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|| IPCC Fourth Assessment Report: Climate Change 2007

Rapport de synthèse
3. Les changements climatiques projetés et les effets attendus
Vu les politiques d’atténuation et les pratiques de développement durable déjà en place, les émissions mondiales de GES continueront d’augmenter au cours des prochaines décennies (large concordance, degré élevé d’évidence). {3.1}
Selon le Rapport spécial du GIEC sur les scénarios d’émissions (SRES, 2000), les émissions mondiales de GES (en équivalent-CO2) augmenteront de 25 à 90 % entre 2000 et 2030 (figure RiD.5), les combustibles fossiles gardant une place prépondérante parmi les sources d’énergie jusqu’en 2030 et au-delà. On obtient des fourchettes comparables avec les scénarios plus récents qui ne prévoient pas de mesures additionnelles de réduction des émissions., {3.1}
Scénarios d’émissions de GES pour la période 2000–2100 (en l’absence de politiques climatiques additionnelles) et projections relatives aux températures en surface
Figure RiD.5. À gauche : Émissions mondiales de GES (en Gt équiv.-CO2) en l’absence de politiques climatiques : six scénarios illustratifs de référence (SRES, lignes colorées) et intervalle au 80e percentile des scénarios publiés depuis le SRES (post-SRES, partie ombrée). Les lignes en pointillé délimitent la plage complète des scénarios post-SRES. Les GES sont le CO2, le CH4, le N2O et les gaz fluorés. À droite : Les courbes en trait plein correspondent aux moyennes mondiales multimodèles du réchauffement en surface pour les scénarios A2, A1B et B1, en prolongement des simulations relatives au XXe siècle. Ces projections intègrent les émissions de GES et d’aérosols de courte durée de vie. La courbe en rose ne correspond pas à un scénario mais aux simulations effectuées à l’aide de modèles de la circulation générale couplés atmosphère-océan (MCGAO) en maintenant les concentrations atmosphériques aux niveaux de 2000. Les barres sur la droite précisent la valeur la plus probable (zone foncée) et la fourchette probable correspondant aux six scénarios de référence du SRES pour la période 2090-2099. Tous les écarts de température sont calculés par rapport à 1980-1999. {Figures 3.1, 3.2}
La poursuite des émissions de GES au rythme actuel ou à un rythme plus élevé devrait accentuer le réchauffement et modifier profondément le système climatique au XXIe siècle. Il est très probable que ces changements seront plus importants que ceux observés pendant le XXe siècle (tableau RiD.1, figure RiD.5). {3.2.1}
Tableau RiD.1 Projections des valeurs moyennes du réchauffement en surface et de l’élévation du niveau de la mer à la fin du XXI e siècle, à l’échelle du globe. {Tableau 3.1}
|Cas ||Variation de température (°C, pour 2090–2099 par rapport à 1980–1999)a, d ||Élévation du niveau de la mer (m, pour 2090–2099 par rapport à 1980–1999) |
|Valeur la plus probable ||Intervalle probable ||Intervalle basé sur les modèles sauf évolution dynamique rapide de l’écoulement glaciaire |
|Concentrations constantes, niveaux 2000b || 0,6 || 0,3 – 0,9 || Non disponible |
|Scénario B1 ||1,8 ||1,1 – 2,9 ||0,18 – 0,38 |
|Scénario A1T ||2,4 ||1,4 – 3,8 ||0,20 – 0,45 |
|Scénario B2 ||2,4 ||1,4 – 3,8 ||0,20 – 0,43 |
|Scénario A1B ||2,8 ||1,7 – 4,4 ||0,21 – 0,48 |
|Scénario A2 ||3,4 ||2,0 – 5,4 ||0,23 – 0,51 |
|Scénario A1FI ||4,0 ||2,4 – 6,4 ||0,26 – 0,59 |
