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Sur les traces des Jacquets
L'important ce n'est pas le but, l'important c'est le chemin.
L'Europe par les Chemins de St-Jacques de Compostelle
Caminoropa
du pied de la Forêt Noire à la plaine de la Thur, octobre 2012 - juillet 2013
Waldshut - Stühlingen
63 km
La journée débute sous un épais brouillard qui donne un aspect fantomatique à l’Aar, l’un des plus importants cours d’eau de Suisse, que je longe jusqu’à Koblenz, et où le Rhin fait office de frontière. Après le pont se trouve la jolie ville de Waldshut, fondée en 1429 par les Habsbourg. Je salue la statue de St-Roch sur le pont de pierre devant la porte supérieure «Obere Tor», également nommée «Schaffhauser Tor», qui est l’emblème de la ville.
Le saint porte les coquilles sur son manteau, bien qu’il se soit mis en route au 13e s. non pas pour Compostelle, mais pour Rome, après avoir fait don de tous ses biens aux pauvres. Il était vénéré pour guérir de la peste et le choléra, notamment. Il montre d’ailleurs un boubon sur sa jambe droite. Beaucoup d’hôpitaux ont porté son nom pour son intercession. Je mesure la chance de vivre dans une partie du monde où nous sommes épargnés de ces terribles maladies, mais cela n’est somme toute que très récent.
La rue Kaiserstrasse mène d’une porte du 13e s. à l’autre. La vieille ville comporte de belles maisons bourgeoises du 16e au 18e s. Durant la guerre de 1468, la soeur jumelle de la cité, Tiengen, fut prise par les troupes helvétiques, tandis que Waldshut continua de résister. 800 défenseurs tinrent tête à 16’000 Confédérés. D’après la légende, les habitants de Waldshut engraissèrent le dernier bélier après des semaines de siège. Ils le conduisirent sur le mur de la ville, afin d’en faire le tour et de montrer qu’ils n’étaient pas prêts de mourir de faim, ce qui aurait amené les Suisses à lever le siège. La «Waldshuter Chilibi» célèbre cet événement chaque année en août. Aujourd’hui, les relations de voisinage sont plus pacifiques et on fait la fête ensemble.
Le Rhin supérieur se faufile entre la Forêt Noire et le Jura, tantôt large et paisible, tantôt étroit et rapide. Je roule au pied du Küssaberg et dans le Klettgau, une contrée bucolique d’abord plate et sèche, avec de grandes cultures céréalières, puis alternant avec forêts et vastes vignobles. Des fouilles ont mis à jour des ruines romaines à Bechtersbohl. Une route devait passer par ici et un pont permettait plus loin le franchissement du Rhin jusqu’à Zurzach, qui fut au Moyen Age une destination de pèlerinage. Le Chemin monte ensuite en direction de Buhl. Je fais un petit détour pour me rendre à Baltersweil, où mon guide m’apprend que se dresse là une chapelle dédiée à Ste Apolline. De très nombreux pèlerins passaient par ici et s’y reposaient. La plus ancienne trace remonte à 1468. Le temps clair offre une vue magnifique sur les collines suisses, toutes proches.
Je découvre ensuite avec plaisir un ancien chemin de pèlerins, recouvert de feuilles mortes. C’est un vrai bonheur que de mettre pied à terre et de traverser ainsi la frontière, d’autant plus que le chemin est en descente. Une courageuse randonneuse que je croise avec son chien et qui me dit être en route depuis 6 heures de temps, ne peut pas en dire autant ! Pour ma part je suis tout heureux d’entrer dans le canton de Schaffhouse et la région du Blauburgunder, la plus importante région viticole de Suisse allemande. J’apprends aussi que le fameux jus de raison mousseux, le Rimuss, provient d’ici. Les villages de Trasandingen et Hallau notamment abritent de belles maisons à colombage et des ruelles idylliques. Je fais l’impasse sur une dégustation de pinot noir, que les connaisseurs décrivent comme à la fois capiteux et velouté. En effet, je dois encore monter sur le Hallauerberg et passer devant son emblème, l’église de montagne, construite en 1491 et consacrée à Saint-Maurice. Elle est surnommée «église de mariage» sans nul doute en raison de sa situation exceptionnelle, surplombant le village au milieu du vignoble. Une fois la montagne» franchie, je rejoins à nouveau l’Allemagne afin de passer la nuit à Stühlingen. Je visite la très jolie église qui faisait partie du couvent des capucins, avec son style baroque, mais tout empreinte de la modestie de cet ordre. Sa construction a débuté en 1738, avec des matériaux exclusivement locaux.
