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Le récit d’Acis et Galatée a traversé les époques. De la première apparition du cyclope Polyphème dans les récits homériques à notre temps, en passant par le XVIIIème siècle naissant où Haendel apportait sa pierre à l’édifice, ce récit d’amour et de jalousie aura inspiré poètes, sculpteurs, peintres et musiciens. En fait, même si l’on observe uniquement la production de Haendel en lien avec cette histoire, on trouve déjà une profusion d’artistes impliqués.
En effet, l’intérêt de Haendel pour Acis et Galatée va s’étendre sur quelque trois décennies, et donner lieu à une cantate italienne en 1708, un little opera en 1718, une pièce de concert en 1732, et finalement un opéra en deux actes en 1739. A chaque version ses librettistes associés, si bien qu’au final, pas moins de huit auteurs auront prêté leur plume au compositeur sur la seule histoire d’Acis et Galatée.
Il faut dire que durant ces trente ans, le monde de la musique, en particulier en Angleterre, pays d’accueil du compositeur dès 1712, vit une transformation profonde : d’une culture de cours où la vie musicale s’organise autour des souverains et incarne une “dimension spécifique de l’ordre social et politique” (Marc Belissa, Haendel en son temps), on glisse petit à petit vers une culture urbaine où le plaisir esthétique individuel gagne en importance et où la séduction du public devient essentielle aux musiciens.
Dans ce contexte, Haendel parvient à tirer son épingle du jeu grâce à un sens aigu des affaires, une sensibilité au goût du public et une adaptabilité hors du commun rendue possible grâce à son immense savoir-faire et à sa polyvalence stylistique : il est aussi à l’aise dans les styles allemands, italiens ou anglais. En témoigne la première révision qu’il fait de son opéra, en 1732 : alors qu’un concurrent tente de lui voler sa partition de 1718, il la révise entièrement et en fait une version… bilingue ! Au début des années 30, il faut du spectacle, et ce mélange d’italien et d’anglais remporte un franc succès.
Mais Haendel ne s’arrête pas là. Toujours à l’écoute du public, il écrit une dernière version, entièrement anglaise cette fois-ci, et en deux actes. La narration n’a pas bougé : il s’agit toujours de l’histoire d’amour passionnée et innocente d’Acis, un jeune berger, et de Galatée, une nymphe dont est également épris le cyclope Polyphème qui, pris d’une insoutenable jalousie, tue Acis ; Galatée transforme ce dernier en fleuve afin de pouvoir rester éternellement auprès de lui.
En partie grâce à cette œuvre, Haendel est le premier compositeur à ne jamais être sorti du répertoire des salles de concert. Si l’expressivité de sa musique, qui dépeint les personnages et l’environnement dans lequel ils évoluent, y est pour quelque chose, l’admiration que lui a porté le baron Gottfried van Swieten n’y est pas pour rien : c’est lui qui demande à Mozart d’écrire une nouvelle orchestration d’Acis et Galatée, et il s’occupe lui-même d’en traduire le livret en Allemand. C’est donc en 1788 que l'œuvre entendue ce soir est mise au monde… quatre-vingts ans après les premières notes de Haendel dédiées à Acis et Galatée.
Sassoun Arapian
Georg Friedrich Haendel
Acis & Galatea
Opéra en version de concert
|Galatea
|Julie Roset
|Acis
|Mark Milhofer
|Polyphemus
|Staffan Liljas
|Damon
|Valerio Contaldo
|Coridon
|Fabio Trümpy
|Maud Bessard-Morandas
|Leandro Marziotte
|Raphaël Hardmeyer