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La signature est accompagnée de la date de création : 1927.
Ce tableau représente un paysage de campagne s’ouvrant sur un lac, au début du printemps lorsque les fleurs inondent les prés mais que les cimes des montagnes sont encore enneigées. Au premier-plan, un pré vallonné est animé par des fleurs des champs blanches et jaunes ainsi que par des arbres en pleine floraison. Un chemin étroit en forme de V et un muret de pierres traversent le pré. Des tonalités claires allant du vert brillant au rose pâle jusqu’au blanc illuminent la nature.
Le deuxième plan est occupé par un lac dont les courants forment des traces de différents bleus. Plus loin, une chaîne de montagnes s’y reflète. On reconnait le lac Léman, les montagnes de la Savoie et la chaîne caractéristique des Dents du Midi. Dans la partie supérieure, Louis Rivier peint un ciel bleu clair traversé par quelques nuages blancs qui laissent des traines. Aux variations de verts du premier plan, s’opposent maintenant celles des bleus.
Toute la composition est rythmée par un filet de lignes diagonales et horizontales. Les profils des montagnes, la double direction du sentier, le sillage d’un nuage tracent des obliques. Pour stabiliser la composition, une partie du sentier et le bord du lac proche des montagnes dessinent des lignes horizontales.
Le tableau baigne dans une lumière étale. Seuls les arbres projettent quelques ombres dans le pré. Ce paysage transmet une sensation d’harmonie et douceur printanière. Il n’y a aucune trace de présence humaine ou animale et le tableau ne décrit pas d’action particulière. Louis Rivier offre donc un espace de contemplation et de silence, une nature paisible et paradisiaque. Ce paysage peint en atelier et non d’après nature résulte d’une activité autant d’observation réaliste – on peut situer le point de vue vers Chexbres - que de transfiguration par le sentiment de plénitude qui s’en dégage.
Bon état.
Louis Rivier adopte la détrempe dès 1906 jusqu’à la fin des années 1930. La détrempe est une technique traditionnelle de la Renaissance italienne (tempera all’uovo). « La tempera à l’œuf italienne était l’héritière directe de la tradition byzantine […]. Le nombre de tableaux peints à tempera est considérable […]. Elle est pourtant tombée en désuétude au cours des XVIe - XVIIe siècles. ». (François Perego. 2005. Dictionnaire des matériaux du peintre, Paris : Ed. Belin, p. 706).
La recette de Rivier, mise au point par Théophile Robert, comporte du jaune d’œuf, de la résine d’Avar ou copal, de l’huile de noix pure, du vinaigre blanc et de l’eau. (Dario Gamboni, Louis Rivier (1885-1963) et la peinture religieuse en Suisse Romande, p. 97).
Au cours de sa carrière, Louis Rivier rencontre plusieurs difficultés quant à l’emploi de la détrempe. Ces obstacles l’amènent à abandonner momentanément cette technique au profit de l’huile. Mais, « […] après quelques années de tentatives obstinées, il finit par maîtriser la détrempe à tel point qu’il put l’utiliser pour ses paysages aussi bien que pour ses portraits, et pour d’autres compositions. » (Francesco Sapori, Louis Rivier, p. 38).
En 1938-39, Rivier invente, à partir de dessins aux crayons de couleurs, le « procédé spécial », technique qu’il emploiera pour presque toutes ses œuvres même en grand format et réalisées pour des décorations murales. Une exception notoire est la décoration de l’Église orthodoxe grecque de Lausanne qui a été réalisée entièrement à la détrempe, et cela sur une durée de plus de 15 années, jusqu’en 1940.
En 1927, Rivier achève la décoration du temple de Prilly et part pour l’Italie dont Venise. A son retour, il poursuit la décoration de l’église grecque orthodoxe de Lausanne (décoration du tambour et de la coupole). Son livre, Le Peintre Paul Robert, paraît. Il réalise une verrière pour le temple de Cronay.
- Sous la direction de Véronique MAURON, Marie-Odile VAUDOU et Marie ANDRÉ. 2013. Louis Rivier : l’intimité transfigurée, Berne, Lausanne : Till Schaap Edition, Association des Amis de Louis Rivier, p.84