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Lundi 10 septembre 2001. Le premier cas d'encéphalopathie spongiforme bovine vient d'être diagnostiqué au Japon. L'information, rendue publique par le ministère japonais de l'Agriculture a fait l'effet d'une bombe. Ainsi donc le prion pathologique n'est pas cantonné au Vieux Continent. Via les farines carnées il a pu gagner le monde entier. Des examens complémentaires sont en cours en Grande-Bretagne ainsi qu'en Suisse. Le diagnostic est en cours de confirmation par les experts et une enquête est ouverte pour tenter de comprendre la source de la contamination. Si, comme le précise l'éleveur concerné, les aliments potentiellement contaminés sont bien originaires des Etats-Unis, les soupçons concernant ce pays officiellement indemne s'en trouveront renforcés. Compte tenu du flux international des échanges alimentaires et animaux comment comprendre qu'aucun cas d'ESB n'ait été recensé dans une nation aussi vaste ? Faut-il se satisfaire du silence officiel qui règne outre-Atlantique tandis que toutes les réunions des experts des maladies à prions évoquent ouvertement le caractère hautement invraisemblable des affirmations américaines.L'affaire est d'autant plus importante que les Etats-Unis prennent une série de mesures visant à sécuriser leur système de transfusion sanguine vis-à-vis du risque de contamination par le prion pathologique. En d'autres termes les autorités sanitaires américaines estiment que le sang du Vieux Continent doit être considéré comme potentiellement contaminé et que celui du Nouveau Monde ne le serait pas. «Prenant les devants d'une interdiction gouvernementale attendue à l'automne, l'American Red Cross (ARC) a fait état cette semaine d'une campagne de collecte de sang pour compenser, à partir de la fin septembre, l'effet de sa propre décision de se passer de l'approvisionnement européen, qui compte pour un quart dans les besoins des hôpitaux de New York» nous rapporte le correspondant de l'Agence France-Presse à Washington. «La Croix-Rouge américaine se tient prête à aider les patients de New York comme nous l'avons fait par le passé», a déclaré Jacquelyn Fredrick, vice-présidente de l'ARC. Pour tenir son engagement, la Croix-Rouge américaine devra trouver dix à quinze donneurs supplémentaires par jour dans chacun de ses trente-six centres de dons du sang. L'ARC fournit près de 50% des besoins américains. La situation est tout particulièrement problématique pour les hôpitaux de New York traditionnellement déficitaires en sang et qui ont régulièrement recours aux importations en provenance d'Europe.«Il convient de souligner que toutes ces mesures croissantes d'interdiction et de précaution sont prises en l'absence de toute nouvelle donnée scientifique quant au risque de contamination transfusionnelle par l'agent de l'ESB, nous explique le Pr Jean-Hugues Trouvin, directeur de l'évaluation des médicaments et des produits biologiques à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Les Etats-Unis étant, avec les pays européens, l'un des premiers fournisseurs mondiaux de plasma et de médicaments dérivés du sang, la menace est grande d'assister prochainement à un bouleversement du marché mondial des produits transfusionnels. Le risque tient à la mise en place, directement ou non, par les Etats-Unis d'un nouveau standard de qualité. On peut aussi penser qu'il ne faut voir là que le début de grandes manuvres commerciales précédant l'arrivée à moyen terme des premiers tests de dépistage sanguin de la forme humaine de la maladie de la vache folle».Mardi 11 septembre 2001, 14 heures 59 minutes à Paris. New York (AFP) Un avion s'est écrasé mardi matin au sommet de l'une des deux tours du World Trade Center à New York, ont indiqué les chaînes de télévision américaines. 15 heures 01 minute. New York, 11 septembre (Reuters) Un avion a heurté le World Trade Center mardi matin à Manhattan, rapportent des témoins. Les deux tours jumelles sont en flammes à la suite d'au moins une explosion, selon un correspondant de Reuters.La suite est malheureusement connue qui vit le sang jouer comme rarement son rôle symbolique.En fin de journée, les abords du World Trade Center s'étaient transformés à l'inverse en paysage lunaire. Un calme irréel s'était emparé de la ville, où se multipliaient les pancartes appelant aux dons du sang. Des dizaines de milliers de personnes commencent dans tout le pays à se précipiter dans les centres de transfusion sanguine pour donner leur sang. Dès minuit, quelque 3 200 poches de sang avaient été envoyées à New York et Washington. Soixante mille autres étaient en attente. A Washington, la Croix-Rouge a installé des unités provisoires permettant de donner son sang, afin de désengorger les centres habituels où il faut parfois faire la queue pendant plus de deux heures. A New York, les donneurs qui avaient voulu se rendre directement dans les hôpitaux ont dû être éconduits, faute de personnel disponible.A Gaza, le lendemain le président palestinien Yasser Arafat a donné son sang pour les victimes de la «tragédie» aux Etats-Unis et décrété une minute de silence dans les territoires palestiniens à leur mémoire. M. Arafat, qui a donné son sang à l'hôpital Al-Chifa de Gaza, a indiqué qu'il s'agissait du «début d'une campagne du peuple palestinien pour recueillir du sang qui se prolongera avec une minute de silence à la mémoire des Américains innocents». Le même jour en Russie les appels téléphoniques émanant de personnes proposant de faire don de leur sang aux victimes se multiplient indique l'ambassade américaine à Moscou.Tokyo, New York, Washington et mille autres cités à travers le monde réunies en quelques heures par la peur, la folie, la maladie, la souffrance et la mort. Qui a dit que la coïncidence n'était rien d'autre que l'expression de logiques qui nous dépassent ? Pour Jean-Paul II il faut voir là un «jour sombre dans l'histoire de l'humanité».