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La juxtaposition de miroirs a toujours un effet démultiplicateur, un effet mosaïque, plus ou moins prononcé selon le point où l'on se situe. En voici un, composé de plusieurs formes quadrangulaires. Dans ce plan de Still Alice, le visage de Julianne Moore apparaît au moins trois fois, sans compter les amorces des cheveux de l'actrice. Il suggère de l'étonnement, mais plus précisément une sorte de vide, ni effroi ni surprise. Le regard de la comédienne, pourtant démultiplié par cet effet de miroir, converge vers un point unique. Dans le film, l'actrice joue une enseignante de linguistique atteinte de la maladie d'Alzheimer. Reconnaît-elle ici son propre reflet dans la glace? A-t-elle conscience d'elle-même? Rien ne permet de répondre par l'affirmative. Même si le test du miroir, en éthologie cognitive, est généralement réservé aux espèces animales, on ne peut s'empêcher d'en faire le rapprochement avec cette image. D'autant plus qu'on sait le film tiré du roman éponyme d'une neurobiologiste, Lisa Genova.
Coréalisé par Wash Westmoreland et Richard Glatzer, qui vient tout juste de décéder (le 10 mars dernier), Still Alice a valu à Julianne Moore l'Oscar 2015 de la meilleure actrice. Totalement mérité. Le film lui doit tout. Repose sur elle, pour reprendre une expression galvaudée. Pire, n'existerait sans doute pas sans elle, même si formellement, il assume une certaine tenue et a le mérite de ne guère dévier de son thème central (sauf peut-être dans sa gestion des crises familiales, le point faible d'une fiction sur ce point desservie par les autres comédiens, l'horrible Kristen Stewart en tête). Pour totale qu'elle soit, l'implication de Julianne Moore évite pourtant la performance. Et on lui en sait gré. Car même si ce substantif n'a rien de péjoratif (on peut l'appliquer sans honte à des centaines d'actrices, de Bette Davis à Meryl Streep), il n'a pas lieu d'être ici. Julianne Moore est une et multiple, se définit par les regards des autres mais surtout par le sien. Elle est littéralement au-dessus du film, dans une sorte de conscience du rôle au reste en contradiction avec son personnage. Et c'est aussi précisément cela qu'on aime observer.
Still Alice est actuellement à l'affiche en salles.