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Les informations ci-après se réfèrent à la date de la remise du Prix.
De nationalité britannique, né en 1941, le docteur John J. SKEHEL est à la tête du groupe « Infection et Immunité » de l’Institut National pour la Recherche Médicale à Mill Hill, près de Londres.
Le docteur John J. SKEHEL est également le directeur du « Centre de référence et de recherche sur la grippe, associé à l’OMS ». C’est sur cette maladie que portent actuellement ses travaux qui concernent les protéines du virus de la grippe appelées hémagglutinines. Celles-ci sont impliquées dans le processus de reconnaissance entre le virus et la cellule infectée, ainsi que dans la libération du matériel viral à l’intérieur de cette cellule. En collaboration avec le docteur Donald Wiley de Harvard, il a réussi à déterminer la structure à haute résolution d’une hémagglutinine du virus grippal de Hong-Kong. Son laboratoire joue un rôle important dans la formulation des nouveaux vaccins anti-grippaux.
Le Prix Louis-Jeantet de médecine permettra au docteur John J. SKEHEL d’acquérir les moyens d’expérimenter un nouveau concept de chimiothérapie antivirale: il se propose en effet, sur la base d’une connaissance détaillée de l’interaction entre une hémagglutinine et son récepteur cellulaire, de construire des molécules nouvelles capables d’inhiber cette interaction.
Travaux de recherche
La grippe
Une maladie moins bénigne qu’il n’y paraît
Une des épidémies les plus meurtrières de l’histoire a été la grippe » espagnole » de 1918-1919 (Plus de vingt millions de morts)
Le virus humain a été isolé en 1933-1934
En 1940, Burnet (Nobel 1960) a mis au point les cultures de virus sur embryon de poulet
Deux pandémies plus récentes : 1957 grippe » asiatique » ; 1968 grippe » de Hong Kong »
Le virus
Il se présente sous forme d’une particule sphérique (diamètre 0.0001 mm). Il est entouré d’une membrane dans laquelle sont insérés deux types de protéines :
– la NEURAMINIDASE
– l’HÉMAGGLUTININE
Ces deux protéines sont exposées à la surface de la particule virale. Il y a 1000 molécules d’hémagglutinine et 100-200 molécules de neuraminidase dans chaque particule virale. Le matériel génétique est composé de 8 molécules d’ARN qui seront libérées dans la cellule infectée et s’y multiplieront.
En 1981, Skehel et Wiley découvrent la structure à haute résolution de l’hémagglutinine grâce à leurs expériences de diffraction aux rayons X. En 1983, Coleman, Laver etVarghese font de même pour la neuraminidase.
La neuraminidase est une enzyme qui détache l’acide sialique des sucres constituant le mucus recouvrant la surface des cellules qui vont être infectées.
L’hémagglutinine permet à la particule virale de s’attacher à une cellule par l’intermédiaire de récepteurs présents à la surface de cette dernière. C’est grâce à cet attachement de l’hémagglutinine sur le récepteur que la particule virale pourra pénétrer dans la cellule et l’infecter.
La particule virale s’attache à une cellule de l’épithélium respiratoire, y pénètre et y libère son matériel génétique. Celui-ci se multiplie et dirige la synthèse de protéines virales en grand nombre ce qui permet l’assemblage et la libération de nouvelles particules.
Notre organisme est capable de fabriquer des anticorps contre l’hémagglutinine. Ces anticorps réagissent avec les particules virales. En principe ils nous protègent contre l’infection. Malheureusement le virus échappe en partie à la vigilance de notre système de défense parce que son hémagglutinine se modifie au cours du temps et que la nouvelle » version » de cette protéine n’est pas toujours bien reconnue par les anticorps. Voilà pourquoi, pour être efficace, il faut un vaccin approprié chaque année.
Ces variations antigéniques du virus de la grippe se produisent de façon plus ou moins graduelle ce qui conduit à des épidémies relativement bénignes. De temps à autre il se produit un changement plus radical ce qui conduit aux grandes pandémies.
Les travaux de Skehel visent à comprendre les mécanismes de la variation antigénique et à identifier les régions de la molécule d’hémagglutinine concernées. Ils ont déjà permis la mise au point de nouveaux vaccins anti-grippe.
Les régions de la molécule d’hémagglutinine qui réagissent avec le récepteur cellulaire semblent peu touchées par la variation antigénique. Skehel cherche actuellement à définir en détail les paramètres structuraux de cette dernière interaction. Cela lui permettra de » construire » des molécules susceptibles d’empêcher cette interaction entre hémagglutinine et récepteur. De telles molécules nouvelles pourraient avoir un effet » anti-viral » permanent, auquel le virus ne pourrait plus » échapper » par variation antigénique.
Une situation similaire se retrouvant dans le cas du virus du SIDA, le lauréat veut également s’y attaquer en utilisant la même méthodologie. Dans ce cas, l’enveloppe du virus contient une protéine appelée gp 120 qui interagit avec un récepteur cellulaire appelé CD4, lequel est présent sur certains lymphocytes T, les cellules de notre système immunitaire qui sont attaquées par le virus du SIDA.
Journal de Genève du 6 novembre 1918