Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06885.jsonl.gz/266

Introduction
Quelques réflexions sur les étrangers... un thème récurrent dans l'histoire de l'humanité.
C'est quoi un étranger?
Pour faire bien, je prends une des définitions qui nous est donnée par le CNRTL:
Celui ou celle qui n'est pas d'un pays, d'une nation donnée; qui est d'une autre nationalité ou sans nationalité; plus largement, qui est d'une communauté géographique différente.
Ce qu'on comprend immédiatement à la lecture de cette phrase, c'est qu'on ne parle pas de quelqu'un qui est différent des autres pour des raisons génétiques, mais pour des raisons que l'être humain a lui-même imposées à d'autres.
Ainsi donc, et c'est le cas de beaucoup de zones frontalières, vous serez un étranger pour votre voisin à cause d'une délimitation géographique sur une carte... ou plus simplement en Suisse, un Romand pourrait être un étranger à Zurich pour le simple fait qu'il ne parle pas le suisse allemand (une généralité en fait).
Enfin, dès que des problèmes économiques ou sociaux apparaissent, on a immédiatement des discours populistes qui pointent du doigt les étrangers. Pas besoin de vous faire un cours d'histoire ni de vous faire des piqûres de rappel, tous les partis d'extrême droite se chargent de ça régulièrement avec des campagnes publicitaires et des arguments primaires, toujours "comme si le moment était grave".
Pourtant, est-ce que vivre avec des étrangers est nouveau? Est-ce qu'on peut raisonnablement s'inquiéter de la présence d'étrangers sur notre sol ou au contraire s'en réjouir?
La présence d'étrangers en Suisse
Ceux qui me lisent régulièrement (et ça fait bientôt 5 ans, il y a des chances!), savent que j'aime bien m'appuyer sur des faits avant de débiter des histoires et je n'ai pas changé.
La Suisse (mais comme la plupart des pays de cette planète) a toujours été "occupée" par des étrangers. Plusieurs raisons à ça et les deux principales sont liées aux conflits (invasions étrangères) et aux flux migratoires (bien souvent liés aux guerres).
Donc, historiquement, les habitants de la Suisse ont été des "étrangers" à maintes reprises puisque les 26 cantons qui forment le pays ne l'ont pas été en un jour. La Suisse s'est formée en 1291 avec trois cantons et les frontières finales de la Suisse étaient dessinées avec l'intégration de Genève en 1815.
Aujourd'hui, la Suisse compte 7.54 millions d'habitants dont 1.55 millions d'étrangers, soit 20.7%.
Pour mieux se rendre compte de l'évolution de la présence des étrangers en Suisse, rien ne vaut un petit graphique:
Pourcentage d'étrangers en Suisse de 1900 à 2006
Comme on peut le voir, jamais la part d'étrangers n'a été aussi élevée dans l'histoire moderne de la Suisse même si on constate des variances importantes (de 5% à 20% sur 108 ans). J'ai également pu remonter plus loin dans l'histoire et démontrer l'évolution démographique entre les Suisses et les étrangers:
Nombre de Suisses et d'étrangers de 1850 à 2006
Néanmoins, derrière cette statistique très générale, il est important d'analyser plus profondément ces chiffres. J'ai donc décidé de me baser sur 4 périodes clés pour prendre un instantané des étrangers qui étaient présents en Suisse et à quelle période:
Instantané en 1850 des étrangers en Suisse
En 1850, les statistiques en étaient à leur début et les détails n'étaient très importants. Globalement, la Suisse comptait 2.39 millions d'habitants dont 71 mille étrangers (3%). Les Allemands et Français dominaient largement les étrangers en Suisse.
Instantané en 1900 des étrangers en Suisse
En 1900, les statistiques se sont affinées et on pouvait distinguer plusieurs groupes avec dans l'ordre d'importance: les Allemands, les Italiens et les Français. Globalement, la Suisse comptait 3.31 millions d'habitants, dont 383'000 étrangers (11%).
Instantané en 1950 des étrangers en Suisse
En 1950, les statistiques offraient une vue plus détaillée des différents habitants étrangers établis en Suisse et on constate que c'est l'invasion pacifique des Italiens avec plus de 52% du contingent étranger! Globalement, la Suisse comptait 4.71 millions d'habitants, dont 285'000 étrangers (6%).
Instantané en 2006 des étrangers en Suisse
De nos jours, en 2006, les statistiques montrent une vision très précise des différents étrangers qui résident en Suisse et un constat s'impose, il n'y a plus une domination de 2 ou 3 pays mais le spectre est beaucoup plus important. Alors que dans les années 50 les Yougoslaves ne représentaient même pas 1% (moins de mille personnes) des étrangers, ils sont aujourd'hui plus de 21% ou 345'000.
Bien sûr, quand je parle de Yougoslaves en 2006, je parle des membres des anciennes républiques de Yougoslavie (Croatie, Bosnie, etc.).
Enfin, je tiens à préciser que vu qu'une partie des Italiens et anciens Yougoslaves retournent chez eux ou deviennent suisses, les statistiques sur ces communautés sont en baisse ces dernières années.
Conclusions
Comme je le disais, les étrangers sont régulièrement pointés du doigt par des gens qui n'ont qu'une compréhension très réduite des problèmes de notre société. C'est classique et ce n'est pas surprenant, il y a des incompétents partout.
Bien évidemment, la Suisse ne pourra pas à elle seule régler tous les flux migratoires régionaux ou internationaux. Je ris jaune quand certains prétendent qu'il faudrait ouvrir les frontières en grand et accepter un nombre illimité de personnes...
L'accueil et l'intégration d'étrangers est un sujet complexe tant il est facile de réaliser des raccourcis ou apporter des conclusions erronées aux problèmes de notre société.
La réalité est que les étrangers apportent du sang neuf et permettent à toutes les cultures d'évoluer.
L'humanité est le fruit de ces mélanges. Depuis que les premiers êtres humains (Homo sapiens) sont sortis du bassin africain il y a 200 mille ans, ils n'ont cessé de se mélanger et ainsi, d'évoluer.
Aujourd'hui, heureusement, ces mélanges sont moins dus à des guerres, à des annexions ou à des occupations hostiles. Les gens voyagent plus, ils se mélangent plus et tout naturellement, ils mélangent leur culture.
Imaginez, dans les années 50, il n'y avait pratiquement pas de restaurants italiens en Suisse alors qu'aujourd'hui, c'est facile de goûter à cette excellente cuisine.
L'étranger n'est pas un "problème" ou un "danger" pour un pays et sa culture. Au contraire, il est l'opportunité de faire évoluer notre civilisation.
T