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Suisse: pénurie d’héroïne dans le trafic de rue selon l'Office fédéral de la police (Fedpol)
Au cours des derniers mois, une pénurie d’héroïne a été constatée dans plusieurs villes du nord, de l’est et de l’ouest de la Suisse. La police et les services sociaux ont communiqué qu’à certaines périodes, aucune héroïne n’était plus proposée dans le trafic de rue. Il semble aussi que les prix aient légèrement augmenté. Des séries d’analyses de l’Institut forensique de Zurich ont montré qu’en 2010, la substance active de petites doses d’héroïne confisquées était en baisse. La substance active des petites doses de moins d’un gramme a diminué de 22,2 à 16,4 pourcent. Pour les quantités jusqu’à 10 grammes, la substance active a diminué de 23,5 à 19,1 pourcent. Des séries provisoires d’analyses de l’Institut de médecine légale de Berne et de streetwork (services sociaux de la ville de Zurich) confirment ces résultats. Des recherches de la Police judiciaire fédérale ont montré qu’une pénurie d’héroïne a également été observée dans les pays d’Europe du sud et de l’est, en Scandinavie et en Europe du nordouest – mais pas en France et en Allemagne. Cette pénurie a par conséquent entraîné une augmentation de l’ajout d’autres substances ainsi qu’un passage à des produits de substitution, en particulier des médicaments contenant des stupéfiants.
APPRÉCIATION
Les raisons de la pénurie d’héroïne n’ont pas encore été déterminées. Le recul de la production d’opium en Afghanistan ne peut pas en être la cause car cette pénurie est intervenue très rapidement en Europe. Le transport de l’héroïne d‘Afghanistan vers l’Europe dure en principe 18 mois, alors que la mauvaise récolte dans ce pays ne s’est produite que dans la deuxième moitié de 2010. De plus, selon les chiffres publiés par l’ONU, les stocks d’opium sur place sont importants. Au cours des derniers mois, les services de santé et de police ont examiné l’hypothèse d’une demande accrue d’héroïne en Suisse. Cette hypothèse peut actuellement être rejetée en ce qui concerne la Suisse. Globalement, la consommation d’opiacés est sous-estimée: des pays fortement peuplés comme la Russie, l’Inde et la Chine ne procèdent à aucun relevé concernant la consommation de drogues ou ils en améliorent les résultats pour des raisons politiques. Il est par conséquence envisageable que ces marchés absorbent de plus grandes quantités d’opium et d’héroïne ainsi soustraites au marché noir des pays occidentaux. La Turquie reste, avec l’Iran, la plaque tournante globale la plus importante pour la contrebande d’opiacés – et ceci également pour la contrebande en direction de la Suisse. Selon des communications non confirmées, les services de la police turque ont mené ces derniers mois des opérations contre la corruption et le trafic de drogues. Des perturbations persistantes dans la contrebande d’héroïne en seraient la conséquence. Cette hypothèse est infirmée par le fait que dans les Etats européens dans lesquels le marché de l’héroïne est en main de groupes turcs, la pénurie d’héroïne s’est tendanciellement moins fait sentir qu’ailleurs. La contrebande internationale d’héroïne vers l’Europe passe essentiellement par la route des Balkans. Mais il existe aussi un grand nombre d’alternatives, en particulier par voie maritime ou par l’Europe de l’Est. Malgré les perturbations actuelles le long de la route des Balkans, l’approvisionnement devrait s’y réorganiser au cours des prochains mois ou passer par de nouveaux itinéraires. Si la pénurie persiste, les consommatrices et consommateurs d’héroïne pourraient se tourner vers d’autres substances actives, en particulier des produits de substitution tels que la méthadone, la benzodiazépine et l’alcool. Le cas échéant, d’autres médicaments à base d’opiacés ou diverses substances actives du groupe des produits chimiques destinés à la recherche pourraient également être utilisés comme produits de substitution.