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International
Trump, la Chine et le monde
Trump a déclaré la guerre commerciale à la Chine. Que veut-il? Nous nous sommes entretenus avec Cédric Durand, économiste et maître de conférences à l'Université de Paris 13.
Donald Mundt, Steel Upon steel, 1941, Smithsonian American Art Museum
«Le protectionnisme est au cœur du projet politique qui a mené Donald Trump à la Maison Blanche. Tout au long de la campagne, son slogan Make America Great Again a résonné avec celui de ‹l'Amérique d'abord›, dont la déclinaison concrète est d'abord un agenda anti-immigré·e·s. Le second volet est une hostilité franche au libre-échange qui va de pair avec une volonté affichée de protéger les emplois et l'industrie d'une concurrence internationale, dénoncée comme déloyale.»
Quels sont les objectifs de l'offensive US contre la Chine et peuvent-ils être atteints?
L'objectif stratégique du président étasunien est sans aucun doute d'entraver autant que possible le développement économique chinois, perçu à juste titre comme un défi à l'hégémonie étasunienne sur le plan mondial. Ce but est sans doute inatteignable à long terme. En revanche, il n'est pas exclu que le gouvernement Trump obtienne des concessions non négligeables permettant notamment, via une plus stricte application des droits de propriété intellectuelle, de renforcer la position des entreprises américaines.
Dans tous les cas, il ne faut pas perdre de vue que les deux économies sont extrêmement imbriquées et, en particulier, le fait que le revers des importations chinoises, ce sont les profits que les grandes entreprises étasuniennes réalisent grâce aux importations à bas coûts et à l'exploitation du travail chinois par leurs filiales. Un grand nombre d'organisations patronales américaines, telles que l'association américaine des équipementiers industriels, le conseil des industries des technologies de l'information, la fédération du commerce et plusieurs secteurs agricoles se sont d'ailleurs publiquement opposés à l'escalade protectionniste en cours.
Quelle incidence politique la guerre commerciale de Trump peut-elle avoir sur l'Union européenne?
Pour l'instant l'UE fait front. Cette organisation est la plus néolibérale qui soit et son engagement en faveur du libre-échange et de la liberté de circulation des capitaux fait partie des principes qui la fondent. Néanmoins, l'Allemagne qui dégage un excédent commercial considérable (de l'ordre de 9% du PIB) a bien plus à perdre dans le regain de protectionnisme que les autres pays membres. Lorsque Macron dénonce le «fétichisme» allemand des excédents, il rejoint sur le fond Donald Trump quand celui-ci pointe la responsabilité des pays excédentaires dans les déséquilibres internationaux.
Cette guerre commerciale peut-elle précipiter une nouvelle récession à l'échelle mondiale?
Les droits de douanes touchent pour l'heure moins de 4% du commerce mondial, l'impact macro-économique direct sera donc négligeable. En revanche, il existe des failles, notamment financières, extrêmement importantes dans l'économie mondiale… Et personne ne peut garantir que le surcroît d'incertitude créé par les tensions commerciales ne pourrait pas déclencher une nouvelle crise.
Dans quelle mesure la politique de Trump augure-t-elle d'une nouvelle période, où les affrontements interimpérialistes entre grands blocs, notamment entre les États-Unis et la Chine, prendraient le pas sur le consensus libre-échangiste dominant à l'échelle planétaire?
C'est une question extrêmement difficile à clarifier. On l'a dit, la plupart des milieux d'affaires aux États-Unis et dans le monde sont hostiles au regain de protectionnisme en raison de l'interdépendance accrue des opérations dans les différents pays. Surtout, ils sont très attachés à une situation qui leur donne la liberté de faire jouer à plein la concurrence entre les différentes juridictions sur les plans social, écologique et fiscal. Mais face à la montée de l'instabilité politique dans les pays occidentaux, les firmes multinationales ont de plus en plus de mal à ce que leur programme gagne les élections.
Nous sommes encore dans l'onde de choc de la crise de 2008 et le réagencement politique est en cours. Dans ces conditions, le nationalisme pro-business d'une droite radicalisée peut leur sembler préférable par rapport au renouveau d'une gauche de transformation sociale que l'on voit apparaître des deux côtés de l'Atlantique. Une fois qu'une dynamique nationaliste s'enclenche, la possibilité d'une confrontation existe, même si on est aujourd'hui encore très loin d'un affrontement direct entre grandes puissances.
Propos recueillis par Jean Batou pour solidaritéS. La version complète de cet entretien est ici
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