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Mieux vaut un œuf aujourd’hui… » : nos grands-parents nous répétaient souvent cela, affichant la sagesse de l’expérience de la vie. Cependant, nous voudrions essayer de faire une brève réflexion sur la nécessité d’adopter une vision prévoyante, en nous séparant de l’attitude consistant à rechercher une satisfaction immédiate dans l’ici-et-maintenant, au détriment de la dimension temporelle future, et des personnes qui vivront ici-et-après.
G. Bateson, important théoricien de l’une des écoles psychiatriques les plus vivantes de notre époque, l’école de Palo Alto, à laquelle on doit également des découvertes concrètes comme celle de la « double contrainte » qui a permis d’envisager la schizophrénie d’une manière totalement nouvelle, influençant profondément le mouvement antipsychiatrique. En 1977, il a proposé une réflexion, à notre humble avis très significative, concernant l’utilisation du DDT. Reprenant les considérations d’autres penseurs, Bateson affirme que le problème fondamental de l’humanité est la recherche de la grâce.
Ce mot est certes évocateur du Nouveau Testament, mais A. Huxley et W. Whitman l’utilisent en termes psychologiques. En fait, les deux pour A. Huxley, comme pour W. Whitman, l’homme a perdu la « grâce » dans la communication avec ses semblables. Il est indéniable que les animaux communiquent et se comportent avec ce naturel et cette simplicité qui sont désormais loin de l’homme. L’homme (et son comportement) semble en effet profondément corrompu par la tromperie (et la confusion qui l’accompagne), même contre lui-même ! Selon Huxley, l’homme a donc perdu la « grâce » que les animaux possèdent encore. Mais ne nous éloignons pas trop de la graine. L’histoire du DDT illustre clairement comment une mesure liée à la solution immédiate d’un problème, qui ne met pas en perspective les dommages possibles et probables à long terme, ne permet pas de corriger les causes plus profondes, qui sont à l’origine des difficultés que nous connaissons. Au contraire, selon Bateson, ce genre de solutions ad hoc permet généralement à ces causes de se renforcer ! En 1939, en effet, il semblait tout à fait nécessaire d’utiliser un insecticide pour augmenter la production agricole et défendre les gens contre la malaria, notamment les troupes à l’étranger. Cette découverte semblait si importante que son découvreur a reçu le prix Nobel.
Le DDT est alors devenu un traitement symptomatique des difficultés causées par l’augmentation de la population. Mais déjà dans les années 50, certains scientifiques ont commencé à comprendre la haute toxicité du DDT, mais le monde s’est habitué à ce qui était censé être une mesure ad hoc, temporaire : en fait, de nombreuses industries étaient engagées dans la production de DDT ; entre-temps, les insectes s’étaient immunisés contre lui ; d’autres animaux qui se nourrissaient de ces insectes allaient être exterminés ; la population de la terre pouvait augmenter grâce au DDT. Finalement, en 1970, une interdiction de cette substance dangereuse a été introduite. Il est raisonnable de penser, après la découverte de quantités importantes de DDT même chez les pingouins de l’Antarctique, que tant les oiseaux qui se nourrissent de poissons que les oiseaux carnivores qui se nourrissaient de ces insectes nuisibles ont leur sort scellé. C’est l’histoire de l’application aveugle d’une mesure ad hoc ; et l’histoire peut être répétée pour de nombreuses autres inventions.
À votre avis, cher lecteur attentif, qu’est-ce qui pourrait résulter d’un monde de vie basé sur les combustibles fossiles ? Pour en revenir à notre « quartier historique étroit », que réserve l’avenir au contexte environnemental dans lequel nous vivons ? Dans cette Notre Syracuse, que Cicéron n’hésitait pas à décrire comme une ville très riche et très belle, pour faire face au chômage, et soutenant ainsi une mesure née de la tromperie et de l’arrogance humaine (de l’hybris), on a construit l’un des plus grands pôles industriels, celui de Melilli-Priolo-Augusta, en Europe. Ironiquement, il arrivera probablement que le poisson devienne toxique pour le mercure qu’il contient et non pour le DDT. Nous avons prévu de lutter contre le chômage et de produire des substances « nécessaires » à l’homme pendant ces 50 années que nous avons derrière nous : mais à quel prix pour nos eaux, nos terres, notre air ? Combien de siècles ou de millénaires faudra-t-il pour réparer les dommages environnementaux perpétrés ? C’est difficile à dire.