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Taquineries et disputes entre frères et sœurs, ambiance orageuse et bousculades dans la chambre des enfants – pratiquement aucune famille n’ignore ces instants. La famille est le premier milieu dans la vie où les enfants apprennent à se confronter à d'autres personnes, et à s'en accommoder.
Lors des querelles, ils apprennent beaucoup : imposer ses propres désirs, se limiter, mais aussi respecter les envies des autres, surmonter la défaite, proposer des compromis. Ils découvrent comment on se pardonne, on s’excuse, on se réconcilie.
En général, plus la différence d’âge est faible entre frères et sœurs, plus les querelles sont fréquentes. L’un se sert de sa force physique, l'autre a recours à sa supériorité langagière, à la ruse ou la sournoiserie.
Selon Ron Halbright du «National Coalition Building Institute» (NCBI) en Suisse, [Institut pour construire des ponts entre différents groupes], auteur du projet « Jusqu’à ce que l’un d'eux pleure... », la violence entre frères et sœurs représente une forme fréquente de violence domestique. Pourtant, en raison de tabous ou d’une acceptation sociale insuffisante, cette violence n'a pratiquement jamais été étudiée. « Les disputes incessantes entre frères et sœurs sont souvent prises à la légère, ou ne sont pas prises au sérieux. Les enfants en souffrent parfois quotidiennement et pendant des années, en croyant toutefois qu’il est normal de se faire embêter par les plus grands.
Les enfants et les parents concernés n’osent pas demander de l'aide, ils ne veulent pas admettre qu'ils sont dépassés ».
« L'origine des querelles entre frères et sœurs est étroitement liée à la culture du conflit au sein de la famille », souligne Susanna Vogel-Engeli. Lorsque les parents entretiennent une culture du conflit ouverte et constructive, cela représente un soulagement pour les enfants. Si au contraire on se mure dans le silence ou que l’on s’exprime indirectement, certains enfants réagissent par des débordements.
« Inconsciemment, ils attirent l'attention sur cet état insupportable pour eux, car ils sont sans défense et ne peuvent souvent exprimer cette mauvaise humeur qu'en se querellant », explique la conseillère parentale. Aussi est-il primordial que les parents incarnent un rôle moteur au sein de la famille dans les cas conflictuels.
Autre motif de chamaillerie entre enfants : le désir d’attirer l’attention. Lorsqu’un enfant doit partager avec un frère ou une sœur l'attention et l'affection des parents, la jalousie entre souvent en jeu. « Si la différence d’âge est très faible, l’aîné a probablement manqué de temps pour être seul avec ses parents et recueillir l'attention nécessaire », estime Susanna Vogel-Engeli.
Des exigences trop élevées envers les aînés de la part des parents peuvent aussi provoquer des mésententes. « Cela attise les conflits, car l’aîné endosse souvent le rôle de second, en devant laisser la priorité au plus jeune », explique Susanna Vogel-Engeli ; elle suggère de commencer par le plus grand lors de l'habillage ou des repas. « Les jeunes enfants peuvent tout à fait apprendre à attendre. Pour le plus grand, cela signifie une consolidation de sa place. Et les parents peuvent établir cette règle sans trop de discussions ». Des règles claires, qui définissent les droits et les devoirs de chacun, sont précieuses pour éviter disputes et jalousie.
Les querelles entre frères et sœurs ne sont pas intrinsèquement mauvaises. Les disputes sont un frottement, et le frottement produit de la chaleur. « Dans une certaine mesure, les disputes sont nécessaires à l’évolution de l’enfant. Plus tard, il aura également à faire face à des situations conflictuelles avec les autres », estime Susanna Vogel-Engeli, donnant ainsi matière à réflexion.
Si les querelles sont sciemment contenues ou interdites par les parents, cela pourrait avoir pour conséquence que les enfants ne sachent pas, plus tard, gérer leur agressivité, ni arriver à la doser correctement. « On ne peut pas contenir et éliminer purement et simplement l'énergie de la colère. Sinon, les enfants la retournent contre eux-mêmes ou contre les parents », prévient la conseillère parentale. L’idéal est donc de ne pas intervenir tout de suite en cas de dispute entre frères et sœurs, mais, lorsque le calme est revenu, d’amener les protagonistes à trouver des solutions. Au cours de cet échange, chacun prend la parole et exprime ses sentiments.