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Malgré la qualité exceptionnelle de leur production de vins, les vignerons suisses subissent une concurrence étrangère toujours plus forte qui aboutit à une situation catastrophique pour le secteur viticole. En juin, l'Association suisse des viticulteurs et encaveurs indépendants (ASEVI) a soumis au Conseil Fédéral un catalogue de mesures urgentes et à long terme pour assurer l'avenir de la production viticole indigène.
La mesure la plus importante consiste en une adaptation rapide du contingent d'importation fixé en 1996 à 170 millions de litres sur une base de 310 millions de litres de consommation. Cette consommation s'élève aujourd'hui à 275 million de litres. Il est dès lors cohérent d'abaisser le contingent d'importation à 130 millions de litres. C'est une mesure que le Conseil Fédéral peut prendre immédiatement sans remettre en cause les traités commerciaux signés. Le commerce et les importateurs doivent enfin s'adapter au marché ! Les taxes hors contingent tarifaire doivent être réadaptées afin de limiter les distorsions de concurrence.
Par ailleurs, les contingents d'importation doivent être attribués en fonction de la prise en charge de produits indigènes, comme c'est le cas dans la filière viande par exemple.
Dans le cadre du commerce transfrontalier enfin, la franchise doit être abaissée de 5 à 2 litres de vin par jour et par personne. Parmi les mesures urgentes, l'ASEVI demande une aide au stockage pour l'encavage de la récolte 2019, une dénonciation immédiate de la dérogation "Swissness" pour la fabrication de fondues avec du vin étranger et un fonds de crédit-relais pour éviter des faillites et de défauts de paiement.
Pour toute réponse, le gouvernement préconise de voir l'augmentation de la concurrence comme une chance et de se satisfaire d'un éventuel renforcement de la promotion. La Suisse, qui signe des traités sur le climat, le rapport agricole mondial et la Déclaration sur les Droits paysans, pour ne citer que ces documents officiels, devrait être plus cohérente, et mettre en œuvre sa Constitution et ses lois qui l'obligent à préserver la production et l'approvisionnement indigène.
D'autre part, il est scandaleux de judiciariser un dossier de politique agricole, dont la consultation est encore ouverte dans le cadre de la PA 22+, à savoir le dossier des contrôles de cave. Cette ordonnance très largement critiquée met les vignerons-encaveurs dans le même panier que les acheteurs, vendeurs et importateurs de vins étrangers, et leur demande les mêmes contrôles administratifs ! Toutes les organisations agricoles ont refusé cette ordonnance absurde et plus d'une centaine de recours ont été déposés par des vignerons-encaveurs. Résultat : Le gouvernement se cache derrière l'administration et veut intimider la contestation par des sanctions financières et juridiques, par le biais d'avances et de frais dissuasifs. L'ASEVI exige l'annulation immédiate des menaces financières et une reprise du dialogue dans le cadre de la consultation sur la PA 22+.
Article de Rudi Berli.
Interview Stig Tanzmann, professeur d’agriculture au département politique de Pain pour le Monde à Berlin. Il est diplômé en agriculture et en sciences agricoles.
Dans votre article du « Kritischer Agrarbericht 2018 », vous dites que le débat sur la numérisation dans l’agriculture a pris des allures presque euphoriques, que voulez-vous dire par là?
Dans le monde entier, l’agriculture, ou plutôt le secteur agricole, est confrontée à d’énormes défis depuis des années. La faim s’aggrave, la crise alimentaire mondiale devient de plus en plus complexe, le changement climatique – avec ses conséquences pour l’agriculture – devient de plus en plus évident, la perte de biodiversité prend une place de plus en plus importante, de même que les effets négatifs de l’utilisation excessive d’engrais chimiques et de pesticides. Parallèlement, la division entre les zones urbaines et rurales continue de s’accentuer et le travail dans les exploitations agricoles devient de moins en moins attrayant tant sur le plan financier que social.Bref, il y a en réalité un nombre incroyable de questions très complexes et surtout socioculturelles auxquelles il est urgent de trouver des réponses. Cependant, ces questions remettent fondamentalement en question les structures et stratégies existantes en matière de politique agricole et de développement et, surtout, les modèles d’affaires et les stratégies commerciales dans l’agro-industrie.Mais, soudain, il semble y avoir une réponse à toutes les questions : la numérisation dans l’agriculture. Un peu selon la devise : Posez-moi une question, la réponse est la numérisation. Dans certains cas, cela suscite des attentes totalement illusoires et les arguments avancés sont dénués de tout fondement. La numérisation est également traitée comme s’il s’agissait de quelque chose de complètement nouveau.Si l’on prétend avoir une solution unique même pour les problèmes les plus complexes, sans poser de questions critiques, cela ressemble à un buzz euphorique.
Où voyez-vous les dangers de ce développement plutôt incontrôlé ?
Le problème majeur est certainement que les questions fondamentales ne sont plus posées. En ce qui concerne l’agriculture dans les pays du Nord, la première question à se poser est : La numérisation dans l’agriculture est-elle un phénomène nouveau ? Pas vraiment ! Cela fait 15 ans que des robots de traite, des étables à commande numérique, des tracteurs équipés d’ordinateurs et connectés au GPS sont utilisés. Alors pourquoi cette euphorie ?
