Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06928.jsonl.gz/752

L'apparition du stretching dans les années 80 a constitué un progrès indéniable dans la préparation physique des athlètes. Il a été admis que le stretching pouvait améliorer la capacité de performance et aussi diminuer le risque de blessures liées au sport. Dès lors, le stretching a été inclus dans l'échauffement et la récupération. Mais, dès le début des années 90, ont paru quelques études mettant en doute l'utilité du stretching dans la prévention des blessures. Elles ont même démontré que le stretching pouvait diminuer la capacité physique dans certains sports. Ces résultats contradictoires peuvent être expliqués par les types différents des sports impliqués. Si les activités telles le patinage, la danse ou le plongeon bénéficient avantageusement des étirements musculaires, des sports tels le jogging ou le cyclisme peuvent en pâtir.
L'apparition des exercices d'étirements et de stretching dans les années 80 pour la préparation physique a semblé un progrès capital. Sur recommandation médicale (médecins et physiothérapeutes) et d'entraîneurs, le stretching a été progressivement introduit dans le cadre de la prévention des nombreuses blessures survenant à l'appareil locomoteur, mais aussi dans l'idée d'une amélioration de la performance. Les sportifs se sont ainsi davantage intéressés à connaître leur corps et à explorer leur mobilité articulaire.
Les recommandations de la société américaine de médecine du sport (ACSM), jusqu'en 1998, étaient claires :
En fait, le stretching qui avait pour but d'améliorer l'amplitude articulaire s'est vu progressivement attribuer des vertus quasi universelles allant du rôle primordial pour l'échauffement à la prévention des accidents, en passant par la musculation et la récupération. On pouvait même un moment penser que l'étirement, dans ses différentes modalités permettait de résoudre tous les problèmes de préparation physique.
Cependant, dès le début des années 2000, de plus en plus de travaux scientifiques bien documentés, non seulement contredisent les assertions d'utilité du stretching dans la prévention des blessures, mais aussi insinuent que les étirements peuvent nuire à la capacité de performance.2 De 1966 à décembre 2004, en recherchant dans la littérature au moyen des mots clés «stretching, injuries prevention, sport injuries» il a été recensé 373 articles, traitant du stretching et des ses effets sur la mobilité articulaire, les risques de blessures et la performance sportive. Le but de cet article est d'en faire l'inventaire et de commenter les effets du stretching en tant que technique d'amélioration de l'amplitude articulaire et de la souplesse :
Il existe dans la littérature des résultats contradictoires. En effet, la pratique des étirements peut avoir un effet bénéfique, pas d'effet du tout ou être préjudiciable à la performance sportive, contrairement à ce qu'on avait pensé jusqu'à maintenant. Avec l'aide de la littérature, les effets de la pratique du stretching sur les différentes modalités de l'activité physique vont être revus.
La mobilité ou souplesse peuvent être définies comme la propriété de deux segments du corps utilisant une amplitude articulaire optimale sans endommager une articulation ou un groupe d'articulations. Il existe de nombreuses méthodes de stretching susceptibles d'améliorer la mobilité articulaire, à savoir :
Le stretching passif ainsi que le PNF requièrent l'aide d'une tierce personne possédant des connaissances techniques. Le PNF est la technique la plus efficace. Le stretching statique est largement le plus utilisé dans la population1 alors que le stretching balistique est pratiquement tombé en désuétude en raison d'un risque accru de déchirures musculaires.3
Vingt-sept études font la promotion des diverses techniques d'étirements pour améliorer la mobilité et la souplesse articulaire et musculaire. Quelle que soit la technique utilisée, on y constate une amélioration de la mobilité du tronc, du genou, des hanches, de la cheville et des épaules. A l'évidence, la technique du PNF est la plus efficace 4,8 bien que d'autres techniques telles que les postures aient aussi certains avantages.
Des étirements de quinze ou trente secondes en technique passive sont plus efficaces que des étirements plus courts et aussi efficaces que des étirements de plus longue durée.9,10 Le stretching passif est plus opérant que le stretching dynamique ; cependant l'amélioration de la flexibilité après stretching ne dépasse guère 1 h 30.11 Un stretching intensif impliquant plusieurs séances journalières est nécessaire pour améliorer une mobilité qui persiste plusieurs semaines.12
En résumé et à la lumière des données utilisables dans la littérature il peut être conclu que les techniques d'étirements sont efficaces pour améliorer la mobilité articulaire et musculaire. Cette amélioration est temporaire, sauf dans les cas de pratique intensive d'exercices d'étirements. Cependant, le stretching peut avoir des effets secondaires, en particulier sur la performance sportive, qui seront analysés plus loin.
