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L'actrice de 42 ans, qui était en 1986 à l'affiche du film de
Polanski "Pirates", a affirmé vendredi à Los Angeles avoir été
"abusée sexuellement" par le cinéaste dans son appartement parisien
au début des années 80, alors qu'elle avait 16 ans.
Elle a déclaré à la presse, au côté de son avocate Gloria Allred -
une habituée des affaires impliquant des personnalités - qu'elle
avait été "abusée sexuellement de la pire façon possible" par le
cinéaste. "Tout ce que je veux, c'est que justice soit faite",
a-t-elle affirmé.
Gloria Allred a précisé que sa cliente avait fait une déposition
auprès de la police de Los Angeles (LAPD) et du bureau du
procureur, espérant que son témoignage serait pris en compte par
les autorités suisses au moment de rendre leur décision sur
l'extradition du cinéaste.
Les avocats de Polanski "ahuris"
Les avocats de Roman Polanski ont immédiatement menacé de
poursuivre l'actrice britannique en justice. Me Georges Kiejman
s'est déclaré "absolument ahuri par les déclarations" de Charlotte
Lewis. "Si elle (les) réitère et quand j'en saurai un peu plus,
a-t-il ajouté, il est probable que nous la poursuivions en
justice".
L'avocat a en outre estimé "assez troublant" que Mlle Lewis ait
tourné dans "Pirates", en 1986, c'est-à-dire près de trois ans
après les faits présumés. "Tout ce qui est dit est un tissu de
mensonges", a déclaré un autre des avocats du cinéaste, Me Hervé
Témime.
Le monde artistique divisé
Ce nouveau rebondissement n'a pas ébranlé l'écrivain français
Bernard-Henri Lévy, fervent soutien de Roman Polanski depuis son
arrestation et qui a lancé une pétition en sa faveur à la veille de
l'ouverture du festival de Cannes. L'intellectuel a affirmé que
l''accusation de Charlotte Lewis ne changeait "pas un iota à (sa)
position".
La veille, il avait déploré le soutien insuffisant apporté, selon
lui, au cinéaste par le président du jury du Festival de Cannes,
l'Américain Tim Burton. Quelques heures plus tard, l'acteur Michael
Douglas avait annoncé qu'il ne signerait pas la pétition en faveur
de Roman Polanski, signée par plusieurs cinéastes présents à
Cannes. "Je crois que ce ne serait pas juste pour moi en tant
qu'Américain de signer une pétition pour quelqu'un qui a violé la
loi", avait-il déclaré.
Le cinéaste américain Woody Allen a estimé samedi que l'affaire
Polanski était une "histoire idiote" et que le réalisateur assigné
à résidence en Suisse "a payé son dû". "Je pense que toute cette
histoire est idiote, ça ne rime à rien, c'est arrivé il y a de
nombreuse année, il en a souffert", a-t-il déclaré à la radio
RTL.
"Il n'a pas été autorisé à entrer aux Etats-Unis, il a passé du
temps en prison, pas beaucoup, mais quand même. Il a payé son dû",
a ajouté Woody Allen. Roman Polanski "a une vie difficile. Polanski
a fait une chose, il a été puni, ça suffit", a conclu le cinéaste
depuis le Festival de Cannes où il a présenté son dernier film "Tu
rencontreras un bel inconnu" ("You will meet a tall dark
stranger").
Doris Leuthard appelée par Sarkozy
Par ailleurs, la présidence helvétique a annoncé samedi que le
président français Nicolas Sarkozy s'était enquis par téléphone
auprès de son homologue suisse Doris Leuthard, du sort du cinéaste
et de la question de son extradition.
Roman Polanski est actuellement assigné à résidence en Suisse dans
l'attente d'une éventuelle extradition, après son arrestation sur
mandat américain pour une affaire de "relations sexuelles
illégales" avec une mineure, survenues en 1977.
afp/bkel
Le président du Festival de Cannes ne prend pas position
"Il y a le cinéaste et le citoyen. Le cinéaste est un immense cinéaste. Il y a le citoyen. Personne n'est à l'abri des lois", a déclaré samedi le président du Festival, Gilles Jacob.
"Ce n'est pas à nous - on ne connaît pas le dossier - ce n'est pas à nous de juger", a estimé Gilles Jacob, précisant qu'il n'aimerait pas que le festival de Cannes serve "d'appât pour arrêter des cinéastes", faisant allusion à l'arrestation de Roman Polanski en septembre 2009 au festival du cinéma de Zurich, en Suisse.