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Les Archives Nationales d'Arménie
Entretien avec Mme Gohar Avagyan
Les archives sont le produit documentaire de l'activité humaine et elles sont conservées en raison de leur valeur sur le long terme. Elles constituent le reflet en temps réel de l'activité des individus et des organisations, et fournissent donc une vision directe sur les événements passés. Elles se présentent sous toute une gamme de formats - écrit, photographique, audiovisuel -, sous forme numérique ou analogique. Les archives sont produites par les organisations publiques ou privées et par les personnes à travers le monde.
(Conseil International des Archives)
Les Archives nationales d'Arménie se trouvent au 5/2 rue Hrachya Kochar à Erevan. C'est un modeste complexe de 3 bâtiments d'une superficie de 12’000 m2 où sont conservés 350 millions de documents. Le travail d'archives en Arménie a commencé en 1923 après l'instauration du pouvoir soviétique. La publication d'un nombre important de recueils de documents triés et sélectionnés sur différentes thématiques au cours de ces 92 années témoigne d’un travail impressionnant effectué par cette institution.
L'historienne Mme Gohar Avagyan est la cheffe du service des travaux de recherches en charge des publications et de l'organisation des expositions aux Archives nationales. Elle est encore très affectée par son travail sur "Vshtapatum", récits de rescapés du génocide publiés en trois volumes en 2013. Ces 700 récits sont d'une valeur inestimable car ils ont été recueillis par la FRA (Fédération Révolutionnaire Arménienne) auprès des témoins oculaires tout de suite après l'arrivée de ces derniers en Arménie en 1916. "Ces récits sont d'une cruauté indescriptible et j'ai eu des cauchemars en les lisant du matin au soir sur une longue période" fait-elle remarquer.
Quels sont les documents conservés dans les Archives nationales?
Les archives nationales contiennent toutes sortes de documents dont le plus ancien, daté de 1604, est un édit du Chah Abbas d'Iran par lequel certains privilèges en matière de propriété terrienne ont été accordés aux Meliks de la région de Kashatagh au Karabagh.
Avant la création de la première République d'Arménie en 1918, les archives concernant tous les aspects de la vie politique, économique et religieux étaient conser-vées par l'Eglise. Ces archives furent confisquées après la soviétisation du pays mais heureusement, elles ont été soigneusement sauvegardées. Actuellement, toutes les archives du Saint Siège jusqu'à l'époque du Catholicos Vazgen Ier se trouvent chez nous. Celles-ci sont très riches et comprennent des documents importants tels que les lettres adressées au tsar de Russie, au roi d'Italie ou au Vice-roi du Caucase, etc. ainsi que des écrits plus banals sur la vie quotidienne.
Nous avons des fonds d'archives importants de la première République. Nous savons qu'une partie de ces fonds se trouve à Boston mais les archives des ministères de l'Intérieur, des Affaires étrangères, du Conseil des ministres ainsi que du Parlement sont chez nous.
Nous détenons aussi des fonds individuels comme celui de Andranik Ozanian, de Garegin Nejdeh et d'autres personnalités du monde militaire, politique, artistique etc.
Nous conservons les archives de tous nos ministères et de toutes nos institutions étatiques. Bref, les Archives nationales sont une source inépuisable d'information pour les chercheurs et la preuve en est que notre salle de lecture est toujours pleine.
Quels sont les sujets qui intéressent les chercheurs?
A partir de 1988, nous avons assisté à un grand intérêt envers la première République d'Arménie. Actuellement c'est la recherche généalogique qui est très à la mode et beaucoup de jeunes s'intéressent à leurs racines. Il est relativement plus facile de créer les arbres généalogiques des personnes nées en Arménie en raison des recensements menés suite à l'intégration de l'Arménie orientale à l'empire russe en 1828. Les fonctionnaires s'étaient rendus dans tous les villages et avaient enregistré non seulement les données des membres de chaque ménage mais aussi les biens meubles et immeubles de chaque famille, notamment pour des raisons fiscales. Ces documents sont très utiles pour créer les arbres généalogiques. Nous ne détenons pas ce genre d'information en ce qui concerne l'Arménie occidentale.
Depuis 2013, notre section travaille sur les archives des orphelins du génocide pour établir la liste de nos martyrs. Sur la base des registres de données concernant ces orphelins accueillis dans les orphelinats et de nombreux témoignages de survivants, nous avons pu établir 40’000 noms. Il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine.
