Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07063.jsonl.gz/822

Ce n'est certes pas une certitude mais c'est bien une nouvelle piste que vient d'ouvrir, dans le domaine du traitement de la maladie de Parkinson, une équipe de biologistes et de médecins de l'Inserm, du Service hospitalier Frédéric-Joliot (Commissariat à l'énergie atomique) et de l'Université Paris-XII. Dirigée par le Dr Stéphane Palfi (Hôpital Henri-Mondor, Créteil), cette équipe a publié des premiers résultats expérimentaux a priori prometteurs, obtenus sur des babouins, dans la revue Neuron datée du 2 décembre. Une étude clinique chez une dizaine de personnes souffrant de formes évoluées de cette affection neurodégénérative est d'ores et déjà annoncée. Elle devrait débuter dans les prochaines semaines.On sait que le traitement médicamenteux dopaminergique permet généralement d'obtenir une bonne correction de la fréquence et de l'intensité des symptômes qui caractérisent la maladie de Parkinson. Mais on sait aussi qu'avec le temps ce traitement perd en efficacité et que des effets indésirables à type de dyskinésies peuvent être observés dans les formes évoluées.Il faut ajouter qu'en France le Pr Alim-Louis Benabid, chef de service de neurochirurgie du CHU de Grenoble, et ses collaborateurs de l'Unité 318 de l'Inserm ont développé, à partir de la fin des années 1980, un autre type de traitement consistant en des stimulations électriques de l'aire sous-thalamique directement impliquée dans la physiopathologie de la maladie de Parkinson. «Nous avons commencé à travailler ce sujet, il y a plus de dix ans, sur la base des premières expériences de traitement par stimulations intracérébrales, de certains phénomènes douloureux, nous expliquait en 2000 le Pr Benabid. A partir de données plus ou moins empiriques, nous avons expérimenté, dans un premier temps, la stimulation électrique à haute fréquence d'une région spécifique du cerveau, le thalamus. Nous avons alors observé des effets positifs sur le tremblement pathologique des malades, équivalents à ceux obtenus à partir de la destruction chirurgicale de cette même région tout en ne présentant pas les mêmes effets secondaires invalidants. Plus récemment, sur la base de nouvelles connaissances de neurophysiologie fondamentale, nous avons modifié notre cible pour viser une région située sous la précédente : celle des noyaux sous-thalamiques. L'entreprise était a priori risquée mais nous étions confortés dans notre approche par des résultats expérimentaux obtenus chez le singe.»Il ajoutait alors avoir rapidement identifié une cible des plus intéressantes dans la mesure où sa stimulation permettait d'obtenir une action efficace sur les trois principaux symptômes de la maladie de Parkinson : les tremblements, la rigidité et les troubles des mouvements. Parallèlement à l'amélioration de ces symptômes, voire à leur disparition, cette équipe avait pu obtenir une diminution importante de la prise des médicaments antiparkinsoniens par les malades et, par conséquent, des effets secondaires indésirables qui, souvent, leur sont associés.Il est aujourd'hui établi que ces implantations d'électrodes profondes ont permis de traiter, souvent efficacement et parfois de manière spectaculaire, des patients souffrant de formes évoluées de la maladie. Il s'agit toutefois d'une intervention neurochirurgicale longue et complexe nécessitant l'intervention conjointe de nombreux spécialistes hautement compétents. Seule une dizaine de centres, en France, sont équipés pour une telle intervention qui impose en outre une sélection prudente des patients. A l'heure actuelle, cette technique ne peut être proposée qu'à environ 400 malades par an.Le travail qui vient d'être publié vise à développer une thérapeutique chirurgicale voisine moins invasive, et, de ce fait, accessible à un plus grand nombre de patients. «Il était généralement admis que seules certaines régions profondes du cerveau les "noyaux gris" étaient responsables de l'apparition des signes cliniques moteurs observés dans la maladie de Parkinson, a expliqué au Monde le Dr Palfi. Or, des recherches expérimentales et cliniques ont récemment montré qu'une région située en périphérie le cortex moteur contribuait également à la genèse de ces signes cliniques.»La nouvelle approche consiste donc en une stimulation électrique réalisée via une électrode placée directement au contact du cortex moteur. L'équipe française a étudié l'innocuité, l'efficacité et les mécanismes d'action de la stimulation corticale chez sept babouins sur lesquels on avait induit, en provoquant des lésions cérébrales spécifiques, une pathologie équivalente à la forme sévère de la maladie de Parkinson.«Dans cette étude expérimentale, les effets fonctionnels de la stimulation du cortex furent analysés au moyen d'une combinaison de différentes méthodes, précise le Dr Palfi. Il s'agissait d'approches comportementales, de tomographies par émission de positons, d'imagerie par résonance magnétique et d'électrophysiologie.» Les chercheurs français expliquent que la stimulation durant une période de 30 minutes du cortex moteur au moyen d'une électrode placée sous le crâne améliore de manière significative les symptômes de la maladie de Parkinson. L'activité métabolique des régions impliquées dans l'élaboration motrice augmente durant la stimulation du cortex moteur. Et plus étonnant encore l'activité neuronale des «noyaux gris» profonds se normalise. Aucun effet secondaire n'a été constaté durant l'expérience. Une question peut d'ores et déjà être posée : la modulation de l'activité de structures cérébrales profondes par l'intermédiaire d'une stimulation cérébrale de surface ouvrira-t-elle de nouvelles perspectives thérapeutiques en modulant l'activité de structures cérébrales profondes par l'intermédiaire d'une stimulation sous-crânienne ?