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Cet essai de Charles Péguy de 1913 nous plonge dans le passage à l'ère moderne. Mêlant à ce portrait pamphlétaire d'une société en mutation des souvenirs d'enfance, l'auteur pressent la crise, le règne absolu de l'argent et de la bourgeoisie. Les anciennes valeurs, honneur et travail, font désormais place à la valeur financière. De l'ouvrier au paysan jusqu'à l'enseignant, l'argent obsède, corrompt. Faire la classe n'est plus une mission mais une obligation professionnelle et lucrative. Et ce qui se passe dans la cour des petits est le reflet des changements survenus dans celle des grands. Car ces hommes qui cherchent à gagner plus en travaillant moins ne font que se précipiter vers un naufrage. Mais la mécanique est en marche, tout retour en arrière impossible.
Né en 1873 et tué au cours de la bataille de la Marne en 1914, Charles Péguy fonde en 1900 les Cahiers de la Quinzaine. Il publie Notre jeunesse et Mystère de la charité de Jeanne d'Arc et L'Argent, son essai le plus connu, en 1913. Fervent défenseur des valeurs traditionnelles, c'est avec vivacité qu'il s'oppose à la réforme scolaire du début du XXe siècle et exprime un profond rejet du monde moderne.
Morceaux choisis de l'œuvre de Charles Péguy, cet ouvrage permet au lecteur d'entrer directement en contact avec l'essentiel de son propos. À travers cinq thèmes représentatifs du travail d'essayiste de l'auteur de L'Argent (héroïsme, travail, science, dieux et révolution), c'est toute la cohérence générale de son œuvre qui se laisse deviner, résultat d'une éthique intransigeante, quel que soit le sujet abordé.
Le caractère atypique de Péguy est souligné par une préface qui nous rappelle pourquoi un lecteur attentif au monde actuel ne saurait rester indifférent à ses écrits.
INÉDIT
À l'issue d'un long entretien avec son ami Marcel Baudouin, "à Orléans, le dimanche 7 juin 1896", Péguy jette les bases de la construction utopique qui deviendra un an plus tard, après la mort brutale de son ami - dont il épousera bientôt la soeur - l'ouvrage intitulé Marcel, premier dialogue de la cité harmonieuse. C'est une des oeuvres les plus étonnantes de toute la littérature utopique, et l'une des plus insolites de Péguy. Ce n'est pas un "dialogue" - mais une succession de courts paragraphes, séparés par des blancs qui semblent être mis là pour marquer l'absence du grand ami disparu ; et ce "premier" sera le dernier, puisque Péguy ne donnera aucune suite.
Dans cette oeuvre d'une extrême simplicité - presque toutes les phrases sont construites avec les seuls verbes "être" et "avoir" - Péguy procède par négations, inhabituelles en Utopie : si l'on comprend qu'il faille éliminer rivalités, haines, jalousies, mensonges et guerres, il est surprenant de voir que la Cité de Péguy ne se veut ni charitable ni juste, et qu'elle rejette égalité, mérite, émulation, renommée, gloire. Le principe de base est l'harmonie, mais toute relative : la Cité du Marcel ne sera pas "toute harmonieuse", mais seulement "la mieux harmonieuse" possible. Après avoir assuré la vie corporelle des citoyens, en recourant à un travail minimum à la charge des seuls hommes adultes et valides (trois à quatre heures par jour suffiront, précise Péguy dans son article "De la cité socialiste" - la semaine de vingt heures !), la Cité se préoccupera avant tout de la vie intérieure et du travail désintéressé, et mettra au premier plan l'art, la science et la philosophie. Surtout, elle sera ouverte à tous, sans aucune distinction possible, comme l'affirme le principe premier du livre : "La cité harmonieuse a pour citoyens tous les vivants qui sont des âmes."
Vous qui la connaissez dans ses embrassements - Et dans sa turpitude et dans ses pénitences, - Et dans sa rectitude et dans ses inconstances, - Et dans le feu sacré de ses embrasements, - Vous qui la connaissez dans ses débordements, - Et dans le maigre jeu de ses incompétences, - Et dans le battement de ses intermittences, - Et dans l'anxiété de ses longs meuglements, - Vous seule vous savez comme elle est peu rebelle, - La ville indépendante et pourtant tributaire.
