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Cats
De T. S. Eliot (œuvre originale)
Livret par Andrew Lloyd Webber
Musiques par Andrew Lloyd Webber (compositeur, arrangements), T. S. Eliot (auteur des poèmes dont les paroles sont tirées), Trevor Nunn (paroles additionnelles), Richard Stilgoe (paroles additionnelles), David Cullen (arrangements), Graham Hurman (superviseur musical)
Mis en scène par Trevor Nunn, Gillian Lynne (metteur en scène associée), Chrissie Cartwright (metteur en scène associée), Marina Stevenson (metteur en scène assistante)
Chorégraphies par Gillian Lynne, Bill Deamer (claquettes), Chrissie Cartwright (chorégraphe associée)
Avec Joanna Ampil, John Ellis, Robin Lake, Aaron Hunt, Charlie Johnson, Enric Marimon, Natalie Bennyworth, Fletcher Dobinson, Agnes Pure, Tony McGill, Charlotte Scott, Grace Swaby, Joanna Lee Martin, Jak Allen-Anderson, Joe Henry, Matt Krzan, Axel Alvarez, Pep Muñoz, Meg Astin, Lee Greenaway, Eilish Harmon-Beglan, Sophia McAvoy, Alice Cornwell (swing), Alexandra Girard (swing), Nathan Johnson (swing), Nell Martin (swing), Dane Quixall (swing), Oliver Ramsdale (swing), Jordan Castle (understudy)
Scénographie par John Napier
Décors par John Napier (décorateur original), Alan Walker (décorateur associé)
Lumières par Howard Eaton, David Hersey (éclairages originaux), Jon Driscoll (projections)
Création sonore par Greg Pink
Costumes par John Napier
Maquillages par John Napier (concept), Karen Dawson (développement)
Théâtre de Beaulieu, Lausanne, Suisse
Produit par Really Useful Group (producteur original), Cameron Mackintosh (producteur original), David Ian Productions (producteur, tourneur), ABC Production (organisateur), Opus One (organisateur)
Représentation du mercredi 26 avril 2017 à 20h00
Placé au rang X, place 31
Le casting dans la peau (ou dans les poils, plutôt) d’une partie des chats peuplant la scène de cette comédie musicale cultissime…
[photo de Alessandro Pinna, via le dossier de presse]
Après Mamma Mia l’année passée, le Théâtre de Beaulieu accueille à nouveau une comédie musicale culte pour deux semaines de représentations : Cats. Créée en 1981 par l’équipe “all-star” des musicals anglo-saxons (Andrew Lloyd Webber aux compositions et le producteur multimillionnaire Cameron Mackintosh aux commandes) d’après un recueil de poèmes signé T. S. Eliot, Cats a depuis tourné à peu près partout avec des chiffres ahurissants. Quatrième comédie musicale la plus jouée de l’histoire de Broadway (7’485 représentations sans interruption avant la fermeture finale du rideau en 2000… et un retour en 2016), sixième à Londres (où elle a été jouée 8’949 fois, là aussi sans interruption, jusqu’en 2002), exportée à travers le Monde dans plus d’une vingtaine de langues différentes, bref, c’est du lourd !
J’avais déjà vu le spectacle il y a quasiment une année au Musical Theater Basel, mais ce genre de shows ne souffre clairement pas d’une deuxième vision. Tout comme à Bâle, c’est la tournée internationale qui a fait étape à Lausanne, ce qui signifie donc, pour mon grand plus plaisir, que la comédie musicale est interprétée en version originale. Pour ceux qui sont réticents à l’anglais, des sur-le-côté-titres (comme je les appelle, vu qu’ils sont sur le côté et non pas sous la scène…) sont à portée de regard.
Particularité de Cats par rapport à d’autres musicals, il n’y a aucun dialogue parlé durant l’entièreté du spectacle, tout se fait en chansons et en chorégraphies. Il faut dire que l’intrigue est on ne peut plus simple, se résumant en fait à une présentation des membres de la tribu de chats (nommée les Jellicle Cats, une altération de “dear little cats” il paraît) peuplant la décharge recréée sur scène. Le seul enjeu dramatique est le choix du félin qui, comme chaque année cette nuit-là, montera au ciel pour renaître – ou un truc du style.
