Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07041.jsonl.gz/322

Intention
Ce dossier va nous faire voyager au travers d'au moins 5000 ans d'histoire de l'humanité.
Nous allons survoler ici les différents systèmes économiques que les humains ont utilisés pour "faire société". (La "monnaie" n'étant qu'un "système économique" parmi d'autres. On y reviendra.)
Le but de ce document n'est pas d'être exhaustif sur les systèmes utilisés à une époque ou une autre. Mais plutôt de faire émerger les points saillants, les grandes tendances, les paramètres récurrents et leurs conséquences.
Ce document a pour but de monter la dynamique des systèmes économiques au travers de l'Histoire et de pouvoir en tirer des leçons.
Ces enseignements pourront servir à créer un système économique adapté à notre époque au service des humains et du vivant.
Résumé
Après le « don dans une communauté de confiance » les humains s’organisent en états agraires sous forme de "maisonnée" (oikos en grec) (Notamment à Sumer et en Égypte). L’écriture y est inventée comme moyen de comptabilité pour le contrôle et la distribution de la production. Cette écriture permet de créer de la «monnaie scripturale » soit des reconnaissances de dettes entre individus. On y retrouve déjà le prêt à intérêt, parfois l’esclavage pour dette et la notion de «jubilé», l’annulation de toutes les dettes.
Ces états agraires utilisent des unités de comptes sous forme de métaux, étoffes, céréales (aussi bière, et pains) et des huiles, reliées par un barème. Les moyens de paiement sont divers et variés.
Le grand chamboulement est l’arrivée des pièces de monnaie qui permet à une élite de vivre sur le dos des autres en imposant son jeton par l’impôt. Ce système a plusieurs effets secondaires : la création de l’économie de marché, l’amélioration perpétuelle de la technique au service de la guerre, la course à la croissance et l’expansionnisme jusqu’à créer des grands empires.
Après l’effondrement de ces derniers, comme l’empire romain, on retrouve un système économique basé sur des unités des comptes (anciennes monnaies romaines) et des moyens de paiement variés. Le bâton de comptage est également un système très utilisé pour enregistrer des dettes. Il est très méconnu de nos jours et pourtant officiel jusqu’en 2016 en France !
Au Moyen Âge se développe la finance. Venise invente les bons du trésor pour financer à l’avance des conquêtes et des colonisations. Les exemples des croisades et de la conquête des Amériques nous montrent que la dette à plusieurs niveaux est un puissant moteur de mise en esclavage de peuples entiers.
L’arrivée du protestantisme va permettre d’autoriser le développement du système bancaire. C’est la naissance des banques centrales. Des banques généralement créées par un accord issu d’une relation de dette entre des monarques et des marchands. Au fil du temps ces organismes obtiennent le monopole d’émission de billet de banque.
Puis c’est la révolution industrielle qui voit se développer une nouvelle forme de banque, la banque commerciale qui fait des crédits. Ce genre de banque est nécessaire pour développer l’industrie lourde comme le chemin de fer par exemple.
De nos jours, à l’ère de l’information, ce sont les cryptomonnaies qui commencent à émerger. Ça paraît neuf, car le média est récent, mais le code monétaire est très semblable à ce qui se faisait déjà 2700 ans plus tôt mais dans un contexte différent.
Au passage nous observerons différentes expériences de code monétaires différents, le crédit mutuel, la monnaie fondante, le chartalisme, les Monnaies Locales Complémentaires, les monnaies de guerre utiles pour gagner une révolution mais catastrophiques sur le long terme.
Glossaire autour de la "monnaie"
Les mots sont des boutons pour accéder à des idées. Mais parfois le câblage entre le bouton et l’idée change d’une personne à une autre !
Pour être au clair sur le vocabulaire utilisé ici, un glossaire sur les termes liés à la monnaie a été dressé. Ainsi le jargon autour de la monnaie n'aura plus de secrets pour toi.... peut être que tu peux aller y jeter un oeil pour connaitre la différence entre ce que j'appelle "la monnaie" et c'est qu'est un "système économique".
Chronologie des systèmes économiques
Afin d'avoir une vision globale des systèmes économiques utilisés dans le temps, voici une chronologie de l'invention des principaux systèmes connus et de faits marquants l'histoire de ceux-ci.
Cette vision globale de la chronologie sera ensuite complétée dans ce document par une description plus détaillée des systèmes économiques. Nous détaillerons aussi les facteurs dynamiques qui ont fait émerger ou disparaitre l'un ou l'autre des systèmes à un moment donné.
Cette chronologie marque surtout les inventions de systèmes et apparitions de comportements. Mais rarement leur fin. Car contrairement à une idée répandue, quand on parle de faire une "transition" d'un système à un autre, l'ancien système disparait rarement, il devient juste moins (ou plus du tout) dominant. Ainsi on ne fait qu'empiler des systèmes les uns sur les autres, on les utilise en parallèle.
Donc nous voilà dans des temps reculés immémoriaux. Les humains apparaissent. Ils ont des besoins et des envies. Ils sont entourés de ressources. Comment est-ce que les humains s'organisent pour gérer leurs ressources dans leur communauté ?
C'est là que commence la chronologie des "systèmes économiques" (= règles de la maison)
- Le "don dans une communauté de confiance" semble le système qui émerge naturellement chez les humains pour organiser leur économie. On donne aux autres, à la communauté quand on a, et on reçoit des autres de la communauté. (quand on est dans le besoin ou pas !)
Ce système est toujours très largement utilisé avec sa famille et ses amis.
Ce qui se cache derrière le mot "don" peut être très différent. Ça peut être du don gratuit, inconditionnel, pour se faire plaisir à soi, tout comme un don calculé pour entretenir un lien de communauté, pour s'assurer de recevoir en cas de besoin.
Chaque personne est différente, chaque situation est différente. Un don peut être fait sur un plan matériel et être équilibré sur un plan immatériel. Il est donc très difficile de généraliser un principe.
Il y a également un taux d'oubli qui est généralement associé au système économique du don. Chaque individu garde en mémoire un certain nombre de transferts. Il peut ainsi identifier les abuseurs de la communauté. Ceux qui reçoivent de la communauté mais ne contribuent jamais. Le taux d'oubli est différent d'un individu à l'autre. Il y a des gens "qui s'en fiche" et vivent dans le moment présent et d'autres qui sont rancunier et gardent longtemps en mémoire les mauvaises expériences vécues.
Ainsi on observe que l'individu, ses croyances, ses valeurs, sa vision du monde vont avoir une grande influence sur ce système économique. Dans la même situation, avec des individus différents, on aura une expérience différente.
Pour représenter l'étendue des possibles on va dessiner un axe de gradation partant de la peur (de manquer) et allant jusqu'à la confiance totale (en la Vie). On va placer la réciprocité du "don" sur cet axe avec des délais de retour. Le délai de retour est nul, il est immédiat quand la confiance est nulle et que la peur est à son maximum. Là on est dans le troc, dans l'échange simultané immédiat. Je te donne tu me donnes.
A l'opposé on a un délai de retour infini quand la personne est dans une confiance totale dans la Vie. Elle pratique le don inconditionnel et n'attend rien en retour.
Entre les deux, il y a un énorme champ des possibles. Il y a par exemple le cadeau. Je donne, mais en ayant en tête que l'autre va aussi me donner. C'est le cas des cadeaux d'anniversaire et de Noël. On fait un cadeau par ce que l'on sait qu'on en aura aussi.
Un autre exemple, c'est de donner quand on a à ceux qui sont dans le besoin, pour se créer une sorte d'assurance de recevoir de ces gens là quand on sera soi-même dans le besoin. Cette vision peut être très matérialiste ou se compenser sur un plan spirituel. De nombreuses religions ont instauré l'aumône aux pauvres avec une récompense dans l'au delà en compensation.
Celui qui est dans la peur du manque aura tendance à faire de la comptabilité, à comptabiliser ce qu'il donne et à le faire enregistrer publiquement pour éviter le risque de se faire passer pour un abuseur et donc de se faire exclure de la communauté. (la sanction la plus courante)
- Quand la communauté grandit et que la confiance diminue, on mémorise les transferts, notamment par l'écriture ou d'autres moyens comme les encoches sur bâton de comptage ou jeton d'argile, ainsi que des nœuds sur des cordes (quipu).
- ~4100–3300 av. J.-C. Durant la Période d'Uruk en Mésopotamie se développe un système de comptabilité sophistiqué. Depuis plusieurs millénaires il existe déjà des "figurines jetons de comptage" et des sceaux simples pour cacheter des récipients. A cette période l'organisation de la société se complexifie et s'étend. Un nouvel outil de comptabilité est créé, la bulle enveloppe de calculi scellée par un sceau-cylindre.
Les calculi sont des figurines d'argile normalisées symbolisant des quantités de marchandise. Pour éviter une falsification de la comptabilité, et/ou sécuriser un transport de marchandises, on enferme les calculi dans une enveloppe d'argile cachetée.
- Vers -3000: Fin de la période Uruk: Les cités-États sumériennes sont organisées selon une organisation domaniale autour de la "maisonnée" (É en sumérien) (équivalent de l'oikos grec, ou de la domus romaine) Il y a une élite sociale qui gouverne des maisonnées (les temples en sont aussi) et qui organise une administration de production, de stockage et de redistribution de la production vers le reste de la population qui participe à tout ce système. Le terme "d'économie palatiale" est aussi utilisé en référence au palais de Cnossos au centre du système économique minoen.
- Vers – 3300 l'écriture sur tablette d'argile apparait à Sumer (Suse) et remplace les calculis pour la comptabilité. (On préfère dessiner les calculi en 2D que de les façonner en 3D) (on trouve aussi des tablettes d'argile pour la comptabilité chez les Minoens. )
- Les "employés" sumériens sont "payés" par des distributions de rations de nourriture, surtout des rations de céréales. (ou de céréales transformées en bière...)
Voici un document qui dresse une liste de traduction de dizaines de tablettes shubati (qui signifie "reçu"). De nombreux responsables administratifs viennent dans les entrepôts des temples chercher des rations pour leur équipe.
- vers -3300 à Abydos en Egypte, premiers hiéroglyphes "chiffre" sur des étiquettes en ivoire servant à des inventaires de stock.
- Vers -2900 à Sumer Le concept de l'enveloppe d'argile utilisée dans les "bulle enveloppe de calculi" est conservé pour sécuriser les tablettes d'argile. Il est ainsi possible de sécuriser des contrats. Ce qui ouvre d'énormes possibilités, notamment la monnaie scripturale.
- Il est souvent évoqué dans les médias que les sumériens avaient un "salaire en bière". Mais il n'est pas certain que le paiement d'un salaire se fasse toujours en nature. Un "employé" peut très bien recevoir un contrat enveloppe d'argile qui lui permet d'obtenir plus tard d'autres biens équivalents au même montant. Ainsi le grain de céréale devient une unité de compte.
- ~ -2500 en Égypte. Contrat d'achat d'une maison à Giza pour un prix de 10 shât. (stèle borne JE 42787) On sait ainsi qu'il existe une unité de mesure de moyen de paiement. Ces moyens de paiements sont très divers, la maison est payée avec 2 tissus valant chacun 3 shât et un lit valant 4 shât. C'est une monnaie scripturale qui peut être payée en nature ou non. [A. Testart aux origines de la monnaie, 2001] Plus tard le deben supplante le shât comme unité de poids.
- ~ -2500 chez les Sumériens, il était courant de voir des administrateurs et riches consentir aux paysans en difficultés financières des prêts garantis par un nantissement. (grain, moutons, chèvres, meubles, champs maison, membres de la famille... et emprunteur lui-même) Ainsi il n'est pas rare de voir de nombreux paysans se retrouver en esclavage pour dette (Péonage) chez leur créancier suite à une mauvaise récolte. (contrairement à l'Égypte où l'esclavage privé n'existait pas ! Probablement de par le fait que l'État était propriétaire des moyens de production et employeur principal dans une société très hiérarchisée. On utilise le terme d'"économie palatiale" depuis l'étude du palais de Knossos et du système économique minoen.)
Graeber nous dit que plus il y a de dettes, plus il y a des gens qui fuient les États pour devenir nomades. James C. Scott confirme dans son livre "Homo domesticus" qu'il y a toujours une relation amour-haine entre les sédentaires et nomades. La grande muraille de Chine a autant été construite pour empêcher les nomades d'entrer que pour empêcher les dissidents de sortir.
Il précise qu'il y a un proverbe berbère qui résume tout: "Les razzias sont notre agriculture". Donc si il y a trop de nomades pilleurs, c'est un problème.
Il y a deux solutions à ce problème. Payer un tribut aux nomades pour ne pas qu'ils attaquent (solution pratiquée longtemps par les chinois qui nourrissaient les nomades Mongol.) ou s'assurer que sa propre population préfère rester sédentaire.
- -2450 le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première libération de dette connue de l’histoire. [ama-ar-gi] = "retour à la mère", "retour à l'origine" souvent traduit par "liberté". C'est l’équivalent du jubilé dont on parle dans la Bible (Lévitique 25.8-22) Les esclaves pour dette (les péons) peuvent retourner dans leur famille. (dans la Bible il est dit "clan")
Ce rééquilibrage évite la tentation de devenir nomade pilleur d'État. C'est une fonction de régulation plutôt qu'un geste altruiste.
- - 2300 Plus ancienne trace de contrat sumérien mentionnant une unité de compte en sicle (shekel) d'argent. Il y a 2 unités de compte de base en Mésopotamie: l'argent et le grain d'orge.
L'argent se compte en unité de poids: le grain ŠE, le sicle GÍN (qui signifie "peser") ou la mine MA.NA. (qui signifie "compter")
L'orge se compte en unité de volume: le SILÀ ou le GUR
- ~ -2000 en Egypte. Pendant le moyen empire (-2033 à -1786) Le Deben est une unité de mesure de poids. Il existe des pierres polies servant d'étalon de poids, garantie avec le cartouche de Pharaon gravé dessus.
1 deben ≈ 91g (1 deben d'or = 12 shât → 1 shât = 7.6g)
Cette unité de poids est utilisée pour mesurer la quantité de 4 types de marchandises faisant aussi office d'unité de mesure de moyen de paiement:
- des métaux (or, argent, cuivre)
- des étoffe (lin)
- des céréales (orge, blé amidonnier, pains, bière)
- de l'huile
Chaque type a ses propres subdivisions. Il y a un barème d'équivalence de valeur entre les différents produits. On a ainsi un système global et souple d'évaluation de valeur d'un objet ou d'un contrat.
Les rémunérations sont faites en nature ou par virement de monnaie scripturale. Ceci est prouvé par des papyrus (Reisner 1 et Berlin 10005) qui dans les extrêmes nous montrent des salaires de 21kg de pain par jour par personne ou 1/18 de pain par personne par jour. Ce qui n'a aucun sens en nature. Mais oui en monnaie scripturale !
- - 1750 le code d'Hammurabi règlemente la vie à Babylone. On y apprend notamment les salaires minimaux de quelques professions (noté en unité de compte de poids d'argent et/ou de volume de grain), les limites de l'application d'intérêt, et aussi que le péonage, l'esclavage pour dette est limité à 3 ans.
- - 1600 sous la dynastie Shang en Chine (-1600 à -1046) et la dynastie Zhou (-800 à -300), en plus des céréales et des tissus, les cauris 贝 sont utilisés comme monnaie, ou du moins comme unité de compte. Les cauris sont de petits coquillages qu'on trouve dans l'océan indien, particulièrement aux Maldives. Les marchands arabes les ont répandus en Afrique depuis le Xème siècle. (et il parait que c'est toujours occasionnellement utilisé ?)
- ~ -1500 pendant le nouvel empire en Égypte. (-1500 à -1000), le deben est réévalué en référence aux unités utilisées à Babylone.
1 deben d'argent = 1/2 deben d'or.
(Deben signifie "anneau" ce qui fait penser à certains auteurs que ce sont des monnaies "jeton de valeur" anneau. Mais on n'a jamais trouvé de tels anneaux. Il est nettement plus probable que le deben n'est qu'une unité de compte. )
- ~ Basse époque égyptienne (-750 à -332) bien que les échanges courants se fassent en monnaie céréales (grain), des lingots de métaux commencent à circuler pour le commerce international. Les temples se chargent de garantir la pureté des lingots. (Temples: Harsaphès à Thèbes et de Ptah à Memphis.)
- La version de "l'histoire de la monnaie" qu'on trouve dans les manuels d'économie commence souvent ici sans parler des systèmes économiques précédents. En substance le discours est "Tout commence avec le Troc, mais comme ça ne marche pas bien, on s'est mis à utiliser de la monnaie". La Banque Nationale Suisse a fait tout une communication illustrée sur ce thème. Cette version de l'histoire est controversée par les anthropologues qui cherchent encore la civilisation dans laquelle le troc a pu faire système. Le don dans une communauté est plus efficace et simple et existe encore. Le troc n'existe marginalement que lors d'échanges entre des gens qui ne se font pas confiance. (des étrangers, des ennemis, etc..) Le troc vu par les économistes est surtout un mythe fondateur pour émanciper "l'économie marchande" comme discipline à part entière. [Servet 2001]
- Vers -700 à -600 apparition simultanée de monnaie métallique en Grèce (frappée), en Inde (poinçonnée), en Chine (coulée).
