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Comme d'autres communes genevoises, Satigny est constituée d'un grand nombre de villages ou de hameaux : six en tout, Satigny "la capitale", Bourdigny, Choully, Montfleury, Peissy et Peney.
Les origines toponymiques de ces noms sont différentes. Les noms de Satigny, Choully et Peissy appartiennent sans doute à la civilisation gallo-romaine et à des patronymes de propriétaires ou de gentilices romains possesseurs de biens dans ces hameaux.
L'étymologie de Peney (Dessus et Dessous) est sans doute différente et sujette à diverses interprétations. La première pourrait provenir du bas latin "pinetum" (bois de pins" mais aussi des racines celtes "pen" (extrémité) et "nec" (hauteur).
Le nom de Bourdigny diffère lui aussi des origines gallo-romaines, puisqu'il semble provenir des Burgondes de langue germanique et d'une racine patronymique telle que "Bürdin", devenu plus tard "Burdignus" avec la romanisation de nos contrées.
L'origine de l'appellation de Montfleury est plus anecdotique. Ce très ancien groupe d'habitations sans dénomination particulière fut d'abord baptisé "Les Baraques"! Ce n'est qu'en 1829 que, pour donner suite à la requête de ses habitants, le hameau sera officiellement renommé Montfleury!
Le territoire de l'actuelle commune de Satigny faisait partie intégrante de l'ancienne Terre du Mortier (approximativement l'actuel Mandement de Peney).
Géographiquement, la commune est vaste; quelques années après la Restauration, les relevés du géomètre Mayer signalent que Russin a une superficie de 1967 poses genevoises (une pose vaut environ 2700m2). Dardagny en comprend 3048 et Satigny 5848.
Cette dernière est la plus grande commune du canton, mais aussi la plus importante commune viticole de notre pays.
Depuis le début du Xe siècle, Satigny a possédé un ensemble conventuel dont parle une donation de l'an 912 déposée aux Archives cantonales. Ce prieuré dépendait de l'abbaye bénédictine Saint-Martin d'Ainay à Lyon. Dès 1134, cet ensemble religieux va passer sous contrôle du Chapitre cathédral de Saint-Pierre à Genève.
A l'adoption de la Réforme en 1536, ce dernier sera alors obligé de céder ses biens à la Seigneurie et République de Genève.
Le village de Bourdigny, qui appartenait partiellement à la seigneurie des barons de Gex, va rejoindre notre commune en 1749 à la suite du traité de Paris.
Peney et son bourg dépendaient eux de la commune de Russin et ce n'est qu'en 1817 que les deux hameaux ont été annexés à Satigny.
8 sept. 1924
Porte : de gueules à la clef à double panneton d'argent, accostée en coeur d'un soleil et d'un croissant d'or.
Ces armes, adoptées par le Conseil municipal le 8 septembre 1924, furent approuvées par le Conseil d’Etat le 26 septembre 1924. La commune de Satigny, qui correspond à l’ancien Mandement de Peney, ou Terre du Mortier, possédé en souveraineté par l’évêque puis, dès 1536, par la seigneurie et république de Genève, est par excellence l’ancien territoire rural genevois. Les armoiries qu’elle a adoptées sont tirées du sceau du prieur de Satigny de 1340: ce sceau représente une main tenant une clef à double panneton avec un soleil et un croissant. Satigny a supprimé la main et a donné à l’écu les couleurs cantonales et fédérales.
"Satigny de jadis à naguère" par MM. Feuardent et Pozzi. Ouvrage sur la commune de Satigny en vente à la mairie au prix de Frs 48.-
Bien que le sous-sol genevois ne soit pas particulièrement propice à la découverte d'eau minérale, on a tout de même relevé dans notre canton un certain nombre de sources de ce genre, parfois exploitées, mais la plupart du temps directement conduites aux fontaines. Lorsque l'eau des couches souterraines entre en contact avec des éléments naturels comme le fer ou des dépôts de gypse fibreux, cette eau dissout en partie les minéraux traversés et se charge de leurs résidus.
A Hermance notamment, une source ferrugineuse était connue depuis des temps forts anciens et des personnes se sont mises à récupérer et à commercialiser cette eau ferro-magnésienne, ("l'eau ferrugineuse" si chère à Bourvil dans un sketch resté célèbre), sous l'appellation "d'Hermance alcaline". L'exploitation de la "Société des Eaux d'Hermance" commencée vers 1902 s'est achevée en 1950 environ.
Au 19e siècle, les vertus des eaux curatives minéralisées connues déjà depuis la plus haute antiquité ont été retrouvées puisque des bains avaient été établis à Champel au bord de l'Arve. Là, on pompait dans la rivière de l'eau à 10° dont on remplissait des piscines; les clients allaient s'y tremper afin de soigner des affections du système nerveux, des rhumatismes ou encore des troubles digestifs !
Les vertus curatives de l'eau d'Arve à Champel-les-Bains (on trouve encore aujourd'hui quelques anciennes réclames ou affiches vantant les bienfaits de l'établissement thermal de Champel-les-Bains) avaient créé un tel engouement que le poète carougeois François Monnard en avait fait son "ex libris" :
"Qui l'eau d'Arve aimera...à cent ans parviendra !"
A la lecture de cette maxime, René-Louis Piachaud, autre poète genevois, lui répondit :
"Je préfère boire du bon vin et mourir à quatre-vingt !"
Au cours de différents sondages on a découvert sur le territoire de notre canton, un certain nombre de sources de ce genre, entre autres à la « Queue d’Arve », où l’eau séléniteuse a été utilisée par certains comme eau purgative ! Cependant, la présence proche de grands complexes chimiques a toujours fait planer le doute d’une contamination industrielle de ces eaux aux propriétés si particulières. En-dessous de 500 mg/l. de résidus secs, l’eau est considérée comme faiblement minéralisée (Henniez 577 mg/l.), au-dessus de 2000 mg/l., elle est impropre à la consommation (Badoit 1325 mg/l.).
Aujourd’hui, l’engouement porté aux eaux minérales alcalines tend à disparaître puisque l’on se met à vendre par mode plus que par nécessité vitale, de l’eau déminéralisée !
Les premiers essais d’eau minérale gazéifiée à Genève ont été effectués en 1793 par le pharmacien Henri-Albert Gosse et son assistant Jean-Jacob Schweppe. Quelques années plus tard Schweppe s’expatriera à Londres où il commencera à produire et à commercialiser une nouvelle eau minérale gazeuse, à laquelle il ajoutera du quinquina et de l’orange amère, baptisée « Indian tonic » ; on la connaît mieux aujourd’hui sous le nom de « Schweppes » !
S’il est vrai que nous vous avons plus souvent parlé du vin que de l’eau à propos de notre commune, il conviendrait honnêtement aujourd’hui de redresser la barre afin de prendre connaissance de certaines particularités de nos fontaines.
A la fin du 19e siècle lors d’un recensement, il avait été relevé le nombre important de fontaines, puits, sources et autres résurgences de notre région : un total de 120 emplacements avait été mentionné. Soit 23 fontaines et 97 puits ! La particularité de trois de ces points de résurgence est que l’eau qui en sortait était « séléniteuse ». Rien à voir avec le sélénium ou les célèbres Sélénites, (habitants de la Lune), ce terme chimique vient plus simplement de « sélénite », ancien nom du sulfate de chaux.
Notre commune, placée sur une butte de molasse et d’alluvions, est parcourue par des filons de gypse (comme on en découvre encore beaucoup dans la vallée des Usses près de Frangy) que l’on a essayé autrefois d’exploiter sous forme de carrières, entre autres derrière la colline de Choully, mais sans grand rendement ; ces essais d’exploitation sont très rapidement tombés en désuétude.
Cette eau séléniteuse, très fortement minéralisée et sulfatée était impropre à la consommation, excepté pour abreuver le bétail. Par contre l’eau de ces fontaines chargée de divers sels ou sulfures avaient la particularité naturelle de blanchir le linge en possédant les additifs ajoutés aujourd’hui dans les poudres de lessives « qui lavent plus blanc ». C’est la raison pour laquelle elles ont été utilisées pour les lessives jusqu’au début du 20e siècle.
La fontaine de l’Avril, baptisée ironiquement « Bourneau de la Raffe> » en raison de ses abords fangeux, aujourd’hui disparue, était située sur la rive gauche du Nant-d’Avril, à quelques mètres seulement du croisement actuel de la route de Satigny (appelée autrefois route de Vernier) avec le nant.
Au « Bourneau de la Raffe> », où se rendaient principalement les femmes de Bourdigny et de Montfleury , la répartition parcellaire était subdivisée en un très grand nombre de terrains minuscules, qui permettaient à chaque utilisatrice du bassin de lavage de faire sécher son linge sur l’herbe, à même le sol.
La fontaine couverte de la Creuse à Bourdigny située à l’angle de la route de Champvigny et du chemin des Courtines, reconnue elle aussi pour ses vertus de blanchiment et de lessivage, était principalement utilisée par une lavandière, Madame Gaillard. Un petit bâtiment construit de l’autre côté du chemin des Courtines lui servait de buanderie et lui permettait de travailler ses lessives à chaud ; cette lingère s’occupait de la blanchisserie de divers hôtels de Genève. La fontaine de la Creuse s’est tarie (comme bien d’autres fontaines de notre commune) durant la grande période de sécheresse de l’été 1934.
L’eau de cette fontaine avait déjà été déclarée impropre à la consommation après des analyses en 1927, elle titrait 2650mg/l. de résidus sec et une forte teneur en sulfates, c’était la plus forte concentration des eaux de résurgence du canton de Genève. Après son tarissement, les bassins de la fontaine ont été vendus par la Commune (où sont ils partis ?) et, en 1938, le couvert de ce point d’eau sera à son tour démoli. Seuls aujourd’hui subsistent le squelette branlant de la petite buanderie qui devait sentir bon le « lissu » et le petit portail fermé à jamais qui permettait d’accéder à la fontaine, de l’autre côté du mur qui borde le chemin.
Choully possédait également une « fontaine à lessive » celle de Chenaz, en contre bas du versant nord-ouest du coteau de ce village. Ce bassin de lavage était mentionné sur les anciennes mappes comme étant réservé aux lessives. Il a aussi a disparu, enseveli sous les innombrables mètres cubes de terre extraits lors de l’excavation du nouveau réservoir de Choully.
Groupe de Recherches Historiques
Que ce soit sous les termes de : «Cave du Mandement, Vin Union, Cave de Genève» etc, l’ensemble de ces appellations commerciales ne représente que peu de chose aux yeux des anciens de la commune de Satigny. Pour eux, la seule dénomination reste et restera : «LA CAVE»
A la fin des années 20, des problèmes, liés à la qualité des vins vinifiés d’une manière artisanale par le manque de formation oenologique et d’emplacements de stockage trop restreints, rendent la situation des viticulteurs indépendants assez précaire. A cela s’ajoutent de sérieux problèmes commerciaux provoqués par la vente et l’écoulement de la production. Le cumul de ces inconvénients provoque l’apparition des premiers mouvements coopératifs destinés à y remédier.
On remarque par exemple en 1929, la création de la cave de la Souche à la Pallanterie et de la cave de Morges. En 1930, c’est la coopérative Provins en Valais qui arrive sur le marché vinicole.
Durant les années 30, le vin est très bon marché, mais d’une qualité relative. Dans les cafés de notre commune, les tenanciers ne descendent pas à la cave pour un service inférieur à une Mère-Jeanne, d’une contenance de 2 litres (c’est elle qui a donné son nom à un nouveau chemin du village de Satigny).
Pour exemple, à cette même époque dans le Minervois, (sud-ouest de la France), un litre de vin coûte moins cher qu’un litre d’eau. On voit même, en Hongrie, un viticulteur construire sa maison en mouillant le mortier avec du vin, ce qui lui coûte moins cher que de faire venir un camion citerne d’eau jusqu’à son domaine !
En 1932, le comité de l’association agricole de Satigny lance l’idée d’une cave coopérative et, en février de l’année suivante, au Café du Stand (actuelle Auberge communale), 40 vignerons se réunissent pour signer l’acte de fondation de la Cave du Mandement de Satigny (CMS) et élire un comité de 10 membres.
