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Un récent sondage révèle que la délinquance est une des préoccupations principales des expatriés à Genève, derrière la pénurie de logements et devant les problèmes de transport. Les récentes opérations de police dans le centre-ville semblent toutefois porter leurs fruits.
Selon le sondage effectué conjointement fin 2009 par le canton de Genève et la police genevoise, en collaboration avec la mission permanente de la Suisse auprès des Nations Unies, 51,8% des expatriés à Genève prétendent que leur principale préoccupation reste le problème du logement, bien avant celui de l’insécurité (17%) et des transports (14,3%).
Le sondage, publié la semaine dernière, révèle que 33% des 1082 personnes interrogées, faisant partie des missions diplomatiques, organisations internationales et multinationales à Genève, ressentent une «détérioration substantielle» au niveau de la sécurité ces dernières années, alors que 45% prétendent que la situation a seulement «légèrement empiré». La plupart des personnes interrogées vivent à Genève depuis plus de deux ans et viennent de pays différents.
Paradoxalement, d’après le sondage, Genève reste une ville agréable à vivre: 92% recommanderaient la ville à leurs amis ou leur famille, tandis que 77,3% trouvent la qualité de vie «bonne». 18,7% la qualifient de «moyenne» et 4% de «mauvaise».
«Genève est une ville où l’on se sent en sécurité », affirme Victor, un Américain qui vit à Genève depuis plus de 6 ans, après avoir passé un certain temps à New York, Tokyo, Londres et Nairobi. «Mais il y a des quartiers qui ont une mauvaise réputation, comme les Pâquis (entre la gare et le lac) ou encore la gare Cornavin.» Il concède toutefois que la situation au niveau de la sécurité s’est considérablement dégradée ces cinq dernières années. Il faut faire beaucoup plus attention à l’heure actuelle.
D’un autre côté, Jovana Carapic, assistante à l’Institut des Hautes Études à Genève, est surprise par ces résultats. «Je vis à Genève depuis deux ans et je n’ai jamais rencontré un seul problème, dit-elle. En tant que jeune femme, je ne ressens de l’insécurité nulle part. Je me suis promenée dans les rues de Genève au milieu de la nuit et de la journée et je n’ai constaté aucune différence.»
Situation inquiétante
Pour Didier Froidevaux, qui a dirigé l’enquête mandatée par la police genevoise, les résultats et donc les préoccupations des expatriés sont semblables aux résultats obtenus auprès des Genevois en 2007. Et ils reflètent la réalité du terrain. «Les chiffres concernant la criminalité n’ont pas augmenté récemment. Ils étaient stables depuis deux ans. Cependant, l’année dernière, il y a eu davantage de cambriolages», explique-t-il.
En mars 2010, la nouvelle conseillère d’Etat (ministre) en charge de la police, Isabelle Rochat, a qualifié la situation de la sécurité à Genève de «franchement préoccupante». Genève a le taux de criminalité le plus élevé du pays, dû aux cambriolages, à la petite délinquance, au trafic de drogue et autres incivilités. Quelque 12,4% des expatriés ont été cambriolés durant les trois dernières années et 11,6% disent avoir été dévalisés dans la rue.
Un bien précieux
Olivier Couteau, délégué en charge des relations internationales à Genève, constate que la délinquance et l’insécurité à Genève émergent de temps en temps dans les discussions avec les diplomates étrangers ou les autres expatriés.
«Mais le fait que nous ayons fait cette enquête signifie que nous prenons le problème au sérieux», ajoute-t-il. Pour Olivier Couteau, «la Genève Internationale est un bien précieux et la sécurité existe depuis longtemps. Nous nous devons de la préserver. Ce qui est important, c’est ce que le police fera des résultats de l’enquête».
La police, les politiciens et les habitants tentent d’empoigner le problème de l’insécurité dans certains quartiers du centre-ville, spécialement les quartiers des Pâquis, des Eaux-vives, de la Rive et à la gare, depuis plusieurs années déjà.
Opération Figaro
L’«Opération Figaro», lancée en avril dernier afin de réduire la petite délinquance en ville, semble porter ses fruits. Des patrouilles de polices supplémentaires sillonnent notamment Genève.
Selon la police, les voleurs et les trafiquants sont certes toujours actifs au milieu de la nuit, lorsqu’il y a moins de patrouilles en service, mais le nombre de vols a diminué de 5% au centre et de 12% dans les quartiers périphériques, par rapport à 2009.
Alain Bittar, propriétaire de la librairie arabe «L’Olivier» à la Rue de Fribourg, constate que la police de proximité semble avoir eu un effet positif. «Quelque chose d’important s’est produit avec l’opération Figaro. Les Pâquis sont passés d’une zone de jungle sans loi à un quartier sous contrôle. Nous avons le sentiment d’avoir été entendus.»
Changements majeurs
Didier Froidevaux explique que, suite à l’opération Figaro, la police tente de maintenir une certaine pression avec une présence plus visible dans les rues. De plus, en janvier prochain, un nouveau poste de police sera ouvert aux Pâquis. Les policiers seront spécialement formés pour traquer les trafiquants et les voleurs et un bon nombre d’entre eux parleront l’anglais.
Des changements majeurs sont donc prévus ces prochains mois afin d’être plus efficaces dans les enquêtes sur les cambriolages. De nouvelles initiatives préventives seront lancées avec les agences immobilières, les agences de location et les propriétaires, pour une plus grande sécurité.
Situation. La ville francophone de Genève est située à l’extrême-ouest du Lac Léman, entourée pratiquement de toute part par la France. Le canton compte 103 kilomètres de frontières avec son voisin français et seulement 4 kilomètres avec le reste du pays. Genève est régulièrement classée dans le top-10 des villes les plus agréables à vivre.
Population. La ville compte 185’000 habitants, alors que le canton en recense 453’439 (2008). La métropole genevoise (qui inclut neuf autres villes) couvre la plupart du canton et s’étend jusqu’en France (730’000 habitants).Environ 40% de la population genevoise est étrangère. Près de 50’000 personnes emménagent ou quittent Genève chaque année.
International. Vingt-deux organisations internationales siègent à Genève, dont l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). La «Genève Internationale», comme on la nomme, rapporte 5 milliards de francs suisses (5,15 milliards de dollars) par année au canton.
Emploi. Au total, quelque 40’000 diplomates internationaux et fonctionnaires civils sont basés à Genève. A cela s’ajoutent environ 2400 employés appartenant à des organisations non-gouvernementales. 8500 employés personnes travaillent pour les Nations Unies à Genève, la plus grande section de l’ONU au monde.
(Traduction de l'anglais: Philippe Varrin), swissinfo.ch