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La biodiversité en chênaie*
* Lesen Sie unsere Autoren in deren Muttersprache.
- Avez-vous apporté vos jumelles… optiques, bien entendu!?
Telle a été la question, surprenante au premier abord, posée par le Pr. Varley, un entomologiste connu, lors de notre premier contact au début d'un stage que j'effectuais dans son laboratoire oxfordien.
Réponse affirmative.
- Bien, dit-il. Comme entrée en matière, vous les utiliserez pour observer les chênes dans la forêt de Wytham. Revenez me voir lorsque vous aurez quelque-chose à me raconter. Good luck.
Et durant des heures et des heures, jumelles braquées sur un chêne centenaire, j'ai suivi la consigne. Dans un cas semblable, d'abord on ne voit rien, car on ne sait que regarder. Mais peu à peu apparaissent les traces d'une activité biologique intense au sein de la canopée et sur l'écorce. Les feuilles sont dévorées de plusieurs façons par différentes espèces de chenilles, les unes attaquent le bord, d'autres les replient en fourreaux protecteurs pour y chercher une illusoire protection contre la tarière des ichneumons parasitoïdes. Certaines d'entre elles descendent au sol pour s'y chrysalider, suspendues à un fil de soie, sans savoir que des coléoptères carnassiers les attendent dans la litière. Une multitude de mouches volètent dans la canopée. Des larves de petites guêpes induisent la formation de galles. Des fourmis montent du sol pour se gorger de miellat dans les colonies de pucerons. Bref, à lui seul, ce chêne est une véritable arche de Noé dont la cargaison est appelée une biocénose par les biologistes.
De retour chez mon mentor, je lui parle de cette profusion d'espèces.
- Combien pensez-vous en avoir aperçu?
- Quelques dizaines.
- Sachez que nous en avons recensé plus de 1200 sur la vingtaine de chênes que nous étudions depuis une quinzaine d'années.
Puis de m'expliquer que dénombrer et déterminer des espèces, ce n'est toucher qu'à un aspect de la diversité biologique (à l'époque, le terme de biodiversité n'avait pas encore été créé), mais que le but final est de comprendre l'organisation et le fonctionnement systémique d'un ensemble d'espèces vivant dans un certain espace, au sein d'une chênaie par exemple.
Animaux, végétaux et bactéries ont entre eux des rapports souvent complexes, tels la nutrition, la compétition, le parasitisme. Par exemple, la phalène hiémale, un petit papillon susceptible de proliférer et de causer des dégâts, a été étudiée "sous toutes les coutures" par l'équipe du Pr. Varley.
Sa chenille se nourrit du feuillage du chêne. L'arbre se défend en accumulant du tanin dans ses feuilles, ce qui les rend indigestes et ralentit la croissance des chenilles, les exposant ainsi plus longtemps à l'attaque de leurs antagonistes.
À l'endroit des morsures, la sève s'écoule et attire une mouche parasite, laquelle pond des œufs minuscules à l'endroit où la chenille mange. Celle-ci les avale avec sa nourriture, ils éclosent dans son intestin et les petits asticots tuent leur hôte en le dévorant de l'intérieur. Les bactéries se chargent de décomposer les restes du cadavre. Mais peut-être qu'une mésange mettra tout le monde d'accord en gobant le tout. Connaître ces relations permet de définir la place de chaque espèce dans cet enchevêtrement de mangeurs et de mangés qu'on appelle un réseau alimentaire. A la diversité des espèces correspond celle des régimes alimentaires et des fonctions.
C'est à partir de telles observations qu'un autre oxfordien, Charles Elton, pionnier de l'écologie, a proposé quelques clés pour comprendre le fonctionnement des communautés animales, c'est-à-dire l'organisation de la biodiversité. La principale d'entre elles énonce que chaque espèce y occupe une niche particulière définies par son régime alimentaire, ses préférences microclimatiques, ses aptitudes compétitives, bref, par un ensemble de qualités qui déterminent sa place et sa fonction dans la biocénose. Chacune des 1200 espèces de la chênaie occupe ainsi une niche qui lui est propre et qu'elle s’efforce de conserver face à ses compétiteurs.
Voilà ce qu'il faut avoir à l'esprit lorsqu'on parle de préserver la biodiversité. On ne peut la concevoir simplement comme une foule d'espèces grouillant au hasard dans les espaces continentaux et océaniques, indépendamment les unes des autres. Il faut considérer chaque espèce d’être vivant comme une pièce – souvent irremplaçable - de l'immense puzzle de la vie.
Peut-être, amis lecteurs, penserez-vous à ce billet lors de vos prochaines promenades en forêt. Mais surtout, n'oubliez pas vos jumelles … optiques, bien entendu!
Weiterführende Informationen
- Université de Neuchâtel (auf Französisch)
- Société neuchâteloise des Sciences naturelles (auf Französisch)
- Schweizerische Entomologische Gesellschaft
- Autorform von Prof. Willy Matthey auf der Webiste von PPUR (auf Französisch)