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Un coup de feu retentit dans les couloirs de l'Université américaine de Beyrouth. Son directeur, Malcolm Kerr, 52 ans, est sauvagement abattu d'une balle dans la nuque ce 18 janvier 1984. L'intellectuel se savait en danger dans ce Liban en pleine guerre civile, où les Occidentaux ne sont plus les bienvenus. Deux terroristes islamistes affiliés au Hezbollah ne l'ont pas épargné.
Le lendemain, la nouvelle fait la une des journaux aux Etats-Unis. Surtout, elle déchire une famille entière. Une épouse et quatre enfants pleurent la disparition de leur mari et papa. Parmi eux, Steve Kerr, 18 ans. Le jeune étudiant suit un cursus en sociologie, histoire et anglais à l'Université de l'Arizona. Grand amoureux de sport, il joue pour son équipe de basketball. Une activité qui lui permet de surmonter la tragédie qu'il vient de vivre. «Jouer au basket m'a éloigné de ce qui se passait. Ça m'a aidé et m'a donné un peu de temps pour me détendre», expliquera-t-il bien des années plus tard.
🔴 Et c'est fait, Golden State champion NBA, 103-90 lors du game 6 face à Boston. 34 pts, 7A, 7R pour Steph Curry (6/11 à 3 pts), qui remporte sa 4e bague en 13 saisons et rejoint LBJ et Shaq (1 derrière Kobe, 2 derrière Jordan et 7 derrière Bill Russell) pic.twitter.com/887v0Ysbf5— Philippe Berry (@ptiberry) June 17, 2022
Après ce drame, toute la vie de Steve Kerr a été rythmée aux sons des ballons qui rebondissent et des crissements de semelles sur le parquet. Son diplôme universitaire en poche, il arpente les salles de NBA pendant quinze ans entre 1988 et 2003. Doté d'un shoot exceptionnel, il détient encore aujourd'hui le record du meilleur pourcentage de tirs à trois points réussis sur l'ensemble d'une carrière (45,4%).
Son habileté lui ouvre les portes de prestigieuses équipes comme les Chicago Bulls. Dans l'Illinois, il fait partie de la dream team, menée par Michael Jordan, qui réalise un incroyable triplé (championne en 1996, 1997 et 1998). Il ajoute deux autres trophées NBA dans son armoire personnelle en étant sacré avec les Spurs de San Antonio en 1999 et 2003.
Si le palmarès de Steve Kerr comme joueur est exceptionnel, on risque pourtant de se souvenir davantage du natif de Beyrouth avec le costume d'entraîneur. Déjà, parce qu'à seulement 56 ans, il compte quatre titres avec les Golden State Warriors (2015, 2017, 2018 et donc 2022) et est bien parti pour rattraper le légendaire Gregg Popovich (5), 73 piges, son ex-coach à San Antonio. Mais surtout parce qu'il est une personnalité très marquante de la NBA, qui a construit sa notoriété autant à côté des parquets que dessus.
Le mois dernier, l'une de ses conférences de presse a fait un immense buzz dans les médias du monde entier et sur les réseaux sociaux. Larmes aux yeux, gorge nouée, il annonçait dès sa première phrase qu'il ne parlerait «pas du tout de basket» ce jour-là. Non, à la veille d'un match de play-off, ses préoccupations n'étaient aucunement sportives mais sociétales. Comme souvent.
Sans qu'aucun journaliste ne lui tende de perche, le coach de Golden State s'est lancé dans un plaidoyer de près de trois minutes pour la régulation des armes à feu. Une intervention pleine d'émotions, quelques heures après la tuerie dans l'école primaire d'Uvalde au Texas (19 enfants, 2 enseignantes et l'auteur de la fusillade sont décédés).
«Quand allons-nous faire quelque chose? Ça suffit!», a par exemple crié Steve Kerr, alternant sanglots et coups de poing rageurs sur la table durant son monologue. Il s'en est violemment pris aux représentants républicains, qui refusent de légiférer sur la question:
Il a finalement quitté son pupitre, fou de rage et lâchant d'une voix tremblante: «C'est pathétique! J'en ai assez».
Derrière ces intenses émotions rôde bien évidemment le fantôme de l'assassinat par balles de son père, 38 ans plus tôt. Ce n'était pas la première fois que la légende du basket s'exprimait sur cette thématique. Mais ses prises de position publiques ne se limitent pas à elle. Non, le combat sociétal de Steve Kerr est bien plus large. «Il nous soutient dans tous les domaines quand nous essayons de mettre en lumière les injustices et les problèmes sociaux», applaudissait en 2021 Damion Lee, l’arrière de Golden Sate.
En 2016, après la mort d'un homme noir tué par des policiers alors qu'il rejoignait sa voiture les mains en l'air, l'entraîneur des Warriors invitait publiquement à la révolte des esprits:
La même année, juste après l'élection présidentielle, Steve Kerr se payait aussi la tête de Donald Trump. «Les gens sont payés des millions de dollars pour aller à la télévision et se crier dessus, que ce soit dans le sport, la politique ou le divertissement, et je suppose que ce n'était qu'une question de temps avant que cela ne se répande en politique», se désolait-il, avant d'enchaîner:
En 2020, dans le contexte du meurtre de George Floyd après une nouvelle bavure policière, l'ex-coéquipier de Michael Jordan fondait un «comité sur les injustices raciales et la réforme» avec son mentor Gregg Popovich et d'autres coachs de la NBA, histoire de trouver des solutions à ces discriminations.
Alors oui, la perte tragique de son père et les décès brutaux dans la guerre du Liban de personnes qu'il avait côtoyées à Beyrouth semblent avoir conféré à Steve Kerr une sensibilité et une empathie particulières. Des qualités ô combien appréciables chez un citoyen mais également indispensables à un coach dans un sport de haut niveau, où les dimensions psychologique et communicationnelle sont devenues primordiales.
Plus anecdotique mais ô combien révélateur: après les plaintes de fans des Golden State d'avoir fait le déplacement de San Francisco à Denver pour rien parce que les stars de l'équipe avaient été mises au repos, le coach des Warriors a envoyé, en personne, un mail d’excuse à chacun d’entre eux. Il leur expliquait qu’il comprenait totalement leur point de vue mais que faire tourner son effectif était la seule chose possible à cause du calendrier trop chargé.
Le nonuple champion de NBA a eu la chance de pouvoir façonner son ouverture sur le monde pendant sa jeunesse, en côtoyant le cercle érudit de ses parents intellectuels qui venait souvent à la maison les dimanches après-midi. «Ce serait totalement différent sans cela», avouait-il dans le New York Times.
Dans un essai qu'il publiait sur le conflit israélo-palestinien, Malcolm Kerr écrivait que «l'homme véritablement civilisé est marqué par l'empathie». Où qu'il soit aujourd'hui, il peut être rassuré: son fils a compris le message.
Si Murat Yakin était derrière sa TV ce mardi soir pour le match de Ligue des champions entre Young Boys et l'Etoile rouge Belgrade, il ne sera pas resté indifférent à la prestation de Lewin Blum. Le jeune latéral droit bernois (22 ans) a été brillant face aux Serbes, tant défensivement qu'offensivement.