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«Olympiatoppen»: voilà le secret des Scandinaves. Ce complexe de bâtiments discrets, situé au nord d’Oslo, la capitale, est entouré d'une nature encore intacte. C'est là que des athlètes tels que le skieur de fond Klaebo ou le descendeur Kilde se préparent pour les Jeux olympiques.
«Les Norvégiens ont imaginé un concept simple et une atmosphère propice à la pratique du sport de haut niveau dans toutes les disciplines. Les meilleurs éléments du sport norvégien sont réunis, et il en résulte quelque chose d'encore meilleur», s'enthousiasme le responsable olympique suisse Ralph Stöckli, avec une grande admiration pour la philosophie des pays nordiques.
L'Olympiatoppen est le coeur du sport d'élite norvégien, unique en son genre. C'est là que se concentre l'énergie sportive d'un pays dont la superficie est plus grande que celle de l'Allemagne, mais qui ne compte que 5,4 millions d'habitants.
Le bilan de cette culture sportive norvégienne est impressionnant: le pays a remporté 14 médailles d'or, 14 médailles d'argent et 11 médailles de bronze lors des derniers Jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud – un record jamais atteint auparavant. Nous avons rencontré dix personnalités qui font le sport norvégien afin de comprendre son palmarès impressionnant.
À 61 ans, il est considéré comme le développeur de la culture norvégienne de la performance et a dirigé pendant 10 ans le centre sportif Olympiatoppen. L'ancien entraîneur de la Coupe d'Europe a pris en charge la direction sportive de la fédération de ski dans les années 80. À l'époque, les skieurs alpins se frayaient un chemin tant bien que mal à travers la Coupe du monde. Aux Jeux de Calgary en 1988, le succès n'était pas au rendez-vous. L'engagement d'Aambø a marqué un tournant. Il a commencé à mettre en place une culture de la performance dans le ski, qui a ensuite été appliquée à toutes les disciplines sportives.
Il a réfléchi à ce qui devait caractériser l'équipe de ski norvégienne à l'avenir. «Sur le plan de la technique du ski, le développement a pris du temps, mais il y a un point sur lequel nous avons pu nous lancer immédiatement. J'ai fixé comme objectif que les skieurs norvégiens deviennent les meilleurs du monde en termes de condition physique», se souvient Aambø. Une ambition qui perdure depuis 1994 à Lillehammer, lorsque les Norvégiens se sont hissés parmi l'élite mondiale en remportant 5 médailles. Les «Attacking Vikings» étaient nés. Aambø cite les principaux facteurs de réussite: «La minutie avec laquelle nous avons suivi notre plan. Et un travail extrêmement dur.»
Avec l'attribution des Jeux d'hiver de 1994 à Lillehammer, la Norvège a lancé un programme de développement des compétences en matière de leadership dans le sport. L'idée de l'Olympiatoppen comme centre de compétences était née. Aambø en a accompagné la mise en place dès le début. «De nombreux éléments de la culture sportive actuelle ont vu le jour au début des années nonante, dit-il, et le ski alpin a été l'un des principaux vecteurs de cette culture.» Aambø a été chef de la mission norvégienne lors de cinq Jeux olympiques entre 2004 et 2012.
Aujourd'hui, il dirige le «High Performance Cluster». Certes, le système avec l'Olympiatoppen continue de bien fonctionner, «mais lorsque tu penses être bon, c'est souvent le début de la stagnation». Aambø doit continuer à penser la culture sportive norvégienne indépendamment des structures existantes. Avec le hub d'innovation «Igloo Innovation», il tente de créer une sorte de Silicon Valley de l'industrie norvégienne du sport. Un réseau pour l'économie nationale, le sport et la science, qui doit servir de moteur au développement du sport.
«Notre culture du ski est basée sur Ole Kristian Furuseth», déclare Jarle Aambø. À la fin des années 80, aucun skieur n'était aussi ambitieux que ce spécialiste du slalom géant, qui a longtemps été le rival du Suisse Mike von Grünigen. Furuseth a remporté deux fois la Coupe du monde de slalom géant et neuf courses de Coupe du monde avant de prendre sa retraite en 2002. Avec Atle Skaardal, Kjetil André Aamodt et Lasse Kjus, il a fait partie de la première génération de skieurs alpins norvégiens à succès.
Furuseth est un homme modeste. Il se montre presque embarrassé par les éloges de son chef de longue date. Il parle de nombreux athlètes formidables qui avaient du caractère et montraient du respect pour les autres. «Nos valeurs ont toujours été très fortes. Tous les membres de l'équipe avaient la même importance chez nous. Le serviceman ne valait pas moins que l'athlète.» Furuseth pense que cette humilité est une partie importante de la culture du sport en Norvège.
L'homme de 55 ans se souvient avoir loué un bungalow avec Kjetil André Aamodt dans la forêt à côté de l'Olympiatoppen afin d'être le plus proche possible du centre d'entraînement. «Nous nous sommes beaucoup entraînés, de manière pluridisciplinaire, et toujours ensemble, dès le début.»
