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Les soutanes blanches des papes Pie XIII ou Jean-Paul III, interprétés par Jude Law et John Malkovich dans The Young Pope en 2016 et depuis le début de l’année dans The New Pope, sont imaginées par le costumier Carlo Poggioli. Son travail permet à l’imagination de Paolo Sorrentino ou encore de Terry Gilliam de prendre corps. Il a débuté sa carrière derrière le grand maître du cinéma italien, Federico Fellini, dont le centenaire de la naissance est fêté ce 20 janvier. Interview.
Racontez-nous vos premiers pas aux côtés de Federico Fellini…
J’ai eu la chance de travailler sur son dernier film, La voce della luna. J’avais à peine 30 ans, j’étais très enthousiaste, car mon rêve était celui de rencontrer Fellini, dont j’ai toujours aimé les films. Entre la préparation, le tournage, les imprévus, cette collaboration a duré deux ans. Mais notre rapport s’est poursuivi après le film, car son bureau, via Po à Rome, se trouvait à quelques centaines de mètres seulement de chez moi. Je suis donc devenu en quelque sorte son assistant. Je suis resté en contact avec lui jusqu’à sa mort, en 1993. La façon dont Federico Fellini voyait la réalité et la transformait, allant tout de suite dans l’allusion et la fantaisie, a forgé toute ma carrière.
Lorsque nous sortions en voiture pour une course, il me demandait souvent d’accoster pour observer quelqu’un qu’il avait vu passer, quitte à bloquer le trafic. Comme cette sans-abris recouverte de sacs plastiques et d’écharpes colorées. Il me demandait de bien l’observer pendant qu’il en faisait la description. Il voulait que je sois capable de reproduire cet accoutrement s’il le voulait. Souvent l’absurde dans ses films s’inspirait du réel.
Près de trois décennies plus tard, qu’est-il resté de Federico Fellini dans votre travail ?
J’ai eu la chance de travailler avec d’autres cinéastes visionnaires comme lui, même si d’une autre façon. C’est le cas de Terry Gilliam, avec qui j’ai collaboré sur Les frères Grimm et The Zero Theorem. Et même avant d’avoir collaboré avec Federico Fellini, en étant l’assistant de Gabriella Pescucci sur le tournage de Les aventures du baron de Münchhausen.
Une autre personne me rappelant le maestro est Paolo Sorrentino, qui a sa propre vision particulière de la réalité. J’ai fermé ce cercle de visionnaires en travaillant jusqu’en décembre sur le dernier film de Terrence Malick. Lui aussi a une vision de la réalité très intéressante qui le rapproche de ces réalisateurs. Ces cinéastes ont forgé ma façon de penser et de travailler.
Dans Paolo Sorrentino par exemple, qu’y a-t-il de fellinien ?
Paolo a son propre style particulier, qui parfois pourrait se confondre avec une volonté de vouloir imiter Fellini. Mais seul le processus de transformation de la réalité en vision les rapproche. Chacun d’eux le traite ensuite de manière complètement différente.
Je participe bien sûr à cette transformation de la réalité. Ayant justement reçu ce type de formation auprès de Fellini, cela m’est facile, surtout car j’aime ce genre de cinéma.
Comment peut-on voir dans votre travail l’influence de Fellini ?
Je vois parfois des images de mon travail qui me renvoient au maestro, c’est vrai. C’est le cas par exemple de The Zero Theorem, de Terry Gilliam. Comme Federico Fellini, c’est un grand dessinateur. Il arrivait le jour précédent dans mon studio avec une suggestion très précise qui stimulait l’imagination, à la manière de Fellini. Le maestro dessinait des croquis merveilleux et très précis, directement sur le lieu du tournage.