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Le vieux village et l’empreinte d’un charpentier
Maître David-Henry DUMAYNE (1682-1748)
Son parcours :
Il était fils du pasteur J.-D. Dumayne qui fut à Gryon de 1693 à 1706. En 1712, David-Henry épouse Marie Bocherens du Carre.
Né à Morrens, D-H Dumayne est un « étranger » mais lorsque son père quitte Gryon, il y reste et y prend épouse. S’il demeure, c’est par attachement au lieu et par amour.
Sa vie sera consacrée à la charpente et aux constructions de chalet. Il achète quelques prairies et du bétail pour les besoins de sa famille, ainsi qu’une forêt à châtaignes sur le Montet à Bex. (éléments retrouvés dans son testament ou dans des contrats d’amodiations).
Les relations avec sa famille ont dû être difficiles car son testament précise qu’après avoir légué quelques bien à son beau-frère et son neveu Bocherens, le reste à sa femme, il termine par la mention : « quant aux MM. et Dames Dumayne, je les déjette »
Ses réalisations :
1717 construit le chalet de Jean Livert (L’Yvoette à l’av. de la Gare)
1720 construit le chalet de David Jussier au Tison (les Arcades)
1720 construit le chalet d’Antoine Grept (Le Muveran de Mme Roulin-Anex)
1721 construit les chalets d’Antoine Grandjean et Pierre Moreillon (chalets Pierre-Alain Reuteler au Fond-de-Ville)
1725 construit le chalet de David Mage (chalet le Toucan de Mme Gonet)
Il réalise aussi des chalets à la Posse-Dessus en 1711, aux Plans-sur-Bex en 1718 et 1723 et à Huémoz en 1718. Ses dernières maisons apparaissent en 1730 en Rabou et 1731 aux Posses.
En plus de son nom, il grave parfois aussi ceux de ces collaborateurs, Abram et Pierre Moreillon.
Son style :
Il y a des chalets plus ornés que les siens. Par les charpentiers des Ormonts, le style des maîtres oberlandais se retrouve sur d’autres chalets anciens avec des profusions de rosaces, fleurs stylisées ou figures héraldiques (chalets Fumeaux à Rabou). L’art de D-H Dumayne est nettement plus sobre et dépouillé.
Ses décorations : une frise d’encoches sur les liées, une corniche entaillée en damier sous les fenêtres, quelques morsures de gouge sur les arêtes des consoles et des coches suffisent à souligner les grandes lignes de l’architecture.
D’une date, de quelques lettres (souvent son monogramme M.D.H.D) il crée un motif qui à lui seul décore le pignon.
La reconnaissance des Gryonnais :
Ce fut une réelle chance qu’un tel artisan se trouvât à Gryon au lendemain du grand incendie de 1719, de ce désastre ayant anéanti une grande partie du village. Il permit à de nombreuses familles de retrouver rapidement un toit.
Mais il permit aussi à la communauté de restaurer un lieu important, le temple. Dumayne a en effet reconstruit la charpente et surtout la voûte en planches de sapin de l’église, qui apporte sérénité et chaleur en ce lieu. Les membres du conseil général de « Grion » en 1724, l’ont reçu au nombre de leurs communiers.
Ces montagnards du 18ème siècle ont eu le cœur assez délicat pour se sentir débiteurs envers maître Dumayne d’une dette qui ne pouvait être acquittée en écus. Il lui ont donné ce à quoi ils tenaient le plus, un privilège qu’ils se transmettaient par le sang : leur dignité de bourgeois.
(d’après les textes et notes de MM. Maurice Bonzon et René Moreillon)
Un artisan désintéressé
Dumayne connaît la précarité de la majorité des habitants de ce village à cette époque. Comme eux, il vit frugalement et doit tenir un petit train de campagne à côté de son activité.
Ces habitants ont en plus été durement touchés par l’incendie de 1719, qui les a laissés sans rien.
Il se fait dès lors souvent payer en nature pour alléger un investissement que les gryonnais n’auraient pu se permettre.
Devis pour le chalet de David Jussier (les Arcades) :