Stühlingen - Frauenfeld
60 km
Après un solide petit déjeuner, je me remets en route sous un ciel azur. Je franchis la frontière pour la dernière fois ce week-end et suis la vallée du Randen qui mène à Neuhausen, d’où on a un très beau coup d’oeil sur les plus imposantes chutes d’eau en Europe. Je ne m’attarde toutefois pas trop devant ce majestueux spectacle de la nature, car je suis curieux de découvrir la ville de Schaffhouse. Les anciennes bâtisses de la vieille ville sont richement ornées et les façades superbement peintes. La ville est située dans le coin le plus septentrional de Suisse, sur un coude du Rhin. Le fleuve a donné naissance à la cité car le transport de marchandises nécessitait un lieu de déchargement et de stockage pour contourner les rapides du Rhin, infranchissables pour les bateaux. La ville de Schaffhouse est considérée comme l’une des plus pittoresques de Suisse. De nombreuses maisons de corporation et maisons bourgeoises datent de l’époque gothique ou baroque. L’emblème de la ville est la forteresse du Munot, érigée entre 1564 et 1589 selon un concept d’Albrecht Dürer. Je suis surpris de découvrir son vaste donjon circulaire, avec des larges ouvertures verticales éclairant ainsi cette sombre forteresse. Et pour une fois, on ne doit rien débourser pour visiter un lieu historique dans une ville.
Après être passé tout prêt des chutes bouillonnantes du Rhin, je poursuis ma route en direction du sud, et traverse une autre région viticole importante, celle de l’Unterland zurichois. Du haut d’une colline j’aperçois la Thur qui s’écoule au milieu d’une large plaine. Je la rejoins bientôt et remonte son cours en direction de Frauenfeld, le chef-lieu du canton de Thurgovie. La ville est très calme, les citadins profitent de cette magnifique journée ensoleillée à la campagne. J’achève ici cette petite excursion, en me recueillant dans la belle église St-Nicolas. Il faut bien admettre que les références à St-Jacques ont été assez rares durant ces deux jours, mais il suffit de laisser vagabonder un peu son imagination pour retrouver les traces de ces milliers de pèlerins qui ont traversé ces rivières et franchi ces collines pour se diriger vers un but commun, Compostelle.
Blumberg - Schaffhouse
25 km
Profitant d’une magnifique période estivale, j’ai eu envie de reprendre et terminer en 2013 le chemin entre Blumberg et Schaffhouse, mais cette fois-ci à pied. Me voici donc en route en direction du village allemand de Randen, le dernier avant de passer la frontière «verte» entre les deux pays. Un peu avant, une borne en pierre marque le point de plus septentrional de la Suisse. Je suis dans la région «Hoher Randen», un pays de forêts, et c’est un vrai bonheur que de marcher sur ces chemins bien ombragés. Le chemin est très facile et bien balisé, j’avance donc rapidement et je prends le temps de monter en haut de la «Hagenturm», d’où on jouit d’une vue superbe jusqu’aux Alpes. Après une bonne collation, je poursuis mon chemin vers le sud. Je descends vers une vallée qui n’est pas celle que j’escomptais à l’origine, mais peu importe puisque depuis le village de Merishausen, je n’ai plus qu’à suivre un autre chemin de randonnée bien balisé et j’atteins assez rapidement Schaffhouse.
Je revois avec plaisir cette superbe ville extrêmement bien conservée, avec ses façades magnifiquement peintes et ses encorbellements. Les fresques de la maison «Zum Ritter» sont considérées comme les plus remarquables de la renaissance du côté nord des Alpes. Il ne s’agit pas des originales, celles-ci étant conservées dans le proche musée. Les rues sont très calmes, car nous sommes en période de vacances, mais c’est d’autant plus appréciable de s’y promener. Je passe devant l’église gothique réformée St-Johann et me dirige vers le couvent de «Tous les saints» (Allerheiligen), fondé en 1049 par le duc Eberhard, qui s’y est retiré quelques années avant sa mort, en 1780. Il avait entrepris avec son épouse Ita le voyage de Compostelle.
En cette fin d’année 2012, je profite d’un séjour à Zurich pour accomplir, le temps d’un week-end, une petite excursion en vélo sur les bords du Rhin, puis dans les cantons de Schaffhouse et de Thurgovie, à nouveau guidé par l’ouvrage de Wolfgang W. Meyer. Au Moyen Age, cette région frontalière germano-suisse était parcourue par de nombreux pèlerins venus du sud de la Forêt noire, qui cheminaient vers Bâle ou Einsiedeln.
Chemins de Schaffhouse