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« Galilée »
Le projet de « Galilée » est d’adapter la pièce de théâtre « Leben des Galilei » de Bertolt Brecht. Cette pièce n’est pas divisée en actes mais se compose d’une série de quatorze scènes. Sans se questionner vraiment sur la théorie brechtienne du théâtre, les participants travailleront collectivement ces scènes de manière « expérimentale ». Le but est de décliner ensemble, au travers d’improvisations, libres dans un premier temps, puis en suivant le texte, les éléments du vrai, de la vue, de la merveille et de l’aveuglement. Nous devrons trouver, en variant les situations, les tensions que peuvent provoquer chacune de ces caractéristiques dans les scènes de la pièce, mais aussi définir l’envergure, le poids, le balancier de chacun de ces traits. Ainsi nous nous interrogerons sur le sens de chaque scène et de manière plus large, sur la trajectoire planétaire et personnelle de Galilée.
La question de la vérité sera très importante ici : vérité selon Galilée ou selon l’Eglise ? La question de la vérité est problématisée dans la pièce. Tout le monde sait que la nouvelle vérité de Galilée entre en conflit avec celle de l’Eglise. Mais il se pose aussi des questions périphériques, autour de la vérité : quelle est la valeur ou l’importance d’une vérité ? Quels dangers entraîne-t-elle et pour qui ? Quelles sont les violences qu’elle provoque ?
Parallèlement à cette question de la vérité, nous travaillerons les différentes formes de vue et de vision. A commencer par le télescope, cette nouvelle invention qui permet de voir les astres et qui suscite un certain émerveillement. Quel lien se forme là entre la vue et la vérité ? Mais aussi, quel est le rôle de l’émerveillement dans l’affirmation de la vérité ? Est-ce que cet émerveillement a trait à l’intellectuel ou à l’affectif ? Les moines dans la pièce se montrent aussi émerveillés par un monde créé par Dieu. Est-ce que cet émerveillement par la foi est le même que l’émerveillement visuel du télescope ? Est-ce que les notions de foi et de vérité se retrouvent peut-être dans la merveille, comme suspendus dans un tiers parti de la vision ? Dans notre adaptation, nous travaillerons ce sens de la merveille, peut-être avec des séquences de film et de musique. L’émerveillement se voudra quelque chose d’aussi « neutre », d’aussi nu que possible, comme si toutes les tensions de la pièce y étaient suspendues.
Mais la vision est aussi l’aveuglement. Le sens affectif de la merveille tient peut-être dans une tension entre ces deux faces de la perception. Est-ce que les dignitaires religieux sont aveuglés par leur foi ? Est-ce que Galilée est aveuglé par la recherche scientifique de la vérité au point de ne pas voir l’enjeu profond de ses recherches ? Quel est cet enjeu ? Est-ce sont devoir de le voir ou de s’en soucier ? Galilée perçoit-il les sacrifices qu’il doit faire pour pouvoir poursuivre ses recherches ? Voit-il autour de lui ? Voit-il la vie de sa fille ? Voit-il sa propre vie ?
La trajectoire du personnage Galilée, qui sera joué par plusieurs personnes, sera déterminé par le travail d’improvisation, de variation, de jonglage des masses en mouvement et des poids morts de la pièce. Nous devrons peut-être trouver si cette trajectoire est solaire et radieuse, ou au contraire, si elle forme une spirale vers un trou noir. Quelle est la vérité de « Galilée » ?
Parler de la vérité d’une scène, d’une pièce peut paraître étrange, mais il s’agira pour nous de se demander à quoi touche la pièce. Autour de quel astre tourne-t-elle ? Quel mouvement saura nous porter ? Qu’est-ce que nous y trouverons à faire découvrir à un public contemporain ?