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Maria Anna Angelika Catharina Kauffmann est déjà célébrée de son vivant comme «Raphaël parmi les femmes» ou encore «la dixième muse de Rome». «The whole world is angelicamad», le monde entier est fou d’Angelika, déclare en 1781 son contemporain Friedrich Ernst, Comte Schönborn. Son succès est le résultat d’une autopromotion efficace et d’une remarquable discipline de travail.
Angelika Kauffmann est née le 30 octobre 1741 à Coire, la ville natale de sa mère Cleofea Luz. Son père, Johann Joseph Kauffmann, un peintre itinérant de Schwarzenberg dans la région autrichienne du Vorarlberg, décore de fresques les églises et palais entre le lac de Constance et l’Italie du nord, ce qui fait que la famille est toujours en voyage. Même pas une année après la naissance d’Angelika, sa famille déménage à Morbegno en Valteline. C’est ici, près de Côme et Milan, qu’Angelika passe son enfance et sa jeunesse. Pour l’époque, son éducation est étonnamment complète. Elle a une voix de soprano exceptionnelle et maîtrise déjà en tant que jeune adulte quatre langues (allemand, italien, français, anglais). En plus, elle peint. Un de ses premiers autoportraits conservés, daté de 1753, la montre en tant que chanteuse avec une partition de musique – elle a seulement douze ans. C’est à cet âge qu’elle reçoit ses premiers mandats, dont le portrait de l’évêque de Côme. L’autoportrait de 1792 intitulé «Au carrefour de la peinture et de la musique» montre à quel point le choix entre l’art et le chant a dû être difficile pour ce jeune talent. Finalement, elle choisit le métier de peintre, plus honorable pour l’époque. Elle a un objectif ambitieux en tête: réussir dans la peinture historique, dominée par des hommes.
Le succès international vient en 1764 à Rome, avec son portrait du philosophe des Lumières Johann Joachim Winckelmann. Tous les journaux européens parlent de la jeune peintre. Mais ses œuvres ne sont pas seules à enchanter le public, et innombrables sont les collègues tombant follement amoureux d’elle. L’artiste ne se laisse pourtant pas impressionner, sa passion va à son travail. À partir de 1766, elle vit à Londres et devient membre fondateur de la Royal Academy. Les séances de portraits organisées dans son atelier luxueusement décoré sont de véritables événements sociaux, et tout le gotha lui tient lieu de modèle, y compris le roi Georges III.
Au sommet de sa carrière, elle fait réaliser des travaux de marqueterie dans le « style Angelika », ainsi baptisé en son honneur. Les scènes de ses toiles servent de modèle pour les meilleurs graveurs sur cuivre et pour les manufactures de porcelaine de Meissen à la Chine, en passant par Saint Petersburg. Il est même à la mode d’appeler ses filles Angelika.
Sa carrière fulgurante ne la protège cependant pas d’amères déceptions sentimentales. Vers la fin de 1767, elle épouse précipitamment un supposé compte Horn de Suède. L’escroc s’enfuit tout de suite après le mariage, qui est annulé par la suite. En 1781, elle épouse, à l’âge de 40 ans, l’Italien Antonio Zucchi et rentre à Rome où elle célèbre le deuxième sommet de sa gloire. Elle compte parmi ses clients l’impératrice Catherine II de Russie, l’empereur autrichien Joseph II plusieurs cardinaux italiens. La visite de son atelier est un passage obligé pour les voyageurs en quête de formation, et c’est ainsi elle fait même la connaissance de Johann Wolfgang von Goethe. Angelika Kauffmann meurt le 5 novembre 1807 à l’âge de 66 ans. Toute l’Europe culturelle pleure «angelicamad».
L’ensemble des portraits des pionnières de la Suisse moderne feront l’objet d’une publication dans un livre qui paraîtra à l’automne 2014, édité par Avenir Suisse et Le Temps. A précommander ici