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En 1974, au Tour de France, un mage de mauvais augure prédit que Jacques Anquetil ferait une chute mortelle. Le champion courut avec une angoisse serrant l’estomac, mais il gagna le tour. On ne connaît pas la suite de la carrière du mage. Les devins peuplent l’histoire de l’antiquité. A l’ère moderne, des hommes d’Etat n’hésitaient pas à consulter des astrologues. Ce fut prouvé pour Mitterrand.
Pourtant, après la dernière guerre mondiale, il semblait que la politique suivait des schémas clairs avec des repères lisibles. La guerre froide, c’était facile à comprendre. L’OTAN pilotée par les États-Unis, c’était rassurant. Le facisme disparaissait en Espagne et au Portugal. Les partis communistes occidentaux s’affaiblissaient au rythme de l’affaissement soviétique. Et puis, l’Europe nouvelle semblait naître vigoureusement, lançant sa coordinattion et aspirant à l’unité dans la diversité. Un repère suisse en quelque sorte.
Or, voici que l’on ne sait plus trop où l’on en est. L’Amérique protectrice devient imprévisible. Son Président ne voit pas l’enjeu crucial que représente la lutte contre le réchauffement climatique. On ne sait plus trop où va sa politique étrangère. On craint une décision sans consultation de frappes massives en Corée du Nord. La Chine monte en puissance sans résoudre ses déséquilibres régionaux. Elle perturbe les esprits libéraux qui croyaient qu’un libéralisme économique s’installant entrainerait dans sa suite un libéralisme politique. Quant à la Russie de Poutine, elle déstabilise les gouvernements occidentaux. On ne lui a, sans doute, pas assez tendu la main après la chute du communisme et l’éclatement de l’URSS. On s’est peut être sommairement réjoui à l’idée de la confiner en lui ôtant ses zones d’influence séculaires, en lui donnant un sentiment d’encerclement. Ce qui n'a pas empêché des saisissements interloqués à chaque fois que Poutine avance un pion. Bref, tout cela devient compliqué.
C’est pourquoi, on a envie de croire à une nouvelle efficacité franco-allemande animée par le duo Merckel-Macron. Encore faut-il, afin d’être crédible, que Macron réussisse à réformer la France. Oui, on aimerait que se dessine une politique de l’Europe renouvelée, tant pour sa construction interne, solide et ouverte, que pour sa relation avec le reste du monde. En somme, on a envie de retrouver confiance en des chefs de file qui aient une une culture, une réflexion philosophique, éthique et, bien sûr, politique. Ajoutons une capacité de réagir aux crises, mais possédant aussi une vision, une volonté de tenir un cap, un talent pédagogique et une force de conviction qui puisse entraîner l’adhésion démocratique.
Il y a un danger indistinct lorsque la politique se déroule à l’aveuglette et sans direction perceptible. De réactions en réactions au coup par coup peuvent sortir des secousses et des engrenages que l’on ne voit pas venir. On a souvent vu, au fil du destin européen, que, faute d’analyses lucides, de convictions fermes, de maitrise du dialogue, fût-il musclé, le pire est advenu. Nous ne l’imagions pas mais le flou ouvre à l’imprévisible.
Il y a aujourd’hui plusieurs problèmes lourds qui pourraient avoir des conséquences graves à moyen et à long terme. Le terrorisme, certes, est angoissant ; Mais aussille réchauffement climatique et les conséquences imaginables d’un afflux migratoire non maitrisé, notamment venu d’une Afrique en démographie galopante. Des équilibres de société, des identités nationales pourraient être mis en cause. Le Président Macron se méfie des journalistes qui s’addonent aux délices de la chasse aux sorcières au nom, bien lucratif pour leurs médias, de la transparence. Ils ne seraient guère intéressés par la complexité des choses. D’où son inclination à un exercice pédagogique direct devant les Parlementaires et les Citoyens. On ne peut pas lui donnez tout à fait tort sur ce point, même si le danger serait de se raidir dans une telle attitude. Il nous dit qu’il faut agir <en même temps> ici et là. Fort bien, mais posons alors nettement, explicitement les données compliquées, tout en dégageant clairement le cap. Cela peut être un débat démocratique vivifiant sous la lumière non pas dispersante mais éclairante de nos responsables politiques. Si l’on y songe, c’est bien ici le cœur de la culture politique et démocratique suisse. Le débat éclairé est bien consubstantiel à nos institutions. Or, le risque, à notre échelle helvétique, est que notre Gouvernement collégial ne montre pas assez bien le cap qu’il invite à suivre sur des sujets sensibles : l’Europe, la migration, le climat, le point d’équilibre entre l’ouverture et l’affirmation de valeurs s’appliquant à tous…
Oui, nombre de nos repères sont bousculés. Ce peut être une chance si , en Suisse et en Europe nous savons nous repositionnner intelligemment pour nous insérer dans le mouvement de l’histoire.
En 1974, au Tour de France, un mage de mauvais augure prédit que Jacques Anquetil ferait une chute mortelle. Le champion courut avec une angoisse serrant l’estomac, mais il gagna le tour. On ne connaît pas la suite de la carrière du mage. Les devins peuplent l’histoire de l’antiquité. A l’ère moderne, des hommes d’Etat n’hésitaient pas à consulter des astrologues. Ce fut prouvé pour Mitterrand.