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L'élection d'Obama ne change pas l'ordre du monde -mais le monde a quand même nettement moins sale gueule
On ne boudera pas notre plaisir : l'élection d'Obama est à saluer pour au moins deux raisons -et il importe peu aujourd'hui qu'elles soient plus affectives que rationnelles : d'abord, la défaite du ticket McCain-Palin. MacCain ne la méritait peut-être pas. Palin la méritait amplement. Ensuite, la défaite du " critère racial ", auquel d'aucuns, et pas seulement aux USA, persistent à trouver une quelconque base empirique alors qu'il n'y a plus, depuis la disparition du cousin Neanderthal, qu'une et une seule race humaine. Le temps viendra assez vite de redescendre sur terre, lorsque Barack Hussein Obama sera réellement en charge de la raison d'Etat américaine. En attendant, sauf à aimer haïr, on se sent déjà mieux avec Obama qu'avec Bush.
American Dream
En un vote, au terme d'une mobilisation électorale inédite, les Etats-Unis ont restauré leur image, à défaut, encore, d'avoir restauré leur puissance. Et du coup, les commentateurs n'ont plus à la plume que ce retour d'un " rêve américain " dissout dans l'insondable connerie bushienne. Un rêve que semble incarner Obama, comme l'incarna un Kennedy (mais Kennedy, ce fut aussi l'engagement américain dans le bourbier vietnamien...). Les images jubilatoires des foules saluant aux USA l'élection du candidat démocrate, et la défaite des Républicains, sont contagieuses. Mais ça n'est pas le sous-commandant Marcos, ni Jesse Jackson, ni Noam Chomsky, que les Américains ont élu à leur présidence : Obama est partisan de la peine de mort. Il est partisan du renforcement de la présence militaire américaine en Afghanistan. Il sera en charge de la première puissance militaire du monde, et il entend bien en user plus efficacement et plus intelligemment que son prédécesseur (il est vrai que le défi n'est pas insurmontable). Quant à sa couleur de peau, si elle n'a pas été un obstacle à son élection, les Etats-Unis n'ont pas pour autant " tiré un trait sur la " question raciale " (nous non plus, d'ailleurs), s'ils se sont donné les moyen de la poser un peu plus rationnellement, en la posant en termes sociaux, que jusqu'alors. Cette puissance construite sur un génocide et une déportation a élu le fils d'un Africain à la présidence. Elle aura assumé son passé lorsqu'elle considérera comme possible, et normale, l'élection d'un Navajo au gouvernorat du Nouveau Mexique. En attendant, on peut mesurer la charge symbolique de l'élection d'Obama par une question : à quand l'élection du fils d'un Algérien à la présidence française ou de la fille d'un Kosovar au Conseil fédéral ?