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Une fécondation assistée pour moins de 300 dollars. Un défi rendu possible dans plusieurs pays africains, grâce à une fondation, dont le siège se trouve à Lugano, et qui finance des centres spécialisés en Tanzanie, en Afrique du Sud et au Soudan.Ce contenu a été publié le 14 octobre 2009 - 06:10
L'infertilité et la stérilité des couples ne sont pas propres à l'Occident et aux pays industrialisés. Le problème est aussi aigu dans les régions en voie de développement, où le taux de natalité est élevé mais, où le taux de stérilité est lui aussi important.
Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en 2004, plus de 186 millions de femmes mariées souffrent d'infertilité primaire ou secondaire (celle qui apparaît après une grossesse pour des raisons diverses) dans des pays en voie de développement.
Dans 6 des 47 pays retenus dans ce document, le taux d'infertilité primaire parmi les femmes âgées de 15 à 49 ans, dépasse les 4%. Les chiffres les plus élevés apparaissent en Afrique subsaharienne, avec des pointes allant jusqu'à 10,5% en République centrafricaine et 7,3% au Cameroun.
L'infertilité secondaire frappe aussi plus de 35,8% des femmes en Ouganda ; 33,7% en République centrafricaine et 33,5% en Côte d'Ivoire. A titre de comparaison, ces taux oscillent entre 10 et 15% dans les Etats d'Amérique latine.
Stigmatisation
« Dans certaines régions, l'infertilité peut s'avérer particulièrement stigmatisante. Une femme qui ne parvient pas à procréer – indépendamment du fait que la cause de la stérilité soit à rattacher à l'époux – est souvent bannie par la société. Souvent, son seul moyen de survie est la mendicité ou la prostitution. Le taux de suicide parmi les femmes considérées comme stériles est très élevé », explique le docteur Luca Gianaroli, directeur de l'Institut international de médecine de la reproduction de Lugano, et président de l'European Society of Human Reproduction and Embriology (ESGRE).
« Partant de ce constant, nous avons considéré que le moment était venu de faire profiter à leur tour ces populations des méthodes que nous avons contribué à développer », ajoute le gynécologue italien, qui a décidé en 2007, avec trois autres experts de la procréation assistée - les Australiens de Alan Trounson et Ian Cooke ainsi que la Finlandaise Outi Hovatta - de créer la Low Cost IV Foundation.
Et c'est chose faite depuis quelque mois. La fondation a ouvert des centres à Arusha, en Tanzanie et au Cap, en Afrique du sud. Une troisième unité doit être inaugurée au mois d'octobre à Khartoum, au Soudan.
L'épineuse question des coûts
Le principal problème à résoudre est évidement celui des coûts. En Europe ou aux Etats-Unis, ces traitements atteignent facilement les 10'000 francs pour une fécondation in vitro.
« Nous avons dû repenser les méthodes, simplifier les techniques et réduire les indications cliniques. Cela signifie que tous les patients ne peuvent pas forcément être soumis à ces traitements », souligne encore le docteur Luca Gianaroli.
Ainsi, pour une stimulation ovarienne, les médecins recourent à des médicaments peu coûteux en lieu et place des formes combinées de gonadotrophine, utilisées dans les cliniques en Occident. La incubateurs de cellules à anhydrides carboniques, destinés à la culture des embryions avant d'être transmis dans l'utérus, sont remplacés par des petites capsules de matière plastique.
« Dans les pays occidentaux, le 90% des équipements de pointe des laboratoires ne servent que le 10% environ des couples stériles. En éliminant ces 10%, on diminue une partie importante de ces dépenses élevées . De plus, nous achetons du matériel jetable, en quantité raisonnable et nous privilégions les fournisseurs indiens à ceux européens, par exemple. Et puis, les salaires du personnel médical et les coûts des infrastructures en Tanzanie et au Soudan sont nettement inférieurs aux nôtres », précise le chercheur italien.
«Néocolonialisme procréatif»?
Grâce à des mesures de limitation des coûts, les centres financés par la Low Cost IVF Foundation, sont en mesure de proposer une fécondation assistée au prix de 300 dollars environ. « Une telle somme reste néanmoins très élevée pour la population moyenne, reconnaît Luca Gianaroli, mais elle devient intéressante lorsque les gouvernements locaux sont prêts à apporter une aide concrète ».
D'un point de vue éthique, la création de ces centres ne manquera certainement pas de soulever des controverses. Récemment, dans un éditorial paru sur le quotidien de la Conférence épiscopale italienne Avvenire, Roberto Colombo avait qualifié le projet de « néocolonialisme procréatif ». Ne serait-il pas plus raisonnable – s'interrogeait l'auteur - d'investir des ressources dans des programmes alimentaires et sanitaires et d'éducation familiale et sociale, propres à endiguer les principales causes de stérilité ?», autrement dit, les infections transmissibles sexuellement, les carences alimentaires et hygiéniques et les mutilations génitales.
Une critique que le docteur Luca Gianaroli réfute fermement : « Indépendamment de ce que l'on peut penser de ces méthodes, je crois que le fait de ne pas comprendre l'ampleur du drame que peut traverse une femme stérile en Afrique, revient à faire preuve d'ignorance ».
Daniele Mariani, swissinfo.ch
(Traduction de l'italien : Nicole Della Pietra)
Etapes de la fécondation assistée
1977 : Robert Edwards et Patrick Steptoe parviennent pour la première fois à transférer un embryon obtenu par fécondation in vitro, dans l'utérus d'une femme. Le premier être humain né grâce à cette technique est Louise Brown, qui a vu le jour le 25 juillet 1978.
1982 : La banque du sperme de Californie rend le sperme de ses donneurs accessible aux femmes célibataires et homosexuelles.
1983 : Première grossesse obtenue en recourant à un embryon congelé.
1989 : Premiers essais de diagnostique préimplantatoire.
1992 : Première grossesse obtenue en recourant à la technique d'injection intracitoplasmatique du spermatozoo...
1996 : Naissance du premier mammifère cloné. Il s'agit de la brebis Dolly.
2000 : Séquençage partiel du génome humain.
2003 : Des cellules semblables aux ovules sont produites à partir de cellules souches.
2004 : Naissance de la souris Kyguya au Japon, reproduite avec la technique de parthénogénèse, soit sans l'intervention de spermatozoïde.
2005 : Une femme de 66 ans met au monde son premier fils, grâce à un don de sperme et d'ovules.
2006 : Naissances de souris conçues avec des spermatozoïdes cultivés en laboratoire.
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