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Une des caractéristiques essentielles du destin de la femme est l'obligation de vivre dans et avec un corps qui exige un travail psychique particulièrement intense pour s'adapter à ses transformations. A la fois son corps la confronte à l'attente et aux changements. En effet si, déjà petite, elle ne peut qu'attendre de devenir grande, par exemple, pour acquérir des seins comme sa maman, pour n'évoquer que ce qui est le plus apparent (contrairement au garçon qui vivra une modification du même organe existant d'emblée), dès la puberté elle va voir le temps rythmé par ses règles et leur attente : celle-ci peut être anxieuse si une grossesse est redoutée, si celle-ci est désirée l'attente peut devenir fiévreuse ; en même temps les règles, quand elles surviennent alors, deviennent sources de déception. De toute manière, elles ont jusqu'à un certain point une répercussion sur l'organisation de ses activités en général, et de sa vie sexuelle en particulier. Une fois enceinte, elle ne peut qu'attendre pendant la durée de la grossesse, quelle que soit sa manière de l'éprouver et sauf si elle désire et parvient à faire en sorte de l'interrompre, sa fin, c'est-à-dire la naissance de l'enfant. Pendant son déroulement, elle ne peut que subir les transformations de son corps que cette grossesse engendre, quels que soient les sentiments qu'elles provoquent en elle : fierté, mal-être, etc. A partir d'un certain âge la femme commence à attendre la ménopause, à s'y attendre plus ou moins ou par une certaine distorsion de son appréhension de sa réalité, à ne pas s'y attendre. Dans tous les cas, elle est donc dans une attitude de passivité et d'impuissance plus ou moins complètes face à ces changements très importants que lui impose son corps, plus spécifiques et conséquents que ceux que vit l'autre sexe. Donc, l'essentiel de l'activité qu'elle peut déployer pour les intégrer dans son vécu de personne pensante et ressentante est ce travail psychique, cette mise en représentation de ce qui lui arrive, liée à des sentiments et l'accepter après avoir passé parfois par toute une gamme d'affects plus ou moins pénibles et éventuellement heureux. Le travail intérieur est donc quasiment une contrainte pour elle qu'aucune fuite dans l'action, contrairement à ce qui peut être généralement possible chez l'homme, ne peut pleinement lui éviter ou elle risque de le payer très cher.la femme et le tempsLa femme est de ce fait naturellement plus ancrée dans le temps que l'homme et davantage sensibilisée à son passage tout au long de sa vie que lui. Autrement dit, s'il est relativement facile à l'homme de nier son vieillissement, voire de conserver des fantasmes souvent davantage inconscients que conscients d'éternité, notamment en les confirmant par une concrétisation telle que créer une nouvelle relation avec une femme très jeune et faire un nouvel enfant, c'est beaucoup plus difficile pour la femme et cela requiert en quelque sorte de sa part des perturbations psychiques beaucoup plus importantes pour y parvenir.La ménopause est donc la dernière exigence impérieuse de travail psychique que son corps féminin exige spécifiquement de la femme. Ce travail est destiné à s'adapter aux changements de son corps et à intégrer les transformations nécessaires de la et des représentations de soi. Ensuite, la femme poursuivra les adaptations au vieillissement, certes toujours au féminin, mais qui sont peu ou prou une nécessité pour tous.La ménopause la confronte parfois particulièrement difficilement à la manière dont elle aura construit sa féminité et vécu sa vie de femme, un grand écart pouvant éventuellement exister entre les réalisations «objectives» et ce qui a pu en être ressenti, écart qui peut favoriser une réaction dépressive. Par exemple, une femme largement ménopausée et amoureuse d'un amant marié comme elle, fit, grâce à toute une capacité à réfléchir à son vécu, la prise de conscience suivante : elle découvrit ce que c'était que désirer recevoir un enfant de l'homme qu'on aime et réalisa de cette manière que le désir était indépendant de toute possibilité de le réaliser, bien évidemment, car même si elle l'avait pu concrètement, elle ne l'aurait de toute manière pas voulu dans la réalité de sa vie. Elle comprit que les enfants qu'elle avait mis au monde bien des années auparavant étaient le fruit d'un désir d'enfant en soi, mais pas d'un désir de recevoir un enfant spécifiquement de l'homme aimé. Autrement dit, elle éprouva que le désir de recevoir un enfant de l'homme aimé naissait d'un sentiment teinté de ce que les psychanalystes qualifieraient de génitalité et caractéristique d'une certaine forme d'investissement de la