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11/01/2011
Walter et Mousse
Un post-scriptum précise que Walter Weideli a souvent remis son ouvrage sur le métier depuis 2001: La partie d'échecs, qui vient de paraître, est un livre de mémoires médité, travaillé, sculpté, poli comme un galet longtemps roulé dans le fleuve du temps.
On se laisse porter par cette belle langue classique, claire, précise, sans affèterie, qui doit sans doute quelque chose au milieu dans lequel elle s'est formée. Né en 1927, Walter Weideli a fait ses classes d'écriture au Journal de Genève dont il a fondé et dirigé le Supplément littéraire. Il avait un coeur de gauche dans un journal de droite. Et c'était un écart toléré dans cet organe de la haute bourgeoisie que dirigeait alors le vieux sage René Payot. Du moins tant qu'on ne se mêlait que de littérature, en évitant de déranger ceux qui astiquaient chaque jour le veau d'or de la finance.
Walter Weideli fut pourtant la cause d'une polémique retentissante qui enflamma Genève. En 1963, il écrivit une pièce de commande destinée à être jouée l'année suivante, pour commémorer le 150e anniversaire de l'entrée du canton dans la Confédération. Elle évoquait le banquier Jacques Necker, qui avait quitté Genève pour devenir le ministre des finances de Louis XVI, et Jean Vilar avait accepté de prendre en charge la mise en scène. Mais, une fois connu, le texte fit dresser les cheveux sur quelques têtes genevoises. Les descendants du banquier s'émurent. Les actionnaires du Journal de Genève demandèrent le renvoi de cet auteur mauvais patriote. L'extrême droite s'en mêla. Il y eut des anti-Weideli, mais aussi des pro-Weideli. Finalement, Le banquier sans visage fut joué. Avec succès.
Cet épisode est un des temps forts de cette Partie d'échecs qui raconte une vie frottée à l'écriture. Walter Weideli a écrit un livre sur Brecht, des pièces de théâtre, des scénarios de films pour la télévision romande et des articles en pagaille. Passeur de la littérature alémanique, il a aussi traduit Robert Walser, Ludwig Hohl et Friedrich Dürrenmatt qu'il allait visiter dans sa maison de Neuchâtel où l'écrivain bernois «paraissait vouloir donner de lui l'image d'un aérolithe tombé d'on ne sait où sur une planète étrangère».
Mais le récit de Walter Weideli est avant tout l'histoire de l'amour partagé avec Mousse. Elle nous est présentée comme une femme volontaire, qui sait ce qu'elle veut, et qui sait comment l'obtenir. C'est qui prend l'initiative de l'attirer dans son lit. C'est elle qui l'incite à quitter le Journal de Genève, en 1969, pour vivre de sa plume. C'est elle, enfin, qui lui donner la force de quitter la Suisse pour aller s'établir dans un petit village de Dordogne où le couple apprendra à ses dépens, comme les Parisiens du roman En rade de Huysmans, que la réalité des moeurs rurales n'est pas forcément à la hauteur des rêves citadins.
La partie d'échecs débute quand l'auteur, âgé de 28 ans, fait la connaissance de Mousse. Et il se termine sur le vide laissé par sa disparition, en 2000, au terme d'une terrible maladie qui la rendait méconnaissable. Entre ces deux dates, quarante-cinq ans d'une vie commune et amoureuse qui se prolonge dans les souvenirs de Walter Weideli: entrepris peu après la mort de Mousse, son livre est l'autel de papier sur lequel il célèbre cet amour.
La partie d'échecs
Walter Weideli
L'Aire, 349 p.