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tout au moins la plus grande partie de ses habitants, s'était rangée parmi les adversaires dela branche cadette des Habsbourg, et qu'elle avait été comprise, en conséquence, dans l'excommunication fulminée par Innocent IV33.
Zurich, de son côté, tenait aussi pour Frédéric, et avait à résister aux partisans de l'Église, qui, dans le voisinage et l'intérieur même de ses murs, faisaient échec à la grande majorité de ses citoyens. Le vœu, qu'en s'adressant à cette ville, expriment les gens du Nidwald, de lui voir « remporter sur ses ennemis une triomphale victoire, » est une allusion évidente à la situation que nous venons de rappeler et que nous avons déjà dépeinte à propos de Schwyz3i. La guerre intestine qui déchirait alors la chrétienté sévissait, comme partout, dans le centre même de la Suisse, et, en créant des factions contraires, elle provoquait du même coup d'ardents conflits et d'intimes alliances. Celle qui fut alors formée entre les habitants des vallées riveraines du lac des Waldstàtten est la plus ancienne trace d'une ligue commune destinée à placer sous la protection de tous les intérêts de chacun. On peut donc y voir, sans trop d'invraisemblance, cette « antique confédération » (antiqua confederatio), dont parle le pacte de 1291, et qui, n'ayant été consacrée, paraît-il, que par un serment solennel, outre qu'elle fut bientôt brisée, laisse à ce pacte le premier rang parmi les monuments écrits du droit fédéral.
Quoi qu'il en soit de cette conjecture, l'accord des habitants de PUnterwalden avec leurs voisins dénote chez eux, sinon l'existence d'une communauté légalement indépendante, du moins les dispositions qui devaient, les circonstances aidant, les conduire à posséder cette organisation. Mais ici, de même qu'à Schwyz et plus qu'à Schwyz, leurs tentatives viennent se heurter contre l'autorité du roi Rodolphe, qui avait également acquis dans le pays d'Unterwalden la plupart des droits de propriété et de juridiction possédés par la branche cadette de sa famille 35. Aussi le voit-on s'y livrer à des actes d'administration, auxquels son titre de comte de l'Aargau et du Zurichgau, sa qualité d'avoué de divers couvents possessionnés dans l'Unterwalden, enfin son caractère de roi, donnaient une origine légale ou une puissante sanction. La réunion sur une seule tête de tant de prérogatives diverses assurait d'autant mieux l'établissement de la souveraineté dynastique des ducs d'Autriche dans l'Unterwalden, que cette souveraineté rencontrait dans ce petit pays, en raison de sa constitution même, moins d'éléments de résistance. L'absence de toute corporation communale de quelque importance, le nombre relativement beaucoup plus considérable que dans les autres Waldstàtten de gens de haute et de petite noblesse, devaient y rendre plus difficile la formation de communautés politiques semblables à celles qui, grâce à de plus favorables circonstances, s'étaient dès longtemps établies à Uri et à Schwyz.
Nous avons dit que les premières aspirations vers l'indépendance durent, dans ce petit pays, sortir du milieu des hommes libres qui, soit en conséquence des charges qu'ils avaient remplies, soit à cause des services qu'ils avaient rendus, étaient parvenus au rang de chevaliers, et qui, pour être entrés dans les cadres de la noblesse, n'avaient cependant pas perdu de vue les intérêts de la classe qu'ils avaient quittée et du pays où ils continuaient de vivre. Dans l'Unterwalden, comme à Schwyz et à Uri, parmi les hommes dont les noms se rattachent, de près ou de loin, à l'œuvre d'émancipation entreprise dans les Waldstàtten, on en trouve (et ce ne sont pas les moins actifs) qui, au sein même de leurs foyers ou loin du sol natal, se sont élevés, au-dessus de la roture, et sont devenus nobles sans cesser d'être patriotes. Les membres des familles où s'étaient perpétués les emplois d'intendants des grands propriétaires fonciers, séculiers ou religieux, avaient trouvé dans l'exercice héréditaire de ces fonctions l'occasion d'occuper une position supérieure à celle des autres habitants du pays, et du nom même du domaine qu'ils administraient, ils avaient tiré leur titre de noblesse. D'autres avaient mérité le rang de chevalier (miles) comme récompense de la valeur ou du talent dont ils avaient fait preuve dans la carrière des armes 36. C'est ici que se montre l'une des premières traces de l'esprit militaire des Suisses et de leur goût pour le métier de la guerre.
Il est probable que l'usage de servir dans les armées de l'Empire était déjà établi sous Frédéric II, et que les hommes libres des Waldstàtten lui avaient fourni des soldats; car l'existence de chevaliers qui ont dû ce titre à leur mérite militaire remonte, dans les pays forestiers, jusqu'à son règne37. Ces soldats devaient être des volontaires : les hommes libres n'étant tenus qu'à un service de peu de durée dans l'intérieur même de l'Empire, il fallait, dans les temps de guerre, pour fonner des corps de fantassins à côté des nobles qui combattaient à cheval avec leurs hommes d'armes et leurs valets, que l'on eut recours à l'enrôlement et à la solde de mercenaires de condition libre. Les montagnards des Waldstàtten, endurcis aux dangers et à la fatigue, habitués à risquer leur vie dans les précipices des Alpes, comme habiles chasseurs ou hardis bergers, ne trouvant d'ailleurs chez eux que peu de ressources, devinrent de bonne heure épris des jeux et des profits de la guerre, et il est probable, nous l'avons déjà dit, que ce fut en échange d'un contingent volontaire envoyé à l'empereur Frédéric II, que Schwyz reçut de ce prince son premier diplôme d'affranchissement. Nous savons d'ailleurs, par le témoignage d'un chroniqueur suisse du quatorzième siècle, qu'en 1253 un abbé de St-Gall, qui guerroyait contre l'évêque de Constance, avait à sa solde une troupe composée d'hommes d'Uri et de Schwyz, et que, d'autre part, on voyait des gens de cette dernière vallée sous le drapeau d'un seigneur grison qui, en 1262, se trouvait en lutte avec le même abbé38. Preuve sans réplique de cette disposition naturelle, qui déjà conduisait à s'armer, n'importe pour et contre qui, les ancêtres des guerriers qui ont combattu François I" à la bataille de Marignan, et qui se sont sacrifiés pour lui à la journée de Pavie.
On apprend, en outre, par le récit d'un autre annaliste contemporain de celui que nous venons de citer, que H quinze cents hommes de Schwyz » figuraient dans l'armée du roi Rodolphe de Habsbourg, quand il faisait, en en 1289, le siége de Besançon. Le narrateur raconte qu'une partie de ces soldats, après s'être dévalés dans le camp ennemi le long de précipices escarpés, <c comme gens habitués, dit-il, à courir dans les montagnes, » regagnèrent leurs quartiers chargés de butin Le nom de Schwyz ne peut s'appliquer ici, vu le chiffre donné parle chroniqueur, à cette seule vallée, et on doit attribuer, selon toute vraisemblance, le personnel de ce contingent à l'ensemble des Waldstàtten. D'après l'observation que nous avons faite, il y a des raisons de croire que les gensd'Unterwalden devaient y tenir leur place, et ce ne serait peut-être pas dépasser la limite des conjectures permises, que de chercher dans cette confraternité d'armes, une des causes qui, en ce moment même, concouraient à réunir dans une même alliance les habitants des futurs « petits cantons. »
Ce qui est sûr, c'est que l'esprit militaire dont ils se montraient alors animés n'eut pas pour seul résultat de les pousser sous des drapeaux étrangers, et que, loin de les rendre indifférents à l'indépendance nationale, le jour devait venir, au contraire, où il devait leur servir à la défendre et à la consolider. ïïs avaient, en attendant, de nouveaux efforts à faire, les uns pour la conserver, les autres pour la conquérir. Jusque-là les Waldstàtten avaient le plus souvent isolément agi ; désormais ils agiront en commun. Les franchises dont ils jouissent, inégalement réparties, leur semblent également menacées; ils vont travailler à les rendre pour chacun d'eux identiques et sûres. La mort du roi Rodolphe, qui a déjà rapproché Schwyz et Uri, entraîne dans leur alliance la vallée de Stanz, à laquelle devait plus tard se joindre celle de Sarnen, et le pacte du 1er août 1291, qui ouvre la série des ligues helvétiques, et qui représente ainsi, dans le droit public suisse, l'origine de la Confédération, est aussitôt conclu. Schwyz garde dans ses archives ce précieux document, sur lequel près de six siècles ont passé, sans détruire ni le parchemin où il fut écrit, ni les alliances qui sont successivement venues se grouper autour de celle dont il est l'authentique expression.