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Dans À tire d'elles
Je vous invite à une plongée dans la Genève du XlXe siècle, ses enfants pauvres abandonnés à l'assistance publique - l'Hôpital - dès leur naissance, ses théories éducatives sur le comment redresser un destin qui a démarré tordu, ses groupes philanthropiques d'aide à la jeunesse défavorisée avec M. le banquier Lombard et Mme la femme du pasteur. Un vrai trésor, ce Roman de Solon, fruit des recherches et des efforts passionnés de plusieurs personnes et générations pour redonner vie à l'existence tourmentée de Marc Solon, né en 1840, observé de 1852 à 1854 par le directeur de la Garance, "institut pédagogique" où se rééduquent les jeunes difficiles, dirait-on aujourd'hui, et interviewé en 1896 par l'ouvrier-journaliste communiste Henri Lejeune pour Le drapeau rouge.
Presque cent ans plus tard, une fille débarrasse l'appartement de son père, Charles Lejeune, fils d'Henri, sans pouvoir se résoudre à jeter une boîte contenant de vieux papiers Elle appelle l'association Les Archives de la vie privée, qui accepte de recevoir ce qui va devenir le Fonds Lejeune. L'historienne Martine Ruchat s'y intéresse et déchiffre peu à peu le contenu de multiples feuillets racontant et reconstruisant la vie de celui qui fut d'abord un nouveau-né remis à l'État par une mère domestique de 26 ans, de père inconnu, peut-être un Savoyard de passage.
Martine Ruchat est une spécialiste de l'éducation publique à Genève aux XIXe et XXe siècle. Dans Le "Roman de Solon", avec une écriture précise, sans concession mais non sans sentiment, elle présente les travaux de l'archiviste amateur et enquêteur patient Charles Lejeune sur la vie de Marc Solon à partir des entretiens de son père avec lui et elle se pose des questions essentielles: Marc Solon est-il un voleur ou un enfant désirant s'envoler ailleurs? Est-il un insoumis ou un résistant, un récidiviste ou un être persévérant dans son rêve d'un