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Petite histoire du Gothard
Paul Letter, Zurich
Quelle évolution grandiose que celle de la route du Gothard!
La nouvelle route du Val Tremola, ouverte au milieu de l' année 1967, représente un véritable exploit de la technique de construction routière. Elle franchit en trois grands virages une dénivellation de 500 mètres, la pente ne dépassant pas 7% sur 8 kilomètres. Entre l' hospice et Motto Bartola, l' ancienne route du Val Tremola compte 25 virages. Dans ces lacets, serrés et peu appréciés, qui faisaient du goulet de la Tremola un obstacle à la fluidité du trafic, bien des chauffeurs devaient faire marche arrière pour pouvoir prendre le virage. La nouvelle route, bétonnée, a 9 mètres de large; à 2000 mètres, le tunnel de Castioni, long de 700 mètres, traverse le rocher; la plus longue galerie protectrice s' étend sur 480 mètres; des téléphones SOS jalonnent la route à intervalles d' un kilomètre; près de l' Alpe di Fieud se trouve un grand virage particulièrement audacieux. Grâce à cette route, une région charmante est désormais facilement accessible.
Depuis des siècles déjà, le Col du Gothard représente la route commerciale la plus importante entre le sud et le nord, de Milan à Bâle, à la Mer du Nord et à Londres; pour la Suisse centrale, ce fut la porte dorée vers les honneurs, la gloire et la prospérité.
Les Romains Toutefois, le passage le plus court et le plus direct par-dessus les Alpes fut découvert et utilisé relativement tard. Sur la Tabula Peutingeriana, la seule carte de voyage qui nous reste du temps de l' Empire romain, découverte au Moyen Age sous forme d' une copie en douze parchemins, le Gothard en tant que liaison nord-sud n' est pas mentionné. Ce n' était pas une route postale et militaire romaine comme le Grand-St-Bernard, le Julier ou le Splügen. Et pourtant des troupes romaines étaient stationnées à Bellinzone, les Romains utilisaient le Lukmanier, et il existait des rhedae destinées aux chemins étroits des Alpes. Les rhedae les plus légères servaient, au temps de l' Empire romain, de voitures de poste, et les plus lourdes, de voitures militaires.
L' ouverture des Schöllenen Celle-ci n' est pas un fait en elle-même, mais se situe dans tout un contexte historique.
On peut déduire de la frontière nouvellement tracée en 1063 ( au cours de la lutte frontalière entre Uri et Glaris ) que l' installation des Uranais sur le territoire actuel d' Uri eut lieu à ce moment-là. Ils dépassent la ligne de partage des eaux et s' avancent jusqu' à la haute vallée de la Linth. En 1191, une frontière fut fixée juridiquement pour ces territoires contestés: elle correspondait en gros à la frontière cantonale actuelle. Les deux actes nous montrent qu' Uri, ayant besoin de nouveaux terrains à défricher, passa le Klausen et mit en culture le pays situé plus à l' est. Au XIIIe siècle, les Uranais se dirigèrent également à l' ouest. Ils passèrent le Col des Surènes et cherchèrent de nouveaux pâturages à l' ouest de celui-ci. Le premier acte précis qui concerne la querelle frontalière entre Uri et Engelberg est un écrit de la reine Anne datant de 1270 et adressé au Landammann d' Uri. Entre les deux colonisateurs, Uri et Engelberg, s' étaient produits des heurts qui provoquèrent ce conflit de frontière qui dura jusqu' en 1472. C' est à cette occasion que les frontières entre Uri et Obwald furent fixées dans leurs grandes lignes. Les Uranais, ne possédant plus suffisamment de pâturages dans la vallée de la Reuss et ses vallées latérales, s' avancèrent au-delà du Col des Surènes et entrèrent alors en conflit avec le cloître. Cette lutte de frontière montre en outre combien fut tardif l' aménagement du territoire de la Suisse centrale.
Pour compléter ce tableau, rappelons encore le conflit frontalier entre Schwyz et Einsiedeln. Un litige entre deux colons dégénéra, au cours des années, en conflit contre les intendants de l' ab, les Habsbourg, conflit qui atteignit son point culminant au Morgarten.
Les habitants des pays d' Uri et de Schwyz devaient chercher sans cesse de nouvelles terres pour faire face, d' une façon ou d' une autre, à la surpopulation. Le fait que le XIIIe siècle se caractérise par une croissance démographique surprenante se retrouve dans les nombreuses fondations de villes sur le Plateau. En Suisse centrale, les habitants ne peuvent plus vivre tous sur leur domaine, si bien que leurs fils doivent s' expatrier comme mercenaires. Ce phénomène de surpopulation n' est d' ailleurs pas propre à la Suisse, mais se manifeste dans l' Europe entière.
Le défrichement et la colonisation s' accélérè à Uri quand on entrevit la possibilité d' ou les Schöllenen, ce qui était un but bien digne des plans grandioses de Berthold V de £aeh-ringen. Celui-ci déclina la couronne royale en 1197, lorsqu' il était bailli d' Empire d' Uri. Peut-être ce but fut-il atteint encore avant sa mort, survenue en 1218. Cependant, le peuple d' Uri avait le plus grand intérêt à voir s' ourvir le col: une route internationale pouvait lui offrir des revenus insoupçonnables ( sociétés de muletiers ).
Mais les puissances de la vallée de la Reuss ne seraient peut-être pas arrivées au but sans la collaboration des Walser ( Haut-Valaisans ) qui s' étaient avancés au XIIe siècle, par-delà la Furka, dans la vallée d' Urseren, et qui transformaient cette vallée, jusqu' alors romanche, en un pays valaisan. En tant que Valaisans, ils pratiquaient la technique des bisses accrochés aux parois rocheuses ( cf. JC. Heer, An heiligen Wassern ), et c' est donc à eux qu' on peut attribuer un fait décisif pour l' ouverture du col: la construction de la galerie du Stiebende Steg1 le long de la paroi des gorges des Schöllenen, ( le Twärren-brigg qui rappelle les bisses valaisans ).
Dès l' an 999, l' évêque de Sion étendit son autorité sur les territoires avoisinant le Gothard. En 999, la dignité de comte du Valais lui fut transmise par le roi Rodolphe III de Bourgogne au nom de l' empereur d' Allemagne. L' évêque devenait un féal de l' empreeur et assurait ainsi à l' Empire la route du St-Bernard. Aux XIIe et XIIIe siècles, l' évêque fonda des cures jusqu' au Glacier du Rhône. En 1300, il sut, pour garder ses possessions en Haut-Valais, s' appuyer sur les paysans libres organisés en sept dizains ( cf. Schib ) dans sa lutte contre la noblesse locale.
Les deux premiers actes qui témoignent de l' existence du Col du Gothard, c'est-à-dire de l' ouverture des Schöllenen, sont datés l' un de 1234, l' autre de 1236. Ils prouvent déjà l' impor européenne de cette nouvelle route par-dessus les Alpes. Si la chronique de l' abbé Albert von Stade mentionne « La montagne Elvelinus, que les Lombards nomment Ursare » comme la route directe pour les pèlerins de Rome ( entre Còme et Bâle ), les statuts d' Osco, datant de 1237, représentent pour leur part la première preuve d' un important trafic de marchandises par le col. L' abbé bénédictin Albert von Stade mentionne expressément le Gothard parmi d' autres étapes du voyage de Rome. Il est très probable que le col fut utilisé déjà plusieurs décennies auparavant par les indigènes; mais le Gothard était alors une contrée sauvage qu' on s' efforçait d' éviter.
