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Bocion et sa famille à la pêche
Voici un tableau qui dépeint une scène de navigation de plaisance. Cette activité était encore rarement pratiquée dans les années 1870. A cette époque-là, la navigation de plaisance était réservée à un cercle d'initiés. Ne s'aventuraient alors sur le lac Léman que les pêcheurs, les remorqueurs et d'autres transporteurs.
L'autoportrait, le "selfie" du XIXe siècle?
La composition, qui montre le peintre et sa famille répartis sur deux embarcations, est plus ambitieuse que ne le laisseraient supposer ses dimensions modestes (32 x 48,5 cm). Sa particularité est de faire se rencontrer dans une même toile la peinture de genre, de paysage et de l'autoportrait.
Debout dans l'embarcation de gauche, l'homme tout de blanc vêtu est Bocion lui-même. Sa pose rappelle celle de Louis XIV pour son célèbre portrait par Hyacinthe Rigaud (1701, musée du Louvre), canne royale et dais d'apparat compris.
Dans l'autre barque, la femme qui s'abrite sous une ombrelle est l'épouse de l'artiste, la Zurichoise Anna-Barbara. Les époux sont accompagnés de leurs enfants.
Aux alentours de Vevey, où l'artiste a grandi
La relative proximité des montagnes situe la scène près de Vevey, région dont la famille maternelle de Bocion est originaire, et où il passe une partie de son enfance. Le début de sa scolarité se déroule d'ailleurs non loin de là, à Montreux, chez un grand-père qui lui aurait transmis sa passion pour la navigation sur le lac.
Rien sur le bord inférieur du tableau ne rappelle la terre ferme, un artifice qui place le spectateur comme sur une autre embarcation, en proximité immédiate avec la scène. La ligne d'horizon basse produit un effet d'amplitude souligné à gauche par la rame et à droite par la bande de terre, tandis que le bleuté des montagnes creuse la profondeur du paysage. Les reflets dans l'eau, magistralement rendus, la luminosité de l'ensemble, le traitement des figures féminines en particulier, où le noir appuyé écrit les silhouettes, ne sont pas sans évoquer l'exemple de Manet.
RTS Découverte/Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Publié le 19 septembre 2014 à 13:17 - Modifié le 23 mars 2018 à 10:54
Brève biographie de François Bocion
Dès 1845, Bocion se rend à Paris où il fréquente l'atelier de Charles Gleyre. C'est à cette époque qu'il rencontre les peintres Gustave Courbet et Emile David.
Parallèlement à l'enseignement du dessin à l'Ecole moyenne et industrielle à Lausanne, où il a été nommé en 1849, Bocion développe son activité de peintre et participe à de nombreuses expositions en Suisse comme à l'étranger (Salons, Expositions universelles). L'artiste siège aussi dans diverses commissions et sociétés artistiques romandes. A sa mort, il sera salué comme un artiste ayant marqué l'histoire des arts en Suisse.
Le thème du lac est central dans l'œuvre de Bocion. Sa production est jalonnée aussi bien de toiles de grand format longuement élaborées en atelier, correspondant au goût académique, que d'études et de pochades réalisées en plein air dans lesquelles il transcrit rapidement à l'huile des éléments de paysage, des effets de lumière, la fraîcheur de ses premières impressions.
Le courant artistique
On a souvent rapproché Bocion des impressionnistes en raison de sa pratique de la peinture en plein air et de son attrait pour la captation des éléments atmosphériques.
Toutefois, l'artiste a aussi peint des compositions très étudiées, à l'atelier.