féminité et de la masculinité. Si celle-ci a réussi à se construire auparavant ou s'est éventuellement constituée au cours d'un travail psychanalytique, elle pourrait subsister bien au-delà de la ménopause. Ici, la génitalité se manifestait par un amour qui s'adressait à un autre reconnu dans son altérité, donc de sexe différent. La génitalité implique une capacité particulièrement bien établie à ressentir et se représenter des désirs, mais aussi les frustrations et les souffrances qui peuvent y être liées, donc à être vivant psychiquement quelle que soit la réalité du corps. Elle se prête aussi de ce fait à des transformations de ces désirs qui demeurent dans la sphère psychique et elle favoriserait ainsi une issue non dépressive.féminité-maternitéEn effet une autre particularité de l'identité féminine est qu'elle a deux versants complémentaires et pourtant souvent en conflit : le versant féminin et le versant maternel. Ils sont complémentaires parce que de leur possibilité à bien les vivre tous deux dépend l'épanouissement le plus complet au féminin. Ils sont pourtant parfois en conflit, l'un peut se développer au détriment de l'autre, l'un peut être valorisé et pas l'autre, l'un peut être plus conflictuel que l'autre.La maternitéElle est socialement valorisée, même si elle est aussi vécue dans toutes les cultures comme un pouvoir redouté et redoutable, parfois elle est même divinisée. L'investissement positif de cette capacité d'enfanter par la femme, de la concrétiser et d'en vivre suffisamment bien les conséquences, c'est-à-dire le maternage et la relations aux enfants, peut s'en trouver a priori facilité sans aller de soi pour autant. Beaucoup d'aspects interviennent dans la possibilité de faire ce choix, lorsque l'évolution de la société et les moyens anticonceptionnels en ont fait un choix possible, et d'organiser sa vie pour le réaliser, puis d'éprouver assez de plaisir et de sentiment de valeur dans l'accomplissement de ces différents aspects du maternel et dans la relation aux enfants. On peut faire des enfants «parce que ça se fait» et n'en retirer qu'une satisfaction d'être conforme socialement, par exemple, et dans ce cas-là le plaisir que l'on vit face aux contraintes est très pauvre et l'investissement positif de soi-même que la femme peut en retirer, mince et sujet à grandes déceptions. On peut avoir des enfants et demeurer toujours dans la quête impossible d'une expérience de grossesse, d'accouchement, de relation au bébé, puis au petit enfant, etc. qui corresponde à ce que l'on aurait aimé vivre, à ce qu'aurait pu être fantasmatiquement la pleine réussite de ces expériences. Par exemple, je me souviens d'une jeune femme m'exprimant sa honte de n'avoir pas été à la hauteur de ce qu'elle aurait aimé être au moment de l'accouchement de son premier enfant et la crainte de ne pas réussir à y parvenir lorsqu'elle en aurait un second, déception d'avoir paniqué devant la souffrance face à son Idéal du Moi de bien vivre cette expérience qui devait être obligatoirement enrichissante.Ce qui s'est alors passé dans la réalité de ces différentes expériences vécues avec les enfants réels qui ont été mis au monde peut demeurer frappé de cette insatisfaction douloureuse qui pourra charger d'un poids négatif l'arrivée de la ménopause comme perte réelle du potentiel d'enfanter et d'enfin réaliser cet idéal et favoriser de ce fait un vécu dépressif. Dans cette préséance du maternel sur le féminin, on peut se marier avec un homme parce qu'il correspond à l'image plus ou moins consciemment anticipée d'être le père idéal de ses futurs enfants ou parce que c'est le moment ou jamais de faire un enfant et que celui-là est disponible et disposé. On découvrira alors le partenaire homme secondairement, avec les éventuelles difficultés relationnelles que cela peut amener, en particulier le peu d'espace pour la relation homme-femme, ce qui pourrait se compliquer à l'arrivée de la ménopause qui correspond souvent au moment du départ des enfants.Il y a évidemment l'enfant imaginaire et l'adaptation à l'enfant réel. Freud, qui s'est passablement heurté à l'énigme de la féminité qu'il avait nommée «le continent noir» tant son sentiment de ne pas être certain d'avoir compris sa construction et son fonctionnement le frappèrent jusqu'à la fin de sa vie et de son uvre, a pourtant émis l'hypothèse que l'enfant était le substitut du pénis que la petite fille allait demander à son père. Elle se tournait vers lui par déception de ne l'avoir pas reçu de sa mère après avoir découvert qu'elle-même n'en avait pas et ne pouvait ainsi pas le lui donner. Se tourner vers le père pour qu'il lui donne un enfant à défaut de ce pénis inaugurait la phase de son amour dipien, mais