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La théorie du « winner takes it all » s’oppose fortement à celle du « long tail » et pourtant le principe de Pareto en est l’un des fondements et s’applique à toutes les deux. Se pourrait-il qu’il existe une logique convergente qui permettait de les unifier en une seule ? Se pourrait-il que cette logique s’applique à de nouvelles situations, autres que pour les biens numériques ?
Bases de travail, références et sources
Auteurs et théories (wikipedia)
En 1896, l’économiste italien Vilfredo Pareto découvre empiriquement lors de ses recherches une constante dans la répartition de la richesse dans divers pays et cela malgré les différences de niveau de vie. Il constate en effet qu’à cette époque en Italie 80% des richesses sont possédées par 20% des habitants. L’indice de Pareto est une mesure de la distribution des revenus au sein d’une population. Le pourcentage de la population dont la richesse est supérieure à une valeur x est toujours proportionnel à A/xα, le coefficient α variant selon les pays. La règle des 80/20 est obtenue quand α = log(5)/log(4) = 1.16 alors que α = log(0.3)/log(3/7) = 1.42 mène à 70/30.
En 1954, le qualiticien Joseph Juran utilise l’expression « principe de Pareto » pour signifier qu’environ 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes. (Il précise plus tard que 80/20 n’est pas nécessairement fixe, mais que ce principe permet de séparer ce qui est important de ce qui l’est moins.). Ce principe sera beaucoup utilisé en économie, en logistique, en optimisation et dans bien d’autres domaines.
En 1995, Robert H. Frank publie son livre « the winner-take-all society » dans lequel il décrit comment dans nos sociétés modernes, la “prime au vainqueur” a pris une importance toujours plus démesurée. La « starification » permet aux meilleurs d’obtenir une part de gâteau nettement supérieure à celle à laquelle ils auraient statistiquement droit.
En 2004, Chris Anderson publie dans Wired son fameux article “The Long Tail: Why the Future of Business Is Selling Less of More” et publie en 2006 un ouvrage éponyme. La théorie de la « longue traîne » démontre que pour des produits dématérialisés (numérisés) dans un marché de plus en plus influencé par la mise en réseau, la partie hors « best-sellers » souvent constituée de fonds de tiroirs, d’œuvres mineures ou oubliées peut être aussi rentable que la tête de gondole, notamment du fait des phénomènes de recommandations des autres consommateurs. Ce qui revient, en résumé, à dire que les loosers pourraient aussi avoir une part du gâteau au lieu de tout laisser aux winners. Son blog : http://www.longtail.com/, ainsi qu’une excellente traduction sur le site internetactu.
En 2012, Philippe Steiner publie « Les rémunérations obscènes », pamphlet contre les salaires des super-managers dans lequel il identifie des comportements similaires aux éliminations dans le sport et aussi une tendance à la cooptation.
Classements et gains ATP
Cet article se veut une tentative de réconciliation de deux théories que tout oppose sauf le principe de Pareto. En choisissant le milieu du tennis professionnel (les données ATP) comme base de travail, il se propose d’illustrer une bonne partie des affirmations citées auparavant et éventuellement d’en tirer quelques leçons. Comme souvent il part d’une constatation fortuite réalisée après une simple vérification statistique destinée à confirmer un postulat.
Le tennis professionnel masculin (par simplification les dames ayant un autre classement)
Le milieu du tennis professionnel constitue une base de travail intéressante pour divers motifs :
- Le tennis est un sport mondialisé, pratiqué dans tous les pays, qui a connu un développement considérable depuis 1960 pour être pratiqué par près d’un 1 milliard de joueurs de nos jours dont environ 2’000 classé ATP.
- Des données chiffrées assez fiables existent depuis 1973, aussi pour les gains, en général, exprimés en $.
- Le tennis est un sport par élimination lors de paliers successifs qui garantit un vainqueur unique au travers d’un processus similaire pour presque tous les tournois.
- Le système de classement par points ATP est ouvert, stabilisant, orienté performance et assez pérenne car il suit des carrières entières. Il oblige les joueurs à participer à un quota minimal de compétitions (18) pour garantir une équité.
- Données chiffrées sur la période
1980 1990 2000 2010 Absolu Nombre de joueurs 482 979 1’332 1’753 Nombre de tournois 127 131 187 221 Prize Money mios USD 14.10 45.80 86.60 109.10 Nombre de joueurs 100% 203% 136% 132% 364% Nombre de tournois 100% 103% 143% 118% 174% Prize Money 100% 325% 189% 126% 774%
Effets pervers à surveiller :
- Parité du $ : car l’on peut penser qu’il a perdu beaucoup de son pouvoir d’achat depuis 1980. Une analyse face à un panier de monnaies (CHF, AUD, EUR, YEN) montre qu’en fait il est resté assez stable depuis cette époque avec toutefois des variations de +/- 20%.
