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De la poésie orientale dans les mots de la poésie française
Tout au long du XXe siècle, la littérature française a bénéficié d’orientalistes qui ont contribué à faire connaître la littérature chinoise et japonaise, pour ne s’en tenir qu’à celles-là, transformant, dans une certaine mesure, la langue poétique elle-même. Grâce, entre autres, à Paul Demiéville, Jacques Roubaud et François Cheng, la littérature et la poésie en langue française contiennent des éléments redevables à la poésie et à la pensée chinoise et japonaise.
La traduction de l’écriture poétique chinoise, écrite et publiée en français par François Cheng est d’une grande importance. En traduisant des auteurs français au chinois, le poète a également largement contribué à introduire la littérature française en chine.
François Cheng : de Victor Hugo à René Char
François Cheng est né en Chine, à Nanchang, le 30 août 1929. Issue d’une famille lettrée, il entreprend des études universitaires à Nankin. Il arrive à Paris avec ses parents en 1948 lorsque son père obtient un poste à l’Unesco. Passionné de culture française, quand sa famille émigre aux États-Unis en 1949 en raison de la guerre civile chinoise, il s’installe définitivement en France pour se consacrer à l’étude de la langue et de la littérature françaises. Il vit dans le dénuement et la solitude avant de faire, dans les années 1960, des études universitaires à la Sorbonne tout en préparant un diplôme de l’École pratique des hautes études. Dans les années 60, il enseigne au Centre de linguistique chinoise, le futur Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale. Il réalise également des traductions de poèmes chinois en français.
Toujours dans la décennie des années 1960, il publie sa poésie, en chinois, à Taïwan. Il traduit également des poètes français, de Victor Hugo à René Char en passant par Apollinaire et Henri Michaux. Ce n’est qu’en 1977 qu’il commence à écrire en français, sur la pensée, la peinture, l’esthétique chinoises et aussi des ouvrages poétiques. Jugeant avoir acquis assez d’expérience, il s’aventure dans l’écriture de romans.
François Cheng n’est pas seulement écrivain. Plasticien, il est l’auteur de nombreuses calligraphies. Il évoque cet art dans de nombreux ouvrages tel que Vide et plein : le langage pictural chinois ou encore Et le souffle devient signe. Son œuvre d’essayiste, de traducteur, de calligraphe, de romancier et de poète est désormais traduite dans de nombreux pays.
Enfant, Luisa Ballesteros Rosas, vit en contact avec la nature dans une liberté totale. Pour sa fratrie et elle, tout est jeu. Dans les années soixante, elle ne se doute guère qu’un hasard la conduira à passer sa vie dans la capitale française. De nationalité franco-colombienne, elle réside à Paris depuis les années 1980. Elle écrit en espagnol et en français.
Luisa Ballesteros Rosas: de la Colombie à Paris
Essayiste, poétesse, romancière, Luisa Ballesteros Rosas, naît en 1957 à Boavita, en Colombie, petit village fondé en l’an 1600 qui s’est développé d’une manière urbaine et ou l’éducation est très importante. Orpheline de mère à 5 ans, elle ne s’en aperçoit pas immédiatement, puisqu’à 5 ans, selon Luisa Ballesteros Rosas, l’on ne se rend pas compte de la gravité de la mort. Elle continue donc à jouer et à mener une vie heureuse avec sa fratrie. Mais peu à peu des événements commencent à la perturber, comme le jour de la fête des mères, par exemple, où, dans son village, il est coutume d’épingler à chaque enfant, une fleur rouge, destinée à la maman. Or, aux orphelins de mère, on en met une blanche. C’est à ce moment qu’elle commence à se rendre compte de sa différence.
Son grand-père, descend des fondateurs de Boavita et considère que la culture et l’éducation sont primordiales. Dans sa jeunesse, après avoir arrêté le séminaire alors qu’il se destinait au sacerdoce, il retourne chez lui et commence à développer la vie culturelle du village. Il crée des écoles, monte des chorales et des troupes de théâtre. Les années passent sans que cela lui laisse le temps pour fonder la bibliothèque. Les ouvrages dorment dans des caisses, rongés par les souris. Luisa, les découvre. Passionnée de lecture, elle se met à lire tout ce qu’elle trouve ce qui lui permet de voyager mentalement et d’imaginer d’autres horizons.
Jeune femme, elle part en Angleterre pour se perfectionner en anglais, la langue qu’elle a étudié en Colombie. Mais, en arrivant à l’aéroport sur les terres de sa Majesté, cela ne se passe pas prévu. Engagée comme fille au pair, à la douane on lui apprend que cette possibilité n’existe pas pour les non-européens. Qu’elle doit faire demi-tour. La famille qui doit l’accueillir l’envoie à Madrid en imaginant qu’il sera plus facile d’arranger ce problème depuis l’Espagne. Elle y reste 6 mois mais l’Angleterre continue de lui refuser le visa. Elle décide de visiter Paris avant de retourner en Amérique du sud. Dans le train elle rencontre une espagnole qui lui suggère de faire les démarches en France et d’apprendre le français plutôt que l’anglais. Jamais, Luisa Ballesteros Rosas, n’avait imaginé vivre à Paris. Pour elle c’était une ville cinématographique, quelque chose d’un peu surréaliste. En arrivant, elle compte n’y rester qu’une seule année. Elle cherche du travail et s’inscrit à un cours. Elle obtient le certificat supérieur de français, puis réalise son doctorat. Sujet : la place de la femme écrivain dans la société sud-américaine – La Femme écrivain dans la société latino-américaine –essai-, préface de Jean-Paul Duviols, Paris, Éditions L’Harmattan, 1994
– après avoir découvert que la plupart d’entre elles étaient silenciées. Elle met d’autant plus de cœur à l’ouvrage, que le 19ème siècle regorge de grandes écrivaines qui ne figuraient dans aucun programme d’études.
