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Les différences fondamentales entre Washington et Pékin ne disparaîtront pas, mais leur rivalité va perdre en intensité.
Souvenez-vous lorsque nous avons quitté nos deux rivaux pour la dernière fois. Ils venaient de conclure un accord partiel de rééquilibrage commercial, tout en continuant à ergoter sur la longue liste de problèmes insolubles qui les divisaient. Aujourd'hui, le marché parie sur le fait que la Chine et les Etats-Unis sortiront du confinement grandement affectés et que les investisseurs devraient se préparer à un monde de tensions croissantes, de barrières commerciales et de risques accrus.
Cependant, les prochains événements pourraient ne pas être aussi prévisibles. Le conflit entre Pékin et Washington ne disparaîtra pas, mais les deux gouvernements sont maintenant confrontés à de nouvelles distractions qui pourraient remodeler leurs désaccords et modifier les probabilités d'un conflit. Il semblerait que le chemin menant au «piège de Thucydide» - situation qui voit une puissance dominante entrer en guerre avec une puissance émergente poussée par la peur que suscite chez la première le surgissement de la seconde - ne soit pas encore tout tracé.
La solution n’est pas toujours de rejeter la faute sur l’autre. Le président Trump a laissé entendre que le virus provenait d'un laboratoire militaire chinois, mais en réalité la propagation de la maladie est due à un phénomène naturel. C’est un test grandeur nature des politiques et compétences nationales en matière de santé publique. Il est tentant d'exacerber les tensions dans un but de politique intérieure, mais cette stratégie peut s'avérer délicate lorsque les dommages économiques clairement ont été aggravés par une mauvaise gestion de la pandémie par les deux gouvernements.
La mondialisation s'adaptera et continuera à progresser. Les discours sur l'autosuffisance, le raccourcissement des chaînes d'approvisionnement et la remise en question de la mondialisation s'estomperont dès que les enjeux économiques seront pris en compte. Les stocks de médicaments et de masques peuvent accélérer les réponses lors de la prochaine urgence sanitaire, mais il est impossible d'éviter la dépendance au commerce mondial. En outre, même si un pays fabrique ses propres respirateurs, la prochaine crise pourrait peut-être bien nécessiter des appareils de dialyse à la place.
marchés en Asie, en Europe et en Afrique.
Les entreprises américaines et chinoises sont conscientes des risques que présentent les relations entre leurs gouvernements et explorent des alternatives. En fait, le déplacement de la production manufacturière de la Chine vers l'Asie du Sud-Est a commencé depuis de nombreuses années lorsque les salaires des travailleurs chinois sont devenus trop élevés. Aujourd’hui, les entreprises chinoises courtisent de nouveaux marchés en Asie, en Europe et en Afrique. Ce sont là des nouveaux chapitres de la mondialisation, et non la fin de l'histoire.
Les batailles idéologiques vont tout de même se poursuivre. Les premiers résultats tangibles venant de Chine, et plus généralement d’Asie, ont mis en évidence les avantages d'un contrôle étatique étendu qui a permis aux gouvernements d'identifier les porteurs du virus, de contrôler les mouvements et de mieux contenir la propagation. Néanmoins, le manque de transparence du gouvernement chinois a peut-être permis la propagation du virus au début de l’épidémie et a entamé la confiance envers le gouvernement. Un nouveau débat autour des libertés civiles va donc émerger pour évaluer les avantages d'un partage encore plus important des données relatives à la santé afin de gérer les futures pandémies, mais il s'agira d'un ajustement plutôt que d'une adoption de modèles politiques autoritaires.
plus que les relations entre les Etats-Unis et la Chine.
L'affrontement pour le leadership mondial va être reporté. Pour l'instant, les deux pays seront trop occupés à réparer les dégâts internes plutôt que d'accorder une attention particulière aux projets internationaux. Il semble que la Chine sortira de la crise avec de meilleurs chiffres en matière de croissance si les prévisions du FMI sont correctes, mais les limites de la portée mondiale de cette croissance demeurent évidentes. L'un des principaux objectifs visant à étendre son influence par le biais de l'initiative "Belt and Road" doit maintenant faire face à des années de restructuration.
L'Amérique ne semble guère non plus prête à affirmer sa vision en matière de leadership mondial. Au plus fort de la crise, les investisseurs se sont bien tournés vers le dollar, et la réaction rapide de la Fed s'est avérée décisive pour les marchés financiers mondiaux, mais il y a eu peu de coordination avec les autres pays et les Etats-Unis sont maintenant confrontés à une tâche massive de revitalisation de leur économie nationale qui va reléguer au second plan la plupart des objectifs internationaux.
C’est finalement la technologie qui va façonner l'économie mondiale plus que les relations entre les Etats-Unis et la Chine. Les modèles économiques étaient déjà en train de changer avant la crise, la technologie offrant de nouvelles solutions et influençant les comportements, du covoiturage à l'Internet des objets.
Ces transformations se sont accélérées pendant la crise. Les vidéoconférences, les achats en ligne et les logiciels basés sur le cloud ont engendré une nouvelle façon de travailler et de gagner en efficacité économique. Plus que toute guerre tarifaire ou friction géopolitique, l'innovation et la numérisation vont changer la façon dont le monde des affaires fonctionne.