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À partir du 10 octobre, les équipes de négociations sur le commerce des États-Unis et de la Chine vont se retrouver à Washington. Le 5 mai dernier, le président Trump avait abruptement déclaré que ces réunions n’avaient débouché sur aucune avancée crédible. Par la suite, des deux côtés, les droits de douane ont été augmentés et étendus. Le dialogue va reprendre, mais le degré de friction commercial est plus élevé et l’économie US est plus fragile qu’il y a cinq mois. Une résolution complète des problèmes n’est pas à l’ordre du jour. Un "accord intérimaire" est possible. Serait-ce suffisant pour abaisser le degré d’anxiété?
Par Bruno Cavalier, Chef Economiste et Fabien Bossy, Economiste
Dix-sept mois après que Trump a tweeté que “les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner”, les faits le contredisent. Il y a des d’abord des coûts directs pour les exportateurs. Depuis la mi-2018, les exportations vers la Chine (mesurées sur 12 mois glissants) ont reculé de 29 Md$, soit 0.14 pts de PIB (graphe). Le recul est concentré sur cinq types de produits: pétrole (-9 Md$), soja (-7 Md$), matériaux primaires (-6 Md$), voitures (-4 Md$), autres produits alimentaires (-2 Mds$). Ces catégories ne représentaient qu’un tiers du commerce avec la Chine mais elles reculent de près de 50% sur l’an. Le reste des échanges (dont les avions et la plupart des produits manufacturés) est quasi-stable à ce jour.
Les secteurs touchés n’ont pas trouvé d’autres débouchés, les exportations vers l’ensemble du monde reculant dans des montants similaires: -6 Md$ pour le soja, -9 Md$ pour les matériaux primaires, -3 Md$ pour les voitures et -2 Md$ pour les autres produits alimentaires. L’exception est le pétrole dont les exportations totales ont bondi de 26 Md$. Il y a aussi un impact direct pour les importateurs.
La hausse des droits de douane représente un surcoût de près de 35 Md$, soit 0.17 pts de PIB (graphe). A ces coûts directs équivalents à 0.3 pts de PIB, il faut rajouter les coûts indirects qui viennent du choc d’incertitude et de ses effets sur les décisions d’investissement. Ils sont plus difficiles à mesurer mais ils pourraient se révéler être d’un ordre de grandeur égal ou supérieur, tant l’affaissement du climat des affaires est maintenant général. Les bénéfices à tirer, s’ils existent, se matérialiseront plus tard. Il faudrait pour cela que la Chine s’engage vraiment à ouvrir bien davantage son marché intérieur (une hypothèse héroïque) ou que des facteurs de production soit relocalisés aux États-Unis (plutôt que dans un autre pays).
Du point de vue du cycle économique, la “guerre commerciale” est un échec qui est en train de saper l’économie US. Geler les frictions tarifaires avec la Chine et afficher des signes d’ouverture devraient être un minimum dans les négociations qui vont reprendre. Mais y a-t-il encore des conseillers capables de pousser ce point auprès du président américain et d’être entendus?
Politique monétaire et budgétaire
La machine en vue de destituer le président US étant désormais lancée, on peut présumer que cela va accaparer l’essentiel de l’attention de la Maison Blanche et du Congrès dans les prochaines semaines, au détriment des autres questions touchant à la politique économique. On voit mal se former le moindre accord bipartisan pour élaborer un plan de dépenses d’infrastructure (on en parle depuis 2016). La ratification de l’USMCA est peut-être à risque aussi. Il est heureux toutefois que nul ne semble disposé, comme l’an dernier, à rejouer l’épisode de government shutdown. Même si l’impeachment est voté par la Chambre, il n’a, dans l’état actuel du “dossier ukrainien”, aucune chance d’aboutir à la révocation du président par le Sénat ou à sa démission préventive. Il est difficile de dire si ce nouvel exemple du dysfonctionnement du système politique est de nature à peser sur le sentiment général. (Le président Trump n’a pas manqué d’y voir la cause de la correction boursière du 2 octobre).
Les tensions ont disparu sur le marché du repo après les interventions répétées de la Fed depuis le 18 septembre. Depuis le 27 septembre, toutes les demandes ont été inférieures à l’offre, et donc intégralement satisfaite. Au 3 octobre, le montant de l’apport de liquidité de la Fed est de 218Md$ (vs un pic à 239Md$).
Voilà qui devrait faire remonter l’OMC dans l’estime du président Trump. Le 2 octobre, l’OMC a estimé que les aides européennes à Airbus représentaient un dommage pour les États-Unis de 7.5Md$ par an. A titre de compensation, le bureau de l’USTR a annoncé une hausse de 10% des droits de douane sur les avions et de 25% sur une liste de produits agricoles européens à compter du 18 octobre. L’OMC doit statuer en 2020 sur les aides américaines à Boeing.
A suivre cette semaine
Le calendrier statistique est peu chargé, à l’exception du CPI (jeudi 10). L’inflation est attendue à 1.9% sur un an (+0.2pt), l’inflation sous-jacente restant stable à 2.4%. L’attention va se porter dans les prochains jours vers la Fed. Jerome Powell prononce un discours sur la situation économique mardi 8. Après la correction des marchés d’actions, la probabilité de baisse des taux à la réunion du 30 octobre s’est nettement accrue. Elle était passée au-dessous de 50% il y a une semaine, et se situe à 85% ce matin. Les minutes de la Fed (mercredi 9) viendront rappeler que le FOMC était divisé quant à la nécessité de baisser à nouveau les taux, mais c’était l’état d’esprit le 18 septembre. Depuis lors, les indices de climat des affaires ont déçu, la situation politique US est devenue plus instable, et il n’y a pas eu d’amélioration de la croissance économique globale.
Sources : Thomson Reuters, Oddo BHF Securities