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Au Théâtre genevois du Grütli, Michel Cassagne monte et joue «Trois nouvelles de Pirandello». Le thème en est la démence; hélas trop flottante dans le spectacle.Ce contenu a été publié le 07 février 2001 - 13:52
On se demande comment Michel Cassagne a fait pour dire si peu de la folie en mettant en scène et en jouant, au Foyer du Grütli, Trois nouvelles de Pirandello (Quand j'étais fou, Le Piège et La réalité du rêve).
Le désordre (mental), fidèle compagnon de la démence, se manifeste bien plus dans le décor que dans le jeu. Sur la scène, ont été disposés, en monticule, des meubles. On aurait dit des objets fantômes relégués dans une remise, comme il est d'usage à la veille d'un départ pour un long voyage.
Le voyage qu'entreprend Michel Cassagne dans la première nouvelle est une déambulation dans la mémoire. La mémoire d'un homme qui s'estime sain d'esprit mais veut revenir au temps où il était fou, où mille et un personnages se bousculaient en lui.
Dans la seconde nouvelle, Luigi Pirandello pose «le piège» de la vie et de la mort et se demande comment se débarrasser de l'une et éviter l'autre. Dans la troisième, une femme pudibonde trompe en rêve son mari et jouit. Sa jouissance est d'autant plus appréciée qu'elle prend la saveur d'une réalité jusqu'ici inconnue d'elle.
Avec sa moustache noire, ses yeux brillants et son visage fin, Michel Cassagne rappelle Pirandello. Mais là où l'écrivain sicilien s'agrippe à la folie avec la hargne d'un désespéré, le comédien la fait entendre comme s'il s'agissait d'un exercice de rhétorique. Sans inquiétude.
Par moments, le conteur qu'il est parvient à créer une atmosphère angoissante. Comme dans cette scène où il transforme une cage d'oiseau en buste d'un vieil homme invalide auquel la liberté d'envol est retirée. Mais ce ne sont là que des éclairs avec lesquels disparaît très vite le vertige de la folie pirandellienne. Le reste n'est que narration.
Ghania Adamo
«Trois nouvelles de Pirandello». Genève, Théâtre du Grütli; jusqu'au 18 février. Loc: 022/328 98 78