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Musique classique
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D'Hildegarde de Bingen à Charles Gounod, le lien sacré entre musique classique et religion
>> La musique a toujours tenu une place importante dans les rituels sacrés. Et par effet de miroir, on trouve de nombreuses oeuvres basées sur des textes religieux en musique classique.
>> De tout temps, des compositeurs et compositrices ont considéré cette musique comme un moyen de tendre vers Dieu. Parmi celles et ceux dont les oeuvres ont passé à la postérité, plusieurs ont occupé des fonctions au sein de l'Eglise, que cela soit comme prêtre, abbé, moine ou religieuse.
>> Partez à la découverte de sept compositeurs et d'une compositrice qui ont partagé leur temps entre la musique et Dieu.
Sujet radio: Catherine Buser
Adaptation web: Myriam Semaani
Charles Gounod (1818-1893)
Un profond sentiment religieux
Compositeur parisien, Charles Gounod éprouve de l’attirance pour la religion après avoir remporté le prix de Rome en 1839 avec une cantate nommée "Fernande". À la suite de la remise de ce prix, l’étudiant en musique part pour deux ans dans la capitale italienne.
Initialement admirateur de Mozart, la promiscuité avec la Chapelle Sixtine lui fait apprécier la musique sacrée. Il s’en suit une période intense de compositions religieuses. Son œuvre compte en tout 21 messes dont la fameuse "Messe de Sainte Cécile".
A son retour à Paris, Gounod est engagé comme organiste et maître de chapelle de l’Eglise des missions étrangères. Il demande à porter l’habit ecclésiastique et on l’y autorise. C’est alors qu’il se met à signer ses courriers et ses partitions avec le titre d’abbé, entre 1847 et 1848. Il ne s’engage pourtant pas dans les ordres.
L’une des pièces les plus populaires de Charles Gounod est un "Ave Maria", qu’il adapte du premier prélude de Jean-Sébastien Bach.
>> À écouter: Yo-Yo Ma interprète "Ave Maria" de Charles Gounod et Jean-Sébastien Bach dans une transcription pour violoncelle:
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Franz Liszt (1811-1886)
Des conquêtes amoureuses à l'ordre franciscain
C’est également à Rome qu’un certain Franz Liszt décide d’écouter son cœur et de recevoir les ordres mineurs en 1865. La vocation religieuse du compositeur hongrois remonte à son adolescence, tandis qu’il voit sa première rupture amoureuse avec son élève Caroline de Saint Circq. Il se réfugie dans la religion, mais son père s’oppose fermement à ce qu’il entre dans les ordres. Lorsque ce dernier décède, la mère du compositeur s’oppose à son tour aux penchants catholiques de son fils.
En 1860, Liszt retrouve le zèle religieux de sa jeunesse. Croyant comprendre qu'il avait fait fausse route jusque-là, il se retire à Rome. Cinq ans plus tard, il intègre l’ordre franciscain et se met au service de la hiérarchie catholique en composant des œuvres audacieuses, mais qui sont très mal reçues: "La Messe de Gran", "Sainte Élisabeth" et " Christus". À la fin de sa vie, il poursuit encore cet idéal en voyageant à travers l’Europe tout en recourant à des techniques de plus en plus révolutionnaires.
Sa vie durant, à défaut d’avoir pu devenir prêtre comme il le désirait depuis ses jeunes années, Liszt s’est efforcé d’exprimer sa foi dans sa musique. Il ne prendra la soutane que sur le tard pour devenir l’abbé Liszt.
>> À écouter: "Harmonies poétiques et religieuses" de Franz Liszt, interprétés par la pianiste Saskia Giorgini durant le festival finlandais Mänttä en 2022.
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Antonio Vivaldi (1678-1741)
Le prêtre roux
Antonio Vivaldi est ordonné prêtre à 25 ans dans la paroisse San Giovanni in Oleo en 1703. Il se fait rapidement connaître à Venise sous le titre d'"Il prete rosso", le prêtre roux.
