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L’édition d’une conférence d’Adorno, tenue il y a un demi-siècle, offre un regard perçant et toujours d’actualité sur le nouvel extrémisme de droite.
La montée d’une « nouvelle extrême-droite » en Europe et dans le monde suscite de nombreuses interrogations : quelles sont les causes de cette montée ? Quel est le discours de cette « nouvelle » extrême droite ? La Suisse n’est, du reste, pas épargnée. À ce propos, on peut se référer aux contributions parues dans l’ouvrage Suisse, à droite sans limites ? (Editions de l’Aire, 2009).
Aujourd’hui, en Allemagne, la formation très à droite Alternative für Deutschland est présente au Parlement fédéral. Déjà, de 1964 à 1968, une formation néo-nazie – le Nationale Partei Deutschland (NPD) – remporta des succès électoraux locaux, mais ne put entrer en 1969 au Parlement fédéral. À l’époque, ce phénomène suscita l’attention du philosophe Theodor W. Adorno, qui avait vécu la montée du nazisme. En 1933, après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, des chercheurs de l’Institut für Sozialforschung – Horkheimer, Adorno et Marcuse – s’exilèrent aux USA. Durant sa période étatsunienne, Adorno ne perdit pas de vue l’Allemagne et le nazisme et poursuivit ses recherches après son retour.
En 1967, il présenta une conférence aux étudiant·e·s socialistes autrichien·ne·s sur la montée du NPD. Dans un style très accessible, Adorno y recense les stratégies auxquelles recourt le discours d’extrême-droite. Ces éléments de discours ressemblent à ceux qui sont actuellement en vogue sur les réseaux sociaux : la volonté de mêler tous les problèmes dans une accumulation de faits invérifiables ; le fait de découper, dans un complexe de réalités, une réalité particulière ; l’utilisation d’arguments absurdes, etc.
Adorno décrit, lors de cette conférence, une réalité proche de celle que connaissent de nombreux pays européens aujourd’hui. Il conclut par un appel à l’intelligence et au combat : « La manière dont ces choses évolueront et la responsabilité de cette évolution tiennent en dernière instance à nous-mêmes ». Après un retour en vogue retentissant de ce texte en Allemagne, sa publication en français est aussi bienvenue qu’utile.
Hans-Peter Renk