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Quatre questions à Pierre Voélin
di Grazia Bernasconi-Romano
Pubblicato il 20/10/2005
Que peut la Poésie à l'aube d'un nouveau millénaire et après un siècle funeste comme celui qui vient de s'achever?
La poésie est ce murmure qui traverse les désastres, ce mince filet d'eau que l'on continue d'entendre au creux de la nuit - même les fuyards de Srebrenica l'ont entendu - et qui dit que nous sommes au monde, vivants, survivants, tendus vers l'espérance d'un salut.
L'improbable prise de conscience de la mort - présence stable dans vos poèmes - est-elle nécessaire afin que l'homme contemporain s'ouvre à la vie?
«La pensée de la mort est indispensable pour rendre la perception possible» (Walter Helmut Fritz).
A l'époque des machines et de la réalité virtuelle peut-on encore, comme vous le faites, enraciner la Poésie dans la terre humble et pauvre?
Nous ne sauverons quelque chose de la terre qu'à travers plus de technique - déjà l'éléphant, le tigre ou le lynx se baladent avec un collier-émetteur ; mais que la terre, notre séjour commun, soit effacée de la conscience de nos contemporains ne l'empêche pas d'être là : pas d'autre fondement à notre existence incarnée qui s'achève par une mort physique. La poésie n'est enracinée nulle part sinon dans le coeur de l'homme, le coeur au sens pascalien. Elle est une tentative sans cesse mise en échec pour remonter vers la source du langage. Le Vivant - tel est le seul nom du dieu qui se manifeste aux yeux de Moïse.
Dans votre Poésie le «tu» joue un rôle essentiel. Comment l'identifier?
Le «tu» signale la présence de l'interlocuteur dans le poème, présence sans laquelle aucun acte de langage n'est imaginable. Dans chaque texte le lecteur est prié d'identifier, autant que faire se peut, cet interlocuteur aux multiples visages. Cet interlocuteur est le Vivant qui obscurément aimante vers lui le poème. «Le poète, conservateur des infinis visages du vivant» (René Char).