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Formation
Né en 1971 dans un village de montagne au nord du Kirghizstan, Zhenishbek Edigeev a grandi durant la période soviétique. À 14 ans, il commence à écrire son journal intime en cachette, car le régime l’interdisait. Suite à une dispute avec son frère, ce dernier le dénonce à sa maîtresse d’école, qui détruit son journal ainsi que l’exemplaire des mille et une nuits que Zhenishbek lisait et qui était aussi banni.
Après l’école secondaire, il entame des études de médecine à Tashkent mais arrête au bout d’un an pour partir à l’armée. Il est affecté un an en Biélorussie et un an en Tchécoslovaquie. Quand il arrive près de Prague, il retrouve par hasard son frère qu’il n’a pas vu depuis un an et demi. Il écrit l’histoire de cette rencontre inattendue et l’envoie au principal journal du Kirghizstan. L’article est publié une semaine plus tard. Pendant son séjour à l’armée, il continue à écrire son journal intime et publie six articles. Il sait maintenant ce qu’il fera à l’avenir : écrire.
Son service militaire accompli, il retourne au Kirghizstan à la fin de l’année 1990. Le régime communiste est en train de s’effondrer. D’énormes changements se produisent dans le pays. Ayant trouvé sa voie, Zhenishbek étudie à la faculté de journalisme de Bichkek. Très vite, il commence à travailler pour un journal indépendant. Le rédacteur en chef devient son mentor. Le journal se démarque des autres publications kirghizes par la fraîcheur de son style et le courage de ses opinions. Zhenishbek s’imprègne de ce style innovant et apprend à critiquer le pouvoir de façon adroite.
Débuts
Au Kirghizstan, on distingue deux types de journaux, les journaux au service du gouvernement et les journaux privés ou indépendants. Souvent, le journalisme d’investigation est enseigné dans des écoles ou par des professionnels. Depuis 2005, des ONG ont commencé à enseigner le journalisme d’investigation au Kirghizstan.
Cependant, Zhenishbek et son épouse ont appris le métier dans leur vie privée car le contexte politique les a confrontés au besoin de recueillir et de diffuser des informations. Ils ont gagné beaucoup d’expérience en faisant des recherches et des enquêtes sur le régime.
En 2008, fort de son expérience, Zhenishbek quitte son poste d’adjoint du rédacteur en chef et fonde avec son épouse, qui est également journaliste, le journal De Facto. Dès le premier numéro, le journal rencontre un franc succès. Le tirage augmente très vite pour satisfaire la demande.
La situation politique au Kirghizstan est instable. Le gouvernement limite la liberté d’expression et de réunion. De Facto dénonce les excès et la corruption du régime. Le pouvoir exerce aussi des pressions sur les médias.
Ainsi, le journal De Facto n’a existé que 10 mois. Un matin le régime fait fermer le journal. Les ordinateurs et tout le matériel sont confisqués. Menacés, craignant pour leur vie, Zhenishbek et sa famille quittent rapidement le Kirghizstan pour aller à Almaty, au Kazakhstan, à 3 heures de route de Bishkek.
Ils s’adressent au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) qui leur octroie le statut de réfugiés politiques au bout d’un mois. Le HCR envoie leur demande d’asile à plusieurs pays. Trois mois plus tard la Suisse accepte de les recevoir. Arrivés à Genève en 2009, Zhenishbek et sa famille n’auraient jamais imaginé de quitter leur pays. Au Kirghizstan, leur journal était un succès et ils avaient le projet de l’élargir, de créer une émission de radio ou de télévision mais en quelques jours leur destin a basculé.
Le métier de journaliste
Zhenishbek considère que pour devenir journaliste, le principal c’est d’avoir du talent pour écrire. Il faut aussi savoir « sentir » la situation. Un bon article doit répondre à deux questions : pourquoi ? et pour qui ? Le journaliste doit toujours penser à son public et à la finalité de son article. L’article journalistique se doit d’être complet, avec une introduction, un développement et une conclusion.
« Si tu sens que sans l’écriture tu n’es rien, c’est que tu es prêt pour être journaliste. »
La recherche de la vérité doit guider l’éthique professionnelle du journaliste. Dans certains pays, le journalisme permet de révéler les abus et la corruption des gouvernements. Le journaliste détient un pouvoir qui peut faire basculer un régime. Pour cette raison, le journalisme doit s’exercer de manière responsable et consciencieuse.
En ce qui concerne l’écriture pour les médias en ligne, Zhenishbek estime qu’elle est généralement de moindre qualité que celle destinée à la presse écrite. Sur le web tout se confond ; il n’y a pas de ligne éditoriale ni de standards de qualité. Certains ont tendance à écrire comme des sms. La richesse du vocabulaire, mais aussi du style, se perd, en français comme dans d’autres langues. Son conseil pour écrire sur le web consiste à appliquer son savoir-faire, sans chercher à trop simplifier son style.
Auteur de deux romans, Zhenishbek considère que le journaliste d’actualité, contrairement au critique d’art et à l’écrivain, écrit sur des sujets qui s’inscrivent généralement sur une courte durée. Un article peut perdre de son attrait du jour au lendemain, ce qui n’est pas forcément le cas d’une critique de film ou d’un roman. L’écrivain doit capter ce que les autres ne voient pas et savoir le transmettre. Malgré les nombreuses différences, l’écrivain et le journaliste ont des points en commun, le principal étant la capacité à transmettre des idées et la recherche d’un style propre.
Zhenishbek a créé en 2021 l’association Alpalatoo pour établir des liens entre l’Asie centrale et la Suisse dans le domaine de la culture et de l’économie et pour promouvoir toute sorte d’échanges. Le site de l’association, www.alpalatoo.com, disponible en kirghiz, russe, français et anglais est en construction. L’association recherche des fonds pour le développement de ses activités.
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Photo credit : Zhenishbek Edigeev