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L'expert du Moyen Orient Reinhard Schulze estime que l'attitude de Tripoli à l'égard de la Suisse reflète le pouvoir de la famille Kadhafi en Libye et l'importance du sentiment national.Ce contenu a été publié le 26 juillet 2008 - 14:26
Ce professeur d'études sur l'Islam à l'Université de Berne estime que la crise politique provoquée entre la Suisse et la Libye par l'arrestation du fils du colonel Kadhafi, le 15 juillet à Genève, devrait durer encore des semaines.
Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a parlé vendredi pour la première fois de «crise» et exprimé sa préoccupation à propos des deux Suisses incarcérés à Tripoli dans des conditions «éprouvantes», selon la délégation suisse revenue vendredi de Libye (sans avoir pu les voir).
La Libye a en outre fermé les bureaux des entreprises suisses présentes sur place et cessé d'émettre des visas aux ressortissants helvétiques. Une quarantaine d'expatriés se trouvent dans le pays, dont la plupart sont bi-nationaux.
Tripoli exige des excuses officielles de la Confédération pour l'arrestation de Hannibal Kadhafi et de son épouse, accusés d'avoir battu deux de leurs employés.
swissinfo: Faut-il prendre cette affaire au sérieux?
Reinhard Schulze: Elle est sérieuse puisqu'il s'agit d'une crise des relations bilatérales. Les portes de sortie sont très limitées et je pense que la crise va se prolonger pendant des semaines.
swissinfo: Pourquoi une réaction si spectaculaire à l'arrestation du fils de Kadhafi?
R. S.: Le gouvernement libyen part de l'idée que les membres de la famille Kadhafi jouissent d'une immunité de principe. On peut dire que cette famille est considérée comme représentant la nation libyenne elle-même.
L'arrestation de Hannibal, même si elle n'a duré que deux jours, peut être considérée ou interprétée comme une attaque contre la légitimité de la famille régnante et, donc, comme une atteinte à l'honneur national du peuple libyen.
swissinfo: Après l'arrestation de deux ressortissants de la Confédération, la situation des entreprises et des personnes présentes en Libye devrait-elle s'aggraver?
R. S.: La situation est très compliquée parce que le gouvernement libyen parle le langage d'un pays occidental en affirmant que la justice est indépendante du pouvoir exécutif.
Les deux Suisses ont été incarcérés pour violation de la loi sur l'immigration et les visas, ce qui permet aux autorités de dire 'désolés, nous ne pouvons rien faire pour vous car nous ne contrôlons pas la procédure'.
C'est à peu près la même situation qu'en Suisse, où le gouvernement dit, lui aussi, qu'il n'a aucun moyen politique d'influencer la procédure ouverte par les autorités judiciaires genevoises.
swissinfo: Jusqu'où la Libye serait-elle prête à aller?
R. S.: C'est très difficile à dire. Ce n'est pas la première fois que le gouvernement libyen essaye d'orchestrer un conflit en se servant des institutions intérieures. Ainsi, ce sont les autorités portuaires et la Compagnie maritime nationale de transport qui ont lancé menaces et mises en garde, qui ont annoncé le boycott des exportations de pétrole.
Ce n'est pas le gouvernement, pas plus que la société nationale qui chapeaute la production pétrolière. Ainsi, le gouvernement libyen demeure en retrait et crée le problème via la société libyenne.
swissinfo: Quelles leçons faut-il tirer de cette crise?
R. S.: Depuis un certain temps, la Libye cherche à améliorer son capital de confiance et à se faire reconnaître au niveau international. Mais, visiblement, la confiance est une chose et la Libye en est une autre.
Pour ce pays, la situation pourrait devenir beaucoup plus difficile que pour la Suisse, puisque les relations économiques avec la Libye dépendent de la confiance que l'on peut placer dans ces liens.
Cette affaire va donc faire des dégâts au capital de confiance de la Libye, que ce soit le pays, le système, ou la liberté politique et économique qui permettent d'entretenir de bonnes relations commerciales.
Interview swissinfo: Isobel Leybold-Johnson
(Traduction de l'anglais: Isabelle Eichenberger)
Réaction de Pascal Couchepin
Dans le «Blick» de samedi, le président de la Confédération s'est dit prêt à rencontrer son homologue libyen, estimant que «l'heure est la recherche de solutions, et non à la condamnation».
A la TSR vendredi soir, Pascal Couchepin a souligné que «le moment n'était pas venu de condamner la Libye». «La Suisse veut que son ordre juridique soit respecté, mais veut également avoir de bonnes relations avec tout le monde, y compris la Libye.»
Suisse-Libye
La Libye est un important partenaire et fournit 20% de sa consommation de pétrole. Elle est l'un des cinq principaux marchés de la Suisse en Afrique.
Des contacts politiques ont été renoués après la levée des sanctions de l'ONU en 2003.
En 1997, la Libye a interdit son accès aux ressortissants suisses a à la suite du refus de la confédération d'accorder un visa d'étudiant à l'un des fils Kadhafi. Le conflit a été résolu en 1998.
Swiss a annulé le vol prévu dimanche entre Zurich et Tripoli, le seul qu'elle devait assurer cette semaine après en avoir annulé deux autres pour des «raisons opérationnelles».
La Libye de Kadhafi
Fils d'un ouvrier agricole bédouin, le colonel Mouammar Kadhafi a renversé le roi Idris 1er en 1969 lors d'un putsch sans effusion de sang.
Il détient le record de longévité dans les pays arabes et tient fermement les rênes de son pays.
Considéré comme un paria par le monde occidental, il est revenu peu à peu sur la scène internationale après le procès sur l'attentat de Lockerbie et la promesse de cesser de développer des armes de destruction massive.
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