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La Fed tient sa réunion alors que la Chine fête l’année du Rat avec un sérieux virus et que le Royaume-Uni sort officiellement de l’UE.
Bonne année chinoise à tous! L'Année du Rat marque un nouveau départ mais connaît un début peu prometteur gâché par la propagation rapide du Coronavirus avec près de 3’000 personnes infectées à ce jour, dont la grande majorité vit en Chine où le nombre de décès s'élève désormais à 80. Aucun décès dû au virus n'a été signalé en dehors de la Chine. La fête du Nouvel An lunaire a été prolongée jusqu'au dimanche 2 février pour aider à contenir le virus, ce qui va très probablement réduire le PIB du premier trimestre en Chine et peser sur les marchés en général cette semaine.
Le Brexit aura lieu le 31 janvier, date à partir de laquelle débute une période de transition, actuellement prévue jusqu'à la fin de l'année 2020. Le Premier ministre Boris Johnson a déclaré qu'il n'y aura pas de prolongation de la période de transition qui a été inscrite dans le projet de loi sur l'accord de retrait. Le départ du Royaume-Uni doit être approuvé par le Parlement européen à la majorité simple, probablement le 29 janvier, suivi d'une brève cérémonie et du retrait du drapeau britannique. Les négociations sur le futur cadre commenceront en février ou mars. Michel Barnier, l'ancien négociateur en chef de l'UE et désormais responsable de la nouvelle Task Force qui coordonnera tous les travaux de la CE sur les futures relations avec le Royaume-Uni, a déclaré que le non-respect de cette ligne rouge britannique signifierait que «la période de transition se terminera le 1er janvier 2021 sans qu'aucune disposition n'ait été prise pour de nouvelles relations futures [...] cela impliquerait le retour des tarifs et des quotas : un anachronisme total pour des économies interconnectées comme les nôtres»1. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré: «Nous pourrions envisager de reconsidérer le calendrier avant le 1er juillet». Les termes de l'accord de retrait permettent au comité mixte Royaume-Uni-UE de prolonger la période de transition de deux ans au maximum, mais il doit approuver la durée de toute prolongation avant le 1er juillet 2020. Au-delà de cette date, la législation européenne rendra toute prolongation difficile.
Le 30 janvier, la Banque d'Angleterre décidera de la politique à suivre et, après la publication de données économiques faibles au Royaume-Uni, la spéculation sur une baisse des taux s'est intensifiée. Le dilemme qui se pose est que l'on peut s'attendre à une augmentation de l'inflation importée et que toute baisse des taux pour le moment pourrait bien être inversée avant la fin de l'année. En outre, M. Carney, l'actuel gouverneur de la Banque d'Angleterre, devait se retirer le 31 janvier mais a accepté une courte prolongation jusqu'au 15 mars car il sera remplacé par Andrew Bailey le 16 mars 2020. Cette réunion de janvier sera le dernier événement de l’orientation de la politique de M. Carney, puisque la prochaine réunion de la Banque d'Angleterre aura lieu le 26 mars. Il reste difficile d'interpréter le Brexit sous un jour positif et nos perspectives fondamentales sur l'économie britannique restent négatives.
La réunion du FOMC de la Réserve fédérale (Fed) se tiendra le 29 janvier, soit un jour avant la première publication du PIB du quatrième trimestre 2019. Le consensus de Bloomberg s'attend désormais à ce qu'il reste inchangé par rapport au troisième trimestre, à 2,1% en rythme annualisé. Plus spectaculaire encore, la consommation des ménages ne devrait augmenter que de 2% en rythme annualisé, après 3,2% au troisième trimestre. En effet, le salaire hebdomadaire moyen réel n’a affiché aucune augmentation en décembre 2019 par rapport au même mois en 2018, alors que la hausse moyenne a été de 1% en 2019. De toute évidence, le taux de l'IPC global en glissement annuel étant passé de 1,6% en janvier 2019 à 2,3% en décembre, et la croissance des salaires hebdomadaires nominaux moyens étant passée de 3,5% en glissement annuel en janvier à 2,3% en décembre, la hausse de l'inflation se répercute sur les salaires réels et le pouvoir d'achat. Cela se reflète sans doute dans le modèle GDPNow de la Fed d'Atlanta, qui indique 1,8% au quatrième trimestre au 17 janvier, en chiffres annualisés. La Fed de New York prévoit 1,2% à la même date, et 1,7% pour le premier trimestre 2020. Ces chiffres, s'ils étaient confirmés, ramèneraient la croissance actuelle du PIB en dessous du potentiel estimé qui est actuellement de 2,1% en rythme annualisé selon le Congressional Budget Office, bien qu'il soit prévu qu'elle tombe à 1,75 % d'ici 2027. Ceci dit, le taux à 10 ans américain étant de 1,64%, contre 1,92% au début de l'année, les marchés pourraient s’avérer plus vulnérables aux surprises positives des données. Si tel est le cas, il sera important de rappeler les multiples communications de la Fed concernant sa tolérance, en particulier, à l'égard d'une éventuelle hausse de l'inflation au-delà de l'objectif. Nous considérons qu'il est peu probable que la Fed augmente - ou diminue - ses taux directeurs cette année.
