Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07269.jsonl.gz/1028

Le cheval, athlète épanoui, est aussi attentif et content aux plus hautes exigences. De plus, son corps est harmonieusement musclé.
Chaque cavalier souhaite que son cheval ait du plaisir à travailler. La FEI a également
défini «l’athlète heureux» – celui à quatre sabots – comme son but principal. Mais comment les cavaliers et les juges peuvent-ils savoir de quelle humeur est le cheval?
Dans les premières lignes de son règlement de dressage, la Fédération Équestre Internationale FEI stipule que le dressage a pour but de faire du cheval un athlète heureux à travers une formation harmonieuse. Cet objectif louable ne se limite bien évidemment pas aux chevaux de dressage mais doit être recherché dans tous les domaines de l’équitation de compétition et de loisir pour le bien-être de nos chevaux.
Qu’est-ce que le bonheur?
D’après le Larousse, une personne heureuse jouit de bonheur et est durablement contente de son sort. Le bonheur est quant à lui défini comme un état de complète satisfaction dû à la joie ou le plaisir liés à une circonstance favorable.
Cette définition s’appuie évidemment sur l’être humain; un cheval n’est pas capable de penser de manière abstraite. Les êtres humains cherchant à atteindre un but sportif peuvent serrer les dents et accepter temporairement le fait d’être malheureux jusqu’au moment où ils atteignent leur objectif et deviennent heureux. Les chevaux ne connaissent et ne comprennent pas de tels buts et devraient pouvoir être des athlètes heureux à tout moment.
Étudier les émotions positives du cheval
L’analyse scientifique des réactions émotionnelles positives chez le cheval n’est encore qu’à ses débuts et représente un véritable défi. De plus, les études disponibles portent uniquement sur des chevaux non montés. L’athlète heureux dans le sens de la FEI devrait cependant être heureux au moment de sa performance sportive.
Ainsi, une étude néo-zélandaise actuelle sur le bien-être du cheval (Stratton et al., 2014) se base entre autres sur des indicateurs comme le pouls, les cycles respiratoires et la température corporelle du cheval au repos. Cependant, ces valeurs sont naturellement plus hautes lorsque le cheval est travaillé et peuvent donc indiquer autant des émotions positives que négatives – ou elles peuvent simplement dépendre de la condition de base du cheval.
Un autre indicateur de l’humeur du cheval est le taux d’hormones de cortisol et d’adrénaline dans le sang et d’ocytocine dans l’urine. Mais ces valeurs ne sont pas utilisables en situation de compétition, étant donné qu’elles ne sont pas disponibles en temps utile et que les analyses sont trop coûteuses.
Un nouvel indicateur servant à l’évaluation objective des émotions ayant été utilisé pour la première fois dans l’étude Stratton et al. chez les chevaux est la température des yeux. Celle-ci semble s’abaisser en cas de stimuli négatifs, ce qui peut être observé à l’aide de caméras thermiques. Cette indicateur doit cependant encore être étudié de manière plus approfondie – et une fois de plus, la question est de savoir comment cela peut être mis en pratique sur le cheval au travail.
Reconnaître l’humeur à l’œil nu
Toutefois, toutes ces valeurs servant à évaluer les émotions ne permettent pas de reconnaître l’athlète heureux au travail ou en compétition. Pour cela, il faudrait des signes extérieurs pouvant être reconnus à l’œil nu. L’étude mentionnée ci-dessus a démontré que des chevaux détendus ont plus tendance à lécher et à mastiquer, phénomènes qui peuvent à nouveau être faussés par la bride ou le filet lors du travail. L’étude a aussi pu prouver de manière scientifique que des chevaux détendus réagissent d’une manière moins forte à des événements ou des bruits surprenants que des chevaux tendus.
Faudrait-il alors intégrer un bruit surprenant à chaque épreuve et ensuite noter la réaction du cheval? Étant donné que les réactions du cheval dépendent aussi de son caractère et que le cheval restera toujours un animal craintif, ceci ne serait pas non plus le bon moyen pour reconnaître un athlète heureux.
L’étude néo-zélandaise parvient à la conclusion que les émotions positives ne peuvent presque pas être identifiées de manière fiable. D’après cette étude, une lèvre inférieure détendue, des lèchements intenses ou des naseaux détendus en seraient cependant des indices. Ici, d’autres efforts de recherche s’imposent pour arriver à des résultats plus clairs, surtout chez le cheval au travail.
