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En Afrique, l'utilisation d'arcs et de flèches a été documentée comme remontant jusqu'à il y a 70'000 ans. Mais jusqu'ici, en Europe, la preuve la plus ancienne datait d'entre 10'000 et 12'000 ans, dans des sites en Allemagne.
Cette nouvelle étude est tirée d'outils retrouvés dans la Grotte Mandrin, dans la Drôme. Le site est excavé depuis 1990, et plusieurs couches archéologiques y retracent plus de 80'000 ans d'occupation de l'endroit, où ont alterné Homo sapiens, l'humain moderne, et l'Homme de Néandertal.
Une couche, baptisée "E", a été attribuée à la présence d'Homo sapiens il y a 54'000 ans, prise entre deux couches démontrant la présence de Néandertaliens.
Or des centaines de pointes en pierre taillées ont été retrouvées dans cette fameuse couche "E", avec une finesse d'exécution supérieure à celles présentes dans les autres couches.
(A) Une grande pointe (1) comparée à une nanopointe (2). (B) Micropointes et nanopointes néroniennes; (1 à 3) nanopointes allongées, (4) nanopointes pointues, (5 et 6) nanopointes et (7 et 8) micropointes. L'échelle est de 1 centime d'euro (diamètre, 16,25 mm). [L. Metz, L. Slimak - Science Advances]
Ces pointes se sont révélées être la clé pour les chercheuses et les chercheurs, car les autres matériaux utilisés pour l'archerie (bois, fibres, cuir...) sont bien plus fragiles et donc disparaissent avec le temps, rendant l'identification de cette technique généralement difficile.
Des tests avec des répliques
Pour s'assurer de la fonction de ces pointes – dont certaines sont plus petites qu'une pièce de monnaie – les scientifiques en ont réalisé des répliques, et les ont projetées au bout de flèches à l'aide d'un arc sur des animaux morts.
"Nous ne pouvions les projeter sur les animaux qu'avec un arc, parce qu'elles étaient trop petites et légères pour être efficaces" autrement, explique à l'AFP Laure Metz, chercheuse à l'université d'Aix-Marseille et autrice principale de l'étude: "Nous devions utiliser cette méthode de propulsion."
Les minuscules pointes néroniennes trouvées dans la Grotte Mandrin ont été reproduites expérimentalement en utilisant le même silex et en reproduisant les mêmes technologies. Ces pièces expérimentales ont ensuite été utilisées comme pointes de flèches et tirées à l'arc pour analyser les catégories de fractures apparaissant sur ces pointes de flèches et les comparer aux cicatrices retrouvées sur le matériel archéologique. [Ludovic Slimak/Eurekalert! - AFP]
En outre, les fractures obtenues au bout des répliques, du fait du contact avec l'os de l'animal, ont ensuite été comparées à celles observées sur les pointes en silex retrouvées dans la grotte: "Les fractures, pour beaucoup d'entre elles – même si pas pour toutes –, étaient des fractures d'impact", selon Laure Metz.
Une mandibule de cheval et une pointe néronienne dans la couche archéologique E (néronien) de la Grotte Mandrin. [Ludovic Slimak/Eurekalert! - AFP]A l'époque, les occupants de la grotte devaient chasser des chevaux, des bisons et des cervidés. Des os d'animaux ont été retrouvés à l'intérieur.
Un endroit occupé en alternance
L'arrivée d'Homo sapiens en Europe occidentale a été repoussée à il y a environ 54'000 ans grâce aux découvertes faites dans la grotte Mandrin. Les scientifiques avaient alors montré, dans, que ces deux espèces humaines avaient occupé l'endroit par alternance.
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Sapiens et Néandertal se sont probablement croisés, selon Laure Metz, sans qu'il soit possible de dire quelle a pu être "la nature de leur rencontre", pacifique ou non.
Mais l'Homo neanderthalensis qui a habité la grotte après Homo sapiens a continué à utiliser des armes traditionnelles, comme des lances, sans développer de techniques de propulsion, a-t-elle souligné.
"Les traditions et technologies de ces deux populations étaient ainsi profondément distinctes, illustrant un avantage technologique remarquable pour les populations modernes durant leur expansion sur le continent européen", ont conclu autrices et auteurs de l'étude.
afp/sjaq