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Anatole Le Braz (1859-1926) "Ceux de mes compatriotes qui ont connu Ervoanic Prigent se le rappellent encore. Il était de ces types qu'on n'oublie pas. Quand on le voyait paraître dans les bourgs du Trégor, - avec son éternel chapeau haut de forme, aux plis avachis d'accordéon, que festonnait une guirlande de fausses fleurs, avec son antique habit à queue dont les longues basques traînantes faisaient derrière lui une espèce de sillage dans la poussière ou la boue des rues, - vite, les enfants accouraient de tous les seuils, et c'étaient à chacun de ses pas des appels bruyants, des cris à fendre les oreilles : - Ervoanic ! Ervoanic ! Lui, habitué à ces ovations, les accueillait avec une condescendance hautaine de souverain en tournée, ne s'offusquant même point si elles dépassaient parfois les bornes des familiarités permises.Il se campait fièrement, au beau milieu de la place du village, croisait l'un sur l'autre les revers de son habit à basques, promenait autour de lui un regard digne, et envoyait de la main les saluts protecteurs à toute la séquelle des polissons. Il était réputé pour un être simple, ou, comme on dit là-bas, pour un "innocent". On s'en amusait, tout en lui témoignant cette sorte de vénération superstitieuse qui s'attache, en Basse-Bretagne, à la sacro-sainte confrérie des mendiants. À vrai dire, cependant, Ervoanic ne mendiait pas. Jamais on ne le vit tendre son chapeau sur la route, ni quêter aux portes un morceau de pain. Il eût refusé l'aumône, si on la lui avait offerte. Ses principes, là-dessus, étaient inflexibles. Non, Ervoanic Prigent, roi des royaumes illimités du rêve, ne sollicitait la charité de personne : il se contentait, selon sa propre expression, de "vivre sur le commun ". Par ces sept histoires, Anatole Le Braz nous invite au bout du monde afin de faire connaissance avec l'âme sensible de ses habitants.Un voyage en Bretagne avec un petit détour en Irlande."Péché d'innocent" - "L"incendie du Vendredi saint" - "Le sonneur de Garlan" - "La barrique d'or" - "Le roman de Laurik Cosquêr" - "Le trésor de Noël" - "Chez le dernier des Nial Mor"
Jules Verne (1828-1905) "L'Irlande, dont la surface comprend vingt millions d'acres, soit environ dix millions d'hectares, est gouvernée par un vice-roi ou lord-lieutenant, assisté d'un Conseil privé, en vertu d'une délégation du souverain de la Grande-Bretagne. Elle est divisée en quatre provinces : le Leinster à l'est, le Munster au sud, le Connaught à l'ouest, l'Ulster au nord. Le Royaume-Uni ne formait autrefois qu'une seule île, disent les historiens. Elles sont deux maintenant, et plus séparées par les désaccords moraux que par les barrières physiques. Les Irlandais, amis des Français, sont ennemis des Anglais, comme au premier jour. Un beau pays pour les touristes, cette Irlande, mais un triste pays pour ses habitants. Ils ne peuvent la féconder, elle ne peut les nourrir - surtout dans la partie du nord. Ce n'est point cependant une terre bréhaigne, puisque ses enfants se comptent par millions, et si cette mère n'a pas de lait pour ses petits, du moins l'aiment-ils passionnément. Aussi lui ont-ils prodigué les plus doux noms, les plus « sweet », - mot qui revient familièrement sur leurs lèvres. C'est la « Verte Érin », et elle est verdoyante en effet. C'est la « Belle Émeraude », une émeraude sertie de granit et non d'or. C'est « l'île des Bois », mais plus encore l'île des roches. C'est la « Terre de la Chanson », mais sa chanson ne s'échappe que de bouches maladives. C'est la « première fleur de la terre », la « première fleur des mers », mais ces fleurs se fanent vite au souffle des rafales. Pauvre Irlande ! Son nom serait plutôt l'« Île de la Misère », nom qu'elle devrait porter depuis nombre de siècles : trois millions d'indigents sur une population de huit millions d'habitants." Irlande, 1875. P'tit-Bonhomme (Il n'a ni nom ni prénom) est un gamin abandonné. Il est exploité par un montreur de marionnettes. Il est ensuite placé dans un institut pour orphelins où la vie n'est pas meilleure. Il fait connaissance de Grip qui le protège... Heurs et malheurs d'un petit orphelin dans une Irlande exploitée par l'Angleterre...
