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Comme les autres humanitaires, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est confronté à la multiplication des groupes armés «non étatiques». Une nouvelle étude de l’organisation fait le point sur ces guerres fragmentées.
Plus un conflit devient fragmenté, avec des groupes différents, souvent avec des alliances changeantes, plus il devient difficile pour le CICRLien externe de remplir l'un de ses rôles les plus importants: parler aux parties belligérantes et faire respecter les règles de la guerre.
«Nous avons vu émerger plus de groupes armés ces 7 dernières années qu'au cours des sept dernières décennies», souligne Brian McQuinn, conseiller au CICR pour les groupes armés non étatiques.
Pour son doctorat, Brian McQuinn a passé une bonne partie de l’année 2011 en Libye à faire des recherches sur les groupes armés: «A la fin de la guerre en Libye, en octobre 2011, il y avait 236 groupes armés rien qu'à Misrata. En Syrie, le Centre Carter a compté plus de 1000 groupes de combattants.»
Trouver le point de contact
Afin de comprendre cette évolution des conflits et de trouver des moyens d'atteindre et de comprendre les différents groupes belligérants, le CICR a réalisé une étude intitulée «The Roots of Restraint in War/ les racines de la retenue dans la guerreLien externe».
Le premier défi, souligne Brian McQuinn, tient à l’absence de hiérarchie reconnaissable dans bon nombre des nouveaux groupes armés: «Les points d'entrée traditionnels que le CICR utilise avec les forces armées nationales n'existent pas. Il n'y a pas de commandement et de contrôle vertical, ni de cours de formation.» Et ce contrairement aux groupes rebelles du siècle dernier, comme le Sentier lumineux du Pérou ou les FARC de Colombie, qui avaient des hiérarchies claires et des dirigeants identifiables.
Un tel manque de structure signifie que la simple livraison de fournitures humanitaires devient une opération extrêmement complexe. «Pour parcourir 10 km, nous devons négocier avec des douzaines de personnes, explique Brian McQuinn. Et il y a souvent concurrence entre les petits groupes.»
Des modèles intéressants
Néanmoins, l'étude du CICR, qui porte sur les armées officielles de l'Australie et des Philippines, les FARC en Colombie, des groupes islamistes du Sahel ou des groupes armés d’éleveurs de bétail du Sud-Soudan, montre des tendances intéressantes.
Pour commencer, suggère Brian McQuinn, l'interprétation standard, régulièrement répétée par les médias, selon laquelle les groupes armés non étatiques ne font preuve d'aucune retenue sur le champ de bataille, est incorrecte: «Dans ces groupes, nous entendons beaucoup parler de chaos et de violence effrénée. L'une des grandes conclusions est que la façon dont un groupe est organisé donne des indices sur les sources de contrainte agissant sur un groupe.»
Brian McQuinn cite un exemple au Sud-Soudan, où une ville a été attaquée et rasée, dans ce qu’il décrit comme «une affaire très moche». Mais un examen plus approfondi a révélé que le groupe armé responsable, avant cette mise à sac, avait traversé deux autres villes et n'avait rien touché. Pourquoi?
Les deux premières villes, explique Brian McQuinn, se sont avérées être reliées «à des gens très puissants, chacun ayant des dirigeants locaux avec des relations.» Ce qui n’était pas le cas de la ville finalement attaquée.
Comprendre où se situe l'influence
Comprendre qui peut avoir de l'influence sur un groupe armé est un premier pas vers la recherche d'un moyen d'encourager la retenue, ou du moins d'en parler. Mais les sources d'influence peuvent être très différentes, des chefs religieux locaux aux entreprises communautaires ou aux fournisseurs locaux de services sociaux et d'aide sociale.
Plus un groupe est décentralisé, plus il est susceptible d'avoir des sources d'influence, de sorte que trouver le bon canal sera clairement plus compliqué que l'approche des forces armées traditionnelles, où l'officier responsable est facilement identifiable.
Le CICR sait qu'il devra consacrer plus de temps à la recherche sur les différents groupes dans les conflits d'aujourd'hui, à l'analyse de leurs structures et de leurs contextes culturels et politiques.
Le dialogue ne doit pas être criminalisé
Mais l'étude contient également un avertissement: le fait de parler à des groupes belligérants ne doit pas être criminalisé. Certaines lois antiterroristes ont alarmé la communauté humanitaire. Les lois prohibant le soutien aux groupes terroristes pourraient être interprétées comme interdisant le fait de leur parler (au sujet d'éventuelles livraisons d'aide) ou de leur offrir des conseils (au sujet des règles de la guerre).
«Mais les travailleurs humanitaires et les communautés locales peuvent avoir un effet positif sur les groupes armés, souligne Brian McQuinn. Criminaliser cet engagement est donc contre-productif. Les communautés doivent survivre, elles doivent naviguer au milieu de ces groupes.»
Mais persuader tout le monde qu'il vaut la peine de parler à certains groupes armés d'aujourd'hui n'a pas toujours été facile. Les contacts du CICR avec les Talibans en Afghanistan ont été désapprouvés par certains et la perspective de négociations humanitaires avec le groupe Daesh est également controversée.
Mais si le CICR n'était pas en mesure de le faire, qui le ferait? Et qui pourrait combler le vide si ce dialogue n'avait pas lieu? «L'essence même du rôle du CICR en tant que gardien des Conventions de Genève est de parler à toutes les parties au conflit et de s'engager avec elles afin qu'elles respectent le droit international humanitaire», a déclaré le président du CICR, Peter Maurer, aux journalistes en 2016.
Et de souligner: «Le fait que ces lois soient violées n'est pas une raison pour nous de ne pas tout faire pour assurer un minimum d'humanité dans la guerre.»
(Traduction de l'anglais: Frédéric Burnand), swissinfo.ch