Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07172.jsonl.gz/1056

Qu’est-ce que la pédophilie ?
La pédophilie fait référence à une attirance sexuelle envers les enfants. Elle fait partie d’un ensemble d’orientations appelées « orientations pédo-sexuelles » qui se décline en deux types :
Attirance pour les enfants (au stade prépubère – sans signes de puberté)
Attirance pour les adolescent·e·s (à différents stades de puberté)
Les personnes avec une attirance pédophile ou hébéphile peuvent être uniquement attirées par les enfants/adolescent·e·s, ou être également attirées par les personnes adultes de leur âge.
*par souci de simplification de la lecture, nous ferons référence à une attirance envers les mineur·e·s
Distinguer la pédophilie
du passage à l’acte
Une part considérable des personnes présentant une attirance pédo-hébéphile souhaitent ne jamais passer à l’acte.
L’amalgame entre les personnes pédophiles et les personnes auteurs d’agression sexuelle est fréquent dans les médias et l’imaginaire collectif, alors même qu’environ 50 à 60% des hommes jugés pour agression sexuelle sur mineur·e ne remplissent pas les critères diagnostics cliniques du trouble pédophile. Ces personnes agissent pour des raisons opportunistes ou autres que l’intérêt sexuel envers des mineur·e·s.
Que dit la loi ?
Le terme « pédophilie » ne figure pas dans la loi. Ce sont les actes commis qui sont punissables. Il y a donc une distinction à faire entre l’attirance envers les mineur·e·s et le passage à l’acte. En effet, les personnes concernées par une attirance pédo-hébéphile n’ont pas choisi cette attirance, mais elles sont responsables de leurs actes.
Définition clinique : pédophilie
Dans la Classification internationale des maladies (CIM), la pédophilie est répertoriée parmi les troubles de la préférence sexuelle. Elle est définie comme une préférence sexuelle pour les enfants généralement d’âge prépubère ou en début de puberté.
Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) intègre la pédophile comme faisant partie des paraphilies. Les paraphilies sont définies comme des impulsions ou fantaisies sexuelles, ou des comportements, qui peuvent porter, par exemple, sur des objets inanimés, des enfants ou d’autres personnes non consentantes.
Selon le DSM, le trouble pédophile, dans son sens clinique et diagnostique, comporte les caractéristiques suivantes :
- Une attirance sexuelle persistante pour un enfant, des scénarios récurrents (fantasmes) présents pendant plus de 6 mois, ou des comportements d’ordre sexuel impliquant un enfant
- La personne a un sentiment de détresse marqué en lien avec ses pulsions ou ses comportements
- L’individu concerné est âgé de 16 ans minimum et a au moins 5 ans de plus que l’enfant
*Cette définition et les critères ont été simplifiés et reformulés pour la compréhension des lecteurs. Seul·e un·e professionnel·le habilité·e est à même de pouvoir poser ce diagnostique.
La pose de ce diagnostic peut uniquement être réalisée par un·e professionnel·le spécialisé·e, qu’il s’agisse d’un·e psychiatre ou d’un·e psychologue.
A noter que ces manuels diagnostics font uniquement référence à la pédophilie, mais ne mentionnent pas l’hébéphilie.
Les causes de cette attirance ne sont pas claires. Les études actuelles suggèrent des facteurs environnementaux et familiaux, des perturbations dans le développement psychosexuel (par exemple une exposition précoce à la pornographie, un vécu d’abus ou un contexte familial incestuel), et des altérations neurobiologiques. Ce qui est clair, c’est qu’un seul facteur n’est pas suffisant pour expliquer la présence de cette attirance ; il est donc nécessaire de prendre en compte l’existence d’une multitude de facteurs intégrés de manière complexe.
Vous vous questionnez sur une attirance envers les mineur·e·s ? Ne restez pas seul·e. Une aide existe.
Contrairement aux idées reçues, les personnes concernées peuvent être de tous âges, et de milieux socio-économiques et d’origines diverses.
Les études suggèrent que l’âge auquel cette attirance est ressentie pour la première fois est variable. Toutefois, ce serait, généralement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte que celle-ci apparaîtrait. En effet, il est probable qu’en grandissant, l’individu se rende compte progressivement que l’âge des enfants ou des jeunes qui l’attirent reste fixe, alors que lui-même continue de se développer.
A ce jour, il existe très peu d’études épidémiologiques à ce sujet.
Bien que ce sujet soit encore largement tabou et donc peu abordé, les femmes peuvent elles aussi être préoccupées par une attirance envers des enfants ou des adolescent·e·s.
La littérature scientifique actuelle peut laisser penser que d’avantages d’hommes seraient concernés. Ce constat est aussi observé dans la clinique.
Cependant, bien que ce sujet soit encore largement tabou et donc peu abordé, les femmes peuvent elles aussi être préoccupées par une attirance envers des enfants ou des adolescent·e·s.
Il est fréquent de penser que les personnes ayant été victime d’abus durant l’enfance reproduisent les abus vécus. Cependant, le fait d’avoir été victime d’abus ne conduit pas forcément à devenir soi-même auteur.
Des articles scientifiques montrent que certaines personnes victimes reproduiront des abus ou des comportements sexuels coercitifs, alors que d’autres ne reproduiront jamais ces actes. Bien que les recherches sur la question ne soient pas concluantes – car uniquement basées sur les personnes étant déjà passées à l’acte – la comparaison du nombre de victimes de violence et du nombre d’agresseurs permet d’avancer que la majorité des enfants victimes d’abus sexuels ne deviennent pas des agresseurs.
