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La votation sur le mariage pour toutes et tous n’est pas sans éveiller des craintes. Beaucoup ont l’impression qu’elle remet en question la famille traditionnelle, formée d’un homme, d’une femme et d’enfants nés pas voies naturelles. En fait, ce n’est pas la fin de la famille hétérosexuelle, mais l’élargissement à d’autres formes de conjugalités.
Qu’est-ce que le mariage civil ?
Le mariage civil auquel nous sommes attachés, date en fait en Suisse de la révision de la Constitution de 1874; il avait pour but principal de déterminer à qui appartenaient les enfants et de régler les questions d’héritage. L’idée même du mariage d’amour s’est développée depuis ce moment-là.
Le mariage n’a pas une origine religieuse
Contrairement à ce que certains supposent, le mariage civil ne date pas de quatre mille ans. Lorsqu’il est dit, en Genèse 2,24 que « L’homme quittera son père et sa mère, s’attachera à sa femme et que tous deux ne formeront qu’une seule chair », il n’est pas parlé de mariage ni civil, ni religieux, mais de l’union de deux personnes qui d’attachent l’une à l’autre. Aux débuts, il s’agissait d’une sorte d’union libre, puis, peu à peu, la société juive s’organisant, cela s’est institué; on n’allait pas donner sa signature chez le Maire, mais on faisait la fête, comme lors des Noces de Cana. Le Cantique des Cantiques parle lui aussi d’amour, mais sans mariage ni civil, ni religieux, et sans procréation.
La Genèse parle-t-elle d’union entre un homme et une femme ?
La plupart des traductions de la Bible ne rendent pas bien compte de la richesse du texte hébreu. Lorsque Dieu dit « Faisons l’humain à notre image », il ne crée pas un homme, car Dieu lui-même n’est pas masculin. Il crée l’humain androgyne, donc avec des caractéristiques masculines et féminines. L’homme et la femme ne sont pas deux entités clairement séparées, mais intrinsèquement liées, ce qui explique qu’il y ait parfois des personnes qui naissent intersexes, donc avec des organes sexuels mâles et femelles. « Dieu les bénit » ne signifie pas qu’il les marie, le mariage étant une convention entre les humains. « Soyez féconds et prolifiques » signifie que Dieu place l’humain dans une dynamique de diversification que ce soit en accueillant, au sein de leur couple, un enfant, ou en oeuvrant de multiples manières pour le bien de ce monde.
C’est la raison pour laquelle des couples de même sexe éprouvent parfois le désir de pouvoir transmettre la vie et d’aider à la faire croître au sein de leur union. Il est donc équitable, vu que la PMA (Procréation Médicalement Assistée) est autorisée par aider les couples hétérosexuels à avoir des enfants, que cette assistance médicale soit aussi autorisée en Suisse pour les couples de femmes.
Un couple comme l’aube et le crépuscule
Il serait donc erroné d’affirmer que le couple créé aux origines exclurait tout couple non hétérosexuel. En effet, lorsque Dieu sépare la lumière des ténèbres, nous ne sommes pas surpris qu’il y ait à l’aube comme au crépuscule, un moment qui n’est ni jour ni nuit; de même, nous ne devrions pas être déroutés par le fait qu’il y ait des humains qui ne soient pas clairement déterminés « homme » ou « femme ». Dès lors, il serait réducteur de refuser notre bénédiction aux couples de même sexe alors que Dieu lui-même les a bénis dès les origines du monde.
Le mariage, une histoire récente
Dans les premiers siècles après Jésus-Christ, l’abstinence sexuelle était valorisée, si bien que le mariage était mal vu, car lié au plaisir sexuel; les prêtres fuyaient ces cérémonies, comme étant « sales ». Ce n’est qu’à partir du VIe siècle que, peu à peu, des prêtres étant invités à des mariages, se sont mis à prendre la parole, puis à prier pour les mariés. Il a fallu attendre le XIIe siècle pour que l’Eglise catholique fasse du mariage un sacrement. Le mariage n’a donc, à la base, rien de religieux. C’est ce qui a poussé Luther et Calvin à le retirer de la liste des sacrements.
Le mariage scelle l’amour qui unit deux personnes
Toutefois, le mariage est une belle institution, une occasion magnifique pour les deux personnes du couple de se témoigner leur amour et de sceller leur union devant tous leurs proches et la société. Cette votation sur le mariage pour toutes et tous devrait donc être l’occasion de revaloriser le mariage, mais en lui donnant sa juste valeur : celle d’une convention sociale qui soutient l’amour entre deux personnes. Dès lors, comme la Bible ne nous dit rien sur le mariage civil, nos points de divergences théologiques sur le thème de l’homosexualité ne devraient plus être des points d’achoppement. Une seule chose devrait nous unir : l’assurance que lorsque deux personnes s’aiment, celui qui a dit « Aime ton prochain comme toi-même » se réjouit de bénir l’amour entre deux personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle.
La famille idéale ?
