Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07230.jsonl.gz/325

Maurice Herzog, le premier homme au sommet d’un huit mille.
Né à Lyon en 1919, Maurice Herzog, accompagné de Louis Lachenal, a réussi la première de l' Annapurna. Un nouveau chapitre de l' histoire de l' alpinisme commençait. Puis Herzog, un Français au passeport suisse1, est devenu Ministre de la Jeunesse et des Sports. Willy Blaser l' a rencontré.
Willy Blaser: En 1950 les frontières du Népal étaient fermées aux touristes. Comment êtes-vous parvenu à obtenir le premier un permis d' expédition?
Maurice Herzog: Le père de notre ambassadeur à New-Delhi, Sylvain Levi, et le père du Maharadjah de l' époque étaient deux érudits, principalement en sanscrit, qui avaient des liens d' amitié. De plus, le gouvernement népalais ne souhaitait pas renforcer l' influence britannique dans le pays. En tant que Français, nous étions donc avantagés.
Il n' existait aucune information suffisante pour l' ascension du Dhaulagiri et de l' Annapurna. Les chances d' atteindre un sommet étaient donc, semble-t-il, très minces?
La région qui entourait les deux montagnes était complètement inconnue. Les cartes imprécises nous ont induits en erreur au début, ce qui nous a fait perdre beaucoup de temps en campagnes de reconnaissance. Nous étions parfaitement conscients de ce risque. Nous utilisions les courses de reconnaissance pour établir des cartes précises de la région et pour nous adapter à l' alti, ce qui était très important.
D' un côté, il y avait la déception des tentatives avortées au Dhaulagiri et, d' un autre côté, la recherche laborieuse d' un accès à l' Annapurna -vous attendiez-vous à rencontrer de tels problèmes?
Toutes les voies d' ascension que nous avions envisagées nous ont paru impossibles à franchir. Nous nous sommes même demandé si le sommet du Dhaulagiri pouvait être atteint un jour. Nous devions choisir entre les deux montagnes. De l' Annapurna, nous savions seulement que la seule voie d' ascension possible se trouvait sur la face nord.
Qu' est qui vous a le plus impressionné lors de cette expédition?
Ce qui m' a le plus marqué, c' est l' aventure intérieure que j' ai vécue. Le sentiment que j' allais mourir, puis la vie qui m' était à nouveau offerte.
Quelle influence ce succès a-t-il eu ensuite?
Ce succès m' a donné la possibilité de participer, aux côtés du Général de Gaulle, à un important renouveau politique et moral, lorsqu' il m' a persuadé, en 1958, de devenir Ministre de la Jeunesse et des Sports.
Depuis cinquante ans vous êtes, avec Louis Lachenal, le « premier homme à avoir conquis un huit mille ». Quelle serait votre réaction si on arrivait à prouver que ce titre revient à Mallory et Irvine?
Je pense que Mallory et Irvine n' ont pas atteint le sommet de l' Eve en 1924. Mais si c' était le cas, je ne serais pas déçu. Je m' inclinerais plutôt devant la performance des deux hommes.