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La stimulation cérébrale profonde, une technique largement utilisée pour certaines affections psychiques, semble également efficace dans le traitement de l'addiction à la cocaïne, ont constaté des chercheurs genevois. Leurs travaux ont été publiés jeudi dans la revue "Science".
Partant du principe que la cocaïne dérègle la communication des neurones dans une zone bien précise du cerveau, ce qui pousse le consommateur à en vouloir toujours plus, l'équipe du professeur Christian Lüscher, spécialiste des addictions à l'Université de Genève, teste depuis des années des techniques pour remettre un peu d'ordre dans la communication entre ces neurones.
Des résultats très encourageants avaient déjà été obtenus avec des souris dont les neurones avaient été génétiquement modifiés. Mais il est impossible d'appliquer le procédé à l'être humain. Les chercheurs ont donc recouru à une technique qui existe déjà depuis 30 ans: l'électrostimulation cérébrale profonde.
Technique appliquée pour Parkinson
"On a fait chez les souris ce qu'on fait avec des patients pour d'autres indications comme la maladie de Parkinson", explique Christian Lüscher interrogé vendredi par la RTS. "La stimulation profonde consiste à implanter des électrodes en profondeur du cerveau et envoyer un courant par une batterie. C'est ça qui normalise le fonctionnement des circuits."
Le protocole mis en place dans cette expérience a montré que les souris électriquement stimulées ne réagissaient plus de manière problématique à la prise de cocaïne. "Ce que nous avons obtenu, ce n'est pas une guérison mais une thérapie qui - quand on la répète - contrôle le comportement chez la souris", avertit le professeur. "Cela reste un traitement symptomatique, c'est clair, et ça ne sera jamais un traitement des masses".
Quelques patients traités
Ce système de stimulation profonde a déjà été appliqué chez une demi-douzaine de personnes qui ont un sérieux problème d'addiction à la cocaïne. "C'est trop peu pour dire que ça marche, et c'est fait d'une façon très empirique", souligne Christian Lüscher. "On n'est donc pas trop sûrs de l'efficacité de cette approche".
Il faudrait maintenant faire des études plus approfondies pour voir si cette option est réellement une bonne voie.
Virginie Matter/oang
Une technique trentenaire
La stimulation cérébrale profonde est une technique co-inventée il y a près de 30 ans par Pierre Pollak, professeur au Département des neurosciences cliniques de l'Université de Genève (UNIGE) et médecin-chef du service de neurologie des HUG.
Aujourd'hui, près de 100'000 personnes ont ce genre d'électrodes dans le cerveau.
Mais comme l'explique Pierre Pollak, l'intérêt pour elle ne cesse de s'accroître.
"Avec les progrès des neurosciences, il y a maintenant un large champ de pathologies dans lequel la stimulation cérébrale profonde pourrait s'appliquer", explique-t-il. Et de citer notamment l'épilepsie ou les troubles émotionnels et psychiatriques.
"Mais il faut savoir raison garder", précise-t-il. "C'est une intervention agressive. On met une électrode dans le cerveau, donc ce n'est pas anodin!":