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Lettre du soldat Paul Dugast, maître pointeur au 51e d'artillerie, communiquée au Carmel de Lisieux par la grand'mère et la mère de l’intéressé, le 28 décembre 1914.
Je porte sur moi, comme vous le savez, la petite relique de Sœur Thérèse, depuis le commencement de la guerre, et voilà ce qui m'est arrivé :
Le dernier jour que nous nous sommes battus à la Marne, en septembre, nous étions face à l'ennemi avec huit bouches à feu seulement, tandis que les Allemands en avaient vingt-cinq. A ce moment critique, nous manquions de munitions et, quand notre feu a cessé, dans notre précipitation pour faire avancer d'autres voitures à notre place, je suis tombé si malheureusement que mon canon m'est passé sur les deux jambes, j'aurais dû les avoir complètement écrasées, car nos 75 pèsent 4.000 livres ! Alors mes chers compagnons d'armes se précipitèrent vers moi pour me transporter. Mais quel ne fut pas leur étonnement de me voir me relever sans le moindre mal! Ils s'écrièrent tous : « Miracle ! miracle ! » et moi de leur répondre aussitôt, avec quelle reconnaissance dans le cœur : C'est à ma petite Thérèse que je le dois! Et de suite tirant de ma poche un crayon blanc, j'ai écrit en grandes lettres sur mon canon :
BATTERIE SR THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS.
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Depuis, quand il tombe de l'eau et que le nom s'efface, je le refais le plus vite possible. J'ai une confiance sans bornes en la protection de cette sainte.
Paul Dugast.
La mère ajoute :
Nous avons entendu ce même récit avec plus de détails, de la bouche même de mon fils, car après trente-deux jours de combat, n'ayant quitté sa pièce ni jour ni nuit, par un temps de pluies continuelles, il a été évacué du champ de bataille par l'ordre du major, et nous l'avons vu à Nantes.
En ce moment il est retourné au front, plein de foi et de vaillance.
Que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus continue à le protéger. Il n'a que vingt-six ans et est marié du 22 juin dernier.
Alphonsine Dugast.
La Chapelle-Achard, par La Mothe-Achard (Vendée).
M. le Curé de cette paroisse a déclaré le soldat et sa famille très dignes de foi.
Après quatre années de guerre, le brave artilleur, passé brigadier en 1916, revint sain et sauf à son foyer, plein de reconnaissance pour sa céleste Protectrice qu'il nommait ingénument sa petite compagne des mauvais jours.
Lisieux. le 12 janvier 1915.
A Landremont, j'occupai une chambre où je trouvai, placé au-dessus de la cheminée, le portrait de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, cette sainte que je connaissais et priais déjà avec confiance, et dont je demande chaque jour à Dieu la béatification. Je pris l'habitude de réciter mon chapelet devant cette image. Or, le 16 septembre au soir, ma prière fut subitement interrompue de la façon suivante : j'entendis très distinctement et très clairement une voix qui me disait, par intervalles : Tu seras blessé avant la fin du mois... tu seras blessé grièvement... mais d'autant moins que, dès aujourd'hui, tu accepteras généreusement pour Dieu ce sacrifice.
La voix qui s'imposa, durant plus d'un quart d'heure, à mon esprit était, je le sentais, celle de Sœur Thérèse.
J'avais beau essayer de reprendre la récitation de ma prière, je percevais toujours le même avertissement. Alors je dis à haute voix : « Mon Dieu, j'accepte par avance tout ce qu'il vous plaira de m'envoyer. » C'était ce que voulait Sœur Thérèse, car, aussitôt, je pus achever mon chapelet; mais, au moment de prendre mon repos, le
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souvenir de ce qui s'était passé me revenait sans cesse, et, le lendemain, je le consignai sur mon agenda.
Nous avons eu des combats très vifs les 7 et 17 octobre. Enfin, le 20 au soir, au moment où je me préparais à aller relever une compagnie dans les tranchées de première ligne, le régiment reçut l'ordre de se préparer à une attaque qui devait avoir lieu le lendemain, sur le bois de Mort-Mare, avant le lever du jour. Ma compagnie en réserve devait être sacrifiée, s'il le fallait, pour prendre pied dans ce bois. C'est l'ordre qui me fut donné. En recevant les instructions préparatoires au combat, je dis au commandant : « Nous courons à la mort. » Et telle était ma conviction non seulement pour mon effectif, mais aussi pour le régiment tout entier.
Le 21 octobre, vers 3 heures du matin, pendant que nous nous portions sur le point de rassemblement, je pensais aux événements qui allaient se produire dans quelques instants, et à ce qui pourrait m'arriver. Alors je refis ma prière : « Faites de moi. Seigneur, ce qu'il vous plaira. » Trois heures après, j'avais reçu quatre balles et l'on me conduisait en arrière (1).
Outre des blessures relativement légères, j'avais le radius du bras droit fracturé et la main traversée, cependant l'artère radiale n'a été nullement endommagée, ce qui aurait produit une hémorragie peut-être mortelle. D'autre part, du côté de la sortie, malgré les ravages produits, aucun tendon n'a été coupé, de sorte que je pourrai me servir de tous mes doigts.
Combien j'ai à remercier Dieu et Soeur Thérèse de m'avoir si visiblement protégé ! Dès mon arrivée à l'hôpital de Toul, je promis de l'écrire au Carmel de Lisieux.
Il est certain que je m'attendais à être blessé à la fin de septembre, puisque la voix me disait : « Tu seras blessé à la fin du mois. » Mais pour des raisons divinement sages, je n'en doute pas, Dieu jugeait inopportun de me révéler à la fin de quel mois, je verrais l'accomplissement de la prophétie. Aussi je n'oublierai jamais l'événement que je regarde comme une grâce très grande, et, s'il peut servir à la glorification de Sœur Thérèse, j'en permets volontiers la publication.
