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- Origine et fondation
- Consolidation de la Fédération des partis écologistes de Suisse
- 1991 – 1995 : années instables
- 1996 – 2003 : évolution du parti
- 2003 – 2011 : le succès au rendez-vous
- 2011-2018 : trois initiatives populaires et première présidente Verte du Conseil national
- 2019 : année des #ElectionsClimat
- Renforcé et renouvelé pour la législature 2019-2023
Origine et fondation
La construction d’une autoroute est à l’origine du parti écologiste. En effet, à la fin des années 60, les autorités communales neuchâteloises décident de faire passer le tracé de la N5 le long des rives du lac sur le territoire de la ville. Tous les partis, gauche et droite confondues, soutiennent le projet. Or, un groupe de citoyennes et citoyens lancent une pétition contre ce projet autoroutier et récoltent 5’000 signatures en trois mois. Comme les autorités politiques de la ville tiennent fermement à ce projet et qu’il n’existe aucune possibilité de référendum, les opposant-es concluent que la seule façon d’intervenir efficacement est de faire partie des autorités communales. Ainsi, en décembre 1971, le Mouvement populaire pour l’environnement (MPE) est fondé. Il regroupe des radicaux, des libéraux et des socialistes ayant démissionné de leur parti respectif en raison de leur opposition au projet autoroutier. En mai 1972, le MPE présente une liste de 16 candidat-es aux élections municipales, obtient du premier coup 8 sièges sur 41 au parlement communal et devient ainsi la troisième force politique juste après les socialistes et les radicaux.
Le succès électoral des Neuchâtelois éveille des vocations en Suisse romande. En novembre 1973 déjà, une organisation similaire présente une liste aux élections communales vaudoises. Le Mouvement populaire pour l’environnement vaudois (MPE) récolte 5,6 pour cent des suffrages à Lausanne et cinq sièges au parlement communal, ainsi que 15 sièges dans les communes voisines. L’organisation qui succède au MPE, le Groupement pour la protection de l’environnement (GPE), entre à l’exécutif de la Ville de Lausanne en 1977. Le succès des Verts vaudois est encore plus retentissant deux ans plus tard lorsqu’ils obtiennent 6,4 pour cent des voix aux élections nationales permettant ainsi au premier représentant des Verts, Daniel Brélaz, de siéger à Berne.
Dès la fin des années 70, des partis et groupements écologistes sont également fondés en Suisse alémanique. Deux d’entre eux connaissent un grand succès et obtiennent en 1983 un mandat au Conseil national : le Grüne Partei Kanton Zürich et la Freie Liste Bern. Deux candidat-e-s de la Freie Liste Bern sont même élus au Conseil d’Etat bernois en 1986.
Au début des années 80, des partis écologistes existent dans presque tous les cantons. Il ne manque alors plus qu’une organisation faîtière pour les regrouper. En prévision des élections nationales de 1983, des représentant‑e-s de la Demokratische Alternative Bern (DA!) tentent de coordonner les actions des nombreux partis, mouvements et groupements verts en 1982. Ils convient toutes les personnes intéressées à Berne pour discuter d’une alliance nationale. Les négociations débutent le 15 janvier 1983 et permettent de réunir tout un éventail de groupements écologistes autour d’une table ronde.
Le 7 mai, les négociations échouent en raison de divergences entre les groupes modérés et les mouvements de la gauche alternative, notamment au sujet de l’armée. Les représentants des partis modérés (les écologistes genevois et zurichois, le GPE vaudois et le MPE neuchâtelois) quittent la table des négociations et fondent, avec le Grüne Partei Nordschweiz, la Fédération des partis écologistes de Suisse (FPE), le 28 mai 1983 à Fribourg. Deux semaines plus tard, les Verts de la gauche alternative se regroupent également en fédération : la Grüne Alternative Schweiz (GRAS).
Lors de l’élection du Conseil national en 1983, la fédération écologiste obtient 1,7 pour cent des voix et trois sièges au Parlement. Un quatrième siège est obtenu par l’entrée au Conseil national de la Freie Liste Bern. Quant à la Grüne Alternative, avec 0,8 pour cent des voix, ils n’entrent pas sous la Coupole. En 1985, la Fédération des partis écologistes de Suisse est le premier parti actif au niveau national à être présidé par une femme, Monica Zingg.
