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Certains discours changent la face du monde sans pour autant compter plus de quelques lignes : l’éloquent Abraham Lincoln produisit ainsi des « speeches » prononcés en quelques minutes, mais passés à la postérité. Aussi ne faut-il guère de place pour en transcrire le contenu: des artistes londoniens s’y sont essayés.
Dès son élection comme 16e président des Etats-Unis en novembre 1860, Abraham Lincoln (1809-1865), avocat depuis longtemps engagé en politique, savait qu’il aurait à affronter le soulèvement des états sudistes, qui connaissaient bien les positions abolitionnistes du nouvel élu. Deux ans plus tôt déjà, Lincoln avait prononcé un discours remarqué mettant l’accent sur les dangers d’éclatement du pays à propos de la question de l’esclavage. Pour autant, fidèle à ses convictions, il se confronta à l’inévitable : la Guerre de Sécession débuta à peine plus d’un mois après son investiture. Mais comme le proclamait le président : « As I would not be a slave, so I would not be a master ».
Le 19 novembre 1863, Lincoln se rendit sur le champ de la bataille de Gettysburg, qui avait coûté la vie à plus de 50 000 hommes des deux camps l’été précédent. Sur les lieux du carnage, il prononça un discours fort bref, de dix phrases seulement, mais aux idées fortes : « Il y a quatre-vingt-sept ans nos pères donnèrent naissance sur ce continent à une nouvelle nation conçue dans la liberté et consacrée à cette vérité que tous les hommes sont créés égaux. Maintenant nous sommes engagés dans une grande guerre civile qui prouvera si cette nation ou toute autre nation ainsi conçue et consacrée peut vivre longtemps. (…) C’est à nous d’être dédiés à la grande œuvre qui reste en notre présence, afin que nous apprenions de ces morts honorés à nous dévouer plus entièrement à la cause pour laquelle ils ont donné la pleine mesure du dévouement ; afin que nous résolvions ici hautement que ces morts ne sont pas morts en vain ; que la nation aura, par la grâce de Dieu, une renaissance de liberté ; et que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, ne disparaîtra point de la terre ». Ce discours demeure l’un des morceaux oratoires les plus connus de l’histoire américaine.
Dans les années 1930, ce fondamental discours de Gettysburg, associé au discours d’investiture de 1865 (guère plus long), fut copié et enluminé sur vingt-neuf pages de vélin, un exemplaire unique luxueusement relié dans un maroquin bleu orné des armes américaines et d’un riche décor doré. Rien de très surprenant finalement, si ce n’est les dimensions dudit volume : 27 x 25 millimètres, soit guère plus qu’une pièce de un franc suisse !
Ce livre miniature, ou « minuscule » selon le terme consacré, sortait d’un atelier londonien spécialisé dans les livres-bijoux : fondée en 1901, la maison Sangorski & Sutccliffe s’était taillée une réputation mondiale dans la confection de reliures à riches décors dorés et mosaïqués. Le célèbre et fastueux exemplaire des Quatrains d’Omar Khayyâm disparu dans le naufrage du Titanic sortait ainsi de leurs mains. Quant au présent exemplaire, son colophon proclame avec fierté le savoir-faire des calligraphes et artistes de l’atelier.
Nicolas Ducimetière
20 novembre 2013