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Parmi les cétacés, plusieurs espèces sont connues pour émettre des sons qu’on assimile généralement à des chants. Ces vocalises sous-marines recèlent une complexité qui laisse les scientifiques perplexes. Prends une grande inspiration et embarque pour une plongée chez les chanteurs des océans.
La baleine à bosse: chanter d’un seul souffle pendant vingt minutes
Quand on évoque le chant des baleines, on pense de prime abord aux refrains lancinants des baleines à bosse (Megaptera novaeangliae). Celles-ci mesurent de 15 à 17 mètres, pèsent environ 40 tonnes et peuvent atteindre un âge canonique de 100 ans.
Le chant de ces baleines est produit uniquement par les mâles durant la saison des amours. D’autres sons à fonction sociale peuvent aussi être émis, y compris par les femelles et les baleineaux. Lorsque les mâles «chantent», ils restent en suspension à une quinzaine de mètres de profondeur, le museau dirigé vers le bas pour une diffusion optimale du son sur les côtés. L’émission du son chez les baleines à bosse est produite par le passage de l’air dans le larynx depuis les poumons, ce qui fait vibrer les cordes vocales d’une manière similaire au dispositif humain. A la différence d’avec ce dernier, l’air n’est pas expiré par les baleines, mais dilate une poche dans le larynx qui permet de recycler cet air pour produire un nouveau son. Les ondes sonores se déplaçant plus vite dans l’eau que dans l’air, le chant émis se propage à une vitesse de 1600 mètres par seconde (contre 340 m/s dans l’air) dans un rayon de 160 km. Les sons produits ont une fréquence allant de 20 Hz - 10 kHz, ce qui les rend intégralement audibles par l’oreille humaine.
Une mélodie structurée
Les biologistes marins ont découvert que les chants des baleines à bosse se structuraient d’une manière très précise. Les chants ont une durée d’environ 20 minutes et sont composés de thèmes distincts, chaque thème étant une répétition de la même phrase, elle-même formée de sous-phrases que l’on peut découper en unités de base. Ces unités de base sont des notes continues d’une à quelques secondes pouvant être modulées en fréquence et en intensité. Une fois le chant terminé, le mâle remonte à la surface pour respirer puis replonge et recommence à chanter. Il en va ainsi pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Tu peux écouter le chant d'une jeune baleine à bosse dans les eaux des îles Vavaʻu, aux Tonga dans cette vidéo.
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Sans doute une sérénade pour attirer les femelles
En ce qui concerne le rôle joué par ces chants, les spécialistes en sont réduits à des spéculations. En effet, aucune fonction n’implique des chants d’un tel niveau de complexité. On peut néanmoins avancer raisonnablement l’hypothèse que ces chants sont liés à la sélection d’un partenaire sexuel. Un phénomène surprenant rend les interprétations plus difficiles encore: toutes les baleines mâles chantent globalement les mêmes thèmes, mais des thèmes nouveaux surviennent régulièrement et se propagent en quelques mois à toute une population au gré des migrations. Des biologistes ont proposé l’hypothèse que cette tendance à l’imitation puisse être due au fait que les femelles préfèrent les mâles «à la mode» ayant intégré les thèmes modernes ou alors les mâles capables d’innover par des chants nouveaux. Qu’elle qu’en soit l’explication, cela démontre la capacité des baleines à bosse à créer, apprendre et délaisser un chant.
La baleine à bosse n’est pas la seule à chanter, la baleine boréale a un répertoire encore plus varié. Pour l’écouter, c’est par ici.
Le béluga
Au contraire de la baleine à bosse, le béluga (Delphinapterus leucas) fait partie du groupe des baleines à dents. Mesurant de 3 à 6 mètres pour un poids de 0,7 à 2 tonnes, il évolue dans l’Océan Arctique. Les baleines à dents produisent des sons évoquant de rapides cliquetis et des sifflements. Les bélugas émettent des sons très variés et mélodieux qui les ont fait être surnommés les canaris des mers.
Des sons produits sans cordes vocales
Le son est émis par le passage de l’air à travers un conduit situé dans le haut de la tête qui s’apparente à une voie nasale. L’air y fait vibrer des «lèvres phoniques» à la manière d’un ronflement humain. Les bélugas possédant deux paires de lèvres phoniques, il leur est donc possible d’émettre deux sons indépendamment. L’air pénètre ensuite dans le sac vestibulaire où il peut être expulsé par l’évent ou réutilisé pour produire un nouveau son. Outre la communication entre congénères, la production d’ondes sonores couplée à un organe appelé «melon» permet aux individus de s’orienter dans l’espace sur le principe du sonar. Le melon est une masse graisseuse formant une bosse sur le front de l’animal et qui fonctionne comme une caisse de résonance qui accueille l’écho renvoyé par l’environnement du béluga.
Plus qu’un chant, un langage
Les bélugas sont des animaux très sociables. La vaste palette de sons dont ils disposent leur sert vraisemblablement à communiquer entre eux. Il ne s’agit donc pas de chants répétés en boucle comme chez les baleines à bosse mais d’une sorte de langage. A ce titre, ils font preuve d’une formidable capacité d’apprentissage. En regardant cette vidéo, tu découvriras une «discussion» entre une femelle béluga et son petit. La mère est de couleur blanche, le jeune est gris.