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Franklin Starlight a tout juste seize ans lorsqu'Eldon, son père ravagé par l'alcool, le convoque à son chevet et lui demande de l'emmener au coeur de la montagne, là où, traditionnellement, on enterre les guerriers.Au cours de leur voyage, le fils affronte un jeune grizzly, ramène poisson ou gibier et construit des abris contre la pluie, tandis qu'Eldon lui raconte comment il a rencontré l'amour de sa vie, pourquoi il a sombré dans l'alcool et d'où vient leur patronyme qui évoque les temps indiens immémoriaux. Pendant ce périple, père et fils répondent, chacun à sa manière, à leur besoin d'apaisement identitaire.Ce roman au style brut et aux dialogues taiseux est un allé simple pour les terres sauvages du centre du Canada. Richard Wagamese appartient à la nation ojibwé. Il est le premier lauréat indigène d'un prix de journalisme national canadien et est régulièrement récompensé pour ses travaux. Il vit actuellement à Kamloops, en Colombie britannique. Les Étoiles s'éteignent le matin est son premier roman traduit en français.
Depuis l'adolescence Mara est habitée par un tableau suspendu dans le salon de son H.L.M. Willibald, qui a acheté cette toile dans les années 1920, la hante tout autant. Lorsqu'il fuit Vienne en 1938, il n'emporte que ce Sacrifice d'Abraham, soigneusement plié dans sa valise. Entrepreneur et collectionneur juif, il refait sa vie au Brésil, loin des siens. Lors d'un séjour en Toscane chez sa mère Antonia, Mara déchiffre les lettres de Willibald qu'elle retrouve dans un hangar. Elle observe les photos, assaille de questions Antonia, « qui sait mais ne sait pas ».
Gabriella Zalapì est plasticienne, d'origines anglaise, italienne et suisse, elle vit à Paris. Antonia (Zoé, 2019, Le livre de poche, 2020), son premier roman, a reçu le Grand prix de l'heroine Madame Figaro et le prix Bibliomedia. Dans Willibald, l'écriture précise et réduite à l'essentiel de Gabriella Zalapì peint les plis et replis d'un homme dont la vie aussi tragique que romanesque a fait de sa famille la victime collatérale.
Gabriella Zalapì est artiste plasticienne, d'origines anglaise, italienne et suisse. Née à Milan, elle a également vécu à Genève et New York. Aujourd'hui elle habite et travaille à Paris. Son premier roman, Antonia (Zoé, 2018) a reçu pour son écriture précise, limpide, le Grand prix de l'heroine Madame Figaro 2019 et le Prix Bibliomedia 2020.
Voici l'histoire de Saul Indian Horse, un jeune Ojibwé qui a grandi en symbiose avec la nature, au coeur du Canada. Lorsqu'à huit ans il se retrouve séparé de sa famille, le garçon est placé dans un internat par des Blancs. Dans cet enfer voué à arracher aux enfants toute leur indianité, Saul trouve son salut dans le hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des 70's, jusque sur la patinoire.
On retrouve dans Jeu blanc toute la force de Richard Wagamese : puisant dans le nature writing et sublimant le sport national canadien, il raconte l'identité indienne dans toute sa complexité, riche de légendes, mais profondément meurtrie.
Quand Starlight ne s'occupe pas de la ferme avec son meilleur ami Eugene, il part photographier la vie sauvage au coeur des forêts canadiennes. Mais son existence rude et solitaire change lorsqu'il recueille sous son toit Emmy et sa fillette Winnie, prêtes à tout pour rompre avec une vie sinistrée. Pour redonner confiance aux deux fugitives, Starlight les emmène dans la nature, leur apprend à s'en faire une amie. Au fil de cette initiation, les plaies vont se refermer, la douleur va laisser place à l'apaisement, et à l'amour. Mais c'est sans compter Cadotte, l'ex brutal et alcoolique d'Emmy, qui sillonne l'Ouest canadien en quête de vengeance.
Roman laissé inachevé à la mort de son auteur, Starlight déploie la poésie lumineuse et l'exceptionnel don de conteur de Richard Wagamese.
