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Depuis le mois d'août 2012, de nombreux oiseaux forestiers déferlent sur les cols alpins, où les stations de baguage en capturent des nombres records : il s'agit notamment de la Mésange noire (près de 3'000 captures d'août à début octobre au col de Jaman), de la Sittelle torchepot (plus de 70 captures) et du Cassenoix moucheté (près de 100 captures). Ces espèces sont le plus souvent sédentaires mais peuvent adopter un comportement migratoire marqué certaines années, suite à une bonne reproduction couplée à une pénurie de nourriture. Le Cassenoix moucheté sera traité dans le prochain article.
La distribution de la Sittelle torchepot couvre la majeure partie de l’Eurasie, à l’exception de l’extrême nord de la Sibérie et des déserts asiatiques ; une population isolée habite l’Atlas marocain. La sous-espèce nominale niche du sud de la Norvège et de la Suède à la Volga, au sud jusqu’à l’Ukraine, remplacée par S. e. caesia en Europe centrale et occidentale du Danemark aux Alpes, à l’ouest jusqu’à la Grande-Bretagne, aux Pyrénées et aux monts Cantabriques et à l’est jusqu’aux Balkans, S. e. asiatica de la Sibérie occidentale à la Mongolie, Sakhaline, Hokkaido et les montagnes d’Honshu, S. e. arctica dans le nord de la Sibérie centrale et orientale jusqu’à l’Anadyr, S. e. hispaniensis dans la péninsule Ibérique et au Maroc, S. e. cisalpinus du versant sud des Alpes suisses à travers l’Italie continentale jusqu’à la Sicile et au nord des Balkans, S. e. levantina au Levant et en Turquie à l’est jusqu’à l’Euphrate, S. e. caucasica dans le nord de la Turquie, dans le Caucase et en Transcaucasie, S. e. rubiginosa des monts Talish à travers le nord de l’Iran jusqu’au sud-ouest du Turkménistan, S. e. persica dans les monts Zagros du sud-ouest de l’Iran ; 13 autres sous-espèces se trouvent au Kamtchatka et du lac Baïkal à l’Oussouri et la Mandchourie, en Chine, au Japon, en Corée, dans l’Himalaya, en Inde et de la Birmanie au Vietnam. L’espèce est absente d’Irlande ainsi que des îles méditerranéennes, à l’exception de la Sicile et de quelques îles de la mer Egée. Avec plus de 1'000'000 de couples, l’Allemagne est le pays le plus peuplé d’Europe (Russie non comprise). L’espèce est généralement sédentaire, mais des jeunes entreprennent des migrations certaines années lorsque la nourriture vient à manquer, simultanément aux invasions de mésanges. En Finlande, où la Sittelle est généralement absente, des tentatives de nidification ont été observées lors suite à des afflux d’oiseaux sibériens de la sous-espèce S. e. asiatica.
La Sittelle torchepot est répandue dans toutes les régions de Suisse situées au-dessous de 1'500 m, montant localement jusqu’à la limite supérieure des forêts, p. ex. à Aletsch VS et au Parc National GR, où elle niche régulièrement jusqu’à 2'100 m d’altitude ; la nidification la plus élevée a été signalée à Riffelalp sur Zermatt VS 2'250 m. Les Alpes sont moins densément peuplées que les forêts du Plateau et du Jura, l’optimum se situant entre 500 et 1'000 m d’altitude. Les captures sont régulières en automne sur les cols alpins de Bretolet VS, de la Croix VD et de Jaman VD, fréquentes lors des années à invasions.