- Vers – 700 en Chine, les premières pièces de monnaie métallique apparaissent. (錢 en chinois) (mais en forme de bèche 布幣 et médaille... Ce n'est qu'en -350 que les pièces rondes apparaissent.)
(Avant il existe aussi de nombreuses formes de monnaie similaires, mais sous forme de couteaux, de haches, de coquillages cauris, de carapaces de tortues, etc…)
- Vers -600 en Lydie (Turquie actuelle, mais civilisation grecque à l’époque) la monnaie métallique apparait. L’exemple le plus connu, c’est le roi Crésus qui frappait des pièces de monnaie avec de l’alliage électrum trouvé dans la rivière Pactole.
- Vers – 600 av. J.-C, en Grèce, apparaissent les marchés. (et donc l'économie de marché) → Ce qui s’explique par la création de la monnaie et de l’impôt qui impose l’utilisation de la monnaie. Le gens ont besoin de vendre pour gagner de la monnaie afin de payer les impôts.
- Vers - 600 av J.C Les Étrusques utilisent des blocs de bronze brut comme unité de compte. C'est l'æs rude (bronze brut coulé). Ces blocs sont utilisés comme réserve de valeur et produits par qui veut.
- -525 l'Empire Perse achéménides prend le contrôle de l'Égypte. Il utilise le principe des pièces de monnaie que l'Égypte n'a pas.
- - 480 Au moins Cent cités grecques qui frappent de la monnaie, alors que les grandes nations commerçantes de la méditerranées (les Phéniciens) n'utilisent pas les pièces. (p.493 Dette 5000 ans d'Histoire)
- - 450 Les temples bouddhistes inventent un nouveau type d’offrande divine.
→ La donation perpétuelle
→ Une personne fait don d’une richesse et le temple vit des intérêts de ce don (~15%). Sans jamais toucher au principal.
- - 413: 10 000 esclaves s'échappent des mines d’argent du Laurion en Grèce. On estime qu’il y en avait 20 000 selon Thucydide, dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, VII, 27. Ça montre l'ampleur du système: frappe de monnaie + impôt + esclave.
- Vers - 400 Les Romains s'inspirent des æs rude étrusques pour normaliser ces lingots de bronze et les créer de façon centralisée. C'est l'æs signatum. Le moule représente souvent un bœuf. Marque qui montre que l'unité de compte traditionnel était la tête de bétail. Ici elle se transpose dans un bloc de bronze. Cette nouvelle unité de compte, l'As, était utilisée par les censeurs pour recenser la population romaine, mais aussi pour les condamnations à des "peines pécuniaires". Ce mot vient de "pecus", le bétail. Tandis que le mot "capital" vient de la tête (de bétail). (et le "cheptel" est un contrat de garde de bêtes qui donne droit à une production sans toucher au "capital" donc aux têtes de bétail.) Au Vème siècle un bœuf représentait 1000 AS et un mouton 10 AS.
- -362 L'auteur grec Xénophon publie son livre L’Économique « L'art et la manière de bien gérer un grand domaine agricole ». Un Oikos étant une "maisonnée", un ensemble de biens et d'humains (esclaves compris) rattaché à un lieu d'habitation et de production.
→ le mot "éco-nomie" a pour origine οἶκος, oîkos → maison(née) et νόμος, nómos → "loi", "règles".
→ le mot "éco-nomie" signifie donc "les règles de la maison".
(on retrouve le concept de maisonnée avec le "É" sumérien et la Domus romaine)
- - 331 Alexandre le Grand conquiert l'Égypte. Après les Perses, c'est le 2ème empire qui impose ses pièces de monnaie en Égypte. Ceci achève l'ancien système de monnaie scripturale.
- -331 Alexandre le Grand conquiert Babylone et amène les pièces de monnaie en Mésopotamie, ce qui fait également disparaitre l'ancien système.
- vers - 300 en Inde, dans le traité de politique, d'économie et de stratégie militaire Arthashâstra l'outil de paiement Ādesha , une lettre de change est mentionné. Littéralement Ādeśa signifie "ordre". C'est donc un ordre de paiement qui permet d'envoyer une paiement d'une personne à une autre via une banque. Dans ce traité Arthashâstra (disponible ici en anglais) on découvre également ce que pensent les dirigeants des débuts de l'empire Maurya des orfèvres "banquiers". Il est dit qu'en cas de besoin de renflouer le trésor, le souverain peut lever un impôt. Il y a les tarifs indiqués pour chaque catégorie de métiers. "On mettra la main sur tout ce que possèdent les orfèvres; et aucune de leurs offenses ne sera pardonnée; car ils exercent leur commerce frauduleux tout en prétendant être en même temps honnêtes et innocents. » (Livre V, chap. 2) traduction automatique."
- - 289 L'Æs grave remplace l'æs signatum. On normalise encore plus les lingots de bronze. Les têtes de bétails disparaissent au profit de la double tête de Janus. On coule des pièces rondes avec un poids précis d'une livre romaine (324g)
- -269 av. J.-C un atelier monétaire est créé à Rome sur la colline du Capitole à côté du temple de la déesse Junon Moneta. → C’est là l’origine du mot « Monnaie » . On y frappait des "Deniers" (denarius), une pièce en argent.
- avant -242, le chapitre "jin bu lu" traduit par "Règlement concernant [les monnaies] métalliques et en tissu" du livre chinois des "18 règlements de Qin" donne des renseignements sur les pratiques monétaires du royaume. Notamment: la valeur de la pièce de monnaie ne dépend pas de sa qualité, bonne ou mauvaise, et que le tri est un délit. On a donc là une monnaie fiduciaire.
- - 118 L'empereur chinois Han Wudi crée le Wu Zhu 五銖 (litt: "cinq Zhu") une pièce de monnaie en bronze de 3.25g. Ce type de pièce sera produit pendant 7 siècles. Cette création met fin à une période instable d'alternance d'interdiction et de concurrence entre les ateliers de fabrication de monnaie privés ou publiques.
- - 81 Dispute sur le sel et le fer (鹽鐵論 Yán Tiě Lùn): un grand débat d'érudit à la cour impériale de Chine sur le rôle et la politique de l'Etat. Notamment sur l'impôt et la monnaie. La monnaie est un monopole d'Etat. (En -25 beaucoup de règles se sont assouplies mais pas le monopole d'Etat sur la monnaie.)
- ~30 "Rendez à César ce qui lui appartient" réponse de Jésus aux Pharisiens qui lui demandent si il est conforme à la loi de payer l'impôt romain.
- 220 La dynastie chinoise Han prend fin. Depuis la création de la pièce de monnaie Wu Zhu en bronze, le cuivre est de plus en plus utilisé dans l'artisanat et immobilisé dans les tombes. Il devient rare et ainsi la valeur intrinsèque de la pièce Wu Zhu augmente beaucoup et devient un objet de thésaurisation au lieu de circuler. La fin de la dynastie Han est l'occasion pour rééquilibrer la valeur. Les pièces de monnaie sont coupées en deux, mais chacune des deux parties garde la même valeur. On double ainsi la masse monétaire. (Ça ressemble pas mal à la monnaie locale "le demi" qu'on trouve de nos jours en Gaspésie)
- 294 Réforme du système monétaire par l'empereur Romain Dioclétien. Création d'un système tri-métallique. Or, argent, bronze. Mais l'inflation continue.
- 310 L'empereur Romain Constantin Ier crée le solidus. Une pièce de 4,5g d'or fin. Cette quantité va changer au cours du temps. Mais le solidus est solide ! Il sera utilisé jusqu'au XIème siècle à Byzance et sera l'ancêtre du "sou". (solidus.. sol... sou...) Le solidus est surtout la nouvelle unité de compte de l'Empire romain et perdurera bien au-delà comme unité de compte.
→ Les "soldats" sont "ceux qui reçoivent une solde", le mot "solde" venant du solidus. La "solde" est le "salaire" des soldats. Le mot "salaire", vient de "salarium" la partie de la solde des légionnaires romains payée en sel (sal en latin)
- 465 En Chine, un édit donne le droit à tout à chacun de créer des pièces de monnaie (des Wu Zhu). Le marché est alors inondé de pièces minuscules produites à la va-vite et d'une qualité atroce. Le pièces flottent sur l'eau et se plient avec les doigts. Il faut 10 000 pièces pour acheter un boisseau de riz. Plus personne ne prend le temps de compter les pièces. On paie par poignées de pièce.
- 476 effondrement de l’empire romain d'occident → les campagnes vivent nettement mieux → Elles ne doivent plus nourrir les villes !
- 621 L'empereur chinois Tang Gaozu crée la pièce Kai Yuan Tong Bao 開元通寶 qui remplace le Wu Zhu 五銖. Cette pièce sera utilisée pendant 3 siècles. Le poids de métal est abandonné. On utilise un alliage pour diminuer la quantité de cuivre. C'est une monnaie fiduciaire. L'État détient le monopole d'extraction du cuivre et de création monétaire.
- 781 Réforme monétaire de Charlemagne. La frappe de monnaie devient un monopole royal. La livre d'argent (409 g) devient l'unité de compte de l'empire carolingien. 1 livre = 20 sol (sou) et 1 sou = 12 deniers. (donc on peut faire 240 deniers avec une livre d'argent... et c'est ce qui était fait !) Seul le denier existait vraiment sous forme de pièces.
→ la plupart des paiements ne se font pas en monnaie, mais en nature. Des fouilles archéologiques à Rome ont prouvées qu'entre le VIIIème et le XIème siècles les pièces étaient quasi absentes malgré des échanges abondants.
(En Galice, au XIe siècle, les hautes valeurs sont exprimées en sous, les valeurs médianes en muids de grain, les petites valeurs en bétail.)
- 806 Invention du papier monnaie dans un temple bouddhiste en Chine. (Selon Dette 5000 ans d’histoire de David Graeber) (aussi mentionné ici..)
- 960 Premier billet de banque le Jiaozi 交子 (litt: "change") par la dynastie Song du nord en Chine. (Une première expérience de monnaie papier a eu lieu plus tôt sous le règne de l'empereur Tang Wuzong (841 — 846). Elle s'appelait la "monnaie volante" mais ce papier n'avais pas cours légal.)
- ~ 1080 La découverte de nouvelles mines de cuivre en Chine permet de relancer la production de pièces de monnaie en alliage cuivre, plomb étain. Il y a 6 milliards de pièces qui sont produites par année par 17 ateliers monétaires.
- 1100 En Angleterre, sous le règne du roi Henri 1er, les bâtons de comptage sont acceptés comme moyen de paiement pour les impôts royaux. Le système était largement répandu. Les dettes sont soldées durant les foires. (Comme celle de St Giles à Winchester ou les foires de Champagne.)
- En France Le mot "taille" est le nom d’une forme d’impôt direct sur bâton de comptage. (en anglais Tallage)
- Xème siècle (et suivants..) Chez les Iroquois, il y a un système de répartition de la production. C’est une maison longue, qui est une sorte d'immeuble collectif mais aussi entrepôt. Tout ce qui est produit en surplus est déposé là.
→ les femmes se chargent de répartir les biens. (ref: Ralph Hawtrey (1935, p. 2-3, cité in Einzig 1949, p. 375))
- XIIème siècle dans le monde musulman du califat abbasside, les riches marchands mettent en banque leur fortune et achète tout à crédit à l’aide de reconnaissances de dettes tirables à la banque indiquée. → Sakk → d’où vient le mot « chèque ».
- XIIème siècle. Les ordres religieux et militaires (templiers, hospitaliers, teutoniques, calatrava, alcantara, santiago, aviz...) couvrent la route des pèlerinages d'un réseau de prieurés. Les voyageurs, pèlerins puis commerçants peuvent y déposer du numéraire et font valoir auprès des autres prieurés leurs reçus ou lettres de change. Ce système contribue à la prospérité des Templiers et conduit à leur dissolution (et massacre) en 1312.
- XIIème siècle à Venise. Invention des bons municipaux pour financer la guerre → C’est un emprunt obligatoire en avance de l’Etat sur ses citoyens (comme un impôt en avance) qui est rémunéré à 5%. C'est l'ancêtre des "bons du trésor", "dette d'État". Les citoyens vénitiens détiennent des titres mais sans échéance. Ainsi personne ne sait s'ils seront vraiment remboursés et tout un marché spéculatif se met en place autour des bons municipaux. Leur valeur oscille au gré des victoires ou revers militaires de l'État vénitien.
- 1202 La 4ème Croisade part pour reprendre la Terre sainte aux musulmans. Les croisés de toute l'Europe se réunissent à Venise pour le départ en bateau. Venise étant l'armateur de l'expédition maritime. Le prix convenu était de 85 000 marcs d'argent. Les croisés étant moins que prévus, seuls 51 000 marcs ont pu être réunis. Le doge Dandolo refuse donc de laisser partir les navires. Un arrangement est trouvé. La dette est reportée (pas annulée!) en échange de la reprise du port de Zara en Dalmatie.
→ La croisade part, la ville de Zara conquise. Ce qui indigne le pape qui excommunie les croisés et les Vénitiens. La croisade continue son chemin et pour des raisons non encore clairement élucidées (mais dont le facteur de la dette n'est peut-être pas à négliger) est détournée et va mettre à siège et conquérir Constantinople.
- ~1180 à ~1240 Dans une période d'une soixantaine d'années, c'est environ la moitié des cathédrales de France qui ont été érigées. (du moins la base) Ce "temps des cathédrales" est expliqué par prospérité de l'économie et des finances royales, et l'appui fort de souverains comme Philippe-Auguste, Louis VIII et Saint Louis. Pour Bernard Lietaer cette prospérité est due à de multiples monnaies fondantes et un investissement dans la pierre.
- 1223 Le roi de France Louis VIII interdit l'usure aux juifs et ainsi annule certaines créances.
- 1250 Le concept de « personne morale » a été créée dans le droit canon par le pape Innocent IV → "persona ficta" . Avec l'assurance, la personne morale est une des bases du capitalisme.
→ les monastères (surtout cisterciens), les universités, les églises, les municipalités et les corporations et compagnies deviennent des personnes morales et peuvent acquérir des biens et terrains pour elles-mêmes.
- 1250 A Toulouse les moulins de Bazacles sont la première société anonyme par actions. Les meuniers s'associent pour obtenir les capitaux nécessaires à la construction de barrage. Des actes notariés anonymes attestent des placements. La société est constituée de 96 Uchaux. Ils sont rapidement acquis par la bourgeoisie de Toulouse qui voit là un bon placement.
- 1266 Le Roi de France Saint Louis créé le Gros tournois d'argent et l'écu d'or, et interdit aux féodaux de battre monnaie. (Une étape de la guerre entre seigneurs pour le contrôle de la monnaie.)
- 1271 La dynastie Mongol Yuan est officiellement créée en Chine (après une occupation depuis 1234). Les anciens papiers monnaie de la dynastie Jin sont abandonnés car il ne valent plus rien après deux hyperinflations (1214 et ~1230) dues au financement de la guerre contre les Mongols (guerre perdue !). Dans un premier temps les Mongols utilisent les pièces de bronze en circulation, puis c'est le papier monnaie Jiaochao 交钞 qui est privilégié, les pièces de monnaie tombent en désuétude.
- 1282 Venise créé le ducat d'or.
- 1322 La "nation" Vénitienne est crée à Bruges. Une "nation" est une association de marchands étrangers établie dans des maisons de la place "Ter Buerse" qui doit son nom à l'auberge tenue pendant 5 générations par la famille Van der Buerse.
C'est l'origine du nom de la "bourse".
Sur cette place (et au début dans l'auberge) les marchands de toute l'Europe se réunissaient pour négocier leurs marchandises et de fait établir la cotations des prix des marchandises et les taux de changes entre les différentes monnaies.
Ce sont les italiens, (vénitiens, génois, lombards) qui ont créé ces pratiques et se sont rassemblés à Bruges sur le déclins de foires de Champagnes, afin d'être plus proche des marchés du nord de l'Europe. La bourse de Bruges s'est véritablement institutionnalisée vers 1400.
- 1360 Le banquier Francesch Castello a été décapité devant sa banque pour avoir prêté plus qu’il n’a. La religion catholique est intransigeante quant à l'interdiction de l'usure mais ce principe est appliqué de manière plus où moins stricte selon les endroits. Les cités-États (comme Venise) sont les endroits aux mœurs plus libérales.
- 1368 La Chine vit la révolte des Turbans Rouges qui crée la dynastie Ming. L'élément déclencheur est une inondation du fleuve jaune dû au manque d'entretien des digues et dans un contexte de manipulation monétaire de papier monnaie. Ainsi la nouvelle dynastie met en place un système basé sur l'autonomie agraire et des "impôts en nature" donc des corvées. Le papier monnaie n’est plus reconnu pour payer les impôts. Les pièces de monnaie reviennent, mais les Ming n'arriverons jamais à contrôler la masse monétaire. Il y a toute une économie souterraine en pièce d'argent qui se crée. Il y a des mines d'argent illégales qui s'ouvrent.
