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GROSS Pierre-Olivier, "Il n'est aucun canton suisse où le pouvoir civil soit aussi étranger aux affaires ecclésiastiques": les relations entre l'Eglise et l'Etat en Valais 1880-1939 travail publié dans la revue Vallesia dans sa livraison datée de 2010
L'historiographie valaisanne s'est construite autour de l'idée que la classe politique du canton a toujours entretenu des liens de connivence très étroits avec le clergé. Ainsi, il semble évident que, suite à la convention de 1880 qui règle le problème des décrets de 1848 spoliants les biens ecclésiastiques du clergé valaisan, une entente cordiale s'est instaurée entre les pouvoirs civil et religieux, les deux oeuvrant pour ainsi dire main dans la main pour gouverner ce canton traditionnellement catholique. La phrase qui sert de titre à ce mémoire, tirée d'une lettre du Conseil d'État écrite en 1900, laisse percevoir que les hommes politiques de l'époque ne souscrivaient pourtant pas à l'idée aujourd'hui dominante. Ce travail a eu pour objectif de résoudre cette apparente contradiction entre la représentation actuelle des rapports entre l'Église et l'État durant cette période et celle que semble défendre le Conseil d'État au début du XXe siècle. Pour ce faire, il s'est appuyé essentiellement sur les archives de l'État du Valais : Bulletins du Grand Conseil, Rapports du Conseil d'État et Recueils des lois et arrêtés du canton du Valais, mais aussi sur l'abondante correspondance du Conseil d'État. Malgré quelques difficultés initiales, les archives de l'évêché de Sion ont aussi pu être consultées. En outre, ces recherches ont visé à dépasser le seul cadre juridique, auquel se limitent souvent les études sur le sujet des relations entre l'Église et l'État. En plus d'une exposition la plus complète possible des aspects légaux de ces rapports, la problématique s'est prolongée sur la question des représentations. Quelle importance la classe politique accorde-t-elle à l'Église et à sa doctrine dans les débats parlementaires et dans les prises de décision du Conseil d'État ? Comment l'Église envisage-t-elle sa participation à la vie politique du canton ? Quelle sont les domaines de la vie sociale dans lesquels elle considère que son action est indispensable ? Quelle place occupe-t-elle dans l'identité valaisanne ? D'autre part, l'intérêt de telles recherches dans un pays comme la Suisse est qu'elles permettent de mettre en lumière à la fois les différents niveaux de la politique suisse, communal, cantonal et fédéral, et ceux de l'Église catholique, de ses paroisses et diocèses, mais aussi au niveau suprême du Saint-Siège. La correspondance du Conseil d'Etat a permis d'apprécier la complexité des rapports résultant de ces structures fortement hiérarchisées. Ce travail s'ouvre sur un premier chapitre consacré essentiellement aux questions constitutionnelles et juridiques, qui permet de juger de l'évolution de la place des ecclésiastiques et de l'Église dans la vie politique valaisanne. Le second chapitre se concentre sur la question plus symbolique de l'identité avec, au centre de ce problème, la controverse sur la nomination de l'Évêque par le Grand Conseil, qui traverse une grande partie de la période étudiée. Enfin, le troisième chapitre vise à mettre en lumière la perception que les hommes politiques ont de l'action sociale de l'Église, et notamment de son engagement dans l'éducation et dans la bienfaisance. En définitive, le résultat de ces recherches permet de nuancer fortement l'idée d'une Église et d'un État unis strictement dans la défense d'intérêts communs et de mettre en lumière la perpétuelle évolution des relations entre les pouvoirs politique et religieux. Publié en 2011 sous le titre: Pierre-Olivier Gross, "Les relations entre l'Eglise et l'Etat en Valais, 1880-1939", in Vallesia, tome LXV, Sion 2010, p. 189-276.