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Au début des années 1990, l'économie helvétique se porte à merveille et le taux de chômage affiche un niveau particulièrement bas. Mais en 1991, la bulle immobilière éclate et la Suisse entre en récession. Suivent plusieurs années de stagnation qui auront de fortes répercussions négatives sur l'emploi. Ce n'est qu'en 1997 que l'économie retrouve vraiment la croissance, faisant repartir le chômage à la baisse.
Rebelote en 2000. Cette fois, c'est la bulle technologique qui éclate. Le taux de chômage reprend l'ascenseur pour atteindre un plafond en 2004-2005, puis se reprend jusqu'à la crise financière mondiale de 2007-2008, provoquée par l'éclatement d'une bulle immobilière aux Etats-Unis. Depuis lors, le taux de chômage en Suisse n'est plus redescendu en dessous de la barre de 4%.
Le chômage, miroir de la conjoncture
Le taux de chômage en Suisse est en quelque sorte le miroir de la conjoncture. "Le chômage a tendance à augmenter lorsqu'il y a des crises économiques et à baisser en phase de reprise", résume François Schaller. Le journaliste et essayiste, pourtant fervent partisan de l’initiative de résiliation, ne voit "pas de corrélation directe et immédiate" entre la libre circulation et l’évolution de l’emploi en Suisse.
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L’ancien rédacteur en chef de PME Magazine et de L’Agefi rappelle toutefois que le taux de chômage en Suisse "n’est pas du tout enviable": "Il y a 13 Etats européens qui ont moins de chômage que nous, dont l’Allemagne, la Pologne et d’autres pays à faible taux d’immigration, comparables à la Suisse par la taille". "Nous avons un vrai problème et c’est dû en bonne partie à la libre circulation des personnes", juge-t-il.
"Ces dernières années, on a vécu des temps très difficiles avec l’appréciation du franc, les différentes crises et maintenant le coronavirus qui a fait exploser le chômage", commente pour sa part Daniel Lampart. La libre circulation des personnes a permis de limiter la casse, assure le secrétaire général et économiste en chef de l’Union syndicale suisse (USS), qui prône le rejet de l’initiative de l’UDC.
"Avec les bilatérales, on a renforcé les liens avec l’Union européenne, notre plus grand partenaire commercial. On a aussi introduit les mesures d’accompagnement qui doivent garantir que des salaires suisses sont payés en Suisse. Ces deux mesures ont eu un effet positif sur l’emploi en Suisse", relève le responsable syndical, évoquant une "évidence".
Les étrangers prennent-ils le travail des Suisses?
Peut-on dire que les étrangers prennent le travail des Suisses? "C’est ridicule", lance Daniel Lampart. "Ce sont les entreprises suisses qui engagent les gens. Le problème, c’est si on laisse les entreprises suisses payer des salaires plus bas que les salaires suisses, c’est-à-dire si on tolère les abus et le dumping", indique-t-il, soulignant l’importance des mesures d’accompagnement.
"Dans une certaine mesure, on peut dire que les étrangers prennent le travail des Suisses", rétorque François Schaller. "Ou plutôt des résidents", précise le journaliste. Il pointe notamment du doigt les personnes venues au titre du regroupement familial. "Ensuite, ces gens sont en Suisse à chercher un emploi, et ça fait évidemment de la concurrence pour ceux qui sont déjà là", objecte-t-il.
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L’exemple du Tessin et des cantons frontaliers
Au niveau régional, le Tessin et les cantons frontaliers romands ont les plus forts taux de chômage en Suisse. Daniel Lampart rejette cependant tout lien entre cette situation et la libre circulation, notamment l’importance du travail transfrontalier dans ces régions.. "Ce sont des cantons qui ont toujours eu des niveaux de chômage un peu plus élevés. C’est quelque chose qui dure depuis plusieurs décennies", note-t-il.
L’analyse du secrétaire général de l’USS ne convainc pas François Schaller. "C’était déjà le cas avant, mais le différentiel s’est considérablement renforcé", affirme le journaliste. Les chiffres, sur ce point, semblent lui donner raison. Alors que le taux de chômage a grimpé de 26% entre 2002 et 2019 en moyenne suisse, la hausse s’inscrit à 54% pour la région lémanique et à 70% pour le Tessin.
