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Le dernier film du réalisateur franco-grec revient sur les quelques mois, en 2015, durant lesquels le jeune ministre des finances grec, Yánis Varoufákis, va entamer un bras de fer inégal avec la Troïka, soit la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI). Son but: restructurer la dette de son pays et sortir la Grèce de l'austérité. En résulte "Adults in the Room", un thriller politique et économique captivant qui nous révèle les coulisses des réunions à huis clos à Bruxelles entre les différents ministres européens.
A 88 ans, Costa-Gavras aborde de front l'histoire récente de son pays d'origine et orchestre un duel intense entre un homme porté par la défense de son peuple et une élite qui défend une rigueur budgétaire intransigeante.
>> A voir, la bande-annonce de "Adults in the Room":
La politique, une affaire de grands gamins
Adapté des mémoires de Yánis Varoufákis, le film s'inspire d'une phrase prononcée par Christine Lagarde, alors directrice du FMI, qui demandait à rétablir le dialogue "avec les adultes dans la pièce".
Yánis Varoufákis, s'apercevant qu'il n'y avait pas de comptes-rendus à l'issue des discussions, a commencé à enregistrer les réunions. Des enregistrements qu'il a transmis à Costa-Gavras. Le réalisateur s'est donc inspiré des dialogues réels, sans jamais donner de noms.
La force de la fiction vient du fait que je fais du spectacle. Je ne fais pas des discours académiques ou des discours politiques dans la chambre des députés. Je fais du spectacle, et à partir de ce moment-là, je prends des libertés que le spectacle me demande de prendre tout en respectant l'éthique des situations.
Dans "Adults in the Room", Costa-Gavras nomme ses personnages uniquement par leur prénom, Emmanuel, Yanis, Alexis, Christine, Wolfgang, Mario, etc. De quoi se dire que pour Costa-Gavras, la politique est vraiment une affaire de grands gamins dans une cour d'école… Son film, le réalisateur le décrit comme "une tragédie grecque antique dans les temps modernes", imprégnée de sarcasme et d'ironie. "Les hommes politiques, qui sont en général de très bons parleurs, vous font des discours extraordinaires. La vérité n'est pas ça et ce qu'ils font après n'est pas du tout ça. Il faut de l'ironie et du sarcasme, parce que c'est plus sain que de pleurer sans arrêt", explique le cinéaste à la RTS.
>> A écouter, le sujet de "Tout un monde" consacré au film:
Un film difficile à financer
Pour Costa-Gavras, la politique ne se résume pas à des opinions figées, la démocratie n'est pas figée et les idéologies naissent et disparaissent. "Je ne suis ni de gauche ni de droite. Je suis un homme démocrate qui réfléchit, qui décide chaque fois par rapport aux situations qui se présentent", dit le réalisateur.
Le film "Adults in the Room", bien que réalisé par Costa-Gavras, a été difficile à financer, notamment parce que les rôles clés sont tenus par des acteurs grecs inconnus. "A une époque, c'était beaucoup plus facile. Depuis une dizaine d'années, les choses ont beaucoup changé. Beaucoup de financements viennent désormais de la télévision. La télévision veut des acteurs connus, parce que le soir, quand on zappe, lorsqu'on voit un acteur célèbre, on s'arrête tout de suite. C'est ça la partie tragique du financement".
Le pouvoir et l'exercice du pouvoir
Un homme quasiment seul face à un système liberticide est le sujet de presque tous les films de Costa-Gavras. Dans "Adults in the Room", le pouvoir qui s'impose par l'économie et l'exercice de ce pouvoir sont au coeur du récit, comme c'était déjà le cas dans son film précédent "Le Capital".
C'est ce qui m'a toujours intéressé: comment chacun exerce son petit ou son grand pouvoir.
Parallèlement à la sortie de "Adults in the Room", la Cinémathèque suisse consacre une rétrospective de l'intégralité des longs-métrages du cinéaste franco-grec, figure d'un cinéma engagé et humaniste. Un cinéma qui révèle "avec rigueur et finesse" la complexité du monde, précise l'institution.
Propos recueillis par Rafael Wolf
Adaptation web: Lara Donnet