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Historique de l'Escalade
Charles Emmanuel et Genève après l'Escalade
Il est généralement admis, dans le public, que le Traité de Saint Julien du 21 juillet 1603 marque la fin des différends de la petite république avec son puissant voisin.
Charles Emmanuel a traité avec Genève sur pied d'égalité; il reconnaît donc en fait son indépendance et sa souveraineté; et l'on a l'air de croire qu'à partir de ce moment les relations furent bonnes entre les anciens ennemis.
En réalité, il n'en fut rien; les difficultés continuèrent; et si les conflits n'ont pas provoqué une guerre, ce n'est pas la faute de Son Altesse. Il était " obnubilé par la conquête de Genève et la préférerait à celle d'un royaume ".
D'ailleurs Genève n'était pas seule menacée. Le duc voulait aussi reprendre le pays de Vaud aux Bernois, malgré le Traité de Lausanne de 1504. Il projeta même d'acheter le comté de Neuchâtel à son prince, Louis II de Longueville, pour prendre ensuite Berne à revers. Un vaste mouvement se dessinait donc contre toute la Romandie.
Les Genevois étaient du reste très peu rassurés. Il suffit d'ouvrir les Registres du Conseil pour voir la quantité d'avertissements que recevait le Petit Conseil; en voici quelques exemples pris au hasard;
" Sur l'avis qu'on a que l'ennemi prétend faire entrer des gens de guerre dans des bateaux chargés de bois, pour se saisir de la porte de Rive, il a été arrêté qu'on baille charge à quelqu'un de sonder les bateaux étrangers " (Registres du Conseil du 12 août 1603);
ou bien;
" Sur les divers avis qu'on a que le Faucigny est plein de gens de guerre et qu'ils ont entreprise sur nous à la prochaine foire, il est arrêté qu'on fasse de bonnes barricades loin de la première barrière de Plainpalais,... " (Registres du Conseil du 20 février 1604);
ou encore;
" Messieurs Roset et Dauphin revenus hier de Coppet visiter le gouverneur français du Dauphiné, Sieur de Lesdiguières, ont rapporté qu'après l'avoir salué de la part de la Seigneurie de Genève il fil retirer ses gens, et leur fit un discours de trois heures, lequel tendait à rompre une entreprise qui était prête à exécuter contre cette ville, laquelle il tient bien ébranlée, ayant découvert cela par un soldat qui lui est bien affidé, lequel lui a dit que d'Albigny faisait plusieurs venues en un lieu ci-près, sous le prétexte de la chasse, mais que c'était pour parler à quelques-uns de Genève... " (Registres du Conseil du 26 août 1604).
Le gouvernement genevois, dûment averti, prenait ses précautions; à plusieurs reprises il fit faire des travaux de fortification. Heureusement que Genève intéressait aussi une partie de I'Europe, soit comme capitale du calvinisme, soit comme place militaire importante. Au premier rang de ses amis, il faut mettre, outre les cantons suisses protestants, la France.
Tant qu'Henri IV vécut, les choses n'allèrent pas trop mal. Bien que la république fût alarmée à plusieurs reprises par les négociations du rusé Béarnais avec Charles Emmanuel, le roi ne songeait, ni à s'emparer de Genève pour l'annexer à la France - comme le bruit en courut parfois - ni, encore moins, à la laisser à la Savoie.
Mais à la mort d'Henri IV en 1610, la situation se gâta. Pendant bien des années, la politique étrangère de la France montra des flottements inquiétants.
Charles Emmanuel essaya d'en profiter pour accomplir ses projets. Son fils, envoyé à Madrid, développa un plan contre Genève. Philippe III sortit un peu de sa réserve et chargea le gouverneur du Milanais de donner réponse au duc.
La situation qui avait juste précédé l'Escalade, se produisait donc de nouveau, avec la différence qu'Henri IV n'était plus là pour défendre la cité calviniste. Tout dépendait alors de l'attitude de Marie de Médicis, régente de France pour le compte de son fils mineur Louis XIII; elle se décida à prendre Genève sous sa protection, comme l'avait fait Henri IV; Odet de la Noue fut envoyé à Genève, en février 1611, avec des chevaux, de l'argent, et des huguenots; des régiments français étaient alors prêts à intervenir pour défendre Genève.