On a longtemps considéré que l'introduction des exercices d'étirements dans l'échauffement est primordiale pour prévenir les blessures. Cependant, plusieurs études viennent contredire cette assertion, et en particulier Shrier qui, dans une revue de plus de dix articles, constate que la pratique des étirements avant un exercice ne réduit pas le risque de blessures.2 D'autres études, effectuées sur les conscrits de l'armée australienne vont dans le même sens. En effet, un travail portant sur 1500 sujets répartis en deux groupes n'a mis en évidence aucune différence significative entre le groupe pratiquant régulièrement des étirements et le groupe contrôle dans la survenue de blessures. Les auteurs confirment leurs résultats l'année suivante.13,14 De même, dans une population de 300 coureurs à pied étudiée par Van Mechelen 15 après un temps d'observation de quatre mois, on a enregistré, dans le groupe témoin qui n'effectuait ni échauffements ni étirements ni retour au calme, moins de blessures (4,9 pour 1000 heures d'entraînement) que le dans le groupe expérimental (5,5 pour 1000 heures d'entraînement).
L'inefficacité du stretching dans la prévention des blessures peut être expliquée par :
En effet, une pratique d'étirements entraîne une augmentation de la tolérance à l'étirement par anesthésie des récepteurs à la douleur. Les progrès constatés lors d'étirements sont le fait que le sujet va plus loin parce que l'entraînement lui apprend à s'habituer à la douleur. Il supporte donc un étirement supérieur que l'on peut nommer «stretch tolerance». Le sportif encourt risque donc de se blesser lorsqu'il va commencer son activité spécifique. Des différentes techniques d'étirements, c'est la technique du PNF qui est la plus efficace, donc la plus dangereuse. Cette technique est donc à éviter en vue d'un échauffement.
Les étirements passifs imposent aux muscles des tensions équivalentes à des tensions musculaires maximales. Les structures élastiques passives du sarcomère risquent de subir des microtraumatismes défavorables au bon déroulement de la performance qui va suivre.16 En effet, dans un travail sur des gymnastes, on a pu démontrer qu'après des étirements passifs effectués sur une jambe en début de séances d'entraînement, la musculature étirée était significativement plus douloureuse que la musculature non traitée, deux jours plus tard.
Un phénomène évoqué également par certains auteurs pour expliquer l'effet négatif du stretching sur la performance est appelé creeping.17 En effet, au cours d'un étirement le tendon s'allonge, ce qui entraîne une réharmonisation des fibres de collagène qui vont s'orienter alors que normalement leur position est en torsade. Cette nouvelle orientation diminue les capacités d'absorption du tendon qui se reportent sur le muscle. Ce phénomène est réversible mais avec une latence importante. Il n'est donc pas justifié de s'étirer à l'échauffement lors d'une discipline sportive sollicitant vitesse et détente.
En conséquence, au vu de ce qui précède, on constate que l'introduction de techniques faisant appel aux étirements n'est pas indiquée au cours des échauffements des sports de vitesse/détente. Certaines disciplines telles que la gymnastique, le patinage ou plongeon échappent à cette règle.
Diverses études récentes ont montré un effet négatif du stretching effectué avant un exercice sur la performance sportive. Ces effets négatifs influencent la performance dans les épreuves de vitesse (économie de course), de force et en particulier dans les sauts.
Certaines études récentes ont mit en évidence des effet négatifs du stretching sur la performance en sprint. Des athlètes ont été enrôlés dans une étude expérimentale : à l'issue d'une pratique d'étirements de quinze minutes, ils devaient effectuer des sprints de quarante mètres. Leur temps de course a augmenté de 0,14 secondes après stretching, alors qu'il est resté identique sans stretching préalable.16
La pratique des étirements au niveau des fléchisseurs plantaires diminue l'activation EMG et la force contractile du groupe musculaire étiré. Cette perte de force est encore présente une heure après l'exercice d'étirement. Même si l'activation musculaire est vite récupérée, la force contractile reste toujours de 9% inférieure pendant près d'une heure encore.18
Kokkonen 19 a testé l'introduction de deux protocoles de stretching avant les mesures de la force maximale des extenseurs et fléchisseurs du genou. Il a constaté dans les deux cas une diminution de la force produite après étirements, comparativement au groupe témoin sans étirements.
L'auteur conclut que l'introduction d'exercices de stretching avant les compétitions de force est à déconseiller.
L'introduction des exercices de stretching au cours d'un échauffement précédant des exercices de sauts entraîne une diminution de la détente verticale de près de 4%, comme cela a été démontré quand on a comparé différents protocoles d'échauffement tels que échauffement général seul, échauffement et stretching statique, échauffement et étirements avec contractions préalables (PNF). Il est donc conseillé d'utiliser ces techniques avec prudence au cours d'échauffement.20-22
Il est couramment admis que les étirements sont indispensables pour favoriser une bonne récupération après une compétition ou un entraînement. Les travaux actuels ne confirment pas cette certitude. En fait, quels sont les paramètres qui peuvent agir sur la récupération ? On peut en distinguer trois qui peuvent concerner les étirements :
Les étirements statiques compriment les capillaires ; ils interrompent donc la vascularisation ce qui a pour effet de diminuer l'apport sanguin, dont le muscle a le plus besoin pour récupérer.23 Le stretching ne favorise pas la vascularisation musculaire, bien au contraire. Seuls les étirements dynamiques, par effet de pompage, peuvent améliorer ou maintenir la vascularisation sanguine.
