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MK III
Histoire 1
Passé l'âge tendre, le temps est venu pour DMH de prendre sa scolarité en main. Il entre alors au Collège Newquay, mais sa passion pour l'aviation le pousse à prendre d'autres initiatives. De son propre chef et avec ses mots, il écrit à trois constructeurs d'avions que sont à l'époque Sopwith, Avro et Bristol. Et contre toute attente, il reçoit une réponse positive de la société Sopwith. Mais DMH craint que son père qui n'était pas au courant de sa démarche, ne lui donne son accord. A sa grande satisfaction, Frédérick Healey accepte sous certaines conditions que son fils quitte l'école prématurément pour s'installer dans la ville de Kingston-upon-Thames, située à 400 Km du cocon familial. Nous sommes en 1914. Le jeune Donald a 16 ans et la première guerre mondiale éclate.
Les discussions et recommandations de la famille alors que DMH "quittait la Cornouaille pour l'Angleterre" en ces temps troublés, devaient aller bon train. Sur place à Kingston-upon-Thames, un pasteur méthodiste est chargé par son père, de prendre soin de l'adolescent et notamment le faire assister à la messe, ce qui selon l'intéressé ne fut pas un problème, car le pasteur en question était le père de deux ravissantes jeunes filles.
Donald Healey naît le 3 juillet 1898 à Perranporth, un village de pêcheurs devenu aujourd'hui un spot de surf réputé sur la côte nord de la Cornouaille. Il est l’aîné des deux fils de John Frederick Healey et de sa femme Emmie, fille de l'épicier du village. John Frédéric Healey qui possédait la bosse du commerce, permit d'assurer de confortables revenus à sa petite famille. Il œuvra notamment dans l'immobilier, tout en développant comme directeur, les activités du commerce de son beau-père. Il sera le premier habitant du village de Perranporth à posséder une voiture, une Panhard & Levassor, seul véhicule à moteur parmi les chevaux et calèches encore bien présents sur les routes chaotiques de l'époque. Passionné de vitesse, Frederick Healey soutiendra son fils Donald dans pratiquement toutes ses futures démarches ou entreprises.
Donald Healey entouré de ses parents (B. Healey)
Les ateliers Sopwith avec un "Tabloid"au premier plan
Le Sopwith Camel
Donald Healey
arborant fièrement ses ailes en 1916
(B. Healey)
La maison natale
(B. Healey)
Epave dans la baie de Perran, le 23 décembre 1900
Le village de Perranporth
Dans son élément chez le constructeur Sopwith, il polit, bouchonne des capots de moteurs, effectue des montages de cellules, installe des câbles de haubans d'ailes, apprend à caler les angles d'attaque et règle le vrillage d'aile. Il y fera également ses premières armes devant les machines-outils de cette entreprise d'où sortit notamment, "Le Sopwith Camel qui fut le meilleur avion construit par le bureau d'étude de l'entreprise. C’était l'un des avions de chasse les plus maniables de tous les temps, mais compliqué à piloter ; il y eut d'ailleurs autant de pilotes de Camel qui furent tués dans des accidents que perdus au combat"
Charles Lindbergh devant le capot "bouchonné" de son avion
Un an plus tard, il rejoint le centre d'essai en vol de Sopwith situé à Brookland. Là, il se lie d'amitié avec Thommy Sopwith, le fils du patron. Thommy Sopwith avait volé avec l'un des frères Wright lors de ses voyages aux Etats-Unis. Car ne l'oublions pas, nous sommes en 1915, alors que le premier vol contrôlé date de 1903. L'Aéropostale ne sera quant à elle créée qu'en 1927, soit 13 ans plus tard. C'est également en 1927 que Charles Lindbergh réussi la première traversée de l'Atlantique. En 1914, Sopwith sortit vainqueur de la fameuse coupe Schneider avec C. Howard Pixton aux commandes d'un Sopwith Tabloid.
Le Sopwith Tabloid à Monaco en 1914, lors de la coupe Schneider
Thommy Sopwith autorise DMH à fréquenter un collège technique durant ses heures de travail, afin qu'il puisse parfaire ses connaissances en aéronautique. Durant cette période, DMH fera également une autre rencontre en la personne de Harry Walker, un pilote émérite un peu casse-cou tel qu'on peut le voir dans les films d'archives, traversant en vol des hangars d'une porte à l'autre ou passant sous des ponts. DMH fera d'ailleurs son baptême de l'air avec ce faucheur de marguerites émérite. Chez Sopwith, DMH participe activement à la mise au point d'un système de tir à travers l'hélice, en installant des déflecteurs de balles sur les bords d'attaque et de fuite des pales. Mais finalement, Sopwith sera supplanté par Constantinesco et son système hydraulique synchronisé, permettant de tirer à travers l'hélice, sans toucher les pales en rotation.
C. Howard Pixton (au centre) Thommy Sopwith (à droite)
Harry Hawker
Harry Walker initie également DMH à la conduite sportive automobile, tout cela bien entendu sans permis puisqu'il n'a pas encore 18 ans. Atteint d'une tuberculose incurable, Harry Hawker décèdera aux commandes de son avion en 1921, lors d'une participation à un derby aérien.
