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Le nouveau-né perçoit-il avec sa bouche des tétines différentes ?
Quelques heures après sa naissance, le nouveau-né doit utiliser sa bouche pour se nourrir. Un simple contact d’un sein ou d’une tétine avec sa bouche (ou ses lèvres) provoque une succion, un réflexe donc indispensable pour sa survie. Peut-il également utiliser cette succion pour percevoir les différentes propriétés d’une tétine (substance ou forme) mise dans sa bouche et ne le nourrissant pas ?
Pour répondre à cette question, les psychologues présentent à des nouveau-nés différentes tétines en caoutchouc variant selon leur forme et leur substance (rigide ou élastique). Ils analysent ensuite les pressions exercées sur les différentes tétines par les nouveau-nés avec leurs lèvres, leurs gencives et leur langue. Au moyen d’un tube, la tétine est connectée à un transducteur de pression d’air qui transforme les variations dans l’alvéole de la tétine en un signal électrique transmis à un polygraphe permettant d’analyser les résultats plus tard. En d’autres termes, cet ingénieux dispositif permet d’obtenir une analogie graphique de la pression exercée par le nouveau-né sur la tétine. Les nouveau-nés exercent plus de pressions sur l’objet mou que sur l’objet dur, mais ne réagissent pas différemment selon leur forme. Ces résultats montrent ainsi que le nouveau-né est capable de percevoir avec sa bouche des tétines qui diffèrent seulement selon leurs substances. Quand les chercheurs proposent la même expérience à des bébés de 4 mois, ils observent que la durée d’exploration est plus importante que chez les nouveau-nés. En plus, à 4 mois, contrairement aux nouveau-nés, les bébés explorent différemment des tétines variant seulement selon leur forme.
En conclusion, les capacités orales du nouveau-né ne se résument pas à une simple succion invariable et rigide. En effet, il est déjà capable de moduler sa succion selon les substances des objets et donc de percevoir une différence entre une tétine rigide et une tétine élastique. Après quelques mois, le bébé sera capable de différencier des tétines variant selon leurs formes.
REPERES
Bien que la succion soit un réflexe et que le nouveau-né se met à sucer tout ce qui stimule ses lèvres et sa bouche, il saura très vite faire la différence entre votre mamelon, votre petit doigt ou une tétine. S’il a faim, il rejettera ce qui ne le nourrit pas alors que s’il a simplement besoin de sucer, il a acceptera un autre objet que votre mamelon ou la tétine du biberon. Si vous avez besoin d’acheter une tétine pour votre bébé, n’hésitez pas à en prendre plusieurs exemplaires pour pallier une éventuelle perte (comme pour le fameux doudou !). Dans le cas contraire, votre bébé reconnaîtra tout de suite que la nouvelle tétine n’est pas la même et risquera de la repousser. Par exemple, il fera tout de suite la différence entre une tétine de biberon en silicone et une autre en caoutchouc.
Références
Bullinger, A., & Rochat, P. (1985). L'activité orale du nourrisson comme indice du comportement. Comportements, 2, 55-68.
Rochat, P. (1987). Mouthing and grasping in neonates: Evidence for the early detection of what hard or soft substances afford for action. Infant Behavior and Development, 10, 435-449.
Le nouveau-né perçoit-il avec sa main des petits objets différents ?
La plupart des parents font l’expérience très rapidement du réflexe d’agrippement manuel de leur nouveau-né. Une simple stimulation de la face interne des doigts ou de la paume de la main entraîne un mouvement d’agrippement manuel d’une force assez impressionnante pour une personne venant de naître. Pourtant, il ne faut pas déduire que les capacités manuelles du nouveau-né se résument à de simples pressions systématiques sur les objets. Peut-il modifier la pression de ses doigts selon la substance ou la forme de l’objet et percevoir ainsi ses propriétés ? Les psychologues étudient séparément la perception manuelle de textures et celle des formes.
