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24/09/2016
L'Ultime Colline (Perspectives pour la République, XVIII)
Ce texte fait suite à celui appelé Les Véhicules volants, dans lequel je raconte m'être extasié devant des véhicules qui avançaient au-dessus du sol sans moteur ni ailes et avoir demandé au Génie d'or (qui m'avait enjoint à scruter l'horizon occidental pour trouver une mystérieuse Ultime Colline), quelle était la nature de ces étranges voitures.
Le Génie d'or demeura un moment silencieux. Était-il déçu que je n'eusse pas cherché davantage ce qu'il m'avait montré à l'horizon? À la fin, il dit: « Ce sont des véhicules que nous utilisons, et que tu pourras emprunter lors de ta mission. Ils fonctionnent au moyen d'une énergie mystérieuse que nous appelons l'anha, et qui est celle qui fait croître les plantes. Nous l'en avons arrachée et soumise à notre volonté, et elle peut jusqu'à un certain point soulever nos véhicules, voire nous-mêmes, dans les airs. Cette sorte de feu qui ne consume rien et diffuse une étrange et douce odeur est un don précieux des dieux, qui nous en apprirent les secrets; un jour peut-être les hommes mortels le connaîtront aussi, et leur science fera alors d'immenses progrès, car la maîtrise de cette force est de celles qui ne vicient pas l'air, ne le remplissent point de cendres. Aucun son important n'en sort, si ce n'est un léger souffle, un murmure curieux, qui est le langage des êtres qui vivent dedans, et que l'œil mortel ne voit pas. Toutefois, ô mon ami, as-tu trouvé ce que je voulais que tu cherches? »
Faisant tourner ses mots dans ma tête, je me rendis compte que j'avais brièvement été surpris du silence avec lequel ces véhicules glissaient dans l'air, comme s'il se fût agi d'un rêve; et quelques secondes après le passage du second véhicule, un flux curieux, sentant la fleur, était parvenu jusqu'à mon nez.
Je songeai aussi à l'éclat doux de la carrosserie - si on peut la nommer telle -, pareil à celui de l'argent, mais qu'on n'eût pu croire froid et dur, et qui semblait palpiter d'une certaine chaleur.
Puis je me repris, et reportai le regard vers l'horizon occidental. Je me concentrai, et vis, à la fin, derrière une brume bleue, une élévation singulière, dont la forme arrondie suggérait un dôme, ou la partie supérieure d'une énorme planète. Là, compris-je soudain, devais-je me rendre: là attendait-on que je me rendisse! Là était le secret de la réunion des Trois, et le retour à la vie de l'Homme Divisé, et donc, le salut du royaume enchanté, où je me trouvais, et la fin du danger qui le guettait. « Est-ce là? » demandai-je en connaissant la réponse. « Oui, me répondit le Génie d'or. Oui, c'est là; tu sais; tu as vu. Il faut que tu t'y rendes.
- Seul?
- Avec toi se rendra celle qui t'a accueilli dans son navire, ô Rémi: Ithälun la belle, ma fidèle amie, revenue dans notre règne pour t'aider à surmonter tes épreuves. »
Je levai les yeux vers la guerrière étincelante, et, aux mots du Génie d'or, elle reluit de plus belle, faisant rayonner d'elle une clarté étonnante, et sa chevelure même me parut de lumière, et ses yeux pleins d'étoiles.
« Quand partons-nous? demandai-je, rendu courageux par l'abord de l'immortelle.
- Ah! fit le Génie en riant. La beauté d'Ithälun t'impressionne, et, peut-être, tu as hâte de te retrouver seul avec elle. Mais ne t'y trompe pas: elle ne sera à tes côtés que pour te guider vers ta mission. Crains sa force, qui peut t'abattre d'un seul coup de poing – bien qu'elle ait les doigts fins, et légers, et transparents. Elle t'aidera dans les périls qui t'attendent, et à passer les gouffres qui s'étendront sous tes pieds. Et voici que vous partirez dès demain, à l'aube, et qu'il faudra que d'ici là, tu te sois bien reposé.
- Mais je ne comprends pas, dis-je; pourquoi ne viens-tu pas avec moi?
(À suivre.)