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Les différentes branches de l'industrie ont besoin d'un contexte taillé sur mesure pour être porteuses d'innovation technologique. Les spécialistes des sciences sociales de l'Eawag ont élaboré un concept décrivant les moteurs significatifs de l'innovation et permettant par là même d'identifier les facteurs inhibiteurs et de développer des programmes d'encouragement spécifiques. Texte : Andres Jordi
Les sociétés du savoir sont tributaires d'une industrie innovante pour rester concurrentielles sur le marché mondial. C'est pourquoi la Suisse s'est dotée de divers instruments pour l'encourager. En 2016, le parc suisse d'innovation a ainsi vu le jour sur les sites d'Allschwil, de Bienne, de Dübendorf et de Lausanne. Il vise à offrir aux entreprises suisses et étrangères un cadre privilégié pour le développement de produits commercialisables à partir de leurs idées grâce, notamment, à une collaboration étroite avec les institutions de recherche.
Une industrie basée sur la science et l'expérience
Mais que faut-il pour qu'une innovation voie le jour et s'accompagne d'un succès économique ? C'est la question qui occupe actuellement Christian Binz et Bernhard Truffer du département de Sciences sociales de l'environnement de l'Eawag. Ils ont élaboré un concept d'analyse des processus d'innovation applicable, par exemple, à l'industrie cleantech ou au secteur de l'eau (voir encadré). « Les différentes branches de l'industrie n'ont pas besoin du même savoir pour générer l'innovation », indique Binz. Les chercheurs distinguent alors le savoir basé sur la science et celui basé sur l'expérience. Dans le premier cas, les industriels appliquent des principes et enseignements scientifiques qui se traduisent dans des modèles, des brevets ou des rapports. Les entreprises travaillent alors en lien étroit avec les universités et écoles polytechniques et ont une activité de recherche et développement. Les échanges de savoir s'effectuent souvent dans le cadre de réseaux internationaux. Les entreprises biotechnologiques ou l'industrie photovoltaïque entrent dans cette catégorie.
Les formes d'industrie basées sur l'expérience comme celle du traitement des eaux usées ou l'éolien misent en revanche sur l'expérience et le savoir-faire. Les nouvelles connaissances s'acquièrent en général sur le tas et par des échanges informels entre les différents services d'une même entreprise ou avec des acteurs extérieurs. L'innovation ne naît pas d'un effort de recherche et développement mais de la recherche de solutions sur le terrain et d'interactions entre les industriels et leurs clients. Les entreprises de cette catégorie sont souvent ancrées dans le contexte socio-historique de leur région. « La plupart des entreprises industrielles se situent entre ces deux catégories et se basent sur un savoir issu à la fois de la science et de l'expérience », souligne Binz.
Produits standard et produits sur mesure
En plus de l'origine du savoir, les scientifiques font également la différence entre les degrés de standardisation des produits et services. Ainsi, les produits standardisés comme les shampoings ou les smartphones ont des propriétés similaires partout dans le monde et sont diffusés sur un marché mondial. Les utilisateurs de ces produits ont à peu près tous les mêmes exigences et basent en général leur choix sur des critères de prix. Les produits sur mesure se rencontrent par exemple dans le secteur de la gestion des eaux urbaines ou du conseil juridique. Ils sont spécifiquement adaptés à certains groupes d'utilisateurs et donc à des marchés de niche variant d'une région à une autre.