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Voici un livre qui paraît modeste et qui est pourtant un des plus beaux que nous ait offert la littérature anglaise. Un roman d'amour qui raconte la passion impossible qu'une femme et un homme (emprisonné injustement et à vie) se vouent et qui vont devoir se réfugier dans le monde du rêve (le "rêver-vrai") pour vivre leur bonheur. Du Maurier ne se savait pas romancier, il confia son idée de sujet à son ami Henry James qui l'invita à se lancer et à ne pas abandonner une si belle idée. C'est donc en "amateur" et avec une belle naïveté que l'auteur s'est lancé dans cette aventure littéraire qui fascina les surréalistes et tous ceux que l'onirisme fascine. On sort de ce livre, paru en 1892 mais tellement "neuf" dans son regard sur l'amour, comme lustré de beauté et de joie.
Né d'une famille française émigrée en Angleterre sous la Révolution, George Du Maurier (1834-1896) grandit dans une maison des Champs-Élysées, puis à Boulogne, des lieux qui le hanteront. De retour à Londres, en 1860, il passe de la chimie à l'art, travaillant à Punch et au Harper's Magazine fustigeant en mots et en images la classe dominante et la petite bourgeoisie. On lui doit Peter Ibbetson, Trilby, sur sa vie de bohème, et un posthume The Martian. Ses nouvelles ont été éditées en 1947.
Côté cour, Sémion Ivanovitch Nevzorov partage son existence entre de vagues rêveries de midinette et quelques polissonneries avec sa maîtresse Knopka. Côté rue, la monotonie des semaines de bureau n'est guère rompue qu'à l'occasion des heures passées au cabaret du Pôle Nord. Ses camarades de beuverie n'accordent donc guère crédit aux propos d'une voyante qui prédit à notre homme un destin rempli d'aventures variées. C'est alors que la guerre puis la révolution russe se chargent de réaliser les prophéties en propulsant Nevzorov dans un tourbillon. Tolstoï utilise son talent fabuleux au service du plus échevelé des romans-feuilletons, et la vie du héros se confond bientôt avec une suite déchaînée de péripéties qui le mènent de Saint-Pétersbourg à Istanbul en passant par Odessa.
Alexeï Nikolaïevitch Tolstoï (1883-1945) né sur les bords de la Volga, passe son enfance entre la nature et les livres. Après des études d'ingénieur il décide de se consacrer à la littérature pour devenir rapidement un écrivain reconnu. Émigré en France, il rentre après la Révolution et se faire élire député, acceptant une position d'écrivain officiel qui lui permet d'écrire librement et beaucoup, du roman fantastique au texte pour la jeunesse, dont La Petite clef d'or devenu un classique.
Le héros de ce roman d'avant-guerre veut connaître l'ivresse des grands voyages interstellaires, il se retrouve plongé dans une aventure bien plus exaltante : rencontrer, par un jeu de passe-passe romanesque, le jeune homme qu'il fut. Et assister incrédule, inquiet, ennuyé, à toutes ses avanies sans être écouté par ce paltoquet qui croit avoir toujours raison... Jouant des possibilités du merveilleux scientifique, Henri Duvernois, habile et talentueux romancier très apprécié en son temps, peut illustrer des hypothèses psychologiques qui sont aussi drôles que troublantes. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait...
Henri Duvernois (1875-1937) de son vrai nom Henri Simon Schwabacher, rencontre le succès avec ses nouvelles psychologiques avant de s'imposer comme un des grands dialoguistes du cinéma d'avant-guerre et un dramaturge couru. Ses romans sont tous des best-sellers, jusqu'à ce dernier opus, paru un an avant sa mort dans lequel l'écrivain chenu se tourne vers sa jeunesse avec émotion et malice. Un écrivain auquel Gide reconnaissait un public qui n'était pas pour lui et qui aurait mérité la postérité.