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Petite histoire de la consommation d'alcool
On retrouve des traces de la consommation d’alcool remontant à la préhistoire, avant l’agriculture et la sédentarisation des peuples. La place de l’alcool a évolué au cours du temps. Selon l’époque et le pays, l’homme donne une nouvelle considération à l’alcool. Tantôt breuvage sacré, remède ou poison, l’alcool a toujours été au centre des préoccupations.
Il est obtenu suite à une fermentation d’aliments laissés sans surveillance tels que les céréales, le miel, un fruit (une noix de coco cassée remplie de l’eau de pluie ou encore une bouillie de maïs laissée à l’air). Durant l’ère Néolithique, avec l’apparition de l’agriculture et l’invention de la poterie, les hommes ont su reproduire les conditions nécessaires à la fabrication de l’alcool. On retrouve dans chaque société la notion de méfaits liés aux abus et à la consommation chronique, ainsi que la volonté de réguler le mode de consommation. D’abord considérés comme un problème relevant de la justice ou de la morale, ce n’est que vers la fin du 18ème siècle que la dépendance et l'abus d'alcool commencent à être appréhendés comme des problèmes de santé physique et mentale.
Les Egyptiens
Des papyrus égyptiens décrivent les étapes de fabrication, de production et de commercialisation de la bière et du vin. On retrouve des sceaux qui indiquent les types de boissons alcoolisées et leurs qualités. Des mises en garde contre l’ivresse et sur les conséquences de la consommation sont formulées dès cette période. Les adolescents, les jeunes adultes et les femmes ont pour interdiction d’en boire ou doivent en consommer seulement de façon modérée.
Les Grecs et les Romains
Dans l’Antiquité, on méconnaissait les raisons des effets enivrants de l’alcool. A cette époque, la boisson prend un aspect mystique et l’homme pense que l’alcool peut lui permettre de connaître le monde des dieux. En conséquence, l’alcool est consommé lors des fêtes dionysiaques chez les Grecs (en hommage à Dionysos dieu du vin et de la transe), lors des bacchanales chez les Romains (en l’honneur de Bacchus). Ces cérémonies publiques, rites champêtres de fécondité, donnent lieu à des chœurs, des danses et des parades. Cependant, la consommation d’alcool est soumise à un contrôle social très strict : trop boire est mal vu. Il s’agit de se conformer aux règles régissant la quantité d’alcool admise et le rythme de sa consommation. Les orgies et les violences étant malgré tout fréquentes, le sénat romain finit par interdire cette fête.
Le Moyen Age
Au Moyen Age, les bacchanales perdent leur signification mystique et deviennent des « orgies sauvages ». La Noblesse et l’Eglise encouragent le peuple à consommer l’alcool avec modération ou à devenir abstinent. L’Eglise considère alors l’ivresse comme un vice païen, qu’elle sanctionne parfois sévèrement. Ces mesures n’ont que peu d’impact sur la consommation globale d’alcool. L’alcool devient peu à peu une source d’enrichissement pour divers pays en Occident grâce à son exploitation et à son exportation à travers le monde. De plus, l’eau potable devenant de mauvaise qualité, elle a tendance à être remplacée par les boissons alcoolisées. Jusqu’à la fin du 15ème siècle, l’alcool distillé devient un remède précieux et vendu uniquement chez les apothicaires. Il est acheté par des riches citadins qui lui reconnaissent des vertus fortifiantes.
Les Temps Modernes
De nouvelles boissons chaudes apparaissent au 17ème siècle : le café, le thé et le cacao, se répandent sous l’effet des nouveaux contacts avec l’Amérique Latine, l’Inde et le Moyen-Orient. L’eau bouillie devenant potable, la consommation de l’alcool diminue.
Au 18ème siècle, le développement de nouvelles techniques en matière de distillation et d’agriculture permettent aux spiritueux de devenir des produits de consommation courante. Avec le début de la révolution industrielle (fin 18ème), les populations les plus exposées à la précarité ont de plus en plus recours à l’alcool pour supporter leurs conditions de travail ou de vie pénibles.
