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Quelle est la part de Glandois qui se rendent à leur travail en voiture et en train? Un ange passe. Il neige sur la gare de Gland. Un intercity pointe à 140 km/h. Gérald Cretegny interrompt son discours. L'express rouge et blanc s'évanouit dans le brouillard. "En fait, je n'ai pas la réponse en tête", avoue le syndic de l'agglomération de 13'000 habitants. Le Vaudois cumule les casquettes. Il préside la Région de Nyon et est un des sept vice-présidents du GLCT du Grand Genève.
Une trentaine de personnes l'écoute. Ils participent à la première des huit "Immersions territoriales" qu'organisent le Grand Genève en hors d'oeuvre au Leman Express en décembre prochain. Gérald Cretegny - frère du vigneron contestataire genevois - a un d'autres chiffres en tête: La moitié de ses administrés qui pendulent vont vers Lausanne et l'autre moité vers Genève. Il y a dix ans 80% d'entre eux allaient vers Genève. Pressé, il dit que la part du train est encore faible. mais ça devrait changer quand le Léman Express s'arrêtera tous les quarts d'heure. Horizon 2034.
Actuellement la gare de Gland enregistre 9000 mouvements par jour, soit quelque 4500 personnes. C'est mieux que Coppet et ses 7500 mouvements et mieux encore que Versoix, 3500 mouvements, trop peu pour séduire les interregio.
C'était une jolie gare la gare de Gland, une gare de modèle réduit. On lui a ajouté des marquises, assez inesthétiques qui protègent les pendulaires et les écoliers de la pluie et du soleil. Le principal ouvrage est un passage sous-voie pour les piétons et les vélos. Assez costaud le passage. Au loin, un park & ride est au trois quarts vide.
Les bouchons sur l'autoroute ne sont-ils pas encore assez gros ou est-ce la promiscuité dans l'interregio qui dissuade les pendulaires? Les deux? Et les coûts aussi? Et les interruptions pour cause d'incident de personne?
Vu du ciel, on mesure combien l'aménagement du territoire est un discours qui peine à passe à l'acte. La densité est faible. De grosses villas dont une avec une piscine bordent les voies. Les immeubles plus hauts sont bâtis plus hauts, entre la voie ferrée et l'autoroute.
Le syndic ne précise pas combien d'habitants sont situés à moins de 300 mètres de la gare.
L'urbanisme est un art qui doit composer avec mille contraintes partout. A Gland, comme à Versoix, où la petite troupes a sagement entendu l'exposé de Cédric Lambert, co-maire de Verxoix*, le passage des flèches intercity est prioritaires sur les RER et coupe les deux villes en deux. On aménage la couture, mais le haut n'est pas le bas et vice-versa.
Les magistrats ne manquent pas de mérite, relève Pascal Schouwey l'animateur du débat de clôture. L'ancien journaliste, qui s'est recyclé notamment dans le coaching de projets urbains, sait de quoi il parle. Il faut composer avec les propriétaires fonciers, les règles fédérales, les riverains et les citoyens et les CFF. On sent que les relations ne sont pas toujours idylliques avec la régie fédérale des transports ferroviaires.
C'est vrai qu'il ne manque pas de mérite les élus. Aux deux magistrats de Grand et de Versoix, on avait ajouté le maire de Bons-en-Chablais. Trois communes, trois pouvoirs très différents en matière d'urbanisme. Les discours ont été largement consensuel et donc un peu vide et pétris de ces bonnes intentions qui ne rayent pas le parquet. Annoncé, Antonio Hodgers, qui cumule les fonctions de ministre du territoire (genevois), de président du gouvernement (genevois) et de président du Grand Genève - excusez du peu - avait fait faux bond et ne s'était pas fait représenté. D'où un sentiment de flottement dans le brouillard neigeux de ce 1er février. A part les trains, on ne voyait pas la région.
Qu'importe. L'heure n'est pas au découragement. La plupart des participants sont des prosélytes conquis. Le Léman Express vise 50'000 voyageurs par jour (c'est un peu moins que le nombre de véhicules comptés par jour sur le pont du Mont Blanc à Genève). Le potentiel est énorme, voyez Zurich où 450'000 voyageurs circulent chaque jour en train, dit l'enthousiaste vice-président d'Alp-Rail.
Gérald Cretegny tempère: "Je dois bien reconnaître qu'il ne suffit pas de construire un éco-quartier. ce que nous avons fait, pour convaincre ses habitants d'abandonner leur voiture." De petits dictateurs en herbe évoquent à demi-mot la nécessité d'une gouvernance plus forte.
Il est 18h. La nuit est tombée. La neige est molle. L'interrégio emporte les Genevois jusqu'à Cornavin en 20 minutes. Les villas et les zones d'activité défilent presque sans interruption. Prennent-ils le train? Comment se rendent-ils dans les gares? Arrivés à Genève, il faut changer de train pour arriver à Pont-Rouge. A l'aller, on a dû changer à Coppet, où la troisième voie s'arrête. Faute de financement. Tiens, on n'en a pas parlé du financement.
On n'a pas parlé non plus de l'autoroute et de sa troisième voie. On n'a pas parlé de la traversée du lac. Pourtant le maire de Bons-en-Chablais l'aurait volontiers empruntée. Il aurait pu aussi passer par le bac sur le Léman. Marie-Béatrice Meriboute, maire de Céligny, dont la gare est close depuis 2004, a invité en 2017 Luc Barthassat à venir voir son bord de lac. La magistrat, qui n'était jamais passé par là, a tout compris. Le bac est mort et Luc n'a pas été réélu.
En fait depuis sa première version signée en 2007 par Robert Cramer et Bernard Gaud (qui était présent cet après-midi), le projet d'agglomération franco-valdo-genevois, rebaptisé Grand Genève en 2012, ne s'intéresse sérieusement qu'au train et à la mobilité douce. C'est peut-être pour ça que la majorité des travailleurs qui se déplace en voiture ne s'intéresse pas au Grand Genève.
A suivre: Prochaine Immersion territoriale, le 28 mars. Thonon et Bons-en-Chablais seront à la manoeuvre pour montrer comment leurs gares s'organisent pour accueillir le Leman Express et comment elle compte sur ce réseau pour moderniser le quartier et en faire un nouveau downtown branché.
* A Versoix, la Mairie a investi 20 millions dans Boléro, un joli bâtiment moderne et fonctionnel qui renvoie l'église de Saint-Loup à son XIXe siècle. Un joli mail avec marquise végétale et canal (un peu eutrophié), creusé là sans raison autre qu'esthétique - les gosses peuvent-ils y mettre les pieds en été? -, un joli mail donc relie le nouvel hôtel de la cité de l'autel de Dieu. C'est rectiligne, parallèle aux voies CFF, propre, efficace, urbain, mais encore un peu parachuté car le cœur traditionnel de ce village rue qu'est Versoix - 13'000 habitants - est à 200 mètres au sud. La bibliothèque et les services publics rangés dans Boléro, tout proche désormais d'un maillon du Léman Express, vont-ils changer la centralité de Versoix. L'avenir le dira. C'est un peu le pari des autorités.
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