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Il est très difficile de montrer en détail comment les processus cognitifs de compréhension présentés plus haut construisent une représentation du récit par l'intermédiaire d'un réseau de transition. Ainsi j'ai décidé de présenter le réseau déjà tout fait dans la fig.16 ("Le réseau de transition pour le récit Ib") et je discuterai le problème de son élaboration (codage) en termes plus généraux. Tout d'abord je discuterai quelques problèmes majeurs qui se posent pour un codeur: Notons que les grandes lignes de la théorie de DeBeaugrande(79), telles que je les ai présentées, sont acceptables et plausibles. Par contre très peu d'éléments du modèle sont formalisés, malgré l'insistance des auteurs sur l'importance de travailler avec des modèles procéduraux, c'est-à-dire des programmes d'ordinateur. Le langage de représentation présenté dans le paragraphe précédant ne permet que de coder seulement certains aspects du récit et en particulier la chaîne causale et temporelle des événements. Passons aux règles pour la production du récit et à l'énumération des processus cognitifs de compréhension qui devraient guider le codeur. Lorsque j'ai appliqué ces derniers éléments du modèle au récit Ib, j'ai constaté qu'il est assez facile de voir comment les appliquer en termes très généraux comme on l'a déjà fait plus haut, mais qu'il est extrèmement difficile de passer à l'étappe de la construction du réseau de transition. Ce problème à plusieurs origines:
a) Tout d'abord le processus d'intégration des notions de but, de problème et de plan dans un tel réseau n'est pas précis. On peut en effet facilement coder les actions et états simples, mais on ne sait pas à quel moment il faut introduire un état de but ou de problème. A cet égard il est significatif que les auteurs ne discutent jamais en détail comment ils ont établi leur représentation du seul récit codé que j'ai pu retrouver. Dans la même veine on remarque dans une deuxième publication (DeBeaugrande 82:405) la disparition des désignateurs pour les buts, problèmes, états négatifs et positifs, et l'apparition d'autres changements inexpliqués dans le réseau du même récit. Tout ceci reflète à mon avis la nécessité de représenter la structure des buts, problèmes et plans à un autre nivau que le réseau de représentation, tout en le connectant à ce dernier. Un but n'est pas un événnement, même s'il peut apparaitre ou se satisfaire grâce à un événement. Ainsi un réseau de transition est totalement inadéquat pour représenter ce type de savoir. Mais comme les auteurs ne discutent pas d'autre possibilité de représentation j'ai décidé d'incorporer certains de ces éléments dans le réseau. Quant il s'agit d'un but qu'un acteur veut faire achever je l'appèle "problème" (PR) et je l'intègre au moment, où il se forme. Un but est codifié lorsqu'il est atteint, et il est appelé "but" (B) tout court. Un plan (plan) est une action instrumentale initiée pour atteindre un but ou résoudre un problème. D'une manière générale l'état interne d'un acteur est codé au moment ou il s'actualise et/ou s'achève.
b) Les transitions entre les noeuds posent des problèmes mineurs. Ainsi il est souvent difficile de décider par quel type de relation on reliera deux noeuds. Notamment la différence entre "purpose" et "reason", et entre "cause" et "enablement" n'est pas toujours univoque. Toutefois ceci pourrait reflèter des réalités psychologiques qui font qu'en effet un récepteur dispose de plusieurs interprétations d'un même phénomène causal. Un autre problème est de savoir quels noeuds il faut connecter. Les relations majeures sont en règle générale assez évidentes, mais d'autres ne le sont pas. Mais de nouveau cela pourrait être une question plus générale. Le dernier problème des connecteurs concerne l'absence de représentations de l'activité reflexive d'un acteur sur les événements. Cette lacune, commune de toutes les grammaires de récit traitées dans ce travail fait nous pourrait conduire à utiliser le lien "reason" pour indiquer qu'un acteur a conscience d'un état alternatif lorsqu'il prend une décision. Mais comme il est impossible d'avoir des relations entre un seul état et un ensemble de noeuds, je renonce à représenter les situations, où un acteur réfléchit sur une partie des événements et états du récit.
Figure: Le réseau de transition du récit Ib
c) Finalement on retombe sur la vieille question de savoir quelles inférences il faudrait faire, et inclure dans une représentation. Comme il s'agit là d'un problème qui ne découle pas directement du langage de représentation, j'ai établi les règles suivantes: Il faut inclure tous les états et actions qu'on trouve implicitement dans le déroulement du récit. Ainsi par exemple on trouve dans notre récit le but d'avoir des belles montagnes et d'avoir la paix dans le pays. Les problèmes de codage se posent surtout au niveau des états et actions alternatifs. Ici j'ai pris la décision d'inclure chaque piste alternative qui pourrait se développer lorsqu'un personnage prend une décision majeure. Dans le cas de notre récit se sont l'achat ou non-achat des immeubles par des étrangers, la décision ou non de limiter les ventes, se plaindre ou non, faire des concession ou non, faire des exceptions ou non. Il est bien sûr possible d'imaginer des alternatives plus sophistiquées, mais pour notre propos - tester un modèle -, elles sont suffisantes.
Il est utile de comparer ces difficultés avec celles qu'on a rencontré chez Bremond. D'une facon générale on peut dire que les auteurs brillent plutôt au nivau de l'élaboration du modèle général, mais pas au nivau de son application réelle. A part cela le problème d'utilisation du langage de représentation n'est pas le même. Il était très difficile de trouver des moyens pour "traduire" notre récit même d'une facon approximative dans le langage de Bremond. Dans le cas présent il est difficile de décider quelle "traduction" est plausible et applicable. L'écart entre la prétention théorique de Bremond et son langage d'analyse n'était pas aussi grand. En ce qui concerne le modèle de DeBeaugrande, il faut constater qu'il n'était que partiellement formalisé, fait qui ouvre toutefois les portes pour une amélioration.