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Le socialiste Mitterrand
- Politique Internationale
- Vidéo 14 min.
2 juin 1966
Continents sans visa
Elle fut la première et la seule femme à occuper le poste de Premier ministre en France, nommée en 1991 par François Mitterrand qui l'a connue lors de sa campagne présidentielle, en 1965. Edith Cresson a visionné ce document de Continents sans visa de 1966 consacré au rassemblement de la gauche. Elle vient par ailleurs de publier un livre, Histoires françaises, une biographie politique qui lui permet de rappeler notamment combien elle fut durement exposée à la critique durant sa carrière de ministre de l'agriculture et de chef du gouvernement.
Le site des archives: Mendes France, François Mitterrand, Guy Mollet… tous les ténors de la gauche française sont réunis dans ce document.
Cette archive montre très bien le début de l'organisation de la gauche non communiste, comme on disait alors. Il est assez étonnant et émouvant de revoir ces visages. Hernu fait très jeune…
Mitterrand prend alors l'ascendant sur les débris de la SFIO et commence à fédérer autour de lui les radicaux de gauche, la SFIO, Mendes France qui restait toujours un peu en dehors et représentait une conscience. Mitterrand n'était pas un grand organisateur, mais par son charisme il était capable de réunir des courants politiques. Il donnait envie de travailler avec lui, il représentait la possibilité de peser dans la vie politique française, d'être une opposition structurée, organisée, qui allait compter plus tard parce qu'elle pouvait devenir la majorité. Il faisait adhérer à un projet, à un espoir.
Une grande partie de la gauche, à ce moment-là, ne voulait pas d'une alliance avec les communistes. Elle n'a pas eu la vision politique et historique de Mitterrand qui estima que l'influence du PC allait inéluctablement diminuer.
Mais au moment où ce reportage est tourné, le PC était loin devant le PS. Les communistes avaient de nombreux élus locaux et le parti menait d'ailleurs une action sociale extrêmement efficace. Si on avait un PC aujourd'hui dans les banlieues, ça se passerait pas de la même manière… Les communistes savaient encadrer les jeunes. Ils les emmenaient au Théâtre national populaire voir Gérard Philippe, ils avaient une vertu éducative. Malgré son côté ringard, le PC avait dans la société un poids considérable qui n'a jamais été remplacé.
Le reportage décrit François Mitterrand comme un homme romantique et complexe. Vous dites dans votre livre qu'il savait séduire.
Oui, c'était un homme très secret. Il ne s'extériorisait pas, gardait pour lui ce qu'il pensait. Il avait un côté paysan qui parle peu, très enraciné dans son terroir qu'il connaissait par cœur. J'ai circulé avec lui dans la Nièvre, il s'intéressait à tout, aux murs des cimetières qui s'écroulaient, à la plantation de résineux plutôt que de feuillus, ce qui l'exaspérait car les résineux, s'ils poussent plus vite et sont donc plus rentables, défigurent le paysage de la France. Moi, je trouvais ce côté provincial formidable.
Il vous a poussé à vous présenter à votre première élection.
Il m'a envoyée au casse-pipe, vous voulez dire! C'était dans une circonscription réputée imprenable, à Châtellerault, en 1975, pour une élection législative partielle et j'ai été battue de justesse. Personne ne voulait y aller. Mitterrand considérait que la politique, c'est l'élection; que la légitimité passe par l'élection. Jamais il n'aurait nommer un Premier ministre qui ne fût pas élu, comme c'est le cas aujourd'hui et comme ce fut le cas avec Raymond Barre. L'élection, c'est l'oint du Seigneur, on ne s'en passe pas. Quand un ministre était battu dans une élection, il ne le gardait pas au gouvernement.
Vous rappelez aussi dans votre livre combien les agriculteurs et la presse furent durs à votre égard.
Oui, c'est vrai que l'agriculture est un milieu très particulier, mais je ne m'attendais pas à une telle violence de la part de la presse qui m'attaqua de manière inconsidérée parce que j'étais une femme. Et le Bébette show a été ignoble. Ces attaques alors que je menais ma politique ont été absolument révoltantes.
Vous racontez aussi le dîner que vous avez organisé chez vous, avant l'élection de mai 1981, entre Jacques Chirac et François Mitterrand.
Nous avons fait ce dîner à la maison, ensuite nous les avons laissés en tête à tête. Je me suis réfugiée à la cuisine et mon mari a travaillé dans son bureau. Chirac et Mitterrand sont restés deux heures à discuter. Ensuite ils sont partis séparément. Mais il ne faudrait pas croire que cette rencontre a déterminé l'échec de Giscard.
Aujourd'hui, vous soutenez Ségolène Royal.
Oui, et depuis le début. J'ai retrouvé dans l'ambiance qui a accompagné la désignation de Ségolène Royal comme candidate à l'élection présidentielle ce schéma classique qui veut qu'une femme peut être ministre, mais pas plus… Il y a un côté sacré dans le pouvoir en France. Le président dispose du bouton atomique. Le feu du ciel, comment une femme peut-elle s'approcher du sacré?
Je sais d'expérience que toutes les campagnes électorales sont dures. Ségolène Royal a le contact les classes moyennes et les classes populaire. Elle donne le sentiment qu'elle s'occupe des vrais problèmes et elle a acquis la sympathie de beaucoup de gens qui se désintéressaient de la politique, qui n'y croyaient plus.
Propos recueillis par Claude Zurcher
Edith Cresson, Histoires françaises, Editions du Rocher
Edith Cresson est née le 27 janvier 1934 à Boulogne-Billancourt. Elle est la seule femme à avoir assumé les responsabilités de Premier ministre français, de 1991 à 1992. Durant six ans, de 1975 à 1981, elle est membre du comité directeur du parti socialiste. Ministre de l'agriculture de 1981 à 1983, elle est ensuite maire de Châtellerault (1983 à 1997) et ministre du Redéploiement industriel et du commerce extérieur (1984-1986). En 1988, Edith Cresson est nommée ministre des Affaires européennes avant de devenir, en 1991, Premier ministre. Son passage à Matignon durera dix mois et sera suivi par la nomination de Pierre Bérégovoy, le 2 avril 1992.
De 1995 à 1999, Edith Cresson est chargée de la Science, de la Recherche et du Développement à la Commission européenne. Aujourd'hui, elle est présidente de plusieurs fondations et instituts. Edith Cresson est veuve et mère de deux enfants.