Consolidation de la Fédération des partis écologistes de Suisse
Par la suite, la Fédération des partis écologistes de Suisse s’élargit à d’autres groupes écologistes, tout en améliorant et consolidant son organisation. Ainsi, jusqu’aux élections de 1987, quatre nouveaux partis cantonaux se joignent aux cinq sections fondatrices : trois sections nouvellement créées (Grüne Partei Thurgau, Freie Liste Bern et Movimento ecologista ticinese) et la Demokratische Alternative Bern issu de la Grüne Alternative. La fédération se donne une meilleure assise en changeant de nom en 1986 : Parti écologiste suisse (PES). Placées sous le signe du renforcement du parti, les élections de 1987 font suite à deux catastrophes qui ont eu lieu un an plus tôt : Tchernobyl et Schweizerhalle. Au mois de décembre 1987, les citoyen‑ne‑s suisses votent en faveur de l’initiative de Rothenthurm pour la protection des marais – une véritable bombe politique à l’époque ! Ainsi, en automne 1987, les deux groupements verts connaissent une hausse importante de leurs suffrages lors des élections au Conseil national et au Conseil des Etats : le PES obtient neuf sièges au Conseil national (dont trois femmes) avec 5,1 pour cent des voix, et le Grüne Bündnis Schweiz (GBS), nouveau nom de la Grüne Alternative Schweiz, décroche un siège pour Argovie et un pour Bâle-Campagne. Le conseiller national argovien rejoint le groupe parlementaire du parti écologiste suisse.
Après 1987, les deux organisations prennent une orientation différente. Fort de ce nouveau groupe parlementaire au Conseil national, le Parti écologiste suisse élargit sa structure et ses thématiques. Au cours des années suivantes, il prend de nombreuses positions politiques, souvent indépendamment de la traditionnelle opposition « gauche » – « droite » : comme sur l’égalité des chances, la politique énergétique ou des transports. Le parti se demandait déjà à l’époque si la croissance effrénée, même celle des transports publics, était souhaitable d’un point de vue écologique. Quant aux questions sociales, le parti s’engage en faveur d’une politique libérale des drogues et pour un revenu minimum garanti. Il prend également position sur des questions de politique économique ou de sécurité intérieure. Les débats internes sont intenses : quelle approche adopter ? quelle relation entre croissances qualitative et quantitative ? quelles limites à l’hégémonie de la croissance ? Conséquences : une majorité des membres du parti adoptent une attitude critique vis-à-vis des transversales alpines et de la Communauté européenne. De plus, ce positionnement stratégique est axé sur la réforme fiscale écologique, une réforme qui propose de taxer les énergies non renouvelables plutôt que le travail.
Grüne Bündnis Schweiz décide de devenir un mouvement collectif de partis verts et d’autres organisations progressistes et sociales de Suisse. Mais cette décision est contestée au sein même de l’organisation. Une partie du GBS aspire à une collaboration étroite avec le PES. Les partis cantonaux qui ont obtenu des sièges à Berne ou qui sont susceptibles d’en obtenir aux prochaines élections jouent un rôle clé. Ce groupe, comprenant les Verts argoviens, la Grüne Bündnis de St-Gall et celle de Lucerne de même que les Verts de Bâle-Campagne, veut se rapprocher, voire fusionner, avec le PES. Ils se sont en effet prononcés en faveur d’un groupe écologiste commun au Conseil national et contre une alliance avec les « organisations progressistes de Suisse » (Progressiven Organisationen Schweiz, POCH) ou le Parti du travail (PdT). A l’inverse, quelques membres du GBS souhaitent, pour des raisons idéologiques, se distancer du PES et se rapprocher des groupements de gauche.
Dès février 1988, il est question de fusion entre les deux organisations. Elle échoue pourtant en mai 1990. Les Verts argoviens ont déjà quitté le GBS pour le PES et amorcé l’hémorragie. Rapidement les Verts de Bâle-Campagne, les Grüne Bündnis St-Gall et Luzern leur emboîtent le pas. La Grüne Bündnis Schweiz se trouve alors proche de la dissolution. Quelques sections lui permettent de conserver une dimension cantonale.
1991 – 1995 : années instables
Lors des élections nationales de 1991, le PES progresse et obtient 14 sièges avec 6,1 pour cent des suffrages. C’est le premier groupe parlementaire fédéral à être composé d’une majorité de femmes. A l’inverse, le mouvement vert alternatif perd un de ses deux mandats avec 1,5 pour cent des voix (FraP! Zürich). Lors de ces élections, les groupes verts alternatifs et les sections POCH restantes se sont présentés sous le nom de Die andere Schweiz (DACH).
