Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06891.jsonl.gz/1138

Être "chagastique" sans le savoir, en souffrir, voire en mourir, et peut-être transmettre l'affection, a été pendant longtemps un risque négligé, parce qu'elle-même, la maladie de Chagas était négligée. La vectrice est une punaise hématophage, la Triatomine quand elle-même est infectée par un parasite pathogène, le Trypanosome cruzi. Les habitats préférés de ces insectes sont certaines variétés de palmiers, notamment les Piaçava, leurs fibres, et leurs feuilles quand ces dernières sont utilisées pour la couverture des habitations.
Généralement, la maladie se transmet à l'être humain d'abord par les piqûres de l'insecte ou par absorption de boissons ou d'aliments infectés. Elle se répand ensuite de différentes manières : par une mère infectée à son enfant pendant la grossesse ou l'accouchement, par transfusion de sang et transplantation d'organes de donneurs infectés. Dans sa phase aiguë, accompagnée de fièvre, elle peut provoquer des furoncles ou des œdèmes. Dans sa phase chronique, de durée variable, elle peut être à l'origine d'atteintes cardiaques, digestives ou neurologiques.
À l'origine, limitée à l'Amérique centrale et du sud, la maladie s'est progressivement mondialisée avec les voyages et les migrations. En particulier sous l'influence de l'Organisation Mondiale de la Santé – OMS et d'autres institutions, davantage de mesures sont prises maintenant pour dépister la pathologie, en limiter l'extension et soigner les personnes atteintes.
Par exemple, en Suisse, où les experts estiment entre 2'000 et 4'000 le nombre de porteurs potentiels de cette maladie, depuis le début de cette année, les centres de transfusion sanguine ont introduit une question supplémentaire (No 12) au questionnaire médical que doivent remplir les donneurs de sang.
En Amazonie brésilienne, la Fondation Oswaldo Cruz – Fiocruz est un acteur de longue date dans la lutte contre la maladie. En juin 2012, elle a édité un manuel de formation destiné aux techniciens – "microscopistes" et laborantins - chargés de la détection de la maladie de Chagas. L'objectif est de pouvoir détecter chaque année des dizaines de cas de phases aiguës de la maladie. La Fiocruz a également financé deux cours pour les Agents Indigènes de Santé présents dans les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas.
Il y a là une population à risque. En effet, bon nombre de Yanomami récoltent la Piaçava dont les fibres sont utilisées pour la fabrication de balais, de brosses et autres objets. En 2012, un premier cours a été organisé à São Gabriel da Cachoeira. Un second a eu lieu en décembre 2012 à Barcelos, mais malheureusement avec peu de participants, ce qu'a vivement regretté la Fondation.
Ces deux exemples montrent que le front de lutte contre cette maladie s'est élargi. Elle est maintenant moins négligée.
Elles font la une des médias, les "Offshore Leaks", les "fuites extraterritoriales" révélées, dès le 4 avril, par le Consortium International pour le Journalisme d'Investigation – ICIJ. Ces informations décrivent l'ampleur du phénomène et les mécanismes par lesquels, les revenus et les fortunes de personnes physiques ou morales et les bénéfices d'entreprises, peuvent être soustraits aux administrations fiscales des pays de résidence ou d'activité pour aller s'abriter dans les paradis fiscaux. On y trouve également les noms de ceux qui ont collaboré à ces opérations.
Pour l'heure, à partir de ces révélations, il n'est pas possible de se faire une idée du préjudice causé par de telles opérations sur les pays en développement. Les journalistes qui étudient cette documentation seraient bien inspirés de mettre en lumière cet aspect du problème.
Les thèmes de la corruption, de l'évasion et de l'optimisation fiscales ont été abordés par Bernard Bertossa, l'ancien Procureur général du Canton de Genève, dans un débat organisé le 28 mars 2012 par le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI à l'occasion de son 50e anniversaire. Il a rappelé comment ces sujets sont essentiels : "Ils devraient être lourdement traités par les ONG de coopération pour que celles-ci ne soient pas seulement le service après vente du business qui continue à se faire… impunément au détriment des pays du sud".