Cne Mestre,
capitaine au 232e d'infanterie,
chevalier de la Légion d'honneur.
Au cours des années suivantes, le capitaine Mestre devenu commandant du 9e bataillon du 92e d'infanterie, envoya au Carmel sa croix de guerre avec palmes et sa croix d'officier de la Légion d'honneur.
1. Le capitaine fut cité à l'ordre du jour pour avoir continué d'assurer le commandement de sa compagnie, et l'avoir conduite a l'assaut, quoique blessé.
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Hôpital Pannetier-Prissac
(Maine-et-Loire),
Ma Révérende Mère,
Je suis heureuse de vous donner quelques détails sur la merveilleuse conversion obtenue en juillet dernier, dans notre hôpital, par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Il s'agit d'un pauvre soldat de trente-cinq ans, poitrinaire au dernier degré, qui nous était arrivé au mois de juin. Il avait tout fait, excepté le meurtre et le vol. Avec nous il était très convenable, mais quand nous abordions la question du prêtre, car le temps pressait, très poliment il nous répondait qu'il regrettait de nous causer de la peine, mais qu'il ne croyait à rien. Nous eûmes recours à la chère petite sainte, et, lui commençant une neuvaine, je glissai sa relique sous l'oreiller du malade, qui ne s'aperçut de rien. Dans la soirée de ce même jour, il appela tout à coup la religieuse qui gardait la salle, et lui dit avec des larmes dans la voix : « Ma Soeur, vous avez sauvé mon âme, je veux me confesser. » Le prêtre vint le lendemain, et le pauvre mourant reçut les derniers sacrements dans les plus excellentes dispositions. Lorsque tout fut terminé, il nous confia son bonheur; alors je lui montrai la petite relique, et lui parlai de la neuvaine commencée le matin même : il était ravi !
Pendant les quatre jours qu'il vécut encore, il nous édifia par sa piété, et pria M. le curé de ne pas craindre de dire qu'il était mort en bon chrétien.
Vous jugez, ma Rde Mère, de notre confiance en votre petite Thérèse! Veuillez lui recommander tous nos malades et daignez agréer, etc.
Sr Saint-Mathias.
S. (Gironde), 30 janvier 1915.
P. B., âgé de vingt-deux ans, du 123e régiment d'infanterie, fut grièvement blessé à la bataille de l'Aisne, le 14 septembre 1914. Une balle lui traversa le pied droit, une autre le genou gauche, brisant de plus le plateau du tibia, et enfin une troisième l'atteignit au pied gauche. Le vaillant héros n'échappa à la mort qu'en rampant sur ses coudes, au prix d'efforts inouïs, hors de la zone du combat, et après deux nuits douloureuses passées sans secours et sous la pluie, il fut relevé le 16, et conduit à l'ambulance de Jonchery pour être évacué au Mans, quelques jours plus tard.
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Le pauvre garçon était dans un état lamentable, et bien des fois depuis sa chute, il avait formulé son acte de contrition, croyant sa dernière heure venue.
Malgré les soins empressés dont on l'entoura à son arrivée à l'hôpital auxiliaire du Mans, sa situation ne cessa d'empirer. Réduit à l'aspect d'un squelette, le corps couvert d'escarres, il endurait un supplice affreux à chaque pansement. On lui fit quatre ou cinq opérations pour extraire du genou des esquilles du tibia. Enfin, le médecin, désespérant de le guérir, décida l'amputation. On prévint aussitôt la mère du blessé, qui accourut à son chevet le 26 novembre. Cette femme, pleine de foi mit sa confiance en Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, la conjurant d'épargner à son fils cette cruelle épreuve. Elle put se procurer une relique de la sainte, qu'on posa sur le membre malade le 10 décembre. Et voici qu'avec une rapidité surprenante, l'enflure disparut, il ne fut plus question d'opération, et le 28 janvier, le protégé de Sœur Thérèse essayait ses premiers pas. Dans sa reconnaissance, il raconte à tous ce qu'il doit à sa céleste Bienfaitrice.
Mlle M.
TÉMOIGNAGE DE LA MÈRE DU SOLDAT
J'atteste que mon fils, P. B., a été blessé au combat de l'Aisne, le 14 septembre dernier. J'affirme également que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus l'a préservé de l'amputation, et que tous les détails ci-dessus sont parfaitement exacts.
Mme B.
Le 16 février 1915, le soldat lui-même écrivit sa reconnaissance au Carmel de Lisieux.
Hospice d'Argentan, 1er février 1915.
Ma Révérende Mère,
Je vous remercie du bon accueil que vous avez fait au lieutenant L., le 21 janvier dernier.
Cet officier, natif du Maroc, est revenu enchanté de son voyage à Lisieux. C'est dans votre chapelle, comme je l'espérais tant, qu'il est rentré en grâce avec Dieu, et cette communion qui a suivi a transformé son âme.
Le lieutenant fut très grièvement blessé à la main droite par une balle dum-dum, à la bataille de la Marne. Il nous arriva à la fin de septembre, et je le vis endurer souffrances sur souffrances; il m'inspirait la plus vive compassion. Les pansements étaient très douloureux et la plaie devenait si vilaine que les majors parlèrent d'amputation, mais il refusa de s'y soumettre.
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Cependant, le 18 décembre, le chirurgien fut formel et la déclara inévitable. Même opposition du patient. J'assistai alors à une scène terrible : le malheureux, sans foi et par conséquent sans cette résignation chrétienne qui adoucit les plus grandes douleurs d'ici-bas, s'exaspéra et parla même de se faire sauter la cervelle.
