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Elections fédérales 2011: garder le sens des proportions
L’UDC n’a pas atteint son objectif électoral lors des élections au Conseil national de dimanche passé et elle a perdu des parts de suffrages. Elle fait ainsi partie des perdants de ce scrutin…
L’UDC n’a pas atteint son objectif électoral lors des élections au Conseil national de dimanche passé et elle a perdu des parts de suffrages. Elle fait ainsi partie des perdants de ce scrutin. L’UDC reste cependant de loin le premier parti de Suisse par le nombre de ses électeurs en réalisant le troisième meilleur score de l’histoire. Depuis 1963, aucun parti sauf l’UDC n’a obtenu une part électorale aussi élevée – à l’opposé du PS, du PRD et du PDC qui se retrouvent à des niveaux historiquement bas. Pour le PRD et le PDC, ce fut même le plus mauvais résultat depuis l’introduction du système proportionnel en 1919, pour le PS le troisième plus mauvais résultat. Parler dans ce contexte d’une « UDC démythifiée », c’est ignorer ces réalités. Le résultat des élections de dimanche confirme aussi clairement le droit de l’UDC à un deuxième siège au Conseil fédéral.
Le résultat final définitif des élections au Conseil national se solde pour l’UDC par un recul de la part électorale de 28,9 à 26,6% (-2,3%). Le PS obtient encore 18,7% (-0,8%) des suffrages, le PLR 15,1% (-2,6%), le PDC 12,3% (-2,2%), les Verts 8,4% (-1,4%), les Verts libéraux et le PBP 5,4% (+4,0% resp. +5,4%). Sur les huit sièges perdus par l’UDC par rapport à 2007, quatre avaient déjà dû être abandonnés durant la législature à la suite de la scission du PBD. L’UDC perd donc 4 sièges par rapport au statu quo, mais elle est toujours de loin le premier parti de Suisse par le nombre de ses suffrages et conserve le groupe parlementaire le plus important. Cela dit, l’objectif électoral de 30% a été clairement raté.
Parallèles par rapport à des élections précédentes
Il existe quelques parallèles entre les élections de dimanche dernier et celles de 1987. Les partis verts en pleine croissance et le parti des automobilistes réunissaient à l’époque environ 11% des suffrages. La conséquence était que tous les partis gouvernementaux ont perdu des voix, cédant diversement du terrain aux nouveaux venus. On a constaté le même phénomène en 2011. Les nouveaux partis PBD et Verts libéraux ont également réuni quelque 11% des suffrages, autant de parts électorales perdues pour les autres partis. Une fois de plus, les quatre principaux partis politiques ont perdu des plumes et l’UDC n’a pas échappé à ce développement. Du point de vue de l’UDC, on relèvera aussi que l’année électorale 2007, qui a apporté un résultat record au parti, était exceptionnelle à plus d’un titre. La phase finale surtout a été marquée par le complot ourdi contre Christoph Blocher et les manifestations violentes du 6 octobre. La base de l’UDC a été exceptionnellement mobilisée par ces événements. Un tel degré de mobilisation n’a pas été atteint cette année. Les pertes de sièges s’expliquent aussi pour une part non négligeable par l’absence d’alliances de listes, avec le PLR notamment. Grâce à des alliances ciblées, le centre-gauche a réussi à éviter des pertes, voire à gagner des sièges supplémentaires.
Le Conseil des Etats, un objectif à moyen terme
Le 7 avril 2011 l’UDC a annoncé qu’elle visait également au Conseil des Etats comme objectif à moyen terme une représentation conforme à sa part électorale (ce qui signifie environ 12 sièges). Il est en effet indispensable que l’UDC élargisse sa base à la Petite Chambre pour y défendre ses positions politiques avec la même vigueur qu’au Conseil national. Même des observateurs neutres admettent aujourd’hui que le Conseil des Etats a glissé ses dernières années vers le centre-gauche, un changement qui se manifeste surtout en politique étrangère et sociale ainsi qu’au niveau des interventions de l’Etat. Sachant bien que la mission était difficile, l’UDC a envoyé au combat ses têtes les plus profilés. Toute autre attitude eût manqué de crédit. Premier succès sur ce chemin long et difficile, l’UDC a réussi à provoquer des deuxièmes tours de scrutin dans plusieurs cantons et même à contraindre des conseillers aux Etats sortant à se retirer. Les fruits de cette stratégie visant à mieux ancrer l’UDC au Conseil des Etats ne pourront cependant être récoltés que dans quatre ou huit ans. L’UDC en était parfaitement consciente et elle l’a clairement dit au moment de lancer sa campagne pour le Conseil des Etats.
