Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07060.jsonl.gz/9

Silvan Preisig
26 mai 2020
Une poubelle verte sur deux pattes descend les escaliers et traverse un trottoir. Un passant lève brièvement les yeux de son téléphone portable et regarde la créature avec étonnement. C'est le début du film de Martin Guggisberg "Dass niemand weiss". Non seulement les poubelles vertes, mais aussi les sacs à ordures semblent prendre vie. Ils cherchent tous à sortir de la ville pour aller dans la forêt. Au final, les créatures se révèlent être des hommes et des femmes plus âgés qui ont développé leur propre stratégie de survie. De manière humoristique et subtile, on raconte une histoire sur la peur de l'infection.
Un aperçu de la sphère privée
Avec le soutien de la SRG SSR, de l'Office fédéral de la culture et du Cinéforom, 33 projets de films des trois régions linguistiques ont été produits. Les cinéastes ont dû réaliser leurs projets en seulement 16 jours avec un budget attribué de CHF 5000.- "Nous avons lancé ce projet ensemble, rapidement et sans complications", déclare le producteur Michael Steiger. Ce qu'ils cherchaient, c'était un point de vue individuel, une réflexion personnelle sur cette situation particulière.
Le résultat est une collection qui brille par la diversité de son contenu et de son style. Un motif est toutefois récurrent : l'éducation dans la vie quotidienne. En effet, l 'accent est souvent mis sur la manière dont les parents s'occupent de leurs enfants à la maison. Dans sa contribution "Heimschule bei Klugscheissers", Thomas Haemmerli aborde les défis et les avantages de l'enseignement à domicile. Il montre de manière humoristique combien il est amusant pour les enfants d'apprendre des choses sur les pays et leurs capitales avec leur père. Mais les efforts des parents sont également mis en scène de manière auto-ironique, par exemple lorsqu'il doit constamment dire à son fils de retirer son doigt de sa bouche. Comme leitmotiv du film, la phrase de Somaretta Sommaruga : "Oui, ce n'est pas facile".
La manière dont les enfants gèrent cette situation peu familière est également abordée, par exemple dans "2 Kinder – 7 Kameras – 1000 Verbote" de Luise Hüsler. Les enfants mettent en œuvre de manière ludique ce que leur a enseigné leurs parents. Par exemple, le jeu Playmobile introduit la règle des 2 mètres de distance et imite l'ouverture d'un restaurant qui doit se conformer aux nouvelles mesures de sécurité. Les scènes montrent à quel point les enfants sont conscients de la situation. De manière presque philosophique, Mira, six ans, après avoir réalisé qu'une semaine seulement de confinement s'était écoulée, s'exclame : "sind au längeri Täg worde".
Du doc-film au thriller
Malgré le court délai accordé pour le développement des projets, plus de 80 idées ont été soumises. Comme l'explique la réalisatrice Jela Hasler, "c'était formidable de pouvoir se concentrer sur quelque chose de concret sans prétendre livrer un témoignage exhaustif de la situation actuelle". Une chose est sûre : la créativité des cinéastes semble être peu touchée par la crise, comme en témoigne la grande diversité des films de la collection. En plus des documentaires, divers scénarios de fiction ont aussi été mis en scène. Dans "Side Effects" de Karim Patwa, un supposé remède contre le COVID-19 provoque la mutation des gens en animaux, digne d'un thriller dystopique.
Dans sa contribution "Corona Surreal", Anka Schmid s'approprie la méthode du stop-motion pour laisser les objets développer leur propre vie, tandis qu'Andrea Štaka utilise deux bobines de film 16 mm provenant du réfrigérateur pour documenter son nouveau quotidien. Cela a donné naissance à des courts métrages très personnels, portés par la spontanéité et la créativité des cinéastes.
Liberté de production
Parfois, il est visible que certaines productions ont dû composer avec un temps et des ressources financières limités. Les films ne sont pas parfaits jusque dans les moindres détails, mais cela ne leur porte pas trop préjudice. "Bien sûr, il y avait une certaine pression pour livrer le film dans les temps", explique Jela Hasler, "mais cela peut aussi libérer une énergie positive quand vous savez que vous n'avez que deux semaines." Pour elle, les ressources limitées ont également été libératrices. Dans sa contribution "Von Gestern auf Heute", Jela Hasler traite du vide croissant dans les rues des banlieues et de la manière dont cela change l'interaction sociale. Une réalité qu'elle connaît par sa propre vie quotidienne : "Bien sûr, vous traitez quelque chose qui vous est proche", dit-elle à propos du processus de création. "Même lorsque l'on travaille sur un sujet aussi actuel", explique Jela Hasler, "les opinions personnelles sur la société entrent automatiquement en ligne de compte". Les contributions individuelles des cinéastes ouvrent ainsi de nouvelles perspectives aux spectateurs et incitent leur propre réflexion.
Tous les films peuvent être visionnés sur les plateformes en ligne et les réseaux sociaux de SRG SSR. Les films seront diffusés sur RTS2 le 26 mai et sur RSI LA2 le 30 mai. Les films suisse alémaniques ont déjà été diffusés le 14 mai (CH:Filmszene) sur SRF1
Communiqué / Locarno Film Festival
25 mai 2020
Communiqué / ProCinema
18 mai 2020