La question de l’alimentation dans le monde est encore plus critique. En Afrique, 75 % de la population n’a pas accès à l’Internet et donc aux applications numériques les plus simples et utiles pour l’agriculture – comme le conseil et la communication. Et nous ne parlons même pas de machines optimisées numériquement. Aucun.e paysan.n.e qui doit vivre avec moins de deux dollars par jour ne peut se la permettre.D’où le constat succinct et amer : les personnes touchées par la faim qui sont en même temps au cœur de la lutte contre la faim, c’est-à-dire les paysannes et les paysans dans les pays les moins développés du monde, n’ont de toute façon aucun accès à la numérisation. Des études et même la FAO confirment que les paysannes sont particulièrement touchées par ce phénomène, parce que les outils numériques leur sont encore moins accessibles.Nombreux sont les représentants des gouvernements qui se rendent compte que l’évolution de ces dernières années s’est faite de manière incontrôlée et que, dans le même temps, les gouvernements se sont fiés aux informations ou aux déclarations des grandes entreprises sans les vérifier. Les pays, qui misent de manière claire et décisive sur la sécurité alimentaire nationale et régionale, ainsi que sur la souveraineté de l’État expriment des doutes considérables sur les avantages de la numérisation dans l’agriculture tant qu’elle n’est pas contrôlée un minimum et réglementée à l’échelle internationale.L’un des résultats de ces réflexions, à mon avis, est le communiqué du Forum mondial sur l’alimentation et l’agriculture (GFFA) de janvier 2019 à Berlin. Ce document, soutenu par 74 ministres de l’agriculture du monde entier, préconise la réglementation de la numérisation en agriculture dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Où voyez-vous des approches de la numérisation qui pourraient nous apporter quelque chose à long terme à nous, paysannes et paysans?
À mon avis, il existe un grand potentiel, notamment en matière de communication, de conseil et d’échange de connaissances, en particulier dans les pays du Sud. Mais là aussi, il est important de souligner que ces voies de communication doivent préserver et renforcer la souveraineté paysanne. Une plate-forme de communication ou de conseil dominée par une entreprise comme BASF ou Bayer-Monsanto est très dangereuse à mon avis. En même temps, il faut toujours garder à l’esprit que l’agriculture reste une profession pratique et que sans une bonne base/formation/structurepratique et analogique, les meilleures applications numériques ne serviront à rien. Je considère la numérisation davantage comme un outil supplémentaire utile que comme un substitut aux activités agricoles.Un exemple intéressant de mon point de vue est le robot de traite. Il peut soulager les familles agricoles, parce qu’il enlève l’obligation de traite quotidienne, ce qui amène beaucoup plus de flexibilité dans la vie de tous les jours et laisse plus de temps pour les activités sociales. Il peut également être bénéfique pour la santé des animaux, s’ils peuvent décider du moment de la traite. Mais malgré toutes les données recueillies par le robot de traite, il est essentiel de bien observer les animaux, afin de maîtriser la santé animale. Pour tout cela, cependant, il faut des personnes qui connaissent les animaux et qui savent traire, surtout dans le cas où le robot de traite tombe en panne. Ici aussi, des questions se posent quant à ce qu’il advient des données collectées, à qui elles sont transmises et à qui elles appartiennent.
Tout le monde parle de la numérisation. À la lecture des rapports, on constate que, bien que l’on parle d’opportunités et de risques, personne ne sait vraiment comment les minimiser. Les gouvernements sont-ils à la merci du développement de cette technologie ? Ou ne savent-ils tout simplement pas quoi faire ? Quelle est votre évaluation ?
Non, les gouvernements ont simplement refusé d’agir pendant des décennies. Mais ils se réveillent lentement. Le communiqué du GFFA de 2019 est une bonne expression de cette évolution : non seulement il demande la réglementation de la numérisation dans l’agriculture sous les auspices de la FAO – les premiers résultats seront discutés lors du prochain GFFA en janvier 2020 –, mais une évaluation de l’impact technologique de la numérisation par la FAO en termes de bénéfices et de risques est également demandée. J’estime qu’une telle évaluation est essentielle si nous voulons enfin être en mesure de juger de manière réaliste les développements et d’élaborer de bonnes propositions de réglementation.Mais, ne me comprenez pas mal, le texte du GFFA ne contient pas que aspects positifs. Il révèle de nombreux points fondamentaux qui nécessitent une implication urgente et active des gouvernements, des paysan.ne.s et de nous-mêmes, en tant que société civile pour assurer une évolution positive de la numérisation.
Dans votre texte, vous parlez du rôle des fabricants de machines agricoles. Les tracteurs sont un élément central de notre travail quotidien, ils peuvent faciliter beaucoup de tâches. Sur quoi repose votre scepticisme ?