Paul Féval (1816-1887) "Au premier étage de la magnifique maison que le marquis de Rio-Santo habitait dans Belgrave-Square, se trouvait, contre son appartement privé, une suite de chambres meublées avec ce même luxe prodigue et à la fois de bon goût qui faisait d'Irish-House entier un tout homogène et réellement merveilleux. Ces pièces n'avaient point de destination propre ; néanmoins, elles n'avaient pas toujours été désertes depuis l'arrivée de Rio-Santo en Angleterre, et les bruits de la haute vie de Londres laissaient planer un vague mystère sur leur destination. Nous étonnerions le lecteur si nous mettions sous ses yeux la moitié des hypothèses hasardées par les misses et les ladies du high-life sur ces chambres vides. La moins hardie de ces suppositions fut émise par l'Honorable Cicely Kemp, fille cadette du comte de Drummon, laquelle dit un soir, en secouant les longues boucles blondes qui jouaient le long de ses joues d'enfant, que Rio-Santo avait là un harem soigneusement colligé dans les cinq parties du monde. L'Honorable Cicely Kemp allait avoir dix-sept ans dans onze mois. L'idée eut un succès d'estime ; mais elle fut détrônée par la brillante invention de lady Margaret Wawerwemwilwoowie, qui prétendit que le marquis possédait douze chambres de plain-pied, ornées chacune de vingt-quatre portraits de femmes. Ces deux cent quatre-vingt-huit portraits étaient ceux des principales maîtresses de Rio-Santo, suivant lady Wawerwemwilwoowie. On trouva le mot principales sublime. Quoi qu'il en soit, c'est dans l'une de ces chambres, où nul des nobles amis de Rio-Santo n'avait jamais pénétré, que nous le retrouvons." Tome II Londres dans les années 1840. On ne parle que du marquis de Rio-Santo. Personne ne sait d'où il vient et il fascine ces dames de la haute société. Il mène un grand train de vie et les millions coulent à flot ! Mais il est surtout le mystérieux chef d'une organisation de malfrats nommée "les gentilshommes de la nuit"... Qui est-il vraiment ? aristocrate... voyou... assassin... rebelle ?
Paul Féval (1816-1887) "En 1840, Sydney comptait à peine trente mille habitants, soit environ le sixième de la population composée d'Anglais libérés ou de soldats, et le reste de convicts des Trois-Royaumes, libérés ou subissant leur peine(1).Ceci ne veut pas dire toutefois que les Anglais libres n'eussent pas été bien à leur place parmi les condamnés, car il n'en était guère, jusques et y compris le gouverneur, qui n'eût un ou plusieurs crimes sur la conscience. Toute la différence consistait en ce que les uns commettaient leurs crimes sous le couvert et à l'abri des lois, quand les autres étaient les victimes de ces mêmes lois. Cette légère nuance a bien son prix quand il s'agit d'une colonie de la Grande-Bretagne. Or, les 5.000 Anglais cités plus haut professaient à l'égard des 25.000 convicts, bushrangers ou indigènes, un peu moins d'attachement qu'ils n'en avaient pour leurs propres chiens, et, de leur côté, les relégués n'attendaient qu'une bonne occasion, puisqu'on les traitait en chiens, de dévorer les mollets de leurs maîtres, voire même de leur sauter à la gorge et de les étrangler. Rapports peu cordiaux en somme, mais largement motivés par la cruauté des uns et les antécédents des autres. Si donc le léopard britannique flottant au-dessus du palais du gouverneur avait les griffes très acérées, la langue sanglante et les dents longues, il n'en effrayait guère plus pour cela les chacals qui rôdaient entre Paramatta et Botany-Bay, dans cette vallée semi-circulaire qu'entouraient les gradins ouest des montagnes Bleues. Le lord gouverneur, on le disait du moins, avait aussi les dents fort longues et la meilleure preuve en était dans la rapidité avec laquelle il se constituait une respectable fortune." Tome III Nous poursuivons, de l'Australie à l'Irlande, les aventures du marquis de Rio-Santo, de son vrai nom : Fergus O'Breane, dans sa folle et impitoyable guerre contre l'Angleterre, pour une Irlande libre. Ce troisième tome a été écrit par Paul Féval fils.
Pierre Alexis Ponson du Terrail (1829-1871)"Le panache noir du Penny-Boat s'allongeait dans le brouillard rougeâtre qui pesait sur la Tamise et qu'un pâle rayon de soleil couchant brisait. Le Penny-Boat est un petit bateau à vapeur dont le prix de passage, - son nom l'indique, - est d'un penny, deux sous en monnaie française. Cinquante navires de ce genre sillonnent en tous sens et à toute heure ce fleuve immense qu'on appelle la Tamise, et dans les flots ternes duquel Londres, la ville colossale, plonge ses pieds boueux. Comme toujours, le Penny-Boat regorgeait de passagers, les gentlemen et les ladys à l'arrière, les roughs, c'est-à-dire le peuple, à l'avant. Sur cette partie du navire, hommes et femmes considéraient, les uns avec curiosité, d'autres avec compassion, quelques-uns avec convoitise, une femme de vingt-quatre à vingt-cinq ans qui tenait un enfant d'une dizaine d'années par la main. Pauvre était leur accoutrement, plus pauvre encore leur bagage. La femme portait un vieux chapeau, un vieux châle à carreaux, des bas bleus de grosse laine, et des souliers encore couverts de la poussière d'une longue route. L'enfant avait le bas des jambes nu, point de chapeau sur sa tête couverte d'une belle chevelure châtain en broussaille ; et sa mère lui avait enroulé autour de sa veste fripée un lambeau de plaid qui avait dû être rouge et vert, mais qui n'offrait plus que des tons jaunes et gris." Rocambole se cache à Londres. Sous le surnom de "l'homme gris", il aide les rebelles irlandais à retrouver et protéger le jeune fils de l'un des chefs irlandais qui a été pendu... Tome I : "La nourrisseuse d'enfants" - "L'enfant perdu".