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26/07/2012
Sorcellerie à Samoëns
Ma mère, Gisèle Mogenet, a récemment fait paraître le procès complet de membres de la famille poursuivis pour sorcellerie en 1682. Cela s'appelle simplement: Un procès en sorcellerie. Les pièces du procès ont été retranscrites et traduites (beaucoup étaient en latin). Les deux fauteurs de troubles étaient Ayma Riondel, veuve de Claude Mogenet, et son fils, Joseph Mogenet. Dans un premier temps, ils ont été condamnés au fouet et au bannissement perpétuel, mais comme ils sont revenus en Savoie (ils avaient été expulsés en France), ils ont été repris par la justice. En fuyant, la mère est tombée sur des rochers, et s'est ouvert le crâne; elle en est morte la nuit suivante. Quant au fils, il a été condamné aux galères (le duc de Savoie gardait sa flotte dans la rade de Villefranche-sur-Mer, dans le comté de Nice).
Ils étaient accusés de diverses choses fantastiques. La mère en particulier était réputée transformer les gouttes d'eau en grêle grâce à un bâton enduit de graisse. Le fils était regardé comme pouvant se changer en loup. On disait des deux qu'ils participaient à des fêtes de sorciers au cours desquels on en voyait qui sautaient depuis de prodigieuses hauteurs sans se faire mal. La justice du Souverain Sénat de Savoie se ridiculise malheureusement en n'ayant comme témoins que des enfants.
Ce qui est certain est qu'Ayma Riondel profitait de sa réputation de sorcière pour se faire craindre des habitants, ou leur donner de faux espoirs. Elle a prétendu un jour pouvoir ramener un enfant enlevé par les loups. (Car cela arrivait; on a beau dire le contraire, je l'ai lu plusieurs fois dans de vieilles chroniques.) Naturellement, on ne retrouva pas l'enfant: seule sa chemise ensanglantée réapparut. Ce fait terrible déclencha le procès. Lors de l'arrestation, Ayma fut trouvée nue dans le même lit avec son fils également nu...
Ils furent soumis à la question, niant aucune sorcellerie.
Le raisonnement du procureur est assez filandreux: il s'appuie sur des autorités consacrées pour certifier que la graisse du bâton servant à créer de la grêle est forcément tirée d'enfants morts! On en tirait qu'Ayma avait pu en immoler avec l'aide de son fils transformé en loup, ou de loups avec lesquels elle communiquait...
Bref, une triste histoire. Mais qui plonge dans l'atmosphère d'une époque et d'un lieu.
Ma mère n'a pas voulu commenter, laissant le lecteur tout découvrir par lui-même. Elle n'a pas voulu synthétiser non plus, de sorte que les questions posées lors des interrogatoires reprennent mot pour mot les témoignages effectués au préalable, et se répètent d'un interrogatoire à l'autre; comme en plus les accusés nient presque tout en bloc, cela aurait pu être allégé.
Un officier profite de son voyage de Chambéry à Samoëns pour faire un rapport amusant sur la ville de Cluses, qui alors était très pauvre: le détail des impôts perçus par elle apparaît. Les édifices publics tombent tous en ruine!
Un livre pittoresque.