comment la petite fille pouvait-elle dépasser alors le complexe d'dipe, donc renoncer à la réalisation de ce désir ? Freud conclut provisoirement qu'elle le faisait par peur de perdre l'amour de sa mère en devenant sa rivale. Dans cette conception, tout tourne autour de la possession ou non du pénis, la petite fille n'a aucune prescience de posséder un intérieur à elle, une «maison pour faire des bébés» comme on l'explique parfois aux enfants actuellement pour valoriser la petite fille. Elle n'est donc confrontée qu'à un manque qui rend l'investissement d'elle-même marqué déjà de difficultés, d'insatisfaction de sa féminité. L'enfant risque alors d'être ce faire-valoir dans sa quête de valoriser son être par l'avoir et pourrait alors le demeurer tout au long de sa vie, ce qui contribue à l'impératif d'en avoir réellement et parfois à la difficulté de se satisfaire ensuite de ceux qu'elle aura réussi à avoir. Pour Mélanie Klein, par contre, la petite fille a une certaine connaissance plus ou moins inconsciente de l'existence d'un vagin et des sensations qu'il peut lui procurer. La crainte serait alors que la mère rivale et attaquée détruise son intérieur et sa capacité d'avoir des enfants, elle peut progressivement relativiser cette peur, mais seule la naissance réelle d'un enfant la rassurerait pleinement. Dans ces deux théories c'est la maternité qui est ce qui donne consistance à la féminité, même si la théorie de l'intérieur qui peut donner la vie permet, par complexification, de se généraliser à la possibilité de se construire un intérieur vivant et ouvrir à un investissement plus spécifique du versant féminité. Autrement dit, il a toujours été plus facile de définir une féminité de la femme par ce qui pouvait être le plus évident, la capacité de faire des enfants et la maternité qui en découle, d'où le risque de ressentir et de se voir transmettre qu'elle cesse d'être femme à la ménopause et basculer dans un vide dépressif, que par cette qualité d'investissement de soi qui est pourtant essentiel pour son devenir après la ménopause.La féminitéSon organisation et sa construction sont nettement plus difficiles à cerner. Si une certaine féminité de base a été assurée, au contact de sa mère de même sexe, à la petite fille (contrairement au garçon qui peut être marqué d'une empreinte féminisante plus ou moins marquée et parfois redoutable pour son identité, tels que l'ont révélé les travaux de Stoller sur les transsexuels et les travestis notamment), ce qui peut être garant d'un minimum d'acquis, n'ayant rien de très visible et de très spécifique auquel s'accrocher pour construire sa féminité, l'enfant fille est particulièrement dépendante de la manière dont elle va être investie par son entourage, sa mère et son père prioritairement et ce qu'ils vont lui transmettre d'eux-mêmes. Si, par exemple, la dépression maternelle est généralement source de considérables difficultés dans l'acquisition d'une solidité narcissique de base chez les deux sexes, chez la petite fille elle peut devenir synonyme de féminité : être de sexe féminin c'est être morne, sans vie, résignée et abattue comme maman et c'est effrayant. La possession du pénis devient alors synonyme de vie, parfois la violence paternelle toute relative, aussi. Une des difficultés précoces dans la construction de la féminité peut être ainsi liée au rejet maternel de la fille, confirmé éventuellement par un manque d'intérêt paternel, parce qu'elle n'a pas le sexe désiré de garçon qui viendrait combler toute une attente complexe, parfois massivement renforcée par la culture. C'est une des difficultés que l'on retrouve ensuite. Le refus plus ou moins inconscient de son corps et de son sexe peut s'installer, potentiel de dépressivité et l'arrivée de la puberté en sera teintée.A l'adolescence, les transformations du corps peuvent être ressenties comme un gain, une manière d'attirer l'amour ou au moins l'intérêt de l'autre sexe et d'être ainsi valorisée dans son être. L'apparition des règles signifie dans les bons cas que l'intérieur fonctionne, est donc vivant, mais dans certaines problématiques elles tendent à confirmer que l'intérieur est détruit, que le corps féminin est châtré et endommagé en lui-même. Le corps en son entier est souvent investi transitoirement dans sa beauté possible comme cet objet érigé, avant qu'une réceptivité active ne s'organise, réceptivité qui contribue à l'avènement du plaisir sexuel dans la complémentarité des sexes, nous revenons aux «belles différences» davantage sources de plaisir que de craintes et de rejet. La construction de la féminité implique cette possibilité de trouver un sentiment de valeur à ce corps féminin et d'investir un intérieur vivant qui se lie à