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La maladie d'Alzheimer est la plus courante des pathologies neurodégénératives liées à la vieillesse. Des plaques séniles caractéristiques se forment notamment dans le cerveau des patients qui en sont atteints. Ces plaques sont constituées d'une protéine, la b-amyloïde, qui s'agglomère de façon anormale. Deux composantes majeures de la démence qui est liée à cette maladie sont la perte de mémoire et une altération accélérée des fonctions cognitives. A ce jour, aucun traitement ne permet de soigner cette maladie. Et si cette situation perdure, on s'attend à ce que de l'ordre de 22 millions de personnes soient atteintes de la maladie d'Alzheimer, dans le monde, en 2025. Ce qui représentera un coût très substantiel pour les sociétés à haute espérance de vie.
Il est donc aisé de comprendre pourquoi les pays riches financent d'intenses recherches sur ce thème. Pour l'heure, à défaut de déboucher sur des thérapies fiables et efficaces, ces travaux fournissent des données intéressantes. Le dernier numéro de l'hebdomadaire Nature de l'an 2000 publie ainsi simultanément, sur ce thème, trois research letters émanant de trois équipes mixtes opérant au Royaume-Uni, au Canada et aux Etats-Unis. Ces études sont assorties de deux commentaires, l'un dans le même numéro, l'autre dans le mensuel cousin Nature Medicine de janvier 2001.
Que disent ces articles ? Les trois démontrent que les fonctions cognitives des souris chez lesquelles des plaques de protéine b-amyloïde se sont accumulées sont altérées. Cette donnée n'est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, en revanche, et que deux de ces trois articles révèlent, c'est que la vaccination de ces souris par la b-amyloïde réduit chez elles la quantité de plaques séniles et les altérations cognitives corollaires. Préliminaires, ces deux études présentent l'avantage de se confirmer l'une l'autre. Mais le mécanisme de cette immunisation reste obscur.
L'étude qui ne démontre pas l'effet de l'immunisation apporte l'appui le plus élégant à l'idée que les déficits d'apprentissage identifiables chez ces souris sont comparables aux déficits qui caractérisent les patients atteints de la maladie d'Alzheimer, en particulier parce que ces déficits sont corrélés à l'âge de l'animal.
Ces trois études utilisent des modèles de souris transgéniques chez lesquelles des plaques séniles se forment de façon spontanée. Après quelques ratés au début des années 1990, ces divers modèles ont été mis au point de façon convaincante à partir de 1995 alors que, chez l'animal, aucun phénomène de neurodégénérescence n'est comparable à celui qui intervient dans la maladie d'Alzheimer.
Pourtant, il n'existe pas de modèle animal «complet» de la maladie d'Alzheimer. Une seconde hypothèse sur l'origine des troubles fonctionnels qui sont détectés chez ces malades incrimine la protéine appelée tau qui forme des enchevêtrements neurofibrillaires dans leur cerveau. Les résultats obtenus par la vaccination par la b-amyloïde n'infirment pas le rôle possible de cette protéine dans la genèse des symptômes cognitifs de la maladie.
Cette absence de modèle complet de la maladie d'Alzheimer peut être perçue comme un obstacle à la mise au jour d'une thérapie globale. Mais, comme le relève Paul F. Chapman, qui travaille à l'Ecole de biosciences de l'Université de Cardiff (Pays de Galles), dans son commentaire paru dans Nature, les modèles partiels de la maladie d'Alzheimer représentent aussi «une opportunité pour comprendre les rôles respectifs des diverses composantes pathologiques que l'on peut observer dans la genèse des différents troubles cognitifs.»
J. Mirenowicz