Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07086.jsonl.gz/482

Contenu externe
Le contenu suivant a été fourni par des partenaires externes. Nous ne pouvons ainsi pas garantir son accessibilité à tous les utilisateurs.
Charles Bonnet mène des recherches au Soudan depuis quarante ans. En 2003, il avait vu ses travaux couronnés de succès par la découverte et l'exhumation de sept statues de Pharaons noirs sur le site de Kerma.
KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI(sda-ats)
L'archéologue genevois Charles Bonnet a mis au jour au Soudan trois temples à la forme originale construits il y a des milliers d'années. Cette découverte pourrait apporter un nouvel éclairage sur l'histoire de l'Afrique.
Les structures à la forme ronde et ovale, datant de 2000 - 1500 avant J.C., ont été découvertes cet hiver dans le nord du Soudan, a expliqué Charles Bonnet, 83 ans, dans un entretien avec l'AFP. Elles sont situées à Dogi Gel ("la colline rouge"), à environ un kilomètre de Kerma, la capitale du royaume nubien où M. Bonnet et son équipe fouillent depuis des décennies.
"A Kerma, l'architecture est de forme carrée ou rectangulaire (...). Ici, nous avons des structures rondes", a-t-il dit, ajoutant que les trois temples se trouvaient dans un carré de 50 mètres de côté.
"Cette architecture est inconnue (...) il n'y en a pas d'exemples en Afrique centrale ou dans la vallée du Nil", confie M. Bonnet qui a terminé la saison des fouilles.
Doyen des archéologues
"Nous ne connaissons pas beaucoup de temples ronds dans le monde (...) pour comparer", ajoute l'octogénaire, considéré comme le doyen des archéologues au Soudan. La découverte de ces trois temples pourrait donner lieu à de nouvelles révélations sur l'histoire de l'Afrique, selon lui.
"C'est complètement nouveau", insiste M. Bonnet, ajoutant que les nouvelles structures ne ressemblaient pas à l'architecture égyptienne ou nubienne, aux influences majeures dans la région. "Nous devons retrouver les racines (de cette architecture) (...) c'est le secret de l'Afrique".
Par ses recherches, Charles Bonnet a montré ces dernières décennies l'héritage proprement africain et non seulement égyptien de l'ancien royaume de Kerma (2500 - 1500 ans avant J.C.). Il avait notamment déterré sept statues en granit de "pharaons noirs", souverains soudanais ayant régné sur l'Egypte vers le VIIIe siècle avant J.C.
La Nubie, qui correspond aujourd'hui à une partie du nord du Soudan et du sud de l'Egypte, était alors connue pour ses matières précieuses comme l'or, l'ivoire ou l'ébène.
Enormes fortifications
Parallèlement à la découverte des temples, M. Bonnet a indiqué avoir trouvé à Dogi Gel d'"énormes fortifications", signe selon lui que le site pourrait encore renfermer d'autres trésors.
"Cela signifie que cette partie du monde était défendue par une coalition, probablement par le roi de Kerma avec des gens venant du Darfour (ouest) et du centre du Soudan" contre les Egyptiens, qui voulaient contrôler le commerce en Afrique centrale.
M. Bonnet, ancien vigneron de Satigny (GE) puis archéologue cantonal et professeur à l'Université de Genève dont, les travaux au Soudan ont débuté il y a plus de 50 ans, espère que ses récentes découvertes permettront de comprendre mieux l'Afrique antique.
Soutien du FNS
"Nous découvrons un nouveau monde et c'est le monde africain", dit-il. "Ce pays est énorme, c'est le coeur de l'Afrique avec de nombreuses influences venant de la mer Rouge, du Darfour et du Kordofan (sud)", explique-t-il.
"Nous disposons ici d'une histoire du monde extraordinaire, et peut-être que dans quelques années nous aurons une Soudanologie au même titre que l'Egyptologie".
Le secrétaire d’Etat à la formation, à la recherche et à l'innovation Mauro Dell'Ambrogio s'était rendu en janvier avec une délégation scientifique suisse sur le site des fouilles de Kerma.
Le premier programme de fouilles y a été mis en place en 1977 par Charles Bonnet. Le Pr Matthieu Honegger, de l'Université de Neuchâtel, a repris en 2002 la direction de la mission. Celle-ci mène des campagnes tous les hivers avec le soutien du Fonds national de la recherche scientifique.
ATS