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Il y a quelques années, à la fin d’une conférence portant sur la nature des virus, un auditeur, ingénieur de son état, m’a posé la question de savoir si les virus, que l’on connait essentiellement comme des vecteurs de maladies, pouvaient avoir des « qualités » positives. Il était en effet inconcevable pour une personne profondément croyante de penser que Dieu puisse avoir créé un organisme sans valeurs ajoutées. Je lui répondais, un peu surpris par la question, que les virus avaient certainement été des acteurs incontournables d’échanges de gènes au cours de l’évolution. Ma réponse n’a pas résolu le dilemme de mon interlocuteur fervent défenseur du créationnisme. En y réfléchissant un peu, j’aurais pu mentionner les gènes produisant des protéines essentielles pour le développement du placenta, gènes importés dans le génome des primates il y a quelques millions d’années par des rétrovirus. Quelques années plus tard, j’aurais pu lui parler de l’histoire extraordinaire découverte récemment qui concerne des dizaines de milliers d’espèces de guêpes.
Ces guêpes pondent leurs œufs dans des chenilles où elles se développent en larves aux dépends de leurs hôtes avant d’éclore dans des cocons formés à la surface ou à proximité de ce qui reste de leur garde-manger. Pour le faire avec succès, les guêpes doivent conformer l’habitat chenille aux besoins nutritionnels des œufs et déjouer les réponses de défenses mises en place par les chenilles contre les intrus. Les guêpes introduisent ainsi avec leurs œufs des fonctions qui prennent en charge l’environnement chenille pour que les plans de reproduction aboutissent. Ces fonctions, sont introduites par l’intermédiaire de virus, qui ont été retenus par l’évolution vraisemblablement à cause de leurs propriétés de véhicules de gènes et de leur expertise dans l’annulation ou le détournement des réponses de défenses de l’hôte infecté.
Trois cas de figure sont décrits pour l’instant qui invoquent l’intégration préalable dans le génome de trois lignées de guêpe (il y a 100 millions d’années pour les deux intégrations les plus anciennes) du génome de trois virus différents, ancêtres de virus que l’on connait de nos jours pour infecter des insectes dont le cycle de reproduction passe par une étape chenille (lépidoptères). A partir de là, trois voies évolutives ont mené à trois versions différentes de la même solution.
- Dans un cas, les gènes viraux intégrés dans le génome de la guêpe produisent des composés qui forment des sortes de particules virales (on parle ici de VLP, pour Virus Like Particule) qui véhiculent des protéines de la guêpe en charge de neutraliser les défenses de la chenille.
- Dans les deux autres cas, les gènes viraux permettent la synthèse de vraies particules virales qui vont contenir des gènes, non pas viraux, mais des gènes excisés du génome de la guêpe qui eux-mêmes produisent ces mêmes fonctions (protéines) nécessaires à annuler les résistances de la chenille. Dans les trois cas, les gènes viraux permettant la formation de ces véhicules sont transmis verticalement de guêpe à guêpe parce qu’ils font partie de leur génome. Une assurance de ne pas perdre ces fonctions essentielles à la reproduction.
Peut-être que cet exemple aurait pu calmer les angoisses de mon interlocuteur, car il est toujours possible d’invoquer l’introduction de ces gènes viraux dans le génome de la guêpe par un coup de baguette magique du créateur.