Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06971.jsonl.gz/722

L’hoirie constituée des descendants de feu M. Jean-Jacques GAUTIER était restée propriétaire d’une autre grande parcelle adjacente à la salle communale. Cette parcelle de plus de 16'500m2, contient sur sa partie supérieure une maison de maître datant du XVIIIe siècle et pour le reste un parc situé en zone de villas constructible. Ce parc descend en pente douce sur la Seymaz et offre une vue splendide sur le Salève. Au cours de la dernière législature, l’hoirie GAUTIER approcha le Conseil administratif de la Commune, à majorité PLR, pour lui proposer d’acquérir la parcelle en priorité avant de la proposer à un promoteur. Les tractations durèrent un certain temps et finalement, Chêne-Bougeries acquit l’objet pour un prix de CHF 24 Mio par délibération du Conseil Municipal du 28 septembre 2018. Les treize PLR présents votèrent en faveur de cette acquisition tandis que tous les Verts et la gauche s’abstinrent. L’affaire en resta là, car le but de cette acquisition était d’acquérir des terrains de réserve pour l’avenir et en tout cas de laisser décider l’affectation de la parcelle au cours d’une législature postérieure.
Au début de cette nouvelle législature, le conseiller municipal soussigné informa la commission culture, puis le conseil municipal, qu’il souhaitait que l’on étudie le projet d’une maison consacrée à la photographie contemporaine au sein d’une Bessonnette rénovée. Aux séances du conseil municipal de septembre et décembre 2020, la réponse du Conseiller Administratif Vert M. KARR, en charge des bâtiments, fut que la Bessonnete était devenue son bébé et que personne ne pourrait y toucher, ce d’autant que la Commission des Monuments et des Sites entendait classer le bâtiment. Il existe une règle de prudence non-écrite au conseil municipal de Chêne-Bougeries: lorsque M. KARR énonce une absurdité, il y a forcément baleine sous gravillon. Que nous concoctait donc ce spécialiste des gaffes municipales ?
Il s’avéra en fait que M. KARR, tout seul dans son coin, s’était fendu d’un courrier le 25 juin 2020 à l’Office du Patrimoine et des Sites (OPS) par lequel il demandait au nom de la Commune que l’Etat engage une procédure de mise à l’inventaire du bâtiment de la Bessonnette «et de ses abords». Poursuivant son initiative solitaire, M. KARR décida tout seul, sans l’accord formel de tous ses collègues, d’écrire le 9 mars 2021 à l’OPS pour demander que «la protection des échappées visuelles, notamment sur les autres parcelles en direction du grand paysage du Salève, ainsi que les contraintes d’aménagement des espaces extérieurs, soient déterminées de façon précise dans les mesures de protection liantes, de sorte qu’à ce qu’une fois mises en œuvre, celles-ci n’affaiblissent pas la qualité de l’ensemble.» Il faut toujours décoder le baragouin verdoyant par lequel M. KARR s’exprime, mais in casu il demandait simplement à l’Etat de rendre inconstructible le jardin se trouvant devant la Bessonnette. Tout seul comme un grand, en prétendant devant les conseillers municipaux que l’initiative provenait des services de l’Etat, M. KARR envoyait à l’incinérateur à pognon quelques milliers de mètres carrés constructibles, acquis à grand prix. Cette démarche, cocasse quand on aura lu la suite de cette histoire, fut finalement éventée par l’action de votre serviteur auprès de l’OPS et portée à l’attention du Conseil municipal in corpore.
Le 7 juin 2021, l’OPS fut invitée en commission par le Conseil Municipal pour expliquer le déroulement de son activité. L’OPS répondit de bonne grâce et avec force compétence aux questions posées, marquant cependant une certaine surprise sur le fait que les conseillers municipaux ne savaient rien de ce que M. KARR avait en fait entrepris à leur insu. Une visite de la Bessonnette fut ensuite organisée le 12 juin suivant, puisque jusque-là, les portes du bâtiment étaient interdites aux conseillers municipaux. Tous les conseillers ont alors compris le désastre auquel la conduite calamiteuse de M. KARR conduisait. Lors du Conseil Municipal du 23 septembre 2021, le PLR avec l’aide des PDC/VLib présenta une résolution, légèrement amendée par l’Alternative, désavouant l’action du Conseil Administratif sur la Bessonnette, lui enjoignant de présenter un plan d’affectation de la parcelle et demandant au Conseil d’Etat de surseoir à la demande de classement tant que le Conseil Municipal n’aura pas tranché sur un tel projet. La résolution fut adoptée par 12 voix pour, 6 contre et 4 abstentions. Seuls les quelques Verts présents lors de ce conseil soutinrent du bout des lèvres leur conseiller administratif, un peu moins fier sur le coup.