En 1849, Magnus Huss, un médecin suédois, introduit le terme d’alcoolisme, décrivant les multiples alcoolopathies viscérales ou mentales dans son ouvrage « alcoholismus chronicus ». La traduction française sera publiée en 1852. Puis, avec des publications scientifiques et les écrits de romanciers tels que Dickens et Zola traitant de l’alcoolisme, les premières sociétés de tempérance se constituent en mouvements d’aide tels que La Croix bleue qui naît en 1877 à Genève sous influence protestante et La Croix d’or en 1910 sous influence catholique. Les premières législations sur l’alcool sont mises en place grâce à ces deux mouvements qui ont fait pression sur les pouvoirs politiques. Après sa création en 1912, la ligue nationale contre l’alcoolisme compte jusqu’à 150 000 adhérents. Le monde associatif reste essentiellement l’initiative des églises chrétiennes, avec la Croix Bleue et la Croix d’Or. Des centres de cure et de post-cure sont créés. Leurs résultats encourageants entraînent des initiatives citoyennes et le mouvement anti-alcool se laïcise avec la création de « Vie Libre » en 1953, proche du milieu du travail et des mouvements d’Education Populaire. L’aide à la réinsertion professionnelle devient un de leurs principaux objectifs.
Des phénomènes similaires se produisirent aux Etats-Unis, vers la fin du 19ème siècle. L’alcool devient une cause majeure de problèmes économiques et sociaux. En janvier 1917, les Etats-Unis créent l’« Anti-Saloon-League » qui milite en faveur d’un arrêt de la production de l’alcool. La prohibition de l’alcool devient effective en 1920 si bien que la fabrication et la vente d’alcool sont désormais interdites, mais pas la consommation. Les maladies dues à l’alcool diminuent considérablement durant cette période. Cependant, la vente illicite d’alcool se développe en entraînant une reprise de la consommation. La prohibition prend fin en 1933.
Les Alcooliques Anonymes (et Al-Anon pour l’entourage de personnes dépendantes de l’alcool) sont une association issue de la rencontre en 1935, de deux buveurs américains devenus abstinents. Ils éditent un livre en 1939 « les Alcooliques Anonymes » dans lequel ils développent l’idée de maladie comportementale, caractérisée par une perte de contrôle des consommations et dont le seul traitement est l’abstinence absolue (sobriété), renouvelée de 24h en 24h. Ce traitement n’est, selon eux, possible qu’avec le partage, la mise en commun de l’expérience de chacun. Le centre d’intérêt est une réflexion commune et comportementale sur le « comment je bois », « comment je m’arrête et reste abstinent» et non sur le « pourquoi je bois ».
Sur le plan médical, des services hospitaliers spécialisés dans la prise en charge des malades alcooliques s’ouvrent (comme l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne à Paris en 1922). Concernant les traitements médicamenteux, l’apomorphine, une molécule qui provoque des nausées et vomissements, est utilisée dans ce qui s’appelle les cures de dégoûts, dans les années 30. Le disulfirame est découvert en 1948 et est utilisé pour des cures ambulatoires.
Actuellement, la dépendance à l’alcool est considérée comme un trouble relevant du domaine plus large des addictions. Le développement de méthodes psychothérapeutiques spécifiques, l’aide apportée par la recherche, la pharmacothérapie et la poursuite des efforts des milieux associatifs et des groupes de patients ont permis d’améliorer le pronostic et la prise en charge. Les enjeux de société persistent et les débats sur le rôle et l’utilisation de l’alcool continuent de diviser l’opinion publique. La promotion de l’industrie vinicole, l’interdiction de la publicité, le renforcement des lois sur l’alcool au volant sont quelques illustrations des préoccupations en lien avec l’alcool.
Références
- L'alcool a accéléré l'évolution de l'être humain ! Science et Avenir (2017) Article de presse.
- Sournia.J-C, Histoire de l’alcoolisme. Collection Flammarion:1986.
- L'alcool dans notre société - hier et aujourd'hui (Addiction Suisse/2011)