Le 6 mars de cette année-là, l’assemblée générale constituée décide de la construction d’une cave, dont le premier coup de pioche est donné le 6 juin ; l’inauguration a lieu le 19 mai 1934. La CMS compte alors 40 coopérateurs propriétaires de 40 poses de vignes, ce qui représente environ 108 hectares. A cette même époque, on vendange encore avec brantes et bossettes. Quelques années plus tard, l’utilisation du «demi-muid» s’est généralisée, (tonneau ouvert utilisé communément pour la récolte de la vendange). A Genève, le «demi-muid» est d’une contenance approximative de 640 à 650 litres soit l’équivalent du «char». Enfin, durant les années septante, les tonneaux sont remplacés par des cuves de plastique empilables. Dès 2007, ces dernières sont à leur tour échangées par des remorques tractées de conception nouvelle qui permettent de livrer le raisin en vrac à la Cave.
Les débuts de cette coopérative sont difficiles, étant donné la conjoncture économique défavorable. La première récolte, d’une qualité moyenne se vend facilement, mais la suivante, bien que de qualité supérieure, est difficile à écouler et occasionne d’importants soucis financiers. A la suite de ces problèmes un certain nombre de sociétaires démissionnent. En 1937, il ne reste plus qu’une trentaine de membres. Deux ans plus tard, la mobilisation générale va ramener de nouveaux adhérents, 50, puis 70, pour atteindre le nombre de 128 en 1960 et de 145 en 1975.
Les caves de la Souche et du Mandement, lasses des concurrences stériles qui opposent leurs représentants en terre genevoise, décident en 1948 de créer un organisme commun pour la vente de leurs crus. Le 1er juillet de cette même année, Vin Union, société simple, est créée pour la vinification, la commercialisation et la promotion de ses vins.
En octobre 1952, entre Arve et Lac, la Cave de Lully et environs voit le jour, elle compte 66 vignerons & 58 hectares, cette dernière livre sa récolte à la Cave de Satigny. L’admission de cette troisième cave donne naissance à la Fédération des caves genevoises. Afin de faciliter la circulation des véhicules viticoles devant leurs bâtiments, la Cave du Mandement supprime l’ancienne fontaine du village durant l’année 1975 ; elle la remplace par un nouveau bassin décentré.
Une statue en bronze d’Yves Larsen représentant un cheval de labour agrémente le tout. Lors du transfert de «la Cave» dans la Zimeysa, ce dernier s’est envolé vers de nouvelles prairies. Il trône aujourd’hui devant les bâtiments de la nouvelle coopérative, laissant inoccupé le socle depuis lequel il a si longtemps regardé la circulation défiler dans la rue du village. Une anorexique et symbolique réplique métallique est venue le remplacer sur son piédestal!
Pour son 50e anniversaire, en 1983, la Cave organise une grande fête, un banquet, et présente une revue intitulée : «Quelle Perle» en référence à la «Perle du Mandement» chasselas de la Cave. Une cantate électronique est composée pour ces festivités, elle est interprétée en harmonie complète avec l’esprit des lieux dans la grande salle des cuves, véritable «cathédrale du vin».
1982 apporte une récolte record qui pose de graves problèmes de stockage. On est obligé de louer des wagonsciternes, voire même des piscines, pour stocker les surplus, ce qui provoque l’effondrement des prix.
De grosses difficultés financières surgissent (1991), les dettes enflent, il y a rupture de paiements aux sociétaires. Un certain nombre d’entre eux déposent une action en justice et quittent le navire. Une année plus tard, Vin Union est déclarée en faillite et les biens de la société sont vendus aux enchères. Les locaux sont acquis par MM. Schlaepfer & Pillon du Domaine des Balisiers à Peney pour la somme de trois millions.
Une nouvelle société est alors créée par les coopérateurs restants : «LA CAVE DE GENEVE». Ce groupe va demeurer locataire de ses anciens locaux jusqu’à la construction d’une nouvelle cave. Plusieurs plans de situation sont alors étudiés et proposés :
• L’entrée du village de Russin près du hameau de Verbois: opposition des riverains de la commune de Russin.
• Le lieu-dit «Mon Désir» en zone agricole : opposition du département cantonal.
• La zone industrielle Zimeysa : rue du Pré-Bouvier. C’est ce dernier emplacement qui est retenu pour la construction d’un bâtiment moderne et fonctionnel de 3200 m2, comprenant deux niveaux sur une parcelle de 7560 m2. La vendange 2007 étrennera les nouvelles installations dont l’inauguration a lieu le 3 novembre. En 2010 la nouvelle cave emmagasine 2.200.000 litres dont 1.500.000 bouteilles.
Les anciens locaux du centre du village de Satigny s’étant libérés, les nouveaux propriétaires étudient alors la meilleure façon d’exploiter ce vaste bâtiment placé sur une surface de 15.000 m2. Ils établissent un vaste projet immobilier comprenant : un EMS, un centre médical, ainsi que des ateliers, des commerces et des logements, dans l’ancien bâtiment à usage viticole.
Cette proposition provoque de nombreuses controverses; la nouvelle association des habitants de la commune de Satigny, l’AHCSA, s’insurge contre ce projet jugé par trop «irrespectueux du centre historique du village».
La presse à son tour s’empare du débat, mais au vu de la réaction des habitants, la commune mandate un bureau d’urbanisme dans le but de créer «une image directrice» de l’ensemble du périmètre situé au couchant de la route du Mandement. Ce projet est aujourd’hui admis et accepté par l’ensemble des partenaires.
Groupe de recherches historiques
Une vogue est l’appellation utilisée dans la région Rhône-Alpes et dans le Genevois pour désigner la fête annuelle au village. Généralement, celle-ci, qui date d’avant la Réforme, consiste en une fête foraine avec manèges et attractions. Dans quelques provinces du Midi, on appelle «vogue», la «fête baladoire» (fête d’une localité ou d’un village) qui a lieu annuellement.
Près de chez nous, subsistent encore les Vogues de Carouge, Veyrier, Bardonnex.
C’est de la Vogue de Peney, qui a duré de 1934 à 1966, dont on va parler ici et, pour en savoir plus, nous avons rendu visite à Jean-Claude Zwahlen de Peney. Né en 1937, il s’en souvient partiellement. Son père, Ami Zwahlen, était le secrétaire de la société de boules «La Réserve» et c’est cette société qui organisait la Vogue de Peney. Jean-Claude Zwahlen nous montre le règlement de la société écrit par son père, à la plume et d’une très belle calligraphie. Pourquoi le nom «La Réserve» ? En ce temps-là, il y avait une réserve de chasse sur les bords du Rhône à Peney bourrée de lièvres. Pour l’anecdote, Ami Zwahlen et d’autres Peneysans furent amendés pour y avoir tiré du gibier et, en souvenir de cette aventure, on fit figurer, sur le pot-souvenir de la Vogue de 1936, un chasseur tirant un lièvre.
La Vogue se déroulait, à la mi-juin, dans la cour de la Vieille-Ecole et sur la place devant le Café du Pont, actuellement Café de Peney. Elle était très belle et renommée. Tout le village était décoré de fleurs. Il y avait un bal conduit par l’orchestre Henri Lourel. Le pont de danse appartenait à «la Réserve» qui, par ailleurs, le louait à beaucoup d’autres sociétés. La commune fournissait chaises et tables.
Un tir à la carabine à 10 m était organisé avec, comme 1er prix, une belle cloche dont la courroie était marquée «Vogue de Peney». La cloche était offerte par un surnommé «Jean de la Gare» qui avait épousé une fille de Peney lorsqu’il était employé à la gare de Satigny. Il y avait aussi un margotton animé par Ami Zwahlen et ses collègues. Les voitures n’existant pas, les organisateurs partaient à pied, la hotte sur le dos, dans les hameaux de Satigny pour récolter les lots, bouteilles et autres, chez les vignerons, commerçants et donateurs. La pose des affiches, avant la fête, nécessitait une tournée, souvent mémorable, dans les bistrots des alentours.
Messieurs les Maires de l’époque se nommaient : Louis Lagrange, Charles Plan, Henri François, ce dernier plus connu sous le nom de «Riri». De nombreux Peneysans firent partie du comité de la Vogue : Messieurs Adolphe et Arthur Grieb, Ami Zwahlen, Marc Meister, Auguste et Titi Tercier, Edouard Rod, Robert Masset, Louis Morzier, Samy Despond, Jean-Claude Zwahlen, Edmond Martin.
Sur le vaisselier, dans la cuisine de M. Zwahlen, on peut voir une belle collection des pots et plats-souvenir, chaque année différents.
En 1979, après 13 ans d’absence de cette fête populaire, Pierre Despond, sergent-pompier de la section de Peney, relance la Vogue de Peney à Peney-Dessus avec ses amis pompiers : Pierre Cornu, Pierre Gerber, Daniel Evéquoz, Jean-Michel Humbert, Jacky Rosselet et Jean-Marc Dettwiler.
C’est dans la cour de la belle ferme Despond à Peney-Dessus que se déroule la fête. Endroit idyllique car protégé en cas de pluie ou de bise, endroit champêtre entouré de chevaux et de toute la basse-cour.
Un carrousel ancien, un tire-pipes, un stand de barbe à papa, un grill imposant, une buvette, un bar entourent les nombreuses tables de la fête.
Chaque année, le comité trouve une attraction différente: des harmonicistes, des joueurs de cor des Alpes, des orchestres folkloriques d’Outre-Sarine. En 1981, la venue du Fribourgeois Bernard Romanens, le célèbre chanteur de la fête des vignerons de 1977 qui interpréta «le Ranz des vaches», reste un grand moment dans la mémoire de tous les participants.
Tous les Satignotes se retrouvent à la Vogue pour se divertir entre amis, pour boire un verre, pour déguster le steak frites et salade à CHF 12.- ou pour effectuer la marche populaire de 12 ou 20 km.
L’orchestre Jack’s Boys anime le bal pour lequel un grand char à pont situé dans la ferme est transformé en pont de danse pour l’occasion. Le bar reste ouvert jusqu’à tard dans la nuit. L’idée du pot ou plat-souvenir est reprise avec un motif différent chaque année.
De nos jours, la Vogue n’existe plus. La Fête des voisins* parviendra-t-elle à animer les villages comme le faisaient nos Vogues d’autrefois ?
*Initiée à Paris en 1999, la Fête des voisins s’est étendue à l’Union européenne et à la Suisse dès 2004, sous le nom de Journée européenne des voisins.
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Le 12 février 1910, on lit dans le Journal de Genève : «Un incendie a éclaté jeudi soir dans la fabrique de chicorée Nicolet et Cie, à Satigny, et a détruit entièrement un séchoir. Les pompiers de Satigny ont réussi à préserver les autres bâtiments. Les dégâts, évalués à 1500 frs, sont
couverts par une assurance».
Cent ans plus tard, qui se souvient qu’une fabrique de chicorée avait été en activité dans notre commune ? Où était-elle située ? De quelle ampleur était-elle ? Combien d’ouvriers y travaillaient ? Quel volume de cette plante, d’usage si courant à l’époque, y traitait-on ? La cultivait-on dans notre région ? Comment était-elle rendue consommable ? Où était-elle vendue ? Pourquoi cette entreprise cessa-t-elle ses activités en 1912 ?
Les informations que nous avons sont les suivantes :
Son inscription au Registre du Commerce date du 17 décembre 1900) lors de son implantation à la rue du Grand-Bureau à Carouge. Elle est mentionnée sous la raison sociale «Nicollet et Cie», société en nom collectif et sous l’appellation «Fabrique de chicorée et commerce de
produits coloniaux».
