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Les femmes davantage touchées par le chômage
Une étude de l'Office fédéral des statistiques met en lumière les écarts persistants des taux de chômage entre femmes et hommes
L'étude publiée récemment par l'OFS (Office fédéral de la statistique) dresse la liste des écarts entre le taux de chômage des femmes et celui des hommes. Si l'OFS fait preuve de réserve lorsqu'il s'agit d'interpréter ces écarts, il semble évident que le fait que les femmes s'occupent beaucoup plus que les hommes de travail familial et d'activités ménagères explique une grande partie de ces différences.
Sortie en août, l'étude «Femmes et chômage: des écarts persistants avec le taux de chômage des hommes»1, de l'Office fédéral de la statistique, dresse le panorama de la situation des femmes sur le marché du travail et révèle les inégalités subsistant en lien avec leur situation familiale.
La population active se monte aujourd'hui à environ 4,6 millions de personnes en Suisse, dont 2,1 millions de femmes et 2,5 millions d'hommes. Les femmes représentent donc environ 45,7% des actifs2, mais elles travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes et représentent de ce fait une part beaucoup plus faible du volume de travail3. Bien que les femmes se soient rattrapées ces dernières années, leur taux d'activité reste inférieur à celui des hommes, et ce, dans toutes les catégories d'âge. Pour les jeunes (15 à 24 ans) cependant, les différences sont minimes, mais à partir de 25 ans, les écarts se creusent et ne se modifient que dans une très faible mesure (graphique 1).
La première explication de la différence croissante qui apparaît de manière frappante à partir de 25 ans et plus est simple: le renoncement (provisoire) à l'activité profession¬nelle à l'apparition d'un enfant est nettement plus fréquent chez la femme que chez l'homme.
Chômage des femmes: supérieur à la moyenne
Malgré un taux d'activité plus bas pour les femmes que pour les hommes, celles-ci repré¬sentent 50,4% des personnes au chômage (2011). C'est-à-dire que leur taux de chômage est plus élevé que celui des hommes: 4,4% contre 3,7% (2011). Cette différence s'explique en grande partie par le fait que, pour l'éducation des enfants, la responsabilité diverge selon le sexe, on le voit si l'on prend en compte le statut familial. Le taux de chômage BIT des hommes qui vivent seuls est de 4,2%, alors que celui des femmes dans la même situation est de 2,9%. Lorsqu'il y a un ou des enfants, la situation apparaît toute différente: le taux de chômage BIT des femmes qui vivent en couple avec un ou des enfants se monte à 4%, alors que celui des hommes est de 2,2% (2011). La différence de taux d'activité entre femmes et hommes croît selon l'âge des enfants (graphique 2).
Ces chiffres montrent que les femmes se retirent plus fréquemment que les hommes du marché du travail pour des raisons familiales.
Femmes: plus souvent «au foyer» que les hommes
En 2011, 52,7% des femmes étaient «actives occupées» avant de se retrouver au chômage; 22,6% étaient en formation et 21,1% étaient au foyer. Pour les hommes, ces proportions étaient de 69,5% (actifs occupés), 22,9% (formation) et 2,1% au foyer (pour le solde, les chiffres concernent d'autres activités, comme le service militaire). Les femmes au chômage cherchent surtout un emploi dans la région de leur domicile. Un quart d'entre elles sont prêtes à déménager pour leur travail, contre 37% pour les hommes. Les raisons de cette mobilité géographique plus restreinte n'ont pas été étudiées par l'OFS. Mais il est fort probable que, là aussi, la situation familiale joue le premier rôle.
Taux d'occupation et situation familiale
La situation familiale détermine l'ampleur du taux d'occupation réel et recherché. Ainsi, 80,2% des femmes actives occupées âgées de 25 à 54 ans et vivant en couple avec en¬fants travaillent à temps partiel. Et 67,6% des chômeuses des mêmes catégories d'âge cherchent un emploi à temps partiel. Par contre, les femmes vivant seules sont en majo¬rité actives occupées à plein temps ou à la recherche d'un emploi à plein temps. Et la très nette majorité des femmes vivant en couple sans enfant travaillent à plein temps. La situation est différente en ce qui concerne les femmes vivant seules avec enfants: 63,1% d'entre elles, soit leur majorité, travaillent à temps partiel. Pour résumer, cela si¬gnifie que, pour les femmes, la présence d'un ou de plusieurs enfants à prendre en charge et d'un par¬tenaire actif occupé sont les principales raisons de travailler à temps partiel. Par contre, pour les hommes au chômage ou actifs occupés, le travail à plein temps est la règle, quelle que soit la situation familiale.
L'étude confirme l'urgence des besoins existants
L'étude de l'OFS livre toute une série de données sur le thème du travail et de sa répartition en fonction du sexe, que nous n'avons de loin pas toutes citées ici. Mais, ce qu'elles confirment sûrement, c'est que, tant que l'on n'aura pas mis en place les conditions-cadres sociales nécessaires pour mieux répartir entre les sexes le travail rémunéré et le travail non rémunéré, les femmes resteront défavorisées sur le plan professionnel.
Afin que le travail professionnel et les activités de prise en charge de tiers soient mieux conciliables, nous avons besoin d'horaires de travail compatibles avec la vie familiale, de l'égalité des salaires entre femmes et hommes, de modèles scolaires adaptés et, pour l'accueil extrafamilial des enfants, de suffisamment d'infrastructures abordables, reposant sur des projets pédagogiques et dotées d'un personnel qualifié assez nombreux. Nous avons également besoin que les structures de jour et les soins à domicile destinés à la prise en charge des personnes âgées et dépendantes de soins soient développés.
Christina Werder, secrétaire centrale de l'USS/fq
1 L'étude peut être téléchargée sur le site www.bfs.admin.ch.
2 Les définitions de personnes «actives occupées» et «chômeurs/chômeuses» répondent, tant dans l'étude de l'OFS que dans la présente contribution, aux recommandations du Bureau international du travail (BIT) et sont différentes de ce qui apparaît dans les statistiques mensuelles du chômage publiées par le Seco. Ainsi, le taux de chômage BIT était de 4% en moyenne (2011), alors que celui du Seco était de 2,7% (graphique 3).
3 On trouvera un rapide aperçu statistique concernant les différences hommes-femmes en matière de travail rémunéré dans: «14.06.2011: Femmes en mouvement», USS, 2012, p. 85ss.