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Exceptionnelle exposition au Kunsthaus de Zurich.
par Emmanuèle RUEGGER
Pour fêter ses cent ans d’existence, le Kunsthaus de Zurich propose jusqu’au 30 janvier 2011 une exposition exceptionnelle des œuvres de Picasso en s’inspirant de la première exposition muséale des peintures du grand maître qui avait eu lieu justement dans le musée zurichois en 1932. Le commissaire de cette exposition n’était autre que Picasso lui-même.
Le peintre avait ordonné ses œuvres, au nombre de 220, spontanément, pêle-mêle. L’exposition actuelle, qui a réuni 73 toiles, propose ces œuvres par ordre chronologique. L’on découvre ainsi d’abord le jeune Picasso, influencé par les peintres les plus variés comme Cézanne ou Toulouse-Lautrec (notamment le portrait de Gustave Coquiot, 1901).
Période bleue et rose
Les toiles suivantes, qui appartiennent à ce que l’on appelle la période bleue, sont caractérisées par la tristesse, la mélancolie. Les personnages, peints en bleu sombre sur fond bleu, semblent résignés, le regard dans le vide. L’exposition en présente une demi-douzaine dont Mélancolie et Femme au Fichu, toutes deux de 1902. Le Vase de fleurs, aux couleurs gaies, que l’on peut voir également et qui date de la même époque, montre bien que Picasso se laissait inspirer aussi par le classicisme. Il en va de même pour les peintures exposées de ce qu’on appelle la période rose, un portrait, celui de Fernande Olivier, et un nu, Adolescents, tous deux de 1906.
Suivent une série de quatre têtes peintes à gros traits, inspirée de sculptures africaines et stylisées, notamment Tête de femme (Nu à la draperie), 1907, des études qui aboutiraient au cubisme.
Cubisme analytique et synthétique
En 1909, Picasso avait commencé à travailler avec son ami Georges Braque. Ensemble, ils créent le cubisme analytique. Ce courant révolutionnaire est largement représenté dans l’exposition zurichoise par une dizaine de toiles réalisée dans des tons gris, vert sombre, dont l’Homme à la clarinette, 1911/12. Certaines de ces peintures contiennent des traces écrites éparpillées comme par exemple les inscriptions Huile/Souvenir du Havre dans le tableau du même titre, 1912, ou encore Notre Avenir est dans l’A(ir) dans l’œuvre Coquilles Saint-Jacques, également 1912.
C’est une fois encore Georges Braque qui donna à Picasso l’idée de coller des bouts de papier avec ou sans textes ou dessins sur les toiles. L’ancêtre du collage était né. Picasso développera ce style de papiers collés sur des dessins faits au charbon ou au crayon jusqu’au cubisme synthétique. Il est représenté par une demi-douzaine de toiles dont l’Etudiant à la pipe, 1914.
Guitares, violons et mandolines
L’œuvre de Picasso est partagée entre natures mortes et portraits. L’exposition montre vingt-deux huiles peintes entre 1915 et 1926 avec ces sujets. Dans les natures mortes, les guitares, violons ou mandolines ne sauraient manquer. Mais ils apparaissent aussi dans les portraits comme l’Arlequin musicien, 1924. En même temps que ces œuvres cubistes naissent des peintures inspirées du classicisme comme la Femme assise (Femme à la chemise), 1921. Les femmes peintes dans ce style sont trapues, leurs mains larges, mais les visages sont classiques. En plus de quatre portraits de femmes, l’exposition zurichoise présente un portrait du fils de Picasso, Paulo, également réalisé dans le plus pur classicisme.
Surréalisme
Des années vingt date aussi la rencontre de Picasso avec les surréalistes. Sa peinture en sera influencée, comme libérée du carcan cubiste. Aux lignes droites, rigides, s’ajoutent désormais des lignes courbes comme par exemple dans la toile Pichet et coupe de fruits, 1931. Le Kunsthaus propose quatre natures mortes dans ce nouveau style, surtout réalisées en 1931. Du surréalisme, Picasso prend aussi l’imagination débridée qui l’amènera à peindre des œuvres aussi surprenantes que Baigneuses au ballon, 1928 ou Nu debout au bord de la mer, 1929. Mais chez lui, il n’y a pas d’« automatisme » venu de l’inconscient. Tout est conscient.
L’exposition va jusqu’en 1932, comme la manifestation dont elle s’inspire. Aussi peut-on y admirer une dizaine de toiles datant du début des années trente, pour la moitié des natures mortes pour le reste des portraits. Ces portraits sont pour la plupart caractérisés par un symbolisme érotique (Le repos ou La ceinture jaune : Marie-Thérèse Walter, tous deux de 1932). À côté des toiles, le Kunsthaus de Zurich montre quelques gravures de son exposition permanente ainsi que trois petits bronzes du grand maître.
En guise de conclusion : aux toiles énumérées dans le catalogue de 1932 faisait suite l’inscription verkäuflich, à vendre. De nos jours ces toiles valent des centaines de millions de francs… C’est un événement de pouvoir les voir chez nous.
Emmanuèle Rüegger