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Le suffrage féminin
14 janvier 2021
En 1848, la Confédération suisse a été la première démocratie en Europe et l’une des premières au monde à introduire le suffrage universel pour les hommes.
Histoire
Cependant, le suffrage féminin au niveau fédéral en Suisse ne sera introduit que le 26 mars 1971 à l’issue de la votation du 7 février 1971 et au niveau cantonal entre 1959 et 1990.
La Suisse a donc été presque le dernier pays d’Europe et du monde occidental à accorder le droit de vote et d’éligibilité aux femmes. L’Australie et la Nouvelle-Zélande l’ont introduit dès 1900. En Europe, la Finlande a été le premier pays à le reconnaître en 1906.
Après la Première Guerre mondiale, de nombreux autres (nouveaux) pays européens ont suivi. Et après la Seconde Guerre mondiale d’autres pays encore ont alloué le droit de vote aux femmes, à l’exception de la Suisse et du Liechtenstein qui a été le dernier pays européen à l’accepter en 1984.
Aujourd’hui, les postes de haut niveau occupés par les femmes dans la politique communale, cantonale et fédérale en Suisse donnent une impression différente de celle d’un désavantage systématique et d’une mentalité « démodée ».
En Suisse, les femmes ont eu accès aux études dès 1867 et elles ont – tout comme des hommes d’ailleurs – revendiqué le droit de vote et d’éligibilité en 1868. La même année, Marie Heim-Vögtlin (1845-1916) a été la première femme à étudier la médecine. Emilie Kempin-Spyri (1853-1901), la nièce de Johanna Spyri (1827-1901), l’auteur de Heidi (1881), a été la première femme en Europe à obtenir son doctorat en 1887.
D’ailleurs, l’engagement et la participation active des femmes dans de nombreuses organisations sociales et politiques en témoigne.
La Suisse figure aujourd’hui parmi les dix premiers pays européens en matière d’égalité entre les hommes et les femmes.
Plusieurs raisons expliquent l’introduction tardive du suffrage féminin en Suisse.
La Constitution et l’organisation fédérale
Tout d’abord, toute modification de la Constitution fédérale – suite à une initiative populaire – doit être approuvée lors d’une votation à double majorité (citoyens et cantons).
Le Conseil national et le Conseil des Etats ont été relativement plus prospectifs après l’introduction du système de représentation proportionnelle en 1918. Ce furent les premières éelections fédérales de Suisse basées sur ce système.
La Constitution fédérale de 1848 définissait les compétences de la Confédération et des cantons et accordait le droit de vote et d’éligibilité aux hommes uniquement, comme cela fut le cas dans tous les pays européens.
Pendant longtemps, les hommes ont refusé d’accorder aux femmes les mêmes droits politiques que ceux dont ils bénéficiaient eux-mêmes. Après 1918, l’octroi de ce droit est rejeté c’est un fait, mais par une faible majorité. En aurait-il été autrement dans d’autres pays en 1918 ou en 1945 lors d’une votation populaire ?
Les guerres mondiales
Les femmes – avec le soutien des hommes – s’étaient déjà organisées pour obtenir ce droit depuis la fin du XIXème siècle et elles ont été mieux entendues après la Première Guerre mondiale.
Cependant, la Suisse étant restée neutre pendant la Première Guerre mondiale, les femmes ne pouvaient jouer un rôle aussi indispensable et émancipateur que dans d’autres pays européens.
Cette période a contribué de manière significative à l’émancipation des femmes dans ces pays. En 1918, c’est aussi un enjeu majeur dans une Suisse politiquement agitée, mais la gent masculine et nombre de femmes n’y sont pas favorables.
Le suffrage féminin est soumis au vote dans certains cantons (Genève, Neuchâtel, Bâle-Ville, Zurich, Glaris et St-Gall) mais toutes les votations débouchent sur un résultat négatif.
La Suisse était également neutre pendant la Seconde Guerre mondiale. Le rôle principal et héroïque – mais c’est matière à controverse – a été joué par les soldats qui, sous la direction du général Henri Guisan (1874-1960), avaient sauvé le pays de l’invasion allemande grâce à ce que l’on appelle le « Réduit », système de fortifications dans les Alpes suisses.
