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Avant-hier, le fondateur de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, louait la récente encyclique du pape François Fratelli Tutti publiée le 4 octobre 2020 ; car il y voyait une bonne présentation des errements du capitalisme libéral. Dix jours plus tard, le site du Centre catholique des médias ( www.cath.ch ) publiait une interview d’un prêtre américain, Robert Sirico, critiquant l’encyclique. Le monde à l’envers ?
L’Américain est fondateur d’un groupe de chercheurs à ambition lobbyiste, qui veut réconcilier la pensée sociale de l’Église et la pensée économique libérale. Son argument principal : le pape régnant caricature l’économie de marché, et parle du néolibéralisme sans en connaître le potentiel ni la richesse. L’encyclique laisse croire que les économistes libéraux font du marché non régulé la solution de tous les problèmes sociaux ; ce qui est faux. «Je ne connais personne qui pense ainsi», dit l’Américain qui affiche la nécessité d’une régulation des échanges en vue du Bien commun.
Concernant la critique de la propriété privée sous-jacente à toute l’encyclique, le Père Sirico la trouve à la fois nécessaire, mais guère nouvelle ; car la «destination universelle des biens» est l’un des principes fondateurs de la Doctrine sociale de l’Église, formellement depuis l’encyclique Rerum Novarum (Léon XIII 1891), en fait depuis les premières communautés chrétiennes.
Mais surtout, l’Américain reproche au pape François de parler beaucoup du dialogue entre l’Église et le monde, mais de le pratiquer fort peu en ce qui concerne les défenseurs de l’économie de marché. Dans les discussions sur les questions de société, «le courant que nous représentons n’est jamais invité au Vatican», se plaint le Père Sirico. François d’Assise dialoguait avec le sultan ; mais le pape François ne dialogue pas avec le Sultan d’aujourd’hui que sont les représentants de l’économie de marché.
Tous les économistes qui n’ont pas retrouvé leurs théories dans les textes pontificaux (qu’il s’agisse du communisme, du socialisme ou du capitalisme) ont, comme le Père Sirico, accusé le Vatican de ne rien connaître à l’économie. Il faudrait retourner l’argument est constater que les économistes qui se sentent épinglés ne prennent guère en compte les autres dimensions de la vie humaine. Concernant la banalité supposée de la position du pape François sur la propriété, je souligne que la critique portée par l’encyclique est novatrice en ce qu’elle vise également la propriété publique où les mêmes critères sont appliqués à l’État qu’à l’individu.
Reste, bien sûr, pour qui lit honnêtement l’encyclique, le point central, la propriété commune, c’est-à-dire ni privée ni publique. Point difficile car qui dit bien commun – ou communauté du bien – dit participation et responsabilité de chacun des membres. Dans une société comme la nôtre où les individus ne sont pas des anges, la propriété commune appelle non seulement l’effort moral de chacun, mais aussi des normes contraignantes, qui sont celles de la propriété (privée et publique). Sur ce dernier point, en reprenant les thèses de Thomas d’Aquin sur la propriété, je serais peut-être d’accord avec le Père Sirico.