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SEBES 1990
Georg Editeur S. A., 46 chemin de la Mousse, CH-1225 Chêne-Bourg, Genève.
Le 2 octobre 1978 fut adopté le texte definitif de l'Appel de Genève et le 21 octobre de la même année, l'aile marchante du Comité de lancement créait l'Association pour l'Appel de Genève (APAG) qui décida d'emblée de traduire le texte de l'Appel dans les deux autres langues officielles de la Suisse, ainsi qu'en anglais et en espagnol afin de susciter une récolte de signature à l'échelle de l'Europe (1). Dans le Comité de lancement figuraient les noms de plusieurs personnalités - professeurs, physiciens, théologiens, médecins, juristes, députés - dont celui de feu Denis de Rougemont. Le manifrste fut envoyé à tous les parlements d'Europe, à l'Est comme à l'Ouest.
EDITORIAL
Si l'Appel de Genève s'élevait contre la construction du surgénérateur Superphénix de Creys-Malville non loin de notre frontière pour des raisons évidentes de santé publique en cas d'accident, il voulait également protester contre les conséquences quasi inévitables d'une telle option énergétique, à savoir la mise en place d'une société policière rendue nécessaire pour des raisons de sécurité, et la concentration irréversible d'un énorme pouvoir en quelques mains. Cette société du plutonium est incompatible avec les valeurs dont se réclament encore nos démocraties pluralistes (2).
Quand donc au premier trimestre 1988 parut le premier numéro de la Gazette de l'APAG, ce n'était que l'aboutissement public d'un long effort d'éveil des consciences aux divers dangers liés à la sugénération du plutonium. Il était surtout le support nécessaire au lancement d'une Souscription publique en vue d'une expertise de la sûreté du surgénérateur de Creys-Malville, indépendante des pouvoirs politiques et des intérêts financiers. Souscription qui aboutit, comme chacun sait, et l'expertise fut confiée aux professeurs Jochen Benecke et Michael Reimann (RFA). Enfin, la Gazette de l'APAG fut deux années durant le canal utile pour informer nos lecteurs des actions (entre autres juridiques) s'inscrivant dans la lutte contre la remise en marche de Superphénix à la suite de ses nombreuses avaries. Cette tâche, nous entendons la poursuivre.
Cependant nos lecteurs savent que Creys-Malville n'est que le révélateur d'un problème autrement plus vaste. Aujourd'hui les défenseurs de l'option énergétique nucléaire veulent faire accroire qu'elle est la panacée au redoutable accroissement de l'effet de serre (c'est le sujet du dossier scientifique du présent numéro). A l'ère industrielle, toute politique énergétique est solidaire d'un choix de société. D'où la nécessaire globalité des perspectives de notre nouvelle revue que soulignent les deux premiers mots de son titre: Stratégies Energétiques.
Par ailleurs en usant du terme de Biosphère nous voulons d'emblée nous situer dans une grande tradition historique et scientifique. Dans une tradition historique, car si ce vocable peut sembler aujourd'hui à la mode et de création récente, il est bon de rappeler qu'il apparaît dans la littérature scientifique sous la plume d'Eduard Suess (1831-1914) dans un petit ouvrage intitulé Die Entstehung der Alpen (La Genèse des Alpes), sujet repris et développé dans son étude en deux volumes, Das Antlitz der Erde (La Face de la terre), publiés simultanément à Prague, Vienne et Leipzig et dans lesquels «l'ubiquité de la vie et la continuité de sa manifestation à la surface terrestre» sont mises en évidence. Par la suite, on le rencontre, avec des nuances de sens chez Vernadsky, Teilhard de Chardin, G.E. Hutchinson, N.Georgescu-Roegen et d'autres (3). Enfin, dans une tradition scientifique, parce que nous sommes convaincus que les sciences et les technologies modernes peuvent et doivent fournir des solutions approchées aux problèmes contemporains. Si l'Association pour l'Appel de Genève estime que le recours systématique au nucléaire est une solution de facilité à courte vue, elle n'est pas pour autant - nous l'avons déjà dit ailleurs - un club de passéistes rêveurs cultivant les souvenirs «édéniques» d'antan.
