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Essai sur les origines de la Franc-maçonnerie

Nous lisons dans le numéro 48 de la revue Historia, sous la plume de Jean-Michel Mathonière "qu'en 1717, quatre Loges londoniennes établies de "temps immémorial" et "quelques Frères anciens" s'associent pour créer la première Grande Loge de Londres et jeter ainsi les bases d'une organisation centralisée qui aboutira, après plusieurs décennies et bien des péripéties, à la Franc-Maçonnerie moderne. Mais cet événement marque-t-il vraiment sa date de naissance? Il est évident que non: outre le fait qu'elle se réclame d'une fondation plus ancienne, l'initiative de ses Loges vient sanctionner un état de fait et non le créer".
"Le plus ancien témoignage concernant le métier de maçon en Angleterre remonte à 1356. A cette date, à Londres, un conflit oppose "les maçons de taille" (les tailleurs de pierres) aux "maçons de pose". Les autorités municipales édictent alors un règlement instituant la Compagnie des maçons, institution qui perdurera et au sein de laquelle, au XVIIe siècle, l'on peut relever la naissance de loges préspéculatives. Ce règlement est modifié en 1482 et laisse alors apparaître une organisation relativement bien élaborée; la Compagnie exerce le contrôle du métier à Londres. Elle enregistre notamment les apprentis, auxquels, au terme de leur apprentissage (7 ans), comparaissent devant une commission interne, puis après avoir prêté serment de fidélité et de loyauté envers le métier, la ville et la couronne, deviennent "hommes libres du métier".
En Ecosse, le mot "Loge" est employé pour la première fois en 1598, dans les statuts promulgués par William Shaw , Maître des ouvrages du roi d'Ecosse et Surveillant général de l'"incorporation" des maçons de ce royaume. Le mot "Loge" est employé pour désigner une juridiction permanente réglant l'organisation du métier et est une corporation coexistante de l'institution municipale. C'est elle qui contrôle l'entrée des apprentis et leur accès au rang de compagnon. Les maçons écossais de 1598 partagent des "secrets", notamment le "mot du maçon" qui leur sont communiqués après avoir prêté serment de discrétion.
Or, l'Angleterre et l'Ecosse n'ont pas le monopole des organisations initiatiques de tailleur de pierre. Si pour la France rien ne permet actuellement de prouver formellement l'existence de ces compagnonnages avant le début du XVIIe siècle, il n'en est pas de même pour la "Bauhütte" germanique dont les premiers règlements généraux remontent à 1459. Ils évoquent, comme les statuts de Shaw en Ecosse, l'existence de pratiques secrètes, à caractères initiatiques, et des mots de reconnaissance.
Divers indices sérieux laissent cependant présager de l'existence de ces compagnons de tailleur de pierre en France et en Allemagne dès le XIIIe siècle. Le fait est d'autant plus important que, dans les deux cas, il existe des similitudes avec la tradition maçonnique britannique (anglaise et écossaise).
Au stade actuel de nos connaissances, ce serait aller trop vite en besogne que d'affirmer ipso-facto que toutes ces fraternités initiatiques de tailleur de pierre procèdent d'un tronc commun datant de l'époque médiévale, voire plus ancienne encore (pour ne pas dire biblique, et pouvant même remonter jusqu'aux premières civilisations). Néanmoins cette piste de recherche ne peut être rejetée: elle est même à privilégier. La Franc-Maçonnerie moderne est dès le XVIIIe siècle, qualifiée de spéculative, car elle emploie des symboles du métier de maçon pour nourrir la réflexion intellectuelle de ses membres. Par opposition, "opérative" est un terme plus récent forgé par les historiens pour désigner les Francs-Maçons d'avant l'époque moderne et constituée de véritables tailleurs de pierre et maçons. Celle-ci est souvent réduite à une simple organisation de métier dont les membres n'auraient pas été véritablement conscient de la portée intellectuelle de leurs rites et symboles. A l'opposé, certains auteurs ont tendance à placer les opératifs sur un piédestal, leur attribuant la possession de secrets ésotériques exceptionnels...On peut dire que la dichotomie opératif/spéculatif n'a guère de sens, d'autant que l'étude de certaines sociétés de compagnonnage et la magnificence de leurs œuvres montrent qu'un certain nombre de leurs membres sont en réalité plus architectes et ingénieurs que simples "casseurs de cailloux".
Si la piste des Hermétiques (HERMETISME) n'est pas à négliger, il nous faut avoir la sagesse de reconnaître que toutes ces associations : hermétique, opérative, spéculative, voir même Rosicrucienne (ROSE-CROIX) ou TEMPLIERE, se sont influencées les unes les autres, et ont empruntés aux unes et aux autres. Cela vaut pour tous les domaines de la connaissance, à commencer par les théories sur les Origines de l'Univers. C'est par là que, logiquement, s'ouvre notre aventure : l'Humanisme.
Cette planche n'a d'autre mérite que d'essayer de remonter le temps pour aller à la rencontre de ces merveilleux "casseurs de cailloux".
Ce fût la coutume générale des peuples de l'antiquité d'enseigner secrètement les sciences, les arts et les métiers.
