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La prospection aérienne
A la recherche des sites et des objets archéologiques immergés
Avec la contribution de Fabien Droz, aérostier et membre du Groupe de Travail Prospection (GTP).
La plupart des rives des grands lacs alpins subit une forte érosion qui a tendance à s'accélérer depuis ces dernières décennies. Pour l'archéologie, la conséquence est la destruction d'une grande quantité de sites qui se trouve sur la plate-forme littorale.
Dans la région des Trois-Lacs, l'érosion des fonds lacustres est consécutive à la 1ère correction des eaux du Jura à la fin du 19e siècle qui a abaissé nos lacs de 2,70m. Les villages lacustres, construits entre 3970 et 850 av. J.-C., protégés aujourd'hui par l'UNESCO sont fortement menacés par ce phénomène érosif. La sauvegarde de ce patrimoine nécessite une surveillance intensive de ces plateformes lacustres afin de chiffrer la vitesse d'érosion, de déterminer où celle-ci est particulièrement intense et de mettre en place des systèmes de protection.
Plusieurs centimètres de sédiments sont emportés chaque année et régulièrement de nouveaux sites ou mobiliers archéologiques, autrefois enfouis profondément dans la craie du lac, sont ainsi dégagés. Un programme de surveillance a été mis en place depuis les années 90. La rive sud du lac de Neuchâtel recule chaque année de quelques dizaines de centimètres. Le long de la rive nord, l'érosion est perceptible à une profondeur de 2 à 4 mètres où le lac refait progressivement son lit. Un contrôle périodique est donc indispensable pour réussir à intervenir suffisamment tôt dès l'apparition de nouveaux vestiges et avant que les courants les emportent dans les profondeurs du lac. Pour les palafittes, il est indispensable de tout mettre en œuvre pour assurer leur pérennité.
La prospection aérienne est un apport concret à ce programme de surveillance. La qualité d'observation depuis les airs et une couverture-photos périodique permet de contrôler l'évolution de l'érosion de la zone littorale de nos lacs jusqu'à une profondeur de 6 à 8 mètres qui correspond généralement à la profondeur maximale de la zone comprise entre la berge et le tombant.
L'observation aérienne est délicate et nécessite des conditions météorologiques bien précises. Le nombre de jours est très limité où des observations des zones immergées sont possibles. La meilleure période est la saison froide, lorsque l'eau est la plus transparente et que les algues ont en partie disparu. Les vestiges à découvrir sont parfois presque imperceptibles et l'observation doit pouvoir se faire à vitesse très réduite.
Un programme a été mis en place avec la contribution de l'aérostier Fabien Droz. Son dirigeable est actuellement le moyen le plus approprié pour réaliser ce genre d'observation.
Entre 2008 et 2010, trois vols sur différents sites ont été réalisés au dessus du rivage nord du lac de Neuchâtel et ont démontré que la possibilité de voler à très faible vitesse et à différentes altitudes permet une identification très fine des éléments immergés. Les prises de vues ont mis en évidence des pieux, des bois couchés ou des galets de dimensions inférieurs à dix centimètres sans même qu'un fort contraste de couleur soit nécessaire. L'absence de vitres, une vitesse de survol entre 5 et 10 km/h et un angle de vision de 270° font du dirigeable une plateforme très appréciable pour la surveillance et la détection de sites archéologiques littoraux immergés. Depuis 2012, une surveillance systématique et périodique des rives à l'aide du dirigeable a été décidée.
La planification d'un vol reste toutefois relativement difficile car, même si les conditions requises pour une bonne observation correspondent à des conditions idéales pour le vol en dirigeable, elles ne se présentent que quelques jours par année. Afin d'éviter les effets de déformations visuelles du fond du lac par les vagues et les risées, il faut une absence quasi totale de vent. La clarté de l'eau est essentielle et la couverture du fond par des algues doit être minimum. Un bon ensoleillement est également souhaitable pour mettre en évidence les différents constituants du fond par effet d'ombre. L'ensemble de ces conditions n'est généralement rempli que quelques jours en hiver ou au début du printemps. Ces jours seront idéalement placés après une période très froide et sèche.
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