La machinerie agricole adaptée aux besoins des paysan.ne.s est une grande bénédiction pour l’agriculture à l’échelle mondiale, parce qu’elle rend le travail plus facile, voire même le rend simplement possible. Le progrès technique, l’adaptation aux nouveaux besoins et les innovations dans ce domaine sont très importants et bienvenus.Un énorme problème, cependant, est que de nombreuses machines agricoles de grands fabricants comme AGCO, John Deere ou Claas sont extrêmement numérisées. Dès que le tracteur est mis en marche, les capteurs collectent une grande quantité de données et alimentent ainsi les bases de données des entreprises. Ces machines rassemblent et transmettent des données qui doivent être clairement reconnues comme des savoirs paysans et qui doivent être protégés. La protection de ces savoirs paysans est un élément central de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP). Il manque clairement un débat de fond pour définir si cette collecte de données est légitime et quelles conséquences juridiques en découlent. Une grande partie de ces données est utilisée par les entreprises pour développer des applications et des programmes qui sont ensuite revendus aux agriculteurs. Ou éventuellement mis à la disposition d’un successeur qui reprend les fermes, potentiellement un investisseur important, qui peut rapidement acquérir des données agricoles essentielles et des savoirs paysans traditionnels. C’est une évolution dangereuse.En outre, il y a le problème que les machines agricoles numériques ne peuvent plus être réparées par les agriculteurs eux-mêmes. Même les concessionnaires de machines agricoles qui vendent les machines doivent toujours acheter les dernières mises à jour logicielles afin de pouvoir réparer les machines qu’ils vendent. Encore une fois, il y a un risque de grandes dépendances.
Concrètement : Comme toujours, on dit que la numérisation est inévitable, alors nous ferions mieux d’aller de l’avant. Que pouvons-nous faire concrètement, et où, pour conserver nos droits sur nos connaissances et nos données ?
Tout d’abord, il est important de ne pas se laisser intimider par la technologie. La numérisation prend la place qui lui est donnée. Et elle sert ceux qui la contrôlent – donc, jusqu’à présent, les diverses multinationales. Mais, c’est avant tout parce qu’en tant que citoyen.ne.s et paysan.ne.s, nous ne nous sommes pas suffisamment impliqués et n’avons pas essayé de prendre la mesure de ce qui se passe.Oui, nous devons participer à la numérisation. Mais participer, c’est bien plus que d’utiliser passivement des programmes, des drones ou d’autres machines agricoles numériques. Participer, c’est formuler ses propres exigences et règles. Si vous ne participez pas, les autres continueront à le faire pour vous. Et il est très important que vous participiez au moins pour exiger que l’agriculture analogique puisse perdurer et qu’elle ne soit pas désavantagée.
Numérisation : conclusions & revendications
(extrait du rapport agricole critique 2018, Stig Tanzmann / brot-fuer-die-welt.de)
- Jusqu’à présent, le débat sur la numérisation dans le secteur agricole et alimentaire a été trop unilatéral; les risques et les effets socio-économiques sur l’agriculture paysanne, en particulier dans le Sud global, n’ont pas été suffisamment étudiés.
- La concentration des données culturales entre les mains d’un petit nombre de multinationales est problématique, notamment en termes de sécurité et de souveraineté alimentaire dans le monde; les États doivent d’urgence recouvrer leurs droits sur les données de base de l’alimentation mondiale et exiger que les entreprises privées les leur transmettent.
- La numérisation dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation doit être discutée et, surtout, réglementée à l’échelle internationale sous l’égide des Nations Unies et ses divers organes.
- Le mécanisme de facilitation technologique établi dans le cadre de l’Action 2030 serait un mécanisme approprié pour mettre en commun ces efforts.
- La Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans doit être mise en œuvre comme mesure d’accompagnement.
- Afin de réglementer et de limiter le pouvoir des méga-corporations telles que Bayer-Monsanto, une loi des Nations Unies sur la concurrence doit être établie.
Lausanne, le 11 mars 2019
Uniterre note que le Conseil fédéral, malgré le rejet de la "vue d'ensemble" et la large acceptation de l'initiative sur la sécurité alimentaire, ne veut pass'écarter de sa vision de la politique agricole menée jusqu’à présent.
Le découplage systématique de la production, de l'économie, du commerce et des aspects sociaux et environnementaux se poursuit. Cette séparation nous éloigne peu à peu d'une véritable politique agricole et alimentaire.
C'est une grave contradiction que de voir les agriculteur.trice.s répondre à des exigences toujours plus élevées en termes de protection de l'environnement et de bien-être animal, tout en développant une compétitivité et une productivité accrues
sur des marchés ouverts.
Les OGM et autres techniques de génie génétique n'ont pas tenu leur promesse de réduire l'utilisation des pesticides, le moratoire doit donc être prolongé. En ce qui concerne l'augmentation des exigences en matière de formation, la règle
actuelle suffit.
Le droit foncier rural doit être protégé ! Uniterre s'oppose à faciliter l'achat de terrains par des personnes morales dans les conditions proposées. Uniterre est contre la possibilité de dépasser la charge maximale actuelle. Un des problèmes de
l'agriculture est le surendettement. Cette mesure aggravera la situation et affaiblira la survie à long terme des exploitations agricoles.
Reconnaissance des structures collectives des travailleurs agricoles.
La politique agricole doit viser à faciliter et à promouvoir l'accès des jeunes et autres néo-ruraux aux terres agricoles et aux paiements directs. Les structures collectives (associations, coopératives, SA, SARL , etc) de travailleur.se.s devraient avoir la
possibilité d'accéder à la terre et d'être légalement reconnues comme "exploitations agricoles" avec les mêmes droits qu'un exploitant à titre individuel. De plus, nous proposons que ces structures se composent exclusivement de main-d'oeuvre
agricole active.
Dans le cadre de l'amélioration exigée de la situation générale des revenus au stade de la production, Uniterre soutient la demande des paysannes pour l'amélioration de la sécurité sociale et le couplage avec une prime fermière unique.
