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Axes de recherche
Quartiers ethniques et "problèmes publics" en ville
Cet axe croise plusieurs questionnements: la ségrégation spatiale et sociale ainsi que les inégalités entre habitants de la ville; la sociologie des problèmes sociaux ou « problèmes publics »; les « pacifications urbaines » des populations et territoires des marges. Après avoir entamé des recherches dans le quartier dit des « grossistes chinois », à Aubervilliers en banlieue parisienne, j'ai piloté au cours de l'année 2011 - 2012, dans le cadre du Labex « Transferts » et en association avec le Centre Maurice Halbwachs à l'Ecole normale supérieure, une équipe de recherche dont les membres (étudiant-e-s et doctorant-e-s engagé-e-s par ailleurs dans des recherches de plus long terme auprès des migrants chinois à Paris) ont travaillé chacun(e) sur différents quartiers de Paris. Son but était d'obtenir une vision d'ensemble de la présence chinoise à Paris et de la façon dont les immigrés chinois vivent (à) Paris et font de Paris ce qu'elle est.
Un texte comparatif co-auteuré est paru sous forme de chapitre dans un ouvrage collectif sur les Chinatowns, en anglais et en chinois.
Ce programme de recherche se poursuit actuellement sous forme de collaboration à plus long terme.
Bien(s) public(s) dans la Chine en voie d'urbanisation
Cet axe de recherches développe une approche anthropologie des biens publics et du bien public, croisant économie morale et études urbaines. Les biens publics considérés sont locaux et urbains: infrastructures de transport, collecte d'ordures, bâtiments scolaires, cimetières, parcs et places publiques.
Les villages urbanisés chinois sont des communautés rurales qui se sont retrouvées enserrées dans des agglomérations urbaines en expansion. La croissance urbaine chinoise s'est accompagnée d'un processus d'urbanisation administrative de ces anciens villages ruraux. Leurs résidents natifs, anciennement catégorisés comme « ruraux », sont devenus des citoyens urbains. Ces villages urbanisés cristallisent plusieurs problèmes auxquels fait face la Chine notamment en raison de son urbanisation accélérée depuis le début des réformes économiques. Ils sont les récepteurs des travailleurs migrants qui s'installent dans les villes en tant que résidents temporaires. Le taux de population migrante dans leur population totale est généralement supérieur à 70%. Au terme du processus d'urbanisation administrative, l'Etat local est censé prendre la responsabilité du financement des biens publics au sein de ces anciens villages. Or les gouvernements municipaux manquent souvent de ressources et/ou de volonté. Il en résulte que ces villages urbanisés financent la plus grande part des biens publics, et que leur accès est le plus souvent restreint aux résidents locaux (villageois natifs) excluant les travailleurs migrants.
J'ai entamé ces recherches dès 2015, et ai obtenu en 2017 un financement du Fonds national suisse pour la recherche scientifique pour un projet de 4 ans. Quatre cas sont examinés comparativement par les membres de notre équipe : Jessica Wilczak à Chengdu, Wang Bo à Xian, Jérôme Gapany à Fuzhou et Anne-Christine Trémon à Shenzhen.
La globalisation chinoise: connexions diasporiques à Shenzhen
De 2011 à 2017, j'ai mené des recherches de terrain auprès des communautés d'émigration de la région du delta des Perles, province du Guangdong, Chine méridionale. Renversant l'angle d'approche adopté pour mes recherches doctorales (cf. ci-dessous), il s'agissait d'examiner sur le terrain chinois les reconnexions qui se sont opérées entre la diaspora chinoise et la Chine depuis sa réouverture. Les communautés d'émigration sont appréhendées en tant qu'elles sont des actrices de la globalisation chinoise, et non comme de simples réceptrices des investissements extérieurs. Les connexions transnationales qu'elles rétablissent passent par la parenté, c'est-à-dire des liens notamment lignagers renoués avec les émigrés et leurs descendants. La parenté constitue ainsi une ressource employée par les acteurs dans les projets menés localement. Elle est aussi un fil conducteur permettant d'aborder les mutations sociales, économiques et politiques de la Chine dans la globalisation, à partir d'enquêtes ethnographiques de terrain localisées.
Le résultat de ces recherches est publié dans plusieurs articles ainsi que dans un ouvrage: Pour la cause de l'ancêtre, Relation diasporique et transformations d'un village globalisé, Shenzhen, Chine (Nanterre: Société d'ethnologie, 2019).
Musées et patrimoine dans le monde chinois
Au cours de mon année de postdoctorat à l'Institut d'ethnologie de l'Academia Sinica en 2005-2006, j'ai conduit une ethnographie de la création d'un « hall de la culture hakka » (kejia wenhuaguan) dans une localité du nord de Taïwan. Ce musée a été ouvert dans le cadre d'une politique de promotion et de défense de la minorité Hakka impulsée par le gouvernement taïwanais. J'ai mené une ethnographie des pratiques administratives et muséographiques d'élaboration de ce projet afin d'analyser le processus de patrimonialisation en cours, tout en contribuant à une anthropologie politique de l'Etat. Il s'est notamment agi de comprendre comment la convergence entre un projet impulsé d'en haut, par l'Etat et le gouvernement de district (xian), et une recherche de reconnaissance par des artistes locaux, au niveau du comté (xiang), a donné lieu à une mise en exposition de la littérature et de la musique hakka sous une forme originale, étroitement ressemblante aux halls dédiés aux ancêtres, tout en épousant les standards muséographiques imposés par l'Etat.
Ces recherches ont débouché sur la parution du dossier "Chines. l'Etat au musée" (Musée du quai Branly, revue Gradhiva, 2012) co-dirigé avec Brigitte Baptandier.
Diasporas, migrations chinoises : Chinois en Polynésie française
Loin d'être évidente, la désignation « Chinois en Polynésie française » se heurte à la pluralité des identifications contemporaines des personnes concernées, descendantes de Chinois qui ont immigré à la fin du XIXe et au début du XXe siècles dans cette colonie française du Pacifique, dans le cadre d'une des plus grandes vagues migratoires de l'histoire humaine. Ce que suggère cette simple juxtaposition de noms propres véhicule une vision de la société polynésienne qui n'est en réalité qu'une possibilité politique parmi d'autres. Mon travail montre comment la place de la minorité chinoise dans la société polynésienne et ce que signifie "Chinois en Polynésie française", ont varié en relation avec les modifications des rapports du Territoire colonial, aujourd'hui Pays d'Outre-mer au sein de la République française, à sa métropole, ainsi qu'avec les changements des équilibres mondiaux - jusqu'à la montée en puissance de la Chine.
Entre 1999 et 2004, j'ai travaillé sur les archives coloniales et associatives chinoises, effectué de l'observation participante dans les familles et associations, et mené plus d'une centaine d'entretiens biographiques. J'ai analysé, au niveau de la communauté, la reconfiguration du champ associatif et politique sur un siècle; au niveau des familles, les changements dans l'organisation économique et domestique resultant de leur situation transnationale; au niveau des individus, la différenciation qui s'est opérée à partir de la troisième génération, avec d'une part une tendance à la localisation des identifications, basée sur la hiérarchisation des appartenances et stéréotypes ethniques, et d'autre part à leur cosmopolitisation, basée sur leur juxtaposition.
Ces recherches, suivies de deux revisites du terrain en 2008 et 2013, ont été publiées sous forme de livre (Chinois en Polynésie française, Migration, métissage, diaspora, Nanterre, 2010), ainsi que dans plusieurs articles en français et en anglais.