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Compte tenu de la grande incertitude politique liée à la guerre en Ukraine, le KOF présente deux scénarios dans ses prévisions de printemps.
Selon les prévisions conjoncturelles du KOF, l'économie suisse devrait croître de près de 3% cette année, mais uniquement dans le cadre d'un scénario favorable. Si la crise ukrainienne devait s'étendre et entraîner, entre autres, un arrêt complet de toutes les exportations d'énergie et de matières premières russes, y compris vers l'UE, un retrait du commerce de pétrole brut russe de Suisse et une nette appréciation du franc, il ne resterait plus qu'une croissance du PIB de 1% en 2022.
Avec l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes le 24 février et les sanctions économiques à l'encontre de la Russie qui en ont résulté, l'économie mondiale se trouve à nouveau plongée dans une crise. La reprise de l'économie, suite à l'assouplissement ou la levée totale des mesures prises en maints endroits pour endiguer la propagation du coronavirus est donc actuellement grevée par de nouveaux chocs négatifs. A court terme, l'économie ressent les effets de la guerre à travers la forte hausse des prix de l'énergie et des matières premières. Cette évolution renforce encore les hausses des niveaux de prix déjà observées auparavant en de nombreux endroits. Le commerce avec la Russie est pratiquement à l'arrêt dans tous les domaines, sauf celui de l'énergie. Comme de nombreuses entreprises actives dans le commerce international des matières premières sont implantées en Suisse, un embargo plus large que celui en vigueur jusqu'à présent pourrait entraîner une perte sensible de valeur ajoutée. Enfin, l'incertitude face au risque d'une nouvelle escalade, voire d'attaques militaires contre d'autres États de la région, pourrait avoir un effet négatif sur la consommation et les investissements. Même si un cessez-le-feu devait intervenir assez rapidement entre l'Ukraine et la Russie, cette guerre a d’ores et déjà modifié durablement la situation géopolitique et donc l'économie mondiale.
Sans l'invasion de l'Ukraine par la Russie (un scénario contrefactuel, voir encadré ci-dessous), la croissance du produit intérieur brut (PIB) corrigé des événements sportifs aurait probablement été proche de 3,2% cette année (3,3% en incluant les événements sportifs). Par rapport à ce taux de croissance contrefactuel (fictif), qui serait en grande partie alimenté par la reprise après la levée des mesures contre la pandémie, le KOF chiffre désormais la hausse du PIB à 2,9% (3,0% en incluant les événements sportifs) dans le scénario favorable. Dans ce scénario, les conséquences économiques de la guerre sur l'économie mondiale restent majoritairement limitées au deuxième trimestre 2022, même si de nombreuses sanctions envers la Russie resteront en vigueur plus longtemps. Mais comme ni la Russie ni l'Ukraine ne sont des partenaires commerciaux importants de la Suisse, les dommages causés par une interruption des flux commerciaux sont limités dans le scénario favorable, même si certaines entreprises seront touchées de manière drastique. En 2023, le PIB corrigé des événements sportifs devrait augmenter de 2,3% (2,0% en incluant les événements sportifs). Ce taux est certes nettement inférieur à celui de 2022, mais il reste supérieur au taux de croissance potentiel. Dans la mesure où les effets de rattrapage, suite à la crise du coronavirus, s'estompent progressivement, la dynamique se normalise peu à peu.
Avec le scénario négatif, le KOF suppose un arrêt complet de toutes les exportations russes d'énergie et de matières premières, y compris vers l'UE. Les prix de l'énergie augmenteraient à nouveau massivement et certains pays européens connaîtraient de plus en plus de restrictions de production. La demande étrangère de produits suisses diminuerait. Il est en outre supposé que le commerce de matières premières russes en Suisse serait stoppé. En outre, dans ce scénario négatif, le KOF part du principe que le franc suisse s'apprécierait rapidement et fortement. Dans ces hypothèses, le taux de croissance du PIB corrigé des événements sportifs ne serait plus que de 1% en 2022 (1,1% en incluant les événements sportifs). Ce serait environ 2 points de pourcentage de moins que dans le scénario favorable. En 2023, le PIB augmenterait de 0,8% (0,5% en incluant les événements sportifs), soit toujours environ 1,5 point de pourcentage de moins que dans le scénario favorable.
La différence entre le scénario négatif et le scénario favorable est la plus marquée au deuxième trimestre 2022: alors que le scénario favorable prévoit un taux de croissance modéré mais positif, le scénario négatif le fait chuter aux alentours de -6% en rythme annualisé. Il n'y aurait toutefois pas de récession au sens technique du terme (définie comme deux trimestres négatifs consécutifs), car la croissance du PIB redevient légèrement positive au troisième trimestre grâce à un petit effet de rebond. Les capacités de l'ensemble de l'économie restent toutefois fortement sous-utilisées au troisième trimestre. Dans ce scénario négatif, le marché du travail serait en outre sous pression. Dans les branches fortement touchées, comme certaines parties de l'industrie manufacturière, on assisterait à des suppressions d'emplois qui dureraient plusieurs trimestres.
La hausse actuelle de l'inflation dans le pays et à l'étranger a connu un changement qualitatif avec la crise ukrainienne. En raison de la guerre, l'inflation devrait augmenter plus fortement et ne pas baisser aussi rapidement que prévu. Les premiers signes indiquent que les anticipations d'inflation à long terme pourraient déjà avoir augmenté en Suisse. Contrairement à d'autres régions d'Europe et aux États-Unis, où l'inflation tend déjà vers une valeur à deux chiffres, la Suisse est encore pour le moment épargnée: avec le scénario favorable, les prix à la consommation suisses augmenteront de 1,6% en 2022, mais la hausse retombera déjà à 0,8% en 2023. Avec le scénario négatif, le renchérissement de 2,8% (2022) et de 1,2% (2023) dépasse temporairement la zone considérée par la BNS comme la stabilité du niveau des prix, à savoir jusqu'à 2%.
Pour tous ces scénarios, le KOF suppose qu'il n'y aura pas de réintroduction de restrictions de contact. Si l’on considère le scénario endémique retenu pour la Suisse, les cas de COVID-19 feront partie du quotidien et n'entraveront plus vraiment les activités des personnes en bonne santé. Mais comme la pandémie est loin d'être terminée, avec le risque d'apparition de nouveaux variants du virus potentiellement dangereux, et que l’on ne sait pas encore combien de temps durera l'immunité actuelle de la population suisse face aux variants qui circulent actuellement, le scénario d'endémie retenu, pourrait s'avérer trop optimiste a posteriori.
Compte tenu de la grande incertitude politique liée à la guerre en Ukraine, le KOF présente deux scénarios dans ses prévisions de printemps. Dans le scénario favorable, le KOF suppose une fin prochaine de la violence militaire et des effets négatifs plutôt à court terme sur la conjoncture. Il lui oppose un scénario négatif, qui prévoit une nouvelle escalade et une durée prolongée de la violence, avec des sanctions plus sévères de l'Occident à l'égard de la Russie et, en réaction, des sanctions de la Russie à l'égard de l'Occident. Avec le scénario négatif, toutes les exportations d'énergie et de matières premières russes vers l'Union européenne (UE) sont stoppées, ce qui entraîne de graves pénuries d'énergie et de produits intermédiaires, des interruptions de production correspondantes ainsi que des rationnements. L'économie européenne entrerait alors en récession et l'économie suisse subirait également d'importantes baisses de production au deuxième trimestre de cette année. Le scénario contrefactuel est quant à lui purement fictif et n'est donc pas un scénario à proprement parler. Il calcule comment le PIB suisse aurait évolué sans la guerre en Ukraine.