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07/05/2012
Georges BRAQUE naquit à Argenteuil le 13 mai 1882. En 1890, sa famille s’installa au Havre où son père commença à exploiter une entreprise de peinture en bâtiment. Après ses études au lycée, il entra à l’Ecole des Beaux-Arts de la ville pour devenir l’ami de DUFY et FRIESZ, en fréquentant l’atelier du vieux peintre normand LHUILLIER. Il participa dans le même temps au travail de l’entreprise familiale dans laquelle il acquit certains « tours de main ».
En 1900, il s’installa à Paris et fréquenta l’Atelier de BONNAT où il retrouva DUFY et FRIESZ. A l’Ecole des Beaux-Arts, il quitta ce premier atelier pour l’Académie HUMBERT où il peignit à la manière Impressionniste, avant d’imiter FRIESZ qui l’invita à partager en 1905, l’esthétique Fauve élaborée avec MATISSE, DE VLAMINCK et DERAIN. En 1906, BRAQUE accompagna FRIESZ à Anvers, et rapporta de ce voyage, des tableaux qui ne furent pas sans rappeler ceux de son aîné. L’année suivante, les deux amis découvrirent le Sud de la France, pour peindre sur les traces de CEZANNE.
Mais, que ce soit à l’Estaque, ou bien encore plus tard à La Ciotat, BRAQUE qui appliquait les principes fondamentaux du Fauvisme dans l’emploi de la couleur pure, n’en rejeta pas moins l’organisation de la toile réalisée en surfaces peintes en aplats. Sa personnalité propre exploita alors une technique faite de petites touches juxtaposées avec méthode, et dans ses tableaux, les formes se relièrent entre elles dans un scintillement de lumière qui n’était pas comparable aux surfaces séparées par des arabesques sinueuses de la Peinture Symbolique de GAUGUIN.
Il réalisa alors une quarantaine de tableaux Fauves qui firent de lui le seul artiste a avoir contribué autant à la mise en œuvre des deux mouvements que sont aujourd’hui le Fauvisme et le Cubisme.
En 1907, il exposa pour la première fois au Salon des Indépendants. Sa peinture, jusque là influencée par les Fauves, évolua vers le Cubisme après qu’il eut rencontré Apollinaire, et PICASSO, dont le tableau « Les demoiselles d’Avignon », lui paraissait aboutir à une peinture qui allait dans le sens de ses recherches personnelles. En 1908, le Salon des Indépendants refusa ses tableaux, et MATISSE qui était alors membre du comité, prononça les mots de « petits cubes » devant la toile de BRAQUE représentant les « Maisons à l’Estaque ». Durant cette même année, le marchand Kahnweiler organisa une exposition des œuvres de BRAQUE, et c’est alors que le critique Louis Vauxcelles, reprenant les mots de MATISSE, inventa le qualificatif « Cubisme ».
BRAQUE et PICASSO réalisèrent dès lors leur peinture dans une étroite communion. Leur palette réduite au noir et au blanc, s’anima par la lumière des ocres, et par l’ombre des gris bleu. Les deux peintres s’intéressèrent à l’analyse de la forme humaine et des objets courants qui agrémentaient les natures mortes.
Leurs investigations communes furent si développées que leurs œuvres restèrent souvent très proches les unes des autres, comme « L’accordéoniste » peint par PICASSO à Céret en été 1911, et « L’homme à la guitare » réalisée par BRAQUE au même moment alors qu’il accompagnait son ami dans ce voyage de travail.
BRAQUE possédait un sens vigoureux de l’analyse de l’objet, et sa discipline innée fit de lui le créateur prédominant du Cubisme Analytique. Et jusqu’en 1911, sa peinture tendit à une expression presque abstraite. Il fut le premier à incorporer des caractères typographiques comme éléments dans ses compositions, ou des morceaux de journaux ou d’étoffes ayant pour but d’animer le sujet figé du tableau. Il créa ainsi les premiers papiers collés qui engagèrent le Cubisme dans sa phase synthétique durant laquelle, ses œuvres se séparèrent de la rigueur communautaire expérimentée aux côtés de PICASSO, pour ne plus jamais rejoindre la peinture de ce compagnon de route artistique.
