Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06905.jsonl.gz/522

Menu principal :
Pierre Dubochet | 1er mai 2014
L’OMS écrit un vigoureux plaidoyer pro nucléaire et invente le concept de «réponse anormale» destiné aux opposants
L’OMS écrit un vigoureux plaidoyer pro nucléaire
Depuis sa fondation le 7 avril 1948, l’OMS joue le rôle de chef de file dans les domaines essentiels pour la santé. Elle «fixe les priorités de la recherche et incite à acquérir, appliquer et diffuser des connaissances utiles, elle fixe des normes et des critères, […] définit des politiques conformes à l’éthique et fondées sur des données probantes, elle surveille la situation sanitaire et évalue les tendances en matière de santé». La Fédération Mondiale de la Santé Mentale (WFMH) est fondée la même année.
Dans les années cinquante, la presse tient un véritable hymne à la science atomique. Les essais des bombes à l’étranger sont l’objet de commentaires enthousiastes. En Suisse, en France, le gouvernement encourage la production électronucléaire et lui donne une base légale. L’industrie prépare la révolution atomique, mais une partie de la population est très réticente et pourrait retarder la mise en œuvre des centrales.
En 1958, l’OMS publie un document intitulé «Questions de santé mentale que pose l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques», qui deviendra le rapport 151. «La révolution industrielle du XIX siècle a beaucoup contribué au bien-être de l’humanité, dit-elle en préambule, pourtant elle n’a pas été exempte de conséquences fâcheuses, entraînant notamment diverses maladies physiques et mentales».
L’OMS rappelle les dangers des radiations, puis oriente son discours sur la santé mentale, qui est «l’absence de trouble du psychisme» ou un «bon moral», ayant à voir avec «l’harmonie des relations interpersonnelles». On lit dès les premières pages de ce rapport sur l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques qu’il «existe des personnes – parfois même parmi celles qui occupent les situations les plus en vue – dont le comportement n’est pas entièrement exempt de réactions qui en raison de leurs motivations affectives inconscientes, constituent des réponses anormales».
Cinquante ans plus tard, l’OMS emploie le même concept de réponse anormale à propos des gens qui se plaignent des champs électromagnétiques. Elle cherche à attribuer partiellement leurs symptômes «à des maladies psychiatriques préexistantes, ainsi qu’à des réactions de stress résultant de la crainte inspirée par les éventuels effets sur la santé des CEM, plutôt que de l’exposition aux CEM elle-même», dans son communiqué de décembre 2005.
La maîtrise de l’information, par l’omission et le mensonge, se dessine.
Haut de page