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Il y a 30 ans, au mois de novembre, Zine el Abidine Ben Ali prenait le pouvoir en Tunisie et mettait un terme au régime de Habib Bourguiba qui régnait sur le pays depuis son indépendance en 1956. Ben Ali avait promis des réformes attrayantes à de larges segments du régime politique tunisien, y compris aux Islamistes. Ces espoirs furent rapidement brisés par la répression brutale qui suivit les élections générales de 1989, durant lesquelles le parti Ennahda s’était présenté sur les listes indépendantes. Ce dernier termina deuxième après le parti de Ben Ali, aussi connu sous le nom de Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD). La gauche ne fut pas épargnée non plus et, en 2010, Ben Ali réussit à unifier la plupart des Tunisiens contre sa domination autoritaire. Les Tunisiens s’embarquèrent alors dans une transition politique, maintenant en cours depuis 7 ans, et célébrée aujourd’hui comme l’exception du succès relatif du Printemps Arabe. Pour expliquer ce succès un certain nombre d’explications ont été mises en avant par différents analystes, à savoir le rôle d’une société civile active, un niveau d’éducation élevé, un tissu homogène de la société et des intérêts géostratégiques limités, entre autres. Un autre facteur important, néanmoins, reste l’expérience du dialogue et de la construction d’une coalition entre les opinions différentes des acteurs de la société civile et de la société politique, particulièrement entre les séculiers de gauche et les islamistes [1]. Ceux impliqués dans l’initiative de dialogue du 18 Octobre 2005 [2] ont argumenté avec raison que le résultat de cette expérience avait facilité l’accord sur lequel le gouvernement Troïka de 2012 avait été formé.