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La paroisse catholique Sainte-Trinité a été créée en 1931 pour répondre à l’augmentation du nombre de fidèles attachés à la paroisse Notre-Dame du fait du développement des quartiers Sécheron, Prieuré et Pâquis. L’Eglise catholique romaine de Genève saisit alors l’opportunité de racheter une parcelle de 2500m2 de terrain logée entre la rue de Lausanne, la rue du Valais, les rues Rotschild et Ferrier. Celle-ci appartient à la fabrique de cigarettes Tchemkerten-Aracks qui a fermé ses portes en 1930 et sur laquelle se trouve aussi une station essence et un parking. La paroisse emménage dans la salle des machines, transformée en église, et y reste jusque dans les années 1990. Les locaux étant devenus vétustes, le conseil de paroisse décide en 1982 de tout démolir et de réaliser un complexe immobilier pour rentabiliser le terrain qu’elle possède.
La commission de construction contacte l’architecte tessinois Ugo Brunoni par intérêt pour ses réalisations précédentes. « Sept ans de travail, de réflexions et de doutes, dira Brunoni, pour construire une église et un lieu où se côtoient la représentation du monde profane et celui du sacré ». Sur la parcelle de l’ancienne fabrique de cigarette en effet, sortiront de terre en 1994 une église et un ensemble immobilier constitué de 64 logements, d’arcades commerciales, de surfaces de bureaux et d’un parking. Dans son désir de faire cohabiter « monde profane et sacré », Brunoni renouvelle l’architecture religieuse genevoise en proposant une église sphérique de granit, adossée à un complexe immobilier. Saisissant contraste avec la très traditionnelle église de la paroisse Notre-Dame dont Sainte-Trinité est issue et avec laquelle elle forme aujourd’hui l’unité pastorale Mont-Blanc.
Sources :
Fontana, François, L’Eglise de la Sainte-Trinité et la chapelle Notre-Dame-du –perpétuel-secours, 1995, Genève.
Construite entre 1992 et 1994, l’église Sainte-trinité est une sphère quasi complète de 20 mètres de diamètre surmontée de quatre clochetons et d’une croix. Cette boule, édifiée en béton armé et recouverte de granit rose, est scindée en deux hémisphères : la partie supérieure abrite une église d’environ 300 places, la partie inférieure accueille une petite chapelle, « Notre Dame du perpétuel secours », d’environ 40 places. Dans l’une comme dans l’autre, le visiteur est saisi par l’impression d’être soustrait au monde extérieur, ébloui par un blanc éclatant à l’étage, et enveloppé d’un silence assourdissant. Pas un bruit de la route de Lausanne, pourtant très fréquentée, ne vient troubler le recueillement. Dans la chapelle, cette impression de pénétrer un monde à part est accentuée par les « vitraux » de l’artiste genevois Christian Robert Tissot qui réinterprète le procédé traditionnel d’images visibles en transparence depuis l’intérieur avec des photographies du cosmos.
Le langage architectural emprunte beaucoup à la symbolique chrétienne mais aussi aux représentations qu’Ugo Brunoni se fait du « sacré ». L’entrée dans l’église se veut cheminement. Pour y pénétrer, il faut emprunter un escalier, passer une lourde porte et traverser un couloir partiellement vitré, faisant office de passerelle reliant le monde terrestre au monde spirituel. A l’intérieur, la lumière est exclusivement zénithale : un halo descend du ciel au travers de quatre clochetons (petits clochers) formant une croix et évoquant les quatre évangélistes (Luc, Jean, Marc et Matthieu). Avec la peinture blanche, cette source lumineuse suffit à conférer à l’espace une grande clarté. 12 oculi (ouvertures circulaires) représentant les 12 apôtres percent la sphère dans sa partie supérieure. Leurs couleurs font écho aux 12 pierres précieuses qui soutiennent la Jérusalem céleste dans le livre de l’Apocalypse (Ap 21). Au sol, les bancs et le parquet en bois foncé contrastent avec l’atmosphère blanche et claire et symbolisent le monde terrestre au sein du monde céleste. La galerie, elle aussi de bois sombre, est soutenue par une colonnade qui rappelle le chemin de croix par le nombre de ses piliers et les numéros inscrits sur ces derniers. Dans la logique du parti-pris symbolique, elle ne touche pas les parois de la sphère.
