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Alors que s´ouvre vendredi à Séoul le troisième sommet Asie-Europe, le rapprochement entre les deux Corées est vécu de très prés par les quatre Suisses, membres de la mission des pays neutres, déployée à la frontière depuis 1953.
Ils ne sont qu'à soixante kilomètres de Séoul, mais à des milliers d'années lumière de la frénésie diplomatique qui s'est emparée de la péninsule coréenne ces derniers mois. Pour les cinq militaires Suisses, membres de la mission des pays neutres instituée par la commission d'armistice de 1953, la guerre froide n'est pas terminée.
De leur campement adossé à la «zone de sécurité de Panmunjom», cette enclave au sein de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées depuis la fin de la guerre, le divisionnaire Adrien Evequoz et ses hommes continuent d'être espionnés en permanence par les gardes nord-coréens.
Leurs faits et gestes sont consignés. Les haut-parleurs de la Corée du Nord, comme ceux de la Corée du Sud, déversent sur leurs baraques un déluge de propagande et de chansons folkloriques. Un climat de suspicion bien éloigné des rencontres diplomatiques qui doivent conduire, les 23 et 24 octobre prochains, la secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright à visiter Pyongyang.
Certes, être militaire suisse sur cette frontière toujours gelée par la guerre froide n'est pas chose facile. Ne serait-ce qu'en raison des circonstances. Depuis 1994, la Corée du Nord a rompu tout contact avec la commission d'armistice et ses représentants refusent donc de rencontrer les derniers membres suisses et suédois de la délégation des quatre pays neutres initialement instituée (Suisse, Suède, Tchécoslovaquie, Pologne).
Les officiers suisses ont donc vu leur rôle se réduire à celui de scrutateurs impuissants, mais néanmoins toujours actifs. Le haut commandement américain et sud-coréen continue de leur faire parvenir les documents sur l'état de leurs troupes. Les informations continuent de circuler. Les infrastructures sont maintenues opérationnelles et les bâtiments sont prêts à recevoir s'il le faut, une centaine de soldats, comme cela fut le cas dans les années cinquante.
Pour ces émissaires de la Confédération, le rapprochement entre les deux Corées ne sera donc effectif que lorsqu'il se traduira dans les faits. Par exemple, par une reprise des activités de la commission d'armistice. Ou par des ouvertures qui permettraient aux pays neutres de remplir d'autres types de mission, sur le plan humanitaire par exemple.
La Suisse, qui entend par cette présence «symbolique» démontrer son attachement à l'armistice de 1953, est en tout cas par ce biais au cœur de l'échiquier stratégique en Asie du Nord-est. Une position-clef dont le divisionnaire Evequoz, le colonel Rey et ses hommes entendent bien rester les garants.
Jacques Flament, Panmunjom