombres que ce théâtre où l'on voudrait bien ne pas être celui qu'on est et vivre sur le papier ce qu'on ne vivra jamais, qui s'appelle un roman.
Quel est le statut de ce texte de Proust ? Une autocritique ? La recherche contient une critique et une analyse de l'oeuvre autrement plus juste et profonde. Un autoportrait masqué ? Une épitaphe ? Qui vit ? Qui meurt ? Qui écrit ? L'autre, le jeune homme, mourra aussi. La lettre ne sera jamais publiée.
Comme dans toutes les histoires de double, l'un est l'autre. Sur quoi mon livre est-il écrit ce que ce que c'est qu'être auteur, auto citation, auto plagiat, autocritique mots volés, prêtés, jamais rendus ; sur les rencontres amoureuses ; sur la vie parmi les autres ou parmi les livres ; sur ce dilemme : vivre sa vie ou l'écrire. L'écriture est-elle vraiment « la vraie vie » comme l'écrit Proust dans Le temps retrouvé ?
Sur qui ce « Proust par lui autre », si j'ose dire, est-il écrit ? Marcel et Proust, Proust et Proust ou bien Proust et moi. Je ne sais. (Michel Schneider)
Chaque sexe se prend pour l'autre
de peur de se prendre l'un l'autre.
Voulons-nous vraiment que le socialisme moral
et politique nous délivre de la sexualité oe
A travers l'analyse d'une quinzaine d'opéras (Orphée, Carmen, La Traviata, etc.), l'auteur examine les jeux de désirs inconscients entre les différents personnages.
Étrange passion que celle de Freud et de ses disciples aspirant au «communisme des idées» et finissant par s'entre-déchirer pour des histoires de propriété de mots et de transmission de pensées. Surpris de rencontrer dans la psychanalyse comme chez les écrivains ces mêmes jeux avec les mots de l'autre - plagiat, palimpseste, pastiche - et ce même rêve nostalgique des greffiers du déjà dit - «copier comme autrefois» -, l'auteur de ce livre doit se rendre à l'évidence : le propre des mots est d'être impropres ; leur destin, d'être volés. Ou de vous voler. Ne vous dérobent-ils pas à vous-même, déposant en vous des pensées insues, des réminiscences involontaires ?
Sur la carte, des mots sans pays ; on laisse derrière soi la propriété littéraire - contradiction dans les termes - pour arriver à la propriété psychique, elle aussi faite de colonies, de frontières, d'invasions étrangères, de reconquêtes. Vous parlez, pensez, écrivez, vous créez ; mais ces mots que vous utilisez, à qui les avez-vous volés ? Comment dès lors situer dans une relation à deux - le transfert analytique, la passion amoureuse, l'influence intellectuelle - la propriété des mots et des pensées ? Comment discerner dans le propre de celui qui écrit, dans son identité de papier, la possession démoniaque et l'appropriation créatrice ? Le parcours, ici, est buissonnier, parfois égaré. Les questions changent en chemin, à force d'être répétées. Commençant par «peut-on être original ?», on en vient à «de qui tenir son être, son style ?»
La france est malade de sa politique comme certains enfants de leur mère : dirigeants n'osant plus diriger, citoyens infantilisés attendant tout de l'etat.
Oú sont les pères ? est-ce la fin de la référence paternelle et de l'ordre symbolique ? big mother ne doit pas nous ôter " le trouble de penser et la peine de vivre ". " il ne s'agit pas de choisir entre une mère totalement dévouée et un père interdicteur, mais bien de rompre avec l'infantilisation. ce que tente cette passionnante et habile étude clinique des passions politiques. " le monde de l'education.
Pourquoi Schumann ? Comme sa musique, le musicien ne va pas de soi : connu, et tout autant méconnu, cent cinquante ans après sa mort, il attend toujours d'être reconnu. Il est mal aimé ou aimé pour de mauvaises raisons. Sa vie brève et ses effondrements psychiques l'enferment dans le cliché du compositeur fou, alors que toute son oeuvre est un émouvant témoignage de la lutte contre la folie. Dans certaines compositions, les faiblesses ont masqué les chefs-d'oeuvre. Son amour douloureux pour Clara Wieck, connue enfant et devenue sa femme après d'interminables conflits, n'est pas la mièvre romance que l'on croit. Schumann touche moins pour sa vie romanesque ou sa sensibilité romantique que pour les questions essentielles qu'il pose : sur l'être, la douleur, le corps, le temps, le langage. Schumann est cet étranger qui toujours le restera, ce lointain si proche, ce dissemblable, ce frère. Il dit quelque chose qui n'est dit nulle part ailleurs et ses voix intérieures ne s'ouvrent, comme certaines fleurs, que la nuit venue.
