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L’école est née dans le terreau fertile des civilisations, elle est sans doute aussi ancienne que l’écriture. En Helvétie, les Romains créent dans les premiers siècles de notre ère un réseau d’écoles municipales. Celui-ci s’étiole dès le 5e siècle sous la poussée des invasions barbares. Un siècle avant sa chute, l’Empire romain avait adopté le christianisme ; la nouvelle religion s’était implantée dans toutes les provinces, et c’est l’Eglise qui reprend timidement la tâche d’un enseignement organisé. Les bénédictins ouvrent leurs premières écoles monacales au 6e siècle. Les plus célèbres sont celles de Saint-Gall et d’Engelberg. Elles comprennent deux divisions : l’une pour les futurs moines et l’autre pour les enfants de la noblesse. On y pratique, en latin, la prière, le chant, la lecture et l’écriture. Il existe aussi des abbayes où sont instruites les jeunes filles, comme celle de Bischoffsheim en Alsace.
Dès la fin du 8e siècle, sous le règne de Charlemagne, l’instruction connaît un essor nouveau. Un religieux anglais, Alcuin (~735-804), devient en quelque sorte le ministre de l’éducation de l’empereur. Directeur de l’Ecole Palatine d’Aix-la-Chapelle, la plus prestigieuse de l’Empire, il élabore un plan d’études fondé sur les sept arts libéraux de l’Antiquité : le trivium (grammaire, dialectique et rhétorique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie). Infatigable voyageur, il découvre dans les bibliothèques des monastères des oeuvres antiques qu’il fait recopier. Rapidement, de nouvelles écoles, toujours tenues par des religieux, s’ouvrent dans les cathédrales, les monastères et les paroisses. Les écoles épiscopales sont dirigées par un « écolâtre », choisi par l’évêque. Les élèves suivent l’enseignement dans la nef. Ils y apprennent à réciter et à psalmodier le plan d’études grégorien. Leur manuel est le psautier, un livre de parchemins maintes fois copiés et recopiés. On l’apprend par coeur en se balançant comme le font les élèves juifs ou musulmans avec la Torah ou le Coran. Il semble que certaines expressions – apprendre par coeur, cours magistral et leçon ex cathedra – datent de ces temps lointains. Zurich hérite de l’époque carolingienne son prestigieux Collegium Carolinum qui formera de nombreux grands esprits.
Le 11e siècle marque une rupture dans l’histoire du Moyen Age. Les croisades engendrent le renouveau de l’économie monétaire, l’accélération du commerce, l’essor des villes et l’apparition de la bourgeoisie marchande. Les écoles épiscopales, ou cathédrales, connaissent un nouvel élan. Les écolâtres se mettent à délivrer, après examen, une licence d’enseigner aux maîtres qui veulent ouvrir des « petites écoles » privées. De cette manière, l’Eglise s’assure que l’enseignement demeure conforme aux dogmes. Ces nouvelles classes sont surtout fréquentées par les enfants des bourgeois. Ils y apprennent, en latin, à lire, à écrire et à calculer. En 1179, le troisième Concile de Latran recommande la gratuité des écoles cathédrales afin que les pauvres ne soient pas privés d’instruction. Cette directive n’est guère suivie d’effets.
La Renaissance et le goût de l’instruction
Au 12e siècle, les premières universités s’ouvrent en Europe. Gérées par les maîtres qui y enseignent, elles sont fréquentées par des étudiants de tous âges, dès 13 ou 14 ans. Pour être admis, il faut savoir lire, écrire, et posséder des rudiments de latin. Dès leur origine, ces institutions aspirent à une certaine liberté et s’efforcent de s’affranchir de l’emprise des autorités civiles et religieuses.
L’Université de Bâle, première de Suisse, s’ouvre durant la Renaissance, le 4 avril 1460. L’autorisation lui est délivrée par le pape Pie II : «Le bourgmestre, les conseils et les bourgeois de la belle et salubre ville de Bâle, avantageusement située à tous égards, reçoivent par les présentes et pour toujours une Université, à l’instar de celle de Bologne, où s’enseignera toute science permise, divine et humaine.»
Le savant Erasme de Rotterdam (1469-1536) contribue à la notoriété du nouvel établissement. Humaniste accompli, il préconise l’étude des grands auteurs anciens dans leur langue d’origine, soit en latin et en grec. Les maîtres doivent pratiquer l’art d’instruire de manière attrayante. Il leur faut mettre en scène les matières, comme on le fait au théâtre, et laisser une grande part à l’expression des élèves. Erasme a gardé de pénibles souvenirs des rigidités de son éducation. C’est pourquoi, il souhaite qu’on y mette un peu de légèreté et de joie de vivre.
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L'auteur :
Simone Forster a obtenu une licence en sciences sociales à l’Université de Neuchâtel. Elle s’intéresse à l’éducation et aux questions liées au développement. Elle a conçu et rédigé des moyens d’enseignement sur les relations Nord-Sud et sur les marchés des matières premières pour la Direction du développement et de la coopération (DDC) du Département fédéral des affaires étrangères. Elle a aussi enseigné une quinzaine d’années l’histoire économique à la Haute Ecole Arc (économie) à Neuchâtel. Collaboratrice scientifique à l’Institut de recherche et de documentation pédagogiques (IRDP) à Neuchâtel, elle publie régulièrement des articles dans la presse spécialisée, notamment dans l’Educateur et le Bulletin de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP). Ses recherches ont trait essentiellement à l’éducation comparée, aux réformes en Suisse et dans les pays industrialisés, à l’architecture scolaire, aux migrations et à l’histoire de l’éducation.