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23/07/2016
L'éthique est au-dessus des lois
Pourquoi faut-il obéir aux lois ? Faut-il obéir aux lois ? Faut-il résister à certaines lois ? Quelle est la relation entre éthique (légitimité morale) et légalité ? Ces questions fondamentales sont essentielles pour tout individu qui s'interroge sur la politique et la philosophie politique et je vais tâcher de proposer un ensemble d'éléments pour y répondre (au moins en partie).
1. Il paraît évident à chacun qu'il existe des lois (moralement) justes et des lois injustes. L'apartheid, le colonialisme, le goulag, les camps de concentration, l'esclavage, étaient toutes des actions politiques parfaitement légales. Bien que légales (et généralement démocratiquement entérinées), les lois et décisions politiques mettant en place de tels systèmes ne semblent donc pas légitimes. Comme cela n'est visiblement pas la caution démocratique, qu'est ce qui pourrait rendre une loi légitime ? Et bien il me semble que le seul candidat sérieux pour répondre à cette question est l'éthique (la morale). Lorsque nous nous indignons devant une loi et ses conséquences désastreuses, nous émettons un jugement (qui peut être plus ou moins spontané ou réfléchi) éthique se fondant sur des principes (ou des valeurs) éthiques.
2. La découverte des principes moraux qui doivent guider notre action est l'affaire de tous et c'est aussi une question qui intéresse éminemment les philosophes moraux. Il s'agit de trouver les principes moraux (ou les valeurs) qui sont objectivement valables. Pour ce faire, je pense que la théorie utilitariste conséquentialiste indirecte est la meilleure théorie. Je renvoie le lecteur à mes anciens billets s'il souhaite trouver une argumentation en faveur du caractère objectif de la morale, de l'éthique, et s'il cherche une argumentation en faveur de la théorie utilitariste conséquentialiste indirecte (et à l'encontre des théories alternatives comme par exemple le jusnaturalisme ou le déontologisme). Posons donc que nous avons en mains une éthique démontrée objectivement (dans un souci d'ouverture, j'appellerai l'éthique que je pense justifiée éthique de la non agression) et poursuivons.
3. Lorsque nous avons à faire à une loi qui contrevient à l'éthique de la non agression, faut-il la respecter ? Non, une loi qui viole le principe de la non agression est une loi immorale qui n'a donc aucun fondement sur lequel se légitimer. Les lois immorales ne doivent donc pas être respectées (elles n'ont aucun fondement les légitimant). Mais il n'est pas interdit de les respecter pour des raisons de sécurité ou de prudence. Les régimes politiques, démocratiques ou non, répriment, plus ou moins durement, le non respect de leurs lois. Par conséquent, on est généralement amené à respecter bien des lois pour éviter la répression qui pourrait venir sanctionner notre non respect des lois. Il serait idiot de considérer qu'il existe un devoir moral absolu à braver les lois illégitimes. Par exemple, les lois prohibant la consommation de drogues sont profondément immorales, mais ce n'est pas une raison pour un non amateur de drogues de les violer. Il peut par contre être utile de braver des lois illégitimes dans un but purement militant (politique).
Face à la répression qui pourrait suivre la violation d'une loi immorale, la résistance est évidemment un droit (c'est la répression qui est parfaitement illégitime). L'acte de résistance doit toutefois être proportionnée à l'acte de répression (sinon on devient soi-même un agresseur).
4. Enfin, les politiciens au pouvoir qui votent des lois violant le principe de non agression, des lois immorales, doivent être considérés comme éthiquement criminels. Ils sont moralement responsables et condamnables pour leurs actes. La question de la responsabilité des exécutants (police, armée, tribunaux, etc.) et des complices privées (influençant des politiciens en faveur de l'adoption d'une loi immorale) reste un débat à poursuivre. En ce qui concerne la responsabilité des complices privées, il me semble intuitivement qu'ils sont quasiment tout autant responsables que les politiciens au pouvoir. Un autre débat intéressant consisterait à déterminer la responsabilité morale des citoyens votant en faveur de lois immorales lors de votations populaires.
Voilà en quelques paragraphes des éléments d'éclaircissement autour de ces questions.
Je serai en voyage ces deux ou trois prochaines semaines et je risque de ne pas pouvoir publier durant ce laps de temps (là où je vais il n'y a quasiment pas d'accès à internet). Je publierai par la suite, en août donc (sauf si une inspiration incroyable me saisissait avant mon départ).
Bon été !