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Panel: The Power of Love: Hippie Culture and Politics in the 1960s and 1970s in a Global Perspective
Organisateur: Stephan Scheuzger
Participants: Marieke Bloembergen, Stephan Scheutzger, Schalk D. van der Merwe
Ce panel se proposa d’observer la réception et l’influence de la contre-culture hippie en tant que pouvoir socio-culturel et politique dans une perspective transnationale. Les trois intervenants présentèrent leurs réflexions sur la pénétration et la réappropriation du mouvement hippie au sein de sociétés situées en dehors de l’épicentre nord-américain et européen; à savoir, le Mexique, l’Afrique du Sud et l’Indonésie. La contre-culture hippie est ici considérée comme un phénomène transnational n’ayant pas été transféré tel quel, mais adapté aux contextes propres aux lieux d’implantation: il n’y a donc pas une, mais plusieurs cultures hippies. Le débat mit en évidence aussi bien la persistance des particularismes régionaux au sein des sociétés mondialisées que le caractère réciproque des échanges d’influences entre les divers acteurs interagissant dans la contre-culture des années 1960-1970.
STEPHAN SCHEUZGER ouvrit la discussion en relatant le contexte historique propre à l’émergence du mouvement hippie mexicain - nommé jipitecas par Enrique Marroquìn. Ce terme illustre en lui-même la réappropriation de cette contre-culture dans le contexte du pays - par opposition à une simple imitation comme le suggérait la critique de Carlos Monsiváis qui y voyait une forme de « colonialisme mental » des régions du « tiers monde ».
Situant son discours dans le contexte des Jeux Olympiques de 1968, l’intervenant place la répression des protestations estudiantines contre le gouvernement du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) au centre de son propos. Selon S. Scheuzger, le massacre de centaines d’étudiants à Tlatelolco par la police mexicaine, le 2 octobre 1968 (deux semaines avant l’ouverture des JO), marqua aussi bien un tournant dans la politique du PRI que l’émergence du mouvement hippie au Mexique. Cet événement eut notamment pour conséquence de considérablement élargir le mouvement d’origine estudiantine de manière à constituer dès lors une constellation d’acteurs anti-establishment aux revendications diverses et issus de toutes les classes de la société. Outre cet aspect politique, l’intervenant souligna l’importance de la musique dans la contre-culture jipitecas ainsi que le rôle central de Carlos Santana dont le concert à Woodstock introduisit le monde latino au mouvement hippie. La question de la drogue a également été évoquée en mentionnant aussi bien l’importance de Timothy Leary - qui a popularisé les hallucinogènes auprès de la jeunesse des années soixante - que l’intérêt manifesté pour le chamanisme sud-américain dans l’itinéraire des jeunes hippies en quête d’expérience psychédélique (la guérisseuse mexicaine Maria Sabina, présentée dans les écrits de Robert Wasson Gordon, fut alors mentionnée).
Spécialiste de la contre-culture et de la musique populaire sud-africaine, SCHALKE D. VAN DER MERWE se focalisa pour sa part sur la réception du mouvement hippie par la jeunesse afrikaner. Son analyse visait à déterminer si le contexte politique et social lié à l’apartheid fut un rempart à l’introduction d’une contre-culture semblable à celle ayant émergée en Occident. L’intervenant commença par évoquer la large documentation existant sur les mouvements militants noirs survenant notamment après le massacre de Sharpeville (21 mars 1960), puis distingua deux groupes sociaux au sein de la population blanche sud-africaine des années soixante: d’un côté la jeunesse estudiantine afrikaner conservatrice et nationaliste (faisant l’objet de la présentation), de l’autre les étudiants de souche anglaise au discours davantage libéral et radical (anti-apartheid).
En raison de l’isolement géographique et intellectuel du pays, du conservatisme du milieu universitaire afrikaner (interdiction des écrits de K. Marx, imperméabilité aux idées de la New Left) et du caractère restrictif d’une société marquée par la surveillance et la répression de la part de l’Etat policier, l’installation d’un activisme contre-culturel parmi les étudiants sud-africains fut tardive. En dépit de ces entraves, l’Afrique du Sud fut néanmoins connectée au mouvement hippie par le biais de la musique - en particulier par la radio du Mozambique voisin diffusant des artistes tel que Led Zeppelin ou Pink Floyd et permettant ainsi de contourner la censure de l’Etat, ainsi que par la hippie beach culture véhiculée notamment par le film documentaire The Endless Summer (1966). S’y ajouta le discours anti-militariste (non sans analogie avec celui exprimé contre la guerre du Vietnam aux Etats-Unis) tenu par certains étudiants dans le contexte de la guerre de la frontière sud-africaine: autant d’exemples illustrant l’appropriation restreinte et partielle de la contre-culture occidentale parmi la jeunesse du pays.
