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parution novembre 2021
ISBN 978-2-88927-959-3
nb de pages 256
format du livre 105x165 mm
Le lac aux demoiselles et autres nouvelles
Ces nouvelles tardives, écrites entre 1943 et 1947, largement méconnues, dévoilent la modernité d’un écrivain qui a atteint une maîtrise virtuose de la narration. Elles déploient des récits visuels où la solitude de l’homme, le désir et la mort prédominent dans une esthétique du fragment. Ramuz s’y montre, plus encore que dans le reste de son œuvre, attentif aux personnages en marge, à la violence et à la folie sous toutes ses formes.
C. F. Ramuz est né en 1878 à Lausanne, il fait des études de Lettres puis s’installe pour dix ans (1904-1914) à Paris où il fréquente Charles-Albert Cingria, André Gide ou le peintre René Auberjonois. Il finalise Aline (1905), écrit Jean-Luc persécuté (1909), Vie de Samuel Belet (1913).
En 1914, Ramuz, encore considéré comme un écrivain du terroir à Paris, revient en Suisse et s’installe dans les vignes du Lavaux. Il rédige le manifeste des Cahiers vaudois. Cette revue, autant que maison d’édition, réunit les créateurs majeurs de Suisse romande (Cingria, René Auberjonois, Gustave Roud), mais aussi Romain Rolland ou Paul Claudel. Les Cahiers paraîtront jusqu’en 1919.
Son oeuvre, pétrie de pessimisme et de fatalisme, est une longue série de variations sur l’amour et la mort, seuls sujets vraiment dignes d’être traités, de l’aveu de Ramuz. Ses audaces stylistiques lui valent le reproche de mal écrire « exprès ». Mais il n'est de loin pas partagé par tous: dès 1924, Grasset publie les livres de Ramuz et lui assure ainsi un succès auprès des critiques et du public. Entre 1929 à 1931, il dirige la revue Aujourd’hui. Dans les dernières années de sa vie, il s’essaie également à des textes politiques et autobiographiques, avant de s’éteindre à Pully en 1947.
Son œuvre est aujourd’hui publiée dans la collection de la Pléiade.
"Charles Ferdinand Ramuz est un immense écrivain. On a (re)lu avec plaisir ses classiques Aline et La Beauté sur la terre dans la collection « Petite Bibliothèque ramuzienne » aux Éditions Zoé. On picore aussi ses nouvelles, bien moins connues que ses romans. (…) Doit-on signifier que ce ne sont pas des à-côtés ? Même s'il n’en a pas l'air, Ramuz réserve son lot de surprises. Un auteur à la modernité définitivement traditionnelle." Thibaut Kaeser
"Le monde de Ramuz est fait de morceaux entassés et juxtaposés. Et Jérôme Meizoz parle à juste titre d’une « tension entre les fragments et le tout, présente aussi bien dans le style que dans l’intrigue ». Car ce qui est sûr, c’est que ce curieux travail de mise en morceaux et de recomposition exhibe, à travers la phrase faussement embarrassée du grand Vaudois, le geste même de l’écriture. Et met aussi en scène une dialectique du vide et du plein, un effort toujours recommencé pour atteindre à une plénitude qui se dérobe."
Une chronique de Pierre Ahnne à lire en entier ici
"Malade, Ramuz pose un regard à la fois sombre et vibrant sur le monde : la mort frappe dans ces pages angoissées et parfois angoissantes pour le lecteur qui découvre ici un pendu, là le noyé qui nous revient comme un caprice du lac, ailleurs encore divers accidents qui brisent la promesse d’un bonheur, une vie trop jeune ou une existence déjà longue suspendue à l’espoir d’une renaissance. C’est Ramuz lui-même et c’est nous tous. Mais lui tient à le dire et à l’écrire avec une énergie, une précision, une «pulsion scopique», voire érotique, comme le signale le préfacier, un style qui épouse l’incertitude et la fragmentation de nos vies chaotiques, que nous soyons ou non relativement privilégiés. Ramuz écrivain poursuit sa quête lancinante d’une parole vive jusqu’au seuil de la mort et «invite aussi le lecteur à une singulière manière de voir.
C’est incisif, poignant, et parfois réconfortant quand un paysage, un corps, un visage se laissent admirer, se donnent à voir comme un heureux hasard, le temps d’un rêve, d’un signe de la main ou d’un bonheur insaisissable."
Un article de Nadine Richon à lire en entier ici
"(…) Ce ton, on le connaît. C'est celui, inimitable, haché, rude et caressant à la fois, de Ramuz. On le retrouve dans ces quinze nouvelles tardives, écrites durant les dernières années de l’écrivain, entre 1943 et 1947 II leur donne quelque chose de familier, tout comme les décors romands, des rives du lac aux sommets alpins, dans lesquels elles se déroulent, mais sous le vernis se devinent d'insondables ténèbres. C'est qu'il est faible, souvent cloué au lit par la maladie, et porte un regard désabusé sur les passions des hommes. Et le rideau tombe sur les scènes de ses nouvelles comme la nuit sur le lac." Clément Grandjean
Antoine est emmené à l'alpage par Séraphin afin qu'il apprenne le métier. Il s'ennuie et ne pense qu'à Thérèse dont il se languit, ils viennent tout juste de se marier. C'est alors qu'un éboulement va ensevelir le héros de longues semaines. Antoine parviendra-t-il à se nourrir, à boire, à respirer ? À ne pas devenir fou ?
Inspiré de faits réels, Derborence est un roman de montagne. Une montagne brutale et belle; une montagne révélatrice de la fragilité et de la grandeur tragique de la condition humaine. Une montagne dont Ramuz cherchait à restituer la solitude et le silence.
Introduction de Peter Utz
Dans Découverte du monde, C.F. Ramuz raconte comment "l'auteur" que nous connaissons est né du "petit garçon" qu'il a été. En revenant sur son enfance dans la petite bourgeoisie commerçante vaudoise, et sur son parcours d'étudiant en lettres, l'écrivain rend moins hommage à sa formation qu'il n'affirme sa vocation d'artiste.
Introduction de Luc Weibel
Le suicide de Jean-Luc Robille ponctue une vie marquée par la malédiction. Dans ce récit de 1908, Ramuz s'inspire du Valais archaïque qu'il a découvert en travaillant au Village dans la montagne. Sous son seul prénom, le protagoniste de Jean-Luc persécuté est devenu une figure universelle du malheur et de la folie.
Introduction de Laura Laborie
« Le petit enfant, assis sur un carré de toile à matelas dans le pré, tend la main vers un cerisier qui est bien à quarante pas de lui.
Ayant refermé sa main, il s’étonne qu’elle soit vide.
Il nous faut apprendre le monde depuis son commencement. »
En 1914, marié et devenu père de famille, Ramuz quitte définitivement Paris. Sa nouvelle situation le pousse à interroger les fondements mêmes de son choix de l’écriture. Le récit court lui offre un terrain de réflexion privilégié, entre fiction et introspection. Quelques années plus tard, au sortir de la Grande Guerre, c’est toute son esthétique qu’il entend réinventer, à la mesure des bouleversements suscités par les événements mondiaux. Une fois de plus, il recourt à la nouvelle pour mettre en œuvre sa vision des hommes « posés les uns à côté des autres ». Au fil de ses méditations, c’est toujours la même aspiration formelle qui l’anime : la quête d’une langue, d’une narration, d’un style à lui.
Les femmes dans les vignes et autres nouvelles réunit des textes écrits entre 1914 et 1921.
« Cependant, il gardait sa langue ; et plus le reste de son corps allait s’engourdissant, plus il semblait qu’elle devînt alerte pour ces longues histoires qu’on venait écouter : des étrangers, l’été, et même des gens du village, car elles n’ennuyaient jamais, et il en savait de toutes les sortes ; et il fumait sa grosse pipe, n’ayant plus que ces deux plaisirs. »
Pour Ramuz, la nouvelle est un laboratoire. Dans sa quête de formules narratives originales et ses expérimentations stylistiques, le récit court lui offre un espace concentré dont il tire le meilleur parti dès son entrée en écriture, puis tout au long de sa carrière. Qu’il s’inspire du légendaire alpestre ou mette en scène des animaux martyrisés, qu’il campe des personnages typés ou explore la scène de genre, voire le morceau bref, l’écrivain dévoile aussi bien la cruauté des hommes que l’intensité de leur rapport aux éléments, tantôt hostiles, tantôt sublimes. D’une efficacité exceptionnelle, ces textes sont autant d’hommages au pouvoir de la fiction.
L’homme perdu dans le brouillard et autres nouvelles réunit des textes écrits entre 1905 et 1911.
« — Vous êtes un homme, il ne faut pas l’oublier, et moi une femme ; on n’est pas des anges, qu’en pensez-vous ?»
Avec Adam et Ève (1932), Ramuz donne corps à un projet qui l’a occupé pendant plusieurs années, et qui n’est rien moins qu’une réécriture des premiers chapitres de la Genèse. Destiné à « illustrer un vieux mythe d’Occident », le roman démontre la fatalité de la Chute. En peignant la désillusion de Louis Bolomey, Ramuz brosse une vision de la condition de l’homme sur terre qu’il assimile à un long désenchantement.
Introduction de David Hamidović
Inédit du vivant de Ramuz, Posés les uns à côté des autres est son roman le plus personnel. Il y dépeint les voisins de son village, qui s’y entrecroisent sans qu’ils ne se comprennent ni se connaissent jamais. Cette séparation des êtres entre eux, « posés les uns à côté des autres », est à l’origine de la solitude tragique des personnages ramuziens. Elle contraste ici avec la beauté bouleversante du lac et de la montagne.
Introduction de Rudolf Mahrer
En automne 1900, Ramuz s’installe à Paris. Il a 22 ans. Il en aura 59 lorsqu’il fera paraître ce livre fondamental dans son parcours d’écriture et de vie. Les années n’ont atténué ni la fraîcheur ni la précision des première impressions. Le tableau du Montparnasse au début du siècle est riche de couleurs et de personnages. Mais ce qui importe davantage, c’est la réflexion conduite par Ramuz sur la nature de la grande ville, son rôle de capitale historique et culturelle.
Paris l’amène à traiter des sujets les plus divers : les arts, les modes et le snobisme, la langue, bien sûr, et l’écriture, mais aussi le monde du travail, la société, l’identité des provinces. Par-delà le souvenir se reflète ici l’image de tous ceux qui sont un jour montés à Paris. Pour le « petit Vaudois » qu’est Ramuz, la Suisse romande est une « province qui n’en est pas une », française par la culture, suisse par la politique. À la frontière entre essai et autobiographie, Ramuz réfléchit avec brio aux relations entre centre et périphérie.
Introduction de Pierre Assouline
Dans ce « tableau » de 1919 que sont Les Signes parmi nous, Ramuz peint un orage d’été qui fait croire à la fin du monde. En prévision de cette apocalypse lémanique, Caille, le colporteur biblique, répand une parole défaitiste. Mais le dernier mot appartient au couple de jeunes amoureux qu’anime une confiance toute humaine. Écrit à la fin de la Première Guerre mondiale, tandis que la grippe espagnole ajoute ses calamités aux malheurs du conflit, ce roman virtuose célèbre l’éternel recommencement de la vie.
Introduction de Gilles Philippe
Capitalisme, communisme, relance du colonialisme, krach de Wall Street, montée du fascisme : dans Taille de l’homme, Ramuz souligne le caractère universel de la condition humaine, rendu plus évident à ses yeux par la mondialisation qu’il observe – déjà – autour de lui. L’écrivain dégage dans cet essai la conception qu’il se fait de l’homme véritable, dont le modèle est le paysan – dénonçant les dangers de la mécanisation, l’illusion du progrès, et les contradictions de la pensée matérialiste.
Introduction de Reynald Freudiger
Juliette, 19 ans, débarque de Cuba au printemps dans une communauté vigneronne petite et étriquée, prise entre lac et vignes ; et la quittera secrètement en août pour une destination inconnue. Elle a beau être la nièce du cafetier Milliquet, Juliette restera une étrangère, foncièrement différente des villageois, principalement par sa beauté mystérieuse. Sa présence éphémère au sein des habitants va modifier fortement leur quotidien et diviser le groupe jusqu’au drame. Car malgré son innocence, Juliette possède une sorte de don, de pouvoir magnétique d’attraction. Ce texte lie les thèmes de la beauté, de la solitude et du désir sexuel pour dire l’imperfection du monde.
Introduction de Christian Morzewski
Toute vie, à l’instar de toute œuvre, est faite de chutes et de rebonds, comme le montre Une main. Dans ce texte autobiographique, Ramuz se dévoile, laissant le lecteur pénétrer dans son intimité, dans sa maison, son bureau, se mettant en scène torse nu et soumis à ses médecins autant qu’aux impératifs du corps. Car un jour d’hiver de 1931, à la mi-janvier, Ramuz glisse sur du verglas et se brise l’humérus gauche. Impossible d’écrire désormais. L’auteur réfléchit dès lors à sa relation à la création : sa vie, semble-t-il conclure, n’a de sens que par la place qu’elle occupera dans son œuvre.
Introduction de Guy Poitry
Une ville de quatre ou cinq mille habitants, un petit monde où les gens se contentent d’un beau soleil et d’une belle eau, parmi les vignes. Mais lorsque Louis Noël, grand voyageur, se met à raconter la vie sous d’autres cieux ; qu’un illuminé se prenant pour le Christ se promène sur la plage ; qu’un cinéma s’installe et fait office d’usine à rêves, l’imaginaire fait irruption dans le quotidien réglé, « une fenêtre a été ouverte sur le monde ».
Introduction de Roland Cosandey
Construction de la maison nous convie auprès d’une famille de petits propriétaires terriens vivant au rythme de la vigne et des saisons du Lavaux, le temps du chantier de leur nouvelle demeure. Madame Catherine et ses enfants, Samuel, Héli, Vincent ou la «petite Marianne» : à travers les événements que traversent la famille, Ramuz illustre les tensions entre le désir des transmission des hommes et le cycle implacable de la nature.
Dans ce roman inédit ébauché en à peine trois mois en 1914, Ramuz met en place les prémisses de ses romans qui lui assureront, dès 1924 et sous l’égide des éditions Grasset, la reconnaissance du public et des milieux littéraires.
Introduction de Stéphane Pétermann
« Elle était maigre et un peu pâle, étant à l’âge de dix-sept ans, où les belles couleurs passent, et elle avait des taches de rousseur sur le nez » : voici Aline, l’héroïne éponyme du premier roman de Ramuz. Tombée amoureuse de Julien Damon, fils de paysans riches, elle vit une véritable idylle, tandis que lui ne cherche qu’à apaiser sa faim. L’histoire débouche sur une fin tragique lorsqu’Aline, enceinte, apprend les fiançailles de Julien.
Tournant le dos aussi bien au récit psychologique qu’aux modèles naturalistes, Ramuz décrit avec subtilité la passion et le revirement des cœurs. En écrivain débutant, il pose dans cette épure célèbre les jalons d’une forme de roman poétique, à laquelle il aspirera tout au long de sa carrière.
Introduction de Daniel Maggetti
Le grand événement de cette fin de juillet fut qu’on avait cambriolé, pendant la nuit, la boutique des époux Menu, dans la Grand-Rue.
De bonne heure, le juge d’instruction était arrivé avec la police et son secrétaire, pour procéder aux constatations. Il avait été facile de se rendre compte que le ou les cambrioleurs devaient connaître parfaitement l’état des lieux, parce qu’ils avaient passé par derrière.
Il y a là plusieurs petites cours qui communiquent, et on arrive ainsi sans peine à une porte de bois plein qui n’était jamais que poussée, et ouvrait elle-même sur une porte vitrée, laquelle donnait accès dans l’arrière-boutique.
Les voleurs étaient exactement renseignés. Ils n’avaient eu qu’à découper au diamant le carreau placé à côté de la poignée et, passant la main par le trou, tourner la clé qui était restée dans la serrure, à l’intérieur.
Il y avait de la négligence, il faut bien le dire, dans le cas des époux Menu, mais la mère Menu disait : « Qui est-ce qui se serait attendu à une chose pareille ? »
Quoi qu’il en soit, une fois qu’ils avaient été dans l’arrière-boutique, les voleurs avaient pu opérer tout à leur aise, ayant sans doute une lampe de poche, ce qui leur avait permis de se glisser sans faire de bruit et sans rien déranger entre les tonneaux, les bidons vides, les sacs superposés, les caisses empilées, jusqu’à la boutique elle-même où une porte volante donnait accès.
C’était une boutique où on vendait de tout, une de ces boutiques de village, où il y a sur des rayons des boîtes de thon et de sardines à côté d’écheveaux de laine dont la couleur se montre par une déchirure du papier ; une de ces boutiques où on peut acheter aussi bien pour deux sous de caramels qu’une paire de pantoufles chaudes, aussi bien du pétrole ou du sucre que des aiguilles ou des boutons.
Dans le bout du comptoir, une caisse enregistreuse toute neuve était posée au-dessus d’un tiroir-caisse de sapin.
Rien n’était plus facile que de le forcer, ce qu’on avait fait.
On n’avait eu qu’à introduire l’extrémité d’un tournevis entre sa partie supérieure et le bâti ; il avait suffi alors d’une simple pesée pour faire sauter la planchette mince qui le fermait sur le devant.
– Et combien y avait-il dedans, savez-vous ?
Le père Menu :
– Au moins six cents francs.
La mère Menu :
– C’était l’argent de la semaine... Ah ! j’y disais bien, à mon mari, qu’il serait peut-être plus prudent de monter chaque soir la recette de la journée ; mais que voulez-vous ? depuis trente ans... Depuis trente-sept, trente-huit ans qu’on est là et il ne nous était jamais rien arrivé. Mon Dieu, dans quels temps vivons-nous ?