Histoire politique du Gothard Le contrôle du Gothard, liaison directe entre le Rhin et la Haute-Italie, fit de la Suisse primitive un lieu de passage d' une grande importance politique pour l' Empire. Les Staufer en tirèrent les conséquences.
1 Passerelle de bois exposée à la vapeur d' eau qui se dégage d' un torrent.
L' empereur Frédéric Ier Barberousse allia à une politique fructueuse des cols alpins une tactique favorisant non seulement les seigneurs ecclésiastiques et laïques situés le long des passages importants, mais encore les communes et les vallées qui, par la suite, restaient fidèles à l' em pour conserver leur position privilégiée. Il accorda au couvent de Disentis l' autonomie complète. Barberousse gagna de l' influence sur les cols des Alpes grisonnes, de la Bernina qu' aux abords immédiats de Milan. L' évêque de Sion s' efforçait, à sa demande, d' assurer la sécurité du Simplon.
A la mort de Berthold V de Zaehringen, en 1218, le bailliage du couvent de femmes de Zurich et, avec lui, le pays d' Uri redevinrent terres d' Empire. Le fait que le roi Frédéric II a transmis le bailliage d' Uri à la branche aînée des Habsbourg est une preuve certaine qu' à cette époque aucune route ne conduisait par Uri en Italie, sinon il aurait difficilement remis ce bailliage aux Habsbourg.
En 1231 se produit un événement décisif: les Uranais obtiennent de Henri VII l' immédiateté impériale. ( Les Uranais jouissent de la liberté d' Empire ).
Un autre événement était survenu auparavant: l' ouverture des Schöllenen. Si la politique impériale des cols alpins avait concerné jusque-là les cols grisons et valaisans, l' empereur Frédéric II et son fils, le roi Henri, inaugurèrent, quant à eux, une politique du Gothard. Le Stiebende Steg devint du même coup un pont entre nord et sud, car toutes les autres parties du col étaient fréquentées depuis longtemps déjà. Dès l' heure où les Schöllenen furent praticables, où le Gothard devint un véritable passage à travers les Alpes, les intérêts politiques des régions situées au nord et au sud des Alpes convergèrent vers lui. Etant donné qu' une route s' ouvrait tout à coup du cœur de l' Allemagne vers l' Italie, que la position-clé du Gothard pouvait servir aux communications tant militaires que civiles, et que, d' autre part, les rois d' Al étaient aussi les chefs du Saint-Empire, on comprend qu' ils ne pouvaient laisser le plus direct de tous les passages vers l' Italie entre les mains de leurs puissants rivaux autrichiens. Le roi Henri VII accorda donc aux Uranais l' im impériale; en effet il était de première importance pour lui que les Uranais, qui contrôlaient le col, soient places directement sous la protection du puissant empereur. Le roi Henri racheta en 1231 la vallée d' Uri, lui assura l' immédiateté impériale et promit aux Uranais de ne jamais les céder à un autre seigneur. Il en ressort que l' empereur et le roi avaient reconnu I' importance du Col du Gothard. Frédéric II envisageait justement un remaniement politique de la Haute-Italie, dirige contre les villes. Cela supposait une lutte armée contre elles.
En 1240, une délégation de Schwyzois se rendit à Faenza auprès de l' empereur, et cela en hiver; le passage par le col n' avait donc plus rien d' exceptionnel. L' octroi de l' immédiateté impériale à la vallée de Schwyz représente un nouveau jalon dans la politique du Gothard pratiquée par l' empereur; à la même époque, Frédéric II s' assura l' accès sud du col en plaçant le Val Blenio et la Léventine directement sous sa protection: l' empereur avait besoin de gardiens du col qui jouissent de la liberté d' Empire.
Ainsi, l' ouverture du Gothard eut des répercussions dans l' histoire de notre Confédération.
En 1236, l' abbé Albert von Srade, expliquant comment on se rend de Bellinzone à Lucerne, dit expressément: par la montagne d' Urseren.
C' est en l' an 1230 qu' apparaît le nom « Saint » Gothard, d' après le nom du saint auquel fut dédiée la chapelle du col. C' est l' ar de Milan Enrico di Settala qui consacra cette église sur la montane de Tremola; c' est une des premières mentions de l' hospice du St-Gothard, fondé en 1170 par des prêtres de Milan ( K. Schib ). En 1293, on trouve monte San. Gutardi, puis mons Sancti Gotardi, Sant Gothart.
Mais avant 1250 déjà fut fondée, dans l' ancien village du lac, l' élégante auberge de l' Ordre des Lazaristes, destinée aux pèlerins qui passaient le col en grand nombre. Elle était bien plus importante que l' hospice du sommet du col. D' autres maisons furent créées à Andermatt, Wassen, Silenen, Erstfeld, Altdorf et Flüelen.
A la fin du XIIIe siècle, le Col du Gothard est mondialement connu, il joue un rôle important dans la politique impériale des cols, et le monde du commerce doit compter avec lui. On sait que des marchands italiens firent transporter des ballots de marchandises par le Gothard en 1291, et que les douanes locales des Habsbourg encaissaient déjà des sommes coquettes sur le chemin du Gothard. De nouveaux moyens de profit s' annonçaient; dans les vallées adjacentes, le métier de muletier était florissant.
Le Col du Gothard fut véritablement la providence de la Confédération. A l' exception des Schöllenen, les conditions géographiques y sont parfaites pour un col alpin: le Gothard est le seul passage dans les Alpes suisses « qui, traversant les Alpes du nord au sud par une seule rampe montante et descendante, conduise du Rhin supérieur à la Lombardie. Des fjords s' avançant profondément à l' intérieur des montagnes, les lacs Majeur et des Quatre-Cantons, en facilitent Faces au sud et au nord » ( Karl Meyer ).
Conséquences du développement du Gothard A Bale, on ouvrit des chantiers de construction de ponts; la taille des pierres se développa; les douanes d' Olten, d' Aarburg, de Reiden près de Zofingue et de St-Amarin en Alsace sont toutes liées à l' essor du Gothard. Les péages de St-Amarin étaient prélevés par les abbés de Murbach auxquels Lucerne appartenait également. La douane de Reiden était, en revanche, entre les mains des Laufenbourg, une branche cadette des Habsbourg, et fut déclarée douane du Gothard. A Coire, on suivait les progrès du col avec inquiétude, comme le montre l' exemp de taxes accordée aux Zuricois et Lucernois pour les attirer vers le Col du Septimer. Le poste de douane du Col de Jougne, au Jura, qui contrôlait la route conduisant du Grand-St-Ber-nard aux foires de Champagne ( où les marchands italiens faisaient commerce avec les Fla-mands et les Anglais ) dépérit peu à peu et fut déplacée à Lucerne par le roi Albert.
