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La paroisse orthodoxe francophone est née, au début des années 1970 (1973), de l’initiative d’un groupe d’amis désirant se réunir pour célébrer des offices selon le rite orthodoxe et en français. Pour concrétiser leur projet, ils s’adressent au directeur du Centre orthodoxe de Chambésy, à l’époque le père Damaskinos, qui accepte de les accueillir. La communauté se développe, une chorale et un groupe de catéchèse pour adulte se forment. En 1974, le Patriarcat œcuménique lui accorde le statut de paroisse de l’archevêché d’Autriche (dont dépend alors la Suisse – l’archevêché de Suisse ne sera créé qu’en 1982) et officialise son établissement à Chambésy. Le Centre est alors en plein travaux d’extension. Lorsque l’église Saint-Paul est terminée en 1975, la jeune communauté y aménage son propre lieu de culte dans la crypte dédiée à la Sainte-Trinité et à Sainte-Catherine.
Sources :
Le Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique a été créé en 1966 par le patriarche œcuménique de Constantinople Athénagoras 1er. Celui-ci souhaitait créer un centre à Genève, ville des organisations internationales y compris religieuses (Conseil œcuménique des Eglises, Fédération luthérienne mondiale, Conférence des Eglises européennes, etc.), pour approfondir le dialogue et les relations entre les différentes Eglises orthodoxes d’une part et les autres confessions chrétiennes d’autre part. Le Centre s’installa à Chambésy, près de Genève, dans une maison de maître achetée un an plus tôt en vue de la réalisation de ce projet. Une parcelle de 10 000 m2 de terrain était attenante à la maison. Il fut décidé d’y construire une église dédiée à Saint-Paul. Le voisinage s’opposant à la réalisation d’une architecture traditionnelle de style byzantin, l’architecte Georges Lavas (bureau d’architecture Spiess & Wegmüller) pris le parti de créer une église moderne qui « traduise l’ « esprit » et non la « lettre » » du lieu de culte orthodoxe. Il conserva, des codes traditionnels, le plan en forme de croix alignant sur l’axe principal sanctuaire – iconostase – nef – narthex (vestibule), et un dôme central présentant la figure du Christ Pantocrator. Mais il déploya autour de ces éléments une enveloppe de béton « aux tracés doux et simples », selon ses mots, où la lumière s’amplifie graduellement de l’entrée jusqu’à l’iconostase, pour se déverser pleinement à la jonction de l’assemblée et du sanctuaire. Les peintures murales sont l’œuvre de deux artistes grecs, Rallis Kopsidis et Jean Mitrakas, qui prirent également le parti d’une interprétation moderne des motifs traditionnels.
L’église Saint-Paul est le lieu de culte de la paroisse grecque orthodoxe. Le Centre accueille aussi la paroisse orthodoxe de langue roumaine, Paroisse Saint Jean-Baptiste, et la paroisse orthodoxe de langue arabe, Paroisse de la Résurrection, dont les membres se réunissent à la chapelle de la Résurrection, première chapelle du Centre aménagée dans la maison de maître. La paroisse orthodoxe francophone occupe la crypte de l’église Saint-Paul qu’elle prête chaque mois à une communauté géorgienne.
Le site comporte en outre un institut de théologie orthodoxe qui accueille une dizaine d’étudiants par année.
La paroisse orthodoxe francophone appartient au diocèse orthodoxe de Suisse (qui comprend la Suisse et le Liechtenstein), lequel dépend du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Elle rassemble une centaine de familles dont les parents ou grands-parents sont originaires de Russie, de Grèce, de Roumanie mais dont les enfants ou petits-enfants ne parlent plus que le français. Elle compte aussi un nombre important de convertis, Suisses et Français. Parfois des anglophones se joignent également au groupe qui inclut alors à la messe des prières en anglais.
La paroisse organise de nombreuses activités pour les enfants et les adolescents : catéchisme, activités ludiques d’ « éveil à la foi », sorties spirituelles et culturelles, week-ends pour les familles à la montagne. Les adultes quant à eux se retrouvent pour des prières et des lectures mensuelles ou pour les répétitions du chœur s’ils en font partie.