Alors, pour la première fois, j'osai lui prononcer le nom de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. « Nous allons faire une neuvaine pour vous, ajoutai-je, et vous voudrez bien, n'est-ce pas, consentir à porter une relique de la puissante petite sainte? » Un sourire d'incrédulité effleura ses lèvres, mais il ne répliqua rien, et, le soir, il me laissa attacher à son bras le précieux petit sachet.
Trois jours après, le chirurgien visita de nouveau sa main, et, paraissant tout surpris, il dit : « Comment cela se fait-il? la main n'a plus besoin d'être amputée ! » J'étais présente à la consultation et, dans l'intime de mon cœur, je remerciai la chère sainte.
Lorsque je fus seule avec l'officier, il me confia : « Ma Mère, je suis content, je souffre moins, et vous avez entendu le major? » J'en profitai pour reparler de la neuvaine, et lui remis l'image de Sœur Thérèse. Quelques jours après, il demanda un paroissien. « Cela va bien, pensai-je, la petite sainte travaille ! » « Ma Mère, questionna encore mon protégé, que faut-il faire? » Aussitôt je l'exhortai à la confession, et lui donnai le conseil d'aller la faire à Lisieux même, ajoutant que Sœur Thérèse l'attendait peut-être là.
Je vis alors une lutte sur ce mâle visage, mais il essayait de la dissimuler... Enfin il m'avoua que, depuis sa première Communion, il ne s'était jamais approché des Sacrements, que cependant sa mère et sa sœur étaient pieuses, mais que jamais il ne les imiterait, que tout cela c'étaient des bêtises, etc.
Ce jour même, ma communauté redoubla de prières, et je chargeai la chère sainte de faire le reste. Comme elle nous a bien exaucées !
Le soir du 21 janvier, au retour de Lisieux, ce brave officier m'aborda avec une expression de paix qui me fit tout deviner, avant même qu'il eût prononcé une parole. « Ma Mère, me dit-il, c'est à vous que je dois le bonheur que j'éprouve, jamais je ne vous oublierai, car c'est vous qui m'avez fait connaître cette petite sainte qui a changé mon cœur. Je puis partir maintenant, j'ai tenu ma promesse. » Ce lieutenant est le premier secrétaire du Gouvernement de A. J'espère que Sœur Thérèse continuera de le protéger.
O ma Rde Mère, si vous saviez les grâces que nous avons obtenues par l'entremise de Sœur Thérèse! Combien avons-nous vu de pauvres blessés menacés d'amputation, et qui doivent à l'application de la relique d'avoir pu garder leurs membres! Quel bien surtout elle fait aux âmes ! la conversion que je viens de raconter en est une preuve touchante.
Veuillez agréer, etc.
Sr Saint-Géry, Supérieure.
Paris, le 2 février 1915.
Je viens de lire l'Histoire d'une Ame, et j'ai pris la résolution de changer de vie. Je puis dire qu'à chaque page, j'ai senti de profonds remords, vu l'étendue de mes fautes. Enfin, j'allai me confesser et communier le lendemain 7 février. Il y avait sept ans que je ne l'avais fait. Maintenant je suis décidé non seulement à pratiquer l'essentiel de ma religion, mais à suivre Sœur Thérèse dans sa voie si parfaite. J'attends la volonté de Dieu pour m'indiquer comment je dois orienter ma vie dans ce but.
Ma très Rde Mère, je ne m'illusionne pas, je sais que j'aurai à souffrir, n'ai-je pas déjà beaucoup souffert dans ma pauvre existence de désordre; oui, elle m'a fait endurer bien des maux!
Pourquoi alors si j'ai souffert pour le mal, ne le ferais-je pas pour h bien? Sœur Thérèse m'aidera, je compte sur son assistance.
Étant tombé malade au corps, à Châtelaudren (Côtes-du-Nord), je ne suis pas encore parti au front. J'ai été renvoyé chez ma mère en réforme temporaire, et c'est là qu'elle me donna à lire le livre de Sœur Thérèse qui m'a transformé.
M. B.
Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus multiplia ses bienfaits dans cette famille. Retour à Dieu de la mère, à la suite de la lecture de l'Histoire d'une Ame, après un éloignement de quarante années de toute Pratique religieuse; protections diverses en faveur d'un des jeunes gens, soldat; enfin grâces temporelles.
Une lettre de Mme B., du 11 janvier 1919, annonçait au Carmel que tous ses fils avaient survécu à la guerre et que son converti. Marins, restait toujours fervent chrétien.
Langres (Haute-Marne), le 16 février 1915.
Ma Révérende Mère,
Je suis chargée par M. le chanoine Dofay de vous relater une grâce de conversion, obtenue dans notre hôpital de la Croix-Rouge, dont il est l'aumônier.
Un soldat nommé P. J. se mourait de la fièvre typhoïde, et repoussait obstinément toute idée de retour à Dieu. M. le chanoine et les infirmières avaient fait maintes tentatives dans ce sens, toutes infructueuses, le malade ne voulait rien entendre, et déclarait qu'on
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le fatiguait, aussitôt que le sujet religion était abordé. M. Defay fit coudre alors à son vêtement une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Notre soldat n'osa s'y opposer par politesse, mais il témoigna une vive répugnance pour cet objet, qui semblait le gêner beaucoup.
Cependant, dès la nuit suivante, le miracle de grâce s'accomplit. J. réclama le prêtre-infirmier, lui fit sa confession et reçut les Sacrements avec une dévotion visible et touchante. Cet homme enfin, la veille encore si hostile, s'éleva à des sentiments de la plus haute piété, offrant généreusement ses souffrances à Dieu, et expira en bon chrétien, le 23 octobre 1914.
Merci à la petite Sœur Thérèse d'avoir sauvé cette âme !
Paule Pingenet, infirmière de la Croix-Rouge.
Aux Armées anglaises, le 25 février 1915.
