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La croissance: vitale pour le capitalisme, fatale pour l’humanité!
En 1972, le Club de Rome publie «Halte à la croissance», qui modélise, sur la base de l’évolution des 10 ou 15 années précédentes, l’évolution future de certains paramètres: ressources naturelles, PIB par tête, pollutions, population, quota alimentaire, et aboutit à la conclusion d’un effondrement dramatique vers les années 2050-2060. A l’époque, une bonne partie de la gauche a réagi avec scepticisme, estimant que ce n’était pas là le problème principal.
En 1992, l’existence de problèmes environnementaux devenant évidente, est lancé au Sommet de Rio le concept de développement durable, qui a deux objectifs: répondre aux besoins des générations du présent, en priorité ceux des plus démunis, et ne pas compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs, en limitant la destruction de l’environnement.
En 2012, le Sommet RIO+20 ne peut que se limiter à de «belles phrases générales» en fermant les yeux sur l’échec fondamental du développement durable. Cet échec ne peut pas être mis en doute. En ce qui concerne les plus démunis, leur nombre sur terre a augmenté, la misère et la faim n’ont pas diminué, au contraire. Et la dégradation de l’environnement a fait de grands pas en avant. L’effet des gaz à effet de serre est menaçant, il est de plus en plus certain que les désordres climatiques toucheront des centaines de millions d’êtres humains: sécheresse et désertification au Sud, inondations au Nord, déplacements liés à la montée des eaux, accès à l’eau potable. Le pic de Hubert, moment où la production de pétrole commence à diminuer, est sans doute déjà atteint.
En d’autres termes, l’évolution décrite en 1972 par le Club de Rome est respectée avec une précision étonnante. On avance rapidement vers la catastrophe.
La question qui se pose, c’est de comprendre pourquoi les Etats sont incapables de prendre les mesures qui s’imposent pour éviter cette catastrophe. Il est reconnu que le sommet de Copenhague sur le climat et celui de RIO+20 ont été des échecs: aucune mesure concrète n’a été décidée. On constate que la situation s’est fortement aggravée, et on se contente de proposer, comme en 1992, le développement durable!
Première explication, le refus de reconnaître la réalité des menaces. Epuisement des ressources naturelles?, la science trouvera bien une réponse. Dérèglement climatique?, c’est une invention des écologiques. Il est significatif que les climato-sceptiques sont les mêmes qui affirmaient que la cigarette n’avait pas d’effets nocifs sur la santé, idem pour l’amiante. Aujourd’hui, ils sont financés par les grands groupes pétroliers, hier par l’industrie du tabac.
Cet aveuglement n’est pas une question d’ignorance, mais de position politique. Si les menaces sont réelles, il faut prendre des mesures qui sont en contradiction avec la continuation du business comme d’habitude, il faut comprendre pourquoi le développement durable est un échec. En d’autres termes, c’est le mode de fonctionnement du système économique et social dominant qui doit être remis en question. L’exemple le plus clair est celui de la croissance.
Aux totalitarismes du XXe siècle a succédé la tyrannie d’un capitalisme financier qui ne connait plus de bornes, soumet États et peuples à ses spéculations, et le retour de phénomènes de fermeture xénophobe, raciale, ethnique et territoriale.
— Stéphane Hessel
La croissance est indispensable pour l’emploi disent les uns; une croissance infinie dans un monde fini est du domaine de l’impossible répondent ceux qui sont conscients de la nécessité de changements fondamentaux. Ils se basent sur l’impossibilité de produire plus en consommant moins de ressources et d’énergie. L’échec du développement durable, c’est précisément l’impossibilité d’une croissance durable. Et le problème, c’est que le capitalisme a un besoin systémique de croissance pour maintenir ses profits. Je n’ai pas la place ici de développer une analyse économique détaillée, je me contente d’évoquer le fait que la seule origine des profits est la plus-value produite par le travail humain dans le processus de production. Comme cette part diminue pour une marchandise donnée suite à l’augmentation de la productivité du travail, il faut augmenter la quantité de marchandises produites pour maintenir la quantité de plus-value.
Le capitalisme a besoin de la croissance, qui est fatale pour l’humanité. La conclusion est donc évidente: il faut un autre système économique et social, il faut rompre avec le capitalisme. Cela est d’autant plus souhaitable pour deux raisons:
- le capitalisme est aussi insupportable par les inégalités qu’il crée, l’austérité pour une majorité, le chômage, la misère et la faim pour plus d’un milliard d’êtres humains;
- le fait que nous avons atteint un saut fondamental dans l’histoire de l’humanité, le passage du manque à la suffisance possible. Il est aujourd’hui possible de satisfaire les besoins fondamentaux de chaque être humain sur terre.
L’objectif est donc une société qui respecterait les contraintes écologiques, qui produirait moins, autrement, avec une très forte diminution du temps de travail (2 heures par jour suffisaient!), donnant la priorité au temps libre, à la convivialité et à la démocratie, assurant à tous les besoins fondamentaux (alimentation, logement, eau potable, enseignement, culture, santé). En d’autres termes plus propice au bonheur que ce qu’offre le capitalisme.
Dire que ce projet est utopiste, c’est affirmer que l’être humain est trop stupide pour rendre possible ce qui correspond le plus à ses intérêts, c’est un mépris que la droite professe, mais pas la vraie gauche.
(voir aussi Rompre avec le capitalisme: utopie ou nécessité ?, «note de lecture» dans ce numéro)