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Gâteaux à l'appui, Gaspard, Balthasar et Melchior sont de retour chaque année à la même époque! Mais d'où viennent-ils? Qui sont-ils?
Fête des Rois, Epiphanie... La légende s'est construite au cours des siècles.
«Jésus naquit à Bethléem, en Judée, pendant que Hérode était roi. Voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem. Ils demandèrent: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu son étoile apparaître à l'Est, et nous sommes venus lui rendre hommage.»
Puis l'Evangile selon Mathieu raconte qu'Hérode convoqua les mages, et les envoya à Bethléem dans l'espoir qu'il lui servent, en quelque sorte, d'espions.
Après avoir suivi la fameuse étoile, les mages «entrèrent dans la maison et ils virent l'enfant avec sa mère, Marie. Ils se prosternèrent pour lui rendre hommage. Ils ouvrirent leurs coffrets et présentèrent à l'enfant les cadeaux: de l'or, de l'encens et de la myrrhe.»
Puis, pas dupes, ces insolites visiteurs étrangers ne repassèrent pas par la case «Hérode» pour rentrer chez eux.
Détail embarrassant: sur quatre évangiles, un seul rapporte l'événement. Ce qui ne pousse pas vraiment à authentifier le récit.
Combien? D'où? Pourquoi?
Constatation de taille: l'auteur de l'Evangile de Mathieu ne parle pas de rois, mais de mages. C'est-à-dire vraisemblablement d'astrologues ou de prêtres. Venus de l'est d'Israël. Babylonie? Syrie? Perse? Mystère.
L'évangéliste semble d'ailleurs être assez indifférent à leur provenance exacte, lui qui insiste plutôt sur les présents, hautement symboliques, que les étrangers apportent. Des présents dont le nombre est à l'origine de l'idée - étrange raccourci - que les mages étaient trois...
Un nombre qui ne sera d'ailleurs spécifié que plusieurs siècles plus tard, et plus tard leurs noms (au 9e siècle), et plus tard encore, la diversité de leurs origines ethniques. Le génie des légendes consiste dans le fait qu'elles s'enrichissent au fil des époques...
La Fête des Rois a été baptisée «Epiphanie», mot qui dérive du grec «epiphaneia», soit «manifestation». Pour les églises chrétiennes, l'épiphanie signifie la révélation de Dieu, incarné par Jésus. Car l'adoration de celui-ci par les mages confère une portée universelle à sa naissance: les mages étaient en effet des «païens».·
Pour l'Eglise, le 6 janvier est également la date du baptême du Christ. Et celle des Noces de Cana (un épisode qui, celui-ci, ne figure que dans l'Evangile selon Jean). Remarquables coïncidences: le 6 janvier est décidément une date-clé.
Rien ne se perd!
Avec l'Epiphanie, l'Eglise chrétienne s'est en fait approprié une fête célébrée bien avant la naissance de Jésus: celle du solstice d'hiver commémorée notamment par les Egyptiens. En Orient, le 6 janvier a d'ailleurs longtemps été considéré comme le jour du nouvel an.
De la même façon, si l'existence d'une galette dite «des Rois» est attestée depuis le 14e siècle, le fameux gâteau est en réalité bien antérieur à la légende des mages: avant l'ère chrétienne, les Romains en cuisaient de semblables à fin décembre, lors des Saturnales.
Aujourd'hui, en Suisse, il s'écoule chaque année environ un million de «gâteaux des Rois» dans lesquels se cache une figurine qui permettra de désigner le roi ou la reine du jour. Au Tessin, le 6 janvier est même un jour férié. L'Epiphanie y donne lieu à diverses animations, dont des cortèges costumés.
Les légendes s'enrichissent au fil des époques, disions-nous plus haut. Effectivement, les artistes du Moyen-Age ont largement participé à donner corps à l'histoire des mages.
Et l'époque contemporaine a continué de surfer sur celle-ci: on peut rappeler le film des Inconnus en 2001, ou, trente ans auparavant, l'hymne mystico-amoureux de Sheila:
«Comme les Rois Mages en Galilée
Suivaient confiants l'étoile du Berger,
Mon Amérique, ma lumière biblique,
Ma vérité cosmique, c'est de vivre avec toi.»
Qu'ajouter à cela?
swissinfo/Bernard Léchot