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Son origine
Le site de Salanfe est un cirque glaciaire d’une surface totale de 21 km² situé à une altitude moyenne de 1896 mètres. Son bassin versant de 18,4 km² fut creusé par l’imposant glacier de la Tour Sallière durant la période du Würm (120 000 à 12 000 ans avant notre ère). Après le retrait de la glace, le fond fut occupé par un lac puis peu à peu comblé par les grandes quantités d’alluvions arrachées aux parois. Le plateau est ouvert sur plus de trois kilomètres à l’est en direction de la plaine du Rhône et est bordé par les Dents-du-Midi au nord (3257 m.), par la Tour Sallière à l’ouest (3220 m.) et par le Luisin au sud (2786 m.). Quatre cols permettent d’y accéder : le col d’Emaney (2462 m.), le col de la Golette (2469 m.), le col de Susanfe (2494 m.) et le col du Jorat (2212 m.). L’accès principal se fait par le vallon de Van et ses villages éponymes.
La première mention connue de Salanfe date de 1306. Dans un parchemin muni du sceau aux armes de la Savoie et conservé aux archives de l’abbaye de Saint-Maurice, on lit : « Ulrich Borcard, de Saint-Triphon, et Jean de Villars, d’Ollon, procureur de François de Bex, prétendaient détenir un dixième des redevances en fromage et un septième des redevances en sérac dans la montagne de Salanfe et d’Evionnaz ». Dès cette période déjà, l’alpe de Salanfe fut le théâtre de nombreux différends et procès entre Salvan et les seigneurs savoyards des vallées voisines. Puis plus tard entre la population de la même commune, l’abbaye de Saint-Maurice et les autres communes détachées du domaine de ce monastère. Les désaccords se poursuivirent durant toute la période de l’occupation bernoise. Le territoire de Salanfe est sous la juridiction de la Commune d’Evionnaz depuis 1919 et l’alpage est la propriété des quatre bourgeoisies d’Evionnaz, Vérossaz, Saint-Maurice et Massongex.
La vie à Salanfe
On trouvait autrefois à Salanfe trois groupes de maisons rassemblées et alignées sur un même plan : la Barmaz, Sottion et la Confrérie. Composées de vingt-cinq chalets et d’une trentaine d’écuries, toutes ces constructions étaient des bâtisses classiques édifiées dans les Alpes aux XVIIe et XVIIIe siècles. À un ou deux étages, les murs étaient érigés en pierre, l’intérieur en bois, la couche en foin et les larges toits à double pente et à faible inclinaison recouverts de pierres de schiste. Construites à peine visibles sur le versant sud des Dents-du-Midi, les chalets, les granges et les écuries étaient de dimensions diverses. Les vachers qui y montaient depuis les villages voisins y estivaient à peine deux mois, du milieu du mois de juillet à la mi-septembre. On comptait dès lors jusqu’à 900 têtes de bétail qui pâturaient jusque dans le vallon voisin de Susanfe. Le travail des pâtres consistait à traire leurs bêtes deux fois par jour et à fabriquer le fromage.
Mais l’histoire du plateau sera bouleversée dès 1947 par la construction du barrage de Salanfe. Progressivement, les chalets furent immergés entiers et disparurent peu à peu sous la montée des eaux. D’autres bâtiments connaîtront une destinée différente puisqu’ils seront abandonnés et laissés progressivement à l’état de ruines.
Aujourd’hui on peut encore apercevoir, à gauche du lac, les restes des fondations d’une grange, d’une écurie et de quatre petits chalets. Ces vestiges font partie des chalets du groupe de la Confrérie. Sur le mur d’un de ceux-ci, on peut remarquer l’emplacement de perforations qui devaient permettre, grâce à un escalier probablement en bois, l’accès à l’étage supérieur.
En 1889, un alpiniste décrit la veillée du 12 septembre (« L’Écho des Alpes », 1899, numéro 7, page 250-251), le dernier soir avant le départ pour la plaine, l’ambiance dans les chalets de Salanfe :
« Vers un détour, un autre village de chalets est là, se groupant au pied des pentes de la Dent du Midi. La lune le frappe en plein, sa lumière court sur les toits inclinés ; il fait jour, ici, au milieu de la nuit. Un ruisseau sépare ces chalets de la grande plaine, au bord de laquelle pointent çà et là sur le gazon sombre, des rocs blancs, gris, noirs, roux. Ce sont ces rocs qui sonnent, clochant la tête, bonnes grosses vaches, gentilles génisses accroupies. Au beau milieu du troupeau dormant, quelques lutins s’agitent, courent et reviennent. Ce sont de jeunes bergers qui, comme des Parisiens, ma foi ! font de la nuit, le jour. Ils jouent aux quilles, au clair de la lune. Notre arrivée ne les émeut pas ; et pourtant il est 10 heures du soir et la plaine de Salanfe n’est pas un boulevard cosmopolite. Sans surnaturel, nous sommes enchantés.
— Ohé ! Les garçons ! Où sont les gens ?
