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Jusqu’au XIXe siècle, 6 à 7 communautés religieuses fribourgeoises possédaient des vignes sur le territoire de Corseaux : les Cordeliers à côté de la Poste, les Filles de la Part-Dieu de Romont, les cures de Vuadens et de Sâles, le grand Prévôt de Fribourg. Comme le montre un plan de 1789, les révérends Pères Augustins de Fribourg1 possédaient le vaste domaine de Châtonneyre.
En 1838, ils demandent une autorisation pour une augère2 et un bassin. Le bâtiment était alors plus grand qu’aujourd’hui : long de 26 m., avec habitation, grange, écurie et pressoir. Selon les archives fribourgeoises, il ne semble pas que le bâtiment ait été habité par les moines. Le raisin était cependant vinifié pour faire du vin de messe.
Après la guerre du Sonderbund3, le canton de Fribourg dut payer une forte indemnité. Il s’attribua alors nombre de propriétés des communautés religieuses et les vendit. Ainsi, le 11 novembre 1848, le couvent des Augustins cède à l’Etat de Fribourg les bâtiments et terrains de Corseaux. Ils sont repris par Charles Emile Scherer le 18 juin 1849 et revendus le même jour à la famille Grand d’Hauteville du château situé au nord de Vevey, à savoir Louis et sa femme Maria, née Cerjat (une famille de la région de Moudon).
En 1854, un hangar pour la pompe à feu est construit à cet emplacement (rue du Village 2), adossé à la propriété Dubochet (actuelle Maison de Commune). Il sera démoli en 1933 lors de l’élargissement de la route.
En 1872, la maison fut détruite par un incendie. Le vigneron dut aller loger 4 ans au Lazaret, rue de la Paix. On reconstruisit un bâtiment plus petit, avec habitation et pressoir; la cave qui avait résisté contenait de beaux tonneaux de chêne.
En 1880, les frères Edouard et Jules Delapraz signèrent leur premier bail de vigneron-tâcheron. Depuis lors, la famille a cultivé sans discontinuer ce magnifique domaine qui donne en particulier le fleuron des vins corsalins: le Clos4 de Châtonneyre (le plan de 1789 a justifié cette appellation). La famille compte plusieurs vignerons primés lors des Fêtes des Vignerons successives.
Par alliance, la famille de Haller hérita d’une partie de la propriété, puis reprit récemment l’ensemble du domaine. Dans les années 1970, la Commune de Corseaux acquit par expropriation pour utilité publique une partie du bas du domaine, afin d’en faire un collège intercommunal, projet qui ne fut jamais réalisé.
Récemment, l’habitation a été rénovée par son nouveau propriétaire, Ludovic Masson, et les tonneaux de chêne ont été mis à l’air du temps.
Le vignoble du Clos de Châtonneyre est désormais classé dans le périmètre de «Lavaux, vignoble en terrasses – Patrimoine mondial de l’UNESCO».
PS: Le circonflexe sur le nom « Chatonneyre » fut ajouté en 1971, lors de la construction du complexe de Châtonneyre.
B. Sauvageat
1 Ce couvent est maintenant fermé
2 Augère ou auge, pièce creusée qui sert à abreuver les animaux domestiques.
3 Qui se déroula du 3 au 29 novembre 1847
4 Selon la loi vaudoise sur les appellations, un « clos » est un vignoble d’un seul tenant.
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