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Naissance de l'orchestre
Fondé en septembre 2015, le Syrian Expat Philharmonic Orchestra (SEPO) est le premier orchestre symphonique composé de musiciens syriens professionnels.
Certains musiciens sont arrivés en Europe avant que la guerre éclate en Syrie, afin d'étudier dans les grandes écoles européennes ou américaines. Mais au moins 70% des musiciens de l'orchestre sont des réfugiés qui ont bravé les pires dangers pour échapper à un destin funeste. Ils ont parfois dû abandonner leur instrument. L'un d’entre eux a même offert à un douanier incrédule une démonstration de son art pour passer la frontière de l'UE avec son bien le plus précieux.
Raed Jazbeh, fondateur du SEPO, est domicilié depuis 2013 en Allemagne. Lorsque l'idée de créer cet orchestre mûrit dans son esprit, il est conscient qu'une telle phalange se doit d'être apolitique et qu'une seule "idéologie" doit fédérer ses 75 membres: l'amour de la musique.
Quelle musique?
Depuis quelques décennies, la mondialisation a aussi déferlé dans le monde de la culture. Les projets de fusion entre musique traditionnelle et musique savante se sont développés. Il suffit de se rappeler un concert mémorable au KKL de Lucerne du violoncelliste Yo-Yo Ma et de son Silk Road Project qui a conduit le public plutôt conservateur du Festival de Lucerne vers un exotisme bigarré.
Dans le contexte d'une concurrence rude entre les grands orchestres symphoniques de la planète, le SEPO n'a pas intérêt à s'aligner seulement sur le grand répertoire classique, même s'il le défend bien et avec originalité. Il a donc convié une chanteuse syrienne qui se produit sur les grandes scènes d'opéra à interpréter des œuvres fortement inspirées par le répertoire traditionnel arabe.
>> Voir une vidéo du SEPO dans une composition du violoniste Jeha Jazbeh, "My Beautiful Homeland":
"Humains comme eux"
Devant le repli identitaire qui se manifeste un peu partout en Europe, les musiciens du SEPO veulent montrer qu'il existe de nombreux points communs entre les cultures et que la Syrie n'est pas seulement synonyme de guerre, d'atrocités et d'exil.
"Ne pensez pas que nous soyons dangereux ou là pour détruire votre pays", insiste Raed Jazbeh, fondateur de l’orchestre. "Nous sommes là pour construire votre société. Quand les gens écouteront cette musique, ils comprendront que nous sommes des humains comme eux: il n'y a pas de différences que l’on soit réfugié ou non. Il s'agit seulement du droit de trouver un refuge pour survivre."
>> Ecouter "Les nouveaux horizons" du 11 janvier, émission consacrée au SEPO:
Dialogue à Bruxelles
Pour réunir les instrumentistes d'un orchestre symphonique, il a fallu battre le rappel d'anciens collègues du Conservatoire de Damas répartis aux quatre coins de l'Europe. Les contacts ont été établis grâce aux réseaux sociaux. Se réunir pour une première session de répétitions n'est d’ailleurs pas allé sans problème. Certains musiciens n'ont pas de passeport et ne peuvent pas quitter leur pays d'accueil, d'autres ont dû emprunter des instruments. L'émotion était grande lorsque les musiciens se sont revus après des années d'errance sur les routes semées d'embûches de l'exil.
Pour le concert donné en mars 2017 au Bozar de Bruxelles, le SEPO s'est associé à l'Orchestre national de Belgique. Un peu d’arabe, un peu d’anglais, un peu de français, c’est dans les trois langues qu’ont répété tous les musiciens sous la baguette de Ghassan Alaboud.
Les musiciens se sont rencontrés pendant les répétitions. Ils se sont trouvés immédiatement, ce sentiment de fraternité était très beau à voir. C’est un projet d'humanité et d'humanisme.
Futur incertain
D'autres concerts notamment à Berlin et à Hambourg ont permis des collaborations entre les musiciens du SEPO et des orchestres allemands ou même des chœurs. Une démarche qui, dans des proportions modestes, contribue à faciliter l'intégration des migrants et à montrer les points communs qui unissent les cultures.
L'avenir de l'orchestre est tout sauf assuré. Il dépend des engagements qui peuvent être offerts au coup par coup. Pour l'instant, il couvre à peine les frais de transports des musiciens et fonctionne sans budget. La plupart des musiciens ont le rêve de revenir dans leur patrie pacifiée.
C'est ce qu'on leur souhaite, mais ceux qui ont entendu un concert du SEPO espèrent aussi qu'il pourra continuer à jouer un rôle d'ambassadeur culturel dans le monde.
Crédits
Proposition et texte: Jean-Pierre Amann
Réalisation web: Melissa Härtel
RTS Culture
Janvier 2018