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De toutes les pièces dont est composée la Bibliothèque de M. Dupin, les plus importantes par leur matière sont l'histoire du concile d'Ephèse et celle du concile de Chalcédoine. Ses approbateurs le louent d'avoir donné une histoire de ces deux conciles « beaucoup plus précise, plus exacte et plus circonstanciée que toutes celles qui ont paru » jusqu'à présent. Ils l'en ont cru sur sa parole, puisqu'il se vante lui-même dans son Avertissement, « d'avoir découvert plusieurs particularités de cette histoire, inconnues aux auteurs qui l'ont écrite devant lui. » Ce n'est pas qu'il ait trouvé de nouveaux mémoires, ou de nouveaux manuscrits : il n'a travaillé que sur les livres qui sont entre les mains de tout le monde ; mais c'est qu'on nous le propose comme un homme qui voit plus clair que les autres ; et lui-même il a bien voulu se donner cet air. On a cru qu'il serait utile au bien de l'Eglise et à l'éclaircissement de la saine doctrine, d'examiner ces particularités inconnues, qu'il ajoute à l'histoire de ces conciles, et aussi de considérer celles qu'il omet, afin que ceux qui aiment la vérité puissent voir combien ce qu'il supprime est important, et combien ce qu'il ajoute est dangereux.
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Il faut aller par degrés, et commencer par la procédure. Celle du concile d'Ephèse est fondée sur le décret du pape Célestin, où il donnait dix jours à Nestorius pour se rétracter, sinon il le déposait, et commettait saint Cyrille pour exécuter sa sentence. Il est constant par tous les actes, que cette sentence fut reçue avec soumission par tout l'Orient, et même par les partisans de Nestorius, dont. Jean patriarche d'Antioche était le chef. Le Pape lui donna part de sa sentence, afin qu'il s'y conformât (1). Saint Cyrille, qui était chargé de lui envoyer la lettre du Pape, y enjoignit quelques-unes des siennes, et une, entre autres, dans laquelle il lui témoignait qu'il était résolu d'obéir (2) ; c'était-à-dire, non-seulement qu'il se soumettait quant à lui, mais encore qu'il acceptait la commission du Pape, et se disposait à l'exécuter. Dans cette importante conjoncture, voici comment M. Dupin fait agir Jean d'Antioche : « Il exhorta, dit-il, Nestorius, par une lettre qu'il lui écrivit, a ne pas s'étonner des lettres de saint Célestin et de saint Cyrille, mais aussi à ne pas négliger cette affaire. » Voilà un air de mépris, qui ne pouvait pas être plus grand. Voyons s il se trouvera dans la lettre, de ce patriarche. Le passage est un peu long, mais il le faut lire tout entier à cause de son importance. Le voici fidèlement, traduit du grec. « J'ai, dit-il, reçu plusieurs lettres, l'une du très-saint évêque Célestin ; les autres, de Cyrille, évêque bien-aimé de Dieu. Je vous en envoie des copies, et je vous prie de tout mon cœur de les lire de telle sorte, qu'il ne s'élève aucun trouble (aucune passion ou, si l'on veut, aucune colère) dans votre esprit, puisque c'est de là qu'il arrive des
1 Cœlest. Ep. ad Joan. Antioch., Conc. Ephes. I part, cap. XX. — 2 Ibid., cap. XXI.
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contentions et des séditions très-nuisibles, et aussi de ne mépriser pas la chose, parce que le diable sait pousser si loin par l'orgueil les affaires qui ne sont pas bonnes (ni avantageuses), qu'il n'y reste plus de remède; mais de les lire avec douceur, et d'appeler à cette délibération quelques-uns de vos plus fidèles amis, en leur donnant la liberté de vous dire des choses utiles plutôt qu'agréables; parce qu'en choisissant pour cet examen plusieurs personnes sincères et qui vous parlent sans crainte, ils vous donneront plus facilement leur conseil ; et par ce moyen, ce qui est triste et fâcheux, skuthropon, aussitôt deviendra facile. »
J'ai rapporté au long ces paroles, afin qu'on voie si l'on y peut placer quelque part ce sentiment de mépris pour les lettres de saint Célestin et de saint Cyrille, et cette exhortation de ne s'en étonner pas, ou de ne s'en mettre pas beaucoup en peine, que M. Dupin y veut trouver, comme si ce n'était rien, ou peu de chose ; et si au contraire on ne voit pas par toutes les paroles de Jean, qu'il ne songe qu'à disposer un homme qui méprisait tout, et se mettait d'abord en colère quand on le contrariait, à regarder cette affaire comme une affaire sérieuse, et à ne pas mépriser des lettres qui le jetteraient dans un malheur irrémédiable, s'il n'y pourvoyait.