Le projet est contraire à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales signée par la Suisse. Uniterre appelle à la mise en oeuvre des articles 104 et 104a actuels de la
Constitution, dans le cadre de la loi agricole existante. L'agriculture agricole, qui dépend du sol et des ressources naturelles, doit être systématiquement renforcée.
Contact Uniterre : Rudi Berli, Tel. 078 707 78 83
Retour sur la grève du lait de 2008, un grand moment de mobilisation paysanne.
Chronologie
2005 - Première réunion des producteurs de lait européens (EMB) : Revendication d'un prix rémunérateur de 40 cts Euros / 1.- CHF et d'une régulation des quantités en main paysanne. Stratégie de regroupement des paysans, menace de grève du lait.
2005, 18 octobre - Conférence de presse à Berne organisée par Uniterre, Big-M et BZS, présentation du drapeau "Grève du lait - Oui / Milchstreik - Ja". 1200 drapeaux vendus durant l'hiver.
2006 - Sortie anticipée du contingentement laitier, octroi de quantités supplémentaires.
2007 - Libéralisation complète du commerce de fromage Suisse - UE.
2007 été - Début de la distribution des panneaux "Les paysans ont besoin d'un prix du lait équitable - Fr 1.-".
2008, 1er février - Manifestation à Berne, Uniterre et Big-M pour un prix rémunérateur.
26 mai - Début de la grève du lait en Allemagne.
27 mai - Big-M appelle à la grève du lait.
28 mai - Uniterre appelle à la grève du lait.
29 mai - Les chambres agricoles de Lucerne, Argovie se prononcent en faveur des revendications des producteurs.
30 mai - Les chambres zurichoises et jurassiennes se solidarisent également, grève partielle BZS, NBKS, BBK.
1 juin - PSL pose un ultimatum pour une hausse du prix à l'industrie et menace de se solidariser.
2 juin - Les négociations entre PSL et l'industrie et la grande-distribution aboutissent à un accord à minuit.
3 juin - Fin de la grève.
Juin - 80 % des producteurs de lait se prononcent dans une consultation de la base en faveur d'une gestion des quantités par l'organisation faîtière des producteurs.
Les revendications. Les organisations paysannes de base n'ont pas les mêmes revendications : au niveau des prix, BIG-M fixe une revendication de 10 cts supplémentaires au premier juillet et 1.- Fr à moyen terme, Uniterre revendique dès le départ 1.- Fr et le BZS revendique 85 cts au 1er juin et 1.- Fr à moyen terme.L'organisation faîtière PSL demande une hausse immédiate du prix du lait de 7 cts. Le prix du lait se situait alors à 72 cts.
Au niveau plus général, les organisations paysannes de base revendiquent toutes une gestion des quantités en main paysanne. Uniterre appelle les paysans à rejoindre l'EMB dans le but de regrouper l'offre. Les comités paysans NBKS/BZS/BBK, demandent à PSL de coordonner la grève.
Dynamique de développement du mouvement. Le travail de presse intensif (et les bonnes répercussions médiatiques, publication d'une liste online des grévistes dans le Schweizer Bauer), ainsi que la tenue des "centres de grève" à Obfelden et ensuite à Rikon et Safenwil ont un bon effet mobilisateur. L'ultimatum de PSL du 31 mai pour une grève générale ainsi que le soutien de plusieurs chambres cantonales élargissent encore le mouvement. Sur l'ensemble de la Suisse près de 50 % des producteurs de lait ont cessé de livrer leur lait. L'industrie laitière est sous pression.
Conclusion de la grève. Durant toute la journée de lundi 2 juin des négociations entre PSL, les transformateurs et les distributeurs ont lieu. Les organisations de base BIG-M et Uniterre n'y sont pas présentes. Lors d'un ultimatum posé à minuit, une hausse de 6 cts est proposée. Uniterre refuse la forme de l'ultimatum et demande une décision par la base. PSL et BIG-M acceptent le résultat et cessent la grève. Uniterre et NBKS arrêtent la grève le mardi 3 juin au soir. •︎
Rudi Berli
Agriculteur et secrétaire d'Uniterre
Complément à l'article-interview parue dans Uniterre - le Journal Paysan Indépendant - édition spéciale juillet 2018
Abréviations :
Big-M Bäuerliche Interssen Gemeinschaft - Milchmarktkampf
BZS Bäuerliches Zentrum Schweiz
NBKS Neue Bauern Koordination Schweiz
BBK Berner Bäuerliches Komitee
FPSL Fédération des Producteurs Suisses de Lait (organisation faîtière)
EMB European Milk Board
Communiqués de presse:
04.06.2008 Les producteurs d'Uniterre se sont retrouvés hier soir pour faire le point sur la grève
1 franc par litre de lait! - Le mot d'ordre de grève est levé.
03.06.2008 Uniterre maintient son mot d'ordre de grève jusqu'au moins mardi soir lors de l'assemblée prévue à 19h30 au Domaine des Barges à Vouvry. Une décision démocratique sera prise avec tous les producteurs présents.
01.06.2008 400 producteurs romands se sont retrouvés à Palézieux pour décider de la suite du mouvement.La grève se poursuit, les négociations n'ayant pas encore débuté. La revendication est de 1fr par litre.
