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Hors de nos frontières, le nom de Werner Günthör suscite des intérêts comme ces deux offres venant des universités de Louisiane et du Nebraska. Jean-Pierre Egger étant lié à l’E.F.G.S. de Macolin, Werner explique que sans lui, il ne va pas à l’étranger. C’est une entreprise délicate, car seul un échange aurait été éventuellement envisageable. Les détails n’ont ainsi jamais été traités avec les Américains.
Au mois d’août dernier, Jean-Pierre Egger expliquait que, à court ou à long terme, il respecte un cycle de quatre périodes, trois consacrées au travail intensif, la quatrième étant dite de récupération, de relâchement. Après avoir travaillé dur en 1982, 1983 et 1984, la quatrième phase s’est déroulée en 1985. Il est venu le temps de mettre en route un nouveau cycle de quatre ans, qui devrait permettre d’envisager dans les meilleures conditions possibles les échéances de 1986 avec les championnats d’Europe de Stuttgart, de 1987 avec les championnats du monde de Rome et de 1988 avec les Jeux Olympiques de Séoul. Ce nouveau cycle n’est possible que grâce à un soutien inconditionnel de la F.S.A., de l’Aide Sportive Suisse et des différents sponsors comme Nike, dont il est représentant des relations publiques. Un autre aspect primordial réside au niveau de la santé. À part des moments de maladie (grippe ou gastro), le Thurgovien a eu de la chance avec des blessures jusqu’à présent. Seul le majeur de sa main droite lui a causé quelques petits soucis lors de l’été 1985. Tout semble être au point dans la structure au moment d’aborder la préparation pour la saison 1986, celle qui va déboucher, à la fin du mois d’août à Stuttgart, sur un affrontement sans aucun doute épique face aux lanceurs Allemands de l’Est.
La saison 1986 en salle va se dérouler selon le schéma de ces dernières années à savoir trois compétitions à Macolin et les championnats d’Europe indoor qui auront lieu cette année à Madrid. Le 26 janvier, lors du meeting national de la GGB à Macolin, il n’y a désormais plus d’effet de surprise. Tout le monde sait en effet que depuis quelques années, Werner Günthör réalise des progrès réguliers et spectaculaires qui l’ont amené au sommet de la hiérarchie mondiale. Ce dimanche à Macolin, tous les yeux sont donc braqués sur le colosse Thurgovien car chacun sait que l’élève de Jean-Pierre Egger est capable des exploits les plus fous; ses 21,55 m de l’an dernier restant la référence. À vrai dire, le public ne s’y est pas trompé. En lançant à 21,48 m lors du premier jet, il reste à 7 centimètres seulement de sa meilleure performance en salle. Le ton est donné. Nullement perturbé, le Thurgovien s’isole pour se concentrer et effectuer quelques exercices de décontraction. Lors de son second de essai, toute sa force explose et le poids est propulsé bien au-delà de la ligne des 21 mètres. Le verdict des juges fait l’effet d’une bombe : 21,80 m ! Il améliore ainsi de 25 centimètre son propre record suisse. Il s’agit surtout de la meilleure performance mondiale de la saison et la troisième de tous les temps en salle. Devant lui, il n’y a plus que Ulf Timmermann qui détient le record du monde en salle avec 22,15 m et George Woods avec 22,02 m. Loin d’être terminée, Werner continue sa série avec deux jets tout aussi retentissants mesurés à 21,57 m et 21,42 m. Ce fabuleux concours se termine sur deux essais nuls. C’est la première fois que Werner apparaît aussi détendu et conscient de sa valeur. Ceci se ressent aussi dans ses paroles : «Je suis vraiment satisfait, même si je n’ai pas été parfait sur