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13/04/2009
Le Cabinda, petit territoire situé en Afrique centrale réclame son indépendance à l'Angola depuis 1975. L'Angola considère le Cabinda comme une enclave lui appartenant depuis la décolonisation portugaise. Sur place les journalistes, ne peuvent entrer au Cabinda...
Le Cabinda, ce territoire de 7200 km partage des frontières avec le Congo Brazzaville (au Nord) et la RDC (République Démocratique du Congo, au Sud). Séparé de l'Angola par la RDC, le Cabinda revendique son indépendance depuis 34 ans. Une force armée de 5000 combattants nommée FAC (Force armée Cabindaise) lutte contre la présence militaire de l'Angola, estimée à environ 50 000 hommes. La cause cabindaise est défendue et soutenue politiquement par un gouvernement cabindais en exil (FLEC) qui s'est constitué en août 2007. Ce dernier siège à Paris et est dirigé par M. Henrique Tiago Nzita.
Cabinda business
Dans son numéro du 5 septembre 2008, le journal suisse-allemand Tages Anzeiger n'hésite pas à qualifier le Cabinda de "Dubai africain". Du pétrole, de l'or, des diamants...le sous-sol du Cabinda est en effet très riche et suscite des convoitises. De nombreuses compagnies pétrolières se sont installées au large des côtes cabindaises. Le pétrole est départagé principalement entre 4 grandes compagnies : Total (France), Chevron (USA), Shell (Angleterre et Pays-Bas), Sonangol (Angola) et la production journalière atteint plus de 800 000 barils.
Un Eden où coule le sang
D'après Amnesty International, les Droits de l'homme sont régulièrements bafoués au Cabinda. Viols, meurtres, séquestrations : la population souffre de la situation politique et militaire instable. De fait, sur les 400 000 habitants que compte le Cabinda, les deux tiers n'y résident pas mais habitent dans les pays voisins (RDC, Congo Brazzaville, Namibie, Afrique du Sud)et dans le reste du monde.
Un no man's land médiatique
Les médias occidentaux et africains n'ont pas accès au Cabinda et restent bloqués aux frontières, à moins de réussir à passer clandestinement. Sur place, les rares médias présents sont censurés, menacés. Pour exemple, le journaliste Fernande Lelo, correspondant de la radio "Voice of America" qui a été mis en prison en novembre 2007.
Les médias sont donc confrontés à la double difficulté de ne pas pouvoir accéder au terrain d'une part, et de ne pas pouvoir vérifier la véracité des diverses informations données par les sources : institutions angolaises (armée, gouvernement, ambassades, médias), gouvernement cabindais en exil et diaspora cabindaise.
En regard de ce manque de liberté, il n'est pas étonnant que l'on entende très peu parler du Cabinda, en Suisse et plus généralement en Occident. Une rapide enquête dans mon entourage m'a en effet permis de constater que personne n'a jamais entendu parler du Cabinda dans les médias.
Les prises d'otages (français, portugais, polonais..) au Cabinda alertent régulièrement les médias occidentaux et leur font prendre conscience de la situation chaotique sur place. Dans la préface de son livre "Cabinda, un Koweit Africain", Alban Monday Kouango souligne "qu'afin d'attirer l'attention médiatique (...), le FLEC procède fréquemment à des enlèvements d'occidentaux (notamment des portugais) exerçant des activités professionnelles" au Cabinda.
La sonnette d'alarme est ainsi tirée...
NB : images tirées des sites Internet :
Auteur de cet article : Myriamlep,
http://afriqueactu.canalblog.com/
12/04/2009
Nous avons rencontré à Paris le 30 décembre 2008 M. Henrique Tiago Nzita, président du FLEC-unifié (Front de Libération de l’Etat de Cabinda), et chef du gouvernement cabindais en exil.
M. Nzita, vous êtes né au Cabinda et résidez actuellement à Paris, pouvez vous nous décrire votre parcours jusqu’à maintenant ?
