Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06942.jsonl.gz/1106

J’ai choisi de faire ce travail en particulier, notamment parce que je pratique la course à pied depuis 2007 pour mon plaisir et depuis 2 ans à haut niveau. Je participe à des courses de toutes sortes : des courses de montagne, des courses sur piste (1500m, 3000m), des courses sur route (10KM, Semi-Marathon) et des cross. Je m’entraîne actuellement au Lausanne-Sports Athlétisme mais mon premier club a été les Traîne-Savates de Cheseaux.
Je me suis posé une question : est-ce que lorsque la participation augmente considérablement, la course perd-elle ou change-t-elle les valeurs qu’elle avait au départ et est-ce que le coureur qui effectue ces courses va-t-il aussi courir pour un autre but ou d’autres valeurs ?
Pour ce travail j’ai décidé de prendre comme exemples centraux la course des Traîne-Savates, qui est la 3ème course la plus courue du canton de Vaud et le marathon de New-York qui fait partie des courses les plus courues au monde.
Pour introduire mon travail, je vais d’abord vous parler des racines de ce que nous appelons aujourd’hui Marathon, puis je vais vous présenter un historique du Marathon de New-York et de la course des Traîne-Savates, quelques points économiques à relever les concernant, puis montrer leurs différences et pour finir je vais vous exposer les valeurs de la course à pied, en vous donnant mon avis ainsi que celui de certaines de mes connaissances sur leur nature mais aussi l’opinion de parfaits inconnus trouvés sur internet.
Le nom « Marathon » provient du lieu d’une des batailles de la 2ème guerre opposant Athènes et l’Empire Perse, la bataille de Marathon. Le conflit entre les 2 civilisations géographiquement opposées avait été déclenché par la destruction de cités grecques implantées non loin de l’Empire Perse et le massacre de leur population, commandités par Darius, leur roi. Les cités grecques étaient accusées d’être la source de révoltes d’autres cités sous le joug du grand empire. Athènes riposta, ne pouvant laisser impunies ces injustices commises contre leurs alliés. Les Perses décidèrent de partir à l’attaque et engagèrent le combat dans la plaine de Marathon à 40 kilomètres d’Athènes. Les Grecs prirent le dessus grâce à leur bonne connaissance de l’endroit. La victoire remportée, un nouvel enjeu se présenta : avertir Athènes le plus vite possible de leur victoire pour éviter une évacuation de la population et la préparation d’un état de siège. C’est pourquoi les Athéniens envoyèrent un messager en direction d’Athènes avec l’ordre de s’y rendre le plus vite possible. Après plus de 40 kilomètres de course, le messager serait mort d’épuisement juste après avoir crié la nouvelle.
Le marathon tel qu’on le connaît aujourd’hui est de 26 miles ; une distance qui correspond à la longueur du parcours du mythique messager. Cette discipline entre aux Jeux Olympiques de 1896 qui se déroulent à Athènes. Et comme le hasard fait bien les choses, c’est un berger grec qui franchit la ligne d’arrivée en tête.
Le marathon devient populaire avec l’arrivée du jogging et la popularisation de la course à pied à travers le monde. Entre les années 1970 et 1980, la plupart des grands marathons actuels se forment : Chicago, New-York, Paris, Berlin, Londres et Rome par exemple.
Le Marathon de New-York fait partie des courses les plus courues au monde. Partant du pont de Verrazano, sur Staten Island, passant ensuite par Brooklyn, le Queens, Manhattan, le Bronx puis finissant dans Central Park, ce marathon offre aux coureurs du monde entier l’occasion de courir sur l’un des plus beaux parcours au monde.
La première édition du Marathon de New-York s’est tenue en 1970. Elle fut organisée par Fred Lebow et quelques autres fans de course à pied qui avaient pris l’habitude de courir chaque dimanche le Marathon du Bronx. Mais cette année-là, Fred Lebow eut la folle idée de déplacer la course dans Central Park. Le nombre de participants n’explosa pas car seulement 127 personnes prirent le départ et moins de la moitié passèrent la ligne d’arrivée (55 au total). Le parcours n’était alors pas le même qu’aujourd’hui : les marathoniens faisaient plusieurs boucles dans Central Park. Le prix de l’inscription était presque symbolique (elle coûtait un dollar) et le budget des organisateurs était de seulement 1000 dollars. La course était néanmoins sponsorisée par de futures grandes marques comme Asics qui arrêtera sa fidèle collaboration avec l’évènement après l’édition 2016. La participation augmenta beaucoup grâce à la popularisation de la course à pied qui est due à l’apparition du jogging dans les années 1970.
Lors de l’édition de 1976 du Marathon de New-York, la course accueille déjà 2000 participants. Le parcours est changé, les participants courent maintenant dans les rues de la ville américaine et le tracé passe par 5 ponts new-yorkais. Le marathon homme est remporté cette année-là par Bill Rogers qui gagne cette épreuve 4 fois entre 1976 et 1979. De 1978 à 1980, le marathon rentre dans l’histoire grâce à la norvégienne Grete Waitz qui bat le record du monde féminin 3 fois consécutives en 3 participations.
En 1980, plus de 12000 marathoniens franchissent la ligne d’arrivée derrière l’Américain Alberto Salazar, l’actuel entraîneur du quadruple champion olympique et quintuple champion du monde sur 5’000m et sur 10’000m Mohammed Farah et de Galen Rupp (coureur américain, médaillé olympique). La course devient importante et le développement du jogging suit le mouvement. Alberto Salazar est aussi le vainqueur des 2 éditions suivantes.
Lors des années suivantes, 1981 et 1982, le taux de participation augmente progressivement, mais en 1989, la course atteint près de 25'000 finishers. Elle gagne près de 5'000 participants en 3 éditions, frôlant les 20'000 finishers en 1987.
L’année 1992 accueille le moment le plus émouvant vécu par les organisateurs : Fred Lebow, le fondateur de la course et directeur de l’organisation qui avait terminé en tant qu’athlète 69 marathons dans 30 pays différents, en rémission d’un cancer du cerveau, franchit la ligne d’arrivée aux côtés de la quadruple gagnante (Grete Waitz). Il décéda malheureusement 2 ans plus tard et fut remplacé par Allan Steinfeld à la tête de l’organisation.
Lors de l’année 1999, pour la première fois, plus de 30'000 participants franchirent la ligne d’arrivée. Mais ce pic de participation fut malheureusement entaché 2 ans plus tard par une descente aux enfers pour l’Amérique comme pour le marathon car l’édition postérieure aux attaques du 11 septembre n’accueillit que 23'000 personnes. Pas de panique, parce que dès l’édition 2002, le marathon retrouva 31'000 coureurs à l’arrivée.
Au cours de l’année 2003, la société mondiale de finance ING devint le sponsor principal de l’organisation. Elle s’engagea à promouvoir le sport chez les jeunes. Une année plus tard, la britannique Paula Radcliffe gagna une course extrêmement serrée face à la kényane Susan Chepkemei ; elle s’imposa avec une marge infime de 3 secondes.
L’année 2005 vit la victoire du détenteur du record du monde de la distance, le kényan Paul Tergat. 3 ans plus tard, Paula Radcliffe remporta sa troisième victoire à New-York. Elle devint la 2ème femme la plus titrée de l’événement derrière Grete Waitz.
Le taux de participation explosa jusqu’à atteindre un chiffre fou de 41'000 participants en 2009. La même année, le coureur américain Meb Keflezighi remporta la course et devint le premier américain à la remporter depuis Alberto Salazar. 2 ans plus tard, le kényan Geoffrey Mutai battit le record de la course (2h05’06’’) de 2 minutes et 31 secondes, record détenu jusqu’alors par l’éthiopien Tesfaye Jifar et qui datait d’exactement dix ans.
L’édition 2012 ne se déroulera pas : après de nombreuses hésitations, les organisateurs sont obligés de se rendre à l’évidence : à cause de la tempête « Sandy », le marathon doit être annulé. Surgit un mouvement de protestation des New-Yorkais qui voulaient avoir un toit et de l’électricité et ne voulaient pas que la ville utilise le courant pour des « riches marathoniens égoïstes ». Cette catastrophe ne perturbe pas du tout le tenant du titre, Geoffrey Mutai, qui remet ça en s’imposant en 2013 avec le temps de 2h08’24.
L’édition 2014 présente de jolies oppositions pour le marathon homme. Wilson Kipsang (ancien recordman du monde en 2013, 3ème aux JO 2012), Stephen Kiprotich (champion du monde 2013 et olympique 2012), Meb Keflezighi (vainqueur en 2009) et le tenant du titre, Geoffrey Mutai, s’opposent. Dans une course tactiquement passionnante, deux hommes se présentent en tête en ligne de mire de l’arrivée : le kényan Wilson Kipsang et l’éthiopien Lelisa Desisa. Le premier s’impose après une accélération décisive dans un magnifique final. Kipsang devient le premier coureur à remporter les trois marathons les plus prestigieux au monde : Londres, New-York et Berlin. Cet exploit lui a rapporté le confortable jackpot de 400'000 dollars en plus de la prime de 80'000 dollars offerte au vainqueur. Cette édition atteint un pic de finishers avec 50'530 personnes franchissant la ligne d’arrivée.
