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Rapport annuel de la présidence 1989-1990
Olivier Reverdin, président
Mesdames, Messieurs,
Après avoir présidé, pendant quatre ans, avec efficacité et distinction la Société Académique, le professeur Gérard de Haller a eu de la peine à trouver un successeur. Le soussigné, qui avait présidé la Société de 1965
à 1969, a accepté de reprendre du service pendant un temps limité, afin de permettre au professeur Ronald Mermod de se libérer de diverses obligations et d’assurer dans de bonnes conditions, dès 1991, la présidence (qui n’est plus une sinécure). La Société Académique a profité de cet interrègne pour procéder à un assouplissement de ses procédures et à une restructuration de son administration. Elle a engagé une secrétaire à mi-temps, qui ne chôme guère. 11 s’agit de Mlle Brigitte Corthay, qui a succédé à Mme Colette Isoz, laquelle a tenu à bout de bras, pendant près de six ans, l’administration de la Société, en marge de ses obligations de secrétaire à la Faculté de Médecine. La reconnaissance de la Société Académique lui est acquise.
Le revenu annuel de la Société Académique est de quelque Frs. 600 000.- ; mais elle ne peut en disposer à sa guise. Sa fortune est en effet répartie entre 30 fonds, dont ta plupart ont une affectation limitée : encourager les publications de la Faculté de droit, acquérir des livres et des manuscrits pour la Bibliothèque publique et universitaire encourager les études classiques et orientales, la recherche sur le cancer, l’astronomie et Ia météorologie, les travaux limnologiques sur le Léman, ou entretenir le jardin alpin de La Linnaea, à Bourg-Saint-Pierre, pour ne citer que quelques exemples. La plupart des fonds sont donc assortis de règlements, parfois tracassiers, imposés par ceux qui les ont donnés de leur vivant ou légués. Prise dans le réseau de ces règlements, la Société Académique s’efforce d’insérer ses décisions dans le cadre des besoins les plus urgents de l’Université.
Elle voue depuis quelques années une attention toute spéciale à la formation de la relève universitaire ; convaincue qu’il est essentiel que celui qui a fait ses études à l’Université de Genève, et qui a de bonnes chances d’y faire carrière comme enseignant, aille compléter sa formation à l’étranger, elle accorde soit des bourses, soit des subsides pour des voyages d’étude ou pour la participation active à des congrès et réunions scientifiques.
Les boursiers de l’exercice 1989-1990 ont été travailler à Londres, à Berlin, à Chicago, au Japon, à Chapel Hill (Caroline du Nord), à Los Angeles et à Montréal. Pour les 29 subsides relatifs à des voyages d’étude ou à la participation à des réunions scientifiques, on trouve comme destination Stanford, Talinn, Baltimore, Uppsata, Helsinki, Naples, Bologne, Cortina d’Ampezzo, Haiffa, La Paz, Montréal, plusieurs centres universitaires des Etats-Unis… ainsi qu’lnterlaken et Ia Savoie.
La Société Académique se réjouit de cette dispersion. Elle estime en effet qu’il serait dangereux que les futurs enseignants de l’Université de Genève aient eu, pendant leur formation, le seul horizon que borne le Jura, le Vuache, le Mont-de-Sion, le Salève et les Voirons, et comme seule langue, le français. Cette Université a, depuis plus de quatre siècles, une vocation internationale ; elle est cosmopolite ; elle est ouverte sur le monde ; de cela, on doit tenir compte dans la formation de la relève.
En janvier I990, les cinq facultés chargées de l’enseignement et de la recherche dans le domaine des sciences de l’homme et de la Société (Faculté des Lettres, des Sciences Economiques et Sociales, de Droit, de Théologie, de Psychologie et des Sciences de l’éducation) avaient plus de 7000 étudiants à former (sans compter leurs 600 auditeurs), et ne disposaient, comme budgets propres, que de 56 millions; les Facultés des Sciences et de Médecine, avec 3000étudiants (soit plus de deux fois moins) disposaient d’un budget de 164 millions, soit trois lois plus. Il y a certes à cette disparité, de valables raisons. Accéder au ciel par l’astronomie est plus coûteux, matériellement, que d’y accéder par la théologie. La recherche, dans les sciences physiques, naturelles et médicales, est extraordinairement coûteuse, et pour tenir son rang dans le monde, l’Université de Genève se doit de disposer et de savants éminents et d’appareillages de pointe.
