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Préfacé par Florian Schuller et excellemment traduit de l'allemand par Jean-Louis Schlegel, ce bref ouvrage reproduit les textes d'une controverse tenue en 2004 à Munich. Un face à face qui opposait en convergence un très important philosophe de l'Ecole de Francfort et le futur pape Benoît XVI. -La version originale avait pour titre principal : La dialectique de la sécularisation, ce qui mettait en évidence la part du philosophe, alors que le sous-titre Raison et religion, devenu le titre de la version française, représentait l'apport du cardinal théologien.
Habermas, théoricien de la société démocratique sécularisée, avait misé sur le « discours » comme espace de confrontation rationnelle dans un monde « éclairé ». Avec les années, il s'est libéré d'une conception de la Raison, issue des Lumières, qui laissait la religion - considérée comme par essence irrationnelle et fermée - en dehors du champ de la modernité, et a admis progressivement l'idée que la religion participait largement à la formation des consciences. Il convenait donc de l'intégrer dans une « critique positive » de la rationalité discursive. La Raison entrait en relation critique avec elle-même, pour s'ouvrir à des « sagesses » possibles.
Josef Ratzinger reformule la chose d'une manière convaincante. Il y a des pathologies dans les religions que la raison « modératrice » est appelée à guérir, et il y a des pathologies de la raison qui appellent la critique de la raison si pertinemment développée par Jürgen Habermas. « C'est pourquoi la raison doit être appelée à ses limites et apprendre une capacité d'écoute par rapport aux grandes traditions religieuses de l'humanité. » Purification et régénération mutuelles de la raison et de la religion.
Pourtant si le présupposé de cette rencontre entre raison et religion est donné dans la civilisation et la tradition scientifique et juridique de l'Occident, est-elle « universalisable » ? La raison est-elle vraiment universelle ? Le scepticisme à l'égard d'une « éthique universelle » (Hans Küng) se répercute sur celle d'une universalisation de la société, dans laquelle l'éthique discursive, selon Habermas, serait une pratique admise par tous.
Ratzinger sceptique ? Comment ne pas l'être, alors que, comme le note Jean-Louis Schlegel, les débats entre laïcité et religion, entre Etat et religions restent, en France, berceau des Lumières, étrangement tendus et peu marqués d'ouverture et d'esprit critique.