Elle obtient également l’Habilitation à Diriger des Recherches de l’université Paris-Sorbonne. Après avoir enseigné la littérature et la civilisation d’Amérique latine à l’université de Paris-Sorbonne de1995 à 1997, elle est actuellement maître de conférences HDR en Littérature et civilisation d’Amérique latine à l’université de Cergy-Pontoise, où elle est également directrice du département d’études ibériques et latino-américaines. Luisa Ballesteros Rosas consacre ses recherches aux écrivaines de tout le continent latino-américain.
En 2018, elle obtient le Prix International de Littérature “Virginia Woolf” pour son essai Historia de Iberoamérica en las obras de sus escritoras, et l’ensemble de son œuvre.
« Miradie a la curieuse sensation que sa peau s’affine durant la nuit, qu’elle en égare des minuscules particules, des tout petits bouts, mais pourquoi ne trouve-t-elle jamais, en s’agenouillant au pied de son lit et en scrutant ses draps, de preuves concrètes de ce dénuement ? » Miradie a perdu ses parents très jeune. Sa tante l’a recueillie. Cette dernière lui fait payer cet accueil par des reproches assez communs dans les milieux familiaux. Quant à son collègue de travail, il ne cesse de profiter de sa gentillesse. Miradie s’évade grâce à Patrice, son ami d’enfance. C’est dans ce contexte qu’apparaît Benoît. Un roman sensible qui ne manque pas de cruauté. Aux éditions Luce Wilquin.
Une phrase du livre :
« Un goût d’humus, de sueur et de poussière persistait sur sa langue ».
Miradie: interview d’Anne-Frédérique Rochat
Le prénom Miradie, fort rare, me fait penser à «regarder le jour». D’autant qu’elle est persuadée que la nuit, durant son sommeil, sa peau s’affine. Le manque d’amour, de lumière, pousse-t-il le corps à se déliter ? Une raison particulière vous a-t-elle incité à choisir ce prénom pour votre protagoniste?
Dans ce septième roman, j’ai eu envie de faire le portrait d’une femme un peu en décalage, une femme poreuse qui peine à mettre la bonne distance entre elle et le monde extérieur, et je souhaitais que son prénom raconte quelque chose d’elle, de cette sensibilité. J’étais prête à inventer un prénom, je cherchais, j’assemblais des syllabes, et Miradie m’est venu, c’est après que j’ai vu sur Internet que ce prénom existait. Pour moi, il fait écho au verbe « irradier », mais chacun peut y entendre ce qu’il veut. J’aime beaucoup « regarder le jour » ; plusieurs personnes m’ont dit que ça leur évoquait le mot « maladie », ce qui va aussi très bien pour mon personnage qui a l’impression de s’effriter. Cette curieuse sensation me permet de parler de son manque de protection face aux agressions de façon poétique, mais on peut également y voir une sorte de dessèchement dû au manque d’amour, de lumière, oui. Elle perd ses pétales comme une fleur en manque d’eau.
La nuit, est-ce un moment idoine pour crier?
Oui, pour Miradie en tout cas. Quand elle n’en peut plus, qu’elle s’est fait humilier, engueuler toute la journée par des clients mécontents, qu’elle déborde, fulmine, alors il lui arrive, dans l’obscurité du parc, si personne ne s’y balade (elle ne veut surtout pas déranger), de crier. L’avantage de la nuit est qu’on ne la voit pas, on ne peut pas la reconnaître. Elle se révolte incognito, lâche la vapeur, afin de pouvoir, dès le lendemain, se retrouver derrière le bureau de réception de l’hôtel du Canier avec son plus charmant sourire pour faire face aux nombreuses réclamations.
Miradie et Patrice sont amis depuis le jardin d’enfant. Ils sont très possessifs l’un envers l’autre. L’amitié homme-femme est-elle illusoire, ou prêtez-vous à l’amitié –en général- les mêmes mécanismes que l’on prête à l’amour « conjugal »: un terrible instinct de possession ?
Je ne crois pas que l’amitié homme-femme soit illusoire, tout est possible, mais il me semble plus facile que cette amitié naisse après avoir vécu une histoire, ainsi le désir a été assouvi, mais cela dépend de chaque personne, de chaque lien, on ne peut pas faire de généralités. Ah, l’instinct de possession, le sentiment d’appartenance, comment s’en débarrasser ? Dans plusieurs de mes textes, j’ai travaillé sur cet instinct qui est assez effrayant mais tellement humain. Comment aimer l’autre sans vouloir le posséder, sans projeter sur lui ses attentes ? Vaste question, et gros travail, mais c’est une quête qui me plaît. Dans le roman, la jalousie qu’éprouvent Patrice et Miradie envers les « nouveaux arrivants » raconte l’ambiguïté de leur rapport, de leurs sentiments. Ils ne sont pas ensemble, mais se comportent comme tel. Je crois que Patrice est amoureux de Miradie, et serait prêt à vivre une histoire avec elle, et je crois que Miradie éprouve aussi du désir pour Patrice, en plus de la tendresse et de l’amitié, mais elle le refuse, le nie totalement, peut-être par peur de détruire leur lien qui est si important pour elle : il est son être cher, son confident, son proche, elle n’en a pas vraiment d’autre.
Benoît, l’amant de Miradie, a une attitude totalement détachée. Les maltraitances subies durant son enfance expliquent-elles sa désinvolture ou est-ce simplement une recherche de plaisir immédiat et sans lendemain ?