Je, caporal, James Dalton, du « Royal Dublin Fusilier », suis parti au front le 11 septembre 1914. J'ai une grande dévotion à la Petite Fleur de Jésus, Sœur Thérèse, et je ne passe pas un jour sans l'invoquer.
Un soir du mois d'octobre 1914, vers 6 heures ou 6 heures et demie, j'étais dans les tranchées. A ce moment nous ne faisions pas de feu, parce que des deux côtés l'artillerie était en action.
Je priais la « Petite Fleur », et soudain une religieuse parut devant moi, à 6 ou 7 pieds de distance. Elle était très belle et se tenait à genoux, la tête penchée et les mains jointes ; mais son visage avait une expression de profonde tristesse, comme si elle avait grand'pitié de nous. Je reconnus de suite la sainte de Lisieux. Ceci arriva à Houplines, près d'Armentières.
Quelques semaines plus tard, je la revis deux fois encore dans la même attitude, semblant prier pour nous, et je sens son efficace protection m'envelopper tous les jours.
James Dalton, Lance Caporal.
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Du Front, le 25 février 1915.
Madame la Supérieure,
J'ai reçu de M. le comte de Montozon-Brachet des reliques de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je ne résiste pas au plaisir de vous dire combien elles nous portent bonheur.
Je ne suis qu'un simple caporal, promu sous le feu de l'ennemi, mais je voudrais être plus pour que mon grade me permette d'étendre sur une plus grande échelle la propagande que je fais dans mon groupe.
Tous mes hommes ont cousu sous leur capote la relique qui opère tant de miracles, et je m'en rapporte à vous, Madame la Supérieure, pour juger la petite histoire que je vais vous raconter.
A 15 mètres des tranchées allemandes, nous avons un poste composé de deux escouades, qui se relèvent toutes les quarante-huit heures.
Pendant quatre Jours, dans toutes les escouades qui l'ont occupé, il y a eu des tués et beaucoup de blessés. Quand notre tour arriva, je partis très calme, plaçant toute ma confiance en Dieu, et durant ces deux jours de danger, mes hommes et moi avons prié avec ferveur, récitant, entre autres, la prière de la petite Sœur Thérèse. Eh bien ! pas une bombe ni une grenade n'est tombée sur nous, et à peine venions-nous de quitter le poste que la terrible mitraille a repris, s'abattant sur ceux qui nous remplaçaient. Nous sentons tous, en bons chrétiens que nous sommes, qu'une protection d'en haut s'est étendue sur nous.
Souvent le soir, au bivouac, nous nous réunissons pour lire un peu de la Vie de Sœur Thérèse, et c'est le plus beau moment de notre journée, dans cette affreuse tourmente. Pas de crainte qu'un seul de nous interrompe le lecteur, et le bruit du canon ne nous dérange guère. Plusieurs de mes camarades me harcèlent pour avoir un médaillon de notre sainte, Madame la Supérieure, je joins ici leurs noms, qu'ils signeraient volontiers des deux mains, pour vous exprimer leur reconnaissance. Je compte donc sur votre bonté pour les satisfaire.
Veuillez agréer, etc.
Jean-Charles Atger,
Caporal au IIIe rég. d'infanterie, 3e Cie.
Suivent vingt-trois signatures de soldats, désireux de posséder un médaillon de Sœur Thérèse.
M. le comte de Montozon-Brachet s'est porté garant de l'absolue sincérité du caporal Atger, qui, dans la suite, fut fait prisonnier, échappant ainsi aux dangers des champs de bataille.
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Saint-Bonnet-de-Mure (Isère), 28 février 1915.
Nous avions depuis longtemps un malade qui ne pratiquait absolument pas, il était même fort antireligieux. Je lui avais, à plusieurs reprises, conseillé de se recommander au bon Dieu, de lui demander sa protection spéciale, car sa situation sur le front était dangereuse, — il est brancardier-infirmier et a vu tomber bon nombre de ses camarades autour de lui. Il me répondait évasivement, et, une fois où j'insistais, il conclut : « Oh! voyez-vous, non, ce ne sont pas mes idées! »
Or, un jour qu'il venait causer avec moi dans ma chambre, je lui dis en lui présentant un sachet de Sœur Thérèse : « Voulez-vous me faire un plaisir : laissez-moi vous coudre cette petite relique à votre tunique, promettez-moi de ne pas la quitter; je suis certaine que la petite sainte vous protégera. » Il y consentit, et dès le lendemain, il prit sans mot dire le chemin de notre chapelle, assistant à la bénédiction du soir à peu près régulièrement. Quelques jours après, il se levait pour la messe, et, quand je l'ai vu si bien disposé, j'ai fait célébrer trois messes pour les âmes du Purgatoire, priant la sainte Vierge d'en appliquer les mérites selon son bon plaisir, et je l'ai entièrement confié à votre chère petite Sœur. Le travail spirituel s'est fait, la grâce a pénétré cette âme et, au soir du troisième jour, sans qu'on lui en ait dit un mot, il se confessait et communiait. Je crois que c'était la première fois depuis sa première Communion.
Il est encore resté quelques jours ici, faisant preuve d'une piété exemplaire, convaincue et raisonnée. En me quittant mercredi, il m'a remerciée d'une façon touchante de tout ce que j'avais fait pour lui, insistant sur le bienfait de sa conversion.
C'est à votre chère sainte que nous devons cette faveur et beaucoup d'autres d'ordre spirituel, dans cette ambulance que je lui ai confiée.
Mlle M. Nantard,
directrice de l'ambulance.
Baugé, 11 mars 1915.
Madame la Supérieure,
Guéri par la petite Sœur Thérèse, je tiens à vous envoyer le détail de cette grâce pour glorifier ma Bienfaitrice.
