Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06914.jsonl.gz/340

Le mouvement romantique et la science
Le mouvement romantique du début du XIXe siècle reposait sur une nouvelle façon de regarder le monde : les observateurs étaient sensibles à l’émerveillement, à la sublimité et à la terreur qu’inspiraient les phénomènes naturels. Les savants romantiques n’y voyaient pas de contradictions entre engagement émotionnel et explications scientifiques. Ils étaient même émerveillés que ces observateurs romantiques s’engagent pour la science.
De grands savants romantiques comme Alexander von Humboldt (dont le 250ème anniversaire a été célébré l’année passée), ou Sir Humphrey Davy (chimiste anglais enterré à Genève), ont connu un certain succès et une certaine reconnaissance dans le milieu scientifique, mais l’esprit du romantisme a eu beaucoup d’influence sur d’autres personnalités.
Un exemple de science romantique : l’Ecosse de Necker & Nodier
Une publication récente (Hollier & Hollier 2019) a pris comme exemple deux livres sur l’Ecosse.
En 1821, le genevois Louis Necker de Saussure, un des fondateurs du Muséum de Genève, a publié un livre qui raconte ses voyages en Écosse. Principalement axé sur l’histoire naturelle du pays et sur la géologie, les échos du romantisme sont bel et bien présents dans cet ouvrage.
Necker était fasciné par les poèmes d’Ossian, poèmes épiques d’un barde celtique de l’ère romaine « découverts et traduits » par James Macpherson (en réalité ces poèmes ont été écrits par Macpherson lui-même, qui s’est basé sur des fragments restants de la tradition orale des highlanders écossais). En visitant la célèbre Grotte de Fingal sur l’ile de Staffa, Necker décrit en détails la géologie du basalte, les zéolites et les phénomènes acoustiques. Mais, ses compagnons et lui imaginent également dans cette grotte le mythique roi Fingal et ses guerriers, il y a fort longtemps, écoutant les chansons d’Ossian et d’autres bardes. L’influence du célèbre Walter Scott est également visible dans cet ouvrage, lorsque Necker ajoute des épisodes historiques lors de la description des lieux qu’il visite.
C’est aussi en 1821 que Charles Nodier, écrivain fantastique et un des fondateurs du romantisme français, a publié un compte-rendu de sa visite en Ecosse, inspiré par les romans de Walter Scott.
Avec un style beaucoup plus léger et moins contraint par la vérité, Nodier a quand même su regarder le pays avec l’œil d’un naturaliste. Il a réalisé des descriptions de plantes et d’insectes ; deux des quatre planches du livre représentent de la mousse et des lichens. Nodier y a même inclus la description d’une espèce de coléoptère qu’il croyait être nouvelle pour la science (la description de l’espèce a été validée, mais le nom est un synonyme).
Pour résumer, les savants du mouvement romantique n’ont pas fait de distinction entre «scientifique» et «artiste» ; pour eux le monde est une source du mystère et d’émotions fortes et chaque question nécessiterait une réponse passionnée.
Et c’est dans ce même esprit que le poète Coleridge a écrit à Davy en 1801 « Je vais attaquer la chimie comme un requin » !
Bibliographie :
→ Article scientifique disponible sur abonnement : Hollier, J. & Hollier, A., 2019. French and Genevan views of Scotland in 1821: Charles Nodier’s Promenade de Dieppe aux montagnes d’Écosse and Louis-Albert Necker’s Voyage en Écosse et aux Iles Hébrides. Studies in Travel Writing 23(2): 99-118.
→ Necker de Saussure, L.A., 1821a. Voyage en Ecosse et aux Iles Hébrides. Genève: Paschoud. Disponible à la bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle de Genève et à la Bibliothèque de Genève.
→ Nodier, C., 1821. Promenade de Dieppe aux montagnes d’Ecosse. Paris: Barba. Disponible à la Bibliothèque de Genève.