Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07017.jsonl.gz/778

Quand j'ai appris que le nouveau nom de la prochaine version de Windows n'est plus Longhorn (son nom de code que tout le monde connaît) mais Vista, je me suis retenu d'y réfléchir. Leurs efforts me semblant généralement grotesques (produits, vocabulaire, décisions), je craignais de m'énerver.
D'ailleurs, maintenant ça me saute aux yeux : d'accord leur poids médiatique leur permet les pires absurdités, mais n'est-il pas particulièrement grotesque de
- changer le nom d'un produit qui n'existe pas encore ?
- trouver ça suffisamment important pour avertir la presse ?
- abandonner un nom que tout le monde connaît et utilise ?
- et surtout remplacer un nom commun de deux syllabes par un autre nom commun de deux syllabes ?
Beaucoup d'industries donnent à leurs produits des noms commerciaux à forme humaine pour remplacer des nomenclatures compliquées (FireWire pour IEEE1394) ou hors de portée du quidam (le jeu de mots de Mac OS X, « caché » au public). Mais le but reste que le client-utilisateur se serve du nom en question. D'où des contraintes évidentes : éviter les trucs imprononçables, ne pas cacher des nomenclatures informatives quand elles sont compréhensibles, évidemment éviter les noms déjà utilisés, surtout dans le même domaine ou à proximité géographique, accessoirement éviter le ridicule.
Ainsi Apple utilise publiquement les codes des versions du système depuis qu'ils trouvent que « ça marche » médiatiquement, mais sans noyer la démarche en l'étendant à d'autres produits et sans négliger la numérotation invariable depuis le système 1.0, parce que les noms abstraits sont bien jolis tant qu'ils désignent « le prochain » dans la presse pour les futurs acheteurs, mais 3 ans après ils ne veulent plus rien dire pour les utilisateurs, contrairement au numéro de version. Microsoft a toujours eu du mal aussi avec les numérotations. Et avec le point de vue de l'utilisateur. Mais c'est une autre histoire.
Reste que Longhorn, toute la clientèle visée le connaissait, l'associait au produit concerné, pouvait le retenir et le prononcer, et ne s'en privait pas. J'aimerais vraiment avoir une chance de disséquer le haut du génie qui a décidé de trouver « mieux », on doit pas être faits pareil.
La raison invoquée (le machin doit tellement clarifier la perception de l'informatique que son nom doit en parler) me semble ténue en comparaison du gâchis médiatique, mais surtout si c'était si important ils auraient dû y réfléchir plus tôt au lieu de l'appeler comme une vache en attendant de voir à quoi il ressemblerait. On n'en sort pas : ils travaillent à l'envers.
Donc si je ne m'étais pas retenu j'aurais encore dit du mal de Microsoft, ce qui n'aurait peut-être pas alourdi mon karma (il me semble même qu'être une bonne personne suppose entre autres de dire du mal de Microsoft), mais n'aurait pas allégé mes relations avec la part majoritaire de la population qui se sent à juste titre mise en cause quand on questionne les mérites des ânes auxquels elle fait aveuglément confiance.
Malheureusement le web et les copains se sont ligués pour me signaler 3 absurdités en 3 jours, alors j'ai craqué : paf, j'y ai pensé.
Si l'on en croit les déclarations de Microsoft, la décision a bien été motivée par l'un des points mentionnés plus haut : donner au nom une valeur descriptive. On serait donc en gros sur la même longueur d'onde, quelque part. Ça ne me saute pas aux yeux. Ce qui n'a rien d'étonnant, ce serait bien le première fois qu'une idée de Microsoft me semblerait sensée.
C'est sûr que ce n'est pas pour simplifier la prononciation, la mémorisation ou la compréhension, vu que l'autre nom marchait pareil de ce point de vue.
Ce n'est pas non plus pour éviter le ridicule (comme la projection d'un amusant petit film montrant un félin puis un ruminant lors d'une présentation de Steve Jobs), vu que de ce côté MacBidouille nous apprend que c'est déjà le nom du service informatisé VISualisation du Temps d’Attente de Transpole (Transport en commun de Lille Métropole), ce qui ne va pas aider à faire oublier la longueur et les retards successifs du développement de Longhorn (oups, Vista). On pourrait justifier ça par le manque de temps pour vérifier de tels téléscopages à l'échelle mondiale, mais quelque chose me dit que dans ce cas précis l'argument serait contre-productif.
De toute évidence ce n'est pas non plus pour éviter un nom déjà pris dans le secteur, vu que Vista est le nom d'une autre société informatique dont le site web est tout bêtement vista.com. Ni pour éviter une proximité géographique, vu que celle-ci habite Redmond, comme Microsoft.
Alors certes tout ceci ne nous dit rien de la qualité du produit et je suis un sale type de me moquer de Microsoft pour des broutilles sans aucun rapport.
Oui mais non : je n'ai rien (de nouveau) à dire des compétences de Microsoft pour le développement d'un système d'exploitation, d'accord, mais là où je veux en venir c'est qu'en ce qui concerne ses compétences pour le développement d'un moteur de recherche, reconnaissez que ça fait réfléchir. Vous ne l'aviez pas vue venir, celle-là, hein ?
Il se trouve en effet que Microsoft cherche à concurrencer (c'est-à-dire anihiler) Google. Or je ne ferais pas confiance à des gens qui ne sont pas foutus d'utiliser leurs propres outils pour prévenir de telles gaffes. Remarquez, ils se passent très bien de ma confiance pour tondre leurs moutons et je n'ai d'ailleurs pas vérifié que leur machin trouve les pages mentionnées, mais en tout cas pour Google "vista + windows" donnait encore récemment en premier Vista Windows, un fabricant de fenêtres, ce qui aurait pu les faire hésiter, à moins qu'ils n'aient l'intention d'évincer aussi les vrais fabricants de vraies fenêtres.
Il y a la malchance et puis il y a les bonnes grosses erreurs de jugement.
Avec l'expérience, je crois de moins en moins à la chance.