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Il se dit fier d'être réac. Félicien Monnier, 33 ans, est capitaine à l'armée, avocat au barreau de Lausanne, membre de la société d'étudiants Zofingue, et succède à Olivier Delacrétaz à la présidence de la Ligue vaudoise, mouvement politique «hors des partis» et défendant une ligne conservatrice affirmée. L'homme qui nous détaille sa vision sans langue de bois s'oppose à la libre circulation et souhaite que le canton de Vaud assimile ses nouveaux arrivants comme Eric Zemmour voudrait que la France assimile les siens.
Le titre du bimensuel La Nation que publie la Ligue vaudoise résume bien sa ligne politique, que Félicien Monnier entend perpétuer dans le sillage de son prédécesseur. Pour le nouveau boss de ce mouvement bientôt séculaire, «le canton de Vaud est une nation à part entière». Même s'il considère que la Suisse romande possède une certaine identité culturelle, surtout liée à la langue, il se fait d'abord le défenseur un brin zélé d'une identité cantonale, vaudoise en l'occurrence.
Cette identité vaudoise, par quels éléments se définit-elle? «Par des mœurs, un territoire et le partage d'une histoire commune». Les mœurs vaudoises diffèreraient à ce point de celles des autres cantons en 2021? «Evidemment. Un Neuchâtelois est plus frondeur qu'un Vaudois, par exemple. Et un Vaudois est plus étatiste qu'un Valaisan. Mais il y a aussi des points communs».
La défense de cette identité passe par des actions que la Ligue vaudoise réclame depuis sa création par Marcel Regamey en 1926: combat pour l'autonomie des cantons et la défense nationale; maintien et renforcement de la neutralité suisse comprise comme le principe que «la politique étrangère n'est pas faite de bons sentiments»; riche enseignement de l'histoire et de la géographie vaudoise et suisse à l'école.
La Ligue vaudoise, au fond, est à la politique ce que la Venoge est au Lac Léman. Félicien Monnier et le cercle dont il a désormais la charge se situent sur le plan de la bataille des idées, tout en discrétion. Leur truc, c'est d'agir sur le terrain culturel et idéologique. Littérature, musique ou encore philosophie font partie de l'engagement tel que le conçoit ce groupe. Il s'agit de réunir les conditions pour pouvoir «faire communauté»:
Vu les caractéristiques de la société actuelle, marquée par la mondialisation et la dilution du sentiment national, et en dépit du passif antisémite de la Ligue vaudoise pendant la guerre, qu'elle ne nie pas, le chemin de Félicien Monnier paraît long, si ce n'est impossible. Mais lui y croit. Si ses idées ne sont de loin pas dominantes dans l'opinion publique «et notamment dans les médias», il est convaincu qu'elles sont majoritaires auprès de la population – rien que ça:
La Ligue vaudoise, Félicien Monnier s'en est rapproché en 2007 alors qu'il militait aux côtés de collaborateurs de la Ligue pour accorder aux communes du canton un droit de référendum. Adepte d'Aristote et de saint Thomas d'Aquin, lecteur de Maurras comme de Ramuz, pas indifférent à l'épopée médiatique et hypothétiquement présidentielle de Zemmour, ce natif de Lucerne qui a grandi avec sa famille à Arnex-sur-Orbe est l'incarnation, au centimètre près, de l'intello tradi propre sur lui et décomplexé.
«Je souhaite remettre de la réflexion au sein de la droite», affirme-t-il. Mais comment vouloir exercer une influence avec un groupement qu'il confirme être «d'obédience chrétienne» et de «tradition anti-révolutionnaire»? Apparemment, en pesant dans les débats cantonaux au moyen de conférences organisées les mercredis, de lobbying auprès des patrons et des administrations étatiques ou encore du «camp de Valeyre» organisé chaque été, où Monnier s'est rendu à l'âge de 19 ans et qui consiste en deux semaines de retraite dédiées au travail de la vigne et à des activités de réflexion.
Actuellement, le tout nouveau président, désigné sans qu'il y ait eu d'élection, soulignant lui-même le fonctionnement non-démocratique de la Ligue vaudoise, prépare justement la conférence qu'il donnera au prochain camp estival, consacré à... la monarchie. On aurait voulu feindre l'étonnement qu'on n’aurait pas réussi. Il sortira également un essai en automne, dédié à l'écologie. Un thème très présent dans La Nation, qui rejoint la tendance «localiste» du moment et que Monnier estime mieux traité par une Marine Le Pen que par les Verts.
Il n'y a finalement rien de bien nouveau dans cette droite réactionnaire et anti-libérale, critique envers le progrès. Si ce n'est qu'elle s'est trouvé un nouvel et jeune héritier dans ce Vaudois très à l'aise à l'écrit comme à l'oral. Un interlocuteur intéressant, diront certains. Un tireur de ficelles à surveiller de près, diront d'autres. Au cœur de Lausanne, dans le cadre de cette rencontre, une dizaine de passants le saluent ou s'arrêtent même pour discuter – et nous interrompre. Décidément, Félicien Monnier n'en a pas fini avec son canton.
Les yeux humides et la voix tremblante, Natalia raconte sa fuite de Marioupol. Cette ville n'a plus accès à l'eau ni à l'électricité depuis le début du mois de mars et se trouve au milieu des conflits armés entre la Russie et l'Ukraine. Après que sa voiture a été détruite par un missile et qu'elle «aurait pu être touchée à tout moment», Natalia a fui la ville du sud-est de l'Ukraine le 5 mars avec son fils de 10 ans. Elle a dû laisser son mari derrière elle, le père de son fils. Sans savoir si la famille se reverrait un jour.