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Le lundi 15 novembre 1920, les rues et les grands hôtels de Genève ont vécu une vraie journée d'ébullition. La foule était au rendez-vous pour assister à un véritable ballet diplomatique, somme toute assez inédit pour l'époque: l'arrivée en ville des délégations d'une cinquantaine de pays.
Car l'enjeu est de taille: il s'agit de mettre sur les rails la Société des Nations, une nouvelle organisation émanant du traité des Versailles, signé en 1919 en vue de préserver la paix en Europe après la fin de la Première Guerre mondiale.
L'influence de Gustave Addor
Mais pourquoi Genève a-t-elle été choisie il y a 100 ans? Le siège de la nouvelle Société des Nations est en effet très convoité mais le Genevois Gustave Addor, grâce à ses réseaux protestants et humanitaires, va faire la différence.
Plutôt que Paris ou Bruxelles, l'organisation choisit de s'installer dans la ville du bout du lac, dans l'ancien hôtel National rebaptisé Palais Wilson en hommage au président américain Woodrow Wilson, l'un des principaux promoteurs de la SDN.
Et cette décision va transformer Genève en un véritable carrefour international, qui a perduré jusqu'à aujourd'hui.
L'âge d'or et le déclin
Dans les années 20, c'est l'âge d'or de la SDN avec des rencontres de grands hommes d'Etat à Genève, tous faisant le déplacement pour maintenir la paix. Puis c'est le déclin, ce qui fait dire à beaucoup que la SDN est un échec, car elle ne parvient pas empêcher l'ensemble des crises qui ont précédé la Deuxième Guerre mondiale, comme la guerre civile espagnole, l'agression italienne contre l'Ethiopie ou l'impérialisme japonais.
Puis la Société des Nations est impuissante face à l'annexion de l'Autriche par Hitler et aux menaces allemandes contre la Pologne. L'Allemagne, l'Italie et le Japon claquent la porte et la Seconde Guerre mondiale est déclarée sans qu'elle ne puisse intervenir.
La SDN est finalement dissoute en 1945 et sera remplacée par l'Organisation des Nations unies (ONU), qui reprend un certain nombre de ses agences et organismes. Pour l'historien Bernard Lescaze, interrogé dimanche dans le 12h45, la SDN "n'a jamais joui des mérites qu'on aurait dû lui reconnaître, car si elle a échoué à prévenir la Seconde Guerre mondiale, elle a, dans de nombreux domaines techniques, pavé la voie à l'ONU".
Un livre pour réhabiliter l'ancêtre de l'ONU
A l'occasion de ce centenaire, Bernard Lescaze et Olga Hidalgo célèbrent la SDN dans un ouvrage en deux volumes intitulé "100 ans de multilatéralisme à Genève, de la Société des Nations à l'ONU".
L'ambition de ces écrits est d'effacer une certaine injustice qui perdure en ce qui concerne la Société des Nations et son rôle précurseur dans le multilatéralisme.
Quant au second volume, il est consacré à l'impressionnant développement des Nations unies et à l'influence de ses organismes mondiaux sur notre quotidien.
Sujet TV: Nicolas Vultier
Adaptation web: Frédéric Boillat