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Petits énervement sur la laïcité
Les Verts genevois ont annoncé qu'ils allaient faire recours devant la Chambre constitutionnelle de la Cour de Justice contre l'interdiction faite par la nouvelle loi cantonale genevoise sur la laïcité aux membres et élus du Grand Conseil et des Conseils municipaux (les communes n'ayant pas été consultées, rappelle Carole-Anne Kast...) d'arborer des signes religieux "ostentatoires". Ils ont également fait savoir qu'ils étaient "a priori favorables aux objectifs d'un référendum" contre la loi -laquelle n'est d'ailleurs pas encore entrée en vigueur (elle ne le sera qu'au terme du délai référendaire si aucun référendum n'a été lancé ou n'a abouti, ou après un vote populaire qui lui serait favorable si référendum valide il y a eu), et ne peut donc être invoquée contre quelque élu ou quelque élue que ce soit. D'autant qu'elle a été votée par le précédent parlement, à écrasante majorité de droite et d'extrême-droite, et qu'il n'est pas du tout exclu que le nouveau parlement, où l'Alternative forme le "bloc" le plus important, finisse par la réviser, ne serait-ce que pour s'éviter le ridicule d'avoir à sévir contre tel ou telle de ses membres pour un bout de tissu, un crucifix en collier, une kippa ou une passoire athée. En attendant, la seule question qu'on se pose est de savoir si des dispositions aussi idiotes que celles qui ont été votées par le défunt parlement cantonal genevois méritent plutôt l'honneur d'un référendum ou l'indignité de n'en tenir aucun compte.
On ne combat bien que ce qui se montre comme devant être combattu.
Pour les Verts genevois, la disposition de la loi cantonale sur la laïcité qui interdit aux membres du Grand Conseil et des Conseils municipaux d'arborer des signes de leurs convictions religieuses viole les libertés individuelles et le principe de non-discrimination : argumentation contestable, dès lors que toute prescription vestimentaire viole la liberté individuelle de s'habiller, se déshabiller ou se parer comme on veut, et que de ce point de vue interdire les signes religieux dans un parlement n'est pas plus liberticide qu'y interdire la nudité. Quant au principe de non-discrimination, il ne peut guère être invoqué, dès lors que la loi interdit tous les signes religieux de toutes les religions (ou irréligions, y compris donc les signes d'athéisme). Le défaut de la loi n'est donc pas là où le voient, sur ces deux points, les Verts : il est dans la confusion (que les Verts dénoncent également) entre les fonctions magistrales, celles des membres d'exécutifs, qui effectivement représentent l'Etat (ou la Commune) et les fonctions parlementaires (celles des élus au Grand Conseil ou au Conseil municipal), qui ne représentent pas l'Etat mais le peuple (dans un parlement élu au système majoritaire), ou leur propre électorat (dans un parlement élu, comme à Genève, au système proportionnel).
Ce sont les services publics et les institutions publiques (et donc les parlements) qui doivent être religieusement neutres, pas les personnes qui y oeuvrent ou y sont élues. Un élu ou une élue dans un parlement (et un Conseil municipal est un parlement, s'il n'est pas un législatif) peut d'autant moins être tenu à être politiquement, culturellement, philosophiquement neutre qu'il ou elle est précisément élu-e parce qu'il ou elle ne l'est pas, et qu'il n'incarne pas l'"Etat" mais ce pour quoi il ou elle est élu : son programme, son insertion sociale, ses convictions personnelles (entre autres critères). Exiger de lui ou d'elle qu'il en fasse visiblement abstraction une fois élu-e relève à la fois de la confusion et de l'hypocrisie. Il vaut infiniment mieux voir les parlementaires arborer leurs convictions que les contraindre à les dissimuler -et cela vaut d'autant plus quand ces convictions nous sont adversaires. On se souvient de Lucien Tronchet disant que les curés, il les préférait en soutane plutôt qu'en costard, car on ne combat bien que ce qui se montre comme devant être combattu.