Après 1945
Après cette guerre, le Conseil national transmit un postulat sur la question du suffrage féminin au Conseil fédéral, qui constituait alors un enjeu majeur pour la Suisse.
Dans l’atmosphère de renouveau, quelques votations cantonales et communales eurent lieu pour demander l’introduction du suffrage féminin (Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Genève, Tessin, Zurich, Neuchâtel, Soleure, Vaud). Toutefois, toutes ces votations se sont soldées aussi par un échec.
Dans d’autres pays européens le suffrage féminin ne signifiait d’ailleurs pas encore égalité. En effet, encore dans les années 1950 et jusqu’en 1970-1980, la femme mariée restait légalement subordonnée à son conjoint dans la plupart des pays européens, y compris en Suisse, qui a inscrit l’égalité des sexes dans sa constitution en 1981.
En 1957, le canton de Bâle-Ville fut le premier canton à accorder le droit de vote aux femmes. Le canton avait alors autorisé ses trois communes à introduire, si elles le désiraient, le suffrage féminin au niveau communal. C’est ainsi que Riehen fut en juin 1958 la première commune dans laquelle les femmes ont pu voter en Suisse.
Le Conseil fédéral proposa un projet de votation sur l’institution du suffrage féminin en matière fédérale. La votation se tiendra finalement le 1er février 1959 et le projet a été rejeté par le peuple (hommes) et les cantons. En outre, nombre de femmes n’y étaient alors toujours pas favorables.
Cependant, le même jour – 1er février 1959 – suite à une votation cantonale, le canton de Vaud est devenu le premier canton à accorder le droit de vote aux femmes au niveau cantonal et communal devenant ainsi le tout premier canton de Suisse à accorder ces droits politiques aux citoyennes.
Les cantons de Genève et Neuchâtel ne tardèrent pas à suivre. Ainsi, en 1960 le droit de vote et d’éligibilité a été accordé, suite à une votation, par les hommes genevois et neuchâtelois aux citoyennes de ces cantons. Puis, d’autres cantons – surtout urbains – ont également introduit le suffrage féminin.
En février 1971 les électeurs masculins acceptèrent en votation populaire le droit de vote et d’éligibilité des femmes au niveau fédéral.
Ce droit fut toutefois encore rejeté dans huit cantons ou demi-cantons: Appenzell Rhodes-Extérieures, Appenzell Rhodes-Intérieures, Glaris, Obwald, Schwytz, Saint-Gall, Thurgovie et Uri.
Finalement, dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, le droit de vote et d’éligibilité des femmes est imposé au niveau cantonalen 1990 par une décision du Tribunal fédéral à Lausanne.
En 1984 est élue la première femme au Conseil fédéral.
En 1989, lors d’une Landsgemeinde, les hommes du canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures, ont approuvé de justesse le droit de vote et d’éligibilité des femmes.
En 1999, une Conseillère fédérale accède à la présidence du Conseil fédéral.
Conclusion
L’introduction tardive du suffrage féminin trouve ses racines dans la structure constitutionnelle et fédérale du pays, la neutralité de la Suisse durant les deux guerres mondiales et la démocratie directe (votations populaires, initiatives et référendums), culture politique alors dominée par les hommes au gouvernement suisse.
Au Conseil des Etats, où se côtoient les représentants des cantons ruraux conservateurs et des cantons urbains plus libéraux la présence pour la première fois d’une femme députée en 1971 fut vraiment un événement marquant.
Le clivage rural-urbain concernant le suffrage féminin a fait, lors de plusieurs votations à ce sujet, l’objet de nombreux débats.
Chaque pays a ses régions et ses partis politiques les plus conservateurs (sur le plan religieux), ce qui n’est pas typique de la Suisse et n’est pas toujours négatif.
De plus, durant les des deux guerres mondiales ce sont les hommes et non les femmes qui se sont distingués (du moins dans la perception), ce qui s’est révélé être crucial pour l’introduction du suffrage des femmes en 1918 et 1945 dans d’autres pays.
En raison du cours (pacifique) de l’histoire et de la constitution de la Suisse, les femmes ont dû attendre longtemps avant d’obtenir l’égalité dans la jouissance et l’exercice des droits politiques.
Mais cela montre le dynamisme de la Suisse qui, en quelques décennies, a su transformer le retard en un avantage dans les domaines de la politique, de la science, de l’économie et de la culture.