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Pour la petite histoire…
Tout commence en 2007 dans l’appartement que louent en colocation Joe Gebbia et Brian Chesky, tous deux étudiants à l’école de design de Providence à San Francisco. Afin de mettre du beurre dans les épinards, les deux amis choisissent de louer la troisième chambre inoccupée de l’appartement en proposant une prestation de luxe : un matelas gonflable et un petit déjeuner, soit « Airbed and breakfast », nom qui sera gardé et plus tard simplifié en Airbnb. De nombreuses conférences ont lieu dans la baie de San Francisco et les hôtels sont totalement saturés : l’offre des deux jeunes hommes est en parfait timing ! L’idée d’un business commence gentiment à germer dans leur esprit.
Les deux colocataires sont rejoints dans leur aventure par Nathan Blecharczyk, fraîchement diplômé de l’université de Harvard, qui deviendra plus tard un des co-fondateurs de l’entreprise. Durant l’année 2008, ils se concentrent sur les évènements très médiatisés dans leur ville où les voyageurs pourraient rencontrer des difficultés dans leur quête d’un logement pour la nuit. S’inspirant des deux candidats à la présidentielle américaine, John McCain et Barack Obama, ils créent des boîtes de céréales à leur effigie, respectueusement nommées « Cap’n McCain » et « Obama O’s ». Ils parviennent à lever 40 000 dollars en 2 mois. Une partie de ce montant leur permet de lancer un site internet correct. Ils sont alors remarqués par Y Combinator, un incubateur de start-ups, qui leur apporte le capital et l’expérience : l’entreprise lève plus de 8 millions de dollars.
En 2009, l’offre d’Airbnb s’étend. De chambres individuelles, l’entreprise propose désormais des appartements, puis des maisons entières. Ils ouvrent leur premier bureau à San Francisco. L’entreprise compte alors 15 employés. Dès lors, la société ne fait que grandir. Elle dispose aujourd’hui de bureaux dans le monde entier et sa capitalisation boursière est de 25 milliards de dollars. Pas mal, pour un bed and breakfast.
Le concept
Ce qui différencie principalement l’offre d’Airbnb des simples hôtels tient en un mot : la convivialité. En effet, la plupart du temps, l’hôte est présent pour accueillir les visiteurs. Il n’est pas rare qu’il leur laisse du café ou du thé, voire même une bouteille de vin. Il est aussi présent pour proposer des idées de restaurants dans le quartier ou des activités à découvrir. Certains s’occupent même des réservations dans les restaurants quand le visiteur ne parle pas la langue locale !
Joe, Brian et Nathan ont eu une vision très claire et juste du voyage : les voyageurs veulent vivre comme les locaux. Lassés d’être parqués dans ces grands hôtels impersonnels, remplis d’autres touristes ou d’hommes d’affaires pressés, ils veulent expérimenter Paris comme des parisiens et suivre le rythme de vie des romains à Rome. Et cela se traduit tout d’abord par un studio au Marais, ou bien dans un appartement typique au bord du Tibre.
Grâce à un logement décoré avec goût et tradition, les voyageurs se sentent « à la maison », à l’opposé d’une chambre d’hôtel identique aux 300 autres chambres de l’établissement, et souvent pas bien différente de celles des 200 autres hôtels de la ville. Aussi, comme la sélection du logement par le voyageur se fait surtout à l’aide de photos, il va sans dire que la bataille de la décoration est lancée.
Une des dernières nouveautés du site consiste à proposer des « expériences », comprenez des activités autour de l’endroit réservé pour aider le voyageur à s’imprégner de la culture de son environnement de séjour. On peut par exemple participer à une dégustation de bière en Belgique ou réservez des places pour un spectacle de tango en Argentine.
Aussi, l’hôte, tout comme le voyageur, se doit d’être respectueux. L’un en fournissant un logement agréable et surtout conforme à son descriptif en ligne, l’autre en respectant le lieu emprunté. Après chaque échange, l’hôte et le voyageur ont la possibilité de noter l’autre et de laisser un commentaire, recommandant ou non de traiter avec la personne.
L’argent, toujours l’argent
Autre point notable : le coût. Le prix d’une nuit est bien souvent deux fois inférieur à celui d’une nuitée dans un hôtel traditionnel, avec pourtant le style et une cuisine en plus. Une bonne affaire en somme !
Les hôtes sont totalement libres de fixer le prix qui leur convient, mais la plateforme Airbnb met tout de même à disposition un outil de pricing comparatif qui leur permet de trouver un prix compétitif et adapté à leur logement. Quant aux revenus de l’entreprise, celle-ci prélève un pourcentage à la fois sur le revenu de l’hôte (3%) et sur le prix payé par le voyageur (6 à 12%).
Ce qui est particulièrement pratique, c’est que toutes les transactions se font sur le site. Pas besoin de passer par d’autres méthodes obscures. De plus, les prix sont convertis dans la monnaie du pays du voyageur, ce qui facilite la comparaison et ne le laisse pas démuni face à un prix en couronnes tchèques.
Tensions
Bien que l’offre de l’entreprise soit une solution incroyable pour les voyageurs tant que pour les hôtes, Airbnb est malheureusement entré en conflits avec plusieurs villes en Europe, comme Amsterdam ou Berlin. Ces dernières se plaignent d’un marché de l’immobilier dont les prix ne font que monter et où les épiceries locales sont remplacées par des établissements de location de vélo.
Chaque appartement constamment loué par des touristes est un appartement en moins pour le berlinois moyen. Le résultat est simple : l’offre baisse et les prix grimpent. Sans compter les nuisances sonores des touristes fêtards.
Certaines mesures ont donc été prises par les villes : la mise en place d’une taxe, d’une limite sur le temps de location, voire d’une interdiction totale. A Amsterdam par exemple, la ville a signé un accord avec Airbnb dictant qu’un appartement ne saurait être loué plus de 60 jours dans l’année. Malheureusement, Airbnb refuse de donner les noms des propriétaires ne respectant pas cette règle, voulant conserver l’anonymat de ses utilisateurs (comme indiqué par les conditions générales !). Ceci rend donc certaines restrictions difficiles à appliquer.
D’autres dénoncent l’acharnement des villes sur l’entreprise, qui ne serait pas responsable à elle seule de la hausse du prix des loyers et de la pénurie de logement. Une chose est sûre : le combat entre certaines villes et Airbnb est encore bien engagé.
Malgré les obstacles, Airbnb se porte bien, et je suis personnellement convaincu qu’elle saura s’imposer sur le marché pendant un certain temps encore. L’uberisation actuelle de la société touche de nombreux secteurs et le logement de vacances ne saurait déroger à la règle. Ce phénomène, initié par la compagnie américaine Uber, relance le débat sur le « cheaper and cheaper », que certains économistes commencent à dénoncer. Tout bouleversement économique amène des conflits si chacun d’entre nous ne fait pas l’effort du changement, et cela est d’autant plus exacerbé quand nos intérêts personnels sont mis en jeu.
Pour ma part, le mot voyage rime maintenant avec Airbnb, et je voyagerais certainement moins sans cette plateforme. Et vous ?
Martin Boujol