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Qu'est-ce qui se cache derrière l'american way of life, dont rêve le reste du monde? Demandez à Lester Burnham.
Caustique, délicieusement revigorant, American Beauty poursuit une critique sans complaisance du modèle américain, qui avait été entamée récemment par Warren Beatty, et qui se prolongera avec Belles à mourir, le film de Michael Patrick Jann.
Lester Burnham (Kevin Spacey) vient de mourir, il avait quarante-deux ans. Triste nouvelle? Non, car avec la complicité du réalisateur Sam Mendes, ce personnage sympathique donne au public une bonne occasion de voir sous un autre angle la réussite américaine. D'ailleurs, que signifie le mot ""réussite"". Dans les grandes lignes la réponse pourrait être: posséder la richesse, le pouvoir et la beauté. Lester Burnham a failli y parvenir, il s'est arrêté trop tôt, pire, il est mort. Pourtant, cela ne l'afflige guère. Du haut de son nuage, transformé en voix off, il observe sa maison, son jardin, les roses que cueille sa femme en tablier, chaussures et sécateurs coordonnés, et disserte sur ce que fut sa vie.
Lester était journaliste. Il habitait une belle villa, de ces maisons dont on a l'impression qu'elles ne sont jamais occupées, tant elles sont lisses. Sa femme Carolyn (Annette Bening) avait réussi, elle aussi, comme agent immobilier. S'il y avait de l'ombre, c'était autour de leur fille Jane (Thora Birch), décidément peu encline à parler d'elle à ses parents. Elle ne se confiait qu'à son amie Angela (Mena Suvari), une jeune allumeuse qui enflammait Lester. La fêlure devait avancer jour après jour dans une façade si soigneusement peinte.
Un jour, Lester se fait signifier à coup de litotes que son renvoi est imminent. C'est alors qu'il saisit à la fois la vacuité de son existence et l'opportunité d'en sortir. A partir de là, il fait ce qu'il aime, provoque ceux qui n'ont pas encore compris, et tente de plaire à Angela. Mais rien n'est aussi simple, et peu à peu se met en route une sorte de fatalité qui lui coûtera la vie. American Beauty serait le nom d'une variété de roses. Les roses sont partout dans l'image, d'un rouge ardent comme la passion et le désir de vivre. Mais tout dans ces vies y est étranger, tout y est faux. Il fallait que Lester l'observe depuis son nuage pour que cette réalité-là saute au visage.
Le réalisateur Sam Mendes est avant tout un metteur en scène de théâtre. Ce film qui joue sur la beauté de la rose et ses épines ici mortelles, lui donne l'occasion de quitter la scène pour la première fois. C'est une chance pour les cinéphiles. Avec l'excellent scénario d'Alan Ball, avec cet acteur brillant qu'est Kevin Spacey, il signe une comédie cruelle sur les refoulements qui forment la routine de tant d'existences. Le souci de paraître, la volonté de gagner sont pathétiques. Lester le comprend, mais n'a plus le temps d'en profiter."
Geneviève Praplan
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