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Corinne Desarzens
Aubeterre
1994
Aus: Corinne Desarzens. Aubeterre. 1994
Dora le vit et sursauta. Le dindon, avec la familiarité d'un moineau disproportionné, se tenait perché sur la balustrade rouillée de la basse-cour. Constamment, il se couait la membrane granuleuse qui tombait, moyenâgeuse, en pointe sur son bec et la faisait passer droite, gauche, avec l'agacement plein d'élégance d'une dame arrière. Trop longue, cette membrane. Tricot raté, mauvais calcul, trop gros pen dentif de rubis. L'oeil du dindon, parfaitement rond, se vissait dans celui de Dora. Avec ses caroncules rouges à la base des violacé la dégoûtait. Mais le maintien princier de l'oiseau, variante en noir et blanc du paon a fulgurance de rayon laser vert, la clouait. Dindon pour la ferme, paon pour le château.
L'oiseau restait aussi inconscient du spec tacle que donnait son arrière-train que la mariée menée par son pere l'autel. Deux renflements avantageaient ses flacs, plantés de plumes fières qui se dévidaient avec le bruit sec et sans réplique d'un éventail. Juste dessous, la chair à peine devinée lui donnait une opulence luisante, allongeait une claque soyeuse vers celui qui avait l'outre-cuidance de contempler trop longtemps le dindon. L'écharpe chair a pustules retombait une fois encore. La tête seule provoquait le déclic. Un tremblement animait alors le bec d'où sortait un gloussement modulé dans lequel y avait de la douleur, interrompu par un pouics d'une stridence sans appel. C'était fini.