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Les difficultés sanitaires de la Chine sont dues à une campagne de vaccination inégale. Mais Pékin dispose d'importantes marges de manœuvre budgétaires.
Depuis plusieurs semaines, la ville de Shanghaï subit un confinement extrêmement strict à la suite de la découverte de cas de Covid-19. Les contraintes sanitaires, dans une version probablement plus souple, pourraient également s'étendre à Pékin ou dans plusieurs grandes villes qui sont autant de pôles économiques, telles que Guangzhou ou Shenzhen. Ces décisions gouvernementales ont un impact sur la croissance, non seulement domestique, mais aussi internationale avec les tensions que ces mesures provoquent sur les chaînes d'approvisionnement. Quelles raisons poussent la Chine à continuer de prendre ce genre de décisions? Quelles sont ses marges de manœuvre pour compenser le ralentissement de l'activité?
Les difficultés sanitaires de la Chine sont principalement dues à sa campagne de vaccination Covid-19 inégale. La population âgée, nombreuse, s'avère très faiblement vaccinée (seuls 20% des plus de 80 ans ont en effet reçu un rappel, 51% étant primo-vaccinée), ce qui expose le système médical à la surchauffe lors de vagues épidémiques. Par ailleurs, le gouvernement chinois, affichant sa volonté d'indépendance nationale dans des domaines stratégiques tels que la technologie ou la science, a choisi d'utiliser ses propres vaccins, peu efficaces, plutôt que d'importer des vaccins à ARN messager (ARNm) développés à l'étranger. Si la Chine a annoncé avoir produit un équivalent qu'elle est d'ores et déjà en train de tester sur un échantillon de population, les résultats montrent qu'il est encore perfectible (niveau modéré d'anticorps, effets secondaires). Cela intervient alors que se profile pour le mois d'octobre un important événement politique: l'annonce probable d'un troisième mandat pour le président Xi Jinping. Cette perspective laisse donc peu de doutes sur la poursuite d'une politique «zéro Covid» très stricte.
Si environ un quart de la population chinoise est soumise à des restrictions, la fermeture inattendue de Shanghaï, principal port du pays, ainsi que des régions avoisinantes, devrait provoquer des effets économiques fortement négatifs que nous commençons à évaluer dans les publications récentes. Ainsi, au niveau national, les ventes au détail ont fait état d'une baisse de la demande intérieure de -1,2% sur le mois de mars. De la même manière, les données sur la production industrielle ont traduit une progression de +5% sur un an glissant en mars, dynamique en ralentissement par rapport à janvier et février (+7,5%). Mais les analystes estiment que l'impact le plus important sur la croissance sera mesuré sur les chiffres du mois d'avril compte tenu des effets à retardement touchant l'ensemble des chaînes de production. Après les deux premiers mois de l'année où l'économie a connu une progression robuste, étant encore épargnée par la vague Omicron, le deuxième trimestre pourrait donc donner lieu à un ralentissement marqué de la production. Dès lors, quelles sont les options du gouvernement chinois pour atténuer ce choc conjoncturel et atteindre l'objectif souhaité par les autorités d'un taux de croissance de 5,5% pour 2022?
Pékin dispose tout d'abord d'importantes marges de manœuvre budgétaires qui lui permettront de venir en aide aux secteurs les plus exposés aux mesures sanitaires, tels que le tourisme, la restauration et les loisirs, l'aviation civile et les transports au sens large. Dans le cadre de sa politique tournée vers les classes moyennes, les autorités devraient également injecter des liquidités dans le double but de soutenir la consommation domestique et de stabiliser les équilibres fondamentaux. Les plans d'infrastructures qui vont être lancés, à hauteur de 14'800 milliards de yuans, se veulent autant de moyens pour entretenir la relance. Ces fonds seront consacrés prioritairement aux secteurs des services et à la production industrielle ou à des domaines plus spécifiques tels que les véhicules électriques, les batteries, les énergies renouvelables ou bien encore les micropuces. Par ailleurs, la Chine a la capacité d'activer le levier monétaire par le biais de la Banque centrale en prenant des décisions d'assouplissement qui auront pour effet d'améliorer les conditions de financement des agents économiques (transfert de 600 milliards de yuans au gouvernement central en vue d'augmenter la masse monétaire, demande faite par la PBoC aux banques commerciales de souscrire aux obligations des gouvernements locaux pour soutenir les projets d'investissement). L'ensemble de ces stimuli budgétaires et monétaires est censé apporter une dynamique puissante pour remettre rapidement le pays sur les rails d'une croissance soutenue.
Si la Chine devrait avoir suffisamment d'atouts pour compenser les effets de la crise sanitaire à l'échelle du pays, la question se pose des répercussions sur le plan international. Alors que le commerce mondial est en phase de décroissance à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie et que de nombreux pays occidentaux font face à une inflation largement importée avec l'envolée des cours des matières premières, les confinements en Chine génèrent un surcroît de tensions avec le blocage des chaînes d'approvisionnement. Cette hausse générale des prix met les entreprises mondiales sous pression en faisant diminuer mécaniquement leurs marges si elles ne sont pas dans la capacité de répercuter l'ensemble des coûts dans leurs prix finaux: les résultats devraient donc être impactés à moyen terme. Enfin, les confinements impliquent également un bien moindre flux de touristes chinois dans nombre de pays. Certains secteurs économiques se retrouvent mis à mal en l'absence d'une population très consumériste. Les prochaines mesures sanitaires prises par Pékin seront par conséquent à scruter attentivement pour évaluer leurs conséquences à l'international.