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Olivier Du Roy, La règle d'or. Le retour d'une maxime oubliée, Cerf, Paris 2009, 178 p.
« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse. » Cette règle d'or est attestée dans toutes les cultures, les philosophies et les religions du monde. Elle apparaît au Ve siècle avant J.-C. et a fait l'objet de nombreux débats : de Mauco Capac (Inca) à Confucius ; du brahmanisme au bouddhisme, en passant par le jaïnisme, le sikhisme ou zoroastrisme ; de l'Egypte ancienne à l'Assyrie ou aux maximes africaines ; du judaïsme, à l'islam et au christianisme...
Des philosophies grecques ou latines aux grands débats du XVIIe siècle, à ceux de l'Angleterre ou de l'Amérique pour combattre l'esclavage, jusqu'à nos jours (Paul Ricoeur), elle scelle la réconciliation des religions (Déclaration du Parlement des religions en 1993) pour aboutir à la « Fondation pour une éthique planétaire » animée par Hans Küng. Même l'Unesco y cherche le fondement d'une nouvelle moralité en vue d'un développement harmonieux de l'humanité. Elle n'est pas la loi du talion, ni une forme sociale morale de réciprocité. Son ressort est l'inversion des rôles, l'empathie et l'équité. Pour échapper à son exigence, combien de fois a-t-elle été déformée ! On a souvent cherché à l'affaiblir en y ajoutant des corrections.
Au sein de la tradition chrétienne, la règle d'or a aussi eu une étrange histoire. Elle a été donnée très tôt comme principe premier de la loi naturelle (Origène). Luther s'en est beaucoup servi. Aussi est-il bon de revenir à l'Evangile. Car elle est au centre du Sermon sur la montagne (Mt 7,12) ou dans la plaine (Lc 6,31). Matthieu nous dit : « Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c'est la Loi et les Prophètes » ; Luc fait dire à Jésus : « Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux », parole qui semble la plus proche de la réalité.
La règle d'or ne résulte pas d'une simple équité humaine, n'est pas une simple règle d'équivalence mais « l'injonction d'un amour unilatéral et désintéressé ». Car il faut bien observer que Luc place cette parole au beau milieu d'un texte sur l'amour des ennemis ; et pas seulement, comme chez Matthieu, à proximité de l'amour du prochain. Ceci est capital. Car voici ce qu'elle signifie : « Ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le leur mais n'attendez pas pour le faire qu'ils l'aient fait eux-mêmes (initiative unilatérale) et ne le faites pas pour qu'ils vous le fassent (désintéressement). » Il ne s'agit pas d'aimer pour être aimé en retour.
La pointe évangélique n'est pas un condensé moral ou une loi naturelle, mais un amour qui va jusqu'à risquer sa vie et faire du bien à ceux qui nous agressent ou nous nient. Donc pas un comportement réactif mais un amour prêt à faire le premier pas.