Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07030.jsonl.gz/727

Les archéologues étudient le contexte agraire et économique de l'Ajoie, entre âge du fer et époque romaine
Delémont, le 2 février 2011
L’Office de la culture et sa Section d'archéologie et paléontologie présentent une nouvelle publication consacrée à plusieurs sites jurassiens mis au jour sur le tracé de l’autoroute A16. Intitulé Etablissements ruraux de La Tène et de l’Epoque romaine à Alle et à Porrentruy, ce Cahier d'archéologie jurassienne 28 est centré sur la partie agraire d'une villa gallo-romaine à Alle (50 avant – 350 après Jésus-Christ).
C'est en effet un grenier à céréales gallo-romain, sur le site des Aiges, qui est à la base des réflexions de cet ouvrage. Important, ce bâtiment l'est à double titre: il s'agit du plus grand grenier découvert en milieu rural en Gaule romaine et les deux incendies dont il a été victime ont permis la carbonisation – donc la conservation – des céréales. Grâce à l'ensemble des restes végétaux conservés, il est possible de suivre l'évolution des productions agricoles sur une durée de quatre siècles.
Le tout premier grenier est en fait un bâtiment en bois sur poteaux d'une surface de 50 m2, dans la tradition gauloise. Construit après la guerre des Gaules, entre 50 et 15 av. J.-C., il fut remplacé, vers 50 ap. J.-C., par un édifice en construction mixte, fait de parois en bois posées sur des solins en pierre, d'une surface de 290 m2, agrandie à 390 m2 dans un second temps. Un l'incendie le détruira, entre 180 et 200. Le grenier fut alors reconstruit mais sur des bases plus grandes, l'aire interne atteignant 540 m2. A nouveau détruit par le feu vers 275, il fut réédifié sur les mêmes fondations. Une modification importante survient entre 300 et 350: la fonction de grenier est abandonnée et le bâtiment reconverti en habitat. La présence en remploi de fragments de colonnes indique la présence à proximité d'une construction plus importante, victime d'une destruction.
Les 56'000 restes botaniques permettent une vision diachronique des espèces cultivées. Au début, le millet est prépondérant, comme sur les autres sites du Jura à l'époque de La Tène. Dès le milieu du 1er siècle ap. J.-C., ce sera l’orge. Cependant, sa part va diminuer, passant de 86 % au 1er siècle à 27 % au 4e siècle. Pour l’avoine, on observe également une diminution au fil du temps. A l’inverse, le blé nu et l’épeautre prennent progressivement de l’importance. On assiste en fait à une diversification progressive des cultures, notamment l'exploitation conjointe de semailles hivernales et printanières, ce qui permettait de réduire les risques liés aux intempéries et aux maladies, mais qui est peut-être aussi en rapport avec une évolution de la demande ou une clientèle différente.
L'évolution sans cesse croissante des aires de stockage montre le passage d'une économie de subsistance à une économie basée sur la production de surplus pour la vente. La capacité du grenier, à la fin du 3e siècle, est estimée à 36'000 kg, de quoi nourrir plus d'une centaine d'hommes par année, ce qui dépassait les besoins nutritionnels des occupants de ce domaine, dont la surface agricole est estimée à 20 hectares. La fin de l'Epoque romaine se marque par un retour à une économie de subsistance.
Les commandes sont à effectuer auprès de la Société jurassienne d'Emulation, Rue du Gravier 8, 2900 Porrentruy (tél. 032 466 92 57 – <email-pii>). Prix de vente: Fr. 57.-