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Samedi prochain, le 18, à Saint-Christophe-la-Grotte, près des Échelles (département de la Savoie), de 10 h à 13 h (dans la salle polyvalente de la mairie), je participerai au colloque (ou table ronde) sur le 150e anniversaire de l'intégration de la Savoie à la France, proposé par les Amis du Parc de Chartreuse, en compagnie de Gérard Martenon (président de l'association Mémoires d'Entremont) et Jean-Pierre Blazin (président de l'association Mémoires des pays du Guiers).
J'ai été invité en tant que je pouvais donner un éclairage particulier sur les événements, notamment parce que, ayant beaucoup lu les vieux écrivains savoyards, j'ai le sentiment de connaître assez bien leurs pensées, ou leurs sentiments, ce qu'ils voulaient et ce qu'ils craignaient. (J'ai déjà fait, sur la question, plusieurs fois une conférence qui n'a pas déplu, même si certains s'attendaient davantage à une revue historique détaillée.)
Gérard Martenon est un grand spécialiste du dialecte propre à sa région, et cette connaissance permet souvent d'entrer dans l'état d'esprit des Savoyards, notamment de la couche populaire, qui n'avait pas autant droit à la parole, évidemment, que les notables - magistrats et prêtres -, qui publiaient leurs pensées en français, même avant 1860. La coupure, sans doute, n'était pas radicale: pour ne prendre, comme exemple, que ma propre famille, elle a compté dans ses rangs à la fois un procureur du Roi à Chambéry et des agriculteurs dont l'un, devenu commerçant à Paris, fut un poète patoisant assez abondant. On sait bien que les prêtres mêmes étaient liés de près au peuple, et qu'un fils de magistrat tel que Xavier de Maistre (le frère de Joseph) parlait le patois de Chambéry. Jacques Replat, avocat à Annecy, cite, dans Le Siège de Briançon, une chanson en tarin sans qu'il se sente le besoin d'en placer une traduction. Rousseau et Lamartine ont d'ailleurs célébré en Savoie le peu de distance qu'il y avait entre la noblesse et le peuple - idée reprise récemment par l'historien Jean Nicolas. Mais tout de même, il y avait des nuances. Mon impression est qu'en patois, l'attachement à la Maison de Savoie, par exemple, s'estompait; l'esprit dynastique se dissolvait. Le folklore, dans le même temps, gagnait en force: l'âme des éléments s'y décèle davantage.
Pour Jean-Pierre Blazin, il est un écrivain et un poète passionné par la mémoire que l'on garde du passé, ainsi que par les rapports entre la Savoie et sa frontière dauphinoise, et il s'intéresse également à la toponymie, et lui aussi accorde au moins autant d'importance à l'état d'esprit des gens - fréquemment lié à des faits très locaux - qu'aux faits extérieurs et généraux - les actions des grands de ce monde. Je suis sûr que ce sera une rencontre très fructueuse.