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Trop jeune ou pas ?
Parallèlement à ce début de saison 1965 fort réussi, une étrange affaire secoue la sérénité du duo Antenen / Müller. Le 19 juin, un jour avant les championnats suisses de relais, le LC Schaffhausen avait reçu une lettre de la Fédération dans laquelle il est déclaré que les résultats de Meta qu’elle avait marqué pour les championnats suisses interclubs sont annulés ! En effet, selon les nouvelles ordonnances, elle ne devrait plus concourir chez les actifs. En même temps, et c’est à ne plus rien y comprendre, Meta a été sélectionnée par la même Association pour le match international Belgique-France-Suisse à Bruxelles. Meta a spontanément déclaré que si elle n’était pas autorisée à concourir pour son club en élite, elle ne devrait logiquement pas être non plus autorisée à prendre part aux compétitions élite pour son pays. Bien entendu, le LCS a soutenu son athlète en sensibilisant l’Association à cette situation pour le moins paradoxale. Mais tout est resté en suspens. La guerre du papier a fait rage et les dépenses téléphoniques ont augmenté. La veille du départ pour Bruxelles, le 10 juillet, le président de l’Association a appelé Jack Müller et lui a parlé pendant environ vingt minutes de choses sans importance. Puis il s’est mis au travail et a déclaré : «En fait, je voulais simplement bloquer le téléphone, car pendant ce temps, un membre de la délégation a téléphoné à Meta et lui a de nouveau demandé de rejoindre l’équipe nationale pour le match de Bruxelles. Acceptez-vous cette procédure ?» Jack a alors expliqué qu’il condamnait la procédure, car une athlète de seize ans devrait avoir l’occasion de parler à son entraîneur. Mais il va tout de même accepter la décision de son athlète, quelle qu’elle soit. À peine la conversation téléphonique terminée que Meta est déjà en ligne. «J’ai toujours voulu t’appeler, dit Meta à son entraîneur. J’ai dit que si l’Association me confirme par écrit avant vingt-quatre heures que je suis à nouveau habilitée à courir pour mon club, alors je suis d’accord d’aller à Bruxelles avec l’équipe suisse. Sinon, je déclinerai ma sélection». Très lucide, Meta a pris d’elle-même une décision importante et vu que la situation n’a pas changé, elle n’est donc pas partie en Belgique. Au lieu du match international, Meta a participé le même week-end aux championnats régionaux des cadettes et elle a réalisé des performances qui aurait permis aux Suissesses de battre les Belges. Bien sûr, cette affaire a donné corps à la presse. Mais l’Association a également réagi, à la fois rapidement et positivement. Le 19 juillet, le LCS a reçu de l’Association ce qui suit : «Lors de sa réunion extraordinaire du 16 juillet, le Comité Central a requalifié Meta Antenen suite à une demande de la commission des femmes de notre Association. Nous espérons vous avoir servi avec cette décision». Jack Müller sourit doucement car il était en possession de deux procès-verbaux des réunions de l’Association datant du 6 juillet et du 20 août 1964. Le premier indique que les femmes sont licenciées de la même manière que les hommes si une jeune athlète atteint un record suisse ou si elle est acceptée dans l’équipe nationale. Le deuxième stipule qu’en courant pour l’équipe nationale, Meta Antenen est devenue de facto éligible pour participer à la catégorie actif. Ainsi l’Association avait accordé à Meta Antenen l’autorisation de concourir en catégorie A et le LC Schaffhausen avait été en ce temps-là informé de cette décision. Après tous ces palabres pour finalement pas grand-chose à part de semer une belle zizanie, le duo Antenen / Müller a pu constater que les portes ne s’ouvrent pas partout pour eux. Pourtant de tels événements ont soudé plus que jamais Jack et Meta.
Choix de carrière professionnelle
Au début de l’été 1965, Meta Antenen sort de l’école et elle doit opérer un choix de carrière professionnelle. Elle a la possibilité de poursuivre sa scolarité au gymnase. Mais son désir est de devenir dessinatrice. Jack Müller, qui travaille dans la société Carl Maier & Cie (une usine de commutation et de commandes électriques), a réussi à obtenir une place d’apprentissage pour Meta. Mais son patron, M. Ronner, n’est pas vraiment un fan de sport. Il s’assure même dès le début que Meta sache ce à quoi elle est destinée. Pour l’imager, il a rapidement mis fin aux visites de félicitations de tous ses collègues chaque lundi matin après un week-end sportif réussi ! L’athlète n’a ainsi aucun droit spécial; mais le fait que Jack et Meta travaillent dans la même entreprise facilite grandement le quotidien du duo. Ainsi le lien primordial que Jack Müller a toujours voulu promulguer (foyer parental / athlète / lieu de travail / entraîneur) est sur le point de se former à la perfection.
