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J'ai lu, pour des raisons professionnelles, Vingt Mille Lieues sous les Mers, roman légendaire de Jules Verne que je voulais lire depuis des années, parce qu'il a créé le mythe du Nautilus et de son capitaine Nemo, connus dans le monde entier grâce aux Américains, qui s'en sont entichés: il a suivi en cela le sort du Père Noël, de Halloween et de tant d'autres mythes créés en Europe et répandus par l'industrie du loisir de nos amis d'outre-Atlantique. Le célèbre poulpe géant me paraissait, avant lecture, être le développement de la pieuvre qui attrape Gilliatt dans Les Travailleurs de la mer de Hugo, et le précurseur du Cthulhu de Lovecraft. A la lecture, la dimension infernale m'a paru restreinte par l'espèce de naturalisme dont veut faire preuve Jules Verne, moins imagé que les deux autres que j'ai cités; mais Nemo m'a semblé être l'heureux précurseur d'Arsène Lupin, personnage que j'aime beaucoup, qui a aussi quelque chose de surhumain, et qui s'enfuit en petit sous-marin à la fin de L'Aiguille creuse.
Je suis en outre content d'avoir appris une foule de choses fascinantes sur les mers du globe terrestre. Pour moi, Jules Verne dit des choses bien plus renversantes qu'Albert Einstein dans son petit livre sur la Théorie de la Relativité, au sein duquel - on s'en souvient - il explique, entre autres choses, que quand on est dans un train, on peut se regarder soi-même comme immobile et considérer le paysage comme défilant sous les roues du wagon! Cela m'a amusé, mais ne m'a pas paru probant: il y a un rapport de masse qui amène l'esprit à corriger cette impression et à estimer que c'est bien le train qui se déplace sur le sol terrestre; la Relativité ici ne s'applique guère, comme c'est souvent le cas dans l'existence de l'Homme, qui ne vit pas sur un plan physique indifférent, mais dans des échelles de valeurs tissées par dessus le monde physique - et le supplantant, pour l'essentiel.
Mais pour en revenir à Jules Verne, j'ai été surpris de lire que, selon lui, la science admettait la présence, sous forme de particules fines, d'argent, au sein de l'eau marine! Car l'alchimie lie la Lune à l'argent, et la mer à la Lune... Mieux encore, selon Verne, le son se répand de façon plus rapide dans l'eau que dans l'air. Et il en donne comme explication que la première est plus homogène. Or, dans la perspective matérialiste, cette homogénéité devrait freiner le son dans sa course d'un lieu à l'autre; mais ici, il semble que la matière, au lieu d'offrir de la résistance, porte. Verne dit également que la lumière dans l'eau est plus éclatante, par réverbération.
Au moins ce qu'il dit sur le son relativise une logique du matérialisme qu'on est accoutumé à regarder comme infaillible. Quand on songe que ce qu'on a appelé lumière et qui était censé être plus rapide dans sa course que toute chose au monde vient - peut-être - d'être dépassé par quelque chose! Qu'appelle-t-on réellement lumière, ou son, parfois, on ne sait plus.