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L’esprit de résistance, selon Schaller, c’est résister au “chantage continuel [à la guerre] que les européistes exercent sur les eurosceptiques…
La perspective de devoir s’en sortir seule dans le grand mouvement de mondialisation qui s’accélérait a contraint l’industrie à d’énormes et douloureux travaux de rationalisation et d’internationalisation.”
la Suisse a récolté le fruit de ces efforts quand la crise fut venue…
L’esprit de résistance, selon Schaller, c’est résister au “chantage continuel [à la guerre] que les européistes exercent sur les eurosceptiques”, “à l’idée beaucoup plus générale d’un monde régi par les grandes nations”, à la “tendance de plus en plus lourde à considérer les traditions démocratiques et républicaines comme dépassées”.
Cette tendance lourde se traduit par “le pouvoir des sages cooptés ou autoproclamés” auxquels l’esprit de résistance doit donc faire face.
La deuxième partie, La question suisse, est un recueil d’essais sur les cinq grands lieux communs répandus sur la Suisse: démocratie directe, fédéralisme, neutralité, protectionnisme, secret bancaire.
Les deux premiers essais ont été rédigés en 1999 et les trois suivants peaufinés en 2005 pour une parution sur le web, avec une contrainte, celle de se replacer dans l’avant-septembre 2001.
Les deux derniers chapitres ont été complétés aujourd’hui par des textes en italiques, pour tenir compte des évolutions récentes observées dans ces deux thèmes.
A propos de la démocratie directe, l’auteur répond aux objections habituelles sur la dimension géographique de son exercice – elle est pourtant en vigueur en Californie et en Italie -, sur l’abstentionnisme – seuls ceux qui se sont intéressés à l’objet votent – etc. Il explique que c’est le fossé démocratique de l’Union européenne qui empêche la Suisse d’y adhérer. Comme la réduction de ce fossé est reporté aux calendes grecques… la construction européenne n’est pas près d’être légitimée ni soutenue par ses citoyens.
Pour le coup, selon l’auteur, le fédéralisme helvétique ne semble pas applicable à l’Union européenne. Il a déjà eu beaucoup de mal à s’imposer à l’échelle du pays. C’est “un enchevêtrement de compromis fragiles , d’incompréhension, d’indifférence, de maladresses et de ressentiments”. Pour surmonter les obstacles il a fallu une “somme d’arrangements, de patience, d’abnégation et de fatalisme devant les détours et les subtilités de la vie politique”, qui serait “multipliée par cinquante dans un grand fédéralisme” européen hétérogène.
Si, en interne, la démocratie directe et le fédéralisme ne sont pas “remis en cause de manière frontale” il n’en est pas de même de la neutralité. Deux conceptions s’affrontent. Il y a ceux qui considèrent que la Suisse ne doit pas conclure d’alliance militaire et proposer sa médiation aux divers belligérants. Il y a ceux qui considèrent cette conception comme dépassée et que la Suisse ne peut pas rester passive, détachée, absente de la scène politique, “tout en continuant à commercer avec tout le monde”.
Cette dernière conception a conduit la Suisse à adhérer à l’ONU en 2002. Depuis elle ne peut plus prendre d’initiatives, offrir ses services de médiation lors de graves contentieux d’un petit pays “avec un ou plusieurs poids lourds des Nations Unies”. Elle est désormais un petit pays comme les autres n’ayant qu’une toute petite influence, conforme et aligné.
La Suisse est “nettement moins protectionniste que l’Union européenne dans tous les domaines”, sauf dans l’agriculture, mais y compris dans celui de l’immigration (il y a 23% d’étrangers en Suisse). Mais les Suisses “ne veulent pas que l’on mélange les nécessités économiques et les considérations humanitaires” et “tiennent à garder le contrôle de leur politique d’immigration”.
Après avoir démontré que les banques suisses peuvent en remontrer aujourd’hui aux autres pour ce qui concerne le blanchiment de fonds d’origine criminelle ou douteuse, François Schaller s’en tient à la définition juridique stricte du secret bancaire helvétique:
“Une disposition qui interdit aux banques et à leurs employés de fournir des renseignements sur des clients, des comptes, des transactions. Sauf à la justice bien entendu, dans le cadre de procédures pénales menées en bonne et due forme. La seule particularité de ce secret professionnel, c’est qu’il est renforcé par une disposition pénale.”
En matière d’évasion fiscale il dit de ses défenseurs:
“Ses défenseurs [dont je suis] invoquent la protection de la sphère privée face aux tentations inquisitoriales de l’Etat. Plus précisément, ils font valoir que l’évasion fiscale, dans le monde, procède en général de taux d’impositions confiscatoires pour les hauts revenus et fortunes. A leurs yeux, il est naturel et légitime que certaines personnes tentent d’échapper à des systèmes fiscaux abusifs, en recourrant au contre-pouvoir que représente heureusement la concurrence fiscale.”
et de ses adversaires:
“[Ils] estiment que l’évasion fiscale réduit d’autant la masse imposable dans des pays qui sont obligés ensuite de compenser le manque à gagner par un relèvement continuel de leur fiscalité (sur les classes moyennes en particulier). Cette position est en général accompagnée d’une exigence élevée de transparence financière de la part des personnes morales et physiques.”
Tout en estimant que “la position optimale se trouve quelque part entre les deux extrêmes”, François Schaller penche tout de même pour une pénalisation de la soustraction fiscale…
Présenter ce livre dense et, à bien des points de vue, philosophique, en un article, est évidemment réducteur. Il convient donc d’inciter le lecteur helvétique à le lire pour approndir ces thèmes singuliers de son pays et d’inciter le lecteur étranger à le lire pour faire pièce aux préjugés tenaces qui tiennent bien souvent lieu de réflexion sur ces grands thèmes qui caractérisent, partiellement toutefois, la Suisse, ce pays complexe et inspirant.
Article tiré du blog de Francis Richard; Francis Richard est également l’un des contributeurs réguliers de notre site Lesobservateurs.ch