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C’est unique en Suisse: les étrangers qui s’établissent dans le canton de Bâle-Ville reçoivent un bon pour des leçons d'allemand payées par le canton. L'objectif est d'accroître l'intégration. Mais tout le monde n'utilise pas encore cette possibilité.
C'est une journée grise de novembre à Bâle. A l'école de langue Inlingua, au centre de la ville, quatre femmes participent à un cours d'allemand de niveau intermédiaire. Le sujet du cours: la vie saine. Les femmes discutent deux à deux de nourriture et de stress. La participation est élevée. Les élèves sont très motivés.
Certains d'entre eux reçoivent les bons de la ville de Bâle en tant que nouveaux immigrants titulaires d'un permis de séjour B (résidents étrangers de l'UE / AELE, valable cinq ans). Ils peuvent assister à 80 leçons d'allemand pendant leur première année dans le canton. Le programme est en place depuis août 2015, les bons ayant été délivrés depuis le mois de mai de cette année.
Bilan
Un rapport publié par les autorités cantonales constate qu'entre août 2015 et la mi-août 2016, 1032 personnes de 101 pays ont pris part aux cours subventionnés. 214 cours ont été donnés.
Deux tiers des participants ont suivi un cours de niveau débutant (niveau A1), mais seulement quelques-uns ont terminé les 80 leçons gratuites au niveau intermédiaire B2. 60% ont participé à au moins 80% des cours. Le décrochage s'est surtout produit pour des raisons professionnelles ou familiales, selon un communiqué du 29 septembre 2016.
Les étudiants expérimentés ont tendance à utiliser les bons mis à disposition: environ la moitié des participants ont déclaré avoir plus de 14 ans d'études et de formation. 54% des participants travaillent. La majorité a déclaré avoir «bénéficié» ou «avoir beaucoup bénéficié» du cours.
Inlingua fait état d’une augmentation des étudiants, principalement des expatriés. Même constat à l'ECAP Bâle, une institution pour la formation des étrangers adultes de toute nationalité. Depuis août dernier, 89 personnes ont suivi le cours intensif d'initiation à l’allemand. Marion Kussmaul, qui dirige le département de cours intensif d’allemand de cette école, relève que ce sont principalement les femmes et les personnes bien formées qui ont suivi ses cours.
Motivation
Dans le canton de Bâle-Ville, les migrants représentent 35% de la population. Ce qui fait du demi-canton le plus peuplé de migrants après Genève (41%).
«Le canton voulait inciter les personnes arrivant en Suisse à apprendre la langue pour faciliter leur intégration dans notre société», explique Ulrich Maier, responsable de l'enseignement secondaire et de la formation à Bâle-Ville.
Le système de bons fait partie d'un forfait pour tous les nouveaux arrivants. Une mesure acceptée par les électeurs le 30 novembre 2014 comme contre-projet à une initiative de la droite conservatrice «pour une meilleure intégration des migrants». La proposition de l’Union démocratique du centre demandait que la majorité des migrants passent un «accord d'intégration» avec des objectifs à remplir pour obtenir un permis de résidence. Les cours de langue auraient été obligatoires. Avec le contre-projet, ils sont proposés sur une base volontaire.
À la mi-août de cette année, 1032 personnes, venant de 101 pays avaient participé aux cours subventionnés par le canton de Bâle-Ville. Malgré une augmentation des étudiants, seul 23% des 4480 bons disponibles ont été utilisés à ce jour.
«Nous espérions voir plus de gens profiter de ces bons, dit Ulrich Maier. Nous essayons encore d’en connaître les raisons. Les cours ne seraient-ils pas vraiment attrayants ou est-ce que les nouveaux arrivants sont trop occupés à trouver un emploi et à s'installer avec leur famille dans la région?»
De plus, beaucoup d'étrangers travaillent pour des compagnies internationales. «Ils n'ont pas nécessairement besoin d'apprendre l'allemand. Et ils ne savent pas combien de temps ils vont rester en Suisse. Donc apprendre l'allemand est une option, mais ce n'est pas une nécessité», souligne Ulrich Maier. Bâle abrite en effet de nombreuses multinationales, en particulier dans l'industrie pharmaceutique.
«Nous avons aussi beaucoup d'autres personnes qui viennent ici pour rester longtemps parce qu'ils rejoignent des membres de leur famille déjà installé en Suisse. C'est le groupe que nous ciblons en priorité. Et nous essayons de savoir si c’est vraiment le cas.»
Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch