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A la lumière de l'expérience de l'édition en cinq langues de son essai La Démocratie, histoire d'une idéologie, Luciano Canfora soulève une question essentielle : l'usage de l'histoire et sa réécriture en fonction du présent, surtout lorsqu'il s'agit de sujets sensibles comme le stalinisme ou le nazisme.
Cette vaste étude sur Don Juan n'a cessé depuis sa parution en Italie de susciter le plus vif intérêt de la part de tous ceux qu'intéressent l'histoire littéraire, musicale ou théâtrale. Giovanni Macchia propose en effet, dans cet ouvrage, une interprétation dynamique du personnage de Don Juan à travers les multiples oeuvres qu'il a inspirées, et souligne certains aspects de son extraordinaire destin.« J'ai voulu, explique Macchia, suivre le destin paradoxal d'un mythe typiquement baroque qui continue à vivre pendant plus de trois siècles » ; « au cours de cette histoire éternelle où s'affrontent le ciel et la terre, la statue du Commandeur victorieux a mille fois volé en éclats alors que le satanique, le haïssable Don Juan est toujours vivant, dans son immortelle jeunesse ». Ce volume s'enrichit dans sa seconde partie de textes rares ou inédits.
L'Etat allemand est le plus ancien d'Europe. Sa constitution remonte au IXe siècle. A l'origine, le Reich désignait l'Empire romain restauré par les Allemands. Au cours des siècles, il s'identifia à leur Etat au point de se confondre avec lui. Dès 1250, la ruine du Reich, entretenue par une difficile situation géographique et d'innombrables rivalités intérieures et extérieures, semblait condamner la nation allemande à une perpétuelle désunion politique. L'existence et la persistance de cette nation suscitèrent en revanche ses inlassables tentatives de renaissance politique. L'étude de la permanence de la nation allemande - fondée sur ses constantes géopolitiques et culturelles - permet de mieux comprendre, à la lumière de son histoire, la nouvelle tentative d'unification politique de cette fin du XXe siècle.
« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique », dit Robespierre, « est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme ennemis.»Depuis toujours, les gouvernements ont masqué sous des motifs vertueux les vraies raisons qui les faisaient entrer en guerre.À partir d'exemples empruntés de l'Antiquité à nos jours, Luciano Canfora dénonce cette « perversion morale, culturelle et politique » qui permet à un État de poursuivre une politique d'hégémonie tout en se drapant du titre de défenseur de la liberté.
Le point de départ et d'aboutissement de ce livre est l'image énigmatique de la fille unique de Molière, Esprit-Madeleine Poquelin, dont toute l'existence fut entourée d'un profond silence. Macchia trace un portrait de Madeleine à travers la fiction d'une interview, il en résulte une biographie sentimentale très proustienne d'une rare élégance et une gravure surprenante de l'époque et du milieu de Molière.
Mais il y a beaucoup d'autres silences qui sont analysés ici : ce sont ceux qui touchent à quelques détails essentiels de la composition des principaux personnages du théâtre de Molière. Ces non-dits, explicités ici, ouvrent de nouvelles possibilités critiques à l'égard d'un des plus grands auteurs français; et il fallait bien le regard éloigné, et pourtant finement amoureux, de quelqu'un comme Macchia pour donner corps à ce qui pourrait sembler, au premier abord, détail passible de silence.
Il est des livres dont l'histoire est éminemment romanesque et si complexe que le temps s'est chargé de l'ensevelir. Mais il arrive qu'un chercheur découvre, voile après voile, les péripéties qu'a connues cet ouvrage.C'est le cas de la fameuse Bibliothèque du patriarche Photius, mine exceptionnelle de renseignements sur l'Antiquité, mais à la Renaissance tenue en suspicion par Rome, qui voyait en son auteur un dangereux hérétique. En suivant les vicissitudes de cette oeuvre et des hommes qui ont aspiré et travaillé à sa publication, Luciano Canfora nous mène dans un voyage à travers le temps et l'espace, du Concile de Trente à la veille de la guerre de Trente Ans, de Venise à Rome, de Tolède à Augsbourg, de la cour pontificale aux geôles de l'Inquisition.On rencontre ainsi Diego Hurtado de Mendoza, ambassadeur de Charles-Quint à Venise, le grand savant protestant Isaac Casaubon, et surtout les jésuites Juan de Mariana et André Schott, unis dans une complicité extraordinaire pour parvenir à leurs fins et déjouer les interdits de l'Inquisition.Luciano Canfora réussit à transformer la philologie en roman d'espionnage et l'histoire de la culture en un récit passionnant.
