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Le château de Greifensee est l'un des plus connus du canton de Zurich. Son pittoresque site au bord du lac et les liens architecturaux qui l'unissent à la bourgade du même nom dégagent aujourd'hui encore une impression tout idyllique, une impression qu'assombrit toutefois le souvenir des événements tragiques de l'Ancienne Guerre de Zurich.
C'est au début du XVIe siècle que le château de Greifensee a acquis son profil actuel, lorsque le Conseil de la ville de Zurich décida de reconstruire l'ouvrage détruit en 1444 et d'y installer un bailli.
Depuis les travaux de restauration entrepris entre 1948 et 1953, ii nous est possible de nous faire une image plus nette de ce que fut cet ouvrage à l'origine. Les murs mégalithiques que l'on voit au nord-est et au nord-ouest de l'édifice, ainsi qu'en partie sur le côté orienté vers le lac, remontent au XIIe siècle. Dès après 1250, des maisons fortes rectangulaires apparurent en effet à côté des donjons carrés. On peut donc sans doute attribuer à cette époque la fondation du château de Greifensee, dont le plan dessine un quadrilatère d'environ 15 mètres sur 21. Cet édifice repose sur un rocher de molasse de quelque trois mètres de hauteur. C'est du côté nordest que l'on trouve les traces les plus distinctes des travaux de façonnage de la pierre. Le socle de l'ouvrage était entouré d'un fossé large de cinq à dix mètres, taillé dans le roc; côté ville, un mur d'enceinte fut dressé. On ne renonça à fortifier le château qu'au midi, où le lac, avant la correction de la Glatt, atteignait encore le rocher. Une partie d'un ruisseau, le Werrikerbach ou Mühlebach, coulait dans le fossé, sans pour cela qu'on puisse parler d'un château à douves. Les renseignements les plus détaillés sur le château même nous sont fournis par différents récits relatifs au siège de 1444. C'est ainsi qu'on apprend que la garnison zurichoise n'avait pas tardé à incendier et à abandonner la bourgade. Les Confédérés tentèrent de s'emparer du château depuis le côté de la ville. Mais avant de l'atteindre, ils durent se frayer un passage à travers les lices et le roc. A cette époque, les lices ceignaient l'actuelle terrasse d'entrée. Protégés par les auvents qu'ils avaient installés euxmêmes, les assiégeants tentèrent de saper le mur du sud-est. Les défenseurs, armés de la pierre d'autel de la chapelle castrale, réussirent à briser un auvent. De leur côté, les assaillants détruisirent la superstructure en bois du château. Après un travail de plus de deux semaines, ils avaient, côté ville, à tel point creusé le mur de plus de quatre mètres d'épaisseur que celui-ci commença à s'affaisser. Suivant l'usage, les Confédérés soutinrent les murs ébréchés avec des étais. Hans Fründ greffier schwytzois, rapporte que les assiégeants menacèrent de mettre le feu à ces poutres de bois et de provoquer ainsi l'écroulement du mur. Reconnaissant que sa situation était désespérée, la garnison décida d'abandonner le château. Il semble qu'une porte de plain-pied ait déjà existé à ce moment-là, mais les assiégés l'avaient tant et si bien barricadée qu'ils se virent contraints d'escalader le mur au moyen d'échelles. De l'autre côté, tous furent décapités, un acte qui ne fait guère honneur à l'histoire de notre pays. Le château souffrit surtout de l'effondrement des murs qui donnaient sur la ville et le lac. Selon certains chroniqueurs, les provisions de denrées alimentaires auraient encore suffi pour longtemps. Pour ce qui est de l'eau, le puits de huit mètres de profondeur creusé dans la partie nord du rez-de-chaussée - il existe encore - en avait toujours fourni en suffisance à la garnison.
En 1520, après que les ruines eurent servi de carrière durant de longues années, les murs détruits furent reconstruits ou complétés, en moins grand, il est vrai. Les nouvelles parties se reconnaissent facilement à leur maçonnerie crépie. La petite fenêtre gothique tardif percée dans le mur côté ville et les pignons à redents datent eux aussi de cette époque. Exception faite de la petite prison construite du côté du lac, toutes les annexes ultérieures furent démolies lors des travaux de rénovation des années cinquante; le fossé circulaire et le pont furent, quant à eux, restaurés.