C' est ainsi que le Gothard devint en quelques décennies la liaison principale entre Milan, Bruges et Londres. L' ancienne Confédération représente, à proprement parler, un Etat du Gothard. Cependant, le col servit très tôt non seulement au cortège pacifique des marchands et des pèlerins, mais aussi à des expéditions guerrières: en 1240 déjà, lorsque les Schwyzois accoururent pour soutenir Frédéric II au siège de Faenza - et jusqu' au passage de Souvorov qui franchit le Gothard avec ses 22000 hommes.
Aujourd'hui, le Gothard remplit l' importante fonction de réduit national pour la défense de la neutralité armée de la Suisse.
Uri, « Etat du Gothard » L' actuel canton d' Uri reçut une empreinte profonde de la présence du Gothard. Cet Etat s' ouvrit lui-même un débouché en établissant une liaison, d' abord toute rudimentaire, avec le sud. Tout ce qui défila sur la route du Gothard au cours des siècles, avec ou sans le concours des Uranais - les muletiers, les porteurs, les propriétaires de bétail et les bergers qui partaient pour les marches lombardes avec leurs troupeaux, les soldats, les touristes, etc. tout cela empêcha le pays de rester prisonnier du cadre géographique étroit qui lui était assigné. Les habitants d' Uri prirent la précaution de mener une politique du Gothard active et d' assurer à leur Etat des frontières fortes, des débouchés pour le commerce et l' industrie et par là-même une influence à leur mesure. On reste stupéfait de la perspicacité avec laquelle les Uranais ont exercé leur politique. Ils eurent affaire à de puissants adversaires, aux brillants condottieri, à François Ier même, à Trivulce. Les gens de la Léventine étaient alliés aux Uranais. La Léventine entra dans le premier pacte de la Confédération en toute liberté. Bellinzone était pour Uri « la clé de notre Confédération ». Les représentants d' Uri ne proclamaient-ils pas: Aussi vrai que nous n' abandonnons patrie, femme ni enfants, aussi vrai et encore bien plus n' abandonnerons pas Bellenz!
En 1550, Uri procéda à une réparation complète de la route au Dazio Grande; selon un plan audacieux, on fit passer le sentier muletier directement contre la paroi de rochers, donc dans la gorge même. Le chemin dut être élargi et gagné sur les rochers. Dans la partie supérieure, on construisit des escaliers, et on dut même avoir recours à des ouvrages en surplomb, en particulier au Twärenbrücke. Il en résulta une élévation des péages et l' institution d' une nouvelle douane au Dazio Grande. Le bâtiment de douane existe encore aujourd'hui; il servait également d' auberge pour les étrangers, et d' anciens récits de voyage établirent sa réputation.
L' exploitation financière du col battait son plein: Uranais, gens d' Urseren et de la Léventine rivalisaient d' ardeur dans ce domaine. Dans l' organisation de transit fonctionnant d' un bout à l' autre du col et calquée sur celle des sociétés de transport grisonnes, tout était ordonné, monopolisé, tarifé: le prix des marchandises, les taxes par personne, les limites des zones d' ac réservées à chaque association. Le transport de marchandises ( source principale du profit ) était réglé légalement par la Fürleite dont les membres se nommaient les Teiler.
Importance stratégique du Col du Gothard pour les Confédérés Seul celui qui tient les deux versants d' un col le domine économiquement et stratégiquement. Les Waldstaetten et les Zuricois l' avaient bien compris: en 1331, ils franchirent, en armes, le Gothard pour s' emparer de la Léventine. Ses habitants, alors sujets des ducs de Milan, causaient en effet des dommages au trafic par des vols et des agressions. Les cantons durent employer la force pour garantir désormais le libre trafic au Gothard.
Le versant sud du Gothard possède un riche passé: en l' an 590 déjà, les Langobards remportèrent une victoire sur les Francs près de Bellinzone, et il n' est pas exclu qu' ils se soient avancés, après 600, jusqu' au St-Bernardin. Les Etats épiscopaux lombards s' étendaient, depuis le XIIe siècle, sur tout le canton du Tessin actuel. L' église archiépiscopale de Milan possédait des droits seigneuriaux dans la Léventine. La large autonomie dont jouissaient les gens de la Léventine ne fut pas sans influence politique à l' épo où les Confédérés avaient des visées au-delà du Gothard.
Les autres régions firent bientôt de la politique transalpine une politique générale de la Confédération, et firent sauter le cadre qui lui était attribué primitivement lorsqu' ils s' étaient emparés du versant sud des cols. Les Confédérés se mirent à exercer une politique de puissance en Haute-Italie. Le fait que celle-ci dépendait du pivot du Gothard fut une des causes de son échec. Il était souvent impossible de parer avec une rapidité suffisante à des changements de situations politiques et militaires. A la mobilisation succédait une marche longue et pénible à travers les montagnes. Marignan fut la dernière flambée d' impérialisme des Confédérés. Le Io septembre 1515, les Suisses étaient entrés à Milan. L' occupation de cette ville était due à l' in du cardinal, légat du Pape et meneur de la politique européenne, Mathieu Schiner, et de l' au militaire Ulrich Zwingli. Les deux hommes d' Eglise poussaient à la bataille; seule, celle-ci devait permettre de déloger les Français de la péninsule. Zwingli avait parlé à ses troupes dans les termes mêmes qu' employait Schiner, le légat du Pape: le traité avec le Pape, l' honneur, la défense du Tessin inférieur, tout cela, la paix de Gallarate le remettait en question. Il fallait donc rompre cette paix et attaquer les Français. Conformément à leur tempérament de montagnards, le cardinal Schiner et Zwingli ne craignaient pas de se montrer personnellement sur les champs de bataille. Schiner risqua sa vie lorsqu' il chevau- chait à la tête de ses milices près de Marignan pour les encourager au combat. Les deux hommes d' Eglise surgirent au plus fort de la mêlée. Puis ce fut la retraite, dans la dignité... entre Zwingli et Schiner, une amitié s' était nouée.
Avec la retraite de Marignan s' achevait le rêve d' impérialisme de nos ancêtres. Pour notre bien et notre salut: Marignan inaugure notre retraite dans la neutralité, mais une neutralité « armée et prête à la défense » ( Etter ).
Les dangers du voyage et de la route Le chemin avait de 3 à 4,5 mètres de large; il avait un revêtement de débris de pierres et de dalles de granite et s' élevait souvent en pente raide. C' est ce chemin difficile et raboteux qui subsista en gros jusqu' en 1820, date à laquelle les cantons intéressés entreprirent la construction d' une nouvelle route de 5,5 mètres de large. Diebold Schilling a tenté de décrire le paysage du Gothard dans sa Chronique des guerres de Bourgogne ( 1480 ). Cette description est très stylisée et ne révèle aucune observation de la nature. Sa Chronique officielle de Lucerne ( 1513 ) nous montre les mercenaires suisses au service des Français rentrant au pays par le Gothard ( en 1509 ).
