Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07077.jsonl.gz/247

Comme je suis citoyen français, je dois bientôt choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Je dirai d'abord que mon impression est que pour beaucoup de gens le choix est évident parce qu'il est culturel: ils appartiennent à un milieu, familial, social, professionnel qui les amène tout naturellement à faire un choix. De ce point de vue, je suis porté vers François Hollande, étant issu de ce milieu bourgeois bohème si souvent brocardé, à tort ou à raison. Mais j'aimerais aussi laisser sa part à la raison, et comparer les deux.
Je dois en premier lieu dire que dans le domaine culturel, il me parait nécessaire que l'État s'efface. Or, dans les faits, cela passe par la libéralisation des secteurs liés à la culture. Je suis favorable à la libre entreprise aussi dans ce domaine, et pense, par exemple, que les écoles associatives devraient pouvoir se développer en France. Je suis opposé aux monopoles d'État en général, et d'accord avec Daniel Cohn-Bendit quand il dit que le monopole qu'une certaine entreprise nationalisée a sur l'électricité a eu sa part dans le développement de l'industrie nucléaire, à laquelle je suis opposé, estimant que les conditions ne sont pas réellement réunies pour empêcher ses effets mauvais. L'État se pose comme un garant infaillible, mais je crois qu'il préjuge trop de lui-même. Il en va d'ailleurs pareillement dans le domaine culturel: il se pose comme mû par l'Esprit saint, comme s'il pouvait guider la nation vers la lumière, mais je n'y crois pas. Je crois à cet égard aux vertus de la liberté, principe qu'on ne rappelle jamais assez. Sur ce point, je me sens même des affinités avec Michel Onfray.
Mais ce qu'on appelle le libéralisme renvoie en général à l'égoïsme perçu comme moteur fondamental de l'économie. Or, je crois que l'État ne doit pas contrôler la vie culturelle, mais qu'il doit veiller à l'égalité, et que cette égalité est le moyen d'entretenir une vraie fraternité économique. On m'a dit que François Hollande voulait réglementer les loyers. C'en est un exemple. Je suis favorable à ce que les loyers soient fixés par la loi. Il faut cependant garder à l'esprit que la nationalisation d'un secteur peut ne pas signifier du tout la fraternité économique, une nation pouvant également être égoïste vis-à-vis des autres et entrer avec elles dans une forme de concurrence sauvage.
Pour conclure, je dirai trouver que Nicolas Sarkozy crée trop de tensions entre les citoyens. Sans doute, il a défendu les cultures régionales, ou traditionnelles, qui étaient injustement méprisées, bannies. Mais il aurait sans doute dû surtout chercher à libéraliser la vie culturelle dans son ensemble; or, parallèlement, il a tendu à attaquer certaines traditions qui ne lui plaisaient pas. J'estime que ce n'est pas bien. De son côté, François Hollande veut rester équilibré, il a parlé de transition énergétique, assuré qu'il respecterait la diversité, et il est sans doute nécessaire d'avoir un peu de calme dans les chaumières, après cinq années de tension et de sueur. Je suivrai donc le mouvement général du milieu dont je suis issu en votant pour lui.