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Ces réflexions, axées sur 10 thèmes indiqués ci-dessus, forment un ensemble.
Chaque thème est revu au fur et à mesure que les réflexions progressent: ainsi contrairement au contenu d'un livre par exemple, ces réflexions sont évolutives.
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PLAN
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Définitions
.
Exemples
Sommaire
Explications
Ce plan en 4 chapitres est le même pour chaque thème.
DÉFINITIONS
Mythe
: croyance irrationnelle partagée qui crée de la cohésion sociale.
Cohésion sociale
: ce qui permet à un groupe humain de former un ensemble.
Ensemble
: réunion de différentes parties matérielles ou immatérielles
Abstraction
: Fonction de l'esprit qui permet d'isoler une partie dans un ensemble
Conscience
: Fonction de l’esprit permettant d’avoir connaissance de ses états.
Croyance:
- individuelle
: fonction de l'esprit admettant une connaissance comme vraie.
- collective
: connaissance admise comme vraie par chaque membre d'un groupe.
Vrai
: conforme à la réalité perçue par les sens internes ou externes (cf. rationnel
).
Connaissance
: fonction de l'esprit permettant de percevoir dans la durée.
Réalité
: Phénomène considéré comme existant par un sujet conscient
EXEMPLES DE MYTHES
. Dieu existe.
. Je sais ce qui est bien et ce qui est mal.
. Le Mythe d'Oedipe est la bonne explication de la sexualité.
. La démocratie fondée sur l'égalité
est le système politique idéal.
. La liberté est la valeur fondamentale de la société.
. La monnaie est le seul moyen possible d'échange de biens.
. Les idées du parti politique où je milite sont les seules bonnes.
. Le club de foot dont je suis le supporter est le meilleur.
. Ce chanteur dont je suis un fan' est une grande vedette
SOMMAIRE
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1. Origines possibles des mythes.
2. Croyances individuelles ou collectives (mythes) sont de natures différentes.
3. Le mythe maintient la cohésion du groupe.
4. Types de mythes: originels, fondateurs, éthiques et empiriques
5. Le mythe implique le mimétisme
6. Apport des neurosciences et de la psychiatrie à l’explication des mythes.
7. Un Mythe se détruit quand toutes ses croyances deviennent rationnelles.
8 Les mythes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.
9. Le mythe de l'état
10. Évolution des Mythes vers l’abstraction et l’éphémère
EXPLICATIONS
1 Origines possibles des mythes
Absence physique des dominants
Les humains sont les seuls mammifères qui, au cours de leur évolution, ont formé des groupes de plus en plus importants. Ces groupes, au fur et à mesure qu'ils augmentaient, changeaient de structure: horde, clan, tribu, cité puis état. Chez les autres mammifères la taille et la structure des groupes varie peu. Il arrive que des animaux forment des groupes très importants (exemple les gnous), essentiellement pour se procurer de la nourriture et survivre. Quel que soit leur nombre, les individus formant ces groupes restent physiquement ensemble avec des dominants.
Curieusement l'espèce humaine est la seule qui puisse garder la cohésion de petits groupes sans qu'il y ait de dominant mais seulement des croyances communes (exemple des tribus citées par Clastres)
Quand les groupes humains atteignaient une certaine taille, leur cohésion ne pouvait plus être assurée par la seule présence physique d’un dominant ou d’un groupe de dominants. Cette absence de présence physique a pu être remplacée en délégant à des guerriers le recours à la force ou en délégant à des sorciers la croyance dans les mythes. Les mythes, par définition, donnent une pérennité au groupe.
Une autre spécificité des groupes humains est leur évolution dans le temps: ils sont devenus de plus en plus importants et de moins en moins éphémères (une horde est plus éphémère qu'un état).
Pour passer d’une structure à une autre plus importante, une phase intermédiaire a pu être le regroupement ce qui impliquait une collaboration ou un conflit entre groupes et l'acceptation de mythes communs (exemple des cités grecques ou des tribus qui se réunissent).
