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Espagnols, et tient la campagne pendant deux ans. L'ennemi voulait surprendre Hesdin. Créqui, averti de son projet par un nommé Batard, qui avait feint de promettre de livrer le château, entre le soir dans le fort avec deux cents hommes d'armes, fait placer une herse au-dessus de la porte qui doit être livrée, et dispose à droite et à gauche divers feux d'artifice qui sont recouverts de paille. Le seigneur de Fiennes et le duc d'Arschot s'avancent avec leurs troupes pendant la nuit. Au premier rang marche Batard, lié entre quatre soldats qui ont reçu ordre de le poi guarder si le coup manque par sa trahison. Batard donne un coup de sifflet auquel il est répondu, et les Espagnols entrent par la porte qui se trouve ouverte. Gréqui ordonne qu'on laisse tomber la herse avant que toute la troupe ait pénétré; mais la herse mal préparée ne peut descendre, et alors Créqui fait mettre le feu à l'artifice. Il était lui-même à une fenêtre * au-dessus de la porte : une fusée l'atteint au visage, pénètre dans sa bouche entr'ouverte, et, deux jours après, il meurt par ce funeste accident. (Voy. CANAPLES). La France le regretta comme un des plus grands hommes de guerre qu'elle eût alors. V-VE. CRÉQUÍ DE BLANCHEFORT et DE CANAPLES (CHARLES IT. DE), duc de Lesdiguières, maréchal de France, lieutenant-général en Dauphiné, était fils d'Antoine de Blanchefort, qui fut institué par le cardical de Créqui, son oncle maternel, béritier de tous les biens de la maison de Créqui, à condition qu'il en porterait le nom et les armes. Charles de Créqui épousa, en 1611, Madeleine de Bonne, fille de Franfois, duc de Lesdiguières, connétable de France, et, la même année, la sei
gneurie de Lesdiguières fut érigée en duché-pairie en faveur du counétable et de son gendre. Ce dernier fit ses premières armes en 1594, au siége de Laon. En 1597, dans la guerre de Savoie, il reçut un coup de mousquet à la journée des Molettes, se fit panser, et retourna sur-le champ à la charge. Bientôt après, la querelle d'une écharpe rendit son nom fameux. Le fort de Chamousset ayant été emporté d'assaut par le connétable, le gouverneur fut tué: D. Philippin bâtard du duc de Savoie, réussit à s'échapper; mais il oublia son échar pe, qui tomba dans les mains de Créqui. Un trompette vint demander le corps du gouverneur; Créqui le chargea de dire au bâtard qu'il fût plus soigneux à l'avenir de conserver les faveurs des dames. D. Philippin envoya défier Gréqui en combat singulier à cheval, à l'épée et au poignard. Créqui se rendit au lieu indiqué, n'y trouva point son adversaire, et l'accusa hautement de lâcheté. Une année entière s'était éconlée, lorsque D. Philippin lui fit demander une entrevue au fort de Barraux. Les deux champions s'y trouvèrent; mais le bâtard refusa de se battre et de signer la relation de l'entrevue. Créqui ne tarda point à lui proposer le combat; il fallut enfin l'accepter; il eut lieu entre Gières et Grenoble. D. Philippin cria deux fois qu'il était blessé; le vainqueur lui ordonna de déposer ses armes; il obeit. Créqui l'embrassa, lui laissa son chirurgien pour le panser, et s'éloigna; mais le duc de Savoie, regardant le bâtard comme déshonoré, pour s'être laissé désarmer, lui defendit de paraître en sa présence. Alors D. Philippin prétendit qu'il n'avait point quitté les armes le premier; il envoya un nouveau cartel; mais,
rendu sur le champ de bataille, il annonça qu'il voulait pour second un seigneur qui était absent. Bientôt il crut pouvoir remplacer la guerre à l'épée par la guerre de plume. Il publia un manifeste pour justifier sa conduite. Créqui fit imprimer une réponse qu'il terminait en disant qu'il n'y avait pour D. Philippin qu'un moyen d'effacer la tache faite à son honneur, celui de quitter la plume pour se servir d'une plume de fer. D. Philippin, voyant qu'il ne pouvait plus reparaître à la cour de Savoie avant d'avoir lavé sa honte dans son propre sang ou dans celui de son ennemi, indiqua un nonveau rendez-vous à Quirieu, le 1er juin 1599. Dès le commencement du combat, il tomba percé de trois coups d'épée, de deux coups de poignard, et, quelques jours après, il mourut de ses blessures. C'est ainsi que se termina cette longue querelle. Créqui ne fut point atteint, et rendit grâce à Dieu de sa victoire. Il obtint en 1605 le régiment des gardes françaises, sur la démission du brave Crillon. En 1620, il se trouva, avec Bassompierre, à l'attaque des ponts de Cé, que défendaient, pour la reine mère, les ducs de Vendôme et de Retz, et le comte de St.