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J’aimerais aujourd'hui faire une mise au point sur le bitcoin et l’or métal. Ce sont deux monnaies qui ont des caractéristiques particulières et sont sensées ne pas subir la dépréciation des monnaies fiduciaires qui sont celles avec lesquelles nous payons habituellement nos biens et nos services.
Pour bien comprendre, il faut faire un peu d’histoire.
Les banques centrales ont aujourd’hui le pouvoir de créer une quantité infinie de monnaie en utilisant l’arme des taux d’intérêts à court terme et celle de l’extension de leur bilan en rachetant des titres de créances sur le marché secondaire. Dans le passé, le droit d’imprimer des assignats sans limite a été utilisé par certains rois pour financer leurs dettes. Au 19e siècle jusqu’à la guerre de 14-18, le système était plus raisonnable. Les monnaies étaient adossées à l’or, chaque pays devant posséder l’équivalent en or de la quantité de monnaie émise. L’entre-deux guerres a été plus chaotique et a généré la crise de 1929, le rétablissement du contrôle des changes et la suppression de la convertibilité en or. Cela conduira l’Allemagne, en sous-capacité de production industrielle, à évoluer vers une surproduction monétaire considérable à l’origine d’une hyperinflation majeure. Le système monétaire né de Bretton Woods après-guerre conduit par John Maynard Keynes et Harry Dexter White a créé une certaine stabilité monétaire car si les accords ont donné au dollar l’immense avantage d’être la monnaie des échanges internationaux et par voie de conséquence la principale monnaie de réserve des banques centrales, les États-Unis ont toutefois eu l’obligation d’un rattachement nominal du dollar à l’or.
Cette période vertueuse sur le plan de la création monétaire prit fin en 1958. La création de l’Euromarket à l’instigation de la banque d’Angleterre permit de créer du dollar hors tutelle des États Unis dans tous les territoires de souveraineté britannique. La création monétaire s’affranchit définitivement du carcan de l’or en 71 avec l’avènement des réserves fractionnaires et la fin des accords Bretton Woods, chaque pays pouvant battre monnaie sans détenir son équivalent en or. L’histoire a montré que jusqu’en 2008, une production de monnaie supérieure à la richesse créée conduisait à une inflation forte des prix et des salaires, dépréciant ainsi la dette obligataire mais désendettant les créanciers à taux fixe. Les banques centrales ont donc fixé un objectif d’inflation standard à 2 % par an pour maintenir un équilibre monétaire capable de défendre de façon la plus juste les intérêts des emprunteurs et des prêteurs qu’ils soient souverains ou privés.
Cet équilibre à été maintenu jusqu’en 2007. La crise de la dette de 2008 a conduit les banquiers centraux des grands pays industrialisés à développer des politiques non conventionnelles, clairement justifiées par un risque majeur de déflation. Certains analystes alternatifs ont accusé les banques centrales de laxisme sur les taux dans la genèse de la crise de la dette. Mais rien n’est plus faux, c’est la régulation bancaire qui a été en cause. La crise des subprimes est essentiellement née du crédit hypothécaire, de l’absence de ratios prudentiels efficaces pour l’octroi de crédit ou la solvabilité des banques. Cette crise ne s’est d’ailleurs développée que dans les pays qui le pratiquaient : USA, Angleterre et Espagne. La France a essentiellement subi la contamination de ses banques par la titrisation des crédits défectueux américains. Les ratios prudentiels français ont depuis longtemps limité les mensualités de crédit aux particuliers à 30 % du revenu mensuel brut. Le taux de défaut de crédit est donc toujours resté très bas dans l’hexagone. Le manque de réserve des banques et les leviers utilisés sur les produit financiers à base de crédit un peu partout dans le monde occidental, ont fait le reste, déclenchant une crise majeure dont le deleveraging empêche encore aujourd’hui tout développement de l’inflation vers son niveau cible. Le désir de Donald Trump de revenir sur le Consumer Protection Act ou loi Dodd-Frank est donc tout simplement criminel sur le plan économique.
La gigantesque création de monnaie scripturale réalisée par les banques centrales à la suite de cette crise a fait évoluer l’once de métal jaune de 700 dollars en 2006 à 1900 dollars en 2011.
La raison est simple: l’or est une monnaie utilisée depuis plus de 5000 ans et c’est une monnaie stable car les banques centrales ne peuvent en créer.
