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«Mais bien sûr», a répondu Vladimir Poutine au printemps 2020 à la question de savoir si l'armée russe était forte et ses chars rapides:
Le président russe arborait alors un sourire malicieux. «Oh, contre qui allons-nous nous battre?», a demandé Andrey Vandenko, journaliste de l'agence de presse publique russe TASS. «Contre personne», a assuré Poutine.
Comme chacun sait, les choses se sont passées autrement. Tant en ce qui concerne la guerre que de l'invincibilité présumée de l'armée russe et de ses chars. Selon le projet de documentation Oryx, les forces armées russes ont déjà perdu 2885 véhicules militaires dans la guerre d'Ukraine (état au 14 avril). Dont 505 tanks. Parmi ceux-ci, des chars de grenadiers, des chars de reconnaissance, des véhicules blindés de transport de troupes et même l'un des prétendus joyaux de l'armée russe: le char de combat T-72.
Le T-72 est une arme aussi mortelle qu'emblématique des forces armées russes. Un succès d'exportation dans le monde entier. Pourtant, au cours des dernières semaines, 314 T-72 ont déjà été arrêtés par l'armée ukrainienne. Certains ont été détruits, d’autres ont été abandonnés par leur équipage.
Des images qui circulent montrent comment le T-72, développé en Union soviétique à l'origine, a littéralement explosé après un tir d'armes antichars. On voit parfois la tourelle de combat entière être arrachée de la coque du véhicule.
«On se doutait déjà que les chars de combat russes étaient extrêmement vulnérables», explique Gustav Gressel, expert militaire du groupe de réflexion European Council on Foreign Relations, «mais les images actuelles le démontrent de manière très impressionnante.»
C'est étonnant, car l'administration militaire russe continue de développer et d'améliorer le T-72 depuis plusieurs décennies. Le char est recouvert d'un blindage composite de plus de dix centimètres d'épaisseur. Les modèles les plus récents possèdent même un blindage réactif supplémentaire qui permet, en fait, de neutraliser efficacement les projectiles adverses. Pourtant, selon Gressel, les militaires russes y risquent constamment leur vie:
Cette vulnérabilité est due à la construction particulière du T-72: il s'agit d'un modèle de char à chargement automatique. Cela permet de gagner de la place, car au lieu de l'équipage habituel de quatre hommes (comme dans le M1 Abrams américain par exemple), le T-72 russe ne nécessite que trois soldats – un conducteur, un tireur et un commandant. Il n'est donc pas nécessaire d'avoir un homme pour recharger et approvisionner le canon à tube lisse de 125 mm en munitions.
L'avantage de la taille réduite de l'équipage est évident: le modèle russe est nettement plus compact et plus léger que de nombreux chars de combat au service des armées occidentales. Il est rapide, maniable et dispose d'une grande puissance de feu.
Le mécanisme de chargement automatique est, toutefois, le point faible du T-72. Le canon principal est certes considéré comme extrêmement fiable. Cependant, la moitié des 44 munitions est stockée dans une sorte de carrousel de chargement dans le sol de la cabine, où se trouve également l'équipage. Il arrive que la munition – composée d'un obus et d'une cartouche avec une charge de combustion partielle – s'enflamme au moment du tir et déclenche un incendie à l'intérieur du char. Avec des conséquences fatales pour l'équipage.
Les tireurs ukrainiens savent, en général, où sont stockées les munitions dans le T-72 et les visent. Si un projectile atteint l'endroit en question et perce le blindage, toutes les munitions explosent à l'intérieur du véhicule. Il n'est pas rare que l'ensemble de la tourelle de combat du tank soit alors arrachée de la coque et projetée en hauteur (également connu sous le nom «d'effet diable en boîte»). Ceux qui sont à l'intérieur n'ont pratiquement aucune chance de survie.
Meet Russia’s “Olympic turret throwing champion” aka crew deathtrap T-72 battle tank (heavily deployed in Ukraine). Big design flaw: never store the ammo in with the crew by the thinly armored turret base. Give the Ukrainians M1-Abrams tanks, not this leftover Russian junk. pic.twitter.com/broce8rvS4— Daniel Garst (@garst59) April 15, 2022
Malgré ce point faible, le T-72 est le char de combat le plus utilisé au monde. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a encore récemment demandé aux pays occidentaux de lui livrer des armes lourdes, dont des T-72. Ou des chars similaires de fabrication occidentale, a-t-il insisté.
Jusqu'à présent, l'armée de Vladimir Poutine ne donne pas l'impression d'être technologiquement supérieure à l’Ukraine. «Cette guerre n'est pas une publicité pour l'armée russe», affirme Gustav Gressel qui complète:
Et cela ne vaut pas seulement pour les chars. Les images de véhicules de transport de troupes ou de ravitaillement enlisés dans le sol ukrainien et dont les pneus se sont émiettés ont fait le tour du monde. En outre, on manque toujours de preuves que les armes hypersoniques tant vantées par le président Poutine fonctionnent réellement. La propagande russe s'obstine à célébrer le succès de leur utilisation, mais les images satellites connues à ce jour ne montrent pas leur efficacité réelle.
Récemment, le Kremlin a dû reconnaître le naufrage du Moskva, le navire amiral de la flotte russe de la mer Noire. «En ce sens, il y a déjà eu un effet de désenchantement», déclare l'expert militaire Gressel.
Et l'expert des forces armées russes constate une autre chose, qui devrait retenir l'attention en Allemagne. La guerre en Ukraine a montré de manière impressionnante que les défenseurs ukrainiens ne sont pas seulement très bien formés et qu'ils agissent de manière stratégiquement intelligente, mais qu'ils peuvent également utiliser des systèmes d'armes occidentaux.
Ce sont précisément ces capacités adaptatives qui sont actuellement remises en question par les politiciens allemands, y compris par le chancelier Olaf Scholz, lorsqu'il est question de livrer des armes lourdes à l'Ukraine. «Tous les arguments selon lesquels l'armée ukrainienne ne sait utiliser que d'anciens dispositifs et ne peut pas gérer les nouveaux systèmes ne tiennent plus la route», explique Gressel.
Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder
Sources
Ce qui distingue la guerre en Ukraine d'autres conflits, actuels ou passés, c'est qu'elle peut être suivie presque en temps réel, et ce depuis le monde entier. Toutefois, malgré le flot d'informations qui tombent à un rythme régulier, certains évènements restent flous. Parmi eux, citons les mouvements de troupes et des gains ou reconquêtes de territoires par les armées russe et ukrainienne.