une pensée «affectivisée», il y a une sorte de complémentarité et d'équilibre à trouver entre la mise en valeur de l'apparence et des caractéristiques féminines du corps, seins, hanches, etc. et d'un intérieur potentiellement créateur de vie et psychiquement vivant. Alors, le désir d'enfant pourrait être sublimé avec succès dans une activité à valeur créatrice, quand il s'est constitué comme tel et qu'il n'a pas la valeur prioritairement d'un espoir illusoire d'atteindre à une complétude de l'être par l'avoir.Je fus une fois, il y a bien longtemps, consultée pour sa fille à peine pubère, par une encore très belle femme, ancien mannequin, qui avait épousé un homme riche et puissant d'une autre culture, grâce à ce corps tant valorisé et source de tant de séduction, mais qui avait cependant désormais partiellement perdu les pouvoirs que lui conférait la jeunesse. Sa fille ne lui apportait visiblement guère de satisfaction et la seule chose qui paraissait lui donner encore un peu de goût à vivre était un amant plus jeune dont les abandons répétés l'avaient menée à des tentatives de suicide. Je lui exprimai mon inquiétude à ce qu'elle fasse quelque chose pour elle-même, elle m'informa alors qu'elle était suivie par un psychiatre qu'elle me nomma avec indifférence. Elle en était vraisemblablement restée fixée à cette survalorisation du corps apparent et n'avait pu poursuivre plus avant son évolution. Elle n'avait pas eu la possibilité de se construire un intérieur vivant ni d'investir positivement la maternité. Elle n'attendait aucune aide de personne et visiblement sa vie n'avait plus beaucoup de sens.L'échec de cette construction de la féminité peut être plus ou moins catastrophique et se manifester par une addition d'un refus du corps adolescent et d'un défaut d'investissement précoce de celui-ci qui est possiblement lié à une relation mère-enfant pas suffisamment bonne au sens d'une mère qui n'a pas pu transmettre au bébé le plaisir relationnel qu'elle éprouvait (elle n'en éprouvait vraisemblablement pas) avec lui et le faire passer dans les contacts physiques de l'allaitement, des soins et dans les jeux. La dépression maternelle en est une contribution comme je l'ai déjà mentionné, même s'il n'y a jamais de cause à effet aussi simpliste dans l'organisation du fonctionnement psychique.Par exemple, une jeune femme me disait qu'elle n'avait ressenti de valeur à son corps que quand il contenait ses enfants et elle l'éprouvait encore doté d'une certaine vie quand elle serrait ses enfants tout petits dans ses bras, puis il était redevenu cette sorte de monture maltraitée du style «marche ou crève».Une autre femme découvrit, au cours d'un travail analytique, qu'elle avait mal au dos depuis des années. Bien sûr qu'elle en avait la sensation, mais comme son corps n'était pas vraiment représenté pour elle et lié à des sentiments (le processus de mise en représentation du soma en corps se déploie normalement dans la petite enfance chez les deux sexes, s'aménage et se réaménage et cette représentation peut être déniée éventuellement à différents moments de la vie), cette douleur ne prenait pas sens. Sans sens, elle ne pouvait pas penser ce mal de dos et ne pouvait par conséquent pas imaginer faire quelque chose pour aller mieux. Elle décida à la suite de cette découverte de se faire soigner. Elle raconta alors que sa physiothérapeute lui faisait faire des exercices de respiration et qu'elle s'était rendu compte en les effectuant que ce que nous avions pu comprendre ensemble, parmi bien d'autres choses, à savoir qu'elle vivait son corps comme un ruban dénué d'épaisseur, était vrai (elle pourtant aussi avait eu des enfants) : au cours de ces exercices, elle avait le sentiment que son sternum touchait sa colonne vertébrale, ce qui ne les facilitait pas. Dans ces différentes évocations la maternité apporte quelque chose de plus ou moins substantiel et nourricier dans le vécu de la femme, mais ne permet pas pour autant de bien vivre sa féminité. Comment se sentir intérieurement vivante s'il n'y a pas d'intérieur (ce qui peut parfois s'exprimer aussi par une inhibition intellectuelle, notamment par déplacement sur ce mode de fonctionnement de la pensée), comme c'était le cas de cette femme profondément en souffrance. Si c'est ainsi, dans quel état sera-t-il possible d'arriver à la ménopause et d'envisager les pertes plus ou moins réelles qu'elle signifie sans se déprimer, parfois gravement.Dans d'autres situations, c'est le maternel qui est barré psychiquement, interdit, trop menaçant par rapport à la relation intériorisée à la mère qui ne peut être détrônée de sa position unique. La mère reste, par exemple, inconsciemment à la fois mère et enfant unique de sa