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Les critiques de la Tribune de Genève disaient beaucoup de bien du Melancholia de Lars von Trier, et comme j'aime les films qui mêlent pensées profondes et images fabuleuses, je suis allé le voir. Il m'a semblé que c'était une sorte de remake du Septième Sceau d'Ingmar Bergman, en plus visuel et en moins verbeux - ce qui représente assurément un progrès. De fait, les images sont réellement fantastiques; Kirsten Dunst apparaît dans des scènes incroyables, comme celle où, nue, au bord d'une rivière, elle est baignée par la lumière de la planète hostile. Et puis cette planète qui approche et remplit peu à peu tout le ciel est, formellement, comme un ange - comme l'Ange de la Destruction -, et c'est impressionnant. La musique est grandiose: il s'agit de l'ouverture du Tristan et Iseut de Wagner; je trouve néanmoins que le choix de reprendre toujours le même air n'est pas bon: cela fait l'effet d'une plaisanterie. Pour la planète, du reste, lorsqu'elle est montrée de près, elle ressemble à une peinture, car ses nuages sur fond bleu sont dénués de mouvement, de vie. Cela peut être le symbole de l'indifférence totale de l'univers et des puissances cosmiques pour le sort de l'humanité et de la Terre, mais alors, cela pose le problème qu'on n'y croit pas, puisque aucune planète réelle ne paraît dénuée de vie, quand on la regarde au télescope: toutes vibrent de force.
Au reste, la planète qui grossit est épouvantable, car on se met à la place du personnage de Claire, qui découvre peu à peu la vérité - qu'elle va percuter notre chère bonne Terre. Mais quand cela advient, on rit, car il s'agit d'une explosion ordinaire, avec du feu, comme toutes celles qu'on voit dans les films américains.
Le ton est cynique, et on a le sentiment que le réalisateur fait une blague de potache, d'étudiant en Philosophie d'une université européenne. Les images belles ne signifient rien, sur le plan moral: elles sont seulement une manière de se jeter un peu de poudre aux yeux avant la fin ultime. Le personnage de Justine, extralucide, et ne doutant pas du vide de l'univers et de la fin proche de toute vie, crée d'ailleurs avec gentillesse l'idée d'une cabane magique protectrice pour son neveu, qui ainsi meurt en paix. Lars von Trier est sans doute là aussi pour nous bercer de jolies images avant que nous entrions dans le néant; il admet néanmoins qu'elles sont creuses, en ce cas!
Je me souviens qu'au Cameroun, nous étions, mes tout jeunes enfants et moi, dans une voiture (que je ne conduisais pas), sur une route, la nuit, parmi les éclairs, entre des camions blindés qui transportaient visiblement des armes, ou autre chose de mystérieux - et les adultes n'étaient vraiment pas rassurés. Je me suis dit qu'il fallait entonner des chansons, avec mon fils qui avait quatre ans au plus, afin de conjurer le mauvais sort. C'est ce que j'ai fait; une atmosphère de gaieté s'est répandue dans la voiture - et on a cru ensuite que je n'avais pas eu peur. Mais je m'étais dit, en réalité, qu'entretenir l'angoisse ajouterait au mal. Cependant, pas du tout comme dans le film de Lars von Trier, nous sommes finalement tous arrivés indemnes à la maison!
La vraie vie n'est pas comme on croit: le pire n'est pas forcément certain.