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Chacun sa pilule et son sucre
"Il n'y aura pas de réforme fiscale des entreprises sans compensation sociale suffisante", a martelé Christian Levrat au Conseil des Etats, en menaçant de lancer des référendums contre une réforme fiscale non compensée et une réforme de l'AVS qui contiendrait une élévation de l'âge de la retraite des femmes. Et le PDC de poursuivre en appelant à un compromis "porté par tous les grands partis" (sauf l'UDC), c'est-à-dire le PS, le PLR et le PDC. Et l'UDC de dénoncer un "birchermüesli politique" mélangeant deux objets marqués tous deux par un refus populaire en votation fédérale. Mais c'est précisément parce qu'il y a eu ces deux défaites de ces deux tentatives de réforme que les auteurs du compromis accepté par le Conseil des Etats l'ont conçu : pour désarmer les oppositions à chaque réforme en accordant aux unes, à gauche, un soutien à l'AVS en échange d'un soutien au PF17, et aux autres, à droite, un soutien au PF17 en échange d'un soutien à l'AVS. Chacun sa pilule et chacun son sucre.
Les promesses de la droite n'engagent que ceux qui y croient
Selon un sondage annuel, opéré fin 2017 (après le refus de la réforme PV2020), sur les préoccupations et les opinions des Suisses et Suissesses, une majorité d'entre elles et eux seraient acquis à un relèvement de l'âge de la retraite, alors qu'une année auparavant, seul-e-s 28 % des personnes interrogées l'acceptaient (ou s'y résignaient). Mais la Suisse romande (sauf Fribourg) continue de rejeter ce relèvement, et à des majorités assez confortables : seul-e-s un tiers des Genevoises et Genevois, Vaudois et Vaudois, et moins encore des Jurassiennes et Jurassiens, Neuchâteloises et Neuchâtelois (mais un peu plus des Valaisannes et Valaisans) l'acceptent. La "majorité des Suisses" est donc construite sur une majorité des Alémaniques (ce qui explique d'ailleurs qu'une majorité des sympathisants socialistes se résignerait au relèvement de l'âge de la retraite : cette majorité des socialistes est construite sur les socialistes alémaniques).
Le report de l'âge de la retraite des femmes, sans attendre l'égalité des salaires et des rentes, est l'un des objectifs du Conseil fédéral (et l'une des obsessions de la droite). On s'achemine donc vers un marchandage serré, sur les "compensations" à proposer pour faire accepter ce report par ceux qui jusqu'à présent le refusaient : question de quantité de sucre pour enrober une pilule amère... A droite, le chef du groupe UDC, Thomas Aeschi, a demandé que le lien entre la réforme de l'AVS et celle de la fiscalité soit rompu, et qu'une double votation populaire, sur des objets séparés puisse être organisée. Avec deux référendums contradictoires possibles : un de gauche contre la réforme fiscale et de droite contre la réforme de l'AVS -plus un référendum de gauche si cette réforme contenait un report de l'âge de la retraite, comme le demandent l'UDC pour tout le monde et, celui des femmes, de 64 à 65 ans, une majorité du PLR pour les femmes. La Communauté genevoise d'action syndicale, la Jeunesse Socialiste, solidaritéS, le Parti du Travail rappellent qu'il y a quelque part dans la constitution fédérale une obligation faite à la Confédération d'assurer aux retraités des rentes suffisantes à la couverture de leurs besoins vitaux, mais nulle part une possibilité de soumettre cette obligation à un marchandage avec les partisans d'une baisse maximale de l'imposition des multinationales. Et que la promesse d'une partie de la droite de renoncer à reporter l'âge de la retraite des femmes n'engage que ceux qui veulent bien y croire. Et de ceux-là, nous ne sommes décidément pas.