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Grand Format
Un bébé à tout prix
Introduction
Avoir un enfant est le voeu le plus cher pour de nombreux couples. Mais la nature ne répond pas toujours à ces désirs. Depuis la naissance du premier "bébé-éprouvette" il y a 40 ans, les techniques d'aide à la procréation se sont multipliées et ont grandement évolué. Elle sont plus ou moins coûteuses et plus ou moins restrictives selon les pays.
Chapitre 01
Quarante ans d'évolution
Grande-Bretagne, le 25 juillet 1978. La naissance de Louise Brown marque le début d'une longue liste de bébés nés grâce à une fécondation in vitro (FIV). L'ovule et les spermatozoïdes de ses parents ont été mis en contact en laboratoire dans une petite boîte en plastique. Une technique révolutionnaire pour l'époque.
Les gynécologues ont reçu en 2010 le prix Nobel de médecine pour leur travail. Mais à l'époque, le doute est total sur l'état de santé de Louise, que le monde surnomme alors le premier "bébé-éprouvette". Se développera-t-elle normalement? Pourra-t-elle donner naissance naturellement?
"A peine née, ils m'ont fait une centaine de tests, ils ont pris mes empreintes digitales. Tout est apparu normal", raconte Louise Brown, lors de sa visite en Suisse.
>> En vidéo, la venue de Louise Brown en Suisse, le 27 mars 2019:
Un arsenal de nouveaux procédés
Aujourd'hui on estime que près de 7 millions de personnes sont nées par fécondation in vitro. Et les gynécologues ont désormais quarante années de recul sur la santé des enfants.
Selon Nicolas Vulliémoz, responsable de la Médecine de la fertilité au CHUV, les données sont très rassurantes, notamment d'un point de vue neuro-développemental: "On sait qu'il y a un petit risque augmenté de malformations, mais est-ce que ce risque est associé aux couples infertiles, à leur génétique ou à la technique? C'est ce qui reste inconnu à l'heure actuelle."
Depuis 1978, la technique s'est perfectionnée. Le spermatozoïde peut être injecté directement dans l'ovule. Les cellules et les embryons peuvent être congelés et utilisés plus tard. Cet arsenal de nouveaux procédés a ouvert la porte à d'autres interventions.
"La possibilité d'obtenir des embryons in vitro a permis le développement d'autres technologies pour les couples qui ne sont pas infertiles, notamment pour les tests génétiques préimplantatoires, dans le cas où l'on veut exclure le risque de transmission d'une maladie grave à son enfant", développe Nicolas Vulliémoz.
Aujourd'hui, la FIV a fait de gros progrès, mais elle ne répond pas toujours aux attentes des couples infertiles, avec seulement une chance sur trois de voir naître un bébé.
>> Voir le sujet du 19h30:
Chapitre 02
La procréation médicalement assistée en Suisse
En Suisse, il existe près de 30 centres autorisés à pratiquer la procréation médicalement assistée (PMA). Seuls les couples hétérosexuels peuvent y avoir recours. La PMA n'est envisageable que pour remédier à une infertilité pour laquelle les traitements sont impossibles ou ont échoué. Une femme seule ou un couple homosexuel ne peuvent donc pas faire la demande.
Le don de sperme est autorisé. Il n'est pas rémunéré et ne peut être utilisé que pour la procréation de huit enfants au maximum. Seuls les couples hétérosexuels et mariés peuvent y avoir recours.
Le donneur de sperme n'est pas anonyme. Cela signifie que les enfants nés par ce biais pourront connaître le dossier de leur père biologique une fois qu'ils auront atteint la majorité.
Si le don de sperme est autorisé en Suisse, il n'en va pas de même pour le don d'ovules, qui est interdit par la loi. Le don d'embryon et la gestation pour autrui (mères porteuses) sont également proscrits.
Le diagnostic préimplantatoire (DPI), soit le diagnostic génétique des embryons réalisé après une fécondation in vitro (FIV), n'est autorisé, depuis septembre 2017, que pour les couples porteurs d'une maladie héréditaire grave, afin d'éviter que celle-ci ne soit transmise à l'enfant. En 2017, soit en l'espace de 5 mois, quelque 55 couples ont déjà fait appel au DPI.
La sélection d'embryons pour choisir le sexe ou d'autres caractéristiques comme la couleur des yeux est interdite.
Il n'existe pas d'âge légal pour une PMA, mais le couple doit être à même d'élever l'enfant jusqu'à sa majorité.
Pour la femme, l'âge limite est généralement imposé par son corps, étant donné que le don d'ovocyte est interdit en Suisse.
Un enfant sur quarante issu d'une FIV
Sur les plus de 87'000 naissances enregistrées en Suisse en 2017, un total de 2188 bébés ont vu le jour grâce à la procréation médicalement assistée. Soit un enfant sur quarante.
Selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique, le nombre de femmes ayant eu recours à une PMA en Suisse a augmenté depuis le début des années 2000, passant de 3467 patientes en traitement en 2002 à 6854 en 2017, après avoir atteint un pic en 2010, avec 6468 patientes.
