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Hommage de Lula au journaliste et à l'expert tués en Amazonie
Le président brésilien Lula a demandé lundi au monde de veiller à ce que la lutte du journaliste britannique Dom Phillips et de l'expert brésilien Bruno Pereira assassinés en Amazonie ne soit pas vaine. Il s'exprimait lors du premier anniversaire de leur décès.
Les deux hommes ont disparu le 5 juin 2022 dans la vallée de Javari, dans une réserve indigène du nord du Brésil, près des frontières avec la Colombie et le Pérou, où opèrent des trafiquants de drogue, des chercheurs d'or illégaux et des braconniers.
"Je veux rendre hommage à Dom Phillips et Bruno Pereira, ainsi qu'à tous ceux qui ont perdu la vie en défendant l'environnement", a déclaré Luiz Inacio Lula da Silva lors d'un événement organisé à Brasilia, au cours duquel des centaines de personnes ont rendu hommage aux deux hommes sous des applaudissements nourris.
"La meilleure façon de leur rendre hommage est de faire en sorte que leur lutte n'ait pas été vaine", a-t-il ajouté, en annonçant des mesures pour lutter contre la déforestation en Amazonie, qui a explosé sous l'administration de son prédécesseur d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022).
Aveux de trois pêcheurs
Le leader et activiste indigène Raoni Metuktire était également présent, ainsi que des proches des victimes, la Première dame Rosangela da Silva et les ministres de l'Environnement Marina Silva et des Peuples indigènes Sonia Guajajara.
Trois pêcheurs soupçonnés d'être liés à un réseau de trafiquants de drogue ont, selon l'enquête, avoué avoir abattu les deux hommes, découpé leurs corps en morceaux et les avoir cachés dans la jungle, où les dépouilles ont été retrouvées après dix jours de recherches.
Le cerveau présumé, Rubens Villar, un baron de la drogue soupçonné d'être impliqué dans le commerce illégal du poisson, a été arrêté en juillet puis placé en résidence surveillée. Il a été inculpé la semaine dernière, selon la chaîne TV Globo.
"S'informer"
Sur la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro, plusieurs dizaines de personnes se sont également rassemblées autour de la veuve de Dom Phillips, la Brésilienne Alessandra Sampaio, qui a lancé une ONG pour poursuivre le combat de son mari. "Il faut s'informer davantage sur ce qu'il se passe et arrêter d'exploiter la forêt comme des prédateurs", a-t-elle estimé sur cette plage emblématique où le journaliste aimait faire du stand-up paddle.
À ses côtés, le dirigeant indigène Beto Marubo a assuré que la situation n'avait pas changé dans la vallée du Javari depuis le double assassinat: "L'Etat brésilien doit une explication au monde entier, car le monde entier a été ému par les meurtres", a-t-il déclaré. Des rassemblements étaient également prévus ailleurs dans le monde et notamment à Londres, ainsi qu'à Atalaia do Norte, dans la vallée de Javari, où des chants traditionnels ont été entonnés en souvenir des deux hommes.
Réaction internationale
Dom Phillips, 57 ans, journaliste de renom qui avait publié dans The Guardian, le New York Times, le Washington Post et le Financial Times, travaillait à l'écriture d'un livre intitulé "Comment sauver l'Amazonie".
Il accompagnait Bruno Pereira, 41 ans, haut fonctionnaire de la Fondation Nationale des peuples Indigènes, la FUNAI, qui avait pris un congé sans solde et travaillait comme consultant pour aider les groupes indigènes à protéger leurs terres contre la pêche ou l'orpaillage illégal, un engagement qui lui avait valu des menaces de mort.
Leur disparition avait déclenché un flot international de condamnations, du groupe de rock U2 à la star hollywoodienne Mark Ruffalo, en passant par la légende du football Pelé.
Nouvel élan
Des proches ont lancé une campagne de collecte de fonds pour permettre de terminer le livre entrepris par Dom Phillips, tandis que la plateforme journalistique Forbidden Stories parraine des projets de reportage pour poursuivre le travail des deux hommes.
La lutte pour la protection de l'Amazonie, forêt primaire clé dans la course à la lutte contre le changement climatique, a pris un nouvel élan au Brésil avec la victoire de Lula face au président sortant Jair Bolsonaro.
Mais il vient de subir un revers par le Parlement, qui a retiré au ministère de l'Environnement ses compétences en matière de cadastre des terres rurales, levier essentiel pour combattre la déforestation. Le ministère des Peuples autochtones a lui perdu la responsabilité de la démarcation de nouvelles réserves indigènes.
ats, afp