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Description
Sous le terme « Eaux courantes » sont cartographiés tous les milieux aquatiques traversés par un courant d’eau. Cela comprend aussi bien les larges étendues d’eau à l’écoulement régulier, comme le Rhône ou l’Arve, que les rivières, canaux et ruisseaux de dimensions plus modestes et à régime hydrologique* plus variable. Peu d’espèces étant capables de se maintenir dans de telles conditions de stress mécanique, les groupements présentent une diversité spécifique généralement pauvre. La végétation aquatique vasculaire ne tolère pas de courants trop rapides et tumultueux, et est ordinairement absente des cours d’eau à caractère torrentiel (ex. Arve, Allondon). Dans ces eaux vives et relativement fraîches, des végétations muscinales* forment généralement des tapis recouvrant les galets, rochers, racines et troncs d’arbres. Dans des conditions de courant plus favorables, des végétations vasculaires enracinées adoptant une forme spécifique, dite rhéophile* (rhéo = courant, phile = qui aime), sont parfois présentes (plantes allongées, disparition des feuilles flottantes, perte de la capacité de reproduction sexuée ou floraison discrète).
Selon la vitesse et la régularité de l’écoulement ainsi que la qualité physico-chimique des eaux, la carte cantonale des milieux regroupe à l’échelle du 1: 5’000e les variantes suivantes :
- les végétations aquatiques vasculaires enracinées du Ranunculion fluitantis occupent le lit profond ou les bordures des grands cours d’eau à écoulement régulier1 comme le Rhône (dernier exutoire de bassin versant* sur le canton). Elles sont dominées par des végétaux solidement enracinés dans les sédiments dont les tiges souples ondulent librement dans le courant1 . Le Rhône genevois est toutefois un système fortement anthropisé* qui abrite des associations végétales appauvries7 . En effet, l’artificialisation* des rives suite à la construction des trois barrages du Seujet, Verbois et Chancy-Pougny, ainsi que les variations de niveau et de débit liées à la production d’hydroélectricité sont des facteurs défavorables pour la végétation aquatique7 . L’espèce largement dominante est le potamot pectiné (Potamogeton pectinatus)9 caractéristique et seule représentante dans le fleuve d’une association propre aux grands cours d’eau des plaines : le Sparganio-Potametum pectinati. L’espèce est présente sous sa forme rhéophile*, c’est-à-dire qu’elle adopte un faciès robuste et très allongé (jusqu’à 3 m) dans les parties centrales du fleuve (P. pectinatus fo. interruptus). Elle est accompagnée du myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum) qui a également un système racinaire suffisant pour résister à la force du courant. L’élodée de Nuttall (Elodea nuttallii), espèce invasive*, est encore fréquemment rencontrée bien qu’elle soit en nette régression depuis 20037 .
- les bordures vaseuses peu profondes du Rhône et la partie centrale des petits cours d’eau à écoulement lent et régulier, à pente faible, sont parfois colonisés par des taxons caractéristiques d’associations appartenant aux Potamion pectinati, Charion fragilis et Nitellion syncarpotenuissimae.
Il est également possible de rencontrer à nouveau le potamot pectiné9 mais sous sa forme stagnophile* (stagno = étang, phile = qui aime) plus petite et délicate (
Potamogeton pectinatus fo. scoparius) et d’autres espèces pionnières dont le système racinaire est moins développé comme la zannichellie des marais (Zannichellia palustris)9, le potamot de Berchtold (Potamogeton berchtoldii)9, et quelques characées comme Chara globularis9, Nitellopsis obtusa7, 9, Nitella mucronata (observée dans la Seymaz de 2007 à 2011)10 ou encore Nitella opaca (Eaux-Chaudes)10.
- les berges et anses calmes des petites rivières ainsi que le lit peu profond des ruisseaux, chenaux et fossés sont colonisées par des végétations supportant le courant et les variations de niveau d’eau, à savoir des plantes aquatiques amphibies (Callitricho-Ranunculetalia)9 . Ces unités peuvent, selon la hauteur du marnage*, entrer en contact avec les végétations des rives d’eau courante (Nasturtio-Glycerietalia) sur les bordures plus régulièrement exondées*. Au centre des petits cours d’eau non pollués, aux eaux claires, à la température fraîche et stable (origine phréatique), pauvres en nutriments (oligo- à mésotrophes*), le groenlandia serré (Groenlandia densa fo. submersa)9 forme le Groenlandietum densae. La berle dressée (Berula erecta)9 occupe aussi les berges et le lit des petits cours d’eau frais non pollués, souvent en situation forestière, comme le long de la Versoix (Beruletum submersae). Elle côtoie ainsi sur les berges sa forme terrestre évoquée dans la fiche végétations des rives d’eau courante (Apio nodiflori-Beruletum erectae). En situation moins profonde (entre les hautes et moyennes eaux) et plus riches (eaux méso-eutrophes*), la callitriche des étangs (Callitriche stagnalis)9 et la callitriche à fruits élargis (Callitriche platycarpa)9 peuvent venir s’ajouter à la végétation aquatique (Veronico-Callitrichetum stagnalis et Veronico-Callitrichetum platycarpae). La véronique beccabunga9 (groupement à Veronica beccabunga) peut former des tapis monospécifiques* en situation pionnière*. Elle est remplacée par la glycérie à feuilles pliées9 (Glycerietum notatae) en situation plus eutrophe* et par atterrissement*. Le cresson d’eau (Nasturtium officinale)9 forme des tapis monospécifiques* dans les fossés mésotrophes* (Nasturtietum officinalis).