En septembre 1993, le parti adopte un nouveau nom, Les Verts – Parti écologiste suisse, et un nouveau logo. C’est l’expression d’une nouvelle assurance. Les Verts profitent de leur succès et de leurs idées écologiques avant-gardistes pour s’affirmer davantage. En 1991, pour la première fois de leur histoire, les Verts lancent un référendum fédéral contre les nouvelles lignes ferroviaires alpines (NLFA). Leurs principaux arguments : financement insuffisant, surcapacité et transfert incertain du trafic poids lourds de la route au rail. Même si le référendum échoue en votation populaire, c’est un signal fort pour les instances nationales. La deuxième version du projet des NLFA fut largement inspirée des idées du parti écologiste suisse.
Le parti n’en reste pas là. En 1992, il s’expose fortement en refusant d’adhérer au fonds monétaire international (FMI), à la Banque mondiale et à l’Espace économique européen (EEE). La question de l’intégration européenne divise les Verts et provoque de nombreuses discussions. Les divergences se manifestent surtout entre les régions linguistiques. Les Verts de Suisse alémanique s’opposent majoritairement à l’EEE en raison des préjudices écologiques possibles et par crainte de perdre des droits démocratiques. La majorité des Verts romands souhaite, quant à elle, faire face aux problèmes européens avec l’Europe et considère l’EEE, malgré ses faiblesses, comme un pas intermédiaire dans le processus d’intégration. Cette attitude négative du PES vis-à-vis de l’intégration européenne prend source dans la critique de la croissance et crée de fortes tensions au sein du parti. Comme l’a montré l’analyse VOX, une petite majorité de l’électorat Vert (dans une proportion comparable à celle du PDC) s’est prononcée en faveur d’un Oui à l’EEE le 6 décembre 1992. Ces divergences s’estompent rapidement : en 1994/95 le parti prend majoritairement la voie du soutien à l’intégration et, depuis lors, appuie les négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE).
Lors des élections nationales de 1995, les Verts suisses subissent un net recul. 5% des voix leur permet de conserver uniquement huit de leurs 14 sièges. Le camp vert-alternatif, avec 1,5 pour-cent des suffrages, gagne un siège grâce à la Grüne Bündnis Bern.
1996 – 2003 : évolution du parti
En déposant deux initiatives populaires fédérales « Pour garantir l’AVS – Taxer l’énergie et non le travail » et « Pour une retraite à la carte dès 62 ans tant pour les femmes que pour les hommes » en mai 1996, les Verts démontrent leur capacité d’action. Ils s’engagent incontestablement sur le chemin d’une Suisse durable et solidaire en proposant d’une part réforme fiscale écologique et garantie du financement de l’AVS et d’autre part retraite à la carte. La réforme fiscale écologique est pour la première fois thématisée, de même que le lien entre préoccupations environnementales et sociales. Les Verts intègrent ainsi, de façon novatrice, des thématiques sociales à leurs fondamentaux. En lançant ces initiatives, les Verts montrent leur force politique. Ils consolident le tournant pris quelques années auparavant par ce parti purement « écologiste » afin de proposer un large éventail de solutions, que l’on peut synthétiser sous la notion de développement durable.
Le peuple se prononce sur les deux initiatives « vertes » en 2000 et 2001. Si l’initiative « Pour une retraite à la carte dès 62 ans tant pour les femmes que pour les hommes » récolte 46% de oui (les cantons latins sont même majoritairement pour !), l’initiative « Pour garantir l’AVS – taxer l’énergie et non le travail » ne rencontre quant à elle pas le succès espéré (77,1 % de non).
En 1999, donc avant ces deux votations, les Verts, avec 5% des suffrages aux élections nationales, ne réussissent pas à augmenter leur représentation sous la Coupole mais conservent leurs huit sièges. Hugo Fasel du Parti chrétien social rejoint le groupe parlementaire des Verts, qui compte désormais 10 membres.