Or le moyen d'y pourvoir qu'il lui proposait, était de se désister de sa répugnance au terme de Mère de Dieu, et de l'approuver ; c'est-à-dire dans le fond, de se rétracter le plus honnêtement qu'il pourrait ; ce qui montre encore combien l'affaire était grave, et où l'on était poussé par l'autorité de ces lettres, puisque le patriarche d'Antioche ne propose d'autre moyen à Nestorius, pour s'en défendre, que celui de se dédire.
Ce qu'il ajoute fait bien voir encore combien il était éloigné de mépriser ces lettres : « Car, dit-il, si avant ces lettres on agissait si fortement contre nous, pensez ce qu'on fera maintenant qu'on a reçu par ces lettres une si grande confiance, et avec quelle liberté et confiance on agira contre nous. » Voilà néanmoins ces lettres dont on veut que Jean d'Antioche ait parlé avec tant de mépris. Ajoutons qu'il n'y a pas un seul mot dans la lettre de
1 Conc. Eph. I part., cap. XXV.
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Jean d'Antioche, où il marque le moindre dessein de résistance. Nous allons voir que tout l'Orient était dans la même disposition, et l'on veut qu'on méprisât ces lettres, jusqu'à dire qu'il ne fallait pas s'en étonner. C'est qu'on lit avec prévention : c'est que dans son cœur on ne veut peut-être pas qu'on s'étonne tant de la sentence du Pape : c'est qu'on court sur les livres. On voit en passant, perturbatio, ou peut-être dans l'original tarake. Cette parole en grec comme en latin, signifie toute passion qui trouble et agite l'ame, et ici signifie plutôt la colère que toute autre chose. Sans prendre garde à tout cela, ni à la suite du discours, on fait dire à Jean d'Antioche qu'on n'avait point à s'étonner d'un décret dont il se servait lui-même, pour pousser son ami à une rétractation.
Deux circonstances fort importantes se présentaient dans cette occasion : l'une, que le Pape décidait avec une autorité fort absolue ; car il écrit à saint Cyrille en ces termes : Quamobrem nostrœ Sedis auctorite et vice cum potestate usus, ejusmodi non absque exquisitâ severitate sententiam exequeris. C'est Célestin qui prononce, c'est Cyrille qui exécute, et il exécute avec puissance, parce qu'il agit par l'autorité du Siège de Rome. Ce qu'il écrit à Nestorius n'est pas moins fort, puisqu'il donne son approbation à la foi de saint Cyrille ; et en conséquence il ordonne à Nestorius de se conformer à ce qu'il lui verra enseigner sous peine de déposition : Alexandrinœ Ecclesiœ sacerdotis fidem probavimus : cadem senti nobiscum, si vis esse nobiscum, damnatis omnibus quœ hucusque sensisti : statim haec volumus praedices, quoe ipsum videas pradicare. L'autre circonstance est, que tous les évêques de l'Eglise grecque étaient disposés à obéir. Une si grande puissance exercée dans l'Eglise grecque, et encore contre un patriarche de Constantinople, donne sans doute une grande idée de l'autorité du Pape. Il se montrait le supérieur de tous les patriarches : il déposait celui de Constantinople : celui d'Alexandrie
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tenait à honneur d'exécuter sa sentence : celui d'Antioche, quelque ami qu'il fût de Nestorius, ne songeait pas seulement à y résister : Juvenal, patriarche de Jérusalem, était dans le même sentiment : Célestin leur donnait ses ordres et à tous les autres évêques de l'Eglise grecque ; et sa sentence allait être exécutée sans contradiction, si l'on n'eût eu recours à l'autorité, non de quelque évêque ou de quelque église particulière quelle qu'elle fût, mais à celle de l'Eglise universelle et du concile œcuménique. Telle était la situation de toute l'Eglise orientale. Ces circonstances, qui font voir tous les membres de l'Eglise catholique si soumis et si unis à leur chef visible, méritaient bien d'être marquées; et je ne sais si l'histoire du concile d'Ephèse avait rien de plus important. M. Dupin n'en fait rien sentir, et tout ce qu'il lui a plu de nous faire paraître sur cette sentence du Pape, c'est qu’on ne s'en étonnait pas.
