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L'évolution du nombre de jours consécutifs sans et avec précipitations
Vu par un prévisionniste et non par un climatologue, le changement climatique semble s'exprimer au quotidien sous la forme d'une plus grande occurrence de systèmes bloquants, qu'il s'agisse d'anticyclones ou de dépressions. Si tel est le cas, il devrait s'ensuivre que le nombre de jours consécutifs sans ou avec précipitations devrait augmenter. Voyons si cela se vérifie.
L'image ci-dessus montre la situation en Europe le 14 décembre 2016. On y voit une zone de haute pression de grande amplitude s'étendant de l'Afrique du nord au Spitzberg, flanquée de deux couloirs dépressionnaires de même ampleur. La vitesse de déplacement d'une onde étant généralement inversément proportionnelle à son amplitude, une des caractéristiques de ce type de configuration est l'extrême lenteur de déplacement de l'ouest vers l'est de tout le système. Dans un tel cas, on parle de système bloquant, ayant pour conséquence la persistance d'un type de temps, qu'il s'agisse d'un temps sec ou d'un temps pluvieux.
A l'inverse, un temps changeant caractérisé par le passage rapide de perturbations se traduit généralement par une succession de crêtes anticycloniques et de couloirs de basse pression de faible amplitude, tel que représentés ci-dessous.
Une des conséquences du changement climatique pourrait être une tendance à l'amplification des ondes de Rossby (c'est le nom de l'alternance entre les crêtes anticycloniques et les couloirs dépressionnaires), et partant à une plus grande occurrence des systèmes bloquants. Pour l'instant, le conditionnel est encore de mise car cette tendance n'a - à notre connaissance - pas encore été établie avec certitude sur des bases scientifiques irréfutables. Du modeste et subjectif point de vue des prévisionnistes cependant, cette tendance semble réelle. Si tel est le cas, le nombre consécutif de jours sans pluies ou de jours avec pluie devrait tendre à s'accroître.
Evolution du nombre de jours consécutifs avec ou sans précipitations
Le graphique ci-dessous montre l'évolution du nombre maximum de journées consécutives sans précipitations à Genève depuis 1961. Il ressort tout d'abord une très grande variabilité dans la série de données avec une courbe en dents de scie très marquées. La moyenne glissante (ligne rouge) montre une tendance à la hausse de 1960 à la fin des années nonante, suivie d'une brusque mais provisoire baisse. Depuis le début du XXIème siècle en effet, la tendance à la hausse est à nouveau très nette, avec en 2016 une série de près de 50 jours secs consécutifs à Genève.
Le graphique du nombre de jours consécutifs avec précipitations (plus de 1 mm/jour) montre une évolution similaire, avec une hausse significative entre 1960 et 2000 environ, suivie d'une baisse au début du XXIème siècle. La hausse ultérieure semble en revanche moins marquée que pour les jours secs. A noter au passage que la longueur des séries de jours pluvieux (échelle de droite) est nettement inférieure à celle des jours secs.
La lecture de ces graphiques semble montrer en effet une tendance à une plus grande occurrence de systèmes bloquants, en particulier de blocages antiycloniques. A relever toutefois que cette tendance n'est pas aussi marquée pour toutes les stations, tant s'en faut (elle est même à la baisse pour certaines d'entre elles), et que la variabilité régionale est assez importante. Le signal est surtout net depuis le début du XXIème siècle. De ce point de vue, le graphique des jours consécutifs avec précipitations de Meiringen est assez représentatif, avec un tendance imperceptible jusque vers 2005, puis une nette hausse.
Conclusion
Cette approche ne se veut en aucun cas une étude scientifique définitive sur le sujet, mais plutôt la tentative - en direct - de confirmation par les chiffres d'une "impression" de prévisionniste. Cette impression semble se vérifier "globalement", et surtout pour les 15 dernières années, mais comme nous l'avons dit les contre-exemples sont nombreux.
Si cette évolution devait un jour se confirmer scientifiquement, cela signifierait pour la Suisse la transition vers un climat de type méditerranéen, avec de longues périodes sèches entrecoupées de périodes d'intenses précipitations. Qui vivra verra !