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"Les statistiques officielles sur les décès du Covid-19 ne donnent qu'une image partielle du véritable bilan de la mortalité" liée à la pandémie dans le monde, observent les scientifiques de l'Université de Washington à Seattle (USA). Le Covid-19 est potentiellement l'une des principales causes de mortalité en 2020 et 2021, selon eux.
Si le chiffre officiel annonce 5,94 millions de morts dans le monde entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2021, divers travaux l'ont jugé fortement sous-estimé et ont tenté de mieux évaluer le bilan global de la pandémie.
Etude fondée sur l'excès de mortalité
Dernière étude en date, celle publiée dans leréévalue le nombre de morts liées au Covid-19 à 18,2 millions sur cette période, plus du triple du bilan officiel, à partir de calculs fondés sur l'excès de mortalité. Un terme qui correspond à l'écart entre le nombre de personnes décédées, quelle que soit la cause de leur mort, et le nombre de morts attendues, à partir des données passées.
Outre une base de données de mortalité, les auteurs de l'étude ont notamment construit plusieurs modèles pour prédire le taux de mortalité attendu en l'absence du Covid-19, entre autres pour pallier le manque de données complètes et solides dans plusieurs pays.
"Sur les 12,3 millions de morts supplémentaires, comparé aux décès de Covid-19 comptabilisés, une part substantielle se révélera probablement due à une infection par le SARS-CoV-2", considèrent-ils.
La différence entre l'excès de mortalité et les décès Covid-19 recensés pourrait s'expliquer par un sous-diagnostic d'infections par le coronavirus et/ou par des décès d'autres maladies plus élevés qu'anticipé sous l'effet de changements de comportements ou d'un moindre accès aux soins à cause de la pandémie, selon les chercheurs.
Interrogé dans l'émission CQFD, Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève (UNIGE), précise que l'article évalue la "surmortalité de la pandémie", soit pas seulement les décès dus directement au virus. Il s'agit d'une sorte de "somme globale qui est ainsi calculée".
Plusieurs régions concernées
Les pays andins de l'Amérique latine, l'Europe orientale et centrale, le sud de l'Afrique subsaharienne montraient les plus forts de taux de surmortalité sur 2020-2021.
Dans les pays les plus touchés par la pandémie, la Bolivie affichait le taux de surmortalité le plus élevé. A l'inverse, dans des pays comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, la surmortalité apparaissait inférieure au niveau habituel.
Avec 489'000 décès dus à la pandémie, l'Inde serait particulièrement loin du compte. Elle aurait en réalité perdu près de quatre millions de ses habitants en raison du Covid, selon l'étude.
En Suisse, près de 13'000 décès liés au Covid-19 ont étédepuis le début de la pandémie. Les auteurs de la recherche estimeraient le nombre réel entre 14'000 et 17'000 morts.
D'autres études nécessaires
Les chercheurs reconnaissent certaines limites à leur étude. Ils jugent nécessaires d'autres travaux pour mesurer la surmortalité directement due au Covid-19.
Parmi différentes études, l'hebdomadairea évalué le bilan global de la pandémie à 17 millions de morts dans le monde, dans un travail publié mi-novembre et fondé notamment sur la base de données de deux chercheurs.
L'Organisation mondiale de la santé a jusqu'alors estimé, en prenant en compte la surmortalité directement et indirectement liée au Covid-19, que le bilan de la pandémie pourrait être deux à trois fois plus élevé que le chiffre officiel.
Mais alors peut-on se fier à ces chiffres? "Oui et non", explique Antoine Flahault. Le chercheur rappelle que passablement de pays ont des systèmes de recensement de la population qui permettent de connaître le nombre de naissances et de décès en son sein.
"Mais il y a des pays comme la Tanzanie ou le Libéria qui n'ont pas de registres d'état civil. Lorsqu'ils n'ont pas les données, les chercheurs essaient de les récupérer dans d'autres études comme des recherches sur la séroprévalence, la démographie, la mortalité. Ensuite, on fait une extrapolation qui peut être discutable pour le cas du Covid, parce qu'on sait qu'il y a une grande hétérogénéité. Par exemple, l'Italie fait la différence entre le sud du pays, les Pouilles et la région de Milan", développe Antoine Flahault.
"Le meilleur estimateur"
Malgré tout, le scientifique de l'UNIGE estime que la surmortalité est "probablement le meilleur estimateur de la gravité d'un phénomène épidémique".
"On le fait depuis longtemps pour la grippe. D'ailleurs, la surmortalité estimée lorsqu'il y a une épidémie de grippe saisonnière qui passe est bien supérieure à la mortalité qui est rapportée par les médecins sur les certificats de décès à l'Office fédéral de santé publique", détaille-t-il sur la RTS.
Et de poursuivre: "Il y a donc un très grand décalage parce qu'on ne teste pas pour la grippe comme on a testé pour le Covid-19. Cette surmortalité dans les pays développés est moins élevée entre ce qui est déclaré et la surmortalité, mais elle existe."
jfe avec ats
Le bilan de la pandémie
La pandémie a fait officiellement au moins 6'019'383 morts dans le monde depuis fin décembre 2019, sur plus de 449 millions de contaminations confirmées, selon un bilan établi par l'AFP jeudi à la mi-journée.
Les Etats-Unis sont le pays ayant enregistré le plus de décès (965'419), devant le Brésil (654'086) et l'Inde (515'459). Mais rapporté à la population, les pays où l'épidémie a fait le plus de ravages sont le Pérou avec 641 décès pour 100.000 habitants, la Bulgarie (518) et la Bosnie-Herzégovine (475).
>> La carte des contaminations dans le monde (depuis le début de la pandémie):