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Le suffrage féminin
1901-1971
1848
La première constitution fédérale (voir le jeu de rôle : 1869, Le dernier mot au peuple) de 1848 proclame l'égalité politique des citoyens. Mais les femmes, interdites de droits civiques, n'en font pas partie.
1868
Premières revendications féminines en Suisse. Elles se concentrent, dans un premier temps, sur des droits en matière ecclésiastique, scolaire ou sociale. Les militantes espèrent d'abord conquérir l'égalité civique sur les plans communal et cantonal avant de l'obtenir dans l'ensemble du pays. Ainsi, à Zurich, les femmes profitent de la révision de la constitution cantonale pour demander le droit de vote et d'éligibilité. En vain.
1874
Nouvelle constitution fédérale. Elle ne reconnaît toujours pas les femmes comme citoyennes.
1893
L'Union suisse des Ouvrières, créée en 1890, est la première association à réclamer le suffrage féminin.
Juin 1901
Discussion annuelle du comité central de la Société de Zofingue sur la question du suffrage féminin. Les membres s'y opposent et affirment que l'infériorité « physiologique et intellectuelle » des femmes est inscrite dans la nature et que leur cerveau moins développé limite leurs performances dans le domaine de la pensée sérieuse. L'un des participants prétend aussi que, si les femmes s'intéressent à la politique, elle perdront « ce charme de grâce qui est le plus bel apanage de leur sexe ».
1904
Inscription du suffrage féminin dans le programme du parti socialiste suisse.
1909
Création des premières associations pour le droit de vote des femmes. Elles constituent, en 1909, l'ASSF, Association suisse pour le suffrage féminin qui milite activement pour l'égalité sociale, juridique, politique et économique des femmes.
1912
Les parlementaires socialistes au Grand Conseil de Saint-Gall demandent l'introduction du suffrage féminin sur le plan cantonal. Le projet, premier du genre dans le pays, est refusé. Mais le débat politique est lancé.
1914-1918
Première Guerre mondiale. Plusieurs membres d'associations féminines s'engagent dans le service social de l'armée, contribution préliminaire et volontaire à l'obtention des droits politiques.
Cette période voit les revendications féminines s'intensifier. Jusqu'en 1921, le suffrage féminin est proposé à Bâle-Ville, Berne, Genève, Neuchâtel, Zurich, Glaris, Saint-Gall et Vaud. Toutes les demandes échouent devant le parlement. En 1920, l'Association genevoise pour le suffrage féminin lance une initiative populaire qui est rejetée.
1919
À Neuchâtel, première votation populaire cantonale sur l'introduction du suffrage féminin. La proposition est refusée.
Au Tessin, le droit de vote familial, pouvant être exercé par un homme ou une femme, est introduit dans les communes bourgeoises.
Années 1920
Création d'associations féminines opposées au suffrage féminin.
1928
Première pétition pour le droit de vote des femmes sur le plan fédéral remise par l'Association suisse pour le Suffrage féminin (ASSF) et soutenue par le PS (Parti socialiste), certains syndicats ainsi que d'autres associations féminines. Elle est signée par 250'000 personnes (dont près de 80'000 hommes) mais n'est suivie d'aucun effet.
1939-1945
Deuxième Guerre mondiale. Plusieurs associations féminines s'engagent à nouveau dans l'aide sociale de l'armée.
1940
De nouveaux projets de loi introduisant le suffrage féminin sont présentés à Genève et Neuchâtel. Tous sont rejetés.
Après-guerre
Votations communales et cantonales sur le suffrage féminin (Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Genève et Tessin en 1946, Zurich en 1947, Neuchâtel et Soleure en 1948, Vaud en 1951), toutes soldées par des résultats négatifs.
1951
Rapport du Conseil fédéral. Il y estime qu'une votation fédérale sur la question du droit de vote des femmes est prématurée au vu des scrutins négatifs organisés dans les cantons.
