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Bien que les puissances militaires et industrielles européennes aient revendiqué leur droit sur l’Afrique depuis les années 1870, la conférence de Berlin de 1884-1885 accéléra la ruée sur ces territoires. Les termes de cette conférence établissaient que la souveraineté sur un pays ne pouvait être reconnue que si une puissance européenne l’occupait. Par conséquent, la domination militaire et la colonisation de l’Afrique s’intensifièrent. En 1896, les troupes britanniques entrèrent dans Kumasi, la capitale asante, et destituèrent le roi Prempé Ier et les membres supérieurs de sa cour en les exilant, d’abord sur la côte ghanéenne, puis aux Seychelles. Ces événements mirent fin à deux siècles de domination asante. Le royaume asante, à son apogée, incluait des territoires qui s’étendaient jusqu’à 550 km à l’intérieur des terres. Il recevait des tributs d’une confédération d’États plus petits et contrôlait le commerce lucratif de l’ivoire, du cola, et de l’or.
Une chaise ibérique du XVIIe siècle, considérée comme la plus ancienne chaise européenne parvenue dans cette région, faisait partie du mobilier royal laissé à Kumasi par Prempé Ier. Le cuir du siège et celui du dossier, selon la description de Malcom McLeod, professeur britannique et auteur de The Asante (1981 : 112-121), sont frappés de motifs floraux et de spirales. Lors de ses commandes de grands trônes ornés de métaux précieux, la cour asante s’inspira probablement de modèles plus anciens et plus minutieusement dorés ou d’images de chaises européennes.
En 1820, Joseph Dupuis, représentant des résidents britanniques de Kumasi, successeur de T. E. Bowdich sous le règne de Nana Osei Kwamé Asibé Bonsu, décrivit une de ces chaises comme un trône local monoxyle de bois aux « accotoirs et aux pieds sculptés aux formes grotesques » qui « avaient été estampés de petits éléments moulés en or ». Il écrivit aussi au sujet d’un autre trône, rapporté à Kumasi après la victoire asante sur les troupes du royaume abron de Gyaman (Côte d’Ivoire), remarquant que toute sa surface était cloutée d’ornements d’or, d’argent et de pièces d’argent provenant de divers pays européens (Jack 1991 : 14).
Le modèle de chaise de dignitaire le plus répandu est l’asipim, une chaise à dossier droit, probablement antérieur à deux autres modèles de chaises appelés hwedom et akronkomfi. Alex Kyerematen traduit le terme asipim par « Je me tiens droit », une allusion à la stabilité de l’État ou de la chefferie.
Selon Martha Adu Acheampong, conservateur au Ghana National Cultural Centre de Kumasi, les orfèvres asante continuent de forger et de fondre, selon la technique de fonte à la cire perdue, le laiton et d’autres décors métalliques comme ceux utilisés pour les angles des asipim et des dossiers des akonkromfi. Ces ornements appelés ntuatire peuvent aussi être découpés dans des feuilles de laiton et travaillés au repoussé.
Acheampong ajoute que les chaises à dossier droit dont l’assise est recouverte d’une peau d’animal, et non simplement de cuir, étaient traditionnellement destinées aux hommes. Les femmes n’étaient pas autorisées à s’y asseoir, car on pensait que le contact de ces chaises rendait stérile (entretien personnel du 20.04.02). Cependant, une tradition perdure : celle des jeunes porteuses de sièges, habituellement une nièce du chef ou du dignitaire, qui transportent au-dessus de leur tête la chaise personnelle de la personne honorée lors d’occasions importantes. La personne de haut rang s’y assied, parfois protégée par une ombrelle ou un canotier, lorsqu’elle présente ses condoléances à des personnes endeuillées, quand elle rencontre des dignitaires ou reçoit des invités étrangers.
Alors que, par le passé, l’utilisation de chaises à haut dossier était une prérogative des dignitaires et des personnes de haut rang de la société asante, récemment, d’autres membres de la communauté, comme les personnes aisées, ont profité d’occasions spéciales pour afficher leur richesse en arborant certains insignes de pouvoir en or, en portant, par exemple, des sandales de cuir décorées d’éléments en or ou en s’asseyant sur des chaises à haut dossier comme les asipim, les hwedom, et les akonkromfi.
À l’instar des tabourets rectangulaires mis de côté quand ils ne sont pas utilisés, les chaises de dignitaires sont posées contre un mur. On répète ce geste aujourd’hui, moins dans l’intention d’empêcher les forces indésirables de prendre le contrôle de l’objet que par respect pour cette croyance akan traditionnelle, répandue à l’intérieur des terres comme dans les régions côtières.