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Le texte qui suit est une traduction, due à Pierre Lehmann, de la postface écrite en 1986 par Robert Jungk pour la réédition de son livre de 1966 sur le CERN:
Die Grosse Maschine - Auf dem Weg in eine andere Welt
Deuxième edition, revue et augmentée par une postface de 20 pages
(Goldmann Verlag, ISBN 3-442-11373-3, 1986)
Taschenbuch Nr.11373, 294pp.
J'ai depuis longtemps l'intention d'utiliser l'histoire comme une sorte de laboratoire pour l'étude des visions d'avenir et de leur influence sur les événements. Dans ce but il s'agit de mettre les rêves et les espoirs de générations passées en rapport avec les événements historiques qui leur ont succédé, dans l'attente que cette comparaison entre voeux et réalités, entre ce qui était attendu et ce qui s'est finalement passé, puisse nous éclairer sur les raisons qui font que certaines projections tombent à faux et d'autres s'avèrent partiellement, voire complètement correctes.
Le développement rapide de la physique des particules en fait un domaine pour lequel on peut raisonnablement entreprendre cette sorte de futurologie après quelques décennies seulement. J'avais cinquante ans lorsque dans les années 1963 et 1964 je passai plusieurs mois dans les laboratoires du CERN pour étudier de près cette expérience remarquable que représentait un intense travail scientifique en équipe, dépassant tous les antagonismes nationaux, raciaux et idéologiques. J'étais au sommet de ma forme et plein d'espoirs. Mais environ vingt ans plus tard j'ai vécu le CERN d'une manière très différente, car entre temps j'étais non seulement devenu plus vieux, mais aussi beaucoup plus critique à l'égard de la recherche. Ce changement d'attitude m'avait aussi rendu bien plus pessimiste.
Il ne s'agit pas seulement de mon expérience personnelle. Elle est partagée par beaucoup d'autres. Et je me dois de souligner au début de cet exposé que beaucoup de scientifiques bien plus jeunes que moi que j'ai rencontrés après 1980 au CERN et ailleurs ont exprimé des doutes assez similaires aux miens. De fait, au cours du quart de siècle allant de 1960 à 1985, on a pu constater un profond changement d'ambiance, non seulement dans le domaine de la physique des hautes énergies, mais aussi dans beaucoup d'autres domaines de recherche.
Les anciennes perceptions qui attribuaient à la science un rôle primordial dans l'avènement d'un monde plus raisonnable, plus humain et plus pacifique, semblent aujourd'hui naïves, éloignées de la réalité, voire trompeuses. Leur «optimisme pervers» (G. Anders) a trop longtemps empêché de réaliser le sérieux de la situation. Gerald Holton, un des historiens des sciences les plus influents aux Etats-Unis, a décrit en 1978 ce changement de climat comme suit :
«L'ancienne image de la science perçue comme une `frontière sans fin' cède la place dans certains milieux à l'image d'une `frontière suspecte.' S'agit-il seulement d'une mode, peut-être frappante, mais de courte durée ? La réponse paraît claire : `Non !' […] Je crois que nous sommes seulement au début de la discussion de ces problèmes. Que cela nous plaise ou non. Le débat sur les limites de la recherche scientifique était non seulement inévitable, mais aurait dû avoir lieu depuis longtemps.»
Lorsqu'au début des années 80 je me suis retrouvé à Genève pour visiter le CERN, ce fut pour une occasion fort peu ordinaire. Une petite organisation genevoise préoccupée de problèmes écologiques, l'Institut de la Vie, avait pris l'initiative d'un débat dans l'aula de l'Université sur le thème : «Le CERN doit-il encore s'agrandir au-delà de ce qu'il est aujourd'hui ?» Il était surprenant, lors de ce débat, de constater que parmi ceux qui refusaient, voire même combattaient une telle extension, se trouvaient bon nombre de collaborateurs scientifiques du CERN. Ils rejoignaient des écologistes, des économistes et des sociologues pour s'opposer au projet LEP (Large Electron Positron Collider), une énorme super-supermachine de presque 9 km de diamètre et 30 km de circonférence. Selon eux cette machine menaçait non seulement l'environnement mais aussi la recherche elle-même qui prenait de plus en plus un caractère aliénant et impersonnel de compétition industrielle. Le LEP a été mis en chantier alors que son coût énorme (estimé conservativement à près d'un milliard de francs suisses), les nombreuses protestations et l'opposition des habitants du Pays de Gex, qui devront subir pendant plusieurs années les nuisances provoquées par le chantier, auraient dû, à tout le moins, imposer un délai de réflexion.
Les bureaucrates du siège principal de Meyrin argumentèrent qu'il n'y avait tout simplement pas de temps pour cela. Si on ne se dépêchait pas, on se verrait dépassé par les Américains qui avaient déjà décidé la construction d'un instrument encore bien plus grand, le SSC (Superconducting Super Collider) dont la circonférence serait de 50 à 60 km et qui permettrait d'atteindre une énergie de 20 TeV. Soit presque mille fois plus que celle atteinte par le synchrotron à protons (PS) construit dans les années 60 par John Adams et dont l'énergie était considérée à l'époque comme difficilement dépassable. Par ailleurs les Russes, qui avaient déjà construit à Serpukhov une machine de 76 GeV, laissaient entendre qu'ils avaient eux aussi l'intention de rester dans la course aux hautes énergies, voire d'en prendre la tête.
