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« Nous avons parlé du respect que l’on professe à Lausanne pour la mémoire de Viollet-le-Duc et, en effet, nulle part je n’ai rencontré quelque chose de pareil ; on ne veut, en quelque sorte, y voir que les côtés remarquables de sa nature, et on s’obstine généralement à être complètement aveugle sur ses nombreux défauts comme architecte et comme restaurateur. Il semble que l’on ne veuille pas croire qu’il a pu en avoir et que les travaux ordonnés par lui à la cathédrale ne sont dignes que de louange. Je n’en veux pour preuve que les trois articles de M. van Muyden publiés en 1891 dans la Gazette de Lausanne , sur les travaux de la cathédrale, dans lesquels, à côté d’un certain nombre d’observations peut-être fondées, il recommande de se tenir aux prescriptions de Viollet-le-Duc, avec une insistance digne d’une meilleure cause, et qui ne s’explique évidemment que par ce qu’il n’a pas encore eu le loisir de comparer, ni le gothique de l’invention de M. Viollet-le-Duc avec le gothique véritable, ni certaines théories de ses écrits avec la vérité des faits, ni sa manière d’agir, à la cathédrale de Lausanne, avec les principes élémentaires et fondamentaux de toute restauration consciencieuse. Il ne se doute pas de la légèreté incroyable des observations sur lesquelles parfois Viollet-le-Duc basait ses rapports, qui contenaient dès lors, on ne s’en étonnera plus, des erreurs vraiment énormes et parfois plaisantes. » (H. d. Geymüller, « Restauration de la rose de la cathédrale de Lausanne », 26 mars 1892)
En 1887, Henry de Geymüller publie une monographie sur les Du Cerceau intitulée : Les Du Cerceau, leur vie et leur œuvre d’après de nouvelles recherches. Avec un pareil monument dédié à la Renaissance française et aux temps modernes, l’exposé sort clairement des débats sur la relation à établir entre le Moyen Âge et la Renaissance, sur les mérites comparés de la France et de l’Italie, sur l’existence d’une dette contractée par la première à l’égard de la seconde. Dès l’introduction, la Renaissance française est définie comme un « compromis franco-italien », fondé sur des sources clairement identifiables. Une fois de plus, et ce ne sera pas la dernière, un étranger à la France, car le baron suisse en est un malgré son éducation et sa culture françaises, vide de son contenu passionnel un débat historiographique propre à la France et réduit à néant l’instrumentalisation idéologique qui en est faite.
En 1891 Henry de Geymüller livre sa conception du type de musée qu’il estime possible d’aménager dans le château de Chillon, après les travaux de restauration. Sept ans plus tard, il sera appelé à rectifier son propos et à resserrer davantage le cadre. Cette installation est subordonnée à l’édifice qui l’accueille et doit contribuer, avec discrétion, à sa mise en valeur, le château constituant la pièce maîtresse du futur musée. Le type de présentation muséographique prend pour modèle les salles d’époque mises en place dans trois grandes institutions suisses contemporaines. La première et unique salle de musée à Chillon ne s’ouvrira qu’en 1926. Les collections composites, accumulées au gré des opportunités, meublent aujourd’hui l’espace, sans répondre vraiment à l’idéal rêvé par Geymüller.