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Un terme négatif ?
Le terme de péché résonne souvent négativement de nos jours. Il est relié dans les esprits contemporains à la peur, au moralisme et à la culpabilisation. Dans l’ordre des critiques à l’égard de ce que l’on appelle les valeurs judéo-chrétiennes, la culpabilisation des esprits tient une place centrale. Parler de péché reviendrait à distiller la peur de la condamnation et à instaurer un régime de culpabilisation.
Un terme biblique ?
Mais qu’en est-il de ce mot dans les textes bibliques ? Avant de parcourir la suite, souvenez-vous d’une part que la Bible a été écrite en deux langues différentes (l’hébreu et le grec) et que chacune de ces langues renvoient à un univers de signification différent, d’autres part que l’écriture de la Bible s’étend sur plusieurs siècles ce qui fait que la compréhension des mots peut aussi évoluer d’un texte à l’autre.
Étymologie
Le principal terme hébreu qui est traduit par : « péché » est celui de hata qui exprime l’idée de « manquer son but » ou « être tortueux ». Il désigne avant tout un acte objectif: ne pas respecter un commandement divin ou ne pas honorer Dieu par ses actions. On le voit, on peut pécher contre Dieu, mais aussi contre l’humain. Et les deux sont liés dans la pensée biblique comme le commandement d’aimer Dieu et son prochain sont liés (Lev 19,18). Ce mot s’applique particulièrement à une situation relationnelle (à Dieu ou au prochain). Est « péché » ce qui ne rend pas justice à une relation de communion avec Dieu. Pécher n’est pas référé à un ordre moral (le bien vs le mal),
Mais d’autres termes hébreux sont parfois traduits par le terme de « péché ». Ils peuvent aussi être traduit par erreur, révolte, défection.
En grec, c’est le terme « amartia » qui est traduit par péché. Avant d’avoir un sens théologique dans le vocabulaire chrétien, ce terme désignait, dans le monde grec, le fait de commettre une faute, d’avoir failli ou d’avoir outragé les dieux. Ce mot se situe plus nettement dans un univers de valeurs morales qui sont à respecter, plutôt qu’à un univers relationnel qui est à honorer.
Le péché entre acte et condition humaine
Dans l’AT, le péché est principalement un acte objectif (ne pas observer un commandement de Dieu, ni l’honorer par ses actions). Mais les exégètes notent déjà une évolution . Dans certains textes tardifs de l’Ancien Testament, le péché semble déjà compris comme une composante inhérente à la condition humaine. Il n’est plus seulement un acte.
Dans le Nouveau testament, cette évolution est encore plus nette. Les lettres de Paul par exemple, distingue le péché au singulier (Rm 7,13) des péchés au pluriel (Ga 1,4). Pour l’apôtre, les péchés objectifs ne sont qu’un symptôme d’une réalité existentielle plus profonde. Cette réalité désigne même le cœur de la condition humaine; l’être humain est pécheur. Cet état désigne l’impossibilité ou la difficulté profonde ou encore la volonté de ne pas établir de rapport de pleine communion avec Dieu. Être sauvé, selon l’apôtre, ne relève donc pas d’une comptabilité d’actes moraux. Mais être sauvé, c’est une réorientation existentielle, rendue possible par le fait d’entrer dans l’amour de Dieu offert en Jésus-Christ.
Les théologiens contemporains ont redécouvert cette compréhension existentielle du péché. Ils l’ont souvent mise en avant contre une compréhension moralisante qui a souvent marquée les discours des Églises. Karl Bath, en particulier, , insiste sur le fait qu’on ne peut prendre conscience de son état de péché que lorsque l’on reçoit la joie de l’amour sans condition de Dieu.
Le péché originel
Il revient à St Augustin, théologien des 4ème et 5ème siècles, d’avoir formalisé cette doctrine. Cette compréhension du péché s’appuie sur son interprétation du récit de Genèse 2. Depuis, chacun connait l’histoire d’Eve, d’Adam, du serpent et de la pomme. Il est à noter que pour le judaïsme, il n’y a pas de péché originel. Il s’agissait pour Augustin de décrire l’état dégradé de la condition humaine. L’humain aurait refusé la condition de créature et , s’appuyant sur le libre arbitre voulu par Dieu, aurait ainsi désobéi à Dieu. C’est ce que l’on appelle la chute. Cet acte fondateur est le propre de chaque être humain. Il est à l’origine (d’où le nom de péché originel) des difficultés à vivre sa condition d’humain.
Une lecture physiologique et quasi génétique de cette doctrine a conduit dans le christianisme à une stigmatisation de la sexualité. En effet, elle est accusée de transmettre ce péché originel.
Cette doctrine a aussi souvent été contestée, aussi à l’intérieur même du christianisme. Il n’est pas possible dans cette page de décrire l’ensemble de ces contestations. Mais on peut en avoir une idée en lisant cet article sur Wikipédia.
Enfin, la question du péché originel est aussi liée à celle de l’origine du mal dans le monde. Sur cette question je renvoie à l’article intitulé : « Dieu a-t-il créée Satan? » sur le site Questions Dieu.com.