Il était important de remarquer, qu'encore que le blasphème de Nestorius contre la personne de Jésus-Christ renversât le fondement du christianisme, aucun autre évêque que le Pape n'osa prononcer sa déposition, et cela sert à conclure qu'il n'y avait que lui seul qui eût droit sur lui, et qui fût son supérieur. M. Dupin n'en dit mot.
Saint Cyrille eut bien la pensée . comme il le dit lui-même, de lui déclarer synodiquement, qu'il ne pouvait plus communiquer avec lui; ce qu'il semble qu'il pouvait faire, puisque le clergé et le peuple de Constantinople avaient déjà refusé de participer à la communion de ce blasphémateur. Saint Cyrille n'osa pourtant pas le faire : il crut que la séparation d'un patriarche d'avec un autre qui ne lui était pas soumis, était un acte trop juridique pour être entrepris sans l'autorité du Pape. « Je n'ai pas voulu, dit-il dans sa lettre à Célestin, me retirer de la communion de Nestorius avec hardiesse et confiance, jusqu'à ce que j'aie su votre sentiment. Daignez donc déclarer votre pensée , et si nous
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devons communiquer avec lui ou non » Le mot grec signifie déclarer juridiquement : Tupos, c'est une règle, c'est une sentence; et tuposai to dokoun, c'est déclarer juridiquement son sentiment. Le Pape seul le pouvait faire : Cyrille ni aucun autre patriarche n'avait le pouvoir de déposer Nestorius, qui ne leur était pas soumis : le Pape seul l'a fait, et personne n'y trouve à redire, parce que son autorité s'étendait sur tous.
Lorsque Jean d'Antioche, avec son concile, osa déposer Cyrille et avec lui Memnon évêque d'Ephèse, on lui reprocha non-seulement d'avoir prononcé contre un évêque d'un des plus grands Sièges, ce qui regardait saint Cyrille patriarche d'Alexandrie, mais encore d'avoir déposé deux évêques sur lesquels il n'avait aucun pouvoir, ce qui convenait également à Cyrille et à Memnon (2). C'étaient là, dit le concile d'Ephèse, deux attentats qui renversaient tout l'ordre de l'Eglise. Mais quand le Pape prononce, surtout en matière d'hérésie, contre quelque évêque que ce soit et quelque Siège qu'il remplisse, loin d'y trouver à redire, chacun se soumet ; ce qui prouve qu'il est reconnu pour le supérieur universel. M. Dupin n'a voulu parler ni de cette soumission de Cyrille, ni de cet attentat de Jean d'Antioche, encore qu'ils soient très-marqués dans les actes du concile d'Ephèse; et une histoire qui devait être si circonstanciée, manque absolument de toutes les circonstances qui font voir le droit du Pape. Mais voici encore sur ce même point, une omission bien plus affectée, et en même temps plus essentielle.
S'il y a quelque chose d'essentiel dans l'histoire d'un concile, c’est sans doute la sentence. Celle du concile d'Ephèse fut conçue en des termes : « Nous, contraints par les saints Canons et par la lettre de notre saint Père et comministre Célestin, évêque de l’Eglise romaine, en sommes venus par nécessite à cette triste
1 Cyr. Epist. ad Caelest. Conc. Eph. I part., cap. XIV, col. 344. — 2 Lib. Cyr. Ad Syn. Eph. Act. IV, col. 635. Relat. ad Caelest. Act. V, col. 659.
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sentence : Le Seigneur Jésus, » etc. On voit de quelle importance étaient ces paroles, pour faire voir l'autorité de la lettre du Pape, que le concile fait aller de même rang avec les canons ; mais tout cela est supprimé par notre auteur, qui met ces mots à la place (1) : « Nous avons été contraints, suivant la lettre de Célestin, évoque de Rome, à prononcer contre lui une triste sentence, » etc.
