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Image de synthèse des deux immenses gratte-ciel parallèles. [NEOM/AFP]Appelés "The Line", les deux immenses gratte-ciel parallèles de 500 mètres de haut, 200 mètres de large et 170 kilomètres de long, devraient former le centre de la ville prévue sur la mer Rouge. Ce projet phare de plusieurs centaines de milliards de dollars est celui du prince Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume, qui cherche à diversifier l'économie du pays pétrolier.
Avec ses taxis volants et robots domestiques, NEOM a fait beaucoup parler d'elle depuis sa première annonce en 2017, même si des architectes et des économistes ont mis en doute sa faisabilité.
Elle a été présentée au départ comme une "Silicon Valley" régionale, sorte de centre de la biotechnologie et du numérique s'étendant sur 26'500 kilomètres carrés.
Répondre aux "crises de l'habitabilité et de l'environnement"
Mais lors de la présentation lundi soir de "The Line", le prince a esquissé une vision encore plus ambitieuse, décrivant une ville utopique sans voitures, la plus vivable "sur toute la planète".
L'idée est de repenser la vie urbaine sur une surface de seulement 34 kilomètres carrés pour répondre aux "crises de l'habitabilité et de l'environnement", a-t-il ajouté, suscitant une nouvelle fois le scepticisme chez certains.
"Le concept a tellement évolué depuis sa conception initiale qu'il est parfois difficile de déterminer sa direction", commente Robert Mogielnicki de l'Arab Gulf States Institute à Washington.
>> Vidéo promotionnelle du projet sur Youtube:
Dans un endroit "totalement invivable"
L'un des grands défis du projet NEOM sera de respecter les promesses en matière de protection de l'environnement. L'Arabie saoudite s'est engagée, sans convaincre les défenseurs de l'environnement, à atteindre la neutralité carbone d'ici 2060. Selon une vidéo promotionnelle publiée lundi, le site sera totalement alimenté par des énergies renouvelables et présentera "un microclimat tempéré toute l'année avec une ventilation naturelle".
NEOM est bien positionnée pour bénéficier de l'énergie solaire et éolienne, et la ville devrait accueillir la plus grande usine d'hydrogène vert du monde, note Torbjorn Soltvedt (cabinet de conseil Verisk Maplecroft), interrogé par l'AFP. "Mais la faisabilité de NEOM dans son ensemble n'est pas claire étant donné l'ampleur et le coût sans précédent du projet".
Pour Philippe Rham, architecte spécialisé dans le lien entre architecture et climat, il s'agit d'un projet "daté dans son expression architecturale, sur lequel on a ajouté les questions écologiques actuelles". Interrogé dans l'émission Tout un monde vendredi, le Suisse s'est montré très sceptique quant à la localisation de la future mégalopole.
Les promoteurs promettent "un microclimat tempéré toute l'année". [NEOM/AFP]"C'est très étonnant d'annoncer qu'on va faire une ville dans l'endroit le plus invivable au monde. Ce sont des zones qui n'ont pas été urbanisées jusqu'au 20e siècle, et si elles l'ont été par la suite, c'est grâce à l'air conditionné qui permet de baisser la température. Avec le réchauffement climatique, on ne pourra pas survivre en dehors de cette ligne d'air conditionné", avance-t-il.
Nécessaire boom démographique pour le pays
Les autorités ont évoqué dans le passé le chiffre d'un million d'habitants à NEOM. Mais le prince héritier a désormais fixé la barre à 1,2 million d'ici 2030 et neuf millions à l'horizon 2045. Ce calcul mise sur un boom démographique nécessaire, selon lui, pour faire de l'Arabie saoudite une puissance économique capable de rivaliser dans tous les secteurs.
A l'échelle nationale, l'objectif est d'atteindre 100 millions d'habitants en 2040, "près de 30 millions de Saoudiens et 70 millions ou plus d'étrangers", contre environ 34 millions d'habitants aujourd'hui, a déclaré Mohammed ben Salmane.
"C'est l'intérêt principal de la construction de NEOM: augmenter la capacité (démographique, ndlr) de l'Arabie saoudite (...). Et puisque nous le faisons à partir de zéro, pourquoi copier les villes normales?"
Un élément de communication
Le projet NEOM s'inscrit dans une actualité géopolitique particulière: le prince Mohammed ben Salmane est actuellement en tournée en Europe. Il a notamment rencontré jeudi soir le président français Emmanuel Macron dans le cadre d'un repas.
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"On est en plein coeur de la communication mégalomanique et pharaonique de Mohammed ben Salmane", affirme Clarence Rodriguez, journaliste, consultante et ancienne correspondante en Arabie saoudite pendant 12 ans, vendredi dans Tout un monde. "Il a envie de marquer son retour sur la scène internationale."
Selon la journaliste, l'annonce intervient à un moment "opportun" pour le prince, en pleine guerre entre l'Ukraine et la Russie. "Les pays occidentaux ont besoin de l'Arabie saoudite, premier pays exportateur de pétrole au monde, pour augmenter les vannes de la production pétrolière et soulager le marché", souligne-t-elle, en rappelant aussi que Mohammed ben Salmane est accusé d'être le commanditaire de l'assassinat de l'éditorialiste Jamal Khashoggi en 2018.
La spécialiste doute par ailleurs de l'ambition écologique du projet saoudien. "L'Arabie saoudite, tout comme les pays du Golfe, assoit sa suprématie sur la rente pétrolière. Cela pourrait prendre plusieurs générations avant que ces pays se mettent vraiment à l'écologie", affirme Clarence Rodriguez.
Sujet radio: Benjamin Luis
Texte web: afp/oang/iar
Le modèle de "l'urbanisme à gravité zéro"
D'une largeur de 200 mètres seulement, "The Line" doit répondre à l'étalement urbain incontrôlé et nuisible à l'environnement, en superposant maisons, écoles et parcs, selon le modèle de "l'urbanisme à gravité zéro".
Image de synthèse de l'habitat imaginé pour le projet NEOM. [NEOM/AFP]
Les résidents auront accès à "tous leurs besoins quotidiens" en cinq minutes à pied, ainsi qu'à d'autres facilités comme des pistes de ski en plein air et "un train à grande vitesse avec un trajet de bout en bout (de la ville) de 20 minutes", selon le communiqué de presse publié lundi.
NEOM devrait aussi être régie par sa propre loi, en cours d'élaboration, mais les responsables saoudiens ont d'ores et déjà affirmé qu'ils n'avaient pas l'intention de lever l'interdiction de l'alcool imposée dans le royaume conservateur.
Une première phase estimée à 320 milliards
Le coût de la "première phase" de NEOM, qui s'étend jusqu'en 2030, est évalué à 1200 milliards de riyals saoudiens (environ 320 milliards de francs), selon le prince Mohammed.
Outre les subventions gouvernementales, les fonds devraient provenir du secteur privé et de l'introduction en bourse de NEOM prévue en 2024.
Le financement reste un défi potentiel, même si le contexte actuel, marqué par la flambée des prix du pétrole, est plus favorable pour le royaume que durant la pandémie de Covid-19.