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Premier bilan de la politique monétaire en 2015
Andréa M. Maechler, membre de la Direction générale
Apéritif "Marché monétaire", Genève, 19.11.2015
Depuis la suppression du cours plancher le 15 janvier 2015, la politique monétaire de la Banque nationale suisse (BNS) repose sur deux piliers, qui se complètent et se renforcent mutuellement: le taux d'intérêt négatif et la disposition de la BNS à intervenir au besoin sur le marché des changes. Le taux d'intérêt négatif, qui est prélevé sur les avoirs en comptes de virement détenus à la BNS par les banques et d'autres opérateurs sur les marchés financiers, n'est pas un instrument de politique monétaire ordinaire. Il est rendu nécessaire par les taux d'intérêt extraordinairement bas et la fragilité de l'environnement international actuel. Cette mesure a permis à la BNS de rétablir l'écart qui existe traditionnellement entre les taux suisses et les taux étrangers. La BNS peut être amenée à intervenir sur le marché des changes si l'accroissement des incertitudes et de la volatilité des marchés entraîne un brusque recul de la propension au risque des investisseurs suisses et étrangers, provoquant à son tour une augmentation de la demande de francs. Cela a par exemple été le cas cet été en raison des événements survenus en Grèce. Les deux piliers - la disposition de la BNS à intervenir au besoin sur le marché des changes et le taux d'intérêt négatif - permettent de contrer la pression à la hausse sur le franc. A son niveau actuel, celui-ci reste nettement surévalué.
Les développements sur le marché monétaire et le marché des capitaux montrent que le taux d'intérêt négatif fonctionne remarquablement bien. Toutefois, si ce dernier a entraîné un recul des taux sur ces deux marchés, les taux hypothécaires ont fléchi dans une proportion moindre. Pour les prêts à long terme, ils ont même légèrement augmenté par rapport au début de l'année. Par conséquent, la crainte que le taux négatif puisse contribuer à accroître les déséquilibres sur le marché hypothécaire s'avère pour l'instant infondée.
Dans le contexte difficile qui prédomine depuis 2009, l'économie suisse s'est montrée étonnamment résiliente. Deux facteurs favorisent cette résilience: la politique monétaire et la compétitivité. Toutefois, les mesures visant à maintenir la compétitivité des entreprises réclament de celles-ci et de leurs collaborateurs des adaptations parfois douloureuses. Ainsi, de nombreuses entreprises sont prêtes à accepter une réduction de leurs marges bénéficiaires.
La BNS prévoit pour les prochaines années une croissance modérée de l'économie mondiale. Cette croissance devrait permettre de compenser au moins partiellement les inconvénients découlant de l'appréciation du franc. D'après les prévisions de la BNS, l'inflation moyenne en Suisse devrait tomber à son niveau le plus bas au quatrième trimestre 2015. Etant donné que les deux principaux facteurs en jeu, à savoir la forte appréciation du franc et le recul des cours du pétrole, sont de nature temporaire, ils ne constituent pas une menace pour la stabilité à moyen terme des prix en Suisse. Il n'y a donc pas lieu de s'attendre à une inflation négative durable, ni à une spirale déflationniste.