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la terre et seigneurie de Rochefort-sur-Charente. Les héritiers d'Olivier de Coëtivy et de Marie de Valois en ont joui, à ce titre, pendant plus d'un siècle1.
Pouf se justifier d'avoir enlevé à Brutailhs le prisonnier qui s'était rendu à lui le 23 octobre 1452, Jean Talbot, premier du nom, fit dresser, le 4 février suivant, dans la chapelle du château royal de Bordeaux, nommé l'Ombrière, un acte que le notaire Jean Bodet rédigea en langue gasconne. Les Variétés Bordeloises de l'abbé Baurein nous en ont conservé un assez long extrait8. Voici, comme préface indispensable de nos documents, la traduction des passages contenant le récit de l'arrestation du sénéchal de Guyenne et le texte de la sentence que Talbot a empruntée au lion de la fable:
« Après qu'il fut entré dans la ville de Bordeaux et l'eut sou« mise, monseigneur le lieutenant du roi d'Angleterre fit publier « et notifier défense expresse à tout individu ayant prêté serment « au roi de France de prendre ou retenir prisonniers aucuns « Français, et de s'emparer de leurs biens.
« Or il arriva à sa connaissance qu'un nommé Arnaud Bec, « bourgeois et habitant de ladite ville, avait fait prisonnier un « chevalier appelé Olivier de Coëtivy, soi-disant sénéchal de « Guyenne, comme le savait bien Berthelot de la Rivière, « écuyer. Interrogé par monseigneur le lieutenant sur les circons« tances dans lesquelles avait eu lieu la prise dudit Coëtivy, « Berthelot lui parla et répondit en la forme et manière qui suit, « ou en termes identiques.
« Lui et un autre écuyer, nommé Louis de Brutailhs, étant « entrés à Bordeaux en la compagnie de monseigneur le lieute« nant, dès le premier jour de ladite entrée, ils rencontrèrent un « marchand, nommé Arnaud Bec, bourgeois de la ville, qui les « invita à venir chez lui. Les y ayant amenés, il leur dit, entre « autres choses, savoir où étaient un ou deux prisonniers fran« çais et rebelles; et il leur proposa de l'aider à les faire prison« niers, à condition qu'il toucherait la moitié de la finance à « laquelle serait fixée la rançon de chacun d'eux, l'autre moitié
1. Massiou, Histoire de la Saintonge et de l'Aunis, 3e période, vol. II, p. 492.
2. Tome Ier, p. 134, et tome II, p. 223 de la nouvelle édition: Bordeaux, 1876, grand in-8". Cet excellent ouvrage nous a été non-seulement indiqué, mais donné par le duc de La Trémoille, pour accélérer la publication des pièces relatives à la rançon d'Olivier de Coëtivy.
« devant être partagée entre lesdits Berthelot et Louis. Cette « proposition fut acceptée par ceux-ci, et tous trois jurèrent sur « les saints Evangiles de l'exécuter et accomplir fidèlement. « Aussitôt Arnaud Bec conduisit les écuyers hors de la ville, à « une maison avec jardin1 où ils trouvèrent ledit chevalier, « appelé Olivier de Coetivy, soi-disant sénéchal de Guyenne, et « un autre nommé le seigneur de Messignac. Berthelot eut et « prit le serment, comme prisonnier, dudit Messignac2, tandis « que Louis de Brutailhs recevait celui dudit Olivier, sénéchal; « puis ils les amenèrent en ville, chez Arnaud Bec.
« Ayant entendu ce récit, en présence des témoins portés dans « l'acte et de beaucoup d'autres, monseigneur le lieutenant dit à « Berthelot que la moitié dudit sénéchal, prisonnier, lui appar« tenait, Arnaud Bec n'ayant pu le prendre et l'ayant recelé; et « que l'autre moitié lui appartenait également, parce que Ber« thelot et Louis avaient commis le crime de s'associer avec « Arnaud, contrairement à l'ordonnance rendue par lui, Talbot, « comme lieutenant-général du roi d'Angleterre3. »
P. Marchegay.
I. — 15 mai 1454.
Traité passé entre Jean Talbot, IIe du nom, comte de Schrewsbury, etc., etc., et.Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg et sénéchal de Guyenne, pour la rançon et délivrance de celui-ci.
