Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07271.jsonl.gz/176

Arno Del Curto aurait-il survécu à la première phase sauvage de sa carrière dans les années 1990 si, comme aujourd'hui, les caméras de télévision avaient éclairé tous les recoins et retransmis en direct chacun de ses éclats de tempérament? On ne le sait pas, et, en fait, on n'a pas envie de le savoir.
Désormais, on vit à une autre époque. Pendant tout le match, un entraîneur se tient dans le champ des caméras TV. Et après, il est toujours contraint – encore dans le feu de l'émotion – à une interview devant la caméra. Arno Del Curto, lui, pouvait encore se permettre de disparaître par la porte de derrière.
L'emblématique coach du HC Davos (1996 à 2018) a été un créateur de tendances. Il a changé notre hockey. Intuitivement, il a senti dès les années 1990 que le hockey du 21e siècle serait intense, direct et rapide comme jamais auparavant. Que les joueurs devraient être plus agiles, plus durs, plus endurants et plus complets. Qu'il faut un mélange de force, d'endurance et d'émotions. Et c'est ainsi qu'il a glorieusement devancé son temps pendant des années avec son HCD (champion en 2002, 2005, 2007, 2009, 2011 et 2015).
Aujourd'hui, Arno Del Curto a 66 ans (il est donc retraité). Il a écrit une autobiographie qui vaut la peine d'être lue et aide de temps en temps son ami Roger Bader à la bande de l'équipe nationale autrichienne. Pour le reste, il vit en paix du côté de la Haute-Argovie (BE) avec son passé de hockeyeur. Le hockey sur glace a évolué dans la direction qu'il avait prévue.
Au crépuscule de sa carrière, il n'avait peut-être pas été assez sensible au fait qu'entre-temps, une nouvelle génération de joueurs fonctionnait un peu différemment. Il n'a pas non plus tenu compte de l'évolution des habitudes dans la gestion d'une équipe de hockey, qui ne peut plus être assumée par une seule personne et dans laquelle les assistants ne sont pas seulement là pour ramasser les pucks après l'entraînement.
Après sa démission le 27 novembre 2018, la réponse à la question de savoir s'il y aurait un jour un nouvel Arno Del Curto, à Davos ou ailleurs, a toujours été «non». Mais ça pourrait bien changer. Car Christian Wohlwend (45 ans) marche sur les traces de son illustre prédécesseur.
Quand Christian Wohlwend s'est installé sur le banc grison à l'été 2019, il n'avait que deux ans de plus que Del Curto lors de sa première année davosienne. Il vient donc d'entamer son quatrième exercice à la tête du club jaune et bleu. Et il est un exemple de la manière dont on peut progresser dans cette fonction.
Avec le recul, on constate que sa carrière n'a tenu qu'à un fil au printemps dernier, en quart de finale des play-off, après avoir été mené 3-0 par Rapperswil. Un coup de sang (excédé par l'arbitrage, il avait jeté des bouteilles d'eau sur la glace en demi-finale contre Zoug) et la dureté avec laquelle les Davosiens ont pimenté leur jeu lui ont valu des critiques. On s'est même demandé s'il était un entraîneur dangereux. Toujours est-il que le miracle a eu lieu: Davos a renversé la série contre les Lakers en s'imposant quatre fois de suite et n'a échoué que contre le futur champion Zoug, en demi-finale.
En schématisant à l'extrême, on peut dire que les années 1990 ont été l'époque des généraux derrière la bande, de l'autorité institutionnelle. Avec un jeu fortement marqué par la tactique, la discipline, la dureté et l'intimidation. Ces généraux de bande ont été remplacés par des «Laptop-Boys» («garçons d'ordinateurs portables») qui, à partir du milieu des années 2010, ont tenté d'explorer un jeu de plus en plus rapide et intense avec une méticulosité scientifique et d'innombrables statistiques, tout en développant le travail d'équipe avec leur staff.
