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Les espèces migratrices en captivité : comportement naturel et bien-être animal
En matière de bien-être animal, trois préoccupations éthiques cruciales sont couramment exprimées : le fonctionnement de l’état biologique normal des animaux, leur état émotionnel et leur capacité à exprimer leurs comportements naturels. Le comportement des animaux est directement lié à leur bien-être et certains comportements leur sont indispensables. On les appelle « besoins comportementaux ». Les animaux ont besoin d’adopter ces comportements, quel que soit l’endroit où ils sont gardés. Bien que le concept des besoins comportementaux soit controversé, il est certain que les animaux subissent des conséquences négatives s’ils ne peuvent pas exprimer certains comportements. La détention d’animaux dans des zoos ou des aquariums, en particulier les espèces migratrices qui, dans un environnement confiné, ne seront pas en mesure de mener leur comportement naturel de déplacement sur de longues distances, est donc largement discutée. Comme l’explique Dawkins (2004), « la question est de savoir si le bien-être animal est compromis si un animal captif ne démontre pas tout le comportement normal d’un membre de son espèce vivant en liberté ».
• La migration, un comportement naturel
La Convention sur les espèces migratrices (CMS) définit une espèce migratrice comme l’« ensemble de la population ou toute partie géographiquement distincte de la population d’une espèce ou d’un taxon inférieur d’animaux sauvages, dont une proportion importante des membres franchit cycliquement et de façon prévisible une ou plusieurs limites de compétence nationale ». Cette définition présente ainsi la migration comme un comportement naturel pour certaines espèces animales. Cependant, ce type de comportement ne peut pas être reproduit dans les aquariums, même si l’un des principaux objectifs de ceux-ci est de présenter les espèces telles qu’elles seraient vues dans la nature, avec autant de comportements naturels que possible. L’Association mondiale des zoos et aquariums (WAZA) recommande à ses organisations membres de veiller à ce que les besoins physiques et comportementaux des animaux soient satisfaits, de leur fournir des défis environnementaux qui encouragent la curiosité et l’engagement, mais aussi de leur permettre d’accéder aux éléments naturels, y compris les changements saisonniers. Il est nécessaire de pouvoir s’adapter à l’évolution des besoins d’un animal ou d’un groupe d’animaux au fil du temps. Même si rien n’est dit spécifiquement sur la migration, le déplacement sur de longues distances est un comportement naturel qui ne peut pas être reproduit dans les zoos et les aquariums.
Par conséquent, priver les animaux migrateurs de la possibilité de voyager ne serait pas conforme à la biologie naturelle de ces animaux. Dawkins explique notamment que si les oiseaux migrateurs sont maintenus en captivité, ils deviendront agités à l’automne et tenteront à plusieurs reprises de s’échapper, même si leurs autres besoins, comme être nourris et en santé, sont satisfaits. L’inconfort, un comportement contre nature ou même la mort sont des conséquences possibles de la captivité chez les animaux migrateurs, en particulier les cétacés et les requins. En effet, les aquariums ne sont pas la reproduction exacte de l’environnement naturel, ce qui conduit les espèces captives à se comporter différemment de leurs homologues sauvages.
• Les espèces migratrices dans les aquariums
Cétacés : Presque tous les types de mammifères marins, comme les dauphins, parcourent de grandes distances à la recherche de nourriture. Une fois en captivité, leur schéma migratoire et leur alimentation naturelle sont complètement bouleversés, ce qui peut entraîner du stress et des comportements allant jusqu’à l’automutilation ou une agression anormale. De plus, les mammifères marins en captivité subissent graduellement l’atrophie de bon nombre de leurs comportements naturels. Il existe par exemple des signalements d’orques en captivité qui sont devenus extrêmement agressifs, attaquant des humains ou d’autres orques, ainsi que des femelles captives qui ont rejeté leur nouveau-né.
Requins-baleines
Les requins-baleines ont été exposés pour la première fois dans l’aquarium Churaumi d’Okinawa en 1982, et d’autres aquariums ont suivi, comme l’Aquarium Kayukan d’Osaka, le Musée national de biologie marine et aquarium de Taiwan et l’Aquarium de Géorgie. Pourtant, les requins-baleines sont des espèces hautement migratrices qui traversent les océans à la nage. Selon Lei & al (2015), aucun rapport scientifique sur les conditions d’élevage des requins-baleines en captivité n’a été publié, contraste considérable avec la littérature et la recherche sur les cétacés détenus dans les aquariums, qui sont très importantes.
Grands requins blancs
Les grands requins blancs sont eux aussi des espèces hautement migratrices, mais contrairement aux cétacés ou aux requins baleines, ils ne sont plus présents dans les aquariums. Comme l’expliquent Ellis et McCosker (1991), la rareté des espèces et les difficultés à les capturer et à les transporter ont privé la plupart des aquariums de la possibilité de présenter un grand blanc sain. Les auteurs expliquent que par le passé, de grands blancs ont été exposés dans les aquariums, mais qu’ils sont morts à peine quelques jours ou quelques semaines après leur capture. Ils citent notamment Hawaii où, en 1961, un spécimen a été exposé tout juste 24 heures avant de mourir ou le cas de cet autre spécimen qui, en 1962, a été capturé et amené à Marineland, en Floride, pour y mourir 36 heures plus tard. Les auteurs donnent encore dix autres exemples de grands requins blancs capturés pour être exposés en aquarium, avec les mêmes résultats à chaque fois : la mort de l’animal. Bien que la cause exacte des décès ne soit pas expliquée, le fait que les grands blancs aient été privés de leur comportement naturel, à savoir nager sur de grandes distances, est probablement lié à leur mort. Malgré cela, l’Aquarium de la Baie de Monterey, membre de la WAZA a présenté à partir de 2004 cinq grands requins blancs juvéniles. Les requins ont tous été relâchés après plusieurs mois d’exposition, 198 jours au maximum. Il n’est pas certain que l’Aquarium de la Baie de Monterey se relance dans ce cycle de capture, d’exposition et de libération de grands blancs à l’avenir.
• Conclusion
Nous pouvons affirmer qu’en détenant des espèces migratrices en captivité, les aquariums ne respectent pas l’une des trois préoccupations éthiques cruciales : la capacité d’exprimer des comportements normaux, comme le suggère Fraser (1997), qui inclut un des besoins comportementaux essentiels des animaux marins migrateurs : la capacité de nager sur de longues distances. Il semble impossible pour les aquariums (et les zoos) de respecter les comportements migratoires de certaines espèces, car un environnement artificiel empêchera automatiquement les animaux de se comporter ainsi. Ceci nous amène à la question suivante : la WAZA doit-elle renforcer sa réglementation sur les animaux en captivité, en empêchant les espèces migratrices d’être détenues ?
En outre, de nombreux rapports se concentrent sur les cétacés (comme les dauphins et les épaulards) détenus en captivité et sur les raisons pour lesquelles ils devraient être libérés. Cependant, peu de recherches ou de documentation sur les requins migrateurs en captivité ont été menées, même si, comme expliqué précédemment, de nombreux grands requins blancs sont morts quelques jours après avoir été déplacés dans des aquariums. Il apparaît donc crucial de mener davantage de recherches sur d’autres espèces migratrices détenues en captivité que les dauphins et les orques, car ils ne sont malheureusement pas les seuls animaux aquatiques à souffrir de ces espaces artificiels.
Ivan Martin, mars 2019
Bibliographie :
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