Les Perses, (PERSE, IRAN) les Chaldéens, (CHALDEE, SUMER, BABYLONE) les Syriens, les Grecs, (SYRIE) les Romains, (ROME) les Gaulois, (GAULE) adoptèrent cette méthode, dont on retrouve des traces chez les nations modernes jusqu'à la fin du XVIIe siècle.
Comme toutes les autres sciences, l'architecture était enseignée en secret parmi les Egyptiens. Il y avait, outre l'architecture civile, une architecture sacrée qui puisait ses types emblématiques dans le spectacle que la nature offre à nos yeux. Les jeunes gens de toute caste qui y étaient instruits, étaient en même temps initiés dans les mystères de la religion et formaient, en dehors du sacerdoce, une corporation distincte qui, sur les dessins tracés par les prêtres, édifiaient les temples et les autres monuments consacrés au culte des Dieux.
Dès la préhistoire l'Egyptien savait enceindre son bourg d'un talus de terre, parer de plaques d'argile les fosses mortuaires, loger les idoles dans de grandes huttes. Vers 3200 av. J.-C. on se mit à employer la brique crue à grande échelle. Et c'est déjà vers 2800 av. J.-C. qu'un maître de génie a conçu que les édifices ou s'accomplissent les mystères grâce auxquels l'humanité vit et survit, rempliraient plus sûrement leur office vital s'ils étaient pétrifiés. Cet Imhotep dresse de colossales maquettes et, après lui, quelques générations d'habiles constructeurs créeront une architectonique véritable et multiplieront les pyramides, les temples, les mastabas, faits de gros blocs de pierres, étayés par des supports monolithes, couverts de dalles couchées sur des poutres de pierres. Au milieu de l'ancien empire l'architecture égyptienne, thèmes rythmes et décors, est fixée dans ses lignes générales.
Quelques mots sur Imhotep, Djeser et le site de Saqqarah, qui n'est pas classé parmi les 7 merveilles du monde alors que pour moi il en est la première, (le classement est antérieur à la découverte du site).
Imhotep, "Celui qui vient en Paix", fils de Kanefer, qui portait le titre de "chef des Travaux du pays du Sud et du Nord" autrement dit le maître d'oeuvre du royaume directement nommé par pharaon. Il avait donc de qui tenir et avait appris son métier auprès de son père et dans les ateliers royaux de Memphis, capitale de l'Egypte. Imhotep était à la fois architecte, médecin, magicien, astrologue, écrivain et philosophe. C'est pour la connaissance de toutes ces disciplines que Djeser fit appel à lui pour l'extraordinaire projet de Saqqarah. Il occupa les plus hautes fonctions administratives et religieuses et disposait des qualifications de "vizir". Sans en porter le titre qui n'apparaîtra que plus tard dans l'histoire égyptienne, Imhotep a créé la fonction et défini son champ de responsabilité.
La gloire d'Imhotep ne fût pas cantonnée au règne de Djeser. Son prestige fut encore plus considérable que celui de Djeser. Plusieurs siècles plus tard, lorsque le harpiste du roi Antef (XIe dynastie, vers -2160 -2060) chante un poésie mélancolique sur les grands hommes du passé, il cite Imhotep parmi les sages et les écrivains. A partir de la XXVIe dynastie, (env. -500) qui admira tant l'Ancien Empire, on crée des statuts de bronze représentant Imhotep.
Djeser, "Prestigieux, Admirable, Sacré", Djeser le Magnifique qui créa l'un des plus purs chefs-d'oeuvre de l'esprit humain. Malgré son caractère funéraire, on sent ici à Saqqarah à quel point tout est force naissante, jeunesse d'une civilisation, passion de la découverte et de la nouveauté.
L'efficacité magique n'est pas un vain mot: Djeser a vaincu l'épreuve du temps, il a donné à l'Egypte un souffle qui durera pendant plusieurs millénaires, il a créé la forme pyramidale, sans doute la plus pure et la plus parfaite de toutes les visions architecturales de l'homme.
Combien est prenante la volonté de Djeser de nouer de manière indissoluble, le divin et l'humain. A Saqqarah, il bâtit sa tombe, mais reproduit aussi son palais royal, le lieu de son existence terrestre. Il utilise la pierre , le matériau apparemment le plus opaque, mais la rend transparente pour la circulation mystérieuse de l'âme. Et surtout, ne l'oublions pas , Saqqarah est le lieu d'une fête. Les égyptologues n'ont pas assez souligné ce point. L'ensemble funéraire de Djeser est principalement voué à la fête-sed.
Mais il faut dépasser cette simple constatation, évoquer le climat d'une liesse de l'Egypte ancienne, ses couleurs, la joie des hommes qui la célèbrent, les chants, les rires, les danses. A Saqqarah, la mort est une fête, parce que la mort n'existe pas. LesTextes des Pyramides ne débutent-ils pas par cette extraordinaire formule: "O roi, tu n'est pas parti mort, tu es parti vivant"?
Djeser, il est vrai, n'est pas parti mort. Il a transmis la vie par la pierre. Derrière les façades de son palais de l'au-delà, soigneusement appareillées, il n'y a qu'un bourrage de pierraille. Lorsqu'on franchit l'enceinte, on passe de l'autre côté du miroir, on entre dans le paysage de l'âme, dans la réalité d'une fête éternelle.
