Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07116.jsonl.gz/331

Les voyageurs du XIXe siècle, pour la plupart du moins, ne s'y arrêtèrent guère. Nestor l'Hôte se borna à dessiner quelques-unes des stèles-frontières qu'il découvrit dans le désert avoisinant. Enfin, la grande expédition prussienne dirigée par Richard Lepsius fit étape sur le site en 1843. Dans les Denkmäler aus AEgyten und AEthiopen parus de 1849 à 1859, où furent rassemblés tous les relevés que les dessinateurs de l'équipe exécutèrent sur les monuments de la vallée du Nil, la troisième division (Band VI, Blätter XCI-CLXXII) consacre vingt-et-une planches aux vestiges d'Amarna. Le public savant de l'époque put alors découvrir, et avec quelle stupeur, l'étrange physionomie du roi proscrit. Rendus avec l'implacable sécheresse qui caractérise les travaux scientifiques, on y retrouve les sujets chers aux artistes amarniens: le roi se rendant au temple, salué par la foule massée le long des rues, le roi faisant offrande au Disque, la famille royale dans l'intimité des appartements privés, la remise des récompenses aux hauts fonctionnaires de la cour, et surtout ces représentations des temples et des palais de la cité en plan, ou plus exactement en plan et en élévation à la fois, synthétiques donc, et qui, de par la minutie de l'observation, permirent aux archéologues d'étayer les découvertes qu'ils firent sur le terrain.
XVIIIe DYNASTIE - La famille royale sous la bénédiction d'Aton - Calcaire - haut. 0,332 - Berlin , Ägyptisches Museum - Cette stèle provient sans doute de l'un des autels domestiques d 'Akhenaton
XVIIIe DYNASTIE - Etude de sculpteur pour le profil d'Akhenaton - Calcaire haut. 0,144 - Provenance indéterminée - Berlin Ägytisches Museum
Quinze ans plus tard, un petit ouvrage «traduit librement de l'anglais», mais publié sans nom d'auteur sous le titre de Les Antiquités égyptiennes, présente un canon revu de la succession des rois ; mettant en regard les listes de Manéthon et les «noms des rois (...) trouvés sur les monuments» l'auteur propose, à côté d'Aménophis-Memnon et d'Horus, trois cartouches nouveaux : Aak-en-Aten-Ra ou Amenhept II, frère d'Horus- Titi, sa soeur,femme de Aï - Amountouanch, frère d'Horus. C'est peut-être la première mention moderne du nom d'Aménophis IV Akhenaton, et de ceux de Toutankhamon et de Néfertiti. Bien qu'identifié, Aak-en-Aten, ou Khou-en-Aten, comme on l'appelait alors, continuait à intriguer les érudits. La morphologie singulière du roi, en particulier, donna lieu aux hypothèses les plus invraisemblables: Mariette, dont l'imagination devait bientôt trouver sa pleine mesure dans les méandres du livret d'Aïda, fit d'Akhenaton un esclave soudanais châtré par ses maîtres et hissé sur le trône à la suite d'un dramatique coup d'état ; Lefébure, lui, prétendit qu'Akhenaton était une femme déguisée en homme, qui aurait usurpé le pouvoir royal en succédant à son père Aménophis III, identifié à l'Horus de Manéthon.
Enfin, par un beau matin de juin 1887, une paysanne des environs de Tell-el-Amarna, grattant le sol à la recherche de sebakh, ce composé nitreux qui, dans les villages d'Egypte, sert à entretenir le feu, découvrit au pied d'un mur arasé des centaines et des centaines de tablettes d'argile couvertes de signes mystérieux. Elle en emporta quelques-unes au creux de son voile pour les montrer à ses voisins, puis au fonctionnaire local, détenteur de l'autorité, et donc du savoir. Mais celui-ci, plus préoccupé semble-t-il par le port altier de ses moustaches que par une obscure histoire de briquettes, fit éconduire la quémandeuse. Or notre paysanne tenait à gagner les quelques piastres que lui valait son obstination ; elle chargea donc ses deux ânes et son fils de toutes les tablettes qu'elle put rassembler, et se rendit à Luxor, espérant y rencontrer un mamour moins arrogant. A l'arrivée, hélas, il ne restait plus dans les ballots que quelques dizaines de pièces intactes, le reste ayant été réduit en poussière par les cahots du chemin. Elle en montra deux à un inspecteur qui, prenant enfin l'affaire au sérieux, les fit étudier: à la stupeur générale, il s'avéra qu'on avait mis la main sur les archives diplomatiques de la cour d'Aménophis IV. Lorsque la malheureuse dut avouer l'anéantissement des quatre cinquièmes de son bagage, la déception fut amère. Trois cent cinquante tablettes seulement furent sauvées du désastre. Mais le site était lancé!
Tablette no 23 du British Museum, envoyé par Toushratta - du Mitanni à Aménophis III pour lui annoncer que la déesse - Ishtar de Ninive avait été expédiée en Egypte.
En 1891-1892, Sir Flinders Petrie y entreprit une première saison de fouilles: il dégagea une partie importante du palais royal, les centres administratifs et, plus au Sud, quelques maisons particulières. Il mit ainsi au jour, entre autres, un ensemble unique de peintures profanes qui décoraient les appartements royaux, parmi lesquelles les deux exquises petites princesses, transportées aujourd'hui à l'Ashmolean Museum d'Oxford.
De 1902 à 1923, avec de fréquentes interruptions dues aux conflits internationaux, le site fut occupé par plusieurs missions : l'Egypt Exploration Fund, la Deutsche Orient Gesellschaft, et enfin l'Egypt Exploration Society, sous la direction de J.D.S. Pendlebury, responsable de la publication des fouilles.
Si les travaux exemplaires dès savants qui, ds la fin du XIX siècle, se sont passionnés pour l'époque amarnienne ont permis d'éclairer d'un jour nouveau les aspects essentiels du drame, il n'en reste pas moins que nombre de questions demeurent sans réponse: Akhenaton et les siens savent préserver leur mystère.