le plan technique. Je suis resté à 20 centimètres du cercle de l’aire de lancement; je peux donc encore grignoter quelques centimètres, d’autant plus que ma technique n’est pas encore parfaite. Si techniquement je suis insatisfait de ma performance, je suis très content de ma série, je m’étais fixé 21 mètres comme objectif». À l’instar de la saison dernière, le lanceur du STB paraît plus à l’aise en salle qu’en plein air où son record se situe à 21,25 m. «C’est surtout une question de motivation. L’année dernière, il n’y avait pas de grands rendez-vous au cours de la saison en plein air, et j’avais de la peine à me concentrer. Alors que les championnats d’Europe en salle constituaient incontestablement un but, comme cette année d’ailleurs. Sans cela les conditions de la salle ne sont pas plus favorables. Par contre les lanceurs se trouvent moins isolés que sur un stade. Le public s’intéresse plus à nous et j’éprouve plus de plaisir en salle. J’ai légèrement gagné en force pure par rapport à 1985, mais la coordination de mes mouvements, surtout, est bien meilleure et je ne crois pas être prétentieux en affirmant que les 22 mètres sont maintenant à ma portée. Mais je pense aussi au podium des championnats d’Europe en salle prévus dans un mois à Madrid. Je vois arriver cette nouvelle échéance avec optimisme puisque personne au monde n’a fait mieux que moi jusqu’à présent en 1986». Pour comparaison, Ulf Timmermann n’en est cette année qu’à 20,52 m, alors que Remigius Machura est momentanément exclu de la scène athlétique pour avoir subi un test anti-dopage positif. Enfin, il faut également mentionner que derrière Werner, l’Autrichien Klaus Bodenmüller – qui suit aussi les conseils de Jean-Pierre Egger – a lancé à 19,04 m, un bon record personnel. Comme d’habitude, un test avec le poids de 8 kg est réalisé cinq jours plus tard à Macolin dans le cadre du meeting du soir du LAC Bienne. Le résultat est satisfaisant puisqu’avec 19,85 m, il améliore de 13 centimètres son record de l’an dernier. Selon Jean-Pierre Egger, Werner a déjà lancé à 20,46 m à l’entraînement, c’était en juillet dernier.
Le 9 février lors des championnats suisses à Macolin, le public espère assister à un nouvel exploit du colosse. Mais, on le sait très bien, les records ne s’effectuent pas sur commande. Ainsi de nombreux spectateurs auront certainement été déçus de la performance de Günthör, pour qui les choses n’ont pas été aussi faciles qu’il y a quinze jours. Avec une série relativement ordinaire, culminant lors du troisième essai à 20,99 m, le Thurgovien a marqué légèrement le pas. Ceci est très dur car une telle distance serait apparue, il y a peu, comme un résultat exceptionnel. Elle semble aujourd’hui banale. On n’ose donc pas parler de contre-performance pour l’élève de Jean-Pierre Egger, qui, à la fin de son concours, analyse avec peine le pourquoi de sa série moyenne : «Je n’ai pas d’autres explications que l’accumulation de petites fautes techniques. Je ne me sentais pas plus crispé ou nerveux que lors de mon jet à 21,80 m. Et ma forme n’est pas mauvaise. Je n’ai pas ressenti non plus une pression des médias ou du public. Cela ne joue qu’un rôle mineur. Je lance surtout pour moi-même». Avec sa stature impressionnante, la bonhomie de Günthör contraste. C’est peut-être là qu’il faut chercher les raisons. Le manque d’agressivité pourrait en être une. Mais on peut difficilement le lui reprocher lorsqu’on domine comme lui une discipline. Un problème qui n’en sera plus un dans deux semaines, aux championnats d’Europe : «Je suis en forme et j’irai à Madrid pour gagner».