Benoît est assez lourd par moments, je ne l’épargne pas et prends même plaisir à grossir un peu ses traits, donc j’avais envie qu’on entrevoie – durant un court instant – une blessure, un traumatisme, qu’il ne soit pas complètement détestable. Tout n’est pas toujours explicable, justifiable dans un caractère, que ce soit dans la vie ou dans les romans, et c’est très bien ainsi, mais je pense quand même que le rapport que l’on a à l’amour, la peur ou le désir d’attachement, prend ses racines dans l’enfance, dans le lien qu’on a créé, ou pas, avec les personnes qui nous ont élevées.
La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?
Voilà une question difficile, j’y ai réfléchi et je ne sais pas quoi répondre. Il y a de nombreux personnages littéraires qui m’ont bouleversée, marquée, mais ils ont toujours un destin tragique, je n’ai pas du tout envie de m’y identifier !, ou alors juste le temps du roman et d’une catharsis…
Biographie d’Anne-Frédérique Rochat
Anne-Frédérique Rochat est née le 29 mars 1977 à Vevey, elle a grandi à Clarens sur Montreux. En juin 2000, elle obtient un diplôme de comédienne au Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne, depuis elle joue régulièrement en Suisse romande. Elle a commencé par écrire des pièces de théâtre, puis a eu envie de s’essayer à un autre genre qu’elle aime et admire particulièrement, le roman. Aujourd’hui, elle continue de jouer et d’écrire. Elle vit à Lausanne.
Se sentant offensé lorsque son oncle lui enlève sa partenaire de danse, Alexandre Pouchkine lance son premier défi en duel alors qu’il n’a que 17 ans.
Durant sa vie, le poète aurait défié ses adversaires à plus de vingt reprises et il aurait été défié sept fois. Quatre affrontements ont lieu. Les autres sont évités grâce à l’intervention de ses amis.
Toutefois, le 10 février 1837, il meurt à St-Petersbourg des suites d’un duel avec Georges d’Anthès, un officier français servant dans la Garde russe. Ce dernier combat aurait été fomenté par ses détracteurs, qui souillent la réputation de son épouse – comme on dit à l’époque –, afin de le provoquer.
Alexandre Pouchkine est considéré comme le père de la littérature russe moderne. Ses œuvres, écrites en russe, ont influencé d’importants écrivains : Tolstoï, Gogol ou Dostoïevski, ainsi que des compositeurs tels que Tchaïkovski ou Moussorgski.
Pouchkine : un lycéen romantique
Alexandre Sergueïevitch Pouchkine naît Moscou, en 1799. Selon la coutume dans l’aristocratie russe au début du XIXe siècle, ses frères et lui reçoivent une éducation basée sur la langue et la littérature françaises. A l’âge de douze ans, il est admis au Lycée Impérial nouvellement créé – rebaptisé plus tard Lycée Pouchkine – où il découvre sa vocation poétique. Parfaitement bilingue ses amis le surnomment « Le Français ».
Encouragé par ses professeurs, il publie ses premiers poèmes dans la revue Le Messager de l’Europe. Leur ton romantique relève l’influence des poètes russes contemporains et celle de la poésie française des XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier celle du vicomte de Parny. C’est également au lycée qu’il commence à écrire sa première œuvre majeure, le poème romantique Rouslan et Ludmila, qui sera publié en 1820.
Peu avant, en 1817, Pouchkine accepte un emploi à Saint-Pétersbourg, où il entre en contact avec un cercle littéraire restreint qui devient progressivement un groupe politique clandestin. Il fait également partie de La Lampe Verte, un autre mouvement d’opposition au régime tsariste qui sera finalement le germe du parti révolutionnaire qui mène à la rébellion de 1825.
Pouchkine : une vie d’exilé
Bien que sa poésie de jeunesse ait été plus sentimentale qu’idéologique, certains des poèmes écrits à l’époque attirent l’attention des services secrets tsaristes, qui ne les lisent qu’en termes politiques. Accusé d’activités subversives, il est contraint à l’exil. D’abord confiné en Ukraine, puis en Crimée, où il compose plusieurs de ses principaux poèmes.
En 1824, les autorités russes interceptent une lettre adressée à un ami dans laquelle il se déclare athée, ce qui lui vaut un nouvel éloignement, cette fois à Pskov, où sa famille a des biens. Il consacre les deux années qu’il y passe, à étudier l’histoire et à recueillir des récits traditionnels. Cela se reflète dans son travail qui se distancie du romantisme pour s’approcher progressivement du réalisme.
Pouchkine : le tsar pour censeur
En 1826, il fait une demande de visite à Nicolas Ier de Russie, qui est obligé de le recevoir, en partie parce que des preuves fiables démontrent que Pouchkine n’a pas pu participer aux révoltes anti tsaristes de 1825 – à ces dates il se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres de Moscou – mais aussi parce qu’il craint qu’un refus n’amène le poète à utiliser sa popularité pour entreprendre une campagne anti-gouvernementale. Après l’entretien, le tsar accepte de lui accorder la grâce, à condition que lui-même, Nicolas Ier, devienne désormais son censeur privé.
En 1831, Pouchkine épouse Natalia Gontcharova avec qui il aura plusieurs enfants. En 1833, il est nommé membre de l’Académie russe. Malgré son prestige croissant, il est hanté par les dettes toute sa vie, jusqu’à ce qu’il fonde la revue Le Contemporain, qui deviendra la publication la plus influente de la littérature russe. Il écrit ses dernières œuvres principalement en prose. Pouchkine est également connu pour avoir écrit de la poésie érotique.
