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Taxer les super-riches pour redistribuer cet argent aux 99 autres pourcents de la population: telle était l'idée qu'ont portée durant les dernières semaines les Jeunes socialistes (JS) suisses, auteurs de l'initiative dite «99%». Aujourd'hui, dimanche 26 septembre, le résultat est clair: la Suisse ne veut pas de cette mesure. Le peuple la refuse à 66% et aucun canton ne l'accepte.
Rien de bien nouveau sous le soleil: si, au niveau des questions de société, le constat doit être plus nuancé. Le peuple helvétique est globalement libéral sur le plan économique. Même quand il s'agit de voter sur six semaines de vacances pour tous, la population suisse s'y oppose. C'est dire si l'attachement à une politique économique de droite est fort dans notre pays.
L'initiative 99% n'est pas le premier texte en votation populaire à avoir émané des JS suisses. L'initiative «1:12 – Pour des salaires équitables» a été refusée en 2013 à 65% et celle contre les spéculations sur les denrées alimentaires en 2016 à 59,9%. Aucune des trois initiatives émanant de cette jeunesse de parti n'a donc été acceptée.
Pour ce qui est des initiatives lancées par le Parti socialiste suisse, une seule, a été acceptée: la proportionnalité de l'élection du Conseil national. Et cela remonte... à 1913. Cela fait donc plus de 100 ans que le PS n'a pas remporté de votation que le parti a lui-même lancée.
En lançant une initiative, les socialistes cherchent en fait à gagner en visibilité, plutôt qu'à gagner une votation. Ils mettent la démocratie directe au service de la démocratie représentative. C'est bien sûr possible et cela ne les empêche pas de croire sincèrement aux visées des textes qu'ils soumettent au vote. L'UDC, d'ailleurs, fait à peu près la même chose. Le temps où le droit d'initiative était conçu pour la société civile, et non pour les partis, semble lointain.
Or, attirer l'attention de la population en vue des prochaines élections, sans avoir pour principal objectif de récolter un «oui» dans les urnes, peut pousser n'importe quelle formation politique à forcer le trait. A rédiger des propositions pouvant être qualifiées de «populistes».
C'est le cas avec cette initiative 99%. Elle est simpliste par son message «les ultra-riches gagnent de l'argent en ne faisant rien» aussi bien que par son caractère vague: le seuil à partir duquel les revenus de capitaux devaient être taxés 1,5 fois n'était pas précisé, pas plus que la manière exacte dont ce gain d'argent par l'Etat serait redistribué.
Cette défaite est pourtant déjà considérée par les jeunes socialistes comme une bonne base pour la prochaine initiative dans le pipe-line. Celle-ci, encore plus hors sol, a pour but d'affecter toutes les fortunes de plus de 100 millions à l'action pour le climat. «Personne n’a besoin de plus de 100 millions de francs», a déclaré le vice-président des JS Thomas Bruchez au journal 24 heures.
Cette stratégie du grand parti national de gauche pourrait s'avérer contre-productive à la longue. Pour la recherche de nouveaux électeurs comme pour le maintien des actuels. La nécessaire réflexion sur la répartition des richesses et la réduction de la pauvreté mérite sans doute mieux que le refrain de la lutte des classes en mode Robin des Bois.