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Le spectacle était sans surprise. Puis, alors que ce n'était pas son tour, le lapin blanc a bondi du chapeau haut de forme, venant soudain perturber le tour de cartes. La reine de coeur et le roi de pique n'ont pas bronché, l'un et l'autre bien rangés aux deux extrêmes de la pioche. On a même cru entendre un ricanement de contentement, de loin. Tout ce qui pouvait faire vaciller le valet de de carreau, bien encadré et tiré à quatre épingles, était bon à prendre.
La carte maîtresse du grand magicien, destinée à sortir du tas sous les "ohhhh" et les "ahhhh" après un tour de passe passe savamment orchestré et abondamment sponsorisé, voyait sa place sous la poursuite menacée par le léporidé rebelle. Le regard systématiquement tourné vers un public qu'ils croyaient conquis d'avance, l'illusionniste et ses assistants ne se sont pas méfiés du doux et affectueux animal tapi dans l'ombre. Il attendait pourtant son heure.
En surgissant ainsi à sa guise, le lapin Bonny est devenu, en pleine représentation, le grain de sable dans les rouages de Fer, dont les rotations silencieuses sont pourtant facilitées par des huiles haut de gamme. Et le voilà maintenant qui arpente la scène, attirant l'attention sur lui alors que l'homme en noir brandit désespérement son valet magique. Puis il saute dans les travées, recueillant des caresses à gauche et à droite. Cours, petit lapin, cours. Le magicien pourrait bien être pris à son propre tour.