Les Eglises orthodoxes (ou Eglises grecques orthodoxes[1]) sont les Eglises qui se sont développées dans la partie orientale de l’Empire romain, alors de langue grecque. Jusqu’au 11e siècle, elles forment avec les Eglises nées dans la partie occidentale (sous autorité de l’évêque de Rome, le pape), l’Eglise indivise : « une, sainte, catholique (c’est-à-dire universelle) et apostolique (c’est-à-dire dans la continuité des apôtres)»[2]. Mais l’éclatement politique de l’Empire (voir encadré), les querelles théologiques (notamment sur la nature du Christ, les innovations romaines en matière de liturgie, de pratique ou d’organisation ecclésiale) et les prétentions de l’évêque de Rome à la primauté sur les autres patriarches (se basant sur l’idée qu’il est le successeur de Pierre, considéré comme le chef des apôtres) entrainent des tensions tout au long du premier millénaire. Ces tensions aboutissent à un schisme, traditionnellement daté de 1054, entre l’Eglise latine sous l’autorité du pape et se revendiquant « catholique », et l’Eglise d’orient sous l’égide du patriarche de Constantinople et se présentant comme « orthodoxe » (du grec orthodoxè, conforme à « la juste foi »).
Les Eglises orthodoxes forment une communion d’Eglises autocéphales (indépendantes) dirigées par des patriarches. Du point de vue théologique, celles-ci se considèrent comme une seule et même Eglise. Parmi les patriarches, celui de Constantinople (dont le siège est à Istanbul) tient une place d’honneur qui lui vaut, depuis le 5e siècle, le titre de patriarche œcuménique. Les patriarcats les plus anciens sont ceux de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Il faut y ajouter depuis le 16e siècle le patriarcat de Moscou et depuis le 19e celui de Serbie, Roumanie, Bulgarie, Géorgie, Chypre, Grèce, Pologne, Albanie, République Tchèque, et Slovaquie. La plupart de ces autocéphalies sont liées à l’histoire politique des Balkans et sont nées suite à la conquête de l’indépendance par ces pays au 19e et 20e siècle. La création de ces patriarcats ne se fit pas sans difficultés et leur reconnaissance par Constantinople et Moscou a pris du temps. Des différends subsistent encore entre les patriarcats quant aux conditions de proclamation d’une autocéphalie. L’exemple type de ces désaccords est l’ « Eglise orthodoxe en Amérique » reconnue autocéphale par Moscou en 1970 mais pas par les autres Eglises orthodoxes.
Au sein de la communion formée par les Eglises orthodoxes, les décisions sont prises de manière collégiale lors de synodes réunissant les évêques. La primauté du patriarche de Constantinople est d’ordre symbolique et ne lui donne aucun pouvoir de juridiction sur les autres patriarches, contrairement à l’Eglise catholique où le pape, évêque de Rome, est le chef de tous les évêques.
Si vous avez raté le début:
- Le christianisme se répand progressivement dans tout l’Empire romain dès le premier siècle de notre ère. Les convertis forment de petites communautés locales dirigées par des évêques. Poussés par la nécessité d’unifier leurs positions sur les questions de gestion et de doctrine, ceux-ci vont progressivement se regrouper autour de l’évêque de la capitale régionale lui reconnaissant volontiers la préséance du fait de l’ancienneté et de la taille de sa communauté (le christianisme s’étant diffusé depuis les grands centres urbains). Parmi ces évêques métropolitains, ceux qui siègent dans les villes les plus importantes de l’Empire tiennent une place éminente qui leur est reconnue par le premier concile œcuménique, le Concile de Nicée, en 325. Il s’agit des évêques de Rome, d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem. L’évêque de Constantinople viendra s’ajouter à ce quarté à la suite du Concile de Chalcédoine (451) pour former à la fin du 5e siècle la pentarchie, le gouvernement des cinq patriarches.
