Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07039.jsonl.gz/1162

« Elle s’appelle Sibylle Vanel. Elle attend que vous lui rendiez son smartphone. Hôpital de la zone ouest, soins continus de chirurgie, neuvième étage. »
Le numéro de l’expéditeur n’est pas celui de l’homme qu’il a appelé hier soir. Il le trouve dans la liste des contacts, sous le nom de Tamara. Sans doute une amie.
La matinée est déjà bien avancée quand il parvient dans le hall principal de l’hôpital. En passant devant le kiosque à journaux, il aperçoit les gros titres sur les manchettes : « Acte barbare dans un café », « le terrorisme atteint notre cité ».
Il a quitté l’hôpital. Il marche en s’éloignant du parking. Il porte toujours l’orchidée qui s’incline avec sa grâce solitaire. Son long pistil et ses pétales ouverts semblent vouloir lui chuchoter quelque chose. Il rentre à pied, se disant qu’il ira chercher son scooter un autre jour, quand il reviendra la voir. Il traverse tout le centre-ville en préservant sa fleur dans le mouvement de la foule. Lorsqu’il arrive devant chez lui, il fait une halte dans le parc. Il prend son téléphone où il a pris soin d’enregistrer le numéro de Sibylle. Il lui envoie le message suivant :
« Alcides Forbin. Boulevard des Bastions 14, cinquième étage. »
Suite de l'histoire à suivre online sur le site:
Welovewords:
Tout s’est passé très vite. Alcides se souvient d’un cri, d’un éclat de verre et d’une couleur. Le cri est féminin, lancinant. La couleur est plus intense que le sang et se déploie comme un lambeau. Sous l’effet de la stupeur, il cède au réflexe de l’homme moderne; il saisit son smartphone et prend un cliché. De quoi au juste ? Il ne sait pas. Il tend une antenne vers ce condensé de vie qui fait éruption, il capte une onde qui se propage. L’instant d’après, deux hommes le bousculent en sortant d’un café. Il lève la tête et voit l’enseigne: « Noir Tango ». Et c’est encore la couleur qui apparaît derrière la vitrine, violette, lie-de-vin, qui flotte dans le silence. L’homme, parti en trombe, a déjà disparu à l’angle de la rue.