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Troubles dans la Suisse allemande – Guerres civiles à Neuchâtel, à Schwytz, à Bâle – Le Siebner-Concordat – Affaire des réfugiés polonais – Louis Bonaparte en Thurgovie – Menaces ; les troupes françaises dans le Pays de Gex – Vaud et Genève sur pied de guerre – Confrontation évitée - Nouvelles guerres intestines à Zurich, à Glaris, à Schwytz, en Valais – La crise se prépare dans le canton de Vaud – La question des Jésuites – Révolution de février 1845 - Querelles intestines - Formation du Sonderbund
A Schwytz, les anciens districts refusaient l’égalité de droits aux districts extérieurs. La guerre civile fut la conséquence immédiate de ce refus et les troupes fédérales durent occuper le pays.
« L’union, d’ailleurs, se relâchait entre les confédérés ; l’esprit du pacte de 1815 ne coïncidait plus avec les constitutions démocratiques des cantons »
On parla bientôt de révision fédérale et, la Diète, n’ayant pas voulu s’immiscer dans les affaires cantonales en garantissant les nouvelles constitutions, sept cantons d’entre ceux auxquels cette garantie était refusée se la donnèrent mutuellement et s’unirent pour étudier en commun la révision du Pacte.
Concordat des sept
Zurich, Berne, Lucerne, Soleure, Argovie, Thurgovie et Saint-Gall formèrent entre eux, le 17 mars 1832, une alliance protectrice (Siebner Concordat) et qui ne devait prendre fin qu’au jour où le Pacte de 1815 aurait été révisé. Ce fut un premier Sonderbund.
Sur ces entrefaites, la Diète, réunie à Lucerne, le 10 juin 1832, chargea une commission d’examiner la question de révision. Le juriconsulte (consultant en droit) Rossi, de Genève, fut chargé de présenter un projet. "Ami sincère de la liberté, Rossi était un penseur profond et rigoureux théoricien. Il savait mesurer les réformes aux besoins des Etats et aux lumières des peuples". (Cit. Vuillemin - Histoire de la Confédération suisse). Malgré cela, ce projet peu sympathique aux vaudois, lesquels craignaient pour leur souveraineté, fut repoussé par la majorité des cantons. Ainsi l’état des choses s’aggrava de dissensions nouvelles. Des querelles intercantonales éclatèrent, les luttes intestines, loin d’être apaisées, se ravivèrent et vinrent s’ajouter les menaces des gouvernements voisins.
Affaire des réfugiés polonais
Des réfugiés polonais, encouragés par un proscrit italien, l'illustre Mazzini, qui habitait alors le canton de Solaire, se décidèrent à prendre part à une expédition insurrectionnelle fomentée dans les Etats du roi de Sardaine par les disciples de Mazzini; une bande de ces réfugiés arriva, sans avoir éprouvé de résistance, près de Nyon mais firent arrêtée à Genève et l'expédition rata (février 1834).
La France demanda l'expulsion des Polonais, des Italiens et des Allemands "qui avaient pris part à l'attentat". Cette exigence fut accueillie favorablement et ils furent expulsés et l'affaire en resta là.
Louis-Bonaparte en Thurgovie
Un différend diplomatique éclata avec la France au sujet du Louis-Napoléon Bonaparte (bibliographie), qui devait plus tard monter sur le trône de France sous le nom de Napoléon III. A la chute du premier empire, la reine Hortense, veuve de Louis Bonaparte, ex-roi de Hollande, avait fixé sa résidence au château d’Arnenberg, dans le canton de Thurgovie ; son fils Louis-Napoléon, y avait reçu la bourgeoisie d’honneur. Après l’expédition manquée de Strasbourg, par laquelle il crut reconquérir le trône de son oncle (1836), il était revenu dans sa patrie d’adoption.
L’ambassadeur de France requit, l’expulsion du prétendant, mais les députés de la Diète, Rigaud de Genève et Monnard de Vaud, parlèrent avec un tel sentiment de dignité nationale, que l’assemblée refusa d’obtempérer au désir du roi Louis-Philippe. Ce dernier répondit par l’envoi de troupes (vingt-sept milles hommes), sur la frontière, dans le pays de Gex. Sur ces entrefaites, le prince annonça que pour éviter une confrontation entre la France et la Suisse, il se décida à quitter le pays pour l’Angleterre.
Malgré cela, Genève et Vaud mettent leurs troupes sur pied. Les troupes vaudoises se composaient de bataillons d'infanterie, de carabiniers, cavalerie et d'artillerie; formant un total de vingt milles hommes et quarante-huit canons. Ces troupes avaient le Général Guiguer comme commandant en chef. Le 2 et 3 octobre, les troupes vaudoises prirent leurs cantonnements à Lausanne, Orbe et Morges. Les parcs d'artillerie et de munitions furent déplacés de Morges à Moudon et Chillon. Le pays était sur pied de guerre, mais au moment où le Conseil d'Etat allait ordonner la levée en masse, le Journal des Débats apporta la nouvelle que le différent entre les deux pays pouvait être considéré comme terminé. Le conflit s'était dénoué par le départ de Louis-Napoléon pour l'Angleterre et les troupes furent licenciées.
Le conflit fut alors diplomatiquement annoncé par la France comme terminé (1838). Sur ce fait, les troupes vaudoises qui avaient étés mobilisées sous les ordres du général Guiguer furent licenciées.
...Pendant ce temps là ailleurs en Suisse ...
