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Dies Academicus 2002 - Prix et médaille

Alexis KELLER
Rudiger DORNBUSCH

La création et la frappe d'une médaille destinée aux personnes ayant rendu des services spéciaux et éminents à l'Université remonte à 1929. Ainsi, de 1931 à 2001, la Médaille de l'Université a été remise 47 fois, tant à des membres de la communauté universitaire qu'à des personnalités de l'extérieur ou des institutions.
Pour l'édition 2002, la Médaille de l'Université est attribuée au prof. Bernard Levrat. D'abord chargé de cours à la Faculté des sciences, puis professeur dès 1968, Bernard Levrat avait pour tâche principale de mettre en place un enseignement nouveau dans le domaine qui s'appelait à l'époque le calcul électronique. Ses démarches incessantes et sa vision de pionnier ont permis à l'Université de Genève de devenir, en 1970, la première Haute école de Suisse à offrir un plan d'études complet et un titre universitaire en informatique. Sous son impulsion, un groupe de jeunes chercheurs a entrepris les premiers travaux de recherche dans cette nouvelle discipline. C'est également sous sa direction que fut décerné, en 1972, le premier doctorat ès sciences mention informatique.
A la même période, il convainc la firme IBM d'offrir à des conditions avantageuses le premier calculateur électronique de l'Université. Et, alors que les besoins en calculs scientifiques et administratifs augmentant, il incite l'Etat et l'Université à acquérir ensemble, en 1967, auprès du CERN, un ordinateur CDC 3800.
Au sein de la Faculté des sciences, Bernard Levrat crée l'unité de calcul électronique qui se transformera en Département d'informatique. C'est aussi sous son impulsion que l'Université crée un " Institut Interfacultaire de Calcul Electronique " qui deviendra par la suite le " Centre Universitaire d'Informatique ".
Il persuade en 1983 les autorités politiques et universitaires de repenser les ressources informatiques de l'Université et de mettre en réseau les ordinateurs centraux et les postes de travail individuels de toutes les facultés. Le Grand Conseil genevois vote un crédit pour les infrastructures informatiques et pour le câblage des bâtiments.
En 1991, Bernard Levrat devient vice-recteur dans le rectorat du Professeur Luc Weber où il est en charge du dossier informatique et prend un grand nombre d'initiatives visant à assurer le développement de cette discipline dans tous les secteurs de l'Université.
Dès 1995, le prof. Levrat s'intéresse très activement aux problèmes engendrés par l'irruption des nouvelles technologies de l'information dans l'enseignement universitaire. Convaincu de leur enjeu et de leur l'impact tant scientifique et culturel qu'économique, il travaille sur le programme de recherche et de développement " Campus Virtuel Suisse " pour lequel la Confédération a débloqué un crédit de plus de 30 millions de francs.
Enfin, il a initié et dirigé de nombreuses recherches dans les domaines de l'interaction homme-machine, de la gestion d'information, des réseaux d'ordinateurs, des architectures de machines, des systèmes informatiques d'aide à l'enseignement, etc.
C'est en considérant le rôle primordial que le prof. Levrat a joué dans l'avènement de l'informatique comme discipline académique et comme instrument de recherche au service de toutes les autres disciplines que l'Université décerne la Médaille en reconnaissance de son engagement et de son dévouement pour notre Institution ainsi que pour son importante activité scientifique.

Le Prix Latsis de l'Université de Genève est décerné, cette année, à Alexis Keller pour son ouvrage " Le libéralisme sans la démocratie - La pensée républicaine d'Antoine Elisée Cherbuliez (1797-1869) ".
L'oeuvre d'Alexis Keller aborde de manière passionnante et originale le dialogue poursuivi depuis deux siècles par le libéralisme et la démocratie. Notions jumelles, frères de sang ou frères ennemis, libéralisme et démocratie cohabitent, se combattent ou s'ignorent.
Alexis Keller reconstruit l'histoire intellectuelle de la tension entre ces deux courants de pensée et explique que le libéralisme et la démocratie sont deux volets d'un même programme d'émancipation. La démocratie crée un système de valeurs fondé sur la légitimité populaire. Tous participent à la chose publique et le pouvoir ne peut être que l'émanation de la volonté de la majorité. Le libéralisme favorise le développement de l'individu en le protégeant des excès du pouvoir. Mais, Alexis Keller démontre également que le libéralisme ne va pas forcément de pair avec la démocratie. En privilégiant le groupe, la démocratie s'oppose parfois au libéralisme trop individualiste.
Par une symphonie de mots, de citations et par une étude d'une grande rigueur scientifique, où chaque affirmation repose sur une référence ou une démonstration, l'auteur parvient à faire vivre les émotions, les actions, les passions et les affrontements de ceux qui, en Allemagne, en Europe se sont battus pour faire triompher ces deux idées.
Alexis Keller a également choisi de présenter un théoricien brillant du libéralisme en Suisse, Antoine-Elisée Cherbuliez, dont l'oeuvre est une tentative de fonder un régime politique rationnel, associant ordre et liberté. Celle-ci confronte en permanence le libéralisme et la démocratie à la nécessité ressentie par Cherbuliez d'un régime fort et stable. Le conflit vécu par ce dernier est perçu dans toute son ampleur par le lecteur en étant replacé dans le contexte de deux siècles de luttes politiques.
L'ouvrage d'Alexis Keller est une contribution importante et originale à l'analyse du " libéralisme " classique sans laquelle il n'est pas possible de comprendre la version un peu dénaturée du libéralisme actuel.

