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Ton patron est aussi le proprio. Avec des copains, il a dépensé 5 milliards de francs pour acheter Chelsea mais ce n'est pas demain la veille que tu le verras dégoupiller des boites de ravioli: sa fortune est classée parmi les plus grandes au monde (637e selon Forbes).
Il s'appelle Todd Boehly. Son métier, c'est «investisseur» (un bien joli métier). Sa spécialité: le baseball. Mais depuis quelques mois, depuis qu'il a viré tout le monde, il fait directeur technique. Il vient du Maryland où le football se joue avec des gants et un casque de pompier? Un culturiste autrichien est bien devenu gouverneur de Californie.
Le boss te convoque et te demande de jouer en 4-4-3. Tu crois que sa langue a bédé mais tu as bien entendu: il te réclame 12 joueurs sur le terrain (version démentie par Chelsea mais maintenue par Bild). Tu le prends pour un boloss. Tu n'insistes pas mais tu commences à comprendre qu'il a eu son diplôme de technicien dans une pochette Happy Meal.
Ton patron te reconvoque et te dit qu'il veut engager Cristiano Ronaldo, le BG de la pub KFC. Tu sens bien que Todd a regardé le classement du Ballon d'or sur Wikipedia et qu'il a des stars dans les yeux. Là, tu te fâches carrément. Très fort et tout rouge; bien que tu sois plutôt freluquet et blafard - «taillé dans un casse-croûte de bal musette», comme dirait Favard.
Tu rétorques que Ronaldo détruira «l'état d'esprit du vestiaire» (toujours selon Bild), il t'écoute, il te dégoûte, tu devines un petit «ok» entre les fissures de sa mâchoire serrée, mais tu sens bien qu'il te prend pour un homme coincé, perclus de raideurs provinciales.
Pour finir, tu passes ton temps au téléphone à rouspéter, à le dissuader d'engager tous les tocards qu'on lui présente comme les fils cachés de Michael Jordan (pour le dribble) et de Sharon Stone (pour le jeu de jambes). Tu voulais Matthijs de Ligt, Raphinha, Frenkie de Jong et Presnel Kimpembe. Tu as voulu voir sa sœur et tu as vu sa mère: le bo(lo)ss lâche 70 millions de livres pour un défenseur de 21 ans (Wesley Fofana), 60 autres pour un poney sauvage espagnol que Transfermarkt devise à 25 millions (Marc Cucurella).
Tu es convoqué à des réunions interminables puis à toutes les tables, au petit-déjeuner, au déjeuner et à dîner. Tu es fatigué de faire le canard. Tu as une équipe à préparer, tu rentres tard, alors tu envoies ton agent aux séances. Le patron n'apprécie pas du tout. Tu trouves sa gestion «difficile, parfois déroutante et incroyablement frustrante» (The Athletic). Le problème, c'est que tu ne peux pas aller te plaindre au proprio.
Todd Boehly finit par claquer 287 millions et tu reçois un seul des joueurs que tu avais demandé, le moins cher (Pierre-Emerick Aubameyang, 15 millions). Ton patron ergote, ton équipe péclote, tu bois du thé vert et te voilà à bout de nerfs.
En fait, tu t'accroches. Mais ton patron t'a déjà lâché. Le poucave commence à te découper dans la presse, il te décrit comme un «cauchemar à gérer» (The Athletic), un râleur pathologique, carrément méchant, jamais content. Il raconte tes embrouilles au Borussia Dortmund et au PSG où, déjà, tu n'allais plus aux séances, où tu refusais de partager la même salle que tes directeurs sportifs, des nuls, des fiers, et des maquignons.
Les articles dans le Sun racontent que tu n'étais pas cohérent: une fois où tu ne voulais pas d'un No 9, une fois tu le réclamais à grand cri. Ils disent que tu n'as pas adressé la parole à un joueur pendant toute une année, sans oublier ceux que tu n'estimais pas beaucoup ou que tu n'alignais plus du tout. Plusieurs ont cherché à te fuir (Romelu Lukaku, Timo Werner, Callum Hudson-Odoi, Hakim Ziyech et Christian Pulisic), les trois premiers ont réussi et s'en morfondent aujourd'hui.
On susurre que tu as changé, surtout depuis que tu as quitté ta femme «après une idylle (réd:?) de 13 ans» pour une jeunette qui te tourne la tête. Ton patron ne te parle plus parce que l'affaire est entendue. Mais toi, tu fais la sourde oreille.
Un beau matin, tu apprends par téléphone que tu es viré. Après ton centième match à Chelsea. Après avoir ramené une Ligue des champions, une Supercoupe d'Europe et une Coupe du monde des clubs. Après avoir quasiment conduit le bus et payé les collations quand le club était sous séquestre du gouvernement anglais, confisqué à l'ancien proprio Roman Abramovitch, celui que l'on décrivait comme un patron cruel et criminel («avec moi, ce sera différent», avait promis le brave Todd).
Officiellement, le patron t'a expliqué que c'était «le moment de changer». Que tu ne semblais «pas partager la même philosophie», et il avait besoin d'en être sûr. Tu es remplacé dès ce mercredi, pour la venue de Salzbourg en Ligue des champions, par Graham Potter. Tu es «dévasté», selon tes mots. Tu en voulais encore. Tu respectes la décision (d'accord, d'accord). Mais dois-tu pour autant respecter un patron qui n'y connaît rien au foot?
La cérémonie du tirage au sort de l'Euro 2024, samedi à Hambourg (Allemagne), a été perturbée par un fait pour le moins inhabituel. Des bruits de gémissements se sont fait entendre, provoquant des réactions dans l'assemblée. Un sourire gêné pouvait être aperçu sur le visage de Brian Laudrup, qui venait de tirer la Suisse, quand le présentateur Giorgio Marchetti, visiblement irrité, demandait à ce que cela cesse. Un gros plan sur David Silva, embarrassé, rendait la scène malaisante.