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Silvia Federici, Le capitalisme patriarcal, La fabrique, frs 25.50
Dans ce petit livre, Federici poursuit sa réflexion sur l’articulation des luttes féministe et anticapitaliste, qui était déjà au centre de son ouvrage central, Caliban et la sorcière (Genève : Entremonde, 2014). Plus accessible par sa taille, le présent texte l’est aussi par la clarté, que son format lui impose : il s’agit d’un recueil de plusieurs articles publiés dans diverses langues. Si la volonté de penser ensemble les rapports de domination de sexe/classe/race est actuellement au centre de la réflexion féministe radicale francophone, la contribution de Federici offre une perspective intéressante, en ceci qu’elle propose moins d’articuler ces trois volets que d’analyser un unique rapport de domination, qui reposerait sur une division du prolétariat instituée par le capital entre hommes et femmes : la capitalisme patriarcal, précisément. Dans le prolongement des conclusions politiques de Caliban, et toujours dans un dialogue critique avec Karl Marx, Federici insiste entre autre sur la nécessité d’une lutte antipatriarcale radicale pour l’élaboration d’une stratégie anticapitaliste conséquente. Elle livre également quelques réflexions sur les questions du colonialisme et de l’écologie, toujours dans l’idée de fondre toutes ces problématiques en un seul grand front de lutte à la fois féministe et anticapitaliste.
Comme c’était déjà le cas avec Caliban, si l’argument théorique et politique central de Federici est intéressant et stimulant, on est moins convaincu·e par ses démonstrations empiriques, et notamment historiques. Après avoir fait de la chasse au sorcière de la fin du Moyen-Âge un facteur central de l’émergence du capitalisme dans Caliban, elle tente ici de montrer que dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec le passage de l’industrie textile à l’industrie lourde (acier et charbon), le capital a mené une nouvelle politique sexuelle visant à la fois à démobiliser le prolétariat et à créer un nouveau type d’ouvrier plus robuste et plus adapté à cette nouvelle industrie. Il s’agissait, en chassant les femmes des usines et en l’enfermant au foyer, de leur faire fournir un travail (domestique et sexuel) non payé, nécessaire à la reproduction physique et morale des ouvriers de l’industrie lourde. Cette analyse offre des pistes de réflexion très intéressantes, mais peine à convaincre entièrement. FV