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Swami Amarananda (hindouïsme védantique)
Mon regard sur la réalité de la violence à partir de mes convictions
Il est vrai que la violence est inhérente dans la nature. Un acte aussi anodin qu’arracher des pommes de terre pour les consommer induit une violence puisque ces racines sont vivantes. Pour l’homme, l’évolution se produit dans le mental, pas dans le corps. Au stade de l’être humain, certaines personnes, consciemment, s’efforcent de diminuer leur niveau de violence et de développer des qualités spirituelles. Ceci n’est possible que lorsque les besoins fondamentaux (nourriture, sécurité) sont comblés. Lorsque la lutte pour la survie n’est plus nécessaire, alors commence la recherche spirituelle.Non seulement l’être humain ne contrôle pas son origine ou sa destinée, mais il ne contrôle pas l’environnement autour de lui. La science non plus ne connait pas grand-chose à propos de la matière qui constitue l’univers.
Normalement, l’être humain recherche la vérité ultime avec son mental qui est un mélange de certitudes et de doutes dans un esprit docile, parce qu’il ne connait pas d’autre moyen pour réduire ses souffrances ou pour combler ses désirs. Quelques-uns commencent leur quête en s’attachant au courant de pensée ou à la doctrine qui leur apporte les éléments de réponse qui rassurent. Certains prient pour obtenir santé, richesse, pouvoir, supériorité sur les ennemis, etc. D’autres, peu nombreux, croient que la science va apporter les réponses ou tout gérer à longue échéance, et que courir après une Vérité ultime est folie. Rares sont ceux qui, convaincus que la vérité ultime existe dans les voies du transcendent et de l’immanent, manifestent cette vérité dans leurs vies.
Les doctrines, les rites les mots séparent les communautés. Ramakrishna disait : Ne discutez pas les doctrines et les religions, elles ont une. Toutes les rivières vont à l’océan. La grande eau se fraie mille chemins le long des pentes. Selon les races, les âges et les âmes, elle court en des lits différents, mais c’est toujours la même eau »
Les autres sont perçus comme des ennemis lorsque chacun doit justifier que sa voie est la bonne. N’y a-t-il pas une autre approche ? Lorsqu’un groupe d’amis se rend au restaurant, chacun commande le plat qui lui plait, et chacun apprécie son repas sans discuter du choix fait par ses voisins. La vérité ultime est comme le sommet d’une montagne que l’on peut atteindre par divers chemins. Chaque individu fait sa propre expérience et choisit son chemin.
Vivekânanda avait observé cette concurrence entre les religions et que les manières d’exprimer la dévotion divisement les peuples; conscient que la Réalité Ultime est Une, il a fondé Mayavati dans les Himalayas, lieu dédié à la pratique religieuse, selon la philosophie advaitique. L’Advaita donne à l’homme la possession complète de lui-même, le délie de toute dépendance nationale ou culturelle, lui donne le courage de souffrir, le courage de faire, et à terme l’amène à la Libération Absolue.
Tout, dans l’univers, obéit à la loi de l’évolution, les doctrines et traditions également. D’autres voies se créent, mais il ne devrait y avoir ni condamnation ni conflit. La notion de l’être humain en tant qu’individu doit être prise en compte. Il est irréaliste de proposer une doctrine ou une pratique, dans quelque domaine que ce soit, et de penser que celle-ci va être reçue de la même manière par tous. Le refus du compromis est une demande de soumission pure, sans laisser à l’individu un espace de libre-arbitre. Celui-ci est pourtant tout à fait naturel et découle de l’évolution personnelle de chacun. L’Hindouisme offre une grande diversité de cultes, et considère que la religion est une recherche personnelle et individuelle. Les sentiments d’insécurité ou de peur font naître le besoin d’un refuge et favorisent l’émergence d’une force de résistance. Résistance aux avancées de la science qui sont souvent contrées par ceux qui mettent en avant certaines doctrines de leur religion, résistance aux influences qui pourraient conduire à une autocritique, refus de voir le déclin graduel de conduite morale dans le monde religieux.