Je m'appelle Louis Tanguy, et je suis natif de Plouvern (Finistère), je suis soldat de la classe 14. Dans les tranchées d'Argonne, j'ai eu les pieds gelés, principalement les talons, qui devenaient tout noirs;
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alors le major me fit évacuer sur une ambulance de Baugé, c'était le lundi 1er février.
J'ai souffert terriblement, au point de ne pouvoir supporter sur mes pieds aucune couverture. Une infirmière, voyant cela, eut compassion de moi et me demanda si je connaissais Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Sur ma réponse négative, elle me donna sa relique et son image, me disant que si je la priais avec confiance, elle nie guérirait. Alors je commençai une neuvaine, et tout à coup, le matin du quatrième jour, ne ressentant plus aucune douleur, j'enlevai les bandes qui enveloppaient mes pieds et constatai qu'ils étaient complètement guéris.
J'ai donc repris mes gros souliers de militaire sans aucune difficulté, et chaque jour, depuis, je remercie la petite Sœur qui m'a guéri.
Quand il me faudra retourner au front, je partirai courageux et confiant, puisque j'ai là-haut une sainte qui veille sur moi, et je ne manquerai pas de la faire connaître dans ma Bretagne; je lui dois bien cela.
Vous pouvez, Madame la Supérieure, insérer mon récit dans la Pluie de Roses de Sœur Thérèse, si vous le jugez à propos.
Louis Tanguy.
Baugé (Maine-et-Loire).
L'infirmière qui fit connaître Sœur Thérèse au jeune soldat breton, Mlle G. Gobard, voulut bien communiquer elle-même au Carmel la relation ci-dessus, l'appuyant de son témoignage personnel. Elle affirme entre autres, qu'au matin du quatrième jour de la neuvaine, en arrivant à l'ambulance, elle trouva les pieds du soldat Tanguy entièrement débandés et guéris, et les bandes rejetées sur le lit.
Paris, 5 avril 1915.
Un soldat, à qui j'avais remis des images de Sœur Thérèse à distribuer, m'a raconté qu'à la caserne des Invalides, un camarade jeta dans le feu, par mépris, l'image qui lui avait été donnée. « Ce n'est pas bien ce que vous faites là! » s'écria mon brave militaire.
Mais à sa stupéfaction et à celle des trois autres soldats présents, cette image se consuma d'abord tout autour du visage de la sainte, lequel demeura intact près d'un quart d'heure dans les flammes.
Depuis ce moment, mon soldat qui, pour me faire plaisir, plutôt que par grande dévotion, peut-être, répandait les images de Sœur Thérèse, fait, de lui-même, une propagande touchante et convaincue.
Mme Jacq,
personne très connue au Carmel de Lisieux.
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Paris, le 14 avril 1915.
Ma Révérende Mère,
Il y a quelques semaines, je vous annonçais qu'un jeune soldat, élevé par des parents impies et n'ayant jamais pratiqué sa religion, avait été éclairé et transformé à la vue d'une image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.
C'est une âme de plus que la petite sainte a sauvée. Cet heureux converti est tombé glorieusement le 6 mars, quelques jours après sa première Communion. Sa dernière pensée fut pour se recommander aux prières de l'aumônier, et il mourut en héros chrétien.
R. De Bercegol.
(Communiquée par la Rde Mère Supérieure de l'hospice de Morlaix, où se trouve la tante du soldat, religieuse de St-Thomas-de-Villeneuve.)
LETTRE DU SOLDAT A SA TANTE
20 avril 1915.
Ma chère Tante,
Je vais essayer de vous satisfaire en vous racontant ce que je dois à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Voici d'abord comment je fus blessé. C'était le 12 novembre au matin, je pointais une mitrailleuse derrière l'église de Rampcapelle, en Belgique, quand une grosse marmite éclata à 5 mètres de moi et m'ensevelit tout vivant sous terre. Un camarade me dégagea, pendant que les autres disaient : «Laissez-le, il est perdu ! » Je sortis de là, cependant, souffrant horriblement des reins et du genou; le médecin me visita et me trouva la rotule brisée. On m'évacua sur Dunkerque où je fus soigné et d'où je retournai au feu, boitant et endurant toujours de vives douleurs.
Le jour de Noël, je combattais en cet état, à la défense d'Ypres, et huit jours après, j'étais envoyé en Argonne au bois de la Grurie, où, le 22 janvier, en plein combat terrible et acharné, une balle me traversa la poitrine à 2 millimètres du cœur. Je tombai sur le sol, d'où bientôt relevé, je fus évacué à Cercy-la-Tour, dans la Nièvre. C'est là que les médecins constatèrent qu'il me restait au genou un épanchement de synovie à la suite de ma blessure. Comme je souffrais beaucoup de ce mal, et ne savais plus, comme on dit, à quel saint me vouer, la pensée me vint de vous demander conseil, ma chère tante.
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Vous me dîtes de commencer une neuvaine à la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, ce que je fis immédiatement. Et voilà que j'ai obtenu un vrai miracle, car le dernier jour j'étais complètement guéri. Où tout avait échoué : immobilité, repos au lit, teinture d'iode, genouillère, Soeur Thérèse a réussi, et toutes mes douleurs ont disparu. S'il faut retourner, c'est de grand cœur que je partirai une quatrième fois payer ma dette au pays et faire mon devoir jusqu'au bout, envers Dieu d'abord, et la patrie après.
Présentez mon respect à votre Supérieure qui a bien voulu s'occuper de moi; dites-lui que je suis mieux que je n'ai jamais été, et aussi leste que jadis.
Je voudrais pouvoir vous raconter autre chose de la guerre, ma chère tante, mais je suis soldat, il faut observer le règlement et la discipline et les ordres de mes généraux. Je compte sur la protection de la petite sainte, et à mon retour, je vous dirai le reste.
