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Orgue de cinéma
L’orgue de cinéma est un instrument pour l’accompagnement de films muets.
L’accompagnement musical efficace de films muets se heurte à trois obstacles : la difficulté de l’établissement d’une partition suivant exactement l’action, le coût d’un orchestre et l’insuffisance sonore lorsqu’il est confié à un piano ou à un petit ensemble. Il n’est donc pas étonnant que l’on ait cherché des solutions. L’intervention d’un seul musicien qui improvise (ou semi-improvise) son accompagnement résoud les deux premières difficultés ; l’invention de l’orgue de cinéma, qui remplit facilement un espace important, élimine la troisième. Il est bien entendu que nous parlons ici exclusivement d’orgues à tuyaux et non des « ersatz » électroniques qui usurpent souvent le nom d’orgue.
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Les deux types
On peut grosso modo distinguer deux catégories d’orgues de cinéma : le type germanique et le type anglo-saxon.
Très proche du principe de l’orgue classique, l’orgue de cinéma germanique est géré par l’addition des jeux et les changements de clavier. Sa souplesse et son ampleur sonore dépendent donc du nombre de ses registres et des auxiliaires techniques permettant de les manier rapidement et facilement. Un instrument performant doit avoir beaucoup de jeux et prendra donc beaucoup de place. Le plus important constructeur de ce type d’orgues de cinéma fut la maison Welte à Fribourg-en-Brisgau.
L’orgue de cinéma anglo-saxon est le résultat d’une refonte fondamentale du principe classique. Il ne possède que très peu de jeux appelés « ranks » (rangs), chacun d’eux d’une grande puissance et d’une couleur très caractéristique, répartis en général dans deux chambres étanches munies de jalousies extrêmement efficaces permettant d’en contrôler l’effet du ppp le plus subtil au fff le plus brutal, et de les nuancer les uns par rapport aux autres. L’organiste peut appeler chaque jeu sur n’importe lequel des claviers (3 ou 4) ; il a en outre la possibilité de les redoubler aux octaves graves et aiguë. Ce principe permet de grands effets avec peu de tuyaux, d’où économie de place et d’argent. Le constructeur le plus connu de ce type d’orgues est la maison Wurlitzer, basée aux États-Unis.
Quelques caractéristiques sont communes aux deux types : l’usage fréquent (sinon systématique) du trémolo et la présence du système du « double toucher », qui permet de préparer deux timbres différents sur un seul clavier ou à la pédale, afin de faire ressortir une mélodie ou un effet de percussion en appuyant plus ou moins fort sur la touche. De nombreux accessoires peuvent compléter la palette sonore : percussions, bruitages divers, raccordement d’instruments spéciaux (piano, violons, accordéon, célesta, etc.).
Le travail de l’organiste de cinéma
Les choix qui s’offrent à l’organiste qui prépare un accompagnement de film sont infinis : style personnel, style du lieu et de l’époque où le film a été fait ou de l’action, thèmes et leitmotive originaux ou utilisation de thèmes connus… Dans tous les cas, le musicien doit connaître le film à fond pour en suivre le déroulement et placer les bruitages au bon moment. Et souvent, une bonne musique de film doit justement dire ce que l’image ne dit pas. Elle ne doit jamais envahir : le plus beau compliment que puisse entendre un organiste de cinéma, c’est que les spectateurs n’ont pas remarqué la musique.
Présence de l’orgue de cinéma en Suisse romande
Nous avons la chance d’avoir en Suisse romande un exemplaire très complet des deux types d’orgues de cinéma : le café-théâtre Barnabé à Servion près de Lausanne possède un très grand instrument Welte, que son propriétaire continue d’agrandir et de perfectionner, et l’aula du collège Claparède à Conches/Genève un beau Wurlitzer dans son état d’origine à très peu de choses près.
Des festivals de films muets sont organisés chaque année aux deux endroits. À Conches, il existe une association Les Amis de l’orgue de cinéma du Collège Claparède. (auteur: Guy Bovet)
Littérature
- Bovet, Guy: L’orgue de cinéma et ses festivals en Suisse, in: Mathias Spohr (éd.): Swiss Film Music. Anthology 1923–2012, Zurich: Chronos 2014, pp. 202–203. ISBN 978-3-03401-265-2
- Dettke, Karl-Heinz: Kino- und Theaterorgeln. Eine internationale Übersicht, Marburg: Tectum 2001. ISBN 3-8288-8265-X