Le 3 septembre 1901, un début d’incendie provoqué par la surchauffe d’un torréfacteur - toutefois rapidement éteint par le personnel de la fabrique – est signalé et, cette même année, la fabrique déménage au 5, rue de Lancy. Le 28 juin 1906, selon le Registre du Commerce, son siège est transféré à Satigny au chemin de Merdisel à l’emplacement actuel de la pension du Nant-d’Avril, mais les raisons de cette délocalisation nous demeurent inconnues. A cette occasion, l’entreprise devient "Fabrique de succédanés de café et commerce de denrées coloniales". Cependant, le Journal de Genève du 21 décembre 1905 relate : «Un ouvrier ferblantier, nommé Chiesa, est tombé du toit de la fabrique de chicorée de Satigny. Il est blessé assez grièvement». Cette dernière date laisse supposer que le déménagement à Satigny avait été effectué bien avant le transfert officiel de son siège au Registre du Commerce.
Le 15 septembre 1910), la société est reconstituée, après dissolution, sous l’appellation «Fabrique de chicorée et tous succédanés de café». Nous savons aussi que 5 ans après son installation à Satigny, plus exactement le 18 avril 1912, son inscription au Registre du Commerce fut radiée pour motif de faillite.
Selon le Registre du Commerce
Il s’agit toujours d’une Société en nom collectif
A cette époque, la douane de Satigny, située en face de la gare, voit ses recettes diminuer et l’on peut lire dans la rubrique des expéditions faites par ce bureau en 1912 : «Ce bureau accuse depuis plusieurs années une diminution de recettes assez sensible. Cela provient du fait que l’unique contribuable régulier, la maison Nicolet, fabrique de chicorée, a été liquidée».
Un peu de botanique…
La chicorée à café est une variété améliorée de la chicorée sauvage telle qu’on la voit sur le bord de nos chemins. On la connaît communément sous plusieurs noms : Chicorée commune, amère, Barbe de Capucin, Cheveux de Paysan, Ecoubelle bleue, Yeux de chat, Herbe à café, Laideron, Chicon.
Un peu d’histoire…
Pline l’Ancien précise dans son Histoire naturelle les vertus médicinales que l’on prête dans l’Antiquité à la chicorée, et signale la présence de la plante sauvage en Égypte. Elle est cultivée en Europe comme plante médicinale pendant tout le Moyen Âge et depuis 1806-1807, date du blocus continental imposé par Napoléon à l’Angleterre, son usage comme succédané du café se généralise, l’approvisionnement en café n’étant plus assuré.
Vertus thérapeutiques…
Elle stimule l’appétit, soulage les malaises digestifs, comble les carences en fer, abaisse le taux de lipides dans le sang, équilibre la flore intestinale et mélangée au café en diminue les effets excitants…
Préparation de la chicorée comme substitut ou mélangée au café
La transformation des racines passe par plusieurs étapes:
«Grâce à la chicorée torréfiée, le café en grains développe pleinement son arôme, le café au lait est plus corsé et d’un beau brun doré et le rendement du café lui-même augmenté d’environ un quart» (Franck Aroma).
Nota Bene : A ce jour, nos recherches ne nous ont pas permis de répondre à toutes les questions posées ni d’élucider le secret des produits proposés sur l’entête de l’enveloppe !
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Peissy, sur sa colline, au coeur du vignoble genevois, petit hameau d’une centaine d’habitants, sept viticulteurs, se transforme, chaque année, en fête géante un samedi de novembre. Fête de la Saint-Martin et du vin nouveau. Qui des six viticulteurs en a eu l’idée ? Peu importe. Ils dirent tous «présent» pour faire connaître ce village et ses vins, authentiques produits du terroir. L’idée germa et, le 11 novembre 1995, Peissy ouvrait, d’un commun accord, ses six caves pour déguster les derniers millésimes et goûter le fameux vin nouveau : le «bourru», première étape dans l’élaboration du vin.
Les «pionniers» ? Les six propriétaires, comme on le voit sur la première affiche. Tout le village, d’est en ouest, sans oublier le Café des Amis associé de la première heure. En 2003, le domaine des Vallières rejoint le groupe.
Que faire ? Ne pas être simplement un bis repetita des caves ouvertes. Alors une fête avant l’hiver, faire venir les gens de la ville, se réjouir dans tout le village. Comment ? Un billet d’entrée ! Un verre gravé avec l’image du vieux clocher de Peissy, que l’on peut acheter en arrivant et garder pour aller de cave en cave et déguster tout à loisir. Animer la rue et les cours : fanfare, cors des Alpes, qui jouent de maison en maison, marrons chauds et distilleuse remise en service pour la manifestation. Comme il n’y a pas vraiment une place assez vaste dans Peissy, cette distilleuse se trouve chaque année dans la cour du Domaine des Trois Etoiles et on y cuit longeoles et saucissons dans le marc.
Un carrousel fait la joie des enfants. Tir des boîtes, tradition réservée normalement aux naissances et aux mariages. Quelquefois, promenades gratuites pour les enfants sur des poneys. Et bien sûr, pas de Saint-Martin sans Martin et son âne. Si vous voulez tout savoir, l’ânier, Yves Glatz et l’âne viennent de Russin.
Au cours des années et devant l’affluence croissante des visiteurs, les pionniers ont eu de nouvelles idées : plus de publicité, un service de navettes gratuites depuis la gare à chaque train en 2005 et, depuis 2006, pour clore les réjouissances, un feu d’artifice est tiré à 18h30 au bas du village devant la cave des Bossons. Des journaux publient des articles. On parle de Peissy, on vient à Peissy ; il fait froid et humide parfois, mais chaque viticulteur s’efforce de procurer à tous les visiteurs un accueil chaleureux, une petite restauration, une animation personnelle. Depuis 1995 peut-on parler de tradition ? Pourquoi pas…
Financement : Pas très ludique cette information mais il nous paraît important, de notre point de vue «d’historiens» même petits, de ne pas négliger cette partie essentielle à l’organisation de la fête.
Les sept viticulteurs et le Café des Amis gèrent ce financement et partagent les frais à part égale. Depuis quelques années, l’OPAGE participe pour Frs 3000.- mais l’apport principal vient de la vente des verres. L’achat est global et chaque viticulteur en prend un 7ème qu’il paie. Ce verre a été vendu Frs 5.- en 1995, est passé à Frs 6.- en 2003 et à Frs 8.- en 2006. Chaque propriétaire reverse Frs 3.- à la caisse commune par verre vendu. Environ 1800 verres se sont vendus en 2010. Au bilan, la caisse est vide ! Le «trou» est alors divisé en 8 et chacun donne sa part.
Les 7 «mercenaires» se réunissent trois fois l’an au Café des Amis pour définir la tâche de chacun et faire le point sur les besoins financiers. Le côté administratif s’alourdit avec les années pour les demandes d’autorisations à l’Etat.
Pourquoi Saint Martin ?
Sa fête est le 11 novembre. Martin de Tours ou Martin le Miséricordieux est né en 316 dans la province romaine de Pannonie dans l’actuelle Hongrie. Son père était un officier supérieur dans l’armée romaine, ce qui explique sans doute le nom de Martin : voué à Mars, dieu de la guerre à Rome. Il semble qu’à l’âge de 10 ans Martin se soit senti attiré par le christianisme. Tout le monde connaît l’histoire de saint Martin coupant son manteau en deux pour couvrir un pauvre homme transi. Mais quel rapport entre ce moine, devenu évêque de Tours en 371, et la fête du vin à Peissy ?
L’Hebdo, en 1998, fit un papier ironisant sur le fait qu’un fief longtemps huguenot fasse la fête à un saint ! Mais pour la vigne et le vin, on a quelque accommodement avec le ciel. La légende dit que l’âne de Saint Martin, en automne ou en hiver bien sûr, n’ayant rien à manger, tandis que son saint de maître dormait à la belle étoile près d’une vigne, fit, des sarments qui pendaient, son repas. Le propriétaire ne dut pas être bien content du spectacle quand il vit sa vigne « taillée ». Mais, la saison suivante : miracle ! Là où l’âne avait brouté, le raisin était beaucoup plus beau. Et depuis, sans l’aide d’un âne, chacun taille sa vigne.
Groupe de recherches historiques
Nécessité, conception, naissance, vie, agonie et peut-être mort d'un "château d'eau" !
A l'époque romaine, la ville de Genève était alimentée en eau potable grâce à un aqueduc de 11 kilomètres qui amenait l'élément liquide depuis une source des Voirons. On suppose aujourd'hui que cet ouvrage a été endommagé et détruit durant les grandes invasions barbares que notre région a eu à subir, entre 200 et 300 après Jésus-Christ.
Durant plusieurs siècles, en raison de l'insécurité qui régnait à l'extérieur de son enceinte, les habitants de la ville ont dû se contenter de l'eau de quelques rares sources intra-muros et de quelques puits. Ceux de la ville haute, profonds d'une trentaine de mètres, donnaient une eau d'excellente qualité, puisque provenant de la nappe phréatique. Ce n'était pas toujours le cas pour les autres forages de 3-4 mètres de la ville basse, l'eau y était très fréquemment souillée par celle du Rhône qui servait d'égout et de cloaque, pour les habitants et les nombreuses latrines privées ou publiques dont les rejets partaient directement dans l'eau du fleuve, qui alimentait elle-même les puits les plus proches.
Il faudra attendre le 18e siècle pour voir enfin apparaître les premiers systèmes de pompage alimentant des fontaines publiques. Une machine hydraulique sera construite sur le bras gauche du Rhône à la pointe amont de l'Ile. Cette énorme machine, équipée d'une roue à palettes d'un diamètre de 8 mètres, actionnait, grâce à la force motrice du fleuve, 6 pompes permettant d'alimenter les 6 fontaines publiques alors existantes dans la ville. Cette innovation va faire apparaître une nouvelle corporation, celle des "porteurs d'eau". Ces hommes venaient remplir des brantes aux fontaines et montaient les étages des habitations afin d'alimenter les réservoirs ménagers, appelés "pierres à eau" (sortes de petits bassins en calcaire que l'on trouvait dans les cuisines).
Au début du 19e siècle, le débit de cette "machine hydraulique" devenu insuffisant en raison de l'augmentation de la population, on va devoir construire une nouvelle pompe, plus moderne et plus puissante, qui sera installée en amont de la pointe nord de l'Ile, à l'emplacement nommé encore aujourd'hui : Pont de la Machine, dont le bâtiment des pompes abrite maintenant un restaurant et divers commerces.
En 1873, un premier réservoir de 4.800 m3 sera construit sur une butte dominant Genève, au Bois de la Bâtie. L'installation de cette première réserve va permettre de distribuer de l'eau sous pression aux habitants. Malheureusement, toujours en raison de l'augmentation de la population, ce système va rapidement lui aussi s'avérer dépassé. C'est donc en 1886 que va être construit le fameux Bâtiment des Forces Motrices, équipé de 18 turbines, qui grâce à la force motrice du fleuve, vont permettre d'actionner 36 pompes.
A Satigny, si loin de la ville, c'est l'ingénieur de Peney, Ami Dériaz qui, en 1865, eut l'idée de créer et de construire une machine hydraulique sur le Rhône près de l'embouchure de l'Avril, qui permettrait à l'aide de pompes, là aussi actionnées par le courant du fleuve, de faire monter l'eau jusqu'à Choully dans un petit réservoir et de là, la redistribuer à tous les villages de notre commune grâce à la déclivité. Malheureusement, la "Machine hydraulique de Peney" s'avéra d'une puissance insuffisante pour approvisionner correctement le réservoir de Choully. Il va donc falloir construire une "pompe de relèvement" (station de pompage élévatoire) dont le petit bâtiment existe toujours, au coeur du village de Satigny.
Cette même année, on constate que, si cette fois, l'eau arrive en suffisance au réservoir de Choully, c'est maintenant ce dernier qui est trop petit. On va donc en aménager un nouveau enterré, d'un diamètre de 8 mètres et d'une hauteur de 6 mètres pour pallier à ces lacunes (cette cuve était enterrée approximativement à l'emplacement des bancs et de la fontaine du "château d'eau").
