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Quelques experts prudents se gardent de lier la saison 2017 des ouragans avec le réchauffement de l’atmosphère. D’autres empruntent l’argument du réchauffement pour expliquer cette séquence cyclonique. Ceux-ci ont tort.
Le contesté Michael Mann (auteur de la crosse de hockey supposée du réchauffement) et d’autres affirment que les ouragans deviendront plus intenses. En cause: un océan plus chaud produit plus de vapeur et favorise les conditions de formation des cyclones. Cette affirmation est le résultat d’une pensée linéaire qui additionne: plus de chaleur signifie plus de vapeur et plus de tempêtes.
Cette addition n’est pas entièrement erronée mais elle est insuffisante et trompeuse. Car le climat obéit à des cycles autant qu’à des additions, avec des mécanismes accélérateurs (rétroactions positives) et d’autres mécanismes modérateurs (rétroactions négatives), voire des vases communicants d’une région à l’autre du globe.
La température des eaux de surface de l’océan Atlantique est actuellement de 2° supérieure à sa moyenne habituelle. Ce qui favorise la formation des ouragans. De plus Irma et Maria semblent avoir été repoussés un peu plus au sud vers l’équateur par de puissants anticyclones. Donc au-dessus d’eaux encore plus chaudes.
Mais la chaleur de l’océan tropical ne suffit pas. Il faut également de l’humidité et un froid vif au sommet de la formation cyclonique, dans la région de la haute troposphère (la couche atmosphérique qui va du sol jusqu’à environ 10’000 mètres). Ce contraste chaud en bas/froid en haut est nécessaire au développement et à l’intensification de l’ouragan.
Or le supplément de chaleur observé dans l’atmosphère depuis la fin du petit âge glaciaire – date du début du réchauffement, un réchauffement qui doit être envisagé, étudié et expliqué depuis cette période et non de manière arbitraire depuis les années 1980 – n’est pas limité au niveau du sol ou de la surface océanique.
Si les hautes altitudes se réchauffent comme les basses, le différentiel entre chaud et froid n’augmente pas, et les ouragans ne seront pas plus intenses en termes de vitesse des vents, de pression au coeur du phénomène et de marée de tempête. Dans ce cas le réchauffement n’engendre pas une augmentation de l’intensité.
Si le réchauffement actuel est homogène il ne peut y avoir d’intensification significative – sauf en ce qui concerne les pluies, du fait de la chaleur supplémentaire et donc du supplément d’humidité envoyé dans l’atmosphère.
Autre point: le nombre des cyclones tropicaux. Les statistiques montrent qu’une moyenne de 85 ouragans et dépressions tropicales se forment chaque année, tous bassins confondus: Atlantique, Pacifique, océan Indien, etc.
Une moyenne de 85 par année: une belle régularité. Pourquoi ce nombre? Pourquoi pas 200 ou 20? On ne peut l’expliquer. Or cette régularité est découplée du réchauffement: celui-ci devrait faire augmenter le nombre, et éventuellement parfois l’intensité des cyclones. Ce n’est pas le cas. Un autre mécanisme, encore inconnu, joue donc un rôle important dans la formation des ouragans.
D’autre part on observe une forme d’alternance entre les océans Pacifique et Atlantique. Quand l’un des océans connaît une saison cyclonique plus forte, l’autre est plus calme. Certains climatologues incriminent le phénomène El Niño, qui influence la circulation atmosphérique sur l’ensemble de la planète:
« Durant les événements El Niño, les alizés s’affaiblissent et le bord est de l’océan Pacifique tropical se réchauffe. Dans ces conditions, la circulation atmosphérique est modifiée dans diverses régions du monde. L’Australie et tout l’ouest tropical du Pacifique sont soumis à des conditions plus fortement anticycloniques, provoquant souvent d'importantes sécheresses. La circulation globale est modifiée, et aurait tendance à réduire la fréquence des ouragans en Atlantique. »
À cela s’ajoute la possible influence de courants marins et les échanges de chaleur à l’intérieur de la masse des océans. S’ajoute aussi une meilleure surveillance des océans. Les informations sur les ouragans du passé manquent de précision faute de technologies adaptées. Mais on sait par des chroniques que de véritables monstres ont dévasté des régions habitées avant même le XXe siècle.
Cependant on n’a aucun moyen indiscutable d’établir des comparaisons fiables avec le passé. En réalité notre collection d’informations, recueillies systématiquement entre autres par les satellites, n’a qu’environ quarante ans. Les infos plus anciennes sont plus approximatives, et des ouragans de catégorie 5 ont pu se former sans qu’on le sache, s’ils n’ont pas atterri sur une terre habitée. Quarante ans de recul climatique c’est court, beaucoup trop court pour tirer un bilan général ou une tendance et un lien causal.
Contrairement aux apparences et aux titres de presse, et quoi qu’en pensent les habitants des régions concernées (image 3, Saint-Martin), les ouragans semblent être des marqueurs discutables des conséquences du réchauffement, puisque leur évolution connue ne suit pas les chiffres de l’accumulation des gaz à effet de serre.
P.S.: « Selon Eric Blake, scientifique en poste au Centre national américain des ouragans (NHC) : « 3 ouragans menacent simultanément les terres dans [l’Atlantique]. Je n’ai jamais rien vu de tel parmi les données contemporaines. […] C’est sans précédent ici et absolument délirant au vu [de la puissance] d’Irma. »
Différents utilisateurs de Twitter n’ont pas manqué de lui faire remarquer que la situation n’était pas inédite, en publiant, preuve à l’appui, une image satellite de septembre 2010, où l’on distingue simultanément les 3 ouragans Julia, Igor et Karl.
À l’époque, ces trois ouragans — selon le terme attribué aux cyclones qui sévissent dans l’Atlantique nord et dans le Pacifique nord-est – progressaient en effet simultanément dans l’Atlantique.
Le record du nombre d’ouragans présents simultanément dans l’Atlantique reste de 4 à la fois. Établi une première fois le 22 août 1893, il s’est reproduit en 1998 avec les ouragans Georges, Ivan, Jeanne et Karl (image 4). »