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Julian Baggini, je le confesse, est un type qui m’énerve. Il écrit beaucoup et bien. Il a beaucoup d’humour et de finesse. Il a écrit cette merveille de vulgarisation philosophique qu’est « Le cochon qui voulait être mangé » (et qui permet de redécouvrir la grotte de Platon, l’âne de Buridan, et quantité de dilemmes éthiques). Il a aussi écrit ce « Do you Think what you Think you Think? » dont rien que le titre vaut l’achat. Il s’intéresse de près à la pensée critique et vient tout juste de publier « The Duck that Won the Lottery and 99 Other Bad Arguments » qui se présente sous la même facture que le cochon. J’aurais aimé être lui. Il est bourré de talents. Il m’énerve.
« The Duck that Won the Lottery » est fondé sur l’histoire d’un couple qui a reçu un origami de canard dans un restaurant chinois. Le propriétaire a affirmé qu’il s’agit d’un signe de chance. Le week-end d’après, paf, le couple gagne 1 million de livres sterling à la loterie. D’où un lien de case à effet entre le canard et la somme gagnée. Un raisonnement déjà décrit ici comme post hoc ergo propter hoc. Mais ce n’est qu’un des 100 exemples donnés par Baggini. Qui a en outre la délicatesse de ne pas stigmatiser ceux qui font ces raisonnements un peu faiblards, voire de rebondir à partir de cet exemple et de l’explication pour donner une réflexion plus générale. Si on va mieux après avoir pris un médicament, est-ce que cela montre vraiment que le médicament fonctionne bien ?
Un autre exemple: « Hillary Clinton, habillée en costume brun, chemise et bijoux turquoises, a circulé à travers la pièce en parlant « d’aires d’expertise » aux ouvriers métallurgistes ». Baggini révèle à juste titre que l’habillement féminin est nettement plus décrit que le costume des hommes. Manque de variété des complets masculins ? Peut-être, mais le fait est que parler des habits qu’elle porte sans qu’il y ait de rapports étroits avec la news sape quelque peu le sérieux dont on peut créditer Hillary Clinton en l’occurrence. « En mettant de l’importance sur ce qu’elle porte, vous limitez un peu l’importance de ce qu’elle dit », dixit Baggini.
Bref, ce livre est un régal qui mérite une traduction française dès que possible. Son talent de vulgarisateur se confirme, mais il propose aussi des « bad arguments » qu’on ne lit jamais ailleurs dans la littérature sur les paralogismes ou sophismes. Je vous laisse là, je dois continuer ma lecture…