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Tendant à ignorer le risque géopolitique, le marché n’est pas en mesure d’établir une prime de risque raisonnable.
Le 16 septembre dernier, l’attaque d'un drone sur les installations de Saudi Aramco a provoqué une flambée des cours du pétrole de près de 20%. Il s'agissait de la plus forte hausse enregistrée au cours d’une séance boursière depuis les années 1980. Cette brusque montée des cours a été provoquée par les inquiétudes concernant le recul de 5% de l'approvisionnement mondial en pétrole, une baisse susceptible de durer jusqu’à ce que l’Arabie saoudite parvienne à rétablir l’ordre.
Toutefois, quelques heures plus tard, les cours se redressaient, les marchés ayant évalué l’importance des dommages causés par les drones et devenant moins pessimistes quant à leur impact sur l'offre d’or noir. Ce comportement est symptomatique de la myopie qui règne sur marché du pétrole. Tendant à ignorer le risque géopolitique, le marché n’est pas en mesure d’établir une prime de risque raisonnable.
Le principal risque est celui d’une escalade des tensions dans la région, laquelle entraînerait une interruption prolongée de l'approvisionnement. Dans un scénario extrême, cela pourrait se manifester sous la forme d'un conflit militaire ouvert, qui transformerait le détroit d'Ormuz, l'une des plus importantes voies de transit du pétrole au monde, en zone de guerre. Comment éviter de tomber dans le piège du court terme et se forger une idée raisonnable des perspectives d’évolution des cours du pétrole?
Pour ce faire, un retour en arrière s’impose. A peu près à la même époque l’an dernier, c’est-à-dire au moment où les États-Unis annonçaient leur décision d’imposer des sanctions contre l'Iran, le Brent se négociait autour des 85 dollars le baril. Depuis, la morosité de l'économie mondiale ayant gagné les marchés, les anticipations d'un recul de la demande ont fait chuter les cours de l’or noir. Bien que le rythme de croissance de la demande ait effectivement ralenti, la demande semble relativement stable et les craintes qu’elle n’entre dans une phase de contraction prolongée, due entre autres aux conflits commerciaux, paraissent avoir été exagérées. Une hausse des cours du pétrole est donc possible et, si l’on prend en compte les risques géopolitiques, un cours du baril de Brent oscillant entre 70 et 75 dollars paraît raisonnable.
La performance relativement stable du cours de l'or au mois d’août n'est en aucun cas le signal d’une perte d’appétence pour le métal jaune qui, rappelons-le, a connu une reprise marquée depuis le mois de juin. En effet, les incertitudes qui ont amené les investisseurs à se tourner vers les actifs refuges demeurent. Cependant, les investisseurs adoptent dorénavant une approche tactique et se diversifient sur toute la gamme des métaux précieux. Leur objectif est non seulement de préserver leurs avoirs, mais aussi de tirer parti de la hausse des corrélations des autres métaux précieux avec l’or. Cette réorientation des investissements a largement profité à l’argent métal et, plus récemment, au platine et au palladium.
Les conflits commerciaux continuent de peser sur les cours des métaux industriels et des matières premières agricoles. Les marchés font montre d'un optimisme prudent quant à l’issue des pourparlers entre les États-Unis et la Chine prévus pour les mois d’octobre. Il est probable que les nouveaux droits de douane seront appliqués comme prévu. En revanche, il n’est pas certain que des droits supplémentaires soient exigés dans l’immédiat. Cette guerre d’usure pourrait se poursuivre durant quelques mois encore, car la conclusion d’un accord n’interviendra probablement qu'à l'approche des élections présidentielles américaines de l'année prochaine.