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Le débat marxiste inauguré en Allemagne à la fin des années 30 sur le réalisme en art fit resurgir une querelle ancienne, celle qui oppose les détracteurs et les tenants de l’allégorie. Bien davantage qu’une simple figure de style en effet, l’allégorie questionne la transparence idéale du lien qui unit le langage — et l’art — au réel. Historiquement, le sens allégorique fut d’abord opposé au sens littéral, dans la philologie antique et l’exégèse médiévale notamment. L’allégorie s’opposa plus tard au symbole, à partir de Goethe et du romantisme allemand. L’interprétation allégorique se fait nécessaire quand le texte original non seulement n’est plus compréhensible parce que vocabulaire et grammaire ont évolué, mais parce que son sens n’est plus admissible, qu’il fait scandale. Pour expliquer l’anthropomorphisme blasphématoire des dieux homériques ou l’érotisme ardent du Cantique des Cantiques, les interprètes refusent la lecture immédiate, naïve, du texte littéral et prônent la nécessité d’une autre lecture qui sache chercher et trouver sous les mots apparents le sens authentique et différent, le vrai sens du discours, son sens allégorique (de ἄλλος, autre et de ἀγορεῖν, dire). Née de la nécessité de concilier la teneur du texte canonique avec les exigences de la raison et de la morale, la pratique de l’allégorie sera soumise à la critique dès la Renaissance: en effet, si l’allégorie peut bien construire un lien entre l’image et le sens, elle s’avère incapable d’établir la nécessité de ce lien. La pensée scientifique moderne s’achoppe à cet arbitraire du lien signifiant-signifié dans l’allégorie, un arbitraire fondé historiquement dans la discrepance du sacré et du profane et qui va réapparaître, sous une forme sécularisée et amplifiée, dans la réflexion esthétique sur le sens propre et le sens figuré, particulièrement dans l’opposition de l’allégorie au symbole. Après K. Ph. Moritz, Goethe et, à sa suite, la plupart des écrivains romantiques allemands condamnent l’allégorie comme une figure lourde et gauche qui ne livre son sens qu’au terme d’une construction laborieuse et arbitraire. Le symbole, au contraire, figure la totalité du beau, révèle son sens immédiat et transparent, parce qu’en lui signifiant et signifié sont intimement et naturellement liés. L’opposition entre symbole et allégorie dans l’esthétique de Goethe et des Romantiques marque donc bien davantage qu’une simple opposition de figures rhétoriques. Elle s’inscrit dans l’opposition métaphysique de Nature et de Culture, de Totalité et de Manque, ou encore de l’Intuition (Anschauung) et du Concept, puisque ce qui est toujours reproché à l’allégorie, c’est de tenter une traduction sensible du concept au lieu de faire voir (anschaulich machen) le sens dans son immédiateté. La défense de l’allégorie à l’époque moderne va revendiquer justement ces qualifications jugées anti-esthétiques, en montrant que ce caractère arbitraire, déficient, historique et conceptuel de l’allégorie définit un art certes différent de celui de l’harmonie classique mais tout aussi légitime, voire le seul légitime à l’époque moderne.