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Rien n’est fait pour plaire au visiteur. A cet égard, Lagos possède une certaine forme d’authenticité parce qu’elle ne cherche pas à se faire bien voir; elle répondra à votre amour par une étreinte, à votre haine par un haussement d’épaules. Ce que vous voyez à Lagos, c’est ce que Lagos est vraiment.
Ce sont les mots de Chimamamda Ngozi Adichie, écrivaine nigériane qui vit entre Lagos et Washington. Romancière multiprimée, elle est devenue la figure de proue du féminisme "pop" depuis "Nous sommes tous des féministes", un texte écrit en 2014, traduit dans plus de vingt langues et chanté par Beyoncé.
Autre vision de Lagos, celle de l'écrivain et photographe Teju Cole dans "Chaque jour appartient au voleur", publié chez Zoé. Il s'agit d'un roman très visuel, en 27 tableaux, que recommande la chroniqueuse Geneviève Bridel. "Les sources de fascination ne sont jamais taries. Les gens invoquent une conception du réel qui ne coïncide pas avec la mienne. Ils trouvent des solutions merveilleuses à des problèmes sordides; j'y vois une noblesse d'esprit bien rare en ce monde", écrit l'auteur.
Né à Lagos, qu'il a quittée à l'adolescence, Teju Cole qui vit aujourd'hui aux Etats-Unis, n'est pourtant pas pas tendre avec sa ville d'origine à laquelle il reproche sa corruption quotidienne et sa culture de l'à-peu-près.
Lagos n'a pas de métro et les embouteillages durent des heures [Olukayode Jaiyeola - NurPhoto via AFP]
Lagos, cette mégapole chaotique où les enjeux urbanistiques ressemblent à un casse-tête.
Lagos, où les axes routiers sont en permanence paralysés par les embouteillages.
Lagos, dixième mégalopole mondiale, qui ne dispose pas de métro et qui oblige ses habitants à passer plus de trente heures par semaine dans les bouchons pour aller travailler.
Lagos, cette ville de 22 millions d'habitants à la croissance démographique folle depuis cinquante ans.
Un bidonville qui témoigne de l'extrême pauvreté d'une grande partie de la population. [PIUS UTOMI EKPEI - AFP]
L’exode rural est massif vers cette bouche nourricière du golfe de Guinée. "Lagos", qui veut dire "lacs" en portugais (la ville a gardé son étymologie coloniale) est une lagune ouverte sur l’Atlantique, un port puissant qui vit du pétrodollar, et où les bateaux doivent patienter parfois des semaines avant de pouvoir débarquer leurs marchandises.
Mais les infrastructures pour absorber ce flux migratoire sont inopérantes, sans compter le réchauffement climatique qui provoque la montée des eaux et l'érosion constante des côtes. Lagos, c’est une démographie qui croît au même rythme effréné que l’économie du bâtiment qui fait tout pousser vers le haut, faute de place au sol.
Les bénéficiaires en sont la classe moyenne émergente et les ultra-riches. Pour tous les autres, c’est la pénurie de logements salubres. Près de deux tiers de la population vit sous le seuil de l’extrême pauvreté et dépend des économies informelles de la débrouille, pour survivre.