Michel Schneider, musicologue et psychanalyste, nous aide à les entendre.
L'inconscient parle de l'infantile et du sexuel. L'inconscient de la psychanalyse - de sa pratique, de sa théorie, de son institution - en parle aussi. Mais les analystes, le plus souvent, n'en veulent rien savoir : comme les hystériques, ils souffrent de réminiscences. Leur origine paraît s'être perdue en chemin, tout en se transmettant de bouche à oreille. Il faut donc leur retourner la question de l'enfance et leur demander : «D'où viennent les psychanalystes ?» À cette question est donnée ici une première réponse : les psychanalystes viennent de la bouche de Freud. C'est une réponse partielle, comme la pulsion, et partiale, comme le parti pris.
Elle parle, elle saigne, elle vomit, elle se tait, elle pense, elle mord, elle écoute, elle mange et tue, rassemble et maudit, la bouche de Freud. Bouche de transfert, qui chante bien des musiques : névrose, psychose, nécrose, narcose.
Il ne s'agit pas ici d'un travail d'historien qui viserait à restituer la psychanalyse in statu nascendi. L'auteur a préféré, fidèle en cela à la méthode analytique, reconstruire, associer, lier entre elles les histoires qui furent tramées entre Freud et les siens. Ainsi se découvrent des «blessures de mémoire», au sens d'une mémoire blessée, mais aussi de blessures où la mémoire prend source.
Pourquoi s'enfermer dans cette « longue, amère et douce folie » dont parle Sartre : préférer les mots lus ou écrits à ceux qu'on dit ou entend ?
Avec ce recueil d'essais littéraires dispersés, publiés en revues sous son nom depuis trente ans ou iné- dits, Michel Schneider met en scène des écrivains et leurs ombres : Flaubert, Baudelaire, Musil, Canetti, Kafka, Henry James, Melville, Colette, Malraux, Starobinski. Et, dans la coulisse, Proust, bien sûr, son fantôme de chaque jour, sur qui l'auteur a déjà publié deux livres. Tous furent confrontés au dilemme :
écrire ou vivre.
N'être vivant que hors de la vie, n'être chez soi que hors de soi, tel fut le sort des auteurs que les essais littéraires ici publiés feront revivre. Pour certains, écrire, c'est ne pas vivre ; pour d'autres, c'est vivre deux fois. L'être de l'écrivain n'est que son ombre .
Sa maison, le papier. Son pays, le nulle part de la langue. Son temps, le futur antérieur.
Dans cette galerie de portraits d'écrivains peints par leurs livres, la psychanalyse s'est invitée entre les lignes, mais non comme une série de clefs ouvrant les portes du mystère de la création littéraire. Ce n'est pas elle qui éclaire la littérature, mais l'inverse.
Après Baudelaire, les années profondes (1994) et Lu et entendu, consacré à d'autres écrivains (2013), Michel Schneider revient à la question qui le hante:
Non pas pourquoi les écrivains écrivent-ils, mais comment ? Avec Diderot, il répond : sans savoir, sans voir. Dans le noir. Pour qu'il fasse un peu jour. On n'écrit pas noir sur blanc, comme disait Mallarmé, mais en posant des signes blancs dans le noir des pages de nos vies.
Freud l'affirme sans cesse : les grands littérateurs ont devancé la psychanalyse dans le dévoilement de l'âme humaine. À son tour, divisé, dédoublé entre ceux qu'il lit ou écrit et ceux qu'il entend, l'auteur adresse sa quête d'un sens des mots « lus et entendus » et, à travers eux, celui de sa propre histoire, aux deux instances - psychanalyse et littérature - auxquelles sa vie intellectuelle fut et reste soumise.
Non sans marquer clairement les différences d'objet, d'approche ou de style qui requièrent l'écriture de l'une et de l'autre. Il ne s'agit pas de psychanalyser l'inconscient des livres, encore moins celui de leurs auteurs, mais en quelque sorte de se laisser analyser par ce qu'ils nous disent d'eux-mêmes, du monde et de nous qui lisons notre propre « livre intérieur », comme dit Proust, à travers les leurs, dans nos journées, nos nuits, nos vies de lectures.
