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États-Unis Trump n'accorde pas sa grâce présidentielle à n'importe qui
Le président a accordé son pardon à 11 condamnés. Pour la plupart, cela ressemble davantage à un traitement de faveur qu'à de la clémence.
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Selon la constitution américaine, le président des États-Unis a un pouvoir de grâce illimité, ce qui signifie qu'il peut absoudre qui il veut. Ce privilège peut prendre deux formes. 1) Le pardon: cela excuse totalement toute personne ayant commis un crime fédéral, lavant son honneur et effaçant son casier judiciaire. 2) La commutation: la personne reste condamnée mais sa peine est allégée.
Mardi, Donald Trump a accordé son pardon à sept personnes et commué la peine de quatre autres. De ce que l'on sait des bénéficiaires de cette clémence, la majorité d'entre eux sont des personnalités ayant soit des liens avec le président ou ses amis, soit servant ou ayant servi d'une manière ou d'une autre les intérêts de Donald Trump.
Voici les 11 personnes concernées par la clémence présidentielle.
Il a commué leur peine
Rod R. Blagojevich
Rod Blagojevich est sorti de prison la nuit dernière et a pu rentrer chez lui. Photo AFP
Ce gouverneur démocrate de l'Illinois a été condamné en 2011 à 14 ans de prison pour fraude et corruption. C'est à lui que revenait en effet en 2008 le pouvoir de réattribuer le siège de sénateur de l'État laissé vacant par Barack Obama qui venait de se faire élire président des États-Unis. Mais il avait tenté de le vendre au plus offrant. Alors que sa sortie de prison était prévue le 13 mars 2024, Donald Trump a commué sa peine et l'a fait immédiatement libérer. Notamment parce que, est-il écrit dans le communiqué de la Maison-Blanche, «pendant son internement, il a fait preuve d'un caractère exemplaire, se consacrant à l'amélioration de la vie de ses codétenus».
Mais pourquoi le président républicain fait-il preuve de clémence envers un démocrate? En 2010, alors que Blagojevich est déjà sous enquête depuis 2 ans, il a participé en tant que candidat (justement à cause de sa sulfureuse réputation) à l'émission de télé-réalité «The Celebrity Apprentice» animée par... Donald Trump. Dans ce show, des célébrités vivaient dans la Trump Tower et devaient accomplir différentes tâches et, à chaque épisode, Trump en virait un. Le gouverneur a été viré au 4e épisode de cette 3e saison.
Salle Tynice Nichole
Cette femme de 36 ans a été condamnée en 2006 à 18 ans de prison pour avoir laissé son petit ami utiliser son appartement pour y trafiquer de la cocaïne et du crack. Elle a déjà passé
Crystal Munoz
Encore une femme condamnée en 2008 à 20 ans de prison pour sa participation mineure à un trafic de marijuana. Durant les 12 ans qu'elle a passés en prison, elle s'est portée volontaire pour un programme de soins palliatifs et a «montré un engagement extraordinaire pour la réhabilitation», écrit la Maison-Blanche. Trump l'a faite libérer, elle qui était également soutenue par Alice Johnson, la protégée de Kim Kardashian.
Judith Negron
Cette femme de 48 ans a été condamnée en 2011 à 35 ans de prison pour son rôle en tant que propriétaire d'une entreprise de soins dans une vaste fraude (205 millions de dollars) à l'assurance maladie. Après 8 ans de prison, le directeur de l'établissement pénitentiaire l'a décrite comme une détenue modèle et a écrit des lettres en sa faveur. La Maison-Blanche précise également que la demande pour commuer sa peine a été soutenue par la Fondation Clémence pour les détenus non-violents et, encore une fois, Alice Johnson.
Il leur a pardonné
Bernad Kerik
En 2004, suite à son rôle lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York, George W. Bush avait nommé Bernard Kerik à la tête du département de la Sécurité intérieure. Photo AFP
Cet ancien commissaire de la police de New York, en poste notamment lors des attentats du 11 septembre 2001, a été condamné en 2010 à 4 ans de prison pour fraude fiscale et pour fausses déclarations à des responsables de la Maison-Blanche après avoir accepté des pots-de-vin de la part du crime organisé, accusations qu'il a reconnues.
Donald Trump lui a pardonné, rappelant son courage lors des attentats du 11 septembre et soulignant, depuis sa condamnation, son combat pour la réforme de la réinsertion des détenus. Kerik a été garde du corps et chauffeur du maire de New York Rudolf Giuliani avant de travailler sous ses ordres comme commissaire. Guiliani qui, aujourd'hui, est l'avocat personnel de Donald Trump. C'est, selon le site Law & Crime, la grâce la plus controversée des 11 prononcées mardi.
