Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06888.jsonl.gz/926

L'OMC ne peut être "un arbitre avec un sifflet" pour résoudre la guerre commerciale. Son directeur général a appelé mercredi à Genève les Etats à éviter "que des millions d'emplois soient perdus". Et considère que la plainte suisse montre le "sérieux" de la situation.
La solution ne peut être que "politique, elle n'est pas technique", a affirmé Roberto Azevedo devant l'Association des correspondants accrédités auprès de l'ONU à Genève (ACANU). Et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ne peut oeuvrer comme "un arbitre avec sifflet" si les 164 membres ne le souhaitent pas.
Elle apporte "le terrain et les maillots", a-t-il dit. Le système multilatéral du commerce est victime de tensions depuis l'annonce il y a plusieurs mois par le président américain Donald Trump de tarifs douaniers sur certains produits.
Huit acteurs, dont la Suisse, ont lancé une plainte auprès du tribunal de l'organisation contre la décision américaine. Certains, comme l'UE et la Chine, ont lancé des représailles à hauteur de 34 et 2,8 milliards d'euros. Des "ripostes" qui ne permettront pas de sortir de la guerre commerciale, insiste M. Azevedo.
Rapport préoccupant
Après la réponse chinoise, Washington avait ensuite ciblé une nouvelle liste portant sur 200 milliards de dollars de marchandises de ce pays. S'il ne se prononce pas en particulier sur les accusations contre la Chine de ne pas honorer les règles de l'OMC, M. Azevedo n'estime pas étonnant que cet Etat, l'une des principales économies dans le monde, soit examiné par les autres pays.
Washington cible notamment le transfert de technologies forcé pour que les entreprises américaines accèdent au marché chinois. La Suisse n'a elle pas décidé de rétorsion contre les Etats-Unis. Au total, les marchandises concernées ont représenté l'an dernier une valeur à l'exportation d'environ 80 millions de francs.
Mais sa plainte, très rare pour un "ami du système" multilatéral commercial, et certaines déclarations de membres sur l'importance d'une modernisation "montrent que la situation est sérieuse", fait remarquer M. Azevedo. Si les tensions se poursuivent, la croissance économique devrait ralentir, "des millions d'emplois" pourraient être perdus et le pouvoir d'achat des populations pourrait diminuer de jusqu'à près de deux tiers, ajoute le directeur général.
Alors que deux tiers du commerce mondial sont liés à des produits fabriqués dans au moins deux pays. Selon un rapport publié mercredi, par l'OMC, les effets se font déjà sentir sur les attitudes de l'ensemble des pays de l'organisation.
Division ciblée
Au total, 75 nouvelles mesures restrictives ont été lancées de mi-octobre à mi-mai. Soit deux supplémentaires par mois par rapport à la période précédente. Il y a quelques semaines, des indications similaires avaient été observées pour les seuls pays du G20.
Certes, 89 nouvelles mesures de facilitation des importations ont aussi été lancées. Mais la valeur de celle-ci ne dépasse plus que de 1,26 fois environ celle des restrictions contre le double auparavant. Alors que "beaucoup d'effets négatifs" vont "arriver" encore, s'inquiète M. Azevedo.
Autre problème, les Etats continuent de bloquer depuis de nombreux mois le renouvellement de membres du tribunal d'appel de l'organisation. Les discussions "n'ont pas avancé suffisamment", admet M. Azevedo qui ajoute que le système n'est pas encore affecté. Il est même persuadé que celui-ci se maintiendra.
Pas de discussion entre Azevedo et Trump
Plus largement, les pays restent largement divisés aussi sur les négociations dans tous les secteurs, a affirmé mardi une source proche des discussions commerciales à Genève. De l'agriculture à la réforme de l'organisation en passant par le statut de certains Etats membres comme la Chine.
Signe encourageant pour le directeur général, la discussion sur la modernisation est en train de "commencer". "Il est temps de parler en faveur du système multilatéral", a-t-il affirmé. Il relève un engagement étendu des chefs d'Etat et de gouvernement mais aussi à tous les niveaux. Le cadre a déjà changé, selon lui.
S'il n'a jamais rencontré M. Trump, il estime que ses dialogues avec le représentant américain au commerce Robert Lighthizer sont bons. Mais tous les Etats doivent contribuer à la réforme de l'organisation, a-t-il également affirmé.