Les jeunes se dispersent et établissent des territoires dès juin/juillet déjà et peuvent alors apparaître à la limite supérieure des forêts. La Sittelle est très sédentaire à l’âge adulte, mais des jeunes accompagnent parfois en petit nombre les invasions de mésanges déferlant vers le sud de la France et le nord de l’Italie en automne ; le passage débute parfois fin août, plus généralement mi-septembre, culmine dans la première moitié d’octobre pour se terminer début novembre. Au col de Bretolet VS, l’espèce a été capturée en 7 automnes sur 16 de 1957 à 1972, à raison de moins d’une dizaine, mais 26 en 1959 ; il y en a eu au maximum 29 en 1978 et 73 en septembre/octobre 1993 et 91 en septembre/octobre 2005 au col de Jaman VD. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les afflux les plus importants, remarqués dans l’ensemble de la Suisse, ont eu lieu en 1959, 1964, 1972, 1978, 1988, 1993, 1996, 2000 et 2005, coïncidant le plus souvent avec ceux des mésanges. Le passage printanier, se déroule entre fin janvier et début avril, mais les observations de migrateurs sont alors rares, p. ex. 1 ind. le 31 mars 1972 au Fisetengrat UR 2'150 m, survolant l’Unerboden ou 2 ind. le 2 avril 1965 volant en direction du nord-est en compagnie de Mésanges bleues à Villeneuve VD.
Entre les périodes d'atlas 1972-76 et 1993-96, le nombre de carrés occupés est passé de 420 à 439, ce qui représente une extension de 4.5 % de l’aire de reproduction dans le domaine alpin. Dans la région du lac de Constance, l’effectif a également augmenté de près de 6 % et l’aire occupée s’est agrandie de 2 % entre 1980-81 et 1990-92. Des augmentations locales ont également été constatées dans les agglomérations, probablement grâce aux hivers doux des années nonante. En effet, les effectifs peuvent fluctuer grandement après un hiver rigoureux ou une pénurie de nourriture provoquant une émigration massive ; la température hivernale détermine la survie et la densité de population autant que l’abondance de nourriture (faînes et de noisettes notamment), voire de façon prépondérante. Dans une forêt de conifères près de Winterthour ZH, le nombre de nichoirs occupés est passé de 8 en 1965 à seulement 2 en 1970, après une série d’hivers froids. Les effectifs européens sont stables à long terme, sauf en Grande-Bretagne et en Scandinavie où ils sont en augmentation, l’espèce s’étant fortement étendue vers le nord au cours du XXe siècle ; la Sittelle a niché en Ecosse pour la première fois en 1989.
Très sédentaire et territoriale à l’âge adulte, la Sittelle torchepot vit en couple dans les boisements de feuillus ou de conifères, de préférence assez ouverts à la lumière, de même que les vergers, parcs, allées et jardins jusqu’en ville. Il lui faut des arbres à tronc haut et, du moins en partie, d’un certain âge, comme pour le Pic épeiche avec lequel elle cohabite le plus souvent. Diurne, elle se nourrit au printemps et en été principalement d’insectes (pucerons Homoptera, lépidoptères Lepidoptera, coléoptères Coleoptera, perce-oreilles Forficulidae, diptères Diptera, hyménoptères Hymenoptera), d’araignées et de petits gastéropodes prélevés en inspectant les rameaux et les feuillages, en hiver surtout de graines diverses, occasionnellement aussi de baies et d’autres fruits ; elle complète son régime alimentaire avec de la sève s’écoulant des blessures des arbres. Les mangeoires sont régulièrement fréquentées en hiver, où elle apprécie particulièrement la graisse et les graines de tournesol des « boules à mésanges ». Elle participe aux rondes des mésanges, roitelets et grimpereaux hors de la période de reproduction, auxquels elle se mêle également pendant la migration en petits groupes. On peut l’attirer en chuintant. Les cris de contact sont des « zist » suraigus ou des « tjouk-tjouk » d’excitation ou d’alarme. Le chant du mâle est une série lente et monotone de sifflements ascendants « huie-huie-huie-huie-huie » alternant avec des « vivivivivivi » plus rapides.
