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Les trois écoles ici présentées font partie de ce qu'on appelle "le grand Porto". Elles s'inscrivent pourtant dans des zones territorialement bien distinctes. Ce que l'on définit politiquement comme l "Aire Métropolitaine de Porto" ne reflète pas la disparité du territoire et son mode de croissance échappe au modèle de développement concentrique. Elle est en fait composée d'un réseau de plusieurs centralités interdépendantes. Ainsi l'école "Tomaz Pelayo" se trouve à SantoTirso, petite ville à une vingtaine de kilomètres de Porto, l'école "Garcia da Orta" est située en ville de Porto, près de l'avenue de Boavista. La localité de "Padrão da Légua" intégrant la commune de Matosinhos, accueille la troisième école.
En 2007 le gouvernement socialiste de José Socrates lance un ambitieux programme de modernisation des écoles secondaires sur l'ensemble du pays. Il y a plusieurs raisons à cela. A partir de l'année prochaine la durée de la scolarité obligatoire passera de neuf à douze ans, d'où un manque de salles de classe. L'ensemble du parc scolaire, sans intervention d'importance depuis de nombreuses années, nécessite de travaux de conservation, d'adaptation aux nouvelles normes d'enseignement et aux nouvelles technologies. Cet investissement public a aussi pour but d'améliorer les conditions de travail et d'apprentissage et de redonner une image attractive de l'enseignement public. Il permet également de dynamiser l'économie.
Au niveau de l'enseignement secondaire, l'entreprise publique "Parque Escolar" a été créée pour gérer ce projet qui doit s'étendre sur au moins cinq ans et bénéficier quelques trois cent-trente établissements scolaires. Une centaine d'architectes et une centaine d'ingénieurs ont été invités à participer à cette opération. Les délais de projet et de réalisation extrêmement courts ont motivé, dans la plupart des cas, l'absence de concours d'idées.
En ce moment les travaux sont achevés dans cent-cinq écoles et sont en cours dans septante autres. Les interventions prévues dans quelques cent-vingt-cinq établissements viennent d'être suspendus par l'actuel gouvernement, de droite, pour d'alléguées raisons de mauvaise gestion et de dépassement de coûts.
C'est dans ce contexte qu'ont été réalisés les travaux dans deux des écoles présentées: celle de Garcia da Orta et celle de Tomaz Pelayo. Ces projets découlent de commandes directes dirigées aux architectes.
Il s'agit dans les deux cas de rénover et d'améliorer les bâtiments existants et de créer de nouvelles structures, principalement des laboratoires, des infrastructures pour l'informatique, bibliothèques et salles de sport. Les projets sont soumis à des devis de construction très restreints et à des cahiers des charges exigeants.
Le complexe scolaire "Garcia da Orta" est situé dans une zone résidentielle cossue, où les immeubles récents côtoient les maisons avec jardin. L'architecte Ricardo Bak Gordon doit intervenir dans un ensemble composé d'éléments pavillonnaires, construits d'après un projet-type du ministère de l'éducation des années soixante.
Pour répondre à l'augmentation de 3500 m2 à insérer dans le périmètre existant, il dessine un nouveau bâtiment allongé, composé de deux corps liés par un préau couvert. Situé à l'opposé de l'entrée principale de l'école, l'édifice s'insère à une cote intermédiaire du terrain, au-delà des pavillons et en-deçà de la zone sportive. Les édifices abritent des fonctions communautaires: bibliothèque, cafétéria et auditoire. Le préau, lieu de passage et de rencontre, devient le nouveau cœur du complexe. La couverture, en forme de caisson qui assure la continuité du bâtiment , est soutenue par une imposante structure de poutres en béton préfabriquées . L'intérieur est peint en orange soutenu. Cette structure se prolonge dans la bibliothèque. Le rythme régulier des porteurs est souligné par l'introduction, alternativement, de lumière naturelle et de lumière artificielle. L'effet est puissant. La couleur doit fonctionner comme une "décharge psychologique", pour utiliser l'expression de l'architecte. Le rouge orangé, également introduit subtilement dans les protections solaires des anciens bâtiments, est le fil rouge qui coud l'ensemble.
Extérieurement les nouveaux volumes sont neutres. La base, faite de blocs de béton anthracites, s'adapte au terrain et les parois blanches s'élèvent au-dessus de ce socle. Ils font en quelque sorte écho à la neutralité grise des pavillons. Ce qui, par contraste, renforce l'appel du noyau rouge, éclatant.
L'ensemble, plus compact et doté d'une nouvelle centralité, gagne surtout une nouvelle identité.
L'école "Tomaz Pelayo" est située au centre de Santo Tirso, centre urbain de 14'000 habitants au nord-est de Porto. Le complexe scolaire existant est composé de deux édifices de classes et d'un corps d'ateliers couvert par des sheds. Il s'agit dans ce cas de rénover les anciens bâtiments et d'agrandir. L'agrandissement, correspondant à plus du double de la surface existante, doit s'adapter à de nombreuses contraintes: limites de la parcelle, volumétries et terrain existants, entre autres.
