Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07256.jsonl.gz/232

Historique
A l'instar de ses consoeurs d'autres pays, la Faculté se développe en lien avec l'expansion des systèmes éducatifs et l'essor des sciences et des sciences sociales.
Pour parfaire la formation des enseignants, élément essentiel du système scolaire édifié durant le 19e siècle, l’Université de Genève, à l'exemple de nombreuses autres, crée en 1890 une chaire de pédagogie, qu'elle confie au philosophe Paul DUPROIX.
Une année plus tard, dans la foulée de l’émergence des sciences sociales comme disciplines académiques, Genève fonde en Sciences une chaire de psychologie pour Théodore FLOURNOY. C'est précisément au coeur de son laboratoire de psychologie expérimentale que se développe au tournant du siècle une nouvelle manière d’aborder les questions éducatives.
S’intégrant dans un puissant mouvement international visant la réforme de l’éducation sur la base de l’étude psychologique de l’enfant, Edouard CLAPARÈDE organise, au sein du laboratoire, des séminaires de psychopédagogie, dirige une commission chargée de redéfinir l’éducation des enfants “arriérés” et constitue avec la Société pédagogique genevoise un groupe d’étude de psychologie de l’enfant. Il devient professeur de psychologie en Sciences en 1908.
En 1912, Claparède fonde l’Institut Jean-Jacques Rousseau ou Ecole des sciences de l’éducation, institution privée, indépendante de l’Université. Dirigé par Pierre BOVET, l’Institut a pour fonction d'édifier les sciences de l’éducation, de former les éducateurs à la psychologie de l’enfant et à la pédagogie expérimentale et de promouvoir l'Education nouvelle. Des institutions sont créées pour lier recherche, formation et pratique: la Maison des petits dirigée par Mina AUDEMARS et Louise LAFENDEL, la consultation médico-pédagogique et le bureau d’orientation professionnelle. Parallèlement, le Département de l'instruction publique (DIP) nomme Albert MALCHE à la fois professeur de pédagogie et directeur de l’enseignement primaire, afin de réformer l’école sur la base d’une pédagogie empirique et sociale.
La crise de l’après-guerre met l’avenir de l'Institut en péril. Grâce aux efforts conjugués de l'Université, du DIP, des sociétés romandes d'enseignants et des amis de l'Institut, son devenir est néanmoins assuré ; Pierre Bovet est nommé professeur de science de l’éducation et de pédagogie expérimentale en 1920, rapprochant Institut et Université. De nouveaux diplômes universitaires sont créés, dont le doctorat de psychologie (1915) puis de pédagogie (1925).
L’Institut, dont le public estudiantin passe d'une vingtaine à une centaine, conquiert progressivement une renommée non seulement nationale mais aussi internationale. En atteste l'organisation de divers congrès d'envergure: la première Conférence internationale de psychotechnique appliquée à l’Orientation professionnelle en 1920, le IIIe Congrès d'Education morale en 1922 ou le IIIe Congrès de la World Federation of Education Associations en 1929 ; et surtout la création, en 1925, du Bureau international d’éducation, grâce à la subvention Rockefeller.
Une intense activité de recherche se déploie en psychologie de l’enfant, sous la houlette de Jean PIAGET, et en évaluation des aptitudes, sous la direction de Claparède. Des contributions essentielles à la réforme de l’enseignement sont élaborées: par Alice DESCOEUDRES sur l’éducation des enfants arriérés, par Adolphe FERRIÈRE sur l’école active, par Emmanuel DUVILLARD et Robert DOTTRENS, en lien avec l’Ecole expérimentale du Mail, fondée en 1928, sur les réformes éducatives de l'école publique.
Dans le même temps où le DIP lui confie la formation théorique des enseignants (une année dans leur cursus), l'Institut est rattaché à la Faculté des lettres, mais préserve son autonomie et son mode de fonctionnement. Sous la direction du triumvirat Bovet, Claparède et Piaget, le désormais Institut universitaire des sciences de l’éducation élargit son assise institutionnelle et redéfinit ses fonctions, réduisant sa militance au profit d'investissements plus académiques. Durant les années 30 et 40, malgré l’évolution politique internationale, l’Institut consolide ses acquis et jouit d’une renommée qui n’a d’égale en Suisse, selon ses directeurs, que celle de l’Ecole polytechnique fédérale à Zurich. En 1940, Piaget succède à Claparède à la chaire de psychologie, toujours en Sciences ; en 1944, Dottrens hérite de la chaire de pédagogie quant à elle en Lettres.
