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La définition actuelle généralement acceptée est celle de : «petit objet censé avoir des vertus magiques, et que l'on porte sur soi» (Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, 1992).
On précise encore que l'amulette «est destinée à préserver du mal, des blessures, de la mort» (Dupré, Encyclopédie du bon français dans l'usage contemporain, 1972).
Distinguons d'emblée le terme d'amulette de celui de talisman. Ce dernier désigne «un objet qu'on ne porte pas nécessairement sur soi [...], [qui] évoque une atmosphère de féerie [...], auquel des idées superstitieuses font attribuer le pouvoir d'exercer une influence extraordinaire [...].» (Dupré, op. cit.)
L'amulette se définit donc comme un objet doué de vertus magiques que l'on porte sur soi.Voyons alors dans quelle mesure cette définition s'applique également aux amulettes de l'ancienne Égypte. La civilisation pharaonique a produit un nombre considérable de petits objets : animaux, dieux, produits de la vie quotidienne, signes hiéroglyphiques... Certains étaient portés comme de vrais bijoux; d'autres, percés ou munis d'un oeillet de suspension, entraient dans la composition d'un collier ou d'un pectoral; d'autres encore se dissimulaient dans les bandelettes des momies.Une première remarque s'impose : les amulettes égyptiennes protègent l'homme de son vivant et l'accompagnent encore efficacement dans l'au-delà. Il n'existe pas de frontières précises (et encore moins de barrières infranchissables) entre ces deux mondes : loin de s'exclure, ils s'interpénètrent sans cesse, l'un annonçant ou prolongeant l'autre. Aussi les amulettes concernent-elles les vivants comme les morts. Une seconde observation est d'importance : l'efficacité de l'amulette ne se limite pas à l'objet lui-même. L'Égyptien, nous l'avons dit, croit profondément au pouvoir de l'image. Dans cette optique, la représentation figurée d'une amulette, son image, prolonge et accroît même le pouvoir de l'amulette elle-même. Un pilier-djed peint dans une tombe ou un noeud d'Isis illustrant une vignette du Livre des morts* «fonctionnent», bien qu'à une échelle différente, de la même manière que l'amulette portée individuellement.
Il ne faut donc pas, en Égypte ancienne, réduire l'amulette au seul objet que porte le particulier, mais inclure également sa représentation, peinte, gravée ou dessinée sur un quelconque support (paroi, statue, papyrus...). L'image d'une amulette ne doit cependant pas être assimilée à un talisman, puisqu'elle reste dans la plupart des cas la représentation d'un objet porté par l'individu.
L'amulette égyptienne apparaît fréquemment comme la réduction portative et individuelle d'un symbole commun plus général. Ainsi, la lionne des temps anciens, symbole de toutes les puissances, divine protectrice du roi à l'époque historique (on pense aux grandes statues de la déesse Sekhmet datant du règne d'Amenhotep III* sous la XVIIIe dynastie), devient en fin de compte, sous sa forme d'amulette, la protectrice du particulier.
Notons enfin qu'il convient de distinguer soigneusement l'amulette du brou, au sens où nous l'entendons aujourd'hui. II s'agit alors d'un objet purement décoratif dénué de toute connotation magique ou protectrice. L'amulette, au contraire, se définit par sa vertu prophylactique utilitaire et fonctionne comme réceptacle des forces divines et magiques.
Si les fouilles préhistoriques ont livré un grand nombre d'amulettes, fréquemment mêlées à des perles, leur étude reste problématique, voire décevante, car elles sont généralement privées de leur contexte archéologique. II est donc difficile de leur attribuer une fonction précise. Leur intérêt réside avant tout en la remarquable diversité qu'elles offrent déjà à ces hautes époques et que nous retrouverons pour une large part à l'époque historique.
L'Égyptien, qui pensait que son environnement était dominé par des « puissances» (sekhemou), voyait en certains animaux le réceptacle de leur manifestation. II n'est donc pas étonnant de retrouver, parmi les amulettes provenant de tombes de ces lointaines époques, un nombre non négligeable des représentants de la faune nilotique, des plus modestes aux plus imposants. Ainsi rencontrons-nous l'hippopotame, dont la figurine était peut-être portée au moment où l'on chassait cet animal. La grenouille, probable évocation de la naissance et de l'abondance, apparaît fréquemment, accompagnée de la mouche, de l'abeille et du coléoptère, en même temps que les oiseaux, dont une forme stylisée de la fin du Gerzéen (3500 avant J.-C.) évoque le faucon. Le chien, représenté couché comme Anubis dont il est peut-être une évocation, est également présent. On trouve encore des têtes de taureaux, fortement stylisées, très certainement en liaison avec le culte de cet animal dans le Nord. Quant aux figurines de crocodiles, elles annoncent déjà la vénération que Sobek rencontrera à l'époque historique. Arrêtons là l'évocation du règne animal...