L'option du projet est à la fois pragmatique et intelligente. Deux nouveaux corps viennent se greffer aux anciens. Ils s’immiscent, en plan et en coupe, entre les volumes, les reliant et créant de nouveaux rapports.
Alors que les bâtiments existants étaient posés au sommet du terrain, isolés de la ville et apparemment inaccessibles, la nouvelle porte d'entrée vient se porter au niveau de la rue, en signe d'ouverture à la communauté. Le hall d'entrée, généreux, s'élève sur trois niveaux et projette une nouvelle image de l'école. C'est en fait la tête d'une barre posée transversalement aux cotes de niveaux et aux bâtiments existants, qui regroupe toutes les circulations verticales et horizontales, lieu privilégié d'échanges et de rencontres.
Le terrain à l'arrière des bâtiments de classes existants est rabaissé de près de 3m, pour atteindre la cote inférieure de ces derniers. Le second édifice se positionne alors parallèlement sur le terrain rabaissé, reformulant l'espace entre les deux en une nouvelle cour de récréation. La bibliothèque et le réfectoire, situés au rez-de-chaussée du nouveau bâtiment, s'ouvrent largement sur la cour et de l'autre côté sur un patio. Le couloir à l'étage supérieur s'étire et se dédouble pour desservir les ateliers, qui sont ainsi intégrés au complexe. La continuité des couloirs permet de dessiner le patio extérieur.
A l'arrière se trouve la zone sportive. Le volume de la salle de gymnastique est intégré au terrain, ne laissant visible que la couverture en PVC translucide, flottant par-dessus le terrain.
Les nouveaux corps sont construit en béton brut peint en blanc. Les façades des bâtiments existants, plus foncées, sont légèrement corrigées.Un équilibre s'établit entre l'ancien et le nouveau, entre le vide et le plein, par des transparences et de multiples visions croisées. "Dessiner le vide" et "travailler l'espace" est, selon l'architecte José Gigante, aussi important que de projeter le bâti. Une juste proportion a ici été trouvée, qui a permis de densifier tout en proportionnant plus d'espace.
Le programme de modernisation des écoles contemple également l'enseignement primaire et pré-primaire. La différence réside dans le modèle de gestion, qui est dans ce cas déléguée aux municipalités.
L'école de "Padrão da Légua" s'inscrit dans ce cadre. Elle a été réalisée suite à un concours d'architecture lancé par la mairie de Matosinhos. C'est une école intégralement nouvelle, qui doit servir une population en croissance dans cette zone périphérique encore indéfinie, entre ville et la campagne. Implantée sur un terrain vague qui juxtapose des immeubles d'habitation récents, elle doit "tout d'abord résoudre le problème urbain", selon les paroles de l'architecte, Nuno Brandão Costa.
S'inspirant des murs en granit des anciens domaines agricoles, le périmètre du complexe scolaire se matérialise par un mur. La brique, matériau versatile, résistant et économique, se substitue au granit. Tour à tour mur d'enceinte ou façade, la brique mise en œuvre ici est massive, d'un brun-gris très élégant, formant l'assise quasi hermétique. Le complexe se développe sur un seul niveau, prenant possession de l'espace. Les volumes des différents corps, en crépi clairs, se démarquent du niveau de référence, formant une silhouette urbaine. Seule exception, le mur de brique s'élève à l'angle opposé à l'entrée pour donner naissance au volume biaisé de la bibliothèque, ancrage de la ligne horizontale et continue qui souligne le jeu des volumes sous la lumière.
L'organisation intérieure est simple et rigoureuse. La zone d'entrée, qui devient préau, est le point de distribution stratégique. De là, il est possible d'appréhender d'un coup d’œil le complexe scolaire. La cantine, le gymnase et la cour de récréation sont directement accessibles, ainsi que le couloir qui parcourt la longueur du bâtiment et dessert l'ensemble des salles de classes. Toutes les ouvertures donnent sur des patios intérieurs. Une logique simple, rythmée, qui permet aux enfants de se repérer facilement dans l'espace.
Les murs de brique se prolongent à l'intérieur, organisant l'espace et marquant toujours le niveau. On y découvre de nombreuses références à d'autres architectures, notamment l'architecture nordique de l'après-guerre. C'est ainsi, quand l'architecture atteint à la fois le niveau du langage universel et qu'elle est pourtant unique qu'elle nous touche.
Ces trois exemples montrent des situations très différentes. L'attitude est similaire, ancrée probablement dans la tradition de l'École de Porto. Pourtant les résultats formels sont fort différents. C'est assurément une preuve d'ouverture et de maturité.