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Pour atteindre l'objectif crucial de neutralité carbone d'ici 2050, la Suisse devra avoir réduit à cet horizon ses émissions annuelles d'environ 30 millions de tonnes par rapport à ses émissions actuelles. Plus nous tardons à agir, plus nous compromettons nos chances d'atteindre cet objectif, pourtant nécessaire afin de contribuer à limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C. Un "OUI" à la loi LCL dans les urnes le 18 juin 20231 serait un pas décisif et indispensable afin de donner aux gouvernements et aux élus des parlements fédéraux et cantonaux le premier outil efficace pour conduire la transition vers la neutralité carbone.
Explosion supposée des coûts de l'énergie
L'argument selon lequel la transition énergétique entraînerait une explosion des coûts de l'énergie repose sur une interprétation sélective et biaisée d'une étude publiée en 20212. L'UDC prétend que la transition énergétique coûterait à terme 6'600 CHF/an et par habitant de plus que les coûts actuels, qui s'élèvent à environ 3'000 CHF. Cependant, cette affirmation se fonde sur le scénario le plus improbable d'une Suisse autarcique en matière de production d'énergie et qui est basé sur l'utilisation disproportionnée de vecteurs énergétiques synthétiques dont la production est extrêmement énergivore et le rendement très faible. Il est important de noter que le directeur adjoint de l'Empa, co-auteur de cette étude, Peter Richner, s'est clairement désolidarisé des opposants en précisant que l'objectif de l'étude était d'explorer des scénarios pour une Suisse autonome dans sa production d'énergie et que celui du e-fuel, retenu par l'UDC, était irréaliste3. De plus, des simulations de l'évolution du prix de marché de l'électricité conduites par le Pr Anthony Patt de l'EPFZ4 arrivent à la conclusion dans un « scénario intégration stable » à une réduction des coûts annuels de 2 milliards en 2040, soit environ une baisse de CHF 200.- par personne par rapport à 2020.
Explosion supposée des coûts d'investissement pour la transition énergétique
L'affirmation selon laquelle la transition énergétique nécessiterait des investissements de 387 milliards CHF est également trompeuse. Selon une étude du Boston Consulting Group (BCG)5 produite pour l'Association Suisse des Banquiers (ASB), seuls 42 % de ce montant constituent des coûts supplémentaires, le reste étant des investissements de renouvellement déjà prévus. De plus, selon l'OFEN, les coûts d'investissement liés à la stratégie énergétique 2050+ s'élèveraient à 109 milliards CHF d'ici 2050 grâce à une économie potentielle de 50 milliards CHF découlant de l'amélioration de l'efficacité énergétique.
Des arguments climato-sceptiques spécieux
Certains opposants à la loi ressortent les fables éculées et déjà maintes fois débunkées6 sur deux épiphénomènes climatiques naturels que sont l' « Optimum médiéval climatique » et le « Petit âge glaciaire » qui ont caractérisé le deuxième millénaire de notre ère. La vitesse et l'ampleur de la montée actuelle de la température moyenne du globe n'ont aucune commune mesure avec les événements climatiques que notre espèce a connus depuis son apparition. Rappelons également que le consensus scientifique est clair : depuis les années 1970, le pourcentage de spécialistes du climat soutenant l'impact humain sur le réchauffement climatique est passé de 65% à 98%. Les modèles climatiques, qui s'améliorent d'année en année, et les rapports du GIEC, fruit de la compilation de milliers d'études à comité de lecture, confirment l'effet de serre provoqué par les activités anthropiques. Enfin, la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi élevée depuis deux millions d'années et la rapidité avec laquelle elle augmente depuis la grande accélération industrielle d'après-guerre n'a pas d'équivalent dans le passé7.