Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07068.jsonl.gz/400

Description
Les prairies humides à filipendule à six pétales se caractérisent par un substrat très riche en argile6, pauvre en nutriments*, et dont l’humidité est directement influencée par la présence d’une nappe phréatique* fluctuante superficielle1, 2, 6 (située entre 0 et -150 cm environ). La topographie, ordinairement plane, permet une accumulation d’eau durant l’hiver et conduit à l’engorgement superficiel du sol2, 3. Durant la période estivale, la nappe* s’abaisse progressivement et les prairies s’assèchent2. Ces variations d’humidité sont accentuées par les caractéristiques argileuses du substrat qui agit comme une éponge en retenant l’eau en surface jusqu’à son évaporation. Concrètement, cela se traduit par des sols temporairement asséchés l’été (en moyenne de juillet à septembre), mais engorgés lors des autres saisons. Les prairies à filipendule se distinguent des prairies humides à lotier maritime par leur durée d’assèchement globalement plus courte.
Le substrat est, la plupart du temps, intrinsèquement pauvre en matière organique*. Cela n’est, semble-il, pas absolu puisque les analyses de sol menées en 2012 dans la réserve naturelle des Prés de Faverges révèlent des teneurs en matière organique* allant de 5 à 9%4. Quelle qu’en soit la cause (absence de matière organique* ou engorgement prolongé limitant la minéralisation*), la quantité de nutriments* à disposition de la végétation est toujours très limitée; ces prairies s’avèrent donc peu productives sur le plan agricole. La fauche traditionnelle permet une production en matière sèche d’environ 2 à 4 tonnes seulement par hectare et par an5, alors que les rendements obtenus dans les prairies artificielles intensives sont de 10 à 15 tonnes/ha/an. La qualité nutritive du fourrage est moindre et le produit de fauche est généralement utilisé pour la litière, ce qui vaut à ces prairies la dénomination populaire de «prairies à litière».
A Genève, les groupements typiques (Molinion: Cirsio-Molinietum) se composent d’une végétation dense, pouvant atteindre 1 m de hauteur, dominée par la molinie faux-roseau (Molinia arundinacea)12,5, à laquelle s’associe une strate* inférieure composée de nombreuses espèces de plus petite taille colonisant le sol nu entre les touffes de graminées1, 2. Il est possible de rencontrer le gaillet boréal (Galium boreale), le genêt des teinturiers (Genista tinctoria), l’inule à feuilles de saule (Inula salicina), l’ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum) ou le fenouil des chevaux (Silaum silaus). Les végétaux qui supportent la sécheresse estivale sont également présents, comme par exemple la filipendule à six pétales (Filipendula vulgaris)5, le brome dressé (Bromus erectus)5, l’épiaire officinale (Stachys officinalis)5 ou le trèfle des montagnes (Trifolium montanum)5. Le cirse tubéreux (Cirsium tuberosum), qui donne son nom à l’association phytosociologique du Cirsio-Molinietum, est excessivement rare sur le canton6, 9.
Bien que très proche des prairies à lotier maritime, cette formation s’en distingue par l’absence d’espèces typiques des milieux très secs comme l’hippocrépide à toupet (Hippocrepis comosa) ou le lin à feuilles menues (Linum tenuifolium). La présence, de manière éparse, d’espèces habituellement associées aux prairies de fauche comme le dactyle aggloméré (Dactylis glomerata)5, la houque laineuse (Holcus lanatus)5, la gesse des prés (Lathyrus pratensis)5 ou le trèfle des prés (Trifolium pratense)5 est également un critère diagnostique. Les prairies humides à filipendule à six pétales, sèches lors de la période estivale, réalisent la transition en direction des prairies mi-sèches (Mesobromion)5.
Certains groupements très peu représentés dans le canton ou qui couvrent de toutes petites surfaces ont été assimilés aux prairies à filipendule à six pétales à des fins de lisibilité cartographique. Il s’agit notamment des prairies humides situées sur les versants ombragés ou dans les clairières forestières (Molinion: Clinopodio-Molinietum)5. Dominées par la molinie faux-roseau (Molinia arundinacea)5, elles se composent d’espèces de demi-ombre ayant leur optimum dans les ourlets mésotrophes comme l’aigremoine eupatoire (Agrimonia eupatoria)5, le trèfle intermédiaire (Trifolium medium)5 ou l’origan (Origanum vulgare)5.
Où observer
Quand observer
Identité
Profil
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|2.9||3||3.1|
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|3.3||3.35||3.4|
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|2.5||2.55||2.6|
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|4.3||4.4||4.6|
|Value|
|2|
Le saviez-vous?
