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Dan Flavin est l’un des premiers artistes américains à inventer, dès 1963, une nouvelle dialectique de la forme et de la couleur en travaillant exclusivement avec des tubes fluorescents. Cette façon directe et sobre d’utiliser la lumière lui permet de produire, à l’instar d’un peintre, une image lumineuse. Représentant de l'art minimal, il fréquente Robert Morris, Donald Judd, Carl Andre, Sol LeWitt et participe, en 1966, à la première exposition importante réunissant des artistes minimalistes.
D. Flavin crée des situations où les tubes fluorescents constituent généralement la seule source lumineuse. Au mur, au sol ou dans les coins, soulignant ou contrecarrant l’architecture du lieu, les tubes, d’intensité, de couleur et de longueur différentes, sont disposés par l’artiste de manière à créer à chaque fois une ambiance particulière. Parallèlement à la volonté de proposer une œuvre attachée à un lieu spécifique, D. Flavin a créé également des séries dont la plus fameuse est celle des monuments de lumière en « Hommage à Tatlin », dès 1964.
Jusqu’en 1952, D. Flavin suit une instruction catholique au séminaire de Brooklyn. Déçu et révolté par le conformisme de son éducation religieuse, il rejoint la vie profane, à l’âge de 18 ans, dans un esprit de révolte. Attitude qu’il conservera et le rendra récalcitrant à toute éducation formelle de l’art.
Passionné par l’écrivain James Joyce, le jeune D. Flavin considère que l’œuvre d’art est la manifestation d’un lien entre la raison et un idéal. Lien qu’il désire exprimer par un matériau propre à son époque, à la société où il vit. Sentimental et intimiste, il illustre des poèmes et peint des compositions qui s’insèrent dans le prolongement de l’Expressionnisme abstrait. Attiré par les œuvres de Philip Guston, Robert Motherwell, Franz Kline, Archile Gorky, Jackson Pollock, Mark Rothko, ce sont pourtant les travaux de Jasper Johns, Robert Rauschenberg et Frank Stella qui l’amèneront à se poser des questions de peintre, étroitement liées à son époque et qui l’aideront à modifier son vocabulaire formel. Il refusera de se confronter à la surface traditionnelle du tableau et à son illusionnisme en travaillant sur un support en aggloméré et en introduisant l’objet trouvé. « Mira, Mira » (1960) sera la seule œuvre satisfaisante de cette époque.
En 1961, D. Flavin crée son premier tableau à base de lumière électrique. Ce sera pour lui le début d’un développement et d’une attitude artistique personnelle. Il réalise une série de peintures dont les angles et les contours sont marqués par des ampoules électriques ou des tubes fluorescents. Pendant plus de deux ans, il va travailler à ces assemblages appelés « Icônes ». La référence à l'icône est emblématique de son œuvre. C’est une recherche essentielle, celle d’une image créée presque uniquement par l’élément lumière.
Au printemps 1963, D. Flavin place un unique tube fluorescent sur le mur de son atelier qu’il intitule « La Diagonale du 25 mai 1963 ». Cette œuvre est le point de départ de nombreuses expériences avec les lumières fluorescentes. Ce travail constitue une provocation face à l’aspect commercial de l’art et un refus de l’image unique prônée par l’Expressionnisme abstrait. En fait, une mise en valeur de la conception artistique au détriment du « faire » de l’artiste. Flavin commence à développer une approche de la création où la réflexion domine.
C’est lors d’installations réalisées à la Kaymar Gallery, en mars 1964, et à la Green Gallery, en novembre et décembre 1964, que D. Flavin saisit pleinement les nouvelles possibilités que lui offrent les relations des tubes fluorescents au lieu. Certaines œuvres déterminantes de sa carrière sont déjà présentes : « A primary picture » et, surtout, « The nominal three (to William of Ockham) » dont l’élaboration préoccupa l’artiste près de huit ans, avant d’aboutir à une structure telle qu’on a pu la voir au Musée Rath, en 1988, ou à Lyon, en 1989.
En décembre 1965, D. Flavin acquiert une confiance suffisante pour publier sa biographie. Il écrit des articles où il formule de façon précise et parfois véhémente ses idées artistiques. Pourtant, il ne cherche pas des explications qui servent à définir ou limiter son art, car une partie de la définition appartient à l’expérience du spectateur qui est libre d’y donner son sens. Il cherche plutôt à communiquer une expérience émotionnelle, celle d’un univers au-delà de notre perception visuelle.
La notion de réalité dans l’œuvre d’art s’exprime chez D. Flavin de façon tout à fait explicite à cette époque où, depuis peu, C. Andre, Larry Bell, D. Judd et R. Morris, expérimentaient le même type de préoccupations spatiales lors de leur exposition « Shape and Structure » à la Tibor de Nagy Gallery présentée du 5 au 23 janvier 1965.
L’envie de créer un espace unique, un lieu entièrement sensibilisé par la lumière colorée, pousse D. Flavin à élaborer l’une de ses premières situations. Deux expositions personnelles à la Kornblee Gallery en 1967, lui donne l’occasion de concevoir une œuvre unique pour un lieu, une sorte d’œuvre totale dont l’aboutissement sera présenté au Museum of Contemporary Art de Chicago à la fin de cette même année (« Alternating Pink and Gold », 9 décembre 1967 au 14 janvier 1968).
Chaque nouvelle exposition sera désormais conçue préalablement pour un lieu, puis adaptée à son contexte. Barrières extensibles, monuments ou simples structures, les tubes fluorescents deviennent l’outil de variations scéniques, où l’expérience émotionnelle tente de nous faire découvrir un univers au-delà de la perception visuelle.
Nadia El’Beblawi