L'ancienne grange du château a été transformée en maison communale en 1971. L'assemblage angulaire fait de moellons en bossage, les deux fenêtres géminées romanes et la porte en plein cintre donnant, côté lac, accès à une galerie, portent à penser que ce bâtiment, la maison «Landenberg», date du XIIIe siècle. Le fait qu'il ait plus tard servi de grange n'est guère compatible avec l'élégance de sa construction. II a dû s'agir d'un corps de logis, ce qui est d'autant plus vraisemblable que le château lui-même, malgré ses importantes dimensions, n'offrait qu'une surface habitable restreinte en raison de l'épaisseur de ses murs (4,5 mètres). La maison communale actuelle forme l'angle ouest de la bourgade de plan triangulaire qui s'étendait devant le château. Les murs extérieurs des maisons servaient en même temps de remparts; ils étaient précédés d'un fossé artificiel d'environ six mètres de largeur et de trois de profondeur. Partant du lac et décrivant une large courbe, un second fossé ceignait la petite ville. Le plan de l'église est exceptionnel. La façade extérieure arrondie du sanctuaire forme l'extrémité est de la bourgade. Cette construction est due aux seigneurs de Landenberg-Greifensee, qui résidèrent au château au XIVe siècle.
Le château doit avoir vu le jour à l'époque où les comtes de Rapperswil fondèrent celui de Neu-Rapperswil, déplaçant ainsi leur centre de gravité de la rive gauche du lac de Zurich à celle de droite. II est possible que le frère du fondateur du nouveau château, Ulrich de Greifenberg, ait pour sa part érigé un ouvrage dans la région du Glattsee, au milieu des vastes terres que possédaient les Rapperswil. S'inspirant de son siège de Bäretswil, il créa le nom de «Greifensee», employant donc pour la seconde fois le terme de «Greifen», griffon, un animal fabuleux en faveur au Moyen Age. On sait que vers 1260, le château était occupé par des ministériaux des Rapperswil. II se peut qu'un avant-château ait déjà existé à ce moment-là; c'est lui qui aurait donné naissance à la bourgade de Greifensee. Pour autant qu'on le sache, celle-ci n'a jamais possédé de droit de cité.
En 1300, la comtesse Elisabeth de Rapperswil, épouse du comte Rodolphe de Habsbourg-Laufenbourg, céda Greifensee en nantissement à Hermann de Landenberg qui, dans l'armée autrichienne, occupait les hautes fonctions de maréchal. Outre le château et la bourgade, le gage comprenait le lac, des cours à Fällanden, Maur et Uster, de même que plusieurs propriétés des Rapperswil disséminées dans un territoire s'étendant jusqu'à Kaiserstuhl et Baden. Criblée de dettes, la comtesse ne put jamais retirer son gage. Jusqu'en 1369, celui-ci resta entre les mains de la branche des Landenberg qui avait adopté le nom de Landenberg-Greifensee. Puis, fortement endettés eux aussi, les propriétaires se virent contraints de vendre la seigneurie de Greifensee aux comtes de Toggenbourg. Ils prirent alors demeure dans leurs châteaux de Bichelsee et de Sonnenberg, en Thurgovie.
L'acquisition de Greifensee permit aux Toggenbourg de réaliser l'un de leurs buts, prendre pied dans la région située à l'est de Zurich. Lorsque, peu après, ils réussirent de plus à obtenir en gage le comté de Kybourg, leur désir de créer dans ce pays une seigneurie territoriale devint plus manifeste encore. Mais au début du XVe siècle, tous leurs espoirs s'effondrèrent. En 1400 déjà, le dernier représentant de la lignée, Frédéric VII, avait conclu avec Zurich un accord aux termes duquel il autorisait la ville à occuper le château en cas de nécessité. En 1402, Frédéric céda la seigneurie de Greifensee en nantissement à la ville de Zurich, qui installa un bailli au château. En 1419, la seigneurie passa définitivement à Zurich.
Après une interruption due aux événements engendrés par l'Ancienne Guerre de Zurich, les baillis revinrent à Greifensee; jusqu'à la reconstruction du château, ils résidèrent vraisemblablement dans l'actuelle cure, sise à côté de la maison communale. Le plus célèbre d'entre eux fut Salomon Landolt, qui exerça ses fonctions de 1781 à 1786. Gottfried Keller a évoqué son souvenir dans la nouvelle «Der Landvogt von Greifensee».
Une fois la Révolution passée, le château servit tout d'abord de siège au bourgmestre de Zurich. Après peu de temps, il passa aux mains des familles Schulthess et Escher. Le canton de Zurich le racheta en 1935.
Entre 1948 et 1953 furent entrepris des travaux de rénovations extérieurs et démolition de l'ajout neo-gothique. En 1991, départ de Mme Bernouilli. 1993-1995 restauration de l'intérieur.
Dès 1995, le château a été donné à la Fondation Greifensee qui gère le lieu.
Bibliographie