Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07206.jsonl.gz/1183

Débat
Le président. L'ordre du jour appelle la M 2421-B et je passe la parole à M. Jean Batou.
M. Jean Batou (EAG). Merci, Monsieur le président. Deux de nos anciens collègues, malchanceux aux dernières élections, ont déposé une motion - et ils ont eu raison de le faire, il faut le dire - demandant que Genève se souvienne de la révolution radicale d'octobre 1846, comme Genève doit se souvenir des mouvements révolutionnaires du XVIIIe siècle. Cela dit, lorsqu'ils déclarent que la révolution radicale a fait avancer notre démocratie un peu plus que la Restauration, la comparaison me fait quelque peu frémir, parce que d'un côté la révolution radicale a été l'affirmation de nos droits démocratiques, tandis que de l'autre la Restauration a représenté un recul, un recul abyssal par rapport aux droits dont nous disposions à la fin du XVIIIe siècle. Du reste, voici ce que disait Henri Fazy de la constitution issue de la Restauration: «Vous n'y trouverez aucune mention [...] de la souveraineté populaire. En fait, le peuple genevois [...] se trouvait presque entièrement dépouillé des attributions souveraines dont il avait joui jusqu'en 1798. [...] Le législateur de 1814 se laissait maîtriser par les souvenirs de l'ancienne Genève aristocratique et il oubliait que depuis 1789 des idées nouvelles avaient surgi [...]. C'était une oeuvre purement rétrograde [...].»
Par ailleurs, le Conseil d'Etat se moque un peu du monde lorsqu'il nous répond ceci - je cite: «Sur le plan genevois, des événements historiques sont commémorés à l'initiative d'associations.» Voyez-vous ça ! (Exclamation.) «Le Conseil d'Etat choisit de participer ou non aux célébrations mais n'intervient pas dans la définition des actes mémoriels.» En réalité, c'est faux, parce que le règlement sur le protocole, du 1er janvier 1971, indique clairement que le Conseil d'Etat participe aux manifestations du 1er juin, du 1er août, de l'Escalade et de la Restauration. Or sur ces quatre événements, il y en a deux - la Restauration et le débarquement des Fribourgeois et des Soleurois - qui saluent la restauration quasiment de l'Ancien Régime. De plus, M. Claude Bonard - ancien secrétaire général de la chancellerie d'Etat et ancien officier spécialiste au sein du service historique de l'armée - indiquait l'année dernière sur son blog que c'est le Conseil d'Etat lui-même qui a redonné tout son lustre, dans les années 1990, à la cérémonie du 1er juin, négligée depuis des décennies, sous l'impulsion d'une magistrate PLR.
Mais revenons à la motion. Que demande-t-elle ? Elle invite le Conseil d'Etat à faire ériger une stèle à l'endroit des combats de la révolution de 1846. Chiche, pourquoi pas une stèle... Puis, dans sa deuxième invite, elle demande l'édition d'une plaquette officielle par le Conseil d'Etat pour expliquer aux Genevois ce qu'a été la révolution de 1846. Non, de grâce, nous n'avons pas besoin d'une histoire officielle ! Et plutôt que de revendiquer une plaquette ou une stèle, nos amis Magali Orsini et Pierre Gauthier devraient se souvenir du message fort des révolutionnaires de 1846, en particulier en matière de laïcité démocratique. Dès lors, une bonne manière de leur rendre hommage serait de voter non le 10 février prochain à une loi liberticide qui trahit les idéaux de James et Henri Fazy. Merci. (Applaudissements.)
Une voix. Bravo !
Le président. Merci pour cette propagande électorale ! Je passe la parole à M. Patrick Dimier.
M. Patrick Dimier (MCG). Merci, Monsieur le président. J'aimerais juste rappeler ici que ce n'est pas par hasard que le 31 décembre, date de la Restauration, est un jour férié. Mais ce qu'on célèbre le jour de la Restauration, c'est non pas la restauration d'un ancien régime qui peu de temps après a été blackboulé, mais le fait qu'on a bouté hors des murs un occupant. Voilà ce qu'on célèbre le jour de la Restauration ! Quant à célébrer Henri et pourquoi pas l'autre Fazy, c'est oublier Carteret, qui est quand même le père de la laïcité.
Le président. Je vous remercie, Monsieur le député. La parole n'étant plus demandée, il est pris acte de ce rapport.
Le Grand Conseil prend acte du rapport du Conseil d'Etat sur la motion 2421.