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Paul Nizon, Chien, traduit par Pierre Deshu
Rupture
Dans son dernier roman traduit en français, Chien , Paul Nizon radicalise l'expérience de la rupture avec les normes deM notre société qui s'ébauchait déjà dans l'Année de l'amour, en se mettant dans la peau d'un personnage qui quitte famille et travail pour vivre sans attaches, au milieu du fourmillement incessant de la ville.
Le narrateur, qui prétend rester "à côté la vie", capable de ne vivre qu'en "transit", "entre deux chaises", dans un rapport au travail et aux autres qui reste toujours "dévié", décrit dans un style simple et précis les observations, souvenirs et réflexions de sa vie de vagabond qui lui permettent d'éviter, semble-t-il croire, l'enfermement des habitudes.
Le chien qui l'accompagne au momrnt de ce choix de rupture, qu'il définit comme l' "incarnation du désir de liberté", devient obstacle à cette même liberté : l'attente fidèle de l'animal constitue le dernier lien qu'il lui faut dénouer ; il décide donc de l'abandonner. Pourtant, confronté à la vie et à l' "insurmontable quotidien", cet anti-héros se sent, comme le chien, prisonnier de l'attente: "Dernièrement, j'ai été traversé par l'idée que j'attendais le type à la crinière, l' "artiste"; depuis quelque temps j'aime bien rôder devant sa maison. Attendre cet individu ? Absurde Serais-je le chien ?". La nécessité de se défaire de toute attache et la crainte de se sentir "fixé " sont telles qu'il en arrive à redouter que l'écrivain qu'il observe, son opposé et son double ne le fige définitivement, au moyen de l'écriture, dans l'un de ses récits.
Mathilde Vischer
SCENES MAGAZINE
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