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La commission d'historiens mise sur pied par la Suisse en 1996 pour faire toute la lumière sur son attitude durant la Seconde Guerre mondiale arrive au bout de sa mission. Elle a commencé jeudi la publication d'une série d'études, qui mettent en évidence les compromis, voire les compromissions, auxquels les Suisses ont eu recours à l'époque.Ce contenu a été publié le 21 septembre 2001 - 19:23
Ce n'est pas encore la synthèse finale que la commission doit livrer au Conseil fédéral d'ici à la fin de l'année, mais les premiers volumes d'une série qui en comptera vingt-cinq. Huit études, dont plusieurs traitent de l'importance de la Suisse pour les puissances de l'Axe sur le plan économique et financier. En bref, des services rendus aux Nazis.
C'est le cas en particulier d'une étude consacrée au clearing, le système de compensation financière institué entre l'Allemagne et la Suisse. Et grâce auquel le Troisième Reich a obtenu auprès de Berne d'énormes crédits (au total plus d'un milliard de francs suisses de l'époque). Des crédits qui permirent à l'Allemagne de financer son effort de guerre.
«Une violation des principes de neutralité», souligne la commission. Qui explique aussi les raisons de l'attitude helvétique: ne pas froisser l'Allemagne et assurer l'approvisionnement en matières premières, tout en garantissant des commandes à l'industrie suisse.
Manquement au devoir de neutralité
Autre question examinée: le transit ferroviaire à travers la Suisse, les tunnels alpins ayant été très utilisés par les puissances de l'Axe. La commission écarte le soupçon, souvent avancé, d'un passage par la Suisse de convois de déportés. Mais elle met le doigt, là encore, sur un manquement au devoir de neutralité, dans le domaine du trafic de marchandises. Conséquence: il n'est pas exclu que des transports d'armes aient emprunté le réseau suisse.
On trouve encore parmi ces études une analyse de l'attitude des filiales allemandes d'entreprises suisses. Elles ont, comme le reste de l'industrie en Allemagne, utilisé des travailleurs forcés, dont le nombre est estimé, en ce qui concerne les entreprises en mains suisses, à 10.000 personnes au minimum. Relevons encore ce travail consacré au rôle de plaque tournante joué par la Suisse pour les biens culturels spoliés ou en fuite.
Coupable ou non coupable?
A noter que cette nouvelle série d'études paraît à la suite de deux importants rapports qui ont fait beaucoup de bruit en 1998 et 1999. L'un consacré aux transactions d'or, qui confirmait le rôle important joué par la place financière helvétique pour les nazis. L'autre, très sévère, consacré à la politique restrictive menée par la Suisse à l'égard des réfugiés fuyant le nazisme.
Alors, la Suisse: coupable ou non coupable? Les historiens restent sur leurs gardes, en renonçant, disent-ils, à se transformer en moralistes. Ce qui n'empêche pas Jean-François Bergier de souligner des faits ou des comportements «qui assurément surprennent, déçoivent ou rendent perplexe l'observateur d'aujourd'hui.» Des compromis qui sont parfois devenus des compromissions.
Et l'historien d'ajouter: «il fallait bien survire, dans un pays encerclé par un seul belligérant, et dans toute la mesure du possible préserver l'intégrité et l'indépendance du pays».
Pierre Gobet