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PAROLE À ALEC VON GRAFFENRIED AU SUJET DE LA CONTRIBUTION ANNUELLE DE L'OFFICE FÉDÉRAL DE LA CULTURE À LA VILLE DE BERNE
Berne pourrait bien ne plus recevoir la contribution d’un million de francs que l’Office fédéral de la culture (OFC) lui verse chaque année pour ses activités culturelles. Un rapport du Contrôle fédéral des finances (CDF) estime en effet que cette contribution n’est pas justifiée et propose de la supprimer. Ce que conteste Alec von Graffenried, le maire de la ville de Berne.
«UNE CAPITALE FÉDÉRALE, AVEC TOUTES LES FONCTIONS DIPLOMATIQUES QUI LUI INCOMBE, A DES BESOINS SPÉCIFIQUES»
Qu'est-ce que reproche exactement le Contrôle fédéral des finances (CDF) à la ville de Berne?
Dans son rapport, le Contrôle fédéral des finances (CDF) conclut que la surveillance financière de l'utilisation de la contribution fédérale est insuffisante. Il faut bien préciser que nous parlons ici d’une contribution motivée par des considérations historiques et politiques, et non d’une aide financière. La ville de Berne ne commente pas les conclusions du rapport. Cependant, on ne peut pas déduire de ces conclusions que la seule indemnisation versée par la Confédération à sa capitale fédérale ne serait pas nécessaire. La question reste donc à éclaircir politiquement et non financièrement.
Le financement fédéral est-il donc indispensable à la ville. Pour quelles raisons?
En culture, chaque franc est utile car les budgets dans cette branche sont toujours très serrés. L’aide culturelle à la ville de Berne est indispensable car elle rend possible beaucoup de choses dans la culture, aussi bien dans les grandes institutions que dans les projets individuels. La culture, en tant que facteur de développement et de pierre angulaire de la qualité de vie d'une ville profite à tous, directement ou indirectement, et en particulier à une capitale fédérale qui, avec toutes les fonctions diplomatiques qui lui incombe, a des besoins spécifiques.
Quelles institutions ou événements bénéficient de cette subvention?
Quatre institutions reçoivent un montant fixe: le Konzert Theater Bern (Fr. 400 000.-), le Musée d’histoire de Berne (Fr. 95 000.-), la Dampfzentrale (Fr. 80 000.-) et la Kunsthalle
(Fr. 60 000.-). De plus, la contribution fédérale encourage des projets extraordinaires sélectionnés par la Commission de la culture de la capitale. Ce sont des projets de coopération entre plusieurs partenaires qui, par exemple, apportent une contribution particulière à la culture ou qui ont un rayonnement suprarégional. Les projets avec et pour les missions diplomatiques sont également financés.
Pensez-vous que vous recevez un traitement préférentiel? N'est-ce pas un problème comparé à d'autres villes?
La ville de Berne n'a certainement pas l'impression d'être favorisée par rapport aux autres villes. Dans tous les autres pays, la capitale occupe une position d’exception, dont la ville de Berne ose à peine rêver. Par exemple, si l'on compare avec d'autres villes suisses, on remarque que la Confédération soutiendra à partir de 2020 la Genève internationale avec une contribution annuelle moyenne de 25,95 millions de francs. Dans ces conditions, il ne peut être question de traitement préférentiel.
Le Parlement aura le dernier mot. Sauvera-t-il encore une fois cette contribution fédérale comme il l'a déjà fait par le passé?
La ville de Berne espère vivement que le Parlement ne votera pas la suppression de la contribution fédérale. Le Parlement a exprimé à plusieurs reprises sa volonté politique, à savoir qu’une indemnité culturelle était indispensable à la ville de Berne. Le Parlement a lancé un signal clair, notamment en invoquant l'article 18 dans la loi sur l’encouragement de la culture. Cet article constitue la base légale de la contribution fédérale. Dans le message du Département fédéral de l’intérieur (DFI) sur l’encouragement à la culture pour les années 2021-2024, il est question de supprimer cet article. Pourquoi le Parlement devrait-il accepter la suppression d'un article qu'il a lui-même inclus dans la loi en 2012, il y a seulement quelques années?
Christine Werlé, 30 septembre 2019
LE CRÉPUSCULE DES SALLES OBSCURES EN VILLE
Se faire une toile en ville, ce sera bientôt du passé! Les cinémas au centre de Berne ferment les uns après les autres. En cause notamment, la digitalisation, qui change nos habitudes de consommation et qui oblige l’industrie du divertissement à se réinventer.
