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La crise du coronavirus montre clairement l'ampleur du risque de tomber dans la pauvreté en Suisse. Personne ou presque ne conteste cette réalité aujourd’hui. De nombreux ménages ont déjà de grandes difficultés à financer leur entretien en temps normal. Si une petite partie de leurs revenus disparaît, ils se retrouvent immédiatement dans une situation de détresse. Ils ne disposent pas des réserves financières susceptibles de compenser leurs pertes de revenus.
Une image lacunaire de la pauvreté en Suisse
Nous en savons malheureusement encore bien trop peu sur les situations concrètes de pauvreté en Suisse. En 2018, selon les chiffres officiels, 660 000 personnes étaient en situation de pauvreté dans notre pays. Publiés annuellement par l'Office fédéral de la statistique, ces chiffres ne peuvent pas être analysés au niveau cantonal. Des informations clés sur la situation dans les différents cantons font donc défaut.
La responsabilité de la lutte contre la pauvreté relève essentiellement de la compétence des cantons. Mais il existe de grandes disparités entre ces derniers dans la conception des instruments de l'État social et des prestations sociales disponibles. Quels sont les effets de ces mesures de lutte contre la pauvreté ? Il est difficile de le dire car les analyses menées jusqu’ici dans les cantons ne donnent qu'une image lacunaire de la pauvreté. Au cours de la dernière décennie, seule la moitié d’entre eux ont produit un rapport sur la pauvreté ou un rapport social examinant la pauvreté sur leur territoire. Problème supplémentaire : les analyses sont difficilement comparables entre les cantons car elles se basent sur des définitions et des données différentes.
Les Chambres fédérales ont reconnu la nécessité d'agir. En juin 2020, elles ont chargé le Conseil fédéral de mettre en place un monitorage régulier de la situation de la pauvreté en Suisse. Celui-ci doit s'appuyer sur des analyses fiables et comparables dans les cantons. Ce n'est qu'avec des données comparables et collectées de façon uniforme qu'il sera possible d'identifier les progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté et de mesurer les effets des instruments de l'État social comme les prestations complémentaires ou l'aide sociale.
Caritas demande un monitorage cantonal de la pauvreté permettant des comparaisons
Pour avancer dans la politique de lutte contre la pauvreté en Suisse, la Haute École spécialisée bernoise et Caritas Suisse ont développé un modèle de monitorage de la pauvreté qui permet aux cantons de suivre régulièrement leur situation dans ce domaine sur une base comparable. Le modèle prend appui sur les données disponibles et peut être appliqué sans trop de complications par tous les cantons.
Caritas Suisse demande
- qu’à l’avenir tous les cantons établissent un monitorage régulier de la pauvreté ;
- que les cantons calculent au moins les cinq indicateurs de base selon le modèle proposé ;
- que la Confédération réalise le monitorage de la pauvreté à l’échelle nationale sur la base de ces monitorages cantonaux.
Seule une base comparable mise en place dans les cantons permettra de donner une image complète de la situation de la pauvreté en Suisse. Et ce n'est que de cette manière qu’on pourra mesurer le succès de certaines stratégies de réduction de la pauvreté et d'en tirer des enseignements pour la future politique de lutte dans ce domaine.