Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06898.jsonl.gz/649

Le téléphone portable peut-il devenir, chez les adolescents, une forme de substitut à la cigarette ? Cette hypothèse a été formulée en 2000 par Anne Charlton et Clive Bates dans le British Medical Journal (BMJ 2000 ; 321 : 1155), pour expliquer le déclin du tabagisme chez les jeunes en Grande-Bretagne durant les années 1990. Les auteurs se demandaient si les factures de téléphone, en absorbant une partie du budget des adolescents, ne limitaient pas leurs dépenses en tabac. Ou alors si le portable ne jouait pas un rôle de substitut à la cigarette.Dans une lettre à la même revue (BMJ 2003 ; 326 : 161), trois chercheurs finlandais apportent un démenti précis à cette hypothèse. Leena Koivusilta, Tomi Lintonen et Arja Rimapelä (Universités de Turku et Tampere) se basent sur les données d'une enquête par questionnaire sur la santé et le style de vie des jeunes finlandais, réalisée en février 2001.Ils constatent, contrairement à ce que supposaient Charlton et Bates, que l'usage du téléphone mobile est positivement corrélé à la consommation de cigarettes chez les jeunes finlandais. Aussi bien parmi les garçons que les filles, on compte environ deux fois plus de fumeurs quotidiens parmi les utilisateurs intensifs du téléphone portable (plus d'une heure par jour) que parmi les utilisateurs occasionnels. Et ces derniers sont à leur tour deux fois plus nombreux à fumer chaque jour que les non-utilisateurs de portables.Ce fait pourrait s'expliquer de façon triviale : les jeunes qui disposent de plus de moyens peuvent se permettre à la fois de fumer et de téléphoner davantage. En réalité, selon les auteurs, la corrélation statistique demeure si l'on tient compte du montant dépensé par semaine. Autrement dit, le tabagisme et l'usage du portable sont deux comportements associés en Finlande, un pays où la téléphonie mobile s'est développée très tôt et où la participation parentale aux frais de communication des enfants est particuliè-rement élevée.En est-il de même à l'étranger ? Le rôle symbolique du téléphone et de la cigarette pour les adolescents mérite-t-il d'autres études, comme le suggèrent les auteurs ? Quoi qu'il en soit, l'hypothèse de Charlton et Bates ne correspond pas aux observations faites ailleurs qu'en Grande-Bretagne. Plusieurs chercheurs ont signalé au BMJ que la vulgarisation du portable dans leur pays ne s'était pas accompagnée d'une baisse du tabagisme chez les jeunes.Chung-Yol Lee, chercheur à l'Institut de médecine sociale et préventive de Zurich, a ainsi fait observer qu'en Suisse, le taux de fumeurs a passé de 31 à 43% chez les 15-24 ans entre 1992 et 1997. La forte progression du nombre d'utilisateurs de portable durant la même période (de 215 000 à 1 million dans l'ensemble de la population) n'a pas empêché cette dramatique poussée de tabagisme juvénile.