- Inflation : La comparaison des gains sur la durée / carrière doit être corrigée de l’inflation.
IPC 1/3 CH + 2/3 USA 1980 1990 2000 2010 Absolu index prix à la consommation 100 152 195 235 augmentation 152% 128% 120% 235%
- Changement de règles : le règlement ATP a évolué au cours des années. Ces modifications pourraient influencer les résultats.
- Participation : Tous les joueurs du classement ne sont pas comparables, certains ne jouent qu’un ou deux tournois alors que d’autres participent à plus de 30 épreuves (et le double fausse un peu les données).
- Les données fournies ne sont pas toujours statistiquement utilisables au sens scientifique du terme et il faudra se contenter de certaines approximations. Toutefois les ordres de grandeurs sont suffisamment parlants pour pouvoir justifier des affirmations.
Première partie : la starification / the winner takes it all
Pour vérifier le principe de Pareto, le classement ATP des 500 meilleurs joueurs en 2013 semblait représenter une base statistique suffisante et fiable et effectivement le résultat est édifiant puisque les 103 joueurs les mieux classés gagnent 80% des gains, et le plus étonnant est que le phénomène se répète si l’on prend les gains accumulés en cours de carrière pour les mêmes joueurs. Si l’on utilise les données de tous les joueurs depuis les débuts de l’ATP, il se produit un phénomène de tassement du fait de l’inflation et l’on ne peut pas utiliser les gains monétaires pour des analyses historiques, à moins de recalculer chaque année en corrigeant de l’inflation.
Il convient toutefois à ce stade de faire déjà deux constatations supplémentaires pour signaler
1. La très forte concentration des gains sur les 10 premiers joueurs.
Le principe de rémunération au tennis est fortement lié à la logique éliminatoire par palier successifs et si l’on se base sur les dotations 2013 du tournoi de Roland-Garros, l’on obtient une courbe fortement discriminatoire qui attribue 19% des gains au vainqueur. Comme un joueur ne peut pas participer à tous les tournois, il existe néanmoins un effet redistributif, mais la différence entre les meilleurs et les suivants reste énorme.
Rafael Nadal engrange près de 10% des gains totaux et avec Novak Djokovic, ils gagnent près de la moitié des gains obtenus par les 10 meilleurs. Les 10 meilleurs empochent près de 40% des gains, les 90 suivants se partagent encore une fois 40% et les 400 suivants se contentent de 20% des gains totaux. Si l’on observe les mêmes éléments sur la base des gains en carrière, on obtient des résultats très proches mais avec d’autre noms. Cette répartition correspond à grand nombre d’autres graphiques liés au patrimoine ou aux revenus dans divers pays. Il faut encore ajouter que les gains en tournois ne représentent qu’une partie des revenus des joueurs et que les nombreux contrats de sponsoring très lucratifs s’y ajoutent, démultipliant encore la différence puisque les sponsors préfèrent les têtes d’affiche et se battent à coup de millions pour se les attacher.
Une question subsiste toutefois : le classement monétaire reflète-t-il le classement sportif ? Le graphique à droite démontre l’existence d’une très forte prime au vainqueur.
Rafael Nadal obtient ainsi un % de gains presque 2 x supérieur à son % de points, et ainsi de suite pour arriver à une situation négative dès le 10ème classé.
2. Le fait qu’il y a environ 5000 joueurs classés, dont environ 2000 réellement actifs.
Vu que le classement de peut pas tenir compte de ceux qui partent à la retraite, ni de ceux qui entrent en fin de saison, pas plus que des joueurs qui ne participent qu’à un ou deux tournois (régionaux de l’étape). Il convient de pouvoir décider si la comparaison vaut et jusqu’où. Si l’on se base sur les gains : en 2013 environ 4970 joueurs ont obtenus des gains et si l’on regarde les gains des 1000 premiers (20%) on arrive à 99.8% !!! Si l’on se base sur les points ATP : environ 2200 joueurs ont obtenus au moins 1 pt, et les 450 meilleurs (20%) en obtiennent 90% ! Mais seuls 250-300 pointent dans un master 1000 ou un grand chelem. Les autres points sont glanés sur des tournois mineurs. Le fait d’utiliser les seuls 500 meilleurs semble être correct. Pour information: les 200 meilleurs sur les 1000 meilleurs totaliseraient 90%. Si l’on ajoute aux gains en tournois, les revenus liés aux sponsors et aux matches-exhibitions, l’on arrive pour les meilleurs à des sommes faramineuses. Le magazine Forbes fournit des chiffres et un classement pour la période 2013 et le classement des 10 mieux rémunérés comprend aussi 5 filles, ce qui démontre bien que seuls les quelques meilleurs ont une réelle valeur sur ce marché. Si le cas Federer est le plus flagrant car il rafle à lui tout seul près de la moitié des gains totaux du top 5, Sharapova s’en sort mieux que le second homme, ce qui démontre sa valeur pour les sponsors.
