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Abbaye Saint Benoît de
Port-Valais

LETTRE CCXXII. (Année 427.)
L'évêque d'Hippone parle de la difficulté du travail qui lui est demandé et rappelle ce qui a été fait par saint Epiphane et par Philastre.
1. Au reçu de la lettre où votre charité exprimait le très-vif désir que j'écrivisse quelque chose de court sur toutes les hérésies qui ont pullulé contre la doctrine de Notre-Seigneur depuis son avènement, j'ai profité de l'occasion de mon fils Philocalus, un des hommes les plus considérables d'Hippone, pour vous dire combien cela serait difficile; je profiterai aujourd'hui d'une occasion nouvelle pour vous montrer où serait la difficulté d'une oeuvre de ce genre.
2. Philastre, évêque de Bresse (3), que j'ai vu moi-même avec saint Ambroise à Milan, a écrit un livre là-dessus; il a mentionné les hérésies mêmes qui se sont montrées au milieu du peuple juif avant l'avènement du Seigneur, et il en a compté vingt-huit; quant aux hérésies depuis l'établissement du christianisme, il en compte cent vingt-huit. Epiphane, évêque de Chypre (4), saintement célèbre dans la doctrine de la foi catholique, a écrit en grec sur ce sujet; mais en ramassant les hérésies des temps qui ont précédé et suivi Notre-Seigneur, il n'en a trouvé que quatre-vingts. Tous les deux ont voulu faire ce que vous me demandez, et vous voyez comme ils diffèrent sur le nombre des sectes : cela ne serait pas arrivé, si ce qui a paru hérésie à l'un avait paru hérésie à l'autre. Il n'est pas à croire qu Epiphane ait ignoré des
3. Brixiensis, ville d'Italie. 4. Saint Epiphane occupa le siège de Salamine, en Chypre. Il était né en Palestine. Son livre, mentionné avec éloge par saint Augustin, est intitulé: Panarium ou le Livre des antidotes contre tontes les hérésies.
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hérésies que Philastre ait connues, car nous trouvons Epiphane beaucoup plus savant que Philastre; et si celui-ci avait mentionné moins d'erreurs que celui-là, nous devrions dire que c'est le savoir qui lui a manqué. Mais il n'est pas douteux qu'en pareille matière les deux auteurs n'avaient pas le même sentiment sur ce qui était ou n'était pas hérétique; et en effet, il est difficile de le déterminer pleinement; en dressant la nomenclature des hérésies, nous devons prendre garde d'en omettre qui le soient véritablement, et d'en compter quine le soient pas. Voyez donc si peut-être je ne devrais pas vous envoyer le livre de saint Epiphane ; je crois qu'il a parlé là-dessus avec plus de lumières fille Philastre (1); vous trouveriez aisément à le faire traduire en latin à Carthage, et c'est vous alors qui nous donneriez ce que vous nous demandez.
3. Je vous recommande beaucoup le porteur de cette lettre. C'est un sous-diacre de notre diocèse; il est d'une terre d'Oronce, homme très-honorable et qui nous est bien cher. Je lui écris pour ce sous-diacre et pour celui qui l'a adopté; que votre bonté chrétienne lise ma lettre à Oronce, et veuillez l'appuyer de votre intercession auprès de lui. Je vous envoie avec ce sous-diacre un homme de notre Eglise, pour éviter qu'il ait trop de peine pour arriver jusqu'à vous : car j'en suis très-occupé ; et j'espère que le Seigneur, par l'entremise de votre charité, me délivrera de mes inquiétudes à cet égard. Je vous prie aussi de vouloir bien me dire quels sont, pour la foi catholique, les sentiments de ce Théodose par lequel des manichéens ont été découverts ; quels sont aussi les sentiments de ces manichéens qui ont été découverts par lui et que nous croyons ramenés à la vérité. Si par hasard vous savez quelque chose du voyage de nos saints évêques, faites-le moi savoir (2). Vivez pour Dieu.
1. Si saint Augustin, comme on l'a quelquefois répété , n'avait pas su le grec, il n'aurait pas pu lire et juger ainsi l'ouvrage de saint Epiphane qui, â cette époque, n'avait pas encore été traduit en latin. Le P. Pétau a donné, en 1662, en grec et en latin , les Oeuvres de saint Epiphane, 2 volumes in-folio, et Migne les a réimprimées dans sa Patrologie.
2. Nous avons dit dans l'Histoire de saint Augustin (chap. LIII), que par l'inspiration du grand docteur, une ambassade d'évêques, à la tête desquels figurait Alype, prit le chemin de l'Italie ; cette ambassade avait mission de découvrir la vérité au milieu des trames ourdies par Aétius, et d'opérer un rapprochement entre l'impératrice Placidie et le comte Boniface.