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es voix et les sonorités d’une ville nous empreignent autant que les impressions visuelles. Ceci me frappe toujours dans les villes que je ne connais pas, surtout celles qui sont situées dans d’autres sphères culturelles, comme par exemple dans les pays de l‘Afrique du Nord. Les nombreuses cavités dans les vieilles bâtisses blanchies à la chaux de la kasbah, qui n’obéissent pas encore aux lois de l’occupation la plus rationnelle de l’espace, laissent des amples possibilités de nidification, et les martinets, en groupes de centaines d’individus, rasent les murs à une vitesse folle, on entend les battements de leurs ailes et leurs cris stridents si caractéristiques. Et là, au tournant d’une ruelle étroite, on entend les cliquetis réguliers sur les pavés irréguliers des sabots d’un âne qui tire une charrette dont une des deux roues grince. Tout à coup, comme venue de nulle part, la voix du muezzine appelant à la prière se fait entendre, le son enregistré distorsionne, le haut-parleur grésille et crépite, il est vite relayé par une autre mosquée, puis encore une autre. Au loin, un chien aboie lorsqu’un scooter passe en pétaradant. Je pense au petit livre «Les voix de Marrakech», écrit par Elias Canetti, prix Nobel de littérature en 1981, et ses délicieux tableaux sonores. Il n’y a pas seulement les animaux et les objets qui produisent des bruits, les voix des personnes se modulent dans un concert polyphonique. Le Maghreb et l’Orient nous présentent une grande variété de langues et de variétés linguistiques en contact. J’écoute discrètement deux hommes qui parlent d’une voix vive et enjouée tout en se touchant les mains et les épaules. Ils parlent l’arabe dialectal, mais leur communication est souvent entrecoupée de mots et d’expressions en français; cela me rappelle étrangement les conversations que nous avons à Fribourg. Mais les discours officiels, la religion et l’école utilisent l’arabe standard, appelé fusha, alors que les panneaux publicitaires affichent de plus en plus de dialecte, parfois mêlé au français ou à l’anglais, et que les jeunes utilisent très souvent le dialecte pour les SMS et les réseaux sociaux. Là aussi, la similitude avec la situation en Suisse alémanique est frappante. Mais le répertoire des Marocains ne s’arrête pas à des variétés de l’arabe et au français, héritage de la colonisation, on les entend aussi parler de l’amazighe, la langue des Berbères, parlée par environ 40 pourcent de la population marocaine et qui a son propre alphabet, et de plus en plus aussi l’anglais et l’espagnol qui concurrencent sérieusement le français. Les voix de la Kasbah sont vraiment polyglottes!
Claudine Brohy ist Linguistin und wohnt in Freiburg. Als Teil eines Autorinnen- und Autorenteams bearbeitet sie in regelmässigem Rhythmus frei gewählte Themen. Auf Wunsch der FN-Redaktion tut Claudine Brohy dies mal auf Deutsch, mal auf Französisch.