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L'aventurière suisse s'apprête à réenfiler ses chaussures de marche pour un nouveau périple qui devra la mener de Sibérie en Australie. De retour d'un voyage de reconnaissance en Asie, Sarah Marquis narre ses préparatifs à swissinfo.ch.
Après son tour à pied du continent australien (14'000 kilomètres en boucle) en 2002-2003, le prochain défi de la Jurassienne mesure 17'000 kilomètres!
Elle prévoit en effet d'effectuer près de 24 mois de marche solitaire, du lac Baïkal en Sibérie jusqu'au sud de l'Australie. Agendé en mai 2010, le départ a nécessité une année de préparation physique et un voyage de reconnaissance dont Sarah Marquis revient.
swissinfo.ch: Après les 14'000 km accomplis dans le désert australien, vous allez repartir en mai 2010 du lac Baïkal. Pourquoi la Sibérie ?
Sarah Marquis: Cet énorme point d'eau au milieu de nulle part me plaisait bien. Je vais descendre sur la Mongolie, traverser le désert de Gobi, me diriger sur la Chine et son désert du Taklimakan – celui d'où on ne revient jamais... -, des grosses dunes de sable gris avec un vent incroyable et où l'on ne voit pas à deux mètres.
De là, je vais me retrouver chez les Ouïgours chinois, puis partir sur le nord de l'Inde sur un col de l'Himalaya pour rentrer dans le Sikkim par le Népal. Je vais contourner le Bhoutan où il y a trop de problèmes logistiques avec l'obligation de dépenser 200 dollars par jour. Je vais ensuite traverser le nord du Laos, puis me rendre en Thaïlande.
Là, je vais devoir chercher une embarcation pour me rendre au nord de Bornéo, en Indonésie. Il faudra ramer, mais je vais pouvoir pêcher et vivre avec l'eau, avant de traverser la jungle dans un milieu de biodiversité avec ses orang-outan et une faune que je ne connais pas. Mon but final: atteindre le nord de l'Australie.
swissinfo.ch: Pour retrouver les traces de votre dernière expédition?
S.M.: En fait, je suis tombé amoureuse du bush, des odeurs et de l'immensité du continent australien. Lors de ma dernière expédition, j'ai fait la découverte d'un petit arbre à 1500 km de Perth, un petit arbre tout seul, entouré de rien. Je me suis juré d'y revenir.
swissinfo.ch: Quand on marche 30 km par jour, a-t-on le temps de parler aux autochtones ?
S.M.: Oui, mais j'ai une ligne de conduite. Par sécurité, je ne dors jamais chez l'indigène. Il y a trop d'implications, on est envahi par les tantes, les cousins qui veulent vous voir. J'accepte les invitations, mais je dors dans le jardin et je peux dormir sans les cris des enfants qui dorment tous dans la même pièce.
swissinfo.ch: Vous allez marcher 17'000 km, est-ce pour battre un record?
S.M.: Il n'y a pas de notions de performance. 17'000 km, c'est une approximation. Il faudra aussi régler toutes sortes de problèmes de frontières et de visas qu'il n'y avait pas en Australie. Ce sera bien l'aventure, mais je suis allée en reconnaissance pour trouver des cartes topographiques et des points de ravitaillement. Je vais voir où je mets les pieds. Rien de ce que j'ai repéré ne va m'aider, mais cela rassure mon esprit. C'est une démarche très intellectuelle. Mon cerveau ne va pas m'envoyer des massages de peur.
swissinfo.ch: Marcher, ça ne coûte rien ! Juste quelques paires de souliers?
S.M.:Tout faux! Je n'aime pas parler d'argent, mais cela coûte cher, car il y a tout un aspect communication. Cela fait vingt ans que j'exerce cette activité. Je l'ai financée en écrivant, en communiquant. Cette magie du partage l'est autant pour moi qui la donne que pour celui qui la reçoit par internet, par voie de presse ou au retour par des tournées de conférences.
Mais sur place, cela me prend énormément d'énergie pour communiquer mes impressions après une journée épuisante de marche. Je vais ainsi envoyer de petits pictogrammes d'humeur via mon téléphone satellite, résumant la situation : «14, j'ai mal aux pieds» ou «12, une petite tente qui dort». Les internautes pourront suivre le cheminement au jour le jour. Mais c'est difficile de gérer la faim, la soif, la fatigue, le montage de la tente après douze heures de marche.
swissinfo.ch: Qu'est-ce qui est le plus dur dans ce marathon au quotidien?
