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Depuis le 11 février et la conférence de presse organisée par les autorités sanitaires de la ville de New York, la crainte d'un virus «supermutant» s'est emparée des médias.Mais, à l'occasion d'une séance spéciale consacrée à ce problème lors de la douzième conférence sur les rétrovirus à Boston, les épidémiologistes et professionnels de santé publique ont montré que cette histoire n'avait rien d'exceptionnel.L'histoire de ce quadragénaire new-yorkais homosexuel avec partenaires multiples et amateur de rapports non protégés aura fait le tour du monde. La mise en scène de l'annonce du cas a été dramatisée à outrance et en ces périodes où les virus semblent vouloir muter à qui mieux mieux, l'annonce de la découverte d'une souche résistante à toutes les classes thérapeutiques sauf au T20, inhibiteur de fusion, a effrayé beaucoup de monde.L'histoire du patient, révélée à Boston, est d'ailleurs assez étonnante. Séronégatif à de nombreuses reprises lors de tests effectués entre 2000 et mai 2003, cet homme se présente en novembre 2004 chez son médecin avec une pharyngite, des myalgies et une asthénie majeure. Un test de dépistage fait mi-décembre 2004 est positif pour la première fois. Il a 80 CD4 par mm3 et 280 000 copies par ml d'ARN viral. Un test spécifique exclut une phase aiguë d'infection. En février 2005, à la suite des divers bilans, la contamination est estimée remonter entre quatre et vingt mois, date du dernier test négatif.L'homme est incapable de se rappeler le nombre de ses partenaires, ni le nom de la majorité d'entre eux. Il se souvient seulement d'une soirée «chaude» en octobre 2004 avec partenaires multiples sans protection. C'est un consommateur régulier de métamphétamine.Les analyses montrent également que les virus prélevés chez cet homme ont une affinité duale pour les récepteurs d'entrée CCR5 et CXCR4 et que 40% de ces virus sont CXCR4, facteur de mauvais pronostic.Enfin, les analyses génomiques et phénotypiques, plutôt discordantes, indiquent que la souche n'est sensible, a priori, qu'à l'efavirenz et à l'enfuvirtide, premier inhibiteur de fusion.Situation exceptionnelle ? Non, ont répondu les spécialistes, dont Stephen Gange de l'Université Johns Hopkins de Baltimore. Il suit dix mille patients répartis dans deux cohortes, l'une masculine MACS (depuis 1984), l'autre féminine WIHS (depuis 1994).A partir des observations régulières, son équipe a construit un modèle qui montre que la probabilité de développer un sida dans les six mois qui suivent l'infection est de 0,07%, qu'elle est de 0,43% à un an et 2,82% à deux ans.Des résultats analogues ont été constatés dans la cohorte de 2700 personnes, composée de militaires américains des trois armes.En ce qui concerne la résistance aux traitements, Andrew Leigh Brown (Université d'Edimbourgh) a indiqué que le passage de virus multirésistants n'est pas exceptionnel non plus. Ce phénomène a été relativement fréquent dans la période qui a vu arriver les multithérapies, mais il a diminué depuis. Vingt pour cent des virus transmis expriment une résistance à au moins une classe thérapeutique. Ces virus résistants sont généralement peu aptes à se répliquer, mais il existe une sorte de sélection naturelle qui permet aux survivants de se comporter comme des virus sauvages (wild type).Rare donc mais pas exceptionnelle, cette affaire new-yorkaise aura irrité les professionnels de santé publique au premier rang desquels Harold Jaffe, l'ancien patron du CDC d'Atlanta, aujourd'hui professeur à Oxford. Cette dramatisation et cette volonté de faire peur lui semblent contre-productives vis-à-vis de la frange la plus marginalisée de la communauté homosexuelle. Or, il faut maintenant mener une enquête qui s'annonce difficile étant donné la multiplicité et l'anonymat des partenaires du sujet.S'il évoque la sensation de peur voulue par les autorités, Jaffe avance aussi le manque de peur d'une partie de la communauté gay new-yorkaise pour expliquer que plus de vingt ans après le début de l'épidémie aux Etats-Unis, des personnes puissent avoir des dizaines de partenaires et des rapports non protégés. Un effet secondaire imprévu des multithérapies. La réduction drastique de la mortalité liée à ces traitements fait penser à certains que le problème est résolu.Le combat de la prévention est loin d'être terminé.* Douzième conférence sur les rétrovirus. Boston 22-25 février 2005.