On ne peut faire une altération plus criante. Autre chose est de prononcer une sentence conforme à la lettre du Pape, autre chose d'être contraint par la lettre même, ainsi que par les canons, à la prononcer. L'expression du concile reconnaît dans la lettre du Pape la force d'une sentence juridique, qu'on ne pouvait pas ne point confirmer, parce qu'elle était juste dans son fond et valable dans sa forme, comme étant émanée d'une puissance légitime. Ce n'est pas aussi une chose peu importante que dans une sentence juridique le concile ait donné au Pape le nom de Père. Supprimer de telles paroles dans une sentence, et encore en faisant semblant de la citer : « Elle fut, dit-il, conçue en ces termes; » et les marques accoutumées de citation étant à la marge, qu'est-ce autre chose que falsifier les actes publics ?
Ces sortes d'omissions sont un peu fréquentes dans la Bibliothèque de M. Dupin ; mais il les fait principalement lorsqu'il s'agit de ce qui regarde l'autorité du saint Siège. Les Pères de Saint-Vannes l'ont convaincu d'avoir supprimé dans un passage d'Optat, ce qui y marquait l'autorité de la Chaire de saint Pierre (2), et il ne s'en est défendu que par le silence. On en a remarqué autant dans un passage de saint Cyprien ; et l'on voit maintenant le même attentat dans la sentence du concile d'Ephèse.
CINQUIÈME REMARQUE. Suite des affectations de l'auteur à omettre ce qui regarde les prérogatives du saint Siège : observations sur celles qui regardent le concile de Chalcédoine.
Par une semblable raison, il supprime encore dans la relation du concile à Célestin (3), l'endroit où il est porté que le concile
1 Hist. du Concil, etc., II part, du tom. III, p. 708. — 2 Tom. II, p. 33. — 3 P. 718. Conc. Eph. Act. v.
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réservait au jugement du Pape, l'affaire de Jean d'Antioche et de ses évêques, encore qu'on eût prononcé contre eux. Il y a trop d'affectation à faire toujours tomber l'oubli sur les choses de cette nature, quoiqu'elles soient des plus importantes qu'on put observer, et qu'il fût aisé à M. Dupin de les marquer en un mot.
Pendant que nous sommes sur cette matière, il est bon de mettre ici les autres remarques de semblables omissions dans l'Histoire du concile de Chalcédoine.
Il rapporte ce qui fut fait sur le sujet de Théodoret, que les commissaires de l'empereur firent entrer dans le concile, « à cause, dit-il, que saint Léon l'avait reconnu pour légitime évêque, et que l'empereur avait ordonné qu'il assisterait au concile (1). » Il n'oublie rien pour l'empereur, et il a raison ; mais il fallait d'autant moins altérer ce qui regarde le Pape, que c'était le fondement de ce qu'ordonnait l'empereur. Le texte dit : « Qu'on le fasse entrer, parce que l'archevêque Léon lui a rendu son évêché : Restituit tei episcopatum archiepiscopus Leo (2). » C'était si bien là ce qu'on voulait dire, qu'on le répète encore une fois; et les commissaires remarquent que saint Léon l'a rétabli dans son Siège : Restituit ei proprium locum.
L'auteur ne craint point de changer ces termes : De lui rendre son crèche, de le rétablir dans son Siège, en celui de le reconnaître pour légitime évêque, qui peut convenir à tout le inonde, et que M. Dupin lui-même attribue à Flavien, dans ce même fait de Théodoret. « Flavien, évêque de Constantinople, le reconnut, dit-il, pour un évêque catholique (3). » Que fait donc ici le Pape plus que Flavien? rien du tout, selon notre auteur ; mais beaucoup selon les actes du concile, puisque le Pape rétablit, rend l'évêché par un acte de juridiction, qui ne pouvait convenir à l'évêque de Constantinople sur Théodoret. C'est pourquoi il est marqué dans la suite, que ce rétablissement de Théodoret s'était fait par un jugement de saint Léon : Ut ecclesiam suam recipiat, sicut sanctissimus Leo archiepiscopus judicavit (4). Le Pape est donc regardé comme le juge de tous les évêques, puisqu'il l'était de celui-ci, quoiqu'il fût du patriarcat d'Antioche ; et tout le concile
1 P. 832. — 2 Act. I. — 3 p. 196. — 4 Act. VIII.
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applaudit, en s'écriant : Post Deum Leo judicavit. Est-il permis à un historien de supprimer ces circonstances? et ce qui est plus mal encore, de les déguiser, en substituant un terme équivoque et vague à des ternies précis et formels ?
