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Ces zones d’habitat précaire, une quarantaine au total, sont construites sur des terrains conquis sur l’eau. Selon les estimations, elles comptent entre 200 000 et 500 000 habitants. Situé à proximité de réservoirs de pétrole appartenant à différentes entreprises, Abonnema Wharf abrite aussi des personnes chassées de chez elles lors de la démolition du quartier voisin de Njemanze. De nombreux résidents travaillent pour des institutions ou des organismes publics. Pourtant, le gouverneur a affirmé à plusieurs reprises que les habitants des quartiers proches du fleuve, comme Abonnema Wharf, étaient pour beaucoup des «criminels». Par conséquent, il a menacé à plusieurs reprises de démolir ces zones.
Les conséquences des expulsions forcées se font particulièrement sentir pour les femmes, qui ont des petits commerces dans le quartier. Ce sont souvent les femmes qui assurent la subsistance des familles. La démolition de quartiers comme celui d'Abonnema Wharf plonge dans la pauvreté des centaines de commerçantes et de femmes qui exercent de petits métiers. Elle les expose à la misère et les place en danger de subir de nouvelles violations de leurs droits fondamentaux.
En novembre 2011, une juridiction supérieure de l’État de Rivers a émis une injonction contre les autorités de l'État, leur ordonnant de ne pas expulser les habitants et de ne pas démolir les logements, les commerces, les églises et les écoles d’Abonnema Wharf. En juin 2012, le gouvernement avait commencé à dédommager les propriétaires du quartier. Avant le paiement, les autorités ont convoqué une réunion le 17 mai 2012 pour informer les personnes concernées au sujet de la procédure d’indemnisation et des démolitions prévues ensuite. D’autres sessions de consultation avaient été organisées en octobre 2011 et mars 2012.
En mai 2012, les autorités ont annoncé qu’elles allaient raser le quartier, en précisant que les propriétaires seraient indemnisés au préalable et que les habitants seraient prévenus de manière à pouvoir se reloger. Cependant, les habitants n’ont reçu aucun avis de démolition, ni écrit ni verbal, et aucun logement de remplacement ne leur a été proposé. Par ailleurs, de nombreux propriétaires n’ont pas encore été indemnisés.
Les informations sur le processus d'indemnisation n'ont circulé qu'entre le gouvernement de l'État de Rivers et certains propriétaires. Les locataires, quant à eux, ont été totalement exclus et n’ont rien obtenu.
La loi de l'État de Rivers relative à l'aménagement du territoire et à l'urbanisme (Loi n° 6 de 2003) prévoit des garanties pour les habitants de bâtiments et d’autres structures, et recense en détail les mesures qui doivent être prises avant toute démolition, notamment la consultation des personnes concernées, un préavis suffisant et la création d’organes compétents pour superviser le processus. Ce texte n’a toutefois pas été appliqué.
En vertu de plusieurs traités relatifs aux droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, le Nigeria et tous les États de la fédération ont l’obligation de prévenir les expulsions forcées et de s'abstenir d'y avoir recours. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels (ONU) a souligné le fait que les expulsions ne peuvent être effectuées qu’en dernier recours, une fois que toutes les solutions alternatives ont été explorées et que les garanties procédurales et légales appropriées ont été mises en place.
Lire l'article sur les expulsions forcées qui ont eu lieu entre le 27 juin et le 2 juillet 2012 àAbonnema Wharf, un des quartiers de Port Harcourt.