Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07094.jsonl.gz/532

Ce couple qui se fait face et semble se déchirer, indifférent au monde, perdu dans une foule qui ne les remarque même pas - les regards des figurants fixent invariablement un point hors-champ -, ce couple à peine masqué par un véhicule formant comme un mur séparateur juste devant eux. George Sanders et Ingrid Bergman, un couple qui se délite, se perd et se retrouve, se sépare et s'égare, se masque et se démasque, se fait, se défait, se méfait et s'abîme, dans un mouvement - celui d'une procession, apprend-on en visionnant le film - sans point de correspondance avec le titre du métrage, annonciateur d'une balade touristique qui s'apparente très vite à un miroir des sentiments et à une chute dûment programmée. Sanders, inattendu, égaré chez Rossellini, formant couple avec Bergman, égérie, muse et inspiratrice du cinéaste, actrice dont la vie finit par épouser la carrière, au propre comme au figuré. Récit d'une séparation et de retrouvailles impossibles, tout converge ici vers cette étreinte improbable (photo ci-dessous) qui vient juste après cette image, dans la continuité d'un plan composant avec le réel, du moins le suppose-t-on, à raison ou à tort. Voyage en Italie, chef d'oeuvre de 1954, immersion en territoire inconnu, celui des tourments de l'âme.
Voyage en Italie passe actuellement aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle Ingrid Bergman.