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Profil des protagonistes

||1) La société patriarcale|
|2)L'apprentissage sexué|
|3)La théorie de l'apprentissage social|
|4) Le facteur biologique|
|B. Indice révélateur:||1) Les interactions avec le père|
|2) Les interactions avec la mère|
|C. Conclusion|
Au cours de mon travail sur la violence conjugale une question est venue frapper sans cesse mon esprit : pourquoi ? D’où vient cette violence conjugale ?
Je me suis interrogée sur les causes de cette violence. Mais rapidement, je me suis heurtée à de nombreuses théories traduisant différents courants. Elles doivent être considérées comme des hypothèses car aucune n’explique totalement les causes de la violence conjugale. Trouver l’origine du problème permettrait évidemment de prévenir la violence.
Je me suis inspirée
du livre " De la violence dans le couple "
de Donald G. Dutton (1996). Dans un premier temps, je décris
les hypothèses macro-sociales situées dans l’organisation
de la société dans ses normes, ses valeurs, ainsi que des
hypothèses génétiques et biologiques. Pour ensuite
suivre la curiosité du chercheur qui envisage la violence conjugale
comme la conséquence d’une constellation d’éléments
qui fondent la personnalité. Cette personnalité s’enracine
à un stade précoce du développement. Le chercheur
remonte jusque dans les aléas des premiers attachements et bien
sûr, prend en compte les comportements parentaux.
LES
THEORIES CLASSIQUES
1) Société patriarcale
Dans les années
70, une nouvelle théorie fut avancée pour donner une explication
à la violence conjugale. Pour répondre à la question
de savoir pourquoi les hommes battent leur femme, les féministes
se sont essentiellement intéressées à la domination
masculine et au rôle du patriarcat. Pour les féministes, un
homme est brutal car il trouve normal d’avoir le pouvoir et d’être
le maître. Ces attitudes esclavagistes étaient nourries dans
notre culture par l’éducation donnée aux garçons qui
s’identifient au rôle de l’homme, leur donnant accès aux "
privilèges du mâle "
(cf. L’apprentissage sexué).
La société
prépare les hommes à occuper un rôle dominant : ils
apprennent à exercer ce privilège par la force et si nécessaire
par la violence. Dès lors, les actes de violence à l’égard
des femmes semblent autorisés, perpétrés non par des
malades mentaux mais par des hommes qui croient sincèrement que
le patriarcat leur donne un droit de contrôle absolu sur leur épouse.
En fait, la violence maintient le statu quo qui permet aux hommes de rester
au sommet de la hiérarchie des pouvoirs. Les chercheurs comme Russel
et Emerson Dobash résument cette thèse en ces termes :
" Les hommes qui frappent leur femmes suivent des préceptes culturels
particulièrement appréciés dans la société
occidentale. Pour eux, la force physique est un moyen de faire respecter
cette domination " (Dobash, & Dobash, 1979,
p.24).
2) L`apprentissage sexué
La deuxième cause de violence tient à la façon d’éduquer garçons et filles et à l’élaboration de la notion de masculinité et de féminité. Les garçons sont orientés dès la petite enfance vers des comportements d’affirmations de soi et d’agressivité. Les jeunes filles sont préparées dans la petite enfance vers la souplesse du caractère, la conciliation, à éviter les conflits, au service d’autrui. Ces inclinations du corps et de l’esprit préparent les rôles d’agresseur et de victime.
Afin de justifier
le comportement masculin et féminin et la répartition sexuée
des tâches qui leur est imposée, les moralistes les ont déclarés
comme étant innés ou naturels. Les derniers travaux sur le
sujet démontrent que la totalité de nos comportements sexués
nous sont inculqués par l’éducation.
3) La théorie de l’apprentissage social
L’enfant qui naît dans une famille où règne la violence conjugale, ou pire qui l’éveille ou la provoque par sa venue, va être d’emblée pris dans un réseau de relations malsaines. Elles vont influencer son apprentissage et sa manière d’être dans la vie.