Richard Wagamese (1955-2017) est l'un des principaux écrivains canadiens. Appartenant à la Nation des Ojibwés, il a été régulièrement récompensé pour ses travaux journalistiques et littéraires. En français, des milliers de lecteurs ont découvert ce conteur génial à travers Les Étoiles s'éteignent à l'aube (2016) et Jeu blanc (2017). Wagamese est mort en mars 2017 sans avoir eu le temps d'achever son ultime roman, Starlight. Le voici traduit en français.
A la morte saison, dans l'enceinte désertée d'un cirque à Vladivostok, un trio à la barre russe s'entraîne. Nino pourrait être le fils d'Anton, à eux deux, ils font voler Anna dans les airs. Ils se préparent au concours international de Oulan-Oude, visent le quadruple triple saut périlleux sans descendre de la barre. Si Anna ne fait pas confiance aux porteurs, elle tombe et ne se relève plus.Dans ce troisième roman d'Elisa Dusapin, le lecteur retrouve son art du silence, de la tension et de la douceur. Son sens puissant de l'image nous rend le monde plus perceptible, plus proche sans pour autant en trahir le secret.
Née d'un père français et d'une mère sud-coréenne, Elisa Shua Dusapin grandit entre Paris, Séoul et Porrentruy. Elle a publié aux éditions Zoé en 2016 Hiver à Sokcho (prix Walser, Alpha, Régine Desforges et Révélation de la SGDL) et en 2018 Les Billes du Pachinko (Prix suisse de littérature et Alpes-Jura)
Janvier 1974, Gaza. L'Anglaise Piper emménage avec son mari, délégué humanitaire. Leurs semaines sont rythmées par les vendredis soir au Beach Club, les bains de mer, les rencontres fortuites avec la petite Naïma. Piper doit se familiariser avec les regards posés sur elle, les présences militaires, avec la moiteur et le sable qui s'insinue partout, avec l'oisiveté. Le mari s'absente souvent. Guettée par la mélancolie, elle s'efforce de trouver sa place. Le baromètre du couple oscille. Heureusement, il y a Hadj, le vieux jardinier, qui démultiplie les fleurs à partir d'une terre asséchée. Et Mona, psychiatre palestinienne sans mari ni enfants, pour laquelle Piper a un coup de coeur. Mais cela suffit-il ?
Plus que jamais, dans L'Épouse, Anne-Sophie Subilia révèle la profondeur de l'ordinaire. La lucidité qui la caractérise ne donne aucune circonstance atténuante à ses personnages.
Romancière et poète, Anne-Sophie Subilia est notamment l'auteure de Parti voir les bêtes (Zoé, 2016, Arthaud poche, 2018), Neiges intérieures (Zoé, 2020, Zoé Poche, 2022) et abrase (Empreintes, 2021).
Romancière et poète, Anne-Sophie Subilia est notamment l'auteure de Parti voir les bêtes (Zoé, 2016, Arthaud poche, 2018), Neiges intérieures (Zoé 2020) et abrase (Empreintes, 2021).
Artémis. Seize mètres d'aluminium, douze tonnes, taillé pour les mers de glace. Pendant quarante jours, quatre architectes paysagistes embarquent sur ce voilier pour étudier le territoire du cercle polaire. En plein coeur d'une nature vertigineuse, mais soumis à un confinement qui ressemble à un huis-clos, ils vont être confrontés aux contraintes impitoyables tant du groupe qu'ils forment avec le capitaine du voilier et son adjoint que de ce désert glacé dont la nature est aussi toxique qu'ensorcelante.
Anne-Sophie Subilia est membre de l'AJAR, elle a travaillé avec Philippe Rahmy et Noëlle Revaz à la Haute Ecole de Berne et Kenneth White à Montréal. Son écriture se fonde sur une expérience physique de l'espace et la volonté de révéler la profondeur de l'ordinaire qui nous constitue.
À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n'a jamais mis les pieds en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l'inspiration depuis sa Normandie natale. C'est l'hiver, le froid ralentit tout, la cuisine de poissons peut être dangereuse, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et les coups de crayon danser sur le papier : une attirance fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l'écume transporte le lecteur dans un univers d'une richesse et d'une originalité rares, à l'atmosphère puissante.
