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Certains signes indiquent que la reprise des exportations est tirée par la baisse des prix pratiquée par les fabricants chinois, ce qui pourrait avoir des conséquences imprévues.
Par David Rees, Économiste senior spécialiste des marchés émergents
Le retournement du cycle des biens que nous avions anticipé en début d’année a été jusqu’à présent confirmé par les données. La production manufacturière des économies asiatiques a globalement dépassé les attentes ces derniers mois, et les exportations de la région se sont redressées.
Les indicateurs avancés laissent entrevoir la poursuite de l’augmentation des exportations asiatiques jusqu’au milieu de l’année 2024. Par exemple, alors que l’indice ISM manufacturier des États-Unis est ressorti à 47,4 en décembre, ce qui reste faible, les nouvelles commandes moins la sous-composante stocks sont restées cohérentes avec une accélération de la croissance des exportations nominales de la Chine qui devrait atteindre 10% en glissement annuel (GA) à la mi-2024.
Les données indiquent que les fabricants sont contraints de baisser leurs prix
Toutefois, alors que les exportations chinoises se sont redressées au second semestre de l’année dernière, des signes indiquent que les entreprises de certains secteurs ont été contraintes de baisser le prix des produits afin de résorber les capacités de production inutilisées. Par exemple, la croissance nominale des exportations a repris péniblement, alors qu’en volume, les exportations ont connu une croissance rapide, avec une hausse de 15 à 20% sur un an en novembre.
L’écart entre le volume et la valeur des exportations semble être dû en partie à l’effet des prix des matières premières. Comme le montre le graphique ci-dessous, les prix des exportations chinoises sont historiquement bien corrélés à ceux des matières premières, notamment de l’énergie. La Chine dépend en effet fortement des importations de matières premières, qui sont donc un facteur important de variation du coût de production – il existe une relation tout aussi étroite avec l’indice des prix à la production (IPP).
Si les prix des matières premières restent à leurs niveaux actuels, les prix à l’exportation de la Chine commenceront à se redresser dans les mois à venir à mesure que les effets de base se dissiperont. Cependant, il existe aujourd’hui une déconnexion inhabituellement importante entre les prix des matières premières et les prix des exportations, qui suggère que les fabricants, confrontés à une demande intérieure insuffisante, doivent baisser leurs prix afin de générer suffisamment de demande extérieure pour absorber l’offre excédentaire.
Les baisses de prix les plus importantes semblent concerner des secteurs tels que l’acier, qui souffre de la réduction de la demande intérieure induite par la crise actuelle du marché immobilier. Mais d’autres secteurs pourraient devoir procéder à des baisses de prix plus agressives si la croissance mondiale ralentit.
Les prévisions d’une croissance mondiale atone au cours des deux prochaines années suggèrent que davantage d’entreprises pourraient être contraintes de casser leurs prix. Nous tablons sur une croissance molle du PIB mondial de 2,2% en 2024 et 2025, avec une inflation qui continue de ralentir dans l’économie mondiale et une croissance qui stagne dans la majorité des marchés développés. Une «déflation exportée» permettrait d’ancrer l’inflation des prix des biens dans le monde entier, ce dont pourrait éventuellement bénéficier l’économie mondiale à un moment où les banques centrales envisagent des baisses de taux d’intérêt dans les mois à venir.
La résurgence de l’inflation des prix des biens dans le sillage immédiat de la pandémie de COVID-19 a constitué un tournant décisif. Elle a renforcé les conditions de ce que nous considérons désormais comme un nouveau régime économique caractérisé par des pressions inflationnistes plus persistantes.
La baisse des prix pratiquée par les exportateurs pourrait se retourner contre la Chine
Toutefois, même si les baisses de prix pratiquées par les exportateurs chinois pourraient faciliter la tâche des grandes banques centrales mondiales dans leur lutte pour rétablir la stabilité des prix, elles pourraient se retourner contre l’économie chinoise sur le long terme. En effet, la baisse des prix visant à résorber les capacités excédentaires entraînera une compression chronique des marges bénéficiaires des entreprises chinoises et pèsera sur les rendements des actions.
Qui plus est, si un nombre croissant d’entreprises sont contraintes d’inonder de biens bon marché les marchés d’exportation mondiaux, cela risque d’attiser le sentiment anti-Chine pendant la campagne électorale américaine et d’accélérer l’élément démondialisation de ce que nous appelons le «3D Reset».
Parmi les 3D qui selon nous contribuent à la réinitialisation du régime économique, la démondialisation joue peut-être le rôle central (la démographie et la décarbonation étant les deux autres D). Sous l’effet de la montée du protectionnisme, les tendances de relocalisation et de «friendshoring», c’est-à-dire de délocalisation dans des pays alliés, mettent à l’épreuve le modèle mondialisé des chaînes d’approvisionnement étendues.
Le secteur manufacturier chinois est au cœur de ce modèle et a contribué à une longue période de baisse des prix des biens qui a duré une grande partie des trois dernières décennies et a donné naissance à l’ère «NICE» (non inflationniste et constamment expansionniste) de l’économie mondiale.
Source – LSEG Datastream, Schroders
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