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Dans ce village perché à 1800 mètres d’altitude, partie de la commune de Bregaglia mais géographiquement situé en Haute-Engadine, l’italien perd de plus en plus de terrain au profit de l’allemand. Pour lui donner de l’oxygène et éviter la fermeture de l’école, Maloja a joué dès 2005 la carte de l’enseignement bilingue italien-allemand en immersion, grâce à une initiative d’un groupe d’habitants. Dix ans plus tard, l’institut a été récompensé par le Prix suisse des écoles.
«Si j’étais maire, j’accueillerais les réfugiés dans ma ville». C’est ainsi que Massimo, l’un des trois élèves de 6e année, commence à s’exprimer lorsque le professeur Mario Krüger demande de composer des phrases pour entraîner le mode conditionnel dans le cadre de la leçon d’italien.
Sortie spontanément de la bouche d’un enfant de 13 ans, la phrase est emblématique de l’esprit d’ouverture et de tolérance qui règne parmi les élèves de l’école bilingue italien-allemand de Maloja. Ces caractéristiques sont aussi remarquées par les enseignants de l’institut, qui compte actuellement six élèves à l’école enfantine et quinze autres répartis dans le degré primaire.
«Ici, les enfants vivent quotidiennement dans un microcosme fait de langues, de cultures, de nationalités et de religions différentes. Toutes sont acceptées et aucune n’est considérée supérieure aux autres. Pour eux, il est naturel d’accepter chacun tel qu’il est», nous dit l’enseignante Bianca Geronimi, à la fin d’une leçon de mathématiques.
Les mathématiques sont enseignées en allemand, tout comme la géométrie et la géographie. Bianca Geronimi enseigne ces trois branches ainsi que l’allemand. Son collègue Mario Krüger enseigne l’italien et les branches restantes dans la langue de Dante. Tous les deux sont en poste depuis la création de l’école bilingue de Maloja, à la rentrée scolaire 2005. Et tous les deux sont convaincus que l’enseignement bilingue représente le modèle scolaire idéal.
«Il permet à tous les enfants, du surdoué au légèrement handicapé, de parvenir à un plurilinguisme optimal. Naturellement, le bilinguisme ne transforme pas un élève faible en un génie, mais il lui permet de comprendre et de s’exprimer en plusieurs langues», affirme Bianca Geronimi.
Avoir conscience de la valeur des langues
Ces capacités, nous les retrouvons en parlant avec les enfants. «J’ai sept ans. A la maison, je parle portugais, mais à l’école, j’ai aussi appris l’italien et l’allemand», nous raconte avec fierté, dans un italien parfait, Adriana, qui souligne que l’allemand est sa matière préférée. Nous découvrirons plus tard que cette petite fille loquace de 1e année, avec laquelle nous avons fait la conversation durant la pause, est une élève en classe d’intégration.
Confirmation ensuite avec des élèves de 4e et de 5e: après la leçon d’anglais, quatre jeunes nous expliquent comment le fait de savoir l’italien et l’allemand les aide dans l’apprentissage de l’anglais. Surtout pour la compréhension du vocabulaire: il y a en anglais des mots qui ressemblent à l’italien et d’autres à l’allemand, disent-il. C’est une aide importante, car «l’anglais me plaît, mais il est un peu difficile», estime Massimo, qui à la maison, parle italien et un dialecte local.
Letizia, de langue maternelle portugaise, nous confie que la langue de Shakespeare est sa matière préférée, mais qu’elle a «un peu de peine avec l’allemand». Mais cette élève de 5e estime que cela vaut la peine de faire l’effort, car pour sa formation future, «il est important de savoir les langues».
Grâce au système d’enseignement bilingue, les élèves de Maloja parviennent à un niveau d’allemand très élevé, confirme Annemieke Buob, leur professeur d’anglais. Elle-même polyglotte, elle enseigne également l’anglais, l’allemand et l’éthique dans des écoles supérieures. Elle y constate les différences par rapport aux élèves qui ont fréquenté une école primaire en italien avec l’allemand enseigné comme une branche traditionnelle.
