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Le premier « baromètre » GFS-RTS des intentions de vote pour les élections fédérales de l'automne prochain a été publié au début du mois. Selon ce sondage, l'UDC resterait le premier parti du pays mais, avec 24,6 % des intentions de vote, serait en recul de deux points. Le PS resterait le deuxième parti du pays, avec 20,1 % des intentions de vote, soit une progression de 1,7 point, qui l'amènerait à son objectif proclamé de « dépasser les 20 % ». Suivraient, dans l'ordre, le PLR à 15,8 % (en progression de 0,7 point, mais loin de son objectif proclamé de « dépasser le PS », sur lequel il continuerait de perdre du terrain), le PDC à 11,2 % (en recul de 1,1 point), les Verts et les Verts libéraux à 7,3 % chacun (ce qui correspond à un recul de 1,1 point des Verts et une progression de 1,9 point de leurs cousins de droite), le PBD à 4,8 % (en recul de 0,6 point), les Evangéliques à 1,8 %, l'UDF à 1,4 %, la Lega à 1 % et les « autres » à 4,7 % (mais qui sont-ils, ces « autres » ? le MCG leur est-il assimilé ? et la « gauche de la gauche« » ?).
La gauche suisse, entre un plancher d'un quart et un plafond d'un tiers de l'électorat...
Les indications du « baromètre » électoral GFS-RTS de cet automne 2014 ne sont, pour la gauche, ni glorieuses ni désespérantes : elles ne signalent pas un mouvement massif de l'électorat vers la gauche (ce que gagne le PS est en grande partie compensé par les pertes des Verts, ce que perd l'UDC est en grande partie compensé par la légère progression du PLR, de l'UDF et de la Lega, et au total on est toujours dans un rapport gauche-droite d'un contre deux), mais peut-être, tout de même, un début de commencement de lassitude de l'électorat devant les frénésies monomaniaques de l'UDC. Même si le «baromètre» suggère que sur les enjeux sociaux (le chômage, les assurances sociales, l'AVS) c'est le PS qui apparaît comme le force politique la plus crédible, on aura l'optimisme prudent -d'autant plus prudent que la gauche n'a pas encore résolu les quelques légers problèmes ontologiques qui la rendent peu perceptible à celles et ceux dont elle sollicite les suffrages, mais aussi (surtout) les engagements militants lui manquent.
C'est qui, d'ailleurs, aujourd'hui, la gauche, en Suisse? Un parti socialiste qui consacre plus d'efforts, de moyens et de temps à défendre, voire renforcer, sa place dans les institutions politiques qu'à expliquer à quoi il y sert, ce qui motive cet investissement et ce qu'il entend en faire; des Verts qui, à force de vouloir sauver la planète oublient de se battre pour ceux qui y vivent; une « gauche de la gauche » à ce point obsédée par sa relation œdipienne avec le PS qu'elle en oublie de se rendre politiquement utile à autre chose qu'à lui servir de roue de secours militant. Et tout cela pour ne composer qu'une gauche pesant un tiers des suffrages lors des élections fédérales, et qui, depuis un siècle, dans une configuration organisationnelle ou une autre (le PS étant d'ailleurs la seule de ses composantes partisanes présente de sa fondation à aujourd'hui), oscille entre un plancher d'un quart et un plafond d'un tiers de l'électorat... Faut-il pour autant se résigner à peser si peu ?
Quand le « baromètre » électoral semble suggérer une « bipolarisation » du champ politique suisse entre une UDC dominant le débat migratoire et un PS dominant le débat social, il convient de ne pas oublier avant de sabler le champagne que la «bipolarisation» ne signifie pas l'alternance, et que celle de notre pysage politique fédéral est frappée du sceau de l'inégalité, l'UDC étant la composante la plus forte d'une droite que soutiennent deux fois plus de citoyennes et de citoyens que la gauche, autour du PS. Des propositions politiques clairement droitières ont donc, a priori, bien plus de chances d'être adoptées que des propositions politiques de gauche clairement affirmées. A priori, seulement. Parce qu'il y a, ensuite, tout le travail politique que l'on peut faire pour gagner à sa cause celles et ceux qui n'y sont pas, a priori, favorables.
La gauche ne gagne donc rien à diluer ses propres propositions dans l'espoir qu'une partie de la droite les acceptera et le sort de l'initiative pour une caisse publique d'assurance-maladie (qui avait renoncé à re-proposer des primes en fonction du revenu) le prouve.
Les soupes épicées effarouchent sans doute plus que les brouets aqueux, mais qui applaudit l'échanson qui lui sert de l'eau tiède ?