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Le 7 juin 1897, un lundi de Pentecôte, une assemblée, qui réunit dans la salle du Grand Conseil bernois 281 délégués du monde agricole, décide la fondation de l’Union suisse des paysans (USP). Le premier Comité de l’Union envisage de confier au jeune Ernst Ferdinand Laur, qui est alors enseignant à l’école d’agriculture, les fonctions de Secrétaire agricole suisse. Or, comme son épouse Sophie exclut de quitter sa ville natale de Brugg, il fait savoir qu’il ne pourra exercer cette fonction qu’à condition que l’Union installe son secrétariat en Argovie.
Les débuts se révèlent difficiles pour la nouvelle Union, notamment faute de moyens financiers. «Le travail à l’Union fut une lutte dès la première heure», écrit Laur dans ses mémoires. Ses fonctions consistent, entre autres, à mener des recherches sur la rentabilité et à formuler des propositions destinées à encourager l’exercice de la profession agricole. Laur a aussi à cœur de propager un système de comptabilité simplifié, conçu par ses soins, avec une comptabilité tenue en partie double qui comprend une délimitation entre exploitation agricole et ménage agricole. Son vœu est d’apprendre aux paysans à devenir des entrepreneurs. Le secrétaire de l’Union est un homme à l’esprit intrépide. Ainsi, en 1899, il rejette la loi sur l’assurance-maladie et accidents que le Comité de l’Union a pourtant approuvée. Lui-même trouve injuste que les petits paysans soient exclus de cette assurance. Il gagne la confiance des paysans et remporte même la votation du 20 mai 1900. En tant que secrétaire paysan, Ernst Laur souhaite donner plus de poids aux paysans en matière de politique économique. Il joue de son influence dans l’élaboration du projet de loi sur le tarif douanier et parvient à convaincre tous les délégués de l’Union qui approuvent à l’unanimité, le 22 février 1902, la nouvelle loi sur le tarif des douanes. Et ce, même si les tarifs douaniers des céréales, du lait et des pommes de terres n’y figurent pas encore: en fin tacticien, Ernst Laur s’est gardé d’abattre toutes ses cartes d’un coup. Une bonne année plus tard, il remporte aussi la votation demandée par le référendum.
Durant la Première Guerre mondiale, Laur s’engage pour des prix équitables et l’approvisionnement de la population et de l’armée. A ce sujet, l’historien Werner Baumann a écrit: «En 1914, Laur passa six semaines à conclure des accords avec alliés et adversaires à Berne, sans jamais consulter la direction de l’Union, ni convoquer la moindre réunion.» Aujourd’hui, on dirait: Laur était un manager au dynamisme remarquable qui, grâce à sa capacité à anticiper la tournure stratégique des événements, a su prendre les bonnes décisions avec les bonnes parties prenantes afin de générer une situation gagnant-gagnant à la satisfaction de tous. Laur s’engage aussi pour que l’agriculture figure dans la Constitution fédérale. Le 6 juillet 1947, les hommes suisses acceptent un article constitutionnel sur l’économie, lequel consacre pour la première fois dans la Constitution les principes d’une paysannerie solide, d’une agriculture performante et de la consolidation de la propriété foncière rurale. En 1939, à l’âge de 68 ans, Ernst Laur se retire de ses fonctions de Secrétaire agricole suisse, tout en restant très dévoué à l’agriculture. Il devient ainsi le premier président de la Confédération Européenne de l’Agriculture, fondée à Brugg en 1948. Ernst Laur décède le 30 mai 1964, à l’âge vénérable de 93 ans, à son domicile d’Effingen en Argovie.source: SBV-USP