Valeur biologique
Les prairies humides à filipendule à six pétales ont une valeur biologique importante liée autant à leur faible représentation au niveau cantonal et national qu’au riche cortège spécifique qui leur est associé1.
Sur le plan botanique, il faut souligner la présence de nombreuses espèces rares* et protégées* comme le glaïeul des marais (Gladiolus palustris), le laser de Prusse (Laserpitium prutenicum), la petite scorsonère (Scorzonera humilis), ainsi que diverses orchidées (orchis tachetée: Dactylorhiza maculata, platanthère à fleurs verdâtres : Platanthera chlorantha).
La diversité de la végétation est une aubaine pour de nombreux insectes comme les criquets (Chrysochraon dispar, Conocephalus fuscus) ou les papillons (Minois dryas) qui exploitent avec appétit ce fabuleux garde-manger. Témoins de chaînes alimentaires complètes et diversifiées, tous ces insectes constituent une ressource importante pour les animaux insectivores des marais tels que les oiseaux et les libellules. A l’instar des végétaux, il est possible de rencontrer certains animaux menacés* à Genève qui bénéficient d’une protection spécifique. C’est le cas par exemple du grillon des marais (Pteronemobius heydenii), du criquet ensanglanté (Stethophyma grossum) ou du délicat cuivré des marais (Lycaena dispar).
Vulnérabilité et gestion
Traditionnellement exploitées comme «prairies à litière», les prairies humides à filipendule à six pétales nécessitent une gestion adaptée à la conservation de leurs ressources biologiques. Laissées à l’abandon, elles peuvent évoluer vers la mégaphorbiaie à reine-des-prés2 (Filipendulion) ou être colonisées latéralement par des formations arbustives* à pruneliers. Soumises à une pâture régulière ou à une fertilisation* de leur sol, elles se transforment progressivement en prairies humides enrichies. Pour garantir leur pérennité, le maintien de la fauche est nécessaire.
L’entretien doit être réalisé tardivement (septembre-octobre) afin de favoriser les espèces végétales à long cycle biologique dont la dissémination des graines intervient à la fin de l’été2. La fauche est habituellement organisée par secteurs2. Cette méthode, qui consiste à laisser sur pied une partie de la prairie, permet d’assurer le développement complet de la flore bisannuelle (par exemple le laser de Prusse: Laserpitium prutenicum) et de l’entomofaune*. Si la molinie devient trop dominante, il est possible d’effectuer une fauche plus précoce, vers la mi-août, afin de favoriser le développement des autres espèces. Dans ce cas, la sectorisation, destinée à maintenir des zones refuges*, est encore plus fondamentale2. Les produits de coupe* sont ensuite exportés afin de limiter l’apport en matière organique*,2.
Si l’absence d’intervention perdure, des arbustes puis des arbres s’implantent. Pour freiner cette tendance évolutive naturelle, un suivi attentif de l’embroussaillement est préconisé. Il est recommandé d’assurer à 10 ou 15% la surface couverte par les buissons, en se laissant l’opportunité d’adapter ce pourcentage en fonction des besoins. Cette hétérogénéité structurelle est bénéfique pour la biodiversité puisqu’elle permet l’expression de la strate* herbacée*, tout en augmentant le nombre d’habitats* favorables à la faune2. Il arrive pourtant que certains terrains soient abandonnés et qu’ils s’embroussaillent. Si le gestionnaire souhaite à nouveau ouvrir ces surfaces en prairies, un travail de longue haleine s’engagera puisqu’il lui faudra compter entre cinq et sept ans pour éliminer les arbustes. Dans un premier temps, les buissons excédentaires seront coupés à la base (recépage), puis les rejets qu’ils produiront systématiquement sectionnés. L’expérience montre de bons résultats lorsque le débroussaillage est réalisé deux fois par an, idéalement en juin et en septembre. Ce calendrier d’intervention permet un épuisement progressif des individus: les réserves nutritives (stockées dans les racines) sont au plus bas au mois de juin et la coupe du système aérien à ce moment augmente l’efficacité de l’intervention; en septembre, le stockage des nutriments est rendu plus difficile.
Les prairies humides à filipendule à six pétales situées en zone agricole peuvent aussi pâtir de l’intensification des pratiques agricoles (fertilisation*, drainage*)1, 2, 3. Il est donc essentiel d’éviter les apports en nutriments afin de conserver la pauvreté en éléments nutritifs* du sol, gage de biodiversité*.