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C'est l'histoire d'un jeune Anglais de 17 ans qui, un soir de 1964, défend sur un plateau de la BBC sa nouvelle société pour la prévention de la cruauté envers les hommes aux cheveux longs. A l'époque, cette démarche pour le moins non-conventionnelle fait davantage sourire qu'elle ne choque.
Encore fortement marquée par la Deuxième Guerre mondiale qui a éventré le continent, la société d'alors se caractérise par un système rigide, dirigé avant tout par les bonnes moeurs et la bienséance. En 1964, les Beatles ont certes déjà commencé leur incroyable aventure, mais David Bowie, qui s'appelle encore à ce moment-là David Jones, passe sous les radars. Personne ou presque n'anticipera le destin de l'artiste, celui d'une météorite qui traversera les décennies en brisant tous les carcans sur son passage.
La conquête de l'espace
A la fin des années soixante, un autre monde semble s'être ouvert. Les manifestations de mai 68 ont créé une brèche dans les mentalités, le festival de Woodstock a été un franc succès et des astronautes américains s'apprêtent à marcher sur la Lune.
S'inspirant de ce dernier événement mais aussi du film "2001, l'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick, sorti en 1968, David Bowie signe son premier grand succès avec la chanson "Space Oddity".
Le titre raconte l'histoire d'un astronaute, le major Tom, qui décolle de son vaisseau pour finalement se perdre dans l'infini de l'espace. Sur la BBC, c'est cette musique qui accompagnera les premières images de l'alunissage d'Apollo 11.
Le grand transformiste
Les années 1970 sont fastes pour le chanteur. David Bowie cherche encore et toujours à bousculer les normes. Il y parvient avec une idée phare: la transformation.
En 1972, un concert dans le sud-ouest de Londres marque le début de la tournée de Ziggy Stardust. David Bowie a décidé de changer d'identité pour se fondre dans ce personnage fictif qui n'est rien d'autre qu'un extraterrestre descendu sur Terre pour devenir une légende de la musique. Après la perdition du major Tom dans le cosmos, c'est donc l'arrivée tonitruante de cet alien, qui se pare d'un costume extravagant et dont les cheveux sont teints en rouge foncé.
Mais cette métamorphose n'est que la première d'une longue série. Une année plus tard, David Bowie tue sur scène son alter-ego fracassant pour renaître sous d'autres personnages: Alladin Sane, Halloween Jack ou encore The Thin White Duke.
Derrière le show et le plaisir palpable qu'a David Bowie à se transformer, c'est une quête sans fin que semble chercher l'idole: celle du renouveau, de la renaissance et de l'acceptation de l'autre.
L'artiste n'hésite pas alors à jouer sur les codes de la sexualité, des genres, des préférences. De par ses looks parfois androgynes, il fédère des fans du monde entier de la communauté LGBT. Une tendance qui s'accentue quand en 1972 il se dit gay. En 1976, il se définit comme bisexuel puis bien des années plus tard comme hétérosexuel. L'intérêt n'est pas là. David Bowie apprécie sans doute le fait d'être inclassable, insaisissable, mais il souhaite avant tout briser les tabous sur ces questions.
Les années 1980, la consécration de "Let's Dance"
Si David Bowie s'est déjà fait un nom, c'est pourtant une chanson de 1983 qui va le consacrer comme l'un des rois de la pop. Peut-être son titre le plus commercial, le plus "mainstream", mais que tout le monde sait encore fredonner et sur lequel il est difficile de ne pas s'essayer à quelques pas de danse: "Let's Dance".
L'album du même nom se classe numéro un des ventes dans de très nombreux pays et comporte d'autres chansons phares comme "Modern Love" ou "China girl".
Si la période transformiste semble s'être atténuée, David Bowie continue à surprendre son monde. Le chanteur, qui avait déjà accepté dans les années 1970 plusieurs rôles, dont le marquant Thomas Jerome Newton dans "L'homme qui venait d'ailleurs" (1976), est acclamé par la critique quand il incarne le major Jack Celliers dans le film japonais "Furyo". Ce dernier dépeint avec une remarquable précision les différences culturelles entre quatre hommes dans un camp de prisonniers japonais durant la Seconde Guerre mondiale.
Quelle postérité?
L'artiste se fait plus rare dans les décennies qui suivent, mais chacun de ses retours enflamme les mêmes passions et le même amour du public.
Avec "Blackstar", son dernier album sorti deux jours avant sa mort, David Bowie signe un adieu émouvant qui le conduit une nouvelle fois vers les étoiles et l'espace.
Pourtant, malgré sa disparition, le Britannique reste une figure légendaire et sa postérité semble assurée. "David Bowie est redécouvert d'année en année, parce qu'il est toujours une figure dans la mode, dans la musique évidemment (...) on entend ses chansons dans des séries, dans des films. Il y a donc une nouvelle génération qui commence à le redécouvrir après sa mort et c'est ça qui est intéressant (...) il est plus iconique cinq ans après sa mort. Presque comme s'il avait été canonisé", témoigne dimanche dans le 19h30 Stéphane Gobbo, chef de la rubrique culture du Temps.
A la fois dandy, phénix et rockstar, David Bowie ne semble donc pas prêt à tirer sa révérence.
Tristan Hertig
David Bowie et le sens des affaires
Chanteur, showman, acteur ou encore peintre, David Bowie a toute sa vie multiplié les casquettes et a presque rencontré à chaque fois un succès étourdissant.
Un aspect moins connu du personnage reste sans doute celui de son flair et de son sens inné pour les affaires.
"Il a capitalisé sur son catalogue de chansons, il l’a fait entrer en bourse avec les Bowie Bonds, il est devenu coté, et du jour au lendemain il s’est réveillé un matin avec 66 millions de dollars sur son compte, alors qu’il aurait pu toucher cette somme au compte-goutte pendant des années", rappelle Stéphane Gobbo.
L'artiste est aussi célèbre pour avoir compris très rapidement à quel point internet et les nouvelles technologies allaient changer la face du monde. "Le potentiel de ce qu'internet va faire à la société, à la fois en bien et en mal, est inimaginable", explique-t-il alors sur les ondes de la BBC en 1999, devant un interviewer encore peu convaincu.