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Foisonnement de nouvelles publications. La lecture de notre avenir nous semble, dans l’instant, accessible sur nos écrans. Disent-ils le vrai ? Trois exemples glanés en quelques heures d’un jour du mois de février 2018.
I C’est, officiellement, une première mondiale. C’est aussi un dossier médical et sociétal repris par de nombreux médias généralistes. Une affaire qui voit « une femme transgenre allaiter un enfant ». Tous les détails sont à lire dans le numéro de janvier de Transgender Health.1 La publication est signée, depuis New York, par la Dre Tamar Reisman et (Department of Endocrinology, Icahn School of Medicine at Mount Sinai) et Zil Goldstein (Center for Transgender Medicine and Surgery). Ces deux auteurs expliquent, dans le détail, comment ils sont parvenus à induire une lactation chez une « femme transgenre âgée de 30 ans » – une personne qui n’avait jamais subi de chirurgie dite de « réattribution sexuelle » (plastie mammaire, ablations testiculaires ou vaginoplastie).
Elle suivait depuis 2011 un traitement médicamenteux hormonal féminisant (spironolactone – estradiol – progestérone). Elle prenait occasionnellement du clonazépam (contre des épisodes de « panic disorder ») et du zolpidem (contre des insomnies). Elle était par ailleurs en bonne santé, ne fumait pas et ne présentait pas de risque cardiovasculaire – et présentait une poitrine similaire à celle d’une femme adulte.
Cette patiente souhaitait ardemment pouvoir allaiter le futur nouveau-né auquel sa compagne allait donner naissance – cette dernière ne souhaitant pas nourrir elle-même son enfant. La lactation a été induite par un traitement commencé trois mois avant la naissance : doses croissantes d’estradiol et de progestérone ; prise de dompéridone favorisant la sécrétion ; utilisation d’un tire-lait, susceptible d’élever les niveaux des hormones favorisant la lactation ; réduction des doses d’estradiol et de progestérone simulant la dynamique hormonale de l’après-accouchement.
Après trois mois de traitement (et deux semaines avant la naissance de l’enfant) elle produisait 227 g de lait par jour – une quantité relativement faible mais qui a permis d’assurer un allaitement au sein exclusif durant six semaines, avant de l’associer à un allaitement artificiel. Parfait développement du bébé aujourd’hui âgé de six mois. A New York, les deux auteurs expliquent qu’ils vont chercher, autant que faire se pourra, à optimiser leur protocole.
II C’est à lire dans The Guardian.2 Où l’on en viendrait presque à plagier Jean de La Fontaine : « Après dix mille ans et plus de domestication, les hommes fusionnèrent avec les brebis… ».3 Des scientifiques américains ont annoncé avoir créé des embryons de moutons contenant des cellules humaines. « Ces embryons chimères sont l’objet de recherche car ils pourraient devenir une source d’organes humains en vue de transplantations, résume le site genethique.org. Le but est de pallier la pénurie de donneurs d’organes, mais aussi d’adapter génétiquement les organes au receveur et ainsi d’éviter les rejets. L’annonce a été faite par l’équipe de Pablo J. Ross (University of California, Davis) lors d’une réunion de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) au Texas. »
Cette même équipe avait déjà mené des études similaires sur des embryons de porcs développés durant 28 jours. Dans les embryons ovins ils ont atteint un ratio d’une cellule humaine sur dix mille – puis ont laissé ces embryons se développer 7 jours in vitro ; et 21 jours in vivo (chez le mouton). Certains chercheurs plaident pour mener des expériences à plus long terme, en commençant par des développements de 70 jours. Pablo Ross estime quant à lui qu’environ 1 % des cellules de l’embryon devraient être humaines pour que l’on puisse commencer à envisager d’obtenir des résultats – ce qui nécessite de mener d’autres recherches in vitro.