L'an de grâce mil cccc cinquante quatre, le xve jour de may, appointtement fut fait entre hault et puissant mons8r le conte de
1. Losdeytz Loys et Berthalot, en la compania deudeyt Arnaud Bec, et lo seguan, aneren foras de la présent ciutat de Bordeu, en ung casau et jardin, et à qui Iroberen lodeyt cavaley apperat Olivey de Coitivi, senescaut que se diso, et ung autre apperat lo senhor de Messinbac... et puis los mènerai dintz la présent ciutat de Bordeu, en l'ostau deudeyt Arnaud Bec, cum presoneys.
2. Jean de Messignac, chevalier, qui paraît originaire du Poitou, s'était attaché au frère aine d'Olivier, l'amiral Prégent de CoBlivy, dont il épousa une bâtarde nommée Bertrande. Il est cité dans la seconde pièce de notre n° XV.
3. Et à qui médis, et présens losdeytz testimonis et grand cop d'autres, lodeyt
de deux des quatre, et des seigneurs de Saint-Pol, de Laval, d'Orval, de Tancarville, d'Ozeboc, de Bueil admirai de France, de Torcy et Villequier, ou desdiz huit les quatre, et chascun obligé pour le tout de vous bailler nostre séellé.
Par quoy s'il vous plaist eslargir de vos mains ledit sire Olivier de Cothivy et délivrer garny de bon, seur et loial saufconduit, pour pourchascier sa finance et raençon, nous vous prometons et jurons, par la foy et serment de nostre cors, sur le séellé de nos armes et honneur de nous, nos hoirs ou aians cause, et sur l'obligation de tous nos biens, meubles et héritages et ceulx de nos hoirs présens et à venir, à vous, honnouré cousin, vos hoirs ou aians cause, ou au porteur de ces présentes, que ledit sire Olivier acquictera et tendra quitte tous Angloiz, de quelque estât qu'il soient, de toutes manierez de promesses quelconques qui ont ou pourront avoir esté faittes audit sire* Olivier, depuis sadicte prinse jusques au jour de l'âpointement fait par entre vous et ledit sire Olivier, parmy ce que lesdiz Anglois tiendront aussi quipte ledit sire Olivier de toutes les promesses que pareillement il leur a faictes; et avecques ce paier et faire paier icelle somme de cinq mille et cent nobles devant diz, une douzaine de vaisselle d'argent garnie, pesante cent mars d'argent, avecques le courcier bon et suffisant, aux lieux de Londres, Houlle ou Chefild, lequel que mieux vous plaira, vos hoirs ou aians cause, ou au porteur de ces présentes, par la manière et aux termes devantdiz et desclairés, sans y faire délay ou empeschement pour quelconque cause que ce soit de quelque demande, question, querelles, débatz ou autres choses quelconques par quoy lesdiz paiemens peussent estre aucunement retardés, enpéchiés ou délaies, soit pour merque, contre merque, séellés rompus, promesses fallies et non tenues, ou de vous rendre le corps dudit sire Olivier, vif ou mort, à l'un des lieux devantdiz, vos hoirs ou ayans cause, ou au porteur, ou cas que ledit sire Olivier meure de sa mort naturelle.
Et ou cas que aucun desdiz paiement, le tout ou partie, ne seroient loiaument acompliz aux termes et lieux et par la manière dessusdicte et desclairée, nous voulons et consentons que vous, vos hoirs ou aians cause, ou le porteur de cestez, nous puisse dèshonnorer convict de foy fallie et de séellez non acompliz, ainsy qu'il apartient et est acoustumé de faire en tel cas, sans ce que soiez tenuz nous en sommer s'il ne vous plaist; et dès main
Item ledit sire Olivier paiera ou fera paier à mondit s8r le conte, ou ses commis, dedans huit mois prochains entresuyvans après les premiers huit mois devantdiz, passez et acompliz, autres ijm nobles de bon or, poix et aloy, ou monnoie à la valeur.
