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The site of the month June is a highly abbreviated version of an inventory record in the ISOS Publication République et canton de Neuchâtel, Volume sites D-Z of 2009 (only available in French).
Développement de l'agglomération
Plusieurs découvertes archéologiques ont démontré que la région du Landeron - à la tête ouest du lac de Bienne - fut occupée au moins depuis la Protohistoire. Ainsi un atelier de poterie remontant aux années 961-957 avant J.-C. a été dégagé au bord de la Thielle. La plaine étant couverte de marécages, les premiers occupants installèrent leurs habitations sur les coteaux à l'arrière-plan. En témoignent - au lieu-dit Les Carougets près du ruisseau des Aiguedeurs - les restes d'une importante villa gallo-romaine et des fonds de cabanes datant du 10e au 12e siècle. Au Moyen Age, le site appartenait au Val de Nugerol entre Cressier et La Neuveville. L'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune y possédait une chapelle attestée dès 1001-1031, devenue une église paroissiale avant 1187. Cet édifice se tenait sur les premières pentes du Jura, quelque 250 mètres à l'est des Carougets. A la fin du 12e siècle, une tour se posta encore plus à l'est pour surveiller l'extrémité du lac. Le développement de cette propriété directe des comtes de Neuchâtel fut entravé au 13e et au début du 14e siècle par un conflit avec l'évêque de Bâle. C'est dans cette circonstance que Rodolphe IV de Neuchâtel décida de créer un bourg dans la plaine de la Thielle inhabitée : il entendait ainsi consolider la frange orientale de son territoire et faire contrepoids à La Neuveville fondée par l'évêque en 1312.
En 1325, le comte acheta le « pré du Landeron ». Dérivé du gallo-roman « landa », ce toponyme, cité pour la première fois vers 1209 sous la forme « Landiron », fait clairement référence à une « lande » ou à un « terrain non utilisé ». Cette implantation ingrate sur un îlot morainique dépassant à peine des marais présentait au moins deux avantages : le bourg était protégé par le sol instable de ses environs et il pouvait contrôler plus facilement l'importante voie fluviale du pied du Jura. La petite ville devint dès sa fondation le chef-lieu d'une châtellenie qui ne fut abolie qu'à la chute de la Principauté en 1848.
La construction du bourg dans un dédoublement de la Thielle débuta vers 1329 par l'aménagement d'une digue sur le pourtour de l'îlot et par la surélévation du terrain ainsi circonscrit. En une quinzaine d'années probablement, on bâtit simultanément le château - sur le côté nord de la localité qui était le plus menacé - et deux rangées de maisons qui se développèrent autour de la plateforme, adossées au mur d'enceinte. Un affaissement antérieur au milieu du 14e siècle nécessita le remblayage partiel des rez-de-chaussée. Peu après, il fallut exhausser la partie centrale du bourg pour l'assécher. Ces problèmes poussèrent le comte à renoncer aux rangées de maisons qu'il voulait créer au centre du bourg. Celle-ci resta ainsi à rue unique.
Un pont permettait d'accéder à chacune des deux entrées de la petite cité entourée de fossés. Au 15e siècle, les comtes de Neuchâtel s'employèrent à renforcer ses défenses : quatre tours carrées furent réparties autour du noyau, tandis qu'un « boluart » se dressa devant son entrée la plus exposée. C'est aussi à cette époque qu'on aménagea un lieu de culte intra-muros : la chapelle des Dix Mille Martyrs créée dans le bâtiment de l'Hôtel de Ville vers 1450-1455. Après la Réforme, les habitants choisirent de rester catholiques, soutenus semble-t-il par le canton de Soleure avec qui Le Landeron avait signé un acte de combourgeoisie en 1449.