Les Egyptiens portèrent dans la Grèce leurs mystères et les institutions qui en dépendaient. Chez les Grecs, Thot prit le nom d'Hermès, Osiris prit le nom de Bacchus; Isis celui de Cérès (DEMETER) ; et la Pamilia Egyptienne devint la Dionysa (DIONYSOS) Grecque. Il ne faut donc pas s'étonner que l'organisation des architectes sacrés fût semblable dans les deux pays. Les prêtres de Dionysius, ou Bacchus, sont les premiers qui élevèrent des théâtres et qui instituèrent des représentations dramatiques, lesquelles, en principe, étaient étroitement liées au culte du Dieu. Les architectes chargés de la construction de ces édifices tenaient des sacerdoces par l'initiation; on les appelait "ouvriers Dionysiens, ou Dionysyastes".
Mille ans environ avant notre ère, les mystères de Bacchus furent établis en Asie mineure par une colonie de Grecs. Là, des ouvriers Dionysiens perfectionnèrent leur art à ce degré de sublimité dont témoignent les ruines encore existantes des monuments qu'ils élevèrent. Ils avaient le privilège exclusif de construire les temples, les théâtres et les édifices publics dans toute la contrée. Ils y devinrent très nombreux et on les retrouve, sous la même dénomination, en Syrie, en Perse, et en Inde.
Leur organisation à Téos, que les rois de Pergame (MYSIE) leur assignèrent pour demeure, environ trois cents ans avant Jésus-Christ, offre une ressemblance frappante avec celle des francs-maçons de la fin du XVIIe siècle. Ils avaient une initiation particulière, des mots et des signes de reconnaissance. Ils étaient divisés en communautés séparées, comme des loges, qu'on appelait Collèges, Synodes et qui se distinguaient par des titres spéciaux, tels que Communautéd''Attalus (ATTALE) , Communauté des Compagnons d'Eschine. Chacune de ces loges, ou collèges, était sous la direction d'un maître et de présidents, ou surveillants. Dans leurs cérémonies secrètes ils se servaient d'outils de leur profession.
Cette corporation était principalement répandue en Egypte et en Syrie. Elle devait avoir aussi des établissements dans la Phénicie et vraisemblablement en Judée, puisque selon la Bible, les Juifs d'origine égyptienne, comme les Phéniciens, avaient fait en Egypte le "métier de maçon". Il est vraisemblable que cette corporation fût introduite lors de la construction du temple de Salomon, avec un autre nom; les mystères judaïques se rattachent à un autre Dieu que celui de Bacchus.
Les maçons juifs étaient bien certainement liés à une organisation qui s'étendait hors de la Judée.La Bible les montre se confondant avec les maçons Tyriens et ceci malgré une certaine répugnance des Israélites pour les étrangers. Il y avait au surplus, entre les juifs et les tyriens, conformité et génie allégorique, notamment en ce qui touchait l'Architecture Sacrée. Selon Joseph, le temple de Jérusalem fût construit sur le même plan, dans le même esprit et par le même architecte que le temple d'Hercule et d'Astarté à Tyr. Les proportions et les mesures du tabernacle, dit Joseph, démontrent que c'était une "initiation au système du monde". Dans les proverbes de Salomon (TEMPLE de SALOMON, ZOROBABEL) on lit "la souveraine sagesse a bâti sa maison; elle a taillé ses sept colonnes". Il existait en Judée, à l'époque de la construction du temple de Salomon, une association religieuse dont les membres étaient appelés Khasidéens ou Hasidéens. Ils s'étaient associés pour entretenir le temple et pour en orner les colonnes et avaient fondé l'ordre des "Chevaliers du Temple de Salomon" (TEMPLIERS) .
On s'accorde à reconnaître que c'est du sein de cette société qu'est sortie la célèbre secte des Esséniens, dont les Juifs et les pères de l'église chrétienne ont parlé avec une égale vénération.
Les Esséniens (QUMRAM) formaient des communautés séparées qui étaient unies entre elles par le lien de la fraternité. Ils se livraient a l'exercice des professions mécaniques et construisaient eux-mêmes leurs habitations. Ils avaient des mystères et une initiation. Les aspirants étaient soumis à trois années d'épreuves, et après leur réception, ils étaient décorés d'un tablier blanc.
Philon d'Alexandrie, dit notamment que lorsqu'ils étaient assemblés et qu'ils écoutaient les instructions de leur chef, ils portaient la main droite sur la poitrine, un peu au-dessous du menton, et la gauche plus bas, le long du corps".
Dès lors, et bien qu'aucun texte ne puisse l'appuyer formellement, il est logique de penser que les Esséniens professent plusieurs mystères des Egyptiens et que ces mystères étaient les mêmes que ceux des Dionysiastes. Il en est de même des rapports entre les Dionysiastes et les corporations d'architectes romains. Mais ces rapports sont eux, historiquement établis et sont incontestables.
Vers l'an 714 avant notre ère, Numa institua à Rome des collèges d'artisans (collégia artificum), en tête desquels étaient les collèges d'architectes (collégia fabrorum). On désignait aussi ces agrégations sous les noms de sociétés, de fraternités, (sodalitates, fraternitates). Leurs membres primitifs étaient des grecs que Numa avait fait venir. De la même époque datait à Rome, l'établissement des Libérales, ou fêtes de Bacchus. Ces associations avaient le droit de se faire des statuts particuliers et de conclure des contrats, pourvu que les uns et les autres ne fussent pas en opposition avec les lois de l'Etat. Elles avaient une juridiction et des juges distincts. Les collèges d'architectes étaient de ceux qui jouissaient de l'immunité des contributions, et cette franchise qui fût continuée aux corporations d'artistes constructeurs durant le moyen âge, serait à l'origine de la qualification de "Maçons Libres ou de Francs-Maçons".