Au niveau de la recherche, plusieurs orientations se dessinent. Les travaux en psychologie du développement prennent un essor extraordinaire grâce aux nombreux collaborateurs de Piaget, dont Aline SZEMINSKA, Bärbel INHELDER et Marc LAMBERCIER. Sous l’impulsion de Hélène ANTIPOFF, Marguerite LOOSLI-USTERI, Richard MEILI et André REY, se construit une “psychologie appliquée”: être psychologue devient un métier. Le Laboratoire de pédagogie expérimentale, où oeuvre notamment Samuel ROLLER, multiplie les investigations sur différentes disciplines scolaires. Dottrens, en collaboration étroite avec des enseignants de l’école expérimentale, développe de nouvelles méthodes: approche globale de la lecture, écriture script, travail individualisé, abolition des notes chiffrées. Par ailleurs, Pedro ROSSELLO propose à partir de 1931 le premier cours d’éducation comparée en Europe.
En 1948, l’Institut est intégré à l’Université comme Institut inter-Facultés des Sciences de l’éducation, supervisé par une commission de délégués de quatre facultés (Lettres, Médecine, Sciences et Sciences économiques et sociales). Il bénéficie d'une plus large assise institutionnelle et se réorganise progressivement: la division de psychologie est dirigée par Piaget, tandis que celle de pédagogie est successivement assumée par Dottrens, Roller puis Laurent PAULI. L’Institut décerne désormais des grades universitaires: doctorat en pédagogie et psychologie ; diplôme et licence en psychologie de l’enfant et psychologie appliquée ainsi qu'en pédagogie, auxquels contribuent diverses autres disciplines comme la sociologie, l'histoire et la philosophie de l'éducation.
La recherche se poursuit et se différencie: éducation des petits, protection de l’enfance et pédagogie expérimentale, psychologie appliquée (orientation professionnelle et consultation médico-pédagogique) et surtout psychologie de l'enfant et du développement, sous la conduite experte de Piaget dont l'audience internationale inégalée rejaillit sur celle de l'Institut. Les institutions de recherche se diversifient grâce à la création par Piaget, en 1955, du Centre international d’épistémologie génétique. En dehors de l’Université, mais en étroite collaboration avec elle, Roller fonde en 1958 le Service de la recherche dont il dirige la section de pédagogie qui a pour mandat d'accompagner les réformes éducatives en cours.
Le développement du système scolaire et les demandes de qualification croissante des professionnels du champ éducatif nécessitent, au tournant des années 70, le renforcement de la recherche et formation en éducation. Grâce à Michael HUBERMAN les liens de la Section des sciences de l’éducation avec le DIP sont resserrés ; les études sont réorganisées pour permettre aux praticiens d’acquérir un titre universitaire ; de nouveaux professeurs sont nommés. Par ailleurs, la coordination romande aboutit à une convention qui attribue à la Section de psychologie une part importante de la formation des psychologues romands.
Grâce à ces initiatives, l’Institut, devenu Ecole en 1968, croît fortement et devient Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) durant l'année universitaire 1974-75. La création de cette 7e faculté genevoise inaugure une nouvelle ère, favorisant le développement institutionnel et scientifique des deux sections désormais bien distinctes. Tout en maintenant sa vocation académique, la FPSE élargit aussi ses services à la cité, ses fonctions d'expertise, ses partenariats et ses collaborations internationales.
Elle assume depuis 1996 la formation intégrale des enseignants primaires et contribue à divers autres diplômes professionnalisants, tant en psychologie qu’en sciences de l’éducation. La variété des programmes d’études et des diplômes décernés, la richesse des intitulés des chaires et charges d’enseignement, le volume de programmes et de projets de recherche sont les témoins de la fulgurante évolution de la FPSE. Quelques chiffres l’illustrent :