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POLITIQUE
TIRÉE DES PROPRES PAROLES
DE L’ECRITURE SAINTE
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE.
REMARQUES HISTORIQUES.
Nous avons parlé dans le précédent volume de trois ouvrages que Bossuet composa pour l'éducation du Dauphin ; nous pouvons encore parler ici de deux chefs-d'œuvre qu'il burina sur le marbre dans le même but.
I. Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture sainte. — Le Dauphin commençait la dix-septième année de son âge. On lui avait enseigné la grammaire et la langue latine, la rhétorique et la logique, un peu les sciences et les arts ; on lui avait appris l'histoire ancienne et l'histoire moderne, spécialement l'histoire de son pays : que restait-il à faire pour compléter son éducation ? Il fallait tracer devant ses yeux les principes, les règles et les devoirs de la politique. Voilà ce que dit son précepteur : «Dans un ouvrage particulier, nous découvrons, dit-il, les secrets de la politique, les maximes du gouvernement, et les sources du droit, dans la doctrine et dans les exemeples de la sainte Ecriture. On y voit non-seulement avec quelle piété il faut que les rois servent Dieu, ou le fléchissent après l'avoir offensé; avec quel zèle ils sont obligés à défendre la foi de l'Eglise, à maintenir ses droits, et à choisir ses pasteurs : mais encore l'origine de la loi civile ; comment les hommes ont commencé à former leur société; avec quelle adresse il faut manier les esprits; comment il faut former le dessein de conduire une guerre, ne l'entreprendre pas sans bon sujet, faire une paix, soutenir l'autorité, faire des lois et régler un état (1). »
Pour préciser davantage, la Politique sacrée présente comme deux
1 Lettre à Innocent XI, vol. précéd., pag. 28, n. XIII.
II
parties, composées l'une de six, l'autre de quatre livres. Dans la première partie, l'auteur traite des matières que voici : 1° Des principes de la société : Dieu père de tous les hommes, la charité fraternelle, l'amour de la patrie, les lois, le gouvernement. 2° De l'autorité royale : la monarchie héréditaire, forme de gouvernement la plus naturelle, la plus ancienne, la plus commune et la plus favorable au bonheur des peuples. 3° De la nature et des propriétés de l'autorité royale : elle est sacrée. 4° Elle est absolue. 5° Elle est soumise à la raison. 6° Des devoirs des sujets envers le prince : le service et l'obéissance. Dans la deuxième partie, le savant publiciste parle : 7° Des devoirs de la royauté : la religion, sa vérité, son importance, ses motifs, son culte. 8° De la justice : ses qualités, qui sont la constance, la prudence et la clémence. 9° Des secours de la royauté : les armes, les richesses, les finances et les conseils. 10° Encore les richesses et les finances; puis les inconvénients et les tentations qui accompagnent la royauté, et les remèdes qu'on y doit apporter.
Au reste, on peut embrasser d'un seul coup d'œil toutes les dimensions de l'ouvrage, parce qu'il est conçu pour ainsi dire sur un plan géométrique. En effet, chaque livre est divisé en plusieurs articles et chaque article en plusieurs propositions, qui découlent les unes des autres dans Tordre nécessaire du principe et de la conséquence; si bien que la table des matières renferme, comme dans un discours suivi, l'analyse raisonnée de l'ouvrage. Une autre chose qu'il faut aussi remarquer, c'est que l'écrivain tire les preuves et les exemples de l'Ecriture sainte; et les textes se présentent avec tant d'ordre sous sa plume, ils se suivent dans la trame du discours avec une si merveilleuse connexion, qu'ils semblent être faits pour se servir mutuellement de support et d'appui. Dieu même, et non l'homme, parle dans la Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture : c'est là le principe et la force de l'ouvrage; c'est là ce qui le distingue de tous ceux qu'on a faits sur le même sujet; c'est aussi là ce qui commande l’étonnement et l'admiration, de voir dans le Livre des vérités éternelles des règles si sûres et des maximes si profondes sur les choses passagères de ce monde. L'habile interprète suit ordinairement le latin de la Vulgate; quelquefois, pour plus d'exactitude et plus de clarté, le grec et l'hébreu. Au lieu d'adopter les traductions françaises, il traduit lui-même les célestes oracles : il les traduit avec l’ingénuité sublime qui le distingue, joignant la fidélité à l’indépendance du discours, la simplicité à la majesté du génie. Qu'on nous permette de dire nettement notre opinion : la Politique est un des plus beaux ouvrages de Bossuet; il n'a montré nulle part plus de connaissance des Ecritures, ni plus de force de raisonnement; il n'a déployé nulle part de plus larges conceptions, ni de plus grandes beautés littéraires. — On dit souvent qu'il favorise le despotisme et la tyrannie. Que répondre à
III
cela? L'homme éclairé sait à quoi s'en tenir, le libéral ignorant n'entendrait à rien. Passons.