Le passage du Gothard comportait de nombreux risques. Il fallait surmonter l' obstacle de la Gorge des Schöllenen, du Monte Piottino avec la Gorge du Dazio Grande, et la Gorge de la Tremola, dont le nom évoque le tremblement qui saisissait le voyageur à la vue de l' abîme. Des chutes de neige imprévues, des avalanches, des chutes de pierres et des orages provoquaient de grands retards ou même des pertes de vies humaines et de matériel. En hiver, le col était bloqué pendant un temps assez long. Un dessin à la plume en noir et blanc, tire de la Chronique des guerres de Bourgogne de Werner Schodoler ( 1514 ), représente d' une façon sommaire les Confédérés rentrant de Bellinzone et surpris par une avalanche.
1 Expédition des Uranais au-delà du Gothard ( 1478 ). Chronique des guerres de Bourgogt Diebold Schilling, Bibliothèque centrale de £urich Le Col du Gothard était le plus dangereux de tous les cols alpins. De véritables catastrophes s' y produisirent: des centaines de personnes furent balayées d' un coup par des avalanches. Au cours d' une seule semaine, en novembre 1874, alors que la route postale et ses dispositions de protection existaient déjà, les accidents suivants se produisirent entre Hospental et Airolo: un homme trouvé gelé; un postillon emporté par une avalanche; cent Italiens ensevelis sous une avalanche, dont cinq morts et quatre-vingt-quinze retirés vivants.
Un voyage de trois jours menait les usagers de la route du Gothard d' Amsteg à Giornico à travers les dangers, les effrois et les peines; le péril ne les guettait pas qu' au sommet; la Biaschina avait elle aussi mauvaise réputation ( un acte de 1560 la qualifie de « périlleuse » ). En hiver, le Gothard était - et il est encore - une région très sauvage ( tempêtes de neige, dites Guxeten ). Lors de la catastrophe d' Airolo de 1478, soixante soldats confédérés, parmi les dix mille qui se rendaient à la bataille de Giornico, périrent dans une avalanche.
Aujourd'hui encore, une lourde responsabilité pèse sur les « Routner » - sur ceux qui font la route.
En s' aventurant en Lombardie, les Confédérés perdaient leur position avantageuse. Cet inconvénient s' aggrava avec le développement de l' artillerie chez leurs adversaires. Les Confédérés, dans l' impossibilité de passer des canons lourds par le Gothard, n' avaient à Marignan que les quelques canons de leur butin à opposer à l' artillerie meurtrière du roi de France. Le fait que les mouvements et les possibilités de transport par le Gothard étaient limités joua un grand rôle dans la défaite de Marignan. Après celle-ci, le bruit des pas cadencés et le cliquetis des armes s' évanouirent au Gothard qu' à ce que, en 1799, le général Souvorov passe le col et tente de pénétrer au cœur de la Suisse, mais sans succès.
La victoire de Souvorov aux Schöllenen Cet événement allait devenir le thème de bien des vieux dessins d' allure dramatique; c' est lui que rapellent le monument à Souvorov et son inscription en langue russe. En 1799, la Suisse fut le théâtre d' une guerre sanglante: Français et Autrichiens se battaient pour le Gothard, puis ce furent les Français contre les Russes après l' arrivée de l' armée russe conduite par les généraux Souvorov et Rosenberg ( celui-ci passa l' Oberalp, et la jonction des deux groupes s' opéra à Andermatt ). Suivant l' ordre de l' état allié à Vienne, Souvorov devait joindre à Zurich le groupe d' armées de Korsa-kov. Il choisit la route du Gothard et non celle, plus facile, des Grisons, pour se réserver la possibilité de tomber sur le flanc droit de Masséna. Hotze, qui se trouvait entre les lacs de Zurich et de Walenstadt, devait essayer de tendre la main à Souvarov. Le 24 septembre 1799, Souvorov se présenta devant Airolo. Sous le feu des tireurs ennemis, il força le passage vers le col. Après un combat acharné, au prix de lourds sacrifices, les Russes réussirent, par un mouvement tournant d' une audace folle, à faire céder la garde ennemie du pont du Diable. De la vallée d' Urseren, l' armée russe dut grimper la « paroi du Diable »; beaucoup se rompirent le cou dans les gorges des Schöllenen et les derniers canons durent être abandonnés. Les Français firent sauter la route dans le prolongement du pont et se retirèrent en aval. Les Russes furent repoussés en désordre sur les cols du Kinzig, du Pragel et du Panix. Ce qui restait de leur armée - au début elle comptait vingt mille hommes; à la fin de la campagne en Suisse, quinze mille - quitta notre pays, le 31 octobre, près de Luziensteig.
La possession du Gothard Le but poursuivi par les anciens Confédérés: tenir entre leurs mains le versant sud du Gothard, put être atteint, et sa possession fut acquise définitivement. Elle se révéla comme Confédérés rentrant au pays et surpris par une avalanche dans le val Tremola ( 1478 ). Chronique de Werner Schodoler, Bibliothèque cantonale, Aarau une véritable bénédiction pour la Suisse durant les deux guerres mondiales. Si aucun des belligérants n' entreprit de mettre sa griffe sur cette importante artère routière, c' est en grande partie par le fait que l' armée suisse en contrôlait les accès nord et sud, ainsi que le dispositif de défense actuel le prévoit toujours.
Le pont du Diable On a examiné les fondements du pont primitif pour savoir s' il avait pu être bâti par les Romains; le résultat fut négatif. Pour ce qui est du nom de ce pont, on l' a mis en relation avec un patronyme « Teufel » répandu dans la vallée d' Uri ( et dans la région de Lucerne ).
Quant aux plans de ce « pont du Diable » dans la gorge des Schöllenen, Walther de Holenstein nous apprend que les Uranais « les firent établir là-bas en Italie pour de bonnes raisons. Ils engagèrent pour diriger les travaux un habile maître maçon, Agosto da Tivoli que les Uranais baptisèrent simplement dans leur amusant dialecte « de Tyfel » ( le diable )!
Le pont de pierre est mentionné en 1595. C' est celui qui s' écroula en 1888. La crainte qu' inspirait ce paysage de montagne transparaît sur le tableau de Leopold Cysats ( 1671 ) ou sur un dessin datant de 1760 environ, où le pont du Diable et le chemin du col sont représentés de manière fort expressive. Les formes des montagnes y sont exagérées. C' est que l' homme ressentait encore de la crainte en présence des montagnes. Il appréhendait les dangers auxquels les voyageurs étaient exposés. Cette crainte passait de l' œil dans la main qui tenait le crayon. Parce que les parois raides semblaient impossibles à gravir, on les dessinait verticales. Parce qu' on sentait un frisson devant la neige, la glace, les abîmes et les arêtes vertigineuses, les paysages des Alpes paraissaient effroyablement sauvages et déchiquetés.
