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La petite histoire des mots
Secrétaire
La nouvelle est pratiquement passée inaperçue : la semaine dernière, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) a nommé son nouveau secrétaire général en la personne de Stefan Hostettler Fischer, ainsi que sa nouvelle secrétaire générale suppléante en la personne de Chantal Ostorero ; deux personnes complètement inconnues du grand public, ce qui est parfaitement compatible avec la discrétion, voire le secret, auxquels ces fonctionnaires sont tenus. Comme nous allons le voir, les mots « secrétaire » et « secret » sont d’ailleurs intimement liés.
Avant de désigner une personne qui s’occupe de l’organisation et du fonctionnement d’une organisation, ou de la correspondance d’un supérieur, « secrétaire » définissait un lieu ou un meuble où l’on dissimulait ses secrets. Le terme est issu du latin « secretus », qui signifie « secret ». Chez les Romains, le « secretarium » était l’endroit, à l’abri des regards, où l’on cachait des trésors ou des choses que l’on voulait garder pour soi. Chez les premiers chrétiens, vers la fin du IVe siècle ce mot fut aussi assigné à des salles secrètes et à la sacristie, l’annexe d’une église où sont précieusement conservés les objets nécessaires aux cérémonies du culte.
Dans la langue française, il semble que dès le XIIe siècle le mot « secretarium », ou l’un de ses dérivés, fut utilisé pour désigner une table d’écriture munie de tiroirs cachés pour y dissimuler une correspondance secrète. Bien qu’ils existent depuis l’Antiquité, ces meubles « secrétaires » à cachettes connurent un grand succès en France, chez les nobles et les bourgeois, dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, grâce notamment à l’arrivée à Paris de grands ébénistes d’origine allemande, tels que Johann Franz Oeben, Jean-Henri Riesener ou David Roentgen.
Ce n’est que vers la fin du XIVe siècle que « secrétaire » commença à désigner une personne, par exemple un confident, un scribe de confiance chargé de la correspondance d’un monarque, ou un conseiller plus ou moins occulte. Selon le biochimiste et un écrivain russo-américain Isaac Asimov, il existe de nos jours deux types de secrétaires : « Celles qui sont d’une telle incompétence qu’elles donnent envie de les étrangler, et celles qui manifestent une telle connaissance des mécanismes de la compagnie qui les emploie qu’on voudrait que leurs patrons en sachent au moins la moitié ». Ces lignes, il est vrai, ont été écrites à une époque où les remarques sexistes étaient encore tolérées.
Terminons en signalant que « Secrétaire » est aussi le nom commun attribué à un grand oiseau appelé Messager sagittaire (Sagittarius serpentarius) par les ornithologues. Son nom pourrait être une déformation de l’arabe « saqr-et-tair » qui signifie « oiseau-chasseur ». Mais une autre explication voudrait que les plumes saillantes qui se trouvent sur la tête de ce long rapace diurne rappelleraient les plumes d’écriture que les employés de bureau portaient jadis derrière l’oreille.