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Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, on trouve la littérature populaire et les praticiens formés par l'apprentissage. Toutefois la prédominance de l'é1evage du bétail multiplie le nombre des „Viehärzte“ et des accoucheurs spécialisés dans la médecine bovine. Certains acquièrent une réputation locale et possèdent une clientèle étendue; la plupart exercent seulement dans leur village et dans un voisinage immédiat. Il existe dans les cantons, des centres d'apprentissage dans lesquels un vieux praticien réputé enseigne les techniques usuelles.
Au dix-huitième siècle, on tente de réglementer la pratique de l'art dans certains cantons. Les élèves doivent obtenir le certificat d'un praticien connu et agréé par le Collège de santé.
La création de l'enseignement vétérinaire permet de formuler des exigences nouvelles. A Zurich, un mandat de 1776 exige des candidats vétérinaires un apprentissage de deux années ou la fréquentation d'une école vétérinaire et un examen subi devant trois membres du Conseil de santé, un médecin et un vétérinaire. En fait, il s'agissait de connaître les noms de quelques maladies et de vingt ou trente médicaments. Les candidats vont faire un séjour abrégé, soit à Fribourg-en-Brisgau, où l'enseignement est de deux semestres, soit à Karlsruhe, où il n'est que d'un semestre. L'empirisme sévit partout et la plupart des propriétaires soignent eux-mêmes leurs animaux. Pourtant certains candidats profitent déjà de la formation scientifique offerte dès 1761 par l'Ecole Vétérinaire à Lyon, fondée par Claude Bourgelat.
En 1804, le petit Conseil du canton de Berne charge une commission d'étudier l'organisation d'une Académie et d'Ecoles pour l'instruction de la jeunesse. En ce qui regarde la médecine, la commission signale comme « indispensables » les quatre enseignements suivants : «1. Anatomie, physiologie et anthropologie physique; 2. Thérapeutique, avec une clinique, et matière médicale; 3. Chirurgie et bandages, avec une clinique; 4. Médecine vétérinaire ou Vieharzneywissenschaft. Sie ist zumahl für die Schweitz ein zu dringendes Bedürfniss, als dass sie in unserer Anstalt übergangen werden dürfte.»
L'urgence de ces propositions est reconnue, car, le 22 février 1806, le petit Conseil les adopte et décide de créer un Institut (Lehranstalt) vétérinaire à l'Académie de Berne. Il est alloué 1600 livres pour le professeur de médecine, 1500 pour le professeur de chirurgie et 1000 pour le professeur de science vétérinaire. Des trois candidats qui s'offrent, un a étudié à Alfort, mais n'a pas terminé ses études; les deux autres sont des «Viehärzte» du canton. Leurs titres sont jugés insuffisants. En mars, le choix de la curatelle se porte sur Friedrich Emmert, docteur en médecine de Tübingen, qui a étudié la médecine des animaux avec le médecin wurtembergeois Ploucquet, auteur du «Vollständiger Rossarzt» et de plusieurs ouvrages vétérinaires. Le 30 du même mois, Emmert est solennellement installé. Le choix était excellent à tous égards. On aménage successivement, dans des locaux provisoires au Bubenbergplatz, une salle de dissection et un hôpital, tandis qu'une clinique ambulatoire est instituée. Alors qu'un seul élève est inscrit dans l'automne de 1806, on compte onze étudiants en 1807 et douze en 1809. L'enseignement est donné en deux années et les premiers certificats sont délivrés en novembre 1809.
L'enseignement vétérinaire est intimement associé à l'enseignement médical et les mêmes règlements visent à la fois les médecins, chirurgiens, accoucheurs, vétérinaires et sages-femmes. Emmert est d'ailleurs prosecteur d'anatomie à la Faculté où son frère est professeur.
L'avenir de l'Ecole est désormais assuré. En 1812, deux brillants élèves, Mathias Anker et Peter Schilt, sont envoyés en Allemagne, en Autriche et en France pour se préparer à l'enseignement. Professeur à titre provisoire en 1816, Anker est confirmé dans sa fonction en 1818.