Défendre la « famille traditionnelle » sous prétexte qu’elle est biblique est une grave erreur d’interprétation. En effet, elle n’est pas biblique ! Cherchez-moi un exemple ! Dans les récits de la Genèse, la plupart des familles connaissent de sérieux problèmes : si Adam et Eve peuvent nous sembler être le couple idéal, très vite les choses se gâtent : Adam se désolidarise de sa femme et fait retomber la faute sur elle; puis Caïn, leur premier-né, est pris d’une jalousie féroce à l’égard de son frère; Abraham a recours à la servante de sa femme pour s’assurer une descendance; Isaac préfère son aîné alors que Rebecca soutient son cadet; Jacob fait face aux rivalités de ses deux femmes… Quant à Jésus, il est né de père inconnu; Joseph a dû l’adopter. Contrairement aux coutumes de son temps, Jésus ne s’est pas marié, n’a pas eu d’enfants et ses disciples semblent être restés célibataires, à part Pierre, pour lequel on nous dit qu’il a une belle-mère. Paul nous conseille d’être tous comme lui, c’est à dire célibataires. Donc si nous voulions tirer une morale sexuelle de la Bible, c’est plutôt un encouragement au célibat qu’il faudrait valoriser.
Sens du mariage religieux
Le mariage religieux permet, à ceux qui le souhaitent, de demander à Dieu sa bénédiction sur eux-mêmes et sur leur couple afin d’arriver à s’aimer sur la durée. Pouvoir placer son désir d’aimer devant Dieu est un grand moment pour un couple, de même que pour toute sa famille et ses amis. La cérémonie religieuse atteste de la valeur de cette union aux yeux de tous. L’amour qui unit deux personnes de même sexe mérite d’être traitée de la même manière que pour les couples de sexe différent; le défi de s’aimer sur la durée est le même; ce n’est pas un demi mariage.
Un besoin de reconnaissance
Si les couples de même sexe durent, à ce qu’il me semble, un peu moins longtemps que les couples hétérosexuels, le manque de reconnaissance et de valorisation de leur amour joue ici probablement un rôle. Lorsqu’un couple de même sexe rencontre des difficultés, le regard désapprobateur qui l’entoure ne contribue pas à encourager ces personnes à mettre tout en oeuvre pour sauver leur couple. Demander à Dieu sa bénédiction sur les couples de même sexe, c’est reconnaître la valeur de leur union. Personnellement, je n’ai aucun doute que le Dieu de Jésus-Christ, qui nous appelle à aimer notre prochain comme nous-mêmes, a envie de bénir deux personnes qui s’aiment, peu importe leur genre.
Bénir un couple en vue d’être parent
Tous mes lecteurs qui ont été parents, savent que c’est un réel défi. Aucun parent n’est parfait; chacun de nous essaie de donner le meilleur à son enfant. A une période où bon nombre de couples passent par le divorce, beaucoup d’enfants sont élevés par un parent seul; nous voyons qu’ils peuvent se développer fort bien, parfois mieux que s’ils avaient dû vivre avec des parents qui s’entre-déchiraient. Lorsque leurs parents reconstituent une nouvelle famille, ces enfants sont alors élevés par un nouveau père ou une nouvelle mère avec lequel ils n’ont pas de lien de sang. S’il n’est pas toujours facile pour l’enfant d’accepter ce nouveau parent, il peut néanmoins fort bien s’épanouir. Le fait d’avoir des parents de même sexe constitue encore une autre configuration. Si pour certaines personnes, le fait d’avoir une nouvelle structure familiale suscite des peurs, je suis confiante que, dans vingt ans, nous nous apercevrons que ces enfants ne sont pas plus malheureux que les enfants issus de couple hétérosexuels.
Désirer un enfant, c’est déjà l’aimer.
L’important pour un enfant n’est pas le genre de ses parents, mais le fait d’avoir de bons parents. Le fait d’être attentionné, à l’écoute, présent, aimant n’a rien à voir avec le genre. Il y a de mauvais parents parmi les couples hétérosexuels. Si un couple de même genre doit faire des démarches longues et onéreuses afin d’avoir un enfant, c’est plutôt la preuve qu’il le veut vraiment et qu’il se donnera encore plus de peine pour être de bons parents, qu’un couple pour qui c’est facile d’avoir des enfants.
L’enfant a-t-il besoin d’un papa et d’une maman ?
Dans le cas de deux pères ou de deux mères, l’un sera plus masculin et l’autre moins; l’une aura certaines qualités et sa conjointe en aura d’autres. Il se créera un équilibre dont l’enfant pourra bénéficier pour son développement et son épanouissement. Puisque Dieu a créé l’humain à son image, avec du masculin et du féminin, un couple de même sexe aura également en son sein cette diversité, cette altérité. A une époque où nous prenons conscience que les stéréotypes du rôle de l’homme et de la femme sont en fait des constructions sociales, nous pouvons avoir confiance que l’identité de genre de l’enfant se construira comme pour tout autre enfant au gré des personnes qu’il aimera et admirera : ses grands-parents, ses oncles et tantes, ses parrains et marraines, ses enseignants, etc. Somme toute, accorder à un couple homosexuel de se marier, cela permet aux enfants d’avoir deux parents qui se complètent à leur chevet.
Si vous le souhaitez, vous pouvez prolonger la réflexion en écoutant cette émission de la RTS : Hautes fréquences, du 29.08.2021, où je participais à une interview en opposition à Marc Früh, membre du comité de lʹUnion démocratique fédérale.