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Galerie Michel Foëx, 2011
COULEUR
Les travaux que je présente à la galerie Foëx sont des peintures récentes appartenant au cycle des figures de Chladni et des gravures sur bois de la série Houen-Touen. La composition de ces deux ensembles se dévoile au gré de variations qui, comme toujours dans mon travail, sollicitent la présence active du plan.
Outre cela, ces travaux ont en commun d’être le support d’une méditation sur le régime ternaire de la couleur.
Ils convoquent trois types d’énergie, trois qualités de la couleur que sont le bleu, le jaune et le rouge. Ces qualités n’apparaissent pas toujours dans l’intensité triomphante d’une pureté séparée. Plus souvent, elles agissent dans la discrétion, à la manière de levures. Elles se mêlent, favorisent une tendance, provoquent une inclination. Leurs principes actifs se diffusent et chacun d’eux prête son accent, reconnaissable, à des teintes variées.
Je retiens trois caractères fondamentaux de la couleur:
Le bleu. Il éloigne; il exprime la réserve, la contraction, le froid, le lointain, le cosmos, le dense, la raison, le principe.
Le jaune. Il rapproche; il exprime la dynamique, la dispersion, le brûlant, le proche, la lumière, le volatile, l’émotion, l’esprit.
Le rouge. Il transforme; il exprime le travail, la fermentation, le chaud, le prochain, la terre, le malléable, la volonté, le corps.
Les indices de leurs présences composent ensuite différents modes de la couleur : les bleus, les jaunes, les rouges, les verts, les orangés et les violets. Cette manière de voir pour une part découle de la pratique de l’offset et, pour le reste, revisite l’héritage de Kandinsky et de Goethe, de Froebel et de Itten.
Philippe Deléglise, octobre 2011
HOUEN-TOUEN
L’empereur de la Mer du sud s’appelait Chou, celui de la mer du nord s’appelait Hou, celui du milieu s’appelait Houen-touen*. De temps à autre, Chou et Hou se rencontrait chez Houen-touen et celui-ci les recevait fort civilement. Ils se demandèrent comment lui rendre la pareille et se dirent : « Tous les hommes ont des trous pour voir, entendre, manger et respirer, lui n’en a pas un seul. Nous allons les lui percer. » Ils lui en firent un chaque jour et le septième jour, Houen-touen mourut.
Tchouang-Tseu
Traduit par Jean François Billeter In Leçons sur Tchouang-Tseu Editions Allia, Paris, 2002
* Chou et Hou signifient ensemble « trop rapidement pour qu’on puisse se rendre compte de ce qui se passe », Houen-touen signifie l’indistinct, le chaos, la féconde confusion.