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Sexualité et liberté: le nouveau modèle anglais
Menée en Grande Bretagne, ses auteurs l’ont baptisée «Natsal» (pour NATional Survey of Sexual Attitudes and Lifestyles survey). C’est la troisième enquête de cette ampleur. Ses résultats détaillés viennent d’être publiés dans la revue médicale The Lancet1. Deux premières études «Natsal» avaient déjà été menées, en 1990 et en 2000. Elles avaient alors permis de mieux comprendre les grandes évolutions du comportement sexuel de la population britannique. Ce sont cette fois des chercheurs de l'University College de Londres, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine et d'autres instituts britanniques qui ont mené l’enquête.
Les auteurs ont travaillé sur la base d’entretiens effectués avec plus de 15 000 personnes âgées de 16 à 74 ans. Les principales conclusions font état, entre autres tendances, d’une diminution de la fréquence des rapports sexuels et d’une plus grande tolérance relative pour l’adultère ou l'homosexualité. On observe aussi d'autres tendances préoccupantes, au premier rang desquelles la recrudescence de certaines infections sexuellement transmissibles (IST). Bien que rien ne le prouve formellement, on peut raisonnablement penser que ces conclusions sont, dans leurs grandes lignes, très vraisemblablement transposables à plusieurs pays du Vieux Continent.
Moins de cinq fois par mois
Quels sont les principaux résultats? Le premier est que les Britanniques ont des relations sexuelles moins de cinq fois par mois. Le nombre total moyen de partenaires sexuels masculins (par femme) a augmenté, passant (c’est une moyenne) de 3,7 sur la période 1990-1991 à 7,7 dans cette dernière enquête. Le nombre moyen de partenaires sexuels féminins (par homme) a également augmenté: de 8,6 à 11,7. Une précision s’impose ici. De nombreux spécialistes estiment que dans ce type d’enquête les femmes interrogées ont tendance à ne comptabiliser que les «partenaires qui les ont marquées». A l’inverse, les hommes auraient une approche comptable beaucoup plus large, voire excessive pour certains d’entre eux.
En Grande Bretagne la proportion de femmes ayant déclaré «une expérience sexuelle avec une autre femme» a augmenté. Ce n’était le cas que de 1,8% des femmes sur la période 1990-1991. Cette proportion a explosé: elles sont aujourd’hui 4 fois plus nombreuses (7,9%). Phénomène symétrique: le principe théorique de l’acceptation de partenaires du même sexe fait son chemin chez les hommes comme chez les femmes. Aujourd’hui, la moitié des répondants n'y voient «rien de mal». Le temps n’est plus où l’homosexualité était seulement perçue et cataloguée comme un péché doublé d’une maladie mentale.
L’occasion et l’adultère
Autre évolution des mœurs: le «sexe occasionnel» et son corollaire, l'adultère. Les femmes et les hommes britanniques acceptent mieux l’histoire «d’un soir» écrite en dehors de celle du couple. Pour autant, charme du paradoxe, l’opinion reste réprobatrice vis-à-vis des hommes ou des femmes qui trompent leurs partenaires. Autre paradoxe d’une sexualité qui n’en manque pas: 63% des hommes acceptent un écart de la part de leur partenaire (contre 45% en 2010). C’est aussi le cas de près de trois femmes mariées sur quatre.
En pratique, les auteurs de cette étude remarquent que le nombre de personnes «rapportant la pratique du sexe oral au cours de l'année écoulée» reste constant par rapport à l'enquête précédente: 77 % pour les hommes et 75 % pour les femmes. Stabilité également pour le taux d'adolescents ayant déjà eu un rapport sexuel à 16 ans (31% des jeunes garçons et 29% des jeunes femmes). Petite différence: augmentation de la minorité de personnes rapportant la pratique du sexe anal durant les douze derniers mois (de 12% à 17% pour les hommes, de 11% à 15% pour les femmes). Un écart persiste par ailleurs s'agissant de la masturbation: deux hommes sur trois au cours du dernier mois contre une femme sur trois.
Sombre tableau
Une femme sur dix déclare avoir déjà eu des rapports sexuels contre sa volonté. Une proportion sept fois plus élevée que celle recensée chez les hommes. Les grossesses non désirées restent majoritairement associées aux rapports sexuels avant l'âge de 16 ans, au tabagisme, à l’usage de drogues et au faible niveau d'éducation. Les différentes formes de troubles sexuels affectent environ 15% des hommes et 30% des femmes. Elles sont, comme toujours, associées à la dépression et à une mauvaise santé. Les principales difficultés sexuelles signalées sont la difficulté à atteindre l’orgasme (16 %), la sécheresse vaginale (13%), l'éjaculation précoce (15%) et la dysfonction érectile (13%).
Il faut aussi compter avec les infections sexuellement transmissibles (IST). Celles dues aux virus «papilloma humains» (HPV) sont en hausse et retrouvées chez environ 16% des femmes testées. Les infections dues aux Chlamydiae sont aussi en hausse. Les chercheurs observent dans le même temps une forte hausse du recours au dépistage de l’infection par le VIH de même qu’au recours aux services de santé sexuelle.
Plus de partenaires et moins de rapports?
Reste ce sujet de réflexion qu’est la contradiction fondamentale de cette enquête: d’une part, augmentation du nombre moyen de partenaires sexuels au cours de la vie par rapport aux générations précédentes; de l’autre, diminution de la fréquence moyenne des rapports sexuels. Les spécialistes avancent des explications, à commencer par la crise économique. Elle pourrait favoriser les comportements impulsifs (ou à risque) et favoriser les sentiments d’inquiétude au sein des couples.
«Les gens ne sont pas d’humeur pour le sexe, écrivent simplement les auteurs. Les gens ont des tablettes et des smartphones. Ils/elles les prennent dans la chambre, se mettent sur Twitter et Facebook et préfèrent répondre à leurs ami(e)s». Peut-être faudrait-il compléter cette enquête avec un travail comparable mené dans des pays qui ne connaissent ni la crise économique ni les écrans tactiles.
1. Un résumé (en anglais) de cette étude ainsi qu’une vidéo sont disponibles ici.