1er constat : En 2013 les meilleurs joueurs de tennis bénéficient d’une réelle « prime au vainqueur » et l’effet de starification joue à plein pour glorifier le gagnant !
Le phénomène observé ci-dessus démontre la théorie des « best-sellers » et du « winner takes it all », mais est-ce un phénomène récent et qu’elles en sont les causes ? Pour le vérifier il faudrait pouvoir disposer des données en $ comparables depuis les débuts du classement ATP, or elles ne sont malheureusement pas disponibles ou alors nécessiteraient un traitement fastidieux pour les corriger de l’inflation. Fort heureusement des données similaires existent sous forme de classement par points ATP, qui ne subissent pas l’inflation, mais sont quand même influencées par les éventuelles modifications du règlement et des dotations. Au premier abord, il semblerait que l’on puisse néanmoins les intégrer dans l’étude, ne serait-ce que pour se faire une première idée.
L’on ne sera pas étonné de voir, qu’entre 1990 et 2010, la répartition est devenue plus inéquitable et que le pourcentage des points que s’arroge le top 25 ne cesse d’augmenter, au plus grand dam non pas des derniers, mais plutôt de la « classe-moyenne » du top 25-150 qui voit sa part nettement diminuer. Sachant l’effet multiplicateur mentionné précédemment au niveau des gains on peut facilement extrapoler. Comment expliquer ce phénomène ? Les règles d’attribution des points ATP sont précisées dans l’article de Wikipédia.
2ème constat : Depuis les débuts de l’ATP le phénomène va en s’accentuant et la discrimination favorable aux vainqueurs est devenue encore plus forte.
Que s’est il donc passé entre 1980 et 2013 ?
Suite aux changements géopolitiques (chute du Mur de Berlin, ouverture de la Chine, etc.) le tennis est devenu un sport globalisé dont l’audience et le nombre de pratiquants a considérablement augmenté.
- Le nombre de joueurs ATP a quasiment quadruplé.
- Le nombre de tournois ATP a presque doublé et celui des tournois ITF aussi.
- Le Prize Money nominal total augmente de 770% soit environ 4x en valeur réelle corrigée de l’inflation.
- Le système de dotations des points valorise plus les vainqueurs et les grand tournois, plus difficile d’accès pour les joueurs moyens. Il est devenu plus élitiste.
En parallèle la couverture médiatique, notamment via internet et les chaînes câblées, donc la valeur des vedettes pour les sponsors a suivi la même tendance. On a donc une base plus large, plus de compétitions, des vainqueurs mieux payés et donc un phénomène naturel et mathématique de concentration des gains, auquel s’ajoute la valeur exacerbée des vedettes pour les sponsors.
Comment expliquer ces phénomènes ?
Il s’agit tout bonnement d’une application de la loi de l’offre et de la demande. La demande du public pour plus de tennis est forte et logiquement l’offre doit suivre. Un joueur de tennis n’ayant pas physiquement la possibilité de participer à plus de 25 tournois par an en moyenne, il sélectionne ceux pouvant lui rapporter le plus de points, de renommée et donc d’argent. On peut ainsi considérer que cette situation entraîne une surenchère automatique au niveau des tournois pour essayer d’attirer les meilleurs joueurs et donc plus de public et d’audience médiatique. La logique sportive éliminatoire du tennis fait le reste et conduit naturellement à une concentration des gains vers le meilleur joueur du moment ou d’une période donnée. Les joueurs ayant une longévité plus grande obtiennent du surcroît un bénéfice d’image supplémentaire lié à leur carrière qu’ils peuvent monnayer auprès des sponsors.
