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Cette bibliographie générale compte près de 2000 titres. Les travaux référencés ont été écrits en français, en anglais, en allemand, espagnol, italien, néerlandais, sans restriction géographique ou chronologique dans les sujets traités. Pourvu d'un index des noms d'auteurs, Le littéraire et le social rend disponibles les références à tout ce dont les étudiants et chercheurs ont besoin en recherche, en sociologie de la littérature, en sociocritique, en sociopoétique ou encore en histoire sociale du littéraire.
Anthony Glinoer explore dans ce livre l'histoire et les enjeux de la littérature frénétique (également appelée noire, d'horreur, gothique) en France. Après avoir situé ce genre dans le cadre des débats sur la littérature industrielle, la première partie du livre retrace l'histoire du genre dans la littérature française du XVIIe au XXe siècle (Rosset, l'abbé Prévost, Sade, Nodier, Hugo, Dumas, le théâtre du Grand-Guignol, l'avènement du cinéma fantastique, Jean Ray, la littérature gore). Revenant à l'époque romantique, le livre se penche dans sa seconde partie sur le développement d'un roman frénétique hérité du gothic novel anglais dans la littérature française. Histoire de l'édition, histoire de la critique, analyse des discours sont mobilisés pour étudier les conditions de production et de reconnaissance de la littérature à cette époque et pour répondre à cette question : pourquoi et comment le frénétique a-t-il subi un tel dénigrement en France ?
Depuis qu'au milieu du XIXe siècle Henri Murger a appelé « bohèmes » une bande d'artistes vivant d'amour et de pain sec à Paris, le bohème et la vie de bohème n'ont plus quitté l'imaginaire social. Ils ont existé dans les faits et dans les textes littéraires non seulement à Paris mais à Madrid, à Varsovie, à Oslo et à New York, tandis que la chanson de Charles Aznavour et l'opéra de Puccini sont entrés dans le patrimoine culturel mondial. Ce livre fait émerger d'une vaste masse de discours des lieux emblématiques, des pratiques collectives, des vies exemplaires, des figures antagonistes, des variations sur le thème de la bohème. Le lecteur rencontre Albert Glatigny, Nina de Villard, la Brasserie des Martyrs, les orgies fictionnelles ou encore la bohème montréalaise. Au fil des chapitres, la bohème se dévoile comme un objet inséparablement imaginaire et social, façonné et incarné par de nombreux hommes de lettres et d'art. Anthony Glinoer poursuit ici son exploration des phénomènes collectifs au XIXe siècle. Il procède en sociologue des faits et des imaginaires littéraires pour dresser le portrait d'une des figures clés de nos représentations de la vie d'écrivain et de la vie d'artiste, depuis Murger jusqu'aux bobos.
Le mot cénacle n´évoque plus aujourd´hui qu´un groupuscule ourdissant quelque complot. Or, au XIXe siècle, le "Cénacle" - nous dit Balzac dans Illusions perdues - est souvent perçu au contraire comme un cercle de "grands esprits", rassemblés autour d´une figure charismatique, occupés à poser les jalons de l´Art de demain. Réfugiés hors de l´espace public, liés par une estime mutuelle autant que par leur foi absolue dans l'art et la littérature, ces artistes veulent échapper aux grandes tentations que sont le journalisme, le mercantilisme ou l´académisme. Figure de l´imaginaire élevée au rang de mythe, le cénacle est aussi un objet bien réel, justiciable d´une approche historique et sociologique. En retraçant les contours de cette forme inédite de regroupement, qui évolue en contrepoint des autres "lieux de l´esprit" parisiens (salons, cafés, dîners, académies, cercles), A. Glinoer et V. Laisney tentent d´expliquer comment elle s´impose, au XIXe siècle, comme la sociabilité de référence des poètes et des peintres, et comme le principal vecteur des grands courants littéraires et artistiques. Elaboré à partir d´un vaste corpus de correspondances, de journaux intimes, de romans, d´articles ou de poèmes, cet ouvrage s´ouvre avec la Secte des Méditateurs (1800) et s´achève avec le Groupe de l´Abbaye (1908). Au fil des pages, le lecteur croisera les grands noms de la peinture et de la littérature françaises du XIXe siècle (Hugo, Balzac, Courbet, Flaubert, Baudelaire, Manet, Mallarmé, Zola, etc.) et s´immergera dans tous les mouvements artistiques qui l´ont marqué
Tout au long du xixe siècle, la France a vécu au rythme des insurrections. Qu'elles aient été transformées en révolutions ou qu'elles aient été éteintes, réprimées, trahies, les insurrections ont modelé le rapport à l'histoire en train de s'écrire. Ce livre se propose de reprendre à nouveaux frais une double question dont les enjeux sont profonds : ce que l'insurrection, temps d'ouverture des possibles, espérés ou craints, fait à l'écriture et à la littérature ; ce que la littérature, ses auteurs, ses topiques, fait dans le temps insurrectionnel. Comment les moments insurrectionnels ont-ils redéfini la fonction et le statut d'écrivains comme Jules Vallès, Eugène Sue et Louise Michel, d'un genre comme les mémoires de protagonistes de l'insurrection, d'un médium comme le journal ? Comment les discours littéraire et historien travaillent-ils l'insurrection, au moyen de quelles mises en intrigue, de quelles mises en forme particulières et avec quelle efficacité ? Quelles rencontres peut-on observer, par exemple, entre le Dumas des journaux de 1848, le Hugo des Misérables et le Michelet de l'Histoire de la Révolution française ? Quel sens, enfin, donner aux prises d'écriture anonymes, par lesquelles les acteurs tentent de s'inscrire dans l'histoire ? Historiens et littéraires, à parts égales, ont été invités à répondre à ces questions. Partant de cas d'études qui empruntent tant à la Grande révolution de 1789-1794 qu'aux insurrections de 1848 et à la Commune de Paris, les articles qui composent cet ouvrage montrent qu'il existe bien à cette époque un lien fort entre littérature et insurrection qui doit être repensé.
