Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07161.jsonl.gz/1015

David Ricardo : la théorie économique de l’avantage comparatif
Pour les économistes, étudier les théories classiques est un passage impératif et l’un des noms qui ressort est celui de David Ricardo. Cet agent de change et député du XIX siècle est considéré comme un économiste des plus influents au même titre qu’Adam Smith et Thomas Malthus.
Issu d’une famille bourgeoise versée dans la finance et d’origine portugaise, David Ricardo est né à Londres et dès l’âge de 14 ans, il fait son entrée à la bourse londonienne pour s’initier à la finance. A 21 ans, il rompt avec sa famille et se lance dans les affaires en tant qu’agent de change.
La dépréciation de la monnaie à cause de l’émission de billets
Au début du XIXe siècle, David Ricardo a publié ses premiers articles traitant des problèmes monétaires générés par les guerres napoléoniennes. Puis il a édité un essai sur la dépréciation des billets de banque, dans lequel il explique que l’émission massive des billets de banque constitue la principale raison de la dépréciation de la monnaie nationale au cours des guerres menées par Napoléon.
Ensuite, Ricardo approfondit ses connaissances en économie en commençant par l’un des ouvrages d’Adam Smith « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations » qui est apparu en 1776. Après avoir cumulé une fortune en tant qu’agent de change, il prend une retraite anticipée à l’âge de 42 ans pour se consacrer à la politique et l’économie.
Les principaux écrits et ouvrages de David Ricardo
Il fait son entrée au parlement Britannique en 1819, en achetant un siège de pair pour la pairie irlandaise de Portarlington. Il occupe ce siège jusqu’à son décès en 1823. Il s’est révélé un fervent défenseur du libre-échange et de l’abrogation de la loi des Corn Laws voté en 1815. Cet autodidacte de la pensée économique s’est penché sur le rôle des propriétaires terriens dans la société, à l’instar des autres économistes de renommée comme Jean-Baptiste Say.
Pour Ricardo, la fréquentation des milieux intellectuels a commencé par son adhésion au club d’économie politique de Malthus et celui du roi des clubs. La fréquentation d’intellectuels a généré une abondance dans ses rédactions notamment avec l’essai traitant de l’incidence de la baisse des prix du blé sur les profits du capital qui a été publié en 1815, ou encore la parution de son livre des principes de l’économie politique et de l’impôt en 1817.
Ricardo estimait que l’économie politique n’étudie pas la nature et les causes de richesse mais il s’agit d’une enquête sur la distribution.
L’avantage comparatif selon Ricardo
David Ricardo a développé une théorie selon laquelle chaque pays est susceptible d’intégrer le jeu du commerce international en se spécialisant dans le domaine ou l’activité où il détient l’avantage compétitif le plus important ou un désavantage compétitif moins lourd. Sous condition que la concurrence soit parfaite et sans avoir à subir de pressions politiques.
Dans son livre « Principes de l’économie politique et de l’impôt », il a cité l’exemple du Portugal et de l’Angleterre dans leurs échanges de vin et de drap. Il a précisé que pour un nombre d’heures de travail bien déterminé, le Portugal réalise 20 mètres de drap et une production de vin de 300 litres au moment où l’Angleterre ne produit que 10 mètres de drap et 100 litres de vin.
L’économiste britannique souligne que l’Angleterre est plus avantagée en se spécialisant dans la production de drap où elle détient un avantage relatif. Etant donné qu’avec 10 mètres de drap elle peut obtenir 150 litres de vin du Portugal, contre 100 qu’elle fabrique localement. En même temps, le Portugal est plus avantagé dans la production vinicole, du moment qu’il peut échanger 300 litres de vin produits localement contre 30 mètres de drap anglais au lieu des 20 mètres fabriqués au Portugal. Dès lors, l’Angleterre possède un avantage comparatif dans la fabrication de drap au moment où le Portugal détient un avantage absolu.
