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Des maltraitances et des abus sexuels «graves et répétés» sur des enfants ont bien eu lieu à l'Institut Marini, ancien pensionnat catholique à Montet (FR): le rapport des historiens chargés par Mgr Charles Morerod de faire la lumière sur ces faits est sans appel. L'étude porte surtout sur la période allant de 1929 à 1950.
La hiérarchie de l'époque a tout fait pour étouffer l'affaire. Le groupe de recherche a mené son enquête dans des fonds d'archives et sur la base de quatorze témoignages de personnes concernées, peut-on lire dans le résumé du rapport final publié mardi par le diocèse de Fribourg, Genève et Lausanne, dirigé par Mgr Morerod. Il s'est penché en particulier sur la période de 1929 à 1950, alors que l'Institut était sous la responsabilité directe de l'évêché.
«La convergence des témoignages et les révélations des archives attestent que des maltraitances ainsi que des abus sexuels graves et répétés se sont produits à l'Institut Marini durant la période étudiée et que le souci principal des responsables a été de les dissimuler», écrivent les auteurs du rapport.
Les enfants placés au pensionnat de la Broye fribourgeoise étaient souvent issus de familles en difficultés économiques et sociales, ou dont la famille était éloignée, par exemple en Suisse alémanique. D'où une «fragilité psychologique et sociale» chez une proportion importante des garçons placés à Marini, soulignent les auteurs du rapport.
Un contexte qui semble avoir favorisé les abus et l'impunité des auteurs. Malgré «une vague successive de dénonciations entre 1932 et 1955», deux cas seulement aboutissent devant le Tribunal de la Broye, en 1954 et 1956.
Sur les conditions de vie à l'institut, les témoignages sont «troublants», selon les experts: dureté du travail dans l'exploitation agricole, sévérité de la discipline, avec des punitions confinant à la maltraitance, nourriture très chiche.
Les experts ont constaté en outre un manque de supervision de l'institut par les responsables, notamment le Comité de direction, ainsi qu'un tournus fréquent des enseignants et un «manque criant» de formation pour les surveillants laïcs.
Les efforts de la hiérarchie religieuse et du Comité de direction pour camoufler le scandale sont également relevés: enquêtes internes discrètes, déplacement des prêtres incriminés, pressions pour obtenir des rétractations de la part des accusateurs.
Fondé en 1881 et fermé en 1979, l'Institut Marini a été dirigé par des prêtres diocésains et dépendait directement de l'évêque. Il se distingue donc d'autres établissements de cette époque dirigés par des congrégations religieuses sans lien avec le diocèse. ATS