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Un orphelin est un enfant qui a perdu son père et sa mère, ou l'un des deux. Au Moyen Age et à l'époque moderne déjà, les orphelins, tout comme les enfants trouvés ou négligés (Enfants abandonnés) et les familles sans père, étaient considérés comme des nécessiteux dignes d'être secourus et recevaient de l'aide, alors que les pauvres jugés indignes étaient abandonnés à leur sort (Mendiants). Jusqu'au XXe s., les orphelins jouissaient d'un meilleur statut que les enfants illégitimes ou les "orphelins sociaux" (enfants abandonnés par leur famille).
Au Moyen Age, en raison de la forte mortalité, de nombreux enfants perdaient l'un de leurs parents ou les deux avant leur majorité. Les orphelins privés de père étaient placés sous la protection d'un tuteur, qui était souvent le plus proche parent du côté paternel et qui avait pour tâche de protéger les intérêts patrimoniaux de l'enfant (pupille). Les tuteurs devaient rendre des comptes par écrit (livre de comptes des pupilles, livres de tutelle).
C'étaient surtout la famille élargie (Maisonnée), la parenté ou les voisins qui subvenaient aux besoins des orphelins. A défaut, les enfants qui avaient perdu père et mère étaient accueillis et nourris par l'Eglise, notamment par les couvents qui se chargeaient du secours aux indigents (Assistance). Les orphelins de père étaient le plus souvent pris en charge par leur mère, devenue veuve, pour autant qu'elle puisse continuer à conduire le ménage.
Dès le XVIe s., dans les villes, les orphelins furent placés sous la responsabilité d'institutions publiques qui pouvaient prendre diverses mesures: entretien aux frais de la bourse des pauvres, placement dans un hôpital, dans un orphelinat (dès le XVIIe s.) ou auprès d'un employeur (louage de travail). Ces institutions créèrent en outre des autorités de surveillance des orphelins et de leurs tuteurs (tutelle). Tout comme les enfants trouvés, illégitimes, abandonnés ou de parents inconnus, les orphelins étaient accueillis provisoirement dans les hôpitaux. Les nourrissons (jusqu'à 3 ans environ) étaient confiés à une nourrice, les petits (de 3 à 8 ans) à des parents nourriciers qui recevaient en contrepartie une rémunération hebdomadaire (Enfants placés). Dès l'âge de 8 ans environ, les enfants logés et nourris à l'hôpital fournissaient un travail en échange de leur entretien (Enfance, Travail des enfants).
Certains hôpitaux comprenaient des sections séparées pour les enfants, dont la responsabilité incombait à une "mère", mais dans la plupart des cas, les enfants étaient hébergés avec les adultes nécessiteux (pensionnaires, personnes âgées, malades, femmes en couches). Cette situation souleva de plus en plus de critiques dès la seconde moitié du XVIIIe s. Comme, en outre, les conditions d'hygiène étaient mauvaises, on préférait souvent placer les enfants dans une famille qui devait prendre soin d'eux et assurer leur éducation. Au XVIIe s., les villes (par exemple Zurich en 1637, Saint-Gall en 1663) créèrent des orphelinats, conçus comme des établissements de travail forcé. Ces institutions (Asiles) devaient s'autofinancer; elles étaient liées à des manufactures dans lesquelles les enfants travaillaient. Un enseignement y était également dispensé. Le déroulement des journées était strictement réglementé.
Au XVIIIe s., on créa dans les villes (à Berne en 1757, à Zurich en 1771) des orphelinats distincts à la fois des hospices pour indigents et des établissements de travail forcé. Souvent, l'orphelin ne pouvait apprendre un métier que s'il possédait un capital. A Genève cependant, même les orphelins pauvres apprenaient un métier. Lorsqu'ils quittaient l'assistance, ils recevaient en général une petite dot de la part de l'instance compétente. Une étude démographique sur la commune de Jussy montre que vers 1800, malgré la faible espérance de vie, seuls 1,4% des enfants de moins de 15 ans étaient orphelins de père et de mère, 13,2% avaient perdu leur mère et 18,1% leur père.
