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Ce n´est pas vraiment une exposition. Plutôt un clin d´oeil, sous forme de panneaux illustrés. Pour rappeler aux badauds des rues de Genève que d´illustres personnages qui avaient jadis cherché refuge en cette ville ont contribué à son essor.Ce contenu a été publié le 02 janvier 2001 - 16:14
L'imprimeur Robert Estienne, le géologue Horace Bénédict de Saussure, l'anatomiste Edouard Claparède ont vécu à Genève à des époques fort différentes. Mais, avec quelques autres hommes qui ont fait la renommée de la ville, ils partagent au moins deux choses: ils y ont un jour ou l'autre cherché refuge et une rue porte leur nom.
Il est vrai que depuis quatre siècles et demi Genève n'a cessé d'accueillir des réfugiés affluant par vagues plus ou moins espacées. Tout commence au 16e siècle avec des milliers de protestants, principalement français mais également italiens ou néerlandais, fuyant d'abord l'intolérance, puis cherchant la sécurité après le massacre de la Saint-Barthélemy et s'exilant presque définitivement après la révocation de l'Edit de Nantes un siècle plus tard.
Au 19e siècle, Genève sert d'abri à des réfugiés politiques de toute provenance. Le droit d'asile, si l'on en croit les historiens, leur est accordé assez facilement sous la Restauration, puis avec beaucoup de libéralité du temps de l'homme d'Etat radical James Fazy. Chaque minorité politique pourchassée dans un pays d'Europe a des représentants à Genève.
Plus près de nous, la Seconde Guerre mondiale puis les conflits régionaux dans les Balkans ou au Proche-Orient ont à leur tour provoqué de nombreux exodes vers la Suisse. Genève, tant bien que mal, s'est efforcée d'être fidèle à ses traditions humanitaires. Mais ce ne fut pas toujours sans failles, en particulier à l'égard des réfugiés juifs des années 39-45.
Reste que l'histoire de cette ville s'est aussi tissée autour du destin personnel de gens qui ont fui leur pays et se sont insérés dans la vie locale. Cet accueil et cette intégration ont fourni l'idée et la trame d'une exposition itinérante, «Les Rues de Genève», en marge du 50e anniversaire du HCR, déjà fêté, et celui, à venir, de la Convention sur les réfugiés.
Ces jours-ci, badauds et passants des rues basses de la ville découvrent seize portraits de personnages à propos desquels on nous dit que «leurs histoires font notre histoire». Le but de ce clin d'œil lancé à tout venant est de «convaincre chacun que tout réfugié, s'il est accueilli avec respect, est un espoir pour la société dans laquelle il veut faire sa place».
Prenez Théodore de Bèze, l'une des quatre grandes figures sculptées sur le célèbre Mur de la Réformation. Ce poète exilé, exégète averti du Nouveau Testament et apôtre de l'unité de la confession protestante, fut aussi en 1559 le premier recteur de l'Académie de Genève.
Tout le monde ou presque, en Suisse romande, a un jour entendu parler du Boulevard Carl Vogt, d'où étaient diffusées bon nombre d'émissions de radio. Mais bien peu connaissent l'itinéraire de ce biologiste d'origine allemande, exilé pour cause d'idées socialistes. Considéré comme le père de l'Université moderne de Genève - il en fut le premier recteur - on le vit aussi siéger aux Parlements cantonal et fédéral.
Les Turrettini, originaires de Lucca, en Toscane, arrivèrent à Genève vers la fin du 16e siècle. Cette famille s'est illustrée à plusieurs reprises. Francesco développa à cette époque l'industrie et le commerce de la soie. Trois siècles plus tard, Théodore, brillant ingénieur, construisit l'Usine de la Coulouvrenière qui permettait d'utiliser la force motrice du Rhône et de contrôler le niveau du Lac Léman. Et c'est à lui que la ville doit le fameux jet d'eau qui lui sert de symbole.
Bref, et sans parler des Rodolphe Toepfer, Jean-Etienne Liotard et autre Isabelle Eberhardt (seule femme parmi les seize portraits proposés), tous ces itinéraires personnels méritent le respect, leitmotiv de la campagne que le HCR propose au tournant de ce millénaire.
Respect pour les réfugiés, leurs souffrances et leur courage, respect pour leur contribution humaine, sociale, économique et culturelle à leurs pays d'accueil ou de retour, mais aussi «respect réciproque» pour les lois et coutumes des populations qui leur ont ouvert la porte.
Ce message, nourri de siècles d'histoire, est toujours d'actualité. Peut-être Genève saura-t-elle aussi, un jour, rendre hommage à la foule des sans nom qu'elle accueille aujourd'hui et qui font sa richesse sans qu'elle ne s'en rende compte.
Bernard Weissbrodt