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07/05/2014
Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité par Cyril Olivier
Titre : Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité
Auteur : Cyril Olivier
Éditeur : Presses Universitaires du Mirail
Pages : 311
Dans l'histoire de la France plusieurs périodes sont examinées de manière soutenues. L'une d'elle est celle de Vichy. L'auteur public ici sa thèse de doctorat sur ce qu'il nomme les politiques de la sexualité. L'auteur y examine le retour à une forme de répression des sexualités dites anormales et à l'arsenal judiciaire qui l'accompagne. Mais il propose d'aller au-delà des discours et des textes pour montrer comment ceux-ci ont été utilisé par la société. Il montre aussi, de temps en temps, le lien qui existe entre textes de Vichy et les IIIe et IVe Républiques.
Cet examen se fait en 4 parties. La première nous permet de comprendre comment Vichy parle des sexualités et de la nécessité d'une rénovation nationale. On y trouve un examen des discours qui permet de mettre en valeurs l'analyse des pratiques qui est faite dans les parties suivantes. La seconde partie s'intéresse aux infidélités conjugales. L'auteur y montre, en 4 chapitres, comment l'époque tente d'imposer la conjugalité hétérosexuelle dans le cadre du couple marié. Il s'intéresse à la fois au délit d'adultère, qui est utilisé principalement contre les femmes, et au délit de concubinage, qui se forme contre les hommes qui "profitent" de la guerre en détournant des femmes de leurs maris prisonniers. Bien qu'il y ait une tentative d'augmenter la pénalisation de l'infidélité en s'attaquant à d'autres personnes et en surveillant fortement les femmes l'auteur montre un résultat partiel. En effet, une plainte du mari est nécessaire et celle-ci, parfois, manque. L'auteur montre aussi la différence entre la pratique de la IIIe République, durant laquelle l'adultère est un moyen de demander le divorce, et de Vichy, qui considère l'adultère comme une faute pénale.
La troisième partie permet à l'auteur de s'intéresser à l'avortement et, dans un dernier chapitre, à l'infanticide. Il montre la progressive pensée de l'avortement comme d'un fléau qui a mis en danger la France. Il est donc nécessaire de réprimer les usages. Celle-ci va s'intéresser aux femmes qui tentent d'avorter. Mais leur détresse face à une situation qui est parfois difficile n'est pas gardée en mémoire au profit d'une vision d'anormalité. Ce sont aussi les personnes qui font métier de l'avortement qui sont visées. Aussi bien les membres des professions médicales que les faiseuses d'anges. Enfin, les complices sont aussi mis en danger. Ces complices peuvent aussi bien être les maris que des femmes qui accompagnent leur amie. La dernière partie s'intéresse aux sexualités qui sortent du cadre marital hétérosexuel. L'auteur s'intéresse à la prostitution pour montrer un contrôle des femmes dont les activités sont considérées dangereuses. L'auteur montre aussi que les maisons de prostitution deviennent réglementées par l’État français. Ce qui permet à leur propriétaire d'échapper aux poursuites. Les proxénètes, par contre, sont considérés comme l'une des causes de la défaite. Enfin, c'est l'homosexualité féminine qui intéresse Olivier Cyril dans le dernier chapitre. Bien que ce dernier soit court il permet tout de même de montrer une origine républicaine de la répression ainsi que la vision des lesbiennes qui existait à l'époque.
Nous nous trouvons donc face un livre dense qui permet de comprendre comment un gouvernement tente de contrôler la sexualité, celle des femmes surtout, et ses réussites ou ses échecs dans la pratique. La lecture permet aussi de mettre en relief certaines positions de la IVe et de la Ve République. En effet, bien que Vichy soit considéré comme une période d'exception qui ne fait pas partie de l'histoire de l’État français on trouve un certain nombre de liens dans les positions des acteurs dominants sur les sexualités. C'est aussi un bon moyen de comprendre comment le contrôle des femmes s'inscrit dans une surveillance sociale globale. Ainsi, ce sont les voisin-e-s, les ami-e-s, les maris qui dénoncent. Au-delà des discours les sources utilisées montrent aussi une partie des pratiques de l'époque.