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Introduction
J’ai pris une certaine habitude d’interroger à la manière de Socrate les militants de tout bord de leurs positions politiques. Ce genre de discussions, au ton variant du calme de séminaire aux disputes de bar, est souvent l'occasion pour moi de tester mes interlocuteurs et moi-même dans la défense de nos croyances. Généralement, j'aperçois comme un manque de rigueur dans cette défense de sorte qu’il aurait été aisé à un adversaire politique de réfuter des positions progressistes ou conservatrices pour peu qu'il ait eu quelques notions de logique. En soit, celà pourrait sembler sans problème. Mais je trouve celà plutôt préoccupant car quand nous souhaitons convaincre une communauté politique d’adopter notre positionnement politique, il nous faut donner des raisons que notre position doit être et que celle-ci est meilleure que les autres positions politiques. Ces raisons, pour avoir cette force normative, doivent être valides, car il nous semble évident que nous devons accepter uniquement les propositions qui sont, in minima, probables. Or, dans le monde militant, la tendance est à la formation d’argumentation qui souffre d’incohérence interne (dans une partie de la position ou par rapport à la totalité de la position) ou de flou conceptuel qui, une fois révélé, brise les fondations de l’argumentation.
Doxa et épistémè
Commençons d’abord par faire une différence entre croyance et connaissance qui, même si on semble la connaître, pose problème dans le débat. Formulé de manière simple, on distingue croyance et connaissance par le rapport qu’un énoncé a avec la vérité. Dans la croyance, ce rapport est purement subjectif dans le sens où je considère que l’énoncé a un rapport vrai avec la vérité. Dans la connaissance, ce rapport est objectif dans le sens où le rapport entre l’énoncé et la vérité est justifié et vrai. Résumé de manière schématique nous pouvons dire que la croyance est le cas où x croit que p est q tandis que la connaissance est quand x croit que p est q avec une justification correcte et que p est q. Cela peut sembler banal comme genre d’affirmation, mais il n’est pas rare de voir des personnes confonde les deux notions comme par exemple, dans le cas du relativisme moral où certains défendent cette thèse par le fait que les personnes aient des croyances morales différente comme par exemple x croit que la morale est P1 et que y croit que la morale est P2. Le fait que des individus ou des groupes croient des choses différentes sur la nature de cette chose n’implique pas que la valeur de vérité attachée aux croyances différentes soit équivalente. Dans un autre exemple, si x croit que la terre est plate et que y croit que la terre est ronde, aucun d’entre nous ne dirait que la forme de la terre est relative.
Maintenant, intéressons-nous aux énoncés descriptifs et aux énoncés normatifs. Les premiers sont des propositions qui concernent ce qui est et les second concernent ce qui doit être. Dans les premiers nous pouvons ranger toutes les propositions du genres “X est P”, “Le président français est le chef des armées”, “Les femmes gagnent moins que les hommes” ou “Le ciel est bleu” alors que dans les seconds nous trouverons des propositions comme “Le patriarcat doit être abattue”, “Le capitalisme est injuste” ou “Il faut être fidèle”. Il faut être capable de faire la distinction entre ces divers types d’énoncés car elle n’implique pas la même chose, comme par exemple entre “il y a un réchauffement climatique” et “il faut combattre le réchauffement climatique”, car l’un n’implique pas forcément l’autre. Dans le langage, il arrive que les énoncés proposent des ambiguïtés comme avec le terme normal qui peut, selon les contextes, avoir un sens normatif ou un sens descriptif. Par exemple, “il est normal que les femmes gagnent moins que les hommes” peut soit dire qu’il y a une norme de la société ou en raison d’un ensemble de processus que les femmes gagnent moins que les hommes (et on peut reformuler ça comme “Dans le contexte X, les femmes gagnent moins que les hommes”) et cet énoncé est descriptif, soit dire qu’il y a de justes raisons, par exemple morale ou religieuse, pour que les femmes gagnent moins que les hommes et cet énoncé est normatif. Là aussi, des confusions arrivent plus souvent qu’on le croit, surtout en politique. Un exemple qui me vient est le cas où quelqu’un dirait “Les personnes issues de l’immigration sont plus sujettes aux crimes que la population indigène”. En général, mes amis progressistes y voient un énoncé normatif raciste, alors que celui-ci est un énoncé descriptif, du moins si on le prend comme un fait contingent et non une réalité essentielle, dont aucun énoncé normatif ne découle forcément. Pour finir, un énoncé peut être vrai ou faux compris comme ayant un rapport avec l’état du monde ou non.
