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Votre enfant ne veut plus se rendre à l'école ou il courbe fréquemment les cours? Il est important de comprendre et d'analyser ce qui se cache derrière ce refus scolaire. Ce dernier peut, en effet, être le symptôme d'un mal plus profond. Eléments d'explication en compagnie du Docteur Laurent Holzer, pédopsychiatre au Service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (Supea) à Lausanne.
Quelles sont les causes de l'absentéisme prolongé à l'école?
Les principaux responsables sont les troubles psychiques. Parmi eux, on retrouve les troubles anxieux, les angoisses de séparation (ou phobie sociale), ainsi que l'anxiété de la performance. Les troubles dépressifs et le syndrome de stress post-traumatique font, également, partie de cette catégorie. Le harcèlement en milieu scolaire constitue aussi un facteur d'explication.
Quand est-ce que les parents doivent s'inquiéter?
Lorsque l'absence se prolonge au-delà de quelques jours pour des causes mal identifiées (somatisations anxieuses, par exemple).
Le refus scolaire est-il en augmentation ces dernières années? Si oui, comment l'expliquez-vous?
Il n'y a pas de chiffres épidémiologiques qui indiqueraient une élévation du phénomène. Mais, peut-être, qu'une attention particulière à cette question et une meilleure identification des cas laissent penser qu'il va en s'aggravant. Par ailleurs, il y a une forte pression scolaire sur la réussite individuelle qui contribue à maintenir un taux relativement important de refus scolaire (2 à 5% des enfants et des adolescents). Les pics de fréquence (5-6 ans, 10-11 ans et 13-15 ans) sont, généralement, en lien avec les étapes importantes dans le système scolaire où l'orientation est un enjeu majeur.
Qu'est-ce qui différencie le refus scolaire de la phobie scolaire?
La phobie scolaire renvoie à une conception restrictive qui sous-entend que c'est l'école qui est l'objet de la phobie alors que le refus scolaire prend en compte de manière plus large les différentes raisons qui, sur le plan psychologique, empêchent un enfant ou un adolescent de se rendre à l'école et à y rester. En n'englobant pas uniquement l'école en elle-même, mais, également, la peur du regard des autres, la crainte de l'évaluation par les enseignants, l'angoisse de se séparer de ses parents et donc de quitter le domicile familial, le refus scolaire est un terme plus approprié.
Qu'en est-il du diagnostic du refus scolaire?
Il est relativement aisé puisqu'il s'agit de difficultés à se rendre, à être ou à rester à l'école, associées à une détresse émotionnelle et plus particulièrement à une anxiété ou une dépression. On considère que l'absentéisme est pathologique lorsqu'il dépasse 10% du temps scolaire de présence attendue.
Et des traitements existants?
Ceux-ci dépendent du trouble sous-jacent, le refus scolaire étant une entité générique qui ne dit rien du trouble anxieux, qui se situe à son origine. La première étape est donc d'identifier le tableau clinique, à savoir s'il s'agit d'une anxiété de séparation, d'une crainte de la performance, d'une phobie sociale, d'un état de stress post-traumatique, s'il y a ou non une dépression associée, etc. Il est alors utile de mettre en place une psychothérapie.
En cas d'échec du suivi psychothérapeutique, un traitement médicamenteux symptomatique peut être envisagé, essentiellement anxiolytique ou antidépresseur. Et si les mesures précédentes ne portent pas leur fruit, une hospitalisation peut avoir lieu.
L'important étant d'agir rapidement, plus le temps d'absentéisme aura été prolongé, plus le temps de traitement nécessaire à la réintégration scolaire sera important.
Comment lutter efficacement contre le décrochage scolaire?
D'abord en l'identifiant rapidement et de manière fiable. Cela suppose que l'école se donne les moyens d'avoir des indicateurs d'alertes concernant les absences d'un élève. L'établissement scolaire doit aussi être en lien avec le ou les médecins rédigeant les certificats médicaux justifiant l'absence de l'écolier. Les pédiatres devraient, également, être sensibilisés aux nombreuses manifestations somatiques de l'anxiété qui sont parfois au premier plan dans l'expression du refus scolaire. Il est donc important d'identifier rapidement s'il s'agit d'un trouble psychologique qui est à l'origine de l'absentéisme et non une pathologie pédiatrique somatique, même si c'est elle qui est mise en avant par l'enfant ou sa famille pour justifier ses absences.
Le refus scolaire est encore largement sous-estimé, comment l'expliquez-vous?
Il est probablement sous répertorié ou sous identifié en raison des difficultés à l'identifier précisément de par la variété des tableaux cliniques à l'origine d'un refus scolaire et la difficulté qu'ont les écoles à «monitorer» l'absentéisme. Les certificats médicaux fournis peuvent aussi brouiller les pistes et retarder son identification. Par ailleurs, lorsqu'une pathologie s'exprime par un tel symptôme - à savoir la fréquentation scolaire -, il est probablement moins inquiétant pour des parents que des idées suicidaires ou encore des automutilations. Par conséquent, il peut être toléré, un certain temps, aussi bien par l'école que par la famille avant de faire l'objet d'un traitement.