L’architecte a travaillé le mobilier avec l’orfèvre genevois Gilbert Albert qui a réalisé le tabernacle, l’ambon, la croix, les bougeoirs, la lampe du Saint-Esprit et les chiffres du chemin de croix sous la forme d’empreintes d’élément naturels (blé, coquillages, météorites).
La paroisse compte environ 7000 paroissiens. 120 personnes en moyenne assistent aux offices du week-end (samedi et dimanche). Des messes sont également célébrées en semaine à la chapelle. Une cinquantaine d’enfants du quartier participent aussi au catéchisme (chiffres communiqués par la paroisse).
Aux premiers siècles de notre ère, le christianisme se répand progressivement dans tout l’Empire romain. Les convertis forment de petites communautés locales dirigées par des évêques. Poussés par la nécessité d’unifier leurs positions sur les questions de gestions et de doctrine, ces derniers vont progressivement se regrouper auprès de l’évêque de la capitale régionale lui reconnaissant volontiers la préséance du fait de l’ancienneté et de la taille de sa communauté (le christianisme s’étant diffusé depuis les grands centres urbains). Parmi ces évêques métropolitains, ceux qui siègent dans les villes les plus importantes de l’Empire tiennent une place éminente qui leur est reconnue lors du premier concile œcuménique*, le Concile de Nicée, en 325. Il s’agit de l’évêque de Rome, d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem. Constantinople viendra s’ajouter à ce quarté à la suite du Concile de Chalcédoine (451) pour former à la fin du 5e siècle la pentarchie, le gouvernement des cinq patriarches.
Tout au long du premier millénaire, l’Eglise qui se revendique indivise, « une, sainte, catholique – c’est-à-dire universelle – et apostolique – c’est-à-dire dans la continuité des apôtres – »[1], connaît des tensions. En effet, l’éclatement politique de l’Empire[2], les querelles théologiques (notamment sur la nature du Christ, les innovations romaines en matière de liturgie, de pratique ou d’organisation ecclésiale) et les prétentions de l’évêque de Rome à la primauté sur les autres patriarches (se basant sur l’idée qu’il est le successeur de Pierre, considéré comme le chef des apôtres) provoquent d’importants désaccords internes. Ces tensions aboutiront finalement à un schisme, traditionnellement daté de 1054. L’Eglise latine placée sous l’autorité du pape, évêque de Rome, et l’Eglise d’orient dite orthodoxe (conforme à « la juste foi », du grec orthodoxè) se séparent. Cette dernière s’était développée dans l’Empire byzantin sous l’autorité du patriarche de Constantinople (prenant le pas dès le 7e siècle sur les patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem affaiblis par la conquête arabe[3]). Le qualificatif catholique (du grec catholicos « universel ») revendiqué par l’Eglise de Rome en vient à désigner une confession chrétienne et plus seulement un attribut de l’Eglise chrétienne unie.
[1] Selon les termes du Concile de Constantinople en 381.
[2] En 313 les empereurs romains Constantin et Licinius ouvrent au christianisme les voies de la reconnaissance officielle avec l’édit de tolérance de Milan. Théodose Ier en fait la religion d’Etat en 380. A sa mort, celui-ci lègue l’Empire à ces deux fils, formalisant sa division politique en un Empire d’Orient ayant pour capitale Constantinople (ancienne Byzance) et un Empire d’Occident dont le centre est Rome. En 476, l’Empire romain d’Occident tombe aux mains des envahisseurs laissant seule la partie orientale qu’on appellera désormais l’Empire byzantin. A l’ouest, se forment des monarchies. A l’Est, l’Empire byzantin survit jusqu’en 1453 mais perd des territoires dès le 7ème siècle du fait de la conquête arabe (la Syrie puis le Nord de l’Afrique – dont l’Egypte et la Cyrénaïque).
