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Venezuela: deux chefs revendiquent la présidence du Parlement
06.01.2020
Au Venezuela, le conflit pour la présidence du Parlement s'est encore intensifié. Le leader Juan Guaidó a été réélu dimanche à ce poste par les députés de l'opposition lors d'une séance organisée dans un journal. Peu avant un rival s'est proclamé chef de l'hémicyle.
"Je jure devant Dieu et le peuple du Venezuela de faire respecter" la Constitution en tant que "président du Parlement et président par intérim", a déclaré Juan Guaido. Il a pu compter sur les suffrages de 100 élus lors d'un scrutin auquel ont participé plusieurs députés poursuivis par la justice dans le cadre de ce que l'opposition qualifie de "persécution politique".
Cette séance a eu lieu dans les locaux d'El Nacional, un journal de Caracas, quelques heures après que l'opposant et une dizaine de députés d'opposition sont empêchés d'entrer dans le Parlement par de longs contrôles de l'armée et de la police. Pendant ce temps, l'un de ses rivaux, le député d'opposition Luis Parra, s'est proclamé président de l'hémicycle avec le soutien d'élus loyaux au pouvoir chaviste.
Nicolas Madura applaudit
Luis Parra a été exclu du parti d'opposition Primero Justicia après qu'un site internet d'informations l'a accusé d'avoir reçu des pots-de-vin en échange de son soutien à un entrepreneur colombien qui aurait trempé dans une affaire de corruption liée à des importations de nourriture. Malgré son exclusion, Luis Parra affirme être toujours dans l'opposition à Nicolas Maduro. Juan Guaido assure lui que le gouvernement a versé des pots-de-vin à des députés pour qu'ils tournent casaque.
Le président vénézuélien Nicolas Maduro a immédiatement reconnu Luis Parra, comme le nouveau président du Parlement. "L'Assemblée nationale a pris une décision et elle dispose d'une nouvelle équipe dirigeante (...) On entendait depuis un certain temps que le député Juan Guaido allait être écarté de l'Assemblée nationale avec les votes de l'opposition", s'est réjoui Nicolas Maduro lors d'une intervention télévisée.
L'opposition à Nicolas Maduro a dénoncé un "coup d'Etat parlementaire". Le Groupe de Lima, une instance régionale formée dans le but de chercher une issue à la crise au Venezuela, a condamné le recours à la force pour empêcher l'accès au Parlement. Washington, allié de Guaido, a parlé d'une tentative "désespérée" de le remplacer. Le Brésil a accusé Maduro "de bloquer par la force le vote légitime et la réélection de Juan Guaido".
Pari manqué
Fort de son statut de président par intérim, Juan Guaido entendait obtenir une deuxième chance de poursuivre son bras de fer avec Nicolas Maduro, qu'il rend responsable de la crise économique et sociale que traverse le Venezuela. Car malgré le soutien de l'administration Trump, et d'une cinquantaine d'autres pays, l'opposant de 36 ans n'a pas atteint l'objectif proclamé début 2019 de "mettre fin à l'usurpation".
Les manifestations anti-Maduro attirent de moins en moins de Vénézuéliens et les pourparlers avec le gouvernement organisées sous l'égide de la Norvège ont fait long feu, tout comme l'appel au soulèvement lancé par Juan Guaido le 30 avril à l'armée. Et Nicolas Maduro est toujours en poste.
Il continue de jouir de l'appui de la Russie, de Cuba et de la Chine mais surtout de l'armée, clef de voûte du système politique vénézuélien.
Un Parlement et une Constituante
L'opposition a remporté la majorité au Parlement en décembre 2015 pour une période de cinq ans, mais peu après son entrée en fonctions, la Cour suprême de justice (TSJ), une institution réputée proche du gouvernement de Nicolas Maduro, a frappé de nullité ses travaux.
La Constituante, dotée des pleins pouvoirs, avait été élue en juillet 2017 lors d'un scrutin contesté afin de contourner le Parlement dominé par l'opposition. Cette même Constituante est chargée de convoquer les élections législatives qui doivent avoir lieu cette année. Mais Juan Guaido et les partis qui le soutiennent affirment vouloir boycoter le scrutin car organisé par le gouvernement.
ats, afp