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11/12/2013
Escalade, royaume et papillottes
L’Escalade est la fête qui a lieu chaque année à Genève au mois de décembre. Les festivités commenceront vendredi 13 pour s'achever dimanche avec le traditionnel cortège costumé dans la vieille ville aux lueurs des flambeaux. Beaucoup considèrent la commémoration de cet événement comme la "fête nationale" genevoise.
L’Escalade célèbre la victoire de Genève, cité protestante, sur les troupes du duc de Savoie qui ont tenté de s’emparer de la ville dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Depuis 1535, Genève était indépendante politiquement et économiquement, elle était associée aux républiques helvétiques telles que Berne et avait la France d'Henri IV pour allié. Ce dernier aurait d'ailleurs averti les autorités de Genève d'une attaque imminente de leur ville par la Savoie. Les autorités auraient répliqué : "Les Savoyards ne sont pas des oiseaux, nous les verrons bien arriver."
À l’époque, la Savoie était un duché, un État indépendant qui ne faisait pas encore partie de la France. Ce n’est qu’en 1860 que la Savoie a été rattachée à la France. En 1602, tout comme ses prédécesseurs, le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er, dit "le Grand", voulait envahir Genève parce qu’elle était déjà en ce temps-là une ville riche qu'il souhaitait reprendre pour en faire sa capitale. Il désirait aussi y réintroduire la foi catholique. Sûr de lui, le duc aurait déclaré "vouloir fêter Noël à Genève".
Cet assaut a été appelé l’Escalade parce que les Savoyards ont escaladé les murailles qui entouraient la ville avec des échelles: ils n’avaient pas d’autre choix puisqu'en ce temps-là Genève était entourée de fortifications. Bons tacticiens, les Savoyards avaient choisi la nuit du 11 au 12 décembre parce qu'à cette époque de l'année les nuits sont particulièrement longues et noires. Ce qu’il y a de particulier avec la bataille de l’Escalade, c’est que tous les citoyens valides, jeunes et moins jeunes, ont lutté contre les Savoyards. Alertés par le tocsin de la cathédrale, les gens ont sauté de leur lit, saisi des armes ou tout ce qui était suffisamment coupant et tranchant pour faire office d’arme et, prenant à peine le temps de revêtir quelque chose de chaud par-dessus leur chemise de nuit, sont venus prêter main-forte aux soldats. La bataille a fait rage dans tous les coins de la ville et, face à la détermination du peuple, les Savoyards ont fini par abandonner.
Parmi les citoyens célèbres qui ont pris part au combat, il existe une figure populaire incontournable: la Mère Royaume. La Mère Royaume, de son nom de jeune fille Catherine Cheynel, était lyonnaise. Son mari s’appelait Pierre Royaume. Tous les deux avaient fui la France et les persécutions contre les Huguenots, les protestants, pour se réfugier à Genève. Le couple avait quitté la France suite au massacre de la Saint-Barthélemy à Paris en août 1572, qui avait causé la mort de plus de trois mille protestants. Catherine et Pierre Royaume ont eu quatorze enfants, on leur connaît aujourd’hui environ six cent descendants directs encore en vie. La Mère Royaume a certainement été l'une des premières personnes à se rendre compte de la présence des Savoyards qui commençaient à envahir la ville au milieu de la nuit. La légende dit qu'en les voyant passer en bas de sa maison, elle a empoigné sa marmite de soupe aux légumes qui reposait dans sa cheminée pour la jeter sur leur tête, attirant ainsi l'attention des gardes qui, jusque-là, buvaient des coups et jouaient aux cartes bien au chaud dans leur guérite. Ils donnèrent l'alerte, et c'est à ce moment-là que la bataille a commencé.
Grâce au geste spontané de la Mère Royaume, on mange à l’Escalade des marmites en chocolat remplies de légumes en massepain et de papillotes avec un pétard à l’intérieur. Le pétard est là pour rappeler les coups de feu qui ont retenti dans la ville cette nuit-là. Les premières marmites en chocolat ont commencé à être produites vers 1830. La tradition, c’est de casser la marmite avant de la manger. Les enfants le font à l’école, il est également courant de le faire entre collègues sur son lieu de travail. Selon la coutume, la personne la plus jeune et la plus âgée du groupe se tiennent la main et frappent un grand coup sur la marmite en prononçant la fameuse phrase: "Ainsi périrent les ennemis de la République !" Il est aussi aussi traditionnel de chanter le "Cé qu'è lainô", "Celui qui est en haut", l'hymne en patois genevois écrit en 1603.