Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06870.jsonl.gz/604

Genève, le 10 août 1998. Les travaux de génie civil pour le prochain grand accélérateur de particules du CERN1, le grand collisionneur de hadrons (LHC), ont reçu le feu vert de la France la semaine passée, lorsque le Premier ministre Lionel Jospin a signé le décret autorisant le démarrage des travaux. Cette importante décision pour le Laboratoire situé à cheval sur la frontière franco-suisse est l'aboutissement d'une longue et laborieuse étude de l'impact du projet sur l'environnement et suit l'approbation donnée par la Suisse en début d'année.
Le LHC, qui sera l'accélérateur de particules le plus puissant du monde, permettra aux physiciens d'étudier les constituants fondamentaux de la matière plus finement que jamais auparavant. Il accélérera des faisceaux de protons, les noyaux des atomes d'hydrogène, à une vitesse proche de celle de la lumière avant de les faire entrer en collisions frontales. Le LHC, dont le démarrage est prévu en 2005, a déjà attiré des milliers de physiciens des quatre coins du monde, qui préparent actuellement leurs expériences. Pour la première fois dans l'histoire du CERN, les dix-neuf Etats membres européens du Laboratoire collaborent avec d'autres pays, le Canada, les Etats-Unis d'Amérique, l'Inde, Israël, le Japon et la Russie, non seulement pour le programme d'expérimentation mais aussi pour la construction de l'accélérateur lui-même.
Le LHC sera logé dans le tunnel de 27 kilomètres construit pour l'actuel fleuron de la chaîne d'accélérateurs du CERN, le grand collisionneur électron-positon (LEP). A première vue, les travaux de génie civil nécessaires pour installer le LHC dans le tunnel du LEP paraissent peu importants. Cette impression est cependant trompeuse. Du fait du volume des travaux indispensables, les contrats sont divisés en trois lots. Le seul chantier exclu de ces lots concerne l'un des tunnels de transfert des protons depuis le supersynchrotron à protons jusqu'au LHC. Ce tunnel est construit par la Suisse au titre d'une contribution spéciale au projet LHC qu'elle apporte en tant que Etat hôte .
Si les travaux de génie civil en Suisse ont déjà commencé, du côté français les terrains destinés au LHC ne sont pas restés en jachère dans l'attente de l'approbation gouvernementale. Une collaboration entre le CERN et la Direction régionale des affaires culturelles a permis à des archéologues d'entreprendre des fouilles sur un site romain adjacent à l'une des zones d'expérimentation du LHC. Grâce à leurs découvertes, ils ont pu reconstituer un tableau de la vie dans la région il y a quelque 1700 ans. La signature de M. Jospin donne au CERN le feu vert pour poursuivre le voyage beaucoup plus loin dans le passé. Les entreprises de génie civil qui procéderont aux forages au pied du Jura traverseront des terrains qui se sont formés en deux phases, l'une il y a environ 66,4 millions d'années et l'autre entre 5,3 et 1,6 millions d'années. La roche elle-même date d'environ 208 à 144 millions d'années et, en recréant les conditions du big-bang, les collisions au LHC permettront aux physiciens de remonter presqu'à l'origine du temps.
Footnote(s)
1. Le CERN, Laboratoire européen pour la physique des particules, a son siège à Genève. Ses Etats membres sont les suivants: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, la Slovaquie, la République tchèque, Royaume-Uni, Suède et Suisse. La Fédération de Russie, les Etats-Unis, Israël, le Japon, la Turquie, la Commission des Communautés européennes et l'UNESCO ont le statut d'observateur.