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Il fallait une femme au Conseil fédéral, on a élu Elisabeth Kopp, en 1984. Ses compétences ne l'ont pas sauvée, la radicale zurichoise l'a payé très cher. A moins qu'elle n'ait payé pour son époux, l'avocat d'affaire Hans W. Kopp, dont les agissements sont remarqués en 1972 déjà (six mois de suspension du barreau zurichois pour infraction à son code déontologique). Soit sept ans avant la brillante élection d'Elisabeth Kopp au Conseil national. La question reste ouverte, même après l'excellent documentaire d'Andres Brütsch.
Le réalisateur bâlois s'est spécialisé dans les films de publicité et les documentaires, dont celui-ci est le troisième. Il fait partie des personnes qui se sont toujours interrogées sur les aspects demeurés obscurs de l'affaire Kopp. La caméra, comme le micro, sont des incitations à aller plus loin. Andres Brütsch a proposé la rencontre à celle qui aura été vice-présidente de la Confédération pendant douze jours. Accepter n'a pas été facile. Elisabeth Kopp hésitait à tout revivre, "la solitude, la déception, le calvaire, la fin d'un travail où il me restait tant à faire. (...) Sans pouvoir répondre définitivement 'pourquoi', sans encore comprendre comment un système politique et un peuple d'ordinaire si mesurés ont pu céder à une telle hystérie?"
Elle est finalement partie pour ce Voyage en hiver rythmé par la Winterreise de Schubert et les brumes de saison. L'itinéraire part de Zumikon où vit Elisabeth Kopp, et s'arrête à sa maison du lac de Garde qu'il va falloir vendre, faute d'argent. En voiture, elle parle, cherche encore des explications. Andres Brütsch illustre ses souvenirs en y insérant des pages d'archives, des extraits d'entretiens, des images de la jeunesse. C'est une belle construction, vivante et généreuse, toujours captivante.
Ce documentaire ne répond pas aux questions que se pose l'intéressée. Mais il a le mérite de les ouvrir au public en rappelant combien cette affaire est complexe, combien diffus en sont les vecteurs, combien l'enjeu en paraît dérisoire en regard des polémiques, de "l'hystérie" qu'il a suscitées. Ainsi se rappellent au bon souvenir du public les magouilles politiques et parlementaires. Sans oublier le rôle d'une presse toujours plus appelée à renchérir sur le sensationnel.
L'ancienne conseillère fédérale n'a cessé de se déclarer innocente. L'inculpation de violation du secret de fonction a débouché sur un non-lieu. Elisabeth Kopp a également toujours protégé son mari. A tort ou à raison? Pourquoi avoir pris ce risque? Comme elle le dit dans le film, c'est un choix qui la regarde. Et une réponse qui lui appartient.
Geneviève Praplan
|Nom||Notes|
|Geneviève Praplan||15|
|Daniel Grivel||15|
|Antoine Rochat||14|