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Les transports
On y pense rarement, mais souvent les choses les plus insignifiantes pèsent. Pensez aux transports. Ils sont si présents dans nos vies que beaucoup d'entre nous les utilisent sans les questionner. Certains utilisent leur voiture quotidiennement, certains utilisent les transports publics; certains prennent même l'avion fréquemment (plus que douze fois par années, et même plus!). Dans nos sociétés contemporaines, le transport, tout comme la télécommunication, imprègne la vie des humains d'une manière si profonde que cela a transformé la relation entre organisme et environnement.
Le mot lui-même est significatif. En latin, trans - veut dire "à travers" et - port signifie "porter." Être transporté est donc l'action d'être porté à travers une surface, c'est-à-dire du point A au point B. Cet usage du terme créé une dissociation entre organisme et environnement. En effet, l'organisme devient un point se mouvant sur la surface figée de l'environnement. Cette conception du mouvement est géométrique, plutôt qu'expérientielle, et c'est là que le problème réside. Une description géométrique du mouvement n'est pas suffisante pour expliquer la richesse de l'expérience que ressent un organisme évoluant dans un environnement.
La passivité et l'abstraction des transportsLa notion de transport implique passivité et abstraction plutôt qu'un engagement actif et concret avec le monde. Quand vous conduisez une voiture, vous êtes dans le processus d'aller d'un point d'un plan à un autre point du même plan. Vous vous portez à travers une surface, ce qui vous fait croire que le monde est une surface à être traversée constamment. Pendant que vous conduisez, l'environnement qui vous entoure est la plasticité rigide de l'intérieur de la voiture, qui est construite pour ne pas changer, vous faisant croire que le monde est statique. Le même raisonnement s'applique aux routes; elles sont faites pour être des surfaces solides, inchangeables et uniformes afin que vous puissiez voyager aussi rapidement de A à B.
Ce raisonnement est perverti par une erreur triple. Les transports vous font croire que le monde dans lequel vous évoluez est une surface, que cette surface ne change pas en fonction du temps, et que vous n'interagissez pas avec cette surface.
Ces exemples révèlent que les moyens de transport nous incitent à concevoir le monde et l'environnement de manière erronée, comme si le monde était dissocié de l'humain. Cette fausse compréhension de la relation entre organisme et environnement nous aveugle; nous devons nous en éloigner et accepter que notre monde est un espace où règnent un dynamisme perpétuel et une interconnexion de tous ses éléments.
Croire que vous êtes séparé de votre environnement est une illusion! Une illusion qui plus est dangereuse, qui est constamment renforcée par notre mode de vie. Encore une fois, les transports ont considérablement amélioré la vie de millions de personnes, et je ne sous-entends pas que nous devons revenir à un mode de vie fait de chasse et de cueillette. Cependant, nous devons absolument mieux comprendre l'essence de la relation entre organisme et environnement, pas simplement sa surface apparente! Nous devons prendre de la distance et regarder de manière critique la façon dont les soi-disant progrès technologiques altèrent notre conception de notre engagement avec le monde.
- Il est faux de croire que l'environnement est une surface, et pourtant dans nos sociétés contemporaines, ce raisonnement est inhérent aux mots et concepts que nous utilisons pour décrire le mouvement dans l'espace. Pensez à la géographie par exemple. Elle représente le monde de manière bidimensionnelle. Prenez les représentations géographiques de villes: nous représentons les villes sur des cartes, avec les bâtiments sous forme de rectangle, et les routes sous forme de ligne. Il n'y est fait aucune mention des pentes ou alors des hauteurs des bâtiments, ou des profondeurs des rivières ou des métros ou égouts. L'information que nous recevons lorsqu'on lit une carte est que le monde est une surface plane, pas un espace en volume.
- Il est faux de croire que l'environnement ne change pas - alors que même les environnements construits de nos sociétés contemporaines, comme les villes par exemple, changent. Malgré notre tendance à voir les routes et les voitures - ou les avions, bus ou autre moyen de transport - comme si ils restaient inchangés, en réalité ils évoluent à mesure que le temps passe. La simple observation d'une route bordée d'arbre vous montrera cela: les branches des arbres vont inévitablement endommager l'uniformité de la route, démontrant par là que la route n'est pas immuable et en plus qu'elle n'est pas purement superficielle (i.e. purement une surface).
- Il est faux de croire que vous n'interagissez pas avec l'environnement dans lequel vous bougez, même si cet environnement peut paraître n'avoir rien à voir avec vous et être séparé de vous. Les accidents nous révèlent ce que nous avons tendance à nous cacher: imaginez que vous êtes en train de conduire une voiture; il n'y a personne d'autre sur la route, quand soudainement un cerf majestueux bondit hors de la forêt et se retrouve juste devant vous. La collision est violente, immédiate, et à couper le souffle: vous étiez une partie intégrante d'un écosystème, malgré le fait que vous pensiez juste le traverser!