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Qu'est-ce qui vous a attiré aux Girondins de Bordeaux?
Vladimir Petkovic: Le club s'est montré très intéressé par moi dès le début. La perspective de construire quelque chose sur 3 ans, et d'être autorisé à mener un tel projet dans une ville de football pleine de traditions, c'est une grande opportunité. Et puis, après 7 ans en tant que sélectionneur de l'équipe nationale, l'idée d'oser faire quelque chose de nouveau s'est présentée.
Il faut dire aussi qu'après l'Euro, vous êtes arrivé à la conclusion que la Nati ne pouvait pas faire mieux de toute façon, non?
Non, je suis toujours convaincu que cette équipe peut faire mieux qu'un quart de finale. Et j'aurais encore eu l'énergie et la motivation pour continuer à travailler avec la Suisse. Je suis parti en vacances à Formentera avec la ferme intention de revenir en Suisse. Ce n'est qu'après que Bordeaux a manifesté son intérêt. Oui, je pense que nous avons fait un grand championnat d'Europe et qu'il est difficile de faire mieux. Mais ce n'était pas la seule raison de ce changement.
C'est-à-dire?
Au fond de moi, il y avait déjà une ou deux choses qui me pesaient. Et puis il y a eu une histoire qui ne m'a pas particulièrement convaincu. Après le match contre l'Italie, que nous avons perdu 3 à 0, j'ai remarqué que certaines voix critiques se sont élevées au sein de notre comité. Ces personnes se demandaient déjà si j'étais toujours le sélectionneur qu'il fallait pour l'équipe de Suisse. J'ai trouvé cela difficile à accepter, après 7 ans.
Pouvez-vous être plus précis? Par qui êtes-vous déçu?
Par un peu tout le monde. Des réunions avaient déjà eu lieu à Berne pour discuter de ce qui se passerait avec l'équipe nationale. Ce n'était pas le moment pour de telles discussions. C'était le deuxième match du tournoi, tout était encore possible. Je n'ai pas compris ça.
Certains en Suisse ont interprété votre déménagement à Bordeaux comme une fuite. Comment répondez-vous à ces critiques?
Comme toujours: avec le sourire. Je laisse à chacun la liberté de commenter. C'est comme l'équipe nationale: ce n'est qu'à la fin que l'on récolte le fruit de notre travail. Et si c'était vraiment une évasion, ce serait une bonne évasion. Avec la pleine conviction que je peux faire la différence ici.
La Ligue 1 est-elle sous-estimée en Suisse?
Oui, mais ce n'est pas nouveau. La Serie A italienne est également sous-estimée – c'est la perception de la Suisse alémanique. J'ai toujours remarqué que seule la Bundesliga compte là-bas. En Suisse romande, il n'y a que la Ligue 1, au Tessin seulement la Serie A.
Bordeaux est un vrai club de tradition en France. Sentez-vous déjà le désir de voir le club revenir au sommet?
Oui. Mais surtout, les gens ici sont choqués par tout ce qui s'est passé récemment. Ils sont reconnaissants que les choses avancent et veulent contribuer à construire l'avenir. Avant le premier match de la saison, les fans montaient la garde. D'abord devant l'hôtel, puis lorsque nous sommes arrivés au stade, avec beaucoup de fumigènes et de chants. C'était agréable à voir. J'ai immédiatement ressenti la tradition de ce club. Et bien sûr, un certain ressentiment par rapport à ce qui s'est passé l'année dernière. Les performances sportives n'étaient pas dignes de ce nom.
Vos débuts à Bordeaux n'ont pas franchement été une réussite. 5 matches, 2 points (ndlr: cet entretien a été réalisé avant la victoire de Bordeaux à Saint-Etienne samedi soir). Vous attendiez-vous à ce que ce soit si difficile?
Je savais après la saison dernière que le club était un peu un «sachet surprise» (Wundertüte en allemand). Après tout, il a failli être relégué. Et puis, le désastre a été évité de peu. Relégation administrative et faillite n'ont pu être évitées qu'à la dernière seconde. D'un point de vue sportif, nous méritions plus que deux points. Mais en réalité, la saison ne fait que commencer pour nous.
Que voulez-vous dire?
Jusqu'au début du mois d'août, il n'était toujours pas certain que le club survive. C'était très agité. Puis nous avons eu les dernières signatures du nouveau propriétaire et de la ligue. Mais nous avons dû tout reconstruire dans le club. Il n'y avait plus de structures. Nous avons dû vendre beaucoup de joueurs pour en faire entrer de nouveaux. En plus, chaque nouveau propriétaire est limité dans plusieurs secteurs par le règlement lors de la première année qui suit son arrivée. Ce n'est pas facile – mais je le savais. Et maintenant, il est important de rester patient.
Quels sont les objectifs réalistes?
Nous avons besoin d'une bonne base. La première année, nous voulons construire une philosophie. L'été prochain, nous pourrons faire quelque chose de plus sur le marché. Pour cela, nous devons voir comment les jeunes joueurs se développent, nous en avons quelques-uns de très intéressants. De sorte que lors de saisons 2 et 3, l'objectif sera de se qualifier pour l'Europe.
