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December 15, 2007
Dans l’ensemble, le papier de l’université de Zurich financé par la Direction cantonale de l’instruction publique se veut rassurant et pointe généreusement sur l’augmentation du taux de dénonciation (plus de 120%) pour expliquer la hausse massive (163%) de la présence des jeunes dans les statistiques criminelles du canton entre 1999 et 2006.
Selon les auteurs, qui ont interrogé des élèves de 9e année, la sensibilisation exacerbée du public et les efforts de divers intervenants auraient à ce point encouragé les jeunes à porter plainte en cas d’agression que l’augmentation apparente de la criminalité des jeunes serait quasiment entièrement due à cet effet. Ils affirment ainsi (je traduis) que
Pour les coups et blessures, cette [augmentation du taux des dénonciations] nettement supérieure à 100 % peut expliquer la presque totalité de la hausse des statistiques de la police.
Vraiment? Il reste tout de même ainsi une augmentation réelle de l’ordre de 40% en sept ans. Et c’est sans compter avec le fait que les jeunes gens représentent une part en diminution de la population suisse. Même une proportion constante de la criminalité des jeunes tendrait à démontrer qu’ils deviennent plus criminels.
Il y a également la question du partage entre Suisses et étrangers. Compte tenu des taux de natalité plus élevés chez les immigrés, il faut s’attendre à ce que les jeunes comportent une part croissante de personnes d’origine étrangère. L’étude ne fournit ici que le critère des lieux de naissance et chiffre ainsi l’augmentation (de la proportion des élèves des écoles zurichoises nés à l’étranger) à 1,1% entre 1999 et 2007. L’augmentation est certainement supérieure si on tient compte de l’origine étrangère d’une manière générale.
Sur ce plan, l’étude rappelle que les jeunes étrangers sont presque deux fois plus représentés dans les statistiques criminelles (20,6% en 1999; 22,3% en 2006) que les jeunes Suisses (13,9% en 1999; 12,3% en 2006) mais affirme encore une fois qu’il s’agit d’une illusion d’optique:
Selon les indications des victimes, les jeunes gens issus de l’immigration sont plus souvent dénoncés que les jeunes Suisses. Le taux correspondant a augmenté de 9,7 à 16,1% pour les immigrés et de 2,9 à 8,2% pour les jeunes Suisses.
À cela il faut opposer deux remarques. D’abord, pour les auteurs de l’étude, est suisse tout enfant dont au moins un parent est de nationalité suisse (page 10), ce qui minimise le nombre d’élèves considérés comme d’origine étrangère.
Ensuite, si les indications ci-dessus sont correctes, l’augmentation des dénonciations a été beaucoup plus importante pour les Suisses (de 2,9 à 8,2%, soit 182%) que pour les jeunes étrangers (de 9,7 à 16,1%, soit 65%). Or les résultats de la même période indiquent une hausse relative de la criminalité des jeunes étrangers par rapport aux Suisses (rapport étrangers/suisses passant de 20,6/13,9 en 1999 à 22,3/12,3 en 2006). Si le rapport réel avait été constant, le rapport des dénonciations devrait donc montrer une hausse relative de la criminalité chez les jeunes Suisses, pas chez les jeunes étrangers, comme c’est le cas ici. Cela semble donc indiquer que les jeunes étrangers sont de plus en plus criminels.
Les chiffres proposés ne permettent pas de conclure sur ce plan, mais dans l’ensemble, l’étude semble chercher à minimiser la hausse de la criminalité des jeunes en général et des jeunes étrangers en particulier.
Seule petite exception: l’âge des délinquants sexuels. L’étude reconnaît que les délits sexuels graves sont commis par des gens de plus en plus jeunes et que c’est là une évolution bien réelle. La proportion des moins de 18 ans a passé de 41,3 à 57% et le nombre de victimes de violeurs mineurs a progressé de 50%, mais sans atteindre un seuil significatif en raison du petit nombre de cas répertoriés.
Dans mon quotidien local, on met la faute sur des films violents et pornographiques, avec une grande photo montrant trois jeunes Suisses (typiquement suisses) qui observent l’écran d’un téléphone portable. Dormez bien, citoyens:
UPDATE: Une étude ministérielle allemande conclut à une augmentation frappante des coups et blessures et de la gravité des cas chez les jeunes citadins âgés de 14 à 21 ans. Cela me rappelle vaguement quelque chose.