Bossuet termina les six premiers livres de la Politique, mais ceux-là seulement, vers la fin de l'éducation du Dauphin, dans l'année 1679. Il croyait cette première partie suffisante pour l'instruction de son auguste élève; et de graves occupations vinrent l'arrêter dans sa tâche ; les opérations de l'assemblée de 1682, le gouvernement du diocèse de Meaux, l’Histoire des variations, et mille travaux non moins importants.
En 1692, il communiqua la partie finie de son ouvrage à Fénelon, de même qu'au duc de Beauvilliers, les autorisant à s'en servir dans l'éducation du duc de Bourgogne. On sait qu'il leur avait déjà confié la Connaissance de Dieu et de soi-même. Heureux le peuple, heureux le siècle où les plus grands génies concertaient leurs efforts pour former les princes de la nation! Fénelon et le duc de Beauvilliers, voyant avec admiration la société humaine s'élever sur la base des divines Ecritures, conjurèrent l'auteur d'achever son ouvrage.
Bossuet travaillait au Commentaire des Livres sapientiaux, et voulait terminer cet ouvrage avant de reprendre la Politique; car il devait puiser dans les livres de Salomon des preuves et des enseignements précieux. Le Commentaire parut en 1693. De ce moment l'infatigable auteur promit à ses amis la fin du travail tant désiré; employant le langage d'un architecte : « Oui, leur dit-il, dans un an vous aurez toute ma politique, et je vous en mettrai la clef à la main (1). »
Le nouveau quiétisme, qui agita si douloureusement les consciences, l'empêcha d'accomplir cette promesse, en l'armant pour la défense de la morale chrétienne. Au milieu de la lutte et des combats, de hauts personnages, Turenne, le duc de Bourgogne, lui demandèrent par de nouvelles instances la continuation de son ouvrage sur le droit public. Lorsque la décision suprême eut abattu l'erreur, aussitôt après l’assemblée de 1700, le grand évêque annonça qu'il « allait reprendre la Politique pour y mettre la dernière main (2) ; » et nous voyons que, dans peu de temps, « il en avait revu plusieurs cahiers mis au net (3). » Plus tard il disait, à son secrétaire intime, a que cet ouvrage demandait une révision fort exacte, de peur des redites qui pourraient lui être arrivées, à cause qu'il avait fort augmenté ce livre depuis six mois, sans en avoir revu la première partie, qui était faite depuis plus de vingt-deux ans (4). »
Voici de nouveaux travaux qui viennent l'enlever encore à son occupation favorite : la correspondance avec Leibnitz pour la réunion des protestants d'Allemagne à l'Eglise romaine, et les deux Instructions sur la Version de Trévoux contre Richard Simon. Sitôt qu'il eut recouvré
1 Ledieu, Journal, 1693. — 2 Ibid., 27 septembre 1700. — 3 Ibid., 4 janvier 1701. — 4 Ibid., 20 août 1711.
IV
quelque loisir, en 1703, il déclara « qu'il voulait revoir sa Politique pour la dernière fois; et que, pour le bien faire, il allait y travailler toutes les matinées (1). » Hélas! une cruelle maladie brisa bientôt cette plume qui avait donné tant de gloire à la littérature, à la vérité tant de triomphes !
