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Le Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo
Notant que la Chine était devenue "la deuxième économie mondiale", le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a estimé que "la puissance impose des responsabilités".
Pékin a immédiatement réagi en déclarant que cette attribution "est totalement contraire aux principes" du Nobel et va nuire aux relations entre la Chine et la Norvège. "Liu Xiaobo est un criminel condamné par le système judiciaire chinois parce qu'il a enfreint les lois chinoises", a déclaré vendredi le ministère chinois des Affaires étrangères.
L'attribution du prix Nobel de la paix en 1989 au dalaï-lama, leader spirituel des Tibétains, avait déjà provoqué l'ire de Pékin.
Menaces préalables de Pékin
Avant l'attribution du prix, la Chine avait déjà mis en garde Oslo contre un "geste inamical" susceptible de détériorer les relations entre les deux pays. Fin septembre, le directeur de l'Institut norvégien qui attribue le prix Nobel de la paix, Geir Lundestad, a révélé que le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Fu Ying l'avait mis en garde cet été contre une détérioration des relations entre Pékin et Oslo si le dissident obtenait cette distinction.Liu Xiaobo, ici en avril 2008, purge une peine de prison de 11 ans en Chine. [Keystone]
"Ce n'était pas le premier avertissement de la part de la Chine mais ils n'ont jamais eu d'effet sur les travaux du comité", a toutefois précisé Geir Lundestad. Les cinq membres du comité Nobel sont désignés par le Parlement norvégien mais ils sont indépendants du gouvernement et de la chambre.
La Chine et la Norvège mènent actuellement des pourparlers sur un accord commercial bilatéral qui pourrait servir par la suite de modèle à un accord plus large entre Pékin et l'Union européenne.
Une nouvelle censurée en Chine
Vendredi, la nouvelle était censurée sur les principaux sites internet en Chine. La censure chinoise est très active vis-à-vis des opinions critiquant le gouvernement ou évoquant la question des droits de l'Homme. Une simple requête avec les mots clés "prix Nobel, paix, Liu Xiaobo" ne donnait aucun résultat sur les grands portails d'information et les moteurs de recherche tels que Sina, Sohu et Baidu.
La censure était également activée sur Weibo, un site de réseau social similaire à Twitter. Le journal du soir de la télévision d'Etat CCTV a lui ouvert sur les inondations dans l'île chinoise de Hainan.
L'ambassadeur de Norvège à Pékin a été convoqué vendredi au ministère chinois des Affaires étrangères qui lui a exprimé son "mécontentement" après l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo, a annoncé le gouvernement norvégien.
"L'ambassadeur de Norvège à Pékin a été prié de se présenter au ministère chinois des Affaires étrangères où on lui a signifié le mécontentement et les protestations des autorités chinoises", a déclaré Ragnhild Imerslund, porte-parole du ministère norvégien des Affaires étrangères. A Oslo, l'ambassadeur de Chine a également demandé à être reçu par le ministère norvégien des Affaires étrangères "pour convoyer le même message", a-t-elle dit.
Figure de proue de Tiananmen
Liu Xiaobo, 54 ans, purge actuellement une peine de 11 ans de prison pour "subversion du pouvoir de l'Etat" après avoir été l'un des auteurs de la "Charte 08", un texte réclamant une Chine démocratique. Auparavant, il avait déjà été emprisonné à plusieurs reprises pour ses idées et ses critiques du régime communiste.
Liu Xiaobo est une des figures de proue du mouvement démocratique en Chine. [Reuters]
En 1989, de retour des Etats-Unis, où il avait enseigné à la Columbia University de New York, cet enseignant de l'Université normale de Pékin participe au mouvement démocratique de la place Tiananmen, déclenchée par les étudiants.
Face au durcissement du régime, il entame une grève de la faim sur la célèbre esplanade de Pékin en compagnie du chanteur Hou Dejian et de deux autres intellectuels, Zhou Duo et Gao Xin.
Il a de nouveau des ennuis avec le régime et est envoyé dans un camp de rééducation "par le travail" entre 1996 et 1999 pour avoir réclamé une réforme politique et la libération des personnes toujours emprisonnées pour avoir participé au mouvement de juin 1989.
Espoir de changements
Exclu de l'université, il devient un des animateurs du Centre indépendant Pen Chine, un regroupement d'écrivains. Il garde un contact étroit avec le monde intellectuel et, s'il ne peut pas être publié en Chine, ses livres, dont "Le Noble paradis du pouvoir, enfer pour l'humble", sont notamment diffusés à Hong Kong.
