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Née en 1991, Francesca Aspromonte s’est rapidement imposée comme l’une des sopranos les plus prometteuses des répertoires baroque et classique.
Après des études de piano et de clavecin, elle obtient en 2014 son Diplôme de Chant «mention spéciale du jury» au Mozarteum de Salzbourg. Elle suit également les cours de Renata Scotto à l’Académie Nationale de Santa Cecilia à Rome et ensuite la 20ème Académie d’Ambronay en approfondissant le répertoire des 17 et 18e siècles. Elle se perfectionne aujourd’hui avec Cordeiro Opa.
Francesca s’est produite dans des salles de concerts prestigieuses telles le Carnegie Hall, La Fenice, l’Opéra Royal de Versailles, le Royal Albert Hall et le Wigmore Hall à Londres, le Parco della Musica et le Teatro Argentina à Rome, le Musikverein et le Konzerthaus de Vienne, le Bozar de Bruxelles, l’Opéra National de Lorraine, l’Opéra National de Montpellier, le Grand Théâtre du Luxembourg, ainsi qu’au sein de festivals prestigieux comme Ambronay, Aix-en-Provence, Beaune ou Brême.
Elle a chanté sous la direction de chefs illustres tels que Sir John Eliot Gardiner, Christophe Rousset, Enrico Onofri, Leonardo Garda Alarcon, Raphaël Pichon, Vaclav Luks, Stefano Montanari, Alessandro Quarta et Dmitry Sinkovsky.
Parmi les productions les plus remarquables auxquelles Francesca Aspromonte a prêté son concours, citons le rôle-titre d’Erismena de Francesco Cavalli au festival d’Aix-en-Provence ainsi que l’Isilfe du Giasone sous la direction de Garda Alarcon, les rôles de la Musique et de la Messagère dans l’ürfeo de Monteverdi dirigé par Sir John Eliot Gardiner aux BBC Proms 2016, le rôle de la Vierge dans La Sete di Christo de siciliens du 17e siècle et chansons populaires calabraises, l’enregistrement de la Cantate Solo e pensoso de Haydn avec Il Giardino Armonico et Giovanni Antonini dans le cadre du projet Haydn 2032, le rôle d’Eurydice dans l’ürfeo de Luigi Rossi à l’Opéra National de Lorraine (Nancy) et à l’Opéra Royal de Versailles avec l’ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon.
Citons également le Stabat Mater de Pergolèse avec Christophe Rousset et ses Talens Lyriques à Jesi, Zerlina dans Don Giovanni à Nancy et à Luxembourg, le rôle-titre de la Maddalena ai piedi di Cristo de Caldara avec le Collegium 1704 et Vaclav Luks, la Passion selon St. Jean de Bach à la Wiener Konzerthaus.
Et parmi ses prochains engagements, elle tiendra le rôle d’Angelica dans l’Orlando furioso de Vivaldi à la Fenice sous la direction de Diego Fasolis, le rôle-titre de la Semele de Hasse au Innsbrucker Festwochen, le rôle-titre de la Iole de Porpora au Musikfesten de Brême, de Haendel: Atalanta dans Serse avec l’ensemble Il Pomo d’Oro (en tournée) et Almirena dans Rinaldo au Théâtre Ponchielli de Crémone avec l’Accademia Bizantina dirigée par Ottavio Dantone.
Francesca a enregistré pour Deutsche Gramophon, Alpha Classics, Outhere, Christophorus et certains de ses concerts ont été retransmis par BBC, Mezzo TV, France Musique, Rai Radio 3, ORF, WDR et NDR.
Son premier récital au disque «Prologue», enregistré avec l’ensemble Il Pomo d’Oro et sous la direction d’Enrico Onofri est sorti en mai.
Le public chaux-de-fonnier aura la joie de vous entendre le 16 décembre dans un programme de musique baroque festive (pour notre concert de Noël) à la fois profane et religieux du début du 18e siècle avec des œuvres de Vivaldi et du compositeur français Corrette sous la direction d’Enrico Onofri. Vivaldi était maître de violon à l’Ospedale della Pietà. Il a composé des airs de musique sacrée pour les jeunes filles de cette institution. Vous êtes spécialisée dans la musique baroque.
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le programme que vous allez chanter?
Je n’ai jamais chanté de musique française. Ce sera la toute première fois. Je sais que la composition de Corrette a été écrite sur «Le Printemps» de Vivaldi, c’est donc un mélange entre musique française et italienne. Ce sera très intéressant pour moi de m’attaquer à une composition française. C’est quelque chose que je n’ai jamais fait. L’autre pièce, «Laudate pueri dominum», de Vivaldi est un peu moins instrumentale. Je m’explique: pour moi, Vivaldi écrit pour une voix avec les caractéristiques d’un violon. Il composait très vite avec des coloratures folles et des aigus impossibles. Cette œuvre («Laudate pueri dominum») a été écrite pour une des filles de chœur de l’institution l’Ospedale della Pietà. La version que je vais chanter est un peu différente. C’est davantage une pièce de musique sacrée, une prière en quelque sorte, qu’une pièce de concert. Je trouve cette œuvre très belle. Il y a aussi le violon concertant d’Enrico Onofri, qui est très émouvant. Nous avons déjà joué cette pièce ensemble. Nous nous sommes beaucoup amusés et il y a aussi un moment de grande émotion. Et c’est une œuvre longue. Ce motet dure une demi-heure, ce qui est long pour une chanteuse. C’est une demi-heure de coloratures et c’est un défi pour toute chanteuse. J’ai écouté de nombreux enregistrements et normalement il y a deux chanteuses pour interpréter cette œuvre. C’est physique.
