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Manque d'une octave - Réalisation d'un rêve, interview des organisateurs des concerts AOA par Nayoung Kim Millius, avril 2023
Linda et Rebecca, organistes et membres fondatrices des "Amis d'orgue Auditoire de Calvin (AOA)", racontent l'histoire du festival d'orgue "Souffle de Printemps" et leurs réflexions sur la musique d'orgue aujourd'hui. Interview par Nayoung Kim Millius.
À propos de Linda et Rebecca...
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Linda Revkin a étudié le piano et l'orgue dès son plus jeune âge et s'est naturellement orientée vers une carrière dans la musique. Elle a obtenu un Bachelor et une Master de la School of Fine and Applied Arts de l'Université de Boston, puis un doctorat en éducation musicale de la Northwestern University School of Music. L'orgue étant son instrument majeur durant ses études universitaires, elle poursuit sa carrière d'organiste d'église tout en enseignant dans les écoles publiques et les universités.
« L'orgue a toujours été un instrument fascinant pour moi, qu'il s'agisse d'un orgue à traction simple à un clavier, d'un instrument pneumatique à quatre claviers ou d'un nouvel instrument électronique “sans tuyau”. C'était toujours un défi d'explorer chaque instrument et d'arriver au meilleur son possible.»
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Rebecca MacDonald a commencé l'étude du piano à l'âge de 6 ans aux Etats-Unis et a continué à Genève avec Joanna Brzezinska. Dès l'âge de 14 ans, elle se concentre sur l'orgue et étudie avec William Porter à la Yale University School of Music, Connecticut, USA. Elle a travaillé comme organiste aux États-Unis, en Thaïlande et en Suisse, et se produit chaque année dans de nombreux concerts d'orgue à Genève.
Très sollicitée pour accompagner des chanteurs, elle accompagne souvent au piano/orgue des récitals de chanteurs et des concerts choraux en Suisse et en France, et accompagne également pour des comédies musicales et des opéras dans la région genevoise.
Elle est organiste titulaire à l'Église d'Écosse à Genève, et joue régulièrement aussi pour l'Église du Christ, Scientiste, à Genève.
En plus d'avoir obtenu un Bachelor à l'Université de Yale, et un Master de l'Open University, elle a poursuivi des études universitaires en Union Soviétique, au Royaume-Uni et à Genève (diplôme de traductrice de l'Ecole de Traduction et d'Interprétation Genève, et diplôme d'interprète de la Polytechnic of Central London), et est devenue interprète de conférence professionnel du russe, du français et de l'espagnol vers l'anglais pour les Nations Unies, travaillant partout dans le monde.
Parlez-nous de l'origine de l'association. Comment tout a commencé au début ?
Linda : En 1974, à mon arrivée à Genève, j'ai commencé à diriger la chorale et à jouer de l'orgue à l’Auditoire pour l’Eglise d’Ecosse. J'ai été complètement déconcertée de constater que le clavier supérieur, qui s'appelle le positiv, manquait l'octave inférieure. Jamais dans ma longue expérience avec les orgues je n'avais rencontré un tel instrument. Le moins que l’on puisse dire est que cet orgue était sévèrement limité, non seulement parce qu’il manquait une octave, mais aussi parce qu’il avait un nombre très restreint de jeux. J'ai appris plus tard que l'orgue avait été acheté d'occasion et déplacé d'une autre église à l'Auditoire.
« Ne serait-il pas magnifique d'avoir un instrument spécialement conçu pour l'Auditoire? « a dit Rebecca un jour.
Alors nous nous sommes mis au travail avec d’autres paroissiens de l’Eglise d’Ecosse, et avons choisi Bernard Aubertin comme facteur d'orgue, qui a conçu et installé ce magnifique instrument qui orne aujourd'hui l'Auditoire. Par ailleurs, la Ville de Genève a décidé de rénover l'Auditoire avant d’installer le nouvel orgue. L'intérieur a été repeint, des vitraux ont été ajoutés ainsi que de nouvelles chaises pour la paroisse, rehaussant considérablement l'édifice.
Rebecca : Donc en 2014, quand l’orgue avait été installé, Linda et moi avons pensé qu'il devait absolument être présenté aux mélomanes à Genève. En plus de faire des démonstrations d'orgue pour la Fête de la Musique à Genève, nous avons organisé notre propre festival d'orgue annuel de manière informelle à partir de 2015. En 2017 nous avons décidé de créer une association « Amis d'orgue Auditoire de Calvin » (AOA), pour pouvoir solliciter des subventions pour le festival et créer un site internet, etc.
