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Genève a-t-elle 21 millions à claquer pour une caserne ?
Le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) ayant fait aboutir son référendum contre la loi ouvrant un crédit de 20,87 millions de francs destiné à la reconstruction d'une caserne à Meyrin-Mategnin, les citoyens et yennes sont appelés à se prononcer, le 28 février, sur ce crédit. "Ensemble à Gauche", qui a appuyé le référendum appelle à voter "non". Et le PS se prononce ce soir en Assemblée Générale. On espère que lui aussi appellera à voter "non". "Non" au financement par le canton (qui par ailleurs crie famine financière et s'apprête à voter des coupes budgétaires, des restrictions de dépenses et des exceptions au statut de son personnel) d'installations militaires fédérales, que l'armée fédérale (il n'y en a plus d'autre en Suisse depuis le Sonderbund) peut, et devrait, financer elle-même, sans se le faire offrir par un canton (qui s'était d'ailleurs prononcé pour sa suppression). Quant au prétexte invoqué pour soutenir ce crédit (la construction de logements sur l'emplacement de l'actuelle caserne des Vernets), il vaut ce que valent les prétexte, surtout quand on les a transformés en chantage : la valeur d'un écran de fumée. Parce que pour construire des logements aux Vernets, on n'a pas besoin de construire une caserne à Meyrin, et encore moins besoin de la payer à la place de l'armée : on a seulement besoin de désaffecter une caserne inutile aux Vernets.
L'armée suisse ferme dans tout le pays, depuis des années, des places d'armes ? Ses effectifs ne cessent de diminuer ? On ne sait plus précisément à quoi elle sert, et va servir ? Qu'importe au gouvernement genevois : il propose aux Genevois d'offrir à cette armée en réduction et en crise existentielle la construction d’une nouvelle caserne à Mategnin (Meyrin) et le réaménagement et l’agrandissement de deux autres sites (à Epeisse et Aire-la-Ville), pour pouvoir récupérer les 5 hectares du site de la caserne des Vernets, que l'armée ne veut pas lâcher si on ne la loge pas ailleurs, comme si, sur son budget de 5 milliards elle ne pouvait pas trouver les 21 millions que la loi combattue par le référendum du GSsA, et soumise au vote populaire le 28 février, veut faire payer par un canton en plein conflit sur les mesures de restrictions budgétaires que le gouvernement, et la majorité du parlement, proposent (et s'apprêtent à imposer) en plaidant la dureté des temps et la précarité des ressources publiques.
Il fallait sans doute pour que ce cadeau fait à l'armée puisse être accepté par une majorité parlementaire, trouver un argument un peu plus convaincant, un peu plus séduisant, que celui de l'amour de l'armée -amour que les Genevois ne cultivent avec parcimonie puisqu'ils sont les seuls, avec les Jurassiens, à avoir voté la suppression de l'ost fédéral. Cet argument idéal pour faire avaler la grosse pilule de la caserne de Mategnin, c'est le logement : le nouveau bâtiment doit permettre de libérer le site de la caserne des Vernets pour y construire 1500 logements. A la rigueur, cela pourrait justifier que ce bâtiment soit construit, encore que l'on aurait plus clairement et plus légitimement pu se battre pour que la caserne des Vernets soit remplacée par des logements (sociaux) sans que l'on construise une nouvelle caserne ailleurs, mais on ne voit pas en quoi le besoin, avéré, de logements justifie que ce soit aux caisses publiques genevoises de payer le déménagement d'une caserne de l'armée fédérale. En tout cas, les ressources financières que l'on dépenserait pour les nouvelles installations militaires ne le seront pas pour autre chose de plus utile.
En fait, on n'a pas affaire, avec le crédit combattu par référendum à un échange (ma caserne contre tes logements), mais à un véritable chantage : si le crédit n'est pas accepté, l'armée ne libérera ce terrain qu'en 2040, a menacé devant le Grand Conseil) le conseiller d'Etat Pierre Maudet, dont l'un des fantasme (avec celui de faire de Genève le "hub" romand de détention et d'expulsion des immigrants illégaux, et d'y concentrer le plus de prisons possible) est de faire de Genève un "pôle d'excellence pour les exercices militaires" -des exercices à quoi, quand même ses chefs ne savent à quoi va ressembler l'armée suisse, et quelles missions vont lui être confiées ? -Il y a de la cohérence, dans cette superposition d'ambitions casernicoles et carcérales -mais le PS est-il là pour aider à la réalisation des rêves des hommes des casernes et des geôles ? Il y répondra ce soir. Nous y répondons ici, pour nous, quel que sera le mot d'ordre du PS : ce sera non.
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