Aux niveaux cantonal et communal, les Verts renouent avec le succès au cours des années suivantes. Surtout en Romandie où les Verts consolident leur position en gagnant de nombreux sièges dans les parlements communaux et cantonaux, ainsi qu’au sein d’exécutifs. Cette évolution confirme le basculement dans une majorité rose-verte de gouvernements, et parfois même de parlements dans de nombreuses grandes villes dès la fin des années 80, et parfois jusqu’au niveau cantonal. Ces majorités ne s’avèrent pas, en général, éphémères mais solides. L’élément décisif à ce sujet est que les électeurs et électrices considèrent les Verts, et le PS, comme aptes à gouverner. Les Verts, ce parti d’opposition qui s’est construit en protestant contre des projets désastreux d’un point de vue environnemental, a su montrer que ses représentant-e-s peuvent trouver des solutions constructives au sein de majorités parlementaires ou exécutives.
Au Tribunal fédéral, les Verts ont également leur place depuis 1998.
2003 – 2011 : le succès au rendez-vous
En 2003, des sections de Jeunes Vert-e-s se forment au niveau cantonal et se regroupent, en automne 2003, au niveau national. Dans certains cantons, ils constituent des listes pour les élections nationales.
Les élections nationales de 2003 confirment les Verts dans leur position de parti non gouvernemental le mieux représenté à Berne. 7,4% des voix et 13 sièges au Conseil national en font le grand gagnant de ces élections. Zurich, avec deux sièges, peut s’enorgueillir d’avoir largement rattrapé le siège perdu en 1999. Argovie retrouve également sa place à Berne et Vaud double sa représentation avec deux sièges !
Dès lors, les Verts ont régulièrement rendez-vous avec la réussite. Depuis 2003, ils ont gagné de nombreux sièges au niveau cantonal et communal. Entre 2003 et 2011, le nombre de sièges des Verts dans les parlements cantonaux est passé de 131 à 201.
Dans les exécutifs cantonaux également, les Verts sont en bonne place : un siège en Argovie (Susanne Hochuli), à Bâle-Campagne (Isaac Reber), Bâle-Ville (Guy Morin), Berne (Bernhard Pulver), à Fribourg (Marie Garnier), dans le canton de Vaud (Béatrice Métraux), à Zoug (Manuela Weichelt) et à Zurich (Martin Graf), et même deux sièges à Genève (David Hiler et Michèle Künzler). Les Verts occupent alors 11 sièges exécutifs dans 9 cantons.
La tendance qui se dégage des résultats électoraux des Verts dans les cantons est confirmée le 21 octobre 2007 au niveau national. En déposant des listes dans seulement 17 cantons, les Verts récoltent 9,6 % des suffrages exprimés, soit 20 sièges au Conseil national (+7) et font leur entrée au Conseil des Etats avec deux sièges.
2011-2018 : trois initiatives populaires et première présidente Verte du Conseil national
Comme lors des élections nationales de 1995, les Verts subissent des pertes lors des élections 2011 liées au système proportionnel. Par rapport au nombre de sièges perdus (5), la perte des Verts au niveau national est relativement faible (1,2%). Mais les Verts progressent au Tessin, à Neuchâtel, à Bâle-Ville, en Valais, dans les Grisons et dans le Jura. Le nombre de sièges dans les parlements cantonaux s’est stabilisé à un niveau élevé.
En 2013, Maya Graf est la première présidente Verte du Conseil national. Son année présidentielle a été couronnée par la visite officielle du Dalaï-lama au Palais fédéral.
La législature 2011-2015 a été dominée par les deux initiatives populaires que les Verts ont lancées mi-2011 et qui ont marqué les débats politiques.
L’initiative « Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte) » a été déposée le 6 septembre 2012. Elle demande de promouvoir la fermeture des cycles de vie des matériaux et de réduire l’empreinte écologique de la Suisse à l’équivalent d’une Terre au plus tard en 2050. Le dépôt de l’initiative « Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire (Initiative Sortir du nucléaire) » a suivi le 16 novembre 2012. Sous la pression de la catastrophe de Fukushima début 2011, cette initiative a été soutenue par plusieurs autres partis et organisations. L’initiative revendique, en plus de l’interdiction constitutionnelle de construire de nouvelles centrales nucléaires, une durée maximale d’exploitation des centrales existantes de 45 ans.
En réponse à l’initiative pour une économie verte, le Conseil fédéral propose en 2014 la révision tant attendue de la loi sur la protection de l’environnement. Elle devait permettre de préserver non seulement l’environnement des dommages causés par l’activité humaine, mais également les ressources naturelles. Cependant le Parlement la refuse. Et lors de la votation du 25 septembre 2016, l’initiative ne passe pas la rampe, mais son score est honorable (36% de OUI). Elle est même acceptée dans le canton de Genève.
