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|CAPECE/ECKHARDT/KESTEN/MALFATTI/NAKAMURA/SUGIMOTO - Wedding Ceremony (Cathnor, 2009)|
La plus importante des pièces (en durée tout du moins, avec près de 27 minutes) s'intitule Quartet+2 et a été composée par Radu Malfatti. Sur cette troisième piste, chaque musicien ne joue qu'une note, répétée à intervalles réguliers semble-t-il. On dirait qu'il y a une certaine relation entre la durée du silence et la hauteur de la note jouée, que plus la hauteur est basse, plus le silence est long. En tout cas, cette pièce est radicalement monotone et simple, mais se révèle pourtant riche. On sait toujours ce qui va arriver, mais jamais vraiment quand, malgré la régularité des interventions. Les vents soufflent dans les registres graves, le violon joue une note arco medium, et Kesten ne joue qu'un souffle très précis et toujours identique à lui-même, tandis que Nakamura et Sugimoto jouent à des volumes à peine perceptibles. Ce n'est que lors des dernières minutes que la note change. Une forme minimale, de même que le matériau sonore, mais le tout est réalisé avec beaucoup de précision (dans la hauteur, les volumes, les attaques et la tenue) et se révèle franchement envoutant. Puis vient Doremilogy 2.12, composé par Sugimoto, et qui joue également beaucoup sur la répétition. Ici, chaque musicien joue entre une et trois notes d'une gamme majeure pour finalement former la totalité de la gamme, une gamme volontairement flottante et frottante, où les instruments jouent légèrement en-dessous ou au-dessus de la note - une étrangeté déroutante de quatre minutes. Il faut aussi parler de la première piste, une composition de Christian Kesten intitulée Zonder Titel (Schuif en Ruis). Elle ne dure que huit minutes, mais je crois que c'est la pièce que je préfère de ce disque. Il s'agit là encore d'une pièce répétitive, avec beaucoup de silence et un volume assez faible. Evidemment j'ai envie de dire. Mais bref, le plus beau est le léger, continuel et doux glissando que chaque musicien opère tout au long de ce disque. Tous les musiciens jouent ensemble entre de longs silences, et ils font à chaque fois un magnifique glissando tout en beauté, en tension, et en douceur crispée. Une pièce simple toujours, mais vraiment magnifique, tendue, et riche.
Pour finir le disque, Lucio Capece a composé et donné quelques instructions pour une sorte performance à moitié musicale, à moitié théâtrale, nommée About "The society of spectacle" Guy Debord 1967. Durant la première minute, les musiciens jouent chacun une note, puis un silence. Tous les musiciens ont choisi de très beaux sons, qui se marient à merveille, des sons brefs, à volume moyen, assez réverbérés, pendant que Capece se promène dans la salle pour lire très faiblement des extraits de La société du spectacle aux auditeurs. Des micros sont placés au milieu du public et le silence est constamment rempli des réactions des auditeurs. Cette première moitié est vraiment belle dans ce que les musiciens jouent, avec un silence très riche des réactions du public. Au bout de sept minutes, la musique s'arrête brutalement, et Capece propose également au public de lire des extraits de Debord, au micro ou non. Le public se prête alors petit à petit au jeu et des extraits sont lus pendant les sept minutes restantes. Le choix du texte n'est certainement pas anodin, mais j'ai du mal à saisir la pertinence politique de cette performance. Restent les sept premières minutes qui sont vraiment belles.
Outre les superbes pièces de Kesten et Malfatti qui sont mes préférées, j'ai beaucoup aimé l'improvisation proposée par ce sextet, peut-être plus classique et moins étonnante mais vraiment réussie. Cette deuxième piste est la moins silencieuse, la plus forte en volume, et aussi la plus dense. Même s'il s'agit toujours d'une approche minimaliste et répétitive, il y a une forme plus organique à l'oeuvre, une écoute qui engage la proximité et l'intimité, et moins de réserve que dans les réalisations de pièces écrites. L'improvisation est aussi plus axée sur la recherche de textures avec de nombreux souffles, du bruit blanc, etc. C'est aussi le moment de clairement différencier les approches : tonales pour Sugimoto, répétitive pour Malfatti, bruitiste et réductionniste pour Nakamura et Capece, discrète et sensible pour Kesten et à la croisée de tous ces chemins pour Eckhardt.
Finalement, même si une unité d'approche est présente sur chaque pièce et pour chaque musicien, il y a tout de même une grande diversité et de nombreuses déclinaisons de cette approche qui sont proposées tout au long de ces 75 minutes. Un disque vraiment varié et très bien réalisé, toujours avec justesse, précision, attention, et engagement total. Conseillé.
[merci à david papapostolou de m'avoir prêté et suggéré la réécoute de ce disque]