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Une page du biathlon suisse se tourne cette semaine. Benjamin Weger disputera lors des finales de Coupe du monde à Oslo (17-20 mars) les dernières épreuves de sa carrière à la fois riche et frustrante.
Le Haut-Valaisan âgé de 32 ans restera un pionnier. Il a été le premier Suisse à débuter directement par le biathlon, sans passer par la case ski de fond. Auparavant, les Suisses n'avaient pas cette possibilité, le biathlon ayant été pendant longtemps très peu considéré au pays.
Ce n'est que depuis une décennie que la Suisse aligne des équipes en Coupe du monde, chez les hommes comme chez les femmes. Il a fallu que la discipline soit intégrée au sein de Swiss-Ski, en 2004, pour que l'impulsion soit donnée. Le biathlon a ensuite rapidement progressé.
Hauts et bas
Weger a entamé sa carrière sur les chapeaux de roue. Il a remporté des médailles internationales à tous les Championnats jeunesse, avant de se qualifier pour ses premiers JO à l'âge de 20 ans, en 2010 à Vancouver. Les deux saisons suivantes, il est monté quatre fois sur un podium de Coupe du monde pour pointer au 5e rang mondial juste avant les Mondiaux 2012 à Ruhpolding.
Pour la première fois, des Mondiaux de biathlon ont fait alors l'objet d'une retransmission télévisée en direct en Suisse, un événement qui doit tout à Weger. L'homme a eu le mérite d'éveiller l'intérêt de ses compatriotes pour cette discipline souvent passionnante, riche en rebondissements, entre erreurs ou carton plein au tir et remontées ou défaillances spectaculaires en ski de fond.
Swiss-Ski n'avait plus uniquement, dans ces années-là, le ski alpin pour briller, mais aussi le biathlon et bien sûr en ski nordique, avec Simon Ammann et Dario Cologna. «Tout le monde, moi y compris, pensait à l'époque que je ferais rapidement partie des grands», se souvient Benjamin Weger.
Las, la trajectoire de l'athlète de la Vallée de Conches n'a pas suivi la courbe espérée. Ruhpolding fut un flop. Les hivers suivants, Weger a été victime d'un surentraînement. Pour ne rien arranger, sa précision au tir s'est évaporée.
«Dans la tête, ce n'était pas facile. Il a fallu apprendre à vivre avec ces déboires», explique le Valaisan. Autrement dit, accepter ce passage à vide, aussi pénible fût-il. Une pensée en particulier lui a permis de remonter la pente: «Je me suis dit que j'étais privilégié de pouvoir m'adonner au biathlon. Obtenir de mauvais résultats ne faisait pas de moi un mauvais homme.»
«J'aurais eu le niveau...»
Alors que Weger s'accrochait pour revenir, Selina Gasparin a surgi. Pionnière en Suisse, la Grisonne s'est hissée sous les feux de la rampe en décrochant en 2014 l'argent aux JO de Sotchi et en remportant deux épreuves de Coupe du monde.
Weger, après avoir été dans l'ombre de Gasparin, s'est mis à accumuler les places dans le top 10 en Coupe du monde, sans pouvoir cependant décrocher de podium ni briller aux Mondiaux ou aux JO. Il lui a fallu attendre janvier 2021, avec sa 3e place dans la mass-start d'Oberhof, pour remonter sur un podium de Coupe du monde, son cinquième au total, neuf ans après le précédent. Il en restera là.
«J'aurais eu le niveau pour gagner des médailles olympiques et mondiales», estime-t-il. Pendant plusieurs années, Weger faisait en effet partie des dix meilleurs biathlètes mondiaux en fond. «Je ne pense pas avoir échoué. Mais je n'ai pas eu la chance qu'il fallait dans les grands rendez-vous», dit-il.
Hypercadencé
Aujourd'hui, le moment de tirer le rideau est venu car non seulement le Haut-Valaisan n'est plus aussi performant, mais en plus le niveau général est monté. Les podiums sont devenus pour lui quasi hors d'atteinte. Il l'a constaté encore la semaine dernière à Ötepää: Weger n'a pas raté une seule cible lors du sprint, s'est montré dans un excellent jour en fond mais n'a pourtant pas fait mieux que 8e. Il y a dix ans, un tel niveau lui aurait ouvert l'accès du podium.
«Aujourd'hui, les athlètes tirent beaucoup plus vite, sans perdre en précision.» Le tir se fait en apnée, il est hypercadencé, avec une seule respiration entre chaque balle. A ce jeu-là, Weger se situe à peine dans la moyenne.
Le Valaisan peine encore à se faire une idée précise de ce que sera sa retraite sportive. «Soit je traverserai un vide, soit ce sera une libération», pense-t-il. Il va «meubler» son futur temps libre en entamant une formation d'entraîneur, en rénovant sa maison à Geschinen et en voyageant en camping-car. «Je vais d'abord m'aérer la tête, penser à autre chose qu'au sport», glisse-t-il.
ATS