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Vidéo : original sur film super 8 transféré sur fichier numérique, noir et blanc, son, en vidéoprojection, 58’’
Oeuvre présentée dans le cadre de l'exposition Echos d'une collection - Oeuvres du Frac Franche-Comté
Dans une courte scène de L’Atalante (Jean Vigo, 1934), Michel Simon passe et repasse son doigt sur les cercles d’un disque et à sa grande surprise un air d’accordéon surgit à chaque fois. Que joue en fait le mousse de la péniche, encore hors champ. De ce petit jeu sur la provenance de la musique en cinéma, une poignée d’années après l’avénement du sonore, Ulla von Brandenburg offre sa version quatre-vingts ans plus tard.
Ici, la scène se passe en extérieur. Sur le corps de l’acteur, comme sur le quilt suspendu derrière lui, est projetée l’ombre de branchages. Le tournage a eu lieu au Canada en 2005 et c’est seulement en 2014 que l’artiste finalise l’œuvre en lui ajoutant une mélodie au piano qu’elle a composée et interprétée.
La référence au film de Jean Vigo, l’utilisation du quilt (c’est à l’époque du tournage qu’Ulla von Brandenburg découvre cette technique de courtepointe faite de plusieurs couches de tissus, qu’elle utilisera ensuite dans une série de projets), la fabrique de l’œuvre en deux temps (image puis son), tout évoque le cinéma comme un objet artificiel, construit. Juqu’au titre lui-même.
Installation vidéo : banc ; vidéo, couleur, son, en vidéoprojection
Film Super 16 mm vidéo et son transféré en fichier numérique HD en vidéoprojection 23’43’’
Courtesy de l’artiste et Art : Concept (Paris) ; Meyer Riegger (Berlin/Karlsruhe) ; Pilar Corrias Gallery (London) ; Produzentengalerie Hamburg
Oeuvre présentée dans le cadre de l'exposition Echos d'une collection - Oeuvres du Frac Franche-Comté
Une nouvelle fois, Ursula von Brandenburg floute les frontières entre le cinéma, le théâtre, le conte et la vie elle-même. L’artiste a choisi de travailler avec le Théâtre du Peuple, à Bussang dans les Vosges, dont la devise, inscrite sur le cadre de scène, est «Par l'art pour l'humanité». Elle filme comédien·ne·s, danseurs et danseuses, «comme un groupe d'invidus retiré et sédentarisé dans ce lieu». Les personnages déploient des activités artisanales, fabriquent des quilts, des poupées à leur image, jouent avec des rubans.
C’est à la fois la préparation d’un rituel, le rituel lui-même, et un récit de transformation et d’émancipation puisqu’un des personnages – la femme qui semble «démaraboutée» – va ouvrir les portes qui donnent sur la forêt et emmener le groupe dans la nature, vers une vie nomade, sans murs. Le chant et la danse font clairement partie du processus. Le texte chanté, outre un clin d’œil à la performance de Joseph Beuys Ja, Ja, Ja, Ja, Nee, Nee, Nee, Nee, est inspiré par la pièce Le Poisson des grands fonds (Der Tiefseefisch, 1930), de Marieluise Fleisser (1901-1974).
Le film Le milieu est bleu était l’élément central de l’exposition du même nom, au Palais de Toyko en 2020. La scénographie théâtrale déployée dans les salles prolongeait le film et les comédien·ne·s du Théâtre du Peuple performaient régulièrement dans les salles.
En partenariat avec le Théâtre du peuple, Bussang, le CND, Centre national de la danse et l’Opéra national de Paris
Née en 1974 à Karlsruhe
Vit et travaille à Nogent-l'Artaud (Aisne) et Paris
Formée à la scénographie, Ulla von Brandeburg ne travaille que peu de temps au théâtre avant d’entrer aux Beaux-Arts à Hambourg. Elle trouve une plus grande liberté créatrice dans les arts visuels, exploitant une grande variété de techniques et de supports, de l’aquarelle au film, du collage à l’installation, avec souvent un rôle important donné à la danse, à la musique et au chant. Elle garde de sa formation première une capacité à s’emparer des espaces d’exposition pour les transformer selon son propre regard, essentiellement grâce à l’utilisation de grands tissus colorés.
Ces voiles, souvent récupérés dans des théâtres ou des opéras, recyclés d’une installation à l’autre, lui permettent de construire une architecture souple, imprégnée d’une mémoire, d’une histoire, au plus proche de l’humain. L’idée de décor est essentiel, lié à sa réversibilité, à sa fluidité. Ulla von Brandenburg déploie en effet un art de l’émancipation. Elle nous invite à traverser des espaces mentaux. La mise en place de rituels hors du temps, comme l’emploi des codes du théâtre et du cinéma, lui permet d’interroger nos structures sociales et la manière dont nous nous y inscrivons.
Son art est habité par des figures de la modernité, de Johannes Itten à Bertold Brecht en passant par les pionniers du cinéma, de la psychanalyse, mais aussi par les récits folkloriques et l’histoire des utopies.
Ulla von Brandeburg enseigne depuis 2016 à l’Académie des arts visuels de Karlsruhe.