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Au vu du rôle central qu’occupe la communication écrite médiée par téléphone portable depuis l’envoi du premier SMS en 1992 et au vu du succès grandissant que connaît la communication mobile basée sur des services Internet (par exemple WhatsApp, depuis 2010), il est étonnant de constater qu‘aucune étude systématique n’ait encore porté sur ce contexte de communication; un grand corpus de messages WhatsApp faisait jusqu’ici défaut à la science.
Dans le cadre du projet Sinergia „What’s Up, Switzerland? Language, Individuals and Ideologies in mobile messaging“ (www.whatsup-switzerland.ch), financé par le FNS et dirigé par Elisabeth Stark (Université de Zurich), une équipe de chercheurs se base sur l’étude d’échanges authentiques pour analyser les pratiques langagières dans la communication par WhatsApp en Suisse.
Le premier grand corpus multilingue de messages WhatsApp au monde comprend 619 conversations rédigées dans toutes les langues nationales ainsi que dans leurs dialectes respectifs (5’731’430 tokens). A l’issue du projet (fin 2018), le corpus sera mis à la disposition du grand public sous forme d’une banque de donnée en libre accès.
Les questions de recherches abordées dans le cadre du projet se regroupent autour de deux interrogations centrales: „A quoi ressemblent les conversations WhatsApp, notamment en comparaison aux messages SMS?“, et „Qu’est-ce qui est dit/fait/écrit lorsque les utilisateurs et les médias communiquent par le biais de ou à propos des échanges WhatsApp?“.
Le projet s’articule en quatre sous-projets. Dans le cadre du sous-projet A, deux structures linguistiques saillantes seront étudiées dans les messages rédigés en français, en (suisse-) allemand et en italien (et aussi en romanche): l’omission d’arguments verbaux (sujets, objets, compléments adverbiaux) et l’utilisation de périphrases verbales exprimant la simultanéité (je suis en train d’écrire).
L’objectif de l’analyse est de décrire la fréquence et la distribution de ces phénomènes et d’identifier les régularités de leur apparition (extralinguistiques: technologie/pression d’écrire rapidement; ou linguistiques: sémantique/syntaxe). Le sous-projet est dirigé par Elisabeth Stark (Zurich) et Silvia Natale (Berne); leurs doctorantes sont Franziska Stuntebeck (Zurich) et Rossella Maraffino (Berne).
Le sous-projet B s’intéresse aux aspects visuels dans la communication par WhatsApp. Plus spécifiquement, il s’agit d’étudier les emoji et d’autres spécificités graphiques, notamment dans les messages (suisse-) allemands et français. L’étude de la distribution de ces phénomènes ainsi que de leurs fonctions possibles sera menée par les post-doctorants Christina Siever (Zurich) et Etienne Morel (Zurich/Neuchâtel) sous l’égide de Christa Dürscheid (Zurich) et de Federica Diémoz (Neuchâtel).
Le sous-projet C (direction: Beat Siebenhaar, Leipzig; doctorant: Samuel Felder) étudie dans le détail le comportement linguistique d’individus dans la communication par WhatsApp. Les chercheurs s’intéressent à la manière dont l’individu déploie différentes variables linguistiques et comment il recourt à des alternances codiques pour se positionner comme membre d’un groupe et comme individu en sein d’un groupe.
Dans le sous-projet D enfin, ce sont le discours culturel à propos de la communication mobile ainsi que son importance sociale qui sont au coeur des interrogations. Le discours public sur la communication mobile par WhatsApp (et par SMS) y est donc étudié. Crispin Thurlow (Berne) dirige le sous-projet, sa doctorante est Vanessa Jaroski.