Au milieu du 18e siècle, on dénombrait 57 maisons en ville et 113 sur les terrains en contre-haut. Le 19e siècle apporta plusieurs changements majeurs dans cette localité viticole et agricole qui comptait parmi les plus riches du canton. Bâtie avec les matériaux de l'ancien sanctuaire démoli en 1828, une grande église paroissiale fut érigée dans la plaine, à l'articulation des deux quartiers qui prolongent le bourg vers le nord. Le réseau des voies de communication se modernisa considérablement. Des liaisons terrestres relayèrent la voie fluviale qui avait toujours prévalu : une route fut ouverte jusqu'à Bienne entre 1830 et 1840, doublée par une ligne ferroviaire en 1859 et 1860. Cette dernière entraîna la constitution d'un quartier de la gare en amont du Faubourg. La première correction des eaux du Jura, entre 1868 et 1886, assécha les marais, livrant la plaine aux cultures maraîchères.
La première édition de la Carte Siegfried de 1879 donne une idée claire de l'organisation ancienne du site, commandée par deux lignes perpendiculaires à l'orientation générale du relief, chacune assujettie à un cours d'eau. A l'ouest, l'axe principal sur le ruisseau des Aiguedeurs correspond à la route vers Lignières. Cette véritable colonne vertébrale est mise en valeur par le bourg le quartier au lieu-dit Pont-Collon, le Faubourg au croisement avec la route cantonale et enfin le quartier de Nugerol en amont de la voie ferrée. A l'est, l'axe secondaire calqué sur le ruisseau de Ville présentait une définition nettement plus discontinue : La Petite Russie sur la route cantonale, puis la rangée des Flamands et le cimetière en contre-haut du chemin de fer. Un dense réseau de canaux striait la plaine, notamment au sud et à l'est du bourg. En amont de l'église, des vignes couvraient presque intégralement les premières pentes du Jura.
Les bouleversements du 20e siècle s'avérèrent encore plus marquants que ceux du siècle précédent. Répercutant la croissance de la population - 1'423 habitants en 1900, 1'724 en 1950, 4'227 en 2000 - les développements résidentiels ont progressivement chassé les vignes jusqu'aux coteaux qui encadrent l'encoche du ruisseau des Aiguedeurs, noyant les quartiers septentrionaux dans une cacophonie d'immeubles locatifs et d'habitations familiales (II, IV). Par chance, le bourg a gardé son aspect insulaire en raison du sous-sol marécageux de la plaine. La Petite Thielle qui le délimitait au nord a cependant disparu et une route le contourne pour rejoindre le côté opposé de la plaine. La construction de l'autoroute A 5, juste en contre-haut de la voie ferrée, a achevé de couper l'agglomération en deux parties.
Le site actuel
Le large dégagement de la plaine, au premier plan de la localité, a préservé intacte la silhouette du bourg qui semble posé tel un vaisseau sur le terrain parfaitement plat. Qu'elles soient anciennes ou récentes, les extensions du bourg médiéval se déploient toutes du côté nord. Les composantes historiques, bien que cernées par les quartiers du 20e siècle, témoignent encore de la dynamique du site sur deux lignes parallèles.
Le bourg d'origine médiévale
Fortement caractérisé par sa position insulaire, le bourg (> 1) occupe de façon spectaculaire la tête inférieure de l'agglomération, à l'écart des voies de transit. De plan approximativement ovale, son espace-rue orienté sur un axe nord-sud présente un aspect compact et soigneusement hiérarchisé qui lui assure une forte identité. Son entrée principale, au nord, est mise en exergue par les restes d'un ouvrage avancé. Si ce « boluart » ne se rattache plus directement au bourg, il en subsiste la partie la plus symbolique, un corps allongé avec un passage en plein cintre, pas exactement parallèle au front urbain. Ce bâtiment transformé à plusieurs reprises est encadré par deux tours cylindriques qui trahissent son ancienne fonction militaire. Entre le « boluart » et la cité proprement dite, un espace d'environ 60 mètres forme une sorte de sas.
