Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07190.jsonl.gz/98

Ethan Hunt revient pour une mission imposée - la célèbre phrase précédant le briefing de la mission étant systématiquement amenée comme une question rhétorique - plus périlleuse que jamais. Pour ce quatrième volet de la saga, Tom Cruise prête ses traits à l'espion aux cheveux tantôt longs, tantôt courts pour un divertissement haletant servi par une bande sonore excellente. Mais avant de s'attarder sur le récent Ghost Protocol, revenons en arrière pour un bref survol de la saga.
La série Mission Impossible connaît un succès considérable (1966-1973) et chacun se souvient du charismatique Peter Graves tenant le rôle du chef des opérations (Jim Phelps) dès la seconde saison. Après une tentative échouée de relancer la série à la fin des années huitante, les adaptations cinématographiques débutèrent avec le très bon premier volet (le meilleur?) réalisé par Brian De Palma. Ce film conservait la singularité du générique introductif laissant entrevoir les passages les plus importants de la narration, mais apportait également son lot de changements notables.
Exit les vieux lecteurs de cassettes, place à la technologie avec l'exposition de la mission via la vidéo. Ceci constitue le premier élément de la mise en abîme du médium, suivi par la scène où l'on regarde à la télévision l'agent Hunt déguisé et évoluant dans un décor factice. Cette thématique de "l'écran dans l'écran" sera ressassée tout au long du film.
Autre changement considérable et ayant provoqué l'indignation de Peter Graves et des fans de la première heure: Jim Phelps devient le méchant, l'innommable villain, le crapuleux bad guy! Enfin, cet opus baignait dans une atmosphère paranoïaque (très chère à de Palma) et il n'est pas envisageable de conclure cette partie sans rappeler cette scène aussi déconcertante qu'audacieuse où les projections mentales du héros viennent contredire son discours.
John Woo frisera le ridicule à l'entrée du siècle lorsque la cérémonie des "Golden Raspberry Awards" désigna Book of Shadows : Blair Witch 2 comme la plus mauvaise suite de l'année 2000. Teinté de cette facture propre au cinéma hongkongais (zooms soudain sur le faciès des acteurs), MI:-2 ennuyait à cause de l'idylle amoureuse qu'il instaurait entre une Thandie Newton séduisante et un Tom Cruise au sourire agaçant et persistait sur ce registre d'amourette de lycée avec la rivalité entre le héros et son ancien camarade de classes spéciales. Enfin, le film se clôturait par un déluge d'explosions et de coups de feu, d'une poursuite en moto et de chorégraphies de combat à mains nues arrosés de ralentis à tire larigot.
En 2006, on remet le couvert avec J.J Abrams aux commandes. Dès les premières minutes, la franchise semble être prête à renaître de ses cendres grâce à un prologue excellent qui n'est pas sans rappeler les théories des "cinq phases du mourir" d'Elisabeth Kübler-Ross. Ethan passera par chacune de ces phases (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) et durant le "décompte" chaque seconde poussera l'agent secret à adopter une réaction différente (on notera ici l'exceptionnel boulot du doubleur français Jean-Philippe Puymartin). L'élément le plus significatif du titre restera l'interprétation par Philip Seymour Hoffman du plus grand salopard de la série et la répartie amusante du secrétaire général de l'agence (Laurence Fishburne) le tout contrebalancé par des scènes un brin tape-à-l'oeil. On restera également déçu (dégoûté?) par la décision des scénaristes de taire toute information sur l'élément central de l'intrigue (la fameuse "patte de lapin") et de renforcer cette facilité scénaristique par le biais d'une des ellipses les plus invraisemblables du cinéma.
On prend le temps de nous expliquer comment accéder à une tour imprenable, mais toutes les péripéties pour récupérer l'objet nous sont cachées.....La franchise se dénomme Mission Impossible, son intérêt réside dans l'ingéniosité dont font preuve les protagonistes pour mener à bien leur mission Monsieur Abrams!.
Brad Bird, lui, nous offre avec son Ghost Protocol, un très bon spectacle. Le spectateur sera impressionnée par des plans généraux vertigineux et ressentira une empathie rare devant les difficultés que l'agent spécial recontrera.
Ponctué d'humour, scotchant à son siège son audience par un rythme effréné, ce film d'action s'inscrit comme l'un des meilleurs de la saga. Auto-référentiel, Ghost Protocol joue sur les attentes des connaisseurs de la série et se permet des clins d'oeil aux épisodes précédents au moyen d'apparitions furtives de personnages secondaires. Notons également la présence amusante d'Anil Kapoor, star du cinéma de Bollywood.
Enfin, Brad Bird nous présente un Ethan Hunt vieilli, mais toujours en pleine forme (il court, il court!), certes moins téméraire mais bien plus charismatique et vraisemblable.
Une suite serait déjà prévue avec Tom Cruise et le sympathique Simon Pegg, en attendant, bonne séance!