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Qui n’a jamais entendu le célèbre, voire légendaire thème principal de James Bond ? Pourquoi cette musique est-elle légendaire ? Quels sont ses secrets ? Découvrons l’histoire du thème du plus célèbre des espions !
Le thème de James Bond, selon les crédits du film 007 contre Dr No (« Dr. No« , de Terence Young, 1962), a été composé par Monty Norman. L’a-t-il réellement composé pour ce film ? L’a-t-il réellement composé ? Découvrons les secrets du thème de l’agent secret le moins secret du cinéma.
Monty Norman, partisan du moindre effort ?
Monty Norman a composé ce qui reste connu comme étant le thème de James Bond pour une comédie musicale abandonnée sur une communauté indienne, A House For Mr. Biswas (tirée du livre éponyme de Vidiadhar Surajprasad Naipaul), et plus précisément la chanson Bad Sign, Good Sign, composée au départ pour être joué au Sitar et accompagnée par divers instruments d’Asie du Sud. Réutilisant donc ce titre, il décide de diviser certaines notes et propose la partition aux producteurs Albert R. Broccoli et Harry Saltzman qui, contre toute attente, ne seront pas particulièrement séduits.
Ces derniers engagent alors une tierce personne afin de s’occuper de l’orchestration de certaines musiques du film. Il s’agira de John Barry (qui, par la suite, écrira les bandes originales de pas moins de 11 films de la saga), qui retravaillera considérablement la musique de Norman, la rendant notamment plus jazzy et plus dynamique. Il l’a tellement retravaillée que les deux compositeurs se disputeront la paternité du thème durant de nombreuses années, jusqu’en 2001 où Monty Norman gagnera un procès intenté en 1979.
L’un des principaux ajouts de John Barry sera une basse harmonique, basée sur 4 accords (un accord de mi mineur, puis l’accord de 6ème suivi par l’accord de 4ème majeur avant de revenir sur l’accord de 6ème), qui deviendront iconiques des musiques de James Bond. Seulement, le compositeur et clarinettiste Artie Shaw intentera un procès pour plagiat contre la société EOC Productions. Selon Shaw, cette succession de 4 accords lui appartiennent, les ayant composés pour son titre Nightmare. Il gagnera son procès et recevra la modique somme de 45’000$ de dommages et intérêts. Est-ce pourtant réellement du plagiat ? Pas vraiment, puisqu’il s’agit d’un gimmick musical que l’on retrouve déjà bien avant Artie Shaw (notamment chez Rachmaninov et Sibelius) et que Barry aura utilisé de nombreuses fois avant James Bond, sans se faire pourtant accuser de plagiat.
Avant l’écoute
Nous sommes en 1962 et le romancier Ian Fleming, ancien agent secret britannique, se lit partout, avec sa saga littéraire James Bond, initiée dix ans plus tôt. Il est approché par Harry Saltzman, qui souhaite adapter l’un des livres de la saga au cinéma. Il sera bientôt rejoint par Albert R. Broccoli et, ensemble, ils créeront la société EON Productions Limited. Ils engagent un acteur peu connu, un certain Sean Connery, qu’ils trouvent parfait pour le rôle. Le tournage débute en janvier 1962 en Jamaïque. Les producteurs font alors venir Monty Norman sur place pour qu’il s’inspire de la musique locale et « prenne la température » sur le tournage, afin de saisir la personnalité de l’agent 007.
Le thème est composé sur une gamme de mi mineur. Cette gamme permettra à Norman et Barry de donner à l’agent secret une dimension audacieuse. La musique devait représenter le caractère impitoyable de Bond, son sex appeal et son côté mystérieux.
L’orchestration de John Barry reste, jusqu’à aujourd’hui, la version définitive du thème de James Bond (c’est Monty Norman himself qui le dit). Elle est jouée par un Jazz Band et, contrairement à la grande majorité des musiques de films, ne contient pas de violons. L’orchestre est composé de 5 saxophones (2 altos, 2 ténors et un baryton), de 4 trompettes, 3 trombones ténors, 2 trombones basses, une batterie, un vibraphone et d’une guitare électrique entre les mains expertes Vic Flick.
Et si on l’écoutait ?
On démarre donc sur ces 4 fameux accords cités plus haut, joués par les saxophones et les trombones basses, accompagnés de la batterie et du vibraphone. Ce motif d’introduction est joué deux fois avant de se faire un peu plus discret afin de donner la parole à la guitare électrique. Puis, après ce premier motif de guitare bien connu, un solo de trombone ténor agrémenté d’une sourdine rejoint Vic Flick. Une petite montée progressive, toujours sur ces 4 mêmes accords, permettent aux autres trombones ténors de faire leur entrée. Le thème gagne en puissance en un magnifique crescendo.
Puis c’est l’apothéose, avec le deuxième motif, une première fois joué par un solo de trombone ténor puis, la deuxième fois, les trompettes, une octave au-dessus, entrent enfin et tout l’orchestre est là, puissant, fort, dynamique, je serais presque tenté de dire viril (on est quand même dans LA représentation du Mâle-alpha-cis-blanc-hétéro si cher aux patriarcales années 60, remettons un peu dans le contexte de l’époque).
On continue avec un troisième motif relativement court, avant de revenir sur nos 4 accords immortels, cette fois-ci joués par l’orchestre dans son intégralité qui permettent un retour au premier motif et la guitare électrique qui fait son come-back, avant une montée chromatique instrument par instrument et une coda en un simple accord de guitare, que Flick fait durer un moment en le faisant vibrer légèrement.
Et dans tout ça, qu’est-ce qu’on en retient ?
Ce thème, bien ancré dans le style musical jazzy prépondérant au début des années 60, est l’exemple parfait pour démontrer qu’un succès ne se fait jamais seul (sauf en de rares occasions, rendons à John Williams ce qui appartient à John Williams LOL). Une vieille chanson pour un projet abandonné, des blanches qu’on divise en 2 doubles croches et 3 croches (dont deux liées), un gimmick musical ancestral, un bon arrangeur, un jazz band en forme olympique, un guitariste hors pair, voire un clarinettiste vénal sur le retour (ou pas) peuvent être les ingrédients nécessaire pour créer LE thème musical d’une saga vieille de plus de 50 ans et 25 films, pour ne pas dire l’une des musiques les plus célèbres encore aujourd’hui (tous genres confondus).
Malgré les hauts et les bas que ce thème a pu connaître, la mayonnaise a fini par prendre. Peut-être que John Barry avait besoin de lui donner un bon coup de fouet et, en ajoutant, cuillère à soupe par cuillère à soupe, les différents ingrédients, elle était sûrement encore meilleure, cette mayo. Et on en reprend. Et on n’est pas les seuls, vu que de très célèbres compositeurs en ont repris, comme par exemple George Martin, Michael Kamen (qui en fera, à mon avis, l’une de ses meilleures versions), Eric Serra, David Arnold (et sa version la plus actuelle), Thomas Newman ou encore Hans Zimmer.
En conclusion, il y a eu 6 James Bond, il n’y a qu’un seul thème de James Bond !
Monty Norman s’est éteint le 11 juillet 2022 à 94 ans.