J’ai expliqué que la connaissance pouvait être comprise comme un rapport entre un énoncé et l’état du monde qui est justifiée et vraie. L’un des moyens de justifier, que nous prenons en général comme nécessaire mais pas suffisant, est celui qui passe par une argumentation valide. On dit d’un argument qu’il est valide si, et seulement si, il est impossible que toutes ses prémisses soient vraies et que sa conclusion soit fausse. L’exemple fameux est le syllogisme :
I. Socrate est un homme
II. Tous les hommes sont mortels
C. Socrate est mortel
Un autre point nécessaire pour la validité, souvent oublié dans les faits, est que la conclusion doit suivre logiquement des prémisses de sorte à ressembler à quelque chose comme ça :
I. Si P, alors Q
II. P
C. Donc Q
On dit en logique qu’un argument est correct s’il est valable et que ses prémisses sont vraies. En soit, un argument n’est jamais vrai ou faux. La valeur de vérité ne s’applique qu’à des énoncés. Nous ne discuterons pas du point sur le vrai mais seulement de la validité.
De nouveau, pour certains cela semblera évident, mais nous avons tendance à penser de manière inverse en commettant un ensemble de sophismes. Pendant la campagne sur la réforme de l’AVS de septembre 2022, les militants opposés à ce projet avait présenter un argument que je pourrais réécrire de cette manière :
I. Alain Berset défend le projet d’élévation de l’âge de la retraite des femmes
II. Alain Berset est un homme au revenus confortable
C. Donc le projet doit être refusé lors du prochain vote.
Il n’y a ici aucun lien entre les prémisses et la conclusion et le mieux pour le montrer est de le schématiser ainsi
I. X défend P1
II. X est Q1 et Q2
C. P1 est faux
Un autre moyen de sauver l’argument serait d’y ajouter la prémisse :
III. Si Q1 et Q2, alors Px est faux
Mais ce rajout devient problématique pour ceux qui exposent l’argument, car si on montre qu’il existe un individu avec Q1 et Q2 qui est contre l’élévation de l’âge de retraite des femmes, alors cette position devient fausse. La même chose quand le mouvement contre donnait l’argument que le projet devait être refusé car on avait déjà dit non. Si on est un peu rigoureux, on ne voit pas en quoi cet argument est valide en lui-même, mais aussi être acceptable par ces mêmes personnes car certaines avancées sociales n'auraient pas pu être obtenues sans devoir repasser au vote, comme ce fût le cas pour le droit de vote des femmes, ou que certains projets progressistes ne pourront advenir comme l'augmentation de la taxe sur les dividendes.
Quel intérêt de ces réflexions épistémologiques et logiques dans la question de la politique ? Je vais y venir dans la prochaine partie, mais il me semble qu’il faut exposer l’idée suivante qui semble triviale : ”On se doit de changer de croyance que si on reçoit de bonnes raisons de le faire.”. Cette attitude basique est valide pour nous comme pour les autres, donc quand je souhaite convaincre autrui, nous devons faire en sorte de donner de bonnes raisons à autrui d’être convaincu. Il me semble qu’une bonne raison de croire est déjà, au moins pour les énoncés normatifs, que l’argumentation fournie soit correcte ou, in minima, valide. Un travers que je perçois dans le monde militant est la tendance à faire appel aux sentiments pour convaincre et mobiliser.
Si pour le deuxième point, la mobilisation, je pense qu’il a une possible validité instrumentale, le premier lui me semble plus douteux. Le sentiment est profondément subjectif. Ce que je ressens n’est vrai que pour moi et ne l’est pas forcément pour d'autres. On peut le comprendre comme dans le cas d’une croyance où X ressent Y pour Z ou, plus précisément X ressent Y pour Z car X croit que P. Je dis vrai dans le sens où il y a une correspondance, si il y a honnêteté, entre l’énoncé et la réalité qui est presque tautologique. Mais cette correspondance s’arrête là car si X ressent Y pour Z car X croit que P, cela n’implique pas que P est vrai, de sorte que l’on peut dire que X ressent pour Z peut être pour des raisons fausses. Par exemple, il m’amuse particulièrement quand les personnes neurotypiques tentent de persuader avec ce genre d'arguments. Il m’exprime, par exemple, que X est attiré par moi en raison d’un regard, d’un certain ton, d’un certain choix de vocabulaire ou de phrases alors que je ne vois rien qui, en eux-mêmes, justifie cette position car on peut mal interpréter ces phénomènes. Que cela soit vrai avec une certaine fréquence, je peux l’accepter. Mais en général, j’ai l’impression que les gens l’entendent comme si P → Q et traite les cas où P et Non-Q comme des anomalies que l’on peut négliger.