Selon la taille des groupes le pouvoir se transmettait par le rite, l'hérédité ou la lutte mais toujours les dominants étaient les garants des mythes. Quand les garants des mythes ont voulu changer brutalement les mythes, il ont été mis en dehors du groupe, physiquement ou par exclusion: chez les Egyptiens Akhenaton, chez les Juifs Jésus, chez les Catholiques Luther, chez les Musulmans Ali, dans les dictatures les opposants.
A travers le mythe, il y a pu y avoir aussi chez chacun une volonté d’être protégé, reconnu et aimé, par le partage des croyances. Ces mots ne correspondent probablement que de loin à ce que devaient éprouver les premiers humains qui ont partagé des croyances.
Créateurs de mythes
La naissance d’un mythe se faisait probablement très progressivement. La genèse des mythes était-elle individuelle ou collective ? C'est tout le problème de l'interaction entre l'individu et le groupe. Cette question trouve encore aujourd'hui des réponses différentes selon que la croyance met plus l'accent sur l'individu (en occident depuis les Lumières) ou plus sur le collectif (extrême-Orient) De toutes façons ceux qui initiaient le mythe avaient une certaine capacité d’abstraction (voir rationnel
) en distinguant des parties dans les ensembles qu’ils rencontraient dans la nature (animaux, arbres, pluie, tonnerre, vent etc..). Il est vraisemblable que ces créateurs individuels ou collectifs de mythes se faisaient comprendre en se référant à des personnages, des animaux, des dangers ou encore à des situations ayant existé dans une période relativement proche d'eux dans le temps.
Ces représentations verbales (des cris aux mots) ou par des images (des dessins aux pierres levées) contribuaient à réduire le sentiment de panique ou de peur en établissant un moindre stress entre les tendances à percevoir les faits objectivement (cerveau gauche) et les tendances à réagir par des émotions (cerveau droit). Exemple : je peux maitriser par un mythe ma peur du fauve en imaginant qu'il contient un esprit ou parce qu'il a été dessiné)
Quelles spécificités possédaient ces initiateurs ? Qui étaient-ils ? Il est possible que certains individus aient eu des dons particuliers pour imaginer, pour conter ou pour convaincre.
Ils racontaient peut-être des histoires de façon empirique dans un langage en voie de structuration (gestes, mimes, cris, sons, dessins), non pour expliquer le monde philosophiquement, comme certains intellectuels l'ont idéalisé, mais parce qu’ils sentaient que l’ensemble de la communauté adhérait à ce qu'ils exprimaient, trouvant ainsi une forme de cohésion. Ces "mythes-histoires" pouvait avoir pour thème la protection contre les dangers aussi bien que la volonté de soumettre les forces de la nature (animaux, météo etc.).
Les processus d'évolution des mythes étaient très lents; par exemple les dessinateurs rupestres ont eu une grande pérennité dans le temps (probablement plus de 20 000 ans) et dans l'espace (de l'Espagne à la Roumanie).
Il est possible aussi que ces initiateurs aient contribué à faire prendre conscience (voir définition dans le sujet rationnel
) et à faire accepter à travers les mythes la complémentarité entre les membres du groupe, chacun étant l'héritier d'un "esprit" lié à son adresse, à sa force, à son don de séduction etc., notions qu'on retrouvera dans les caractères des dieux.
2 Croyances individuelles ou collectives (mythes) sont de natures différentes.
Croyance individuelle: perçue par les sens externes et internes
Les croyances individuelles sont des perceptions de la réalité soit par les sens externes soit par les sens internes (Voir définition dans le thème rationnel
).
La perception par les sens externes (les cinq sens) est un moyen pour appréhender des réalités matérielles (Exemples: je vois un arbre, j’entends un cri, je sens l'odeur du citron): on les appellera croyances rationnelles.