Je suis né le 14 juillet 1927 à Dinge (Centre du Cabinda), puis j’ai grandi au Congo Kinshasa, où j’ai effectué mes études primaires et secondaires. Pendant une période de douze ans, j’ai été au maquis et je mène depuis 45 ans un combat politique pour l’indépendance du Cabinda. Depuis quelques temps, je réside en France et je suis actuellement sous soins médicaux à Paris. Chaque jour, je reçois chaque jour des appels téléphoniques du FLEC avec lequel je garde contact.
Décrivez nous le FLEC, fondé en 1963 et ses revendications ? Il a connu différentes phases et est aujourd’hui unifié ?
Le FLEC est, à l’origine composé du MLEC (Mouvement Libération de l’Enclave de Cabinda, dirigé par Luis Ranque Franque), de l’ALLIAMA (Alliance de Mayombé, dirigé par Antonio Sozino),et du CAUNC (Comité d’action de l’Union Nationale Cabindaise, dirigé par Henrique Tiago Nzita). En 1963, ces trois mouvements s’unissent lors d’un Congrès à Pointe-Noire du 2 au 4 août 1963 et le FLEC naît. Nous ouvrons directement un bureau à Kinshasa (ex-Zaire), puis plus tard, en 1973 à Tchiowa, la capitale du Cabinda. Entre temps, en 1970, on me met en prison à Luanda, au centre de prisonniers politiques. Lors du coup d’ état au Portugal en 1974, je suis libéré (cf début de la révolution des oeillets, renversement des régimes dictatoriaux d’Antonio de Oliveira Salazar et de Marcelo Caetano). A cette période ont eu lieu les accords d’Alvor, dont le but est de regrouper les différents mouvements angolais (MPLA, FNLA et UNITA) mais qui aboutissent à un début de guerre civile en Angola. En 1975, lors de l’indépendance de l’Angola, les coalitions Angolaise (MPLA), Russe et Cubaine envahissent le Cabinda. Les Russes et les Cubains utilisent Pointe-Noire dans la région de Kouilou et Dolisie de Niari (Loubomo) comme base aérienne et militaire pour attaquer le Cabinda et le Portugal abandonne le Cabinda. Je pars me réfugier au Congo voisin, à Kinshasa, et je commence à y former l’armée cabindaise, avec le soutien de Mobutu Sese Seko Kuku Gbuendo Wazabanga alors président du Zaire, ainsi que l’aide d’autres amis et puissances étrangères ( non citées).
L’Angola occupe actuellement encore le Cabinda, et ceci malgré l’accord du Caire en 1964. Une liste de pays devant être décolonisés avait alors été publiée, mentionnant distinctement l’Angola (cas n° 35) et le Cabinda (cas n° 39). Une récente Conférence à Berlin en 1985 pour la division du bassin du Congo, a, d’autre part, désigné le Cabinda comme un protectorat Portugais. Depuis quand le Cabinda n’est plus sous protectorat Portugais ?
La misère actuelle du Cabinda provient du Portugal, qui passe des accords militaires avec le gouvernement angolais. Et le gouvernement angolais est appuyé par la communauté internationale, qui profite du pétrole Cabindais ! Le peuple cabindais est fatigué, car le Cabinda est le premier Etat noir, occupé par un Etat noir, aussi pauvre que l’Angola !
Des accords de paix ne sont-ils pas négociés avec l’Angola ?
En 2004, une rencontre en Hollande rassemble tous les mouvements indépendantistes en vue d’une réunification. J’y rencontre Bento Bembe (président du FLEC-rénové) qui est nommé à tête du FDC( Front pour dialogue cabindais) afin de négocier la paix avec l’Angola. Mais Bento Bembe vend les plans secrets des négociations avec l’Angola au président Eduardo Dos Santos. En conséquence, les Cabindais ne reconnaissent pas les accords d’indépendance signés. Bento Bembe est actuellement membre du gouvernement angolais, mais ne possède pas de portefeuille.
