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J'ai annoncé que je dirais ce que je pense de la politique de François Mitterrand. J'évoquerai en particulier ce qu'il a accompli sur le plan culturel. Car on le loue beaucoup, mais je ne crois pas que ce soit justifié. Ses projets populaires étant bourgeois en essence, ils sont apparus comme adressés à une élite.
Dans les faits, sa politique d'aide à la Culture y a renforcé la présence de l'État et, à terme, a bloqué beaucoup de choses. Dans un premier temps, les fonds libérés ont pu être bénéfiques; cela s'est du reste accompagné d'une forme de libéralisation, notamment au sein de la presse. Mais l'habitude prise par les secteurs non rentables de la Culture d'être aidés par l'État a ruiné la Culture dès que les caisses de l'État se sont vidées et que les gouvernements ont pensé qu'il fallait faire cesser ces dépenses, notamment parce que beaucoup de projets subventionnés s'avéraient finalement décevants, tant dans leur portée auprès du public que dans leur substance propre. Une volonté trop affichée d'aider les projets devait forcément avoir cette conséquence.
On évoque fréquemment la marque que Mitterrand a voulu laisser sur Paris: ses grands chantiers. Mais ils n'ont pas suscité d'enthousiasme particulier. Jacques Chirac, son successeur, a mené à bien un seul grand projet, celui du Musée des Arts premiers, et tout le monde s'accorde à dire, et j'en suis d'accord, que c'est une réussite, que c'est somptueux, et que le peuple tout entier est heureux de pouvoir visiter ce musée. Or, d'où cela vient-il? Pourquoi ne pas le dire: Chirac se posait comme moins littéraire et cultivé que son prédécesseur, et les électeurs n'étaient pas exactement les mêmes; mais il aimait sincèrement les arts premiers, écoutait religieusement les explications sur le caractère magique des objets: il avait une vraie sensibilité sur la question. Face à lui, Mitterrand apparaît comme un poseur, quelqu'un qui d'emblée se pense doué pour la vie culturelle en général et aurait pu en faire son métier, mais n'a pas de passion distincte et a plus en vue une politique générale que des réalisations particulières. De fait, il regardait dans la Culture non pas tant la vie qui l'anime de l'intérieur - et que je crois, moi, détachée totalement de l'État - que les princes qui la nourrissent et apparaissent, au sein de l'Histoire, comme la vraie source de la vie culturelle d'un pays: le modèle de Louis XIV, ou de l'empereur Auguste, était très prégnant, en lui; il restait profondément romain, dans sa sensibilité.
Il se regardait lui-même, à mon avis, comme le prince social, et culturellement libéral, que la Gaule appelait de ses vœux depuis de nombreux siècles. Il avait ce genre d'images, en lui, je pense. Face à la Culture, il manquait d'humilité, et cela a fini par étouffer, je crois, la vie culturelle. Cela a fini par la bloquer.