En 1910, une nouvelle conduite d'alimentation est installée par les Services Industriels afin d'amener, cette fois, l'eau sous pression du réseau de la ville jusqu'au Mandement. Un an plus tard, la machine de Peney devenue obsolète est mise hors service. Malgré ces améliorations successives, le hameau de Choully restait incorrectement alimenté en raison du faible dénivellement compris entre le réservoir et les habitations, spécialement dans les étages. La seule solution était d'établir cette fois un réservoir surélevé au-dessus de la côte 505,4. C'est en 1932 qu'un crédit de 60'000 frs est voté pour la réalisation de ce nouvel ouvrage d'une contenance de 220.000 litres et d'une hauteur de 29 mètres au-dessus du sol, afin d'offrir une pression suffisante à tous les hameaux, y compris celui de Choully.
Des divers projets présentés, c'est celui du réservoir placé sur des piliers de béton ajourés qui est retenu et construit en 1933. Il est majestueux et n'a pas coûté très cher : 50'964 frs dont 75.- pour les vitres !
Malheureusement, ce nouvel ouvrage est encore bien juvénile lorsque, seulement 13 ans après sa construction, on découvre sur sa structure externe, un phénomène nouveau et encore inconnu, la "carbonatation du béton", espèce de "lèpre" provoquée par l'affleurement et la corrosion du ferraillage servant à rigidifier et renforcer le ciment. Des campagnes de réparations importantes vont avoir lieu en 1946, 1958, 1977, 1981 et 1995.
Rien n'y fera et malgré tous ces travaux, inexorablement, la carbonatation va continuer son oeuvre. De plus, il apparaît une nouvelle fois que cette réserve de 220m3 d'eau devient insuffisante pour alimenter le réseau.
Les Services Industriels vont donc acquérir en 1999, le terrain nécessaire à la construction d'un nouveau réservoir, dont les travaux de construction vont débuter en 2005. Deux cuves enterrées d'une capacité totale de 18680 m3, soit 80 fois plus que le "château d'eau" dont nous parlons. Les Services Industriels possèdent d'autres réservoirs sur le canton, entre autres au Signal de Bernex, 36'000 m3, au Grand-Saconnex 20'000 ou à Bessinge 20'000, etc.
Le 14 mai 2008 à 15h30, la vanne d'amenée du château d'eau est fermée et les pompes de la nouvelle station mises en service. Elles sont capables de fournir un débit de 220m3 par heure, ce qui représente la capacité totale du château d'eau désaffecté ! L'eau provient aujourd'hui de la station de pompage du Vengeron, aux Tuileries, dont le débit est 800 fois plus important que celui de la vieille machine des fontaines de la ville ! Pour rester dans ls comparatifs, mentionnons tout de même que le prix de ce nouveau réservoir de Choully est 300 fois plus important que celui de son voisin de 1933 ! Cet ancien bâtiment, qui fait partie d'un patrimoine de l'époque des constructions en béton, allégé et vidé de son contenu, a été racheté par notre commune pour la somme symbolique de 1.-frs !
On se rappelle qu'à l'école primaire on nous apprenait que le point culminant de notre canton se trouvait au Signal de Bernex (502,7m) ce qui est faux puisque Choully est à 505,4 et la douane de Monniaz à Jussy à 513m. Mais on peut se consoler, car avec ses 29 mètres rajoutés...Choully reste le point le plus haut du canton ! Verra-t-on un jour une tour de 60 mètres remplacer notre colosse aux pieds d'argile toujours fidèle sur sa butte ? L'avenir nous le dira.
Groupes de recherches historiques
Qui aurait pensé que, si Satigny est maintenant l’une des plus grandes communes viticoles de Suisse, il n’en a pas toujours été ainsi. Jusqu’au milieu du XXème siècle, sa vocation était essentiellement agricole. La production laitière représentait une part substantielle du revenu paysan. Peu après la guerre, il y avait encore 650 têtes de bétail, appartenant à 54 agriculteurs.
Dans chaque village ou hameau se créèrent des sociétés de laiterie à partir du début du XIXème siècle, et chacune avait un local, appelé laiterie ou fruitière, dans lequel était collecté et pesé le lait. Certains de ces petits bâtiments sont encore visibles aujourd’hui. A Choully, Peissy et Bourdigny, on peut encore y voir des ouvertures verticales ou horizontales très étroites, ressemblant à des meurtrières, destinées à l’aération de la cave où l’on affinait les fromages fabriqués sur place.
Ces sociétés possédaient un certain nombre d’outils et d’ustensiles, comme par exemple des semoirs, baignoires à porcs, fers à bricelets, couteaux à choucroûte, seringues pour le bétail, machines à hâcher, etc., ainsi que quelques petits terrains, qu’elles louaient ou prêtaient à leurs membres. Dans les laiteries de Bourdigny, Peissy et Choully, il y avait des appartements et autres locaux qui étaient loués et qui apportaient aussi un petit revenu.
La laiterie de Satigny était située au bas de la Rampe de Choully, puis dans un petit bâtiment de l’autre côté de la route. Ces deux bâtiments n’existent plus.
On a peu développé sur les laiteries de Satigny et de Bourdigny, faute de documents.
La majeure partie des habitants des villages possédait qui quelques chèvres, qui une ou deux vaches pour les besoins du ménage, le surplus (le lait de vache uniquement) étant livré à la laiterie.
Les laiteries, qui ouvraient matin et soir, 365 jours par an, ne servaient pas seulement à récolter le lait des producteurs; jusqu’au milieu du XXème siècle, on allait chaque jour y acheter le lait tout frais qui était passé dans une machine qui le rafraîchissait, et on y achetait également du beurre et du fromage. On venait acheter le lait en vrac avec un bidon. Le « couleur » ou la « couleuse » notait la quantité dans un petit carnet, et les clients payaient à la fin du mois. Ces laiteries participaient donc à l’animation des villages. Nous avons la chance d’avoir encore parmi nous une des couleuses de Bourdigny, Madame Maria Lambert, qui a fêté cet été ses 101 ans à l’EMS.
Périodiquement, environ quatre fois par année, le lait était contrôlé (« éprouvé ») afin d’en vérifier la qualité. Par exemple, certaines herbes pouvaient donner un goût désagréable au lait.
Chaque année, après une Assemblée Générale, les membres des différentes sociétés de laiterie se réunissaient autour d’un banquet. En 1909, lors d’un de ces banquets à Choully, quatre litres de vin nouveau ont coûté Fr. 1.60 !
En 1912, certains producteurs, plus intéressés par la vigne que par la production laitière, fondèrent une nouvelle société dont le but était l’exploitation d’une étable collective; cette dernière, qui a rencontré de nombreux problèmes, ne donna jamais satisfaction, et sa liquidation fut prononcée vers 1934-35.
Dès 1931, les Laiteries Réunies, (fondées en 1911), commencèrent à collecter le lait directement dans les villages deux fois par jour, matin et soir. Dès ce moment, l’activité des locaux de coulage s’est résumée uniquement à la vente directe de lait et de quelques produits laitiers fabriqués par les Laiteries Réunies. Les laiteries de nos villages fermèrent dès le milieu des années 60.
Vous trouverez ci-après des renseignements particuliers à quelques-unes des sociétés, bien que leurs activités, leurs projets, leurs soucis et leurs espoirs aient été les mêmes pour toutes.
Société collective de Peissy
Cette société, qui existe encore aujourd’hui, fut fondée en 1810. Elle avait une certaine importance puisque environ 25 producteurs livraient leur lait à la laiterie. Deux ou trois familles seulement sont encore à Peissy maintenant.
Le règlement de la société date du 30 novembre 1810. En voici quelques extraits :
Article 1 : Le lait se portera à la fruitière le matin et le soir sans pouvoir renvoyer les deux traites ensemble sous peine de 12 francs d’amende. Les heures réglementaires sont :
Article 2 : On ne pourra porter à la fruitière le lait d’une vache « fraîche » (ayant fait son veau il y a moins de sept jours) sous peine de 9 francs d’amende.
Article 3 : Il est défendu de garder le lait chez soi pour faire des tommes ou du beurre ou de l’écrémer sous peine de 24 francs d’amende. On ne portera point de lait de chèvre, ni pur ni mélangé avec celui de vache, sous peine de 12 francs d’amende. Celui qui porterait à la fruitière du lait malpropre qui pourrait faire gâter l’autre lait paiera 9 francs d’amende.
Article 21 : Tout sociétaire de la fruitière qui tirerait parti de ses fourrages sans apporter du lait à la fruitière pendant le cours d’une année paiera 3 francs d’amende et 2 francs par vache.
Les dépenses les plus courantes de la Société collective vers 1825 consistent en l’achat de quintaux de sel, ainsi que du caillet (présure), pour la fabrication des fromages, en torchons, en toiles à fromages, balais, paille, papier, encre et plumes, bougies, ficelle, clous, planches, etc. Les autres dépenses concernent le ramonage de la cheminée, les gages du fruitier, le secrétaire et le caissier, les petites réparations, les contributions publiques et les assurances. Cette année-là, les dépenses excèdent les recettes suite à l’achat d’une nouvelle chaudière pour la fruitière. Les recettes régulières consistent en locations d’outils et d’ustensiles, loyers d’appartements, de divers locaux et terrains, et intérêts sur des prêts aux sociétaires. A la fin du XIXème siècle, la société gérait également un four collectif qui se trouvait dans les locaux de la fruitière.
Les sociétaires de la collective sont propriétaires en indivis du clocher de la chapelle de Peissy, un joyau qu’ils tiennent à préserver.
Association de Laiterie de Peney et Château-des-Bois
Fondée en 1895, elle existe encore aujourd’hui.
A cette époque, la société livrait son lait à la Laiterie Centrale de Genève (une des laiteries à l’origine des Laiteries Réunies). En plus du pesage du lait, le peseur s’occupait des comptes et allait chercher l’argent à Genève pour le répartir entre les sociétaires.
En 1903, 13 sociétaires avaient 104 vaches, un seul en avait 28 et plusieurs en avaient entre 1 et 4.
Les producteurs de Montfleury livraient aussi leur lait à Peney jusqu’en 1922.
En 1924, la société de Peney, y compris les producteurs de Montfleury et du Château des Bois, s’est classée troisième du canton pour la production livrée aux Laiteries Réunies, avec 409.035 litres à 31 centimes (moins 26.000 litres vendus au détail au local de coulage).
La société a aussi reçu plusieurs fois des prix au Concours suisse de Lait de Consommation. En 1928, elle était 30ème sur 265 sociétés participantes.
Dès 1934, la société organisait une course annuelle, (au Saut-du-Doubs, à la Dixence, etc.)
En 1955, introduction des machines à traire.
Dès les années 60, la production laitière fut peu à peu abandonnée. En 1962, il n’y avait plus que 4 producteurs à Peney, et dès le 1er mars 1963, il y eut un regroupement des laiteries de Peney, Peissy et Satigny. Puis, en 1970, il ne restait plus que trois producteurs, et un seul en 1975.
Société de laiterie de Montfleury
Jusqu’en 1922, comme mentionné ci-dessus, les gens de Montfleury livraient leur lait à Peney, mais cette année-là, ils décidèrent de construire une laiterie à Montfleury, ce qui fut fait, et cette nouvelle laiterie commença son activité au début de l’année suivante. Enfin, ils créèrent une section autonome le 1er janvier 1934.
En 1930, Montfleury est classée 8ème sur 380 au Concours laitier suisse !
Quelques informations extraites d’un de leurs livres de comptes :
Au début des années 60, il ne restait plus que trois producteurs. La petite laiterie fut vendue à un artisan. Elle est toujours là aujourd’hui, blottie entre deux tilleuls majestueux.
Société de l’Immeuble de la Fruitière de Choully
Elle a été fondée le 16 décembre 1825 par 18 habitants de Choully afin d’acheter un terrain pour y construire un bâtiment devant servir de fruitière, encore aujourd’hui pierre d’angle de la société. Nous n’avons que peu de renseignements sur les 40 premières années, les premiers livres de procès-verbaux datant de1869.
Les revenus des paysans étaient fort modestes, le lait ne servant pas aux besoins du ménage était alors conduit à la fruitière (deux fois par jour, comme dans les autres laiteries) pour être vendu au fruitier, chargé de la fabrication du fromage. Son prix se situait entre 10 et 15 centimes le litre.
