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Venue de la sculpture, Chantal Michel travaille aujourd’hui principalement avec la photographie, la vidéo et la performance. Selon le mot de Friedrich Dürrenmatt, pour qui la réalité ne constitue qu'une invraisemblance qui s'est produite, l'artiste génère un maximum d'effet en mettant en scène son propre corps sous de légers déguisements.
Elle collectionne pour cela avec passion des vêtements et des accessoires précieux qu'elle utilise ensuite dans ses images. Dans ses vidéos se manifeste encore plus cet engagement physique qui la fait suer en la poussant presque aux Iimites de ses forces. Elle soulève, avec un humour critique, la question de la place de la femme dans notre société. Mais cette critique ne passe au premier plan que dans la mesure où elle fait allusion au corps féminin considéré comme un bibelot ou un objet de voyeurisme: il est tout aussi important pour Chantal Michel de procéder à une mise en scène esthétiquement parfaite que de soigner les moindres détails, afin que ses scènes soient perçues à la fois comme des évidences banales et comme des invraisemblances. Ce procédé rappelle un objet que Meret Oppenheim a intitulé tout naturellement Ma gouvernante et présenté sur une tablette d'argent: deux souliers à talons aiguille attachés ensemble et faisant penser à un poulet rôti. Les mises en scène de Chantal Michel se distinguent en revanche nettement des mascarades de l’Américaine Cindy Sherman, dont les autoportraits grotesques, en photographie, peuvent encore inspirer de l'effroi au spectateur le plus échaudé.
Dans la série Brasserie du Gurten, l'interpénétration de l'absurde et du banal a quelque chose d'irritant. Vêtue d'habits féminins d'une couleur assortie à la froideur de cet environnement industriel, l'artiste se pose, comme un vêtement qu'on a enlevé, sur une conduite de tuyauterie ou un garde-corps. Systématiquement, un petit sac à main aux reflets argentés assorti aux souliers est suspendu bien proprement «dans une proximité cependant hors de portée de main». Cette association invraisemblable entre un être féerique et cet univers fortement masculin de salles de fabrication d'une brasserie n'éveille pas seulement les émotions les plus diverses, mais par son impossibilité même, la réunion de ces deux mondes fait aussi surgir un pressentiment oppressant de désirs et d'angoisses cachés.
(Source: catalogue ‚Innovation et Tradition‘, Berne 2001)
Cette approche serait-elle une nouvelle forme sociétale?