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De la Limmatplatz à Zurich nous nous rendons au Sihlquai et franchissons le très fréquenté pont Kornhaus sans être déconcentré par le bruit du trafic. Sous nos pieds s'écoule lentement la Limmat. Des locaux artisanaux et des maisons d'habitation se succèdent des deux côtés de la rivière. Au nord du pont se trouve, sur notre gauche, près de l'ancienne centrale hydro-électrique, un bâtiment gris-blanc, moderne et anguleux. Seule la tour en forme de cône tronqué, qui domine le toit, offre un aspect spectaculaire. En s'approchant on remarque tout en haut une petite coupole, légèrement bombée. On ne voit que difficilement la croix argentée qui se dresse à son sommet.
Sur la rive nord de la Limmat, nous nous engageons à gauche dans la Rousseaustrasse, le long d'une rangée de cyprès aux formes agréables. Nous arrivons devant l'entrée au-dessus de laquelle il est écrit en lettres grecques dorées: «Eglise grecque-orthodoxe agios Dimitrios».
Le prêtre Emmanuel Simandirakis raconte: «Lorsque je vins à Zurich» − en 1976 − «je vis que la communauté grecque orthodoxe était sans domicile propre.» La communauté célébrait ses messes dans l'église catholique-chrétienne de la Elisabethenstrasse. Comme on ne pouvait commencer qu'après la messe catholique-chrétienne, la «messe du matin» d'environ deux heures et demi se terminait parfois seulement aux alentours de quatorze heures. Simandirakis ajoute: «Cependant l'église était toujours pleine. Je pensais alors: ‹Ca ne peut pas continuer ainsi.›» C'est pourquoi Simandirakis poussa à la création d'une fondation pour la construction de leur propre église.
On économisa dès 1967 dans ce but: «Nous avons collecté, franc après franc, deux millions, mais vous savez qu'avec cela on ne peut construire qu'une belle maison en Suisse.» L'argent n'aurait suffi que pour l'achat du terrain. «Mais nous avons eu de la chance», poursuit le pasteur, «feu Panajotis Angelopoulos, un riche grec, nous a dit: ‹Ne récoltez plus d'argent, je prends en charge la construction de l'église›.»
Tous les problèmes n'étaient néanmoins pas résolus: c'est seulement après 17 ans que la fondation put acheter le terrain de l'ancien centre pour toxicodépendants. Et après avoir mis la construction au concours, le jury refusa le projet que la communauté grecque-orthodoxe désirait construire. Les représentants de l'administration votèrent pour un autre architecte: «Fondamentalement un seul projet était adapté mais ces membres du jury avaient la majorité. Nous avons accepté ce projet dans la déception et la construction a commencé. Soit nous ne pouvions rien faire, soit nous devions réaliser le projet sous cette forme», se souvient le prêtre, déçu.
Emmanuel Simandirakis est originaire de Crète et fut, après ses études de théologie à Istanbul, envoyé, en 1964, par le «patriarcat œcuménique de Constantinople» en tant que prêtre en Suisse. Après ses débuts à St-Gall, il vint en 1967 à Zurich. La même année il fonda, avec d'autres, la Stiftung griechisch-orthodoxe Kirche Zürich. D'après Simandirakis, le prêtre est, chez les orthodoxes, «l'âme de l'église», raison pour laquelle il est membre, ayant un droit de vote, aussi bien du Conseil ecclésiastique que du Conseil de fondation. En outre, il est le responsable principal de ce bâtiment.
Le prêtre Simandirakis décrit ses voisins comme «des gens très gentils» qui, lors des grands jours de fêtes, participent aux célébrations de la communauté orthodoxe. Il remarque: «Nous sommes enchantés que les voisins ne nous aient jamais fait de problème.»
La proximité d'une rue à forte circulation ne fut néanmoins pas toujours facile pour le prêtre originaire de Crète: «Route ici, ici et ici − je ne pouvais pas dormir au début.» C'était d'autant plus désagréable que dans le projet choisi par la communauté, les appartements ne devaient pas donner sur la route principale.
