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La consultation de quelques dictionnaires, la plupart du siècle dernier, parmi lesquels le Littré et le Bescherelle, se révèle éclairante pour comprendre d'où et comment naissent chez Rimbaud ces étonnantes images que d'aucuns attribuèrent à la synesthésie, d'autres à l'usage du hachisch ou à l'abus de l'alcool. On s'aperçoit alors que Rimbaud met en place quelques mots, à partir desquels tout le poème se développera. Les idées vont naître les unes des autres, émanant de termes qui vont garder en puissance leur réserve de sens différents. C'est ce que Rimbaud appellera dans Voyelles « les naissances latentes ». Il reste cependant maître de sa création. Rimbaud bannit de son vocabulaire les mots recherchés ou rares qui pourraient freiner la lecture. Il confie la garde de son secret aux mots les plus courants. Le lecteur ne pense pas devoir les interroger tant il est certain de les connaître. Or ces mots recèlent d'autres sens que ceux qui sont coutumiers. Ainsi, route, employé plusieurs fois par Rimbaud, fait surgir dans son oeuvre des hommes en nombre. C'est que route a signifié bande, troupe et aussi défaite. Le procédé de travail de Rimbaud, comme « La lettre volée » d'Edgar Poe, en évidence sous le regard de chacun, défia longtemps toute découverte.