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Un monde politique de plus en plus polarisé
La gauche socialiste et la droite dure progressent dans plusieurs cantons. Au grand dam de la droite traditionnelle.
Constatée lors des votations cantonales de ce week-end, cette tendance pourrait se confirmer aux élections fédérales de l'automne.
Les sondages de l'Institut de recherches GfS prédisent depuis plusieurs mois une polarisation du monde politique helvétique.
Les élections qui se sont déroulées ce week-end dans plusieurs cantons - dont celui de Zurich, le plus peuplé du pays - confirment cette tendance.
Les socialistes et les démocrates du centre de l'UDC (droite dure, nationaliste, voire populiste) continuent de progresser aux dépens du Parti radical (droite) et du Parti démocrate-chrétien (centre).
Les socialistes ont gagné 10 sièges au parlement zurichois, un à Appenzell Rhodes-Extérieures et 3 à Lucerne. De son côté, l'UDC gagne un siège à Zurich, 2 à Appenzell et 5 à Lucerne.
Le bilan est beaucoup moins réjouissant pour les radicaux qui perdent 7 députés à Zurich, 3 à Appenzell et 4 à Lucerne. Les démocrates-chrétiens, eux, limitent les dégâts en perdant un siège à Zurich et à Appenzell et 3 à Lucerne.
Une situation défavorable au centre
Reste à comprendre pourquoi les partis de centre-droit sont en perte de vitesse. Pour différents analystes, cette situation s'explique par le fait que la situation actuelle n'est guère favorable aux partis du centre qui privilégient le consensus.
Une large frange de la population se trouve insécurisée par différents facteurs: crise économique, émigration, chômage, guerre, etc... Or, face à ces problèmes, elle veut des positions bien tranchées.
Cette situation ne peut que profiter à la gauche socialiste et à la droite dure. Au Parti socialiste qui prend clairement position en faveur des chômeurs ou de la défense du service public. Et à l'UDC qui demande une limitation de l'immigration et de l'accueil des réfugiés.
A cela s'ajoutent les problèmes locaux. A Zurich, par exemple, «les radicaux ont payé les conséquences de l'implication de certains de leurs membres dans la débâcle de Swissair», analyse Werner Seitz, politologue auprès de l'Office fédéral de la statistique.
L'UDC romande doit s'organiser
Toute la question est désormais de savoir si les résultats enregistrés dans certains cantons ce week-end sont annonciateurs de ce qui se passera lors des élections fédérales de l'automne.
Pour les politologues, la réponse est clairement oui. La gauche et la droite dure devraient continuer sur leur lancée. Cependant, la progression de l'UDC ne devrait pas être aussi triomphale qu'en 1999.
Le parti du tribun populiste Christoph Blocher semble en effet avoir pris toutes les voix possibles auprès des autres partis. De plus, en Suisse romande, il ne possède pas encore les structures nécessaires pour poursuivre sur sa lancée.
«Les électeurs romands sont prêts à voter pour l'UDC, explique Andreas Ladner, professeur aux universités de Berne et de Zurich. Mais l'organisation du parti ne suit pas. Trouver des personnalités de premier plan est donc le défi majeur de l'UDC en Suisse romande.»
Mais, pour les analystes, ce n'est pas parce que l'UDC risque de voir sa progression ralentir qu'il faut l'enterrer. «Elle peut attendre 25% des voix», avertit d'ores et déjà Andreas Ladner.
Eviter le suivisme
La situation reste donc préoccupante pour les partis de la droite traditionnelle. D'autant qu'il leur est difficile de trouver une solution d'ici à l'automne.
Le discours modéré, on l'a dit, ne séduit plus les électeurs pour l'instant. Mais suivre l'UDC sur son terrain et faire de la surenchère n'est pas non plus une solution.
«On dit toujours qu'on préfère l'original à la copie, déclare Pascal Sciarini, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique de Lausanne. En singeant l'UDC, la droite traditionnelle va peut-être temporairement stopper l'hémorragie de voix, mais ce n'est pas une stratégie gagnante à long terme.»
Une autre idée consisterait à former un grand parti du centre qui rassemblerait radicaux et démocrates-chrétien. Mais là non plus, la solution n'est pas optimale.
«Ce n'est absolument pas réaliste, avertit Werner Seitz. Il y a de grosses différences entre les deux partis, notamment au niveau de leur électorat et de leur histoire.»
L'UDC toujours en marge des exécutifs
La situation semble donc inextricable pour les partis du centre. Cependant, il y a une consolation: pour l'UDC, l'accès des exécutifs reste limité.
«Les positions de l'UDC sont souvent trop extrêmes pour qu'elle puisse bénéficier du soutien d'autres partis pour placer ses membres dans les exécutifs», affirme Pascal Sciarini.
«Par ailleurs, au niveau cantonal, les électeurs font clairement la différence entre législatif et exécutif, conclut de son côté Werner Seitz. Le style de l'UDC est apprécié au niveau du parlement, mais pas du gouvernement.»
swissinfo, Olivier Pauchard
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