Marguerite Burnat-Provins: l’exaltation de l’amour et de la volupté
En 1906 paraît, chez Säuberlin & Pfeiffer à Vevey, une publication intitulée Le Livre pour toi. S’ensuit un énorme scandale, non seulement sur la Riviera mais également en Valais. L’esclandre est rapidement étouffé, mais le livre est réédité à Paris en 1907 ce qui contribuera à donner de la visibilité à son auteure. Écrit par l’artiste peintre et dessinatrice Marguerite Burnat-Provins, une femme mariée à un notable veveysan, il s’adresse à l’amant de celle-ci, Paul Kalbermatten, un jeune ingénieur dont la famille réside à Sion. Ce livre, vibrant de passion et d’un désir sexuel que la bienséance et «l’honneur» interdit aux femmes de cette époque – de nos jours il ne sera pas moins malvenu et inconvenant qu’une personne mariée affiche publiquement son inclination pour une amante ou un amant – est une magnifique déclaration d’amour empreinte de lumière, que la jalousie et le manque de l’être aimé enténèbrent parfois.
Marguerite Burnat-Provins: de Paris à la Suisse
Marguerite Burnat-Provins naît à Arras en 1872, dans le Pas-de-Calais, en France, dans une famille riche et cultivée qui deviendra nombreuse. Soutenue par son père, elle s’adonne à l’écriture et la peinture. En 1891, elle monte à Paris suivre une formation artistique au sein d’institutions privées – l’École des beaux-arts étant encore fermée aux femmes. À vingt-quatre ans, elle se marie avec Adolphe Burnat, un architecte suisse. Le couple emménage à Vevey, d’où l’époux est originaire. De santé fragile, dès 1898, conseillée par l’artiste Ernest Biéler, l’un de ses amis, Marguerite fait de nombreux séjours à Savièse. Le soleil et le climat du Valais conviennent à sa santé. La créativité de Marguerite Burnat-Provins s’en trouve accrue. Elle réalise peintures, broderies, affiches et poursuit plusieurs projets littéraires.
Marguerite Burnat-Provins: amoureuse et libre à la folie
En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur de la région avec qui elle entretient une liaison extraconjugale passionnée dans la maison mise à disposition par Ernest Biéler. Leur liaison offusque et fait un tel tapage, que l’artiste se voit obligée de renoncer aux séjours valaisans qu’elle aime tant. Elle divorce d’Adolphe Burnat en 1908 et se remarie avec Paul. Le couple voyage puis vit à Bayonne. Lors de la Première Guerre mondiale Paul est mobilisé en Suisse. Marguerite reste en seule France. Un choc dont elle ne se remettra pas. Rongée par la maladie, saisie par des crises d’angoisses morbides, elle exécute une série d’œuvres picturales hallucinées qu’elle prétend réaliser sous dictée. Cette période est également perturbée par les problèmes qu’elle rencontre avec ses éditeurs et l’indifférence de sa famille envers sa carrière. Toutefois, elle fait de nombreux voyages qui l’amènent à rencontrer des gens de lettres en Bretagne, dans le Midi, en Algérie, au Maroc et en Amérique du Sud.
En 1925, Marguerite apprend que Paul est épris de Jeanne Cartault d’Olive. La mort de sa sœur Marthe, puis de sa mère, le dépouillement de Paul par les Allemands et des problèmes de santé toujours plus présents la perturbent beaucoup. Ébranlée par les monstrueuses retombées de la guerre, elle trouve un peu de consolation dans la religion. En parallèle à la publication de ses livres, Marguerite Burnat-Provins poursuit sa création picturale jusqu’à son décès en 1952, quinze ans avant Paul qui, entre temps s’est remarié avec Jeanne.
Une vidéo réalisée par L’UNIL et L’ECAL. Poèmes et œuvres picturales de Marguerite Burnat-Provins.
Le 29 août 1960, le vol 343 Air France, pris dans une tempête, sombre en face des Almadies au large de Dakar, avec 55 passagers à bord et 8 membres d’équipage. Parmi eux se trouvent David Diop, un poète sénégalais de 33 ans, et ses manuscrits. Aucun passager ni membre de l’équipage ne survit et la commission d’enquête ne parvient pas à déterminer les causes du drame. Les écrits engagés de David Diop, militant des Indépendances Africaines et dénonciateur de la colonisation, qui ont secoué le monde politique et littéraire, alimentent l’idée que l’avion a été abattu afin de se débarrasser du poète. Rien n’a jamais pu être prouvé même s’il est certain qu’il dérangeait beaucoup de monde.
David Diop: neveu de Léopold Sédar Senghor
David Mandessi Léon Diop, naît à Bordeaux le 9 juillet 1927 d’une mère camerounaise et d’un père sénégalais qui décède quand il a huit ans. Sa mère reste seule avec six enfants dont le jeune David qui a la santé fragile. De longs séjours à l’hôpital lui permettent de découvrir la littérature, en particulier la poésie. Il connaît la guerre puis l’occupation allemande. Il commence des études de médecine puis se réoriente vers les lettres modernes. Élève de son oncle Léopold Sédar Senghor, son ainé non seulement l’inspire mais le rend également fier de ses origines africaines. Licence en poche, il décide d’enseigner au Sénégal, le pays de ce père qu’il a peu connu. Il se marie à une Sénégalaise et observe les déplorables conditions de vie des Africains.
Il se détache alors de l’influence de son oncle et se lance, au travers de ses écrits, dans la lutte anticoloniale. En effet, Léopold Sédar Senghor vénère la langue française, au point de la considérer comme la langue des dieux, or David Diop estime que cette langue n’est qu’un moyen d’expression provisoire, imposé provisoirement par la colonisation. Il existe une différence fondamentale entre la poésie de David Diop et celle de Senghor. David Diop est le poète de la radicalité qui a opté pour une démarche contestataire que certains qualifient de «révolutionnaire». Ses premiers poèmes sont publiés aux éditions Présence Africaine en 1956, dans un recueil intitulé Les coups de pilon.
