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Réjouissons-nous de ce qu'un ouvrage de Stanley Hauerwas, le théologien américain le plus connu aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon, nommé en 2001 « meilleur théologien » par Time Magazine, soit enfin disponible en français.
Texan né en 1940 dans un milieu modeste, ce méthodiste fait ses études de théologie à Yale, où il lit les théologiens protestants libéraux comme Richard Niebuhr, mais se passionne aussi pour Karl Barth. Dès 1970, il enseigne la théologie morale à l'université catholique la plus prestigieuse des Etats-Unis, Notre-Dame (Indiana). Les quatorze années qu'il y passe le rapprochent fortement du catholicisme, comme l'atteste l'importance qu'il accorde à la communauté, au caractère et à la vertu. Il est également influencé par le théologien communautarien A. MacIntyre et le mennonite John Howard Yoder, à qui il doit son pacifisme absolu. Depuis 1985, Hauerwas est titulaire de la chaire d'éthique de Duke University (Caroline du Nord).
Abondante, l'oeuvre de Hauerwas est à l'image de son auteur : inclassable. Elle impressionne par son originalité, son courage qui confine à la témérité, sa liberté, son humour et son goût du paradoxe, sinon de la provocation. Au total, plus de trois cent-cinquante articles et une trentaine d'ouvrages. Si la plupart de ceux-ci reprennent ses articles dans des assemblages élaborés avec soin, rares sont ceux qui, comme le Royaume de paix, ont été conçus pour être des livres. Hauerwas a souhaité que ce volume, publié en 1983, soit le premier à être disponible au public francophone. Il est sans doute l'un des moins polémiques d'une oeuvre qui ne cesse de dénoncer le libéralisme qui relègue l'Eglise à la sphère privée ou l'utilise pour conforter l'American way of life.
Pour Hauerwas, religion et éthique ne sauraient être séparées. Aux principes éthiques abstraits, universels, il oppose une éthique chrétienne et christologique nourrie par le récit et fondée sur l'identité chrétienne de Soi : formé par mon appartenance à cette communauté qu'est l'Eglise, je saurai comment agir face à des circonstances toujours imprévisibles. De plus, l'éthique chrétienne est non-violente : si je lui préfère des principes moraux plus universels, il me faudra recourir à la coercition pour les faire respecter. Membre de cette communauté, j'apprendrai enfin à me savoir pécheur non pour telle ou telle raison abstraite (orgueil, luxure) mais parce que je me découvrirai incapable de vivre la vie des disciples de Christ telle que me la racontent les Evangiles, récit qui réduit l'univers à une simple contingence. Et j'apprendrai à devenir un disciple en mangeant avec le Seigneur, par l'eucharistie.
Ce magnifique et riche livre interpelle tous ceux qui s'interrogent sur un parcours de foi dans une culture toujours plus sécularisée. Il faut souhaiter la parution en français d'autres livres de ce brillant analyste de la société post-moderne et des travers libéraux qui sont les nôtres ; d'autant que notre culture européenne se rapproche inévitablement de l'américaine, que Hauerwas critique avec un aplomb particulièrement tonique.