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Le 9 novembre 1989 tombe le mur de Berlin dans une ambiance d’euphorie et d’incertitude. L’importance historique de l’événement est tout de suite saisie. La guerre froide prend fin ; aux yeux des plus optimistes, une nouvelle ère de paix et de coopération voit le jour. Mais le mur est-il vraiment tombé ?
Le mur et son histoire
En 1961, la fuite d’un nombre toujours croissant d’Allemands de l’Est vers les pays non communistes conduit la République Démocratique Allemande (RDA) à ériger le système de frontière interallemande, dont le mur de Berlin devient le symbole le plus célèbre. Un quart de siècle plus tard, la politique de transparence et de reconstruction mise en place par le secrétaire du Parti communiste de l’Union Soviétique, Mikhaïl Gorbatchev et celle du Président de la République Fédérale d’Allemagne (RFA), Helmut Kohl, pavent le chemin à la réunification de l’Allemagne. L’Allemagne de l’Est entre alors dans l’OTAN au même titre que d’anciens pays soviétiques dans les années suivantes : c’est le cas de la Hongrie, de la Pologne et de la République Tchèque qui se joignent à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord en 1999.
Cet élargissement de l’OTAN n’aurait, selon les russes, jamais dû arriver. Ils se réfèrent notamment à une promesse qui aurait été faite au début des années 1990, lors d’une rencontre entre Gorbatchev et le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, James Baker et dont l’objectif était de discuter l’avenir de l’Allemagne unifiée et du projet européen. À cette occasion, selon une information russe reprise par des grands journaux (Spiegel, Guardian), James Baker, aurait fait la promesse aux représentants russes de ne pas élargir l’OTAN « as much as a thumb’s width further to the East » (d’un pouce plus à l’Est). Question d’interprétation selon les autorités de l’OTAN, promesse bafouée selon le Kremlin, mais cela ne change pas la donne : le mur se déplace lentement plus à l’Est, vers la toute nouvelle frontière russe.
Vingt-sept ans après la chute du mur, les choses n’ont pas l’air d’avoir changé. Les Etats-Unis et – par ricochet – l’Europe localisent en Russie l’une des principales menaces pour la sécurité occidentale et les forces de l’OTAN se préparent à effectuer des entraînements militaires à la frontière russe comme si l’on n’avait rien appris des expériences du passé. Et tout comme dans le passé, la montée de tensions ne fait qu’éloigner Moscou de l’Europe.
Europe-Russie, des relations compliquées…
Les relations entre Union européenne et Russie vivent leur phase la plus critique depuis la fin de la guerre froide et la dissolution de l’Union Soviétique. À l’origine des difficultés, il y a deux raisons principales. Premièrement, depuis la montée au pouvoir de Poutine, on remarque un retour de la Russie sur la scène internationale. Grâce à sa stabilité politique (même au détriment de certaines libertés civiles), et à sa popularité, Poutine a trouvé une capacité d’initiative sur un large éventail de questions qui constituent ses points forts : la sécurité européenne post guerre froide, la lutte contre le terrorisme international, la prolifération des armes de destruction massive et la politique énergétique. La Russie a également montré être prête à utiliser la force, comme en témoigne l’annexion de la Crimée en Ukraine et l’actuelle situation syrienne. La deuxième raison se trouve dans l’incapacité européenne de mettre en place une stratégie commune à l’égard de Moscou. Certains pays – les anciens satellites de l’URSS et le Royaume-Uni plus que d’autres – partagent une ligne plus dure envers le Kremlin ; d’autres – Italie en tête – ont l’intérêt économique et historique de rétablir avec Moscou un dialogue productif tant du point de vue national que dans une perspective européenne. Les divisions dans le terrain occidental offrent à la Russie l’avantage de prendre souvent l’initiative, ce qui oblige les Européens à une recherche frénétique de compromis internes. Ainsi, les incertitudes en Europe semblent donner à Moscou la perception qu’il est plus pratique de régler les relations avec Bruxelles sur une base d’un rapport concurrentiel plutôt que coopératif.
Cependant, à la différence des relations avec les Etats-Unis, caractérisées par une rivalité claire et nette, pour Moscou, l’Europe est (ou pourrait être) un partenaire riche d’opportunités, notamment pour son rôle de contrepoids et de modération par rapport à certains des anciens pays du Pacte de Varsovie, l’alliance militaire qui regroupait autour de l’URSS la RDA, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie. En outre, dans son processus de modernisation, la Russie a besoin d’une forte relation avec l’Europe, une condition nécessaire afin de renouveler ses institutions et abandonner une économie encore trop dépendante du pétrole et des matières premières. Néanmoins, on remarque que les difficultés de Bruxelles à trouver une ligne commune en matière de politique étrangère incitent les Russes à privilégier les rapports bilatéraux avec les différents Etats européens, en particulier l’Allemagne, la France et l’Italie. Du côté de Bruxelles, il serait opportun de trouver une ligne de collaboration aussi car la paix et la sécurité du continent dépendent considérablement de bonnes relations avec la Russie.
La question ukrainienne, les derniers exercices militaires de l’OTAN à la frontière russe, les navires de Moscou dans la Méditerranée ou encore la guerre en Syrie n’ont fait que déplacer le mur tombé il y a 27 ans. Une ligne symbolique divise désormais l’Europe et la Russie : pour des raisons de politique intérieure, tant l’Union européenne que la Russie ont transformé toutes les divergences en champ de bataille, se rendant également responsables de l’actuelle impasse. Une impasse difficile à surmonter en raison de la politique des sanctions économiques. Une option qui nuit, bien sûr à la Russie, mais aussi aux systèmes économiques des pays membres de l’UE.
…Et à l’avenir ?
Pour toutes ces raisons, l’avenir des relations entre l’Europe et la Russie reste incertain et, pour le moment, l’optimisme laisse la place à l’inquiétude. L’ambiance des rapports entre Bruxelles et Moscou est chargée de soupçon, d’hostilité et ne permet pas de comprendre si cette tendance est destinée à s’affaiblir. On s’attend à ce que les cérémonies à l’occasion du 27e anniversaire de la chute du mur de Berlin puissent encourager à promouvoir le devoir de mémoire et redonnent de l’espoir aux désillusionnés. Il est extrêmement important que tous soient conscients du récent passé européen et – pour reprendre les paroles de la chancelière allemande, Angela Merkel – puissent ainsi comprendre que “d’autres murs peuvent être abattus” car ce mur, qu’on croyait avoir définitivement démoli le 9 novembre 1989, dans les faits, s’est simplement déplacé un peu plus à l’Est et, cette fois, pour pouvoir l’éliminer, des pioches ne seront pas suffisantes.