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Nova et Vetera, vol. 97, 1 / 2022
Nova et Vetera, n. 97, 1 / 2022
Quand un canton suisse invoque « Dieu tout-puissant »
Benoît-Dominique de La Soujeole, OP
La Constitution suisse adoptée en 1999 commence par la phrase : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! », suivie d’un préambule se référant aux plus hauts principes qui fondent une société. Invocation et préambule n’ont pas de valeur juridique contraignante, mais explicitent l’esprit qui préside à la Constitution. Chaque canton suisse adopte ensuite une constitution propre. Le Valais a avancé dans ce long processus, qui sera soumis à une votation populaire dans deux ans. Les Églises reconnues dans ce canton ont demandé au père Benoît-Dominique de la Soujeole, o.p., une conférence sur le sujet, susceptible de clarifier les fondements d’une telle invocation. À ce jour, la Constituante valaisanne a adopté le principe du maintien de l’invocation : « Au nom de Dieu Tout-puissant ! », suivie d’un préambule (exactement une « narratio »). C’est une question qui touche au fondement des relations entre l’Église et l’État, dont l’articulation a une portée universelle.
Stratégies de quelques Pères face aux « pestes » de leur temps
Emmanuel Durand, OP
En Afrique, en Orient ou à Rome, les chrétiens n’ont pas été épargnés par les maux de leur temps : accusations, persécutions, famines, épidémies, guerres civiles, esclavage et captivité, invasions barbares, etc. Plusieurs Pères de l’Église ont élaboré des stratégies de réponse à ces maux, éclairées par la foi. Elles varient selon les contextes et les compétences de chacun. Sont ici présentés les registres de discours et les arguments de quatre Pères : Cyprien de Carthage († 258), Basile de Césarée († 379), Augustin d’Hippone († 430) et Anastase le Sinaïte († vers 700). Les approches sont tantôt de saveur pastorale tantôt à dominante dogmatique, toutefois sans disjonction. Par-delà les siècles, relire ces textes anciens contribue à clarifier certaines questions théologiques qui demeurent les nôtres.
Pie V. Un réformateur armé d’un marteau
Anton-Marie Milh, OP
Le pontificat de Pie V (1504-1572) est souvent réduit à quelques événements ecclésio-politiques majeurs, tels que l’excommunication de la reine Élisabeth Ire d’Angleterre, la standardisation de la liturgie après le Concile de Trente, ou encore la victoire chrétienne sur la flotte ottomane lors de la bataille navale de Lépante. Cet article opte pour une approche différente, à savoir une lecture du pontificat de Pie V à travers le prisme de sa vie religieuse et, plus spécifiquement, de sa vie dominicaine. La pensée et l’action de ce pape ne peuvent être comprises sans les principes spirituels et religieux qu’il a reçus au cours de sa formation dans l’Ordre dominicain. Ces principes dévoilent une aspiration profonde, théologiquement fondée, de réformer par la parole et par les actes l’Ordre, l’Église et un monde qui semblait de plus en plus récalcitrant.
La mission dominicaine en Chine et la querelle des rites chinois
Jean-Thomas de Beauregard, OP
Les récents accords entre le Saint-Siège et le gouvernement chinois ont mis au premier plan la question de l’insertion du catholicisme en Chine, dont l'histoire est longue et complexe. La querelle des rites chinois, qui connut son apogée aux XVIIe et XVIIIe siècles est emblématique de cette histoire. Or le renouveau des études historiques et théologiques sur ce thème permet d’écarter la présentation unilatérale qui en était souvent faite jusqu’alors. La mission dominicaine en Chine, en particulier, y apparaît sous un nouveau jour. L’examen à nouveaux frais de la complexité des enjeux et de la diversité des acteurs pour cette période particulière jette un éclairage utile sur toute l’histoire de l’évangélisation en Chine et sur son avenir.
Redéfinir le rapport entre conservatisme et modernité : l’apport du concept d’« inversion téléologique »
Bernard Guéry
Cet article vise à formuler l’hypothèse paradoxale suivante : le conservatisme comme vision du monde est la matrice de la modernité philosophique. On aurait tendance à tenir pour acquis que cette dernière naît d’une volonté progressiste de se couper de la tradition pour rompre avec le fixisme d’autrefois. Pourtant, en s’appuyant sur le concept d’inversion téléologique forgé par Robert Spaemann, on peut avancer l’idée que la distinction entre la modernité et la période antérieure se joue davantage avec une cosmologie téléologique qui laisse place dans la modernité à une cosmologie conservatrice. Le rôle structurant du principe d’inertie dans la vision moderne du monde est révélateur de cette cosmologie conservatrice : il s’agit pour un mobile de préserver son état de mouvement ou de repos. Mais, dans les deux cas, il est question avant tout de conserver. Au contraire, la cosmologie téléologique qu’on trouve chez Aristote et Thomas d’Aquin pose chaque chose comme finalisée, c’est-à-dire ouverte à un accomplissement qui dépasse la seule prolongation de ce qui est déjà là.
NOTES ET LECTURES
Bibliographie
Jean-Pierre Torrell, Quand saint Thomas parle du Christ – Alexandre Frezzato o.p., La résurrection de la chair selon saint Thomas d’Aquin. Identité et continuité de la personne humaine – Henri Quantin, Manger Dieu. Pour une Eucharistie de première nécessité – Pierre-Marie Berthe, Les dissensions ecclésiales, un défi pour l’Église catholique – Yves Combeau, Toujours prêts. Histoire du scoutisme catholique en France – Dominique Lerch, Kristina Mitalaité, Claire Rousseau, Isabelle Séruzier (dir.), Les images de dévotion en Europe. XVIe-XXIe siècle. Une précieuse histoire – Jean Pierre Brice Olivier, La chair en corps – Jean-Michel Counet (éd.), Esse est movere. Regards croisés sur l’ontologie dynamique de Nicolas de Cues – Évagre Le Pontique, Scholies aux Psaumes, tome I : Psaumes 1-70 et Scholies aux Psaumes, tome II : Psaumes 71-150 – Flavius Josèphe, Les Antiquités juives, Volume VI : Livres XII à XIV – Sébastien Morlet, Matthieu Cassin (dir.), Histoire de la littérature grecque chrétienne des origines à 451, tome IV : Du IVe siècle au concile de Chalcédoine (451), Constantinople, la Grèce et l’Asie mineure – Hélène Nutkowicz, Égypte : Éléphantine au Ve siècle avant notre ère. Fragments d’histoire et de quotidien.