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Steve pressait les boutons de manière insistante. Il n’en revenait pas. Pour la première fois en trois ans d’affrontements, il était en train de se faire battre à plates coutures par Dany. Le moment était peut-être venu de lui accorder ses quelques secondes de gloire. « Tu as cru que j’allais te laisser gagner le match ? La défaite est plus rude lorsqu’elle semblait être victoire », lui écrivit-il à travers le chat de l’interface. Il lui citait du Sartre ou du Molière ou du Platon en pleine partie. Pas de doute, l’esprit du combattant l’habitait.
Coup-franc. Affalé dans un fauteuil de cuir beige et vêtu de son caleçon du dimanche (également celui du samedi et régulièrement du vendredi), Steve jeta un rapide coup d’œil à ses pieds étendus sur le pouf adjacent. L’extrémité aiguisée de son pouce droit avait à nouveau percé sa chaussette et sa mère ne lui avait quant à elle toujours pas acheté de remplaçante. La garce.
Penalty. Steve se leva du fauteuil piqué par la décision arbitrale, jeta violement la manette contre l’écran, s’arracha les cheveux gominés et implora Maradona puis Maracana tout en dansant la Macarena. Après avoir effectué sa tournée de lamentations dans l’enceinte du coin TV, insulté dans un jargon italo-germano-anglais l’équipe adverse en espérant qu’elle recevrait le message à travers l’écran, puis s’être encoublé dans le carton de pizza et écrasé le restant de croûtes, Steve rejoignit son poste de contrôle. Simuler une défaite n’était tout simplement plus envisageable.
Pause. Il s’empara de la brique de thé froid Migros disposée sur le rebord du meuble télé. Il versa le contenu dans une bouche bien trop ouverte qui en laissa s’échapper quelques goutes sur le fauteuil déjà bien imbibé suite à de nombreuses parties arrosées. La manette semblait maintenant volatile, glissante, huileuse. Steve s’agrippa à elle et épongea ses mains en alternance sur son haillon de sous-vêtement.
Changement de gardien. Comme pour mieux faire face au tireur, Steve se mit à califourchon sur le pouf, le buste bombé, la tête à 30 centimètres de l’écran.
Pause. L’une de ses narines semblait habitée par un miquet pas mini qui l’irritait grandement. De sa main gauche Steve tira alors le passager nasal hors de son terrier, l’admira quelques secondes puis, instinctivement, tendit son bras en direction du mur. Encore quelques centimètres avant de pouvoir mettre sa moque à l’édifice et colorer davantage la fresque murale qu’il avait jadis entamée. C’est alors que le fauteuil se renversa, le thé froid et Steve avec. Il se retrouva dos à terre, les jambes cependant en l’air, toujours étendues sur le pouf. Le passager avait quant à lui survécu à la chute, collé à l’index d’un Steve en extase. Un sursaut de lucidité le poussa tout de même à s’intéresser à nouveau à sa main droite. Cette dernière avait laissé échapper la manette qui se trouvait maintenant coincée sous le fessier de Steve.
GOOOOOOOOOOOOOOOOOOOAAAAAAAALLLLL !!!! Par une pression d’arrière-train, le jeu avait repris son cours et Dany avait transformé le penalty au grand dam de son adversaire atterré. Un carton vert attribué à Steve dont on peut littéralement se moquer !