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Le 15 février 1018, le nom de Vuadens était mentionné pour la première fois sur un document officiel. Le village se préparait à fêter ses 1500 ans quand de nouvelles informations l’ont «rajeuni» de cinq siècles.
PAR ERIC BULLIARD
Tout à coup, Vuadens a rajeuni de cinq siècles. Et la fête prévue pour les 1500 ans est devenue une fête du millénaire: c’est en effet en 1018 que son nom apparaît pour la première fois, dans un diplôme signé du roi Rodolphe III de Bourgogne. Le document est daté du 15 février: sans s’en rendre compte, le village a passé avant-hier le cap des 1000 ans.
Reprenons dans l’ordre. Longtemps, il était convenu que l’origine de Vuadens remontait à 515. Non pas ses premières habitations (il existe des traces archéologiques datant de l’époque romaine), mais la première mention officielle dans un document. Son nom se trouve dans l’acte de fondation de l’abbaye de Saint-Maurice: en 515, le roi Sigismond donnait au monastère – qu’il a fondé – des terres lui appartenant, dont Vuadens.
En 2015, «nous étions donc partis pour organiser une fête des 1500 ans», raconte le syndic Daniel Tercier. Or, au moment des préparatifs, Denis Buchs, ancien conservateur du Musée gruérien, fait remarquer que l’on ne peut se fier au document mentionnant Vuadens en 515: cet acte de fondation de l’abbaye de Saint-Maurice est un faux, établi plus tardivement par les moines.
Il existe en fait trois versions de cet acte, écrites à partir de l’an 800. Les textes ne diffèrent que par la liste des possessions abbatiales, adaptées à leur époque par les copistes, confirme un courrier des Archives de l’abbaye. C’est dans la troisième version (écrite vers l’an 1000), que l’on trouve le nom du village de Vuadens. Ce qui ne peut plus être considéré comme la première mention officielle, puisque le document n’est pas authentique.
Le premier original connu
Un autre texte indique que le 18 avril 930, un certain Turimbert et son épouse Emma reçoivent un manse (soit une unité d’exploitation agricole) à Vuadens. Mais il est, lui aussi, connu uniquement par une copie, datée du XIVe siècle. Pour trouver le premier document original, il faut donc attendre ce diplôme royal de Rodolphe III de Bourgogne, conservé aux Archives de l’abbaye de Saint-Maurice et daté du 15 février 1018.
«Nous donnons, ou plutôt nous rendons les biens donnés par nos prédécesseurs», indique Rodolphe III dans ce document, un des rares diplômes originaux du roi de Bourgogne. Parmi ces biens, il cite, entre autres, «la moitié de Pully», Oron, Lutry, Vouvry, Naters… et «la pôté de Vuadens» (potestate Vuadengis). Un potestas (pauté ou pôté) désignait au Moyen Age une seigneurie peuplée de serfs. Ces deux mots marquent pour Vuadens le début de son existence officielle.
Ceux du clan Wado
Plus tard, en 1317, les religieux de Saint-Maurice échangeront la localité, son territoire et ses dépendances avec Louis de Savoie (comte de Vaud) contre des propriétés proches d’Oron. D’où la grande croix savoyarde sur les armoiries de la commune, alors que la petite croix tréflée évoque l’abbaye de Saint-Maurice.
Quant au nom de Vuadens, il est formé (comme les nombreux noms de villages en -ens) avec le suffixe d’origine germanique -ingos et un nom de personne. Un certain Wado (ou Waddo), en l’occurrence. Les premiers habitants étaient donc «ceux de chez Wado», «ceux du clan de Wado». On trouve ainsi des références à Curtis Wadingum, soit la cour ou la ferme de Waddo, ou Curte Vuadengis, par exemple dans la copie du document de 930 évoquant le Monsieur Turimbert. ■
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Un livre pour la commémoration
En plus de la fête médiévale, une nouvelle publication historique marquera la commémoration des 1000 ans de Vuadens. L’ouvrage a été confié à Sylvie Moret Petrini, historienne, enseignante à l’Université de Lausanne, auteure d’une thèse de doctorat sur les pratiques éducatives familiales en Suisse romande, de 1750 à 1820.
«Comme j’ai un intérêt pour les archives, je suis allée voir dans les textes originaux ce que l’on dit du village», souligne la Vuadensoise. A la suite du document du roi Rodolphe III de Bourgogne, elle est donc partie à la recherche des «documents de toute nature», manuscrits ou publiés, où apparaît Vuadens: dictionnaires historiques, cartes, récits et guides de voyages, journaux, romans et nouvelles…
«Dans les dictionnaires historiques des XVIIIe et XIXe siècles, les auteurs mettent toujours en avant une spécificité: la présence des armoiries familiales sur les portes de grange», relève par exemple Sylvie Moret Petrini.
Le censeur royal vuadensois
Parmi les personnages illustres du village, un éclairage sera consacré à l’abbé Jean-Joseph Chenaux (1822-1883), prêtre, naturaliste et physicien, ou encore à Jean-Pierre Tercier (1704-1766), diplomate né en France d’un père vuadensois. Membre de l’Académie des Belles-Lettres, il exercera la fonction de «censeur royal». Les Bains des Colombettes, ou encore la manufacture de faïence (de 1753 à 1756) seront également évoqués. Sylvie Moret Petrini a en outre déniché une nouvelle d’un certain Louis Favre, parue en 1875 dans un périodique, dont le début se déroule à Vuadens.
Au final, l’idée est de proposer un ouvrage illustré, grand public et «distrayant», note Sylvie Moret Petrini. Il prolongera les recherches effectuées pour des publications précédentes, le Petit guide historique de Clément Fontaine, paru la première fois en 1964 et l’ouvrage collectif de 2008, réédité cette année. EB
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Fête aux couleurs médiévales
C’est le samedi 8 septembre que Vuadens célébrera les 1000 ans de sa première apparition dans un document officiel. Un comité ad hoc y travaille depuis septembre 2015, relève le syndic Daniel Tercier. Le thème s’est imposé de lui-même: il s’agira d’une fête médiévale, «un peu dans l’esprit de celle de la Saint-Jean», avec un camp monté pour l’occasion, des animations, de la cuisine d’époque et, le soir, un spectacle de feu. L’ensemble de la manifestation est prévue au centre du village et autour de l’école.
Deux troupes seront invitées: la Compagnie des Tours, de Fribourg, spécialisée dans la reconstitution de la vie quotidienne au XVe siècle et la compagnie Abaldir, dont le nom, synonyme d’«esbaudir», signifie amuser, égayer. Venue du canton de Vaud, elle comprend des troubadours, jongleurs, musiciens, bouffons… Durant la partie officielle, sera présenté le nouvel ouvrage sur l’histoire de la commune. Les élèves des écoles participeront également à la fête. EB