Un réchauffement d’environ 0,2 °C par décennie au cours des vingt prochaines années est anticipé dans plusieurs scénarios d’émissions SRES. Même si les concentrations de l’ensemble des GES et des aérosols avaient été maintenues aux niveaux de 2000, l’élévation des températures se poursuivrait à raison de 0,1 °C environ par décennie. Les projections à plus longue échéance divergent de plus en plus selon le scénario utilisé. {3.2}
Les projections (tableau RiD.1) concordent globalement avec celles données dans le troisième Rapport d’évaluation. Toutefois, les incertitudes et les fourchettes supérieures de température sont plus grandes. Cela s’explique essentiellement par le fait que, selon l’éventail élargi des modèles maintenant disponibles, les rétroactions entre le climat et le cycle du carbone seraient plus fortes qu’on ne l’anticipait. Le réchauffement nuit à la fixation du CO2 atmosphérique dans les terres et les océans, augmentant ainsi la partie des émissions anthropiques qui reste dans l’atmosphère. L’ampleur de cet effet de rétroaction varie considérablement d’un modèle à l’autre. {2.3, 3.2.1}
On ne comprend pas assez bien certains effets importants régissant l’élévation du niveau de la mer pour que, dans le présent rapport, on ait pu estimer la probabilité de ce phénomène ou en donner la valeur la plus probable ou la limite supérieure. Le tableau RiD.1 présente les projections de l’élévation moyenne du niveau de la mer pour la période 2090–2099. Les projections ne tenant compte ni des incertitudes liées aux rétroactions entre le climat et le cycle du carbone, ni des effets complets de l’évolution de l’écoulement dans les nappes glaciaires, les valeurs supérieures des fourchettes ne doivent pas être considérées comme les limites supérieures de l’élévation du niveau de la mer. Si l’on a tenu compte de l’accroissement de l’écoulement glaciaire au Groenland et en Antarctique aux rythmes observés entre 1993 et 2003, le phénomène pourrait cependant s’accélérer ou ralentir. {3.2.1}
Un degré de confiance plus élevé que dans le troisième Rapport d’évaluation est associé aux projections concernant les configurations du réchauffement et d’autres particularités de portée régionale, dont la modification des régimes du vent, des précipitations et de certains aspects des phénomènes extrêmes et des glaces de mer. {3.2.2}
Parmi les changements anticipés à l’échelle régionale figurent : {3.2.2}
- un réchauffement maximal sur les terres émergées et dans la plupart des régions des hautes latitudes de l’hémisphère Nord et un réchauffement minimal au-dessus de l’océan Austral et d’une partie de l’Atlantique Nord (figure RiD.6), dans la droite ligne des tendances relevées dernièrement ;
- une contraction de la couverture neigeuse, une augmentation d’épaisseur de la couche de dégel dans la plupart des régions à pergélisol et une diminution de l’étendue des glaces de mer ; selon certaines projections obtenues avec les scénarios SRES, les eaux de l’Arctique seraient pratiquement libres de glace à la fin de l’été d’ici la deuxième moitié du XXIe siècle ;
- une hausse très probable de la fréquence des températures extrêmement élevées, des vagues de chaleur et des épisodes de fortes précipitations ;
- une augmentation probable d’intensité des cyclones tropicaux et, avec un degré de confiance moindre, une baisse du nombre de cyclones tropicaux sur l’ensemble de la planète ;
- le déplacement vers les pôles de la trajectoire des tempêtes extratropicales, accompagné de changements dans la configuration des vents, des précipitations et des températures ;
- une augmentation très probable des précipitations aux latitudes élevées et, au contraire, une diminution probable sur la plupart des terres émergées subtropicales, conformément aux tendances relevées récemment.
