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30/06/2012
Captain Savoy et les chevaliers d’argent
Dans le dernier épisode, on s'en souvient, Captain Savoy, proche du désespoir, avait supplié celle pour laquelle il avait eu un véritable coup de foudre, celle dont les yeux éclatants avaient jeté dans son cœur des éclairs d'une force incroyable, l'immortelle fille du roi des Elfes, comme disait Lord Dunsany, et au lieu de continuer à fuir devant ses mains tendues vers elle, le voyant agenouillé et prêt à mourir d'amour, elle s'était retournée et tenue devant lui.
Souriant et le regardant de son œil doux et semblant refléter des mondes d'une profondeur inouïe, semblant contenir des trônes d'or sur lesquels étaient assis des dieux, elle attendait, pareille à une statue d'émeraude. Alors, il lui parla, et voici, il lui demanda pourquoi elle avait fui. Elle répondit qu'il n'avait fait que la poursuivre, et qu'il ne l'avait pas priée, ne l'avait pas nommée pour qu'elle se dirige vers lui. Mais que maintenant elle était devant lui, et qu'il pouvait se relever, qu'elle ne fuirait plus. Et c'est ce qu'il fit. Elle ajouta alors qu'elle était venue de la part de son père, le roi des Chevaliers Immortels, et qu'elle était chargée de le conduire auprès de lui. - Où vit-il? demanda le digne héros. - Non loin d'ici, répliqua la belle princesse. Viens. Elle lui tendait la main, et il la prit, et elle était douce et légère; une fraîcheur parfumée lui monta au cœur, et il lui sembla qu'autour de lui les arbres fleurissaient, que le gazon verdoyait et se constellait de gemmes luisantes. Ils passèrent bientôt sous une arche de feuillage, et des fleurs éclatantes - qu'on eût pu prendre pour des lampions, tant elles brillaient - étaient tressées en guirlandes, créant des arcs-en-ciel. Il sembla d'ailleurs à Captain Savoy que leurs radieuses couleurs l'emplissaient et absorbaient sa vue, et qu'il marchait dans les teintes mêmes, devenues des voies au sein de l'éther. Autour de lui, pendant ce temps, se mouvaient des étoiles comme des flocons de neige. Il avançait parmi elles, et certaines prirent sous ses yeux l'allure d'êtres lumineux, qui le saluaient en souriant, semblables à des anges, et il en prit d'autres dans la main, et elles l'illuminèrent entièrement. Il ne voyait plus rien du monde qu'il avait connu, celui des simples mortels.
Bientôt, ils arrivèrent à un portail d'or; et devant, se tenant un guerrier fier, que Captain Savoy ne devait pas tarder à apprendre à connaître:il tenait un cor d'argent dans la main gauche, une lance étincelante dans la main droite, et il portait une armure sertie de pierres précieuses qui jetaient cent feux autour d'elles. Or, ce gardien preux les vit, et demanda à la princesse Adalïn qui amenait-elle en ces lieux sacrés, dans le propre palais de son père! Elle le lui dit, et voici! il les laissa entrer. Devant eux, sans bruit, et sans qu'on vît personne tenir les battants, la porte s'ouvrit, comme si un, mot les eût mues, comme si elles avaient été douées de volonté propre. Alors, Captain Savoy vit la cité la plus incroyable qu'il fût donné de voir à un mortel.
De hauts bâtiments s'élevaient, qui étaient semblables à des pierres vivantes, qui paraissaient palpiter, respirer, et qui avaient quelque chose de diaphane, comme s'il s'agissait d'ambre. Les vitres des fenêtres étaient de pierres précieuses, et luisaient. Les pavés miroitaient comme s'ils avaient été d'argent.
Nos deux personnages augustes traversèrent la place centrale, et montèrent des marches de marbre teinté. Ils entrèrent dans la grande salle et Captain Savoy vit, au fond, au bout de deux rangées de guerriers en armures brillantes, le plus majestueux prince qu'on ait jamais pu voir. Il était sur un trône d'or, et le perron en haut duquel il se tenait était de rubis; un dais le surplombait, de velours pourpre, et des colonnes torsadées d'émeraude le tenaient, ceintes de lauriers d'or. Sous le dais, contre la pourpre du velours, avait été placé un assemblage de saphirs quadrillés de diamants, et on eût vraiment dit le ciel étoilé: les diamants en particulier semblaient avoir une lumière propre, mais il en était également ainsi des saphirs, dans une moindre mesure. Le front du roi en était illuminé. Une étrange clarté, d'ailleurs, semblait tomber du haut du palais, comme si elle était venue d'au-delà du toit: on ne distinguait pas sa source, et là elle brillait, le toit disparaissait. De chaque côté du roi et de son trône, se dressait une porte vermeille surmontée d'un ange semblant sculpté dans l'or mais dont les yeux brillaient comme s'ils eussent été vivants; le mystère de ces deux portes était profond: elles semblaient vibrer d'une présence inconnue, d'une force indicible. Là étaient les appartements privés du roi, où, Captain Savoy l'apprit plus tard, un autel particulier se trouvait, qui permettait à ce roi de se rendre au pays des dieux. Il y retrouvait la déesse qu'il avait épousée dans sa jeunesse, dont était née Adalïn, et qui n'avait pas voulu demeurer dans le pays des immortels de la Terre, de telle sorte qu'une fois l'éducation d'Adalïn achevée, elle était retournée parmi les siens. Mais il n'y avait pas eu de divorce: le roi et elle continuaient de se voir. Un jour, le roi la rejoindrait: ce serait quand sa mission auprès des siens et des mortels serait achevée. Mais au moment où Captain Savoy lui rendit visite pour la première fois, cette heure n'était pas encore venue.
Je dirai un autre jour la suite de cette incroyable histoire.