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La Route de la soie: un concept marketing
La Route de la soie, telle qu’on l’entend en général, ne serait qu’un concept marketing destiné à attirer les visiteurs étrangers dans les pays d’Asie centrale. C’est l’une des thèses que présentera la chercheuse Svetlana Gorshenina le 24 février à Uni Mail, à l’occasion de la leçon d’ouverture du master Russie Europe médiane. Lors de cette conférence, la spécialiste montrera comment les termes Asie centrale et ses délimitations ont évolué au cours de l’histoire, répondant à des visions du monde différentes les unes des autres. Elle évoquera aussi les manipulations idéologiques survenues ces deux derniers siècles, en particulier la superposition de l’Asie centrale avec la Route de la soie.
C’est à l’aube du XIXe siècle que sont nés les termes Asie centrale dans les récits des voyageurs russes. «L’ancien nom utilisé pour cet espace depuis le XIVe siècle, la Tartarie, ne reflétait ni les structures de ces pays ni leur contexte ethnographique, explique Svetlana Gorshenina. Il fallait trouver un terme plus proche de la réalité pour les chercheurs, très occupés à décrire les «races» à cette époque, et confrontés non seulement aux Tatares, mais aussi aux Mongols, aux Ouzbeks, etc.»
Devenant source de revenus, les termes Route de la soie sont alors utilisés à large échelle pour étiqueter sites archéologiques, villes et musées de ces pays et doper le tourisme
Définissant tout d’abord l’espace médian qu’il fallait traverser pour arriver en Chine ou en Inde, la nouvelle terminologie prend peu à peu un sens politique avec les projections propres à l’impérialisme du XIXe siècle. La transformation de l’espace russe en espace soviétique, suivie de sa dissolution, ont ensuite contribué à faire évoluer, de manière nuancée, l’appellation.
Quant à la légendaire Route de la soie, sa dénomination apparaît pour la première fois dans l’ouvrage China de Ferdinand von Richthofen, en 1877: «D’abord oubliée, cette terminologie est ressortie dans les années 1970-1980 un peu partout dans le monde, mais principalement dans l’espace soviétique en raison de sa valeur ajoutée pour l’histoire de ces régions.» Devenant source de revenus, les termes Route de la soie sont alors utilisés à large échelle pour étiqueter sites archéologiques, villes et musées de ces pays et doper le tourisme. Pourtant, cet itinéraire n’a jamais existé en tant que tel. «S’il y a bien eu de petits tracés effectués par les commerçants d’une ville à une autre ou d’une oasis à l’autre, il n’existe pas de parcours unique, emprunté par les seuls commerçants, qui réunissait la Chine à l’Europe, assure la chercheuse. Il s’agissait plutôt d’un commerce local qui, posé bout à bout, équivaut à un commerce transcontinental. De plus, la soie n’était pas la marchandise prédominante à l’époque.» —
LUNDI 24 FÉVRIER — 18h15
Asie centrale: un concept ambigu entre histoire, géopolitique et idéologie par Svetlana Gorshenina
Uni Mail, salle M1160