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Passionné de littérature et immergé depuis l'enfance dans la culture américaine, je me suis peut-être perdu, dans ce récit de voyage en Amérique, dans des considérations philosophiques absconses. Mon récit de voyages en Bretagne, intitulé Songes de Bretagne et paru en 2013, contenait des récits autobiographiques, des réflexions philosophiques et du fantastique, et les lecteurs m'ont dit qu'ils avaient surtout aimé les premiers, les seuls qui leur parussent bien clairs. Je les aime moi aussi, même s'ils sont un peu banals. Mais les États-Unis sont un pays pittoresque qu'il est plaisant de décrire en détail, et on peut tirer, de ce portrait, plus d'enseignement qu'on pourrait croire.
Et je voudrais, pour repartir sur des choses plus légères, critiquer non pas les Américains, mais les Européens et en particulier les Français qui en disent du mal, sous le rapport de la gastronomie.
Joseph de Maistre condamnait la gourmandise et l'obsession de la grande cuisine, comme François de Sales l'avait fait avant lui, et c'est sans doute pour cette raison que le catholique qu'était J.R.R. Tolkien haïssait la cuisine française: elle témoignait d'une pulsion vers les plaisirs charnels qui le scandalisaient, et cela, avec sans doute d'autant plus de force qu'on en fait toujours des tonnes, sur la question, en prétendant que la cuisine française est le sommet de la Civilisation, le but de l'Évolution - comme si on devait vivre pour manger au lieu de manger pour vivre, comme si l'humanité avait pour vocation de s'immerger dans les plaisirs que, comme disait le marquis de Sade, la raison a su rendre plus fins, plus subtils, plus profonds: c'est à cela qu'elle sert, disait-il, à améliorer les arts de la volupté!
Le fait est que je me moque bien, moi-même, de la cuisine et des vins français, et que, en Angleterre, je n'ai jamais trouvé spécialement mauvais le cooking, alors que les Français mes compatriotes - fréquentés durant mes séjours linguistiques - semblaient se faire un devoir de critiquer les plats anglais et de jeter à la poubelle les très bons sandwiches de pain de mie au concombre et à l'œuf qu'obligeamment nous préparaient, pour le pique-nique, les familles qui nous logeaient. C'était léger, original, et plaisant, et je ne comprenais pas mes camarades.
Ils parlaient sans cesse de la supériorité de la France, et à vrai dire, j'étais fatigué de les écouter, aimant assez l'Angleterre, mais je n'osais pas les contredire franchement. Du coup, les trouvant quand même injustes et absurdes, sur le chemin du retour, je m'amusais en général à faire l'éloge de ma patrie à moi, la Savoie, en particulier Annecy, la plus belle ville au monde!
Or, pour l'Amérique, il y a une manie française d'appeler jus de chaussette le café qu'on y sert, et c'est assez grotesque, pour deux raisons. La première est qu'il est ridicule de répéter sans réfléchir une simple métaphore, puisqu'il ne s'agit pas réellement de jus de chaussette. La seconde est que le café en Amérique m'a paru bon. On le sert dans de grands gobelets bien fermés, et il est bien chaud, point trop fort ni trop faible, de telle sorte qu'en prendre un et le boire dans sa voiture en conduisant est un véritable délice.
En Italie, où on ne peut guère boire de café qu'en restant accoudé à un bar, on regrette avec nostalgie ce café à emporter dans sa voiture!
On m'a dit, au reste, que, ces dernières années, sensibles aux critiques du monde entier et aux traditions italiennes et espagnoles qui circulent parmi eux, les Américains avaient beaucoup amélioré leur café. Souvent, ils présentent les deux sortes, faible à l'américaine et forte à l'européenne, et laissent le choix. Car ce qui est merveilleux, en Amérique, tout de même, c'est qu'on a généralement le choix. J'en reparlerai, pour la nourriture qu'on achète.