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1697
Charles Perrault, Les Hommes illustres
Paris, Antoine Dezallier, 1697
Le pouvoir des comédies de Molière sur son public
Dans cet article consacré à Molière, Perrault prend les types comiques représentés dans ses pièces pour l'incarnation de comportements réels que le dramaturge aurait observé chez ses contemporains. Les comédies de Molière aurait eu un effet si puissant sur le public qu'elles l'auraient purgé de ces attitudes déviantes.
Molière avait remarqué que les Français avaient deux défauts bien considérables. L'un, que presque tous les jeunes gens avaient du dégoût pour la profession de leurs pères, et que ceux qui n'étaient que bourgeois voulaient vivre en gentilshommes et ne rien faire ; ce qui ne manque point de les ruiner en peu de temps. Et l'autre, que les femmes avaient une violente inclination à devenir, ou du moins à paraître savantes, ce qui ne s'accorde point avec l'esprit du ménage, si nécessaire pour conserver le bien dans les familles. Il s'attacha à jeter du ridicule sur ces deux vices, ce qui a eu un effet beaucoup au-delà de tout ce qu'on pouvait espérer. Il composa deux pièces contre le premier de ces désordres, dont l'une est intitulée Le Bourgeois gentilhomme, et l'autre Le Marquis de Pourceaugnac. Il y a apparence que les jeunes gens en profitèrent, du moins s'aperçut-on que les airs outrés de cavaliers qu'ils se donnaient diminuèrent à vue d'œil. Contre le défaut qui regarde les femmes, il fit aussi deux comédies, l'une intitulée Les Précieuses ridicules, et l'autre Les Femmes savantes. Ces comédies firent tant de honte aux dames qui se piquaient trop de bel esprit que toute la nation des précieuses s'éteignit en moins de quinze jours, ou du moins elles se déguisèrent si bien là-dessus qu'on n'en trouva plus, ni à la Cour, ni à la Ville, et même depuis ce temps-là elles ont été plus en garde contre la réputation de savantes et de précieuses que contre celle de galantes et de déréglées.
Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, t. I, p. 79-80.
Extrait disponible sur Gallica.
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