L'église orthodoxe compte environ 150 à 170 millions de croyants dans le monde. Bien qu'il existe aujourd'hui 16 différentes églises orthodoxes, celles-ci se comprennent dans un sens théologique comme une seule et même église, indivisible. Les fondements communs de leur foi sont les décisions des sept conciles œcuméniques (jusqu'à et avec le deuxième concile de Nicée en 787 apr. J. C.). En conséquence, ces décisions sont communes à l'église orthodoxe et à l'église catholique romaine. Néanmoins, les vieilles rivalités et les antagonismes entre le «patriarche œcuménique et archevêque de Constantinople» d'un côté et l'église romaine de l'autre débouchèrent en 1054 sur le schisme d'Orient. Il s'ensuivit une séparation de l'église, entre église catholique-romaine et église orthodoxe, qui n'a jusqu'à nos jours pas été surmontée.
Les églises orthodoxes ont ceci de caractéristique qu'elles sont autocéphales, c'est-à-dire que chacune d'entre elles choisit librement son chef respectif, patriarche, catholicos ou archevêque. C'est ainsi que les églises orthodoxes s'opposent à la prétention de la papauté romaine au primat de la juridiction (pouvoir direct) et à l'infaillibilité pontificale en matière religieuse. Pour les églises orthodoxes, l'infaillibilité ne se trouve fondée que dans l'église dans son ensemble et ne peut être établie qu'au cours d'un long processus. Les églises orthodoxes diffèrent également des autres églises sur le rôle des sacrements et sur la question de la justification (compréhension du péché originel et de la grâce divine).
«Orthodoxe» signifie «conforme à la vraie doctrine»; l'église orthodoxe voit sa mission dans la perpétuation de l'authentique tradition de l'église des apôtres. Parmi les thèmes centraux de la croyance orthodoxe on compte l'action du Saint-Esprit, le salut par l'union avec le divin (theosis) et la compréhension de la sanctification du cosmos tout entier (metamorphosis). Les prêtres sont habituellement mariés mais ne peuvent néanmoins pas contracter un nouveau mariage s'ils deviennent veufs. Les évêques au contraire sont célibataires, et sont principalement choisis parmi les moines. Les monastères ont, dès les temps anciens, une signification importante et apparaissent comme les centres de préservation de l'identité religieuse et culturelle.
L'orthodoxie ne se voit pas en premier lieu comme instance instruisant et moralisant, mais comme une communauté glorifiant Dieu, dont la théologie est fondée sur l'expérience. La liturgie a dans la croyance orthodoxe une place centrale et doit s'adresser à tous les sens. La «sainte et divine» liturgie, le service religieux orthodoxe, dure jusqu'à plusieurs heures durant lesquelles les croyants restent habituellement debout. Des chants, forme liturgique de prière prennent une large place et sont souvent exécutés par des chœurs entraînés. Les instruments sont par contre interdits. Une iconostase (mur d'images) sépare, ou plutôt réunit la nef, où se trouvent les croyants, avec l'autel où le prêtre, diacre ou servant, se tient. La nef symbolise la sphère terrestre, le monde des êtres humains, l'autel en revanche symbolise le royaume des cieux. Pendant la liturgie, le prêtre, représentant de la communauté, se dirige au travers de la «porte du roi», la porte centrale de l'iconostase, vers l'autel de l'abside. Les bougies et l'encens, symbole du parfum des cieux, font partie intégrante de la liturgie en tant qu'expérience sensorielle.
La haute signification des représentations se remarque lorsqu'on regarde dans la salle de l'office religieux. Dans le fond on voit la partie de l'autel à laquelle les laïcs n'ont aucun accès pendant le service religieux. Les fidèles assistent à la divine liturgie, célébrée par le prêtre pour le salut du monde.
La métropolie (évêché) de l'église grecque-orthodoxe en Suisse, dépend, avec d'autres évêchés dans et hors de Grèce, du «patriarcat œcuménique de Constantinople» qui a son siège à Istanbul. Dans l'orthodoxie, celui-ci a un rôle de premier plan, une sorte de «primat d'honneur». Depuis 1991, Bartholomaios I est patriarche œcuménique. Il vint en Suisse en novembre 1995 et posa, à Müchenstein, la première pierre pour la nouvelle église orthodoxe et, à Bâle, pour le centre religieux.