Parlez nous des dernières élections qui ont eu lieu en septembre 2008, à Luanda?
Avez vous encouragé la population cabindaise à participer à voter lors de ces élections ?
J’ai dit à la population de ne pas participer à ces élections, car ce sont des élections angolaises !
Accordez vous des entretiens et des interviews aux médias occidentaux?lesquels ?
Oui, j’accorde régulièrement des interviews, pour des radios et télévisions comme RFI (Radio France Internationale), la RTP (radio et télévision de Portugal), Radio-télévision Kimpwanza (Allemagne).
Pourquoi les médias occidentaux se désintéressent, selon vous, de la situation au Cabinda ?
A moi de poser la question aux médias ! Pourquoi ? La couverture médiatique n’existe pas pour le Cabinda car les médias occidentaux sont bloqués aux frontières par l’Angola. Par ailleurs, il n’y a pas de liberté de presse au Cabinda (cf: détention du journaliste de la Voix d’amérique José Fernando Lelo). Pourquoi la communauté internationale ne fait-elle pas pression sur l’Angola pour qu’elle accepte de laisser passer les journalistes occidentaux et qu’ils puissent prouver qu’il y a réellement la guerre au Cabinda ?
Vous avez toujours revendiqué l’indépendance totale du Cabinda, sans condition, est ce que l’autonomie n’est pas une première étape ?
Nous ne réclamons pas l’autonomie. Depuis quand sommes nous une colonie angolaise ?C’est à nous de choisir notre statut ! De 1482 à 1885, le Cabinda se gérait se façon autonome, par le biais de chefs traditionnels. Plus tard, en 1885, les chefs traditionnels cabindais et le gouvernement portugais concluent un accord qui donne au Cabinda le statut de protectorat portugais. Qu’est ce qui empêche que le Cabinda soit un protectorat Portugais ? Mais surtout, quelle est la décision de la communauté européenne vis à vis du Cabinda? Cette dernière n’intervient pas ! L’esclavagisme continue !
Avez vous des contacts avec le gouvernement et l’armée angolaise ?
J’ai écrit plusieurs fois au président angolais Eduardo Dos Santos et je l’ai même rencontré à Paris, il y a quelques années. Je n’ai pas de contact avec l’armée, en revanche, j’ai eu des contacts réguliers avec l’UNITA pendant mes douze années de maquis, (cf: à l’époque Jonas Savimbi, chef de l’UNITA avait participé à former certains militaires des FLEC).
A 81 ans, est ce que vous préparez un successeur à la tête du FLEC ?
Je demande à la jeunesse cabindaise de me préparer un successeur car je suis prêt à céder ma place. En 1997, une grande réunion s’est tenue, à Libreville pour le choix du chef du FLEC lors de laquelle, mon mandat à la tête du FLEC a de nouveau été renouvellé .Il y a pourtant de nombreux jeunes de talent, avec qui je collabore régulièrement. Le jour où le FLEC le décidera, je céderai ma place, car mon âge est avancé.
Par ailleurs, il faudrait organiser une rencontre ou une réunion intercabindaise regroupant les différents membres des mouvements d’origine Cabindaise (MPLA-FNLA-UNITA-FLEC) et les intellectuels cabindais. Cette table ronde se tiendrait dans un pays prédéterminé depuis lequel nous poursuivrions la lutte. Un référendum organisé sur place, au Cabinda, permettrait également à la population de se prononcer.
Actuellement la population souffre, la souveraineté doit revenir au Cabinda. Eduardo Dos Santos, le président angolais n’a jamais tenu ses promesses envers le Cabinda, il permet délibéremment les exactions sur la population cabindaise. La lutte armée doit donc continuer !
Myriamlep, tiré de http://leylamyriam.wordpress.com/2009/01/28/interview-dhe...