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Longévité: vivrons-nous bientôt tous jusqu'à 120 ans?
La mise en doute par une équipe russe de l'âge de celle qui fut la doyenne de l'humanité (Jeanne Calment, décédée en août 1997 à plus de 122 ans) n'y changera rien: nous vivons de plus en plus vieux. Et il est très probable que cette évolution se poursuive, ajoutent les spécialistes.
L'espérance de vie n'a cessé en effet de croître, dans la plupart des pays occidentaux, depuis au moins le début du XIXe siècle, mis à part quelques fluctuations passagères. On est ainsi passé de 48 ans en 1900, à plus de 85 ans aujourd'hui pour les femmes et près de 80 ans pour les hommes. Rappelons s'il en était besoin que cette espérance de vie à la naissance évoque l'âge que devrait pouvoir atteindre, en moyenne, un individu né cette année-là. Certains mourront donc plus jeunes que cet âge-type, alors que d'autres vivront jusqu'à des âges records.
C'est justement sur cette notion de record que les spécialistes (gérontologues comme démographes) ont commencé à plancher depuis quelques années, tant il devenait urgent de valider les longévités extrêmes dont se prévalaient quelques populations. Surtout à l'heure où le nombre de super-centenaires dans le monde (ces individus âgés de 110 ans ou plus) frise déjà la cinquantaine.
C'est ainsi qu'une équipe de scientifiques italiens basés à Rome a décidé, pour y voir clair, d'analyser plus finement une base de données de grande qualité réunissant (entre 2009 et 2015) plus de 3830 habitants de la péninsule, âgés de 105 ans ou davantage, et dont seulement un peu plus de 460 étaient des hommes.
Immortalité?
Associés pour l'occasion à des scientifiques danois, allemands et américains, Elisabetta Barbi et ses collègues de l'Université Sapienza à Rome, arrivent à la conclusion qu'à partir d'un âge avancé, l'augmentation régulière du risque de décès ralentirait sa progression, et aboutirait même à une sorte de plateau lorsqu'on se rapprocherait des très grands âges. Il n’y aurait plus, selon cette recherche, de limite formelle à l'allongement de la vie! Conclusion évidemment explosive, puisqu'elle évoquerait une certaine immortalité du genre humain.
On peut rappeler à ce propos que le risque statistique de mourir double environ tous les huit ans entre 30 et 80 ans, une augmentation exponentielle dont la courbe semblerait toutefois s'inverser peu à peu à partir d'un âge beaucoup plus grand.
Ainsi, selon la base de données utilisée par Elisabetta Barbi et ses collègues, une femme italienne de 90 ans peut espérer vivre statistiquement jusqu'à 96 ans, mais lorsqu'elle fête ses 95 ans, son espérance de vie augmente encore, et passe à 98.7 ans! Comme si plus elle vieillissait, plus ses chances de vivre encore plus longtemps augmentaient.
C'est donc bien là qu'intervient la découverte faite par les chercheurs italiens. Car en dépouillant scrupuleusement les chiffres relatifs aux âges supérieurs à 105 ans, fournis par l'Institut National Italien de Statistiques (ISTAT), ils constatent que le risque de décès en fonction du grand âge cesse peu à peu d'augmenter, et que la courbe relative s'aplatit progressivement, une évolution similaire à ce qu'on constate chez certaines autres espèces.
A noter que la qualité des données recueillies (sur la base notamment des certificats de décès) exclut toute erreur imputable à l'annonce de son âge par l'individu lui-même ou ses proches, comme cela a été mis en évidence dans d'autres circonstances.
Conclusion explosive
La conclusion des chercheurs peut dès lors être claire, bien qu'explosive: «nos données montrent qu'au-delà de 105 ans la longévité continue à augmenter au gré des années, et qu'une limite, si tant est qu'elle existe, n'a pas été atteinte», écrivent-ils.
Leur publication dans la célèbre revue scientifique Science a évidemment suscité un grand intérêt, mais a très vite aussi provoqué le scepticisme d'autres spécialistes. C'est ainsi par exemple que le biologiste australien Saul Justin Newman, dans la non moins réputée revue PLOS-Biology, affirme carrément que ce sont des erreurs humaines de traitement statistique et démographique, et non les chiffres réels, qui permettent aux chercheurs italiens de tirer leur conclusion révolutionnaire. Il souligne notamment le fait qu'un taux d'erreur d'à peine 1 sur 10’000, comme il le démontre dans une simulation graphique, permettrait d'expliquer cet effet de «plateau». Il pointe en outre la relative fragilité des données, récoltées pour certaines à une époque (il y a plus de 90 ans) où l'on ne pouvait pas assurer une rigueur suffisante, surtout en ce qui concerne les dates de naissance exactes. Bref: pour lui, «le vieillissement de l'espèce humaine ne ralentit pas, ni ne s'arrête, lorsqu'est atteint le grand âge». La réponse de Kenneth Wachter, l'un des associés américains d'Elisabetta Barbi, ne s'est pas fait attendre, tout aussi cinglante: selon lui, il est exclu que de telles erreurs aient affecté les registres italiens utilisés pour leur étude.
Enfin, en utilisant les mêmes données que celles de l'étude italienne, trois autres chercheurs américains estiment après calcul qu'on ne pourra pas dépasser de beaucoup l'actuel record de Jeanne Calment «sans de nouveaux progrès majeurs dans la baisse de mortalité tant chez les jeunes que chez les très vieux».
En conclusion, soyons certains que les recherches sur ce sujet brûlant vont se poursuivre de façon toujours plus intense, et que, quant à nous, nous n'avons plus qu'à attendre de fêter nos 120 ans!
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Références:
- Elisabetta Barbi et al., Science 360, 1459-1461.
- SJ Newman, PLoS Biol 16 (12) e2006776.
- KW Wachter, PLoS Biol 16 (12) e3000076.
- H. Beltrán-Sánchez et al., Science 361, 6409.