Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07204.jsonl.gz/481

Description du projet :
Au Centre de Psychiatrie du Nord Vaudois à Yverdon-les-Bains, des symboles étranges sont apparus récemment sur le mur des chambres de soins intensifs (CSI) : 1 2 3 4 <= II => ' + Des graffitis? Non, un dispositif d'écoute musicale intégré au mur. Si le patient appuie sur 1, il entend une série de morceaux entraînants et joyeux ; sur 2, les morceaux sont plus mélancoliques ; s'il choisit le 3, la musique est plus tendue; et sur 4, elle est douce et calme. Le dispositif est à la totale disposition des patients qui passent quelques heures ou quelques jours dans les chambres de soins intensifs : en tout temps, ils peuvent sélectionner et écouter au volume désiré vingt titres de musique répartis sur quatre catégories d'émotions.
Présentée comme une mesure de soin, la mise en chambre de soins intensifs (petit espace verrouillé ne contenant qu'un matelas et visant à permettre au patient de reprendre le contrôle de son état psychique et de son comportement en diminuant le flux d'informations sensorielles qui lui sont accessibles) est fortement controversée - en Suisse comme dans d'autres pays européens tels que la France ou l'Allemagne : tout d'abord, il s'agit d'une atteinte à la liberté, à l'autonomie et à la dignité des patient.e.s dont la fonction thérapeutique et l'efficacité ne sont pas prouvées, ensuite, l'hypostimulation sensorielle peut présenter des risques pour les patient.e.s et finalement, ce type d'intervention rend difficile l'établissement d'une relation soignante basée sur le dialogue et les interactions.
Dans ce contexte difficile et controversé, il existe un besoin fort de repenser et de réaménager les soins. Le recours à la musique pour meubler le silence de la chambre tout en réduisant le sentiment de solitude et d'abandon exprimé par les patient.e.s semble une piste porteuse, surtout si ces derniers ont la possibilité de piloter eux-mêmes le dispositif d'écoute musicale, retrouvant ainsi une certaine autonomie. Ces considérations ont constitué le point de départ d'un projet de recherche-action (Amenhothep, 2012-2106) visant à instaurer une nouvelle modalité de soin structurée sur l'écoute musicale dans les chambres de soins intensifs. Cette première recherche a permis à une équipe interdisciplinaire constituée de professionnels médico-infirmiers du Centre Hospitalier du Nord Vaudois (CPNVD) ainsi que de chercheurs de la Haute Ecole de santé du canton de Vaud, de la Haute Eole de Musique de Lausanne et de la Haute Ecole d'Ingénierie du canton de Vaud de concevoir un dispositif d'écoute musicale conforme aux règles de sécurité très strictes des services de psychiatrie aiguë et d'élaborer un choix de morceaux de musique catégorisés selon leurs contenu émotionnel. Actuellement, deux chambres sont équipées du prototype à Yverdon-les-Bains (centre de psychiatrie du nord vaudois), une à Lyon (St. Cyr au Mont d'Or) et une quatrième suivra prochainement à la Fondation de Nant (secteur psychiatrique de l'est vaudois).
Pour passer du stade de prototype installé dans 2-3 hôpitaux à une nouvelle pratique de soins largement répandue, il est essentiel de mettre à l'épreuve d'une démarche de recherche empirique le dispositif d'écoute musicale ainsi que les hypothèses initiales formulées par l'équipe soignante d'Yverdon-les-Bains, à savoir que les modalités d'utilisation du dispositif par les patient.e.s prendraient des formes différentes en fonction de leurs besoins du moment, que le dispositif susciterait des nouvelles formes d'échanges et d'interaction entre soignant.e.s et patient.e.s, et que partant, ce dispositif aurait un impact sur le bien-être au travail des premiers et sur le vécu subjectif de la mise en CSI des seconds.
Le projet "écoute musicale en CSI" est intimement liée aux questionnements et débats actuels sur la pratique du soin intensif en psychiatrie aiguë. Au-delà d'être compréhensive, sa visée est transformative: par l'observation de la réalité, par les échanges avec les équipes soignantes et
Forschungsteam innerhalb von HES-SO:
Medwed Gregory, Bovet Emilie, Bornand Cédric, Güsewell Angelika, Descamps Christophe, Ratoci Alessandro
Durée du projet:
12.02.2019 - 28.08.2020
Montant global du projet: 367'000 CHF
Statut: Abgeschlossen