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Né en 1959 à Prato, en Toscane. Romancier, auteur de «La force du passé», «Terrain vague», «XY» et «Terre rare».
En 2006, «Chaos calme» a reçu le prix Strega en Italie et le Femina étranger en France.
En 2015, il a fondé avec Umberto Eco les éditions La nave di Teseo à Milan.
Dans quelles circonstances avez-vous découvert l’Évangile selon Marc?
C’était en décembre 1998. J’habitais Rome et j’ai reçu un exemplaire de l’Évangile de Marc que le pape, également évêque de Rome, avait offert à tous les Romains dans la perspective du Jubilé de l’an 2000: douze mille missionnaires étaient allés de porte à porte pour distribuer un million d’exemplaires du texte traduit en plusieurs dizaines de langues. C’est ainsi que le livre est arrivé chez moi qui ne suis pas croyant. Mais je suis un lecteur. Et même un gros lecteur. Je me suis mis à lire l’Évangile de Marc en pensant qu’il ne devait pas être très différent de l’Évangile de Matthieu: celui-là, je l’avais lu à cause des films qu’il avait inspirés à Pasolini et Rossellini. J’ai vite compris que je me trompais.
L'oeuvre de Marc a été longtemps plus négligée que les autres évangiles. Le livre que vous lui consacrez, «Selon Saint-Marc», a-t-il été inspiré par un désir de la réhabiliter
Sur le plan personnel, oui. Sur le plan général, je dirais que la tendance a beaucoup changé depuis 20 ou 30 ans: l’Évangile de Marc a été sans doute plus étudié au cours de cette période que durant tous les siècles précédents. On a longtemps pensé que le premier des Évangiles était celui de Matthieu. Or on a aujourd’hui la quasi-certitude que cette priorité revient à Marc. Des travaux scientifiques permettent d’estimer que la rédaction de son Évangile est antérieure à l’an 68, peut-être même à l’an 50. Il constitue donc une source pour les autres Évangiles. Cela dit, je peux comprendre la négligence dont Marc a été l’objet: pour un exégète, il y a sans doute plus de nectar à tirer des trois autres Évangiles. Mais j’ai lu ce texte du point de vue d’un écrivain et je me suis aperçu qu’il constitue une machine narrative d’une modernité formidable.
En quoi sa manière de raconter est-elle si singulière?
Marc a été confronté à une difficulté particulière. Il a écrit son texte à Rome, où il était le disciple et l’interprète de l’apôtre Pierre, et il s’adressait donc à des lecteurs potentiellement hostiles. Son destinataire était le peuple romain. Un peuple doté d’une culture et d’un imaginaire puissant. Un peuple dominateur et capable de férocité à l’égard des chrétiens. Marc n’était pas dans la situation de Matthieu dont l’Évangile voulait atteindre les juifs. Ou dans la situation de Luc qui s’adressait aux premiers chrétiens convertis. Pour toucher les Romains, Marc focalise son attention sur la figure de Jésus qu’il montre en action. À l’inverse de Matthieu et de Luc, il se concentre sur le geste plus que sur le verbe. Il décrit des miracles, des exorcismes, des déplacements. Et il se garde d’y ajouter des commentaires de son cru. Faisant cela, Marc invente une écriture moderne, confrontée à la difficulté de restituer les actions en paroles: les écrivains savent en effet qu’il est plus facile d’exprimer la parole par des paroles… Pour Marc, qui s’accorde ainsi à la sensibilité des Romains, il s’agit d’abord de leur faire aimer le Christ comme personnage. C’est le premier niveau de la conversion.
Pour en savoir plus, consultez le site du Matin Dimanche, www.lematindimanche.ch (Le Matin)
Créé: 15.04.2017, 22h55
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