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Née à Täuffelen (BE) le 8 janvier 1915. Décédée à Bienne le 9 mars 2012. Fille de Friedrich Beck-Küffer, horloger et paysan, et de Anna Beck-Küffer, mère au foyer, paysanne. Quatre frères.
Servante et médiatrice du patrimoine historique à Bienne.
Enfance et scolarité à Täuffelen, Nidau et Brügg (BE), où la famille Beck vit sur une petite ferme. Après l’école secondaire, B. passe une année en Suisse romande, dans le canton de Vaud. Se rêvant vendeuse ou droguiste, elle cherche une place d’apprentissage, mais la crise économique du début des années 1930 la contraint à trouver rapidement un emploi. En 1932, à l’âge de 17 ans, elle devient servante (selon ses propres termes) par le truchement de son ancien maître d’école, au sein de la famille Neuhaus à Bienne. Bien qu’elle continue à considérer cette situation comme provisoire et tente à plusieurs reprises, au cours des premières années, d’obtenir une place d’apprentissage (sans succès), elle restera finalement presque toute sa vie professionnelle au service de Dora Neuhaus, jusqu’au décès de cette dernière, en 1975. Grâce à son activité de médiatrice culturelle et ses yeux de « témoin de son époque », de nombreux détails précieux sur sa condition de servante et sur la vie dans un grand ménage à l’époque de la bourgeoisie ont été préservés jusqu’à nos jours.
Les premières années de son emploi au sein de la maison Neuhaus se révèlent très dures. B. doit apprendre à cuisiner, manger seule dans la cuisine, nettoyer la maison sans faire de bruit, et surtout survivre avec un salaire de CHF 45.- par mois, six heures de congé par semaine réparties sur deux jours avec la contrainte de devoir rentrer avant dix heures du soir. Elle a seulement une semaine de vacances par an, qu’elle passe d’ailleurs en travaillant chez sa famille à Brügg, qui a besoin de son soutien puisque le père et deux de ses frères sont au chômage et sa mère souffre d’arthrose. Dans la maison Neuhaus, elle habite une petite mansarde qui n’est pas chauffée en hiver, ce qui fait geler l’eau durant la nuit. B., qui rêve de fonder sa propre famille, est d’ailleurs très déçue par l’impossibilité de trouver un poste d’apprentissage pendant ces années de crise.
Durant la troisième année de son service, les circonstances commencent à s’améliorer au moment où sa patronne décide d’acheter un cheval et charge sa bonne de s’en occuper. Ce travail lui apporte du plaisir et elle prend même des leçons d’équitation. Ses vacances sont augmentées à deux, puis à trois semaines, qu’elle continue pourtant à passer à travailler au sein du ménage familial.
Après le décès du père de sa patronne, Charles Neuhaus, la position que B. occupe dans le ménage change considérablement. Désormais, elle habite une chambre chauffée à l’intérieur de l’appartement principal et, quand il n’y a pas d’invité·e·s, elle mange en compagnie de sa patronne dans la salle à manger. Dora Neuhaus l’invite à écouter des émissions à la radio, l’envoie au théâtre et au concert, lui prescrit de vraies vacances de repos à la mer et lui raconte de plus en plus d’histoires et de soucis intimes et familiaux. D’abord simple servante, son rôle évolue avec le temps en dame de compagnie, « compagne » (telle que l’appelle Dora Neuhaus) et confidente. Cette évolution s’annonce exemplaire pour cette période entre deux époques sociales, quand le nombre de « servantes » au sens propre du mot se trouve déjà en fort déclin dans les grands ménages bourgeois et quand, dans la cité bilingue biennoise et selon le témoignage de B., on hésite désormais à l’appeler « servante » ou « Magd », mais on parle plutôt de « votre jeune fille », « bonne » ou « Hausangestellte ». Cependant, on est encore loin d’une vraie égalité, et l’appartenance de la « compagne » à une classe bien inférieure reste toujours sensible dans les rapports entre les deux femmes. Elle se manifeste à nouveau quand, en 1974/1975, la patronne et la mère de B. tombent gravement malades, presque simultanément. B. assume alors la double tâche d’infirmière et soigne sa patronne le jour et sa mère la nuit, et ce jusqu’à leurs décès respectifs survenus à quelques mois d’intervalle seulement.
Après la fin abrupte de ce long emploi, B. se sent libérée comme un oiseau dont on aurait ouvert la volière (selon ses propres mots). A soixante ans, elle dispose pour la première fois de sa vie librement de son temps, qu’elle choisit à passer entre autres à la montagne, en pratiquant la randonnée avec ses amies. Elle continue toutefois à consacrer sa vie professionnelle à Dora Neuhaus, plus précisément à sa mémoire et à son legs. Bien que son ancienne patronne lui ait légué une petite maison, B. continue à vivre dans la maison Neuhaus pendant quelques années, conservant et maintenant ainsi l’appartement dans son état d’origine jusqu’à la reconversion du grand appartement bourgeois en musée historique, sous la direction d’Ingrid Ehrensperger-Katz (ouvert au public en 1985, cf. notice Musée Neuhaus). La petite chambre de bonne sous le toit est aussi reconstruite et transformée en pièce muséale. Lors de cette métamorphose, B. fournit tout son savoir-faire et devient une source indispensable pour l’aménagement de l’exposition permanente. En confiant ses souvenirs aux historien·ne·s et aux conservatrices, des enregistrements de ses récits son créés, qui feront partie intégrante de l’exposition. B. est également aux petits soins de l’équipe du musée, pour laquelle elle prépare quotidiennement des quatre-heures. Après l’ouverture du musée, elle s’engage en tant que surveillante et médiatrice, donnant des cours de cuisine historique et des visites commentées, qui sont très appréciées par les enseignants de la ville. En 1991, B. milite pour un « oui » lors de la votation en faveur de la rénovation et de l’agrandissement du Musée Neuhaus.
En 2010, Ingrid Ehrensperger-Katz publie un ouvrage sur la vie de B. : Die Magd und ihr Fräulein. Lina Beck – Dora Neuhaus.
Auteur·trice du texte original: Kiki Lutz, 26/08/2022
Bibliographie
Bieler Tagblatt, 7 décembre 1968 ; 13 juin 1989
« Lina Beck: ein Leben als Magd », in SRF, 17.03.2020, https://www.srf.ch/radio-srf-musikwelle/radio-srf-musikwelle/lebensgeschichte/lina-beck-ein-leben-als-magd (consulté le 15.04.2022)
Ingrid Ehrensperger-Katz, Die Magd und ihr Fräulein. Lina Beck – Dora Neuhaus. Die Geschichte einer Annäherung, Museum Neuhaus, 2000
Ingrid Ehrensperger-Katz et al., Das Museum Neuhaus in Biel, Schweizerische Kunstführer GSK, Bern 1995, p. 14
Journal du Jura, 25 avril 1983 ; 16 décembre 1985, 22 mai 1991 ; 27 novembre 1995 ; 13 juin 1998
Suggestion de citation
Kiki Lutz, «Beck, Lina (1915-2012)», Dictionnaire du Jura (DIJU), https://diju.ch/f/notices/detail/1003903-beck-lina-1915-2012, consulté le 05/02/2023.