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Quelle est la mission, la spécificité et la particularité d'AOA ?
Rebecca : Notre mission est double. D'abord pour que le nouvel orgue Aubertin soit plus largement connu, et aussi pour que d'excellents organistes locaux fassent chanter l’instrument. Nous essayons de rendre notre festival le plus diversifié et attrayant possible pour le public en proposant des programmes non conventionnels. Par exemple, nous avons eu un récital d'orgue et de saxophone présentant des extraits de la comédie musicale, West Side Story, entre autres, et dans un autre récital, nous avons créé un programme « sur demande » où l'organiste a joué quelques passages de divers morceaux pour le public et a permis au mélomanes présents au concert de voter pour les morceaux qu'ils voulaient entendre.
A quoi sert la promotion de cet orgue particulier pour l'AOA et la musique d'orgue à Genève, et quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées?
Rebecca : L'orgue est un instrument qui est mal compris en général, et il est essentiel de montrer qu’il peut être utilisé pour la musique légère, moderne et retentissante ainsi que pour des occasions solennelles et religieuses. L’orgue Aubertin à un joli son avec des timbres sonores variés, et l'emplacement de l'orgue à l'avant de l'église permet au public de voir tout ce que fait l'organiste pendant un concert, ce qui est beaucoup plus intéressant que de seulement d'entendre la musique sans voir comment elle est produite..
Linda : En bref, notre plus grande difficulté rencontrée a été d'obtenir suffisamment de fonds pour payer les artistes. Fédérer différents acteurs et organisations autour d'un tel projet n'est pas chose aisée. Deuxièmement, nous étions novices dans la domaine de la publicité requises pour une série de concerts. Comme nous n'étions que deux, nous étions également surchargéés en essayant de faire tout le travail nous-même. Mais en 2017, nous avons ètabli l'AOA en tant qu'association officielle, créé un nouveau site web et formé un excellent comité.
Quelles sont les principales difficultés et joies que vous avez expérimentées dans l'organisation du festival?
Rebecca : Le problème majeur que nous avons rencontré est de faire de la publicité pour nos festivals car nous n’avons pas encore un groupe de supporters fidèles. Nous avions bien commencé à élargir notre public quand le COVID-19 a tout arreté, et ensuite nous n'avons pas pu tenir notre festival pendant deux ans. Depuis 2022, nous avons recommencé à attirer de plus en plus des gens à notre festival.
Linda : Malgré toutes ces difficultés, nous avons été heureux de nouer des contacts avec des organistes locaux et internationaux de renom tels que François Delor, Lionel Rogg et Vincent Thèvenaz. Ce dernier, qui est également l'actuel organiste titulaire de la Cathédrale Saint-Pierre, nous a énormément aidés. Il a même suggéré un partenariat entre la Cathédrale et l'Auditoire, reliant nos séries respectives de concerts de printemps. Un autre atout de l'organisation des concerts était l'interaction et la communication avec les organistes invités. C'était vraiment merveilleux de rencontrer chacun d'eux.
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Pouvez-vous nous parler de vos critères de sélection des artistes ?
Rebecca : Nous avons essayé de sélectionner des organistes de la région qui sont assez connus pour attirer des mélomanes de Genève. Ils représentent tous les âges et nous nous efforçons d’inclure au moins une femme organiste dans chaque festival. Les artistes sont encouragés de choisir leurs programmes librement pour donner une idée de la polyvalence de l'orgue Aubertin.
L'AOA communique-t-elle et collabore-t-elle avec d'autres organisations similaires ?
Rebecca : Oui. Nous travaillons en partenariat avec les Concerts de la Cathédrale à Genève. Nous avons été interviewés par Léman Bleu pour leur reportage sur les actualités locales et des journalistes de la Tribune de Genève ont publié deux articles sur l'orgue Aubertin.
Et avec toute association publique non liée à la musique ?
Linda : Jusqu'à présent, non.
Selon vous, comment trouvez-vous la situation de la musique d'orgue et des organistes aujourd'hui dans notre société ?