La caisse de la société était alimentée par la contribution de ses membres, soit 1/4 de centime par litre de lait porté.
Les relations entre la société et les différents fruitiers étaient difficiles, ces derniers ne restaient que peu d’années. C’est alors que Choully et Bourdigny décident d’ouvrir une laiterie en commun à Genève, le 1er janvier 1888.
Nous laisserons la conclusion de notre article à Monsieur Alfred Dugerdil, qui était secrétaire de la société de laiterie de Choully dès 1920, par son message du 4 février 1932 rédigé dans un livre de procès-verbaux :
«Messieurs,
J’ai l’honneur de terminer aujourd’hui ce cahier de procès-verbaux qui a été commencé le 9 février 1882 par Monsieur Marc Sulliger. En le parcourant, on peut se rendre compte des progrès réalisés dans nos villages, et des misérables ressources dont disposait un paysan à cette époque, puisque le lait se payait 10,5 ct à la laiterie de Choully. Si le paysan est sorti de ce temps de prix de misère, c’est grâce à sa persévérance et aux organisations. Ne soyons pas toujours à les critiquer, ces organisations, mais aidons ceux qui sont à leur tête à faire toujours mieux ; c’est les vœux que je forme en terminant ce cahier.
Le secrétaire
Alfred Dugerdil"
Les archives des différentes sociétés nous ont été aimablement prêtées par Messieurs Roger Abbé, Marc Meister, Pierre Pellegrin, Georges Plan et Daniel Sulliger.
Groupe de recherches historiques
Pendant des siècles, de nombreux postes de péage ont jalonné les routes. Péage est de la même racine que pied (pes, pedis), le premier sens serait le droit de mettre le pied. Le mot est attesté sous la forme "paage" en 1150, péage en 1165. Douane vient de l'arabe diwan, lui-même, emprunté au persan et qui signifie : registre.
En 1858, avec la création de la ligne de chemin de fer Lyon-Genève, nécessité fut d'installer 3 bureaux de péage entre la frontière et la gare de Cornavin : à La Plaine, à Satigny ainsi qu'à Meyrin. On y dédouanait du bétail, des échalas, des engins agricoles, de la houille, du charbon... A Satigny, en 1875, le sieur Jean Baptiste Biet venait y chercher de la glycérine et de l'acide sulfurique pour sa fabrique d'explosifs, à Fabry (1). Dans un document établi en 1912 par les bureaux de douane, nous pouvons lire : "une fois par an l'acquittement d'un wagon de vin naturel destiné à un pensionnat sis à Bourdigny".
Des premiers locaux en bois (1858), le long des rails, en passant par la construction (1901) de la maison de douane située au 41, route de la Gare et jusqu'à sa fermeture en 1916 (2) se seront écoulés 58 ans. Une année plus tard, le bâtiment sera vendu à l'Etat de Genève.
Mais pendant tout ce temps que de pourparlers... Voici - en résumé - la longue et véridique histoire d'un couple franco-suisse où les démêlés n'en finissent pas entre la Compagnie Lyon-Genève acquise, en 1864, par la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) et le Département du commerce et des péages remplacé, en 1873, par le Département des finances et des douanes à propos de la construction, de l'entretien et de la fonction des maisons de péage sur le tracé du chemin de fer de La Plaine à Genève.
En 1858, une Convention est établie entre le Département fédéral suisse du Commerce et des Péages à Berne et la Compagnie Lyon-Genève.
Certains points seront continuellement sujets à controverse, en particulier ceux cités dans les articles suivants :
Voilà qui semble clair. Mais, comme tout texte est sujet à interprétation, ce sera le commencement d'un interminable échange de lettres entre M. l'Enfantin à Berne, puis M. de Lentulus, directeur du 6ème arrondissement des Péages fédéraux (Genève) et la Compagnie française.
Construction des bureaux de Péage
Par une lettre (1874) de M. de Lentulus, nous comprenons que ces bureaux sont des "baraques masures". Depuis lors, (1864) "je n'ai cessé de demander à la nouvelle Compagnie (PLM) la construction définitive des bureaux-postes, conformément aux plans définitivement arrêtés(...) en vertu de l'art. 5 de la Convention". Cette même année, une conférence à Berne tentera un accord mais, en 1875, M. de Lentulus est de nouveau à Berne et demande une inspection des lieux. Monsieur Dufour, président du Comité genevois du PLM, clame: il faut construire des bâtiments en maçonnerie !
La Compagnie reconnaît que ces baraques doivent être remplacées. De Lentulus écrit qu'il se verrait dans l'obligation de fermer les trois bureaux s'il y a refus de constructions habitables. Mais rien ne se passe puisque, en novembre 1878, De Lentulus signale toujours "le délabrement des baraques actuelles" sans doute sans chauffage. On ne peut "y faire coucher les gardes pendant la saison rigoureuse". Un espoir, toutefois, cette même année : les travaux vont commencer : "cette question des constructions, depuis si longtemps restée en suspens malgré mes réclamations incessantes et réitérées, a donc enfin trouvé la solution".
20 ans se sont écoulés et, cependant, les problèmes continueront. Dès 1886, nous trouvons, dans les correspondances, le signalement de bâtiments défectueux: pas de dépendances, pas de galetas, pas de lieux d'aisance affectés spécialement à l'usage du receveur et de sa famille. En 1887 : cave trop exiguë - fenêtres sans contrevents - cuisine sans pierre à eau - combles mal ou pas éclairés (demande de deux lucarnes) exhaussement ou agrandissement souhaités. En 1896, nous avons un devis pour l'installation de boiseries et pour des peintures à l'huile à 3 couches pour un total de 1100 F (fait à Lyon le 13 mai 1896 par le Service de la voie du PLM).
Les plans. Où sont-ils passés ?
En 1874, le 8 août, De Lentulus rappelle que des plans ont été établis pour les 3 bureaux de Meyrin, Satigny, La Plaine, et qu'ils ont été approuvés. Ces petits bâtiments se composaient d'"un petit bureau, d'une chambre à coucher pour le ou les gardes, d'une petite cuisine, d'un petit local pour bûcher et d'un petit magasin, le tout établi dans les proportions les plus restreintes". Plans établis par M. Schlemer, ingénieur en chef de la ligne Lyon-Genève. Seulement voilà ! Le 9 septembre, l'ingénieur chef de la Compagnie informe qu'il n'a retrouvé "aucune trace de ces plans, malgré les recherches que j'ai fait faire sur les indications si précises de M. De Lentulus". Perte ? Mauvaise foi ? Il faudra attendre les plans de m. Camoletti (2) (1898) et la construction en 1901 de la nouvelle douane (dépense 28.400 F).
Occupation des locaux. Bureaux ou bureaux et logement ?
Les deux parties se renvoient la balle. Genève demande un logement arguant du fait que les autres postes en ont un. Le PLM ne veut pas en entendre parler, se référant à la Convention de 1858.
En 1887, la Direction des péages ne se battra plus pour le logement de la famille qui peut être logée ailleurs moyennant une indemnité : par exemple augmenter le salaire annuel de l'employé de 150 à 200 F.
L'emplacement
Les emplacements des bâtiments de douane sont prévus dans l'enceinte de la gare. Les Maires de Dardagny et de Satigny préfèrent un autre lieu.
Voici les arguments de M. Frédéric Necker pour Satigny :
Il faudra attendre 1899 pour qu'un terrain soit acheté pour la toute nouvelle douane. En 1899, le Département fédéral des douanes demande au PLM de remplacer les bâtiments de la Plaine-Satigny-Meyrin par des constructions nouvelles beaucoup plus importantes "avec logement pour le receveur en sus des locaux nécessaires au service proprement dit".
Bien sûr, chacun campe sur ses positions ! Pour Paris, la construction est beaucoup trop chère, et (cf la convention) "nous n'avons d'autre obligation que d'entretenir en bon état les locaux existants". Le PLM accepte néanmoins d'adjoindre aux bâtiments existants des annexes uniquement affectées aux logements. S'ensuit des propositions financières. Cette proposition ne convient pas à Satigny car il n'y a pas la place pour un agrandissement. Il faut placer le logement du receveur hors de la gare.
Nous arrivons enfin à l'achat du terrain où s'élèvera la douane. M. Charles-François Bonnet vend à la Confédération un terrain d'une étendue d'environ 400 m2 vis-à-vis de la gare de Satigny. Le 12 avril 1900, l'acte de vente est signé chez Maître Page, notaire, pour la somme de 3.200F. La construction coûtera 28.400F. Sa double fonction de douane et de logement ne durera que de 1902 (?) (construction en 1901) à 1916 date de la fermeture des douanes de Satigny et Meyrin.
Dès 1913 (3), se pose la question du maintien ou de la suppression des bureaux de Satigny et Meyrin. Le 1er mai 1916, le bureau de la Plaine devient bureau principal; ceux de Satigny et Meyrin sont définitivement fermés. Qu'en sera-t-il des "visiteurs" (employés) ? Celui de Satigny, entré dans l'administration en 1879, jugé "d'aptitudes médiocres, il ne pourra plus rendre de bons services dans un bureau de douane". Comme, toutefois, il jouit d'une bonne santé, il pourrait être occupé à de menus travaux de surveillance à l'Entrepôt de Cornavin ! (sic).
En 1917, la maison de la Douane sera vendue à l'Etat de Genève pour en faire une gendarmerie. Et, le 19 décembre 2008, la commune de Satigny rachètera le bâtiment pour 840.000F.
Cette maison, après toutes ces péripéties, ne mériterait-elle pas un certain rajeunissement ?
Pour le Groupe d'Histoire
L.Crousaz et A.Cachin
(1) p.299 "Satigny de jadis à naguère" de R. Feuardent et A. Pozzi
(2) Marc Camoletti (1857-1940), architecte (Poste Mont-Blanc, Musée d'Art et d'Histoire, Victoria Hall, Ecole des Cropettes...)
(3) voir article "Nicollet et Cie", Satigny en clair, mars 2011
Sources générales : archives fédérales, Berne
Pour aujourd'hui, nous nous sommes arrêtés, un siècle en arrière, aux années 1912-1913. Si beaucoup des problèmes discutés et des décisions prises, budget, écoles, entretien des bâtiments, routes, etc., se retrouvent à l'ordre du jour en 2013, d'autres sujets sont bien de leur temps, temps où l'électricité, le téléphone, l'éclairage public faisaient leur entrée en scène.
Les textes écrits en italique sont copies conformes des procès-verbaux manuscrits; remarquez les nombreuses majuscules qui soulignent le respect qu'on avait pour les institutions et leurs représentants.
Séance du 5 mars 1912
"Monsieur le Maire entretient le Conseil de la question des moulins agricoles. Il demande au Conseil d'offrir le terrain nécessaire. Il y aurait grand avantage pour les agriculteurs de Satigny à ce que ce moulin fût sur le territoire de la Commune. D'autre part, une taxe d'industrie pourra être perçue et la Commune pourra par ce fait en quelques années se récupérer de l'argent qu'elle aura voté.
Monsieur Turian demande quel serait le prix du terrain. M. le Maire répond que M. Vivier demande actuellement de 0,75 frs à 0,80 frs le m2, mais il espère que ce prix sera abaissé à 0,50 frs. Comme il faut un emplacement de 1000 m2 environ, cela ferait une dépense de 500 frs. M. Plan, qui fait partie du Comité des moulins agricoles, confirme que la Commune d'Aire-la-Ville a offert le terrain en vue d'obtenir pour elle le moulin en question... Le Conseil décide ensuite, à l'unanimité, d'offrir le terrain comme l'a demandé M. le Maire". Il n'y aura pas de moulin ni à Satigny ni à Aire-la-Ville. Dardagny a pris les devants en construisant son moulin en 1911 !
"Sur proposition de M. le Maire, il est décidé de s'entendre avec la Commune de Dardagny pour l'achat en commun de fusées contre la grêle"
"M. le Maire annonce qu'il a pris l'initiative de faire venir chaque semaine du poisson de marée dont la vente se fait avec le concours de quelques Conseillers ou personnes de bonne volonté. Le bénéfice qui pourra être effectué sera affecté à une oeuvre communale d'utilité publique, une course d'école par exemple".
