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En voyant des images de Kecak pour la première fois dans le film Baraka*, nous avons spontanément pensé à une danse traditionnelle ou cérémonie religieuse au fin fond de quelque forêt vierge à l’apparence inexplorée. Nous sommes alors abasourdis de trouver le même genre d’images sur les cartes postales vendues aux quatre coins de Bali. Comme d’habitude, nous aspirons à dénicher le spectacle traditionnel loin des nuées de touristes, à être traités en exceptions, en privilégiés. Et finalement nous nous sommes trouvés un peu prétentieux pour des gens qui atterrissent sur l’île la plus touristique de toute l’Indonésie. Comme nous avons bien fait de nous « résigner »! En arrivant devant le bureau du centre culturel Arma, nous apprenons que les danseurs exécuteront le soir même un spectacle particulier en raison de la pleine lune. Le vendeur, tout en enregistrant nos réservations, nous tend une feuille explicative sur la performance à laquelle nous allons assister:
La bataille entre Subali et Sugriwa
Il était une fois deux frères braves et courageux. Un jour, le Dieu Indra leur demanda de tuer le géant Mahesa Sura en leur promettant la déesse Tara en guise de récompense. Mahesa Sura vivait dans une grotte. Subali y pénétra et son frère Sugriwa l’attendait à l’entrée avec la consigne suivante: si l’eau de la rivière qui sort de la grotte est mêlée de sang rouge, cela voudra dire que le géant a été tué. Mais si l’eau est mêlée de sang blanc, ce sera le signe que Subali n’a pas survécu.
Subali réussit à tuer le géant en frappant sa tête contre le mur de la grotte. Cependant, Sugriwa constata que l’eau de la rivière était devenue un mélange de sang rouge et blanc et conclut que son frère aussi bien que le géant Mahesa Sura étaient morts. Il ferma l’entrée de la grotte à l’aide d’une grosse pierre, et s’en alla vers le Dieu Indra pour recevoir sa récompense, la déesse Tara.
Subali réussit à sortir de la grotte mais ne trouva pas son frère Sugriwa. Quand il réalisa que son frère avait obtenu la récompense, il se mit très en colère et une guerre éclata entre eux. Sugriwa se perdit dans la forêt et rencontra Sang Rama qui cherchait sa femme Sinta. Ce dernier l’aida à combattre Subali, et Sugriwa regagna ainsi sa déesse.
A 19 heures, installés devant un majestueux temple hindou, nous apercevons quelques rayons de lune qui filtrent à travers les branches des arbres environnants. L’éclairage s’éteint soudainement, laissant la place à une cinquantaine de danseurs de tous âges, équipés de torches, qui envahissent la scène dans un bourdonnement de « tak tak tak ». Deux groupes de danseurs s’affrontent, dans un premiers temps au son de leurs voix, puis, au fil de l’intrigue, à l’aide de différents outils pyrotechniques de plus en plus impressionnants. Les deux frères se combattent avec des branchages incandescents, ils éteignent les torches à mains nues, se noircissent le visage de cendres, s’effraient par des espèces de rugissements félins.
Alors, grosse industrie à touristes? Un peu quand même. Au milieu de la bataille finale entre les deux frères ennemis, l’un d’eux s’approche des spectateurs, choisit un cinquantenaire japonais dans l’assistance et le presse de prendre part au face-à -face. On frise le tour organisé, sans compter la suggestion faite par notre vendeur de billets de terminer la soirée au restaurant d’en face.
Beaucoup d’histoires différentes gravitent autour de cette danse et de son origine. Selon de nombreuses sources, il s’agirait à la base d’une cérémonie rituelle de transe qui aurait été transformée par le peintre et musicien allemand Walter Spiess dans les années 30. Il y aurait intégré de la danse traditionnelle de guerre balinaise, mais aussi sa touche européenne. Les histoires, les costumes, même les chants ont été modifiés depuis cette époque là pour créer l’oeuvre artistique actuelle. Alors, que serait le Kecak sans touristes? /Viraj
*un extrait du film Baraka: