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J'aurais voulu que Le Fils de Saul, premier film du Hongrois Laszlo Nemes (photo), remporte la Palme d'or dimanche soir, choix qui serait moins consensuel que ceux pronostiqués à gauche et à droite depuis ce matin. D'abord parce qu'il est le seul film de la compétition cannoise 2015 à délivrer une véritable proposition de cinéma et le seul à nous retourner le sang et les tripes via sa vision de l'enfer d'Auschwitz. Cela fait beaucoup. Le jury suivra sans doute une autre voie et se dirigera vers la facilité, consistant à primer l'un des trois ou quatre favoris de la quinzaine, Carol de Todd Haynes, Youth de Paolo Sorrentino, ou Mia madre de Nanni Moretti. Voire Mountains May Depart de Jia Zhangke. Tous très bien, OK, mais tous ces films sont finalement un peu là où on les attend, dignes représentants d'un grand cinéma d'auteur drapé dans ses intentions et sa technicité. Il serait temps de balayer tout cela. Si la Palme d'or est décernée à un seul film, il y a 19 choix possibles. Si elle est décernée à deux oeuvres ex-aequo, il y en a un peu plus, soit 171 (vous pouvez vérifier, c'est de la simple combinatoire).
J'aurais voulu aimer les derniers films de Gaspar Noé, Woody Allen, Maïwenn et Gus Van Sant. Ce ne fut pas le cas et je n'en fais pas un drame.
J'aurais voulu avoir plus de temps pour courir découvrir d'autres films à la Quinzaine des Réalisateurs ou à la Semaine de la Critique. Mais à Cannes, le temps n'existe pas. Gaspar Noé l'avait compris il y a quelques années. Il a vieilli aujourd'hui.
J'aurais voulu échapper à cette malédiction qui veut qu'on tombe invariablement malade au festival, victime de la fatigue, du manque de sommeil, du stress et surtout de la climatisation, qui demeure, quoi qu'on en dise, la pire invention du dernier millénaire.
J'aurais voulu que Thierry Frémaux joue l'overdose et qu'il programme, je ne sais pas, mettons 24 ou 25 titres en compétition. Et pas seulement 19. La bataille serait plus rude, le rythme plus intense et on se plaindrait davantage (ce qui ne change rien, tout le monde passe le peu de temps qu'il a à se plaindre au festival - lisez la presse quotidienne française pour vous en assurer).
J'aurais voulu que les interviews soient désormais interdites à Cannes. Depuis qu'elles ont été remplacées par des press-junkets tous inutiles (et je ne ferai aucune exception), elles n'existent déjà plus. Alors autant jouer cette logique jusqu'au bout.
J'aurais voulu que certain(e)s attaché(e)s de presse bardé(e)s de diplôme en communication (sic + lol) changent de métier, peu importe lequel. Je pense surtout à l'une d'entre elles, particulièrement incompétente, qui s'occupait à Cannes du dernier Jaco Van Dormael. Elle se reconnaîtra si elle sait lire, ce dont je doute. (PS: en cas de doute, il ne s'agit pas de Marie-France, pour laquelle j'ai beaucoup de sympathie).
J'aurais voulu lire moins de papiers décalés dans cette presse quotidienne qui nous abreuve ici chaque matin, et qui cumule dorénavant avec quantité de blogs et de sites à l'intérêt plus ou moins relatif (je ne pense pas y échapper).
J'aurais voulu que les termes "Sophie Marceau" et "culotte" soient désormais passibles de censure lorsqu'on les tape sur les moteurs de recherches. Et plus globalement, que tous ceux qui en parlent soient révoqués à vie de la Croisette. Contrairement à ce qu'on (i.e. certains médias) veut nous faire accroire, je pense que le public s'en contrefout. Mais faute de grives...
J'aurais voulu avoir plus de temps pour soigner ce blog durant le festival, mais rattrapé par le temps et par les papiers que je signais dans le print, ce ne fut pas possible. J'essaierai de faire différemment les prochaines fois, sans rien promettre.
J'aurais voulu remercier tous ceux qui ont lu ce billet (qui n'est pas le dernier à paraître cette année sur Cannes) jusqu'au bout.