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Schizophrénie
Résumé sur la schizophrénie
La schizophrénie est une psychose grave, survenant chez le jeune adulte, caractérisée par la désagrégation de la personnalité et par une perte de contact avec la réalité.
Elle se manifeste par des épisodes aigus de psychose, pouvant inclure hallucinations visuelles et délire, et divers symptômes chroniques se traduisant par des troubles affectifs, intellectuels et psychomoteurs.
Les causes de cette affection complexe restent controversées mais cette maladie est considérée comme au moins partiellement héréditaire. On sait que si les deux parents sont atteints, le risque pour l’enfant de devenir schizophrène est évalué entre 40 et 68%.
Des chercheurs canadiens avaient mis en évidence en 2010 le rôle de mutations génétiques pouvant prédisposer certaines personnes à la schizophrénie.
Les principaux traitements de la schizophrénie peuvent être médicamenteux (neuroleptiques ou antidépresseurs) et/ou par psychothérapie.
Définition
La schizophrénie est un trouble mental grave, une psychose, rencontrée surtout chez le jeune adulte. Ethymologiquement, schizo vient du grec et désigne la séparation, tandis que phrène, signifie l’esprit. Eugen Bleuler (1857-1939), psychiatre suisse a donné un nom à cette maladie, caractérisée par une dissociation mentale avec transformation de la personnalité. Les causes de cette psychose sont complexes et relèveraient de plusieurs facteurs, biologiques, sociologiques et psychologiques.Les patients ont vu leur traitement grandement évoluer. Autrefois internés et traités par des électrochocs, ils reçoivent dorénavant des médicaments psychotropes de la classe des neuroleptiques. Voir rubrique traitement de la schizophrénie.
Epidémiologie
On estime qu’environ 1% de la population de certains pays est atteinte de schizophrénie, cela représente par ex:
– en France, environ 630’000 personnes;
– en Suisse, environ 75’000 personnes;
– au Canada, 234’305 personnes (selon des statistiques de 2006, source: passeportsante.net).
Dans le monde, l’OMS estime que ce trouble mental grave affecte 24 millions de personnes (chiffres 2011). Soit environ 0.3% de la population mondiale.
Causes
Les causes de la maladie sont complexes et demeurent hypothétiques. Les causes seraient d’ordre biologique, sociologique et psychologique.
– Causes biologiques : Les schizophrènes souffrant d’hallucinations visuelles (troubles positifs), auraient une activité dopaminergique augmentée (la dopamine est une substance intervenant dans la transmission nerveuse). Les neuroleptiques (médicaments psychotropes) sont utilisés pour soulager ces malades.
On sait que les gènes peuvent avoir un impact sur l’apparition de la schizophrénie. Chez des vrais jumeaux, si un jumeau est touché la probabilité que le second jumeau souffre de schizophrénie se situe entre 30% et 50%.
Il existerait au moins 108 gènes associés à la schizophrénie, selon le Schizophrenia Working Group of the Psychiatric Genomics Consortium.
Dans une grande étude réalisée sur des jumeaux, des chercheurs de l’Université de Copenhague ont découvert que dans environ 79% des cas, la schizophrénie peut être expliquée par des causes génétiques. Plus de 30’000 paires de jumeaux nés après 1870 ont été étudiés grâce à la banque de données danoise Danish Twin Register. Cette étude a été publiée le 30 août 2017 online dans le journal scientifique Biological Psychiatry (DOI: 10.1016/j.biopsych.2017.08.017).
De plus en plus, les chercheurs comme ceux de l’Université de Genève en Suisse qui communiquaient à ce sujet en septembre 2018 pensent qu’une désynchronisation des neurones pourrait être la cause des symptômes neuropsychiques dont souffrent les patients.
– Origines sociologiques et psychologiques : L’âge du malade n’ayant pas vraiment d’importance, il faudrait apparemment se tourner vers son enfance et son milieu social. Le malade aurait été fragilisé durant ses premières années par des perturbations affectives intenses dans ses relations familiales, notamment avec sa mère et parfois également avec son père. Puis sous le choc d’un événement tardif, mais pénible, la personne céderait à la maladie. D’autres facteurs sociaux sont à incriminer : l’isolement moral ainsi que des conditions sociales peu favorables.
– Origines “toxicologiques”: comme la consommation de cannabis, certains spécialistes estiment que le cannabis pourrait favoriser la schizophrénie. Il existe néanmoins toujours un débat controversé afin de savoir si le cannabis est un révélateur ou en est la cause profonde.
– L’inflammation: certains chercheurs estiment que la schizophrénie pourrait avoir, chez certains patients, une origine inflammatoire. En effet, des scientifiques ont observé que 40% des malades psychiatriques avaient des taux trop élevés de molécules typiques d’une réaction inflammatoire (ex. cytokine, protéine C réactive) dans leur sang.
C’est pourquoi des psychiatres n’hésitent plus à prescrire des anti-inflammaoires non stéroïdiens (AINS) comme l’aspirine ou le célécoxib pour compléter la thérapie de certaines maladies psychiatriques, notamment la dépression.
