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On n'a pas idée de tout ce qu'on doit au Brésil!
La chronique de Pascal Bertschy - «Bienvenue au club!» • Le pays au maillot or ne gagnera peut-être pas la Coupe du monde 2014, mais le Brésil restera toujours celui qui a inventé le plus de trucs sur les terrains de futebol. La preuve…
Pascal Bertschy
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Ce qui me court sur le haricot, en cette veille de Coupe du Monde, c'est de lire un peu partout que le Brésil est LE pays du football. Le seul, l'unique. Euh… l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, l'Uruguay et le Portugal ne seraient pas des pays de foot, peut-être? Quant à l'Allemagne et l'Argentine, elles puent de la gueule?
Le Brésil n'est pas LE pays du football, il est bien mieux: il est le plus grand de tous. Il trimballe aujourd'hui la Seleçao la moins brésilienne de son histoire, tandis que son championnat national est d'une misère à faire peur, mais on s'en fout. Au royaume du ballon rond, cette nation restera à jamais la plus grande pour une raison simple: elle y a presque tout inventé.
Si les Anglais ont inventé le football, les Brésiliens ont inventé le foot beau. C'est-à-dire le «joga bonito», avec ses dribbles et ses gestes fous, ses mouvements chaloupés, sa passion rieuse, ses nonchalants pas de samba ou de bossa nova.
Le Brésil a été le premier à créer l’équipe parfaite. Celle qui a gagné le Mundial 1970 avec le roi Pelé et un génie à chaque poste, exception faite du gardien, élevant le jeu offensif et les vertus collectives au rang des beaux-arts.
La patrie de la caipirinha a conçu aussi l'équipe plus que parfaite. Celle de Socrates, Falcao, Zico & Co en 1982 et 1986, dont la créativité incarnait l'âme du pays, son génie, son romantisme, et dépassait la simple quête du trophée. Du coup, c'est trop bête, elle en a oublié de gagner la Coupe du monde.
Et tous ces savants! Leonidas a découvert en 1938 la «bicyclette» et Didi, dans les années 1950, le coup franc en feuille morte. Son ami Nilton Santos, champion du monde en 1958 et en 1962, a fabriqué l'arrière qui attaque. Père de tous les défenseurs modernes, il est le premier grand latéral d'une fabuleuse lignée (Carlos Alberto, Nelinho, Marinho, Leonardo, Cafu, Roberto Carlos, Alves, Marcelo…).
C'est à Rivelino qu'on doit le «flip-flap» et à Gerson le concept de la passe de 50 mètres ou plus qui arrive au millimètre près dans les pieds d’un coéquipier. Ronaldinho, lui, s'est contenté de lancer le contrôle et la déviation du dos.
Les Brésiliens ont lancé mille autres choses. Comme les célébrations carnavalesques d'un but avec empilement de joueurs laissant exploser leur joie. Ou la télé couleur – ben oui, quoi, le Brésil 1970 a été la première grande équipe que le monde a pu voir en couleur. Sans oublier la finale d'un Mondial où une des deux équipes ne se crée pas une seule occase (quand nous direz-vous, amis Français, ce que vous aviez fait boire aux Brésiliens en 1998?).
L'équipe au maillot or, avec ça, a été également la première à attirer dans les stades autant de femmes que d’hommes. Et des supportrices charmantes, à ce qu'on dit! Mais ça, pardon, je serais incapable de le confirmer – dans les stades, je prête attention uniquement au jeu.
Les Brésiliens, en revanche, n'ont pas inventé les Jeux paralympiques. Pas besoin. Leurs athlètes handicapés, ils les intégraient et leur permettaient de devenir des dieux. Illustration avec l’estropié Garrincha et notamment Tostao, ce visionnaire à moitié aveugle.
Enfin, dernière trouvaille brésilienne en date: vouloir gagner le Mondial 2014 à la maison avec une sélection ayant pour attaquant de pointe l'hilarant Fred, ancien remplaçant à Lyon.
Voilà, j'adore ce pays et son football pour son inventivité. N'empêche, je suis pour qu'on étrangle le prochain journaliste qui écrira que le Brésil est LE pays du football.