- En 313 les empereurs romains Constantin et Licinius ouvrent au christianisme les voies de la reconnaissance officielle avec l’édit de tolérance de Milan. Théodose Ier en fait la religion d’Etat en 380. A sa mort, celui-ci lègue l’Empire à ces deux fils, formalisant sa division politique en un Empire d’Orient ayant pour capitale Constantinople (ancienne Byzance) et un Empire d’Occident dont le centre est Rome. En 476, l’Empire romain d’Occident tombe aux mains des envahisseurs laissant seule la partie orientale qu’on appellera désormais l’Empire byzantin. A l’ouest, se forment des monarchies. A l’Est, l’Empire byzantin survit jusqu’en 1453 mais perd des territoires dès le 7e siècle lors de la conquête arabe (d’abord la Syrie puis le Nord de l’Afrique).
[1] À ne pas confondre avec l’Eglise orthodoxe de Grèce qui est une autocéphalie orthodoxe parmi d’autres.
[2] Selon les termes du Concile de Constantinople en 381.
Les Eglises orthodoxes se considèrent comme les héritières des Pères de l’Eglise (surtout orientaux) dont les écrits sont toujours utilisés dans la liturgie et la catéchèse. Par le respect de ces écrits, la forme du culte et l’organisation ecclésiale, elles se considèrent comme les fidèles continuatrices de l’Eglise chrétienne des premiers temps.
En matière de foi, elles partagent avec l’Eglise catholique les dogmes établis lors des sept premiers conciles œcuméniques, lesquels portent essentiellement sur le message de Jésus, le « mystère » de sa personne et fixent le premiers crédo. Elles désapprouvent les dogmes adoptés par l’Eglise catholique après cette date, à commencer par celui du filioque (l’un des catalyseurs de la séparation) qui établit que le Saint-Esprit tient sa divinité du Père et du Fils alors que pour les Eglises orthodoxes le Saint-Esprit procède uniquement du Père.
La « divine liturgie », la messe, est au centre de la vie religieuse. Elle est conduite de façon très solennelle, composée de prières, de lectures bibliques, de litanies, et rythmée par de nombreux chants (mais jamais accompagnée d’instruments). Le baptême implique une triple immersion faite au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il est suivi de la « chrismation », l’onction d’huile sur la personne baptisée afin qu’elle reçoive le don du Saint-Esprit, et de l’eucharistie (célébration du sacrifice de Jésus commémoré par le partage du pain et du vin, symboles du son corps immolé et de son sang versé).
Les orthodoxes manifestent leur dévotion à Jésus, à Marie et aux saints à travers les icônes. Bien plus qu’une simple image de ces derniers, l’icône est considérée comme porteuse de leur nature divine, rendant présent ce qu’elle représente. Cette conception se fonde sur l’idée que Jésus est l’image du Père et qu’en s’incarnant il a rendu visible l’invisible : la première icône est le visage même de Jésus. De ce fait, elle est perçue comme le reflet du monde divin et le médium, lui-même vénéré, de la dévotion aux saints. « Car l’honneur rendu à l’image va à son prototype, et celui qui vénère l’icône vénère la personne qui s’y trouve » (selon les conclusions du 7e concile œcuménique).
Les hommes mariés peuvent devenir prêtre mais un prêtre célibataire ne peut se marier après son ordination. Les évêques sont choisis parmi les moines et sont donc obligatoirement célibataires. L’idéal monastique est très développé dans l’orthodoxie où, à la différence du monachisme catholique, il est essentiellement contemplatif et n’a pas donné lieu à des ordres (il existe dans l’Eglise catholique des ordres contemplatifs mais aussi des ordres dits apostoliques, c’est-à-dire engagés dans la société).
Indications bibliographiques :
ARMOGATHE, Jean-Robert (dir.), Histoire générale du christianisme, éd PUF, Collection Quadrige, septembre 2010, 2 vol.
JANIN, Raymond, Les Eglises orientales et les rites orientaux, Lezouzey & Ané, 1997 (5ème éd.).
LIVINGSTONE, E. A. (ed.), The Concise Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford University Press, 2006 (version online 2013).
MAYEUR, Jean-Marie, sous la direction de, Histoire du christianisme : des origines à nos jours, Éd.: 1990-2000, 13 tomes.
PATTE, Daniel (éd.), The Cambridge dictionary of Christianity, Cambridge University Press, 2010.
RUNCIMAN, Steven, Le Schisme d’Orient, la papauté et les Églises d’Orient, XIe-XIIe siècles, Les Belles Lettres, Paris, 2005.