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25/09/2008
LES BRONZES : Définitions.
De toutes les matières, l’argile demeure celle qui peut le mieux reproduire dans les trois dimensions la conjugaison de la pensée et des manipulations physiques de l’artiste. Et de tous les alliages de métaux, le bronze reste celui qui se prête le mieux à la restitution quasi parfaite de l’œuvre originelle pouvant être ainsi multipliée. Après beaucoup d’excès de tirage, réalisés jusqu’au début du 20ème siècle pour contenter la clientèle toujours plus demandeuse, une réglementation s’est mise en place, difficilement, pour limiter les éditions, et tenter d’imposer la numérotation des épreuves.
Un bronze est authentique s’il est tiré d’après une œuvre originale faite en plâtre, en terre ou en cire, par l’artiste, et sous son contrôle direct.
Une édition d’un bronze est authentique quand elle est tirée par les ayants - droits de l’artiste disparu (c’est le cas du Musée Rodin qui a hérité des moules de l’artiste, et qui effectue des tirages de très bonne qualité en respectant le nombre prévu par la loi).
Le surmoulage consiste à tirer une épreuve à partir d’un bronze authentique. L’épreuve est plus petite dans ses dimensions, et sa finition est moins précise.
Le surtirage consiste à tirer des épreuves supplémentaires (parfois en grand nombre), qui sont dévalorisées par rapport aux premiers tirages.
Réglementation concernant les tirages :
Pour qu’une épreuve en bronze soit considérée comme authentique, les tirages ne doivent pas dépasser 8 exemplaires, auxquels on admet 4 exemplaires supplémentaires en épreuves d’artiste numérotées de I à IV, et annotées EA.
Le numéro d’ordre de chaque pièce de 1 à 8 doit être apparent sur la terrasse du bronze, aux côtés de la signature, ou estampille du fondeur.
Les premiers tirages qui sont les plus précis ont normalement un peu plus de valeur que les suivants.
Tous les surmoulages, copies et reproductions doivent faire apparaître la mention « reproduction ».
Technique de fabrication d’un bronze.
· A la cire perdue : l’artiste réalise l’œuvre originale sur laquelle on prend un moule à « bon creux » qui reproduit l’œuvre en négatif ; moule autrefois fait en plâtre ou en gélatine, de nos jours souvent en élastomère renforcé par un habillage en plâtre, en deux ou plusieurs parties selon la forme et la dimension du modèle original.
Après que le moule a été reconstitué par l’assemblage de ses différentes parties, on le remplit de cire chaude liquide, puis on le vide, à plusieurs reprises, pour que la cire en refroidissant se fige et se dépose en une certaine épaisseur sur les parois intérieures du moule, afin d’obtenir plus tard l’épaisseur voulue du bronze. Lorsque les dimensions du modèle sont trop importantes, on enduit les parois intérieures des parties du moule alors « éclaté », au pinceau.
Quand les parois du moule sont apprêtées de cire, on remplit l’intérieur qui est encore vide avec une matière réfractaire liquide qui en refroidissant va durcir et constituer le noyau du moule.
Après quoi le moule est ouvert (très souvent il est fait de deux parties verticales quand la sculpture est de dimensions normales), pour faire apparaître cette sculpture test faite de cire à l’extérieur, sa « peau », et de matière réfractaire solidifiée dans son intérieur. A la vue de cette première sculpture test, l’artiste peut apporter certaines modifications sur la cire même.
Sur cette sculpture test on colle ensuite un certain nombre de bâtonnets de cire dirigés vers l’extérieur (d’une dizaine de centimètres environ), et qui, en fondant, formeront des tubes d’évacuation appelés égouts pour ceux où la cire s’écoulera, jets pour ceux où l’alliage en fusion s’introduira, et évents pour ceux qui permettront aux gaz et à l’air de s’échapper. On fixe également de petites tiges en fer piquées dans le noyau réfractaire (qui se trouve sous la cire, le corps en quelque sorte), qui le maintiendront en place au moment de la coulée, quand la cire fondra.
Après la pose de ces bâtonnets, la sculpture test en cire est recouverte d’une matière réfractaire très fine, capable d’épouser le moindre détail de cette « peau ». Cette opération est appelée l’imprimage. Tous les bâtonnets sont ensuite reliés entre eux par des tubes qui canaliseront les évacuations vers l’extérieur.