Strictement cavernicole, la Sittelle niche le plus souvent dans l’ancienne loge d’un Pic épeiche, plus rarement d’un Pic épeichette ou d’un autre pic, dont la femelle maçonne l’entrée avec de la boue mélangée qui forme un ciment très solide en séchant, ou l’agrandit avec son bec pour l’ajuster à sa taille lorsque le bois est meuble ; elle recouvre le fond de la cavité avec des fragments d’écorce de conifère, parfois morceaux de bois mort ou de feuilles mortes, qu’elle peut rechercher jusqu’à 800 m du nid. D’autres cavités d’arbre sont également adoptées, occasionnellement aussi de mur ou de falaise molassique, généralement à 3-8 (0-22) m au-dessus du sol. La Sittelle ne creuse qu’exceptionnellement sa loge elle-même dans les troncs d’arbre pourris ; un nid souterrain a été découvert au Salève et un nid a été construit contre la façade d’une maison en Autriche. Le nid est généralement utilisé plusieurs années de suite par le même couple, le bouchon d’entrée pouvant alors prendre l’aspect d’un mur épais de plusieurs centimètres et pesant plusieurs kilos ; les parois internes du nichoir sont souvent jointoyées afin d’éviter les courants d’air et le toit renforcé de mortier contre l’infiltration de l’eau de pluie. La construction par la femelle débute généralement fin mars ou en avril, au plus tôt en février voire en janvier, et dure 2-3 semaines ; le mâle se contente généralement d’effectuer des réparations une fois que l’incubation a commencé. Les 6-8 (4-9) œufs sont généralement pondus en avril ou en mai, occasionnellement en mars ; en 1986, un nid était exceptionnellement déjà occupé le 10 janvier à Malan/Pont-de-Fillinges (Vallée de l’Arve, Haute-Savoie F), où la ponte a eu lieu dans la première décade de février et la sortie des jeunes le 22 mars. Les couvées de 10 œufs le 13 mai 1956 à Noville VD et de 11 œufs le 23 mai 1955 à Lyss BE et plus doivent être attribuées à deux femelles. La taille moyenne de ponte varie significativement avec l’altitude. Les jeunes des dernières couvées quittent le nid dans la seconde moitié de juillet. L’incubation par la femelle, dès la ponte du dernier ou du pénultième œuf ou après une pause de 1-5 jours, dure 14-18 jours et les jeunes quittent le nid au bout de 24 (19-28) jours ; ils sont indépendants env. 1 semaine plus tard. La Sittelle peut nicher simultanément avec le Pic épeiche et l’Etourneau sansonnet sur le même arbre. Une nichée mixte de 2 jeunes Mésanges charbonnières et 5 Sittelles torchepots a été découverte en mai 1969 à Prilly VD. Une Pic épeiche a délogé une Sittelle d’un nichoir pour y pondre ses œufs. Le succès de reproduction dépend des conditions météorologiques, de la date de ponte ainsi que de l’âge de la femelle. La densité des nicheurs dépend, comme chez les autres cavernicoles, aussi bien de la disponibilité des loges de nidification que de la qualité du biotope. Elle s’élève à 4 couples/10 ha dans les chênaies à charme, localement aussi dans des pinèdes claires et des forêts subalpines de mélèzes ou d’aroles ; dans un bois feuillu de 11 ha à Kehrsatz BE, 5 couples ont été trouvés en 1974. Dans les forêts de conifères et mixtes, l’abondance ne dépasse guère 1-2 couples/10 ha. Elle peut être augmentée par la pose de nichoirs : en moyenne 5 couples/16 ha de conifères de 1961 à 1976 près de Winterthour ZH, 6 couples/22 ha en 1975 à Sempach LU, 5-8 couples/36 ha totalisant 4 massifs à feuillus dominants, à Jona et Rüti ZH.
L’occupation des nichoirs artificiels ainsi que l’exploitation hivernale de la nourriture mise à disposition dans les villes et villages, de même que l’adoucissement du climat hivernal, sont des facteurs particulièrement favorables à l’espèce.

A propos de Lionel Maumary