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Cela fait des années que le biologiste néerlandais Mark Post est obsédé par l'idée de créer de A à Z de la viande comestible, à partir de cellules souches. C'est désormais chose faite. Le fruit de ses recherches, un steak de boeuf de 140 grammes élaboré pour la première fois entièrement en laboratoire, a été dégusté lundi à Londres par trois volontaires. RTSinfo revient sur la portée de cette découverte.
Comment peut-on "cultiver" de la viande in vitro?
Le procédé de fabrication n'est pas inédit et relativement simple puisque, comme l'explique Mark Post dans lade l'Université de Maastricht, "les cellules souches ont l'avantage de se reproduire très facilement, en très grande quantité, et d'évoluer de manière autonome en tissu musculaire". Une fois extraites de l'animal par simple , les cellules souches sont plongées dans un liquide de culture contenant divers nutriments (sucre, vitamines, hormones de croissance, etc.). Elles s'y multiplient, deviennent du tissu musculaire et, comme tout muscle, doivent être entraînées et alimentées pour se renforcer. A l'issue du processus, les cellules deviennent de minuscules tranches de viande qui, une fois assemblées, forment un steak d'aspect tout à fait ordinaire.
En quoi cette technique diffère-t-elle des OGM?
Le steak in vitro présente un aspect très comparable à celui d'un steak ordinaire. [CulturedBeef.net]La culture de viande in vitro se situe presque aux antipodes du procédé employé pour produire des organismes génétiquement modifiés (OGM). En effet, la production d'OGM consiste à modifier volontairement le patrimoine génétique d'un organisme vivant, en insérant un ou plusieurs nouveaux gènes dans son génome. A l'inverse, la production de viande à partir de cellules souches n'implique aucune modification génétique. Les cellules se développent simplement hors de l'organisme dont elles sont issues.
Quels sont les objectifs de ce projet?
Pour le professeur Post, l'enjeu premier est d'apporter une réponse à une crise alimentaire jugée inévitable. La FAO, organe des Nations Unies dédié aux problématiques de sécurité alimentaire, estime que la consommation de viande augmentera de 70% au cours des 40 prochaines années, suivant le mouvement de la courbe démographique mondiale. Les méthodes de production actuelles ne permettront pas de répondre à cette demande exponentielle, 70% des surfaces agricoles mondiales étant déjà utilisées pour élever du bétail.
Autre avantage invoqué par l'équipe de scientifiques: la culture de viande in vitro nécessite très peu d'animaux (une seule vache permettrait de produire 175 millions de steaks). En limitant la déforestation à visée agricole et les émissions de gaz à effet de serre causées par les bovins, elle réduirait les impacts environnementaux désastreux de la culture intensive de bétail. Et ce, tout en amadouant les défenseurs de la cause animale.
Un tel procédé pourrait-il un jour être appliqué à grande échelle?
Les applications des cellules souches dans la médecine font déjà l'objet de nombreuses recherches mais, dans l'alimentation, les chercheurs en sont aux prémisses.La production du hamburger dégusté lundi a coûté plus de 300'000 francs et a nécessité plusieurs semaines de travail. La technique n'est de toute évidence pour l'heure pas applicable à grande échelle. Le passage à une production industrielle devrait lui aussi coûter très cher. Toutefois, très confiante, l'équipe du professeur Post estime que de la viande fabriquée en laboratoire pourrait être accessible au grand public d'ici 10 ou 20 ans.
Est-ce bon, au goût et pour la santé?
La viande cultivée in vitro a une composition rigoureusement identique à du tissu musculaire naturel; la consommer est donc totalement inoffensif et même sain, selon les chercheurs. Toutefois, une bonne viande résulte d'un équilibre entre muscle, nerfs et graisse, et c'est peut-être là que le bât blesse. Après avoir goûté lundi le steak de cellules souches, l'un des volontaires a affirmé que son goût était très comparable à celui de la viande, mais que sa texture n'était "pas aussi juteuse". L'équipe du professeur Post doit désormais se pencher sur la saveur de sa viande artificielle, s'il veut convaincre les carnivores.
Pauline Turuban