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Le plaidoyer du secrétaire d'Etat américain mercredi devant le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas vraiment convaincu. Y compris les experts et les diplomates suisses.Ce contenu a été publié le 06 février 2003 - 12:22
L'ambassadeur Jenö Staehelin confirme que plusieurs grandes puissances demeurent opposées à une guerre en Irak.
«Bagdad est maintenant sous pression et doit se montrer plus coopérative», estime Jenö Staehelin.
Pour l'ambassadeur suisse auprès de l'ONU à New York, Colin Powell a bel et bien réussi à montrer que l'Irak avait délibérément tenté de se soustraire à la résolution 1441 des Nations Unies, qui l'enjoint de désarmer.
Pour autant, ajoute Jenö Staehelin, plusieurs membres du Conseil de sécurité de l'ONu demeurent opposés à une intervention armée en Irak. La démonstration du secrétaire d'Etat américain ne les a pas vraiment convaincu.
La France, la Russie et la Chine - trois des membres du Conseil qui disposent du droit de veto - continuent à soutenir que les inspecteurs en désarmement de l'ONU sur le terrain ont besoin de davantage de temps.
De leur côté, les experts militaires suisses restent convaincus que, malgré l'intransigeance de Bagdad, aucun impératif de sécurité globale ne peut justifier une intervention armée.
La menace irakienne
«Si l'Irak représente une menace pour ses voisins, estime Albert Stahel, il n'est certainement pas une menace pour le monde.»
Pour le professeur de science politique et d'études stratégiques à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, le contenu du discours de Colin Powell s'est révélé «bien maigre et bien indigent».
Et d'ajouter en substance que le secrétaire d'Etat américain «n'a en aucun cas apporté suffisamment d'informations pour justifier une action militaire».
«Les photos satellites étaient certes intéressantes, juge Albert Stahel. Mais, finalement, toute cette présentation n'était qu'une opération de relations publiques, sans grand contenu informatif.»
Un avis que partagent les experts suisses en désarmement et les principaux laboratoires militaires helvétiques.
Un potentiel militaire très affaibli
Peu avant le discours de Colin Powell, Heiner Staub - qui fut inspecteur des sites militaires irakiens dans les années 90 - affirmait que les sanctions économiques intrenationales et les inspections avaient sévèrement affaibli le potentiel militaire du régime de Bagdad.
Selon Heiner Staub, l'Irak ne possède plus les usines ni les infrastructures nécessaires à la production de l'arme atomique.
Il rappelle également que la plupart des moyens indispensables à la fabrication d'armes chimiques ou biologiques ont été détruits.
«Pour moi, dit Heiner Staub dans une interview au Tages Anzeiger, il n'existe aucun argument fondamental qui justifie le déclenchement d'une guerre. L'Irak ne représente pas une menace pour les Etats-Unis.»
Une guerre inévitable
Pour autant, Heiner Staub - qui travaille pour le laboratoire de Spiez, dédié aux armes atomiques, chimiques et biologues - estime que la guerre est devenue inévitable.
«La situation évolue de manière telle, précise-t-il, qu'il n'y a probablement pas d'alternative.»
Le professeur zurichois Albert Stahel partage son analyse. Les Etats Unis vont maintenant, dit-il, tenter de convaincre la France, la Russie et la Chine de voter une résolution du Conseil de sécurité qui autorise le recours à la force contre Bagdad.
Mais il ne se fait guère d'illusions. D'après lui, les Américains partiront en guerre, avec ou sans la bénédiction des Nations Unies.
swissinfo, Ramsey Zarifeh et Jonas Hughes (traduction: Marc-André Miserez)
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