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Les notions de «promotion de la santé» et de «prévention» ne sont pas utilisées de manière uniforme dans la littérature spécialisée (Hurrelmann et al., 2014) et leurs définitions diffèrent. Considérée uniquement comme un moyen qui sert à prévenir la maladie en écartant ou en réduisant les risques, la «prévention» complète en quelque sorte la «promotion de la santé» (Hurrelmann et al., 2014). Lorsque la prévention renforce également les facteurs de protection, rôle qu’elle joue souvent dans les programmes modernes, elle se recoupe avec la promotion de la santé. C’est surtout la prévention universelle (voir plus bas) qui englobe les efforts destinés à développer les facteurs de protection favorables à la santé (Blaser & Amstad, 2016).
La promotion de la santé se fonde sur une perspective salutogène, la salutogenèse mettant davantage l’accent sur la santé que sur la maladie. Selon cette approche, il importe non seulement de savoir ce qui rend les gens malades, mais aussi ce qui les maintient en bonne santé, même lorsqu’ils sont exposés à des risques et à des contraintes (Antonovsky, 1997). La promotion de la santé inclut dès lors des efforts visant à modifier la situation économique et sociale ainsi que les conditions de vie de manière à ce qu’elles exercent une influence positive sur la santé de l’individu et de toute la population (Promotion Santé Suisse, www.quint-essenz.ch1).
La prévention a pour but d’empêcher l’apparition de maladies ou leur propagation («prévention de la maladie»; Hurrelmann et al., 2014) ou d’éviter les accidents. Elle réduit, élimine ou écarte les risques d’apparition et d’amplification de phénomènes indésirables, comme les maladies ou les accidents. Les programmes modernes de prévention visent aussi bien à limiter les facteurs de risque qu’à favoriser les facteurs de protection. À l’instar de la promotion de la santé, la prévention mise sur des approches individuelles et structurelles (prévention comportementale et prévention contextuelle) (Bühler & Bühringer, 2014). Elle peut avoir un objectif général (prévention globale) ou être ciblée (prévention des accidents, de l’alcoolisme, du tabagisme, etc.).
Les concepts techniques de prévention «universelle», «sélective» et «indiquée» spécifient au contraire le groupe cible (Mrazek & Haggerty, 1994). La prévention universelle s’adresse à l’ensemble de la population ou à des segments entiers de celle-ci (toutes les personnes à la retraite, p. ex.). La prévention sélective vise des groupes dont les membres courent un risque plus élevé de tomber malades en raison de leurs conditions de vie ou de leur situation personnelle. Dans l’idéal, les préventions universelle et sélective sont articulées ensemble et se complètent. Enfin, les mesures de prévention indiquée sont destinées à des personnes qui adoptent manifestement un comportement à risque. Du point de vue diagnostique, ces personnes ne sont pas (encore) malades.
Le chapitre suivant se penche plus particulièrement sur la promotion de la santé, c’est-à-dire sur les préventions universelle et sélective. Le chapitre Soins de santé traite des offres et prestations de prévention qui sont fournies dans le cadre du système de santé au sens strict.
Approche axée sur les ressources: mode d’influence des ressources
Les interactions entre contraintes et ressources jouent un rôle déterminant pour la santé: les premières exercent sur elle une influence négative, tandis que les secondes la favorisent. Il est par ailleurs possible de mobiliser les ressources pour réagir face à des contraintes. Tant les contraintes que les ressources peuvent être internes, et relever donc de la personne elle-même, ou externes, et faire partie de son environnement. Elles peuvent être d’ordre corporel (biologique), psychique, social ou structurel. Les ressources peuvent protéger contre quelque chose (un trouble p. ex.), mais elles peuvent aussi exercer une influence positive directe sur la santé (graphique G9.1).
Les ressources comprennent également les compétences de vie. Il s’agit des compétences qui permettent à l’individu de mener une existence autonome et d’acquérir ou de développer la capacité d’accepter les changements survenant dans son environnement ainsi que de provoquer lui-même des changements (OMS, 1997, 1999). Ces aptitudes sont des ressources universelles; elles ne sont donc pas liées à un trouble ou à un problème (Mangrulkar, Vince Whitman & Posner, 2001).
Acquérir et renforcer les compétences de vie chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes favorise la santé et contribue à prévenir les addictions. Parmi les principales ressources externes d’ordre général, mentionnons le soutien social fourni notamment par les parents ou les amis (voir chapitre Environnement et conditions sociales; cf. Blaser & Amstad, 2016). Une cour d’école propice à l’activité physique et la mise à disposition de nourriture saine pendant la récréation constituent par exemple des ressources externes à même de promouvoir la santé physique.
Rôle de la promotion de la santé et de la prévention chez les enfants et les adolescents
Si la promotion de la santé et la prévention jouent un rôle essentiel et crucial à tout âge, elles revêtent une importance particulière au cours des jeunes années. L’enfance et l’adolescence sont des périodes particulièrement propices pour adopter un comportement salutogène, acquérir des compétences en matière de consommation et de risque, les pratiquer et les intégrer définitivement dans son mode de vie. Les bienfaits des mesures de promotion de la santé appliquées durant la petite enfance ont été maintes fois prouvés (Office fédéral de la santé publique [OFSP], 2018): les programmes préscolaires exercent une influence sur le développement au cours des premières années dans la mesure où ils ont un effet positif sur la santé, l’apprentissage et le psychisme. Ce sont surtout les enfants issus de familles à bas niveau de formation et à faible revenu qui en profitent. L’encouragement précoce présente aussi des avantages économiques, car l’investissement consenti produit des effets tout au long de la vie (Stamm, 2009). Des études longitudinales établissent par ailleurs l’impact positif de l’encouragement précoce de familles défavorisées sur les résultats scolaires des enfants et sur leurs chances de trouver un emploi. Parmi les autres bénéfices, mentionnons la diminution des risques de tomber dans la délinquance ou d’avoir recours à l’aide sociale ainsi qu’une meilleure santé en général (OFSP, 2018; p. ex. Reynolds et al., 2011).
L’enfance et l’adolescence sont des périodes propices pour adopter un comportement salutogène, acquérir des compétences en matière de consommation et de risque, les mettre en pratique et les intégrer définitivement dans son mode de vie.
Une prévention efficace vise aussi bien à modifier les comportements individuels qu’à améliorer les conditions de vie, c’est-à-dire les aspects structurels. Parmi les programmes ciblés sur les enfants et les adolescents, ceux qui combinent les activités destinées à adapter les comportements et à développer des compétences avec des mesures modifiant le système scolaire (climat à l’école) s’avèrent particulièrement efficaces (Bühler & Thrul, 2013).
Des études ont également démontré les grands avantages de la prévention en termes économiques: chaque franc consacré à la prévention de l’alcoolisme et du tabagisme évite des coûts sociaux dont le montant serait au moins dix fois plus élevé (Jeanrenaud et al., 2009).