En 1958, David Diop répond à l’appel lancé par Sékou Touré aux intellectuels et part enseigner en Guinée. Le poète se radicalise en intégrant le Parti Africain de l’Indépendance. Il croit en son combat et voit peu à peu la naissance des États africains. En 1960, les Africains sont sur la voie de la décolonisation. Il accompagne leurs efforts en préparant de nouvelles œuvres. Le 29 août 1960, l’avion de David Diop, pris dans une tornade, tombe en mer le long des côtes du Sénégal. Le corps du poète est repêché et inhumé au cimetière catholique de Bel-Air à Dakar. Ses manuscrits n’ont jamais été retrouvés.
Autre poème de David Diop : AFRIQUE MON AFRIQUE récité par Chantal Epée.
Ce que révèle la nuit de Sylvie Blondel : introduction
Dans son roman Ce que révèle la nuit, paru chez PEARLBOOKSEDITION à Zurich, Sylvie Blondel imagine la vie et les derniers jours de l’astronome Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux, réputé scientifique du XVIIIe siècle. Né en 1718 dans une noble famille vaudoise, considéré par ses pairs européens comme l’un des plus grands scientifiques de son temps, il mourut à Paris en 1751.
À l’histoire de ce savant, Sylvie Blondel intercale un moment de la vie d’Hector, un homme de notre époque, qui souhaite écrire un livre sur cet astronome de nos jours oublié. Rapidement, il se voit confronté au manque d’information et aux interrogations que soulèvent ces lacunes, tout comme il tourne et retourne, dans son esprit, les questions qu’il se pose sur les mystérieux motifs qui ont incité sa femme à quitter le domicile conjugal sans plus donner de nouvelles.
Ce que révèle la nuit : interview de Sylvie Blondel
Une phrase du livre :
« … je me sens comme un poisson rouge dans le bocal de l’Univers avec la Lune et le silence ».
***
Merveilleuse question, car elle reflète mon état d’esprit au moment de l’écriture de ce roman, et je la place dans la bouche d’Hector : il exprime, en partie, mon désarroi.
Cette question existentielle parcourt le livre, en ces temps troublés par le changement climatique qui menace l’humanité. Je confronte l’étroitesse de vue de bon nombre de contemporains, dont nous faisons partie, et l’immensité de l’Univers. L’infiniment petit et l’infiniment grand. Entre ces extrêmes, l’individu se sent impuissant, humble, minuscule, avec ses soucis dérisoires. Il tourne en rond comme un poisson dans un bocal sans espoir d’une issue vers la liberté. À ce propos, je viens de rêver que j’étais un poisson dans l’océan et que je nageais et communiquais avec mes congénères ! Je dois dire que ce rêve m’a redonné la pêche (si l’on peut dire !) Je pense aussi souvent à l’axolotl de Julio Cortazar, à cette perméabilité entre le dedans et le dehors. Ainsi je considère ce poisson rouge comme un avatar du moi : il se croit enfermé alors que son espace vital est immense, l’Univers entier l’entoure de sa beauté absolue : la Lune. La dimension onirique est essentielle, ainsi que la dimension spirituelle. D’où l’importance de faire silence en soi et d’écouter. C’est ce que font Hector et Loÿs par moments : ressentir cet enveloppement, cette mère universelle chère aux peuples premiers (les kogis de Colombie), cet amour de l’Univers est ce qui nous porte, c’est le mystère de la création. Malheureusement bon nombre de gens ont perdu ce contact et saccagent leur environnement, se saccagent eux-mêmes. Au contact de la nature, je peux parfois éprouver ce sentiment d’unité.
Pourquoi votre choix s’est-il porté sur l’astronome Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux ? En particulier sur les derniers moments de sa vie ?
J’ai envisagé le point de vue le plus large pour arriver au plus petit. J’ai tapé sur Google le mot « Nuit » et je suis tombée sur J-P L de Cheseaux. J’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur lui, et sa brève destinée m’a frappée. On s’identifie toujours un peu aux personnages qu’on crée. J’ai été impressionnée par sa passion des études scientifiques, son rôle de chercheur, son courage et sa modestie. J’ai volontairement laissé de côté d’autres aspects de sa vie (la religion.) Dans mon aventure d’écrivaine, j’aime ce côté voyage dans le temps, cet aspect fantastique propice à l’invention. Et j’aime particulièrement le 18e siècle pour une certaine forme d’optimisme et de liberté, ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le Siècle des Lumières. Il a aussi sa dimension tragique, raison pour laquelle je me suis également attachée à la figure de Davel qui a donné sa vie pour la liberté du canton de Vaud, lui aussi fut un héros méconnu en son temps. J’ai imaginé qu’il aurait pu être admiré par le grand-père de Loÿs. Écrire une biographie historique n’est pas ma tasse de thé, raison pour laquelle j’ai relaté seulement certaines scènes de la vie du personnage. Je me suis inspirée des faits historiques (canevas), mais le contenu est purement imaginaire. Je me suis limitée à ses dix derniers jours, car c’est un concentré de la vie humaine : l’espoir et la souffrance, les amours et les regrets, la question de la vie après la mort (qui reste ouverte). Le récit est fait de va-et-vient entre présent et passé (on dit que notre vie défile à toute allure avant de mourir). En me concentrant sur quelques heures dans la vie d’un homme, mon sujet pouvait être appréhendé sans me perdre. Chaque chapitre forme une unité, comme un découpage cinématographique (scénario pour un téléfilm !) D’emblée, j’ai été révoltée par la manière dont la France de l’époque a traité ce grand savant en le jetant dans une fosse commune, car tel était le sort des protestants, des comédiens ( Molière) et des parias. Loÿs de Cheseaux était pourtant membre de l’Académie royale des Sciences à Paris ! N’oublions pas le massacre des protestants après la révocation de l’Édit de Nantes ; on parle beaucoup du génocide arménien, du génocide des Juifs, etc… il y eut en France le génocide des protestants. S’il n’avait pas eu lieu, la France actuelle serait peut-être plus ouverte, mieux gérée, tant la vision de l’État de la part des protestants est à l’opposé du pouvoir royaliste et centralisé d’aujourd’hui.