2015 ne voit pas une palette de coureurs aussi formidables que l’année précédente. Seuls Desisa, Keflezighi et Kipsang prennent le départ et aucun d’entre eux ne remporte la course. C’est Stanley Biwott qui tire son épingle du jeu et arrive à s’imposer. Desisa prend la 3ème place juste devant Kipsang et Meb Keflezighi doit se contenter d’une 7ème place, au grand dam des supporters new-yorkais.
Un groupe d’amis avec à leur tête Jean-Claude Cosendey et Paul-Eric Martin s’étant réunis le 19 octobre 1993 est à l’origine de cette course qui deviendra la 3ème course la plus courue du canton de Vaud. Elle fut organisée pour la première fois le 16 avril 1994 à Cheseaux. Pour les premières éditions, les sponsors furent les commerçants du village de Cheseaux qui continuent pour la plupart à soutenir financièrement la manifestation jusqu’à ce jour. Ils représentent actuellement la plus grande aide.
La première édition accueillit, à la surprise des organisateurs, le double de participants que le nombre prévu au départ, soit plus de 200 coureurs sous les soins d’une dizaine de bénévoles. Les années suivantes le taux de participation ne fait qu’augmenter : selon le président des Traîne-Savates, Franklin Imfeld, cet accroissement constant est dû à la proximité de Cheseaux avec Lausanne et à la date de la course qui est toujours assez proche des 20 kilomètres de Lausanne.
Cet accroissement a impliqué certains changements dès la 2ème édition : l’emplacement du départ fut déplacé vers le centre du village sur la route cantonale avec tout le reste de la manifestation. Cette 2ème édition accueillit cette fois près de 150 bénévoles. Les bénévoles ne furent de loin pas toujours faciles à trouver, comme en 2016 où les organisateurs durent envoyer plusieurs appels à la rescousse sur Facebook, sur le journal du village et durent parler un maximum autour d’eux. La date de l’organisation, proche des vacances de Pâques ou d’autres courses dans la région, sert ou dessert souvent les organisateurs. La course reste populaire, aucune prime de départ n’est versée et personne à part les vainqueurs de l’année précédente n’est invité. Le manque de prime n’a pas retenu plusieurs coureurs de niveau mondial comme Bernard Matheka et Tolossa Chengere de participer quand même. Le parcours, assez roulant, est fort agréable pour tout coureur.
Le vrai pic de participation pour les Traîne-Savates débute en 2004 : la barre des 1'000 participants est dépassée pour la première fois. Et trois éditions plus tard, soit en 2007, la barre des 1'500 est assez largement franchie.
2011 fut une des années les plus marquantes de cette course : Une année après avoir franchi la barre des 2'000 participants, le record de participation explosa avec un nombre frôlant les 2'500 coureurs. Mais l’année 2012 connut malheureusement une grande chute dans la participation : un peu moins de 2'000 coureurs qui n’étaient pas partis lors des vacances scolaires de Pâques et qui ont osé venir braver la pluie à Cheseaux.
L’édition 2015 dépassa de nouveau la barre des 2'500 participants. Aucun record ne fut cependant battu sur le parcours de 10 kilomètres, une année après que le record féminin fût tombé sous les foulées de Laura Hrebec, en 36’17. Le record masculin reste intouchable malgré les efforts du kényan Bernard Matheka pour le battre, il reste à 30’20 depuis 2009.
L’édition 2016 fut plus contrastée avec « seulement » 2'250 participants. Selon les dires du vice-président des Traîne-Savates, Daniel Laubscher, lors de son passage sur le plateau de La Télé1, « le temps hivernal » et les nombreuses courses qui se sont déroulées la même semaine que celle des Traîne-Savates sont responsables de ces statistiques. Mais il précise aussi que la journée s’est déroulée sans problème. La victoire revint à François Leboeuf, ancien biathlonien de l’équipe nationale du Canada, chez les hommes, et à Laurence Yerly chez les femmes. On remarque aussi la victoire chez les M40 du consultant de la RTS et ancien coureur cycliste professionnel dans l’équipe Cofidis, Daniel Atienza.
Selon France-Marathon, Le marathon de New-York rapporte près de 340 millions de dollars annuellement à l’économie de la ville. Toujours selon ce site, la ville de New-York bénéficie indirectement de plusieurs dizaines de millions de dollars grâce au marathon en plus des 11 millions de taxes payées par les organisateurs. 30 millions sont aussi donnés pour des actions humanitaires dans la Big Apple.
Pour le marathon de New-York, le coût de l’inscription est élevé : en prenant comme exemple le voyage pour le marathon de New-York de Tourisme Pour Tous, le coût total revient à 3'395 francs par personne avec 6 jours et 5 nuits dans un hôtel trois étoiles et un encadrement durant le voyage par une équipe avec diverses activités en rapport avec la ville ou le marathon.
Du côté de la course des Traîne-Savates, les coûts de l’inscription sont variés : la participation à la course est gratuite pour les moins de 10 ans, le coût de l’inscription s’élève à 13 francs pour les 10 à 15 ans, à 22 francs pour les 16 à 17 ans qui courent sur le parcours des 10.3Km, contrairement aux plus jeunes qui courent de plus courtes distances (1.9KM pour les U10 et 3.5KM pour les U12, U14 et U16), et pour finir le coût de l’inscription pour les 18 ans et plus âgés s’élève à 27 francs, un prix tout à fait raisonnable. Les profits servent à maintenir le club en vie sans imposer une cotisation aux membres. Les profits pour l’édition 2016 se sont élevés à 9'000 francs.
Pour commencer, les 2 courses n’ont pas été fondées à la même époque : le marathon de New-York a été fondé en 1970, lorsque la course à pied n’était pas encore très populaire et la course des Traîne-Savates a été fondée en 1993, en plein boum de la course à pied en Europe. Sur le plan économique, le marathon de New-York gagne et fait gagner des millions de francs à la ville de New-York, alors que les bénéfices de la course des Traîne-Savates, qui a des coûts d’inscription très bas, suffisent juste à faire vivre le club, sans que les membres doivent payer une cotisation.
Sur un autre plan important à aborder qui est la performance, les deux courses n’ont pas la même optique. D’une part, on trouve le marathon de la célèbre ville américaine qui, comme le montre le film « Free to Run2 », fait venir les meilleurs athlètes sur le plan international en payant leur venue et d’autre part, il y a la populaire course de Cheseaux qui accueille des coureurs de niveau mondial comme le kényan Bernard Matheka ou l’éthiopien Tolossa Chengere, mais qui ne les traite pas différemment qu’un autre coureur, en refusant de payer pour leur participation.
Maintenant, abordons le sujet de la participation. Pour leurs premières éditions, la course de Cheseaux eut plus de participants que lorsque le marathon de New-York débutait : ce phénomène est sûrement dû à l’époque et à la popularisation de la course à pied. Mais d’année en année, le marathon de New-York gagna en importance grâce à la popularisation de la course à pied, sa ville, son parcours et aux nombreux investisseurs ayant flairé la bonne affaire qui florissait au coeur de la Big Apple. Ce mythique marathon doit actuellement limiter le nombre de participants, ce qui est totalement exclu dans la course des Traîne-Savates comme aussi pour la célèbre course de l’Escalade à Genève, qui a bien plus de participants. Sur 100'000 demandes de dossard, selon cnewyork.net3, seuls 35'000 dossards sont attribués.
D’autres dossards sont ensuite obtenus par des personnes qui passent par des agences ou par des compétiteurs aguerris ayant par le passé déjà réalisé un très bon temps sur la distance. Les organisateurs du géant new-yorkais paient pour voir courir des stars mondiales du marathon mais empêchent d’autres coureurs d’y participer : cet état d’esprit est contraire à l’éthique de la course de Cheseaux, comme me l’a affirmé Franklin Imfeld lors de notre entretien. Chacune des deux courses a eu un parcours et une histoire différents, liés à leur localisation, leur époque et aux évènements proches qui sont intervenus. Le « grand exemple » est l’année 2001 : les attentats du 11 septembre ont naturellement provoqué une grande baisse de participation pour le marathon qui se déroulait un mois après.
Pour commencer je tiens à préciser que les valeurs que les gens accordent à ce sport sont personnelles et peuvent différer d’une personne à l’autre. J’ai posé cette question à une de coureurs de niveaux différents et bien sûr de personnalités différentes et j’ai cherché l’avis d’experts dans ce domaine dans plusieurs ouvrages et dans le film « Free to Run » et je vais vous présenter les réponses qui ont apparu plusieurs fois. Les valeurs de la course à pied sont le partage, l’entraide, l’amitié, le défi, la nature, l’épanouissement, le respect et l’humilité. Ces valeurs sont pour la plupart communes à une majorité de coureurs et tendent à une harmonie avec l’endroit où l’on court (la nature) et un respect de celui-ci. Nous pouvons voir que dans ces valeurs apparaît une collectivité : on court en groupe, sans qu’il y ait de rivalité sportive. La course à pied est aussi représentée comme un dépassement de soi, un défi, mais tout en restant humble face à ses résultats et respectueux envers les autres. Course à pied et fair-play sont étroitement liés.
