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25/09/2014
Captain Savoy en appelle à l’Homme-Cygne
Dans le dernier épisode de cette étrange série, et avant notre interlude - pour l’instant inachevé - sur les origines de notre héros, nous avons laissé celui-ci - Captain Savoy - au moment où, en butte à un monstre apparemment invincible, il se souvenait de sa rencontre, dans le ciel chablaisien, en vue du lac Léman, avec l’Homme-Cygne, protecteur secret de Genève et fils de l’Immortelle du Lac, dans l’idée de lui demander de l’aide.
À cette époque, cependant, il ignorait qui était ce héros: il ne le connaissait pas. Il n’apprendrait que par la suite tout ce qui le concernait.
Or, encore tout rempli des nombreux mots qu’il avait, à Paris, échangés avec le Génie d’or, Solcum le Sage, il s’étonna de voir devant lui cet homme doué d’ailes, au pourpoint et aux chausses argentés scintillants comme un haubert poli, portant à la poitrine une brillante étoile de cristal et au front un bandeau doré arborant une rayonnante pierre bleue, dont les gants et les bottes étaient éclatants de blancheur et dont la nuque était recouverte d'une cagoule également argentée qui laissait ses cheveux blonds et son beau visage libres - et, étourdiment, il lui envoya un défi, ou ce qu’on pouvait interpréter comme tel. Car si le contenu était relativement anodin, le ton en était fort arrogant. Il lui enjoignit, en effet, de révéler qui il était, et ce qu’il faisait dans cet air dont il avait la charge et la garde et qui lui avait été réservé par les dieux! On ne sentait point, dans le son de sa voix, l’esprit d’hospitalité et d’humanité qui doit prévaloir entre les êtres, et dont les héros sont accoutumés d’offrir le modèle; on y percevait plutôt le montagnard fier qui masque sa peur par de l’orgueil - voire l’homme encore enivré par les splendeurs de la grande cité dans laquelle il a passé quelque temps. Ou bien tirait-il une vaine fierté d’avoir conversé avec le Génie d’or - qui naquit, comme on sait, parmi les astres? En ce temps-là, Captain Savoy était encore jeune: il manquait d’expérience.
Pourtant, dès que les mots furent sortis de sa bouche, il se rendit compte de son erreur, et qu’il avait manqué aux devoirs de l’homme pieux; sans indulgence il se jugea, et connut qu’il avait commis une faute - si grande était déjà sa noblesse d’âme, si puissant le feu de sa conscience intime! Cependant, il était trop tard. Et à ses questions, l’Homme-Cygne, qui était susceptible et fier, répondit: Et toi? Puis, de sa main, il lui envoya un jet d’énergie blanche, qui le frappa à la poitrine.
Son costume, qui était dans le même temps une armure, le protégea; il ressentit un choc important, et vacilla, recula, mais ne chut pas du pont que son anneau tissait: il ne cessa même qu’un bref instant d’en envoyer le rayon d’émeraude. Toutefois, vexé d’être mis à mal sur ses terres, il leva sa main gauche, qui alors tenait sa lance magique, et fit partir de la pointe de celle-ci un rayon de feu qui toucha également son adversaire à la poitrine; et celui-ci reçut cet assaut comme lui l’avait fait: il fit un mouvement en arrière, mais n’en fut pas davantage meurtri, et ses ailes eurent tôt fait de lui faire reprendre son aplomb, et de le guider sur les ondes de l’air.
Il voulut jeter de l’énergie encore une fois de sa main, mais, au même moment, Captain Savoy fit pareil avec sa lance, et voici! les deux jets de lumière rencontrèrent, et, prolongeant la volonté de chacun des héros, rebondirent l’un sur l’autre sans céder ni l’un ni l’autre.
Décuplant leur force, ils renchérirent tous deux, mais cet assaut fut tel que le flux en revint sur ses auteurs, qui n’avaient plus la possibilité de le contrer, ou de le relancer; au même moment, ils furent frappés par leurs propres jets de feu, et cette fois commencèrent à tomber, le choc leur ayant fait perdre le sens du haut et du bas, de la gauche et de la droite, comme au sein d’une grande vague, dans la mer. L’air leur manquait.
Mais, après avoir chu quelques instants, et s’être rapprochés de la terre, tous deux se reprirent, d’abord l’Homme-Cygne, pour qui l’air était un élément parfaitement naturel, ensuite Captain Savoy, qui se recréa par son anneau une planche suspendue. Aussitôt il se précipita, glissant sur les vents, sur le fils de l’Immortelle, qui lui aussi venait vers lui; mais plus lentement, car il regrettait, à son tour, d’avoir débuté cette bataille, tandis que Captain Savoy, aveuglé par la colère, étincelait devant lui, son costume étant devenu flamboyant, lui-même vibrant d’énergie cosmique: il reconnut en lui, alors, un fils des dieux, ou du moins un homme qui avait reçu d’eux de puissants dons. Cela le fit hésiter, il perdit courage; or déjà le héros de la Savoie était sur lui, et il n’avait pas pu lui envoyer de jet d’énergie. Cessant brièvement de bâtir son pont des airs, le prince de la montagne lança son poing vers le menton de l’Homme-Cygne; mais celui-ci, vif comme l’éclair, s’écarta, et ne fut atteint qu’à l’épaule. Il répliqua aussitôt avec un coup qui atteignit l’autre à la joue, mais qui parut avoir peu d’effet: Captain Savoy ne sembla pas beaucoup le sentir. Tout en recommençant à former son pont de lumière, il assena, de toute ses forces, un coup de lance à l’Homme-Cygne, qui cette fois ne put l’éviter et le prit sur la tête.
Il faudra cependant attendre une fois prochaine pour savoir ce qu’il en résulta!