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Trump se trompe. En détruisant l’ordre multilatéral que les Etats-Unis ont eux-mêmes construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour le remplacer par une série de matches de catch à deux gagnables à la seule force du poignet, il commet une quintuple erreur.
1° L’origine du déficit abyssal de la balance américaine n’est pas dû, comme lui et son administration semblent en être convaincus, à la fermeture des marchés étrangers aux produits américains, mais au fait que les Etats-Unis consomment davantage que ce qu’ils sont capables de produire. Une autre manière de présenter la chose est d’expliquer le surplus d’épargne du reste du monde par la persistance d’un excès de consommation américain, puisque à l’échelle de la planète entière l’un égale nécessairement l’autre.
2° Un rééquilibrage du commerce secteur par secteur, voire produit par produit, n’aurait aucun sens, non seulement parce que des pommes américaines ne s’échangent pas nécessairement contre des poires européennes ou chinoises (les principaux produits d’exportation américains vers la Chine sont, après les avions, les graines de soja, pendant que la Chine exporte surtout des téléphones cellulaires et des ordinateurs*), mais aussi parce qu’une balance qui serait équilibrée selon le vœu du président américain continuerait par la force des chose à se décliner en une multitude de déficits et d’excédents tantôt sectoriels, tantôt bilatéraux.
3° Une balance commerciale équilibrée succédant à des décennies de soldes passifs exercerait fatalement une pression à la hausse du taux de change, puisque elle ferait disparaître, toutes choses égales par ailleurs, l’excès d’offre sur la demande de dollars, et réduirait d’autant le peu de compétitivité des produits américains y compris sur leur propre marché.
4° Une taxation de l’acier et d’autres produits importés aux Etats-Unis soulagerait peut-être momentanément les producteurs nationaux soumis à la concurrence étrangère, mais elle aurait nécessairement pour effet de réduire, via la hausse des prix, la demande domestique pour les mêmes produits, donc la production et l’emploi global que Trump promet pourtant de défendre.
5° Les mesures punitives d’ores et déjà annoncées ou en voie de l’être à l’encontre de la Chine et d’autres partenaires devenus adversaires commerciaux ne peuvent qu’exercer un effet dépresseur sur la conjoncture mondiale et réduire d’autant les chances de succès des exportateurs américains, ce qui conduirait ipso facto à une dégradation supplémentaire de la balance commerciale des Etats-Unis.
Ces banales vérités avaient déjà été oubliées dans les années trente, avec les conséquences que l’on sait : un repli protectionniste entretenu par une série de mesures isolément compréhensibles mais globalement funestes, qui engendra un recul massif des échanges internationaux, une profonde dépression, la montée d’extrêmes populismes, et finalement la guerre. Il serait vraiment dommage, et dévastateur pour tout le monde, que les mêmes erreurs se produisent à nouveau à quatre-vingts ans de distance.
* Cf. Martin Wolf dans le Financial Times du 8 mai 2018 (“Donald Trump declares trade war on China”)