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La maison d’édition de cartes postales Perrochet a joué un rôle important dans le développement de la photographie commerciale en Suisse dès le début du XXe siècle. Ses archives photographiques font partie du patrimoine culturel suisse et sont une source de connaissance incontournable pour étudier l’architecture, le paysage et les coutumes.
L’histoire de l’entreprise Perrochet commence à la Chaux-de-Fonds au début du XXe siècle, en 1906 précisément, lorsque Eugène-Henri Perrochet (1884-1958), horloger de formation, décide de se consacrer à l’édition de cartes postales. L’année suivante, il s’associe avec un cousin du nom de David et, sous la raison sociale “Perrochet & David”, les deux jeunes entrepreneurs éditent des cartes qui sont imprimées à Paris selon le procédé de la collotypie.
A ce moment, la production de cartes postales est en plein essor. Le Congrès mondial de l’Union postale universelle en avait approuvé la circulation internationale en 1886 ; par la suite, le développement du tourisme contribue fortement à leur succès. Dans le cadre des nombreuses expositions universelles, les cartes postales représentent un moyen de promouvoir des entreprises et leurs produits. Les premières cartes illustrées par des dessins de monuments ou de villes paraissent dès la fin des années 1880; le dessinateur Léon-Charles Libonis (1841-1901) en réalise une série, dont cinq représentant la Tour Eiffel, à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris de 1889. Les premières cartes photographiques font leur apparition dans ces mêmes années; dès 1894, leur fabrication est facilitée grâce à l’utilisation d’une machine pour l’impression en collotypie.
Perrochet démarre la production de cartes photographiques en 1910, pouvant compter sur la collaboration de photographes et voyageurs. Parmi eux Hippolyte Chappuis (1881-1957), qui est chargé de collecter des photographies de paysages suisses. L’entreprise rejoint ainsi les établissements photographiques commerciaux dont les plus importants sont l’atelier Jean Gut & Cie de Zurich et l’atelier Boissonnas de Genève. Ces derniers sont spécialisés dans la photographie d’architecture et de paysage, mais la maison Perrochet s’en démarque rapidement en introduisant, en 1912, la prise de vue aérienne qui caractérisera dès lors sa production. Une innovation technique intervient dans ces années-là: les cartes en photo-bromure remplacent graduellement celles en collotypie.
En 1915, David et Perrochet se séparent, le premier part à Paris alors que le second s’installe à Lausanne où il continue son activité en association avec un dénommé Matile. La guerre ayant rendu toute importation de France impossible, Perrochet développe un atelier d’impression qui démarre sa rotative en 1917. Deux ans plus tard, l’entreprise est transformée en société anonyme sous le nom de “Perrochet SA”.
Suite au décès de Eugène-Henri en 1958, la gestion de la société est reprise par Charles Videraz et puis par son fils George.
En 1960, Perrochet SA fonde Pleinciel SA et débute une campagne systématique de photographies aériennes. Cette formidable entreprise s’achève en 1968, alors que l’ensemble du territoire suisse a été photographié. Les images sont prises depuis un avion Piper avec un appareil Mamiya; les clichés sont des négatifs monoculaires et des vues obliques dont les échelles s’étendent du 1:2000 au 1:4000.
Les archives de la collection Pleinciel et celles des photographies noir-blanc sur plaques de verre sont actuellement conservées aux Archives de la construction moderne. Les premières ont été acquises en 2003 tandis que les secondes ont fait récemment l’objet d’un don de la part de Madame Rose-Marie Magnanelli, directrice de Perrochet SA depuis les années 1960.