Aujourd'hui encore, les skieurs alpins viennent à Oslo après la saison pour s'entraîner en équipe à l'Olympiatoppen.
Âgé de 56 ans, Øvrebø est l'actuel directeur du centre olympique. Il en souligne l'importance: «Nous sommes une petite nation qui doit regrouper ses ressources et les utiliser intelligemment.» L'Olympiatoppen permettrait de rassembler et de transmettre les connaissances. L'échange de compétences est un pilier décisif du système sportif norvégien. La coopération au-delà des frontières des différentes disciplines sportives revêt une importance nettement plus grande qu'en Suisse, par exemple. La devise en la matière est la suivante: la compétence est plus importante que l'argent.
Øvrebø estime aussi que le fait qu'il n'y ait pas de système spécifique à une discipline sportive encourage la libre pensée. On peut suivre sa propre voie dans le développement des disciplines et on ne suit pas les chemins tracés d'avance. Aux JO d'été de 2020, la Norvège a remporté la médaille d’or en beach-volley et en triathlon, des sports qui étaient pratiquement insignifiants dans le pays il y a dix ans encore.
Le sport a une valeur culturelle très élevée en Norvège. La vie familiale est souvent axée sur l'activité physique. Les ressources sont investies dans la carrière sportive des enfants.
L'ambiance est également familiale dans les nombreux clubs de sport pluridisciplinaires. Ce sont souvent les parents ou les voisins qui s'engagent comme entraîneurs et fonctionnaires. Avec 3900 membres, Kjelsås IL est l'un des plus grands clubs sportifs de la capitale. Ses membres regroupent 80% des enfants de la région osloïte. Le club propose huit disciplines sportives, du ski alpin à la course d'orientation en passant par le handball et le football. Le sport pour handicapés y est également représenté. Les enfants pratiquent toutes les activités. Une spécialisation précoce est volontairement évitée.
Truls Nygaard est le directeur général du club. C'est lui qui tire les ficelles. Il explique les principes de base du sport associatif norvégien. «Nous voulons présenter l'entraînement des jeunes comme un jeu aussi longtemps que possible», dit-il. Cet accent sur le plaisir est souvent mis jusque dans la carrière de l'élite. Dans le sport norvégien pour enfants, il n'existe pas de classement avant l'âge de 12 ans. Il serait même question d'augmenter cette limite d'âge de deux ans.
Selon Nygaard, de nombreuses familles adaptent leur vie au sport. Le club implique fortement les parents. «Cela crée un environnement social fort pour les futurs athlètes.» Grâce au savoir-faire de l'Olympiatoppen, les entraîneurs de club bénéficient également d'une formation basée sur une philosophie uniforme. Au total, la Norvège compte 11 500 clubs sportifs pluridisciplinaires de ce type, soit 2,9 millions de membres. La moitié du pays est donc engagée dans le sport.
L'exemple d'Eirik Brandsdal montre l'importance des expériences vécues en club. Ce skieur de fond de 35 ans ne s'est retiré du sport de haut niveau qu'en 2020. Au cours de sa carrière, ce spécialiste du sprint en ski de fond a obtenu 24 podiums en Coupe du monde. Brandsdal est devenu père il y a neuf mois. Son fils s'appelle Lars – en l'honneur de son entraîneur de longue date.
«C'est aux clubs qu'appartient la gloire du succès sportif», affirme le sportif de haut niveau, modeste. «Ce sont eux qui font le sport et qui encouragent les talents de manière déterminante.» Brandsdal est membre de Kjelsås IL depuis son enfance. Lui-même n'a ouvert les portes du vestiaire qu'à l'âge de 18 ans, «mais l'environnement social du groupe m'a permis de développer mon talent même à un âge tardif». De même, tout au long de sa carrière, il ne s'est jamais départi de l'esprit ludique qui a caractérisé les entraînements en club. Aujourd'hui, Brandsdal entraîne l'équipe de ski de fond des moins de 23 ans de Kjelsås IL et essaie de leur transmettre la même responsabilité personnelle que celle qui a influencé son développement de manière déterminante.
La promotion des talents occupe une place importante dans le sport norvégien. À l'Olympiatoppen, Jan Wojtaszek coordonne les activités. En tant qu'entraîneur assistant en ski alpin, il a assisté à l'apogée de Lasse Kjus et Aksel Lund Svindal. Depuis 3 ans, il s'occupe du développement des talents, toutes disciplines confondues. «Nous aimons et détestons ce terme en même temps. En Norvège, on discute beaucoup de la définition exacte du talent, explique Wojtaszek. Et nous comprenons le développement de la relève à coup sûr différemment que les Suisses, par exemple.»
Selon lui, il est important de reconnaître le potentiel et de porter son regard sur l'environnement des athlètes. «Nous voulons offrir aux jeunes sportifs la possibilité de développer leur talent au fil du temps.» Il est également très important de leur apprendre très tôt à se responsabiliser. Wojtaszek souligne qu'en Norvège, il existe un fil rouge à travers toutes les disciplines sportives pour la promotion de la relève. Sa devise est liée à la patience: «Il faut 10 ans pour réussir du jour au lendemain.»
