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Les tabourets à caryatides (le terme « caryatide » est ici impropre, quoique commode ; les personnages représentés sont en effet une caryatide et deux atlantes) comme celui du musée Barbier- Mueller reproduit à droite étaient surtout présents dans les communautés du Sud du Bénin et du Togo. Le montant central de ce tabouret, qui peut provenir du territoire des Ayizo autour d’Allada, représente un personnage féminin et les deux autres montants de chaque côté représentent des personnages masculins regardant chacun dans une direction opposée. Le territoire des Ayizo abritait autrefois l’important royaume d’Ardra qui entretenait d’intenses relations politiques et commerciales avec les royaumes des Yoruba et du Bénin à l’est. Les armées du roi du Dahomey, Agaja, envahirent par la suite cette zone, faisant du territoire des Ayizo l’un de ses États vassaux.
Le style ayizo est représentatif de l’identité plurielle d’Allada qui inclut des éléments rappelant des caractères stylistiques et des symboles des Yoruba, des Gun, des Fon et des Ewe (voir Blier 1995). Les cheveux de ces personnages porteurs, peints en noir, soulignent la polychromie, parfois importante, des sculptures de cette région. Les corps, puissants et fortement musclés, sont également remarquables ; ils mettent en avant l’importance de la force non seulement dans le contexte des caryatides soutenant les trônes mais également dans celui du travail physique engendré par les activités économiques locales et les premières activités dynastiques, comme l’agriculture ou la guerre.
Il faut d’ailleurs se souvenir à ce sujet de la tradition des femmes guerrières de cette région. Les mains sur les hanches, vêtus de pagnes, ces personnages semblent être des serviteurs, même si l’on peut également penser qu’ils représentent les ancêtres du chef, le personnage central pouvant dans ce cas être sa mère.
D’après Etienne Adande ([1984 ?] : 102), par le passé, les tabourets importants étaient souvent transportés comme des rois, une tradition qui remonterait, selon Edouard Foa Dunglas (1957 : 153), à Agaja, roi du Dahomey. Très peu de temps après sa conquête d’Allada, il mena et remporta une bataille contre son ennemi de toujours Houfon de Savi, une ville près de Ouidah. Cette victoire offrit au peuple du Dahomey un port sur l’Atlantique et permit à Agaja d’étendre les frontières de son royaume vers le sud. L’homme qui aurait apporté au roi Agaja la tête de Houfon fut nommé premier porteur de trône royal. Dans d’autres situations, de simples serviteurs tenaient ce rôle.
D’un certain point de vue, ces trois personnages représentent également des porteurs de trône. La forme incurvée et pointant vers le haut du siège de ce trône laisse à penser qu’il a été conçu d’après les trônes royaux jandémé du Dahomey comme le furent beaucoup de tabourets de chef des régions qui autrefois avaient fait serment d’allégeance au royaume du Dahomey. La hauteur des côtés du siège ainsi que sa forme en U légèrement carrée rappellent les lignes de certains tabourets commandés dans les années 1920 et 1930 pour les chefs de canton du Sud du Bénin.
Au cœur des terres du Dahomey, les montants pouvaient représenter des animaux royaux comme le lion de Glélé. Représenter des figures humaines comme celles figurant sur ce tabouret était plus typique du Sud du territoire. Comme d’autres tabourets de haut statut, celui présenté ici devait tenir une place des plus importantes lors des rites d’intronisation d’un nouveau chef ou lors des cérémonies annuelles à la mémoire des chefs de lignage décédés.