Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06968.jsonl.gz/863

(extrait du texte paru à l'occasion de l'exposition marquant les dix ans de la Fondation)
« Le 21 janvier 1987, le Conseiller d'Etat Pierre Cevey fit approuver par ses collègues du gouvernement vaudois un acte de politique culturelle qui créa la surprise. Il instituait un mécénat public d'un modèle novateur. Chaque année des grands prix seraient décernés à trois artistes, à quoi devait s'ajouter une série d'hommages et des distinctions pour jeunes talents. Cette largesse était sans précédent en Suisse, si l'on précise que chacun des grands lauréats allait recevoir 100'000 francs.
Cette somme frappa. Elle témoigna d'une prise de conscience. Au-delà des frontières cantonales elle marqua une étape, élevant enfin la reconnaissance accordée aux artistes vers des normes qui cessaient d'être dérisoires. Trop longtemps, on avait ignoré les réalités matérielles, jugeant heureux l'écrivain gratifié d'un prix de 5 ou 10'000 francs sans reconnaître que pareille somme n'équivaut qu'à un ou deux mois de salaire d'employé de bureau.
Un livre, un scénario, un spectacle peuvent exiger, outre de rares aptitudes, plus d'une année de travail. Les droits d'auteur sont minimes dans un petit pays. Il est très difficile d'y vivre en professionnel de l'écriture, de la création musicale, du cinéma, des arts plastiques, de la scène. Cette situation tend à maintenir les artistes dans un statut d'amateurs qui, à l'échelle internationale, les met en infériorité. Les activités alimentaires les dévorent. Ceux qui bâtissent néanmoins une oeuvre y parviennent au prix d'efforts qui méritent la plus haute considération. Car la communauté, en l'occurrence le canton, s'enrichit à tous égards du travail des maîtres de la libre recherche. Il était juste, pensa le Conseil d'Etat, qu'une fois au moins dans leur vie les plus remarquables d'entre eux puissent être honorés dans une fête publique et sans mesquinerie. »
Bertil Galland, avril 1997