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Historiquement, les discours sur la pauvreté procèdent de deux figures principales de soupçon : l'indigent « simulateur » et l'indigent « incapable de gérer ses ressources ». Or, dès les années 1990, une nouvelle figure émerge sans nécessairement annuler les autres, celle de l'indigent « inactif ».
Les auteures de ce texte se basent sur une recherche effectuée en Suisse sur des textes législatifs, des articles de journaux mais aussi des entretiens avec des personnes chargées de mettre l'assistance sociale en pratique et des bénéficiaires. L'article s'intéresse tout particulièrement au discours fortement médiatisé et très présent depuis une dizaine d'années sur les « abus » de l'aide sociale. Cette rhétorique dessine une nouvelle forme de régulation de la pauvreté. Les médias insistent fortement sur quelques « cas » et participent d'une ethnicisation du problème en mettant systématiquement en avant la nationalité des personnes qui « abusent ».
Malgré une imprécision nette des données concernant ces prétendus abus, des réformes institutionnelles se mettent en place et induisent une bureaucratisation croissante. Celles-ci se déclinent sur le mode du contrôle des populations assistées et des institutions d'aide, dans l'idée que les personnes vont à l'aide sociale comme elles font leurs courses. Pourtant, les bénéficiaires de l'aide sociale, qui intériorisent la vision médiatique et sociale dominante, souffrent bien toujours, si ce n'est plus, de la honte de recourir à l'aide sociale.
Résumé : Sarah Kiani.