On rencontre également de nombreuses autres pendeloques remontant aux périodes prédynastiques : présentant parfois des formes géométriques approximatives, évoquant aussi une étoile ou un croissant de lune, elles formaient souvent des colliers, en alternance avec des amulettes animales. Elles jouaient certainement un rôle prophylactique, dont on ne saurait toutefois établir la signification précise. Il est probable que chaque groupe d'amulettes et de pendeloques avait un champ d'action défini et l'on ne portait pas indifféremment n'importe quelle amulette. Cela dépendait des circonstances et des buts recherchés : succès à la chasse, promesse de fertilité ou protection contre des maux physiques... Le choix de la matière première et de la couleur revêtait déjà une grande importance.
À la fin de la période prédynastique, les symboles divins deviennent plus fréquents. Mentionnons, par exemple, les figurines de faucons de cette période, en faïence*, en bois ou en ivoire, annonçant l'Horus des temps historiques. Une découverte particulièrement significative, datant du début de l'époque thinite, a été faite à Hélouan*, près de Memphis : celle de deux piliers-djed et d'un noeud d'Isis en bois, dans un contexte commun. Ces indéniables symboles osiriens attestent que le rôle funéraire du grand dieu d'Abydos* a bien son origine dans le delta. Ce n'est que plus tard qu'il se développera en Haute-Égypte. Preuve que la découverte de modestes objets permet parfois d'éclaircir un point capital de l'expression funéraire...
L'époque thinite nous a laissé relativement peu de témoignages, mais ils sont souvent d'une exceptionnelle qualité, comme le bracelet du roi Djer (Abydos*, Ife dynastie) qui présente une alternance de vingt-sept éléments d'or et de turquoise figurant un faucon perché sur un serekh (façade de palais). Les évocations animales sont fréquentes à cette époque, comme l'oryx – parfois porteur du signe sa, emblème de protection par excellence – ou le taureau. Le bestiaire se développe encore sous l'Ancien Empire et l'on voit ainsi apparaître des représentations de grenouilles (abondance et fertilité), d'hippopotames (le mâle symbolisant le plus souvent des aspects négatifs au contraire de la femelle), de canetons (probables substituts d'offrandes alimentaires), de poissons... À la fin de cette époque, le répertoire s'élargit, et d'autres représentations font leur apparition, telles les formes humaines, le plus souvent masculines, parfois à tête animale. On y rencontre également le signe de la vie ankh, le pilier- djed, le scarabée, dont l'efficacité propre est encore renforcée par les inscriptions figurant parfois sur le plat de l'amulette.La Ire période intermédiaire met à l'honneur la représentation de différentes parties du corps humain, comme le pied et le poing par exemple. Ces objets, qui accompagnaient le mort, protégeaient les parties corporelles évoquées et, le cas échéant, valaient comme substituts du membre endommagé. C'est encore à cette époque que les insignes du pouvoir royal, telles les couronnes rouge et blanche de Basse et de Haute-Égypte, font leur apparition dans des tombes de particuliers, témoignant ainsi de l'élargissement de destinées funéraires qui étaient à l'origine purement royales.
Le Moyen Empire voit se développer, au niveau technique, le travail des pierres semi-précieuses et du cloisonné, donnant parfois naissance à de véritables chefs-d'ceuvre. Le scarabée acquiert sa forme bien reconnaissable et se porte comme amulette seule ou, pour la première fois semble-t-il, se monte en bague et sert également de sceau. Les amulettes divines sont encore rares à cette époque. À l'exception de Bès et de Thouéris, divinités mineures mais très populaires, les figures importantes du panthéon sont encore absentes. Tout au plus sont-elles évoquées sous leur forme animale, Horus paraissant sous l'aspect du faucon, ou Hathor sous celui de la vache.
Mais dès le Nouvel Empire, vers la fin de la XVIIIe dynastie, la tendance s'inverse et les amulettes divines deviennent les plus répandues. Toutes les figures majeures sont alors évoquées sous forme d'amulettes, qu'il s'agisse des triades memphite (Ptah, Sekhmet, Nefertoum) ou thébaine (Amon, Mout, Khonsou), de Thot ou des déesses-lionnes...
