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Durant les années 2000, la Suisse a vécu une très forte progression de la pendularité, de telle manière qu'en 2012, selon les chiffres du relevé structurel, 68,2% de la population active travaillait dans une autre commune que celle de leur domicile - une hausse de plus de 10 points de pour-cent depuis 2000, époque à laquelle ce n'était le cas "que" de 57,8% de la population active (contre 51,8% en 1990 et 40,4% en 1980). L'essentiel de la population est par ailleurs mobile, puisqu'en 2012, 94,1% de la population active de Suisse déclare devoir se déplacer pour aller travailler, 69,9% d'entre eux se déplaçant de plus de trois kilomètres.
L'évolution des temps de parcours est également spectaculaire. Durant une longue période couvrant les années 1960 à 1990, les temps de parcours moyens étaient restés stables - de l'ordre de 20 minutes chez les mobiles, en moyenne -, à tel point qu'il était considéré, dans les milieux scientifiques concernés, que cette stabilité des temps de parcours allait de soi et qu'elle pouvait servir comme base à la planification des transports. En 2000, on constata un frémissement, puisque les temps moyens s'élevaient désormais à 22,8 minutes, contre 19,7 minutes en 1990: une progression des temps de parcours moyens d'un peu plus de trois minutes. Les Relevés Structurels récents confirment, en l'amplifiant, le constat: la moyenne passe à 29,4 minutes, l'allongement des temps de parcours, sur la décennie 2000, est de plus de six minutes et demie!
Plusieurs raisons peuvent être données pour expliquer ce qui ne peut qu'être compris comme une explosion de la durée des parcours - elles sont toutes valables. Premièrement, la pendularité se généralise, notamment à longue distance. Deuxièmement, la part modale des transports publics se renforce nettement - or, les temps de parcours moyens en transports collectifs sont nettement plus longs qu'en voiture: 45,5 minutes en moyenne pour les TP, contre 26,5 pour la voiture en 2012. Et troisièmement, les difficultés de trafic provoquent un allongement du temps de déplacement en voiture. Dans l'ensemble, un tableau complexe qui souligne la généralisation d'une société "métropolitaine" de plus en plus mobile, et qui l'est de plus en plus longtemps chaque jour.
En termes territoriaux, des disparités importantes se lisent entre différentes régions du pays. Les chiffres les plus hauts se retrouvent dans les régions périurbaines résidentielles des métropoles, dans deux contextes très différents: soit celui de la grande congestion urbaine (cas genevois et luganais), soit de par l'éloignement important des régions périurbaines concernées (cas bâlois ou zurichois). Les records se trouvent en région genevoise: la rive gauche entre Anières et Hermance détient le record national à 42,8 minutes, devant Puplinge (42,6). Un autre type d'espace est concerné: les quartiers urbains résidentiels excentrés, où les emplois ne sont pas forcément très loin mais la mobilité lente: c'est le cas de plusieurs quartiers zurichois (Witikon, Altstetten, Seebach) ou de Winterthour. En ville, la proximité de l'emploi semble être contrebalancée par la lenteur du déplacement, quelqu'en soit le mode.
Les temps de parcours les plus courts se retrouvent, à l'inverse, soit au sein de communautés relativement autarciques, qui hébergent leur force de travail: Zermatt détient le record national à 17,9 minutes (par ailleurs, un chiffre très proche de la moyenne nationale de 1990 - comme quoi...). De manière générale, les temps de parcours sont courts dans les régions périphériques, touristiques ou pas, dans les centres petits et moyens qui les desservent, comme Porrentruy ou Altdorf. On note également le cas de l'agglomération industrielle du Rheintal Saint-Gallois, où les temps sont également très courts - là, la relative petite taille des centres d'emploi permet la proximité d'avec les zones résidentielles et un impact faible des problèmes de congestion urbaine. En bref, la périphérie a là un avantage sur la métropole.
Il est enfin notable que la métropolisation en cours en Suisse a pour effet d'égaliser très fortement les temps de parcours des pendulaires: non seulement ceux-ci augmentent, mais ils tendent également à s'uniformiser. Où que l'on soit, désormais, on est un mobile à peu près de la même manière.
Source : OFS & MicroGIS