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Titre : Sortons du ghetto. Histoire politique des homosexualités en Suisse, 1950-1990
Auteur : Thierry Delessert
Éditeur : Seismo Verlag 2021
Pages : 280
Ce livre est disponible en version papier et PDF chez l'éditeur selon les normes de l'open access. J'attends ce travail de Thierry Delessert depuis longtemps. Annoncé pour l'été 2020, le livre est finalement sorti en février 2021. Comme l'annonce l'auteur, ce livre est une continuation d'un travail plus ancien sous forme de thèse, disponible chez Antipode. Il permet aussi d'aller plus loin que le petit ouvrage chez Savoir Suisse publié avec Michaël Voegtli. Le livre est divisé en 5 chapitres.
Le premier chapitre se concentre sur les années 50-60. Après un bref retour en arrière concernant le Code pénal Suisse de 1942, Delessert nous explique que la semi-dépénalisation permet surtout d'éviter un militantisme public, l'auteur entre dans la période de l'après-guerre qu'il considère répressive. C'est la prostitution masculine qui pose un problème aux autorités politiques et policières. Celle-ci est vu comme un danger car elle risque de créer un lien avec les milieux criminogènes, en particulier par les chantages qui peuvent impliquer un danger d'espionnage. Des attaques policières, médiatiques et politiques auront lieu durant la fin des années 50 qui aboutiront à la fin de l'organisation homophile Der Kreis.
Les deux chapitres suivant se concentrent sur les efforts de révision du code pénal civil comme militaire. Ces efforts débutent au sein d'une commission d'expert.e.s avant de passer devant les deux chambres du parlement. L'auteur démontre que la pénalisation de l'homosexualité est rapidement mise en question, car considérée naturelle. Mais se pose la question de l'âge de maturité sexuelle. Celui-ci doit-il être différencié selon les sexualités ? Se pose aussi la question de la pénalisation au sein du code pénal militaire. Son maintien implique que les hommes pourraient être sanctionnés en tant que militaires pour une pratique dépénalisée pour les civils. Finalement, la pénalisation dans le code militaire restera au nom de l'importance de l'ordre interne d'un milieu masculin.
Les deux derniers chapitres permettent de comprendre l'essor du militantisme gay et lesbien et leur insertion dans les débats concernant les révisions du code pénal. Deux formes de militantismes se heurtent. L'une est plutôt basée sur la discrétion tandis que l'autre souhaite mettre en avant son droit à l'existence publique. Ceci pousse aux manifestations qui seront connues sous le nom de Pride. L'auteur s'intéresse spécifiquement à l'exemple de la manifestation de Lausanne qui a été bloquée par les autorités communales et cantonales malgré son caractère pacifique. Cependant, le militantisme radical rend difficile les liens avec la politique institutionnelle. Ainsi, la révision du CPS implique une forme de discrétion alors que les parlementaires acceptent la dépénalisation totale sans accepter l'égalité pour autant.
Ce livre est un bon moyen de comprendre comment se forme les demandes es militant-e-s des mouvements gays et lesbiens dans une période de changements importants. L'auteur en profite pour expliciter le fonctionnement institutionnel du pays et donc les raisons derrière les changements législatifs qui impliquent, pour les gays et lesbiennes, d'accepter de ne pas être considérés à égalité et d'être invisibilisé.e.s.
Image : Éditeur