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Ce huitième épisode de notre série sur les jeunes architectes issus de l'Accademia di Architettura di Mendrisio nous emmène à Mexico où Taller Capital s’attaque au problème de la gestion de l’eau. En utilisant le projet d'espace public comme un instrument, ils restaurent l'équilibre entre implantation, ressource en eau et habitants.
Née à Mexico en 1979, Loreta Castro Reguera Mancera a étudié l’architecture à la Faculté d’architecture de l’Université nationale autonome de Mexico (FA UNAM). Elle a obtenu son diplôme d’architecture à l’Accademia di Architettura di Mendrisio, sous la direction de Peter Zumthor, et celui de design urbain à la Harvard Graduate School of Design, avec une thèse sur la gestion de l’eau à travers l’aménagement de l’espace public. Loreta Castro Reguera Mancera a bénéficié de différentes bourses d’études, notamment la Druker Travelling Fellowship qui lui a permis de voyager et de se plonger dans l’analyse de villes dessinées au cours de l’histoire par des systèmes hydriques, comme Suzhou, Venise, Dordrecht, Porto Alegre et Curitiba. Elle a ensuite fondé Taller Capital avec José Pablo Ambrosi Cortes, en 2010. Leur objectif clairement affiché est de réintroduire l’eau dans la métropole.
Eau et architecture
L’eau est un élément essentiel à la formation et au développement des implantations humaines. Sa présence et la possibilité de l’utiliser sont vitales dans les processus de peuplement et d’anthropisation. Mexico fut fondée au cœur d’un système hydrographique constitué de cinq grands lacs et organisée à travers un réseau de canaux et de chinampas1, parfait exemple de paysage servant d’infrastructure. Son évolution de ville aztèque à ville coloniale et la forte augmentation de sa population ont transformé ce milieu lacustre en un désert urbain. Le système de gestion hydrique de la Regiòn Hidropolitana, qui consiste à prélever l’eau depuis des bassins des états voisins et les évacuer dans le golfe du Mexique, contribue à la survie de la ville, mais a de lourdes conséquences pour le territoire: affaissement des sols, alluvions, surexploitation de la nappe phréatique et coûts irréversibles.
Depuis sa création, les architectes de Taller Capital ont abordé le thème de l’infrastructure hydraulique à travers les perspectives de l’architecture et du paysage, persuadés que les solutions se situent dans la compréhension et le réaménagement du contexte hydrique dans lequel la ville a été fondée. Des documents de recherche et des stands éducatifs aux espaces publics et aux multiples actions de type coopératif, le travail du bureau d’architecture mêle différentes échelles et approches. Une méthode qui lui a permis de réaliser ses projets à partir de ses propres investigations.
Conçue pour le Pabellòn Eco (2015), l’installation La Paradoja Hídrica est l’occasion de montrer au public les immenses efforts déployés par Mexico pour sa survie. Un segment du Túnel Emisor Oriente, système de drainage monumental en construction dans le sous-sol de l’aire urbaine, est provisoirement assemblé dans la cour du Musée Expérimental El Eco réalisépar l’architecte et artiste Mathias Goeritz. Cet anneau de 1,5 m de hauteur et de 30 cm d’épaisseur est formé de sept voussoirs en ciment préfabriqué et mesure 8,4 m de diamètre. Son espace intérieur sert de forum pour des événements.
Dans la ville de Mexico, l’une des aires métropolitaines les plus étendues au monde, un habitant sur quatre ne bénéficie pas d’un accès quotidien garanti à l’eau. Celle-ci a disparu de l’imaginaire urbain. Le Pabellòn Hidrìco (2017) est une structure temporaire conçue pour diffuser culture et information concernant cet élément: il héberge une exposition portant sur l’histoire et le fonctionnement du système hydraulique de la ville et présente une série de propositions alternatives, décentralisées et durables pour une meilleure gestion hydrique. Créé pour être monté et démonté en une journée, le pavillon est composé de poutres en bois assemblées par des connecteurs en acier, de feuilles de contreplaqué et de tôle ondulée. Son toit est capable de recueillir, de stocker et de filtrer l’eau de pluie pour la rendre accessible aux citadins.
Depuis 2013, Loreta Castro Reguera Mancera est directrice de l’équipe de projet d’Hydropuncture (2013-2018), une intervention urbaine imaginée dans la délégation d’Iztapalapa, un quartier socialement défavorisé de Mexico. Développé par l’UNAM et coordonné par Manuel Perló Cohen, le projet a obtenu le premier prix aux Global LafargeHolcim Awards 2018. Ce plan de régénération allie la récupération, le traitement et la réutilisation de l’eau à des services publics et des activités de loisirs au sein du nouveau parc hydrologique La Quebradora.
Immeubles d’habitation
Parallèlement à ses recherches et à ses projets sur le thème de l’eau, Taller Capital a réalisé différents immeubles d’habitation à Mexico: López Cotilla 857 (2013), Palenque (2016), López Cotilla 1062 (2016) et La Quemada (2017). Leurs volumes sont caractérisés par de profondes ouvertures et par une esthétique austère en écho à la matérialité et l’expression de la structure: piliers, poutres, dalles en béton apparent et murs en briques rouges ou en travertin. Les appartements se déploient au travers d’espaces de distribution éclairés par des patios pour déboucher, côté rue, sur de vastes loggias qui assurent la transition entre les espaces privés et la ville.
Note
1. La «chinampa» est un système de production agricole formé d’îlots de terre artificiels, consacrés à la culture de surfaces recouvertes par un bas niveau d’eau, dans la vallée de Mexico.