La perception par les sens internes (logique, sentiments, émotions, spiritualité, esprit de décision, sens pratique, convivialité etc.) est un moyen complexe pour appréhender des réalités immatérielles (Exemples: je crois en Dieu, j’aime cette femme, je trouve ce tableau beau, je suis ému quand mon équipe préférée marque un but, je trouve ce raisonnement logique): on les appellera croyances irrationnelles.
Des théories comme celles de la relativité ou des quantas permettent aussi d'approcher des réalités non perceptibles par nos seuls sens qu’ils soient externes ou internes.
Avant de devenir rationnelle, une croyance passe par une ou plusieurs étapes irrationnelles.
Le savant commence par avoir une théorie (croyance) avec la logique (sens interne), cette théorie est donc irrationnelle. Si sa théorie est vérifiée par les sens externes, elle devient une croyance rationnelle. Exemples: Einstein établit la théorie irrationnelle de la relativité et ensuite les sens externes comme la vue, l'ouïe ou le toucher en la vérifient lors de l'explosion d'une bombe, la théorie de la particule de Higgs ne deviendra rationnelle que le jour où les savants l'auront vue dans leurs appareils).
Croyances collectives (mythes): mise en commun de croyances
Tout mythe comporte plusieurs croyances: exemple Dieu et la Trinité, Allah et Mahomet, Bouddha et la Réincarnation, Démocratie et Liberté, Football et but etc...
La mise en commun de croyances est entretenue dans des réunions de fidèles (offices religieux, défilés, réunions, matches etc..). Ces réunions expriment les croyances en un mythe.
Ces groupes ont fait l’objet au XIX° siècle d'écrits fondateurs parmi lesquels ceux de Gustave Lebon, Gabriel Tarde, Sigmund Freud, Emile Durkheim, et plus récemment ceux de sociologues tels Serge Moscovici qui ont continué dans cette voie. De nouvelles perspectives ont été ouvertes par les neurosciences. Dans ces écrits, les auteurs appellent souvent ces réunions du terme générique de "foule" plutôt que de groupe.
On l'a vu, un groupe ne peut percevoir la réalité par les sens externes (vue, ouïe, gout, odorat, toucher) car ils sont liés à l'individu: sa perception est donc irrationnel
le par nature. Par contre les manifestations d'un groupe sont proches de certains sens internes individuels, comme les sentiments ou les idées.
À travers le groupe chacun peut éprouver et exprimer des sentiments ou des idées qu’il n’aurait pas osé, pas voulu ou pas pu exprimer à titre individuel.
Idées et sentiments collectifs peuvent engendrer la frénésie
.
Ils peuvent devenir intenses ou même paroxystiques et mettre ceux qui les éprouvent dans des des états qu'ils ne connaitraient pas s’ils ne les éprouvaient pas collectivement.
Exemples: l’amour peut devenir adoration, la haine peut devenir volonté d’extermination, l’admiration peut devenir passion pour une vedette, la peur peut devenir panique, la souffrance peut devenir auto-mutilation collective, la politique peut devenir extrémiste, la conception du monde peur devenir intégrisme.
Ces paroxysmes peuvent amener l’individu croyant à sacrifier son intérêt personnel et même sa vie pour celui du groupe. On a pu dire aussi que l’idée ou le sentiment collectif s’apparente à une hypnose.
Il ne semble pas que des mesures scientifiques aient été faites sur les membres d’une foule en train de s’exprimer collectivement.
Les rites sont un moyen d’expression des croyances collectives: un groupe est sensible aux images et aux événements faisant appel aux sentiments par exemple et qui sont vécus et répétés en commun. Il semble que le rythme (chant, prière, gestes, applaudissements, slogans, cris) y tienne une place importante.
Exemples: les cérémonies religieuses, le vote, les sports, les spectacles, les discours. Ces rites permettent à chaque membre de confirmer ce qu’il a de commun avec les autres par mimétisme
, c'est-à-dire en se situant par rapport aux autres. Les rites sont différents selon la taille du groupe et les types de croyances.
Idées et sentiments collectifs peuvent engendrer la sagesse
.