De là à dire que la libre circulation et les frontaliers en sont la cause? François Schaller franchit le pas. Les cantons de Genève et de Vaud aussi, prétend-il, relevant que ceux-ci "ont mis énormément de temps à sortir du déni et à reconnaître le problème". "C’est très difficile à expliquer", reconnaît Daniel Lampart. "Des économistes nous disent que ça a un lien avec le système de formation, avec le comportement des ORP, etc.", avance le syndicaliste.
Les personnes peu qualifiées, gagnantes ou perdantes?
Pour François Schaller, les personnes actives dans des métiers à basses qualifications sont les principales victimes de la libre circulation en termes de chômage. "Par rapport aux secteurs, c’est tout à fait fait identifié. C’est la construction, c’est le tourisme, c’est l’hôtellerie-restauration et d’autres secteurs qui ont des taux de non-emploi plus élevés que la moyenne."
A l’inverse, Daniel Lampart estime que l’introduction de la libre circulation a été une grande chance pour les personnes les moins qualifiées en Suisse. Selon lui, "avant on tolérait des choses qu’on ne tolère plus", notamment en matière de travail au noir. Les chiffres semblent lui donner raison, au moins en ce qui concerne l'hôtellerie-restauration, qui a vu son taux de chômage baisser fortement de 2010 à 2019. Mais ça, c'était avant le coronavirus...
Didier Kottelat
L'initiative "pour une immigration modérée" en quelques mots
L'initiative populaire "pour une immigration modérée", dite initiative de limitation, demande que la Suisse puisse régler de manière autonome son immigration. En cas de oui dans les urnes, la libre circulation des personnes avec l'UE devrait être renégociée. Si le Conseil fédéral ne parvenait pas à s'entendre avec Bruxelles dans un délai d'un an, il devrait dénoncer l'accord.
L'abolition de la libre circulation des personnes mettrait également fin à six autres accords, liés par une "clause guillotine", à savoir l'ensemble du paquet des bilatérales I, selon les opposants. A l'origine du texte, l'UDC doute toutefois que tous ces accords cesseraient d'être appliqués. L'UE profite elle-même beaucoup des accords bilatéraux, estime le parti.
>> Les explications d'Esther Mamarbachi dans le 19h30:
L'initiative soumise au peuple le 27 septembre fait suite à celle "contre l'immigration de masse", acceptée à la surprise générale le 9 février 2014. Fâchée par la mise en oeuvre "light" votée par le Parlement après des années d'incertitudes et de négociations, l'UDC avait décidé de revenir à la charge avec un nouveau texte plus clair et limpide.
>> L'historique de l'initiative de limitation dans le 19h30:
Le solde migratoire des étrangers en Suisse de 1991 à aujourd'hui
Dans les années 1990, les ressortissants de l'Union européenne étaient minoritaires dans le solde migratoire des étrangers en Suisse. Dans les années 2000, cette répartition va subir une profonde mutation, qui coïncide avec l'entrée en vigueur de la libre circulation des personnes le 1er juin 2002. Aujourd'hui, les flux migratoires avec l'UE comptent pour environ deux tiers du solde migratoire.
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Cette transformation va de pair avec une forte hausse de l'immigration. Alors que le solde migratoire était presque tombé à zéro en 1997-1998, il repart à la hausse à la fin des années 1990 puis explose véritablement à partir de 2006 pour atteindre un premier pic en 2008. Il évolue ensuite au gré de la conjoncture économique et connaît un second pic en 2013. Depuis lors, la tendance est à la baisse.
C'est donc dans un contexte de forte immigration qu'était acceptée, le 9 février 2014, l'initiative populaire "contre l'immigration de masse". L'année précédente, la Suisse accueillait près de 90'000 étrangers supplémentaires, dont quelque 60'000 ressortissants de l'UE. La situation paraît aujourd'hui moins favorable pour le nouveau texte de l'UDC, avec un solde migratoire près de deux fois moins élevé.
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Reste que, dans le détail, l'immigration européenne n'a pas vraiment faibli ces dernières années. Le nombre de ressortissants de l'UE venant est à peu près stable depuis 2007, oscillant autour des 100'000 entrées. En revanche, cela fait plus de 15 ans que le nombre de sorties du territoire croît d'année en année, ce qui explique la baisse de l'immigration nette.