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10/06/2010
DELAUNAY Prince de la Forme-Couleur
Robert DELAUNAY, le créateur de cette peinture baptisée Orphisme par l’inépuisable invention verbale de l’écrivain-poète Guillaume Apollinaire, naquit à Paris le 12 avril 1885. Après avoir abandonné ses études à l’âge de dix sept ans, il entra chez RONSIN, un atelier de fabrication de décors de théâtre situé à Belleville. Trois ans plus tard, en 1905, il quitta RONSIN pour se consacrer à la peinture, après avoir rencontré à Pont-Aven où il passait ses vacances, des artistes qui l’invitèrent à « jouer du pinceau ». Influencé par SEURAT, il commença en 1906, à peindre en décomposant la lumière par de larges taches, à l’exemple du tableau « Le manège de cochons » réalisé cette année-là en rythmes circulaires qui réapparurent ensuite dans sa peinture en 1913 et en 1922.
Après avoir été réformé du service militaire, il reprit l’étude de la théorie des couleurs élaborée par Chevreul, et s’intéressa alors aux contrastes simultanés. Il fréquenta Le Louvre et porta un intérêt certain à la peinture de Cézanne, alors que naissait le Cubisme de PICASSO et de BRAQUE. En 1907, il rencontra METZINGER avant de devenir l’ami du DOUANIER ROUSSEAU. L’année suivante vit la création d’une première « Tour Eiffel », avant que DELAUNAY ne s’installât définitivement dans son œuvre propre en 1909.
Sa peinture s’appuya sur les phénomènes de réfraction des rayons lumineux, et il étala les faisceaux selon l’éventail de leur décomposition prismatique en expliquant : « Rien d’horizontal ou de vertical, la lumière déforme tout, brise tout ».
En 1910, il épousa une jeune artiste peintre russe, Sonia TERK, qui à son contact, peignit dans le même sens que lui. De 1910 à 1912, DELAUNAY se laissa influencer par le Cubisme Analytique pour produire la série des « Tours de Laon », qui mirent en application la décomposition de la forme et la multiplication de l’espace, en renonçant pour un temps à la fête prismatique de la couleur. En 1912, surgirent dans son œuvre les merveilleuses « Fenêtres » qui rompirent alors presque toute attache avec le réel, pour transformer DELAUNAY en pionnier de l’Art Non-Figuratif. Dans son élan, l’artiste poursuivit sa recherche personnelle, et créa l’année suivante le premier des « disques simultanés » qui ensuite occupèrent une place si importante dans son œuvre. Il réalisa après cela ses « formes circulaires » ainsi que d’autres toiles magistrales dans lesquelles régnait un climat de fête et d’exaltation de la couleur et de la lumière qui n’avait alors pas de précédent dans la peinture, et qui s’opposa radicalement à la palette volontairement terne des peintures de PICASSO et BRAQUE réalisées à la même époque.
DELAUNAY, peintre lyrique, se laissa dominer par la joie sensuelle qui fut sienne. Les couleurs victorieuses semblaient imposer facilement l’ordre et la mesure des toiles, et le rayonnement de sa peinture dépassa les frontières pour lui apporter ce succès que la France lui refusait. Dès 1911, KANDINSKY l’invita à participer à la première exposition du « Blaue Reiter » à Munich, alors qu’en 1912, KLEE, Franz MARC et August MACKE lui rendirent visite à Paris. En 1913, il exposa à Berlin à la galerie « Der Sturm », et laissa Apollinaire baptiser sa peinture « Orphisme ».
Durant la première guerre mondiale, il séjourna en Espagne et au Portugal avec sa femme, avant de regagner Paris en 1920. Son appartement du Boulevard Malesherbes devint alors un lieu de rencontre pour les poètes français d’avant-garde, et les peintres du monde entier. Il réalisa de nombreux portraits, entreprit la série des « Coureurs », et revint aux compositions déjà abordées de la « Tour Eiffel ». En 1930, il reprit le thème des disques, et créa ses « Rythmes colorés », puis ses « Rythmes sans fin ».
Lors de l’Exposition Internationale de Paris en 1937, il exécuta de vastes décorations murales comprenant dix reliefs en couleur pour le Palais des Chemins de Fer, ainsi qu’un « Rythme coloré » de sept cent quatre vingt mètres pour le Palais de l’Air.
Lorsque les allemands envahirent la France en 1940, le couple DELAUNAY se réfugia dans le sud du pays, à Mougins, avant d’aller s’installer à Montpellier où Robert mourut le 25 octobre 1941, à l’âge de cinquante six ans.
Après sa disparition, sa femme s’est employée à mieux faire connaître sa peinture au travers de grandes expositions rétrospectives. Elle a également fait don d’importantes réalisations de son mari au Musée d’Art Moderne de Paris. Mais malgré la note poétique et généreuse de sa peinture, et la luminosité colorée qui traduit dans ses tableaux son indiscutable joie de vivre, DELAUNAY demeure encore aujourd’hui une énigme pour le public français, alors que les amateurs d’art étrangers goûtent cette peinture depuis déjà longtemps.
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Alain VERMONT