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En convoquant la presse à Zimmerwald, Pascal Couchepin n’a pu résister à une coquetterie d’amateur d’histoire: marcher dans des lieux qu’avait foulés Lénine, opposer le décor cossu des fermes bernoises toujours là, et leurs larges auvents protecteurs, à l’idéologie révolutionnaire bolchevique révisée.
La presse a rappelé ce que fut Zimmerwald (1915), mais n’a guère évoqué les liens entre le parti socialiste suisse et cette rencontre internationale, dont Robert Grimm facilita l’organisation, fil renoué après le déchirement de la 1ère guerre mondiale.
A la Chaux-de-Fonds
La bibliothèque municipale de La Chaux-de-Fonds présentait jusqu’au 19 septembre une exposition consacrée à E.-Paul Graber à l’occasion du dépôt de ses archives. Elles ont été réunies, classées, présentées par Willy Schupbach après un travail minutieux de recherche et de rédaction.
Elles permettent d’éclairer la rencontre entre Lénine et E.-Paul Graber, figure de proue du socialisme romand.
Une légende veut que les deux hommes ne se soient jamais rencontrés car, le jour où Lénine serait monté à La Chaux-de-Fonds, il se serait fait répondre par la fille de E.-Paul Graber que «c’était jour de lessive et que son père aidait à étendre le linge». Le féminisme de E.-Paul Graber était authentique et vécu dans le partage des tâches. Les bourgeois, conservateurs, s’en moquaient, d’où l’«invention» du rendez-vous manqué avec Lénine.
En fait, les deux hommes se sont rencontrés puisqu’ils ont tenu ensemble une conférence devant les ouvriers russes nombreux à La Chaux-de-Fonds. Lénine s’adressait à eux en allemand, E.-Paul Graber en français. Un petit drapeau rouge, triangulaire, déposé aux archives témoigne de la vie de cette communauté russe émigrée.
La boucherie sociale
Lénine retrouvait dans l’antimilitarisme profond d’E.-Paul Graber, et aussi de Paul Golay, un engagement qu’il pensait pouvoir lui être idéologiquement utile pour conquérir le pouvoir en promettant la paix avec l’Allemagne, quel qu’en fût le prix. Révolutionnaire, il n’avait pas le tempérament d’un pacifiste, mais avant la révolution bolchevique les deux lignes d’action pouvaient se recouper.
Pour E.-Paul Graber en revanche, l’engagement réformiste était total. Aucune tentative de «changer la vie» n’a été menée en Suisse avec la même rigueur qu’à La Chaux-de-Fonds au début du siècle passé. Coopératives couvrant tous les domaines et besoins essentiels: logement, alimentation, pharmacie, imprimerie, etc. Action syndicale. Engagement dans l’école et le parascolaire. Militantisme politique.
Une des six vitrines de l’exposition présentait une photo où pose devant enseigne et étal l’équipe de la boucherie. Celle-ci porte sa dénomination fière: Boucherie sociale.