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Critique
"Relire son passé, aimer à nouveau, rester en lien avec ses enfants, possible? Ce sont le défi et le drame auxquels est confrontée une femme dans la soixantaine qui ne se découvre elle-même qu'après la mort de son époux.
A peine la porte est-elle rouverte qu'elles sont là, les pantoufles de son mari. Elle ne voit qu'elles, qui l'attendent.
May, qui vient de perdre son mari, alors qu'ils s'étaient rendus en visite chez leurs enfants à Londres, saisit immédiatement à son retour chez elle qu'elle ne supportera pas de rester dans cet appartement. Du coup, vu qu'il lui est impossible de s'y asseoir même un seul instant, elle repart avec son fils. Dans la grande ville, May erre entre l'appartement de son fils et de sa belle-fille, extrêmement occupés, et celui de sa fille et de son petit-fils. Mais un jour, elle tombe amoureuse de Darren, un ami maçon de son fils, qui n'a pas la moitié de son âge et qui sort avec sa fille. C'est que le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas. En quelques mots elle (s')avoue: ""Je ne suis pas prête pour la vieillesse"". Peut-être même la refuse-t-elle.
Au tournant de l'âge, veuve, May relit son existence. Qu'a-t-elle véritablement construit? Est-elle aussi proche de ses enfants, et surtout de sa fille, qu'elle le croyait? Le sentiment d'être indésirable auprès d'eux la gagne d'autant plus que son existence passée lui paraît bien terne. Est-elle désormais condamnée à vivre seule, à ne plus éprouver de désir, y compris sexuel? Ces questions douloureuses la taraudent lorsque sa rencontre avec Darren se présente alors comme un moyen d'échapper à l'emprise de cette solitude et de cet âge qui lui tombent dessus. Mais quel est le prix du désir? A quel sacrifice conduit-il? Quelles ruptures entraîne son assouvissement?
Climat, tonalité, expressions, casting, tout aurait pu faire de ce film une œuvre forte. Mais si les deux premiers tiers du film de ce réalisateur - qui quitte ici les sentiers charmeurs de COUP DE FOUDRE A NOTHING HILL (1999) - retiennent bien l'attention, le devenir des personnages convainc peu. Dommage que Roger Michell et/ou son scénariste se soi(en)t probablement laissé prendre par ses (leurs) propres fantasmes plutôt que de se laisser conduire par cette femme veuve, auquel Anne Reid donne une véritable épaisseur.
L'absence de musique à plusieurs reprises, l'arrêt sur tel objet ou sur le corps devenu âgé, tout cela donne souvent force aux propos du réalisateur désireux de montrer QUE TOUT PEUT ARRIVER à tout âge. Avec ses confrères - n'est-ce pas une bonne nouvelle? - il quitte la représentation d'un monde où la vie a l'épaisseur d'une feuille de papier lorsqu'il s'agit toujours d'être riche, jeune et en bonne santé. Il s'agit dès lors de scruter le sentiment amoureux et la force du désir lorsque viennent l'âge adulte et le vieillissement, quand le corps trahit le poids des ans, alors que les profonds mouvements intérieurs et les pulsions qui l'habitent, y compris sexuelles, peuvent être encore d'une violence étonnante. Dessein méritoire des cinéastes pour autant qu'ils prennent en compte jusqu'au bout la densité et la complexité d'une vie."
Serge Molla