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Le 7 juin 1970, il y a exactement 50 ans, a eu lieu la mémorable votation populaire sur l’initiative Schwarzenbach, la deuxième d’une série interminable d’initiatives xénophobes ayant occupé notre pays jusqu’à l’« initiative de limitation » de l’UDC à venir. Conseiller national pour l’« Action nationale contre la surpopulation étrangère » en 1967, James Schwarzenbach voulait avec son initiative limiter la proportion de ressortissants étrangers à 10% de la population totale. Selon les estimations, plus de 300’000 étrangères et étrangers auraient dû quitter la Suisse si elle avait été acceptée. Un passage du texte de l’initiative disposait que la Confédération aurait dû veiller à ce qu’aucun citoyen suisse ne puisse être licencié pour quelque raison que ce soit tant que des étrangers et étrangères étaient employés dans la même entreprise et dans la même catégorie professionnelle. Fort de tabac !
Participation hors du commun
La campagne de votation très émotionnelle (à l’époque, les méchants étrangers étaient surtout des Italiens, aujourd’hui cités en exemple) a conduit à l’un des taux de participation les plus élevés jamais enregistrés (74 %). Heureusement, l’initiative a été rejetée, mais avec un modeste score de 54% de non. Elle a obtenu ses meilleurs résultats dans les cantons agricoles catholiques et dans le triangle industriel de Bâle, Berne, Zurich, en particulier dans les quartiers ouvriers de ces villes. Pour notre pays, cette votation a marqué une césure à plusieurs égards. Avec les mesures de limitation prises avant la votation et l’introduction du « plafonnement global » par la suite, elle a fortement influencé le cours de la politique migratoire de la Confédération pendant des décennies. Elle a été accompagnée d’un durcissement des statuts de séjour discriminatoires. Durant la crise économique de 1975/1977, le chômage a, de fait, été exporté, de sorte que les souhaits de Schwarzenbach ont été temporairement réalisés du point de vue quantitatif.
Comme jamais auparavant, cette votation a été une épreuve pour les syndicats. Certaines sections de différents syndicats n’ont pas suivi la recommandation de voter « non » émise par l’USS. Des commissions d’entreprises ont fait dissidence. Il y a eu des démissions de membres et même des scissions, comme dans l’industrie du papier quelques années plus tard. Selon les sondages, 55% des membres des associations de l’USS ont voté pour. Le choc a été profond dans nos rangs, mais avec le temps, il a conduit à une réflexion et à une remise en question positive. Mais pas dans le sens des souhaits des idéologues en chef de l’UDC actuelle. Une raison essentielle de la division réussie – du point de vue de Schwarzenbach – des travailleuses et travailleurs à cette époque réside malheureusement dans l’attitude des syndicats envers la politique des étrangers depuis les années 1950. En 1956, une résolution de l’USS disait déjà : « La politique du marché du travail doit viser en premier lieu à maintenir le plein-emploi et à protéger les places de travail de nos travailleurs autochtones ». Les syndicalistes ont été parmi les premiers à exiger du Conseil fédéral un arrêt net de l’immigration et même des mesures de démantèlement, en le répétant plusieurs fois durant les années 1960 (comme dans une lettre au Conseil fédéral sur l’accord d'immigration avec l’Italie en 1964).
Changement d'attitude syndical
Longtemps convaincus que l’immigration n’était qu’un phénomène temporaire, ils ont par leur attitude contribué à préparer le terrain à la propagation d’idées xénophobes. En 1960, le programme de travail de l’USS stipulait par contre déjà : « La main-d’œuvre étrangère ne peut être employée qu’aux mêmes conditions de travail et de vie que les travailleurs autochtones ». Cette idée que le dumping salarial nuit finalement à tous les salariés et salariées a ouvert la porte à une politique de solidarité faisant des intérêts communs des salariés autochtones et étrangers une priorité. La leçon que les syndicats ont lentement mais sûrement tirée de la votation de l’époque est qu’une attitude défensive envers la main-d’œuvre étrangère mène finalement à une impasse, tout comme la conception de l’immigration comme une simple ressource de réserve. Avec la syndicalisation croissante des migrant-e-s, la situation a changé assez radicalement. Leur intégration dans les syndicats a accéléré leur acceptation dans la société comme partie intégrante de notre pays. Mais il a fallu plus de dix ans et notamment l’initiative « être solidaires en faveur d'une nouvelle politique à l'égard des étrangers » (en allemand « Mitenand-Initiative » pour que tous les syndicats se prononcent clairement en faveur de l’abolition du statut inhumain de saisonnier. Puis, encore deux décennies ont passé avant que la révolution copernicienne de la politique migratoire des syndicats se traduise dans la réalité sociale avec l'entrée en vigueur des accords bilatéraux avec l’UE en 2002 : l’introduction de la libre circulation des personnes sur la base de l’égalité des droits et d’une forte protection pour tous. Les mesures d’accompagnement ont constitué une avancée sans précédent dans la réglementation du marché du travail et la protection des salaires. Ce programme exactement contraire à celui de l’initiative Schwarzenbach est une réussite tardive mais réelle.
Non au retour de la politique de Schwarzenbach
Lors de la votation populaire du 27 septembre sur l’ « initiative de limitation » de l’UDC, il s’agit d’empêcher la réintroduction de la politique de Schwarzenbach, qui a déjà échoué une fois. Un coup d’œil sur l’histoire montre que les instruments du contingentement et des statuts discriminatoires ont échoué sur toute la ligne : non seulement ils n’ont pas permis de réduire l’immigration qui dépend avant tout des fluctuations économiques, mais ce système a longtemps maintenu à un faible niveau la productivité dans des branches importantes (construction, agriculture, hôtellerie-restauration), au détriment de l’ensemble de l’économie. L’exploitation des travailleurs étrangers est inhumaine - non seulement pour les travailleurs concernés, mais aussi pour leur famille entière et leurs enfants. Enfin, l’ancienne politique migratoire de la Suisse encourageait la pression salariale pour tous sur le marché du travail. Plus jamais ça !