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Pouvons-nous résoudre nos problèmes environnementaux même si notre économie continue à se développer comme elle l'a fait jusqu'à présent et à croître régulièrement ? Bien sûr, répond-on souvent, il suffit de découpler la consommation de ressources de la croissance.
Cela ne semble pas si simple, comme le montrent les évolutions de ces dernières décennies. Au niveau mondial, la consommation d'énergie a augmenté en grande partie parallèlement à la croissance économique ; de même, les émissions de CO2 et l'utilisation des ressources - mesurées par l'empreinte - ont augmenté de manière constante, bien que moins fortement. Les charges n'ont diminué que les années où il y a eu simultanément un recul de la performance économique, par exemple pendant la crise financière de 2008 (voir graphiques).
(Source des graphiques : https://www.wwf.ch/sites/default/files/doc-2021-07/White_Paper_Wirtschaft_Planetare_Grenzen.pdf, page 17)
Que s'est-il passé exactement ?
En ce qui concerne les émissions de CO2 et la consommation de ressources, il y a eu ce que l'on appelle un découplage relatif de la performance économique, alors qu'il n'y a pas eu de découplage du tout pour la consommation d'énergie.
Le découplage relatif ne signifie que les dommages augmentent un peu moins vite. Ça nous permet de gagner du temps, mais pour pouvoir soulager réellement l'environnement à long terme, il faut un découplage absolu. En d'autres termes, la consommation d'énergie et de ressources devrait diminuer alors que la performance économique augmente.
Un découplage absolu est-il possible ?
Dans certains cas, il a effectivement pu être démontré Les émissions de CO2 ont diminué en Suisse depuis le milieu des années 90, alors que l'économie a connu une croissance. La même chose a été observée pour la consommation de ressources en Allemagne mais il ne s'agit que d'une vision régionale.
En raison de la délocalisation de la production industrielle hors d'Europe, les émissions et la consommation de ressources se produisent aujourd'hui dans une autre région du monde - nos T-shirts sont produits au Bangladesh et nos smartphones en Chine.
Différentes raisons expliquent que la consommation d'énergie et de ressources et les nuisances environnementales qui en découlent ne diminuent pas d'un point de vue global :
Les améliorations techniques et les gains d'efficacité sont compensés par une production ou une consommation accrue
La consommation de ressources n'est pas réduite dans l'absolu, il y a des transferts (vers d'autres régions du monde, vers d'autres substances polluantes)
Les gisements de matières premières et d'énergie facilement accessibles sont exploités en premier. On y ajoute ensuite ceux qui sont moins accessibles - ce qui entraîne une augmentation des dépenses énergétiques et des émissions pour obtenir la même quantité de ressources.
Dans une étude, le Bureau européen de l'environnement énumère au total sept raisons pour lesquelles le découplage absolu ne fonctionne pas (https://eeb.org/wp-content/uploads/2019/07/Decoupling-Debunked.pdf).
Si l'on voulait réellement soulager l'environnement, il faudrait une intervention forte de l'État, comme par exemple le plafonnement de la consommation d'énergie et de ressources ou des émissions. C'est ce que l'on essaie de faire actuellement pour les émissions de CO2 (avec des systèmes de plafonnement et d'échange) ou pour la consommation d'énergie, compte tenu de la pénurie d'énergie qui pourrait survenir l'hiver prochain.
Le projet de budgets des ressources, sur lequel travaillent actuellement le One Planet Lab et le WWF Suisse, vise à créer un instrument supplémentaire pour stabiliser, voire réduire, la consommation et les émissions.
Serait-il possible, d'un point de vue théorique, de découpler durablement la consommation de ressources de la croissance ?
La littérature fait état de différentes affirmations à ce sujet. Un raisonnement simple suggère que ça n'est pas possible (voir schéma).
On distingue trois phases :
- La situation actuelle, avec de nombreux potentiels inexploités d'amélioration de l'efficacité énergétique et matérielle
- Une période durant laquelle tout est mis en œuvre pour réduire la consommation de ressources (demain)
- Une période au cours de laquelle les possibilités techniques d'utiliser les ressources de manière encore plus efficace sont largement épuisées (après-demain)
Alors que dans la deuxième phase (verte), une diminution de la consommation de ressources est possible, même si l'économie est en croissance, il y aura à nouveau une augmentation dès que les possibilités techniques seront épuisées. Il sera alors possible de réduire la consommation de ressources qu'en consommant moins (changement de comportement). Ceci freinerait en même temps la croissance économique.
Ma conclusion :
Premièrement, un découplage absolu entre la consommation de ressources et la croissance économique n'a pas pu être observé à ce jour au niveau mondial. D'un point de vue théorique, il existe toutefois une phase limitée dans le temps au cours de laquelle une diminution est possible.
Deuxièmement, pour réduire durablement la consommation d'énergie et de ressources, il faut limiter la consommation de biens et de services gourmands en matériaux et en énergie. Ca entraînera un ralentissement ou un arrêt de la croissance telle que nous la définissons aujourd'hui.
->Le prochain article de blog sera publié en janvier 2023. Y a-t-il un sujet sur lequel vous aimeriez en apprendre d’avantage ? Vos suggestions sont les bienvenues !
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