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Peintre moderniste important de la scène culturelle suisse des années 1900 à 1920, Abraham Hermanjat est en lien avec les avant-gardes françaises. L’un des premiers artistes suisses à s’inspirer de l’œuvre de Paul Cézanne, il s’adonne au fauvisme, mouvement peu représenté dans son pays. Hermanjat est également un acteur important de la scène politique culturelle helvétique.
Après une première formation genevoise aux Écoles municipales d’art de la Ville de Genève auprès de Barthélemy Menn et d’Auguste Baud-Bovy (1881-1886), Hermanjat se rend à Alger en 1886, pour y rejoindre son frère et sa mère. Le peintre, qui effectue plusieurs séjours maghrébins, s’inscrit dans la veine orientaliste, déjà pratiquée par plusieurs de ses compatriotes, notamment Charles Gleyre et Louis Auguste Veillon. En Afrique du Nord, il peint des paysages désertiques aux tons mordorés, ainsi que des portraits type d’indigènes, qui se révèlent proches de l’enseignement qu’il a suivi à Genève.
En 1896, Hermanjat et sa femme reviennent s’établir en Suisse. Après Lausanne, Pully et Lignières près de Chexbres, il s’établit à Aubonne (Vaud) en 1908. Le peintre renonce alors à la thématique orientale qui ne lui vaut pas les succès espérés et se tourne vers le paysage suisse, notamment alpin. Il effectue de nombreux séjours à la montagne, principalement dans la vallée des Ormonts, afin de réunir des études et de peindre sur le motif. Ses toiles s’inspirent des grands modèles de la peinture suisse d’alors : Giovanni Segantini, artiste italien installé aux Grisons, et Ferdinand Hodler, proclamé « peintre national ».
Adepte du fauvisme dans les années 1908 à 1912, Hermanjat applique au paysage suisse une palette de teintes antinaturalistes particulièrement fortes comme dans Montagnes enneigées (Nyon, Fondation Abraham Hermanjat) et Château de Glérolles en hiver ([1908, ou peu avant] Nyon, Fondation Abraham Hermanjat). Dans ce petit chef-d’œuvre, les vibrations horizontales de mauves et de verts du lac répondent à la mosaïque de blancs colorés des vignes en terrasses.
Au cours des années 1910 – époque à laquelle le peintre ne signe plus ses tableaux « Hermenjat », selon l’orthographe de son état civil, mais « Hermanjat », après avoir effectué des recherches généalogiques –, il s’inspire principalement de la peinture de Ferdinand Hodler, notamment pour dépeindre le paysage de La Côte vaudoise où il est établi ainsi que des figures monumentales d’agriculteurs. La décennie suivante voit Cézanne prendre le pas sur Hodler comme modèle majeur. Le Vaudois brosse alors des natures mortes, des paysages et des portraits aux compositions fortement construites, à la palette assourdie et à la touche large démultipliée par tons proches, autant d’emprunts directs à la peinture du maître d’Aix.
Membre du Comité central de la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses (SPSAS, 1910-1928), de la Commission fédérale des beaux-arts (1922-1925), professeur à l’École cantonale vaudoise de dessin et d’art appliqué (1922-1932, actuelle Ecal) et juré de nombreux concours artistiques, Hermanjat joue un rôle important sur la scène culturelle suisse et vaudoise et promeut toute une génération de jeunes peintres. En 1903, il tente en vain de mettre sur pied une Sécession moderniste suisse sous le nom de Groupe des XVIII, qui devait regrouper l’élite artistique du pays avec notamment Ferdinand Hodler, Cuno Amiet, Giovanni Giacometti, Albert Trachsel, l’architecte Alphonse Laverrière et le sculpteur Auguste de Niederhausern, dit Rodo.
Artiste en quête d’une expression picturale en phase avec la modernité, Hermanjat a souvent été identifié avec le Pays de Vaud, voire avec la région de La Côte vaudoise. Il n’en demeure pas moins un peintre lié aux grands courants internationaux européens de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.
La fille adoptive de l’artiste, Germaine Hermanjat (1909-2002), suit les cours de l’École cantonale de dessin et d’art appliqué de Lausanne (actuelle Ecal) et cesse de peindre à la fin des années 1930. Elle se consacre ensuite à l’enseignement du dessin et à la promotion de l’œuvre de son père.