Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06969.jsonl.gz/1321

Martin vit au Québec. Après de multiples rechutes, il a pu arriver à une stabilisation. Il n’a plus eu d’idées suicidaires ni connu d’état dépressif. Au sortir de la période de crise, il a obtenu un diplôme et même le Prix Meritas-Tabaret attribués aux trois meilleurs étudiants. Cela lui a permis, comme il l’écrit lui-même, de reprendre confiance en lui, de croire en ses capacités et de comprendre que, malgré la maladie, il est capable d’atteindre ses objectifs.
Aujourd’hui, lorsque je pense à mon adolescence, je me demande pourquoi j’ai pris de la drogue. Si je n’avais pas consommé, peut-être que je ne serais pas schizophrène. Malheureusement, ça, je ne le saurai jamais, car je ne peux retourner en arrière. D’après mon médecin, j’aurais probablement eu quand même cette maladie. Je me console en me disant que la maladie m’aurait peut-être frappé plus tard, dans la vingtaine.
Au début, je me complaisais dans mon dialogue intérieur et j’avais un délire paranoïde qui me faisait croire qu’une guerre mondiale avait éclaté et que la mafia, qui faisait partie de la conspiration, me pourchassait. En conduisant mon camion, je délirais également à propos des panneaux de signalisation. Je croyais qu’ils voulaient systématiquement dire autre chose, qu’ils étaient écrits dans un genre de langue asiatique.
J’ai vécu des instants magiques qui sont difficiles à décrire. Je ressentais une grande chaleur que je croyais venir des Etats-Unis. Puis, le gardien de sécurité est venu me chercher pour me conduire à l’étage de psychiatrie; dans l’ascenseur, j’étais convaincu que je montais vers la vie éternelle et qu’il était mon ange gardien.
(…) quand je suis en proie à la psychose, je perds complètement le contact avec la réalité.
Extraits tirés du livre Moi, Martin Bélanger, 34 ans, schizophrène
(2005, Les Editions de l’Homme, Québec)