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Démanteler les GAFA ou forcer une plus grande concurrence? Telle est la question.
Quel doit être l’objectif d’une politique antitrust: assurer des prix bas pour les consommateurs, comme le visent les juges américains depuis la fin des années 1960, ou éviter une concentration excessive du pouvoir économique, comme l’entendait la loi Sherman de 1890? Standard Oil et AT&T/Bell sont probablement les meilleurs exemples de ruptures forcées de l'histoire des États-Unis. Le GAFA (alias Google-Amazon-Facebook-Apple) sera-t-il la prochaine cible?
Le débat commence seulement à s'intensifier. Le ministère de la Justice et la Federal Trade Commission évaluent actuellement la nécessité d'enquêter sur les pratiques anticoncurrentielles des sociétés dites GAFA. Et la Chambre des représentants a décidé d’y consacrer 18 mois d'auditions. Il ne fait aucun doute que les GAFA poussent les prix vers le bas. Reste que le pouvoir économique accumulé par ces titans du numérique a de quoi préoccuper. Il est devenu pratiquement impossible pour un développeur de contourner l'App Store d'Apple ou pour un commerçant de boycotter Amazon. Les barrières à l'entrée sont devenues formidables, freinant toute concurrence, et les conflits d'intérêts s'intensifient – sans parler des inquiétudes concernant le respect du droit à la vie privée.
des GAFA semble révolue.
La sénatrice Elizabeth Warren, candidate démocrate à la présidentielle de 2020, a suggéré que les marchés en ligne dépassant 25 mia de chiffre d’affaires par an soient désignés «plateformes utilitaires». Celles-ci devraient respecter des normes équitables pour les utilisateurs et ne seraient pas autorisées à partager des données. Une entreprise ne pourrait pas à la fois gérer une telle plateforme et y participer, la forçant ainsi à diviser ses activités.
Au Royaume-Uni, un récent rapport du Digital Competition Expert Panel est parvenu à une conclusion différente, préférant une concurrence accrue à une réglementation répressive ou la scission des entreprises. Il suggère que soit nommé un régulateur numérique imposant un code de conduite aux entreprises considérées comme ayant un «statut de marché stratégique», les empêchant notamment de se mettre en avant dans les résultats de recherche. L'époque du développement débridé des GAFA semble révolue. Que Facebook ait consulté les régulateurs avant d'annoncer le lancement en 2020 de sa monnaie Libra et en confie la gestion à un consortium démontre à quel point le réseau social est conscient de la méfiance ambiante. Rupture ou non, il y a clairement des forces adverses majeures en jeu aujourd'hui. D'une part, la concentration structurelle ininterrompue d'industries matures et les fusions et acquisitions réalisées par les majors de la santé et de l'informatique en manque de croissance créent de nouveaux géants. D'autre part, les activistes de haut niveau sont de plus en plus à la recherche de conglomérats léthargiques pour libérer de la valeur pour les actionnaires. Enfin, les gouvernements et leurs organismes antitrust sont constamment à la poursuite de monopoles.
La vérité, est que, quel que soit le résultat final, démantèlement ou non, les investisseurs seront les grands bénéficiaires d’une meilleure transparence. En effet, que cela soit au travers d’entités plus «pures» séparées de leur parent, d’acteurs émergents bénéficiant de la mise au ban (temporaire) de leaders monopolistiques, ou tout simplement la mise en lumière de la somme des parties de tels conglomérats, le potentiel de création de valeur est énorme. Que celle-ci soit concrètement réalisée ou non, la simple identification d’écarts de valorisation d’actifs sur le marché par ce biais peut révéler des opportunités d'investissement intéressantes: La réaction de l’action Sony aux commentaires de l’activiste Loeb en est un très bon exemple…