L’initiative pour la sortie du nucléaire a marqué les débats sur la Stratégie énergétique 2050. Celle-ci veut interdire la construction de nouvelles centrales nucléaires et les remplacer en diminuant la consommation et en développant les renouvelables. L’initiative a permis de maintenir l’interdiction de construire de nouvelles centrales en Suisse. Le 27 novembre 2016, l’initiative verte récolte un magnifique 46% des voix, soit le meilleur score d’une initiative rose-verte des années passées. Elle est acceptée par les cantons de Genève, Neuchâtel, Vaud, Jura et les deux Bâle. Un des principaux motifs de rejet a été la crainte que la mise hors service soit prématurée. Par contre, le résultat serré montre que la population approuve le tournant énergétique et que de nouvelles centrales n’ont aucune chance en Suisse !
Le 27 mai 2014, les Verts lancent l’initiative « Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques (initiative pour des aliments équitables) ». Celle-ci requiert que les denrées alimentaires soient issues d’une agriculture respectueuse de l’environnement et des animaux et produites dans des conditions équitables, que ce soit en Suisse ou à l’étranger. Soutenue par les milieux agricoles, la protection des animaux et des consommateurs ainsi que la coopération au développement, elle est déposée le 26 novembre 2015.
Lors des élections nationales du 18 octobre 2015, le Parlement glisse à droite et les Verts récoltent 11 sièges au Conseil national (-4) et 1 siège (-1) au Conseil des Etats. L’environnement et la politique sociale sont donc les grandes perdantes de ces élections. Au vu des nouveaux rapports de force, les Verts ont décidé de renforcer leur travail extra-parlementaire. Ils se mobilisent en faveur de mouvements sociaux et de référendums, p.ex. contre la réforme de l’imposition des entreprises, contre l’instauration de détectives des assurances ou le Projet fiscal 17, ainsi que lors des campagnes de votation en faveur des initiatives pour une économie verte, la sortie du nucléaire et les aliments équitables.
Après de vifs débats au Parlement et une tentative (infructueuse) de la commission préparatoire du Conseil national de proposer un contre-projet indirect, l’initiative pour des aliments équitables passe en votation le 23 septembre 2018. Score : 39% de Oui. Elle est acceptée par les cantons de Genève, Vaud, Jura et Neuchâtel. Sur pression de l’initiative, certaines de ses propositions pour renforcer la durabilité ont été reprises dans le contre-projet direct à l’initiative « pour la sécurité alimentaire ». Celui-ci a été largement accepté en votation populaire une année plus tôt, permettant d’inscrire la lutte contre le gaspillage alimentaire et pour un commerce durable au niveau constitutionnel.
Après l’échec des élections nationales 2015, les Verts connaissent un essor dans les cantons, villes et communes, voire un raz-de-marée dans les cantons du Valais, de Fribourg et Neuchâtel. A Genève, les Vert.e.s deviennent la 3e force politique aux élections cantonales avec un score de 13,16% et le conseiller d’Etat Antonio Hodgers est brillamment réélu. Et dans le canton de Vaud, aux Communales de 2016, les VERT-E-S passent de 200 à 248 siègent au législatif, croissant ainsi de 24%. A l’exécutif, ils passent de 14 à 19 sièges et atteignent en outre la parité avec 50% d’élues en plus et leur première syndique. En 2017, aux Cantonales, la progression se poursuit et les VERT-E-S atteignent 14% de la force politique avec 21 sièges au Grand Conseil (+2).
Fin 2018, on compte 193 sièges dans les parlements cantonaux, 18 de plus qu’avant les élections 2015. A cela s’ajoutent de nombreux succès au niveau communal : les Verts siègent désormais dans les exécutifs de Wil, Arbon, Prilly, Moudon, Orbe, Aarau et Thoune et occupe la mairie de Berne et de Brugg (AG). Et dans les exécutifs cantonaux, dont 6 conseillers d’Etat sont Verts : Christine Häsler (BE), Elisabeth Ackermann (présidente du gouvernement, BS), Isaac Reber (BL), Béatrice Métraux (VD), Brigit Wyss (siège Vert au Conseil d’Etat, SO) et Antonio Hodgers (président du gouvernement, GE).
