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Décidement, la diversité des effets biologiques d'une même substance trouve une nouvelle démonstration dans les récentes expériences menées par l'équipe du Pr François Mach du Service de cardiologie des Hôpitaux universitaires de Genève.1Comment le cannabis, connu pour ses effets psychotropes, peut-il jouer un rôle dans le traitement ou la prévention de l'athérosclérose ? Au premier abord, la question peut paraître saugrenue. Et pourtant, les actions biologiques du cannabis et de ses dérivés ne se limitent pas au cerveau ; le cannabis pourrait avoir des effets immunomodulateurs.L'équipe de François Mach s'est intéressée aux effets du cannabis sur les aspects inflammatoires de l'athérosclérose dans un modèle murin. Il faut se rappeler que l'inflammation joue un rôle primordial dans la genèse de l'athérosclérose et que les effets préventifs des statines sont en partie liés à leurs propriétés anti-inflammatoires.Comment le cannabis ou plus exactement un ou plusieurs de ses dérivés comme le THC (tétrahydrocannabinol) exerce-t-il un effet anti-inflammatoire ?Il faut tout d'abord se souvenir que les cellules immunes principalement les macrophages et les lymphocytes T jouent un rôle central dans l'inflammation et possèdent des récepteurs au THC. Les chercheurs genevois ont démontré que les cellules de défense qui colonisent les plaques d'athérosclérose disposent de ces récepteurs. Le cannabis posséderait donc un effet anti-inflammatoire potentiel qu'il vaut la peine d'investiguer.Les expériences ont été conduites sur des souris répondant au nom de ApoE-/-, qui présentent une progression constante de leur athérosclérose. Ces souris ont d'abord reçu un régime à haute teneur en lipides durant cinq semaines, puis le niveau d'athérosclérose atteint a été mesuré. Ensuite, en maintenant la diète riche en lipides pendant six semaines supplémentaires, la moitié des souris a été soumise à un traitement de THC par voie orale, alors que l'autre moitié continuait sa diète sans aucune autre forme de traitement. Alors que le groupe sans traitement a vu son athérosclérose doubler, les lésions n'ont pratiquement pas progressé chez les souris traitées au THC.Il faut souligner que ces effets maximaux ont été obtenus avec des doses orales quasi homéopathiques (1 mg/kg) alors que les doses mesurées usuellement chez les fumeurs de cannabis sont dix fois supérieures.A cette dose très faible, le cannabis n'a aucun effet sur le cerveau. Nul besoin donc de se droguer pour combattre l'athérosclérose ! Ensuite, il a été démontré par les chercheurs, dans des expériences de doses-réponses ascendantes, qu'une concentration sérique de dix milligrammes par kilo de poids corporel, classique chez le fumeur de joints, est tellement élevée qu'elle ne présente plus aucune propriété anti-athérosclérotique ! Il y a donc une «bonne» et une «mauvaise» concentration thérapeutique du cannabis : tout est dans le dosage. En plus de la diversité biologique des actions, il existe aussi une diversité d'actions liée à la dose, dont le mécanisme est encore mal compris.Les chercheurs se sont aussi demandés si le THC agissait exclusivement au travers de son récepteur CB2. Cela semble bien être le cas, et pour plusieurs raisons. D'abord, le THC n'agit ni en diminuant les lipides circulants dans le sang ni en abaissant le poids des souris, car ces deux paramètres sont restés identiques à ceux des souris non traitées. Ensuite, le nombre de cellules de défense présentes dans les plaques d'athérosclérose a fortement diminué et leur capacité proliférative a été nettement abaissée, ce qui suggère que le THC a réussi à limiter leur activité. De plus, les chercheurs ont directement observé que les cellules de défense issues des souris traitées au THC ont beaucoup plus de difficultés à migrer vers les sites d'athérosclérose, car elles semblent (heureusement) sourdes aux signaux d'alerte envoyés par les cellules de la paroi des vaisseaux. Finalement, les chercheurs ont aussi utilisé une substance qui se lie au récepteur CB2 pour le bloquer, empêchant ainsi le THC d'agir : dès ce moment, les cellules de défense redeviennent capables de se fixer fortement dans les plaques d'athérosclérose, pour y créer les dégâts que l'on sait.L'ensemble de ces données expérimentales tend à démontrer que le THC pourrait jouer un rôle protecteur dans la genèse de l'athérosclérose.1 Steffens S, Veillard NR, Arnaud C, Pelli G, Burger F, Staub C, Zimmer A, Frossard JL, Mach F. Low dose oral cannabinoid therapy reduces progression of atherosclerosis in mice. Nature 2005;434:782-6.