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Pesticides dangereux exportés vers les pays en développement
Public Eye épingle la Suisse accusée d'autoriser l'approvisionnement de certains pays en herbicides interdits car toxiques
Hautement toxiques pour la santé des êtres humains et pour l'environnement, l'atrazine et le paraquat sont interdits sur le territoire helvétique. Pourtant, la Suisse ne se prive pas d'en exporter vers les pays en voie de développement d'après Public Eye. L'ONG exige du gouvernement qu'il mette un terme à cette hypocrisie. Une interpellation parlementaire a également été déposée.
Le paraquat et l'atrazine font partie des pesticides les plus toxiques au monde. On le sait, le premier cause chaque année des milliers d'empoisonnements et est lié à plusieurs maladies chroniques telles que la maladie de Parkinson. Le second est un perturbateur endocrinien qui affecte le système reproducteur et provoque de nombreux cancers. L'atrazine est principalement employé sur les cultures de maïs, de canne à sucre et de céréales. Quant au paraquat, il se répand principalement sur les champs de soja mais aussi de maïs, de coton, de riz et de canne à sucre.
Leur dangerosité pour la santé et pour l'environnement est telle que la Suisse et l'Union européenne ont décidé de les interdire. Pour autant, il semblerait que pour la Suisse il y ait deux poids deux mesures... Comme le révèle l'association Public Eye, il semblerait que la Suisse exporte ces deux herbicides vers des pays en développement comme l'Argentine, le Brésil, le Cameroun, la Chine, l'Inde, le Pakistan, le Pérou et la Thaïlande. Entre 2012 et 2016, quatre exportations de paraquat et treize d'atrazine ont été enregistrées.
Pour Public Eye, qui a réussi à obtenir des documents confidentiels de l'administration fédérale, il ne fait aucun doute que Syngenta soit dans le coup. «La firme bâloise, leader mondial des pesticides détient entre 40 et 50% des parts de marché pour les ventes de paraquat et d'atrazine; elle se trouve dans une situation de quasi-monopole, puisque son premier concurrent direct n'atteint même pas les 1% de parts de marché», développe Laurent Gaberell, en charge des questions liées à l'agriculture à Public Eye. «Syngenta ne conteste d'ailleurs pas son implication dans cette affaire.»
Bonnes excuses
«Ces exportations sont parfaitement légales au regard du droit suisse, et c'est bien là que réside le problème» rapporte Public Eye. Ceci dit, le cas du Cameroun est particulier, et Public Eye le souligne. Pour faire simple, la Suisse, en tant que signataire de la Convention de Bâle, a l'obligation d'interdire ou de ne pas permettre l'exportation de déchets dangereux dans les pays qui ont interdit l'importation de tels déchets. Or le Cameroun - au même titre que les autres pays africains signataires de la Convention de Bamako - inclut dans sa définition des déchets dangereux «les substances dangereuses ayant été frappées d'interdiction dans les pays de production pour des raisons de protection de la santé humaine ou de l'environnement». Le paraquat et l'atrazine tombent clairement sous le coup de cette définition. En vertu de la Convention de Bâle, la Suisse a donc l'obligation d'interdire l'exportation de ces pesticides vers le Cameroun. Public Eye a interpellé l'Office fédéral de l'environnement (Ofev) à ce sujet. «L'Ofev, explique le spécialiste, se réfugie derrière le fait que le Cameroun aurait dû officiellement notifier sa définition des déchets toxiques à la Convention de Bâle. On peut effectivement penser que la Suisse n'était pas au fait de cette définition. Mais maintenant que l'Ofev est informé, on attend de lui qu'il prenne les mesures qui s'imposent et ne permette plus les exportations de paraquat et d'atrazine vers le Cameroun, ainsi que tout autre pays membre de la Convention de Bamako.»
Comptes à rendre
Au-delà du cas précis du Cameroun se pose la question de responsabilité de la Suisse en matière de droits humains. «Comme l'ont rappelé les experts de l'Onu dans leur rapport au Conseil des droits de l'homme en mars, le fait d'exposer la population d'autres pays à des toxines dont il est avéré qu'elles provoquent de graves problèmes de santé, et peuvent même entraîner la mort, constitue une violation des droits humains», poursuit Laurent Gaberell. Public Eye demande à la Suisse de mettre fin à ce «double standard scandaleux» en interdisant l'exportation de paraquat, d'atrazine et de tout autres pesticides dangereux dont l'usage est interdit sur le sol helvétique.
En parallèle, une interpellation parlementaire a été déposée par la conseillère nationale Verte Lisa Mazzone demandant au Conseil fédéral de se positionner sur ces pratiques illégitimes. «Une réponse est attendue pour le mois prochain, précise l'expert. Si celle-ci n'est pas à la hauteur, une motion pourrait être déposée afin de légiférer sur ces questions.»
Manon Todesco
Plus d'infos sur www.publiceye.ch/fr/
En chiffres
10 milliards de dollars: chiffre d'affaires du secteur pesticides en 2016 de Syngenta.
180 millions de francs: valeur totale des exportations d'herbicides depuis la Suisse en 2016.
En 2017, trois entreprises contrôlent 50% du marché mondial des pesticides.
200'000: nombre d'intoxications aux pesticides ayant entraîné la mort chaque année, dont 99% surviennent dans les pays en voie de développement.
85% des intoxications mortelles avec des pesticides aux Etats-Unis liées au paraquat.