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Désertée et en faillite, la métropole américaine se tourne vers les homos, réputés facteur de reprise économique. Un pari qui passe par la création d’un village gay, inexistant à l’heure actuelle.
En 20 ans, la ville américaine de Detroit a perdu près de 30% de sa population. La fermeture des usines automobiles qui avaient fait la fortune de cette métropole dès le début du siècle dernier a entraîné la faillite de la municipalité. Et maintenant, on fait quoi? se demandent les leaders politiques et économiques de la ville désertée, sinistrée par un taux de criminalité galopant et un délabrement généralisé des services. Detroit réfléchit à vendre ses bijoux de famille: collection d’oeuvres d’art municipale ou même un parc public. D’autres idées émergent pour changer la ville. Entre autres, il s’agit d’attirer une nouvelle population, capable de payer des impôts et de contribuer au redéveloppement économique et social local. Le magazine en ligne «Slate» note, à ce sujet, que l’impact de la communauté LGBTQ commence à peine à être pris en compte par les décideurs.
Rôle moteur
Or les gays et les lesbiennes sont de plus en plus perçus comme les moteurs du processus de «gentrification» – l’installation dans les centres-villes d’une classe créative et mobile. Les LGBT sont plus désireux de s’installer dans les coeurs urbains, plus tolérants et culturellement vivants. Et puisqu’ils sont statistiquement moins d’enfants, ils sont moins rebutés par l’état des écoles locales quand ils choisissent un lieu pour vivre &150; un énorme handicap pour Detroit actuellement. De récentes recherches ont montré que la communauté a fortement contribué à la renaissance de quartiers entiers à Boston, Chicago, la Nouvelle-Orléans ou Washington.
L’urbaniste Richard Florida a même créé un «indice gay» pour mesurer l’attractivité des villes. Il avance que celles qui manquent d’homos et de groupes de rock sont en perte de vitesse. Pour lui, les LGBT sont les «canaris de la créativité économique», grâce à leur capacité à rendre des zones plus désirables en y amenant des habitants et des entreprises.
La house comme carte de visite
Il y a un hic de taille: Detroit n’a pas de quartier gay, contrairement à la plupart des villes américaines. «Il y a des gays ici. Mais ils ne sont pas logés dans un paquet avec un arc-e-ciel dessus», explique Curtis Lipscomb, fondateur de Kick, un centre noir LGBTQ. Ce leader communautaire s’est mis en tête de développer une enclave gay dans la ville. Et ceci à partir de néant. Il a rassemblé une dizaines de personnes du secteur bancaire et associatif pour réaliser ce projet un peu fou. D’après lui, la vie nocturne de Detroit, capitale de la house, son offre culturelle alternative et l’immobilier à prix cassé sont capables de séduire les gays et lesbiennes de tout le pays.
Detroit, plutôt que New York ou San Francisco? Le pari n’est pas gagné. D’autant que l’Etat du Michigan n’est pas un exemple en matière d’égalité des droits. Le mariage pour tous y est tout juste à l’ordre du jour. En attendant, Lipscomb espère que la municipalité va faire des efforts pour se profiler auprès de la communauté gay, notamment en établissant des personnes de liaisons dans les administrations municipales. Mais là encore, les postes sont difficiles à créer dans la situation de banqueroute actuelle.
Nouveau souffle
Question image, les autorités ont encore beaucoup à faire. L’ex-maire Kwame Kilpatrick (aujourd’hui en prison) ne se privait pas pour faire des remarques homophobes. Il a fallu attendre Mike Duggan, le maire fraichement élu le 5 novembre dernier, pour entendre dans la bouche du chef de l’Exécutif local une déclaration positive à l’égard des LGBT. «Peu importe désormais, si vous êtes noir, métis ou blanc; chrétien juif ou musulman; gay ou straight. Nous voulons tous vos talents, vous allez tous être également considérés et bienvenus, car c’est seulement ainsi que nous allons reconstruire Detroit.»