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Les bâches géotextiles sont de plus en plus utilisées pour protéger les glaciers de la fonte. Combien coûtent-elles? Et sont-elles vraiment efficaces?Ce contenu a été publié le 06 février 2021 - 17:00
C’est un rituel qui se répète chaque année en divers endroits des Alpes: à la fin du printemps on étale des bâches blanches sur le glacier, afin de réduire la fonte durant les mois les plus chauds. Et au début de l’automne, on enlève ces couvertures.
Avec l’accélération du recul des glaciers alpins - qui selon les prévisions pourraient disparaître complètement d’ici la fin du siècle -, les solutions pour ralentir leur fonte suscitent de plus en plus d’intérêt. Partie intégrante de l’identité suisse et symbole du paysage alpin, les glaciers sont aussi un facteur économique important pour les stations de ski et le tourisme en général, en plus de constituer une réserve essentielle d’eau.
Pour la première fois, une étudeLien externe menée par des chercheurs suisses et publiée à fin janvier a évalué le coût et l’efficacité des géotextiles utilisés sur les glaciers suisses, sur la base de quinze ans d’observation.
De quoi s’agit-il?
Généralement faites de fibres de polyester et de polypropylène, les bâches géotextiles ont une épaisseur de 3 à 4 millimètres. Posées directement sur le glacier, elles réfléchissent la lumière du soleil et protègent la couche de neige et la glace en-dessous de la chaleur et des rayons ultraviolets. On utilise aussi des matériaux tels que la sciure ou les copeaux de bois comme alternative aux bâches.
Où sont-elles utilisées?
Les premières bâches géotextiles dans les Alpes suisses ont été installées en 2004. Actuellement, elles sont utilisées sur neuf sites, dont le Glacier du Rhône, en Valais, où elles sont destinées à préserver l’accès à une grotte artificielle taillée dans la glace, l’une des principales attractions touristiques des Alpes.
Au total, ces bâches se déploient sur environ 180'000 m2 et recouvrent 0,02% de la surface des glaciers suisses. C’est à peu près l’équivalent de 25 terrains de football. Depuis 2012, la superficie des glaciers suisses couverts artificiellement a doublé.
Ce type de couverture est aussi utilisé dans plusieurs stations de ski en Italie, en France, en Autriche et en Allemagne. Sur le Glacier Presena, dans le Trentin-Haut-Adige, la surface de bâches est passée de 20'000 à 100'000 m2 en un peu plus d’une décennie.
Quelle est leur efficacité?
Plusieurs études ont montré que les bâches géotextiles peuvent réduire la fonte de la neige et de la glace de 50 à 70% écriventLien externe les chercheurs suisses.
Le volume de glace sauvé chaque année en Suisse grâce à la couverture artificielle a significativement augmenté depuis 2005. En 2019, il a dépassé 300'000 m3.
Toutefois, soulignent les auteurs de l’étude, par rapport au volume de la glace qui fond chaque année en Suisse, cette quantité reste «insignifiante» (0,03%).
Combien ça coûte?
Empêcher un mètre cube de glace de fondre au moyen de telles bâches coûte entre 60 centimes et 8 francs, ont calculé les chercheurs suisses. Le coût dépend du type d’installation et de son emplacement sur le glacier.
Les chercheurs évaluent entre 700'000 et 900'000 francs les investissements consentis en 2019 pour ralentir artificiellement la fonte des glaciers dans les Alpes suisses.
Bien que ces interventions puissent être efficaces et rentables au niveau local, une hypothétique application à grande échelle n’est «ni faisable, ni rentable», écrivent les auteurs de l’étude.
Couvrir tous les glaciers suisses coûterait au moins un milliard de francs par année, estime Matthias Huss, glaciologue et coauteur de l’étude. L’opération n’empêcherait pas les glaciers de reculer et elle aurait un impact extrême sur l’environnement, écrit Matthias Huss sur Twitter.
Quelles sont les autres solutions pour empêcher la fonte des glaciers?
Le glaciologue suisse Felix Keller propose de collecter les eaux de fonte en été et de les retransformer en glace et en neige en hiver. Un projet pilote, unique en son genre dans le monde, a été lancé sur le Glacier du Morteratsch, aux Grisons.
Mais quoi qu’il en soit, pour Matthias Huss, il n’y a qu’une option si l’on veut sauver les glaciers au niveau mondial: c’est de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
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