La IIIe période intermédiaire se caractérise par la diffusion de nouvelles formes, parmi lesquelles il faut mentionner les représentations du contrepoids de collier-menat* et de l'égide, éléments liés à la renaissance et à la protection solaire. C'est à cette époque également que se multiplient les représentations des Quatre Fils d'Horus, préposés à la protection des viscères du défunt et que l'on trouve généralement sur la résille enveloppant la momie en compagnie du scarabée ailé, signe de renaissance solaire.
C'est surtout à partir de la période saïte et à la Basse Époque que l'on mesure le succès de la triade Isis-Horus-Nephthys, ainsi que l'accroissement des amulettes funéraires, comme le chevet ou les deux doigts, et parfois la remise au goût du jour d'amulettes anciennes temporairement délaissées, à l'instar du soleil apparaissant à l'horizon ou encadré des deux lions.
Ainsi, les amulettes connaîtront à la fin de l'histoire égyptienne un développement et un engouement extraordinaires. Cela s'explique par deux raisons principalement : la première est une constante de la pensée égyptienne, qui ne supprime pas une donnée ancienne au bénéfice d'une nouvelle, mais qui conserve et juxtapose tous les développements possibles d'une idée ou d'un thème donné. La seconde est liée à un sentiment populaire et national, un besoin pour l'Égyptien d'affirmer son identité par rapport à tous les éléments étrangers alors répandus dans le pays. En ce sens, le succès populaire des amulettes à l'époque tardive est comparable à celui que rencontrait au même moment le culte des différentes espèces animales.
Oudja s'emploie couramment dès le Moyen Empire et possède une étroite relation avec le verbe oudja, «être intact, bien conservé». On retrouve ce terme à propos d'Osiris renaissant, que l'on désigne par l'expression : «Celui qui s'éveille intact ». L'état oudja évoque alors le bien-être et la parfaite santé. Véhiculant en priorité les idées de plénitude et d'intégrité physique et mentale, oudja s'applique aussi bien au petit objet que l'on porte sur soi (l'amulette) qu'à la formule magique que l'on récite.
Meket, employé dès l'Ancien Empire, dérive de m(e)ki, «protéger». C'est par ce terme que l'on désigne les grandes déesses lorsqu'elles protègent le soleil contre ses ennemis. Hathor est ainsi appelée meket neb (e)s, «pro-tectrice de son seigneur». Meket apparaît plus particulièrement lié à la protection physique sous sa désignation spécifique de meket ha, «protection du corps».Nehet, couramment employé au Nouvel Empire avec l'idée de «protection, abri », dérive de nehj, «protéger». Une boisson appelée nehet, employée dans le contexte magique, était considérée comme breuvage protecteur, alors que ce même terme pouvait encore désigner un «livre de protection ». Nehet s'applique encore fréquemment à l'amulette écrite (fragment de papyrus roulé) attachée sur la momie.
Le dernier terme, enfin, sa, connu dès l'Ancien Empire et qui s'écrit le plus souvent à l'aide du seul hiéroglyphe, évoque une protection très générale. Tout comme l'oudja, il désigne aussi bien l'amulette que la formule magique. On le rencontre fréquemment associé à d'autres termes qui garantissent au roi une vie de plénitude, exempte de tous désagréments : «Que toute protection [sa], vie, stabilité, puissance et santé soient autour de lui...» Dès le Moyen Empire, sa paraît avoir un sens très large, puisqu'il désigne tout à la fois les amulettes protégeant les morts, les dieux et les rois, ainsi que les dessins magiques et les «étiquettes» portant des formules magiques. Notons que le mot dérivé saou désigne le magicien guérisseur, fabricant d'amulettes et proche collaborateur du sinou, l'ancêtre de nos médecins modernes.
Comme les Égyptiens eux-mêmes n'ont pas établi de limites précises entre ces différents termes, qui souvent recouvrent une réalité identique, nous ne ferons pas de distinctions artificielles entre eux et emploierons uniquement le terme d'amulette dans la suite de notre présentation.
Dans ce contexte, les amulettes, réceptacles privilégiés du heka, contribuent efficacement à prévenir tout événement capable de contrarier le «cours normal des choses», que ce soit une maladie, une mauvaise récolte ou un déboire amoureux...
Sur quels critères se fondait alors l'efficacité des amulettes, dont le nombre s'est multiplié à tel point en Égypte que l'on serait tenté de parler de véritable production industrielle? Les cas où l'intervention directe du magicien, le saou, était requise pour assurer à l'amulette son entière potentialité restent tout à fait exceptionnels
« Certains textes parlent cependant d'une formule à réciter sur tel ou tel talisman, pour lui donner sa pleine efficacité; encore s'agit-il de colliers ou de bandes de lin coupées de noeuds, qui n'étaient pas aptes, par leur seule forme, à assurer la protection de leur porteur. » (S. Sauneron, op. cit., p. 43.)