En 1914, BRAQUE devint militaire au front, comme lieutenant dans l’infanterie. Et l’année suivante, en conséquence d’une grave blessure à la tête, on le trépana avant qu’il ne fût définitivement réformé en 1917, après avoir effectué une longue convalescence. Il se remit à la peinture, seul.
Ses six années d’étroite collaboration avec PICASSO demeurèrent alors oubliées pour lui car, après avoir inventé le Cubisme aux côtés de son complice des débuts, il dut inventer le style BRAQUE. Il ne partagea pas l’évolution de l’art de PICASSO. Au contraire, il se rapprocha de la peinture traditionnelle, en se rappelant LHUILLIER, son vieux maître du Havre, et composa un Cubisme qui renouait avec la réalité extérieure, pour réaliser des tableaux comme le « Café bar » en 1919, ou les « Cheminées » en 1923.
Il chercha une nouvelle voie dans la nature morte, le paysage ou la composition de personnages, aussi bien par sa construction du tableau, que par la liberté de sa manière. Il s’intéressa sérieusement à la sculpture en créant une « Femme debout », qui fut le préambule de sa riche production de sculpteur. Il réalisa des eaux-fortes*, et travailla également la céramique. Entre les années 1930 et 1940, sa peinture qui ne renonçait cependant pas aux conquêtes magistrales du Cubisme, s’orienta vers une liberté qui oubliait la rigueur des débuts du mouvement, pour créer des œuvres très épanouies comme la « Nappe rose » en 1933, ou « La femme à la mandoline » en 1935.
Il délaissa alors dans ses tableaux la ressemblance de l’homme et de son milieu naturel, pour exprimer cette poésie qu’il percevait d’eux, dans des idéogrammes magnifiques où tout n’était que calme et volupté, comme l’expliqua alors Maurice Raynal : « Modulations, dégradés, se développent, se juxtaposent, s’opposent en des somptuosités vertes, ocres, grises et blanches par le plein épanouissement de formes marquées peut être d’une certaine tendance à la décoration ».
Retiré à Varengeville, sur la côte normande depuis 1931, BRAQUE traversa la seconde guerre mondiale en réalisant des œuvres très diversifiées, et notamment des sculptures en plâtre, puis en bronze. Sa peinture d’alors se dépouilla pour abandonner l’ornementation parfois surchargée de sa précédente production. Différentes grandes expositions lui furent consacrées, tant à Londres en 1946, qu’à Paris en 1952 lors de l’Exposition du Cubisme au Musée National d’Art Moderne de la ville. De 1955 à 1963, il acheva son œuvre en créant la série des « Oiseaux » qui fut la conséquence de sa longue maturation des silhouettes ou des idéogrammes incisés sur des surfaces en plâtre peint, ou sur des galets ramassés durant ses promenades sur les plages normandes.
Et ce grand artiste qui sa vie durant n’avait jamais cessé de travailler au perfectionnement de l’architecture de ses tableaux, comme à l’expression de la forme et de la couleur, mourut à Paris le 31 août 1963, à l’âge de quatre vingt et un ans.
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ALAIN VERMONT
12/02/2009
LE CUBISME.
Le développement historique du Cubisme doit être divisé en trois périodes distinctes. De 1907 à 1909, la création du mouvement se fit sous l’influence des idées de CEZANNE. En effet, dès 1879, ce dernier allia déjà dessin et couleur dans une forme cubique comme dans la nature morte « Verre et pommes ». Un autre exemple se situa en 1896 quand CEZANNE laissa apparaître dans le tableau « Rochers dans la forêt », une construction géométrique qui tendait à une unité cubique.
De 1910 à 1912, le Cubisme connut sa période Analytique, pour évoluer ensuite dans sa période Synthétique allant de 1913 à 1914.
Le Cubisme dut avant tout sa préparation à une succession de faits importants qui se déroulèrent au début du 20ème siècle. La découverte enthousiaste de l’ « Art Nègre » et de son étonnante vigueur d’expression rejoignit alors l’influence déterminante produite par CEZANNE au Salon d’Automne de 1907, et à la suite duquel PICASSO réalisa rapidement les « Demoiselles d’Avignon » que l’on considère aujourd’hui comme l’œuvre la plus significative du Cubisme naissant.
