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Ce tabouret est un modèle très rare de la région awka-aguata du Nord-Ouest du pays igbo, lieu artistique important associé aux exceptionnels bronzes d’Igbo Ukwu (Shaw 1970), aux prestigieuses portes de bois sculptées et aux panneaux d’entrée qui sont l’emblème du prestige social et du titre d’un homme. C’est aussi un centre actif de travail du bois (Boston 1977) et du fer (Nehear 1976). Les tabourets réservés aux porteurs de titres comme celui-ci restent dans la maison de réception du chef de famille (obu), qui se situe dans l’espace public et masculin de l’enclos familial, centre politique, économique et rituel de la vie de famille. La présence d’un tel tabouret dans cet espace souligne sa symbolique sociale et politique. Le tabouret, emblème ostensible de pouvoir et d’autorité, est réservé au chef de famille. Un porteur de titre de la région d’Awka, d’où proviennent ces tabourets et où les anciennes traditions survivent, dit de son propre tabouret : O bu oché n’egosi na nwoké chizuru echizu, ce qui peut se traduire par « le tabouret de titre montre qu’un homme a acquis le plus haut titre de sa communauté ».
Lorsqu’on lui demanda qui a fabriqué ce tabouret, il répondit qu’il avait été fait par un sculpteur awka dans le passé, certains de ces artisans étant plus ou moins itinérants. Aujourd’hui, la sculpture du bois est devenue une spécialisation artisanale répandue dans la quasi-totalité du Centre-Nord du pays igbo. En tant qu’objet de prestige, le tabouret de titre n’est pas lié à des rites particuliers ni traité selon des règles spéciales. Sa place d’honneur vient du fait que seul le porteur de titre ozo peut s’asseoir dessus. La notion d’exclusivité semble correspondre à la symbolique sociale et politique du tabouret en tant qu’emblème d’un statut social élevé.
Si on l’étudie attentivement, ce tabouret de titre est en fait composé de deux tabourets assemblés en un seul. Il ressemble en cela aux pots en bronze igbo-ukwu composés de trois unités fondues en un pot composite recouvert de cordes. Les deux niveaux et le recours aux ajours ajoutent à la complexité structurelle du tabouret. Sa structure courbe est assez proche de la coiffure complexe d’une sculpture ikenga exposée sur un autel domestique (Boston 1977 : pl. 34, 36).
En termes d’esthétique structurelle, deux tabourets provenant de la même bûche et sculptés en une seule unité ont bien plus de valeur qu’un simple tabouret. Lorsqu’un porteur de titre ozo s’enrichit, il peut commander un nouveau tabouret de titre. Interrogé à ce sujet, un ancien pensait que « c’est l’argent qui fait la bonne soupe ». Il dit aussi d’une manière plus brève, Ego gburu ya, que l’on peut traduire par « c’est l’argent qui l’a tué » ; une autre façon de dire que la richesse stimule les commandes et la possession de ce modèle complexe de tabouret. Posséder un tel tabouret ne reflète pas vraiment le changement du statut du titre d’une personne au sein de la hiérarchie sociale, mais relève plus simplement de qualités esthétiques.