Portrait d'Antonio Vivaldi. [Anonyme - Leemage via AFP]Pourtant, il n’a pratiquement jamais dit la messe. Selon l’historien voyageur François-Joseph Fétis, le prêtre compositeur aurait été sanctionné pour avoir quitté à plusieurs reprises l’autel en pleine messe, soi-disant pour aller "noter une idée musicale qui lui serait venue". Traîné en procédure judiciaire par l’Inquisition, il aurait été considéré comme un homme dont la tête n’était pas saine. L’arrêt prononcé contre lui se serait borné à lui interdire la messe.
Cette anecdote est en réalité une légende démentie par Antonio Vivaldi lui-même. Il explique la véritable raison de ses absences répétées dans une lettre datant de 1737: de l’asthme et des difficultés respiratoires, dont il souffre depuis son enfance. Une oppression dans la poitrine l’aurait contraint, plusieurs fois, à quitter l’autel sans pouvoir terminer son office. Il aurait ainsi volontairement renoncé à cet acte essentiel de la vie d’un prêtre catholique.
Cependant, Antonio Vivaldi ne renonce pas pour autant à porter l’habit et à lire son bréviaire. Ainsi, il sert Dieu à sa façon, en composant et en chantant ses louanges dans des œuvres sacrées, tel que son fameux "Gloria".
>> À écouter: "Gloria en ré majeur" d'Antonio Vivaldi, par les Chevaliers et le choeur féminin de San Francisco au centre Kennedy
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Gaspar Sanz (1640-1710)
L'instructeur
Gaspar Sanz, compositeur espagnol de l’époque baroque, est né le 4 avril 1640. Il étudie la théologie et la philosophie à l’université de Salamanque puis se rend en Italie pour parfaire sa formation musicale. Il y apprend à jouer de l’orgue auprès de Cristofaro Caresana et devient pendant quelques années l’organiste du vice-roi espagnol de Naples.
Il rentre ensuite en Espagne où le Roi Philippe IV le nomme professeur de guitare de son fils, Don Juan d’Autriche. C’est pour lui qu’il compose entre 1674 et 1675 "Instrucción de Música sobre la Guitarra Española", un recueil de 90 pièces pour guitare à cinq cordes qui enseigne aux apprentis guitaristes toutes les clés pour comprendre les techniques de la guitare baroque.
Outre son travail de prêtre, d'enseignant et de musicien, Sanz jouit de son temps d’une excellente réputation de poète et d’écrivain. On lui doit l’éloge funèbre du pape Innocent XI et la traduction en espagnol d’un célèbre ouvrage du jésuite Daniello Bartoli, "L'huomo di Lettere".
Bien qu’il soit prêtre, Gaspar Sanz n’a pas composé de musique sacrée.
>> À écouter: Xavier Diaz-Latorre à la guitare, accompagné à la percussion par Pedro Estevan interprètent "Xácaras" de Gaspar Sanz
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L’œuvre de Gaspar Sanz a exercé une influence considérable sur de nombreux guitaristes et compositeurs espagnols modernes comme Joachin Rodrigo, qui a adapté six danses de son illustre prédécesseur dans sa célèbre "Fantaisie pour guitare et orchestre".
Gregorio Allegri (1582-1652)
Le maître de la chapelle Sixtine
Compositeur et prêtre, Gregorio Allegri naît à Rome en 1582. Il étudie le chant et la musique à l'église San Luigi dei Francesi, ou Saint-Louis des Français. Sa formation achevée, il entre dans une carrière musicale en tant que chantre dans cette même église. Une fois ordonné prêtre, il exerce en tant que maître de chœur et maître de chapelle à la cathédrale de Fermo.
Il compose un grand nombre de motets et de pièces sacrées qui lui valent d’être remarqué par le pape Urbain VIII. Ce dernier l’engage alors dans le chœur de la Chapelle Sixtine. Il y entre en décembre 1629 et y reste jusqu’à sa mort. Il y occupe notamment la fonction de Maître de Chapelle à compter de 1650.
Seule une trentaine d’œuvres de Gregorio Allegri lui ont survécu, dont la plus célèbre est le fameux "Miserere", une œuvre polyphonique qui a longtemps conservé une réputation de mystère et d’inaccessibilité. Le Vatican s'en était réservé la reproduction et la diffusion.
Selon une légende aujourd'hui remise en cause, Mozart aurait entendu ce morceau lors d’une visite à Rome avec son père. Alors âgé de quatorze ans, il en aurait restitué la partition de mémoire après deux écoutes seulement. Le pape l’aurait alors convoqué au Vatican et félicité de son talent en le décorant de l’ordre chevaleresque de l’éperon d’or.