Bossuet a terminé la Politique dans ses parties essentielles ; seulement il ne put faire le résumé général, qui devait mettre tout l’ouvrage sous un seul point de vue; aussi la dernière page du manuscrit laissait-elle voir ces mots : Abrégé et conclusion de ce discours. L'abbé Bossuet voulut bien, et c'est lui-même qui nous l'apprend, lui offrir sa main « pour rendre cet ouvrage parfait, dit-il, en faisant cet abrégé et cette conclusion ; » mais le grand oncle du petit neveu, comme s'exprime le comte de Maistre, lui répondit « que toute la force de son esprit y était nécessaire, qu'il n'attendait qu'un rayon de santé pour le faire, et que comme il en avait seul la parfaite compréhension, lui seul pouvait y travailler (2). » Ainsi, point de badigeon sur le dessin du maître. Après les mots rapportés tout à l'heure, annonçant la conclusion du livre, Bossuet avait aussi écrit de sa main : Saint Augustin, de la Cité de Dieu. D'après cela, dit encore l'abbé Bossuet, « on a mis en la place, et comme conclusion, un Irait d'un des plus grands docteurs de l'Eglise, de saint Augustin, parlant aux empereurs chrétiens, qui semble être fait exprès pour servir de. conclusion à cet ouvrage, et qu'on n'a même pas lieu de douter que l'auteur n'ait voulu employer en cet endroit (3). »
Comme on l'a prévu déjà, la Politique sacrée fut publiée pour la première fois par le même abbé Bossuet, en 1709, chez Pierre Cot, en un magnifique volume in-4°. «Tout en avouant que le libraire n'y gagnerait rien, » l'habile éditeur se réserva, sur un tirage d'un mille, « 300 exemplaires, dont 60 reliés en maroquin, les autres en veau, mais propres (4). » A peine sa provision de livres fut-elle prête, qu'il courut la distribuer « au roi, aux princes, à toute la cour; » l'abbé Ledieu le trouva quelques jours après « dans un accès de fièvre, parce qu'il s'était trop échauffé (5). » Il avait dédié sa publication au Dauphin : « Fine politique de cet abbé, d'avoir profité de cette occasion pour s'attirer la considération de Monseigneur contre l'intention même de l'auteur, qui avait résolu de publier cet ouvrage sans y faire davantage aucune mention du prince (6). ».
C'est l'imprimé de l'abbé Bossuet qui nous a servi de type et de modèle dans la réimpression de l'ouvrage; car le prudent éditeur n'a point laissé de manuscrit original après lui : moyen sûr et facile de prévenir et de déconcerter les impertinences de la critique.
1 L'abbé Ledieu, tournai, 16 et 22 août 1703. — 2 Politique tirée des propres
paroles de l'Ecriture sainte, édition de l'abbé Bossuet, Préface, XXII. — 3 Ibid.
— 4 L'abbé Ledieu, Journal, 21 janvier 1708 — 5 Ibid., 10 septembre 1709. —- 6 Ibid.
V
II. Discours sur l'histoire universelle. — Bossuet nous explique lui-même le plan, le but et la fin de cet ouvrage. Dans la Lettre à Innocent XI, parlant de l'éducation du Dauphin : « Maintenant que le cours de ses études est presque achevé, dit-il, nous avons cru devoir travailler... à une histoire universelle, qui eût deux parties : dont la première comprît depuis l'origine du monde jusqu'à la chute de l'ancien empire romain, et au couronnement de Charlemagne : et la seconde, depuis ce nouvel empire établi par les François. Il y avait déjà longtemps que nous l'avions composée, et même que nous l'avions fait lire au Prince : mais nous la repassons maintenant, et nous y avons ajouté de nouvelles réflexions, qui font entendre toute la suite de la religion, et les changements des empires avec leurs causes profondes que nous reprenons dès leur origine. Dans cet ouvrage, on voit paraître la religion toujours ferme et inébranlable, depuis le commencement du monde : le rapport des deux Testaments lui donne cette force ; et l'Evangile qu'on voit s'élever sur les fondements de la loi, montre une solidité qu'on reconnaît aisément être à toute épreuve. On voit la vérité toujours victorieuse , les hérésies renversées, l'Eglise fondée sur la pierre les abattre par le seul poids d'une autorité si bien établie : pendant qu'on voit au contraire les empires les plus florissants, non-seulement s'affaiblir par la suite des années, mais encore se défaire mutuellement, et tomber les uns sur les autres. Nous montrons d'où vient d'un côté une si ferme constance, et de l'autre un état toujours changeant et des ruines inévitables. Cette dernière recherche nous a engagés