Les championnats d’Europe en salle approchent à grands pas. Werner Günthör, pris récemment par la grippe, va mieux. Il débarque à Madrid dans la peau du favori du lancer du poids, cela d’autant plus que l’Allemand de l’Est Ulf Timmermann semble vouloir refuser la confrontation. Ce dernier, en effet, bien qu’ayant réussi 21,00 m le week-end passé, ne figure pas sur la première liste des inscriptions. Les 21,80 m du Suisse seraient-ils faits pour l’impressionner, lui qui détient la meilleure performance mondiale en salle avec 22,15 m et le record du monde en plein air avec 22,62 m ? Cette question restera sans réponse. Le Thurgovien regrette cette absence, même si les Russes seront présents. Bien sûr c’est pour affronter les meilleurs que Werner s’est préparé jusqu’à présent. Partie remise donc pour cette confrontation, probablement jusqu’aux championnats d’Europe en plein air au mois d’aout à Stuttgart. Le Palais des Sports de Madrid est presque vide lorsque les hommes forts s’échauffement. Werner Günthör semble en très grande forme et propulse son engin proche de la ligne des 22 mètres. Le géant helvétique vient d’assommer ses adversaires avant même que ne débute le concours. Après un premier jet médiocre à 19,79 m, Werner fait le ménage à son deuxième essai avec 21,24 m. C’est à ce moment-là que son plus dangereux rival, le Soviétique Sergey Smirnov – qui déjà lancé 22,05 m en plein air – vient reconnaître sa supériorité en lui tapant sur l’épaule. Il est vrai que le natif de Saint-Pétersbourg s’empêtre dans des lancers ratés, dont le meilleur sera mesuré à 20,36 m. Werner manque ses deux prochaines tentatives (20,15 m et 20,27 m), puis refait surface avec 21,51 m au cinquième essai et 21,19 m à son ultime jet.
Voilà donc Werner Günthör sacré champion d’Europe en salle avec 1,15 m d’avance sur son dauphin, un écart qui ne s’était jamais vu dans toute l’histoire des seize éditions de ces championnats d’Europe en salle. Seul Remigius Machura a fait mieux que le Suisse dans le cadre de cette réunion continentale, avec 21,74 m. Absent regretté, Ulf Timmermann, détenteur de la meilleure performance mondiale en salle avec 22,15 m, a été fair-play, puisque sitôt après le concours, il félicitait le vainqueur depuis son pays par le canal de la télévision. Werner Günthör, dont le cinquième jet fut parfait, ne cache pas sa joie : «Oui, je suis pleinement satisfait parce que j’ai pu joindre la performance au titre et confirmer ainsi, même sans la présence de Timmermann, ma supériorité». Après le concours, le Soviétique Smirnov, qui avait lancé l’année dernière 22,05 m dans le cadre de la Coupe du Monde, a écrit sur un papier «Günthör, 22 m». Et l’Italien Montelatici, étonnant troisième, répète à qui veut l’entendre : «À côté de Günthör, nous sommes tous de gros paquets de muscles graisseux. Cet homme, c’est un lanceur venu d’une autre planète». Et c’est un entraîneur allemand, en fin observateur, qui conclut ces louanges : «Longs et musclés de façon proportionnelle, larges d’épaules et étroits de hanches, Timmermann et Günthör mettent fin à la génération des gros lanceurs et ouvrent celle des beaux lanceurs !». Le classement final de ce concours du lancer du poids des championnats d’Europe 1986 en salle est le suivant :
|1.||Werner Günthör||SUI||21,51 m|
|2.||Sergey Smirnov||URS||20,36 m|
|3.||Marco Montelatici||ITA||21,11 m|
|4.||Janis Bojars||URS||20,09 m|
|5.||Edward Sarul||POL||19,73 m|
|6.||Karsten Stolz||FRG||19,63 m|
|7.||Udo Gelhausen||FRG||19,36 m|
|8.||Anders Skärvstrand||SWE||18,79 m|
Après une médaille d’argent en 1984 à Göteborg et une autre en bronze en 1985 à Athènes, voici donc en 1986 la médaille d’or du lancer du poids pour le colosse Thurgovien de bientôt 25 ans. Il offre à la Suisse sa vingt et unième médaille (7-5-9) et devient le sixième athlète helvétique à être sacré champion d’Europe en salle après Meta Antenen (1974), Markus Ryffel (1978 et 1979), Roland Dalhäuser (1981), Rolf Bernhard (1981) et Peter Wirz (1984).