De l’avantage d’être petit
Un constat qui ne surprend pas après avoir observé qu’ici, l’enseignement bilingue commence dès l’école enfantine. Beaucoup d’enfants ne sont pas de langue maternelle italienne ni allemande. C’est ici qu’ils ont leur premier contact avec ces deux langues, nous expliquent Barbara Selva et Martina Giovanni, en charge respectivement de l’enseignement de l’italien et de l’allemand. Actuellement, sur six élèves, trois sont de langue maternelle portugaise.
Prix suisse des écoles
Instauré en 2003 par l’association Forum Bildung, le Prix suisse des écolesLien externe a été remis pour la seconde fois en 2015. Il récompense des instituts «qui font preuve d’un engagement supérieur à la moyenne et qui obtiennent des résultats pédagogiques exemplaires».
Pour motiver l’attribution du Prix à l’école primaire bilingue de Maloja, le jury a notamment indiqué que celle-ci «montre clairement comment il est possible de créer une forte cohésion dans une école hétérogène par le biais de méthodes didactiques flexibles et créatives».
«La première année sert surtout à prendre ces contacts, à se mettre dans l’ambiance, à écouter et à apprendre à reconnaître la langue, à se sentir rassuré et à avoir le courage d’essayer de parler dans l’autre langue. Tout vient de manière très naturelle», précise Martina Giovannini.
Ayant peu d’élèves, les deux enseignantes les connaissent très bien et appliquent des programmes individuels adaptés à leurs difficultés et à leurs potentialités spécifiques. De plus, dans le petit institut, élèves et enseignants de l’école enfantine et de l’école primaire se connaissent et partagent des espaces et des moments récréatifs. Cela favorise notablement le passage dans une classe supérieure, indiquent les deux enseignantes.
Récompense nationale
Le mérite pour le Prix suisse des écolesLien externe est également partagé, bien qu’il ait été attribué seulement à l’école primaire, étant donné que le Prix est divisé en catégories.
Pour la directrice de l’école primaire de la commune de Bregaglia, Elena Salis-Negrini, il s’agit d’«une reconnaissance pour le travail effectué au cours de ces dix premières années» et d’«un encouragement à poursuivre». Cela atteste que l’école de Maloja est «un modèle valable qui peut être pris comme un exemple à suivre au niveau national».
Au fond, il s’agit d’un prix pour Antonio Walther, qui s’est battu contre les autorités afin que cette école bilingue soit créée. L’ancien président de la Commission scolaire rappelle que la qualité de l’école avait déjà été prouvée, car elle avait dû surmonter toute une série d’épreuves, et que le projet avait été accompagné scientifiquement et didactiquement par des experts.
Les connaissances des élèves avaient été examinées et comparées à celles des élèves d’autres écoles de la région. Ce n’est que lorsqu’il avait été prouvé que les élèves de l’école bilingue de Maloja, bien qu’ayant des connaissances supérieures en allemand, parvenaient à des résultats équivalent à ceux des autres écoles dans les autres matières que le canton des Grisons avait donné son aval définitif.
Ainsi, aujourd’hui à Maloja, d’un côté, on sauve l’italien qui est enseigné aux enfants d’autres langues maternelles, et d’un autre côté, tous les enfants maîtrisent l’allemand, une langue qui leur permettra de continuer leurs études ou leur formation professionnelle en Engadine.
Journée internationale de la langue maternelle
Le 21 février a été proclamé par l’Unesco «Journée internationale de la langue maternelleLien externe».
Cette date a été choisie en hommage aux étudiants tués par la police le 21 février 1952 à Dacca (aujourd'hui la capitale du Bangladesh) alors qu'ils manifestaient pour que leur langue maternelle, le bengali, soit déclarée deuxième langue nationale du Pakistan. Ce mouvement a abouti à l’indépendance, en 1971, du Pakistan oriental, devenu le Bangladesh.
L’objectif de cette journée et de promouvoir la diversité linguistique et culturelle dans le monde entier. L’Unesco souligne que la promotion de la langue maternelle sert «aussi à sensibiliser aux traditions linguistique et culturelles du monde entier et à inspirer une solidarité fondée sur la compréhension, la tolérance et le dialogue».
(Traduction de l'italien: Olivier Pauchard)