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De distinguer aujourd’hui entre une manifestation et la mise en scène d’une manifestation.
Parler au nom des autres est un emploi de plus en plus répandu — autrefois réservé aux personnes raisonnables et douées.
Personnes de confiance? Les volontaristes.
L’exercice de soi n’est possible que sous la contrainte. Pour mieux contrôler l’exercice, il faut promulguer la liberté. C’est à dire invisibiliser la contrainte pour augmenter le contrôle.
Un artiste qui veut dans l’accumulation des jours devenir ce qu’il est, insiste et souffre, tombe et se relève, tombe encore mais donne des œuvres. Il finit par donner ce qui jamais ne serait apparu dans le monde sans ce sacrifice.
Amis qui refusent de discuter, d’opiner, de débattre. Ils savent ce qu’ils savent, mais ignorent si ce qu’ils pourraient dire correspond à ce qui est recevable et ne leur sera pas reproché.
Ce fond indécidable et intemporel théorisé par Jung sous le nom d’Inconscient collectif peu aussi être envisagé par le voie négative comme indécidable mais temporel et même immédiat, exerçant de ce fait une contrainte sur les actes des individus. Bien que conçus égoïstement, ces actes ne seraient alors perçus comme réalisables que s’ils sont ajustés à l’Inconscient collectif du moment, travail quasi-instinctif qui porte l’individu à consulter sans cesse le sentiment qu’il a de la société en tant qu’elle est composée de consciences pensantes et agissantes.
Combien de temps pour qu’un groupe perde son intégrité? Le temps d’être sollicité par un producteur (applicable dans tous les domaines de l’art).
Rincón de la Victoria est un village de trois rues et 20’000 personnes. Dans les rues anciennes, la population ancienne, dans les contreforts et à flanc de montagne, les citadins, les visiteurs, les touristes et les golfeurs, colons saisonniers qui s’abattent sur la région au premier jour de la Semaine sainte, profitent de la plage au printemps, commence de refluer mi-août; plus haut, derrière le pic des montagnes, à nouveau les anciens. Ceux-là tenaient la côte jusqu’en 1960. Familles des pêcheurs qui vivaient loin au-dessus de la mer dans des maisons taillées en cubes de sucre et barbouillées d’œillets rouges. Les hommes descendaient le matin à leur barque pour remonter le soir. Depuis Málaga, en allant vers l’Est, un système de falaises forme un chapelet de criques. Chacune a son nom, les plus importantes ont leurs villages. Juste avant Rincón (le Coin de la Victoire), la Cala del Moral (la Crique du Maure). Entre l’un et l’autre, j’ai vécu là trois ans et comme la population ancienne est ancienne, elle change peu. On la trouve dans trois rues ou, s’il ne fait ni trop chaud (moins de 30°) ni trop froid (plus de 18 °), le long de promenade maritime, déambulatoire de dalles posées sur une vieille ferroviaire. L’heure du crépuscule approche lorsque je quitte l’autoroute pour La Cala. Nous empruntons avec Xam la rue qui jouxte la promenade et je trouve au même endroit qu’il y a trois ans, le voisin du 12 (j’habitais au 11) qui passe sa journée assis dans l’abribus du 183, l’idiot à lunettes rafistolées qui harangue les voitures face à la boulangerie, le gitan de Vélez qui ordonne sur son bout de trottoir mangues, avocats et tomates puis Antonio le motard-coiffeur qui s’occupe dans son échoppe de ces clients (qui ont chacun reçu une carte a jouer pour l’ordre de passage), mais encore María la vendeuse de bombons dans son kiosque de tôle et les Chinois, tous les Chinois, qui sur son siège, son fauteuil, son tabouret, le petit râblé de la Cala, l’adolescente de cire, la mégère a chignon, chacun à la caisse de sa boutique, les yeux sur le téléphone mobile, comme hier, comme demain, comme toujours.
J’ai fait le voyage de l’Andalousie pendant trois ans. Dix fois peut-être. De mon ancien appartement à la maison actuelle il y a tout de même 1200 kilomètres. Or, la mémoire à tout enregistré. Va sans dire, sans que j’y mette de la volonté. Ce matin, je le vérifie à mesure que j’avance à travers le paysage. Je peux dire quel panneau va surgir, quel moulin, village, pont, restaurant. Justement nous avons faim. J’annonce un restaurant. Il surgit. C’est l’Oasis, au sud de Jaen, l’Oasis, au milieu de la plus grande oliveraie du monde. Et là, comme chaque année, avant de m’attabler pour l’apéritif, je veux acheter mon bidon de 5 litres d’huile extra-vierge première pression à froid. Comme je n’ignore pas que les prix ont flambés, j’ai photographié le bidon rangé dans la cuisine d’Agrabuey acheté au même endroit il y a un an, à quelques jours près. 2023, le bidon était à Euros 38.-; aujourd’hui, 2024, le bidon est à Euros 72.-.