Seulement sept compétitions avant les championnats d’Europe
Préparation pour Stuttgart oblige, la rentrée de Werner Günthör dans la saison 1986 en plein air est ainsi retardée au maximum. Son retour est agendé pour le 4 juin à l’occasion des championnats suisses interclubs à Langenthal et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est tonitruant. Dans le froid, Werner Günthör s’engage dans son concours avec un 20,41 m largement performant pour son club. Mais là n’est pas la question : si Werner Günthör a choisi de lancer ce jour-là, c’est pour briller, pour montrer au monde qu’il est en forme et qu’il faudra compter avec lui aux championnats d’Europe de Stuttgart. Il sait qu’il est scruté, de Berlin-Est (Timmermann et Beyer) à Los Angeles (Barnes), en passant par Saint-Pétersbourg (Smirnov) ou Florence (Andrei). À son deuxième essai, le lanceur du ST Bern envoie son engin à 21,66 m, battant ainsi de 41 centimètres son record de Suisse en plein air. Ce jet constitue la quatrième performance mondiale de l’année, Timmermann trônant en tête avec 22,51 m. Il ne fait aucun doute que, dans de bonnes conditions, Günthör va bientôt faire mieux que sa meilleure performance en salle (21,80 m) et atteindre, pourquoi pas, les 22 mètres qui forment l’objectif chiffré de sa saison. «On s’est préparé pour ça et sauf accident, nous devrions réussir !», dit-il avec son entraîneur Jean-Pierre Egger. À Langenthal, Werner lance encore à 21,01 m, 21,07 m, 20,78 m et 20,90 m. Avec ses 21,66 m, il figure en vingtième-deuxième position sur la liste des meilleurs lanceurs de tous les temps. Même si ce n’est sans doute que provisoire, voici le Top-25 mondial, à jour au début de ce mois de juin 1986 :
|1.||Ulf Timmermann||GDR||22,62 m||22.09.1985||Berlin-Est|
|2.||Udo Beyer||GDR||22,22 m||25.06.1983||Los Angeles|
|3.||Brian Oldfield||USA||22,19 m||26.05.1984||San José|
|4.||Sergey Kasnauskas||URS||22,09 m||23.08.1984||Staiki|
|5.||Sergey Smirnov||URS||22,05 m||17.08.1985||Moscou|
|6.||Dave Laut||USA||22,02 m||25.08.1982||Coblence|
|7.||Aleksandr Baryshnikov||URS||22,00 m||10.07.1976||Paris|
|8.||Alessandro Andrei||ITA||21,95 m||01.06.1985||Rome|
|9.||John Brenner||USA||21,92 m||02.06.1984||Eugene|
|10.||Randy Barnes||USA||21,88 m||18.04.1986||Waco|
|11.||Terry Albritton||USA||21,85 m||21.02.1976||Honolulu|
|12.||Al Feuerbach||USA||21,82 m||05.05.1973||San José|
|13.||Randy Matson||USA||21,78 m||22.04.1967||College Station|
|14.||Mike Carter||USA||21,76 m||02.06.1984||Eugene|
|15.||Remigius Machura||TCH||21,74 m||16.08.1982||Prague|
|16.||Janis Bojars||URS||21,74 m||14.07.1984||Riga|
|17.||Augie Wolf||USA||21,73 m||12.04.1984||Leverkusen|
|18.||Reijo Stahlberg||FIN||21,69 m||05.05.1979||Fresno|
|19.||Geoff Capes||GBR||21,68 m||18.05.1980||Cwmbran|
|20.||Edward Sarul||POL||21,68 m||31.07.1983||Sopot|
|21.||Hartmut Briesnick||GDR||21,67 m||01.09.1973||Potsdam|
|22.||Werner Günthör||SUI||21,66 m||04.06.1986||Langenthal|
|23.||George Woods||USA||21,63 m||22.05.1974||Modesto|
|24.||Kevin Akins||USA||21,61 m||14.05.1983||Modesto|
|25.||Sergey Gavryushin||URS||21,60 m||19.08.1984||Moscou|
À partir de ce début du mois de juin, un mois de compétitions s’ouvre à Werner Günthör. Il permettra de trouver une régularité technique et de trouver les clés du relâchement, si importante pour espérer titiller la ligne des 22 mètres. Car oui, on parle maintenant des 22 mètres ! Les 13 et 14 juin, l’équipe nationale a rendez-vous à Barcelone pour la Westathletic Cup (ex-Westathletic Games). Sans adversaire valable, Werner Günthör ne réussit pas aussi bien qu’il l’aurait voulu. Sa série est pourtant bonne avec 21,03 m, 21,34 m, 21,20 m, 21,28 m et deux essais nuls. «Je ne peux pas dire que je suis heureux de ces 21,34 m», se contente-t-il de remarquer peu après. «Mais je me sens un peu fatigué et je suis prêt à remettre l’ouvrage sur le métier dans une semaine». Le retour en Suisse envoie Werner le 21 juin du côté de Lucerne. À douze jours de sa rencontre face aux Allemands de l’Est à Dresde, Werner Günthör démontre qu’il est prêt en lançant le poids à 21,62 m, à 4 centimètres de son record national. Pourtant de mauvais entraînements durant la semaine avaient rendu le Thurgovien peu sûr de lui. Le voilà complètement rassuré.
