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Après la grippe aviaire, la grippe porcine. De flips en angoisses, nous naviguons à vue entre les maux qui pourraient désorganiser nos sociétés hyperprotégées.
L’angoisse du moment est donc la grippe porcine. Le masque de protection ne protège que très relativement. Des antiviraux: les réserves mondiales ne couvrent qu'une petite partie des besoins. Déjà on parle de fabriquer un vaccin. Il y a dans le monde 5 laboratoires capables de produire en quelques mois environs 600 millions de doses de vaccin. On compte qu’il faut 2 doses par personne pour que ce vaccin soit efficace. En produisant rapidement un nouveau vaccin on espère donc protéger 300 millions de personnes à travers le monde.
Pour autant que le vaccin soit réellement efficace. Car il ne protège pas tous les vaccinés. Une étude norvégienne publiée en 2004 montrerait que deux vaccinations anti-grippales faites à un an d’intervalle ne protègent qu’environ 25% des personnes:
“Selon une analyse statistique de l'ensemble de ces données, une première vaccination réduit le risque de décès global de 10%. Une seconde vaccination l'année suivante le réduit de 24%. “
Si les laboratoires se lancent dans la production d’un vaccin contre la grippe porcine, ils devront renoncer à produire en même temps le vaccin de la grippe normale. La capacité des chaînes de production ne permet pas de tout faire en même temps.
Intéressant: il y a deux choix à faire. Premier choix: fabriquer le vaccin contre la grippe porcine et renoncer au vaccin normal. Deuxième choix: 300 millions de personnes peut-être protégées contre la grippe porcine, mais lesquelles? Les américains? Une partie des européens et des américains? Les africains? Quelle partie de l’humanité sera sacrifiée? Selon quels critères? Le personnel des hôpitaux devrait en bénéficier, soit des personnes qui ne produisent pas de biens. L’industrie et les services seront sacrifiés. Les personnes âgées, improductives, seront laissées à elles-mêmes, ainsi que toutes les personnes impotentes dont on prolonge la vie de manière coûteuse.
Par ailleurs on nous promet un scénario catastrophe si la grippe porcine se répand. Réduction voire interdiction des contacts, repli chez soi, fermeture des écoles. Une vague épidémique pouvant durer jusqu’à trois mois, on peut supposer que l’économie sera presque arrêtée pendant cette période. On voit déjà en France l’équipage d’un vol vers le Mexique invoquer le principe de précaution et refuser de s’y rendre. En plus de tout ce qui sera fermé, nombre de personnes invoqueront ce principe pour refuser d’aller au travail.
Bref, ou bien on accepte la loterie de cette pandémie, on continue à produire et à survivre globalement, avec quelques dizaines ou centaines de millions de morts, ou bien on arrête tout et la crise économique actuelle fera figure de Club Med à côté de ce qui nous attend.
Ce qui est bien dans les crises sanitaires, c’est qu’elle nourrissent régulièrement nos angoisses. De toutes manières, il faut s’attendre à des surprises dans les siècles à venir: le vivant est intelligent, les humains comme les bactéries et virus. Ceux-ci ont une étonnante capacité d’adaptation et de mutation ou de recombinaison. Ajoutons à cela les bactéries résistantes à force de trop d’antibiotiques, l’influences des pollutions alimentaires et pesticides sur la moindre résistance des humains, le climat d’angoisse collective entretenu à tous propos dont on sait qu’il contribue à une baisse de l’immunité, il faut bien admettre que de nouvelles épidémies peuvent apparaître, qui décimeront une partie de l’humanité. On estime que nombre de maladies infectieuses ont contaminé les humains à partir de la civilisation de l’agriculture et de l’élevage, où la promiscuité avec les animaux a contribué à répandre des épidémies qui n’existaient peut-être par aux temps de la chasse et de la cueillette. Pour autant, cette civilisation a perduré et a permis à notre espèce de proliférer au point de coloniser la Terre entière. Un mal pour un bien.
Il faut apprendre à vivre avec cela. Et même si l’on parle beaucoup de grippe porcine après avoir beaucoup parlé de grippe aviaire, il ne faut pas oublier que la grippe “normale” fait 500’000 décès par an à travers le monde.