Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06911.jsonl.gz/662

Critique
Description quasi-documentaire d’une descente aux enfers, le long métrage du réalisateur tessinois bientôt quadragénaire a été remarqué à Locarno l’an dernier (voir CF n. 552 p. 36), et Michele Venitucci, incarnant le «héros» du film, a amplement mérité son Léopard d’Or du meilleur acteur.
Fulvio Bernasconi, qui a étudié les sciences politiques à l’Université de Genève et a obtenu le diplôme de réalisateur de l’ECAL, est à la base documentariste, et cela se voit. FUORI DALLE CORDE (littéralement «Hors des cordes» - à savoir celles du ring) est une véritable tranche - saignante - de vie, qui commence à Trieste et passe par la Croatie pour s’achever en Suisse. Mike est un jeune espoir italien de la boxe qui ne parvient pas à percer: les résultats des matches semblent truqués d’avance. Il est poussé par sa sœur Anna, ouvrière dans une grande poissonnerie, qui compte sur les gains de la graine de champion pour éponger les dettes qu’elle a contractées en attendant une vie meilleure; orpheline depuis l’âge de 15 ans, elle ne s’accorde aucun petit plaisir.
Repéré par un manager louche, Mike se trouve entraîné dans le monde interlope des combats illégaux et donc clandestins organisés en des lieux improbables quelque part en Croatie voisine. Le contact avec cette réalité est rude: des gladiateurs sont prêts à s’entre-tuer à mains nues pour quelques centaines d’euros. Malgré son aversion à l’encontre de ces duels ignobles, il persiste, encaissant tant bien que mal les mauvais coups et se liant d’amitié avec un camarade d’infortune nihiliste, après avoir rompu avec Anna. Il décide de mettre une fin à sa descente aux enfers, mais il accepte encore un ultime combat en Suisse, qui devrait lui permettre de décrocher la timbale et de remettre ses gants.
Tourné dans des éclairages crépusculaires, des paysages désolés et des décors glauques, avec une galerie de personnages cupides ou amateurs dépravés de sensations fortes, FUORI DALLE CORDE est un film dont on sort sonné comme un boxeur harcelé de coups. Non qu’il y ait de la complaisance dans la violence et la représentation des luttes sanglantes, mais le rythme soutenu du montage, l’aspect inéluctable de la spirale descendante, l’indignité d’une certaine humanité, tout cela prend le spectateur à l’estomac. Héros entre guillemets au début de cette chronique, Mike le devient pleinement à la fin du récit, quand on le voit s’éloigner, solitaire et dépouillé, suivant la ligne blanche d’une route blafarde conduisant vers un jour qui se lève.
Daniel Grivel