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Madame Fleischli, qu'en est-il de votre maîtrise de la langue biélorusse?
Plutôt modeste. Je peux dire merci et faire santé en biélorusse. C’est pour cette raison, et aussi parce que l'anglais n'est pas très répandu, que nous avons eu besoin d’interprètes lors des séances.
Le terme de Biélorussie me fait penser au hockey sur glace ou au Président Alexander Lukaschenko, qui régit le pays depuis 1994 – un record pour un dirigeant européen. En saviez-vous plus sur ce pays avant le projet?
Au début du projet, je ne savais pas grand chose de la Biélorussie, seulement ce que je lisais dans les médias. C'est pourquoi je me suis renseignée en détail sur l'histoire et sur la situation sociopolitique avant mon départ. Concernant la situation de la formation continue, nous pouvions nous appuyer sur un rapport de l'ancien directeur de la FSEA, André Schläfli, qui fût à l'origine du projet et qui s'est rendu sur place pour un examen préalable.
Comment la FSEA et la Biélorussie ont-elles été amenées à collaborer?
La FSEA s'engage depuis longtemps pour la formation continue au niveau international. Dans ce cadre, l'accent est mis depuis plusieurs années sur la collaboration avec l'Europe de l'Est et du Sud-Est. Des coopérations sont déjà en cours avec la Serbie et la Roumanie. Cet engagement est soutenu partiellement par le contrat de prestations avec le SEFRI. C'est dans ces conditions que que nous nous sommes intéressés à la Biélorussie. Dans un pays où le non-respect des droits fondamentaux est dénoncé avec raison, il nous est important de renforcer la formation continue et ainsi aussi la société civile. Lors de la mise en place concrète du projet, nous avons pu compter sur Eveline Steinger, de la Haute école pédagogique de Zoug, en tant qu'experte de la Biélorussie.
«En Biélorussie, la formation continue est fortement régulée.»
Vous avez passé une semaine à Minsk. Comment avez-vous perçu le pays?
J'ai été surprise en bien. J'ai rencontré des personnes très ouvertes et intéressées. Le pouvoir et le contrôle de l'Etat est bien évidemment un thème récurrent. Les acteurs et actrices de la formation continue biélorusse ne se sont pas résignés - ils sont pleins d'entrain.
Comment évaluez-vous la situation actuelle de la formation continue en Biélorussie?
Je précise d’emblée que la formation continue en Biélorussie ne concerne guère que la formation professionnelle. Les domaines importants sont l'informatique, la santé et la construction. La formation dans le secteur culturel est faiblement développée en comparaison. Généralement, la formation continue est fortement régulée. Il existe certains prestataires publics ou privés, mais la plupart des institutions privées sont reconnues au niveau étatique et doivent de ce fait s'en tenir à des directives strictes en ce qui concerne le contenu des cours.
Même les prestataires qui renoncent à la reconnaissance étatique sont soumis à des règles strictes et passent en conséquence beaucoup de temps à surmonter les obstacles bureaucratiques.
Cela signifie-t-il que les acteurs de la formation continue sont plutôt faibles?
Je ne le dirais pas ainsi. Les prestataires de formation que nous avons rencontrés en Biélorussie sont bien organisés, informés et hautement professionnels – à quoi s’ajoute leur fort engagement. Ils restent toutefois confrontés aux défis d'une lourde régulation étatique ainsi que d'une situation économique difficile.
Le projet prévoit de soutenir ces acteurs grâce à une coopération entre les deux fédérations faîtières. Qui est votre partenaire et comment la FSEA peut-elle offrir concrètement son soutien?
Notre partenaire est l'ADOiP, ou Fédération biélorusse pour la formation continue. L'organisation est relativement jeune. L'ADOiP est active depuis 2008 et réunit 13 organisations. Lors de la séance de lancement à Minsk, nous avons compris que l'ADOiP pourra profiter de la FSEA avant tout sur les thèmes du développement de l'organisation et ses membres, l'assurance qualité et la professionnalisation. La FSEA peut apporter une large expertise dans ces domaines. Plus concrètement, cela pourrait se faire de la manière suivante : des experts suisses et biélorusses développent ensemble des modules pour la formation de formateurs d'adultes en Biélorussie.
