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Prix-HELP 2015
Attaque cérébrale: une classe sauve son enseignante
La nuit du 23 au 24 avril 2014 est courte et agitée: Rahel Locher, 30 ans, enseignante professionnelle, est en pleines préparations pour la journée des apprentis de la foire BEA, le temps presse et elle a fort à faire. Le matin arrive beaucoup trop vite, il est gris et nuageux. Mal réveillée, la jeune femme enfile sa veste en cuir noir, monte en voiture et se rend à Zollikofen à l’école Inforama Rütti. Jusque là, tout va bien.
Elle se rappelle parfaitement la matinée. Elle se voit face à sa classe. Elle se voit montrer aux futures professionnelles du cheval un exemple de lettre de motivation réussie. Elle se rappelle que la pause approchait et qu'elle avait besoin d'aller d'urgence aux toilettes. Mais soudain, sa vue se brouilla et sa voix ne lui obéit plus. Elle s'assit en pensant: c'est une migraine.
Elle voulut boire et tendit la main vers sa bouteille d'eau. Deux élèves lui vinrent en aide mais l'enseignante leur dit que c'était inutile: c'est juste une migraine, dit-elle, ça va passer. Mais la situation empirait: elle ne réussit ni à tenir la bouteille, ni à dévisser le capuchon. Les élèves ayant ouvert la bouteille, elle essaya de boire une gorgée, mais l'eau coula de la commissure gauche de ses lèvres sur ses vêtements. Plus tard, Rahel Locher se dit que la situation avait dû être très étrange pour la classe qui voyait la joue gauche pendante et l'eau qui coulait. Mais sur le moment, elle continua à penser qu'il s'agissait d'une migraine, elle voulait juste s'allonger un instant.
La classe voyait bien que quelque chose n'allait pas. L'enseignante balbutiait et ce n'était visiblement pas pour plaisanter. Il était environ 9h20. Les élèves étaient inquiètes, l'une d'elles alla chercher de l'aide dans une salle voisine, une autre comprit qu'il s’agissait d'une attaque cérébrale et appela immédiatement le 144 avec son portable. Rahel Locher en revanche ne se rendait absolument pas compte du danger dans lequel elle se trouvait, elle pensait que tout allait bien. Aujourd'hui, elle sait qu'une attaque cérébrale touchant l'hémisphère droit du cerveau peut avoir pour effet que la victime ne croit pas être malade. Elle se félicite du fait que ses élèves se soient pour une fois rebellées!
Les sauveteurs arrivèrent rapidement et installèrent l'enseignante sur une civière. Elle était encore consciente et s'impatientait des questions que lui posaient les sauveteurs. À 9h50, l'ambulance arriva à l'Hôpital de l'Île à Berne. Lorsque le neurologue lui demanda de lever la jambe gauche, elle pensa simplement: il pourrait peut-être me demander autre chose, ma jambe ne veut pas pour le moment. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle perd la mémoire. Lorsqu'on la transporte en IRM, elle a perdu connaissance.
Lorsqu'elle se réveille, elle est entourée d'un rideau vert menthe du service des urgences. Elle ne sait pas ce qui lui est arrivé, elle voit des tuyaux partout. Elle veut se lever, mais un médecin la retient et lui explique ce qui s’est passé. Un gros caillot de sang se trouvait dans une artère du cerveau, bloquant la circulation du sang vers certaines parties du cerveau. Elle a été victime d'une attaque cérébrale. Le caillot de sang a été dissout par lyse puis retiré pour libérer l'artère. Le cerveau n'a pas été endommagé, elle n'a pas de séquelles. Qu'elle ait pu rentrer chez elle guérie au bout d'une semaine, elle le doit au fait d’être arrivée si vite dans un Stroke Center, c'est-à-dire un hôpital spécialisé dans les attaques cérébrales. Rahel Locher a eu beaucoup de chance dans son malheur. Aujourd'hui, un an après, elle s'est aussi remise psychiquement de l'accident et du traitement. Son énergie et sa joie de vivre sont revenues.
Sa grande chance a surtout été que la classe réagisse de manière exemplaire. Quelques semaines avant l'accident, une élève avait fait un exposé sur l'attaque cérébrale dans le cadre de son travail de fin d'études. La classe avait donc entendu parler des symptômes de l'attaque cérébrale, savait que chaque minute compte et qu'il faut immédiatement alerter le numéro d'appel d'urgence 144. Edith Aellen, à l'époque élève de cette classe, se rappelle aussi très bien les événements. Elle n'en revient toujours pas que l'enseignante elle-même n’ait eu aucunement conscience du danger. Aujourd'hui, elle se félicite du fait que cela ait eu lieu dans l’établissement scolaire et non une heure auparavant en voiture ou ailleurs. Sans la réaction rapide des élèves, Rahel Locher aurait pu perdre la vie ou rester lourdement handicapée.