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Où est ma mère? Que reste-t-il d'elle? Ces deux questions agitent douloureusement l'ancienne journaliste Ludivine Ribeiro au lendemain du décès de sa mère, il y a dix ans maintenant. "J'étais en train d'écrire un autre roman, mais au fil des années j'ai réalisé que je ne parvenais pas à écrire autre chose et qu'il fallait que je passe par ce livre d'abord. Je l'ai écrit par petits bouts que je mettais dans une boîte." La forme finale s'est faite par assemblages, comme on monterait un film, dans un tout autre ordre que celui de l'écriture."
Le livre se présente comme une suite de courts chapitres d'une ou deux pages, jamais plus de quatre ou cinq, qui forment comme une énumération de souvenirs chapeautés par un titre et parfois illustrés de photos en noir et blanc de famille ou d'objets ayant appartenu à sa mère. "Les objets, pour qui on a si peu de considération, possèdent des pouvoirs insoupçonnés", écrit Ludivine Ribeiro dans "Ma mère en toutes choses".
Des fragments de récit
On y lit aussi des recettes, des listes de musiques, de films que sa mère aimait. "Tenir ces listes, c'est plus fort que d'écrire des chapitres entiers. Cela raconte une personne", explique l'écrivaine, dont l'obsession est d'éviter que les choses ne s'évaporent définitivement.
J'écris pour empêcher la beauté du monde de disparaître. Tout ce qui est éphémère me torture, donc j'essaie de trouver tous les moyens de garder les belles choses vivantes.
Pluriel dans la forme comme dans le fond, l'ouvrage célèbre l'amour maternel et le lien extrêmement puissant qui unissait l'autrice à sa mère. Mais Ludivine Ribeiro y retrace aussi la destinée peu banale de celle qui lui a donné la vie. Allemande, arrivée en Suisse romande à la vingtaine pour étudier le français, elle va finalement s'y installer définitivement et épouser un Indien originaire de Goa de vingt ans son aîné avec qui elle aura quatre enfants, dont Ludivine est l'aînée.
La chagrin inextinguible
Le livre revient sur le chemin qui a été le sien, sur le temps qui passe et le pouvoir des objets, mais il s'agit avant tout d'un ouvrage sur le chagrin d'une enfant qui a perdu sa mère. "Tant que la mère est en vie, le temps n'existe pas, quelque part. On est un enfant sans âge pour toujours. Le jour où la mère n'est plus là, il n'y a pas que la mère qui part, tout part avec elle. La mémoire de la famille, la mémoire de soi-même enfant. Nous ne sommes plus qu'un petit enfant abandonné", précise Ludivine Ribeiro.
La tristesse, elle, est toujours présente. La Genevoise peut précisément indiquer le nombre de jours qu'elle a vécus depuis le décès de sa maman. Mais malgré tout, l'absence de la disparue est une présence de tous les instants. "Je serai inconsolable pour toujours. Mais on voit que même autour d'un gouffre, il y a des choses autres, vivantes, qui peuvent se mettre à pousser. Et cela, je ne le soupçonnais pas avant d'écrire".
Loin d'être un livre sur le deuil, "Ma mère en toutes choses" célèbre la vie qui continue dans toute sa beauté et qui permet de surmonter le plus profond des chagrins.
Propos recueillis par Anne Laure Gannac
Adaptation web: Melissa Härtel
Ludivine Ribeiro, "Ma mère en toutes choses", éditions Arléa.