Mais il y a aussi, à cette disparité vraiment excessive, des raisons fort discutables. La iuste proportion, vraiment, n’y est pas.
Avec ses très modestes ressources, la Société Académique s’efforce de rétablir un certain équilibre. Pendant l’année Académique 1989-1990, elle a accordé plus du tiers de ses ressources aux Sciences de l’homme et de
la Société (Frs. 223’000.-, en chiffres ronds, sur un total de Frs. 606000.-). Si elle a pu le faire, c’est qu’une proportion importante des fonds dont elle dispose est réservée aux sciences humaines, auxquelles elle accorde aussi une notable proportion des ressources provenant des fonds sans destination spéciale.
Les sciences de [‘homme et de Ia Société ont surtout besoin de bourses, de subsides pour des voyages d’étude et d’aide pour des publications. En revanche, l’acquisition d’appareils scientifiques est essentielle pour les sciences physiques, naturelles et médicales. Plus de Frs. 280‘000.-, soit près de Ia moitié des Frs. 606’000.- de subsides alloués en 1989-1990 par la Société Académique, concernent des appareils destinés à l’enseignement et, surtout, à la recherche.
Un cas mérite d’être signalé. Les revenus du fonds Plantamour sont réservés à la recherche astronomique et météorologique. Accumulés pendant plusieurs années, et complétés par un important prélèvement sur les revenus sans destination spéciale, ils ont permis à la Société Académique d’accorder Frs. 100’000.- à l’Observatoire de Sauverny, à titre de contribution à l’acquisition d’un télescope de la toute dernière génération. Voici encore quelques précisions sur des cas particuliers. Trois prix ont été décernés en 1989- 1990 : le prix Charles Bally (grammaire comparée des langues indo-européennes) au professeur Alex Leukart ; le prix Marie Schappler à MM. Marc Vuilleumier (histoire) et Marc Hunyadi (éthique).
Au demeurant, il suffit de consulter la liste des subsides accordés en 1989-1990, et leur montant, pour se faire une idée de la variété des domaines dans lesquels 1a Société Académique intervient ; et pour prendre du même coup la mesure du dévouement des membres de ses commissions, qui ont examiné, à titre bénévole bien entendu, et les requêtes auxquelles une suite a été donnée et un nombre égal, sinon supérieur, de requêtes qui ont été refusées soit pour de valables raisons scientifiques, soit faute de moyens financiers.
Pour alléger ses procédures et permettre de répondre plus rapidement aux requérants, la Société Académique a remanié son organisation. Elle a créé, notamment dans le domaine des bourses et des subsides de voyage et dans celui des publications et des achats de livres, de manuscrits et de périodiques, deux nouvelles commissions, auxquelles elle a donné la compétence de prendre des décisions immédiatement exécutoires, sans attendre leur ratification par le Comité. Il y a 1à un net progrès, que d’autres suivront : le moment est venu de procéder à un véritable aggiornamento !
L’exercice 1989-1990 de la Société Académique a commencé dans l’euphorie : l’Europe centrale et orientale brisait ses chaînes ; la prospérité semblait devoir durer indéfiniment. La facilité régnait. Elle s’est terminée dans les premières déconvenues, qui n’ont pas tardé à aller s’aggravant. Il est par la suite devenu évident que la situation générale était en passe de changer ; qu’à Genève, les années de la grande facilité et des folles dépenses étaient révolues ; que l’économie s’essoufflait, et que l’Etat n’avait plus de quoi faire face à ses engagements. Il en est réduit à emprunter, c’est-à-dire à hypothéquer l’avenir. Pour l’Université donc, l’e4xpansion a pris fin. Les difficultés budgétaires ont commencé. Il n’est plus question de créer de nouvelles chaires, de multiplier les postes d’assistants, d’étoffer le corps intermédiaire. Il n’y a donc d’espoir que dans la rigueur, l’engagement efficace des ressources encore disponibles, l’encouragement de la seule excellence scientifique. Il faut économiser sur le superflu pour préserver l’essentiel. La Société académique s’inspire de ce précepte. Elle a renoncé à offrir à ses membres un rapport annuel relativement luxueux et agrémenté de contributions scientifiques, pour se limiter à l’essentiel. Les économies ainsi réalisées correspondront à une modeste bourse de relève. Les membres de la Société approuvent certainement cette politique rigoureuse et conforme aux nécessités du moment.