La conférence de presse de Christine Lagarde, la semaine dernière, a mis en évidence les points suivants:
- La BCE entreprend une revue stratégique de la manière dont elle mène sa politique monétaire, tout comme la Fed le fait actuellement, et l’institution européenne devrait conclure cet exercice en décembre 2020.
- La politique monétaire sera menée en fonction de la stratégie actuelle tout au long de la période de l'examen.
- Cette revue stratégique pourrait potentiellement conduire à une redéfinition de l'objectif d'inflation, pour inclure une couloir entre 1% et 3%, par exemple. Christine Lagarde s'est abstenue de faire des commentaires à ce sujet, si ce n'est pour rappeler que le mandat de la BCE est la stabilité des prix.
- Elle a toutefois commenté la manière dont la BCE peut chercher le meilleur moyen d'influencer la partie de la courbe des taux d'intérêt qu'elle pourrait viser. C'est le débat auquel nous avons souvent fait référence concernant l'inefficacité relative des taux d'intérêt à court terme dans l'environnement actuel, et la plus grande efficacité de l’assouplissement quantitatif ou son contraire, selon le cas. Nous espérons et nous nous attendons à voir une sorte d'évolution dans cette direction à la suite des revues stratégiques respectives de la Fed et de la BCE.
- La position de la BCE sur le changement climatique concerne avant tout ses portefeuilles d'actifs et la manière de garantir la prise en compte du risque climatique dans ceux-ci. Christine Lagarde a plaidé pour la nécessité de normes communes - qui font aujourd'hui cruellement défaut - sur la manière de signaler et d'évaluer le risque climatique.
- La présidente de l’institution européenne a également plaidé, comme son prédécesseur, pour un meilleur alignement entre la politique monétaire et les autres axes de la politique économique, dans le but d'obtenir un meilleur résultat économique et - implicitement - de pouvoir sortir plus tôt des taux d'intérêt négatifs. Elle a noté la modeste relance budgétaire en cours dans la zone euro et a encouragé les pays disposant d'une marge de manoeuvre budgétaire à investir davantage et/ou à réduire les impôts. À cela, nous répondons que la marge de manoeuvre budgétaire est un luxe que peu de pays possèdent et d'autres pays peuvent également prendre des mesures malgré leur manque de marge de manoeuvre budgétaire, car une réforme peut être neutre sur le plan budgétaire. Les réformes monumentales de la Suède se sont déroulées dans une position de faiblesse budgétaire, et non de force, et le pays affiche aujourd'hui un ratio dette/PIB de 35 %. C'est un programme difficile à répliquer, sans doute, mais nous pensons que le débat doit se concentrer sur la réforme plutôt que sur la marge de manoeuvre budgétaire.
- En dehors de la réunion de la BCE, Bloomberg rapporte que le service de supervision bancaire de la BCE adopte un point de vue constructif sur les fusions de banques européennes. Si cela s'avère être le cas, ce serait positif pour les actions et les obligations des banques européennes.
Les élections régionales en Emilie-Romagne ont vu les populistes de droite de Matteo Salvini et le mouvement anti-establishment 5 Etoiles céder au profit du Parti démocratique de centre-gauche. Ce dernier
a remporté 51% des voix contre 44% pour le centre-droit. Le Mouvement 5 Etoiles n'a obtenu que 5% des voix et, bien que dans la coalition du Premier ministre Guiseppe Conte, la faiblesse de son score renforce la main du Premier ministre Conte au sein de la coalition. De plus, ce résultat réduit le risque d'une élection anticipée en Italie. Le marché obligataire a réagi de façon positive à cette nouvelle.