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Depuis le milieu des années huitante, à la faveur de l’une des plus longues crises économiques et sociales de son histoire, la Suisse a connu un complet bouleversement de ses équilibres en matière d’aménagement du territoire.
Auparavant, la politique dans ce domaine visait à maintenir une égalité relative entre les cantons, leurs villes et leurs communes. Il s’agissait d’un compromis territorial illustré par un concept élaboré en 1973, lors d’une première alerte à la récession : «la décentralisation concentrée». Ce concept exprime bien les fondements en la matière de la longue période du «Miracle helvétique», dite aussi de la société de concordance.
La concurrence
remplace la concertation
Ce concept, ainsi que le compromis sur lequel il reposait, furent particulièrement mis à mal par l’aspect financier de la crise. La stabilité territoriale basée sur une relative égalité devint hors de prix. Elle fut alors remplacée par une concurrence allant crescendo, entraînant des polarisations territoriales de plus en plus fortes, sources d’inégalités.
La concentration géographique des entreprises et de la population agit dans un premier temps autour des grandes villes. Notamment à Bâle, la Town Company; à Genève, la ville internationale et à Zurich, la ville américaine. Elle se développa ensuite au seul profit de cette dernière jusqu’à en faire le pôle principal du pays, posant pour la première fois, dans le courant des années nonante, la question de l’émergence en Suisse d’une métropole (voir encadré).
La gestion difficile
d’une métropole
La grande majorité de la collectivité zurichoise, conduite par des édiles peu éclairés, n’a pas été à la hauteur du défi. Elle n’a pas su gérer cette mutation, autant dans ses aspects internes qu’externes. On ne devient pas du jour au lendemain, parisien ou londonien.
A l’interne, on se souvient de la répression brutale, totalement disproportionnée, du mouvement «Zürich brennt» ; mouvement de jeunes, mais aussi culturel et artistique, qui annonçait cette mutation. Une répression qui a laissé des traces jusqu’à aujourd’hui. Le «black bloc», visible à Genève lors des manifestations anti-G8, est sans doute un enfant de cette période.
A l’externe, on peut simplement rappeler dans les relations de la collectivité zurichoise avec le reste de la Suisse, l’utilisation permanente d’une arrogance de petits chefs et d’une mégalomanie de parvenus.
Un aéroport aux abois
Aujourd’hui, les aléas du nouveau modèle de développement mis en place après la crise – concurrence au lieu de concertation, production de biens et de services «just in time», etc. – touchent de plein fouet Zurich, notamment l’un des fleurons de sa politique d’appui à la «métropolisation» : l’aéroport de Kloten.
Baisse importante du trafic aérien après l’attentat du 11 septembre 2001, faillite de Swissair, difficultés de Swiss, installations surdimensionnées et ? mascarade à propos des mouvements d’approche estimés trop nombreux par le Land allemand voisin du Bade-Wurtemberg.
La récusation d’un bon compromis, négocié avec l’Allemagne par le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, semble être l’une des pièces maîtresses de la stratégie des notables zurichois : si les Allemands refusent les mouvements d’approche sur leur territoire, on les fera passer par le sud de Kloten, soit sur le nord de la ville ! Et l’on met ainsi la pression sur les habitants.
Pressions internes et externes. Là encore, on découvre l’incapacité à la régulation et au compromis qui a conduit la collectivité zurichoise à mal vivre ses nouvelles responsabilités nationales.
Cependant, il ne faut surtout pas se réjouir de cette situation, comme cela transparaît parfois au travers de certains commentaires. Que ce soit au nom d’une Suisse romande revancharde, abstraction commode, voire au nom d’un retour à un fédéralisme plutôt dispendieux prônant l’égalitarisme territorial : à chaque commune, sa piscine ; à chaque petite ville, son université et à chaque grande ville, son «hub».
Il faut revoir à fond les grandes lignes de l’aménagement du territoire, de manière à maîtriser et non à effacer les polarisations qui se développent. Nous prendrons ainsi conscience que les échecs du pôle principal d’activités de la Suisse, si l’on considère que celle-ci a un avenir même difficile, peuvent être considérés comme des échecs pour l’ensemble de la collectivité.
Métropole (n.f) est un emprunt (13e et 14e siècle) au bas latin metropolis «capitale d’une province» (4e s.), «ville d’un siège épiscopal» (av. 420) et «metropolite» (6e s.).
Le terme latin vient du grec metropolis, littéralement «ville mère» de mêtêr, mêtros, «mère», de la même racine que le latin mater (® mère) et polis «ville» (® police, politique). Metropole a pris la valeur de «ville qui a fondé ou colonisé d’autres villes» et «ville principale, capitale».