En l’espace de quatre ans, la ville de Berne a perdu sept cinémas: le Rex à la Schwanengasse a fermé en 2015, le Royal à la Laupenstrasse en 2016, puis le Capitol à la Kramgasse en 2017. L'Alhambra à Hirschengraben, le Gotthard à la Bubenbergplatz, le City à l’Aarbergergasse et le Jura à la Bankgässchen ont suivi le mouvement l’année dernière. Et ce n’est pas fini: les jours du Splendid au Von Werdt-Passage sont comptés.
La chaîne de cinémas Kitag, à qui appartient ces salles, s’est progressivement retiré du centre-ville. En cause, les loyers élevés du centre-ville. Mais aussi la baisse de fréquentation des salles obscures. «Nous suivons la demande, car elle détermine l'offre. Malheureusement, dans le cas du centre-ville de Berne, nous ne pouvions plus rentrer dans nos frais», explique Olivia Willi, porte-parole de la société Kitag. C’est un fait, les habitudes des spectateurs-consommateurs changent: à l’heure de Netflix, du home cinéma et des plateformes de streaming, plus besoin de sortir de chez soi pour visionner un blockbuster à bon prix. Et en qualité HD, s’il-vous-plaît !
L’explosion des copies
Les nouvelles technologies ont également changé la façon d’exploiter une salle. «Aujourd’hui, aucun exploitant de cinéma n’a plus l’exclusivité d’un film, car, avec la numérisation, il y a beaucoup plus de copies qu’auparavant. Ainsi, tout le monde, même les petits cinémas des régions périphériques, peut montrer de nouveaux films en même temps. Dans le passé, les copies de 35 millimètres n'étaient jouées que dans une salle par ville», poursuit Olivia Willi. «Ainsi, il y a beaucoup plus de sorties par semaine, et les films disparaissent de l’affiche plus rapidement, car ils ne peuvent que difficilement être programmés en continu.»
Face à ces difficultés, certains exploitants de salles reprochent aux autorités un manque de soutien politique. «Elles n’en font pas assez pour garder un centre-ville dynamique», a déclaré Edna Epelbaum, propriétaire des cinémas Quinnie, dans le «Bund». Un reproche balayé par Franziska Burkhardt, déléguée à la culture de la ville de Berne. «La ville de Berne regrette la fermeture de cinémas dans le centre-ville. Parce que les cinémas constituent une offre culturelle importante et que leur disparition est une perte. Mais si les cinémas se retirent du centre-ville, cela n’a rien à voir avec un manque de soutien politique, mais avec des décisions entrepreneuriales», rétorque-t-elle. «Cependant, la ville de Berne est convaincue que les autres chaînes de cinémas qui restent en ville avec des offres complémentaires (bar, restaurant, etc.) continue de répondre aux besoins réels du public et ont de bonnes chances de succès. Et nous avons à cœur de leur garantir de bonnes conditions d’exploitation.»
Offrir plus qu’un film
Pour survivre aujourd’hui, un cinéma doit effectivement offrir des services en plus. Kitag concentre désormais ses forces à Muri bei Bern, à côté de l’autoroute, où il a construit un cinéma multiplexe dans le plus pur style américain. Son Cinedome ne compte pas moins de dix salles, équipées des dernières technologies en matière d’image et de son (par exemple une salle IMAX qui promet aux spectateurs de les plonger au beau milieu de l’action), un restaurant, un bar, 12 pistes de bowling et une «game zone». «La digitalisation nous oblige à nous réinventer et à créer de nouvelles offres. Aujourd’hui, il est plus facile de regarder un film en streaming à la maison. C'est pourquoi nous nous concentrons de plus en plus sur le divertissement, car le cinéma est synonyme d'émotions, de partage d'expériences avec la famille et les amis», justifie Olivia Willi.
Concrètement, le multiplexe offre deux avantages par rapport à une salle de cinéma traditionnelle. «Il permet de concentrer le public dans un seul lieu et d’économiser les coûts du personnel, car, avec la digitalisation, on a besoin que d’un caissier et d’un projectionniste», explique Gianni Haver, sociologue de l’image à l’Université de Lausanne (UNIL).
Le fait que les cinémas désertent les centre-villes n’est pas propre à Berne. On peut constater cette évolution partout en Suisse. Cela signifie-t-il que l’avenir des cinémas passe par la périphérie des villes? «Le futur nous dira si c’était la bonne solution», avance prudemment Gianni Haver. Le cinéma multiplexe de Pathé à Westside connaît en tout cas un énorme succès.
Christine Werlé, 2 août 2019
Claudine Esseiva et la grève des femmes du 14 juin 2019
Le 14 juin 2019 restera dans les annales: ce jour-là, les Suissesses sont appelées à faire grève pour manifester leur mécontentement face aux inégalités entre hommes et femmes, particulièrement en matière de salaires. Même si elle ne débrayera pas, Claudine Esseiva, conseillère de ville PLR à Berne, soutiendra le mouvement.
