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Mi-février 2012, Madame Concetta Tumminello a accepté de m'offrir de son temps pour discuter de son expérience de la maladie. C'est sur son lieu de travail à Lausanne que je l'ai retrouvée pour cet échange riche et singulier.
Charlotte : Pouvez-vous me raconter votre expérience du cancer et notamment de la perte des cheveux?
Concetta Tumminello : J'ai été dépistée d'un cancer du sein en septembre 2009. A la suite de cela, j'ai suivi une chimiothérapie, une hormonothérapie et ai subi deux chirurgies.
Quinze jours après la première chimio, j'ai commencé à perdre mes cheveux. Mon fils m'a proposé de me raser la tête mais j'ai refusé. Je l'ai ensuite fait avec l'aide d'un coiffeur à domicile.
Heureusement que je m'étais fait tatouer les sourcils précédemment pour un mariage, ça m'a sauvée!
J'ai acheté une perruque mais je ne l'ai mise qu'une seule fois. Ce n'était pas moi. A la place, j'utilisais des foulards colorés, que j'avais achetés sur la plage en Italie du Sud, pour couvrir ma tête.
Comment a réagi votre entourage à votre maladie, et à votre nouvelle apparence physique?
Mon fils a créé un site internet pour que je puisse témoigner de comment je me sentais. La maladie c'est personnel, c'est la solitude.
A l'époque, ma petite fille Thelma avait 7 mois. Mon oncologue m'avait conseillé de mettre ma perruque en sa présence pour ne pas la choquer. Ce que je fis. La première fois qu'elle m'a vu ainsi, elle s'est tout de suite mise à retirer ma perruque. J'avais beau la replacer, elle l'enlevait instantanément. Cela a été une véritable leçon de vie. Je pouvais désormais rester chauve avec elle. Parfois, on se fait plus de souci qu'il n'en faut.
Le contact avec Thelma m'a beaucoup aidé. Il n'était pas rare qu'elle me demande par la suite : « Nona, montre! Tu as mal? ». Elle a fait un bon boulot!
Qu'est-ce qui a été le pire pour vous à travers la maladie?
Perdre mon sein a été plus facile que de me séparer de mes cheveux. Pourtant, même avec une prothèse, je portais toujours un col roulé.
Pour moi la reconstruction mammaire, c'était commencer à renaître.
A présent, je suis une mosaïque! (en référence à ses nombreuses cicatrices)
Si vous deviez passer un message à travers l'événement « CHauve pour la bonne cause », lequel serait-il?
L'importance de vivre comme avant, surtout en famille. L'entourage devrait continuer à nous visiter s'il en avait l'habitude auparavant et éviter de se dire « non, elle est trop fatiguée », même si cela n'empêche pas d'être attentif à l'autre.
Parfois, le réconfort « bienveillant » m'agaçait. Je me sentais comme une invalide lorsqu'on me demandait si je voulais un café. Cela aurait été tout autre chose si mes proches étaient une fois arrivés le crâne rasé!
Je vous suis infiniment reconnaissante, Concetta, pour le temps que vous m'avez consacré, votre franchise, votre belle énergie et d'avoir accepté que je retranscrive cet entretien pour le publier sur le site de « CHauve pour la bonne cause ».
Propos recueillis par Charlotte Crettenand le 16.02.2012