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L'île de Peilz est-elle vraiment anglaise ?
Date de la réponse: 13.06.2019
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Un article titré "L’île de Peilz sera sauvée des eaux" https://bit.ly/2Rdc8xU publié le 22 août 2009 dans le journal "Le Nouvelliste" propose un aperçu historique de l’île de Peilz et fait mention de la légende anglaise :
« Jadis, l'île de Peilz n'était qu'un simple rocher émergeant à peine du lac. Il aurait été surélevé en 1797 par des habitants de Villeneuve. En 1816, le poète anglais Lord Byron, séduit par l'île, la décrivit en ces mots : "Les ondes se brisaient doucement sur son rivage, et elle était émaillée d'une multitude de fleurs de couleurs brillantes et d'un parfum ravissant." L'origine du fameux arbre remonte au XIXe siècle. Trois platanes ont été plantés en 1851, dont il ne reste aujourd'hui plus que le platane séculaire que l'on voit depuis les rives du lac.
L'île de Peilz est l'objet de diverses légendes. Au milieu du XIXe siècle, des jeunes fiancés anglais auraient séjourné près du château de Chillon. Au cours d'une baignade, le jeune homme se noya et, à l'endroit où le corps fut retrouvé, la fiancée fit édifier en sa mémoire "l'Ile de Paix", dont le nom se serait déformé en "île de Peilz". Le coin de terre aurait été offert des années plus tard par le Conseil fédéral à la reine Victoria qui séjournait dans la région. L'Anglaise aurait par la suite découvert que la Suisse lui demandait des impôts en vertu de cette propriété, si bien qu'elle l'aurait remise à la commune de Villeneuve. Une autre version explique qu'elle aurait transmis ce patrimoine à ses descendants jusqu'à nos jours. En vérité, l'îlot tire son nom de la commune de La Tour-de-Peilz, qui possédait autrefois des terrains sur la rive droite de l'embouchure du Rhône. "Peilz" vient du latin "Pilosus", signifiant "poilu", en rapport à l'existence passée d'une importante forêt dans la région. »
Dans une étude historique réalisée en 2009 par Michèle Grote, archiviste de la Commune de Villeneuve https://bit.ly/2WWKfAb, on peut lire ceci :
« L'Ile de Peilz, attestée pour la première fois sous ce nom en 1853, apparaît avec deux orthographes différentes dans les archives communales : île ou isle de Peilz ou de Paix.
Selon Paul Bissegger ["Entre Picardie et Panthéon. Grandes demeures aux environs de Rolle", paru dans la "Bibliothèque historique vaudoise" http://data.rero.ch/01-0016255 n° 121 en 2001], l'île de Peilz est la seule île naturelle du Léman, citée en 1816 par Byron. Les autres îles sont artificielles, comme la plus ancienne, celle de Choisi (commune de Bursinel), établie en 1833, l'île de la Harpe à Rolle (1837-1844) ou encore l'île de Salagnon, créée vers 1901 à Clarens sur un rocher préexistant.
L'île de Peilz est modelée par la main de l'homme dès la fin du XVIIIe siècle probablement. Réparée en 1820, elle subit une restauration importante soutenue par une souscription publique de 1846 à 1851, car son état s'est considérablement détérioré. C'est en 1851 justement que 3 platanes y sont plantés, dont l'arbre actuel est peut-être le dernier survivant. »
L'historique se poursuit avec un détail sur les activités et décisions prises par la Commune de Villeneuve relatives à cette île au fil des années. Cet historique ne fait pas mention de l'île comme étant une propriété anglaise, y compris au 19e siècle. Contacté par mail, l'archiviste a confirmé que l'île n'a pu être offerte par la Confédération car elle n’en est tout simplement pas la propriétaire. Elle fait partie du domaine public cantonal, point limite des eaux territoriales entre les communes de Noville et Villeneuve.
Dans l'ouvrage d'Erika Schumacher et Georg Stärk "Îles de Suisse : rêve et réalité" http://data.rero.ch/01-R003015134/html?view=GE_V1, nous pouvons encore lire encore :
« Si ce petit coin de terre ne portait pas un arbre imposant - seul et unique signe distinctif de l'îlot -, le regard glissant à la surface de l'eau pourrait confondre l'île de Peilz avec une ombre ou un tronc d'arbre à la dérive. Mais ce qui attire l'oeil, c'est moins l'arbre lui-même que sa couleur : il est tout blanc. Les cormorans ont en effet recouvert d'une épaisse couche de guano le gardien solitaire de l'île. [...]
L'arbre de l'île de Peilz, dernier survivant des trois platanes plantés en 1851 par la commune de Villeneuve, propriétaire des lieux, a conquis le terrain de haute lutte, après avoir coupé les vivres, au demeurant fort peu abondants sur ce sol pierreux, à son dernier voisin connu, un marronier. [...]
Dans les anciennes familles de la région, on se transmet d'une génération à l'autre un récit demeuré toujours vivant, même si rien ne l'atteste. » Et l'auteur de raconter encore l'histoire des amoureux anglais et du don de la Confédération à la reine Victoria.
Plus loin dans le même ouvrage, on peut lire ceci au sujet du poème de Byron :
« Il est évident qu'il s'agit là d'une licence poétique, bien loin de correspondre à la réalité. Premièrement, l'île, à l'époque de Bonivard, soit au 16e siècle, n'était encore probablement qu'un rocher dénudé ; deuxièmement, il était impossible au célèbre prisonnier de l'apercevoir de son cachot... »
Dans son article "L'île de Peilz est-elle vraiment anglaise ?" paru le 13 décembre 2006 dans le journal de la fonction publique du canton de Vaud "La Gazette" aimablement fourni par les Archives cantonales vaudoises https://www.vd.ch/themes/etat-droit-finances/archives-canto
nales, Annika Gil confirmait également ce qui précède :
« "Tu vois l'île là-bas, avec le grand arbre ? Eh bien, elle est anglaise !"[...]
combien de fois ai-je entendu cette histoire de la bouche des Veveysans, de Boélands ou de Montreusiens. Tous convaincus, tous détenteurs d'un fragment d'une histoire jamais identique. Seule la Reine Victoria en demeure l'imperturbable personnage principal.[...] »
La journaliste raconte ensuite la légende et ajoute qu' « Aucune source historique ou administrative n'a malheureusement jamais pu étayer cette rocambolesque légende. A l'Office de l'information sur le territoire (OIT), au Service des eaux, sols et assainissement (SESA), au Registre foncier d'Aigle ou encore aux Archives communales de Villeneuce, on en a tous entendu parler. Mais sans pouvoir la vérifier.
[...] l'île appartient tout simplement au domaine public du lac, les communes de Villeneuve et de Noville étant responsables de sa surveillance et de son entretien avec une participation financière du Canton pour l'exécution des travaux. »
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
http://www.interroge.ch
Service de référence en ligne des bibliothèques de la Ville de Genève