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L'allaitement est responsable jusqu'à un tiers des transmissions du VIH à l'enfant. Ce projet analyse les politiques de prévention dans une perspective d'anthropologie historique, politique et sociale de la reproduction humaine, des sciences et de la santé publique en matière d'alimentation infantile.
Alors qu'en Europe, en Amérique du Nord et au Japon, le risque de transmission du VIH à l'enfant a été réduit à moins de 2 %, mille enfants sont infectés chaque jour dans les pays en voie de développement où vit la grande majorité des femmes séropositives dans le monde. En dehors de toute mesure de prévention, l'allaitement est responsable jusqu'à un tiers des cas de transmissions de la mère à l'enfant. Or, l'allaitement reste vital dans les environnements économiques, sanitaires, sociaux et politiques défavorables aux laits de substitution. Dans ces contextes, l'Organisation Mondiale de la Santé recommande un allaitement exclusif pendant les six premiers mois, soit un mode alimentaire qui permet, pour des raisons encore mal élucidées, de réduire le risque de transmission - comparativement à l'allaitement mixte qui expose l'enfant à un risque maximal. Le dilemme est que la majorité des sociétés préconise un allaitement maternel avec introduction précoce d'autres liquides ou aliments. L'allaitement exclusif correspond davantage à une réinvention scientifique de la nature dont l'application durable à grande échelle s'avère problématique sur les plans logistique et social.
Si les experts soulignent les risques et dilemmes associés à l'absence d'allaitement, les difficultés de mise en œuvre de l'allaitement exclusif prolongé sont peu comprises et peu discutées. L'objectif de ce projet de recherche est d'analyser les dynamiques scientifiques et politiques de prévention qui ont abouti à l'élaboration de l'allaitement exclusif comme mesure de santé publique jusque dans les contextes du VIH. Cette étude vise parallèlement une meilleure compréhension socio-anthropologique de la reproduction et des pratiques d'alimentation infantile que les notions de " culture " ou de " genre " n'obscurcissent plutôt qu'elles les éclairent.
Sur le plan théorique, cette recherche participe à une analyse critique de la co-construction des dynamiques socio-politiques complexes entre sciences, natures et sociétés, par-delà les fractures entre les pays du Nord et du Sud. À travers cette analyse, ce projet souhaite contribuer à la prévention de la transmission du VIH par l'allaitement en particulier et à la santé reproductive, maternelle et infantile en général.