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La Réforme a marqué l’histoire de la musique sacrée en réintroduisant dans les Eglises le chant communautaire qui quittait ainsi le chœur des clercs pour être assumé par l’assemblée des fidèles : depuis lors, la musique est un élément essentiel du culte qui a incité les réformés à créer des cantiques, en s’appuyant souvent sur des mélodies grégoriennes ou populaires, et à éditer des recueils pour les fidèles.
A la suite d’Augustin, Luther affirmait que la musique est un don de Dieu. Venant de Dieu, elle a presque autant d’importance que la théologie dont elle est la servante. Semblable à un feu ardent, une force, une puissance de la grâce et du pardon de Dieu pousse le croyant à le louer et à le remercier par le chant et la poésie. « Dieu lui-même prêche l’évangile à travers la musique. » Et cette musique devient le véhicule efficace du catéchisme, de la confession de foi, des prières mais aussi du texte biblique dont elle met en valeur le contenu. Le culte réformé, qui n’est plus centré sur le « sacrifice », vise désormais à atteindre un idéal de communion entre Créateur et créature par la prédication, le chant et la prière.
A Genève, Calvin s’est empressé lui aussi de réintroduire le chant communautaire : « Parmi les choses qui sont susceptibles de recréer l’homme et de lui donner du plaisir, la musique est la première ou une des principales ; et nous devons la considérer comme un don de Dieu dédié à cet usage. » Avec l’aide de poète et de musiciens, il a donné au protestantisme de langue française un répertoire important de psaumes et de cantiques.
En Allemagne, dès le 17e siècle, les musiciens attachés à une Eglise avaient dans leur cahier des charges l’obligation de composer de la musique pour le culte, parfois une cantate pour chaque dimanche. C’est donc dans un répertoire inépuisable que l’on peut choisir les cantates proposées le premier dimanche de chaque mois à Saint-Gervais. Les compositeurs, disposant de connaissances approfondies des procédures de l’écriture musicale, commentaient les textes, cherchant une harmonie entre les paroles, les notes, les accents, les tonalités et la langue du peuple des fidèles. Car à côté de son pouvoir émotionnel, la musique a un pouvoir descriptif et obéit à des règles de rhétorique.
Luther avait la conviction que la Parole de Dieu, dans la Bible, reste lettre morte tant qu’elle n’est pas proclamée. C’est par sa parole prêchée en chaire ou en musique que Dieu parle aux croyants, les fidèles lui répondant par la prière et le chant. Recherche dans le répertoire, exégèse du texte, travail sur la musique et l’interprétation historique, interprétation pour aujourd’hui, voilà comment se prépare un culte cantate. Parfois la cantate et la prédication se rejoignent, parfois elles donnent deux éclairages différents sur un même texte, le sens demeurant ouvert à l’écoute des fidèles.