Rebecca : Heureusement beaucoup de concerts d’orgue sont organisé régulièrement dans la région avec le résultat que le public en général est exposé à la musique d’orgue en concert, mais souvent le public pour ces concerts est assez réduit. Il est difficile pour les organistes professionnels de gagner assez d'argent de leurs concerts pour vivre, et des cultes sont en train d’être supprimés progressivement, ce qui entraine une diminuation des revenus des organistes de l'église.
Linda : Je suis impressionnée par le nombre de jeunes organistes très doués à Genève et dans les environs aujourd'hui. D'une manière ou d'une autre, l'amour de la musique d'orgue est bel et bien vivant, même si le nombre des paroissiens dans les églises locales est en déclin. Il y a un grand intérêt pour la transcription d'autres types de musique pour l'orgue ainsi pour montrer les différentes manières dont l'orgue être utilisé dans une société laïque. Un exemple est le festival « L’orgue fait son cinéma » promu par Vincent Thévenaz et d'autres ou des films muets sont accompagnés par l'orgue comme dans le temps.
Quelle serait la différence entre un organiste concertiste et un organiste d'église ?
Linda : De nombreux concertistes sont également organistes d'église et organisent régulièrement des séries de concerts tout au long de l'année liturgique dans leurs églises. Non seulement ils invitent d'autres artistes à participer, mais ils se produisent également eux-mêmes. Ces organistes ont atteint un niveau élevé de compétence grâce à des années d'études dans des institutions prestigieuses et enseignent maintenant dans des conservatoires ou écoles de musique.
Un autre aspect de leur vie est de donner des concerts, à l’étranger, que ce soit en Europe ou ailleurs dans le monde. Mais tous les organistes d'église ne rentrent pas dans cette catégorie. De nombreux organistes d'église ne sont pas des musiciens à plein temps. Ils peuvent avoir beaucoup de talent quand il s’agit de jouer de l'orgue mais aucun intérêt à se produire en concerts.
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Comment communiquer la passion de la musique d'orgue, qui inclut très souvent la musique sacrée, dans notre société sécularisée ?
Rebecca : Dans nos récitals de festival, nous invitons toujours l'organiste à introduire verbablement son programme, afin de rendre la musique vivante pour les auditeurs, Après les récitals, ils sont également encouragés à discuter de leurs programmes avec les membres du public et nous permettons au grand public d'essayer de jouer de l'orgue. Au moins un des récitals de chaque festival est suivi d'un apéritif pour permettre aux interprètes de faciliter les contacts avec le public, et les membres du comité.
Nous voyons que vous vous intéressez beaucoup aux générations futures et avez quelque chose que vous souhaitez leur transmettre. Quels sont ces messages et comment les communiquez-vous?
Rebecca : Un de nos buts a toujours été de rendre l’orgue intéressant pour les jeunes, ce qui nous a inspiré d’organiser un récital spécial pour enfants dans un de nos festivals. À l'avenir, nous voudrions continuer de mettre le projecteur sur la musique d'orgue qui sort de l'ordinaire et qui marie l’orgue avec d’autres instruments. Nous voudrions que le public de nos festivals comprenne qu'un bon orgue mécanique comme le nôtre peut durer pendant des générations et est assez polyvalent pour s'adapter à tous les goûts et tous les besoins.
Linda : Personnellement, je pense qu'il devrait y avoir plus de concerts axés sur les enfants et leurs parents. Ces concerts doivent être amusants et interactifs et doivent toujours inclure de jeunes organistes débutants. D'autres types de concerts d'orgue pourraient être de nature didactique, où le public apprend entre autres :
Comment le son est produit sur un orgue à travers ses tuyaux,
Pourquoi les nombreux tuyaux produisent des sons différents,
Comment un orgue peut être comparé à un orchestre symphonique
Pourquoi il y a plus d'un clavier
Ce type de programme musical doit aider le public de mieux comprendre cet instrument, complexe mais merveilleux.
Dans quelle direction souhaitez-vous que le festival « Souffle de Printemps » continue ?
Linda : Je pense qu'il devrait continuer à s'appuyer sur les bases solides que nous avons déjà établies. Mais avec un peu de chance, en étant subventionnés plus largement, nous pourrions inviter des organistes d'autres pays d'en dehors de l'Europe.à participer à nos festivals. Et deuxièmement, j'aimerais voir peut-être une "mini série d'orgues" spécialement pour les enfants et leurs familles comme je l'ai mentionné déjà..