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Récemment a été édité un disque rendant hommage au compositeur américain Basil Poledouris, connu surtout pour avoir réalisé la belle musique de Conan le Barbare, de John Milius, puis de quelques films du sympathique Paul Verhœven: j'y ai déjà fait allusion. Il est mort en 2006, longtemps après que j'ai eu vu Conan, qu'à sa sortie j'avais beaucoup aimé: j'étais jeune, grand lecteur de Robert E. Howard - le créateur du personnage -, et le film était réussi, percutant, mêlant du mystère à de l'émotion par d'authentiques visions du monde divin, le plus beau étant l'apparition inopinée de l'amie du héros après sa mort sous les traits d'une Walkyrie d'argent afin de sauver son aimé d'une mort certaine: cela correspondait à une promesse qu'elle avait faite. Elle est alors éblouissante, et apparaît comme l'un des êtres magiques les plus crédibles de l'histoire du cinéma.
La plus belle partie de la composition de Poledouris est peut-être celle qui illustre le moment où Conan, découvrant la tombe d'un roi atlante, y pénètre et arrache son épée antique à un grand squelette revêtu d'une armure et assis sur un trône. Une crainte sacrée saisit le héros, et avec lui le spectateur, et la musique, par de fins airs haut perchés de violons, suggère d'abord le mystère, puis s'embrase pour en rendre le grandiose. Le squelette semble presque s'éveiller, quand Conan lui prend son arme princière. Il est une figure étrange et emblématique, douée d'une vie immémoriale.
Le moment où le héros erre à la poursuite de son destin et de l'assassin de ses parents est beau, aussi: il chevauche sur la plage, ou entre des pierres levées, et la musique se fait alors pathétique; car le héros a abandonné sa belle pour assouvir sa vengeance et errer parmi les ombres, au loin, saisi par la nécessité - ou les pulsions obscures qui lui inspirent le désir de se venger et sont liées au serment qu'on sent qu'il a fait. Or, sa quête est vaine: il sera aisément vaincu et crucifié. La puissance tragique du moment a conduit intelligemment Poledouris à imiter la musique qu'Ennio Morricone a composée pour Sergio Leone dans ses films également fondés sur des vengeances dans le lointain ouest.
On retrouve aussi Wagner, comme chez beaucoup de compositeurs américains engagés pour créer la musique de films épiques. Les thèmes musicaux qui représentent à la fois un personnage et une orientation morale qui lui est propre ont une force fascinante, et cela, d'autant plus qu'ils ne cherchent pas toujours l'harmonie, mais opèrent fréquemment par ruptures, s'imposant selon l'action du drame. Les tambours utilisés par Poledouris résonnent comme le destin, et font écho à la force que les profondeurs accordent à Conan pour qu'il puisse se venger; quand les trompettes résonnent, elles confirment que c'est la volonté des dieux, et que Conan s'apprête à accomplir ce qui relève de la justice en soi. En lui le spectateur sent jaillir des flammes!
Un bel opéra parlé, somme toute, que le film de Milius, et c'est grâce à Poledouris.