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Le mardi 3 août 1948, c’est avec une certaine émotion qu’on voit Fritz Schwab (LC Zürich) prendre part au 10000 m marche des Jeux Olympiques, comme son papa Arthur Tell Schwab l’avait fait en 1924 à Paris et sur 50 km en 1936 à Berlin. La marche a toujours fait partie intégrante de la famille Schwab. N’avaient-ils pas participé ensemble, en 1938, aux championnats suisses à Bâle ? Il s’agissait de la première sortie de Fritz, alors qu’Arthur Tell se retirait de la compétition, à 42 ans. Nommé par la suite entraîneur national des marcheurs allemands à Berlin, Arthur Tell abandonnait son poste peu après le début de la Seconde Guerre mondiale. Au début de l’année 1945, Fritz réussissait à convaincre son père de quitter Berlin, alors écrasée par les bombardements des Russes. Le 27 février 1945, à deux mois de la fin de la guerre, le train de la Croix-Rouge qui le ramenait en Suisse fut attaqué par l’aviation anglaise à Siglingen (Bade-Wurtemberg). Il n’y eut qu’une seule victime civile : Arthur Tell Schwab !
Une série à l’économie
Suite à cette tragédie, Fritz Schwab s’investit dans un devoir de mémoire envers son père. Il évolue très vite sur ses traces en remportant en 1946 la médaille d’argent du 10000 m marche aux championnats d’Europe à Oslo. C’est sur cette même distance que le Zurichois est en lice sur la cendrée de Wembley, à l’occasion des séries. Bien que les favoris désignés soient les Suédois, les Anglais et dans une moindre mesure les Français, le Suisse compte bien jouer les trouble-fêtes. Et effectivement, cette hiérarchie se vérifie en voyant le Suédois John Mikaelsson remporter la première course en 45’05″0, soit un record olympique pulvérisé de plus d’une minute. Le Britannique Charles Morris et le Français Émile Maggi sont eux aussi très rapides en 45’10″4 et 45″44″4. Dans la deuxième course, au tempo est moins soutenu, Fritz Schwab se comporte fort bien tactiquement en au 10000 m marche sur piste. Lors des séries de mardi passé, la hiérarchie avait été respectée avec se contentant de suivre le Britannique Harry Churcher; les deux hommes terminent frais en 46’26″4 et en 46’38″0. L’essentiel étant de figurer parmi les cinq premiers de chacune des deux séries, Fritz a ainsi pu économiser une bonne partie de ses forces en vue de la finale de samedi prochain. Il faudra cependant faire très attention au Suédois Werner Hardmo, le recordman du monde, qui a encore plus assuré en finissant à près d’une minute de Schwab !
Tout donner pour honorer la mémoire de son père
Douze ans et deux jours après que Arthur Tell Schwab ait remporté la médaille d’argent du 50 km marche sur route aux Jeux Olympiques de Berlin, une autre médaille pourrait bien être décrochée à Londres, une domination des Suédois et des Anglais, mais les Français et surtout le Suisse Fritz Schwab avaient montré de belles dispositions. Devant 85000 spectateurs, la course s’annonce palpitante car tous les as mondiaux de la marche sont présents. Sous l’impulsion de John Mikaelsson, le rythme est extrêmement soutenu dès le début; le Suédois s’envole même et il ne sera plus rejoint. Les Français tentent également leur chance, mais ils rentrent vite dans le rang. Alors que les deux autres Suédois mènent le peloton, suivis des Anglais et de Fritz Schwab, un coup de théâtre se produit : Werner Hardmo, auteur au cours de sa carrière de vingt-cinq records du monde dans les différentes distances, dont celui de ce 10000 m marche en 42’39″6 en 1945, se voit brandir un troisième avertissement pour marche illicite, ce qui le met hors course. Cette disqualification profite à tout le monde et chacun veut se placer au mieux avant les hectomètres finaux. Petit à petit, le Suédois Ingemar Johansson se détache et la lutte fait rage entre Fritz Schwab et les Britanniques Charles Morris et Harry Churcher. Le Suisse, qui s’était ménagé jusqu’alors, prend la troisième place derrière Mikaelsson et Johansson. À 300 mètres de l’arrivée, le public encourage Morris qui est en train de revenir sur Schwab. Le Zurichois tente de réagir en jetant toutes ses forces dans la bagarre, mais le favori du public revient toujours plus fort. Les mètres défilent, mais évidemment trop lentement aux yeux du clan suisse… Devant, les supporters suédois présents peuvent fêter le titre de John Mikaelsson, gagné en 45’13″2; il est suivi par son compatriote Ingemar Johansson en 45’43″8. La bataille pour la dernière place sur le podium est superbe et épique jusqu’au bout avec le Suisse et le Britannique au taquet; finalement Fritz Schwab peut conserver quelques mètres d’avance sur Charles Morris, ce qui lui permet de conquérir une magnifique médaille de bronze en 46’00″2 contre 46’04″0 à son rival licencié au Surrey Athletics Club. L’état d’épuisement du natif de Berlin montre à quel point il a fallu lutter pour aller chercher cette médaille de bronze, qui représente la cinquième médaille (0-4-1) de l’athlétisme suisse aux Jeux Olympiques et la seconde au cours de ces Jeux de Londres après celle en argent de Gaston Godel.
Le classement final du 10000 m marche des Jeux Olympiques de 1948 à Londres est le suivant :
PAB
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