Les foules peuvent aussi s’exprimer avec sagesse (voir l’expression sagesse populaire). C’est le fondement de la croyance en la démocratie.
Selon certains auteurs comme Surowieki, un groupe peut émettre des jugements et des appréciations pertinentes sur des données objectives: appréciation des distances, évaluation d'un poids, pressentiment d'un danger. Pourtant chaque membre a sa forme d'appréciation qui est le plus souvent différente de l’appréciation collective.
Les idées et sentiments collectifs sont contagieux et se transmettent avec leur propre langage, différent selon la taille des groupes et le type de croyance
(Exemples: foi, prière, vote, discours, gestes etc.)
L’intelligence et le talent individuels ne sont pas contagieux.
Les Mythes sont multiformes et flous
La coexistence de plusieurs versions d’un même Mythe ne parait pas être un obstacle à l’unanimité de la croyance. Il y a un socle commun et plusieurs versions. Si on prend l'exemple des mythologies égyptiennes, grecques, chrétiennes, islamiques ou bouddhistes, le rôle des personnages change non seulement dans le temps mais coexistent au même moment dans des lieux différents.
Pour les religions et les spiritualistes cela se manifeste par des schismes et des obédiences.
Il semble que l’imprécision formelle et le flou du mythe soit une condition de son succès car elle laisse une meilleure chance que chacun puisse y croire à sa façon et en fonction de son caractère.
On peut faire la même constatation pour les mythes familiaux, sportifs, politiques etc.
3
. Le Mythe maintient la cohésion du groupe
Le Mythe, c'est-à-dire un ensemble de croyances irrationnelles partagées, maintient la cohésion de tout groupe humain, comme la vie est nécessaire à la cohésion de tout être vivant ou les 4 forces à celle des particules. On ne connait pas actuellement ce qui fait la force d'un mythe, c'est-à-dire l'intensité de la cohésion entre ses membres. L'intensité de cette force est très variable, allant de la simple relation au fanatisme. Les neurosciences ne semblent pas s'intéresser à la mesure de cette intensité et les connexions neuronales qu'elle engendre.
Pour perdurer un mythe besoin de supports matériels donc une traduction rationnel
le: représentations (statuaire, peinture, symbole, photos), bâtiment (église, mosquée, temple), stade (sports), bâtiments officiels (palais, parlements etc...)
On peut toutefois constater que l'intensité et la cohésion du groupe qui partage les croyances d'un Mythe est plus ou moins forte selon le type de croyance: famille, foi en une religion, notion de bien et de mal, citoyens d'un état, partisans politiques etc.
Cette intensité est de moins en moins durable dans le temps: de plusieurs milliers d'années pour une religion ou état à quelques années ou quelques semaines pour un parti politique, une entreprise, une association, les fans d’une vedette ou d’une équipe sportive,etc.
Répétons que, quand les croyances qui constituent un mythe deviennent rationnelles, la cohésion du groupe disparait. Exemples: le pharaon, le Christ, Mahomet ou Bouddha deviennent des hommes comme les autres, la religion ou la mythologie devient une simple légende, la démocratie est une histoire entretenue par les politiciens etc...
4
. Types de mythes: originels, fondateurs, éthiques et empiriques.
Ce qui crée la cohésion du groupe, c’est le fait que les membres du groupe y croient.
On peut distinguer par ordre chronologique:
- Les Mythes "originels" dont les croyances sont destinées à éloigner des dangers immédiats pour la survie. Exemple: danger lié à un animal transformé en croyance en un esprit mauvais habitant l’animal. Ils auraient permis la formation de groupes (clans, tribus, hardes etc..) grâce à la prise de conscience (voir définition dans rationnel
) et à l'acceptation de la complémentarité entre les membres du groupe: (Exemple: l’un sait chasser, l’autre tailler des silex).
