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Cartagena/Colombie - « C’est la boxe Madame qui a amené l’électricité et l’eau dans le village de San Basilio de Palenque ». Mon interlocuteur très bien renseigné sur les différents groupes ethniques du pays pour avoir conduit des camions dans toute la Colombie durant plus de 20 ans, est ravi de me raconter l’histoire du boxeur Kid Pambelé. Dans son enthousiasme, il lâche les mains de son volant pour imiter les coups de poing, la voiture dévie de la route, nous avons failli tomber dans un fossé.
C’est le boxeur Antonio Cervantes dit Kid Pambelé au sommet de sa gloire après avoir reçu le titre de champion en 1972 qui amènera la lumière au sens propre et figuré sur sa communauté palenque, lui-même originaire du village. Le roi des rings qui connaîtra après la gloire la descente aux enfers, drogue, alcool, aura réussi au moins une mission; celle de faire connaître sa communauté palenque, descendants d’esclaves .
Environ 4'000 habitants vivent dans ce village Palenque de San Basilio , situé à 70 kilomètres de Cartagena, situé dans les contreforts des Montes de Maria, au sud est de Cartagena, premier port négrier de la Couronne espagnole. Fondé par un roi africain Benkos Bioho, d’origine du Congo ou de l’Angola, saisi par les Portugais, revendu à des Espagnols, transporté en Colombie, ce village faisait partie de la série de villages fortifiés par les esclaves fugitifs cherchant refuge et fondé au XVIIème siècle.
En 1713, les esclaves seront libérés et le décret hispanique leur accordera des terres. Palenque est un terme qui désignait toute structure politique animée par des noirs ou des marrons (esclaves africains en fuite) qui s’ organisaient de façon autonome.
Habitée principalement par des Afro-colombiens, descendants directs d’esclaves africains amenés par les Espagnols, on peut entendre parler le palenquero ou le suto, seule langue créole qui mixte du bantou, de l’espagnol et du portugais. L’organisation sociale est basée sur l’appartenance au kuagro qui crée entre les membres du groupe un ensemble de droits et de devoirs. Comme en Afrique, l’igname et le manioc sont présents dans les plats quotidiens.
La musique palenque y règne en maître, à tel point qu’en 2008, on voit apparaître un studio d’enregistrement dont deux CD sortiront avec le documentaire « Jende ri Palenge ». Lors des rites funéraires, on retrouve les rythmes africains comme le Lumbalu qui représente un dernier adieu, chanté et dansé et qui ouvre la voie au monde des morts.
On peut voir les femmes dans leur magnifique costume coloré et que l’on reconnaît à Cuba aussi, porter leurs fruits sur la tête et vendre dans les ruelles de Cartagena.
Ce coin d’Afrique en Colombie reconnu par l’UNESCO comme « Patrimoine oral et immatériel de l’humanité » en 2008 appartient entièrement à cette culture afro-colombienne qui on l’espère saura, elle aussi, trouver sa place dans cette nouvelle ère de paix, en Colombie.
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