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21/07/2016
Une cité végétale (XXV)
Ce texte fait suite à celui intitulé Le Village champêtre, qui évoquait ma découverte, au-delà d'une grotte, alors que j'y étais guidé par une dame appelée Segwän, d'un village champêtre.
La dame nous fit entrer dans sa maison. Je remarquai alors que ce que j'avais pris du dehors pour de la pierre n'en était pas; les murs étaient en bois, mais d'un bois dur et lisse, comme de la pierre. Mais j'eus une autre surprise quand je m'aperçus qu'ils étaient enracinés dans le sol et étaient comme l'intérieur d'un arbre énorme, dont le tronc se fût évidé sans qu'il mourût, qui eût étiré et déroulé son tronc pour abriter des êtres. Et les fenêtres étaient des failles dans l'étendue lisse et unie de ce tronc déroulé, et ce n'était point du verre, qui les protégeait, mais une fine membrane végétale, transparente et claire, semblable au pétale du lys, mais plus fine encore. Et ce qui m'émerveilla davantage, s'il est possible, ce fut les lampes - pour certaines, allumées. Car elles étaient engoncées dans des branches longeant la paroi, comme si elles en fussent nées à la façon de fleurs, ou de fruits. Et elles étaient semblables à des globes lisses. Essentiellement blanches et jaunes, elles pouvaient aussi, selon les endroits, être rouges, bleues et violettes.
Dans ce pays étrange les fleurs et les fruits luisaient, et on s'en servait comme de lampes!
L'ensemble faisait presque comme un arc-en-ciel, car les couleurs du spectre étaient toutes présentes. Des nuances de bleu, de rouge, de jaune étaient visibles, et le blanc même était tantôt cristallin et pur, tantôt tendant au beige, et cassé. J'en étais ébloui.
Les habitants de cette ville s'étaient-ils construits leurs maisons en dirigeant les arbres et en développant la lumière que captent leurs fleurs, et qui leur donne leurs couleurs? Comment eussent-ils fait une chose pareille? Lorsque je le leur demandai, la royale Segwän sourit et dit: « Mais le plus simplement du monde: en captant la clarté des astres! Comme vous captez des vents dans des voiles, nous attrapons les rayons des planètes et les enfermons. Les arbres nous y aident, car ils servent d'intermédiaires. Ils sont nos instruments. Nous leur en sommes infiniment reconnaissants. Car ils comprennent ce que nous leur disons, et ils sont nos amis, autant que nos serviteurs: ils nous sont pareils à ce que sont pour vous les animaux domestiques. »
J'avoue n'avoir pas bien compris ce qu'elle me disait. Mais ce que je vis ensuite ne l'en confirma pas moins. Car quand j'entendis cette noble dame prononcer des mots dans une langue étrange, qui m'était inconnue, j'eus la surprise de voir plusieurs branches apposées à la paroi frémir, et les lampes qui étaient au bout commencer à scintiller.
Plus tard, me confirmant l'esprit présent des arbres, à un autre mot de la dame une fenêtre se ferma complètement, non par un volet posé à l'extérieur, mais par le rapprochement des bords, et par l'union des parties qui dans la paroi lui servaient de cadre. Je ne doute donc pas que les êtres qui m'avaient invité dans cette cité étrange commandaient aux arbres et avaient le pouvoir d'éveiller leur âme endormie.
Certainement, il devait en être ainsi des bêtes, pensai-je; et j'eus l'occasion, ultérieurement, de le vérifier. Je me demandai s'ils avaient ce pouvoir aussi pour les pierres, les rochers. Mais il me fut difficile, pour le coup, de le vérifier, car au cours de mon voyage, je ne vis que rarement des rochers nus. Tout était recouvert d'une nappe végétale, au moins sous la forme d'une mousse épaisse, et les quelques roches nues que je vis étaient traversées de racines et ne semblaient que des noyaux servant de bases aux arbres les plus imposants, dont le tronc même paraissait le plus minéralisé, le plus proche de la pierre. Il s'agissait des plus anciens, assurément. Ainsi, même ce monde fabuleux était soumis à l'évolution générale de la Terre, qui est celle de la minéralisation; mais elle le faisait infiniment plus lentement que les parties que je connaissais, et où vivent les mortels. Ce monde semblait le souvenir d'une époque immensément reculée, et dont bien des historiens à vrai dire doutent.
(À suivre.)