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Mostra 2022 : Jang-e Jahani Sevom (World War III), du cinéaste iranien Houman Seyedi, présenté dans la section Orizzonti, offre une visibilité, furtive, aux petites gens
Shakib (Mohsen Tanabandeh) est un journalier sans abri qui ne s’est jamais remis de la perte de sa femme et de son fils lors d’un tremblement de terre il y a des années. Sa belle-mère l’estime coupable de la mort de sa fille et de son petit-fils et l’empêche de se recueillir sur leurs tombes. Au cours des deux dernières années, il a développé une relation avec une femme sourde et muette, Ladan. Il est analphabète en farsi, mais la langue des signes lui est aisée puisqu’il l’a apprise avec sa mère qui était sourde.
Le chantier sur lequel il travaille aujourd’hui s’avère être le décor d’un film sur les atrocités commises par Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. La reconstitution a tout prévu : fils de fer barbelé, fosses communes, tenues rayés pour les prisonniers, chambre à gaz. Contre toute attente, après la crise cardiaque de l’acteur principal, on donne à Shakib un rôle au cinéma, une maison et une chance d’être quelqu’un. Lorsque Ladan (Mahsa Hejazi), sa nouvelle et illégitime femme, apprend cela, elle vient sur son lieu de travail pour demander de l’aide. Personne ne doit soupçonner sa présence sur le tournage; bien que Shakib use de multiples stratagèmes pour la cacher, cette situation met en danger l’opportunité de changement qui lui était offerte…
Né le 29 novembre 1980 à Rasht, Houman Seyedi est un réalisateur, scénariste, monteur et acteur prolifique du cinéma iranien, mais aussi actif au théâtre. Il a déjà joué dans une cinquantaine de longs métrages, des téléfilms et des séries, y compris Le feu d’artifice du mercredi d’Asghar Farhadi. Il dirige l’une des écoles de cinéma les plus prestigieuses d’Iran et a enseigné à de nombreux jeunes acteurs. Il a réalisé quelques courts métrages avant de réaliser son premier long métrage, Africa, en 2011 qui a reçu de nombreux prix nationaux et internationaux.
Houman Seyedi s’est questionné après lu Hannah Arendt au sujet des dictatures :
« Hannah Arendt a dit un jour que dans les dictatures, tout va bien jusqu’à quinze minutes avant l’effondrement total. Les sociétés gouvernées par de tels régimes totalitaires sont les créateurs les plus efficaces d’anarchistes. Je me suis toujours demandé combien de temps encore il pourrait y avoir la tyrannie et l’oppression dans le monde et qui sont les gens qui seront écrasés par les puissants dirigeants de sociétés aussi tourmentées. Des gens qui se battront bec et ongles pour obtenir leurs besoins les plus élémentaires : une maison, un travail et une famille. Et tout ce qu’ils finissent par obtenir n’est qu’une façade, décorative et artificielle. Il y aura toujours ceux qui ont le pouvoir de donner et ceux qui sont assez désespérés pour recevoir. Et ce cercle vicieux se poursuivra jusqu’à 15 minutes avant l’effondrement total et recommencera peu après… »
Pour celles et ceux qui connaissent le travail de Houman Seyedi en tant que réalisateur, ils ont pu noter que le cinéaste accorde une place de choix aux images dont la nature, même dénuée de support verbal, sont d’une extrême puissance. Jang-e Jahani Sevom (World War III) confirme cette attention particulière que Houman Seyedi accorde aux images, souvent picturales, comme sur les divers plateaux du tournage comme dans a reconstitution du chalet bavarois du Führer. Si les images tiennent un rôle spécifique, les mots, ou l’absence de mots, pour les entendants, quand il s’agit de la langue des signes entre Shakib et Ladan, laissent place à l’imagination et à la poésie, permettant au public d’en extraire sa propre version.
Si certaines de ses œuvres précédentes ont été assimilées au registre du Film noir, Jang-e Jahani Sevom touche à plusieurs genres – romance, film social, film politique, film historique, drame – qui se mêlent harmonieusement au fil de l’intrigue. Mais Houman Seyedi souligne :
« Les genres ne m’attirent pas pour faire un film, mais c’est le concept, l’histoire et les préoccupations que j’ai sur une question qui importent ».
Vu le nombre de personnes pour reconstituer un camp de concentration, dans les scènes de cohue par exemple, on admire la maestria du cinéaste à travailler avec autant d’acteurs, et on imagine que le fait qu’il soit lui-même comédien contribue à maîtriser avec méticulosité le jeu de chaque comédien, jusqu’aux rôles secondaires, dans ces nombreuses scènes chorales.
Si le film prend le temps de s’installer, à l’instar des décors du tournage, il capte rapidement l’attention du public qui se laissera enflammer par la catharsis finale.
Firouz E. Pillet, Venise
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