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Lara Dâmaso danse depuis ses trois ans. Son rêve? Devenir danseuse de ballet professionnelle. Enfant, elle fait des études de danse classique avant de se diriger vers le contemporain à l’adolescence. La jeune femme se désintéresse ensuite de la danse, découvre les arts visuels, s’inscrit dans une école d’art et obtient son Bachelor à la Haute École d’art de Zurich.
Tout s’arrête lorsqu’elle se fait écraser les pieds par une voiture. En rééducation, Lara Dâmaso reconnecte avec son corps et se le réapproprie. Elle commence alors à produire des œuvres performatives. Détestant l’idée des danseurs muets, elle introduit la voix dans ses performances. Le son fait partie intégrante du mouvement, car il est généré par ce dernier. En jouant avec le corps, le son et l’écho de la pièce, elle s’enregistre avec son looper pour des spectacles qui parlent à la fois d’intimité et de vulnérabilité.
La danseuse helvético-portugaise Lara Damâso. [Festival Les Urbaines]Un art rebelle
"Plus jeune, lorsque je dansais, l’idée d’utiliser ma voix ne me venait même pas à l’esprit", se souvient Lara Dâmaso, interrogée par la RTS. "Le déclic est venu lors d’une performance dans l’école que j’avais quittée, la Haute École d’art de Leipzig. J’étais invitée à une exposition. Dans cette école, beaucoup de choses me dérangeaient. Par exemple, elle était très patriarcale, et tout l’enseignement était basé sur la théorie. Je m’intéressais plus aux émotions, et je voulais leur donner une voix à travers mon travail."
Lors du vernissage de l’exposition, elle prend la parole après le directeur. Sa danse-discours, nommée "Speech 1", est composée de cris, basés sur la résonance du vieux bâtiment de l’académie: "Je voulais faire vibrer ce lieu par la voix, sans paroles, pour remettre en question ce contexte très formel."
Pour la danseuse-performeuse, utiliser sa voix est aussi un moyen d’extérioriser ses émotions négatives, qu’elle a tendance à intérioriser en elle. Depuis, elle se sent mieux dans sa vie quotidienne. "Mon art est devenu quelque chose de central dans ma vie et la manière dont je souhaite communiquer avec les autres."
Des performances libres
Avant ses performances ce week-end au festival Les Urbaines samedi et dimanche à Lausanne, Lara Dâmaso se rend sur place, à l’Espace Amaretto, pour s'approprier l’espace. Elle découvre le lieu en criant et en écoutant les échos, comme un dialogue. Elle apprend aussi à le connaître. "Je me pose les questions suivantes: de quoi ce lieu est-il chargé? De quoi est-il fait? Quel est son contexte? Comment dialoguer avec lui sans m’imposer? J’aime bien bouger dans l’espace, prendre conscience de ses dimensions."
Tandis qu’elle performe, le public est invité à bouger et à se déplacer autour d’elle, pour entendre le son de différents endroits. "Mais si les personnes présentes préfèrent rester immobiles, cela me va aussi!, dit-elle en souriant. Dans ce cas, je définirai la distance entre le public et moi au fil de ma performance."
Lors de ce spectacle intitulé "Her Harsh High and Deep Voice - A Polyphony", l’artiste lâche prise et découvre avec le public les sons sortant de son corps, comme un apprentissage intime partagé. "Le but étant qu’il n’y ait pas de hiérarchie entre le public et moi", précise Lara Dâmaso.
Propos recueillis par Julie Evard
Adaptation web: ms
, de Lara Dâmaso, à voir samedi 4 et dimanche 5 décembre à l’Espace Amaretto, Lausanne, dans le cadre du festival Les Urbaines.