- Les Mythes « fondateurs » dont les croyances sont l’histoire d’un groupe et la façon de concevoir le monde. Ils sont apparus après les mythes originels. Les rites mortuaires que de nombreux scientifiques affirment être préalables à toute collectivité humaine, sont des mythes fondateurs car ils nécessitent une forme d'abstraction bien au delà de la nécessité de survie. Parmi les mythes fondateurs, les mythes tribaux avec le rôle des ancêtres ont une place essentielle.
- Les Mythes «éthiques » dont les croyances sont des concepts cosmiques, moraux ou esthétiques. Exemples: l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Christianisme, l’Islam, l'athéisme.
Parmi les concepts "éthiques", beaucoup sont issus de l’Occident et des réflexions des Lumières du 18° siècle. Exemples: la liberté, l'égalité des chances, la démocratie, le contrat social, la diminution de l'écart entre pauvres et riches, le respect et la dignité de la personne, la solidarité. Parmi les mythes esthétiques, le rôle des arts plastiques et de la musique dans les rites est important : représentations de Bouddha, peinture chrétienne, récitation en mélopée du Coran etc..
- Les Mythes « empiriques » dont les croyances sont qu'ils sont indispensables pour organiser un groupe. Exemples: l’acceptation des dominants, la démocratie, la monnaie, le travail, la propriété, la nation.
- Les Mythes «personnifiés» dont les croyances sont liées aux personnes: penseurs, hommes politiques, artistes, vedettes médiatiques, sportifs. Exemples: Marx, Hitler, Picasso, Michael Jackson, David Beckham, Roger Federer.
5
. Le mythe implique le mimétisme
Un Mythe est le produit de mimétismes.
Une croyance devient mythe quand elle est partagée. Si je suis seul à avoir une croyance, elle n'est pas un mythe. Ce partage se fait par mimétisme
(besoin de se situer par rapport à l'autre), ce qui en permet la diffusion dans un groupe. On peut donc dire que le mythe est un produit du mimétisme. Exemples: je crois en la démocratie parce que ce mythe est partagé par des gens que j'apprécie (penseurs, auteurs, amis), j'ai la foi en Jésus-Christ parce que je connais des chrétiens ou des textes saints (mimétisme d'attirance), je crois en l'athéisme parce que je connais des chrétiens ou des textes saints et que je n’admets pas ces croyances (mimétisme de répulsion).
6
. Apport des neurosciences et de la psychiatrie
Neurosciences.
Il semblerait que les mythes se créent pour atteindre un point d'équilibre dans le cerveau entre la perception des faits (cerveau gauche) et les émotions qu'ils provoquent (cerveau droit).
Exemple: je vois un danger (cerveau gauche), je panique (cerveau droit) mais si le danger devient pour moi un mauvais esprit (croyance collective), je pourrai l'invoquer et ne plus paniquer.
Autre exemple: pour un sportif l'équilibre entre l'effort physique pénible (cerveau gauche) et sa sublimation pour avoir la satisfaction d'une victoire reconnue par la collectivité (cerveau droit).
Un mythe résout ainsi pour chacun des oppositions entre perceptions et émotions transcendées par des croyances collectives.
Psychiatrie
Il est intéressant à ce stade de parler d’un syndrome appelé psychose naissante qui comme beaucoup d’affections psychiques semble être réparti uniformément dans toutes les communautés humaines. Les individus psychotiques naissants ont la sensation d’être dépossédés d’eux-mêmes au profit d’autres individus. Il y a chez eux une étrange confusion entre eux-mêmes et la collectivité humaine toute entière. Souvent ils ont aussi le sentiment d’exercer un pouvoir sur les autres.
Chacun a pu éprouver avec plus ou moins d’intensité ce sentiment d’être dépossédé de soi-même et d’exercer un pouvoir sur les autres en particulier quand on parle en public ou quand on est fêté à l’occasion d’un événement qui nous concerne. C’est sans doute la même sensation que recherchent les acteurs, les chanteurs, les sportifs ou les hommes politiques.
