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Le Temps: Les Verts genevois sont-ils pour ou contre l'importation des déchets napolitains?
Antonio Hodgers: Le comité du parti a discuté de la question lundi passé. Les Verts avaient posé quatre conditions strictes pour pouvoir soutenir cette importation malgré le fait que nous soyons opposés au principe du transport de déchets à travers l'Europe: que la mesure soit provisoire, que le contrôle de la qualité ainsi que de la traçabilité des détritus soient garantis et que l'acheminement se fasse par train. Or, à l'exception de cette dernière, les conditions ne sont pas remplies. Aujourd'hui, nous n'avons pas assez d'éléments en main pour accepter l'importation.
- Qu'est-ce qui pose problème?
- Pour les Verts, l'importation des déchets napolitains doit être limitée dans le temps et accordée uniquement sur la base d'un engagement des autorités italiennes de résoudre leur crise de manière durable, en s'équipant de leurs propres usines d'incinération. Or, les SIG sont dans une logique d'importation systématique des déchets pour combler la surcapacité de l'usine des Cheneviers. Les Services industriels n'agissent pas pour donner un coup de main à Naples, mais uniquement pour rentabiliser leurs fours. Et cela, les Verts ne peuvent pas l'admettre. Pour nous, l'accueil des déchets napolitains doit avant tout être un acte de solidarité avec des populations dans une situation sanitaire critique, pas un business.
- Vous affirmez aussi que la qualité et la traçabilité des ordures ne sont pas garanties...
- En effet, pour l'instant, la maîtrise de ces deux éléments n'est pas satisfaisante. Le fait que les SIG soient en discussion avec des consortiums spécialistes de la gestion des déchets rend la filière opaque. Nous aurions préféré que la préfecture de Naples traite directement avec les autorités genevoises. Mais elle a déclaré que ce n'est pas le cas.
- Votre ministre Robert Cramer a encouragé l'importation des déchets napolitains aux Cheneviers. Après l'avoir soutenu, vous le désavouez?
- Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une situation de crise au sud de l'Italie. Ne rien faire serait scandaleux: c'est comme de rouler dans une voiture à moitié vide et de laisser des personnes accidentées au bord de la route sous prétexte qu'elles saliraient la banquette... Mais dans cette affaire, la vision écologique et solidaire des Verts s'oppose à la logique économique du Conseil d'Etat et des SIG, qui visent avant tout à rentabiliser les fours des Cheneviers. Nous aurions préféré que le gouvernement s'engage à sortir de la logique récurrente d'importation des déchets. Si l'objectif était purement environnemental, comme les Verts l'auraient souhaité, le
Conseil d'Etat aurait pu proposer à Naples une aide d'urgence pendant quelques mois, ou au maximum deux-trois ans.
- N'est-il pas naïf d'occulter l'argument économique alors que cela fait longtemps que les Cheneviers importent des déchets?
- Les Verts se sont toujours opposés au principe de l'importation des ordures. En 1997 déjà, le parti avait milité contre la construction d'une usine aussi grande que les Cheneviers. Le mal remonte à la décision de la droite, qui avait voulu à tout prix surdimensionner l'usine. Pour mettre fin à la surenchère en matière de rentabilisation des fours, le comité des Verts a décidé d'exiger la fermeture du troisième four des Cheneviers dès 2010. On espère que les partis de droite, qui font de belles déclarations aujourd'hui, nous soutiendront. Les SIG font assez de bénéfice pour pouvoir se passer des 10 à 16 millions de recettes par année issues de l'importation de déchets. La qualité de vie des Genevois et la cohérence environnementale doivent passer avant le chiffre d'affaires d'une entreprise.