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Hommage à Leila Alaoui
Leila Alaoui était cette artiste jeune et talentueuse qui s'intéressait aux cultures de ce monde, capturait en images les laissés-pour-compte, donnait la voix à ceux qui rêvaient à une vie meilleure. Elle s'est malheureusement éteinte le 18 janvier 2016 des suites de ses blessures survenues lors des attentats de Ouagadougou le 15 janvier dernier. Elle était en mission au Burkina Fasso pour y réaliser un reportage sur les droits des femmes à la demande d'Amnesty International.
Artiste franco-marocaine née en 1982, Leila Alaoui a étudié la photographie à l’université de la ville de New-York. Elle vivait entre Marrakech et Beyrouth. Son travail explorait l’identité, les diversités culturelles et la migration dans l’espace méditerranéen. Elle utilisait des installations vidéo, des photographies de studios et documentaires. Ses œuvres sont collectionnées et exposées au niveau international depuis 2009.
Elle avait réalisé récemment la série "Les Marocains", des portraits photographiques grandeur nature réalisés dans un studio mobile qu'elle transportait autour du Maroc. Inspirée par “The Americans”, le portrait de l’Amérique d’après-guerre réalisé par Robert Frank, elle s'était lancée dans un road trip à travers le Maroc rural afin de photographier des femmes et des hommes appartenant à différents groupes ethniques, Berbères comme Arabes. Ce projet avait pour objectif de constituer une archive visuelle des traditions et des univers esthétiques marocains qui tendent à disparaître sous les effets de la mondialisation. Selon l'artiste, "les photographes utilisent souvent le Maroc comme cadre pour photographier des Occidentaux, dès lors qu’ils souhaitent donner une impression de glamour, en reléguant la population locale dans une image de rusticité et de folklore et en perpétuant de ce fait le regard condescendant de l’orientaliste. Il s’agissait pour moi de contrebalancer ce regard en adoptant pour mes portraits des techniques de studio analogues à celles de photographes tels que Richard Avedon dans sa série “In the American West”, qui montrent des sujets farouchement autonomes et d’une grande élégance, tout en mettant à jour la fierté et la dignité innées de chaque individu". Cette série venait d’être exposée à la Maison européenne de la photographie à Paris.
Son projet "No pasara" avait été commissionné par l'Union européenne en 2008. Il s'agissait de porter un regard sur les vagues de migrants essayant de s'envoler en Europe. Hommes, femmes et enfants prêts à tout pour atteindre les côtes de l'Europe. « No Pasara » dresse un portrait de jeunes marocains qui rêvent d'un avenir meilleur de l'autre côté de la Méditerranée. Les images sont un témoignage de leurs réalités et de leurs illusions, car si la possibilité de brûler les frontières demeure incertaine, beaucoup finissent par brûler leur identité, leur passé et souvent leur vie.
Dans son installation vidéo Crossing projeté dans le cadre de la 5ème Biennale de Marrakech, Leila Alaoui donnait un coup de projecteur sur le drame de la migration clandestine subsaharienne. Cette installation vidéo à technique multi-écrans relate les dures épreuves des migrants subsahariens qui quittent leurs pays d’origine dans l'espoir de rejoindre "l'Eldorado" européen. Filmée du point de vue des migrants subsahariens, "Crossings" explore leur expérience en mêlant différents procédés artistiques: voix off, portraits statiques et paysages vidéo reconstruits dans le but de recréer les sensations émouvantes de leur voyage.
L'artiste avait réalisé la photo de l'affiche de la prochaine édition du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) et devait être en résidence au Cairn du Jardin Alpin à Meyrin pour trois semaines pour un travail photographique avec les migrants du foyer de Feuillasse. Malheureusement, ce projet ne verra jamais le jour. Ne manquez pas de lui rendre hommage en visitant l’exposition Natreen consacrée à son travail sur les réfugiés syriens au Liban qui aura lieu dans le cadre de la prochaine édition du festival, du 4 au 13 mars prochain.