A ce jour, on ne sait pas ce que l’Etat va décider quant à la demande saugrenue de M. KARR. L’Etat a maintenant compris que la demande n’était signée que de lui-même, n’agissant même pas avec l’aval du Conseil administratif, mais en outre que les conseillers municipaux ont été roulés dans la farine par le Conseil administratif. On voit mal cependant le Conseil d’Etat provoquer plus de divisions dans une commune, dont la marche est rendue dysfonctionnelle par les bourdes à répétition de M. KARR: il est probable que l’instruction du dossier sera suspendue sine die, ou que la multiplication des erreurs procédurales le vicie au point de le rendre nul.
J’avais mentionné plus haut que cette histoire présentait un autre aspect un peu cocasse, mais en fait très révélateur du ressort de la politique personnelle de M. KARR exercée au nom des VERTS de Chêne-Bougeries. Grâce à une «communication citoyenne», soit une lettre à la Kommandantur fort opportunément déposée par un cancrelat anonyme, la Cour des Comptes s’est intéressée au processus d’acquisition de la Bessonnette. Elle rendit un rapport à ce sujet le 16 avril 2021. On lit beaucoup de choses dans ce rapport, et notamment les observations de la Commune sur le résultat de l’étude ciblée de la Cour. Ce texte, signé par les deux magistrats Verts, mais refusé par la magistrate PLR, contient quelques passages savoureux pour leur mauvaise foi. La Cour des Comptes fait en effet remarquer que le Conseil Administratif de l’époque aurait pu, avant de s’engager, effectuer une expertise plus fouillée sur le prix d’acquisition de la Bessonnette. Cela permet à M. KARR de seriner, sans rire vu ses démarches en vue du classement, que «la légèreté avec laquelle l’argent public a été engagé fait penser, au mieux, à de l’incompétence active, au pire à d’éventuelles intentions dissimulées.» Autrement dit, après avoir traduit ce sabir à la mode KARR, il est reproché au précédent conseil administratif, donc à lui-même aussi puisqu’il avait voté en faveur de l’achat de la Bessonnette (ben oui !!!), d’avoir dilapidé les fonds communaux en achetant un terrain déclassé. Au fond, il reproche à la précédente majorité PLR de ne pas avoir anticipé que le peuple enverrait une majorité VERTE au prochain conseil administratif et que l’un de ces deux VERTS aurait à ce point disjoncté qu’il demanderait tout seul à l’Etat de rendre inconstructible une parcelle communale, sans chercher la moindre mesure de compensation pour la perte ainsi provoquée. Juste pour le plaisir de nuire à son prédécesseur, et quel que soit le prix que les citoyens qui l’ont élu devront supporter. Voilà où en fait nous en sommes, et c’est bien triste.
Comment sortir de ce guêpier ? Il faut faire des propositions raisonnables et laisser des gens raisonnables et compétents les porter. Tant que M. KARR mènera une politique secrète, portée par ses tocades et sans la moindre réflexion, rien de bon ne se fera dans cette Commune. Une solution PLR consisterait à entreprendre une grande négociation avec l’Etat. Cette négociation consisterait demander la création d’un plan de site sur la parcelle de la Bessonnette pour protéger le par cet l’offrir à ses citoyens. La Commune demanderait en revanche la réserve de ses droits à bâtir sur cette parcelle, pour qu’ils soient transférés sur une autre parcelle. Cette parcelle serait alors construite avec les fonds communaux pour créer quelques aménagements municipaux manquants (maison de la Culture, crèches, etc.) et des logements abordables pour nos Communiers. Il faudrait aussi engager dans le même temps une négociation sur la parcelle GROSJEAN pour qu’elle puise enfin se construire, éventuellement aussi avec un apport financier communal. Bref, il faut réfléchir et négocier, deux qualités du PLR, qui pour le moment font défaut aux VERTS, en tout cas à ceux qui dirigent le Conseil administratif.