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Marie - Servante du Seigneur
par Henri Gras
Partie III. Que faut-il croire?
«Ils examinaient chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact.»
Actes 17:11
Chapitre 11. Remarques préalables
Première remarque préalable:
Le souverain pontife et la Curie romaine se considèrent, avec le Collège des cardinaux, les seuls dépositaires de la révélation divine, de son interprétation authentique et surtout du pouvoir de la compléter. Le pape Jean-Paul II l'a clairement dit: «Ce même Esprit (le Saint-Esprit) garde les successeurs des apôtres, vos évêques à qui a été confiée la tâche de préserver la foi et de «prêcher l'Evangile à toute créature» (cf. Marc 16:15). Ecoutez leur voix, car ils vous portent la Parole du Seigneur» (Homélie de Knock, Irlande 1979).
C'est au nom de cette autorité que de nouveaux dogmes ont été introduits dans la pratique religieuse, au cours des siècles.
Deuxième remarque:
Les premiers apports du Magistère sont intervenus en 374, peu de temps après l'association de l'Eglise au pouvoir d'Etat (Constantin). Durant la période précédente, tandis que sévissaient les persécutions, nul additif n'a été apporté, et pour cause. Vivre sa foi signifiait alors exposer son existence même. Il n'y avait ni le loisir, ni le climat propice pour s'occuper de théologie. Les premiers chrétiens étaient formés à l'école du martyre.
Quant aux apôtres, ils n'ont rien dit de Marie, du terme de sa vie, de son rôle éventuel ou d'une quelconque dévotion à lui rendre. Or, ce sont leurs écrits (ou Epîtres) qui ont constitué la base d'enseignement dans l'Eglise primitive. Jean, le disciple que Jésus aimait et auquel le Maître avait confié sa mère au pied de la croix, n'a rien dit d'elle dans ses lettres et dans l'Apocalypse. Même silence dans les lettres de Pierre, pourtant considéré par Rome comme le premier souverain pontife. Rien non plus dans les nombreux écrits de Paul, reconnu de tous comme l'apôtre des païens, dont nous sommes...
Par contre, on remarquera que les plus importants apports dans le domaine marial sont très récents: Immaculée Conception érigée en dogme (1854), médiation (1891), corédemption (1943), Assomption (1950), «Tout par Marie» (1979). A noter aussi qu'ils coïncident avec la multiplication des apparitions de la vierge, l'édification des beaux sanctuaires qui lui sont consacrés et la pratique des grands pèlerinages centrés autour de sa personne.
Troisième remarque:
Devant la diversité des positions prises aujourd'hui par les différentes Eglises chrétiennes vis-à-vis de Marie, il est important de faire objectivement toute la lumière sur la question. En effet, il ne peut exister plusieurs vérités, pas plus que des «compromis acceptables» sur celle-ci. En un mot: que faut-il croire? Sur quel critère se baser pour étayer nos convictions ?
Le seul fondement solide et immuable qui nous soit offert est la Bible, la Parole de Dieu. Jésus lui-même a déclaré: «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point» (Matthieu 24:35). Or, il est «Parole faite chair» (Jean 1:14) et l'Esprit saint, qu'il a envoyé pour nous conduire «dans toute la vérité», nous enseigne «et nous rappelle tout ce qu'il a dit» (Jean 16:13, 14:26).
De plus, «toute Ecriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne oeuvre» (2 Timothée 3:16–17).
C'est pourquoi, les chrétiens de Bérée «examinaient chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact» (Actes 17:11). Nous nous proposons cette même démarche, convaincu que la Sainte Bible constitue bien la seul référence fiable dans la mouvance des courants de pensées et de traditions qui sollicitent les hommes de notre temps.
Les auteurs du Nouveau Testament ont maintes fois souligné que les faits rapportés par eux étaient intervenus «afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé» par les prophètes. Jésus lui-même a souvent cité des écrits de l'Ancien Testament lors de son ministère terrestre. Qu'il s'agisse de répondre à Satan qui le tente, de prêcher aux Juifs ou d'enseigner ses disciples, le Maître a authentifié ses paroles par l'Ecriture. En prenant celle-ci pour référence, nous sommes donc pleinement dans la ligne évangélique (2 Pierre 1:16).
Quatrième remarque:
Certains peuvent se poser deux questions: La révélation de Dieu s'est-elle terminée avec l'Apocalypse? Les successeurs des apôtres n'ont-ils pas mission d'en poursuivre la divulgation?
Les Ecritures répondent clairement là-dessus. «La foi a été transmise aux saints une fois pour toutes» (Jude 3). Et l'on trouve sous la plume de Jean, à la fin du plus récent livre de la Bible dont les termes lui ont été dictés par Jésus dans une glorieuse vision:
«Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre: Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre; et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre» (Apocalypse 22:18–19).