Ce que je veux dire c’est que Loÿs de Cheseaux est resté assez méconnu alors que ses travaux scientifiques ont joué un rôle éminent : découvreur de comète avec une simple lunette astronomique ! Bon nombre d’artistes suisses restent aujourd’hui méconnus également tant notre territoire est restreint. Les pouvoirs publics ne s’intéressent pas beaucoup à la plus value que représente la littérature.
Dans votre ouvrage, Hector vit au XXIe siècle et souhaite écrire un livre sur l’astronome vaudois. Les documents existants sur ce personnage historique sont-ils aussi lacunaires que dans votre roman? Si oui, cela vous a-t-il laissé beaucoup d’espace de liberté ou au contraire était-ce une contrainte?
Oui, hélas, c’est véridique : tous ses instruments et documents ont été détruits. À une époque pas si lointaine, on n’avait aucune conscience de la nécessité de conserver le patrimoine. De plus, lorsqu’on a passé au système métrique, toutes les anciennes mesures sont devenues caduques. Comme dit dans le livre, ma principale source est le professeur d’astrophysique Georges Meylan qui fait de nombreuses conférences sur J-P L de Cheseaux et dispose de copies des documents qui restent de ce savant : on a donc à la BCU le « traité de la comète » (illisible pour un non scientifique) et quelques autres œuvres assez ardues et très techniques destinées à un public restreint d’hommes de science. Ses dessins sont magnifiques. Il y a aussi un historien, que je cite dans les références de mon roman, qui a résumé cela mais de manière plate et non fictionnelle. Cela n’était donc pas une contrainte, mais une liberté, car il n’existe aucune anecdote sur la vie personnelle de Loÿs. Je lui ai inventé un amour impossible pour lui donner un peu d’humanité, mais comme il s’est épuisé à la tâche, il a été souvent malade et déprimé (en burn-out, dirait-on aujourd’hui.) J’ai fait une assez large place à la médecine de l’époque. N’oublions pas que l’espérance de vie était d’à peu près 40 ans. Les voyages étaient épuisants et très longs. J’ai des centaines de pages de documents, mais ne les ai pas fait apparaître dans le roman pour ne pas alourdir le propos.
Hector considère l’astronome comme un jumeau d’un autre âge. Et vous ? Avez-vous une jumelle – ou un jumeau – dans une autre époque ?
Je trouve cette idée très romanesque. J’aime beaucoup Julio Cortazar. Il articule bon nombre de ses nouvelles des Armes secrètes sur ce mélange des strates temporelles. Si l’on en croit les astrophysiciens et les bouddhistes, le temps n’existe pas, nous sommes dans un éternel présent (enfin si j’ai bien compris.) J’aime à penser, mais ce n’est qu’une croyance, que des esprits peuvent communiquer avec nous par le biais des rêves, des synchronicités. Cf le réalisme magique de Garcia Marquez, Isabel Allende, notamment. Les anciennes civilisations d’Amérique latine font état aussi de cette présence des esprits des morts, c’est une hypothèse artistique pour moi, pas une conviction, mais je pense que les artistes sont habités par plusieurs vies, sont des éponges qui captent diverses ondes émanent de leur environnement. J’ai mis ces hallucinations d’Hector sur le compte de son état dépressif suite à un deuil… Donc je n’en sais rien, mais cela m’inspire pour l’écriture. Il m’a paru intéressant de mêler l’esprit rationnel, scientifique et le paranormal. Beaucoup de phénomènes nous échappent.
Je ne crois pas avoir un jumeau dans une autre époque. J’ai bien souvent cru à l’âme sœur – tomber amoureuse d’un type impossible parce que nous nous étions connus dans une vie antérieure et que le destin nous avait séparés et qu’il fallait revivre cette histoire au présent pour libérer nos âmes du chagrin – beaucoup de voyantes disent cela.
Pensez-vous que deux personnes de deux époques différentes puissent se rencontrer ? Que le temps puisse se plier comme le prétendent certains physiciens ?
Réponse, j’y crois et j’y crois pas. Pour la deuxième partie, cela défie la raison, mais en effet la notion du temps est subjective et les physiciens ont encore bien des choses à nous révéler. Comme dit plus haut, notre connaissance du temps est partielle. Il est théoriquement possible qu’on puisse remonter le temps avec des instruments de plus en plus sophistiqués jusqu’au big bang, mais certains en doutent, car nous n’aurons jamais de télescopes aussi puissants, c’est le résultat d’extrapolations. Je pense comme eux qu’il est plus important de poser des questions que d’apporter des réponses lorsqu’on parle d’astrophysique et de spiritualité.
En ce moment j’ai de gros doutes quand à la survie de l’âme : j’ai vu ma mère dévorée par la maladie d’Alzheimer, perdre peu à peu la mémoire et la capacité de penser. Si le cerveau est détruit, que reste-t-il de l’esprit ? La vie se résume-t- elle à un tas de cendres ? Je crois que c’est inadmissible pour un écrivain dont le rôle est de faire vivre l’humain et toute forme d’existence à travers l’imaginaire.
Donc mon roman est le résultat de ce questionnement sur le caractère à la fois poignant et éphémère de la vie humaine dans l’immensité de l’univers.
