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Elections inédites au Qatar, mais aucune femme élue
Les Qataris ont voté samedi pour élire la majorité des membres de leur organe législatif. Ce scrutin inédit, au cours duquel aucune femme n'a été élue, ne devrait pas changer l'équilibre du pouvoir dans ce riche pays du Golfe gouverné par une famille régnante.
Les électeurs étaient invités à choisir 30 des 45 membres du Majlis al-Choura, un organe consultatif sans grand pouvoir. Jusqu'alors, tous les membres de ce conseil étaient nommés par l'émir Tamim ben Hamad Al-Thani.
La totalité des 30 sièges à pourvoir ont été remportés par des candidats masculins, selon le ministère de l'Intérieur. Aucune des 28 femmes autorisées à se présenter n'a été élue. L'émir du Qatar, à qui il revient de désigner les 15 autres membres du Majlis al-Choura, peut encore toutefois réduire ce déséquilibre en nommant des femmes. On ignore toutefois quand il annoncera ces nominations, et quand le conseil tiendra sa réunion inaugurale.
Participation en haussse
Le taux de participation a été de 63,5%, selon des chiffres officiels, soit beaucoup plus que lors des élections municipales de 2019 où moins d'un électeur sur dix avait voté. "Au début de la journée, j'ai entendu beaucoup de gens dire qu'ils ne voteraient pas, estimant que cela n'apporterait aucun changement, mais on a vu beaucoup de votants", a indiqué un membre du comité d'organisation des élections à Doha, Sultane Abdallah al-Kouwari.
Selon l'agence gouvernementale Qatar New Agency, un total de 233 candidats se sont présentés. Tous ont dû recevoir pour cela l'autorisation du ministère de l'Intérieur.
Mais selon la télévision d'Etat, 101 de ces candidats ont jeté l'éponge le jour-même du vote pour soutenir d'autres prétendants au poste dans leur circonscription. "Quand les candidats réalisent qu'ils n'ont aucune chance de gagner un siège, ils décident d'appuyer d'autres candidats", note Andreas Krieg, professeur au King's College London.
Pays scruté
La tenue de ce premier scrutin législatif au suffrage universel direct, prévu par la Constitution de 2004 mais reporté à plusieurs reprises, a lieu au moment où le pays est scruté à l'international.
A un an de la Coupe du monde de football au Qatar, les autorités estiment qu'organiser ces élections "va attirer de l'attention positive" sur le pays, affirme Luciano Zaccara, spécialiste du Golfe à l'Université du Qatar.
Le conseil de la Choura pourra proposer des lois, approuver le budget ou encore révoquer des ministres, prérogatives qu'il n'avait pas avant. Mais le tout-puissant émir aura un droit de véto.
Débats limités
"C'est quelque chose de marquant de voter pour la première fois ici. C'est incroyable de pouvoir faire partie (de l'exercice électoral). Quand j'ai plié mon bulletin pour le mettre dans l'urne, j'ai eu le sentiment de prendre part à quelque chose de plus grand", affirme à Doha Sheikha Ateeq al-Khulaifi, 25 ans.
Si quelques rassemblements politiques ont eu lieu, les candidats ont tous évité pendant la campagne d'aborder la politique étrangère de leur pays ou le statut de la monarchie, préférant se focaliser sur les enjeux sociétaux comme la santé, l'éducation ou les droits des citoyens.
Les candidats ont dû signaler à l'avance leurs événements de campagne, ainsi que les noms de toutes les personnes qui y prendraient la parole.
Pas de partis
La majorité des 2,5 millions d'habitants du Qatar, premier producteur et exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, sont étrangers et n'ont donc pas pu voter.
Parmi les 330'000 Qataris, seuls les descendants d'habitants déjà citoyens du pays en 1930 ont le droit de voter et de se présenter comme candidats, disqualifiant d'office des familles naturalisées depuis. Des membres de l'importante tribu al-Mourra ont ainsi été exclus de ces élections, suscitant des débats animés sur les réseaux sociaux.
Les candidats se présentent dans les circonscriptions en fonction d'où vivait leur famille ou leur tribu dans les années 1930. A Al-Khor, une ville au nord de Doha, 13 candidats sont en lice dans l'une des circonscriptions où la concurrence est la plus forte.
"Il y a beaucoup de candidats, mais pour moi, le plus important dans la sélection, c'est la compétence", affirme Rashid Abdul Latif Al-Mohannadi, 37 ans.
Selon des sources diplomatiques, des votes ont déjà eu lieu en interne pour déterminer qui élire dans les circonscriptions. "Quand vous n'avez pas de partis politiques (...) les gens ont tendance à voter pour ceux qu'ils connaissent, des membres de la famille ou de la tribu", explique Courtney Freer, spécialiste du Golfe au Emory College (Etats-Unis).
ats, afp