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A peine trois heures après le tsunami, les appels nous proviennent de nos parents inquiets. Il est très tôt en Europe le décalage est d'environ - 5h 30. A l'aube, ma mère tôt levée venait d'entendre une information stupéfiante à la radio, elle m'envoie aussitôt un sms auquel je réponds deux heures plus tard en la rappelant, puis elle prévient aussitôt ma grand-mère qui avait aussi entendu parler d'un truc qui porte un "nom compliqué japonais" dans la région où nous nous trouvions. En réalité, c'est de la Suisse que je devais apprendre le drame qui s'était produit en Asie du Sud Est, nous n'avions pas encore réalisé l'ampleur des dégâts et des conséquences du tsunami, même pas au niveau du Sri Lanka. On pensait, que seul le sud du Sri Lanka, là où nous nous trouvions, était touché par la vague. Quel choc devant l'étendue des dégâts à une telle échelle !
Nous étions sur la route pour Kandi lorsque je parviens à joindre ma mère sur mon portable en zone à faible réseau, lorsqu'elle entendit ma voix, j'ai senti un long silence dû au soulagement de m'avoir au bout du fil. Je lui ai expliqué brièvement que nous avions réchappés et que nous étions saufs. Puis, les parents, amis, gens ne se contentaient pas de savoir que vous alliez bien, ils voulaient véritablement vous avoir au bout du fil et entendre votre voix et s'assurer que c'était bien vous.
A partir de ce jour, les portables ne cesseront de sonner, jour et nuit, chez tous les touristes tout au long de la journée. Parents, amis, collègues de bureau, enseignants d'enfants . Nous passions notre journée à rassurer tout le monde et expliquer le déroulement des choses. Le soir même arrivée à l'hôtel, je voyai une allemande qui ne pouvait pas répondre au téléphone sans éclater en sanglots et sa famille assurément la rappelait des dizaines de fois jusqu'à ce qu'elle puisse enfin se reprendre et raconter ce qui s'était réellement passé.
Les espaces internet étaient pris d'assaut, la ville de Kandi était submergée d'arrivée de touristes inattendus et qui avaient fui les côtes sinistrées. Dans les réceptions d'hôtel c'était une agitation sans précédent. Bien évidemment les gens n'avaient pas réservé, les chambres étaient prises d'assaut. Dans tous les hall, la télévision donnait des images en continu du tsunami, si bien qu'épuisés par cette ambiance surmédiatisée, le stress des sonneries de portable, de gens qui pleurent, qui parlent fort, nous avions opté pour louer une maisonnette en attendant de savoir ce qu'il fallait faire. La maison d'une artiste peintre, par bonheur.
L'aéroport de Colombo se transformait en hôpital de personnes à rapatrier, les Autrichiens mettaient à disposition gratuit un avion pour aider les gens à quitter le pays et nous, on ne savait plus trop s'il était préférable de rester ou de partir. On optera pour la deuxième solution, laisser partir ceux qui étaient blessés d'abord.
Dans la journée, la France parvenait à envoyer le numéro vert à contacter au Sri Lanka sur tous les portables français de ses ressortissants français. Nous étions impressionnés par la rapidité d'action. Les Français et d'autres pays européens faisaient afficher sur les devantures de lieux internet des informations concernant leurs ressortissants. Quant à la Suisse vous oubliez, inexistante. Calmy Rey me répondra par la suite que la Suisse ne pouvait pas intervenir sur le modèle français en raison de la loi plus restrictive sur la protection des données.
Dès les premiers jours dans Kandi, tous les lieux publics, banques, commerces, écoles affichaient la photo de leurs morts avec l'annonce de leur disparition. Pas un endroit n'avait son ou ses morts; la ville entière se transformait en cimetière, les vacances scolaires y étaient pour beaucoup, tant de gens étaient partis sur la côte et qui n'en reviendraient jamais ……………………………………..……….……..