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28/06/2010
Il est terrible de penser qu'un homme puisse mourir à trente-cinq ans d'une maladie inattendue, et quand c'est un collègue qu'on a eu et apprécié, c'est d'autant plus accablant. Il y a encore quelques mois je parlais avec celui auquel je pense, et il me disait qu'il avait perdu l'appétit, mais ne savait pas pourquoi; et puis à la fin de l'année scolaire, on apprend qu'il s'est éteint des suites d'une maladie incurable et foudroyante.
J'aimais assez ce collègue qui me disait en plaisantant qu'il serait toujours prêt à voter pour moi, si je me présentais aux élections. Il me conseillait réellement de le faire. Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi. J'avais proclamé mon désir de donner aux professeurs de l'Éducation nationale un vrai pouvoir d'initiative, et une liberté pédagogique authentique, qui allât jusqu'à leur permettre d'élaborer leurs propres programmes; et si on voulait que ceux-ci continuassent à être communs à toute la France, que les professeurs élussent des délégués qui les constitueraient, au lieu de confier cette tâche à des experts qui ont des élèves une vue théorique.
Il m'approuvait aussi quand je disais que l'institution devait avant tout soutenir les enseignants quand ils faisaient des choix, au lieu d'essayer de leur en imposer qu'on eût conçu dans les hautes sphères de l'administration, et de se défausser dès que les professeurs ont des problèmes précisément parce qu'ils ont appliqué ces directives venues d'en haut. Il avait cette impression, je crois, qu'on avait beau se dévouer dans son travail, cela ne rendait pas vraiment les choses plus faciles.
Il n'en parlait pas, mais mon sentiment est qu'il pensait que ses origines algériennes favorisaient l'apparition de difficultés, dans le public. En quelque sorte, on attend de certaines catégories de personnes qu'elles fassent la preuve qu'elles sont légitimes dans leur prise d'autorité: pour les autres, cela va de soi. En tout cas, c'est ce dont, moi, j'avais l'impression, quand je voyais le nombre de problèmes auxquels il devait faire face.
J'avais même parfois le sentiment qu'il était découragé: qu'il était déçu par le décalage existant entre le discours officiel, généreux et beau, et la réalité, qui l'était moins. Mais sur ce sujet, je ne peux pas dire qu'il se soit confié à moi de façon claire.
Il riait aimablement même à mes plaisanteries pas drôles - que j'aime faire pour créer une atmosphère chaleureuse -, et je dois dire que j'ai continuellement espéré qu'il pourrait revenir un jour.
Je ne sais pas s'il était un ami proche, car je ne sais pas si j'ai des amis proches, mais pour moi, il était, lui, un réconfort. A présent que son esprit est délivré des lois de l'espace, je puis néanmoins dire: ce réconfort, désormais, est permanent.
08/06/2009
Comme eût dit Teilhard de Chardin, l’idée de l’universel peut en réalité être limitée au plus petit dénominateur commun. L’universel n’est plus regardé dans ce qui est propre à l’humain et qui honore l’humain, mais dans son animalité, ou dans ce qui le constitue en tant qu’espèce sans que ses choix y aient une part. Par exemple, on aime bien dire que les relations entre un père et sa fille ressortissent à l’universel, même quand elles s’enracinent dans une tradition spécifique. Mais en réalité, les problèmes liés à l’hérédité prennent le problème humain par le bas, si je puis dire. La vraie question n’est pas ce que l’humain doit à ses ancêtres, mais quelle est, intérieurement, sa part de liberté par rapport à ce qu’il doit à ses ancêtres. Car quant à ce qu’il reçoit en héritage, qui l’ignore? C’est banal. Et si l’universel est banal, pourquoi chercher à fusionner avec lui?
D’ailleurs, un tel universel banal est en réalité morcelé, voire vide de sens, car dans les faits, il est faux qu’on ait toujours les mêmes relations avec son père, ou bien qu’on en ait qui soient toujours significatives. Il existe mille manières d’avoir des relations avec son père, ou même de ne pas en avoir. L’universel vu sous cet angle se dissout, au sein de la conscience; il n’est que théorique: l’épreuve des faits le particularise à l’extrême.
16/06/2008
Il y a quelque jours, c’était mon anniversaire : je suis né sous le signe des Gémeaux, lié à l’Air ; d’où ma propension à aller d’un sujet à l’autre, comme une abeille qui butine ! Car mon esprit a tendance à suivre le mode propre au vent. (On ne saurait mieux dire, proclameront certains.)
