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28/08/2012
Hollande par le groupie
Laurent Binet est-il "le Yasmina Reza du pauvre"? L'expression est de Laurent Ruquier, dans une allusion à celle qui l'a précédé dans cet exercice désormais imposé d'une campagne présidentielle française: l'écrivain qui raconte la campagne. Yasmina Reza avait en effet suivi Nicolas Sarkozy en groupie. Laurent Binet a fait de même avec François Hollande. Des notes sur des "Choses vues" bien loin de l'ouvrage passionnant de Victor Hugo. Peu de recul ou de biais de l'écrivain, une esquisse de portrait qui laisse sur sa fin. L'exercice est décidément difficile. Dans "Rien ne se passe comme prévu", le passage qui a été largement repris est celui où Malek Boutih compare Hollande à Churchill. Excessif et ridicule. Quelques passages renseignent cependant sur l'homme politique Hollande. "Dans le débat, écrit Laurent Binet, François Hollande fonctionne comme au judo, c'est à dire qu'il utilise la force de l'adversaire". Chacun aura constaté en effet l'habileté du candidat socialiste à retourner les arguments de son adversaire lors du débat télévisé. Une anecdote relatée dans le livre en dit un peu plus sur les relations du président et de celui qui est aujourd'hui son ministre du travail et de l'emploi, Michel Sapin. Ils se sont connus au service militaire. Et au cours d'une marche épuisante, Sapin a porté le sac de 11 kilos du troufion Hollande exténué. Ha, les copains de régiment!
Concernant les mots de Boutih, ils sont excessifs pour Churchill mais aussi bien trouvés quand il écrit: "Hollande, c'est l'Etat providence. C'est celui qu'on appelle le Monsieur au guichet, le monsieur de la poste, le monsieur de la Sécu, le monsieur de la préfecture... c'est le mec derrière l'hygiaphone". Pas mal! Le choix de la jeunesse comme thème principal de campagne? "Un choix tactique", raconte Laurent Binet car les jeunes, ça concerne aussi les parents et les grands-parents. Presque cynique. Pour le portrait de Hollande par Binet, il faudra encore attendre quelques dizaines de pages. En attendant, voici celui de Valérie Trierweiller, la compagne twiteuse: "Personne ne peut dire qu'il connaît Hollande. Même pas moi." Quelle révélation. Dans le RER, c'est un journaliste qui se tente de cerner le personnage. Hollande? "C'est le mec qui évite les balles. Tu sais pas comment il fait mais quand ça flingue de partout et qu'à la fin tout le monde est mort, il sort des décombres indemne". Et enfin, page 192, le regard de l'écrivain: "Ce qu'on prend trop souvent pour de la jovialité masque une ironie fondamentale dont il ne se départit que dans des circonstances exceptionnelles, quand la gravité du moment l'exige. Il y a très souvent dans sa voix, pour qui y prête attention, l'indice d'une distance à soi-même et aux événements que je n'ai pas observé chez les autres, comme l'aveu qu'il n'est pas dupe de toute cette comédie humaine dnas laquelle pourtant il a voulu jouer un rôle de premier plan".
A propos du président sortant et candidat de la droite, il y a deux ou trois passages intéressants. Comme celui du voyage en Guyane où le candidat Sarkozy se laisse aller et déclare qu'il est prêt à quitter la politique et à commencer la semaine le mardi soir pour la terminer le jeudi. "En bonne logique, toute la presse aurait du faire ses choux gras de cette soudaine conversion du travailler plus" à la semaine de deux jours. Mais rien". Et puis, il y a cette réflexion de Hollande sur Sarkozy: "Oui, c'est vrai Sarkozy a beau se comporter comme un salopard, c'est un salopard sympa".
Le reste du livre oscille entre le désir d'un Hollande plus à gauche parfois déçu, parfois satisfait par le candidat à la tribune. Quelques mots sur la connivence et l'esprit de troupeau des journalistes qui suivent la campagne et font un débriefing à l'issue des meetings pour finalement écrire les mêmes mots. Est-ce que cela fait un livre? Mouais.
Ce que le romancier de 40 ans risque à coup sûr dans cet exercice, c'est d'être désormais à vie le groupie de Hollande. Yasmina Reza en souffre encore alors que son livre sur la campagne de Sarkozy remonte à 2007. Pour Binet, cela ne fait que commencer. Ça va mieux en le disant, non?
"Rien ne se passe comme prévu" par Laurent Binet, chez Grasset, 305 pages.