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les questions litigieuses qui surgissaient entre ce couvent et les gens d'Uri. Ceux-ci de leur côté peuvent prendre des décisions dont ils remettent l'exécution à des hommes de leur choix qui agissent d'après leurs ordres (ad tnandatum hominum vallis Uraniœ). Leur communauté, à laquelle la reine Gertrude, femme de Rodolphe I. recommande d'avoir des ménagements pour Engelberg, surtout « dans les hauts pâturages » (in Alpibus), leur communauté est ailleurs mise sur le même rang que ce monastère dont les priviléges, sinon le pouvoir, égalaient ceux d'Einsiedeln'".
Rien ne fut donc changé dans la jouissance et l'exercice des droits de libre administration que la mouvance impériale directe conférait à Uri; mais quelque chose était changé dans la position où se trouvait Uri vis-à-vis du prince qui occupait le trône. Sous les Hohenstaufen, et à plus forte raison pendant l'interrègne, la vallée n'avait eu au-dessus d'elle que des monarques dont les intérêts personnels et privés ne pouvaient entrer en collision avec les siens. Le patrimoine des empereurs était alors fort loin des Alpes. Voilà ce qui fut changé par l'avénement du comte de Habsbourg, et, bien que Rodolphe, comme nous l'avons vu, se fût d'abord montré plein d'égards pour les gens d'Uri, ceux-ci n'étaient pas sans concevoir des inquiétudes. Ce prince étant, en effet, tout à la fois roi d'Allemagne (ou des Romains pour parler officiellement) et comte du Zurichgau et de l'*Aargau, grand propriétaire dans les autres Waldstâtten, avoué de couvents voisins, il était à craindre que la tentation de s'arrondir ne prît chez lui le dessus, malgré ses bonnes intentions envers Uri. Il était à craindre, surtout, que la confusion des qualités n'entraînât celle des juridictions, et que les agents du comte, s'employant au nom du roi, ne transformassent insensiblement la soumission que les gens de la vallée devaient au chef de l'Empire en une obéissance particulière rendue aux comtes de la maison de Habsbourg.
H n'est pas improbable que Rodolphe, qui était incertain de transmettre à sa famille la couronne d'Allemagne, tandis qu'il était sûr de lui laisser la juridiction comtale du Zurichgau, ait favorisé des équivoques qui devenaient des empiétements. Dans l'un des documents qui nous restent de cette époque, on voit un arbitre prendre le titre de « juge du Zurichgau et de l'Aargau, » c'est-àdire une qualité qui désigne un officier du comte, en même temps qu'il intervient, entre Uri et Engelberg, « au nom et sur l'ordre du Roi". » Cet exemple sert à faire comprendre comment les deux pouvoirs, représentés par le même agent, pouvaient se confondre au préjudice des franchises du pays d'Uri. Et il faut bien croire que ce ne sont pas là de vaines suppositions, et que ces franchises avaient été plus ou moins compromises pendant le règne du roi Rodolphe, sans que l'histoire en ait conservé les preuves, quand on voit, dès qu'il a pris fin, les gens d'Uri se hâter de placer sous la sauvegarde d'une alliance commune, en prévision d'un nouveau règne, les libertés qui leur tiennent à cœur. Quinze jours s'étaient à peine écoulés depuis la mort du roi, que le pacte qui a fondé la Confédération suisse était conclu, le lor août 1291, entre les trois États forestiers.
Avant d'en rechercher le but et d'en examiner les clauses, nous devons montrer comment les vallées de Schwyz et d'Unterwalden furent conduites à y prendre part.
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LES LUTTES DE SCHWYZ
Nous avons laissé les hommes de Schwyz placés, vis-àvis du comte Rodolphe de Habsbourg, dit le Vieux, grandpère du roi du même nom, dans une situation mal définie, et qui, par cela même, était de nature à faciliter, de la part du comte, les tentatives d'usurpation dynastique et à inspirer aux Schwyzois, d'un autre côté, le désir de se mettre en possession de l'indépendance à laquelle il leur était permis d'aspirer. On ignore laquelle de ces deux tendances prédominait alors dans le pays de Schwyz. On sait seulement qu'au moment de la mort du comte Rodolphe (10 avril 1232), son fils cadet, portant le même nom que lui et surnommé le Taciturne, fit avec son frère Albert un partage de famille, dans lequel lui échurent en propre les biens paternels situés dans les Waldstâtten, tandis qu'il retint indivisément avec son frère le landgraviat d'Alsace et la charge de comte du Zurichgau12. Il possédait ainsi, dans la vallée de Schwyz, des droits de propriété et de juridiction semblables à ceux de son père, et qui menaçaient par conséquent de rendre de plus en plus imprescriptible au sein de cette vallée la domination de sa maison.