"Sur la demande de M. Louis Turian, le Conseil autorise la Société des Carabiniers d'établir l'électricité au Stand petite salle du bas".
Séance du 7 juin 1912
Nomination de M. Camille Chaulmontet comme fossoyeur.
"Il lui sera payé 9 frs par fosse pour les grandes personnes et 4 frs pour les enfants. La Commune aura donc à payer un supplément pour chaque fosse d'adulte. Le reste soit 6 frs sera payé par la famille du décédé".
Autres objets traités à cette séance du 7 juin :
Une demande est adressée au Département de l'Instruction publique pour la création d'un troisième poste de régent ou de régente primaire.
Séance du 13 juin 1912
"Monsieur Rochaix présente une requête de Monsieur Windzenried. Ce dernier désirerait que la lumière électrique fût installée dans son appartement. Il s'engage à payer le 6% des frais d'installation chaque année, en plus de son loyer".
Cette installation ne pourra être exécutée sur le budget de cette année. On espère pouvoir mettre la dépense au budget 1913.
Séance du 27 juin 1912
Le Conseil procède à la révision du tableau électoral. Il arrête de "clore le tableau électoral de la Commune pour le chiffre de 200 électeurs cantonaux".
"Monsieur le Maire informe le Conseil que vu l'impossibilité de se procurer un carrousel pour le 7 juillet, les Promotions ont dû être renvoyées au 14 juillet". "Il est décidé que les élèves de 4e, 5e et 6e années, ainsi que ceux de l'Ecole secondaire se rendront en ville aux frais de la Commune pour assister au cortège organisé en l'honneur de Rousseau".
Séance du 6 septembre 1912
"Le Conseil décide de faire installer une fontaine contre le hangar des pompes à incendie de Choully avec débit de 1 litre à la minute".
Séance du 31 octobre 1912
"Le Conseil accorde la naturalisation genevoise, ressortissant à la Commune de Satigny à Monsieur Berthet Edouard Joseph". La finance d'admission est fixée à 300 frs.
Séance du 24 décembre 1912
Suite à un courrier du Service d'hygiène, "le Conseil donne un préavis favorable à la création à Satigny dans les locaux de l'ancienne usine Nicollet et Cie d'un entrepôt de vieux chiffons et de vieux métaux avec atelier de triage". L'usine Nicollet était la fabrique de chicorée, aujourd'hui "Résidence du Nant-d'Avril".
Des déprédations ont été effectuées dans une salle de classe à l'occasion du bal de la jeunesse. "M. Dufour, Président de la Jeunesse, croit que ces déprédations ont été faites par des jeunes gens étrangers à la Commune, il les déplore et s'en excusera par lettre à Mr. Le Maire".
"Mr Turian demande s'il est possible de faire poser un 2e fil téléphonique de Satigny à Genève". La décision sera prise 2 ans plus tard en décembre 1914.
"Monsieur Dufour demande que la Commune prenne à sa charge les frais de la construction de décors et d'un rideau pour la nouvelle scène". Accepté.
Séance du 11 mars 1913
Après la nomination de 12 jurés pour 1914 et la désignation de 2 délégués à la commission d'enquête pour la nomination d'un régent primaire, le Conseil se penche sur une demande de différents propriétaires et commerçants pour l'installation d'un poids pour wagons complets à la gare de Satigny. Il décide la construction d'un canal pour évacuer les cabinets de l'école enfantine de Bourdigny et accorde une subvention de 10 frs à l'Union avicole pour son exposition intercantonale à Carouge.
Séance du 27 mai 1913
"Après discussion, le Conseil, sur la proposition d'un de ses membres, arrête : de demander au département de l'Instruction publique de bien vouloir inscrire la Commune de Satigny sur la liste de répartition de la Subvention fédérale à l'Ecole primaire, en vue d'obtenir une allocation qui lui permettra de procéder à l'installation de l'électricité et du chauffage central dans les bâtiments d'école et à l'achat de mobilier scolaire et d'engins de gymnastique".
"Le Conseil, sur la proposition de Monsieur le Maire, arrête : Que tout propriétaire dont le chien sera trouvé errant dans les vignes de la Commune de Satigny sera déclaré en contravention, sans préjudice des dégâts causés".
Séance du 9 septembre 1913
Le Conseil procède au classement des auberges, selon les taxes qui varient de 6 frs à 200 frs. On compte 17 auberges dont 6 à Satigny, 3 à Choully, 2 à Peney, 3 à Peissy, 1 à Bourdigny-dessus, 2 à Bourdigny-dessous.
Séance du 1er décembre 1913
"Monsieur le Maire communique une lettre demandant que le jeune Emile Henchoz soit mis au bénéfice du Fonds Desmouilles, comme apprenti-jardinier. Il est décidé d'accorder une subvention de 400 frs payables en 2 annuités à Monsieur Eug. Guidon chez lequel le jeune Henchoz est en apprentissage. En outre un supplément est alloué à Monsieur Guidon pour le défrayer des frais de courses que le jeune Henchoz aura à faire en ville pour suivre des cours théoriques et pour y faire son instruction religieuse".
"Mr Genet est classé en 18e classe taxe 6 f. pour avoir le droite de donner la pension".
Séance du 8 décembre 1913
La séance est consacrée :
Séance du 19 décembre 1913
Le budget pour 1914 est adopté portant aux dépenses frs 33'172.70 et aux recettes frs 19'267.- laissant un excédent de dépenses de frs 13'905.70 à couvrir par les centimes additionnels.
"Mr Plan demande que des démarches soient faites auprès du Département de Justice et Police afin qu'une surveillance spéciale soit organisée à l'occasion du séjour dans la Commune des ouvriers qui viendront lors du drainage de la Praille".
Groupe d'Histoire de Satigny
Louis Barby
Le 24 avril 2013, le très important incendie d'un dépôt à la rue des Sablières a remis en lumière les activités de la compagnie des sapeurs-pompiers de Satigny et nous en avons profité pour rappeler quelques faits marquants de son existence depuis sa création en 1824.
Les hommes et les moyens
1824, création d'un service d'incendie à Satigny et acquisition de 3 pompes stationnées à Satigny, Peney et Bourdigny-Dessus. Durant des décennies, la pompe à bras fut le seul moyen de mettre sous pression l'eau destinée à lutter contre le feu.
Dès 1870, la réalisation progressive d'un réseau distribuant de l'eau sous pression a permis d'installer des hydrantes dans les villages et de supprimer, peu à peu, les arrêtés municipaux interdisant les arrosages de jardin en période de sécheresse, ainsi que l'obligation de faire des réserves d'eau. Les hydrantes sont des prises d'eau souterraines installées sur le réseau de distribution d'eau. Dans un premier temps elles servirent à ravitailler les pompes à bras, remplaçant les fastidieuses opérations de remplissage avec des seaux, puis, l'augmentation de la pression permit d'alimenter directement les lances à incendie. Dès les années 1980, les hydrantes ont été progressivement remplacées par des poteaux incendie.
En 1871, chaque village de la commune a été doté d'une pompe.
En 1896, le nouveau règlement de la compagnie, daté du 21 décembre, indiquait que le matériel de secours contre l'incendie est composé de 5 grands pompes actionnées par 14 hommes chacune et 2 petites actionnées par au moins 2 hommes. Leurs débits maximaux sont de 3.3 m3/h pour une petite pompe, de 12.6 m3/h pour une pompe moyenne et de 32.4 m3/h pour une grande pompe.
Dès 1926, le nombre d'hydrantes a permis de remplacer progressivement les pompes à bras par des "chars de courses", sauf à Choully qui ne disposait pas d'une pression suffisante. Pendant des années, ce manque sera invoqué pour demander l'achat d'une motopompe car les sapeurs affectés à ce village voulaient être aussi efficaces que les autres dans la défense des vies et des biens de leurs concitoyens. Les "courses", sont l'ancienne appellation des conduites servant au transport d'eau entre les points d'alimentation et le sinistre. Initialement en cuir de vache enduit de suif, elles furent ensuite faites de chanvre avant de passer au nylon, dont le séchage est beaucoup moins long.
En 1953, l'amélioration de l'alimentation en eau à haute pression du village de Choully a fait abandonner les propositions d'acquisition d'une motopompe, qui n'aurait été destinée qu'à ce dernier.
Dès 1957, les chariots dévidoirs sur pneus ont progressivement remplacé les "chars de courses", aux roues de bois cerclées de fer et, dès 1964, le nylon a remplacé le chanvre pour les "courses".
1969, une première motopompe a été achetée. Son but est de faciliter les interventions sur des site éloignés.
1977, acquisition d'appareils respiratoires et formation de spécialistes AR (porteurs d'appareil respiratoire).
1983, mise en service du nouveau centre feu. Sa conception permit d'envisager l'achat de véhicules d'intervention d'un gabarit plus important.
1985, achat d'un tonne-pompe Vogt qui a permis une intervention rapide et très localisée mais qui nécessitait un ravitaillement externe dans un bref délai.
1990, incorporation de la première sapeure-pompière dans la compagnie.
2000, abandon des dépôts de village et regroupement de leurs conduites sur un seul véhicule destiné au transport d'eau.
2005, acquisition du nouveau tonne-pompe dont la citerne contient 2'400 litres et le débit peut atteindre 3'200 l/min, soit 192 m3/h.
Quelques interventions importantes entre 1876 et 1990
Faute de place, nous nous limiterons à citer quelques faits marquants, que ce soit par l'ampleur du sinistre ou ses implications sociales et humaines, parmi ceux-ci :
à Choully
Le 13 septembre 1876, un important incendie a ravagé les dépendances de la ferme Lullin. Pour l'éteindre, 15 pompes sont intervenues, dont une de la Ville de Genève, 3 du pays de Gex et 7 de communes genevoises voisines.
En 1966, plusieurs incendies et tentatives d'incendie visant la ferme Sulliger, ses dépendances ou d'autres bâtiments, ont créé un climat de crainte et des gardes internes à la compagnie ont été organisées.
à Satigny
De 1949 à 1952, une série d'incendies visant les fermes de MM. Albert et Jules Turian suscita une vive inquiétude. Les longues enquêtes de police alors effectuées demeurèrent vaines.
En octobre 1979, le hangar de Jean-Claud Perrier est un immense brasier. Des outils aratoires ont été détruits et 3 génisses gravement brûlées ont été abattues.
à Peney
Le 2 novembre 1963, un grave incendie s'est déclaré dans la ferme Humbert. Au cours de l'intervention, un sapeur manqua de se faire électrocuter en créant un arc électrique avec une ligne à haute tension.
à Montfleury
En 1988, route de Satigny, un incendie a détruit l'intérieur de la maison de M. Hoffman, qui périt dans le sinistre.
Mais encore...
Outre les incendies de bâtiments, la compagnie fut régulièrement appelée pour des feux de champs de blé ou de paille, voire de forêt en période de sécheresse.
Régulièrement appelée lors de grandes pluies, la compagnie intervint aussi lors de violents orages ravageant les vignes ou autres lieux de la commune, sans parler de Lothar en décembre 1999 ou des automnes 2001 et 2002, lorsque les intempéries causèrent de nombreuses inondations de caves.
Un point particulier
Une caractéristique principale de la compagnie des sapeurs-pompiers de Satigny était son organisation interne car chaque village ou hameau, y compris Montfleury, disposait d'une pompe puis d'un "char de courses" en principe desservi par des habitants du lieu, réunis au sein d'une section, dirigée par un sergent et supervisée par un officier de secteur. Elles étaient complétées par des sections spécialisées, que ce soit en matière de sauvetage ou de technique.
Elles ont marqué la vie sociale locale car presque toutes avaient formé une amicale, afin de constituer une cagnotte dans le but d'organiser à intervalle plus ou moins régulier une sortie.
De plus, certaines, pour compléter leurs activités, organisaient des manifestations supplémentaires, telles que le margoton des pompiers de Peissy, la vogue des pompiers de Peney ou des bals.