30.05.2008 La grève se poursuit.
28.05.2008 Communiqué de Presse Grêve du lait
L'assemblée du producteurs de lait Uniterre-EMB a décidé à l'unanimité d'une grèsve du lait qui commence jeudi 29 mai au matin.
Une action organisée par BIG-M et Uniterre a eu lieu aujourd'hui 4 juin à Bern à la Waisenhausplatz pour protester contre les exportations de dumping, qui sont une honte pour la Suisse !
Le Conseil des Etats débattra le mercredi 6 juin sur trois objets (initiatives cantonales FR, GE ainsi que la motion Nicolet) qui demandent essentiellement tous la même chose : la quantité de lait produit en Suisse doit être adapté à la demande. Une production laitière excédentaire ne permet pas depuis longtemps de réaliser une valorisation raisonnable. Pour réguler les excédents du marché, ces derniers sont exportés sous forme de dumping (beurre et fromage) à l'étranger. Ceci en utilisant à la fois des cotisations obligatoires et des fonds publics. Cela doit cesser.
Big-M et Uniterre demandent au Conseil des États de stopper le plus rapidement possible ces exportations de beurre et de fromage à prix cassés et de soutenir ce mercredi les interventions visant à mettre en place un système d'ajustement des quantités.
>> écouter les émissions - RTS Couleur3
En Suisse, 2 à 3 exploitations agricoles ferment chaque jour. Une diminution qui frappe davantage les petits paysans, qui ont moins de 30 hectares de surface agricole, que les grandes exploitations, plus rentables. Ce métier, l’un des plus vieux au monde, devient de plus en plus désavantageux ( le revenu moyen d’un paysan a baissé de 30% depuis 1980 pour atteindre, en moyenne 44'000 francs par an) et rare: (le nombre de paysans a diminué de moitié en Suisse en l’espace de 30 ans).
Plus grave et inquiétant encore: un vague de suicides meurtrit la paysannerie dans notre pays. De 60 en 2009, elle est passé à 153 en 2015.
Ce jeudi, la 3 cherchera à comprendre pourquoi ce secteur, indispensable à notre alimentation, écologie et société est en difficulté. Et quelles sont les solutions pour lui venir en aide.
Les paysannes et les paysans seraient des grands bénéficiaires de l’aide sociale et feraient mieux de devenir de vrais entrepreneurs, entendons-nous de temps à autre. Comment expliquer les paiements directs à la population ? Quelles sont les faiblesses du système ? Avons-nous des propositions d’amélioration ?
Interview d'Eveline Dudda, journaliste agricole, qui connaît bien le sujet des paiements directs.
Madame Dudda, les paiements directs ne sont pas des subventions, quelle est la différence?
La production est plus chère en Suisse qu’à l’étranger en raison de ses coûts élevés, c’est un fait incontesté. C’est la raison pour laquelle, autrefois, la Confédération a subventionné la production directement, c’est-à-dire avec des subventions. Lors de son adhésion à l’OMC, la Suisse s’est engagée à les supprimer. Cependant, cela ne change rien au contexte des coûts élevés en Suisse et le gouvernement a promis aux paysans de leur donner de l’argent sous la forme de paiements directs. Ces paiements ont été couplés à des prestations qui n’ont, si possible, aucun lien avec la production. En lisant la Vue d’ensemble de la PA 2020, j’ai remarqué que le Conseil fédéral utilise maintenant le terme de "rentes". Pourtant, une rente désigne un revenu sans contrepartie.
Du budget de 3,5 milliards de francs que la confédération a attribué à l’agriculture, 2,7 milliards sont alloués aux paiements directs. les paysannes et les paysans profitent-ils de cet argent?
C’est une question difficile. Il est vrai que seule une poignée de fermes survivraient sans paiements directs, notamment les exploitations qui peuvent commercialiser leurs produits dans un secteur très haut de gamme. Mais, quelqu’un doit payer. Soit en passant par les impôts et les paiements directs, soit par des prix plus élevés dans les magasins. Étant donné que les ménages ayant des revenus modestes paient moins d’impôts, on pourrait dire que le système des paiements directs est un peu plus social du point de vue des consommateurs.
D’accord pour les consommateurs, mais est-ce aussi vrai pour les paysannes et les paysans?
Oui et non. Pour certaines exploitations, le compte est bon. Mais il y a également des fermes qui reçoivent peu de paiements directs, malgré des coûts de production très élevés. Lorsqu’on analyse les données comptables de fermes biologiques, on constate qu’elles reçoivent souvent plus de paiements directs, mais cela ne se reflète pas tel quel dans le revenu. On voit donc qu’une partie des paiements directs est absorbée par le commerce ou le marché en aval.
Les paysannes et paysans dépendent de plus en plus des paiements directs, c’est très désagréable.
Je comprends, surtout, d’autant plus que ces contributions peuvent changer n’importe quand. Le gouvernement et la politique élaborent des outils pour encadrer le travail des agriculteurs. Mais ni l’un, ni l’autre n’ont un rapport étroit avec la pratique et cela produit des absurdités comme dans la PA14-17.
Qu’entendez-vous par absurdités?