à expliquer en peu de mots les lois et les coutumes des Egyptiens, des Assyriens et des Perses, celles des Grecs, celles des Romains, et celles des temps suivants : ce que chaque nation a eu dans les siennes qui ait été fatal aux autres et à elles-mêmes, et les exemples que leurs progrès ou leur décadence ont donnés aux siècles futurs. Ainsi nous tirons deux fruits de l'histoire universelle. Le premier est de faire voir tout ensemble l'autorité et la sainteté de la religion, par sa propre stabilité et par sa durée perpétuelle. Le second est que connaissant ce qui a causé la ruine de chaque empire, nous pouvons sur leur exemple trouver les moyens de soutenir les Etats si fragiles de leur nature, sans toutefois oublier que ces soutiens mêmes sont sujets à la loi commune de la mortalité qui est attachée aux choses humaines, et qu'il faut porter plus haut ses espérances (1). »
Bossuet n'a pas rempli tout le plan qu'il vient de tracer. Il a divisé, comme on a vu, l'histoire en deux parties : l'histoire ancienne s'étendant de l'origine du monde jusqu'à l'empire de Charlemagne, et l'histoire moderne commençant à cet empire pour finir au règne de Louis XIV. Il annonce la même division dans l'avant-propos de l'ouvrage; après avoir
1 Lettre à Innocent XI, plus haut, vol. XXIII, pag. 27 et 28, n. XII.
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fixé la fin de la première partie toujours à l'empire de Charlemagne : a La suite de l'histoire, continue-t-il en parlant au Dauphin, vous sera proposée dans une seconde partie, qui vous mènera jusqu'au siècle que nous voyons illustré par les actions immortelles du Roi votre père (1). » Malheureusement il ne nous a pas « proposé cette suite de l'histoire, » en écrivant la seconde partie de son projet. M. de la Barre a tenté de combler cette lacune ; mais sa Continuation n'a pas satisfait l'opinion publique; on ne l'imprime plus que pour grossir, dans les éditions séparées, le volume du Discours sur l'histoire universelle.
Nous avons vu aussi, dans lé passage cité, qu'en « repassant son ouvrage avec le Dauphin , Bossuet y ajouta de nouvelles réflexions : » voici pourquoi. Dans sa première pensée, il voulait tracer seulement, pour aider les souvenirs de son élève, un abrégé de l'histoire générale, en le faisant précéder de considérations qui dévoient servir de préface. Les amis qu'il avait coutume de consulter, après avoir entendu la lecture de ces remarques, l'engagèrent d'y donner plus de développement et plus d'étendue. Alors ce qui devait constituer le corps de l'ouvrage, c'est-à-dire l'exposé des faits, devint comme la préface ; et ce qui devait servir de préface, c'est-à-dire les réflexions, forma le corps de l'ouvrage.
Tel qu'il existe dans sa dernière forme, le Discours sur l'histoire universelle a trois parties : les époques Ou la suite des temps, la suite de la religion et les empires. Dans la première partie, l'auteur assigne douze époques qui sont comme autant de jalons dans la route de l'histoire, et qu'il ne faut jamais perdre de vue. Les voici en quelques mots : Adam ou la création , Noé ou le déluge, Abraham ou le commencement de la première alliance, Moïse ou la loi écrite, la prise de Troie, Salomon ou le temple achevé, Romulus ou Rome fondée, Cyrus ou les Juifs rétablis, Scipion ou Carthage vaincue, Jésus-Christ venu dans ce monde ou la seconde alliance, Constantin ou la paix de l'Eglise, Charlemagne ou l'établissement du nouvel empire. Ces époques sont tracées d'une main rapide et tout ensemble en traits pénétrants; l'Aigle découvre les événements des sommités de l'histoire et parcourt à tire d'ailes les âges du monde; point de remarques, point de disputes; l'habile précepteur ne voulait ni ne devait faire un discoureur de son royal élève : « La chronologie contentieuse, lui dit-il, par exemple... sert peu à éclairer l'esprit d'un grand prince; je n'ai point voulu raffiner sur cette discussion des temps. » — Dans la deuxième partie, l'historien nous montre la suite constante de la religion dans le cours des siècles : les vérités primitives gravées dans les cœurs, la loi divine écrite sur des tables de pierre et pour ainsi dire sur le marbre, les promesses de l'avenir annoncées par les prophètes, les récompenses et les châtiments célestes maintenant le peuple élu dans l'alliance, Jésus-Christ éclairant les hommes