La proximité de la science et du sport de compétition est un atout décisif du sport norvégien. D'une part géographiquement, puisque l'université du sport se trouve à proximité de l'Olympiatoppen. Mais aussi et surtout dans l'esprit de tous les participants. Lorsque les entraîneurs ou les athlètes demandent de l'aide, un projet est rapidement mis en œuvre.
Le Danois Klavs Madsen coordonne la collaboration entre la recherche et la pratique en tant que chef du département du sport de compétition. Après avoir quitté son pays natal, Madsen a rapidement compris ce qui faisait la force de la Norvège dans le domaine du sport. «La culture d'entraînement rigoureuse mais chaleureuse dans les clubs, le transfert de connaissances de l'université vers le sport actif, et le développement ciblé de compétences spécifiques à l'université du sport.»
Madsen explique qu'il existe cinq diplômes de bachelor et cinq diplômes de master différents en science des sports. «Une telle spécialisation et une telle qualité sont inconnues dans d'autres pays.» Les étudiants, très bien formés, ont souvent des liens précoces avec les clubs sportifs ou fédérations. Les connaissances transmises ont rapidement un impact. Madsen est également fier de la capacité de ses collaborateurs à développer la technologie et à l'appliquer de manière créative.
Plusieurs enseignants travaillent à la fois à la Haute école de sport et pour l'équipe olympique, faisant ainsi le lien entre science et sport d'élite. Anne Marte Pensgaard, qui est responsable de l'encadrement psychologique sportif de l'équipe olympique norvégienne à Pékin, en est un exemple. Thomas Losnegaard, chef de l'endurance au centre sportif, également.
Pensgaard voit un grand avantage dans le fait que «des universitaires travaillent également sur le terrain. Les sportifs et les étudiants en profitent». Elle considère l'Olympiatoppen comme un lieu formidable, dans lequel des athlètes de différentes disciplines sportives échangent quotidiennement. Ce serait très inspirant. Elle considère également que l'accent mis sur les valeurs et la philosophie est un élément important de la réussite. «Le système est au-dessus de l'individu», dit Pensgaard. Losnegaard cite un exemple: «Lorsque nous parlons de test d'intensité en Norvège, tous les sports comprennent la même chose.»
L'ancien entraîneur de combiné nordique et de saut à ski arrive en tenue de course, skis sous le bras, au lieu de rendez-vous fixé. Le responsable de la formation en ski de fond au sein de la fédération doit se rendre plus tard à un cours d'entraînement dans l'arrière-pays d'Oslo. Sa fonction comprend plusieurs aspects. D'une part, il essaie de garder les portes de la science toujours ouvertes. D'autre part, il fait également la liaison entre les nombreux entraîneurs de ski et les responsables des disciplines sportives au sein de l'équipe olympique.
Son travail consiste à développer une discipline sportive à long terme et à élargir les compétences des entraîneurs. «Il s'agit de se mettre en relation avec la science. Dans tous les entretiens et projets, je me demande ce qui apporte une valeur ajoutée aux athlètes», explique Kalfoss.
Ces connaissances sont ensuite partagées avec d'autres disciplines sportives. Par exemple, les skieurs de fond et des sportifs d'autres disciplines se sont mutuellement enrichis de leurs expériences lors des camps d'entraînement en altitude. «Nous sommes très ouverts en matière de partage d'informations», explique Kalfoss. Même entre athlètes, pourtant adversaires sur la piste: «Dans les camps d'entraînement des fondeurs, les portes des chambres sont toujours ouvertes. Il n'y a pas de secrets »
Outre les responsables de différents domaines tels que la promotion de la relève, l'endurance, la force ou la psychologie du sport, l'équipe olympique compte également des coachs pour certaines spécialités sportives. Arthur Koot occupe cette fonction pour le ski alpin et le ski de fond. Il veille à ce que le transfert de connaissances entre les disciplines sportives soit facilement effectif, transparent et réciproque.
Selon lui, il est normal que chaque discipline offre un aperçu de la science de l'entraînement. «La Norvège est un pays avec peu d'habitants. Il est donc essentiel de comprendre que nous ne pouvons réussir qu'ensemble», explique Koot.
Contrairement à Swiss Olympic, où les responsables des disciplines sportives fournissent surtout des services administratifs, Arthur Koot et ses collègues en Norvège sont très axés sur la pratique et le sport de compétition. «Nous soutenons les équipes nationales de ski, et veillons à ce que les idées et les projets puissent être mis en œuvre rapidement.»
Une longueur d'avance qui peut valoir de l'or.
7 matchs, 7 victoires. Avec sa victoire ce mardi contre l'Allemagne aux tirs au but (4-3), la Suisse a bouclé la phase de poules des Mondiaux sur un sans-faute.