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Le découpage aux ciseaux
David Regel, Diemtigtal BE
Le découpage aux ciseaux est originaire de l' Extrême, où il est encore pratiqué jourd' hui. Les Asiatiques utilisent pour cela des ciseaux grossiers, à larges lames. En Chine, le papier est plié plusieurs fois et toujours différemment. Dans ce pays, comme en Inde, mais d' une façon beaucoup plus fine, on découpe surtout des animaux et des êtres humains.
Au cours des siècles, cet art parvint au Moyen- Orient et jusqu' en Palestine. Les Croisés l' appor en Europe, où il fut exercé par des moines dans les couvents. Aujourd'hui encore, on peut admirer dans de vieux livres, venus de monastères, des lettrines artistement ornées qui sont en partie dessinées, en partie découpées aux ciseaux. Mais fart proprement dit ne connut pas de nouveaux développements jusqu' au XVIIe siècle.
En France, à cette époque, tous les hauts fonctionnaires pouvaient se faire portraiturer aux frais de l' Etat, ce qui naturellement coûtait cher à la couronne. En vue de faire des économies, le ministre des finances, un nommé La Silhouette, décida qu' à l' avenir seules seraient autorisées les ombres profilées, qui sont bien meilleur marche. Ces ombres profilées doivent leur nom de silhouettes à ce ministre qui apparaît comme le précurseur de l' actuel découpage aux ciseaux en Europe.
A la fin du XVIIIe siècle naquit à Saanen Johann Jakob Hauswirth, qui vécut son enfance dans un grand dénuement. On ignore d' hui comment il en vint à faire des découpages aux ciseaux. Il passe pour le père de l' art contemporain du découpage, qu' il porta à un extraordinaire degré de maîtrise. Il fut un compagnon nomade, qui se rendait d' un lieu à l' autre, et ses découpages étaient connus dans tout l' Oberland bernois et les Alpes vaudoises. Il lui arrivait souvent de rester plusieurs jours, voire plusieurs semaines, dans une même famille de paysans, à qui il « payait » le vivre et le couvert en découpant pour eux aux ciseaux quelques tableaux. C' est pourquoi ses œuvres connurent une diffusion relativement grande. Comme il était gigantesque et qu' il avait des mains proportionnées à sa taille, il devait agrandir les anneaux de préhension de ses ciseaux avec du fil de fer.
Il exécutait des découpages en noir et blanc et en couleur, composés de figures et d' arbres isolés qu' il assemblait.
C' est lui qui inspira à mon père l' idée de faire des découpages aux ciseaux. Mais mon père ne le pratiqua que peu de temps, dans sa jeunesse, car les circonstances le contraignirent à se vouer pres- que entièrement à son gagne-pain, et il lui resta trop peu de loisir pour son hobby.
Je naquis en 1916 et, ayant déjà les découpages de mon père sous les yeux à l' âge de l' école enfantine, il est facile d' imaginer que j' essayai de l' imi dès que ma main fut capable de tenir des ciseaux. Mais je cultivais cette marotte en cachette, car je trouvais que ce n' était pas là une activité digne d' un homme. Mais mon maître eut son attention attirée par un concours pour le calendrier Pestalozzi. Je pus dorénavant faire des découpages aux ciseaux pendant les heures de dessin. Ainsi fut trouvé un passe-temps pour les longues soirées d' hiver. Ensuite se présentèrent, isolément, mes premiers clients. Il paraissait aussi, de temps en temps, un article dans la presse, ce qui me valut d' être invite à faire mes premières expositions. Plus tard, la radio et la télévision s' y intéressè-rent. Il s' ensuivit des expositions à l' étranger, notamment deux fois à New-York. Aujourd'hui, des visiteurs du monde entier viennent me voir dans la chambre où je travaille. Grâce aux nombreuses commandes que je reçois, j' ai renoncé il y a quelques années à mon métier - traditionnel dans notre famille - de paysan de montagne, pour me consacrer exclusivement au découpage aux ciseaux. Nous avons quatre enfants qui montrent de bonnes dispositions pour ce genre d' activité, et on peut espérer que cette tradition va se maintenir dans la famille.