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Le genre est un concept des sciences sociales qui fait son apparition aux États-Unis dans les années 1950. Il fait référence aux différences qui existent entre les hommes et les femmes, en dehors des différences biologiques; celles qui sont liées au genre sont donc les différences psychologiques, sociales, démographiques, économiques, etc. Dès les années 1980, des études liées au genre font leur apparition dans la plupart des universités occidentales et le concept est énormément utilisé par les féministes dans leur lutte pour l’égalité. En effet, ce concept permet de montrer que les inégalités sociales subies par les femmes sont liées à des facteurs sociaux (héritages des sociétés patriarcales), et non pas à des facteurs biologiques (inaptitude physique à faire tel ou tel travail, par exemple).
Le genre en détail
Genre et société
Le genre n’est pas inné, à l’inverse du sexe de l’individu. Il est une construction sociale qui prend un temps considérable à prendre forme chez chaque être humain.Simone de Beauvoir disait déjà qu’on devient une femme et qu’on ne naît pas ainsi. Pierre Bourdieu a également théorisé cela pour les hommes. On devient un homme à travers un certain nombre de rites de passages, d’épreuves et de normes sociales à maîtriser.
Le genre se constate ainsi chez les individus à travers un certain nombre de comportements et d’attitudes sociales, psychologiques et comportementales, attribuées plutôt à la masculinité ou plutôt à la féminité. Chaque individu est donc présupposé avoir un genre défini qui permet de savoir quel est son rôle, quelles sont ses responsabilités et sa place dans la société. Un comportement ne correspondant pas au genre présumé de la personne altère les relations sociales de cet individu presque systématiquement. Par exemple, un homme qui se maquille provoquera probablement un certain étonnement. Aujourd’hui, les barrières de genre sont difficilement identifiables et se retracent différemment. Cela ne veut pas dire que les codes, les normes et les genres sont remplacés par d’autres; au contraire, cela veut simplement dire que ces variables évoluent et que les genres évolueront en même temps.
Genre et politique
Le genre a été à plusieurs reprises au centre des discours politiques. L’utilisation la plus intéressante du concept est celle fait par certains mouvements d’extrême gauche qui expliquent le genre exclusivement à travers l’argument des interactions sociales. Cela implique dire qu’il n’y aurait absolument aucun rapport entre le sexe et le genre, ce qui peut paraître quelque peu exagéré. Un mouvement intellectuel représentant les homosexuels d’extrême gauche, à la suite de Carl Wittman, utilisera même le concept de genre pour dénoncer une société hétérosexuelle où l’homosexualité n’a pas sa place en tant que genre à part entière. Les plus extrêmes de ces théories proposent une perspective de l’évolution des genres où les individus pourraient en pleine conscience choisir leur genre, donc leur type d’éducation, indépendamment de leur identité sexuelle. Au-delà de cela, il est facile de remarquer qu’en politique, les libéraux font davantage attention aux questions liées au genre, alors que les conservateurs ne veulent généralement pas trop en entendre parler.
Genre et milieux académique
Dès les années 1980, la plupart des universités du nord des États-Unis ouvrent des instituts « d’études de genre ». Ces études proposent d’utiliser le genre comme un outil conceptuel permettant d’analyser les relations entre hommes et femmes. Cette discipline nouvelle est dans la continuité de ce qui s’appelait précédemment les études féministes. Le but de ces recherches est de questionner les rôles sociaux attribués à l’un ou l’autre des sexes. Ces rôles paraissent naturels, mais ne le sont pas et méritent d’être étudiés. De part cette capacité de déconstruction des rôles et des concepts, les études de genre font partie des théories sociales constructivistes.
Une des grandes discussions ayant lieu au sein des milieux académiques quant au genre est la dénomination de son étude. Doit-on parler d' »études de genre » ou de « théorie du genre »? Les défenseurs des premières soutiennent que le genre n’est pas le fruit d’une théorie, mais il est un outil analytique permettant de déconstruire des rôles et des attitudes sociales. En aucun cas, il s’agit de théorie revendiquant une vérité scientifique à atteindre. Au contraire, ces études visent la possibilité d’analyser une certaine réalité sociale.
Genre et militantisme
Le terme « genre » est très lié au féminisme. Tout d’abord, parce que son étude est l’héritière des études féministes, mais également parce que ce concept a permis une avancée dans la lutte féministe. Le féminisme cherche à expliquer les discriminations à l’encontre des femmes, ainsi que leurs causes et leurs effets sur les individus et sur la collectivité. Il questionne les fondements du système patriarcal qui fonde la plupart de nos sociétés contemporaines. Dès le milieu du 20ème siècle, le concept de genre va servir la cause féminine afin de dissocier les particularités physiques et sociales de la femme, permettant ainsi d’enlever conceptuellement la dimension corporelle des rapports entre hommes et femmes.
Transgenre
Le mouvement transgenre est un mouvement récent ayant permis à certaines personnes ayant adopté le genre opposé à leur identité sexuelle, d’affirmer leur différence à travers un modèle moins réducteur. En effet, le terme « transsexuel » crée une référence anatomique non nécessaire et surtout complétement en-dehors du sujet. En effet, les personnes souhaitant faire cette démarche ne la font pas pour une question d’ordre anatomique, mais bel et bien en fonction de la construction sociale et psychologique ayant mené au genre de l’individu. Ainsi, le changement de genre est une autre affaire que le changement de sexe et cela soulève d’autres questions, plutôt d’ordre social que corporel.
Critiques du concept de genre
Le concept de genre a subit beaucoup de critiques venant essentiellement de la part des camps conservateurs et des églises. Aujourd’hui encore, ce concept est souvent remis en question. Les détracteurs reprochent surtout à ce concept de vouloir promouvoir une organisation sociale qui ne suit pas l’ordre naturel des choses. Pour ces derniers, avec le genre, tout devient culture et concept, et cela risque de déstabiliser l’éducation des enfants. Ce débat est probablement sans fin, c’est l’éternelle et interminable lutte des Anciens contre les Modernes.
Bibliographie commentée
Nicholson, L. (1994). Interpreting gender. Journal of women in culture and society, 79-105.
Cet article est important car cette chercheuse a permis de faire accepter une certaine dépendance entre le genre et le sexe dans les milieux académiques. Ce sont deux éléments qui ne sont pas totalement dissociables. Selon Nicholson, la dimension biologique (« sexe ») est comprise dans la dimension socio-culturelle (« genre »). Les différences de sexe entraînent des conséquences de genre sur les individus à un moment donné et dans un cadre social donné. Le genre et le sexe ne sont alors plus indépendants mais nécessitent une analyse commune.
Oakley, A. (1972). Sex, gender and society. Londres: Maurice Temple Smith.
Cette chercheuse est la première à avoir utilisé le terme « genre », et c’est dans cet ouvrage qu’elle l’a exposé au monde académique en montrant l’actualisation, dans la réalité sociale, du terme « sexe » est le terme de « genre ». En société, il existe d’autres éléments qui définissent le rôle social d’un individu que simplement la dimension biologique, et c’est le genre qui regroupe ces éléments.
Références
Essed, P. (2009). A companion to gender studies. Chichester: Wiley.
Roventa-Frumusani, D. (2009). Concepts fondamentaux pour les études de genre. Paris: éditions des Archives contemporaines.