Très étonnamment, Philippe Steiner observe dans son ouvrage, que l’on peut appliquer la même logique pour les top-managers et leurs rémunérations. Il y ajoute néanmoins les phénomènes de cooptation qui ne découlent d’aucune logique compétitive, mais correspondent plutôt aux tournois exhibitions des tennismen ou aux « wild cards » de l’ancienne époque.
Il est aussi assez étonnant de constater que le phénomène ne diffère pas fondamentalement de ce que l’on constate pour les biens culturels, avec les aspects « best-sellers », évoqués par Chris Anderson, ou encore au niveau de la concentration des patrimoines aux mains d’un petit pourcent de la population que décrit depuis des années Thomas Piketty. Dans le dernier cas on peut clairement imaginer que les règles du capitalisme sont aussi éliminatoires que celles du tennis.
Il n’y a pas lieu ici de vouloir juger sur le plan moral les revenus de toute cette catégorie (artistes, managers, sportifs) de personnes dont l’on peut aussi dire qu’après une période de formation très longue et sélective, la durée de la carrière est assez courte à l’échelle d’une vie tout en étant extrêmement prenante en terme de temps consacré. Le but est de comprendre les raisons de l’extrême concentration des gains dans la tête du classement et surtout de vérifier s’il existe des phénomènes de longue traîne tels que ceux décrits par Anderson.
Pourquoi la concentration augmente-t-elle depuis environ 30 ans ?
Bon nombre d’auteurs mettent la cause de cette concentration sur les politiques fiscales plus favorables aux hauts revenus mises en place depuis l’ère Reagan-Tatcher, lesquelles auraient incité les bénéficiaires de hauts revenus à toujours encaisser plus. D’autres auteurs pensent qu’il faut y voir un phénomène de globalisation et donc de benchmarking à l’échelle mondiale incitant les stars de tous les domaines à exiger une rémunération du même niveau.
L’analyse ci-dessus, sans exclure les raisons mentionnée précédemment, laisse néanmoins entrevoir une raison plus simple et mécanique, liée à l’augmentation de la base, que ce soit la taille des entreprises, l’audience d’un sport ou d’un artiste, la popularité momentanée d’une activité particulière.
3ème constat : La masse d’argent globale en jeu augmente avec la largeur de l’audience et la part dévolue aux meilleurs augmente automatiquement selon un rapport similaire à la loi de Pareto.
Plus la dotation globale est forte, plus la répartition selon Pareto (80/20) augmente en valeur absolue. Il existe une espèce de force centrifuge qui fait que si la base et donc la dotation s’élargit la part des meilleurs reste stable en % et augmente donc en valeurs absolues.
Il faut néanmoins signaler que si l’on prend les mêmes valeurs et qu’on les regarde sous l’angle des parts respectives (%), même si elles continuent de respecter les valeurs 20/80, l’inégalité relative diminue avec la taille. Ce qui contredirait tout ce qui a été affirmé précédemment sur les phénomènes de concentration !
Il existe donc des forces supplémentaires qui modifient la forme de la courbe et augmentent sa « pente » finissant par modifier le rapport 20/80.
Si l’on cherche par tâtonnements à faire se ressembler les formes de courbe sur une courbe répondant aux critères 20/80, l’on obtient une répartition en valeurs absolues nettement plus inégale, mais correspondant à l’évolution observée au niveau du tennis et probablement vérifiable dans les autres ensembles mentionnés dans l’article par extrapolation.
Dans le dernier exemple en vert sur la courbe de répartition, le rapport passerait de 10/90 avec l’augmentation de la base.
4ème constat : En plus des forces « centrifuges » augmentant naturellement les valeurs absolues dévolues aux gagnants, il existe des forces supplémentaires, qui maintiennent ou augmentent leurs parts relatives.
L’on peut donc tenter une première conclusion :
Tant que la base (l’audience) augmente, la part dévolue aux gagnants ne cesse d’augmenter mécaniquement tant en valeur absolue qu’en valeur relative. La valeur 20/80 n’étant vraie qu’à un moment particulier.
Ce phénomène mécanique est intimement lié à la loi de l’offre et de la demande et à l’impossibilité physique pour l’offre de s’adapter à la demande, ce qui fait monter les prix par effet de raréfaction. Dans la majorité des cas des phénomènes d’élimination par paliers successifs ou par classements de popularité, survalorisent les meilleurs. Ces phénomènes sont vérifiables pour tous les biens et services rares et non-substituables (œuvres d’art, pierre précieuses, spécialistes, etc.).
Cette augmentation est-elle infinie ?