Dans les années 2020, un nouveau type d'entraîneur se développe: avec plus d'autorité naturelle et de charisme (les anciennes valeurs sont toujours nécessaires), maîtrisant les outils informatiques et ayant la capacité d'épicer le travail quotidien et le jeu avec du plaisir et des émotions, histoire de coller aux besoins de la nouvelle génération. Christian Wohlwend est en train de devenir ce type d'entraîneur. Luca Cereda (41 ans) à Ambri et Dan Tangnes (43 ans) à Zoug sont eux aussi des étendards de cette nouvelle génération de coachs.
Le HC Davos est dirigé par un président avisé (Gaudenz Domenig) qui, dans un monde du sport où l'impatience règne, conserve l'art de la sérénité et de l'ironie. Le manager, Marc Gianola, a été capitaine de longue date sous Arno Del Curto et connaît donc l'ADN de son club et les habitudes de la région. De son côté, le directeur sportif, Jan Alston, a beaucoup voyagé et possède la double nationalité suisse et canadienne. De quoi lui offrir l'avantage d'être ouvert à toutes les cultures du hockey sur glace. Et depuis son entrée en fonction il y a un peu plus d'un an, il n'a pas encore commis d'erreur de casting dans ses transferts. Autrement dit, c'est l'environnement parfait pour qu'un diamant brut du coaching comme Christian Wohlwend devienne le nouvel Arno Del Curto.
Peu à peu, les grands clubs du Plateau suisse s'intéressent à Christian Wohlwend, comme ils s'intéressaient autrefois à Del Curto – que tout le monde considérait au début comme trop fou pour pouvoir travailler dans un autre club que le HC Davos.
Au fil des ans, les rumeurs d'un transfert de Del Curto en plaine (Berne, Zurich ou encore Lugano) ont fait partie intégrante du folklore du hockey suisse. Ce n'est qu'après plus de 20 ans que le «Sorcier» est descendu de sa montagne pour reprendre en catastrophe les ZSC Lions. Mais lors de cette chevauchée vers le soleil couchant de sa carrière, il est tombé de son cheval: les Zurichois n'ont pas réussi à se qualifier pour les play-off et le banc du Hallenstadion a été le dernier de la carrière de Del Curto.
Le contrat de Christian Wohlwend expire au printemps prochain. Les premières discussions sur sa prolongation devraient avoir lieu au plus tard pendant la première pause de l'équipe nationale (du 7 au 13 novembre). Pour le coach davosien, la phase critique est passée. Il peut désormais préserver et développer la culture hockey du HC Davos, unique en son genre, fondée par Arno Del Curto. En tant que nouvel Arno Del Curto. Mais en plus structuré, plus «digitalisé» et plus ouvert à la gestion en équipe.
La concurrence l'a remarqué: Christian Wohlwend comprend la nouvelle génération de joueurs. Pour preuve, la prolongation de contrat du jeune Valentin Nussbaumer, 22 ans. Et il s'entend aussi bien avec les vieux briscards comme Andres Ambühl qui, à 39 ans, est l'un des hockeyeurs les plus virevoltants du championnat.
Alors oui, Wohlwend est courtisé par d'autres clubs. Mais il n'ira sans doute pas à Berne: le CEO des Ours et ex-directeur sportif du HC Davos, Raeto Raffainer, s'est brouillé avec l'entraîneur grison quand il était encore employé du club jaune et bleu.
D'où notre pronostic: Christian Wohlwend a encore besoin de quelques manteaux d'hiver à Davos. Il va prolonger. Il sera le nouvel Arno Del Curto.
Adaptation en français: Yoann Graber
Quelques minutes avant le début du match entre Zurich et Saint-Gall, dimanche après-midi au Letzigrund, la neige s'est mise à tomber en abondance et la pelouse a été blanchie en un rien de temps. L'arbitre Lionel Tschudi a toutefois décidé de donner le coup d'envoi, mais il a dû interrompre les débats après cinq minutes, le terrain étant devenu impraticable.