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L’abstentionnisme illustre le désintérêt du peuple vis-à-vis du fonctionnement de la société. Les partis politiques en sont-ils les principaux responsables ou d’autres causes peuvent-elles expliquer ce dédain et comment y remédier?
La société se compose de diverses couches sociales. L’Etat devrait chercher à les fédérer le mieux possible pour permettre l’équilibre nécessaire au meilleur épanouissement possible de chacun. Bien vivre ensemble, dépend de cet objectif fondamental. Il serait souhaitable de pouvoir compter sur les partis politiques pour faire ce travail. Mais la plupart des partis sont représentatifs d’une classe sociale particulière. Chacun la sienne, contre les autres.
Dans leurs discours et leurs programmes, les partis disent rechercher le bien commun. Leur pratique se révèle fort différente et se préoccupe surtout du renforcement du pouvoir que chaque parti peut avoir pour améliorer les intérêts de la classe qu’il représente et dont il est issu. Il y a une inadéquation entre ce qui est dit et ce qui se fait. Ainsi le peuple, toutes classes confondues, ne trouve pas ce qui pourrait améliorer sa situation. Il constate que tout se complique et doute, de plus en plus, de la véracité des discours. Il vit ce «grand jeu de pouvoir» de l’extérieur. Ce développement imprévoyant de notre société constitue le règne des plus forts qui imposent des lois répondant principalement à leurs intérêts. Faudrait-il une société sans partis pour corriger cette situation? Théoriquement on peut y penser, mais un tel changement exige une grande augmentation de la maturité politique des habitants, ce qui prendra un certain temps!
Par contre, il serait possible de changer certaines pratiques politiques pour favoriser une plus grande participation des citoyennes et citoyens aux choix de la société. Evoquons-en quelques-unes ci-après. Imaginez une composition des parlements proche de la composition sociale de la société. Un parlement composé par x% de salariés, x% de cadres, x% de chômeurs, x% d’universitaires, etc. Imaginez un parlement dans lequel la proportion d’ouvriers et d’employés serait, comme dans la vie réelle, plus importante que celle des économistes, juristes ou autres représentants de l’économie, de la finance ou de l’administration. Les diverses sensibilités sociales y étant mieux représentées, les interventions et les décisions d’un tel parlement pourraient être assez différentes de celles qui sont prises actuellement.
Imaginez que l’élection des magistrats revienne aux parlements plutôt qu’au peuple. Enfin, il existerait une cohérence politique entre les majorités des parlements et les majorités des exécutifs. Les citoyennes et citoyens sauraient politiquement qui défend quoi et un tel mode d’élection constituerait une ligne plus compréhensible des instances de la société.
Une autre manière de mieux lier les gens aux problèmes de la société pourrait se faire par l’introduction systématique de véritables consultations populaires. Ces rencontres en direct avec la population seraient conçues non pour convaincre, mais pour expliquer les projets, les mettre en discussion et tenir compte des avis exprimés pour les améliorer.
On pourrait également limiter les mandats politiques à deux périodes, ce qui permettrait l’arrivée de forces nouvelles et diversifierait les sensibilités.
Ultérieurement, on pourrait même imaginer, rêvons un peu, que les parlements soient constitués par tirage au sort. Quel système serait-il plus démocratique que la désignation à l’aveugle des représentants de la population?
Malheureusement, nous n’en sommes pas là. Actuellement, la tendance va dans le sens inverse. Il est envisagé d’allonger les législatures, de réduire le nombre de parlementaires et de professionnaliser les pratiques politiques. Toutes ces mesures sont destinées à améliorer l’efficacité et à réduire les frais, nous dit-on. Ce sont autant de décisions qui, si elles étaient appliquées, accroîtraient encore la distance entre les acteurs politiques et la population. Prétendre répondre au manque d’intérêt pour la vie publique par la réduction des organes qui s’en occupent, c’est comme augmenter le prix des transports publics lorsqu’il n’y a pas assez d’utilisateurs!
Mais il y a d’autres raisons qui accroissent le désintérêt des citoyennes et citoyens pour les tâches publiques. Citons par exemple, l’augmentation des déplacements professionnels, pour répondre à l’efficacité des entreprises, la surabondance des loisirs marchands, pour répondre à l’efficacité des producteurs de biens, autant de complications de la vie des gens ce qui les empêchent de s’encombrer l’esprit pour se préoccuper de la collectivité. Une dérive humaine de la soumission aux maîtres du monde industrialisé et financiarisé pour qui le but de la vie est de devenir riche et une fois riche, plus riche encore.
Alors que notre inégalitaire société d’abondance devrait se préoccuper en premier lieu, par exemple de la suppression de la pauvreté et des mesures pour faire face au dérèglement climatique, on continue de stresser les gens pour les rendre plus efficaces dans une logique bornée par la croissance économique perpétuelle.
Pour réduire la spirale de l’abstentionnisme, le peuple doit retrouver davantage de pouvoir direct et devenir partenaire des décisions sur des sujets fondamentaux à long terme plutôt que pour satisfaire des gains immédiats dans le désordre le plus complet.
Alain Bringolf a été conseiller communal (exécutif) de la ville de La Chaux-de-Fonds (18 ans), député au Grand Conseil neuchâtelois (durant 36 ans) et président du Parti suisse du travail (PdT/POP) (durant 4 ans).