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Historique
Héraldique
«De gueules à la grande croix d’argent de Savoie, accompagnée dans le canton dextre du chef d’une petite croix tréflée du même, à la grue essorante également d’argent, brochant sur le tout.»
Les armoiries communales rappellent les trois périodes de l’histoire du village. La petite croix tréflée évoque l’abbaye de Saint-Maurice à laquelle les terres furent données. En 1317, cette possession fut cédée à Louis de Savoie, baron de Vaud, ce que rappelle la grande croix savoyarde. Enfin, la grue comtale signifie que Vuadens fut inféodé au comte de Gruyère (vers 1450).
Quelques sites archéologiques ont été mis à jour sur le territoire de la commune, en particulier dans la région de la Motta et du Briez. On note en 1889 : « A l’orient du village de Vuadens s’étend une longue colline qui va du nord au sud, entre la Sionge et la Trême. Vers le milieu de cette colline s’élève le Crêt de la Motta, ancienne moraine, qui a été façonnée par la main de l’homme pour servir de lieu de défense ou de retraite. Au pied de la même colline, près des maisons du Dally, on découvrait en 1861 les ruines d’une habitation romaine, dans le voisinage de laquelle se trouvaient des indices d’une seconde. C’est à l’autre extrémité de la même colline, au lieu dit Au Bryé, dans le voisinage de la Sionge, que l’on a constaté l’existence d’autres ruines de bâtiments romains. Elles s’étendent à fleur de sol sur un assez vaste espace entre les trois maisons et la grange du Bryé et sous le chemin qui se dirige de la Sionge vers Vuadens. On a trouvé un grand nombre de squelettes humains, les uns en pleine terre, parmi les débris, les autres dans des tombes murées, mais sans ornements ni armes. Il est probable que les bâtiments du Bryé ont été détruits en même temps que celui de Tronchebélon, près de Riaz. Les médailles trouvées dans ce dernier lieu s’arrêtent à Constance II, «nobilis caesar», titre qu’il a porté de 323 à 337 ».
A la fin du 20e siècle, lors de l’agrandissement de la ferme Morand, au Briez, les fondations d’une villa romaine furent mises à jour et des relevés précis effectués par le Service archéologique.
Origines du village
On a longtemps cru que la première mention du village de Vuadens remontait au VIe siècle. Le nom du village apparaît en effet dans l’acte de fondation de l’abbaye de Saint-Maurice d’Augaune daté de 516. Dans la liste des biens que le roi de Bourgogne Sigismond octroie à l’abbaye se trouve Curtis Wadingum, autrement dit la « cour de Vuadens ». Les historien-ne-s s’accordent aujourd’hui sur le fait qu’il s’agit d’un faux réalisé par les moines de l’abbaye au XIe siècle. Dès le IXe siècle, ces derniers s’attachent à compléter leurs archives en établissant les documents qui leur manquent et parmi ces documents, la désormais célèbre fausse charte de fondation. Vuadens apparaît sur la troisième version établie vers l’an 1000.
A la lumière de cette révélation, la première mention du nom Vuadens se doit d’être repoussée de plus de 500 ans. Il faut attendre 1018 et le diplôme authentique par lequel le roi de Bourgogne, Rodolphe III, restitue des possessions à l’abbaye de Saint-Maurice. Parmi ces possessions, entre Oron et Bouloz, apparaît la seigneurie de Vuadens. Il s’agit d’un très beau document ; l’un des rares diplômes originaux du roi de Bourgogne (voir photo ci-dessous).
Au cours de son histoire, le nom du village sera orthographié de plusieurs manières dans les différents documents officiels: en 1018, potestas Vuadengis ou seigneurie de Vuadens; en 1403, Wadens ou comme aujourd’hui Vuadens. Dans la carte Plepp, en 1638, il s’orthographie Wadens et, en 1668, à nouveau Vuadens dans la carte Von der Weid.
Le 21 juillet 1317, les religieux de l’abbaye de Saint-Maurice échangeaient avec Louis de Savoie le village de Vuadens avec son territoire et toutes ses dépendances contre des propriétés dans le canton de Vaud. La maison de Savoie réussit à dominer peu à peu sur toutes nos terres romandes et à s’en rendre suzeraine. C’est ainsi que la seigneurie de Corbières passa à la Savoie et Vuadens fut alors annexé à ce mandement.
