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Lausanne, le 6 Décembre 1857.
Monsieur Alfred Escher, membre du Conseil national à Berne.
Monsieur!
Par une lettre reçue hier de Anna Hofmann de Kussnacht au canton de Zurich, j'ai lu avec beaucoup de plaisir que vous vouliez bien lui prêter votre concours pour obtenir si possible l'élargissement de son fils Henri, détenu dans la maison pénitentiaire de Lausanne depuis bientôt 7 ans!
Permettez-moi donc Monsieur, de vous entretenir un instant de ce malheureux jeune homme & de vous mettre au courant de tout ce qui a été fait dans le but d'obtenir un adoucissement de son sort.
Henri Hofmann fils naturel de Anna Hofmann vint à Lausanne en 1850 comme ouvrier charron. Après avoir travaillé pendant quelque tems chez un maître de cette ville, il se dirigea sur Vevey, où il trouva facilement de l'ouvrage. Le 26 janvier 1851 il alla se promener à Villeneuve, où il avait des connaissances. On y but beaucoup & l'on s'amusa, mais bientôt la scène se change, il survient un dispute entre Hofmann & un ouvrier maréchal wurtembergois, nommé Schneider, qui accompagnait le premier se retournant à Vevey, on en vient aux mains, Schneider est terrassé par Hofmann, & tomba privé de connaissance.
Hofmann fut d'abord saisie & conduit en prison. Le procès qui s'en suivit fut de courte durée, car déjà au mois. /. | de Mars il est condamné par le tribunal du district d'Aigle à 10 années de maison de force.
Personne ne contestera l'extrême sévérité de ce jugement, dans le cas même que la victime fut morte & qu'il y eut aucune circonstance atténuante pour l'accusé & cependant Schneider fut vite rétabli & put reprendre ses occupations ordinaires; d'un autre côté il aurait été facile au tribunal de se procurer des renseignements sur la vie passée de ce jeune homme & comme toutes les personnes qui l'ont connu à Kussnacht sont unanimes pour donner de bons témoignages sur son compte, cette circonstance méritait bien d'être prise en considération. Mais il paraît que la chose est passée assez sommairement à Aigle, – puisque Hofmann prétend prétend encore à l'heure qu'il est, qu'il n'y a point eu de défenseur, & qu'ainsi ne sachant pas le français il était privé de tout moyen de défense. Je ne puis croire qu'l n'ait pas eu de défenseur, mais celui ci n'a pas communiqué avec lui, le résultat est le même.
On ne [sut que dire?] à Kussnacht de la sévérité déployée contre leur originaire. Aussi depuis plusieurs années Mr le ministre Burkhart est en correspondance avec Mr [Roud ?] pasteur à la maison de force d'ici, soit pour s'informer de tems à autre de l'état de Hofmann soit pour obtenir par son entremise une réduction de peine en faveur de ce dernier. Mr [Roud ?] convaicu que Hofmann, qui se conduit très bien dans sa position malheureuse, en est digne, a bien voulu faire des démarches en sa faveur le printems dernier, mais elles ont malheureusement échouées.
La mère Hofmann voyant son espérance d'une prochaine délivrance de son fils tout à coup brisée, m'exposa lors de son voyage ici, tout son malheur.. /. | Je lui donnais le conseil de s'adresser par une pétition à l'autorité Souveraine du Canton, c'est à dire au grand-conseil, en lui offrant de rédiger moi même cette pétition. Mais avant de vous parler de l'exécution de ce projet, permettez moi Monsieur, de vous indiquer le principal motif de cette démarche. Là voici:
Le premier Janvier 1856 un jeune mécanicien zuricois nommé Honegger travaillait alors chez Mrs Escher Wyss & Co. à la construction d'un bateau à vapeur à Ouchy, fut assailli par le fils du fontenier Grillet de cette ville, & reçut des blessures tellement graves qu'il mourut au bout de quelques jours. Tous ceux qui ont connu ce jeune homme sont convaincus qu'il n'était pas l'agresseur. Voilà Monsieur, un délit analogue avec celui de Hofmann, avec la différence que dans l'un il a coûté la vie d'un homme, tandis que dans l'autre le battu est sain & sauf en Wurttemberg. Une autre différence c'est que Grillet est vaudois & Hofmann est « Etranger, Allemand »! ! Et bien quelle était la peine prononcée contre Grillet? – Dix huit mois de détention au château de Chillon, Prisons qui n'ont pas le caractère infâmant de la maison de force, puisqu'on n'y enferme ordinairement que ceux qui ont commis des délits militaires ou de presse! Il est vrai que le père de Grillet avait donné quelque argent au père Honegger. – Ainsi celui qui a tué son semblable est libre aujourd'hui, & [peut´?] aller parler de l'égalité devant la loi à Hofmann qui aura bientôt subi 7 années de maisons de force, qui ont ruiné sa santé & brisé sa carrière, tandis que la soi disante victime, Schneider, qu'on avait prié d'appuyer sa demande d'une remise de peine, répond qu'il ne le ferait que dans le cas qu'on lui paierait une 50e de florins!
Enfin parlons de notre pétition. Conçue en termes très. /. | convenables et respectueux, demandant la remise du reste de la peine comme une grace & non comme une réparation de justice, implorant la pitié pour une pauvre mère qui est privée de son soutien, elle arriva ici pour la Session extraordine du mois de Juillet dr, session qui n'a duré que quelques jours. – Elle fut trouvée admissible & renvoyée à une commission, qui ne présenta pas de rapport dans la même Session. J'ai profité du renvoi à la session ordinaire d'autome pur recommander Mad. Hofmann à quelques conseillers, j'ai même parlé à un membre de la commission de sa pétition, j'ai reçu de toutes parts des assurances de bienveillance pour cette femme malheureuse, mais c'était tout. Le rapporteur de la commission (que je n'avais pas vu) a proposé « vu les informations prises auprès du président du tribunal d'Aigle desquelles il résultait que la peine prononcé contre Hofmann n'était pas hors de proportion avec son crime (c'est clair que le tribunal ne veut pas désavouer ses actes), vu l'incompétence du grand Conseil» (ceci est faux le gd Conseil en a bien la compétence) que la pétition soit renvoyée au Conseil d'état. Cette proposition fut adoptée
En donnant connaissance à la mère Hofmann de ce résultat je lui ai dit qu'elle ne devait pas se faire illusion sur ce renvoi au Conseil d'état, puisque, comme je l'ai dit Mr [Roud?], Pasteur, avait déjà fait des démarches inutiles auprès de lui. Je lui ai dit qu'il serait encore inutile de les renouveler à moins que la demande ne soit appuyée par une personne influente & tant placée du Canton de Zurich. J'ai pris la liberté Monsieur, de vous nommer, persuadé que j'étais que vous pourriez par l'estime & la considération dont vous jouissez, si justement obtenir ne notre gouvernement ce que tout autre lui demanderait en vain. J'étais persuadé d'avance que vous ne refuseriez pas ce service que vous rendez à de malheureux compatriotes. La présence à Berne de Mrs Blanchenay, Delarageaz & Briatte facilite peut être la chose.