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Formule 1 25 ans après, Jacques Deschenaux n'a pas oublié
L'ancien commentateur de la TSR revient sur le décès tragique d'Ayrton Senna, le 1er mai 1994, sur le circuit d'Imola.
Jacques Deschenaux, aujourd'hui à la retraite, a suivi plus de 500 Grands Prix de Formule 1.
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Triple champion du monde, le Brésilien Ayrton Senna avait 34 ans, en ce 1er mai 1994, lorsqu'il a perdu le contrôle de sa Williams, qui est allée taper à pleine vitesse le mur du Tamburello, un virage du circuit d'Imola. Il allait y laisser la vie.
Jacques Deschenaux, le spécialiste Formule 1 de la Télévision suisse romande, avait vécu l'événement en direct, dans sa cabine de commentateur. Il n'a rien oublié.
Jacques Deschenaux, on imagine que, même vingt-cinq ans plus tard, les images de ce tragique accident sont encore dans votre mémoire...
Évidemment. Pour moi, la mort d'Ayrton Senna fait partie de ces événements qu'on n'oublie pas, comme si le temps s'était arrêté. On se souvient toute sa vie de ce qu'on faisait à ce moment-là. À titre personnel, je place l'accident de Senna au niveau de l'assassinat de Kennedy, la mort de Jo Siffert ou les attentats contre les deux tours à New York.
On revient sans cesse sur l'accident qui a coûté la vie à Senna, mais c'est tout le week-end de ce Grand Prix de Saint-Marin 1994 qui avait été noir...
Oui, c'est vrai. Tout avait commencé le vendredi, quand Rubens Barrichello avait été victime d'un accident terrible. Sa voiture s'était retournée et avait fini dans les grillages. Il avait été miraculé ce jour-là. Le lendemain, lors des qualifications, c'est le jeune pilote autrichien Roland Ratzenberger qui avait trouvé la mort à 23 ans. Et au départ du Grand Prix, le dimanche, il y avait eu un immense carambolage. Une roue s'était envolée dans le public et avait fait cinq blessés. Alors oui, c'est vrai, on était tous un peu bizarres dans ce climat très lourd. Jusqu'à l'accident de Senna...
Comment l'avez-vous vécu en direct?
C'était quelque chose d'irréel. Les premiers tours s'étaient déroulés sous safety car, en raison du carambolage du départ. Et de voir la voiture de Senna aller frapper ce mur au Tamburello, c'était... énorme. Quand la voiture s'est immobilisée, il y a eu un moment d'effroi. Quelques secondes de silence qui ont semblé durer une éternité. Je me rappelle avoir vu sa tête bouger et avoir dit en direct: «Il me semble qu'il a bougé, c'est bon signe.» Mais cette lueur d'espoir n'avait pas duré. C'était en fait une réaction nerveuse, puisqu'on allait apprendre plus tard qu'une barre de direction avait traversé le casque de Senna. Après, je ne sais plus. Les jours qui ont suivi, j'ai reçu beaucoup de témoignages de gens qui me disaient combien ils avaient apprécié la manière dont je m'étais exprimé en direct, mais moi, je ne me souvenais plus de ce que j'avais dit. Et puis, il ne faut pas oublier que le corps de Senna avait été amené à l'hôpital de Bologne: ce n'est qu'en soirée que son décès a été officialisé.
Quel souvenir Ayrton Senna vous laisse-t-il?
Je le connaissais assez bien. Je n'irai pas jusqu'à dire que nous étions de grands amis, mais on s'appréciait. On se serrait la main et on échangeait quelques mots quand on se croisait, il y avait une petite complicité qui s'était installée entre nous. Je me souviens qu'un jour, je lui avait apporté une boîte de chocolat suisse alors que j'étais allée réaliser une interview avant la saison. Il aimait le chocolat, et il avait apprécié le geste.
Ayrton Senna était une idole absolue au Brésil, mais il était également une icone dans le monde entier...
Oui, parce qu'il se dégageait de lui quelque chose de mythique, de mystique aussi. Après le Grand Prix, j'ai vu des gens pleurer dont je n'aurais jamais imaginé qu'ils puissent se lâcher ainsi en public. C'est la preuve que Senna n'était pas comme les autres.
Créé: 01.05.2019, 19h50