Les collèges romains existaient à la fois comme sociétés civiles et comme institutions religieuses. Ils tenaient leurs assemblées a huis-clos et ils excluaient les profanes. Dans ces assemblées, où les décisions étaient prises à la majorité des voix, les frères se concertaient sur la distribution et sur l'exécution du travail, et ils initiaient leurs membres dans les secrets de leur art et dans les mystères particuliers, dont un des traits caractéristiques était l'emploi symbolique des outils de leurs professions. Les Frères étaient divisés en trois classes: Apprentis, Compagnons, Maîtres. Successivement, les collèges devinrent les théâtres de toutes les initiations étrangères, s'ouvrirent à toutes les doctrines; et il faut croire que c'est par cette voie que nous ont été transmis les mystères hébraïques que les francs-maçons professent encore aujourd'hui.
En effet on voit dès le règne de Jules César, les Juifs autorisés à tenir leurs synagogues à Rome et dans plusieurs villes de l'Empire, et au temps d'Auguste, beaucoup de chevaliers romains judaïser et observer publiquement le Sabbat. Dans la suite, le christianisme fit parallèlement invasion dans les collèges, après avoir vainement tenté d'obtenir pour ses sectateurs nominalement le droit et les privilèges de corporation. Les collèges d'artisans, et principalement ceux qui professaient les métiers nécessaires à l'architecture religieuse, civile navale et hydraulique, se répandirent de Rome dans les cités municipales et dans les provinces. Indépendamment des collèges d'architectes établis à poste fixe dans les villes, il y avait encore, à la suite des légions, de petites corporations architectoniques dont la mission était de tracer le plan de toutes les constructions militaires, telles que camps retranchés, routes stratégiques, ponts, arcs de triomphes, etc., et que dirigeait les soldats dans l'exécution matérielle de ces ouvrages. Toutes ces corporations, civiles et militaires, composées en majorité d'artistes habiles et de savants, contribuèrent à répandre les mœurs, la littérature et les arts romains, partout ou cette nation porta ses armes victorieuses.
Les collèges subsistèrent jusqu'à la chute de l'Empire dans toute leur vigueur. L'invasion des Barbares les réduisit à un petit nombres et ils continuèrent de décliner tant que ces hommes ignorants et féroces conservèrent le culte de leurs Dieux. Mais, lorsqu'ils se convertirent au christianisme, les corporations fleurirent de nouveau.
Sous la domination lombarde (LOMBARDS), ces corporations brillent d'un éclat en Italie. Elles apparaissent à cette époque sous les noms de "Corporations Franches et de Confréries ". Les plus célèbres étaient celles de Côme et elles avaient acquissent une telle supériorité que le titre de "Magistri Comacini", (COMACINS) maître de Côme, était devenu le nom générique de tous les membres de corporations d'architectes. Elles avaient toujours leur enseignement secret et leurs mystères qu'elles appelaient Cabale; elles avaient leurs juridictions et leurs juges particuliers; leurs immunités et leurs franchises.
Bientôt leur nombre se multiplia à l'infini et la Lombardie qu'elles avaient couverte d'édifices religieux ne suffit plus à les occuper toutes. Quelques unes d'entre elles se constituèrent en une grande association dans le but d'aller exercer leur industrie au-delà des Alpes, dans tous les pays ou le christianisme, récemment établi, manquait encore d'églises et de monastères. Les papes secondèrent ce dessein: il leur convenait d'aider à la propagation de la foi par le majestueux spectacle des vastes basiliques et par tout le prestige des Arts, dont ils entouraient le culte. Ils conférèrent à la nouvelle corporation un monopole qui embrassait la chrétienté toute entière.
Composées d'abord exclusivement d'italiens, dont la grande majorité étaient de communion opposées aux papes, les associations maçonniques ne tardèrent pas d'admettre dans leurs rangs des artistes de tous les pays ou elles élevaient des constructions. C'est ainsi qu'il y entra successivement des grecs, des espagnols, des portugais, des français, des belges et des allemands. D'un autre côté, des prêtres et des membres d'ordres monastiques et militaires s'y firent également recevoir en grand nombre, coopérèrent à leurs travaux comme architectes et même comme simples ouvriers. Quelques-uns de ces derniers s'en détachèrent et formèrent des sociétés séparées avec le but spécial de construire des ponts et chaussées, et de défendre les voyageurs contre les agressions des malfaiteurs qui infestaient les chemins.
De ce nombre étaient les frères Pontifes. On les voit établis à Avignon dès 1178. Ce sont eux qui bâtirent le pont de cette ville et presque tous les ponts de la Provence, de l'Auvergne, de la Lorraine et du Lyonnais. On retrouve cet ordre à Lucques, en Italie où il existait encore en 1590. Le chef avait le titre de "Magister", Maître. Jean de Médicis était Maître de cet ordre en 1562. Les templiers s'adonnèrent dans le même temps à l'établissement et à la réparation des routes, à la construction des ponts et des hospices. Ils ont entre autres œuvré dans les provinces de Catalogne de Léon, d'Astoga et de Galice.
