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Longtemps présenté comme un précurseur ou un «pré-romantique», William Blake (1757-1827) apparaît bien plus désormais comme un génie singulier, un visionnaire au sens absolu du terme, auteur d'une oeuvre irréductible et multiforme. Dessinateur, graveur, peintre, aquarelliste autant que poète, philosophe et mystique, il est celui qui a le plus intimement décliné le pictural et le verbal afin de témoigner, par une mise en miroir, des résonances et des énigmes d'une même réalité.
Farouchement libre et solitaire, opposé à tous les dogmes, il crée à la manière d'un prophète insoumis qui, après avoir célébré un Dieu sauveur, découvre le versant sombre et cruel de la Création, au point de procéder à une véritable inversion des valeurs. À cet égard, Le Mariage du Ciel et de l'Enfer, texte sarcastique s'il en est, se développe comme une charge violente et inspirée contre les églises, les lois et les conventions morales.
Comme le souligne Jacques Darras dans son importante préface, l'oeuvre de William Blake vient en écho aux secousses révolutionnaires de son temps, mais c'est un écho sans cesse transfiguré, en cela voué à une révolution totale qui prend en compte toutes les forces en mouvement dans le champ du visible, du temporel, comme dans celui de l'invisible, de l'éternel.
Dans Le Mariage du Ciel et de l'Enfer, recueil de poésies en prose publié en 1790, William Blake exprime sa méfiance vis-à-vis de la conception religieuse manichéenne de la vie. En Enfer, la sagesse des démons triomphe sur celle des anges. L'Ame et le Corps ne sont pas pour William Blake deux entités distinctes. Le poète proclame au contraire l'unité humaine, et un nouvel ordre moral dans lequel le vice et la vertu ne feraient qu'un. D'où ce titre ingénieux, Le Mariage du Ciel et de l'Enfer. Mêlant prose et poésie, humour et cynisme, il en vient à écrire une véritable apologie du Mal, à l'encontre des opinions de son époque qui encensait la Raison. Quand il évoque Jésus, c'est pour montrer les manquements du Sauveur aux dix commandements. Moderne tant par ses idées que par son style hybride, William Blake se détache ici des conceptions religieuses pour proclamer une vision novatrice de la vie, pleine de lucidité.
En 1809, William Blake (1757-1827) réalise l'unique exposition individuelle de ses oeuvres qu'il tiendra en vie. Pour l'occasion il écrit un " Catalogue descriptif " des tableaux exposés, texte inédit en français que nous proposons ici avec les illustrations des ouvrages exposés. Grand précurseur, ses oeuvres combinent des thèmes classiques, médiévaux et même bibliques, avec ce style, plat et libre, qui (tout comme Tiepolo, Goya ou Turner) anticipe (bien plus que les macchioili italiens ou les impressionnistes français) les avant-gardes du XXème siècle.
William Blake (1757-1827) brille au firmament de la littérature universelle comme un astre énigmatique.
Manieur de mots, il écrit des poèmes ; manieur de burin, il grave des planches où les images servent d'écrin aux vers ; manieur de pinceau, il les enlumine à l'aquarelle. C'est ainsi qu'il compose en 1788 son premier grand recueil, les Chants d'Innocence : dans un style naïf et doux emprunté aux comptines et aux berceuses, il contemple avec attendrissement la petite enfance et s'émerveille de la présence du Dieu sauveur.
Mais en 1794, selon la même technique, il grave des Chants d'Expérience qui, reprenant les Chants d'Innocence, en offrent la version noire et comme maudite : enfance maltraitée, Dieu méchant, monde déchu, universel esclavage. C'est qu'entre ces deux dates celui qui avait vu passer les anges s'en est allé visiter l'Enfer et, de retour, a composé, gravé et enluminé un long texte en prose, le Mariage du Ciel et de l'Enfer, parodie sarcastique de Swedenborg, virulente charge contre les églises, les lois et les conventions morales, où il procède à une inversion des valeurs qui culmine dans des " Proverbes de l'Enfer " bien dignes de figurer dans une anthologie de l'humour noir.
C'est ce texte, le plus célèbre du poète, qui a fait écrire à André Gide : " L'astre Blake étincelle dans cette reculée région du ciel où brille aussi l'astre Lautréamont. "
Poète, peintre et graveur anglais. Son premier volume de vers au lyrisme intense (Les Esquisses poétiques) parut en 1783. Dans ses recueils 'Chants d'innocence' (1789) et 'Chants d'expérience' (1794) - l'un doux et aérien, l'autre aux accents plus amères - il proclame avec véhémence la supériorité de l'imagination poétique et le pouvoir de l'énergie créatrice, seule susceptible de reconquérir le divin. Ses écrits suivants : 'Le Livre d'Urizen', 'Le Chant de Los' (1795) sont empreints d'un mysticisme obscur. Il illustra la plupart de ses ouvrages.
Quelque peu connu comme graveur, mais longtemps méconnu dans son propre pays en tant que poète, blake n'y fut découvert à ce titre que vers la fin du siècle dernier par swinburne, puis par yeats qui l'édita.
Assidûment publié et jalousement commenté depuis lors, il est l'objet d'innombrables gloses polyvalentes ou complémentaires comme si, à l'instar de l'ecriture, il avait sans cesse quatre sens. c'est presque vrai. blake accomplit mieux que tout autre le romantisme anglais, s'il est vrai que l'essence de ce mouvement fut de s'ouvrir avec élan, après le siècle de la raison, à l'imagination, que blake égale au verbe et, par là même, rend souveraine.
Des voix venues de l'éternité lui dictent un long poème qu'il appellera milton. l'auteur du paradis perdu dont la pensée l'accompagne et le fascine depuis l'adolescence descend du séjour des bienheureux sur la terre afin de pénétrer celui qui est en quelque sorte son héritier spirituel et de rectifier par sa bouche de vivant les erreurs qu'il a commises dans ses écrits. notre recueil comporte en outre une vision du jugement dernier dans laquelle blake décrit ou plutôt recrée sous forme littéraire une fresque aujourd'hui perdue qui montrait les fins dernières de l'homme enveloppées d'un pardon universel.
Qu'en sera-t-il de l'audience de blake dans les années à venir ? les aspects irrationnels, ou plutôt non mathématiques de sa pensée devraient cesser de nous être étrangers. d'autre part, nous aurions mauvaise grâce à taxer d'outrance ou d'utopie une inspiration libertaire qui a conduit blake à exécrer l'esclave, l'oppression des femmes, le travail forcé des enfants.