Configuration du réchauffement à la surface du globe
Figure RiD.6 Évolution projetée de la température en surface pour la fin du XXIe siècle (2090-2099) par rapport à la période 1980-1999, selon les projections moyennes obtenues avec plusieurs modèles de la circulation générale couplés atmosphère-océan pour le scénario A1B du SRES. {Figure 3.2}
On estime avec un degré de confiance élevé que, d’ici le milieu du siècle, le débit annuel moyen des cours d’eau et la disponibilité des ressources en eau augmenteront aux hautes latitudes (et dans certaines régions tropicales humides) et diminueront dans certaines régions sèches des latitudes moyennes et des tropiques. Bon nombre de zones semi-arides (bassin méditerranéen, ouest des États-Unis, Afrique australe, nord-est du Brésil, etc.) souffriront d’une baisse des ressources en eau imputable aux changements climatiques (degré de confiance élevé). {3.3.1, figure 3.5}
Les études postérieures au TRE permettent de mieux comprendre la chronologie et l’étendue des incidences selon l’ampleur et le rythme des changements climatiques. {3.3.1, 3.3.2}
La figure RiD.7 présente des exemples de cette évolution pour un certain nombre de systèmes et de secteurs. Dans la partie supérieure sont indiquées des incidences qui s’accentuent parallèlement à la hausse des températures. Leur chronologie et leur ampleur estimées dépendent aussi des modes de développement (partie inférieure). {3.3.1}
Exemples d’incidences associées à la variation de la température moyenne à la surface du globe (ces incidences varieront selon le degré d’adaptation, le rythme du réchauffement et le mode de développement socio-économique)
Figure RiD.7. Exemples d’incidences associées à l’élévation de la température moyenne à la surface du globe. En haut : Exemples d’incidences planétaires anticipées des changements climatiques (et, le cas échéant, de l’élévation du niveau de la mer et de l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère) selon l’ampleur de la hausse de la température moyenne à la surface du globe au XXIe siècle. Les traits noirs relient les diverses incidences entre elles, les flèches en pointillé indiquent que ces incidences se poursuivent avec le réchauffement. La disposition du texte permet de voir approximativement à quel niveau de réchauffement s’amorce l’effet mentionné. Les chiffres relatifs à la pénurie d’eau et aux inondations représentent les répercussions supplémentaires des changements climatiques relativement aux conditions projetées selon les scénarios A1FI, A2, B1 et B2 du SRES. Ces estimations ne tiennent pas compte de l’adaptation aux changements climatiques. Toutes ces incidences sont affectées d’un degré de confiance élevé. En bas : Les points et les traits représentent les valeurs les plus probables et les fourchettes probables du réchauffement en 2090–2099 par rapport à 1980–1999, pour les six scénarios SRES de référence. {Figure 3.6}
Le tableau RiD.2 présente quelques incidences anticipées pour différentes régions.
Tableau RiD.2. Exemples d’incidences régionales anticipées. {3.3.2}
|Afrique |
- D’ici 2020, 75 à 250 millions de personnes devraient souffrir d’un stress hydrique accentué par les changements climatiques.
- Dans certains pays, le rendement de l’agriculture pluviale pourrait chuter de 50 % d’ici 2020. On anticipe que la production agricole et l’accès à la nourriture seront durement touchés dans de nombreux pays, avec de lourdes conséquences en matière de sécurité alimentaire et de malnutrition.
- Vers la fin du XXIe siècle, l’élévation anticipée du niveau de la mer affectera les basses terres littorales fortement peuplées. Le coût de l’adaptation pourrait représenter 5 à 10 % du produit intérieur brut, voire plus.
- Selon plusieurs scénarios climatiques, la superficie des terres arides et semi-arides pourrait augmenter de 5 à 8 % d’ici à 2080 (RT).
|Asie |
- Les quantités d’eau douce disponibles devraient diminuer d’ici les années 2050 dans le centre, le sud, l’est et le sud-est de l’Asie, en particulier dans les grands bassins fluviaux.
- Les zones côtières, surtout les régions très peuplées des grands deltas de l’Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est, seront exposées à des risques accrus d’inondation marine et, dans certains grands deltas, d’inondation fluviale.
- Les changements climatiques devraient amplifier les pressions que l’urbanisation rapide, l’industrialisation et le développement économique exercent sur les ressources naturelles et l’environnement.
- Les modifications du cycle hydrologique devraient entraîner, dans l’est, le sud et le sud-est de l’Asie, une hausse de la morbidité et de la mortalité endémiques dues aux maladies diarrhéiques qui accompagnent les crues et la sécheresse.
|Australie et Nouvelle-Zélande |
- Certains sites d’une grande richesse écologique, dont la Grande Barrière de corail et les « Wet Tropics » (tropiques humides) du Queensland, devraient subir une perte importante de biodiversité d’ici 2020.
- D’ici 2030, les problèmes d’approvisionnement en eau devraient s’intensifier dans l’est et le sud de l’Australie ainsi que dans le Northland et certaines régions orientales de la Nouvelle-Zélande.
