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2018-2019 : problème du coaching staff ou d’entente des stars de l’équipe ?
Lors de la saison passée, les Sixers tentaient un coup de poker pour jouer « tout de suite » le titre en signant Jimmy Butler qui avait hérité à Minnesota d’une réputation de joueur incontrôlable. En ajoutant de l’expérience à leur équipe très jeune, Philadelphie a obtenu un pari à moitié réussi avec des demi-finales de conférence perdues sur le fil face au futur champion : rappelez-vous, Toronto remportait le match décisif sur un mémorable buzzer-beater de Kawhi Leonard.
Comment peut-on essayer d’expliquer cette défaite, sans évoquer la thèse de la malchance, alors que les Sixers possédaient une line up quasiment parfaite avec Simmons-Redick-Butler-Harris-Embiid ? Comment peut-on rater les finales de conférence en possédant l’un des meilleurs passeurs, l’un des meilleurs défenseurs, deux des joueurs les plus fiables à 3 points et l’un des intérieurs les plus dominants de la ligue ?
Nous faisons logiquement face à plusieurs possibilités dans ce cas de figure : un problème de coaching, de préparation physique ou d’entente entre les joueurs. Alors que les médias ont suggéré au long de la saison 2018-2019 que la relation entre Embiid et Butler était orageuse, cette thèse a été à posteriori balayée par les deux intéressés qui accusent une très mauvaise gestion au niveau du coaching.
« I haven’t been myself lately. I think it’s mainly because of the way I’ve been used as a spacer, I guess, a stretch-5, which I’m only shooting 29 percent from 3 point range. But it seems like the past couple games, like with the way I play, our setup, coach Brett Brown always has me starting on the perimeter and it just really frustrates me”.
« We were sitting in there and nothing got accomplished at all. So I was like, and I told you this as we walked out: ‘JJ, why would I ever go back in there again? Nothing’s getting accomplished.’ Nobody’s saying nothing to anybody and we’re just sitting in there watching film and you can literally hear the thing just clicking and we’re all just looking around. »
Le manque d’innovation au niveau du coaching s’est malheureusement notamment fait sentir au niveau d’une perte d’efficacité de Joël Embiid, moins impliqué qu’ordinairement dans leur attaque, ainsi que par le rôle offensif peu défini de Jimmy Butler. On peut aussi noter la perte d’efficacité à 3 points de Tobias Harris, passant de 43 % à 32 % à son arrivée à Philadelphie depuis Los Angeles et la gestion médicale bancale du cas Markelle Fultz.
Face à de tels problèmes internes, il y a des conséquences ! Jimmy Butler a donc décidé de changer d’air pour la saison 2019-2020 rejoignant en tant qu’agent libre le Miami Heat comme JJ Redick qui a rejoint les prometteurs Pélicans de la Nouvelle-Orléans. La perte semble alors colossale et irrécupérable pour les Sixers qui perdent de la défense, de la passe et de la précision au tir. Cependant, ils arrivent à mettre la main sur Al Horford pour former avec Embiid une raquette solide et à l’aise au tir de loin. Mais l’équipe est alors dépossédée de réels shooteurs, alors que le secteur intérieur ne répond pas aux attentes. Al Horford est confus et maladroit sur le terrain et Embiid n’est pas mis en position pour briller. Par-dessus le marché, Tobias Harris, un des seuls tireurs extérieurs ne brille pas dans son rôle. Les Sixers sont alors devenus, à cause de Brett Brown, une formation désorganisée, trop axée sur le jeu intérieur et le pick-and-roll avec Simmons, Al Horford et Embiid, parallèlement à une mauvaise utilisation de leurs maigres forces extérieures moins expérimentées que ne l’était JJ Redick.
L’intersaison 2019-2020 : la cause de la descente aux enfers ?
Il est facile et habituel d’accuser le coach et de le limoger comme l’ont fait les Philadelphia Sixers. Mais une équipe ne se retrouve que rarement en difficulté à cause d’une seule personne de son staff. Pour élargir la discussion et partager mes impressions avec un passionné et spécialiste, j’ai appelé notre rédacteur Anthony Compagnini qui co-anime avec moi l’émission 100% NBA sur Fréquence Banane. Il relève les mêmes problèmes que moi au niveau du coaching et souligne l’intersaison catastrophique réalisée par le GM Elton Brand.
Brett Brown est une partie du problème. Il n’est clairement pas l’homme de la situation pour gérer une équipe composée d’autant de All-Star. Mais le problème vient surtout du GM Elton Brand. L’équipe n’a aucun sens ! Embiid, alors qu’il est pivot, est la star de l’équipe et est meilleur au tir que leur meneur. Ils ont perdu Redick et Shamet qui étaient leurs principaux tireurs extérieurs. Tobias Harris est beaucoup trop seul dans ce rôle-là ! Les défenses se recentrent sur les pick-and-roll et laissent les joueurs shooter. Ils ont besoin de shooter et c’est pourquoi Shake Milton s’est démarqué la saison passée ! »
Les Sixers ont effectivement perdu leur complémentarité, leur jeu collectif, en signant des stars sans penser à créer un système de jeu qui tient la route. Ben Simmons ne tire pas, il joue à l’intérieur, tout comme Al Horford et Joël Embiid. Elton Brand a créé un effectif non productif offensivement qui ne possède pas beaucoup de cordes à son arc : il a livré à Brett Brown un colis très lourd et peu fonctionnel. Mais, comme Anthony l’a souligné pendant notre discussion, il y a un troisième problème dans cette équipe : le manque de leadership de Joël Embiid.
Chaque année, il nous annonce qu’il vise le titre et le trophée du MVP de la saison. Mais Joël Embiid s’écroule mentalement chaque année. Le pivot camérounais est jeune mais joue pour une franchise qui veut gagner tout de suite et sa production inconstante ne le rend pas intransférable aux yeux de tous. Il n’est pas encore un Jimmy Butler qui porte Miami avec hargne, mais un pivot avec un énorme talon d’achille.
Un changement d’effectif cet été pour les Sixers ?
Reconstruire un effectif polyvalent parait compliqué pour Philadelphie. Les pertes financières dues au coronavirus devraient non seulement faire baisser le salary cap, mais aussi décourager les équipes à prendre des risques sur le marché des transferts. Nous verrons sûrement une équipe inchangée la saison prochaine, coachée cette fois par Doc Rivers, et qui mettra la pression sur Ben Simmons et Joël Embiid, très demandés sur le marché, contrairement à un Al Horford vieillissant et détenteur d’un contrat trop volumineux pour son niveau de jeu actuel.
Geoffroy Brändlin
Etudiant en Lettres à l'Université de Lausanne (SUI) et coureur de fond et demi-fond