L’argument principal pour la PA14-17 était l’affirmation qu’il y avait trop d’animaux de rente et qu’il fallait réduire leur nombre en raison des émissions d’ammoniaque, etc. Pour y arriver, il y avait un moyen très simple : à l’époque, il y avait une contribution pour animaux et elle était liée à une charge maximale de bétail par hectare. Il suffisait de diminuer cette charge maximale. Mais cette solution était trop banale pour les architectes de la PA14-17. À la place, ils ont supprimé la charge maximale par hectare, introduit une charge minimale et convaincu le Parlement que le nombre d’animaux allait baisser avec la suppression des contributions pour animaux.
À ma connaissance, le nombre d’animaux n’a pas vraiment diminué pour autant.
Exactement. Et pourquoi aurait-il baissé ? Il serait absurde de laisser l’étable à moitié vide pour la seule raison qu’on a supprimé les contributions pour animaux. Cet exemple montre que le Parlement est victime de mauvaises prévisions.
Croyez-vous que ce n’était pas un fait isolé?
Certainement. Observons un autre point central de la PA14-17, à savoir le transfert de fonds vers les régions de montagne. Ce transfert a bien eu lieu, mais je doute fort que cela se soit passé comme la population et beaucoup de parlementaires l’ont imaginé. Les petites fermes, qui dépendent principalement du travail à bras d’homme et dans des conditions difficiles n’en ont pas vraiment profité. Par contre, il y a de grandes exploitations extensives qui ont reçu 150'000 francs de plus, comme ça, d’un jour à l’autre, grâce à la PA14-17. Là, on peut vraiment parler de rentes.
Qui sont les perdants et les gagnants du système actuel?
Je crois qu’on peut ramener cette question à une simple formule : à celui qui a, il sera donné ! Celui qui a beaucoup de terrain et qui l’exploite avec peu d’efforts, celui-ci reçoit beaucoup de paiements directs. Ces exploitations peuvent même encore s’agrandir, grâce à ce qui leur reste en fin d’année. Pour les petites fermes et celles qui ont une grande charge de travail, ce n’est pas possible.
L’initiative pour la souveraineté alimentaire essaie de contrecarrer certaines tendances de la politique agricole actuelle. Ainsi, on demande une gestion des quantités en main des paysans et le maintien des mesures de régulation à la frontière. Y voyez-vous une possibilité de sortir du piège des paiements directs?
Je pense que cette initiative est courageuse. La protection des frontières et la gestion des quantités sont des outils qui pourraient certainement y contribuer. À mon avis, l’échec d’une gestion des quantités réside dans la perte de solidarité dans le monde agricole. C’est une conséquence de notre système. Autrefois, tous les paysans profitaient d’un prix plus élevé, donc, ils se battaient ensemble. Aujourd’hui, il y a une lutte pour la terre, puisque la terre est pratiquement la seule référence pour les paiements directs. Les paysans sont devenus des concurrents. "Diviser pour mieux régner" disait César et il avait raison. Si les paysans se battent entre eux au lieu de s’unir pour lutter contre l’ouverture des frontières, le Conseil fédéral aura la partie belle pour façonner la politique agricole selon les souhaits de l’économie. •︎
Propos recueillis par Ulrike Minkner, vice-présidente d'Uniterre
Article paru dans le Journal d'Uniterre, le Journal Paysan Indépendant de mars 2018
Berne - manifestation devant l'OFAG
par Mathias Stalder, Secrétaire d’Uniterre
photo: Eric Roset
Rudi Berli, président de la section Genève, a vertement critiqué l’Office Fédéral de l’Agriculture (OFAG) lors de la manifestation du 17 avril devant ses bureaux à Berne-Liebefeld.
L’OFAG a bafoué la loi et la Constitution. Rudi Berli a appuyé ses critiques en énumérant divers points de la loi sur l’agriculture qui ne sont pas respectés, comme par exemple la durabilité et les mesures pour améliorer le revenu des agriculteurs.
L’initiative pour la souveraineté alimentaire apporte des solutions à ces points et vise le renforcement d’une agriculture paysanne diversifiée. Pierre-André Tombez, président de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire, a insisté sur le déséquilibre du marché : beaucoup de producteurs et peu d’acheteurs qui profitent de leur pouvoir. Il vaut la peine de renverser ce rapport de force en imposant des conditions-cadre, avec des prix équitables, des contrats-types à long terme et une gestion des quantités, pour réellement satisfaire les besoins de la population. Pour sa part, Ulrike Minkner, vice-présidente d’Uniterre, a souligné l’importance de produire des aliments plus sains et de construire des ponts entre les consommateur-trice-s et les producteur-trice-s. La manifestation s’est terminée autour d’un apéro et en musique avec le groupe "Los Hermanos Perdidos". •︎
Lausanne - table ronde "Souveraineté alimentaire : vers la concrétisation d’une société meilleure."
par Michelle Zufferey, Secrétaire d’Uniterre
Une table ronde organisée par Le Courrier et Uniterre à la Maison de Quartier Sous-Gare. Avec la participation d'Alice Glauser-Zufferey, parlementaire nationale ; Giulia Onori, semaine du goût ; Cyril de Vries, géographe et consommateur ; Michelle Zufferey, Uniterre. Modération : Philippe Bach, du journal Le Courrier.
Dans le public, des citoyennes et citoyens "consomm’Acteurs". Et c’est bien autour du fait que tout le monde est concerné par l’agriculture dont il a été question : le droit à des aliments sains, régionaux et de saison, non dénaturés par des processus industriels, le droit à la traçabilité et à la transparence.
