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Ce n’est pas la première fois que la nécessité d’une solution concernant le don d’organes suscite une critique du concept de mort cérébrale, concept qui lui est pourtant essentiel. Si ce concept perdait sa validité, les dons d’organes devraient cesser.
En médecine le don d’organes suppose une condition : le donneur doit être en état de mort cérébrale. Cela signifie que le cerveau doit être irrémédiablement endommagé et incapable d’assurer ses fonctions. Ce concept a été défini en 1968 à la Harvard Medical School afin de déterminer de qui on a le droit de prélever des organes de telle sorte que ceux-ci soient sains. Par cette définition, l’organe auquel on a toujours attribué la vie est passé du cœur au cerveau. Mathias Girke, médecin anthroposophe à Berlin, écrit : « Au lieu d’une mort centrée sur le cœur, ce qui depuis l’Egypte antique fut toujours la conviction des hommes, c’est la mort cérébrale qu’aujourd’hui on accepte dans de vastes cercles. » [i] Même la théologie la considère aujourd’hui comme l’expression de la mort personnelle.
« Un simple accord social »
L’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) publie des règles professionnelles pour médecins. Dans ses directives éthico-médicales concernant la « constatation de décès en vue d’une transplantation d’organes et d’une préparation à un prélèvement d’organes », il est spécifié que la loi de transplantation détermine comme critère de décès d’un être humain l’arrêt irréversible de toutes les fonctions de son cerveau, y compris celle du tronc cérébral. « Cela ne signifie pas seulement la perte irréversible de conscience –l’état de coma n’est pas un état de mort-, mais aussi l’arrêt irréversible des fonctions intégratives du cerveau dans tout l’organisme, lequel par-là a perdu toute possibilité de continuer à vivre. » [ii] Ce critère de décès reposerait sur des bases scientifiques et garderait sa validité indépendamment des transplantations d’organes. D’après l’ASSM, le processus de constatation de mort cérébrale est sévèrement réglé. Parmi les exigences il y a aussi celle que seul des médecins spécialistes disposant d’une formation et d’une expérience dans la reconnaissance de mort cérébrale soient admis à l’exercer. L’influence exercée par des récepteurs potentiels d’organes doit être exclue.
Pendant les cinquante dernières années, des critiques se sont fait entendre. Actuellement, elles se font plus nombreuses, même dans les cercles scientifiques. Robert Truog, éthicien médical à Harvard, déclare dans le documentaire « Querelle autour de la mort cérébrale » que celle-ci n’est « ni un fait scientifique, ni un diagnostic médical, mais un simple accord social ». [ii] Truog se déclare par ailleurs favorable au don d’organes. Quand à Andreas Brenner, professeur de philosophie à Bâle, il mène ces réflexions jusqu’à leur «dramatique conséquence » en déclarant que si « mort cérébrale » ni signifie pas « mort », il faut stopper les transplantations d’organes. [iv]
[i] Girke, Matthias: Sterbeprozesse und Todesaugenblick: Geisteswissenschaftliche Betrachtungen zum Hirntodkonzept und der Spenderperspektive. In: Der Merkurstab, revue de médecine anthroposophique, 2014, cahier 5, pages 336-345.
[ii] Académie suisse des sciences médicales (ASSM): Détermination du décès im Hinblick auf Organtransplantationen und Vorbereitung der Organentnahme. Medizinisch-ethische Richtlinien, Berne 2017.
[iii] Les enjeux du don d'organes diffusé sur « Arte » le 24.3.3018.
[iv] Ebenda.