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Filmer là où c’est nécessaireAprès des études de Lettres à l’Université de Zurich, Markus Imhoof s’intéresse au théâtre et travaille notamment comme assistant du metteur en scène (et cinéaste!) Leopold Lindtberg au Schauspielhaus. Puis, tout comme son aîné d’une année Fredi M. Murer, il étudie le cinéma à l’Ecole des arts appliqués de Zurich, en 1967 et 1968, et réalise déjà ses premiers films, notamment Rondo, (Collage über ein Zuchthaus) en 1968, un documentaire qui égratigne le monde pénitentiaire et les contradictions du système judiciaire.Ce sera le début de ses ennuis avec la justice, qui interdit le film à la demande du directeur du pénitencier. L’année suivante, son court essai sur la cavalerie suisse, Ormenis 199+69, sera lui aussi interdit. Son film de fiction le plus célèbre, Das Boot ist voll (La barque est pleine), sorti en 1981, rencontrera également bien des difficultés pour obtenir une subvention fédérale. La Commission Bergier n’avait alors pas encore rendu son rapport et qu’un cinéaste (quelle horreur!) évoque publiquement la politique suisse de refoulement des réfugiés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dérangeait profondément les autorités. Pourtant, ce long métrage, primé au Festival de Berlin et nommé aux Oscars, rencontrera une reconnaissance internationale, à l’instar du film de Leopold Lindtberg Die Letzte Chance (La Dernière Chance, 1945) qui revenait également sur le périple des réfugiés en Suisse et dont le gouvernement avait demandé la destruction.Le rapprochement entre ces deux films n’est pas fortuit. Car, en tant que cinéaste, Markus Imhoof évoque souvent des thématiques qui fâchent et met le doigt où ça fait mal. Il s’y attelle en s’inscrivant dans la continuité du meilleur cinéma suisse des années 1930 à 1950: comme Lindtberg ou Kurt Früh, qui avait été son professeur, il y a chez lui à la fois le désir de dénoncer des situations critiquables et la volonté de faire confiance à la narration, à la force des images et à la primauté donnée aux acteurs. Ce n’est donc pas un hasard si, pour la série Le Film du cinéma suisse initiée par Freddy Buache pour les 700 ans de la Confédération suisse, Imhoof a choisi de s’intéresser aux films de la période 1939–1945.Cette amplitude du récit se retrouve aussi fortement dans ses deux derniers films, des documentaires, où il s’implique lui-même pour nous questionner. Que ce soit, une fois encore, sur la problématique des réfugiés, avec Eldorado, qui met en miroir les transfuges de la mer d’aujourd’hui avec la petite Italienne que ses parents avaient accueillie chez eux, durant la guerre, quand il était petit; ou, bien sûr, dans More Than Honey, qui interroge l’écologie à travers la disparition des abeilles et ses terribles conséquences. Le succès mondial de ce long métrage démontre, une fois encore, combien le cinéaste a su toucher le public et le rendre sensible à notre avenir.Voilà pourquoi la Cinémathèque suisse est très heureuse de pouvoir célébrer aujourd’hui ce réalisateur toujours diablement actif à l’occasion de ses 80 ans et évoquer avec lui, sans doute, ses nombreux projets à venir.
Frédéric MaireLes longs et moyens métragesQu’il dénonce les conditions de vie des détenus (Rondo, Fluchtgefahr) ou le traitement des réfugiés (Das Boot ist voll, Eldorado), qu’il alerte sur la disparition des abeilles (More Than Honey) ou sur notre rapport à la nourriture et à la voracité (Volksmund – oder man ist, was man isst), le cinéma de Markus Imhoof est profondément politique. Politique aussi et peut-être surtout, lorsqu’il sonde l’intime et dépeint les rapports de couple (Tauwetter, Der Berg, Les Raisons du cœur) et filiaux (Die Reise) ou lorsqu’il interroge la création (Künstlerportraits).
Les courts métragesMarkus Imhoof a régulièrement réalisé des films courts ou des moyens métrages, la durée du film s’adaptant à son objet. Par deux fois, ce sont les sujets qui sont venus à lui: ayant servi comme sous-officier dans la cavalerie, il se penche sur la désuète armée à cheval (Ormenis 199+69), puis, séjournant à Milan, il filme avec délicatesse le petit immeuble dans lequel il vit (Via Scarlatti 20). Mais c’est à la demande de Freddy Buache qu’il signe un segment de Le Film du cinéma suisse consacré aux années 1939–1945.