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27/03/2009
La figure de Jean Servion, syndic de Genève
La figure de Jean Servion est très intéressante. Natif des environs de Saint-Julien-en-Genevois, il fut syndic de Genève au début du XVe siècle. Or, il était un proche d’Amédée VIII de Savoie. Il est l’auteur d’une chronique de Maison de Savoie qui fait remonter celle-ci aux Troyens. Mais il participa également, en compagnie de Martin Le Franc, à une traduction de la Bible en français.
Martin Le Franc était un poète qui avait des titres ecclésiastiques, notamment à Lausanne, mais aussi dans le comté de Genève. Lui aussi était un proche d’Amédée VIII, qui l’avait rencontré à Bâle, au moment de son élection à la papauté par les évêques schismatiques du Saint-Empire; il était originaire de Normandie.
Il est logique de considérer que cette traduction de la Bible en français fut approuvée par Amédée VIII en tant qu’il était pape schismatique (sous le nom de Félix V). Or, elle a eu lieu à Genève. Les implications n’en sont pas difficiles à saisir. Pour moi, il est clair que la fusion entre le titre princier d’Amédée VIII et son titre de Pape devait mener à une conception plutôt nationale, de la religion, et c’était un changement, par rapport aux temps médiévaux, au sein desquels le Pape conservait, dans l’esprit des peuples, des prérogatives issues du Pontife suprême de l’ancienne Rome, qui n’était autre que l’Empereur.
Seul l’Empereur germanique pouvait lui contester sa prééminence: ce fut la guerre entre les Guelfes et les Gibelins. Mais Amédée VIII n’était pas empereur, même s’il avait été fait Duc par Sigismond Ier, et que cela signifiait qu’il était souverain dans ses États; il n’était qu’un prince parmi d’autres, continuant, aux yeux du temps, le royaume de Bourgogne, dont son ancêtre Pierre II avait reçu les insignes officiels. Et ainsi, il apparut que le royaume de Bourgogne pouvait être souverain y compris sur le plan religieux. La traduction de la Bible en français, langue du prince, avait une signification profonde.
Personnellement, je ne le cache pas, je vois dans ces faits l’origine du protestantisme genevois. Car le duc de Savoie a renoncé à la tiare, et s’est soumis au Pape romain, mais les Genevois à mon avis sont restés sur sa ligne précédente. Les Savoyards ont suivi le Duc dans sa nouvelle orientation italienne, pour ainsi dire. Mais Genève résista.