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Cette « carte politique » montre le positionnement politique des membres de la Constituante. Elle s’appuie sur les votes individuels des sessions plénières d’automne 2020.
L’analyse suggère que l’axe ‘progressistes-conservateurs’ explique bien la tendance globale des votes lors des débats préliminaires. Elle montre aussi le rôle crucial des deux groupes les plus nombreux de la Constituante, le PDC et le VLR, qui sont à même de faire basculer les majorités. Les positions ne sont pas compactes au sein de certains groupes, avec des individus plus conservateurs ou plus progressistes que la moyenne du groupe.
> En passant le curseur sur chaque point, le nom de la personne s’affiche. Par défaut, seules les personnes ayant participé à plus de 70% des votes sont affichées. Pour faciliter la lecture, vous pouvez ouvrir cette visualisation dans une nouvelle fenêtre. La carte se lit mieux sur un écran d’ordinateur.
L’axe horizontal montre le positionnement des membres les uns par rapport aux autres. Il est construit sur la base des similarités entre les comportements de vote : plus les points sont proches, plus les comportements de vote de ces personnes se ressemblent. Il pourrait être interprété (lire plus bas) comme un axe « progressistes-conservateurs », les plus progressistes se situant sur la droite. En réalité, la position de chaque personne est calculée de façon purement mathématique sans prendre en compte le sujet des votes. La carte fait donc apparaître une proximité de fait basée uniquement sur les votes (lire section ‘méthodologie’). La valeur 0 correspond à la moyenne des positions des membres.
Sur l’axe vertical, la position de chaque point correspond au taux de votes ‘gagnés’, c’est-à-dire la part des votes où la personne a fait partie de la majorité qui l’a emporté.
Dans la carte ci-dessus, seules les personnes ayant participé à plus de 70% des votes sont représentées. En effet, le calcul de la position est moins robuste pour les gens qui ont participé à peu de votes. Il est toutefois possible d’afficher tout le monde en ajustant le filtre situé en bas du graphique (« Filtrer par nombre de votes »).
Axe horizontal : progressistes – conservateurs ?
Quel sens donner à la position des points sur l’axe horizontal ? A la lumière de la carte ainsi dessinée mathématiquement, une interprétation possible pourrait être celle d’un axe progressistes-conservateurs. Dans la moitié droite du graphique, les membres des groupes des Verts, PS et Gauche Citoyenne, Appel Citoyen, Zukunft et Valeurs Libérales Radicales ont en effet été souvent décrits comme les forces progressistes de l’assemblée. Dans la moitié gauche, les groupes PDC et UDC feraient ainsi majoritairement partie des conservateurs. La carte de la position moyenne des groupes, ci-dessous, renforce cette interprétation.
Comme indiqué dans la section ‘Méthodologie’, la position des points résulte d’une méthode mathématique neutre qui se borne à identifier les similarités et différences de vote, sans considérer les thématiques. Décrire cet axe comme ‘progressiste-conservateur’ constitue une interprétation a posteriori, une façon de donner du sens à la carte produite sur une base purement mathématique. Au vu de la position des groupes, cette interprétation semble toutefois plus justifiable qu’un axe d’analyse “gauche-droite” qui ne rendrait pas justice à la position sur la carte de certains groupes, par exemple le VLR, le CSPO, ou Appel Citoyen.
Qu’en est-il des différences individuelles au sein des groupes ? La représentation ci-dessous l’illustre.
On peut constater que les votes dans les groupes PDC et Verts sont les plus compacts, tout comme dans une moindre mesure au VLR et au CSPO. D’autres groupes montrent une plus grande diversité dans les positionnements individuels, notamment Zukunft-VS, Appel Citoyen, le CVPO, le SVPO et l’UDC. Pour ces derniers groupes, des absences importantes peuvent partiellement expliquer certains positionnements éloignés de la moyenne du groupe, par ex. Edmond Perruchoud qui apparaît dans ce graphique comme le plus ‘progressiste’ des UDC (score individuel de -6 alors que la moyenne du groupe est de -16) n’a voté que 155 fois sur 576, car il a renoncé à siéger durant certaines sessions en raison de la pandémie.
A l’intérieur de chaque groupe, des différences individuelles apparaissent. Si certaines cheffes et chefs se situent aux positions les plus extrêmes (Laurence Vuagniaux (Verts) et Fabien Thétaz (PS) pour les progressistes, Jean-Dominique Cipolla (UDC) et Michael Kreuzer (SVPO) pour les conservateurs), d’autres individus se retrouvent souvent assez éloignés de la moyenne des votes de leur groupe. Gerhard Schmid par exemple, membre du groupe CVPO durant ces plénières mais démissionnaire depuis, montre un comportement de vote qui s’approche davantage du CSPO ou du VLR. De même, Peter Burri ou Monika Holzegger du groupe Zukunft-Wallis ont un comportement de vote plus proche de la moyenne du CSPO que du reste de leur groupe.