Pourquoi une personne lambda se met-elle à courir ? La réponse est toute simple : un besoin d’échapper aux habitudes travail-maison, un besoin de se trouver un plus dans la vie, une passion. Un besoin aussi d’évacuer le stress d’une dure semaine. Un temps pour se détacher du quotidien et passer un moment avec soi-même : son corps et ses pensées. En effet, la vie monotone « travail-maison » ne procure parfois pas assez de défis et de sensations fortes. La course et en particulier la compétition développent une satisfaction de soi, un épanouissement. En compétition, le coureur peut se prouver à soi-même qu’il peut réaliser des défis (distance ou temps) à n’importe quel âge. Il peut se surprendre soi-même et se valoriser dans un domaine autre que le monde du travail.
Dans l’épanouissement personnel, nous retrouvons aussi la perte de poids. Depuis la popularisation du jogging, de plus en plus de personnes commencent à courir dans un seul but : perdre du poids. Leur motivation ? Se sentir mieux dans leur corps et plaire aux autres. Selon une étude de P. Mignon et G. Truchot, effectuée sur l’ensemble du territoire français, relevée par Pascal Duret dans Sociologie du Sport4 « moins d’un quart de la population sportive globale (quelles que soient la fréquence et la modalité de sa pratique) se livre à des compétitions (8 millions de compétiteurs pour 36 millions de « sportifs ») ».
Pascal Duret nous présente aussi des statistiques très intéressantes dans son ouvrage, Sociologie du Sport, à propos de l’évolution des pratiques sportives par rapport aux métiers des Français et nous pouvons remarquer que l’évolution de la pratique sportive de 1967 à 2002 coïncide avec l’évolution de la pratique de la course à pied. On peut voir notamment qu’en 35 ans, la proportion d’agriculteurs en France pratiquant régulièrement du sport est passée de 5 à 66%. Les autres classes suivent la progression : par exemple la classe « Commerce, Chef d’entreprise » est passée de 26 à 83%, de même la classe ouvrière qui est passée de 31 à 81%.
On peut voir que la popularité du sport dans l’ensemble est arrivée à un tournant vers la fin du 20ème siècle. La médiatisation du sport aussi. Le sport n’est plus forcément réservé à une élite. Et si les néophytes commencent une activité sportive et de la course à pied, ce n’est pas forcément dans un but compétitif.
Le film « Free to Run » de Pierre Morath montre bien cette valeur. Au commencement et à la fin du film, Pierre Morath nous rappelle que la course est d’abord quelque chose qu’on pratique seul avec la nature où on se sent libre et que personne ne peut nous empêcher de pratiquer.
Courir en pleine nature tout en la respectant coïncide avec l’apparition du Trail dans les années 90. Mais c’est la revue Spiridon, créé en 1972, qui était à l’origine du rapprochement course-nature. Courir dans la nature est un plaisir pour le coureur qui est entouré de calme et peut respirer du bon air : cela est une forme d’évasion de la vie citadine stressante, bruyante et polluée. Les courses de trail se multiplient dans les années 2000 avec par exemple en 2003 la première organisation de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Les coureurs de Trail et d’Ultra-Trail veulent s’éloigner de courses « conventionnelles5 » sur route, où certains ne se sentent pas libres parce qu’ils sont entourés de bruit et de pollution et que d’autres trouvent trop banales comme les « sempiternels 42,195 kilomètres ». Ces coureurs atypiques veulent sortir des sentiers battus et prendre plus de risques que s’ils couraient un marathon où la route est toute tracée et pas assez dangereuse à leur goût. Ils recherchent des sensations encore plus fortes que celles qu’ils connaissent et dont ils se sont assez vite lassés : ils savent qu’ils peuvent parfois « tomber dans des ravins », « se briser les chevilles » et « souffrir d’hypothermie » mais ils ont compris que la nature est hostile et c’est comme ça qu’ils l’aiment. Ils veulent se rapprocher du côté primitif de la course à pied : l’homme court depuis qu’il sait se tenir debout et courir est une faculté naturelle. Ann Trason6, grande championne d’Ultra-Marathons dit dans Born to Run, lorsqu’elle cherchait une compétition où elle allait s’aligner en 1985 après des années d’arrêt et qu’elle songeait à s’aligner au Marathon de Los-Angeles : « La barbe ! Plutôt retourner faire le hamster derrière le lycée que de passer trois heures à tourner autour de pâtés de maisons7 ». L’Ultra-Trailer ou le Trailer du style d’Ann Trason cherche un rapport naturel avec la course à pied et ne trouve à la piste ou à la route qu’un côté « artificiel ».
Les courses populaires et régionales ou les clubs de course sont un lieu de rencontre pour des personnes de tout niveau social qui ont une passion commune : la course à pied. Il y a toujours une rivalité entre les coureurs populaires mais cette rivalité est souvent modérée. On veut faire mieux que son ami ou sa connaissance mais en étant fair-play. Certains courent pour partager un moment avec d’autres personnes et un esprit de cohésion et de convivialité se forme. D’autres courent pour partager une petite bière à la fin de la course avec leurs amis coureurs. Non ce n’est pas un stéréotype ! Les courses populaires sont souvent présentées comme des fêtes : la compétition se déroule sans tensions et dans la bonne humeur. La rivalité est souvent placée au second plan. On encourage l’autre et la performance est surtout personnelle (faire un meilleur temps).
Le film documentaire culte de la course à pied, « Free to Run », pensé et organisé par l’ancien grand athlète suisse Pierre Morath, illustre bien la cohésion et l’amitié que créée le seul fait de courir : précédemment, les coureurs hors stade étaient considérés comme des « marginaux » et grâce à quelques fous qui se retrouvaient dans le Bronx (quartier mal famé de New-York), ils ont créé le grand Marathon de New-York.
Franklin Imfeld, président des Traîne-Savates, a donné son avis sur la course à pied en général et a clairement affirmé que ce sport était, pour lui, non pas un sport individuel mais une rencontre entre amis.
Le fair-play est, selon sa définition tirée du Petit Larousse, « la pratique du sport dans le respect des règles, de l’esprit du jeu et de l’adversaire ».
La course à pied n’est pas un sport à forts contacts comme le sont la boxe, le football, le rugby et le basketball. Le côté populaire induit aussi plus de respect envers ses concurrents. Le populaire cherche une performance individuelle et n’a aucun intérêt, à part la méchanceté, d’avoir un comportement odieux ou même dangereux envers un autre compétiteur.
Le fair-play dans la course à pied n’est pas étranger à la valeur précédente, l’amitié. La course à pied sur route englobe une « famille » et le coureur n’a aucune raison de la briser. Le fair-play n’est pas non plus étranger à la nature : si le coureur est capable de respecter la nature qui l’entoure alors il est capable de respecter les personnes qui le cotoient.
Etre fair-play c’est aussi être honnête avec les autres concurrents. Et cela implique de ne pas tricher. Ce n’est pas dans cette optique-là que Rosie Ruiz termina 11ème du Marathon de New-York dans les années 70 où elle prit le métro pour finir dans un temps correct, espérant impressionner ses proches.
Certaines personnes trouvent dans la course à pied une certaine spiritualité. Celle-ci s’apparente souvent à la nature, où la personne a l’impression de ne faire qu’un avec la nature environnante comme nous raconte Gilbert Andrieu dans son ouvrage Sport et Spiritualité : s’évader dans « un autre monde8 », ne faire qu’un avec la nature. Mais ce phénomène est plutôt rare. On entend rarement des gens parler d’une expérience spirituelle hors du commun, ce qui entraîne une grande divergence d’avis sur les forum internet. Mais le nouveau rapprochement entre humanité et nature apporté par le trail entraîne beaucoup de coureurs dans une nouvelle spiritualité, philosophie individuelle, égoïste avec la nature. L’homme fait face seul au réel et non pas aux artifices crées de nos mains pour trouver dans la souffrance du sport qui il est vraiment. « Le sport est égoïste. Il faut être égoïste pour savoir se battre, souffrir, pour aimer la solitude et son enfer, pour s’arrêter, tousser, se geler, ne plus sentir ses jambes, avoir des nausées, vomir, avoir des maux de tête et des bleus, saigner… Mais qu’y a-t-il de mieux au monde ?9 »
Lorsqu’on court, on se sent libre : ce phénomène est en lien avec une certaine spiritualité. On court pour s’évader et pour se libérer des problèmes de la vie en général. La course à pied peut avoir un effet thérapeutique sur les personnes qui la pratiquent.
