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Autres vues aériennes de Thoune
Parmi les châteaux forts de Suisse, celui de Thoune occupe une place de premier rang. Comme Chillon, Rapperswil et Bellinzone, il surveille l'une de nos plus importantes portes vers les Alpes, et par là une voie de communication dont on ne saurait ignorer la signification. Il donne à la ville une empreinte plus prononcée que ce n'est le cas à Zurich, Genève ou Lucerne. Imposante construction, le château de Thoune revêt de plus une grande importance historique.
On considère généralement comme ses bâtisseurs les ducs de Zaehringen, en particulier le dernier d'entre eux, Berchtold V. Les recherches entreprises à propos des fortifications haut-moyenâgeuses de la colline du château ont donné des résultats fort intéressants. Certes, on savait qu'avant les Zaehringen, les seigneurs de Thoune avaient, au XIIe siècle, régné sur la vallée de l'Aar. Grâce à une analyse minutieuse, il a été possible d'explorer l'emplacement de leur château et de prouver que ce dernier se trouvait à peu près au centre de la colline, et non à l'endroit où les Zaehringen érigèrent plus tard leur forteresse. Chose particulièrement intéressante: la structure de la bourgade des seigneurs de Thoune, caractérisée par des bâtiments assez espacés, a pratiquement subsisté. Elle correspond à celle du premier type des villes fondées au haut Moyen Age, avant tout aux XIe et XIIe siècles, avant la construction de sièges féodaux ou épiscopaux et de couvents.
Herrliberger 18e
Ce type diffère fortement de celui de la dernière phase de fondation de villes (XIIIe et XIVe siècles), où dominent les ruelles de marché et les rangées serrées de maisons bourgeoises. A Thoune, on trouve maintenant encore ces deux types l'un à côté de l'autre, le premier sur la colline, le second à son pied, avec un secteur zaehringeois s'étendant le long de l'Aar en amont de l'Hôtel de Ville et un secteur kybourgeois en aval. Au nord et à l'est du château et de l'église, le mur d'enceinte médiéval est encore en partie debout; certains de ses tronçons ont été construits en même temps que l'ouvrage qui précéda celui des Zaehringen; il comptait également deux têtes de pont fortifiées et des quartiers d'artisans des deux côtés de l'Aar. Il est probable que la victoire de Berchtold V sur la noblesse oberlandaise (vers 1090) ait contraint les seigneurs de Thoune, dont le siège ancestral avait sans doute été détruit, à renoncer à leur seigneurie. Les Zaehringen intégrèrent celle-ci à leurs biens et entreprirent la construction du château de Thoune. dans le secteur nord-est de la colline
Il fallut plusieurs décennies pour mener à bien l'édification de l'imposant donjon et les travaux se firent probablement en deux étapes, la première à l'époque des Zaehringen, l'autre après 1218, sous les Kybourg. La tour porte nombre de caractéristiques d'un donjon normand, ce qui n'étonnera pas lorsqu'on saura que les Zaehringen avaient un faible pour ce genre d'ouvrage. L'énorme cube de murs se dresse sur un plan de plus de 13 mètres sur 20. La salle des chevaliers se trouve à 14 mètres du niveau de sol. Avec ses quatre ressauts d'angle ronds, l'étage qui se trouve audessus de cette salle peut être considéré comme étant d'origine zæhringeoise (peu avant 1200). A l'époque des Kybourg, le château fut surélevé d'un étage, qui se distingue par une rangée de fenêtres en plein cintre. C'est peut-être en même temps que le donjon fut coiffé de son vaste toit en croupe, s'élevant jusqu'à 42 mètres au-dessus du sol. Furent également érigées à cette époque les quatre tourelles d'angle au couronnement octogonal. Le premier sceau de la ville de Thoune - il date de 1250 - montre la tour avec tous les éléments que nous venons de mentionner.
Au début, on accédait à l'intérieur du château par des échelles; puis un escalier construit à l'époque des Kybourg permit d'atteindre directement la salle des chevaliers. Il est à peu près certain qu'à l'origine, la tour servit aussi d'habitation. Peu à peu, elle acquit cependant un caractère d'apparat. Preuve en soit la vaste salle des chevaliers, qui occupe tout un étage. A certains moments, d'autres étages firent fonction d'entrepôts à marchandises. De meilleures conditions de logement furent créées assez tôt déjà, ce qui ressort d'un document parlant d'un séjour que fit à Thoune Rodolphe de Habsbourg en 1266; le roi logea, est-il dit, dans une maison située à l'intérieur de l'enceinte. Un corps de logis devait donc déjà se trouver a ce moment-là au sud du donjon, dans le secteur cerné par le mur qui entourait le château Au XVe siècle, sous la domination bernoise, ce bâtiment devint le siège de l'avoyé.
La branche mâle des Kybourg s'éteignit en 1263, à la mort accidentelle de Hartmann V. Ce fut pour Thoune le début d'une époque mouvementée. Certes, la veuve du dernier comte accorda à la ville, par une charte de franchises, certains privilèges que les bourgeois réussirent à conserver sous le règne des Bernois, mais les Habsbourg ne tardèrent pas à soulever des prétentions à l'héritage des Kybourg. Un cousin de Rodolphe, Evrard Ier de Habsbourg Laufenbourg, reprit en 1273 la seigneurie, qui des ce moment se nomma «Neu-Kybourg». Des guerres sanglantes, des dissensions familiales et même, en 1322, un meurtre fratricide menèrent à la ruine de cette famille. De sorte qu'au XIVe siècle, la ville de Berne n'eut pas trop de peine à accroitre son influence dans cette région. Deux fois, Thoune passa entre ses mains, par achat tout d'abord, puis à titre d'hypothèque. A chaque fois, elle retourna cependant aux Neu-Kybourg. C'est en 1384 que Thoune devint définitivement propriété bernoise.
Depuis la pose, au XVe siècle, de nouveaux toits de tuiles, le château de Thoune a toujours conservé le même aspect. Maintes choses ont en revanche changé dans son voisinage: des constructions, telle la tourelle du bourreau qui flanque le mur d'enceinte, virent le jour, d'autres furent remaniées, défigurées ou démolies. Plusieurs d'entre elles servent cependant aujourd'hui encore de sièges administratifs. Quant au donjon, il abrite un remarquable musée historique.
Bibliographie