Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06985.jsonl.gz/1136

Alors que la révolution industrielle bat son plein en Europe, le jeune Etat fédéral affiche un certain retard. Soutenu financièrement par l'Allemagne et l'Italie, le projet du tunnel du Gothard est l'occasion pour notre pays d'entrer dans la cour des grands et de voir s'ouvrir de nouvelles perspectives économiques. Créée le 6 décembre 1871, la Société des chemins de fer du Gothard, présidée par Alfred Escher, obtient la concession de la ligne ferroviaire et du tunnel. Le plus ambitieux projet de la Suisse du XIXe siècle est lancé.
Un projet d'avenir pour la Suisse
Les enjeux politiques et économiques du premier tunnel du Gothard
Le développement des chemins de fer au coeur la révolution industrielle. [Emission Gothard Express, 1997 - RTS]
Le pari de Louis Favre
Après un appel d'offre international, la construction du tunnel est confiée au Genevois Louis Favre. L'ingénieur signe les conditions d'un contrat inimaginables aujourd'hui : aucune clause d'imprévu ou de force majeure n'y est incluse. Le Genevois s'engage à réaliser l'ouvrage en huit ans et à payer une amende de 5000 francs par jour de retard. Les risques sont énormes, mais Louis Favre est un incurable optimiste.
Photos
D'une longueur de 15 kilomètres, le tunnel relie les communes de Göschenen, dans le canton d'Uri (portail nord) à Airolo, dans le canton du Tessin (portail sud). Les deux entrées sont situées à plus de 1100 mètres d'altitude.
Répartis sur les chantiers nord et sud, le nombre d'ouvriers présents simultanément a varié entre 2000 et 4000.
Commencés en 1872, les travaux de percement du premier tunnel ferroviaire se sont achevés neuf ans plus tard, en 1881.
Entrée du chantier du premier tunnel ferroviaire du Gothard. [Emission Le Magazine 1965 - RTS]
Le pont sur le Chärstelenbach menant au premier tunnel ferroviaire du Gothard
Ouvriers du chantier du premier tunnel ferroviaire du Gothard. [Emission Le Magazine, 1965 - RTS]
Ouvriers devant l'entrée du premier tunnel ferroviaire du Gothard. [Fonds CFF Historic]
Prouesses techniques
Pour réaliser son chantier dans le temps imparti, Louis Favre compte sur les découvertes et les avancées technologiques de son époque. La dynamite, invention récente d'Alfred Nobel, est désormais accessible. De nouvelles perforatrices à air comprimé, ancêtre des "jumbo" actuels, sont utilisées. Grâce aux conseils de l'ingénieur Jean-Daniel Colladon, l'utilisation de l'énergie hydraulique est rationnalisée.
La dynamite : une découverte capitale pour le génie civil
Les célèbres tunnels hélicoïdaux du Gothard : une merveille de technique et d'ingéniosité
Perforatrices, utilisation de l'air comprimé et de la force hydraulique
33 cm de décalage entre les deux tronçons du tunnel : une précision toute helvétique
Les ouvriers
Sur le chantier du tunnel, les conditions de travail sont calamiteuses : il règne dans les galeries une chaleur suffocante, l'air est saturé de poussière et d'humidité. A la sécurité lacunaire s'ajoute la pression au rendement, les accidents se multiplient.
Le salaire des ouvriers est de 4 à 5 franc par jour, somme d'où sont décomptés les frais de logement et de nourriture, mais également l'huile nécessaire aux lampes. En 1875, les ouvriers de Göschenen, qui réclament une augmentation de salaire, se mettent en grève. La milice uranaise intervient et réprime la révolte dans le sang.
La majorité des ouvriers et des mineurs sont Italiens. Au moins 117 personnes périront durant les travaux, mais des milliers d'autres mourront des suites des maladies contractées durant le chantier. A Airolo, un monument aux Victimes du travail, réalisé par le sculpteur tessinois Vincenzo Vela, sera érigé cinquante ans après l'inauguration du tunnel.
Fin de l'aventure, début d'une autre
Dépassement des devis, retard dans les travaux, les difficultés n'épargnent pas les promoteurs du tunnel. En 1878, Alfred Escher est contraint de démissionner de la direction de la Société des chemins de fer du Gothard. Le 19 juillet 1879, assailli par les soucis et harcelé par ses mandataires, Louis Favre meurt d'une attaque lors d'une visite sur le chantier.
Cinq mois plus tard, le 28 février 1880 à 18h45, les équipes sud et nord se rejoignent : le percement est enfin achevé. Le tunnel est ouvert au trafic au mois de mai 1882. Un des orateurs présent lors de l'inauguration proclame : "La locomotive sera le carrosse de la démocratie".
Le succès de la ligne est immédiat. Le Gothard s'impose rapidement comme l'axe transalpin principal pour relier le nord et le sud de l'Europe. En 1909, les CFF deviennent propriétaires du réseau. Celui-ci sera entièrement électrifié à partir de 1922.
Gravure illustrant la mort de Louis Favre
Mort de Louis Favre. [Emission Un jour une heure, 1976 - RTS]
1880 : fin du percement du tunnel
Fin des travaux et inauguration du tunnel du Gothard en 1882
Sources émissions RTS :
Le Magazine / 27.02.1965 / Journaliste : Guy Ackermann
Contact 3.2.1. : La dynamite a cent ans / 23.01.1968 / Commentateur: Georges Hardy
Un jour une heure / 26.03.1976 / Journaliste : Jacques-André Widmer
Gothard Express / 31.08.1997 et 17.12.1997 / Portrait de Louis Favre / Journaliste : Clarisse Gabus / Réalisatrice: Patricia Bernheim
Gothard Express / 31.08.1997 / Journaliste : Sandy Evangélista / Réalisateur: Sam Jarrel
Photo de bannière : Fonds CFF historic