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Edmond Bille
Par A. Roussy.
Il y a sept ans, Les Alpes ont donné, sous le titre de « Edmond Bille, un peintre des Alpes » 1 ), un article dû à la plume de Maurice Jeanneret. Nous n' avons donc pas besoin de présenter ce bon peintre à nos lecteurs. Et, surtout, nous n' avons certainement pas la grande compétence de Maurice Jeanneret pour parler des œuvres d' un peintre que tout le monde connaît aujourd'hui. Cependant, il convient que nous présentions le « Village valaisan » dont Les Alpes de ce mois de septembre offrent une reproduction à leurs lecteurs. Les tableaux d' E. Bille qui furent reproduits en photographies en 1927, accompagnant l' article que nous venons de citer, nous ont montré déjà que ce peintre est « pris » par le Valais. Celui dont Les Alpes d' aujourd nous donnent une excellente reproduction, due à la maison Gebr. Fretz AG., Zurich, a été présenté au public dans la première exposition d' art alpin, organisée par le C.A.S. à Zurich en 1933. Cette exposition était étonnamment riche en productions diverses — et de diverses écoles. Il était fort difficile, pour un jury consciencieux, de faire un choix parmi les œuvres offertes à la critique du public: certains sont restés fidèles à l' ancienne école, d' autres n' admettent que les représentations brusques, heurtées, rudes, dont le sens doit être cherché ou dont on doit examiner avec soin la raison d' être pour comprendre ce que l' artiste a voulu nous présenter. Il y avait là des œuvres exquises, trop exquises, trop douces, peut-être, pas assez bruyantes ni claironnantes au gré de quelques-uns. Il y avait aussi des tableaux demandant, pour être compris, un terrible effort de pensée ou d' imagination. Il y en avait d' autres d' un réalisme frappant, d' un naturel extraordinaire, parfois poussé à l' ex. Prenez, par exemple, ce tableau du « Village valaisan » que Bille peignit à Chandolin, en 1931. N' y a-t-il pas là de la simplicité, du réalisme, en même temps qu' une certaine recherche de perspective? Voyez ce clocher et cette église au premier plan, le seul édifice en pierre, campé comme pour défendre et protéger ce petit village contre les emprises de l' ennemi. Puis, bien à l' abri derrière lui, ces chalets bruns, au toit vert, aux soubassements blancs, aux petites fenêtres, ces chalets massés en troupeau derrière le protecteur, et au fond, grimpant sur la colline, les champs, les buissons, tandis qu' au premier plan passe le chemin qui, à travers le village, nous conduira vers la montagne. Ne vous semble-t-il pas entendre tinter la cloche de la tour de l' église? Ne vous représentez-vous pas la vie inchangée des habitants de ce village, les processions, mais aussi les scènes de colère et de rudesse si fréquentes, corrigées par le calme des jours ordinaires, la piété, un peu fruste, de ces villageois montagnards pour lesquels le problème de l' existence est plus rude que pour ceux de la plaine? Cependant, malgré tout ce que l'on peut s' imaginer, malgré les bruits de disputes entendus parfois, ce « Village valaisan » évoque le calme. Il semble que l'on ne puisse qu' être heureux dans toute cette simplicité, dans ces demeures étagées sur la pente de la montagne. Et pourtant, dans ce simple village vivent des hommes semblables à tous les hommes, accessibles à toutes les passions, à tous les penchants de ceux de la vallée ou de la plaine! Mais telle est la puissance de l' illusion que nous nous refusons à croire que ceux qui habitent ces petites et frustes maisons aient tous les défauts de nous autres de la plaine. Oui, en vérité, c' est un sentiment de calme, de sérénité, de simplicité qui se dégage de ce tableau d' Edmond Bille: « Village valaisan ».