>> À écouter: "Miserere mei, Deus" de Gregorio Allegri, interprété par le choeur Tenebrae mené par Nigel Short
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Tomas Luis de Victoria (1548-1611)
Prêtre et compositeur prolifique
À la fois prêtre, maître de chapelle et organiste, Tomas Luis de Victoria naît à Sanchidrian vers 1548 et meurt à Madrid en 1611. Les musicologues saluent en lui le plus célèbre compositeur de la Renaissance espagnole.
Contrairement à Gaspar Sanz qui n’a pas composé de musique sacrée, Tomas Luis De Victoria s’est entièrement dédié à la musique religieuse. Il laisse derrière lui une œuvre importante qui ne compte pas moins de 20 messes, plus de 80 motets de 4 à 8 voix, 16 magnificats et 2 passions.
>> À écouter: l'émission "L'oreille d'abord" consacrée aux compositeurs et prêtres
Il se perfectionne à Rome où il est admis dans un collège de Jésuites en qualité de chantre des chœurs. Il y fait la connaissance des deux fils de Palestrina qui font leurs études au séminaire romain où leur père exerce la fonction de maître de chapelle. Cette relation lui permet ainsi de profiter des leçons du maître dont il sera d’ailleurs le successeur à partir de 1571.
Ordonné prêtre le 28 août 1575, Tomas Luis De Victoria pensait que Dieu lui avait donné un don musical pour le servir. Avec sa musique et sa douceur, il souhaite donc élever les âmes, inspirer la prière et servir de baume aux aspérités de la vie. Ce qui explique la ferveur de ses œuvres.
Parmi celles-ci, le chef-d’œuvre la "Messe de Requiem" qu’il compose en 1603 pour l’impératrice Marie, qui est aussi sa dernière œuvre publiée.
>> À écouter: Tomas Luis de Victoria, "Messe de Requiem", interprétée par l'ensemble britannique Gabrieli Consort dirigé par Paul McCreesh
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Josquin des Prés (vers 1440- vers 1524)
La musique au service de l'Eglise
Le compositeur français Josquin des Prés est un illustre représentant de la polyphonie de la Renaissance. S’il n’a pas été ordonné prêtre, il a occupé différentes fonctions au sein de l'église.
Né en Picardie vers 1440, commence son parcours musical et religieux comme chantre dans les chœurs de la cathédrale de Milan, puis comme aumônier au sein de la maison du Cardinal Ascanio Sforza. De 1486 à 1494, il est chantre à la chapelle pontificale, puis il rentre en France pour travailler à la cour de Louis XII. Si les historiens et historiennes ne peuvent confirmer son rôle exact, il y aurait aussi exercé le métier de maître de chapelle.
En 1515, il s’installe à Condé-sur-l’Escaut près de Valenciennes, où il sera chanoine et prévôt de la Collégiale Notre Dame jusqu'à sa mort, dont la date se situerait autour de 1524.
Durant son parcours, Josquin des Prés a composé une vingtaine de messes et plus de cent motets. Ses fonctions religieuses ne l’ont pas empêché d’écrire aussi des chansons et des pièces de musique profane.
>> À écouter: "Vive le Roy" de Josquin des Prés, par Jordi Savall, la Cappella Reial de Catalunya et l’Ensemble Hespérion XXI.
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Hildegarde de Bingen (1098-1179)
Moniale et génie
Bienheureuse, puis canonisée en 2012, Hildegarde de Bingen a été à la fois compositrice, botaniste et femme de pouvoir.
Représentation de Sainte Hildegarde (Hildegard) (1098-1179) de Bingen. Gravure du 19e siècle. [Costa/Leemage - AFP]Née en 1098 en Allemagne, Hildegarde de Bingen a des visions divines dès son plus jeune âge. Ces visions qu'elle garde secrètes l'accompagneront toute sa vie. À 8 ans, elle entre au monastère bénédictin de Disibodenberg, où elle reçoit une solide éducation en botanique, en musique, en chant et en pharmacologie. Au fil des années, elle développe des talents de guérisseuse et gagne la confiance des malades. Elle prend la direction du couvent à ses 38 ans.