Vers 1450, le duc de Savoie inféoda Corbières et Vuadens à François Ier, comte de Gruyère. Vuadens restera ainsi sous la domination des comtes de Gruyère jusqu’en 1553.
Cette époque de domination laissa, à Vuadens, comme souvenir une antique demeure, le Manoir. (aquarelle et photo ci-dessous). Ce bâtiment abrita, entre autres, un des descendants d’un bâtard de cette dynastie ainsi que d’autres seigneurs. Il servit encore à divers usages: auberge, école jusqu’en 1885. En façade apparaissent, burinées dans la même pierre, les armoiries de Savoie, de Gruyère et de Fribourg.
C’est en 1553 que Fribourg, au titre de créancier du dernier comte de Gruyère, le malheureux Michel, s’empara de la seigneurie de Corbières et Vuadens.
La première église de Vuadens, construite dès 1602, fut consacrée le 5 février 1615 par Mgr de Wattenville. Avant, on pense qu’une petite chapelle devait exister dans la région du Margy. Car, le jour des Rogations, la procession s’arrêtait à cet endroit. Ce sanctuaire devait être fort ancien, puisqu’un acte tiré des archives de La Part-Dieu cite le nom de Pierre de Villarsel, chanoine de Saint-Maurice et recteur ou chapelain de Vuadens, en 1308.
Cette même église fut reconstruite à neuf vers 1788 et consacrée par Mgr Lenzbourg le 24 mai 1789.
Le 9 juillet 1866 fut une triste journée pour le sanctuaire. Un incendie le réduisit en cendres. Mais Vuadens ne se laissa pas abattre par le malheur et reconstruisit une troisième église dans les années 1866 et 1867. Elle fut consacrée par l’évêque Marilley le 3 août 1869. Le coût de la bâtisse dépassa les 100’000 francs y compris les charrois, corvées, autels, chaire, cloches et orgues, sauf les bois fournis par la commune.
La paroisse de Vuadens, de 1602 jusqu’à nos jours, ne connut qu’une quinzaine de curés.
Bâtiments publics
Le bâtiment scolaire, au centre du village, fut construit en 1883. Il abrita longtemps, en plus des salles de classe, l’administration communale.
Par testament, Louise-Marguerite Moret, feu Pierre, de Vuadens, instituait la paroisse de Vuadens héritière de ses biens, à condition d’ériger dans cette paroisse avec le produit de cet héritage un hospice desservi par des sours de charité. L’assemblée communale du 29 juillet 1938 décide la construction d’un asile des pauvres, le Foyer St-Vincent.
Au début du 20e siècle, on pouvait trouver quatre établissements publics, soit l’Hôtel de Ville, la Croix-Blanche, le Cheval-Blanc et l’Hôtel des Colombettes. Le Cheval-Blanc, sis dans la ferme Dupasquier, au centre du village, a disparu. Il a été remplacé par l’Hôtel de la Gare.
Les Colombettes, lieu mythique de la célèbre chanson «Le ranz des vaches», se trouve sur le territoire de la commune de Vuadens. Connu pour ses bains dès 1840, l’établissement, propriété alors d’un certain Charles Moret, dont l’épouse avait recouvré la santé grâce à des bains de vapeur aux herbages de montagne, eut un succès grandissant. Puis les bains de lait ou de petit-lait firent leur apparition. Il semblerait que des visiteurs de marque aient défilé dans ce lieu reposant: Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine sont souvent cités, de même que Rossini qui aurait trouvé là son inspiration pour son célèbre « Guillaume Tell ». Seul fait avéré : le 13 août 1887, le journal La Gruyère souhaite une bonne cure au Conseiller fédéral Louis Ruchonnet, chef du département de Justice et Police, qui s’y trouve en villégiature.
Industrie et économie
Au cours de son histoire, l’agriculture a occupé une place importante et, même si le nombre d’expoitations a considérablement diminué, cela perdure puisqu’aujourd’hui ce ne sont pas moins de 3,5 millions de litres de lait qui sont traités par la laiterie qui abrite quelque 4000 meules de fromage, essentiellement du Gruyère. Il s’agit d’un des plus gros producteurs « artisanaux » du canton.
