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A l’origine, les «rameurs au cou gracieux» n’appartenaient pas à l’avifaune locale. Ce sont, sans doute et surtout des esthètes qui ont colonisé dans nos eaux, le cygne tuberculé dont le cou gracieux a été décrit dans le mouvement de «l’Art nouveau» (similaire au cou gracieux et rose, à longues pattes appelé flamant rose dans les zoos). Mais aujourd’hui, le cygne étranger est assimilé et naturalisé.
Le cygne, la noble oie
Lorsque le petit Jeannot du village des fermiers est venu avec ses parents au bord d’un lac pour la première fois, il a déclaré en voyant les cygnes voguant majestueusement: «Regarde papa, il y a aussi des oies.» Sur ces mots, l’aîné de la famille a corrigé le petit bonhomme avec un sourire supérieur: «Jeannot, ce ne sont pas des oies, ce sont des cygnes!». Et quelle est la morale de l’histoire? Le petit dernier avait raison aussi! Car les fières beautés appelées cygnes ne sont – zoologiquement parlant et avec tout le respect qui leur est dû – rien d’autre que des oies, même s’il est vrai qu’elles appartiennent à la haute société.
Cela n’a pas empêché Heinrich Heine de commenter de façon zoologique et sarcastique le fait que Zeus, le père des dieux, s’est approché de sa bien-aimée Léda de façon méconnaissable sous l’apparence d’un cygne, en réprimandant Léda: «Quelle oie as-tu été pour qu’un cygne puisse venir te séduire!» Mais ce qui n’a pas été pris en compte, est que la belle Léda est à moitié excusée: la séduction s’est faite sur terre. Quelle en est la signification? Ferenc Molnar l’affirme dans la comédie «Le cygne» lorsqu’il postule: «Les cygnes devraient toujours rester majestueusement au milieu de l’eau car ils ressemblent à des oies sur terre» ...
Naturalisés et sauvages
La colonisation de cygnes tuberculés en provenance d’Europe du Nord-Est et d’Asie mineure n’est pas originaire de chez nous et remonte au 19ème siècle (voire au 13ème siècle en Angleterre). Cet oiseau aquatique blanc comme neige, aux formes harmonieuses, à la nage majestueuse et, qui plus est, légendaire, a d’abord servi à décorer les étangs de rêve des propriétés de campagne, des châteaux et des parcs urbains. De là, il s’est retrouvé dans des cours d’eau paresseux, des tronçons de rivière endigués et enfin des lacs.
Aujourd’hui, on trouve l’animal au long cou blanc sur de nombreux lacs, grands et petits, le plus souvent à des altitudes inférieures à 600 m au-dessus du niveau de la mer, parfois jusqu’à 1 000 m au-dessus du niveau de la mer, dans les Alpes, on le trouve – étant abandonné – même jusqu’à plus de 1 700 m au-dessus du niveau de la mer (comme cela était le cas autrefois sur les lacs de Saint-Moritz et d’Arosa). Toutefois, à ces altitudes, les cygnes doivent migrer ou être piégés en hiver en raison du givre.
Bref, concernant les cygnes dans toute l’Europe centrale, il s’agit pratiquement partout de descendants plus ou moins sauvages des parcs-cygnes. Alors que les cygnes tuberculés sont des oiseaux migrateurs dans la zone continentale de leur aire de répartition, ils sont considérés comme des oiseaux résidents et des oiseaux de bord de route en Europe; les déplacements au printemps et en automne sont principalement liés à la nourriture.
De semi-sauvage à apprivoisé
Comme ils n’ont pas d’ennemis naturels et qu’ils ne sont pas chassés par les hommes, ils se nourrissent abondamment en été dû à l’eutrophisation (surfertilisation) de nos eaux causée par la civilisation. En hiver, ils peuvent survivre grâce à leur vigueur, particulièrement la nouvelle génération de cygnes qui s’est adaptée à la population actuelle leur donnant de la nourriture. Ces espèces aux cous gracieux prospèrent si bien qu’elles peuvent devenir un problème écologique.
Aujourd’hui, environ 7 500 «personnages de contes de fées» nagent dans les eaux suisses. Au milieu du siècle dernier, ils n’étaient que 2 000. Toutefois, seuls 650 d’entre eux environ sont des couples reproducteurs, le reste est constitué de jeunes oiseaux n’étant pas encore en mesure de se reproduire, de vieux solitaires et de couples qui n’ont pas réussi à établir un territoire de reproduction. Les plus fortes populations de cygnes tuberculés se trouvent sur le lac de Constance (première colonisation en 1917), le lac de Neuchâtel et le lac de Genève (depuis 1837). Sur le lac de Zurich, l’espèce est locale depuis 1929. Environ 200 000 cygnes tuberculés vivent actuellement en Europe occidentale et centrale.
Tandis que les cygnes semi-sauvages préfèrent les eaux eutrophiques avec des rivages peu profonds, beaucoup de plantes sous-marines, une zone d’envasement étendue et une large ceinture de roseaux, les cygnes aux longs cous, apprivoisés et donc dépendants de l’être humain aiment rester sur les rivages peuplés, jusque dans les villes, où ils n’hésitent pas à couver aux yeux de tous.
La bosse éponyme
Avec leur cou magnifique, ces rameurs glissent tels des navires de papier blanc, majestueusement et silencieusement sur l’eau, la queue légèrement relevée, le cou gracieusement courbé. On pourrait presque penser que les «fiers» compagnons sont bien conscients de leur beauté et de leur grâce. Leur «manteau lisse», faite de plumage blanc comme neige, domine l’apparence générale de ces imposants oiseaux nageurs avec tant d’attributs remarquables.
