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International
Inégalités sociales en Chine: De lalerte orange au rouge?
Lécart entre les riches et les pauvres, qui a commencé à se marquer de plus en plus à partir de la fin des années 70, moment où Beijing a choisi de se tourner vers léconomie de marché, a atteint un niveau record. Selon une étude récente de la Commission chinoise du développement national, les 10% de la population urbaine les plus riches du pays possèdent le 45% des biens, alors que les 10% les plus pauvres nen ont que le 1,4%. La situation est telle que le Study Times, journal de lécole du Parti communiste au pouvoir, a constaté que le feu orange était allumé et que lalerte rouge pouvait être dépassée dans les cinq prochaines années.
Selon le ministère du travail et de la sécurité sociale, les 20% de Chinois les plus riches du pays accaparent 55% des richesses, alors que les 20% les plus pauvres doivent sen partager le 4,7%.1
Entre villes et campagne, les inégalités sont manifestes: daprès lAcadémie chinoise des sciences sociales, en 2002, 93% des 10% les plus riches résidaient dans les villes et 7% à la campagne, alors quà lautre bout de léchelle, les 10% les plus pauvres se trouvaient à 1,3% dans les villes et 98,7% dans les campagnes. Le rapport 2005 du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) note sur ce point que lécart entre le niveau de revenu dans les villes et dans les campagnes est «peut-être le plus élevé du monde».
Si lon prend un autre indicateur, le coefficient Gini, qui mesure la distribution des revenus sur une échelle allant de 0 à 100 (0 étant légalité absolue, 100 linégalité absolue), il est passé en Chine de 28,8 en 1981 à 38,8 en 1995 et à 45 en 2002, saccroissant ainsi de moitié en vingt ans.
En 2000, lindicateur Gini de la Chine sétablissait à 44,7, nettement à la traîne de lInde (32,5), faisant figurer le pays au 90e rang (sur 131) du classement de légalité des revenus. Un résultat peu présentable.
Avancer en reculant
Le rapport du PNUD observe: «comparée au premier temps des réformes, linégalité de la distribution des revenus en Chine sest accrue rapidement. Ce phénomène se manifeste aussi bien entre les zones urbaines et rurales, entre les villes, entre les régions et entre les groupes de population et il a débouché sur un écart grandissant de la distribution des richesses entre riches et pauvres.»
Laccélération a été particulièrement marquée lors de deux périodes cruciales, au début des années 90, lorsque le régime a décidé «dapprofondir» les réformes (cest-à-dire de se diriger à toute vapeur vers la restauration du capitalisme) et depuis 1997, date du début des privatisations des entreprises dEtat.
Le rapport souligne: «la croissance de linégalité des revenus personnels dans les zones urbaines est devenue spectaculaire à partir de 1992, lorsque Deng Xiaoping à fait son déplacement dans le sud de la Chine pour lancer une nouvelle vague de réformes économiques». Il poursuit «Au début des années 80, la croissance économique rapide de la Chine a été accompagnée dune réduction spectaculaire de la pauvreté dans les régions rurales. Mais dans les années 90, bien que léconomie continuât de croître, la réduction de la pauvreté sest ralentie. Lune des raisons de cet état de chose est laugmentation de linégalité des revenus.»
Pourquoi cette croissance des disparités sociales?
La question est inséparable du tournant vers la restauration du capitalisme la soi-disant économie de marché socialiste entamé par Beijing en 1992. Le tournant était présenté comme la voie chinoise vers le socialisme. De fait, la disparition des entreprises dEtat et des prestations sociales quelles fournissaient (logement, accès aux soins, à léducation, etc.), suivant celle des communes populaires et des entreprises coopératives à la campagne, na fait quaccroître les inégalités sociales. La décentralisation fiscale a brisé toute possibilité dune politique sociale nationale et lémergence de potentats régionaux et locaux, corruptibles et corrupteurs, na fait quempirer les choses.
Rien de surprenant donc que la revue Number One Business Daily note, le 20 février, que les coûts de léducation et de la santé figurent parmi les sources majeures des inégalités sociales. Une enquête menée dans huit villes grandes et moyennes (y compris Beijing, Shangai et Guangzou) concluait que 40 à 50% des pauvres interviewés mentionnaient léducation comme raison principale de la pauvreté de leur ménage. Dans léchantillon de lenquête, elle représente 32,6% du budget des ménages ruraux, 25,9% de celui des ménages des grandes villes et 23,3% de celui des ménages des villes moyennes. Le coût du traitement médical dune maladie importante est de 7 000 yuans, alors que le salaire moyen mensuel net à la campagne est de 2 000 yuans.
Mais même si le coefficient Gini de distribution des revenus en Chine est très proche de celui des USA, seuls 65% des habitants de ce pays en concluent que linégalité des revenus est trop grande; ils sont 95% en Chine. Et le rapport du PNUD en conclut que les populations de la Chine et des anciens pays socialistes «ont une plus faible tolérance à linégalité»! Comme le rappel dune conscience socialiste de ces populations et de leurs espérances en un droit à légalité sociale.
Eva CHENG
Tiré de: Green Left Weekly, 12.4.2006
(traduction et adaptation de la rédaction)
- Martine Bulard, «Progrès et inégalités: la Chine aux deux visages». Le Monde diplomatique, janvier 2006, p. 12.
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