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Une maladie somatique
La dépression n'affecte pas uniquement les pensées, les émotions, le comportement ou les relations avec autrui, il s'agit d'une maladie qui touche aussi de nombreuses fonctions du corps. Et comme beaucoup de maladies, elle se soigne et se guérit.
On sait depuis longtemps que la dépression est due à un déséquilibre transitoire de certains neurotransmetteurs du cerveau: il s'agit de molécules qui fonctionnent comme des messagers entre nos cellules nerveuses, et qui, de ce fait, jouent un rôle fondamental dans nos pensées, nos émotions, nos actions et certaines fonctions de notre corps. Les troubles qui provoquent votre mal-être qu'il s'agisse de troubles du sommeil, d'une baisse d'énergie, d'un sentiment de culpabilité ou d'un manque d'estime de soi, etc. ne sont donc pas purement «psychologiques», ou, comme beaucoup le pensent, l'expression d'un «manque de volonté». Ces troubles sont provoqués par la maladie dépressive. Cette maladie provient du fait que certains neurotransmetteurs du cerveau ne s'y trouvent pas en quantité suffisante. La dépression n'est donc pas une tristesse normale, ni de la faiblesse, ni une incompétence fondamentale, c'est une maladie somatique, qui trouve son substrat dans le corps.
A quoi le médecin voit-il que je fais une dépression?
Si votre médecin diagnostique une dépression, c'est avant tout parce que votre mal-être et les troubles que vous lui décrivez sont typiques: ce sont des symptômes dépressifs. Leur nature et leur intensité lui permettent de caractériser la forme de dépression dont vous souffrez. Il peut également se faire une idée du type de neurotransmetteurs dont l'équilibre est perturbé. Cela lui permet de choisir le médicament approprié.
Dans la dépression - contrairement aux déprimes normales et passagères -, tristesse, prostration, désintérêt généralisé durent des semaines entières. Cet état aboutit souvent à un sentiment de vide, à une absence totale de motivation, d'énergie et d'espoir. Il s'accompagne aussi de symptômes somatiques, par exemple des troubles du sommeil, une perte d'appétit et des douleurs. L'estime de soi, les capacités de concentration et de travail sont, elles aussi, considérablement affectées. Dans pareil cycle infernal, où douleurs morales et troubles physiques se renforcent mutuellement, tout finit par sembler désespéré et sans issue. Plus rien ne semble à votre portée.
Les relations aux autres sont également touchées, que ce soit au sein du couple, dans le milieu professionnel, avec les amis ou les proches. Tout est vu sous un jour sombre, bien plus sombre que la réalité. Difficile, dans cet état, de croire au changement. Même l'espoir d'un traitement s'estompe face à l'ampleur du doute.
Dans la spirale de la dépression, le cas de Monsieur S.
Au travail: «Je n'arrive plus à rien, pas même à me concentrer sur des choses toutes simples...»
M. S. reste là, assis, à ressasser sans fin les mêmes questions, il se sent vidé, sans énergie. Comment pourrait-il parvenir à faire quoi que ce soit dans ces conditions? Il se dit: «Voilà une heure que je suis là à ne rien faire, rien n'avance, je suis vraiment un raté!» Ces pensées ne le lâchent plus, pas même le soir lorsqu'il rentre chez lui, ni même la nuit. «... Même mes amis et le sport ne m'intéressent plus. De toute façon, avec mon humeur, je pourris n'importe quelle ambiance. Mieux vaut rester à la maison...» M. S. se met en congé-maladie, reste à la maison, reclus. Il continue à ruminer les mêmes idées, et aucune distraction, aucune stimulation ne l'extrait de ces sombres pensées. «Je n'ai plus aucune énergie pour faire quoi que ce soit, tout cela n'a plus aucun sens...» Il se sent inutile, sans valeur, et même l'appétit le quitte subitement.
Il dort mal et le matin il se sent lessivé: «... Je reste au lit, peut-être que tout va s'arranger si je dors», mais au contraire...ça empire: «C'est sans espoir, je n'en peux plus...» M. S., sans répit, ressasse ses idées noires, jour et nuit. Il dort à peine, il a perdu toute perspective d'avenir, toute estime de soi.
Mais comment en arrive-t-on à la dépression? Les causes sont presque toujours multiples
Chacun peut sombrer dans la dépression un jour ou l'autre. Mais généralement, il faut que plusieurs facteurs ou événements se conjuguent pour que la maladie se développe pleinement. Certaines personnes sont plus exposées que d'autres à la dépression, soit parce qu'elles présentent une fragilité innée - c'est-à-dire qu'elles sont nées avec cette prédisposition - soit qu'il s'agisse d'une fragilité acquise - c'est-à-dire provenant d'influences négatives durables, généralement pendant l'enfance et dans le milieu familial. Ainsi, lorsqu'ils sont confrontés à un événement critique, par exemple un décès, un coup du sort, une crise relationnelle profonde, ou encore une longue maladie ou un stress permanent, les individus «prédisposés» risquent davantage que les autres d'entrer en dépression.
La dépression se soigne et se guérit!
Dans cette situation, il faut absolument consulter un médecin. Il établira un diagnostic et débutera le traitement s'il s'agit d'une dépression. Et le plus tôt sera le mieux! Car les antidépresseurs, comme aussi certaines formes de psychothérapie, procurent à coup sûr une aide efficace et durable. Cependant, il faut le savoir, la guérison n'intervient pas du jour au lendemain! L'amélioration, très progressive, s'élabore sur quelques semaines.
Que fait le médecin?
Le médecin va d'abord vous demander si vous avez déjà traversé un épisode dépressif comme celui-là. Il devra savoir aussi si un deuil ou tout autre événement douloureux de la vie a contribué à son déclenchement. Enfin, il vous demandera de vous souvenir de la période qui a précédé la dépression, si vous y avez été malade, si vous avez pris des médicaments, des drogues ou consommé beaucoup d'alcool, car tous ces éléments peuvent, eux aussi, déclencher une dépression. Toutes ces informations l'aideront à décider des mesures à prendre pour vous soigner: si vous avez besoin d'un antidépresseur, et si oui, duquel, s'il faut que vous complétiez ce traitement par une psychothérapie, etc. Voilà pourquoi il est très important que vous donniez le plus de précisions possibles à votre médecin, même si cela vous peut vous sembler difficile.
Et pourquoi moi?
Il est parfaitement compréhensible qu'à peine le traitement commencé, vous vouliez savoir ce qui a provoqué votre dépression. Cependant, il très rare de pouvoir trouver la bonne explication à ce stade-là déjà. Parce qu'une dépression n'est jamais déclenchée par un seul facteur!
Mais sachez également que le choix et le succès du traitement ne dépendent pas de la réponse à cette question.
Ce n'est que lorsque vous irez mieux, après quelques semaines de traitement, que la recherche des causes pourra porter ses fruits. Ce travail est plutôt lourd et il est souhaitable de ne pas l'entamer en début de traitement, puisqu'il pourrait même aggraver votre état et ralentir le processus de guérison. Ainsi, lorsque vous débutez le traitement, tâchez de ne pas ressasser vos réflexions sur les causes potentielles de votre dépression. C'est peut-être plus facile à dire qu'à faire, mais il faut essayer, car cette rumination perpétuelle vous nuit. Et de toute manière, tout est encore sombre et dans l'impasse à ce stade. Attendez de retrouver un certain recul et concentrez-vous plutôt sur les suggestions de votre médecin et de ce guide.