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Paru en 1980, le second volume de L’obsolescence de l’homme rassemble des écrits composés en réalité entre 1955 et 1980. Günther Anders a reconnu qu’il s’agissait de variations sur le thème originel du décalage prométhéen, défini dans le premier volume comme l’écart entre l’homme et le monde qu’il a produit par le biais de la technique. Ce décalage est lui-même à l’origine de la honte prométhéenne, présentée comme l’écart entre ce que nous pouvons faire – détruire le monde – et ce que nous pouvons ressentir, soit cette sorte d’incapacité à saisir les conséquences du pouvoir que nous avons acquis sur la nature. Chacune des nombreuses variations sur ce thème montre la question sous une nouvelle lumière. A propos de ces textes, qui traduisent la radicalisation de ses réflexions philosophiques, Anders parle de « métamorphoses ».Continuer la lecture de « Günther Anders (1902-1992) : l’obsolescence démultipliée »
Même s’il porte sur la « déshumanisation de l’humanité », le second volume de L’obsolescence de l’homme ne pouvait a priori guère aller au-delà du point où Anders considère le danger d’une disparition réelle de l’humanité. Son sous-titre porte néanmoins Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle. Pour Anders, une nouvelle révolution industrielle est en effet survenue depuis le moment où les machines ont fabriqué d’autres machines, devenant ainsi des moyens pour d’autres moyens. Cette troisième révolution advient lorsque l’on considère ce qui est possible comme absolument obligatoire, et ce qui peut être fait comme devant absolument être fait. Ce stade industriel est définitif et irrévocable parce que même s’il ne conduit pas à la fin des temps, il ne pourra plus être suivi par un nouveau stade, de sorte qu’il restera pour toujours le temps de la fin. Cela signifie que les êtres humains vont conserver pour toujours leur nouvelle essence, même s’il s’agit en réalité d’un état artificiel dans lequel nous nous sommes plongés nous-mêmes. Seules des modifications à l’intérieur de ce système sont désormais susceptibles de se produire…Continuer la lecture de « Günther Anders (1902-1992) : technique et histoire »
Nous avons le plaisir d’annoncer pas moins de quatre soirées organisées par le collectif qui auront lieu de janvier à mai à Pole Sud, av Jean-Jacques Mercier 3 à Lausanne:
- 23 janvier 20h: Débat autour de la voiture autonome précédé d’une courte mise en scène en guise d’introduction (télécharger l’affiche).
- 20 février 20h: Soirée musicale autour de cet art et la façon dont il est considérablement impacté par la technologie.
- 10 avril 20h: Les fermes verticales, solution d’avenir? Projection d’un documentaire suivie d’une discussion.
- 22 mai 20h: L’école d’ingénieurs, temple du progrès ou usine des inégalités? Conférence gesticulée à trois voix sur la doctrine et les réalisations de l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne).
Entrées libres et bar ouvert, venez nombreux! Davantage d’informations sur polesud.ch. Au plaisir de vous rencontrer à l’une ou l’autre de ces soirées.
Après La technique ou l’enjeu du siècle (1954), Jacques Ellul publie Propagandes (1962), puis L’illusion politique (1965), dans lequel il décrit la politique comme une activité envahissante, à tendance autoritaire, mais aussi illusoire, puisque ce sont les techniciens qui opèrent en réalité les choix décisifs. Le citoyen moderne, explique Ellul, charge la politique d’organiser la société idéale car il est persuadé qu’elle peut résoudre tous ses problèmes. Mais si la politique est efficace en matière d’organisation bureaucratique, administrative et économique, elle ne permet pas en revanche de répondre aux besoins profonds de l’homme, en particulier le problème du sens de la vie et celui de la responsabilité devant la liberté. Parce qu’au fond nous ne voulons pas vraiment être libres et prendre les responsabilités qui sont les nôtres, nous demandons à l’Etat de nous donner ce que nous voulons. Autrement dit, puisque nous n’avons pas le courage d’assumer la question morale et éthique, c’est-à-dire de faire l’effort de chercher ce qu’est le vrai, le juste et le bien, nous chargeons l’administration de s’en occpuer pour nous. Ce faisant, l’homme devient le serviteur de l’Etat : il se déshumanise au profit « du plus froid des monstres froids ». Et malgré cela, la politique n’a pas, au bout du compte, le pouvoir de ses ambitions. Elle est illusoire.Continuer la lecture de « Jacques Ellul (1912-1994) : les horizons philosophiques de la technocritique »
Dans les deux premières sections de son célèbre ouvrage Small is Beautiful (1973), Schumacher analyse de manière critique les tendances profondes du monde moderne et en particulier sa tendance à gaspiller les ressources. Il met notamment en évidence le rôle dominant et les lacunes d’une pensée économique qui ne se préoccupe que de production, même au détriment des besoins les plus essentiels de l’être humain. Il pointe aussi les lacunes d’une éducation orientée toute entière vers les moyens au détriment des fins. Ayant identifié la démesure technologique comme la principale responsable des tendances destructives des sociétés modernes, il plaide pour le développement de techniques à visage humain, techniques dites intermédiaires parce qu’elles se situent entre les outils primitifs et l’hubris technologique moderne, et qu’elles tiennent compte des limites humaines aussi bien que de la nécessité de préserver les équilibres naturels. C’est ce qu’il exprime par la formule demeurée célèbre : « Small is beautiful ». Continuer la lecture de « Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): la société duale et le développement »
Statisticien et économiste allemand installé en Angleterre, E.F. Schumacher reste surtout connu pour sa défense de techniques décentralisées et à taille humaine, autrement dit pour la notion d’« intermediate technology » qu’il a développée dans Small is Beautiful (1973) et qui préfigure le concept de « low tech ».Continuer la lecture de « Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977): le monde moderne et ses ressources »
Biographie
Mathématicien de génie né à Berlin en 1928 d’un père anarchiste russe d’origine juive (Alexander Schapiro) et d‘une mère journaliste allemande (Johanna Grothendieck). Il prend le nom de sa mère en raison de la montée de l’antisémitisme. En 1933, ses parents quittent l’Allemagne pour la France, puis en 1936 pour l’Espagne, où ils se battent aux côtés des anarchistes. Le jeune Alexander est recueilli par une famille aisée, qui l’emmène à Paris rejoindre ses parents en 1939. Son père est ensuite enfermé au camp du Vernet, réservé aux exilés politiques, d’où il sera déporté et mourra à Auschwitz en 1942. La mère et l’enfant vont au camp de Rieucros, près de Mende, puis Alexander est hébergé dans une maison d’enfants du Secours suisse au Chambon-sur-Lignon. Il étudie ensuite au collège Cévenol, puis les mathématiques à l’Université de Montpellier (licence en 1948), enfin à l’ENS à Paris. Il soutient sa thèse à Nancy en 1953. Il passe ensuite deux ans à l’université de Sao Paulo puis se rend États-Unis, notamment à l’université de Harvard. Il visite ensuite de nombreux pays où il est invité comme mathématicien, mais, par conviction politique, refuse de se rendre dans l’Espagne de Franco.Continuer la lecture de « Alexander Grothendieck (1928-2014): la responsabilité du chercheur »