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Communautés de chanoines desservant une église non épiscopale. Ces collèges obéissaient pour l'essentiel à la règle définie en 816 par le synode impérial d'Aix-la-Chapelle (Institutio Aquisgranensis): les chanoines devaient pratiquer la vita communis; exemptés du vœu de pauvreté, ils avaient une part aux biens du chapitre. Au cours du Moyen Age, les propriétés collectives furent divisées en prébendes individuelles, tandis que la vita communis se voyait abandonnée. Les chapitres collégiaux devinrent ainsi à partir du XIIIe s. largement autonomes, chacun ayant ses structures juridiques propres. La tâche principale des chanoines consistait à assurer les célébrations liturgiques. Ils exerçaient aussi des fonctions pastorales à leur lieu de résidence. Souvent, ils avaient d'importantes activités scolaires et universitaires. Au bas Moyen Age, les revenus des prébendes furent affectés au financement d'administrations ecclésiastiques et laïques ou servaient à assurer un entretien digne de leur rang à des fils de la noblesse et de la bourgeoisie urbaine. Cette évolution ne fut stoppée que dans la seconde moitié du XVe s., sous l'influence des conciles et des autorités des cantons citadins.
Un chapitre collégial comprenait, selon son importance et l'époque de sa fondation, de six à vingt-quatre prébendes (dix au plus au Tessin). Le chapitre, c'est-à-dire l'assemblée des chanoines prébendiers, était dirigé par un prévôt (appelé souvent archiprêtre au Tessin) et formait une personnalité juridique. Il pouvait choisir lui-même ses membres, gérait librement ses affaires économiques et avait toute compétence pour établir des statuts internes. La plupart des chapitres connaissaient, à côté du prévôt, diverses charges et dignités réservées aux chanoines (gardien, chantre, doyen, écolâtre). Ils s'adjoignaient des chapelains, clercs dotés d'un bénéfice qui remplaçaient assez communément les chanoines dans leurs obligations liturgiques, ainsi que des fonctionnaires laïques chargés de tâches économiques (le cellérier par exemple) ou scolaires. Les prébendes vacantes étaient attribuées par cooptation, par provision papale ou, selon une pratique de plus en plus courante, par les autorités ecclésiastiques ou laïques (évêques, cantons-villes).
A côté de quelques établissements d'époque carolingienne (par exemple le Grossmünster de Zurich), de nombreux chapitres virent le jour, surtout en Suisse alémanique, à la fin du Xe et au cours du XIe s., les uns créés de toutes pièces (Zofingue), d'autres issus d'un ancien couvent bénédictin (Saint-Ursanne). Souvent les motifs de ces fondations n'étaient pas exclusivement religieux: les chapitres collégiaux contribuaient à la mise en culture des terres ou à l'ornement d'une résidence noble. Au XIIIe s., des chapitres collégiaux furent fréquemment établis dans une église paroissiale (Rheinfelden); ici apparaît l'importance de leur rôle liturgique. Les chapitres fondés, à partir de la seconde moitié du XVe s., par des villes influentes, mais dépourvues de siège épiscopal (Berne, Lucerne), trahissent une tendance "nationale" en matière ecclésiastique. Dans les paroisses (pieve) du Tessin, de petits chapitres séculiers se constituèrent, au XIIe s. surtout, parallèlement aux communautés qui observaient la vita communis. A la Réforme, de nombreux chapitres collégiaux furent dissous ou partiellement expropriés. D'autres furent transformés en collèges professoraux (Saint-Pierre à Bâle) ou chargés d'assurer l'école latine (Grossmünster à Zurich). Les chapitres collégiaux qui subsistèrent eurent à subir dans bien des cas une réduction du nombre de leurs prébendes, une restriction de leurs droits et une modification de leur structure par l'adjonction de chanoines forains (non résidants mais avec droit de vote). Au Tessin, les chapitres collégiaux furent réformés dans la seconde moitié du XVIe s. Devenus des foyers de culture baroque, les chapitres collégiaux connurent un nouvel essor aux XVIIe et XVIIIe s., avec quelques fondations nouvelles. L'effondrement de l'Ancien Régime, puis les luttes confessionnelles entraînèrent cependant de nouvelles suppressions en Suisse alémanique et romande. A part ceux du Tessin, il reste aujourd'hui des chapitres collégiaux à Beromünster, Lucerne et Fribourg.
Bibliographie
– HS, II/1-2
– G.P. Marchal, «Das Stadtstift», in ZHF, 9, 1982, 461-473
– G.P. Marchal «Gibt es eine kollegiatstiftische Wirtschaftsform?», in Erwerbspolitik und Wirtschaftsweise mittelalterlicher Orden und Klöster, éd. K. Elm, 1992, 9-29
– P. Jäggi, Untersuchungen zum Klerus und religiösen Leben in Estavayer, Murten und Romont im Spätmittelalter (ca. 1300-ca. 1530), 1994
Auteur(e): Christian Hesse / WW