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La neutralité est aujourd’hui considérée comme un socle sur lequel repose l’identité helvétique. Cela n’a pas toujours été le cas. Explications.
Dans notre mémoire historique scolaire, Marignan consacre la fin de la puissance militaire des Confédérés et le retrait de la Suisse des affaires internationales. De ce traumatisme serait né le concept de neutralité. Faux, rétorque Andreas Suter, un historien zurichois (NZZ, 13 février 1999). Pour la Confédération, la guerre reste toujours une option. En 1815 encore, 20 000 Suisses combattent Napoléon aux côtés des alliés. La retenue helvétique tient plutôt au fait que la Confédération, dès le début du XVIe siècle, n’est plus en mesure d’adapter son armement au standard de ses voisins européens. C’est sa faiblesse militaire qui la retient d’intervenir militairement, plutôt que son attachement à la neutralité.
En réalité, la politique de neutralité, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, trouve son origine dans le Congrès de Vienne en 1815. La neutralisation de la Suisse est conçue par les grandes puissances comme un facteur d’équilibre militaire au sein du continent, propre à favoriser la paix. Mais cette neutralité n’empêche pas les particuliers et les entreprises de maintenir leurs relations commerciales et financières avec les belligérants. Dans cette perspective, neutralité, libre-échange et libéralisme restent parfaitement compatibles. Cette conception instrumentale de la neutralité prévaut toujours en 1848, puisqu’elle n’est pas évoquée dans la Constitution du nouvel État fédéral. Ë cette époque on imagine même un abandon possible de la neutralité « dans l’intérêt de notre indépendance ».
C’est à la fin du siècle seulement que les historiens tentent de justifier les racines séculaires de la neutralité helvétique. Qu’est-ce qui nécessite alors la construction de ce mythe ? Dès le début des années quatre-vingt, la Suisse est soumise à de fortes pressions de la part de la Russie, de l’Allemagne et de l’Autriche. Les trois puissances reprochent à notre pays d’accueillir trop généreusement les opposants à leurs régimes et de tolérer leurs activités subversives. Elles menacent de résilier de statut de neutralité perpétuelle accordé en 1815, puisque cette république libérale représente un danger pour la stabilité des empires. D’où l’entreprise historique consistant à rechercher des racines anciennes à un statut que le Congrès de Vienne n’aurait fait que confirmer.
Revenir aux sources
La référence à la neutralité a sans aucun doute bien servi la Suisse. Mais les conflits modernes ne distinguent plus État et économie, sphères publique et privée. La guerre est devenue totale. Dès lors il n’est plus possible de la considérer comme un phénomène inéluctable et de renoncer à tout jugement moral à l’égard des belligérants. Ces caractéristiques des conflits modernes nous imposent de revenir à la conception originaire de la neutralité, un moyen parmi d’autres qu’il faut savoir adapter, voire abandonner selon les circonstances.jd