[3] Les patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem évoluèrent hors de la juridiction de l’Empire byzantin du fait de la conquête arabe dès le 7ème siècle. Les patriarches confièrent l’administration de leurs Eglises à des représentants et s’exilèrent à Constantinople qui devint par conséquent le patriarcat éminent en Orient. Dans les régions de ces patriarcats –notamment-, des Eglises firent scission au 5ème siècle en refusant d’adhérer au dogme christologique – relatif à la définition de la nature du Christ* – adopté au concile de Chalcédoine. Ce sont les Eglises non-chalcédoniennes aussi appelées Eglises orientales anciennes (Eglises arménienne, copte, éthiopienne, érythréenne, syriaque et Mar Thoma).
Les catholiques reconnaissent le pape, évêque de Rome, comme leur chef spirituel. Le catholicisme, contrairement au protestantisme, conçoit l’existence d’un clergé séparé des laïcs, hiérarchisé (cardinaux, archevêques, évêques, prêtres, diacres), et consacré par le sacrement* de l’ordre (l’ordination) pour guider la communauté des fidèles. Le célibat des prêtres et évêques est propre au catholicisme.
L’Eglise catholique reconnaît sept sacrements* (comme les Eglises orthodoxes), compris comme des signes et vecteurs de la grâce divine : le baptême, la confirmation, l’eucharistie (célébration du sacrifice de Jésus commémoré par le partage du pain et du vin, associés à son corps immolé et de son sang versé), la pénitence (confession), l’onction des malades, l’ordination et le mariage. Les protestants n’en reconnaissent que deux : le baptême et la cène (l’eucharistie). L’obéissance requise aux enseignements du pape et des évêques implique l’idée que les dogmes, par lesquels l’Eglise a été amenée à préciser sa position officielle par rapport à la foi, sont intangibles. Les plus récents concernent l’immaculée conception de Marie (1854), l’infaillibilité pontificale (1870) et l’Assomption de Marie (1950).
Ces dogmes soulignent l’importance particulière de Marie pour les catholiques, qui sont, de tous les chrétiens, ceux qui ont le plus développé le culte marial. Celui-ci existe aussi chez les orthodoxes mais il a connu dans leurs traditions une évolution plus mystique et moins doctrinale. Les différences entre les deux confessions reposent sur les pratiques relatives à ce culte : pèlerinages dans les lieux de dévotion mariale*, prières du rosaire, ordres religieux voués à la spiritualité mariale chez les catholiques, culte des icônes mariales chez les orthodoxes. D’une manière générale, le culte rendu aux saints, considérés comme des intercesseurs auprès de Dieu, existe dans ces deux confessions. Les catholiques se démarquent par le processus de « canonisation » (de reconnaissance de la sainteté) nécessitant notamment d’avoir accompli des miracles. Les protestants pensent qu’à Dieu seul doit être rendu gloire et ne prient donc ni Marie, ni les saints.
Indications bibliographiques :
ARMOGATHE, Jean-Robert (dir.), Histoire générale du christianisme, éd PUF, Collection Quadrige, septembre 2010, 2 vol.
BRULEY Yves, L’histoire du catholicisme, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 2004.
CHADWICK, Henry, The Church in Ancient Society. From Galilee to Gregory the Great, Oxford, Oxford University Press, 2001,
LIVINGSTONE, E. A. (ed.), The Concise Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford University Press, 2006 (version online 2013).
MAYEUR, Jean-Marie, sous la direction de, Histoire du christianisme : des origines à nos jours, Éd.: 1990-2000 en 13 tomes
MIMOUNI, Simon Claude, MARAVAL, Pierre, Le Christianisme des origines à Constantin, PUF, Nouvelle Clio, Paris, 2006
PATTE, Daniel (éd.), The Cambridge dictionary of Christianity, Cambridge University Press, 2010.
RUNCIMAN, Steven, Le Schisme d’Orient, la papauté et les Églises d’Orient, XIe-XIIe siècles, Les Belles Lettres, Paris, 2005.