Il est extrait du sol en faible quantité chaque année et la quantité globale existante dans le monde est limitée. Les études divergent significativement sur ce sujet. Selon le cabinet Thomson Reuters GFMS qui fait référence en la matière, la masse totale de l’or présent dans le monde s’élèverait à 171.300 tonnes, Selon le Gold Standard Institute, le stock d’or physique serait beaucoup plus important, situé entre 1,2 et 2,5 millions de tonnes. La question posée est celle des réserves réelles de métal jaune des banques centrales. La communication des banques centrales chinoises et américaines est très opaque sur ces sujets. Rappelons que les USA refusent tout audit de la quantité d’or détenue à Fort Knox depuis de nombreuses années et que la Chine est le plus important producteur et acheteur d’or du monde sans qu’on sache vraiment combien elle en détient actuellement.
Cette faible quantité d’or présente sur la planète et son caractère monétaire très ancien en fait un véritable gardien de la monnaie qui s’apprécie lorsque les monnaies fiduciaires sont produites en excès. Mais cette pénurie de métal jaune a conduit le système financier à créer de multiples produits dérivés dont le volume global est aujourd’hui 80 fois supérieur à la quantité réelle d’or supposée existante dans le monde. Le levier financier est donc considérable et a créé plusieurs fois ces dernières années une situation de backwardation sur les marchés à termes, traduisant une insuffisance de l’offre de métal physique.
L’or est donc un étalon monétaire trop rare par rapport aux volumes des monnaies fiduciaires présentes dans le monde.
C’est ce constat qui est à l’origine de la création d’une cryptomonnaie: le bitcoin, qui est une monnaie virtuelle, mais dont les fondamentaux sont identiques à ceux de l’or. Sa quantité existante et sa production sont limitées par une algorithmique spécifique.
Mon avis est aujourd’hui très tranché. Si le principe est intéressant, les débuts du bitcoin sont chaotiques et la cryptomonnaie évolue comme tout support innovant et prometteur: il s’apprécie comme une bulle spéculative et sa valeur n’a aucun sens. Comme toute bulle, elle peut croître bien au delà du raisonnable pendant longtemps et éclater brutalement au détriment des derniers acheteurs. Le bitcoin est aujourd’hui complètement décorrélé des fondamentaux monétaires et grimpe de façon vertigineuse alors qu’on assiste à un resserrement monétaire un peu partout dans le monde. Cela n’est, bien sur, pas du tout logique. L’explication est simple: il est porté progressivement à la connaissance du public comme un produit qui s’apprécie rapidement mais auquel, malheureusement, il ne comprend rien. La demande augmente donc très vite alors que l’offre reste stable. Cela a toutes les caractéristiques d’une bulle. Les primo-acheteurs seront très gagnants, les suivants beaucoup moins et les dernier y laisseront leur chemise.
Quand votre chauffeur de taxi vous dira qu’il veut acheter du bitcoin, il sera urgent de vendre …
A chacun de savoir s’il veut spéculer sur le bitcoin ou pas … En tant que trader Forex, je préfère rester à l’écart d’un produit qui deviendra de plus en plus volatil et entrer avec du levier sur des monnaies plus lisibles ou des métaux précieux.
Le véritable gardien de la monnaie, dont le prix reflète la réalité de la situation monétaire mondiale, est toujours l’or, en tout cas pour l’instant. Il ne monte pas car rien ne justifie sa hausse tant que l’économie américaine est en expansion. Il ne reprendra sa progression que lorsque les excès de production de monnaies recommenceront.
Si le bitcoin a un avenir, il ne se développera pas sans les états ni les instances monétaires mondiales, et il sera nécessairement intégré dans la logique des banques centrales pour limiter l’expansion monétaire. Il n’échappera pas à la tutelle du FMI et pourrait intégrer, dans ce cas, le panier de devises des droits de tirages spéciaux. Ce qui se passe actuellement n’a pas beaucoup de sens et peut être jugulé à tout moment par une décision politique. On l’a vu récemment en Chine …
La dernière question qu’il faut se poser sur le plan patrimonial est celle de l’intérêt de ces deux monnaies en termes d’assurance, en cas de crise économique et de conflit majeurs. Emporter des napoléons ou des Krugerrands avec soi me parait plus rassurant que de posséder du bitcoin…
Bonne semaine!