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Les munitions et résidus d'explosifs déposés au fond des lacs suisses devront être repêchés et éliminés. La Chambre basse demande au gouvernement d'agir.
Estimant que la toxicité des munitions n'était pas prouvée, le gouvernement aurait préféré pour sa part poursuivre les études en cours.
Pendant plusieurs années, l'armée suisse s'est débarrassée de munitions en les jetant dans les lacs. Au total, elle en a déposé plus de 8000 tonnes dans les années 40, 50 et 60. Il s'agit notamment de cartouches, de grenades, de détonateurs et de bombes aériennes. Le lac de Thoune, dans le canton de Berne, est le plus touché avec 4600 tonnes.
Il n'a pas été prouvé que ces dépôts de munitions représentaient un danger sanitaire. En 1995, une expertise du ministère de la Défense concluait d'ailleurs que les parties métalliques des munitions mettaient des décennies, voire des siècles, pour rouiller. Conséquence: leur contenu ne se disperse dans l'eau qu'en très faibles quantités.
Danger potentiel
Pourtant – fait troublant – les poissons du lac de Thoune ne se portent pas bien. Aujourd'hui, quelque 70% sont atteints de malformations sexuelles. De là à penser que cette situation est due aux munitions, il n'y a qu'un pas.
C'est en tout cas l'avis de la députée bernoise Ursula Haller. Celle-ci a donc déposé à la Chambre basse du Parlement une motion demandant le repêchage et l'élimination de ces munitions.
La députée estime que ce matériel représente un danger potentiel pour les êtres humains et les animaux. L'eau potable de quelque 400'000 personnes provient directement ou indirectement des lacs de Thoune et de Brienz. «Cela pourrait devenir une bombe à retardement», a averti Ursula Haller.
Cette invitation à la prudence a été reçue cinq sur cinq par ses collègues de la Chambre basse. Lundi, ils ont donc accepté la motion par 102 voix contre 56.
Le gouvernement préférait attendre
Cette motion a été acceptée contre l'avis du gouvernement. Celui-ci aurait préféré attendre encore un peu avant d'agir.
Jusqu'à présent, aucune technique n'est connue pour dégager ces éléments de munitions, a argumenté Samuel Schmid. Pour le ministre de la Défense, dans la situation actuelle, remuer le fond d'un lac est plus dangereux que le statu quo, en raison des risques d'explosion et de perturbation de l'écosystème.
Le ministre a plaidé en vain pour le rejet de la motion, préférant poursuivre les études en cours sur les méthodes de récupération. Par ailleurs, aux yeux du gouvernement, les analyses d'eau n'ont pas révélé de substances toxiques et aucun lien n'a pu être établi entre les munitions et les anomalies dont souffrent les poissons.
C'est désormais à la Chambre haute du Parlement de se prononcer.
swissinfo et les agences
En bref
- Les recherches publiées en 2004 par le ministère de la Défense concluent que plus de 8000 tonnes de munitions sont déposées au fond des eaux.
- Les lacs concernés sont ceux de Thoune, de Brienz et des Quatre-Cantons.
- Le matériel concerné inclut des obus, détonateurs ou bombes appartenant à l'armée ainsi que des déchets de l'industrie d'armement.
- Une étude de cinq ans est en cours dans le lac de Thoune pour établir ce qui a entraîné des malformations chez les poissons.