Nous retrouvons les corporations d'ouvriers constructeurs dans toutes les contrées de l'Europe. Elles élevèrent au XIIIe et XIVe siècles les cathédrales de Cologne et de Meissen; vers 1440, celle de Valenciennes. Ce sont elles qui bâtissent, après 1385, le fameux couvent de Batalha au Portugal, et le monastère du mont Cassin, en Italie. Les plus vastes monuments de France, d'Angleterre et d'Ecosse sont leurs œuvres. Sur toutes leurs constructions, elles ont imprimés leur marque symbolique.
L'abbé Grandidier nous a conservé, d'après un vieux registre de la tribu des maçons de Strasbourg, de précieux renseignements sur l'association qui érigea la cathédrale de cette ville. Cet édifice commencé en 1277, sous la direction d'Ervin de Steinbach , ne fût terminé qu'en 1439. Les maçons qui l'élevèrent étaient composés d'Apprentis, de Compagnons et de Maîtres. Le lieu ou ils s'assemblaient s'appelait "hütte", maisonnette, loge. Ils employaient emblématiquement les outils de leur profession et avaient pour principaux attributs l'équerre; le compas et le niveau. Ils se reconnaissaient à des mots et à des signes particuliers, qu'ils nommaient "das Wortzeichen", le signe des mots.
a confrérie de Strasbourg était devenue célèbre en Allemagne. Toutes les autres s'accordèrent à reconnaître sa supériorité, et elle reçut en conséquence le titre de "Haupthütte" ou grande loge. Les "Hütten" qui s'étaient ainsi ralliées à elle étaient celles de Souabe, de Hesse, de Bavière, de Franconnie, de Saxe, de Thuringe et des pays situés le long de la Moselle. Les Maîtres de ces "Hütten" s'assemblèrent à Ratisbonne, en 1459, et y passèrent le 23 avril, l'acte de confraternité qui établissait Grand-Maître unique et perpétuel de la "Confrérie générale des maçons libres d'Allemagne" le chef de la cathédrale de Strasbourg. L'empereur Maximilien confirma cet établissement par un diplôme donné dans cette ville en 1498. Charles Quint et ses successeurs le renouvelèrent.
Une autre grande loge qui existait à Vienne, et dont relevait les loges de Hongrie et de Syrie, la Grande Loge de Zürich, qui avait dans son ressort toutes les "Hütten de Suisse, avait recours à la confrérie de Strasbourg dans les cas graves et douteux. Elle avait une juridiction indépendante et souveraine, et jugeait sans appel toutes les causes qui lui étaient portées, selon les règles et les statuts de la société. Ces statuts furent renouvelés et imprimés en 1563.
Heldmann et Tillier ont recueilli de curieux détails sur l'histoire de la corporation maçonnique en Suisse dans la même période. Ils nous la montrent, commençant en 1421 par la construction de la cathédrale de Berne sous la direction de Matthias Heinz de Strasbourg et la continuant successivement sous Matthias Oesinger et sous le fils de celui-ci, Vincent Oesinger.
Après l'achèvement de la cathédrale de Berne, en 1502, la grande loge fût transférée à Zürich. En 1522, la confraternité s'étant mêlée d'affaires étrangères à l'art de bâtir, son Grand Maître Stephan Rülzislorfer, de Zürich, fût cité pour ce fait devant la diète; et, comme il ne comparut pas pour se défendre, la confrérie fût supprimée sur toute l'étendue du territoire de la Confédération Helvétique.
D'après Mossdorf, les confréries architectoniques se seraient perpétuées en France jusqu'au XVIe siècle. A cette époque et par suite de leur dissolution, la juridiction de la Grande Loge de Strasbourg, dont elles dépendaient dans les derniers temps, se serait considérablement restreinte et aurait même entièrement cessé en Allemagne en 1707.
En ébranlant sur ses bases la puissance papale, la réforme de Luther avait aussi porté un coup mortel aux associations maçonniques. Le doute avait pénétré dans tous les esprits et l'on entreprenait plus la construction de ces vastes églises qui se voulaient de la ferveur religieuse et de coûteux sacrifices. Les corporations étaient donc devenues sans objet et elles s'étaient dissoutes. Leurs membres les plus riches s'étaient fait entrepreneurs et avaient pris les autres en qualités d'ouvriers. Dès ce moment s'était établie parmi ceux-ci le compagnonnage, qui de temps immémorial existait dans les autres corps de métiers, et même parmi les ouvriers du bâtiment, qui s'étaient tenus en dehors des grandes associations privilégiées, et s'étaient exclusivement occupées de constructions civiles.
