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Fin juin, plusieurs personnalités appelaient à un cessez-le-feu en Ukraine et à des négociations de paix avec Vladimir Poutine. L'alternative des négociations étant considérée comme irréaliste. Les philosophes et écrivains qui ont signé la lettre ouverte ont été sévèrement critiqués.
L'ambassadeur d'Ukraine en Allemagne Andriï Melnik s'était alors insurgé:
Et l'expert militaire Carlo Masala a tweeté:
Car pour l'heure, un cessez-le-feu semble lointain. Des chercheurs de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) ont étudié ce qu'il faut pour y parvenir, en collaboration avec des scientifiques de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo (Prio) et de l'Université d'Uppsala.
L'étude, publiée dans la revue spécialisée Journal of conflict resolution, montre que les scénarios qui mènent à un cessez-le-feu sont multiples et qu'il existe une série de conditions qui les facilitent. La recherche a porté sur plusieurs guerres civiles entre 1989 et 2020 (il y a eu très peu de conflits entre Etats durant cette période).
Selon le responsable de l'étude, Govinda Clayton, du Center for security studies (CSS) de l'EPFZ, les résultats sont valables pour les guerres civiles comme pour les guerres entre Etats, bien qu'il y ait des points communs et des différences. Dans les guerres entre Etats, la mise en œuvre d'un cessez-le-feu est plus simple, car l'accord se fait entre deux parties et est plus facile à contrôler.
Si les cessez-le-feu ne résolvent pas le problème de fond entre les belligérants, ils constituent une étape importante vers une paix ultérieure. L'étude a porté sur 2202 accords conclus lors de 109 conflits internes dans 66 pays.
Et au vu de l'évolution de la situation en Ukraine, l'une des principales conclusions n'est guère réjouissante. Il en ressort que les parties au conflit seront plus enclines à conclure un cessez-le-feu si la guerre se montre particulièrement sanglante et le nombre de civils tués particulièrement élevé.
Une autre conclusion de l'étude est que les parties au conflit acceptent souvent de déposer les armes au cours du premier mois de la guerre.
Toutefois, ce n'est pas tant par discernement que par calcul tactique. En effet, un cessez-le-feu permet de tester le sérieux de l'ennemi et de voir s'il existe une chance de règlement pacifique. Si les armes ne se taisent pas, la guerre dure en moyenne quatre ans jusqu'à la tentative suivante de cessez-le-feu.
Une trêve peut également être favorisée par la chute du gouvernement. Govinda Clayton explique que:
Toutefois, l'effet du changement de régime s'estompe au bout d'un an. Il est possible de changer de gouvernement par des élections démocratiques ou par la chute du leader autocratique. Govinda Clayton estime qu'un cessez-le-feu est plus durable lorsque la direction politique a été remplacée démocratiquement.
Les parties médiatrices peuvent également aider. Elles donnent souvent aux parties en conflit une justification politique pour déposer les armes. Les fêtes religieuses peuvent aussi être un prétexte de faire une pause dans la guerre, car les parties au conflit ne perdront pas la face en acceptant un cessez-le-feu.
Les chercheurs en matière de conflits en ont des exemples: Au Salvador, le Front national de libération Farabundo Marti a justifié le cessez-le-feu en faisant une concession au médiateur, le secrétaire général de l'Organisation des nations unies (ONU). En 1989, la rupture du jeûne après le ramadan a conduit à plusieurs cessez-le-feu en Afghanistan. Il est peu probable qu'un cessez-le-feu intervienne dans une guerre civile lorsque le gouvernement est soutenu de l'extérieur par de l'argent et des armes dans sa lutte contre les groupes rebelles.
La raison principale d'un cessez-le-feu est toutefois le désir de paix, comme le montrent 70% des accords étudiés. Un accord de cessez-le-feu a finalement conduit à la paix en Colombie, tout comme au Soudan.
Le fait de déposer les armes renforce la confiance dans le gouvernement du pays en guerre civile. Une trêve avec un groupe rebelle conduit également à ce que d'autres parties au conflit dans la guerre civile acceptent plus facilement de souffler pacifiquement. Toutefois, la trêve est aussi souvent utilisée à mauvais escient:
Dans un cinquième des accords, ce sont des raisons humanitaires qui ont été déterminantes, comme la livraison de matériel de secours ou la récupération des morts sur le champ de bataille. En Syrie, par exemple, des cessez-le-feu locaux ont permis à la population assiégée de bénéficier d'un répit temporaire dans certaines localités. Toutefois, le régime d'Assad a probablement aussi utilisé ces accords à des fins de stratégie militaire.
Dans le cas de l'Ukraine, un cessez-le-feu a également déjà été utilisé comme moyen de gestion du conflit. L'accord de Minsk négocié en 2015 entre la Russie et l'Ukraine devait servir à endiguer la violence dans la région de Donetsk, sans pour autant signer un traité de paix. Avec l'attaque des Russes en février, cet accord est devenu lettre morte.
Si un cessez-le-feu doit avoir lieu en Ukraine, il devra s'inscrire dans un grand processus politique qui tienne compte de la réalité du terrain. Les deux parties au conflit ne consentiront à un trêve qu'une fois qu'elles auront atteint un certain point où elles pourront même trouver un processus d'accord. Tant qu'une solution politique acceptable pour les deux parties n'est pas en vue, un cessez-le-feu est improbable, explique Clayton.
(traduction par sas)
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