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Histoire vraie de Sebti 3
Le maître et son élève
– Mon oncle a décidé... il faut bien y aller! s'est résigné Sebti. Avec Rachid, un habitué de l'école, il a pris le chemin du village voisin, à quelques kilomètres... Soudain, Rachid s'arrête:
– Tu vois, Sebti, c'est là!
– Dans cette maison? C'est pas plus grand que ça, une école?
– Non! Pourquoi? Tu ne voudrais pas qu'on aille dans une casbah!
A la porte, un vieil Arabe est assis, enveloppé dans son burnous jauni par les années. Il porte une chéchia décolorée, qui cache en partie seulement des cheveux en désordre. Une petite barbiche amincit encore ce visage buriné par le soleil et par le temps.
D'autres enfants arrivent encore. Ils sont une bonne quinzaine, à présent, assis par terre, en cercle.

Le vieillard est chaussé de larges babouches jaunes qui font un peu penser aux pattes d'un canard!
L'enseignant s'installe au milieu d'eux et, baguette en main, commence la leçon. Sur ses genoux, un gros livre est ouvert. D'une voix monotone, le maître y lit des phrases, règles de vie parfois bien compliquées. Et chaque fois qu'il s'arrête, les élèves doivent répéter ce qu'ils viennent d'entendre.
– Quand tu sauras tout cela par coeur, dit-il en se tournant vers Sebti, comme les autres tu apprendras à lire, et même à écrire. Tu auras aussi ta "loha"! Sebti sait très bien de quoi le maître parle. En arabe, une "loha" c'est une planche. A l'école, ce mot désigne l'objet plat sur lequel on peut tracer des traits avec une sorte de craie. Notre petit ami se promet de faire de gros efforts pour essayer de retenir tout ce qu'il faut répéter. Mais ce n'est pas facile! Et quand viendra pour Iui le moment de dessiner sur l'ardoise les lettres compliquées de l'alphabet arabe, que de fois il devra laver sa "loha" pour tout recommencer!
Seuls les garçons sont admis à l'école. Les matinées sont longues. Mais l'après-midi, quand il fait si chaud, chacun reste chez soi.
Le malheur – ou la chance – pour Sebti, c'est que l'école n'est pas obligatoire. Quand on a des parents qui nous y poussent, on y va! Or le père de Sebti travaille toujours en France. Et l'oncle ne contrôle que d'un oeil l'assiduité de son neveu...
Après quelques semaines, l'école et notre petit ami ne font plus bon ménage. Parce qu'il a de la peine à comprendre, Sebti n'est pas en classe tous les jours. Et parce qu'il est irrégulier, il a de la peine à comprendre! Le maître ne s'occupe plus guère de ce mauvais élève.
– Je pars à l'école! entend tous les matins la mère de famille. Elle voit bien son enfant s'en aller, mais plus loin, que fait-il? Ah! le petit rusé! Il a trouvé une "combine". Pour se rendre au village voisin, on traverse un ravin qu'enjambe un pont très court. Quelle aubaine! Sebti s'arrange toujours pour marcher plus vite ou beaucoup plus lentement que ses camarades. Quand il arrive au pont, hop! il disparaît dessous. Et quand tout le monde a passé, notre joyeux luron sort de sa cachette et part se promener! Il s'en va dans les champs. Mais, les jours de souk, il passe volontiers la matinée dans les rues animées du village. C'est intéressant, l'étalage des marchands!
Et comme Sebti ne rentre pas au douar avant ses camarades... ni vu, ni connu! Mais ce n'est pas ainsi qu'on apprend à compter, à lire ou à écrire!
– Attends! petit farceur! Ton père va revenir. Tu verras, ce retour te réserve quelques surprises...
Texte: Samuel Grandjean