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Ferdinand et Imelda Marcos : l’extravagance au détriment de l’État
Par Malika Rollo
Si j’écris cet article, ce n’est pas parce que je partage mon jour d’anniversaire avec Ferdinand Marcos (bien que ça soit le cas), mais plutôt parce que ses opérations complexes et variées ont non seulement marqué l’histoire des Philippines et le niveau de vie de sa population, mais aussi le droit Suisse et le début d’un chemin vers la transparence de ses institutions financières.
Contexte
Né le 11 septembre 1917, Ferdinand Emmanuel Edralin Marcos grandit dans son pays, les Philippines. Il y suit son parcours scolaire, s’engage dans l’armée et sort, quelques années plus tard, diplômé en droit de l’Université des Philippines. Il devient alors la référence en matière de régularité juridique sur l’archipel.[1]
Président des Philippines de 1965 à 1986
En raison de son image de bienfaiteur (et contrairement à bon nombre de potentats), Ferdinand Marcos s’est fait élire démocratiquement, après avoir gravi doucement les échelons politiques. Pour le peuple philippin, il représentait un grand espoir de développement et de modernisation, ce qu’il réalisera partiellement lors de son premier mandat.
En 1969, il est à nouveau élu[2]. Lors de ce second mandat, il a promulgué la loi martiale et instauré un couvre-feu. La finalité officielle de ce changement soudain était la baisse de la criminalité au sein du pays. Ce nouveau système est rapidement accepté par le peuple philippin, car le but escompté est indéniablement atteint. Marcos a gagné la confiance de son peuple et il va désormais profiter du nouveau système juridique en place pour s’assurer le plein pouvoir et faire arrêter ses opposants[3].
Monopole des ressources
Grâce à la loi martiale en place, Marcos s’est approprié des entreprises et des terrains pour ensuite distribuer à ses proches des pouvoirs monopolistiques sur presque toutes les ressources du pays. Pour instaurer des barrières à l’entrée des marchés, il a taxé toutes les entreprises appartenant à ses opposants.
Pillage de l’État
La Banque de Développement des Philippines (BDP) a également été prise pour cible par le président. La stratégie consistait à présenter des projets de construction à la BDP pour justifier un financement. Les projets ne voyaient tout simplement pas le jour et les prêts n’étaient jamais remboursés.
Parallèlement, le Japon a commencé à investir dans la modernisation des Philippines. Marcos en a profité pour s’octroyer des commissions sur chaque transaction, allant de 15% à 26%. A titre d’exemple, il a gagné USD 2.7 millions rien que sur la construction d’un pont. Mais contrairement à ceux financés par la BDP, ces projets ont vu le jour.
« Environ 20 à 40% des aides au développement en faveur des pays pauvres sont détournés à des fins personnelles »
Sociétés offshores
Comme dans la majorité des grosses affaires de blanchiment d’argent, il a été observé une utilisation de sociétés offshore. Ces sociétés, servant d’écrans dans le présent modus operandi[4], étaient utilisées uniquement pour faire transiter des fonds afin de cacher leur origine et leur ayant droit économique. L’enquête a révélé que Marcos détenait au moins 15 sociétés de ce type au Liechtenstein ainsi que d’autres au Panama. Au total, environ 300 millions de dollars auraient transité par ces « entreprises » sans que les banques touchées n’y trouvent quoi que ce soit de suspect.
Utilisation de faux noms
Les comptes ouverts en Suisse l’ont été au nom de Jane Ryan et William Saunders. Il est explicitement écrit sur le contrat d’ouverture qu’il s’agit de fausses identités, et les noms de Imelda et Ferdinand Marcos sont mentionnés juste en dessous.
Investissements dans l’immobilier[5]
La recherche du pouvoir et de la richesse du couple Marcos a abouti à un parc immobilier d’exception, dont voici quelques exemples :
Excentrisme : Imelda Marcos, tombée amoureuse d’un bâtiment de Manhattan appartenant à l’État des Philippines, a décidé de se l’approprier et d’en faire une discothèque.
Donations
Qui refuserait une donation de 100 millions ? Certainement pas Ferdinand Marcos, qui a volontiers accepté, en trois semaines, plusieurs dons d’un seul businessman dont le total avoisinerait les 100 millions de dollars. La générosité de cet homme a longtemps intrigué les enquêteurs, qui ne sont pas parvenus à trouver des preuves de corruption.
Déclin
En 1986, à la fin de son troisième mandat et après avoir détourné des milliards à l’État des Philippines, Ferdinand Marcos perdit aux élections présidentielles. Il fût alors contraint de s’exiler avec sa femme Imelda, leurs quatre enfants et les richissimes proches qu’il avait mis à la tête des marchés philippins. Ils s’installèrent à Honolulu, où Ferdinand finira ses jours[6].
Tout de suite après sa défaite dans les urnes, le peuple envahit le palais présidentiel et commença à récolter des preuves des détournements. L’un des indices les plus notoires étant la collection de robes et de chaussures d’Imelda Marcos, comportant parfois des fils de métaux précieux.
Le monde entier se pose alors la question : comment une femme vivant dans un pays dont le revenu moyen est en dessous du seuil de pauvreté peut-elle détenir plus de trois mille paires de chaussures de luxe européennes ?
L’impact en Suisse
Le cas de Ferdinand Marcos et celui de Jean-Claude Duvalier[7] (président de la République d’Haïti de 1971 à 1986) ont tiré la sonnette d’alarme pour la première fois en Suisse. Une prise de conscience générale a abouti à plusieurs réglementations, notamment la fameuse Loi fédérale concernant la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBA)[8].
Après la chute de Marcos débuta une nouvelle période, certes dangereuse et compliquée pour les relations économiques et le système juridique suisses, mais fort passionnante pour les professionnels du domaine. Depuis, chaque nouveau cas met en avant toute l’ingéniosité et l’originalité qui se cachent derrière ces modus operandi. Ils nous font parcourir le monde, pour un voyage bien particulier : la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
[1] https://www.notablebiographies.com/Lo-Ma/Marcos-Ferdinand.html, consulté le 11.04.2020.
[2] https://www.britannica.com/biography/Ferdinand-E-Marcos, consulté le 11.04.2020.
[3] https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMHistoriquePays?codePays=PHL&langue=fr, consulté le 11.04.2020.
[4] Attention à la distinction : une société offshore peut avoir une véritable activité économique
[7] https://www.swissinfo.ch/fre/le-cas-duvalier-embarrasse-la-justice-suisse/2769982, consulté le 11.04.2020.
[8] https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19970427/index.html, consulté le 11.04.2020.