La question que je pose à chaque auteur-e : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?
J’aime beaucoup Stendhal et son style haletant. Je dirais Clélia dans la Chartreuse de Parme. Une héroïne prisonnière d’un secret, d’un vœu, très puissant ressort romanesque. La légende de Tristan et Iseut, comme l’a bien montré Denis de Rougemont, façonne encore aujourd’hui la vision tragique de l’amour en Occident. La soif de passion à l’opposé d’une vie tranquille et sans histoire, c’est peut-être pour cela que, dans les films, les femmes choisissent les mauvais garçons ! (cf aussi Marguerite Duras.) Stendhal termine ses romans de cette façon : les amants sont enfin réunis…mais il est trop tard, la mort emporte l’un des deux. Idem dans Tristan et Iseut.
Mon personnage, J-P L de Cheseaux, vit aussi un amour impossible. Le tragique de l’histoire, c’est que son Isabelle, devenue enfin veuve, pourrait l’épouser, mais il meurt avant de connaître la vie tranquille sur cette Terre, mais peut-être dans l’au-delà.
Début du roman lu par l’auteure Sylvie Blondel.
Biographie de Sylvie Blondel:
Sylvie Blondel, professeur de français et journaliste radio, est née à Lausanne.
Sa vie est jalonnée par de nombreux voyages qui ont inspiré le recueil de nouvelles : “Le Fil de soie ” éditions de l’Aire, 2010. En 2015, elle publie le roman « Ce que révèle la nuit », PEARLBOOKSEDITION. D’autres textes figurent dans des recueils collectifs.
Écrivain, dramaturge et poète romantique, Gustavo Adolfo Bécquer est considéré comme le fondateur du lyrisme espagnol moderne. L’amour qu’il porte à une cantatrice, l’amène à écrire les Rimes auxquelles il doit sa renommée littéraire. Elles sont à l’origine du courant de poésie intimiste inspirée par Heinrich Heine qui s’opposait à la rhétorique pompeuse des poètes romantiques antérieurs.
Gustavo Adolfo Bécquer : orphelin et malade
Né à Séville le 17 février 1836, fils et frère d’artistes peintres, il devient orphelin à l’âge de dix ans. Son frère aîné, Valeriano, et lui sont adoptés par leur oncle.
A l’âge de dix ans, Gustavo Adolfo commence une carrière nautique à l’école San Telmo de Séville. Sa vocation est frustrée lorsque l’école ferme ses portes. Sa marraine, Manuela Monahay, le recueille. En femme cultivée, elle possède une merveilleuse bibliothèque ou l’adolescent passe des heures à lire des livres de toutes les époques et de tous les horizons.
En 1854, avec son frère, il s’installe à Madrid où il collabore à plusieurs publications journalistiques tout en adaptant des pièces de théâtre, des œuvres dramatiques légères françaises ou italiennes. Avec quelques amis, il fonde la revue España Artística mais de graves problèmes économiques et de santé – il est atteint d’hémoptysie – commencent à l’affaiblir. Il se réfugie dans le monastère de Veruela afin de se rétablir. De là, il envoie ses écrits à diverses revues parmi lesquels Lettres de ma cellule.
Gustavo Adolfo Bécquer : un amour intouchable
De retour à Madrid, il éprouve un amour profond, passionnel et platonique pour la cantatrice Julia Espín. Beaucoup de ses rimes sont inspirées par elle mais c’est avec Casta, la fille de son médecin, avec qui Bécquer se marie en 1861. Avec elle, il aura trois enfants, mais le dernier d’entre eux est source de conflit entre les époux, Gustavo l’attribuant au fruit d’un amour extra-conjugal.
Gustavo Bécquer a été rédacteur en chef du journal El Contemporáneo, mais n’a jamais participé à la vie publique ou politique. La célébrité ne l’a pas accompagné de son vivant. On le disait sérieux, gentil, peu expressif et se contentait d’un cercle d’amis restreint. Il admirait Chopin et s’évadait dans la musique.
Son travail simple, chaleureux, sentimental et raffiné se compose de ses célèbres Rimes, d’un ensemble de 94 poèmes courts, de 25 légendes et de ses neuf lettres littéraires avec le titre Desde mi Celda.
Gustavo Adolfo Bécquer : père de la littérature moderne espagnole
Bien que sa renommée soit due à ses vers, sa prose est aussi merveilleuse. Dans les Légendes, il captive le lecteur en lui montrant un monde fantastique. Il n’a essayé ni de laisser des enseignements moraux, ni de s’attacher à la logique. En auteur romantique, il a donné libre cours à son imagination et à ses sentiments. Certains textes appartiennent au gothique ou au genre de l’horreur, d’autres sont de vrais poèmes, écrits en prose, d’autres sont des récits d’aventure. L’on y perçoit son admiration pour la nature et les paysages castillans.
Ses célèbres comptines ont été écrites en 1867, mais il a perdu le manuscrit pendant la Révolution de 1868. Il l’a reconstitué de mémoire et avec l’aide de ce qu’il avait déjà publié dans les journaux de l’époque. Il l’intitule El libro de los gorriones –Le livre des Moineaux- conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid. Dans ces versets s’entrelacent souvenirs, amour, déception, désespoir et mort.
Usé par la maladie qui l’accompagnait depuis 1858, il s’éteint à 34 ans, à Madrid, le 22 décembre 1870 quelques mois après son frère décédé en septembre.
Parmi ses dernières volontés, il demande à son ami, le poète Augusto Ferrán, de brûler ses lettres personnelles et de publier ses vers. Il pensait qu’il serait reconnu après sa mort et sa prémonition s’est réalisée.
