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Depuis les années 1970, le Centre de dialectologie et d’étude du français régional de l’Université de Neuchâtel collecte les mots de Suisse romande. Son fichier comprend actuellement plus de 120'000 fiches. Il est à l'origine du Dictionnaire suisse romand, qui a connu une première édition en 1996 suivie d'une deuxième en 2004.
Le tout nouveau directeur du centre veut redonner de l'actualité à cet ouvrage et lui trouver un avenir sur internet. "On voudrait ajouter de la cartographie, lui donner une dimension un peu plus encyclopédique", a expliqué Mathieu Avanzi mardi dans La Matinale de la RTS. "On veut également se tourner vers le multimédia, ajouter des sons, cartographier les images sonores, les français que l'on parle en Suisse romande, leurs particularités".
Un atlas sonore des mots régionaux
L'idée doit prendre la forme d'un atlas, "qui permettrait d'entendre comment l'on prononce le mot 'voyage' par exemple dans certains coins du Valais par rapport à certains coins du Val-de-Ruz", illustre ce spécialiste de la géographie linguistique. Il s'agit "d'avoir quelque chose de très dynamique en ligne, qui puisse être accessible à tous à côté du traditionnel ouvrage papier qu'est le Dictionnaire suisse romand".
Il s'agit aussi de mettre à jour le fichier hébergé à l'Université de Neuchâtel, car la langue évolue de décennie en décennie.
Le français de Paris comme éternelle référence
La langue change aussi lorsqu'elle traverse des frontières cantonales ou nationales. Mais y a-t-il un français de référence? "Cela dépend toujours du point de vue", souligne Mathieu Avanzi.
"Si on demande à un Romand quel est celui qui parle le meilleur français en Suisse romande, on peut avoir des réponses qui vont vers le canton de Neuchâtel, d'autres vers le canton de Genève puisque les Genevois sont plus proches des Français. Et si on se place à l'échelle internationale, européenne, on va toujours parler du français de Paris ou du français d'Ile de France comme le modèle de référence, celui qu'on enseigne en tout cas dans les grandes écoles, là où sont produits les grands dictionnaires de référence comme le Larousse par exemple".
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Du "Natel" suisse au "GSM" belge
Les frontières politiques jouent un rôle indéniable, en bloquant la circulation de certains mots. Le créateur du site et de l’application "" (son compte Twitter est très suivi) cite l'exemple du système "septante", "huitante" et "nonante" pour le canton de Vaud: "On voit qu'ici les frontières politiques jouent vraiment un rôle de frontière linguistique".
Et c'est la même chose avec le nom qui désigne le téléphone, ajoute Mathieu Avanzi. "Le natel en Suisse, le GSM en Belgique... Ce sont des mots qui ne sont pas employés au-delà de la frontière. Donc on voit vraiment un rôle de la frontière politique sur la frontière linguistique".
Mais les mots d'ici sont-ils romands, cantonaux, régionaux? "Vous avez les deux cas de figure", relève le directeur du Centre de dialectologie de l'Uni de Neuchâtel. "Vous avez des mots connus à l'intérieur d'un canton ou d'une série de cantons. Certains surtout dans l'Arc jurassien, d'autres dans une partie du Valais. Et vous en avez d'autres qui sont connus sur l'ensemble du territoire romand, comme 'costume de bain', qui n'est pas employé en France".
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Un lexique du Covid potentiellement éphémère
Et il y a désormais un certain "parler Covid", né pendant les deux ans de pandémie. "On est en train d'étudier ce phénomène, parce qu'on commence enfin à avoir un peu de recul", souligne Mathieu Avanzi. "Un lexique du Covid est né, mais quelle est sa grammaire, qu'est-ce qui va rester? Tout ce qui a été inventé ne va pas rester".
Propos recueillis par David Berger/oang