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Moins d’argent pour l’ONU, plus d’argent pour les dépenses militaires.
Les États-Unis vont-ils cesser de financer l’OMS, le Forum économique mondial, l’UNESCO, les projets de l’ONU, de la Banque mondiale et l’agenda du climat pour augmenter les dépenses militaires? C’est en tous cas ce qu’a voté la Chambre des représentants dans la loi pour l’adoption du budget 2023-2024.
Les nouvelles orientations dans la répartition du budget américain voté par la Chambre permettent d’observer dans quelle direction le vent pourrait souffler sur le monde dans les mois qui viennent. Le 28 septembre dernier, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté son projet de loi annuel sur les dépenses du département d’État et des opérations étrangères. Point positif, la loi souligne l’importance des valeurs démocratiques de la société américaine telles que la liberté d’expression et la liberté religieuse. Elle n’omet pas pour autant d’effectuer des coupes budgétaires dans les programmes internationaux ‘d’inspiration communiste’, censés menacer la souveraineté nationale.
En revanche, elle augmente les dépenses pour la sécurité nationale et les aides militaires bilatérales aux pays alliés, en particulier Israël, Taïwan ou l’Ukraine, et désigne les ennemis à combattre : la Russie et le Parti communiste chinois. Le message est clair.
Arrêter de financer l’ONU et ses agences
Le projet de loi du budget 2023-2024 concocté par les républicains prévoit un montant de 51,5 milliards de dollars, soit une réduction de 14 % (8,2 milliards de dollars) par rapport aux niveaux de l’année dernière et 25 % de moins (17,4 milliards de dollars) que ce que le président Joe Biden a demandé.
Pour redresser l’économie américaine et faire face à la crise énergétique, les députés de la Chambre ont pris des mesures catégoriques. Ils entendent tout simplement supprimer une grande partie de la participation américaine aux organisations internationales et à leurs programmes. Ainsi, le budget total qui leur serait alloué, ne s’élèverait plus qu’à 250 millions de dollars, soit 1,5 milliard de dollars de moins que la proposition faite par le président.
En premier lieu, ce sont les Nations unies qui en feraient les frais, puisqu’il s’agit d’annuler la contribution annuelle ordinaire des États-Unis, soit un montant de pas moins de 707 millions de dollars. Une partie des députés américains a manifestement perdu confiance dans l’organisation, puisque selon le texte “aucun paiement ne sera effectué aux organisations et programmes internationaux qui fournissent des contributions volontaires à plusieurs agences des Nations unies”.
La simple lecture des titres du projet voté illustre en effet le revirement drastique souhaité par les républicains, à savoir un retrait des politiques et organisations liées à l’agenda global, en faveur d’un repli nationaliste et de la reprise d’accords bilatéraux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les députés sont allés jusqu’à :
L’interdiction de financer le Fonds des Nations unies pour la population (un fonds qui est accusé d’avoir des politiques eugénistes), de financer l’OMS, le Forum économique mondial, l’Unesco, l’OCDE (l’organisation pour la coopération et le développement économique), le Fonds des nations unies pour l’environnement et d’autres moins connus comme le Fonds d’action pour l’équité et l’égalité entre les hommes et les femmes.
Concernant ‘la santé globale’, le projet mentionne spécifiquement l’interdiction de financer l’Institut de virologie de Wuhan, EcoHealth Alliance, l’organisation qui a permis de financer la recherche sur le gain de fonction à l’étranger par l’entremise d’Anthony Fauci, et tout type de recherche analogue, ainsi que les laboratoires situés dans des pays hostiles comme la Chine, l’Iran, la Russie, la Corée du Nord ou Cuba.
Tedros Ghebreyesus et Xi Jin Ping
De manière générale, l’influence de la Chine sur l’OMS par la voix de son président Tedros Ghebreyesus et son donateur principal Bill Gates, tous deux étroitement liés à Xi Jinping, ont aussi largement contribué à créer un véritable climat de méfiance envers l’organisation et ses projets.
Enfin, la Chambre exige qu’à l’avenir les organisations internationales fassent des rapports plus détaillés sur l’utilisation des budgets qui leur sont alloués.
Stop au ‘vert’, stop au ‘woke’
La Chambre exige en premier lieu un bilan du Government Accountability Office (“GAO”) sur le financement de la lutte contre le changement climatique par l’administration Biden, afin de démontrer s’il y a eu un impact mesurable sur les températures ou si l’on n’a fait que gaspiller l’argent des contribuables. Elle projette aussi d’éliminer les programmes climatiques contre-productifs qui nuisent à la sécurité énergétique du pays ainsi qu’au développement économique des pays pauvres, “ce qui les rend encore plus dépendants de l’aide des États-Unis et plus vulnérables aux activités malveillantes de la République populaire de Chine et de la Russie”.
Par conséquent, elle interdit le financement du Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund), du Fonds pour les technologies propres (Clean Technology Fund), du Fonds pour les dégâts dus au climat et des divers fonds de lutte contre le changement climatique gérés par la Banque mondiale. Elle prévoit aussi de mettre fin aux divers programmes d’action pour les changements climatiques sensibles au genre issus de la COP27, auxquels les États-Unis avaient consacré 21,8 millions de dollars.
Et dans la foulée, elle enterre les 33 envoyés et représentants spéciaux du président désignés par la Maison Blanche, “à moins que ces postes ne soient expressément autorisés ou n’aient reçu l’avis et le consentement du Sénat”. Parmi eux, le conseiller spécial du président pour le climat, John Kerry, et sa fille, envoyée spéciale pour le climat à l’OMS, adeptes des théories alarmistes liées à l’urgence climatique. Autres postes visés: l’envoyé spécial pour l’équité raciale et la justice et l’envoyé spécial pour la promotion des droits humains des personnes LGBTQI+.
Budget de guerre ?
Si cette prise de distance face à l’hégémonie des organisations onusiennes reflète une volonté de réaffirmer les valeurs de la démocratie américaine, elle est aussi à comprendre comme un positionnement géopolitique. La chambre critique par exemple l’ONU pour sa ‘complaisance’ envers la Palestine. Elle spécifie aussi son refus de contribuer à la commission d’enquête de l’ONU sur les territoires occupés, clame son soutien aux programmes fustigeant l’antisémitisme, sanctionne toute contribution à la Palestine et supprime le représentant spécial pour les affaires palestiniennes.
Votée fin septembre, soit quelques jours avant les attentats du Hamas, la loi déclare donc un soutien inconditionnel à Israël comme l’une de ses premières priorités et dégage 3,3 milliards de dollars d’aide à la sécurité du pays. Elle prévoit aussi un budget complémentaire pour ses alliés stratégiques au Moyen-orient soit 375 millions à l’Égypte et 425 millions à la Jordanie.
Sur le front européen, le financement de la guerre en Ukraine est maintenu, mais la commission demande plus de contrôle des actions en cours et des dépenses allouées, afin de lutter contre la corruption qui mine les affaires ukrainiennes.
Enfin, elle promet aussi 500 millions de dollars à Taïwan et 4,4 milliards pour “combattre l’influence néfaste du Parti communiste chinois dans la région Indo-pacifique”, ce qui représente un milliard de plus que le montant demandé par la Maison Blanche.
Ce budget, qui a été voté par la Chambre avec une majorité serrée de 216 voix contre 212 et qui est considéré comme ‘bi-partisan’, doit à présent être confirmé par le Sénat. Mais, quelle qu’en soit l’issue, il nous alerte déjà sur un changement de cap important dans la politique nationale et internationale.