Le décor, mélange entre casse et décharge, est notamment constitué d’emballages surdimensionnés, pour donner l’impression que les acteurs font la taille d’un chat.
[photo de Alessandro Pinna, via le dossier de presse]
L’ouverture du spectacle se fait sur le très sympathique morceau-thème, l’occasion de constater que l’orchestre ne se trouve pas dans la fosse du Théâtre de Beaulieu, comme de coutume dans les comédies musicales. Pourtant, la partition est, comme indiqué sur les écrans de sur-le-côté-titres, évidemment jouée en live. Après recherches, il s’avère que les musiciens sont hors de vue du public sur souhait du metteur en scène, qui ne voulait pas briser l’immersion dans l’histoire en disposant des humains devant des chats… Alors que lesdits chats font justement leur apparition en se promenant au milieu des spectateurs, ils sont mis en valeur par des guirlandes lumineuses se prolongeant de la scène à la salle. L’occasion de toucher un mot sur l’éclairage, du plus bel effet, et largement modernisé depuis la première en 1981.
Premier morceau, l’excellent et entraînant “Jellicle Songs for Jellicle Cats”, interprété par l’ensemble du casting. Après avoir remarqué que des humains les observaient (nous !), les félins enchaînent sur “The Naming of Cats”, l’occasion pour eux d’expliquer le fonctionnement de leurs différents prénoms… Cette partie introductive de haute qualité se termine par la description du principe de la nuit lors de laquelle il faut choisir le chat qui renaîtra – ou un truc du style, comme déjà dit.
Les personnages vont alors se présenter tout à tour, en chanson. Première habitante à y passer, une grosse flemmarde, dont le morceau se termine par un sympathique numéro de claquettes d’une troupe de cafards dont elle prend soin. Prochain chat, un mix entre un charmeur et une rock-star… alors qu’il y a une année encore il s’agissait d’un rappeur affublé de chaînes autour du cou. En fait, une tentative de modernisation du personnage avait été faite, mais les spectateurs n’appréciaient paraît-il pas vraiment la modification. Elle n’était pourtant pas ridicule (comme l’idée peut le laisser penser au premier abord), mais il est vrai que la version originale reste totalement au goût du jour. Arrive ensuite Grizabella, l’ancienne beauté désormais en piteux état et rejetée par tous les Jellicles. Suit un gentleman, arpenteur gourmand des clubs select de la ville, et un duo de félins des plus chat-pardeurs.
Munkustrap, le responsable des chats lorsque le leader suprême des Jellicle est absent…
[photo de Alessandro Pinna, via le dossier de presse]
Dernier arrivé dans ce premier acte, le vieux chat gris chef de la tribu, Old Deuteronomy de son nom, qui choisira lui-même l’heureux minou qui renaîtra. Le patron étant dans la place, c’est l’occasion de faire la fête et de terminer ce premier acte par ce qui est probablement son meilleur moment, à savoir un très long et très beau tableau dansant. Enfin, terminé, c’est vite dit, puisque Grizabella la mal-aimée revient, se fait à nouveau rejeter et entame une courte version de son chant de dépressive : le très joli “Memory,” véritable tube.
Pendant l’entracte, Old Deuteronomy reste assis en fond de scène , à disposition du public qui peut monter sur le plateau pour aller se faire immortaliser aux côtés de ses babines. Je n’ai jamais vu ça dans d’autres spectacles, c’est assez sympathique – enfin, ça l’est certainement moins pour l’interprète du vieux chat gris mourant de chaud sous son costume pendant que ses collègues se reposent en coulisses !
Après la pause, la présentation des créatures à quatre pattes recommence, avec tout d’abord un ancien acteur de théâtre. C’est probablement la moins bonne scène de toutes, puisqu’elle se fait sur une musique assez lente et qu’elle s’éternise longuement. Il y a cela dit eu du changement depuis une année, où l’ex-chat-comédien racontait alors un de ses anciens rôles comme pirate. Dans cette version 2017, il parle d’un de ses anciens rôles comme… euh, honnêtement, j’ai pas tout compris (mais il n’est plus habillé en pirate, ça c’est sûr).
