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Deux questions m'ont été posées suite à la note publiée sur ce blog le 3 octobre, au sujet du premier tour des élections brésiliennes. Première question : Dilma n'est-elle pas la candidate d'un parti des plus corrompus ? Deuxième question : José Serra n'est-il pas davantage à l'écoute des peuples indigènes que Dilma ?
La corruption dans les partis politiques
Phénomène bien réel que celui de la corruption, notamment la corruption électorale. Au Brésil, depuis quelques années, un collectif d'une quarantaine d'associations et d'institutions a créé un "Mouvement de combat contre la corruption électorale" - MCCE, pour lutter contre ce fléau. En octobre 2007, ce mouvement a publié un dossier concernant les élus dont le mandat a été cassé par la justice pour corruption électorale à divers titres. Entre 2000 et 2006, 623 élus ont dû abandonner leur mandat. La grande majorité (508) étaient maires et adjoints de maires. Dans 339 cas, le nom du parti a pu être identifié. Les "cassés" appartenaient à 21 partis... Le parti des Démocrates - DEM (l'ancien PFL) a le plus de "cassés" : 69, soit 20,4%. En deuxième position, le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien - PMDB en compte 66 (19,5%). À la troisième place, le Parti de la Social-Démocratie Brésilienne - PSDB (le parti de José Serra) avec 58 "cassés" (17,1 %). Le Parti des Travailleurs - PT, celui de Dilma Roussef, en a 10 (2,9%); il est en 9e position.
Peut-être existe-t-il une autre enquête, une autre approche, donnant une image différente du phénomène ?
À ce sujet, il convient de rappeler le vote ce printemps, par le Congrès brésilien, de la loi complémentaire No 135, appelée "Loi de la Fiche propre" relative à l'inéligibilité des personnes condamnées pour toute une série de raisons. Cette loi, entrée en vigueur le 7 juin 2010, est le résultat d'une campagne lancée en avril 2008 par le MCCE. En septembre 2009, celui-ci avait remis au président de la Chambre des Députés, ce "Projet de loi d'initiative populaire", signé par 1,3 millions de citoyens. Ce texte est une avancée sensible de la démocratie dans ce pays.
Serra n'est-il pas beaucoup plus à l'écoute des indigènes que Dilma ?
Au sujet de la politique indigéniste, c'est seulement au vu de leurs actes que l'on pourra constater si l'un ou l'autre, Dilma ou Serra, fait mieux que Lula. Pour l'heure, les programmes électoraux des candidats ont une valeur indicative. Ils sont susceptibles de changer pour le deuxième tour qui aura lieu le 31 octobre. Les deux candidats restés en lice pour la présidence vont chercher à récupérer une partie au moins de l'électorat de Marina Silva du Parti Vert - PV, qui est arrivée en troisième position au premier tour. Cette dernière leur a envoyé un "Agenda pour un Brésil Juste et soutenable". Une des propositions de l'agenda est "La conclusion de la démarcation et de l'homologation des terres indigènes et la création d'un fonds pour appuyer les projets indigènes et des autres populations traditionnelles". À voir comment ces propositions seront accueillies.
Autre signe donné par les partis est la composition des listes électorales dans les États, en particulier pour la Chambre des Députés et le Sénat, listes pour lesquelles les directions de partis ont probablement donné leur aval.
Dans l'État de Roraima, le 3 octobre, les électeurs ont élu Paulo Cesar Quartiero à la Chambre des Députés. Ce riziculteur est membre du Parti des Démocrates (DEM), parti de la coalition de José Serra. Il a été l'un des plus farouches opposants à la démarcation en aire continue de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol située dans cet État. Récemment, la "Folha de São Paulo" a souligné comment, son opposition aux aires indigènes et autres zones de protection environnementales, a été "le refrain" de sa campagne électorale. Quartiero soutiendrait-il la candidature de Serra s'il estime que celui-ci est susceptible de conduire une politique très favorable aux peuples indigènes ? Bien sûr, un seul exemple ne permet pas de porter un jugement global. Mais, dans le cas présent, Quartiero est connu au Brésil. Et la saga de la démarcation, par Lula en avril 2005, de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol, a été un cas emblématique.
Le vote des électeurs est un autre indicateur. Pour l'élection présidentielle de 2002, dans le Roraima, Lula avait obtenu 65 % des voix et Serra 34 %. Quatre ans plus tard, en 2006 pour son deuxième mandat, donc après l'homologation de Raposa Serra do Sol, les citoyens roraimenses (du Roraima), ne lui ont donné que 38,5 % des voix, contre 61,5% à Alckmin, le candidat du PSDB. Cette année, toujours dans le Roraima, pour le premier tour du 3 octobre, Dilma n'a obtenu que 28,7 % des suffrages contre 51% pour Serra. La démarcation de Raposa Serra do Sol a certainement laissé des traces dans cet État où la question indigène est sensible.
Le 7 octobre, la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, a publié une lettre dans laquelle elle remercie Marina Silva pour l'attention qu'elle a portée à la question environnementale, sociale et indigène durant sa campagne. "Elle attend maintenant des candidats au deuxième tour un programme qui vise à garantir les droits des indigènes et des autres peuples de la forêt et ceux d'une Amazonie soutenable".
À suivre !
Pour en savoir plus (en portugais) :
Le dossier du MCCE : http://www.mcce.org.br/sites/default/files/politicoscassadosdossie.pdf
La loi complémentaire No 135 "Fiche propre" : http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/Leis/LCP/Lcp135.htm#art2
L'Agenda pour un Brésil Juste et Soutenable de Marina Silva : http://www.minhamarina.org.br/blog/2010/10/marina-silva-apresenta-agenda-por-um-brasil-justo-e-sustentavel-aos-candidatos-ao-2%C2%BA-turno-presidencial/ > Agenda por um Brasil Justo e Sustentavel
Un écho de la campagne de Paulo Cesar Quartiero dans la "Folha de São Paulo" : http://www1.folha.uol.com.br/poder/809647-lider-de-arrozeiros-em-rr-e-eleito-deputado-com-discurso-contra-reservas.shtml
La lettre de la COIAB : http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=index&id=617&tipo=E
Les résultats des élections sur le site du Tribunal Supérieur électoral : http://www.tse.gov.br/internet/index.html