Item ledit sire Olivier paiera ou fera paier à mondit a*? le conte ou ses commis, pour le tiers et derrain paiement, dedans huit moys prochains entresuyvans les xvj mois devantdiz payez et acompliz, les autres ijm nobles de bon or, poix et aloy, ou monnoie à la value.
Item ledit sire Olivier sera tenu de faire les paiemens des sommes dessusdictes à Londres, Houlle ou Chefild ', ouquel qu'il plaira à mondit s81 le conte ou ses commis.
Item, et pour entretenir les articles des promesses et paiemens comme devant est déclairé aux articles dessusdiz, de point en point, en la forme et manière comme il est contenu en icelles, ledit sire Olivier baillera les séellez du duc de Bretaigne8, Charles d'Anjou3, le connestable de France4 et le conte de Cleremond5. Et ou cas que ledit sire Olivier ne pourra recouvrer lesdiz quatre séellez, il sera tenu d'en bailler deux d'iceulx séellez; et seront obligiez ung chascun pour le tout.
Item ledit sire Olivier baillera autres quatre séellez, telz qu'il pourra recouvrer, des seigneurs dont les noms ensuivent, c'est assavoir : le conte de Saint-Pol6, le conte de Laval7, le conte de Tancarville8, le ser de Bueil9, le ssr d'Orval10, le ser Dozebocq", le ssr de Villequier12, lessr deTorcy13. Et seront lesdiz quatre séellez obligez ung chascun pour le tout, en la manière que dit est aux articles devantdiz et selon la coppie baillée audit sire Olivier.
1. Hull et Sheffield, en Angleterre.
2. Pierre II.
3. Comte du Maine.
4. Arthur de Bretagne, comte de Richemont.
5. Jean de Bourbon.
6. Louis de Luxembourg.
7. Guy XIV.
8. Guillaume d'Harcourt.
9. Jean, amiral de France.
10. Arnaud-Amanieu d'Albrct.
11. Louis d'Estouteville, seigneur d'Aussebosc.
12. André, mari d'Antoinette de Maignelais.
13. Jean d'Estouteville.
Item ledit sire Olivier ratifiera et approuvera cest présent appointement par devant telle personne, ou personnes, toutesfoiz et quantesfoiz qu'il plaira à mondit ser le conte, et de ce faire et acomplir bien et deuement, pardevant deux notaires ou tabellions appostoliques ou impériaulx, à la meilleure forme que faire ce pourra.
Item ledit sire Olivier fera certiffler par lectres soufflsamment auctorisées d'un hérault d'armes, notable personne, que lesdiz séellez et chascun d'eulx seront bons, vroiz et loyaulx, et signez des propres mains desdiz seigneurs et séellez des propres séaulx de leurs armes, sans fraude, barat ou mal engin quelconque.
Item, et pour parfourmer l'appointement devant dit, mondit s£r le conte sera tenu de bailler saufconduit soufflsant et valable audit sire Olivier, pour pourchasser sa finance et rançon.
Item mondit ssr devantdit mectra paine et fera son loyal devoir de faire avoir audit sire Olivier ung saufconduit du Roy nostre seigneur, le plus emple et de plus long terme que faire ce pourra, pour ung vaissel du port de ijc tonneaux ou au dessus, pour le fait de toutes manières de marchandises.
Item pareillement ledit sire Olivier a promis à mondit ssr de faire son loial devoir de pourchasser deux saufconduitz du roy des François pour deux navires de ce parti, du port de iijc tonneaux ou au dessoubz, chascun navire pour le fait de toutes manières de marchandises; lesdiz saufconduiz durant chascun ung an, et de les renouveler au bout de l'an ainsi que besoing sera.
Item, et pour entretenir de point en point l'appointement devantdit, fait entre mondit sgr de Chorosbery et ledit sire Olivier de Coectivy, en la forme et manière comme il est plus à plain déclairé aux articles cy devant escriptes, mondit s£r le conte à ceste partie, demourante vers ledit sire Olivier, a mis son seing manuel et séel de ses armes, et tout sans fraude, barat ou mal engin quelconques.
Fait en nostre manoir de Ghusnall, l'an et jour dessusdiz.
Talbot.
Copie contemporaine sur papier.
I. Sic pour Chefild, comme ci-dessus et dans la pièce qui suit.