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A la faveur de quelques jours de détente offerts par les fêtes de fin d’année, je parcours le rayon de ma bibliothèque consacré à l’histoire et à la politique des Etats-Unis. Mon regard s’arrête sur 1999. La victoire sans la guerre, l’un des nombreux ouvrages de réflexion et de géopolitique de l’ancien président Richard Nixon. Je vais directement à la postface, signée « RN ‒ Saddle River, New Jersey ‒ Le 9 janvier 1988 ».
Ce jour-là, Nixon fêtait ses 75 ans dans cette ville proche de l’Hudson, en face de l’Etat de New York. Vingt-cinq ans plus tard, le 9 janvier 2013 (cette semaine !), Nixon aurait eu 100 ans. Le garçon est né en Californie, dans une famille modeste, matériellement peu avantagée par la vie. Il travaillera dur, jeune déjà, pour aider son père, l’épicier de Whittier. Il fera des études de droit, s’illustrant déjà comme un orateur pertinent et convaincant dans les concours organisés par le collège, et il deviendra avocat, avant de se lancer dans la carrière politique. Il gagne un poste de député à la Chambre des représentants du Congrès américain en 1946 (il y entre la même année que John Kennedy), il est élu sénateur en 1950 et vice-président aux côtés de Dwight Eisenhower en 1952.
En 1960, il retrouve Kennedy sur sa route, qui lui barre l’accès à la Maison-Blanche. Nixon, après une défaite lors de l’élection du gouverneur de Californie, en 1962, devient avocat d’affaires à New York, avant le come-back spectaculaire de 1968, quand il est élu président des Etats-Unis.
Ce blog que j’ouvre aujourd’hui n’est ni le lieu ni le moment pour dresser le portrait de ce président tout de même peu ordinaire, mal-aimé, pas toujours sympathique, mais d’une intelligence et d’une culture historique rares en comparaison de ses prédécesseurs et successeurs. Dommage, et c’est un mystère de l’histoire (et de la nature humaine…), que ce même homme fût à un tel point hanté par des zones d’ombre qui l’ont conduit au désastre du Watergate.
Il est juste, le jour du centième anniversaire de sa naissance, de saluer la mémoire de ce président que l’historien Stephen Ambrose a situé parmi les géants du XXe siècle.
Nixon était inspiré par une vision de l’histoire, qu’il avait notamment nourrie au contact de Churchill et de De Gaulle, lors de nombreux entretiens personnels. Ses écrits puisent à des sources éminentes, aujourd’hui oubliées trop souvent, parmi lesquels l’homme d’Etat britannique William Gladstone.
Mais Nixon fut aussi un voyageur. Jeune parlementaire, il a parcouru le monde. Il a visité l’Europe après le désastre de la Seconde Guerre mondiale. Il aimait les peuples étrangers et il est toujours allé à leur rencontre.
Voilà pourquoi sa politique a été pensée. Elle était au plein sens du terme une géo-politique. Elle tenait compte des réalités des peuples, de leur histoire, de leur culture. Voilà pourquoi sa politique fut vraiment nouvelle à l’ère de la glaciation soviétique et de la guerre du Vietnam. Voilà pourquoi Nixon a voulu faire tomber des murailles (avant la chute du Mur), grâce à sa politique de détente avec l’Est et, surtout, au premier voyage d’un président américain dans la Chine de Mao.
Il convient de rappeler un geste historique du président Nixon, un mois après sa prise de fonctions en 1969 : sa visite en Europe. Son passage à Paris fut remarqué. Et pour cause, il venait s’entretenir avec le général de Gaulle, qui a toujours cru (il l’a dit et écrit) en Richard Nixon, même quand ce dernier connaissait les affres de la défaite et du rejet de certaines élites d’outre-Atlantique.
Je me souviens de cette visite. Je n’aimais pas ce hiatus marqué par la méfiance et le mépris réciproques des années 1960 entre les administrations démocrates (Kennedy, Johnson) et la France. Mais quelle élégance dans cette rencontre de Gaulle-Nixon !
Les temps ont changé, les hommes, les continents. Mais pour revenir à l’épilogue du livre cité plus haut, 1999. La victoire sans la guerre, je retiens une phrase de son auteur : « Ce livre est le fruit d’une vie entière d’étude et d’apprentissage sur le terrain de la politique extérieure. » Il y va de la connaissance des hommes et de la nature des peuples.