— Là, Monsu.
Ils montrent un chalet que nous allons ouvrir : Tableau. Le pauvre intérieur est devant nous avec ses parois de bois, vieux mélèze ou sapin brun, rouge, noir ; des poutres enchevêtrées encadrent les petites portes du cellier, du fromager, de l’écurie et vont tout droit soutenir la poutraison du toit sous laquelle s’ouvrent des profondeurs noires et mystérieuses, les fenils vides. Le bas du chalet est illuminé, comme par un incendie, par un grand feu flambant. Plus de chaudière sur le brasier, plus de fromage à faire ; c’est la dernière flambée, c’est la dernière veillée, c’est la dernière nuit. Demain, à 4 heures, avant le jour, tout partira et pour longtemps. Mais que de monde dans cette solitude ! Plus de trente montagnards sont là, hommes et femmes, pauvrement vêtus, qui sur les trépieds, qui sur les tapeculs, qui sur les bancs, sur les tables, sur les échelles, plus haut sur le bord des fenils, les jambes pendantes, tous assis, tous immobiles, tous silencieux en nous voyant.
— Bonsoir, la compagnie.
Un écho frémit autour du chalet ; Bonsoir… Bonsoir… Bonsoir. Puis le silence reprend tout. Pas une de ces statues n’a bougé ».
Une « mystérieuse » croix
Aujourd’hui, sur le plateau de Salanfe, se trouve une croix en pierre flanquée à sa base d’une roche polie et gravée d’un texte à peine lisible. Dressée à l’origine sur un petit promontoire à proximité de l’ancien hôtel de la Dent-du-Midi, elle se trouve aujourd’hui proche de l’actuelle auberge. Elle fait face à la montagne qui fut la raison à son édification, la Tour-Sallière.
Le 26 juillet 1913 en effet se produisit un drame qui provoqua un émoi considérable dans toute la région. Un accident tragique qui sonna jusque dans la presse internationale. Trois jeunes étudiants parisiens, Paul Boudin, Marcel Gélinier et Jean Barthélemy, périrent après une chute de près de 600 mètres sur la paroi presque verticale du « Grand Revers ». C’est en mémoire de ce tragique événement que la famille de Jean Barthélemy fit ériger une croix élevée sur la rive droite de la plaine. Jusque dans les années quarante, elle viendra en pèlerinage de Paris à Salanfe déposer des fleurs et faire célébrer un culte. Afin de maintenir le souvenir, le monument fut déplacé lors de l’inondation du plateau au moment de la construction du barrage.
Voir le récit complet donné dans « L’Écho des Alpes » du 27 juillet 1913 par Louis Délez, guide et tenancier de l’hôtel de la Dent-du-Midi.
Une tranquillité bouleversée
Afin de répondre à la demande croissante d’énergie électrique en Suisse, on construit à l’aube du XXe siècle de nombreux barrages dans les Alpes. À Salanfe, l’histoire de son édification commence le 14 décembre 1917 lorsque la commune de Salvan accorde à Grégoire Stächelin la concession des eaux du torrent de la Salanfe. L’industriel bâlois souhaite alors récupérer l’eau du bassin versant afin de la stocker grâce à un barrage de retenue.
Le projet soulèvera de vives discussions et d’impressionnants mouvements de contestation afflueront de toute la Suisse romande. Le lac artificiel fera disparaître l’un des plus beaux pâturages du Valais, noiera une terre fertile et chassera les paysans établis ici depuis plusieurs générations. Mais le point qui inquiète en priorité est la menace qui pèse alors sur la cascade de la Pissevache. L’affaire est portée jusqu’au Conseil d’État. La concession pour l’exploitation de l’ensemble des bassins de Salanfe et de Susanfe est néanmoins accordée en 1942. Le 6 octobre 1947, la Salanfe SA est fondée par Énergie Ouest Suisse (EOS) et la Lonza. Elle acquiert les concessions des eaux de la Salanfe des communes d’Evionnaz, Salvan et Vernayaz et de la Saufla, dans le vallon de Susanfe, des communes de Champéry, Val d’Illiez, Troistorrents et Monthey. Les travaux débutent en 1949.
À partir de 1950, un petit barrage provisoire permet une première exploitation. Dès 1951, la production de béton se fait sur place dans un bâtiment composé d’une station de triage et de lavage, de silos à gravier et de bétonneuses. Le gravier et le sable sont amenés depuis la gravière « Les Vérets », proche de Van-d’en-Haut, à Salanfe à l’aide d’un téléphérage muni de bennes de 0,7 m³. Le ciment est quant à lui transporté par train à partir des carrières de Roche puis amené à Salanfe à travers le tunnel au départ de Miéville dans la Plaine du Rhône. Peu à peu, le premier barrage est englobé dans le volume de l’édifice définitif et le bassin, tout comme les chalets, granges et écuries, est progressivement inondé.
