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L'essayiste et critique littéraire franco-américain George Steiner est mort lundi à son domicile à Cambridge, en Angleterre, a annoncé son fils David Steiner au New York Times. Il avait 90 ans.
Né en 1929 à Paris au sein d'une famille juive d'origine viennoise, George Steiner a enseigné à l'Université de Genève et de Cambridge ainsi que dans les prestigieuses universités américaines de Princeton, Yale et New York.
Critique, philosophe, professeur de littérature anglaise et comparée à Genève, écrivain, interprète de l'art et questionneur de la civilisation occidentale finissante, George Steiner se définissait avant tout comme un "maître à lire". En 1998, dans une série de treize entretiens avec Guillaume Chenevière, cet intellectuel érudit évoquait ses thèmes de prédilection: le langage, la tragédie, la pensée et le pouvoir, le silence après la barbarie de la Shoah et le monde futur.
>> A consulter, les 13 entretiens de George Steiner avec Guillaume Chenevière:
George Steiner et Guillaume Chenevière en 1998. [David Wagnières - RTS]
Ecrire et parler, des capacités humaines
Son thème de prédilection était la capacité humaine à écrire et à parler, dont il a tiré une oeuvre clé parue en 1967, intitulée "Parler et se taire". Ses réflexions épousaient un spectre allant de la religion à la musique, la peinture et l'histoire. Un éclectisme qu'il devait à son éducation forgée dans trois langues, anglais, allemand et français dès son plus jeune âge.
"Le grand, le subtil, l'exigeant George Steiner, laisse une oeuvre vertigineuse, d'une érudition iconoclaste, hantée par la monstruosité engendrée par la grande culture européenne", a réagi sur Twitter l'écrivain Jacques Attali, rendant hommage à "un ami attendrissant, masquant noblement de grandes blessures".
Selon le New York Times, l'écrivain était aussi une "figure clivante": "les admirateurs de M. Steiner trouvaient son érudition et ses arguments brillants. Les détracteurs le trouvaient verbeux, prétentieux et souvent inexact".
George Steiner "est un maître du mot et l'une des rares figures de notre temps à disposer d'un savoir universel de notre temps", avait déclaré l'ancien ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer en lui remettant le prix allemand Ludwig-Boerne de la critique et des essais littéraires en 2003.
mh avec afp