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Il aura fallu plus de deux ans pour traduire ce livre très dense qui relate le lien entre l’animal et l’homme, mais sous la thématique de la violence. Cet ouvrage comprend plusieurs contributions de chercheurs, psychologues, philosophes, juristes, sociologues, issus de plus de sept pays différents. C’est ainsi que se succèdent recherches scientifiques, juridiques et débats philosophiques sur le lien entre la souffrance infligée à un animal et sa corrélation avec celle infligée à un être humain.
On y cite plusieurs philosophes, dont l’anglais Bentham et le français Schweitzer, mais également Kant qui, dans ses Leçons d’éthique, affirmait déjà à la fin du XVIIIe siècle que l’homme « doit faire preuve de bonté envers les animaux, car celui qui est cruel avec les animaux devient rude dans ses rapports avec les hommes ».
A travers les divers articles qui s’emboîtent les uns dans les autres, mais ne sont pas égaux dans leur contribution au débat, le livre tente de prouver que des liens non discutables de causalité existent entre la cruauté infligée à l’encontre d’un animal, par un enfant par exemple, et sa violence en tant qu’adulte. On relèvera également que la violence conjugale n’épargne pas la maltraitance envers les animaux.
Plusieurs auteurs évoquent la question de la chasse (aux dauphins, aux cerfs), notamment la chasse à courre qui est qualifiée, au côté de la corrida, de « sport sanguinaire », moralement inacceptable. La chasse se révèle comme un excitant à la violence. L’animal, pourchassé souvent jusqu’à l’épuisement, n’a aucune chance d’échapper à ses bourreaux. La liberté d’être cruel pour l’homme ne devrait pas exister ! La chasse semble minimiser et dévaloriser l’empathie. Un des auteurs rappelle qu’il existe également un lien putatif entre les femmes battues et la chasse.
Le fait de trouver son plaisir dans la douleur - la souffrance infligée à un autre provoquant une sorte de Schadenfreude - se voit vivement dénoncé dans ce livre, quelle que soit la victime, bête ou homme.
Même si trop peu d’aspects ont encore été étudiés par la criminologie en ce début du XXIe siècle, il semble qu’un changement de conscience voie le jour dans les sociétés occidentales. Si la violence a longtemps été exercée à l’encontre de personnes pour des motifs de race, de religion ou de sexe, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La seule violence qui subsiste est celle du spécisme, soit la différenciation de traitement à cause de l’espèce !
Cet ouvrage n’apporte pas de conclusion, mais le lecteur, suite à ses 400 pages, saura saisir le lien qui unit l’homme et l’animal dans ce qu’il a de plus terrible, la violence, soit un irrespect profond de l’identité de l’autre.