Les initiateurs de mythes ont pu avoir des syndromes de ce type, relayés ou non par des meneurs. Ils pouvaient être sorciers, chefs, idiots du village puis penseurs, politiques et avoir un ascendant particulier sur les autres. Le mythe à l’origine se crée par l’aptitude de son ou de ses auteurs à y faire croire. Il faut pour cela supposer que ceux qui vont adhérer à la croyance sont à un stade où ils sont prêts à accepter cette croyance. Sinon ces initiateurs restent isolés et sont considérés comme des fous ou des marginaux.
Certains personnages plus ou moins historiques ont été initiateurs de mythes: par exemple Jésus-Christ, Bouddha, Mahomet, Confucius, Joseph Smith, Rousseau, Marx, Nietzsche, Johnny Halliday. Grâce au relais pris par des meneurs (par exemple Saint Paul pour la chrétiens, Ali pour les chiites, Lénine pour le marxisme), ces initiateurs deviennent le plus souvent le symbole de la croyance. Certains ont existé d’autres sont imaginaires et ont transmis un enseignement oral recueilli par d’autres (Jésus Christ, Mahomet, Bouddha). Certains ont écrits eux-mêmes (Rousseau, Nietzsche, Marx) mais ils ont tous un point commun: sous leur nom, la croyance en eux s’est répandue chez un grand nombre.
7 Un mythe se détruit quand toutes ses croyances deviennent rationnelles
Les ethnies dites primitives qui ne connaissent pas l’agriculture ou l’élevage et qui existent encore de nos jours sont peut-être proches de l’état dans lequel vivaient les groupes humains dans les temps préhistoriques. Leur étude nous permet de constater que les mythes sont considérés par chacun des membres du groupe comme la vision de ce qui l'entoure, plus réelle que le monde matériel perçu par les sens externes. Il n’est même pas concevable pour un de ces membres de mettre cela en doute. Pour lui, le mythe est la réalité qui fait un tout, un ensemble. L’abstraction n’est pas dans sa vision du monde.
Après une lente évolution passant entre autres par l’apparition des chiffres (vers - 3 600) et des codes juridiques (Hammourabi -1 750), on est arrivé au rationnel dont les Grecs (- 400) restent considérés comme des précurseurs et le point de départ de toute la pensée occidentale. C’est la vision du réel à travers le rationnel qui paraît dominer cette pensée. Les lumières du 18° siècle et après eux les scientifiques en furent les propagateurs. Tout est passé au crible du rationnel y compris les mythes qui alors se détruisent.
La conception unifiée d’un monde matériel et rationnel semble être un mythe assez récent, qui a trouvé son plein essor avec les penseurs du 18° siècle. C'est un mythe dont la croyance principale est qu'il existe une réalité objective rationnelle et scientifique fondée sur la perception par des sens externes. La théorie des quantas semble montrer que cela ne correspond qu’à une façon de voir le monde.
Nous, occidentaux avons du mal à l'admettre.
La cohésion sociale qu'il a créé disparait avec le mythe.
Il en résulte que plus on analyse un mythe rationnellement, plus on a tendance remettre en cause sa dimension de croyance qui est d’un autre ordre. Cela entraine la perte de la croyance en ce mythe et donc de la cohésion sociale qu’il engendrait.
On peut citer quelques étapes de cette « démythification » : l’humanisation des personnages mythologiques, le passage des divinités multiples aux dieux uniques, la transformation des mythes en recueil d’histoires racontées aux enfants, la régression des religions dans les régions où le rationnel domine, le passage du religieux à l’éthique et à la compassion.
De nombreux mythes, que ce soit en Egypte, en Inde, en Europe ont ou ont eu des durées de vie très longues et expliquent en partie la longévité de certaines civilisations fondées sur l’irrationnel comme celle de l’Egypte, de la Chrétienté, de l’Hindouisme ou de l’Islam qui ne se remettent pas en question par le rationnel.
Les doctrines et les religions acceptent et utilisent toutefois de plus en souvent souvent les applications pratiques rationnelles et scientifiques grâce à la mise en oeuvre des sens externes.
