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La «croissance durable» a cédé la place à un nouveau discours qui fait de la «décroissance» un impératif pour la survie de l’humanité. Ses partisans affirment qu’elle peut sauver la planète, «défaire le capitalisme» et même «permettre aux sociétés de prospérer sans croissance». Même s’ils sont animés de bonnes intentions, les partisans de la «décroissance» ont décidé de suivre une stratégie qui réduira les possibilités d’épanouissement de tout un chacun dans un monde caractérisé par des ressources naturelles rares.
Si nous avons vraiment de l’empathie pour le sort de l’humanité et de son environnement naturel, nous devons stimuler la créativité et l’innovation qui nous ont permis d’atteindre le niveau de pauvreté le plus bas de l’Histoire et de nous éloigner des catastrophes réelles ou imaginaires.
L’affirmation selon laquelle les discours anti-croissance sont une solution au problème de la «diminution» des ressources naturelles est fausse et trompeuse, car elle néglige des preuves historiques qui attestent du contraire. En effet, on ne tient pas suffisamment compte du fait que des ressources humaines illimitées – l’ingéniosité et l’esprit humain – ont permis d’améliorer le niveau de vie de la majeure partie de l’humanité tout au long de l’Histoire moderne.
En réalité, les possibilités infinies offertes par l’ingéniosité humaine ont repoussé les contraintes imposées par la quantité limitée de ressources physiques présentes sur Terre. En insistant sur le fait que la «diminution» des ressources nécessite une réduction ou un arrêt de la croissance, on néglige le fait que les thèses relatives par exemple à l’existence d’un «pic pétrolier» (le sommet de la courbe de l’extraction mondiale de pétrole, calculée en millions de barils par jour, autrement dit le point où celle-ci atteint son niveau maximal avant de connaître par la suite un déclin dû à l’épuisement progressif des réserves de pétrole contenues dans le sous-sol terrestre) ont toujours été contredites par la réalité et repoussées à un avenir lointain.
Le fait d’avoir réussi dans le passé à échapper aux contraintes de la rareté n’est pas une garantie absolue pour l’avenir, mais c’est une source d’optimisme face aux prédictions pessimistes des opposants à la croissance économique.
En l’état, les deux approches («croissance durable» et «décroissance») impliquent une caractérisation erronée qui nie les facteurs humains associés au capitalisme et aux marchés. En outre, les deux récits attribuent des caractéristiques humaines injustifiées à «l’État» en tant que mécanisme de médiation censé apporter des gains collectifs à l’humanité. Cette affirmation est examinée de près par une branche entière de l’économie, à savoir le Public Choice (théorie des choix publics).
La réalité est que l’expansion et la concentration du pouvoir politique associées à ces récits impliquent nécessairement une réduction de la liberté humaine et une diminution de l’épanouissement des individus. Selon les arguments avancés par les spécialistes du choix public, la menace existentielle ne provient donc pas de la détérioration de l’environnement physique ou de la survie de la race humaine en soi.
Une étude de l’expérience historique de l’expansion et de la concentration du pouvoir politique révèle des résultats moins bons pour la qualité de l’environnement humain et naturel. La négligence des conditions matérielles de la majeure partie de la population de l’URSS et la dégradation de l’environnement en Russie et dans les États satellites de l’Union soviétique en sont la preuve (voir la catastrophe de la mer d’Aral).
Les marchés versus la politique
La logique qui anime les mouvements prônant le développement durable ou la décroissance est une antipathie à l’égard des êtres humains qui utilisent la propriété privée pour tenter d’améliorer leurs conditions de vie en interagissant sur les marchés, autrement dit, le capitalisme. Les partisans de la décroissance, en particulier, croient en la nécessité d’un contrôle social ou d’une propriété sociale, c’est-à-dire qu’ils partagent les moyens, sinon les fins, du socialisme.
Pour leur part, les partisans du socialisme ont tendance à considérer la propriété privée comme le PROBLÈME qui conduit à la misère humaine et à la dégradation de l’environnement. En retour, ils préconisent le contrôle politique des ressources comme moyen de résoudre ces problèmes.
En revanche, les partisans du capitalisme et de la liberté d’action humaine affirment que la propriété privée est la SOLUTION qui permet des arrangements pacifiques résultant de conflits relatifs à l’utilisation des ressources. À son tour, la propriété privée incite les propriétaires à conserver et à ménager les ressources.
Aucune des deux approches ne garantit des résultats «parfaits». Cependant, l’examen des différentes incitations qui guident les acteurs dans un cadre politique ou privé est révélateur de la manière dont la population en général et l’environnement naturel vont être traités.
