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Maintenant, si vous permettez, je vais vous raconter d'où vient le sobriquet que les gens de La Roche portent allègrement d'ailleurs : la mithrèta consiste en un seau en bois de forme très allongée avec un petit manche que l'on tient comme cela, et dans la mithrèta normalement les armaillis y mettaient la crème.
Mais à l'époque où la paroisse de la Roche n'existait pas encore, ce qui remonte à 1400, 1500 et 1600 aussi. Les gens qui étaient dans ces coins de terre assez isolés étaient, naturellement, comme à l'époque, très religieux, ce qui n'est pas un défaut ; ils assistaient à la messe à Broc.
Et les gens de La Roche pour aller à Broc devaient compter deux heures de marche pour aller et deux heures pour revenir, et comme les offices principaux se disaient le matin, ils y allaient, mais ne pouvaient revenir sans être restaurés. Ils prenaient dans leur mithrèta, puisque chacun en avait une, leur repas de midi. Mais comme ils étaient à une distance assez conséquente de Broc, ils arrivaient très rarement à l'heure, plutôt en retard, les gens de Broc restaient sous l'auvent et ils disaient :
- Est-ce que ces gens vont arriver pour commencer l'office ? Et voilà que tout à coup, on voyait ces gens qui arrivaient avec leur mithrèta. Alors les gens de Broc ne disaient plus que :
- Inke le mithrètè k'arouvon 1. Et c'est le nom qui est resté aux habitants de la Roche, c'est-à-dire les Mithrètè, qui est ce sympathique récipient en bois que les capucins connaissaient bien pour l'avoir reçu plein de crème de la part des teneurs de montagne.
1 Voilà ceux aux seaux de bois, à la mithrèta qui arrivent.
Source
Sentier thématique :
Au pays des Légendes de la Gruyère
Texte :
Jean Brodard, tiré de "Contes et légendes de Fribourg", Editions Monographic SA Sierre, 1984, Collection Mémoires vivantes
Adaptation :
Belén Clément