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Das Schloss in 1767 Herrliberger
Un bailliage de «chèvres», tel est le surnom que donnèrent les Soleurois à la seigneurie de Gilgenberg lorsqu'ils en firent l'acquisition. De fait, son domaine ne fut jamais très étendu et ceux qui l'érigèrent ne songeaient nullement à en faire le centre de leur domaine. Originaires de Brislach, les propriétaires de Gilgenberg, qui portaient le nom de leur siège patrimonial, Ramstein, situé au-dessus du village de Bretzwil, avaient construit ce château au cours d'une vaste campagne d'essartage dans une région qu'ils venaient d'ouvrir à l'exploitation.
Au XIe siècle, la famille de Ramstein avait déjà défriché une partie des contrées boisées longeant la frontière occidentale du Sisgau et pris possession de ces nouvelles terres. Elle ne parvint cependant jamais à acquérir suffisamment de puissance pour pouvoir s'imposer contre ses grands voisins. C'est pourquoi elle demanda aide et protection à l'évêque de Bâle et entra à son service. Bien que devenus les vassaux du prélat, les Ramstein purent tant soit peu conserver leur liberté. II est vrai que par suite d'une mésalliance, une branche de la famille tomba bientôt dans la ministérialité.
Lors des luttes qui opposèrent l'évêque et le comte Rodolphe de Habsbourg, les Ramstein se rangèrent aux côtés du prélat. La capture d'un bourgeois bâlois leur valut la destruction de leur château patrimonial, érigé vers 1150. Entre-temps, de nouvelles terres essartées leur avaient permis d'élargir encore leurs biens. Pour être mieux à même de les administrer, fis érigèrent près de Nunningen le château de Gilgenberg, nom qui procède des armes de la famille, deux rameaux de lis (en allemand «Gilg») en sautoir.
Lorsque les Ramstein cédèrent leur propriété d'essartage à l'évêque et que celui-ci la leur rétrocéda en fief, leurs biens communs consistaient en deux seigneuries; chacune était d'un seul tenant et possédait son propre château. La seigneurie de Gilgenberg comprenait les villages de Meltingen, Nunningen et Zullwil, de même que quelques autres biens et droits que l'évêque leur avait également concédés en fief. Le plus important de ceux-ci était le château de Zwingen, aménagé sur des îlots de la Birse. A l'origine, il devait marquer le début de la construction d'une ville, mais différentes circonstances fâcheuses en empêchèrent la réalisation.
Peu à peu, la famille dut partager ses possessions entre diverses lignes. A Ramstein, le bâtiment inférieur fut tout d'abord occupé par les écuyers, celui du haut par la famille seigneuriale. Vers la fin du XVe siècle, les ministériaux devinrent les propriétaires uniques de tout l'ouvrage. Une partie des seigneurs vivaient à Zwingen, une autre à Bâle, où ils exercèrent diverses charges. Quant au château de Gilgenberg, formé d'une imposante tour d'habitation et de quelques annexes, il fut confié aux soins d'un bailli des Ramstein.
Le dernier descendant de la ligne seigneuriale, Rodolphe de Ramstein, épousa Ursule de Geroldseck, une femme dont on dit qu'elle fut une fameuse intrigante, ils vécurent pendant dix ans au château de Zwingen. Puis, trompée par son mari, Ursule quitta la demeure conjugale et alla se réfugier chez sa soeur à Saarwerden, abandonnant à leur sort ses trois filles encore mineures. L'aînée épousa peu après Thomas de Falkenstein. Ne trouvant pas de prétendants dignes d'elles, les deux plus jeunes se firent enlever par des jeunes gens du village. Elles furent rattrapées à Neuenbourg, sur le Rhin, et ramenées à Zwingen. On sait qu'en punition de son escapade, la plus jeune dut entrer au couvent de Steinen, à Bâle, mais on ignore quel fut le sort de l'autre des fugitives. Quant aux ravisseurs, ils furent décapités. Rodolphe continua de vivre au château de Zwingen avec sa concubine.
