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"Vu le risque que l'inflation se consolide encore plus, un relèvement du taux directeur était nécessaire" malgré la crise du secteur bancaire, a souligné le président de la BNS, Thomas Jordan, lors d'une conférence de presse à Zurich. "Plus l'inflation se consolide et s'étend, plus il devient difficile de la combattre", a-t-il ajouté.
Malgré trois relèvements successifs du taux directeur l'année dernière, le renchérissement des prix est loin d'avoir faibli. L'inflation a en effet atteint 3,4% sur un an en février et les experts de la banque centrale helvétique ont relevé leurs projections de hausse des prix pour l'année en cours et la suivante. Ils tablent désormais sur une inflation de 2,6% en 2023 et de 2,0% en 2024 et 2025. A la fin de la période de prévisions, l'accélération des prix devrait se situer à 2,1%, soit juste au-dessus de la fourchette des 0% à 2% visée dans le cadre de la stabilité des prix.
Face à cette situation, la BNS a préféré prendre la problématique du renchérissement à bras le corps, estimant que la stabilité du secteur financier était assurée avec le rachat de Credit Suisse par UBS.
L'institut d'émission helvétique a ainsi augmenté de 50 points de base son taux directeur pour le porter de 1,0% à 1,5%, effectuant un quatrième resserrement monétaire depuis juin 2022. Et la BNS "n'exclut pas que d'autres relèvements de taux soient nécessaires pour assurer la stabilité des prix à moyen terme".
Elle suit ainsi la trajectoire prise par les autres grandes banques centrales. Mercredi soir, la Réserve fédérale américaine (Fed) a en effet relevé son taux d'un quart de point de pourcentage, cherchant l'équilibre entre sa lutte contre l'inflation et les turbulences sur le secteur bancaire. Le principal taux directeur de la Fed se situe désormais dans une fourchette de 4,75% à 5,00%, au plus haut niveau depuis 2006.
Il y a une semaine, la Banque centrale européenne (BCE) avait fait de même, en décidant un nouveau relèvement des taux d'un demi-point de pourcentage afin de combattre le renchérissement, jugeant que les banques de la zone euro étaient solides et "résilientes".
Nouvelles hausses des taux de 25 points de base
"Sans le relèvement de taux décidé aujourd'hui, la prévision d'inflation s'inscrirait à un niveau encore plus élevé à moyen terme", a souligné la BNS.
Les perspectives de croissance se sont en revanche améliorées, l'institut d'émission articulant pour 2023 une croissance de 1% environ du produit intérieur brut PIB, deux fois plus généreuse qu'escompté jusqu'ici. L'exercice de projection demeure toutefois teinté de nombreuses incertitudes, en Suisse comme à l'étranger, en raison "des turbulences enregistrées dernièrement dans le secteur financier".
"La BNS ne s'est pas laissée distraire par les récentes turbulences du secteur bancaire", a estimé Thomas Gitzel. Selon l'économiste en chef de VP Bank, cette hausse était nécessaire en raison de l'accélération de l'inflation de base (hors produits énergétiques et alimentaires).
Pour soutenir ce combattant contre le renchérissement, la banque centrale suisse continue aussi de faire appel aux ventes de devises - dont elle a vendu l'équivalent de 27 milliards de francs fin 2022 - afin de renforcer la monnaie suisse et limiter l'inflation importée, a-t-il ajouté, tablant cette année sur deux autres relèvements des taux de respectivement 25 points de base.
"Les investisseurs qui s'attendaient à une hause de 25 points de base ont sous-estimé la détermination de la BNS à maintenir la stabilité des prix et ont surestimé l'incertitude causée par l'effondrement de trois banques américaines et les turbulences au sein de CS", a pour sa part rappelé Arthur Jurus, analystes d'Oddo BHF. Ce dernier constate que la BNS est "l'une des rares banques centrales à pouvoir viser un tel niveau (d'inflation de 2% en 2024) aussi rapidement". (awp/hzi/ps)