Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07111.jsonl.gz/470

Quand le siècle a pris formes (1978)
Préambule sur les installations et expositions de Chris Marker
Les expositions relatives au travail de Chris Marker sont de deux ordres :
- d'une part les installations vidéos.
- d'autre part les photographies.
Le site le plus intéressant à ce jour listant en particulier les expositions de Chris Marker n'est autre que celui d'un de ses principaux exposants, à savoir la Peter Blum Gallery de New York.
Ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas à proprement parler les "expositions", mais bien plutôt le contenu de ces expositions, à savoir les installations et les séries de photographies, auxquelles on ajoutera les oeuvres des mondes virtuels.
Enfin, notons qu'un certain nombre de photographies et d'installations sont en vente sur le site de la Peter Blum Gallery.
"Quand le siècle a pris formes : guerre et révolution" (1978)
Commande réalisée pour le Centre Georges Pompidou de Paris, à l'occasion de l'exposition Paris-Berlin, 1900-1933: rapports et contrastes France Allemagne, tenue du 12 juillet au 6 novembre 1978, cette installation consiste en une diffusion vidéo de 15 minutes sur un mur multi-écrans, ces derniers étant désynchronisés de 2 minutes par groupe.
Malheureusement achevée trop tard, cette installation n'a pu être intégrée au catalogue de l'exposition et même si le Centre Georges Pompidou conserve un dossier de production relativement dense, qui comprend les différents documents administratifs, contrats et droits pour les extraits de films utilisés par Marker etc., il n'a conservé en revanche aucune image ou reproduction de l'installation in situ. Ce qui est regretable, car aujourd'hui personne n'est à même de dire précisément comment était cette installation.
Quoiqu'il en soit, il s'agit là de la toute première installation de Chris Marker et de la toute première oeuvre exposée dans un musée ou une galerie.
Jusque là Marker s'était attaché uniquement au cinéma et à la photographie, avec quelques incursions dans le domaine musical.
Il s'agit là d'un changement profond d'attitude et de mode de diffusion, que les spécialitstes ont l'habitude de définir comme les prémices de la troisième période de l'artiste, celle du monde numérique et de la mémoire.
En effet, c'est vers la fin des années 1970 que Marker s'initie au monde numérique et plus particulièrement à l'informatique sous le régime Apple, grâce à laquelle il peut non seulement coder (Dialector), mais encore filmer et bidouiller des images désormais électroniques. Dès lors toutes ses photographies seront systématiquement retouchées numériquement, qu'elles soient prises avant ou après 1978, et exposées ou éditées sous ce nouvel état.
Pour en revenir à Quand le siècle a pris formes, malgré nos recherches et l'aide précieuse de nos "amis", aucune image de cette installation n'a malheureusement été retrouvée. Seules les archives de Chris Marker déposées à la Cinémathèque française (mais dont l'inventaire ne sera pas achevé au moins avant 2018-2019) sont susceptibles de conserver une trace visuelle de cette installation.
Cependant, notons qu'à l'occasion de la rétrospective "Planète Marker" qui s'est tenue en automne 2013 au Centre Pompidou, Christine Van Assche a retrouvé un schéma non signé de l'installation (ci-dessus), conservé dans les archives du Centre. Certains amis et spécialistes de l'oeuvre de Marker émettent toutefois quelques réserves quant à ce schéma, interprétant différemment les mêmes documents. Seules des personnes ayant vu cette installation à l'époque de l'exposition Paris / Berlin seraient donc en mesure de trancher.
En effet, cette installation multimédia a été co-réalisée avec l'informaticien de l'image François Helt, développeur de programmes graphiques sur Apple II dès les années 70, qui permit à Marker de découvrir les possibilités techniques de cette machine que Marker, dès lors, exploitera dans de très nombreux films et projets artistiques. François Helt se souvient de ses rencontres avec Marker, à l'occasion s'un séminaire intitulé "La Passion du développement", qui s'est tenu le mardi 10 janvier 2012 à l'Institut National d'Histoire de l'Art (début 08:41) et précise son rôle, qui consista à colorisé les images de films d'archives des années 1900-1930, sur un Spectron. Le goût de Marker pour l'informatique et la programmation ne se démentira pas.
Les images utilisées dans Quand le siècle à pris formes, ne sont autres que des extraits de films d'archives sélectionnés avec soin dans trois archives cinématographiques distinctes, dont celles de Gaumont Pathé Archives (voir ce pdf), source que l'on peut encore préciser en consultant leur site web.
A la suite du décès de Marker, le Centre Geogres Pompidou a pris l'initiative de présenter la vidéo de Quand le siècle a pris formes comme un film à part entière, visionnable dans l'hommage du Centre du 18 mars 2013, consultable ici : "Chris Marker. De Quand le siècle a pris formes à Gorgomancy" (début : 22'27 min). C'est à la fois une grande chance, car il s'agit d'une des plus belles créations de l'artiste, mais c'est aussi un problème, car cette vidéo était destinée à être visionnée sur plusieurs écrans simultanément et de manière désynchronisée.
* * * * *
Cartel développé - Centre Georges Pompidou (Christine Van Assche)
Quand le Siècle a pris formes (Guerre et Révolution), 1978
Chris Marker
en association avec François Helt
musique de Hanns Eisler
Projection vidéo d'après installation multimédia
Edition 1/1 (Copie d'exposition)
Bande vidéo U Matic, couleur, son, 15 min.
Collection Centre Pompidou, MNAM, Service Nouveaux Médias, AM 1989-728.
Quand le Siècle a pris formes est un montage d'évènements des premières trente années du XXe siècle, des «repères sensibles», selon les écrits de Marker, traités délibérément dans le langage du cinéma d'alors (actualités, ciné-œil, cinéma muet, documents et éléments de films de fiction). Des films issus des archives de la Première Guerre, les révolutions allemandes et russes, ainsi que l'après-guerre, défilent entrecoupés de textes.
Les séquences sont colorisées plan par plan par un synthétiseur, le Spectron, et connotent le pays auquel elles se réfèrent : brun pour l'Allemagne, rouge pour la Russie, bleu clair derrière la ligne de front en France. L'ensemble est rythmé par une musique «d'époque» de Hanns Eisler.
Intitulée originellement Guerre et Révolution, l'installation a été produite et présentée pour la première fois dans la grande exposition pluridisciplinaire Paris – Berlin organisée au Centre Pompidou en 1978. Configurée à l'époque pour douze téléviseurs, disposés en quatre rangées superposés de trois postes, la bande vidéo y a été diffusé avec un décalage de trois secondes tous les deux moniteurs, créant ainsi «un dédoublement du rythme et de la perception.»
Il ne s'agit pas tant d'une «leçon d'histoire» mais «d'isoler les éléments qui font de la fin de la Première Guerre Mondiale et de l'époque révolutionnaire le répertoire de presque tout ce qui a modifié la vision contemporaine du monde.»