A l'époque où je terminais mon ouvrage sur le CERN, au milieu des années 60, on admettait très généralement que des nouvelles machines encore plus grosses ne pourraient être réalisées que dans le cadre de projets internationaux gérés à l'échelle mondiale. Cette prédiction s'est avérée fausse parce que les Russes, les Japonais, les Anglais, les Français, les Allemands et bien sûr les Américains, voulaient utiliser leurs moyens intellectuels et financiers pour la construction de leurs propres accélérateurs «nationaux». Au CERN on commença par construire dans les années 60 à 70 avec des fonds européens, les deux anneaux de stockage ISR. Ces anneaux sont munis de tubes évacués qui se croisent en 8 endroits. Les protons accélérés dans les anneaux sont injectés en sens contraire dans ces tubes et se percutent avec une énergie énorme, produisant des phénomènes qu'on ne pourrait observer autrement qu'avec des énergies de l'ordre de 2000 GeV. Après les ISR, le CERN construisit en 1976 le super-synchrotron à protons (SPS) de 400 GeV salué alors comme la plus grande et la dernière machine. Moyennant quelques transformations, l'énergie des protons a pu cependant être encore augmentée de 100 GeV. En 1978 le LEAR (Low Energy Antiproton Ring) entra en service ce qui permit de faire des collisions entre les protons du SPS et les antiprotons du LEAR. De cette manière on arriva à produire pendant des fractions de secondes des interactions qui, autrement, présupposaient des protons de quelque 150'000 GeV.
Des chiffres, des chiffres, encore des chiffres… énergie maximale sur énergie maximale. La dernière machine record américaine, qui en est au stade de projet, est appelée «Desertron» parce que c'est seulement dans un désert que l'on peut trouver assez de place pour un monstre aussi gigantesque et non sans dangers. S'il se réalise, en principe vers 1995, il faudra lui adjoindre son propre réseau de transports pour que les chercheurs et ingénieurs puissent circuler suffisamment rapidement entre les stations expérimentales et intervenir immédiatement en cas de panne.
Est-ce que de tels efforts techniques gigantesques et extrêmement coûteux en valent encore la peine ? Les résultats que l'on peut espérer sont-ils vraiment en rapport avec les investissements gigantesques qu'exigent ces machines (des estimations provisoires chiffrent le coût du SSC à 8 milliards de dollars) ? Les physiciens des particules eux-mêmes commencent à se demander si ce qu'ils découvrent a encore une relation avec le monde dans lequel nous vivons et ne se restreint pas à des phénomènes se produisant seulement dans leurs appareils.
Sebastian Haffner, dans une critique du présent livre, a fait à ce sujet une remarque très pertinente, laquelle a provoqué à son tour des réflexions critiques chez les chercheurs de l'Institut Max Planck pour la Physique à Münich. L'un de ceux-ci, le professeur Max Benecke, raconte que «les physiciens se passaient l'essai de Haffner en souriant avec des commentaires du genre : `Lis donc ça. C'est pas mal.' ou `Il y a de la substance là-dedans.' ou encore `Ce type a compris'.» J'y ai lu en particulier ceci :
«Est-ce qu'un progrès réel est aujourd'hui encore pensable dans le domaine de la recherche nucléaire ? Est-ce que cette recherche a encore un but qu'elle puisse définir ? Peut-elle encore espérer découvrir finalement une vérité, la vérité ? […] Je me risquerai à exprimer ici un soupçon qui m'a assailli de manière irrésistible à la lecture du livre de Jungk, à savoir que la recherche en question ne peut plus espérer aujourd'hui arriver à quelque chose qui mériterait le nom de `résultat;' qu'elle court après la vérité sur la nature de la matière comme un lévrier court après le lapin mécanique dans les courses de lévriers en Angleterre, lapin qu'il ne peut jamais atteindre simplement parce qu'il peut sans difficulté être accéléré hors de sa portée quels que soient les efforts qu'il fasse.»
C'est un fait que presque chaque mois le CERN annonce de nouvelles «découvertes significatives» obtenues à la suite des nombreuses expériences effectuées par les équipes scientifiques. A cela le sceptique répond : «Fort bien. Mais rien ne démontre que l'on a atteint ainsi en quelque sorte le fond. Au contraire, on a de plus en plus l'impression que ce fond n'existe pas, que toute particule, si petite soit-elle, contient des particules encore plus petites dont l'existence ne peut être prouvée qu'avec des énergies encore plus grandes et donc des machines encore plus gigantesques, et ainsi de suite jusqu'à l'infini.»