Au revoir. Votre neveu,
Jean-Marie Perrot, 94e d'infanterie
Carmel de New-Ross (Irlande), le 21 avril 1915.
Mon unique frère est engagé depuis le début de la guerre dans la marine anglaise, et fait partie de l'équipage du Cornwall, patrouilleur chargé de protéger les navires de commerce dans l'Atlantique.
Dès le commencement des hostilités, j'envoyai à notre marin une relique de la « Petite Fleur » et son médaillon, lui recommandant delà prier, car elle était carmélite comme moi.
De mon côté, pour dissiper mes inquiétudes, je demandai à notre angélique sainte de se constituer le capitaine du Cornwall, et je lui rappelai souvent sa mission.
Elle me montra bientôt que je ne l'invoquais pas en vain !
Au matin du 8 décembre dernier, cinq navires de guerre allemands se dirigèrent vers les îles Falkands, soupçonnant que le Cornwall s'y trouvait seul avec un croiseur. Mais, grâce à Dieu, deux de nos récents et meilleurs cuirassés les y avaient rejoints la veille, et la bataille s'engagea, terrible, pour durer tout le jour. Finalement, quatre des paquebots ennemis coulèrent, et nous sortîmes victorieux.
Mais là où apparaît l'intervention de notre « céleste capitaine », c'est que sous un déluge incessant d'obus et de shrapnells, pas un homme de l'équipage du Cornwall ne fut touché. Une bombe même éclata juste sous le canon auprès duquel se tenait mon frère, et il n'eut aucun mal. Aussi, plein d'admiration, il nous écrivait : « C'est bien la petite sainte
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Thérèse qui a sauvé le vaisseau, car tout le temps de la bataille, j'ai porté sa relique, et elle nous a protégés. »
J'ai six autres parents exposés aux mêmes dangers sur la mer, et jusqu'ici notre chère sainte les garde merveilleusement.
Sr Agnès de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face, religieuse carmélite.
RELATION DU MARIN
H. M. S. du Cornwall, le 1er juillet 1915.
Engagé dans cette grande guerre contre l'Allemagne, depuis le 14 août 1914, j'ai échappé jusqu'ici à tout danger, et je crois fermement devoir cette protection à la Sœur Thérèse de Lisieux, dont ma sœur m'a donné la relique et un médaillon, que je porte continuellement.
Le 8 décembre, mon vaisseau a pris part à la fameuse bataille navale des îles Falkands; la lutte se prolongea toute la journée, et bien que le jiavire ait été martelé et arrosé par les obus ennemis, chose merveilleuse, pas un homme à bord ne fut tué ni blessé. C'est vraiment miraculeux, car nous étions au plus chaud du combat.
Au milieu de cette mort et de cette destruction, j'ai expérimenté combien la petite sainte française veillait sur moi. Je ne me séparerai pas de sa relique, elle sera ma sauvegarde, car comment le mal pourrait-il m'atteindre, si ma puissante Protectrice est près de moi?
Harry Smith.
Jusqu'à la fin de la guerre, le marin anglais ressentit les effets de l'assistance céleste de Sœur Thérèse.
RELATION DU SOLDAT
Tulette (Drôme), le 30 avril 1915.
Madame la Supérieure,
Étant à l'hôpital de Bernay, pour pieds gelés, j'ai beaucoup souffert, jusqu'au jour où Mlle Bellais me mit une relique de la petite Sœur Thérèse. Mais après, les douleurs cessèrent dans le courant de la semaine, et je suis sorti de l'ambulance bien guéri, et avec mes deux pieds, tandis que des camarades, moins heureux que moi, ont subi des amputations.
Je me crois en devoir de reconnaître que ma guérison a été bientôt faite, grâce à cette précieuse relique.
Veuillez agréer, etc.
Charles Mikaleff.
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RELATION DE Mlle RELLAIS, infirmière.
Le 31 décembre 1914, le soldat Mikaleff nous arriva avec quatre camarades, tous zouaves comme lui. Le 2 janvier, j'étais de service, et voyais avec peine le pauvre garçon, dont la figure enfiévrée révélait la plus atroce souffrance (on dit qu'il n'y a rien de plus terrible que les pieds ge'és, qu'une blessure est peu de chose en comparaison). Souvent il mordait son drap ou ses lèvres pour retenir un cri, et par instants, il était pris de tressaillements nerveux qui lui soulevaient tout le corps, si bien que nous craignîmes un moment le tétanos. Je m'approchai donc de lui. « Mon ami, vous souffrez beaucoup? lui dis-je avec compassion. — Oh! oui. Mademoiselle, c'est comme une affreuse brûlure. » Alors je glissai sous son oreiller une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, lui racontant le pouvoir merveilleux de cette petite sainte. « Mademoiselle, reprit le soldat, donnez-moi cette relique dans la main, car elle pourrait être perdue en faisant mon lit. Je suis croyant, je vais prier la Sœur Thérèse, et puisqu'elle obtient tant de miracles, j'espère qu'elle ne me refusera pas de me guérir moi aussi. »
A partir de ce moment, je le trouvai plus calme; il plaça le portrait sur sa table, et souvent le regardait avec foi. « Vous voyez, Mademoiselle, je prie », me répétait-il, quand je passais près de lui.
Au bout de trois ou quatre jours, il allait mieux, et à la fin de la neuvaine il était guéri.
Inutile d'ajouter combien il aime sa sainte Protectrice. « Je pense à elle, quand le canon chante trop fort! » m'écrivait-il du front, où il est retourné.
J'ai constaté bien d'autres interventions de Sœur Thérèse dans notre hôpital ou ailleurs, et j'ai pour elle la plus tendre dévotion.
Marthe Bellais,
infirmière de la Croix-Rouge.
Dunkerque (Nord), le 30 avril 1915.