Gus, le vieux chat un peu barbant…
[photo de Alessandro Pinna, via le dossier de presse]
Vient alors le chat du train, dont j’avais un souvenir bâlois assez mitigé, mais j’ai cette fois-ci bien aimé sa prestation. J’ai l’impression que l’acteur a changé, et celui présent sur scène à Lausanne était vraiment très bon avec ses manières typées chef de gare. Ce tableau a de plus l’avantage d’être le seul à faire appel à quelques accessoires, pour recréer un train à vapeur de façon assez amusante.
Après ces deux scènes assez longues, l’apparition du méchant de l’histoire Macavity ainsi que les rebondissements, combats, tours de magie du génial Mr. Mistoffelees et effets pyrotechniques l’accompagnant redynamiseront heureusement l’ensemble, qui gardera son énergie jusqu’au final… que je ne révélerai pas ici, mais qui, comme vous en en doutez, se fera à grand coup de “Memory” et de décollage vers le ciel pour renaître. La scène de cette fameuse renaissance est d’ailleurs particulièrement jolie et l’effet spécial l’accompagnant très réussi. Pour tout dire, la seconde moitié du deuxième acte est d’un niveau absolument excellent ! Le final se fait de plus sur une très amusante chanson, dans laquelle Old Deuteronomy vous apprend les bonnes manières à adopter envers votre compagnon à quatre pattes…
Le très méchant Macavity fait son apparition…
[photo de Alessandro Pinna, via le dossier de presse]
C’est déjà la fin de cet excellent moment de comédie musicale ! Je n’en ai pas encore parlé, mais il faut dire qu’autant bien l’orchestre que le casting est irréprochable du début à la fin, délivrant une performance de très haut niveau. Quant au répertoire en lui-même, il a la grande qualité d’être varié, alternant les styles sans problèmes aucuns.
Mes mentions spéciales iront, pour le chant, à l’interprète qui se cache sous l’épais pelage d’Old Deuteronomy. La comédienne jouant Grizabella est excellente elle aussi, avec une belle puissance sur le final de Memory. Du côté des performances d’acteurs, ma préférence est pour le chat du train, Skimbleshank, l’aristocrate Bustopher Jones n’arrivant pas loin derrière. Pour terminer, la dance, où ma palme va au magicien Mr. Mistoffelees et à son numéro de haute volée.
Concernant le son dans la salle, il y avait parfois quelques soucis d’orchestre prenant le dessus sur le chant, ce qui était probablement dû à mon emplacement (assez au fond, sur un côté, les enceintes latérales n’envoyant apparemment que de l’instrumental et pas de voix, qui ne provient que de la façade). Rien de grave au final, loin de là même.
Une dernière vue d’ensemble des chats peuplant la scène du Théâtre de Beaulieu…
[photo de Alessandro Pinna, via le dossier de presse]
Si j’ai mentionné rapidement l’absence d’utilisation d’accessoires et de changements de décor, celui en place dès le début est lui très bien exploité, à l’aide d’une mise en scène moderne et dynamique, occupant quasi en permanence l’ensemble du plateau – et se prolongeant très souvent dans le public.
En conclusion, je crois que c’est assez clair, j’ai adoré revoir ce grand classique de la comédie musicale, qui me surprend toujours par sa modernité et son dynamisme. Chansons, décors, mise en scène, éclairage, tout est au goût du jour, sans la moindre fausse note… Fausse note que ne commet pas non plus le casting, aux voix vraiment parfaites et au jeu plus que convaincant. Si ce n’est un très léger coup de mou au début du deuxième acte (malgré les tentatives de modifications sur l’histoire du chat théâtreux), l’ensemble est en plus parfaitement rythmé, avec une bonne alternance entre les styles musicaux, les moments d’action et les scènes un peu plus calmes. Si vous ne devez retenir qu’une seule chose, c’est que c’est un spectacle à voir absolument !
Remarque : le casting visible sur les photos et cité en tête de cet article est celui habituel, donné par la production. Il est peut-être différent de celui que j’ai vu sur scène.