Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07274.jsonl.gz/445

Cela pourrait faire penser à un univers à la Mad Max, un monde apocalyptique d’après une catastrophe majeure ayant entraîné la désorganisation du monde, la désintégration des Etats et le règne immédiat et partout de la loi du plus fort, sans espace relativement protégé par une force publique protectrice.
Une seule règle: survivre. On pourrait imaginer nombre de femmes et d’hommes politiques cherchant à continuer une oeuvre qu’ils et elles jugent passionnante, essentielle et incontournable. Genre Uli Maurer réinventant sous nos yeux la valse lente histoire de se donner le temps de trouver une parade (pas une parade aérienne, le ciel est trop bas) à la grippe volante qui le menace.
On peut aussi penser au nouveau-né: «Si je respire je vis, si je ne respire pas je meurs», et qui dans un réflexe mécanique prend son air comme quelqu’un qui survit à un étouffement.
Rien de tout cela. Cette phrase est tirée d’un blog survivaliste: «Si la vie était un jeu...la seule règle serait de survivre.» Cette manière de vivre est assez largement répandue aux Etats-Unis. Elle est portée par deux courants principaux, que ce blog décrit sans idéologie de la peur. Au contraire.
La première vogue du survivalisme est celle motivée par la peur: peur de la fin du monde, d’un conflit nucléaire, ou d’une catastrophe naturelle majeure telle la chute d’un astéroïde. Quand on pense au supervolcan du parc de Yellowstone, dont le cycle connu laisse à penser qu’il pourrait se réveiller dans par exemple les millénaires à venir, on comprend qu’un tel événement impliquera un état de survie pendant probablement plusieurs années ou décennies. Une très large portion du sol américain serait impraticable, non cultivable.
Cette vague du survivalisme, encore vivace aujourd’hui, préconise la construction d’abris sous-terrains et l’accumulation de vivres et d’eau pour des périodes de plusieurs mois à plusieurs années. On sait qu’il y a un vrai commerce autour de la peur de disparaître. L’auteur du blog cite cependant le virage pris par le survivalisme aux Etats-Unis, virage qui tient de l’écologie tout en allant plus loin. Je cite:
«Si le survivaliste américain est la plupart du temps cette caricature d'un parano sur-armé, et possédant assez de munitions et de haricots sec pour 3 générations dans son sous-sol en béton armé…il n'en est pas moins que les réalités du mouvement sont aujourd'hui fondamentalement différentes de cette image dramatisée et détournée.
Le survivaliste américain est principalement aujourd'hui cet individu qui se penche sur des méthodes pérennes pour faire pousser sa propre nourriture, c'est cet individu qui tend a une autonomie énergétique intelligente, qui se responsabilise a l'échelle humaine et qui projette une manière sensée d'appréhender notre monde moderne.
Cette approche est alors d'une relation a l'autre, a notre voisin, qui repose sur une prise de conscience absolument critique et rarement réfléchie par les médias quand aux survivalistes; notre philosophie et notre manière de vivre est aujourd'hui bien plus axée sur un future soutenable et harmonieux, que sur l'anticipation de la violence, de la misère, de la catastrophe et de la mort.»
Il pose au passage une critique sur les écologistes actuels: «Mais plus sournoisement, c'est aussi cet "écolo", qui achète une nouvelle voiture électrique pour "sauver la planète", mais qui ne prend pas en compte le fait qu'une nouvelle voiture, et indépendamment de sa méthode de propulsion, est d'un impact maximale sur notre environnement a sa construction, et que si il avait acheté une vielle voiture, il aurait, par exemple, été capable de faire des économies pouvant servir une multitude de projets durables.» Il considère d’ailleurs l’écologie comme fondamentalement productiviste et donc pas forcément compatible avec l’objectif de la survie. Par exemple, la productivité industrielle ou l’accroissement des sources d’énergies non polluantes a toujours une part d’impact environnemental négatif.
Ce qui caractérise ce survivalisme et en fait un vrai mode de vie est le paradigme de base: il faut tout faire pour vivre dans une société pérenne, durable. Tout le reste est passé au crible de cet axe fondamental: le développement durable n’est pas un but en soi. Le problème n’est pas que le développement soit durable ou non, c’est qu’il y ait développement. Et le deuxième problème est la vue à court terme que la majorité des humains cultivent. La question de la rentabilité par exemple, chère aux économies libres ou planifiées, passe en arrière-plan. Les risques vitaux et les tensions sociales sont anticipés de manière à ce que la survie reste l’objectif numéro un de l’espèce.
«Si le survivalisme est cet ensemble de gestes prévoyants tels que le stockage, la mise en place de méthodes plus ou moins stables de se procurer de la nourriture et de l'eau, la sécurisation systématique de nos habitations, et quelques moyens de protections, alors c'est toute l'histoire de l'humain que nous décrivons.
Les tribus d'Amérique du sud qui persistent, sont peuplées de survivalistes. Leurs organisations sont survivalistiques, et ceci de l'agencement du village, a l'anticipation d'une saison des pluies limitative quand a la procuration de certaines denrées.»
Cette vision du monde passe au crible de son analyse l’ensemble de nos concepts, de nos moyens de production, du centralisme - qu’il soit économique ou politique, et associe ensemble l’individualisme moderne (moteur de l’égalité sociale, idée que je développerai ultérieurement) qui rend chacun responsable du monde où il vit, et la tribalité antique qui économise des ressources par le partage.
A suivre.
En vidéo: la caricature humoristique du survivalisme:
Message à caractère informatif : Le survivaliste par karmaipolis