Le côté nord du bourg, plus affirmé que son extrémité sud, est un long front bâti marqué en son milieu par la tour de l'Horloge. La moitié ouest de ce massif est formée par le château et l'étroite maison de la Confrérie de Saint-Sébastien. L'espace intérieur du bourg frappe par son homogénéité tout à fait remarquable. Deux rangées de maisons mitoyennes encadrent la rue et lui donnent un caractère extraordinairement fermé. Long d'environ 180 mètres et large de 20 à 25 mètres, cet espace est occupé en son centre par une promenade composée d'un double alignement de tilleuls borné par deux fontaines Renaissance. Cet élément végétal accentue la configuration allongée du bourg, tout en établissant un lien entre ses deux entrées contrastées. Au nord, une petite place interrompt la rangée ouest pour dégager la façade méridionale du château, transformée à la fin du 19e siècle. Au sud, la rue se ferme en amande pour aboutir à un goulet. Cette entrée secondaire, banalisée par la démolition de la maison qui en obstruait le passage, est signalée par la Portette appuyée au rang est.
Le parcellaire en lanières évoque l'origine médiévale du lieu. Les façades-gouttereaux comptent en règle générale trois niveaux, de sorte que la ligne des toits se déroule sans grands à-coups, interrompue seulement par des dômes. Les éléments structurels, en pierre jaune pour la plupart, ressortent d'une manière nette sur les crépis souvent colorés. Des percements variés - fenêtres, baies de boutique, portes d'entrée - animent les rez-de-chaussée, alors que les étages sont percés avec régularité par des fenêtres cintrées ou rectangulaires. Partiellement touché par un incendie en 1751, le rang occidental est constitué de façades remontant aux 16e, 17e, 18e et 19e siècles, parfois étayées par des contreforts en calcaire blanc. La largeur très diverse des constructions - entre une et six travées - confère une sorte de dynamisme à cet alignement marqué par l'ancienne cure catholique et l'Hôtel de Nemours. Le rang oriental, datant surtout du 18e siècle en raison d'un incendie survenu en 1760, présente une configuration étonnamment répétitive, due notamment aux fenêtres qui se suivent à la même hauteur de maison en maison. L'Hôtel de Ville est l'accent principal de cette rangée. Il se distingue des maisons voisines par son pignon frontal en pierres apparentes, percé de fenêtres à jours multiples et de croisées de pierre.
Le quartier du Pont-Collon
Le tissu (> 2) qui se développe entre le « boluart » et l'église catholique présente un aspect organique, dû en grande partie au tracé sinueux de la route. Son caractère relâché contraste avec le bourg soigneusement planifié. Les constructions, en ordre isolé ou contigu, sont essentiellement rurales, leur hauteur n'excède pas trois niveaux et leur orientation est relativement différenciée. Elles sont reliées par des jardins, des vergers ou des cours asphaltées qui prennent parfois l'aspect de ruelles perpendiculaires à la chaussée principale. Centrée sur le poids public encadré de quatre bornes, la place du Pont-Collon est intimement liée au bourg puisque son côté sud correspond au « boluart ». A l'est et à l'ouest, cet espace est délimité par des bâtisses de types variés, la plus marquante étant une maison Heimatstil qui tourne sa façade-pignon dans la perspective de la rue des Granges. Perpendiculaire à l'axe principal du périmètre, cette rue est bordée du côté nord par une rangée de maisons mitoyennes qui donnait autrefois sur la Petite Thielle. Dans la contre-courbe de la rue Saint-Maurice, une placette avec fontaine à deux bassins est définie par deux pâtés de maisons en équerre. La brève rangée orientée au nord regroupe trois bâtiments des 18e et 19e siècles, dont l'Hôtel Suisse : leur hauteur de trois niveaux leur confère une certaine présence.
La césure occupée par l'église et le collège
Une bande verte (> III) articule le quartier du Pont-Collon et le Faubourg, marquée par l'église catholique et le collège primaire. Ces deux grands volumes, implantés en vis-à-vis de chaque côté de la rue, nouent un rapport d'une grande intensité. Leur isolement leur confère un poids qui contraste avec les espaces-rues adjacents.
Le Faubourg
De caractère rural, le Faubourg (> 3) s'organise sur un étonnant réseau de rues en triangle. Comme les bâtiments sont orientés le plus souvent parallèlement aux courbes de niveau, chaque côté du périmètre affiche une identité particulière. Le sommet du triangle est signalé par une fontaine.