Ce n’est qu’à la fin des années soixante, débuts des années soixante-dix que les idées de la New Left gagnèrent véritablement l’Afrique du Sud et que se développa avec Martin Legassick et Shula Marks une nouvelle historiographie et un activisme intellectuel anti-apartheid. Cet activisme ne gagna le milieu estudiantin qu’à la fin des années soixante-dix (Breyten Breytenbach en fut l’un des précurseurs dans les années soixante, mais fut alors contraint de s’exiler en France). S. D. van der Merwe prit alors symboliquement la date de 1976, marquant aussi bien les premières émeutes de Soweto que l’introduction de la télévision en Afrique du Sud comme point de repère initiant l’introduction d’une contre-culture hippie essentiellement liée aux questions de la lutte anti-apartheid.
La dernière prise de parole fut celle de MARIEKE BLOEMBERGEN dont le propos fut consacré aux interactions entre voyageurs occidentaux, gourous et associations locales en Indonésie. L’intervenante utilisa l’exemple du hippie trail (1962-1979) pour illustrer la fascination orientaliste de l’Occident pour la culture hindo-bouddhiste perçue comme dotée d’une spiritualité supérieure. Cette géographie morale romantique remontant aux années 1880 donna naissance à ladite Greater India (région transnationale s’étendant de l’Afghanistan à l’Indonésie). Cette construction idéalisée produisit une vision biaisée quant à la réalité religieuse des pays du Sud et Sud-Est asiatique. L’imaginaire occidental persiste ainsi à inclure l’Indonésie, majoritairement musulmane depuis le XVIe siècle, dans cette géographie hindo-bouddhiste imaginée. Cependant, la rencontre de cette imaginaire et de la réalité indigène produisit par la suite des modifications au sein même de la culture locale.
Marieke Bloembergen focalisa alors son discours sur les dynamiques de production du savoir dans le cadre des échanges interculturels survenus depuis la fin du XIXe siècle dans la région de Solo. Ces interactions eurent pour conséquence le développement de nouvelles formes de spiritualités hybrides, voire syncrétiques. Pour ce faire, l’intervenante se focalisa sur trois figures centrales. En premier lieu, le théosophe Sutadi ayant fait de Solo une destination privilégiée dans l’itinéraire des spiritual seekers depuis les années 1930 ; il s’agit notamment du co-fondateur du groupe de méditation Sumarah qui a accueilli nombre de hippies entre les années 1970 et 1990. Deuxièmement, le guru Ananda Suyono dont le pèlerinage de 1958 fut suivi par le hippie trail et dont la maison demeure jusqu’à ce jour un centre d’accueil et d’enseignement pour nombre de voyageurs venus apprendre ses techniques de méditation. Sa bibliothèque est un témoignage vibrant de ces échanges interculturels: s’y côtoient livres théosophiques, écrits bouddhiques, littérature psychédélique, écrits de nouveaux gurus et néochamanes tel Carlos Castaneda, œuvres philosophiques de Marx et Engels, etc. La troisième personnalité évoquée fut l’italienne Laura Romano dont les écrits relatant dans les années soixante-dix son expérience spirituelle dans le temple de Yoyokusuman firent de Solo un lieu central de la culture hippie.
Ces présentations consacrées au pouvoir de la contre-culture hippie des années soixante et soixante-dix permirent d’observer, dans une perspective globale, les interactions, réceptions et adaptations du mouvement de jeunesse aux contextes locaux. Ces réflexions nous mènent alors à considérer les échanges entre cultures indigènes et exogènes sous l’angle de la réciprocité en mettant en évidence non seulement les adaptations contextuelles du discours contre-culturel, mais également les transformations que celui-ci produisit au sein même des traditions sociales, politiques et religieuses. Le pouvoir de la contre-culture semble ainsi résider dans sa capacité à remettre en cause et à modifier la culture prédominante et par là à produire une nouvelle tradition.
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Aperçu du panel:
BLOEMBERGEN Marieke, From ‘Greater India’ to New Order Indonesia. Scholars, Travellers, and Gurus, and the 1970s Hippie Trail to Javanese and Balinese Spirituality.
SCHEUZGER Stephan, The ‘jipitecas’ and the Transformation of Post-Revolutionary Mexico: An Exploration into Culture and Politics in the 1960s and 1970s.
VAN DER MERWE Schalk D., ‘Far out’ - South African Counterculture in the Face of Apartheid.