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D'un cabanon de zinc où elle est enfermée, la narratrice se souvient. Isolée dans un camp par le simple fait de ses origines musulmanes, elle s'interroge sur ses nombreuses tentatives d'échapper à un tel destin. Marquée dès l'enfance par la rupture avec sa langue natale, qu'elle parlait en Algérie, elle abandonne volontairement le berbère, tissé dans l'étoffe des contes, pour se réfugier dans la langue française, avec le Petit Poucet pour guide. Ce compagnon d'infortune, figure emblématique d'un récit d'abandon, la ramènera pourtant à la langue de sa mère, et à la complexité de ses origines.
Issue d'une culture dite minoritaire dans l'Islam, cette femme devenue adulte se confronte à une nouvelle violence: le déni de la diversité de celui qu'on noie sous la figure générique de l'Arabe. Acculée, elle tente une fuite, vers l'étude, puis vers la solitude. Mais la convulsion islamique qui agite le monde la rattrape. Elle se retrouve prisonnière.
Nourrie par la singularité de son identité, Zahia Rahmani prolonge par ce texte puissant et inspiré, à mi-chemin entre prose, poésie et écriture dramatique, la réflexion sur le bannissement qui était la sienne dans Moze, son premier livre. Cette femme condamnée – son semblable ou son double – témoigne de l'injonction faite à ceux qui sont nés de parents musulmans de coller à une identité prédéterminée et dessine les contours d'une figure de paria à venir, le "Musulman". Ce livre dit avec force et légitimité l'urgence à faire entendre d'autres voix sur la question du "Musulman".
Née en Algérie en 1962, elle vit à Paris et dans l'Oise. À Paris, elle poursuit des études de littérature et d'histoire de l'art consacrées à l'art moderne et contemporain. Après l'obtention d'une maîtrise sur Robert Rauschenberg, elle quitte la France pour travailler chez Léo Castelli à New York en 1988 et 1989. À son retour, elle termine son DEA d'esthétique et travaille dans différents lieux majeurs de l'art contemporain, tels que la Galerie nationale du Jeu de Paume, l'École des beaux-arts de Nice et l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, où elle a notamment créé et dirigé de 1999 à 2003 un post-diplôme: le Research Programm. Elle est actuellement responsable à l'INHA du premier programme de recherche sur l'art et la mondialisation. Elle intervient, par ailleurs, dans différentes manifestations consacrées à l'art et à la littérature contemporaine sous forme de récits autobiographiques et publie des articles critiques et littéraires dans différentes revues. Ses écrits et ses performances sont régulièrement signalés et commentés par les chercheurs tant en France qu'à l'étranger. Elle a préparé avec le directeur des Cartes et plans à la BNF Jean-Yves Sarazin, Made in Algeria, généalogie d’un territoire, une exposition majeure sur la carte et la captation coloniale, qui a eu lieu au Mucem en 2016. Exposition précédée d’un séminaire qui s'est tenu à l'INHA, puis à Alger et Marseille.
Elle a publié trois livres chez Sabine Wespieser éditeur: Moze (2003, réédité en 2015 dans la collection SW poche), qui a été sélectionné pour de nombreux prix littéraires et finaliste pour le Femina en 2003, "Musulman" roman (2005, réédité en 2015 dans la collection SW poche), qui a obtenu la mention spéciale du Prix Wepler en 2005, ainsi que France, récit d'une enfance en 2006.Preis: CHF 14.30