STRATÉGIES ÉNERGÉTIQUES, BIOSPHÈRE & SOCIÉTÉ (SEBES) succède donc à la Gazette de l'APAG. Pour nous, ces trois termes ne sont pas juxtaposés, mais liés dans une optique délibérément interdisciplinaire. Dans notre revue, pour l'instant semestrielle et plus volumineuse, nous désirons aborder les questions scientifiques en rapport avec les problèmes éthiques ou philosophiques qu'elles peuvent poser. De plus, la revue sera divisée en deux parties: l'une réservée à un thème, à une problématique ou encore à une controverse, et l'autre livrant des informations en relation avec les activités et préoccupations de l'APAG. Les articles signés n'engagent que leurs auteurs.
Genève, 26 avril 1990.Charles Enz, co-président de l'APAG.Joel Jakubec, co-président de l'APAG.Ivo Rens, rédacteur responsable.
Suite du volume
NOTES(1) Parmi les signataires figurent les Prix Nobel George Wald, Jan Tinbergen, Konrad Lorenz, Heinrich Böll; des écrivains tels Michel Butor, Roger Garaudy; le prince Sadruddin Aga Khan, le professeur Ernst von Weizsäcker, etc.
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[2] Pour plus de détail on lira le Livre jaune sur la société du plutonium, Yellow Book on the Plutonium Society (publié sous les auspices de l'APAG), Editions de la Baconnière, Neuchâtel, 1981 (ouvrage partiellement bilingue français-anglais).
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[3] Nous empruntons ces renseignements à Jacques Grinevald, «On a bolistic concept for deep and global ecology: The Biosphere», Fundamenta Scientiae, 1987, vol. 8, N° 2, p. 197-226.
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TABLE DES MATIERES
PrésentationEditorialpar: Charles Enz, co-président de l'APAG;
Joel Jakubec, co-président de l'APAG;
Ivo Rens, rédacteur responsable.
Dossier scientifiqueGare à l'effet de serre: une catastrophe peut en masquer une autre! (t.a.p.)
par Ivo Rens
L'effet de serre de la Biosphère (t.a.p.)
De la révolution thermo-industrielle à l'écologie globale
par Jacques Grinevald
La contribution du gaz carbonique au changement climatique (t.a.p.)
par René Strub
Le nucléaire est-il une réponse à l'effet de serre? (t.a.p.)
par Y.-L. Boullis
Gazette de l'APAG:
Réflexions sur le Rapport Tanguy concernant la sûreté nucléaire à EDF
par Charles Enz
Le Conseil national et la drogue nucléaire
par Ivo Rens
De l'utilité des pétitions. Petite histoire d'un Grand Conseil
par Michel Brélaz
(et) Les secrets du dimanche
Par N.
Energie-Information, Exemple des méthodes de désinformation pratiquées par les milieux nucléocratiques du Canton de Vaud
par Olivier Delafontaine
Premières fissures dans la désinformation de l'opinion publique française en matière de risque radiologique
par Jan Masolijn
CREYS-MALVILLE
Les procédures judiciaires contre le redémarrage de la Centrale Superphénix de Creys-Malville (suite)
par Ivo Rens
Correspondance Malville (suite)
de Pierre Lehmann avec le Conseiller fédéral Adolph Ogi
Réponse du Conseil fédéral au Postulat Longet priant d'organiser un Colloque scientifique, contradictoire et public sur la sécurité des surgénérateurs
(et) Lettre du professeur Ch. Enz, du pasteur J. Jakubec et du professeur I. Rens au professeur G. Sarlos de l'EPFL sur l'«éthique de l'ingénieur»
Littérature
Philippe Bach: Le dossier Creys-Malville, préface de Guy-Olivier Segond, introduction de Monique Sené, Edition Slatkine, Dierck OrinckxStratégies Energétiques, Biosphère & Société (SEBES), est une collection de la Fondation Biosphère et Société domicilée à Genève. Fondée en 1990, elle est parrainée par l'Association pour l'Appel de Genève (APAG), le Centre universitaires pour l'étude des problèmes de l'énergie de l'Université de Genève (CUEPE), la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (FRAPNA) ainsi que par la Société suisse pour la protection de l'environnement (SPE/SGU).