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Comment va ma nouvelle constitution? Si une nouvelle constitution est l'adoption symbolique d'un nouveau corps social, avant de revêtir une nouvelle peau, je voulais la soumettre à une auscultation attentive des contours et organes qu'elle contient. Serait-elle bonne? Serait-elle mauvaise? Pire ou meilleure que l'ancienne? Comment la lire? Avant que le peuple ne choisisse son contenant fondamental -14 octobre-, ça méritait un examen individuel. Nul n'est prophète en son pays. Les intérêts biaisent le regard. Sur l'exemple des lettres persanes de Montesquieu, je devais trouver mon persan à moi, un étranger au serail, qui pourrait voir ce corps avec distance et un peu d'ironie.
Je l'ai trouvé. Dans mon quartier, petit bout d'homme, kiosquier, 50 ans. Il m'a dit, tout d'abord: Franchement, vous avez des problèmes de riches. Je vois du gras. Chez moi, on se couperait un bras pour avoir une constitution tout court. Vous, après avoir pu élire vos 80 constituant-e-s - choix démocratique-, les laisser travailler 4 ans en paix (relative) pour rédiger un texte. Vous avez investi 20 millions pour cela, et maintenant vous pinaillez comme des gamins, charognez sur tel ou tel article qui aurait, dans le meilleur des mondes, pu être meilleur ou plus fort. Alors, vous allez jeter cet argent par la fenêtre? Vous voulez toutes les billes de la cour d'école ou pas de billes du tout? Alors que 4% du peuple pourra demander une modification constitutionnelle en tous temps, vous jouez à celui qui a le plus de muscle? Problème de riches, je vous dis, vous allez finir par vous faire une artériosclérose si vous continuez à vous encroûter comme cela. Ne restez pas immobiles. Bougez, avancez, y'a que ça de vrai pour vous maintenir en vie: le changement, le dialogue, la vitamine.
Certes il y a la tentation du pire, celle de dire non, toujours non, et de vous recroqueviller sur vous même. (vous avez même des spécialistes pour cela). Vous avez un vieux corps social qui fonctionne certes plutôt bien, mais quand même, il a pris un sacré coup de vieux et le monde change. Vous faites penser à ces personnes qui, plutôt que d'aller sur la table d'opération lorsqu'il le faut, même pour une opération bénigne, rechignent, et repoussent encore et encore l'intervention jusqu'à tomber complètement malade. Le changement fait peur. Mais là, je ne vois pas ce qui, au fond, pourrait vous pousser à refuser ce nouveau corps. Mais bon, allongez-vous. J'ai déjà trop parlé. La Constitution a ses organes, on commence par la bouche.
Ouvrez-la! Tirez la langue. Je fais Ahhhhhh
Je vois:
article 5. La langue officielle est le français. L'Etat promeut l'apprentissage et l'usage de la langue française. Il en assure la défense.
Ah ben ça c'est bien. Votre langue, elle n'allait pas si bien. J'ai vu ici et là des affichages uniquement en English, et franchement, si vous laissez le sabir de la finance et de la technique régner sur vous, c'en est fini de votre langue, vous pouvez dire adieu au français. Vous devriez peut-être vous inspirer du Québec et de sa fameuse loi 101, puis 86, qui a rendu l'affichage en français obligatoire. Votre langue, fondement identitaire, dont, si j'ose, vous ne faisiez pas si grand cas jusqu'à maintenant, va être désormais reconnu à sa juste valeur, officielle; ça, c'est dit. Sa défense va en être assurée, et cela ouvre de belles perspectives. Par exemple: défendre les librairies, les universités, la presse, l'enseignement, la place fondamentale de la langue dans la Culture. Vous avez une belle langue, développez-la, défendez-la. De ce côté là vous pouvez dire oui. Quand la langue va, tout va !
- Oui.
Mais revenez donc me voir dans la semaine, j'ai quelque chose à vous dire sur vos poumons...