La coupe
Afin de créer une émulation au sein de la compagnie, durant des décennies, le Maire avait pour habitude, au début de son premier mandat, de décerner une coupe destinée à récompenser la section qui, durant l'année écoulée, avait été la plus méritante dans l'exercice de ses activités.
Elle était attribuée pour une année et la désignation de la section honorée était du ressort de l'Etat-Major de la compagnie, formé du capitaine, des officiers, du sergent-major et du fourrier. Sa remise, lors du banquet annuel organisé par la Mairie après le premier exercice annuel ou lors de la sortie quadriennale, était toujours un moment fort de la soirée ou de la journée.
Et pour conclure
En sus de ses buts fondamentaux, il ne faut pas oublier que la compagnie des sapeurs-pompiers fut aussi un facteur supplémentaire d'intégration pour les nouveaux habitants de la commune, qui pouvaient ainsi prendre connaissance des particularités locales tout en servant la communauté.
Groupe d'histoire de Satigny
Daniel Guidon
Sources :
- André Pozzi et René Feuardent "Satigny de jadis à naguère"
- Archives de la commune de Satigny
- Archives de la compagnie des sapeurs-pompiers
Nous avons déjà évoqué les charmes et la vie riche et mouvementée de cette splendide demeure patricienne (Satigny de Jadis à Naguère p.79). Rappelons pour mémoire qu'elle fut construite à la fin du 17e siècle (env.1668-1675) par un riche négociant de Genève, Jacques Grenus (1620-1697), homme politique ayant occupé des fonctions au sein des divers Conseils durant plus de quarante années. Nanti par héritage d'une fortune colossale, il va pouvoir en 1663 prêter près de la moitié de cette fortune à la Ville de Genève, alors en manque de liquidités, sans pour autant en être gêné !
Ses moyens sont tels qu'en parallèle à la construction du Saugey à Satigny, il va pouvoir ériger le château de Crevin à Bossey (Hte-Savoie) en 1673.
Il ne gardera pas sa propriété du Saugey très longtemps, puisqu'en 1680 déjà il s'en sépare au profit de François Fatio (Zürich 1622-Genève 1704) marchand, banquier et père du patriote genevois Pierre Fatio, arquebusé en 1707. Bien d'autres propriétaires vont par la suite acquérir ce beau domaine de notre commune.
En repensant au Saugey, il nous apparaît aujourd'hui qu'il recèle encore bien des choses oubliées ou méconnues qui mériteraient que l'on en parle !
Lorsque l'on pénètre dans la demeure, et que l'on gravit l'escalier monumental qui mène au 1er étage, face à nous apparaît une antique horloge comtoise silencieuse et immobile, dont les aiguilles ont cessé de tourner depuis longtemps, mais qu'importe, même arrêtée, une pendule ne donne-t-elle pas l'heure exacte deux fois par jour ? Son gros oeil tout rond semble nous demander ce que nous venons faire dans son monde de silence. Ces horloges que nous appelons dans notre région morbiers, portent toutes le nom de leurs origines du Haut-Jura : Morbier, Comtoise, ou Morez. Leur développement a commencé vers 1680 dans cette région, et durant les deux siècles qu'a duré leur fabrication, leur mécanisme de base a très peu évolué. Seul leur cadran a subi des transformations.
A l'origine en laiton ou en tôle d'étain-plomb gravés, ils ne possédaient généralement qu'une seule aiguille. Ensuite sont apparus, plus clairs, plus lisibles, soudés sur les cadrans, des cartouches émaillés marquant les heures. Dans les premières années du 18e, la technique évoluant, on a réussi à créer des cadrans de cuivre entièrement émaillés, incluant généralement un patronyme, un prénom et un nom de lieu. Cette "signature" ne correspond pas au nom du fabricant, ou très rarement. Il s'agit plutôt du nom et de l'adresse d'un revendeur, ou encore, ce qui est le plus fréquent, le nom et le prénom du propriétaire de l'horloge.
On offrait volontiers ce type de garde-temps lors de mariages ou d'évènements importants, non seulement pour son prix relativement modeste, mais aussi pour ses qualités mécaniques, puisque ce type de pendule était souvent placé dans les cuisines, lieu où cohabitent de la fumée, des vapeurs grasses et de l'humidité. Si ces mécanismes étaient originaires du Haut-Jura, il n'est pas interdit de penser que notre région (Mandement et Pays de Gex) ait pu connaître ce genre de production artisanale, souvent réalisée durant l'hiver, dans les fermes, par des horlogers-paysans.
Entre 1684 et 1790, on a recensé, uniquement dans le Mandement, plus de vingt horlogers, maîtres ou compagnons horlogers, ainsi que huit faiseurs de ressorts ou pierristes lapidaires. Il est évident que certains de ces horlogers devaient faire de la pendulerie !
A la fin du 18e siècle, le domaine du Saugey est vendu à deux personnes : Jean Riser, boucher à Genève et Jacques Rey agriculteur à Dardagny. C'est là que l'histoire de ce morbier devient passionnante... car en effet, cette pendule dont nous parlons aujourd'hui porte sur son cadran émaillé les mots de Jacques Ray à Satigni. Rien ne nous empêche de penser que l'un des acquéreurs du Saugey ait voulu laisser une marque de son séjour dans cette maison par un morbier portant son nom.
Où les choses deviennent dignes d'intérêt, c'est qu'à Dardagny, village dont est originaire Jacques Ray, il y avait six horlogers ou maîtres horlogers, dont certains portaient le patronyme de Rey ! On sait aujourd'hui de façon certaine qu'il y avait des fabricants de pendules à Dardagny, puisque l'on peut voir, encore de nos jours, au domaine de La Planta, une méridienne placée contre un mur exposé au sud. Contrairement aux cadrans solaires qui indiquaient l'heure, la méridienne est un instrument astronomique destiné à donner le "midi vrai" d'un lieu. Les horlogers s'en servaient pour régler montres et pendules.
On prétend parfois que l'énigme c'est Peissy... en fait, c'est ici à Satigny que l'énigme s'épaissit ! Une autre chose est intrigante avec ce morbier du Saugey. Généralement les "horloges de parquet" sont appliquées et calées contre un mur. Celui du Saugey est scellé dans le mur, ne dépassant que de quelques centimètres.
Intrigués par cette installation peu commune, nous avons tout d'abord pensé que c'était pour protéger la pendule des voleurs ! En fait c'était beaucoup plus simple et ingénieux à la fois. De nombreux morbiers ont une réserve de marche inférieure à une semaine, ce qui complique la mémorisation du jour de remontage ! Le morbier de Jacques Ray est tout simplement enchâssé dans le mur, car on a pratiqué en dessous de lui, une ouverture dans le plancher du premier étage sur lequel il repose. Cette astuce permet aux contrepoids de descendre jusqu'au rez-de-chaussée, augmentant ainsi considérablement la durée de fonctionnement de l'horloge, sans devoir la remonter ! Il fallait y penser, et l'horloger qui a conçu ce morbier a sans doute aussi prévu cette ingénieuse astuce. Etait-il de Dardagny, du Mandement, portait-il le patronyme de Rey, comme le cadran de la pendule ?
Nous aurons peut-être un jour les réponses à toutes ces questions. En continuant la visite de la maison, on ne peut manquer de voir surgir sur d'autres questionnements !
Au premier étage de la demeure, au coeur d'une pièce, on découvre contre les murs de deux paroix, un splendide décor de papier peint représentant de toute évidence un paysage de composition, typique du 19e siècle.
Cette fresque magnifiquement conservée est composée d'une multitude de scènes champêtres, un bord de mer avec ses trois-mâts, son phare, ses bateliers qui s'affairent. Rien n'y manque, colonnades, obélisques, fontaines, temples grecs ou romains. Pas moins de septante personnes sont représentées sur le tableau ! Une préceptrice gardant des enfants en train de jouer, un fripon lutinant une jeune femme, rabroué par l'amie de cette dernière, une vendeuse de poissons sur le bord de mer, deux haleurs tirant une liquette à fond plat, ou encore un groupe de jeunes femmes déclamant et chantant au son d'une guitare, deux belles jeunes femmes en costume empire dialoguant avec un dandy, un groupe de baigneuses, etc. ! Il est certain que l'on pourrait passer des heures à "déchiffrer" ce papier peint.
Depuis longtemps, cette fresque avait été baptisée "Plaisirs de la Ville et de la Campagne" ne connaissant pas vraiment l'auteur de cette oeuvre qui avait été attribuée sans certitude à la manufacture Zuber de Rixheim (Alsace), ou encore à celle d'Arthur & Robert à Paris. Ces deux suppositions étaient fausses !
Un article publié dans la "Gazette Nationale" (journal de propagande du gouvernement français, qui deviendra en 1811, le "Moniteur Universel") du 10 floréal de l'an XIII (30 avril 1805) vient apporter une lumière nouvelle à ce questionnement : "Joseph Dufour, fabricant de papiers peints à Mâcon, (...) vient de mettre en vente chez plusieurs marchands (...) un papier tenture nouveau, appelé "Paysage Romain". Cette tenture est composée de 16 lés (...) qui une fois réunis forment un grand tableau de 26 pieds de long sur 6 de haut (8m45 X 1m95) (...) la composition de ce nouveau papier est considérée par les connaisseurs comme ce qu'il y a de plus parfait dans ce genre. Les talens (sic) de monsieur Dufour (...) méritent une mention distinguée (...).
Nous devons ces renseignements à Monsieur Philippe de Fabry, directeur du Musée du Papier Peint à Rixheim (Alsace), que nous citons maintenant :
"En ce qui concerne le dessinateur, on peut raisonnablement penser qu'il s'agit de Pierre-Antoine Mongin (1761-1827) spécialiste des scènes italisanisantes, grand dessinateur des panoramiques de la manufacture Zuber à Rixheim. Mongin a également travaillé pour Joseph Dufour avant cette date". Il est intéressant de relever que l'on retrouve une fresque identique à celle du Saugey, dans un hôtel particulier des Bouches du Rhône, l'hôtel Senchon de Bournissac à Noves (15km S-E d'Avignon).
Voici résolue une autre énigme du Saugey !
Nous allons continuer quelques instants la visite de ce "château abandonné" pour découvrir dans une autre pièce de la demeure une nouvelle merveille, "La Petite Helvétie". Cet autre papier peint panoramique en trois pièces polychromes provient de la même manufacture Zuber en Alsace et c'est également Pierre-Antoine Mongin qui en est le créateur.
Ces trois panneaux de papier sont magnifiques, et ont également un frère jumeau, qui se trouve beaucoup plus près que le précédent, puisque l'on découvre une même "Petite Helvétie" au château Barrillet à Bourdigny ! La première partie, verticale, représente ce qui est probablement un voyageur en discussion avec deux hommes. Le premier, de dos, coiffé d'un haut de forme, est sans doute un dessinateur ou un peintre qui a emporté son cartable à dessins avec lui. Le deuxième, porte lui un "deerstalker" (littéralement : "chasseurs de cerfs") couvre-chef rendu célèbre par Sherlock Holmes.
Sur l'un des grands panneaux, on peut voir ce qu'était la vie à la campagne : un pêcheur en discussion avec deux autres hommes, son hangar à bateaux et ses filets mis à sécher. Deux amoureux qui se bécotent sans s'occuper le moins du monde de ce qui se passe autour d'eux, l'homme a perdu son chapeau et c'est le chien qui joue avec !
Passant près d'eux, complètement indifférent à leurs jeux frivoles, un faucheur avec son "coffin" sa faux et son panier casse-croûte. Un autre groupe de faneurs et de faneuses avec râteaux et fourches, semblent avoir terminé leur labeur puisqu'ils dansent ou jouent avec des enfants. On voit dans l'arrière-plan, arriver le char à boeufs des fenaisons.
Le troisième des tableaux, la synthèse d'une Suisse heureuse, nous fait découvrir la vie autour d'un chalet qui porte une devise en dialecte, probablement alsacien (?) : "Cette maison est placée dans la main de Dieu, protège-la Seigneur, du feu et du brasier, si non de la malchance et de la pénurie d'eau; en somme, laisse-la comme elle est".