De nos jours le marathon est devenu une grande économie touristique. Certaines personnes sont prêtes à payer des milliers de francs d’inscription pour faire un marathon à l’autre bout du monde. Le coureur paie de plus en plus pour relever des défis toujours plus grands : Berlin, Rome, Florence, Boston, New-York, Londres, le Marathon des Sables. Ces courses continuent-elles d’être organisées dans le seul but du profit ? Des atteintes à l’environnement sont-elles commises par les organisateurs pour économiser de l’argent ? Le coureur se montre-t-il non fair-play lors de la compétition parce que seule sa performance compte dans un voyage qui lui a coûté aussi cher ?
Pour répondre à cette question, j’avais besoin de 3 points de vue différents.
Le premier était celui de l’expert : je l’ai trouvé chez Pierre Morath, historien du sport et cinéaste qui est aussi à la tête du magasin spécialisé dans les chaussures de course à pied, New Concept Sport. Début 2016, il a sorti « Free to Run », film ayant obtenu un énorme succès auprès des adeptes de la course à pied dans plusieurs pays comme la Suisse, la France et la Belgique. En plus de ces activités, Pierre Morath entraîne des coureurs populaires et confirmés. Pendant sa jeunesse, il s’est distingué dans des épreuves de fond et de demi-fond avec à la clé plusieurs titres nationaux.
Le deuxième était celui du marathonien expérimenté ayant participé auparavant au marathon de New-York, Patrick Bonvin. Cet homme a couru pas moins de 12 marathons depuis 2009. Il a couru aux marathons de Paris, Berlin, Chicago, Zürich, Boston, Budapest, Florence, New-York, Londres, Amsterdam, Rotterdam et Edimbourg. Il compte participer au marathon de Tokyo d’ici 2017 ou 2018, afin d’avoir couru tous les major marathons. Pratiquant d’abord le fitness 6 à 7 heures par semaine et étant persuadé que la course était « juste pour les cons » (sic), il courut en 2007 sa première course aux 10 kilomètres du marathon de Lausanne (poussé par sa petite amie de l’époque) et il crocha directement. Le néophyte finit en un peu plus de 50 minutes. Patrick Bonvin se mit alors à s’entraîner pour y revenir l’année suivante avec un excellent temps de 39 minutes. Puis, les objectifs sur 10 kilomètres laissèrent place à des objectifs sur marathon. Un seul par année pour commencer, puis deux.
Le troisième était le point de vue du nombre. Pas des joggers ou des néophytes mais du nombre de coureurs expérimentés. Pour ceux-ci j’ai donc rédigé un questionnaire comportant 10 questions. Pour trouver ce type de coureurs, je suis allé d’abord à l’assemblée générale des Traîne-Savates. Puis je suis allé à la course populaire « A travers Romanel », où j’ai pu interroger mes amis coureurs du Trophée lausannois. Je l’ai ensuite distribué aux coureurs de mon club, le Lausanne-Sports Athlétisme et aux demi-fondeurs des Championnats régionaux ouest sur piste. Pour finir, je l’ai envoyé par email à mes autres connaissances.
Pour Pierre Morath, « la compétition nous permet d’aller au bout de nous-même et nous aide dans tous les domaines de la vie comme l’évolution, le professionnalisme ». Est-ce que ces valeurs de ce sport « collectif » peuvent être ébranlées par de l’argent ? L’avis de Pierre Morath est clair : le marathon de New-York est certes très poussé sur le côté profit économique, mais cela est propre à la culture américaine ; « en Amérique, c’est quelque chose d’automatique quand quelque chose marche ». Ce côté économique peut devenir aussi malsain que lors de l’ouragan Sandy où, rappelons-nous, la ville a hésité à annuler la manifestation jusqu’au dernier moment, obligeant les participants à faire le déplacement et à consommer. Une partie des coureurs, alors fâchés de s’être déplacés pour rien, avaient décidé de courir quand même le marathon, alors que la manifestation passait dans plusieurs quartiers sinistrés. « Quand on paie quelque chose, on attend une prestation », tout ce côté économique pousse certains à l’égoïsme.
Pierre Morath nous livre aussi que l’entrée de la ville dans l’organisation a fait pencher l’organisation du côté économique. Dès que la ville entre en jeu, un profit est attendu. « On prévoit des budgets à l’avance et il y a des choses qu’on ne peut pas prévoir comme la pluie ou un ouragan ». La ville entre dans une certaine dépendance du profit de l’organisation.
Les avis des 2 interrogés se rejoignent. Patrick Bonvin confirme que le côté économique du marathon de New-York est central. Ils savent que « tout le monde veut courir à New-York parce que c’est le marathon le plus mythique au niveau populaire. Automatiquement les organisateurs en profitent. » Lors de la remise du dossard, bien cher payé, tout est fait pour que les coureurs achètent un souvenir du « voyage de leur vie » : veste, chaussures dont Asics inonde New-York. Si on peut parler de trahison de valeurs, Patrick Bonvin pointe aussi du doigt l’épisode Sandy. A ce moment, le côté économique surpassait la recherche du plaisir du coureur. Il trouve cela un peu « malsain ». Rien que le montant astronomique des voyages pour les major marathons, dont fait partie celui de New-York, montre l’ampleur de cette économie touristique qui revient à plus de 3000 francs par personne.
Le marathon de la Big Apple couve aussi des « aberrations écologiques » comme des couvertures chauffantes distribuées chaque année, mais ce n’est pas « conscient » de la part des organisateurs.
Pierre Morath conclut sur une note plutôt modérée, car il précise qu’une grande partie des profits du marathon sont destinés à des associations contre l’obésité chez les enfants de la ville et d’autres associations caritatives.
Comme Patrick Bonvin nous le dit, « on parle de notre passion, de la course à pied, de la météo ». La course à pied unit parce qu’elle est la passion de beaucoup de personnes. Patrick pouvait alors parler à des gens de toutes classes sociales, mais surtout des personnes qui avaient une passion commune, la course à pied. Les marathons forment souvent de nouvelles amitiés entre coureurs de différentes nationalités. Chacun vient pour des « sensations », pour passer un bon moment. On recherche souvent de la performance, mais des actes anti fair-play ne sont commis que rarement. Le coureur respecte les droits de l’homme qui disent que les libertés des uns s’arrêtent si elles empiètent sur les libertés des autres. Même au départ, il n’y a que très peu de bousculades, les coureurs sont plutôt impatients de vivre les sensations tant attendues. La recherche de sensations prime sur la recherche de performance. Le marathonien vit une aventure qui le fait vibrer et grandir, et la performance n’est qu’accessoire. Comme le disait Franklin Imfeld, président des Traîne-Savates, si le coureur ne trouve plus la course attrayante, il ne reviendra pas. Le marathon de New-York se vit dans son intégralité : le public qui porte les coureurs jusqu’à l’arrivée, l’organisation qui met en place les prestations et l’évènement dans son intégralité et les coureurs qui font de leur aventure un moment inoubliable et exaltant par leur attitude envers les habitants et les autres marathoniens.
Les coureurs sont solidaires, ils se sont tous préparés pour finir la course. Le monde populaire est beaucoup plus doux que le monde professionnel. Dopages et autres tricheries sont plus rares. Les marathoniens n’ont pas de demandes particulières autres que « les ravitaillements, un parcours sécurisé, des soins à l’arrivée » et bien sûr pouvoir prendre part à l’évènement si durement préparé et payé.
Passons maintenant aux résultats du questionnaire. Comme dit précédemment, je suis allé les faire remplir à plusieurs manifestations et rencontres populaires et compétitives. Je connaissais déjà plus ou moins bien le niveau de chaque coureur et son expérience. En moyenne, les coureurs interrogés ont pratiqué 13,4 années de course à pied, ce qui vous montre que tous ces coureurs sont des habitués des compétitions et de la pratique de la course à pied en elle-même. Ils ont tous participé régulièrement à des compétitions à un moment ou un autre.
Actuellement, 54 personnes sur les 65 interrogés se disent courir cette année en compétition. J’ai pris soin d’interroger des coureurs de toutes catégories d’âge et d’essayer d’avoir une parité hommes-femmes. La catégorie d’âge des 13 à 20 ans est supérieure aux autres parce que je côtoie majoritairement plus de personnes de moins de vingt ans dans ce milieu. Mais, à ma grande satisfaction, toutes les catégories d’âge sont là avec même 3 personnes ayant 61 ans et plus. Le plus jeune sondé a 13 ans et la personne la plus âgée 71 ans. La classe d’âge des 21 à 35 ans est largement minoritaire parce que les gens sont en pleine période d’études universitaires, puis trouvent leur premier travail et finalement fondent une famille. Lors de la tranche d’âge suivante, ceux-ci ont normalement trouvé une stabilité de vie et recommencent la course à pied.
Les interrogés étaient principalement membres d’un club mais quelques-uns étaient « indépendants » (55 contre 10). Les clubs qui ont le plus répondu au questionnaire sont, dans l’ordre, le Lausanne-Sports Athlétisme, le Footing Club Lausanne, le CA Riviera et le Stade Genève. Ils pratiquent tous les genres de course, de la piste au trail en passant par la route.
Pour pouvoir mieux répondre à ma problématique, j’ai posé différentes questions à mes connaissances coureurs. Je leur ai d’abord demandé s’il avaient déjà été victimes d’actes anti fair-play liés à la performance. Puis je leur ai demandé si le coût de l’inscription à des courses influençait leurs objectifs ou leur approche de celle-ci. Pour finir, je leur ai posé une dernière question pour savoir s’ils avaient déjà eu l’impression que, lors de grandes compétitions, les organisateurs étaient plus concentrés sur le côté financier que sur le plaisir du coureur et sur ses besoins.
En plus des victimes d’anti fair-play, j’ai reçu quelques témoignages de personnes ayant assisté ou ayant entendu parler d’actes de ce genre. Il y a eu divers actes d’anti fair-play, tel que des tricheries sur l’âge en prévision d’une meilleure place dans le classement général, des personnes qui coupent sur le parcours, des croches-pieds ou des pointes enfoncées dans le pied, tous liés à la performance.
La question suivante était liée au prix de la participation à une course. Est-ce que les coureurs sont influencés dans la prévision et leur approche de leur course lorsque le prix devient élevé ? Certains deviennent plus stricts dans leur préparation et d’autres renoncent même à participer à la course. Mais comme le montrent les résultats du graphique, la plupart ne regardent pas le prix et ne changent pas leurs habitudes.
Avez-vous déjà eu l’impression que lors de grandes compétitions les organisateurs regardaient plus le côté financier que le plaisir du coureur ? Voila la dernière question que je leur ai posé. Sur cette question, les avis étaient beaucoup plus partagés mais ont penché vers une majorité de réponses positives avec 34 positives et 31 négatives. Des grandes manifestations ont été pointées du doigt comme les 20km de Lausanne, la Frauenlauf de Berne, le Marathon de Genève et le Marathon de New-York pour leur coût de participation par rapport aux prix donnés pour les premiers.
Après vérification, il n’y a pas de différences significatives dans les réponses entre les sexes et les âges. Comme je le pensais au départ, la personnalité est au centre des réponses.
Depuis le début du travail, je me pose cette question centrale : le marathon de New-York est-il trop rongé de l’intérieur par l’omniprésence économique pour pouvoir respecter les valeurs de la course ? Je peux à présent y répondre grâce à son histoire et les interviews avec Pierre Morath et Patrick Bonvin.
Le premier point qu’il faut relever est la culture, plus particulièrement la culture américaine. Comme relevé précédemment par Pierre Morath, la culture américaine est basée sur le profit, le capitalisme. Toute organisation qui marche doit engendrer du profit. Le boum du jogging est devenu un immense buisness : les marques de vêtements, d’accessoires et de chaussures sont apparues autour de ce sport ; Nike, Adidas, Asics, Brooks, Under Army. Chaque année, des nouveautés apparaissent : des T-Shirts en fibres fines, des chaussures avec plus d’amortis, moins d’amortis, des lampes torches, des bonnets, des gants, … Ces nouveautés, pas forcément nécessaires pour le coureur, engendrent d’énormes bénéfices.
Les organisateurs recherchent une grande visibilité par leur double politique : la politique populaire et la politique professionnelle. Ils font venir les plus grandes stars mondiales du marathon à New-York pour qu’elles fassent le spectacle, qu’elles fassent vendre et qu’elles continuent à construire ce mythe qu’est devenu le marathon de New-York. Néanmoins, cela pose un problème lorsqu’on aborde le sujet des valeurs. Les organisateurs limitent le nombre de populaires pouvant courir le marathon mais paient pour que d’autres coureurs viennent le courir. C’est un problème d’égalité qui intervient lorsqu’une double politique populaire-professionnelle s’impose.
Pas forcément. Les profits engendrés reviennent majoritairement à des associations d’aide pour des enfants défavorisés ou souffrant de cancers ou d’obésité. Le problème vient de ce que la ville et toute son économie deviennent dépendantes de ce revenu, elle ne peut plus s’en passer. Lors de l’ouragan Sandy, la ville est même allée jusqu’à annuler la manifestation au dernier moment pour obliger les coureurs à venir y dépenser de l’argent pour limiter les pertes.
Au début, l’argent avait aussi une retombée bénéfique pour certains coureurs. La course, contrairement aux règles des fédérations, attribuait des primes aux marathoniens les plus aguerris. Pour rappel, les fédérations interdisaient les primes pour les courses sur route, parce qu’elles les considéraient comme simples courses populaires et non comme courses professionnelles. Les marathoniens étaient considérés comme coureurs populaires et ne gagnaient pas leur vie contrairement aux coureurs sur piste. Steve Préfontaine luttait pour leur cause et vivait lui-même dans une caravane, n’ayant pas les moyens de payer un loyer et vivre à 100% de son sport. Le marathon de New-York les rémunérait quand même pour les faire venir dans leur ville, ce qui était une aubaine pour les meilleurs marathoniens.
Lors de l’épisode de l’ouragan Sandy, clairement oui. Certains participants lésés n’ont pas arrangé les choses en décidant de courir quand même. Ils traversaient des quartiers sinistrés où beaucoup de personnes n’avaient plus d’électricité, de toit, étaient à la rue. Ils avaient payé plus de 3000 dollars et réclamaient leur dû, mais étaient aveuglés par leur égoïsme en foulant ces rues ! D’un autre côté, il y avait un petit nombre de coureurs altruistes qui sont venus en aide aux victimes de cette catastrophe naturelle, en passant la journée du marathon à déblayer les débris. On peut les appeler les vrais coureurs, les ambassadeurs des valeurs de ce sport qui est naturel, qui ne nécessite que deux jambes en bon état et de la volonté.
Sur l’ensemble de l’histoire du marathon de la ville où tout est possible, non. Il ne faut pas oublier toutes les associations qui bénéficient actuellement de ces revenus. Il ne faut pas oublier les créateurs de cet évènement. Franck Lebow et d’autres coureurs qui partageaient leur passion en courant le marathon et qui ont créé un marathon ouvert à tous avec seulement 1 dollar comme coût d’inscription symbolique, Franck Lebow, cet homme qui s’est battu contre un cancer en continuant de courir avant d’y succomber et que tout le monde, au début, prenait pour un fou.
Pour voir combien l’expansion du marathon de New York atteint les valeurs de la course à pied, je vous propose de reprendre chaque valeur développée lors de l’introduction.
Cette valeur n’est pas affectée par l’expansion et la commercialisation du marathon. Comme l’a précédemment dit Patrick Bonvin, l’expansion du marathon permet même plus de rencontres avec des coureurs du monde entier qui recherchent constamment à repousser leurs limites. Ils ont aussi pour la plupart des objectifs de temps.
La valeur de la nature peut être considérée comme « affectée ». Le marathon de la Big Apple est né dans Central Park, en pleine nature, avant que l’organisation du marathon ne fasse face à l’expansion de la participation et retrace le parcours dans les rues bétonnées de New-York. Suite à la considérable ampleur de l’évènement, comme l’a souligné Pierre Morath, on a commencé à offrir aux participants des couvertures en micro fibres qui ne sont pas vraiment conformes à un idéal écologique. Mais, comme Pierre Morath l’a précédemment affirmé, ce n’est pas volontaire, car la conscience écologique n’y est pas aussi développée que chez nous. Les organisateurs n’ont pas conscience de la « gravité » de leurs actes.
Ces deux valeurs essentielles ne sont absolument pas touchées par le profit et la recherche du « plus ». Les coureurs partagent leur passion de la course à pied ensemble et de manière harmonieuse, ce qui forme parfois de solides amitiés. De plus, les spectateurs sont très actifs pour supporter les marathoniens lors de leur passage, ce qui forme une très belle ambiance et un très bel esprit.
Un des grands exemples de cette amitié et de cette entraide qui règne lors de ce marathon est lorsque, en 1992, Fred Lebow, le fondateur de la course, en rémission d’un cancer du cerveau, a franchi la ligne d’arrivée en compagnie de Grete Waitz, victorieuse 4 fois par le passé sur les routes de la Big Apple.
Cette valeur est fortement liée à la nature. Elle est donc fortement atteinte. C’est beaucoup plus difficile de se sentir épanoui et proche de la nature en pleine ville alors que l’ambiance est à son comble. Comme nous l’avions vu dans l’introduction, cette valeur est associée aux trails, ultratrails et courses de montagne. Ceci parce que le cadre est naturel, calme et le paysage est souvent à couper le souffle. J’associe cette valeur aux courses de montagnes suisses telles que Sierre-Zinal et le Tour des Alpages d’Anzère. Un cadre qui ne correspond pas à celui de New-York ou à celui d’autres mégapoles qui organisent des marathons bitumés et bondés.
Le marathon de New-York et les autres marathons ont des aberrations écologiques comme la production de couvertures jetables pour l’arrivée des coureurs, ce qui est un énorme gaspillage. Mais la conscience écologique et le tri des déchets ne sont pas encore courants dans tous les coins du monde. Les organisateurs n’ont pas conscience de ce qu’ils provoquent. L’affluence de coureurs provoque aussi un désastre inévitable : pour le marathon de New-York, ce sont plus de 50'000 personnes qui se déplacent en avion et autres moyens de transports depuis des pays du monde entier.
En majorité non. Les personnes qui viennent participer sont prêtes à assumer le coût et veulent vivre une expérience incroyable. Ils n’ont donc aucun intérêt à gâcher l’expérience d’autres personnes car leur plaisir serait alors aussi gâché. Les coureurs sont tous différents ; ils ne sont pas de la même classe sociale, ne sont pas de la même origine et n’ont pas le même parcours de vie, mais ils ont la même passion et sont tous venus pour rechercher la même chose, ils sont venus pour vibrer, ressentir de fortes émotions à chaque foulée, tout au long du parcours. Comme relevé lors des interviews avec Pierre Morath et Patrick Bonvin, le parcours de ce marathon n’est pas très roulant, la recherche d’une performance est alors moins présente.
Le jogging est apparu comme un sport de masse. On court généralement à plusieurs et dans des lieux publics comme les parcs. Cela entraîne la bonne entente entre coureurs populaires lors des compétitions.
Comme je l’ai relevé dans les chapitres parlant de l’histoire de la course des Traîne-Savates et des différences avec le marathon de New-York, la course de Cheseaux n’est pas centrée sur l’économie. Le coût d’inscription est très peu élevé : gratuit pour les enfants de moins de 10 ans et des prix ne dépassant pas les 27 francs pour les autres catégories d’âge. Les bénéfices ne s’élèvent pas au-delà des 7000 à 9000 francs et sont utilisés pour les activités du club et pour constituer une réserve pour les éditions prochaines, car de mauvaises conditions climatiques pourraient être désastreuses pour le niveau de participation et donc pour les recettes. En l’absence de cotisation au sein du club, les membres sont tenus de faire du bénévolat les jours précédant la course ou le jour même de la manifestation. Cette mesure assure à l’organisation un nombre de bénévoles sur lesquels elle sait pouvoir compter.
La course des Traîne-Savates a un principe : tous les coureurs sont égaux en termes de participation. Aucun coureur professionnel ou populaire n’est payé pour y participer. Elle recherche le plaisir du coureur tout au long du parcours avec des routes bien balisées, des ravitaillements, des prix pour les 3 premiers de chaque catégorie et de quoi se restaurer après la course.
Cette compétition est arrivée à un stade de développement où elle ne dépend que d’elle-même. Elle respecte ses principes et ses valeurs. Les organisateurs ont bien sûr besoin des autorisations de la commune pour l’organiser, mais la commune ne dépend pas de la course pour son économie. Cette manifestation de la région lausannoise est d’une certaine importance en étant la 3ème la plus courue du canton de Vaud, mais n’a de loin pas les mêmes attentes économiques que le marathon de New-York qui accueille chaque année 20 fois plus de coureurs. L’organisation repose sur de très nombreux sponsors qui versent chacun une somme relativement modeste et n’ont donc pas assez de poids pour influencer l’organisation de la course.
La course des Traîne-Savates ne commet pas d’actes anti-écologiques. Leur parcours de 10.3 kilomètres ne les amène pas à proposer des couvertures chauffantes à l’arrivée et les 2500 coureurs ne sont pas assez nombreux pour que leur venue soit visiblement nuisible pour l’environnement. Le parcours est sur des chemins goudronnés, ou sur des chemins forestiers bien délimités et il ne possède qu’un stand de ravitaillement qui limite des oublis de gobelets dans la forêt. De plus, la plupart des coureurs qui viennent participer habitent le village, Lausanne, ou la région. L’unique parking mis à disposition en marge du village n’est presque jamais complet, car les participants ont la possibilité de prendre le LEB pour se rendre à la course.
La course des Traîne-Savates fait partie des courses du Trophée lausannois qui est un challenge de courses regroupant des courses pédestres hors stade de la région lausannoise. Si je vous le dis, c’est parce que le trophée rassemble chaque année des personnes ayant la même passion et qui se retrouvent chaque année lors de ces occasions. La plupart se connaissent à force de courir ensemble d’année en année. Lors de ces courses le fair-play et le côté communautaire de la course à pied sont rois.
Contrairement au marathon de New-York, cette valeur ne disparaît pas. Le cadre naturel de la course y contribue fortement. Les spectateurs sont présents lors de la course, mais il n’y a pas de bains de foules, pareils aux grands marathons, lors du passage des coureurs. Ils peuvent bénéficier d’un certain calme en plus du cadre naturel qui les entoure.
Comme relevé précédemment dans le chapitre « résultats », des personnes ont pointé du doigt ces trois courses comme manifestations qui recherchent du profit avec des coûts d’inscriptions élevés et des récompenses à l’arrivée parfois décevantes. Dans ce chapitre je vais vous présenter brièvement ces trois courses et je vais vous expliquer les possibles raisons de ces désagréments.
Les 20km de Lausanne ont été organisés pour la première fois en 1982, sous l’impulsion du président du CIO qui était nouvellement introduit, Juan Antonio Samaranch, qui a donné par la suite son nom au stade de football de Vidy. Au début, seulement 2 distances sont proposées : 20 kilomètres et 4 kilomètres. Par la suite la manifestation va voir sa participation massivement augmentée, entraînant en 1988 la création d’une nouvelle distance, les 10 kilomètres. Ce succès entraîne aussi la création d’entraînements gratuits, présidés par les bénévoles du Spiridon et des Cambes-Gouilles. Actuellement, les organisateurs accueillent près de 20'000 assidus de la course à pied, chaque année.
Alors venons-en au coeur du sujet : pourquoi les prix deviennent de plus en plus élevés ? La manifestation ayant pris une importante expansion et ayant derrière elle des organisations telles que le CIO et ses sponsors, se met, comme le marathon de New-York, à faire une politique d’expansion. Affiches publicitaires, adaptation des infrastructures, T-Shirts offerts aux participants, blocage des routes et profit. Cette constante recherche d’expansion est au centre de l’augmentation des coûts. Toujours mieux proposer correspond bien à la célèbre devise du CIO : fortius, altius, citius (plus fort, plus haut, plus rapide).
La course de la Frauenlauf est disputée à Berne. Elle a la particularité d’accueillir uniquement des femmes. Elle en accueille près de 16'000 chaque année et est donc la course uniquement féminine la plus courue en Suisse. Des témoignages concernaient cette course lors de la distribution des questionnaires : les coureuses trouvaient le coût de participation à la manifestation exorbitant. Malheureusement, je n’ai pu savoir le prix exact et les raisons d’un coût inadéquat car aucune de ces informations n’étaient disponibles sur leur site internet.
Le Marathon de Genève a été organisé pour la 1ère fois en 2005. Il s’est très vite développé grâce notamment à son emplacement et, dès 2010, il s’est mis à soutenir activement l’UNICEF, en lui envoyant la majorité des fonds récoltés grâce aux inscriptions, ce qui a permis jusqu’à ce jour l’introduction de 483 pompes hydrauliques dans des pays souffrant du manque d’eau. Cette course a obtenu le label bronze de l’IAAF (la fédération internationale d’athlétisme), ce qui la classe actuellement parmi les marathons les plus prestigieux au monde. Elle a la particularité d’être une compétition populaire et professionnelle.
Les coûts d’inscription du marathon de Genève peuvent être qualifiés d’astronomiques pour un marathon en Suisse. Plus de 100.- pour le marathon, plus de 300.- pour le marathon relais. Ce coût peut être assez facilement justifié. La majorité des bénéfices sont versés à l’organisation humanitaire UNICEF afin de doter les pays dans le besoin de pompes à eau. De plus l’organisation n’est pas simple : il faut baliser un parcours de 42,195 kilomètres qui traverse le centre de la ville de Genève. Quelle organisation !
L’économie nuit assurément aux valeurs de la course à pied. Dans les cas les plus extrêmes, les organisateurs se focalisent plus sur le retour économique de l’organisation, ce qui les amène à commettre des actes allant contre les valeurs premières de la course à pied, comme lors du marathon de New-York 2012. Deux facteurs font de l’argent un problème : la dépendance de la ville aux revenus de la compétition et l’omniprésence d’un sponsor, dont le pouvoir de décision est disproportionné et sert plus ses propres intérêts que ceux de la course.
Les participants peuvent aussi être détournés de leur bonne voie par le côté néfaste de l’économie, mais cela est beaucoup moins fréquent, car le participant recherche dans l’organisation principalement ces valeurs que sont l’amitié, le bien être, la cohésion et le partage. La bonté des participants sera toujours au rendez-vous car elle ne dépend que des personnes elles-mêmes et la majorité des participants font preuve de bonté. Les marathoniens sont des personnes passionnées.
Les valeurs de la nature, de la spiritualité et de la liberté sont mises à mal par les courses qui se déroulent uniquement en ville sur routes bétonnées. Mais aussi par le côté expansif (toujours vouloir plus) de la course qui peut, comme on l’a vu précédemment, entacher cette valeur.
Mes recherches et mon travail de terrain ont confirmé ce que je pensais au départ. Beaucoup de courses très populaires ont été trop loin économiquement jusqu’à avoir dans certains cas, comme pour le marathon de New-York, un côté un peu malsain et dérangeant qui ne reflète pas l’idéal de la course à pied. La course doit être surtout un moment de partage et non pas principalement un business.
Avant de commencer mes recherches, je pensais que le participant pouvait commettre des actes anti fair-play à cause du coût qu’il a dû assumer pour participer à la compétition. Mais, j’ai découvert que si le participant trouvait le prix injuste, il ne participait tout simplement pas. Dans le cas inverse, s’il est d’accord de payer le prix pour les prestations qui sont promises, il va vivre son expérience à fond, non seulement en utilisant les prestations mais en se créant sa propre expérience humaine.
Mon thème n’était pas imposé car j’avais proposé un thème libre qui avait été repensé après quelques modifications suggérées par mon professeur, ce qui m’a permis de faire un travail intéressant à propos du monde que je côtoie, la course à pied. Il me tenait à coeur d’intégrer la course des Traîne-Savates dans mon travail, car ce club m’a apporté le plaisir de courir et a grandement contribué à mon niveau actuel dans ce sport. Le fait de réfléchir aux valeurs de la course à pied et à leur respect dans de grandes compétitions ou des courses plus régionales m’a beaucoup appris et plu.
Très peu de choses m’ont déplu durant mon travail ; parmi celles-ci, je mentionnerais surtout sa structure, trop dirigée à mon goût.
Je voudrais remercier toutes les personnes qui m’ont aidé dans l’accomplissement de mon travail.
Pour commencer, je voudrais remercier Monsieur Alvez Da Costa pour m’avoir permis de réaliser ce travail, pour le coaching et le suivi tout au long de la rédaction.
Ensuite, je dis un grand merci à Pierre Morath, Patrick Bonvin et Franklin Imfeld pour leur disponibilité et la qualité de leurs réponses lors des interviews.
Pour continuer, je remercie ma mère (Andreea Brändlin),mon grand frère (Arthur Brändlin) et ma grand-mère (Maria Gorsky) pour avoir corrigé l’orthographe et la grammaire de mon texte.
Et pour finir je remercie la grande famille de la course à pied romande (dont le Lausanne-Sports et le CA Riviera) et plus particulièrement le club des Traîne-Savates et les coureurs du trophée lausannois pour leurs réponses au questionnaire et leur intérêt pour ma problématique.
Ce travail n’aurait pas eu lieu si je n’avais pas cette passion de la course à pied. Pour me l’avoir apportée, je dis un énorme merci au club des Traîne-Savates de Cheseaux, à l’entraîneur et président de La Côte Runners, Stéphane Gendre, à mon ami Samuel Renevier (avec qui je m’entraîne et partage le plaisir de courir depuis des années) et à mes parents, Andreea et Jean-Nicolas Brändlin pour m’avoir toujours encouragé et aidé à exercer ma passion.
1) McDougall Christopher, Born to Run, Chamonix, Editions Guérin, 2012
2) Duret Pascal, Sociologie du Sport, Paris, Presses universitaires de France, 2008
3) Andrieu Gilbert, Sport et Spiritualité, L’Harmattan, 2009
4) Jornet Kilian, Courir ou mourir, Flammarion, Paris, 2015
1)Pierre Morath, Free to Run, 2016
1)La Télé : Bilan contrasté pour la 23ème édition des Traîne-Savates (11.04.2016)
1)Pierre Morath (retranscription en annexe)
2)Patrick Bonvin (retranscription en annexe)
1)Traîne-Savates :
2)Marathon de New-York
3)Votre Tour du Monde : Tout savoir sur le marathon de New-York
4) Athlinks : TCS New York City Marathon
5)Compétitor.com: Asics announces end of NYC Marathon Sponsorship after 2016 race
Dernière modification : 07.12.2015
Consultation : décembre 2015
6) l’avenir.net : Marathon de New-York : Kipsang se console
Dernière modification : 02.11.2014
7)tourismepourtous.ch
8) France-marathon.fr
9) cnewyork.net
Lien : www.cnewyork.net
10) 20km de Lausanne
Consultation: juillet à août 2016
11) Harmony Genève Marathon for Unicef
Consultation: juillet à août 2016
2)Logo Marathon de New-York: https://jenchoosesjoydotcom.wordpress.com/tag/yeti-travel-mug/
1) Quelles sont les valeurs que tu accordes à la course à pied ?
- Se connaître soi-même, aller au bout de soi-même, ne rien lâcher. J’ai fait des marathons où j’ai vraiment mal terminé, où c’était plus les jambes qui couraient mais la tête. C’est un sport individuel mais on court avec 10'000 personnes. Je ne vais jamais abandonner même si je sais que je ne vais pas réussir à faire mon temps. J’irai jusqu’au bout de ma course, parce que je ne vais pas lâcher.
2) Quels marathons t’ont le plus marqué en bien et en mal ?
- Ils ont tous une histoire différente. Le premier, Budapest, parce que je n’avais aucune expérience. Je ne savais pas dans quoi je m'engageais, si j’allais arriver au bout ou pas. Je n’avais pas encore d’expérience en course à pied. Celui-là m’a ému. Après j’ai couru à New York. Les gens hurlent, crient mon prénom. Tout au long de la course j’ai été porté par des milliers de personnes. C’est juste incroyable. Chicago parce que c’était très festif et j’y étais allé et j’ai signé mon meilleur temps en 3h17. Boston cette année a été mon pire marathon, le plus dur, où j’ai le plus souffert. Si ça n’avait pas été Boston, ça aurait peut-être été la fois où j’aurai peut-être pu abandonner une course. J’ai vraiment eu de gros problèmes physiques. J’ai cassé au 11ème kilomètre. Il me restait 31 kilomètres à faire. Alors je suis content parce que pour finir, j’ai terminé en 3h36. Beaucoup de gens signeraient pour faire 3h36, mais moi je partais pour faire moins de 3h10. C’était un jour sans, je ne vais pas me chercher des excuses. La seule chose qui me rassure malgré tout, c’est qu’il y avait des coureurs qui ont fait moins bon que ce qu’ils voulaient faire et ce jour-là, il a fait très très chaud. La chaleur c’est quand même l’ennemie du coureur, alors j’essaie de me rassurer comme je peux surtout que mon entrainement y était et j’avais tout pour bien faire. Et j’ai toujours dit que je ne referai jamais un marathon dans le sens qu’il y a tellement de marathons dans le monde que ça permet de voyager et voir des choses alors j’en fais à chaque fois un différent. Mais s’il y a un marathon que je referai c’est Boston. C’était le pire mais émotionnellement c’est celui qui m’a le plus apporté parce qu’il y a 3 ans il y a eu les attentats et les gens se sont mobilisés en masse, ils viennent encourager. Les gens étaient derrière nous à nous supporter.
3) Qu’est-ce que tu attends de l’organisation d’un marathon ?
- Je veux que le parcours soit bien dessiné, soit en sécurité. Que chacun parte bien dans son sas que les consignes soient respectées. Des ravitaillements corrects le long du parcours, à l’arrivée, éventuellement des massages. Mais sinon je n’ai pas d’attente particulière.
4) Quels ont été les coûts d’inscription pour ton marathon de New-York et tes autres marathons ?
- Les major marathons sont un très gros business. Pour New-York j’ai dû y aller avec une agence de voyage qui fait des packages, qui mettent l’hôtel, le vol et le dossard, c’est rare. A l’époque New-York m’a coûté dans les 3'000 francs. Automatiquement j’ai fait une extension et des amis m’ont rejoint en Floride. Chicago m’avait aussi coûté dans les 3'000 francs, j’avais aussi fait une extension sur la Floride. Le major marathon qui m’a coûté le moins cher était celui de Berlin car je m’étais pris bien à l’avance, mon dossard m’a coûté 90 euros. Le vol sur easyjet réservé à l’avance, 100 euros. Le marathon tout compris m’a coûté 500 francs suisses. Je suis resté 4 jours à Berlin. Florence pareil, 400 ou 500 francs. Je partirai à Tokyo en 2017 ou 2018 et le voyage va à nouveau me coûter comme dans les major marathons près de 3'000 francs voire un peu plus.
5) Est-ce que la majorité des marathoniens autour de toi avaient eu une bonne préparation et attendaient une performance ?
- J’ai discuté cette année avec des Américains qui ont fait Boston et qui avaient tous des attentes particulières pour leur course. Une Américaine dans le train m’a dit qu’elle voulait faire 3h10, comme moi. Elle a fini en 3h56. Une autre voulait faire moins de 3h30, elle a été arrêtée au 30ème kilomètre, ils l’ont perfusée parce qu’elle était déshydratée, ils l’ont empêchée de finir la course donc à 12 kilomètres de l’arrivée, c’est très frustrant. Un autre Américain voulait faire 3h05 et il a fait 3h24. Et un ami avec qui j’étais voulait faire moins de 3h et il a aussi fait 3h24. Toutes les personnes avec qui j’étais sur place ont fait plus. Un autre qui voulait faire le marathon en 3h, son premier marathon, a passé le semi en 1h28, tout allait bien, il a fini en 3h58. Il a tout perdu les 12 derniers kilomètres. Et un Suisse allemand avec qui j’ai partagé ma chambre à New-York pour réduire les coûts, il voulait courir en 3h30, 3h45, il a passé en 3h54. La chaleur y était pour beaucoup.
6) Quelle est l’entente entre les coureurs lors de tes grands marathons ?
- Contrairement aux courses populaires régionales, ça t’apporte d’autres valeurs, d’autres choses. On se tutoie entre coureurs de toutes classes sociales. On parle de notre passion, de la course à pied, de la météo. Des fois on ne se revoit plus jamais et d’autres deviennent des amis.
7) As-tu ressenti ou es-tu d’avis que les organisateurs sont plutôt portés sur le côté économique de l’affaire à New-York ?
- Tout le monde veut courir à New-York parce que c’est le marathon le plus mythique au niveau populaire. Automatiquement les organisateurs en profitent. Lorsqu’on va chercher le dossard, tout est fait pour qu’on achète des chaussures, des vestes et tout. C’est sponsorisé par Asics qui est une énorme marque. Automatiquement quelqu’un va acheter une casquette ou quelque chose. Ce marathon on le fait une fois dans sa vie pour la plupart des gens alors on va tous acheter un souvenir. Je pense qu’ils sont très basés sur le côté économique malheureusement. Quand on sait que les dossards se vendent à des centaines de dollars et que le marathon est l’évènement qui rapporte le plus annuellement à la ville : les inscriptions, les familles et les gens qui viennent dans les hôtels. Et le retard de l’annulation du marathon lors de l’ouragan Sandy n’est pas étranger à ça je pense. C’était pour faire venir les gens, pour qu’ils dépensent, qu’ils consomment, je trouve ça un peu malsain mais ça fait partie du business malheureusement.
8) Est-ce que tu as assisté à des actes de non fair-play liés à la performance et au coût de la course ?
- Non je n’ai pas vu de personnes qui ont poussé d’autres ou qui jouaient un peu des coudes. Quand on part il y a plutôt le côté festif, les gens sont joyeux. Et ceux qui veulent faire des temps vont plutôt en première ligne. Lorsque j’ai couru à New-York je visais 3h20, donc je n’étais pas en première ligne, donc je n’ai rien vu de tel. Les routes et les ponts sont en plus assez larges donc il n’y a pas eu de problèmes que j’ai pu voir.
1) Pour commencer je voulais vous demander quelles sont vos principales valeurs de la course à pied ?
- La compétition, car elle nous permet d'aller au bout de nous-mêmes et nous aide dans tous les domaines de la vie comme l'évolution, le professionnalisme, etc. L'amitié est aussi importante, parce que le sport et en particulier la course à pied est un monde qui permet de rencontrer des personnes, de partager certaines choses. La course à pied a un effet rassembleur. Elle est à la fois un sport individuel mais aussi un sport collectif (préparer un objectif ensemble est très motivant). La spiritualité est aussi une de mes valeurs. De se lier avec la nature.
2) Le marathon de New-York est-il porté de plus en plus sur un plan économique ? Est-ce que les organisateurs attendent surtout un profit ?
- Ces 20 dernières années, le marathon de New-York a évolué vers quelque chose dans le business, mais en Amérique, c'est quelque chose d'automatique : lorsque quelque chose marche on a tendance à le faire évoluer vers quelque chose d'économique, de capitaliste, donc faire quelque chose qui rapporte de l'argent. C'est paradoxal car la course à pied est quelque chose de très naturel et rassembleur mais on arrive quand même à en tirer beaucoup de profit. On le voit bien en 2012 lorsqu'il y a eu l'ouragan Sandy. Les nouveaux organisateurs du marathon redistribuent les profits du marathon dans diverses associations comme dans des projets pour des jeunes, pour réduire l'obésité. New-York a été cette année-là un contre-modèle.
3) Les organisateurs ont-ils déjà affecté les valeurs de la course à pied en ne respectant pas par exemple la nature ?
- La plupart des organisations de courses ont de nombreuses aberrations sur le plan écologique. On fait des programmes, on développe du papier, des couvertures fines en aluminium pour pas que les gens prennent froid à leur arrivée. Ces couvertures chauffantes sont une aberration sans forcément que ça soit conscient. Le gros problème est la consommation ; on force les gens à consommer beaucoup comme par exemple ces couvertures chauffantes, des T-Shirts qu'on offre à chaque course, des marques qui sont très présentes. Tout cela est anti-écologique et nous pose la question de si on doit toujours continuer à consommer autant. L'économie ne peut que se développer à travers la croissance. Les grandes courses sont dans un objectif d'hyper-croissance. Après il ne faut pas exagérer sur le fait d'une trahison de valeurs : le marathon de New-York s'implique dans des associations pour les jeunes. On ne peut pas se contenter de faire de l’argent : on doit regarder autant le plan écologique que le plan humanitaire.
4) L'implication de la ville dans les affaires du marathon entraine-t-elle le marathon dans le business ?
-Bien-sûr. La venue d'autant de consommateurs rapporte beaucoup à la ville. Le marathon est l'évènement le plus rentable pour elle de l'année. Les gens logent dans des hôtels, vont manger dans des restaurants. Chaque année le revenu de la ville grâce au marathon est de 500 à 600 millions de dollars. Le marathon leur apporte énormément d'argent. L'hésitation de l'annulation du marathon lors de l'ouragan Sandy est liée à ça. A partir du moment où la ville est dépendante de l'économie, un résultat est attendu. A Roland-Garros, cette année, il y a une règle qui dit que s'il y a moins de 2 heures de jeux avant de reporter le match, alors on rembourse les tickets à cause de la pluie. Il y a 2 jours ils ont arrêté le match de Djokovic après 2h01. Beaucoup ont crié à une manipulation pour ne pas rembourser les billets aux spectateurs. Tant qu'il y a de l'argent en jeux, il y a forcément des intérêts. On prévoit des budgets à l'avance et il y a des choses qu’on ne peut pas prévoir comme la pluie ou un ouragan. Les organisateurs du marathon ont annulé juste avant pour que les gens viennent à New-York et doivent consommer.
5) Est-ce que le prix du marathon change le comportement et la prévision de la course du coureur ?
- Je pense que ça change la perception de l'évènement et de la prestation de l'évènement. Quand on paie quelque chose, on attend aujourd'hui une prestation. Ce marathon est des fois le voyage de la vie de quelqu'un. Cela explique la réaction des marathoniens lors de l'ouragan. Mais la performance, je ne pense pas. Quand on paie aujourd'hui pour le marathon, on recherche des sensations. On va rechercher à ressentir des émotions, des sensations à travers ce qu'on paie. C'est comme lorsqu'on va au cinéma ou à un match de foot par exemple. Le marathon de New-York est un marathon qui est très lent, très populaire. Le plus populaire au monde.
1) Etes-vous un homme ou une femme ?
2) Quel âge avez-vous ?
3) Etes-vous membre d’un club et courez-vous en compétition ?
4) Depuis combien de temps pratiquez-vous la course à pied ?
5) Dans quelle région habitez-vous ?
6) Quels genres de courses pratiquez-vous ? (piste, trail, cross, route)
7) Quelles distances courez-vous ? (400m, 800m, 1500m, 3000m, 5000m, 10km, Semi-Marathon, Marathon, Ultra-Marathon)
8) Avez-vous été déjà victime de comportements anti fair-play liés à la performance ? si oui lesquels et lors de quelles compétitions ?
9) Le coût de l’inscription influence-t-il vos objectifs ou votre approche de la course ?
10) Avez-vous déjà eu l’impression que lors de grandes compétitions les organisateurs regardaient plus le côté financier que le plaisir du coureur ?
1 Émission du 11.04.2016 sur le plateau de la Télé pour le bilan de la manifestation : http://www.latele.ch/
2 Free to Run, film de l’historien du sport Pierre Morath, est sorti le 24.02.2016 en Suisse romande après avoir eu un immense succès lors des avant-premières. Ce film est déjà très attendu en France, Belgique et Allemagne.
3 cnewyork.net, site informatif sur la ville de New-York (restauration, évènements, voyages)
4 Duret Pascal, Sociologie du Sport, Paris, Presses universitaires de France, 2008
5 McDougall Christopher, Born to Run, Chamonix, Editions Guérin, 2012, pages 90-91
6 Ann Trason, née en 1960, est une coureuse d’Ultrafond. Durant sa carrière elle remporta de nombreuses victoires, par exemple le Leadville Trail 100 qu’elle remporta 4 fois.
7 McDougall Christopher, Born to Run, Chamonix, Editions Guérin, 2012, pages 101 et 103
8 Andrieu Gilbert, Sport et Spiritualité, L’Harmattan, Paris, 2009
9 Jornet Kilian, Courir ou mourir, Flammarion, Paris, 2015