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Titre: XY. De l'identité masculine
Auteur: Elisabeth Badinter
Éditeur: Odile Jacob 1992
Pages: 318
Qu'est ce qu'un homme? C'est une question que l'on se pose de plus en plus souvent alors que les rôles sexuels traditionnels sont de plus en plus contestés voir détruit. L'homme s'est souvent définis en négatif face à des valeurs naturalisées féminines. Mais si les femmes refusent de se laisser faire que se passe-t-il? C'est simple, nous observons une crise de la masculinité. Ce livre tente de montrer, en trois parties, comment les hommes ont et ont pu muter selon les époques et les exigences. Il tente aussi de montrer comment un homme se constitue. Pour cela l'auteure reprend la phrase bien connue de Simone de Beauvoir en l'appliquant aux hommes: on ne naît pas homme on le devient. La première partie de ce livre est l'occasion de se poser la question de l'identité masculine. Est-elle universelle et éternelle ou alors multiple et sujette aux mutations historiques?
La seconde partie est l'occasion, pour Badinter, de montrer comment un homme se constitue. Après la différenciation sexuelle basique liée au sexe même l'enfant mâle doit, selon l'auteure, différencier son identité de l'identité de la mère. Il faut qu'il se coupe ou qu'on le force à couper le lien avec sa mère et les femmes. Donc, il faut oublier sa féminité première de bébé ou de jeune enfant. Cette coupure est censée permettre de faire le mâle au contact des autres hommes de la communauté. Mais cette coupure n'est pas simple. Au contraire, elle est profondément traumatisante. Ce sont les rituels d'initiations qui peuvent être symboliques, sanglant ou même particulièrement violent et choquant aux yeux d'un européen du XXIe siècle. Mais ces rituels devaient permettre de couper l'homme des femmes et de lui permettre d'incarner l'idéal de virilité. L'auteure mentionne aussi le caractère profondément contradictoire que la société met en place entre l'homosexualité et la masculinité. Aux yeux de beaucoup un homme ne peut pas être homosexuel et inversement. Même si les liens sociaux masculins qui peuvent exister dans le sport, par exemple, ont des caractères profondément homo-érotiques.
La dernière partie tente de passer outre la maladie identitaire des hommes pour trouver un modèle qui réconcilie les hommes avec eux-même. Dans cette partie l'auteure décrit deux idéaux-types masculins: l'homme dur et l'homme mou. Le premier est un homme hypervirilisé et macho dont l'attitude, qui n'est plus acceptée, cache un profond mal être avec sa propre féminité. Le second modèle est incarné par des hommes qui refusent les caractères pensés masculins et se rapprochent de la féminité. Mais, là aussi, leur choix ne fonctionne pas puisqu'il y a un ressenti de mal être ainsi qu'un rejet par les femmes. C'est pourquoi Badinter tente de dessiner l'homme qui ne sera ni macho ni féminin mais qui arrivera à concilier les deux parts de sa personnalité pour créer une nouvelle masculinité incarnant les idéaux des deux sexes.
J'ai trouvé que la lecture de ce livre était facile et souvent intéressante j'ai, néanmoins, quelque points de désaccord avec l'auteure. Premièrement, mais c'est un point de préférence personnelle, je n'ai pas forcément été convaincu par la nécessité d'utiliser de la littérature biologique et psychiatrique pour se poser la question d'un problème social. C'est, bien sur, un point qui peut être débattu pour aboutir à considérer cette remarque comme fausse. ce n'est, de toute manière, pas ma critique la plus importante. En effet, ma critique est surtout basée sur l'impression que l'auteure considère qu'il existe des caractères spécifiquement masculins et féminins. J'ai tendance à penser que les traits de caractères ne sont pas naturellement sexués mais que la socialisation des enfants crée cette sexualisation. Je ne suis donc pas convaincu d'un discours qui parle de féminisation des hommes (ou de virilisation des femmes) si on n'implique pas une certaine vision sociale de ce qu'est un homme et une femme. Un troisième point marque une forme de pessimisme ambiant dans le livre. Ma lecture m'a donné l'impression que les hommes, pour Badinter, ne peuvent pas être heureux. Tout le livre regorge d'hommes frustrés, traumatisés, perdus ou déprimés. J'ai eu l'impression qu'il était très difficile voir impossible d'être heureux quand on est un homme. Peut être que l'utilisation de la littérature psychiatrique et des romans implique cette vision d'hommes en crises? Il faudrait vérifier si il existe un biais ,dans la vision de la masculinité, inscrite dans cette littérature.
Image: livredepoche.com