Personnes à risque
La maladie débute essentiellement chez l’adulte jeune, homme ou femme (entre 15 et 34 ans).
La schizophrénie pouvant être héréditaire, le risque de contracter la maladie est augmenté si un membre de la famille a été schizophrène.
Symptômes
La maladie se caractérise par des troubles de la personnalité, comme des hallucinations ou un retrait social (autisme), ainsi que des réactions émotives extrêmes sans rapport avec le contexte (rire lors d’un décès, etc.).
Les trois symptômes caractéristiques de la maladie sont la dissociation, le délire et l’autisme.
La dissociation touche les domaines intellectuel (troubles de la pensée, incohérence), affectif, par l’expression de sentiments contradictoires (sans rapport avec le contexte) et psychomoteur (maniérisme : mouvements dépourvus de naturel).
Lors de ses délires (troubles positifs), le malade souffre d’hallucinations fréquentes. Il aura l’impression d’être contrôlé par des forces extérieures et se dépersonnalise totalement. Il vit dans une atmosphère d’angoisse.
Lors de ses troubles négatifs, le malade se renferme dans son autisme, et se coupe du monde extérieur. Il est alors effacé, replié sur lui-même.
Diagnostic
Le diagnostic est psychiatrique.
Le médecin procédera à une anamnèse, comportant l’analyse des symptômes, du contexte de vie actuel du malade ainsi que de ses prédispositions familiales (histoire familiale, hérédité).
Complications
La schizophrénie étant une psychose avec différents symptômes (délires, hallucinations, troubles affectifs) elle peut être lourde à porter par le malade lui-même et son entourage. Voir symptômes de la schizophrénie.
Grâce à la recherche, le développement des neuroleptiques (médicaments psychotropes) a pu soulager le malade et lui permettre de diminuer ses hallucinations et de retourner à la vie communautaire. Voir traitement de la schizophrénie.
Voici les différentes évolutions possibles chez le schizophrène :
– Formes continues : aggravation progressive de la maladie.
– Formes oscillantes : phases de rémission entrecoupée par des phases d’aggravation de la maladie.
– Guérison : avec possibilité de retour à la vie communautaire, mais avec un soutien psychologique et thérapeutique indispensables.
– Etat suicidaire : le risque suicidaire chez le schizophrène est élevé.
La schizophrénie pourrait directement augmenter le risque de diabète, selon une étude publiée en janvier 2017 dans la revue spécialisée JAMA Psychiatry. Le risque de souffrir de diabète chez les personnes souffrant de schizophrénie serait 3 fois plus élevé que parmi la population générale. Ces résultats proviennent d’une étude réalisée par des chercheurs du King’s College à Londres. Les personnes atteintes de schizophrénie ont une espérance de vie inférieure, jusqu’à 30 ans, que le reste de la population notamment car cette maladie psychiatrique augmente le risque de souffrir d’infarctus du diabète et d’AVC avec le diabète comme facteur de risque important.
Quand consulter son médecin ?
La schizophrénie étant une maladie psychiatrique, en cas de symptômes typiques de la schizophrénie (hallucinations, autisme,…) consultez rapidement un médecin ou un psychiatre.
Traitements (neuroleptiques)
Le traitement de la schizophrénie a énormément évolué au fil des années. Autrefois, les malades étaient internés sans l’espoir de retour à la vie communautaire. Ils recevaient également des électrochocs pour les calmer lorsqu’ils étaient en phase de délires.
De nos jours, les progrès scientifiques ont fait leur preuve en donnant la possibilité à ces malades, de retourner à la vie normale, en calmant leurs hallucinations et délires, grâce au développement des médicaments.
Les patients sont également suivis par un soutien psychologique (par ex. psychothérapie).
Les médicaments et les soins contre la schizophrénie
Les médicaments utilisés dans le traitement de la schizophrénie sont essentiellement les neuroleptiques et les antidépresseurs.
– Neuroleptiques : font partie d’une grande classe thérapeutique, regroupant plusieurs classes médicamenteuses, les phénothiazines (chlorpromazine, thioridazine, fluphénazine, entre autres), les butyrophénones (halopéridol) et les médicaments atypiques aussi appelés antipsychotiques atypiques (clozapine, olanzapine, quétiapine, aripiprazole, brexpiprazole). Les neuroleptiques agissent sur la transmission nerveuse de la dopamine et soulagent le malade de ses délires hallucinatoires et de leurs troubles comportementaux.
Grâce aux neuroleptiques, la plupart des patients voient certains des symptômes graves de la schizophrénie comme les hallucinations s’arrêter après les premiers mois de traitement, mais les résultats à long terme sont médiocres avec une rechute chez 80% des patients, comme le relève l’Université de Manchester dans un communiqué de presse à propos d’une étude sur la prise élevée de compléments alimentaires à base de vitamines B et son impact positif sur les symptômes de la schizophrénie (lire davantage pour références sur l’étude ci-dessous sous Bons conseils).