L'Ecole s'adjoint de nouveaux maîtres : en 1824, le médecin et vétérinaire Gerber; en 1833, le vétérinaire Rychner, l'un des premiers maîtres de la médecine bovine.
Le règlement du 15 septembre 1834 porte que l'Ecole vétérinaire fait partie intégrante de la Faculté de médecine de l'Université. Elle se trouve maintenant à l'Engehalde. Elle possède deux professeurs extraordinaires, un prosecteur et des assistants. Les cours ont une durée de deux années. Les conditions d'admission sont très libérales; à défaut de la licence d'un gymnase, on se contente d' «un certificat du pasteur portant que le candidat sait lire, écrire et compter».
Le nombre des élèves reste assez faible. Jusqu'en 1842, le total des immatriculés est de trois cent dix-huit (moins de 9 par année), dont cent vingt-quatre exercent dans le canton de Berne.
La loi du 3 septembre 1868, élaborée par le grand Conseil et soumise au référendum, modifie entièrement le statut de l'Ecole. Celle-ci est séparée de l'Université pour constituer un établissement autonome. Le corps enseignant comprend au moins trois professeurs, un prosecteur et un assistant de clinique. L'un des professeurs remplit la fonction de directeur. La durée de l'enseignement est portée à six semestres. Les candidats doivent posséder : pour la classe inférieure, le certificat de la seconde division d'une école secondaire; pour la classe supérieure, le certificat de sortie de l'école secondaire.
Cette réglementation soulève, de la part du corps enseignant et des élèves, des protestations d'autant plus vives qu'on l'a crue provoquée par des motifs intéressés. On doit reconnaître cependant que l'une au moins des raisons alléguées est acceptable: les facilités excessives consenties pour le recrutement des éleves étaient incompatibles avec le caractère des Hochschulen et elles ne pouvaient être indéfiniment tolérées.
Le nouveau corps enseignant a compris la leçon. Le règlement de 1870 fixe pour l'admission un programme qui équivaut sensiblement à la maturité. Une requête signée des professeurs Pütz, Metzdorf, Anacker, von Niederhäusern, Hartmann, tendant à l'admission du corps enseignant dans le Sénat académique, est accueillie et le directeur est assimilé à un doyen. Le règlement intérieur de 1868 crée une commission de surveillance de six membres, dont trois vétérinaires praticiens.
En 1876, Metzdorf et Anacker sont remplacés par Bugnion et Guillebeau; l'année suivante, Pütz, passé à Hohenheim, laisse sa place à Berdez, de Zurich. De 1882 à 1888, Hess, Noyer et Rubeli sont nommés professeurs. Vers 1895, les vieux bâtiments de l'école sont remplacés par des installations modernes.
Les services éminents rendus par l'Ecole, la valeur de ses enseignants et la haute considération qui les entoure ont crée une situation favorable à la réalisation d'un projet depuis longtemps envisagé: la réintégration de l'Ecole dans l'Université par sa transformation en Faculté. Le projet, adopté sans opposition par le grand Conseil, est soumis au référendum populaire; il est consacré par 30.215 voix contre 8.888, le 25 janvier 1900. Des règlements de la même année fixent le statut de l'agrégation et de l'attribution du doctorat (Doctor medicinae veterinariae), comme première université du monde!
Le 24 novembre 1819, le Collège de santé du canton adresse au petit Conseil un mémoire constatant l'insuffisance des candidats vétérinaires, accompagné d'un programme d'enseignement. Les propositions sont adoptées et deux maîtres sont désignés. L'Obertierarzt Kaspar Michel et le médecin et vétérinaire J. C. Wirth, avec mission d'ouvrir un cours de médecine vétérinaire.
L'enseignement commence le 16 février 1820, avec douze élèves, dans la maison de Michel, à l'Aussersihl. En trois années, quarante-trois élèves ont été formés et l'essai est favorable. Une ordonnance de 1823 porte la durée des études à quatre semestres. En 1825, on a diplômé quatre-vingt-neuf étudiants, dont soixante-cinq Zurichois. L'Ecole est maintenue, toujours à titre précaire, jusqu'en 1834.
