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Le Cante
À l'origine, le chant s'interprétait à palo seco , c'est-à-dire sans aucun accompagnement, ne tolérant que quelques palmas (battements de mains). Pour les aficionados , le cante demeure à part. Il est très difficile de dresser une liste exhaustive des différents styles de chants flamencos, car ils sont très liés soit à la personne qui les a créés ou structurés, soit au lieu géographique qui les a vus naître. L'appellation « chant gitan » s'applique aux chants qui possèdent le rajo, cette cassure caractéristique des voix gitanes, par opposition aux voix plus mélodieuses et douces.
À noter qu'il n'est pas toujours important de comprendre ce qui est chanté, mais plutôt de ressentir comment c'est chanté, si le tempo est bien mené, si la voix touche l'âme, si le rythme et l'espace paraissent se confondre.
Le Baile (danse)
La danse flamenca est une forme d'expression individuelle, une relation de séduction permanente qui s'est structurée en se calquant sur les différents types de chant, afin de les interpréter à travers le geste. Elle est issue de l'adaptation, par les gitans, des styles et rythmes folkloriques qui existaient déja en Andalousie. En revisitant les danses du folklore andalou et en leur apportant leur touche personnelle, les danseuses gitanes ont en effet créé un style tres individualiste qui s'est distingué des chorégraphies de groupes des danses régionales espagnoles.
L'un des aspects qui a séduit le public et les écrivains romantiques qui ont découvert ces danses est leur caractère sensuel, leur parfum exotique, voire oriental. Les robes virevoltantes aux couleurs vives, les castagnettes et les tambourins sont vite devenus les symboles de la danseuse gitane, mystérieuse, envoutante et rebelle, dont la Carmen de Mérimée et l'Esméralda de Victor Hugo sont les figures les plus emblématiques. Ce n'est toutefois qu'au XIXe siècle que la danse est devenue partie intégrante du flamenco, lorsqu'elle s'est produite sur une scène, tributaire et accompagnatrice du chant dans les premiers cafès cantantes .
On opère une distinction au sein de la danse flamenca. La danse gitane exprimerait plus spontanément et extérioriserait plus violemment les sentiments ; ce qui prime serait moins la maîtrise technique que l'affirmation de ce que l'artiste a dans le sang. L'interprétation andalouse apparaîtrait plus travaillée et mieux agencée du point de vue visuel. Exécuté individuellement, le flamenco a rarement une fonction représentative ; il est l'expression visuelle des sentiments ressentis par l'artiste, ainsi que de sa faculté d'improvisation. Aujourd'hui, il existe des pas, des rythmes et des règles qui varient d'un style à l'autre, ce qui n'empêche pas la danse flamenca d'évoluer et de s'enrichir.
La guitare flamenca
Si, aujourd'hui, elle dépasse largement son rôle d'accompagnatrice pour s'envoler vers les sphères du concert solo, la guitare a d'abord été un instrument secondaire. La guitare espagnole à six cordes n'a pris la forme qu'on lui connaît qu'au Xe siècle. Au début, il y avait le chant et la danse flamencas ; peu à peu ils se sont enrichis d'un accompagnement musical, et la guitare est devenue indissociable du flamenco au XIXe siècle.
Limitée dans un premier temps à une musique de fond, la guitare s'est orientée vers une structure musicale bien définie, le compas , c'est-à-dire le tempo qui caractérise chaque style et à l'intérieur duquel les lignes mélodiques viennent servir de pont au chant et à la danse. Un guitariste qui s'écarte du compas peut jouer une musique qui ressemble à du flamenco, mais ce ne sera pas du flamenco . Au fil du temps et des interprètes, les sonorités, les techniques et les phrasés musicaux se sont différenciés pour faire de la guitare un instrument d'expressions spécifiques (1). Les quatre rythmes fondamentaux sont ceux de la siguiriya , de la solea , du tango et de la buleria.
*(1) À noter que presque tous les interprètes sont autodidactes, que rien n'est écrit, que tout se transmet par l'écoute, d'où ces libertés, ces véritables joyaux anti-académiques.
Le Duende
Il existe dans le flamenco un mystère ancestral, un envoûtement qui s'opère quand les trois « anges » sont réunis. Alors le duende habite le chant, la danse et la guitare, qui ne sont plus qu'harmonie et enchantement. Selon le dictionnaire, duende signifie « lutin, charme », mais l'acception flamenca est intraduisible. Le duende ne s'explique pas, ne se transmet pas, ne s'apprend pas.
C'est à ce moment de grâce, cet équilibre si fragile de la fête flamenca quand la fusion est totale, qu'elle confond dans un même embrasement tous les acteurs du flamenco et le public.
Le duende est cette sensation étrange qu'il se passe quelque chose d'exceptionnel, l'instant unique ou la transe envahit le corps et l'esprit, ou les masques tombent et laissent la vérité nue. Le duende éxige que l'on regarde les gens au fond des yeux, sans orgueil ni mépris, que l'on écoute le compas des coeurs pour être au diapason avec lui. Il y a dans le flamenco une dignité faite d'amour et de partage, un don total de soi, une ouverture au monde.