Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06922.jsonl.gz/1055

Les Suisses doivent dire dimanche s'ils veulent envoyer des soldats armés à l'étranger pour assurer des missions de maintien de la paix. Au delà de l'aspect technique, ce vote montrera dans quelle mesure la Suisse est prête à l'ouverture, à quelques mois du scrutin sur l'adhésion à l'ONU.
Des soldats suisses ont déjà participé à des missions internationales de maintien de la paix. Il y a eu les bérets jaunes en Bosnie et, maintenant encore, la Swisscoy au Kosovo. Sans parler de mission moins connues, comme la surveillance de la ligne de front entre le deux Corées.
Mais, neutralité oblige, la Suisse n'arme pas ses soldats présents en terre étrangère. Il s'en suit qu'au Kosovo, par exemple, les soldats helvétiques doivent être protégés par le contingent autrichien.
Le Conseil fédéral juge cette situation indigne. Il propose donc une modification de la Loi sur l'armée et l'administration militaire, afin de permettre aux soldats suisses d'être armés et, objet subsidiaire, de les laisser s'entraîner avec les troupes des autres pays.
Le Conseil fédéral met toutefois des gardes-fous. Il précise que seuls des volontaires seront envoyés à l'étranger, que l'accord du Parlement sera nécessaire pour des missions dépassant trois semaines et un contingent de 100 hommes. Et surtout, que les Suisses ne participeront pas à des opérations de guerre.
Ce projet est toutefois attaqué par la gauche et la droite dures. Le groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) a lancé un référendum contre la modification de la loi. Suivi par une partie des socialistes, il estime que promotion de la paix et armée sont tout simplement complètement incompatibles.
Le second référendum, qui s'attaque tant à l'armement des soldats qu'à la collaboration en matière d'instruction, émane de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) et de l'Union démocratique du centre (UDC).
Ces deux mouvements dénoncent les «aventures militaires» du Conseil fédéral. Pour la Suisse les opérations militaires sont synonymes de morts et de souffrances. Et, plus généralement, tant l'ASIN que l'UDC voient dans la modification de la loi un pas de plus en direction de l'abandon de la neutralité et d'une adhésion à l'OTAN.
Pour les opposants de gauche comme de droite, la Suisse ferait finalement mieux de se concentrer sur ses tâches traditionnelles, soit l'aide humanitaire. Le Conseil fédéral estime en revanche que le pays doit se montrer solidaire avec les autres pays qui œuvrent militairement pour imposer la paix.
Ce sera finalement au peuple de trancher entre ces deux visions. Mais une chose est sûre: pour de nombreux observateurs et politiciens, ce vote fera office de test de la volonté d'ouverture de la Suisse.
Olivier Pauchard, Palais fédéral