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La communication des médecins hommes et femmes
Dans la mesure où elles peuvent avoir une influence sur les patients et leur santé, les différences entre hommes et femmes médecins ne sont pas anodines et méritent d’être connues. Les résultats principaux de la recherche actuelle sur l’influence du genre dans les interactions médecins-patients montrent d’abord trois choses.
La première, que les médecins hommes et femmes transmettent la même quantité d’informations médicales, mais que les médecins hommes discutent moins facilement des aspects psycho-sociaux de la maladie, par exemple des conséquences d’un traitement sur le bien-être au quotidien, et des aspects émotionnels. La seconde, que les hommes posent moins de questions à leurs patients, que celles-ci soient d’ordre médical (symptômes, traitement, médication) ou psychosocial (hygiène de vie, vécu relatif à la maladie, émotions ressenties). Enfin, les médecins hommes font également moins de prévention.
Femmes plus communicatives
Les femmes médecins adoptent un style de communication plus participatif et impliquent plus facilement le patient dans la discussion, avec des locutions comme «N’est-ce pas?» ou «Qu’en pensez-vous?» Elles expriment plus facilement leur accord avec le patient, de même qu’elles l’encouragent et le rassurent plus souvent. Sur le plan non verbal, elles adoptent généralement des comportements plus chaleureux, en souriant plus fréquemment ou en faisant davantage de signes d’acquiescement. Les médecins hommes adoptent quant à eux un style de communication moins empathique, mais leur ton de voix est plus calme et semble communiquer moins d’anxiété.
Et du côté des patients?
Le genre du patient influence aussi la communication et le comportement des médecins. Ces derniers ont tendance à montrer plus d’empathie vis-à-vis des femmes, à leur parler avec une voix plus calme et moins dominante et à les questionner plus fréquemment sur leur ressenti. Ils fournissent également plus d’informations à leurs patientes – qui les questionnent davantage –, mais les interrompent plus fréquemment. Il semblerait également qu’ils fassent plus facilement de la prévention auprès d’elles qu’auprès des patients hommes.
Dans une certaine mesure, le genre du patient influence également les processus de diagnostic. Pour les mêmes symptômes cardiovasculaires, les femmes se voient attribuer plus facilement des causes psychologiques. Certains examens diagnostiques, par exemple lors de problèmes cardiovasculaires ou d’une maladie pulmonaire obstructive chronique, sont en moyenne un peu moins poussés chez les femmes.
Les patients présentent des styles de communication différents selon leur sexe. Les hommes communiquent de manière moins chaleureuse, en exprimant moins d’émotions positives, se montrent moins curieux et posent moins de questions. A l’instar des médecins de leur sexe, ils ont une voix perçue comme exprimant plus d’ennui et moins d’intérêt que celles des femmes, mais elle semble également plus calme et moins anxieuse.
Rapport au médecin
La communication et les comportements des patients sont influencés, surtout, par le genre de leur médecin. Les patients parlent en moyenne davantage à une femme médecin. Ils lui communiquent plus d’informations, non seulement de type psychosocial, mais aussi de type médical. Ce point est important en ce qu’il peut déterminer la quantité d’informations disponibles pour le diagnostic, le choix du traitement et d’éventuels ajustements ultérieurs de ce traitement. Il doit être mis en lien avec la tendance des médecins femmes à poser plus de questions à leurs patients, mais il pourrait aussi découler des attitudes plus chaleureuses et plus participatives qui caractérisent leur style de communication. Les patients expriment d’ailleurs plus fréquemment leur accord et font plus de remarques positives aux femmes médecins – ce qui pourrait être le signe d’un plus grand confort émotionnel. En revanche, les patients semblent se comporter avec elles de manière plus dominante qu’avec les médecins hommes; ils les interrompent plus souvent, se montrent plus affirmatifs dans leur discours et adoptent un comportement non verbal plus dominant.
L’état de la recherche actuel montre donc que les médecins hommes et femmes diffèrent dans leur style de communication, dans leurs comportements et dans leurs pratiques selon leur genre et celui de leurs patients.
Plusieurs des différences de genre que l’on observe chez les médecins ne font que refléter les différences que l’on trouve dans la population générale, et il n’est évidemment pas réaliste de demander aux médecins de renoncer à leur identité de genre pour exercer leur profession. Cependant, nombre d’entre elles mériteraient davantage d’être prises au sérieux. Les femmes médecins posent plus de questions, à la fois d’ordre psychosocial et médical, et reçoivent plus d’informations de la part de leurs patients. Si ces informations supplémentaires sont pertinentes, il se peut donc qu’elles soient plus renseignées sur leurs patients que ne le sont les médecins hommes, ce qui pourrait avoir un impact sur la précision du diagnostic et la qualité du traitement. De même, le fait que les patients hommes reçoivent moins d’informations sur leur condition médicale et sur les conséquences psychosociales de celle-ci, quel que soit le genre de leur médecin, est également à prendre en considération.
Référence
Adapté de «Les médecins hommes et femmes interagissent de manière différente avec leurs patients: pourquoi s’en préoccuper?» Gaëtan Cousin, Pr Marianne Schmid Mast, Institut de psychologie du travail et des organisations, Université de Neuchâtel in Revue médicale suisse 2010; 6: 1444-7, en collaboration avec les auteurs.