Vérité et politique
De manière simplifiée, on peut distinguer deux manières de penser la politique. La première, que l’on peut retrouver chez Machiavel et chez certains sophistes, est de prendre la politique comme une technique ou un ensemble de technique ayant pour fonction de prendre et de maintenir, sa personne ou son groupe, au pouvoir. Dans cette conception, qu’on peut nommer instrumental ou utilitaire, le critère de vérité semble ne pas être de rigueur systématiquement. On peut très bien affirmer des énoncés (normatif comme descriptif) absolument faux tant que la conséquence de cette affirmation va dans notre intérêt. Ainsi, le camp de la réaction a usé de la théorie du grand remplacement, dans son versant descriptif et/ou normatif, pour exciter des opinions au sein de la population ou, in minima, une fraction de celle-ci pour renforcer son pouvoir tandis que, pour le camp progressiste a pu critiquer une prise de parole de Paul-Marie Coûteaux, réactionnaire notoire, comme éloge du nazisme en plaçant dans ces mots des conceptions qu’ils n’avaient pas.
Bien sûr, faire usage d’un énoncé vrai reste, tout chose égale par ailleurs, mieux que d’user d’un énoncé faux volontairement car, en cas de révélation réussi de la tentative volontaire de tromper, la déviance et le ressentiment, chose dangereuse en politique instrumental, peuvent grandir dans le cœur de ceux que l’on a voulu tromper. Je distingue cette situation à celle d’un usage involontaire d’un énoncé faux qui est moins grave car le pardon et l’oublie y est plus facile et le plus grand risque étant d’être considéré comme incompétent ce qui, en général, est considérer comme pouvant être changer par rapport à la malhonnête qui est perçu comme un trait de caractère et donc est invariant ou, in minima, complexe à changer. Néanmoins, ceci est seconde par rapport à la question de l’efficacité de l’usage d’un énoncé.
On pourrait critiquer cette conception de la politique, ou au moins la réduire son champ d’action, par une conception morale qui, étant supérieur à elle, la forcerait à n’user que des énoncés vrais et utiles. Mais je pense qu’il faut plutôt prendre la seconde conception de la politique car elle correspond plus à ce que le militant à en tête et que l’on peut formuler ainsi : La politique est une technique ou un ensemble de technique ayant pour but la réalisation, dans le monde sensible, de principe normatif. Je l'appellerais politique normatif. Il me semble ici que le critère de vérité devient principe, spécifiquement pour les énoncés normatifs, car il permet l'évaluation et la différenciation entre une bonne politique et une mauvaise politique ainsi que tout le continuum entre deux. J’entends par là que, comme elle est fondé par quelques chose d’extérieur à elle-même (une morale par exemple), une bonne politique se doit non seulement de respecter le principe qui la forme ou, in minima, s’en rapprocher le plus possible que lui permet le contexte où elle s’exerce, mais surtout il faut que le principe qui la fonde le soit tout autant pour pouvoir être justifié à être. Reprenons notre exemple de la théorie du grand remplacement que je reformule sous la forme d’un modus ponens:
I. La migration est telle que la population indigène devient minoritaire.
II. Une population indigène doit toujours être majoritaire
C. Il faut donc diminuer l’immigration et sortir des gens non-indigènes hors de nos frontières.
Pour considérer comme correct cet argument, il faut que les prémisses (ici I et II) soient vraies. Ainsi, même si les réactionnaires arrivaient à démontrer que la prémisse I, qui est un énoncé descriptif, était vrai, cela ne rendrait pas leur conclusion vraie, car il leur faudrait encore démontrer que la prémisse II, qui est un énoncé normatif, soit lui aussi vrai. En général, c’est sur ce point que ceux-ci se retrouvent piégés, car il faudrait faire toutes sortes d’hypothèses morales et anthropologiques qui sont difficilement tenables. Les progressistes ne sont pas en reste car je pourrais formuler un exemple qui les mettrait dans l’embarras, comme en analysant le slogan de la revendication du droit de s’habiller comme la personne le souhaite. Je propose l’exercice de pensé suivant :
Une femme se balade dans la rue habillée avec un t-shirt où il y a écrit les propos qui vous heurte le plus (Homophobie, racisme, croix gammée, etc…) et elle le porte volontairement en toutes connaissances avec un but politique derrière (diffusion du racisme par exemple). Les deux possibilités que l’on peut voir sont soit qu’il est inacceptable objectivement et que donc l’individu ne peut s’habiller comme il souhaite, mais seulement dans le cadre de ce que la société (ou la morale) accepte, soit l’individu peut s’habiller comme il le souhaite et l'expression de certaines idées (racisme, homophobie, nazisme, etc…) sont acceptables, in minima par l’habillement.
