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Charte de Neuchâtel
La charte que nous proposons ici est l'un des premiers témoignages de l'écrit vernaculaire à Neuchâtel. Les Archives de l'État de Neuchâtel possèdent des documents plus anciens en langue vernaculaire mais ils concernent la Franche-Comté et n'ont donc pas été rédigés en territoire francoprovençal. Il existe un seul document antérieur, daté de 1263 émis au nom du prévôt de l'église de Neuchâtel mais nous avons décidé de ne pas le proposer comme exercice en raison de sa longueur.
Le document que nous présentons est un acte privé de janvier 1265 nouveau style dans lequel plusieurs personnages interviennent. Tout d'abord, l'auteur de l'acte, Girard, jeune homme de Neuchâtel, fils d'Aubertin de la Tort ; ensuite le bénéficiaire, Martin, bourgeois de Neuchâtel, fils de Donnier ; un acteur externe, Rodolphe de Coffrane (Roz de Corfranou) ; quatre témoins, Renaut de Bavans, Hyremanz de Fresens, W. li marchianz et Girardons ; et le sigillaire, Etienne, abbé de Fontaine-André. Il faut savoir que Neuchâtel ne bénéficie pas de chancellerie ni de notaire avant la seconde moitié du xive siècle, il en résulte que les différents contrats entre particuliers sont émis en leurs noms et sont validés par une autorité locale, par exemple par l'abbaye de Fontaine-André, la prévôté de Neuchâtel ou le chapitre de l'église de Neuchâtel. Ici, c'est l'abbé de Fontaine-André qui valide l'acte par son sceau. Dans cet acte, I'abbé est mentionné sans nom, mais un document de 1268 mentionne un certain Etienne, abbé de Fontaine-André qui a été abbé du lieu entre 1255 et 1274.
L'abbaye de Fontaine-André est une ancienne abbaye de prémontrés fondée en 1143 sur l'actuel territoire de la commune de Neuchâtel. Avant la Réforme, son pouvoir s'étendait de Morat jusqu'à la Lance et au Val-de-Ruz. L'abbaye a été détruite pendant la guerre des Gugler par Enguerrant de Coucy en 1375 puis reconstruite en 1450. Après la Réforme, le domaine a été affilié à différents souverains. Il est actuellement en mains privées depuis 1784.
Contenu de l'acte
Il est question d'un acensement par Girard, jeune homme de Neuchâtel, fils d'Aubertin de la Tort, en échange de 12 deniers, à Martin, bourgeois de Neuchâtel, et à ses héritiers de tout ce que Rodolphe de Coffrane tenait d'Aubertin, que ce soit en terres, en prés, en champs, en terrains non cultivés, en arbres et en toutes autres choses. De cet acte sont témoins Renaut de Bavans, Hyremanz de Fresens, W. li marchianz et Girardons. Il est enfin validé, à la requête de Girard, par le sceau de l'abbé de Fontaine-André.
L'acte concerne une affaire entre particuliers demeurant très probablement à Neuchâtel, dont le rang social n'est pas très élevé. Malgré l'impression de simplicité qu'offre cet acte, il demeure un point à clarifier. Cette affaire stipule que Girard certaines des possessions que son père avait données à Rodolphe de Coffrane. Toutefois, il semble peu probable que Rodolphe possède entièrement ces biens, sinon Girard ne pourrait pas en disposer et les mettre à cens. Ici, la forme de l'imparfait tiniert stipule clairement que Rodolphe n'a plus aucun lien avec ces biens. Soit, il faut comprendre que Rodolphe payait un cens sur ces possessions et que Girard souhaite, par cet acte, transférer ce cens à une autre personne. Soit sa mort aurait pu permettre à Girard de récupérer ces biens. Quoi qu'il en soit, ce point est difficile à démêler sans avoir recours à d'autres documents qui pourraient éventuellement préciser sous quelle condition Rodolphe tenait ces biens.
Finalement, le contenu de cet acte révèle son aspect très privé et peu prestigieux. Les personnes concernées n'appartiennent très probablement pas à la noblesse et l'affaire, quant à elle, n'implique pas la seigneurie de la ville.
Format, mise en page et écriture
L'écriture courant en parallèle du côté le plus long du parchemin (carta transversa), autant que la mise en page de ce document sont représentatifs d'un acte de peu de prestige illustré par l'absence d'ornementation mais aussi par des marges très serrées. Toutefois, la qualité de l'acte est remarquable par le soin apporté à l'écriture gothique peu cursive : la distinction entre les u et les n est systématique au point qu'une confusion par le lecteur est impossible, d'ailleurs le scribe opère une correction en ligne 10 ou religious porte un u qui semble tout d'abord avoir été un n ; il en va de même pour la distinction méticuleuse entre c et t ; de plus, l'espacement entre les lettres et les mots est parfaitement marqué, ce qui rend inutile la présence de traits sur les i. La mise en page se caractérise quant à elle par des marges étroites, à l'exception de la marge gauche ; par une justification stricte, les unités lexicales coupées par le retour à la ligne sont systématiquement signalées par un tiret ; et par des lignes relativement droites et bien espacées qui n'ont pas été préalablement tracées. Le support quant à lui est un parchemin de petite taille extrêmement fin et fragile.
Descriptif technique
Statut : original
Etat : très bon
Date : janvier 1265, n. st.
Format : petit – 10 x 16 cm
Nombre de lignes : 13, la dernière ligne est cachée par le repli au bas de l'acte.
Support : parchemin jadis scellé sur double queue
Sceaux : abbé de Fontaine-André, non conservé. Sur l'attache du sceau, une inscription peut être lue : Sachont tuit... cestes...
Notices dorsales : présence d'une notice dorsale de trois lignes très effacées.
Rédacteur : aucune mention ne permet d'obtenir des informations sur le rédacteur de cet acte. Nous pouvons uniquement supposer que les privés concernés ont eu recours au scriptorium de l'abbaye de Fontaine-André. Éditions : G.-A. Matile, Monuments de l'histoire de Neuchâtel, t. 1, 1844, p. 128-129 ; P. Aebischer, Chrestomathie franco-provençale, 1950, p. 110 ; R. Scheurer, J.-D. Morerod, A. Kristol, Documents linguistiques de la Suisse romande II. Documents en langue française antérieurs à la fin du XIVe siècle conservés dans le canton de Neuchâtel, à paraître.