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La Collégiale de Neuchâtel est bâtie en pierre calcaire jaune d’Hauterive, lumineuse et solide. Ses travaux débutent à la fin du XIIe siècle, elle est dédicacée cent ans plus tard en 1276, ce qui explique que l’on puisse y observer le passage de l’art roman (absides, chœur et bases des murs de la nef) à l’art gothique (tour de la lanterne et nef à trois vaisseaux).
Le chevet de la Collégiale comporte un remarquable ensemble sculpté de la dernière décennie du XIIe siècle. Le portail sud abrite les statues des deux apôtres fondateurs de l’Eglise, Pierre et ses clefs, Paul et sa tablette qui mentionne l’écharde plantée dans sa chair évoquée dans la deuxième épître aux Corinthiens (statues remplacées par des copies au XIXe siècle).
A l’extrémité Est, trois absides romanes de style rhénan constituent la partie la plus ancienne de l’édifice. Au nombre sacré de la Trinité, ces absides sont couvertes de tuiles vernissées et ornées d’arcatures lombardes que supportent des têtes humaines ou animales.
La nef, les transepts et la tour de la lanterne sont gothiques et datent du XIIIe siècle. La façade occidentale présente son porche transformé au XIXe siècle dont les dalles sur le sol indiquent le tracé des trois chapelles gothiques alors détruites. Des deux tours qui s’élèvent au-dessus des absides, seule la base de la tour sud est d’origine, elles datent en effet des travaux effectués en 1867-75 sous la conduite de l’architecte Léo Châtelain.
Le cloître adossé à la façade nord a été bâti au XIXe siècle. Reconstitution néogothique, on peut toutefois encore admirer les vestiges du cloître roman contre le mur sud de la collégiale. En 1875 fut érigée la statue commémorative de Guillaume Farel qui se dresse sur l’esplanade brandissant la Bible et écrasant sous son pied une statue de saint Pierre (allusion évidente à Rome) brisée lors de sa chute.
À l’intérieur, le chœur est représentatif de l’architecture romane avec ses deux absidioles latérales, ses arcatures, ses chapiteaux ornés de têtes animales ou humaines pleines d’humour et ses colonnes ornées de petits animaux sculptés à leurs pieds.
Les arcs d’ogives rappellent ceux des cathédrales de Bâle et Lausanne et montrent l’évolution du style roman au style gothique. Rappelons qu’avant 1212, un des fils du comte de Neuchâtel, Berthold, fut un temps chanoine de la cathédrale de Bâle où il put observer l’immense chantier et ramener des idées nouvelles. Il devint ensuite Évêque de Lausanne et put tirer des leçons du chantier de la cathédrale alors en construction, comme le montre l’architecture gothique de la nef avec sa première travée sexpartite et les suivantes quadripartites.
Les vitraux des trois absides datent de 1905 et ont probablement été réalisés par Clement Heaton qui a cherché à rendre la luminosité des célèbres verrières de la cathédrale de Chartres. Les vitraux des bas-côtés représentent des personnages bibliques. Selon la tradition, le nord est destiné à l’Ancien Testament avec les prophètes Esaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel, réalisés par Marcel Poncet en 1951 qui a aussi conçu ceux des extrémités ouest des collatéraux, Moïse et Jean-Baptiste. Au sud, les apôtres du Nouveau Testament avec Pierre, Jean, Paul, André et Jacques, réalisés par Théodore Delachaux en 1930.
La chaire en bois à mi-longueur de la nef fut érigée en 1573, tous les sièges étaient alors tournés vers elle. La décoration des voûtes d’un bleu céleste constellé d’étoiles est une des solutions classiques en contexte protestant pour signaler que le culte porte vers les cieux. On notera encore la plaque apposée à la mémoire de Farel en 1830 en face de la chaire.
L’orgue date de 1996 et a été construit par la manufacture de Chézard-Saint-Martin.
Enfin, la collégiale abrite le monument des comtes de Neuchâtel, cénotaphe parmi les plus beaux du patrimoine suisse, parvenu jusqu’à nous dans sa presque intégralité. Ce tombeau et son ensemble statuaire furent commandés par le comte Louis en 1372, avec réemplois de parties d’autres tombeaux antérieurs. Selon la coutume, les fondateurs se faisaient ensevelir dans le chœur de l’église.
Ce monument est épargné par les bourgeois de la ville en 1530 alors qu’ils portent atteinte au bâtiment au nom de la Réforme. Jehanne de Hochberg qui reste alors fidèle à Rome, cède la collégiale et se contente de la chapelle. La Collégiale fut longtemps le seul temple de Neuchâtel.
Le bâtiment est aujourd’hui propriété de la commune, qui est chargée de son entretien. Son utilisation est réglée par un concordat qui régit les relations entre l’État de Neuchâtel et les Églises reconnues réformée, catholique romaine et catholique chrétienne. La Collégiale est l’objet actuellement d’un grand projet de restauration. Le projet prend acte de l’image léguée par la restauration de Léo Châtelain qui a donné à l’église son image actuelle, notamment par la seconde tour et les flèches de pierre, visibles de toutes parts de la ville. Le but n’est donc pas de retrouver un état hypothétique d’avant les transformations néo-gothiques, mais de souligner les unités de l’architecture. Entre 2009 et 2013, après des études approfondies du bâtiments, on a pu restituer précisément les étapes de la construction et ainsi mener la première étape du chantier, la réhabilitation de l’enveloppe et du cloître. La deuxième phase du chantier portera sur l’intérieur, tandis que la troisième se consacrera aux abords de l’église. La ville de Neuchâtel propose de suivre les avancées du chantier sur un site spécialement consacré à ce projet de restauration.
Sources principales: Jean Courvoisier et Odette Roulet, Collégiale de Neuchâtel, dépliant publié par le Conseil de Communauté de la Collégiale, 2004.
Collégiale de Neuchâtel, première étape de restauration et de mise en valeur 2009-2013, Ville de Neuchâtel, 2015.
Chaleureux remerciements à L’Association pour la Collégiale et à Jean-Pierre Gern qui ont fourni la documentation nécessaire à la rédaction de cette notice historique.