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Pas le genre à passer dans les médias ?
On savait que le traitement médiatique réservé aux femmes – déjà peu visibles – se réduit, le plus souvent, à des stéréotypes grossiers et les renvoie à leur apparence. Deux études viennent montrer en outre qu’en Europe elles occupent à peine 30 % des postes de décideurs dans les grands médias.
Le 21 octobre dernier, la Chambre des Lords a invité Karen Ross, professeure de médias à l’Université de Northumbria, à présenter ses recherches dans le cadre d’une enquête sur la représentation et la proportion des femmes dans les médias. Il ressort de l’étude que les hommes dominent les postes de décision dans de nombreux grands organismes de médias européens. En 2012, les femmes n’occupent en effet qu’à peine 32 % des sièges au sein des organes de décision du plus haut niveau dans les médias de l’EU. De plus, un pourcentage encore plus faible de femmes est représenté dans les postes les plus élevés, tels que les directeurs généraux (16 % au niveau stratégie).
Dans d’autres recherches menées dans le Projet mondial de monitorage des médias (GMMP) 2010, il ressort que les femmes ne représentent que 24 % des personnes vues, lues ou entendues dans les médias d’information. Bien que ce pourcentage ait augmenté de 7 % en quinze ans, le taux de progression signifie que pour que les femmes apparaissent à parité dans les médias, il faudra au moins attendre 2050. Le rapport du GMMP 2010 indiquait également que si les femmes représentent 44 % des « personnes ordinaires » qui parlent en tant que témoins oculaires ou selon leur expérience personnelle, les experts et les porte-parole sont à 80 % masculins. En Suisse, on compte 49 % de présentatrices, 37 % de femmes reporters et 20 % de sujets féminins dans les nouvelles.
Pourquoi cette sous-représentation des femmes dans les médias? « Cela pourrait être lié à des normes et des habitudes culturelles qui existent au sein des salles de rédaction », a déclaré la professeure Ross. « Par exemple, il peut y avoir une préférence pour recruter “des gens comme nous”. Si les gens qui choisissent les intervenant·e·s sont en majorité des hommes, alors les hommes sont davantage susceptibles d’être invités et promus. En outre, la vitesse de production de nouvelles est aujourd’hui telle que souvent, les journalistes utilisent toujours les mêmes sources, ce qui rend leur vie plus facile mais ne fournit pas de perspectives pour diversifier les intervenant·e·s », précise Karen Ross.
Au niveau du Conseil de l’Europe, une étude publiée également le 21 octobre par la Commission pour l’égalité entre les femmes et les hommes (GEC) met en avant l’existence d’un plafond de verre dans les médias qui serait lié à des « préjugés institutionnels », qui s’expriment de manière implicite dans le quotidien des entreprises de médias, notamment dans les processus de recrutement et de promotion.
En 2013, le Conseil de l’Europe a certes adopté une recommandation en seize points. La GEC plaide pour un engagement collectif qui appelle un changement de culture et de mentalité au cœur des médias. A chacun et chacune de s’y mettre dès maintenant.
Infos : taper « GEC (2014)14 Toolkit » sur un moteur de recherche.
A lire : Sylvie Durrer, Nicole Jufer, Stéphanie Pahud, La place des femmes et des hommes dans la presse écrite généraliste de Suisse romande des années 80 à nos jours, Ed. Seismo, 2009, 360 p.
Mise au point et forum… masculins
La tendance générale à l’invisibilisation des femmes peut également se mesurer en Suisse.
Nous avons pris les dix dernières émissions Infrarouge, sur la RTS, entre le 16 septembre et le 18 novembre. Sur 63 invité·e·s, on compte 51 hommes pour 12 femmes qui ne représentent donc que 19 % des invité·e·s. Selon notre échantillon l’émission de débat Forum, sur la Radio romande, donne un tout petit peu plus la parole aux femmes. Sur les 73 personnes interviewées lors des dix émissions entre le 11 et le 20 novembre, 54 étaient des hommes et 19 des femmes. Ces dernières assurent ainsi une présence à l’antenne de 26 %.
Cela reste quand même encore très loin de la parité… (YS)