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La guerre antiochique éclata en 192 av. J.-C. En Europe, les opérations tournèrent rapidement à l’avantage des Romains et de leurs alliés achaïens et macédoniens. La défaite des Thermopyles (en 191 av. J.-C.) contraignit Antiochos à se replier en Asie. Placé sur la défensive, il chercha en vain à négocier. Rhodiens et Romains ayant pris le contrôle de la mer, c’est sur terre, à Magnésie du Sipyle qu’Antiochos III joua son va-tout en 189 av. J.-C. Face à l’armée romaine, aux Rhodiens et aux troupes de Pergame, et malgré une armée de 72'000 hommes, il fut vaincu.
Engagée à Sardes en 189 av. J.-C, la réflexion romaine sur les conditions qu’il fallait imposer à Antiochos trouva son épilogue à Apamée de Phrygie où la paix fut jurée en 188. Les dispositions du traité de paix furent dictées à Antiochos. Outre le paiement de lourdes indemnités de guerre, le royaume séleucide se voyait privé de toutes ses possessions d’Asie Mineure au profit des alliés de Rome : le royaume de Pergame et la cité de Rhodes. En Asie Mineure, Eumène II vit son royaume augmenté de la plupart des territoires séleucides situés au nord du Méandre, de la Pamphylie et d’une partie de la Pisidie. Rhodes reçut pour sa part la Lycie et les régions cariennes situées au sud du Méandre. Le sort des cités grecques fut plus confus. La liberté fut octroyée aux cités qui, jusqu’alors, avaient évité le statut de cité sujette, pour l’essentiel les anciennes cités de la côte, si du moins elles avaient su prendre à temps le parti de Rome. De l’attitude adoptée dans les conflits qui opposent les Etats hégémoniques dépend que la cité obtienne, maintienne ou perde un statut favorable et des privilèges difficilement négociés. Iasos a souvent connu ce genre de situation depuis la naissance des royaumes, se retrouvant prise dans le jeu des rivalités entre Antigonides et Lagides, Antigonides et Séleucides ou en dernier lieu entre Antiochos III et Rome.
Le témoignage de Tite-Live nous apporte quelques lumières. Iasos, occupée par une phylakè séleucide, avait vu son territoire ravagé par des troupes romaines. Mais l’intercession des Rhodiens mit fin aux opérations des Romains. En intervenant ainsi en faveur de leurs sungeneis, ils donnèrent suite à une démarche de citoyens expulsés d’Iasos par la garnison séleucide. Ceux-ci soutenaient que la cité était unaniment désireuse d’échapper à toute suzeraineté. Ils reprenaient ainsi les termes employés dans un décret de 197 av. J.-C. pour dénoncer alors la domination macédonienne, dont Antiochos avait libéré la cité. Cette intervention rhodienne en faveur d’Iasos n’est pas sans rappeler aussi celle de 215 av. J.-C. entreprise auprès de Philippe V pour protéger les citoyens de la cité contre Olympichos.
Ainsi, en 190 av. J.-C., Iasos semble être parvenue à échapper à une situation délicate. Le témoignage de Tite-Live, fondé sans doute sur celui de Polybe, met en lumière le sens politique des Iasiens, l’art de faire jouer leurs relations avec les Rhodiens, les liens de parenté qui unissaient ces derniers avec les assiégés, ainsi que la maîtrise d’un discours politique au service de l’intérêt de la cité. On retrouve chez les Iasiens, au moment même où les royaumes issus de la conquête d’Alexandre sont effacés de la scène, la même aptitude à négocier leurs positions que lorsque ces royaumes entraient en scène, comme par exemple lors du traité avec Ptolémée Ier.
Au terme de cette étude centrée sur les relations entre Iasos et les souverains hellénistiques, il apparaît que l’Etat monarchique n’a pas effacé la cité grecque. Il la subordonne sans doute à ses propres fins, il l’englobe mais ne la nie pas. Lagide, antigonide ou séleucide, les royaumes ont affaire à de grands ensembles territoriaux complexes, hétérogènes, aux frontières fluctuantes en fonction des ambitions. Dans un cadre où se maintiennent traditions et croyances diverses, la personne du souverain est la référence unique, l’autorité qui s’impose, fondée sur la puissance militaire, l’évidence de la force, que nul ne songe à contester, tant qu’elle s’affirme par l’étalage de ses moyens.
Il est évident que les cités ne pouvaient ne pas être affectées par le contrôle que le pouvoir des royaumes hellénistiques exerçait sur elles, de même que par la propagande idéologique. Cela dit, nous avons pu voir comment une cité comme Iasos a su malgré tout tirer parti de l’instabilité politique, de la compétition et des rivalités des souverains, comme ce fut le cas entre Antigone le Borgne et Ptolémée, Antiochos III et Philippe V, Antiochos III et les Romains, alliés de Pergame et de Rhodes.
L’histoire d’Iasos montre aussi que, pour défendre et maintenir son autonomie, elle développa une stratégie qui visait à amener les souverains à pratiquer un langage dans lequel la réciprocité l’emportait sur l’impératif pur et simple.
Le cheminement d’Iasos, pendant la période retenue – 323 av. J.-C à 188 av. J.-C. – éclaire, dès la fin du IVème siècle par le traité d’alliance entre elle et Ptolémée, la puissance de l’idéal civique et son attachement à son autonomie. Il semblerait que, durant le cours du IIIème siècle et bien que les sources ne nous apportent pas suffisamment d’informations, elle ait pu conserver ses privilèges.
Dans le dernier tiers du IIIème siècle, on la voit prendre appui sur ses relations avec Rhodes pour défendre son statut et se préserver contre les atteintes d’Olympichos, au service du souverain de Macédoine. Si ensuite, durant une courte période, elle perd son autonomie, lorsque Philippe V en prend possession, après quoi elle recouvre son statut, même si c’est sous la forme d’un privilège accordé par Antiochos III. Et la conduite de la cité illustre sa capacité de transformer une prise de possession en une interaction complexe.
Comme le relève John Ma, l’époque hellénistique apparaît « comme un âge où les cités restent importantes, parce qu’elles représentent des pôles de permanence localisée quand tout empire supra-poliade individualisé est singulièrement précaire et labile ».
Reste à voir comment cette petite cité va conserver son identité dans sa relation avec Rhodes et plus tard avec Rome. Mais ainsi s’ouvre un nouveau champ d’étude.