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Si le but de cet essai est d'explorer une voie nouvelle par-delà les oppositions qui caractérisent l'athéisme et les philosophies de la transcendance, le résultat est probant. Au fil des pages, le lecteur découvre l'intérêt de mettre en perspective des auteurs aussi divers que Michel Henry, Paul Audi, Emmanuel Levinas et Friedrich Nietzsche.
Faisant sienne la position de Luc Ferry, François Gachoud affirme que nous ne cessons de poser des valeurs - amour, justice, vérité, beauté - supérieures à l'existence. En effet, l'autonomie de la conscience moderne, refusant l'amont d'une Transcendance dont elle serait tributaire, n'en demeure pas moins en perpétuelle ouverture et excès d'elle-même : elle cherche toujours à se dépasser !
La conception d'une transcendance dans l'immanence en aval de l'expérience va être le fil conducteur d'une recherche phénoménologique qui convoque successivement les auteurs précités. Leur pensée est exposée avec rigueur et clarté. L'auteur invite ainsi à découvrir que l'immanence radicale d'un Michel Henry ou d'un Nietzsche, comprise comme excès de la vie, porte en elle-même l'ouverture au mouvement transcendant. Il montre encore comment Emmanuel Levinas, situant la Transcendance de manière nouvelle, permet d'échapper à l'opposition stérilisante entre l'athéisme et la foi.
Le parcours proposé est cohérent et éclairant. Il fait droit, tout en respectant les irréductibles différences, à ce qui peut fonder une position commune dont la principale caractéristique est l'expérience d'un excès de la vie au coeur de la conscience.
Dans une dernière partie, la critique nietzschéenne du christianisme est revisitée. On peut à juste titre souscrire aux propos de l'auteur sur la partialité du jugement de Nietzsche : si la figure du Crucifié lui apparaît comme une malédiction contre la vie, c'est parce que le christianisme de son temps occultait la portée révolutionnaire de la Résurrection. On peut aussi rapprocher la surabondance chaotique de la vie avec la Résurrection du Christ qui, en expulsant les ténèbres de la mort, rend visible au coeur de la chair la toute-puissance vivifiante de l'Esprit. Comme le dit l'auteur « Nietzsche a trop défendu la vie ?transvaluée? pour ne pas être quelque part le frère du Ressuscité. »
N'en demeure pas moins la question suivante : l'éternel retour, cette formidable aptitude de la vie à se dépasser en une énergie créatrice qui se renouvelle à chaque moment de ses manifestations, rejoint-il la spécificité unique de la Résurrection ?
On peut être reconnaissant à l'auteur de nous proposer une réflexion philosophique à la fois actuelle et originale. Provocatrice, elle invite croyants et athées à revisiter leurs préjugés. Rigoureuse philosophiquement, elle ouvre des espaces pour poursuivre le dialogue, dans la fidélité au mystère chrétien.