Il avait encore un fils illégitime, Jean Bernard, dont personne ne sut jamais qui était la mère. La position élevée qu'il acquit plus tard permet toutefois de supposer qu'il a dû s'agir d'une femme appartenant elle aussi aux sphères élevées de la société. Rodolphe donna à ce fils le nom de Gilgenberg et lui concéda le château du même nom à titre de fief épiscopal.
Après la mort de Rodolphe, de violentes querelles éclatèrent, en 1459, au sujet de sa succession. Sa femme légitime exigeait non seulement les biens de veuve qui lui étaient garantis par contrat, mais toute la succession. Pour tenter d'arriver à ses fins, elle acquit le droit de bourgeoisie de la ville de Lucerne, dont le bourgmestre Hasfurter, de fort mauvaise réputation, accorda son entier soutien à la veuve, et épousa un bourgeois; elle conserva toutefois le nom de Ramstein. Thomas de Falkenstein, qui avait perdu sa femme, revendiquait de son côté le château de Gilgenberg pour sa fille, seule héritière légitime, estimait-il, de cette branche des Ramstein. Siégeant à Rottweil, le tribunal de la cour rejeta toutefois sa demande comme étant non fondée. Jean Bernard de Gilgenberg put donc conserver sa propriété et ne fut plus importuné. Il est vrai qu'il ne résida que rarement au château de Gilgenberg, car après avoir confié ses biens à Soleure, il partit pour servir comme mercenaire à l'étranger. Sa femme et ses deux fils vécurent donc le plus souvent seuls à Gilgenberg.
Une partie des terres autrichiennes ayant été cédées en nantissement à Charles le Téméraire, Jean Bernard entra au service du duc, partit avec lui à la guerre et tomba en 1474 au siège de Neuss sur le Rhin. Le fief de Gilgenberg passa alors à ses deux fils mineurs.
Comme son père, Jean Imer de Gilgenberg se voua plus tard au métier des armes. Puis il devint bailli royal à Ensisheim, tout en étant en même temps conseiller à Bâle. A deux reprises, il se vit confier la charge de bourgmestre. II dut toutefois quitter Bâle lorsque la situation politique s'aggrava, peu avant que n'éclate la guerre de Souabe, et entra au service de l'empereur Maximilien. En butte aux perpétuels soupçons des Confédérés, il chercha un acheteur pour le château et la seigneurie de Gilgenberg. Soleure, qui même dans les jours critiques lui était demeurée fidèle - non pas sans arrière-pensées, semble-t-il -, détacha à plus d'une reprise quelques hommes au château pour en assurer la défense. Elle accorda aussi le droit de cité à la seconde femme de Jean Imer, Agathe de Landenberg, et lui promit son aide.
Les négociations de vente traînèrent en longueur, de sorte que longtemps, la vie poursuivit son cours normal à Gilgenberg. Jean Imer et son épouse firent don de splendides vitraux à l'église de Meltingen; ils font aujourd'hui encore l'admiration des visiteurs. La fille du couple, à laquelle l'évêque avait concédé le fief, épousa un noble alsacien. Lorsque les paysans des environs de Gilgenberg se révoltèrent et que des différends surgirent à propos de biens et de droits appartenant au château, son propriétaire fut soulagé de trouver enfin, en 1527, un acheteur solvable - la ville de Soleure.
Comme il fallait s'y attendre, la ville de Bâle ne tarda pas à entrer en scène et fit valoir des droits de souveraineté sur la propriété soleuroise. En tant que détentrice du landgraviat du Sisgau, elle revendiquait notamment la haute justice dans cette région. Les deux villes en arrivèrent à la guerre dite de «la potence»; une sentence arbitrale prononcée par la Confédération y mit fin en 1531.
Après la mort de Jean Imer, le fief de Gilgenberg, grevé entre-temps d'une lettre de rente, revint en 1533 à Paul de Rinach, gendre de Jean Imer. Les derniers points litigieux furent réglés à l'amiable entre l'évêque de Bâle et Soleure en 1580. Depuis cette date, plus personne ne contesta à Soleure son droit de propriété sur Gilgenberg, dont l'administration fut confiée à un bailli. II fallut la Révolution française pour mettre fin à cette situation. En 1798, les sujets de l'endroit mirent le feu au château et plus tard, ses ruines servirent de carrière.
1930
Bibliographie