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« Sur l'origine des duels », in Journal littéraire, Lausanne, 01 avril 1781, p. 43-44
1er AvrilAssemblée chés Mr Vernede. Sectr Saussure de Morges.
QuestionQuelle a été l’origine des duëls et quelles en ont été les influences.
Cette question a ete traittéë par Mr Jacque dans un fort
bon memoire dont voici l’extrait.
Il observe d’abord que le duël a été inconu aux Grecs et
aux Romains. Il cite ce beau mot de Themistocle qui
dans une déliberation importante voïant un bâton levé
sur sa tête se contente de dire à celui qui le menaçoit
Frappe mais écoute.
Il pense que l’on doit chercher l’origine de cet usage chés
les nations barbares qui inondèrent l’Empire Romain.
Il etablit, qu’à cette époque, la foiblesse de l’autorité
Civile et la disposition naturelle de ces peuples guerriers
a terminer leurs differens par les armes étant dans la
même proportion on doit
regardattribuër à ces deux Causes
l’origine et les progres du duel.
Il observe que lorsque les mœurs eurent perdu de leur
rudesse et de leur grossiereté, et que les magistrats civils
eurent aquis plus d’autorité, ils chercherent non point
<43v> à détruire un usage aussi inherent au genie des peuples
qu’ils gouvernoient mais à y faire intervenir leur autorité
en engageant les Rivaux à se battre en leur présence.
Il croit que c’est ainsi que s’établit le combat Judiciaire
qui devint une modification légale du Duël.
Il fait ensuite l’histoire du combat Judiciaire. Le dernier
dont il est parlé dans l’histoire fut celui de Guy Chabot et
et de François de Vivone en 1547. Depuis lors ils furent
proscrits par les loix et les Princes qui succederent à
Henri II; particulierement Henri IV Louis XIII et Louis XIV
publierent contre les duëls les edits les plus sévères.
Mr Jacque passe ensuite à la seconde partie de la question
l’influence du
8 caractères biffureduël sur les mœurs.
Il croit que cet usage est très propre à contenir dans de
justes bornes cette classe de persones que leurs passions impé=
tueuses en feroient trop aisément sortir si elles n'avoient pas
un frein aussi imposant et aussi fort.
Il ne croit pas que la delicatesse que suppose le point
d’honeur ait multiplié les querelles dans la societe et les
scènes sanglantes qui en sont la suite. Il observe que le
Corps des Gardes du Roi en France est celui de tous, où ces
Combats sont les plus rares et où il regne le plus de politesse
et d’urbanité.
Il pense que les duels ont servi et servent encore à entretenir
dans les societés l’esprit militaire et quelques restes de
patriotisme que l’aisance le luxe et la mollesse auroient
perturbés laissé éteindre tout à fait.
Il regarde enfin cet usage come un preservatif contre les
vengeances secrettes qu’il représente avec raison come le
fleau des societés.
Plusieurs membres parlèrent après Mr Jacque, et applaudi=
rent aux conséquences qu’il avoit tiréës.
Quelques uns cependant etoient d’avis que le Combat judici=
aire avoit precédé le duël, et que le point d’honeur proprement
dit etoit une invention plus moderne.
<44> Deux ou trois seulement osèrent s’élever contre cet
usage barbare.
Ils firent observer que les Grecs et les Romains nos maitres
à tous egards et dans l’art de la societé come dans tous les
autres n’avoient jamais conu le Duël; Que les nations
orientales et les Chinois le plus poli de tous les peuples de la
terre sans contredit ne le conoissoient pas d’avantage.
Qu’il leur paroissoit absurde de faïre découler d’un usage
barbare fruit de la ferocité de nos ancêtres toute l’urbanité
et la politesse dont nous nous vantons aujourd’hui.
Qu’il est bien plus naturel de l’attribuër aux progrès de la
philosophie et des lettres.
Que s’il etoit vrai que l’urbanité tint à cet usage, le temps
où les duels etoient les plus frequents devoit avoir eté le
moment où les mœurs avoient été les plus douces et la societé
la plus agréable ce que l’histoire ne nous a pas apris tant
s’en faut.
Qu’il falloit bien que cet usage n’eut rien d’avantageux en
sa faveur puisque tous les Gouvernemens s’étoient reünis
pour le proscrire.
Que le code des loix de l’honeur etoit injuste et barbare
puisqu’il n’admettoit qu’une même manière de venger toutes
les espèces d’injures.
Puisqu’il laissoit chacun juge dans sa propre cause.
Puisqu’enfin par une tyrranie inconcevable une contradiction
inouïe il forçoit le meilleur Cytoïen à fouler aux pieds
les loix de son pays et de son Prince, et le mettoit come l’a
dit le célèbre Montesquieu, dans cette cruelle alternative,
ou de mourir ou d’etre indigne de vivre.