Où observer
Quand observer
Identité
Profil
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|2.9||4.5||5|
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|0.7||2.9||3.9|
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|1.9||2.8||3.9|
|Minimum||Moyenne||Maximum|
|2.5||4.3||5|
|Value|
|1|
Le saviez-vous?
Valeur biologique
Le réseau hydrographique du canton présente une longueur de 330 km et est constitué de plus de 219 cours d’eau8 (nants, canaux, ruisseaux, rivières et Rhône). Ce réseau facilite, dans une certaine mesure, la dispersion de la flore en charriant les graines d’amont en aval. Et bien sûr, il sert d’habitat, de refuge et de couloirs de déplacement à la faune. C’est, par exemple, au niveau des têtes de rivières aux eaux vives et bien oxygénées que se reproduisent les salmonidés (truites et ombres). Notamment les adultes de la truite lacustre (Salmo trutta f. lacustris) qui entreprennent leur migration dès le mois d’octobre depuis le lac et le Rhône vers l’Arve, l’Allondon et ses petits affluents comme l’Allemogne. Ils réalisent leur ponte jusqu’en janvier, en enfouissant habituellement leurs œufs dans des dépôts naturels de gravier au fond des rivières3. Les jeunes truites passent ensuite un ou deux étés dans l’affluent avant de rejoindre le lac3 . Ce cycle de vie très particulier rend cette espèce très vulnérable à l’artificialisation* et la pollution des cours d’eau.
Dans les rivières de dimensions plus modestes, aux eaux moins oxygénées et moins tumultueuses comme la Seymaz, il est possible de rencontrer des populations de cyprinidées* d’eau vive comme le chevaine (Squalius cephalus), le vairon (Phoxinus phoxinus), le spirlin (Alburnoides bipunctatus) et le blageon (Telestes souffia), ces deux dernières espèces étant rares au niveau national. Les herbiers du Ranunculion fluitantis et du Potamion pectinati présentent un important intérêt piscicole1. Ces herbiers sont riches en proies et offrent des refuges de qualité pour les poissons1.
Les fossés et ruisselets peu profonds, restant en eau suffisamment longtemps mais s’asséchant temporairement, ne sont pas propices aux poissons; par conséquent ils offrent des zones de reproduction idéales pour les batraciens qui échappent à la prédation. La richesse faunistique des milieux d’eaux courantes est également liée à la présence d’invertébrés aquatiques (ex. éphémères, plécoptères et odonates), de reptiles (couleuvre mauresque, couleuvre à collier), de l’écrevisse à patte blanche et de l’avifaune aquatique (ex. cingle plongeur, bergeronnette des ruisseaux). Notons également la présence du castor d’Europe, bien présent dans le Rhône, l’Arve et dans la plaine de la Haute-Seymaz.
Globalement, les végétaux aquatiques jouent un rôle fondamental dans l’oxygénation et l’épuration des cours d’eau. Les herbiers sont également utilisés par la faune aquatique en tant qu’habitat, de refuge, de zones de reproduction et parfois de nourriture.
Vulnérabilité et gestion
Du début jusqu’au milieu du XXe siècle, le drainage des terres destinées à l’agriculture6 ou à l’extension urbaine, la protection contre les crues et l’exploitation des fleuves pour la production d’hydroélectricité ont entraîné la canalisation et l’artificialisation* de la plupart des cours d’eau. Il en est découlé une profonde modification de leur régime hydrologique* (ex. disparition de la dynamique naturelle de crues et d’étiages*, débit minimum réservé). Certains ruisseaux ont même été totalement enfouis. A cela s’est souvent ajoutée une dégradation de la qualité des eaux, due aux rejets des eaux usées domestiques et aux contaminations d’origine agricole (nutriments, produits phytosanitaires) et industrielle (ex. métaux lourds, polluants organiques persistants). L’ensemble de ces pressions anthropiques a entraîné une baisse drastique de la biodiversité des écosystèmes liés aux eaux courantes. Aujourd’hui, la politique de l’eau, menée par les gestionnaires (DGEau*) œuvre fortement en faveur de la renaturation* des cours d’eau2, 4. Lorsque des travaux sont réalisés, le plus souvent motivés par la protection des biens et des personnes, de gros efforts sont faits afin de favoriser la restauration* des habitats naturels (fond, berges, rives) dégradés par les activités humaines.
Dynamique
Les cours d’eau du canton se classent les uns par rapport aux autres selon leur positionnement géographique dans les différents bassins-versants. Les dynamiques spatio-temporelles des conditions environnementales, et par conséquent des communautés végétales, dépendent du régime hydrologique (courant permanent ou intermittent, crues) et de la géomorphologie fluviale (relief, naturalité, forme et stabilité du lit). Malheureusement, les activités anthropiques ont profondément modifié ces habitats physiques (cf. paragraphe Vulnérabilité et gestion ci-après). L’évolution temporelle des communautés végétales associées à ces milieux est donc très limitée, rendant difficile l’illustration de leurs relations dynamiques. Dans les fleuves comme le Rhône, l’artificialisation des berges et l’écoulement régulier, rythmé par la production d’hydroélectricité, empêchent toute succession naturelle. Les opérations de vidange du barrage de Verbois réalisées tous les trois à six ans sur le Rhône sont trop soudaines pour permettre l’établissement d’une succession végétale. Dans les cours d’eau plus petits, l’évolution des communautés dans le temps n’est pas ou peu permise du fait des actions d’entretien régulièrement menées sur ces milieux pour assurer un bon drainage des eaux (dragage, fauchage) ou alors du fait de la vitesse du courant trop élevée. Ainsi, le graphe ci-dessous décrit essentiellement des relations de contact entre les végétations strictement aquatiques (submergées) et les végétations des rives.