Un ensemble compact et homogène (> 3.1) fait ressortir le front inférieur du périmètre. Cette rangée de maisons mitoyennes se caractérise par sa courbure héritée d'un ancien cône alluvionnaire. Transformées pour la plupart aux 18e et 19e siècles, les habitations à façade-gouttereau comportent généralement trois niveaux percés de fenêtres cintrées ou rectangulaires. Ce front offre une image lisse, son seul décrochement étant mis en évidence par une façade-pignon. A l'est, la rue légèrement sinueuse de la Citadelle s'est modelée sur le ruisseau des Aiguedeurs. Son bâti se résume à quelques bribes réparties de manière irrégulière.
A l'ouest, la rue principale du Faubourg, en pente à peine marquée, est mise en valeur par une structure en « arêtes de poisson » qui présente une grande régularité. Souvent dotées d'un commerce ou d'un restaurant, les anciennes maisons paysannes cèdent le pas, au sud du carrefour avec la route cantonale, à des habitations nettement plus urbaines. Les murs-pignons alternent avec des cours asphaltées : ces ruelles perpendiculaires sont autant d'échappées vers les jardins encore largement préservés qui protègent la frange ouest du périmètre.
Le quartier de la gare
Axé sur une seule rue, le quartier de la gare se développe parallèlement au chemin de fer. Deux rangées de maisons contiguës enserrent son entrée occidentale. D'origine antérieure au quartier, elles assurent un lien privilégié avec le Faubourg. A l'est, la rue change subitement de rythme. Des bâtiments cubiques en ordre détaché, dont l'Hôtel de la Poste, occupent les abords la station.
La Petite Russie
Grâce à sa forte densité, ce très petit îlot (> 0.1) se démarque clairement des développements alentours. Le brusque étranglement généré par ses deux rangées de maisons mitoyennes fait impression le long de la route cantonale, si bien que ce tissu semble toujours marquer le seuil du site depuis La Neuveville. Largement transformée au 19e siècle, la rangée amont est majoritairement constituée de maisons gouttereaux sur rue. Dans sa partie ouest, la large arcade qui laissait passer le ruisseau de Ville rappelle que ce tissu s'est greffé sur un cône alluvionnaire. Plus courte, la rangée aval est occupée par la maison de l'Hôpital de Soleure.
Les environnements
La plaine (> I) au premier plan du site se présente comme un vaste rectangle délimité sur trois côtés par des plans d'eau : un bras de l'ancienne Thielle à l'ouest, le canal de la Thielle au sud et la tête du lac de Bienne à l'est. Des cultures maraîchères occupent pour l'essentiel cet espace parfaitement plat et sans arbres, compartimenté par un réseau de chemins se croisant à angle droit. Des jardins et des vergers ceinturent le bourg en mettant en évidence son plan ovale. De nombreuses annexes - habitations, remises, garages et ateliers - lui donnent une image complexe.
Nous recommandons
Nous qualifions
**/ Qualités de la situation
*** Qualités spatiales
*** Qualités historico-architecturales
La situation du site du Landeron, à l'extrémité du lac de Bienne, est remarquable : le bourg bénéficie d'un effet de silhouette ; il apparaît comme un vaisseau posé sur la plaine largement dégagée. La masse des développements hétéroclites qui ont pris d'assaut les terrains en amont diminuent toutefois quelque peu ses qualités de situation.
La répartition du bâti sur deux lignes données par la topographie confère au site du Landeron d'excellentes qualités spatiales : caractère lisse et homogène des deux alignements de maisons ordonnés de part et d'autre de la promenade plantée d'arbres dans le bourg médiéval ; caractère rural du faubourg principal à structure en « arêtes de poisson » ; mise en exergue des inflexions de la route cantonale longeant une succession serrée de cônes de déjection par les rangées de maisons mitoyennes.
Le site bénéficie également d'excellentes qualités historico-architecturales : remarquable état de conservation des façades du bourg en partie unifiées suite à deux incendies survenus au 18e siècle ; présence d'éléments de valeur dans les quartiers externes : fermes et maisons vigneronnes remontant pour certaines au 16e siècle, église et collège du 19e siècle, quartier de la gare avec station et hôtel.
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