Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07231.jsonl.gz/868

4 tirages argentiques RC noir et blanc contrecollés sur aluminium, 65 x 65 cm chacun
Oeuvre présentée dans le cadre de l'exposition Echos d'une collection - Oeuvres du Frac Franche-Comté
Isabelle Giovacchini a photographié un théréministe, Laurent Dailleau (1955-2013), interprétant sa propre composition. Le thérémine est un instrument de musique électronique fonctionnant suivant le principe des ondes radio. Il a été inventé en 1920 par le Russe Lev Sergueïevitch Termen, plus connu sous le nom de Léon Theremin. On en joue en déplaçant ses mains le long de deux antennes, sans toutefois les toucher. Une main commande l’intensité, l’autre la hauteur de la note, le reste du corps doit rester totalement immobile.
En regardant cette gestuelle Isabelle Giovacchini a pensé à la technique du maquillage, qui est un peu l’équivalent de photoshop pour la photographie argentique. Et c’est à son tour en déplaçant ses mains au-dessus de la photographie pendant l’exposition sous l’agrandisseur, sans la toucher, qu’elle a effacé toute l’image, sauf les mains du musicien.
L’œuvre emprunte son titre – littéralement «qu’en est-il de la lumière» - à un opuscule de 1476. Le néoplatonicien Marsile Ficin y souligne un paradoxe : «Comment se fait-il que rien ne soit plus obscur que la lumière, quand il n’y a pourtant rien de plus clair, puisqu’elle élucide et fait connaître clairement toutes choses ?» (traduction de Bertrand Scheffer aux éditions Allia, 1998)
L’œuvre d’Isabelle Giovacchini a été réalisée pour l'exposition Membres Fantômes : variations sur un thème de Peter Szendy, à la Galerie Xippas, à Paris en 2010 ( commissariat de François Quintin).
Née en 1982 Nice
Vit et travaille à Nice et Paris
Venue d’une expérience précoce du dessin, et plus spécifiquement de la copie, Isabelle Giovacchini est diplômée de l'École nationale supérieure de la Photographie d’Arles. Elle a rapidement eu une pratique expérimentale de son medium et préféré son aspect laboratoire à la prise de vue elle-même.
Parmi ses premières œuvres on trouve ainsi le montage vidéo de photocopies de plus en plus noires d’une photo de l'iconographie de la Pitié-Salpêtrière prise dans un ouvrage de Georges Didi-Huberman. Augustine, patiente «hystérique» de Charcot, disparaît dans l’obscurité et réapparaît dans une boucle où l’image «zoome» et «dézoome» sur la bouche ouverte, tel un trou noir (Cri, 2005).
Isabelle Giovacchini joue avec la lumière troublée d’impuretés d’un morceau d’ambre inséré dans un projecteur de diapositives (Ambre, 2006) ou passe en négatifs les photographies haute définition de la surface de la Lune prises par la Nasa (Untouched, 2107).
Certaines œuvres ne font pas appel à des procédés photographiques. Comme About : blank (2010), des toiles pré-enduites piquées à l’aide d’une épingle à raison d’un trou par millimètre, en visant entre les fils du tissu. Vues de loin, elles semblent intactes, puis deviennent progressivement des monochromes gris pâle, pour finalement révéler de près une surface vierge. Le titre fait référence à l’adresse des pages blanches des navigateurs sur le net. Le sous-titre, «Ostinato», désigne un procédé de composition musicale consistant à répéter inlassablement la même formule rythmique.
Depuis 2019, Isabelle Giovacchini mène un projet au long cours autour du lac de Nemi, que Mussolini fit vider pour retrouver les galères de Caligula. Le musée fasciste fut incendié en 1944 et il ne resta presque rien des bateaux. À partir d’archives diverses, L’esprit des lieux évoque la mémoire de ce site chargé d’histoire. La recherche sera l’objet d’une exposition personnelle au Centre photographique d'Île-de-France, en 2024.