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Au début du mois, la Neue Zürcher Zeitung a rapporté qu'une dépendance énorme vis-à-vis des importations d'électricité en hiver était imminente si le gouvernement fédéral suisse mettait en œuvre la stratégie énergétique incluant la sortie du nucléaire. Un document de travail non révisé par des pairs, rédigé par le chercheur en risques de l'ETH Zurich Didier Sornette, a servi de référence à ces déclarations. Ce document prévoit un taux d'importation d'électricité extrêmement élevé de 69% en janvier 2050. Le fait que la Suisse importe de l'électricité en hiver n'a rien de nouveau. La communauté scientifique a étudié en détail le déficit de production d'électricité en hiver et est parvenue à des conclusions différentes. Notre réponse vise à expliquer pourquoi les hypothèses de ce document1 ne sont pas correctes et conduisent à des estimations de la demande d'importation future de la Suisse qui sont beaucoup plus élevées que ce que montre la modélisation effectuée dans notre centre de compétences. Nous avons exposé nos trois principaux points ci-dessous.
Problèmes de modélisation
Premièrement, le document utilise une méthodologie extrêmement simpliste qui ne rend pas justice à la complexité du système énergétique. Il se contente d'augmenter la consommation et la production d'électricité de 2017 de 37% pour 2050. Cela ne tient absolument pas compte de l'évolution des modes de consommation et de production. On ne comprend pas non plus pourquoi le document se réfère à une seule année de référence (2017) alors que la production et la demande fluctuent fortement d'une année à l'autre. La justification selon laquelle des données plus récentes sur la consommation et la production d'électricité n'étaient pas disponibles est tout simplement fausse. Il existe des données publiques disponibles jusqu'en 2022.
Deuxièmement, le potentiel de flexibilité saisonnière des centrales hydroélectriques nationales est largement sous-estimé. Le document se contente d'extrapoler les schémas de production hydroélectrique d'aujourd'hui dans le futur, même si des modèles détaillés et l'expérience montrent que ceux-ci peuvent être ajustés pour la production hivernale (mot-clé réserve hivernale). En outre, le modèle présente une lacune importante: bien qu'il augmente de la même manière la consommation d'électricité des centrales de pompage-turbinage, il ne tient apparemment pas compte de l'électricité que ces centrales réinjectent dans le réseau pendant la même période. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que quelque chose cloche dans ce calcul.
Troisièmement, l'étude part du principe que la capacité installée supplémentaire jusqu'en 2050 sera presque exclusivement composée de systèmes photovoltaïques - et même de systèmes PV qui ne sont pas optimisés pour le rayonnement solaire hivernal. Elle omet tous les autres aspects, comme les technologies de stockage saisonnier ou les importations de combustibles synthétiques, où de grands progrès sont réalisés. Au lieu de cela, elle adopte une approche extrêmement simpliste des batteries, même si celles-ci n'ont jamais été conçues pour le stockage saisonnier.
L'étude montre clairement l'importance d'un mix technologique équilibré, comme l'envisage également la stratégie énergétique. C'est là que l'étude se trompe vraiment: si l'on exclut toutes les autres technologies, à l'exception du photovoltaïque, il est facile de prévoir une situation de pénurie extrême. Mais (heureusement) la stratégie énergétique ne prévoit rien de tel.
Il est intéressant de noter que le document ne calcule même pas la nouvelle construction de centrales nucléaires comme scénario alternatif; au lieu de cela, les auteurs concluent simplement que cela doit être la solution, étant donné que c'est la dernière alternative. Indépendamment du fait que la construction d'une nouvelle centrale est associée à d'innombrables incertitudes en termes de coûts, de temps de construction et d'acceptation sociale, cette stratégie entraînerait également un risque de regroupement, puisque la défaillance d'une centrale laisserait à son tour un énorme vide dans l'approvisionnement. Je tiens à souligner ici que, d'un point de vue scientifique, il n'est pas judicieux d'exclure complètement une technologie; ce n'est pas ce que nous faisons. Au contraire, nos calculs à l'ESC montrent que la stratégie énergétique n'a nullement échoué et qu'elle rend possible la mise en œuvre d'un système énergétique fiable, économique et durable - même sans construire de nouvelles centrales nucléaires.
Un large consensus sur la transition énergétique
La voie vers un approvisionnement en électricité sûr et durable n'est pas facile. Les chercheuses et chercheurs de l'ETH Zurich et de toute la Suisse s'emploient à développer des modèles et des scénarios basés sur des faits et des données et à proposer des solutions viables. Le résultat de ces recherches peut être résumé comme suit: la manière la moins chère et la plus fiable de garantir la production d'électricité en Suisse est de combiner différentes sources d'énergie renouvelables avec des ressources flexibles telles que diverses installations de stockage, des centrales à gaz (fonctionnant si nécessaire au gaz synthétique) ou, par exemple, la géothermie et un échange fonctionnel avec les pays voisins. Dans ce processus, il faut être conscient que la Suisse n'a jamais été autosuffisante sur le plan énergétique: par exemple, nous avons toujours importé du pétrole, qui représente une grande partie de notre consommation d'énergie. La stratégie énergétique tient compte de ces aspects.
Le fait qu'il y ait un accord ici n'a donc rien à voir avec une volonté des chercheuses et chercheurs d'être politiquement compatibles avec telle ou telle position - comme on nous le reproche dans l'article. C'est simplement le résultat d'une science sérieuse.