Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07199.jsonl.gz/956

Conte de la pleine lune de janvier
Il était une fois une louve qui avait une vie bien remplie dans sa meute. Elle était une guide respectée et elle avait mis au monde plusieurs générations de louveteaux vigoureux et curieux.
Un jour, des hommes montèrent un camp tout proche de la tanière de la meute. Les loups commencèrent par les éviter, mais ils se rendirent vite compte que les hommes partaient dans toutes les directions et ne les avaient pas encore vraiment repérés. Afin d’éviter les conflits, les loups déménagèrent dans une autre de leurs tanières. Mais la louve dominante était curieuse et elle revint observer ces drôles d’occupants de la forêt…Elle s’occupait des siens, chassait, éduquait les jeunes, mais elle faisait aussi quelques détours afin de voir ce que les hommes faisaient sur son territoire. Elle les trouva d’abord très désorganisés et bruyants, puis au fil du temps et de ses observations, elle apprit à les reconnaître et elle commença à comprendre un peu mieux ce qu’ils faisaient. La louve trouvait que finalement, ils vivaient un peu comme une grande meute, une famille.
La louve continua donc à les observer, elle aimait particulièrement regarder les jeunes jouer. Ils lui faisaient penser aux louveteaux. La louve devint de moins en moins craintive et elle s’approcha de plus en plus, surtout quand ils allaient à la rivière.
Une chose étonnante se passa alors. Elle commença à rêver des hommes, alors qu’elle dormait dans sa meute, entourée des siens. Dans ses rêves elle comprenait les hommes, elle pouvait leur parler, ils lui répondaient et ils œuvraient ensemble.
Au bout d’une lune de ces rêves étonnants, elle ne craignait vraiment plus les hommes et c’est tout naturellement qu’un soir, alors qu’elle observait des femmes et des jeunes à la rivière, lorsqu’ils firent demi-tour, elle sortit des fourrés et elle s’assit tranquillement au bord de la rivière, face à une femme, qui la regarda, fascinée.
Avec toute la sagesse du monde au fond de son regard jaune, la louve se posa en égale, curieuse et sans peur.
La femme, qui rêvait depuis son plus jeune âge des loups, resta immobile et elle sentit toute la magnificence et les intentions pures de la louve. Quand elle rejoignit le groupe et son camp, elle était consciente d’avoir vécu un moment magique inestimable.
Mais le lendemain, la louve revint et c’est ainsi que peu à peu, cette tribu et cette louve s’apprivoisèrent. La femme fut touchée au cœur par la grande sagesse qui émanait de l’animal et la louve fut profondément nourrie par cette femme confiante et courageuse.
La louve se fit une place dans cette tribu, qui l’accueillait volontiers quand elle les honorait de sa présence. Une grande et belle amitié se tissa, toujours dans le respect de chacun. Il y eût des jeux avec les enfants, des chasses communes, des moments suspendus dans le camp quand la louve y prenait place. Les hommes croyaient voir par moment la meute de la louve, mais c’était tellement rapide qu’à chaque fois, ils croyaient avoir rêvé.
Lorsque la louve mourût à un âge vénérable, la tribu entière l’honora et se nomma en son honneur la tribu de la Louve.
L’âme de la louve retourna dans l’âme du monde et elle transmit dans le grand tissage du rêve à tous les loups que les hommes pouvaient être des compagnons de vie pour les loups curieux et courageux.
La tribu de la Louve rêva dans l’âme du monde que les loups pouvaient être de merveilleux et fidèles compagnons de vie pour les Hommes curieux et courageux.
C’est ainsi que ces rêves permirent une alliance entre nos deux espèces, une alliance qui allait durer des milliers d’années et profondément changer, tant les Hommes que les loups.
Et la louve qui rêva de l’amitié des hommes devint la mère de tous les chiens.