Cela ne saurait être plus net, d'autant que la divine puissance de l'Eternel nous a donné «tout ce qui contribue à la vie et à la piété» au moyen de la connaissance de Jésus (2 Pierre 1:3), lequel a annoncé et envoyé l'Esprit saint, consolateur et guide infaillible. Mais la révélation du plan divin de salut ainsi que des mystères de la foi nous est maintenant donnée dans son intégralité avec les manifestations successives du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Croire qu'il peut ne pas en être ainsi ouvre la porte aux doctrines de Mahomet (570–632) fondateur de l'Islam, de Joseph Smith (1805 – 1844) fondateur de l'Eglise des Saints des derniers jours ou Mormons, et de Sun Myung Moon (1920 – x) fondateur de l'Association pour l'Unification du Christianisme Mondial (A.U.C.M.)...
Tous se réfèrent à Dieu, vénèrent la Bible et parlent de Jésus. Mais ils prétendent être investis d'une mission pour le salut de l'humanité. Les papes, se considérant comme les successeurs légitimes et exclusifs de Pierre, n'ont rien fait d'autre. Ils ont couvert de leur autorité des additifs nombreux et variés qui ont progressivement et fondamentalement transformé les principes doctrinaux originels de la foi chrétienne tels que les révèle l'Ecriture.
Pour ce qui concerne l'annonce du conseil de Dieu, des ministères et des dons ont été et continuent d'être dispensés par Jésus-Christ. «Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps de Christ» (Ephésiens 4:11–12). Et les dons spirituels sont également accordés pour l'utilité commune. Un seul et même Esprit (l'Esprit saint) opère toutes ces choses, «les distribuant à chacun en particulier comme il veut» (1 Corinthiens 12:7–11). Ce n'est donc pas l'affaire et moins encore le monopole d'une dénomination, d'un mouvement religieux ou d'une hiérarchie humaine si nombreuse ou influente soit-elle.
L'apôtre Paul, s'adressant aux anciens de l'Eglise d'Ephèse leur dit: «Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint- Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Eglise de Dieu» (Actes 20:28). Il précise, par ailleurs, à Timothée les conditions requises pour admettre quelqu'un «qui aspire à la charge d'évêque», qu'il qualifie d'œuvre excellente (1 Timothée 3:1–7). Paul ordonne aussi à Tite d'établir des anciens (ou évêques) dans chaque ville et précise les conditions qu'ils doivent remplir pour cela (Tite 1:5–9).
Tel est le modèle néo-testamentaire conforme à la volonté de Dieu pour l'Eglise corps de Christ. Les successeurs authentiques des apôtres sont aujourd'hui les disciples de Jésus, revêtus de la puissance d'En-haut pour être ses témoins. Ce ne sont ni les diplômes universitaires, ni les suffrages humains, ni l'étiquette dont ils se réclament ou qu'on leur colle qui les qualifient, mais les valeurs morales, l'autorité spirituelle, qu'ils ont reçue du Père, et dont les fruits témoignent. Leur mission demeure de prêcher la bonne nouvelle du salut, d'enseigner à observer tout ce qu'a prescrit le Maître, d'accomplir ses oeuvres, de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, de former des hommes fidèles capables d'enseigner aussi les autres.
Cinquième remarque:
La Parole de Dieu révèle la pensée du Tout-Puissant, édifie, éclaire, apporte des prophéties, s'authentifie par leur réalisation, exprime des promesses de salut et de délivrance, sollicite la libre adhésion de la foi, met l'homme devant sa responsabilité personnelle, l'incite à l'amour et au pardon, laissant à l'Eternel seul l'exercice du jugement.
Le Magistère, on a pu le constater, raisonne humainement, cherche à susciter la croyance inconditionnelle, se réfère à l'ancienneté de la tradition et au poids du nombre, menace, brandit l'anathème afin de contraindre, d'asseoir son autorité. L'Inquisition a usé de violence et fait couler le sang pour s'imposer. Une diplomatie subtile lui a succédé. Les Jésuites sont passés maîtres en ce domaine où rien n'est négligé pour atteindre l'objectif fixé: dissimulation, faux semblants, pénétration feutrée des milieux hostiles, etc...
Les promoteurs de la dévotion mariale citent même des versets bibliques isolés de leur contexte et détournés de leur sens pour l'authentifier. Parfois, des «manifestations charismatiques», qualifiées de «fruits du Concile» sont prises et utilisées comme signes de l'approbation divine sur un sanctuaire consacré à Marie (par exemple à Notre Dame du Cap, Québec).
Alors, il n'est pas étonnant d'enregistrer les multiples et profondes divergences qui existent entre la Bible et le Magistère. La première a été dictée par Dieu, le second est le fruit des pensées religieuses de l'homme. En effet, si l'on confronte objectivement les apports du Magistère aux données bibliques, on constate qu'ils introduisent des éléments nouveaux contradictoires avec l'Ecriture et même, pour certains, sévèrement condamnés par elle. Examinons cela point par point.