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Dossier publié dans le Monde économique de décembre 2015
La recherche de la zone de confort est une réalité, non seulement pour la majorité des personnes travaillant dans une entreprise, mais aussi pour tout entrepreneur qui se lance, que ce soit dans l'économie classique, dans l'économie sociale et solidaire ou l'entrepreneuriat social, ou encore dans une de ces autres logiques économiques alternatives qui refleurissent aujourd'hui dans notre environnement quotidien.
La personne qui désire se lancer dans l'aventure entrepreneuriale passe habituellement par plusieurs phases successives, commençant par une curiosité sur le fait même d'entreprendre, de devenir son propre patron, avec toutes les conséquences que cela comporte. Puis vient la phase de conception, déclenchée soit par l'observation d'opportunités ou de problématiques dans un contexte spécifique, soit par une idée lumineuse dans un domaine scientifique, technique, opérationnel ou social.
Philippe Coste nous propose quatre grands profils d'entrepreneurs[1]: l'expert, qui compte sur son savoir-faire et sa connaissance du domaine de son projet; le militant, convaincu de pouvoir changer le monde, poussé par la force de ses valeurs et convictions; l'opportuniste, dont les buts sont essentiellement la rentabilité et la profitabilité; et finalement le créateur, mû principalement par le désir de faire naître quelque chose, peu importe quoi.
La phase de conception se termine par un abandon ou par une décision positive, sous l'impulsion d'un "je sais comment" de l'expert, d'un "j'y crois absolument" du militant, d'un "c'est une bonne affaire!" de l'opportuniste, ou encore d'un "je vais m'éclater" du créateur.
Commence alors une phase de grande fébrilité, celle de la transformation de l'idée originale et du concept, en un projet concret d'implantation et de décollage de l'activité envisagée. C'est là que l'entrepreneur devra sortir peu à peu de sa zone de préférences au travail, se forcer à faire ce qu'il aime le moins faire, courant autrement le risque de voir probablement son projet aller à la dérive.
Chacun d'entre nous a ses préférences au travail, dans un des domaines d'activités ou « fonctions » que l'on retrouve à tous les niveaux de la hiérarchie organisationnelle, depuis l'équipe opérationnelle, jusqu'au comité ou conseil d'administration, passant par tous les échelons, lorsqu'ils existent.
Donc, sortir de sa zone de confort, c'est affronter les domaines d'activités où nous ne nous sentons pas trop bien préparés, où ne nous naviguons pas autant de facilité, là où nous n'évoluons pas avec autant de plaisir et satisfaction.
A partir des dix-neuf sous-systèmes de tout être vivant, selon les définitions de J.G. Miller, la méthode Leonardo 3.4.5 en définit huit fonctions primordiales au sein de toute équipe. Ce sont les fonctions d'information, l'innovation, la promotion, le développement, l'organisation, la réalisation, la vérification et la stabilisation.
Elle préconise aussi que toute personne a une préférence primaire au travail ainsi que deux secondaires et que c'est dans celles-ci qu'elle pourra le mieux développer et exercer ses compétences sur le long terme. Cela ne signifie pas qu'elle ne pourra pas exercer des compétences dans d'autres fonctions, mais le résultat sur la durée sera certainement de la frustration, du stress et une totale absence de plaisir.
Ne demandez pas à un "innovateur" de passer de longues semaines à concrétiser son idée géniale, ou ne mettez pas la pression sur un "vérificateur" pour qu'il aille promouvoir et vendre le produit qu'il contrôle... vous aurez certainement de très mauvaises surprises!
Et pourtant, la personne qui démarre seule un projet d'entrepreneuriat, n'aura pas le choix ! elle devra sortir de sa zone de confort, de ses préférences au travail, car elle n'échappera pas à :
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Aller chercher une multitude d'informations sur son contexte, son terrain de jeu;
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Concevoir une solution adéquate en réponse aux besoins détectés sur le marché, de préférence innovante pour éviter une concurrence frontale;
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Promouvoir son concept et ses idées auprès des premiers bénéficiaires, usagers ou clients, ainsi qu'évaluer leurs réactions.
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Développer les prestations, les produits et les services qui composent la solution qu'elle a conçue auparavant, réaliser des prototypes et les soumettre à la critique;
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Planifier la fin de la phase de développement et organiser le passage en production, établir des scénarios et des projections de trésorerie;
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Réaliser les prestations résultant de ses premières « ventes », sans oublier de continuer à prospecter de nouvelles opportunités;
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Faire le suivi de ses activités, de leur qualité, de la satisfaction de la clientèle, de l'impact créé, de ses échéances, de son budget et de sa trésorerie… revoir ses prévisions;
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Et finalement prendre le recul nécessaire pour faire une évaluation globale de l'activité, afin d'en vérifier le degré de congruence avec les objectifs initiaux.
C'est un concert d'activités très différentes que l'entrepreneur doit souvent exécuter en solo! Malheureusement, il a souvent tendance à rester bien au chaud dans sa zone de confort et à en négliger un certain nombre, mettant ainsi la survie de son entreprise en danger. Combien de fois pouvons-nous observer un "expert" connaissant parfaitement son domaine, mais ignorant les caractéristiques de son futur marché, omettant d'aller sur le terrain chercher des informations et profiter pour faire de la promotion? Et combien de fois voyez-vous un "créateur" abandonner son entreprise en pleine phase de décollage, lorsque les choses tendent à se stabiliser ?
Si nous pouvions donner trois conseils aux futurs entrepreneurs, ce seraient les suivants:
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Développez une pleine conscience de vos préférences au travail et des fonctions qui vous attirent moins et que vous risquez de délaisser;
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Préparez-vous psychologiquement à sortir de votre zone de confort, planifiez-le et surtout n'hésiter pas à le faire;
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Si votre projet vous le permet, entourez-vous dès le départ de personnes qui n'ont pas les même préférences que vous, ainsi vous diminuerez la nécessité de sortir (trop souvent) de votre zone de confort!
Selon les études de l'Office fédéral des statistiques, les entrepreneurs et indépendants représentent environ treize pour cent des trois millions de personnes actives en Suisse, seraient-ils celles et ceux qui ont osé sortir de leur zone de confort?
Claude Michaud
[1] Osez créer votre entreprise, Philippe Coste 2011, GroupeEyrolles
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