Le taux de réussite a quant à lui nettement augmenté. En 2002, seuls 33% des traitements aboutissaient à une grossesse, contre 44% en 2017. Mais toutes ces grossesses n'aboutissent pas à une naissance, en raison notamment de fausses couches ou de décès in utero. Un risque qui existe lors de toutes les grossesses, avec ou sans PMA.
En 2017, près de 75% des grossesses ont abouti à un accouchement. Près de 16% des naissances par le biais d'une PMA étaient des jumeaux ou des triplés.
Traitements coûteux
Les traitements de procréation médicalement assistée sont en général assez chers. Par exemple, un cycle de stimulation ovarienne avec insémination artificielle (par injection de spermatozoïdes dans l'utérus) coûte entre 2000 et 2500 francs. Cette prestation est prise en charge par l'assurance-maladie de base, mais pour trois cycles de traitement par grossesse au maximum.
Un cycle de fécondation in vitro est plus coûteux. Il faut compter entre 8000 et 10'000 cette prestation qui n'est pas remboursée par l'assurance-maladie obligatoire.
Ces démarches coûteuses associées aux conditions restrictives liées au statut, à l'âge ou à l'homosexualité du couple, incitent de nombreuses patientes à pratiquer une PMA à l'étranger.
Chapitre 03
Barcelone, la capitale européenne du don d'ovules
Pour de nombreuses femmes infertiles, leur seule chance de devenir mère est de bénéficier d'un don d'ovocyte. Une pratique illégale en Suisse, mais que de nombreux médecins mentionnent pourtant.
Isabelle Streuli, médecin aux Hôpitaux universitaires genevois, s'en explique: "Il est de mon devoir de médecin d'informer la patiente des différentes possibilités techniques pour l'aider dans son désir d'enfant, quel que soit le cadre légal. Mais je leur précise tout de même que le cadre légal en Suisse l'interdit".
L'une des solutions pour accéder aux possibilités techniques interdites en Suisse est donc de se rendre dans un pays autorisant le don d'ovocytes: en Espagne. En 2016, plus de 45'000 femmes y ont eu recours à une fécondation in vitro (FIV). Une sur trois venait d'un pays étranger.
Barcelone, en particulier, est devenue la capitale européenne de l'ovocyte. Toutes les femmes y ont droit à la PMA jusqu'à 50 ans, autant les célibataires que les couples homosexuels. Des dizaines de cliniques en ont fait leur spécialité. Et on y parle toutes les langues.
Le pays est pionnier en aide à la fertilité et les médecins y sont équipés de technologie dernier cri.
>> Voir le sujet du 19h30:
De leur côté, les Espagnoles sont nombreuses à offrir leurs ovocytes. Le don, anonyme, n'est pas rémunéré, mais il est généralement indemnisé autour de 1000 euros.
C'est ensuite le médecin qui devra choisir qui pourra en bénéficier: "Nous sélectionnons les donneuses qui ont les caractéristiques physiques les plus ressemblantes à la patiente. Cela facilitera ensuite l'intégration de l'enfant", explique Olga Serra, Gynécologue à la Clinique IVF de Barcelone.
Le recours au don d'ovocytes s'explique aussi par des tendances sociales et démographiques. "Aujourd’hui, l’âge des mères a augmenté, les femmes font des enfants plus tard et elles sont confrontées à l’infertilité plus tard", précise dans le 19h30 Alexandra Ambrosetti, gynécologue-obstétricienne, qui rassure aussi sur les techniques utilisées. "La procréation médicalement assistée a fait beaucoup de progrès, elle a été très étudiée. On connaît bien ces techniques et elles sont sûres."
>> L'interview d'Alexandra Ambrosetti:
Chapitre 04
Des bébés à la carte
Aux Etats-Unis comme dans d'autres régions du monde, le diagnostic préimplantatoire (DPI), soit le diagnostic génétique des embryons réalisé après une fécondation in vitro (FIV), est autorisé. Moyennant finance, les couples peuvent ainsi choisir le sexe de leur enfant ou la couleur de leurs yeux.
Le fait de tester et sélectionner les embryons sur des critères d'apparence ou de sexe est interdit dans la plupart des pays, par crainte de dérive eugéniste. En Europe, les tests sur les embryons et leur sélection ne sont admis que lorsqu'ils servent à prévenir une maladie. C'est le cas de la Suisse, notamment, depuis 2017.
Jeffrey Steinberg, le fondateur de l'institut américain The Fertility Institute et pionnier en la matière, réfute toute pratique d'eugénisme: "On ne fait qu'observer le travail de la nature et les parents choisissent dans ce que la nature a fait. On ne fabrique rien. Ça, c'est toujours interdit, même aux Etats-Unis".
Le site de Fertility institutes. [DR]
Un business juteux
Les cliniques font la publicité pour ce qu'ils appellent le familiy balancing, l'équilibre familial. Et le DPI est même devenu un business juteux: il en coûte 17'000 francs pour choisir le sexe de l'enfant, soit 2000 francs de plus qu'une FIV normale. Mais pour la couleur des yeux, le tarif varie entre 45'000 et 60'000 francs.
