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Les poissons rouges qui tournent en rond dans leur bocal ont une capacité d’attention de huit secondes. L’attention des humains, quant à elle, s'approche désormais de neuf secondes, selon une étude réalisée par Google et qui se base sur la génération des Millenials. Cette statistique inquiétante est le point de départ de l'auteur français dans son livre "La civilisation du poisson rouge: petit traité sur le marché de l'attention".
"Quelque chose ne va plus très bien dans notre rapport aux écrans, nous devenons de plus en plus dépendants. Il suffit de voir à quoi peut ressembler une salle de classe ou un déjeuner familial. Ces écrans, qui devaient nous ouvrir sur le monde extérieur, nous enferment petit à petit", assure lundi le directeur éditorial de Arte France dans Forum.
Apport des neurosciences
Le temps moyen quotidien passé sur nos téléphones a doublé entre 2012 et 2016: il est de 4h48 au Brésil, 3h en Chine, 2h37 aux Etats-Unis et 1h32 en France. Ce temps devrait encore doubler d’ici 2020, explique Bruno Patino dans son ouvrage publié mi-avril aux éditions Grasset.
"Cette dépendance n'est pas le produit du hasard, mais de l'application, par un certain nombre de plateformes et d'outils, d'un modèle économique publicitaire. Ce modèle dépend donc du temps de cerveau disponible. Les outils sont connectés en permanence et il leur a fallu conquérir du temps que nous utilisions déjà pour autre chose. Pour mieux le faire, ils ont utilisé certains apports des neurosciences afin de nous rendre dépendants", révèle le journaliste.
Machines à sous numériques
Selon Bruno Patino, les plateformes en ligne, telles que les réseaux sociaux, utilisent les mêmes leviers que les machines à sous dans les casinos.
"Lors d'une expérience au XXe siècle, une souris a été enfermée dans une boîte à l'intérieur de laquelle se trouve un distributeur de nourriture. Dans un premier cas de figure, de la nourriture tombe à chaque fois que la souris appuie sur le distributeur. Elle en devient maîtresse et appuie quand elle en sent le besoin. Dans un deuxième cas, de la nourriture tombe de temps en temps, aléatoirement. Comme une machine à sous. La souris a alors appuyé de manière compulsive et est devenue esclave du distributeur. C'est le mécanisme de la récompense aléatoire et un très grand nombre de plateformes internet fonctionnent comme ça", illustre l'auteur.
Pour le Français, une limitation de l'usage individuel des smartphones aura lieu dans le futur. "Je pense aussi que nous allons engager un dialogue avec ces plateformes de façon à limiter l'impact de l'économie de l'attention et à restreindre l'application des neurosciences."
Propos recueillis par Julien Bangerter et Nadine Haltiner
Adaptation web: Guillaume Martinez
Les pathologies du smartphone
Athazagoraphobie:
La peur d’être oublié ou ignoré par ses pairs. Cette dépendance affective est liée à l'envoi incessant de textos.
Nomophobie:
La peur de se retrouver sans téléphone portable. Cette contraction de "no mobile phone" et "phobia" décrit la panique que peuvent éprouver certaines personnes face à l'éloignement de leur appareil.
Phubbing:
L'acte d'ignorer des personnes physiquement présentes en regardant son téléphone plutôt que de communiquer avec elles. Le nom de ce phénomène est issu des mots "phone" et "snubbing" (repousser ou snober en français).
Textonite:
Une tendinite du pouce due aux gestes répétitifs des doigts lors de la rédaction de messages sur son smartphone.
Vibration fantôme:
La sensation de ressentir les vibrations du téléphone ou de l’entendre sonner alors que celui-ci est inactif.
Zombiewalking:
Marcher dans la rue tout en regardant son téléphone portable. Une pratique non sans risque pour les piétons.