Pour l’occasion, j’ai composé un sonnet qui est aussi une sorte de prière à l’âme de cette constellation (c’est à dire à Castor et Pollux, selon les anciens Grecs) : je lui demande de m’être propice en cette nouvelle année de vie.
Je ne mets pas ici ce petit poème, car Lionel Chiuch, journaliste littéraire à La Tribune de Genève, a un jour déclaré que mes poèmes ne lui parlaient pas du tout ; je ne veux donc pas infliger aux lecteurs de cette même Tribune de Genève des mots qu’ils ressentiront, eux aussi, comme creux. Il sera dans mon prochain recueil, s’il sort jamais ; j’annoncerai sa parution à l’occasion. Pour le moment, je prépare d’autres choses, qui pourraient effectivement sortir d’ici un an.
Pour l’année qui vient de s’écouler, je pense que l’événement majeur, c’est la sortie officielle de mon livre sur la littérature savoyarde. Ensuite viennent les articles des Echos saléviens dont j’ai parlé l’autre jour. L’ouverture de ce blog a aussi représenté quelque chose de nouveau. J’ai pu voir que les Genevois avaient une vision plutôt abstraite des Savoyards, héritée en général de la tradition historique, de l’époque de l’Escalade ou de celle du département du Léman. Sinon, au fond, ils ne les connaissent guère. Ce qu’ils en connaissent vient principalement de l’histoire genevoise, ce qui est somme toute assez logique. Mais j’ai parfois eu le sentiment qu’ils pensaient que pour les Savoyards aussi, la relation avec Genève était très importante, alors que chez les écrivains savoyards, cela n’occupe pas forcément une grande place. Même les écrits fondamentaux de François de Sales n’y font jamais allusion.
Jacques Replat, écrivain annécien de l’époque romantique, a un jour écrit un petit opuscule pour dire que nul n’avait mieux parlé de la Savoie que Horace-Bénédict de Saussure et Rodolphe Töpffer, qu’il regardait néanmoins comme non savoyards. Il a lui-même beaucoup imité Töpffer, qui du reste était très lié à Xavier de Maistre.
Le parti conservateur a évidemment eu des mots parfois assez durs, pour Genève. Joseph de Maistre, quoiqu’il aimât, sur le plan personnel, Mme de Staël, estimait que rien n’était plus opposé que le catholicisme et le calvinisme : même Luther, disait-il, était plus proche de “nous”. L’historien Ducis, qui était chanoine, a plus directement évoqué la façon dont les Savoyards ont vu leur pouvoir décroître après que Genève eut fait appel à Berne contre le Duc : son ton était clairement rancunier.
Parfois, le souvenir de la Réforme et de ses conséquences a également donné lieu à des plaisanteries.
Mais globalement, je le répète, les Savoyards ont parlé de bien autre chose. Et d’abord, ils ont parlé d’eux-mêmes, et de leurs montagnes, de leur histoire, de leurs princes, de leurs saints, de leur dieu. Ils n’ont passé que très peu de temps, au fond, à parler des autres, que ce soit pour en médire ou pour les bénir. A la rigueur, quand ils l’ont fait, ils ont surtout parlé de la France : ainsi de Joseph de Maistre. Mais sinon, cela reste anecdotique.
24/03/2008
La Société genevoise des Ecrivains tient un stand au salon du livre de Genève, et ses membres ont des plages horaires qui leur sont réservées. J’y serai donc dans l’après-midi du jeudi 1er mai.
Je suis assez fier de faire partie de la SGE, qui a été fondée par Amiel, un écrivain que j’aime infiniment. Il a souvent évoqué les environs savoyards de la cité au travers de ses récits de promenades, et j'ai publié plusieurs extraits concernés dans “Le Messager” (Haute-Savoie) ; l'article a été repris sur le site électronique officiel de l’écrivain : http://www.amiel.org/ . J’en suis assez fier aussi, à vrai dire.
21/03/2008
Cette semaine, dans Le Messager (Haute-Savoie), je publie un article sur L’Acte inconnu, la dernière pièce du dramaturge Valère Novarina, qui est originaire de Thonon mais est né à Chêne-Bougeries, comme chacun sait : on ne peut pas faire plus sabaudo-genevois !
Sa dernière pièce a été jouée en Avignon et à Paris, naturellement, mais aussi à Genève (où je l’ai vue : j'en ai fait un compte-rendu ici http://ramiel.fr.arviblog.com/article-199169.html ), et à Thonon.
18/03/2008
A Saint-Julien, Jean-Michel Thénard s’est maintenu, contre un candidat du parti de Bayrou, qui lui-même a été battu à Pau. Dans le canton de Boëge, pareillement, le fils bayrouiste d’un ancien sénateur a été battu par le Conseiller général sortant, du parti de Sarkozy. Le parti-pris de Bayrou de critiquer systématiquement le Gouvernement alors que son programme économique était celui qu’applique le Gouvernement me paraît plutôt bizarre, et à vrai dire, fatigant. Déjà, sous Chirac, je trouvais qu’il en faisait trop.
J’ai travaillé une année à Saint-Julien, et j’ai cru comprendre que M. Thénard était un fonctionnaire professeur de niveau universitaire assez typique, un peu brouillon, et qui conçoit la culture avec enthousiasme comme la répercussion jusque dans les villes de province de ce qu’on subventionne depuis Paris. Cela dit, son opposant ne m’a pas convaincu. Sa ligne n’était pas claire. Sur le plan culturel, il a parlé des associations. Mais lesquelles ? Celles des professeurs fonctionnaires qui dépendent du Lycée (du genre “cafés philosophiques”, disons) ? La Salévienne, plus traditionaliste ? On n’en sait rien. Or, ce candidat bayrouiste avait l’air de croire que c’était sans importance, qu’il suffisait de dire qu’on dépenserait moins d’argent pour la Culture. Cela ne risquait pas de déclencher l’enthousiasme de tout le monde. Au moins, avec Thénard, c’était clair : il prend le pli d’Annemasse. Les travailleurs frontaliers n’en sont du reste pas mécontents. Car le même esprit règne finalement dans la cité de Genève.
Pour Boëge, je m’y intéresse, parce que j’ai publié un livre sur la Vallée verte, et que ce fut grâce au Conseiller général et à sa suppléante, Joël Baud-Grasset et Marielle Duret. Le premier s’est imposé au travers du syndicalisme agricole, un vrai travail de fond. Il s’agit d’un homme franc et sincère, qui œuvre réellement pour la culture locale, et se démène. Mais certains trouvaient qu’il n’avait pas assez l’air d’un notable, qu’il se présentait trop comme un paysan. En vérité, je suis content qu’il ait été réélu. C’est quelqu’un d’actif, qui veut créer des choses nouvelles. C’est lui, qui a fait en sorte que le Conseil général accorde davantage à la culture rurale. Jusque-là, Annecy dominait le budget, pour ainsi dire. Or, moi, je suis pour qu’on aide la Culture activement, mais tous azimuts, et non dans une seule ornière politiquement déterminée. D’où peut-être ce qui a pu surprendre : que je défende des gens qui avaient une politique culturelle claire, engagée, mais souvent dans des travées idéologiques opposées. Je reproche au parti de Bayrou d’être resté dans le vague, sur le plan culturel. Mon sentiment est qu’il veut dire qu’il représente tout le monde, mais qu’il n’ose pas forcément le faire d’une façon très nette !
Antoine Vielliard, par exemple, aurait été plus inspiré d’annoncer qu’il défendrait mieux la Salévienne, tout en maintenant un programme important de “spectacles achetés”, comme il qualifiait ce que préférait son rival : il aurait été mieux inspiré, s’il avait dit qu’il serait actif avec plus d’équité, au lieu de rejeter d’emblée ceci ou cela. Comme peut le faire effectivement M. Thénard, pour ce qui n’appartient pas à sa propre culture de classe, comme qui dirait...
16/03/2008
Cette semaine, dans “Le Messager” (Haute-Savoie), je publie un article sur la présence de Jean-Vincent Verdonnet, prince des poètes savoyards (si l’on peut dire), dans l’“Anthologie de la poésie française” rédigée par Jean Orizet et éditée chez Larousse en septembre dernier. Un chapitre y est réservé aux poètes de la Romandie depuis le XIXe siècle. Genève est représentée par Charles-Albert Cingria et Vahé Godel, notamment. Rousseau y est, par ailleurs, présent pour un poème qu’il a fait sur son paradis des Charmettes...
12/03/2008
Je suppose qu’on pouvait attendre d’un “Savoyard de la Tribune” qu’il évoque ici les élections municipales françaises, au moins en Haute-Savoie. Personnellement, je n’ai pas fait campagne. Ma commune ne proposait que la liste du maire sortant, et j’approuvais son action, faite à la fois d’encouragement à la libre initiative, de souci de cohésion et de partage au sein de la commune, et d’éclectisme culturel, puisqu’il soutient à la fois les traditions locales et les propositions novatrices - le tout étant dominé par une forte connotation écologiste et le désir affirmé de respecter aussi bien la nature en général que la place qu’y occupe l’être humain.
Je parlerai cependant du résultat dans les grandes villes, notamment celles dont je me sens proche, dont j’ai été ou me sens plus ou moins citoyen.
J’ai longtemps vécu à Annecy, et on sait que le dauphin de Bernard Bosson, Jean-Luc Rigaut, l’a emporté haut la main, en prenant dans sa liste des écologistes, et en mettant peut-être un coup d’arrêt aux ambitions du sénateur Pierre Hérisson, qui était plus à droite. Quelqu’un a dit qu’Annecy, comme Lyon, Genève ou Paris, se tournait toujours plus vers la social-démocratie, vers le “boboïsme”. C’est vrai. Jean-Luc Rigaut l’illustre assez bien. Le socialisme traditionnel ne risquait pas de s’imposer à Annecy. Mais la droite dure, conservatrice, orientée soit vers les profits économiques, soit vers la défense des traditions, a elle aussi de moins en moins de chances de s’imposer. Sans doute, c’est plutôt bon signe. En fait, la liste de Jean-Luc Rigaut est celle qui ressemblait le plus à l’unique liste de ma propre commune ! (Sauf peut-être pour les traditions locales, dont à mon avis les Annéciens actuels n’ont que faire, en général : ils préfèrent répercuter au mieux ce qui se fait à Paris ou à Lyon ; comme j’édite de vieux auteurs savoyards, cela ne m’arrange guère.)
Pour ce qui est de Bonneville, Martial Saddier, le maire sortant, a également été réélu dès le premier tour. Il est du camp de Hérisson, mais à Bonneville, cité industrielle au sein de laquelle tout de même la classe moyenne a des propriétés, des biens dont elle vit, c’est un peu normal. De surcroît, Bonneville dispose des logements sociaux les plus nombreux et les plus abordables (pour ce qui est du prix) de tout le département : même la gauche avoue approuver cette politique, qui cherche à équilibrer les choses au mieux dans un contexte pas toujours facile. De fait, l’atmosphère n’est pas forcément aussi détendue qu’à Annecy, mais le maire essaye constamment d’animer culturellement la Cité, et notamment en s’appuyant sur les traditions. Lors des dernières fêtes de Noël, les illuminations étaient d’une profusion inouïe, par exemple. Je suppose qu’il fait ce qu’il peut pour créer dans sa commune une forme de dynamisme : cela facilite toujours les relations entre les citoyens, n’est-ce pas.
Pour Annemasse, la liste de l’héritier de Robert Borrel a aussi été consacrée dès le premier tour. La politique suivie y a été également assez équilibrée. Le contexte frontalier n’y est pas facile non plus. La cohésion sociale, dans une telle situation, est difficile à créer. La culture y est donc de type généraliste, comme on pourrait dire : un peu comme à Annecy. Il s’agit d’enseigner la tolérance, peut-être en ne s’impliquant pas trop, en ne prenant pas trop de risques, et en ne cherchant pas trop à innover. C’est la tradition propre aux fonctionnaires, pourrait-on dire.
Au bout du compte, les raisons pour lesquelles des listes sont élues au premier tour sont souvent plus intéressantes que de savoir si c’est bien ou mal. La politique ne se fait pas dans l’absolu, je crois. On peut parler d’un pur point de vue logique et général, on peut aussi réclamer des rééquilibrages en faveur de ce à quoi on croit, mais ensuite, il s’agit justement de toujours trouver le meilleur équilibre entre la stabilité et l’évolution, dans une situation donnée. Je crois que les listes dont j’ai parlé aujourd’hui allaient globalement dans ce sens.
10/03/2008
“Le Messager” (en Haute-Savoie) contenait une publicité pour une représentation adaptée du “Chat botté”, à Genève, et je suis allé y assister. Les acteurs sont bons et savent animer une scène : c’est certain. La mise en scène était de qualité.
Les traitements que l’on a fait subir au texte m’ont laissé plutôt perplexe, en revanche. J’avais l’impression que, pour Perrault, le roi du conte était un de ces petits rois des temps antiques ou barbares, à peine chefs de tribu (malgré la présence d’un carrosse) : cela explique qu’il ait volontiers accepté comme présents un lapin de garenne et une perdrix. Or, ici, le choix a été fait d’appeler ce prince Louis XV, roi de France. Comme je me souvenais mal du texte original, je me suis dit qu’un tel monarque allait forcément mépriser des présents aussi modestes. Mais non : car l’intrigue suit fidèlement le conte de Perrault, d’une manière plutôt illogique.
On a visiblement voulu rajouter de la satire. Je ne suis pas persuadé qu’elle ait été bien présente au départ, sinon de façon très allusive, indirecte. (En tout cas, Perrault n’a pas pu penser à Louis XV, qui n’était pas encore roi, quand il fit paraître son recueil de la Mère l’Oye. Louis XIV a sans doute gardé assez de prestige pour qu’on ne puisse pas facilement ironiser sur lui ; avec Louis XV, la situation est différente. Mais cela ne vient pas de Perrault même : évidemment.) Le fond du conte est plutôt centré autour du chat même, de sa ruse : c’est un avatar de maitre Renart.
Au reste, l’univers du conte était quelque peu détourné et rationalisé, et l’Ogre est peu crédible : on ne voit que son ombre, derrière une vitre opaque. Cela sent l’idée qu’on peut avoir d’un ogre à notre époque : c’est un peu un spectre, une abstraction. Évidemment, la question de la transformation de cet ogre en lion puis en souris posait des problèmes particuliers, à la mise en scène.
Les effets de lumière et les coups de tonnerre, le rendu du fantastique, m’ont rappelé une adaptation du “Don Juan” de Tirso de Molina (la version du mythe la plus chargée de merveilleux) que j’ai vue à Annemasse : d’un mystère baroque écrit par un prêtre jésuite, la troupe avait fait une fantaisie spectaculaire et colorée. Le fond en était en quelque sorte allégé : le plaisir d’un folklore plutôt dépassé était présent surtout pour l’œil. Il perdait de sa signification intrinsèque. (Walt Disney fit subir aux contes de Grimm - ou de Perrault même - globalement la même évolution, à vrai dire.)
Quoi qu’il en soit, ce fut une pièce animée, et on ne s’y ennuie pas. Les acteurs ont bien su matérialiser une action, et le théâtre est avant tout cela, n’est-ce pas.
06/03/2008
Cette semaine, dans “Le Messager” (Hte-Savoie), je fais paraître un article sur un écrivain du haut-Jura, André Vuillermoz, qui a joliment évoqué la Haute-Savoie, dans un de ses livres. Vuillermoz est un chanoine de Saint-Claude, où j’ai un peu vécu. Le lien avec la Savoie existe depuis l’origine, car la Terre de St-Claude fut colonisée au Moyen-Âge par des Bugistes et des Vaudois, à une époque où le Bugey et le Pays de Vaud appartenaient à la Savoie. Genève avait été encore auparavant le centre historique de ce territoire, même si le Genevois demeura indépendant jusqu’au début du XVe siècle : cela remonte au royaume de Bourgogne. Bref, je suis heureux de pouvoir évoquer un écrivain de cette Terre de Saint-Claude, que j’ai apprise à connaître avec beaucoup de plaisir et d’émotion. J’y ai du reste plusieurs fois rencontré André Vuillermoz lui-même.
02/03/2008
J’aime bien les films de Cédric Klapisch : ils sont d’une grande humanité. Je suis allé voir “Paris”, le dernier qu’il ait fait, à Archamps, et je l’ai bien aimé aussi, malgré un début plutôt glaçant. Mais je me disais que j’étais sûr que Cédric Klapisch allait proposer une voie de sortie, une sorte de façon d’apprendre à affronter sa destinée. Or, je l’ai trouvé très convaincant, et à la fin, j’ai versé des larmes.
La ville même de Paris y est chantée dans son fonctionnement concret : le cheminement de la nourriture depuis Rungis, où elle est amenée, est montré, avec les hommes et les femmes qui s’en chargent, et qui sont somme toute la base de la vie à Paris : sans eux, il n’y aurait pas de vie possible.
Et puis il y a la classe des intellectuels, qui explorent Paris depuis l’intellect et la connaissance scientifique, et qui semblent utiles, mais aussi un peu décalés, et sans perspective véritable, sans doute parce qu’ils se contentent d’une science fondée sur “des éléments tangibles”, comme le personnage joué par Fabrice Lucchini (un professeur d’Université spécialisé dans l’histoire de Paris) le dit.
Son frère est bâtisseur : il bâtit les quartiers nouveaux ; il bâtit Paris. De ses projections dans l’avenir sort la ville. Il construit Paris pour créer du bonheur terrestre, mais il se laisse aussi enfermer dans son monde virtuel : et il en fait des cauchemars. C’est une sorte d’artiste pratique, rempli de sensibilité, mais au fond, le vrai bonheur lui vient quand un enfant lui naît.
Cependant, l’attention à la vie des Parisiens, à leurs sentiments, à leurs aventures propres, d’une part ; la beauté, l’éclat des monuments de Paris, d’autre part, enrichissent assez l’âme pour lui donner des ailes, dirait-on. En contemplant la tour Eiffel la nuit, le personnage principal (le héros) parvient à représenter à un enfant (qui est son neveu) le Père Noël qui dépose les cadeaux, la nuit de Noël, dans tous les foyers allumés de la capitale.
A la fin, il voit l’ange de la Bastille, la Liberté, toute d’or. Et puis le ciel de Paris, lumineux entre les nuages blancs. Le film s’achève sur son sourire.
C’est bien une ode à Paris : l’âme d’un lieu vue comme enrichissant l’âme individuelle. Et il s'agit d'un lieu auguste, où toute sorte d'hommes et de femmes peuvent se rencontrer, et communier, peut-être, dans le partage, où l’on peut s’aimer. De fait, j’avais déjà remarqué, dans un précédent film de Klapisch, qu’il parvenait à faire de l’amour un vrai sacrement. C’est un réalisateur qui m’est vraiment sympathique.
28/02/2008
Chaque année, à un endroit différent, la Société des Auteurs savoyards organise un salon. Cette année, ce sera à Cran-Gevrier, près d’Annecy, le dimanche 6 avril. J’y serai, bien sûr, et si les Genevois veulent visiter l’ancienne capitale du Genevois, c’est l’occasion. J’y présenterai les ouvrages que j’ai écrits, mais aussi ceux que j’ai préfacés, tel “Les Prisonniers du Caucase” ou “Le Siège de Briançon”, dont j’ai déjà parlé.
Pour la Société des Auteurs savoyards, elle rassemble des écrivains de Savoie et de Haute-Savoie, et est aidée par le Conseil général de la Haute-Savoie, principalement, mais a aussi des sponsors privés, en particulier la société ST Dupont, qui a son siège à Rumilly. Des écrivains illustres en sont Membres d’Honneur, comme Michel Butor, John Berger, Jean-Vincent Verdonnet, Paul Guichonnet... Il faut avouer que leurs titres ou leur présence en Haute-Savoie viennent souvent de la proximité de Genève.
21/02/2008
Cette semaine, dans Le Messager (Haute-Savoie), je publie un article sur le chef-d’œuvre de Jacques Replat, “Bois & vallons”. Replat était un écrivain romantique, contemporain de Victor Hugo, né à Chambéry et ayant passé sa vie à Annecy ; il a aidé à la refondation de l’Académie florimontane. Il a publié des romans gothiques consacrés à la Maison de Savoie, et les éditions Le Tour ont réédité le premier qu’il ait écrit, “Le Siège de Briançon” (voir http://www.sfmag.net/article.php3?id_article=2110 ).
“Bois & vallons” est une promenade sur le mode de Töpffer, que Replat admirait beaucoup : il a un jour déclaré qu’avec Horace-Bénédict de Saussure, il était le seul à avoir su réellement parler de la Savoie. Oui, pour Replat, seuls des Genevois avaient su parler de la Savoie ! Il était pourtant profondément attaché à la tradition spécifique à la Savoie, ainsi que je le démontre dans mon article ; il aimait aussi beaucoup le merveilleux, ce qui n’est pas nécessairement le cas des écrivains genevois.
Bref, un écrivain à découvrir.
18/02/2008
Aux portes de Genève, à la bibliothèque de Loisin, sur la route qui sépare Annemasse de Douvaine et qui a été tracée le long de la frontière, samedi 15 mars à 16 heures, aura lieu une séance de poésie consacrée à Jean-Vincent Verdonnet, poète savoyard qui reçut le prix de poésie de la Ville de Genève, il y a quelques années, et qui reçut aussi des prix importants à Paris. J’assurerai moi-même une présentation du poète, préalablement à la lecture publique de ses œuvres. Et encore avant, durant un quart d’heure environ, les lecteurs présenteront leurs propres poèmes : il y aura là Marcel Maillet, Christine Doucet, Marcel Gaden et Roselyne Carrier-Dubarry, avec des intermèdes musicaux.
N’hésitez pas à venir écouter, car J.-V. Verdonnet est essentiellement un chantre du Genevois, de l’avant-pays savoyard - davantage que des montagnes lointaines -, et en particulier du nord de la Haute-Savoie, l’arrondissement de Saint-Julien, qui borde Genève, comme chacun sait. Nombre de ses textes évoquent du reste directement le canton de Genève...
15/02/2008
Dimanche 9 mars, après midi, je serai au salon du livre d’Ugine, dans le département de la Savoie (voir www.ugine.com/UserFiles/File/Manifestations/2008/festilivre/Festilivre-2008-depliant.pdf ). Le seul lien avec Genève, je dois le dire, c’est que j’y présenterai un recueil de poésie au sein duquel j’ai consacré deux poèmes à la cité de Calvin (présentation générale : http://journal-de-vance.over-blog.com/categorie-1133397.html ).
Lionel Chiuch, journaliste littéraire à “La Tribune de Genève”, a déclaré, après avoir eu en main ce livre, que de tous les poètes du dimanche, celui qui l’avait composé était le seul qui fût sans génie. Cela voulait évidemment dire qu’il n’avait pas le génie d’un poète du dimanche, qui est le jour du Seigneur et qui domine les poètes en général. Il avait plutôt le génie d’un poète du lundi, qui est le jour de la Lune, de la sainte Vierge, de l’archange Gabriel : béni soit-il. Cela vaut toujours mieux qu’un art de curé. La Lune n’inspire pas les poètes en général, mais ceux qui trouvent de jolies images. Pour le Seigneur (ou le Soleil), c’est seulement les idées morales distinguées et aristocratiques, celles qui ornent par exemple la poésie de Paul Eluard. Et je n’y suis pas très sensible.
Bref, n’hésitez pas à venir jusqu’à Ugine, le siège des forges d’acier qui ont vaillamment nourri la France pendant ses guerres, et un lieu approprié pour un livre dont les images se veulent ciselées dans l’argent - plutôt que brodées dans la soie, il faut l’avouer ! (Mais après tout, c’est un choix : il existe différentes sortes d’art, n’est-ce pas.)
Or, cela, Lionel Chiuch l’a, par ailleurs, reconnu : le cisèlement est réussi. Il y a de bonnes raisons de venir jusqu’à Ugine le feuilleter, donc !
12/02/2008
Xavier de Maistre a correspondu avec Rodolphe Töpffer, et il l’a présenté à Sainte-Beuve, lui permettant, ainsi, d’être publié à Paris. Xavier de Maistre, de fait, avait passé quelque temps à Genève, en tant qu’émigré de la Révolution, et il avait conservé l’habitude de s’intéresser à la production littéraire de la cité.
En tant que directeur de collection aux Editions Le Tour (F-74340 Samoëns), j’assure l’édition renouvelée d’auteurs savoyards que j’estime méconnus, et c’est ainsi que nous avons mis à la disposition du public “Les Prisonniers du Caucase”, de ce même Xavier de Maistre (voyez http://livres.kelkoo.fr/cpc_5101_ps_17515461_gs_16108556.html ). Cette nouvelle date de l’époque où il était officier dans l’armée russe.
J’ai essayé de la proposer aux gens de lettres parisiens, et on m’a volontiers répondu que ce qui se produisait à Samoëns ou à Chambéry (ville natale de l’auteur) ne valait rien, parce que seule la production parisienne avait une valeur réellement universelle. Je m’en suis moqué, évidemment, en demandant si le pain, à Paris, était celui des hosties, quand celui de Chambéry n’était que du pain. Mais cette réponse n’a, elle-même, guère suscité que des insultes...
Pour ce qui est des journalistes romands auxquels je l’ai adressé, ils n’ont pas montré non plus d’intérêt profond. Töpffer n’y a rien fait. Mais enfin, Jean-François Mabut me donne ici la possibilité d’évoquer le bon ami du célèbre pédagogue, auteur non moins fameux du “Voyage autour de ma chambre”. Qu’il en soit remercié.
09/02/2008
Hier, dans “La Tribune de Genève”, est paru un article sur l’ouverture, à Chambésy, du “Relais”, un nouveau restaurant de Philippe Chevrier, dont le chef (Jean-Luc Bocquet) me fait l’honneur d’être mon beau-frère (voyez http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/bons_plans... ). Il est originaire de Cruseilles, en Haute-Savoie, et a longtemps tenu un excellent restaurant à Antibes, où je lui ai rendu visite plusieurs fois, toujours avec le plus vif plaisir. C'est un vrai maître en gastronomie, de la meilleure des lignées. Vous pouvez aller au “Relais” de ma part : vous ne serez pas déçu.
07/02/2008
Cette semaine, dans “Le Messager” (Haute-Savoie), je publie un article sur le grand poète anglais Shelley, qui a lui-même écrit un beau poème sur le mont-Blanc, où il s’est rendu depuis Genève, comme chacun sait : il y résidait, parce qu’il avait été chassé d’Angleterre et qu’il s’y trouvait bien, qu’il s’y sentait libre. Il a ensuite suivi le chemin d’Horace-Bénédict de Saussure, naturellement : il a remonté l’Arve jusqu’à sa source ! Voyant le mont-Blanc briller seul dans la nue, il en a fait une sorte de dieu. Pour le reste, n’hésitez pas à lire l’article.
04/02/2008
Il existe en Savoie et en Haute-Savoie des sociétés savantes dans lesquelles on ne peut entrer que si on est proposé et admis par les membres, et ce sont l’Académie de Savoie, à Chambéry, et la Florimontane, à Annecy. Elles ont été créées sous l’Ancien Régime, au temps des rois de Sardaigne, au XIXe siècle. Celle de Savoie, en particulier, a été fondée à l’initiative de Charles-Félix, qui voulait rénover la culture savoyarde, la raviver, après l’intermède révolutionnaire et napoléonien. Elle a bien relancé la littérature du Duché, amenant les écrivains à composer des odes en l’honneur des princes, ou des poèmes épiques évoquant, parmi force symboles mystiques, leur histoire glorieuse.
A Annecy, la Florimontane a été créée pour répondre aussi à ce besoin, un peu plus tard. Elle a pris le nom d’une académie qui a existé du temps de saint François de Sales, et qui a été fondée par celui-ci, ainsi que par Antoine Favre, le président du Sénat de Savoie - dont le fils, Vaugelas, a dû assister aux séances de cette Académie, avant d’aller à Paris aider à la fondation de l’Académie française.
De la Florimontane, ayant longtemps vécu à Annecy, je suis Membre correspondant depuis plusieurs années, mais mes travaux sur les écrivains savoyards ont dû être appréciés jusqu’à Chambéry, car j’ai, plus récemment, eu la bonne surprise de recevoir une carte d’admission à l’Académie de Savoie en tant, pareillement, que Membre correspondant.
Cela fait toujours plaisir !
01/02/2008
Cette semaine, dans “Le Messager”, je publie un article sur une poétesse qui habite Rumilly, en Haute-Savoie ; elle se nomme Solange Jeanberné et n’a aucun lien avec Genève. Cependant, Rumilly était bien dans le comté de Genève, dirigé depuis Annecy par le comte de Genève, puis par son successeur, le duc de Genevois.
Vous n’êtes pas sans savoir que le plus illustre des ducs de Genevois est Jacques de Savoie, duc de Nemours, qui mourut effectivement au château d’Annecy, après avoir accompli, à Paris, les exploits qui ont conduit Mme de Lafayette à faire son portrait dans “La Princesse de Clèves”. Vous n’ignorez pas non plus que Jacques de Savoie était un cousin du duc de Savoie, le Genevois étant tombé dans une branche cadette de la dynastie de Savoie, et qu’en plus, ce même grand héros est l’un de ceux qui essayèrent le plus de reprendre Genève et de la soumettre.
Mais les temps avaient changé : ce n’était plus celui des seigneurs qui régnaient sur des paysans ; c’était celui des bourgeois qui commerçaient et détenaient du capital. Genève s’en est donc logiquement sortie. Cela dit, Annecy est restée dans le Genevois, jusqu’à ce que celui-ci soit remplacé par le département de Haute-Savoie. Les Savoyards du Genevois sont restés assez fidèles à l’autorité traditionnelle, somme toute !
Rumilly n’est, d’ailleurs, jamais devenue une place commerciale importante. C’est aujourd’hui une ville industrielle, comme Cluses : elle reste populaire.
Elle n’en contient pas moins, entre ses murs, une poétesse excellente, que je vous invite à découvrir !