Ce tableau qui exprime cinq femmes nues peintes en formes simplifiées, sans clair-obscur, laisse apparaître un dessin linéaire qui souligne les personnages construits en surfaces géométriques très anguleuses.
La genèse du Cubisme demeure cependant un mystère, même après la parution des innombrables ouvrages qui constituent certainement aujourd’hui la plus importante bibliographie concernant un mouvement artistique.
En effet, dès 1907, PICASSO et BRAQUE ouvrirent la porte à toutes les conjectures, en créant leur Art sans que les critiques ou historiens d’art ne pussent véritablement définir leur rôle mutuel dans l’élaboration du mouvement qui, encore aujourd’hui, donne matière à débattre. Lors de l’exposition BRAQUE à la galerie Kahnweiler, le critique Louis Vauxcelles, encore lui, donna naissance au mot « Cubisme » dans un article du 14 novembre 1908, en déclarant : « Monsieur BRAQUE méprise la forme, et réduit tout à des cubes ».
Entre 1908 et 1914, PICASSO et BRAQUE traversèrent une période durant laquelle ils entretinrent des relations étroites qui exprimaient un échange constant d’idées et de théories. Il semblerait néanmoins que l’artiste espagnol demeurât à l’origine des rapides progrès réalisés par le peintre du Havre. Malgré la différence fondamentale qui démarqua leur talent respectif, après leur rencontre en 1907 s’ensuivit une période d’intense activité picturale pour les deux amis.
PICASSO restait un intuitif extraordinairement doué pour le dessin, alors que BRAQUE apparaissait plus comme un déductif qui devait son talent de parfait connaisseur de la couleur à son approche de l’Impressionnisme et du Fauvisme.
Ils visèrent cependant tous les deux à un même résultat. PICASSO chercha à enrichir la forme par la couleur, alors que BRAQUE désira enrichir la couleur par la forme.
Le Cubisme apparut dès lors pour eux deux, comme l’occasion de parachever leur travail artistique antérieur. PICASSO respecta la couleur qu’il avait négligée jusque là, et BRAQUE s’intéressa sérieusement à la forme qui n’avait été pour lui jusqu’alors qu’un élément subordonné dans sa peinture. Le Cubisme leur permit d’affirmer leur personnalité, en leur apportant le complément qui s’avérait nécessaire.
La dépersonnalisation du langage pictural réalisée par BRAQUE et PICASSO alla de concert avec leur perception de l’atelier où certains éléments disparates comme le carton, la sciure, la limaille, le sable, le papier, le bois, les pochoirs, la tôle, les rasoirs et certains outils d’artisans, furent employés fréquemment pour aboutir à une iconographie populaire d’objets ordinaires.
Ancien peintre en bâtiment, BRAQUE innova en apportant à la pratique cubiste, la réalisation de lettres faites au pochoir, ou le mélange de la couleur à du sable, ou encore la production d’imitations du bois ou du marbre. BRAQUE, qui manifestait un certain malaise dans le dessin, révéla néanmoins une grande sensibilité aux aspects subtils de la lumière et de l’espace, en rappelant le talent de CEZANNE qui avait souvent déclaré : « Le contour me fuit ». Dans ses compositions, les lignes de BRAQUE eurent tendance à s’étendre passivement sur leur support, alors que les dessins de PICASSO laissèrent toujours apparaître un trait mordant qui traversait de manière phénoménale la surface de la feuille à dessin.
Dans la première phase du Cubisme, de 1907 à 1909, les deux artistes cherchèrent à définir l’objet, ou les relations entretenant plusieurs objets entre eux, ainsi que leur position dans l’espace exprimée par des formes essentiellement géométriques, et taillées comme l’auraient été des cristaux. L’intention première fut de créer un jeu intellectuel allant à l’encontre d’un quelconque manifeste esthétique comme le système illusionniste institué sous la Renaissance. La particularité de ce mouvement évita l’emploi de la perspective dans le dessin, et ne figurèrent plus alors dans la couleur les formes apparentes de l’atmosphère.
Et comme l’avait fait CEZANNE auparavant, PICASSO et BRAQUE se servirent des objets banals de la vie, pour composer leurs tableaux faits d’arbres, de fruits, de bouteilles, de verres ou de diverse vaisselle.
