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Man of Steel
POUR
Comment ça, 75 ans? Oui, c'est bien l'âge de Superman, le personnage créé par Jerry Siegel et Joe Shuster en 1938, dans les pages du mensuel Action Comics. Super-héros par excellence, il a fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques, notamment l'incontournable Superman (1978) de Richard Donner, et à la télévision, comme dans le récent et très populaire Smallville (2001-2011). Pourtant, sa dernière aventure sur grand écran n'avait pas convaincu tout le monde: malgré une reception critique positive et des idées intéressantes sur le rôle du héros dans notre société, Superman Returns, sorti en 2006, est vu comme un échec au niveau financier. Voilà donc une nouvelle version qui bénéficie, en termes publicitaires, de la notoriété de son producteur Christopher Nolan, le réalisateur de The Dark Knight.
Comme pour le Batman réinventé par Nolan, il s'agit d'une revisitation du mythe de l'Homme d'acier dans un monde plus similaire au nôtre, plus précisément dans une optique post-11 septembre. Bien sûr, le monde de Superman n'est pas aussi réaliste que celui de Batman, on le voit clairement dans la toute première séquence de Man of Steel: la planète Krypton, proche de la destruction totale, est rongée par une guerre civile qui oppose le scientifique Jor-El (Russell Crowe) et le général Zod (Michael Shannon). Ce dernier se retrouve emprisonné, tandis que Jor-El essaye de garantir la survie du peuple kryptonien en envoyant son fils sur la Terre. Une fois adulte, Kal-El/Clark Kent (Henry Cavill) hésite entre son désir de protéger les autres grâce à ses pouvoirs extraordinaires et la nécéssité de cacher sa vraie nature aux yeux d'un monde qui, d'après Jonathan Kent (Kevin Costner), son père adoptif, n'arrivera pas à l'accepter. Ce qui changera lorsque Zod se manifeste près de notre planète...
Tout en illustrant de manière vraisemblable le statut de Superman dans un monde "réel", Man of Steel ne va pas trop loin dans sa déconstruction du héros: le dernier fils de Krypton reste une icône américaine, ce qui est plutôt ironique si on sait que le scénariste David Goyer (Batman Begins) est aussi l'auteur d'une bande dessinée récente dans laquelle l'Homme d'acier renonçait à sa citoyenneté USA. Pas question d'une telle controverse cette fois: le Superman cinématographique moderne reste un héros du début à la fin, même si son idéalisme est remis en question d'une façon assez dramatique. Et ce n'est pas le seul personnage réinterprété par rapport à son image traditionnelle: le Jor-El de Crowe ne ressemble en rien à la version de Marlon Brando, Perry White (Laurence Fishburne) et Lois Lane (Amy Adams) sont moins blagueurs que d'habitude, et Michael Shannon incarne Zod avec une intensité qui s'éloigne d'emblée de l'élégance de Terence Stamp.
Kal-El a-t-il donc trouvé sa forme cinématographique définitive? Hélas, on est pas encore arrivés à ce point-là, car ce film souffre d'un certain manque d'équilibre entre la première et la deuxième partie: si l'introspection et la construction narrative et visuelle de l'univers et des personnages sont tout à fait abouties, il faut quand même constater que l'élément purement spectaculaire glisse rapidement dans une surenchère un peu vexante. D'accord, il fallait s'attendre à plus de scènes d'action que dans Superman Returns, vu la présence de Zack Snyder derrière la caméra, mais le réalisateur aurait pu raccourcir la plupart des séquences de baston sans que celles-ci perdent leur efficacité. Un détail à retenir pour le prochain volet, déjà annoncé, pour que ce premier épisode assez prometteur puisse donner naissance à une nouvelle grande franchise super-héroïque.