Sous la domination des romains, l'île de Bretagne possédait un grand nombre de collèges d'architectes, les uns établis dans les villes, les autres attachés aux légions. Ces collèges cessèrent d'exister pour la plupart à l'époque des guerres des Pictes, des Scots et des Saxons. Ceux-ci, ayant triomphés de leurs ennemis, et affermi leur autorité s'attachèrent à relever les mouvements qui avaient été détruits et à reconstituer les collèges. A cet effet, ils appelèrent en Angleterre plusieurs des corporation d'architectes que renfermaient la France, l'Italie, l'Espagne et l'Empire d'Orient. Mais les invasions sans cesse renouvelées des Danois et les ravages que commettaient ces barbares s'opposèrent au succès de leurs tentatives. Les constructions commencées furent abandonnées et les architectes étranger se retirèrent du pays. Un document du règne d'Edouard III fournit de précieux renseignements sur l'histoire des sociétés maçonniques en Angleterre, au Xe siècle. On y lit qu'Athelstan, petit-fils d'Alfred-le-Grand, mettait à profit les loisirs de la paix pour faire bâtir plusieurs grands édifices et accorder une protection spéciale à la confrérie des maçons.
Il appela en Angleterre plusieurs membres des corporations de France, et les institua surveillants des travaux de construction. Il les chargea en outre de recueillir les statuts, règlements et obligations qui gouvernaient les collèges romains et étaient restés en vigueur parmi les associations maçonniques du continent, à cet effet d'en former un texte de lois pour les maçons d'Angleterre; cet important travail eut lieu dans une assemblée générale de la confraternité qui se tint à York au mois de juin 926 et que présida, en qualité de Grand-Maître, Edwin, le plus jeune des fils du Roi, précédemment initié dans la maçonnerie.
A partir de ce moment, la confrérie eut en Angleterre, sous le nom de Grande Loge, un gouvernement régulier dont le chef-lieu fut établi à York, et qui, dans ses réunions annuelles, statuait sur ce qui intéressait la société. Le nombre des maçons s'y accrut, les loges se multiplièrent, et le pays s'enrichit d'une foule d'églises, de monastères et d'autres vastes édifices.
Sous les règnes qui suivirent celui d'Athelstan, la confraternité fut également encouragée et soutenue. Des personnages du plus haut rang, des prélats, des princes et même des rois s'y firent agréer, et la plupart d'entre eux figurent dans la liste des Grands-Maîtres. On y voit en 1155, les loges administrées par l'Ordre du Temple qui conserve la direction jusqu'à l'an 1199. Trois siècles plus tard, c'est l'Ordre deMalte (TEMPLIERS) qui le place à la tête de la confrérie, et qui lui rend l'éclat qu'elle avait perdu pendant les sanglants démêlés des maisons d'York et de Lancaster. En 1492, elle se soustrait au patronage de ces chevaliers, et élit pour Grand Maître John Islip, abbé de Westminster. Dès lors et jusque dans les derniers temps, elle est gouvernée par des lords, des évêques et des architectes de renommées tels qu'Ingo Jones et Christopher Wren.
Les statuts du règne d'Athelstan furent soumis à une révision sous Edouard III, en l'an 1350, où déjà l'on voit percer les qualifications et les formes que relatent plus explicitement les documents postérieurs. Le texte des statuts auxquels se réfère cette pièce aurait été détruit en 1720. Mais cette perte est réparée jusqu'à un certain point par la découverte d'un poème anglo-saxon du XIVe siècle, le Regius, sur les règlements à l'usage de la congrégation des maçons anglais. Selon toute vraisemblance, l'auteur de ce poème y a mis en vers les statuts de 1350, afin de les fixer plus aisément dans la mémoire des ouvriers auxquels ils étaient destinés. Ce qu'on y lit de l'organisation de la confraternité des maçons, des règles auxquelles elles étaient soumises à cet époque reculée à un rapport frappant avec ce que disent les "Constitutions d'Anderson" imprimées en 1723 par la Grande Loge de Londres
La confraternité des maçons était organisées en Ecosse, de la même manière qu'en Allemagne et en Angleterre. On la voit, dès 1150, former un établissement dans le village de Kiwinnig, et peu après, sur divers autres points du pays; la loge "la Chapelle de Marie", à Edimbourg, possède un vieux registre ou sont relatés, à partir de 1398, les élections de ses Maîtres, de ses surveillants et de ses autres officiers. Dans les premières années du XVe siècle, les Frères avaient le droit d'élire leur Grand-Maître, à la condition néanmoins de le choisir parmi les nobles ou les prêtres, et de soumettre cette élection à la sanction royale. En 1437, Jacques II retira aux maçons l'élection du Grand-Maître. Il conféra cette charge à William Saint Clair, Baron de Rosslyn et à ses héritiers en ligne directe. Vers 1650, les Maîtres d'Ecosse confirmèrent l'hérédité de la Grande Maîtrise dans la famille des Rosslyn. En Ecosse, la confraternité ne brilla pas d'un éclat aussi vif qu'en Angleterre, mais elle y éleva un grand nombres d'églises et de monastères, dont les ruines, encore debout, témoignent de sa haute habileté en architecture.
Au commencement du XVIIe siècle on retrouva en Grande- Bretagne, la société maçonnique avec son caractère et son objet primitif. Elle se composait alors, comme antérieurement, d'ouvriers constructeurs liés entre eux par un mystère, et entreprenant en commun la construction d'édifices publics. Ses membres avaient un pouvoir discrétionnaire pour se former en loges, dans le voisinage de tout édifices en voie de construction, avec l'approbation du maître de l'œuvre, pour travailler à quelques degrés et en quelque nombre que ce fut.
