Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07019.jsonl.gz/1019

Nova et Vetera, vol. 95, 3 / 2020
Nova et Vetera, n. 95, 3 / 2020
Charles Journet, Jacques Maritain et Nicolas Berdiaev
Bernard Hubert
Cet article étudie la relation triangulaire entre Journet, Maritain et Berdiaev qui illustre la nécessité de médiations amicales dans les débats mettant en rapport des penseurs chrétiens appartenant à des univers spirituels et culturels distincts.
L’abbé Charles Journet fut attentif aux réalités ecclésiales du monde orthodoxe et de ce fait s’intéressa à la réflexion des penseurs russes comme Dostoïevski ou Berdiaev. Le philosophe russe Nicolas Berdiaev exilé de Russie, attaché à l’orthodoxie et ardent défenseur d’un renouveau spirituel, arriva en France en 1924 où grâce à la veuve de Léon Bloy il rencontra le philosophe thomiste Jacques Maritain et son épouse Raïssa d’origine russe, avec lesquels il se lia d’amitié malgré leurs philosophies respectives en désaccord sur le plan métaphysique et critériologique.
Maritain, au centre de la relation entre Journet et Berdiaev, fut le témoin avisé de l’évolution de l’abbé Journet. Celui-ci lut et apprécia le Nouveau Moyen Âge de Berdiaev paru en 1927, et il donna au mois de mai 1929, à la demande de Berdiaev et Maritain, une conférence sur l’Église dans le cadre des réunions interconfessionnelles à Paris. En 1932 Journet écrivit pour Nova et Vetera un article intitulé « La Légende du grand inquisiteur » où il critiqua la conception de l’Antéchrist de Dostoïevski et la présentation qu’en donna N. Berdiaev ; plus tard Ch. Journet modifia en partie sa critique de la position de Berdiaev suite à ses échanges épistolaires avec J. Maritain. En 1933 Ch. Journet publia dans la collection « Questions disputées » qu’il dirigeait avec J. Maritain, le livre intitulé Problème du communisme écrit par Berdiaev. Puis, en 1938, Ch. Journet exprima sa convergence de vue avec le livre de Berdiaev, Les Sources et le sens du communisme.
Si Charles Journet n’apprécia pas certains ouvrages de Berdiaev tels que Esprit et liberté (1933) ou bien Cinq méditations sur l’existence (1936), toutefois il cita Berdiaev en 1941 dans son éditorial de Nova et Vetera sur l’antisémitisme.
En somme, Ch. Journet, en lien avec son ami J. Maritain, ne cessa d’affiner son discernement critique de la pensée de Nicolas Berdiaev.
La liberté dans Le Personnalisme de Mounier
Jean-Thomas de Beauregard, OP
Le regain d’intérêt récent pour l’œuvre philosophique d’Emmanuel Mounier, au-delà de son seul rôle de principal animateur du mouvement personnaliste en France dans le premier XXe siècle, est l’occasion d’une évaluation critique de sa philosophie de la liberté, à partir du ch. 5 de son ouvrage-testament Le Personnalisme (1950). Cet article montre comment Mounier a parfaitement saisi les grands défis auxquels le christianisme de l’époque faisait face dans sa défense d’une liberté authentique, entre existentialisme, marxisme, libéralisme et scientisme. Sa pensée demeure stimulante pour la réflexion contemporaine. Toutefois, le déficit d’ancrage métaphysique et la prédilection de Mounier pour un style délibérément non universitaire sont autant de limites que cet article entend manifester, tout en saluant une attitude intellectuelle généreuse qui peut être un modèle pour une nouvelle génération d’intellectuels catholiques.
L’être comme amour selon Ferdinand Ulrich
Pascal Ide
Le 11 février 2020, le grand philosophe allemand Ferdinand Ulrich nous a quittés. Presque inconnu du public francophone, il a pourtant élaboré une puissante philosophie où se croisent les influences de saint Thomas d’Aquin, Hegel, Schelling, Heidegger, et il a exercé une influence décisive sur Balthasar. L’article veut montrer que le nœud de cette métaphysique réside dans l’affirmation : l’être est amour. Après avoir rapporté quelques témoignages sur l’unité entre la pensée et la vie d’Ulrich, il détaille le sens de cet énoncé qui contemple dans l’être (esse) la richesse de sa perfection rayonnante et la pauvreté de sa non-subsistance. Il en déduit quelques conséquences sur l’apostasie moderne et l’articulation de la philosophie avec la théologie.
Pourquoi l’Église ne devrait pas avoir peur de l’histoire
Pierre-Marie Berthe
La recherche historique constitue toujours un risque, car les documents d’archives qui éclairent le passé révèlent parfois des faiblesses, voire de graves défaillances dans la vie des institutions. Ainsi l’Église catholique qui est sainte, mais qui compte en son sein des pécheurs, aurait bien des raisons de garder ses archives secrètes pour protéger son image. Pourtant il n’en est rien. L’ouverture aux chercheurs des archives du pontificat de Pie XII rappelle que l’Église encourage et promeut la science historique. Cet article expose les motifs théologiques qui expliquent une telle démarche, en s’appuyant sur des sources variées. La confiance de l’Église dans le travail des historiens se situe à la convergence de son humilité, sa force, sa sagesse et son espérance.
Méditation en temps de pandémie. Considérations inactuelles sur une actualité douloureuse
Michel Nodé-Langlois
Peut-être sommes-nous tellement habités par la culpabilité – qui est autre chose que le repentir – qu’il nous est difficile de ne pas voir dans une pandémie planétaire l’effet d’un jugement et d’un châtiment divins, et il est vrai qu’elle aura entraîné la rectification de pas mal de comportements, ce qui est le sens originel du terme châtiment. – Jésus a pourtant explicitement récusé l’idée que tel serait le sens de sa mission de Verbe incarné, et affirmé que ce sont les hommes qui se jugent eux-mêmes, à tout moment de leur histoire, selon qu’ils se convertissent ou non au dessein divin qui donne son sens à la Création : l’histoire est de part en part le temps d’une mise à l’épreuve de la confiance des humains envers leur Créateur. – Jésus a aussi récusé l’idée qu’un malheur collectif ou personnel soit toujours à mettre au compte d’un péché de ceux qui le subissent, mais il a appelé de façon pressante à y voir l’invitation à une conversion dont une prospérité oublieuse de Dieu croirait pouvoir se dispenser : Jésus sur la croix s’est fait victime de péchés qui n’étaient pas les siens, pénétrant de sa divinité l’humanité jusque dans les pires formes de la violence dont elle se montre capable envers elle-même. – Peut-être la mission de l’Église, en un tel temps de détresse, est-elle de transformer sacramentellement en acte de charité, dans sa prière, l’offrande que beaucoup auront faite d’eux-mêmes au service de leurs frères humains, sans toujours vouloir la mettre au compte d’un amour pour le Père. Et aussi de rappeler que ce qui donne son sens à cette offrande – la reconnaissance inconditionnelle de l’humanité de l’autre – devrait s’étendre à tous les oubliés, et notamment à tous les petits d’homme auxquels le droit de vivre est dénié.
NOTES ET LECTURES
Le Tigre et le Chat gris
Henri Quantin
BIBLIOGRAPHIE
Robert Arnaud D’Andilly, Œuvres chrétiennes (1644) - Gilbert Werndorfer (éd.), La Bible de Rachi, Volume 1, La Torah – Le Pentateuque, Commentaire de la Torah par Rachi, Rabbi Shlomo ben Itsh’ak HaTsarfati.