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1675
Pierre de Villiers, Entretien sur les tragédies de ce temps
Paris : E. Michallet, 1675
Ce qui touche dans la Sophonisbe de Corneille
Dans sa dissertation sous forme de dialogue entre Timante et Cléarque, Pierre de Villiers évoque la tragédie sans amour de Racine. L’exemple de la Sophonisbe de Corneille vient appuyer la thèse défendue par Timante, selon laquelle la passion amoureuse est incapable de faire naître la « crainte » chez le spectateur.
TIMANTE.
En effet les honnêtes gens ne peuvent souffrir qu’un grand homme néglige le soin de sa gloire et de sa conservation pour conter des douceurs à sa maîtresse ; et s’il arrive que ce grand homme perde ou la victoire ou le vice pour avoir trop écouté son amour, la compassion que l’on aurait pour lui sans cela se change en indignation, ou du moins elle diminue beaucoup. Dans la dernière Sophonisbe qui a paru sur le théâtre, on n’est point touché du malheur de Syphax, parce que ce prince hasarde sa réputation, son État, et sa vie pour plaire à sa femme, dont il est amoureux ; on est fort touché au contraire du malheur de Sophonisbe, qui ne meurt que parce qu’elle aime la gloire, et qu’elle ne veut pas survivre à la perte de sa liberté. Pour la crainte, qui est le second effet de la tragédie, vous savez que l’amour n’est guère capable de la faire naître en nos cœurs, et que les fureurs d’un tyran, la jalousie, la vengeance, la haine et les autres passions sont les causes ordinaires de la terreur. Voulez-vous savoir pourquoi les tragédies grecques épouvantaient si fort les esprits ? C’est parce que les Grecs ne s’attachaient qu’à ces grandes passions.
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