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L'occasion de rappeler les difficultés rencontrées lors des cinq années de recherches par les historiens et auteurs du rapport pour accéder aux archives et dévoiler 11.000 pages concernant le rôle et les actions de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. En abordant la collaboration avec l'Allemagne nationale-socialiste, les refoulements de réfugiés juifs victimes de la Shoah, le recyclage d'or par les nazis, les livraisons d'armes, l'emploi de travailleurs forcés dans des entreprises suisses basées en Allemagne ainsi que les fonds en déshérence, le rapport donne une autre image de la Suisse qui doit désormais assumer ces faits.
Quelles conclusions peut-on tirer depuis le dépôt du rapport final par la Commission Indépendante d’experts Suisse - Seconde Guerre mondiale présidée par Jean-François Bergier il y a dix ans ? Un véritable travail de mémoire et de défense des droits humains a-t-il été engagé ? Quels sont les changements ?
Lors de la publication de ce rapport en 2002, certains politiciens d'extrême-droite avaient souhaité que le rapport Bergier soit tout simplement "rangé dans les bibliothèques et qu'il n'en ressorte plus jamais", tout en prenant garde à ce que les cours d'Histoire continuent de véhiculer une image positive de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Tel est le cas également de certaines publications ayant émergé ces dernières années, comme par exemple "L'Histoire de la Suisse pour les Nuls", de Georges Audrey, qui "redore" l'image de la Suisse durant cette période ou encore "De la Suisse pendant la guerre", de Jean-Christian Lambelet, qui remet en question le rapport même de la Commission Bergier.
Des raisons pour lesquelles il est aujourd'hui nécessaire de communiquer. « Il faut médiatiser et rendre davantage public ce rapport », a déclaré Daniel Monnat, qui a réalisé six reportages sur le thème des fonds en déshérence, dont « L'Honneur perdu de la Suisse », en 1997. Ce reportage avait alors suscité la polémique en raison de ses critiques envers la Suisse, ce qui lui a même valu une plainte auprès des autorités indépendantes. Finalement autorisé par la Cour Européenne des Droits de l'Homme, le reportage n'est désormais plus censuré et à nouveau disponible sur la TSR.
Concernant la question des réfugiés et la politique d’asile, le rapport de la Commission Bergier a permis d’accorder une plus grande place aux victimes du nazisme. La première partie du rapport traite en effet de l’histoire d’une famille, des démarches et des difficultés rencontrées pour qu’elle puisse rester en Suisse et être sauvée. Le rapport montre par ailleurs que la xénophobie et l’antisémitisme n’étaient pas uniquement présents en Europe, mais que le racisme existait en Suisse avant 1930 et même après 1945. Néanmoins, peut-on affirmer aujourd’hui que la Suisse ne reproduira plus les mêmes erreurs ? « Il est important de continuer à travailler sur l’Histoire », répond Marc Perrenoud. « Après la Première Guerre mondiale, on s’était dit « Plus jamais ça », pourtant cela n’a pas empêché une Seconde Guerre mondiale », a-t-il ajouté.
Un outil pédagogique
Les travaux de la Commission Bergier auront en tout cas contribué à favoriser une approche différente dans le domaine scolaire, les professeurs se sentant désormais libres d’aborder le rôle de la Suisse pendant la guerre en toute légitimité. Une classe était d’ailleurs présente avec une enseignante, qui avait abordé ce thème en cours avec ses élèves.
Source : Conférence du 30 janvier 2012 « Le rapport Bergier, dix ans après ? »
Par Elodie Benarousse pour la CICAD.