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Critique
L’objet filmique est en couleurs, mais tourné dans des éclairages crépusculaires et au milieu de paysages neigeux et brumeux, d’où l’impression de noir et blanc. D’interminables plans fixes se succèdent, séparés par de lents fondus au noir. Le spectateur, souvent, écarquille les yeux pour tenter de distinguer quelque chose sur l’écran. On commence par entendre puis voir un jeune bûcheron qui halète en abattant un sapin à coups de hache (dont le tronc, traîné ensuite par un cheval, a été débardé et tronçonné par on ne sait quel miracle). Pause pour une crise d’épilepsie puis, dans une maison faisant penser à la cabane de LA RUEE VERS L’OR, on fait connaissance de la famille du jeune homme: sa sœur (qui lui est très proche dans tous les sens du terme), son petit frère, sa mère aveugle (ce qui ne doit guère la gêner dans l’obscurité régnante) et son père. L’arrivée d’un bel étranger va apporter du changement.
Installation artistique ou film expérimental, UN LAC fait suspendre son vol au temps, et ses 90 minutes paraissent durer le double... Le réalisateur se réclame notamment de Murnau et de Bresson - qui furent, eux, des maîtres du cinéma -, mais semble surtout avoir écouté Viansson-Ponté, premier rédacteur en chef du quotidien Le Monde, qui recommandait en substance à ses journalistes: «Si vous voulez être pris au sérieux, faites emmerdant»...
Daniel Grivel