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Activité sportive: l’important c’est de commencer
Comment convaincre des bienfaits de l’activité physique? En France, depuis 2007, la loi impose de diffuser des messages incitateurs qui sont associés aux publicités pour certains aliments ou boissons destinés aux jeunes: «Pour votre santé, bougez plus». Personne n’en connaît l’efficacité. En Suisse, où 20% des enfants sont en surpoids, un programme destiné aux 6-18 ans tente de lutter contre ce phénomène en incitant les jeunes concernés à pratiquer des activités sportives. Il en va de même aux Etats-Unis, où la Première dame, Michelle Obama, a lancé un vaste programme contre l’obésité visant à pousser les enfants à faire de l'exercice.
Des jeunes aux moins jeunes
La sédentarité des plus jeunes inquiète et on cherche diverses façons de lutter contre l'inactivité le plus tôt possible. Il s’agit dans tous les cas de tenter d’en prévenir ses effets les plus néfastes – notamment l'obésité et les maladies cardio-vasculaires, première cause de mortalité dans le monde. Mais qu'en est-il des personnes plus âgées? Y a-t-il un temps pour le sport intensif et un autre pour des activités de faible intensité? Peut-on pratiquer le fitness dans la seconde partie de sa vie?
Des chercheurs français de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) viennent de se pencher sur la question. Ils ont mené une petite étude riche d’enseignements auprès de quarante hommes. Tous étaient âgés de 55 à 70 ans, en bonne santé et ne présentant pas de facteurs de risque cardiovasculaire.
Commencer après quarante ans
Dix de ces volontaires n'avaient jamais pratiqué plus de deux heures d'activité physique par semaine au cours de leur vie. Les autres pratiquaient le vélo ou la course à raison de plus de cinq heures par semaine, et ce depuis au moins cinq ans (seize d'entre eux avaient pris cette habitude avant la trentaine, quatorze après l'âge de quarante ans). Une répartition qui devait se révéler fort utile au final.
Tous ont accepté de passer des tests d'effort, une échocardiographie cardiaque au repos ainsi qu'une analyse de la variabilité de leur fréquence cardiaque. Les résultats de cette étude ont été présentés1 lors du récent congrès EuroPRevent organisé à Amsterdam. Ils seront publiés ultérieurement dans une revue spécialisée.
Surprises cardiaques
D’emblée, les chercheurs ont constaté une différence manifeste entre les sportifs accomplis et les participants peu actifs. La fréquence cardiaque de ces derniers était plus rapide; leur consommation maximale d'oxygène, plus faible. «Une consommation maximale d'oxygène relativement élevée signifie une bonne qualité de vie, puisqu’elle dépend de beaucoup d’organes: poumons, cœur, vaisseaux, muscles… Une forte absorption d’oxygène signifie que tous ces organes fonctionnent bien», explique David Matelot, agrégé d’éducation physique, chercheur en cardiologie du sport au CHU de Rennes et directeur de cette étude.
Il n'est guère surprenant d'apprendre que les personnes peu actives sont en moins bonne santé que les sportifs. En revanche, il y a bien une véritable surprise dans ce travail: les chercheurs n'ont pas constaté de différences notables entre les amateurs ayant commencé une activité physique avant trente ans et ceux qui s'étaient mis à pédaler ou à courir à partir de la quarantaine. Les résultats des deux sous-groupes de sportifs sont relativement similaires: ventricule gauche et oreillettes plus volumineux, meilleure fonction diastolique (capacité du ventricule gauche à se remplir de sang lorsque le cœur est en période de détente), etc. Les chercheurs n'ont observé aucune différence notable entre les échocardiographies des deux sous-ensembles.
Prévenir le vieillissement du cœur
David Matelot en conclut qu'en dépit des modifications biologiques dues à l'âge, le cœur semble toujours capable de se modifier sous l'effet des sports d'endurance, et ce même à quarante ans. «Commencer à pratiquer une activité physique soutenue à quarante ans ne semble pas limiter les bienfaits que le cœur en retire, souligne-t-il. La fonction diastolique décline naturellement avec l’âge. Or, le sport ralentit cette dégradation et le vieillissement cardiaque. L’étude montre également un élargissement des cavités, et ce même si la pratique de l’activité physique est intervenue tardivement. Le cœur d’une personne de quarante ans est donc toujours plastique, et le remodelage cardiaque reste ainsi encore possible.»
Ces conclusions sont d'autant plus importantes que l'inactivité constitue une menace grandissante chez les adultes du monde entier: une récente étude (lire notre article Pour le cœur des femmes, l’obésité est plus grave que la sédentarité) nous apprend ainsi qu'elle est le premier facteur de risque de maladie cardiovasculaire chez les Australiennes de plus de trente ans, devant l'obésité et la cigarette.
Prendre les escaliers
De la même manière, selon les chiffres de la Fondation Suisse de Cardiologie, les Helvètes ne sont pas assez actifs: près de 60% de la population ne pratiquerait pas une activité physique soutenue, et plus de 15% des habitants seraient totalement inactifs ou presque. Selon ces mêmes statistiques, les adultes seraient moins sportifs que les jeunes.
Pour David Matelot, les sédentaires ont tout intérêt à se mobiliser, et ce quel que soit leur âge: «Il n'est jamais trop tard pour changer de mode de vie et adopter une activité physique plus soutenue. Du point de vue du cœur et du bien-être, c'est toujours une chose. Et il ne s'agit pas de s'astreindre à un entraînement intensif, plusieurs heures par semaine. Prendre les escaliers de préférence à l'ascenseur, ou faire régulièrement du jardinage s'avère également efficace.»