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Parce qu’il a beaucoup fantasmé sur l’Orient et sur les lieux qui lui étaient rigoureusement interdits, le peintre occidental a rêvé ce qu’il ne pouvait voir: des scènes de jalousie au sérail, des femmes au narghilé alanguies dans le harem ou suant au hammam, la peau lavée à grande eau par une mulâtresse aux seins nus. Apparue à la fin du XIXème siècle, en plein âge d’or de la peinture orientaliste, l’imagerie populaire des pays d’Islam valorise à l’inverse tout ce que l’orientalisme a précisément négligé: le sentiment religieux, la calligraphie associée à l’image, les héros ou les martyrs de la culture et de l’histoire islamiques. Elle connaît, grâce aux nouvelles technologies, un développement sans précédent dans la seconde moitié du vingtième siècle, au moment même où la peinture orientaliste s’essouffle complètement. En se focalisant sur la représentation de la femme dans la peinture orientaliste et dans l’imagerie populaire en terre d’Islam, l’exposition "L’Orient aux deux visages" révèle ce hiatus profond entre l’Orient vu non pas tel qu’il est, mais comme l’Occident veut le voir et tel que les pays d’Islam veulent qu’on le voie.