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12/02/2011
La "Tribune" et ses anciens "collabos"
Histoire. L'ouvrage remarquable d'Alain Clavien, Grandeurs et misères de la presse politique (Editions Antipodes), n'est pas tout à fait exempt de menues faiblesses dans la restitution des faits. J'en ai repéré quelques-unes concernant la période la plus récente. Une exploitation plus étendue des sources vivantes les aurait peut-être évitées. Elles montrent au demeurant les limites d'une recherche essentiellement fondée sur la consultation d'archives ou de publications.
Je m'en tiens à un seul exemple. Clavien évoque l'arrivée de Georges-Henri Martin à la rédaction en chef de la Tribune de Genève en 1960, sans rappeler qu'il est le fils de William Martin, figure du Journal de Genève entre-deux-guerres. Il le dit formé à l'école de Paris-Soir de Pierre Lazareff. C'est de France-Soir que Lazareff était le patron. Paris-Soir était le journal de Jean Prouvost et a cessé de paraître à la Libération. C'est un détail: tout auteur (et j'en suis!) peut commettre ce genre de confusion.
Plus ennuyeux, Clavien écrit dans la foulée que la Tribune continue alors à servir de refuge à d'«anciens collaborationnistes français». C'est tout à fait vrai de deux d'entre eux, Henri Poulain et Jean-Roger Rebierre, qu'il cite. Mais absolument pas de deux autres, dont il affirme ignorer les prénoms. Or le premier, d'origine arménienne et suisse, n'a que 15 ans en 1939; il termine ses études de droit à Genève en 1946 avant de se lancer dans le journalisme. Quant au second, d'une autre génération, il a effectivement fui la France, mais pour une autre raison: il refusait de servir en Algérie... Ce n'est pas exactement la même chose!
Alain Clavien s'appuie certes sur une source, le journaliste de la Tribune Jean-Claude Mayor (Les dessous de ma Julie. Journal d'un journaliste, Slatkine 1996); mais il ne retient pas l'avertissement d'un préfacier prudent, chargé par l'éditeur d'en tracer le portrait. Mayor se montre en effet fréquemment imprécis et brouillon, pour ne pas dire davantage: «Cette préface, lit-on, n'est pas une caution».
Ces aspects marginaux échapperont sans doute au lecteur des Grandeurs et misères, et c'est tant mieux. Pour Armand Gaspard, dont Clavien signale par ailleurs l'entrée à la Gazette après la seconde guerre mondiale, pour Jean-Michel Fosse, tôt décédé, pour leurs proches, il reste fâcheux que leur nom, même dépourvu de prénom, soit ainsi associé sans raison à un épisode peu glorieux de l'histoire française.