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Depuis le 22 février, une Buse pattue hante la Krümmi, une zone revitalisée du Seeland sur la commune de Kerzers FR. Cette espèce nichant dans la toundra est extrêmement rare en Suisse, qu’elle n’atteint pas chaque hiver. En effet, notre pays est situé en marge méridionale de son aire d’hivernage habituelle. La particularité de la Buse pattue est de repérer les campagnols dont elle se nourrit en vol sur place, habitude qui lui est dictée par l’absence de poste d’affût élevés dans son milieu d’origine. Cet individu est une femelle de 2e hiver, reconnaissable notamment à la barre noire large et unique au bout de la queue et à son iris pâle.
Habitante des toundras arctiques, la Buse pattue a une distribution circumpolaire. La sous-espèce nominale niche en Scandinavie, dans le nord de la Russie et en Sibérie jusqu’au fleuve Ienisseï, puis elle est remplacée à l’est par deux autres sous-espèces jusqu’au Kamtchatka (Russie). Une quatrième sous-espèce niche au Canada et au nord-ouest des Etats-Unis. L’espèce est entièrement migratrice, mais sur une distance relativement courte, les quartiers d’hiver étant décalés d’environ 2'000 km vers le sud dans une bande d’environ 1'000 km de largeur de la Grande-Bretagne au Japon, ainsi qu’en Amérique du Nord. En Europe continentale, la limite sud-ouest de l’aire d’hivernage passe par le nord de la France, le nord de l’Italie et le nord de la Grèce, l’arc alpin étant évité.
La Suisse est juste à la limite occidentale de l’aire d’hivernage régulière de l’espèce, laquelle n’y est d’ailleurs pas observée chaque hiver. La Buse pattue est moins rare dans la moitié orientale du Plateau qu’en Romandie, et n’atteint qu’exceptionnellement le Jura, le Valais, les Grisons et le Tessin. La plupart des observations ont lieu en plaine.
Les premiers migrateurs d’automne arrivent exceptionnellement fin septembre, en octobre ou début novembre, mais la majorité des observations ont lieu de fin décembre à février avec l’exode des hivernants vers le sud en cas d’hiver rigoureux. Les hivernants repartent en mars et ne s’attardent que rarement jusqu’à mi-avril. Lors du fort afflux de l’hiver 1986/87, les oiseaux sont arrivés en 3 phases à la mi-janvier, puis au début et à la fin de février ; 93 % des observations ont eu lieu de janvier à mars et 42 % durant le seul mois de mars 3.
La Buse pattue n’atteint généralement la Suisse que lors d’hivers particulièrement froids et enneigés. Entre 1950 et 2003 (sans l’hiver d’afflux 1986/87), on connaît 68 données sûres en 26 années. Un afflux sans précédent s’est déroulé pendant l’hiver 1986/87, provoqué par plusieurs vagues de froid et des chutes de neige inhabituelles dans les quartiers d’hiver du nord de l’Europe centrale. Les populations de Buse pattue fluctuent en fonction des pullulations cycliques des lemmings, qui influencent fortement le succès de reproduction.
La Buse pattue niche dans la toundra ouverte, dans les fjords au-dessus de la limite des forêts et pénètre au sud dans la taïga de conifères. Diurne et solitaire, elle chasse à l’affût depuis un poste élevé ou de manière plus caractéristique en vol sur place, les pattes pendantes, explorant systématiquement chaque parcelle de terrain. En hiver, elle chasse dans divers types d’habitats ouverts, en Suisse dans les grandes cultures, pâturages et marais du Plateau. L’abondance des micromammifères paraît déterminante pour fixer les hivernants, raison pour laquelle nos campagnes cultivées intensivement ne semblent guère convenir à l’espèce ; l’espèce hiverne régulièrement à 10 km de la frontière dans les prairies humides et pâturages extensifs du bassin du Drugeon F, où abonde le Campagnol des champs.

A propos de Lionel Maumary