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Grèce 2.0: envisager la croissance futureavril 6, 2023
Nicolas Roth
Head of Private Assets
Reyl Intesa Sanpaolo
Depuis que le premier ministre Kyriakos Mitsotakis et son parti, nouvelle démocratie, ont pris le pouvoir en 2019, la Grèce a lancé une série de réformes ambitieuses visant à restructurer le pays et ses institutions, suite à la crise. Elle a également cherché à attirer les investisseurs internationaux dans le pays. Malgré les difficultés rencontrées ces dernières années comme le covid, la guerre en Ukraine et l’inflation, le gouvernement est resté concentré sur sa tâche et a continué à remplir son mandat. En 2021, la Grèce a déposé auprès de l’UE un plan ambitieux, Grèce 2.0, qui s’inscrit dans le cadre du programme nextGeneration EU et de la Facilité pour la reprise et la résilience (Frr), conçus pour atténuer l’impact de la pandémie et préparer les économies à une croissance durable.
La Grèce a ainsi pu continuer à financer la modernisation de ses infrastructures et de son économie après avoir reçu 3,6 milliards d’euros pendant la première tranche et 3,56 milliards d’euros lors de la deuxième tranche. Cette dernière a été mise à disposition une fois que le pays a atteint les 25 étapes fixées dans son plan, qui comprenait notamment des investissements dans l’énergie et la régénération urbaine. Maintenant que la Grèce a démontré sa capacité à gérer la première partie de sa stratégie de redressement, à quoi ressemble son plan pour l’avenir?
Seconde partie de stratégie de redressement
Sur le plan politique, le pays organisera des élections en juin, au cours desquelles tous les sièges du Parlement hellénique seront disputés. Le premier ministre Mitsotakis a souligné à maintes reprises que deux conditions devaient être remplies pour que son gouvernement mène à bien ses réformes prévues. Un changement de gouvernement immédiat, avec le parti d’opposition de gauche Syriza à la tête du pays, compromettrait la stratégie de relance. La nouvelle démocratie bénéficie aujourd’hui d’une avance de dix points par rapport à Syriza.
Sur le plan économique, le secteur international de l’énergie et le rôle de la Grèce dans ce domaine sont essentiels. Alors que l’UE tente de se diversifier en se détournant de l’énergie russe, la région de la Méditerranée orientale est appelée à devenir un axe majeur dans la politique énergétique européenne, la Grèce jouant un rôle stratégique en tant que porte d’entrée de l’UE.
Un acteur majeur de l’énergie européenne
Plusieurs grands projets sont en cours dans la région. Tout d’abord, la Grèce et la Bulgarie ont inauguré l’interconnexion Grèce-Bulgarie (iGB) au début du mois d’octobre 2022. L’iGB est une route essentielle pour transporter le gaz naturel du gazoduc transadriatique (tAP) et de la Grèce vers la Bulgarie et les pays voisins, contribuant ainsi à réduire leur dépendance vis-à-vis du gaz naturel russe. Gazprom ayant récemment réduit ses exportations vers Sofia, suite au refus de la Bulgarie de payer en roubles, le nouveau gazoduc iGB est une pièce maîtresse de l’infrastructure de la région.
La Grèce renforce également sa propre infrastructure énergétique en modernisant et en construisant de nouveaux terminaux GnL. Le pays a construit un nouveau terminal à Alexandroupolis, l’Unité flottante de stockage et de regazéification de thrace. Ce terminal, aux côtés d’autres projets de GnL, vise à renforcer la position de la Grèce en tant que centre énergétique majeur pour l’Europe du Sud-Est.
Plus à l’est, la Grèce s’est employée à maintenir en vie le projet de gazoduc EastMed. Ce dernier vise à exploiter le gaz du bassin du Levant au large des côtes israéliennes et libanaises. Enfin, la Grèce s’apprête à lancer un projet d’exploration gazière au sud-ouest du Péloponnèse et à l’ouest de la Crète. Le gaz naturel reste un allié essentiel dans la transition vers une énergie plus verte et toute découverte significative de gaz naturel dans les eaux grecques serait déterminante pour le pays.
Révision à la hausse des notations: l’ultime changement de la donne?
Alors que la Grèce s’efforce de reconstruire son économie et de renforcer sa position sur le marché européen de l’énergie, elle cherche également à retrouver sa notation investment grade. Bien que l’environnement économique soit difficile, avec une récession potentielle dans la zone euro, la Grèce dispose d’arguments solides. Le pays est sorti d’une surveillance renforcée et a remboursé les prêts du FMI deux ans plus tôt que prévu. Le déficit budgétaire devrait être inférieur au seuil de 3% du traité de Maastricht, tandis que le ratio dette/ PIB pourrait passer sous la barre des 150% d’ici à 2027. Alors que les agences de notation vont se montrer plus prudentes dans l’octroi de révisions à la hausse l’année prochaine en Europe, la Grèce pourrait faire exception grâce à des politiques budgétaires prudentes et au soutien de la BCE via son programme d’achat d’urgence en cas de pandémie (PEPP).
Une amélioration de la notation serait un changement extraordinaire pour la Grèce et permettrait de débloquer des milliards de capitaux à investir dans le pays. Depuis 2019, la nouvelle démocratie et la Grèce ont démontré qu’il était possible de mettre en œuvre une stratégie de redressement réussie. Cela nécessite un plan détaillé, un objectif, de la détermination et un gouvernement pragmatique. Frappé par plusieurs crises majeures, le pays a maintenu le cap sur la voie de la reprise et a continué à mettre en œuvre les réformes indispensables. Si la nouvelle démocratie est en mesure d’obtenir un second mandat et de continuer à capitaliser sur ses réformes, l’avenir de la Grèce sera beaucoup plus encourageant et le pays commencera certainement à jouer un rôle plus important dans la sphère politique européenne.