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Le commencement de l’action entreprise avec l’appel désespéré «Tutti fratelli» [«Nous sommes tous frères»] et les soins spontanés apportés aux blessés après la bataille sanglante de Solférino en 1859, resurgit dans l’esprit humaniste et littéraire du livre «Un souvenir de Solférino», écrit par l’homme d’affaire suisse Henry Dunant et publié en 1862. Dans cette publication, l’auteur propose de créer une organisation internationale de secours qui, à l’aide de volontaires, soulagent les souffrances indicibles des blessés sur les champs de bataille. Le soldat blessé, qu’il soit ami ou ennemi, doit être considéré uniquement en tant qu’être humain et obtenir l’aide nécessaire dans le sens de la charité et de la compassion humaine. Pour ne pas réduire cette vision à une parole exprimée du bout des lèvres, Dunant créa en 1863 déjà une organisation, le «Comité international et permanent de secours aux militaires blessés en temps de guerre» qui trouvera, après quelques modifications son appellation actuelle, une entrée dans l’histoire, de «Comité international de la Croix-Rouge» (CICR). L’objectif honorable fut la mise en œuvre de cette préoccupation. Les fondateurs – parmi eux Henry Dunant et Henri Dufour le remarquable général de la guerre du Sonderbund – de cette organisation internationale de secours mondialement connue avaient établi, avec d’autres personnes partageant leur point vue, des règles à appliquer en cas de guerre. Pour qu’elles soient respectées à l’échelle internationale, ils étaient convaincus qu’il fallait des normes généralement reconnues et respectées par tous les belligérants. Le 22 août 1864, le Conseil fédéral suisse convoqua une réunion à Genève spécialement conçues pour poser le fondement de la première Convention de Genève et donc du droit international humanitaire. Toutes ces pensées et ces aspirations relèvent de l’initiative d’un seul homme qui, suite à son désarroi humain, a cherché une voie menant à un mouvement humanitaire mondial. Ce fut une étape importante dans le développement de l’humanité, car elle a favorisé une nouvelle façon de voir les choses et a changé le raisonnement des gens. La souffrance des blessés et des combattants victimes de la guerre ont soudainement pris une importance centrale, la souffrance humaine ne fut plus perçue comme irrémédiable. Pour certains, cela semblait être une contradiction, mais c’était une tentative de mettre fin à la guerre.
150 ans plus tard, jour pour jour, l’ambassadeur suisse Martin Dahinden, directeur sortant de la Direction du développement et de la coopération (DDC), a – dans son discours au Musée national de Zurich, lors de la cérémonie d’ouverture de l’exposition de photographies de Jean Mohr «Avec les victimes de guerre» – rendu hommage à ce photographe suisse renommé et récompensé à plusieurs reprises. Il a également attiré l’attention des visiteurs à propos de la grande importance de la petite Suisse pour le développement et le respect du droit international humanitaire. Il a déclaré que «la convention a définit pour la première fois dans l’histoire, dans un document de droit international, que les soldats blessés ou malades seront recueillis et soignés, indépendamment de leur appartenance à l’une ou l’autre des parties. La première Convention de Genève reflète l’effort initial à mettre des limites à la guerre par des règlements. C’est jusqu’à aujourd’hui un enjeu humanitaire important, mais également la pierre angulaire de l’Etat de droit». Ainsi, Martin Dahinden établit une relation étroite entre le principe de l’Etat de droit et l’engagement humanitaire de la Suisse. La Suisse a pris une part prépondérante dans l’élaboration des trois autres Conventions de Genève, elle a convoqué les conférences diplomatiques respectives et possède en tant que pays dépositaire une obligation particulière. Si le conseiller fédéral Didier Burkhalter, en tant que président de l’OSCE, a précisé dans son discours au sommet de l’OTAN à Newpoint qu’une solution au conflit en Ukraine ne peut être militaire, mais doit se baser uniquement sur des négociations «avec la Russie» et non pas «contre la Russie», alors c’est précisément l’esprit correspondant à la tradition humanitaire de la Suisse, orientée vers la paix et la négociation et non vers la guerre et la confrontation.
Avec son livre «Un souvenir de Solférino», Henry Dunant a donné une voix aux souffrants pour les faire entendre dans le monde et pour induire un changement. Il en va de même pour les photographies de Jean Mohr. Dans sa manière compassionnelle et digne, il saisit la souffrance, notamment des populations civiles dans les zones de guerre. Il ne s’agissait pas de sensationnalisme, mais de la volonté de représenter l’être humain dans une situation exceptionnelle, où la vie doit continuer malgré l’extrême détresse et les adversités. Dans ces photographies, la dignité humaine n’est jamais blessée.
Ce 22 août 2014, la vice-présidente du CICR Christine Beerli a rendu hommage à l’œuvre de Jean Mohr, qui «n’a jamais abusé de la confiance de son vis à vis et n’a jamais mis à nu une personne souffrante». Son but était «de transmettre un message humaniste vers l’extérieur – de nous faire sortir de notre léthargie et de nous inciter à réfléchir et agir, nous qui avons le privilège de vivre en paix».
L’inauguration de cette exposition a été effectuée par le directeur du Musée national suisse Andras Spillmann. Il a rendu hommage à l’œuvre de Jean Mohr. L’actrice de théâtre et de cinéma Heidi Maria Glossner a donné à l’ensemble une note spéciale. Entre les diverses interventions, elle a récité des poèmes d’Erich Fried et d’autres artistes renommés donnant par des paroles sensibles et des textes pertinents une voix à la misère des pauvres et aux souffrances des personnes minées par la guerre. Ses contributions musicales et littéraires étaient très émouvantes et ont obligé les auditeurs à la réflexion. En fin de compte, ce sont toujours des individus qui, suite à leur intime conviction et leur engagement, contribuent à changer le monde en bien – Henry Dunant et Jean Mohr en sont des exemples éclatants.
C’était donc l’intention de Heidi Maria Glossner d’attirer l’attention sur le fait que la paix et la justice ne seront atteintes que si les gens le veulent et l’exigent. Ainsi, chacun est concerné et s’il le désire, chacun peut apporter sa part pour réaliser cet important objectif. Guillaume Tell, dans le drame du même nom du poète classique Friedrich Schiller, disait face à la situation désespérée dans laquelle se trouvaient les habitants du canton d’Uri: «Ce qui a été construit par l’homme, peut être renverser par l’homme.» Cela signifie que l’être humain peut lui-même influencer son destin. Cette conviction a également déterminé l’engagement de Jean Mohr qui aujourd’hui, à l’âge de 90 ans, peut porter un regard rétrospectif sur son œuvre impressionnant. Avec ses photos, il a sensibilisé les gens et les a encouragé à agir.
L’exposition est impressionnante et particulièrement recommandée aux classes d’écoles pour l’éducation à la paix. Le Département fédéral des Affaires étrangères a mis à disposition sur son site Internet des propositions pour la manière dont le sujet peut être traité avec des élèves ou des étudiants. Aller voir ce site est recommandé. En ces temps, où la manipulation et la désinformation déterminent le contenu quotidien de nos médias, il est très important que nous puissions tous nous orienter en fonction des valeurs humaines communes et participer, sur cette base, à apporter d’avantage d’humanité et de volonté de paix dans le monde. •
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