Quelles sont vos impressions sur le nouveau propriétaire, Gérard Lopez?
C'est un homme d'affaires, il est actif dans plus de 70 entreprises. C'est aussi un ancien joueur de basket-ball professionnel. Il est très direct, et très déterminé. C'est ce que je peux constater après un mois. Maintenant, nous devons créer ensemble une base pour que Bordeaux fasse un saut vers le haut.
Qu'avez-vous déjà appris sur la ville?
Quelques trucs. Je n'aurais jamais pensé que ce serait si touristique. La ville et la région sont magnifiques. Il y a beaucoup de choses à faire et à voir. Il y a aussi beaucoup d'étudiants ici, ce qui donne beaucoup de vie. J'ai pris un appartement en plein centre. Je ne dois donc utiliser la voiture que pour les entraînements et les matches. Sinon, je peux me déplacer à pied. En ce moment, ma femme et ma fille sont ici, elles restent huit jours.
Avez-vous regardé les matches de la Nati contre l'Italie et l'Irlande du Nord?
Oui, j'étais très tranquille, puisque j'ai regardé ces deux rencontres d'un point de vue extérieur. En tant qu'observateur neutre qui est heureux quand la Suisse gagne.
Avez-vous parfois pensé: «Oh, il faudrait remplacer tel ou tel joueur»?
Pas du tout. Mais j'ai rarement pensé cela moi-même sur le banc de touche (rires). Ça vient souvent des tripes.
Qu'avez-vous transmis à votre successeur Murat Yakin?
Nous avons parlé au téléphone une fois, un peu, mais rien de significatif. Je ne voulais pas en savoir trop quand j'ai pris en charge l'équipe nationale. Je voulais observer et parler aux gens moi-même. J'ai simplement dit à Yakin: «Vous reprenez une équipe intacte». Il devra faire le reste tout seul. En tout cas, la Suisse n'a pas à craindre pour l'avenir. Il y a tellement de jeunes joueurs qui sont très bien formés – et qui sont déjà bien coordonnés. Ils peuvent jouer encore 7, 8 ou peut-être même 10 ans dans cette composition.
Quand vous faites le bilan de ces 7 années en tant que sélectionneur national, quel est votre sentiment?
Je n'ai pas vraiment le temps de penser à ça. Et je ne le ferai pas non plus à l'avenir. Mais j'ai souvent dit que je ressentais une certaine fierté pour ce que j'ai accompli au cours de ces sept années. Nos résultats et notre développement sont des choses qui resteront dans l'histoire.
Votre palmarès avec la Nati est remarquable. Avec vous, la Suisse s'est toujours qualifiée pour les grands tournois. Elle a toujours franchi le tour préliminaire et a même atteint une fois les quarts de finale. Vous êtes le meilleur entraîneur national d'un point de vue comptable, vous avez la meilleure moyenne de points, le plus de victoires, votre équipe est celle qui a marqué le plus de buts...
Vous avez oublié le tournoi final de la Ligue des Nations. Oui, ce sont tous des résultats que nous avons mérités. Et il n'a pas manqué grand-chose pour que ces résultats soient encore meilleurs. Nous tous, toute l'équipe, avons beaucoup investi et avons beaucoup reçu en retour. Bien sûr, il y a eu aussi des déceptions, mais heureusement, on les oublie avec le temps.
Y a-t-il eu des réactions après l'Euro qui vous ont particulièrement touché?
Oui. Il est arrivé à plusieurs reprises au Tessin que des gens, surtout des personnes âgées, me parlent dans la rue. Ce genre de choses, c'est touchant, bien sûr. Et il s'est aussi passé quelque chose à Ascona.
Racontez-nous!
J'étais sorti avec ma femme et ma fille, nous nous promenions sur les rives du lac. Quelqu'un s'est spontanément levé d'une table dans un restaurant et a commencé à applaudir. Puis ça a continué encore et encore, tout le monde s'est levé jusqu'au dernier restaurant et a applaudi.
Qu'est-ce que ça vous a fait?
C'est désagréable!
Vraiment?
Oui. Parce que je ne savais pas quoi faire. Simplement regarder? Ou continuer à crier «Merci!» et «Ciao!»?
Durant l'été, on a clairement senti que la Nati avait su conquérir le cœur des gens.
C'est aussi à cause de cela que je suis content d'être parti après 7 ans. Parce que je vais vivre à nouveau en Suisse un jour. Et je veux que ces belles expériences restent, et fassent partie des bons souvenirs.
Quand nous regardons en arrière et repensons à l'Euro...
J'essaie de m'en souvenir (rires).
On voit Granit Xhaka courant vers vous après la victoire en 8e et vous serrant férocement dans ses bras.