Le petit Jean et le grand Simon sauront-ils retrouver Roger ? Ce dernier a fui une mère colérique pour courir après un rêve, devenir une star du football. Quitter Douala, suivre la filière clandestine, passer par le Nigeria pour finir en Europe : cela s'appelle faire « boza ».
Les péripéties de Jean et Simon aux trousses de Roger ont tout du voyage initiatique : ils découvrent le Nord du Cameroun, une région sinistrée par Boko Haram et la pauvreté, ils goûtent aux fêtes, même si Jean se confronte aussi à l'éloignement d'avec la mère, à l'apprentissage du manque et d'une identité sexuelle différente.
Max Lobe excelle à donner la parole à ses personnages, à restituer la rue, les trains, les commissariats de police, les marchés ou les bars mal famés. Humour et gouaille garantis.
Né à Douala au Cameroun, Max Lobe vit depuis quatorze ans en Suisse, d'où il élabore une langue rythmée, dialoguée et nourrie d'expressions bassa, son ethnie. Immigration et homosexualité figurent parmi ses thèmes récurrents.
À Genève, où il est né, à Kyoto, qu'il a follement aimée, à Trébizonde, en Azerbaïdjan, à Ceylan et en Inde centrale, Nicolas Bouvier a toujours écrit de la poésie. « [Elle] m'est plus nécessaire que la prose, expliquait-il, parce qu'elle est extrêmement directe, brutale - c'est du full-contact ! » Pourtant il ne fit paraître qu'un unique recueil de poèmes, Le Dehors et le Dedans. Composé de 44 textes écrits entre 1953 (le départ en voyage avec Thierry Vernet) et 1997 (quatre mois avant sa mort), ce recueil est paru pour la première fois en 1982. Bouvier le retravaille à quatre reprises et autant d'éditions, il s'y met à nu : de tous les livres de l'écrivain, c'est celui qui propose la plus ample et la plus intime traversée de son existence.
Nicolas Bouvier (1929-1998) est un des plus grands auteurs de langue française de la deuxième moitié du 20e siècle, voyageur, photographe et iconographe.
Une société britannique est mandatée pour construire un barrage forestier en Inde récemment indépendante. Dans le camp bâti sur le site se côtoient ouvriers britanniques et indigènes, dirigés par l'ingénieur en chef Clinton ; mais aussi les femmes des hauts cadres, notamment Helen, l'épouse de Clinton, que fascinent les conditions de vie des tribus locales, menacées par le chantier.
Malgré les recommandations des ingénieurs indiens, Clinton a décidé que la construction serait achevée en trois ans, mais il se heurte bientôt aux imprévus humains, aux accidents techniques et à la puissance implacable de la nature. Jusqu'à ce que la mousson arrive...
Kamala Markandaya raconte avec la même habileté les défis du chantier, les subtiles mécaniques sociales ou la rumeur incessante de la rivière.
Née à Mysore, Kamala Markandaya (1924-2004) étudie et travaille comme journaliste en Inde, puis s'installe à Londres en 1948. Son premier roman, Nectar in a Sieve (1954) lui vaut un succès mondial. Notamment en France, où plusieurs de ses titres ont été traduits il y a plus de cinquante ans et sont aujourd'hui épuisés. Taraudée par les rapports complexes entre Occidentaux et Indiens, Markandaya est considérée dans le monde anglo-saxon comme une figure de la littérature postcoloniale.
Issue de grandes dynasties viennoises et anglaises au cosmopolitisme vertigineux, Antonia est mariée à un nanti de Palerme. Soumise et contrainte à l'oisiveté, mais lucide, elle rend compte dans son journal de ses journées-lignes et du profond malaise qu'elle éprouve. Suite au décès de sa grand-mère, Antonia reçoit quantité de boîtes contenants lettres, carnets et photographies. En dépouillant ces archives, elle reconstruit le puzzle du passé familial et de son identité intime, puisant dans cette quête, deux ans durant, la force nécessaire pour échapper à sa condition.
Roman d'une émancipation féminine dans les années 1960, Antonia est rythmé de photographies tirées des archives familiales de Gabriella Zalapì. Comme chez Sebald, elles amplifient la puissante capacité d'évocation du texte.
