Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06906.jsonl.gz/720

Notre équipe de recherche vient de publier dans les Annals of Physical and Rehabilitation Medecine un article sur la consommation des médicaments analgésiques et en particulier des opioïdes en médecine physique et de réadaptation chez des patients ayant des douleurs chroniques. Il s’agit de la première étude de cette importance, concernant cette problématique, publiée dans ce domaine médical.
Bien que leur efficacité soit
discutée, la consommation d'opioïdes augmente dans le monde entier chez les
personnes souffrant de douleurs chroniques non cancéreuses. La Suisse se place
d’ailleurs au 7ème rang mondial pour cette consommation Le but de la
présente étude était d'évaluer la consommation d'analgésiques et son
association avec différentes variables (variables démographiques, douleur,
anxiété/dépression, catastrophisme, kinésiophobie), dans le domaine de la
réadaptation musculosquelettique, où aucune donnée n’était disponible.
Notre étude était rétrospective sur une période de 8 ans (2014-2021) et portait sur des patients hospitalisés pour une rééducation consécutive à une blessure. Les patients ont été classées en 3 catégories à l’entrée et à la sortie selon leur consommation d’analgésiques : pas d'analgésiques (PA), analgésiques non opioïdes (ANO) et analgésiques opioïdes (AO). Nous avons évalué par des méthodes statistiques les différences entre les 3 groupes, la consommation des différents médicaments et la différence de consommation entre l’entrée et la sortie de la clinique.
Un total de 4.350 patients (84% d'hommes ; âge moyen, 44 ans) a été inclus. 20 % des personnes prenaient des opioïdes, 40 % ne prenaient aucun traitement et 40 % des analgésiques non morphiniques. Dans le groupe « opioïdes », le Tramadol était principalement utilisé et la dose médiane d'équivalent morphine était de 8,3 mg/jour. Dans le groupe « analgésiques non opioïdes », le paracétamol et l'ibuprofène étaient principalement utilisés. Nous avons observé une gradation des symptômes entre les 3 groupes (PA/ANO/AO), avec un niveau plus élevé de sévérité/interférence de la douleur, d'anxiété/dépression et de catastrophisme, et une prévalence plus élevée de douleur neuropathique dans le groupe AO par rapport aux autres. Un suivi sur 8 ans nous a démontré que la consommation d'opioïdes ou des autres médicaments reste stable, ce qui est rassurant. Pour la Prégabaline nous avons mis en évidence une diminution de son utilisation de 50%. Par rapport à l'admission, à la fin du séjour, la plupart des personnes (70%) n'ont pas changé leur médication. A noter que 21% des personnes qui prenaient des opioïdes à l'admission ont pu arrêter à la sortie. Cependant, 10 % des patients ont reçu leur première prescription d'opioïdes pendant le séjour.
Ces résultats sont cohérents avec
ceux trouvés dans les populations de patients souffrant de douleurs chroniques
qui prennent des doses plus importantes d'opioïdes et qui suivent des
programmes de réduction ou d'arrêt des opioïdes. Les facteurs tels que
l’interférence de la douleur, le catastrophisme, l’anxiété et/ou la dépression
sont importants à prendre en compte car ils peuvent être modifiés dans le cadre
de la réadaptation grâce à la prise en charge interdisciplinaire associant
médecins, psychologues, psychiatres, infirmières, physiothérapeutes et
ergothérapeutes. La prochaine étape consistera à mettre en place un programme
axé sur l'utilisation optimale des analgésiques dans le domaine de la
réadaptation et d'en évaluer les résultats après le séjour hospitalier.