C'est exactement ce qui est arrivé. Dans les années 60 et au début des années 70, le `zoo' des particules et de leurs sous-particules s'est peuplé si vite qu'il en est résulté confusion, incertitude et cynisme. Robert Oppenheimer aurait dit à cette époque : «Le prochain prix Nobel de physique devrait être enfin attribué à celui qui n'aura trouvé aucune nouvelle particule.»
Celui qui aujourd'hui contemple le vaste site du CERN du haut d'une des tours qui le dominent constatera que ce site est toujours en train de s'étendre. Il est parcouru par de nombreuses routes, portant toutes le nom de physiciens célèbres, il y a des halles pour les expériences, des halles de montage, des centres de calcul, des sous-stations électrique, des immeubles administratifs, des auditoires, des places de jeux. Ce spectateur aura l'impression qu'il s'agit là d'une grande entreprise industrielle en expansion permanente dont l'utilité ne fait l'objet d'aucun doute sérieux.
Les «guides» qui pilotent les visiteurs extérieurs venus à Meyrin pour y découvrir une «merveille du progrès» se donnent beaucoup de peine pour présenter leur «firme» de manière aussi flatteuse que possible. Cette visite qui se déroule tant au-dessus qu'en dessous du sol, à travers des salles de contrôle peuplées d'observateurs recueillis devant des instruments scintillants et des écrans électroniques constellés de signaux verts clignotants, me rappelait irrésistiblement une visite au lieu de pèlerinage français de Lourdes. Cette impression provenait en bonne partie du fait que le guide mis à disposition par la «Public Information Division» avait une attitude pas très différente de celle du bas clergé de l'église catholique, lequel ne pouvait, ou ne voulait pas se permettre le moindre doute quand au dogme de la seule église.
Ainsi le guide énonçait-il la «pure doctrine» de la nécessité absolue de démontrer expérimentalement l'unité profonde des quatre forces fondamentales qui conditionnent la dynamique et la cohésion de la Création, unité postulée depuis longtemps mais pas encore démontrée de manière indiscutable. La chasse aux `quarks,' particules supposées être les constituants ultimes de la matière, mais dont l'existence n'a pu jusqu'ici être mise en évidence qu'indirectement, est devenue une sorte de recherche du «saint Graal» justifiant n'importe quel investissement financier, technique ou intellectuel, si grand soit-il. Au moment de ma visite au CERN au printemps 1984, cinq de ces quarks avaient déjà été aperçus, mais le sixième, dont l'existence résulte théoriquement de symétries supposées se manifester au plus profond de la matière, était toujours recherché sur des millions «d'événements» enregistrés. Lorsqu'en juin de la même année, l'existence de ce sixième quark a pu être clairement établie — un événement auquel le New York Times a consacré pas moins de six colonnes — les inconditionnels du CERN se sentirent une fois de plus justifiés dans leur soutien à cette institution : le travail quotidien de presque 7'000 personnes et des dépenses annuelles de près de 800 millions de francs s'avéraient à leurs yeux parfaitement justifiés.
En effet, si même dans une période de crise économique où la recherche ne dispose que de moyens financiers réduits, on est en principe d'accord de considérer cette activité ésotérique très coûteuse comme un des rares faits culturels marquants de notre époque, on devrait aussi comprendre la fierté avec laquelle les physiciens du CERN font état de leur succès :
Mais ces résultats, s'ils sont admirés par la communauté internationale des physiciens des particules, ont des conséquences annexes dont on ne parle pas dans les revues spécialisées : ils mènent à une chasse aux records qui s'apparente davantage au sport de compétition qu'à la recherche de la vérité ; ils génèrent un culte des vedettes qui rappelle davantage Hollywood que Göttingen, Princeton ou Cambridge, villes universitaires dignes et paisibles dans lesquelles de grands savants poursuivaient auparavant leurs travaux.
Un exemple typique de ce triste état d'esprit est l'interview que Carlo Rubbia, le prototype du physicien expérimenteur énergique et prêt à tous les risques, a donné au journal italien «Repubblica», à l'occasion de la fête organisée pour célébrer le jubilé de l'ancien laboratoire de Fermi à Rome. Il se vanta à cette occasion du fait que les physiciens du CERN, grâce à leur compétence intellectuelle supérieure, avaient réussi à battre les Américains dans la course à la découverte des particules W et Z et que cette «victoire» avait provoqué l'arrêt de la construction d'une grande machine à Brookhaven (USA), laquelle était devenue pratiquement inutile.
Ce plaisir à peine caché provoqué par l'échec d'une autre équipe colle mal avec l'idéal d'une collaboration désintéressée entre physiciens au plan mondial. Non seulement ils se sont laissé imposer le rôle de sportifs de pointe, mais pire encore, ils se sont mués — peut-être sans s'en rendre compte — en «chevaux de trait» des technologies de pointe. Par la construction financée par les fonds publics des instruments de précision nécessaires à leurs travaux, ils permettent à l'industrie privée de faire la preuve de ses performances avec un minimum d'investissements.
