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En Afrique du sud, le procès du «Docteur de la mort» se poursuit. Depuis une semaine, Wouter Basson est entendu par le juge à Pretoria. Et il n'hésite pas à mouiller plusieurs pays. Dont la Suisse. Reste à séparer le bon grain de l'ivraie.Ce contenu a été publié le 30 juillet 2001 - 20:52
C'est la première fois, depuis le début de son procès, en octobre 1999, que le colonel qui a dirigé le programme secret d'armement biologique et chimique de l'ancienne armée d'apartheid prend la parole. Un témoignage attendu qui fait sensation.
Pour mémoire, le colonel chirurgien Wouter Basson est impliqué dans divers meurtres. Il est aussi accusé d'avoir détourné à son profit près de 8 millions de francs suisses.
Cette somme était destinée à acheter à la Libye, à l'Allemagne de l'Est et à la Russie le matériel nécessaire pour que l'Afrique du Sud puisse se doter d'armes chimiques et biologiques.
Des dénégations plutôt fumeuses
Tout au long de sa déposition, Wouter Basson s'est efforcé de démontrer qu'il n'avait pas détourné d'argent. Mais ses explications sont apparues bien fumeuses. Voire sérieusement sujettes à caution.
L'accusé affirme qu'en 1992, un agent secret suisse - en l'occurrence un homme du nom de Jürg Jacomet - l'a aidé à se procurer en Russie 500 kilos de «substance M», un stupéfiant qui sert à fabriquer le Mandrax que l'armée sud-africaine voulait utiliser contre les émeutiers dans les townships.
«C'est une vieille affaire, qui est déjà sortie devant la Commission Vérité et Conciliation», se souvient Jean-Philippe Ceppi. Selon ce journaliste suisse, spécialiste du dossier, il a en revanche été impossible de savoir si le matériel a finalement bel et bien été livré à l'Afrique du Sud.
Piégé par les services secrets helvétiques
Retour au procès. Où l'on apprend que l'argent de cette transaction (2,5 millions de francs suisses) aurait été volé. Et que Wouter Basson aurait alors dérobé des titres émis par le Vatican pour le compte du gouvernement croate, avec la complicité de son fameux contact suisse.
Le colonel Basson prétend qu'il aurait, en fait, été piégé par les services secrets helvétiques. Une chose est sûre, le «Docteur de la mort» a été interrogé pendant deux semaines, en 1993, par la police helvétique.
Ce n'est pas la première fois que Wouter Basson met en cause le Suisse Jurg Jacomet. Il l'a déjà fait en 1993, en Suisse. Et, plus tard, en Afrique du Sud, devant la Commission Justice et Vérité.
Des armes pour l'Afrique du sud
Côté Suisse, plusieurs spécialistes de l'Afrique du Sud se souviennent de Jurg Jacomet. Décédé d'un cancer à la fin des années 90 après avoir été exposé à de l'uranium, ce commerçant avait vendu des armes à l'Afrique du Sud.
Selon le journaliste Jean-Philippe Ceppi, Wouter Basson et Jurg Jacomet ont réalisé plusieurs affaires ensemble. Le Suisse aurait notamment ouvert des comptes pour le Sud-Africain dans notre pays.
Toujours selon Jean-Philippe Ceppi, les deux visites de Wouter Basson en Suisse auraient été organisées par Jurg Jacomet. A l'occasion de l'une d'entre elles, le Sud-Africain aurait même rencontré Peter Regli, alors chef du renseignement militaire helvétique.
Le commerçant suisse n'avait pas le titre d'agent secret. Il aurait cependant renseigné Peter Regli, avec lequel il avait effectué son service militaire. A noter encore que Jurg Jacomet avait eu maille à partir avec la police suisse, en 1993, après la découverte, sur une aire d'autoroute, de 10 kilos d'uranium.
Caroline Zuercher, avec Valérie Hirsch à Pretoria
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