Auteur(e): Gerrendina Gerber-Visser / MBA
Au début du XIXe s., on se mit à considérer peu à peu les orphelinats non plus comme des unités de production, mais comme des établissements à vocation pédagogique et assurant une scolarisation. On trouvait préférable, au XIXe s., de les éloigner de l'influence jugée néfaste des villes et de leur donner la forme d'exploitations agricoles (à l'instar de l'institut de Philipp Emanuel von Fellenberg à Hofwil).
Divers lieux d'accueil furent créés à la campagne à la suite d'initiatives privées: maisons de redressement, établissements pour enfants abandonnés (par exemple celui fondé en 1820 par Christian Friedrich Spittler et Christian Heinrich Zeller au château de Beuggen dans le sud du pays de Bade) ou institutions d'éducation des pauvres, souvent marqués par le piétisme et les principes pédagogiques de Johann Heinrich Pestalozzi. Contrairement à l'organisation centralisée des orphelinats des villes, un système dit "familial" se développa à la campagne, selon un nouveau concept de l'aide sociale aux enfants et aux adolescents (Ecoles de redressement), dans lequel des enfants d'âges divers étaient pris en charge par un ou deux adultes dans une sorte de famille de remplacement (par exemple à Bächtelen près de Berne, au Sonnenberg près de Lucerne, à la fondation Pestalozzi à Schlieren ou à l'institut Serix à Palézieux).
Ces institutions avaient pour objectif commun d'éduquer les enfants selon les idéaux des Lumières pour qu'ils deviennent des citoyens responsables et pénétrés de principes moraux et religieux. De nombreux orphelins vivaient cependant hors des institutions, que ce soit avec le parent survivant, avec des membres de la famille proche ou dans des familles d'accueil. D'autres étaient loués pour servir de main-d'œuvre bon marché.
Au XIXe s., l'autorité de tutelle (direction des orphelins) intervenait lorsqu'une personne mineure avait perdu son père, détenteur de l'autorité parentale, même si la mère vivait. De cette instance dépendaient des compétences formelles (par exemple l'administration des biens), exercées selon le principe de territorialité. Le Code civil de 1912 unifia le droit privé suisse, y compris la tutelle. Son article 274 stipulait qu'en cas de décès d'un des époux, l'autorité parentale revenait à l'époux survivant; désormais, les veuves se virent reconnaître l'autorité parentale sur leurs enfants mineurs (Droit de la famille, Droit de l'enfant). Selon l'article 368, les orphelins de père et de mère, comme tout mineur qui n'est pas sous autorité parentale, devaient être pourvus d'un tuteur. Mais l'assistance aux orphelins sans fortune était réglée par les législations cantonales qui, pour la plupart, la confiaient aux communes d'origine. Il en résultait un morcellement des compétences, source de nombreuses complications. Jusque bien avant dans le XXe s., des fondations et organisations privées complétèrent l'aide publique (Mutuelles, Caisses maladie). En 1948, l'assurance vieillesse et survivants (AVS) introduisit la rente d'orphelin, qui évita aux intéressés sans fortune de dépendre de l'aide sociale (versée généralement jusqu'à 16 ans révolus).
En raison de l'évolution de la mortalité, la probabilité qu'un mineur perde l'un de ses parents s'affaiblit dès la fin du XIXe s., l'espérance de vie moyenne des personnes âgées de 20 à 60 ans augmentant fortement dès 1890 (Démographie). Le nombre de veuves et de veufs en charge d'enfants mineurs diminua en proportion. De plus, le pourcentage des mineurs par rapport à l'ensemble de la population décrut parallèlement au nombre moyen d'enfants par famille. Au XXe s., la mort de l'un des parents laisse en moyenne moins d'enfants orphelins qu'au XIXe s.
Le nombre d'orphelins bénéficiant d'une rente a diminué entre 1980 et 2000. On est passé de 61 406 rentes simples (orphelins de père ou de mère) et de 1497 rentes complètes (orphelins de père et de mère) en 1980 à 47 211 et 1061 en 1990, puis à 41 856 et 595 en 2000.
Auteur(e): Monika Imboden / MBA