- D’ici 2030, la production agricole et forestière devrait décroître dans une bonne partie du sud et de l’est de l’Australie ainsi que dans plusieurs régions orientales de la Nouvelle-Zélande, en raison de l’accentuation de la sécheresse et de la fréquence accrue des incendies. Au début toutefois, les changements climatiques devraient se révéler bénéfiques dans d’autres secteurs de la Nouvelle-Zélande.
- D’ici 2050, dans certaines régions de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, l’aménagement progressif du littoral et la croissance démographique devraient accroître les risques liés à l’élévation du niveau de la mer et à l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des tempêtes et des inondations côtières.
|Europe |
- On s’attend que les changements climatiques amplifient les disparités régionales en matière de ressources naturelles et de moyens économiques. Au nombre des incidences négatives figurent un risque croissant d’inondations éclair à l’intérieur des terres, une plus grande fréquence des inondations côtières et une érosion accrue (attribuable aux tempêtes et à l’élévation du niveau de la mer).
- Les régions montagneuses devront faire face au recul des glaciers, à la réduction de la couverture neigeuse et du tourisme hivernal ainsi qu’à la disparition de nombreuses espèces (jusqu’à 60 % d’ici 2080 dans certaines régions, selon les scénarios de fortes émissions).
- Dans le sud de l’Europe, région déjà vulnérable à la variabilité du climat, les changements climatiques devraient aggraver la situation (températures élevées et sécheresse) et nuire à l’approvisionnement en eau, au potentiel hydroélectrique, au tourisme estival et, en général, aux rendements agricoles.
- Les risques sanitaires liés aux vagues de chaleur et à la fréquence accrue des incendies devraient être amplifiés par les changements climatiques.
|Amérique latine |
- D’ici le milieu du siècle, les forêts tropicales devraient être progressivement remplacées par la savane dans l’est de l’Amazonie sous l’effet de la hausse des températures et du desséchement des sols. La végétation de type semi-aride aura tendance à laisser place à une végétation de type aride.
- La disparition de certaines espèces risque d’appauvrir énormément la diversité biologique dans de nombreuses régions tropicales de l’Amérique latine.
- Le rendement de certaines cultures importantes et de l’élevage du bétail devrait diminuer, au détriment de la sécurité alimentaire. On anticipe en revanche une augmentation du rendement des cultures de soja dans les zones tempérées. D’un point de vue général, on anticipe une augmentation du nombre de personnes exposées à la famine (RT ; degré de confiance moyen).
- La modification des régimes de précipitations et la disparition des glaciers devraient réduire considérablement les ressources en eau disponibles pour la consommation humaine, l’agriculture et la production d’énergie.
|Amérique du Nord |
- Selon les projections, le réchauffement du climat dans les régions montagneuses de l’ouest du continent diminuera l’enneigement, augmentera la fréquence des inondations hivernales et réduira les débits estivaux, avivant la concurrence pour des ressources en eau déjà surexploitées.
- L’évolution modérée du climat au cours des premières décennies du siècle devrait accroître de 5 à 20 % le rendement des cultures pluviales, mais avec de nets écarts d’une région à l’autre. De graves difficultés risquent de surgir dans le cas des cultures déjà exposées à des températures proches de la limite supérieure de leur plage de tolérance ou qui dépendent de ressources en eau déjà fortement utilisées.
- Au cours du siècle, les villes qui subissent actuellement des vagues de chaleur devraient faire face à une hausse du nombre, de l’intensité et de la durée de ces phénomènes, ce qui pourrait avoir des incidences défavorables pour la santé.
- Dans les régions côtières, les établissements humains et les habitats naturels subiront des pressions accrues découlant de l’interaction des effets du changement climatique avec le développement et la pollution.
|Régions polaires |
- Les principales répercussions biophysiques attendues sont la réduction de l’épaisseur et de l’étendue des glaciers, des nappes glaciaires et des glaces de mer ainsi que la modification des écosystèmes naturels au détriment de nombreux organismes, dont les oiseaux migrateurs, les mammifères et les grands prédateurs.
- Pour les communautés de l’Arctique, les effets devraient être mitigés, notamment ceux qui résulteront de l’évolution de l’état de la neige et de la glace.
- Les éléments d’infrastructure et les modes de vie traditionnels des populations autochtones seront touchés.
