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16/05/2015
Entretien avec des libertariens - Marius-Joseph Marchetti (1ère partie)
Bonjour Adrien Faure, tout d'abord, laissez-moi me présenter. Je m'appelle Marius-Joseph Marchetti, j'aurai très prochainement 20 ans et je vis en Corse. Je viens actuellement de finir ma deuxième année en licence de Sciences économiques et je vais très prochainement travailler comme serveur dans un bar durant l'été.
Je me considère comme libertarien et anarcho-capitaliste. Pour autant, je n'adhère à aucun parti libertarien pour le moment. Dans le domaine associatif, je fais partie d'une association qui a pour but de venir en aide aux étudiants en situation de précarité sur le campus.
Mon signe astrologique est Gémeaux. Quant à ma couleur préférée, elle est facilement devinable. Lorsque certaines personnes me cherchent, ils obtiennent comme réponse en général : « Si tu aperçois une tâche bleue au loin, il y a une très forte chance pour que ce soit lui. » Ma couleur préférée est donc naturellement le bleu.
Mes passe-temps quotidiens résident dans la lecture d'ouvrage politiques ou non, et parfois dans l'écriture d'articles dans le but de les voir publiés sur Contrepoints. Je suis également très présent sur Facebook, où j'ai pris l'habitude de converser quotidiennement avec des camarades libéraux et libertariens.
AF. Comment définiriez-vous le libertarianisme ?
MJM. Pour moi, le libertarianisme n’intègre pas de jugement de valeurs. Je m'explique. En somme, le libertarianisme ne prône pas un comportement type. Il en prône, en réalité, une infinité. Le but central du libertarianisme réside dans la liberté et il se fait l'adversaire éthique de l'agression publique comme privée. Le libertarianisme est donc un système de droits de propriété légitimes, protégés de l'usage de toute coercition visant la spoliation générale et la restriction illégitime des individus.
AF. De quel courant du libertarianisme vous sentez-vous le plus proche et pourquoi ?
MJM. Tout d'abord, je dirais qu'étant anarcho-capitaliste, je me disqualifie d'emblée des géo-libertariens car le proviso-lockéen ne me semble guère applicable sans État. Les libéraux-conservateurs ou nationaux-libéraux, comme certains se nomment, me semblent avoir une vision trop angélique de l'État et me semblent être de "faux" conservateurs, au sens qu'en donnait Ayn Rand. Reste les minarchistes qui, admettant l'État minimal, ne me semblent pas aller assez loin dans leur critique (quoique je saurais parfaitement me servir d'un État minimal dans lequel le droit de faire sécession serait garanti et où l'impôt serait volontaire, ce qui reviendrait à instaurer la panarchie). Là vient la difficulté : je ne saurais dire à quelle type de société libre je souhaiterais appartenir en particulier.
D'un point de vue strictement moral, la société à laquelle j'appartiendrais serait probablement conservatrice au sens randien, c'est à dire également très individualiste. Si Ayn Rand avait une vue négative de la drogue, elle condamnait également le matérialisme (dans un sens plus philosophique que ce qu'on pourrait croire), le racisme, qui n'est rien d'autre qu'un collectivisme, la religion et les traditions, regorgeant d'un spiritualisme qui n'est pas sans lui rappeler celui émanant de l'État. Le conservatisme de Ayn Rand, loin d'être holiste, est individualiste est très éloigné du conservatisme "mainstream". En somme, je me considère comme "thick libertarian", c'est à dire qu'il me semble être indispensable de lutter contre les discriminations qui consiste à juger quelqu'un selon son groupe plutôt que simplement comme un individu. Je soulignerais cependant que je rejette toute forme d'intervention de l'État dans ce but.
AF. Selon vous, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?