- 1430-1440 Le gouvernement de la dynastie Ming tente de réguler les mines d'argent. Ça déclenche des révoltes. Le gouvernement inverse sa position et décide de ne plus contrer les pièces d'argent, mais de les utiliser officiellement.
- 1450 - 1580 En Chine, La dynastie Ming abandonne progressivement les impôts en nature (corvée) et met en place un impôt monétaire qui doit obligatoirement se payer en argent. Cette action va avoir un effet sur la demande en argent. Comme on le verra plus tard. Cette réforme est appelée "le coup de fouet unique" 条鞭法 (Yi Tiao Bian Fa). Cette transition vers l'impôt en argent est terminée et ratifiée par le grand secrétaire impérial Zhang Juzheng en 1580.
- 1521 Hernán Cortés conquiert et rase la ville de Tenochtitlan, capitale de l'empire Aztèque. C'est le début de la colonisation espagnole des Amériques. Un des moteurs des conquistadors est de ramener de l'or et de l'argent. Par le livre des mémoires du conquistador Bernal Díaz del Castillo écrit par lui-même, on apprend (via David Graeber: Dette 500 ans d'Histoire) que Cortés était un joueur-flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, une fois sur place, Cortés a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville), un prêt proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.
→ C'est ainsi que Graeber émet la thèse que c'est la dette à plusieurs niveaux qui a été le moteur de la mise en esclavage d'un continent entier. (et le génocide de sa population.) Par comparaison, lors de sa période des grandes découvertes au début 15ème siècle (La flotte des Trésors), la Chine a beaucoup voyagé et découvert des terres inconnues, mais n'a pas mis en esclavage sa population.
- 1524 Après avoir commencé en 1520 sa "carrière" de réformateur par des campagne contre l'usure et le commerce, Martin Luther est dépassé par l'effet révolutionnaire de ses propos qui menacent l'ordre établi par plusieurs soulèvements populaires. Il calme la situation et préserve l'ordre établi en déclarant l'usure modérée acceptable. Il justifie ceci car "Nous sommes sur terre et pas dans un monde idéal, donc il est possible de faire des entorses à l’idéal". Il propose de contourner l’interdiction de l’usure faite dans le Deutéronome 23.20-21 et de considérer que 4% à 5% d’intérêt n’est pas de l’usure. (p391 Dette 5000 ans d’histoire) → un siècle plus tard les protestants dominent le commerce en ayant intégré cette règle !
- 1530 Les mines d’argent de Chine sont totalement épuisées. → La Chine devient le moteur de la demande minière en Amérique. Alors qu'il y a pénurie de monnaie métallique en Europe. Après avoir épuisé les mines du Japon, l'argent vient en Chine d'abord par l'Espagne, puis dès 1565 directement via les Philippines sans passer par l'Europe, c'est le "Galion de Manille". Cet argent est essentiellement acheté en vendant de la porcelaine. (Les fameux vase Ming !) (Mais aussi de la soie et du thé.)
- 1543 Great Debasement, une grande dévaluation de la monnaie en circulation sous Henri VIII. La proportion d'argent que les pièces contenaient ayant été progressivement divisée par quatre en huit ans, pour tomber à seulement un quart en 1551, ce qui provoqua ensuite une vague d'inflation, la sortie d'Angleterre des pièces d'or, et la Crise monétaire anglaise des années 1550.
- 1545 Le juriste et réformateur Jean Calvin justifie pour la première fois le prêt à intérêt dans une lettre à Claude de Sachins, seigneur d’Asnières (Concilium de Usuris). Il justifie le prêt à intérêt pour investir, mais pas pour en faire métier.
- 1547 Jean Calvin publie à Genève les ordonnances ecclésiastiques dans lesquelles le taux d'intérêt est fixé à 5%. C'est souvent considéré par les historiens comme le point de basculement de l'évolution économique européenne. C'est le début de la place financière genevoise.
- ~1550 la pratique des « enclosures » (tragédies des communs) se généralise. → la privatisation de pâturages communaux.
- 1570 Le moine dominicain et économiste Tomás de Mercado a écrit que l'on trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Ces bons représentent l'or et l'argent venus des Amériques prêté à l'empereur. Le métal ne restait pas en Espagne mais partait en Chine pour l'argent et en Inde pour l'or. Cependant le papier représentant ces métaux continuait d'être utilisé comme moyen de paiement en Europe. Les banquiers et États qui les émettent peuvent ainsi multiplier la quantité réelle de métal importée sans même y toucher.
Selon David Graeber, c'est l'abus par les États des bons d'États qui a créé l’inflation massive en Europe entre 1500 et 1650, connue sous le nom de "Révolution des prix" (et pas l'arrivée massive d'or et d'argent en provenance des Amériques Vu qu'il y a découplage entre la quantité réelle de métal et les bons en circulation.)
- 1598 Frappe de "La pièce de 8" pesos ou real ou piastre d'argent. Une pièce frappée par l'Empire espagnol, afin de s'aligner sur le thaler, la monnaie continentale du Saint-Empire. La pièce de 8 a été utilisée très largement dans de nombreux pays comme unité de compte. Notamment aux Amériques. La pièce de huit a servie de base pour établir le dollar américain, et son cours légal resta en vigueur aux États-Unis jusqu'au « Coinage Act of 1857. Le symbole du dollar $ vient de cette pièce sur laquelle il y a les armoiries de l'Espagne avec 2 piliers entourés de banderoles. (certains disent que ce sont les symboles des colonnes d’Hercule) Le nom du "Dollar" a pour origine le nom de la monnaie "Thaler". Monnaie créée grâce au filon d'argent trouvé à Joachimsthaler, un village de Bohème. (république Tchèque actuelle)
- 1602 Création de la Compagnie néerlandaises des Indes orientales. C'est le modèle même de la société anonyme multinationale financée par des actions et obligations. Elle va beaucoup influencer la création des places de bourse. La compagnie étant active dans le commerce d'épices, cette marchandise servait aussi de monnaie d'échange. C'est de là que vient l'expression "Payer en espèces".
- 1609 Création de la Banque d'Amsterdam, une des premières banques de dépôts. (à la valeur intrinsèque des pièces). Invention de la "monnaie de banque", il est possible de payer en effectuant un virement sur le compte d'un autre client de la banque. La banque est créee avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un statut de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville. Une loi oblige tout paiement de plus de 600 florins à passer par un virement en interne de cette banque, forçant ainsi les commerçants à avoir un compte et faire des dépôts.
- 1611 Ouverture de la bourse d'Amsterdam. Un grand bâtiment conçu et dédié aux activités de bourse. Ce bâtiment permet d'officialiser les rencontres des négociants qui se rencontraient jusque là sur le pont le plus proche du port d'Amsterdam afin de rassembler les acheteurs et le vendeurs d'action de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales. Les titres de cette dernières ne pouvaient obtenir un retour sur investissement que 10 ans plus tard. La création d'une bourse de ces titres permet aux gens qui sont pressés de faire du profit immédiatement en spéculant sur les actions de la compagnie. (voir le documentaire arte 3 villes à la conquête du monde)
- 1644 Li Zicheng à la tête d'une rébellion paysanne prend Pékin et met fin à la dynastie Ming. Un des facteurs qui a mené à cette chute est l'impossibilité de financer les soldats qui contenaient les rebelles à cause d'un manque d'approvisionnement en lingot d'argent par les espagnols. (des "galions de Manille" ont coulé dans les années 1640)
- 1656 Création de la banque de Stockholm, inspirée par la banque d'Amsterdam. C'est la première banque à émettre des "vrais" billets de banque en Europe. Ils sont convertibles en argent ou en cuivre.
- 1661 Création de la banque de Suède qui reprend le monopole d'émission de billets de banque de la banque de Stockholm lors de la faillite de cette dernière. La banque de Suède est souvent considérée comme la première banque centrale.
- 1685 Suite à une pénurie de monnaie dans les colonies françaises du Canada, des cartes à jouer ont été utilisées comme monnaie de nécessité. Le gouverneur a signé une promesse de paiement de la solde.
- 1690 Création des Colonial scrips. La Province de la baie du Massachusetts a émis sa propre monnaie papier. Puis une à une chaque colonie d'Amérique du nord a émis sa propre monnaie fiduciaire sur papier. La quantité de monnaie était régulée par l'émission ou la destruction par l'impôt. La colonie de Pennsylvanie reste un exemple de bonne gouvernance monétaire d'un Etat pendant 50 ans. (Principe du chartalisme.) Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA. (financée avec une autre monnaie, le "Continental dollars")
- 1694 Création de la banque d’Angleterre. Une société privée appartenant à 40 marchands qui prêtent au gouvernement £ 1,25 million. Une partie de cette somme est prêté en or et une autre partie est enregistrée sur des bâtons de comptage. (A013/1)
- 1695 En Angleterre John Locke (le contractualiste libéral) est un des conseillers de Isaac Newton (connu pour sa découverte de la gravitation, mais qui est aussi à cette époque le directeur de la monnaie Anglaise). Locke était un scientifique rationaliste, matérialiste → Il ne voulait pas introduire la notion de foi ou croyance dans la monnaie. Il ne croyait pas à la « Foi » en l’État.
→ il pensait que c’est l’or (ou d’autres métaux) qui par nature contient la valeur.
→ Invention de crénelure sur la tranche des pièces pour éviter le rognage et donc perte de valeur. Dans l'antiquité on n'avait pas ce problème. Car les pièces valaient plus que le métal en étant garanties par celui qui a sa marque sur la face de la pièce. (monnaie fiduciaire).
→ La mise en place des théories de Locke n'a pas été concluante. (Selon Graeber)
- 1717 La Grande Bretagne et l’Empire Britannique adoptent l'étalon or.
- 1720 Eclatement de la bulle spéculative de la compagnie des mers du sud.
→ C’est une époque de grande spéculation sur les richesses que cette compagnie allait pouvoir faire. Les dirigeants de cette compagnie, pour faire grimper leur financement, ont grossi les gains possibles. Il se sont fait prendre pour manipulation et l’action s’est effondrée.
- 1721 La banque centrale française créée par John Law fait faillite.
→ Le principe est le même que la banque d’Angleterre, juste une circulation de monnaie papier convertible en or. La création monétaire était basée sur les richesses rapportées des colonies, surtout de la Louisiane. Law a ensuite agi comme en Angleterre en faisant miroiter des richesses beaucoup plus grandes en provenance des colonies.
→ Les ennemis de Law (le prince Conti et le duc de Bourbon) ont soutenu la spéculation dans le but de créer une bulle. Ce qui n’a pas manqué. Les investisseurs ayant vu le cours de l’action atteindre des sommets ont voulu réaliser leur gain (40 fois), ils viennent chercher leur or. Ce qui provoque la fin de la banque, car les gains des colonies ne sont pas encore faits.
→ De par ces faillites, le papier monnaie ne donne pas du tout confiance à cette époque à beaucoup de gens. (un peu comme le bitcoin de nos jours !)
- 1775 - 1781 Le continental currency dollar est imprimé par le congrès des colonies confédérées pour financer la guerre d'indépendance des USA. C'est une monnaie papier gagée sur les terres. Elle a bien financé la guerre, mais s'est effondrée à cause d'une trop grande quantité de monnaie imprimée. (par le génial Benjamin Franklin.). Cette monnaie faisait suite aux monnaies fiduciaires des états, les "colonial scrips".
- 1789 La dette publique de l'Etat français est sacralisée par l'Assemblée Nationale Constituante. En cette période révolutionnaire, Peu importe le système politique, la dette publique ne doit jamais être annulée, car c'est le moyen d'épargne le plus courant des français.
- 1790-1796 Création des assignats. L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.
Mais les comités révolutionnaires impriment plus d'assignats que prévu. Sans compter qu'il y a beaucoup de faussaires. (aussi à l'étranger, les ennemis de la France tentent d'amplifier la crise)
Finalement les planches à billet seront brûlées sur la place Vendôme pour mettre fin à ce système monétaire catastrophique, mais qui aura eu pour mérite de créer les liquidités nécessaires et convertir bon nombre de nouveaux propriétaires à la cause de la révolution.
- 1800 Création de la banque de France. C’est le banquier Suisse Jean-Frédéric Perregaux qui propose la création de cette banque privée à Napoléon. Ce dernier accepte et en devient aussi actionnaire. Cette nouvelle banque sera utilisée pour les services bancaires de l’Etat, notamment pour les « receveurs généraux » qui collectent les impôts.
- 1803 Napoléon donne le monopole de la création du papier monnaie à la banque de France. (Uniquement pour Paris, le monopole total ne viendra qu'en 1848) Le chef de l’État en bénéficie personnellement en tant qu’actionnaire ! Voir à ce propos l’explication d’Henri Guillemin.
- 1803 Le Franc Germinal est créé. Il s'inscrit dans le cadre d'un système monétaire bimétallique. or-argent. Un franc = 5g d'argent à 900⁄1000 = 0,322 5 g d'or à 900⁄1000. L'État de reprendre au poids les monnaies rognées ou altérées, ainsi que les monnaies des autres pays. On est dans un système à étalon métallique.
- 1826 La banque d'Angleterre reçoit le monopole de titrisation de la dette d'état en billet de banque. (Bank Charter Act) Au début la titrisation se faisait au de manière nominative, puis au porteur. Donc c'est une dette que le roi doit rembourser, mais en attendant, pour temporiser les marchands s'engagent à payer la compensation en or qui serait demandée. (d'où le deal d'avoir en échange le monopole de titrisation)
- En 1834 Au royaume d'Angleterre, le poste de "Caissier de l’échiquier" (Teller of the Receipt of the Exchequer) est supprimé. Marquant ainsi la fin du système de bâton de comptage en Angleterre. Les bâtons ont été brûlés. Le fourneau du palais de Westminster débordant de bâtons de comptage a mis le feu au palais entier. Provoquant un des plus grands incendies de Londres. Le peintre Turner en a fait un célèbre tableau.
- ~1830 à 1890 Cœur de la période de révolution industrielle qui va nécessiter énormément d’argent pour construire tout un réseau de chemin de fer, des usines d’acier, des usines électriques, des navires à vapeur. Tout ce passage d’une économie agraire à une économie industrielle et commerciale s’est faite essentiellement grâce au crédit bancaire des banques commerciales, capable de créer de la monnaie à l’infini.
→ On passe du « prêt » au « crédit ». Du "je capitalise et j'achète" au "j'achète et je payerai plus tard"
- 1848-1856 – Ruée vers l’or en Californie. (et en Australie en 1851) renforce la confiance dans les billets de banques. Car fait baisser le prix relatif de l’or par rapport à l'argent.
- 1848 Pierre Joseph Proudhon lance son idée de Banque du peuple. Le but étant de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit grâce à une suppression progressive du taux d'intérêt, ainsi qu'un découplage d'avec l'or. Le lancement de la banque va échouer malgré un grand intérêt populaire. Ceci à cause du manque de fonds propres nécessaires pour remplir les obligations légales. La raison est due à plusieurs amendes qui grèvent les actifs du journal "le Peuple" qui devaient servir de fonds propres.
- 1849 Friedrich Wilhelm Raiffeisen crée la "Société de secours aux agriculteurs impécunieux de Flammersfeld" afin de renforcer la coopération financière dans les communautés rurales. Le mouvement de coopératives bancaires "Raiffeisen" va se propager en Allemagne, Autriche, Suisse (vers 1900) et en France sous le nom de "crédit Mutuel" ou "crédit agricole". (un nom à consonance Allemande ne passant pas bien après la guerre de 1870...)
- 1856 Création du Crédit Suisse par Alfred Escher afin de financer le développement des chemins de fer Suisse, au nord-est et au Gothard. Alfred Escher avait de la suite dans les idées. Pour s’assurer d'avoir des ingénieurs pour assurer la construction du chemin de fer, il a également créé l’Ecole Polytechnique Fédérale. Par la création d’une banque Escher s’est débarrassé des banquiers étrangers, Rothschild-Perreire qui se battaient pour le contrôle des chemins de fer Suisse.
- 1865 Création de l'Union latine. C'est une union monétaire entre la France, la Belgique, la Suisse, l'Italie (puis la Grèce) (et utilisé en Russie bien que non membre). Ce système est basé sur le bimétallisme or-argent. De facto la 1ère guerre mondiale a mis fin à l'union latine. Mais officiellement elle a été dissoute en 1927.
- 1870 Création de la Deutsche Bank, afin d’aider le développement international d’entreprises industrielles, notamment Siemens. L’un des fondateurs de la Deutsche Bank était Georg Siemens un petit cousin du fondateur de l’entreprise électrique Siemens.
- 1871 Le célèbre banquier JP Morgan a créé sa banque. Il sera également très actif dans le développement industriel, acier, électricité, chemin-de-fer et compagnie maritime (il sera ainsi indirectement le propriétaire du Titanic !) On retrouvera ensuite JP Morgan dans les personnes qui ont imaginé la FED, lors de réunion privés au club de Jekyll island. Il est mort en mars 1913 et la FED a été créée le 22 décembre 1913. (Sa banque est-elle un des propriétaires de la FED ?). On retrouvera aussi la banque JP Morgan lors de la création de la Banque de Règlements Internationaux en 1930.