Ma Révérende Mère,
Je crois de mon devoir de vous conter dans la présente, la façon providentielle dont j'ai échappé à la mort, par l'intercession de la douce Sœur Thérèse.
C'était le 29 avril 1915. Les Allemands, ayant établi une pièce d'artillerie de gros calibre (305), bombardèrent Dunkerque, à 27 kilomètres environ.
Pour moi, ignorant ces détails, je me promenais sur le port, quand,
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vers 11 heures et quart, le premier obus tomba sur la ville et porta. Un taube arriva en même temps, puis ce fut une déclencha de nourrie et précise; alors, malgré une force intérieure qui m'en éloignait, je repris la route de mon hangar, car l'heure du travail approchait. Tout en m'y rendant, je serrais dans ma main le médaillon de Sœur Thérèse, me recommandant à la sainte avec ardeur. Je rencontrai à la porte sept ou huit camarades, auxquels je causai; mais je ne pouvais tenir en place, et me sentais pressé de quitter ce lieu. Tenant toujours mon pieux insigne, je partis de l'autre côté du hangar, et à peine me trouvais-je à 100 mètres, qu'une formidable détonation retentit derrière moi. Je me couchai sur le sol, et aperçus un panache de fumée noire, s'élevant de l'endroit que je venais d'abandonner; une pluie de grès, de rails, de fer, s'abattait partout; du groupe de soldats resté là-bas, trois étaient tués net, et les autres blessés. Inutile de dire avec quelle ferveur je priai en ce moment terrible, embrassant avec amour mon petit médaillon protecteur. C'est à lui. j'en suis sûr, que je devais la vie.
Je l'aime cette Sœur Thérèse, comme un fils aime sa mère, et je me sens à l'abri sous son égide.
Voilà, ma Rde Mère, ce que je voulais absolument vous écrire.
René Demetière, 3e bis zouaves.
(En novembre 1919, fut publiée une petite notice à la mémoire du capitaine François d'Elbée, mort glorieusement pour la France, le 16 juin 1915, aux combats de Chantecler, près d'Arras. Comme preuve des sentiments profondément chrétiens du vaillant officier, cette notice cite la lettre qu'écrivait le capitaine François d'Elbée à la Mère Prieure du Carmel de Lisieux, quelques jours avant sa mort.)
Aux armées, le 4 juin 1915.
Ma Révérende Mère,
J'avais souvent entendu parler de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus par ma mère qui lui portait une grande dévotion. Je savais qu'au début de la guerre, elle avait protégé un de mes frères au danger, aussi je brûlais de la connaître tout à fait. Il y a quelque temps, ma femme m'envoyait la petite édition de sa Vie ! Cet admirable livre devint mon livre de tranchées; il ouvrit mon âme à la réalité et à la richesse de la vie spirituelle, et me montra que, dès ici-bas, l'union de l'âme avec son Dieu pouvait être intime et constante. Dans les moments périlleux, je relisais un chapitre de la petite sainte, et je retrouvais aussitôt le calme, la confiance, la force et le courage... Sœur Thérèse est devenue pour moi une grande amie céleste, une sœur aimée... J'ai détaché du volume la gravure qui la représente sur son
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lit de mort, et qui me captive; elle orne maintenant les pauvres murs en terre de mon abri; combien de fois sa vue m'a consolé et fortifié! Daignez agréer, ma Rde Mère, etc.
François d'Elbée,
(Dès le 4 juillet 1915, Mlle la marquise d'Elbée, mère du capitaine d'Elbée. avait annoncé au Carmel le deuil douloureux qui venait de la frapper, par la lettre suivante.)
Guéthary (Basses-Pyrénées), le 4 juillet 1915.
Ma Révérende Mère,
Au milieu de mes larmes et de mes angoisses, car sur sept fils au combat, la guerre m'en a déjà pris trois, dont on ne peut retrouver les traces, n'est-ce pas une grande grâce que de sentir mon cœur, pourtant si meurtri, déborder de reconnaissance envers Dieu? Vous aviez reçu dernièrement, ma Rde Mère, une lettre du capitaine François d'Elbée; c'est le troisième de mes enfants, qui vient de disparaître, le 16 juin, en chargeant héroïquement à la tête de sa compagnie.
Il m'écrivait la veille de sa mort : « J'ai communié ce matin, et j'ai servi la messe; chaque jour, l'âme fait des progrès et se rapproche de Dieu. Je finis par craindre d'oublier, dans des temps meilleurs, la nécessité de la souffrance et de l'épreuve, et je demande sans cesse au bon Dieu de me prendre tout de suite, si une longue vie devait me séparer de Lui! » Il avait trente ans, une jeune femme et un petit enfant, et de plus une belle carrière. De tels sentiments chrétiens atténuent ma douleur. D'ailleurs mon fils professait pour Sœur Thérèse une confiance illimitée. Si elle est venue le chercher, c'est pour son bien, son bonheur et le nôtre, je n'en puis douter.
Veuillez prier pour nous, ma Rde Mère, et agréer, etc.
Mse d'Elbée.
RELATION PERSONNELLE DU BLESSÉ
Hôpital bénévole de Vinça (Pyrénées-Orientales), 9 juin 1915.
Je soussigné, Constant Beaudeau, déclare avoir reçu un éclat d'obus dans la cuisse droite, le 5 mars 1915. Les docteurs étaient inquiets et hésitaient à l'extraire, disant qu'ils ne le pourraient sans atteindre le nerf sciatique. Évacué à l'hôpital bénévole de Vinça le 22 avril, les majors de cet établissement me répétèrent la même chose. Alors une infirmière, Mlle Rose Vernis, eut l'heureuse idée d'appliquer sur mon
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pansement une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et le lendemain l'éclat d'obus se trouva sorti tout seul de la blessure. Aussi, en reconnaissance, je n'oublie pas de fleurir l'image de Sœur Thérèse, en qui j'aurai toujours foi. Fait à Vinça, le 9 juin 1915.
