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Depuis décembre 2015, on estime à 293 morts le bilan de la fièvre jaune détectée également dans trois pays : la République démocratique du Congo (39 cas), le Kenya (2 cas) et la Chine (2 cas). 2.267 cas suspects ont été signalés en Angola dont 696 confirmés par des examens au laboratoire. La vaccination reste le seul moyen de lutter efficacement contre cette maladie virale transmise par le moustique Aedes aegypti et on estime à seulement 7 millions le nombre des personnes vaccinées en Angola sur une population de 24 millions d’habitants. En dépit des campagnes de vaccination menées à Luanda, à Huambo et à Benguela, qui sont les villes ou zones les plus touchées, la chaîne de transmission du virus est loin d’être rompue.
Dans un article publié le 9 mai dans la revue médicale The Journal of the American Medical Association, les chercheurs Daniel Lucey et Lawrence Gostin de la Georgetown University (Washington DC) demandent à l’OMS de « convoquer une commission d’urgence pour mobiliser des fonds, coordonner une réponse internationale et conduire à une production accrue de vaccins ». Les deux chercheurs rappellent le retard avec lequel l’OMS avait réagi concernant Ebola et «peut-être aussi l’épidémie actuelle de Zika», ce qui représente « un coût énorme en vies humaines.»
L’infection, qui provoque de la fièvre hémorragique à l’origine d’un ictère, appelée communément jaunisse, sévit dans 16 des 18 provinces de l’Angola. La plupart des personnes touchées guérissent en quelques jours.
Les 6 millions de personnes vaccinées l’ont été grâce à la réserve stratégique du Groupe de coordination internationale de l’OMS bénéficiant ainsi de 11,7 millions de doses. Mais avec cette campagne d’urgence, le stock est épuisé. Les difficultés de renouvellement n’est pas seulement lié à l’argent: mais aussi au manque d’oeufs de poule embryonnés, qui servent à la fabrication du vaccin. De plus, seuls quatre sites dans le monde produisent le vaccin contre la fièvre jaune: Sanofi Pasteur (France) et trois autres au Brésil, au Sénégal et en Russie.
« En cas de propagation de la fièvre jaune en Asie, il serait nécessaire de réduire la dose du vaccin au minimum requis pour conférer une immunité, ou administrer le vaccin par plusieurs doses », a expliqué William Perea de l’OMS au journal The Guardian. « Mais cette approche pourrait également s’appliquer àl’Angola, compte tenu de la nécessité de vacciner un grand nombre de personnes, palliant ainsi au manque d’une dose suffisante de vaccin. Des études cliniques ont montré que l’utilisation de plusieurs doses peut se révéler une option. Les experts étudient cette possibilité et les circonstances dans lesquelles elle pourrait être utilisée », indique-t-on à l’OMS.
En République démocratique du Congo, où moins de 30% de la population serait à l’abri de la maladie, l’OMS a déjà prévu l’envoi, dans les tous prochains jours, de 2,2 millions de vaccins. Quant aux cas chinois, il s’agit des travailleurs qui ont séjourné en Angola et qui sont ensuite retournés dans leur pays. Cela illustre à suffisance le risque de contamination des voyageurs non vaccinés contre la maladie. La progression de la fièvre jaune en Angola est surtout liée au désinvestissement dans la santé, aggravée par la crise économique attribuée à la baisse du prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux. Le budget de la collecte des déchets a été réduit de 70%, avec comme conséquence l’accumulation des déchets dans les rues, en particulier dans les zones les plus pauvres comme Viana, où le premier cas a été signalé en décembre. Le moustique Aedes aegypti, principal vecteur de la dengue, se développe préférentiellement dans des amas d’immondices où l’humidité s’accumule.|Jossart Muanza (AEM)