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Transplantation rénale et COVID-19
Nous traversons une situation sanitaire, jusque-là inégalée. Nos instances dirigeantes réadaptent les directives au fur et à mesure de l’évolution de la situation pandémique.
Lors de la 1ère vague le programme de la transplantation rénale avait été suspendu en Suisse et un courrier était parvenu aux patients en liste d’attente (arrêt et reprise des greffes).
Lors de la 2ème vague, les choses ont été différentes, le programme a été suspendu à Genève seulement durant 48 h 00.
Puis la direction des HUG a décidé de continuer les transplantations hépatiques, les transplantations rénales et combinées rein-pancréas pour les patients hyperimmunisés. Les ressources médicales ayant été mobilisées pour le COVID, le programme de greffe à partir de don vivant et les autres greffes rénales de patients non immunisés ont été mis en pause. Mais la situation est réévaluée régulièrement par la direction des HUG afin de réactiver tous les programmes de transplantation dès que les conditions de sécurité seront réunies.
Par ailleurs, le nombre de donneurs d’organes a significativement baissé durant cette période.
Les dons vivants ont également été suspendus dans la plupart des centres de transplantations en Suisse.
Durant cette période, les organes non acceptés en Suisse, à cause de la situation pandémique, ont été proposés et transplantés dans les pays européens, avec qui la Suisse collabore.
- Des patients en attente de greffe ont formulé leurs questions et interrogations sur la situation.
« Effectivement cette période « particulière » nous place dans une perspective inconnue pour nous les patients en attente de greffe. »
« Lors de la 1ère vague, une correspondance nous était parvenue à travers un courrier envoyé par l’unité de transplantation des HUG. Il n’en n’est rien pour cette seconde vague. »
- Les greffes sont-elles interrompues à nouveaux ?
Le service de transplantation a décidé de ne pas envoyer de courriers aux patients en attente de greffe durant cette nouvelle vague, car contrairement au printemps où la direction des HUG avait tranché en préconisant un arrêt quasi-total des programmes de transplantations (sauf certains patients sélectionnés en attente de greffe hépatique en raison de leur situation médicale), la direction des HUG réévalue régulièrement la possibilité de réactiver tous les programmes de transplantation.
Les dons vivants ont été suspendus dans une partie des centres de transplantation en Suisse (sauf à Bâle et Zurich). Seules les transplantations rénales et pancréatiques pour les patients hyperimmunisés ont été maintenues momentanément à Genève.
- Des greffes sont-elles possibles ?
Oui, selon les réserves citées ci-dessus.
- L’unité de transplantation JUL 21 est-elle toujours active ?
L’unité JUL 21 est rouverte depuis le 7 décembre après avoir eu une activité dédiée aux patients COVID. Les patients avaient été déplacés dans une unité toujours réservée à la transplantation mais délocalisée pour des raisons logistiques.
- Quelle incidence a le Covid sur la liste d’attente des personnes en attente d’une greffe ? Les délais sont-ils prolongés ?
Il y a clairement un ralentissement de l’activité de greffe rénale sur l’année 2020 en raison des difficultés citées plus haut. Il faut cependant préciser que le Covid a eu un impact négatif dans tout le pays et pour tous les organes, même si ceci a été plus important à Genève pour la greffe rénale. Le service de transplantation pousse fortement et régulièrement la direction des HUG pour obtenir la levée de la suspension partielle du programme.
- Quelques chiffres :
Au total, 30 greffes rénales ont été réalisées en 2019, contre 14 durant cette année.
- Les transplantations sont-elles interrompues dans tous les hôpitaux de Suisse ou seulement à Genève/Suisse-Romande ?
Jusque-là, la pandémie avait des répercussions beaucoup plus retentissantes en Romandie qu’en Suisse alémanique, d’où cette interruption partielle momentanée du programme de greffe rénale.
Le centre de transplantation de Berne applique les mêmes directives concernant les greffes rénales que les HUG.
Quelques questions liées au Coronavirus directement :
- Une personne contaminée peut-elle être greffée ?
Une personne qui a été testée positive au COVID 19 peut être transplantée à partir du moment où elle ne présente plus aucun symptôme lié au virus. Quinze jours après la résolution des symptômes on considère en règle général qu’un patient est guéri, cela qu’il soit dialysé ou non, qu’il soit insuffisant rénal ou non.