L'envie de voler et le désir d'entrer dans le RFC (Royal Flying Corps, ancienne RAF) accaparent ses pensées. A l'écoute d'un discours de recrutement prononcé par un parlementaire britannique, DMH apprend qu'il est plus rapide de passer par l'infanterie pour rejoindre l'aviation. Comme il n'a pas encore 18 ans, il triche sur son âge et part s'enrôler dans un régiment. Mais son père qui ne l'entend pas de cette oreille, divulgue la supercherie à l'armée qui annule l'engagement du rejeton. Donc, retour chez Sopwith jusqu'au début de 1916. Une fois en âge d'être enrôlé, il se rend cette fois à un point de recrutement du RFC à Earls Cour. Afin d'augmenter ses chances, il s'y présente comme mécanicien sur avion et passe un test qui lui permet d'être engagé. Cependant, il va regretter sa décision pensant qu'il aurait mieux fait de rester tranquillement chez Sopwith où le forfait d'étude payé par son père comprenait également la formation de pilote. Au lieu de cela, le jeune DMH commence une formation de fantassin dans la cour de la caserne, sous les aboiements d'un sergent-major. Une fois ce "formatage" terminé, il peut enfin goûter aux joies du pilotage. Et avec DMH aux commandes, les étapes de progression s'enchaîneront alors rapidement :
Le 9 mai 1916: premier vol en uniforme. Le 15 juin 1916: premier vol solo. Le 20 juin 1916: obtention de sa licence de pilote (avant son permis de conduire) sur l'aérodrome de Castle Bromwich après un total de neuf heures et demie de formation. Totalisant cinq heures de vol seul à bord, il est engagé dans un escadron opérationnel sur la France. Le 30 juillet 1916, il s'écrase dans les tribunes de l'hippodrome de Doncaster où des militaires se reposent. Heureusement, il n'y aura pas de blessé, mais l'avion est détruit et notre DMH trempé d'essence jusqu'aux os. Il dira plus tard que cet événement fit partie des quelques situations qui l'on "secoué" durant sa carrière de pilote d'avions et d'automobiles.
Dans les tribunes d'un hippodrome
(B. Healey)
Après une courte convalescence, il est affecté à un escadron de défense, dont la mission principale est d'abattre des dirigeables Zeppelins à l'aide d'armes plus ou moins exotiques, dont notamment un tube placé entre ses jambes, lui permettant de lâcher des engins incendiaires munis d'hameçons sensés s'accrocher à la toile du dirigeable et lui bouter le feu. On se croirait en plein cartoon de Satanas et Diabolo. Malgré tout, face à ces engins lents et difficilement manoeuvrables qu'étaient les Zeppelins, son escadron obtient de bons résultats avec cette technique jugée facile pour DMH.
Mais au fond de lui, Donald Healey sait qu'il ne pourra pas poursuivre sa carrière de pilote d'avions. Chef d'escadron au sein du Corps Warwick Air formation il subit en vol, une crise majeure de vertiges. On lui diagnostiquera alors le syndrome de Ménière. Il en restera affecté jusqu'à la perte de l'ouïe d'une oreille.
Il recevra la Victory Medal pour avoir servi sur le théâtre des opérations en France, mais sera finalement abattu par ce qu'il soupçonne être un obus allié. Après plusieurs semaines de convalescence, il passe le 16 novembre 1917, devant une commission qui le déclare inapte au service actif pour cause de neurasthénie... Dans sa biographie, il dira avec humour que ses rêves de devenir un second Harry Walker s'étaient envolés à jamais. Il n'est cependant nullement affecté par cette décision, car ce dernier accident à furieusement entamé son enthousiasme pour l'aviation. Il est transféré à la direction de l'inspection aéronautique, chargé de contrôler la bien-facture des pièces réalisées par des sous-traitants répartis dans tout le pays. Il terminera son engagement sous les drapeaux au service de la firme Avro à Plymouth, affecté cette fois au contrôle de la fabrication d'ailes d'avions. C'est là qu'à nouveau, il se lie d'amitié avec le fils du patron en la personne de Kenneth Heal, un passionné de radio sans fils. Heal lui transmettra ce virus. DMH pratiquera l'électronique en hobby jusqu'à la fin de sa vie.
Publicité pour le Perraphone
(B. Healey)
Un an après la fin de la première guerre mondiale, il tente de retourner chez Sopwith. Mais les annulations massives des contrats de guerre ont contraint l'entreprise à se recycler dans la fabrication de carrosseries pour l'automobile. En désespoir de cause, il retourne dans son village natal de Perranporth et entame alors des études d'ingénieur en automobile par correspondance, tout en obtenant une licence de radio. Plus tard, il développera et commercialisera un émetteur nommé "Perraphone". Après avoir réalisé des transmissions avec succès en compagnie de son frère Hugh, il sera le premier en Angleterre à établir une communication radio avec un avion en vol.
Fiche d'attribution de médaille et fiche de réformation
Dès son plus jeune âge, DMH montre un vif intérêt pour l'automobile, avec toutefois une préférence pour l'aviation. Il réalise avec plus ou moins de succès, des avions à propulsion élastique en s'inspirant d'une revue hebdomadaire décrivant la théorie du vol. Il construit des chars à voile maison et pratique le surf sur son terrain de jeux favori qu'est la plage de Perramporth. Sur cette plage, il y découvre régulièrement mille trésors apportés par la mer après un naufrage ou un acte de piraterie survenu au large des côtes. Des trésors de toutes sortes comme des bidons d'essence, des réserves de chandelles pour tout le village, des tonneaux de vin français pour le bonheur des poivrots du coin ou de l'huile de lin. On imagine aisément la magie que devait représenter ces découvertes pour ce gamin de l'époque. Plus tard, le jeune Donald Healey bricolera une sorte de buggy avec lequel il passera des heures à conduire sur la plage.
La Cornouaille