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La Fondation
La Fondation vaudoise Jérémine, Lugeon et Rabot pour la géologie est une fondation régie par les articles 80 et suivants du Code civil suisse et par les présents statuts.
La Fondation a pour but de contribuer financièrement au développement de la science géologique à l’Université de Lausanne (UNIL) et au Musée cantonal de géologie de Lausanne.
La Fondation a été constituée en 2003 par la réunion des quatre fondations suivantes : La Fondation vaudoise pour la géologie, fondée par Mme Élisabeth Jérémine, La Fondation Maurice Lugeon, Maurice et Ida Lugeon, et La Fondation Charles et Andrée Rabot.
Toutes ces fondations avaient été créées par des fonds issus de trois scientifiques de renommée :
Dr Elisabeth Jérémine (1879-1964) (Elizaveta Vladimirovna Ereminaest) a fait ses études à Pétersbourg, qui vint à l’UNIL faire sa thèse intitulée : « Les bassins fermés des Préalpes », à l’invitation d’un jeune et prometteur professeur Maurice Lugeon. Elle poursuivit ses activités de recherches tout au long de sa vie et en particulier, elle devient spécialiste en pétrographie. Elle a travaillé avec les deux professeurs à la Sorbonne A. Michel-Lévy et A. Lacroix qui sont les auteurs que tout microscopiste en géologie connaît le diagramme du même nom. Ses travaux scientifiques sont nombreux, elle a écrit plus de 100 publications. Sa renommée en Europe est grande, elle y aura de nombreuses collaborations, et si elle n’avait pas eu le handicap d’être femme, elle aurait certainement une notoriété beaucoup plus grande de nos jours et aurait été professeure.
Le professeur Maurice Lugeon (1870-1953) est un des géologues de l’UNIL qui a fait la réputation de l’Université, connu dans le monde entier pour ses travaux sur les barrages, son « essai Lugeon » et sa compréhension des Alpes.
Charles Rabot (1856-1944) est un géographe français qui s’est intéressé à la glaciologie aux régions polaires. Il fut un infatigable explorateur de ces régions, avec des talents de vulgarisateur. Par ses expéditions il a contribué significativement dans les domaines des sciences naturelles (glaciologie, géologie, météorologie, etc.). Son lien avec l’UNIL est qu’il fût nommé professeur honoris causa à l’Université de Lausanne en 1915.
Nous remercions nos illustres prédécesseurs qui nous permettent aujourd’hui de réaliser une histoire de la géologie lausannoise.
Le président de la Fondation, le 11 février 2022
L’École de Lausanne et les grandes avancées en Géologie.
par Aymon Baud et Jean-Luc Epard
Les grandes avancées en géologie apportée par l’Ecole de Lausanne se font tout d’abord dans les domaines de la découverte et de la diffusion de la théorie glaciaire. Elle est découverte par Ignace Venetz et publiée en 1833 et c’est Jean de Charpentier qui communique la nouvelle théorie à Louis Agassiz qui publie un an avant lui, en 1840 une « Étude sur les Glaciers » alors qu’en 1841 Jean de Charpentier sort son « Essai sur les glacier ».
Vingt cinq ans plus tard, Charles Adolphe Morlot précise la théorie et montre en 1856, l’existence certaine de deux périodes glaciaires successives. C’est François-Alphonse Forel qui fonde en 1894 la commission glaciologique suisse et qui est l’initiateur en 1895 de la commission internationale pour l’étude des glaciers. Toujours à Lausanne lui succède Paul-Louis Mercanton qui par ses travaux en région polaire et au Groenland dès 1912, poursuit jusqu’en 1960, les travaux sur les glaciers initiés par Forel et ses prédécesseurs.
Une deuxième grande avancée concerne la stratigraphie avec celle de la constitution d’une échelle raisonnée des temps géologiques qui est due à Eugène Renevier. Son « Chronographe géologique », présenté au Congrès géologique international de Zurich en 1894 est avalisé par celui-ci et publié en à Lausanne en 1897. Cette nouvelle échelle des temps aura un grand retentissement dans la communauté internationale et les résultats serviront d’étalon à l’enseignement de la stratigraphie durant tout le 20ème siècle. Il aboutira au concept d’étage utilisé en stratigraphie, dont un grand nombre de dénomination et de localité type sont toujours en usage.
Pour le Trias, c’est Jean Guex, qui avec Aymon Baud, alors président de la sous-commission pour la stratigraphie du Trias, organise en 1991 une réunion internationale à Lausanne qui va définir les 2 étages du Trias inférieur utilisés actuellement l’Induen et l’Olenekien. Et c’est ce dernier qui collabore à un nouvel outil, la stratigraphie isotopique, utilisé pour définir la limite entre l’Ère primaire et l’Ère secondaire par l’étude des isotopes du Carbone enregistré dans la succession des sédiments de cet âge (1989).
C’est avec François-Alphonse Forel que les fondements de la science des lacs, la limnologie seront précisés à Lausanne avec son livre sur « Le Léman » terminé en 1904.
