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Bien avant Napoléon Bonaparte et Winston Spencer Churchill (deux célèbres adeptes), on avait remarqué que, «crapuleuse» ou non, la sieste (de sexta hora, la sixième heure) n’était pas sans procurer certains bienfaits. Et ce qu’il s’agisse «du temps que l’on donne au sommeil, pendant la plus chaude partie du jour» (Émile Littré) ou, plus simplement, du repos quotidien pris toute l’année après le déjeuner. Aux vertus bienfaisantes de cet épisode intentionnel de sommeil (voire de ce «sommeil qui soigne»),1 il faut aujourd’hui ajouter un nouveau chapitre.
Il est le fruit des résultats préliminaires d’un travail original qui vient d’être présenté à San Diego (Californie) dans le cadre de la conférence annuelle de l’American Association for the Advancement of Science. Ce travail a été dirigé par Matthew Walker, professeur de psychologie à l’Université de Berkeley, qui mène depuis plusieurs années des travaux sur les circuits cognitifs et les mécanismes physiologiques du sommeil. Walker et son équipe expliquent notamment avoir établi le rôle majeur de l’hippocampe dans le «stockage»des informations en partance vers le cortex préfrontal. Ce stockage se ferait de manière temporaire durant une phase spécifique de sommeil ; une phase située entre celle du sommeil profond et celle caractérisée par des mouvements rapides des globes oculaires.
Les résultats présentés à San Diego sont le fruit d’un travail mené sur 39 jeunes adultes volontaires en bonne santé. Deux groupes ont été constitués, l’un dont les membres étaient invités à faire la sieste et l’autre où ils en étaient privés. A midi, tous les participants devaient participer à des exercices mentaux visant à «activer» spécifiquement leur hippocampe. Les résultats obtenus par l’ensemble des participants étaient alors similaires.
A 14 heures, les membres du groupe «sieste» partaient pour une séance de repos-sommeil de 90 minutes, les autres restant pleinement en éveil. Puis, à 18 heures, tous les participants étaient à nouveau soumis à une série d’exercices cognitifs au cours desquels ils devaient mémoriser une série d’informations diverses. Or il est apparu que ceux qui étaient restés éveillés ont vu leurs performances décliner par rapport aux exercices précédents. Tel n’était pas le cas des membres du groupe «sieste» qui parvenaient même à améliorer leurs résultats.
Les auteurs de ce travail voient notamment dans ces conclusions la confirmation de leur hypothèse selon laquelle le sommeil (en l’occurrence le sommeil diurne) permet de «laisser la place» à l’acquisition cérébrale de nouvelles informations. A San Diego, Matthew Walker a résumé : «le sommeil a des effets réparateurs après une période prolongée d’éveil mais accroît également les capacités neurocognitives comparativement à ce qu’elles étaient avant de faire la sieste».
Usant d’une métaphore moderne, il a ajouté : «C’est comme si la boîte e-mail de votre hippocampe était pleine et que vous ne pouviez plus recevoir de courrier jusqu’à ce que vous dormiez et nettoyiez de la sorte le contenu de cette boîte.» Selon lui, on ne peut pas imaginer que «Mère Nature» ait, sans raison, mis en place les différentes phases de sommeil telles que nous pouvons les observer et les analyser aujourd’hui. «Le sommeil est [un phénomène] sophistiqué, souligne-t-il. Il agit localement pour nous donner ce dont nous avons besoin.»
Le médecin et le temps
5e séminaire de la société médicale de Genève
Mercredi 28 avril 2010 de 8h15 à 17h00
Genève, HUG, Nouvel auditoire de pédiatrie
8 h 15 Ouverture du séminaire, V. Velebit
Modérateur : J. Desmeules
8 h 30 Une brève histoire du temps en biologie, W. Schlegel
9 h 30 Le système circadien des mammifères : comment le cerveau parle-t-il au corps ?
U. Schibler
Modérateur : A. Bloch
10 h 50 Maladies des horloges biologiques, P. Schulz
11 h 50 Evolution et horloges biologiques, M. Milinkovitch
Modérateur : O. Ratib
14 h 00 Rencontre et changement autour de la naissance, N. Brüschweiler
15 h 00 Naître trop tôt : implications sur le développement et la fonction cérébrale, S. Sizonenko
Modérateur : F. Borst
16 h 20 Moments of change, D. Stern
Renseignements :
Dr M. Bolens
Tél. 079 257 94 43
<email-pii>
Walker et son équipe vont désormais s’attacher à analyser les liens pouvant exister entre, d’une part, la réduction de la durée du sommeil généralement observée chez les personnes âgées et, d’autre part, l’augmentation, avec l’âge, de la fréquence des troubles mnésiques. Selon lui, cette approche pourrait être utile à la compréhension de la physiopathologie d’affections neurodégénératives au premier rang desquelles la maladie d’Alzheimer. Dans l’attente, une conclusion s’impose. Si, dans la bibliothèque vous voyez un étudiant en phase de somnolence postprandiale, ne levez pas les yeux au ciel : il est tout simplement (sans le savoir peut-être) en phase de ressourcement cognitif. Et vous feriez peut-être bien de prendre modèle sur lui si vous voulez être en pleine possession de vos moyens en ﬁn d’après-midi.