Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07024.jsonl.gz/555

Zusammenfassung:
L’histoire du design est traversée de tensions entre l’économie de marché et la recherche de dimensions échappant à la rentabilité et à l’utilité. Proposant une autre direction que les révoltes contre les machines des révolutions industrielles (canuts, etc.), l’artiste et écrivain William Morris souligne l’importance de penser un « art socialiste » qu’il oppose aux « articles manufacturés [qui] ne peuvent avoir aucune prétention à des qualités artistiques » (1891). L’articulation de qualités esthétiques aux objets produits par la machine est, selon Morris, la seule façon de parvenir à une « communauté d’hommes égaux ». Remplaçons « socialiste » par « designer », et nous retrouverons à presque un siècle d’intervalle cette idée d’un écart du monde des objets avec le capitalisme dans les écrits du designer Victor Papanek (1971), pour qui le bridage des activités créatives fait que « la morale et la qualité de la vie [souffrent] immensément sous notre système actuel de production de masse et de capital privé ».
Dès lors, deux voies possibles s’ouvrent au designer : ignorer les mutations techniques et se laisser conduire par elles, ou y prendre part et avérer ces « poussées techniques » (Pierre-Damien Huyghe) dans des directions qui lui sembleront soutenables. Alors que les écrits du critique Ivan Illich sur la notion de « convivialité » infusent de façon plus ou moins pertinente des champs du design comme les logiciels libres, comment penser un rapport à la machine qui ne soit pas seulement de l’ordre du « par » ou du « contre », mais qui invite à « avec » ?
Nous faisons ici l'hypothèse que l’art et le design ne s’opposent pas dans leur rapport à la technique. La technique ne peut jamais être totalement dominée par les forces du marché ; elle est toujours susceptible d’être déplacée et étendue. De plus, si la machine est ce qui définit en miroir non seulement la part « inhumaine » (Alexandre Saint-Jevin) mais également la part machinique de l’être humain, il est dès lors impossible d’être seulement « contre » elles. Nous verrons ainsi comment, en œuvrant avec les machines, « tout contre » elles, un « faire » reste possible. En nous appuyant sur un corpus d’œuvres d’art et de productions de design, nous analyserons les tensions entre standardisation (Lev Manovich), création et « authentification » des techniques pour penser d’autres rapports aux machines.