-Aignan ce dernier, abandonné des deux autres chefs, fut contraint de se rendre. Louis XIII voulait qu'on lui fit son procès, comme ayant été pris les armes à la main contre son roi; Gréqui en fut informé, et déclara que St.-Aignan était son prisonnier de guerre, qu'il l'avait reçu. comme tel, qu'on ne pouvait le mettre en jugement sans violer la foi publique et le droit des gens, et que, si on n'arrêtait point les poursuites commencées, il allait se retirer et tout abandonuer. La cour craignit de mécontenter Créqui, et St.-Aignan cn
fut quitte pour la perte de son emploi de mestre-de-camp. Créqui n'avait cessé de se signaler dans les combats. Il fut fait maréchal de France après la prise de Montpellier, en 1622, et battit le duc de Feria en Piémont, en 1625. On imprima la même année à Paris, in-8., sa Lettre sur la retraite du duc de Feria et de ses troupes d'alentour de la ville d'Ast. Eu 1629, il força les barricades du pas de Suze, et Spinola se hâta de lever le siége de Casal En 1630, Créqui prit Pignerol en deux jours, et se rendit maître de toute la Morienne. En 1633, il fut nommé ambassadeur à Rome, et chargé d'y poursuivre la dissolution du mariage de Gaston duc d'Orléans. Il présenta de longs mémoires au pope Urbain VIII, et eut plusieurs conférences avec lui; mais le pontife persista dans son refus de dissoudre un mariage contracté selon toutes les conditions prescrites par le concile de Trente. Les Negociations de Créqui à Rome forment un volume in-folio manuscrit, qu'on trouve à la Bibliothèque impériale, et qui provient de celle de Colbert. Ambassadeur à Venise en 1654, Créqui s'y fit admirer par sa magnificence, et aimer par sa politesse. En 1655, il mena dix mille hommes en Italie, commanda sous le duc de Savoie, entra dans le Milanais, prit Candia, assiégea Valence, et obtint quelque succès, dont la politique de Victor Amédée crut devoir arrêter le cours. En 1636, les Espagnols allaient se rendre maîtres des états du duc de Parme, allié de la France. Crequi fait une irruption dans le Milanais, et ravage le territoire entre Novarre et Mortare. Les Espagnols abandonnent le Plaisantin, et viennent attaquer les Français auprès de Vespola. Créqui donna dans une embuscade
perdit beaucoup de monde, et attribua sa défaite à la défection de la cavalerie du duc de Savoie. Les Français avaient construit à l'entrée du Milanais le fort de Brème, dout Richelieu parlé dans son Testament politique, comme d'un résultat important de la campagne de 1635. Le marquis de Léganez voulut prendre ce fort en 1658, et Créqui partit de Turin avec quelques régiments, pour faire échouer son entreprise. Arrivé à la vue du camp ennemi, le 17 mars, il descend de cheval, s'appuie contre un arbre, et, avec une lunette d'approche, examine les retranchements. Il portait un habit rouge. Un canonnier, que frappe cette couleur, pointe contre le maréchal un canon de dix-sept livres de balle: le boulet lui ouvre le ventre, emporte son bras gauche, et entre dans l'arbre sur le quel il est appuyé. Ses soldats troublés et consternés se retirèrent, le fort se rendit, et le maréchal de Créqui fut remplacé par le cardinal de la Valette. Créqui était habile dans l'art de combattre et dans celui de baranguer. Son éloquence était persuasive, sa politesse remarquable, et il relevait l'éclat de son nom par sa magnificence. Nicolas Chorier publia sa vie à Grenoble, 1683, in-12. On trouve à la bibliothèque impériale deux recucils manuscrits de ses lettres.
V-VE.
