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Les pesticides responsables du problème de cyanobactéries?
Fausta Borsani
Il n’y avait encore jamais rien eu de tel dans les lacs du pied du Jura, même pas dans les années 1970 quand les eaux étaient considérablement surfertilisées par les phosphates et les nitrates. Là où prolifèrent des efflorescences d’algues, il y a l’embouchure d’une rivière qui apporte aussi bien des pesticides que des nitrates dans le lac. Un résumé des travaux de recherche de 2016 le montre: en particulier, les herbicides et les fongicides peuvent accélérer la croissance des cyanobactéries[1]. Une nouvelle étude[2] le montre aussi pour le fongicide azoxystrobine fréquemment utilisé en Suisse contre les maladies fongiques dans les céréales, le colza, les cultures de pommes de terre et de légumes et la vigne.
Nitrates et pesticides menacent l’équilibre
Pourquoi cela? Les eaux hébergent, comme les humains, une communauté des plusieurs milliers de micro-organismes différents. Si l’équilibre est maintenu entre tous ces micro-organismes, alors les eaux comme les hommes sont en bonne santé. Si l’équilibre se rompt, l’organisme, p. ex. un lac, devient malade. Dans les eaux saines, les algues et les cyanobactéries sont sur un pied d’égalité. Les cyanobactéries sont costaudes. Elles supportent de grandes quantités de pesticides. Pour certaines cyanobactéries, le glyphosate est même l’un des plats favoris, qui leur sert de source de phosphore. Les algues sont pas contre des créatures délicates. Elles meurent à la moindre trace de certains pesticides. De plus, les cyanobactéries sont douées pour éliminer leurs concurrentes quand il s’agit d’obtenir des éléments nutritifs ou de se positionner pour avoir plus de lumière. Si les conditions leur sont favorables, elles se multiplient très rapidement et une efflorescence prolifère. Et si elles échappent à tout contrôle, cela devient dangereux car elles produisent des alcaloïdes fortement toxiques (anatoxine A) qui peuvent être mortelles pour un chien ou un enfant déjà à partir de quelques milligrammes[3].
Efflorescences à l’embouchure d’une rivière souillée
Une telle efflorescence de cyanobactéries s’est formée fin juillet 2020 dans le Lac de Neuchâtel et a coûté la vie à six chiens qui s’y étaient baignés. Depuis lors, une partie de la plage entre l’embouchure de la rivière Areuse et du village viticole de Colombier est interdite d’accès. La corrélation avec la rivière polluée par l’agriculture est fort probable: l’Areuse est une rivière souillée qui traverse une région d’agriculture intensive. Elle entraîne certainement de grandes quantités d’herbicides et de fongicides dans le Lac de Neuchâtel et sans doute aussi d’engrais avec des nitrates[4]. Les deux éléments ensemble donnent un sacré élan aux cyanobactéries.
Algues bleues en grandes quantités également dans d’autres lacs
Bien que les grands lacs de Suisse sont devenus plus pauvres en éléments nutritifs au cours des dernières décennies (traitement des eaux usées, interdiction des phosphates dans les produits de lessive), le problème de l’agriculture intensive et de ses poisons pour l’environnement demeure. La situation en Suisse n’est pas comparable à celle des USA, du Canada ou de la Chine où de telles efflorescences se propagent régulièrement. Mais un cercle vicieux nous menace tout de même: les cyanobactéries sont entre autres toxiques pour les poissons et les crustacés, ce qui signifie un appauvrissement de la biodiversité dans les lacs et un changement dans l’équilibre des organismes vivants. Jusqu’à présent, les autorités partaient du principe que le Lac de Neuchâtel était en bonne santé. En effet, une telle efflorescence n’était encore jamais apparue dans les autres lacs du Jura. Cependant, la situation semble se détériorer partout en Suisse. Le canton de St. Gall vient aussi d’annoncer des algues bleues dans le Lac de Constance. Il est connu également que les algues bleues reviennent toujours régulièrement en grandes quantités dans les lacs de Zurich, Baldegg et Greifensee. Des régions où règne l’agriculture intensive et ses apports de pesticides et d’engrais.
[1] T. D. Harris et al, Do persistent organic pollutants stimulate cyanobacterial blooms?, 2016, https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.5268/IW-6.2.887?needAccess=true (aufgerufen am 4.8.2020)
[2] T. Lu et al. Microbiome, The fungicide azoxystrobin promotes freshwater cyanobacterial dominance through altering competition, 2019, https://doi.org/10.1186/s40168-019-0744-0 (aufgerufen am 3.8.2020)