Il tombe dans la même faute, lorsque parlant du même Théodoret (1) et du recours qu'il eut à saint Léon, lorsqu'il fut injustement déposé, il dit que cet évêque après avoir complimenté saint Léon sur la primauté, sur la grandeur et sur les prérogatives de son Eglise, lui parle de son affaire ; comme si c'était un simple compliment de reconnaître la supériorité du Siège de Rome, qui, comme parle Théodoret, avait le gouvernement de toutes les églises du monde, et non pas le fondement nécessaire du recours qu'il avait à lui. C'est entrer dans l'esprit des Grecs schismatiques, qui dans le concile de Florence voulaient prendre pour honnêteté et pour compliment, tout ce que les Pères écrivaient aux papes pour se soumettre à leur autorité.
Quant au titre d'archevêque qu'on donnait au Pape dans le concile de Chalcédoine, il ne fallait pas oublier que c'était alors dans l'Eglise grecque le terme de la plus grande dignité, et qu'on le donnait au Pape avec une emphase et une force particulière, puisque saint Léon est appelé l'archevêque de toutes les églises, ou, comme porte le latin (2), le Pape de toutes les églises; ce qui revient à l'endroit de la relation du concile au Pape, où les Pères le reconnaissent « pour leur chef, pour celui à qui la garde de la vigne a été commise par le Sauveur, et se considèrent comme ses membres : » Tu autem sicut caput membris prœeras.
Il ne faut point dire, ni que ces choses sont peu importantes, puisqu'elles sont si essentielles; ni qu'elles sont trop communes, puisqu'on en rapporte de moins rares; ni qu'elles sont trop longues à déduire, puisqu'il n'y fallait que peu de lignes. Certainement supprimer dans l'histoire de deux conciles si célèbres, dont nous avons les actes tout entiers , et dont on nous promettait un récit mieux circonstancié que celui de tous les autres historiens; supprimer, dis-je, tant de choses sur l'autorité du Pape, qui y devait éclater partout, comme elle fait dans la vérité à toutes les pages,
1 P. 274. — Act. IV.
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et déguiser tant d'autres faits par de faibles ou de fausses traductions, c'est induire les fidèles à erreur, et faire perdre à l'Eglise ses avantages.
SIXIÈME REMARQUE. Bévues et altérations sur la présidence de saint Cyrille dans le concile d'Ephèse, comme tenant la place du Pape.
Après ce qu'on vient de voir, il ne faut pas s'étonner si notre auteur fait tant d'efforts pour déposséder le Pape de sa présidence dans le concile d'Ephèse, par les dissimulations et les altérations que nous allons voir. Voici par où il commence : « Saint Cyrille prend dans la souscription de la première, de la seconde et de la troisième action, la qualité détenant la place de Célestin (1). » Vous diriez qu'il ne l'aurait pas dans les autres; mais le nouvel historien se trompe en tout. Saint Cyrille n'a jamais pris cette qualité dans les souscriptions : elle lui est donnée dans le registre du concile, à l'endroit où sont rapportés l'ordre, la séance et la qualité des évêques; et elle lui est donnée, non-seulement dans la première, dans la seconde et dans la troisième action, qui sont celles où M. Dupin s'est restreint; mais encore très-expressément et en mêmes termes dans la quatrième et dans la sixième, et s'il n'en est point parlé dans la cinquième et dans la septième, c'est que la séance n'y est point marquée; mais on sait que c'est toujours en supposant que tout s'y était passé à l'ordinaire. Voilà d'abord un mauvais commencement pour un homme dont on vante tant l'exactitude. Voyons la suite.
«Je croirais plutôt, continue-t-il, que saint Cyrille ayant eu cette qualité avant le concile, l'a conservée dans le concile même, quoiqu'il ne l'eût plus. » Que veulent dire ces mots : A conservé une qualité qu'il n'avait plus? Etait-ce erreur? était-ce mensonge? était-ce entreprise et attentat? Mais le contraire paraît en ce qu'il
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a conservé cette qualité avec l'approbation de tout le concile même qui la lui donne, comme on vient de voir ; en ce qu'il l'a conservée en présence d'Arcadius, de Projectus et de Philippe, légats spécialement députés au concile; en ce que les légats loin d'y trouver à redire, approuvent expressément les actes où on la lui donne, en ce que le pape Célestin ne l'a pas non plus trouvé mauvais; en ce qu'il est demeuré notoire dans tout l'univers, qu'il avait cette qualité dans le concile, et que tous les historiens en sont d'accord, comme l'auteur en convient. Il est donc faux que ce patriarche ait pris une qualité qu'il n'avait pas (1).
