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Non seulement le Japon, mais aussi l’Allemagne et le Royaume-Uni sont en récession. Une opinion généralement admise à propos des récessions est aujourd’hui remise en question. Une récession traduit certes une baisse de l’activité économique mesurée par le PIB, mais correspond-elle à une détérioration du bien-être? Rien n’est moins sûr, du moins pour certaines catégories de personnes, selon une étude publiée ces derniers jours par le NBER: Lives vs. Livelyhoods: The impact of the Great Recession on mortality and welfare, par Amy Finkelstein, Matthew J. Notowidigdo, Frank Schilbach et Jonathan Zhang.
L’étude se penche sur la grande récession de 2007-09 aux Etats-Unis. Cette période de contraction économique s’est traduite par une réduction du taux de mortalité de 2,3% et l’impact s’est prolongé les 10 années suivantes. L’activité économique a donc été réduite et le chômage s’est accru. Mais était-elle négative pour le bien-être?
La baisse de mortalité a été observée durant cette période pour toutes les principales causes de décès, à l’exception du cancer. Elle a surtout profité aux personnes ayant une formation modeste et avant tout aux personnes âgées. On s’aperçoit ainsi que la récession n’exerce donc pas seulement un impact économique mais qu’elle agit aussi sur la santé de la population. Selon les auteurs, au final, elle se traduit même par une augmentation du bien-être pour les personnes de formation modeste et les personnes âgées.
Le bien-être des Français correspond à 92% de celui des Américains.
La récession et la mortalité
Dans le cas de la Grande récession de 2007-09, chaque augmentation d’un point de pourcentage du taux de chômage correspond à une baisse de 0,5% du taux de mortalité. Au total, le taux de chômage a augmenté de 4,6 points et le taux de mortalité a diminué de 0,5%.
Dans l’analyse des causes de l’amélioration de la santé, les auteurs montrent qu’elle provient essentiellement de la diminution de la pollution de l’air durant cette période. Le bien-être augmente donc grâce à des externalités positives enregistrées durant la Grande récession. L’effet de la baisse de la pollution correspond à un tiers du recul du taux de mortalité. Logiquement, il profite avant tout aux salariés les plus exposés aux conditions climatiques.
La hausse du taux de chômage se traduit habituellement par une amélioration de la qualité et de la quantité des soins dans les maisons de retraite, selon différents travaux de recherche. Mais l’étude citée ici n’observe pas de pareil phénomène.
L’étude de Finkelstein, Notowidigdo, Schilbach et Zhang comporte naturellement des limites. Elle ne prend pas en compte l’effet de la chute des actions. Or une récession est un événement très négatif pour les actions, davantage qu’une phase d’inflation modérée. La baisse des bourse pénalise naturellement la fortune des épargnants, qu’is soient investis directement ou à travers leur caisse de pension.
L’étude se concentre sur une récession profonde. Elle ne permet donc pas de conclure aux effets d’une modeste contraction et de ses effets sur la mortalité. Il ne faut enfin pas croire que seule une récession à court terme améliore la santé. La littérature économique comprend de nombreuses études et ouvrages -par exemple Le temps des lumières de Steven Pinker, qui démontrent que l’amélioration de l’économie depuis deux siècles contribue à une baisse de la mortalité, à une amélioration générale de la santé et même à une réduction des violences.
La Grande récession constitue sans doute un événement négatif, mais moins qu’on ne pensait.
Critiques à l’égard du PIB
La prise en compte de l’évolution de la santé renforce les critiques à l’égard du PIB en tant que mesurer du bien-être. L’une des études de référence à ce propos est sans doute: «Beyond GDP? Welfare across Countries and Time, par Charles I. Jones et Peter J. Klenow, publiée par l’American Economic Review en 2016. Le PIB ignore par exemple le temps accordé aux loisirs, les inégalités, la mortalité, la morbidité, la criminalité, l’environnement, qui pourtant font clairement partie de l’analyse du niveau de vie. Jones et Klenow présentent ici une mesure du bien-être combinant des données sur la consommation, les loisirs, la mortalité et les inégalités. Cet exercice a l’avantage de corriger les jugements qui résultent de comparaisons uniquement centrées sur le PIB.
Les deux économistes observent par exemple que le PIB français correspond à 67% de celui des Etats-Unis en 2005 et que la consommation d’un ménage français ne représente même que 60% de son homologue américain. Ils prennent alors compte de l’espérance de vie à la naissance (80 ans en France contre 77 ans aux Etats-Unis), un temps de loisirs supérieur en France (puisque les heures ouvrées par personne et par an sont de 877 aux Etats-Unis et de 535 en France) et des inégalités plus faibles en France. Au final, selon les auteurs, le bien-être des Français correspond à 92% de celui des Américains.
La Grande récession constitue sans doute un événement négatif, mais moins qu’on ne pensait, conclut dans sa chronique pour son blog marginalrevolution.com, le professeur Tyler Cowen, à l’Université George Mason et directeur du Mercatus Center. Elle a même profité à certaines catégories de personnes, comme les retraités. Quant aux personnes de 55 ans, un quart du coût économique a été compensé par une baisse de la mortalité.