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La revue Nature cède aux sirènes de la rétrospective dans son numéro du 23 janvier. Il y aura cinquante ans le 25 avril prochain, James Watson et Francis Crick présentaient dans cette même revue la structure hélicoïdale de la molécule d'ADN. Les deux chercheurs, autant que leur «double hélice», sont devenus les symboles de l'ère génétique. La fameuse photo où ils posent à Cavendish devant leur modèle de fil de fer est entrée dans l'histoire. Comme si, d'un coup, la lumière s'était faite sur la nature de l'hérédité.
En réalité, il a fallu attendre presque une décennie pour que la communauté savante reconnaisse l'importance de la structure de la molécule d'ADN et l'appariement des bases décrits par Watson et Crick, observe l'historien des sciences Robert Holby, de l'Université de Pittsburgh (Nature 2003 ; 421 : 402-5). «Les découvertes paraissent rétrospectivement plus grandes qu'elles n'étaient, surtout à l'occasion des jubilés, remarque-t-il malicieusement. La double hélice n'y fait pas exception.»
L'auteur montre que, de 1953 à 1960, le nombre d'articles publiés dans Nature et mentionnant la double hélice est resté de l'ordre de cinq par année. Dans le même temps, le nombre de papiers faisant référence à l'ADN passait d'une vingtaine à près de cinquante, tandis que le volume de la revue doublait. Selon Holby, la communauté savante n'a pris réellement au sérieux l'hypothèse de Watson et Crick qu'à partir du moment où il est devenu clair que l'ADN jouait un rôle dans la synthèse des protéines.
«Pourquoi célébrer cette découverte-là ? (...) Pourquoi ne pas attendre 2005 pour célébrer le cinquantenaire de la première détermination complète de la séquence des acides aminés d'une protéine, l'insuline, par Sanger ?» s'interroge l'historien. La réponse, il l'esquisse : la double hélice, dessinée pour la première fois par la femme de Crick pour l'article de 1953, est dotée d'une grande valeur iconique. Sa découverte et les personnages qui y ont contribué sont entrés dans l'histoire, notamment grâce au livre de Watson, «La double hélice», publié en 1968.
L'histoire comprend même une «héroïne trompée», Rosalind Franklin, une jeune scientifique de 33 ans en 1953, que l'histoire a cru pouvoir oublier alors que ses travaux, tombés à son insu aux mains de Crick et Watson, ont largement contribué à leur découverte (Nature 2003 ; 421 : 407-8). Après sa disparition précoce, cette oubliée du prix Nobel de 1962 est devenue une icône féministe, une fille dont le génie a été sacrifié à la gloire des mâles. L'histoire des sciences n'est pas, elle se construit.