Aussi quelques développements positifs
L’UDC a cependant aussi bénéficié de quelques succès de taille dans ces dernières élections fédérales. L’obtention d’un premier siège au Conseil national dans le canton du Tessin est un important jalon dans l’histoire de l’UDC. Désormais l’UDC est aussi représentative de la Suisse italienne au niveau fédéral. Un mandat au Conseil national a également été conquis pour la première fois dans le canton de Nidwald. Les bons résultats obtenus dans les cantons, où une scission a dû être surmontée durant la législature écoulée, peuvent également été considérés comme un succès. Dans les Grisons, l’UDC nouvellement fondée est devenue d’emblée le premier parti du canton, un résultat que personne n’attendait l’année passée encore. Le même constat vaut pour la conservation de tous les mandats dans le canton de Berne. En Valais, l’UDC continue de gagner du terrain (+3,1%), réduisant du même coup la position dominante du PDC. Et n’oublions pas le combat quasi héroïque de l’UDC obwaldienne qui a réussi à augmenter sa part électorale de 10,2% (!). Il a fallu l’alliance contre nature de tous les autres partis pour évincer Christoph von Rotz de sa fonction. Des parts électorales ont également été gagnées dans les cantons du Jura, de Schaffhouse, du Tessin et de Vaud.
Détail réjouissant, la proportion de femmes dans le groupe parlementaire UDC a augmenté. On compte désormais six femmes parmi les 54 conseillers nationaux UDC, donc Natalie Rickli, la parlementaire fédérale ayant obtenu le plus de voix de toutes les conseillères nationales et de tous les conseillers nationaux.
Les jeunes renforcent également leur influence sur la politique UDC au Palais fédéral. L’UDC attaque cette nouvelle législature avec neuf parlementaires femmes et hommes qui ont quarante ans ou moins.
Rétablir la concordance qui a fait ses preuves
Le résultat de ces élections fédérales clarifie la situation en vue des élections générales au Conseil fédéral du 14 décembre 2011. L’UDC a toujours soutenu l’idée de la concordance selon laquelle les trois premiers partis par le nombre de leurs électeurs ont droit à deux sièges au gouvernement et le quatrième parti à un siège. L’UDC est de toute évidence le parti du Parlement fédéral qui compte le plus d’électeurs, si bien qu’elle a droit à deux sièges au gouvernement. Comme dans le passé, elle s’engagera pour la concordance également dans la perspective des élections au Conseil fédéral à venir. Il est indispensable que le premier parti de Suisse soit représenté par deux conseillers fédéraux pour relever les grands défis des années à venir comme la question de l’UE, la problématique de l’immigration, l’augmentation de la criminalité, la garantie des institutions sociales et la sauvegarde des emplois en Suisse. Il s’agit maintenant du bien-être de la Suisse et non plus de tactiques électoralistes ou d’autres de jeux politiques visant à accaparer du pouvoir. Les autres partis doivent clairement annoncer s’ils veulent poursuivre le système de la concordance ou s’ils veulent former une coalition.
Le cas normal d’un système de coalition est que le parti le plus fort forme un gouvernement avec des partenaires aux positions politiques semblables. Dans un système de concordance cependant, toutes les forces politiques importantes se réunissent pour représenter la majorité de la population même si ou plutôt parce qu’elles défendent des positions divergentes. Mais une coalition s’établit également quand le parti le plus fort n’est pas pleinement intégré dans le gouvernement ou si on exige des candidats au gouvernement des engagements politiques de toutes sortes. Or, ce sont précisément ces variantes que certains partis avancent aujourd’hui dans le débat. Si effectivement un tel système devait finalement s’imposer, l’UDC devra réfléchir précisément à ce qu’elle va faire. Les autres partis sont donc appelés à clarifier leurs positions avant le 14 décembre 2011. Le comité du groupe parlementaire UDC se réunira jeudi prochain pour adopter son carnet de route en vue des élections générales au Conseil fédéral.
L’UDC et ses sections cantonales procéderont dans les semaines à venir à une analyse détaillée des résultats des élections et de la campagne électorale et en tireront les conclusions qui s’imposent pour l’avenir.