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Autres vues aériennes de Pleujouse
Une vingtaine de châteaux forts s'élevaient jadis en Ajoie; la plupart d'entre eux avaient été construits sur des terres déboisées. Il se trouvait parmi ces seigneurs une famille qui au XIIe siècle possédait dans cette région plusieurs cours. Elle édifia son château vers 1100, sur un éperon rocheux des contreforts du Blauen. Dès ce moment, elle se nomma de Pleujouse. Le premier seigneur de ce nom cité dans un document est un certain Lutfried; il y apparaît en 1105. L'acte de fondation de l'abbaye cistercienne de Lucelle, daté de 1136, fait mention des époux Uso et Pétronille de Pleujouse.
Lorsque l'évêque de Bâle fut élevé à la dignité de prince de l'Empire et qu'il s'apprêta à étendre et à consolider le pouvoir temporel qui venait de lui être transmis, le château de Pleujouse parvint lui aussi en ses mains. Il n'est plus possible d'établir à quel titre le prélat l'obtint, ni non plus si les sires de Pleujouse qui, au XIIIe siècle, remplirent souvent des fonctions épiscopales, appartenaient à la lignée des fondateurs de la forteresse ou si une nouvelle famille avait pris le nom du château. Plusieurs documents du XIIIe siècle relatifs au règlement de différends entre l'évêque, les comtes de Ferrette et les comtes de Montbéliard ont été établis à Pleujouse.
Déjà avant l'extinction des barons de Pleujouse, le château fut mis en gage à plus d'une reprise. Issu de la noblesse bourguignonne, Jean de Vienne, ancien archevêque de Besançon et prélat de l'évêché de Metz, fut envoyé à Bâle par le pape. Avec beaucoup d'énergie et de fermeté, il tenta de réhabiliter l'évêché bâlois. Les luttes qu'il mena pour parvenir à ses fins le placèrent cependant dans un état de double dépendance. En matière politique, il subit toujours plus lourdement la pression des Habsbourg et dans le domaine financier celle non moins forte de ses bailleurs de fonds, des hommes appartenant aux milieux de la riche bourgeoisie bâloise.
On sait que vers 1340, Pleujouse appartenait à Thüring et Roldolphe de Ramstein, qui avaient déjà obtenu la forteresse de Zwingen à titre de fief épiscopal. Ils transmirent le domaine de Pleujouse, en tant qu'arrière-fief, aux sires de Murieux-Spiegelberg, établis dans les Franches-Montagnes. En 1380, le château se trouvait à titre de gage entre les mains de Jean Ulrich Asuel, qui mourut sur le champ de bataille de Sempach en 1386. De ses descendants, le château passa au chevalier de Nant, puis aux héritiers de ce dernier, à l'archevêque de Besançon et enfin, par Guillaume de Vienne, au comte Diebold de Neufchâtel. Cette famille bourguignonne cherchait à étendre sa domination au-delà du pied nord du Jura et avait déjà acheté Saint-Ursanne et divers châteaux sis dans l'évêché de Bâle. L'évêque ne put, au début du XVe siècle, se soustraire à la menace d'une réduction et d'une aliénation de ses droits seigneuriaux qu'en retirant ses gages. Avec l'aide de la ville de Bâle, il parvint à réunir la somme nécessaire, soit 10'000 florins. Mais le comte Diebold n'était pas disposé à se dessaisir des gages qu'il détenait. Il organisa une expédition armée qui, de Pleujouse, se déplaça dans le Sundgau, où il fut battu. Le gage passa alors pour le même montant au comte Jean de Fribourg. En 1428, le château parvint à la puissante famille des Mörsberg, dont la forteresse se trouvait non loin du couvent de Lucelle.
Au cours de la guerre des Armagnacs, les Mörsberg, qui étaient également bourgeois de Bâle, prirent, en leur qualité de baillis autrichiens en Alsace et dans le Brisgau, parti pour les Habsbourg et devinrent des ennemis acharnés de la ville. Les Confédérés, alliés à Bâle, conquirent Mörsberg, s'emparèrent du château de Pleujouse et le réduisirent en cendres. Il fut reconstruit et demeura propriété des Mörsberg jusqu'en 1582, date à laquelle il passa aux comtes d'Ortenburg. Pendant la guerre de Trente Ans, il fut occupé par les troupes du duc Bernard de Weimar. En 1637, le général de cavalerie Christophe Martin, baron de Degenfeld, qui avait déjà servi sous le roi Gustave Adolphe de Suède, s'installa au château avec son état-major. Pour épargner à sa demeure le sort qu'avait subi Mörsberg, brûlé par les Français, le comte d'Ortenburg ne quitta pas le château et chercha à entretenir la bonne humeur des intrus en leur offrant de bons repas, pour autant que le lui ait permis la gêne dans laquelle il se trouvait. Toutes ses réserves de blé et de vin y passèrent. Après le départ des occupants, le château était en si mauvais état qu'il fallut des années à ses propriétaires pour le restaurer, une entreprise que les évêques favorisèrent en accordant aux châtelains des remises sur leurs redevances. Après la mort de la veuve du dernier comte d'Odenburg - elle fut inhumée à Lucelle en 1660 - le château et le fief demeurèrent entre les mains de l'évêque. Dès ce moment, le château fut occupé par le grand veneur du prince. Les ouvrages de défense, eux, furent laissés à l'abandon, En 1677, l'abbé de Lucelle demanda à l'évêque l'autorisation d'employer des pierres du donjon de Pleujouse, qui menaçait de s'écrouler, pour reconstruire son abbaye, gravement endommagée par la guerre. Il ne fut toutefois pas fait droit à sa requête. Les ruines dont il était déjà question à cette époque lointaine sont encore debout aujourd'hui.
Pendant l'époque française, Pleujouse fut déclaré propriété nationale et vendu. Un restaurant fut alors aménagé dans l'ancienne habitation du grand veneur. Pendant la Première Guerre mondiale, le château servit de cantonnement durant l'occupation des frontières. Les troupes les plus diverses y laissèrent non seulement le souvenir de leur séjour, mais utilisèrent en outre les boiseries et les planchers comme matériel de chauffage.
La propriété fut acquise en 1924 par une Société jurassienne des amis de l'histoire, qui chercha à la préserver d'une ruine totale et en restaura certaines parties. Au mois de janvier 1980, un incendie a toutefois détruit le bâtiment et le précieux ameublement qui entre-temps y avait été installé. Il est à nouveau transformé en auberge en 1988.