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Gustave Courbet, né le 10 juin 1819 à Ornans, près de Besançon (Doubs), et mort le 31 décembre 1877 à La Tour-de-Peilz en Suisse, est un peintre français, chef de file du courant réaliste. Son réalisme fait scandale. Engagé dans les mouvements politiques de son temps, il est l'un des élus de la Commune de 1871 accusé d'avoir fait renverser la colonne Vendôme. Il est condamné à la faire relever à ses propres frais, ce qui le ruine. Libéré de prison, il se réfugie en Suisse. Lors de son séjour, à Saillon il a entre autres peint la Caverne des Géants en s'inspirant des gorges de la Salentze, près de la source d'eau chaude des Bains de Saillon et Ovronnaz.
Courbet et les critiques de son temps
Rares sont les artistes qui ont, davantage que Courbet, construit leur carrière grâce à la stratégie du scandale. Plusieurs événements jalonnent clairement cette construction : le Salon de 1850-1851, l'exposition de La Baigneuse au Salon de 1853 — qui suscite un emportement critique sans précédent dans la plupart des périodiques de l'époque — l’érection du Pavillon du réalisme en 1855, l’élaboration de l’œuvre Le Retour de la conférence en 1863 et l’engagement en 1871 dans la Commune de Paris. Plusieurs ouvrages ont étudié cet aspect de provocation calculée et prise aux rets des discours et conflits du temps. Parmi les travaux d’historiens de l’art, Réceptions de Courbet, Fantasmes réalistes et paradoxes de la démocratie par Thomas Schlesser détaille la façon dont l’artiste s’est trouvé pris entre des feux contradictoires qui ont considérablement nourri son image de peintre insoumis et frondeur. Dans sa thèse, Schlesser explore à travers plusieurs grands thèmes, la façon dont les discours critiques ont interprété les œuvres du peintre de manière parfaitement antinomique. Tandis que les détracteurs (Edmond About, Charles Baudelaire, Cham, Théophile Gautier, Gustave Planche…) stigmatisent une peinture réaliste qui corrompt l’ordre du monde et le précipite vers le déclin en promouvant la laideur et le vice, ses défenseurs (Alfred Bruyas, Pierre-Joseph Proudhon, Émile Zola) considèrent qu’elle est plus sincère, capable de véhiculer esprit d’indépendance, liberté et progrès. La thèse de Réceptions de Courbet pousse la réflexion jusqu’à imaginer que cet espace de débat serait un espace démocratique, dans le sens où l’entend le philosophe Claude Lefort, dans la mesure où il institue un conflit d’opinions autour de sa peinture. Les textes de presse qui analysent les toiles sont remarquables d'emportement critique et de verve imaginative, surprenantes pour un lecteur contemporain. Une anthologie de textes et dessins de presse publiée en 2005 permet ainsi de lire le dossier complet de la réception de la toile de Courbet, dite aujourd'hui "Les Baigneuses", lors de sa première exposition en 1853. Courbet participe au bruit qui se fait autour de sa toile, il entre dans le débat et le relance, en bon tacticien médiatique : il fait paraître une « lettre ouverte » dans la presse où il affirme qu'il n'a « jamais eu de maître », qu'il est « l'élève de la nature » (Le Nu moderne au Salon 1799-1853, p. 271). La peinture de Courbet et sa réception d'époque se trouvent en effet au cœur d'une entrée dans l'âge démocratique de l'art et la constitution de ce qu'Habermas désigne comme « l'espace public ». Dominique Massonnaud a analysé le phénomène des « tableaux-événements » qui, avant le scandale de l'Olympia de Manet, commence avec Courbet et son traitement du nu : la production du peintre et son contexte d'accueil permettent aujourd'hui de réévaluer les enjeux liés à la question de la modernité en art, comme le montre son ouvrage, Courbet Scandale, Mythes de la rupture et modernité. Musée Courbet à Ornans Source : Wikipédia
Un article de Claudy Raymond dans saillon.ch
23 juillet 1873, un homme franchit clandestinement la frontière franco-suisse. On lui reproche la destruction de la fameuse colonne Vendôme, symbole bonapartiste par excellence. On va le condamner à cinq ans de prison ou trente ans d'exil s'il ne paie pas les frais de reconstruction.
Tout doit se passer dans le secret absolu. Il évoque dans une lettre écrite à son meilleur ami, une future cure thermale à Vichy...
Malheureux, ruiné, malade dans son âme, il est arrivé en Suisse sans savoir où il s'installerait (comme le prétendent certains). On le vit à Fleurier, dans le Val de Travers, à Neuchâtel, à Lausanne puis... plus aucune trace. Tout avait été si bien orchestré que l'on se demande encore aujourd'hui où s'est caché le maître d'Ornans pendant cet été de 1873.
Un botaniste va nous aider à résoudre cette énigme historique. Il écrit en ces termes dans son carnet de l'époque: «...Un soir; fatigué d'une longue herborisation, je trouvai un accueil cordial dans l'idyllique moulin de Saillon-les-Bains. Ce dernier avait été transformé en hôtellerie quelques semaines auparavant, et le célèbre peintre français Courbet, exilé de sa patrie, en était le premier client. Il y passa tout le reste de l'été presque seul...».
Gustave Courbet, génie du réalisme, peintre de la nature, des animaux traqués par les chasseurs qui n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n'est le régime de la liberté s'est réfugié à Saillon, proche de la Salentze et des sources thermales qui lui rappellent la Loue, la rivière qu'il aimait tant...
Trois personnages très puissants de l'époque ne sont peut-être pas étrangers à la venue de l'artiste français: Maurice Barman de Saillon, ancien conseiller d'Etat et conseiller national, son frère Joseph- Hyacinthe Barman, ancien ministre de la Confédération à Paris, ami de Lamartine et de Thiers et enfin Joseph Fama, directeur du Grand Casino de Saxon-les-Bains. Courbet y retrouve la force de peindre. Il participe en mai 1874, à une exposition de la Société suisse des Beaux-Arts à Lausanne avec trois oeuvres: Les Trois Truites de la Loue, Le Château de Chillon et La Caverne des Géants de Saillon.
Dans le quotidien Le Rappel du 29 juillet 1875 figurait cette information: Parmi les artistes français qui ont voulu participer aux souscriptions ouvertes à Genève en faveur des inondés du Midi de la France, on cite M. Courbet qui a envoyé un superbe tableau représentant la Grotte des Géants de Saillon. Puis, plus de trace de cette toile disparue… peut-être à tout jamais.
Aucun souvenir non plus de ce lieu-dit ... et pourtant, après 125 ans de repos paisible, la magie va s'opérer... Empruntez donc le «Passage proche du Musée de la fausse monnaie, au centre du bourg médiéval. Vous y découvrirez peut-être, à l'ombre d'un rosier, une belle dame... un chien noir, un renard blessé ou un peintre à jamais exilé... Bonjour Monsieur Courbet... Bienvenue chez vous...
Claudy Raymond