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À morphologie différente, travail différent
Ce sont les différents gabarits du chien qui seront les indicateurs de ses fonctions. Et tout au long de la longue histoire commune du chien et de l’humain, les morphologies seront des repères imparables. Les Romains vont exploiter ces observations et ce sont eux qui, les premiers, spécialiseront les chiens en fonction de leurs tailles :
Le chien de berger
Le premier travail du chien de berger fut assurément la protection des troupeaux contre les prédateurs mais au VIème siècle avant J.C, les races bergères n’existaient pas à proprement parler. L'agriculteur utilisa pour ce travail, la race la plus imposante de l'époque à savoir le molosse. Il n’y avait alors aucune technique de dressage et l’on tablait sur l’instinct naturel de protection de la meute. Le chien vivait donc constamment avec le troupeau. C’était donc principalement un rôle de défense que le chien assuma dans toutes les civilisations pastorales. Cependant, en Europe occidentale, au XIIIème siècle, on imaginera une fonction supplémentaire au chien de berger, celle de conducteur de troupeau. Ces chiens sont aussi différents physiquement, et le type molossoïde ne convenant plus pour cette tâche, l’homme préférera utiliser une race plus souple et moins grande. Le genre lupoïde fut donc plus adapté à ce nouveau travail. Quand le chien de défense présentait les qualités de meute, de détection, de méfiance et d’attaque, le chien de conduite, lui, savait diriger le troupeau, était parfaitement obéissant, se faisait respecter par le bétail et gardait une parfaite attention aux gestes du berger. Cette spécialisation du chien de berger sera alors une norme qui se rependra sur tout le continent européen du Moyen-Âge jusqu’au début du XXème siècle.
Les différents chiens de berger en Europe
L’hérédité a joué un grand rôle dans la transmission des qualités du chien de berger pour le travail de conduite. Et la sélection qui avait été faite empiriquement au début, fut plus spécifiquement pensée. Ainsi, dans plusieurs pays européens, le chien de berger fut représenté par des races distinctes.
Les bouviers suisses
Autant l’origine des chiens de berger dans les différents pays d’Europe est bien connue, autant le doute plane sur la généalogie du bouvier suisse. Ainsi, selon les versions, il serait le descendant des molosses qui accompagnaient les légions romaines lors de l’invasion du continent, mais il se pourrait aussi qu’il soit le descendant du chien de taille moyenne local connu sous le nom de chien des tourbières.
Le bouvier bernois
C’est de Dürrbach, une ville située dans la région montagneuse du sud de Berne, que le dûrbâchler est originaire. C’était alors son nom de chien de ferme, qui, au XIXème siècle, servait aussi de chien de trait pour aller vendre le lait sur les marchés alentour. Il était aussi le protecteur et le gardien des troupeaux de vaches quand elles allaient aux alpages. C’était alors le plus connu des bouviers suisses, même si on lui donnait d’autres noms ailleurs dans le pays, comme blässli, ringgi, gelbbäckler, vieräugler ou encore bärri. Il faillit malheureusement disparaître à cause de la concurrence des chiens d’importation, et la race fut pratiquement annihilée. Ce fut Franz Schertenleib qui, en 1892, acheta sur le marché de Dürrbach, un des derniers chiens représentant de cette race. Il entreprit alors de sauver celle-ci de l’extinction et il décrivit le standard de cette antique race. Le Club Suisse du Dürrbächler verra le jour en 1907, et une année plus tard, 21 chiens furent présentés à l’exposition canine de Langenthal. Ce fut alors le professeur Albert Heim qui proposa de lui donner le nom de bouvier bernois.
Le grand bouvier suisse
Ce grand chien qui servit lors des guerres du Moyen-Âge faillit bien disparaître lorsque, en 1489, le bourgmestre de Zurich voulut faire abattre tous les représentants de la race sous prétexte de destruction des cultures maraîchères et de chasse sauvage. Mais l’édit ne fut pas suivi, car ce grand chien était une aide précieuse pour les travaux des fermes et les paysans d’alors se révoltèrent pour exiger l’annulation de cette exigence injuste. Il faut dire que le grand bouvier suisse était aussi un chien de boucherie et une viande très peu chère. Ce sera aussi la raison de sa disparition annoncée, et, lui aussi, fut sauvé de cette fin par sa rencontre avec Franz Schertenleib et Albert Heim, à l’exposition des races canines suisses de Langenthal en 1908. La particularité de son poil court fut mise en avant et c’est cela qui permettra de le classifier originalement en tant que descendant des grands chiens de boucher. Le standard le définissant fut publié en 1939, après qu’il ait subi des réductions d’effectifs supplémentaires causées par une suspicion de vecteur de fièvre aphteuse.
Le bouvier d’Appenzell
On découvrit largement ce chien suisse grâce au livre de Friedrich Von Tschudi qui en fera une très bonne description dans son livre «la faune du monde alpin» en 1853. Ce chien typique de ces alpages servait de chien de travail dans les fermes. Il était aussi fréquemment consommé et, tout comme les autres bouviers suisses, c’est le professeur Albert Heim qui, avec un directeur d’abattoir du nom de Gmünder, établit le standard officiel de la race en 1914, après avoir fondé le Club du Bouvier d’Appenzell. La différence qui fut mise en avant pour le distinguer définitivement du bouvier de l’Entlebucher était une queue portée en demi-lune. Autre spécificité, deux tailles différentes furent constatées, et l’on trouve encore aujourd’hui un bouvier d’Appenzell de grande taille et un autre plus petit.
Le bouvier d’Entlebuch
Ce bouvier fut à l’origine de nombreuses interrogations de la part des spécialistes qui se demandèrent si effectivement le bouvier d’Entlebuch existait ou s’il n’était qu’un résultat de nombreux croisements entre les différents bouviers des autres villes suisses. Cependant, une distinction fut trouvée au niveau de la queue qui, chez le bouvier d’Entlebuch, était portée écourtée. Cette différence anatomique fit que ce quatrième bouvier fut reconnu comme une race à part entière. Ce fut un vétérinaire du nom de Kobler qui fonda, en 1926, le Club du Bouvier d’Entlebuch. C’est lui qui, de ce fait, sauva cette race de l’extinction.
La reconversion du chien de berger, une nouvelle destinée
Dans le courant du XXème siècle, lors des grands changements des conditions d’élevages, le chien de berger se retrouva sans emploi. Il lui fallut donc s’adapter au mode de vie citadin afin de remplir d’autres fonctions. Il devint alors un chien d’utilité très prisé dans les forces de l’ordre, le sauvetage ou le gardiennage. Mais il est aussi, aujourd’hui, un chien de compagnie très apprécié pour son intelligence et son affection.