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Leur architecture dans la Tate Gallery de Londres a fait d'eux des artistes mondialement reconnus pour leur recherche truffée d'inventivité. A 50 ans, Jacques Herzog et Pierre de Meuron (H&dM)se voient récompensés du Prix Priztker 2001. L'équivalent d'un prix Nobel d'architecture.
«Nous sommes heureux, avoue l'architecte bâlois Jacques Herzog. Ce prix récompense notre travail que je définirais comme une architecture des sensations!»
C'est en 1995 que H&dM prennent leur véritable envol planétaire. Les deux architectes suisses, pourtant considérés comme des outsiders, décrochent le mandat pour le réaménagement de la Tate Gallery de Londres. Alors que 148 des meilleurs architectes du monde s'étaient présentés au concours.
Leur projet est ainsi retenu. Il était le seul qui, tant sur les plans que dans les montages, comprenait des toiles et des sculptures.
Rappelons que la Tate Gallery se trouve en face de la cathédrale Saint-Paul, nichée dans l'ancienne centrale électrique de Bankside. Construite en 1947 par Giles Gilbert Scott, le bâtiment était resté abandonné et trop cher à démolir (38 millions de francs).
Mais, en 1992, le gouvernement britannique débloque des fonds. Et les sponsors suivent. Le bâtiment est racheté 8 millions de francs. Et le devis pour sa transformation estimé à 335 millions.
Sur le toit du bâtiment, H&dM imaginent alors un gigantesque prisme en verre dépoli, qui abrite administration et restaurant panoramique. C'est un cube transparent qui fait office de puits de lumière pour les étages supérieurs du musée.
Cela dit, en 1986 déjà, H&dM attirent pour la première fois l'attention internationale avec un entrepôt construit pour Ricola.
N'empêche qu'à cette époque, leur bureau d'architecture ne compte que 7 personnes. Et n'a quasiment rien construit hors de la région bâloise.
A l'exception de leur maison bleue, près de Bâle, bâtie en 1979-80, «sorte d'image extraite d'un film de Jacques Tati, peinte avec la couleur d'Yves Klein et inspirée d'un dessin d'enfant. C'est elle qui nous a fait connaître en Suisse».
Toujours est-il qu'aujourd'hui, leur entreprise emploie 150 collaborateurs, dirige une quarantaine de projets architecturaux sur trois continents et gère un volume de constructions qui dépasse le milliard de francs suisses.
«Nous sommes à Tokyo pour Prada, explique Jacques Herzog, nous travaillons également à Munich, Barcelone, Londres et à Bâle pour la finition du stade Saint-Jacques. Notre prochaine œuvre, le Kunsthalle de Munich, sera inaugurée en mai ou en juin.»
Sinon, cela fait vingt ans que H&dM ont foulé le sol américain. Ils enseignent à Harvard. Et leurs trois derniers projets en date sont implantés à Minneapolis, San Francisco et New York.
La grande force de H&dM, selon le publiciste Benedikt Loderer, «c'est leur potentiel d'inventivité. Et leur passion pour la recherche architecturale confrontée en permanence avec les professionnels de la construction».
Et dire qu'à l'âge de 7 ans déjà, le Bâlois Jacques Herzog et le Neuchâtelois Pierre de Meuron se rencontrent dans la même école rhénane. Mais tous deux ne se destinent à l'architecture qu'à 20 ans. «Nous avons alors réalisé que cette discipline réunissait à la fois le dessin, la construction, la technologie, la recherche, la communication et la poésie.»
Reste que, si l'on prend comme étalon le nombre de citations sur l'Internet, H&dM sont les architectes les plus connus au monde. Quand bien même, étonnamment, ils ne possèdent pas encore leur propre site... «C'est un jardin que nous devrons cultiver jour après jour.»
Emmanuel Manzi