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Enceinte de onze semaines, Lupe* subit d’inquiétants saignements et se rend à l’hôpital. L’échographie révèle que le fœtus qu’elle porte ne fait que trois millimètres et que son cœur ne bat plus depuis deux mois. A sa surprise le médecin lui annonce qu’il ne peut pas le retirer, car l’intervention pourrait s’apparenter à un avortement. «Ça a été le moment le plus triste de toute ma vie, raconte Lupe». La jeune femme se rend finalement en Espagne pour avorter.
«Jusqu’à quel point faut-il qu’elle s’approche de la mort ?»
En Irlande, la législation restrictive sur l’avortement empêche les médecins d’interrompre immédiatement une grossesse, même lorsqu’elle menace la santé d’une femme. «(…) Nous devons attendre qu'une femme soit suffisamment malade pour intervenir. Jusqu’à quel point faut-il qu’elle s’approche de la mort ? Le pays devrait légiférer d’urgence et autoriser l’interruption de grossesse quand la santé de la femme est en danger !», constate Peter Boylan, obstétricien, gynécologue et ancien directeur de service au National Maternity Hospital à Dublin.
En 2010, La Cour européenne des droits de l'homme a condamné l’Irlande parce qu’elle avait obligé trois femmes à avorter à l’étranger. Le pays s’est vu contraint de légiférer. La Loi sur la protection de la vie durant la grossesse, adoptée en 2013, autorise l’avortement dans les cas où la vie de la femme est menacée. Mais ce texte qui devait garantir l’accès à l’avortement dans certaines circonstances, demeure flou et très restrictif. Il ne fournit aucune directive claire permettant aux médecins de définir à partir de quand une grossesse met en péril la vie d’une femme.
La loi sur la protection de la vie s'applique davantage au foetus
Dans les faits, la protection de la vie durant la grossesse s’applique aujourd’hui d’avantage au fœtus qu’à la mère. En effet, la loi n’autorise même pas l’accès à l’avortement en cas de viol, d’inceste, lorsque le fœtus n’est pas viable ou lorsque la santé de la femme est en danger, en violation du droit international. «Lors du premier trimestre, si l’on assiste à des saignements majeurs, la grossesse est très souvent perdue. Il faut donc agir rapidement pour sauver la femme. En Irlande, si le fœtus est encore vivant, il n’est pas légal de recourir à un curetage, je peux imaginer que le personnel va être hésitant. C’est un vrai danger car la femme peut mourir en perdant trop de son sang !», explique Stefan Buballa, spécialiste en gynécologie et obstétrique opératoire à Berne.
Amnesty International a lancé début juin une pétition appelant l’Irlande à décriminaliser l’interruption de grossesse et garantir aux femmes un accès sûr et légal à l’avortement en cas de viol, d’inceste, de risque pour leur santé ou de malformation fœtale grave. A travers le monde, plus de sept millions de personnes font pour la première fois campagne pour une problématique des droits humains dans ce pays. Signez notre pétition pour garantir les droits des filles et des femmes en Irlande !
*prénom d’emprunt