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C'était hier, l'enterrement à Genève de mon amie Besida Tonwe, dans son cercueil recouvert du drapeau bleu de l'Organisation des Nations Unies. L'un des moments les plus émouvants fut les remerciements des prêtres venus spécialement de Côte d'Ivoire, pour exprimer la reconnaissance d'un peuple à celle qui fut « la première, aussi bien parmi les autorités locales qu'au sein de la communauté internationale, à oser franchir les lignes pour aller négocier avec les rebelles, ouvrant ainsi la voie à la paix ».
De par elle-même, Besida était une jeteuse de ponts. Fille d'Afrique et d'Europe, parfaitement bilingue et même trilingue, puisque de culture anglophone et germanophone, elle avait passé son bac à Abidjan, où son père était Ambassadeur du Nigeria (avant d'y revenir plus tard comme administrateur de la Banque africaine de développement), terminé ses études à Paris et travaillé comme journaliste à Genève. Protestante et catholique également, même si, devant les évènements de Côte d'Ivoire, et le constat d'un certain fondamentalisme protestant d'origine anglo-saxonne en vogue au sein du Gouvernement ivoirien, elle avait finalement choisi le catholicisme.
L'Esprit de Genève soufflait en elle, celui d'Henry Dunant et de la Société des Nations, davantage que celui du MCG, incontestablement. Quand on lit les rodomontades nocturnes de ces gens qui se parent de pseudos mégalos (Shere Khan, Post tenebras lux et consorts) on ne peut qu'être affligé par les effluves de haine qui suintent de leurs éructations guerrières, émises en bavant de rage sur un clavier d'ordinateur, à l'abri de tout.
En allant à Canossa, ou plutôt à Tripoli, Hans Rudolph Merz a prouvé qu'il était un grand homme d'Etat et un homme d'action courageux, qui savait prendre ses responsabilités. Un homme aussi qui a vu passer la mort de près, il n'y a pas si longtemps et qui, sans doute, souhaite ne plus perdre son temps. Cela ne fait plaisir à personne de devoir s'excuser publiquement pour quelque chose dont on ne se croit pas coupable, mais lui a eu le courage de le faire, sachant ce que cela pouvait lui coûter en termes d'image. Dans un but bien précis: obtenir la libération des deux otages, qui sont retenus depuis plus d'une année. Et au passage, relancer la machine économique.
Négocier n'est pas pour rien un mot à double sens. L'importance du commerce dans les relations entre groupes humains est fondamentale. Depuis la nuit des temps, c'est l'alternative à la guerre. On se parle et on s'échange des cadeaux, des marchandises et des services... ou des coups de massue. Il n'y a pas vraiment d'alternative. Même chez les bonobos, nos cousins simiesques et olé olé, il en va de même.
J'ai beaucoup de respect pour M. Moutinot, qui a montré lui aussi un courage politique peu commun dans cette histoire. Il ne s'agit pas d'éviter l'affrontement à tout prix et de nier le droit. L'intervention de M. Merz pose de lourdes questions en termes de souveraineté et d'égalité de traitement, mais présente aussi l'avantage de reposer la problématique des limites de l'immunité diplomatique et de l'extraterritorialité. Nous n'aimons pas qu'à l'intérieur de leurs ambassades, des diplomates orientaux (par exemple) bafouent nos lois en maltraitant leur personnel, comme il est usuel de le faire chez eux... Mais nous n'aimerions pas davantage que nos diplomates soient poursuivis devant leurs tribunaux pour avoir (par exemple) bu de l'alcool dans les salons de nos ambassades.
Accorder le statut diplomatique à posteriori est par ailleurs une autre nouveauté de cette affaire, mais la lucidité et le pragmatisme commandent. Ce qui signifie peser tous les enjeux avant d'agir. Deux innocents étaient retenus, qu'il fallait libérer. Reste à savoir s'ils le seront.
Il est évident que l'on ne peut pas tout résoudre par la négociation. Si ces évènements ne concernaient pas un pays assez lointain, mais un voisin immédiat, et qu'ils soient susceptibles de se reproduire régulièrement, il faudrait peut-être en venir aux coups de massue. Sans que l'on sache forcément l'identité du vainqueur. Ce sont là les impondérables de la guerre, qu'il faut parfois mener en sachant qu'on a toutes les chances de la perdre, pour l'honneur. Ce que n'a plus fait la Suisse depuis fort longtemps. Mais si l'on peut éviter l'affrontement, surtout entre deux adversaires séparés par plusieurs milliers de kilomètres, qui plus est pour une broutille, alors il ne faut pas hésiter.
Les gros malins qui disent ce matin avoir honte de leur passeport seraient sans doute bien content qu'un Conseiller Fédéral ose prendre son avion, son bâton de pélerin et ses excuses en bandoulière, pour venir les sortir de la gonfle en cas de pépin...