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Florence, ce 15 janvier 1871-
Monsieur et cher Ami,
La Comtesse Menabrea et le Général sont venus me remercier pour les attentions que vous avez eues pour la mère et pour celles que Vous avez pour le fils, et le Général m'en reparle toutes les fois qu'il me voit. Le Comte Finocchietti est aussi venu me voir pour me remercier de lui avoir procuré une aussi belle connaissance.
C'est maintenant mon tour de Vous faire savoir combien je Vous suis reconnaissant de courtoisies que Vous avez bien voulu faire à ces hauts person nages sur ma recommandation.
Mr Jacini est de Casalbuttano près Crémone et il y demeure en villégiature au printems et en automne. Il demeure à Milan en hiver et en été quand il n'est pas en Suisse où il a| un fils à Hofwyl. Mais comme il est Sénateur il est naturellement souvent à Florence. Soit donc qu'on lui écrive à Florence ou à Milan et même à Casalbuttano on est toujours sûr que la lettre lui parviendra. Je ne manquerai pas à première occasion opportune de lui faire la commission pour éclaircir un doute engendré par une de ces fréquentes maladresses de domestique:
Il n'est pas question de discuter l'affaire du St Gothard dans ce mois.
Comme c'est non seulement une nouvelle session mais une nouvelle chambre tout ce qui a été fait par la chambre précédente ne compte plus. Le Ministère a reproposé la loi: maintenant il faut que la chambre s'en occupe d'abord en Comité privé, puis que l'on nomme la nouvelle Commission,| que celle-ci délibère après s'être constituée, qu'elle nomme un rapporteur et que celui-ci fasse son rapport pour le déposer sur le bureau de la Chambre et pour qu'il soit mis à l'ordre du jour.
Il est très-possible que l'ancienne commission soit désignée attendu que ses membres ont été réélus. Mr Mordini Président et rapporteur ne devrait pas être embarrassé puisque c'est lui, étant Ministre, qui a délégué Mr Correnti. Cependant et quoique son travail ne s'occupera pas de la partie tecnique et s'en référera probablement au grand travail du Ministère Jacini aidé de la grande Commission spéciale: il devra préparer la réponse aux objections que ne manqueront pas de rassembler des adversaires point nombreux mais ardens et opiniâtres. Il faut aussi prendre garde aux 200 députés nouveaux qui voudront avoir| leur mot à dire. Puis la grande préoccupation du jour le transfert de la capitale et la loi sur les garanties à l'indépendance du Pape absorbent actuellement toute l'attention. De manière que tout bien pesé, me disait l'autre jour le Ministre Castagnola (gênois), l'affaire pourra être résolue vers Pâques.
Il est impossible de rien préciser, mais ce sont là à peu près les idées qui prévalent aussi au Ministère des Affes Etres et des travaux publics. Vous savez que le titulaire de ce dernier Ministère est destiné à remplacer à Rome la Lieutenance de Lamarmora , en qualité de Commissaire du Roi. Cette mesure n'est pas faite non plus pour l'accélération de la chose. Ajoutez la prolongation du délai nécessité par la guerre, dont nous avons pris l'initiative.
Maintenant une circonstance favorable un loisir| de la Chambre entre les discussions qui la préoccupent, pourrait mettre ces lenteurs à néant, mais les probabilités ne sont pas pour cette hypothèse.
Vous voyez donc que Vous auriez tout le tems de faire vos affaires en Suisse et de venir au printems.
Je crois aussi avec Mr Melegari que tout ira bien: mais il me semble qu'ici se place le proverbe italien: celui qui a fait 30 (démarches) ne doit pas épargner de faire 31. Mr De Gonzenbach est assurément la personne désignée pour revenir: il a montré l'intelligence et l'activité qu'il fallait déployer le printems passé: il a eu, lui St Gallois, le courage et le talent, de prendre en main la chose au sein du G. Conseil de Berne: certainement il ne manquera de déployer ces mêmes qualités jusqu'au bout. Personnel lement il a été d'un commerce fort agréable et tout a procédé dans le meilleur accord |
Mais je pensais que l'envoi de Mr De Gonzenbach ne devait pas empêcher dans les derniers tems une course de votre part pour voir et connaître un peu les hommes et les choses.
Ce qui précède Vous donne la situation. Lorsqu'il y aura quelque chose de plus positif, je m'empresserai de Vous en avertir. Vous pourrez alors aviser.
Made Pioda, mon frère et toute ma famille Vous prient de bien vouloir agréer leurs complimens affectueux tandis que moi-même je souscris
Votre tout dévoué
G. B. Pioda