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Sonate pour piano no 28
Chacque vendredi, Beethoven est ici. Pour le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven, la Revue Musicale Suisse jettera chaque semaine un œil sur une œuvre différente de son catalogue. Aujourd'hui pour la sonate en la majeur des années 1815/16.
La physique quantique a son modèle standard, qui décrit les interactions entre les particules. Les mathématiques ont la notion d’écart-type, qui détermine la distance par rapport à une moyenne. La musique, elle, a inventé la forme sonate. Décrite par Adolph Bernhard Marx au milieu du 19e siècle et enseignée aujourd’hui encore dans les écoles, la forme sonate est un modèle qui ne s’applique à la lettre qu’à quelques cas particulièrement ennuyeux, sans exception. Des termes tels qu’exposition, développement, thème secondaire, réexposition sont toujours utilisés et semblent indispensables, mais ceci pour une seule et unique raison : ils sont les critères abstraits qui permettent de décrire avec pertinence les particularités d’une œuvre – généralement, du moins.
Alors c’est sans surprise qu’en 1815 et 1816, Beethoven crée sa Sonate op. 101
« autrement ». Il brise les conventions à l’époque encore jeunes, et force Marx à constater laconiquement qu’ici, « le nom de sonate est utilisé pour une forme qui s’éloigne sérieusement de la sonate ordinaire » (Beethoven. Leben und Schaffen. 2e édition, 1863, vol. 2 p. 216). Cela concerne tout d’abord l’enchaînement des mouvements, avec un mouvement initial qui se transforme formellement, une marche animée et un mouvement lent qui joue le rôle d’une sorte de longue introduction à la finale (incluant une réminiscence du mouvement principal). La suite est à l’avenant avec des éléments de fantaisie, de récitatif et de toccata, le tout mêlé d’une écriture parfois expressément contrapuntique : le trio de la marche a la forme d’un canon, le développement de la finale est une longue fugue. Enfin, Beethoven élargit son horizon en incluant des indications de tempo et d’expression détaillées, rédigées en allemand. Le caractère cyclique de l’écriture concourt enfin à faire de cette sonate une œuvre très en avance sur son année de création.
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