Les questions ont également porté sur la mise en place concrète de la souveraineté alimentaire. Au final, tout le monde était d’accord avec le constat que le système alimentaire actuel n’est pas durable, que nous sommes soumis à un diktat de l’agro-industrie et de la grande distribution qui transforme la culture des goûts des consommateurs dès leur plus jeune âge et dépouille l’acte de se nourrir des savoir-faire traditionnels et de son importance sociale et culturelle. Les moyens de l’agro-industrie et de la grande distribution sont énormes, ainsi que leur influence sur le politique. Les paysannes et paysans ne peuvent pas à eux seuls changer le système. Il faut le soutien et le lobby des citoyen-ne-s et pour que cela puisse avoir lieu, il faut une information libre et indépendante et donc une presse indépendante !
voir le film de la soirée www.uniterre.ch/17avril-LS •︎
Genève - Cerro Libertad
par Romain Houlmann, coordinateur Alliance pour la Souveraineté Alimentaire
Le 17 avril, journée des luttes paysannes, Maria Montavez du syndicat andalou des journaliers agricoles (SOC/SAT) était à Genève pour échanger autour de l'accès à la terre des paysan-ne-s en Espagne et en Europe.
Maria a partagé son expérience dans la province de Jaen, qui témoigne de la vitalité des initiatives paysannes en Europe. Maria occupe depuis plus d'un an un terrain utilisé pour la spéculation par une grande banque espagnole où, avec 200 autres journaliers agricoles, elle a retravaillé la terre et cultive des oliviers et des cultures vivrières.Mais, alors que la banque empoche les subventions européennes, les paysan-ne-s sont criminalisé-e-s pour leur action.
La soirée s'est conclue par un appel à la résistance et à la solidarité des luttes pour la souveraineté alimentaire des peuples !
La tierra no se vende, el Cerro se defiende ! •︎
Bruggen (SG) - créer des petites cellules
par Alice Froidevaux, membre d'uniterre
Le comité régional St. Gall / Appenzell d’Uniterre a convié cette rencontre thématique et de mise en réseau à Bruggen. Après une introduction de Jörg Rechtsteiner du comité d’initiative pour la souveraineté alimentaire, la discussion s’est centrée sur le futur de notre politique agricole et alimentaire. Pour la bonne ambiance, le Trio Spindle a joué son métissage de musiques du monde et musique appenzelloise traditionnelle. Tout à fait dans le ton, puisque la souveraineté alimentaire concerne autant le local que le reste du monde ! "Penser global, agir local !" fut à nouveau la conclusion de la table ronde. "Il nous faut constituer beaucoup de petites cellules afin de devenir un grand mouvement", dixit Jörg Rechtsteiner. Et pour conclure cette soirée : un apéro concocté avec amour par Liliane Küenzle avec des produits de paysannes et paysans de la région, accompagnés d’une bière locale. •︎
Zürich - brunch
par Mathias Stalder, Secrétaire d’Uniterre
Le dimanche 15 avril, le groupe régional de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire a organisé un brunch à Zürich. Par un temps magnifique, environ 70 personnes ont pris le chemin du Wandellust.
Balthasar Glättli, Conseiller National des Verts, a abordé les thèmes de l’agriculture et des subventions à l’exportation. "L’industrialisation de l’agriculture a conduit les paysannes et paysans du Sud - qui auparavant produisaient pour eux-mêmes, pour leur village ou leur région (économie de subsistance) - à perdre leurs moyens de subsistance de base." Les subventions à l’exportation détruisent les marchés locaux. Peter Kunz, sélectionneur, a insisté sur l’importance de l’indépendance de la sélection des variétés et l’indépendance de la recherche. Et ce, également dans le domaine du Bio, car là aussi un petit nombre de multinationales des semences dominent et peu de consommateur-trice-s en ont conscience. Tina Siegenthaler a présenté son travail dans l’organe de coopération pour l’agricuture solidaire et a souligné que notre initiative améliore également les conditions-cadre pour l’agriculture contractuelle.
La chanteuse et compositrice Irene Mazza a accompagné de sa musique cette soirée très réussie.
Trogen : en Appenzell aussi un événement a eu lieu pour mieux faire connaître l’initiative. Une discussion engagée, de la nourriture locale délicieuse et de la musique de "Gad’ase" à l’auberge Schäfli de l’hôte Ueli Künzle.
Un grand merci à toutes celles et tous ceux qui ont participé à l’organisation ou qui ont assisté à ces événements ! •︎
Une agriculture durable, la sécurité de l'approvisionnement, la conservation des ressources naturelles, l'occupation décentralisée et le bien-être des animaux. Des conditions cadres propices à la production et à l'écoulement. Une évolution acceptable sur le plan social. Soutien à la recherche agricole. Dans le respect des principes de la souveraineté alimentaire.Un revenu comparable. Des mesures pour améliorer les revenus. Conditions cadres pour tirer une recette aussi élevée que possible de la vente des produits. Des Organisations de producteurs qui adaptent la production et l'offre au marché par des contrats-types. Des mesures décidées à titre collectif par des organisations d'entraide représentatives. Le soutien à des mesures collectives pour favoriser la qualité et la durabilité. Le soutien à l'innovation et la coopération. Des droits de douane qui tiennent compte de l'approvisionnement et des débouchés des produits suisses. L'interdiction des importations ou le relèvement des droits de douanes en cas de modes de production interdits.
