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La Société biblique américaine se sépare de ses employés LGBT
Les employés de la Société biblique américaine ont jusqu'à la fin du mois pour signer une déclaration dans laquelle ils promettent d’aller à l'église et de s’abstenir d'avoir des relations sexuelles avant le mariage, que l’entreprise définit comme liant un homme et une femme. Quiconque ne signe pas cet engagement à adhérer aux valeurs de l’entreprise se retrouvera sans emploi à partir du 1er février. Cette nouvelle politique a été introduite par le conseil d'administration de la Société en décembre 2017, donnant aux employés treize mois pour décider d’y apposer ou non leur signature. Le document prônant des valeurs chrétiennes conservatrices permettra à l’entreprise de congédier les employés LGBT et les hétérosexuels non mariés qui ne sont pas célibataires.
Jusqu'à présent, trente-six personnes ont déjà quitté leur emploi, un nombre légèrement supérieur à celui des années précédentes, selon Roy Peterson, président et directeur général de la Société biblique américaine. Ces départs représentent un peu moins de 20% des effectifs. Mais une large partie de ces personnes a explicitement démissionné en signe de protestation. D’autres démissions devraient encore arriver d'ici la fin du mois.
Des valeurs discriminantes
Dans une déclaration en réponse aux questions de l’agence de presse religieuse américaine Religion News Service, Roy Peterson affirme que exigence d’adhésion à une certaine lecture de la Bible «a été introduite parce que nous croyons qu'un personnel composé de personnes ayant un lien profond et personnel avec la Bible apportera unité et clarté alors que nous continuons notre troisième siècle de ministère».
Une décision dont a déjà fait les frais l’une des membres du conseil d’administration de la Société biblique américaine. Angela F. Williams, directrice générale d'Easter Seals, un organisme sans but lucratif offrant des services aux personnes handicapées, a démissionné ce mois. Si elle ne donne aucune explication sur son départ, il survient une semaine après qu'un ancien employé de la Société biblique américaine, Jeremy Gimbel, se soit attaqué à Easter Seals sur les réseaux sociaux, demandant pourquoi son PDG siégeait au conseil d'une organisation qui «discrimine les personnes LGBT». Selon sa charte datant de 2014, Easter Seals ne fait pas de discrimination fondée sur la race, la couleur, l'origine, la religion, l'orientation sexuelle, l'identité sexuelle ou l'état civil. «J'ai l'impression que le monde a besoin de savoir ce que cette organisation défend vraiment», a déclaré Jeremy Gimbel. Webmaster pendant dix ans pour la Société biblique américaine, Jeremy Gimbel est homosexuel. Il a démissionné l'année dernière après l'introduction de cette exigence d’adhésion aux valeurs de l’entreprise. Il a rédigé un billet sur son blog à ce sujet: «Je pense que rien n’aurait pu me préparer à ce que j’ai ressenti, alors que j’étais en présence de mes collègues, dont certains avaient travaillé à côté de moi pendant presque dix ans, en entendant de la bouche du président de la Société biblique américaine que je n’étais pas le bienvenu.»
Un autre employé homosexuel dont le poste a été supprimé le mois dernier – et qui souhaite rester anonyme pour s’assurer de toucher son indemnité de départ –, parle de plusieurs postes vacants et d’un département vide. «Les gens qu'ils ont perdus ont fait du tort à cette entreprise à un point que vous ne pouvez pas imaginer», note-t-il.
Le virage évangélique
Cette politique cimente un changement qui a commencé dans les années 1990 pour l'organisation - fondée en 1816 pour publier, distribuer et traduire la Bible - qui s'éloigne de ses racines œcuméniques pour se rapprocher d’une identité plus évangélique. Dans les années 1990, la Société biblique américaine a modifié sa charte. Auparavant, celle-ci précisait que l’entreprise publiait des bibles «sans note ni commentaire». Aujourd’hui, elle s’inscrit dans un «engagement pour la Bible».
L'an dernier, l'organisation s'est battue avec un groupe d'universitaires qui contestait le nom de domaine «.bible» récemment acquis par la Société biblique américaine, parce qu'elle excluait tout groupe à orientation scientifique ou laïque de son utilisation sur internet. La politique de l’entreprise interdit tout contenu qui «préconise la croyance en toute tradition religieuse ou confessionnelle autre que le christianisme ou le judaïsme orthodoxe», à l'exception de ceux qui critiquent des traditions ou des opinions religieuses considérées comme non orthodoxes par la Société biblique américaine.
Depuis l'introduction de cette exigence, l’entreprise a également poursuivi son projet d'ouvrir un musée dont le coût s’élève à 60 millions de francs dans l'Independence Mall, à Philadelphie, au rez-de-chaussée de son siège. Ce Centre pour la découverte de la foi et la liberté, dont l'ouverture est prévue pour 2020, «montrera comment la Bible a changé ceux qui ont changé l'Amérique», déclare Roy Peterson. Le groupe Local Projects, qui a conçu le mémorial et les musées nationaux du 11 Septembre à New York, développe les expositions interactives, qui comprennent cinq galeries et un théâtre immersif en 3D. «Le Centre invite les visiteurs de tous horizons à découvrir la relation et le rôle de la foi et de la liberté dans la promotion des valeurs américaines fondamentales et à découvrir ce que ces valeurs signifient pour eux-mêmes», écrit Roy Peterson. Le musée devrait attirer 250’000 visiteurs par an.