À Salanfe, le béton fabriqué dans le bâtiment de production est amené sur le lieu de construction à l’aide de petits wagonnets se déplaçant sur une estacade. Il est ensuite chargé dans des bennes d’une capacité d’environ 11 tonnes fixées à de longs câbles suspendus de 610 mètres de portée puis déversé en couches successives au-dessus du barrage. Jour et nuit, ce sont quatre cents ouvriers pour la plupart paysans nord-italiens et Valaisans qui se relayent à Salanfe. Travaillant parfois dans des conditions très difficiles, été comme hiver, leur salaire moyen est de 2,80 frs de l’heure. La construction est terminée en octobre 1952 et la première turbine est mise en service le 1er janvier 1953.
Les eaux amenées dans le lac de Salanfe proviennent des bassins versants de la Salanfe (18,4 km²) et de la Saufla (12,8 km²), un affluent de la Vièze dans le val d’Illiez. Depuis le vallon de Susanfe, la Saufla traverse une galerie percée dans la roche longue de 4140 mètres pour une pente de 0,15 %. L’eau parvenant jusqu’au barrage traverse ensuite une conduite forcée, puis menée à la centrale de Miéville 1473,6 mètres plus bas. La conduite mesure quatre kilomètres de longueur avec une déclivité impressionnante de 43,41°.
Situé à 1925 mètres d’altitude, le barrage hydroélectrique de Salanfe est de type « poids ». Il est composé de quarante-deux blocs de béton de quatorze mètres de large pour un total de 230 000 m³ de matériau. D’une longueur totale de 616,65 mètres, il est composé de la rive droite à la rive gauche de quatre parties rectilignes respectivement de 74, 76, 260,65 et 206 mètres. La largeur au sommet de l’édifice est de cinq mètres alors qu’il est de quarante mètres à la base, la hauteur maximum est de cinquante-deux mètres.
La mine d’or et d’arsenic
Cette mine dite mine des Ottans est située à environ 300 mètres au-dessus du lac de Salanfe, sur le flanc septentrional du Luisin, à 2200 mètres d’altitude. Elle domine le petit lac des Ottans.
Le lac des Ottans se situe dans le Trias. Sous le Trias se trouve le socle cristallin du Luisin. Il s’agit essentiellement d’orthogneiss traversés par deux longues bandes étroites de microgranite. Des calcaires, plus ou moins recristallisés, constituent des filons dans les orthogneiss. C’est dans ces calcaires que se trouve le minerai d’or et d’arsenic.
Le minerai est composé de mispickel et de nombreux autres minéraux. Le mispickel se présente en cristaux prismatiques orthorhombiques ou en masses cristallines compactes parfois fibreuses. Sa couleur est d’un beau blanc argent et d’un éclat métallique vif. Les cristaux sont parfois jaunâtres à la surface. L’or accompagne le mispickel avec une teneur de 40 grammes par tonne de minerai pur.
La mine comprend plusieurs chantiers : Combarosa, Marguerite, Henry, Robert et Confrérie. L’ouvrage principal est le chantier Robert avec un ouvrage souterrain de 520 mètres de longueur, réparti en plusieurs galeries.
Les installations de la mine comprenaient un bâtiment servant de logement et de réfectoire pour une quarantaine d’ouvriers et une petite usine pour le broyage et le traitement du minerai. Une construction abritait un atelier de réparation et un compresseur. Le minerai était sorti de ces galeries à l’aide de wagonnets qui étaient poussés sur des rails. Ensuite, le minerai pur était descendu dans la vallée à dos de mulets.
De 1904 à 1907, cette mine a livré 720 tonnes de minerai dont 331,8 tonnes d’arsenic et 23,8 kg d’or.
L’exploitation fut reprise de 1920 à 1928, une trentaine de kilogrammes d’or et 378 tonnes d’arsenic furent produits.
Dans les années 1980-1990, des forages et diverses analyses laissèrent envisager une reprise de l’exploitation. Mais l’exploitation était devenue trop onéreuse et elle ne fut pas reprise. Mais si l’on extrayait à nouveau de l’or en Suisse, c’est cette mine qui aurait les meilleures chances d’être rouverte.
Aujourd’hui, on observe les ruines du bâtiment et l’accès aux galeries d’une mine qui fut l’une des plus importantes de Suisse pour l’extraction de l’or. En 2001, le Groupe de spéléologie rhodanien (GSR) entreprend la restauration de la Cabane des Mines d’or et d’arsenic et réalise en 2004 un sentier didactique sur le site minier historique.
À l’ouest du sentier, au-dessus de la mine, il y a un ensemble très complexe avec des roches triasiques et du cristallin emballés dans des calcaires et des schistes nummulitiques (source : www.tourduruan.com).
L’accès à l’intérieur des mines est strictement interdit !
l'origine des noms
Des prémices à la fin du 20ème siècle
La cascade de la pissevache
De la montagne de Salanfe à la plaine du Rhône
La "faucille" de la pointe-de-Valerette
Quand la nature donne le signal
Des mesures prises à la Haute-Cime
Une invention née dans le Chablais valaisan