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Quand elle est encore petite, Laura vit sa première expérience de mort imminente. Sur le moment, quand elle me raconte qu’elle s’est noyée à son retour à la maison, je pense qu’elle a simplement bu la tasse. Ce d’autant plus qu’elle a un grand sourire et qu’elle me raconte en même temps tous ses exploits dans l’eau. Bien des années plus tard, je comprendrai qu’elle a en fait vécu une EMI. Voilà ce qu’elle m’a raconté après coup :
« Je dois être l’une des seules personnes qui s’est noyée et qui, depuis ce jour, aime encore plus l’eau. Quand j’étais petite, environ 4 ans, je suis allée à Aqua Parc avec mon papa et une amie de la famille, ainsi que ses deux enfants. Nous étions dans le chemin des bouées avec du courant. Nicolas, le fils de notre amie, un an plus jeune que moi, et moi étions tous les deux sur une bouée et l’amie a vu que sa fille aînée ne suivait pas. Mon papa et l’amie nous ont dit de ne pas bouger, le temps qu’ils aillent retrouver Cindy. Pendant un moment, ça allait, mais après, on a commencé à jouer et Nicolas a fait bouger beaucoup la bouée. Je suis tombée en arrière. A ce moment-là, je ne savais pas encore bien nager et j’étais déstabilisée du fait de ma chute.
Malgré cela, j’étais très calme. Pas inquiète du tout. Je me suis recroquevillée sur moi-même comme un nourrisson dans le ventre de sa mère, et je suis sortie de mon corps. J’étais en diagonale sur la droite au-dessus de moi-même, mais je me voyais face à face. J’étais entre deux et cinq mètres au-dessus de l’eau, mais je voyais en zoom sur moi-même. A ma gauche en tant qu’esprit et au-dessus de moi, à environ cinq mètres, je voyais « l’arche de lumière » (pour moi ça n’a jamais eu la forme de tunnel. Ce n’était pas tout rond) et dedans, il y avait trois êtres de lumière avec à gauche, un être qui tirait sur le bleu pâle (il représentait l’homme), au milieu un être blanc qui signifiait le neutre et à droite un rose pâle qui symbolisait la femme. Ils n’avaient pas un corps d’humain. La femme on voyait qu’elle était femme à cause de sa couleur. Cela avait une forme humanoïde et cela restait lumineux, mais il n’y avait pas de détails. Je leur ai demandé si c’était maintenant que je devais mourir et ils m’ont simplement dit « On ne sait pas ! On attend ! On ne sait pas si tu dois vivre ou mourir. On ne sait rien du tout ! ». J’ai attendu l’équivalent de dix minutes/un quart d’heure (ce n’est pas le timing dans l’eau !). J’ai demandé s’ils savaient ce que je devais faire. Est-ce que Celui de Tout en Haut savait ? Apparemment non ! Il ne savait pas. Du coup, je les ai regardés. Ils étaient très hébétés. J’ai dit simplement que j’allais vivre, parce que mon père allait très mal supporter que je sois morte « à cause de lui » parce qu’il m’avait laissée sans surveillance pendant un petit moment. Au moment où j’étais en train de revenir dans mon corps, j’ai vu une dame arriver avec un maillot de bain une pièce rose Barbie et elle m’a sortie de l’eau. Du coup, j’ai craché tout de suite toute l’eau que j’avais dans les poumons. Je me souviens que quand je suis revenue, papa s’en voulait beaucoup de m’avoir laissée sans surveillance avec Nicolas. Mais je crois que juste après j’ai tout de suite recommencé à nager.”
L’eau comme le feu sont les éléments de Laura. “Je ne me brûle pas lorsque je joue avec un briquet, cela étonne les gens.”
Comportements nippons
En parallèle, Laura commence à avoir des comportement étranges liés au Japon.
A l’âge de quatre ans, elle flashe totalement sur le dessin animé La princesse Mononoke des studios Ghibli. Un film, dont le scénario, parlant du Japon féodal et d’esprits de la forêt, ne l’effraiera jamais. Elle réussira même l’exploit d’user le DVD à force de le regarder.
Au même âge, ma fille m’annonce qu’elle veut apprendre le japonais et le chinois. Étonnant pour une enfant si jeune alors que nous n’avons aucune attache avec l’Asie, ni même d’amis venant de l’Extrême-Orient.
En parallèle, Laura mange naturellement en rapprochant son bol près de sa bouche et elle demande toujours un baquet en plastique pour se verser de l’eau sur la tête lorsqu’elle est dans son bain.
Mon aînée s’étonne surtout de voir son papa rentrer de son cours de répétition sans blessures. « Je me demandais toujours comment ça se faisait que les hommes qui faisaient l’armée n’aient pas de cicatrices. Je ne trouvais pas ça normal. » Depuis toute petite, elle est obnubilée par les personnages masculins de films et de dessins animés qui ont des cicatrices ou qui ont le visage marqué. Elle répète inlassablement qu’ils sont beaux et il lui est totalement inconcevable qu’un bon soldat soit dépourvu de marques.
En 2002, Johnny Halliday sort sa chanson « Marie ». D’habitude, Laura n’apprécie pas trop « l’idole des jeunes », mais là, quelque chose se passe. Cette chanson l’émeut profondément. Elle décryptera ses sentiments des années plus tard : « C’est une chanson qui parle aux vétérans. Je comprenais trop bien quand j’étais petite ce que ça voulait dire. Cette chanson-là, ce n’est pas le genre que j’écoute habituellement et surtout pas actuellement. Mais j’ai toujours de l’émotion lorsque je l’entends. » Une autre chanson évoquera les mêmes sentiments en 2018. Lorsqu’elle regarde pour la première fois le clip vidéo « Wrong Side Of Heaven » de Five Finger Death Punch, elle est en larmes. Elle m’expliquera cette fois encore : « On ne peut pas comprendre si on ne l’a pas vécu : la mort des camarades, de son meilleur ami, le sang, les membres déchiquetés… » On sait que la musique est un fort vecteur d’émotions. Combien de ces sentiments viennent-ils en réalité de connexions avec des existences antérieures ?
Alexandra Urfer Jungen
La suite: 5. Chancy bis