Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06934.jsonl.gz/1220

Critique
Pour Claude Lelouch, la vie est comme un roman. Ou plutôt comme un torrent d’images et d’émotions portées par la musique. CES AMOURS-LA, son dernier opus, le quarante-cinquième, dit et chante à la fois sa passion du cinéma, l’amour qui a toujours donné sens à sa vie, la somme des émotions qu’il a vécues, ses obsessions, liées à la Seconde Guerre mondiale, sa passion du cinéma, dont il emprunte des scènes de grands classiques pour ponctuer ou commenter certains épisodes. S’il est, comme il le dit lui-même dans une interview, «dans les derniers mètres de sa vie de cinéaste», son long métrage n’est pas pour autant un film testament mais plutôt un film bilan et un hymne à son art.
CES AMOURS-LA parle des amours d’Ilva (Audrey Dana), une femme libre qui donne un peu vite son cœur à tous ceux qu’elle rencontre, d’abord à son premier amoureux (Raphaël), puis à un officier SS qui succombe à son charme persuasif et accepte de sauver son père pris en otage, puis à deux G.I. américains dont elle ne sait pas lequel elle veut épouser. Enfin, elle tombe amoureuse d’un avocat qui est aussi un superbe musicien, interprété par Laurent Couson, qui a cosigné la musique du film avec Francis Lai.
Le film survole une longue période de l’histoire, de la guerre des tranchées de 14-18, où le père de la jeune femme a été tué, en passant par la Seconde Guerre mondiale, les déportations, les camps, la Libération, et puis la vie qui continue jusque dans les années 60. Claude Lelouch avoue avoir puisé dans toutes les histoires qui l’ont fasciné au cours de sa vie, des histoires qui, dans la réalité n’ont aucun lien entre elles. Par exemple, l’histoire de l’Américain qui tire sur son copain parce qu’ils sont tous deux amoureux de la même fille, Claude Lelouch dit l’avoir vécue à une époque où il faisait ses classes pendant un exercice de tir à balles réelles. Un militaire s’est écroulé, un de ses potes lui avait tiré dessus. Claude Lelouch n’a pas oublié ce drame. Il s’est aussi rappelé son enfance, quand sa mère, pendant la guerre, le cachait dans une salle de cinéma pour éviter les rafles. Il a d’ailleurs fait de son héroïne une ouvreuse de cinéma. De toutes ses histoires, le cinéaste a fait une véritable saga, les emmêlant les unes aux autres, parfois jusqu’à nous faire perdre le fil. Parfois, des scènes tournent à la comédie musicale. Il a volontairement choisi des visages neufs pour ses personnages, un casting remarquable de jeunes comédiens peu connus. Mais on voit aussi, fugacement, défiler des images de ses acteurs fétiches, et l’on retrouve Anouk Aimée, qui incarne une déportée. Sa vision de la vie dans un wagon plombé qui file vers un camp de travail est pour le moins idéalisée. Son survol d’une longue période douloureuse de l’histoire de la France est un peu longuet et les scènes de guerre, tant de fois reconstituées au cinéma, pénibles. Quand le film devient lyrique et prend des allures de comédie musicale et par moment de symphonie, on respire enfin. La grâce «lelouchienne» peut enfin agir. Celle qu’on aime bien. Il était temps.
Note: 15