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Pour savoir si un composé est dangereux pour l'écologie des eaux, il faut s'intéresser non seulement à sa concentration mais aussi à sa toxicité et à sa persistance dans le milieu. L'une des entreprises de synthèse chimique participantes a donc réalisé des essais d'écotoxicité sur des algues et plantes aquatiques avec un laboratoire privé pour identifier les substances problématiques et définir les priorités d'action. Ces essais ont révélé que la toxicité des effluents était parfois due à une seule substance et que des effets étaient déjà perceptibles à des concentrations très faibles. Grâce à ces résultats, l'entreprise a pu adapter ses procédés et réduire considérablement la toxicité de ses rejets.
Fait intéressant, les analyses ont également montré que les rythmes de production des usines se reflétaient par des pics de concentrations encore détectables très loin en aval. La station de surveillance des eaux du Rhin située en aval de Bâle a ainsi mesuré des pics attribuables à une production de méthadone survenue quatre jours plus tôt sur un site localisé à plus d'une centaine de kilomètres en amont. «Les effluents d'un seul site industriel peuvent ainsi influencer la qualité de l'eau très loin en aval, même lorsque l'effet de dilution est fort», est-il indiqué à ce propos dans l'étude. Grâce aux indications fournies par la station de surveillance des eaux du Rhin, l'entreprise a pu rapidement prendre des mesures pour endiguer les pertes involontaires de substance.
De brefs pics de concentration après le nettoyage des installations
Pour l'étude sur les entreprises galéniques, les scientifiques ont également eu recours au spectromètre de masse ambulant automatisé MS2field (voir également vidéo ci-après) qui permet de suivre les polluants quasiment en temps réel dans les eaux usées grâce à des mesures très rapprochées dans le temps. De cette manière, ils ont pu détecter des substances qui, en temps normal, n'apparaissent jamais dans les eaux résiduaires communales parce qu'elles entrent, par exemple, dans la composition de médicaments produits exclusivement pour le marché international. Lors de vagues de rejet, comme il s'en produit après le lavage des récipients et installations, des concentrations de substance active pouvant atteindre 1 mg/l ont été mesurées en entrée des stations d'épuration. Ces pics de concentration de courte durée excèdent de plusieurs ordres de grandeur les valeurs normalement dues aux effluents domestiques.
L'importance du traitement préalable en usine
Les substances rejetées par l'industrie chimique et pharmaceutique sont souvent mal dégradées dans les stations d'épuration classiques. Les deux études montrent cependant que les sites disposant de systèmes efficaces de traitement en interne peuvent fortement réduire leurs rejets. Sur les sites de production galénique, les mesures touchant au fonctionnement ont déjà des effets considérables. Ainsi par exemple, les analyses ont révélé dans deux usines que des solutions très concentrées se déversaient involontairement dans les effluents directement dirigés vers les STEP. Grâce à cette information, les entreprises ont pu très facilement stopper ces rejets. Dans l'industrie de synthèse chimique, la complexité des procédés est telle que des mesures de réduction doivent être prises à différents niveaux d'émission des effluents, allant du lieu de production en elle-même jusqu'à la STEP centralisée.
Les deux études et la collaboration entre industrie et recherche ont permis à toutes les personnes concernées de prendre une meilleure conscience du problème des eaux usées sur les sites de production chimique et pharmaceutique et ont déjà conduit à des améliorations. Les résultats sont donc aussi précieux pour d'autres entreprises s'efforçant de réduire leurs rejets dans le milieu aquatique.