Lorsque deux sociologues de l'Université de Strasbourg, Baudouin Jurdant et Josiane Olff-Nathan, essayèrent au début des années quatre-vingt d'étudier scientifiquement la «communauté des physiciens» du CERN, ils se heurtèrent parfois à de fortes résistances. Le président de la commission chargée de réfléchir à l'avenir de la physique des particules parut outré à la demande d'une entrevue : «Laissez-nous travailler, laissez-nous tranquilles. Quelles conclusions pourriez-vous tirer si vous veniez à découvrir que la créativité des chercheurs dans la physique des hautes énergies n'arrive plus à s'exprimer ? Proposeriez-vous alors de supprimer la physique ? Pourquoi ne vous intéressez-vous pas plutôt à d'autres branches de la science ? Je ne suis pas un cobaye sur lequel on fait des expériences, nous ne sommes pas des animaux de laboratoire.»
L'irritation et la peur qui transparaissent dans une telle remarque, pas encore typique à ce stade mais néanmoins frappante, sont compréhensibles si l'on réalise à quel point la situation des physiciens des hautes énergies est devenue précaire. Hier encore encensés comme des précurseurs, des modèles à suivre, on leur reproche maintenant leur propension au gaspillage. La critique ne vient pas seulement de laïques mais aussi d'autres scientifiques qui font remarquer que «l'on n'avait jamais dépensé autant d'argent pour si peu de découvertes.» On les soupçonne d'être devenus, consciemment ou non, les «suppôts» de la grande industrie. On leur fait même le grief de contribuer, même si c'est de manière moins directe que les scientifiques engagés dans la recherche militaire, à la mise au point d'armements toujours plus dangereux et plus difficiles à contrôler, et d'avoir par suite, volontairement ou involontairement, contribué à rendre la fin de l'humanité possible.
Tant que de tels reproches ne venaient «que» de l'extérieur, à savoir de politiciens, de journalistes ou autres, donc de gens qu'on pouvait accuser de d'ignorance, voire de mauvaises intentions, ils étaient simplement ignorés. Mais lorsque la critique vient de ses propres rangs, on ne peut plus se contenter de la traiter de cette manière.
Déjà en 1977, le physicien hollandais H. B. G. Casimir, un des fondateurs du CERN, se demandait «comment puis-je être sûr que les cathédrales (de la physique des hautes énergies) ne se transformeront pas en fabriques et en arsenaux ?» Lauréat cette même année du prix Nobel de physique, P.W. Anderson dénonça simplement comme «illusions» les buts poursuivis par les laboratoires établis autour d'accélérateurs toujours plus gros, tant en Amérique qu'en Europe et en Asie. Le mathématicien Alexandre Grothendiek, lauréat de la «médaille Fields,» considérée comme équivalente au prix Nobel, alla encore plus loin et lors d'une conférence devant les chercheurs du CERN stigmatisa la science, déclarant que, telle qu'elle s'était développée après la deuxième guerre mondiale, elle était l'une des «forces négatives les plus importantes dans le développement de la société».
Dans les années soixante-dix, des critiques provocatrices telles que celles-ci étaient encore discutées ouvertement et passionnément à l'intérieur du CERN. Mais la susceptibilité de la bureaucratie de l'institution à l'égard de voix critiques a notablement augmenté depuis. Ainsi, après que le 24 juin 1981 André Gsponer, un collaborateur de longue date du CERN qui avait quitté l'institution l'année précédente pour des raisons de conscience, eut tenu sur invitation de la «division PS» un séminaire sur le thème : «Pourquoi le militaire s'intéresse-t-il aux accélérateurs de particules ?», le Directeur général imposa une directive qui était en totale contradiction avec les traditions suivies jusqu'alors par l'institution. Depuis ce moment-là, les conférenciers extérieurs n'auront le droit de s'exprimer au CERN que si son bureau les y avait au préalable autorisés.
C'est vraisemblablement à cause de ce décret que je reçus soudainement trois ans plus tard un appel téléphonique de Genève m'annonçant qu'une conférence que je devais tenir au CERN n'était plus souhaitée. Cette conférence devait aborder, dans le cadre d'une série de discussions publiques, le sujet controversé des relations entre la recherche fondamentale et son utilisation à des fins militaires.
En novembre 1985 j'eus néanmoins la possibilité de m'entretenir avec des chercheurs du CERN de cette question épineuse des relations entre la recherche fondamentale et les armements. Horst Wachsmuth était un excellent physicien allemand qui s'intéressait, au-delà de ses activités professionnelles, à des questions relevant de notre vision du monde. Lors de visites précédentes au CERN j'avais déjà eu des discussions stimulantes avec lui, discussions qui m'avaient ouvert de nouvelles perspectives. Il avait invité une douzaine de ses collègues dans sa confortable maison pour m'extirper les doutes que je pouvais avoir sur l'innocence de leur recherche. J'avais exprimé ces doutes dans la préface à l'ouvrage intitulé «La Quadrature du CERN» paru en septembre 1984. Au cours des trente ans d'histoire du laboratoire, ce livre contestataire était probablement le premier qui ne contenait pas des hymnes à la gloire du CERN, mais au contraire une critique acérée.
