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Estelle Gitta, une entrepreneuse qui se livre à fond
S’il est vrai qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, il est encore plus vrai qu’Estelle Gitta nous procure du bon temps. Et pour ce faire, elle n’économise pas son temps ni ne lésine sur les moyens !
Estelle adore laisser la parole à des auteurs et autrices. Elle aime surtout donner la parole à des personnes qui éprouvent de la peine à trouver une maison d’édition à leur écoute. C’est dans le but de permettre à ces gens d’être lus qu’elle a fondé en 2006 sa maison d’édition, Eclectica, qui a publié à ce jour une centaine de livres, à raison de six ou sept par an.
Mais qui est cette dame ? Avant sa naissance, son père, ingénieur de formation, était également poète et inventeur. Avant l’heure, il a créé une cartouche d’encre que, faute de moyens financiers, il n’a pu faire breveter et développer à son profit. Il a été diplômé du conservatoire dramatique, puis employé de la Comédie. Comédien en France, en 1954, il joua dans le film « Le feu dans la peau». Il gagnait de quoi survivre et faire tourner sa petite troupe, mais pas de quoi accomplir son désir personnel : fonder et entretenir sa propre famille.
Il devint alors fonctionnaire international. Estelle l’a suivi dans ses missions onusiennes à l’étranger, dont certaines furent au centre de l’Histoire. En 1968, elle se trouvait à New Dehli où d’autres problèmes que ceux de notre révolte adolescente occupaient le pays : la 2e conférence de la CNUCED sur le développement des « pays du tiers-monde» à laquelle participait Indira Gandhi. . En 1972. sa famille était établie au Chili, près du parlement, devenu depuis lors centre culturel, dans les mois qui précédèrent la chute et le décès de Salvador Allende.
Estelle est tombée toute petite dans le monde des livres. A l’âge de sept ans déjà, elle a affirmé à son père qu’elle consacrerait sa vie aux livres. Les fabriquer, les lire, les conserver. Son rapport au livre est d’abord physique : elle se régale d’en tenir un en mains. Son père, lui, l’aurait bien vue plutôt écrivaine…
En temps qu’éditrice, Estelle est très branchée sur les récits de vie, la retranscription de récits oraux. Passer du vernaculaire à l’écrit. Elle s’intéresse principalement à des textes qui ont une très forte implication de leur auteur. Elle se plait à lire à fin de publication des écrits rejetés par les éditeurs habituels. C’est une manière bien à elle d’explorer de nouvelles voix. Une manière qui fait donc quelques heureux !
Trois intentions guident les choix de sa maison d’édition. Huit collections dont les titres jouent souvent avec son patronyme figurent à son catalogue. Trois exemples : « Sagitta » concerne la vulgarisation de textes savants, de descriptions de violences et d’humiliation. « Saga » raconte des histoires de vie. « Sagax » parle de sagesse populaire et de savoir-faire. Nombre des ouvrages publiés développent une explication hypothétique de faits non expliqués. Dans cette optique, elle a publié des pièces de Daniel Bernard, comme « La dernière heure de Marat » et « L’armée des papillons ».
Entrepreneuse sérieuse, Estelle Gitta a suspendu l’édition dès l’arrivée de la pandémie de covid car elle ne voulait pas éditer des textes qui ne trouveraient pas place en librairie. Aujourd’hui, c’est reparti au rythme d’un bouquin tous les deux mois. Ses livres m’a-t-elle signifié, sont imprimés à Genève !
Hyperactive dans le bon sens du terme, Estelle organise et anime des rencontres littéraires dans le cadre de Mosaïque, 50+, association de seniors du Grand-Saconnex et depuis peu du CAD, centre d’animation pour retraités géré par l’Hospice Général, sous l’appellation des « jeudis littéraires ».
Trois cents auteurs ont déjà échangé leur passion de l’écriture avec des participants curieux et intéressés, ceci par Zoom, le jeudi matin, ou en présentiel, à la salle Torney, le vendredi après-midi. Lectures d’extraits, motivation et discussions nourries ont passionné les intervenants guidés par l’expérimentée et experte animatrice, Estelle, qui me dit que lors, des séances « on ne parle presque pas du contenu du livre, mais de tout ce qu’il y a autour, de mettre en valeur le travail de l’auteur…, sa façon de concilier vie privée et écriture, etc. » Dans ces échanges, les auteurs ne sont pas rémunérés. Ce service n’existe nulle part ailleurs. Il répond à un réel besoin, notamment d’offrir à des auteurs sans éditeur la possibilité de faire connaître leur œuvre.
Alors que je rédige mon texte , Estelle anime le jeudi littéraire du CAD pour célébrer, dans le cadre du Printemps de la Poésie, plusieurs poétesses et autrices sous le signe du « matrimoine poétique ».
Estelle fait bien le printemps !
Les personnes intéressées par les rencontres littéraires peuvent consulter le site www.mosaiquassociation.ch ou s’inscrire directement à <email-pii>