Les querelles intestines se succédaient à Glaris, à Schwytz, à Zurich où quatre à cinq mille paysans, commandé par le pasteur Bernard Hirzel, renversèrent le gouvernement en 1839 qu’ils accusaient d’irreligion (refus de culte religieux). De même, le Tessin fut ensanglanté par la guerre civile et, dans le Valais, les Bas-Valaisans marchèrent contre leurs concitoyens du Haut, et les forcèrent à reconnaître l’égalité des droits (1839). Mais cette victoire fut chèrement payée cinq ans plus tard au combat du Trient (18 mai 1844) où les Hauts-Valaisans, vainqueurs à leur tour, infligèrent une sanglante défaite aux patriotes du Bas-Valais.
Ainsi, partout la guerre civile, partout les luttes fratricides auxquelles s’ajoutèrent les guerres de religion. Le canton de Vaud, cependant, demeurait calme, quoique le gouvernement n’eût plus la confiance du peuple. « La crise se préparait depuis longtemps. Les gouvernants croyaient chargés de devoir faire l’éducation de ceux dont ils étaient chargés d’exécuter la volonté. Malheureusement, on confondit deux fonctions qui auraient dû rester distinctes. Comme on ne réussissait pas à inculquer au peuple certaines idées, on crut pouvoir les imposer.
Une étincelle pouvait mettre le feu aux poudres, c’est ce qui arriva.
Le gouvernement conservateur de Lucerne avait rappelé les Jésuites, exclus de ce canton depuis 1774 et leur avait confié l’enseignement de la jeunesse. Cette décision provoqua un vif mécontentement dans toute la Suisse, d’autant plus que depuis 1843 les sept cantons catholiques, Lucerne, Schwytz, Uri, Unterwald, Zoug, et le Valais formaient une alliance séparée, une sorte d’Etat dans l’Etat, le Sonderbund. Donc, les cantons protestants ne voulurent point permettre le rétablissement en Suisse de la compagnie de Jésus. L’opinion publique se divisa au sujet des moyens à employer pour prévenir de ce fait, les uns voulaient n’utiliser, pour expulser les Jésuites, que la persuasion et des moyens qui respectaient autant que possible la liberté des cantons catholiques, les autres préféraient la mise en demeure pure et simple.
Dans le canton, cette dernière façon d’agir avait pour elle la grande majorité des populations, qui manifestèrent leur manière de voir par une pétition couverte de trente-deux mille signatures demande d’expulser les Jésuites.
Le Conseil d’Etat se prononça le 13 février 1845 pour utiliser les moyens pacifiques et envoya à Lucerne une invitation amiable. Mais le parti contraire ne se tint pas battu, son attitude décidée effraya quelque peu le gouvernement. Le peuple assemblé le 13 au soir, au Casino, délibérait sur la conduite à tenir vis-à-vis du Conseil d’Etat et du Grand Conseil qui refusaient d’obéir à sa volonté. Dans la nuit, des feux allumés sur le Signal furent autant d’appels aux habitants des environs. Dans les rues de Lausanne, la foule était houleuse et surexcitée, et MM. Delarageaz, Eytel et Druey, qui tentèrent de maintenir l’ordre au Casino, comprirent bientôt que l’agitation ne pouvait plus être contenue.
Le 15 février 1845, le Conseil d’Etat prend « pour maintenir l’ordre légal » un arrêté mettant de piquet toutes les troupes du canton. Mais à peine cette proclamation fut affichée que des groupes nombreux se formèrent dans les rues les places publiques. Les militaires, qui arrivaient pour entrer en caserne, se frayaient difficilement un passage ; des coups furent échangés, des officiers battus. Le peuple voyait d’un mauvais œil cette espèce de siège. Des artilleurs, des carabiniers ainsi que des hommes armés arrivèrent en renfort au Casino. Sachant que le Conseil d’Etat était rassemblé au Château, M. Eytel, commandant de la colonne, les protestataires marchèrent vers le Château mais arrivés à la porte St-Maire, M. Druey se présenta tout à coup à la troupe et lui annonça la démission du Conseil. MM. Eytel et Delarageaz parvinrent enfin à empêcher cette invasion et à discipliner la troupe qui se rend alors sur Montbenon et y forme une assemblée populaire.
Henri Druey monte sur une échelle et propose à la foule la constitution d’un gouvernement provisoire dont il fait partie comme président, quoique membre démissionnaire dudit Conseil. A ses côtés siègeront Louis Blanchenay, Jules Muret, Henri Fischer, Jean Schopfer, Mercier, Charles Veillon, Jacques Veret et Louis Bourgeois.
Le premier acte souverain de l’assemblée populaire, tout en confirmant les pleins pouvoirs au gouvernement provisoire, demandait au Grand Conseil de se dissoudre. Dès le lendemain, le Conseil d’Etat remettait l’administration du canton aux nouveaux gouvernants, tandis que la victoire du peuple est célébrée par une salve de cent-un coups de canon.
Ce même jour, 15 février 1845, une proclamation donnait l’assurance que tous les citoyens, sans exception aucune, seraient désormais admis dans l’exercice des droits politiques. Les assemblées électorales furent convoquées pour le 24 février et le nouveau Grand Conseil nomma un nouveau Conseil d’Etat composé de MM. Druey, Blanchenay, Delarageaz, Briatte, Veuillon, Fischer, Bourgeois, de Lucens, Veret, Vuillet. La révolution de février était, en effet, terminée. Il fallait travailler sur une nouvelle constitution et le Grand Conseil en adoptait un projet qui fut présenté au peuple avant la réunion des assemblées électorales et, pour ainsi dire, commenté dans une proclamation du 10 août 1845.