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Coup sur coup, à l’aube du XXIe siècle, la population genevoise refusait deux importants projets d’aménagement urbain. Le premier concernait la place des Nations, le second la place Neuve, soit deux lieux stratégiques de la ville. La succession de ces échecs de la politique menée par les autorités en matière d’aménagement urbain a été vécue, à l’échelle locale, comme un traumatisme. Or, les processus qui ont conduit à ces échecs n’ont pas véritablement été étudiés. Dès lors, les enseignements qu’on en tire publiquement restent maigres et convenus.
Cette recherche, réalisée sur une période d’une année par la Fondation Braillard Architectes, propose de rouvrir des dossiers. Pour mieux comprendre les raisons de ces échecs, elle concentre son analyse sur la conduite de projets. Elle montre que la définition de l’intérêt public a, dans les deux cas, été lacunaire.
Dans le cas de la place des Nations, il s’agit d’un projet qui « marche sur la tête »: il propose une solution avant de se donner une définition adéquate du problème à résoudre. Lors de l’organisation du concours (1994–1995), l’analyse du territoire et l’identification des acteurs concernés par l’opération ont été clairement insuffisantes. Difficiles à réintégrer dans la suite du processus, ce sont ces « refoulés » du projet qui ont fait leur retour à l’occasion du référendum et de la votation de 1998.
Le rejet, peu après, du projet d’aménagement de la place Neuve a démontré, selon certains commentateurs, qu’une démarche concertée (il y eut trois rounds de concertation entre 1995 et 1997) ne fonctionnait pas mieux qu’un processus top-down du type place des Nations. En réalité cette concertation visait essentiellement à lever des oppositions à un projet largement prédéfini et ne permettait donc pas de poser le problème sur le fond. Dans de telles circonstances, comme le démontre l’issue de ce processus, on tend à déboucher sur un accord très précaire.
Cette étude insiste sur le fait que la conduite de projet en matière d’espaces publics ne se réduit pas, à Genève comme ailleurs, à l’alternative simpliste « pour ou contre la concertation », mais suppose plutôt une série de procédures permettant une définition cohérente de l’intérêt public. Se fondant sur des réflexions menées sur un plan international, signalant également quelques initiatives récentes à Genève, cette enquête se conclut par un bref inventaire de ces procédures. Elle entend ainsi contribuer à nourrir le débat sur l’urbanisme à Genève et peut-être à le sortir d’une ornière qui n’a rien d’un abysse.