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Le libertarianisme s’oppose-t-il à la solidarité ?
Le Parti Libertarien de Genève répond à vos questions !
Nombreuses sont en effet les positions libertariennes qui créent la polémique ou qui sont mal explicitées.
Écrivez un texte original qui critique une ou plusieurs de nos idées, envoyez-le nous et il sera publié, accompagné d'une contre-critique. La forme et la taille du texte sont libres. C'est une initiative lancée par des
amateurs, donc pas besoin de doctorat en philosophie pour écrire quelque chose de pertinent !
La question du jour :
"Votre initiative est louable et ma critique, simple mais suffisamment importante
pour être notée, est que les considérations ‘morales’ du libertarianisme tolèrent la
‘non-assistance’ pour personne en danger, légitimant ainsi, moralement, l'égoïsme
(qui serait de se préserver soi-même ou de conserver un bien que nous
possédons) au détriment de l'entraide.
Entraide qui n'est pas de l'altruisme, la confusion est récurrente."
Le libertarianisme offre des réponse relativement différentes à la question de l’entraide étatique, entre abolitionnisme et réduction drastique, et ce pour des raisons radicalement différentes. Il reste cependant que chacun des courants
exposés ci-dessous se porte très largement en faveur de mesures d’entraide privées, en voulant faciliter le travail des organes caritatifs, étendre leur champ d’action et encourager leur prolifération. L’entraide ne doit pas être détruite, mais doit être libérée des jougs de l’Etat. Le libertarianisme offre donc trois méthodologies principales pour répondre à cette
critique.
Le jusnaturalisme, tout d’abord, part du principe que chaque individu est propriétaire absolu de son corps, d’où il déduit logiquement la propriété privée de ce que l’individu produit, échange, reçoit, etc. Ainsi, aux yeux du naturaliste, la propriété privée constitue un droit naturel absolu. De son corollaire, le principe de non-agression, il considère toute forme de coercition comme immorale et illégitime. Toute forme d’entraide imposée par l’état constitue donc une violation des droits
naturels de l’individu.
Le conséquentialisme, quant à lui, s’intéresse aux conséquences réelles de l’entraide étatique plutôt qu’à ses conséquences souhaitées. Ainsi, cette solidarité est critiquée pour avoir comme effets de ne pas avoir d’impact significatif sur les
inégalités sociales, de créer un cercle vicieux duquel les personnes bénéficiant d’aides sociales ne peuvent que difficilement sortir, ainsi que d’inscrire des bases juridiques pouvant servir à justifier une variété infinie d’interventions étatiques, loin des limites de l’Etat de Droit. Les conséquentialistes ne s’opposent donc pas forcément à l’entraide étatique de
manière absolue, et tolèrent souvent des formes réduites de sécurité sociale.
L’anti-constructivisme, finalement, examine les règles morales, comme la solidarité ou la propriété privée, d’un point de vue évolutionniste. Ainsi, il considère que les règles morales régissant un ordre social restreint, comme un clan ou une famille, ne peuvent être et ne sont les mêmes que celles régissant un ordre social étendu, tel qu’une ville ou un pays. De l’observation de cette évolution culturelle ou morale, il déduit que la solidarité est une règle morale tribale, et ne peut exister qu’à une échelle restreinte. Les anti-constructivistes rejettent donc le plus souvent les entraides étatiques
lorsqu’elles s’appliquent à des ordres sociaux étendus, mais pas forcément lorsqu’elles sont mises en place à des échelles plus restreintes, comme au niveau communal par exemple.
Darius Tabatabay
Membre fondateur du Parti Libertarien de Genève