Le bec rouge orangé, équipé de fines lamelles de corne permettant de filtrer la nourriture hors de l’eau, est un instrument polyvalent servant aussi bien à l’alimentation qu’au toilettage et à la distribution de la sécrétion de la glande uropygienne, et même au retournement des œufs. A la base du bec se trouve un tubercule plus ou moins grand, de couleur noire, qui a donné son nom à l’animal. Elle est plus prononcée chez le mâle, surtout en période de reproduction, que chez la femelle. A l’exception peut-être de la taille de son corps, cette différence est minime par rapport à celle de son partenaire masculin.
Les «rênes» sur la tête du rameur blanc ressemblent à un masque. Il ne s’agit pas de ceux tenus par le héros de la saga du Graal dans l’opéra de Richard Wagner, «Lohengrin», lorsqu’à la demande du roi Arthur, il se précipita au secours de la duchesse Elsa de Brabant dans un yacht tiré par un cygne, mais plutôt des parties non emplumées situées sur le côté de la tête, également noires comme le tubercule, appelées le lore, s’effilant vers l’arrière jusqu’aux yeux brun-noisette.
Les «immuables»
Les pattes des cygnes adultes sont d’une couleur gris-noir, et les deux à quatre orteils sont reliés par des peaux palmées. Le cygne appartient à la même famille d’anatidés des oies, des canards et des harles. Leur plumage juvénile est brun et, dans la transition vers la coloration adulte, tacheté car les bases des plumes blanches deviennent visibles. Depuis quelques décennies, on observe occasionnellement un cygne avec une robe juvénile déjà blanche parmi les cygnes semi-domestiqués.
Il s’agit d’une mutation transmise de manière strictement alternative, causée par un gène récessif dans le chromosome sexuel. Ces animaux sont appelés «Cygnus immutabilis», ou alors, parce que cette astuce de la nature a été vue pour la première fois en Pologne, «cygnes polonais». Leurs pattes et leurs pieds palmés restent de couleur chair tout au long de leur vie. On ne connaît pas plus de détails. On suppose que ces jeunes cygnes «immuables» sont exposés à une pression de sélection plus forte, car ils ne portent pas de robe juvénile, ce qui déclencherait un traitement plus doux des congénères plus âgés.
Hydroptère animal
Les cygnes sont à la fois diurnes et nocturnes, bien que nous ayons tendance à les voir surtout de jour. Si les jeunes cygnes plongent en cas de danger, les plus âgés ne le font pas. Les adultes représentent en quelque sorte les animaux alphasparmi les oiseaux aquatiques, et en tant que tels, il n’est pas approprié de frapper l’onde avec les nageoires …
Au contraire, ils font face au danger en adoptant un comportement menaçant et imposant: l’attaque ou la «nage imposante» se fait avec le cou en forme de S, les coudes levés de sorte que les ailes s’arquent sur le dos comme des voiles blanches, avec un sifflement irrité et – particulièrement impressionnant – s’avançant dans le sillon de l’écume d’une vague soulevée par l’étrave. A cette occasion, l’hydroptère avance par à-coups, car dans ces «cas urgents», ils rament avec les deux pattes en même temps.
Bien qu’ils vivent en société en hiver, les couples de cygnes ont un comportement sédentaire pendant la saison de reproduction, et les cygnes non reproducteurs forment des groupes. En général, la femelle cygne commence à pondre en avril: cinq à sept, voire neuf gros œufs gris-vert qui prennent une couleur jaune brunâtre sale au cours de l’incubation dont la durée est de 35 jours. Le succès de la reproduction est à peine supérieur à 50 %.
25 vertèbres entières du cou
Sur terre, le cygne se repose couché ou debout. Dans l’eau, il se laisse mener par le courant. Lorsqu’il dort, le bec est replié sous les plumes de l’épaule plutôt que sous l’aile. Souvent, une patte est levée vers l’arrière. Lors du nettoyage personnel, l’extrême souplesse du cou est impressionnante, en raison du nombre impressionnant de 25 vertèbres (aucun autre oiseau n’en possède autant).
La toilette accomplie avec beaucoup de cérémonial dure beaucoup plus longtemps sur terre que dans l’eau: remuer la queue, frotter la tête et le cou, battre des ailes, enlever la saleté, lisser les plumes, tremper et secouer le bec, gratter et secouer la tête, s’étirer, tirer les plumes, secouer à nouveau la tête, agiter les ailes – et puis remuer à nouveau la queue. Celui qui porte du blanc, nettoie plus longtemps ...•
(Traduction Horizons et débats)
hh. L’appariement se fait sans trop d’histoires. Mais la parade nuptiale préludant à l'amour est strictement ritualisé: rotation de la tête, abaissement du bec, secousses du bec, simulacre de lissage, trempage du bec (= simulacre d’alimentation), trempage (= étirement du cou au-dessus de l’eau), ronflement – et enfin la posture de tendresse avec contact de la tête pendant que les plumes de la tête sont ébouriffées. Bref, faire la cour quand on est un cygne, c’est faire des efforts!
Lorsque Friedrich Hölderlin écrit à propos des «beaux cygnes» «... et ivres de baisers, ils plongent leur tête dans l’eau sainte et sobre», il ne fait que décrire, dans le langage exubérant des romantiques, ce que les scientifiques appellent, avec un réalisme peu romanesque, «le plongeon à double cou pendant les préliminaires copulatoires».
L’accouplement dure quelques secondes, le mâle tient la femelle par les plumes de son cou pour la laisser tomber sur le côté après l’accouplement. Une brève érection des deux oiseaux poitrine contre poitrine est suivie de la posture normale d’abaissement du bec. Ensuite, l’amour est terminé – et le lissage continue. Ainsi, le mariage des cygnes rejoint la réalité des processus biomécaniques …
(Traduction Horizons et débats)
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