1 Discours sur l'histoire universelle, dans ce volume, p. 363.
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par sa doctrine et les subjuguant par ses miracles, les apôtres portant l'Evangile jusqu'aux extrémités du monde et plantant la croix sur les ruines du paganisme, l'enfer armant les persécuteurs et l'Eglise toujours victorieuse. Est-ce dans les conversations du célèbre Duguet que le savant théologien puisa, comme on l'a dit (1), ses vues sur les destinées du peuple juif? Qui le croira? Ces conceptions si larges et si profondes germèrent dans son grand cœur à Metz, au milieu des travaux qu'il entreprit pour amener les Juifs à la connaissance de Jésus-Christ. — Enfin, dans la troisième partie, Bossuet passe en revue les empires qui ont rempli le monde de leur gloire et de leurs ruines : les Egyptiens, le premier des peuples policés, célèbre par l'amour des sciences et des arts, et de la paix; les royaumes de Ninive et de Babylone parvenus au . faite de la grandeur humaine, abattus par les Perses marchant à la suite de Cyrus; les Perses si terribles dans la guerre, tombant sous les coups des Grecs conduits par Agésilas et par Alexandre le Grand ; l'empire romain, fondé par une troupe de voleurs, subjuguant les Grecs, asservissant la terre et se gorgeant de ses dépouilles; les Barbares appelés par la justice divine, déchirant en pièces l'empire romain, les Francs ramenant sous Pépin l'ordre en Italie et Charlemagne fondant un nouvel empire. Dans ces révolutions continuelles qui changent la face du monde, au milieu « de ce fracas effroyable d'empires et de trônes qui tombent les uns sur les autres, » Bossuet nous montre la main de Dieu disposant toutes choses pour l'établissement du règne de Jésus-Christ.
Parlerons nous du Discours sur l'histoire universelle considéré comme œuvre littéraire? Nicole en apporté ce jugement : « Il y a dans ce livre tant d'esprit, tant de solidité, d'élévation, de grandeur, de génie, de lumière sur le fond de la religion, qu'il n'y en a aucun où un esprit bien fait puisse apprendre davantage (2). » Et Voltaire lui même : « Le Discours sur l'histoire universelle n'a eu ni modèle ni imitateurs. Sou style n'a trouvé que des admirateurs. On fut étonné de cette force majestueuse dont il décrit les mœurs, le gouvernement, l'accroissement et la chute des grands empires, et de ces traits rapides d'une vérité énergique, dont il peint et dont il juge les nations (3). » Cet ouvrage réunit tout ce que la politique a de plus profond, la morale de plus sage, le style de plus vigoureux, l'art de plus étonnant et le génie de plus sublime. . Quelle rapidité dans le récit, quel ordre dans le plan ! quelle étendue dans les vues! quelle profondeur dans les réflexions! Quand on lit le Discours sur l'histoire universelle, si l'on se rappelle tant d'autres
1 Lettres de Sénés sur les erreurs, p. 47.— Abrégé de l’Hist. eccl., t. XII, p. 612. — 2 Lettres, tom. XII, Iett. 89. — 3 Histoire du siècle de Louis XIV, ch. XXIV. Si l'abbé Guenée ou J. J. Rousseau avaient écrit des phrases pareilles, Voltaire les aurait traités de Velches. Toutefois, son jugement sur l'œuvre de Bossuet en vaut mille, pour la raison qu'on sait.
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ouvrages sortis de la même plume, Bossuet s'élève bien au-dessus de tous les grands hommes du grand siècle. Au reste, si l'on veut des phrases et des éloges, on en trouvera dans toutes les rhétoriques, dans tous les cours de littérature, partout.