- 1882 Fondation de la première Caisse du Crédit mutuel sur le modèle de Raiffeisen, dans le village de La Wantzenau, en Alsace.
- 1885 Création de la "société de Crédit Agricole" de l'arrondissement de Poligny à Salins dans le jura français.
- 1901 Quand il achève la conquête de l'ile de Madagascar, le général français Galliéni imprime une nouvelle monnaie et l'impose par un nouvel impôt personnel: l'impôt moralisateur. L'objectif est de mettre au travail les malgaches jugés paresseux car ils n'ont pas d'autre ambition que de subvenir à leurs besoins au prix d'un minimum d'effort.
- 1907 Création de la Banque Nationale Suisse suite à la votation de 1891 qui interdit aux banques commerciales de faire leurs propres billets de banque et donne le monopole à l’Etat qui peut l’exercer au travers d’une banque centrale. C’est ainsi que la BNS, une société anonyme dont les statuts sont une loi a été créée.
- 1913 Création de la FED et mise en place de l’impôt sur le revenu aux USA
- 1916 mention de la monnaie fondante par Silvio Gesell dans son livre: L’Ordre économique naturel. Il compare la circulation monétaire à la circulation sanguine. Si le sang stagne, ça crée des caillots de sang néfaste à tout l'organisme. Si la monnaie stagne (en étant capitalisée par exemple) c'est néfaste pour tous. Faire fondre la monnaie permet de faire circuler plus vite la monnaie.
- 1920 le mouvement du Crédit Social basé sur les théories de l’écossais Clifford Douglas prend de l’ampleur. De nos jours le mouvement est porté par les pèlerins de St-Michel fondé par Louis Even.
- 1923 hyperinflation de la république de Weimar en Allemagne. (Jugulée par Hjalmar Schacht en créant le Rentenmark, puis le Reichsmark)
- 1929 Krach boursier de septembre 1929 qui marque le début de la grande dépression des années 1930.
- 1930 La Banque de Règlements Internationaux est créée en extra-territorialité à Bâle en Suisse, par un groupement de banque centrales. Elle a pour mission de faciliter le payement des règlements des réparations de guerre imposées à l’Allemagne par le traité de Versailles après la 1ère guerre mondiale.
La BRI est ensuite devenue la banque des banques centrales. En anglais cette banque s’appelle: Bank for International Settlements (BIS) . Le mot Settlements a plusieurs sens, notamment celui de colonisation ! Un indice sur son vrai rôle ?
- 1929-1933 Premier plan quinquennal de l'URSS qui met en place les bases du complexe militaro-industriel Russe. En pleine crise du monde capitaliste les communistes montrent qu'en 5 ans il est possible de passer de la 5ème place à la 2ème place des pays industrialisés et de tripler le nombre d'ouvriers. Mais avec tout de même une famine en 1932-33.
- 1932-1933 Expérience de Wörgl: la commune émet sa propre "monnaie" officiellement des "certificats de travail", en s'inspirant des théories de Silvio Gesell, notamment de la monnaie fondante (1% mensuel). Le chômage diminue de 25% alors que dans la même période, il augmente de 20% partout ailleurs en Autriche. L'expérience s'arrête quand la banque centrale fait interdire cette monnaie.
- 1933 Le gouvernement chinois introduit une pièce en argent pour remplacer le scyee (细丝, de la fine soie !!!), un lingot d'argent évalués en Tael (un mot malais qui signifie "poids") en chinois simplifié 两 et se prononce liǎng en mandarin. Ce type de lingot d'argent était utilisé couramment comme moyen de paiement depuis la dynastie Ming. Mais avec l'inconvénient de devoir le peser à chaque transaction.
- 1933-1939 Les Bons MEFO sont des obligations d'une entreprise fictive (Metallurgische Forschungsgesellschaft) mise en place en Allemagne par Hjalmar Schacht le président de la Reichsbank. Ceci afin d'augmenter la masse monétaire allemande (~40%) sans augmenter la dette tout en contenant l'inflation. Ces bons sont convertibles en reichsmark et garantis par l'Etat. L'Allemagne Nazie a utilisé avec succès ce moyen pour atteindre le plein emploi et financer discrètement son réarmement. Ce système permet de contourner le système de change international. L'émission de bons MEFO est proportionnelle à la quantité de biens produits ce qui jugule l'inflation.
- 1934 Création de la Banque WIR en Suisse. Inspiré par les théories de Silvio Gesell. Le "Franc WIR" est une monnaie utilisable dans un réseau de ~60 000 entreprises. Le Franc WIR n'est pas convertible en Franc Suisse. Depuis 1948, le WIR n'est plus une monnaie fondante, et depuis 1952 le modèle de "monnaie franche" (aussi appelée "économie libre") de Silvio Gesell a été abandonné, ouvrant la porte au crédit avec intérêt.
- 1934 Dépréciation de 40% du dollar par rapport à l'once d'or par Roosevelt. (on passe d'une once d'or à $20.67 à une once à 35$)
- 1945 mise en place du système de Bretton Woods basé sur la convertibilité en or du dollar US. (1 once d'or = 35$) Le taux de change entre les différentes devises des pays est défini de manière fixe. Le FMI est créé pour s'assurer qu'aucune manipulation n'est faite dans les taux de change.
- 1945-1946 Hyperinflation du pengő en Hongrie, qui reste le cas d'hyperinflation le plus fort de l'histoire en termes de perte de la valeur de la monnaie. Le forint a été réintroduit au 1er août 1946 en remplacement du pengő, au taux de 1 forint = 4×1029 (quatre-cents quadrillards) pengő. Le plus gros billet était 100 000 000 000 000 000 000 (1020) de pengő ! (100 millions de mille milliards !!)
- 1945 le conseil national de la Résistance obtient la nationalisation de la Banque de France, du Crédit lyonnais, de la Société générale et d'une dizaine d'autres banques.
- 1945 Création du Franc CFA. "Colonie Française d'Afrique" renommée en "Communauté française d'Afrique" puis en "Communauté Financière d'Afrique" ou "Coopération Financière en Afrique". (ce qui en dit long sur la vision changeante de la fonction de cette monnaie)
- 1948 Währungsreform. En Allemagne de l'ouest, le reichsmark est remplacé par le Deutsche Mark. L'annonce est faite le 20 juin 1948 et les Allemands ont du 21 au 26 juin pour changer leurs Marks. Le taux est de 1:1 pour les 40 premiers reichsmarks, puis de 10:1 pour les suivants.
- 1958 Création de la carte de Crédit VISA sous le nom de BankAmericard. Les Californiens peuvent acheter à crédit très facilement. En 1977 le nom devient VISA pour s’internationaliser.
- 1966 La MasterCard est créée pour concurrencer la BankAmericard.
- 1968 Création du "prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel", communément surnommé « prix Nobel d'économie » même si il n'a pas été créé par Alfred Nobel. Ce prix a été créé à l'occasion des 300 ans de la banque de Suède.
- 1968 Suite aux grèves générales de mai 68 en France. Les accords de Grenelle concluent à une augmentation de 35 % du SMIG à 600 francs par mois et de 10 % en moyenne des salaires.
- 1969 (8 août) Le premier ministre français dévalue de 11,1% le franc. (On observe ainsi un mécanisme conscient ou non ? de résolution de crise politique. Augmentation de 10% des salaires et dévaluation de 11% de la monnaie. Donc réinitialisation du pouvoir d'achat.)
- 1969 Création des DTS, les Droits de Tirage Spéciaux du FMI. Un instrument financier qui remplace l'or physique pour les transactions entre états membres du FMI. Les DTS sont basés sur un panier de monnaie (Ce n'est pas le Bancor que Keynes avait imaginé, mais ça va dans ce sens..)
- 1971 (15 août) Nixon annonce la non convertibilité en or du dollar US $. C'est la fin du système de Bretton Woods → Faut bien payer la guerre du Viêt-nam par la planche à billets! Depuis les taux de changes entre les différentes devises internationales sont flottantes.
- 1973 Premier étape de l'interdiction pour l’État français de se financer avec sa propre monnaie. Il doit maintenant demander des crédits soumis à intérêt auprès des banques commerciales. (ce n’est que la formalisation légale d’une pratique initiée quelques années plutôt par le jeune inspecteur des finances Jean-Yves Heberer qui voulait démanteler le circuit du Trésor. Voir à ce propos la thèse de Benjamin Lemoine.) Ce principe sera repris dans le traité de Maastricht art 104, puis l'article 123 du Traité de Lisbonne sur le Fonctionnement de l'UE.
L'emprunt Giscard la même année, indexé sur l'or a été ruineux. C'est 6,5 milliards qui ont été emprunté à 15 ans et 90 milliards remboursé !
- 1977 Mise en place du réseau informatique interbancaire SWIFT, une coopérative belge qui appartient à de nombreuses grosses banques dans le monde entier. SWIFT relie 10000 institutions bancaires et sociétés financières dans 205 pays.
- 1994 Dévaluation de 50 % du franc CFA par rapport au franc français et à toutes les monnaies, ce qui divise par deux le coût des matières premières africaines.
- 1994 Création du premier SEL de France en Ariège. Système d'Echange Local. Un crédit mutuel entre individus d'une communauté.
- 1996 Procès contre 3 personnes du SEL d'Ariège pour avoir fait du "travail clandestin, hors taxe". Les SEL sont tolérés par l'administration fiscale tant que l'échange reste de l'ordre du "coup de main". Si l'échange est régulier il est soumis à l'impôt.
- 1998 Création de la Banque Centrale Européenne pour gérer l’Euro. Cette banque centrale ne crée pas de monnaie. C'est le réseau des 19 banques centrales de la zone euro qui continue de créer de la monnaie. (Chaque € mis en circulation dans toute la zone euro a sa contrepartie dans le bilan de la banque centrale qui l'a émis. Ceci avec une dette qui n'est pas jugée équivalente selon les pays !! Ça pose pas un soucis de déséquilibre structurel ça ? A voir sur le solde du système interbancaire TARGET2)
- 1998 Création de Paypal pour faciliter les payements sur Internet.
- 2000 La Monnaie Locale Complémentaire "Banco Palmas" commence à circuler au Brésil dans un quartier pauvre proche de Fortaleza. Cette monnaie est un succès. Elle dynamise l'économie locale tout en ne touchant pas à la monnaie officielle sur laquelle elle est nantie. En effet, quand on crée une monnaie locale nantie, à partir d'un seul billet on en fait deux ! Dans le cas de la Banco Palmas, il y a l'exemple d'un fond qui a été récolté en monnaie officielle pour réaliser la construction d'une école. Ce fond a été transformée en monnaie locale pour payer la construction. Seulement 30% de la somme du fond initial en monnaie officielle a dû être prélevé pour payer ce que la communauté locale ne pouvait pas fournir. On a ainsi un puissant effet de levier. La banco palmas propose également du micro-crédit en monnaie locale.
- 2004 Interdiction pour la confédération Suisse de se financer via sa banque centrale sans intérêt. Elle doit maintenant se financer par des crédits soumis à intérêt via les banques commerciales. (ce n’est que la formalisation de la pratique ancrée depuis beaucoup plus longtemps. C'est le conseiller fédéral Kaspar Viliger qui a fait formaliser cette loi. Après son mandat au gouvernement Suisse, il a été nommé président du conseil d'administration d'UBS !)
- 2006 Google veut concurrencer PayPal avec Google Checkout. Ça ne prend pas. Le service deviendra Google Wallet en 2011.
- 2007 Suite à l'espionnage illégal des transactions bancaires du réseau SWIFT par les USA depuis 2001. Les pays européens décident de ne plus sauvegarder leurs données aux USA. Un nouveau datacenter est construit en 2009 en Suisse à Diessenhofen.
- 2007 Éclatement de la bulle de la crise des subprimes. (ou comment faire croire à des NINJA, des gens sans revenu, sa fortune, sans job qu'il peuvent acheter une maison à crédit et ne rien risquer car le marché immobilier est à la hausse. Mais quand les taux hypothécaires sont relevés par la FED. Les 1ers vendent et le marché passe à la baisse. Tous ces crédits pourris titrisés, des subprimes, ne valent plus rien)
- 2008 Contagion de la crise des subprimes en crise globale financière et bancaire, entrainant de nombreuses faillites bancaires. C'est le cas de Lehman Brothers qui ne sera pas sauvé. UBS qui sera sauvé par la BNS avec caution de l'Etat Suisse, et Crédit Suisse qui se sauve en "se prêtant à soi-même" CHF 10 milliards, via le Qatar. (une opération du même style a été effectuée par la Barclays.)
- 2009 Sortie du Bitcoin, une crypto-monnaie basée sur une blockchain. La gouvernance de cette monnaie est totalement décentralisée. Personne ne peut l'arrêter.
- 2010. Publication de la Théorie Relative de la Monnaie qui vise à faire un étalon de mesure de valeur invariable dans le temps et l’espace. Sera concrétisée par la G1 en 2017.
- …. le Système Monétaire Equilibré.… vise à montrer les différents paramètres qui sont présents dans tous les systèmes économiques et monétaires. Ceci afin de comprendre les référentiels en jeu et ses conséquences. (comme le fait que les banquiers empochent un intérêt sur les crédits qui n’est d’autre que l’équivalent d’un revenu de base inconditionnel dans un autre référentiel.)
- 2013 le Vatican a été déconnecté du réseau SWIFT pendant 39 jours. La reconnexion au travers de la société suisse Aduno s’est faite le lendemain de l’annonce de la démission du pape Benoit XVI.
- 2014 La France se dote d'une loi sur les Monnaies Locales Complémentaires. En réaction à la création de nombreuses MLC dans les années 2010.
- 2014 Apple crée Apple Pay pour payer avec son iPhone.
- 2015 Samsung crée Samsung Pay pour payer avec son Smartphone.
- 2015 Les banques Suisses ont peur que les grands acteurs de l’internet et du smartphone leur pique le trafic de paiement. Ainsi ils créent Twint (qui fusionne avec Paymint) pour être les premiers à proposer en Suisse un solution de paiement via smartphone.
- 2016 La Chine arrive a placer sa monnaie, le renminbi dans le panier des DTS ($,€,¥ ,¥,£)
- 2017 le 8 mars, lancement de la Ğ, une monnaie libre qui implémente la Théorie Relative de la Monnaie.
- 2019 Facebook associé à un groupe de 28 acteurs actifs dans les cryptomonnaie, les cartes de crédit et les télécom, annonce Libra. Une cryptomonnaie gérée par cette association. Cette monnaie est basée sur un panier de plusieurs devises afin d’assurer sa stabilité. On sent que le vent change. Après les acteurs industriels et leur banques commerciales par le crédit bancaire. Voici l’ère des gros acteurs de l’internet et leur cryptomonnaie…. (mais en 2020 Facebook est contraint de revoir son idée de cryptomonnaie globale basé sur un panier de devise en plusieurs cryptomonnaies parallèles adossées à des devises plus "locale", $, €...)
- 2019 L'Italie imagine la création de Mini-Bots, des mini bons du trésor en petites valeurs de 5 à 100€ comme alternative à l'euro,
- 2020 La pandémie du covid-19 remet en cause certains fondements économiques. Les USA expérimentent l'Helicopter money. La FED distribue de la monnaie directement aux gens. L'Espagne annonce la mise en place d'un Revenu de Base Inconditionnel et le pape s'est aussi dit favorable à cette mesure lors de sa lettre de Pâques.
- 2020 La fin du franc CFA est signée à Paris. La Banque Centrale de États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change auprès du trésor français. Le ministre de finance français et le gouverneur de la Banque de France ne participerons plus aux réunions de la BCEAO. Le plan initial prévoit de changer le nom du CFA pour "eco". Mais rien n'est fait.
Dynamique de l'histoire des systèmes économiques
On va voir ici la chronologie résumée par une suite logique de dynamiques qui vont engendrer un système, puis un autre, etc...
L'Humain est un "animal social". Il vit en groupe. Du coup, dès que des humains apparaissent avec des besoins et des envies au milieu d'un environnement composé de ressources. Il est normal qu'un système de décision et d'organisation émerge. J'appelle ceci un "système économique".
Don dans une communauté de confiance
Dans les premiers temps, on peut supposer que le système est familial et devient clanique. Les ancêtres dirigent, tout le monde est soumis à la tradition, car c'est ce qui marche pour survivre.
Les gens qui produisent et/ou récoltent donnent ce qu'ils ont à toute leur communauté. Et ainsi chacun reçoit de la communauté.
Economie domaniale, palatiale en "Maisonnée"
Chez les Sumériens on observe un système "clanique" qui grandit et se transforme en "empire agraire". C'est une économie domaniale. L'organisation sociale se fait en "maisonnée" (qui se dit "É" en sumérien) gérée autour des palais ou des temples. On parle aussi d'économie palatiale en référence au palais de Cnossos qui est le cœur de l'économie redistributive de la civilisation minoenne. Les humains sont rattachés à un lieu de production et reçoivent en échange des rations de nourriture. Ça ressemble d'une certaine manière à une entreprise actuelle.