Que sert maintenant de demander « où l'on voit que le Pape l'ait commis pour assister en son nom au concile avec ses légats, ou qu'il lui ait prorogé pour cet effet le pouvoir qu'il lui avait donné? » Tout cela, c'est disputer contre un fait constant, et opposer les conjectures de de Dominis ennemi de la papauté, à des actes de treize cents ans qu'on n'a jamais révoqués en doute. Nous demandons à notre tour : Pourquoi affecter dans un concile une qualité qu'on n'a pas, et qui ne donne aucun avantage, puisque saint Cyrille, à ce que l'on prétend, aurait toujours présidé sans cela? Qu'on nous rende raison de cette conduite.
HUITIEME REMARQUE. Source de l'erreur de M. Dupin : il n'a pas voulu prendre garde à la procédure du concile.
Après tout, il est bien aisé de comprendre que c'est ici une suite de l'erreur de M. Dupin que nous avons vue. Il a voulu compter pour rien ces paroles de la sentence du concile : « Nous, contraints par les saints canons, et par la lettre de notre saint Père Célestin; » il les a supprimées, et n'a pas voulu se souvenir que le concile procédait en exécution et en confirmation de la sentence du Pape. Quelle merveille que saint Cyrille, qui était commis pour l'exécuter, ait continué jusqu'à la fin d'agir en vertu de sa commission ? Sans cela, le concile aurait manqué d'une chose absolument nécessaire, qui était l'autorité du saint Siège, et n'aurait
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pas eu le Pape dans son unité ; ce qu'on ne niera point qui n'ait toujours été de la règle et réputé fondamental en ces occasions. Mais laissons ces raisonnements, quoique indubitables et démonstratifs, puisque nous pouvons agir par actes.
Cet auteur a bien rapporté que la lettre de saint Célestin, et celle de saint Cyrille qui procédait en exécution, avaient été lues dans le concile ; mais il n'a pas voulu voir la suite de cette lecture. C'est que Pierre prêtre d'Alexandrie, qui faisait la fonction de promoteur, demanda qu'on informât le concile si ces deux lettres, ou pour mieux parler, ces deux sentences, l'une primitive, l'autre exécutoire, avaient été signifiées à Nestorius (1). Ce fut en conséquence de cette réquisition, que les deux évêques que saint Cyrille avait chargés de les rendre à Nestorius, certifièrent le concile qu'ils les lui avaient rendues « en main propre, en présence de tout le clergé et de plusieurs autres personnes illustres. » Qui ne voit donc qu'on posait le fondement de la sentence qu'on prononça le même jour, où l'on fit mention expresse de la lettre de Célestin, en conséquence de laquelle on procédait, et que la procédure du concile était tellement liée avec celle de ce pape et de saint Cyrille, qu'elles ne l'ai soient toutes deux qu'une seule et même action.
Et c'est ainsi qu'on l'explique en termes formels dans la seconde action, aux légats spécialement députés au concile, en leur disant au nom du concile même, « que le saint Siège apostolique du très-saint évêque Célestin ayant donné par sa sentence la forme et la règle, tupon, à cette affaire, le concile l'avait suivie et avait exécuté cette règle. » Projectus un des légats remarque aussi que tout ce qui se faisait dans le concile « avait pour fin de mener à son dernier terme et à sa parfaite exécution, peras plerestaton que le Pape avait défini. »
Et dans la troisième action, après que le prêtre Philippe et les deux évêques légats eurent consenti à la sentence du concile,
1 Act. I. — 2 Act. II.
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saint Cyrille dit que par là « ils ont exécuté ce qui avait déjà été ordonné par le pape Célestin (1); » de sorte qu'on voit toujours que tout procède en exécution de cette sentence.
