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Yartsa Gunbu. Ce nom ne signifie rien pour la plupart d'entre vous. Pour les tibétains de la région de Chamdo,
à l'est du pays, il signifie au contraire beaucoup. Il est synonyme d'argent liquide, ce qui permet par exemple aux
familles de payer la scolarité de leurs enfants et d'acheter les nécessités de la vie courante. En moyenne,
il représente 40% de leur revenu. Mais de quoi s'agit-il ?
Son nom tibétain (dbyar rtswa dgun 'bu) signifie "herbe d'été, vers d'hiver", ce qui donne un indice sur la transformation assez radicale que subit cette "chose" au changement de saison. Son nom latin est Cordyceps sinensis.
La "chose" en question est un fait un champignon parasite qui aime les hauteurs puisqu'il pousse sur les hauts plateaux himalayens à partir de 4'000 m d'altitude. Chaque champignon produit un grand nombre de spores. Comme la propagation du champignon dépend d'un hôte très spécifique, le Cordyceps a développé une technique très particulière. Chaque spore est capable de se séparer en 50 à 100 "propagules" qui sont disséminées par le vent. Au total, chaque champignon produit environ 32 millions de propagules. Lorsque l'une de ces propagules est "broutée" par une malheureuse chenille, celle-ci lui offrira bien involontairement le gîte et le couvert. La spore germe à l'intérieur de la chenille en puisant sa nourriture dans le corps de la malheureuse qui déambule avec une corne qui commence à lui pousser sur la tête.
Le mycélium envahit petit à petit le corps de la chenille jusqu'à ce qu'elle en meure. Avant ceci, le champignon modifie le comportement de la chenille. En effet, une chenille non parasitée hiberne en creusant un trou profond dans lequel elle attendra l'arrivée du printemps suivant. La chenille parasitée au contraire, prendra bien soin de ne creuser sa tombe qu'à 2 ou 3 centimètre sous la surface du sol. Cela permettra au champignon de sortir de terre au printemps suivant et de libérer ses spores dans la nature, à la recherche d'une autre proie.
De mai à juillet, la récolte du Yartsa Gunbu bat son plein. Les cueilleurs arpentent la campagne à la recherche du précieux carpophore, armés d'un couteau pour déterrer délicatement le champignon et sa chenille. Pour garantir un prix de vente maximal, il est important que "parasite" et "parasité" restent bien fixés ensemble. Le prix dépend aussi de la taille de l'ensemble.
Les récoltes sont ensuite acheminées vers les marchés chinois, thaïlandais, coréen et japonais où elles sont utilisées comme aphrodisiaque, pour le traitement de l'asthme, des maladies cardiaques et comme fortifiant. Les propriétés médicinales du Cordyceps sont connues depuis plus de 500 ans par la médecine asiatique. Des propriétés anticancéreuses lui ont également été découvertes récemment. Une dose d'une dizaine de grammes par jour est recommandée.
Et le prix pour cette petite merveille. Les champignons de qualité supérieure se négocient en Chine pour l'équivalent d'environs 18'000 CHF le kilo. Il est possible d'en commander sur Internet pour un peu plus de CHF 50'000.- par kilo (la boîte décorative en bois est offerte !).
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Dernière maj 23.01.2015