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La Tour-de-Peilz Pierre Smolik publie The Freak, un ouvrage sur le dernier film, inachevé, de Charlie Chaplin. L'histoire d'une femme oiseau, incarnée par Victoria, la fille du génial cinéaste, qui se déroule en partie sur la Riviera, sur fond de critique de la religion. Bien avancé, le projet a été stoppé en 1975 en raison du grand âge du cinéaste et des réticences de son entourage.
Valérie Blom
Il s'agit d'une femme oiseau. Elle déploie ses ailes, mais chute sur la maison d'un professeur écrivain. Capturée, elle sera ensuite exhibée, telle un monstre, ou une merveille. Ce scénario est celui de The Freak, la dernière œuvre de Charlie Chaplin. Malheureusement, l'artiste est mort avant de pouvoir mener à bien ce film. «Tout était prêt pour le tournage», raconte Pierre Smolik. Ecrivain vaudois habitant La Tour-de-Peilz, il a écrit un ouvrage sur cette production, restée inachevée.
«J'avais déjà rédigé un livre sur l'interprète de Charlot, détaille-t-il. Grâce à mes racines sur la Riviera, je parviens plus facilement à entrer dans son monde, car il se servait régulièrement d'ancrages réels.» Chaplin a vécu durant vingt-quatre ans au Manoir de Ban à Corsier, où il est décédé en 1977, à 88 ans. «De quoi l'inspirer...». Au fil des pages, les autochtones de la région veveysanne reconnaîtront d'ailleurs peut-être des lieux, comme un hôtel de la Tour-de-Peilz, aujourd'hui disparu.
Monstre ou chimère
Pierre Smolik a pu écrire The Freak grâce aux archives montreusiennes qui disposaient des différents exemplaires du scénario. L'auteur y a eu pleinement accès, à condition de ne pas le retranscrire entièrement. Il a également reconnu des personnages, comme Billy Graham, prédicateur protestant qui fascinait Chaplin dans sa manière de galvaniser les foules. «Il était d'ailleurs venu une fois à La Tour-de-Peilz. Marrant», ajoute-t-il.
L'écrivain boéland, même s'il connaît très bien le réalisateur du Dictateur, n'est pas parvenu à répondre à la question de l'image de la femme oiseau. «Les ailes évoquent certains mythes préexistants. Je trouve étrange qu'il ait choisi cette démarche.» Le terme de «freak» fait autant allusion au monstre qu'à un phénomène ou une chimère. «Je n'ai pas souhaité traduire le titre original. Je voulais qu'il conserve ses sens multiples», note l'auteur. S'il n'a pu résoudre ce mystère, il n'est que peu étonné du choix de l'animal. «Il se rendait souvent au bord du lac pour admirer les mouettes.»
Critique sur la religion
Les scènes ont été répétées dans le manoir de Corsier. La fille de Chaplin, Victoria, devait endosser le rôle principal. Ce film aurait pu être tourné au début des années 70, mais un ensemble de circonstances a empêché Chaplin de le réaliser. Son âge avancé, la difficulté de trouver des assurances et les réticences de son entourage. C'est en 1975 que la décision est prise d'abandonner le projet. Pourquoi, si le scénario tenait la route, si le costume de la femme-oiseau était fabriqué et les rôles distribués, aucun réalisateur n'a repris le flambeau? «Personne ne peut faire du Chaplin à la place de Chaplin», lance Patrick Moser, éditeur veveysan de l'ouvrage. Chaplin avait sa manière d'aborder le monde, précise Pierre Smolik: «Il était en avance sur son temps. Dans ce film, il aborde la question de la religion. Il s'élève contre la crédulité des gens. Vouloir tourner malgré tout The Freak ne serait pas lui rendre hommage.»