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AARHUS – Plus une femme prend des antidouleurs pendant sa grossesse, pendant plusieurs semaines, plus ses filles vont atteindre la puberté à un âge plus précoce. C’est ce que montre une nouvelle étude de l’Université d’Aarhus, publiée le 7 septembre 2018 dans le journal American Journal of Epidemiology (DOI: 10.1093/aje/kwy193).
Les seins, les boutons, les menstruations, la pousse des poils dans les endroits où il n’y en avait pas auparavant, et les sautes d’humeur imprévisibles… Bienvenue à la puberté qui, pour la majorité des filles, commence vers l’âge de dix ou onze ans – ou même plus tôt – si la mère a pris des analgésiques comme le paracétamol pendant sa grossesse.
En tant que premiers au monde à se pencher sur la question, les chercheurs de l’Université d’Aarhus ont examiné la corrélation entre la prise de l’antidouleur tel le paracétamol pendant la grossesse et le développement pubertaire des filles et des garçons.
100’000 femmes observées
« Nous avons trouvé une corrélation “dose-réponse”, c’est-à-dire, plus il y a de semaines de prise de paracétamol pendant la grossesse, plus la puberté est précoce chez les filles, mais pas chez les garçons », explique Andreas Ernst, doctorant au Département de santé publique de l’Université d’Aarhus, qui a participé à cette étude.
L’étude est basée sur la plus grande collecte de données sur la puberté de la cohorte de naissances danoise (BSIG.dk). Un groupe d’environ 100’000 femmes ont fourni des informations détaillées sur leur consommation de paracétamol pendant leur grossesse. Au total, 15’822 enfants, 7’697 garçons et 8’125 filles nés de ces mères entre 2000 et 2003 ont été suivis dès l’âge de 11 ans et tout au long de la puberté avec des questionnaires tous les six mois sur plusieurs aspects différents de leur développement.
La puberté arrive plus tôt
L’étude a montré qu’en moyenne, les filles entrent dans la puberté entre un mois et demi et trois mois plus tôt, si la mère a pris des analgésiques pendant plus de douze semaines pendant la grossesse.
« Bien que le fait d’entrer dans la puberté un mois et demi à trois mois plus tôt puisse sembler sans importance, si ce changement est mis en relation avec l’utilisation fréquente du paracétamol pendant la grossesse, nos résultats devraient attirer l’attention de la population. Nos conclusions ne sont certainement pas un facteur décisif qui devrait changer la pratique actuelle, mais la perception du paracétamol comme “le choix sûr et inoffensif” pendant la grossesse doit être remise en question », explique M. Andreas Ernst.
Dans le monde entier, la consommation moyenne de paracétamol a augmenté et des études indiquent que plus de 50 % des femmes enceintes utilisent des antidouleurs contenant du paracétamol au moins une fois pendant leur grossesse.
Toujours selon lui, « Comme le développement pubertaire précoce a déjà été lié à un risque accru de maladies plus fréquentes et plus graves à l’âge adulte comme l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer des testicules et du sein, il est important d’en identifier les causes possibles pour pouvoir prévenir ce développement ».
Le 25 octobre 2018. Par la rédaction de Creapharma.ch (supervision scientifique par Xavier Gruffat, pharmacien). Sources : Communiqué de presse de l’étude (en anglais). Référence : American Journal of Epidemiology (DOI: 10.1093/aje/kwy193).