Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07218.jsonl.gz/961

Les armes chimiques sont des substances liquides, gazeuses ou solides, transportées par obus, fusée ou avion dans une zone déterminée et susceptibles d'entraîner la mort ou une mise hors combat momentanée. En dépit de la mise hors la loi répétée de la guerre chimique (par le protocole de Genève de 1925, par exemple), il n'y eut longtemps aucune interdiction relevant du droit des gens. La Suisse a ratifié en 1995 l'accord interdisant le développement, la production, la possession, la diffusion et l'usage des armes chimiques, accord reconnu par 143 Etats en mai 2001.
La première attaque massive à l'aide de gaz toxiques durant la Première Guerre mondiale (avril 1915) surprit totalement l'armée suisse. Elle ne parvint à disposer d'un masque à gaz sous forme de sac selon le modèle français qu'en 1917. Cette protection étant insuffisante, un masque muni d'un filtre sec selon le modèle allemand fut distribué en petit nombre aux troupes assurant la couverture de la frontière, dès mars 1918. A la fin de la guerre, l'armée abandonna ses travaux relatifs à la protection contre les gaz. La menace n'ayant pas disparu, un service des gaz toxiques, qui devint le laboratoire de Wimmis, fut créé en 1923. Il développa le masque à gaz militaire 33 et d'autres moyens de protection. Dès 1938, des officiers et des soldats spécialement formés à la lutte contre les gaz furent réunis dans le service adéquat. La protection des civils fut longtemps controversée. Les pacifistes étaient d'avis qu'on ne pouvait se défendre contre des attaques chimiques aériennes. On développa néanmoins les mesures et les plans de protection et l'on fabriqua des masques à gaz pour la population, car tant les militaires que les civils doutaient de l'application effective du protocole de Genève. Les militaires considéraient la capacité d'exercer des représailles comme la meilleure mesure de protection. Aussi un programme de production de gaz toxiques fut-il lancé en 1937. On fabriqua dès 1939 de l'ypérite (RN 1) vésicant et du chloracétophénone (RN 2) lacrymogène. Il fallut renoncer en raison de la pénurie d'arsenic au Clark I (RN 3), qui pouvait pénétrer dans les masques. De gros problèmes survenus dans la production et le stockage du RN 1 et la prise de conscience du fait que les quantités produites seraient insuffisantes pour intimider un agresseur entraînèrent l'abandon du programme en 1943. Les stocks de RN 1 furent détruits en Suisse après la Deuxième Guerre mondiale, ceux de RN 2 mis à la disposition de la police. Aujourd'hui, la Suisse dispose d'un équipement de protection contre les gaz toxiques comparable à celui d'autres armées, d'un service de protection AC (atomique/chimique), ainsi que d'un centre de formation et d'un laboratoire AC à Spiez. La population civile peut se réfugier dans des abris équipés d'appareils d'aération avec filtre et recevoir des masques à gaz.
Bibliographie
– R. von Falkenstein, Vom Giftgas zur Atombombe, 1997
– P. Hug, «Biologische und chemische Waffen in der Schweiz zwischen Aussen-, Wissenschafts- und Militärpolitik», in ES, 23, 1997, 15-120
Auteur(e): Rainer von Falkenstein / AN