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Missile air-air « Kramer X-4 » [15]
Le X-4 KRAMER, également connu sous la désignation de « RK 344 » (pour Ruhrstahl-Kramer), fait partie de la série des missiles « X », un programme de développement élaboré en 1942 par la firme Ruhrstahl (Bielefel-Brackwede), sous la direction du Dr. Max Kramer (dont le travail le plus abouti fut la bombe guidée Fritz X). En fait, seuls le « X-4 » (air-air) et le « X-7 » (antichar) furent réellement construits.
Le développement du X-4 débuta en 1943, mais sa mise au point prit du temps, si bien qu’il ne fut pas possible de lancer la production avant 1945. Il s’agissait d’un engin air-air filoguidé, destiné à permettre aux chasseurs d'attaquer les bombardiers à partir d'une distance de sécurité impossible à atteindre avec les armes de bord conventionnelles, de façon à éviter le feu croisé meurtrier des lourds quadrimoteurs. Il était prévu d’en équiper les Fw-190D et les Me-262 pour augmenter leur puissance de feu, ainsi que la nouvelle gamme de chasseurs à réaction en développement en 1945 (Me P.1101, Fw Ta-183 « Huckelbein », Horten Ho-IX…).
Le corps du « X-4 », qui ne mesurait que 0,22 m de diamètre, avait une forme cylindro-ogivale, avec 4 ailettes de guidage disposées à mi-corps et 4 petits stabilisateurs de queue. La cellule était essentiellement réalisée en aluminium, avec certaines parties en contreplaqué pour les ailettes et les stabilisateurs de queue. Son faible poids (60 kg) et sa petite taille facilitaient sa manutention au sol et permettaient d’en accrocher un ou deux sous chaque aile, selon le type de chasseur utilisé.
La principale particularité du « X-4 » était que le missile, une fois tiré, conservait jusqu’à l’impact une liaison organique avec l’avion lanceur, sous la forme de deux fils électriques qui se dévidaient derrière lui. Cela permettait au pilote de diriger l’engin et de le téléguider jusqu’à la cible, tout en se maintenant hors de portée de la puissante artillerie de bord des lourds quadrimoteurs. Les bobines de fils étaient intégrées dans des nacelles fuselées et carénées, disposées à l’extrémité de deux des quatre ailettes médianes. La longueur des fils (6000 m) permettait d’engager la cible de très loin, entre 2900 et 5500 m de distance, de façon à faire feu en dehors du cercle de défense des formations. Ces fils étaient suffisamment souples et résistants pour autoriser de brusques changements de direction, ce qui simplifiait la manœuvre d’approche et évitait au pilote de devoir aligner la cible dans son viseur. Pour mieux stabiliser la trajectoire, le X-4 tournait sur lui-même selon une période de rotation de 60 tours/minute. Un dispositif automatique convertissait les signaux de commande en débattements de gouvernes, en tenant compte de l’effet giratoire. Le pilote dirigeait le missile grâce à un petit joystick installé sur son tableau de bord, en s’aidant des fusées traçantes placées à l’extrémité des deux autres ailettes médianes du X-4. Ces dispositifs pyrotechniques, qui s’allumaient automatiquement au moment du lancement, permettaient de visualiser les évolutions du missile et de repérer sa trajectoire dans l’obscurité ou la brume.
L’engin était propulsé par un petit moteur-fusée BMW 109.548-JGZ brûlant un carburant spécial, le TONKA, mélangé à de l’acide nitrique (comburant). Le moteur fournissait une poussée de 120 kg durant 22 secondes (d’autres sources mentionnent 33 sec.) et propulsait l’engin à la vitesse transsonique de 1160 km/h (972 km/h selon d’autres sources divergentes).
La difficulté de toucher la cible physiquement, vu le mode opératoire et la distance d’engagement, rendait illusoire l’utilisation d’un simple détonateur à percussion. L’obligation de percuter la cible aurait constitué une charge et un stress considérable pour le pilote, dans un environnement par définition hostile et extrêmement mobile, avec pratiquement peu de chance de toucher au final vu la vitesse fulgurante du missile ! C’est pourquoi le « X-4 » fut équipé d’un système d’allumage à détection de proximité. Plusieurs types différents furent élaborés. Ainsi, l’engin pouvait être équipé d’une tête acoustique « Dogge » (certaines sources l'appellent « Kranich ») réagissant au vrombissement des lourds quadrimoteurs, ou d’une fusée de proximité magnétique « Meise » déclenchant la charge au voisinage de la masse métallique du bombardier. Ce système était logé dans la tête du missile, ce qui explique les différentes formes de coiffe et de longueur mentionnées dans les sources. Le détonateur était relié à une charge explosive de 20 kg, à haut pouvoir brisant, placée dans la section avant du missile.
