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Se situer
A mon sens, il convient à chaque professionnel d'avoir un regard critique sur ce qui constitue sa profession et ce qui l'influence. Sans perspective réflexive, on ne peut que difficilement s'améliorer et remédier aux petits acrocs du quotidien; sans réflexion personnelle et professionnelle, on est trop vulnérable aux courants idéologiques qui parcourent chaque métier; on est trop facilement balayé par les rafales épistémiques qui assaillent les côtes de l'enseignement.
En résumé, la première étape vers l'indépendance de pensée est de se situer vis-à-vis de sa profession, des autres professionnels, et des systèmes d'idées et de pratiques qui sous-tendent notre pratique. C'est cet exercise somme toute un peu cliché par lequel je souhaite débuter cette réflexion. En d'autres termes, où et comment est-ce que je me situe dans le métier de professeur d'anglais?
Construction et/ou acquisition des savoirs et compétences?Une première manière de se situer est de se positionner sur le spectre de l'apprentissage. Est-ce qu'on pense que les savoirs et compétences se construisent ou qu'ils s'acquièrent?
Si les savoirs et compétences se construisent, alors le rôle de l'enseignant est de mettre en place des systèmes qui permettent cette construction, de créer un environnement qui offre aux étudiants des opportunités d'apprendre. Au contraire, si les savoirs et compétences s'acquièrent, alors la fonction de l'enseignant est de les transmettre. D'un côté, on a un rôle de facilitateur et de l'autre un rôle de médiateur; entre les deux, il y a une infinité de pratiques professionnelles.
Bien évidemment, il serait naïf de penser qu'il n'y a qu'une seule manière de construire ou acquérir des connaissances et compétences; cela dépend du genre de ces dernières, de leur finalité, de leur modalité, de leur nature, et la liste pourrait continuer.
Processus et/ou produits?Une deuxième manière de se positionner est liée aux attentes sous-jacentes du professeur. Met-il plus en avant le processus d'apprentissage ou le produit issu de l'apprentissage?
Quand on enseigne, on peut choisir de favoriser le produit final en se basant sur l'idée que dans le monde "réel" de nos sociétés capitalistes, la capacité à produire un résultat satisfaisant est la chose la plus importante. Savoir réaliser un produit fini net et satisfaisant aux attentes est, après tout, une condition sine qua none d'une économie de marché. Sans la capacité à produire correctement, l'apprenant est relégué aux oubliettes du savoir, lâché par les investisseurs potentiels (les futurs employeurs).
D'une autre manière, on peut se dire que l'éducation n'est pas si clairement liée au capitalisme, à l'efficience productiviste, au monde professionnel, mais est plutôt basée sur une forme d'artisanat du savoir. En formulant cela de manière différente, l'éducation par l'artisanat met en avant le processus de création et traite de manière secondaire le produit final, qui peut ne pas être parfait, qui peut ne pas être homogène, qui n'est en fin de compte que le témoin muet du processus de création.
Contrôle et/ou affect?L'enseignement est un métier du lien: sans un lien entre l'enseignant et l'élève, l'apprentissage est pénible et tortueux. La question se pose du type de lien qu'on souhaite créer.
Certains professeurs ressentent le besoin d'avoir une forme de contrôle sur les apprenants; c'est de cette manière qu'on les guide au mieux vers l'objectif. Sans contrôle, l'apprenant est livré à lui-même et se perd et erre et s'inquiète et s'empêtre. La discipline, dans ce genre de classe, est là pour canaliser l'énergie affective des étudiants.
D'autres enseignants préfèrent jouer sur la dimension affective du lien plutôt que sur sa dimension disciplinaire. Quand on mise sur l'affect, on exerce une forme de guidance plus axée sur l'interaction que sur l'imposition. On discute avec l'élève et prend en compte ses émotions et motivations plutôt que de façonner l'élève aux objectifs du professeur. On peut voir le jeu sur l'affect comme étant moins évident, moins autoritaire, moins direct.
ConclusionOn le voit, enseigner met en jeu de nombreuses dimensions sociales, affectives, cognitives et comportementales. Il n'est pas ici question d'essentialiser la profession mais bien de se situer par rapport à certains enjeux. C'est en se connaissant soi-même qu'on est le mieux à même de guider nos apprenants vers les objectifs que l'on se fixe.