1957
Le Conseil fédéral projette l'obligation pour les femmes de servir dans la protection civile. Nombre d'associations féminines protestent vivement contre ces nouvelles obligations alors qu'elles ne jouissent toujours pas de droits politiques. La polémique est si vive que le Conseil fédéral se voit contraint de présenter, la même année, un projet de votation sur le suffrage féminin.
La même année, trois communes bourgeoises du demi-canton de Bâle-Ville introduisent le suffrage féminin.
1 février 1959
Première votation populaire fédérale sur l'introduction du suffrage féminin. Rejet massif de deux tiers des votants (654'939 non, 323'727 oui) ; seuls les citoyens vaudois, neuchâtelois et genevois l'acceptent. La participation s'élève à presque 67%.
1959
Aussitôt, un projet cantonal d'introduction du suffrage féminin est proposé dans les trois cantons romands qui ont accepté l'objet fédéral. Le canton de Vaud est le premier à autoriser les femmes à exercer des droits politiques aux niveaux cantonal et communal.
1959-1970
Après Vaud, Neuchâtel introduit le suffrage féminin la même année. Genève en 1960, Bâle-Ville en 1966, Bâle-Campagne en 1968, le Tessin en 1969 puis le Valais et Zurich en 1970.
1968
La Suisse signe la Convention européenne des droits de l'homme « sous réserve », soit en excluant le suffrage féminin. Tollé.
Mars 1969
Suite à la polémique suscitée par la signature de la Convention européenne des droits de l'homme, L'ASSF, Association suisse pour le suffrage féminin, organise une marche sur Berne. Le Conseil fédéral accepte de préparer un projet de loi sur l'introduction du suffrage féminin en 1970. La votation populaire est planifiée pour février 1971.
1970
Campagne précédant la votation populaire sur le droit de vote et d'éligibilité des femmes au niveau fédéral. Le projet est soutenu par tous les partis politiques nationaux. Les opposants d'hier sont les partisans d'aujourd'hui. Mai 68 est passé par là et il est désormais de bon ton de soutenir l'égalité entre les sexes. L'adhésion au projet est si écrasante que ses quelques adversaires, en tête desquels l'avocat argovien Markus Herzig, président de l'Action fédérale contre le suffrage féminin, dénoncent un boycott des médias et des partis politiques.
8 février 1971
Votation populaire fédérale sur l'introduction du suffrage féminin au niveau fédéral. Comme il s'agit de modifier la Constitution fédérale, l'objet requiert la double majorité du peuple et des cantons.
À ce moment, les femmes sont alors majoritaires au sein la population suisse et représentent un tiers de la population active. Leur sort est désormais entre les mains de ces messieurs qui se déplacent sans enthousiasme aux urnes (participation : 57%).
Les résultats du scrutin dépassent les espérances. C'est un « oui » aussi massif que fut le « non » de 1959. La tendance s'inverse, puisque deux tiers des votants (65,7%) acceptent cette fois-ci le suffrage féminin (621'109 oui contre 323'882 non). Six cantons et deux demis-cantons s'y opposent : Appenzell Rhodes-Extérieures et Rhodes-Intérieures, Glaris, Obwald, Schwytz, Saint-Gall, Thurgovie et Uri.
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Le suffrage féminin
Anecdotes, clins d'oeil
En 1833 déjà...
En 1833, la loi sur les communes du canton de Berne accordait aux femmes propriétaires foncières le droit de participer à l'assemblée de commune... mais elles devaient se faire représenter par un homme. Cette loi tout à fait pionnière est abolie en 1887.
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Elle est évoquée pour la première fois par le président américain Woodrow Wilson au sortir de la Première Guerre mondiale.
Mots-clés, définitions
Suffrage (universel/restreint - direct/indirect)
Le mot « suffrage » désigne le système de vote appliqué au sein d'un État.
Il peut être universel (le vote est ouvert à tous, sans restriction autre que la limite d'âge) ou restreint (le vote est limité à certains citoyens en fonction de leur sexe, leur fortune, leur niveau d'instruction, etc.).
Le suffrage est direct (les citoyens élisent directement leurs représentants) ou indirect (les électeurs désignent certains d'entre eux qui éliront, à leur tour, leurs représentants).