2019 : année des #ElectionsClimat
Après la conférence sur le climat à Katowice, qui fit connaître la gréviste du climat Greta Thunberg (« vous volez aux enfants leur avenir, directement devant leurs yeux ») et après que le Conseil national eut vidé la nouvelle loi sur le CO2 – déjà bien insuffisante – lors de la session d’hiver 2018, l’année 2019 voit naître en Suisse un nouveau mouvement : celui des collégiennes et collégiens qui font grève et demandent la proclamation de « l’urgence climatique ».
Ce mouvement a renforcé les Verts lors des élections cantonales, en tant que force la plus crédible pour une politique environnementale, sociale et rigoureuse. Le 24 mars 2019, les Verts ont gagné 9 sièges supplémentaires au Parlement zurichois et retrouvent un siège au gouvernement cantonal dès le 1er tour grâce à Martin Neukom, ingénieur en solaire. Le groupe parlementaire Vert n’a jamais été aussi fort (22 sièges). En élisant Martin Neukom, les Zurichoises et Zurichois n’ont pas seulement choisi le 2e conseiller d’Etat le plus jeune de l’histoire de leur canton (seul Alfred Escher était plus jeune lors de son élection en 1848), mais pour la 1re fois un ancien membre des Jeunes Vert‑e‑s.
Une semaine plus tard, le 31 mars, les Verts des cantons de Bâle-Campagne et Lucerne ont également enregistré de francs succès électoraux. A Bâle-Campagne, le conseiller d’Etat Isaac Reber a été réélu avec le 2e meilleur résultat. Au Parlement, les Verts, en gagnant 6 sièges, doublent quasiment leur députation (14 sièges).
Dans le canton de Lucerne, les Verts et les Jeunes Vert‑e‑s, qui obtiennent 1 siège grâce à leur propre liste, font plus que doubler leur représentation : 15 sièges au lieu de 7.
Enfin, le 7 avril, les Verts tessinois ont également légèrement augmenté leur score, mais sans siège supplémentaire en raison notamment de la scission d’une aile isolationniste et au fait qu’une seule députée se représentait.
Grâce à de tels succès, les Verts entament l’année électorale 2019 gonflés à bloc. Forts d’une telle représentation dans les parlements cantonaux (216 sièges), c’est en effet la 1re fois que les Verts peuvent assumer autant de responsabilité en faveur d’une politique environnementale rigoureuse et d’un bon climat social. Face à 2015, ils connaissent la plus forte progression de tous les partis dans les parlements cantonaux, en gagnant 41 sièges.
Pour la première fois, les Verts mènent une campagne de mobilisation en vue des élections européennes. Lors d’un « débat sur l’Europe » à Zurich, ils montrent de concert avec les figures de proue des Verts européens, ce qui est en jeu lors de ces élections de mai 2019. La montée des forces autoritaires et nationalistes dans l’UE ne peut être contrée que par l’équité sociale et la participation démocratique. En appelant à voter pour les Verts de l’UE, les Verts suisses entendent contribuer à renouveler la « promesse européenne ».
Lors des élections fédérales du 20 octobre, les Verts récoltent 13,2% des voix et envoient désormais 28 resprésentant-es au Conseil national et 5 au Conseil des Etats. Pour la première fois, les Verts dépassent le parti gouvernemental du PDC. Grâce à cette victoire électorale historique, conjuguée à l’intégration du représentant neuchâtelois du Parti suisse du travail (PdT) et de la représentante genevoise d’Ensemble à Gauche / Solidarités, le groupe parlementaire Vert devient la 4e force politique au National (30 membres) devant le PLR (29).
C’est la première fois dans l’histoire de la démocratie suisse qu’un parti fait un tel bond en avant. A Genève, les Vert.e.s deviennent par exemple le premier parti du canton avec 25% des suffrages et Lisa Mazzone est élue au Conseil des Etats. Fort de 35 membres, le groupe parlementaire fédéral joue dans la même ligue que les partis gouvernementaux du PDC et du PLR. Ayant 45 ans en moyenne, c’est le groupe le plus jeune du Conseil national, et le plus féminin avec 61% de députées. Et pour la première fois, la Suisse italophone y est représentée.
Le soir même de l’élection, les Verts invitent toutes les forces politiques à se réunir avec les milieux scientifiques lors d’un sommet sur le climat, afin de décider d’une stratégie urgente et ambitieuse en vue de diminuer rapidement les gaz à effet de serre. La nouvelle législature sera décisive pour sortir du dérèglement climatique, on ne peut pas se permettre de perdre quatre nouvelles années.