Volontiers snobé par les écrivains, qui pourtant l'ont souvent pratiqué, le roman à clés est suspect. Il ne l'est pas moins aux yeux des universitaires adeptes de l'herméneutique textuelle, qui le réduisent ordinairement à une opération de cryptage par l'écriture et de décryptage par la lecture. Trouver les bonnes clés (noms, lieux, événements) et les ajuster aux bonnes serrures seraient les seuls gestes appelés par ces romans lus en détournant la tête. À rebours de cette double doxa, qui simplifie les mécanismes du genre et l'identifie à un seul de ses nombreux avatars, les contributeurs au présent volume ont relevé le défi d'examiner vraiment, en les prenant au sérieux, un corpus diversifié de romans à clés - de Balzac à Jean-Benoît Puech et Olivier Rolin en passant par Rachilde, Proust et Simone de Beauvoir -, à côté d'autres formes de travail sur la référentialité telles que l'autofiction, les notices biographiques des dictionnaires parodiques, les biographies imaginaires ou encore la métafiction dans le cinéma de Woody Allen. L'attention se trouve ici portée non seulement sur le fonctionnement des oeuvres retenues, mais aussi sur les dérèglements, les pratiques ludiques et les enjeux de pouvoir qui s'y cachent. Loin d'être une simple transposition de potins littéraires, le roman à clés ouvre ainsi sur une réflexion touchant aux frontières entre fiction et référence au réel.
Ce numéro d'Études littéraires se propose de réfléchir aux relations entre la presse et la littérature, de la fin du XVIIIe au XXe siècle. Si naguère la recherche distinguait soigneusement les territoires médiatiques et littéraires, le renouveau de l'histoire culturelle et de l'histoire littéraire, ainsi que la vague de fond sociocritique nous ont appris à revisiter ces frontières trop communément acceptées. Certes, nulle discipline scientifique ne peut penser et se penser sans frontières : ici le territoire de la littérature, les rapports d'un texte avec son « co-texte », l'établissement des limites d'un corpus, ou encore toute la question des effets du texte sur le social, effets qui supposent à la fois des passages et des blocages entre le texte et le monde. Pour les historiens comme pour les littéraires, il n'y a sans doute pas de pensée possible sans frontière, sans limites et sans articulation fines de ces frontières et limites. Or, les études actuelles de la presse, qu'elles soient celles de l'histoire culturelle, de l'histoire littéraire, de la sociocritique ou de la sociologie de la littérature et de l'imprimé, sont emportées dans un grand mouvement de redéploiement. La raison essentielle en est sans doute la prise de conscience de l'immense valeur qui gît dans ce continent englouti qu'est la presse. En revisitant les hiérarchisations des corpus et les collaborations d'à peu près tous les écrivains à la presse; en explorant et en analysant les genres médiatiques qui constituent le corpus journalistique; en mettant en relation directe les poétiques médiatiques et les poétiques littéraires pour voir comment elles interagissent; en réévaluant à la hausse la qualité sémiotique accordée aux diverses représentations issues du journal, susceptibles, peut-être aussi bien que le roman, de dire le monde qui les a vues naître : en tout cela les études littéraires confèrent une valeur irremplaçable à l'objet journal et y trouvent une source de leur renouvellement. Ce numéro d'Études littéraires entend contribuer à cette réflexion et invite à penser la littérature par la presse.
Qu'est-ce qu'une date dans l'histoire de la littérature ? Pour une large part, nous sommes encore tributaires d'une pensée où le social, et tout particulièrement le politique, imprime sa marque et ses scansions de manière directe sur l'univers des lettres ; par un glissement insidieux, la date littéraire est bien souvent dans les faits une date politique. Cela commence d'ailleurs avec cette partition de l'histoire littéraire en deux vastes époques, la littérature de l'Ancien Régime et la littérature moderne, en une périodisation reposant davantage sur une pensée mythique de la césure révolutionnaire (et sur la commodité de la relative symétrie séculaire des deux époques) que sur des données objectives liées aux corpus. Et cette primauté du politique sur le littéraire s'accentue et joue systématiquement dans le cas du xixe siècle. Cela est explicable. Rythmé par d'incessantes révolutions et contre-révolutions, marqué par la promotion de doctrines sociales de tout acabit, ayant vu naître la presse et l'opinion publique, ce siècle est non pas plus politique qu'un autre, mais confère au discours politique une présence forte et continue. De là à conclure que la littérature en est influencée, il n'y a qu'un pas, que l'on peut franchir sans trop de précaution puisqu'il est certain que l'oeuvre de Chateaubriand est structurée par la fracture révolutionnaire, que La confession d'un enfant du siècle est un commentaire de la défaite napoléonienne, que Le rouge et le noir porte en sous-titre « Chronique de 1830 », ou que Les châtiments s'érigent contre la figure de Napoléon III