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Ø Vocabulaire de Théologie Biblique 1286-1287 : La vie de l’être humain dépend totalement des richesses que donne la terre, le sol. Elle est le cadre vital de son existence. « Cependant, la terre n’est pas que le cadre de la vie de l’homme : il y a entre elle et lui un lien intime. » Selon le 2ème récit de la création dans la Genèse, l’homme, Adam, est tiré de la terre, Adamah. Adam, c’est le terreux. En Gn 2, 7, Dieu façonne l’être humain avec la terre, comme un potier façonne une pièce d’argile : « Alors, Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » Ce passage biblique est plus qu’une image : selon le rédacteur yahviste de ce deuxième récit de la création, il y a un lien vital entre l’être humain et la terre.
Ø M. Eliade, Le sacré et le profane : « Toutes les civilisations anciennes ont perçu ce lien intime entre la terre et l’homme, au point de l’exprimer sous l’image très réaliste de la terre-mère ou de la terre-femme »
Et l’être humain est enfanté par la terre, sa mère. C’est une croyance répandue dans beaucoup de cultures. « Dans nombre de langues, l’homme est nommé ; "né de la Terre". » (M. Eliade, op. cit., p. 121) C’est à ce sens que se réfère également l’hébreu.
Cette croyance est à l’origine de nombreuses coutumes, comme celle de l’accouchement sur le sol, qui se rencontre un peu partout dans le monde. Le sens ce cette coutume : « la mère humaine ne fait qu’imiter et répéter cet acte primordial de l’apparition de la Vie dans le sein de la Terre. » (M. Eliade, op. cit., p. 123)
« Plus répandu encore, l’usage de déposer le nouveau-né sur la terre. (…) En Chine ancienne, "le mourant, comme l’enfant naissant, est déposé sur le sol" » (M. Eliade, op. cit., p. 123), comme on déposerait un nouveau-né sur sa mère (la mort s’apparentant à une nouvelle naissance.)
Ø Il y a donc un lien vital entre l’être humain et la terre, qui est comme sa mère. Le paradis perdu, c’est un peu la terre perdue. Retrouver le paradis originel perdu, c’est peut-être retrouver ce lien vital avec la terre-mère.
Le thème de la terre promise est très important dans l’AT. Il y a en arrière fond l’image du Paradis perdu, que Dieu veut redonner à travers la promesse de la Terre promise. Cette Terre promise se trouve au-dedans de nous, au plus profond de notre être. Nous avons à rejoindre cette partie de nous-mêmes où Dieu habite et nous attend, cette partie qui nous est un peu comme une terre étrangère. Cette Terre promise où nous pouvons trouver le silence, le calme et la paix.
Ø « Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur notre mère la Terre qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes. » Dans le Cantique des créatures de Saint François, la terre est célébrée comme notre mère. Elle nous porte et nous nourrit comme une mère le fait pour son enfant.
Ø « Il y a chez François une communion avec la terre : une communion avec Dieu par la terre. » (Cantique 149) Il faut rappeler que St François a voulu être étendu nu sur la terre nue pour mourir. C’est la terre qui nous a enfantés à la vie, et c’est à elle que nous retournons. Mais aussi, la mort est vue comme une nouvelle naissance. Et c’est encore la terre qui nous enfante dans cette nouvelle naissance.
Ø E. Leclerc, op. cit., p. 148 : Dans le Cantique des créatures, « détail significatif : à côté des fruits sont mentionnées "les fleurs diaprées et les herbes." La terre ne se contente pas de nourrir ses enfants. Telle une mère attentive, elle entoure de beauté les êtres qui vivent près d’elle. La verdure et les fleurs sont la parure de la terre ; elles sont une joie pour les yeux et pour l’âme ; elles forment un royaume de beauté et de grâce ; elles sont le sourire de la mère dans l’étendue du cosmos. »
Ø E. Leclerc, op. cit., p. 151 : « La Terre mère n’est elle-même qu’un symbole. Elle renvoie à la totalité intérieure : la totalité de nos origines et de nos racines inconscientes, qui "nous portent et nous gouvernent"»
« La Terre mère (…) symbolise toute la vie psychique obscure de l’âme. En reprenant contact avec la Terre mère, l’homme renoue symboliquement avec la part obscure de son âme, avec son "archéologie (son origine) » (E. Leclerc, op. cit., p. 169)
« Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Cette parole évangélique, selon Eloi Leclerc, « énonce une exigence de retour à la terre, la nécessité d’une replongée de l’âme dans ses origines obscures (…). Cette replongée ne peut être vécue tout d’abord que comme une mort : une mort au monde du "moi", de ses fausses prérogatives, de son faux prestiges, de ses ambitions et de ses désirs. Et peut-être est-ce là le sens de l’humilité et de la pauvreté évangéliques. (…) Mais cette replongée et cette mort n’est pas un but ; elles sont au contraire le point de départ d’une naissance de l’homme à un univers de communion » (E. Leclerc, op. cit., p. 171)
Ø Teilhard de Chardin : « Celui qui aimera passionnément Jésus caché dans les forces qui font grandir la terre, la terre maternellement, le soulèvera dans ses bras géants, et elle lui fera contempler le visage de Dieu.»
