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27/05/2009
J'ai goûté l'image de la semaine, prise par Pierre Le Tulzo, parue dans 24 Heures de samedi. D'abord, nous étions dans ce bouchon. Ni le premier, ni le dernier. Mais celui de ce mercredi 20 mai avait un goût particulier, pas forcément déplaisant pour nous.
Commentaire du photographe: "Avant d'arriver sur les lieux, j'ai vu un type un peu dérangé qui cherchait à se rendre à la patinoire et qui me demandait son chemin. Un quart d'heure après, il marchait sur l'autoroute avec ses valises!"
Vu la chaleur, le manteau n'était pas indispensable... En voyant la scène, j'ai immédiatement pensé à Un taxi pour Tobrouk, film en noir et blanc de 1961 avec des dialogues de Michel Audiard.
Assis sur une caisse, Maurice Biraud s'adresse ainsi à Charles Aznavour:
Je crois, docteur, que l'homme de Néanderthal est en train de nous le mettre dans l'os. Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche.
25/05/2009
Malheureusement elle n'est pas nouvelle puisque nous la devons à Henri Roorda, "mort d'une effroyable crise neurasthénique" (selon la presse du moment) en novembre 1925. Le Musée Historique de Lausanne lui consacre une exposition visible jusqu'à fin juin ainsi qu'un ouvrage.
Voici cette citation:
On dit que le journal paraît parce qu'il importe d'apprendre au public
des choses intéressantes. C'est, au contraire, pour pouvoir paraître
régulièrement que le journal accorde une importance exagérée aux
choses qu'il publie... la seule chose importante pour un quotidien
n'est-elle pas de paraître tous les jours ?
crédit: coll.BCU Lausanne
Au temps où l'on lisait un quotidien... L'espace - temps s'est rétréci, bien avant Internet. En avril 1935, Ramuz écrit dans Questions:
Or l'auto est venue, l'avion, la T.S.F. Tout le monde est voisin, tout le monde communique. le monde entier prend part chaque jour à un grand débat où il cherche à déterminer son sort; et le monde découvre qu'il a un sort commun, qui n'est plus celui d'une patrie, ni d'une race , ni d'une langue, mais qui est celui de l'homme tout court. De sorte que telles mesures qui déjà s'appliquent en un lieu tendent avec force à s'appliquer partout, intéressant non seulement tous les pays, mais tous les ressortissants de chacun de ces pays.
Les idées sont devenues collectives. Que peut faire l'individu? Ramuz encore:
Il ne peut certainement rien contre elles, mais il peut encore les considérer, et, les considérant, les connaître, et, en les connaissant, les aimer.
Et, plus spontanément, ainsi que je l'ai entendu dire par Alain Maillard dans son émission Médialogues:
L'information n'est pas faite seulement pour informer mais aussi pour partager !
23/05/2009
Il fait beau et je peux rêver. Le début d'un poème de quatre quatrains. Il est en allemand et je le découvre dans ce petit journal édité depuis 66 ans par Rolf Sigg. Paru le 15 mai 1924, sous le pseudonyme de Theobald Tiger, Parc Monceau est de la plume de Kurt Tucholsky.
Quatre Américaines vérifient les indications du guide Cook qui mentionne les arbres du parc.
Paris de dehors et Paris intime.
Elles ne voient rien et doivent tout voir.
Sous le soleil, le poète en exil voit du dedans et peut se reposer de sa patrie. En 1933, les nazis brûleront ses livres et le déchurent de sa nationalité. Puis, deux ans plus tard, sa disparition tragique en Suède. Deux épitaphes:
"Tout ce qui est éphémère est allégorique ", tirée du Faust II de Goethe et une seconde autobiographique:
Ici repose un cœur en or et une grande gueule
Bonne nuit!
Sur la photo, Kurt et Lisa Matthias en 1929. Derrière mes pensées s'évadent. nous sommes des Roseaux pensotants et nos yeux ont besoin d'oeillières. NOS OREILLES N'ONT PAS DE PAUPIERES. "Hélas! Quand nous ne voudrions pas entendre, nous entendons tout de même."Menue monnaie d'Henri Roorda, maître de mathématiques lausannois désabusé. Comme Tucholsky, il n'était pas fait pour vivre "dans un monde où l'on doit consacrer sa jeunesse à préparer sa vieillesse."
Café du Port de Rolle en ce dernier mercredi radieux
Je m'y trouve, guidé par le hasard, en compagnie de la délicieuse T. La courbe de ses yeux (*), Chasseurs de bruits et sources de couleurs, (et de mon coeur...)
