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Panique d’un confiné
Rendez-vous est pris chez un médecin qui doit inspecter mes oreilles douloureuses. Nulle trace de cérumen, aucune inflammation, déclare le carabin. L’intermittente altération de l’audition, dont j’ai parlé avec véhémence au début de la consultation, serait due à un encombrement des sinus. Le médecin me demande si j’éternue souvent et si, lorsqu’une crise d’éternuements survient, j’éternue plusieurs fois de suite. Je réponds qu’il m’arrive d’éternuer violemment et que, dans ce cas, j’éternue deux ou trois fois, sans plus…
Je constate que vous respirez mal, allongez-vous! ordonne le généraliste en me montrant du doigt la table d’auscultation en cuir noir… Je suis asthmatique, dis-je d’une voix cette fois presque inaudible, je souffre de plusieurs allergies.
Le généraliste me demande de nommer les substances auxquelles réagit mon organisme (genre poussières de maison, poils ou moississures) et, après avoir pris note de mes déclarations, il m’invite à nommer les aliments pouvant provoquer d’éventuels picotements ou autres démangeaisons.
À part cette tension dans les oreilles dont vous parlez avec insistance, avez-vous des maux de tête, une sensation de brûlure dans les yeux? Vous sentez-vous fatigué au cours de la journée? Avez-vous parfois l’impression de perdre connaissance? À toutes ces questions, je réponds par un léger hochement de tête et, soudain, sans crier gare, il me demande si je suis sujet à des vomissements ou autres dérangements. Vos selles sont bien formées? se renseigne-t-il avec un aplomb qui me semble exagéré, avant de lire sur le visage de son nouveau patient l’étonnement devant ce genre de questions abruptes. Il me regarde longuement, une main chaude délicatement posée sur ma poitrine, main qui me rappelle fugacement celle de maman posée au même endroit un jour où, ne voulant pas aller à l’école, je gémissais sourdement dans mon petit lit en bois des Landes.
Veuillez excuser la présentation de ces détails qui me sont nécessaires pour donner une faible idée de ce que je pouvais ressentir allongé de tout mon long sur la table d’auscultation en cuir noir. Je ne sais plus combien de temps la main d’omnipraticien resta posée sur mon sternum, par contre je peux affirmer avec certitude que non seulement la sensation de cette main posée sur moi fut délicieuse mais que je tendis une oreille très attentive au discours qui allait suivre…
C’est une voix bien placée qui me vient de très loin. Elle m’explique de manière convaincante que l’intermittente altération de l’audition due à un encombrement des sinus peut être traitée avec un spray portant le nom inoubliable de RINOFLUIMUCIL.
Pour ce qui est de la difficulté respiratoire, on me propose un traitement à la cortisone. Le mot cortisone éveille chez moi quelques craintes. Je parle d’un ami homéopathe qui a également attiré mon attention sur cette détresse repiratoire.
Ah! si vous faites confiance à un homéopathe, le traitement que je vous suggère ne doit pas vous enchanter, dit le majestueux échassier aux yeux légèrement bridés. Ce n’est pas que je lui fasse confiance, dis-je en redressant mon buste et en regardant le tableau pendu au mur, derrière l’échassier, vous savez, mon père travaillait dans la branche, il traitait les homéopathes de charlatans, bon, il faisait sa bronchite annuelle et un cancer l’a emporté, enfin… je ne sais plus ce que je dis…
– Écoutez, monsieur, vous venez me voir pour une altération intermittente de l’audition, vous ne présentez pas des symptômes alarmants, cette altération ne peut être due qu’à un encombrement des canaux reliant au rhinopharynx la partie antérieure de la caisse du tympan, je vous fais une ordonnance pour le RINOFLUIMUCIL, pour le reste je laisse votre médecin traitant prendre une décision. Que pensez-vous de cette manière de procéder?
– Je la trouve épatante, dis-je en saisissant l’ordonnance dont l’écriture en guirlande pourrait signaler une grande faculté d’adaptation, d’émerveillement et de réceptivité. Après quoi, je prends dans la mienne la main poliment tendue par l’ancien chef de clinique d’un centre hospitalier universitaire. Cette main poliment tendue, et dont je venais de sentir l’agréable pression sur mes côtes, je la serre avec un sentiment contrasté. Jamais je n’aurais pensé être si bien reçu par un docteur que je ne connais pas, par un des deux professionnels de la santé ayant ouvert leur cabinet dans un village où je suis confiné.
A.M.