Nous sommes arrivés au terme de cette visite de petits curieux au royaume des elfes et des lutins, nous allons quitter ce palais du silence et des merveilles sur la pointe des pieds pour vous dire que vous retrouverez une autre rubrique du Groupe d'Histoire dans votre prochain numéro de Satigny en Clair.
Groupe d'Histoire de Satigny
Fabrice Frigerio & André Pozzi
Remerciements à :
Monsieur Philippe de Fabry, directeur du Musée du Papier Peint à Rixheim et à Monsieur François Buffard de l'Association Horlogerie Comtoise à Morez pour leur aide et leurs précieux renseignements.
Promeneur, toi qui passes devant cette belle demeure patricienne, ce château Barill(i) et, bien à l'abri derrière sa grille et son grand mur, et son grand parc qui s'étend jusqu'au chemin du Tonkin, sais-tu bien son histoire ? Oui, nous savons, diront tous les anciens ! Mais vous, nouveaux habitants ?
Un bref rappel historique : le premier bâtiment aurait été construit au 17ème siècle. Il fut modifié maintes fois. Longtemps propriété de particuliers, il fut acheté par le Vatican, et dès 1905 les soeurs de la congrégation de Saint-Joseph (Chambéry, F) obligées de quitter la France par la loi d'Emile Combes interdisant les écoles religieuses en France, s'y installent avec quelques novices.
De pension de famille, fondée en 1906, il devient vite pensionnat pour étrangères puis école et pensionnat pour jeunes filles. Il finit par se spécialiser pour l'école primaire, offrant aux élèves la possibilité d'être demi-pensionnaires, puis pensionnaires.
Filles et garçons, suisses et étrangers, catholiques et protestants, chaque année une soixantaine d'enfants fréquentaient cette école jusqu'en 1977.
Le thème de notre article est de fixer des souvenirs glanés auprès de quelques écoliers de Satigny et de la région, scolarisés à partir des années 1958.
L'aile droite est réservée aux soeurs, aux novices et à la cuisine. L'aile gauche complètement transformée et exhaussée abritait, au rez-de-chaussée, la salle de gym qui servait aux récréations les jours de mauvais temps. Au 1er étage : un grand escalier montait aux salles de classe, d'étude, de musique et à l'entrée de la chapelle. Tout en haut : les dortoirs, les sanitaires. Dans le bâtiment central : des appartements et un grand réfectoire. C'est là qu'avait lieu la distribution des prix à la fin de l'année scolaire.
Pourquoi aller chez les soeurs ?
Plusieurs raisons :
La possibilité de prendre le repas de midi et d'être pensionnaire temporairement était un atout très intéressant pour les parents qui travaillaient ou qui devaient s'absenter.
Nous n'avons, bien sûr, que des témoignages d'après guerre. Beaucoup d'enfants de Satigny y firent leurs premiers temps d'enseignement avant de rejoindre l'école communale. D'après leurs témoignages, beaucoup d'étrangères y étaient pensionnaires.
Cette vocation internationale est attestée par les relevés de l'Inspection des Ecoles privées des années 1962 à 1965.
Sur une moyenne de 60 élèves, il y avait de 21 à 30 suisses et de 26 à 38 étrangères. Pour la France : de Savoie, de l'Ain, de l'Isère, du Rhône, de l'Héraut, de Nice, de Paris. Pour les autres pays d'Europe : du Danemark, d'Angleterre, de Russie, d'Allemagne, du Portugal. Pour les cantons suisses : de Berne, d'Argovie, des Grisons, de Zurich, du Valais, de Vaud et de Lucerne.
Avant la guerre de 40, la majorité des pensionnaires est française. Pendant la période de 39-40, on trouve quelques Françaises, une Portugaise, 2 Allemandes, 1 Haïtienne mais la majorité vient de Suisse allemande avec un fort pourcentage de Lucernoises. Nous n'avons pas trouvé les motivations de ces "étrangers". Nous n'avons pas trouvé, non plus, à partir de quelle année les garçons furent admis, mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en 1956 ou 57, il y en eut. Plusieurs garçons de Satigny y firent leurs classes primaires.
Comme dans toutes les écoles, on y enseignait le français, le calcul, l'écriture, la morale. On y faisait des dictées tous les jours et la tenue des cahiers était très stricte. Les livres étaient des livres français. A côté des matières de base on faisait de la gym, et, pour les filles, de la couture. On apprenait beaucoup de récitations, on jouait quelques passages de scène de théâtre (souvenir ému de la découverte du Misanthrope par une ancienne écolière). Nous avons cru comprendre que Soeur Dominique avait un rôle important dans cette pédagogie "active".
Nous sommes dans un pensionnat catholique, alors bien sûr, on faisait la prière; le catéchisme était obligatoire pour les catholiques, et pour les internes, messe matin et soir. Les bonnes élèves recevaient des bons points avec l'image de la Vierge.
N'oublions pas la chorale, deux ou trois fois par semaine.
Les internes étaient plus nombreuses que les externes et ces dernières avaient bien envie de vivre un peu la vie des premières. Que se passait-il en dehors des heures de classe ? Certains ont pu percer le mystère en devenant pensionnaires temporaires. Ce fut le cas, entre autres, des filles du médecin de la commune qui était également celui du pensionnat. Ce fut aussi le cas d'un petit garçon qui le souhaitait et qui le fut pendant une année. Ce même enfant, de parents protestants, allait à la messe avec les enfants de choeur. Fasciné par la messe catholique, il put même, une fois, servir cette messe. L'harmonium et Soeur Dominique qui le tenait, devaient faire partie de la "magie" du service divin !
Tout ce petit monde portait la blouse obligatoire peut-être fournie par le pensionnat (souvenir imprécis).
Tout ce petit monde jouait, bien sûr, soit dans la cour devant, entre la grille et le perron, soit dans le parc.
Souvenirs de cache-cache dans les caves au sous-sol (oh ! le plaisir de l'interdit !), jeu dans le grand parc avec la statue de la Ste Vierge; souvenirs de niches faites aux soeurs qui surveillaient (une histoire de chat mis sur la tête d'une soeur revient vaguement en mémoire); on se souvient d'une cabane avec "le corps du Christ" ?! Une "ancienne" se souvient de promenades en rang par deux le long du mur. Le trajet devait aller du pensionnat à la douane, supposons-nous, car les habitants de Bourdigny-Dessous n'en ont pas de souvenir. Par contre, Monsieur Alfred Oberson, douanier de 1948 à 1998, se rappelle de pensionnaires qui se promenaient en dehors du parc.
De très bons souvenirs dans l'ensemble. Parmi ceux qui nous ont confié un peu de leur enfance, seule une petite fille y fut malheureuse : elle n'avait que 4 ans. A Noël, elle ne voulait plus revenir dans cette école ! Pour elle : le rang, la classe sombre, l'odeur d'encaustique, la soeur - peu maternelle - qui faisait la classe, la solitude des récréations, sans amis, assise sur le mur, et la cloche à côté de la porte. Elle y a tout de même appris à lire et à écrire et l'année suivante s'est retrouvée en 2ème enfantine à l'école publique. Vers 10 ans, elle y est retournée pour des leçons de piano, le jeudi : avec Soeur Dominique !
Laissons tous ces enfants et regardons l'aile droite du bâtiment.
Dans les années 1960, il semble qu'il y ait eu une vingtaine de soeurs (soeurs et quelques novices habillées de blanc). Peu de documents trouvés sur l'aumônier. Avait-il un logement ? Sauf erreur de notre part, Maurice Zundel, tout jeune prêtre y aurait été en 1919 ou 1920. Par contre, de source plus sûre, un curé (peut-être l'abbé Cornolle ?) et d'autres religieux venaient passer leurs vacances; ils allaient jusqu'à la frontière en lisant leur bréviaire. L'Evêque avait son appartement, quelque part dans le bâtiment central. Louis Marie de Bazelaire de Ruppière (mort en 1981), archevêque de Chambéry, y résidait souvent.
Il était là au moment des communions qui avaient lieu dans la chapelle du pensionnat et il a laissé un très bon souvenir aux élèves car il leur distribuait des bonbons. Ce même Monseigneur, retraité, allait poster son courrier en France et passait très vite en voiture devant le douanier.
Organisation administrative
La direction était en quelque sorte bicéphale. Il fallait une directrice suisse : Mademoiselle Perroux. La deuxième était Henriette Messin, qui était française et en civil. Les institutrices étaient des soeurs (en habit) et des laïques françaises et suisses.
Notre belle commune recèle un grand nombre de trésors historiques, mais il en est un que peu de gens connaissent. Il fut découvert, il y a plus d'un demi-siècle, par Monsieur Edmond Martin qui exploitait la Gravière du Pont de Peney. En voici les détails, parus dans le journal "Musées de Genève" de mars 1961. L'article est de Monsieur Nicolas Dürr, Conservateur du Musée d'Art et d'Histoire de Genève à cette époque.
Des fouilles à Peney ?
Récemment, M. Edmond Martin, propriétaire des gravières de Peney, trouvait au cours d'excavations un dépôt de pièces de bronze du Bas-Empire. Près de 3000 pièces se trouvaient enfouies à moins d'un mètre de profondeur, dans la couche de terre marquée d'une flèche sur la photographie.
Il s'agit fort probablement de la recette d'un marchand ou d'un douanier de l'octroi. On n'y compte en effet que des pièces de petite valeur, des quinaires, et la proximité du pont romain sur le Rhône à Peney rend cette interprétation vraisemblable : un mouvement commercial entre la Burgondie et le territoire de la rive gauche convergeait certainement vers ce pont.
La plupart des 3000 pièces de ce trésor portent les effigies d'empereurs romains du Ve siècle après J.-C. : Théodose II, Honorius et Arcade. Toutes sont marquées du signe de l'atelier monétaire de Constantina Arelate, actuellement Arles. Cependant, le style très barbare d'un certain nombre de ces pièces les désigne comme des imitations locales, par des communes peu civilisées, des émissions authentiques d'Arles.
Il faut y voir des monnaies de nécessité, alors qu'Arles ne semble plus pouvoir entièrement subvenir aux besoins de la région. Chose curieuse, parmi toutes ces pièces du Ve siècle on remarque quelques pièces du IIIe frappées en Gaule à l'effigie des empereurs Gallien et Tetricus, ainsi qu'un fragment d'une pièce d'Antonin le Pieu frappée en Macédoine : on préférait certainement les anciennes monnaies qui paraissaient de meilleur aloi.
Le dépôt trouvé par M. Edmond Martin était sans doute contenu dans un sac en cuir, car on ne trouve aucune trace de fibres adhérant aux monnaies. Un anneau de verre coulé polychrome fermait le sac; il est de fabrication typiquement burgonde.
L'état de conservation de ce trésor est médiocre, car les pièces, toutes de bronze, ont été attaquées au cours des siècles par le ruissellement des eaux dans ce terrain graveleux et perméable. Il est d'ailleurs rare de trouver en bon état ces petites monnaies facilement corrodées. Aussi celles qui sont nettes ont-elles un intérêt réel et une certaine valeur.
On peut dater assez exactement le trésor de Peney par les empereurs qui figurent sur les pièces : la plus récente émission monétaire du dernier, Honorius, se situe pour Arles vers 420 après J.-C. Par contre-coup on obtient une indication intéressante sur le développement de l'industrie du verre en Burgondie. Il est également remarquable de constater que notre territoire devait alors connaître une invasion ou tout au moins une pression de la part de ses voisins : sinon pourquoi enterrer une somme aussi modeste qu'une recette journalière en monnaie d'appoint ?
Il nous a paru nécessaire de signaler au public genevois la récupération de ce dépôt dans les gravières de Peney, car c'est la dernière découverte monétaire en Suisse. D'autre part on imagine souvent que de telles trouvailles se font dans des conditions mystérieuses. En réalité, bien des documents intéressants et même précieux sont mis à jour dans des endroits d'une parfaite banalité, et souvent par hasard, comme ce fut ici le cas. Voulez-vous tenter votre chance ?
Nicolas Dürr
Article transmis par Francine Omer-Martin pour le Groupe d'Histoire de Satigny