Ces élections ont reposé la question de notre participation au Conseil fédéral. Depuis la création de la formule magique en 1959, c’est la première fois que les partis gouvernementaux représentent en effet aussi peu l’électorat. Le 22 novembre, le groupe Vert a par conséquent nommé l’ancienne municipale de la ville de Berne, conseillère nationale de longue date et présidente du parti, Regula Rytz, candidate au Conseil fédéral. Or, même si l’électorat a fait sauter la formule magique le 20 octobre, seul le PS a soutenu la candidature Verte. Tous les autres partis ont décidé de bétonner leur pouvoir et leurs acquis lors de l’élection du Conseil fédéral le 11 décembre.
Renforcé et renouvelé pour la législature 2019-2023
Les Verts démarrent donc la législature 2019-2023 en position de force. Maya Graf, en tant doyenne du Conseil national, ouvre la première session, qui voit la conseillère nationale argovienne Irène Kälin accéder à la fonction de 2e vice-présidente. En 2021/22, une Verte sera donc pour la deuxième fois, la « première citoyenne » de Suisse. Les Verts ont également gagné en importance au sein des commissions. Au National, ils ont au moins trois, le plus souvent quatre, représentant-es. Les Verts Bastien Girod et Michael Töngi président le premier la commission de l’environnement et le second celle des transports et des télécommunications. Autre nouveauté : les Verts disposent d’un groupe parlementaire au Conseil des Etats et sont également représentés au sein de toutes les commissions. La conseillère aux Etats Maya Graf préside la commission de gestion.
Au printemps 2020, la vague Verte se poursuit aux élections municipales genevoises durant lesquelles 142 Vert.e.s sont élu.e.s dans 26 communes, dont 14 aux exécutifs communaux.
En mai 2020, le groupe Vert a élu la conseillère nationale bernoise Aline Trede à sa présidence. Elle est secondée par un quatuor à la vice-présidence : Greta Gysin, Lisa Mazzone, Fabien Fivaz et Bastien Girod. La nouvelle présidence reflète ainsi de manière équilibrée, la diversité des régions et des genres ainsi que la présence Verte dans les deux Chambres.
Le 20 juin 2020, les délégué-e-s Vert-e-s ont élu la présidence des VERT-E-S suisses pour la première fois lors d’une cyber-assemblée. En tant que nouveau président, Balthasar Glättli prend la succession de Regula Rytz, qui ne pouvait plus faire acte de candidature en raison des limites posées à cette fonction par les statuts. Il est secondé par une vice-présidence réunissant Florence Brenzikofer (conseillère nationale BL), Luzian Franzini (député cantonal, ZG), Oleg Gafner (Jeunes Vert-e-s Suisse, VD), Isabelle Pasquier-Eichenberger (conseillère nationale GE), Franziska Ryser (conseillère nationale SG) et Nicolas Walder (conseiller national GE). Tant les régions linguistiques que les genres se trouvent ainsi représentés de manière équilibrée.
De même, les élections cantonales dans le Jura, en Argovie, à Bâle-Ville, Schaffhouse, Schwyz, St-Gall, Thurgovie et Uri en 2020 ont été marquées – à de rares exceptions près – par d’importants gains de sièges.
Lors de leur assemblée du 23 janvier 2021, les délégué-e-s des VERT-E-S suisses ont adopté le « Plan Climat – pour un bilan climatique positif en Suisse ». Celui-ci montre comment transformer en profondeur notre économie et notre société pour faire face au réchauffement climatique et quelles mesures politiques et techniques sont nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques des VERT-E-S.
A partir de 2020 : politique en temps de pandémie
Durant la pandémie due au coronavirus, les VERT-E-S se sont engagés en avançant des propositions concrètes pour maîtriser les crises (pandémique et climatique) de manière à rendre plus rapidement notre avenir plus Vert et plus social. De surcroît, la protection de la santé physique et psychique des personnes particulièrement vulnérables (p.ex. seniors, personnes en situation de handicap, à risques ou en fuite) doit y être placée au centre.
Pour en savoir plus, consulter le plan en 3 points pour une sortie Verte à la crise, le Nouveau pacte Vert (Green New Deal) et le « COVID-19 : prise de position du groupe parlementaire ».