Les Frères n'étaient soumis individuellement qu'à l'exécution des règlements délibérés sur des objets d'intérêt commun ou de discipline intérieure, et, l'autorité du Grand-Maître ne s'étendait jamais au-delà des portes de la salle d'assemblée. Quand une loge était établie dans un lieu et pour un temps déterminé, une attestation des Frères présents, inscrite dans le registre des travaux, étaient à leurs yeux, une preuve suffisante de la régulière constitution de l'atelier. Bien que tous les membres de l'association fussent maçons opératifs, ils initiaient pourtant à leurs mystères des hommes de diverses professions, dont la communauté pouvait attendre quelque utilité ou quelque relief. Le titre de Maçon que recevait les personnes étrangères au métier était honorifique et ne leur donnait aucun droit aux privilèges dont jouissaient les véritables ouvriers. On les désignait particulièrement sous le nom demaçons-acceptés.
Les troubles qui désolèrent l'Angleterre à la fin du règne de Charles Ier et pendant les temps qui suivirent firent un tort considérable à la confraternité. Les maçons acceptés, qui appartenaient au parti royaliste, essayèrent de pousser la confrérie à ce mêler d'intrigues politiques et à contribuer à la restauration de la monarchie des Stuarts. Les partisans de Charles II, qui avaient été reçu maçon dans son exil et après que celui-ci eut reprit son trône, éloignèrent des assemblées les maçons paisibles et sensés; car, à partir de ce moment et malgré le zèle que déploya le Grand-Maître Christopher Wren pendant de longues années, le nombre des loges alla toujours en diminuant, et le peu qui restèrent étaient presque désertes en 1705.
En cette année, la loge de "Saint Paul's", à Londres prit une décision qui changea entièrement la face de la confrérie; elle arrêta :
"Les privilèges de la maçonnerie ne seront plus désormais le partage exclusif des maçons constructeurs; des hommes de différentes professions pourront désormais en jouir, pourvu qu'ils soient régulièrement approuvés et initiés dans l'Ordre". Cette innovation avait vraisemblablement comme but premier d'augmenter le nombre toujours décroissant des membres de la confraternité.
Mais les discutions politiques et les querelles religieuses qui troublèrent la fin du règne de la reine Anne Stuart, l'accession de Georges de Brunswick, électeur de Hanovre, au trône d'Angleterre, et les révoltes qui éclatèrent bientôt en faveur de François-Edouard Stuart, connu sous le nom de Prétendant, ne permirent pas que la décision de la loge de "Saint-Paul's" eu d'abord les résultats qu'on s'en était promis. Ce qui rendait encore plus fâcheuse cette situation de la maçonnerie, c'est que depuis 1702, Chistopher Wren accablé d'ans et d'infirmité, avait été obligé de résilier sa charge de Grand-Maître; la confrérie était désormais sans chef et tout-à-fait abandonnée à elle-même.
Les choses étaient en cet état, lorsque les maçons de Londres et des environs résolurent de faire une nouvelle tentative pour rendre quelque vigueur à leur institution chancelante. Les seules loges qui existaient encore dans le sud de l'Angleterre étaient celles qui se réunissaient dans les tavernes ayant pour enseigne "L'Oie et le Gril", dans Saint-Paul's Churca-Yard, "La Couronne", dans Patter's Lane, "Le Pommier", dans Charles-Street, Covent Garden, "Le Gobelet et les Raisins", dans le Channel-Row, Westminster. Ces quatre loges auxquelles se joignirent quelques maçons isolés, s'assemblèrent à la taverne "Le Pommier", au mois de février 1717. Leur premier soin fut de se constituer Grande Loge et après avoir décidé que les tenues et les fêtes annuelles de St.-Jean reprendraient à l'avenir leur cours régulier, elles s'ajournèrent au 29 juin suivant pour élire un Grand-Maître et pour continuer les créations commencées.
La réunion eu lieu à "L'Oie et le Gril" dans le local de la loge de Saint-Paul's et le Frère Antoine de Sayer fut installé Grand-Maître. On décida que le droit de s'installer en loge n'appartenait plus désormais qu'aux réunions de maçons qui en obtiendraient la confirmation de la Grande Loge. On exprima le vœu de former un corps de lois, sur la base de vieux statuts et des usages traditionnels de la confrérie. L'assemblée accueillit ce vœu avec empressement, mais elle ne prit aucune mesure pour en opérer la réalisation immédiate.
La société ne fit guerre de progrès sous l'administration du Frère Sayer. Le Frère Georges Payne qui lui succéda en 1718 déploya beaucoup de zèle et d'activité. C'est à ses soins que la confrérie dut la découverte et la mise en ordre d'un grand nombre de manuscrits, la plupart anglo-saxons, relatif au gouvernement, à l'histoire et aux anciens usages de la maçonnerie. Un Français le Docteur Désaguliers, fut élu Grand-Maître en 1719, mais le Frère Payne fut réélu en 1720, année où l'on fit une perte irréparable. La plupart des manuscrits recueillis par le Grand-Maître deux ans auparavant furent livrés aux flammes par quelques Frères scrupuleux et alarmés par la publicité qu'il était question de donner à ces documents.
