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L'historien Marc Vuilleumier n'est plus et l'histoire des gens d'en bas perd un contributeur de premier plan. Il manquera tout particulièrement ce printemps, lors du 150e anniversaire de la Commune de Paris dont il connaissait si bien les protagonistes.
Né le 14 juillet 1930 à Courbevoie, en France, c'est à Genève que Marc Vuilleumier, fils de pasteur, fera ses études de lettres, avant de se diriger vers l'enseignement de l'histoire sociale. Durant sa longue carrière académique, il signera de nombreux travaux portant sur l'histoire politique et sociale des XIX et XX siècle, le mouvement ouvrier et socialiste, les réfugiés et immigrés en Suisse, contribuant à une connaissance du passé intégrant l'expérience des milieux ouvriers et de leurs combats.
Analyse d'un personnage controversé
Il a également publié "Bakounine, L'Alliance de la Démocratie socialiste et la première Internationale à Genève, 1868-1869" (1964) et "Bakounine et le mouvement ouvrier de son temps " (1979), deux ouvrages consacrés au théoricien de l'anarchisme, dont l'analyse rigoureuse, loin de toute approche sectaire ou manichéenne, fera date.
C'est avec le collectif "Pour une histoire des gens sans Histoire" (Edition d'en bas) que ses collègues lui avaient rendu un hommage mérité au moment de sa retraite en 1995 après de longues années d'enseignement d'histoire sociale à l'Université de Genève.
ll ne faut pas se borner à faire l'histoire des vainqueurs. Il s'agit de s'intéresser aussi à ceux qui avaient un autre point de vue, ceux qui voulaient une autre organisation sociale et qui ont été éliminés de l'Histoire.
La Suisse des oubliés
La couverture de "Histoire et Combats" de Marc Vuilleumier. [Editions d'en bas]Quelques années plus tard, en 2012, il sort "Histoire et combats" (Éd. d'en bas), un recueil de ses textes consacrés au mouvement ouvrier et au socialisme en Suisse qui, on l'a un peu oublié, a aussi connu des affrontements sociaux, un mouvement syndicaliste révolutionnaire, un important mouvement de grève générale (en 1918), et a été l'un des bastions de la Première Internationale et de l'anarchisme.
Dans sa riche introduction générale, Marc Vuilleumier revient sur son itinéraire de chercheur. Il fournit ainsi un précieux témoignage sur le contexte qui a vu naître sa passion pour l'histoire sociale, sur la façon dont il a exercé son métier et sur divers aspects concrets de son travail, entre quête de documents d'archives clés dans des pays difficiles d'accès, rencontres et relations intellectuelles marquantes, en Suisse et en Europe.
Pour recontextualiser ses textes, il y évoquait aussi son parcours de jeune militant communiste suisse, dans une perspective d'ego-histoire: "[Me] voilà passé moi-même au rang de chroniqueur et de mémorialiste de mon propre passé. Ce qui est encore une manière de faire de l'histoire. Elle est peut-être d'autant plus nécessaire qu'en cette deuxième décennie du vingt et unième siècle, la seconde moitié du siècle précédent s’estompe dans les mémoires."
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