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Depuis 2020, les besoins humanitaires ont considérablement augmenté. Les crises humanitaires touchent désormais la plupart des continents. Le Global Humanitarian Overview, publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies et probablement la meilleure évaluation factuelle des besoins humanitaires dans le monde, estime qu'en 2024, 46,1 milliards de dollars seront nécessaires pour aider 184,1 millions de personnes dans le besoin par l'intermédiaire de 36 plans d'intervention coordonnés, couvrant 73 pays.
Le financement et l'efficacité sont les défis les plus urgents à relever. La base mondiale des donateurs reste étroite: une poignée de gouvernements fournissent plus de 80% de l'ensemble du financement de l'aide, et le fossé financier se creuse. La communauté humanitaire fait donc de plus en plus appel au secteur privé pour qu'il fournisse des fonds et son expertise afin de trouver de nouveaux moyens de répondre aux besoins humanitaires.
Organisé conjointement par la Commission européenne et la présidence belge du Conseil de l'UE, le Forum humanitaire européen (FHE) de cette année, qui s'est tenu à Bruxelles les 18 et 19 mars derniers, s'est concentré sur le déficit de financement et l'établissement de priorités, ainsi que sur les crises oubliées et les environnements humanitaires fragiles. En réfléchissant aux discussions, voici les trois points clés à retenir de cet événement.
Adopter une approche stratégique de la logistique
Tout d'abord, il est possible d'améliorer l'efficacité des services et du capital en impliquant stratégiquement le secteur privé dans la fourniture de solutions. Les acteurs humanitaires disposent d'une grande expertise pour répondre aux besoins sur le terrain, ainsi que la passion nécessaire pour faire fonctionner les choses dans des contextes extrêmement difficiles. Dans un contexte où la croissance des besoins humanitaires dépasse celle des financements alloués, l'amélioration de l'efficacité sera cruciale.
Historiquement, la chaîne d'approvisionnement humanitaire était considérée comme une fonction de back-office, qui devait être prise en compte plus tard dans le cycle des programmes, bien qu'elle représente 60 à 80% du financement de l'aide humanitaire. Dès à présent, les chaînes d'approvisionnement humanitaire sont désormais considérées comme un levier parmi d'autres pour combler le déficit de financement, et l'impact financier pourrait être massif.
L'innovation financière sur le devant de la scène
Deuxièmement, attirer davantage d'investissements privés peut contribuer de manière importante à répondre aux besoins humanitaires. Chez Lombard Odier, nous avons déjà eu l'occasion de collaborer avec le Comité international de la Croix-Rouge pour concevoir et lancer le Programme d'investissement à impact humanitaire (PHII, également connu sous le nom d'«obligation à impact humanitaire»). A l’occasion du FHE, ce type de réflexion a occupé le devant de la scène, notamment lors d’une table ronde avec le Dr Michael Koehler, l'un des trois ambassadeurs de l'UE chargés du Grand Bargain, David Miliband, président et directeur général de l'International Rescue Committee (IRC), et Michel Botzung, responsable de l'initiative conjointe HCR-IFC sur le secteur privé dans les situations de déplacement, ainsi qu'aux côtés d'autres intervenants.
Il y a quelques années à peine, la question de savoir si de nouveaux modèles favorisant une plus grande collaboration entre les investisseurs privés et les humanitaires sur le terrain étaient réellement nécessaires était vivement débattue. Ce débat a maintenant évolué. Le sentiment que de nouvelles voies d'investissement en capital peuvent contribuer à créer des opportunités économiques dans des environnements fragiles et donc risqués est largement partagé. Nous sommes désormais passés aux questions «comment faire»: en tenant compte de tous les coûts et de la capacité à mobiliser des capitaux, quelles sont les possibilités de réduction des risques les plus efficaces pour rendre l'emprunt moins coûteux dans les contextes fragiles (y compris le développement d'outils tels que les garanties)? Comment développer efficacement la pipeline d’investissement de projets susceptibles d'être financés et ayant un fort impact humanitaire? Quels sont les nouveaux instruments d'investissement utiles, et quels sont ceux qui sont plutôt une distraction, une fois que les coûts et les efforts sont correctement pris en compte?
Poursuivre les opportunités d'innovation transformationnelle «hors des sentiers battus»
Enfin, en réfléchissant au travail présenté au FHE, la bonne nouvelle est qu'il est désormais possible de passer de l'expérience de projets pilotes impactants, mais qui n'ont pas abouti, à une approche plus stratégique pour débloquer l'efficacité de la chaîne d'approvisionnement et stimuler l'investissement privé. Mais cela doit être complété par des innovations supplémentaires.
Par exemple, alors que tous les avions et navires sont équipés de boîtes noires et de transpondeurs, aucune technologie similaire n'a été mise en œuvre à ce jour pour suivre l'impact d'un conflit sur les infrastructures civiles clés telles que les hôpitaux ou les écoles. Les technologies de ce type pourraient apporter une contribution significative dans les scénarios de conflit. Elles permettraient d’établir une responsabilité et une transparence nettement plus grandes, en particulier si elles sont associées à des solutions économiques durables qui réduisent la dépendance des populations à l'égard de l'aide d'urgence au fil du temps, et à la rentabilité accrue des chaînes d'approvisionnement humanitaires ultra-efficaces lors des interventions d'urgence.
En d'autres termes, une tempête est aussi l'occasion de se rééquiper de manière fondamentale. Les discussions de Bruxelles suggèrent que le moment est venu pour les nombreux professionnels talentueux et passionnés du secteur humanitaire, leurs donateurs et organismes de financement, et leurs partenaires d'offrir les solutions nouvelles qu'attendent les millions de personnes dont la vie est bouleversée par un conflit.