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Lolvé Tillmanns
les minuscules
les yeux
Elle range les rouges à lèvres et se cache derrière le rayon pour mieux admirer la femme qui vient d’entrer dans la boutique. Des cheveux blonds qui semblent si fins, une peau parfaitement blanche et surtout des yeux, ronds, bleus, immenses. Elle a dû se battre pour ce petit job. Ses parents ne voulaient pas, les études d’abord. Nous payerons tout ce que tu veux, concentre-toi sur le Gaokao*, décroche une place dans une bonne université ! Mais ses parents sont pauvres, ils ne pourraient pas payer l’opération. Et elle était sûre de réussir, même sans répétiteur à domicile, sans voyage à l’étranger pour apprendre l’anglais et sans offrande luxueuse au temple. Rien n’a barré sa route. Elle a obtenu la note maximale en chinois, seulement deux autres lycéens de la province sont parvenus à l’égaler. Sa mère, qui ne connaît pas suffisamment de caractères pour lire le quotidien du peuple, en a pleuré. Elle entrera dans la meilleure université du pays dans quelques jours. Elle devra laisser son travail de vendeuse en cosmétique. Ce travail qui lui a permis de voir de près une femme venue d’Europe, d’acheter des produits blanchissant à moitié prix et d’économiser suffisamment d’argent pour l’opération. Dans quelques heures, elle se fera débrider les yeux.
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*Examen de fin d’études secondaires dont les résultats déterminent l’entrée à l’université. Les résultats doivent être particulièrement excellents pour entrer dans une université prestigieuse. Près de dix millions de jeunes Chinois passent cet examen chaque année.