Le Discours sur l'histoire universelle fut achevé comme allait finir l'éducation du Dauphin, vers la fin de 1679. Il parut dans les premiers mois de 1681, à Paris, chez Marbre-Cramoisy, un volume in-4°. La deuxième édition fut donnée, chez le même libraire, en 1682, un volume in-12 : dans un certain nombre d'exemplaires, le frontispice changé porte : 1691, chez L. Roulland. Le même L. Roulland publia la troisième édition dans le mois de mars 1700, un volume in-12 : il y a aussi des exemplaires qui ont au frontispice : Chez Michel David, 1703. La troisième édition est la dernière qui ait été revue par l'auteur, et donnée de son vivant. En même temps que le Discours sur l'histoire universelle paraissait en France, on le publiait à l'étranger; l'année même de sa première édition, en 1681, on en fit trois contrefaçons en Hollande, la première sans indication de lieu, la deuxième à Amsterdam, et la troisième à la Haye : on trouvera plus lard, dans les lettres de l'auteur, des renseignements curieux sur ces contrefaçons. D'un autre côté, deux traductions italiennes parurent en 1712, l'une à Modène sous les auspices du Comte Philippe Verzauo, l'autre à Venise par les soins d'un Carme caché sous le faux nom de Selvagio Cantaleni. Ajoutons que l'abbé de Parlenay, aumônier de la duchesse de Berri, publia du même ouvrage, en 1718, une traduction latine sous le titre de Commentarii in universam historiam, etc. Cette traduction ne le cède à l'original ni pour l'élégance, ni pour la force du style.
Maintenant, pour finir, un mot sur notre édition. Bossuet fit à son ouvrage des corrections nombreuses, mettant les unes dans la deuxième et dans la troisième édition, laissant les autres en manuscrit. Les corrections faites dans les éditions remplissent en quelque sorte un double office : non-seulement elles changent des formes de langage et développent le texte par des additions; mais elles mettent des titres au milieu des discussions, si bien qu'elles augmentent le nombre des chapitres, surtout dans la deuxième partie de l'ouvrage. Les corrections laissées en manuscrit, toutes tracées de la main de Bossuet, sont des additions importantes; elles ont pour but principal de faire ressortir dans une plus vive lumière l'authenticité des Livres saints, et les rapports de l’Ancien et du Nouveau Testament ; la plus considérable forme le chapitre XXIX de la deuxième partie. Nous avons soigneusement recueilli toutes ces corrections, et les premières et les dernières, dans le texte de l'ouvrage; bien plus, nous les avons signalées d'une manière à l'œil du lecteur, en mettant au bas des pages les mots, les phrases, les passages qu'elles remplacent dans le discours. Grâce à ce procédé, on assistera
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pour ainsi dire à la composition de l'ouvrage, et l'on trouvera souvent plusieurs expressions différentes de la même idée. Aucune édition que je sache, n'offre cet avantage. Voici encore une chose à remarquer. Bossuet selon la coutume de son époque, et nombre d'éditeurs dans l'espoir de gagner le public par un certain appareil typographique, ont mis à la marge les dates des faits et des événements. Nous ne dirons pas que ce système disperse et par là fatigue la vue, tout le monde le comprend aisément; mais nous ferons observer qu'il produit nécessairement la confusion. Souvent la même ligne renferme la On d'un fait et le commencement d'un autre, quelquefois même deux faits entièrement exprimés; cela se rencontre particulièrement dans le récit des expéditions d'Alexandre, des guerres de ses successeurs, des invasions de Pyrrhus en Macédoine, etc. Eh bien, dans ces cas-là, si la date se trouve au bout de la ligne, auquel des deux faits la rapporterons-nous? Rien dans l'imprimé n'éclaircira nos doutes, rien ne dirigera notre choix; nous l'avons appris à la sueur de notre front, nous qui avons eu tant de peine à mettre à leur place les chiffres dans le texte.
Enfin l'ordre des matières semblait appeler le Discours sur l'histoire universelle avant la Politique tirée de l'Ecriture; mais la division des volumes nous a forcé d'intervertir cet ordre. D'ailleurs le volume de l’Histoire de France devait suivre celui-ci.