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Soutenir l'initiative "Davantage de logements abordables"
L'initiative populaire fédérale de l'Asloca pour "davantage de logements abordables", déposée avec 125'000 signatures récoltées en un an., sera soumise au vote du peuple et des cantons le 9 février. Elle veut encourager la construction de logements à loyers modérés, en fixant un minimum de 10 % de logements d'utilité publique dans les logements nouvellement construits (soit une proportion double de l'actuelle, qu'aucune disposition légale ou constitutionnelle n'impose), par des maîtres d'ouvrages (collectivités publiques, coopératives) œuvrant précisément à la construction de logements d'utilité publique. Ces 10 % représentent une proportion tout à fait atteignable : à Zurich, par exemple, l'objectif de la Ville est de 33 % de logements d'utilité publique sur son territoire. L'initiative propose aussi un droit de préemption des cantons et des communes, c'est-à-dire la possibilité pour elles d'acheter en priorité des terrains ou des immeubles mis en vente pour y construire, ou les affecter, à du logement "social", c'est-à-dire aux logements qui échappent à la spéculation, dont les loyers ne sont pas soumis à la loi du rendement maximum et à celle du profit à court terme. Le parlement fédéral et le gouvernement combattent (évidemment) l'initiative, mais selon un sondage Tamedia d'avant Noël, 63 % des Suissesses et des Suisses pourraient la soutenir . Une proportion encourageante, mais qu'il s'agit de maintenir jusqu'au moment du vote, face à une droite qui se met en ordre de bataille contre l'initiative.
90 % de logements soumis, totalement ou partiellement, aux (saintes) "lois du marché", c'est bien assez.
Les ménages de ce pays consacrent jusqu'à 40 % de leur ressources à leur loyer : c'est plus que pour les primes d'assurance-maladie, dont tout le monde convient qu'elles sont particulièrement lourdes à assumer -et pour le paiement desquelles des subsides sont versés à un nombre croissant d'assurés. Or les locataires de logements d'utilité publique paient un loyer inférieur d'un quart à un tiers au loyer d'un logement équivalent hors contrôle public. C'est dire que la mise à disposition d'une part suffisante de logements d'utilité publique, aux loyers contrôlés, voire fixés par la loi, devrait s'imposer. Et pas seulement dans les régions (comme, exemplairement, Genève) qui souffrent d'une crise chronique de l'offre de logements : même là où (comme à Sion ou Sierre) le taux de logements vacants est dix fois supérieur à celui de Genève, les loyers ne baissent pas (contrairement à ce laisse croire la brochure officielle du scrutin, qui développe une argumentation contenant des erreurs factuelles et d'opportuns oublis de références en laissant supposer que les loyers n'augmentent plus depuis 2016 et en affirmant que les prix moyens des logements sont en baisse, alors que l'Office fédéral de la statistique observe que les loyers sont en augmentation constante et que la part du loyer dans le revenu disponible est de plus en plus lourde. Contrairement à ce que clament les milieux immobiliers, le marché ne "régule" pas les prix, et le besoin de logements d'utilité publique ne se vérifie pas qu'à Genève. Une initiative fédérale comme celle de l'Asloca se justifie donc, quoi qu'en clame la droite.
Seuls 40 % des habitants de la Suisse sont propriétaires de leur logement et, rappelle la Conseillère aux Etats Marina Carobbio (PS), "la Suisse est un pays de locataires"... Marina Carobbio ajoutant : "...doté d'un parlement de bailleurs"... qui nous la baillent belle en agitant le spectre de l'"étatisation". Et pourquoi pas de la collectivisation forcée et du communisme de guerre, tant qu'on y est ? il ne s'agit pas d'étatiser le logement, ni de priver les acteurs privés de la possibilité d'investir dans l'immobilier : 10 % de logements d'utilité publique, cela signifie tout de même 90 % de logements soumis, totalement ou partiellement, aux (saintes) "lois du marché". C'est bien assez. Peut-être même un peu trop.