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L'ensemble des mesures de «protection contre l'inflation», le renoncement de la BNS à intervenir sur le marché des devises et les taux d'intérêt de retour en territoire positif pourraient encore renforcer l'attrait de la Suisse pour les investisseurs en capitaux.
Le 16 juin 2022, la Banque nationale suisse (BNS) a relevé son taux directeur de 50 points de base pour le porter à -0,25%. Il s'agit de la première augmentation depuis 2007. Cette décision fait suite à une inflation grandissante, à 2,9% en mai contre 2,5% en avril. La pression croissante sur les prix, qui provient notamment des produits importés, a incité la BNS à relever sa prévision d'inflation pour l'année en cours de 2,1% à 2,8%. Elle part toutefois du principe que le durcissement de la politique monétaire aidera à éviter une accélération de l’inflation. Selon les estimations de la BNS, le taux d'inflation devrait retomber sous la barre des 2% au deuxième trimestre de l'année prochaine. Avec une augmentation annuelle moyenne attendue de 1,9%, l'objectif de stabilité des prix - défini comme une inflation inférieure à 2% - serait à nouveau atteint en 2023. Dans l'ensemble, l'environnement des prix en Suisse restera plus favorable que dans la plupart des pays européens et aux Etats-Unis.
La décision de relever le taux directeur de 50 points de base s'inscrit dans la lignée des décisions monétaires de la BNS des 30 dernières années. Lorsque le taux d'inflation est supérieur à 1% et que le franc est faible en termes réels (corrigé de l’inflation), la BNS durcit sa politique monétaire. C’était le cas en 1999, 2000, 2004 et 2007, années durant lesquelles la BNS a procédé à des hausses de taux d'intérêt. En revanche, lorsque l'inflation est inférieure à 1% et que le franc évolue au-dessus de sa moyenne à long terme en termes réels, la banque centrale assouplit les conditions de financement. En conséquence, la politique monétaire de la BNS est devenue nettement plus expansionniste en 2011 et 2015. Par ailleurs, il est frappant de constater que la BNS réagit beaucoup plus rapidement que la BCE au dépassement de la cible d’inflation, après seulement trois mois contre un an pour la BCE.
La Suisse a une longue histoire de faible inflation. Depuis 1950, le taux d'inflation annuel moyen de la Suisse est de 2,2% ; pour la même période, il est de 2,5% pour l'Allemagne et de 3,5% pour les Etats-Unis. Cette évolution trouve son pendant du côté des producteurs : une machine qui coûtait 100’000 francs au début de l’année 1995 serait aujourd'hui - si l'on se base sur l'évolution des prix à la production - proposée pratiquement au même prix. Une machine allemande qui aurait coûté 100’000 euros à l'époque se situerait en revanche à 189’000 euros aujourd’hui, et une machine américaine à 100’000 dollars couterait dorénavant 201'000 dollars.
Historiquement, les phases d'inflation ont ainsi été favorables au franc. Par exemple, le franc s'est apprécié contre euro en moyenne de 13% durant ces périodes.
Par ailleurs, la balance commerciale suisse est fortement excédentaire. Calculé en dollars américains, l'excédent mensuel s'est étendu de plus de 70% au cours des trois dernières années (depuis mai 2019) pour atteindre environ 60 milliards de dollars américains, soutenu principalement par les exportations de l'industrie chimique et pharmaceutique.
Enfin, la BNS semble avoir abandonné sa résistance de longue date à l'appréciation du franc. Les mentions relatives à un «Franc trop élevé» et à sa disposition «à intervenir sur le marché des changes» pour contrer les pressions haussières sur le franc ont été remplacées par une formulation non contraignante («Afin de veiller à des conditions monétaires appropriées, la Banque nationale est en outre prête, si nécessaire, à intervenir sur le marché des changes»). Le président de la BNS, Thomas Jordan, a également laissé entendre que d'autres hausses de taux pourraient avoir lieu. Nous pouvons ainsi anticiper un taux directeur à 0% en fin d’année.
La fin des taux d'intérêt négatifs supprimerait un obstacle important pour les investisseurs. En effet, l'ensemble des mesures de «protection contre l'inflation», le renoncement de la BNS à intervenir sur le marché des devises et les taux d'intérêt de retour en territoire positif (le rendement des obligations de la Confédération 10 ans est désormais de 1,3%) pourraient encore renforcer l'attrait de la Suisse pour les investisseurs en capitaux. L'euro s'échange actuellement à 1,01 franc; la «parité», soit un euro s’échangeant à un CHF, est à portée de main. Selon notre estimation, il est très probable que l'appréciation du franc se poursuive dans les semaines ou mois à venir.