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L’utilisation des terres pour l’habitat, l’industrie et l’agriculture a durement éprouvé les forêts et les eaux de Suisse durant des siècles. Au point qu’elles ne pouvaient plus remplir leurs fonctions naturelles, et notamment la protection contre les laves torrentielles, les glissements de terrain, les avalanches et les crues. À cela se sont ajoutées d’énormes pertes en diversité des espèces. Autant de raisons qui expliquent qu’il a fallu repenser la gestion des ressources naturelles eaux et forêts pour qu’elle soit durable et responsable.
Le 19e siècle est synonyme d'une très forte utilisation des forêts à maints égards. Elles livraient du bois de chauffage et du bois de construction tout en servant de pâturage pour les chèvres. Avec la croissance démographique, le bois des vallées alpines a été amené par flottage jusque dans les villes. Des voix se sont élevées pour critiquer le déboisement incontrôlé. Elles n'ont toutefois été entendues qu'après la crue de 1868 qui fut un choc pour la population. Il devenait évident que les déboisements à grande échelle déstabilisaient les versants de montagne, aggravaient l'érosion et multipliaient les coulées de boue.
La loi sur la police des forêts marque un tournant
C'est ainsi qu'en 1876 a été adoptée la première loi sur les forêts. Il s'agissait de préserver l'aire forestière et de reboiser là où c'était nécessaire. Cette loi sur la police des forêts interdisait de couper plus de bois qu'il ne pouvait en repousser. Elle n'était toutefois applicable qu'en haute montagne. Elle a été révisée en 1902 pour étendre son domaine d'application à toute la Suisse. Dans le même temps, les aides financières de la Confédération ont été augmentées.
Ce fut le tournant dans l'histoire de la forêt suisse. Succès facilité clairement parce que le 19e siècle, ère de l'industrialisation, utilisait surtout le charbon comme combustible, ce qui permit de réduire la pression sur les forêts.
Pollution de l’air et paysages dénaturés
Les effets de l'industrialisation à long terme n'ont pas été que positifs. L'utilisation croissante de pétrole à partir des années 1950 a détérioré la qualité de l'air. Dans les années 1980, le dépérissement des forêts a été le sujet de bien des discussions et suscité une grande indignation au sein de la population. Les centrales hydrauliques ont été construites ou agrandies, empiétant sur la nature et le paysage qui ont alors perdu de leur valeur de détente, alors que la population la sollicitait de plus en plus.
Changer d’approche en matière de gestion des eaux
Cette prise de conscience environnementale remettait en question les mesures de protection contre les crues. En 1982, la Confédération a ainsi publié une première directive qui ouvrait une perspective plus globale de l'aménagement des eaux. Et en 1987, la crue de la Reuss a déclenché un changement dans les mentalités, car elle avait mis en évidence que les mesures techniques étaient loin d'offrir une protection suffisante. La loi fédérale de 1991 sur l'aménagement des cours d'eau a été adoptée pour renforcer les rôles de l'entretien des cours d'eau et de l'aménagement du territoire. En 1999, l'ordonnance sur l'aménagement des cours d'eau optait pour préserver l'espace nécessaire à la protection contre les crues et aux fonctions écologiques. C'était le changement de paradigme qui faisait passer de la lutte contre les dangers à une culture du risque qui tienne compte à la fois d'une gestion intégrale des risques et du développement durable.
Fonctions multiples de la forêt
C'est aussi en 1991 que la loi fédérale sur les forêts est entrée en vigueur. Ce nouveau texte tenait mieux compte des multiples sollicitations dont la forêt est l'objet. La forêt doit en effet remplir plusieurs fonctions : protéger contre les dangers naturels (fonction protectrice), fournir la matière première bois (fonction économique) et servir d'espace de loisirs et de détente (fonction sociale). La forêt est aujourd'hui préservée d'une gestion non durable par une loi stricte et moderne appliquée systématiquement par les services forestiers.
Revitalisation obligatoire
L'initiative populaire « Eaux vivantes », déposée en 2006, exigeait que tous les tronçons de cours d'eau en mauvais état soient revitalisés. Un compromis politique a été trouvé en 2011 avec la révision de la loi sur la protection des eaux : au cours des 80 prochaines années, 4000 km de cours d'eau (soit environ ¼ de tous les cours d'eau dégradés) doivent être revitalisés et les impacts négatifs des centrales hydrauliques réduits d'ici à 2030. Ces mesures doivent rétablir les fonctions naturelles de ces tronçons de cours d'eau. De plus, d'ici à 2018, un espace suffisant doit être réservé le long de la plupart des cours d'eau, l'objectif étant de préserver durablement l'espace nécessaire aux espèces d'animaux et de plantes devenues rares, de ménager des espaces de détente attractifs et d'assurer la sécurité en cas de crues.
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Dernière modification 16.03.2016