Coco : égérie transgenre de l’underground helvétique
Coco était belle, charismatique, talentueuse. Née dans un corps assigné masculin, dans les années 1980-1990 elle fut l’une des reines de la scène underground helvétique. Le photographe Olivier Fatton en tomba amoureux et la suivit avec son appareil durant quelques années. Ces photographies, à la fois fashion et d’un troublant naturel, se voient à présent réunies dans un livre d’art qui raconte l’histoire d’amour entre un photographe et son modèle. La vidéo ci-dessous nous en révèle quelques-unes.
Coco : mode et passion
Coco vivait pied au plancher, toujours percutante, survoltée par la perspective de multiples projets. Transgenre, ne pouvant vivre de son talent, elle travaillait dans une clinique psychiatrique en tant que femme de ménage, mais consacrait ses loisirs à ses passions : la mode – elle était mannequin pour Marianne Alvoni – les performances, le happening, le show.
Coco : vivre vite et mourir jeune
Elle rencontra le photographe dans un club gay, à Berne, en 1989. Elle avait vingt ans et lui trente-deux. Coco, née Marc-Patrick, demanda à Olivier de faire un travail documentaire sur sa transition d’homme à femme. Depuis l’âge de 13 ans elle prenait des hormones, qu’elle achetait au marché noir, et s’apprêtait à subir une opération chirurgicale de réassignation. Le photographe accepta. Leur pacte se transforma rapidement en une brûlante relation sentimentale. L’homme vivait au rythme et au service de sa dame, réalisait des portraits d’elle, souvent personnels et touchants, dans des lieux divers : à la maison, à la montagne, lors de défilés de mode, durant les spectacles. Des clichés qui montrent les multiples facettes d’une femme superbe, mystérieuse et mélancolique.
Coco vécut vite et mourut jeune. La drogue, qui s’immisça dans la vie du couple, anéantit la relation amoureuse. D’autant plus qu’au début des années 1990, les personnes souffrant d’incongruence du genre n’étaient guère soutenues. Elle ne vit jamais l’an 2000 mais laissa un souvenir impérissable aux personnes qui la côtoyèrent.
Coco eut une vie romanesque dont elle se serait probablement passée. Reste le mythe, des photos magnifiques et les mots – notamment une émouvante lettre d’amour d’Olivier, insérée entre le pages – pour rendre un hommage posthume à celle dont l’existence fut d’une enflammée et tragique poésie. Cioran écrivait « La mélancolie ? Être enterré vivant dans le cœur d’une rose ». Peut-être l’impression d’ensevelissement qu’éprouvait Coco qui, malgré son talent et sa beauté, ne sut jamais être en accord avec son corps.
Au travers des photos d’Olivier G. Fatton et d’un récit intimiste de Dunia Miralles, le livre « Coco » – Edition Patrick Frey, Zurich, 2019 – raconte la mode, le spectacle, l’amour, l’exaltation, les peines et la souffrance. La splendeur et la chute d’un ange.
Le livre, dont le texte en français est également traduit à anglais, a déjà commencé son cheminement en Allemagne et aux Etats-Unis. On peut le commander chez l’éditeur ou dans toutes les librairies.
Signatures
Olivier G. Fatton et Dunia Miralles dédicaceront le livre Coco à La Chambre Noire, vendredi 1ermars. Adresse: rue César-Roux 5, Lausanne. Horaire: 17h-20h.
Sans tapage, ni déclarations fracassantes, le valaisan Jérôme Meizoz écrit et la liste de ses publications est longue. Essayiste, il s’adonne également à la poésie, aux récits historico-socio-politiques et à la fiction. En 2018, il devient le lauréat du Prix suisse de littérature pour Faire le garçon, un roman documentaire pertinent et tendre, sur les contraintes que l’on impose aux hommes, dès leur plus jeune âge, afin d’en faire de vrais modèles de masculinité selon les normes sociales en vigueur à la fin du XXème siècle dans une campagne catholique. En ce jour de St-Valentin où quitter, partir ou être seul-e, semble souvent plus pesant qu’un autre jour, j’ai choisi de vous présenter un poème qui décrit le désœuvrement que l’on éprouve parfois dans les gares. Paru dans Terrains vagues,éditions de L’Aire -2007-, un recueil réédité par L’Âge d’Homme – «Poche suisse », 2015.
Jérôme Meizoz : biographie succincte
Jérôme Meizoz, né en 1967 en Valais, vit à Lausanne. Ecrivain et professeur de littérature française à l’Université de Lausanne, auteur de diverses études consacrées à Rousseau, Töpffer, Ramuz, Céline, à des auteurs suisses (Chappaz, Bille, Cherpillod, Nessi, Lovay) comme à la littérature française contemporaine (Annie Ernaux, Pierre Bergounioux). Son premier récit, Morts ou vif (Zoé, 1999) a reçu la mention «Livre de la Fondation Schiller Suisse 2000». Il a publié notamment Les Désemparés (Zoé, 2005), Terrains vagues (L’Aire, 2007), Fantômes (En bas, 2010), Séismes (Zoé, 2013), Haut Val des loups (Zoé, 2015). En 2018, le roman Faire le garçon (Zoé), reçoit un Prix suisse de littérature.
Pour davantage d’information, vous pouvez consultez son site où écouter l’entretien accordé à Mélanie Croubalian dans son émission Entre nous soit dit – RTS- lors de la réédition de Terrains Vagues. Meizoz y déclare aimer écrire -ou plutôt prendre des notes- dans les trains.
Afin de rester dans l’ambiance de l’auteur et de donner un écho au poème de ce 14 février, je vous invite à découvrir une vidéo tournée à la gare Genève-Cornavin d’où, Jérôme Meizoz, nous explique l’importance que l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau revêt encore aujourd’hui.