Cette protection de la France fit, une fois de plus, échouer les plans ambitieux du duc; l'Espagne se dépêcha de déclarer qu'elle n'avait pris aucune part à ses projets. Et Charles Emmanuel, instruit par l'expérience cuisante qu'il avait faite en 1602, n'osa pas une nouvelle fois tenter seul l'aventure.
Mais il ne se tint pas pour battu et continua de plus belle ses intrigues. Il obtint même de la France, pour prix de son désarmement un traité par lequel celle-ci s'engageait à terminer " par l'amiable ses justes prétentions, et notamment celles du pays de Vaud " (Traité du 10 mai 1611).
L'inconsistance de la politique française força Charles Emmanuel a une nouvelle volte-face : la reine Marie se rapprocha de l'Espagne. Le duc de Savoie, qui venait de lutter contre cette puissance en Italie, fut alors très inquiet; il éprouva le besoin de s'entendre avec ses anciens ennemis. Après de longues négociations, dans lesquelles s'entremit l'ambassadeur anglais à Turin, Isaac Wake, un traité fut conclu entre Berne et la Savoie le 23 juin 1617. Genève y fut comprise et les traités de Lausanne et de Saint Julien étaient ainsi réaffirmés.
Tout semblait fini; Charles Emmanuel devenait, par le jeu de la politique, l'allié de Berne et des cantons protestants.
Ce ne fut pas pour longtemps; une fois encore la situation changea. En 1621, des agents pontificaux et piémontais firent leur possible pour décider Louis XIII à renoncer à la protection de Genève; mais la France n'entendait pas rompre son alliance avec les cantons protestants - avec pour conséquence fatale de l'abandon de Genève - ni laisser une place de cette importance entre les mains d'un prince aussi peu sûr que Charles Emmanuel. Cette nouvelle tentative n'eut pas plus de succès que les précédentes.
Le duc n'en persista pas moins dans son idée : il savait que le pape et l'Espagne ne s'opposeraient pas à une entreprise contre la cité hérétique; seule la France restait un obstacle. Cette opposition, Charles Emmanuel voulait la vaincre.
Genève fut alors plus en péril que jamais. En 1629 le duc proposa à Richelieu, le tout puissant ministre de Louis XIII, un vaste plan d'action commune franco-savoyarde. Ce plan, Richelieu le prit en considération; des négociations s'engagèrent. Heureusement que Richelieu émit la prétention de se faire remettre d'avance les villes piémontaises que le duc acceptait de céder après la prise de Genève; Charles Emmanuel, qui n'était pas naïf, recula devant cette exigence.
En tout cas, on peut voir que Charles Emmanuel ne renonça jamais à son rêve de réunir Genève à ses états. Il est mort en 1630 sans avoir pu le réaliser. Mais son fils et successeur, Victor Amédée, reprit son projet. Et il en fut de même longtemps, jusqu'au moment où les princes de Savoie, tournant définitivement leurs ambitions en direction du sud, obtinrent les titres de roi de Sicile en 1713, puis de roi de Sardaigne en 1720.
D'après l'écrit d' Henri Grandjean, publié en 1930
dans la brochure no.4 éditée par la Compagnie 1602
pour le 328 ème anniversaire de l'Escalade de Genève
Les 18 hommes tombés la nuit de l' Escalade en défendant Genève
Jean Canal, Conseiller, mort à la Porte Neuve
Jean Vandel, 60 ans, mort vers la muraille de la Porte Neuve
Louis Bandière, 45 ans, mort près de l'horloge de la Monnoye
Nicolas Bogueret, 65 ans, mort sur la montée de la Treille
Pierre Cabriol, 36 ans, mort près de la Corraterie
Michel Monard, 40 ans, mort près de la Corraterie
Jean Guignet, 55 ans, mort vers la porte de la Tertasse
Marc Cambiago, 25 ans, mort à la Porte Neuve
Daniel Humbert, 22 ans, mort près de la Corraterie
Louis Gallatin, 28 ans, mort sous l'arcade de la Monnoye
Abraham de Baptista, 25 ans, mort près de la Corraterie
Jean Jacques Mercier, 30 ans, mort près de la Corraterie
Philippe Poteau, 35 ans, mort sous l'arcade de la Monnoye
Martin de Bolo, 36 ans, mort près de la Porte Neuve
Jacques Petit, 41 ans, mort à la Corraterie
François Bousezel, 40 ans, mort vers la muraille sous la Tertasse
Gérard Marsi (dit Musy), 25 ans, mort de ses blessures
Jacques Billon, de Neuchâtel, mort en 1603 de ses blessures