S.M.: Dans un désert, je suis toujours très à l'aise. Le manque de nourriture et d'eau fait tellement partie du décor que je ne m'en rends plus compte. En revanche, la gestion de l'homme, par rapport au fait que je suis une femme qui marche seule, c'est là le réel décalage. Je dois être sans cesse sur mes gardes. Dans certaines régions du monde, on vous offre le thé dans lequel on a glissé une drogue qui vous plonge dans le sommeil. Le pire ennemi, ce n'est ni le froid, le serpent ou la tempête, c'est l'homme! J'ai fait un peu de sport de combat, mais j'aime aussi cette définition: «le plus intelligent des combattants est celui qui ne combat pas.»
swissinfo.ch: Quelle est la journée-type de la marcheuse?
S.M.: Je me lève avant le soleil. En général, je suis la Nature. S'il fait super-chaud, je marche la nuit. Je m'adapte. Je peux marcher jusqu'à 6 km/h, mais cela dépend des dénivelés. En Australie, j'ai couvert jusqu'à 50 km par jour, les deux premiers mois. Après, j'étais trop fatiguée. Une journée normale comprend 12 heures de marche. Je mange avant de partir et de nouveau le soir.
En revanche, je m'organise des petites pauses-thé dans la journée. J'ai besoin d'une carotte en fin de journée: c'est la tasse de thé, quelques heures avant l'arrivée. Mais je réalise toujours mes objectifs. Si je me fixe 30 km, ce n'est pas 29. J'utilise très peu le GPS trop gourmand en batteries. Le soir, je plante ma tente, j'allume un feu et après je fais un peu de stretching. Je regarde l'état de mes pieds.
swissinfo.ch: Qu'en est-il de la solitude ressentie durant 24 mois de marche?
S.M.: Je peux téléphoner grâce au satellite, mais le concept est quand même d'être en harmonie avec l'environnement. Marcher devient un mal nécessaire. C'est un moyen de se déplacer. Mais ce rythme de la marche lente est un rythme adapté à ma vision. Il y a un déconditionnement qui se passe au niveau des sens, de l'ouïe et de l'odorat.
A un moment donné, on ne subit plus la marche, on est dans les éléments. Plus de désert, de vent, de sac à dos, on est juste bien. C'est pour cela que je marche... Ce ne sont pas les gens d'ailleurs qui me fascinent, mais des milieux naturels épargnés par l'homme: les déserts, la jungle, des endroits très authentiques.
Olivier Grivat, swissinfo.ch
Bio express
Origine. Née dans le Jura suisse en 1972, Sarah Marquis vit aujourd'hui du côté de Verbier, en Valais.
Lectures. Sportive dès sa jeunesse, elle lit les écrivains voyageurs : Ella Maillard, Bernard Moitessier, Philippe Frey.
A pied. Depuis 1995, l'aventurière fait des expéditions à pied aux quatre coins de la planète.
Etats-Unis. En 2000, elle a traversé les Etats-Unis du nord au sud en quatre mois.
Australie. Entre juin 2002 et décembre 2003, Sarah Marquis a marché 15'000 km à pied, sans aucune assistance, dans le bush australien. Elle y trouve son plus fidèle compagnon, le chien D'Joe.
Andes. En 2006, elle a effectué huit mois de marche dans des déserts andains considérés comme appartenant aux plus arides de la planète. Partie de Santiago du Chili, elle est arrivée au Machu Picchu.
Livres et DVD. Sarah Marquis vit des conférences qu'elle donne dans de nombreux pays. Elle est l'auteur de plusieurs livres, dont L'aventurière des sables (2004) et La voie des Andes (2007). Des DVD consacrés à ses expéditions sont également diponibles.
«Tout ce qui vole et rampe»
Avec 25 kg sur le dos, y compris la tente, le sac de couchage, le filtre à eau et les réservoirs d'eau (12 l.), Sarah Marquis ne peut emporter de nourriture.
Elle doit chaque jour trouver une solution: «Entre les ravitaillements qui me seront amenés tous les trois mois avec des habits, de nouvelles chaussures et sac de couchage, je dois me débrouiller par mes propres moyens, dans des villages ou chez l'habitant.»
«Sinon j'ai une fronde et j'attrape des oiseaux, des serpents, tout ce qui vole ou rampe. Je déniche de gros vers blancs au pied des arbres.»
Pour boire, elle applique la technique de condensation de l'armée américaine: enrober d'une feuille plastique des branches d'arbre et recueillir l'eau qui s'évapore.
Lors de sa dernière expédition, elle a maigri de 20 kg.
Entraînement physique
La partie de son corps qui souffre le plus, ce ne sont pas ses pieds, mais les avant-bras et les mains.
Avec ses bâtons de marche, elle ressent une résonance dans les avant-bras qui provoque une tendinite.
«Mais je suis une hygiène de vie très stricte tout au long de l'année. Je vais commencer l'entraînement cet automne, d'abord avec 5 kg sur le dos, puis 6, 10... Un kilo de plus après 4 heures de marche, cela change tout.»