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Tout est fluide et savoureux dans cette adaptation d'une comédie peu connue d'Oscar Wilde. Classique dans sa facture, agréable à l'oreille - voyez ce film en V.O.! - autant qu'à l'œil, elle se déguste comme une crêpe délicieuse: mais attention, la légèreté de sa forme cache une belle consistance de contenu. Et elle se retourne toute seule!
"L'éventail de Lady Windermere" est la première comédie d'Oscar Wilde, jouée pour la première fois à Londres en 1892. La capitale anglaise, morne et humide, servait d'arrière-plan à l'intrigue réglée à l'intérieur de trois tableaux. Un jeune couple tout frais marié, Robert et Meg Windermere, est mis en danger par une rumeur qui agite la haute société: Robert aurait une relation avec Mme Erlynne, une femme mûre de mauvaise réputation. Lord Darlington, séducteur jeune et expérimenté profite de la situation pour se proposer à Meg comme une vivante possibilité de vengeance et de consolation.
La première réussite de cette admirable adaptation cinématographique c'est d'avoir rendu attractive aujourd'hui une œuvre du XIXe siècle en lui gardant à la fois sa saveur et sa profondeur d'origine. Pour cela le scénariste (Howard Himelstein), en habile chirurgien, n'hésite pas à trancher dans le vif. Le décor bascule des grisailles londoniennes aux chaleurs et couleurs chatoyantes de la côte italienne. Les atouts spatiaux du septième art sont recrutés: ainsi, de nombreuses scènes se déroulent ou transitent par les extérieurs, dans cette splendide bourgade de la côte d'Amalfi. Là, de riches Anglo-Saxons nantis viennent noyer leur ennui dans le whisky et les potins mondains. Autres audaces: un prologue new-yorkais est ajouté, ainsi que plusieurs lignes au texte original (souvent ce sont de belles répliques reprises à d'autres succès de Wilde).
L'étirement dans l'espace se double d'un étirement culturel: trois des personnages-clés sont américains. Alors que Wilde campait son action dans une stricte tenue british, cet élargissement modernise un brin le propos. Enfin, le scénariste pousse les aiguilles jusqu'en 1930, une époque selon lui proche de la nôtre, notamment par le large fossé qui sépare les nantis des autres.
La prestation des acteurs - en particulier celle des dames - scelle la réussite du projet. Scarlett Johansson (au moment des castings, ni Lost in Translation ni La Jeune fille à la perle ne l'avaient encore révélée) déploie généreusement ses capacités intuitives, alors qu'Helen Hunt, laissant gambader son talent entre finesse et maîtrise, parvient à donner à Mme Erlynne une dimension dramatique impressionnante.
Mike Barker bâtit avec ces éléments une réalisation brillante, riche et souple, constamment au service de l'intrigue, toujours délicieuse tant pour les oreilles que pour les yeux. A relever au passage, en contrepoint d'une répartie macho sur l'habillage des dames - qu'il faudrait éviter de regarder, comme il faut éviter de voir de quoi sont faites les saucisses! -, quelques plans d'une étourdissante beauté, en forme de cinglant et très cinématographique désaveu.
Audaces d'adaptation, prouesses de comédiens, brio de réalisation, tout cela ne servirait à rien sans ce qu'amène l'artisan principal, Oscar Wilde: une finesse dans la compréhension et l'observation de la nature humaine, une manière savante de savoir raconter une histoire, agréable mélange d'humour savoureux, de perspicacité et de délicieuse subversion. Mais tout l'art de ce grand monsieur est de viser le cœur: si souvent nous nous laissons piéger par nos perceptions, que la réalité nous échappe! Petit à petit, cette réalité - simple, noble, émouvante - prend corps au-delà des apparences: le film alors se retourne magistralement sur lui-même, comme la crêpe. Un vrai bonheur!
Ancien membre
|Nom||Notes|
|Ancien membre||17|
|Georges Blanc||15|
|Daniel Grivel||16|
|Ancien membre||17|
|Antoine Rochat||17|
|Anne-Béatrice Schwab||16|
|Serge Molla||16|