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ASPECTS DE L'INSTRUCTION MÉTAPHYSIQUE
DANS LA SOCIÉTÉ NOUVELLE
Après avoir ainsi exposé aux élèves, et dans toute leur énergie, les preuves dérivant nécessairement de l'ignorance vaniteuse ; preuves faites par le raisonnement, tout en anéantissant la réalité du raisonnement ; les maîtres montreront aux élevés : comment, l'ignorance vaniteuse, conduit nécessairement, à accepter l'absurde : comme vérité.
L'ignorance vaniteuse se dit :
La sensibilité est matérielle. Elle est le résultat : des développements des organismes ; des développements de la vie ; des développements de la matière, nature seule et unique. Cette matérialité est prouvée par la continuité de la série : depuis les forces jusqu'à l'homme depuis l'homme jusqu'aux forces.
Et, si même la sensibilité pouvait être immatérielle chez l'homme ce qui est impossible, vu la continuité de la série ; la preuve de cette immatérialité ne pourrait être donnée ; parce que, toute modification de la sensibilité étant matérielle par essence, comme étant nécessairement phénomène ; et tout phénomène étant essentiellement matériel ; il est évidemment impossible : de prouver l'immatérialité par la matérialité.
Ici, l'ignorance vaniteuse n'a point remarqué :
Que, baser la matérialité de la sensibilité incontestable de l'homme, sur une preuve qui assimile cette sensibilité à celle du caillou, du diamant ou de la boue ; est une preuve tellement excentrique ; qu'elle peut, à peine avoir le mérite d'une hypothèse ;
Que cette hypothèse, de la matérialité de la sensibilité de l'homme, repose alors sur la réalité présumée de la valeur du raisonnement ; et que cette hypothèse, ayant pour conséquence l'automatisme de l'homme, ou la négation de la réalité de son raisonnement ; l'hypothèse de la matérialité de l'homme se trouve, comme démonstration, réfutée par elle-même. C'est une solution de la question par la question. C'est un cercle vicieux.
Que l'ignorance vaniteuse, pour être logique et si elle voulait s'appuyer sur le raisonnement pour chacune des preuves relatives à la matérialité ou à l'immatérialité de la sensibilité chez l'homme, devrait commencer par supposer : que cette sensibilité est immatérielle1 : puisque sa matérialité conduit à la négation de la valeur réelle du raisonnement sur lequel elle prétend s'appuyer. Et, elle aurait dû commencer par faire cette hypothèse, quitte : à rester ensuite, et logiquement, dans le scepticisme : si, la réalité de l'hypothèse relative à l'immatérialité de la sensibilité, chez l'homme, ne pouvait être démontrée : d'une manière rationnellement incontestable.
Que, pour chercher, rationnellement, les preuves de la réalité de cette hypothèse, l'immatérialité de la sensibilité chez l'homme, l'ignorance vaniteuse aurait dû se dire :
« Nous supposons que la sensibilité, incontestable chez l'homme, est immatérielle : ce qui implique qu'il y a, dans la série, des sensibilités apparentes qui ne sont point réelles : puisque, la matérialité de la sensibilité incontestable chez l'homme, repose uniquement : sur la continuité de sensibilité réelle sur toute la série. Et cette hypothèse de l'immatérialité de la sensibilité chez l'homme est nécessaire : pour que nous puissions donner, au raisonnement, une valeur plus qu'apparente ; une valeur plus qu'automatique.
» Dans cette supposition : de sensibilités réelles et immatérielles et de sensibilités apparentes et purement matérielles ; les modifications des sensibilités immatérielles ou réelles devront pouvoir se distinguer des modifications des sensibilités seulement apparentes et matérielles ; sinon, nous serons condamnés : à rester éternellement dans le scepticisme. »
Puis, l'ignorance vaniteuse aurait dû ajouter :
« Si les modifications des sensibilités immatérielles ou réelles peuvent différer essentiellement, absolument, des modifications des sensibilités seulement apparentes et matérielles, il faudra chercher : si, parmi ces phénomènes, il y en a qui paraissent se distinguer des autres d'une manière essentielle, d'une manière absolue : puisque, c'est par la seule observation des phénomènes que nous pouvons parvenir à distinguer : les sensibilités immatérielles ou réelles, des sensibilités seulement apparentes et matérielles : pour le cas, ou les deux espèces de sensibilités existeraient en réalité. »
Alors, l'ignorance vaniteuse aurait reconnu :
Qu'il y a des phénomènes qui paraissent différer essentiellement, absolument, des autres phénomènes ; et, que ces phénomènes exceptionnels sont ceux du VERBE.
Après cela, l'ignorance vaniteuse aurait dû rechercher :
Si l'apparence de distinction absolue entre les phénomènes du Verbe, et le reste des phénomènes, est une distinction absolue réelle ; ou une distinction absolue illusoire.
Dans ce cas, si l'ignorance vaniteuse parvenait à prouver, d'une manière incontestable : que la distinction entre les phénomènes du VERBE et le reste des phénomènes est une distinction réellement absolue ; l'ignorance vaniteuse aurait pu commencer à espérer : qu'il lui serait possible d'arriver à prouver également : que, des sensibilités immatérielles existent ; et, qu'elles se trouvent exclusivement : là, ou il y a développement du VERBE.
Comment, l'ignorance vaniteuse aurait-elle pu parvenir à cette preuve ?
L'ignorance vaniteuse aurait pu parvenir à cette preuve :
En analysant : les phénomènes relatifs à l'origine du VERBE ;
En recherchant : quelles sont les conditions nécessaires à l'existence du VERBE.