– Antidépresseurs : La schizophrénie, comme vu dans les symptômes de la schizophrénie, provoque parfois également des angoisses chez le malade. Cette classe de médicament soulage le schizophrène de ses angoisses.
Anti-inflammatoires et schizophrénie
Comme la schizophrénie pourrait avoir une origine chez certains patients inflammatoire, certains médecins prescrivent des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’aspirine ou le célecoxib pour compléter la thérapie. Lire sous causes également pour davantage d’informations.
Certains médecins utilisent aussi parfois de la minocycline, un antibiotique présentant une action anti-inflammatoire. Dans ce cas ce n’est pas l’action antibiotique qui ferait l’effet mais bien ses propriétés anti-inflammatoires.
Remarques sur les antipsychotiques
Les traitements actuels de la schizophrénie, notamment les antipsychotiques, sont assez peu efficaces pour améliorer les symptômes cognitifs, comme le relève un communiqué de l’Université de Genève (UNIGE) en septembre 2018. Des nouveaux traitements réalisés notamment par l’UNIGE pourraient permettre de mieux agir sur les symptômes cognifits.
Bons conseils
– Il est essentiel de ne pas arrêter la médication de manière brutale et de suivre scrupuleusement les indications du médecin traitant.
– Une étude de l’Université de Manchester (Angleterre) publiée en août 2016 dans la revue spécialisée Schizophrenia Bulletin a montré que la pratique régulière d’exercice physique aérobic permettait d’augmenter sur le long terme la santé mentale de personnes souffrant de schizophrénie. Les scientifiques ont observé qu’après 12 semaines d’exercice aérobic, comme par exemple la course à pied ou le vélo, le fonctionnement du cerveau des patients augmentait de façon significative. Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont combiné les données de 10 études cliniques publiées à ce sujet totalisant 385 patients.
Les patients qui pratiquaient de l’exercice physique et prenaient leurs médicaments contre la schizophrénie amélioraient davantage leur fonctionnement du cerveau que celle prenant seulement des médicaments. On sait que la schizophrénie peut mener à des troubles cognitifs et diminuer les performances du cerveau.
– Consommez de doses élevées de vitamine B si vous ou vos proches souffrez de schizophrénie. Selon une revue d’études (méta-analyse) réalisées au niveau mondial par l’Université de Manchester en Angleterre, la prise de vitamines B à dose élevée incluant les vitamines B6, B8 et B12 sous forme de complément alimentaire permet de réduire de façon significative les symptômes de la schizophrénie, davantage que les traitements standards seuls. Ce travail de recherche a été publié dans la revue spécialisée Psychological Medicine en février 2017.
Prévention
– Le cannabis pouvant être un déclencheur de la schizophrénie, nous vous conseillons de ne pas consommer cette drogue, particulièrement si vous vous sentez fragile psychiquement ou si vous avez des antécédents de maladies psychiques dans votre famille.
– Selon des chercheurs suisses, des antioxydants pourraient être administrés à titre préventif aux jeunes touchés par un risque de schizophrénie. Ce sont les conclusions d’une étude publiée en mars 2013 au terme de travaux sur des souris.
L’équipe de Kim Do qui a mené cette recherche, responsable de l’Unité de recherche sur la schizophrénie du CHUV et professeur associée à l’Université de Lausanne (Suisse), a administré à des souriceaux un médicament antioxydant bien connu, la N-acétylcystéine, utilisée notamment contre la bronchite et bien supportée par l’être humain.
Selon les scientifiques, l’administration de N-acétylcystéine à de jeunes personnes à risque pourrait prévenir la schizophrénie. “Ces données soulignent la nécessité de développer des médicaments sur la base d’antioxydants qui pourraient être remis à des enfants et adolescents à risque”, estime le Dr Do dans un communiqué de l’éditeur Elsevier.
– En août 2015, une étude publiée dans la revue spécialisée Nature Communications réalisée par des chercheurs de l’Université de Melbourne en Australie et de Vienne (MediUni Wien) en Autriche a montré que la prise quotidienne pendant 12 semaines par année d’oméga-3 (provenant notamment d’huile de poisson) permettait de réduire de 40% à 10% le nombre de cas de psychoses (ex. schizophrénie) chez des jeunes âgés de 13 à 25 ans. Cette étude a été réalisée sur 81 participants particulièrement à risque de psychose, présentant notamment des symptômes légers de troubles psychiques ou un risque génétique, comme par exemple des cas de psychose dans la famille.
News
- Les vitamines B peuvent réduire les symptômes de la schizophrénie
- Un bas taux de cortisol le matin au réveil pourrait être un signe de schizophrénie
Sources & Références :
Université de Melbourne (Australie), Schizophrenia Bulletin, Université de Manchester (Angleterre), Université de Western Sydney (Australie), Biological Psychiatry (DOI: 10.1016/j.biopsych.2017.08.017), Université de Genève, PHARMA-INFO.
Personne responsable pour l’écriture de cet article :
Xavier Gruffat (Pharmacien).
Crédits photos :
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Dernière mise à jour de la page :
03 février 2019