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Une des trouvailles extraordinaires a été celle de 14 tableaux de membracides (avec les cadres), par l’artiste et entomologiste Leopoldo Richter, trouvés dans une armoire au fond d’une salle de compactus dédiée aux arthropodes !
Richter est né en 1896 à Groß-Auheim en Allemagne, mais il a passé son enfance à Lahr, au bord de la Forêt Noire où il s’est pris de passion pour les plantes et les insectes dès son plus jeune âge. Quand la première guerre mondiale commence en 1914, il a alors 18 ans et est conscrit dans l’armée. Blessé à la bataille de la Somme en 1916, il fut renvoyé en Allemagne en 1916 et commence son premier travail en tant que dessinateur technique à l’usine aéronautique Junkers de 1917 à 1918.
Après des études de mathématiques et de sciences naturelles à Karlsruhe et à Munich, il exerce en tant que professeur. C’est lors d’un travail à Bâle que Richter rencontre l’entomologiste suisse Eduard Handschin (1894-1962), qui deviendra par la suite un ami et qui stimulera son intérêt pour les homoptères.
Après quelques voyages en Amérique de Sud, Richter décide de s’établir au Brésil en 1932 en raison de la situation politique en Allemagne. C’est là-bas qu’un entomologiste brésilien, le Père Pio Bock, attire son attention sur les membracides, un groupe dont il est le spécialiste.
En 1935, Richter déménage définitivement à Bogota en Colombie, où il occupe un poste d’entomologiste à l’Institut de botanique de l’Université Nationale en 1939. Richter expliquera souvent que son travail est fait «loin de toute littérature et des laboratoires, [mais] dans le milieu naturel des insectes, c’est-à-dire dans les friches des Andes de Colombie et les jungles de l’Amazonie et de l’Orénoque jusqu’aux côtes des océans Atlantique et Pacifique». Il a étudié et récolté beaucoup d’insectes, mais il a aussi observé des plantes, des animaux et a également examiné les coutumes des indigènes comme le ferait un Humboldt des temps modernes.
Richter explique également : « … [j’ai] passé vingt ans de ma vie à étudier ces insectes (Membracidae) qui me fascinaient […]. J’ai été très occupé à les dessiner et à les peindre pour qu’ils soient non seulement scientifiquement précis, mais aussi d’un point de vue artistique, impeccables, pour que je puisse apprendre d’eux moi-même, et aussi pour faire prendre conscience aux autres d’une beauté cachée que personne d’autre ne remarquerait. ».
Leopoldo Richter considère que son regard de plasticien est un outil important et singulier pour parfaire la restitution visuelle et scientifique du vivant qui a été l’objet de sa recherche. Rendre intelligible ses observations est un aspect important tant pour la science que pour les arts visuels.
Sa singularité est visible à travers le style (qui s’inscrit dans la période de l’après-guerre) de ses dessins et croquis d’artiste ; mais également par le fait qu’il a laissé s’épanouir la notion de beauté esthétique à travers son travail de scientifique, ce qui était un aspect important pour lui.
On peut observer ces aspects à travers sa sensibilité d’observation et par la réalisation de ses travaux en tant que dessinateur et aquarelliste (visible notamment dans les planches qu’il a léguées au Muséum), mais aussi dans ses publications, où le dessin occupe une place importante dans ses descriptions.
Ce qui frappe dans ses illustrations scientifiques, c’est la matérialité, la plasticité picturale des diverses consistances de la biologie et la physionomie des membracides étudiés, qu’il met en œuvre afin de rendre visible toute la complexité de ces spécimens qui mesurent entre 4 mm et 30 mm.
Richter a publié plusieurs contributions scientifiques sur les membracides de Colombie et d’autres pays d’Amérique du Sud entre 1940 et 1958, mais il a aussi exposé ses œuvres artistiques dans plusieurs galeries, en Colombie et ailleurs à partir de 1956. Son œuvre n’est pas seulement composée des dessins et de peintures, mais également de céramiques. D’ailleurs, il est probablement davantage connu en tant qu’artiste qu’en tant qu’entomologiste. Une exposition dans sa ville natale en 2020 commentait que « son savoir-faire et la variété de ses techniques, approfondis dans son thème universel (la forêt, le monde, la vie des indigènes, la flore et la faune) font de Leopoldo Richter un artiste individuel, indépendant du temps et des tendances de la mode. ».
Les 14 tableaux ont été donnés au Muséum de Genève par Richter en 1977. Ils ont été apportés à Genève depuis la Colombie par Walter Röthlisberger, un résident suisse de Bogota, qui était alors en voyage en Europe. Ce dernier était l’interlocuteur principal entre Richter et le Muséum. Ce don peut être attribué aux bonnes relations entre l’équipe du Muséum et le vieil ami de Richter : Eduard Handschin.
Enfin, on constate que certains de ces quatorze tableaux sont similaires aux dessins utilisés par Richter dans ses publications, tandis que d’autres semblent être complètement inédits.
Références :
→ Article disponible sur abonnement : Restrepo-Mejia, R. 1985. In memoriam Leopoldo Richter (1896-1984). Caldasia 14(67): 181-183. https://www.jstor.org/stable/43405950
→ Article disponible sur abonnement : Richter, L. 1954. Membracidae Colombianae. Caldasia 6(30): 269-380. https://www.jstor.org/stable/i40177573