L'objet développait tout son effet dès sa fabrication, dès sa sortie du moule du fondeur. Aucune consécration particulière n'était nécessaire, l'amulette était immédiatement opérationnelle, son efficacité résidant dans sa forme, dans la matière dont elle était faite, dans sa couleur, voire dans le symbole même qu'elle représentait.
La forme divine apportait ainsi la protection recherchée : Thouéris protégeait les accouchées, Ptah les artisans, Thot les scribes, tandis que Sobek éloignait les crocodiles. Les attributs portés par le pharaon, tels les sceptres et les couronnes, réceptacles de la puissance divine et royale, devenaient alors un moyen reconnu de participation à l'immortalité du roi.
Certaines formules du Livre des morts* soulignent expressément l'importance du choix de la matière, qui donnera à l'objet toute sa potentialité, en dehors même du symbole représenté. Il est ainsi précisé au chapitre 155 que le pilier- djed, expression de stabilité et de durabilité, doit être confectionné en or :
« Paroles à dire sur un pilier – djed – en or [...] placé au cou du bienheureux, le jour de l'enterrement, - - celui à qui cette amulette est mise au cou, il sera un bienheureux éminent dans l'empire des morts – [...] Cela a été véritablement efficace des millions de fois L..]. » (Traduction d'après P. Barguet, Le Livre des morts des anciens Égyptiens, Paris, Éditions du Cerf, 1967.)
Cette importance du choix de la matière dans la confection des amulettes est fort ancienne, ainsi que l'attestent déjà des témoignages de l'époque gerzéenne : coeur en jaspe rouge, oiseau en cornaline, bélier en turquoise, tête de taureau en calcaire, vautour en ivoire...
De fait, les matériaux employés par les Égyptiens dans la confection des amulettes sont d'une grande diversité. Avant l'époque historique, elles étaient principalement obtenues à partir d'éléments organiques : coquillages, os et dents d'animaux divers, ivoire. Des sépultures prédynastiques ont même révélé l'emploi de griffes et de serres comme amulettes qui, plus tard, furent reproduites en pierres semi-précieuses et en métal. En revanche, le bois, matériau plus fragile, ne fut que très rarement utilisé dans la production d'amulettes. Vers la fin de la période prédynastique, on commença à employer des pierres semi-précieuses qui connurent un important développement par la suite. Leurs différentes couleurs avaient un rôle symbolique extrêmement fort.
Sans en dresser une liste exhaustive, voici celles que l'on rencontre fréquemment :
Mais la taille de ces différentes pierres restait toujours délicate, en dépit d'une technique toujours plus performapte. Leur production pourtant bien développée ne suffisait certainement pas à une demande sans cesse croissante. C'est alors qu'une technique de production, expérimentée occasionnellement dès l'Ancien Empire au moins, allait connaître une immense fortune au moment du Nouvel Empire, dès le règne d'Amenhotep III (XVIII dynastie). II s'agit de la production en série d'amulettes moulées, en faïence* ou «terre émaillée ». Ces deux termes, couramment utilisés pour décrire le matériau employé, sont en réalité inexacts, puisque la matière obtenue ne comporte ni argile ni émail. L'amulette en «faïence* » était confectionnée le plus souvent à partir d'un noyau sablonneux, idéalement à partir d'un noyau de quartz, recouvert d'une fine couche de verre siliceux. Cette couche était alors colorée à l'aide de composés cuivreux offrant une teinte verte ou bleue, aux nuances variées. Produites à partir de moules en terre cuite, les amulettes connurent un prodigieux essor, proche d'un véritable rendement industriel. Cette technique permet-tait à tous les Égyptiens, même les plus modestes, d'acquérir facilement ces petits objets qui reproduisaient les exemplaires idéalement taillés dans la turquoise ou dans d'autres pierres semi-précieuses.
À côté de la production d'amulettes taillées ou moulées, les Égyptiens fabriquèrent également ces petits objets en métal. Premier métal connu, le cuivre n'apparaît cependant pas avant l'Ancien Empire dans la confection d'amulettes. Il fut précédé dans ce domaine par l'or, qui entre dans la composition du fameux bracelet du roi Djer (Ire dynastie), associé au travail de la turquoise. L'argent, qui provenait d'Asie Mineure et qui souvent était plus précieux que l'or pour l'Égyptien, apparaît sous l'Ancien Empire. Parfois associé à l'or, il devient l'électrum, mais ne servit pratiquement jamais à la production d'amulettes. Le bronze, alliage de cuivre et d'étain, fut abondamment utilisé dans les dernières périodes, alors que l'emploi du fer se résume à la seule époque gréco-romaine.