Sur la gravure en couleurs de Caspar Wolf datant de 1760 environ ( tirée du volume: Vues remarquables des montagnes de la Suisse, Kupferstich- 2 Les Alpes — 1970 — Die Alpen kabinett, Bàie ), le paysage est idéalisé; les deux rives de la Reuss sont symétriques. Pourquoi cette vue idéale? C' est que le Col du Gothard était une route de première importance pour l' Europe, puisqu' elle reliait directement le nord et le sud du continent. Un trafic important pour l' époque y défilait. L' artiste a représenté le pont du Diable comme un mince fil qui lie l' une à l' autre les deux parties de l' Europe. Si ce fil venait à se casser, le continent était coupé en deux. L' artiste a voulu montrer la signification du pont du Diable et du Gothard pour l' Europe: c' est le point dé contact de deux mondes différents, un noyeau européen et suisse où les contraires s' équilibrent, où se réalise l' échange des langues et des mentalités. L' essence même de la Suisse s' y trouve condensée: elle doit être un pont en temps de paix, un verrou en temps de guerre.
L' aquarelle de Joseph Mellord Turner Le vieux pont du Diable, de 1802 ( British Museum de Londres ), traite ce sujet célèbre en présentant l' arche de pierre comme un exemple grandiose de l' invention humaine et de l' architecture.
Dans la collection Oskar Reinhart, à Winterthour, se trouve une intéressante représentation du pont du Diable due au peintre paysagiste bâlois Pierre Birmann ( 1758-1844 ). Celui-ci passa les Schöllenen une première fois en avril 1781, à Page de 23 ans, « ayant soif de l' art vrai et beau » dont la patrie, selon lui, était à Rome. A Altdorf, il se joignit à un groupe de soldats qu' on venait d' enrôler. Il leur fallut passer le pont du Diable à quatre pattes, l' un derrière l' autre, à cause du verglas et du manque de gar-de-fous. Après un séjour à Rome couronné de succès, il repassa le Gothard, en dessinant tout ce qui s' offrait à lui.
En juillet 1820, le grand publiciste rhénan Johannes Joseph von Görres, poursuivi par le gouvernement prussien pour son livre L' Allema et la révolution ( Coblence, 1819 ) et réfugié en Suisse, s' étonna et s' émerveilla du spectacle grandiose que la nature présente aux Schöllenen.
Le il juillet 1869, l' écrivain Conrad Ferdinand Meyer et sa sœur Betsy admirèrent « pendant des heures les eaux au mouvement toujours divers, qui bondissaient en grondant et en écumant ». L' écrivain avait besoin, pour conserver sa santé nerveusement et psychiquement ébranlée, de grandes figures historiques et du monde provocant et dur de la montagne, qu' il parcourait dans de longues randonnées.
Quant à Henri Anacker, il fit résonner sur sa lyre un hymne aux Schöllenen.
Nées là-haut des neiges du Gothard, Les eaux glacées se ruent vers la vallée Comme un troupeau de chevaux écumants. Entends-tu gronder le tonnerre de leur voix?
Des parois abruptes qu' il ronge, Le torrent se jette avec fracas Dans l' entonnoir profond et sombre De la gorge étroite, creusée.entre les rochers.
Une lutte millénaire fraya ce passage D' où l' eau jaillit en bouillonnant. Là-haut, le pont s' élance, arche puissante, Au,.dessus du gouffre béant.
Regarde vers l' abîme, et tu sentiras ce qui t' oppose Au désir démoniaque des géants. La révolte des éléments déchaînés Te révèle combien l' homme est petit.
En 1916, on trouva sur un talus, au bord de la route, des pièces d' or ottomanes.
En 1961, après que plusieurs voitures furent tombées dans le vide, on équipa tous les endroits dangereux des Schöllenen, sur de longues distances, de glissières massives. La même année, le diable d' Henri Danioth et son bouc durent être déplacés. Le tableau d' Erwin Simmen offre désormais aux regards du touriste ses couleurs flamboyantes.
L' hospice du Gothard—le sommet du col De l' ancien cloître, bâti au sommet du col à 2112 mètres, il ne subsiste au plus que les fonda- tions sur lesquelles on a élevé de nouvelles constructions. Goethe se rendit, à chacun de ses trois voyages en Suisse, au sommet du Gothard. Le matin du 23 juin 1775 — c' était le 17e anniversaire de Lili - il y était avec J.L. Passavant. En dessinant près de l' hospice, il eut envie tout à coup de prendre la route de l' Italie et de descendre vers le pays de ses rêves. Mais finalement, le mal du pays et l' amour firent pencher la balance; les efforts de Passavant pour le convaincre de partir pour l' Ita furent vain; ils s' en retournèrent lentement vers leur patrie. A la fin de juillet, l' écrivain était de retour à Francfort, où son père lui reprocha d' em d' avoir voué tant d' attention au paysage alpestre, si ennuyeux, au lieu de visiter l' Italie. Il faut se souvenir qu' à cette époque la passion de la haute montagne commençait seulement à se manifester; les hommes du XVIIIe siècle rêvaient plutôt de plaines riantes avec champs bien cultivés, prairies et allées tracées au cordeau, que de la nature sauvage des montagnes. Goethe revit le vieil hospice en 1779, au cours de son second voyage en Suisse. Le 13 novembre, il écrit de là à Mme de Stein: Au Saint-Gothard, chez les Capucins... Ici, le duc et moi n' avons avec nous que le chasseur. Nous avons atteint le point extrême de notre voyage. Jusqu' à Genève, nous nous sommes éloignés de vous... à partir de demain, chaque pas nous ramènera vers vous. C' est la seconde fois que je me trouve dans cette chambre, à cette altitude, je ne dirai pas avec quelles pensées. Aujourd'hui de nouveau, l' Italie ne me séduit pas... En quittant Genève, nous avons passé les glaciers de Savoie, puis nous sommes tombés dans le Valais que nous avons parcouru dans toute sa longueur, pour aboutir au Saint-Gothard par la Furka. Le doigt a vite fait de suivre cet itinéraire sur le papier, mais ses magnificences ne peuvent se décrire, et on ne peut s' esti assez heureux d' avoir réussi à le suivre en cette saison. Ici tout est neige: depuis hier matin à rr heures nous n' avons plus vu un arbre. Il fait un froid féroce, le ciel et les nuages sont limpides comme le saphir et le cristal. La lune nouvelle s' est couchée en projetant sur la neige des lueurs étranges. Nous sommes dans la maison, à côté du poêle. Demain, nous avons en perspective la magnifique descente du Gothard. Mais nous avons vu déjà tant de grandes choses que nous sommes comme les leviathans qui boivent le fleuve sans y prendre garde...
Au début d' octobre 1797 ( c' était son troisième voyage en Suisse ), Goethe entreprit avec Heinrich Meyer une excursion, par Einsiedeln vers le Gothard et le Lac des Quatre-Cantons, où Goethe caressa l' idée d' un poème épique sur la légende de Tell; mais il renonça à ce projet pour permettre à Schiller d' écrire son drame célèbre.
L' hospice du Gothard est mentionné pour la première fois en 1230. Les Français le détruisirent en 1799; ils en employèrent le bois pour faire des feux de camp. Grâce à la contribution de nombreux cantons, un nouvel hospice fut construit peu après ( transformé plus tard en hôtel, il acquit une réputation mondiale grâce à son tenancier, Felix Lombardi ). Immédiatement avant l' ouverture de la ligne de chemin de fer, vingt mille voyageurs étaient hébergés chaque année à l' hospice.