Axe vertical : les faiseurs de roi
L’axe vertical représente la proportion de votes ‘gagnés’ par chaque personne. La totalité des membres du PDC et presque tous ceux du VLR ont gagné plus de 70% de leurs votes. Les membres des autres groupes sont en dessous. En d’autres termes, les groupes PDC et VLR sont les faiseurs de roi de l’assemblée. Chacun d’eux individuellement n’a pas la majorité absolue lui permettant de décider seul, mais ils sont chacun en position d’apporter un soutien décisif à l’un ou l’autre bord sur chaque vote.
Parmi les personnes ayant participé à plus de 99% des votes, les PDC Gérard Salamin, Jean-Marc Savioz, Bernard Troillet, Kamy May ou Nicolas Bonvin font partie de la majorité dans plus de 80% des cas. Si vous voulez savoir ce que pense la majorité de la Constituante d’un sujet, 8 fois sur 10 l’opinion de ces personnes vous le dira. A l’inverse, Laurence Vuagniaux (Verts), Fabien Thétaz (PS), Jean-François Lovey (AC), Kurt Regotz (CSPO), Rafael Welschen (CVPO) ont gagné moins de 60% de leurs votes. Les UDC Jean-Dominique Cipolla, Vincent Boand, Marc-Antoine Genolet, François Quennoz et Michael Kreuzer ont gagné moins d’un vote sur deux.
Conclusion
Cette analyse s’appuyant sur la totalité des votes suggère que l’axe ‘progressistes-conservateurs’ explique bien la tendance globale des décisions de la Constituante lors des débats préliminaires. Elle montre aussi le rôle crucial des deux groupes les plus nombreux de la Constituante, le PDC et le VLR, qui sont à même de faire basculer les majorités. Les positions ne sont pas compactes au sein des groupes, particulièrement au VLR ou chez Zukunft-Wallis, avec des individus plus conservateurs ou plus progressistes que la moyenne du groupe.
Cette analyse considère l’entier des votes en une seule fois. Elle simplifie la réalité et réduit la complexité des votes. Elle peut par conséquent masquer des tendances fines ou plus contrastées sur certaines thématiques spécifiques. Dans une prochaine analyse, je m’appliquerai à dresser un panorama vote par vote, afin de dégager des tendances thématiques et des affinités entre groupes au gré des sujets traités.
Dans l’intervalle, explorez les données détaillées et ne manquez pas de faire part de vos observations et conclusions !
Florian Evéquoz
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Méthodologie
Le calcul des coordonnées politiques sur l’axe horizontal est effectué à l’aide d’une méthode statistique appelée analyse en composantes principales, une méthode de la même famille que celle utilisée par smartvote pour dessiner sa smartmap. L’espace politique se dessine sur la base des votes uniquement, de façon purement mathématique. Il n’y a aucune intervention manuelle subjective, par ex. pas de classement thématique des votes, pas de sélection de votes-clés, ni de jugement de valeur politique (par ex. progressiste-conservateur) appliqué a priori aux votes. Chacun des 576 votes individuels est modélisé pour chaque personne sous forme d’un chiffre : 1 si la personne a voté OUI, 0 si elle s’est abstenue ou n’a pas voté, -1 si elle a voté NON. Chaque membre de la Constituante peut ainsi être représenté par le vecteur de tous ses votes, autrement dit, par une suite de 576 chiffres (soit 1, soit 0, soit -1 selon le vote en question). La méthode statistique d’analyse en composantes principales identifie la projection de ces vecteurs qui permet d’expliquer au mieux la variance des données, autrement dit de mettre en évidence la similarité et la dissimilarité entre les personnes. Son effet est de fournir, pour chaque personne, un coefficient unique (en l’occurrence ici un nombre compris approximativement entre -20 et +20) qui caractérise son comportement de vote. Ce coefficient correspond à la position de la personne sur l’axe horizontal de la carte.
Pour réaliser cette réduction de dimensions (de 576 dimensions individuelles à une seule), chaque vote individuel participe de façon plus ou moins importante à calculer le coefficient, et donc la position des membres sur l’axe horizontal. La méthode mathématique assigne automatiquement à chaque vote une pondération comprise en valeur absolue entre 0 et 0.7. Cette pondération est déterminé par optimisation mathématique pour faire en sorte de préserver la variance, c’est-à-dire la diversité du nuage de points.
Enfin, il faut noter que rien ne permet de distinguer les absences de vote des abstentions, les deux valant 0. Par conséquent, la position des personnes qui ont peu voté aura tendance à être moins précise, avec une tendance à se rapprocher du milieu de l’axe horizontal.