Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06932.jsonl.gz/702

Psychologie et dépendance
Bien que la dépendance ait été mentionnée dès le début par tous les pionniers de la psychologie, on sait que Freud a entretenu des rapports ambivalents avec le tabac et la cocaïne. La place nosographique des conduites additives n’a jamais vraiment été abordée dans ses travaux bien que la problématique ait été mentionnée de manière partielle dès 1895. On sait qu’il fumait le cigare, mais qu’il avait été persuadé des vertus de la cocaïne qu’il avait prescrite à un ami souffrant d’un névrome pour qu’il se libère de sa dépendance à l’opium (!). Il avait écrit qu’il avait «lui-même pris le médicament (la cocaïne) pendant des mois et n’a jamais vu la moindre trace d’un état comparable au morphinisme ou d’une accoutumance». Il concluait que «ces sujets avaient en eux quelques éléments morbides que lui-même ne possédait pas». Il finira par renier ses écrits sur la cocaïne.
Les théories actuelles de l’addiction qui sont apparues dans les années 1970, qui proposent le concept que pour la personne dépendante ce n’est pas le désir de se faire du mal qui prime mais la réponse à une souffrance psychique, une tentative assez enfantine de se soigner.
Selon Winnicott, le problème a son origine dans les interactions précoces de l’entité psychique mère-nourrisson, où des failles surgissent, qui affectent le développement des objets de transition. Cela tend à instaurer chez l’enfant la crainte de développer ses propres ressources psychiques pour atténuer ses tensions affectives. La capacité d’être seul est alors mise en danger et l’enfant se raccrochera à l’addiction, qui échouera à le libérer et deviendra fétiche.
Pour Jeammet, le comportement ou le produit de l’addiction est comme un pansement pour la psyché, qui est utilisé pour tenter de guérir l’inadéquation de la relation aux premiers objets, et permet de colmater les brèches narcissiques comme objet d’amour toujours à disposition et maîtrisable.
Le produit est donc une solution externe à un conflit interne, et l’on s’interroge sur le rapport plutôt que sur le produit: la guérison passe par un rétablissement de l’équilibre interne, avec ou sans consommation résiduelle.