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Les anciens Égyptiens vénéraient les animaux, ils les pensaient les réceptacles possibles d'esprits célestes. Les Hébreux ont dénoncé cette idée, estimant qu'elle venait d'affections grossies, illusoires, sur lesquelles on plaquait des concepts religieux factices. On aimait son chien, donc on le voulait divin. Mais Dieu était au-delà.
Ils ne rejetaient pas autant les images qu'on l'imagine: le temple de Salomon avaient deux anges qui se faisaient face. Mais il ne s'agissait pas d'êtres qu'on aimait personnellement, il était clair qu'il s'agissait de figures cosmiques, d'abstractions sublimes, et il n'existait pas chez eux de ressemblance avec des proches. Les ailes mêmes ne renvoyaient évidemment à aucun animal domestique, mais à la faculté de l'âme de s'élever de la terre. C'était absolument clair pour tous.
Pourtant, Rudolf Steiner disait qu'un animal domestique tendait à s'humaniser par le biais de son maître: il l'imitait, prenait une part de son psychisme spontané. Le dicton le confirme: tel maître, tel chien. De fait, aucun animal n'absorbe mieux le psychisme humain, n'est davantage transformé par lui que le chien. C'en est au point où le lien entre le chien et son ancêtre loup est devenu dans bien des cas invisible, et où certains en ont douté. La science l'a pourtant confirmé. Mais un autre fait atteste la faculté remarquable du chien d'absorber le psychisme humain, et de subir ses effets, ou du moins ceux de ses actions: ce sont bien sûr les formes extraordinairement diverses des chiens, sans doute sous l'influence des personnalités diverses de leurs maîtres. Car le milieu naturel à lui seul ne change aucunement la forme du loup jusqu'à ce point. On ne mesure pas l'effet sur l'environnement, sur les animaux et les plantes, non pas seulement de l'action physique humaine, mais même de son psychisme, d'une façon plus directe.
Dès lors, le culte des anciens Égyptiens pour les animaux s'éclaire: ils prennent une part de l'âme de l'être humain qui les fréquente. On se mire en eux, et donc on les aime. Mais un culte évidemment ne se justifie pas par une affection personnelle. Et c'est là que le mystère peut s'approfondir: si le chien par exemple devient en partie, dans son âme, une image de son maître, il se comporte donc en double. Or, il y a un rapport avec l'ange gardien, qui est un double invisible. Donc il est susceptible de s'exprimer à travers l'animal domestique.
Il ne se confond pas avec lui, bien sûr: un animal n'est pas un ange, ni un elfe, ni aucun être spirituel. Mais de même que les images de soi miroitées dans l'eau ont souvent semblé s'animer pour communiquer un message suprasensible, de même, l'animal domestique peut attacher à lui le message de l'ange. Par éclairs, par bribes, par morceaux.
Cependant, pour éviter de vouer un culte à une copie de soi-même qui se cache (culte qui revient en fait à se diviniser soi), il faut bien sûr éviter de confondre l'affection qu'on éprouve pour sa brave bête, et la dévotion qu'on doit à l'ange, en tant qu'esprit dénué de corps. Cela rappelle qu'aucune affection ne doit se déployer sans que la raison s'en mêle, et ne crée le discernement nécessaire au sein de la tentation. En ce sens, même si la position des Hébreux était raide, elle restait salutaire.