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La revue scientifique Science publie une étude effectuée par une équipe internationale de chercheurs, dont le Dr. Pascal Vittoz de l'UNIL. Ces travaux, qui couvrent l'ensemble des hautes montagnes européennes, montrent que les plantes se déplacent vers des altitudes plus élevées. Du coup, le nombre d'espèces augmente sur de nombreux sommets en Europe centrale et septentrionale.
L'étude réalisée par un groupe international et coordonnée par l'Académie autrichienne des sciences et l'Université de Vienne a fait un inventaire très précis: 66 sommets situés au-dessus de la limite des forêts entre le nord de l'Europe et la région méditerranéenne ont été analysés.Toutes les espèces présentes sur les sommets sélectionnés ont été inventoriées en 2001 puis en 2008 à l'aide d'une procédure standardisée. Une augmentation du nombre d'espèces a été observée sur 43 des 52 sommets situés en Europe centrale et septentrionale. A l'opposé, 8 des 14 sommets en région méditerranéenne montrent une diminution de leur diversité spécifique.
Progressivement exclues
L'augmentation observée dans le nord et le centre de l'Europe résulte principalement d'une remontée d'espèces communes aux altitudes inférieures, en provenance des forêts et des pâturages de moyenne montagne, et non pas de conditions de croissance plus favorables pour les espèces alpines qui, pour leur part, supportent bien des conditions très froides. De ce fait, les plantes alpines pourraient à l'avenir être progressivement exclues par la compétition des espèces de plus basse altitude. Ainsi, l'augmentation des espèces relativement communes de basse altitude conduit à une perte qualitative avec la diminution des espèces spécialisées des hautes altitudes, nettement moins répandues.
Îles froides
Mais cette règle ne se vérifie pas en région méditerranéenne où plusieurs sommets montrent une diminution de leur diversité. Une situation particulièrement inquiétante étant donné que ces sommets possèdent une forte proportion d'espèces dites endémiques, c'est-à-dire présentes exclusivement dans ces montagnes. Les sommets des hautes montagnes méditerranéennes peuvent être vus comme de petites îles froides à la flore très particulière, isolées au milieu de régions beaucoup plus chaudes. Ces montagnes sont caractérisées par des étés très secs. Les précipitations y tombent en bonne partie sous forme de neige en hiver et au printemps. L'alimentation en eau des plantes durant la saison sèche par la fonte des neiges est donc cruciale. Une augmentation des températures et une diminution des précipitations génèrent alors des conditions plus contraignantes. La diminution plus marquée du nombre d'espèces sur les sommets méditerranéens les plus bas parmi ceux étudiés est donc probablement liée à des contraintes hydriques plus fortes que ne supportent plus les plantes spécialisées des plus hautes altitudes à leur limite inférieure de distribution.
Et en Suisse?
En Suisse, quatre sommets des Alpes valaisannes ont été étudiés par le Centre alpien de Phytogéographie de Champex-Lac et l'Université de Genève ( Dr.Jean-Paul Theurillat), ainsi que l'Université de Lausanne et son département d'écologie et d'évolution au sein de la Faculté de biologie et de médecine (Dr.Pascal Vittoz). Onze espèces sont apparues entre 2001 et 2008 sur le sommet le plus bas à 2360 m, trois sur celui à 2550 m, sept sur celui à près de 3000 m, mais aucune sur celui à plus de 3200 m.
Conséquences
Selon le Prof. Georg Grabherr, l'un des responsable du projet GLORIA (voir dernier paragraphe) «les conséquences des changements climatiques, par le réchauffement combiné avec une augmentation des contraintes hydriques, risque de menacer fortement les plantes alpines, tant en Europe que sur les autres continents. Certaines espèces pourront résister ou trouver de nouveaux habitats, en profitant des irrégularités importantes du terrain. Mais un suivi sur le long terme est essentiel pour étudier les impacts écologiques des changements climatiques sur la diversité des plantes alpines.»
C'est quoil le projet Gloria?
Le projet GLORIA (Global Observation Research Initiative in Alpine Environments) vise à établir et à maintenir sur le long terme un réseau d'observation des plantes de hautes montagnes. Il a débuté en Europe il y a une dizaine d'années avec les sites utilisés dans l'étude publiée aujourd'hui. Le réseau s'est depuis étendu au monde entier avec plus de 100 équipes de recherche dans plus de 100 régions de montagne sur six continents. Il est prévu des inventaires complets de chaque site tous les 5-10 ans.