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Le 12 septembre 1848 compte parmi les dates peu connues de l’histoire suisse…
Les profonds déchirements entre Confédérés dans la guerre du Sonderbund datent de moins d’un an. Les divisions confessionnelles et idéologiques n’ont pas disparu. Les travaux devant mener à une nouvelle constitution, qui fera de la Suisse un Etat fédéral au sens propre, occupent les premiers mois de la nouvelle année.
De février à avril, une Commission de révision élabore un texte de constitution qui se veut consensuel. Le 27 juin 1848, la Diète, autrement dit l’assemblée des représentants des cantons souverains, adopte ce texte à une très petite majorité de 13 cantons sur 22 – déjà, elle ne respecte plus la règle de l’unanimité qui lui était propre. Au cours de l’été, quinze cantons – dont Genève, Vaud, Neuchâtel et le Valais – et un demi canton s’expriment positivement, la plupart par vote populaire ; six cantons et un demi-canton persistent dans leur refus. Il reste à la Diète, convoquée pour le 12 septembre à Berne, la tâche de ratifier ou d’adopter formellement la nouvelle Loi fondamentale, la première que le peuple suisse ait eu l’occasion de se donner à lui-même, de façon démocratique. C’est chose faite vers la fin de la matinée ; à une heure de l’après-midi, des coups de canon annoncent l’événement à la population. Un nouvel Etat est né dans la plus grande sobriété. La Diète, instaurée par le Pacte fédéral de 1815, peut se dissoudre.
La nouvelle Assemblée fédérale bicamérale – selon le modèle américain – se réunira à Berne pour sa première session le 6 novembre 1848 et élira le premier Conseil fédéral : Jonas Furrer (Zurich) en tant que président, Daniel-Henri Druey (Vaud), Stefano Franscini (Tessin), Friedrich Frey-Herosé (Argovie), Josef Martin Munzinger (Soleure), Wilhelm Matthias Naeff (Saint-Gall), Johann Ulrich Ochsenbein (Berne). Quant au Genevois Guillaume-Henri Dufour, commandant des troupes fédérales en 1847, il siègera au Conseil national pour le Canton de Berne (sic !).
Dire qu’il y a une certaine banalité dans cette succession d’événements, c’est méconnaître l’intensité des débats que cette mutation a provoqués dans certains cantons et c’est ignorer aussi les conséquences de cet acte sur la vie du pays. En effet, l’année 1848 est une année révolutionnaire dans une grande partie de l’Europe ; des couronnes tombent, de nouveaux régimes se mettent en place ; on parle du « printemps des peuples ». Cependant, ce qui distingue la Suisse et son nouvel Etat fédéral, démocratique, c’est qu’ici, le produit de cette effervescence n’est pas balayé par des forces réactionnaires après quelques mois seulement, comme c’est le cas dans beaucoup d’autres pays. L’œuvre du 12 septembre 1848, en Suisse, s’avère durable, constitue la base de toute l’histoire de la Suisse moderne, jusqu’à notre époque.
Certes, beaucoup de ce qui fait la Suisse de nos jours ne sera introduit que plus tard, par la voie de révisions successives de la Constitution, ponctuelles ou générales. Mais nous devons à ce premier texte de 1848 plusieurs choses essentielles ; mentionnons-en trois :
- l’apaisement du pays, y compris par la protection assurée aux minorités ; la réconciliation définitive entre le camp catholique et conservateur, d’un côté, et le camp protestant et libéral, de l’autre, exigera encore quelques temps ; mais les conditions pour y arriver sont créées ;
- l’établissement de l’Etat de droit; en revanche, le passage de la démocratie représentative à la démocratie semi-directe attendra encore la révision constitutionnelle de 1874 ;
- l’insertion d’une Suisse indépendante, république qui se dote d’une politique étrangère et d’une armée, dans ce qu’on appelle à l’époque le « concert des nations », toujours marqué par les tensions entre les grandes puissances monarchiques.
Au XXe siècle, les « pères de l’Europe », dans leur quête de formules permettant une coexistence paisible entre langues, cultures et traditions politiques diverses, considèreront le fédéralisme suisse de 1848 comme un modèle.
Commémorer signifie se souvenir ensemble, non pas pour adopter une interprétation unique de l’histoire, mais pour mieux affronter les défis du présent, y compris et surtout pour acquérir une vision sur la Suisse en Europe et dans le monde répondant aux exigences de notre époque.
Plus d’information concernant les événements à Genève et à Berne organisés par l’association LA SUISSE EN EUROPE le 12 septembre 2016 en cliquant sur ce lien.