A Sumer, il y a toute une administration qui contrôle ce qui est produit et ce qui est redistribué et à qui. On a retrouvé des centaines de milliers de tablettes d'argiles de comptabilité et de reçus. L'invention de l'écriture est probablement une conséquence de ce besoin d'administration. Ce besoin de contrôle est là pour limiter les abuseurs.
Le reçu ci-dessus illustre bien que l'administration comptabilise qui a reçu quoi de où et quand, avec une signature.
Ce reçu dit:
Ursagubki, fils de Ili, le chef des prieurs pénitents a reçu par Bazi du dépôt de Ashaggidakhkha, derrière le temple de la déesse Ninharsag, 30 gur de chanvre pour les graines. Le 7ème mois de la 56ème année Dungi.
Le seau est celui de Ursagubki fils de Ili.
Invention de l'unité de compte
Au fil du temps, la comptabilité devient toujours plus abstraite. Les unités de poids et de volume qui servent à mesurer la quantité de grains de céréales distribuée se transforment gentiment en unités de compte.
Au lieu de recevoir directement une ration en nature, on peut différer dans le temps la réception et comptabiliser un droit à la ration dans le futur. Le "salaire" en monnaie scripturale est inventée.
Finalement on a un système très proche de la notion actuelle de grande entreprise dirigée par une élite sociale qui emploie des employés et leur verse un salaire.
En Égypte on observe également, globalement à la même période, un système économique de type "empire agraire". La monnaie scripturale émerge aussi. Il y a différents types d'objets qui servent d'unité de compte (et de moyens de paiement): les métaux, les étoffes, les céréales (et leur dérivés, pains et bière), et les huiles. (à Sumer on a que l'argent et les grains)
Les moyens de paiement sont très divers une fois que le prix a été défini dans une unité de compte courante. (On a retrouvé un contrat de vente d'une maison payée en tissus et en lit. [stèle borne JE 42787])
Dans un tel système on observe déjà des virements "bancaire" d'un compte à un autre.
Les moyens de paiement sont créés par tout le monde, vu que n'importe qui peut "faire du blé" et ainsi augmenter la "masse monétaire".
(Il est quand même à noter que "n'importe qui" est un peu abusif. En Égypte antique les moyens de production, les outils, sont la propriété de l'Etat.)
Donc les empires agraires fonctionnent pendant des millénaires avec des "monnaies" variées. Un système à plusieurs unités de comptes reliées par un barème officiel, et de nombreux moyens de paiement de nature différente.
Les métaux sont rares, ne circulent que très peu. Ils sont plutôt réservés aux échanges internationaux. (En -1500 l'Égypte a même modifié son unité de mesure pour s'aligner sur le système babylonien. Les égyptiens avaient des bateaux de haute mer et voyageaient loin pour aller chercher des ressources rares en Égypte.)
Les céréales sont des "monnaies locales fondantes" qui correspondent très bien à l'usage d'une monnaie pour combler ses besoins quotidiens.
La quantité de monnaie est donc régulée naturellement. La monnaie n'est pas rare, car les grains de blé poussent facilement, mais il n'est pas possible d'en créer en quantité infinie. On a toujours un lien avec la nature. La monnaie peut se manger !
Prêt à intérêt et esclavage
En Mésopotamie, le prêt avec intérêt existait. Une personne qui ne remboursait pas risquait le "péonage" l'esclavage pour dette d'une personne de sa famille ou d'elle-même. Les problèmes générés par ce système ont été résolu en créant le "jubilé" : l'annulation de toute dettes à périodes régulières. On en trouve la trace dans la bible avec la notion de Jubilé tout les 7x7 ans.
A Babylone, le code d'Hammurabi a limité l'esclavage pour dette à 3 ans maximum.
En Égypte, contrairement à une idée répandue, l'esclavage n'existait pas.
Monnaie métallique + impôt
Le système économique des empires agraires est resté stable sur des millénaires. Pourquoi a-t-il changé ?
C'est l'arrivée des pièces de monnaie métallique imposées par les grands empires conquérants qui change la donne.
La conquête se fait par l'impôt. Une armée de mercenaires envahit le pays et soumet ses habitants à l'impôt en pièces de monnaie métalliques créées par le seigneur dirigeant l'empire.
En Égypte c'est l'empire Perse qui amène les pièces de monnaie. A Babylone c'est Alexandre le grand. Mais ce dernier a également envahi l'Égypte après les Perses.
Le principe de la monnaie métallique est simple et redoutable. Et malheureusement son mécanisme est trop peu connu des gens qui le subissent encore de nos jours.
L'idée est celui d'un "chef de gang" qui veut vivre sur le dos des autres. Faire des razzias sur les paysans fonctionne à priori assez bien, mais sur le long terme ce n'est pas viable de tuer ceux qui nous nourrissent !
Ainsi l'innovation a été d'acheter la récolte aux paysans. Mais ça ne marche pas bien. Le premier paysan à qui on veut donner une rondelle en échange de son blé refuse. Car le blé se mange et est donc plus utile que du métal.
Le premier soldat chargé d'acheter la récolte pour son seigneur conseille au paysan d'accepter la pièce de monnaie, car il en aura besoin à la fin de l'année. En effet, le seigneur a décidé d'imposer l'utilisation de sa monnaie en créant un impôt. Chaque personne doit rendre un certain nombre de pièce au seigneur. Si elle ne le fait pas, elle risque la prison, l'esclavage ou la mort.
Ainsi la monnaie métallique de type "jeton de valeur" avec la marque du seigneur sur la face devient nécessaire pour vivre.
Ceci a deux conséquences:
- créer l'économie de marché et le besoin de croissance économique
- créer des grands empires conquérants
L'empire conquérant
Avec ce système le seigneur peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. Soit le pouvoir d'achat gagné gratuitement par le monopole de la création monétaire. C'est la différence entre le coût de fabrication de la monnaie et ce qu'elle permet d'acheter.
Un exemple parlant est celui du roi Crésus qui allait chercher des pépites d'alliage electrum (or et argent) dans le fleuve Pactole pour les frapper en pièces de monnaie.
La première nécessité pour un seigneur est de renforcer son système économique. Ainsi pour imposer son impôt qui impose la monnaie, il a besoin d'une force de coercition physique: une armée.
Le forgeron qui forge de temps en temps des faux pour faucher les blés sera engagé pour forger des armes et équiper une armée professionnelle de "soldats".
De nos jours on parlerait d'une armée de "salariés", en effet, le "soldat" est "celui qui reçoit une solde". La "solde" c'est le "salaire" du soldat. Le mot "solde" vient de la pièce de monnaie romaine le "solidus". Tandis que le mot "salaire" vient de "salarium", la partie de la solde que les légionnaires romains recevaient en sel. (sal en latin)
Ainsi le seigneur se retrouve gratuitement ou presque à la tête d'une armée de nombreux professionnels bien entrainés. L'alternative est une armée de paysans nombreux, mais mal équipés et pas entrainés, ou une armée de noblesse bien entrainée et équipée mais en très faible nombre.
Ainsi indirectement le système de pièce de monnaie + impôts crée une armée plus efficace que les autres qui peut conquérir aisément les pays voisins.
Un autre avantage militaire de la pièce de monnaie jeton de valeur, c'est que la valeur est uniquement dans la pièce. Ce n'est pas une monnaie sociale. Ce système ne demande pas d'être inséré dans un tissu social avec de multiples reconnaissances de dette entre les gens. Avec un tel système on ne va pas massacrer la personne qui a une reconnaissance de dette envers soi. En agissant ainsi on détruit de la valeur.
Tandis que dans un système à pièce de monnaie, le vol paie !
Et en terrain ennemi, sans aucune relation sociale, il est encore possible d'être payé par son seigneur.
De plus en terme de logistique de guerre, il est plus simple de transporter de la monnaie et d'acheter aux paysans en marge de son empire la subsistance nécessaire que de la transporter avec soi.
On comprend ainsi comment Alexandre le grand a conquis en à peine 10 ans un empire de la Macédoine à l'Inde en englobant tous les grands empires agraires de l'époque.
L'économie de marché
Revenons à notre forgeron qui devient marchand d'armes. Le seigneur va l'embaucher à plein temps. Il n'aura plus le temps de s'occuper de cultiver pour ses propres besoins. Il pourra acheter du blé chez ses voisins avec les pièces reçues directement du seigneur. On franchit un pas de plus dans la spécialisation.
Les paysans étant soumis à l'impôt se voient obligés de vendre leur production. Ainsi des places des marché se créent. Auparavant elles n'étaient pas nécessaires. Dans l'économie du don on produit de quoi assurer sa subsistance et on donne les surplus. Dans une économie domaniale (ou palatiale), la production est suivie par l'administration et directement stockées dans les entrepôts et greniers, prête à être redistribuée.
Le marché met en concurrence les personnes pour obtenir les rares pièces de monnaie en circulation. Ainsi les gens sont obligés d'augmenter leur efficacité à la production. Il vont se spécialiser là où ils sont les meilleurs. De plus ils vont inventer des techniques pour augmenter leur rendement. C'est un moteur de l'innovation et de la science.
Bien qu'étant plus efficace, ce n'est pas gagné pour autant. Le seigneur peut à tout moment augmenter le montant de l'impôt pour s'assurer de bénéficier en permanence des gains de productivité à son profit. La course à la croissance économique est en marche.
Il est également intéressant d'avoir une quantité de personnes qui n'arrivent pas à payer l'impôt ça permet de les mettre en esclavage et de les envoyer dans les mines.
En effet, l'électrum du fleuve Pactole ne suffit plus à alimenter les besoins pour la création des pièces de monnaie. Il faut aller chercher les métaux au plus profond des mines. On sait qu'en -400 il y avait environ 20 000 esclaves dans les mines d'argent grecques du Laurion.
Ce système est d'une apparente efficacité redoutable, mais par rapport à une monnaie grain de blé qui se mange, les dizaines de millier d'esclaves mineurs ne sont-ils pas une grosse perte de rendement juste pour créer de la monnaie ?
Il existe plusieurs traités antiques qui étudient les relations entre monnaie, esclaves et impôts, notamment en Inde l’Arthashâstra, le «cercle de souveraineté» sassanide et le Dispute sur le sel et le fer (鹽鐵論 Yán Tiě Lùn) en Chine.
Aristote a décrit la monnaie par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. Cette définition est toujours enseignée. Mais il oublie de dire que la fonction principale est de créer un outil pour qu'une élite vive sur le dos des autres !
Et pourtant Aristote était le précepteur d'Alexandre le grand…. il devait connaitre cette "fonction cachée". Car déjà du temps de Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre, ce principe fonctionnait très bien !
Actuellement la majorité des gens pense que la monnaie est concept qui a émergé pour favoriser le commerce et que sans monnaie pas de commerce. Mais c'est totalement faux.
Les Phéniciens étaient les champions du commerce sur la Méditerranée. A l'origine, ils n'avaient pas de pièces de monnaie. Ils pratiquaient l'enregistrement de reconnaissance de dettes dans chaque port. Ce n'est pas pour rien que l'alphabet phénicien est un des plus anciens. Le commerce a surtout besoin d'écriture comptable, pas de monnaie.
Les Phéniciens se sont fait conquérir comme les autres par les empires conquérants et leur pièces de monnaies.
Limite et effondrement des empires conquérants
Quels est le revers de la médaille de la monnaie métallique de type jeton de valeur ?
Et bien justement il est intéressant d'étudier la face des pièces de monnaie. C'est la marque du souverain ou même son profil depuis Jules César.
L'inscription sur la face d'une pièce de monnaie indique qui paie en dernier recours. Ainsi on remarque que la valeur d'une telle pièce vaut plus que la valeur intrinsèque du métal. Les pièces de monnaie de l'antiquité sont de la monnaie fiduciaire. (de la déesse fides, la confiance)
De nos jours on retrouve de nombreuses allégories de pays (Marianne, Dame Helvetia, Germania...) . Donc la valeur de la pièce est garantie par un état qui peut lever un impôt.
Dans le thème de la monnaie et des systèmes économiques le maitre mot c'est la confiance.
Le souci qui arrive vite avec un empire qui grandit très vite, c'est qu'il manque de pièces de monnaie pour payer les soldats et les fournitures pour les soldats. Comme vu ci-dessus le fleuve Pactole ne suffit plus il faut trouver d'autres sources de métaux.
Déjà ce sont les trésors des pays conquis qui sont réquisitionnés et convertis en pièces. Les métaux se trouvaient très souvent dans les temples. Si l'on se souvient bien dans les empires agraires, les métaux ne circulent que très peu. Ce sont essentiellement des unités de compte.
Le trésor des Perses a bien servi à Alexandre le grand pour continuer son expansion.
Une fois les métaux précieux existant déjà convertis en pièces de monnaie, il est nécessaire de retourner à la mine. Ce qui est de plus en plus difficile.
Mais la chute des empire conquérants est surtout un problème de succession.
Alexandre est mort très jeune (32 ans) probablement de maladie. Ses enfants trop jeunes pour régner ont été victime de la crise de confiance dans un souverain expansionniste. L'empire n'a pas survécu tel quel.
L'empire Maurya du roi Ashoka en Inde s'étend à tous ce sous-continent, puis Ashoka après de nombreuses luttes de conquête devient pacifiste, il se converti au bouddhisme et devient végétarien. Mais son empire ne lui survit pas tel-quel.
Dans l'empire romain, il y a une multitude d'empereurs qui se succèdent. Mais régulièrement il y a des problèmes de confiance et des soucis monétaires. Il y a plusieurs réformes monétaires qui sont faites et une inflation régulière qui nécessite toujours plus de métal pour le même pouvoir d'achat.
Les pièces sont fabriquées de plus en plus dans des métaux de moins en moins rares. (laiton, cuivre), la teneur en argent des pièces de monnaie romaines ne fait que diminuer.
Contre toute attente, c'est le Solidus, une pièce de monnaie en or qui va perdurer pendant plusieurs siècles comme unité de compte à la chute de l'empire romain d'occident. De nos jours, le "sou" est ce qui reste du "sol" de "solidus".
Unité de compte du haut Moyen Âge
Une fois l'empire romain d'occident effondré en 476. La monnaie métallique ne circule plus en Europe. Le Solidus reste uniquement une unité de compte. Pour effectuer des paiements on utilise toutes sortes de moyens de paiement comme lors de la période des empires agraires sumériens et égyptiens.
On suppose que l'on pratiquait des reconnaissances de dette entre les personnes. Mais on ne sait pas sur quel support. Le bâton de comptage est supposé, mais pour le haut Moyen Âge on ne sait pas.
Les fouilles archéologiques sur la ville de Rome ont montré qu'entre le VIIIe et le XIe siècles les pièces de monnaie métalliques avaient quasi totalement disparues. Cependant on pratiquait encore beaucoup de commerce.
Après des siècles de flou. Charlemagne s'est attribué le monopole de la création monétaire et a instauré un nouveau système. La livre d'argent devient la nouvelle unité de compte. (qui ne circule pas). Elle se divise en 240 deniers d'argent. (qui eux circulent sous forme de pièce)
Les bâtons de comptage
Le bâton de comptage est un moyen simple d'enregistrer une reconnaissance de dette. Il y a une "souche" et un "échantillon" qui sont créés à partir de la même branche d'arbre.
Les deux parties d'un contrat enregistrent ensemble des valeurs sous forme d'encoches. Puis chacun garde sa partie.
Petit exemple d'utilisation. Une personne va acheter du pain dans une boulangerie. Elle s'y rend avec son "échantillon". Pour payer, elle va retrouver la souche qui correspond à son compte. C'est celle qui a la même "marque de famille" dessus.
Puis on va "débiter" son compte, soit ajouter une encoche. Le verbe "débiter" signifie bien couper du bois.
De 1100 à 1834 le bâton de comptage est un moyen officiel pour payer les impôts en Angleterre. En France "la taille" est un impôt enregistré sur bâton de comptage.
De nos jours, le bâton de comptage est totalement méconnu, il n'apparait pas dans les manuels d'économie, et pourtant il a été un moyen de comptabilité officiel en France jusqu'en 2016 !
Il était inscrit à l'article 1333 du code Napoléonien repris dans le code civil français.
En tant que tel, le bâton de comptage est infalsifiable. Mais une des dérives que l'on observe est de croire que la souche a une valeur en tant que telle. Et de ne plus se préoccuper de qui va rembourser la dette, mais de se focaliser sur la valeur indiquée et de l'utilise directement comme moyen de paiement.
Ceci est fondamental à comprendre pour comprendre les billets de banque et le système bancaire.
Ainsi il existe des tricheurs, (le roi en premier !) qui créent des fausses reconnaissances de dette sur des bâtons de comptage et mettent sur le marché des souches qui ne correspondent à rien. On échange les souches. Ce qui en anglais se dit "stock exchange". C'est ainsi que l'on appelle la bourse.
