Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07181.jsonl.gz/1647

En Suisse, le choix du partenaire dépend fortement de son revenu
C’est le constat de Laura Ravazzini, Ursina Kuhn et Christian Suter dans un article paru dans le dernier numéro de la revue Social Change in Switzerland. Se basant sur le Panel suisse de ménages, les chercheurs montrent l'évolution du niveau de formation et des revenus des ménages de couples hétérosexuels en Suisse entre 1992 et 2014.
L’étude basée sur le Panel suisse de ménages révèle que l'homogamie des couples hétérosexuels a augmenté en Suisse depuis les années 90. Les hommes avec un revenu élevé sont en effet plus souvent en couple avec des femmes à revenu élevé également, et les personnes à faible revenu avec un partenaire à bas revenu aussi. Au niveau de l’éducation, ce sont particulièrement les personnes ayant un faible niveau de formation qui ont plus tendance à se mettre en couple entre elles qu'il y a vingt ans, constatent les trois auteurs de l’article paru dans le dernier numéro (No 17) de la revue Social Change in Switzerland, éditée à l’Université de Lausanne par FORS, LINES et le Pôle de recherche national LIVES.
Plus précisément, entre 1992 et 2014, la proportion de couples dans lesquels les deux partenaires ont un diplôme universitaire est passée de 3 à 13% par rapport à l’ensemble des ménages. Parallèlement, la proportion de couples homogames ayant terminé une formation du niveau secondaire II (apprentissage ou gymnase) est tombée de 36 à 27%. Seule la proportion de ménages dont les deux n’ont terminé que l'école obligatoire est restée stable à 8%. Comme ce groupe de population est en décroissance, cette stabilité témoigne d'un choix de partenaire de plus en plus sélectif.
Le rôle des femmes
Cette évolution de l’homogamie pourrait en partie s’expliquer par le fait que les jeunes femmes en Suisse ont un niveau de formation équivalent à celui des hommes. En effet, la proportion de ménages dans lesquels les hommes ont un niveau d’éducation supérieur à celui des femmes est tombée de 28% en 1992 à 20% en 2014. Dans le même temps, les couples dont les femmes ont un niveau d’éducation plus élevé que leurs partenaires représentent aujourd’hui 12% de tous les ménages, contre 7% en 1992.
Contrairement à l’homogamie éducative, qui reste plus ou moins figée tout au long de la vie, l’homogamie des revenus dépend du choix du partenaire, ainsi que de la répartition du travail rémunéré et domestique au sein du couple. Les mères réduisent ou interrompent leur activité professionnelle, et donc leur revenu, plus souvent que les pères. Malgré cela, les trois chercheurs constatent que les partenaires présentent des revenus toujours plus similaires au sein du couple. Ainsi, ceux qui ont des revenus similaires sont des ménages où la formation des femmes est plus élevée que celle de leurs partenaires.
La formation : déterminante dès la rencontre
En marge des caractéristiques plus ou moins visibles (argent, beauté, statut social, etc.) dans le choix d’un partenaire, l’endroit de la rencontre est involontairement déterminant. Dans la plupart des cas, les couples se forment en effet entre élèves à l’école, entre collègues au travail ou encore au sein de cercles d’amis communs. Par ailleurs, l’augmentation des couples homogames s’explique par une société de plus en plus encline à poursuivre sa formation en général. L’effet conjoint de cette expansion du niveau de formation et de son égalisation entre hommes et femmes a automatiquement conduit à une proportion plus élevée de couples homogames, dont les deux partenaires ont un niveau de formation élevé.
Des différences de genre pour les personnes vivant seules
Cette étude met encore en lumière que la probabilité de vivre seul est liée au revenu et au niveau de formation, mais de manière différenciée selon le sexe de la personne. Ainsi, les personnes les plus sujettes à vivre seules sont les hommes avec un bas revenu et les femmes ayant un haut niveau de formation. De façon globale, la proportion des hommes et des femmes habitant seuls est restée constante, à environ un cinquième de tous les ménages (parmi les 25‐64 ans).
L’homogamie, une source d’inégalités ?
Bien que choisir un partenaire similaire semble augmenter la stabilité du couple, cette homogamie pourrait en parallèle être nuisible au niveau sociétal. Une société où les riches se marient entre eux est plus inégale qu’une société où les riches se marieraient avec les pauvres, constatent les chercheurs. Les couples au bas niveau de formation étant en augmentation, ils sont donc plus ségrégués que dans les années 1990. En partant du principe que les salaires augmentent avec le niveau de formation, ces couples peuvent ainsi représenter un groupe vulnérable de la société suisse.