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Après les jeunes de Gaza, c'est aux paysans d'affirmer que le siège aide à les stimuler dans leurs compétences. Le but : se passer des pesticides et des engrais, interdits d'importation par Israël. Un article à ce sujet apparaît dans The Guardian hebdomadaire du 17 au 23 juin sous la rubrique « développement international ». Rebecca Collard est une journaliste canadienne basée au Caire. Voici la traduction de son article dont l'original est en anglais.
Rebecca Collard
« Les Palestiniens innovent pour produire leur propres sources de nourriture
Rebecca Collard 17 juin 2011
Dans une petite ferme au milieu de la bande de Gaza, Eyad Najjar récolte des carottes qui poussent dans une terre sableuse. Il ne dépend plus de pesticides ni d'engrais pour cultiver des tomates, du persil, de la roquette, des laitues et des épinards. Un étang de poissons d'un côté de son champ fournit de l'eau riche en éléments nutritifs par un système d'irrigation goutte à goutte. 'Mes citrons et mes oignons sont plus grands et ont meilleur goût,' dit Najjar avec un sourire.
Il n'est pourtant pas pour la révolution verte. A Gaza, la culture biologique s'est développé afin de garantir des sources indépendantes de nourriture. Lorsque le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007, Israël y a imposé un siège paralysant. Beaucoup de sortes de nourriture, de stocks de pesticides et d'engrais n'étaient plus autorisés à l'importation. Les autorités israéliennes soutiennent que des produits chimiques utilisés dans l'agriculture peuvent aussi être utilisés pour la fabrication de missiles.
En conséquence, l'insécurité alimentaire s'est accrue parmi les 1,6 millions des gazaouis, dont 80% sont devenus dépendants de l'aide humanitaire, selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM). Najjar en faisait partie. ... La pénurie a forcé les paysans de Gaza de chercher des alternatives créatives. Aujourd'hui, des familles comme les Najjar produisent tout le poisson et les légumes dont ils ont besoin. Ils ont même la possibilité de vendre le surplus et d'en faire un petit profit.
La technique d'irrigation goutte à goutte est une solution innovatrice qui lutte contre la pénurie des ressources en eau. Seulement environ 10% de l'eau de la nappe phréatique de Gaza est potable. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 60% de cette eau va à l'agriculture. 'Ailleurs, notre démarche serait considérée comme innovante et verte,' dit Simon Boas, qui coordonne le programme d'urgence de fermes élevant des poissons. 'Mais à Gaza, il y a une telle pénurie de ressources, que c'est une simple nécessité.'
Près de la zone tampon de la frontière avec Israël, 20 kilomètres au nord, de la sauge, du thym et du fenouil biologiques poussent sur 1,5 hectares. Ces cultures font partie d'un projet pilote de la Société gazaouie des producteurs de l'agriculture saine (SAPS). Cette association encourage l'adoption de la culture bio dans la bande de Gaza sous le siège. 'Au début,' dit le directeur Abd el-Munem, 'la plupart des paysans ne voulaient pas expérimenter : ils pensaient qu'ils perdraient leur récolte sans utiliser des fertilisants chimiques.... Le siège nous a fourni l'opportunité de convaincre les paysans de cultiver sans pesticides ni engrais chimiques.'
L'année passée, le Hamas a appuyé cette démarche en annonçant une stratégie sur dix ans pour développer l'agriculture durable face au siège. 'Nous essayons de dépendre de nos propres ressources, en appliquant des principes de la culture biologique et en retournant à nos pratiques traditionnelles,' dit Dr Mohammed al-Agha, Ministre d'agriculture de Gaza et professeur de science environnementale à l'Université Islamique de Gaza.
Une tonne de fertilisants israéliens fabriqués avec leurs eaux usées coûte 200$. Au lieu de ces produits importés, il est maintenant question de produire des engrais dont la qualité est garantie localement. Au sud de la bande de Gaza, l'association des Amis palestiniens de l'environnement (PEF) fabrique des engrais biologiques faits sur place. Samir al-Nahhal, un ingénieur qui travaille pour ce projet, montre des meules composées de fumier et de feuillages provenant des fermes locales : 'c'est comme un sandwich.' Une machine mélange la fiente des animaux et les déchets végétaux. 'La machine est de conception palestinienne,' dit-al-Nahhal. Des pièces détachées pour des véhicules et des machines sont aussi sous embargo israélien. PEF produit 500-600 tonnes de fertilisants par année au prix de 100$ la tonne pour réduire la dépendance sur les produits importés. Mais ils sont encore loin d'une agriculture biologique pure, avertit al-Nahhal.
Il n'existe aucune procédure pour certifier les produits de culture biologique à Gaza, et des associations internationales ont toute la peine du monde d'avoir accès à l'enclave victime du siège. L'alternative choisie par le Centre palestinien pour l'agriculture biologique (PCOA) est le système du Global Gap du FAO, qui établit des critères volontaires pour la bonne pratique agricole, comprenant une utilisation minimale de produits chimiques. Le Centre est responsable pour des fermes qui adhèrent aux pratiques recommandées, il a un projet pour une serre de 2,6 hectares pour des légumes. ...
Selon le Ministère d'agriculture, 2 à 3% de l'agriculture à Gaza est organique après une année d'existence de ce projet. ... Munum est convaincu que l'ingéniosité locale est la meilleure garantie d'une indépendance dans la production d'une nourriture saine à Gaza. »