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La possibilité qu'a la Suisse d'accueillir migrants et réfugiés est réfutée sous de faux prétextes diffusés par les courants timorés, chauvins ou xénophobes. Leurs arguments fallacieux ne résistent pas à l'analyse de la situation actuelle en Suisse. Voyons ce qu'il en est.
La Suisse peut accueillir un demi million de migrants
Cet apport ne ferait que substituer les 732.200 Suisses résidant actuellement à l'étranger. De tout temps, la Suisse a accueilli les migrants venus du Vietnam, du Chili ou de l'Europe en guerres mondiales. Lors de la dernière, quelque 300.000 s'y sont réfugiés, 51.000 y ont trouvé asile et seuls 10.000 furent refoulés1. Quant à ma propre famille, de sept que nous étions, le nombre avait plus que doublé dès 1942. «Nos» réfugiés venaient de toutes parts se réalimenter, apprendre les langues et aider aux travaux des champs en l'absence de notre père mobilisé: une aubaine pour chacun!
Si les villes suisses sont surpeuplées, les campagnes se vident
Depuis la fin des années 90, l'accroissement de la population urbaine a été plus important que celui de la population rurale. La Suisse se métropolisant et les campagnes continuant à se vider, la paysannerie manque cruellement de bras. Le dépeuplement des campagnes est certes compensé par l'établissement de citadins dans les villages périurbains, mais ils ne participent nullement à son essor. Les migrants qui le souhaiteraient apporteraient un soutien indispensable au paysannat à bout de force2.
Le territoire helvétique doit d'être mieux occupé
En Suisse, depuis 25 ans, l'exode des campagnes vers les villes s'est doublé d'un exode des montages vers la plaine. Les friches alpines se vident de leurs habitants, remplacés partiellement par les citadins qui s'y installent et des touristes qui y séjournent. Là encore, cette population parasitaire a chassé les paysans de montagne, les privant des moyens nécessaires à la cultiver et les préserver. Pourtant, cette Suisse «au dessus de 1000 mètres d'altitude», située au sud-est d'une ligne joignant les lacs Léman et de Constance, est aussi vaste et vitale que son Plateau. Elle doit impérativement être revitalisée pour que sa population, sa faune et sa flore puissent échapper aux dégâts des bâtisseurs de «lits froids» et des racoleurs de touristes.
S'il y a pénurie de logements c'est qu'ils sont sous-occupés
De 1970 à 2000, la densité d'occupation des logements en Suisse n'a cessé de baisser, passant de 0.8 à 0.6 personne par pièces. C'est pourquoi le partage d'habitat spacieux avec des migrants est de plus en plus possible et souhaitable. Le poète Michel Bühler, l'avocat Luc Recordon, le conservateur Léonard Gianada et bien d'autres Justes ont ouvert leurs portes et plus de 500 familles seraient prêtes à loger des migrants, comme ce fut le cas des «Places gratuites» pour les Chiliens fuyant la dictature de Pinochet3. L'argument d'une pénurie de logements urbains et ruraux ne tient pas alors que l'hôtellerie suisse a accueilli en 2014 près de 8 millions d'hôtes qui y ont passé 17 millions de nuitées4. La capacité d'hébergement est fort extensible lorsqu'il y a volonté de l'accroître. Si le chiffre de 1,1% de logements vacants en Suisse en 2014 paraît dérisoire, il représente néanmoins près 420.000 habitations inoccupées!
Les Suisses seuls ne parviennent plus à sauvegarder leur environnement
Au cours du dernier siècle, le nombre de travailleurs étrangers est passé de 200.000 à un million pour assurer les appétits productivistes et consuméristes. Cependant, la main d'œuvre nécessaire à panser les plaies de cette production fait cruellement défaut. C'est que le sens des affaires se substituant au sens commun, le patronat a négligé les tâches de conservation du patrimoine qui ne lui étaient pas économiquement profitables. Les défenseurs de la nature, de la flore, la faune et de l'environnement en général, s'acharnent bénévolement à glaner les déchets dispersés sur les rives de nos lacs et des pistes de ski, mais avouent ne plus pouvoir faire face à l'ampleur de la tâche tant le marché dégrade la nature5. S'il est difficile d'identifier le quidam ayant abandonné son sac-poubelle non trié, rien n'empêche de faire payer aux fabricants et commerçants d'immondices les salaires de migrants qui accepteraient de leur plein gré de remettre l'environnement hors de danger, selon le principe du polluer-payeur.
L'accueil des migrants évitera le chaos d'un monde déchiré et appauvri
Comme les entreprises délocalisent vers les pays à profit accru, les victimes de ces «migrations prédatrices» gagnent les pays ayant accumulé leurs richesses. Ce n'est que là qu'ils peuvent y bénéficier d’avantages au profit de leurs familles restées au pays6. Mais, plus encore, c'est là qu'ils peuvent accroître leurs bagages intellectuel, professionnel et pratique. Ainsi, juste retour des choses, on peut souhaiter que grâce aux «stages» effectués dans les pays nantis, les migrants puissent retourner au pays en y apportant les connaissances nécessaires à le sortir de la misère et de la dépendance.
Les migrations actuelles sont donc une chance pour la planète en crise à condition que les pays d'accueil daignent la saisir à bras le corps. Faute de quoi elles se transformeront en désastres humanitaires et invasions belliqueuses dont les prémices sont plus qu'alarmantes.
1. J.-Ch. Lambelet, La politique suisse envers les réfugiés en 1939-45, mythes et réalités, 2005.
2. B. Debarbieux et M. Camerish, Les migrations intercommunales en Suisse: un «efffet-montagne», 2011.
3. Est-on en plein «chaos» de l'asile? Pas pour tous. Une nouvelle solidarité s'organise, Le Temps, 17.8.2015.
4. OFS: Hôtellerie suisse.
5. Kate Amiguet, Déchets, reportage filmique.
6. Bernard Conte, Marée migratoire vers l'Europe, 26.8.2015.