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L'ex-intendant du Kremlin va pouvoir passer de joyeuses Pâques. Il s'est envolé vendredi après-midi pour Moscou. Jeudi, en effet, la Chambre d'accusation avait infligé un camouflet aux enquêteurs genevois en accordant la liberté provisoire à Pavel Borodine, contre 5 millions de francs. Une caution rapidement versée par l'Union Russie-Biélorussie.
«C'est une victoire totale», lance avec un large sourire Me Dominique Poncet, l'un des quatre avocats de Pavel Borodine. Le procureur genevois Bernard Bertossa affiche, lui, sa mine des mauvais jours.
La scène remonte à jeudi matin. La Chambre d'accusation de Genève vient de renvoyer le procureur dans les cordes, en réfutant la plupart des arguments qu'il avait avancés dans sa plaidoirie.
Bernard Bertossa estimait que le fonctionnaire russe avait commis des actes de blanchiment et qu'il était membre d'une organisation criminelle. Pavel Borodine aurait empoché 30 millions de dollars de commissions versés par les deux sociétés tessinoises Mabetex et Mercata, pour l'attribution de travaux de rénovation du Kremlin. Le procureur demandait donc une prolongation de sa détention pour trois mois.
Mais la Chambre avait une toute autre vision de l'affaire. Exit la prétendue participation à une organisation criminelle. «A part la mise en évidence d'un réseau complexe de sociétés au travers duquel l'argent a transité, précise l'ordonnance de la Chambre, le dossier ne contient pas d'information suffisante sur ce point».
En ce qui concerne le grief de blanchiment, «la preuve de l'existence d'un crime commis en amont devrait se faire avec la collaboration des autorités russes». Or, «cette enquête risque de se heurter à des obstacles insurmontables». La justice russe a, en effet, bouclé ce dossier, car elle estime n'avoir rien à reprocher à Pavel Borodine.
La Chambre considère néanmoins qu'il existe «des éléments factuels d'une prévention de blanchiment, vu la fonction exercée par le prévenu en Russie et l'importance des montants parvenus en sa possession». Tenant compte du risque de fuite, elle a donc assorti la mise en liberté provisoire de Pavel Borodine d'une caution de cinq millions de francs en espèces.
En clair, après deux ans d'investigations, la Chambre estime que le juge Daniel Devaud n'a pas réussi à établir formellement que des opérations criminelles avaient été réalisées. Unique consolation pour le magistrat instructeur: comme l'enquête n'est pas close, le séquestre de la documentation concernant les comptes bancaires de Mabetex et Mercata est maintenu.
Quelques heures seulement après la décision de la Chambre d'accusation, l'Union Russie-Bielorussie a versé les cinq millions de francs de caution. Pavel Borodine - qui s'était présenté pour la première fois jeudi à l'audience - est donc libre.
L'ex-trésorier du Kremlin a quitté jeudi en fin d'après-midi le quartier cellulaire de l'hôpital cantonal de Genève, où il était hospitalisé en raison de troubles thoraciques. Il a ensuite été transféré dans une autre section de l'établissement qu'il a quitté contre l'avis des médecins.
Il est arrivé jeudi vers 19h00 à la Mission de Russie, à Genève, où il a passé la nuit. Selon un porte-parole de l'aéroport de Genève-Cointrin, il a finalement quitté la Suisse vendredi à bord d'un avion pour Moscou à 14h45.
Deux ans après l'acquittement de Sergueï Mikhaïlov, présumé parrain de la mafia russe, cette libération sonne comme un nouveau désaveu pour les juges d'instructions genevois.
Mais la partie n'est pas encore close. Pavel Borodine devra s'expliquer sur les sommes faramineuses qu'il a reçues. Reste à savoir si, comme il l'a promis, l'ex-intendant du Kremlin se présentera aux futures convocations du juge Devaud.
Luigino Canal, Genève