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Les «obligations bleues» qui investissent dans la protection des océans pourraient connaître le même succès que leurs équivalents «verts». Mais le succès n’est pas garanti, car il rencontre certains obstacles.
Par Kris Atkinson, gestionnaire de portefeuille Obligations
Un flot ininterrompu de plastique et d’eaux usées se déverse dans nos océans. Mais où sont les flux de capitaux qui permettraient de les protéger?
Quelques 25 milliards de dollars sont investis chaque année dans la protection des océans. Malheureusement, il en faudrait 150 milliards de plus [1]. Cette situation est préoccupante. Les océans fonctionnent comme un puits de carbone et ont absorbé environ 40% du carbone émis par l’humanité depuis 1850. [2]
Les marchés financiers doivent combler ce déficit de financement. Les obligations océaniques «bleues» constituent l’une des options éventuelles. A l’instar de leurs équivalents terrestres «verts», elles orientent les capitaux des investisseurs vers des projets durables de protection des océans. Les investisseurs et les émetteurs ne sont toutefois guère intéressés. Début 2023, les obligations bleues représentaient moins de 0,5% du marché des obligations durables [3].
Juste une goutte dans l’océan.
Pourquoi ce marché accuse-t-il un tel retard? Pour commencer, les obligations bleues sont généralement émises par des pays à faible revenu qui dépendent fortement des océans et de leurs ressources. Ils ont souvent une notation de crédit mauvaise et sont davantage affectés par les phénomènes climatiques extrêmes. Cela rebute de nombreux investisseurs.
L’émission d’emprunts d’Etat bleus n’est toutefois pas vouée à l’échec. Un emprunt émis par les Bahamas l’an dernier a été couvert par une garantie à hauteur de USD 200 mio., approuvée par la Banque interaméricaine de développement (BID). PBG a non seulement permis à cet emprunt d’atteindre une taille correcte (USD 385 mio.), il a également contribué à la minimisation des risques et conféré à l’opération une note AAA. De telles collaborations pourraient rendre le marché plus intéressant pour les investissements.
L’emprunt bahaméen a en outre été utilisé pour soutenir des entreprises locales focalisées sur l’océan et les investisseurs ont ainsi pu espérer des rendements. Les émetteurs devraient choisir des projets commercialement attrayants comme dans le cas présent. Cela suscite l’intérêt des investisseurs qui n’associent souvent les obligations bleues qu’à des projets non rentables. Les autorités pourraient y contribuer en introduisant un système comparable à celui du financement vert, où le prix pour le carbone et les mesures est fixé selon le principe du pollueur-payeur. Les obligations bleues ne parviendront à s’imposer que lorsqu’il y aura une incitation économique comparable pour poursuivre ces projets.
Des standards de marché clairs sont en outre requis, pour que les capitaux des investisseurs soient véritablement affectés à des projets bleus et non à des projets gris. Une taxonomie universelle irait dans ce sens. Un consortium dirigé par l’International Capital Market Association (ICMA) publiera prochainement un cadre réglementaire pour les obligations bleues attendu depuis longtemps. C’est un pas nécessaire dans la bonne direction. Les erreurs d’allocations sur le marché des obligations vertes (pour lequel il existe un cadre depuis 2017) suggèrent que les émetteurs peuvent infléchir les règles, de façon relativement flagrante parfois. La mauvaise allocation des fonds sur le marché des obligations bleues est encore plus simple, car le progrès est difficilement mesurable.
Les investisseurs ne prendront confiance dans le marché que lorsqu’ils pourront facilement mesurer les conséquences des projets. A cet effet, le cadre du Groupe de travail sur la publication d’informations financières relatives à la nature (TNFD) doit aider les organisations à rendre compte des risques en lien avec la nature et à agir en conséquence. Mais il y a un problème. Comme il n’existe pas d’indicateurs explicites, l’approche du TNFD doit se baser sur les objectifs: aucune perte nette de la diversité biologique jusqu’en 2030 et des gains nets d’ici 2050. La définition de ce qui est jugé «positif pour la nature» et la preuve de ces gains pourraient donc être tout aussi problématiques que la mesure du progrès en général et pourraient finalement dissuader les entreprises de participer à de tels cadres réglementaires.
C’est donc aux investisseurs d’intervenir. Le capitalisme durable fonctionne le mieux quand les investisseurs collaborent avec les entreprises. Même si les paramètres semblent encore complexes actuellement, une meilleure acceptation pourrait enclencher un cycle positif: une publication renforcée débouchera sur de meilleurs objectifs et l’atteinte de ces derniers nécessitera du capital, ce qui stimulera la croissance des marchés tels que celui des obligations bleues. La popularité des obligations vertes montre qu’il y a du capital. Il s’agit à présent de le mobiliser.
[2] “Global carbon budget 2019,” Earth System Science Data, 2019, Volume 11, Number 4.
[3] “The Blue Bond Market: A Catalyst for Ocean and Water Financing,” Journal of Risk and Financial Management, 2023, 16, 184.
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