La section centrale du corps de l’engin était entièrement occupée par le réservoir de combustible (TONKA), au milieu duquel se trouvait le réservoir cylindrique du comburant (acide nitrique). L’arrière abritait les gyroscopes chargés de contrôler la trajectoire et de corriger les mouvements de roulis et de tangage (gyropilote et gyroscopes auxiliaires), ainsi que les batteries alimentant les différents instruments de vol. L’arrière renfermait la chambre de combustion et la tuyère d’échappement du moteur-fusée. Les 4 stabilisateurs de queue répartis autour de la tuyère comportaient chacun un volet de guidage. Ces volets, placés sous le contrôle des gyroscopes embarqués, étaient actionnés par des électro-aimants qui recevaient également les impulsions électriques transmises par la télécommande du pilote.
L’attaque au moyen de ces missiles était rapide et fulgurante. Les chasseurs à réaction, volant au maximum de leur vitesse subsonique, surgissaient inopinément et décochaient à distance leur « X-4 », en une passe rapide, sans laisser à la cible la possibilité de réagir. Ils effectuaient ensuite un large virage pour permettre aux pilotes de conserver constamment le contact visuel avec la cible, tout en se maintenant à l’écart. Ceux-ci avaient alors tout loisir de guider le missile sur les bombardiers, grâce au petit joystick placé sur le tableau de bord de l’habitacle. L’attaque ne durait que quelques secondes et ne laissait aucune chance à la proie, vue la vitesse d’approche transsonique du missile. L’opération pouvait se répéter plusieurs fois, en fonction du nombre de « X-4 » embarqués sous la voilure (2 x 1 pour le Fw 190D, 2 x 2 pour le Me 262, le Me P-1101, le Ho-IX et le Fw Ta-183). Le missile étant filoguidé, il pouvait également être engagé contre des cibles terrestres (concentration de chars, colonne de véhicules, bâtiment), mais cet emploi restait marginal…
Si ce missile avait pu être mis au point plus tôt, des escadrons de chasseurs à réaction équipés de tels engins auraient pu causer des dégâts considérables aux formations de bombardiers lourds évoluant sur l’Allemagne. Toutefois, la fabrication ne put démarrer que tardivement en 1944. Plusieurs tirs d'essai furent d’abord réalisés au sol. Puis, le X-4 fut testé de manière intensive durant tout l'automne à partir des avions suivants : Fw-190 V69 (immatriculé GO+KJ), Ju-88S (immatriculé VL+KY), Ju-88G (GF + KC) et Me-262A/1a. Ces essais se révélèrent si prometteurs qu’on décida d’attribuer un certain nombre de X-4 à des unités opérant sur Me-262 A/1a, pour procéder à des tirs en conditions réelles de combat. Mais aucun engin ne fut finalement expérimenté car la guerre touchait à sa fin et le temps manqua pour exploiter le formidable potentiel du « X-4 ».
Le programme fut abandonné au début 1945, suite à la destruction par les alliés de l'usine de Stargard qui fabriquait les moteurs, après que 950 exemplaires eussent été produits.
Une version à tête chercheuse infrarouge
Au moment où le programme fut stoppé, une version améliorée, équipée d’une tête chercheuse à infrarouge, était en cours de développement pour accroître encore l’efficacité et la fiabilité du missile. Ce nouveau modèle était équipé d’une capsule vitrée au lieu de la coiffe métallique des versions à détection de proximité, et ne possédait plus aucune liaison par fil avec l’avion lanceur. Une fois tiré vers sa cible, le capteur infrarouge détectait automatiquement les sources de chaleur émises par les bombardiers (échappements, capots moteurs) et se verrouillait dessus jusqu’à l’impact. Le missile se dirigeait donc de manière autonome sur sa cible, sans plus aucune intervention du pilote, selon le principe fire and forgett (tire et oublie) appliqué aujourd’hui sur les missiles actuels…
Il convient de souligner que le principe général de ce missile se retrouve sous une forme améliorée, dans les engins modernes franco-allemands HOT et MILAN, ce qui laisse supposer que l'Opération Paperclip n'a pas profité qu’aux seuls USA. En effet, plusieurs exemplaires du X-4, rapatriés comme prises de guerre, furent testés par l'Armée de l'Air et l'Aéronavale françaises entre 1945 et 1947. Le X-4 fut même produit en petite série par la société Arsenal sous la désignation AA-10, aux fins d’essais. On peut donc affirmer que le X-4 est véritablement le précurseur des missiles air-air modernes.
CARACTERISTIQUES TECHNIQUES DU X-4 KRAMER
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