Nous avons du célèbre peintre des Alpes, Willi Burger, un tableau évocateur, intitule: Le sommet du Col du Gothard. L' ancien refuge, un bâtiment bas « à colonnade », subsiste encore d' hui. Au temps des diligences, cet abri était en pleine activité. Une grande animation y régnait, même en hiver; la poste faisait circuler alors des traîneaux étroits à deux ou quatre places pour maintenir une liaison avec le Tessin.
Le monument à l' aviateur Adrien Guex, en granite du Gothard, représente, couché sur la plaque commemorative, un aigle aux ailes cassées et deux autres qui le regardent tristement. A l' en où il s' élève, ce premier-lieutenant s' écrasa avec son engin, le 7 août 1927, pour une raison restée inconnue. Il fut un des premiers à perdre la vie au service de l' armée de l' air, encore imparfaite.
Les caravanes de mulets Le « moteur » des caravanes était le mulet; ce fidèle animal, cet ami de l' homme, souvent représenté sur les tableaux, transportait de lourdes charges de marchandises de tous genres ou des hommes. En l' an 1766, des centaines de bêtes de somme transportaient chaque jour des marchandises de la Suisse romande à Altdorf et en sens inverse; d' après d' autres sources, il y en avait au moins cinq cents ou même mille à mille deux cents. « Il ne se passe pas un quart d' heure que le voyageur n' ait rencontré vingt à trente chevaux bien charges. L' Etat d' Uri lui-même retire des douanes un profit considérable » ( Joh. Conrad Faesi ).
On a de nombreuses représentations contemporaines de ces caravanes de mulets. Les muletiers de la vallée de la Reuss amenaient leur chargement jusqu' à la ligne de partage des eaux. Près de l' hospice, les marchandises étaient prises en charge par des Confédérés du sud des Alpes et vice versa.
Beaucoup de gens choisissaient le Gothard parce qu' ils étaient, en territoire suisse, à l' abri des chenapans et autres brigands de grands chemins. Une ordonnance sur la sûreté publique, publiée par les prêtres en 1370, décrétait déjà que sur les routes qui menaient du Stiebende Steg à Zurich, chacun, qu' il soit étranger ou indigène, « devait voyager en sécurité, tant sa personne que son bien ». En 1315, les muletiers de la Léventine et ceux d' Uri se mirent d' accord pour effectuer tous les transports d' un lac à l' autre. C' est aux compagnies de muletiers qu' incombait la charge d' entretenir le chemin, les ponts et les abris. Des piquets verticaux servaient à marquer le chemin. Plus d' un bailli ou commissaire de Suisse centrale fit le voyage d' Italie avec secrétaire et valets.
Au milieu du XIXe siècle, on vendait chaque année quarante-cinq mille fromages d' Unter en Italie. Ces fromages étaient emballés dans des Spalen, petits tonneaux de bois, hauts et ronds. Les « fromages d' Italie » allaient souvent jusqu' à Milan. Une comptine du Nidwald rappelle cette coutume qui s' est maintenue pendant des siècles: « Catherinette, Catherinette, où sont donc tes vaches? A Milan, à Milan, derrière la Flüela toute rouge! » En l' an 1653 fut institué un service de courrier qui reliait Milan à Lucerne une fois par semaine.
Le Val Tremola Ce n' est pas pour rien que cette gorge se nomme Val Tremola ( la vallée des tremblements ). Les anciens Confédérés traduisirent simplement en suisse allemand par Trümelen. Le Val Tremola était très redouté autrefois; de vieux récits de voyage parlent de cette haute vallée alpine comme d' une région à proprement parler avalancheuse. Chaque printemps, des catastrophes s' y produisaient. La plus terrible d' entre elles eut lieu en 1624, lorsque trois cents personnes trouvèrent la mort dans une avalanche. En 1816, le même malheur frappa une caravane de muletiers de quarante personnes. Ce n' est qu' en 1830 que la nouvelle route fut ouverte. Avec ses quarante-six virages, dont beaucoup durent être construits en surplomb, elle serpentait - et serpente toujours, bien qu' elle soit délaissée aujourd'hui - à travers le goulet rocheux. Les avalanches y descendaient presque chaque jour; on en consignait la trace pour la postérité. La chronique du Col du Gothard rapporte beaucoup d' aventures semblables.
Les gens de qualité, spécialement les dames, voyageaient en chaises, portées par des mulets ou des hommes vigoureux.
Au seuil de l' époque nouvelle, le baron valaisan Gaspar Jodok de Stockalper ( 1609-1691 ) parvint à attirer un trafic important au Col du Simplon. L' imposant palais Stockalper, à Brigue, témoigne des richesses qu' il en retira.
Le trou d' Uri C' est en 1708, pour parer à une crise du Gothard, que fut percé le Trou d' Uri.
De 1200 à 1700 environ, le Col du Gothard était praticable à pied et, par endroits seulement, à cheval; à partir de 1707 jusqu' en 1830, il devint praticable à cheval et, par endroits, même carrossable. Dès le début, le Gothard présenta un défaut majeur: il était beaucoup trop cher par rapport aux cols des Grisons. Il y eut des périodes de crise au Gothard; des efforts considérables furent alors nécessaires pour attirer à nouveau le trafic. C' est à une de ces crises des affaires que le Trou d' Uri doit son existence. Son percement fut financé par les gens d' Urse. On supprima le Stiebende Steg ( cette mesure provisoire qui durait ) parce qu' il nécessitait continuellement des réparations et parce que les chevaux ( qu' on pense au courrier à cheval ) n' aimaient guère y passer. Il est fort probable que messieurs les maîtres de poste de Murait, à Zurich, et Fischer, à Berne, firent tout leur possible pour prouver que le « pont volant » était mal adapté à la cavalerie. Le nouveau tunnel fut baptisé le Trou, d' une façon bien suisse et familière.
A l' époque du Trou d' Uri, on voyageait beaucoup à cheval, surtout la poste, qui fut une innovation importante; deux fois par semaine, à heure fixe, le courrier passait le col dans chaque sens. Le col ne devint carrossable qu' avec la nouvelle route postale de 1830.
M. Gréville et le Gothard La popularité dont jouissait le Gothard déjà comme chemin muletier est illustrée par le passage de M. Gréville, en 1755. C' est ainsi, en effet, que se nommait un riche minéralogiste anglais qui avait parié qu' il traverserait le Gothard en calèche, exploit qu' il réalisa bel et bien! Ce riche personnage sacrifia à son caprice une somme rondelette, puisqu' il dut se faire aider de septante-huit hommes. D' Altdorf à Magadino, son voyage dura sept jours. Entre les Schöllenen et Andermatt, on dut démonter la voiture, morceau par morceau, et la transporter ainsi, puis on la remonta à Andermatt. C' est ainsi que le pari fut gagné!
Ce sont les savants et les poètes qui ont fait la renommée du Gothard, car, pour les mar- chands, le plus beau paysage, c' est la plaine et un fleuve tranquille. A la gloire créée par les savants ( de Saussure ) s' ajouta la renommée esthétique, quand Rousseau eut découvert la beauté de nos montagnes. Le Gothard devint alors sublime, merveilleux, splendide.
