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Lutte contre les virus et conditions météo : les leçons de la grippe espagnole
La ville de Boston a été particulièrement touchée en 1918, lorsque la pandémie de grippe a atteint la côte est des États-Unis. Nombre de patients, entassés dans les chambres des hôpitaux, voyaient leur état s’aggraver dans des espaces mal aérés. D’où la décision de placer un certain nombre d’entre eux sous tente, pour leur permettre de respirer de l’air frais.
Par beau temps, les malades étaient sortis pour être exposés au soleil. À cette époque, il était courant de mettre les soldats malades à l'extérieur, la thérapie en plein air, comme on l'appelait, étant largement utilisée pour les blessés qui revenaient du front (la méthode est restée populaire jusqu'à ce que les antibiotiques la remplacent dans les années 1950).
Alors que les taux de mortalités restaient assez élevés chez les patients confinés dans les chambres des hôpitaux, le chirurgien général de la Garde d'État du Massachusetts relevait dans ses rapports que les patients placés sous tente se rétablissaient mieux, permettant de réduire le nombre de décès de 40% à environ 13%. Il ne s’agissait que d’une simple observation, qui pouvait être due à différents biais (par exemple, selection des meilleurs cas pour les mettre dehors), et non pas d‘une étude rigoureuse. Toutefois, on sait aujourd’hui que le soleil est capable d’inactiver le virus influenza de la grippe de même que certaines bactéries.
« L’air libre est en effet bien plus nocif pour les bactéries aéroportées que l'air intérieur, de jour comme de nuit », explique Richard Hobday, chercheur indépendant et auteur d’un article en anglais paru le 10 mars dernier (cliquez sur ce lien). « Les patients traités à l'extérieur sont moins susceptibles d'être exposés aux germes infectieux, souvent présents dans les services hospitaliers classiques ».
« Le fait de placer des patients au soleil à l'extérieur permet par ailleurs de faire la synthèse de la vitamine D dans leur peau. Laquelle renforce le système immunitaire et permet de mieux résister aux infections respiratoires. Les médecins ne connaissaient pas ce mécanisme à la fin de la Première Guerre Mondiale ».
« L'expérience durement acquise lors de la plus grande pandémie de l'histoire pourrait nous aider dans les semaines et les mois à venir », confie encore le spécialiste.
Bols d'air frais bénéfiques mais sous conditions
L’avènement de journées ensoleillées et chaudes a incité les populations à sortir la semaine passée. Mais force est de le constater, le nombre de contaminations en Suisse a augmenté au fil des jours. Manifestement, le fait de se rendre en masse sur les lieux publics, le non-respect des distances sociales ont agi de manière prépondérante...
Il est donc impératif de suivre les recommandations du Conseil Fédéral, notamment celle de se confiner à la maison pendant les semaines à venir. Les promenades ne sont autorisées que si les distances d’un mètre cinquante entre les individus sont respectées et qu’il n’y a pas de rassemblement de plus de cinq personnes.
Conditions météorologiques et propagation des virus : ce que disent les études
Les conditions météo ont une influence sur la propagation des virus, en particulier les situations hivernales. Cette propension s’explique en grande partie par le fait que les individus restent plus facilement dans des espaces clos, peu aérés, lorsque les températures ne sont pas très élevées, ce qui facilite la transmission des microbes.
Le système immunitaire a par ailleurs tendance à s’affaiblir en hiver par manque de vitamine D. L’approvisionnement de cette dernière se fait par sa synthèse sous l'action des rayons ultraviolets B au niveau des couches profondes de la peau. Or, l’hiver n’est guère favorable au soleil dans nos régions, situées au nord du 40e parallèle. De fait, environ 60 % de la population en Suisse n’est pas suffisamment approvisionnée en vitamine D pendant les mois d’hiver, selon l’OFSP.
Une équipe de chercheurs Sud-coréens a également démontré que les concentrations de virus dans l’air étaient plus importantes en période hivernale et qu’elles atteignaient en général leu pic au mois de janvier, indépendamment du milieu où les observations étaient effectuées (urbain, suburbain ou industriel).
Une étude a enfin réussi à déterminer en 2008 quelles étaient les conditions les plus propices à la propagation des virus, en menant des expériences sur des cochons d’Inde. Il s’est avéré qu’une température de 5°C et un degré d’humidité de 20% étaient idéales pour la transmission virale.
Sur les causes du phénomène, Philip Rice, de l’Hôpital Saint-Georges de Londres, a suggéré dans une étude le rôle des UV dans la réduction des épidémies. Selon lui, ces rayons dégraderaient naturellement les virus. Or, au cours de l’hiver, l’ensoleillement est minimal, et donc l’exposition des virus à ces rayons également, ce qui expliquerait leur recrudescence dans l’air…
Toutes encourageantes qu’elles soient, ces études doivent être relativisées : les conditions météo ne constituent qu’un facteur parmi d’autres dans transmission des virus. Le monde scientifique n’a par ailleurs pas le recul nécessaire pour savoir si le Covid-19 sera affaibli par des conditions de temps plus chaud ces prochaines semaines.
A ce titre, Marc Lipsitch, professeur d'épidémiologie à Harvard, a récemment publié une analyse dans laquelle il a déclaré que le temps plus chaud ne "supprimerait" probablement pas de manière significative la propagation de la maladie.
Philippe Jeanneret avec le concours de Thierry Rochat, médecin et ancien chef du service de pneumologie des HUG
Publié le 23 mars 2020 à 17:08 - Modifié le 24 mars 2020 à 17:36