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J'ai récemment, ailleurs, évoqué les éléments de mythologie parisienne contenus dans la littérature depuis l'époque où l'on écrivait en latin - si malheureusement rejetée par les intellectuels ordinaires, puisqu'elle reste quand même, en France, la référence en matière de merveilleux. Il faut savoir que l'ésotérisme local a constamment fait de la déesse égyptienne Isis l'origine de la cité, qu'il a estimé qu'à l'origine, celle-ci s'est créée autour d'un temple qui lui était voué, et qu'ainsi s'explique son nom. Pourquoi pas? Il y a bien des rapports entre Notre Dame et Isis, chacun le sait, et les deux étaient liées à la Lune par les temps anciens. Le nom de Paris vient du peuple des Parisii, qui étaient une subdivision des Belges, mais rien n'empêche, après tout, leur nom de venir d'Isis, ce peuple ayant pu s'appeler en celte, pour ainsi dire, les fils d'Isis. Tout a pu commencer par un petit centre de mystère créé par un prêtre égyptien, ou un Celte venu s'initier en Égypte, sur une île de la Seine. Voltaire évoque cette idée, puis Gérard de Nerval, puis Victor Hugo, et elle avait été énoncée déjà à la Renaissance par un savant local (dont j'ai oublié le nom).
Dans mon article précité, j'ai affirmé que cette déesse n'avait pas, néanmoins, donné lieu à des mythes mémorables, dans la littérature connue, sinon sa description comme un squelette hideux, à l'origine de la Bastille, chez Hugo, et quelques poèmes bizarres de Gérard de Nerval. Même André Breton, voulant caractériser l'âme de Paris, préfère évoquer Mélusine, ce qui est curieux, car elle est traditionnellement liée au Dauphiné - parfois au Poitou. Mais elle aussi est une divinité païenne ayant survécu au christianisme: c'est indéniable.
Il a pu y avoir un mythe antique, raconté par les druides, sur Isis, si vraiment son culte a créé Paris: ils ont pu raconter une histoire sur sa venue au bord de la Seine ou, pour mieux dire, sur son île. Mais il n'en est rien resté.
À moins qu'il ne faille la retrouver dans la légende de saint Marcel, neuvième évêque de Paris. Celle-ci raconte en effet que du tombeau d'une dame auguste était né un abominable dragon, qui dévorait les pauvres filles vendant leur corps - ou l'offrant sans respect. Marcel l'abattit d'un coup de crosse dont il jaillit un éclair.
Le monstre foudroyé atteste que Paris ne fut jamais exempte de merveilleux, comme veulent le faire croire les rationalistes qui essayent d'imposer leur philosophie depuis la capitale.
Ce récit fait référence à des principes médiévaux qu'il est utile de rappeler. On regardait en effet les anciens dieux comme de grands hommes abusivement divinisés sous l'influence du démon, sur le modèle d'Auguste et de son épouse, vénérés dans des temples où justement les chrétiens avaient refusé d'officier. Le tombeau de la dame dont est sorti le dragon a donc pu être en réalité un temple d'Isis, ou, plus subtilement, le tombeau d'une dame dont les anciens Celtes pensaient qu'elle l'avait incarnée.
Au bout du compte, c'est encore La Légende dorée, qui a élaboré le mythe le plus complexe sur Isis, et Victor Hugo, plus qu'on ne croit, en a repris l'esprit: le dragon avait survécu dans les pierres de la Bastille.