Vu que les phénomènes de concentration sont liés à l’augmentation de la base ou de l’audience, ils sont nécessairement limités par la taille de la population mondiale et de sa capacité à « absorber » du sport, de l’art ou d’autres biens et services de même nature. Le graphe ci-contre montre les prévision de l’ONU qui laissent à penser que la tendance est au minimum à un diminution du taux de croissance, voire à une diminution réelle de la population par vieillissement. L’on peut donc imaginer que ces phénomènes vont ralentir. Diverses études portant sur les marchés traditionnels du tennis comme la France et les États-Unis, montrent que depuis quelques années le phénomène ralentit ou s’inverse, mais à l’échelle mondiale ça n’est pas encore le cas, du fait notamment de l’arrivée des pays dits émergents.
L’on se trouvera donc dans une situation bien connue en économie et des entreprises en particulier : un marché mature dans lequel la croissance ne peut se faire qu’au détriment des concurrents.
Sans se lancer dans un cours de management stratégique, l’on peut ici évoquer les principales stratégies connues et expérimentées dans ces situations :
- La spécialisation et la diversification : le tennis se jouait à l’origine sur gazon ou terre battue, et l’arrivée du ciment puis des surfaces synthétiques a modifié la donne, en générant même des classements spécifiques. La possibilité de jouer en indoor puis en night-sessions sont tant d’autres exemples de diversification.
- La différenciation : Les différents formats de tournois, grand slams, ITF, 500, 1000 coupe Davis, puis le tournoi des Maîtres (Master) créé de toutes pièces avec des règles propres, sont tant d’exemples de différenciation par niveau. Sans parler des tournois des vieilles gloires.
- Les nouveaux marchés : Le tennis n’est pas l’exemple de sport ayant produit le plus de spin-offs, mais en ski, par exemple, le nombre de nouvelles disciplines n’a cessé d’augmenter. La seule nouvelle discipline est pour l’instant le tennis en fauteuil roulant.
- Les revenus dérivés : Que ce soit au niveau des matches exhibitions ou des produits dérivés, le tennis crée de nombreuses autres opportunités de revenus accessoires.
Si l’on se place au niveau sportif global ou le tennis est en concurrence avec le football, le hockey, la F1, la volley-ball, le ski, etc…. L’augmentation de la concurrence va certainement stabiliser un jour ou l’autre les audiences respectives de chaque sport (chaque art) du fait des limites du marché (population et temps disponible pour consommer) et cet à ce stade que vont réellement commencer à émerger les phénomènes de longue traîne.
Deuxième partie : la longue traîne
Dans la première partie, seule la partie émergée de l’iceberg a été analysée, or le business-model du tennis ne se limite pas aux seules compétitions et le marché est bien plus large si l’on prend tous les « stakeholders » qui obtiennent des revenus grâce à ce sport :
- Joueurs : professionnels et amateurs avec leurs staffs respectifs, professeurs, coaches, soigneurs, entraîneurs, agents, anciens joueurs, etc.
- Fédérations et organisateurs d’évents : fonctionnaires, arbitres, juges de ligne.
- Médias : journalistes, cameramen et régies, analystes.
- Équipementiers : des balles aux raquettes en passant par les vêtements, mais aussi les fabricants de surfaces, de stades, etc.
En France, une étude du BIPE estime à 2.2 milliards d’Euros le CA global du tennis en 2012. Il n’est pas évident de comprendre l’ensemble des sommes en jeu et leur relations avec les gains des joueurs. Si l’on se base sur cette étude et divers chiffres glanés sur les sites spécialisés l’on pourrait faire le calcul suivant :
La dotation pour 2013 de l’ATP World Tour est de l’ordre de 160 millions $, si l’on part du principe qu’elle représente 12.8% du CA des tournois, ce ne sont pas moins de 1.25 milliards de $ qui sont en jeu au niveau des tournois, si l’on double cette somme l’on obtient 2.5 milliards de $ de PIB induit par ces tournois. Et finalement si l’on applique un facteur 10 l’on peut considérer que le CA mondial induit par le tennis masculin devrait être de l’ordre de 25.0 milliards de $, donc environ 35 milliards pour le tennis au total et en extrapolant imaginer qu’il représente l’équivalent de 275’000 emplois.
Dans ce cas de figure la rémunération globale de Roger Federer et de Rafael Nadal ne représente plus que 0.4% du CA total généré par le tennis masculin, même si en valeur absolue il s’agit de plus de 100 mios de $.
Quelles sont les correspondances avec les phénomènes de longue traîne ?
