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Une équipe de l’organisation First Draft a analysé un échantillon de 1’200 posts publiés sur les réseaux sociaux diffusant de la désinformation sur les vaccins contre le Covid-19. Les chercheurs ont identifié six récits dominants, leur variation en fonction du contexte linguistique et leur cause. A la fin de leur rapport, ils formulent quelques recommandations pratiques.
Avant même le début de la campagne d’immunisation globale contre le Covid-19, la désinformation sur les vaccins faisait rage sur les réseaux sociaux. Ceci n’est guère surprenant, étant donné que ce sujet a toujours été un terrain fertile pour les fausses nouvelles et les théories conspirationnistes.
La pandémie a donné un élan supplémentaire à ce phénomène. Les récits classiques diffusés par les mouvements antivax ont été mis à jour, et de nouvelles théories, liées au Covid-19, ont émergé.
Dans un récent rapport publié par First Draft, Rory Smith, Seb Cubbon et Claire Wardle ont examiné l’écosystème de la désinformation sur les vaccins contre le coronavirus. Les auteurs ont analysé un échantillon de 1’200 posts écrits en trois langues (anglais, français et espagnol), publiés entre juin et septembre 2020 sur trois plateformes (Facebook, Instagram et Twitter).
Six récits dominants
En se basant sur cet échantillon, les auteurs ont identifié six récits dominants diffusés par les agents de la désinformation. Ceux-ci dénoncent les motivations politiques ou économiques derrières les vaccins (1), mettent en cause leur sécurité, leur efficacité ou leur nécessité (2), questionnent les défis posés par le développement et la distribution des vaccins (3), relatent des théories conspirationnistes (4), dénoncent une privation de la liberté (5) et mettent en discussion leur moralité (6).
Les deux premières catégories sont largement majoritaires et représentent respectivement 29,4% et 28,1% des posts de l’échantillon.
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Motivations politiques et économiques
Ce récit, qui reprend une thèse très répandue, soutient que le développement des vaccins est principalement motivé pour satisfaire les intérêts économiques des grandes sociétés pharmaceutiques, qui agissent avec la complicité de gouvernements corrompus, des médias et d’autres institutions, telles que la fondation Bill Gates.
Il s’agit d’idées dangereuses, estiment les auteurs du rapport, car elles sapent la crédibilité des institutions et, en fin de compte, mettent en question la sécurité des vaccins.
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Sécurité, efficacité et nécessité
La question de la sécurité, de l’efficacité et de la nécessité des vaccins se décline dans plusieurs récits, parfois contradictoires. Selon certains posts, le vaccin serait une solution miracle contre la pandémie, tandis que d’autres soutiennent que ce type de médicament est dangereux, voire létal. Bien qu’opposés, ces deux récits sont également faux et problématiques.
Au-delà de ces deux visions, finalement assez prévisibles, il y a un troisième type de récit, moins dichotomique. Celui-ci assure qu’un système immunitaire et un style de vie sains sont plus puissants qu’un vaccin. Ce qui implique que l’immunisation n’est pas nécessaire.
La plupart de ces théories sont diffusées au sein de groupes New Age, prônant la médecine alternative ou la spiritualité. Il est inquiétant de constater que ces communautés, qui sont souvent des foyers de désinformation sur la santé, se rapprochent maintenant avec des groupes conspirationnistes plus radicaux, tels que QAnon.
La conspiration, spécificité francophone
La répartition et l’importance d’un récit changent en fonction de la langue dans laquelle les posts sont écrits. Les récits dominants identifiés par les auteurs se déclinent en différentes thèses, spécifiques à un contexte géographique ou linguistique donné.
Les publications en français donnent par exemple beaucoup d’importance à l’hydroxychloroquine. Plusieurs posts, issus de groupes Facebook pro-Didier Raoult, soutiennent par exemple que l’efficacité de ce médicament rend le vaccin inutile. Il est intéressant de remarquer que ces groupes de support sont à l’origine d’un cinquième de toutes les publications issues d’un groupe Facebook francophone.
Le réseau social créé par Mark Zuckerberg s’est avéré être le centre des théories du complot sur les vaccins, notent les auteurs. Plus de six posts conspirationnistes sur dix sont publiés sur cette plateforme.
Les messages conspirationnistes sont particulièrement répandus dans le contexte francophone. 16,5% des posts en français de l’échantillon relatent des théories du complot, contre seulement 8,5% en anglais et 4% en espagnol. Voici les principales thèses.
- Les vaccins sont un moyen de contrôler la population et d’atteindre une dystopie transhumaniste, à travers l’implantation de puces électroniques ;
- Les vaccins sont des outils pour modifier l’ADN et mener des programmes de dépeuplement. Cette théorie fait parfois référence à d’autres théories conspirationnistes, telles que celles sur la 5G, et part du principe que le coronavirus est un canular.
Absence ou surabondance
Comment peut-on expliquer la diffusion de ces récits et théories ? L’univers de la désinformation sur les vaccins est complexe et se caractérise par deux défauts structurels, estiment les auteurs du rapport.
Le premier, le manque de données, se produit lorsqu’il y a une différence négative entre la quantité d’informations fiables disponibles sur un sujet donné et la demande du public pour ces informations. Bien que cette situation ne soit pas le résultat d’une action délibérée, elle peut être exploitée par des acteurs malveillants, qui utilisent les fausses informations pour remplir le vide.
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A l’autre extrémité, il peut y avoir une situation de surabondance informationnelle. Tout aussi problématique, elle risque de créer des sentiments de confusion et de fatigue, qui peuvent pousser les gens à se détourner des sources d’information fiables.
Quelques recommandations
La méfiance à l’égard des vaccins est très dangereuse, s’inquiètent les auteurs du rapport. Pour l’Organisation mondiale de la santé, il s’agit de l’une des dix principales menaces pour la santé mondiale.
Dans ce contexte, les posts et les publications sur les réseaux sociaux jouent un rôle crucial. Les auteurs rappellent qu’il suffit de quelques minutes d’exposition à un contenu anti-vaccin en ligne pour réduire l’intention de vaccination d’une personne.
Que peut-on faire pour contrer ce phénomène ? Voici quelques recommandations :
- Il faut cesser de compter sur les efforts de fact-checking et les politiques de modération des plateformes. Il s’agit de mesures réactives, qui risquent en plus d’encourager les communautés antivax à migrer vers des plateformes alternatives plus difficiles à surveiller.
- Il faut considérer les différences et les spécificités de chaque contexte linguistique, et agir en conséquence, afin d’éviter des situations de surabondance informationnelle.
- Les récits issus des communautés New Age et alternatives devraient être mieux surveillés. Nombre d’entre elles s’opposent directement au concept d’immunisation et le discréditent.
- Les récits de la désinformation sur les vaccins se sont adaptés et continueront à s’adapter au contexte évolutif de la crise sanitaire. La capacité à suivre leur évolution au fil du temps est essentielle pour mieux cibler la lutte contre ce phénomène.
- Il faut trouver un moyen de reconnaître les incertitudes et les craintes des gens, plutôt que de les rejeter. Il est crucial de jeter des ponts entre les experts de la santé et ceux qui remettent en cause la sécurité des vaccins.
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