Le tout premier pentathlon
Après la tempête, le beau temps est revenu à la fin du mois de juillet. Le 31 à Zurich, elle continue sa belle progression au saut en longueur en retombant dans le sable à un superbe 5,92 m. Les six mètres sont assurément pour très bientôt ! Elle enchaîne le 14 août avec un bel exploit. Toujours à Zurich, elle parvient à pulvériser le record suisse du 80 m haies de trois dixièmes avec un 11″1 remarquable et remarqué. Ce temps est confirmé trois semaines plus tard à Friedrichshafen puisque Meta a de nouveau été chronométrée en 11″1. En pleine préparation pour son tout premier pentathlon, la Schaffhousoise s’offre pas moins de quatre titres nationaux lors des championnats suisses simples qui se sont disputés les 11 et 12 septembre à Berne. Onze ans après les mémorables championnats d’Europe de 1954, Meta Antenen réussi à faire vibrer à nouveau les spectateurs présents au stade du Neufeld. Au cours d’un week-end pluvieux, la cadette du LCS parvient à remporter coup sur coup le 100 m en 12″3, le saut en hauteur avec 1,52 m, le saut en longueur avec 5,88 m et surtout le 80 m haies en 11″8, au terme d’une belle lutte face à Elisabeth Ermatinger. Avec un tel niveau de performance, impensable il y a encore deux ans, Meta peut aborder son pentathlon avec sérénité.
Les 25 et 26 septembre, cap sur le stade du Cornaredo à Lugano pour les championnats suisses de pentathlon. La prestation de Meta Antenen est très attendue pour sa première apparition dans cette épreuve de concours multiples. Sa camarade de club Vreni Handschin l’a accompagnée et elle a pris en charge les soins. La favorite de cette compétition n’est autre qu’Elisabeth Ermatinger, qui vient de terminer il y a tout juste un mois au quatrième rang du pentathlon de l’Universiade d’été à Budapest avec le record suisse (4’258 points). Malgré le mauvais temps, l’inexpérimentée Schaffhousoise a une fois de plus réussi des performances de choix : 11″3 au 80 m haies, 8,63 m au poids, 1,60 m en hauteur, 5,83 m en longueur et 25″8 au 200 m. Cet amalgame de résultats lui permet de battre le record suisse de 99 unités avec un total de 4’357 points. Elle remporte ainsi son sixième titre de la saison et le quatrième au détriment de la Zurichoise, auteur pourtant d’un nouveau record personnel avec 4’269 points.
Jack Müller : « Nous sommes nulle part ! Mais nous avons le talent de Meta et beaucoup de temps »
En guise de bilan d’une saison 1965 en tous points remarquable, Jack Müller a relevé des faits bien précis : «En athlétisme, on peut concourir sur tous les terrains de sport du monde et contre n’importe quel autre athlète du monde. Les temps arrêtés ou les sauts mesurés peuvent être comparés et cela rend également l’athlétisme, sport de base de tous, si précieux et si populaire. Par conséquent, le succès international n’est nulle part plus difficile à atteindre que dans ce sport. Presque tous les pays du monde y participent, car l’athlétisme est le plus original de tous les sports. Sur ces constatations, nous avons comparé les résultats 1965 de Meta face aux meilleurs européennes, voire mondiales. Et nous savons exactement où nous en sommes : nulle part ! Mais nous avons deux points positifs : le talent de Meta et beaucoup de temps.
Ainsi nous avons discuté de la future saison 1966 et fixé de nouveaux objectifs. À Budapest, ce devraient être les championnats d’Europe et en Russie, les championnats d’Europe juniors. Nous avons considéré ces derniers comme étant l’objectif principal et les championnats en Hongrie plutôt un but intermédiaire. Les disciplines simples (80 m haies et longueur) sont privilégiées, étant entendu que le pentathlon reste encore entre parenthèse et un peu secret au niveau de sa construction. A long terme nous pouvons cependant annoncer les accents annuels suivants : sprint en 1966, longueur en 1967, haies en 1968, hauteur en 1969 et poids en 1970». L’entraînement de l’hiver 1965-1966 est devenu un peu plus difficile. Une fois Meta a même déménagé à Tailfingen pendant une semaine, à titre privé, dans un camp d’entraînement allemand. Il a également été décidé qu’en 1966 Meta ne prenne part qu’à un nombre restreint de compétitions. Cela lui permettra d’être mentalement et physiquement prête et concentrée sur les deux principaux événements européens.
PAB
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