La classe politique ne dispose que d’informations limitées pour évaluer la valeur actuelle ou future des ressources ou pour déterminer quelle utilisation servira «au mieux» les citoyens, qu’ils soient consommateurs ou producteurs. Il est également vrai que les décideurs politiques ont tendance à être sourds ou insensibles aux erreurs de jugement étant donné qu’ils ne sont pas tenus de rendre compte des erreurs commises, car celles-ci entraînent des coûts dispersés et non des coûts individuels facilement identifiables. Le mécanisme permettant de corriger ou d’inverser les mauvais choix politiques est donc peu efficace.
Les marchés, en revanche, fournissent aux acteurs privés des informations étendues et dynamiques sur la valeur des ressources et du capital, telle qu’elle ressort des interactions et des échanges. Il est également vrai que les acteurs privés auront tendance à assumer les conséquences directes de leurs erreurs de jugement, ce qui les incite personnellement à les corriger le plus rapidement possible.
Les conditions de l’épanouissement humain
En matière de ressources rares («qui vont disparaître», selon les décroissants), certains mécanismes économiques méritent réflexion. Le premier est le prix du marché.
Lorsqu’un bien devient plus rare aujourd’hui qu’il ne l’était hier (à demande constante), son prix augmente. Comme pour tout ce qui s’achète et se vend, l’augmentation des prix relatifs tend à entraîner une augmentation de la quantité fournie (car les fournisseurs y voient une opportunité de réaliser des profits), souvent grâce à l’innovation technologique ou à l’arrivée de producteurs concurrents sur le marché. Parallèlement, une augmentation du prix relatif tend à entraîner une diminution de la quantité demandée, généralement en raison d’une substitution du bien en question par un autre. Comme l’ont fait remarquer à juste titre deux économistes soviétiques dans les années 1980, «tout est lié dans le monde des prix, de sorte que le moindre changement d’un élément se répercute tout au long de la chaîne sur des millions d’autres».
Les gouvernements qui autorisent des prix de marché libres permettent de connaître la rareté relative d’un bien, et la propriété privée fournit des incitations. Toutefois, la propriété privée n’est garantie que dans le cadre de l’État de droit, ce qui signifie que les dirigeants politiques doivent respecter le même ensemble de règles que les citoyens qu’ils dirigent.
Si l’objectif est l’épanouissement humain (et il devrait être au centre de toute démarche), nous devons nous demander quelles sont les conditions qui le permettent. Comme indiqué précédemment, la propriété privée et les prix du marché encouragent les incitations et les retours d’information. L’État de droit protège la population contre les comportements criminels, non seulement des autres individus, mais aussi des acteurs étatiques. De même, la présence d’une culture qui privilégie la paix par rapport à la guerre, qui valorise l’esprit d’entreprise et qui considère le commerce volontaire comme étant un processus à somme positive (plutôt qu’à somme nulle, en supposant que si l’une des parties gagne, l’autre doit perdre) est au moins aussi importante.
Pouvons-nous «épuiser» les ressources naturelles ? Les ressources de notre planète sont en effet limitées. Nous pouvons, bien sûr, recycler les matériaux utilisés et (éventuellement) exploiter des astéroïdes, voire coloniser d’autres planètes. Julian Simon va plus loin et affirme que «l’histoire des 200 dernières années, et en fait toute l’histoire de l’humanité, nous a fait découvrir une réalité extraordinaire, contraire à tout bon sens, à savoir que plus nous utilisons les ressources naturelles, plus nous en avons». Cela peut sembler contre-intuitif compte tenu du caractère limité des ressources sur terre, mais Simon affirme que le prix de l’extraction des ressources naturelles de la Terre a baissé tout au long de l’histoire.
Alors, oui, la croissance peut être éternelle si nous parvenons à mettre un terme à l’exploitation des ressources naturelles. La croissance peut être éternelle si nous cessons de nous laisser séduire par des idées dangereuses qui nous disent que la croissance est indésirable ou insoutenable. Le principal obstacle à l’amélioration continue de la condition humaine est l’ingérence humaine (politique ou idéologique) dans la liberté d’autrui.
Maintenant que nous connaissons ces différents éléments, nous pouvons répondre à la question suivante : quel est le rapport entre la croissance économique et l’épanouissement de l’homme ? Paul Collier, un économiste d’Oxford, a sans doute le mieux résumé la problématique en déclarant que «la croissance économique n’est pas une panacée, mais l’absence de croissance est un fléau».
Christopher Lingle est professeur invité d’économie à l’Escuela de Negocios de l’Universidad Francisco Marroquín au Guatemala. Emile Phaneuf III est économiste. Cette contribution est une traduction d’un texte publié en anglais sur le site de l’American Institute for Economic Research.