CRÉQUI (FRANÇOIS DE BONNE te), duc de Lesdiguières, fils de Charles I., sire de Créqui, suivit avec succès la carrière des armes. En 1667, il battit le comte de Marsin et le prince de Ligne, qui venaient au secours de Lille, assiégée par Louis XIV. L'année suivante, il fut fait matichal de France, avec Bellefonds et Humieres. En 1670, il prit Epinal Longwy, enleva au duc de Lor
raine ses états, et l'obligea de se retirer à Cologne. En 1672, Louis XIV ayant nommé Gréqui, Bellefonds et d'Humières, lieutenants-généraux à l'armée d'Allemagne, sous le commandement de Turenne, Créqui et ses deux collégues refusèrent de servir en sous-ordre. Louvois menaça Créqui, au nom de son maître, « d'al»ler passer sa vie dans quelque pro»vince, et de perdre tous ses éta» blissements. » Le maréchal eut une conversation d'une heure avec le roi, et sortit du cabinet du monarque dans une grande agitation. Le maréchal de Grammont avait reproché à Tureune de tenir le titre de maréchal pour une injure, de l'avoir fait effacer de tous les lieux où il pouvait être, et de vouloir commander en prince. Gréqui, Bellefonds et d'Humières furent exilés. Le maréchal de Schomberg refusa aussi de servir sous Turenne. Ce ne fut pas le seul sujet de jalousie que Créqui eut contre ce grand homme. En 1674, il se trouvait sur les bords de la Sarre, à la tête de la noblesse ou de l'arricre-ban. Turenne demanda ce corps d'élite; Créqui écrivit à Louvois, qui lui répondit: « Si M. de Turenne, » croyant donner un combat contre » les ennemis, vous demande tous les >> escadrons de l'arrière-ban, S. M. » désire que vous les lui envoyicz. Créqui se démit du commandement, et servit, comme volontaire, sous Turenne, qui manda au même Louvois: « M. le maréchal de Créqui qui » est venu dans mon quartier, m'a » dit qu'il y voulait demeurer tant » qu'il croirait qu'il y aurait quelque » chose de capital à faire. Cela ne sau>> rait être que d'une fort grande uti»lité pour le service du roi, person» ne n'étant plus capable de servir » dans une grande action, et dans
>> toutes, que lui. » En 1675, il cut le commandement d'entre Sambre et Meuse. Il prit Dinand, et il écrivit à Louvois: « S'il arrive que » M. de Turenne demande quelque » infanterie et quelque cavalerie, je ne » pourrai que grossir quelque garni» son sur la Moselle de ce qui me res» tera. il est douloureux d'être ancan» ti tant de fois dans l'armée, quand » ou est porté d'un zèle infatigable » pour le service de sa majesté » La même année, Turenne fut tué, et Créqui se trouva le plus ancien des maréchaux de France. Il n'avait qu'un corps de troupes faible et en mauvais état, lorsque, le 11 août, il fut attaqué au pont de Consarbrick, et enveloppé. Il combatit en désespéré. Les ennemis étaient au nombre de vingt-deux mille contre cinq mille français. La cavalerie prit la fuite jusqu'à Thionville. L'infanterie fut tont entière tuée ou faite prisonnière. Tous les canons et les bagages restèrent au pouvoir des vainqueurs. Le combat n'avait pas duré une heure et demie. Créqui se sauva, lui quatrième, dans Trèves, où bientôt il fut assiégé. Ge fut à l'occasion de la malheureuse journée de Consarbrick, que le grand Conde dit : « Il ne manquait que cette » disgrâce au maréchal de Créqui, » pour le rendre un des plus grands » généraux de l'Europe. » Trèves se rendit le 6 septembre, par la trahison d'un nommé Boisjourdan, qui rédigea les articles de la capitulation, et la fit signer par les commandants des corps à l'insu du maréchal, qui refusa de se rendre, et fut fait prisonnier dans la grande église, ou il s'était retranché, défendant le trésor de l'armée, et se battant encore quand tous les postes étaient abandonnés ou rendus. Boisjourdan eut la tête tranchée. Il avait déjà été condamné à mort