La couleur aussi joue un rôle important dès les origines. Ce n'est pas par hasard que des amulettes cordiformes sont confectionnées en jaspe rouge à l'époque protohistorique; ce choix de la couleur est voulu et recherché. Le rouge, symbole de ce qui est vivant, devient alors pour le défunt l'assurance de poursuivre son existence dans l'au-delà. Signe de continuité funéraire, le rouge n'est pas propre à l'Égypte : les Magdaléniens* d'Europe utilisaient une terre ocrée de cette couleur lors de certains ensevelissements, témoignant ainsi de croyances comparables. Dans une perspective identique, la couleur verte, signe de végétation renaissante ou florissante, est porteuse des idées de croissance, d'épanouissement et de renouveau, alors que la couleur blanche, évocation du lait, véhicule des concepts de fécondité et d'abondance.
Un nombre important d'amulettes tiraient leur efficacité du symbole même qu'elles représentaient. Certains hiéroglyphes fonctionnent ainsi comme des amulettes, du fait même de leur signifiant : l'amulette ankh, symbole de la vie, assurera son possesseur d'une existence heureuse. Le pilier djed agira comme réceptacle de stabilité et de durabilité, alors que l'hiéroglyphe ouadj – la colonnette de papyrus – développera une potentialité faite de verdeur et de régénération permanente. De manière générale, l'efficacité de toutes les amulettes se trouvait encore renforcée lorsqu'elles étaient «émises» à des moments favorables et plus particulièrement au début de la nouvelle année. Les rites alors opérés à l'intérieur des temples, tel celui de l'« Union au Disque*» rechargeaient l'univers entier de forces dynamiques. C'était à cette époque précisément, dans ce contexte favorable de renouveau vital, que l'on acquérait pour soi-même ou que l'on offrait à ses proches ces petits objets qui s'étaient en quelque sorte eux-mêmes imprégnés de tous les éléments positifs du cycle renouvelé.
Paysan, scribe ou noble, tous en portaient, les choisissant en raison de leur efficacité face à diverses circonstances. Si certaines paraissent posséder des pouvoirs étendus, voire universels, comme l'oeil-oudjat qui «fonctionnait» en toute occasion, d'autres possédaient un champ d'action plus spécifique : le scribe recherchait volontiers une amulette représentant son patron, le dieu Thot, tandis qu'une femme sur le point d'accoucher accordait sa confiance à un petit bijou en forme d'hippopotame, image de la déesse Thouéris, protectrice efficace de toute maternité. Certains textes, comme le Livre des morts* ou le Rituel de l'embaumement*, apportent quelques précisions sur la matière et la couleur des amulettes ou sur la place qu'elles doivent nécessairement occuper sur le corps du défunt; jamais pourtant ces documents ne font état d'un quelconque classement, au sens où nous l'entendons aujourd'hui.
De nombreux égyptologues se sont essayés à répartir les amulettes en divers groupes, selon différents critères, les uns évoquant des aspects religieux, d'autres s'appuyant sur des éléments fonctionnels et archéologiques. Sans les citer tous, nous mentionnerons à titre d'exemple le classement proposé par Hans Bonnet, dans son ouvrage consacré à la religion égyptienne, Reallexikon der agyptischen Religiongeschichte (p. 28-30). Il distingue ainsi huit groupes d'amulettes : objets naturels, noeuds, démons et dieux, animaux et parties d'animaux, parties du corps humain, symboles, couronnes et signes du pouvoir, ornements et équipement funéraire. L'une des tendances actuelles, avant tout fondée sur des critères archéologiques, recherche un classement objectif et scientifique basé sur une analyse de l'objet lui-même et de son emploi. On citera à ce propos l'article de Julia Falkovitch : « L'usage des amulettes égyptiennes», dans le Bulletin de la Société d'égyptologie de Genève. Parfait pour répondre à des exigences muséologiques, il ne prend pas en compte la fonction de l'amulette et ne saurait refléter le monde complexe et souvent irrationnel imaginé par l'Égyptien lui-même.
Toutes ces tentatives, exprimant différents points de vue, ont leurs mérites respectifs. L'une n'est pas «meilleure» que l'autre. Elles traduisent simplement des préoccupations différentes...