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Plan de recherche détaillé
Plan de recherche détaillé
1. Objectifs Ce projet de recherche s'inscrit dans le cadre des projets internationaux de recherche Proyecto coordinado de estudios de la historia del español de América de la Asociación de Lengua y Filología de América Latina (AFAL) et de CHARTA (Réseau International pour l'élaboration d'un Corpus Hispanique et Américain de Textes Anciens sur le Web), dont il partage les directives et les objectifs. Associées à ce projet, différentes équipes de recherche appartenant à des universités hispano-américaines et européennes se chargent de recueillir et de transcrire des documents et également d'étudier divers aspects linguistiques et historiques de régions déterminées d'Amérique Latine. Dans le cadre de ces deux projets, l'équipe de l'Université de Neuchâtel s'occuperait des zones de l'ancienne Audiencia de Quito et du Panama.
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Le projet a plusieurs objectifs directs et indirects.
I. Les objectifs de base que nous souhaitons atteindre sont au nombre de quatre :
1. Le premier objectif s'inscrit dans les directives du Proyecto coordinado de estudios de la historia del español de América; il consiste à rendre compte et à décrire, dans la mesure du possible, l'espagnol des deux régions citées et son évolution au cours de deux siècles qui, même s'ils ne sont pas cruciaux, n'en sont pas moins importants. Pour ce faire, nous nous baserons sur les travaux et les études réalisés jusqu'à aujourd'hui. Il s'agit donc pour nous de savoir comment était l'espagnol parlé dans les deux zones au début du XVIIème siècle et comment il a évolué jusqu'au début du XIXème siècle, de savoir ce qui a changé et comment, de connaître ce qui s'est maintenu et jusqu'à quand ; en bref, de connaître quelles étaient ses caractéristiques de base et de quelle manière elles se sont altérées ou maintenues. Dans le but de limiter au maximum le champ d'étude, nous nous focaliserons sur le composant phonético-phonologique et sur la morphosyntaxe ; pour le moment, nous laisserons de côté l'aspect lexical. Nous ne tiendrons pas non plus compte des aspects de pragmatique et de linguistique du texte, éléments qui pourront être abordés à une autre occasion étant donné que nous disposerons toujours des textes transcrits.
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2. Le deuxième objectif découle des attentes suscitées par le premier. Nous désirons offrir une étude d'histoire linguistique contrastive. Il s'agit, d'une part, de vérifier l'hypothèse que différentes conditions démographiques, économiques et sociales provoquent des évolutions de la langue divergentes au coeur d'un même territoire et, d'autre part, de répondre à la question suivante : à quel point l'espagnol de ces documents était-il différent de l'espagnol d'autres documents appartenant à une zone différente et raisonnablement éloignée ? Autrement dit, y avait-il déjà une forme de diversité entre les différentes zones d'Amérique au XVIIème siècle, suffisamment importante pour apparaître dans des documents typologiquement identiques et provenant du même genre d'organismes ? C'est pour cette raison que notre choix s'est porté sur la Audiencia de Quito et le Panama. La sélection des deux zones que nous nous proposons d'étudier et de mettre en contraste a été soigneusement élaborée, car nous sommes en quête de régions qui présentent des développements historiques, économiques, culturels et sociaux différents. Ainsi, en suivant la fameuse théorie de Menéndez Pidal (1964) sur les zones de la côte et des hauts plateaux d'Amérique, qui permet d'expliquer l'origine de la diversité américaine et la présence plus importante de traits méridionaux dans certaines langues, nous devons opter pour deux régions respectivement représentatives de chacune des zones distinguées par l'auteur. Ces régions doivent également remplir la condition suivante : avoir été éloignées des virreinatos, de façon aussi périphérique que possible. Enfin, il est également souhaitable qu'elles aient au moins entretenu quelque relation, aussi minime fût-elle, afin que le contraste ne soit pas trop important. Le Virreinato de Nueva Granada, fondée au début du XVIIIème siècle et remaniée au cours du premier tiers de ce même siècle, nous offre une belle opportunité, puisque son territoire étendu formait un grand arc géographique aux extrémités duquel se trouvaient, d'une part, le Panama et, d'autre part, la Audiencia de Quito.
