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Vernet découvre l’Algérie dans le sillage des armées françaises lancées à la conquête de l’Afrique du Nord. Son premier voyage date de 1833, d’autres suivront régulièrement. Contrairement à Eugène Delacroix ou à Eugène Fromentin qui s’ouvrent à la découverte d’un monde étranger, Vernet, catholique dévot et peintre au service du régime colonialiste du Second Empire, demeure peu sensible aux cultures arabe et berbère. Ses œuvres le montrent prisonnier d’un orientalisme de convention.
La cérémonie en plein air qui donne son titre à ce tableau fut célébrée le 14 juin 1853 à l’issue de la conquête des Babors par le père Dom François Régis, abbé de Notre-Dame de Staouéli, sur les rives de l’oued Aguerioune, au sud-est d’Alger. La malle du prêtre est figurée en bas à droite. Dans une lettre qu’il lui adresse le 25 mai 1854, Vernet, qui assista à la messe et se déclara très ému par la glorification du Dieu chrétien dans un pays peuplé d’infidèles, commente son œuvre dans les termes suivants : « Le moment que j’ai choisi est celui de l’élévation, lorsque le canon remplaçait la sonnette, et la fumée de la poudre, l’encens. »
Au premier plan de ce tableau monumental qui fut présenté à l’Exposition universelle de Paris en 1855, les chefs kabyles vaincus et une rangée de zouaves agenouillés font office de repoussoir. Les fusils et les mains jointes de l’abbé conduisent le regard à la croix en bois rustique et à l’autel fleuri au pied duquel sont empilés les tambours, alliance clairement signifiée de l’épée et du goupillon. Le moment choisi est celui de l’élévation de l’hostie. La présence immatérielle de Dieu est signifiée par la fumée de canon rabattue par le vent qui enveloppe la scène d’un voile mystérieux.
Bibliographie
Davy Depelchin et Roger Diederen (dir.), L’Orientalisme en Europe. De Delacroix à Matisse, cat. exp. Marseille, Centre de la Vieille Charité, Paris, Hazan, 2011, p. 148.
Stéphane Guégan (dir.), De Delacroix à Renoir. L’Algérie des peintres, cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, Paris, Hazan, 2003, p. 164-166 et no 75.
Mary Anne Stevens (éd.), The Orientalists: Delacroix to Matisse. European Painters in North Africa and the Near East, cat. exp. Londres, Royal Academy of Arts, 1984, p. 231 et no 120.