Avec un système de bâton de comptage, il n'est pas nécessaire de "créer de la monnaie". La "masse monétaire" fluctue au fil des créations de reconnaissances de dette et de leur destruction. (on brûle le bâton dans son fourneau ce qui a pour avantage de nous chauffer. C'est probablement pour ça que les bâtons de comptage sont très peu connus, c'est qu'ils ont souvent fini brûlés, ne laissant aucune trace archéologique)
La "masse monétaire" correspond toujours à la somme de biens et services achetés. Ainsi il n'y a pas de risque d'inflation monétaire.
.... sauf si des gens trichent en créant de faux bâtons. De part ce fait ils s'octroient un droit de consommation de biens et services de la communauté sans avoir eux-mêmes contribué.
Une des questions qui revient régulièrement quand je parle de bâton de comptage, c'est "Comment on soldait les comptes ?"
La réponse simple que j'avais un temps, c'est d'utiliser des pièces de monnaie. Mais ensuite j'ai découvert que ce n'était qu'une possibilité, pas forcément la plus utilisée.
La réponse se trouve dans les foires commerciales. Actuellement on associe volontiers une foire à une "place de marché". Mais c'est un peu différent.
Au Moyen Âge, il y avait tout un système de grandes foires, Comme celle de St Giles à Winchester. ou les foires de Champagne. C'était le lieu de rassemblement de tous les marchands d'Europe. Il était courant de faire crédit jusqu'à la prochaine foire.
Les foires étaient l'occasion de solder les comptes. Ces rassemblements de marchands était propices à solder ses comptes en payant en nature de toutes sortes et avoir la diversité sur place pour arriver à combler ses besoins. On observe tout à fait ce genre d'échange dans le Jeu de la Monnaie.
Lors de ces foires, dès le XIIème siècle, les services financiers ce sont développés. Les marchands utilisent de plus en plus la lettre de change pour effectuer les paiements.
Cet outil de crédit permet à une personne de voyager uniquement avec une lettre et de se faire payer dans une banque plus près de chez elle.
C'est un outil que les Templiers étendront jusqu'au Moyen-Orient. D'ailleurs c'est probablement de là qu'il vient. Le monde musulman pratiquant abondamment le paiement par chèque à cette période.
Naissance des bons du trésor et obligations
C'est vers 1200 à Venise qu'un nouvel instrument est créé pour financer les guerres. Vu qu'au fil du temps, le seul pouvoir de seigneuriage du seigneur ne suffit plus à financer ses dépenses, il faut innover: On va prendre un impôt en avance !
La population a "l'obligation" (d'où le nom !) de souscrire à une dette publique. En échange, elle reçoit un papier valeur qui lui promet un intérêt. (mais aucune date d'échéance n'est spécifiée)
Cette manière de procéder met directement une pression sur la nécessité de résultats de l'entreprise qui est ainsi financée.
C'est un changement de paradigme. C'est un pari sur le futur. Je reçois mon financement tout de suite et je paie plus tard.
Ceci aura de lourde conséquence sur le monde. C'est probablement le moteur de la colonisation du monde par une poignée de pays européens. On y reviendra plus tard.
Il est à noter qu'à cette époque l'interdit religieux sur les intérêts est encore très fort. C'est dans les cités États autonomes comme Venise que les mœurs sont les plus libérales.
En 1524, Luther qui vient d'amorcer la réforme de l'église catholique déclare que prendre un intérêt jusqu'à 5% n'est pas de l'usure. Le juriste réformateur Calvin officialisera cette idée en 1545. Les protestants vont donc rapidement se mettre à la finance.
Le frère dominicain et économiste Tomás de Mercado nous dit que depuis 1570 on trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Le financement par le crédit et donc l'endettement (car on ne peut pas gagner à tous les coups !) est répandu dans toute l'Europe.
La dette comme moteur de colonisation du monde
Depuis toujours la dette est un moyen de pression énorme. Il est courant que cet outil mène à l'esclavage. Mais pourquoi l'obligation morale de rembourser une dette est-elle souvent plus forte que toutes les conséquences morales que va entrainer ce remboursement ? (esclavage, génocide, destruction écologique, etc...)
C'est pour tenter de répondre à cette question que David Graeber a écrit son livre "Dette 5000 ans d'histoire".
Voici ce qu'il observe:
La dette commence par un contrat de crédit. Quelqu'un reçoit tout de suite et promet de rembourser plus tard. Pour qu'un tel contrat puisse être valable. Il faut qu'il paraisse équitable. Il doit y avoir un équilibre et le contrat doit paraitre plausible. Les deux parties doivent être libres de contracter et sur un pied d'égalité.
Une fois cette base acquise. La personne qui échoue à remplir le contrat a failli. Il y a un déséquilibre qui se crée et elle se retrouve dans l'obligation morale de rétablir l'équilibre. C'est cette force de vouloir rétablir l'équilibre qui semble être très fortement ancrée dans la psychologique humaine.
Or, si l'on observe de nombreux cas d'endettement, il se trouve que le contrat était frauduleux à la base. Très souvent il s'agit d'une manipulation. La principale est à mon avis l'incapacité de notre cerveau à comprendre les relations de cause à effet autres que linéaires. Si les gens savaient mieux compter, si par exemple ils avaient une meilleure compréhension intuitive des exponentielles. La plupart des contrats de crédit ne se feraient pas !
J'observe clairement ceci dans le Jeu de la Monnaie. La plupart des gens qui finissent en prison pour cause de non remboursement du crédit me disent que s'ils avaient vraiment compris ce qu'impliquait les termes du crédit ils n'auraient jamais pris de crédit.
Petit exemple. Un crédit à intérêt composé à 3% d'intérêt, au bout de 24 ans, ça revient à dire qu'il faut rembourser le double de ce qu'on a reçu !
(Si aucun remboursement n'est fait en cours de route)
Le fait d'exprimer en pourcents les taux d'intérêt est une manière de cacher un déséquilibre. Ainsi la dette est très souvent frauduleuse dès le début.
C'est pareil pour la croissance du PIB qui n'est pas linéaire. Encore un pourcentage qui nous cache la vérité !
Donc sur cette base, on observe que dès le milieu du Moyen Âge, le crédit se répand et devient "monnaie courante" à la Renaissance.
Déjà en 1202 la Quatrième croisade part mal. Elle est déjà endettée avant de partir envers les Vénitiens qui assurent le transport en bateau des croisés. Le doge refuse de laisser les bateaux partir tant que le paiement n'est pas fait. Mais un arrangement est trouvé, le paiement de la dette est différé (donc la dette n'est même pas annulée) si les croisés vont reconquérir le port de Zara en Dalmatie pour le compte des Vénitiens. Ce qui est fait et a pour conséquence que le pape excommunie les croisées qui sont justement venus en croisade sur l'appel du pape !
L'obligation de remboursement est probablement aussi un des facteurs qui a fait que la croisade a été détournée de son but pour aller assiéger et conquérir la ville de Constantinople.
Autre histoire pour illustrer le pouvoir de la dette. C'est la conquête et la destruction de l'empire aztèque par le conquistador Hernán Cortés. On apprend par les mémoires d'un autre conquistador (Bernal Díaz del Castillo) que Cortés était un joueur flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). Il a toujours été limite avec les règles de l'ordre établi en prenant des risques et en partant dans une fuite en avant permanente sans retour en arrière.
L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, il l'a avancée de peur de se faire interdire l'expédition, une fois sur place, Cortès a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Ainsi, après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Ce qui les a forcés à rester sous les ordres de Cortés dans l'espoir de se refaire.
Cortès a aussi utilisé une technique de manipulation connue pour obtenir de la main-d’œuvre dans les mines d'or et d'argent.
Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville). Evidemment l'impôt était conçu pour que tout le monde ne puisse pas le payer et un prêt a été proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.
Le contrat parait équitable non ?
C'est ainsi qu'a débuté la colonisation du continent américain par les Espagnols, ainsi qu'un génocide et mise en esclavage du peuple qui vivait sur ce continent.
Cortés une fois rentré en Espagne était toujours aussi endetté.
Après la colonisation des Amériques (les Indes comme le pensaient les gens de l'époque), ce modèle est appliqué au monde entier.
Dans toute l'Europe de nombreuses "Compagnies des Indes" sont créées pour aller exploiter les richesses des colonies.
La plus importante est la Compagnie néerlandaises des Indes orientales fondée en 1602 et financée par des actions et des obligations.
C'est toujours le même principe de recevoir de la "monnaie" tout de suite et de payer plus tard tout en subissant la pression du devoir de résultat qui est utilisé.
L'ère des banques centrales
Comme nous venons de le voir plus haut, les Pays-Bas sont la grande puissance commerciale du XVII ème siècle. Ceci en bonne partie grâce à la vision du monde protestante qui développe la finance. En effet, les Hollandais sont fortement protestants et lors de la révocation de l'édit de Nantes, ils vont accueillir beaucoup de réfugiés français.
Les services bancaires vont se développer. La banque d'Amsterdam est créée en 1609. C'est une des premières banques de dépôts et elle propose de faire des paiements par virement entre les comptes des clients de la banque.
Une loi est même adoptée pour obliger tout paiement de plus de 600 florins à se faire via des virements dans la banque d'Amsterdam. Ainsi c'est le succès assuré pour cette banque. On peut dire que c'est une banque d'État.
La banque d'Amsterdam est créée avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un status de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville.
La banque d'Amsterdam va inspirer d'autres banques, comme la banque de Stockholm qui sera la première à utiliser des billets de banques, et la banque d'Angleterre.
Le principe d'une banque centrale est toujours un hybride entre le droit privé et le droit public. C'est une alliance entre l'État et des marchands.
Si l'on se souvient bien une des conséquences de la création de la monnaie métallique de type jeton de valeur, imposé par l'impôt, c'est la création de l'économie de marché. Ceci favorise énormément les marchands d'armes et de fournitures militaires. Tous les progrès de la science tournent également autour de cette motivation militaire.
Au début, ce sont les seigneurs qui profitent de leur pouvoir de seigneuriage pour renforcer leur armée et faire grandir leur empire. Mais on l'a vu ci-dessus, le pouvoir de seigneuriage a ses limites. Limite que le crédit n'a pas !
Les marchands d'armes sont également assez futés pour financer les deux camps d'un conflit. Donc ils ne perdent jamais !
Les seigneurs s'endettent et les marchands d'armes s'enrichissent. A tel point qu'au bout d'un moment les marchands vont vouloir leur part du gâteau du pouvoir.
(Selon la suite logique de vouloir le pouvoir une fois qu'on a déjà la richesse.)
L'exemple de la création de la Banque d'Angleterre en 1694 est emblématique. C'est le Roi d'Angleterre William III (qui est Hollandais !) qui autorise la création de cette banque centrale.
Le principe est simple. Le roi est endetté, il y a un groupe de 40 marchands qui vont lui prêter 1,25 million de livres sterling. Il pourra ainsi prolonger sa guerre contre la France que le parlement anglais refuse de financer.
La reconnaissance de dette est enregistrée en partie sur des bâtons de comptage.
Le roi n'a pas ni l'envie ni les moyens de rembourser la dette.
Les marchands proposent de titriser cette dette, ainsi des billets de banques vont pouvoir circuler. On augmente la masse monétaire à partir d'une dette.
Le billet de banque n'est qu'un petit morceau de la grosse dette du roi. Ainsi tout possesseur d'un billet peut demander au roi de lui payer ce qui est inscrit sur le billet. (de l'or théoriquement) Un billet de banque est un chèque au porteur. Il y a encore des pays où c'est écrit sur les billets. (En Inde notamment, le gouverneur de la banque centrale s'engage à donner des roupie en échange du billet. Mais que sont les roupies à part une unité de compte ?)
Cependant cette dette est enregistrée sur un bâton de comptage et le roi n'a pas les moyens de payer si quelqu'un vient avec un billet !
Chose assez paradoxale à priori, ce sont les marchands qui vont proposer de payer la contrepartie en or que représentent les billets. Ceci en échange du monopole d'émission des billets de banque.
C'est ainsi qu'au fil du temps, par étape successives étalées sur un siècle, la banque d'Angleterre se crée.
Le principe d'une banque centrale, c'est de "rendre liquide une dette". Ainsi une banque centrale a toujours besoin d'acheter des titres, des dettes, généralement des bons d'État, pour créer de la monnaie. Elle va mettre en circulation la nouvelle monnaie en payant avec elle la dette achetée.
Les systèmes d’étalons métalliques
Depuis le Moyen Âge un courant d’idées prône que la valeur de la monnaie réside dans le contenu métallique (essentiellement de l’argent) des espèces monétaires.
Au 17ème siècle John Locke reprend cette idée en y mêlant les conceptions libérales naissantes sur le droit naturel de la propriété. Pour lui, la valeur de la monnaie fait partie du contrat à la base de la société. Si l’État y touche et dévalue la monnaie, il rompt ce contrat. Ces idées progressivement mises en place dans le système monétaire anglais au XVIIIe siècle seront à la base des systèmes d’étalons métalliques.
Il y a une idée fortement ancrée dans les livres d'économie qui indique que c'est grâce à l’immense masse de métal précieux venue d’Amérique, qu'il est devenu possible d’envisager un système monétaire où la valeur de la monnaie est basée sur un poids de métal précieux.
Cependant, on a maintenant de nombreuses preuves que l'argent physique issu des mines d'argent du continent américain (notamment à Potosi en Bolivie) ne venait pas en Europe, ou repartait tout de suite en Chine.
La Chine est devenue le plus grand consommateur d'argent depuis le milieu du 16ème siècle où la dynastie Ming, après avoir supprimé le papier monnaie de la dynastie précédente, a imposé progressivement l'utilisation de l'argent pour le paiement des impôts. Notamment sous forme de scyee, des lingots d'argent normalisés utilisés jusqu'en 1933, date du passage aux pièces de monnaie en argent.
Pour suivre le rythme de son expansion économique, l'empire chinois a été obligé d'importer de l'argent du monde entier.
Cependant, on a quand même vu en Europe une augmentation de la quantité d'argent. Il s'agit principalement d'argent issus des mines de Bohème découverte vers 1290. C'est de là, au village de Sankt-Joachimsthal que seront frappé les "Thaler" qui deviendrons les "Dollars" une fois de l'autre côté de l'atlantique.
Il faut aussi se méfier des différentes comptabilité d'argent physique que l'on trouve, car parfois c'est de l'argent papier. C'est une titrisation faite à Séville sur les cargaisons des navires en provenance d'Amérique, mais qui repartaient directement en Chine tout en étant prêté au roi!
C'est le moine dominicain et économiste Tomás de Mercado qui nous rapporte ceci. C'est une des pistes d'explication de l'inflation européenne entre 1500 et 1650, connue sous le nom de "Révolution des prix"
Le principe de l'étalon métallique est justement d'éviter que les États ne jouent avec la monnaie. Le mécanisme de l'étalon métallique revient souvent en force juste après une crise de confiance dans une forme "reconnaissance de dette".
Dans un tel mécanisme, l’État ne peut créer de manière illimitée de la monnaie, il est contraint par les réserves de métal précieux disponibles.
Les possédants sont protégés d’une fonte de la valeur de leur avoir et de leurs rentes. Il y a dans ce système une tendance à la raréfaction de la monnaie circulante.
L'étalon métallique est adopté progressivement par d’autres pays européens. La France crée en 1803 le « franc germinal », valant cinq grammes d’argent.
Avec le développement des échanges internationaux au XIXe siècle, un autre avantage se révèle. Les devises nationales faites de papier monnaie ne valent qu’à l’intérieur du territoire national et n’ont aucune raison d’être acceptées à leur valeur à l’étranger. Par contre, tous les pays acceptent les métaux précieux en paiement. De la sorte, des monnaie nationales dont l’unité de compte est basée sur un poids d’or peuvent plus facilement commercer entre eux, pourvu que l’on soit assuré que chacune verra sa convertibilité garantie par l’État.
C’est la naissance de l’étalon-or international. On assiste à une première organisation des échanges internationaux avec une parité fixe des devises.
Mais à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, cette organisation montre aussi ses limites. Les États sont sous la dépendance des producteurs de métaux pour leur émission monétaire ; la spéculation se développe, liée aux différences de prix entre le cours boursier du métal et son cours légal ; les pays les plus faibles économiquement ne sont pas capables de maintenir leurs réserves ; les gouvernements poussent à la création de crédits supplémentaires, et en cas de crises sévères telles que les guerres chacun revient à une monnaie de papier.
Les différentes ruées vers l'or en Californie et en Australie dérégulent également la proportion entre l'or et l'argent des systèmes à étalons bi-métallique.
Progressivement, le lien avec l’or devient plus fictif à mesure que se développe l’émission de monnaie fiduciaire et scripturale par les banques commerciales et le système sera abandonné dans les années 1930.
Avec les crypto-monnaies, on voit réapparaitre une forme d'étalon métallique. Il y a une analogie qui est faite entre les jetons enregistrés dans les blockchains des crypto-monnaies, et les métaux précieux. Notamment par le le fait que l'on parle de "minage" (mining) de cryptomonnaie, soit une référence directe au fait d'aller extraire de l'or ou de l'argent d'une mine.
