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Depuis plusieurs années, la profession médicale est soumise à de nombreuses pressions, notamment de la part du politique (clause du besoin, projet de levée de l'obligation de contracter), de l'industrie (mercantilisme, conflits d'intérêts), des assureurs (restrictions, contrôles) et des patients (attente élevée en résultats, souhait/exigence d'une disponibilité entière du corps médical). Ces pressions s'exercent souvent dans des directions opposées et sont source pour le médecin de doutes et d'une perte de motivation.
Dans ce contexte, parmi les différentes réactions possibles, l'une consiste à s'appuyer sur nos valeurs professionnelles, à quitter cette «vallée de l'ombre», pour reprendre une formule récemment utilisée par nos collègues canadiens (CMAJ 2002;166:879) pour «grimper jusqu'au sommet d'une montagne» et réaffirmer les principes fondamentaux et universels du professionnalisme médical. C'est dans cet esprit qu'un groupe de médecins européens et nord-américains a actualisé les principes d'Hippocrate dans un texte intitulé «Charte du professionnalisme ».1 Le terme «professionnalisme», qui nous vient directement de l'anglais et parle encore assez peu à nos oreilles francophones, recouvre un ensemble de valeurs et de comportements propres à une profession - en quelque sorte notre code de déontologie et d'éthique moderne.
Cette charte repose sur trois principes fondamentaux : la primauté du bien-être des patients, le respect de leur autonomie et un engagement en faveur d'une justice sociale. Ces principes entraînent dix responsabilités professionnelles (tableau 1). Par exemple, le principe de justice sociale devrait susciter un engagement actif des médecins pour défendre le principe d'une distribution équitable des ressources limitées, en mettant l'accent sur le recours aux soins dont l'efficacité a été prouvée. Concrètement, cela implique d'éviter systématiquement les examens et les procédures superflues. Comme le dit la charte : «La provision de services inutiles n'expose pas seulement les patients à des dommages et coûts évitables, mais diminue également les ressources disponibles pour d'autres». Le médecin soucieux de justice s'engagera aussi activement pour l'amélioration de l'accès aux soins, notamment en éliminant les obstacles liés aux aspects financiers et sociaux et en évitant d'éventuels conflits d'intérêts (par exemple certaines relations entre, d'une part le corps médical, et d'autre part l'industrie, voire les assurances). Elle met également en exergue l'importance de la mise à jour régulière de nos connaissances, soulignant l'une des plus hautes exigences de notre profession : le maintien de nos connaissances (never stop learning), composante indispensable de notre compétence professionnelle, et complémentaire à notre capacité d'écoute et d'empathie. Enfin, la charte met l'accent sur la double nécessité d'un engagement individuel et collectif. Elle va même jusqu'à nous rappeler notre responsabilité de nous engager pour préserver nos responsabilités, en assumant notre devoir d'autorégulation de notre profession pour garantir aux patients l'accès à des médecins compétents et fidèles aux valeurs défendues par la charte.
Ainsi, la charte du professionnalisme permet de réaffirmer une véritable culture des valeurs de notre activité professionnelle, base du contrat social entre le médecin et la population. Certains reprocheront à cette charte son idéalisme. Elle est au contraire un des moyens de garder la confiance de la population, un sentiment plus facile à perdre qu'à conserver ! Dans la tourmente actuelle, il nous semblait ainsi important d'inciter les lecteurs de la Revue à lire ou relire cette charte qui souligne l'universalité des codes déontologiques et éthiques de notre profession et qui nous invite à nous engager et à assurer nos responsabilités au sein de la société.