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La Posidonie, déesse de Méditerranée
« La posidonie (Posidonia oceanica) est une plante à fleurs marine présente dans presque toute la Méditerranée, et uniquement en Méditerranée ; de
même que l'olivier est le symbole de la Méditerranée continentale, la posidonie caractérise la Méditerranée sous-marine. »
Charles-François Boudouresque
Professeur de biologie et d'écologie marine
Le poumon de la Méditerranée
Plus de la moitié de l'oxygène que nous respirons provient des mers et des océans. Posidonia oceanica est appelée "le poumon de la Méditerranée" car elle est l'une des plus importantes sources d'oxygène des eaux côtières. Dans un seul mètre carré, il peut y avoir 10 000 feuilles.
Un réservoir de biodiversité
La Posidonie abrite une grande variété d'espèces animales qui utilisent cet habitat pour vivre. Outre les organismes qui y vivent en permanence, d'autres y viennent seulement pour se reproduire, se nourrir, s’abriter ou grandir, car c’est également une zone de nurserie. Environ 1 000 espèces différentes animales et végétales y ont été décrites.
Un puits de carbone supérieur à la forêt amazonienne
Grâce à sa croissance par rhizomes, la posidonie retient le sable et la matière organique. Elle forme, siècle après siècle, une matte qui joue un rôle important en tant que puits de carbone, absorbant le CO2. Ce puits stocke le carbone à un taux moyen de 83 g C/m² par an et contribue à atténuer les effets du changement climatique. La matte en elle-même peut atteindre les 83 000 tonnes de CO2 par km² ce qui représente à surface égale 3 fois la quantité de carbone stockée par la forêt amazonienne.
Des herbiers en danger
Malgré son statut d’espèce protégée et les nombreux services rendus à l’Homme, et en dépit de la législation, les herbiers de Posidonie sont en déclin dans de nombreuses régions de Méditerranée. La pollution, le développement côtier (comme l’artificialisation du littoral, les infrastructures urbaines et portuaires), les activités de pêche et l'ancrage des navires qui arrachent les plantes avec leurs ancres et leurs chaînes sont autant de causes à l’origine de cette régression des herbiers.
Ce déclin global a été estimé à environ 10% au cours des 100 dernières années (Pergent et al. 2009). Mais une analyse récente de la couverture de la zone d’habitat de posidonie indique un déclin de 34% des herbiers au cours des 50 dernières années (Telesca et al. 2015).
Dans la baie de Cannes, la principale cause de régression des herbiers marins est directement liée à l’impact mécanique des ancres de bateaux. Le taux de destruction a été déterminé à 8ha par an. Dans cette zone, cela représente une régression de 28,4% en 7 ans ! (Medtrix, 2019).
Destruction = source d'émissions de CO2
L'érosion et/ou le démantèlement des mattes par ancrage réduit non seulement leur capacité de fixation/séquestration mais constitue également une source supplémentaire d'émissions de CO2. En effet, le démantèlement de la matte augmente les taux de reminéralisation de la matière organique en raison de l'exposition à l'oxygène et restitue le carbone stocké depuis des millénaires dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone, ce qui accélère le changement climatique au même titre que les combustibles fossiles.