Et les hommes fusionnèrent avec les brebis…
Pour obtenir ces chimères, les chercheurs ont utilisé les nouvelles techniques de réédition du génome, bloquant le développement du pancréas dans les embryons de mouton. Le postulat est ici que les cellules souches humaines introduites se développeront ensuite en lieu et place de l’organe manquant. Les embryons de mouton présentent plusieurs avantages, explique Pablo Ross : ils peuvent facilement être produits par FIV et un moins grand nombre d’embryons doivent être implantés chez la « mère porteuse ». Certains organes des ovins (cœur, poumons) sont également plus proches des organes humains, permettant la formation d’organes de la bonne taille.
« Face aux inquiétudes soulevées quant à la possible migration de cellules humaines vers le cerveau des animaux, Pablo Ross assure qu’il stoppera les recherches s’il devait faire de telles observations » précise genethique.org.
III La vérité est-elle écrite dans les médias ? C’est un bien beau cas clinique pour école de journalisme. D’un côté, une publication scientifique. De l’autre, un communiqué (de presse). Entre les deux le monde, immense, passionnant, toujours renouvelé, de la traduction et des interprétations.
La publication est celle, signée par un groupe de chercheurs français, dans le British Medical Journal 4 suivi d’un communiqué de presse de l’Inserm :5 « Une nouvelle étude associant des chercheurs de l’Inserm, de l’Inra et de l’Université Paris 13 (Centre de recherche épidémiologie et statistique Sorbonne Paris Cité, équipe EREN) suggère une association entre la consommation d’aliments ultratransformés et le sur-risque de développer un cancer ». Suggestion, donc.
Au total, 104 980 participants de la cohorte française NutriNet-Santé ont été inclus dans ce travail. Au cours du suivi (8 ans), 2228 cas de cancers ont été diagnostiqués et validés. Une augmentation de 10 % de la proportion d’aliments ultratransformés dans le régime alimentaire s’est révélée être associée à une augmentation de plus de 10% des risques de développer un cancer en général – et un cancer du sein en particulier.
« Parmi les différentes hypothèses qui pourraient expliquer ces résultats, la moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultratransformés ne serait pas la seule impliquée, suggérant des mécanismes mettant en jeu d’autres composés (additifs, substances formées lors des process industriels, matériaux au contact des aliments, etc.), nous explique-t-on. Ces résultats doivent donc être considérés comme une première piste d’investigation dans ce domaine et doivent être confirmés dans d’autres populations d’étude. Notamment, le lien de cause à effet reste à démontrer. »
Nous sommes donc bien ici dans les terres incertaines de la corrélation, sous les longitudes de la suggestion, bien loin des pôles de la causalité. Pour autant l’Inserm poursuit en « contextualisant » : « Durant les dernières décennies, les habitudes alimentaires se sont modifiées dans le sens d’une augmentation de la consommation d’aliments ultratransformés qui contribuent aujourd’hui à plus de la moitié des apports énergétiques dans de nombreux pays occidentaux. Ils se caractérisent souvent par une qualité nutritionnelle plus faible, mais aussi par la présence d’additifs alimentaires, de composés néoformés provenant des emballages et autres matériaux de contact. »
Et d’ajouter que des études récentes ont montré des associations entre la consommation de ces aliments et un risque accru de dyslipidémies, de surpoids, d’obésité, et d’hypertension artérielle. Avant de souligner qu’« aucune étude n’a porté sur le risque de cancer » même si « des expérimentations chez l’animal suggèrent de potentiels effets cancérogènes de plusieurs composants habituellement présents dans les aliments ultratransformés. » Puis l’Inserm de souligner que ces résultats ne doivent être considérés que « comme une première piste d’investigation dans ce domaine », qu’ils « doivent être confirmés dans d’autres populations d’étude » que « le lien de cause à effet reste à démontrer ».
Que retenir de tout cela ? La quasi-totalité des médias ont fait une croix sur les interrogations pour affirmer l’existence du lien de causalité.