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C’est grâce à son statut de diplomate que François Lachenal a pu contribuer, pendant la Deuxième Guerre mondiale, à l’édition, en Suisse, de textes résistants français, et à la diffusion, en France occupée, de volumes imprimés à Genève ou Lausanne. « Cette période fut, pour la Suisse, entre autres devoirs, l’occasion de prendre le relais de l’édition française – voire d’être un refuge – et, pour moi, de tirer pleinement profit de mon poste à Vichy en jouant au “porteur de valises”, comme l’on disait déjà », écrira-il cinquante ans plus tard. Après Vichy, Lachenal est nommé en octobre 1944 à Berlin, où il représente les intérêts des belligérants au nom de la Suisse reconnue comme puissance protectrice. Il termine la guerre à Berne, au Département politique fédéral, mais retrouvera l’Allemagne dans les années qui suivront, œuvrant par son activité culturelle à la réconciliation entre les nations.
« Profession : écrivain. » Combien d’auteurs romands ont pu affirmer de la sorte, sur leurs papiers officiels, leur statut d’écrivain professionnel ? « Homme de lettres », « journaliste », oui, ainsi Budry, Crisinel, Gustave Roud, mais pas « écrivain ». Cette carte d’identité de C. F. Ramuz nous rappelle que le romancier a vécu de sa plume, et ce, non pas en sacrifiant son travail personnel à la rédaction d’articles alimentaires, mais en se consacrant entièrement à l’édification d’une œuvre exigeante et diverse. On relèvera au passage qu’aux yeux des autorités communales de Pully des années 1940, l’écrivain dont le visage est devenu si familier aux Suisses romands ne se distinguait par aucun « signe particulier »…
Le permis de conduire de Paul Budry n’aurait que peu de valeur, s’il n’avait joué un rôle – même anecdotique – dans l’histoire des lettres romandes. En 1926, Budry emmène C. F. Ramuz et le peintre Henry Bischoff dans sa Talbot « à la recherche de la France ». Le but ? Rejoindre Henri Pourrat en Auvergne et, pour Ramuz, étudier la France rurale en vue d’un essai sur la paysannerie qui restera inachevé. Rien que de très banal, dira-t-on, à ceci près que Ramuz le sédentaire ne quittait pour ainsi dire pas le canton de Vaud, hormis pour de courts séjours à Paris. Sans ce permis, Ramuz n’aurait sans doute jamais visité les campagnes françaises depuis la Savoie jusqu’au Massif central.
« J’ai aimé la simplicité, la franchise du climat créé par les Boulanger. Je me souviendrai de ces moments avec une joie constante. » Jacques Chessex rendait ainsi hommage à l’accueil de Pierre et Mousse Boulanger à Radio Suisse romande, en 1966, dans une lettre à Gustave Roud. Journaliste à la radio à partir de 1955, Mousse Boulanger a produit pour l’antenne des heures d’émissions consacrées à la poésie et à la littérature, et en particulier aux auteurs de Suisse romande. Le titre de l’une d’elles, « La Tribune des poètes », dit assez l’ambition des producteurs : promouvoir la poésie, lui donner la parole, la faire entendre.