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Après Ben Ali et la clique Trabelsi, issue d'un milieu très pauvre, clan de sa coiffeuse de femme et qui a mis la Tunisie à genoux tant il a extorqué le peuple sous la menace . Un autre clan ; autrement plus passionnant avec à sa tête un génie, celui de Napoléon et sa nombreuse fratrie corse.
Dans les dernières heures de son exil à St Hélène, l'empereur déchu reconnaissait avoir été peu secondé par les siens qu'il a extirpé de leur condition modeste et selon son aveu, ils lui ont même fait beaucoup de mal: " "Mes frères n'aiment que le faste, les femmes, la représentation et les fêtes, mes frères ne me secondent pas . Ils n'ont des princes que la sottes vanité et aucun talent". Ces frères et soeurs si avides de pouvoir et de titres.
Joseph l'aîné qui après la couronne de Naples portera celle d'Espagne. Lucien, fait prince de Canino. Louis, roi de Hollande qui recevra ordre de son frère aîné :" servez ce pays, mais ne cessez jamais d'être français !" - Jérome, roi de Westphalie élevé en partie par son grand frère Napoléon.
Et les soeurs, Elisa, l'aînée des soeurs et qui deviendra Duchesse de Toscane, un physique ingrat qui ne la rendait pas moins avide d'honneurs et jalouse de ses prérogatives. Caroline, qui enfant était comparée à une Cendrillon légèrement sotte et qui plus tard deviendra Reine de Naples.
La belle Pauline, princesse de Guastalla, choisie comme modèle par les peintres et qui défraie les chroniques de salon avec ses amours tapageuses et messaliniennes. Que de lettres son frère Napoléon ne lui a-t-il donc pas envoyées :" Madame et chère Sœur, j'ai appris avec peine que vous n'aviez pas le bon esprit de vous conformer aux mœurs et aux habitudes de la ville de Rome; que vous montriez du mépris aux habitants, et que sans cesse vous avez les yeux sur Paris."....." Quant à Paris, vous pouvez être certaine que vous n'y trouverez aucun appui, et que jamais je ne vous y recevrai qu'avec votre mari." (la jeune dame avait très vite réalisé sans doute que Paris est plus amusante avec un amant qu'avec un mari !)
Ce clan sur qui Fouché alors Ministre de la Police, - l'homme aux mille yeux qui a su créer alors le plus grand réseau d'indicateurs et d'espions de France - et qui connaîtra chaque travers des proches de l'Empereur, "aucune des 100 affaires malpropres de la famille Bonaparte ne lui échappe, des histoires de jeu des frères " . Fouché saura tenir Napoléon sous la pression d'une rumeur si vite lâchée sur les siens.
Napoléon s'est beaucoup battu pour la France et tout autant pour ses frères et soeurs à qui il remettait à chacun un peu d'Europe comme une tranche de gâteau, à partager entre eux. Mais, il se montrait aussi très autoritaire quant au choix des époux et épouses, il défaisait une alliance qui ne lui convenait pas, en arrangeait une qui servait ses intérêts. Cet homme dont on admirait le génie et abhorrait le despotisme faisait la pluie et le beau temps. Mais ces frères-là, l'Empereur les jalousait aussi :" Mes frères ont été beaucoup plus rois que moi ! Ils ont eu les jouissances de la royauté, je n'en ai eu que les fatigues."
Jusqu'aux dernières heures du frère; l'empereur déchu, c'est bien Pauline, l'enfant terrible, qui l'accompagnera sur l'île d'Elbe, et qui tentera encore de le rejoindre à Sainte-Hélène.
On le constate avec quelque surprise, chacun à sa façon, a tenté au mieux de mener la mission qui leur était confiée, au point même de se soustraire aux ordres du frère pour sauver le peu de crédit qu'on accordait alors à l'Empire. Ils sauront tirer, chacun à sa façon, leur épingle du jeu et finir une vie en apothéose; dans ce ciel rougoyant de fin de règne que Napoléon leur a légué, en s'y immolant tout entier, corps et âme.
Notes de lecture Fouché de Stefan Zweig