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Ces trente dernières années, au Royaume-Uni, des milliers d'encéphales provenant de personnes dépressives ou handicapées ont été prélevés et conservés illégalement pour la recherche médicale. Telle est la conclusion d'une enquête du gouvernement britannique dont les résultats ont été publiés en exclusivité par le quotidien The Times. Ces cerveaux ont été fournis par des médecins à des chercheurs entre 1970 et 1999 sans le consentement des familles. Vingt-quatre mille cerveaux, soit la moitié des organes prélevés et conservés pour la recherche médicale, sont encore stockés dans des hôpitaux britanniques et des universités.La loi britannique sur le traitement des tissus humains (Human Tissue Act) stipule qu'aucun médecin légiste n'a le droit de procéder à une autopsie pour prélever des organes, si ce n'est pour déterminer la cause de la mort d'une personne, ou en cas de consentement de la famille ou des proches du défunt. Curieusement pourtant, aucune sanction n'est prévue par la loi pour les médecins qui ne respectent pas la législation.Après un premier rapport sur des pratiques de prélèvements non autorisés à l'hôpital Alder Hey en 2001, le ministre de la santé britannique, Alan Milburn, avait promis que la loi serait modifiée, mais elle est finalement restée en l'état, rapporte le bureau londonien de l'Agence France-Presse (AFP).En février dernier, les responsables de cet hôpital avaient présenté leurs excuses pour leur rôle dans ce qui est vite apparu comme un scandale portant sur les organes de centaines d'enfants morts prélevés sans l'autorisation de leurs parents.Le rapport officiel sur le prélèvement illégal et généralisé de cerveaux humains de personnes dépressives ou handicapées intervient après une campagne menée pendant des années par Elain Issacs, dont le mari, Cyril, dépressif, s'était suicidé en 1987.Mme Issacs, vivant à Manchester, avait découvert que le cerveau de son mari avait été prélevé à l'issue d'une autopsie et cédé à un chercheur de l'université locale, souligne l'AFP. Mme Issacs a pu obtenir des lettres du professeur J. F. W. Deakin, de l'université de Manchester, dans lesquelles il est question du cerveau de son mari, selon le Times. L'université de Manchester a présenté ses excuses à Mme Issacs et lui a assuré que la procédure de prélèvement des organes destinés à la recherche avait, depuis, "totalement changé".Le Times souligne encore que la découverte de Mme Issacs lui a été d'autant plus pénible que, pour sa famille de religion juive orthodoxe, le corps doit être enterré intact afin de pouvoir reposer en paix. Le cas de Mme Issacs est un parmi beaucoup d'autres. Une femme médecin de Cambridge, dont le mari dépressif s'était également suicidé, a découvert, elle aussi, que le cerveau de son mari avait été prélevé à des fins de recherche.«Les personnes concernées par ces pratiques ont souvent perdu des êtres chers dans des circonstances particulièrement traumatisantes et elles veulent être sûres que la loi sera modifiée» a déclaré le député conservateur, Andrew Lansley. Le Times affirme que le gouvernement prévoit de modifier la loi dès cet été, afin de mettre un terme aux abus et de pouvoir punir désormais les responsables.