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Martin Luther et la Bible allemande
En 1516, le fil de l'histoire de l'Ecriture sainte passe par Bâle.
Le libraire Johannes Fröben vient d'apprendre que le cardinal Ximenès, archevêque de Tolède, a donné l'ordre d'imprimer une Bible polyglotte, où la version latine du Nouveau Testament figurera à côté du texte grec. Pourquoi ne pas devancer l'intention de ce digne ecclésiastique et réussir cette affaire d'or? Ainsi pense Fröben qui, dans ce but, va trouver un célèbre humaniste: Erasme de Rotterdam; ce dernier vient de s'établir à Bâle, et Fröben le prie de lui remettre dès que possible un manuscrit grec du Nouveau Testament, en vue de cette impression.
Erasme n'a guère le temps de faire des recherches approfondies. Il apporte quelques retouches à trois documents du XIIe siècle qu'il a trouvés dans la bibliothèque de la ville. Fröben se hâte. Cinq mois se sont écoulés, et les premiers exemplaires du Nouveau Testament grec-latin d'Erasme sortent de presse.
Erasme est une sommité intellectuelle; les rois et les grands de ce monde viennent le consulter. Il s'est élevé contre les abus du clergé, mais n'a jamais osé prendre position pour la cause de Jésus-Christ. Toutefois, Dieu se sert de cet homme indécis pour dégager sa Parole de la gangue des traditions dans laquelle elle était enveloppée.
Le Nouveau Testament d'Erasme va jouer un rôle capital. Il est l'un des documents de base du Textus Receptus, le "texte reçu par tous", ainsi que le désignèrent les frères Elzévir, éditeur hollandais, en 1633. Or, le "texte reçu" projeta son empreinte sur la plupart des versions bibliques modernes; ce n'est que vers la fin du XIXe siècle que l'on commença à s'affranchir de certaines adjonctions - segments de phrases ou fragments de versets - incorporés originellement au Textus Receptus et dus à la plume de copistes trop zélés du Moyen Age.
Quatre éditions se succèdent. L'un de ces exemplaires tombera dans les mains de William Tyndale, brillant étudiant à Oxford; saisi par la lecture du texte biblique dans sa langue originale, il voudra à tout prix le traduire en anglais. Nous y reviendrons. Un autre de ces Nouveaux Testaments pénétrera dans une obscure cellule du couvent des Augustins, à Erfurt; il y deviendra l'ouvrage de prédilection du moine Martin Luther, dans sa recherche passionnée de la vérité.