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Legends Magazine vous propose ce mois-ci de faire plus ample connaissance avec Clay Regazzoni, un des meilleurs pilotes de F1 que la Suisse ait connu avec Jo Siffert. Son adresse, son courage et sa faculté à ne jamais baisser les bras l’ont rendu extrêmement populaire. Cela même après son accident à Long Beach, en 1980, qui l’avait rendu paraplégique. Dans son autobiographie, Clay Regazzoni prétend que la pédale des freins ne s’était pas cassée lors de cet accident mais avait mystérieusement disparu. Dans quel but ? Afin peut-être que sa popularité permette d’améliorer le quotidien de centaines de milliers de handicapés.
DDeux seuls pilotes suisses ont remporté au moins un grand prix de F1 comptant pour le championnat du monde. Il s’agit de Jo Siffert, vainqueur du Grand Prix de Grande-Bretagne à Brands Hatch en 1968 et du Grand Prix d’Autriche à Zeltweg en 1971, ainsi que de Clay Regazzoni qui s’est imposé à cinq reprises. A ses deux victoires lors du Grand Prix d’Italie à Monza en 1970 et en 1975, s’ajoutent encore celles au Grand Prix d’Allemagne au Nürburgring en 1974, au Grand Prix des Etats-Unis Ouest à Long Beach en 1976 et, enfin, au Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone en 1979. Si cette dernière victoire était la première d’une Williams en F1, les quatre autres succès avaient été remportés au volant d’une Ferrari.
D’un point de vue sportif, la meilleure des dix saisons de F1 disputées par Clay Regazzoni allait être celle de 1974. Il y avait en effet été sacré vice-champion du monde au volant d’une Ferrari 312B3. Aujourd’hui, une telle Ferrari 312B3 est l’une des principales attractions de la Legends Magazine. À côté de Jo Siffert et Clay Regazzoni, on reconnaît ici les anciens pilotes suisses Toulo de Graffenried et Bernard Blancpain, coiffés tous deux d’une casquette. « Clay Regazzoni Honor Room » de l’Autobau de Romanshorn, le plus beau musée automobile de Suisse.
Victime d’un grave accident qui le rendit paraplégique le 30 mars 1980, lors du quatrième grand prix de la saison à Long Beach, aux États-Unis, alors qu’il pilotait une Ensign, Clay Regazzoni continua à courir avec des véhicules qui disposaient de commandes manuelles remplaçant aussi bien la pédale de l’accélérateur que celle des freins. À peine sorti de l’hôpital, il participa, le 28 septembre 1980, à la course de côte saint-galloise de St-Peterzell-Hemberg au volant d’une Jaguar. S’il ne s’agissait à cette occasion que de quelques montées de démonstration, Clay Regazzoni a disputé par la suite de vraies courses, aussi bien en voiture qu’en camion. Il a ainsi piloté un Iveco et un Tatra au Paris-Dakar et a même remporté la catégorie des camions au Rallye des Pharaons de 1988, au volant d’un Tatra 813 6×6.
SOUTENIR LES PARAPLÉGIQUES
Parallèlement à ses courses, il s’était également engagé en faveur de différentes organisations qui viennent en aide aux personnes paraplégiques, à commencer par l’International Foundation for Research in Paraplegia (IRP), la Fondation internationale pour la recherche dans le domaine de la paraplégie. Cet engagement est aujourd’hui poursuivi par sa famille ainsi que par Fredy Lienhard, le propriétaire du Musée Autobau de Romanshorn.
« Le but de cet espace entièrement dédié à Clay n’est pas seulement de rendre hommage à sa mémoire mais également de soutenir activement l’IRP », nous a confié sa veuve, Maria Pia Regazzoni. Cet espace ne permet pas seulement de découvrir quelques-unes de ses voitures de course, mais également ses trophées, gagnés sur les circuits et les routes du monde entier, et de nombreuses photos. Celles-ci le montrent en train de jouer au bowling ou en compagnie de quelques-uns de ses meilleurs amis pilotes. Parmi ces derniers figure François Mazet qui avait disputé le Grand Prix de France de F1 de 1971 au volant d’une March du Jo Siffert Racing Team et qui était présent le 16 octobre 2021 lors de l’inauguration de la «Clay Regazzoni Honor Room».