Cette manière de réfléchir que je propose ne s’arrête pas seulement à la proposition politique, mais peut aussi toucher à l’action politique. L’actualité nous a fourni un exemple de cette situation. Un groupe d'activistes écologistes envoie de la soupe sur un tableau de Van Gogh. Une défense que j’ai pu lire était la suivante : « L’œuvre n’a pas été abîmée, et l’action a créé un large débat, alors que plein d’autres mobilisations ne sont pas du tout relayées dans les médias. C’est donc une réussite. ». Reformulons la proposition sous cette forme :
I. Le tableau n’a pas été abîmé
II. L’action a créé un large débat
C. L’action est un succès
Déjà, il y a une prémisse cachée dans ce raisonnement que l’on doit révéler. Il y a effectivement la prémisse qui dit qu’une chose X qui crée un large débat est un succès et elle est contestable. L’idée est la suivante : Toute action politique est faîte pour aider à la réalisation d’une politique (instrumentale ou normative) et donc une action politique peut être qualifiée de succès si elle aide la réalisation de la politique. Or, le fait de créer un large débat n’implique pas forcément une avancée d’une politique, en premier lieu parce que le sujet du débat peut ne pas être celui qui correspond à la question politique que souhaite mettre à l’agenda les militants. L’exemple ici est assez éloquent car la question du débat fût centré sur l’action militante et non le sujet de la crise climatique. Ensuite, rien ne garantit que le débat tourne en faveur de l’option politique défendue par les activistes. Le contre-exemple est la propagande par le fait qui a été contre-productif pour l'avancée de la cause anarchiste en France.
Je souhaite préciser plus en détail pourquoi il me semble nécessaire qu’une politique non-conservatrice et ses modalités d’actions se justifient correctement aussi bien par principe (en raison de sa nature de politique normative) mais aussi pour son aspect pratique. En raison de ce qu’il est, le projet conservateur au sens strict (qui ne défend que le statu quo) a un avantage que tous les autres projets non pas: Il est effectif. Cela semble banal, mais la conséquence ne l’est pas car il est le seul à ne pas avoir besoin de justifier son existence tant qu’un autre projet politique ne vienne pas le remettre en cause du point de vue normatif. Par exemple, il est un fait qu’il y a un dérèglement climatique, mais ceci est un énoncé descriptif qui, à lui seul, ne permet de justifier un abandon du projet politique productiviste par exemple. Il faut y ajouter un énoncé normatif comme “La perpétuation des écosystèmes est supérieur à la réalisation de plaisirs matérielles” ou “La perpétuation de l’être est supérieur à la jouissance” et que cet énoncé normatif soit vrai pour permettre de justifier l’abandon du projet politique qui fait statu quo. Concernant l’aspect pratique, il me semble que l’on risque en général beaucoup moins en proposant une argumentation correcte qu’en proposant une argumentation invalide car elle sera plus solide à l’attaque de l’adversaire et évitera le problème que l’on rencontre dans les cas d’échec d’application de politique où les individus perdent confiance au projet politique dans son ensemble. De plus, réfléchir en amont à un projet politique et à ces actions de réalisation de manière correct tant à moins échouer et avoir moins d’effets non-désiré ou, in minima, tendra plus à répondre à l’objectif qu’elle sait défini. L’exemple de la constituante chilienne illustre bien l’idée que la gauche chilienne à mal réfléchi sur sa stratégie et sur le contexte ce qui l’a amené à échouer.