«Nous utilisons les opportunités existantes. Ainsi nous renforçons la formation continue et en même temps la société civile.»
Comme nous venons de l’évoquer, la Biélorussie est dirigée depuis 23 ans par Alexander Lukaschenko et est considérée comme un Etat autoritaire. Comment cela influe-t-il sur le projet et la collaboration?
Cela conduit à focaliser le projet sur les acteurs de la formation continue et sur leurs possibilités, et non pas sur les conditions cadres. Un catalogue de revendications politiques ne ferait pas de sens ici. Il s'agit de contribuer à soutenir les prestataires vers une amélioration. Les représentantes et représentants de l'ADOiP le perçoivent également ainsi. En collaborant avec eux, j'ai remarqué leur grande disponibilité au changement. Il règne ainsi une atmosphère de travail optimiste.
Le projet reste toutefois naturellement affecté par les restrictions. Les conditions cadres politiques et juridiques dans lesquelles évolue notre partenaire l'ADOiP sont étroites. D'énormes exigences bureaucratiques semblent vouloir étouffer dans l'oeuf chaque initiative de la société civile. Par exemple, pour que l'ADOiP ait pu louer une salle de conférence pour la FSEA lors de la séance à Minsk, il a fallu suivre une procédure de demande durant trois mois avec de nombreux formulaires et justificatifs à remplir. Les nombreuses exigences légales créent de l’insécurité dans la collaboration de l'ADOiP avec des partenaires étrangers. Cela demande beaucoup de patience et de confiance des deux côtés.
Y a-t-il eu des hésitations à travailler avec un acteur issu d'un Etat autoritaire?
Oui, car se pose toujours la question de savoir comment notre travail peut vraiment être utile. Un premier voyage en Biélorussie a toutefois permis de découvrir notre partenaire et sa motivation à collaborer. L'objectif de l'ADOiP et de leurs membres est clairement de renforcer la formation continue et cela pour le bien de toute la population. Malgré les conditions de travail mentionnées, l’engagement clairement bottom-up du prestataire est bien visible.
Mais cet engagement suffit-il à changer quelque chose dans un Etat dirigé autoritairement?
Le facteur temps est important. En Biélorussie, chaque changement dépend de l'approbation du gouvernement. Cela demande beaucoup de persévérance et de temps. C'est pourquoi la FSEA souhaite construire un partenariat de longue durée. Un deuxième facteur décisif est que l'ADOiP et la FSEA collaborent sur un niveau professionnel.
Vous voulez dire par là que pour être utile, la FSEA s'applique à travailler sur la professionnalisation et l'assurance qualité et non pas sur le soutien démocratique?
Oui, on peut le dire ainsi. C'est dans ces domaines que nous pouvons utiliser la marge de manœuvre existante. Et c'est ainsi que nous renforçons la formation continue tout d'abord, mais également un acteur démocratique de la société civile. Ce sont peut-être des petits pas, mais dans une direction positive.
Quels sont les objectifs propres de la FSEA dans cette collaboration?
La vision de la FSEA est que la formation tout au long de la vie devienne une évidence. Nous nous engageons pour un système de formation fort et accessible à tous, en Suisse et à l'étranger. Nous souhaitons offrir à l'ADOiP et à nos membres une plate-forme qui permette d'échanger des idées et des expériences concrètes sur la façon de développer le système de formation dans les deux pays. En parallèle, nous souhaitons promouvoir la coopération internationale de la Suisse dans le domaine de la formation non formelle.
Pour revenir et conclure sur vos connaissances linguistiques. Vous disiez qu'elles suffisent à dire merci et à faire santé. On entend dire que lors des réceptions en Russie, le «santé» peut avoir plus d'importance que le «merci». Est-ce aussi le cas en Biélorussie?
La rencontre avec la formation continue biélorusse se différencie beaucoup de l'accueil russe! On nous a servi un sirop extrêmement sucré, alors pour que je porte un toast en biélorusse, il faut attendre encore un peu.
Martina Fleischli travaille depuis plus de quatre ans en tant que responsable de projets à la FSEA. Elle dirige la coopération avec l'ADOiP avec André Schläfli, ancien directeur de la FSEA. La durée prévue du projet est de quatre ans, de 2017 à 2020.