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A l’origine, en Europe, il y avait la laine, le lin, les soieries, des tissus chers et longs à réaliser. Ensuite, au XVIIe siècle le coton teint débarqua en Europe. Il venait des Indes. La révolution des "indiennes" était en marche.
Solide, souple, lavable, ce tissu possède toutes les qualités, dont une hautement appréciable, les motifs imprimés à la planche de bois résistent au nettoyage. Qui plus est, le prix des "indiennes" est abordable par toutes les classes sociales, que l’on soit princesse, bourgeois gentilhomme ou soubrette.
Les huguenots créent les manufactures en Suisse
Face à ce phénomène, pourquoi la France ne produirait-elle pas, elle aussi, ce tissu avec ses motifs? Tout le monde en profiterait. Toutefois, le succès immédiat des "indiennes" made in France met en péril d’autres proto-industries liées aux productions de tissus.
Un exemple d'"indienne" datant du XVIIIe siècle. [Musée national suisse]
Pour les protéger, le roi Louis XIV va donc interdire l'"indienne" en 1686. Cet édit prohibe l'entrée en France des toiles de coton, tout comme leur fabrication. Il vise à protéger les tisseurs de soie, laine, lin et chanvre. Mais de nombreux négociants et artisans huguenots, persécutés pour leur religion protestante dès le début des années 1680, s'exilent en Suisse, principalement à Genève et ensuite Neuchâtel et créent des manufactures au rendement fort lucratif.
Le succès des "indienneries" suisses crée alors une dynamique économique avec la création de banques et la multiplication d'ateliers dans l’horlogerie artisanale ou pré-industrielle.
Si en France le port des "indiennes" est interdit, l’engouement est tel que va s’instaurer tout un système de contrebande, la France est alors inondée de cotonnade colorée. Lorsque Louis XV lève la prohibition en 1759, de nombreuses manufactures vont fleurir entre autres à Nantes, Bordeaux et Jouy-en-Josas et seront dans la plupart des cas dirigées par des Suisses.
Des tissus pour raconter l'actualité
Au fil de l’exposition, on ouvre des chapitres de l’histoire moderne, on tisse des liens, on se rend compte que l’actualité (une bataille navale dramatique) ou l’esprit du temps (un livre à succès, "Paul et Virginie" de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre ou un opéra en vogue: "Les noces de Figaro" de Mozart) avaient leur place sur ces "indiennes" que l’on portait ou qui tapissaient les chambres à couchers. Comme si aujourd’hui, on s'habillait avec une robe avec un imprimé Macron ou on dormait sous une couette illustrant la guerre en Syrie.
>> A voir: Présentation de l'exposition "Indiennes, un tissu révolutionne le monde"
Tout au long du riche parcours, lancinant, une réalité impossible à oublier: en toile de fond, la traite des noirs. Les "indiennes" étaient en effet le produit par excellence servant à acheter en Afrique les esclaves envoyés ensuite en Amérique ou ailleurs.
Florence Grivel/jd
, jusqu'au 14 octobre 2018, Musée national suisse de Prangins.