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Au nord-ouest du village de Casaccia, on voit s'élever sur une petite colline les quelques rares vestiges d'un modeste ouvrage défensif, communément nommé «turraccia». On jouit de ce point d'une belle vue sur le val Bregaglia, et même sur les cols du Septimer et de la Maloja. II semble que la turraccia n'ait consisté qu'en une tour protégée par une enceinte de trois côtés. Il ne reste que quelques maigres traces de cette ceinture, juste quelques bas remblais. Pour ce qui est de la tour, un remarquable pan de mur nous la rappelle. Sa maçonnerie consiste en un appareil irrégulier de pierres de taille aplaties; seul l'assemblage angulaire est fait de moellons en bossage épannelés avec soin. On voit encore dans les murs démolis les restes de meurtrières et dans la façade nord-ouest l'endroit où se trouvait la porte haute. Rien ne prouve que les traces d'un sentier aménagé sur le versant sud de la colline et menant à l'enceinte soient celles de l'ancien accès au château.
Le village de Casaccia, cité pour la première fois en 1160 dans un document, se trouvait à la bifurcation des routes du Septimer et de la Maloja. C'est dire qu'il a joué au Moyen Age un rôle non négligeable dans l'histoire du trafic par les cols. A l'époque carolingienne déjà, un hospice avait été érigé à quelques centaines de mètres en amont de Casaccia; sa chapelle était dédiée à saint Gaudence. L'établissement fut transféré au centre du village aux environs de 1520. Les bâtiments de l'hospice qu'on voit aujourd'hui encore au pied de la colline du château datent de cette époque. Même si nous manquons d'informations documentaires directes sur l'ouvrage de Casaccia, il est permis de supposer que la construction de ce petit château fort a eu un rapport quelconque, mais difficile à préciser, avec le développement du trafic par les cols du Septimer et de la Maloja. Les droits de douane dans le val Bregaglia, qui depuis le Xe siècle se trouvaient entre les mains de l'évêque de Coire, comprenaient également la surveillance des cols et allaient de l'entretien des sentiers muletiers à la lutte contre le banditisme. Au XIVe siècle, Jacques de Castelmur, qui alors détenait les droits de douane à titre de fief épiscopal, s'efforça de rétablir le chemin du Septimer laissé depuis un certain temps à l'abandon et d'en faire une voie carrossable.
On peut donc penser que le promoteur de la turraccia fut un évêque de Coire ou l'un de ses ministériaux. La maçonnerie de la tour doit dater des environs de 1200. Peut-être les frères Ebelinus et Rodolfus de Casaccia dont il est fait mention dans un texte de 1273 résidèrent-ils dans le château en qualité de ministériaux épiscopaux. Il semble qu'un domaine agricole se soit trouvé à proximité du château; il devait sans doute assurer l'approvisionnement des châtelains et de leurs gens. Des documents datant du début du XVe siècle parlent d'une ferme de Casaccia appartenant à l'évêque, il est donc permis de supposer que le château épiscopal tombait déjà en ruine vers 1400, mais que les terres et la cour étaient, quant à elles, encore toujours exploitées.
Bibliographie