Ø Dans le ch. 2 de la Genèse, il est dit : « Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car (…) il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Yahvé Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. (…) Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin pour le cultiver et le garder. » Selon ce récit de la Genèse, Dieu veut que l’homme participe à son œuvre de création. Il veut faire de lui un collaborateur, un co-créateur d’un monde beau, jardinier de cette terre. Sans le travail de l’homme, la terre reste inculte. L’homme a comme mission de garder et cultiver ce vaste jardin qu’est notre terre
Ø Vocabulaire de Théologie Biblique 1287 : « Dieu a tiré et fait émerger l’homme de la terre en lui insufflant une haleine de vie, c’est pour lui confier cette terre et l’en rendre maître. L’homme doit dominer sur elle (Gn 1, 28s) ; elle est comme un jardin dont il est le régisseur (2,8 ; Si 17, 1-4). De là, entre eux, ce façonnage réciproque (…). D’un côté, par son travail, l’homme imprime sur la terre sa marque. Mais de l’autre, la terre est une réalité vitale qui façonne en quelque sorte la psychologie de l’homme. »
Ø Toujours selon ce récit de la Genèse, le péché d’Adam et Ève est venu insérer une disharmonie entre Dieu et l’homme, mais aussi entre la terre et l’homme : Le péché a vicié les rapports entre la terre et l’homme, et cette terre n’est plus pour lui un paradis. « Le péché a entraîné pour la terre une véritable malédiction qui lui fait produire "ronces et épines" » (VTB 1288) « Maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peine tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines et chardons. » (Gn 3, 17-18)
Ø Je découvre de plus en plus que la nature est d’une incroyable prodigalité, qu’il y a une surabondance de beauté, dans la mesure où on la respecte. Cette incroyable prodigalité nous dit quelque chose de Dieu, et de son projet d’amour sur nous : c’est cette même beauté et surabondance qu’il veut réaliser en nous : et cela se fera dans la mesure où nous respectons la nature du jardin et de la plante que nous sommes.
Ø Le paradis perdu, c’est un peu la terre perdue. Le paradis retrouvé, c’est peut-être la terre retrouvée. C’est peut-être précisément la terre qui est la porte d’entrée pour retrouver cette harmonie perdue. Retrouver la relation à la Terre Mère.
Ø L’acte de création par Dieu, c’est le passage du Chaos originel au Cosmos. Travailler, c’est être co-créateur aux côtés de Dieu. Et tout acte cocréateur aux côtés de Dieu est un peu une sortie du chaos pour aller vers l’harmonie de la création.
Ø Texte de Khalil Gibran, Le prophète, p. 26-28. Le travail
« Vous travaillez pour pouvoir aller au rythme de la terre et de l’âme de la terre. (…) Lorsque vous travaillez, vous êtes une flûte à travers laquelle le murmure des heures se transforme en musique. (…)
Lorsque vous travaillez, vous accomplissez une part du rêve le plus lointain de la terre, qui vous fut assigné lorsque ce rêve naquit. (…)
Et qu’est-ce que travailler avec amour ? C’est tisser l’étoffe avec des fils tirés de votre cœur, comme si votre bien-aimé devait porter cette étoffe. C’est bâtir une maison avec affection, comme si votre bien-aimé devait demeurer en cette maison. C’est semer des graines avec tendresse et récolter la moisson avec joie, comme si votre bien-aimé devait en manger les fruits. C’est mettre en toute chose que vous façonnez un souffle de votre esprit. (…)
Le travail est l’amour rendu visible. Et si vous ne pouvez travailler avec amour mais seulement avec dégoût, il vaut mieux abandonner votre travail et vous asseoir à la porte du temple et recevoir l’aumône de ceux qui oeuvrent dans la joie. Car si vous faites votre pain avec indifférence, vous faites un pain amer qui n’apaise qu’à moitié la faim de l’homme. »
Ø L’humilité, du latin humus, qui vient de la terre, du sol, ce qui est en bas. L’humus, dans la nature, est le résultat de la décomposition des déchets végétaux. Elle devient un merveilleux engrais et une indispensable source de croissance pour les plantes.
Ø Texte C. Singer : L’amour dans l’humus :
« Être humble, trouver sa joie à être de la terre et la rendre belle, car l’humus, le sol est le lieu d’origine et puisque là est située la place donnée par Dieu,
Être humble, transformer la terre par la miséricorde (par l’humus) et non par la puissance du pouvoir écrasant, (…)
Être humble, parier sur la douceur, être sûr que la graine disparue en terre surgira lentement en arbre de vie et qu’aucune domination ne pourra s’y opposer,
(Être humble,) avoir confiance en chaque amour humain simplement donné et reçu, car il possède l’incroyable puissance de décrocher la terre de son engrenage de haine, de violence et d’égoïsme, pour la faire rouler dans le lumineux sillage où elle revêtira son beau visage d’humanité et de divinité aussi,
Être humble, (…) Dieu trouve sa joie à être de la terre. Il vient comme un humble. L’humilité devient le signe de Dieu. »
Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges