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Chacun de ses romans est né d'une blessure personnelle: la haine du père violent, la trahison d'un ami, l'enfance malheureuse. Sauf le dernier, "Le Jour d'avant" (Ed.Grasset) qui raconte la catastrophe minière de Liévin-Lens qui, le 27 décembre 1974, a fait 42 morts.
L'encre de la colère
Si Sorj Chalandon ne l'a pas vécu directement, l'événement l'a révolté jusqu'à ce jour. "Ce sont des gens qui sont morts pour aller travailler; leur boulot est devenu leur tombeau, dit-il au micro de la RTS. C'étaient des gens simples qu'on a ensuite abandonnés. Dans quel monde vit-on pour qu'on accepte la mort au travail?".
Cette colère, il sait aussi qu'elle peut devenir violence. Il dit qu'il ne cesse de "se battre contre la barbarie qui est en lui".
Trop de mots partout
L'ancien reporter de guerre est volubile et courtois. Il revient sur son bégaiement d'enfant," le seul handicap qui fait rire" et son angoisse face aux mots commençant par "r". Rouge, par exemple. "Je craignais tellement de devoir le prononcer que je cherchais des synonymes, grenat, vermillon, garance, et même jaune s'il le fallait."
Etre bègue et écrivain, ça oblige à avoir un vocabulaire immense.
Cette expérience de l'évitement lui apprend autre chose: il y a toujours trop de mots partout dont beaucoup ne servent à rien, sinon à affaiblir le sens général. "Un viol abominable, par exemple, qu'est-ce que cela veut dire? Un viol, c'est abominable!" D'où le désir de Sorj Chalandon d'aller à l'os, d'ôter le superflu, le redondant: phrases courtes, mots simples.
Moins il y a de mots, plus est grande l'émotion.
La sienne d'émotion sera audible à l'antenne quand il entendra Serge July, son ami et patron de Libération, parler de son enfance et de son double prénom. Serge, petit, se faisait appeler Patrick, comme aimait le dire sa mère. "A treize ans, explique l'homme de presse, j'ai dit à ma famille: vous allez m'appeler Serge." C'est ainsi qu'il s'est émancipé.
>>> A écouter l'extrait où Sorj Chalandon découvre un secret de son ami de longue date, Serge July:
Sortir de la violence
Ce témoignage fait écho, mais écho inversé, à la propre histoire de Sorj Chalandon, né Georges. "A l'époque, seuls les prénoms du calendrier étaient autorisés". Pour l'auteur du, c'est en reprenant son prénom d'enfance qu'il s'est affranchi de sa famille et de sa violence.
Propos recueillis par Mélanie Croubalian/Adaptation web: Marie-Claude Martin