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Depuis que j’ai découvert le zen, j’essaie de pratiquer le principe de Houei-neng. Le sixième patriarche du bouddhisme chinois me prête un outil. Ne jamais s’accrocher à un état d’esprit, une chose ou un événement. Quand j’ai peur, je laisse passer. Quand je suis en colère, je n’alimente pas mon courroux et laisse, en quelque sorte, mon esprit continuer son chemin sans se fixer. Dans le Soûtra de l’Estrade, on entend la parole de Houei-neng : « Les pensées se suivent sans cesse ; l’une est passée, l’autre passe, une autre arrive encore : elles s’enchaînent sans jamais s’arrêter, mais si, un seul instant, cette chaîne se brise, votre corps absolu s’éloigne immédiatement de votre corps de chair et, dans la succession des instants ultérieurs, aucune pensée ne peut plus se fixer sur le moindre phénomène. Car, si l’on arrête sa pensée un seul instant, toutes les pensées s’arrêtent, et l’on parle d’enchaînement.[1]
Ce qui est fantastique c’est que la nature vagabonde de mon esprit, sa tendance à passer du coq à l’âne est elle-même une invitation au détachement. Je suis dans la joie puis dans la tristesse, dans l’inquiétude et dans l’enthousiasme, ce n’est peut-être pas un problème dès lors que je ne me fixe sur rien, que je ne m’attache pas plus à un état d’esprit qu’à un autre et que j’accueille la vie dans sa nouveauté de toujours. Tel est le principe de Houei-neng à mes yeux.
[1] Fa-Hai, Le soûtra de l’Estrade du sixième patriarche Houei-neng, Point Seuil, p. 37