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Même si les centristes ont progressé en ville de Genève, les dernières élections cantonales montrent plutôt une polarisation, analyse Pascal Sciarini.
Et pour le politologue genevois, cette tendance devrait à nouveau se manifester à l'occasion des élections fédérale de cet automne.
Les élections de dimanche au Tessin, à Lucerne et dans le canton de Vaud ont confirmé les majorités de droite. Au Tessin, c'est même le triomphe pour les populistes de la Lega. Une semaine auparavant, les élections en ville de Genève avaient par contre montré une poussée du centre et une érosion de l'extrême gauche.
Pascal Sciarini dirige le département de science politique de l'Université de Genève. Interview.
swissinfo: Y a-t-il une tendance qui se dégage de ces élections dans la perspective des élections fédérales de cet automne ?
Pascal Sciarini : Ces scrutins confirment la poussée des Verts. Les écologistes progressent à Genève, dans le canton de Vaud et à Lucerne.
On constate aussi dans trois cantons que les partis liés à des «affaires» ou à des crises souffrent, en particulier dans les élections d'exécutifs. C'est le cas en ville de Genève avec le fort recul de l'extrême gauche, à Lucerne avec la non-réélection de l'UDC (droite nationaliste) Daniel Bühlmann et au Tessin avec la défaite de la radicale Marina Masoni.
swissinfo: En ville de Genève et dans le canton de Vaud, les commentateurs évoquent le retour des partis centristes. S'agit-il d'une tendance lourde ?
P. S.: Il faut distinguer les élections à l'exécutif de celles au législatif. A part en ville de Genève, je n'ai pas constaté une forte amélioration du score des partis du centre, à savoir les radicaux et les démocrates chrétiens dans les élections législatives. Même si les résultats du canton de Lucerne montrent en effet une érosion du parti socialiste et de l'UDC, alors que les partis du centre droit regagnent du terrain.
Même si des signes suggèrent un regain d'intérêt pour les partis du centre, ils sont trop embryonnaires pour parler de tendance. Au Tessin, on constate même un recul de ces deux partis.
Dans les exécutifs en revanche, la donne est différente. Les candidats du centre sont effet les pivots de toute coalition gouvernementale. Via leur alliance électorale, les candidats du centre obtiennent souvent de meilleurs résultats dans les exécutifs que leurs partis dans les scrutins législatifs.
swissinfo: Le vote protestataire devient-il l'apanage de la droite dure au détriment de l'extrême gauche, comme semblent le montrer les cas genevois et tessinois ?
P. S.: C'est possible. On constate en tous cas en ville de Genève et en partie dans le canton de Vaud, un net recul de l'extrême gauche. Et il est très vraisemblable qu'il s'explique par un report des voix en faveur de la droite dure ou populiste.
Or ce mouvement peut s'expliquer. Pendant des années, l'extrême gauche a profité d'un clivage gauche-droite calé sur les questions économiques. Et la gauche de la gauche représentait vraiment les classes populaires sur les questions de redistribution, de rôle de l'Etat et des politiques à l'égard des plus pauvres.
Actuellement, une nouvelle dimension du champ politique apparaît avec un clivage entre fermeture et ouverture, modernisation et tradition. Cette nouvelle ligne de fracture porte sur des questions liées à la sécurité et à la population étrangère.
Et cela profite très clairement à la droite dure, dont les partis mobilisent les tenants de la fermeture.
swissinfo: Les électeurs ne commencent-il pas à se lasser de la polarisation de la vie politique suisse ?
P. S.: Beaucoup de commentaires vont dans ce sens. Mais les données empiriques à l'appui de cette thèse restent ténues. En fait, je ne suis pas sûr que nous sommes allés au bout de la polarisation.
swissinfo: Au vu de ces différents scrutins, comment voyez-vous les élections fédérales de cet automne ?
P. S.: Je ne serais pas surpris de voir l'UDC continuer sa progression, tout comme les socialistes et les Verts. Je ne m'attends donc pas à un réveil du centre pour ses prochaines élections. Ces partis réussiront peut-être à stopper l'hémorragie.
Les baromètres électoraux pronostiquent également une progression de l'UDC, des Verts et dans une moindre mesure du parti socialiste. Une tendance qui profite de certains éléments conjoncturels comme la tension fiscale entre Berne et Bruxelles, ou le réchauffement climatique.
Interview swissinfo, Frédéric Burnand
Les cantons suisses
La Suisse est composée de 20 cantons et de 6 demi-cantons, que l'on pourrait comparer aux Länder en Allemagne ou aux Etats des Etats-Unis.
Ensemble, ces 26 États souverains, qui possèdent chacun leur gouvernement et leur parlement, forment la Confédération helvétique.
Depuis la création de l'État fédéral en 1848, les compétences des cantons ont été réduites. Toutefois, ils disposent encore aujourd'hui d'une large autonomie, en particulier dans les secteurs de la fiscalité et de l'éducation.