J'avais eu l'occasion de faire la connaissance des quatre auteurs de ce pamphlet comme des opposants engagés et bien informés du projet LEP. Il s'agit de l'historien des sciences Jacques Grinevald, de la syndicaliste Lucile Hanouz, de l'ingénieur Pierre Lehmann et du physicien des particules André Gsponer. J'avais été impressionné par leurs arguments contre la futilité des buts scientifiques actuels du CERN, la manière peu démocratique de diriger le laboratoire et les conditions de travail peu sociales auxquelles étaient soumis les travailleurs intérimaires des multiples sociétés contractantes qui devaient construire la «monstrueuse» nouvelle machine. Il ne m'avait pas été facile de réviser les thèses optimistes de mon livre «La Grosse Machine» sur la base de faits nouveaux qui les contredisaient et en fonction de nouvelles perspectives. Il ne s'agissait pas maintenant de se justifier à tout prix, mais d'avoir le courage de regarder la vérité en face, si décevante soit-elle.
J'avais été particulièrement choqué et déçu par la mise en évidence, documentée de manière rigoureuse, de la collaboration étroite entre le CERN et le laboratoire américain de Los Alamos qui développe des armes atomiques. Il était expliqué, par exemple (Note du traducteur: Page 32 de La Quadrature du CERN.) :
«Le nouveau linac [accélérateur linéaire] du CERN, mis en service en 1980, [était] non seulement le linac de ce type le plus moderne du monde, mais encore celui qui [détenait] le record mondial d'intensité de courant de faisceaux. Il n'est donc pas étonnant que les physiciens travaillant pour les militaires américains se soient intéressés de près aux propriétés de cette machine et qu'ils se soient empressés de demander aux spécialistes du CERN les informations dont ils avaient besoin. En fait, ils ont été gracieusement invités par le CERN à participer à la mise en route de cet accélérateur et ont eu ainsi directement accès aux informations qui les intéressaient, avant même qu'elles ne soient officiellement publiées (Accelerator Technology Program, LA-8350-PR, Los Alamos, mai 1980, pp. 63-71).»
De tels échanges d'information, entre un laboratoire international dont les statuts interdisent clairement que ses recherches soient utilisées à des fins guerrières, et les collaborateurs du laboratoire militaire de Los Alamos, berceau des armes atomiques, dont les recherches allaient encore et toujours dans cette même direction, avaient déjà eu lieu avant que le Président Reagan annonça sa guerre des étoiles (SDI). Dans le cadre de ce gigantesque programme d'armement, les faisceaux de particules à haute énergie et beaucoup d'autres techniques qui ont vu le jour dans les laboratoires de la physique des hautes énergies jouent un rôle déterminant.
André Gsponer, qui est le premier à avoir attiré l'attention sur ces faits, m'a dit être tombé sur leurs traces presque par hasard. En tant qu'utilisateur du même bureau que Burt Richter, hôte célèbre du CERN et plus tard lauréat du prix Nobel, il avait vu sur la table de travail de ce dernier des papiers qui permettaient de conclure que ce physicien éminent travaillait en collaboration étroite avec le groupe JASON, une commission composée de chercheurs américains hautement qualifiés en charge de projets d'armements avancés.
Cet épisode qui fait penser à un mauvais roman d'espionnage me parut tellement invraisemblable que je décidai de questionner personnellement Richter à ce sujet à la première occasion. Lorsqu'en été 1984, je le rencontrai dans le laboratoire de Stanford, il contesta de manière ferme — et, me sembla-t-il, tout à fait crédible — qu'il aurait laissé traîner ouvertement des documents si importants à Genève. Il ne voulut par contre ni confirmer, ni nier sa collaboration avec JASON. Il prétendit qu'il ne s'intéressait pas aux questions stratégiques ou politiques mais seulement à la physique de bonne qualité. Il concéda que cette physique n'était pas possible dans les circonstances actuelles si l'on se mettait les militaires à dos car ils avaient, au moins aux USA, une influence incontestable sur les montants mis à disposition par l'Etat pour les coûteuses machines nécessaires à la recherche fondamentale.
Je dois reconnaître à Burt Richter que c'est lui qui m'a rendu attentif à John Harris et m'a permis d'entrer en contact avec lui. Harris est un ingénieur énergique d'origine écossaise. Il est le directeur remplaçant de l' «Operation Department» au SLAC (Stanford Linear Accelerator Center), l'une des «grosses machines» les plus couronnées de succès de la physique des particules en Amérique. Il sort d'une famille qui s'occupe depuis des générations d'inventions techniques et de leurs applications. Il est néanmoins devenu au cours des dernières années un opposant décidé à un progrès technique aveugle, lequel, selon lui, est devenu aux mains des puissants une menace croissante pour la vie et la survie des êtres humains.
Il a alors pris la tête d'un mouvement d'ingénieurs et de chercheurs qui se défendent contre l'emprise croissante des militaires sur l'Université de Stanford et ses instituts.