Dans une interview publiée l'année dernière, il expliquait garder espoir. "Cela va progresser très lentement, mais les demandes de liberté - de la part des gens ordinaires mais aussi des membres du Parti - ne seront pas faciles à contenir".Liu Xia, épouse du dissident, se bat pour obtenir la libération de son mari. [Reuters]
Selon Liu Xiaobo, qui ne nie pas des avancées dans la société chinoise depuis 1989, le Parti communiste sera obligé de s'ouvrir de plus en plus, sous la pression de la population, fatiguée des mensonges officiels. Il a toujours refusé d'écrire sous un pseudonyme.
Liu Xia, l'épouse du dissident, s'est déclarée "tellement ravie" en apprenant l'attribution du prix Nobel à son mari, et a demandé "avec insistance" au gouvernement chinois de le libérer de prison.
Soutien des intellectuels
Plus de 120 universitaires, écrivains, et avocats, majoritairement chinois, avaient lancé un appel sur l'internet pour que le prix Nobel lui soit décerné. Pékin s'était officiellement déclaré opposé à une telle récompense, en affirmant que Liu Xiaobo avait "violé les lois chinoises".
La pétition a circulé après un appel en ce sens émanant de l'ancien président tchèque Vaclav Havel et d'autres leaders de la "révolution de velours" de 1989. La charte 08 s'inspirait de la "Charte 77", manifeste signé en 1977 par quelque 240 intellectuels, dont Vaclav Havel, pour la démocratisation de la Tchécoslovaquie communiste. Ces dernières années, les Etats-Unis et l'Union européenne n'ont cessé de réclamer la libération de Liu Xiaobo.
afp/sbo
Réactions et appels à la libération
Le président américain Barack Obama a salué vendredi l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo et appelé Pékin à le libérer, un an après avoir obtenu lui-même la prestigieuse récompense.
La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a de son côté réclamé vendredi "la libération immédiate" du nouveau prix Nobel de la paix.
La France et l'Allemagne ont également appelé à la libération du dissident chinois.
Lauréat du Nobel de la paix en 1989, le chef spirituel des Tibétains en exil, le dalaï lama, a félicité Liu Xiaobo et a demandé sa libération immédiate.
Cette attribution est "un défi pour la Chine et pour le monde entier", a déclaré vendredi Lech Walesa, le lauréat polonais de ce prix en 1983.
La Haute commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, a salué vendredi la "reconnaissance" d'un "défenseur majeur des droits de l'homme"
Le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg a félicité Liu Xiaobo, malgré les avertissements de Pékin qui avait mis en garde contre un "geste inamical" susceptible de détériorer les relations entre les deux pays.
Le président de Taïwan Ma Ying-jeou a félicité vendredi le dissident chinois Liu Xiaobo pour son Nobel de la paix, qu'il a qualifié d'"historique".
Ce prix "doit renforcer la pression internationale pour libérer Liu et les nombreux autres prisonniers politiques" détenus en Chine, a réagi vendredi Amnesty International. Il "jette la lumière sur les violations des droits de l'Homme en Chine".
Les précédents Nobel de la paix
2008 L'ex-président finlandais Martti Ahtisaari, médiateur au Kosovo
2007 L'ancien vice-président américain Al Gore et le GIEC (climat)
2006 Le Bangladais Muhammad Yunus et la Grameen Bank (micro-crédit)
2005 L'Egyptien Mohamed El-Baradei, directeur de l'AIEA
2004 Wangari Maathai, Kenya
2003 Chirin Ebadi, Iran
2002 Jimmy Carter, USA
2001 L'ONU et son secrétaire général Kofi Annan
2000 Kim Dae-jung, Corée du Sud
1999 Médecins sans frontières
1998 David Trimble et John Hume, Irlande du Nord
1997 Jody Williams et la Campagne pour l'interdition des mines antipersonnel, USA
1996 Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo et Jose Ramos-Horta, Timor oriental
1995 Joseph Rotblat, GB, et le mouvement Pugwash
1994 Yasser Arafat; Yitzhak Rabin et Shimon Peres, Israël
1993 Nelson Mandela et F.W. de Klerk, Afrique du Sud
1992 Rigoberta Menchu, Guatemala
1991 Aung San Suu Kyi, Birmanie
1990 Mikhaïl Gorbatchev, URSS
1989 Le dalaï-lama, Tibet