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J'ai tout d'abord gagné un temps fou à ne pas devoir apprendre les déclinaisons, les verbes irréguliers; je n'ai pas consacré des soirées entières à essayer de me souvenir du genre de "Messer" ou de "Zeitung", outre que mes éventuelles fautes d'orthographe ou de syntaxe - dans mes rédactions en français - étaient excusées par les institutrices "... quelques erreurs, dues à sa langue maternelle", laquelle avait toutefois bon dos : il se trouvait que j'étais plutôt paresseuse, tout simplement, pas en train de confondre les deux langues.
Remarquez, je serais curieuse de connaître votre définition et votre vision de la langue dite "maternelle" : est-ce celle de la "mère" ou est-ce celle dans laquelle on a fait ses classes et rédigé ses premières dissertations ? Pour moi, il s'agit clairement de la langue dans laquelle on a appris à lire, que l'on a étudié en classe "soulignez en jaune le verbe, le sujet en vert et indiquez s'il s'agit d'un complément circonstantiel de temps ou de lieu"... mais je m'égare, reprenons le fil.
Ensuite, j'ai une nouvelle fois gagné du temps lorsque le programme a ajouté une deuxième langue étrangère - en Suisse romande, après l'allemand, les enfants apprennent l'anglais - : j'étais confrontée pour la première fois à des listes de vocabulaire, tout en étant consciente que parfois, il ne faut pas chercher à comprendre pourquoi il pleut des chats et des chiens dans certains pays alors qu'en français, le ciel est supposé nous envoyer des cordes, il faut tout simplement apprendre par coeur.
Il m'a fallu quelques années pour réaliser que ces bonnes fées m'avaient offert bien davantage qu'une langue, ses expressions et ses verbes irréguliers. Elles m'avaient également offert la chance de "vivre" cette langue, notamment par l'intermédiaire des histoires que me racontaient mes parents, le soir, avant d'aller dormir, par le biais de la cuisine; ajoutez à cela le fait que j'ai passé, des années durant, toutes mes vacances scolaires en Allemagne et vous comprendrez pourquoi j'ai toujours estimé être davantage que bilingue; de l'Allemagne, je ne connais pas seulement les grandes villes et les auteurs principaux, j'en connais également les habitudes, les "codes" et la mentalité.
A l'anglais, j'ai ajouté l'espagnol, où, à mon grand désespoir, j'ai été confrontée à un problème qui s'est avéré insurmontable pour moi : rouler les "r" ! Rien n'y fit, même pas les cours avec un orthophoniste, pourtant spécialisé dans ces problématiques. Remarquez, en soi, ce n'est pas si grave si mon vis-à-vis marque une seconde d'hésitation, ne pouvant distinguer immédiatement mon "mais" de mon "chien"; si un tel handicap est amusant pour un touriste, il est rédhibitoire pour un interprète : je suis donc devenue dans un premier temps traductrice, tant j'aimais les langues, les phrases, les expressions. Malheureusement, je me suis rapidement lassée de ne pouvoir avoir d'opinion personnelle et de devoir toujours traduire les idées des autres - probablement que j'aurais été plus heureuse comme prof d'allemand et de français - et n'en déplaise aux différents traducteurs lecteurs de ce site, j'ai abandonné mes premières amours sans aucun regret.
Quoi qu'il en soit, ces quatre langues (cinq avec le Suisse allemand) m'ont ouvert de nombreuses portes professionnellement, en particulier parce que je les ai maîtrisées au point de pouvoir donner des formations juridiques en français, allemand et en anglais : force est d'admettre qu'il y a des langues plus utiles et plus "rentables" que d'autres sur le marché de l'emploi et les employeurs recherchant une juriste maîtrisant le danois sont plus rares que ceux ayant besoin d'un appui juridique en allemand et en français, surtout si on habite comme moi en Suisse.
Depuis sept ans, toutefois, je n'utilise l'allemand qu'avec mes enfants, l'anglais est devenu pour moi la langue des séries télévisées que l'on regarde lorsqu'on est trop fatigué pour entreprendre une activité intelligente; l'espagnol, quant à lui, je ne l'utilise plus guère, sauf pour chanter quelques bribes de cette chanson si triste.
Mais comme j'aime toujours les mots et que j'avais envie, pour la première fois de ma vie, d'apprendre une langue juste pour le plaisir - et non, comme jusqu'à présent, dans un but professionnel - j'ai relevé le défi que m'a lancé Junior : depuis un mois, nous prenons ensemble des leçons de mandarin.
Bien sûr, à raison d'une fois une heure par semaine, nous n'allons pas "tout de suite tout de suite" pouvoir discuter "en vo" avec un Chinois et notre heure de gloire sonnera probablement lorsque nous serons capables de passer une commande dans un restaurant chinois en nous passant de la carte; par chance, nous savons déjà demander notre chemin pour trouver les toilettes !
Au-delà de la question du niveau que nous pourrons atteindre - ou non -, je suis confrontée pour la première fois à des difficultés tous azimuts : la prononciation de la langue, la nécessité de maîtriser des sons qui n'existent dans aucune des langues que je connais déjà, l'écriture, dont la maîtrise requiert certainement toute une vie, sans parler des codes dont j'ignore tout - ainsi, mes enfants, en Chine, devraient s'adresser à une femme non pas en lui disant "Madame" mais "tante" ! Finalement, j'aimerais bien discuter un peu "politique" avec notre prof mais je l'avoue, je n'ai pas (encore) osé l'interroger....
Bref, j'ai enfin compris pourquoi on dit, lorsqu'on n'y comprend rien, "c'est du chinois !
Et vous, est-il une langue que vous tentez d'apprendre ou avez-vous au contraire "posé les plaques" parce que pour vous, toutes les langues sont du chinois ?