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Les avocats de l'ex-juge Franco Verda et de Gerardo Cuomo ont plaidé l'acquittement lundi, à Lugano. Mais qui est Cuomo, ce «contrebandier présumé», à l'origine du scandale qui a secoué le Tessin?
Gerardo Cuomo a l'aspect bienveillant, tranquille et courtois d'un gentleman anglais. Comparé aux clichés qui le montraient, durant l'été 1999, aux côtés du juge Franco Verda devant son yacht de 30 mètres, Gerardo, Gerry pour les intimes, n'est plus que l'ombre de lui-même.
Cet homme robuste, bronzé, au sourire éclatant et à la barbe fournie a perdu 30 kilos en quelques mois. Pas encore 55 ans - il les fêtera en novembre - il semble en avoir dix de plus que son ex-grand ami, l'ex-juge et ex-président du tribunal pénal tessinois.
C'est que l'Italien est très malade. Il souffre d'une rare forme de cancer viral au pancréas. Selon les médecins, il n'en aurait plus pour longtemps.
Durant toutes les audiences du procès, Gerardo Cuomo n'a presque jamais perdu les pédales. S'exprimant bien, il a toujours répondu calmement aux questions de la juge, Giovanna Roggero-Will qui mène les débats d'une main de maître.
Gerardo Cuomo n'a perdu son sang-froid qu'à deux reprises, une fois pour demander à Franco Verda d'assumer ses responsabilités, une autre fois pour dire qu'il a fait l'objet d'injustices et de magouilles en n'obtenant pas le renouvellement de son permis de séjour et en étant même interdit de séjour en Suisse.
Mais qui est celui que la presse s'obstine à appeler «contrebandier présumé»? Présumé, il ne l'est pas, puisque l'Italie l'a reconnu coupable et l'a condamné, dans les années 80, pour contrebande de cigarettes. Mais ce n'est pas un délit en Suisse.
A Lugano, Gerardo Cuomo a toujours dit qu'il faisait du commerce de cigarettes, les achetant dans un port franc - à Rotterdam ou Anvers entre autres - les revendant dans un autre port franc. «Cela n'a rien d'illégal» dit-il en survolant sur les accusations de la magistrature italienne qui lui reproche aussi de trafiquer des armes et de la drogue.
La contrebande, une activité que Gerardo Cuomo, en bon Napolitain, a entrepris tout jeune. Et qui l'a rendu millionnaire. Selon la justice italienne, sa fortune serait évaluée à 1000 milliards de lires (800 millions de francs).
Les comptes du boss en Italie, ses maisons et son fameux yacht - celui qui accueillait le couple Verda-Rinaldi et d'autres amis tessinois pour des croisières en méditerranée - ont été saisis.
Le yacht a été mis à la disposition de la «finanza» italienne - la police financière. Ironie du sort, celle-là même qui traque les contrebandiers de blondes. Sur les côtes des Pouilles, l'«Artema» sert depuis quelques mois à traquer les bateaux des trafiquants, dans le bras d'Adriatique qui sépare Bari de Bar, dans le Monténégro.
Gerardo Cuomo est né le 4 novembre 1946 à Gragnano en province de Naples, dans une famille de douze enfants. Père mineur, mère ménagère, il n'avait que neuf ans au moment de l'exil. Les Cuomo montent à Bologne pour échapper à la misère: «nous étions si pauvres, a raconté le contrebandier, que nous avons fait le voyage à pied!».
Après l'école obligatoire, Gerardo Cuomo fait un apprentissage de tourneur qu'il abandonne rapidement. Il touche ensuite à toutes sortes de petits boulots jusqu'à son entrée dans le monde des contrebandiers de cigarettes.
Une activité modeste au début. Puis, les premières condamnations et détentions. Et, dans les années 90, sa carrière prend une ampleur internationale. Il s'installe à Lugano en 1993 et ouvre une société reprise par son fils Marco, 32 ans qui, lui, a obtenu un permis de domicile au Tessin.
Marié tout jeune, il a aussi une fille de 29 ans. Sa femme refuse de le suivre en Suisse et le couple se sépare mais ne divorce pas. En 1996, dans un night-club de Lugano, il connaît Wanda, une entraîneuse lettone alors âgée de 24 ans. Il en fait sa compagne. Leur fille, Lara, naît en 1998 à Lugano.
Gerardo Cuomo aime la belle vie, ses moyens le lui permettent. Il est titulaire d'une des quatre autorisations délivrées par le gouvernement du Monténégro pour l'importation de cigarettes dans ce pays. Il en écoule 250 tonnes par mois. En Italie, on l'appelle le «roi des blondes».
Belle vie donc avec appartements de luxe à Montecarlo, à Saint-Moritz, en Sardaigne, à Lugano. Et c'est là, à Lugano, qu'il connaîtra, dans un restaurant à la mode, l'avocate Désirée Rinaldi, compagne du juge Franco Verda.
Un juge qui, lui aussi, aime la belle vie et ne s'en cache pas. Un juge qui a besoin d'argent. Gerardo est généreux, il n'épargne ni les invitations mondaines ni les prêts à fonds perdus. Leur amitié se renforce. Une amitié dangereuse qui, après l'arrestation de Gerardo Cuomo à Zurich, vaut au magistrat une véritable descente aux enfers.
Gerardo Cuomo vit ses derniers jours à Lugano. Au terme du procès, il sera livré à la magistrature de Bari. La première audience devant le procureur Giuseppe Scelsi, qui le traque depuis plusieurs années, est prévue le 17 juillet.
Gerardo Cuomo est accusé d'association de malfaiteurs. Une accusation qui lui vaudra sûrement des années de prison. Sa maladie lui évitera peut-être le régime sévère des pénitenciers italiens. Et qui sait... Ce qui lui reste de patrimoine, 12 millions de francs planqués à Jersey, l'aideront peut-être à s'en sortir?
Gemma d'Urso, Lugano