Et en remontant à la source, on trouve en effet que Cyrille était chargé de deux choses par la commission de Célestin : l'une de prescrire à Nestorius la forme de son abjuration : l'autre, après le terme écoulé, s'il refusait de la faire, de pourvoir à cette Eglise : Illicò tua sanctitas illi Ecclesiœ prospiciat; c'était-à-dire de chasser en effet de l'Eglise de Constantinople, Nestorius qui la rava-geoit; ee qui ayant été tenu en suspens par la convocation du concile général, le jugement de saint Célestin ne put avoir sa pleine exécution que dans le concile, et après que Nestorius y eut été cité canoniquement; de sorte que saint Cyrille, sans avoir besoin de nouvelle prorogation, demeura toujours revêtu du pouvoir du Pape jusqu'à ce que la condamnation de Nestorius eût eu son entier effet; et le concile avait raison de le regarder comme toujours revêtu de l'autorité du saint Siège, puisqu'il voulait procéder en vertu de la sentence du Pape, l'affaire se consommant par ce moyen avec le commun consentement de toute l'Eglise, c'est-à-dire du chef et des membres, du Pape et des évoques, à quoi saint Célestin, saint Cyrille et tout le concile voulaient venir.
Et comme tout ce qui s'est fait dans le concile tendait à une entière exécution de la commission originaire de saint Cyrille, et à lever les obstacles qu'on y opposait, je ne vois pas où peut être la difficulté, qu'il continue d'en user, non-seulement dans la première action, mais encore dans toute la suite, et même depuis l'arrivée des trois légats, afin que toute l'action contre Nestorius, depuis le commencement jusqu'à la fin, fût plus uniforme, plus suivie, et pour ainsi dire plus une.
Il n'y a donc plus de difficulté dans cette affaire, si ce n'est qu'on veuille répondre avec notre auteur, « qu'encore que saint Cyrille ait conservé dans le concile la qualité de député du Pape, il ne s'ensuit pas qu'il ait présidé en cette qualité K » Mais qu'est-ce qui aurait pu empêcher qu'il ne l'eût fait; et ne voit-on pas assez clairement combien cette qualité a donné de poids et de suite i
1 Act. III. — 2 P. 778.
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toute la procédure du concile? Mais c'est trop raisonner contre des hommes qui opposent des raisonnements à des actes, des subtilités à des pièces authentiques, et des conjectures à des faits constans.
Pour ceux qui ont peine à croire que l'autorité du saint Siège ait dès lors été si grande et si révérée, même dans les conciles généraux, ils doivent apprendre par cet exemple à se défier de certaines gens trop hardis et trop prévenus, puisqu'enfin voilà les actes dans leur pureté; et si l'auteur les a supprimés, de même qu'il a trompé la sentence du concile, il ne faut pas souffrir davantage qu'il induise les simples en erreur.
DIXIÈME REMARQUE. La présidence attribuée par M. Dupin à Juvenal patriarche de Jérusalem, contre les actes du concile.
Il continue : « Si saint Cyrille eût présidé en cette qualité, il est certain qu'à son défaut les autres légats du Pape eussent dû présider en sa place, et avoir le premier rang. Or il est constant que ce ne furent point eux, mais Juvénal de Jérusalem qui présida à la quatrième et à, la cinquième action, dans lesquelles saint Cyrille parut comme suppliant (1). » J'admire ces Messieurs avec leur il est constant, quand ce qu'ils donnent pour si constant est constamment faux. Voici les actes de la quatrième session: « Le saint concile assemblé, et les évêques séant dans l'Eglise appelée Marie, à savoir Cyrille d'Alexandrie, qui tenait aussi la place du très-saint Célestin archevêque de l'Eglise romaine, Arcadius évêque et légat du Siège de Rome, Projectus évêque et pareillement légat du même Siège, et Philippe prêtre et légat, Juvénal évêque de Jérusalem, Memnon évêque d'Ephèse, » etc. Il me semble qu'il est bien constant par ces actes et par le registre du concile, qu'Arcadius et les autres légats, sans excepter Philippe qui n'était qu'un prêtre, sont placés immédiatement après saint Cyrille, et au-dessus de Juvénal. Rien par conséquent n'était moins constant que ce premier rang que M. Dupin lui voulait donner d'une manière si affirmative. »
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Je ne sais s'il a voulu nous donner pour acte de présidence dans cette quatrième action, quelques endroits où Juvénal prend la parole le premier; mais cela lui est commun avec beaucoup d'autres, comme avec Flavius de Philippes, avec Firmus de Césarée en Cappadoce, et cela même en présence de saint Cyrille, à qui la présidence n'est point contestée. On voit la même chose dans tous les conciles; et en vérité il est pitoyable d'adjuger la présidence à Juvénal dans la quatrième action, sans en avoir la moindre raison, si ce n'est celle-là qui n'est rien.