Pour le Bictoin, la première des crypto-monnaies, il y a un total de 21 millions de jetons qui est prévu à l'avance par l'algorithme et qui s'obtient en récompense de vérifier l'intégrité du réseau et en ajoutant les nouveaux blocs à la "blockchain". (c'est ceci que l'on nomme le "mining")
On retrouve ainsi une monnaie qui est limitée dans son nombre d'unité. C'est peut être une émanation de la tendance à la perte de confiance dans un système monétaire basé sur les reconnaissance de dette. On observe très souvent dans l'histoire ce mouvement de balancier. Pour rappel, le Bitcoin est sorti de nulle part juste après la crise financière et bancaire de 2008.
L'ère des banques commerciales
L'impôt obligeant toujours les gens à se battre pour "gagner leur vie" en obtenant des moyens de paiement reconnus pour payer l'impôt, la marchandisation du monde continue à s'étendre.
Le meilleur moyen de gagner de l'argent, c'est de rendre payant ce qui était gratuit, de favoriser l'approche commerciale plutôt que le don.
La science fait évoluer la technique et la technique rend plus efficace les méthodes de captation d'argent. Cependant les nouvelles techniques nécessitent souvent un nouvel écosystème qui se rend indispensable.
La révolution industrielle faite de grandes promesses de révolutions techniques. Notamment le chemin de fer et la marine à vapeur, puis plus tard l'électrification.
La construction d'un chemin de fer nécessite d'énormes ressources, il faut créer un réseau de chemin de fer, mais avant il faut extraire du fer et le transformer en acier dans des aciéries.
Comment va être payée cette infrastructure ?
C'est là qu'on observe de nombreuses banques commerciales qui se créent pour financer les compagnies des chemins de fer par le crédit bancaire. C'est toujours la logique du "Je reçois de la monnaie tout de suite et je paye plus tard". Ainsi la vision du monde qui va avec doit nécessairement voir le futur comme meilleur que le présent et le passé.
L'exemple le plus emblématique de création d'un nouvel écosystème industriel est le cas de la création du Crédit Suisse par Alfred Escher en 1856 afin de financer le développement des chemins de fer Suisse, au nord-est et au Gothard.
Alfred Escher avait de la suite dans les idées. Une fois qu'il avait le financement, il faut des ingénieurs pour réaliser la construction du réseau ferroviaire. Il a donc également créé l’Ecole Polytechnique Fédérale.
Transports, banques, assurances et hautes écoles. Alfred Escher y est pour beaucoup dans l'identité Suisse.
En Allemagne on voit la création de la Deutsche Bank en 1870, afin d’aider le développement international d’entreprises industrielles, notamment Siemens. L’un des fondateurs de la Deutsche Bank était Georg Siemens un petit cousin du fondateur de l’entreprise électrique Siemens.
Aux USA, en 1871 Le célèbre banquier JP Morgan a créé sa banque. Il sera également très actif dans le développement industriel, acier, électricité, chemin de fer et compagnie maritime (il sera ainsi indirectement le propriétaire du Titanic !)
Ainsi la banque commerciale est très liée aux activités industrielles. La grosse industrie, notamment pétrolière, ne peut pas fonctionner sans crédit bancaire permanent.
Il est également intéressant de voir que le banquier crée le futur. Si le banquier vous est favorable votre projet est financé. Si votre banquier trouve votre projet pas rentable. Il ne sera pas financé.
Ainsi il vaut mieux être en bon terme avec son banquier pour se lancer dans l'industrie. Ce n'est peut-être pas pour rien que de grosses entreprises créent leurs propres banques. (General Electric par exemple....)
C'est l'assurance de ne pas se faire refuser un crédit.
Une monnaie pour être souverain
Si l'on fait le bilan de 5000 ans d'histoire, on observe que les "monnaies" des Sumériens et des Égyptiens étaient créées par une large part de la population. Toute personne en mesure de cultiver un champ de céréales crée de la "monnaie".
Au fil du temps, on a vu que la création monétaire a été confiée à une élite. C'était clairement le but de l'invention de la monnaie métallique de type jeton de valeur + impôt. La monnaie est l'instrument pour qu'une élite vive sur le dos des autres.
(Bon, à Sumer c'était pas très différent, mais ce sont les classes sociales qui séparaient les gens pas le système économique.)
Avec les grains de céréales, la masse monétaire est en lien avec la nature et le travail humain.
Avec la monnaie métallique, la masse monétaire est ajustée pour faire travailler les gens au service d'un seigneur. La masse monétaire dépend de la quantité de métaux disponibles. Il y a une limite.
Le crédit fait totalement sauter la limite et donc le lien avec une certaine réalité naturelle. Cette absence de limite est géniale pour celui qui profite de la monnaie qu'il reçoit immédiatement. Mais quand cette absence de limite se transforme en esclavage c'est moins drôle. Ça veut dire qu'il n'y a aucune limite au remboursement d'une dette exponentielle !
On en arrive à être totalement prisonnier d'une dette.
On en arrive parfois à avoir tout ce qu'il faut, des ressources matérielles et des humains pour accomplir un travail, mais pas les chiffres nécessaires pour payer ce travail.
Donc pourquoi le chômage existe si la seule chose qui manque c'est des chiffres ?
C'est la chose la plus simple à créer !
C'est selon ce constat que plusieurs systèmes sont apparus au cours de l'histoire pour qu'une communauté puisse reprendre sa destinée en main.
Expérience de Wörgl
L'expérience la plus connue est certainement celle de Wörgl en Autriche en 1932. En plein crise des années 1930, le chômage était très élevé et pourtant la ville avait plein de travaux à faire et plein de gens ayant du temps.
C'est là que le Burgmestre de Wörgl, inspiré par la théorie de Silvio Gesell décida de mettre en place une monnaie locale. Le terme de monnaie étant prohibé par la loi c'est le terme de "certificat de travail" qui a été utilisé.
Cette monnaie avait la particularité d'être fondante. Il fallait payer un timbre en monnaie officielle pour que le billet en monnaie locale soit valable. Cette particularité a accéléré la circulation de la monnaie.
La mise en place de cette monnaie locale a permis de faire baisser de 25% le chômage local, alors que dans la même période il a augmenté de 20% dans le reste de l'Autriche.
Le système a tellement bien fonctionné qu'il a été interdit !
On ne remet pas si facilement en cause le pouvoir de celui qui émet la monnaie !
Ceci fait totalement écho avec les MLC, les Monnaies Locales Complémentaires. Dont on voit un grand essor dans les années 2010, surtout suite au film "Demain".
L'énorme avantage d'une Monnaie Locale Complémentaire "nantie". C'est le fait de pouvoir doubler la masse monétaire. En recevant un billet de monnaie officielle, on peut garantir un billet de monnaie complémentaire. On a ainsi deux billets.
Ce principe a été utilisé par la Banco Palmas au Brésil pour dynamiser l'économie d'un quartier pauvre. Cette monnaie locale a par exemple permis la construction d'une école. Un fond a été collecté en monnaie officielle pour créer l'école. Cette monnaie a été utilisée pour garantir son équivalent en monnaie locale. L'essentiel de la construction a pu être fait en monnaie locale. Seul 30% du fond de base en monnaie officielle a dû être utilisé pour payer ce que la communauté locale n'arrivait pas à fournir. Ainsi on observe qu'une monnaie locale peut créer un bon effet de levier.
Cependant, vu le succès grandissant des Monnaies Locales Complémentaires. La France s'est dotée en 2014 d'une loi sur les Monnaies Locales Complémentaires qui interdit de toucher au fond de garantie qui doit rester sur un compte en banque. Ainsi on bride une des fonctions les plus intéressante de monnaies locale complémentaire et on permet aux banques commerciales d'augmenter leur potentiel de crédit. Ce qui généralement va à l'encontre des chartes des MLC.
Encore une fois, il est dur de s'émanciper de celui qui crée la monnaie.
Du Colonials scrips au Continental Dollar
Voici un autre exemple de communautés qui ont créé leur propre monnaie. Il s'agit des colonies anglaises des USA avant les USA. Ces colonies utilisaient des "colonial scrips". Chaque État utilisait une monnaie différente.
Dans les colonies lointaines, les pièces des monnaies métalliques étaient rares. C'est pour cette raison que l'État du Massachusetts a été le premier à émettre du papier monnaie. Une lettre de change adossée sur la dette publique et gagée sur la terre.
Ainsi le gouvernement pouvait couvrir ses frais directement en créant de la monnaie. Puis par l'impôt le surplus de monnaie est détruit. C'est le principe du "chartalisme".
Les différents États géraient plus ou moins bien leur monnaie. Les États du sud plus souvent en guerre ont subi une plus forte inflation. La Pennsylvanie semble avoir été l'état qui a le mieux géré sa monnaie en oubliant pas de la détruire régulièrement. Sur 50 ans le cours du "Pennsylvania Pound" est resté stable en regard du cours de l'or.
Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA.
Cette guerre a été financée par une autre monnaie créée pour l'occasion en 1775 par les "Colonies Unies", il s'agit du "Continental dollar".
Cette monnaie a été massivement imprimée pour financer la guerre, et de fait elle subit une forte inflation durant ces 6 années d'existence. Mais néanmoins on peut se poser la question de l'issue de cette guerre sans avoir eu ce financement ?
(La France a également beaucoup financé la révolution américaine, ce n'est pas uniquement le continental dollars qui a suffi)
Assignats de la révolution Française
Quelques années plus tard, en 1790 en France on retrouve un même type de monnaie papier créée pour financer une révolution. Il s'agit des "assignats".
L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation (d'où le nom des assignats) et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.
Les comités révolutionnaires impriment des assignats, et pris au jeu de cette monnaie gratuite, en imprime beaucoup et négligent souvent de les détruire comme il était prévu.
De plus, les ennemis de la révolution impriment aussi des faux assignats afin de faire effondrer le système. Il y a un atelier très efficace à Londres.
Ce système a duré également 6 ans, tout comme le Continental dollar. Là aussi on peut se questionner sur le bilan. Cette monnaie n'a pas été durable, mais en temps de révolution c'est un outil très utile pour changer un système en place.
L'observation que l'on peut faire sur ces monnaies fiduciaires d'État. C'est que la gouvernance de cette monnaie est un point critique. Un gouvernement qui imprime trop de monnaie et/oui qui néglige de la détruire va rapidement faire effondrer sa monnaie.
La monnaie fondante de Wörgl ne semble pas avoir subi de problème d'inflation monétaire. Peut être grâce à son caractère fondant qui "détruit" une monnaie qui n'est plus nécessaire. Ce n'est pas avéré, mais c'est une piste intéressante.
Crédit mutuel
Le système bancaire majoritaire de nos jours crée de la monnaie par le crédit bancaire. Il s'agit d'une personne qui va présenter un projet à son banquier. Si ce dernier trouve que le projet est rentable et intéressant pour lui, il crée la monnaie en échange du remboursement avec intérêt en plus.
Il se trouve que l'accès au système bancaire n'est pas égal pour tout le monde. Comme le dit l'adage. "On ne prête qu'aux riches". Plus on est proche du robinet, plus l'accès aux liquidités est facile.
Ainsi à contrario, plus on est loin des banques moins il y a de monnaie. Ce n'est pas pour rien que les villes de Genève et Zurich sont les plus chères du monde. Ce sont des places financières internationales avec une grande densité de banque.
Donc comment créer des chiffres quand on est loin d'une banque ?
Raiffeisen
Friedrich Wilhelm Raiffeisen crée en 1849 la "Société de secours aux agriculteurs impécunieux de Flammersfeld" afin de renforcer la coopération financière dans les communautés rurales. Il crée une forme de banque coopérative locale au beau milieu des campagnes, là où les grandes banques commerciales liées à l'industrie (comme on l'a vu ci-dessus) ne sont pas.
Le mouvement de coopératives bancaires "Raiffeisen" va se propager en Allemagne, Autriche, Suisse (vers 1900) et en France sous le nom de "crédit Mutuel" ou "crédit agricole". (un nom à consonance Allemande ne passant pas bien après la guerre de 1870...)
Le but est principalement de faciliter l'accès au crédit pour les agriculteurs et ainsi éviter d'avoir recours à des usuriers. Ceci est possible grâce à la mutualisation. Au lieu d'avoir un seul banquier qui assume les risques de crédit, avec le "crédit mutuel" c'est toute une communauté qui assume les risques. Chacun est ainsi autant créditeur que débiteur.
La banque du peuple
Également en 1848-1849, Pierre Joseph Proudhon lance son idée de Banque du peuple. Le but étant de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit grâce à une suppression progressive du taux d'intérêt, ainsi qu'un découplage d'avec l'or.
Le lancement de la banque va échouer malgré un grand intérêt populaire. Ceci à cause du manque de fonds propres nécessaires pour remplir les obligations légales. La raison est due à plusieurs amendes qui grèvent les actifs du journal "le Peuple" qui devaient servir de fonds propres.
La banque WIR
En 1934, la Banque WIR est créée en Suisse, inspiré par les théories de Silvio Gesell. Le "Franc WIR" est une monnaie utilisable dans un réseau de ~60 000 entreprises. Le Franc WIR n'est pas convertible en Franc Suisse. C'est un crédit mutuel.
Depuis 1948, le WIR n'est plus une monnaie fondante, et depuis 1952 le modèle de "monnaie franche" (aussi appelée "économie libre") de Silvio Gesell a été abandonné, ouvrant la porte au crédit avec intérêt.
Les SEL
Les Systèmes d'Echange Locaux sont souvent organisés comme un crédit mutuel basé sur une unité de temps. (bien que certains SEL ont des unités de mesures non liées au temps)
Chaque personne qui "rend un service" à une autre personne comptabilise sont temps et ainsi obtient le droit d'avoir le même temps à disposition pour un autre service offert par quelqu'un de la communauté.
Ce système est un véritable système économique parallèle et en cela il dérange aussi.
En 1996, un procès se déroule contre 3 personnes du SEL d'Ariège pour avoir fait du "travail clandestin, hors taxe". Les SEL sont tolérés par l'administration fiscale tant que l'échange reste de l'ordre du "coup de main". Si l'échange est régulier il est soumis à l'impôt.
Les SEL sont donc condamnés à rester marginaux.
Puissance du crédit mutuel
L'idée de mutualiser les ressources d'une communauté pour se créer une chambre de compensation commune est très puissante. Le principe des reconnaissances de dettes entre individus se retrouve déjà sur les bâtons de comptage et même les tablettes d'argile. Mais ce sont à chaque fois des dettes entre un binôme d'individus.
Mutualiser toutes ces reconnaissances de dettes dans un même système économique commun permet de faciliter les échanges.
L'avantage du crédit mutuel c'est qu'il n'y a pas d'inflation monétaire possible. Vu que "la masse monétaire" est créée lors d'une transaction réelle et pas en amont déconnecté de la réalité.
Un des gros avantages du crédit mutuel est la facilité d'accès au crédit. C'est en général la raison principale de la création de ce genre de système. Il y a néanmoins un risque pour la communauté. Ainsi de nombreuses communautés ont mis en place une limite de consommation à crédit. C'est surtout le cas quand il n'y a pas d'intérêt sur le crédit comme dans les SEL.
Dans les systèmes Raiffeisen et WIR un intérêt existe sur les crédits. C'est en général une manière de rémunérer la gestion du système.
Le système Raiffeisen actuel (et assimilé comme Crédit Mutuel et Crédit Agricole) n'est plus à considéré comme un crédit mutuel. Ce sont maintenant des banques commerciales comme d'autres. Il n'y a plus de réelle différence. La principale étant la forme juridique de la société, une coopérative. Ceci est principalement dû à deux facteurs:
- la convertibilité de la monnaie de la communauté dans toute autre forme de moyen de paiement. (ainsi on met en concurrence les substituts monétaires issus d'une coopérative avec ceux issus du crédit bancaire )
- les taux d'intérêt bancaires qui sont devenus tellement bas, voir négatif que l'avantage de la mutualisation ne se voit plus.
Les cryptomonnaies
En 2009, le monde encore sous le choc de la crise bancaire et financière de 2008 découvre le Bitcoin, la première crypto-monnaie basée sur une blockchain.
Le Bitcoin ne vaut rien. Ce sont des jetons virtuels générés par un algorithme pour rémunérer les gens qui font "tourner" un nœud qui vérifie le réseau de transactions.
Des geeks essaient de dépenser leur Bitcoins. En 2010 l'un d'eux achète deux pizzas pour 10 000 bitcoins.
Puis en quelques années, des bourses d'échanges sont mise en place pour acheter des Bitcoins contre des dollars (ou autre). Gentiment le Bitcoin prend de la valeur jusqu'à passer les 10 000 $ en 2017.
Dans son code monétaire, le bitcoin n'a absolument rien d'innovant. C'est un jeton de valeur au même titre qu'une pièce métallique.
La masse monétaire est fixée à l'avance et limitée à 21 millions de Bitcoins.
Là où le bitcoin est révolutionnaire c'est dans le fait que sa gouvernance est décentralisée. C'est un réseau de nœuds. Le bitcoin est un protocole. Tant que 51% des nœuds qui gèrent le réseau ont intérêt à ce que le protocole soit suivi, tout fonctionne. Le ou les concepteurs du bitcoin est toujours inconnu.
