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Jugées dangereuses pour leurs adversaires en raison de leur puissance et leur gabarit, les rugbywomen trans sont parfois interdites de compétition. La question revient dans tous les sports: que fait-on des athlètes qui bousculent les codes?
Le rugby a toujours prôné des valeurs de tolérance et d'intégration. Ceux qui en défendent la pratique rappellent souvent que c'est un sport ouvert à tout le monde, quels que soient sa taille, son poids ou ses capacités physiques. Mais ce n'est pas tout à fait vrai: le rugby n'a pas vraiment de place pour les joueuses transgenres, c'est-à-dire les personnes nées dans un corps masculin et qui ont ensuite transitionné.
La Fédération internationale leur interdit carrément de disputer des matches, au motif qu'elles représentent un danger pour leurs adversaires. Elle souligne qu'il y a «au moins 20 à 30% de risque supplémentaire» de blessure lorsqu'une rugbywoman est plaquée par une femme qui aurait eu une puberté masculine. Pour la Fédération, ces joueuses «sont 25 à 50% plus fortes, 30% plus puissantes, 40% plus lourdes et environ 15% plus rapides que les athlètes assignées femmes à la naissance».
Les instances internationales ne se prononcent toutefois pas sur la pratique de ces joueuses dans les championnats nationaux. Concrètement: chaque pays est libre d'autoriser ou non les transgenres à participer. On appelle ça botter en touche.
Les différentes divisions établissent donc chacune leurs propres critères de sélection. La Suisse compte environ un millier de licenciées. Il y a quelques années, une trans alémanique avait sollicité la Fédération pour obtenir une licence. «Une discussion s'était engagée entre le staff du club, les partenaires, etc. se souvient Aurélie Lemouzy, manager de l'équipe de suisse féminine. Il fallait que tout le monde soit d'accord. Elle avait été autorisée à jouer.»
La première division française a aussi fait bon accueil à Alexia Cerenys. La participation de cette solide joueuse offensive (1m78 pour 98 kg) est ardemment défendue par Jean-François Lombard. Le président de son club de Lons, que nous avons contacté par téléphone, ne voit pas très bien au nom de quoi on interdirait sa protégée.
La pratique sportive ne peut toutefois s'affranchir de règles, faites pour garantir l'équité entre toutes les participantes. Or que faire lorsque des athlètes viennent bousculer les codes et les catégories? Cette question, c'est celle que pose Alexia en rugby, mais aussi l'handballeuse transgenre Hannah Mouncey (interdite de compétition en Australie) ou l'athlète hyperandrogène Caster Semenya.
Il y a plusieurs manières d'y répondre:
Cette dernière approche, prudente et nuancée, est celle que défend Aurélie Lemouzy dans un sport durement touché par les commotions.
Le président de Lons estime que c'est un argument qui peut «être entendu». Mais il n'envisage pas pour autant de se séparer de sa protégée. «C'est un plaisir d'avoir Alexia dans l'équipe, car c'est une belle personne et son expérience force le respect. Elle va au bout de ce qu'elle entreprend, elle est solide dans ses décisions. Elle ne se ment pas à elle-même.» On voit venir le plaquage et il arrive: «Peu de gens peuvent s'enorgueillir de ce genre de qualités. Elle a beaucoup à apprendre aux autres.»