D’après la thèse de l’avantage comparatif, Ricardo démontre que la spécialisation basée sur les avantages comparatifs, assure une hausse simultanée dans la production de vin et de drap. Chaque pays est apte à réaliser des profits dans le cadre du libre-échange. Et pour soutenir sa thèse, il faut réunir les facteurs suivants à savoir
- la valeur du travail équivaut au prix multiplié par la quantité du travail;
- la concurrence doit être parfaite;
- l’immobilité des facteurs de production à l’échelle mondiale;
- la productivité doit être constante.
Concrètement parlant, cette thèse est difficile à mettre en pratique étant donné que les conditions exigées ne peuvent être réunies. De plus la spécialisation crée une dépendance vis-à-vis d’une production ou une activité donnée, sans omettre les pressions politiques exercées et la spéculation qui peut se déclencher à l’international. A titre d’exemple, un pays pauvre qui se spécialise dans une denrée alimentaire destinée à l’export, enregistre un manque de cette denrée à l’échelle locale, ce qui fait flamber les prix.
Excès d’émission des billets de banque
En 1810, David Ricardo a dénoncé dans un rapport remis à la chambre des Lords, que l’émission excessive des billets de banque, génère de l’inflation et par ricochet la dépréciation de la monnaie nationale. Selon lui, il faut que les billets de banque émis disposent de leur équivalent en stock d’or garantissant leur valeur.
La rente de la terre à l’épreuve
La richesse est générée par trois sources principales à savoir les salaires, les profits et la rente. D’après Ricardo, la croissance démographique entraîne inévitablement la hausse des prix, ce qu’il explique par l’usage massif des terres. Celles-ci génèrent un rendement décroissant en plus de la hausse de la rente foncière justifiée par le besoin accru en terres cultivables.
Les travailleurs subissent cette inflation qui ne peut être résorbée qu’avec une augmentation des salaires. Et dès lors, la croissance de la population se traduit inévitablement par un écrasement des profits de la rente et la fin de l’investissement stationnaire. Ce dernier est désigné par Ricardo comme étant un état économique stationnaire qui peut être freiné par le développement technique.
Ricardo, à l’instar de Malthus, s’oppose à l’octroi des aides sociales qui ne font que renforcer la pauvreté sur le long terme en encourageant les naissances non souhaitables.
La neutralité ricardienne
Cette thèse est connue également sous l’équivalence ricardienne, l’effet Ricardo-Barro ou le théorème d’équivalence. Elle stipule qu’il est inévitable d’avoir une équivalence entre la hausse de la dette publique dans le présent et celle des impôts dans le futur par le remboursement de cette dette et le paiement des intérêts.
Dans un scénario se caractérisant par la rationalité des agents économiques, ceux-ci privilégient l’épargne à la consommation dans un contexte de politique de relance où la dette publique sert au financement de la distribution des revenus. Cette épargne constitue une réserve en prévision de toute augmentation des impôts dans l’avenir. La thèse de l’équivalence ricardienne constitue encore aujourd'hui un sujet de débat. Elle correspond à des situations et des contextes précis réunissant un certain nombre d’hypothèses.
Une étude récemment entreprise par la DGTPE souligne que les ménages de la zone euro ont tendance à adopter un comportement ricardien. Les auteurs de l’étude ont constaté qu’une hausse de 1% du PIB du déficit structurel peut être résorbée par une évolution correspondant à 0.75% du PIB de l’épargne privée. Un tel constat concorde parfaitement avec le comportement ricardien des ménages dans la zone Euro. Néanmoins la corrélation ne peut être prise pour une causalité.
Certains contestent les hypothèses liées à la thèse de Ricardo, voire le principe en lui-même, estimant que la hausse de la dette publique ne peut générer systématiquement une hausse des impôts dans l’avenir. Car les pouvoirs publics peuvent opter pour d’autres solutions comme la réduction des dépenses ou l’emprunt. Il est même possible de combiner ces deux options avec une augmentation des impôts.