Gabriella Zalapì est artiste plasticienne, d'origines anglaise, italienne et suisse. Née à Milan, elle a également vécu à Genève et New York. Aujourd'hui elle habite et travaille à Paris. Antonia est son premier roman.
Grains noirs, c'est un roman de formation, un règlement de compte avec une identité mise en jachère depuis l'enfance. D'origine marocaine, le narrateur grandit en Suisse, loin de sa famille. Il raconte ses premières années, petit garçon, adolescent puis jeune adulte, confronté malgré lui à son identité complexe : comment conjuguer le hockey sur glace, le dialecte tessinois et les sandwichs au salami avec les règles du Coran que sa mère s'efforce de lui inculquer lors de ses visites, ou la culture maghrébine qu'il découvre sans toujours la comprendre ?
Fragmentaire et pointilliste, le récit se tisse autour de sensations marquantes qui lui insufflent une puissante dynamique : un portrait intime, livré sans concession.
Né en 1976 en Suisse italienne, Alexandre Hmine enseigne l'italien au lycée de Lugano. Paru en 2017 en italien, son premier roman, Grains noirs, a remporté plusieurs prix littéraires.
Ella Maillart (1903-1997) a été l'une des voyageuses les plus audacieuses de la première moitié du XXe siècle. Nous publions aujourd'hui une partie importante de la correspondance tenue avec sa mère à l'époque de ses pérégrinations. Écrites sur le vif, ces lettres saisissent au vol les humeurs du moment et les impressions du lieu, annoncent les projets d'itinéraires, esquissent des réflexions sur l'Orient et l'Europe. Accompagnées de nombreuses photos prises pendant ses expéditions, elles sont un témoignage irremplaçable des élans d'Ella Maillart vers l'ailleurs, de ses voyages au jour le jour, de son cheminement intérieur.
Onze chapitres pour onze moments de la vie d'Agota Kristof, de la petite fille en Hongrie qui dévore les livres à l'écriture de ses romans. Les premières années heureuses, la pauvreté après la guerre, l'amour des mots, la rupture du « fil d'argent de l'enfance », puis l'adolescence, et finalement l'exil, qui ne la conduit pas seulement hors d'un pays mais surtout hors d'une langue. C'est avec effroi qu'elle se constate « analphabète », face au français qu'elle va devoir apprendre à son arrivée en Suisse. Phrases courtes, mot juste, lucidité et humour : le monde d'Agota Kristof infuse dans ses romans comme dans L'Analphabète, son unique texte autobiographique.
Née en 1935, Agota Kristof fuit la Hongrie en 1956, par la forêt, à pied, son bébé contre elle : elle a 19 ans. Le hasard veut qu'elle s'installe en Suisse à Neuchâtel, où elle travaille tout d'abord dans une fabrique de montres. Elle y apprend le français, puis écrit pour le théâtre. En 1986, elle devient célèbre avec son premier roman, Le Grand Cahier. Deux autres livres suivent, La Preuve et Le Troisième Mensonge, complétant une trilogie mondialement connue. Agota Kristof est décédée en 2011.
Claire, qui vit en Europe, passe l'été à Tokyo chez ses grands-parents. L'objectif de plus en plus lointain de ce séjour est d'emmener ces derniers en Corée renouer avec leur pays qu'ils ont fui pendant la guerre civile il y a plus de cinquante ans.
Claire partage son temps entre le quartier coréen de Tokyo, l'appartement des grands-parents et le monde de la petite Mieko, dont elle doit s'occuper pendant les vacances d'été japonaises.
L'écriture précise et dépouillée d'Elisa Dusapin parvient à plonger le lecteur dans une atmosphère intime de douceur et de violence feutrée. Elle excelle à décrire l'ambivalence propre aux relations familiales : les cruels malentendus comme l'amour entre les personnages sont d'une puissante justesse.
Née en 1992 d'un père français et d'une mère sud-coréenne, Elisa Dusapin grandit entre Paris, Séoul et Porrentruy. Pour son premier roman paru aux Editions Zoé, Hiver à Sokcho elle reçoit le Prix Walser, le Prix Alpha, le prix Régine Desforges, et est lauréate de l'un des prix Révélation de la SGDL.
