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Le CO2 émis par l’Homme s’accumule dans l’atmosphère, et un quart se dissout dans les océans. Ceux-ci ont absorbé l’équivalent de 600 milliards tonnes de dioxyde de carbone entre 1750 et 2015 (NOAA).
L’eau devient un peu plus acide, comme l’eau gazeuse. Ce changement a des conséquences sur la vie des océans, notamment sur la formation des coquilles de crustacés. Les coquilles sont formés plus difficilement dans une eau plus acide. Cet effet a été étudié en laboratoire et dépend de la quantité de CO2 dans l’eau.
Le Programme International sur l’Etat des Océans a déjà observé de nombreux changements de grande ampleur, dont l’acidification et la diminution d’oxygène dans l’eau.
En 50 ans, le pH des océans est passé de 8.2 à 8.1. Il s’agit du changement le plus rapide de l’Histoire de la Terre, alors que les fossiles montrent que les changements plus graduels avaient déjà un effet visible sur les animaux marins.
Selon le GIEC, plusieurs seuils critiques pour la vie dans l’océan seront dépassés avant 2100: oxygène, acidification, azote, stratification des océans, etc. Si les émissions de CO2 se poursuivent, il y aura moins de vie dans les océans à la fin du siècle.
L’acidification a des conséquences directes sur la formation de coquilles de carbonate de calcium, et elle pourrait empêcher le développement des crustacés, des mollusques bivalves, de coraux, de gastéropodes et de certaines algues.
Une des algues les plus abondantes des océans, le coccolithe Emiliania h. souffre aussi de l’acidification. Dans le Golfe du Lion de la Méditerranée, une des zones marines les plus saturées en acide carbonique, les coccolithes ont changé. Leur poids, passé de 5 à 3.5 picogrammes indique que leur coquille de calcite est beaucoup plus fine qu’avant, ils sont devenus plus petits et, à certains moments, on n’en trouvait quasiment plus. Dans des expériences de culture dans de l’eau acide ces algues développaient une coquille plus fragile. D’autres observations de coccolithes dans les mers actuelles et dans les sédiments ont montré que leurs coquilles s’affinaient avec l’acidification des océans. La perte des coccolithes des océans pourrait provoquer un ralentissement de la fixation de gaz carbonique, et une aggravation de l’effet de serre.
Les coraux sont déjà en grave danger. Au Japon, les récifs du Sud ont connu un épisode de mortalité massive, à cause de la chaleur, et semblent avoir de la peine à se développer plus au Nord, probablement à cause de l’acidité de l’océan.
Les expériences ont montré que les huîtres, les coquilles Saint-Jacques, le corail et les serpules construisent des coquilles plus fines et plus fragiles. L’acidification leur nuit visiblement. C’est encore plus visible chez la palourde, la conque, et l’oursin crayon. Les plus hautes acidités dissolvent les coquilles de ces animaux.
La production d’huîtres a baissé des dernières années. Au large de la Floride, elle chuté de façon dramatique. Les récoltes ont baissé de 100 à 2 sacs (lien). Cela pourrait être dû à l’acidification de l’océan par le CO2 émis par l’Homme et dissous dans l’eau, même si l’eau subit d’autres changements aussi, le réchauffement, la salinité, et peut-être la pollution de l’eau. Cela dit, l’effet de l’acidité de l’eau est visible en laboratoire et dans des ptéropodes marins à d’autres endroits. Les changements dans les fermes donnent la mesure de ceux qui affectent la vie sauvage des océans.
Les scientifiques ont tenté de compenser l’acidité de l’eau en déversant de la soude près des récifs coralliens australiens. En mai 2022, ils ont injecté de la chaux dans la baie d’Apalachicola. Ils ont versé 2000 litres d’eau enrichie en chaux (hydroxyde de calcium), ingrédient de base du ciment. L’expérience a réduit l’acidité et a complexé le CO2. La technique, appelée chaulage de l’océan, a été appliquée par Wade McGillis, ingénieur climatologue de l’Université Notre Dame (Science).
Malheureusement, la fabrication de la chaux à partir de la craie émet actuellement CO2, le gain n’est donc pas garanti. Ce bilan pourrait être amélioré, la fabrication pourrait par exemple être combinée avec des bio-réacteurs d’algues alimentaires ou combustibles. Cet ingrédient est déjà produit en immenses quantités pour la fabrication du ciment, qui est très polluant et devrait être limité. L’utilisation du ciment devrait être fortement réduite et la chaux, déjà produite pour cette industrie aujourd’hui, servirait à sauver le climat. Il faut la racheter.
Les scientifiques souhaitent que ce type d’expériences se poursuive, elle leur semble très utile.
Cette technologie pourrait peut-être pourrait améliorer les perspectives de la vie des océans, et limiter le réchauffement en réduisant le carbone. La technique pourrait être appliquée dans les zones les plus touchées, et les plus riches en vie marine. Au contraire, la géo-ingénierie solaire, qui répandrait des poudres dans l’atmosphère, changerait l’ensoleillement, la météo, et la température, mais laisserait l’acidité des océans augmenter. Je ne suis pas sûre que toutes les conséquences de celle-ci aient été prises en compte.
Il serait donc intéressant que la technique de chaulage des océans soit étudiée par les environnementalistes et les chimistes et qu’ils se prononcent à son sujet. La question de son utilisation à grande échelle se posera bientôt.