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Histoire
C’est à l’époque préhistorique que Morges brilla de son plus vif éclat. En face de la ville actuelle, il y eut, pendant 6’000 ans (de 7’000 à 1’000 avant J.-C.), quatre stations lacustres successives. La dernière et la plus grande, qui s’étendait à 150 mètres du quai, comptait bien 400 maisons sur pilotis et probablement près de 2’000 habitants. De nombreux pilotis sont encore visibles aujourd’hui sous 3 à 5 mètres d’eau (le lac était alors plus bas que de nos jours). L’importance de cette ville était telle que les savants ont donné son nom à la plus belle période de l’âge du bronze : l’âge morgien !
On a longtemps attribué la fondation de Morges à Pierre de Savoie. Elle est plus récente en réalité et date du XIIIème siècle. Louis Ier, Baron de Vaud, avait reçu de son frère Amédée le Grand, héritier de Pierre de Savoie, un grand territoire dans le Pays de Vaud dont le centre, de la Venoge à la Veveyse, était occupé par l’évêché de Lausanne.
Un baron aussi dynamique que Louis Ier devait penser à absorber ce qui faisait obstacle à son ambition, mais, n’osant attaquer un prince de l’Eglise, à cause de l’excommunication, il se contenta de faire ce que font encore aujourd’hui les stratèges : un encerclement. Il fortifia tout d’abord, à quelque distance de la Veveyse, le château de la Tour-de-Peilz. De l’autre côté, à l’ouest de la Venoge, à l’embouchure de la Morges, qui lui était nécessaire pour alimenter ses fossés, il choisit le bon endroit et acheta le terrain qui appartenait au Seigneur Richard dont le château s’élevait sur une colline, à Vufflens.
Mais lorsque le sire de Vufflens vit les Savoyards creuser les fondations d’un énorme château et des tours s’élever, il comprit qu’il avait été joué, protesta et porta plainte auprès du comte de Savoie, Amédée le Grand, suzerain à la fois de Louis Ier et de Richard. Procès heureux, puisque c’est le texte du jugement retrouvé aux archives de Turin, il y a plus d’un demi-siècle, qui a permis aux historiens de fixer la date de la fondation du château de Morges, soit 1286. La construction de la ville, ordonnée par l’entreprenant Louis Ier, suivit quelques années plus tard. De plus, la "Petite Rue", puis "Rue du Lac" fut baptisée "Rue Louis-de-Savoie", en l'honneur de celui qui créa le château et la Ville de Morges.
Le château resta savoyard jusqu'en 1536, date de la conquête du Pays de Vaud par les Bernois. Ceux-ci occupèrent le château et y placèrent leur bailli. Au départ des Bernois, en 1798, l'édifice devint la propriété du nouvel Etat de Vaud, qui l'utilisa comme arsenal en 1804. Le Château abrite actuellement le Musée militaire vaudois, le Musée de l'artillerie, le Musée suisse de la figurine historique et le Musée de la Gendarmerie.
Pour rappeler son origine savoyarde, Morges a adopté les couleurs de la Savoie : rouge et blanc. Quant aux deux ondes ou bandes ondulées, elles rappellent les deux rivières, la Morges (qui a du reste donné son nom à la ville) et le Bief, qui limite le territoire communal à l’est. Morges a ainsi des armes parlantes à la fois historiques et géographiques.
Les maisons de Morges n’ont guère changé depuis leur reconstruction en pierre, à la Renaissance et au XVIIIe siècle. Serrées les unes contre les autres, elles s’étalent en profondeur avec des hauteurs de toits inégales.
L’Hôtel de Ville, reconnaissable à sa tour hexagonale, qui renferme un escalier à vis, est situé au centre de la petite cité. Construit en 1519, il est encore gothique avec ses fenêtres géminées, ses murs en talus, son escalier en spirale, ses portes intérieures en accolade.
Le port de Morges, avec ses deux jetées qui s’allongent comme des bras pour abriter autant de barques qu’elles en peuvent contenir, fut créé par les Bernois, vers 1700, pour abriter une flotte de guerre, du reste éphémère, afin de pouvoir répondre éventuellement aux attaques savoyardes. Morges qui fut fondée par la Savoie contre l’évêque de Lausanne, devenait maintenant une place forte pour combattre cette même Savoie. De nos jours, après avoir été port de guerre, puis de commerce, le port de Morges n’est plus qu’un lieu d’attache pour les bateaux de plaisance.
Sur le quai, face au port, s’élève une énorme bâtisse couverte d’un de ces toits monumentaux qu’affectionnent les Bernois. C’est, en effet, eux qui construisirent cette douane pour abriter les marchandises que l’on déchargeait des bateaux venant de Genève. Dans les années 50, elle fut transformée en bureaux pour les services de l'Etat de Vaud, et abrite actuellement l'Office du Tourisme.
L’église protestante, dont la haute coupole domine la ville, offre un exemple rare chez nous d’un style de transition. Commencée au temps où le baroque finissait son règne, elle fut terminée dans le style classique dont la vogue régnait en 1770 ; c’est pourquoi la nef, et surtout l’intérieur, de forme ovale, ont le caractère jésuite, tandis que la façade monumentale évoque le Louis XVI crée à la suite de la découverte des ruines de Pompéi.
L’histoire du Parc de l’Indépendance remonte très loin. Autrefois, l'endroit n'était qu'un terrain vague. Appelé le Pâquier de la commune puis le Grand-Pré, il devient vers 1800 le Parc de la République. Des travaux commencés en 1845 permirent de gagner 16'000 m2 sur le lac. En 1884, le Conseil décida d'arboriser les lieux et d'aménager un jardin anglais. Il prit le nom de Parc de l'Indépendance à l'occasion du Centenaire de l'Indépendance vaudoise en 1898. Un monument à la mémoire des trois patriotes morgiens : Muret, Cart et Monod, rappelle cet événement. Le Parc de l'Indépendance est l'un des plus beaux de la région lémanique. Il compte une cinquantaine de variétés d'arbres provenant de tous les continents.
Morges a également vu naître et accueilli dès le XIXe siècle d’éminents artistes, tels que les écrivains René Morax, Alfred Gehri, Bernard Clavel, les peintres Jean Morax, Alexis Forel ou encore les compositeurs Paderewski et Stravinski.
Source : Villes et villages vaudois de Ric Berger