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Gatsby Le Magnifique
Chef-d'oeuvre incontestable de la littérature américaine, The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald a déjà inspiré plusieurs adaptations à l'écran: celle de 1926, dont il ne reste plus que la bande-annonce; celle de 1949 avec Alan Ladd, assez différente du texte original à cause de la censure de l'époque; celle de 1974, la plus connue, réalisée par Jack Clayton sur un scénario de Francis Ford Coppola, avec Robert Redford et Mia Farrow dans les rôles principaux; et celle de 2000, un produit télévisuel avec Toby Stephens et Mira Sorvino. La version de 2013, choisie pour inaugurer le Festival de Cannes, est la plus ambitieuse: mise en scène de Baz Luhrmann (Moulin Rouge), casting exceptionnel, bande-son énergique, usage de la technologie 3D. Hélas, quelle déception!
Pourtant, on reconnait la passion du réalisateur pour le roman, qu'il adapte plutôt fidèlement: l'amitié entre l'écrivain Nick Carraway (Tobey Maguire) et le playboy Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio); la passion de ce dernier pour Daisy (Carey Mulligan), mariée à Tom Buchanan (Joel Edgerton); le portrait affectueux et critique des années 20, décénnie du jazz et de l'alcool illégal. Luhrmann essaye même de respecter le plus possible les mots de Fitzgerald, avec certaines phrases reproduites à l'écran. Pour obtenir cet effet, il a pourtant jugé nécéssaire "trahir" l'auteur, en ajoutant des scènes supplémentaires dans lesquelles Nick, devenu alcoolique, raconte son histoire pendant qu'il suit une thérapie dans un sanatorium.
Si cette invention permet d'avoir une lecture un peu décalée des événements, certains excès visuels pouvant être attribués à l'esprit partiellement troublé de Carraway, elle n'ajoute aucune profondeur narrative ni émotionnelle. Tout reste très superficiel: les tentatives d'analyse psychologique des personnages sont noyées par des images trop soignées qui remplissent l'espace sans interruption, les fragments visuels se succédant sans donner l'impression qu'ils fassent partie d'un projet cohérent. Quant au soundtrack, vendu comme l'un des éléments-clé du film dans les bandes-annonces, il déçoit par sa platitude générale, comme le relief d'ailleurs.
Restent donc les acteurs, notamment DiCaprio, seul candidat pour le rôle de Gatsby depuis la naissance du projet. Avec un autre cinéaste, il aurait pu aspirer à cet Oscar qu'il n'a jamais gagné; ici, aussi solide que soit sa prestation, il va rarement au-delà de l'approximation, comme la plupart de ses collègues d'ailleurs. Seul Edgerton, dans la peau du personnage que Fitzgerald lui-même considérait comme le meilleur parmi ses créations, arrive à donner de la vraie substance à sa participation. Ses admirateurs à lui seront vraisemblablement satisfaits. Ceux de Fitzgerald auront interêt à revoir le film de Clayton, voire Midnight in Paris de Woody Allen, avec Tom Hiddleston dans le rôle du grand romancier.