Des petits objets aux textures différentes
Dans une première expérience, les chercheurs insèrent dans la main droite des nouveau-nés des petits objets qui diffèrent selon leur texture : la moitié du groupe tient un petit objet lisse et l’autre moitié un objet granuleux. Ils mesurent les temps de tenue de chaque objet et les forces de pression manuelle exercées dessus. Les résultats montrent que les nouveau-nés tiennent aussi longtemps l’objet lisse que granuleux (environ 65 secondes) mais modifient leurs forces de pression manuelles selon la texture des objets. Plus précisément, ces forces sont plus importantes avec un objet lisse qu’avec un objet granuleux et le nombre d’appuis sur l’objet lisse est plus grand que sur l’objet granuleux. Les nouveau-nés sont capables de détecter avec leur main droite la différence entre deux textures d’un objet. En fait, tout se passe comme si le nouveau-né « balayait » l’objet tant qu’aucun élément saillant de l’objet n’est détecté, comme c’est le cas avec l’objet lisse : il en résulte ainsi une activité de pression manuelle forte. Dès qu’un élément saillant est détecté, comme c’est le cas avec l’objet rugueux, cette activité de balayage s’arrête pour le percevoir, d’où une activité de pression faible.
Dans une autre expérience, comme précédemment, les chercheurs mettent dans la main droite des nouveau-nés soit un petit objet lisse (la moitié du groupe), soit un petit objet granuleux (l’autre moitié du groupe). Mais cette fois-ci, dès que le nouveau-né lâche l’objet, le psychologue lui remet jusqu’à ce qui le connaisse bien (qu’il soit habitué). L’analyse des temps de tenue des objets pendant cette phase d’habituation montre qu’ils diminuent au cours des essais. La fréquence des pressions manuelles durant la phase d’habituation décroît aussi au fur et à mesure des essais pour les deux objets, même si elle demeure globalement plus élevée pour l’objet lisse que pour l’objet granuleux. Ensuite, les psychologues proposent l’objet granuleux au nouveau-né habitué à l’objet lisse et l’objet lisse au nouveau-né habitué à l’objet granuleux. L’analyse de cette « phase test » montre que le temps de tenue et la fréquence de la pression manuelle sont plus importants pour l’objet avec une texture nouvelle que ceux pour l’objet avec une texture similaire à celle proposée pendant la phase d’habituation tactile.
En résumé, ces deux expériences montrent que le nouveau-né est capable de différencier avec sa main des petits objets de différentes textures ; qu’en est-il de la forme des objets ?
Des petits objets aux formes différentes
Les chercheurs montrent que les nouveau-nés sont capables de détecter des différences dans le contour de deux petits objets (un cylindre et un prisme) aussi bien de la main droite que de la main gauche. Dans une première phase, le psychologue insère dans la main du nouveau-né un objet et enregistre la durée de tenue. Un bavoir est attaché au cou du nouveau-né de façon à l’empêcher de voir l’objet qu’il tient. Les durées de tenue diminuent en fonction de la présentation répétée de l’objet, on dit que le nouveau-né s’habitue à la forme d’un objet. La moitié des nouveau-nés est habituée au cylindre et l’autre au prisme. Ensuite, le psychologue insère dans la main un nouvel objet : le prisme pour les nouveau-nés habitués au cylindre et le cylindre pour les nouveau-nés habitués au prisme. Rappelons que si la durée de tenue du nouvel objet augmente, cela signifie que le bébé détecte un changement entre l’objet habitué et l’objet nouveau et différencie les deux objets. Ce sont ces résultats qui sont observés : les nouveau-nés sont donc capables de détecter (sans aide de la vision) la différence entre deux formes d’objets (un cylindre et un prisme) aussi bien avec la main droite qu’avec la main gauche.
En conclusion, l’ensemble des résultats montre qu’il existe bien une véritable perception manuelle dès la naissance. Les nouveau-nés sont ainsi capables avec chacune de leur main de percevoir des petits objets qui diffèrent selon leur texture (granuleux vs. lisse) et leur forme (prisme et cylindre).
REPERES
Quand vous acheter des petits objets pour votre nouveau-né, choisissez des objets adaptés à ses mains et qui varient aussi bien selon leur forme que leur texture afin qu’il puisse faire la différence entre eux.
Références
Molina, M., & Jouen, F. (2003). Haptic intramodal comparison of texture in human neonates. Developmental Psychobiology, 42, 378-385.
Molina, M., & Jouen, F. (1998). Modulation of the palmar grasp behavior in neonates according to texture property. Infant Behavior and Development, 21, 659-666.
Streri, A., Lhote, M., & Dutilleul, S. (2000). Haptic perception in newborns. Developmental Science, 3, 319-327.
Streri, A. (2000). Exploration manuelle et perception tactile chez le nourrisson. In E. Gentaz (Ed.), Toucher pour connaitre. Psychologie cognitive de la perception tactile manuelle. Paris: PUF.