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L'armée P-26 a beaucoup fait parler d'elle ces dernières années, notamment le musée qui lui est consacré dans un ancien fortifié de l'armée (archives).
KEYSTONE/ALESSANDRO DELLA VALLE(sda-ats)
Les relations entre l'armée secrète suisse P-26 et des organisations analogues à l'étranger dans les années 1970 et 1980 sont enfin rendues publiques. Le Conseil fédéral a décidé mercredi de publier une copie anonymisée du rapport Cornu rédigé en 1991.
Le gouvernement veut contribuer à clarifier les questions historiques et politiques entourant l'organisation P-26, a-t-il indiqué. Rien ne s'oppose aujourd'hui à cette publication du point de vue de la protection des informations et des données.
Le rapport a été rédigé suite à l'enquête administrative du juge d'instruction neuchâtelois Pierre Cornu. Remis au Conseil fédéral il y a 27 ans, classifié "secret", il n'avait pas été publié bien qu'une version anonymisée ait été réalisée.
C'est cette version, destinée à l'époque déjà au public, à laquelle l'accès sera ouvert. Expurgée des contenus jugés dignes de protection, elle a été rédigée en allemand et en français. Aucune traduction en italien n'a été découverte. Le Conseil fédéral répond ainsi aux demandes d'historiens et de journalistes.
L'armée secrète P-26 a été créée en 1979 sans l'aval du Parlement et financée par des fonds publics. Elle a été dissoute en mars 1992.
Conclusions publiées
Selon le rapport, des "organisations de résistance" existaient dans divers pays européens. Les représentants d'organisations de pays de l'OTAN se réunissaient dans des comités internationaux qui n'étaient pas liés organiquement à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord.
La P-26 ne participait pas à ces comités et n'entretenait pas de relations avec eux ni avec d'autres communautés internationales dans ce domaine. Elle a en revanche eu des relations bilatérales avec des services officiels britanniques via notamment la participation de cadres à des cours et exercices réguliers en Grande-Bretagne.
De spécialistes britanniques ont quant à eux participé, en qualité de directeurs d'exercice et d'observateurs, à des exercices des services suisses en Suisse.
Un des comités internationaux a décidé vers 1983 de faire mettre au point, par une entreprise allemande, un nouveau système de transmission destiné à ses membres (projet "Harpoon"). La Suisse a acheté des centrales et des stations de campagne principalement pour la P-26. Au moment de l'acquisition, les responsables suisses pouvaient se douter qu'ils seraient utilisés par les "organisations de résistance" de divers pays de l'OTAN.
Un accord avait été trouvé entre les services suisses et britanniques pour l'installation d'une centrale suisse "Harpoon" dans une base située en Angleterre. Mais la centrale suisse n'y a en fait pas été installée.
Aux Archives fédérales
Un exemplaire de la copie publique ainsi qu'une version intégrale du rapport Cornu sont déposés aux Archives fédérales. Cette dernière reste classifiée "secret" et ne sera pas rendue publique. Conformément à la loi, elle est soumise à un délai de protection de 50 ans, soit jusqu'en 2041.
Le Conseil fédéral s'y tiendra. Il rejette donc une motion de la conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE) qui aurait souhaité un accès à la version non caviardée du rapport. Certaines personnes ayant fourni des renseignements au juge sous réserve de la confidentialité sont encore vivantes et ont droit à ce que leurs informations soient protégées, estime le gouvernement.
En réponse à une interpellation de Cédric Wermuth (PS/AG), le Conseil fédéral a aussi donné des informations sur les relations entre la Confédération et l'association Pro Castellis qui exploite un musée consacré à la P-26 dans un ancien ouvrage fortifié de l’armée à Gstaad (BE).
Un contrat de droit de superficie a été conclu entre Pro Castellis et le Département fédéral de la défense jusqu'en 2065. L’association est tenue d’entretenir l’ouvrage et ne peut l’utiliser qu’à des fins historiques. Du matériel et différents appareils ont été remis à l'association pour donner une image fidèle de l'organisation.
ATS