Un cheval satisfait est-il heureux?
En contrepartie, les chevaux exposés à des stimuli négatifs dans le cadre de l’étude de Stratton et al. ont montré des réactions très claires: position de l’encolure très haute, oreilles couchées vers l’arrière, yeux écarquillés, bouche crispée, naseaux dilatés ou abaissement de la température des yeux. Afin de reconnaître un cheval heureux de manière objective selon l’état actuel de la recherche, les cavaliers, entraîneurs et juges devront donc se contenter de l’absence de signes clairs et définitifs montrant des émotions négatives.
Dans ce contexte, l’on peut se demander si un cheval ne montrant pas de réactions de défense est déjà un cheval heureux. Des études portant sur la dépression et l’impuissance apprise contestent cela. La fatigue et l’apathie ne doivent pas non plus être confondues avec de la satisfaction.
Ouvrir l’œil
Si l’on part du principe que la satisfaction est le comble des émotions positives chez le cheval, celui-ci est heureux lorsque les cinq besoins fondamentaux assurant le bien-être des animaux en garde humaine définis par l’Organisation Mondiale de la Santé Animale sont garantis:
1. Absence de faim et de soif
2. Absence de troubles dus à la détention
3. Absence de douleur, de lésion ou de maladie
4. Absence de peur et de stress
5. Possibilité d’exprimer des comportements normaux propres à l’espèce
La FEI s’est aussi fixé ces cinq points comme objectifs. Les points 3 et 4 sont particulièrement importants pour l’évaluation de l’athlète heureux au travail et en compétition. Les cavaliers, les entraîneurs et les juges doivent donc être capables de reconnaître les expressions d’émotions négatives comme l’agitation de la queue, des oreilles couchées en arrière, des yeux écarquillés, le grincement des dents ou une bouche crispée et de réagir en fonction.
C’est aussi ce que souligne la psychologue, juge et auteur Dr. Ulrike Thiel qui insiste sur le fait qu’il ne faut pas confondre la cause et l’effet dans l’identification de la source du stress. Si une respiration accélérée est reconnue comme étant un signe de stress, il ne faut en aucun cas tolérer une façon de monter qui empêcherait la respiration normale du cheval, comme par exemple lors de l’hyperflexion (Beausoleil et Mellor, 2014).
Le surmenage physique et psychique est également un grande source de stress qui peut se manifester par une transpiration excessive, aussi à des endroits du corps qui n’ont pas été sollicités, ou la résignation. Thiel donne également l’exemple fréquent du dos creux et du port de l’encolure très haut avec la partie inférieure du cou tendue. Dans son environnement naturel, le cheval prend cette position de stress lorsqu’il se prépare à la fuite (Schöneich 2010). Cette position est donc une réaction de peur physique et psychique.
Ici, ce sont surtout les juges en tant qu’experts qui ont le devoir de prendre au sérieux les signes de mal-être physique ou psychique dans l’évaluation de chevaux montés: des positions dues à un entraînement incorrect comme une encolure mal musclée (la partie inférieure très prononcée par exemple) ou un faux pli doivent avoir un impact sur le classement final.
La citation de Paul Stecken, une autorité dans le monde de l’équitation respectueuse du cheval et entraîneur de la cavalière de complet et de dressage allemande Ingrid Klimke, n’a pas perdu de son actualité. Les cavaliers, les formateurs et les juges ont leur part de responsabilité à porter dans les sports équestres et ne doivent pas ignorer les signes que nous donnent les chevaux à travers leur comportement sur leur état émotionnel.
«Monter correctement suffit»
Chaque personne qui est en contact avec les chevaux d’une manière ou d’une autre a le devoir d’acquérir un minimum de savoir sur l’anatomie du cheval afin de pouvoir reconnaître et pratiquer une équitation saine. Les chevaux sont désireux de travailler mais ne doivent jamais êtres surmenés.
Chaque cheval doit être vu comme un individu à qui il faut laisser le temps nécessaire pour le former selon ses moyens. Monter correctement signifie prendre à cœur les critères du schéma de formation que chaque cavalier a étudié pour le brevet et les appliquer lors du travail, de la formation et de l’évaluation du cheval. Chaque personne disposant du savoir nécessaire pour les mettre en pratique et qui considère ces points comme critères de qualité pour une équitation correcte protège activement les animaux.
Cornelia Heimgartner