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On est toujours l'antipode d'un autre
Certains d'entre vous croient qu'on peut se définir par rapport à l'autre, que le coeur de notre identité se mesure par rapport à ces attributs qu'on pense être notre opposé binaire: Je suis X et non pas Y. Je suis intelligent et non pas bête. Je suis ouvert d'esprit et non pas fermé d'esprit. Je suis moi et non pas toi.
Je crois que c'est un effet de langage, un raccourci, un biais psychologique qui nous permet de cerner qui on est sans réellement se regarder dans le miroir. Plus précisément, se définir par rapport à l'autre est une manière de ne pas se voir tel qu'on est mais tel qu'on ne pense pas être; ce faisant, on préserve une unité du soi. Le risque de cette perspective biaisé de l'identité et de l'altérité est qu'elle fait fi d'un principe fondamental à tout être vivant: on est toujours l'antipode d'un autre.
Mais qu'est-ce que ça veut bien dire, qu'on est l'antipode d'un autre? C'est avant tout une manière géographique - spatiale - de penser le soi. De par le fait que notre terre est une quasi-sphère, la notion d'antipode ne représente pas une dichotomie, mais bien une position sur un continuum, et plus littéralement une position où l'Autre a les pieds à l'opposé du Soi. Si on pousse la métaphore plus loin, on se rend compte que la terre étant quasi-sphérique, l'Autre n'est pas à l'opposé d'un spectre en deux dimensions mais au contraire il se trouve à la position la plus éloignée d'un même continuum tridimensionnel.
Se rappeler qu'on est toujours l'antipode d'un autre permet donc de se mettre à la place de l'autre si tant est qu'on accepte de se déplacer! C'est aussi garder à l'esprit qu'on est tous les habitants de la même terre, qu'on partage tous un environnement commun et que par conséquent nous devons faire avec l'altérité non pas en l'excluant, la rabaissant ou l'exterminant, mais en l'intégrant et en la concevant comme une manière de transformer sa ligne de vie en sphère de vie.
En reconnaissant qu'on est nécessairement l'antipode d'un autre, on passe d'une conceptualisation de l'identité non comme un point, mais comme un volume. On enrichit par conséquent notre être de deux dimensions! Rien que ça!