«Certains de nos instituts — par exemple ceux qui s'occupent d'électronique et d'informatique — sont déjà financés principalement par le Pentagone et doivent orienter leurs recherches en conséquences», me dit-il. «Et maintenant on veut utiliser nos accélérateurs pour la recherche sur les armes. Nous devrions fournir via deux lignes de faisceaux des électrons à notre voisin, le Stanford Synchrotron Radiation Laboratory» dont les rayons X pourront ensuite servir à des armes spatiales. Nous protestons contre ce projet, car lorsque nous avons été engagés au SLAC, on nous a assurés que nos travaux serviraient uniquement à des fins non militaires.»
Plusieurs centaines de ses collègues se sont joints à cette protestation. Mais les Directeurs des deux centres de recherche et le Président de l'Université déclarèrent après longue réflexion qu'ils autoriseraient les travaux à orientation militaire puisque, après tout, les mêmes installations techniques étaient aussi utilisées pour d'autres recherches non-militaires et non-secrètes.
Avec cette décision on avait pour la première fois reconnu que la physique des hautes énergies pouvait être utilisée dans la course aux armements et l'était en fait. Un exemple qui devait faire école.
Lorsque quelques mois plus tard, dans la maison de Wachsmuth, je rendis mes interlocuteurs du CERN attentifs à cette tendance inquiétante, tous se trouvèrent d'accord pour dire qu'elle n'existait et n'existerait pas au CERN, que le laboratoire était et resterait aussi ouvert qu'il l'avait toujours été, que tous les résultats seraient publiés. L'étroite collaboration internationale dans les équipes de chercheurs devait empêcher qu'un pays ou un autre puisse tirer des avantages particuliers d'une expérience réalisée dans l'institution. Un opposant aux programmes d'armements comme moi devrait justement, selon eux, continuer à saluer et à promouvoir l'existence du CERN au lieu de se ranger du côté des sceptiques. Car, au cas où les chercheurs hautement qualifiés qui travaillent dans les laboratoires de Meyrin ne pourraient plus y valoriser leur savoir et leurs connaissances, ils se verraient peut-être contraints d'aller travailler à des projets d'armements.
Je reconnais que j'ai été impressionné. Je pouvais constater que tous ceux qui étaient assis en face de moi étaient préoccupés avant tout de découvertes scientifiques. C'était en quelque sorte écrit sur leurs visages et résonnait dans leurs paroles. Lorsque je quittai la maison de Wachsmuth, je me retrouvai presque de nouveau dans l'ambiance heureuse d'autrefois. Mais seulement presque. Les doutes continuaient à me travailler.
Cela commença déjà sur le chemin du retour chez moi. Ces jours-là, justement, Genève vivait une fois encore l'un de ses grands moments historiques. Depuis plusieurs jours elle était soumise au rythme imposé par la première rencontre personnelle entre le Président américain et le nouveau chef de la politique soviétique. Dans le centre de presse bondé de l'«Hôtel Intercontinental» et dans sa salle de bal, illuminée par les projecteurs de télévision, des milliers d'envoyés spéciaux du monde entier se demandaient si Reagan et Gorbatchev allaient arriver à arrêter, ou au moins ralentir, la course à l'abîme.
Nous pressentions alors déjà que «l'esprit de Genève» tant désiré ne produirait que des paroles et des gestes sans influence sur les planificateurs militaires et sur la propagation de plus en plus rapide du cancer des armements. Qu'il était encore trop faible pour provoquer le changement de direction radical qui s'imposait. Lorsque je rapportai à des collègues journalistes ma rencontre avec les chercheurs du CERN, ils m'écoutèrent comme si je leur racontais un conte de fées. Le fait que, à quelques kilomètres seulement de cette rencontre au cours de laquelle se négociait le destin hautement menacé de l'humanité, quelques-unes des têtes les plus intelligentes des deux camps principaux se démenaient jour et nuit pour découvrir les structures les plus cachées de l'espace-temps au travers d'une pléthore de phénomènes presque invisibles et à peine saisissables leur paraissait irréel et à côté du sujet.
Pourtant ce qui se jouait de l'autre côté de la ville rhodanienne et semblait si éloigné de la réalité pouvait éventuellement, dans peu d'années, influencer d'avantage la politique mondiale qu'une quelconque discussion entre deux dirigeants puissants. Que se passerait-il si les physiciens, dans leur recherche d'une théorie capable d'englober toutes les forces fondamentales, tombaient sur de nouveaux moyens de destruction, si au lieu de l'intégration universelle souhaitée, leurs efforts aboutissaient à une désintégration générale ?
Tous ceux qui travaillaient là-bas dans la ville-laboratoire savaient en tant qu'humains vivant à l'ère atomique, quelle influence dramatique les travaux des générations antérieures de chercheurs avaient déjà eue sur leur destin, sur celui de leurs contemporains et vraisemblablement aussi sur celui de leurs descendants. Ils devaient donc admettre que leurs propres recherches, si ésotériques qu'elles puissent encore paraître à cet instant, pourraient éventuellement avoir des conséquences historiques. Mais dans leur majorité ils firent comme si — ou de nouveau comme si ! — ils n'étaient pas responsables de ce qui serait fait ultérieurement de leurs découvertes. Mais quand ils faisaient valoir cette responsabilité — ce que de plus en plus de chercheurs qui avaient tiré les leçons de l'histoire essayaient de faire — les décideurs n'écoutaient que ce qu'ils voulaient bien entendre et qui ne dérangeait pas leurs jeux de pouvoir.
