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La confusion qui a prévalu à l’issue de l’élection présidentielle américaine a au moins un mérite. Elle nous a remis en mémoire certains aspects problématiques du mode de scrutin outre-Atlantique. En effet, si Georges W. Bush est finalement déclaré vainqueur grâce aux voix des grands électeurs de Floride, son adversaire Al Gore n’en aura pas moins obtenu la majorité des suffrages du peuple américain.
Distorsion difficile
Certes une telle contradiction est extrêmement rare, mais elle indique que, dans la démocratie américaine, le principe « une personne, une voix » n’est pas respecté. Tel était bien d’ailleurs la volonté des Pères Fondateurs, qui manifestaient une profonde méfiance à l’égard du peuple, incapable à leurs yeux de procéder à un choix raisonnable. D’où cette procédure en deux temps qui confie à un collège restreint de notables le soin de désigner le nouveau président. Une procédure qui, par ailleurs, favorisait les Etats esclavagistes du Sud. En effet, les esclaves n’ayant pas le droit de vote, les Etats du Sud auraient été désavantagés en cas d’élection directe. En choisissant un système indirect et en fixant le nombre des grands électeurs en fonction du nombre de députés envoyés à Washington par chaque Etat, nombre calculé en proportion de la population, le Constituant a au contraire valorisé le poids électoral du Sud.
Au titre du principe « une personne, une voix », la Suisse n’est pas au-dessus de tout reproche. Nous avons déjà relevé, à l’occasion des élections fédérales, que le découpage en circonscriptions cantonales favorisait les grands partis dans une dizaine de cantons les moins peuplés. Mais cette inéquité est moins visible que celle qui peut porter un candidat minoritaire à la présidence des Etats-Unis. jd