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Questions - Réponses
Société
Aujourd'hui au Téléjournal, on nous annoncait que Coop et Migros faisaient des baisses de prix; or ces baisses sont principalement faites par les producteurs. Action de 3+1, 2+1 des marques comme CocA Omo etc. pourquoi et comment donne-t-on tout le bon côté à Coop et Migro?
Réponse de Hugues Jeannerat
doctorant
Groupe de recherche en économie territoriale
Université de Neuchâtel
Si je comprends bien la question qui est posée ici, il s’agit de comprendre comment se répartit la baisse (ou la hausse) du prix d’un produit de consommation tout au long de sa chaîne de production.
Il faut tout d’abord, rappeler que, dans une logique économique, chaque acteur situé le long de ce qui est appelé la chaîne de production d’un produit apporte une valeur ajoutée qui lui procure un bénéfice. Par exemple, un agriculteur produit du lait, le vend à un fromagé qui le transforme et le vend ensuite à un magasin qui le vend finalement à un consommateur final. Le prix du fromage dans le rayon du magasin représente ainsi l’ensemble de la valeur ajoutée apportée par chacun des acteurs (prix du lait + prix de la transformation + prix de la distribution). Dans l’idéal le bénéfice que chacun reçoit pour son travail doit refléter la part de valeur ajoutée qu’il apporte au produit.
En réalité, la répartition des bénéfices donne lieu à des rapports de pouvoir et des jeux de négociation. Dans une économie libérale le pouvoir de négociation dans le partage des bénéfices est fortement lié à la capacité d’être irremplaçable (avoir une position de monopole). Ainsi, si le distributeur final est irremplaçable, comme c’est très souvent le cas chez nous (les agriculteurs et les fromagers, par exemple, on besoin de Coop ou Migro pour écouler leur produits), celui-ci aura un fort pouvoir de négociation et pourra maximiser ses bénéfices. A l’inverse, si le producteur est remplaçable comme c’est le cas d’un producteur de lait qui est confronté à la concurrence étrangère, il est beaucoup moins en position de négocier la répartition des bénéfices le long de la chaine de production.
La répartition de la valeur ajoutée d’un produit est donc soumise à des enjeux de pouvoir. Pour cette raison, certaines organisations sont apparues dans le but de changer certains rapports de force. C’est par exemple la constitution d’interprofessions regroupant des agriculteurs et des fromagers pour produire un fromage AOC et ainsi se rendre plus difficilement remplaçable. Nous voyons aussi que l’arrivée de nouveaux concurrents tels qu’Aldi ou Lidl met la pression sur Coop et Migro qui deviennent, à leur tour, remplaçables. Les rapports de pouvoir peuvent ainsi un peu changer. C’est le jeu basique de la concurrence de marché. Dans le journal « Le Temps » du jeudi 8 janvier 2009, deux articles présentent cela très bien.
L’exemple, donné ici par la question, parle de grands groupes de producteur comme Coca Cola. Il est certain qu’une multinationale comme Coca Cola a des forts moyens de négociation face à un distributeur tel que Coop. Cette négociation est certainement beaucoup plus déséquilibrée dans le cas de petits producteurs exposés à la concurrence mondiale.
Il faut également relever que, toujours davantage, le consommateur devient un maillon actif dans la chaîne de production. Par ses exigences de qualité, ses exigences d’authenticité, par son respect de certaines valeurs sociales ou environnementales, il peu influencer les rapports de pouvoir. C’est pour cette raison, que la création de certains label (AOC, IGP, « commerce équitable », Bio, etc.) a donné dans une certaine mesure un pouvoir de négociation un peu plus grand aux producteurs (devenu ainsi plus difficilement remplaçables). Mais encore une fois, la répartition du bénéfice engendré par un label est également soumise à un jeu de pouvoir comme pour le reste.
Finalement, il ne faut pas oublier que, parfois, une manière pour le consommateur de profiter de prix plus bas est de raccourcir la chaîne de production. Acheter ses légumes au marché est par exemple un moyen d’éviter la marge encaissée par les grands distributeurs. Certes, ce phénomène reste très rare en Suisse. Néanmoins, dans certains pays d’Europe comme en Angleterre, les marchés de légumes ou les marchés fermiers sont devenus très attractifs. Ils deviennent un nouveau phénomène de société (mode de consommation) mais aussi un phénomène économique (le prix de légumes au marché est très compétitif). Nul doute que cela a un impact sur la marge de bénéfice faites par les grands distributeurs.
11 février 2009
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