L’artisan traditionnel -forgeron, maréchal-ferrant, charron,… – était fortement dépendant des besoins des agricuteurs. Marginalement, d’autres petits artisanats ont pu se développer, tels une faïencierie au milieu du 18e siècle ou encore le tressage de la paille, entre 1830 et 1910, qui fournissait aux familles un revenu accessoire non négligeable.
Le territoire de la commune de Vuadens compte 28 alpages, tant privés que communaux, situés essentiellement dans la région des Alpettes et de la vallée de la Trême.
Les forêts ont également été une richesse pour Vuadens. Leur superficie avoisine les 435 hectares pour un territoire communal de 1061 hectares. Actuellement elles sont exploitées par un Triage forestier regroupant Vuadens, Vaulruz et Sâles.
En 1914, les Vuadensois ont pu assister à une véritable révolution industrielle avec l’arrivée au centre du village d’une usine qui connaîtra quelques années glorieuses et dont le produit sera mondialement connu ! La nouvelle société fondée s’intitulait « Fabrique suisse des produits au lait Guigoz SA ». Maurice Guigoz avait mis au point la fabrication du lait en poudre qui sera exporté dans plus de 50 pays du globe. Dans les années 70, l’usine occupait plus de 100 employés. Après avoir été reprise par Nestlé, celle-ci a fermé définitivement ses portes en 1990. Actuellement, le site appartient à la société « Atlantis Center » qui a réaménagé les locaux qui sont occupés principalement par des commerçants et artisans.
Depuis les années nonante, une vaste zone industrielle et artisanale s’est développée le long de l’autoroute, à la suite de celle de Bulle, accueillant de nombreuses entreprises telles que Grisoni-Zaugg, Starrag-Bumotec, ARSA, ainsi que plusieurs PME. On y trouve également l’antenne Sud de l’OCN.
Bourgeoisie
En 1849, le nombre des familles bourgeoises résidant à Vuadens était de vingt-sept. Il s’agit des Assey, Chassot, Darchs (Dard), Caille, Déforel, Despond, Dupasquier, Gendre, Genoud, Gillerd, Gobet, Gremaud, Grillard, Jacquet, Mayeux, Moret, Morand, Pache, Pidoux, Progin, Rochettaz, Sardin, Savary, Sudan, Tercier, Vienne, Yenny.
Personnalités vuadensoises :
- Jean-Pierre Tercier (1704-1767), savant polyglotte, il connaissait une dizaine de langues. Il avait ses entrées auprès du roi Louis XV et de la reine;
- Le peintre Sylvestre Pidoux (1800-1871) dont les « poyas » (montées à l’alpage) sont conservées au Musée cantonal de Fribourg et au Musée gruérien, à Bulle;
- Le doyen Jean-Joseph Chenaux (1822-1883) fut l’une des figures marquantes de Vuadens. C’était un prêtre d’une haute stature, mesurant 1,85 m et d’un gros embonpoint, pesant dans les 150 kilos. Il méritait bien le surnom de «petit curé». Homme de science et d’étude, l’abbé était à la fois naturaliste et philologue, folkloriste et écrivain. Il forma un herbier aux proportions considérables qu’il légua à la ville de Bulle ;
- Le savant François Moret (1828-1900) était un passionné des sciences abstraites, des calculs physiques et des mathématiques. Il avait suivi des cours à la Sorbonne et au Collège de France.
Sur le plan politique, au cours de la 2e partie du 20e siècle, Vuadens a eu 4 députés au Grand Conseil : Arnold Dupasquier, Fernand Genoud, Aloys Gremaud, et Sylvestre Moret.
Le village a également eu la chance de voir un de ses ressortissants, Christian Levrat, accéder au Conseil des Etats après avoir été Conseiller national, tout en assumant en parallèle la présidence du Parti Socialiste suisse.
Sources principales:
- « Petit guide historique », édité par la Commune de Vuadens, 1964
- « Vuadens, Mille ans sous la plume et sous presse », de Sylvie Moret Petrini, historienne, édité par la Commune de Vuadens, 2018