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28/06/2010
Mammouth, Buffon, Newton, Depardieu, Dassault, Siné :
Laissons du temps au temps, bordel !
Buffon, contemporain de Newton, pensait que la terre était un morceau de soleil qui se refroidissait. Quand ses correspondants lui envoyèrent des ossements de mammouths du Canada et du Spitzberg, il les prit pour des éléphants. Il en conclut qu’il faisait d’abord chaud au pôle nord, avant un refroidissement climatique qui se propageait vers le Sud, chassant les éléphants vers l’Equateur. Par des calculs astronomiques sophistiqués et sur des hypothèses aussi fantaisistes que celles des simulateurs d’aujourd’hui, il calcula même la vitesse de cette migration et du refroidissement.
Il en déduisit l’âge de la terre : 70 000 ans !
Ce chiffre fit scandale à l’Académie des sciences, aux mains des bigots qui croyaient qu’elle avait 5 000 ans, selon les salades biblesques. Les intégristes au pouvoir en ces temps lui tombèrent sur le râble, qu’il avait, par chance, aussi solide que Depardieu. Et comme Buffon était le Dassault de l’époque, il se permit même de monter à 400 000 ans, ouvrant un boulevard à Lamarck pour que les espèces aient le temps de changer dans l’histoire de la vie.
J’adore cette histoire où Buffon prend des mammouths pour des éléphants, puis bâtit une théorie aberrante sur des hypothèses absurdes et des calculs faux pour arriver à une théorie fantasmée. Car ce festival d’erreurs a cassé le dogme religieux qui bloquait le développement d’une biologie rationnelle : l’âge de la terre n’était pas encore quatre milliards d’années, mais il laissait désormais aux espèces le temps de se transformer, d’évoluer.
Avec Sarko, les retraités risquent de disparaître comme les Mammouths autrefois, faute d’adaptation au chaud et à la chasse au pognon. Mais ils risquent de laisser place à de vieux éléphants, rebelles et travailleurs, encore bien plus méchants …
N’est-ce pas Bob ?
In Siné Hebdo 85
* Pour mémoire, pour ceux qui ne fréquentaient pas le Sarkoland quand une chaine d’hypermarchés s’annonçait sous le slogan « Mammouth écrase les prix », quand un ministre obèse prétendait « dégraisser le Mammouth » et bien avant l’admirable film de Delépine et Kervern dans lequel Depardieu chevauche une Mammuth en rêvant d’Adjani.