Qui a choisi le programme?
L’œuvre de Corrette avait déjà été choisie pour le programme. On m’a demandé quelle autre œuvre j’aimerai chanter et comme nous avions déjà joué le Laudate pueri dominum de Vivaldi avec Maestro Onofri, nous avons décidé de l’ajouter au programme de concert de Noël à l’italienne (Natale a Parigi).
Pourquoi n’avez-vous pas encore chanté d’œuvre française?
Je pense qu’en France, on a envie d’entendre des interprètes français dans ce répertoire et la langue est très difficile. Dans le répertoire baroque, la prononciation est complètement différente, on dit par exemple le «roy» pour le roi à l’époque de Rameau et de Lully. Il y a des chanteurs beaucoup plus spécialisés dans ce répertoire-là que les chanteurs italiens. Ce sera très bien pour moi de pouvoir chanter un jour ce répertoire. J’attends qu’on me le demande, mais j’ai encore le temps, car je suis encore jeune et ce n’est pas nécessaire de se hâter pour chanter tous les répertoires possibles.
J’ai chanté beaucoup d’œuvres du 17e siècle. Quant à la musique du 18e siècle, je chante beaucoup plus Händel ou Scarlatti et moins Vivaldi, parce que parfois la tessiture de soprano est très grave, il faut donc une mezzo pour chanter la partie, et parfois elle est très aiguë. Il est donc nécessaire de trouver le rôle convenant à ma voix. Je n’aime pas non plus cet excès d’ornementations qui fait «feu d’artifice». Je préfère les coloratures belles, mais moins ostentatoires.
Quelle est votre œuvre préférée? Et quelle est celle que vous détestez (s’il y en a une)?
Je ne peux pas dire que je déteste une œuvre, mais il y a des compositeurs que j’apprécie moins. Je réfléchirai à deux fois si l’on me demandait de chanter un opéra de Telemann. Mais il n’y a pas d’opéras que je déteste. J’aime le répertoire baroque, mais mon compositeur préféré est Mozart, car je trouve qu’il est la synthèse parfaite entre ce qui est venu avant (le baroque) et après lui. C’était un visionnaire. On se demande quelquefois comment il a pu faire quand on étudie ses partitions. Pour moi, Mozart c’est l’incarnation de Dieu sur Terre. Pour nombre de musiciens baroque, Dieu c’est Bach, pour moi c’est Mozart.
Chantez-vous du Mozart?
J’ai chanté Don Giovanni (Zerlina). Et l’année prochaine, je chanterai la grande Messe en ut et le Requiem aussi. J’espère pouvoir encore chanter beaucoup de Mozart, mais j’ai le temps comme dit, car je suis encore jeune et que cela va venir. Je veux préserver ma voix. Je ne vois pas l’intérêt de chanter du Verdi maintenant, si je peux le faire dans 5 ans. Cela ne sert à rien de vouloir faire carrière tout de suite, le plus rapidement possible, car elle sera plus courte. Il faut préserver notre instrument, notre voix et savoir attendre pour durer.
Vous avez déjà eu l’occasion de travailler avec Enrico Onofri. Vous avez d’ailleurs enregistré un album, «Prologue», avec lui paru en mai 2018. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce chef?
Enrico Onofri est une personne incroyable. Nous nous sommes beaucoup amusés pendant l’enregistrement de ce programme. Les musiciens et moi avions tout le temps le sourire aux lèvres. J’ai appris quantité de choses avec Enrico Onofri, parce qu’il connaît parfaitement le répertoire du 17e siècle. Il m’a donné des conseils sur les ornementations, ce qu’il faut faire ou ne pas faire. J’ai pu apprendre de son jeu de violon aussi, il y a tout un monde qui s’est ouvert à moi. J’espère pouvoir encore travailler avec lui, parce que c’est un grand plaisir. C’est une personne calme. On travaille dans une ambiance paisible, tout le monde est content de travailler, même au-delà des répétitions s’il y a encore des choses à peaufiner. Les orchestres aiment Maestro Onofri. C’est une personne souriante et calme. Il sait comment choyer un orchestre et le mettre en confiance. C’est important, car il n’y a pas de son sans orchestre. C’est un instrument et il ne faut pas essayer de le cacher ou d’extirper quelque chose de lui si on ne le traite pas bien.
Mi-août j’ai un concert avec le programme du CD (Prologue) en Finlande avec Enrico Onofri et l’ensemble Il pomo d’oro, puis fin août je chanterai La Semele de Hasse à Innsbruck, début septembre je serai dans La Iole de Porpora à Brême et fin septembre je chanterai le Stabat Mater de Boccherini au Festival Purtimiro à Lugo. J’ai un agenda bien chargé. Je serai aussi Atalanta dans Serse à Paris et à Vienne en octobre et Almirena dans Rinaldo de novembre à janvier en Italie.
Vous avez un truc pour vous reposer?
Dire non. Ma première prof m’a toujours dit que les grandes carrières sont faites avec des nons. Chanter des rôles faits pour ma voix et ma tessiture. Il faut savoir calculer les risques. Il n’y a pas de recette pour une carrière parfaite.
Propos recueillis par la Société de Musique de La Chaux-de-Fonds à la fin du mois d’août 2018.