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Hommelibre nous propose à ce sujet une réflexion très fouillée dans beaucoup de dimensions.
Si le sujet de l'avortement revient dans le débat publique, pas seulement en Suisse, c'est bien qu'il ne peut pas être résolu à coup de votations(s) et de conclusions binaires « oui ou non ».
L'organisme humain est d'une intelligence extraordinaire pour permettre la conception, la maintien de l'enfant dans l'utérus et son expulsion. De nombreux mécanismes sont concernés, des plus physiques au plus psychiques. La raison n'est donc pas seule en cause.
L'expérience de la conception , de la grossesse et de l'enfantement permettent à la femme de découvrir d'autres dimensions d'elle-même. Selon sa structure psychique, son mode de vie et de fonctionner, elle utilisera ces expériences pour se développer dans une dimension ou une autre, que ce soit par le refus ou l'acceptation.
En quarante ans de pratique médicale, j'ai pu collecter beaucoup d'observations face à ces trois séquences de la « construction » d'un enfant in utero et des réactions de la femme et de son environnement. A l'heure où la femme clame son autonomie, il vaut la peine d'aller gratter un peu le subconcscient – même pas l'inconsicent – pour découvrir qu'elle n'est pas si unifiée que cela et que son idée de garder ou non l'enfant procède d'impulsions qui ne sont pas toujours de l'intuition surgissant du tréfond d'elle-même.
Une femme m'avait confié qu'elle avait avorté parce que personne ne lui avait fait comprendre qu'au fond c'eût été possible de garder l'enfant.
Je me souviens d'une mère d'un enfant, qui me téléphonait un soir pour me dire qu'elle avait rendez-vous le lendemain à 7 h pour se faire cureter. Le père ne voulait pas de ce second enfant. Si elle m'appelait, c'est bien que sa décision n'était pas nette. En réalité, elle voulait garder l'enfant mais n'avait pas laissé monter à sa conscience l'idée que son mari la quitterait si elle gardait sa grossesse. Elle décommanda l'IVG et, effectivement, dut affronter le divorce.
Il y a l'avortement volontaire mais il y a beaucoup d'avortements spontanés qui, souvent, répondent au désir inconscient de la femme de ne pas garder l'enfant. Pour certaines, il s'agit juste de se prouver qu'elles peuvent devenir enceinte. Pour d'autres, c'est le manque de confiance de pouvoir assumer seule une grossesse. Elles ne tiennent alors pas compte que l'expérience de la grossesse développe des forces et une autre relation à la société qui peuvent apporter ce qu'elles ont l'impression de ne pas avoir pour assumer la venue d'un enfant.
Un avortement spontané surgit aussi quand la femme sent que ce serait l'enfer avec le père de l'enfant et que son aspiration profonde ne passe pas par 20 ans d'enfer!
J'ai vu une femme avorter spontanément après une semaine de connaissance de son statut tant elle refusait avec vigueur une grossesse, ayant déjà 3 enfants.
On avance souvent l'âge de la grossesse. Il y a plus de quarante ans, je me trouvais en Mauritanie et ai rencontré une femme de 13 ans et demi avoir deux enfants. Depuis lors, je reviens au principe physiologique comme base de décret de l'âge. J'ai vu une jeune fille encore mineure hésiter quant à l'avenir de sa grossesse. Le géniteur était d'accord de garder l'enfant; il gagnait déjà bien sa vie. La famille de la jeune fille était au courant et heureuse d'accueillir le bébé. Puis le père a été informé et a réagi immédiatement en imposant à sa fille une IVG qu'elle n'a pas osé refuser.
Ainsi, l'autonomie de la femme est sujette à caution. Dans ce cas, on peut le comprendre vu l'âge de l'adolescente mais dans beaucoup de cas, la femme n'est pas forcément consciente de tous les paramètres qui la poussent à une décision. A ce moment-là, il vaut vraiment la peine de comprendre en profondeur le maximum d'éléments qui ont permis la conception.
J'ai vu certaines femmes pour qui c'était l'ultime chance vu leur âge. C'est souvent lors de la ménopause que ressort la blessure de s'être interdit de vivre cette expérience.
Si l'acte technique semble apparemment facile et vécu pour beaucoup avec soulagement, on ne tient pas assez compte du stress posttraumatique lié à l'avortement. Google vous soumettra énormément d'articles à ce sujet. Voici celui d'un psychiatre.
Evidemment, on peut faire un chemin de guérison de ce traumatisme, à condition de le reconnaître. Or, souvent, on veut plutôt minimiser l'acte, nier la blessure profonde dont on ne sait pas trop bien où elle se situe dans l'être. A ce sujet, on peut lire ici.
Le thème de l'enfant désiré ou non est évoqué. A quel niveau se situe le désir? Est-il si unifié?
Une femme qui enfante pour garder son mari ne désire pas l'enfant pour lui-même mais est-ce si clair? N'y a-t-il pas au fond d'elle un interdit qu'elle peut dépasser grâce à cet argument?
Combien d'enfants surgissent sans désir conscient et deviennent des bonheurs par la suite, selon le travail personnel effectué ou des circonstances qui se sont modifiées?
L'inverse est possible bien sûr. Cela signifie que rien n'est joué à la conception. A chaque étape de vie des directions peuvent être prises.
Il est beaucoup question de l'autonomie de la femme. Cette autonomie est relativement facile à affirmer quand il s'agit de décider d'une IVG. Cette autonomie n'est pas si nette à l'idée de garder l'enfant. La femme ne sent parfois pas les forces qu'elle estime nécessaires s'il n'y a pas d'homme à ses côtés ou si sa propre famille ne tolère pas de la voir mère.
L'autonomie n'est pas patente si la femme dépend d'autrui que ce soit avec une aiguille à tricoter ou une curette pour évacuer son embryon. J'ai connu une femme si autonome qu'elle savait très bien quel alcool fort utilisé quand elle avait eu un rapport fertile! Quand on pense aussi aux nombreux produits abortifs par voie générale, il est très limitatif de dire qu'il n'y a pas d'autres solutions que les « faiseuses d'anges » si l'avortement n'est pas remboursé! Mais surtout, il vaut la peine de tendre à être autonome dans sa conscience afin de percevoir son ressenti fondamental et primordial. Si la femme est unifiée avec son ressenti intime, il y a la possibilité que le corps suive ou que l'intuition trouve la solution appropriée, donc moins agressive.
Pour chaque femme, la situation est complexe. Si le sujet de l'IVG revient en force, c'est peut-être aussi parce que la société a réglementé bien plus la sortie de l'état de grossesse plutôt que d'approfondir les éléments de l'enclanchement du processus.