Exemple pour la vue : livres sacrés, représentation des personnages mythiques sous forme de dessins, de tableaux ou de statues, gestes rituels
Exemple pour l'ouïe: la prière ou le chant collectifs, ou le muezzin avec haut-parleur en haut des minarets.
Elles n'hésitent pas non plus à utiliser les produits de la société de consommation (smartphones, sites internet etc)
8
. Les mythes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.
Liberté
Exemples de croyances constitutives du mythe de la liberté : refuser soumission et servitude, pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui, être autonome, rester debout, garder les acquis de la démocratie...
Ce mythe de la liberté a été exprimé en particulier à l'époque des lumières du XVIII° siècle.
Paradoxalement, la vocation de la loi dans l'état, des procédures dans l'entreprise ou des règles dans le sport est de canaliser dans la réalité quotidienne ces différentes croyances.
Chez l'individu, la perception de la liberté est différent selon l'éducation, la richesse, la tradition, l'histoire, les lois etc...ce qui permet au groupe d'en faire un mythe (voir plus haut).
C'est peut-être parce que la liberté est un des rares mythes dont les croyances, dans l'état actuel de nos connaissances, sont impossibles à rendre rationnel
), qu'à notre époque et dans les pays dits occidentaux, ce mythe de la liberté est l'un des plus puissants créateurs de cohésion sociale, comme les dieux l'étaient autrefois.
Pour une collectivité, cela fait de la liberté une série de croyances aux contours flous et multiformes, perçues différemment chez chaque individu et qui correspond exactement aux caractéristiques d'un mythe durable car ces croyances sont irrationnelles.
La liberté d'expression est un cas particulier de la liberté et ce mythe est soumis aux mêmes imprécisions et aux mêmes incertitudes que celui de la liberté en général. En fait, jusqu'à apparition d'internet, ce mythe a été diffusé surtout à travers l'éducation, la presse et les médias. Quand il s'exprime à travers ce type de support, le mythe de la liberté d'expression a un contenu collectif (programmes scolaires, comités de rédaction, école de pensée, parti politique. A travers ces collectivités se forment des croyances. La caution de tels groupes propage pour chaque individu différemment ce qu'il est convenu d'appeler des valeurs.
Quand des individus appelés plus haut "créateurs de mythes" (écrivains, artistes, hommes politiques, sites sociaux type face-book) s'emparent des croyances de ce mythe, leur formulation peut engendrer d'autres croyances qui génèrent aussi bien la tolérance que l'extrême violence. Ainsi paradoxalement ce mythe de la liberté d'expression peut propager par mimétisme
des croyances destructrices de liberté au sens où l'entendaient les lumières. (Extrémisme, terrorisme etc...).
Égalité
(voir le thème égalité
)
Fraternité
La notion de fraternité est particulièrement intéressante car elle comporte à la fois les croyances irrationnelles d'un mythe et peut faire l'objet de comportements rationnels.
Les croyances irrationnelles de la fraternité sont par exemple: considérer toute personne comme son frère ou sa sœur, les affinités entre les membres d'une même secte ou d'un même métier, liens créés entre acteurs d'un même événement (fraternité des armes). Ces croyances irrationnelles, étant partagées par les membres d'un même groupe, en font des mythes.
Le comportement rationnel de la fraternité est une attitude comportant des actes et des attitudes vis-à-vis des autres et mettant en œuvre les sens externes (voir le thème rationnel
): serrer la main, dire bonjour, sourire, ne pas dire non(voir les rites au Japon ou en Chine), discuter avec des inconnus, aider les personnes qu'on ne connaît pas, écouter des avis même si on n'est pas d'accord, partager des objets (nourriture, habillement etc.).
La fraternité est alors une des rares attitudes de nature à créer de la cohésion sociale non à travers un mythe (c'est-à-dire du collectif irrationnel) mais par mimétisme
entre individus.