Anderson affirme que grâce à internet, des produits qui seraient depuis longtemps hors-circuits ou méconnus, peuvent générer un CA plus qu’honorable et parfois plus lucratif que les best-sellers. Il n’est pas évident de transposer le modèle au sport de compétition mais, à priori c’est faisable.
- Le marché global : comme pour les biens culturels, le marché du sport est aujourd’hui global.
- Le réseau : les médias et leurs relais fonctionnent comme internet (ou Amazon) en proposant un très large choix, des possibilités de revoir les matches, etc.
- Les produits « oubliés » (fonds de tiroirs) : ils sont de divers ordres, mais les anciens joueurs qui ne peuvent plus être classés et gagner directement de l’argent grâce au circuit, se recyclent dans les médias (commentateurs, consultants), l’organisation d’évènements, comme coaches, ou encore comme icône de mode (Lacoste). Ce sont eux qui créent la valeur supplémentaire de la longue traîne du tennis.
- Les produits méconnus : c’est grâce aux médias et aux réseaux de talent-scouts que les nouveaux joueurs et éventuellement certains talents tardifs accèdent à leurs premiers tournois et deviennent, pour certains, de nouvelles vedettes.
- Le vintage : ce sont à nouveau les médias, mais aussi internet, qui donnent une valeur à de nombreux objets reliés à l’histoire du tennis, à des vidéos montrant des coups exceptionnels et créent ainsi un marché de niche hors du circuit.
- Les chiffres : toutes les données numériques concernant les tournois, les matches avec leurs détails, etc. sont une mine d’or pour les fans et leur importance devrait encore augmenter avec la possibilité de comparer les données qu’offre l’informatique.
- La gratuité : le seul point sur lequel la théorie coïncide mal avec celle d’Anderson est constituée par la quasi-gratuité obtenue grâce au réseau et à la dématérialisation des produits. Cela ne pourra jamais être le cas pour un match de tennis nécessitant la présence physique des joueurs et du public. Mais sa version vidéo remplit ces conditions. Avant l’ère de la vidéo, il n’était pas possible de revoir les matches alors qu’aujourd’hui ils sont (seront bientôt) tous à disposition grâce aux bases de données des chaînes TV sportives et continuent à rapporter de l’argent grâce aux inserts publicitaires. http://video.eurosport.fr/tennis/ et ce marché ne se limite pas aux matches, mais offre aussi des interviews, des moments drôles, etc. pour lesquels les réseaux sociaux offrent une plateforme de démultiplication incroyable.
L’on notera à ce sujet que la tarification en vigueur aujourd’hui pour les biens culturels est encore le plus souvent « à la pièce », alors que dans le domaine du sport, toute la partie multimédia est déjà tarifée au forfait, notamment par les abonnements TV et internet.
5ème constat : des effets de « longue traîne » peuvent être démontrés dans d’autres secteurs que les biens culturels à la condition que le business-model remplisse certains critères.
CONCLUSIONS :
Les phénomènes de longue traîne et de starification font bien partie d’une logique mathématique globale commune, liée au principe de Pareto, qui veut que plus la base (la traîne) s’allonge, plus la tête (les best-sellers) s’élève.
- La valeur de la traîne n’augmente réellement qu’à partir d’une certaine maturité du marché, lorsque les acteurs ont besoins de nouveaux revenus car la base du marché n’augmente plus.
- La hauteur de la tête ne se stabilise qu’une fois que le marché a atteint une certaine maturité et que la taille de la base n’augmente plus
- La hauteur de la tête n’est pas déterminée par l’avidité, mais par les lois du marché et surtout par sa taille.
- Les mêmes phénomènes peuvent s’appliquer à d’autres secteurs économiques, pas forcément complètement numériques, avec les mêmes effets.
- L’augmentation des phénomènes de mise en réseau, notamment par les effets de recommandations valorisera toujours plus la traîne en limitant les sommes destinées aux stars.
Il est aussi assez évident, que pour les mêmes raisons, ces phénomènes s’appliqueront à ce que l’on appelle le management, mais aussi certains professionnels de talents : avocats, médecins, traders, analystes, etc.
Il est impossible et serait improductif de contenir ces tendances intimement liées au fonctionnement du capitalisme et le seul moyen d’obtenir un minimum de redistribution restera toujours la fiscalité progressive.
Pour plus de détails sur les gains des tennismen : un petit article du Matin Dimanche sous la plume de Christian Despont.
