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"Une journée comme les autres dans un lycée américain, à cela près qu'elle se terminera très mal, dans un terrible bain de sang. Avec Elephant le cinéaste indépendant Gus van Sant pose un regard nouveau et différent sur les massacres qui ont eu lieu dans plusieurs lycées américains entre 1997 et 1999. Si son film renvoie inévitablement à celui de Michael Moore (Bowling for Columbine), son approche n'est pas la même, le réalisateur cherchant avant tout à décrire l'état d'esprit dans lequel les jeunes travaillent dans leur école (celle que Gus van Sant a choisie se situe à Portland, dans l'Oregon). Tourné en trois semaines, avec des adolescents recrutés dans les lycées de la région, le film observe en léger décalage les allées et venues d'une douzaine de personnages durant les quelques heures qui ont précédé le drame et durant la tuerie elle-même. Elephant a le mérite d'aborder un sujet qui reste - encore - d'actualité, mais on pourrait lui reprocher de n'avoir d'aucune façon cherché à expliquer le pourquoi d'un tel massacre, ni tenté de savoir comment deux jeunes lycéens ont pu en arriver à abattre froidement leurs propres camarades. Les quelques pistes esquissées sont floues et ne suffisent pas. Sur ce sujet-là un film reste toujours à faire.
Elephanta reçu la Palme d'Or à Cannes et cette décision est apparue, au premier abord, surprenante. Elle l'est beaucoup moins si l'on réfléchit que le jury a sans aucun doute voulu mettre en évidence un film qui a d'évidentes qualités de mise en scène, qui ne fuit pas la réalité et dont l'auteur est une personnalité indépendante d'esprit (Gus van Sant est un cinéaste moins lié que d'autres aux grandes maisons de production américaines). C'était aussi une manière de ne pas oublier les Etats-Unis - actualité politique oblige sans doute - et de placer sur le devant de la scène médiatique un cinéaste qui ne met pas sa caméra dans sa poche... Politique des auteurs oblige aussi!
Antoine Rochat
Un chef-d'œuvre au pur langage audiovisuel, d'une poésie cinématographique à chaque seconde intense et qui réussit la prouesse de montrer l'invisible. Mais le problème du spectateur est de taille: parvenir à voir l'éléphant. Palme d'Or, Prix de la mise en scène et Prix de l'éducation nationale à Cannes en 2003.
La tuerie du lycée de Columbine est survenue le 20 avril 1999, provoquant 13 morts dans un enfer de feu (900 coups tirés). Mais durant les deux années précédentes, entre 1997 et 1999, à huit reprises déjà, des élèves américains, perdant pied, avaient alerté l'opinion en provoquant des drames aux conséquences mortelles. Dans quel état d'esprit étaient donc les lycéens de Columbine ce 20 avril, de quoi était pétri leur quotidien scolaire, à quoi pensaient-ils, rêvaient-ils? Que vivaient-ils dans les deux heures qui ont précédé l'éclatement de la sauvagerie?
En choisissant cette base de travail comme trame de son prochain film, Gus van Sant s'attaque sans doute au plus important défi de sa carrière. Il rejette la fiction ordinaire: pas d'explication, pas d'exploration des motivations ni d'évocation plus ou moins dramatisée de l'événement ou de ses conséquences. Il auditionne 3'000 lycéens, parle longuement avec beaucoup d'entre eux, en choisit une poignée - tous non professionnels - et les plonge dans ELEPHANT comme dans un grand aquarium compartimenté. Un lycée récemment fermé - et le ciel - servent de cadre idéal à un tournage éclair: 21 jours.
Ses lycéens "nature", il les suit un à un, le plus souvent en mettant sa caméra dans leur dos, s'attachant à saisir tout ce qu'ils voient, les décors qu'ils traversent, les personnes qu'ils croisent. Le réalisateur a suffisamment d'expérience et de talent pour aller beaucoup plus loin: laissant les jeunes improviser sur le thème de leur propre vie (sauf les deux adolescents armés), il saisit les émotions, les élans intérieurs au travers de mille gestes, mots balbutiés, regards jetés vers les autres ou vers le ciel. La caméra recueille tout ce qu'ils laissent dans leur sillage, décrit les interminables couloirs, les terrains du campus ou les salles de classe.
La prodigieuse bande-son se marie parfaitement à l'image. Ensemble ils créent un univers d'une richesse aussi incroyable que ce qu'ils décrivent ressemble au vide. Pourtant tout est plein, tout est là, aussi évident que le nez au milieu de la figure, qu'un éléphant assis dans un salon (un dicton anglais qui va dans ce sens a inspiré le titre). Ce dernier se réfère aussi à une ancienne histoire bouddhiste: plusieurs aveugles entourent un éléphant. Touchant des parties différentes de son corps (oreille, jambe, trompe, queue), chacun "voit" l'ensemble de l'animal à son idée: comme un éventail, un tronc d'arbre, un serpent, une corde.
Ainsi Gus van Sant suit patiemment chaque jeune dans sa trajectoire propre. Tissant par d'habiles retours en arrière une toile de pure quintessence audiovisuelle, infiniment poétique, il construit patiemment un grand puzzle impressionniste. Chaque parcours a sa couleur, mais aucune des trajectoires n'est signifiante en soi: c'est l'ensemble qui donne au tout sa cohérence.
La magie du film est de parvenir à dire l'indicible, à décrire la violence et la mort là où elles sont vraiment tapies, bien avant la tragédie. Dès la première image, le spectateur plonge ainsi dans le bain d'un symbolisme évasif, nourri d'un quotidien qui paraît parfaitement insipide. Mais tout le monde le sait: un éléphant, ça trompe!
Le dossier de presse, traduisant l'anglais de manière un peu brutale dit joliment: "La plupart des gens seront chatouillés par Elephant". Adultes, attention: si le pachyderme chatouille avec sa trompe, il peut aussi flanquer des coups de pied!
Jacques Michel
Ancien membre
|Nom||Notes|
|Antoine Rochat||13|
|Ancien membre||17|
|Georges Blanc||15|
|Georges Blanc||14|
|Anne-Béatrice Schwab||18|