A ce moment, c'est-à-dire après une expérience de quatorze années, la loi cantonale du 13 janvier 1834 reconnaît l'Ecole vétérinaire comme une institution permanente. Une ordonnance du 12 avril de la même année fixe ses statuts. La durée de l'enseignement est de deux années; on exige pour l'admission un certificat d'enseignement primaire, puis, à partir de 1838, deux années d'enseignement secondaire.
En 1834, l'Ecole est encore installée dans la maison de Michel, à l'Aussersihl. A ce moment, l'office du bourreau et équarrisseur cantonal est supprimé; on dispose d'une maison d'habitation et de hangars bâtis sur un terrain isolé, entre deux bras de la Sihl. C'est dans cet humble et sinistre logis que l'on installe tant bien que mal les services essentiels de l'Ecole.
Michel, mort en 1834, est remplacé par le vétérinaire cantonal Hirzel, avec le vétérinaire Heinrich Koller, de Zurich, comme adjoint.
La loi cantonale du 26 juin 1848 porte la durée des études à trois années et elle exige trois années d'études secondaires; par contre, elle abaisse à quinze ans l'âge de l'admission.
En 1849, l'Ecole possède six professeurs et un prosecteur, Zangger, qui remplace bientôt Wirth, décédé. Parmi ses maîtres figurent le chimiste Hofmeister et le botaniste Naegeli.
Le directeur Hirzel, mort en 1855, est remplacé par Zangger. L'Ecole est transformée sous son habile direction. Les cliniques sont installées dans de nouveaux bâtiments, ainsi que le service d'anatomie, le chenil et la forge. La loi du 23 décembre 1859 sur l'instruction publique classe l'établissement parmi les grandes Ecoles. Le nombre des étudiants passe de treize, en 1855, à trente-trois en 1860.
Des constitutions très libérales permettent de faire appel à des étrangers qui, comme Feser, Hofmeister, Naegeli, Siedamgrotzky, Bollinger..., deviendront des maîtres éminents.
En 1878, on exige pour l'admission le «programme fédéral de maturité», comportant l'étude du latin. Les maîtres reçoivent le titre de professeur.
Zangger meurt le 6 mars 1882; il lui a été donné d'achever l'oeuvre de reconstitution qu'il s'était proposée.
La loi du 5 juillet 1885 maintient l'Ecole vétérinaire parmi les institutions permanentes; la durée des études est de sept semestres et l'âge d'admission est porté à dix-sept ans, tandis que de nouveaux laboratoires, un chenil et des étables sont installées (1885-1896).
En 1895, le directeur Meyer est remplacé par Zschokke. L'ordonnance fédérale du 11 décembre 1899 exige le certificat de maturité et augmente d'un semestre la scolarité. De 1886 à 1902, le nombre des étudiants est, en moyenne, de quarante-trois (33 à 61); ils proviennent des cantons suisses du Nord, de l'Est, du Centre et aussi de l'étranger.
L'Ecole de Berne ayant été érigée en Faculté le 25 janvier 1900, une mesure semblable s'impose et le règlement de 1899 exigeant la maturité pour l'admission a préparé la mesure. Le 22 juin 1900, le Sénat de l'Université adopte la création d'une Faculté vétérinaire; le projet, soumis au référendum, est approuvé, le 2 juin 1901, par 21'692 voix contre 9'880.
Sackmann W.
100 Jahre Veterinärmedizinische Fakultät der Universität Zürich 1902-2002.
Veterinärmedizinische Fakultät Zürich, 2002.
Schatzmann U., Hörning B., Nicolet J., Sackmann W.
Denkschrift Veterinärmedizinische Fakultät Bern 1900-2002.
Verlag Hans Huber, Bern, 2004.
Leclainche E.: Histoire de la Médecine Vétérinaire. Toulouse 1936.