LE PARIS-DAKAR EN CAMION
D’autres photos évoquent des épisodes moins connus de la carrière du pilote tessinois. C’est le cas par exemple de celle où l’on voit Clay Regazzoni, tout sourire, au volant du Tatra 6×6 dont il partageait la cabine avec le Valaisan Alberto Reverberi et le Français Thierry de Moncorgé au Paris-Dakar de 1988. Pour la petite histoire, on relèvera que Clay Regazzoni avait été chauffeur de poids lourds au service militaire. Comme cela allait être le cas quelques années plus tard en sport automobile, il s’y illustra plusieurs fois par sa rapidité. Il ne manqua d’ailleurs pas de le rappeler dans son autobiographie :
«Lorsque mes supérieurs militaires me faisaient remarquer que je roulais trop vite avec mon camion Saurer, je leur répondais que c’étaient les autres qui allaient trop lentement», avait écrit Clay Regazzoni avec une bonne dose d’humour. Un autre passage de son autobiographie est en revanche beaucoup plus triste. Il évoque l’accident qui le rendit paraplégique et avance une explication paranormale. D’après Clay Regazzoni, son accident n’avait pas été causé par la rupture de la pédale des freins mais bien par la soudaine disparition de celle-ci. Voici ce qu’il a écrit à ce sujet : « Pourquoi mon pied droit ne trouva pas la pédale des freins à la fin de la longue ligne droite de Shoreline Drive à Long Beach ? Si la pédale des freins s’était cassée comme on l’avait prétendu, j’aurais dû la sentir, ne serait-ce qu’un instant avant qu’elle ne se casse. Or il n’y avait plus de pédale. Rien du tout. »
Pourquoi mon pied droit ne trouva pas la pédale des freins à la fin de la longue ligne droite de Shoreline Drive à Long Beach ?
Un musée à sa mémoire à Romanshorn.
Située sur les rives thurgoviennes du lac de Constance, la «Clay Regazzoni Honor Room» a été inaugurée le 16 octobre 2021 en présence de Maria Pia Regazzoni, la veuve du champion tessinois, né le 5 septembre 1939 et décédé le 15 décembre 2006, ainsi que de leurs enfants Alessia et Gian Maria. Cette «Clay Regazzoni Honor Room» mérite à elle seule le déplacement à Romanshorn. Outre la Ferrari 312 B3 précédemment évoquée, elle abrite une demi-douzaine d’autres voitures de Clay Regazzoni. Parmi elles, on citera avant tout la Tecno, qui lui permit de remporter le titre de champion d’Europe de F2 en 1970, ainsi que la Ferrari F40 avec laquelle il participa notamment à la Course automobile nationale de Romont en 1999 et au Grand Prix Historique de Montreux en 2006.
«Au début», poursuit Clay Regazzoni dans son autobiographie, «j’ai renoncé à enquêter. Un jour cependant, un certain Riccardo m’écrivit une longue lettre qui révélait des détails très précis de mon accident. Comment diable pouvait-il les connaître avec une telle précision ? Je pris alors la décision de le rencontrer et il m’expliqua qu’il avait une amie qui, pendant des séances de spiritisme, réussissait à entrer en contact avec ses parents décédés depuis un certain temps et que mon nom avait été cité lors de l’une de ces séances. Il me révéla que mon accident avait été voulu et que la pédale des freins ne s’était pas cassée mais avait été désintégrée.»
«Que cela soit bien clair», précise Clay Regazzoni, «tout ce qui touche au paranormal et les facultés d’entrer en contact avec des personnes décédées sont des choses qui ne m’ont jamais effleuré. Je décidais cependant d’appeler l’usine Ensign qui avait récupéré ma monoplace après l’accident et l’ingénieur me confirma que la pédale n’avait jamais été retrouvée. Aucune enquête n’avait été effectuée et tout cela restait enveloppé dans un épais mystère. Je décidai alors de demander à un éminent professeur universitaire si mon horoscope avait prédit un tel événement ce maudit 30 mars 1980. Il me révéla alors que la position des astres annonçait un grave accident dans lequel je n’aurai eu la vie sauve que par miracle!»
Une force mystérieuse aurait-elle donc voulu qu’un champion éminemment populaire fasse avancer la cause des personnes en fauteuil roulant ? Sans vouloir être catégorique, Clay Regazzoni a répondu de façon affirmative à cette question et s’est beaucoup investi en Italie afin d’améliorer le quotidien des personnes handicapées. Il a par exemple remué ciel et terre afin que les personnes en fauteuil roulant n’aient pas seulement le droit de conduire en Italie, mais aient également le droit de disputer des courses de voitures. Il en organisa d’ailleurs une en ouverture du Grand Prix d’Italie à Monza en 1987 avec des Alfa Romeo Arna TI de son école de pilotage à Vallelunga. Avec sept autres pilotes en fauteuil roulant, il participa d’ailleurs lui-même à cette course et la remporta. C’était sa troisième victoire à Monza dans le cadre d’un week-end de F1 après ses deux succès en 1970 et en 1975. Nombreux sont de l’avis qu’il s’agissait de sa plus belle victoire!
Il me révéla que mon accident avait été voulu et que la pédale des freins ne s’était pas cassée mais avait été désintégrée.