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Jean Lullin (1893-1985), l’un des deux mécènes créateurs de la Fondation Prevost, affectionnait, outre les peintres confirmés, l’ensemble des arts appliqués dont il réunit bon nombre de pièces datant des XVIIIe et XIXe siècles dans des domaines aussi divers que la céramique, la porcelaine, l’horlogerie ou encore l’argenterie. Par ailleurs, tout témoin lié à Genève était cher à son cœur, particulièrement ceux hérités de ses parents Lullin, Prevost, Pasteur, Mallet et Diodati, et ceux qu’il s’évertua à acquérir pour compléter cet ensemble, telle cette saucière sur terrasse de style néo-classique.
Gravée des armoiries Eynard-Lullin sur le côté droit de la panse, cette pièce faisait partie d’un service ayant appartenu au conseiller financier et philhellène Jean-Gabriel Eynard (1775-1863) ainsi qu’à son épouse Anna Lullin (1793-1868). Il est fort probable que le couple reçut cette saucière en cadeau lors de son mariage, célébré en 1810. Plusieurs de ces pièces armoriées, tels qu’un plat à poisson et une paire de légumiers du même orfèvre, une paire de plateaux ronds et une importante ménagère dans son coffret, de Charles Odiot, sont entrées dans la Fondation Prevost. On sait qu’en 1821, les Eynard firent venir de leur résidence parisienne de nombreuses pièces de mobilier qu’ils installèrent dans leur nouvelle demeure, le palais Eynard.
Tandis que les nefs des tables princières sont abandonnées au début du XVIIIe siècle, des objets fidèles à l’aspect nautique d’origine les remplacent sur la table, comme la saucière de forme navette. Toujours en vogue au début du XIXe siècle, elle repose désormais sur un petit plateau fixé à son piédouche, dont la fonction est d’éviter de souiller la nappe.
Cet exemple est caractéristique du style Empire (1804-1815) et présente plusieurs éléments liés aux goûts de l’empereur Napoléon Ier. Ainsi peut-on citer les pieds en griffes supportant le présentoir, la tête de lion terminant l’anse – symbolisant tous deux les valeurs de la force et du sérieux sur lesquelles repose l’Empire – ou encore la courbure de la prise évoquant le col du cygne. La frise de feuilles d’eau courant le long du bord de la saucière, à laquelle répond celle sur le piédouche, ainsi que la feuille d’acanthe ornant l’anse, ajoutent au luxe discret de cette saucière, témoin de la forte présence des symboles du style Empire dans les objets quotidiens.