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Le maintien de la paix améliore la préparation au combat
12 mai 2001 (traduit de l'anglais)
ien que l'administration Bush ait renoncé au retrait unilatéral des Balkans, l'inquiétude que les opérations de maintien de la paix sapent le moral des soldats et la préparation au combat reste un thème dominant pour l'équipe de sécurité nationale du président.
Le Congrès et l'establishment militaire ont également la préoccupation que le maintien de la paix émousse le tranchant des combattants. L'armée a récemment déclaré que l'une de ses 10 divisions actives était inapte à la guerre en raison des carences au niveau de l'instruction dues à sa mission de maintien de la paix en Bosnie. Les effets débilitants de fréquents déploiements et la mobilisation d'unités de réserve ou de la Garde Nationale sont également souvent cités.
Il est dès lors étrange que les troupes elles-mêmes ne semblent pas voir les choses de la sorte. Sur les quelque 350 soldats que j'ai interrogés au Kosovo en septembre dernier, 42% ont affirmé que leur mission au Kosovo les rendrait mieux préparés à une future expérience de combat, 34% pensaient qu'elle ne ferait aucune différence, et seulement 14% ont déclaré qu'elle les rendrait moins préparés (10% n'avaient aucune opinion). Des résultats similaires ont été obtenus dans un sondage effectué en 1998 en Bosnie.
Ce que les gardiens de la paix perdent en entraînement aux armes lourdes et en exercices de terrain est plus que compensé par l'activité réelle dans des opérations aux bas échelons. Les soldats, et spécialement les sergents et les officiers subalternes, gagnent une expérience inestimable au niveau groupe, section et compagnie.
Certes, le maintien de la paix n'est pas un substitut aux exercices de manoeuvre que les formations de combat mènent sur les vastes places d'exercice aux Etats-Unis. Les places de tir locales que les militaires ont mises en place au Kosovo et en Bosnie sont utiles, mais ne compensent que partiellement la différence. Mais comme un officier supérieur l'a déclaré, si les soldats après un déploiement de maintien de la paix – typiquement long de six mois – ont besoin d'un temps prolongé de réentraînement au combat lorsqu'ils rejoignent leur base, c'est "qu'ils n'étaient pas bien entraînés au début."
La question pertinente n'est donc pas si le maintien de la paix sape l'entraînement et la préparation, mais si les combattants nécessitent un entraînement supplémentaire pour des missions de maintien de la paix. L'opinion générale des soldats au Kosovo était qu'un certain entraînement spécialisé, mais pas beaucoup, aurait été utile. Les besoins les plus souvent mentionnés parlaient d'entraînement supplémentaire au contrôle des foules, aux compétences exigées par le traitement des civils, à la sécurité des armes et à la connaissance des coutumes locales.
Cependant, lorsque tout a été dit et fait, le professionnalisme des gardiens de la paix américains a été exemplaire – quoique peu apprécié au pays.
En regardant le moral dans les opérations de maintien de la paix, on fait une découverte primordiale. En un vif contraste avec des situations de guerre prolongée comme au Vietnam, les troupes d'appui envient les troupes de combat dans les opérations de maintien de la paix. Le moral au Kosovo était bien plus haut dans les unités dont la mission les amenait à sortir de l'enceinte principale, Camp Bondsteel, ou, dans les termes des GI locaux, "à l'extérieur du grillage." Les soldats des unités de combat avaient des tâches comprenant des patrouilles, des checkpoints et des missions liées. La seule plainte majeure de ces soldats était qu'ils assuraient de façon disproportionnée la garde de retour au camp (certaines choses ne changent jamais).
Dans les niveaux moyens du moral se trouvaient ceux qui faisaient de "vrais boulots" à l'intérieur de l'enceinte, comme les sanitaires et les mécaniciens. Au plus bas figuraient ceux dont les travaux étaient essentiellement routiniers, comme dans l'administration et la logistique. Les soldats exécutant ces missions décrivaient typiquement leurs activités comme "Un Jour Sans Fin," utilisant le titre du film de 1993 dans lequel chaque jour se répète sans pouvoir rompre le cycle.
Bien sûr, les vastes installations de logement, de repas et de distraction au Camp Bondsteel ne pourraient jamais être reproduites dans une situation de combat (mon sondage a révélé que près de 60% des soldats au Kosovo utilisaient l'e-mail ou l'Internet quotidiennement, et 20% supplémentaires l'utilisaient au moins une fois par semaine).
Mais les sinistres conditions du combat terrestre ne sont pas non plus reproduites dans l'entraînement en temps de paix. Et, comme le montrent des événements récents au Kosovo, même une patrouille aux frontières peut rapidement tourner en un conflit armé.
Un mot en particulier sur les éléments de réserve. Au sommet du moral à la fois au Kosovo et en Bosnie, même plus haut que celui des combattants, se trouvaient ceux incorporés aux affaires civiles, aux opérations psychologiques, aux renseignements et à la police militaire – le personnel le plus susceptible de sortir de l'enceinte. Ces tâches étaient typiquement accomplies par des soldats de la Garde Nationale ou de la réserve. En effet, les réservistes déclaraient souvent que les soldats en service actif ne les identifiaient pas comme tels, parce qu'ils ne correspondaient pas au stéréotype du "guerrier du week-end".
En fait, la cohésion dans l'unité développée au sein des éléments de réserve, dans des opérations comme au Kosovo et en Bosnie, peuvent être la meilleure préparation à la "défense de la patrie" contre des attaques terroristes. Dans cette éventualité le rôle des réservistes sera particulièrement important, comme l'a récemment noté une commission sur la sécurité nationale conduite par Gary Hart et Warren Rudman.
Que des opérations de maintien de la paix doivent être ou non entreprises est clairement une décision pour nos leaders nationaux et nos représentants élus. Mais cette décision ne doit pas être faite avec de fausses suppositions sur l'état de préparation militaire. Le maintien de la paix permet d'obtenir de meilleurs combattants. Tel est, du moins, la conviction des soldats qui maintiennent la paix.
Texte original: Charles Moskos, Wall Street Journal, 26.04.2001
Traduction: Cap Ludovic Monnerat
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