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Recognition of the Armenian Genocide by the Canton of Geneva
Le 25 juin 1998, le Grand Conseil genevois a adopté à l'unanimité une résolution invitant le Conseil d'Etat à reconnaître par une déclaration solennelle le génocide commis en 1915 par le Gouvernement ottoman à l'encontre du peuple arménien.
The text of the Declaration
Déclaration du Conseil d'Etat reconnaissant le génocide arménien de 1915
Le 25 juin 1998 le Grand Conseil a adopté à l'unanimité une résolution invitant le Conseil d'Etat à reconnaître par une déclaration solennelle le génocide commis en 1915 par le Gouvernement ottoman à l'encontre du peuple arménien.Reconnaître l'existence d'un génocide s'impose à tous car un tel crime, imprescriptible, interpelle l'Humanité dans son ensemble. Nier son existence insulte la mémoire des victimes, banalise l'horreur et falsifie l'Histoire. Les travaux des historiens sont convergents pour considérer que les Arméniens ont été assassinés en masse - l'appréciation variable du nombre des victimes étant inhérente aux circonstances de ce drame et ne remettant pas en cause l'existence même du massacre - et qu'ils ont été assassinés parce qu'ils étaient Arméniens. Tous les témoins de l'époque, diplomates, militaires, civils ont attesté de l'intention délibérée du Gouvernement de Constantinople et tous les documents ultérieurs ont confirmé cette intention de sorte que les faits ne peuvent faire l'objet de controverses.Genève souhaite l'établissement d'une paix durable entre Turcs et Arméniens, paix qui ne peut s'établir sur l'occultation de l'Histoire qui hypothèque lourdement les relations entre Turcs et Arméniens. La présente déclaration de reconnaissance du génocide arménien de 1915 n'est donc nullement dirigée contre la Turquie qui, comme l'Allemagne l'a fait à l'égard du peuple juif, peut reconnaître ses crimes passés afin de construire avec le peuple arménien des relations de paix fondées sur la vérité historique.En reconnaissant le génocide arménien de 1915, Genève se situe, en respect des textes internationaux sur le génocide, dans la longue lignée de la reconnaissance de ce crime par de nombreux pays, par l'Organisation des Nations Unies et par le Parlement européen.
Au nom du Conseil d'Etat :
Madame Micheline CALMY-REY, Présidente
Monsieur Laurent MOUTINOT, Vice-président
Madame Martine BRUNSCHWIG GRAF, Conseillère d'Etat
Monsieur Carlo LAMPRECHT, Conseiller d'Etat
Monsieur Robert CRAMER, Conseiller d'Etat
Madame Micheline SPOERRI, Conseillère d'Etat
Monsieur Pierre-François UNGER, Conseiller d'Etat
Monsieur Robert HENSLER, Chancelier d'Etat
Sur proposition du Conseil administratif, le Conseil municipal de la Ville de Genève a approuvé la déclaration suivante, le 19 janvier 2005.
Génocide des Arméniens: 90 ans de mémoire vive
La Ville de Genève reconnaît le génocide des Arméniens perpétré par le pouvoir ottoman entre 1915 et 1918. Par cet acte solennel, elle rappelle le caractère imprescriptible des crimes contre l'humanité et entend contribuer à la lutte contre le négationnisme.
1. Au cours de la Première Guerre mondiale, quelque 1,5 million de femmes et d'hommes ont été déportés, violés, massacrés, parce qu'ils étaient arméniens. Le 24 avril de chaque année, les Arméniens du monde entier accomplissent leur devoir de mémoire. C'est à cette date, en 1915, qu'a eu lieu la rafle des principaux responsables de la communauté arménienne de l'Empire ottoman, prélude à l'élimination de la présence arménienne en Anatolie.
2. La reconnaissance et la commémoration du génocide des Arméniens concernent non seulement les descendants des rescapés, mais encore l'humanité dans son ensemble. Garder cette mémoire vive est le seul moyen de prévenir la reproduction de tels actes. Un silence honteux a régné trop longtemps sur cet événement qui a inspiré l'autre grande catastrophe du XXe siècle, la destruction des juifs d'Europe et des tziganes par les nazis et leurs alliés. Tous les historiens indépendants et rigoureux sont d'accord pour qualifier l'extermination des Arméniens de génocide au sens de la Convention de l'ONU du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Seule la Turquie persiste à nier l'évidence et va jusqu'à criminaliser la revendication de la reconnaissance. Cette reconnaissance est donc un acte qui revient au politique, sur la base des travaux des historiens.
3. En Suisse, les cantons de Genève, en 1998 et 2001, et de Vaud, en 2003, ont reconnu le génocide, ouvrant la voie au Conseil national qui a approuvé le 16 décembre 2003 le postulat initialement proposé par M. Vaudroz quand il siégeait aux Chambres et repris au moment du vote par M. de Buman. L'ONU avait fait de même en 1985 à travers l'adoption du rapport d'une de ses commissions d'experts, suivie par le Parlement européen dans une résolution en 1987. Au cours de ces dernières années, l'Argentine, l'Arménie, la Belgique, le Canada, Chypre, les Etats-Unis d'Amérique, la France, la Grèce, l'Italie, le Liban, les Pays-Bas, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, l'Uruguay et l'Etat du Vatican ont fait de même.
4. Par son identité internationale et multiculturelle, Genève témoigne en faveur de la paix entre les peuples. A l'heure où la Turquie amorce un rapprochement avec l'Europe, la question arménienne, loin d'être un contentieux entre deux nations, sera dans les années qui viennent de plus en plus au centre du nouvel équilibre européen. Notre témoignage aujourd'hui signifie qu'une paix durable passe par un partage de la vérité historique.
Appel aux villes de Suisse
Depuis la reconnaissance prononcée par le Conseil national en décembre 2003, l'affirmation du génocide des Arméniens de 1915 a acquis une légitimité nouvelle en Suisse.
La Ville de Genève a décidé de reconnaître le génocide des Arméniens à l'occasion de son 90e anniversaire, le 24 avril 2005. Nous appelons les villes de Suisse à se joindre à cette déclaration solennelle et à affirmer ainsi publiquement le caractère imprescriptible des crimes contre l'humanité.
Le 24 avril 2005 restera alors comme le moment où les villes suisses ont donné un signe pour l'avenir. Un signe pour la prévention du crime de génocide au niveau international, pour la réconciliation entre Turcs et Arméniens, et pour la cicatrisation d'une blessure encore ouverte chez nombre de nos concitoyens.