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Présomption
La Suisse officielle, par la voix du Conseil fédéral, prétend devenir «un plus pour la paix» en briguant un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour les années 2023 et 20241. «Ce siège permettrait à la Suisse de contribuer à la paix et la sécurité dans le monde, selon le Conseil fédéral.»
Si les mots ont un sens, le Conseil fédéral estime que la Suisse n’a pas contribué à la paix et à la sécurité de notre planète jusqu’ici et qu’il convient de remédier d’urgence à ce lamentable état de fait, à cet inqualifiable égoïsme, à cet ignoble défaut de solidarité internationale.
A quoi donc sert notre présence à l’ONU si nous n’y avons jamais exercé la moindre influence bénéfique à ce jour? Pourquoi donc faut-il être membre du Conseil de sécurité, fût-ce à titre temporaire, pour se profiler comme apôtre de la paix et de la sécurité?
Une fois de plus, nos autorités, dominées par leur complexe d’infériorité, essaient de jouer dans la cour des grands. Mais, en réalité, les décisions de Conseil de sécurité, qui vont rarement dans le sens de la paix et de la stabilité, sont prises – ou bloquées – par les Etats-Unis, la Russie, la Chine et, dans une moindre mesure, la France et le Royaume-Uni, pour la bonne raison que ces cinq Etats sont les seuls membres permanents du Conseil et les seuls à disposer du droit de veto. Les autres font de la figuration.
Qu’est-ce qui fait croire au Conseil fédéral qu’il en ira différemment pour la petite Suisse?
Il y a trois siècles et demi, Jean de La Fontaine publia une fable intitulée: La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, où l’on peut lire ceci: «La chétive pécore s’enfla si bien qu'elle creva.»
M. P.