Edward DeBartolo, Jr.
Cet ancien propriétaire de l'équipe de football américain des 49ers de San Francisco avait été condamné en 1998 pour avoir versé 400 000 dollars au gouverneur de Louisiane afin d'obtenir une licence pour un bateau casino. Il avait évité la prison en versant à 1 million de dollars d'amende. De nombreuses personnalités du football américain, rappelant tout ce que l'homme avait fait pour leur sport, sont venus plaider sa cause auprès de Donald Trump.
En 2016, Edward DeBartoloJr avait été élu au Pro Football Hall of Fame. Photo AFP
Michael Milken
Ce milliardaire a été surnommé le «roi des obligations pourries» (junk bond king) et a servi de modèle pour le personnage de grand requin de la finance, Gordon Gekko, joué par Michael Douglas, dans le film «Wall Street». Il a été condamné en 1990 à 10 ans de prison (peine ensuite réduite à 2 ans) et 600 millions de dollars d'amende pour fraude immobilière et racket dans une affaire de délit d'initiés qui a entraîné la perte de dizaines de milliers d'emplois.
Malgré cela, la Maison-Blanche le décrit aujourd'hui comme «l'un des plus grands financiers américains», accusé pour des faits que personne n'avait qualifié de délit jusqu'ici. Le communiqué justifiant son pardon présidentiel explique même que Michael Milken avait à l'époque accepté de plaider coupable en échange de l'abandon de poursuite criminelles contre son jeune frère et que, depuis qu'il est sorti de prison, il a consacré sa vie à la philanthropie. Parmi les nombreuses personnalités plaidant sa cause, on retrouve encore Rudolf Giuliani, mais aussi Rupert Murdoch, le magnat de la presse et propriétaire de la chaîne pro-Trump, Fox News.
Michael Milken (ici en 2007) a servi de modèle au personnage de Gordon Gekko dans «Wall Street». Photo AFP
Ariel Friedler
Cet entrepreneur, PDG de l'entreprise Simplicity, a purgé 2 ans de prison pour avoir tenté de pirater les serveurs informatiques de ses concurrents en 2014. Trump lui accorde son pardon pour avoir, notamment, consacré depuis sa libération son temps à aider les anciens combattants. Parmi ceux qui plaidaient sa cause, on trouve Chris Christie, l'ancien gouverneur républicain du New Jersey et fidèle supporter du président.
Paul Pogue
Ce propriétaire d'une entreprise de construction au Texas estimait qu'il payait trop d'impôts. Il a donc soustrait 10% de ses revenus au fisc durant 3 ans avant de se faire coincer et condamner en 2010 à
Pour justifier son pardon, la Maison-Blanche explique qu'il avait plaidé coupable pour éviter de mettre en danger ses 150 employés et qu'il a toujours été très actif dans les associations caritatives. Le «Philadelphia Inquirer» précise tout de même que cette demande de grâce à été soufflée au président par l'ancien sénateur républicain Dick Santorum, à qui Pogue a versé en 2015
David Safavian
Le plus haut responsable des marchés publics fédéraux sous la présidence de George W. Bush a été condamné en 2009 à un an de prison pour ses liens avec un lobbyiste, responsable d'un grand scandale de corruption. La Maison-Blanche justifie son pardon par le fait qu'il est «devenu un ardent défenseur des changements de politique qui améliorent la sécurité publique, protègent les familles et les victimes et réduisent les risques de récidive».
David Savafian est le deuxième dans liste des pardonnés de mardi à avoir servi sous les ordres de George W. Bush. Photo AFP
Angela Stanton
Angela Stanton est notamment connue pour ses interviews des participantes à l'émission de télé-réalité «Real Housewives». Photo AFP
Cette auteure, vedette de la télé américaine et conférencière a passé six mois de détention à domicile en 2007 pour sa participation à un réseau de voitures volées. La Maison-Blanche explique son pardon par le fait qu'elle est «devenue une championne de la rédemption et de la réadaptation». Mais elle ne mentionne pas qu'Angela Stanton est devenue une supportrice de Donald Trump, donnant même des interviews pour expliquer les raisons de son soutien au président.
La voie ouverte à d'autres pardons?
Cette vague de grâces présidentielles alimente les spéculations sur la volonté de Donald Trump d'user de ce droit en faveur de certains de ses proches écroués ou sur le point de l'être. Tout le monde pense ici à Roger Stone, qui a conseillé Donald Trump avant et pendant sa campagne présidentielle, et été reconnu coupable de mensonge au Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016.
Michel Pralong
Créé: 19.02.2020, 17h45