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La conférence qui aurait pu sauver le climat racontée dans un livre
"Perdre la terre", l'enquête du journaliste du New York Times Nathaniel Rich, vient d'être publiée aux éditions du Seuil. Elle évoque un rendez-vous manqué avec l'avenir, notamment lors du premier sommet international sur le réchauffement climatique à Noordwijk, aux Pays-Bas, en novembre 1989. Une rencontre avec un objectif chiffré: réduire de 20% les émissions de CO2 d'ici 2005... qui s'est soldée par un échec.
Nathaniel Rich y évoque notamment la figure de James Hansen, un scientifique de la NASA très alarmé par les résultats de ses modélisations sur le climat. "Il a pris la décision réellement héroïque à l'époque de parler de cette question en dehors des milieux scientifiques et du gouvernement américain. Il a dit qu'il fallait sortir du charbon et il a témoigné devant le Congrès dès 1981. Toutes ces démarches étaient plutôt mal vues par l'establishment à cette période. Il a subi de nombreuses pressions et a même perdu ses financements pendant plusieurs années", relate le journaliste dans l'émission Tout un monde de la RTS.
Un premier rapport en 1983
Au même moment, en 1979, l'Académie américaine des sciences est chargée par le président Jimmy Carter d'étudier la question et publie son rapport en automne 1983. "C'est l'étude la plus complète sur le changement climatique. Elle n'est pas uniquement scientifique, mais elle tient compte des ramifications socio-économiques et politiques. Ses conclusions sont plutôt désastreuses sur les effets que cela aurait sur la géopolitique, l'immigration, la montée des eaux, les tensions entre différents pays... Et pourtant les auteurs ont conclu qu'il n'y avait pas d'urgence à agir", s'étonne Nathaniel Rich, qui met aussi en évidence un fossé générationnel entre les scientifiques de l'époque.
Le rôle-charnière de la "crise de l'ozone"
Il relève également le rôle joué par la crise de l'ozone. Le trou dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique était une urgence en 1985, "qui a contribué à ce qu'on arrive très rapidement au premier traité climatique global".
L'accord interdisant les CFC (chlorofluorocarbures, ndlr), signé en 1987 à Montréal, a relancé la question climatique. Même l'administration du président Ronald Reagan estimait que ce serait un bon modèle pour le CO2. Ce regain d'espoir culmine en 1988, l'année la plus chaude jamais enregistrée à l'époque: 32 textes de loi sont introduits au Congrès américain. George H.W. Bush lui-même – alors en pleine campagne pour la présidentielle – déclare que "ceux qui pensent qu'on ne peut pas réduire les effets de serre oublient l'effet de la Maison Blanche".
John Sununu, le "premier climatosceptique"
Puis arrive la conférence de Noordwijk, et c'est la douche froide: les Etats-Unis reviennent sur leur engagement. On enterre l'objectif d'un gel des émissions et le communiqué final ne mentionne ni objectif chiffré, ni délai… En cause, raconte Nathaniel Rich, un combat en coulisses entre le chef de l'Agence américaine de l'environnement et le chef de cabinet de la Maison Blanche, John Sununu, "fondamentalement le premier climatosceptique".
Nathaniel Rich souligne toutefois que si John Sununu est le principal responsable de l'échec de la conférence, il incarne un manque général de volonté politique. "Après cette conférence, l'équation politique a rapidement changé. L'industrie du gaz et du pétrole réagissent de manière agressive et luttent contre toute mesure climatique. Le conseil économique du président Bush se retourne contre tout programme de réduction des émissions.
Et quand Bill Clinton, dans sa première adresse à la nation, parle d'une taxe sur l'énergie, c'est considéré comme un suicide politique", énumère-t-il.
Propos recueillis par Patrick Chaboudez/jvia
Publié le 19 mai 2019 à 19:57 - Modifié le 20 mai 2019 à 08:53