Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07225.jsonl.gz/1065

Classement thématique série 1848–1945:
V. ÉMIGRATION
Printed in
Messieurs,
J’ai l’honneur de vous remettre ci-inclus une circulaire que j’ai reçue de Messieurs les Commissioners d’émigration nommés par le Gouvernement de l’Etat de New York pour protéger les émigrants arrivant dans ce port. Il serait sans doute utile que cette circulaire fût rendue publique en Suisse dans l’intérêt des Suisses émigrant dans ce pays.2
J’ai dernièrement eu occasion de correspondre officiellement avec Messieurs les Commissioners ci-dessus nommés, pour me plaindre qu’ils n’assistaient pas nos Suisses autant qu’il me semblait ils devraient le faire, en proportion des sommes qu’ils reçoivent, savoir 1 dollar pour chaque Suisse, parce que souvent dans les rapports, les émigrants suisses sont confondus avec les émigrants allemands. Il serait utile, si je pouvais être informé du nombre des Suisses partant du Havre, Anvers et Amsterdam ou plutôt Rotterdam pour New York, et me réfère à cet égard à une des mes précédentes dépêches.3
Vous avez sans doute appris par les gazettes que beaucoup de poussière d’or a été trouvée dans les rivières de la Californie septentrionale, province cédée par le Mexique aux Etats-Unis. Cette circonstance doit faire présumer que dans cette belle province il existe des mines d’or et de plus on sait qu’il y existe aussi des mines de vif argent, et autres minéraux.
Il en est résulté un grand excitement dans nos principaux ports des Etats-Unis, et on calcule que dans ce moment près de 70 navires sont en charge ici et autres ports sur l’Atlantique pour la Californie, portant beaucoup de marchandises et surtout des passagers de toutes nations qui y vont dans le but d’obtenir de l’or et y faire une prompte fortune. Par les dernières nouvelles on apprend que près de 4000 hommes étaient occupés sur les bords de la rivière Sacramento pour creuser et chercher de ce précieux métal. On abandonnait les villes et les campagnes pour courir à cette nouvelle occupation, les matelots mêmes désertaient leurs navires pour ainsi faire fortune.
Il en est résulté que tous les articles de première nécessité y étaient devenus à des prix exorbitants; la farine, par exemple, valait de 200 à 300 francs de France le baril de 200 livres, mais naturellement sous peu de temps on y aura reçu de forts approvisionnements de marchandises de tous genres.
Il est à présumer que le Gouvernement des Etats-Unis tâchera de mettre fin à l’exploitation de l’or faite par des particuliers, les mines appartenant au gouvernement. Mais comment y parvenir, car probablement les soldats qu’on pourra y envoyer déserteront pour s’occuper eux-mêmes de ce métier plus lucratif que celui de porter le mousquet.
On est occupé dans ce moment à Washington pour accorder des privilèges à une compagnie qui propose de construire un chemin de fer, de Chagres à Panama, au travers de l’Isthme de Darien, pour faciliter de promptes communications avec la Californie, au moyen des bâtiments à vapeur, partant régulièrement de Panama pour San Francisco, Californie.
Par cette voie, nous pouvons ici recevoir des lettres de San Francisco dans 30 ou 40 jours.
Il existe à environ 20 à 30 lieues de San Francisco une colonie suisse, à la tête de laquelle est un M. Suter, originaire je présume du Canton d’Argovie. Cette colonie se nomme New Helvetia et est, dit-on, très prospère.
Le temps viendra que nous aurons un chemin de fer de Saint-Louis, Missouri, à nos Etats d’Oregon et de Californie, au travers de ce vaste continent; en vérité qui aurait jamais pu supposer à un pareil aggrandissement de cette grande et heureuse république!
N’ayant pas encore reçu de votre part d’ordres officiels, je continue d’adresser mes dépêches comme par le passé, quoique connaissant les changements survenus en Suisse.4
Tags