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La colonisation des grandes vallées alpines comme le Valais s’est faite à partir de la fin de la Dernière grande glaciation, il y a environ 12’000 ans. A partir de 15’000 ans avant nos jours, le réseau glaciaire valaisan était déjà largement démantelé, mais la plaine du Rhône n’était probablement pas habitable jusqu’à l’Holocène à cause de l’intensité des phénomènes torrentiels. Les premières traces de civilisation humaine en Valais sont attribuées par les archéologues au Préboréal (abri sous roche de Vionnaz, datant d’environ 7’500 à 8’500 av. J.-C) (fig. 1). Les abris de haute altitude, comme l’abri sous roche découvert au-dessus de Zermatt à 2600 m d’altitude, ont permis de découvrir que la colonisation de la vallée du Rhône ne s’est pas faite seulement par le bassin lémanique, mais également par les cols. Les plus célèbres sont le Col d’Hérens, entre le Val d’Hérens et le Mattertal, le Col du Théodule, menant de Zermatt à Cervinia, le Col Collon, permettant de relier le Val d’Hérens au Val d’Aoste, et la Fenêtre-de-Durand, qui reliait le haut Val de Bagnes à la Valpelline (Val d’Aoste). La praticabilité des cols pendant l’Holocène était liée à l’état de retrait des différents glaciers.
Le mois de septembre 1991 a vu une importante découverte en ce sens : pendant une excursion dans la région du Similaun, au Tyrol du Sud (Italie), deux touristes allemands découvrent le corps momifié d’un homme à moitié emprisonné dans la glace à côté du Hauslabjoch, à une altitude supérieure à 3200 m. On découvrira par la suite que l’homme, surnommé Ötzi, avait vécu à la fin du Néolithique, pendant l’âge du Bronze. Des datations effectuées au carbone 14 par accélération de masse attribuent à la momie un âge de 4550 ± 20 14C BP (= 5320-5270 / 5190-5060 cal BP) (fig. 2), qui s’inscrit dans l’épisode chaud 4, le plus long de l’Holocène (cf. fiche glaciers 4.5). A cette époque-là, le col du Hauslabjoch devait donc être praticable.
Une autre découverte importante a été effectuée en Suisse pendant l’automne 2003. Le retrait d’un champ de glace anonyme situé à 2800 m entre le glacier du Wildhorn et le Schnidejoch (col reliant le Valais et l’Oberland bernois) a livré de nombreux objets d’époque préhistorique et protohistorique. Les datations effectuées sur les restes organiques conservés par la glace et la neige ont permis de mettre en évidence les époques dans lesquelles les êtres humains pouvaient franchir le col : le Néolithique et l’âge du Bronze (principalement entre le 3e millénaire avant J.-C. et 1750 avant J.-C.), l’époque romaine (de 15 avant J.-C. à 400 après J.-C.) et le bas Moyen Age (principalement entre le XIVᵉ et le XVᵉ siècle).
Les découvertes en Suisse ne s’arrêtent pas là. Entre 1984 et le début des années 1990 sont libérés de la glace les ossements dispersées du « mercenaire » du Col du Théodule et son équipement comportant des armes et également de rares témoins de la vie quotidienne : un pistolet de poche, un rasoir pliable, une chaussure de forme inconnue et des pièces datant de 1578 et 1588. Les objets retrouvés et les analyses effectuées sur ces derniers ont permis d’établir que l’homme est décédé vers 1600 en franchissant le col, située à 3296 m.
Dans la même période (1988-1992), des vestiges archéologiques retrouvés dans la région de l’Albula révèlent un destin similaire : « Porchabella », une femme âgée entre 20 et 30 est probablement décédée au XVIIᵉ siècle à 2680 mètres d’altitude au pied du Piz Kesch. Parmi les objets retrouvés figurent des restes humains ainsi que des vêtements (manteau de laine, chapeau de feutre, chemisier et chaussures en cuir) et différents objets en bois (bol, cuillère, peigne et chapelet).
Ces exemples nous montrent comment l’étude glaciologique des paléogéographies et l’archéologie permettent de mettre en évidence les lieux par lesquels s’est faite la colonisation des vallées alpines.
Récemment, en 2017, les dépouilles d’un couple de Valaisans disparus dans le massif des Diablerets depuis 75 ans a pu être récupéré. Le couple, parti le 15 août 1942 de Chandolin (Savièse, VS) a perdu la vie en traversant le glacier de Tsanfleuron. Avec la fonte des glaciers qui perdure, les glaciers suisses ont perdu un cinquième de leur volume au cours des 10 dernières années, des objets porteurs d’informations historico-culturelles précieuses continuent d’être libérés. Dans l’impossibilité de parcourir systématiquement tous les glaciers à la recherche de vestiges archéologiques, il est important que les randonneurs, skieurs ou alpinistes annoncent les découvertes auprès des services de l’archéologie cantonale en vue de leur prélèvement et leur conservation dans des conditions optimales.