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Les anomalies de températures à la surface du Pacifique équatorial montrent la présence de conditions de type El Niño depuis le mois de juin, notamment au large des côtes d'Amérique latine (voir ci-dessus). Pour l’heure, l’évènement est considéré comme modéré. Ce niveau est atteint quand la température de la mer en surface égale ou dépasse 1°C sur la zone 3.4, située le long de l’équateur à l’Est d’Hawaï.
Evolution récente des anomalies de températures à la surface du Pacifique sur les quatre zone d'observation d'El Niño. [Jeremy Bishop - NOAA/Wikipedia]
A noter que les zones 1 et 2, situées plus à l’Est, sont également intéressantes à suivre mais essentiellement pour détecter les premiers signes d’un épisode de type El Niño ou la Niña. Un épisode El Niño est considéré comme fort à partir du moment où l’anomalie atteint ou dépasse 1.5°C sur trois mois sur la zone 3.4. Il est considéré comme très fort à partir du moment où l’anomalie atteint ou dépasse 2.0°C. Seuls quatre évènements de ce type ont été observés depuis 1950.
Actuellement l’anomalie atteint 1.5°C, selon le rapport du Climate Prediction Center () américain publié le 9 octobre dernier. En y regardant de plus près, les 1.5°C ont été atteints à la fin du mois d’août cette année (voir ci-dessus). Il manque encore un mois pour qualifier l’épisode de fort.
Mais selon la plupart des grands centres de prévisions le seuil devrait être atteint dans quelques semaines. Les chiffres sont assez parlants : la probabilité d’avènement d’un épisode fort entre septembre et novembre est estimée à 83% par le Climate Prediction Center. La probabilité que l’évènement reste fort de novembre à janvier est quant à elle de 75%.
Le scénario d’un épisode extrême est envisageable mais il ne fait pas l’unanimité
Si la probabilité d’atteindre le seuil des 1.5°C pendant trois mois consécutifs est assez élevée, on ne saurait en dire autant pour le seuil des 2.0°C :
Les derniers calculs effectués par des grands centre de prévisions comme le Climate Prediction Center (CPC), le Centre Européen (ECMWF) ou Météofrance montrent un large éventail de solutions (voir ci-dessous) : dans certains cas, l’anomalie ne devrait pas dépasser les 1.5°C, dans d’autres elles pourraient atteindre les 2.8°C, ce qui constituerait une première dans les annales d’El Niño. Les incertitudes sont assez importantes, les prévisionistesà 30%, la probabilité d'un pic à 2.0°C entre novembre et janvier.
Anomalies de température prévues ces prochains mois sur la zone 3.4 du Pacifique par les grands centres de calculs. [NOAA]
Une équipe de chercheurs du Centre National pour la Recherche Atmosphérique (NCAR) américain, qui a récemment publié une alerte dans le, n’exclut cependant pas un tel scénario. Elle s’appuie sur les calculs d’un nouveau modèle expérimental qui évalue le pic de l’anomalie à 2.4°C sur la zone de référence 3.4.
Stephen Yeager, l’un des climatologues de l’équipe a même déclaré sur les colonnes du journal français: «Il y a de bonnes chances pour que le El Niño “fort” prévu pour l’hiver prochain soit comparable aux “super” El Niño de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016.» Trois événements qui ont marqué l’histoire.
El Niño se développe en 2023 dans un environnement inhabituel
Le fait ne saurait être passé sous silence, la température de l’océan à l’échelle mondiale atteint des niveaux records depuis le mois de mars, dépassant les niveaux atteints pendant l’épisode El Niño extrême de 2015-2016, selon les chiffres fournis par Boyin Huang du National Centers for Environmental Information (voir ci-dessous).
Evolution de la température moyenne mondiale des océans depuis le début de l'année. [NASA/NOAA - RTS]
Cette chaleur extrême observée sur les océans à l’échelle mondiale signifie que l’épisode à venir va se dérouler dans un environnement différent des épisodes précédents. Ce qui incite à la plus grande prudence dans l’évaluation des conditions à venir.
Philippe Jeanneret