Le travail excentrique comme par exemple dans la course à pied, provoque des courbatures plus ou moins importantes. Certains auteurs ont testé les effets du stretching avant un jogging, après celui-ci ou même au cours de l'exercice.
En comparant la survenue de courbatures à la suite d'un entraînement de course à pied, une jambe ayant été étirée avant l'exercice tandis, l'autre étant le membre témoin, il n'y eut aucune différences entre les deux côtés.24
De même, après stretching effectué à la suite d'un entraînement de course à pied, on ne constate aucune atténuation des douleurs dans les trois jours qui suivent la séance. Au contraire, le stretching a provoqué une augmentation de la myolyse (q CK) et une diminution de la force musculaire. Le stretching n'a donc aucune utilité dans la prévention les courbatures ; bien au contraire il pourrait les augmenter comme le montre l'évolution des CK.25
Enfin, si le stretching est introduit pendant les séances d'entraînement, le membre étiré devient plus douloureux que l'autre. L'étirement passif ajoute donc des micro lésions à l'effort excentrique.16
Les étirements imposent donc des tensions importantes dans le muscle et ceci dans des amplitudes articulaires inhabituelles. Il en en découle des micro traumatismes au niveau des structures intimes du muscle. Si l'on impose des étirements en fin d'activité physique alors que les muscles viennent d'être soumis à des efforts intenses, on risque de rajouter des perturbations musculaires supplémentaires. On ne peut donc conseiller le stretching comme récupération immédiatement en post-effort. Tout au plus, des étirements en fin d'entraînement peuvent se justifier comme travail de souplesse avec des conséquences musculaires négatives à court terme mais positives à moyen terme. Dans le contexte des entraînements les étirements sont donc utiles comme moyen d'amélioration d'amplitude articulaire et non comme méthode favorisant la récupération.
Le stretching n'a pas d'effet dans l'amélioration de la récupération ; cependant il permet d'obtenir un meilleur état de relaxation en post-exercices. L'activité physique augmente l'état de contractures musculaires. La pratique du stretching a pour effet bénéfique de diminuer cet état de contractures sans en modifier la viscoélasticité.26
Au vu de la littérature, la pratique du stretching est importante chez les athlètes dont l'activité physique exige une grande amplitude articulaire. C'est le cas de la danse, de la gymnastique artistique, du plongeon et du patinage. D'autres études par contre, semblent suggérer qu'un manque de mobilité articulaire peut augmenter l'incidence des blessures. Mais il n'y a pas évidence que la pratique des étirements musculaires protège les structures alors qu'elles se trouvent dans une d'amplitude articulaire inférieure à l'amplitude maximale. Il est d'ailleurs extrêmement rare qu'une blessure survienne alors que la course musculaire ou articulaire se situe à son niveau maximal de mobilité.
En outre, alors que les gymnastes, danseurs et plongeurs ont déjà une excellente souplesse, il n'est pas évident non plus que l'augmenter encore présente une quelconque utilité.
Récemment, certaines hautes autorités sportives ont critiqué la pratique du stretching. Parmi les raisons citées, il a été émis la théorie que le stretching pourrait altérer les capacités proprioceptives, non seulement des mécano récepteurs des muscles mais aussi des articulations, conduisant à une diminution de la capacité des tendons et des muscles à absorber l'énergie et à provoquer ainsi une blessure.
Cependant, il y a l'autre côté de la médaille des différentes études, et les raisons visant à bannir définitivement les étirements musculaires de la pratique sportive ne sont pas suffisantes. En effet, aucune étude n'a examiné une population d'athlètes peu mobiles et donc à plus hauts risques de blessures. Ces derniers pourraient bénéficier avantageusement du stretching. Il n'existe en outre aucune étude qui compare la sévérité des blessures constatées dans les groupes expérimentaux versus les groupes contrôle.
Certaines évidences de pratique physique permettent toutefois de prévenir les blessures. Il s'agit d'échauffements vigoureux accompagnés d'exercices de stretching combinés à des exercices de force excentriques et proprioceptifs. Ce type de pratique a montré une certaine efficacité dans la prévention des blessures et l'amélioration de la performance alors que le stretching sans échauffement adéquat pourrait perturber le niveau de performance. Il est donc recommandé de poursuivre les recherches sur les différentes techniques du stretching ce qui permettra de donner aux médecins, entraîneurs et physiothérapeutes les recommandations adéquates pour leurs athlètes.
En résumé, les points importants à retenir sont :