Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06982.jsonl.gz/433

A la Foire internationale du livre de Turin, la Suisse a organisé une table ronde à propos du Rapport Bergier. Une «leçon de courage» pour les Italiens.Ce contenu a été publié le 19 mai 2002 - 17:50
Le débat organisé par l'Université de la Suisse italienne comportait, outre le professeur Jean-François Bergier, l'écrivain Adolf Muschg, l'une des consciences critiques de la Suisse, et Adriano Prosperi, professeur d'histoire moderne à l'Université de Pise.
Il y avait aussi le juriste et conseiller national Fulvio Pelli, qui avait suivi de près le débat sur les biens en déshérence des victimes de l'holocauste, ainsi que Gian Enrico Rusconi, professeur de sciences politiques à l'Université de Turin. Ce dernier s'est livré à une longue réflexion sur la mémoire et l'identité en Allemagne et en Italie.
Maturité et solidarité de la démocratie suisse
Le professeur Rusconi a souligné à quel point le Rapport Bergier avait comblé une lacune dans l'histoire de la Suisse, mais aussi de l'Europe entière. «La question des relations avec l'Allemagne nazie ne concerne pas seulement la Confédération, mais toutes les nations qui entretenaient à l'époque des relations pseudo-neutres, ou d'allégeance comme Vichy.»
L'importance de la contribution suisse à ce processus de prise de conscience a également été relevé par le professeur Prosperi. «Le rapport final est une lecture extraordinaire pour tous. C'est un cas unique de répondre à une question morale par l'histoire», s'est exclamé Adriano Prosperi.
L'histoire qui reste
«Les progrès de cette histoire difficile ont pu être réalisés à coups de commissions» créées par le parlement, selon Jean-François Bergier. D'autre part, l'élaboration du rapport final a été rendue possible par le fait que le gouvernement fédéral est collégial, consensuel et en raison des particularités de la démocratie helvétique. C'est ce qu'a souligné le député Fulvio Pelli, auquel incombait la tâche délicate d'expliquer au public le système politique suisse.
Adolf Muschg, lui, s'est montré l'orateur le plus virulent: «L'Europe sous Hitler fut la première Europe unie, depuis Napoléon et même depuis Charlemagne, une Europe unie par la violence, mais unie», a souligné l'écrivain, non sans provocation. Et d'ajouter: «Il serait donc intéressant de pouvoir confronter le rôle des autre nations dans la naissance et la montée du national-socialisme».
Jusqu'ici, chaque Etat a fait ce travail de mémoire par rapport au nazisme en fonction de sa spécificité: l'Italie par rapport à la guerre civile, la France par rapport à Vichy. Mais n'y a-t-il pas des éléments communs, européens, dans ce travail?
Le défi des chercheurs est justement de découvrir ces éléments communs, a estimé Gian Enrico Rusconi. Et l'historien de tirer un parallèle entre l'usage ambigu de la neutralité par la Suisse («business as usual») et le fait que l'économie du nord de l'Italie a été florissante pendant le nazisme.
Et si l'Europe entrait dans la Suisse?
C'est la formule utilisée par Adriano Prosperi. Si l'opinion publique helvétique a été très marquée par l'effet de l'affaire des biens en déshérence sur le système bancaire, ce qui a été fait en Italie pour régler les comptes avec le passé est décevant, estime l'historien italien.
Andriano Prosperi a rappelé en particulier le refus de l'Eglise catholique d'autoriser la consultation des archives du Vatican. «L'opinion publique italienne devrait être tout aussi secouée par les soupçons qui pèsent depuis au moins un demi-siècle sur le pape Pie XII.» Et l'historien d'émettre le vœu que l'Europe entre dans la Suisse, au moins en ce qui concerne la tentative de réconciliation de la mémoire avec l'histoire.
swissinfo/Raffaella Rossello à Turin
En conformité avec les normes du JTI