pour un assassinat dans la forêt de Senlis, et son grand père, sons Char• les IX, avait livré la ville du Mans. En 1677, Créqui fut opposé au jeune Charles V, duc de Lorraine, qui se flattait de pouvoir reconquérir ses états; mais avec une armée supérieure, ce prince ne put rien entreprendre. Le maréchal le côtoyait jour par jour et lui coupait tous les vivres; il défendit les passages de la Meuse. Charles se vit contraint de retourner en Alsace, et Créqui le devanca ; il le battit à Kokesberg, près de Strasbourg, et termina glorieusement la campagne par la prise de Fribourg. L'année suivante, le duc Charles voulut repren dre cette place et rentrer dans la Lorraine par la haute Alsace; Créqui bat un corps de troupes du prince de Bade, attaque les impériaux, et les défait vers le pont de Rhinfeld, taille en pièces l'arrière-garde du duc de Lorraine, près de Gegenbach, porte le fort de Kehl, brûle le pont de Strasbourg, et se rend maître de Lichtenberg. Ces deux campagues de Créqui sont regardées comme d'une grande instruction dans l'art militaire, elles furent immédiatement suivies de la paix de Nimègue, dont Louis dicta les conditions. En 1679, Créq hattit deux fois, près de Minden, l'électeur de Brandebourg. En 1684, il prit Luxembourg, après vingt-qua tre jours de tranchée ouverte; Lows XIV commandait l'armée qui cou vrait le siége de cette place. Crea mourut le 4 février 1687, à Fage de soixante-trois ans. On lit, daas les Lettres du comte de Bussy « qu'il trouva sa destinée courte » et qu'il était en colère contre cet » mort barbare qui, sans consideren » ses projets et ses affaires, vera » ainsi déranger ses escabelles. » Se oraison funèbre fut prononcée p
Barthelemi de Brassac, aumônier du joi, et imprimée à Grenoble en 1687, in-12. St.-Simon met Créqui au nombre des familiers de Louis XIV, et trace ainsi son portrait : «Créqni, dont » la vie, toute occupée de plaisir, de >> bonne chère et du plus gros jeu, >> rassurait le roi dans l'habitude de » familiarité qu'il avait avec lui.» (Mem., tom. VI.) Le maréchal de Villars fut l'élève de Créqui: « Jenne » homme, lui cria-t-il, après l'avoir » vu le premier monté sur la bêche » du fort de Kehl, si Dien te laisse » vie, tu auras ma place plutôt que » personne.» Voltaire a dit que Créqui mourut « avec la réputation d'un >> homme qui devait remplacer le vi» comte de Turenne. » →→→ CRÉQUI (François, marquis de), fils du maréchal, fut tué à la bataille de Luzara, le 15 août 1702, et ne laissa point de postérité. Il avait beaucoup d'esprit, de graces, d'agrément, et s'était montré de bonne heure très fin courtisan. (Voy.les Lettres de Mme de Sévigne.) C'est pour lui que fut faite cette jolie chanson:
Si j'avais la vivacité
Ou si j'étais, comme Conti,
Dat-il m'être infidèle.
Tout cela serait pour Créqui, V-VE. CRÉQUI (CHARLES, dne DE), prince de Poix, gouverneur de Paris, frère aîné du précédent, était ambassadeur à Rome, lorsque les Français y furent insultés par la garde corse en 1662. Cette soldatesque investit le palais Farnèse, où le duc de Créqui était logé, et tira plusieurs coups de mousquet aux fenêtres. L'ambassadeur parut sur un Lalcon pour apaiser le tumulte, mais, au même instant, les coups de feu redoublerent et furent dirigés contre ; aucun ne l'atteignit. Dans le mê
me temps, le capitaine de ses gardes, attaqué par les sbircs, sur la place Navonne, reçut un coup de mousqueton dans le ventre. Le carrosse de la duchesse de Créqui fut assailli dins les rues. Un page de l'ambassadrice, qui était à la portière, fut tué d'un coup de mousquet, et la duchesse se réfugia chez le cardinal d'Este, qui avait le titre de protecteur de France, et chez lequel un grand nombre de Français avait cherché un asyle. Le cardinal en composa une escorte, arma ses domestiques, se fit porter dans une chaise découverte devant le carrosse de l'ambassadrice, et la ramena au palais Farnèse, au milieu d'une haie de trois cents hommes armés et d'une centaine de flambeaux. On sait quelle réparation éclatante exigea Louis XIV. (Voy. ALEXANDRE VII.) Le cardinal Impériali, qui était gouverneur de Rome à l'époque de l'insulte faite à l'ambassadeur français, demanda pardon en personne au monarque, qui voulut, par une médaille, con
ce
sacrer cet événement. On trouve dans la Bibliothèque historique de Frantome III, page 15, le titre des pièces qui furent publiées sur cette affaire, en France et en Italie, entre autres la Lettre qu'écrivit au roi le duc de Créqui, contenant les raisons qui l'ont obligé de sortir de la ville de Rome avec toute sa famille, pour l'attentat commis en sa personne, Paris, 1662, in-4°. Ce fut au duc de Créqui que St.Évremont écrivit, en 1659, la fameuse lettre dans laquelle il tournait en ridicule le traité des Pyrénées et le cardinal Mazarin. Cette imprudence attira sur son auteur une disgrâce qui dura toute sa vie (V. SAINT-ÉVREMONT). Le duc de Créqui mourut à Paris, neuf jours après son fière, le 15 fevrier 1687.
V-VE.