Jeffrey Steinberg ne compte pas en rester là. Il travaille désormais sur les critères de taille. Et le nombre de ses cliniques ne cesse de s'étendre: de Los Angeles à New York, en passant par l'Utah, l'institut s'exporte au Mexique et s'apprête à ouvrir en Inde et même en Autriche, pour récolter le sperme et les ovules européens, qui seront traités ensuite aux Etats-Unis.
>> Voir le sujet du 19h30:
Chapitre 05
La gestation pour autrui
En Suisse, la gestation pour autrui (GPA), soit le recours aux mères porteuses, est interdite. Elle n'est permise que dans quelques pays du globe. Mais les lois et les règles qui entourent la GPA sont aussi nombreuses que le nombre de pays qui la pratiquent. Tour d'horizon:
Tour du monde de la GPA
En Europe, de nombreux pays interdisent formellement la GPA, comme la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche ou l'Espagne, notamment. Le recours aux mères porteuses est toléré aux Pays-Bas et au Danemark, mais la rémunération de ces dernières est interdite et la pratique est strictement encadrée. Dans les faits, peu de GPA sont effectuées dans ces deux pays.
En Belgique, comme au Nigeria et au Kenya, il n'existe aucun cadre juridique qui autorise ou interdise formellement la GPA. Elle se pratique toutefois dans trois établissements, dans des conditions strictes.
Le Portugal est devenu, en 2016, le troisième pays de l'Union européenne après le Royaume-Uni et la Grèce à autoriser la GPA. La rétribution des mères porteuses y est interdite. En Grèce, ces dernières peuvent recevoir une compensation financière qui doit rester "raisonnable".
L'Ukraine autorise depuis 2004 le recours aux mères porteuses, y compris de manière commerciale. En revanche, la loi n'admet que les couples mariés hétérosexuels et infertiles. Les prix relativement bas du traitement en font une destination prisée des Européens qui souhaitent recourir à cette méthode. Idem en Géorgie et en Russie, qui ouvrent en également la GPA aux couples étrangers.
Ailleurs dans le monde, les Etats-Unis font figure de pays de référence pour la GPA, bien que les prix soient parmi les plus élevés du globe et que chaque Etat adopte sa propre législation vis-à-vis des mères porteuses.
Plusieurs pays d'Asie autorisent la gestation pour autrui commerciale. Mais nombre d'entre eux ont fait des allers-retours en ouvrant leur porte aux couples étrangers, avant de la fermer suite à des abus. C'est le cas notamment de la Thaïlande, qui a interdit la GPA aux étrangers après qu'un couple australien a abandonné un bébé trisomique, non sans avoir gardé sa jumelle. Les "touristes procréatifs" ont ensuite afflué vers l'Inde, qui a elle aussi fermé sa porte aux étrangers, tout comme le Cambodge et le Népal.
Chapitre 06
Vers la fin des "ventres à louer" en Inde
L'Inde figure parmi les quelques pays qui autorisent la Gestation pour autrui (GPA) à des fins commerciales. Mais cette situation ne devrait pas durer.
Depuis sa légalisation en 2002, le sous-continent était devenu un eldorado pour les couples en quête d'une mère porteuse, avec des prix oscillant entre 20'000 et 35'000 francs. Soit en moyenne, quatre à six fois moins cher qu'en Europe ou en Amérique du Nord. La mère porteuse, elle, ne touchera qu'un petit pourcentage du traitement, entre 4000 et 8000 francs. Une somme toutefois importante en Inde, qui peut représenter l'équivalent de cinq ans de salaire.
Le ventre des femmes comme marchandise
Pour freiner l'arrivée massive d'étrangers, le gouvernement a d'abord restreint en 2012 l'accès à la GPA aux seuls couples hétérosexuels.
Puis en 2015, la GPA a été interdite aux étrangers en provenance de pays où la gestation pour autrui est prohibée. L'Inde reste donc encore très attractive au niveau local, mais aussi pour les patients américains et australiens, notamment. Les salles d'attente ne désemplissent pas. Le marché est aujourd'hui estimé entre 500 millions et 2,2 milliards de francs.
Le gouvernement souhaite donc aller plus loin et veut en finir avec les scandales liées aux "ventres à louer", qui ont vu naître des centres associés à des usines à bébés. Un projet de loi prévoit désormais d'autoriser la gestation pour autrui uniquement dans un mode altruiste, comme il se pratique notamment en Grande-Bretagne ou au Canada. La mère devrait donc être proche du cercle familial des parents.
>> Voir le reportage du 19h30:
Des associations de défense du droit des femmes craignent qu'une telle restriction n'ouvre la voie au marché noir: "On n'arrive déjà pas à contrôler ce qu'il se passe dans les cliniques autorisées. Comment pourrait-on le faire avec le marché noir?", s'interroge Ranjana Kumari, directrice du Centre de recherche sociales en Inde.
Crédits
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Réalisation web
Feriel Mestiri
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Reportages TV
Aurélie Coulon, Feriel Mestiri, Sandrine Mercier, Philippe Revaz, Clara Lecompte