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Ces quatre mots ont fait en son temps le tour de la planète, un peu comme 'alea jacta est' ou 'e pur si muove'. On les rencontre encore de nos jours, un ami que je n'avais pas vu depuis quelque temps venait m'en serrer cinq en disant 'Mr Thomann, I presume'. Et on riait de bon cœur.
Voici l'histoire : le missionnaire et médecin anglais Livingstone, parti en Afrique, n'avait pas donné de ses nouvelles depuis cinq ans. Un journaliste, Stanley, partit à sa recherche et le trouva au bord d'un lac africain. La rencontre Stanley-Livingstone donna lieu à ces mots devenus célèbres. Ils signifient : j'ai de fortes raisons de penser que je me trouve devant le docteur Livingstone, mais j'aimerais que vous me confirmiez la chose.
Mais au-delà de l'anecdote, le mot 'présume' (avec accent en français, mais même sens qu'en anglais) fait problème. Il est employé dans la langue des juges et on m'instruit qu'un prévenu est présumé innocent, même si les charges contre lui sont indiscutables, identité de la balle et du calibre de sa pétoire, sang de la victime sur ses vêtements, présence sur le lieu du crime, tant qu'il n'a pas été reconnu coupable devant un tribunal. Le voilà prévenu !
Sauf que dans la langue et l'observation de tous les jours, la perception est différente. Les policiers de Paris qui se sont fait caramboler leur véhicule par un terroriste n'ont eu aucune hésitation, étant donné le très flagrant délit, à le considérer comme coupable et à l'abattre. Mais malheur : si on s'en tient à la position des juges, ils ont peut-être abattu un innocent potentiel.
Un autre mot fait l'objet d'un usage discutable. Un quidam (qui d'autre ?) fait sauter une valise bourrée d'explosifs dans une gare de Bruxelles, sous les yeux des passants et de la police. On nous signale que le suspect a été mis hors d'état de nuire. Tu parles ! On n'a pas là affaire à un suspect, à quelqu'un dont on pourrait penser, mais on n'est pas sûr, qu'il a commis cette action, il serait l'objet d'un soupçon, pas plus. Ici, il y a des témoins oculaires qui disent qu'il a bel et bien commis cet attentat, il est donc, juges ou pas juges, coupable.
À cause de la crainte des journalistes de se voir traîner devant les tribunaux à cause d'un texte imprudent, on finit par avoir de l'incompétent quand ça n'est pas du risible.
Donnez-moi six lignes de l'écriture d'un homme et je me charge de le faire pendre. (Cardinal de Richelieu, mais on n'est pas sûr).