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« Les terres appartiennent à celles et ceux qui l’habitent »
Les régions de Kashatagh et de (Nor) Shahoumyan qui relient l’Artsakh à l’Arménie sont d’une importance stratégique pour la pérennité de la patrie du peuple arménien. Sans elles, nous risquons de perdre l’Artsakh dont la libération a coûté la vie à des milliers de civils et militaires. Sans l’Artsakh, l’Arménie ne pourrait pas être un pays viable sur les plans stratégique et économique.
Au cours des 70 ans (1921-1993) passés sous le joug de l’Azerbaïdjan soviétique, ces territoires ont été délibérément vidés de leur population arménienne et après la guerre de libération il était naturel que leur repeuplement soit au cœur des préoccupations de tous les Arméniens concernés par l’avenir de l’Arménie.
En 2008, une conférence a été organisée à Berdzor (Latchin) par la fondation Tufenkian (une ONG créée par James Tufenkian de New York) en collaboration avec le gouvernement de l’Artsakh. Le but de cette conférence, assistée par un grand nombre d’organisations de l’Arménie et de la diaspora, était d’élaborer un plan urgent pour le repeuplement rapide de Kashatagh.
Un groupe d’hommes d’affaires arméniens du Liban a répondu présent à l’appel. Après des consultations avec le Premier-ministre de l’Artsakh, ils ont créé en 2009 une société d’investissement sous le nom de Artsakh Roots Investments (ARI). Ils sont partis de l’idée qu’il n’était pas possible de peupler la région en se basant uniquement sur la bienfaisance et qu’il était nécessaire d’y faire des investissements pour créer des emplois.
Kashatagh et Shahoumyan sont des régions principalement agricoles dotées de pâturages alpins et de terres fertiles où l’eau est abondante. Avec leur climat favorable, elles ont le potentiel de devenir un grenier pour l’Artsakh mais aussi pour la République d’Arménie.
« L’Arménie et l’Artsakh sont entourés de deux voisins hostiles, la Turquie et l’Azerbaïdjan, et en cas d’un blocus complet, l’Arménie pourrait être confrontée à la famine. Par conséquent, pour faire face à cette menace il serait nécessaire de déployer des efforts afin d’assurer l’indépendance alimentaire du pays ou bien au moins une quantité suffisante d’aliments de base » explique Massis Alexandrian, co-fondateur d’ARI dans une interview accordée à Hasmik Goulakyan en 2016.
ARI a dès lors décidé de soutenir l’agriculture et l’élevage de bétail dans les régions concernées. C’est ainsi qu’un partenariat tripartite a été conclu entre ARI, en tant que prêteur, AgroFund (une fondation locale créée par le gouvernement d’Artsakh pour promouvoir le développement de l’économie agricole) en tant que récipiendaire et le gouvernement de l’Artsakh, garant des prêts. Le modèle fonctionne de la manière suivante:
– Les actionnaires d’ARI prêtent des fonds (minimum USD 25’000) à ARI pour 3 ans à un taux d’intérêt de 6% payable annuellement;
– ARI octroie des prêts à AgroFund en lots de USD 100’000 à un taux d’intérêt de 9% (la différence de 3% couvre les frais administratifs, bancaires, juridiques etc., ainsi que les dépenses de monitoring);
– Les contrats de prêt signés avec AgroFund sont garantis par le gouvernement de l’Artsakh;
– AgroFund attribue des microcrédits (de 3’000 à 3’500 dollars) aux agriculteurs et fermiers à un taux d’intérêt de 6%, la différence de 3% étant prise en charge par le gouvernement.
Selon la procédure convenue entre les parties, les demandes de prêt sont sélectionnées minutieu-sement par AgroFund et envoyées à ARI, qui les étudie à son tour et verse les fonds sur le compte d’AgroFund. Chaque été, ARI envoie une équipe de jeunes chargés de suivre le travail d’AgroFund. Ils vont visiter les villages pour s’assurer que les emprunteurs sélectionnés ont bien reçu les fonds et les ont utilisés conformément aux buts mentionnés dans leurs demandes de prêt.
Les dirigeants d’ARI constatent avec satisfaction qu’au cours de six ans de partenariat, AgroFund a systématiquement honoré ses obligations en faisant preuve de diligence et de ponctualité. De surcroît, une formule de gagnant-gagnant a été mise en place: ARI offre au gouvernement de l’Artsakh des conditions d’emprunt favorables que ce dernier n’aurait pas pu obtenir auprès des institutions finan-cières notamment en tant qu’un Etat non-reconnu par la communauté internationale; permet aux agriculteurs et fermiers de développer leur exploitation grâce à des crédits à un taux raisonnable étant précisé que les taux pratiqués par les banques locales s’élèvent à plus de 20%; donne la possibilité aux actionnaires-investisseurs de recevoir des rendements supérieurs aux taux proposés par la plupart des banques; et contribue conjointement avec ses partenaires au repeuplement et au développement durable de Kashatagh et de Shahoumyan.
Six ans après le début des opérations d’ARI, ses fondateurs peuvent être fiers des résultats: le nombre d’actionnaires est passé de 18 à 180 dont un certain nombre proviennent des pays autres que le Liban, et le capital initial de USD 300’000 s’est multiplié pour atteindre USD 4 millions en 2016. Notons également l’impact spectaculaire des investissements sur le terrain. En effet, la croissance démographique durant cette période a été de 24%. 1037 familles dans 199 villages ont bénéficié des microcrédits d’ARI et quelques 3000 attendent encore leur tour. Les prêts d’ARI ont financé l’achat de 1578 vaches, 402 moutons, 475 ruches et ont permis également de cultiver 3922 hectares de blé, 7414 hectares d’orge et de construire des serres sur 1440 m2.
Malgré le contexte politico-militaire instable dans lequel évolue l’Artsakh et la guerre d’usure menée par l’Azerbaïdjan sur la ligne de front, les actionnaires d’ARI sont déterminés à poursuivre leur objectif. « Nous savons que nous courons un risque, mais si nous ne prenons pas ce risque maintenant, demain nous perdrons ces terres car les terres appartiennent à celles et ceux qui l’habitent » dit Massis Alexandrian.
Pour la première fois dans l’histoire de la diaspora, un si grand nombre d’hommes d’affaires venant de pays et d’horizons différents se sont réunis autour d’un objectif commun, celui du développement de l’Artsakh, en s’appuyant sur une culture d’entreprise productive ainsi qu’une gestion saine et transparente.
« Nous avons commencé nos activités avec quelques réserves mais nous étions en même temps conscients qu’il serait très dangereux de rester les bras croisés et de ne rien faire. Tout ce qu’on peut faire pour notre patrie comprend forcément un côté dangereux, mais nous devrons avoir le courage de surmonter ces dangers » conclut Massis Alexandrian.
Pour plus d’informations sur ARI vous pouvez visiter www.ariroots.com ou suivre la page Facebook https://www.facebook.com/ARI-Artsakh-Roots-Investment
Maral Simsar