- On estime que les écosystèmes et les habitats propres aux régions polaires de l’Arctique et de l’Antarctique seront fragilisés, du fait de l’atténuation des obstacles climatiques à l’invasion de nouvelles espèces.
|Petites îles |
- l Selon les prévisions, l’élévation du niveau de la mer devrait intensifier les inondations, les ondes de tempête, l’érosion et d’autres phénomènes côtiers dangereux, menaçant l’infrastructure, les établissements humains et les installations vitales pour les populations insulaires.
- l La détérioration de l’état des zones côtières, par exemple l’érosion des plages et le blanchissement des coraux, devrait porter atteinte aux ressources locales.
- l D’ici le milieu du siècle, les changements climatiques devraient réduire les ressources en eau dans de nombreuses petites îles, par exemple dans les Caraïbes et le Pacifique, à tel point que la demande ne pourra plus être satisfaite pendant les périodes de faible pluviosité.
- l La hausse des températures devrait favoriser l’invasion d’espèces exotiques, notamment aux moyennes et hautes latitudes.
Il est probable que certains systèmes, secteurs et régions seront plus durement touchés que d’autres par l’évolution du climat. {3.3.3}
- Systèmes et secteurs : {3.3.3}
- Écosystèmes :
- terrestres : toundra, forêt boréale et régions montagneuses, en raison de leur sensibilité au réchauffement ; écosystèmes de type méditerranéen, à cause de la diminution des précipitations ; forêts pluviales tropicales, dans les zones où la pluviosité diminue ;
- côtiers : mangroves et marais salants soumis à de multiples contraintes ;
- Ressources en eau dans certaines régions sèches des latitudes moyennes et dans les zones tropicales sèches, à cause de la modification de la pluviosité et de l’évapotranspiration, ainsi que dans les zones tributaires de la fonte de la neige et de la glace ;
- Agriculture aux basses latitudes, sous l’effet de la raréfaction des ressources en eau ;
- Basses terres littorales, par suite de la menace d’une l’élévation du niveau de la mer et du risque accru de phénomènes météorologiques extrêmes ;
- État sanitaire des populations disposant d’une faible capacité d’adaptation.
- Régions : {3.3.3}
- Arctique, à cause de la vitesse du réchauffement et de ses incidences sur les systèmes naturels et les collectivités humaines ;
- Afrique, vu la faible capacité d’adaptation et les effets projetés ;
- Petites îles, en raison de la forte exposition de la population et de l’infrastructure aux effets projetés ;
- Grands deltas asiatiques et africains, étant donné la densité de population et la forte exposition à l’élévation du niveau de la mer, aux ondes de tempête et aux inondations fluviales.
Dans les autres régions du globe, même prospères, des segments particuliers de la population (par exemple les pauvres, les jeunes enfants ou les personnes âgées), tout comme certaines zones et activités, risquent d’être gravement menacés. {3.3.3}
Acidification des océans
La fixation du carbone anthropique émis depuis 1750 a abaissé le pH des océans de 0,1 unité en moyenne. La hausse de la concentration atmosphérique de CO2 a accentué encore l’acidité du milieu marin. Selon les projections fondées sur les scénarios SRES, le pH moyen des océans en surface devrait baisser de 0,14 à 0,35 unité au cours du XXIe siècle. Les effets sur la biosphère marine ne sont pas connus à ce jour, mais on pense que le phénomène aura une incidence néfaste sur les testacés et crustacés marins (les coraux, par exemple) et sur les espèces qui en sont tributaires. {3.3.4}
Le changement de fréquence et d’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, conjugué à l’élévation du niveau de la mer, devrait avoir surtout des effets néfastes sur les systèmes naturels et humains. {3.3.5}
Un certain nombre de phénomènes extrêmes et leurs incidences sur différents secteurs sont décrits dans le tableau RiD.3.