fille et celle-ci n'arrive pas à lâcher ce lien pour s'autoriser à créer un enfant. Le rôle du père est essentiel dans la construction de la féminité quant au plaisir qu'il prend et qu'il manifeste à avoir une fille, à sa féminité naissante, à sa reconnaissance de femme en devenir et dans le dégagement qu'il lui permettra ainsi de vivre de la relation à la mère, qui favorisera sa possibilité de devenir mère à son tour.Ces quelques réflexions pour essayer d'appréhender le bagage psychique et la qualité des expériences vécues et concrètement réalisées avec lesquels la femme va parvenir à la ménopause.Si J. Schaeffer écrit : «La survenue de la ménopause réactive et exacerbe la question de l'antagonisme qui existe chez la femme entre le féminin érotique et le maternel», c'est pour mettre l'accent sur un aspect possible de cette problématique qui n'est pas le plus envisagé habituellement, à savoir le côté atemporel de la pulsion érotique par rapport à l'aspect limité du temps de procréation. En effet, paradoxalement par rapport aux images traditionnellement convoquées ou évoquées autour de la ménopause, images de perte, elle libère aussi la femme de cet accent mis avant tout sur le versant maternel de sa féminité. Elle peut effectivement débarrasser sa sexualité du poids de la contraception. Une femme m'exprima son impatience à plusieurs reprises d'être enfin ménopausée pour ne plus avoir à prendre ses pilules contraceptives qu'elle supportait mal, mais pouvoir prendre au contraire de bonnes hormones (substitutives) qu'elle imaginait pouvant lui faire du bien. Lorsqu'elle devint effectivement (et de surcroît statistiquement un peu tôt sans que ce soit précoce) ménopausée, elle fut frappée du décalage entre le ménagement et l'extrême gentillesse avec lesquels son gynécologue qu'elle ressentit comme navré, le lui annonça et sa satisfaction à elle de pouvoir enfin vivre une vie sexuelle conjugale libre de ce souci. Ayant fait le choix auparavant, pour des raisons complexes et multiples, de ne pas avoir d'enfant, elle s'était épanouie différemment au cours d'un parcours difficile et cela semblait lui servir comme un acquis sur lequel s'appuyer pour affronter ce passage potentiellement problématique de sa vie qu'elle ne ressentait pas ainsi.La ménopause peut être dépressivogène si la dépressivité existait plus ou moins à l'état latent auparavant ou encore davantage si elle existait à bas bruit avant son avènement. Elle est alors la conséquence d'un échec de la construction de sa féminité chez la femme et de l'impossibilité de sublimation de la maternité ou d'une part de maternité pourtant réalisée, qui est souhaitable chez toute femme, qu'elle ait ou n'ait pas eu d'enfants, transformation en d'autres investissements procurant une part de plaisir. Le passage traditionnel comme suite socialement valorisée des enfants aux petits enfants en est d'autant plus facilité, s'il se produit, de même que l'investissement accrû d'activités professionnelles déjà satisfaisantes, leur développement, l'exploration de nouvelles activités artistiques, culturelles, amicales et surtout une plus grande ouverture à soi.en conclusionLa ménopause «réussie» psychiquement impliquerait vraisemblablement d'être parvenue à un équilibre au féminin à créer-recréer entre maternité vécue avec suffisamment de plaisir et/ou bien sublimée avec succès quant à la qualité du plaisir ainsi obtenu et l'investissement d'un intérieur vivant en même temps que du corps apparent. Cet équilibre permettrait l'adaptation à la perte plus ou moins importante et croissante des séductions que les attributs féminins extérieurs donnaient la possibilité d'exercer sur l'autre. Leur maintien, en particulier un certain charme, est aussi favorisé par un narcissisme qui se serait bien construit auparavant. Ces attributs sont d'ailleurs fréquemment jaugés par des hommes parfois eux-mêmes mis en difficultés par leur propre vieillissement, difficultés souvent mal comprises de la femme, ce qui peut contribuer à une destruction du couple, s'il existait. Comme telle, la ménopause est un moment particulièrement fécond pour mettre ou remettre son fonctionnement psychique en travail, s'il était en veilleuse, et que cela prenne, le cas échéant, la forme d'un travail psychanalytique pour permettre ces transformations-réaménagements du psychisme dans le sens de la vie.Bibliographie Freud S. Sur la sexualité féminine (1931) in La vie sexuelle. Paris : PUF, 1969. Freud S. La féminité (1933) in Les nouvelles conférences sur la psychanalyse. Paris : NRF Gallimard, 1984. Gédance D. Echecs et achoppements de l'avènement d'une bonne identité féminine. Adolescence 1983 ; 1, n° 2. 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