Les manifestations individuelles et collectives de la violence
L’Hindouisme n’est pas contre la violence en toutes circonstances, bien que les Hindous en général soient pacifistes. Les livres sacrés hindous acceptent la violence pour les chefs de famille, en dernier recours dans les cas d’autodéfense, de traitement tyrannique, etc., mais ils imposent la non-violence à ceux qui ont prononcé leurs vœux de renoncement, et préconisent la non-violence à ceux qui s’orientent vers le développement spirituel.
L’homme a tendance à perpétuer et abuser du pouvoir quel qu’il soit – richesse, rang social, popularité, talent, même les pouvoirs surnaturels développés par des pratiques yogiques. Historiquement parlant, les traditions religieuses n’ont pas échappé à cette recherche de pouvoir et d’influence, qui leur a fait oublier l’essentiel, à savoir le développement de l’individu et son accompagnement sur le chemin de la vérité ultime.
Le rejet de l’autre, sur n’importe quel plan, conduit à se renfermer sur soi-même. Vient alors la recherche d’une protection, que l’on peut trouver dans la construction de murs, dans la consolidation d’une communauté, ou religieuse, ou politique, ou groupant les deux. Et pour que ce groupe reste compact, on le nourrit, en diabolisant l’autre et en entretenant la peur. Ici la tradition religieuse est interprétée pour servir des intérêts très éloignés de l’essence même de ses textes sacrés.
Ailleurs, la séparation entre pouvoirs politiques et traditions religieuses est devenue nécessaire pour répondre d’une part à la demande des mouvements non-croyants, et d’autre part à la mixité religieuse. La laïcité devient un fondement des Etats. Ce changement n’intervient toutefois que dans les pays ayant ouvert leurs frontières, considérant l’intégration comme une valeur de leur société. Celle-ci doit alors mettre en œuvre pleinement les principes d’acceptation de l’autre, religieusement et culturellement.
L’Hindouisme est une religion dont la superstructure évolue constamment, tout en gardant intacte sa base. Par des réformes et réinterprétations, le point central a été déplacé d’une idée-clé à une autre. La première réforme fut l’émergence de philosophies qui ont eu un impact puissant sur les différentes branches de la religion. La seconde réforme fut amenée en 1160 par Vasava, un Brahmane, poète et réformateur, qui lança le Virashaivisme en essayant d’élever la condition de la femme et de licencier les prêtres. La troisième réforme fut conduite aux 15ème et 16ème siècles par des mystiques adeptes de l’approche dévotionnelle de Dieu. La suivante fut apportée par Saint Ramdas : il essaya au 17ème siècle d’élever la condition de la femme et de développer la culture physique et les habitudes de vie de ses concitoyens en écrivant un guide pratique pour chaque aspect de la vie. La cinquième réforme se produisit au 19ème siècle à l’initiative du premier homme moderne d’Asie – M. Rammohan Roy. Il mit en avant le Védanta, la science moderne, et l’abolition de pratiques qui n’étaient plus d’époque.
La violence dans l’Inde moderne est ancrée essentiellement dans son histoire. Entre la bataille de Tarain en 1192 et le début de l’Empire Britannique en Inde en 1757, l’Inde n’a jamais connu 50 années successives de paix, à l’exception du règne de l’Empereur Akbar le Grand. Dans l’Inde moderne, les incidents entre les Musulmans et les Hindous ont un nouveau visage avec la propagande médiatique (souvent exagérée et fausse) par les politiques ; alimentée par les dirigeants britanniques qui cherchaient à perpétuer leur règne, une incitation souterraine à des affrontements communautaristes commença en 1907. En 1905, les dirigeants britanniques avaient divisé le Bengale selon des lignes religieuses et avaient appuyé la formation de la Ligue Musulmane en 1906. En 1909 ils introduisirent un électorat spécial pour les musulmans. La création en 1909 du parti nationaliste hindou fut la réaction à ces mesures. Dans le sous-continent indien, Bangladesh et Pakistan inclus, environ 4 millions de personnes perdirent la vie en raison d’affrontements majeurs ou mineurs entre les adhérents de l’Islam, de l’Hindouisme et du Sikhisme entre 1946 et 1971, et 16 millions de personnes furent obligées de quitter leur pays pour se réinstaller définitivement derrière d’autres frontières durant cette période.