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Les autorités tchadiennes ont promis de mettre un terme à la pénurie artificielle du ciment local, entretenue par des commerçants en quête de gros bénéfices. "Des opérateurs économiques nous ont dupés. Nous avons accordé des autorisations à ceux-ci pour transporter le ciment de Baoré et mettre à la disposition de la population au prix de 6.500 francs CFA le sac. Malheureusement, ces sacs de ciment sont entreposés dans la cour des particuliers et ils créent une pénurie artificielle. Plus jamais ça!", s'est offusqué mardi Issa Adjidéï, maire de la ville de N'Djaména, devant un parterre de commerçants et syndicats des transporteurs du ciment à la principale gare routière de la capitale. Selon le maire de la capitale tchadienne, il existe dans la ville du ciment "made in Chad", mais quelques individus véreux et malhonnêtes bloquent sa commercialisation comme voulue par les autorités. "Sortez le ciment du Tchad et mettez-le à la disposition des quincailliers et de la population. Si vous ne le faites pas, les forces de l'ordre vous obligeront à le faire", a ordonné M. Issa Adjidei. Ainsi, certains spéculateurs achètent le ciment à 4.200 francs à l'usine et le revendent jusqu'à 15.000 francs à des grandes entreprises de construction, empêchant au citoyen lambda de s'en procurer. D'autres commerçants achètent le ciment local, mais le remettent dans des emballages de Dangote, le ciment importé du Nigeria. Le ciment Dangote valant se vend entre 11.500 et 12.000 francs CFA le sac de 50 kg. Mardi, cinq gros porteurs remplis de ciment ont été saisis à ces spéculateurs par le maire et le Directeur de la Concurrence et du contrôle des prix, Tchoroma Matalama, puis convoyés et déchargés dans cinq arrondissements de la ville. Mercredi matin, les sacs de ciment ont été vendus publiquement au prix de 6.500 francs CFA. "Désormais, toutes les quincailleries de la capitale vont être ravitaillées et la vente du ciment de Baoré sera faite comme prévue par les autorités du pays", a promis Tchoroma Matalama. Pour acheter le ciment local, fabriqué à Baoré, dans la région du Mayo-Kebbi ouest frontalière avec le Cameroun, le consommateur tchadien devait suivre un circuit long et pénible. Il devait d'abord se rendre au siège de la Société nationale de ciment ( SONACIM), dans le VIIIème arrondissement de la capitale. Avec son numéro dans l'ordre d'arrivée, il se présentait à la direction commerciale de la société où on lui remettait un bordereau d'achat. Le client s'acquittait ensuite du montant indiqué dans le bordereau au guichet de l'agence la Commercial bank, installée au sein de la SONACIM. Le nouveau bordereau de paiement et la facture lui permettaient d'obtenir, à la direction commerciale de la SONACIM, un bordereau de livraison définitive. Avec ce dernier document, il se présentait enfin à un des dépôts de la cimenterie pour retirer le nombre de sacs quil a achetés. "C'est pour permettre à la population d'avoir accès directement au ciment, sans intermédiaire, que nous avons mis en place ce système. Le chef de l'Etat a subventionné le ciment pour les plus pauvres, mais pas pour les plus nantis. Nous voulons que le sac de ciment aille directement sur le chantier, pas au marché", explique Kebba Wouado Evariste, directeur général adjoint de la SONACIM. Mais au sein de la SONACIM, de longues files se faisaient tous les jours. L'attente était longue pour les consommateurs qui, pour la plupart, repartaient bredouilles chez eux. "Ce processus va être progressivement rendu performant. C'est pourquoi nous demandons aux clients et à tous les citoyens tchadiens d'être patients, car il y aura du ciment pour tout le monde", avait promis le ministre tchadien des Mines et géologie, Nadjitolbaye Kladoumadji. En lançant officiellement la vente du ciment "made in Chad", le Premier ministre Emmanuel Nadingar avait également appelé ses compatriotes à plus de "patience et contribution pour que le but du chef de l'Etat soient atteint en faveur de la population". Face aux plaintes des consommateurs, les autorités ont revu le circuit de distribution du ciment en y intégrant les opérateurs économiques qui détenaient des quincailleries. Mais ceux-ci n'ont pas tardé à créer et entretenir autour du ciment une spéculation que les autorités sont déterminées à arrêter par tous les moyens.