Constant Beaudeau.
LETTRE DE Mlle ROSE VERNIS, infirmière.
Hôpital bénévole de Vinça (Pyrénées-Orientales), 9 juin 1915.
Ma Révérende Mère,
Je suis heureuse de vous communiquer ce nouveau bienfait de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, notre « infirmière-major », c'est ainsi que nous l'appelons. Je joins à la relation de M. Beaudeau l'éclat d'obus dont il est question dans son récit, et que vous verrez encore entouré du drap de vêtement qu'il avait entraîné en pénétrant dans les chairs.
Au mois d'avril dernier, j'ai perdu mon jeune frère, un grand admirateur de notre petite sainte. Il a fait une mort bien édifiante et fut visiblement assisté par sa sainte Protectrice. Sœur Thérèse m'aide à souffrir; elle est là, près de moi, tu ne la vois donc pas? me disait-il. Son confesseur m'assura que jamais, dans sa vie sacerdotale, il n'avait rencontré une âme aussi belle; ce n'est donc pas étonnant qu'il ait vécu dans une telle intimité avec la chère sainte!
Veuillez agréer, ma Rde Mère, etc.
Mlle Rose Vernis, infirmière.
Du Front, le 6 juillet 1915.
Madame la Supérieure,
Je viens m'entretenir un instant avec vous, quoique je ne vous connaisse pas; mais je veux vous parler de cette petite fleur du ciel, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Par son intercession, j'ai obtenu une grande grâce que voici :
Mon caporal d'escouade m'avait porté pour motif de rébellion, bien que je ne fusse pas coupable. Comme moi-même je devais bientôt passer caporal, si j'avais cette punition ça n'aurait pas été possible d'avoir mes galons, et j'en étais tout découragé, d'autant plus que j'étais innocent. Ce soir-là, j'allai à l'église dire un chemin de croix
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et mes prières de coutume, quand tout à coup je pensai à la petite Sœur Thérèse et je me mis à l'invoquer avec ferveur. Alors, elle m'inspira de me rendre chez le capitaine pour tout lui expliquer, et il me fit justice, en sorte que j'ai échappé aux quatre jours de prison.
Je remercie de tout mon cœur ma bonne petite sainte de cette faveur. Il n'y a pas très longtemps que je la connais, mais il faut que je vous le dise, Mme la Supérieure, elle m'enflamme ; c'est elle qui est la cause que je communie maintenant tous les jours; aussi, je l'aime beaucoup. Depuis que j'ai lu sa vie, je me suis mis dans la tête de faire comme elle. Toutes mes actions, même les plus petites, je les offre à l'amour miséricordieux du bon Dieu, et bien souvent je répète les belles paroles de ma petite Thérèse : « Jésus... je voudrais l'aimer comme jamais il n'a été aimé ! » J'ai résolu de raconter son histoire aux camarades, et, j'en suis sûr, ils seront enthousiasmés. Bien des fois je récite la prière qui se trouve derrière son image, car je désire tant la voir bientôt célébrée sur les autels !
Veuillez agréer, etc.
Joseph Roux.
414e d'infanterie, 2e Bataillon, 8e Cie
9 juillet 1915.
Je suis très heureux de faire le récit de deux protections extraordinaires opérées par la « petite Fleur ». La première fois, c'était le 6 février 1915, à G. On nous avait commandé d'attaquer une position allemande. Tout était préparé, et nous attendions que notre artillerie cessât de bombarder avant que ce soit à notre tour de faire la charge. Enfin arriva le moment pour nous; mes hommes étaient un peu pâles. Avant de partir, je suppliai la « petite Fleur » de me donner beaucoup de courage et de me conserver à ma mère. Je tirai son image de ma poche et, la tenant dans ma main, je sautai par-dessus le parapet de la tranchée sur la plaine. Des milliers de projectiles passèrent bientôt à côté de moi à une vitesse effrayante. Des balles s'enfonçaient dans la terre à mes pieds. Un officier, à ma droite, et un autre soldat, à ma gauche, furent tués; pour moi, j'ai pu avancer, sans aucune blessure, jusqu'à notre nouvelle position.
La « petite Fleur » m'a encore protégé merveilleusement une autre fois. C'était le 18 mai 1915. Notre artillerie avait commencé un bombardement épouvantable. Il semblait presque impossible de vivre pendant que cela durait. Comme je fixais ma baïonnette au canon de mon fusil, j'entendis très distinctement (malgré le fracas des obus qui éclataient autour de nous, de tous les côtés), une voix, la plus douce voix que j'aie jamais entendue de ma vie, qui me disait à l'oreille : Prenez ma relique. Comme dans un rêve, je mis la main dans
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ma poche et je pris la petite relique. Avec cette arme, je me sentis un autre homme, et, Tordre venu de Taire la charge, je m'élançai avec ardeur. Quand nous fûmes arrivés à notre objectif, nous nous couchâmes à l'abri de X. Je remarquai que la moitié des soldats de la compagnie étaient tués ou blessés. Pendant que nous étions couchés, un obus éclata et tua plusieurs hommes à mes côtés. Tout à coup je me sentis moi-même atteint à la jambe et à la poitrine. Que faire? Il semblait impossible de retourner dans les tranchées sans être tué. Je priai avec foi Sœur Thérèse, et de nouveau j'entendis la même voix qui me disait : Retournez, retournez. Alors j'obéis, et, la relique encore à la main, je rampai jusqu'à la tranchée, pendant que les obus éclataient si près que parfois j'étais presque suffoqué par la fumée. Mais ils n'avaient aucun effet sur moi. Grâce soit rendue à la « petite Fleur ».
J. G. Mulqueen, sergent.