La théorie de l’apprentissage social étudie comment des actes relativement courants s’acquièrent par l’observation des autres et comment ils sont entretenus par des " bénéfices sociaux " qu’on appelle " récompense ". Par exemple, on peut imaginer que les enfants grands et musclés peuvent apprendre à résoudre les conflits par l’agression, ce qui, vu leur force, aura plus de chance de réussir. Les tenants de cette théorie examinent les modes d’apprentissage propres à chacun afin de découvrir à quelles occasions l’individu a pu observer des actions qui lui ont servi de modèle.
Dans cette perspective, on suppose que les hommes violents à l’égard de leur compagne copient ou reproduisent la violence observée dans leur propre famille. Des recherches ont démontré que les hommes qui furent témoins de scènes de violence entre leurs parents risquent davantage d’user de violence contre leur conjoint. De plus, il existe des " récompenses " immédiates à la violence physique : les hommes l’emportent dans des affrontements qui auraient pu tourner à leur désavantage. Confrontés à ce qu’ils ressentent comme la supériorité verbale ou la plus grande sensibilité de leur femme, ils se replient sur leur avantage le plus évident : la supériorité physique. En somme ils se sentent acteurs, c’est-à-dire qu’ils jouent et contrôlent la situation comme les " vrais " hommes doivent le faire.
Cette théorie prend en compte les variations individuelles des comportements, ce qui représente un avantage. Cependant, elle ne résout pas tous les problèmes. L’apprentissage par l’observation ne conduit pas à la violence de façon linéaire comme le suggère cette théorie. L’agression d’un des parents sur l’autre peut accroître la violence et l’angoisse de se transformer en victime chez les fils et les filles. Dans d’autres cas, le témoin de violence conjugale se construit en opposition au modèle qui lui a été proposé.
Il se passe donc
quelque chose de plus complexe que la simple reproduction d’actes marquants.
Les hommes violents traversent de profondes dépressions, comme la
jalousie, et subissent des accès de rage disproportionnés
dans leur vie privée. C’est une perturbation plus profonde et plus
envahissante que ne laisse supposer la théorie de l’apprentissage
social qui semble se révéler en eux.
4) Le facteur biologique
Le courant neurologique attribue à la violence une perturbation du système limbique (siège des émotions). Frank Elliot, psychiatre américain, un des tenants les plus convaincus de cette théorie, pense que la violence est provoquée par une décharge électrique incontrôlée dans le lobe temporal. Elle pourrait trouver son origine dans un traumatisme précoce du cerveau, comme une asphyxie temporaire au cours de l’accouchement ou de la prime enfance. Il croit également que des désordres métaboliques comme l’hypoglycémie peuvent aussi déclencher la violence conjugale.
Du point de vue
génétique, le développement de la sociobiologie, dans
les années 70, considère la violence conjugale comme une
stratégie masculine pour dominer la femme afin de se garantir l’exclusivité
de la reproduction et des relations sexuelles. A leurs yeux, un homme frappe
sa femme pour satisfaire un impératif biologique et pour que ses
gênes soient transmis à la génération suivante.
La jalousie masculine disproportionnée qui accompagne les brutalités
prend ses racines dans l’incertitude de l’homme face à sa contribution
au patrimoine héréditaire qui serait en revanche assuré
en certitude par les femmes. La mère est toujours réelle,
le père n’est que putatif.
INDICE
REVELATEUR
Dutton découvrit combien les épreuves précoces influent sur tous les aspects de la personnalité intime de l’homme. Il a constaté que les ressorts psychologiques de la violence se mettent en place très tôt dans la vie et que le développement d’une personnalité violentée est un processus progressif qui se prolonge des années durant.
Ses constatations
l’amenèrent à étudier les premières interactions
entre l’enfant, que l’homme violent avait été, et ses parents.
