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Quatre thèmes dans l'œuvre de Sam Szafran par
Jean Clair Le jardin clos - On découvrira l'une des œuvres les plus
secrètes et les plus poétiques de ce temps.
On le connaît peu, car peu en a été montré. Aucune
rétrospective ne l'avait honorée. A part quelques dessins abstraits
des années cinquante, elle est demeurée résolument figurative et,
à ce titre, a récemment été jugée "inclassable".
Ceux qui la collectionnent, dont quelques représentants
des plus grandes collections françaises, anglaises et américaines,
la conservent avec un soin jaloux.
Les ateliers - Les ateliers de
Szafran sont d'abord des désastres. La nuée obscure les menace, la pluie les inonde,
la neige tombe sur eux, le vent les ravage. Sous l'orage, tout est
jeté pêle-mêle, les meubles, les tréteaux, les tables, les cadres,
les feuilles. Le peintre lui-même est pris par le tourbillon.
Il est délogé, expulsé, rejeté hors du champ. On ne voit plus de
lui qu'une main, dans l'angle inférieur gauche, qui, comme un sismographe,
enregistre les tremblements de terre, trace les progrès de la destruction.
Ainsi, après beaucoup d'errances, de la Pologne à l'Australie, Szafran
a t'il rebâti cette demeure où, dans le poudroiement des poussières
colorées, coulent le miel et le lait de ce Canaan dont sont faits
ses pastels.
En traitant de l'atelier comme un motif privilégié
et récurrent - non seulement les ateliers successifs qu'il a occupés
à Paris, rue du Champs de Mars et rue de Crussol, puis rue Vinceni-Morris
à Malakoff, mais aussi l'atelier Bellini de taille douce où les
lithographies ont été tirées, et l'atelier de certains amis comme
celui du sculpteur Raymond Mason, Szafran est revenu à l'un des
thèmes les plus riches que la peinture en Occident ait créé.Ombres portées -
Quand on voit Szafran manipuler
les découpages en zinc des feuilles, puis en appliquer la forme
au papier, en tracer les contours sur les calques en papier bleu,
on songe aux stratagèmes des montreurs d'ombres chinoises et des
marionnettes javanaises.C'est tout un apologue qui est mené de feuille
en feuille sur l'abus des sens, sur l'illusion et sur la vacuité
essentielle des apparences. La ligne serpentine - Très tôt, dès
ses premiers dessins, Szafran se prend aux séductions de la ligne
serpentine.
Extraordinairement élégante, par exemple dans
la série des Rocking-chairs, celle-ci claque sur le papier, se déroule
avec ampleur, délimite, impérative, la frontière entre la lumière
et la nuit.Qu'importe qu'elle s'appuie sur un objet réel
pour inscrire sa course, le bois courbe d'un fauteuil Thonet, les
enroulements d'un banc de Gaudi ou la rampe sinueuse d'un escalier.
Ce ne sont là que prétextes à un jeu abstrait,
d'une parfaite maîtrise, qui anime l'inanimé et qui donne, dans
la vibration de la flagelle, la puissance de la vie à l'inerte.
Jean Clair, Directeur du Musée Picasso-Paris, est le commissaire
de l'exposition et l'auteur du catalogue de l'exposition.
Le catalogue de l'exposition Szafran est largement documenté
avec des textes de présentation, biographie, bibliographie ainsi
que toutes les œuvres exposées qui sont reproduites en couleurs
(CHF 45.-, environ € 30.-).
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