Compléments
Principe de Pareto
Philippe Steiner. La Découverte, 2011 Salaires faramineux, stock-options, retraites chapeaux, parachutes dorés ou « golden hello » (prime de bienvenue), « les rémunérations flambent au sommet de la pyramide sociale ». L’enrichissement extrême, permis par la libéralisation financière, « est devenu la passion dominante de la finance et de la banque bien sûr, mais aussi de la direction des grandes entreprises« , écrit Philippe Steiner, qui se défend de toute « tentation moralisatrice », dans cet essai au ton particulièrement incisif. Le problème est connu : de minuscules différences entre les individus se traduisent in fine par de gigantesques écarts de revenus. C’est ce que les économistes américains Robert H. Frank et Philip J. Cook appellent « la société où le gagnant rafle la mise » (The Winner-Take–All Society, Free Press, 1995). Pour Philippe Steiner, professeur de sociologie à l’université de Paris-IV, c’est bien à un « emballement inégalitaire » que l’on assiste depuis quelques années. Va-t-on voir se reconstituer la fine couche de très riches, ce 1 % de ménages qui percevaient environ 20 % de la richesse produite avant la crise de 1929 ?, demande-t-il. On sait que ce chiffre est d’ores et déjà dépassé aux Etats-Unis, où 1 % des ménages captent 23 % du revenu global et vivent « sur une autre galaxie ». « Les rémunérations obscènes sont une forme de pollution » qui ruine la valeur travail, pourrit les relations sociales et mine la politique, accuse Philippe Steiner. « La disproportion entre revenus est telle que l’opinion publique ne parvient plus à croire à une égalité symbolique entre des individus si inégaux économiquement. » La partie la plus intéressante du livre est peut-être celle où l’auteur analyse les discours qui visent à « justifier l’injustifiable », au moyen de contorsions compliquées. Le prix d’un PDG n’est plus proportionnel, écrit-il, il est « sacralisant ». Le besoin d’égalité refait surface comme une question politique de premier plan, remarque Philippe Steiner. Il faudrait être sourd pour ne pas l’entendre.
|Nom||Prénom||Gains||%/500|
|Nadal.||Rafael||14’570’935||9.9%|
|Djokovic.||Novak||12’447’947||8.5%|
|Murray.||Andy||5’416’221||3.7%|
|Ferrer.||David||4’868’953||3.3%|
|Del||Potro.||4’294’039||2.9%|
|Federer.||Roger||3’203’637||2.2%|
|Berdych.||Tomas||2’977’405||2.0%|
|Wawrinka.||Stanislas||2’880’925||2.0%|
|Gasquet.||Richard||2’661’899||1.8%|
|Youzhny.||Mikhail||1’790’794||1.2%|
Différentiel points / gains ATP
|#||Nom Prénom||diff.|
|1||Nadal, Rafael||188.2%|
|2||Djokovic, Novak||170.9%|
|3||Ferrer, David||141.3%|
|4||Murray, Andy||157.4%|
|5||Del Potro, Juan Martin||137.5%|
|6||Federer, Roger||128.2%|
|7||Berdych, Tomas||119.9%|
|8||Wawrinka, Stanislas||130.0%|
|9||Gasquet, Richard||135.7%|
|10||Tsonga, Jo-Wilfried||96.3%|
|Gains totaux estimés 2013||millions $|
|1||Federer.||Roger||71.5|
|2||Djokovic.||Novak||26.9|
|3||Nadal.||Rafael||26.4|
|4||Murray.||Andy||14.9|
|5||Nishikori||Kei||10.5|
|Catégorie||Nb||Pts|
|Grand Chelem||4||2000|
|Masters de tennis||1||1500 (max.)|
|Masters 1000||9||1000|
|ATP 500 Series||11||500|
|ATP 250 Series||40||250|
|ATP Challenger Tour||149||80-125|
|Futures||420||18-35|
|World Team Cup||1||–|
|Coupe Davis||1||625 (max.)|
|Olympic Games||1/4ans||750|
avant 2009 et refonte
|Catégorie||Nb||Pts|
|Grand Chelem||4||1000|
|Masters cup||1||750|
|Masters series||500|
|Gold Series||250-300|
|International series||175-225|
|Challenger Tour||50-100|
|Futures||déc.24|
|World Team Cup||?|
|Coupe Davis||?|
|Olympic Games||0|
|LES REVENUS DE ROLAND-GARROS EN 2007|
|Poste||Montant M€||Part|
|Droits TV||34.4||29%|
|Partenariats||26.9||23%|
|Relations publiques||26.1||22%|
|Billeterie||21.9||19%|
|Produits dérivés||6.3||5%|
|Autres||2.5||2%|
|Total||118.1||100%|
|Dotation globale aux joueurs||15.2||12.8%|
- Ubiquité : tout doit pouvoir être consommé partout à n’importe quel moment.