Cependant, avoir été victime est souvent associé à un vécu traumatique. Les limites de l’intégrité de soi ayant été outrepassées lors de l’abus, elles peuvent parfois rester brouillées et peuvent être associées à un sentiment de confusion. La possibilité de déposer ce vécu dans un cadre bienveillant et de recevoir un soutien est souvent bénéfique. Des lieux d’écoute et d’aide professionnelle existent pour les personnes qui sont concernées
Quels sont les risques ?
LE TABOU ET LA STIGMATISATION AUTOUR DE LA PÉDO-HÉBÉPHILIE
L’attirance envers les mineur·e·s fait partie des sujets les plus tabous. En plus de toucher à la sexualité, cette attirance va à l’encontre des normes et valeurs sociétales. La simple mention de ce sujet suscite de fortes réactions émotionnelles et de rejet.
La stigmatisation inclue les attitudes et comportements négatifs, les préjugés et les stéréotypes envers une personne ou un groupe considéré comme déviant ou s’écartant de la norme. En ce qui concerne la pédo-hébéphilie, l’image du monstre est fréquente dans l’imaginaire collectif. Cette image se retrouve aussi souvent chez les personnes concernées et leurs proches. L’amalgame entre l’attirance d’ordre pédo-hébéphile et les actes d’ordre sexuel sur mineur·e·s renforce également la stigmatisation.
LA STIGMATISATION COMME OBSTACLE À LA DEMANDE D’AIDE
Chez les personnes concernées par une attirance pédo-hébéphile, la peur d’être rejeté·e, jugé·e, voire dénoncé·e, mais aussi les sentiments de honte et de culpabilité qu’elles ressentent, sont des facteurs qui entravent la demande d’aide. Il est très difficile de trouver un soutien auprès de son entourage pour ce type de préoccupations ou d’identifier les professionnel·le·s à même d’entendre une telle demande d’aide.
Certaines études (ref. B4UAct) ont montré qu’une part considérable des personnes interrogées et concernées par cette attirance avait recherché une aide auprès d’un·e professionnel·le de la santé mentale, de manière infructueuse.
Le fait d’amalgamer la problématique des abus sexuels avec celle de la pédophilie alimente le stigmate déjà présent, et représente un frein considérable à la recherche d’aide pour les personnes qui ne sont pas passées à l’acte.
Les services d’aide de première ligne proposent une écoute non-jugeante et un soutien confidentiel, voire anonyme. En ce sens, ces services représentent souvent un premier pas vers une demande d’aide. Ils permettent aux personnes concernées de nommer leurs préoccupations dans un cadre non-jugeant, de faire diminuer leur isolement et le tabou qui pèse autour de la problématique, et de poser les premiers jalons vers le changement.
LE RISQUE DE PASSAGE À L’ACTE D’ABUS SEXUEL
La pédophilie est considérée comme un facteur de risque pouvant motiver un abus, mais il fait partie d’un facteur parmi d’autres. Un seul facteur ne suffit pas pour expliquer le passage à l’acte, il s’agit le plus souvent d’un cumul de facteurs.
Dans le modèle de motivation-facilitation de Seto (2008), l’auteur distingue les facteurs qui motivent l’infraction, des facteurs qui la facilitent. Les facteurs motivationnels incluent, par exemple, un intérêt sexuel marqué ou une paraphilie, alors que les facteurs facilitateurs concernent les traits de personnalité antisociale, l’abus de substance ou les difficultés d’autorégulation (émotions, impulsivité, etc.).
Un autre modèle (Beier, 2021) mentionne également les facteurs émotionnels comme la solitude, une faible estime de soi et le manque d’acceptation de soi. La souffrance ressentie par les personnes concernées par une attirance pédo-hébéphile peut donc également contribuer au passage à l’acte.
De plus, le passage à l’acte implique également des facteurs situationnels, c’est-à-dire des opportunités de commettre des infractions. Cela inclut par exemple l’accès à la victime, l’absence d’adulte protecteur, etc.
Vous vous sentez concerné·e ? Ne restez pas seul·e. Une aide existe. Contactez DIS NO.
L’importance d’être accompagné·e
Les personnes concernées par ces attirances, considérées comme déviantes, font souvent face à une souffrance et à un isolement important.
Les études scientifiques ont montré que les personnes concernées par une attirance pédo-hébéphile ont tendance à avoir une vision négative d’elles-mêmes accompagnée d’une faible estime de soi, d’une détresse psychologique, d’isolement et parfois de symptômes dépressifs, anxieux, voire d’idées suicidaires. La stigmatisation liée à la problématique peut également entrainer des difficultés de régulation émotionnelle, un retrait social, ou encore l’utilisation de substances. Les personnes avec une attirance pour les mineur·e·s sont donc plus exposées à d’autres difficultés de santé mentale.
Il existe des professionnel·le·s qui proposent une aide psychothérapeutique aux personnes concernées pour leur apprendre à gérer leur attirance au quotidien et à apaiser la souffrance associée. Cet accompagnement permet de protéger la personne concernée par une attirance d’une infraction, de ses conséquences, et ainsi d’éviter de potentielles victimes.
L’accompagnement thérapeutique réalisé s’axe généralement sur deux plans : réduire le risque de passage l’acte et améliorer la qualité de vie de la personne. Le suivi sera adapté selon les besoins spécifiques de cette dernière. Il peut notamment s’agir de renforcer les capacités d’auto-régulation et les ressources, d’améliorer l’estime de soi et les capacités relationnelles (par le soutien social), et de renforcer les capacités à gérer les pulsions sexuelles et les émotions.
Des communautés d’aide en ligne, telles que Virtuous pedophiles, et d’auto-assistance en ligne, telles que proposés par troubled desire et ça suffit, existent également. Cette plateforme vise à diminuer le stigmate et à partager des ressources d’aide et d’informations.