Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07037.jsonl.gz/709

Note précédente : Augmentation de l'activité sismique (partie 2) : La planète X
Si c'est la planète X qu'on accuse le plus souvent sur Internet d'être la cause de l'augmentation présumée du nombre de séismes, j'ai aussi lu qu'il pourrait s'agir de l'expérience ultra-secrète de l'armée américaine HAARP ! (High Frequency Active Auroral Research Program) Pour faire simple, HAARP est un réseau d'antennes situé en Alaska, dont le but est de ioniser la couche de l'atmosphère qu'on appelle 'ionosphère' et dans laquelle se produisent par exemple les aurores boréales lorsqu'elle est ionisée par les rayons cosmiques, afin d'étudier la possibilité d'utiliser ce phénomène pour les communications à très longue distance autour du globe. Sur Internet, on accuse cette expérience de tous les maux de la Terre, peut-être pas tout à fait à tort d'ailleurs car il paraît tout de même dangereux de faire ainsi joujou avec notre atmosphère. Changements climatiques, mort mystérieuse de groupes entiers d'animaux, séismes et même... contrôle mental de populations entières sont les capacités ou les effets secondaires supposés de l'installation ! Je ne vais pas tenter de réfuter ou démystifier la plupart de ces affirmations. Par contre, je m'intéresserai à l'une d'entre elle en particulier: son utilisation comme arme sismique. Ou plus exactement, son utilisation a-t-elle conduit à l'augmentation du nombre de séismes qu'on observe depuis le début du siècle.
C'est en effet envisageable : pourquoi ne pas penser que les scientifiques, dans leur quête désespérée de la découverte, ont créé un monstre capable de tuer des populations entières à distance ? Et bien je ne vais pas le cacher, cet effet supposé est très facile à réfuter en se basant sur les données sismiques que j'ai relevées. Selon Wikipedia, l'armée a abandonné l'installation en 2013. L'université locale (en Alaska) a reçu ensuite l'autorisation d'en reprendre l'exploitation en 2015. Il n'est pas précisé si cette exploitation a effectivement repris à ce moment-là. Mais ce qui est certain, c'est que l'installation était à l'arrêt durant toute l'année 2014. On devrait ainsi voir une nette diminution de l'activité sismique durant cette année. Mais il n'en est rien, bien au contraire. 2014 est finalement la seconde année à la plus forte sismicité, juste derrière 2007 (33 séismes de magnitude supérieure ou égale à 6) et à égalité avec 2008. (32 séismes de magnitude supérieure ou égale à 6) Donc exit HAARP, ce n'est pas cette installation qui provoque l'augmentation de l'activité sismique, n'en déplaise à ses détracteurs. (ou fans ?)
Pour clore avec les théories qui fleurissent sur Internet, j'ai été très intéressé par un blogueur qui dit avoir détecté un pic sismique annuel depuis 2004, l'année du séisme de Sumatra. Bien sûr, lui considère que c'est dû à la planète X dont on sait qu'elle n'existe pas. (voir mon précédent billet) Déjà, lui au moins s'est rappelé que la Terre tourne autour du Soleil et il attribue ce pic sismique à l’alignement annuel du Soleil, de la Terre et de la planète X. Il fait l'hypothèse que la planète X est doté d'un si fort magnétisme qu'elle annule pratiquement le magnétisme solaire lors de cet alignement et provoque donc une sorte de spasme du noyau de notre planète. Bien entendu, on voit très mal comment une planète pourrait avoir un magnétisme si important qu'il pourrait annuler celui du Soleil. Mais puisque cette planète n'existe pas, il est de toute manière inutile de pousser plus loin cette démonstration. (il est par contre tout à fait envisageable qu'un tel effet existe avec d'autres planètes comme Jupiter ou Vénus, mais à bien moindre échelle) Non, ce qui m'a intéressé dans sa proposition, c'est qu'il ait découvert un pic sismique annuel autour du mois d'avril. Ça, c'est très intéressant je trouve. Donc pour en avoir le cœur net, j'ai repris ma série de données issue des archives de la NOAA et j'ai recherché, en les classant par mois, l’existence de ce pic sur la période concernée, à savoir 2004-2017.
Alors oui, il semble bien qu'il existe un pic au mois d'avril, mais c'est loin d'un pic aussi marqué qu'il le prétend. Je me suis donc limité à la période 2010-2017 pour voir si l'intensité de ce pic augmentait ou diminuait.
Et je pense que oui, le pic semble s'amplifier. Difficile en revanche de dire si c'est dû à une véritable augmentation ou à un effet lié au manque de significativité des données statistiques.
Maintenant, pour faire un rapprochement entre l'augmentation supposée de l'activité sismique et le pic sismique observé, il serait intéressant de vérifier s'il existait auparavant. Donc j'ai refait la même étude, mais pour la période 1950-1990, qui est clairement antérieure à la période active observée.
Le pic est moins marqué certes, et il se situe plutôt en mars. Mais il existe bien et il ne peut pas être attribué à une hypothétique planète X, qui n'était pas encore censée être à portée ! On doit donc plutôt parler de pic printanier. Et finalement, ne devrait-on pas plutôt l'attribuer à une cause climatique ? Je me souviens que certains géologues font l'hypothèse que les pergélisols empêchent ou retardent les séismes en figeant les sols en profondeur. Le fait est que ces pics printaniers font suite à des périodes hivernales plus calmes. On peut donc faire l'hypothèse que l'hiver retarde une partie des séismes qui se produisent au printemps alors qu'ils auraient dû se produire plus tôt.
Et là ça m'a donné l'idée de comparer la courbe de l'augmentation des séismes avec celle des températures. J'utilise la courbe éditée par le Hadley CRU de l'université d'East Anglia (cliquer sur l'image pour agrandir)
La forme générale est assez semblable, mais dans le détail il ne s'agit pas d'une corrélation forte. Il faut dire que les séismes sont des événements hautement aléatoires et il aurait été étonnant de voir les deux courbes presque confondues ! Toutefois, l'hypothèse d'une augmentation liée au réchauffement climatique ne me paraît pas infondée. C'est en tout cas une hypothèse que font certains géologues et climatologues. Et ceux qui me connaissent savent que je suis loin d'être un apôtre du réchauffement et de ses conséquences catastrophiques. Ceci dit il y a bien une chose qu'on ne peut pas nier en la matière : nous vivons une période chaude et cela a forcément des conséquences, même si elles ne sont peut-être pas si catastrophiques qu'on le prétend généralement.