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Selon ce que nous disent les théologiens, la Création est l'oeuvre de Dieu, lequel Dieu est omniscient, omnipotent et omniprésent.
Belle définition en vérité si ce n'est que le propre de la définition est de tracer un contour de la "chose" définie afin de la différencier de ce qu'elle n'est pas et, par conséquent, de la borner.
Or, l'omniprésence est justement une qualité sans borne qui ne laisse place à aucune autre "chose" que celle, unique, qui possède cette qualité.
Quant à l'omnipotence, elle suppose, pour celui qui la détient, l'exclusivité discrétionnaire de tous les pouvoirs et donc l'absence de liberté réelle pour tout être qui ne serait pas Dieu.
L'omniscience, quant à elle, me semble être la plus ennuyeuse des "qualités" prêtées à ce Dieu réputé parfait. Elle exclu la capacité d'apprendre et le progrès vers un futur imprévisible. (Le plaisir d'apprendre est l'apanage de l'ignorant.) Un dieu omniscient doit être un Dieu qui s'ennuie mortellement.
La perfection, dans son sens absolu, est fort heureusement une notion abstraite car son corollaire, l'imperfectibilité, aurait comme conséquence l'impossibilité du progrès comme de la régression. Un Dieu parfait serait immuable et par conséquent serait un Dieu mort.
Mais qui voudrait d'un Dieu mort ?
Certes pas les créatures qu'Il a, semble-t-il, faites à son image et qui, pour se venger sans doute de leur évidente imperfection, l'ont imaginé, à leur tour, avec toutes les inconséquences de leurs définitions.
Ressuscitons donc ce Créateur, si semblable à ses créatures et à toute sa Création qu'Il se confond avec elles.
Par conséquent ne craignons pas de lui restituer l'imperfection qui permet le progrès ainsi que le Diable et son train qui nous donnent au moins l'illusion, sinon la certitude, du libre choix dans la distinction que nous opérons entre le "bien" et le "mal".
Ainsi, la Création s'achève et n'est point achevée; mue par une progression qu'on espère sans fin. Créationnistes et évolutionnistes peuvent continuer leurs controverses en vain car ils observent, chacun d'un point de vue borné, deux aspects d'un seul et unique phénomène.
À l'échelle de l'Univers je crois que, Dieu merci, le septième jour de la Création qui pourrait bien signifier la fin du monde est encore loin, très loin, à l'infini des temps.
Le Lignon, le 16 avril 2001
Hermann JENNI
Alias DESJANTETS