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La presse américaine ne tarit pas d'éloges devant ce Disney punk, sombre, irrésistiblement méchant et divertissant, qui évoque le Londres visuel des années 1970, avec une touche de comics DC et un hommage flamboyant à la haute couture.
Car la mode est au coeur de "Cruella", avec son ambiance digne des défilés de Vivienne Westwood et sa bande-son qui s'écoute en boucle, de Queen aux Doors, de Blondie aux Clash, en passant par Ike et Tina Turner et quelques standards réinterprétés. Un régal pour les yeux et les oreilles. "Un film jouissif", pour Séverine Graff, historienne du cinéma, invitée au 12h45.
Au coeur de ce blockbuster soigné, Cruella, la méchante initialement créée par Dodie Smith dans le roman "Les 101 Dalmatiens" en 1956. Le roman a été plusieurs fois porté à l'écran. Sa version la plus célèbre reste celle du dessin animé de Disney, suivi du film éponyme en 1996 et de sa suite en 2001, la méchante créatrice de mode obsédée par la fourrure étant incarnée par Glenn Close.
Méchante et heureuse de l'être
Cette année, c’est une Cruella punk et rebelle que l’on découvre dans sa jeunesse, du berceau à ses années d’écolière indisciplinée, en passant par son éclosion en tant que jeune styliste talentueuse et anticonformiste. Au début du film, elle s'appelle encore Estella et cache ses cheveux bicolores de naissance, comme le yin et le yang, sous une teinture rousse pour être engagée par la styliste qu'elle admire, la Baronne.
Mais après avoir découvert une effroyable vérité qu'il serait cruel de révéler, sa part sombre se réveille; elle se retourne contre sa patronne; s'érige en rivale et fait exploser son tempérament au cri de "je suis une femme, entends mon rugissement!".
Une des robes spectaculaires à la traîne cousue de pétales de roses. [Copyright 2021 Disney Enterprises]
Sa garde-robe suit son évolution et lui sert d'armes pour conquérir la place qu'elle estime être la sienne. Dans le film, elle change 47 fois de tenues, de la jupe écolière au look Piaf, des vestes militaires extravagantes ou pantalons de motard, sans oublier ses robes de gala, l'une rouge cousue avec plus 5000 pétales de roses, l'autre blanche d'inspiration punk avec une traîne de 20 mètres de long flottant derrière une benne à ordures en plein coeur de Londres. Une garde-robe imaginée par l'excellente costumière Jenny Beavan qui a connu le Swinging London.
Un duel de reines
Cruella d'Enfer se définit ainsi: "brillante, très méchante et un tout petit peu démente". Elle est incarnée avec brio par Emma Stone qui a parfois des allures de Nina Hagen.
Emma Thompson incarne la Baronne, snob et hautaine. [Copyright 2021 Disney Enterprises]
Dans le rôle de son ennemie, cette Baronne snob et tyrannique qui craint la concurrence, Emma Thompson est, elle aussi, au mieux de sa forme dans l'esprit du "Diable s'habille en Prada". C'est à un face-à-face de reines que nous invitent ces deux actrices, aidées par des seconds rôles à leur hauteur.
La réalisation a été confiée à Craig Gillespie qui semble aimer les mauvaises filles puisqu'on lui doit aussi l'excellent "I, Tonya", qui relatait sous forme de faux documentaire l'histoire vraie de la patineuse Tonya Harding, impliquée dans le sabotage de sa rivale Nancy Kerrigan en 1994. Comme le disait Mae West: "les braves filles vont au ciel, les autres un peu partout". Même au sommet du box-office?
Marie-Claude Martin