Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06860.jsonl.gz/642

Nous ne buvons pas les mêmes quantités selon le verre choisi
Alfred de Musset (1810-1857) a beaucoup et bien écrit. Aussi peut-on lui pardonner quelques faiblesses. Comme celle-ci, tirée de La Coupe et les Lèvres(1830): «Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse? / Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse?».
Une étude menée aux Etats-Unis vient démontrer en quoi Musset avait tort. Elle a été menée par trois universitaires et ses résultats viennent d’être publiés dans la revue Substance Use & Misuse.(1) Les chercheurs y soulèvent la question de savoir quels sont les facteurs pouvant influencer les buveurs de vin quant à la quantité de cette boisson qu’ils versent dans un verre. Ils ont travaillé sur un groupe de quelques dizaines d’étudiants recrutés dans leur entourage sur la base de leur intérêt pour les vins et leur consommation. Par quoi cette quantité est-elle influencée?
Plus le verre est large, plus il est rempli
«Les buveurs de vin se servent souvent eux-mêmes, mais le volume du liquide servi varie-t-il en fonction de la forme du verre, de la couleur du vin, ou de leur façon de servir?, résument les auteurs. Une étude de terrain s'est appuyée sur des travaux de recherche portant sur des illusions d'optique et des stimuli tactiles. En moyenne, un buveur de vin se verse 11,7 cl de vin dans un verre de 30 cl. Il en verse 11,9% de plus dans un verre plus large, 9,2% de plus lorsqu'il s'agit de vin blanc dans certains verres –lorsque le faible contraste entre la couleur du vin et celle du verre gêne la vue. Le volume servi augmente en moyenne de 12,2% lorsque le verre est dans la main (et non sur la table).»
Débriefings
Plus intéressant encore: les participants semblent être, rétrospectivement, parfaitement conscients de la façon dont ces critères peuvent influer sur leur consommation. De fait, après chaque expérience, la séance de débriefing les a vus citer spontanément la largeur de verre, le contraste des couleurs et le fait de tenir ou pas le verre à la main comme des éléments incitatifs à une plus ou moins grande consommation.
Conclusion pratique: le fait d'utiliser des verres plus étroits et de laisser le verre sur la table pourrait permettre de réduire – modérément – les volumes de vin servis et bus par une personne consommant des boissons alcooliques en société. Sans doute les types de vin et leur coût sont eux aussi des éléments à prendre en compte. Il serait également intéressant de réaliser les mêmes expériences à partir d’autres boissons alcooliques.
La forme du contenant et le contenu
Il y a un an une étude s’était intéressée à la question, a priori plus simple, de l’influence de la forme du verre sur la vitesse de consommation de son contenu.(2) Les chercheurs avaient recruté 159 consommateurs et consommatrices, âgé(e)s de 18 à 40 ans, sans antécédents d'alcoolisme, pour participer à deux expériences. Le recrutement avait été effectué parmi des étudiants et dans la population générale.
Lors d'une première séance, les participants étaient invités à consommer soit une bière, soit une boisson non alcoolisée – et ce, soit dans un verre à bords droits, soit dans une chope à bière courbe. Les participants mettaient deux fois plus de temps à boire une boisson alcoolique (la bière) dans un verre à bords droits que dans une chope traditionnelle. A l’inverse, s’ils consommaient une boisson non alcoolique, les temps de consommation étaient identiques quelle que soit la forme du verre.
Verres plus ou moins à moitié pleins
Dans la seconde expérience on présentait aux participants de nombreuses photos de deux verres contenant différents volumes de liquide. Il leur fallait estimer si le verre était plus ou moins à moitié plein. Les imprécisions sont beaucoup plus grandes avec les verres de type chope.
«En conclusion, nos données indiquent que la forme du verre influe sur le taux de consommation de boissons alcooliques, résument les auteurs de ce travail. Notre étude ne peut pas résoudre complètement les mécanismes qui sous-tendent les effets que nous avons observés. Mais ces résultats peuvent éclairer les décisions politiques concernant les changements structurels dans l'environnement des consommateurs, changements qui peuvent réduire les taux de consommation et les méfaits liés à l'alcool.»
(1) L’étude a été menée par Doug Walker et Laura Smarandescu (Iowa State University),associés à Brian Wansik (Cornell University,Ithaca, New York). Un résumé (en anglais) est disponible ici.
(2) Ce travail avait été mené par quatre chercheurs de la School of Experimental Psychology de l’Université britannique de Bristol. Il avait été publié dans la revue PLoS ONE. L’intégralité (en anglais) de cette étude est disponible ici.