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Quand nous ne voudrions pas entendre, nous entendons tout de même.A la table voisine, François Silvant! Madame Pahud a invité un vert monsieur alémanique qui dans un français parfait s'extasie sur la qualité des filets de perche. Un homme de goût (!) et de culture. Ne tarissant pas sur la pureté de l'eau, il évoque les travaux d'un docteur honoris causa sur l'eau du robinet. Madame Pahud, qui donc l'invita, désire mettre à profit la science du monsieur fort courtois en l'aiguillant sur la politique. Depuis le formidable Ogi, madame Pahud passa tout le Conseil fédéral en revue, même le socialiste Leuenberger qui "grâce à la Realpolitiket à l'éducation de ss pairs est encore capable de faire quelque progrès selon le docte interlocuteur. Le Valaisan est un peu carré et il veut augmenter les impôts pour aider les handicapés. Quant à la Calmy, elle parle beaucoup et parfois elle ferait mieux de se taire..."
Nous n'entendîmes pas tout. Je pris T. par la main et j'ai murmuré des mots à son oreille attentionnée. Nous avons marché au bord du lac pendant que les jardiniers procédaient au dernier toilettage des plate-bandes en prévision de la grande parade des bateaux de la CGN de ce dimanche.
J'ai oublié de dire à T. que la courbe de tes yeux est également un très, très beau poème d'Eluard. Dommage seulement qu'il soit inscrit au programme du bac français!
La Courbe de tes yeux
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,
Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.
Paul ELUARD, Capitale de la douleur, (1926)
17/05/2009
En dépit du dérèglement du monde et de celui de l'oeil photographique d'un Homme révolté , un regard sur un projet lancé par Francis Mathey himself s'imposait.
Projet-pilote intercantonal sous l'égide de la Confédération, un bus sillonnera les campagnes pendant trois ans. Nous aurons des *diagnostics communautaires". La valorisation de la contribution des étrangers aux activités locales était toutefois visible dès les premières heures.
A Payerne, il y avait du Camus dans l'air:
Nos frères respirent sous le même ciel
que nous, la justice est vivante.
Alors naît la joie étrange qui aide
à vivre et à mourir
et que nous refuserons désormais
de renvoyer à plus tard.
11/05/2009
Vous avez lu sur ces blogs de 24 Heures, la dernière note de JLK et vous étiez peut-être dans la salle comble de Vidy, public très fourni donnant tout son sens au terme de Grand Débat. Quand Amin Maalouf aborde Le Dérèglement du monde (Grasset), nous sommes tous concernés. Continuons de "caresser nos utopies, c'est ce qui nous fait vivre."
Pari pour un suicide différé. J'aime le titre de la note de monsieur Kuffer. Et, s'il me lit, je lui saurais gré de corriger le lapsus de la première ligne. Nous ne sommes plus au XXe siècle, ce que personnellement je regrette aussi. Et si nous étions au crépuscule de la préhistoire, ainsi que le suggère Amin Maalouf? Afin d'éviter tout sentiment de nostalgie.
Désarroi encore de cette jeune personne constatant que jamais nous n'avons autant voyagé, autant écouté les musiques du monde, autant été informés sur les déboires de ce monde et qui, pourtant, ne faisons que consommer. Consûmer?
Elle n'a pas tort.
La grande consommation me ramène à mon monologue sur l'alcool. Sans intention ou prétention d'amener de l'eau au moulin de la prévention. Mais une demi-verité, c'est aussi triste qu'un verre à moitié vide. Je dois rendre compte de mes observations sur les ivresses ponctuelles (terme retenu pour désigner les défonces du samedi soir). Ponctuelles aussi ces ivresses qui portent sur un détail dans le cadre d'une fête villageoise. A vue de nez, moins d'un dixième de la jeunesse festive et certainement beaucoup moins que ceux qui s'amusaient différemment.
Je n'ai pas terminé mon billet... J'avais l'intention de parler de la réduction des risques et j'y reviendrai. Mes observations se fondent sur un village de 1700 habitants. Dans quelques semaines s'y déroulera le Giron des Sociétés de Jeunesse de la Broye, un méga truc avec un budget qui, proportionnellement, dépasse celui des Jeux olympiques.
Je viens de lire la chronique de Jacques Poget qui relate le désappointement à l'issue de la conférence de Maalouf. Le bricolage de l'assurance maladie donne effectivement le vertige et le sentiment d'aller droit contre le mur. Idem pour la question du jour de 24 Heures. Elle atteste de notre comportement schizo: soins palliatifs et acharnement thérapeutique vont de pair; ce n'est pas uniquement un problème de coûts en fin de vie mais un désir de puissance qui s'inscrit dès le plus jeune âge.
Comment revenir à la responsabilité individuelle? Je reviens à ce qui devait être l'essence de mon billet: l'alcool. Retarder le plus possible l'âge d'accès aux boissons enivrantes. Et à l'autre bout du parcours du combattant, si affinités: les Alcooliques Anonymes!
Une autre manière de parler de l'alcool, entièrement basée sur la responsabilité de chaque personne manifestant le désir d'arrêter de boire. Un exemple de l'apprentissage d'une nouvelle "langue de coeur que toute personne devrait avoir", réflexion émise par Maalouf!
Bien entendu, j'assume cet amalgame qui n'étais pas dans le propos de Maalouf. Les personnes addictes sont néanmoins souvent les premières victimes de notre intranquillité générale...