Il est temps maintenant de prendre part à deux compétitions internationales. Le 1er juillet à Stockholm, bien que le meeting international soit une des étapes du Grand Prix Mobil, cette réunion peine à prendre son envol. La morosité gagne le camp helvétique, avec une suite de performances relativement modestes. Même Werner Günthör, sans jus, techniquement mal inspiré, ne parvient pas à tirer son épingle du jeu avec ses 20,72 m. Il est battu à plates coutures par Udo Beyer, crédité de 21,68 m. Ce n’est pas grave en soi car c’est la compétition suivante qui intéresse vraiment Werner. Elle a lieu le 3 juillet à Dresde. Pour sa première confrontation de la saison face à Ulf Timmermann, le Thurgovien s’en sort bien. Il n’a en effet été battu qu’au dernier essai par l’Allemand de l’Est Ulf Timmermann. Avec 21,36 m, Günthör n’a finalement été devancé que de 2 centimètres par Timmermann, auteur d’un jet à 21,38 m à son ultime tentative.
À la mi-juillet, à un mois et demi des championnats d’Europe de Stuttgart, le bilan européen a pris des allures de folie, avec un niveau tout à fait incroyable : c’est Ulf Timmerman qui mène la danse avec 22,60 m. Il devance Sergey Smirnov (22,24 m), Udo Beyer (22,14 m), Alessandro Andrei (22,06 m), le nouveau venu Soviétique Mikhail Kostin (21,96 m), Sergey Gavryushin (21,72 m) et Werner Günthör, septième avec ses 21,66 m.
Les deux dernières compétitions de Werner avant les championnats d’Europe se déroulent en Suisse. Le 9 août lors des championnats suisses simples à Winterthour, Werner Günthör lance à deux reprises à plus de 21 mètres avec 21,02 m au premier essai et 21,12 m à son deuxième. Il n’a pas encore le même « pep » qu’on lui connaissait au printemps. Mais il est vrai que c’est dans trois semaines qu’il en aura besoin. Quatre jours plus tard, le 13 août, Werner est follement encouragé par le public du Letzigrund, venu en masse pour le meeting Weltklasse à Zurich. Grâce à un très bon deuxième essai mesuré à 21,60 m, le Thurgovien peut battre de plus d’un mètre l’Américain John Brenner (20,49 m). Deux autres jets ont également dépassé la ligne des 21 mètres : le premier avec 21,27 m et le dernier avec 21,22 m. Werner Günthör en a terminé avec les compétitions. Place maintenant à la touche finale de sa préparation, puis en route pour Stuttgart, avec le plus de sérénité possible.
Cette sérénité, elle est tout de même bien ébranlée le 20 août, lorsqu’une nouvelle tombe sur les téléscripteurs du monde entier : au cours du dernier test des sélectionnés Est-Allemands à Berlin-Est, Udo Beyer a battu de deux centimètres le record du monde de son compatriote Ulf Timmermann, ceci lors de son troisième essai, avec un prodigieux jet à 22,64 m ! La pression est désormais à son comble dans le camp de chacun des meilleurs lanceurs de poids du Vieux-Continent. Le concours des championnats d’Europe de Stuttgart promet une lutte sans merci. Qui sera le plus fort le 28 août prochain ?
PAB
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