Les débats organisés l'an dernier par le MCI avaient pour objet de porter un regard sur le cadre dans lequel s'est exercée et s'exerce encore son activité et surtout de mieux choisir les projets qu'il entend favoriser à l'avenir. Les projets à soutenir en priorité sont ceux portés par les partenaires du sud qui, à partir leur activité concrète sur le terrain, se mettent en réseau avec d'autres organisations pour proposer et s'assurer de la mise en oeuvre de politiques publiques pouvant profiter à une population beaucoup plus large que les bénéficiaires du projet initial. Par exemple, que les organisations qui interviennent dans le domaine de l'éducation et le soutien à des écoles s'organisent avec d'autres ONG impliquées sur le même terrain, pour la mise en place d'un Ministère de l'éducation capable d'assurer une scolarisation de qualité pour tous les enfants du pays. L'objectif final – peut-être encore utopique – étant de rendre l'appui financier devenir inutile tout en ouvrant plus largement la porte à des partenariats d'échanges intercontinentaux et interculturels enrichissants.
La proposition du MCI est résumée et argumentée à l'aide d'exemples dans la vidéo récemment mise en ligne sur YouTube et que l'on peut voir au bas de cette note. Sa durée (27' 23") facilite son utilisation en classe. Sur ce même support, ou sur le DVD "Un nouvel avenir pour la coopération" que l'on peut se procurer au MCI*. En guise de "Bonus", il est également possible de voir des extraits des débats qui ont eu lieu à Genève en mars - avril 2012 et du séminaire d'octobre.
Le premier débat (21 mars 2012) avait pour titre principal : "Nations Unies, Nations Désunies ?" Et pour sous-titre : "Apports et limites du "système" des Nations Unies". L'intervention de Mme Cécile Molinier a porté sur le rôle du Programme des Nations Unies pour le Développement – PNUD et ses relations avec les ONG. M. Yves Berthelot a retracé l'évolution des Nations Unies, l'apport de la société civile et le rôle des ONG de coopération internationale. Mme Pierrette Birraux a expliqué l'option originale choisie par les Peuples autochtones pour faire entendre leur voix aux Nations Unies.
Le deuxième débat (28 mars 2012) est celui qui a attiré le plus de public. Il avait pour titre : "La Suisse, Genève, leurs secrets et la coopération ? Et pour sous-titre : "Rôle de la Suisse et de Genève dans la Coopération Internationale". La parole a été donnée à M. Peter Niggli qui a rappelé de travail de la coalition "Alliance Sud" en rapport avec la politique étrangère de la Suisse. M. Olivier Berthoud a parlé de la Genève internationale, celle des organisations gouvernementales et aussi de la Genève internationale locale, celle la solidarité internationale des ONG et des collectivités publiques genevoises. Le troisième intervenant était M. Bernard Bertossa dont il est question au début de cette note. Il a parlé du rôle de la Suisse et de Genève dans l'économie et la finance internationales.
Le troisième débat (19 avril 2012) avait pour titre : Révolution, libération, coopération ? Et pour sous – titre : L'actualité de Bandung. Il s'agissait de rappeler la conférence de 1955 qui a donné un essor à l'indépendance de nombreux États encore sous domination coloniale et au mouvement des "Non alignés" à l'un ou l'autre des deux blocs qui se partageaient la planète. En réponse à ce mouvement d'émancipation du Sud, de nombreuses ONG sont nées dans le Nord pour manifester leur solidarité avec ce "Tiers Monde". Le MCI est né à cette époque. Là encore trois intervenants. M. Darwis Khudori a rappelé ce qu'a été cette conférence organisée par des États et comment, maintenant, il s'agit de promouvoir un Bandung des peuples. Mme Lily Razafimbelo a montré, à l'aide d'exemples pris à Madagascar et en Inde quelles initiatives locales il faut soutenir de préférence. Dans son intervention, M. Cruz Melchor Eya Nchama a rappelé comment, une bonne information des élus des communes genevoises, peut faciliter l'appui à des projets de soutien aux initiatives de la société civile du sud qui veut des changements sociaux. En 2010, la commune genevoise du Grand-Saconnex, où il est conseiller municipal, a consacré 0,76% de son budget pour la coopération avec les pays du sud.
