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Je n'étais jamais allé à Ronchamp. De loin l'église à l'air d'une barque qui fend des flots blancs. Le sanctuaire est courroné d'arbres qui ont grandi depuis sa construction sur les ruines d'une église bombardée durant la deuxième guerre. C'est un lieu de pèlerinage ancien. Il faut le rebâtir et le projeter, en ce début des années 50, prometteuses d'Europe unie, dans un XXe siècle en quête de paix sinon de pain après deux guerres et des dizaines de millions de morts et autant de gens meurtris et déplacés, entre deux nations chrétiennes, phares toutes deux de la civilisation occidentale, mais aussi d'empire du soleil levant contre un empire émergent.
Une association naît et requiert un phare de l'homme nouveau grand prêtre de la matière moderne: le béton.
Le béton vieillit mal. De tout près, l'œuvre de Le Corbusier fait peine à voir. Le vaisseau garde son élan, mais la matière s'effrite. La lèpre de la carbonatation érode la toiture, de longues fissures creusent les murs extérieurs, le crépi grossier s'est couvert de pollution et mouchette la peinture blanche.
Le béton vieillit mal. De près l'œuvre de Le Corbusier fait peine à voir. Le vaisseau garde son élan, mais la matière s'effrite. La lèpre de la carbonatation érodé la toiture, de longues fissures creusent les murs extérieurs, le crépi grossier s'est couvert de pollution et mouchette la peinture blanche. Ronchamp est fatigué.
Le vaisseau dégage pourtant une sereine quête d'éternité. Est-ce la présence furtive des clarisses que l'architecture discrète d'Enzo Piano héberge depuis peu sur la pente sud? Est-ce la promenade des visiteurs venus s'imprégner comme les pèlerins jadis d'un des monuments emblématiques de l'architecte du monde, récemment inscrit au patrimoine de l'humanité? Est-ce les digressions à peine audibles d'un guide sur les malheurs du temps ou les échos d'un duo de cordes sous la voûte inversée tandis que le soleil luit d'une pâle lueur dans le sanctuaire...? Ronchamp mérite sans doute d'être préserver des outrages du temps.
Deux ou trois éléments anachroniques m'ont interpellé encore, marquant combien le béton fige une foi qui heureusement évolue dans ses expressions et ses rituels.
La chaire perchée au bout de son escalier: quel prêtre y sermonne encore?
Les trois confessionnaux dans la partie arrière: qui s'en va s'y confesser en ce temps où le péché et la culpabilité sont passés de mode.
La table de communion qui sépare l'espace des fidèles du choeur sacré, qui paraissent vides désormais l'un et l'autre.
Sauf une poignée de fidèles et les clarisses qui maintiennent le flamme allumée. Dieu soit loué! Qu'en pense Monsieur Jeanneret du haut des cieux?