Nous avons dit que la séance n’était rapportée, ni dans la cinquième session, ni dans la septième, et que c'était une marque qu'elle était allée à l'ordinaire : pour la sixième, les rangs sont marqués distinctement comme on vient de voir dans la quatrième ; et M. Dupin ne nous dira pas qu'ils ne le sont que dans le latin; car il sait bien que le commencement de cette session manque entièrement dans le grec, à cause que ces choses de solennité sont sujettes à être omises par les copistes, comme trop connues et aisées à suppléer par les autres actes. Il est d'ailleurs bien assuré que le latin est ancien et authentique, qu'il est conforme à l'ancienne version, qui était celle dont l'Eglise latine se servait de tout temps, et que M. Baluze nous a donnée, qu'il est plus complet que le grec, ce qui oblige notre auteur lui-même à suppléer par cet ancien latin d'autres actes où le grec est pareillement défectueux. Ce fait est constant ; et ainsi la préséance de tous les légats au-dessus du patriarche de Jérusalem est très-bien établie par le registre des séances, qui est la preuve la plus décisive qu'on puisse alléguer en cette occasion. Voyons si le reste des actes répond à cela.
Il y a parmi les lettres du concile après l'action sixième, un mandement adressé aux députés qu'on avait envoyés à l'empereur, qui est intitulé en cette sorte: a A Philippe prêtre, tenant la place de Célestin très-saint évêque du Siège apostolique, et aux
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très-religieux évêques Arcadius, Juvénal, etc., le saint et œcuménique concile assemblé à Ephèse, salut (1). » Voilà ce qu'écrit en corps le concile, qui savait le rang que chacun tenait dans son assemblée. Les légats sont nommés devant Juvénal ; et si l'on met le prêtre Philippe devant Arcadius qui en était l'un, c'est pour la même raison qu'on voit ce prêtre prendre la parole presque partout au-dessus des autres légats (2), et signer immédiatement après saint Cyrille, non-seulement devant le patriarche de Jérusalem, mais encore devant les évêques Arcadius et Projectus ses compagnons dans la légation.
En un autre endroit pourtant le concile nomme les évêques les premiers, et le prêtre Philippe après eux (3) ; mais Arcadius est nommé à la tête des autres évêques, et même devant Juvénal. Dans la lettre écrite au concile par les évêques qui se trouvaient à Constantinople, ces évêques, qui savaient le rang que les églises tenaient dans le concile, font ainsi l'adresse : « Aux saints évêques Célestin, Cyrille, Juvénal, Firmus, Flavien, Memnon, assemblés dans la métropole d'Ephèse, les évêques qui sont à Constantinople. » Voilà le rang des églises exactement gardé. Les patriarches sont préférés, et le Pape est mis à la tète. On savait bien qu'il n'était pas présent en personne ; mais on lui écrit selon la coutume, comme tenant la première place, parce qu'il la tenait par ses légats. Ce rang était bien connu parles puissances séculières, aussi bien que par les évêques ; et c'est par cette raison que l'empereur écrivant au concile, fait l'adresse en cette sorte : A Célestin, Rufus, etc., et voilà encore l'ordre des conciles bien marqué, et le Pape mis à la tête comme celui qui y tenait naturellement le premier rang.
Il est vrai qu'il y a deux endroits où Juvénal signe devant les légats (4), soit qu'il y ait quelque confusion dans ces signatures, comme on sait qu'il y en arrive souvent, soit qu'en effet on n'y prit pas toujours garde de si près, et qu'on signât comme on se trouvait. Mais le gros est constamment pour les légats, même à l'égard des signatures, puisqu'on trouve partout dans les actes
1 Mandatum quod sancta, etc. — 2 Act. II, III. — 3 Relat. ad Imp., ibid. — 4 Act. V.
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qu'elles se faisaient selon l'ordre des séances, dans lesquelles le registre ne varie point.
On ne voit donc point pourquoi M. Dupin affecte de refuser au saint Siège jusqu'à la première place, dans un concile où tout est rempli des marques de sa supériorité par-dessus tous les sièges de l'univers, sans excepter les plus élevés.