«IL N’Y A PAS LE BON EMPLOYÉ ET LE MÉCHANT PATRON. L’ÉGALITÉ SALARIALE, C’EST UN JEU DE POUVOIR ENTRE DEUX PERSONNES»
Est-ce que cette grève du 14 juin va changer les changer les choses? Quel impact aura-t-elle selon vous?
La grève de femmes du 14 juin ne changera pas directement quelque chose, mais elle rendra visible les inégalités qui existent toujours. Et avec cette visibilité, on augmentera également la pression pour les changements.
Seuls les cantons de Vaud et du Jura ont rendu cette grève des femmes licite. Est-ce que le canton de Berne aurait dû franchir le pas lui aussi?
Rendre la grève licite est un mauvais signal. On fait la grève contre un employeur, contre les conditions de travail dans une entreprise, mais là, il s’agit clairement de motifs politiques. Et les grèves politiques ne sont pas admises en droit du travail. A mon avis, il vaut mieux rendre le patronat attentif aux discriminations salariales plutôt que de faire grève. Créer cette sensibilité chez les entrepreneurs est très important.
Pourquoi l’égalité salariale n’est-elle pas encore acquise dans notre pays? Qu’est-ce qui cloche?
Comme toujours dans l’histoire, il n’y a pas qu’un seul coupable. Il n’y a pas le bon employé et le méchant patron. C’est un jeu de pouvoir entre deux personnes. Les femmes doivent prendre leurs responsabilités. Elles doivent mieux négocier leurs salaires et être plus sûres d’elles. Oser dire: «c’est ça que je vaux et c’est ça que je veux». Ce que j’ai observé, c’est que ce manque de confiance vient du fait que le salaire compte moins pour les femmes que leurs passions. L’État a également son rôle à jouer bien sûr: il doit poser les conditions-cadre à l’égalité. Et c’est ce qu’il a fait avec la révision de la loi sur l’égalité, adoptée à la fin de l’année dernière. Les entreprises d’au moins 100 employés doivent désormais contrôler les salaires pour éviter les discriminations. Il a été constaté dans un récent rapport du Conseil fédéral que les employeurs qui ont fait cette analyse ont réagi et pris des mesures.
Selon vous, les discriminations salariales ne sont pas intentionnelles de la part des patrons?
Je ne crois pas. Cela existe, bien sûr, comme partout. Je pense que l’économie reflète la société: si l’on arrive à avoir plus de partage des tâches dans la vie privée, on arrivera aussi à avoir plus de partage dans le monde du travail.
Les hommes sont priés de rester en retrait lors de la manifestation, car les femmes veulent être au centre de l’attention. N’est-ce pas contre-productif?
Tout à fait. La clé du succès pour l’égalité, ce sont les hommes. Dès que tous les hommes verront que l’égalité est une valeur ajoutée pour eux, là, nous aurons une société vraiment égalitaire. Mais c’est aussi le devoir des femmes de laisser les hommes prendre leurs responsabilités dans la vie privée. Je prends toujours mon exemple: lorsque mon mari se lève le matin pour emmener notre enfant à la garderie, je le laisse faire, car c’est sa responsabilité.
Vit-on dans une société trop patriarcale en Suisse?
Comparée aux autres pays européens, la Suisse est plus conservatrice, c’est un fait. Il n’y a qu’à regarder comment la plupart des familles vivent dans notre pays. Le modèle classique est toujours dominant: le père travaille à 100%, la mère à temps partiel. Et ce temps partiel est toujours très bas : ces femmes travaillent à 50% ou moins.
Cette grève des femmes, vous allez y participer?
Faire la grève, ce n’est pas le genre des femmes de l’économie. En revanche, il est important de se mobiliser pour l’égalité. Je vais donc participer mais pas en faisant grève. Je vais prendre congé ce jour-là! (Rires)
Vous êtes une femme de droite qui soutenez un mouvement de gauche… Comment cela est-il perçu dans votre parti?
S’engager pour les droits des femmes, ce n’est pas le pré carré de la gauche. C’est au-delà des partis. Oui je suis féministe. Ce qui me dérange, c’est que la gauche prenne en otage le thème de l’égalité et essaie de transformer la grève des femmes en lutte de classes, comme il y a 30 ans. J’espère que ce 14 juin, on arrivera à fédérer les femmes issues de toutes les classes sociales, les paysannes comme les cheffes d’entreprise.