«Sur le chemin d'un autre monde» (Note du traducteur: Sous-titre de La Grosse Machine.), c'est ainsi qu'au milieu des années soixante, je formulais ma première impression du CERN. Je dois reconnaître avec le recul que cette hypothèse était prématurée. Car nous n'avons pas encore quitté l'«ancien monde» des rivalités idéologiques et nationales où l'on s'affronte avec des «machines» de plus en plus grandes, contrôlées par des pouvoirs centralisés.
L'expérience sociale CERN n'a pas — ou du moins pas encore — réussi, alors que l'expérience technique CERN continue son chemin en devenant de plus en plus compliquée et dévoreuse d'énergies. C'est à elle que les collaborateurs doivent s'adapter comme des petits rouages dans un mégasystème technologique.
Même si les physiciens du CERN avec lesquels j'avais partagé mes craintes se défendaient contre de telles observations, ils n'en reconnaissaient pas moins que l'enthousiasme des débuts avait largement disparu à Meyrin, et que certains des résultats obtenus sont utilisés sans qu'ils puissent participer, et souvent aussi sans qu'ils le sachent, à des fins qu'ils ne cautionnent pas.
Les projets d'avenir des physiciens des particules, dans la mesure où ils ont été dévoilés, n'indiquent pas de changement fondamental dans la direction de leur recherche. Ils pratiquent une fuite en avant dans le monde des superlatifs sans écouter les voix de la critique et de l'autocritique. Des propositions fondamentalement nouvelles dans l'approche à la compréhension de la nature telles que formulées par quelques physiciens plus ou moins dissidents tels que Bohm, Chew, Wheeler et Capra ne sont pas prises au sérieux par le puissant «mainstream» (courant dominant) de la recherche, même si on est d'accord de leur reconnaître du mérite. Il n'y a pas lieu de s'attendre à ce qu'un changement déterminant dans la manière de penser, prémisse à une manière radicalement différente d'agir, puisse venir des grands laboratoires. Je tire cette douloureuse leçon de leur évolution au cours du dernier quart de siècle.
Alors qu'en été 1981 certains collaborateurs du CERN pensaient qu'il était encore possible d'empêcher la construction de l'accélérateur-mammouth LEP, ils me firent part pour la première fois de leurs plans pour une transformation complète du CERN. Ces idées ont entre temps été mûries et concrétisées. L'esquisse ci-dessous est citée à titre d'indicateur montrant le chemin allant effectivement vers un monde totalement différent. Ainsi se présentent donc les étapes que ces sympathiques rêveurs ont proposées pour amener progressivement le CERN vers l'avenir qu'ils ont imaginé (Note du traducteur: Pages 167–171 de La Quadrature du CERN.) :
1. But : Arrêt de tout développement techniques ou théorique dont l'intérêt militaire est reconnu.
Organisation : Etablissement d'un groupe d'étude sur la dimension militaire des travaux du CERN. Vulgarisation des résultats par les experts concernés.
2. But : Arrêt des études et développements en vue du perfectionnement des accélérateurs existants ou la construction de nouveaux accélérateurs.
Organisation : Etablissement d'un groupe d'étude multidisciplinaire pour l'évaluation de la futilité de la physique des particules. Vulgarisation des résultats.
3. But : Arrêt de la construction du LEP et des autres grosses machines.
Organisation : Etablissement d'une commission publique pour l'examen de l'impact économique et social de l'arrêt de la construction et de l'exploitation des grands accélérateurs. Examen, par les personnes touchées par l'arrêt des études de nouveaux accélérateurs et des travaux à signification militaire, des possibilités de l'utilisation de leurs compétences pour l'étude d'autres problèmes, particulièrement les problèmes concrets déjà existants. Organisation de cours et de séminaires multidisciplinaires sur la critique de la science et les rapports entre science et société.
1. But : Promotion de la collaboration interdisciplinaire en lieu et place de la compétition entre spécialistes.
Organisation : Initiation d'un débat public et démocratique sur la reconversion du CERN.
2. But : Renoncement à l'étude prioritaire des états extrêmes (infiniment petit, grand, complexe…) au profit des problèmes à l'echelle humaine.
Organisation : Développement de la division enseignement pour la reconversion des chercheurs et du personnel.
3. But : Elaboration de méthodologies pour l'approche des problèmes globaux, synergiques…
Organisation : Création d'une division pour les technologies douces.
4. But : Etude des problèmes de la maîtrise sociale et écologique du savoir et des techniques, étude des rapports entre science et politique…
Organisation : Création d'une division pour la préservation de l'environnement. Adaptation des structures afin de permettre une remise en question plus souple des objectifs et des méthodes.
