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Selon le surveillant des prix, le coût des génériques en particulier est beaucoup trop élevé. Une situation qui s’expliquerait par la présence d’incitations inopportunes dans la régulation. En entretien, Stefan Meierhans explique qu’un système de montant fixe est nécessaire pour induire une baisse des prix.
Helsana: M. Meierhans, pouvez-vous nous expliquer pourquoi nous payons en Suisse jusqu’à trois fois plus pour un médicament que dans les pays voisins, en Allemagne ou en France?
Stefan Meierhans: Il est vrai que les prix des médicaments, en particulier ceux des génériques, sont souvent nettement plus élevés chez nous qu’à l’étranger. Notre marché de la santé est fortement régulé. Les nombreuses exigences comportent certes des avantages pour les patients, mais ces derniers font aussi les frais d’incitations inopportunes et d’une mauvaise régulation.
Pouvez-vous être plus précis?
Le marché de la santé est un marché dominé par les fournisseurs. En d’autres termes, les médecins et l’industrie ont une grande longueur d’avance en termes de connaissances dans presque tous les domaines. Par exemple, quand un médecin vous dit que vous avez besoin de tel ou tel médicament pour aller mieux, vous le croyez. Vous n’êtes pas en mesure de juger vous-même de son efficacité. C’est pourquoi la concurrence ne peut pas fonctionner correctement. Il existe aussi un manque de transparence au niveau de la qualité et des coûts et, malheureusement, nous n’avons qu’une influence limitée sur la fixation des prix des médicaments.
Comment expliquez-vous cela?
Notre méthode de régulation est dépassée et comporte des incitations inopportunes. C’est pourquoi certains médicaments coûtent en Suisse beaucoup plus cher que dans les pays voisins.
Quelles sont ces incitations inopportunes?
Le supplément pour innovation par exemple devrait être supprimé. Les médicaments qui sont nouveaux et plus efficaces devraient systématiquement remplacer les anciens, sans qu’on ait besoin de les vendre plus cher pour autant. Par ailleurs, chaque médicament devrait en principe figurer sur la liste des médicaments seulement pendant deux, voire trois ans, à titre provisoire. Pendant cette période, le médicament devrait faire ses preuves en termes d’efficacité et d’économicité. En outre, les marges qui sont appliquées sur les médicaments dans la chaîne de distribution allant du fabricant jusqu’au patient sont clairement trop élevées et figurent sans conteste parmi les incitations inopportunes.
En quoi ces marges sont-elles dérangeantes?
Lorsque les marges en pourcentage sont trop élevées, cela encourage les pharmacies et les médecins propharmaciens à prescrire des médicaments trop onéreux. Certes, les médecins et les pharmaciens doivent bénéficier d’avantages en s’approvisionnant de la manière la plus économique qui soit et le recours aux rabais est tout à fait acceptable. Mais ces avantages tarifaires doivent aussi profiter aux assurés d’une quelconque manière.
Est-il alors vraiment nécessaire que l’État fixe les prix des médicaments?
Oui, car l’assurance obligatoire des soins, qui rembourse notamment des médicaments prescrits, est une assurance sociale. Nous y contribuons tous de manière solidaire et nous ne pouvons pas tout simplement nous en dissocier. Cette assurance est contraignante. En garantissant la stabilité des prix des médicaments, l’État doit cependant veiller à ce que le système ne fasse pas l’objet d’abus ni ne soit sollicité outre mesure. Il doit en outre s’assurer que les coûts pourront être supportés à l’avenir également. En somme, il doit garantir le meilleur résultat au meilleur prix.
Quelle influence avez-vous sur les prix en tant que surveillant des prix?
Lorsque l’Office fédéral de la santé publique fixe les prix des médicaments, il doit m’en informer. Je peux alors émettre une recommandation. Selon la loi, je dispose d’un droit de recommandation renforcé. Si nous ne sommes pas d’accord, ce qui est parfois le cas, l’Office fédéral de la santé publique doit justifier le cas publiquement. Toutefois, il serait exagéré que je donne mon avis et que j’émette une recommandation pour chacun des médicaments. C’est pourquoi la surveillance des prix se limite à émettre une recommandation sur des questions fondamentales propres au système, telles que la fixation des prix ou l’évaluation des avantages des médicaments, et influence ainsi les règles du jeu. Cette recommandation s’applique alors par analogie à l’ensemble des médicaments.
Vous revendiquez haut et fort une baisse des prix pour les génériques. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas correctement?