Tableau RiD.3. Exemples d’incidences possibles des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes associés aux changements climatiques, selon les projections visant la deuxième moitié du XXIe siècle. L’évolution de la capacité d’adaptation n’est pas prise en compte. Les probabilités indiquées dans la deuxième colonne concernent les phénomènes recensés dans la première colonne. {Tableau 3.2}
|Phénomènea et évolution anticipée ||Probabilité de l’évolution future selon les projections établies pour le XXIe siècle sur la base des scénarios SRES ||Principales incidences anticipées par secteur |
|Agriculture, foresterie et écosystèmes ||Ressources en eau ||Santé ||Industrie, établissements humains et société |
|Journées et nuits froides moins nombreuses et moins froides, journées et nuits chaudes plus nombreuses et plus chaudes, sur la plupart des terres émergées ||Pratiquement certain b ||Hausse des rendements dans les régions froides ; baisse dans les régions chaudes ; invasions d’insectes plus fréquentes ||Effets sur les ressources en eau tributaires de la fonte des neiges ; effets sur certaines sources d’approvisionnement ||Baisse de la mortalité humaine due au froid ||Baisse de la demande énergétique pour le chauffage, hausse pour la climatisation ; détérioration de la qualité de l’air urbain ; perturbations moins fréquentes des transports (pour cause de neige, verglas) ; effets sur le tourisme hivernal |
|Périodes ou vagues de chaleur plus fréquentes sur la plupart des terres émergées ||Très probable ||Baisse des rendements dans les régions chaudes en raison du stress thermique ; risque accru d’incendies ||Hausse de la demande ; problèmes liés à la qualité de l’eau (prolifération d’algues, p. ex.) ||Risque accru de mortalité due à la chaleur, surtout chez les personnes âgées, les malades chroniques, les très jeunes enfants et les personnes isolées ||Baisse de la qualité de vie des personnes mal logées dans les régions chaudes ; effets sur les personnes âgées, les très jeunes enfants et les pauvres |
|Fortes précipitations plus fréquentes dans la plupart des régions ||Très probable ||Perte de récoltes ; érosion des sols ; impossibilité de cultiver les terres détrempées ||Effets néfastes sur la qualité de l’eau de surface et souterraine ; contamination des sources d’approvisionnement ; atténuation possible de la pénurie d’eau ||Risque accru de décès, de blessures, de maladies infectieuses, d’affections des voies respiratoires et de maladies de la peau ||Perturbation des établissements humains, du commerce, des transports et de l’organisation sociale lors des inondations ; pressions sur l’infrastructure urbaine et rurale ; pertes matérielles |
|Progression de la sécheresse ||Probable ||Dégradation des sols ; baisse des rendements ou perte de récoltes ; mortalité plus fréquente du bétail ; risque accru d’incendies ||Intensification du stress hydrique ||Risque accru de pénurie d’aliments et d’eau, de malnutrition, de maladies d’origine hydrique et alimentaire ||Pénurie d’eau pour les établissements humains, l’industrie et les sociétés ; baisse du potentiel hydroélectrique ; possibilité de migration des populations |
|Augmentation de l’activité cyclonique intense ||Probable ||Perte de récoltes ; déraçinage d’arbres par le vent ; dégâts causés aux récifs coralliens ||Perturbation de l’approvisionnement en eau lors des pannes de courant ||Risque accru de décès, de blessures et de maladies d’origine hydrique et alimentaire ; états de stress post-traumatique ||Perturbations causées par les inondations et les vents violents ; impossibilité de s’assurer auprès du secteur privé dans les zones vulnérables ; possibilité de migration des populations ; pertes matérielles |
|Incidence accrue des épisodes d’élévation extrême du niveau de la mer (à l’exception des tsunamis) c ||Probable d ||Salinisation des eaux d’irrigation, des estuaires et des systèmes d’eau douce ||Diminution de la quantité d’eau douce disponible en raison de l’intrusion d’eau salée ||Risque accru de décès et de blessures lors des inondations ; effets sanitaires liés à la migration ||Coût de la protection du littoral par rapport au coût de la réaffectation des terres ; possibilité de déplacement des populations et de l’infrastructure ; voir aussi l’activité cyclonique (ci-dessus) |
Même si les concentrations de gaz à effet de serre étaient stabilisées, le réchauffement anthropique et l’élévation du niveau de la mer se poursuivraient pendant des siècles en raison des échelles de temps propres aux processus et aux rétroactions climatiques. {3.2.3}
La figure RiD.8 présente les valeurs estimées du réchauffement à long terme (sur plusieurs siècles) correspondant aux six catégories de scénarios de stabilisation élaborés par le Groupe de travail III pour le quatrième Rapport d’évaluation.