Existe-il une collaboration avec les institutions de la diaspora qui détiennent des archives ayant une portée nationale?
Malheureusement, nous n'avons pas eu accès aux archives du Patriarcat d'Istanbul à ce jour. Peut-être que nous n'avons pas insisté suffisamment, mais ils nous disent qu'après ce qui s'est passé en 1915, le Patriarche Zaven a transporté les archives du Patriarcat à Jérusalem pour des raisons de sécurité. Nous le savions déjà mais nous n'avons aucune idée sur le contenu, ni le volume de ces archives.
Il y a quelques années, alors que le Patriarche arménien de Jérusalem Torkom II Manoogian était encore en vie, M. Amatuni Virabyan, le directeur des Archives nationales d'Arménie fut invité à la ville sainte pour voir leurs archives sur place. Il a été convenu que des collaborateurs de notre institution se rendraient à Jérusalem pour mettre en place un système d'archivage selon les règles de l'art afin de rendre les fonds d'archives du Patriarcat accessibles aux chercheurs. Lors de cette visite, notre directeur n'a cependant pas pu voir les archives du Patriarcat de Constantinople. On lui avait dit qu'elles se trouveraient dans la chambre du Patriarche ou celle d'à côté. Après le décès du Patriarche Torkom, nous avons eu encore quelques contacts avec des représentants du Patriarcat et attendons de leurs nouvelles pour mettre en œuvre ce projet. Je suis certaine que si les archives transportées par le Patriarche Zaven sont toujours là, elles nous dévoileront des informations d'importance nationale.
Quant au Catholicossat de Cilicie au Liban, nous avons répertorié et classé les fonds en conformité avec les règles en vigueur pour faciliter leur accès. Mais je dois dire que ces archives étaient conservées avec beaucoup de soin.
Quels types de documents vous intéressent-ils?
Nous recevons beaucoup de documents de l'étranger. Nos fonds sont gardés dans le respect des conditions thermo-hygrométriques nécessaires pour leur bonne conservation. Ces conditions ne peuvent pas être assurées chez les particuliers, d'où la nécessité de confier les lettres, notes et documents personnels des aïeux aux Archives nationales pour perpétuer leur mémoire. Le fils de Ruben Ter Minassian nous a fait don de l'intégralité des archives de son père après trois années de réflexion durant lesquelles il a eu l'occasion de visiter nos locaux et constater la bonne conservation des fonds d'archives. Bref, tout ce qu'on peut trouver de l'ancienne époque, disons antérieur aux années 50, peut être conservé par notre institution et je vous assure qu'un jour ils nous seront utiles. Par exemple, nous disposons des collections d'anciennes photos recueillies dans les villages d'Arménie à l'époque soviétique. Elles représentent une valeur considérable d'un point de vue ethnographique malgré le fait que nous ignorons les noms des personnes figurant sur ces photos.
Où en êtes-vous avec le travail de numérisation?
Le rythme de numérisation de nos fonds dépend de la disponibilité des ressources financières. Nous avons actuellement 4 scanners professionnels qui nous permettent de scanner environ 1’000 pages par jour. Ce rythme relativement lent est dû au fait que les informations sur l'auteur, le sujet, la date, etc. relatives à chaque document scanné sont enregistrées et répertoriées pour permettre aux chercheurs d'avoir un aperçu clair du contenu de chaque dossier.
Les archives nationales sont-elles accessibles au grand public?
Oui, tout un chacun peut venir et consulter nos fonds sans aucune limitation. Les personnes qui viennent d'une institution académique présentent normalement une lettre de leur établissement indiquant le sujet de leur recherche. La consultation des dossiers en salle de lecture est gratuite mais le tirage de copies est payant sur la base d'un tarif progressif, en fonction de l'ancienneté du document demandé.
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Les archives nationales représentent la mémoire collective et le patrimoine culturel des peuples. Pour nous les Arméniens, la conservation et l'enrichis-sement de nos archives sont doublement importants compte tenu de la destruction systématique de notre patrimoine au cours des siècles d'invasions, de pillages et de massacres, suivis du génocide de 1915.
Si vous avez du matériel à confier aux Archives Nationales d'Arménie ou si vous souhaitez consulter leurs fonds d'archives, n'hésitez pas à prendre contact avec Mme Gohar Avagyan à l'adresse: <email-pii>