MJM. Comme dit plus haut, le libertarianisme me semble plus être un projet politique qui vise à instaurer le principe de non-agression, dans le but que chacun puisse suivre sa propre éthique sans être agressé par des criminels et malfrats en tout genre (bien plus souvent publics que privés). C'est pour cela que Ayn Rand, par exemple, qualifiait les libertariens de "hippies de droite", elle-même ne se considérant pas comme libertarienne, mais objectiviste, bien qu'elle avait tout de la libertarienne et considérait Ludwig Von Mises comme l'économiste par excellence représentant l'objectivisme en matière économique. L'objectivisme peut être considéré comme une éthique, puisqu'il introduit des jugements de valeurs, là où le libertarianisme n'est qu'une philosophie politique. Comme disait Murray Rothbard : « Le libéralisme n’offre pas un mode de vie ; il offre la liberté, afin que chaque personne soit libre d’adopter et d’agir selon ses propres valeurs et principes moraux. »
MJM. Je suis devenu libertarien assez récemment, et le chemin parcouru a été assez long, je dois l'admettre. Il a commencé il y a 3 ans, durant les présidentiels, où je me suis découvert l'âme d'un communiste. Je ne le suis resté que quelques mois, avant de simplement devenir un socialiste étatiste. Il se trouve que j'ai eu la malchance (ou la chance) d'avoir un professeur qui avait tout du libéral-conservateur. Sans véritablement donner de définition précise, celui-ci s'évertuait cependant à nous montrer les bienfaits du libéralisme économique là où il était appliqué. Je me mis un beau jour, par la suite, à comparer les programmes politiques de 2012. Et quel choc ! Où était donc le libéralisme décrit par mon professeur, dans les programmes dits "ultra-libéraux" de l'UMP et du PS ? Il n'y en avait pas même l'ombre. Je découvris Contrepoints et la fondation Ifrap par pure miracle en cherchant des articles sur les réformes à prendre pour lutter contre le chômage. Et c'est donc à l'aube de l'été 2013 que je commençais à réduire progressivement les sophismes que j'avais sur les "ultra-libéraux", jusqu'à le devenir moi-même, et jusqu'à me qualifier plus tard de libertarien. Ma conversion plus tard en anarcho-capitaliste est due à un camarade, qui, à force de débat, m'a convaincu du manque de logique dont je faisais preuve.
AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent votre engagement ?
MJM. Il existe 3 personnalités libertariennes, deux malheureusement décédés, et une encore en vie, qui sont des sources d'inspiration. Ils sont respectivement économiste, romancière et politicien :
- Le premier est Murray Rothbard, cet économiste de l'école autrichienne à qui je dois une bonne partie des connaissances que j'ai acquis en la matière. Son Éthique de la liberté m'a également énormément aidé à comprendre à quoi pourrait ressembler une société libre.
- La seconde est Ayn Rand. Ses livres et ses réflexions m'ont permis d'avoir une vision bien plus diversifiée de ce qu'est une société libre, mais également des maux créés dans une société d'esclaves, où l'individu est au fur et à mesure effacé. Qui mieux qu'elle, la rescapée russe, est apte à montrer la catastrophe des sociétés planifiées ?
- Enfin le troisième est Ron Paul. Il est à ce jour le seul politicien qui se soit aussi vigoureusement engagé en faveur de la liberté. Il n'a jamais cessé de voter contre tous les projets dirigistes des Démocrates et des Républicains. Sa préoccupation première n'a toujours été que d'essayer de mettre en garde la population des méfaits de cet État Omnipotent qui gangrène aujourd'hui l'Amérique. Je suis un peu plus sceptique quant à son fils Rand Paul.
AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à vos yeux ?
MJM. Les 3 valeurs qui me semblent être importantes à ce jour sont le respect, la tolérance et la générosité.
AF. Votre livre libertarien préféré ?
MJM. Je ne saurais dire quel est mon livre libertarien préféré. À défaut, j'en donnerais deux qui m'ont particulièrement touché dans mon exploration du libertarianisme : L'Éthique de la Liberté de Murray Rothbard et Capitalism : The Unknown Ideal de Ayn Rand.
AF. Votre citation libertarienne préférée ?
MJM. Ma citation préférée est de Ayn Rand. Elle est tirée de son Capitalism : The Unknown Ideal :
« La plus petite minorité sur Terre est l’individu. Ceux qui nient les droits individuels ne peuvent pas prétendre être des défenseurs des minorités. »