Estimation du réchauffement sur plusieurs siècles, par rapport à 1980–1999, selon les catégories de scénarios de stabilisation du quatrième Rapport d’évaluation
Figure RiD.8. Valeurs estimées du réchauffement à long terme (sur plusieurs siècles) correspondant aux six catégories de scénarios de stabilisation élaborés par le Groupe de travail III pour le quatrième Rapport d’évaluation (tableau RiD.6). L’échelle des températures a été décalée de - 0,5 °C par rapport au tableau RiD.6, afin de tenir compte du réchauffement intervenu entre l’époque préindustrielle et 1980-1999. La température moyenne à la surface du globe approche de l’équilibre au bout de quelques siècles pour la plupart des niveaux de stabilisation. Selon les scénarios d’émissions de GES qui entraînent, d’ici à 2100, une stabilisation à des niveaux comparables à ceux des scénarios B1 et A1B du SRES (600 et 850 ppm équiv.-CO2, catégories IV et V), les modèles indiquent que la hausse de la température mondiale à l’équilibre serait réalisée dans une proportion de 65 à 70 % environ au moment de la stabilisation, en fixant la sensibilité du climat à 3 °C. La température à l’équilibre pourrait être atteinte plus tôt avec les scénarios de stabilisation à des niveaux nettement inférieurs (catégories I et II, figure RiD.11). {Figure 3.4}
L’inlandsis groenlandais devrait continuer de se rétracter et de contribuer à l’élévation du niveau de la mer après 2100. Selon les modèles actuels, si le réchauffement moyen à l’échelle du globe se maintenait pendant des millénaires au-delà de 1,9 à 4,6 °C par rapport à l’époque préindustrielle, la nappe glaciaire pourrait disparaître presque complètement et élever le niveau de la mer de quelque 7 mètres. Les températures projetées pour le Groenland sont comparables à celles de la dernière période interglaciaire, il y a 125 000 ans ; à cette époque, selon les données paléoclimatiques disponibles, l’étendue des glaces polaires terrestres avait diminué et le niveau de la mer s’était élevé de 4 à 6 mètres. {3.2.3}
Les études actuelles réalisées avec des modèles globaux prévoient que la nappe glaciaire antarctique restera trop froide pour fondre de manière importante en surface et que sa masse augmentera en raison de chutes de neige plus abondantes. Cependant, une perte nette pourrait se produire si le déversement de glace dynamique l’emportait dans le bilan de masse. {3.2.3}
Le réchauffement anthropique pourrait avoir des conséquences brusques ou irréversibles selon l’ampleur et le rythme de l’évolution du climat. {3.4}
L’ablation d’une partie des nappes glaciaires qui recouvrent les zones polaires pourrait faire monter de plusieurs mètres le niveau de la mer, modifier profondément la topographie des côtes et provoquer l’inondation des basses terres. Les effets seraient particulièrement marqués dans les deltas et sur les îles de faible altitude. De tels bouleversements devraient s’échelonner sur plusieurs millénaires, mais on ne peut écarter la possibilité que le niveau de la mer s’élève plus rapidement que prévu en quelques siècles. {3.4}
Il est probable que les changements climatiques auront un certain nombre d’incidences irréversibles. Si le réchauffement moyen de la planète excédait 1,5 à 2,5 °C par rapport à 1980-1999, le risque d’extinction de 20 à 30 % des espèces recensées à ce jour serait probablement accru (degré de confiance moyen). Si la température s’élevait de plus de 3,5 °C environ, les modèles prévoient que 40 à 70 % des espèces recensées pourraient disparaître de la surface du globe. {3.4}
D’après les simulations actuelles, il est très probable que la circulation méridienne océanique accusera un ralentissement dans l’Atlantique au cours du XXIe siècle, sans pour autant que les températures cessent d’augmenter au-dessus de l’Atlantique et en Europe. Il est très improbable que la circulation méridienne océanique change brusquement pendant cette période. On ne peut prévoir avec un degré suffisant de confiance l’évolution à plus long terme. Les changements importants et persistants de la circulation méridienne océanique auront probablement des effets sur la productivité des écosystèmes marins, la pêche, la fixation du CO2 dans les océans, la teneur en oxygène des océans et la végétation terrestre. Il est possible que la modification de l’absorption du CO2 par les terres et les océans ait un effet de rétroaction sur le système climatique. {3.4}