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Tzvetan Todorov
Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 1998, pour
Benjamin Constant. La Passion démocratique
Paris, Hachette, 1997
Né en 1939 à Sofia, Tzvetan Todorov a fait des études de lettres en Bulgarie avant de rejoindre Paris en 1963 afin d'y travailler la philosophie du langage sous la direction de Roland Barthes. Après ses premiers travaux consacrés aux critiques des formalistes russes, Todorov élargit ses intérêts à la compréhension du langage comme ensemble de signes, ce qui le conduit à valoriser la notion de symbole, soutien d'une interprétation herméneutique de la parole – cette parole qui donne sens aux rapports des individus entre eux, au-delà de leur culture ou de leur appartenance sociale. Il prend ainsi appui sur son expérience personnelle de l'émigration, son implantation en France donnant couleur à un idéal humaniste de rationalité, de modération et de tolérance. Son regard critique s'adresse aussi à son pays d'adoption dont il cherche à comprendre les destins politiques – en se penchant sur l'organisation sociale issue de la Révolution telle que dessinée par un Jean-Jacques Rousseau ou un Benjamin Constant – ou à interpréter les thèmes porteurs du moment, le culte de la mémoire, par exemple.
Todorov a ainsi publié de nombreux ouvrages tant sur la langue et ses usages que sur les symboles, lieux d'identité culturelle, thèmes que l'on retrouve dans son analyse des écrivains qui donnèrent forme aux références invoquées aujourd'hui encore dans l'organisation démocratique de nos sociétés. Donc, à côté de textes traitant de l'expression et de ses formes, analytique (1968, 1970, 1971, 1978), historique (1977, 1984) – facettes diverses des sciences du langage dont il rédigea un Dictionnaire encyclopédique paru en 1972 –, Todorov a écrit des essais sur les conditions de la rencontre de l'Autre dans un quotidien souvent incontrôlé des hommes qui en font leur substance, réflexions sur la conquête de l'Amérique (1982), sur les camps de concentration (1991), sur la peinture de genre hollandaise (1993) ou sur le dépaysement (1996). Cette pensée l'amène à l'histoire, celle de la guerre civile marquant la fin du deuxième conflit mondial dans la France de 1944 (1994) comme à l'étude de la mémoire qui fonde tout regard porté sur le passé, Les morales de l'histoire (1991) ou Les abus de la mémoire (1995) ou toute compréhension des limites que les hommes se donnent dans la construction de leurs sociétés, essais sur Rousseau (1985) ou Constant (1997).
C'est cette volonté de clarification des formes de l'organisation sociale et langagière - et de leurs liens réciproques dans la vie des personnes - que la Fondation Veillon a décidé de valoriser en décernant à Tzvetan Todorov le Prix Européen de l'Essai 1998 à l'occasion de la parution de son ouvrage Benjamin Constant. La passion démocratique.
L’ouvrage: Benjamin Constant. La passion démocratique
Articulé autour des trois grands sujets qui ont occupé Benjamin Constant dans un foisonnement d'écrits aussi divers qu'innombrables – c'est-à-dire la politique, la religion et l'amour –, l'essai de Todorov souligne la lucidité d'un écrivain qui ne s'illusionne ni sur lui-même ni sur les autres, d'un homme qui, conscient de ses faiblesses et de la versatilité de son caractère, n'entend cependant renoncer ni au bien ni à la vérité.
Si Constant a passé aux yeux de ses contemporains pour une girouette, c'est que sa fidélité allait aux principes et non aux hommes. Dès lors, l'organisation sociale idéale combine la souveraineté du peuple à la limitation de ses pouvoirs, la volonté générale s'arrêtant au mur des droits individuels. Cette articulation nouvelle en son temps entre vie privée et vie publique allait fonder les modalités démocratiques nées de la Révolution française : elles nous gouvernent aujourd'hui encore. Notre modernité exige bien, en effet, que la politique garantisse la dignité de l'individu sans pour cela dissoudre le lien social, que la religion soit affranchie du pouvoir des Eglises ou que le lien amoureux transcende l'égoïsme et les caprices du désir.
En deux cents pages, l'essai que distingue la Fondation Charles Veillon en 1998 met de l'ordre dans une vie et dans une œuvre pour faire ressortir la très grande actualité de Benjamin Constant, un écrivain qui a pressenti les hésitations et les dilemmes de nos contemporains qui, en cette fin de siècle comme au début du précédent, sont à la recherche d'équilibres sociaux rendant justice à leur soif de bonheur – cela dans une société constamment guettée par le risque totalitaire.
Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :
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