La préoccupation des nourritures du corps traverse l'oeuvre de Voltaire, qui devait mériter le surnom d'« aubergiste de l'Europe ».
La présente enquête, menée à partir de la correspondance de l'auteur comme de ses écrits d'histoire et de fiction, s'attache à reconstituer le mode de vie régnant aux Délices et au château de Ferney, les modes d'approvisionnement, le choix des mets, la préparation des plats, pour restituer enfin à nos yeux une table de riche au XVIIIe siècle.
Mais la table est avant tout un lieu de convivialité. Ces plaisirs du corps ne seraient rien sans ceux de l'esprit qu'ils ont pour fin de susciter et de rehausser. Les soupers philosophiques où Voltaire régale ses invités de bons mots sont des festins de paroles. L'esprit encyclopédique de l'hôte de Ferney y développe maintes considérations sur les rapports entre nourriture et économie, nourriture et sacré, exhortant les philosophes à célébrer des agapes et à « dresser un autel à la raison dans leur salle à manger ».
Y a-t-il des locomotives dans l'histoire ?« Un effet de la Terreur, écrivait en 1797 Adrien Lezay, fut de détruire les anciennes habitudes, et de donner aux nouvelles coutumes autant de force que l'habitude eût pu le faire. Dix-huit mois de Terreur suffirent pour enlever au peuple des usages de plusieurs siècles, et pour lui en donner que plusieurs siècles auraient eu peine à établir. Sa violence en fit un peuple neuf. »« Rien de plus évidemment faux, répliquait Benjamin Constant ; les ennemis de la république s'emparent habilement de la réaction que la Terreur a causée. C'est de la mémoire de Robespierre que l'on se sert pour insulter aux mânes de Condorcet. La Terreur a préparé le peuple à subir un joug quelconque ; elle l'a rendu indifférent, peut-être impropre à la liberté. »Est-il possible de contraindre à la « vertu », comme le croyaient Platon et Saint-Just ? En revanche, la « tolérance » est-elle justifiée en soi, ou bien serait-elle une forme subtile d'acceptation de l'ordre établi ? Voilà le dilemme indiscret que ce livre un peu à contre-courant voudrait esquisser.
Si l'histoire de l'Europe a pu à l'occasion s'éclairer d'un sourire, ce fut, au gré des temps, sur ses rives méditerranéennes et occidentales. L'Europe centrale et balkanique en est la face tragique. Lieu de rencontre des Baltes, des Slaves, des Magyars, des Albanais, des Roumains et des Grecs, cet immense territoire a été depuis des siècles le théâtre d'une prodigieuse mêlée d'intérêts et de passions.La constellation de ses peuples se dessine au lendemain des Grandes Invasions. Au Moyen Age, une sorte d'équilibre interne s'y établit. Les temps modernes voient naître les ordres imposés de l'extérieur. L'ordre ottoman, l'ordre germano-magyar, l'ordre russe se succèdent, bouleversant tour à tour le visage de cette partie du monde, dont ils aggravent chaque fois la complexité.L'étude conjointe des permanences géopolitiques et des évolutions historiques de l'Europe centrale et balkanique permet de comprendre les données actuelles du problème de sa nécessaire réorganisation politique, consentie et non plus imposée.
« Bien que l'égalité, dans son degré le plus extrême, se confonde avec la liberté », dans la réalité - disait Tocqueville - « le goût que les hommes ont pour la liberté et celui qu'ils ressentent pour l'égalité sont deux choses inégales » ; « la liberté donne, de temps en temps, à un certain nombre de citoyens de sublimes plaisirs ; l'égalité fournit chaque jour une multitude de petites jouissances à chaque homme ».C'est justement le tableau que l'auteur anonyme de la Constitution d'Athènes a esquissé à propos de la cité démocratique par excellence, Athènes. Là, à son avis, les jouissances de l'égalité ont tué, grâce à la démocratie, le plaisir sublime de la liberté.S'appuyant sur une relecture de ce texte, Luciano Canfora déroule le fil conducteur qui relie les républiques antiques aux démocraties modernes et constate l'antinomie toujours renaissante entre élan démocratique et désir de liberté.Y a-t-il donc entre les deux idées dominantes de la pensée politique occidentale une opposition inconciliable ?