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Poste de Prilly, ce matin. "Voulez-vous profiter du gain exceptionnel de la loterie à numéros?", demande le jeune employé du guichet à une dame âgée qui vient de retirer son paquet. Celle-ci ne semble pas autrement intéressée. Le jeune homme insiste: "229 millions de francs, c’est le montant le plus élevé jamais atteint". La dame hésite, fait une remarque sur les chances infimes qu’elle a de toucher le gros lot, ou même quoi que ce soit, et finalement part sans acheter de billet.
Pour une qui refuse, combien se laissent tenter? Invité à passer au même guichet par le numéro que m’a distribué la machine, j’interroge l’employé: "Recevez-vous des ordres de vos supérieurs pour proposer des billets de loterie à la clientèle?" "Non, répond-il, mais nous avons des objectifs de vente à remplir si nous voulons réussir notre apprentissage." Car la Poste de Prilly, dans le cadre d’une expérience pilote, est gérée par des apprentis, qui semblent d’ailleurs s’en sortir plutôt bien.
Il est touchant d’apprendre qu’une régie fédérale inculque à ses employés, dès le départ, cette sacro-sainte loi capitaliste: faire du chiffre à tout prix, quitte à retarder le service de base pour les clients suivants. Sans compter que ce faisant, La Poste encourage une forme de dépendance – le jeu de hasard – contre laquelle prétend lutter la Confédération, propriétaire de la régie.