L’analyse des chaines de montagnes faite à Lausanne autour d’Eugène Renevier où se retrouvent les nouveaux pionniers de l’étude des Alpes, aboutira au concept de nappes de recouvrement puis du transport de toutes les Alpes calcaires septentrionales jusqu’à l’ensemble du massif alpin. D’abord Hans Schardt qui suite aux découvertes de l’âge triasique de calcaires préalpins considérés comme Eocène faites par ses collègues de Lausanne, corrige son mémoire de thèse et publie en 1893 et 1894 l’existence de grandes nappes de recouvrement qui occupent les deux lobes préalpins, romand et chablaisien, basé sur les théories exprimées par Marcel Bertrand neuf ans plutôt. Henri Golliez présente en 1894 le concept d’orogènes superposées dans le massif de Morcles. Puis il publie en 1897 avec Marcel Bertrand l’idée novatrice du transport vers le nord de l’ensemble des Hautes Alpes calcaires septentrionales. Ces vues sont très combattues au départ par l’ensemble de la communauté géologique.
Mais c’est Maurice Lugeon qui les étendra à l’ensemble du massif Alpin jusqu’au Carpates qui, lors d’excursions mémorables, achèvera de convaincre la majorité de la communauté scientifique.
Dès le milieu du 20ème siècle, Héli Badoux poursuit, et corrige parfois, l’œuvre de Lugeon. Il s’attèle à la cartographie détaillée des nappes des Préalpes et de l’Helvétique de Suisse occidentale. Il est l’auteur principal ou un coauteur majeur de 6 feuilles de l’Atlas géologique de la Suisse au 1:25’000 publiées entre 1959 et 1990. Il privilégiait les observations détaillées aboutissant à des développements théoriques novateurs. Son travail sur les Bélemnites tronçonnées de Leytron (1963) est très fréquemment cités en référence dans les bons ouvrages de géologie structurale.
Quant à Emile Argand qui fait ses études puis sa thèse à Lausanne, il va apporter à la science géologique des chaînes de montagnes la notion totallement nouvelle de zone de collision et de superposition d’un continent sur un autre, montrés dans ses publications de 1909, 1916 et 1924.
En 1926, Paul-Louis Mercanton va mettre en évidence de l’inversion de champ magnétique enregistré dans les roches au cours des temps géologiques et il est le premier à proposer que le magnétisme enregistré pourrait corroborer la théorie de la dérive des continents et permettre de déterminer leur déplacement. Mais il faudra attendre 30 ans pour que ses idées nouvelles soient vérifiées.
Quant à Arnold Bersier, professeur à l’institut de Géologie et directeur du Musée, devenu expert dans l’analyse des processus de sédimentation d’un bassin d’avant-pays, la molasse, il organise en 1958 à Lausanne la session du Ve Congrès international de sédimentologie, il dirige une excursion et il y présente un très brillant exposé des causes et mécanismes de la sédimentation molassique. Publié en français, son exposé, traduit en anglais servira de base à la cyclostratigraphie naissante de la 2ème partie du 20ème siècle et les subdivisions de la molasse suisse occidentale qu’il a définies serviront à toutes les études ultérieures.
Madame Alice Schnorf-Steiner qui a fait des études de Sciences à l’Université de Lausanne, s’attaque à l’étude paléontologique des Stromatopores secondaires et présente une thèse remarquable en 1931. Engagée en 1952 comme conservatrice au Musée géologique de Lausanne elle poursuit ses études sur les stromatopores et un des grands spécialistes de ce groupe, M. Lecompte, écrira que le travail de Mme A. Steiner est l’un des plus importants qui aient été publiés sur la structure des Stromatoporoïdes du Mésozoïque et sur leur systématique générale. C’est en 1963 qu’elle deviendra la première femme présidente de la Société paléontologique suisse.
A Lausanne, la géologie appliquée ne sera pas en reste avec les grands travaux dédiés aux tunnels, ainsi c’est Eugène Renevier qui participe aux expertises géologiques des grands tunnels alpins, soit Mont Blanc en 1876 et le Simplon en 1878. Pour ce dernier, c’est Hans Schardt qui en suivra le percement alors qu’Henri Golliez est l’artisan du tracé et du suivi du tunnel du Loetschberg.
Pour le tracé et le suivi des travaux géologiques qui concernent les chemins de fer de montagnes, c’est Henri Golliez qui est en charge du parcours du fameux train du Jungfraujoch inauguré en 1913 ainsi que du parcours de Brigue à Diesentis avec la traversée des cols de la Furka et de l’Oberalp.
Maurice Lugeon, lui, pousuivra les travaux pour la géologie du Tunnel du Mont-Blanc qu’il effectuera avec Nicolas Oulianoff, ce dernier s’occupera par la suite de la géologie du tunnel du Grand-Saint-Bernard.
Maurice Lugeon soulignera l’importance fondamentale des études géologiques pour la construction des grands barrages et la publication du livre à ce sujet en 1934 servira de référence pour ces ouvrages dans le monde entier et les demandes d’expertises ne cesseront d’affluer à Lausanne.
La photographie aérienne appliquée à la cartographie géologique de haut système montagneux sera l’œuvre dès 1934 de Nicolas Oulianoff à partir des levers fait par et avec Paul Corbin, ingénieur français établi près de Chamonix. Inventeur d’une boussole de géologue qui porte son nom et présentée en 1941, celle-ci fabriquée en Suisse par Meridian, sera utilisée dans le monde entier par les cartographes géologues.