En octobre 2012, le MCI a invité ses partenaires à Genève pour un séminaire d'une semaine. Les participants ont travaillé dans trois ateliers. Ils ont aussi eu à mettre au point une "Déclaration", une sorte de "Feuille de route" pour les années à venir. Les résultats de ces travaux ont été rendus publics le 19 octobre lors d'une soirée ouverte à tous. Ils ont également mis en ligne (en espagnol) sur YouTube. Un groupe a travaillé sur l'économie solidaire. Un autre sur les Peuples autochtones et un troisième sur la formation. Enfin la "Déclaration" adoptée par tous les participants a été lue par un membre du MCI.
Un "Tiré à part" sur le MCI et son action a été publié le 6 avril 2013 dans le quotidien genevois "Le Courrier". Ce document contient la version écrite de la "Déclaration" dont il est question ci-dessus. Le MCI, en rendant public ce DVD et sa version Youtube, veut montrer l'importance de la coopération internationale des ONG et dans quel sens travailler pour la rendre plus efficace.
Le Canton de Genève n'a pas encore adopté son budget et l'on ne sait pas quel sort sera réservé au financement de la solidarité internationale. Cette note est donc aussi un appel aux membres du Grand Conseil genevois. C'est une manière de les inciter à ne pas réduire ces crédits déjà en dessous des engagements légaux. C'est à eux qu'il est demandé de ne pas compromettre ce nouvel avenir de la coopération.
* Le DVD peut être demandé à l'adresse suivante : Mouvement pour la Coopération Internationale / c/o Maison des Associations / Rue des Savoises, 15 / CH – 1205 Genève / Tél. : 00 41 (0)22 320 29 02 / Courriel : <email-pii>
PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note.
Une version réduite de cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
Almir Narayamoga Suruí, le leader du peuple Suruí Paiter a reçu, le 8 mars, le titre de Docteur "Honoris Causa" de l'UNIR, l'Université fédérale de Rondônia. La Rectrice de l'Université, Maria Berenice Alho da Costa Tourinho a rappelé l'importance de décerner ce titre à Almir : "L'Université publique doit prendre en compte l'engagement du récipiendaire, dans le passé et dans le présent, en faveur de causes qui ennoblissent l'humanité… Ce titre exprime aussi le désir de l'UNIR de rendre hommage et d'appuyer la lutte de tous les peuples indigènes de Rondônia".
Auparavant, Almir avait pris la parole pour remercier la professeure Bérénice et les autres professeurs du département de géographie : "Je me sens honoré par cet hommage historique en Rondônia [que] je dédie à ma mère et à toute ma famille qui m'ont éduqué et appuyé dans ma lutte pour le développement soutenable et pour les droits humains."
Almir est venu à diverses reprises à Genève où il est soutenu par l'association Aquaverde. En juin 2007, il était présent à la Fête du développement durable. À cette occasion, il avait planté un palmier Açaí dans la serre tropicale du Jardin botanique de la Ville.
Plusieurs fois menacé comme, par exemple, en 2009 quand il avait dû quitter sa région, Almir a déjà été honoré. Ainsi, à Genève en octobre 2008, il a reçu le prix "Droits de l'Homme" de la Société Internationale des Droits de l'Homme – SIDH.
Ce 10 avril, le Forum des Nations Unies sur les forêts - FNUF, réuni à Istanbul pour sa dixième session lui a décerné, ainsi qu'à quatre autres personnalités, le prix de "Héros de la forêt". Selon le directeur du Secrétariat du Forum, Jan McAlpine, les lauréats sont des personnes remarquables : "Grâce à eux, nous voyons qu'il existe des moyens créatifs de démontrer que nous faisons partie intégrante des forêts et que les forêts font partie de nous. Leurs histoires dont des sources d'inspiration et ils sont nos modèles".
Almir est connu pour avoir un partenariat avec Google, la société américaine qui, sur son logiciel Google Earth, a mentionné les dangers que les madereiros - les exploitants forestiers - font courir à la Terre Indigène (TI) Sete de Setembro qui abrite près d'un millier de Suruí Paiter. La carte "hybrid", visible en actionnant ce dernier lien, montre l'ampleur de la déforestation dans les environs immédiats de cette Terre indigène.