- Instantanéité : l’on doit pouvoir accéder à tout sans attente.
- Globalité : doit concerner l’ensemble du marché et donc avoir une taille suffisante.
- Numérisation : les produits commercialisables doivent pouvoir être numérisés.
- Recommandables : les produits doivent pouvoir être valorisés par le réseau des fans.
- Tarification : le prix des produits devrait pouvoir être modulé en fonction de certains critères.
Exemples d’autres secteurs susceptibles de présenter les mêmes caractéristiques
- Tous les sports : pour les raisons ci-dessus
- Hôtellerie / Restauration / Tourisme / Voyages: effet des sites de recommandation du type Tripadvisor, qui permettent de sortir des « méconnus »
- Formation / Enseignement: les cours numérisés et les formations MOOC présentent les bonnes caractéristiques.
- Marché de l’art : la duplication 3D permettra probablement d’amplifier encore le phénomène.
Top 100 des célébrités 2013 en M$ : Forbes
et il manque tous les décédés et les managers !!!!
|1||Madonna||125||51||Katy Perry||39|
|2||Steven Spielberg||100||52||Leonardo DiCaprio||39|
|3||Simon Cowell||95||53||Tom Brady||38|
|4||E.L. James||95||54||Gordon Ramsay||38|
|5||Howard Stern||95||55||Adam Sandler||37|
|6||James Patterson||91||56||Tom Cruise||35|
|7||Glenn Beck||90||57||Manny Pacquiao||34|
|8||Michael Bay||82||58||Floyd Mayweather||34|
|9||Lady Gaga||80||59||Angelina Jolie||33|
|10||Jerry Bruckheimer||80||60||Jerry Seinfeld||32|
|11||Bon Jovi||79||61||Carrie Underwood||31|
|12||Tiger Woods||78||62||Sofia Vergara||30|
|13||Tyler Perry||78||63||Rachael Ray||30|
|14||Oprah Winfrey||77||64||Sean Hannity||30|
|15||Robert Downey Jr||75||65||David Guetta||30|
|16||Dr. Phil Mcgraw||72||66||Maria Sharapova||29|
|17||Roger Federer||71||67||Jennifer Lawrence||26|
|18||Rush Limbaugh||66||68||Rafael Nadal||26|
|19||Toby Keith||65||69||Ben Affleck||25|
|20||Coldplay||64||70||Joss Whedon||25|
|21||Donald Trump||63||71||Usain Bolt||24|
|22||Mark Burnett||63||72||Ashton Kutcher||24|
|23||Kobe Bryant||62||73||Will Smith||23|
|24||Ryan Seacrest||61||74||Kristen Stewart||22|
|25||LeBron James||60||75||Serena Williams||20|
|26||Channing Tatum||60||76||Kanye West||20|
|27||Justin Bieber||58||77||Jennifer Aniston||20|
|28||Ellen DeGeneres||56||78||Stephen King||20|
|29||Taylor Swift||55||79||Jon Stewart||16|
|30||Hugh Jackman||55||80||Emma Stone||16|
|31||Seth MacFarlane||55||81||Ray Romano||16|
|32||Suzanne Collins||55||82||Louis C.K.||16|
|33||Beyonce Knowles||53||83||Charlize Theron||15|
|34||Kenny Chesney||53||84||Neil Patrick Harris||15|
|35||Mark Wahlberg||52||85||Danica Patrick||15|
|36||Drew Brees||51||86||Sandra Bullock||14|
|37||Peter Jackson||50||87||Kevin Hart||14|
|38||Phil Mickelson||49||88||J.K. Rowling||13|
|39||David Beckham||47||89||George Lopez||12|
|40||Dwayne Johnson||46||90||Mila Kunis||11|
|41||Calvin Harris||46||91||Kim Kardashian||10|
|42||Jennifer Lopez||45||92||Charlie Sheen||10|
|43||Cristiano Ronaldo||44||93||Gwyneth Paltrow||10|
|44||Rihanna||43||94||Tina Fey||10|
|45||Jay-Z||42||95||Melissa McCarthy||10|
|46||David Letterman||42||96||Alec Baldwin||8|
|47||Gisele Bundchen||42||97||Meryl Streep||7|
|48||Lionel Messi||41||98||Amy Poehler||7|
|49||Dr. Dre||40||99||Miranda Kerr||7|
|50||Christopher Nolan||40||100||Zooey Deschanel||6|