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Conseiller municipal depuis deux ans et demi, je n'ai jamais fait mystère de mon scepticisme par rapport au projet d'agrandissement de la mairie de Thônex, scepticisme qui repose à la fois sur des raisons de forme et de fond.
Beaucoup a déjà été dit sur les multiples versions du projet présentés entre novembre 2008 et avril 2009 et dont le montant initial de CHF 29,610 millions a passé par différentes variantes pour finir à CHF 20,256 millions dans la version du 29 septembre 2009 - sans les crédits d'études déjà votés -, somme qui reste toutefois très importante. Ces chiffres qui variaient considérablement d'une fois à l'autre et plus généralement toute cette saga ont suscité chez moi de multiples interrogations sur lesquelles dont je ne citerai que quelques exemples:
Lors de sa séance du 5 février 2009, la Commission des finances a envoyé un message des plus clairs à la Commission travaux et bâtiments demandant à cette dernière de soumettre un projet global de CHF 20 millions au maximum, tout compris donc. Je m'attendais par conséquent à ce que l'on nous présente un projet se chiffrant à CHF 19,5 millions, à CHF 19,6 millions voire à CHF 19,7 millions. Alors que j'étais disposé à voter cette somme - sans grand enthousiasme il est vrai - quelle fut ma surprise et ma déception lorsque l'on nous a présenté, le 30 avril 2009, un budget de CHF 20,256 millions, apparemment parce que certains postes n'avaient pas été pris en compte dans les versions antérieures.
Pire, il nous était proposé d'approuver l'amortissement de l'ensemble de cette somme sur 30 ans, alors que CHF 518.000 concernaient les frais de déménagement et d'aménagement provisoires du Pavillon Mousse et que CHF 1,039 million concernaient des équipements mobiliers et électriques qui, selon l'art. 34 lettres j) et f) du Règlement d'application de la Loi sur l'administration des communes, devraient être amortis respectivement soit sur quatre, soit sur huit ans.
Au regard de l'importance du dossier, ces points pourraient paraître des questions de détail, mais à partir du moment où le ver était dans le fruit, j'ai commencé à me poser des questions de fond, auxquelles le projet présenté ne répondait pas vraiment:
- Pourquoi agrandir la mairie actuelle qui est déjà décentrée alors que c'est le nord de la commune qui est appelé à se développer?
- Quel serait l'impact d'une fusion des communes éventuellement voulue par la future constitution genevoise, voire des regroupements intercommunaux de certains services? L'Etat civil est regroupé à Chêne-Bourg pour plusieurs communes: combien de place a ainsi été libérée à la Mairie de Thônex?
- En poursuivant plus loin cet argument, des locaux conçus spécifiquement pour servir de mairie pourraient ne plus servir à rien s'il n'y a plus besoin de "mairie" dans le sens traditionnel du terme, ou en tout cas être difficiles et onéreux à transformer, alors qu'un immeuble administratif polyvalent, modulable et cloisonnable à volonté pourrait beaucoup plus facilement changer d'affectation et être loué ou vendu.
- Alors que les défenseurs de ce projet nous parlent du long terme, il me semble que ce qui nous est proposé correspond plutôt à une vision du 20e et non du 21e siècle. Les salariés du 21e siècle travailleront en effet souvent depuis leur domicile et seront fréquemment en séance chez les fournisseurs, les prestataires de service, les usagers des services de la commune ou encore les différents services de l'Etat. Où qu'ils soient, ils auront en tout temps accès, depuis leurs portables, à l'ensemble de la documentation de la commune. Les horaires variables et le temps partiel seront généralisés. Des rangées de bureaux (souvent vides d'ailleurs…) ornés de rangées de classeurs fédéraux, c'est bientôt fini, tout comme le regroupement de l'ensemble des salariés dans les mêmes locaux travaillant sagement de manière besogneuse chaque jour de 8h30 à 17h30 sous l'œil vigilant des chefs.
- Si réellement la mairie manque de place, pourquoi ne pas loger certains services dans le Pavillon Mousse, réalisation récente qui a tout de même coûté quelque cinq millions et qui est vide, presque à l'abandon?
J'aurais souhaité un moratoire, le temps nécessaire pour réfléchir ensemble à ces questions de fond ainsi que pour y voir plus clair sur l'état de nos finances.
Je serais toujours prêt à investir pour la sécurité, pour la fluidité du trafic et la mobilité, ainsi que pour attirer des entreprises et créer des emplois sur notre commune. Or ce projet ressemble trop à une dépense et pas assez à un investissement. J'aime autant que quiconque les belles réalisations, mais je préfère de loin des communales finances saines et un centime additionnel raisonnable et maîtrisé.
La faible majorité du Conseil municipal qui a voté favorablement cette dépense a pris une responsabilité devant les Thônésiens que, pour ma part, je n'étais pas prêt à prendre. Alors qu'à priori je ne demandais qu'à l'être, je n'ai pas été convaincu par ce projet. J'ai voté contre cette dépense le 29 septembre et, si le référendum aboutit, je le voterai.