Un accident de chasse, le procès, la prison. Simon a pris un homme pour une bête, son ami Luzi avec qui il avait eu une dispute la veille. De retour au village après ses trois années d'enfermement, il doit affronter les regards, il faut être endurant comme un âne pour vivre avec. Pour retrouver une dignité et éprouver sa force et sa solitude, Simon accepte une tâche qu'on ne souhaiterait même pas au diable : une coupe de bois dans l'endroit le plus reculé et le plus difficile de la région.
Une histoire de grandeur humaine dans la nature, d'obstination et de fureur, dans une écriture elliptique et dense.
Oscar Peer, né le 23 avril 1928 à Lavin et mort le 22 décembre 2013 à Coire, est un romancier, dramaturge et philologue suisse qui écrit en romanche et en allemand.
Liv, une orpheline bègue « douée en rien », vit avec Zed, son frère, à Terre-des-Fins. Ville minière au bord du gouffre, le lieu ne doit sa survie qu'à la renommée internationale de Mitch Cadum, un artiste travaillant les pierres toxiques des mines. Chaque mois, pour approvisionner « Terdef », un train chargé de marchandises arrive de la capitale : Liv et Zed le braque systématiquement pour se nourrir. Mais leur quotidien est surtout centré autour des graffitis que tous deux réalisent sur les wagons. Lorsqu'un jour, débarque à Terre-des-Fins une jeune femme brillante et ambitieuse, grande admiratrice de Mitch Cadum, la vie de Liv va changer du tout au tout.
Daniel Vuataz, Aude Seigne et Bruno Pellegrino sont membres du collectif littéraire AJAR. Daniel est auteur pour le cinéma, la comédie musicale, la scène. Aude sort en janvier son quatrième livre, L'Amérique entre nous. Bruno, après Dans la ville provisoire, travaille à son nouveau roman depuis l'Italie. Ensemble, ils ont créé une écriture qui conjugue vitesse, observation et amour de la narration.
Pourquoi cette mère, avec son troisième fils, marque-t-elle autant de différences ? Pourquoi des larmes le jour de l'accouchement ? Ce cadet, elle le vante et elle le persécute, elle le distingue et elle le tourmente. Devenu adulte, il reconstitue son enfance au contact d'objets qui ont peuplé son quotidien. Rousseau n'est pas loin dans cette confession à la fois romantique et moderne, mêlant avec souplesse le réalisme descriptif et la concision poétique.
Lauréat des principaux prix suisses et traduit notamment en allemand, italien, bulgare et anglais, Michel Layaz est l'auteur d'une dizaine de romans, parmi lesquels Louis Soutter, probablement (2016) ou Les Vies de Chevrolet (2021). Paru en 2003 chez Zoé, réédité en poche chez Points en 2006 et épuisé depuis, Les Larmes de ma mère est l'un de ses livres les plus emblématiques et l'a consacré parmi les nouveaux noms de la littérature suisse contemporaine.
L'Etang est un texte de jeunesse que Walser offrit a sa soeur sous forme manuscrite. C'est la seule oeuvre que Walser ait ecrite en dialecte. Elle met en scene le suicide simule d'un adolescent, le jeune Fritz, qui ne se sent aime de personne et voudrait reconquerir l'amour de sa mere. Ce recit cle prefigure la creation future de Walser, maitre des retournements subtils.
Les vingt-quatre episodes de Felix, dialogues et monologues ecrits en 1925, sont issus des microgrammes. Quelques traits d'une psychologie raffinee depeignent avec humour l'eveil de la personne, sa rouerie distanciatrice dans l'affrontement avec les adultes et l'exercice de ses pouvoirs, les nuances de l'affirmation et de la conscience de soi. Le contenu biographique est evident, de meme que dans L'Etang.
Robert Walser (1878-1956) ecrit des sa jeunesse des poemes, de la prose et du theatre. Les breves scenes dramatiques, qui ont marque les debuts et la fin de sa carriere, sont frequemment representees aujourd'hui. Mais elles sont autant a lire qu'a jouer.
