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L’EMPLOI FAUTIF DE °DONT AU LIEU DE DE QUI, DE QUOI, DUQUEL, ETC.
Examinons l’emploi fautif de dont dans l’exemple suivant :
Le collaborateur °dont on avait douté des compétences a donné sa démission
Au lieu de : le collaborateur des compétences de qui on avait douté a donné sa démission.
C’est que dont ne peut être régime d’un complément lui-même précédé d’une préposition (donc d’un complément d’objet indirect ou d’un complément déterminatif du nom). Cette règle, souvent transgressée, vise en fait à la clarté du sens, le pronom relatif établissant, comme son nom l’indique, une relation avec son antécédent. Il s’ensuit de cela que dont doit obligatoirement être remplacé :
– par de qui dans une phrase telle que celle-ci : Il paraît que le concierge, de la langue de qui on nous a dit de nous méfier, est un indicateur de la police ;
– par de quoi dans une phrase telle que celle-ci : Ce sur l’utilité de quoi on peut s’interroger, c’est une intervention ministérielle.
– par duquel (de laquelle, desquel[le]s) dans une phrase telle que celle-ci : Nombreux sont, dans la vie, les événements des causes desquels on ne se souvient plus.
Voici maintenant quelques exemples fautifs rectifiés :
- Pas un homme politique qui ne se réclame aujourd’hui du Général, °dont on célébrera le 9 novembre le cinquantième anniversaire de la disparition : … de la disparition de qui on célébrera…
- Nous privilégions les petits producteurs, que nous connaissons ou °dont nous connaissons la qualité du travail : … du travail de qui (desquels) nous connaissons la qualité.
- Nous avons besoin d’un congé parental, °dont il faudra discuter de la °longueur : … de la durée duquel il faudra discuter.
- J’ai opté pour le PS, °dont j’adhérais non seulement au programme, mais aussi à la capacité °à concrétiser °son contenu dans les faits : au programme *duquel j’adhérais, *ainsi qu’à *sa capacité *de concrétiser le contenu *de celui-ci dans les faits 1On notera le caractère exemplaire de ce morceau choisi de charabia pseudo-politique, dont les ° en exposant signalent les points saillants…et défaillants, rectifiés par les termes précédés d’astérisques ! Il n’en demeure pas moins que, même corrigée, cette phrase est un modèle de galimatias !
REMARQUE. ― L’emploi de dont aujourd’hui réputé fautif n’est pas récent, puisqu’il était courant à la Renaissance. Resté bien vivant, il est commode et officiellement toléré quand le complément déterminatif du nom forme avec lui une sorte d’expression composée, comme dans l’exemple suivant : Ce candidat, dont la force de caractère suscite l’admiration, a été réélu.
Il n’en demeure pas moins qu’en raison de sa complexité la règle énoncée ci-dessus est fréquemment transgressée, même par de bons auteurs, même là où elle devrait être tout particulièrement respectée, comme dans cette phrase tirée de la préface de la Grammaire Larousse : < Nous voulons parler des > jeunes Français, °dont il est devenu banal de regretter la pauvreté de langue. Les auteurs auraient dû écrire : < nous voulons parler des > jeunes Français, de la langue de qui / desquels il est devenu banal de regretter la pauvreté.
On peut toutefois considérer la pauvreté de langue comme une sorte d’expression composée et ne pas se montrer trop puriste…
En fait, en raison d’un mouvement naturel de la langue, il est très fréquent que dont dépende d’un complément introduit par une préposition, et les tentatives de l’Académie française notamment, qui a voulu prohiber cet emploi, sont demeurées vaines.
Un cas particulier de finesse stylistique : on ou l’on ?
Soit la phrase suivante : Pauvre vieux de l’humour de qui on / l’on avait douté.
Contrairement à ce que l’on croit généralement, avec les grammairiens ignorant l’histoire de la langue, l’ devant on ne s’explique pas par des raisons d’euphonie, même si cette consonne permet d’éviter l’hiatus après des mots comme et, ou, où, qui, quoi, si – termes auxquels ces grammairiens ajoutent que, bien qu’avec ce dernier il n’y ait pas hiatus !
La raison en est d’ordre étymologique : on dérive en effet du nom latin homo au nominatif singulier (homme, être humain) « développé en position atone » 2O. Bloch et W. von Wartburg, Dictionnaire étymologique de la langue. française, s.v.. C’était donc à l’origine, c.-à-d. au moyen-âge, un substantif au cas sujet, dont le cas régime était ome, qui a donné en moyen français « homme », par restitution de l’h, fondée sur l’étymologie latine. — Homme dérive lui-même de l’accusatif singulier hominem, lequel a perdu la syllabe –in-.
Cet l apostrophe (l’) est donc tout simplement l’article défini élidé du masculin singulier, dont le pronom indéfini on a gardé la faculté d’être accompagné dans la langue soignée 3Cf. le Bon usage (13e éd.), § 725..