- Une personne qui a été malade puis guérie peut-elle être donneuse vivante ou décédée ?
Un patient peut être considéré comme donneur d’organes décédé ou vivant en respectant un délai de 28 jours entre le diagnostic de COVID 19 et le don à condition de l’absence d’une défaillance d’organe et d’une récupération complète.
- Une personne qui n’a pas été malade du Covid peut-elle recevoir un organe d’une personne qui a été testée positive ou malade ?
Un potentiel donneur d’organe avec une infection active au COVID 19 pourrait seulement donner son foie pour un patient en attente d’une greffe hépatique en urgence. Dans ces conditions, soit le receveur, soit ses proches (si le receveur n’est pas en situation de comprendre en raison de son état de santé) ont été informés et ont signé un consentement spécifique.
- Peut-il y avoir un transfert des anticorps Covid avec la greffe d’un organe ?
Non, ou en très petite quantité. Ce qui est plus important est l’immunité mémoire portée par les lymphocytes. Ces cellules ne sont pas transmise avec la greffe d’organe.
Nous partageons avec vous 2 témoignages de patientes de notre centre de dialyse, racontant leurs parcours de receveur d’un don vivant, durant cette pandémie.
Témoignage de Mme A enregistré le 27/11/2020.
Il y a un mois le 26/10/2020 votre greffe donneur vivant avec votre compagnon était programmée, racontez-nous la suite…
« Une jolie aventure, on est arrivé le 26 à l’hôpital avec mon ami, tout le monde est arrivé vers moi avec un air très triste… J’ai tout de suite compris ! On m’annonçait que la greffe était annulée parce que le chirurgien avait le COVID. Donc pas de panique à bord, parce que j’ai la chance d’avoir un donneur vivant. Mon ami est rentré à la maison, moi, j’ai repris ma petite valise et je suis rentrée à la maison. Pour moi, il y a toujours une raison aux choses et je vis cela très bien.
Je me dis que la greffe sera pour janvier ou février. Je préfère cette situation que d’attraper le covid avec le chirurgien et de perdre mon greffon.
Vous avez accueilli sereinement ce report d’intervention ?
Tout à fait ! Pour moi ce n’est pas un souci parce que je ne subis pas mes dialyses, et puis le bon moment va arriver.
Avez-vous pu revoir le chirurgien depuis ?
Le chirurgien non, mais les néphrologues qui suivent les transplantations, oui.
Et pour moi, il n’y a pas de soucis, je le vis très bien.
Et votre compagnon comment vit-il la situation ?
Pareil, très bien ! On s’est dit la même chose, si c’est pour perdre son greffon ! Si j’avais perdu le greffon à cause du covid, les dialyses on pourrait me les faire à Belle-idée, après… j’aurais péter un câble.
Oui, dans la balance entre sursoir à cette greffe en la reportant et un risque de contracter ce virus …
Nous, on a envie de vivre cette greffe normalement sans stress, sans rien ! Donc si c’est reporté à l’année prochaine, pour nous il n’y a aucun souci.
Pour l’instant est-ce qu’une date a été prévue ?
Non
Donc vous êtes un peu dans l’incertitude ?
Moi, j’ai l’intuition que cela va être en janvier…
Est-ce que vous suivi les actualités ?
Non pas du tout !
On est en déclin par rapport à cette pandémie, on est sur la pente descendante …
Non, je ne suis rien du tout !
Pour éviter de générer du stress ?
Exactement ! J’attends…
Vous avez la chance d’avoir un donneur vivant, comme vous l’avez dit donc cela se fera tôt ou tard ! Mais savez-vous ce qu’il se passe pour les gens qui sont en liste d’attente durant cette période ?
Non… je pense qu’ils ne sont pas greffés non plus !? Il n’y a pas de greffe… Si je n’ai pas pu être greffée, je pense qu’ils ne vont pas prendre de risque non plus !? Cela doit être horrible de se faire greffer et de perdre son greffon ! Ça doit être horrible ! On doit faire une bonne déprime !?
C’est une intervention que l’on attend depuis longtemps et qui est tellement lourd de conséquences…
On attend… Il y a toujours un bon moment pour les choses. »
Merci pour votre témoignage. A ce jour Mme A attend la date opératoire, elle est en hémodialyse, nous lui adressons tous nos vœux pour cette greffe.