9
. Les Mythes de l'état
Exemples de croyances constitutives du mythe de l'état :
- Le mythe des frontières: c'est la croyance dans le fait qu’un territoire appartient à une ethnie. Prétexte aux guerres dans le passé, il reste très vivace.
- Le drapeau, l'hymne et la fête nationale.
- La langue
- L’histoire et la culture
- La tradition, la coutume
- La monnaie
- La sécurité qui dans certains pays comme ceux d’Europe, s’étend à la santé (Exemple en France: la Sécurité Sociale)
- Le sport et les équipes ou les joueurs nationaux
- La communauté dans le le succès (sports, économie) ou dans le malheur (morts dans un accident ou un attentat, récession, chômage).
- Le caractère luxueux (palais, réceptions, nourriture) lié aux fonctions politiques les plus hautes.
10
. Evolution des mythes vers l’abstraction et l’éphémère
Evolution des mythes vers l’abstraction
On a vu que le contenu des mythes passe par différents stades : récits, personnification, explication du monde, promesse d’un bonheur dans l’au delà et enfin promesse d’un bonheur ici-bas. Bien sûr, ces stades sont très imbriqués les uns dans les autres
Chacun de ces stades marque une évolution vers le rationnel
, c’est-à-dire vers la possibilité de vérification par les sens externes, avec à chaque étape des niveaux d’abstraction différents (voir rationnel
).
- Le récit très concret laisse une grande place à l’imaginaire car il n’est au début que verbal.
- La personnification permet une abstraction, c’est-à-dire qu'elle isole des éléments communs à plusieurs situations (l’animal, le monstre, le dieu ou le héros vit plusieurs aventures) et d’avoir des représentations (statues, dessins, temples etc). Elle est un moyen d’avoir des références dans les relations avec les autres (mimétisme
) et avec la nature.
- L’explication du monde et du cosmos. Ces mythes manient des concepts qui ont donné naissance aux religions et aux philosophies, nouveau stade de l’abstraction. C’est souvent à cet aspect des mythes que s’intéressent les spécialistes qui en déduisent la sagesse des peuples primitifs et des anciens.
- La promesse d’un bonheur ou d’un malheur dans l’au-delà. Imaginer un au-delà suppose une nouvelle capacité d’abstraction et de logique.
- La promesse d’un bonheur ici-bas: l’abstraction rapproche alors du rationnel car elle devient perceptible par les cinq sens si ce bonheur arrive. On se rapproche du politique (programme des partis).
Comme on l'a vu, tout mythe qui devient rationnel disparait et ne crée plus de cohésion sociale.
Evolution des mythes vers l'éphémère
Les mythes ont tendance à devenir de plus en plus éphémères et certaines croyances à se déliter rapidement: il en est ainsi non seulement pour les mythes "personnifiés" (vedettes, hommes politiques), mais aussi pour les mythes "empiriques" ou "fondateurs" qui subissent des modes. (voir les types de mythes).
On a vu que certains mythes comme la liberté ou l'état sont moins éphémères car il n'est pas possible actuellement de leur donner une explication rationnel
le.
Exemples: le mythe égyptien d'Isis a duré 3 000 ans, celui de la déesse Raison sous la Révolution à peine une dizaine d'années, les mythes de la démocratie ou de la liberté tels que définis par les lumières durent depuis 250 ans
Sur quels Mythes vont se fonder les cohésions sociales de l'avenir ?
Actuellement, nous ne savons rien sur la nature des croyances qui font que les mythes sont acceptés par une collectivité. Les sciences abordent peu l'étude neuro-physiologique de la croyance. Les publications sur ce sujet sont rares (voir entre autres Newberg). Ce n’est pas seulement par l’IRM ou par les moyens d’observation d’excitation des zones du cerveau que l’on pourra progresser mais en comprenant les mécanismes qui créent les mythes. Les études récentes sur les courants électriques et les modifications des molécules dans le système neuronal semblent moins descriptives et plus explicatives.
La physique quantique pourra aussi apporter un jour une analyse différente de ces mécanismes.
Tout est lié
(Revu le 19/7/16)