Né en Allemagne en 1942, Rudiger Dornbusch poursuit ses études universitaires à Genève à l'Institut HEI où il obtient sa licence en 1966. Ses qualités intellectuelles lui valent d'être rapidement nommé assistant en économie internationale. Il occupe ce poste pendant une année avant de poursuivre ses études à l'Université de Chicago où, sous la direction du professeur Robert Mundell, il obtient son doctorat en 1971. A l'Université de Chicago, il étudie également avec le professeur Harry Johnson qui sera lui aussi plus tard professeur à l'Institut. Après avoir enseigné à l'Université de Rochester, puis à la Graduate School of Business de l'Université de Chicago, Rudiger Dornbusch rejoint en 1975 le MIT où il est nommé professeur ordinaire en 1978. Il est aujourd'hui Ford International Professor of economics.
Dans ses travaux, le prof. Dornbusch poursuit et développe l'analyse de Robert Mundell, considéré comme le père de l'analyse macroéconomique moderne de l'économie ouverte et Prix Nobel 2000 d'économie. Il forge notamment des outils d'analyse adaptés à l'examen de problèmes essentiellement dynamiques tels que le comportement des taux de change. Mais ses recherches ne se limitent pas à ces questions; ses contributions fondamentales couvrent un large éventail de questions relatives à l'économie ouverte, y compris la théorie pure du commerce international.
Par cette série de contributions, il a profondément influencé la compréhension du fonctionnement de l'économie ouverte en portant une attention croissante à la mobilité du capital et au rôle des anticipations. Son ouvrage Open Economy Macroeconomics, publié en 1980, sera un passage obligé pour plusieurs générations de doctorants, alors que son article "Expectations and Exchange Rate Dynamics" constitue sa contribution la plus remarquée. Il y établit la rationalité économique du phénomène d' "overshooting" (sur-réaction) des taux de change: ces derniers ont tendance à réagir à court terme aux changements de politique monétaire de façon "exagérée" par rapport à leurs valeurs d'équilibre à long terme. Cette démonstration théorique de Dornbusch trouve de nombreuses applications pratiques. Elle contribue, par exemple, à expliquer tant la volatilité que les déséquilibres persistants des taux de change qui caractérisent le système monétaire international depuis l'effondrement du système de Bretton Woods au début des années 70. Elle a profondément influencé les responsables de la politique économique dans leur choix d'un régime de change et dans la conduite de leur politique monétaire.
Rudiger Dornbusch a écrit plusieurs centaines d'articles qui ont contribué à notre compréhension des questions financières internationales, plaçant fréquemment ses analyses dans le contexte de l'histoire économique. Au fil des ans, ses travaux ont graduellement évolué de la théorie pure vers ses applications à la politique économique. Il a pris activement part aux principaux débats de politique économique récents, des réformes économiques en Amérique Latine à la réforme du système monétaire et financier international en passant par l'Union monétaire en Europe, le processus de transition en Europe centrale et de l'Est, ou encore par la crise asiatique. A travers ses écrits tant dans les revues scientifiques que dans la presse "populaire," Rudiger Dornbusch est devenu l'un des économistes les plus influents de sa génération. Sa capacité d'identification et d'analyse de problèmes complexes en termes simples et accessibles aux étudiants, aux responsables de la politique économique et même au grand public a permis la dissémination de ses idées, et a promu son influence, bien au-delà de la communauté universitaire. L'originalité de ses travaux et leur adéquation aux questions fondamentales du moment ont attiré en nombre de brillants étudiants venus à MIT poursuivre leurs recherches sous sa direction.
Rudiger Dornbusch est l'auteur ou le directeur de 23 livres et ouvrages collectifs. Ses travaux ont été reconnus mondialement par l'attribution de divers prix, distinctions, et doctorats honoris causa (de l'Université de Bâle notamment). En lui attribuant le Prix Mondial Nessim Habif 2002, l'Institut universitaire de hautes études internationales est fier d'honorer l'un de ses plus brillants et fidèles anciens étudiants.
2002