Ces facteurs font que le bitcoin est impossible a arrêter. Il n'y a aucune personne ou organisation centrale que l'on peut faire passer devant un tribunal.
On a donc là un véritable contre-pouvoir monétaire aux systèmes dominants.
La sécurité du bitcoin se base sur l'accès à l'énergie. En effet, pour pouvoir ajouter un bloc de transactions à la base de données globale, (et être ainsi rémunéré avec de la création monétaire) il faut être le premier à présenter une "preuve par le travail". Cette preuve consiste à avoir trouvé un "hash", sorte de signature-résumé d'un bloc de données, qui commence par un certain nombre de 0. Ceci ne peut se déduire mathématiquement. Il faut donc réaliser des essais au hasard jusqu'à trouver la bonne solution. On est dans l'ordre de grandeur de 200 milliards d'essais. Ce qui représente une certaine quantité d'énergie et rend le bitcoin pas très écologique.
Comme tous les blocs contenant l'historique des transactions sont chainés depuis l'origine. Celui qui veut tricher et imposer sa version de l'historique doit être capable de tout recalculer depuis le moment où il veut tricher. Ainsi il doit mettre exponentiellement plus d'énergie dans l'opération que ce qui a déjà été mis. Comme avec le bitcoin on est aux limites physiques des vitesses de calcul actuelles. C'est une opération virtuellement impossible et probablement non rentable économiquement. Ainsi la blockchain est sécurisée contre les modifications frauduleuses.
La spéculation qui s'est emparée du bitcoin en fait un outil de mesure très instable. Et de par ce fait, très peu utilisable pour des paiements courants.
Il y a de nombreuses alternatives et variantes du bitcoin qui ont été créées, mais aucune n'a détrôné l'original.
Plus haut nous avons vu que les banques commerciales sont intrinsèquement liées au monde industriel.
Tant que les organisations les plus puissantes du monde étaient des organisations industrielles, les banques étaient fortes. Mais avec la désindustrialisation du monde occidental et la montée en puissance des entreprises liées à l'ère de l'information (les GAFAM), le monde des banques perd de sa puissance.
Il se pourrait bien que, tout comme les marchands ont demandés aux seigneurs féodaux leur part du pouvoir, les GAFAM demandent leur part du pouvoir en créant des alternatives monétaires aux banques commerciales et centrales.
C'est ce que l'on commence à voir avec Facebook qui a lancé son projet de monnaie Libra, basée sur une blockchain de 100 nœuds gérés par des milliardaires et des institutions financières.
Facebook, avec Whatsapp et Instagram dispose d'une base de 5 milliards d'utilisateurs !
L'idée c'est une monnaie basée sur un panier de devise. Ainsi on résout le problème de stabilité de l'unité de compte trop volatile que l'on a dans le bitcoin.
Mais ceci n'est pas encore fait. Les autorités de surveillance des banques (affiliées aux banques elles-mêmes) ne sont pas d'accord et demandent une segmentation de Libra en plusieurs monnaies par continent ! Le monde des banques n'est pas encore mort !
Nécessité d'un système de retour à l'équilibre
Une observation dont on parle peu, mais qui est une constante dans l'Histoire, c'est la remise à zéro du système.
Dans tous les systèmes économiques depuis la nuit des temps. Que ce soit explicitement conçu ou non, il y a TOUJOURS un système de remise à zéro…
Parfois le système de retour à l'équilibre et intégré dans le système et parfois c'est l'effondrement du système qui de facto le ré-initiatilise.
Avec le "don dans une communauté de confiance", quand le temps passe, la mémoire humaine devient floue, automatiquement on oublie et remet à zéro nos reconnaissances de dette mutuelles.
Quand tu n'as pas été boire un verre 🍻 avec tes potes depuis longtemps, tu ne sais plus qui avait payé la dernière tournée et qui ne l'avait pas encore fait.
Il y a retour à l'équilibre naturel dans le fonctionnement humain. Le taux de retour à l'équilibre est cependant différent selon les personnes. Il y a des personnes plus ou moins rancunière, plus ou moins confiante. Celles qui lâche prise et celle qui pensent que "les bons comptes font les bons amis", vraiment ?
Quand on passe dans un système plus formel comme celui de la comptabilité sur tablettes d'argiles sumériennes. Très vite des soucis de dettes et d'esclavage pour dette apparaissent.
Graeber, nous dit que les sumériens trop endettés finissaient pas s'échapper dans le désert et se regrouper en hordes vivant de razzias sur les villes. Quand le problème n'est plus marginal, les souverains sumériens ont du trouver une solution.
Ainsi c'est en –2450 que le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première annulation de dette connue de l’histoire. Le mot sumérien est "ama.ar.gi" qui signifie littéralement "retour à la mère". C'est un retour à l'état d'origine. Ce mot est souvent traduit par "liberté".
On a encore la trace de cette tradition d'annulation de dette dans la notion de Jubilé biblique qu'on trouve dans le lévitique. Tous les 7x7 ans, toutes les dettes sont annulées et tous les esclaves pour dette rentrent dans leur clan.
La fameuse pierre de rosette qui a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens parle d'une annulation de dettes.
Durant le moyen âge les nombreux changements de systèmes monétaires ont agit comme des systèmes de retour à l'équilibre, de remise à zéro.
Les grandes périodes d'hyperinflation ont souvent servies à remettre à zéro les dettes. C'est le cas de l'hyperinflation de 1923 en Allemagne qui a permet de faire fondre les dettes et repartir à neuf.
En 1948, rebelote en Allemagne la Währungsreform refait un retour à l'équilibre pour passer au Deutsche Mark. En une semaine les Allemands de l'ouest doivent changer leur monnaie. Le taux est de 1:1 pour les 40 premiers reichsmarks, puis de 10:1 pour les suivants.
Au lieu de provoquer un retour à l'équilibre par surprise, on peut l'intégrer le principe dans le code monétaire. Ainsi tout se passe en douceur. Une des techniques existante, c'est de faire fondre la monnaie. Elle perd de la valeur avec le temps qui passe.
La monnaie fondante de Silvio Gesell fonctionne très bien pour faire tourner une économie au quotidien. Mais il n'est pas possible de thésauriser une monnaie. Si une personne conserve de la monnaie son pouvoir d'achat diminue.
Les riches n'ont donc aucun avantage à la monnaie fondante. C'est peut être une des raison de l'interdiction de la monnaie fondante à Wörgl en 1934.
Dans le principe de la "Monnaie libre" selon la Théorie Relative de la Monnaie, implémenté avec la Ğ1, on renverse l'apparence du référentiel de mesure.
Mais de fait la monnaie libre est aussi une monnaie fondante. Le montant du "Dividende Universel" versé régulièrement à tous les co-créateurs de monnaie augmente avec le temps. Ceci a pour effet de faire fondre le pouvoir d'achat de l'ancienne monnaie déjà en circulation. Ainsi on réalise la fonction d'une monnaie fondante, faire tendre le solde de comptes de tout le monde vers un équilibre commun.
Les banques centrales ont de nos jours pour mission principale la stabilité des prix et par conséquent d'éviter l'inflation. C'est une mesure qui profite surtout aux riches.
L'inflation agit comme de la monnaie fondante, la monnaie perd de sa valeur avec le temps. Durant la période de 30 glorieuses, l'inflation était élevée, mais le pouvoir d'achat conservé grâce à l'indexation des salaires sur l'inflation (En France jusqu'en 1983). C'est ainsi que les pays dévastés par la deuxième guerre mondiale se sont reconstruit à faible coût.
Depuis la fin des 30 glorieuses, il existe un indicateur dans les pays de l'OCDE qui s'appelle le NAIRU, c'est le "Taux de Chômage n'accélérant pas l'inflation".
Contrairement au discours courant, les politiques ne visent pas à réduire totalement le chômage, mais plutôt à atteindre le taux du NAIRU. Ceci pour éviter de déclencher l'inflation. C'est donc une politique consciente de conservation de la dette, de la fortune des riches et d'empêchement de l'accès à l'emploi de l'entier de la population.
Dans l'Égypte antique on fonctionnait avec 2 systèmes parallèles, on avait des unités des comptes fixes (métaux, étoffe, céréales et huile) et des moyens de paiement divers. Mais surtout des moyens facile à produire comme le grain de céréale, le pain, la bière….
Ce sont des monnaies fondantes. Le grain ça pourri.
Si l'on sort du monde virtuel de la monnaie et que l'on observe le monde réel on constate que tout ce qui n'est pas vivant à tendance à se dégrader avec le temps. Les maisons tombent en ruine, la nourriture non consommée pourri, les vêtements s'usent, etc....
Sur un plan physique le second principe de la thermodynamique, l'entropie fait que la qualité de l'énergie disponible diminue dans le temps. De l'énergie utile à la base va se dissiper en bruit et chaleur irrécupérable.
Donc si l'on veut faire une équivalence entre la monnaie et les biens et services qu'elle permet de rendre accessible, il est nécessaire de faire fondre la monnaie au même rythme que les biens échangés.
Ainsi forcément vouloir garder une dette sur le long terme ça ne marche pas. C'est la loin de l'entropie qui veut ça.
Tôt au tard l'entropie fera son œuvre et les dettes disparaitrons….
La monnaie comme moyen de corruption
Une fonction de la monnaie dont on ne parle jamais dans les livres d'économie, mais qui pourtant a une influence considérable, c'est la fonction de corruption.
Ce sont en général les personnes qui sont en charge de faire appliquer des lois et des règlements qui sont le plus visés par la corruption. (policier, juge, fonctionnaire)
Mais très vite c'est tout un système qui se met en place et qui touche les personnes qui font les lois, les politiciens. Là on parle plutôt de lobbies ou de renvoi d'ascenseur vers les financeurs de campagne politique.
Le pouvoir de l'argent se place ainsi très souvent au dessus des lois, ou au dessus de la morale.
On peut se poser la question de la motivation des gens à effectuer des activités et tâches immorales, dangereuses et/ou pénibles.
Si tout le monde avait largement assez d'argent pour assouvir ses désirs, est-ce que la prostitution existerait toujours ?
Est-ce que l'on trouverai des gens pour travailler par 40°C à l'ombre, en plein soleil sur l'autoroute, au milieu des gaz d'échappement à couler du goudron encore plus chaud que l'air ?
Il est indéniable que le pouvoir de seigneuriage s'accompagne également d'un pouvoir de corruption. Le seigneuriage permet déjà à celui qui crée la monnaie de vivre sur le dos des autres en achetant pour un coût quasi nul ce qui est sur le marché.
Cependant disposer d'une grande quantité de monnaie permet également d'acheter ce qui n'est normalement pas sur le marché en raison de règles légales et/ou morales.
Ce pouvoir hors des règles vient souvent du fait de la rareté de la monnaie. Ou du moins de sa répartition très inégale. Une personne qui a beaucoup d'argent est en position de force envers une personne qui est dans le besoin.
C'est ainsi que l'on a vu ci-dessus avec l'indicateur NAIRU, que le taux de chômage est sciemment choisi pour favoriser un chantage au chômage: "Si tu n'acceptes pas mes conditions tu n'auras rien", "Il y en a mille des gens comme toi qui peuvent prendre ta place".
Il est connu que dans certains pays, le salaire des policiers ne permet pas de vivre. Ainsi le bakchich est le moyen qu'ont certains fonctionnaires d'augmenter leur salaire. Les amendes imaginaires pleuvent sur la route parfois.
Le financement des partis politiques est un vrai problème qui fait régulièrement scandale. Les pays qui se sont dotés de législations pour contrôler le financement des partis politiques découvre régulièrement des caisses noires !
Peut être est-il plus simple de ne rien règlementer qu'on ne puisse vraiment contrôler ? C'est la pratique en Suisse. Du coup les grandes banques avouent verser des millions de "subventionnement" aux partis politiques qui vont dans le sens de leur idées !
Que faire pour limiter le pouvoir de corruption de la monnaie ?
Quand une personne n'a pas assez de monnaie pour vivre, elle va plus facilement accepter de contourner les règles ou d'agir à l'encontre de ses valeurs (probablement une des causes majeure de la destruction de l'environnement).
Ainsi assurer à tous de quoi vivre décemment est un moyen qui permet de limiter drastiquement la corruption monétaire. On peut imaginer par exemple que l'instauration d'un Revenu de Base Inconditionnel suffisant pour vivre changerait fondamentalement les conditions d'acceptation d'un emploi et diminuerai probablement la corruption.
Cependant satisfaire des besoins reste accessible, mais satisfaire des désirs, c'est autre chose. Il peut toujours être très tentant pour des personnes ayant de quoi vivre largement de vouloir toujours plus, et donc de se faire corrompre par une grosse somme d'argent.
Si l'on supprime les écarts de richesse, on diminue le risque de corruption.
Ainsi fondamentalement, une meilleure répartition des richesses est une protection contre la corruption.
Une des manière de réaliser cette meilleure répartition des richesses est comme on l'a vu ci-dessus, l'utilisation d'une monnaie fondante. Tous les soldes des comptes ont tendance à fondre (en positif, comme en négatif), ainsi sur le long terme tout le monde tend vers une moyenne commune.
Enseignements de l'Histoire
L'histoire ne sert à rien si elle ne nous enseigne pas, si nous n'apprenons pas de nos erreurs. Donc que peut ont tirer comme enseignements de l'histoire des systèmes économiques ?
- Les systèmes économiques qui ont duré le plus longtemps sont ceux dont on parle le moins ! (don dans une communauté de confiance, Etat agraire organisé en maisonnée, haut moyen âge)
- Il est tout à fait possible de séparer l'unité de compte des moyens de paiement.
- On observe qu'il y a toujours système de retour à l'équilibre, de remise à zéro des dettes qui apparait, qu'il soit intégré dans le système économique ou qu'il arrive à l'effondrement du système.
- Pour gagner une guerre ou une révolution, créer de la monnaie est une bonne technique à cour terme (~6 ans). (mais pas à long terme)
- L'adoption d'une monnaie ne se fait pas naturellement. Un type de monnaie est utilisé car il est imposé par l'impôt. On a ainsi une concurrence entre différentes formes de monnaies. Les "substituts monétaires" des banques commerciales sont plus utilisés que les Monnaies Locales Complémentaires car ils sont acceptés pour le paiement des impôts.
- Si ce n'est pas l'impôt qui impose un moyen de paiement, ça peut aussi être un créancier. C'est lui qui décide si le crédit est remboursé ou non.
- La dette est un puissant moteur de contrainte. Le débiteur va placer le remboursement de son crédit à la tête de ses priorités. Même si ça va à l'encontre de ses valeurs. (génocide, pillage, mise en esclavage, destruction écologique, etc...) L'explication morale d'acceptation de la dette semble être la tendance humaine à vouloir retrouver une situation d'équilibre dans les relations individuelles entre humains. (être prêt à sacrifier les autres, le monde et la vie en général pour un retour à l'équilibre entre 2 parties.)
- La monnaie est un outil de corruption. Surtout quand la répartition des richesses est mauvaise (indice de Gini élevé) et que les gens se battent pour avoir de quoi vivre.
- La "confiance" est le maître mot des systèmes économiques. (son opposé étant la peur) La confiance se déplace, de sa propre confiance en l'avenir, en sa famille, en sa communauté, jusqu'à s'incarner dans une écriture comptable sur tablette d'argile, bâton de comptage, base de données informatique, blockchain, ou dans un objet: lingot d'or, pièces de monnaie, coquillage. La confiance réside parfois dans une institution et ses symboles, l'allégorie d'un État sur une pièce de monnaie, la cravate du banquier d'une banque de confiance.
- Toute reconnaissance de dette peut se transformer en moyen de paiement. C'est un contrat entre deux parties. Il est très fréquent que l'on ne rembourse jamais les dettes, mais qu'on paie en transférant une reconnaissance de dette. Suivant les personnes et les époques, une reconnaissance de dette a plus de valeur qu'une autre.
- La centralisation ou la décentralisation de la création de la nouvelle monnaie détermine qui aura le pouvoir dans le système concerné. Un seigneur seul habilité à créer de la monnaie peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. A l'opposé dans un crédit mutuel tout le monde détient dès le départ un potentiel de création monétaire.
- Il est nécessaire de garder un équilibre entre la quantité de signe monétaire en circulation et les biens et services qu'ils représentent (la vraie richesse). La régulation peut se faire naturellement en utilisant comme moyen de paiement des marchandises utiles à tous, qui peuvent potentiellement être créée par tous, mais que personne ne peut créer en quantité infinie. C'est l'exemple du grain de céréale.
Le crédit mutuel pose une égalité stricte entre les biens et services et les signes monétaires qui les représentes. On ne peu avoir un signe monétaire que lors d'une transaction effective. Il n'y a pas de "monnaie" créé en amont des échanges. Ça c'est le pire moyen de régulation. Surtout si il est centralisé c'est un déséquilibre total des pouvoirs.
On trouve encore des autres méthodes de régulation comme l'algorithme du bitcoin qui prévoit 21 millions de bitcoin avec une création étalée dans le temps.