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Dans les librairies de Bretagne, deux ouvrages sont présentés comme fondateurs pour la littérature bretonne: La Légende de la mort d'Anatole Le Braz et le Barzaz Breiz de Théodore Hersart de La Villemarqué. Ce qui me paraît remarquable, si je compare cela avec les autres régions de France, et notamment la Savoie, c'est qu'il s'agit de deux ouvrages essentiellement tournés vers le fabuleux, le mythologique et l'autre monde: le pays des esprits. Or, ailleurs, on ne trouve pas cette orientation de la littérature régionale. Ce n'est pas, pourtant, qu'en Savoie, il n'y ait pas eu d'ouvrages mêlant l'histoire locale aux fables du folklore, mais qu'on ne les trouve pas en librairie, et si on les trouve, ils ne sont pas vraiment présentés comme fondateurs.
Il est vrai que les œuvres d'Amélie Gex, qu'on peut trouver, contiennent une telle orientation, vers le merveilleux folklorique, mais c'est de façon moins nette que celles d'Anatole Le Braz, auxquelles elles équivalent. On ne trouvera cependant pas, en Savoie, une défense particulière d'œuvres équivalentes à celle de Théodore Hersart de La Villemarqué, que d'ailleurs beaucoup d'esprits rationalistes détestent: ils l'accusent d'avoir réinventé des mythes, au lieu de se contenter des figures qui existaient déjà dans la tradition populaire. En réalité, il pensait retrouver une vérité perdue, en reconstruisant des figures dont il estimait, à tort ou à raison, que celles du folklore n'étaient que des reflets: il se rattachait à l'ancienne mythologie bretonne. Or, les œuvres savoyardes qui sont allées dans le même sens - du rattachement aux mythologies anciennes -, ont existé, par exemple sous la plume de Jacques Replat, dont j'ai déjà dit que je l'aimais beaucoup, quoiqu'il ne soit pas généralement regardé comme un auteur majeur: il aimait évoquer le cycle arthurien et les Allobroges.
Mon impression est que le romantisme qui a magnifié les cultures populaires et régionales et, ce faisant, les a refondées, est bien mieux assumé en Bretagne qu'en Savoie. Même en Île-de-France, au fond, c'est le cas, puisque Gérard de Nerval aimait reprendre le folklore local, parisien, célébrant les symboles païens qu'il croyait y avoir été en vogue dans l'Antiquité - notamment celui d'Isis -, et on trouve aisément ses œuvres, que d'ailleurs beaucoup admirent.
Je parlerai des autres régions plus tard, si je puis.