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… Il est probable que sa réussite et sa fortune rendirent le conseiller orgueilleux et firent de lui un homme jalousé…, Philibert Blondel.
C’est durant son mandat de syndic de l’Arche et de la garde, en 1602, que les Savoyards tentèrent leur coup de main contre Genève. L’événement était considérable et les esprits en restaient choqués. Le magistrat n’avait pas tardé à être accusé de négligence dans sa tâche et à devoir se justifier, devant le Conseil des Deux Cents, des dispositions qu’il avait prises à la veille de l’Escalade. D’abord mise en lumière par l’auditeur Jean Sarasin, la responsabilité du magistrat dans cette affaire s’avéra importante…. Philibert Blondel.
Durant l’été 1603, nourrie par des membres du Conseil des Deux Cents, la polémique contre le magistrat atteignit son paroxysme. Les libelles placardés sur les portes trouvaient d’autant plus facilement créance que le Conseiller n’était guère apprécié des débiteurs de l’État à qui il avait ordonné de rembourser la Seigneurie. Un procès s’en suivit qui exclut les quatre syndics en poste lors de l’Escalade. Le Conseil des Deux Cents constitua alors une commission d’enquête qui procéda à plusieurs auditions entraînant la déposition du magistrat et la vente d’une partie de ses biens…., Philibert Blondel.
Tenace, le magistrat fit réouvrir son affaire en 1605 en imputant une large part de responsabilité aux conseillers Dominique Chabrey, Claude Andrion et Jean Lullin. Celui-ci, considérant alors les intérêts en jeu, n’hésita pas à demander que le procureur général, frère de l’ancien magistrat, soit remplacé, une requête à laquelle les autorités accédèrent…, Philibert Blondel.
Emprisonné malgré la tentative de conciliation de Jacob Anjorrant, l’ancien magistrat fit l’objet d’une nouvelle enquête instruite par David l’Archevêque. Celle-ci mit au jour l’existence d’un témoin, qui n’était pas apparu au préalable, qui aurait porté des lettres de la part de l’ancien syndic au chef savoyard D’Albigny. Malgré l’absence dudit témoin, le Genevois fut condamné, cette fois, à dix ans de prison et à une forte amende…. Philibert Blondel.
L’année suivante le témoin était retrouvé et enfermé à l’Evêché, à la grande satisfaction de l’ancien magistrat qui espérait que la vérité éclate enfin. Cependant, au lendemain de sa capture, le témoin était retrouvé mort, étranglé dans sa cellule. Torturé, le gardien avoua avoir été corrompu et avoir tué le témoin…, Philibert Blondel.
Réelle ou non, sa culpabilité dans l’attaque savoyarde fut établie par ses juges. C’était donner à Genève le nom d’un traître en permettant d’une part au Petit Conseil de recouvrer sa crédibilité et, d’autre part, débarrasser ses adversaires d’un sérieux rival. Roué, son corps fut démembré et exposé…, Philibert Blondel.
Les sources demeurent silencieuses à bien des égards. Était-il condamnable ? Peut-être ! Il n’en demeure pas moins que nombre de ses détracteurs étaient en rivalité de longue date avec le syndic le plus puissant du conseil, et que certains d’entre eux ne se privèrent pas de profiter du revirement de situation. Après la mort de Philibert Blondel, les Lullin, famille appartenant aux accusateurs, entraient en possession des fiefs et des rentes rière le village de Meinier, un patrimoine relevant de la mouvance de la seigneurie de Compois lorsque celle-ci appartenait au Conseiller au temps de sa splendeur et que les Lullin avaient racheté lors de la mise aux enchères des biens du condamné.
Philibert Blondel.
tiré de Christophe Vuilleumier, Les élites politiques genevoises, 1580-1652, Slatkine-SHSR, 2009, p. 77-106.