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Critique
"On sait que le sous-continent indien représente un énorme bassin de spectateurs potentiels, et la production cinématographique de ""Bollywood"" (hybride composé de Bombay et Hollywood) tourne autour des huit cents films par année. C'est dire que ce que nous en voyons n'est que l'extrême pointe de l'iceberg - et il n'est pas étonnant que certains réalisateurs, comme Ashutosh Gowariker, formatent leurs films à l'intention du public occidental.
LAGAAN est à cet égard exemplaire. Il combine avec bonheur divers genres qui nous sont plus familiers que les romances kitsch à l'indienne: western, drame social, épopée, film à costumes, suspense, comédie musicale... Il a d'ailleurs remporté le Prix du public à Locarno.
L'histoire se passe à la fin du XIXe siècle, dans une Inde toujours encore colonie britannique. Après plusieurs années de moissons médiocres, et alors que la mousson s'annonce peu pluvieuse, des villageois décident de refuser de payer le lagaan, impôt en nature sur les céréales, tandis que le capitaine Russell (Paul Blackthorne) veut doubler la ponction. Le jeune Bhuvan (Aamir Khan, star au charme ravageur) se rebelle et lance un défi: sous prétexte que le cricket ressemble à un jeu pratiqué par les enfants indiens, il propose un match. Si l'équipe locale gagne, le paiement de l'impôt sera suspendu pendant trois ans; si les Anglais gagnent, le lagaan sera triplé.
Bon gré mal gré, les villageois se rallient au projet. On assiste aux préparatifs, à la confection - ou plutôt au bricolage - du matériel nécessaire (battes rudimentaires, jambières en bambou, etc.), à l'entraînement. Bhuvan est soutenu par une amie d'enfance éprise de lui, Gauri (Gracy Singh), qui ne manque pas de jalouser Elisabeth, soeur du méchant capitaine (Rachel Shelley), conseillère technique des néophytes... Diverses péripéties pimentent le récit, jusqu'à l'engagement sans précédent d'un intouchable dans l'équipe, car le paria, estropié de la main droite, compense ce handicap par un art consommé de lancer des balles à effet.
Courage, persévérance, amour, humour, les ingrédients sont réunis pour composer une fable aux résonances universelles. On prend grand plaisir à voir se dérouler une fresque colorée, non dénuée de candeur et pleine de rebondissements. Le dépaysement est garanti, le spectacle total. Ça, c'est du cinoche!"
Daniel Grivel