On pose alors une nouvelle épaisseur, importante, de matière réfractaire plus sommaire par dessus l’ensemble, pour constituer le moule de fonderie qui va ressembler à un gros cylindre capable de supporter les fortes températures de l’alliage en fusion. Ce moule de fonderie va d’abord être soumis à une température de 200 à 300 degrés, dans une étuve, pour que la cire intérieure fonde et s’écoule par les canaux. Puis il va être soumis à une cuisson de 600 degrés qui va durcir le moule qui resservira, et le noyau.
Survient alors l’opération la plus périlleuse, mais la plus indispensable, la coulée. L’alliage en fusion (environ 1 000 degrés) est introduit au moyen d’une poche de coulée (sorte de baquet tenu par deux hommes) dans la partie supérieure du moule de fonderie, en un seul jet, pour prendre la place laissée libre par l’épaisseur de cire qui a fondu auparavant. Quand il a refroidi, ce moule de fonderie est alors cassé (c’est le décochage), avant qu’il fasse apparaître enfin l’épreuve en bronze. Le noyau qui demeure toujours à l’intérieur en est alors retiré par petits morceaux au travers d’ouvertures. Commence alors le long travail de l’ébarbage, du rebouchage, de la ciselure et de la patine. Les autres épreuves sont ensuite réalisées de la même manière.
· Fonte au sable : Moins complexe que la cire perdue, par la réduction des transferts, cette technique demande cependant un grand savoir faire car le moule doit être reconstitué après chaque tirage. On utilise des sables silico-argileux, mais également des sables synthétiques qui ont l’avantage de pouvoir être solidifiés par l’action d’un souffle de gaz carbonique, alors qu’il faut pour les premiers un chauffage en étuve.
Dans un grand bac métallique, on « enrobe » l’oeuvre originale de sable, en plusieurs parties, selon la complexité des formes, qui vont représenter le moule. Après solidification du moule, le modèle original est alors remplacé par un sosie réalisé avec la même qualité de sable. Ce sosie devient le noyau qu’il faut tirer d’épaisseur, c’est-à-dire rendre plus mince en lui retirant avec un outil une partie de sa matière sur toute sa surface, de manière à ménager le volume où s’écoulera l’alliage en fusion, entre lui et le moule.
Après avoir été « aminci », le noyau est recouvert, au pinceau, d’une couche d’un produit protecteur qui empêchera l’adhérence de l’alliage sur lui, ainsi que son effritement.
Le noyau est alors installé à l’intérieur du moule qui est reconstitué autour de lui. Un système d’évacuation par tubes (comme pour la cire perdue) est également mis en place, ainsi que des tiges de fer pour maintenir en place le noyau, de manière à conserver l’espace nécessaire au remplissage par l’alliage.
Le couvercle est solidement fermé sur le bac, avant que l’alliage en fusion ne se répande à l’intérieur du moule, par un orifice préparé à cet effet, et par les canaux aménagés dans le sable.
Après refroidissement, le bac est ouvert, le moule est détruit, et l’épreuve apparaît avant de recevoir les mêmes interventions finales qu’une épreuve à la cire perdue (vidage du noyau, ébarbage, polissage, etc).
Les critères de qualité d’un bronze :
Le bronze d’art est un alliage de cuivre et d’étain à forte proportion de cuivre, alliage que l’on appelait aussi airain par le passé. On peut additionner du plomb et du zinc pour la statuaire.
Le régule, ou composition, faux bronze de certaines statuettes du 19ème siècle par exemple (pendules de cheminée), est un alliage à base de zinc, de plomb, d’étain et d’antimoine de moindre valeur.
La ciselure se doit d’être précise, pour reproduire les détails, ou seulement les esquisses voulues par l’artiste sur son œuvre originale.
La patine peut être naturelle quand elle a subi l’action du temps, ou réalisée à froid ou à chaud, avec des acides ou des oxydes. Elle sert à résorber les défauts de la fonte, et à embellir le bronze. Elle doit être fine et translucide, pour laisser découvrir les qualités de l’alliage. Elle peut être brune, verte, noire, dorée ou argentée (assez rares et recherchées pour les deux dernières).
La fonte doit être mince et légère, signe de savoir faire du fondeur, bien qu’il existe des bronzes coulés « pleins » ( très lourds) de très belle qualité.
Beaucoup de faux bronzes concernant des signatures célèbres sont en circulation, à l’exemple de faux Rodin, Maillol, ou Giacometti qui ont été contrefaits ou surtirés, aux côtés de certains artistes animaliers comme Barye, Pompon ou Mène.
Pour l’achat d’un bronze, la prudence recommande donc de demander l’avis d’un expert reconnu et qualifié.
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Alain VERMONT