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En 2001, Larry Cuban publiait un ouvrage intitulé Oversold and Underused: Computers in the Classroom (Surestimés/surpayés et sous-utilisés: l’ordinateur en classe). Cuban y analysait les usages éducatifs de l’informatique dans les établissements de la Silicon Valley, haut lieu des nouvelles technologies. Dans son enquête, basée notamment sur des observations concrètes tant au primaire qu’au secondaire, voire dans les universités, de l’emploi des ordinateurs fait par les enseignant-e-s, Larry Cuban faisait les observations suivantes:
• plus une discipline est bien placée dans la hiérarchie traditionnelle, plus l’utilisation de l’ordinateur est faible;
• les nouvelles technologies (l’ordinateur comme la radio, la télévision ou le film avant lui) sont avant tout perçues par les enseignants comme des outils de divertissement et sont utilisées surtout en fin de journée;
• du côté des enseignants, Cuban constatait que les technologies restent toujours à la périphérie de l’activité et des apprentissages, elles restent secondaires;
• l’ordinateur ne modifie pas les pratiques enseignantes, les enseignant-e-s les intègrent en fonction de leurs pratiques habituelles.
En ce début d’été 2009, le Conseil général des Landes vient de publier les résultats d’une enquête sur l’utilisation des technologies à l’école. Pour rappel, les Landes est un département pionnier dans l’utilisation des technologies puisque il prête des ordinateurs portables aux collégiens depuis 2001 et actuellement tous les élèves de 4ème et 3ème, et tous les enseignants, en disposent. Enfin l’enquête réalisée par TNS Sofres concernait autant les parents que les élèves, le personnel d’encadrement que les enseignants. Tous y ont largement répondu.
Dans son édition du 15 juillet 2009, le Café pédagogique a répercuté les résultats de cette enquête. En voici les points saillants:
• seulement 3 profs sur 10 estiment que l’ordinateur est utile… pour les apprentissages;
• ce ne sont pas les jeunes enseignants qui utilisent le plus l’ordinateur mais ceux qui sont bien installés dans le poste mais pas proches de la retraite;
• 24% des enseignants ne se servent jamais de l’ordinateur, 54% n’utilisent jamais Internet en classe;
• plus une discipline est bien placée dans la hiérarchie traditionnelle, plus l’utilisation de l’ordinateur est faible;
• l’ordinateur est pratique à condition qu’il maintienne le rapport pédagogique traditionnel;
• des logiciels comme « J’ai vécu au 18ème siècle », qui se prêtent à la pluridisciplinarité et au projet, sont quasiment inconnus;
• l’usage d’internet dans le collège hors des cours est impossible dans les trois-quarts des collèges et le travail à la maison l’ignore royalement;
• ce qui bloque le passage au collège numérique, ce n’est pas l’équipement: c’est la culture scolaire traditionnelle.
Lecteur attentif de Larry Cuban depuis de nombreuses années, je ne suis donc absolument pas surpris par les résultats de cette enquête qui corrèlent les différents travaux réalisés par celui-ci. J’en suis d’autant moins surpris que le trend pédagogique initié tant par les responsables politiques, les décideurs ou les enseignants, voire les parents, tend à enclencher la marche arrière et à se réfugier dans des recettes plus qu’obsolètes.
Il n’y aura donc pas de véritable intégration technologique dans les apprentissages scolaires sans que préalablement s’affirme une volonté claire et ferme de changement de la culture scolaire traditionnelle et que cette volonté se traduise en actes au quotidien de la classe avec et sans technologies. En effet, le cadre actuel explique largement les choix rationnels effectués au quotidien par les enseignant-e-s et que Cuban décrit fort bien d’ailleurs:
«Although information technologies have transformed most corporate workplaces, our teacher’s schedule and working conditions have changed very little. She teaches five classes a day, each 50 minutes long. Her five classes contain at least three different preparations. She has two classes of Introductory Algebra, two of Geometry, and one Calculus class. In those five classes, she sees 140 students a day. She has one period a day set aside for planning lessons, seeing students, marking papers, making phone calls to parents or vendors, previewing videos, securing a VCR or other equipment, and using the school’s copy machines for producing student materials. Our math teacher, like most of her colleagues elsewhere is a very busy person who could use rollerblades as she tries to meet all of her »
Larry Cuban, So much high-tech money invested, so little use: how come?
Pour modifier cette situation, les solutions ne résident pas directement dans les technologies ou les aides à leur utilisation. Dans le même article, Larry Cuban en évoquait deux
• Reduce class size to 20 students in a class, and to 15 in high-poverty areas.
• Decrease the current teaching load of secondary school teachers from five classes a day to four and increase the time for teaching from 50-minute periods to 100-minute periods.
Certainement pas très populaire et coûteux, mais«making changes in what teachers do in their classrooms requires paying attention to the daily workplace conditions» («opérer des changements dans ce que les enseignant-e-s font dans leur classe requiert d’accorder une attention toute particulière sur leurs conditions de travail au quotidien»).
Prolongements:
Outre l’article du Café pédagogique déjà mentionné qui vous renvoie aux documents de l’enquête, vous pouvez lire «Un collégien, un ordinateur portable»: une enquête des Landes qui démontre que les profs constituent un facteur de résistance! par Mario Asselin et deux billets de Bruno Devauchelle: «Etats d’âmes dans les Landes» et «Changements en éducation : le cas des Landes». Vous pourrez aussi compléter votre connaissance de Larry Cuban à l’aide de cet interview (.mp3)
L’article accompagnant cet interview: «Interview with Larry Cuban, Author of “Oversold and Underused: Computers in the Classroom» par Steve Hargadon.