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Le bio ne peut pas nourrir le monde! Lors d’une discussion familiale animée où je défendais l’agriculture biologique en Suisse, c’est l’argument ultime qui m’a été opposé. Et même plus, l’agriculture bio suisse serait criminelle puisque 25’000 personnes meurent chaque jour de sous-nutrition. Cette urgence justifierait donc à elle seule les pesticides et les OGM afin d’augmenter la production pour nourrir la planète.
Pour trancher cette question, c’est assez simple: il suffit de comparer la production d’un hectare en agriculture biologique avec le même hectare en agriculture “chimique” (ndlr: je ne me résous pas à appeler “traditionnelle” un mode de culture qui a moins d’un siècle).
L’université de Berkeley en Californie a mené la plus grande méta-étude à ce sujet. Les résultats sont clairs: l’agriculture biologique produit 19,2% en moins que l’agriculture chimique, mais ce chiffre peut être ramené à 8-9% avec des méthodes simples (p.e. rotation des cultures).
Mais 8%, ce n’est pas rien. Si le monde entier passait à l’agriculture biologique, la production alimentaire mondiale baisserait d’autant, augmentant ainsi la sous-nutrition.
Donc CQFD, jeu, set et match pour l’agriculture chimique!
Vraiment? En fait, l’OCDE considère que la production alimentaire mondiale est suffisante pour répondre à la demande “If people are hungry today, it is because they cannot afford to buy food, not because there is not enough available”.
En d’autres termes, la cause première de la sous-nutrition est le manque d’accès à la nourriture (pour des raisons financières, des guerres, de la corruption, etc) et non la quantité de la production.
Et même plus, l’OCDE considère que les perspectives sont bonnes vu que la production agricole augmente plus rapidement que la population.
Mon beau-frère, vif d’esprit, a alors argumenté que si la faim dans le monde était un problème d’accès économique à la nourriture, une augmentation de la production devrait faire baisser les prix des aliments et ainsi les rendre plus accessible aux personnes pauvres. Ceci est partiellement vrai, mais d’une part la production d’agro-carburants poussent les prix à la hausse, d’autre part l’exportation de produits agricoles des pays riches vers les pays pauvres créé un “dumping agricole”. En effet, les aliments produits en Occident avec beaucoup d’aides étatiques arrivent sur les marchés d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine moins chers que les aliments produits localement, appauvrissant ainsi les paysans et accélérant l’exode rural. Ce problème est d’ailleurs régulièrement dénoncé par les ONG œuvrant en faveur des pays pauvres.
Autrement dit, il faut effectivement développer la production, mais la production familiale locale, celle qui nourrit déjà 70% de la planète et qui est souvent plus productive que l’agriculture industrielle.
Mais je n’ai pas eu le temps d’expliquer ça à mon beau-frère car ma tante nous apostrophait “arrêtez de discuter et venez finir le gâteau, ce serait dommage de gâcher quand on sait combien de personnes meurent de faim dans le monde!”.
Et il y a encore l’argument de la valeur nutritionnelle : “Des différences marquantes, considérées comme nutritionnellement bénéfiques, avec plus de polyphénols, moins de métaux lourds et de résidus de pesticides dans les productions « bio » : tels sont les résultats d’une revue bibliographique internationale, à laquelle a collaboré l’Inra, qui a comparé la composition des produits végétaux issus de l’AB avec ceux de l’agriculture conventionnelle.”
Article de février 2015 : http://www.inra.fr/Grand-public/Alimentation-et-sante/Toutes-les-actualites/Qualite-nutritionnelle-des-produits-bio
Je discutais hier avec un vigneron de Lavaux qui a fait le choix de la transition (en cours) vers la biodynamie par respect de ses terres et de la vie qui s’y développe. Il m’indiquait avoir diminué le recours aux traitements et engraissage de 4/5 avec l’économie qui en découle. Un culture bien gérée ne nécessite que très peu d’apport, encore moins de protection. Elle implique toutefois de recréer un équilibre naturel qui a été détruit ces dernières décennies ce qui implique une volonté de remise en question des acteurs, de l’information et de la formation ainsi qu’une bonne de dose d’audace et de volonté.
Pour ma part, je choisi de la reconnaître en privilégiant ceux qui choisissent cette voie et qui savent élever des nectars qui plaisent au palais.
Je suis prêt à y mettre le prix et par là participer à leur projet.
En tant que consommateur, nous avons un rôle à jouer en privilégiant les producteurs qui s’attachent à respecter l’environnement.