Jusqu'en 1721, le Grand-Maître était nommé à la majorité des suffrages. Mais, cette année, on dérogea à ce mode d'élection et on arrêta que le Grand-Maître occupant la chaire aurait la faculté de désigner son successeur. En vertu de cette décision le Frère Payne proposa pour successeur le Duc de Montagu qui occupait un poste éminent dans l'Etat et était Vénérable d'une loge de Londres. Le 24 juin 1721, le Duc de Montagu fut donc installé par son prédécesseur, à la salle des Papetiers, dans Ludgate-Street, et l'assemblée entendit la lecture du projet d'histoire et de statuts de la société, que le Frère Payne avait rédigé sur les anciens manuscrits recueillis en 1718. Postérieurement, ce projet fut soumis à l'examen de deux commissions. Sur le rapport de la dernière, le ministre anglican James Anderson et le Docteur Désaguliers furent chargés de réviser et de refondre entièrement l'œuvre du Grand-Maître Payne et d'en présenter une nouvelle rédaction.
Le 25 mars 1722, la Grande Loge prit connaissance du travail de ces Frères, l'approuva et en ordonna l'impression immédiate. Ce ne fut cependant que l'année suivante qu'il parut sous le titre de "Constitutions de l'ancienne et honorable confraternité des Maçons Libres et Acceptés". A partir de ce moment, l'organisation de la maçonnerie fut assise sur des bases solides, et sa prospérité alla toujours en augmentant. Mais, plus peut-être que les " Constitutions d'Anderson", c'est la décision de la Loge de Saint Paul's : "Que des hommes de différentes professions puissent être initiés", qu'il faut dater l'ère de la Franc-Maçonnerie moderne.
La Franc-Maçonnerie remonte aux âges du monde, elle est aujourd'hui ce qu'elle était autrefois; elle n'a fait que renoncer à l'objet matériel de son institution : la construction des édifices religieux et d'utilité générale.
Cette planche ne peut s'achever sans reprendre la conclusion de notre regretté Fr. André Chedel
(= 1984), qui fut Grand Orateur de la G.L.S.A., dans son livre intitulé : "Au Seuil du Temple de Salomon"
La franc-maçonnerie est universelle; son universalité se révèle dans son ésotérisme et dans sa tradition spiritualiste. Pour ce qui concerne le premier point, il est évident que le symbolisme maçonnique n'est pas une invention de la Maçonnerie, mais que celui-ci s'est inspiré du langage, imagé, existant depuis des millénaires et répandu dans de nombreuses traditions.
D'autre part, si la franc-maçonnerie n'est pas une religion au sens où l'on désigne le christianisme, le judaïsme ou l'islam, de par la notion du Grand Architecte de l'Univers, elle transcende les religions, satisfaisant les théistes et ceux qui comme les bouddhistes, les hindouistes, ou les adhérants à d'autres options religieuses ou philosophiques ont des conceptions différentes de la divinité. En d'autre termes, malgré son caractère judéo-chrétien, la franc-maçonnerie s'intègre parfaitement dans la tradition universelle. Le caractère universel de l'Ordre Maçonnique ne dépend pas des obédiences, mais de l'authenticité d'une tradition ésotérique et spiritualiste qui remonte à une haute antiquité, et dont il présente la synthèse.
L'Ordre Maçonnique offre divers aspects. Qu'importe, puisque ceux-ci constituent une unité dans la diversité de la tradition. Que le rite se nomme Emulation, rite Ecossais Ancien et Accepté, rite de l'Arc Royal de Jérusalem, ou encore parmi les rites maçonniques " culturels ", l'Ordre Martinique etc. Qu'ils soient masculins, féminins ou mixtes, cela n'a aucune importance, puisque ceux-ci se réclament du spiritualisme, et quoique adogmatique, reconnaissent le Volume de la Voie Sacrée et le Grand Architecte de l'Univers.
Pourquoi dès lors, les adhérents à l'un ou à l'autre de ces divers rites ne pourraient-ils pas avoir des contacts librement?
C'est dans ce sens que réside l'universalité de la Maçonnerie. C'est dans cette voie tolérante qu'est son avenir.
Quelques mots aussi du "Recueil précieux de la Maçonnerie Adonhiramite", écrit en 1787 par un auteur inconnu qui se nomme Chevalier de tous les Ordres Maçonniques.
Les recherches que j'ai faites m'ont plus que convaincu que la maçonnerie tire son origine des Egyptiens. Les mages, les prêtres, les philosophes, réunissent entre-eux toutes les sciences de ces temps-là...
Il est aisé d'en juger par les grandes lumières que possédaient ceux qu'ils avaient instruits, et l'on ne peut disconvenir, par tout ce qui est dit dans l'histoire d'Abraham, de Jacob, de Joseph, et surtout de Moïse, que ces grands hommes devaient beaucoup de leurs connaissances à ces sages d'Egypte...
Les mages, surtout ceux de Memphis et d'Hélipolis, étaient si considérés, et leur renommée s'étendait si loin, que tous les guerriers, les philosophes, les étrangers d'un rang supérieur venaient en Egypte se faire initier chez les prêtres...
Ce fût chez eux que Lycurgue et Solon puisèrent une partie de leur morale, qu' Orphée vint se faire initier, ce qui lui fournit les moyens d'instituer des fêtes dans sa patrie, et ce qui donna naissance à la mythologie grecque...
Ce fût chez eux que Thalès s'instruit, que Pythagore puisa sa métempsycose, qu'Hérodote recueillit une infinité de connaissances, Démocrites ses secrets, et mille autres semblables.
Jean-Claude von Laufen
Frère de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève
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