Alors, l'ignorance vaniteuse aurait pu parvenir à reconnaître que, les conditions nécessaires, absolument nécessaires : à la possibilité d'existence du VERBE ; et, à la possibilité de son développement ; sont :
1° Une sensibilité réelle, matérielle ou immatérielle, n'importe.
Il est évident, en effet : que, là où il n'y a pas de sensibilité réelle, qu'elle soit matérielle ou immatérielle, le VERBE, nécessairement modification d'une sensibilité réelle, qu'elle soit matérielle ou immatérielle, ne peut se développer.
2° Une mémoire matérielle centrale ; mémoire que nous avons appelée : CERVEAU.
Il est évident, en effet : que, si même une sensibilité réelle, matérielle ou immatérielle, se trouvait au sein d'une bûche : le VERBE ne pourrait s'y développer.
3° Le non-isolement de l'être supposé capable de coopérer au développement du VERBE.
Il est démontré en effet, et par l'expérience, et par le raisonnement, présupposés réels : que, le VERBE ne peut se développer au sein de l'isolement.
Après avoir reconnu : que, ces conditions sont nécessaires, absolument nécessaires, à la possibilité d'existence du VERBE et à la possibilité de son développement ; l'ignorance vaniteuse aurait dû rechercher : si, partout où ces conditions se trouvent réunies, le VERBE se développe : NÉCESSAIREMENT.
Puis, après avoir trouvé : que, sous l'ensemble de ces conditions, le VERBE se développe : NÉCESSAIREMENT ; l'ignorance vaniteuse aurait dû rechercher : s'il y a des êtres chez lesquels se trouvent :
1° Sensibilité : qu'elle soit apparente ou réelle ;
2° Mémoire matérielle, centre nerveux, cerveau ;
3° Non-isolement.
Puis, après avoir trouvé : qu'il y a un nombre immense d'êtres de cette espèce indéterminée, l'ignorance vaniteuse aurait dû se dire :
Les êtres, de cette espèce indéterminée, chez lesquels le VERBE se sera développé, ont nécessairement une sensibilité réelle : qu'elle soit matérielle ; ou, qu'elle soit immatérielle ;
Les êtres, de cette espèce indéterminée, chez lesquels le VERBE ne se sera point développé, n'ont qu'une sensibilité apparente : quelque apparence de réalité que cette sensibilité puisse avoir ; parût-elle même aussi réelle que le mouvement du soleil autour de la terre paraissait réel, avant Galilée2.
Et l'ignorance vaniteuse aurait pu distinguer : là, où il y a sensibilité réelle ; là, où il n'y a que sensibilité apparente ; que, la sensibilité soit matérielle ; ou qu'elle soit immatérielle. Sur ce point, l'ignorance se serait déjà évanouie.
C'est clair, c'est évident, à aveugler des milliers d'albinos ; et il n'est pas un seul enfant, de six à dix ans, bien élevé, qui ne comprenne parfaitement ; quoique des enfants de quarante à cinquante ans, mal élevés, peuvent ne point le comprendre.
Dès ce moment, l'ignorance vaniteuse aurait su : non-seulement que, chez l'homme, la sensibilité y est réelle ; mais encore : que, chez les animaux, la sensibilité n'y est qu'apparente.
Mais, l'ignorance vaniteuse ne pouvait savoir encore : si, chez l'homme, la sensibilité est matérielle ou immatérielle. Et, l'ignorance vaniteuse doit le savoir : sous peine de rester dans l'ignorance, dans le scepticisme relativement à la réalité du raisonnement. Car, si, chez l'homme, la sensibilité est matérielle, le raisonnement qui s'y trouve, incontestablement, n'y existe qu'illusoirement : puisqu'un être, tout matière, est nécessairement un automate : ainsi, que le dit formellement M. Proudhon, véritable interprète de l'ignorance vaniteuse ; et le raisonnement, chez un automate, est aussi illusoire chez le même interprète : que, chez un rouage, un pignon, un poids, etc.
Pour que l'ignorance vaniteuse, puisse sortir complètement de l'ignorance et de la vanité, il faut donc qu'elle recherche encore :
Si, la sensibilité, réelle chez l'homme seul, est matérielle ou immatérielle.
Alors, l'ignorance vaniteuse aurait dû se dire :
« La matérialité de la sensibilité réelle, de la sensibilité plus qu'apparente, repose, EXCLUSIVEMENT : sur la réalité de la sensibilité des animaux.
» Cette sensibilité est illusoire : nous venons de le reconnaître.
» Donc, la sensibilité réelle ne dérive point : des développements de l'organisme ; des développements de la vie ; des développements de la matière.
» Donc, la sensibilité réelle est immatérielle3.
» Donc la sensibilité seule réelle de l'homme est immatérielle.
» Et, nous étions des ignorants : quand, notre vanité nous faisait affirmer : que, la sensibilité des animaux était réelle. »
(Colins : La justice dans la science hors l'Église et hors la révolution, tome III, pp. 364 à 369.)
1) Nous avons remplacé ici le mot « matérielle » figurant dans l'édition originale ensuite d'une coquille par le mot « immatérielle ». I. R.
2) Théoriquement : c'est incontestable.
Pratiquement : ce sera incontestable : dès que l'on aura placé deux enfants de sexes différents, dans un isolement complet ; et, qu'ils auront inventé le VERBE.
3) Tous les matérialistes, Auguste Comte en tête, le plus savant d'entre eux, conviennent : que, si la sensibilité des animaux n'est qu'apparente, la sensibilité réelle de l'homme est immatérielle.