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Dans la Comédie des erreurs de l'aide officielle au cinéma, le chapitre sur Reni Mertens et Walter Marti est important: il permet de rendre honneur à ces cinéastes et promoteurs du cinéma, deux fonctions indissociables chez eux.
A l'époque, quand il aurait fallu les aider avec prévoyance, à leurs débuts, puis à la poursuite de leur travail, l'aide au cinéma de la Confédération s'est montrée obtuse. Peut-être parce que Mertens et Marti ne cherchaient pas purement et simplement une aide financière, mais aussi une «appréciation» de leur démarche. En ce temps-là comme aujourd'hui, d'ailleurs. Et ils exigeaient un comportement radical, avec la conviction que c'est des contradictions que naissent les vérités. Par exemple, au milieu des années soixante, l'enfance handicapé n'était pas une thématique: ils en firent cependant un film émouvant, leur meilleur film peut-être, Ursula ou le droit de vivre, et l'œuvre leur donna raison, après coup. De même, en 1968, c'était d'une folle audace de produire le film de Rolf Lyssy, «Eugen heisst wohlgeboren» (Eugène le bien né) - le temps finit par leur donner raison. Avec «Les apprentis» de Alain Tanner, il en fut de même.
Qui, aujourd'hui, souhaite savoir ce qu'il en est du cinéma suisse, tirera grand profit d'un entretien avec Reni Mertens et Walter Marti. Ils ont garde la vue claire et le coup d'œil pour l'essentiel. Ils argumentent implacablement, toujours avec efficacité, quitte à contrarier, irriter, impatienter; et ils en ont en retour brusquerie et hargne. Mais Mertens et Marti maîtrisent bien la discussion et ne craignent pas le conflit. La controverse fait bel et bien partie du cinéma suisse, mais dans ce domaine ils sont en avance et au-dessus, parce qu' ils possèdent une véritable culture de la confrontation. Leur franc-parler a de la souveraineté et de la compétence.
Leur réussite et leur mérite, c'est d'avoir montré aux réalisateurs de films, et de le montrer encore aujourd'hui, que le cinéma a toujours au départ une implication politique; qu'il s'impose donc de s'occuper des conditions de travail afin de les modifier et de les améliorer. Reni Mertens et Walter Marti, également aux débuts de l'Association suisse des réalisateurs de films, ont transposé la pensée brechtienne au cinéma. Cela caractérise et définit leur engagement et c'est leur programme en politique cinématographique. Ils furent d'ailleurs parmi les premiers à en avoir un, de programme, lorsque l'ancien cinéma suisse tirait à sa fin et que le nouveau s'annonçait.
Ce n'est donc pas que l'aide officielle au cinéma était contre Mertens et Marti, c'est qu'ils avaient de l'avance sur elle. Je formerai donc le double vœu suivant: que Reni Mertens et Walter Marti conservent cette avance, mais que la politique de l'aide au cinéma fasse encore de plus grands pas.
Octobre 1982 (Traduit de l'allemand)
Alex Bänninger: Chef de la section Cinema à l'Office fédéral der affaires culturelles de 1972 à 1984; Chef du département Culture et Société ä le Télévision suisse à Zurich, depuis écrivain et journaliste indépendant.
Source :Irène Lambelet (ed.) L'unité des contraires. Reni Mertens, Walter Marti. Dossier Pro Helvetia. Lausanne (Aux Editions d'en bas), 1989. (Version complétée et actualisé du dossier en allemand; 124pp., épuisé). – Nous remercions Alex Bänninger de son accord pour la publication.
© 2002 Alex Bänninger
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