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Salvador Dali avait décrété que la gare de Perpignan était le centre du monde. Il avait peint un tableau intitulé «Mystique de la gare de Perpignan» (voir ci-dessous).
Pendant longtemps la Terre fut considérée comme le centre de l’univers et l’espèce humaine comme le sommet de la création.
Dans le même ordre d’idée l’individu pense d’abord à partir de soi et se définit comme un «Moi», une entité organisée qui regarde le monde et se différencie de ce qui l’entoure, et comme un «Je», soit la même entité qui interagit avec le monde. Mais parler de soi n’est pas toujours facile ni simple, ni bien vu. Le langage comporte de nombreuses expressions illustrant cette relation difficile à soi et l’une des plus célèbres est peut-être celle du penseur Pascal:
- Le moi est haïssable.
On trouve dans la philosophie et la spiritualité des injonctions à ignorer le moi, qui serait un ennemi. On dit péjorativement: «Se prendre pour le nombril du monde» à propos d’une personne parlant de soi ou se mettant en valeur d’une manière qui déplaît à d’autres. Se regarder le nombril: n’est-ce pas pourtant un fait commun à tous les humains? Et n’est-ce pas normal de parler de soi plutôt que des autres, de développer une estime de soi plutôt qu’une haine de soi ou une soumission aux autres?
Dire «Je» c’est exister là où l’on est, comme on est. «Je pense que» indique bien qu’il s’agit d’une vision personnelle, c’est-à-dire limitée, relative et incomplète. Donc honnête et ouverte.
Ceux qui disent «Tu» et oublient «Je» pensent peut-être détenir une vérité indépendante de leur propre personnalité et perception. Ou alors en disant «Tu» il se cachent, évitent le «Je» et son exposition aux autres, donc son risque: risque de la critique, de l’erreur, de la limitation. «Je» est relatif, «Tu» se veut absolu.
J’apprécie qu’une personne dise ce qu’elle pense car je sais que, puisqu’elle dit «Je», le dialogue est possible, j’y ai ma place. Alors que le «Tu» ne me laisse pas d’autre place que celle que l’on m’impose.
Que la manière d’être d’une personne ne plaise pas à tout le monde, quoi de plus normal. Mais je pense que l’on fait fausse route quand on reproche à une personne d’être égocentrique. Car à mon avis nous le sommes tous un peu. Simplement certains le sont d’une autre manière que nous, ce qui nous dérange. Chacun pense avoir raison: début du nombrilisme auquel je crois personne n’échappe totalement. Même douter de soi c’est encore être centré sur soi.
«Ah, si le monde pensait comme moi, comme tout serait plus simple: l’humanité serait parfaite!» pourrait dire celui qui pense être au-delà du "Moi" et de son naturel égocentrisme.