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Les marées noires sont de moins en moins fréquentes et dévastatrices
La mer de Chine, connue pour son écosystème riche, est en train de subir une pollutions aux hydrocarbures historique. La surface des trois nappes issues du naufrage du pétrolier iranien Sanchi, le 14 janvier au large de Shanghai, a triplé en quelques jours et dépasse désormais les 330 km2, une superficie supérieure à celle de l'île de Malte.
Le Sanchi transportait 136'000 tonnes de condensat, un hydrocarbure très inflammable, et près de 2000 tonnes de fioul lourd pour faire tourner ses machines. Après avoir brûlé pendant une semaine, le navire gît à présent par 115 mètres de profondeur et laisse s'échapper sa cargaison.
On ignore encore quelle quantité s'est déjà déversée dans la mer, combien il en reste à bord, combien a brûlé dans la semaine qui a précédé le naufrage. Impossible donc de prédire à ce stade l'ampleur des dégâts. En termes de volume d'hydrocarbures déversé, le Sanchi pourrait toutefois s'inscrire dans la lignée de certaines des marées noires les plus tristement connues.
>> La carte des marées noires (au moins 1000 tonnes déversées) depuis 1960
Cliquer sur les points pour davantage d'informations. Source: Centre de documentation de recherche et d'expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE).
>> La carte chronologique des marées noires d'au moins 1000 tonnes
A titre d'ordre de grandeur, la plus importante marée noire accidentelle issue d'un pétrolier a été provoquée par le naufrage de l'Atlantic Empress dans les Caraïbes en juillet 1975: l'intégralité de sa cargaison, soit 276'000 tonnes de pétrole brut, s'était alors déversée au large de Trinité-et-Tobago.
En novembre 1984 le pétrolier britannique Odyssey, qui transportait 132’000 tonnes de pétrole brut, avait lui aussi déversé après son naufrage l'intégralité de sa cargaison dans les eaux canadiennes. Il s'agit du sixième plus gros déversement accidentel de pétrole en mer par un navire.
Certaines des marées noires les plus célèbres, et considérées comme les pires, étaient largement en deçà de ce niveau de pollution. Le naufrage du Prestige, en novembre 2002 au large de la Galice, avait causé le déversement en mer de 64'000 tonnes d'hydrocarbures; l'Exxon Valdez, qui avait sombré en 1989, avait libéré 38'000 tonnes de pétrole brut et causé l'une des pires marées noires qu'aient connues les Etats-Unis.
Si le Sanchi ne déversait qu'un sixième de sa cargaison en mer, 22'000 tonnes environ, ce serait déjà plus que la pollution causée par le naufrage de l'Erika, en décembre 1995 dans le Golfe de Gascogne (20'000 tonnes).
Impact des condensats difficile à prédire
Une différence majeure entre ces marées noires qui ont marqué les esprits, et celle qui a cours actuellement en mer de Chine, tient toutefois à la nature du produit déversé. C'est la première fois qu'une telle quantité de condensat est rejetée en mer en un laps de temps si court.
Les scientifiques se déchirent sur ses conséquences environnementales potentielles. Un professeur à l'Université maritime de Shanghai expliquait le 19 janvier au micro de La Première: "ces hydrocarbures ont coulé avec le bateau assez profondément. Ils vont remonter en surface et apporter une série de changements chimiques, porter atteinte à la vie aquatique et aux animaux marins."
Le directeur adjoint du CEDRE, Christophe Rousseau, croit pour sa part à un scénario moins désastreux. Extrêmement léger, peu soluble, le condensat flotte et s'étale rapidement -ce qui explique la superficie des nappes- mais s'évapore en laissant peu de résidus, argumente le spécialiste.
Des accidents de plus en plus rares
La dernière marée noire de grande envergure, l'une des pires de l'histoire, remontait à 2010. Causée cette fois par l'explosion d'une plateforme pétrolière, Deepwater Horizon, et non par l'accident d'un navire, elle avait entraîné la dispersion d'au moins 780'000 tonnes de pétrole dans le Golfe du Mexique. L'ampleur du désastre était telle que l'Etat d'urgence avait été déclaré en Louisiane, en Alabama, en Floride et au Mississippi.
Quant à la dernière importante marée noire causée par un navire, elle remonte à décembre 2007 avec le naufrage du Hebei Spirit en 2007 en Corée du Sud (11'000 tonnes déversées). En dépit d'une grande variabilité d'une année sur l'autre, les accidents pétroliers ont diminué drastiquement au cours des trente dernières années.
Selon l'International Tanker Owners Pollution Federation (ITOPF), une organisation spécialisée, près de 800 déversements d'hydrocarbures ont eu lieu dans le monde au cours de la décennie 1970-1980 (dont 245 supérieurs à 700 tonnes). Entre 2000 et 2009, il y en a eu 180 (dont une trentaine supérieurs à 700 tonnes) et "seulement" 53 (dont 14 supérieurs à 700 tonnes) entre 2010 et 2017.
La quantité de pétrole déversée chaque année en mer (y compris celui qui a brûlé, ou est resté dans un navire qui a sombré) est encore plus aléatoire d'une année à l'autre. L'accident d'un seul navire, s'il s'agit d'un gros porteur, peut faire exploser les chiffres, comme le montre le graphique ci-dessous. Les pics sont corrélés à certaines des marées noires les plus dévastatrices de l'histoire*. Mais la tendance à la baisse se confirme.
"L'application des réglementations de l'Organisation maritime internationale (OMI) a nettement porté ses fruits", explique à la RTS le directeur adjoint du CEDRE, Christophe Rousseau.
Après les grands naufrages, de nombreuses règles relatives aux navires (généralisation des doubles coques, renouvellement des flottes), au contrôle de la navigation ou encore au niveau de formation des équipages ont été adoptées pour limiter au maximum la pollution maritime.
>> Les explications en images:
Pauline Turuban
*Nota bene: Ce graphique ne représente pas la totalité du pétrole déversé en mer puisque les chiffres de l'ITOPF ne prennent pas en compte les déversements issus de plateformes pétrolières, ou ceux résultant de conflits armés. Par exemple, l'un des pires déversements pétroliers de l'histoire (au moins 900'000 tonnes), qui a eu lieu en 1991 dans le Golfe persique, quand l’armée irakienne a saboté le terminal pétrolier de Mina al Ahmadi au Koweït, n'y est pas pris en compte.
Publié le 23 janvier 2018 - Modifié le 24 janvier 2018