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GÉRARD BREGNARD (1920 - 2003)
Exposition du 1 septembre au 21 octobre 2018
« À COEUR OUVERT»
Peintures et dessins surréalistes
Ouverture: samedi et dimanche 14h-18h et sur rendez-vous
Gérard Bregnard, peintre et sculpteur jurassien (1920 – 2003)
Le temps est venu de replacer en pleine lumière une oeuvre forte et singulière.
Fils unique, Gérard Bregnard naît le 8 décembre 1920, à Fontenais. Son père, qu'il admire, est guérisseur, musicien, intéressé par les forces cosmiques l'univers. Sa mère, timorée, limite ses contacts avec l'extérieur. Cette atmosphère familiale particulière contribuera à forger une personnalité hors norme.
Artiste autodidacte
Le jeune Gérard commence à gagner sa vie dès l'âge de 14 ans: il sera successivement commis de pharmacie, aide jardinier, ouvrier dans une fabrique de chaussures, dans une fabrique d’huile, de vinaigre et de motarde et enfin, durant dix-huit ans, à l'étampage d'une fabrique de boîtes de montres.
Mais en fait, il mène une double vie, consacrant passionnément tous ses loisirs à la lecture et au dessin. En 1948, il décide d'être peintre professionnel. Il lui faudra quatorze ans pour y parvenir. Le premier prix d'un concours national de sculpture, en 1962, donnera l'impulsion décisive pour qu'il puisse s'adonner complètement à sa passion.
Grâce à une bourse, il séjourne six mois en Amérique du Nord durant l'année 1966. Dès lors s'ouvre à lui une vie entièrement dédiée à l'art. Il s'installe en 1974 à Bressaucourt où il demeurera jusqu'à la fin de sa vie. Membre de l'Institut jurassien des sciences, des lettres et des arts, il fut aussi membre fondateur de la Société des peintres et sculpteurs jurassiens.
L'art sous toutes ses formes
Trois courants majeurs traversent l'oeuvre de cette grande figure de l'art jurassien:
- inspiration surréaliste
- inspiration constructiviste
- inspiration baroque d'esprit surréaliste.
Parallèlement à son oeuvre pictural, il crée des sculptures, notamment pour l'École professionnelle de Delémont et pour l'École normale de Porrentruy. De grandes peintures murales sont imaginées pour la Télévision suisse romande et le Lycée cantonal. En 1989, il peint un de ses chefs-d'oeuvre: un polyptique constitué de onze tableaux pour le choeur de la chapelle Saint-Charles. Illustrateur, il collabore avec Alexandre Voisard, Weber-Perret, Jean Osiris, Pierre-André Marchand. Il aimait aussi s'exprimer par l'écriture, utilisant les mots pour donner libre cours à son imagination, à son esprit inventif et à son sens poétique. Son Livre de bord, édité en fac-similé par les Éditions du Faubourg, en témoigne avec talent.
Son ami, le poète Alexandre Voisard, a dit de lui: «Homme des profondeurs - il s'y connaissait en matière de secrets de pénombre - il aurait pu faire sien cet axiome: c'est dans les profondeurs que gît la lumière. »
Chantal Calpe
Migros Magazine (22 février 2010)
Une création à coeur ouvert
Avec Gérard Bregnard, nous sommes jetés au centre vif d'une création à coeur ouvert dont l'authenticité se situe à un niveau supérieur: sans se soucier des formules en vogue ou des contingences d'une «carrière» à assurer de manière mondaine, l'artiste se laisse porter par les uniques injonctions de son imagination et de sa sensibilité. Il lance son chant avec la fougue heureuse, et en même temps inquiète, d'un oiseau solitaire. Précis comme un artisan, il atteint sans cesse, porté par une imagination aux larges envols, la haute liberté lyrique et déflagrante qui est le signe auquel nous pouvons reconnaître les vrais poètes. Sa vie, bien entendu, ne peut pas être dissociée de l'éclosion de son oeuvre; elle la nourrit et s'y accomplit.
Gérard Bregnard est né le 8 décembre 1920 à Fontenais où il a suivi l'école primaire. Très tôt il a dessiné, sans rien connaître de l'histoire de l'art. Très tôt aussi il a dû travailler, ce qui ne l'a jamais empêché de méditer devant la nature et les hommes en explorant, simultanément, la nuit constellée d'émois de sa propre subjectivité. Employé dans une pharmacie, ouvrier chez un horticulteur il est ensuite, pendant seize années étampeur de boîtes de montres dans une usine. Ce labeur ne l'empêche pas de s'épanouir. Il dessine, il peint, il rêve de réaliser des sculptures, mais il ne possède pas d'outillage.
En 1961, sans rien dire à personne, il participe à un concours pour l'édification d'une oeuvre monumentale devant un nouvel immeuble à Wangen près d'Olten. Sa maquette anonyme, obtient le premier prix. Stupeur du jury en trouvant le nom de cet inconnu dans l'enveloppe ! Du coup Bregnard sort de l'ombre. Il peut, dès lors, décider de se consacrer uniquement à l'expression des forces qui le hantent depuis toujours. Il s'y livre avec une identique autorité inspirée par les moyens de la peinture et ceux de la sculpture.
En dix années, son évolution le conduit à la pleine maîtrise d'un style personnel. Parti de personnages fantastiques proches parents des êtres de cauchemar chers à Paul Klee au moment de ses débuts, il suit l'itinéraire cubiste pour parfaire sa technique, mais il demeure fondamentalement toujours proche d'un surréalisme qu'il réinvente d'instinct. Sans doute découvre-t-il Miro, Tanguy, Dali ou Magritte, sans doute aussi apprend-il à connaître Gonzalès, mais ces influences restent passagères et vite assimilées.
Après un moment d'incertitude au terme d'une recomposition analytique de l'espace, il repart en flèche et ses dernières oeuvres picturales nous le montrent en pleine effervescence, réalisant selon une dynamique harmonie, un bel accord magique de l'onirisme dévoilé avec une facture très rigoureuse.
En sculpture, ses qualités sont du même ordre. Si nous devions pour les besoins d'une classification arbitraire (mais utile) chercher absolument une référence pour situer Gérard Bregnard, c'est au génie fougueux de Max Ernst, à son amour de l'insolite prismatique, à son humour décapant, que je le comparerais. C'est assez dire, je l'espère, que nous nous trouvons en présence d'un être rayonnant qui mérite maintenant une reconnaissance étendue aux principales villes de notre pays avant que l'étranger ne le découvre pour nous.
Freddy Buache (Revue Neuchâteloise, été 1969, No 47)
Peintures et dessins surréalistes
Exposition du 1 septembre au 21 octobre 2018
Ouverture: samedi et dimanche 14h-18h et sur rendez-vous