Une époque nouvelle: l' enthousiasme pour la nature Après que J.J. Rousseau eut fait naître l' ère des voyages, on entreprit des expéditions par curiosité scientifique; on fit des recherches sur la structure, les minéraux et la flore des Alpes. Goethe, nous l' avons vu, fit à cette même époque une excursion dans les Alpes. Le paysage alpestre répondait par sa puissance sauvage et son héroïque grandeur aux aspirations infinies du Sturm und Drang. Au sommet du Gothard, Goethe dessina son Au revoir à VItalie. Beaucoup de ses poèmes et le Faust ont rendu les Alpes suisses, et spécialement le Gothard, célèbres dans le monde entier.
Un vieux dessin intitulé Le voyage de noce en traîneau nous révèle combien la nature alpine avait perdu de son caractère redoutable pour se muer en source de joie. Des tableaux de cette époque montrent que, même pendant la saison froide, le Gothard n' était pas aussi isolé qu' on se l' ima généralement. Nous y voyons le col couvert de neige, les traîneaux étroits dont la poste se servait sur les cols et l' hospice accueillant. Nos arrière-grands-pères voyageaient déjà confortablement. En été, l' hospice prend un air engageant d' hôtel de station thermale. Au premier plan le lac sourit et nous invite au bain; plus loin, c' est le vieil hospice, aujourd'hui disparu, et, au fond, on voit la pente qui descend vers le Tessin. Il n' y a plus de formes bizarres et exagérées: l' œil ne découvre plus partout des objets d' épouvante. Une calme contemplation, l' amour du paysage alpestre, une imagination poétique ont guide le crayon du dessinateur.
C' est à cette époque qu' on commence à se tourner vers les Alpes non seulement pour l' intérêt qu' elles présentent, mais aussi pour leur beauté. On envie le berger, on écoute le cor des Alpes, on s' ébahit devant les cascades et les glaciers, on vante les habitants des montagnes et des vallées alpestres, et on trouve que les Alpes suisses sont un vrai paradis, le pays merveilleux d' Adam et d' Eve, mais sans la pomme dangereuse.
L' ère des diligences Introduite par les troubles des révolutions européennes, l' ère nouvelle des routes alpines carrossables était née. Des peintres et des poètes ont immortalisé ce temps par leurs tableaux idylliques. C' était le joli temps des voyages; on prenait encore le temps d' admirer la beauté de la nature, lorsque, comme l' écrivait Nicolas Lenau, le postillon faisait claquer son fouet et résonner par monts et vaux son cor joyeux.
Le pont du Diable, reconstruit après les événements de 1799, et qui fut emporté par le torrent en 1888, offrait à nouveau aux peintres de paysages un sujet de choix.
De 1820 à 1824, on construisit la nouvelle route d' Amsteg à Göschenen; de 1827 à 1830, celle du col lui-même. Quant aux routes du St-Bernardin et du Splügen, elles furent construites entre 1818 et 1823.
Cette nouvelle route du Gothard, ouverte au trafic en 1831, avait une importance considérable pour la Suisse et se tailla d' emblée la part du lion dans le trafic routier de notre pays. Dès 1835, une voiture de poste la parcourait trois fois par semaine de Flüelen à Bellinzone. En 1840, la ligne de chemin de fer Milan-Monza était achevée et, dès 1842, une voiture rapide reliait quotidiennement Flüelen à Chiasso et Monza. Ce voyage durait environ trente heures.
En 1849, la poste du Gothard est reliée à la nouvelle ligne de chemin de fer Monza—Camerlata. Hospental et sa Tour des Lombards est alors un sujet très prise des artistes.
Avec ses quinze compagnies autonomes et ses quinze uniformes différents, la poste desservait, jusqu' en 1849, tout le territoire que se partagent aujourd'hui la poste et les chemins de fer. Lorsque la Confédération reprit à son compte l' en des postes ( 1848 ), on vit apparaître une diligence et un postillon fédéraux. C' est en 1850 que le service de poste du Gothard fut fédéra-lisé. Un vieux dessin à la plume représente le départ de la poste à Flüelen. Le postillon, déjà assis sur son siège, allume vite encore sa pipe avant d' emboucher son cor. Un dernier appel du conducteur: En voiture... pour Göschenen, Andermatt, le Gothard, Airolo, Bellinzone, Lugano! et le voyage commençait vers le sud, vers le pays où fleurit le citronnier, dans le feuillage sombre, l' orange d' or flamboie, un doux vent souffle du ciel bleu, où le myrte se cache et le laurier s' élève l' horaire de ce voyage: départ de Flüelen 16 h 20, arrivée à Andermatt 21 h 30, départ 21 h 40; arrivée à l' hospice du Gothard oo h 10; arrivée à Camerlata 14 h 10. Au total vingt-deux heures. Jos. Victor von Scheffel à fixé par écrit de ses mains gelées son impression sur le Gothard dans le poème Au Gothard. Il écrit notamment:
Les voici à nouveau, couverts de neige et tout gris, Les murs rocheux du Gothard...
Le vent du nord siffle Comme si une plainte passait dans ces montagnes.
Tel une statue de marbre, Je reste immobile dans la diligence.
Comme nous l' avons vu sur l' horaire, il y avait une halte de dix minutes à Andermatt. C' est là qu' on changeait les chevaux de poste. Les premiers regagnaient l' écurie, tandis que les nouveaux étaient déjà prêts à partir. C' est aussi là que passaient la nuit les courriers à cheval qui arrivaient chaque jour de Còme et de Zurich.
En 1852, la fréquentation annuelle de la poste du Gothard s' éleva à 21294 passagers.
Jusqu' en 1882, les postillons véhiculaient souvent soixante-dix mille voyageurs par année. En tenant compte de la valeur de l' argent à l' épo que, la poste était un peu plus chère que les billets de chemin de fer actuels. Sur le billet imprimé figuraient le nom du possesseur, l' heure de départ exacte, le poids des bagages, la nature et le nombre des places. On devait « le présenter sur requête », ainsi qu' on peut le lire au bas du billet.
La voiture postale du trajet Flüelen—Camer-lata ( au-dessous de Cornedont un exemplaire se trouve actuellement à l' entrée du musée national - disposait des places suivantes: à l' ar la banquette, puis les places du coupé, de l' intérieur et de la rotonde.
Le tableau le plus célèbre de Rudolf Koller se nomme La poste du Gothard et date de 1873 ( il est aujourd'hui au Kunsthaus de Zurich ). La direction de la ligne de chemin de fer du nord-est l' avait chargé de créer ce tableau pour Alfred Escher, qui devait s' occuper désormais de la ligne du Gothard. Des études au crayon et des huiles exécutées avec autant de conscience que de minutie précédèrent ce d' œuvre. Ainsi vit le jour un tableau poétique d' une grande maîtrise auquel un veau courant et effrayé confère un accent dramatique, compensé par l' image harmonieuse des troupeaux à l' arrière.
Le 31 mai 1882, veille de l' ouverture de la ligne du Gothard, le dernier postillon passa le col - puis ce fut le silence sur les hauteurs du Gothard. D' autres cols perdirent également leurs voyageurs: la ligne du Brenner et celle du Mont Cenis s' ouvrirent, la première en 1867, l' autre en 1871.