1. But : Dépassement du domaine purement quantitatif. Introduction du problème de la jonction entre les sciences et la connaissance. Examen des limites de la pensée technique.
Organisation : Réforme des structures visant à rendre permanente une large participation des personnes extérieures à la définition des priorités de recherche.
2. But : Ouverture aux problèmes de l'Autre et aux relations interculturelles.
Organisation : Fermeture des divisions s'occupant des accélérateurs et arrêt de toute recherche liée au nucléaire.
Ouverture de la divison enseignement aux personnes extérieures au CERN.
Promotion de structures permettant des relations de travail éloignées de l'apologie de la compétition, du prestige du plus fort ou du premier, du culte de la personnalité.
Création d'une division pour l'étude des conflits et d'initiation à la non-violence.
1. But : Ouverture à d'autres types de connaissance : intuition, perception, émotions, etc.
Organisation : le CERN cesse d'exister en tant qu'organisation centrée sur la construction et l'exploitation de grosses machines.
Si l'on compare cette vision d'avenir un peu bricolée aux études de projets soigneusement élaborées du CERN tel qu'il fonctionne aujourd'hui, on peut se demander quelles sont les chances de ce village de huttes alternatif face aux géants de béton du système en place.
A première vue les possibilités réelles d'une telle reconversion peuvent paraître ridiculement faibles. L'entreprise CERN se présente déjà comme une institution traditionnelle soutenue par l'Etat, l'industrie et la grande majorité de la «communauté scientifique». Ils disposent non seulement de moyens financiers considérables mais encore d'un fonds imposant de savoirs et de connaissances. Ce que «l'autre bord» peut lui opposer est matériellement faible, au moins provisoirement, et d'apparence intellectuelle plutôt dilettante.
On ne devrait cependant pas sous-estimer ce nouveau courant. Le sociologue des sciences américain Thomas Kuhn a montré, sur l'exemple du retournement copernicien du début des temps modernes, comment des révolutions scientifiques profondes peuvent sembler sans avenir au début mais finissent malgré cela par s'imposer. La dissidence d'aujourd'hui devient l'idée maîtresse de demain — une leçon que justement les scientifiques auraient dû apprendre de l'histoire de leurs propres débuts.
Un nouveau «paradigme» ne peut être reconnu et accepté que si les façons de penser et d'agir admises jusque là se trouvent dans une crise profonde. C'est ce qui se passe maintenant à la fin du millénaire. Malgré leurs impressionnantes performances, malgré leur puissance matérielle et intellectuelle toujours croissante, les porteurs du projet scientifico-technique de développement du monde, projet qui a progressivement dominé les deux derniers siècles, doivent reconnaître qu'ils seront bientôt au bout de leurs possibilités. Le futur éclairé et ouvert qu'ils attendaient — futur dominé par la raison, l'ouverture et la tolérance — se mue de plus en plus en son contraire, parce qu'ils n'ont pas, ou trop peu, tenu compte des facteurs humains et environnementaux. Les «cathédrales» des physiciens auraient dû être des endroits de la plus haute spiritualité. Elles sont devenues des lieux où l'on recherche et développe la science du pouvoir et les moyens de destruction.
Lors de la fondation du CERN on espérait un renouveau de la culture spirituelle européenne. Ce mandat reste valable. Au lieu de vouloir concurrencer les Américains, les Japonais et les Russes dans les domaines déshumanisé de la méga-science et de la méga-technique, l'«ancien monde» aurait dû s'engager dans une voie propre vers la préservation de la vie et le développement des capacités ensevelies de la nature humaine. Le futur d'un CERN tout différent vient seulement de commencer.
Robert Jungk
(écrit dans la semaine qui a vu la première chute d'une navette spatiale américaine)
Les numéros renvoient aux pages de l'original.
Adams, John 253
Anders, G. 252
Anderson, P.W. 260
Benecke, Max 255
Bohm, David 267
Capra, Fritjof 267
Casimir, Hendrick. B. G. 260
Chew, G.F. 267
Faissner, H. 258
Gorbatchev, Michael 265
Grinevald, Jacques 261
Gsponer, André 260, 261, 262
Hanouz, Lucile 261
Harris, John 263
Holton, Gerald 252
Jungk, Robert 255, 271
Jurdant, Baudouin 259
Kuhn, Thomas S. 270
Lehmann, Pierre 261
Olff-Nathan, Josiane 259
Reagan, Ronald 262, 265
Richter, Burton 262, 262, 263
Rubbia, Carlo 258
Wachsmuth, Horst W. 261, 264
Wheeler, John A. 267
Une confirmation que Burton Richter, prix Nobel de physique 1976, a effectivement travaillé sur les armes à faisceaux de particules durant la période où il fréquentait le CERN dans le même groupe qu'André Gsponer est donnée par une interview publiée dans la revue militaire américaine Electronic Warfare, Volume 9, Numéro 4, juillet/août 1977, pages 31 à 34 sous le titre : Is the ICBM obsolete?