Témoignage de Mme O le 13/12/2020.
« Après presque 2 ans de dialyse péritonéale, mon mari et moi-même avions passé avec succès tous les examens médicaux en vue d’une greffe de rein à partir d’un donneur vivant. La date opératoire du 17 mars 2020 avait été retenue mais, à quelques jours de l’intervention, une péritonite a rendu la greffe impossible. J’étais déçue mais suis restée philosophe et positive, ce n’était que partie remise. Une nouvelle date opératoire a donc très rapidement été fixée au 7 avril.
Hélas, c’était sans compter avec la Covid-19 et sa montée en puissance qui allait ruiner tous nos plans et mettre en suspend toutes les opérations.
Cette fois-ci, mon état d’esprit n’a pas du tout été le même. J’avais beau me dire qu’il valait mieux attendre que de prendre le moindre risque et perdre le précieux greffon, mes perspectives étaient incertaines. Aucune nouvelle date opératoire ne pouvait être arrêtée et les médecins ne connaissaient presque rien de ce virus, ils ne pouvaient dès lors ni me rassurer, ni répondre à mes questions. J’ai alors ressenti beaucoup d’inquiétude et un grand questionnement.
Cette période a conduit à remplacer les consultations présentielles par des consultations téléphoniques. Le lien avec l’Hôpital était conservé mais les contacts rassurants et les échanges chaleureux avec le personnel médical avaient disparus. Je me suis sentie très seule, pleine de désarroi. Je ne me souciais pas tant de mon état général, qui me semblait acceptable, mais plutôt de l’efficacité de la dialyse et de la capacité de mon organisme à la supporter pour un temps indéfini. Mon programme de dialyse automatisée durait presque 9 heures auquel venait s’ajouter un échange manuel durant la journée. Faudrait-il encore augmenter la durée du programme et le rendre encore plus contraignant ? J’étais également sous antibiothérapie pour prévenir une récidive de péritonite et, par conséquent, je craignais que mon corps ne s’y habitue et que les antibiotiques ne fassent plus d’effet ce qui m’aurait conduit à devoir passer à l’hémodialyse, traitement qui me terrorisait.
En ce qui concerne le risque de contracter le virus de la Covid et ses conséquences sur ma santé, voire sur la possibilité d’être greffée, le fait d’être déjà immunosupprimée m’avait habituée depuis longtemps aux gestes barrières et dès lors je n’ai pas eu d’appréhension particulière et je n’ai que poursuivi le protocole préconisé. »
Mme O a été greffée le 02/06/2020avec le rein de son mari. Nous leur adressons tous nos vœux de bonne santé pour 2021.
En tout temps en médecine nous nous posons la question de la balance bénéfice / risque. Certes contracter le COVID en période péri greffe peut exposer à une situation bien plus grave que dans la population générale mais d’un autre côté le risque pour les dialysés est tout aussi grand et les allers et venues en dialyse sont associés à un sur risque d’exposition. Par ailleurs le risque de voir reporter la greffe sur plusieurs mois ou années est aussi associé à un sur risque de mortalité en dialyse. Les équipes médicales de néphrologie et de transplantation choisissent toujours l’option qui semble la plus raisonnable en tenant compte de cette balance risque/bénéfice. A cela s’ajoute la situation spécifique de chaque hôpital.
Les HUG avec un pic de 650 patients atteints de COVID en novembre ont été très sollicités et les forces médico-soignantes manquaient. Il a fallu faire des choix sachant que de nombreuses activités ont dû être arrêtées ou repoussées. Pour les greffes, nous avons besoin d’équipe qualifiée et en pleine possession de ses moyens, on ne peut prendre et faire prendre des risques aux patients en faisant des greffes dans des conditions non optimales.
Une information de dernière minute nous est parvenue et constitue un beau cadeau de Noël :
Reprise complète du programme de greffes dès ce jour !!!
Cet article a été co-écrit par Mmes M.C KEMPF (coordinatrice des greffes rénales), P. LEFUEL (ISC néphrologie), Dr F. HAIDAR (responsable du programme des greffes rénales) et les Pr P.Y MARTIN (médecin chef de la néphrologie), Pr J. VILLARD (spécialiste en Immunologie de la transplantation), Pr T. BERNEY (médecin chef de service de chirurgie de la transplantation).