Ensuite, dans la période Analytique qui s’étendit de 1910 à 1912, les deux artistes prirent en modèle des instruments de musique et des objets aux formes géométriques bien établies, pouvant être facilement reconnus dans une image sans perspective linéaire ou aérienne, après leur traduction personnelle.
En 1910, BRAQUE fut le premier à abandonner le paysage pour s’orienter vers les figures et les natures mortes. PICASSO l’imita ensuite, avant que Juan GRIS ne les rejoignît en 1911. L’expression du Cubisme se traduisit alors par l’exploitation d’un seul et même objet représenté divisé dans le tableau, selon les divers aspects offerts par des points de vue différents.
En retenant ce principe de la décomposition de la forme, Juan GRIS appela cette période, la « Période Analytique ». L’objet était brisé avant que l’artiste ne le recomposât avec des parties et des cubes caractéristiques du mouvement. La figuration illisible du moment s’appuya sur la disjonction des profils des objets, comme dans le remarquable tableau de BRAQUE exécuté en 1910, intitulé « Violon et cruche », et dans lequel l’œil reconnaît la présence ocre d’un violon partiellement brisé qui repose sous une cruche grise occupant le centre d’un tableau dans lequel de multiples surfaces géométriques grises ou ocres composent une unité aux formes très anguleuses.
La même année, PICASSO réalisa le portrait du marchand Kahnweiler et construisit un superbe tableau à l’huile, dans lequel le mariage des tons gris et ocres assemblés en cubes multiples, figure le personnage dont le visage et les mains se fondent dans un ensemble harmonieux de surfaces géométriques très « calibrées ».
Mais PICASSO et BRAQUE, craignant que leur innovation fasse perdre à la peinture toute objectivité sensible, commencèrent à incorporer à leurs œuvres, en 1912, des éléments matériels tels que des morceaux de journaux, d’étoffe, du sable ou du verre, pour tenter de créer une animation dans la surface peinte.
Durant l’été 1913, le mouvement évolua vers sa troisième phase, la période Synthétique. Après le fractionnement assez rudimentaire du Cubisme Analytique, qui avait le désavantage de donner une lecture compliquée de la composition, lisible seulement par addition, PICASSO, BRAQUE et Juan GRIS auxquels s’était joint Fernand LEGER qui jusque là s'était tenu à l'écart de leur style, s'orientèrent vers le Cubisme Synthétique. Ce dernier style remplaça le fractionnement précédent par la transcription en grandes surfaces de l’objet sous forme dessinée et compacte, qui abandonnait la représentation, ou la copie de la réalité.
Dès lors, l’objet devint un symbole et les couleurs du prisme furent posées par surfaces, alors que les formes ainsi que les couleurs localisées concoururent à l’harmonie de l’ensemble. La déformation de l’objet aida à renforcer son expression, et les transitions de la couleur accentuèrent l’effet cubiste dans la surface du tableau.
Dans cette période Synthétique, les papiers imprimés que les artistes se procuraient dans le commerce, papiers peints et papiers imitation bois, furent collés sur le support pour réintroduire certaines couleurs dans la composition. Les motifs imprimés provenant des produits manufacturés, ainsi que divers objets réels exprimèrent dans leur assemblage une certaine représentation qui élimina le travail trop subjectif du pinceau, à l’exemple du tableau de PICASSO peint en 1912-1913, « Violon et guitare », et dans lequel l’unité de l’œuvre fut réalisée par le mariage de la peinture à l’huile, d’un morceau de tissu collé et de l’utilisation du fusain avec l’apparition de surfaces géométriques recouvertes de plâtre.
En 1914 survint la Première Guerre Mondiale qui mit un terme à l’intimité existant entre PICASSO et BRAQUE. En effet, ce dernier fut mobilisé sous les drapeaux, et la séparation des deux artistes qui avaient tant travaillé de concert, fut consommée. BRAQUE s’éloigna de PICASSO qui d’une certaine manière asservit alors son œuvre aux goûts de ses nouveaux clients et amis du Tout-Paris. Leur aventure cubiste s’était déroulée dans une période particulière qui s’affirma plus tard comme la seule période de sa vie pendant laquelle PICASSO suivit de si près, et pendant si longtemps, le travail d’un autre artiste.
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Alain VERMONT