***
Photo Kaninde : Almir Narayamoga Suruí
PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".
Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 81), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2
Ce sont 4'220 projets d'exploitation minière dans 152 Terres Indigènes (TI) d'Amazonie brésilienne que l'Instituto Socioambiental – ISA a dénombré récemment. Pour 74 de ces TI c'est plus de 50% de leur territoire qui est concerné et pour 32 d'entre – elles, c'est même plus de 90% ! La TI Yanomami en compte 657, couvrant 54% de son territoire.
La recherche et l'exploitation de l'or entrent pour plus de la moitié – 2'260 - de ces projets. Cinq sociétés minières ont déposé 1'356 demandes, soit 32 % du total. À elle seule, Mineração Silvana Industria e Comercio Ltda en compte 690 et, en deuxième position, Vale SA avec 210. La Constitution de 1988 prévoit qu'il appartient au Congrès d'autoriser cette exploitation dans les TI.
Un projet de loi (No 1.610) de 1996 est en discussion au Parlement. Ce texte a été présenté par deux députés, Padre Ton et Edio Lopes, aux délégués indigènes lors de la dernière réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI, le 5 décembre 2012. Ces derniers ont rappelé que ce thème a été amplement débattu dans toutes les régions du pays à l'occasion des discussions relatives au "Statut des Peuples Indigènes". Un chapitre entier de ce document est consacré à la recherche et à l'exploitation des ressources minières dans les TI. Ce Statut a été remis à la Chambre des Députés en août 2009 sans avoir encore été inscrit à son ordre du jour. Du point de vue des indigènes, le thème de l'exploitation minière ne doit pas être débattu séparément du Statut. D'une manière générale, ils sont opposés à l'ouverture des Terres indigènes à l'exploitation minière.
Récemment, les participants à la 42e Assemblée générale des peuples indigènes de Roraima ont adressé une lettre à la Présidente de la république, Dilma Rousseff. Ils reprochent au PL 1.610 de ne pas donner aux peuples indigènes le droit de refuser un projet minier et de ne prévoir aucune garantie de sauvegarde de leurs lieux sacrés et d'habitation : "cela génère un état de claire agression à la survie culturelle de nos peuples". Ils demandent de paralyser les travaux parlementaires sur le PL 1.610 et de donner la priorité à l'approbation du "Statut des Peuples indigènes" qui, lui, prévoit un droit de refus de la part des communautés indigènes (art. 88).
Un avis, allant dans le même sens, a été exprimé par des leaders indigènes d'Amazonie lors d'une rencontre organisée, sur le PL 1.610, par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, les 25 et 26 mars à Manaus. Marcos Apurinã, le leader de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB, a adressé une lettre à Marta Azevedo, la présidente de la Fondation, pour demander l'acheminement du projet de Statut au Congrès. Il propose également la définition d'une stratégie commune entre mouvement indigène, mouvements sociaux, alliés au Congrès et au sein du Gouvernement pour en obtenir l'approbation. La COIAB a publié une "Lettre ouverte" aux dirigeants indigènes, à ses partenaires, aux autorités et à la société en général dans laquelle elle exprime sa préoccupation. Dans sa mission de défendre les droits des peuples indigènes, elle dit affronter aujourd'hui le pire moment où ces droits sont menacés, notamment, mais pas seulement, par les projets d'exploitation minière en Amazonie. Elle demande aux peuples indigènes, qui seront invités aux réunions d'information sur le PL 1.610 prévues dans le pays, de suivre le positionnement adopté par les leaders indigènes de la CNPI et de ceux qui ont participé à la réunion de Manaus.
Au Brésil, depuis 1943, l'existence des peuples indigènes est traditionnellement rappelée en avril, particulièrement le 19, qui est le "Jour de l'Indien". La COIAB veut saisir l'opportunité du prochain rassemblement – prévu à Brasilia - des leaders indigènes de tout le pays pour créer une dynamique en faveur de l'adoption du Statut par le Congrès.
PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".
Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 81), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2