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Laissons les paroisses élire leur pasteur!
Les huitante-huit paroisses protestantes de l'Eglise vaudoise élisent leur pasteur en deux temps. Une «commission de repourvue», constituée de membres du Conseil paroissial (exécutif) et du Conseil régional – la région est une sorte de district ecclésiastique – examine les candidatures. Ensuite, il revient à l'Assemblée de Paroisse, assemblée «législative» ouverte à tous les fidèles habitant la paroisse, d'élire son pasteur.
Comme tout système électoral, ce système peut décevoir. Il ne crée pas le pasteur idéal. Mais il présente cet avantage qu'une communauté paroissiale ne se fera pas imposer contre son gré un candidat insuffisant ou peu adéquat en regard de la situation.
Le système n'empêche pas non plus les «menées» locales, mais il évite aux fidèles de subir celles de l'administration centrale. Et puis quoi? il n'est pas insensé qu'une communauté ait le droit de choisir celui qui prêchera durant les quinze prochaines années, baptisera, confirmera, mariera et enterrera les fidèles.
Dans quelques jours, le Synode vaudois (législatif sur le plan cantonal) examinera une proposition importante du Conseil synodal (exécutif). Les commissions de repourvue seraient remplacées par l'Office des ressources humaines. Celui-ci ferait tout le travail, y compris la désignation du pasteur, et le Conseil paroissial n'aurait plus qu'à valider le choix «formellement», c'est-à-dire sans débat possible.
Le Conseil synodal veut «simplifier» et «professionnaliser». Simplifier des choses objectivement complexes est acrobatique. En l'occurrence, la simplification consiste à court-circuiter purement et simplement la communauté paroissiale. Simplifier en niant sur le papier l'existence d'un élément essentiel, c'est aller avec certitude au-devant de complications ultérieures. C'est accumuler chez les personnes concernées un ressentiment, un découragement aussi, qui n'attendront que la première occasion concrète pour se manifester.
Quant à la «professionnalisation», disons qu'en principe les «professionnels» ont déjà fait leur travail en préparant le futur pasteur au ministère et en le consacrant. A partir de là, il est normal que le dernier mot revienne, si j'ose dire, au consommateur.
Pour reprendre un parallèle courant, les mêmes pesanteurs centralisatrices se trouvent à l'œuvre dans la politique de l'Etat de Vaud vis-à-vis des communes. Mais les communes ont les moyens de résister et de faire valoir leur point de vue. Elles peuvent en particulier saisir le peuple par le biais du référendum populaire. L'Eglise vaudoise ne connaît pas le référendum et les paroisses ne peuvent que s'en remettre au Synode.
En désignant son pasteur, la paroisse manifeste son importance en tant que cadre durable de la pratique religieuse ordinaire, cultes et sacrements, catéchisme, visites, fêtes et entre-aide. C'est sa dernière prérogative, et la plus justifiée.
(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 11 février 2014)