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En janvier, l'équipe de Shaila Mani, du College Baylor de médecine, à Houston (Texas, Etats-Unis), a apporté une confirmation expérimentale du rôle que les cannabinoïdes endogènes jouent dans la modulation du comportement sexuel (Lancet 2001 ; 357 : 286). Cette étude révèle que certains comportements sexuels impliquent ce que Nephi Stella, qui travaille à l'Université de Washington, à Seattle (Etats-Unis), appelle «un remarquable dialogue» entre trois systèmes de signaux distincts : les cannabinoïdes, la dopamine et les hormones stéroïdes ovariennes. Stella évoque même à ce propos «le triangle neuronal de l'amour» !
Chez le rat, le principal agent psychoactif du cannabis, le delta-9 tetrahydrocannabinol (THC), stimule le comportement sexuel de la femelle qui dépend des hormones stéroïdes ovariennes. Le THC module également le système de transmission de la dopamine. L'équipe de Shaila Mani vient de démontrer qu'en plus, la dopamine et les récepteurs de la progestérone interagissent pour déterminer la réceptivité sexuelle chez la rate. En conséquence, cette équipe formule l'hypothèse que la base neuronale du comportement sexuel de la rate impliquerait trois systèmes de signalisation : les cannabinoïdes endogènes, les hormones stéroïdes et la dopamine.
A l'origine, les scientifiques ont montré qu'en agissant au niveau du sous-type de récepteur 1 des cannabinoïdes (CB1), le THC augmente la lordose, un indicateur fiable de la réceptivité sexuelle de la rate. Des études ultérieures impliquant des injections intracérébrales d'antagonistes ou de séquences antisenses d'oligonucléotides ont montré que le THC, la progestérone et des agonistes dopaminergiques ne facilitent la lordose que si, et seulement si, les trois systèmes de signaux sont fonctionnels (Proc Natl Acad Sci USA 2001 ; 98 : 1249-54).
Les spécialistes estiment cette découverte importante. Le dialogue moléculaire à trois voies, peut-être le système sous-jacent au comportement sexuel le plus compliqué identifié à ce jour, est «remarquable», juge Nephi Stella. Parce que l'interaction «inclut trois types de molécules signaux très différents, note-t-elle : un lipide pour les endocannabinoïdes, un stéroïde pour la progestérone et une catécholamine pour la dopamine». Pour Cindy Meston et Penny Frohlich, de l'Université du Texas (Austin, Etats-Unis), ce résultat résout bien des incohérences qui traînent dans la littérature. Ces deux auteurs «suggèrent que les processus neurobiologiques qui sous-tendent le comportement sexuel sont mieux compris en tant qu'interactions complexes qui font intervenir plusieurs hormones, un neurotransmetteur et des facteurs neuroanatomiques.»
L'équipe de Mani étudie maintenant les mécanismes par lesquels ces trois systèmes interagissent. Deux hypothèses sont à l'ordre du jour. Dans la première, les activations séparées des trois systèmes de récepteurs convergent pour déterminer la réceptivité sexuelle de la femelle. Dans la seconde, qui est plus probable, «le THC initie une cascade de signaux qui entraînent la libération de dopamine qui active le comportement sexuel qu'induit la progestérone.»
J. Mirenowicz