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Jésus a-t-il voulu agir en politique ?
Lorsqu’on pose cette question, on ne peut pas ne pas être frappé par le soin avec lequel les Evangiles rappellent le contexte politique de l’activité de Jésus : il est né sous le règne de l’empereur romain Tibère et alors qu’en Palestine Hérode était roi, et sa vie se termine par une condamnation à mort, prononcée par Pilate, préfet de Judée, auquel il avait été dénoncé pour ses prétentions à la royauté. Mais dans cette situation, qu’en est-il de ce que Jésus a voulu ?
Lors de son procès, à une question de Pilate, il répond : « Ma royauté n’est pas de ce monde » (Jean 18, 36) et cette réponse suggère que Jésus n’avait pas d’intention politique. Mais la question est plus complexe, car on peut comprendre cette réponse de deux manières différentes : la royauté de Jésus n’est pas de ce monde, car elle relève du monde à venir, elle doit se réaliser dans l’au-delà ; d’un autre côté, le fait qu’elle n’appartient pas à ce monde signifie aussi qu’elle ne se réalise pas selon la logique, selon les manières de faire de ce monde. D’ailleurs, dans sa réponse à Pilate, Jésus précise aussitôt : « Si ma royauté était de ce monde, mes gardes auraient combattu pour que je ne sois pas livré ».
Or selon que l’on accentue l’une ou l’autre de ces interprétations, les conséquences peuvent être radicalement opposées. Dans le premier cas, la tendance sera d’aller vers une séparation des domaines, chacun obéissant à ses caractères propres, la religion étant appréciée par le pouvoir politique dans la mesure où elle peut exercer une fonction de légitimation. Dans le second, la religion exerce une fonction de limitation et de relativisation, elle tend à combattre toute adoration du pouvoir politique.
Deux exemples peuvent être donnés pour montrer que Jésus s’est bien situé dans cette seconde perspective. Tout d’abord sa manière de parler de l’argent : il l’appelle Mamôn, le personnifiant comme une puissance qui peut s’emparer du cœur de l’être humain et l’asservir. Car l’argent n’est pas seulement un moyen, utile pour procéder aux échanges, il est aussi une manière de penser qui transforme peu à peu toute chose en une marchandise, en une chose que l’on peut s’approprier. C’est pourquoi « nul ne peut servir deux maîtres… Vous ne pouvez servir Dieu et Mamôn » (Luc 16, 13).
Il en va de même du pouvoir, il monte à la tête de celui qui l’exerce et le soumet à l’esprit de domination. Ainsi Jésus avertit-il ses disciples : « Vous le savez, ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. Il n’en va pas ainsi parmi vous. Mais si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur » (Marc 10, 43). Cette parole ne vise pas à imposer au pouvoir politique un programme, elle lui adresse un avertissement, car la juste finalité du pouvoir est de servir, et non de se corrompre en étant exercé pour lui-même et à la gloire de son possesseur.
En ce sens, nous pouvons conclure que Jésus n’a pas cherché à développer et à mettre en œuvre une politique, il a exprimé une réserve et une question qui s’adressent à toute politique.