Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07151.jsonl.gz/625

Les films d'Henry Brandt
La Suisse s’interroge
ou comment 5 films de 3 minutes ont ébranlé les certitudes helvétiques.
Avons-nous résolu tous nos problèmes? Telle est la question posée en 1964. La direction de l'Expo pense que le cinéma est «le mieux à même de fouiller le présent et d’observer certaines réalités pour nous les transmettre sans trucage, sans fard, voire crûment». Cette formule révèle toutefois une conception quelque peu naïve du cinéma, moins reflet d’une réalité que mode d'expression et vision du monde.
Henry Brandt, dont la renommée cinématographique est faite depuis 1953 (Les nomades du soleil) reçoit le mandat. Il propose un langage cinématographique pensé en fonction de l’espace d’exposition. Il joue sur la couleur, la musique, les formats des pellicules, le nombre d’écrans et propose de regarder, debout, 5 séquences à hauteur d’homme, au fil d’un parcours sinueux.
1re séquence: La Suisse est belle
En cinémascope couleur. Une Suisse belle et rassurante où tout marche bien s’exhibe sur le mode hollywoodien. La séquence s’achève toutefois sur la question: est-ce que vraiment tout marche aussi bien?
2e séquence: Problèmes
Quatre nouvelles questions illustrées par un tournage noir et blanc sur un écran ordinaire contrastent avec l’écran initial.
Main d’œuvre étrangère: quel est leur sort? Ils doivent repartir: que ferions nous s’ils ne revenaient pas? Crise du logement. A quel prix va-t-on se loger en Suisse?
Vieillards en proportion croissante dans une société obsédée par le rendement. Que ferons nous d’eux?
«Nous manquons de maîtres d’école, de professeurs de médecins, d’ingénieurs, de techniciens, de chercheurs, de cadres. Faisons-nous assez pour assurer la relève»
3e séquence: La course au bonheur
Projetées en noir et blanc sur un écran, les images synthétisent la vie de famille, «une forme de solitude en commun» où «chacun travaille pour gagner davantage et se procurer toujours plus de biens matériels».
La petite vendeuse rêve de stars, son mari en col blanc rêve de luxe (la Buick) qui contraste avec le nettoyage familial de la bagnole pour la promenade du dimanche.
L’enfant à la casquette, solitaire à l’arrière de la voiture, s’interroge: «C’est ça la vie?»
4e séquence: Croissance
Trois écrans offrent en simultané une interrogation en couleur sur la maîtrise qualitative du progrès adulé par une société prométhéenne. De ce temps de l’abondance source de changements Brandt retient la croissance démographique (on pense alors la Suisse avec 10 millions d’habitants) et le développement anarchique de l’habitat. Sans ambage, il dénonce: «à cause de notre négligence, de notre égoïsme et de notre fausse quiétude, l’air et l’eau se polluent de plus en plus alors que la cité se développe dans le désordre.»
5e séquence: Ton pays est dans le monde
La projection se fait sur deux écrans et fait appel à des images d’actualités. Elle se veut «vision impressionniste et globale du monde moderne. L’interdépendance de toutes nos activités est devenue telle que nous ne pouvons penser et agir seuls. Nous ne pouvons plus ignorer que la moitié du globe a faim, que la bombe atomique nous menace nous aussi, que la civilisation devient planétaire, bref, que la Suisse fait partie d’un monde en transformation».