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Chronique, 19.09.13
Peine de mort. La guillotine était majoritairement utilisée en Suisse pour les condamnés
à mort. Abolie une première fois en 1874, elle a été réintroduite en 1879 par voie de référendum.
Il y a très exactement 32 ans et un jour, le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale en France votait l’abolition de la peine de mort sous l’impulsion du garde des Sceaux Robert Badinter. En Suisse, la peine de mort a été abolie une première fois en 1874, puis réintroduite à la suite d’un référendum en 1879, accepté avec 52,5% des voix. Finalement, le peuple adopte un nouveau code pénal en 1938 (entré en vigueur en 1942) qui comprend notamment l’abolition de la peine capitale pour les crimes de droit commun. Subsistera jusqu’en 1992 la peine de mort dans les tribunaux militaires. Durant la Seconde guerre mondiale, 17 membres de l’armée suisse ont été fusillés pour trahison.
En 1979, une initiative parlementaire propose de réintroduire la peine capitale pour l’assassinat et la prise d’otages. Le Conseil national la rejette par 131 voix contre 3. En 1985, une initiative populaire pour réintroduire la peine de mort pour les trafiquants de drogue ne réunit pas les signatures requises pour être validée et soumise à votation. En 2010 enfin, une nouvelle initiative populaire proposant de rétablir la peine capitale dans certains cas précis est retirée quelques jours après avoir été validée par la Chancellerie fédérale. On le voit, cette thématique refait ponctuellement surface au sein de la population en Suisse.
Elle revient généralement en réaction à un tragique événement. Le meurtre d’Adeline ne fait malheureusement pas exception à cette règle. La peine de mort est présentée aujourd’hui comme la seule solution pour mettre fin à la récidive. Jean-Luc Addor, député valaisan et membre de l’UDC, disait d’ailleurs sur Infrarouge qu’un mort ne peut pas récidiver. Bravo à lui pour cette démonstration logique de haut vol. René Descartes et Emmanuel Kant doivent se retourner dans leur tombe respective… Enfin, les arguments manquent souvent de portée pratique pour justifier une telle réintroduction dans nos dispositions pénales.
La justice est faite par des Hommes, elle est donc faillible. Le problème d’un mort, c’est qu’il est… mort. Un retour en arrière est donc tout simplement impossible. Considérer qu’une manière expéditive est forcément la meilleure solution est une drôle de conception de la justice et de son présupposé, l’Etat de droit. De surcroît, octroyer à l’Etat le droit de vie ou de mort est une façon singulière de considérer la liberté. Sachant qu’aucune corrélation directe n’a jamais été établie entre la courbe de la criminalité et la peine de mort comme effet dissuasif, parler de prévention est malhonnête… Je considère néanmoins qu’il est positif de relancer le débat sur le sujet. Et j’accepterai d’en débattre aussi souvent qu’il le faudra, parce que je suis convaincu qu’une telle mesure est totalement contraire à l’intérêt général. Ainsi, je me réjouis de croiser le fer avec celles et ceux qui pensent que c’est une bonne solution. Pour autant qu’ils aient des arguments…
Grégoire Barbey