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Au vu de la confortable situation actuelle des villes suisses, on tend à oublier leur déclin progressif jusqu’au début des années 1990. A cette époque, la classe moyenne aisée s’installe dans les agglomérations, tandis que les plus pauvres, les personnes âgées, les chômeurs et les étrangers restent dans les centres.
La reprise de la croissance dans les villes suisses est un phénomène relativement nouveau. Dans les années 1980 et au début des années 1990, leur dynamique était encore négative. Dans le contexte de la suburbanisation, phénomène également observé dans de nombreux autres pays d’Europe et d’Amérique du Nord, les jeunes familles et les salariés à revenu élevé, en particulier, ont migré des centres-villes vers la périphérie, emportant avec eux leur pouvoir d’achat et leur substrat fiscal. Les catégories plus dépendantes sont restées dans les centres. Au niveau national, la crise de croissance après l’éclatement de la bulle immobilière a exacerbé le malaise urbain.
Les symptômes du malaise urbain se manifestent par des occupations illégales de maisons vides, mais aussi par des consommations de drogue en public dans de grandes villes comme dans le parc Platzspitz à Zurich. Le processus de suburbanisation a été particulièrement prononcé à Bâle : alors que la population de Bâle-Ville a diminué de 44 000 habitants entre 1970 et 2000, celle de Bâle-Campagne a augmenté de 60 000. Les flux de pendulaires en sens inverse ont augmenté à un rythme similaire. Les conséquences de l’«exode urbain» ont été la chute des prix de l’immobilier et les déficits budgétaires dans la ville, l’étalement urbain de l’arrière-pays bâlois et des problèmes de circulation croissants.
Le point de bascule se trouve au milieu des années 1990 et s’est traduit par une conjoncture qui persiste encore aujourd’hui. Des développements similaires ont également eu lieu au-delà des frontières de la Suisse. Dans la plupart des pays occidentaux industrialisés, la bascule historique entre «suburbanisation» et «réurbanisation» a été encore plus prononcé qu’en Suisse, en particulier aux Etats-Unis.
Le déclin, puis la renaissance des villes américaines
Le déclin de nombreuses villes américaines a commencé après la Seconde Guerre mondiale, d’abord lentement initié par la propagation de l’automobile et ensuite alimenté par le pétrole bon marché (Hall 1998). La classe moyenne prospère s’installe en banlieue, le commerce de détail dans les vertes prairies. La suburbanisation a privé les centres de population, de pouvoir d’achat et de recettes fiscales. De nombreuses villes ont été prises dans la spirale descendante de la criminalité, de la baisse des prix de l’immobilier et de la négligence. Aujourd’hui encore, Detroit est un symbole de cet «effet donut» : un centre urbain évidé entouré par la couronne «sucrée» des banlieues.
La renaissance des villes américaines a commencé à la fin des années 1980. Des «maires PDG» comme Rudolph Giuliani à New York ou Richard Daley à Chicago, réélu cinq fois, ont joué un rôle décisif. Ces personnalités charismatiques ont dirigé leurs villes avec un mélange de créativité et de fermeté orienté vers l’avenir. Ils ont restructuré les finances, réorganisé l’administration et investi dans l’infrastructure publique. En outre, ils ont coopéré avec des promoteurs immobiliers privés pour revitaliser les friches urbaines. En luttant avec succès contre la criminalité et en réformant courageusement le système scolaire public, ils ont créé les conditions de retour de la classe moyenne. Ils ont commercialisé leurs succès avec fougue et ont ainsi renforcé la dynamique ascendante. A la fin des années 1990 et au début des années 2000, de nombreuses villes américaines connaissent un nouvel épanouissement – comme berceau de la «classe créative», comme centre d’un nouveau style de vie urbain et comme lieu d’implantation pour des entreprises innovantes.
Vous trouverez de plus amples informations dans l’étude «20 ans de politique urbaine suisse».