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Le soleil décline, les esprits et les ancêtres semblent flotter, comme repus de toutes les célébrations de la journée. La lumière se fait douce au palais. Le violoncelliste s’installe, il imaginait que les autres se placeraient en face de lui. Certainement pas. Ces autres-là l’entourent. Les femmes de la cour du Chef suprême du Vodun, vêtues de blanc comme il se doit en ce jour de fête, englobent le violoncelliste dans une ronde chaude, maternelle, puissante. Elles chantent. Elles évoquent sa lignée, celle de son père, là-bas, à Grand Popo. Il joue, il gémit, soudain nourrisson au milieu de ses femmes mères qui ont pourtant l’âge d’être ses sœurs. Elles le touchent, le caressent. Sans mot commun, elles lui disent. Elles lui disent que dans ce cercle, il n’y a pas d’autre. Elles lui disent que peu importe son destin européen, peu importe sa peau métissée, peu importe les différences de sa langue, peu importe le rythme de sa musique, peu importe les déchirures. Peu importe. Il est fils en ce pays.
Rédigé en résidence au Bénin sur l'invitation de Laboratorio Arts Contemporains avec le soutien de Pro Helvetia