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La coéducation en éducation physique est un thème controversé: les arguments qui plaident en sa défaveur sont liés à l’optimisation de la performance et à l’épanouissement personnel, tandis que les partisans mettent en avant la richesse des interactions, le dépassement des frontières entre les sexes et l’application des objectifs sociaux. L’étude «Girls in Sport» montre que les deux perspectives sont importantes pour les filles en Suisse.
La position des élèves face à la coéducation lors des leçons d’éducation physique dépend de leur culture sportive: s’ils dépassent les représentations stéréotypées en matière de partage des rôles, ils souhaitent en principe un enseignement mixte; dans le cas contraire, ils tendront plutôt vers un enseignement homogène (voir Faulstich-Wieland & Horstkemper, 1995, pp. 212 ss.).
Tous égaux
Le concept de coéducation réflexive offre une réponse du point de vue de la didactique de l’éducation physique à ces représentations hétérogènes (Faulstich-Wieland, 1991): il part du principe que tous les élèves disposent au départ du même potentiel de développement et que ce dernier doit être stimulé de manière optimale dans l’enseignement. Afin d’y parvenir, il est important, selon le concept de coéducation réflexive, d’ouvrir différents champs d’expérimentation liés au genre afin de varier la configuration des classes durant l’année scolaire.
Un enseignement de l’éducation physique avec des objectifs pertinents du point de vue de la pédagogie du genre et flexible dans son organisation est dit coéducatif réflexif lorsqu’il permet une alternance entre séquences mixtes et séparées tout en gardant à l’esprit les objectifs correspondant au genre. Les filles – mais aussi les garçons – se voient ainsi stimulés de manière ciblée et diversifiée.
En modulant la composition des classes (par rapport au genre), on peut définir des objectifs et des contenus spécifiques. Cette variation contribue à exploiter les avantages de l’enseignement mixte et homogène de l’éducation physique. Mais quels sont les objectifs et contenus pertinents qui prévalent dans le contexte de la coéducation réflexive?
Fixer des objectifs pour encourager les filles
Le choix d’une configuration mixte ou homogène dépend principalement des objectifs de la leçon. Si l’on veut renforcer la confiance en soi, la capacité à s’imposer, les compétences sportives et leur perception positive – en d’autres mots si l’on vise une émancipation (autonomisation) des filles (Kugelmann, 2002) – il sera judicieux d’opter pour un enseignement «entre filles», donc homogène.
Les contenus doivent alors proposer des thèmes qui, implicitement ou explicitement, forment un pôle opposé aux conditions habituelles de socialisation: premièrement, ils visent à développer les intérêts individuels et à encourager avant tout l’attitude qui consiste à ne pas se laisser enfermer dans des représentations stéréotypées des pratiques sportives. Pour cela, les filles peuvent par exemple s’investir dans des sports à connotation masculine comme le football, sans qu’elles soient confrontées au sentiment de supériorité affiché par les garçons par rapport à certains sports – même si cette attitude ne se manifeste pas toujours. Deuxièmement, une extension des pratiques sportives contribue, fondamentalement, à renforcer la confiance des filles par rapport à leur corps et au sport en général.
Dépasser les stéréotypes
A ce sujet, on peut investir des sports dont les éléments de base jouent en principe un rôle mineur dans la socialisation des filles, les sports de combat par exemple, car ils sont constitutifs pour la délimitation ou l’acceptation (joyeuse) de contacts physiques avec l’adversaire. En résumé: la devise qui prévaut est: «J’expérimente, sans considération des stéréotypes liés au genre, chaque mouvement, chaque jeu et chaque sport, afin de m’engager pour toute activité qui me plaît personnellement.»
Selon le concept d’égalité des sexes, les perspectives visant l’émancipation sportive des filles peuvent être atteintes, car il n’y a pas de comparaison directe avec les garçons. Les résultats de l’étude «Girls in Sport» (Gramespacher et al., 2015) montrent que la pratique du sport entre filles et pour les filles est ainsi très importante en Suisse. Toutefois, l’étude met également en évidence le fait que les filles s’intéressent aussi à la pratique mixte du sport lorsqu’il s’agit de vivre de nouvelles expériences en commun et d’apprendre au contact de garçons. Les filles accordent beaucoup d’importance à l’aspect social de l’apprentissage mutuel. Dans ce contexte, les intérêts (en termes de contenu) et les attentes sociales des filles plaident pour la réalisation du concept pédagogique de genre en éducation physique.
Faciliter la coéducation réflexive
Mettre en pratique une coéducation réflexive à l’école soulève des questions relatives à l’organisation. Idéalement, il faudrait que le plan horaire et la répartition des salles permettent des leçons en commun et des leçons séparées pour les mêmes degrés scolaires: à supposer que l’on dispose de deux salles de sport, on pourrait planifier deux classes en parallèle, si possible du même degré scolaire ou du moins d’un niveau proche. Toujours dans l’idéal, un enseignant et une enseignante dispenseraient les cours en parallèle, en alternance lors des cours mixtes pour que chaque genre dispose des modèles homogène et hétérogène, et en attribuant plutôt l’enseignant à la classe de garçons et l’enseignante à la classe de filles, afin que les élèves puissent s’identifier plus facilement.
De cette manière, les enseignants pourraient varier la composition des groupes entre les deux classes en fonction des objectifs d’apprentissage, respectivement des contenus de la leçon. Les deux enseignants planifieraient ensemble leur enseignement et fixeraient des objectifs sur l’année qui soient pertinents pédagogiquement par rapport au thème du genre, aussi bien en enseignement homogène qu’en enseignement mixte.