Le 13 décembre 1239, Albert de Habsbourg mourut, laissant trois fils dont l'un était entré dans l'Église et dont les deux autres, Rodolphe, futur roi, et Hartmann, avaient reçu de lui, au moment où il partait pour la croisade, la donation de ses dignités et de ses biens (dnobiis dignitatem dominiumque commisit). Mais, au bout de peu d'années, Hartmann étant mort sans laisser d'enfants, Rodolphe demeura seul possesseur de l'héritage paternel et seul représentant de la branche aînée13. Son oncle, Rodolphe de Habsbourg-Laufenbourg, dit le Taciturne, dont nous parlions tout à l'heure, à propos de Schwyz, se montra d'abord, comme son père et comme son neveu, un partisan prononcé de l'Empereur Frédéric II. Ce monarque avait depuis 1235 complétement rétabli son ascendant en Allemagne, après la rébellion vite étouffée de son fils Henri (VII); mais, bientôt frappé lui-même, par le pape Grégoire IX, des foudres de l'excommunication (24 mars 1239), il voyait à des discordes de famille succéder la scission bien plus redoutable entre l'Empire et l'Eglise.
C'est dans ce moment que les gens de Schwyz reparaissent sur la scène de l'histoire. L'esprit de liberté, qui forme le trait saillant de leur caractère national et comme le fil conducteur de leurs annales, devait les tenir toujours aux aguets pour saisir l'occasion de conquérir leur émancipation politique, surtout depuis que l'exemple de leurs voisins d'Uri rendait à leurs yeux ce bienfait tout à la fois plus facile à obtenir et plus désirable à posséder. Cette occasion leur parut venue, et ils crurent qu'en prenant ouvertement parti pour l'Empereur, ils pouvaient espérer de recevoir de lui, par réciprocité, un diplôme d'affranchissement semblable à celui qu'avaient obtenu les gens d'Uri. En rattachant ainsi à la rupture entre Frédéric II et le pape Grégoire IX le motif de la démarche que les chefs de la communauté de Schwyz jugèrent opportun de tenter, nous ne pensons point hasarder une conjecture téméraire. Nous ne faisons que redire ce que disait, quelques années plus tard, l'homme qui devait le mieux savoir à quoi s'en tenir sur ce sujet, nous voulons parler du comte Rodolphe le Taciturne lui-même. Il déclare que les Schwyzois, « s'affranchissant audacieusement de l'obéissance qu'ils lui devaient comme à leur seigneur, se sont méchamment attachés à l'ex-empereur Frédéric, dès qu'il eut été excommunié14. »
Nous nous placerons sur un terrain un peu moins solide, en complétant ce témoignage précis, par la supposition que, de son côté, le comte de Habsbourg avait déjà manifesté, contre l'empereur et en faveur du pape, les sentiments qu'il laissa éclater irrévocablement peu d'années après. On ne le voit point, en effet, de 1239 à 1242, à la cour de Frédéric, tandis qu'on y constate sa présence avant cette époque, et qu'il y reparaît ensuite jusqu'en 1245, où il s'y rencontre pour la dernière fois15. A ces oscillations dans sa politique, correspond exactement la conduite des Schwyzois: ils vont du comte à l'empereur et reviennent de celui-ci à celui-là, selon que se gâtent ou que se rétablissent les bons rapports entre eux. Une fois résolus, comme ils devaient l'être, à profiter des circonstances pour s'émanciper, rien ne pouvait leur être plus favorable qu'une rupture entre Rodolphe le Taciturne et Frédéric II. Ils se décidèrent donc, dans l'été de 1240, pendant que ce monarque était en Toscane, occupé à faire le siége de Faenza, à lui envoyer des députés, les premiers diplomates suisses dont il soit fait mention, pour lui présenter le témoignage de leur dévouement (devotio), lui offrir probablement un contingent militaire (s&rvicia), et lui exprimer le vœu d'être placés sous sa protection immédiate et celle de l'Empire (sub alas Imperii). Frédéric qui, loin d'avoir aucun motif de ménager le comte de Habsbourg,