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La défaite électorale de la droite et de Mauricio Macri exprime le refus populaire des politiques néolibérales des quatre dernières années mais montre également les limites des choix électoraux polarisés entre néolibéralisme et populisme.
Lors des élections primaires à la présidence en Argentine, le 11 août dernier, le candidat du rassemblement péroniste Frente de Todos, Alberto Fernández, a obtenu, à la surprise générale, 47% des suffrages contre 32% de Mauricio Macri – candidat de la droite néolibérale pour Cambiemos. Cette différence écrasante représente un clair refus des politiques mises en place par le gouvernement de Macri. En un peu moins de quatre ans, la dette externe est passée de 167 milliards à 275 milliards, le salaire minimum équivalent en dollars de 580 à 279 dollars, l’inflation de 27% à 56% et la pauvreté dépasse le 30% de la population.
Le Frente de Todos est un rassemblement large composé notamment par les organisations soutenant les gouvernements de Néstor et Cristina Kirchner (2003-2015) et le Frente Renovador – regroupant divers péronistes de droite dont plusieurs anciens fonctionnaires du premier gouvernement kirchneriste. De plus, d’autres organisations dites « péronistes de gauche » comme Patria Grande ou le Movimiento Evita font partie de ce front pour en finir avec Macri tout en ayant une position critique à l’égard des composantes majoritaires du front.
Du côté de la gauche trotskiste, le Frente de Izquierda y de los Trabajadores – Unidad (FIT-U), a pu maintenir la plupart de son électorat (avec 2,86%) malgré le déplacement actuel de l’électorat vers la droite. De même que pour les élections de 2015, le FIT-U n’a pas pris de position par rapport à un éventuel deuxième tour entre les deux principaux candidats, dans une logique d’indépendance de classe et de neutralité vis-à-vis des partis bourgeois. Cette stratégie reste néanmoins une limite pour tendre des ponts en direction des couches populaires généralement accaparées par le péronisme.
Le jour suivant les élections a été marqué par l’effondrement de la bourse argentine de 38%, une chute des titres argentins, une dévaluation du peso argentin face au dollar d‘environ 20%. Dans ce cadre, quel que soit le vainqueur des élections primaires, la marge de manœuvre du prochain gouvernement sera très étroite, notamment en ce qui concerne les échéances de la dette de plus de 30 milliards en 2020. Une éventuelle victoire du Frente de Todos n’entraînerait pas forcément une marche arrière des politiques menées par le gouvernement de Macri. Dans ce contexte, une partie importante de la bataille politique à l’avenir consiste à ne pas céder face aux tendances à la passivité sociale. L’inquiétude gronde dans la population et les organisations liées au péronisme de gauche n’échappent pas à la pression.
Jonathan Rocca