Christine Werlé, 9 mai 2019
Parole à Beat Hächler, directeur du Musée Alpin Suisse
Contribution de Christine Werlé, 29 janvier 2019
Le Musée Alpin Suisse (alps) est sauvé. La Confédération est revenue sur la décision prise lors de l’été 2017 de réduire sa contribution de 75 %. Le Parlement a approuvé début décembre la demande d’augmenter la subvention à l’institution de 250 000 à 780 000 francs par an. Beat Hächler, directeur de l’alps, revient sur cette incroyable sauvetage.
« SANS LE SOUTIEN DU PUBLIC, NOUS N’AURIONS JAMAIS PU CHANGER LA DÉCISION DU PARLEMENT »
Vous avez sauvé votre musée. Comment avez-vous réussi ce tour de force?
C’est le résultat de l’effort de beaucoup de gens. Le conseil de la fondation et l’équipe se sont montrés solidaires, et l’on peut dire que cette épreuve nous a soudés. Nous avons aussi bénéficié de soutiens dans la Suisse entière, dans des branches aussi diverses que le tourisme, les sciences et la culture. Cette solidarité nous a aidé à motiver les politiciens du Parlement à s’engager pour le musée.
Comment cette solidarité nationale s’est-elle manifestée?
Nous avons lancé une action de sauvetage à l’automne 2017. Les gens pouvaient signer une pétition en ligne. À la fin, nous avions récolté quelque 16 000 signatures. Nous avons aussi reçu des milliers de mails, de commentaires et de lettres de soutien spontanés. Nous les avons d’ailleurs imprimés et nous les avons affichés dans les escaliers du musée. C’était impressionnant, c’était comme une tapisserie! On peut dire que cette crise a provoqué un renforcement du lien avec le public, ce qui est très positif. Sans cela, nous n’aurions jamais pu changer la décision du Parlement. Les politiciens ont ainsi vu que le Musée Alpin Suisse avait sa place dans le paysage culturel suisse.
À l’été 2017, le Parlement avait décidé de réduire sa contribution à votre musée de 75 %, soit 250 000 francs au lieu de 1 020 000 franc par an. Cela aurait-il signifie la fermeture du Musée Alpin Suisse?
Oui, c’était existentiel. Nous l’avons dit et ce n’était pas seulement une menace. Un manque à gagner de 770 000 francs, c’est énorme. Nous aurions pu nous arranger avec réduction de budget de 5 à 10 % mais pas davantage. De plus, nous n’avions qu’une année et demie pour accepter la décision de la Confédération. C’était trop court pour trouver une alternative.
Pourquoi avoir décidé de vous couper les vivres ?
Ce n’était pas à cause du musée lui-même. Personne n’est contre les montagnes ni contre un musée alpin! L’Office fédéral de la culture (OFC) a simplement changé son système de financement des musées. Il a décidé de financer 13 musées et non plus 7 comme auparavant. Le hic, c’est que l’enveloppe budgétaire est restée la même. Notre part de gâteau a donc diminué fortement. L’OFC n’a pas réfléchi aux effets catastrophiques de cette mesure.
À part de la Confédération, recevez-vous d’autres subventions ?
Oui, du canton de Berne. À hauteur de 780 000 francs par année.
L’Office fédéral de la culture a posé ses conditions à ce sauvetage: à l’avenir, vous ne serez plus soutenu dans la catégorie « Musées » mais dans la catégorie « Réseaux ». Qu’est-ce que cela veut-il dire?
Notre stratégie est désormais de mettre sur pied des projets communs avec des musées locaux de l’espace alpin, par exemple, ou des festivals. De conclure des partenariats pour présenter les thèmes des régions de montagne à l’extérieur et non plus de rester uniquement à Berne. Nous devenons en quelque sorte un centre de compétence national pour le patrimoine culturel alpin. En somme, on peut dire que, dorénavant, il y a deux parties dans la même institution: d’un côté le musée, qui est physiquement à Berne, et de l’autre, le réseau, qui fait des projets avec des partenaires extérieurs, surtout dans l’espace alpin, pas seulement en Suisse mais aussi en Europe.
Vous activités muséales ici à Berne vont-elles pâtir de ce développement vers l’extérieur?
Avant, nous recevions 1 020 000 francs, et aujourd’hui, avec la décision de décembre du Parlement, 780 000 francs. Ces 240 000 francs en moins ne signifient pas seulement que nous devrons économiser sur des timbres ou du papier. Je réfléchis actuellement à différentes solutions: économiser dans les projets, prolonger d’un an à deux ans une grande exposition, trouver d’autres sources de financement, ou encore négocier avec les fondateurs historiques du musée: la ville, le canton, et le club alpin suisse. Il me faudra encore deux ou trois ans pour changer le système. Je n’ai pas de recette miracle. C’est une nouvelle aventure qui commence pour moi et le musée.