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Les accords de Dublin, ratifiés par la Suisse en 2004, et entrés en application en 2008, visent notamment à organiser, à l'échelle européenne, le droit d'asile. Il y est prévu qu'il est impossible, pour une personne prétendant au statut de réfugié, de déposer une demande en ce sens dans plus d’un pays signataire. Le législateur espérait ainsi éviter que les migrants puissent «miser sur plusieurs chevaux», en multipliant les tentatives pour accroître leurs chances d'obtenir l'asile.
Un certain nombre d'instruments (comme le répertoire EURODAC, qui recense les demandes déposées auprès de tous les États signataires) sont prévus pour permettre la mise en œuvre de ces accords, et en particulier pour «identifier les demandes multiples et abusives». Si le migrant n'a pas de visa, et s'il n'a pas de famille proche dans un pays de l'espace Dublin, sa demande est traitée par le premier État dans lequel sa présence est officiellement notée. Son identité est alors consignée dans EURODAC, et il lui est désormais impossible de choisir sa destination.
La théorie et la pratique
Mettons qu’un un Érythréen tente de rejoindre l'Europe. A supposer qu'il ne perde pas la vie en Méditerranée, il a, dans les faits, bien plus de chances de débarquer sur les côtes italiennes ou grecques que, par exemple, finlandaises. La confusion qui règne actuellement autour des questions migratoires rend difficile tout décompte précis, mais seule une fraction infime des réfugiés qui parviennent en Europe s'y rendent en avion. Ainsi, la nature des accords de Dublin et la géographie font que les pays du Sud et de l'Est – Italie, Grèce, Hongrie – sont complètement débordés et dépassés (sans même parler des difficultés économiques et financières que connaissent les trois États susmentionnés).
Qui plus est, le «système Dublin» suppose que le traitement des personnes et des demandes est, sinon identique, au moins similaire dans les différents États membres. Or, bien que les conditions d'accueil des migrants en Suisse soient parfois rudes, les structures de l'EVAM (Établissement Vaudois d'Accueil des Migrants) sont infiniment mieux équipées, plus salubres, décentes et confortables que les hangars ou camps de fortune mis en place en urgence dans d'autres pays. Là où Dublin introduisait l'homogénéité théorique, les pratiques sont en fait très diverses.
De St-Laurent à Berne en passant par Chavannes-près-Renens
© collectif R
Fin 2014, plusieurs associations lausannoises venant en aide aux réfugiés se réunissent, dans l'espoir de coordonner leurs efforts, dans un projet commun. De ces discussions finira par naître le collectif R, qui occupe depuis mars 2015 la salle paroissiale de l'Église St-Laurent. Sans structure juridique ou hiérarchique explicites, il est composé de migrants et de personnes souhaitant leur prêter assistance, et dénombre aujourd'hui environ 180 inscrits. Plusieurs membres sont par ailleurs également actifs dans d'autres associations ou mouvement, parfois de longue date. Mais on trouve aussi quelques personnes pour lesquelles il s'agit là d'une première expérience d'engagement politique, comme pour Claude* : «J'ai rejoint le collectif R en juillet. J'avais entendu parler d'eux sur Facebook et je trouvais que ce qu'ils faisaient était bien, que c'était pertinent.»
En occupant l'Église St-Laurent, le collectif entend d'une part protéger un certain nombre de réfugiés qui ont pu trouver refuge dans la salle paroissiale, mais également militer pour la dénonciation par la Suisse des accords de Dublin, ainsi que, globalement, pour de meilleures conditions d'accueil des migrants. Sans renoncer à porter ses requêtes devant les autorités, le mouvement a décidé, à l'occasion de cette semaine d'occupation, de solliciter le soutien du monde universitaire : «les étudiant-e-s et les employé-e-s de l'Université sont appelés à prendre leurs responsabilités et à refuser d'assister passivement au drame humanitaire qui se joue en Europe et en Suisse, et dont nous serons tous un jours appelés à répondre.» (communiqué de presse du collectif R, lundi 23 novembre 2015).
Pendant quatre jours, le collectif a organisé différentes conférences, discussions et débats. Les cours prévus dans le 1612 ont eu lieu ailleurs, mais quelques professeurs, pour manifester leur soutien vis-à-vis de la cause, ont choisi de donner leur cours dans cet auditoire, en adaptant le contenu aux circonstances. Les étudiants ont pu se renseigner sur le sujet, rencontrer des réfugiés, discuter avec les membres du collectif, et le éventuellement le rejoindre. Un manifeste présentant les attentes et exigences du mouvement a également circulé, récoltant des centaines de signatures. Il est aujourd'hui accessible en ligne.
Un bilan positif
Globalement, le collectif tire un bilan très positif de sa semaine d'occupation à l'Unil. Considérant que l'université est «un lieu de débat et de discussion», il tient pour une réussite sa descente à Mouline. D'autres actions sont prévues, d'après ses membres. Mais pour l'heure, ils ne souhaitent pas en dire davantage.
N'ayant pas informé la Direction de l'Université de sa venue, le collectif a «pris par surprise» l'institution, en enfreignant les règlements en vigueur, de manière à ce que son entrée soit remarquée, et à ce que le débat connaisse un certain retentissement. «Du point de vue de la Direction de l'Unil, il y avait certainement d'autres moyens d'atteindre cet objectif.» commente Danielle Chaperon, vice-rectrice. Elle précise toutefois que «la Direction de l'Unil est évidemment d'accord avec cette vision de l'Université comme ''lieu de débats et de discussion''.»
L'occupation a pris fin jeudi dernier. Le collectif R continue d'occuper St-Laurent. D'après ses déclarations, «il poursuivra sa lutte pour demander l'abrogation des accords Dublin aussi longtemps qu'il le faudra.» Une affaire à suivre...