Bien que le Panama, d'un point de vue géographique, appartienne à l'Amérique Centrale, son profil linguistique est lié aux Caraïbes et à l'Amérique du Sud. Le Panama fut une zone clé de l'empire hispanique d'outre-mer et, même s'il appartenait à la Vice-Royauté dont le siège se situait à Bogota, il a toujours su conserver son indépendance en matière de culture et de langue. Le détroit de l'Isthme de Panama acquit une grande importance dans l'entreprise coloniale espagnole, puisqu'il constituait un point de connexion entre la Vice-Royauté du Pérou et l'Espagne. La présence indigène dans la société coloniale fut minime car les indigènes étaient peu nombreux et vivaient dans des régions isolées et éloignées des cités et des bourgades coloniales. L'interaction et le contact linguistiques furent donc rares. C'est la présence africaine qui, elle, fut au contraire très importante.
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La Audiencia de Quito maintint quant à elle un grand noyau indigène (bien supérieur en nombre aux noyaux européen, métisse et africain réunis) et permit ainsi que l'espagnol soit en contact permanent avec le quechua. La Sierra de l'actuelle République d'Equateur, dans laquelle se situe Quito, centre de notre étude, appartient aux hauts plateaux ou, du moins, en réunit les caractéristiques. La région souffre d'un manque de communication séculaire dû à la double cordillère des Andes qui rend difficile le passage d'une zone à l'autre (sauf pour la Côte, où est située Guayaquil). De plus, au XVIIIème siècle, l'endroit connut une grande pénurie économique et la croissance démographique resta en suspens à cause de la peste, des épidémies, des tremblements de terre et des maigres apports migratoires.
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Après avoir dûment caractérisé les zones que nous étudierons, nous vérifierons dans les manuscrits qui leur appartiennent la thèse que nous soutenons, à savoir que, à l'époque de la consolidation de l'espagnol, les traits généraux qui conditionneraient l'évolution postérieure des langues de chaque région étaient déjà établis, c'est-à-dire que l'on peut déjà parler d'une dialectalisation naissante ou de variétés plus ou moins semblables mais différentes. Par la suite, si l'hypothèse initiale se confirme, l'objectif consistera à découvrir en quoi ces langues coïncidaient et en quoi elles présentaient des divergences, quelles étaient les caractéristiques de l'évolution de l'espagnol dans une région par rapport à l'autre, en quoi et comment elles ont convergé et se sont distanciées et pourquoi. La confrontation nous permettra en outre de connaître et de mieux mettre en valeur tous les phénomènes qui apparaîtront dans les documents de chaque zone.
3. Le troisième objectif consiste à établir une base de données phonétiques, orthographiques, morpho-syntaxiques, lexicales, etc. qui permettra des études postérieures dans différentes perspectives et en accord avec les travaux réalisés par d'autres investigateurs de divers pays.
4. Le quatrième objectif consiste à contribuer à la transcription rigoureuse de documents coloniaux des régions étudiées et à leur publication aux côtés de documents issus d'autres zones et élaborés par d'autres équipes du Réseau International pour l'élaboration d'un Corpus Hispanique et Américain de Textes Anciens sur le Web (CHARTA), dont nous suivrons les critères de transcription et d'édition des textes. Il faut ajouter que ni la Audiencia de Quito ni le Panama ne disposent d'une base de documents suffisante pour permettre l'étude historique de leurs modalités, réalité qui contraste singulièrement avec le Mexique, le Chili ou l'Argentine, où les matériaux publiés et mis à la disposition des chercheurs sont abondants et variés. Les documents qui composent la base de notre Corpus sont ceux qui sont conservés dans l'Archive Générale des Indes de la ville espagnole de Séville (AGI). Ces documents hétéroclites vont de simples textes administratifs à des textes présentant diverses marques d'oralité.
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La valeur philologique, historique et linguistique de tels documents coloniaux a déjà été signalée par Frago (1978) et par différentes études renommées abordant l'évolution historique de l'espagnol dans certaines régions d'Amérique et se basant sur les mêmes documents. Ces recherches ont apporté une contribution notable à notre connaissance linguistique de ces régions, à l'image de l'étude de Elena Rojas (1985) pour Tucuman, des travaux fondamentaux de Olga Cock (1969) pour la Colombie ou encore de notre propre investigation (Juan Sánchez, 1998) pour les zones de l'Equateur et du Venezuela.