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Ceux qui parcourent la Vieille Ville connaissent plaque commémorative posée sur la façade d’une maison de la rue des Granges. Elle marque la maison natale de l’une des plus grandes figures de l’Histoire américaine, Albert Gallatin. Même si le texte de cette plaque va certainement au-delà de la réalité, Gallatin n’ayant pas été le « principal rédacteur » de la Constitution américaine.
En revanche il a été un grand serviteur de l’Etat américain en sa qualité de Secrétaire au Trésor. D’abord sous Thomas Jefferson puis sous James Madison. Il est même le Secrétaire au Trésor qui a le plus marqué l’histoire américaine. C’est en effet Gallatin qui tient toujours le record de longévité à cette place de 1801 à 1814 !.
A l’époque de la naissance de la très jeune République américaine, nombreux étaient les dangers et les défis à relever. Gallatin et tous les grands acteurs politiques de cette époque passionnante de l’histoire américaine ne se sont pas posé mille questions.
Ils ont pris leur courage à deux mains, trempé les plumes dans les encriers, enclenché leurs cerveaux et mis le tout au service d’un idéal, celui d’une Nation aux mains de son Peuple, gouvernée par la seule détermination des Citoyens de rester libres et indépendants.
Il faut dire que les Etats-Unis ont, dès le début, été servis par des hommes d’Etat hors pair, de Washington à Madison en passant par Jefferson qui en avait posé les fondements dans la déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, seul après une retraite dans sa propriété de Monticello.
Le même Jefferson, une fois élu à la présidence des Etats-Unis a dit « il n’y a que Gallatin qui puisse assumer la charge de Secrétaire du Trésor (ministre des Finances). Il faut dire que notre compatriote avait déjà prouvé ses qualités en matière de finances publiques soit comme Sénateur représentant de la Pennsylvanie soit comme membre du Parlement (House). C’est sous son impulsion qu’a été créée la Commission des finances (Ways and Means Committee) devant laquelle toutes les levées d’impôts et les dépenses doivent préalablement passer. C’est sur le préavis de cette puissante Commission que les Chambres acceptent ou refusent de nouveaux impôts ou de nouvelles dépenses. Il faut dire que lorsque Gallatin entra en fonction en 1801, la dette américaine était de 80 millions de $ (or) et qu’à son départ elle n’était plus que de 45 millions, malgré l’achat de la Louisiane à Napoléon !
Barack Obama a repris le concept de Gallatin d'avoir des finances saines et des dépenses transparentes. Il a annoncé dans sa première intervention hebdomadaire sur le blog de la Maison Blanche (www.whitehouse.gov) que son administration publiera toutes les dépenses publiques et qu'elle informera régulièrement sur les économies réalisées.
L'esprit et les principes de Gallatin "le Genevois de Washington" sont bien vivants, et présents à l'esprit du nouveau Président.
Mais ce n’est pas la longévité de Gallatin, unique dans l’histoire américaine, qui m’a conduit à assister à l’installation (inauguration en anglais) du 44ème Président des Etats-Unis d’Amérique.
Ce qui m’a conduit là-bas c’est que son accession au pouvoir est la touche finale, manquante, à la concrétisation du rêve américain tel qu'il a été imaginé par ses fondateurs. Un système dans lequel les aspirations des Citoyens doivent trouver leur voie et pouvoir se réaliser.
Ce rêve, que peu de Nations dans le monde non seulement offrent sur le papier gaufré de leurs constitutions, mais en permettent la réalisation par le fonctionnement même de leur système politique et économique, est totalement achevé avec l’accession de Barack Obama à la présidence des USA.
D’ailleurs le Barack Obama ne s’y est pas trompé et ses nombreuses références aux « Pères fondateurs » tant au cours de sa campagne que de son allocution inaugurale prouvent que non seulement il est conscient de cet accomplissement mais encore qu’il est reconnaissant à ses prestigieux fondateurs de lui permettre d’accomplir non pas « son » rêve, mais celui que propose la Constitution des Etats-Unis au Peuple qu’elle régit.
Cette Constitution ne rempli pas des pages entière de poncifs aussi vains qu’inappliqués. Cette Constitution, qui se résume en 7 articles, pose des grands principes qu’il n’est pas possible de transgresser.
Même le "raté" de la prestation de serment du nouveau Président, qui n'était rien d'autre qu'une inversion de l'ordre de mots, a immédiatement dû être corrigé par une seconde prestation, dans un salon de la Maison Blanche dès le lendemain matin en présence de la presse. Certains ont estimé qu'il s'agissait d'une luxe de précaution, d'autres, très rigoureux sur le texte, ont au contraire pensé que le Président a bien fait de lever toute ambiguité en répétant le serment dans l'ordre, obligatoire, que prévoit la Constitution. Ce très petit exemple montre combien les américains sont attachés au respect de leur Charte fondamentale. Clinton et Nixon en avaient aussi fait l'expérience sur des points plus importants.