En faisant parler Max le patriarche débonnaire et Mary sa femme américaine, puis Joson le grand-père voyageur et Dora la bien-aimée grand-mère, Marie Gaulis raconte le lieu aimé de l'enfance, une terre savoyarde à la fois réelle et rêvée. Dans le château familial, la peinture s'écaille, les canalisations gèlent, les guerres passent. Tandis que les aïeux, désormais âmes légères comme des oiseaux, se confient, honnêtes, la narratrice se souvient, réfléchit et se console. Dans Le Royaume des oiseaux, Marie Gaulis saisit la place que prennent parfois malgré nous les légendes et les rituels ancestraux et les confronte à la nature si sensuelle et à la vie d'aujourd'hui.Marie Gaulis vit à La Chaux-de-Fonds. Elle a écrit plusieurs ouvrages, parus aux éditions de l'Aire et chez Métropolis, avant de publier chez Zoé Lauriers amers et Le Rêve des Naturels. Elle a également traduit et adapté des pièces du théâtre d'ombres grec, Karaghiozis et le château des fantômes, pour Les Classiques du Monde (Zoé). Marie Gaulis a un fort penchant pour la sauvagerie primitive des mondes perdus, les vieilles mythologies, le paganisme méditerranéen et les salles de bain avec baignoire.
Une jeune fille se travestit en homme pour servir aux côtés d'Ulysse. Le grand héros grec est conquis au point qu'elle entre avec lui dans les entrailles du cheval de Troie. Après la guerre, qui l'a mortifiée, elle débarque toujours avec Ulysse et ses soldats sur l'île du cyclope Polyphème. Après le fameux épisode, elle abandonne le Grec, qui la subjuguait tant, et redevient femme prête à ne plus jamais se sentir piégée comme elle l'a été auprès d'Ulysse. Alors elle accomplit, d'abord avec hésitation et profonds scrupules, puis avec détermination, la requête de la belle Shilo qui lui demande de crever l'oeil des trois derniers cyclopes mâles de l'île. Alors Shilo lui fera connaître l'amour.
Voici un texte pacifiste à la grâce austère, écrit par un homme à la gloire des femmes.
Sébastien Ménestrier est né en 1979. Il est pianiste et professeur des écoles. Son premier roman Pendant les combats (Gallimard, 2013) a été finaliste du prix Goncourt du Premier roman et lauréat du festival du premier roman de Chambéry 2014.
C'est en 1917, à Bienne, que Robert Walser, au lendemain de ses années berlinoises, rassemble ces vingt-cinq proses brèves. Cette biographie éclatée d'un poète ressemble à une autobiographie stylisée. L'écrivain évoque de nombreuses figures qui ont accompagné sa carrière, et ce qui le hante: son frère peintre, plusieurs figures féminines, le critique, le public, le mécène, les milieux artistiques, l'éditeur, mais aussi Hlderlin, et puis, la grande route, la forêt, les contes, un poêle, un bouton... Une tonalité changeante, à la fois facétieuse et fervente pour dire la solitude de l'artiste, ses déguisements, ses déboires et ses joies, les valeurs à contre-courant auxquelles obéit sa vocation.
Trois textes réunis autour d'un sujet rarement traité par Bouvier : son enfance. Dans le premier, l'écrivain-voyageur, à 67 ans, évoque son rapport à l'âge, à la mémoire, et naturellement à l'enfance, « état de convoitise et de peur où tout ce qui arrive pour la première fois, cadeau ou blessure, laisse une marque indélébile ». Au centre du livre, le texte éponyme un récit savoureux, quasi-proustien, qui raconte les étés passés dans la propriété des grands-parents maternels et comment, petit garçon de huit ans, Nicolas triompha de l'« une des figures les plus détestées » de son enfance : Bertha, la bonne prussienne. Le dernier texte est un hommage au père, bibliothécaire et « conteur tout à fait extraordinaire », voyageur « par procuration » au travers des livres.
NICOLAS BOUVIER (1929-1998), est un des plus grands écrivains de langue française de la deuxième moitié du 20e siècle, voyageur, photographe et iconographe.