1) Interactions avec le père
Quand les hommes violents parlent de leur père, ils décrivent un homme froid, distant et brutal. Les humiliations subies dans l’enfance se sont révélées en toute clarté dans les recherches de Dutton. Les hommes qui brutalisent leur femme, ont connu l’humiliation, le malaise, la honte et des attaques plus générales de leur intégrité ( humiliations en public …).
Le moi de l’enfant
est directement atteint dans son intimité. L’humiliation attaque
le sujet dans sa globalité et peut même provoquer chez l’enfant
un sentiment de honte. Les humiliations infligées par un père
à son enfant sont la pire chose qui puisse lui arriver. Inconsciemment,
elles continuent à humilier cet homme et leurs blessures se ravivent
à la moindre occasion. La honte engendre chez l’individu le sentiment
que son moi est vulnérable. Malheureusement, suite à ce sentiment
de honte, l’homme riposte par la colère qui semble souvent disproportionnée.
Il conjure ainsi un sentiment d’infériorité.
Dutton (1996) s’est inspiré des travaux de Mary Ainsworth pour étayer sa théorie sur les origines de la violence. Il est convaincu que le comportement angoissé-ambivalent, développé par un certain type d’enfants lors d’une brève séparation avec sa mère, est lié au comportement violent chez l’adulte. Ces enfants s’accrochent à leur mère et s’ils en sont séparés, ils pleurent sans répit. Au retour de la mère, l’enfant recherche sa proximité tout en se cabrant pour la rejeter. Dans ce cas, leur mère est souvent instable et peu sûre d’elle dans la façon de s’occuper de son enfant.
A la suite de quelques tests afin de corroborer son intuition, Dutton découvre que les hommes violents évoquent une mère à la fois chaleureuse et distante. Cela ressemble fort à une contradiction, mais démontre l’ambivalence de la relation que ces hommes entretiennent avec leur mère. En effet, ils ont appris à l’aimer parce qu’elle pouvait satisfaire leurs désirs mais en même temps, ils ont constaté qu’elle pouvait s’absenter, se montrer indisponible ou les repousser.
En conclusion,
les hommes qui rencontrent des problèmes d’attachement dans leur
prime enfance souffrent plus tard d’angoisse dans leurs relations intimes.
Leur excitation et leur colère sont liées à leur mode
d’attachement originel : c’est ce qui explique pourquoi les hommes violents
ont un besoin exagéré de contrôler leur femme. Pour
les mêmes raisons, ils ont du mal à établir les bases
d’une vie sociale qui pourrait leur venir en aide, une vie fondée
sur la solitude trouve souvent son origine dans les leçons rapidement
tirées dans la prime enfance sur l’inconstance affective d’autrui.
CONCLUSION
Il me semble que l’on ne peut se débarrasser du problème de la violence par une simple explication sociologique et encore moins par une explication de type biologique. Les conséquences de la violence et du dysfonctionnement familial dépassent largement la simple reproduction des comportements agressifs. Ils créent un environnement favorable pour que naisse une constellation de pensées et de sentiments qui définissent la personnalité violente. Sans oublier que le fait de subir des violences ou d’en être le témoin augmente les risques de devenir violent à son tour. Toutefois la majorité des enfants brutalisés ne deviennent pas violents. Cela signifie que les modèles observés ont une influence sur la vie future sans la déterminer intégralement.
Dutton semble persuadé que la violence conjugale trouve sa source dans un sentiment d’impuissance profondément enraciné qui remonte à la prime enfance : face à un père humiliant, absent ou peu affectueux, l’enfant se voit abandonné à la mère qui n’est pas toujours disponible et qu’il perçoit comme toute puissante.
Je pense plutôt
à une combinaison de différents facteurs : le comportement
humiliant du père, l’attachement à une mère peu disponible,
la distribution sexuée des rôles au cours de l’apprentissage
social, combiné à une société à penchant
patriarcal… sont des facteurs prédisposants à la violence
. Comme pour toute formule chimique, de nombreux ingrédients sont
nécessaires à la production d’un résultat déterminé.