La ligne du Gothard C' est le Ier juin 1882 qu' elle fut inaugurée. Son débit était quinze fois plus élevé que celui de la voiture postale; elle permettait de franchir en cinq heures la distance que la diligence mettait deux jours à parcourir. Depuis 1882, le flot des voyageurs n' a pas tari. Mais le développement du trafic de marchandises est plus impressionnant encore. Il aurait fallu mettre en route journellement quatre cents voitures attelées de huit chevaux pour acheminer par le col toutes les charges que les trains de marchandises charrient par le tunnel en un temps dix fois plus court. Il en était ainsi vers la fin du siècle passé et, depuis lors, le trafic a beaucoup augmenté. Aujourd'hui, les CFF battent des records de transport à la chaîne. Le lendemain déjà du record atteint en 1965 quant au volume des transports ( plus de 80000 tonnes brut ), ce résultat était porte à 84200 tonnes. Au milieu d' août 1965, la gare de Göschenen voyait les trains se succéder jour et nuit à cinq minutes d' interval. A Pâques, quand des milliers de voyageurs partent vers le sud, les wagons charges de voitures traversent le Gothard presque continuellement. En août 1966, on enregistra d' autres records: jusqu' à 350 trains passaient le tunnel en un jour, chiffre encore jamais atteint dans l' his des liaisons ferroviaires à travers les Alpes. Pour les transports de fruits et légumes uniquement, on comptait 1000 wagons par jour. Quant aux trains transportant des autos, une fréquence journalière de 2500 à 3000 véhicules était la règle. La plupart de ces trains de marchandises circulaient de nuit.
Cette liaison ferroviaire qui nécessita un tunnel de 15 kilomètres de long et bien d' autres ouvrages délicats et audacieux, fut obtenue au prix de peines et de sacrifices incroyables. Vers le milieu du XIXe siècle déjà, des projets virent le jour, et la question de savoir si la ligne passerait par le Lukmanier ou le Gothard fut débattue. On dut surmonter mainte difficulté avant de donner enfin le premier coup de pioche. Dans le tome I de son ouvrage Nous perçons le Gothard, Felix Moeschlin raconte, en près de cinq cents pages, la seule histoire de ces premières démarches!
Le tunnel routier du Gothard Le développement de l' automobile ouvre une période nouvelle dans l' histoire du Gothard. En 1920 déjà, l' auto postale s' imposait sur les cols alpins; en 1922, un car équipé de sièges dos à dos entrait en fonction, et le Col du Gothard fut lui aussi regagné au trafic. L' hospice du Gothard a donc vécu une importante tranche d' his suisse. Détruit et reconstruit plusieurs fois, il a vu le progrès et le déclin du transport marchand, la construction de la route moderne, des événements guerriers; aujourd'hui, des milliers de touristes y franchissent les Alpes chaque été. En i960, le tunnel routier que demandaient les Tessinois fut refuse par la Confédération. Mais des travaux préparatoires ne s' en poursuivirent pas moins; ainsi on procéda en 1964 à des sondages à la Cana Bubaira ( 2100 m ), à l' ouest de la route du Lukmanier, pour faire des recherches sur une formation rocheuse de dolomie saccharoïde encore indéterminée, dans la couche triasique du cirque de Piora. Cette dolomie saccharoïde est très friable; le percement d' un tunnel dans cette couche entraînerait donc des difficultés et des frais considérables. En 1964, le Conseil fédéral a pris une décision en faveur du tunnel routier Göschenen—Airolo. En avril 1968 fut ouvert un concours pour deux projets de tunnel; les propositions devaient être remises au bureau tessinois des routes nationales jusqu' au 30 septembre 1968. On compte avec un délai de construction de six ans et demi à huit ans. Le gouvernement uranais a accepté, à fin mai 1969, un projet pour le trace nord dont le budget est fixé à 75, 4 millions.
De la zone glaciaire aux tropiques Au-delà du col, c' est déjà l' Europe méridionale; la région se distingue par sa lumière éclatante. Airolo est un village typique du sud; il est construit à l' italienne. Au menu, on offre des spaghetti, du salami et du Nostrano. Airolo fut au temps des diligences une des principales étapes du col, avec Andermatt et Hospental. Avant l' ouverture des Schöllenen, il s' y trouvait des porteurs et des muletiers, qui s' étaient alliés aux gens d' Urseren et d' Uri pour régler le transit de refuge en refuge. Dans les villages des environs, on peut voir encore de vieilles et grandes mai- i Caspar Wolf: « Le pont du Diable ». Gravure tirée de « Vues remarquables des montagnes Suisse », Amsterdam 1785, Planche N° 48. Collection des gravures, Bâle.
sons de bois. Elles datent du temps où les Uranais s' installèrent dans la région; elles sont maintenant inhabitées pour la plupart.
Le Val Bedretto jouit d' une vogue croissante comme terrain de ski. Il a souvent souffert des avalanches; pendant l' hiver spécialement avalancheux de 1951, il fut carrément coupé du monde durant un certain temps.
Jusqu' à la gorge du Stalvedro s' étend un long plateau dont les villages, collés à la paroi rocheuse, ressemblent à des forteresses. L' Escalier de l' abîme descend du Dazio Grande à Rodi-Fiesso. En Léventine moyenne fleurissent les châtaigniers et les mûriers.
Faido, le premier village purement italien de construction et de mœurs, est le dernier à connaître un climat alpin. Près de Lavorgo s' ouvre une vaste carrière. La grande industrie des carrières tessinoises vit le jour grâce à la ligne du Gothard. Autour de 1910, l' extraction atteignait 70000 tonnes par année. Il s' agit d' un granite un peu moins bon que celui de Wassen; en revanche, il est inépuisable, donc relativement bon marché; il est meilleur que le grès qui, lui, est plus tendre et cassant. La gare de Lucerne est bâtie entièrement en granite de Lavorgo et d' Osogna. A Giornico, les vignes, les figuiers et les pêchers témoignent de la douceur méridionale du climat.
Puis c' est la plaine, une végétation de delta luxuriante, des vignes et des figuiers. Le Val Blenio, l' échancrure du Lukmanier, la vieille porte impériale, laisse l' air et la lumière s' engouffrer latéralement, comme par une fente dans la paroi des montagnes. Au val Blenio se cache le joyau artistique de San Carlo di Negrentino, dominant le hameau de Prugiasco, avec, à son clocher, les armoiries doubles de la Léventine: la fine croix blanche partageant l' écusson rouge en quatre champs, surmontée du taureau d' Uri qui rappelle l' époque antérieure à 1798.
A l' extrémité sud de la Riviera ( Biasca—Bellinzone ), juste avant Bellinzone, débouche le Val Mesocco, l' accès au St-Bernardin, une région historique très ancienne. Biasca représente le terminus de la ligne du Gothard proprement dite. A Bellinzone, les forteresses confédérées, bien visibles par leurs tours, portent encore leur nom ancien d' Uri, Schwyz et Unterwald. A leur pied, les cyprès fleurissent chaque été, sans souci de l' histoire séculaire et si diverse de l' artère routière principale de nos Alpes.
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