Il m'a fait peur! Je ne m'attendais vraiment pas à le voir dans cette situation – et je ne l'ai pas vu non plus, il est arrivé derrière moi et m'a simplement attrapé. Cette scène est peut-être l'expression de toute l'énergie positive que nous avons libérée. La victoire contre la France a rassemblé la nation. C'est une reconnaissance énorme pour nous tous.
Cette reconnaissance vous a-t-elle parfois manqué en Suisse?
Manqué n'est pas le bon mot parce que je n'y étais pas habitué. Mais j'ai eu la chance de ressentir ça en Italie, lorsque j'étais à Rome ou ailleurs.
Pourquoi cela n'a-t-il pas fonctionné en Suisse alémanique?
Beaucoup de choses ont été manipulées.
Comment ça?
Par certains médias - pas tous. Mais cela a eu une grande influence. Souvent – trop souvent! – ce n'était pas à propos de l'équipe nationale. J'ai souvent pensé qu'il s'agissait du pays, de quelque chose de national, d'un sens de la communauté. Mais ça ne l'était pas. Il s'agissait souvent d'une seule personne – moi (...) Je suis heureux d'avoir surmonté ces tempêtes et d'en être sorti gagnant à la fin.
Comment voulez-vous que la Suisse se souvienne de vous?
Je n'y ai jamais réfléchi. Mais il est clair que tout le monde aime qu'on se souvienne de lui de manière positive. C'est aux autres de décider s'il en sera ainsi.
Rêvez-vous encore, parfois, que la Suisse puisse rejouer la séance de tirs au but du quart de finale contre l'Espagne?
Non, non. Et puis il faut être honnête : le match contre la France aurait pu se dérouler différemment aussi. En tout cas, je pense que c'était une très grande performance contre l'Espagne, on ne peut pas la classer plus bas que celle contre la France.
Qu'avez-vous pensé lorsque Paul Pogba a inscrit le 3-1 pour la France et avant de célébrer son but par une petite danse?
Ma première pensée a été: le principal est que nous ne concédions pas 5 buts maintenant. Mais honnêtement, j'aurais aussi dansé après un but comme celui de Pogba. C'était un but magnifique. C'était un beau but, de loin. Et c'était presque la fin du match (75e).
Mais seulement presque!
Une fois de plus, c'était un exemple que tout est possible dans le football. Mais vous savez quoi? Nous avions vécu des expériences similaires dans notre passé récent. Contre la Belgique, nous avions transformé un 0-2 en un 5-2. Contre la Slovénie, lors de notre première campagne, nous avions transformé un 0-2 en 3-2. Alors contre la France, nous avons fait l'expérience que notre volonté et notre conviction pouvaient encore faire la différence. Normalement, avec un tel scénario (1-0 pour nous, penalty manqué, puis 1-3 en faveur de la France), vous pouvez être content de ne pas connaître une débâcle à la fin.
Avez-vous pu constater que le public, en Suisse, avait fêté vos résultats durant le tournoi?
Nous n'avons vraiment réalisé ce qui se passait que lorsque nous sommes retournés à Kloten. C'était comme en 2018 lors de la Coupe du monde en Russie, nous ne savions pas vraiment ce qui se passait chez nous – mais cette fois, les émotions étaient complètement différentes.
Quel est votre plus bel héritage au cours de ces 7 années?
Au final, nous avons affronté chaque adversaire avec nos idées et notre confiance en nous. Cette mentalité de vainqueur et cette conviction de nos propres forces, pour moi, ce sont les plus belles choses que nous ayons réalisées au cours de ces années. Je suis convaincu que les joueurs ont intégré cela et que ça les aidera. C'est une autre raison pour laquelle je ne suis pas inquiet pour l'équipe nationale.
Avec le recul, feriez-vous quelque chose de différent?
Nous n'avons eu que quelques contretemps. Et après chaque échec, nous avons fait deux pas en avant. Tout ne peut pas être toujours beau. Mais c'est comme un tremblement de terre: la secousse arrive, il y a des éruptions, mais ensuite vient le temps de la reconstruction, et le résultat est généralement plus stable qu'avant. Nous avons eu quelques crises, mais nous y avons toujours survécu.
La pire, c'était laquelle?
C'était autour du match en Autriche en novembre 2015, lorsque le «Balkangraben» est apparu au grand jour (réd: la presse alémanique avait insinué l’idée d’une scission entre Confédérés et éléments issus de l’immigration balkanique). C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons fait un bond en avant par la suite.
Qu'est-ce qui a été décisif?
Nous avons eu beaucoup de réunions après cela, presque tous les joueurs ont été impliqués dans les discussions pour apporter des améliorations. C'est ainsi que nous avons commencé à construire notre puzzle. Lors de l'Euro 2016 en France, nous avons déjà récolté les premiers fruits (réd: la Suisse avait été éliminée en 8e de finale par la Pologne).
C'est ce qu'avait déclaré l'entraîneur de la Nati après la qualification de la Suisse pour la Coupe du monde au Qatar, et il s'y est tenu. Les Nord-Irlandais ont tenu l'Italie en échec (0-0) et grandement favorisé la qualification directe de la Suisse, première de son groupe.