Cet ouvrage se compose de sept chapitres consacrés à des oeuvres de Nabokov, Freud, Henry James, Schnitzler, Pessoa, Rancé et Proust, suivis de deux textes, l'un sur les liens problématiques entre écriture littéraire et psychanalytique, l'autre sur ceux entre le crime et les artistes - en particulier les écrivains.
Lacan, diabolisé par les uns, canonisé par les autres, continue de répandre son aura sur ceux qui lui aliènent leur être. « Nul n'y gagna, tous y perdirent, / Celui qu'ils craignaient fut le maître », dit La Fontaine.
Les multiples faces de son personnage, séducteur, méprisant, violent dans ses paroles et parfois ses gestes, son style d'écriture comme son style de vie, ont le plus souvent conduit soit à la soumission, soit au rejet. De sorte que les articles réellement critiques sur son oeuvre sont finalement rares. Théories, proférations, rhétorique et paradoxes, le fauve a exercé une incroyable fascination qu'il est temps d'analyser vingt ans après.
« Regardant ce Lion comme un terrible sire », Michel Schneider, qui s'engagea d'abord passionnément dans son sillage, a publié depuis 1980 des textes d'une justesse critique incomparable.
La réunion de ces textes a un effet saisissant... « Amour est un étrange maître. » Michel Schneider a publié nombre d'articles psychanalytiques que le succès de ses livres en particulier Glenn Gould, piano solo ; Maman (du côté de chez Proust) ; Big mother ; Morts imaginaires (qui reçut le Prix Médicis de l'essai), ou encore son roman, Marilyn dernières séances, pour ne citer que ceux-là , a éclipsés.
Ce recueil permet de retrouver l'auteur sur un terrain qu'il n a jamais quitté, celui de la psychanalyse.
Véra et Vincent vivent dans deux mondes différents : l'une est chercheuse en physique et maîtrise parfaitement la théorie de " l'inséparabilité quantique ", l'autre, professeur de littérature, aime Proust et Les affinités électives de Goethe. Tous les deux cependant subissent les lois de l'attraction, s'aiment et se quittent régulièrement, le plus souvent par mails et mobiles selon un processus qui semble ne pas avoir de fin.
Sur le thème du couple et de l'impossible séparation, Michel Schneider livre un roman brillant, incisif et délicieusement savant. Une histoire dure et sombre aussi car si ces deux personnages, plus virtuels qu'incarnés, ne peuvent se quitter c'est que, finalement, ils ne sont jamais rencontrés. Alors que sur leur chemin, les amoureux accrochent des cadenas aux ponts qui enjambent la Seine, eux cherchent en vain la clé d'un amour post-moderne plus vénéneux qu'il n'y paraît.
Schumann est au soir de sa vie quand sa création est obscurcie par la folie. Au soir qui toujours avait coloré sa musique - singulièrement celle pour piano -, cette musique attirée vers le bas, le déclin, la dépression.Le soir schumannien ne parle - sans
Baudelaire avait la passion des images et l'amour des portraits. On trouvera ici ceux qu'il fit des peintres, des photographes et des écrivains de son temps. Ceux qu'ils firent de lui, en miroir. Ceux qu'il achetait et revendait, et celui de son père, qu'il traîna toute sa vie. Un seul portrait manque : celui de lui-même, qu'il n'écrivit pas. Cet impossible portrait hante toute son oeuvre. L'homme aux images ne put peindre la sienne propre.Rien n'eut été plus odieux à Baudelaire qu'un retour sur soi. Les années profondes ne sont pas les jeunes, les belles. Inscrites non dans la mémoire, mais dans le récit, elles sont le temps perdu, le temps regardé, le temps où il passait son temps à regarder, à ne pas écrire. Les années vers lesquelles il ne peut revenir qu'en images, pas en pensée. « La pensée du passé est une pensée qui rend fou » écrivit-il un jour à sa mère.Voici Baudelaire, « toujours voyageant à travers le grand désert d'hommes », marchant parmi les tableaux et les mots, puis, à l'heure où les autres dorment, penché sur sa table, s'escrimant jusqu'à ce que « les choses renaissent du papier ».