Ce n'est pas Uniterre qui a inventé cela, mais c'est le texte de la loi en vigueur! Uniterre exige que cette loi soit appliquée dans une société démocratique et appelle la population à en imposer le respect!
Car au lieu de favoriser et de soutenir une agriculture paysanne durable, l'Office fédéral de l'agriculture continue la destruction de cette agriculture paysanne diversifiée. Chaque jour, 3 fermes et 6 postes de travail disparaissent. Aucun des objectifs de durabilité n'est atteint ! Ni sur le niveau économique, ni social, ni écologique. Malgré un soutien du revenu paysan par des paiements directs qui représentent 25% du revenu des fermes, le revenu paysan est 35% en dessous du revenu moyen, alors que la charge de travail est de 25% supérieur. Sous cette pression la destruction est quotidienne et nous nous éloignons d'un système alimentaire durable. Combien de temps cela doit encore durer?
Que fait notre Office fédéral de l'agriculture?
L'Office fédéral de l'agriculture baisse continuellement les prix seuils pour les céréales fourragères ainsi que les tarifs douaniers pour le blé. Au niveau du sucre, le prix est lié à celui de l'UE et est en baisse constante. Au niveau du lait, l'OFAG a créé un prix politique avec la formule prix mondial, plus prime à la transformation fromagère, plus 10% de Swissness. Les prix du lait touchent le fond, en Suisse il y a du lait qui est payé 21 cts. Il y a dix ans, 80% des producteurs de lait se sont prononcés pour une organisation nationale de vente. Malgré cela, l'OFAG tolère une interprofession qui est dominé par le commerce et qui empêche par tous les moyens d'adopter des contrats clairs et une gestion des quantités. L'OFAG ferme les yeux alors que la loi n'est pas respectée.
De même on importe de plus en plus de viande et de céréales panifiables sous forme transformée en dehors des contingents douaniers. En 2017, il s'agissait de 140'000t de spécialités boulangères. Ainsi l'OFAG force les producteurs de céréales à déclasser près de 100'000t de blé panifiable et à le rendre impropre à la consommation humaine. De cette manière, on détruit la valorisation paysanne et une agriculture respectueuse des ressources en poussant les producteurs dans un spirale productiviste sans issue. Toujours plus grand, toujours plus spécialisé, toujours plus dépendant des acheteurs. Personne n'a envie d'une agriculture industrielle, bien que le commerce et la grande distribution s'en frottent les mains. Mais même ces secteurs ont besoin de perspectives à long terme que rend possible un système alimentaire véritablement durable et démocratique.
La communauté scientifique nous dit clairement que l'avenir appartient à une agriculture paysanne, diversifiée et que l'industrialisation des systèmes alimentaire nous mène dans le mur.
Il est temps pour la souveraineté alimentaire!
L'administration et le gouvernement doivent prendre leurs responsabilités pour un système alimentaire tourné vers l'avenir. Nous voulons un système alimentaire fondé sur une agriculture paysanne durable qui produit localement ce qui peut l'être!
Le système alimentaire appartient aux populations et ne peut être laissé dans les mains de requis de la finance, de l'industrie ou des grands distributeurs.
Nous manifestons le 17 avril devant l'Office Fédéral de l'Agriculture (OFAG) pour dénoncer la politique agricole erronée de la Suisse et pour défendre un prix juste.
Mardi 17 avril 2018 pour la journée internationale des luttes paysannes, 11h devant l'OFAG, Schwarzenburgstrasse 165, Berne-Liebefeld
Dans le monde, la protection des frontières n'est pas une exception mais la règle. Les accords de libre-échange (pays du Mercosur, l'Indonésie, la Malaisie et l’UE) menacent l'agriculture locale. La démocratie et l'autonomie sont affaiblies par la libéralisation effrénée et impitoyable des échanges ! Les accords de libre-échange menacent l’approvisionnement du pays, car ils ne donnent pas de droits invocables, alors que la Suisse est déjà aujourd'hui le pays qui importe le plus d'aliments par habitant.
Le changement structurel et les prix à la production dépendent de la volonté politique (prix indicatifs, prix seuils). L’objectif est un accès sans entraves aux matières premières au prix le plus bas. La standardisation des normes et des régulations commerciales favorisent l’industrialisation du secteur alimentaire. Ainsi la baisse des prix et un secteur agricole sans cesse plus orienté vers le marché profite unilatéralement à l’agro-industrie. Au cours des 30 dernières années, le prix à la production a reculé de 30% alors que le prix à la consommation a augmenté de 15%. Pour chaque franc que vous dépensez au supermarché, environ 20 centimes vont aux paysannes et paysans tandis que 80 centimes finissent dans les poches de la grande distribution, du transports et de l’industrie de la transformation. Le revenu agricole se situe toujours 35% en-dessous de la moyenne nationale.
Aujourd’hui, le « marché », et l’évolution structurelle administrée détruisent trois fermes et six places de travail par jour en Suisse, et a entraîné la disparition de 150'000 places de travail et de 30'000 fermes au cours des 30 dernières années !
Avec notre initiative nous revendiquons un renforcement du pouvoir de négociation des paysan-ne-s et nous exigeons l'abandon du dogme de libre-échange pour favoriser une agriculture de proximité, régionale, équitable, transparente, diversifiée et durable !"
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