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Tout objet architectural, loin de se résumer à sa fonction pure, reflète la communication d’une image précise, répondant à la demande de son commanditaire. La maison conçue par Gerrit Rietveld pour Truus Schröder et ses trois enfants ne déroge pas à cette règle.
De Stijl : couleurs primaires et formes pures
Impossible de vous parler de la villa Schröder de Rietveld sans vous présenter au préalable le mouvement De Stijl. Celui-ci naît en 1917, à la fin de la Première Guerre mondiale. L’idée à la base du mouvement est de représenter la pureté des formes et la réalité de la nature.
La naissance d’un tel mouvement reflète le besoin extrême de réinventer la réalité, à l’heure où la guerre a engendré un sentiment d’anxiété diffus et beaucoup de déception. En provenance des Pays-Bas, De Stijl est fondé par Theo van Doesburg, peintre et architecte néerlandais. Il s’agit d’un mouvement néo-plastique global, qui touche aussi bien la sculpture que la peinture, la typographie, la musique, l’architecture et le design. Et pour cause, lorsqu’on sait que De Stijl signifie ambitieusement Le Style et qu’il continuer d’inspirer les plus grands créatifs d’aujourd’hui! Son ambition vise à faire dialoguer tous les arts entre eux, en rejetant virulemment le baroque.
On reconnaît les travaux attribués à ce mouvement par la prévalence de certains choix artistiques : des couleurs primaires (rouge, bleu, jaune, en plus du noir, blanc et gris) et des formes pures. À ce propos, une citation de Piet Mondrian (1872 – 1944) se révèle éclairante pour résumer les grands axes du mouvement :
« All painting – the painting of the past as well as of the present – shows us that its essential plastic means we are only line and color ».
Si l’on pense au travail du peintre néerlandais, qu’on considère comme l’un des pères de l’abstraction, on peut s’apercevoir qu’il applique ce principe dans ses œuvres au sens littéral.
La villa Schröder de Rietveld, un prototype moderniste
Gerrit Rietveld (1888-1964) est un designer, architecte et ébéniste néerlandais, à l’origine de la chaise rouge et bleue (1924) ci-dessus, qu’on peut d’ailleurs admirer à l’intérieur de la maison également. Reconnu comme une figure proéminente de De Stijl, cet édifice est l’un des premiers symboles du mouvement moderne. En 2000, l’UNESCO l’a d’ailleurs inscrit au patrimoine mondial.
En 1924, Truus Schröder fait appel à Rietveld pour la construction et l’aménagement de sa maison. La veuve a alors des idées très précises de la manière dont elle souhaite vivre avec ses trois enfants. Pour elle, la sobriété et la fonctionnalité de l’habitat en sont des attributs essentiels.
L’extérieur
La maison se présente comme un volume cubique décomposé. Elle est traversée par des plans et des poutres verticaux ou horizontaux qui permettent à l’intérieur et l’extérieur de dialoguer par jeu de transparence. Les balcons, terrasses et colonnes en métal s’entrelacent avec des touches de couleur çà et là, comme pour rappeler une œuvre de Mondrian en 3D.
A y regarder de plus près, l’on constate que Rietveld se sert de la couleur pour faire ressortir les éléments architecturaux ou mettre en valeur les lignes de force d’une poutre.
L’intérieur
Les idées de Truus Schröder font écho au mépris de Rietveld pour la tradition. Le défi est lancé: Rietveld doit désormais s’appliquer à proposer des solutions pour rendre la maison simple, ergonomique et fonctionnelle. Inutile de dire que cette approche rompt totalement et avec les normes architecturales en vigueur.
L’une des réponses à cette contrainte est celle des parois coulissantes au premier étage. Celles-ci servent à diviser l’espace. Durant la journée, les parois étaient rabattues. Ceci permettait de profiter de l’étage sous forme d’une seule et énorme pièce dans toute son amplitude et d’admirer le paysage campagnard à perte de vue par-delà les fenêtres. Une fois le soir venu, la famille Schröder faisait coulisser ces parois, de manière à créer trois chambres séparées: une première pour les deux filles, une seconde pour le fils et, entre deux, un salon avec une table et une cuisinière. Ce dernier espace garantissait le respect de l’intimité de chacun.
Construite en brique, en acier et en verre, la maison est une œuvre asymétrique de plans verticaux et horizontaux donnant de la profondeur à l’édifice. Fenêtres et portes sont en bois, comme les sols.
Un projet architectural plaçant l’humain au centre de sa démarche
« La réalité que peut créer l’architecture, c’est l’espace », écrit Rietved. Comme nous l’avons évoqué, les possibilités d’aménagement que propose l’architecte se basent sur des idées de délimitation de l’espace, un espace modulaire pensé dans une perspective de fonctionnalité avant tout. Avec ses idées novatrices sur la rationalisation de l’espace et sur la fonctionnalité de chacune des pièces, Rietveld place l’humain moderne au centre de son projet d’aménagement urbain et signe l’un des plus beaux joyaux architecturaux d’Utrecht.