Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07106.jsonl.gz/1057

La physique fondamentale, de Démocrite au boson de Higgs, nous donne-t-elle à voir la réalité vraie de la matière? Dans une série d'article rédigés à l'occasion de son centième anniversaire, la revue Science et Vie répond non. Le réel est insaisissable, car l'observateur influence ce qu'il regarde.
Chacun sait qu'un amoureux qui regarde son amoureuse ne voit que ce qu'il veut voir, idem pour l'amoureuse, l'amour transformant un instant l'apparence de l'un pour l'autre. Et que l'amour prend des accents diaboliques dès lors que l'un ou l'autre viendrait à psychanalyser cette relation ou son objet. En physique, c'est la même chose.
Que reste-t-il à dire et à gloser?
Les équations quantiques que le XXe siècle de notre ère a égrenées sur le chapelet de la physique fondamentale ne décriraient pas "les mouvements des choses dans l'espace et le temps, mais les contraintes qui régissent notre regard posé sur elles", écrit Mathilde Fontez. On ne pourrait donc parler que de l'information relative à l'énoncé et aux résultats des équations. Comme la vitesse ou l'arc-en-ciel, les propriétés que l'on reconnaît aux objets quantiques ne caractériserait pas l'objet lui-même mais le couple objet-observateur.
Bref on ne voit rien, mais on peut parler de ce que l'on voit...
Ce qui me rappelle un petit livre délicieux publié en 1991 chez Albin Michel, que je crois avoir déjà cité ici. Dans les "36 preuves de l'existence du Diable", André Frossard imagine une correspondance entre Dieu et le malin à propos de sa créature.
S'énervant de voir la créature s'émerveiller devant les fleurs et leurs couleurs, le diable se moque d'elle. Quel drôle d'animal Tu as fait la, dis le diable à Dieu, moi qui voit aussi bien que Toi je ne vois de ces objets qu'un salmigondi d'ondes et de particules qui en soit, comme Tu le sais bien, ne sont pas différentes dans leur nature de toutes celles que nos capteurs reçoivent du monde...
Au début donc était le Verbe, voilà que nos physiciens s'y réfugient.