Exigences de vérité, limite et principe de critique
Il y a un énoncé normatif sur lequel on peut facilement se mettre d’accord sur sa validité : “On ne peut pas demander trop à un individu ou un groupe.”. Appliqué dans le cadre du militantisme, il me semble qu’elle nuance les positions que j’ai écrites depuis le début de ce texte et ma position par rapport à l’exigence de la vérité en politique en raison de la nature de l’action et de la limite de notre connaissance. Tout d'abord, toutes actions se produit dans le monde sensible qui est rempli de contingence et de choses particulières qu’il nous est impossible de connaître, dans la pratique, dans sa totalité. De cela, on peut très bien comprendre qu’une action politique ou militante puisse échouer comme un médecin expérimenté et savant peut rater une action médicale car il manquait des éléments sur la chose particulière qu’il doit traiter. Ces éléments sur les choses particulières peuvent facilement nous manquer pour diverses raisons, voire ne peuvent tout simplement pas être connus. Donc si nous devions être certain de d’avoir la Vérité sur les tenants et les aboutissants pour agir, je crains que nous ne puissions pas faire grand-chose dans notre vie si ce n’est rien. Un exemple trivial serait quand on fait cuire des pâtes. Si on y réfléchit, nous sommes peu à savoir les causes et les conséquences de l'ébullition de l’eau ou de l’assouplissement des pâtes. On pourrait en rire si on ne voit pas à quel point cela demande des connaissances dans des domaines comme la physique ou la chimie. Et ce qui est vrai pour l’action l’est tout autant pour la pensée ou le programme politique. Si nous voulions pouvoir nous prononcer de manière à respecter l'exigence de vérité, même de manière approximativement acceptable et en faisant abstraction des éléments particulier, il nous faudrait être expert en sociologie, philosophie, économie, psychologie, histoire, biologie, physique, droit, mathématique, chimie, théorie de l’art et l’ensemble des différentes sous-domaine et courant que forment chaque science, ainsi que des données empiriques, ce qui est une position intenable pour un individus.
Cette nuance que je viens de formuler ne doit pas n’ont plus nous faire oublier l’exigence de vérité, car nous avons vu que la réfuter nous amène à une impasse. Il faut donc trouver un ou plusieurs principes qui viendront amender cette position pour la rendre possible et j’en propose un : le principe de critique.
Ce principe doit se comprendre comme le fait de pouvoir réinterroger nos propres croyances de manière rationnelle de sorte à pouvoir voir si je suis capable de formuler de bonnes raisons de croire ce que je crois et de changer mes croyances s'il y de bonnes raisons de le faire. Ces raisons peuvent être d’ordre empirique, rationnel ou pragmatique et peuvent être fournies de manière intrinsèque ou de manière extrinsèque. Ce dernier point me permet de souligner que, quelque soit le contexte, je dois accepter de pouvoir changer d’opinion si autrui ou moi-même me donne des raisons suffisantes quant à la validité ou l’invalidité d’une thèse ou, in minima, d’accepter qu’ils existent des bonnes raisons de croire ou de pas croire à une thèse tant que je n’arrive pas à fournir de meilleures raisons ou à montrer de manière valide que les raisons fournies ne sont pas bonnes.
Ce principe doit s’étendre aussi au groupe et aux autres individus qui partagent un certain nombre de croyances communes. Effectivement si dans la justification de la croyance politique partagée l’argumentation fourni a en elle des erreurs de raisonnement et que je m’en rend compte, je me dois de critiquer une telle argumentation et je suis en droit de demander à ceux qui l’on fournit de réformer leurs jugements pour trouver une justification permettant de valider leurs positions ou, si il n’est pas possible pour eux de trouver une justification valable, d’abandonner la prétention de réaliser leurs croyances politiques.
Ce principe impose un certain état d’esprit où chacun se doit d’être humble, dans le sens où nous devons reconnaître notre faillibilité qui fait que nous pouvons toujours nous tromper, d’être compréhensive, dans le sens où nous devons essayer de comprendre le mieux possible la thèse d’autrui ainsi que les raisons qui fonde cette thèse, d’être honnête, dans le sens où nous devons toujours, dans le cadre de la vérité, débattre de la thèse et des arguments de l’autre et uniquement de ces points-là, et d’être curieux, dans le sens où nous devons continuellement nous intéresser à la connaissance en tant que tel.
Cette proposition, que je sais très exigeante, n'est pas une chose innée mais acquise. Ainsi, il me semble que, si on est d'accord avec ce que j’ai écrit depuis le début, qu’une tâche que toute organisation politique se doit de remplir est de former ses citoyens de sorte que cet esprit critique soit diffusé le plus possible en son sein. Je pense que la pire chose que nous pourrions obtenir si nous le réalisions, c’est que nous devenions plus prudents politiquement et plus humbles face aux positions d’autrui. Soit une situation d'apaisement politique.