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Assise sur la terrasse de son auberge, caressant l’un des nombreux chats qu’elle a recueillis tout en dégustant un verre de vin rouge, Hiroko nous propose deux bières en guise de verre de bienvenue. Les gens qui boivent de l’alcool son plus honnêtes que les autres nous lance-t-elle. Après un verre ou deux, ils se sentent détendus et parlent plus librement. Elle nous explique être arrivée sur les îles Langkawi (archipel malaisien à la hauteur de la frontière thaï) il y a une dizaine d’années avec son mari. Alors qu’au Japon, le thermomètre atteint des sommets insupportables en été et des températures largement négatives l’hiver, le climat est ici beaucoup plus agréable. Je rentre au pays une fois par année au minimum nous exlique-t-elle, mon père est décédé en automne et nous organisons une cérémonie commémorative chaque année. Il m’a appris beaucoup de chose, il a sacrifié sa vie pour les travailleurs japonais, c’était un homme bien. Quand nous avons perdu la guerre, les Etats-Unis ont réorganisé l’industrie sidérurgique et mon père travaillait dans l’une des deux entreprises qui gérait le secteur. A l’époque, il y avait beaucoup d’accidents de travail, certains employés perdaient un bras ou une jambe. Ils étaient immédiatement licenciés mais ne recevaient quasiment aucune aide, ni du gouvernement, ni de l’entreprise. Mon père ne pouvait pas accepter ça, et il a fait en sorte que ces personnes reçoivent une pension. Plus tard, il s’est engagé en politique et s’est battu pour modifier la loi. Au fil des années, il a gagné de plus en plus d’argent, mais il est resté actif au sein des syndicats. Je suis très fière de lui. Hiroko se tait quelque secondes, le regard dans le vague, l’expression figée. Il faut se poser des questions essentielles dans la vie poursuit-elle. Se demander pourquoi on est né, pourquoi on vit, quel est notre rôle. Je suis responsable de ma propre vie, j’ai donc besoin de gagner de l’argent pour me nourrir et satisfaire mes besoins de base, pour ne pas avoir à vivre aux crochets des autres, mais c’est tout. Je n’ai pas besoin d’amasser de l’argent pour changer plus souvent de vêtements ou de voitures, cela ne va pas me rendre plus heureuse. Si j’ai cent dollars et que tu en as mille, tu n’es pas plus heureux que moi. Par contre, utiliser sa vie pour le bien commun crée un réel sentiment de bonheur. Pas pour les autres, mais pour soi.
Hiroko parle, parle, parle.
J’ai vécu dans de nombreux endroits du monde, mais j’aime ma culture japonaise. J’aime beaucoup la culture européenne aussi, mais la sagesse se trouve en Asie. Nous avons une culture traditionnelle très forte au Japon, et particulièrement sur l’île où j’ai grandi, Kyushu. Vous qui avez le projet de visiter mon pays, ne manquez surtout pas la cérémonie du thé, et vous allez comprendre beaucoup de choses sur la culture japonaise. Ce n’est pas juste faire du thé, c’est une véritable maîtrise de soi. On retrouve ce concept dans nos arts traditionnels, kyudo (tir à l’arc), judo (art martial), chado (cérémonie du thé) ou encore kado (arrangement floraux). Tous ces arts se terminent par le son « do » qui signifie maîtrise de soi. J’ai fait du tir à l’arc et des arrangements floraux quand j’étais plus jeune, et pour être bon, il ne suffit pas de s’entraîner bêtement. Le plus gros du travail consiste à maîtriser et connaître son esprit. Si je sais qui je suis, je peux alors connaître mes propres capacités et développer ma vie de sorte qu’elle leur corresponde. C’est la seule voie pour être heureux et en harmonie avec le monde.
Hiroko nous parle ensuite de réchauffement climatique, du pouvoir soignant des chats, de la situation politique en Côte d’Ivoire et de Guillaume Tell. Comme on se réjouit d’arriver au Japon! /Viraj