Malheureusement, nous recourons toujours très peu aux génériques en Suisse. Et ceux que nous achetons sont beaucoup trop chers. Nous payons jusqu’à cinq fois plus que les Néerlandais pour les génériques commercialement les plus porteurs! En Allemagne, un médicament sur trois est un générique, alors qu’en Suisse, les génériques ne représentent que 17% de la consommation. Cela s’explique tout d’abord par le fait que la régulation des prix ne favorise guère le recours aux génériques dans le domaine des médicaments non protégés par un brevet, étant donné que les fabricants de génériques doivent offrir toutes les tailles d’emballage de l’original chimiquement équivalent dont le brevet a expiré. De plus, les fabricants doivent observer la règle de l’écart de prix qui entrave la concurrence. Selon cette dernière, les génériques doivent être de 10 à 60% moins chers que les originaux correspondants. En outre, les assureurs-maladie sont également tenus de payer pour une préparation originale onéreuse dont le brevet a expiré (après déduction de la quote-part) même lorsqu’il existe un générique beaucoup plus économique. Enfin, il y a des incitations inopportunes au niveau de la distribution, notamment le fait que la marge des pharmaciens soit toujours calculée au prorata du prix de vente. Un exemple: sur un prix de vente de 100 francs, un pharmacien a une marge de 12% sur le médicament vendu. Si le générique ne coûte que 50 francs, la marge du pharmacien est ramenée à 6 francs. Qui accepterait de bonne grâce de voir son bénéfice réduit de moitié?
Qu’est-ce que vous proposez pour résoudre le problème?
Les patients ont le droit d’être soignés de manière optimale. Pour ce faire, nous avons besoin d’un système qui soit mesurable, prévisible et équitable. Nous pouvons atteindre cet objectif en favorisant tout d’abord un climat de concurrence. Les entreprises devraient avoir la liberté de décider elles-mêmes du prix auquel elles souhaitent proposer leurs médicaments. En revanche, seuls les produits dont les prix sont abordables seraient remboursés intégralement par les caisses-maladie. Si le patient demande expressément le médicament original, plus cher, la différence de prix serait alors à sa charge, sauf si le recours au générique chimiquement équivalent ne peut être justifié pour raisons médicales.
À l’étranger, le système du montant fixe a déjà fait ses preuves.
En particulier dans le domaine des médicaments dont le brevet a expiré, l’introduction de ce système a eu pour conséquence que les fabricants ont aligné leurs prix sur le montant remboursé. Ils ont baissé les prix des génériques afin de garantir leur chiffre d’affaires. Selon nos calculs, un système de montant fixe permettrait à la Suisse de réaliser une économie d’environ 400 millions de francs par an. Cela représente environ 1,5% du volume des primes.
Ne risque-t-on pas d’ouvrir grand les portes à une médecine au rabais, comme le prétend l’industrie pharmaceutique?
Non, il est possible d’adapter le système de montant fixe à la Suisse, étant donné qu’avant d’être mis sur le marché, tous les médicaments doivent être autorisés par Swissmedic, ce qui garantit une qualité élevée. Nous voulons éviter que les prix changent toutes les deux semaines, comme c’est le cas dans d’autres pays où il y a un système de montant fixe, ce qui oblige les patients concernés à changer régulièrement de médicament. Nous estimons que les prix pourraient être adaptés quatre à six fois par année seulement.
Quel impact un système de montant fixe aurait-il sur les patients qui sont obligés d’utiliser la préparation originale pour raisons médicales?
Il n’y en aurait aucun, pour autant que l’on réfléchisse autrement. Cela s’applique aussi aux fournisseurs de prestations. Les malades chroniques en particulier pourraient être traités avec des génériques dès le début. On réaliserait ainsi des économies à grande échelle.
Vous pointez aussi du doigt les importants obstacles en matière d’autorisation des médicaments.
En Suisse, nous avons le luxe de disposer de notre propre service d’autorisation. Il en est ainsi puisque cela convient à notre industrie pharmaceutique qui espère de ce fait que l’autorisation sera délivrée plus rapidement pour les produits fabriqués au pays! Je peux comprendre cette stratégie, mais dans une certaine mesure seulement. Je me demande si nous avons véritablement besoin d’un tel service, d’autant qu’il y a des alternatives.
Un exemple?
Pour les médicaments développés à l’étranger, il existe des procédures d’autorisation accélérées. C’est le cas aux États-Unis, notamment. Et au sein de l’UE, il y a des autorités qui délivrent des autorisations distinctes selon les pays. Nous pourrions améliorer la collaboration que nous avons avec ces pays. Cela nous reviendrait beaucoup moins cher. Nos pratiques en matière d’autorisation sont si contraignantes qu’elles poussent à la fermeture des marchés et à l’augmentation des prix. C’est la raison pour laquelle je prône une uniformisation avec les pratiques d’autorisation européennes. Après tout, les standards de qualité en Europe ne sont pas si différents de ceux de la Suisse.
Entretien: Guido Klaus, Andrea Hohendahl