Depuis 1789, 44 citoyens se sont succédés à la présidence de ce pays-continent, tous avec une seule idée en tête, préserver l’indépendance des Etats-Unis et les libertés individuelles des Citoyens.
Certes, au cours de cette longue histoire, plusieurs de ces chefs ont déçus, le dernier en date venant à peine de quitter le 1600 Pennsylvania Ave.
Il n’en demeure pas moins que le Peuple américain a toujours assumé ses choix politiques et su redresser la barre chaque fois qu’un gouvernant ne s’est pas montré à la hauteur.
L’amertume que leur laissent à la bouche les huit dernières années leur a permis de comprendre qu’il était temps non seulement de mettre fin à ce genre de gouvernance mais aussi de poser la pierre finale à cet édifice qu’est la démocratie américaine.
L’élection de Barack Obama constitue à la fois l’accomplissement du rêve des Pères fondateurs mais aussi celui esquissé par Dr Martin Luther King (MLK) dans son fameux discours « I have a dream ». Cette Constitution, à la fois simple et puissante, permet à tous les Citoyens d’accomplir leur dessein. Qu’il soit économique ou politique, ce système défend les libertés individuelles tout en assurant à l’Etat la puissance nécessaire à maintenir l’indépendance du pays.
La preuve que cette élection est le fruit d’une volonté commune venue du Peuple lui-même était la foule immense qui s’est assemblée sur le Mall (esplanade qui part du Capitol et qui fini au Lincoln Memorial sur 2 miles) le 20 janvier dernier par un froid glacial. Sans oublier celles et ceux qui n’ayant pu faire le voyage se sont rassemblés dans leurs villes.
Etre présent parmi les américains en ce moment historique, assister à la réalisation de ce rêve, sentir cette foule immense dont la diversité ethnique démontrait l’ampleur des espérances aura été un grand moment dans mon existence.
Si j’ai fait ce voyage c’est que je voulais vivre et comprendre à la fois la réalisation du rêve et les motivations de ces citoyens qui, par leur engagement tout au long d’une campagne qu’il aura fallu mener au porte à porte, ont obtenu ce qu’ils voulaient.
Ce qui m’a aussi frappé c’est la diversité sociale de cette foule. J’ai vécu la prestation de serment en compagnie d’une couple dont l’épouse est avocate et le mari ingénieur en informatique et il y avait tout autour de nous de jeunes étudiants et des familles dont les disparités sociales ont été gommées par le seul fait qu’ils étaient, en cet instant précis, « We the People » comme dit le préambule de la Constitution américaine.
En ce moment historique, la mémoire de Thomas Jefferson, d’Andrew Jackson, d’Abraham Lincoln et de Martin Luther King, qui ont si profondément marqué la volonté d’indépendance du pays et la défense des droits civiques planait sur cette esplanade et les larmes de joies roulaient sur les joues rougies par le froid.
Même l’ancien Secrétaire d’Etat de Georges Bush, le général Colin Powel, a avoué avoir coulé une larme au moment de cette prestation de serment !
Ces moments, que les télévisions ne peuvent traduire, je suis heureux d’avoir pu les partager avec ces citoyens ordinaires qui, comme nous tous, espèrent que Barack Obama aura la force et puissance nécessaire pour que les Etats-Unis retrouvent ce socle posé le 4 juillet 1776 et mis en page par la Constitution de 1789.
Nous sommes sur le point de réécrire notre Constitution à la demande du Peuple qui nous a donné ce mandat au mois d’octobre dernier.
J’espère très sincèrement que les Constituants genevois sauront dépasser leurs divergences pour se rassembler autour du seul objectif qui compte, offrir à nos concitoyens une Charte fondamentale qui garantissent les trois éléments clés d’une grande démocratie.
- Les libertés individuelles qui sont tous les jours sous la menace de l’emprise des libertés collectives,
- La séparation et l’indépendance des trois pouvoirs, tous issus de la même source, le suffrage universel.
- L’autodétermination du Peuple qui, en tout temps, doit avoir la possibilité de démettre ses gouvernants lorsque ceux-ci se montrent indignes du pouvoir qu’il leur a confié.
En réussissant le formidable pari qui est devant eux, les Constituants rendront le plus beau des hommages à Albert GALLATIN qui n’a pas hésité à traverser l’Atlantique et, le moment venu, se souvenir de l’héroïsme des Citoyens de 1602 qui se sont battus pour assurer à Genève ses libertés.
A ceux qui ont d’ores et déjà décidé de se laisser contraindre par la prééminence du droit fédéral je rappelle avec force et vigueur que l’obéissance aveugle n’est rien d’autre que la forme la plus confortable de la paresse.
Les pages de l’Histoire ne se tournent que par la force de ceux qui la font.
Patrick Dimier
Constitutant