COMME la vieille aïeule au plus fort de son âge - Se réjouit de voir le tendre nourrisson, - L'enfant à la mamelle et le dernier besson - Recommencer la vie ainsi qu'un héritage ; - Elle en fait par avance un très grand personnage, - Le plus hardi faucheur au temps de la moisson, - Le plus hardi chanteur au temps de la chanson - Qu'on aura jamais vu dans cet humble village :
Double vaisseau de charge aux deux rives de Seine, - Vaisseau de pourpre et d'or, de myrrhe et de cinname, - Vaisseau de blé, de seigle, et de justesse d'âme, - D'humilité, d'orgueil, et de simple verveine ; - Nos pères t'ont comblé d'une si longue peine, - Depuis mille et mille ans que tu viens à la lame, - Que nulle cargaison n'est si lourde à la rame, - Et que nul bâtiment n'a la panse aussi pleine
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Charles Péguy. Publié en 1913 dans les Cahiers de la Quinzaine, L'Argent est l'un des essais où Charles Péguy exprime le plus ouvertement son rejet du monde moderne. Traitant de la réforme de l'école et de la guerre scolaire qui fait alors rage, de Jules Ferry et des hussards noirs - ces instituteurs publics de la IIIe République qui l'ont formé -, de Jean Jaurès et du Socialisme, de Charles Maurras et de l'Affaire Dreyfus, du travail artisanal bien fait et de l'ascenceur social, de l'Église et de la République, l'auteur de Notre jeunesse s'en prend violemment à une certaine France des bourgeois et des propriétaires, une France qu'il voit sombrer au tournant du XXe siècle dans l'esprit de lucre, la spéculation et la politique politicienne au détriment du partage des vraies richesses.
BnF collection ebooks - "Une famille de républicains fouriéristes. - les Milliet. - Après tant d'heureuses rencontres, après les cahiers de Vuillaume c'est une véritable bonne fortune pour nos cahiers que de pouvoir commencer aujourd'hui la publication de ces archives d'une famille républicaine. Quand M. Paul Milliet m'en apporta les premières propositions, avec cette inguérissable modestie des gens qui apportent vraiment quelque chose il ne manqua point de commencer par s'excuser..."BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d'histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.
« L'Argent » est un essai de Charles Péguy publié entre février et avril 1913 dans les « Cahiers de la Quinzaine ». Comme son titre, repris à Emile Zola et à Jules Valles ne l'indique pas de prime abord, « L'Argent » est une critique de la réforme de l'enseignement primaire de 1902. C'est aussi une critique de la modernité pour la modernité.
BnF collection ebooks - "O mère ensevelie hors du premier jardin, Vous n'avez plus connu ce climat de la grâce, Et la vasque et la source et la haute terrasse, Et le premier soleil sur le premier matin."BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d'histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.
« Pour la première fois dans l'histoire du monde, les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l'argent.[...] Et pour la première fois dans l'histoire du monde l'argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l'histoire du monde l'argent est seul en face de l'esprit. »Ce texte écrit par l'Orléanais Charles Péguy en 1913, il y a cent ans tout juste, est d'une brûlante actualité. Aucun édito, aucun commentaire de la situation actuelle ne saurait le remplacer. Tout est dit.Format professionnel électronique © Ink Book édition.
« Nous sommes l'arrière-garde ; et non seulement une arrière-garde, mais une arrière-garde un peu isolée, quelquefois presque abandonnée. Une troupe en l'air. Nous sommes presque des spécimens. Nous allons être, nous-mêmes nous allons être des archives, des archives et des tables, des fossiles, des témoins, des survivants de ces âges historiques. Des tables que l'on consultera. Nous sommes extrêmement mal situés. Dans la chronologie. Dans la succession des générations. Nous sommes une arrière-garde mal liée, non liée au gros de la troupe, aux générations antiques. Nous sommes la dernière des générations qui ont la mystique républicaine. Et notre affaire Dreyfus aura été la dernière des opérations de la mystique républicaine. Nous sommes les derniers. Presque les après-derniers. Aussitôt après nous commence un autre âge, un tout autre monde, le monde de ceux qui ne croient plus à rien, qui s'en font gloire et orgueil. »
"La Passion est l'acte physique le plus métaphysique de la Bible, sur lequel repose toute la culture des sociétés de l'Occident chrétien, fondée en partie sur l'idée de culpabilité héritée de ce martyre. Le texte de Charles Péguy met en scène une réflexion lyrique tout à fait opposée à la pensée Saint-Sulpicienne, qui ne s'empare pas de la dimension humaine des événements bibliques. Péguy propose au contraire, de manière étonnante, une narration située entre l'analyse psychologique des sentiments éprouvés par la mère de Jésus et les débats d'une tribune d'avocats cherchant à expliquer, sur un mode quasi juridique et sociologique, cet événement fondateur. Enregistrée par Radio France, dans l'architecture exceptionnelle de la Cathédrale de Périgueux, Frémeaux & Associés présente une interprétation de Pierre Bellemare ouverte à tous, qui valorise la charge émotionnelle du texte dans la diction claire et puissante qu'on lui connaît. En fait, Péguy, dans la voix de Bellemare, semble ramener cet élément culturel dans notre histoire patrimoniale, sublimant ainsi un objet de croyance en un objet de culture."
Patrick Frémeaux
Ce recueil comprend : Portraits d'hommes, Philosophie et méthode, la Chronique et l'Histoire, Les Tragiques, La Mort, La Misère, Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.