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C’est en 1983 que le pape copte, Chenouda III d’Alexandrie (aujourd’hui décédé) fonde officiellement l’Eglise copte orthodoxe de Suisse romande. Avant cela, et depuis le début des années 1960, les quelques familles coptes habitant Genève et Lausanne assistaient aux messes de la Paroisse orthodoxe francophone Sainte-Trinité à Chambésy. Puis deux à trois fois par année, elles eurent la possibilité de participer à des célébrations selon leur rite, lors des visites à Genève de Mgr Samuel, évêque des affaires sociales en Egypte et représentant de l’Eglise copte au Conseil œcuménique des Eglises. Ces célébrations se déroulaient au Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique de Chambésy ou à la chapelle du Y.M.C.A.[1]. A la mort de Mgr Samuel, en 1981, deux prêtres prirent le relais et vinrent respectivement de Francfort et de Vienne pour célébrer des offices. La communauté s’agrandit peu à peu avec l’arrivée d’Egyptiens de confession copte, venus à Genève pour des raisons économiques, professionnelles ou politiques. Ceci entraîna la nécessité de proposer des services plus réguliers. Deux prêtres de Londres assurèrent l’office chaque mois jusqu’en 1983, date à laquelle Chenouda III nomma un prêtre pour toute la Suisse, le père Serapion.
En 1985, la communauté s’installa à Vernier, chemin de Bel Ebat (actuellement lieu de culte de l’Eglise orthodoxe d’Ethiopie en Suisse). En 1994, elle acheta une chapelle catholique désaffectée à Meyrin (ancienne « chapelle de la persécution » construite en 1885 au plus fort du Kulturkampf) et l’investit en 2003 après l’avoir restaurée et agrandie.
Une deuxième communauté copte orthodoxe existe à Genève. Elle se réunit à la chapelle protestante des Cornillons à Chambésy.
Depuis juin 2013, l’Eglise copte orthodoxe de Suisse romande fait partie d’un nouveau diocèse qui inclut le sud de la France et la Suisse Romande.
Sources :
Membres de la communauté.
[1] Y.M.C.A. « Young men Christian association », en français Union chrétienne des Jeunes Gens est un groupement de jeunes chrétiens fondé à Londres en 1844. Le mouvement est présent à Genève depuis 1852.
L’église copte orthodoxe de la Vierge Marie est un bâtiment de 900m2 constitué d’un lieu de culte, de bureaux, et d’une salle de réunion au sous-sol. De loin, un seul indice permet de comprendre que cette église est copte : la croix pattée ornant le clocher. On la retrouve, en s’approchant, sur le portail clôturant le lieu et la pancarte le présentant au visiteur. Une mosaïque de la fuite en Egypte orne la façade. Cet épisode de l’évangile de Matthieu, narre la fuite des parents de Jésus, tentant d’échapper à l’ordre d’Hérode de tuer tous les nouveau-nés juifs. Il est particulièrement significatif pour ces chrétiens d’Egypte que sont les coptes. Sous cette mosaïque, un porche abrite un portail de bois de très belle facture et cette inscription en arabe :
« Au nom du Père, du fils et du Saint Esprit,
Dieu est Un, Amen.
A été inaugurée
L’Eglise de la sainte Vierge Marie à Genève
Par la main de sa sainteté
Le pape Chenouda III
Pape d’Alexandrie et patriarche du siège de Saint-Marc
Le 5 abib 1720 (du calendrier copte) correspondant au 12 juillet 2004 (fête des apôtres)
Avec la présence des évêques coptes »
La rénovation de cette ancienne église catholique du 19e siècle a conduit à intégrer des éléments propres à la liturgie et à la symbolique coptes : une iconostase, des vitraux réalisés dans le style de l’iconographie copte, un plafond de bois orné de croix coptes et des lustres dessinés sur le modèle de ceux des églises du Vieux-Caire. Pour des raisons pratiques d’évacuation de l’eau, le baptistère se trouve dans le hall. Il est placé sous les hospices de Marie dont la silhouette semble conduire le catéchumène à la cuve baptismale.
200 familles environ (chiffre communiqué par le groupe) composent la communauté dont beaucoup de membres travaillent dans les organisations internationales et le commerce. Ils se réunissent le dimanche pour les messes (en copte, arabe et français) mais aussi deux fois par an pour des séjours en montagne. Certains assistent une fois tous les quinze jours à l’étude biblique pour adultes, d’autres participent à la chorale (le chant est très important pour les coptes qui répètent les dogmes et prières en chantant). Il existe également un groupe de femmes et un groupe de jeunes qui organisent pour leurs membres des activités récréatives. L’éducation religieuse est donnée aux enfants lors de « l’école du dimanche ».
Les premiers siècles du christianisme sont marqués par des querelles théologiques autour de la définition de la trinité et de la nature du Christ. Pour les résoudre, les évêques de l’Empire romain vont se réunir à plusieurs reprises lors de conciles œcuméniques (littéralement « qui concerne toute la terre habitée », c’est-à-dire, dans l’esprit de l’époque, l’Empire romain) pour fixer la doctrine. Ils vont souvent s’y opposer pour des raisons politiques et parfois personnelles.
Au premier concile œcuménique, le concile de Nicée (325), le patriarche d’Alexandrie réussit à imposer le dogme de la consubstantialité (le Père est de même substance que le Fils). Au siècle suivant, les affrontements se poursuivent, au concile d’Ephèse (431), entre Cyrille d’Alexandrie et l’évêque de Constantinople, Nestorius, autour de la nature du Christ (sur fond de rivalité politique entre les deux patriarcats). Cyrille triomphe et il est établi que le Christ est à la fois humain et divin mais un (indivis). Au concile de Chalcédoine, en 451, le successeur de Cyrille, Dioscore d’Alexandrie, semble, aux yeux des évêques de Rome et de Constantinople, défendre l’idée que la nature divine du Christ l’emporte sur sa nature humaine (toujours sur fond de rivalité politique et, cette fois, de quiproquo linguistique[1]). Il est excommunié. Les fidèles de l’Eglise égyptienne, dans leur majorité, le suivent, ce qui conduit à la séparation d’avec la « grande Eglise ».
L’Eglise copte orthodoxe ne reconnaît donc que les trois conciles œcuméniques (Nicée, Constantinople I et Ephèse) antérieurs au concile de Chalcédoine. Pour cette raison, elle est parfois dite non-chalcédonienne ou préchalcédonienne mais ces appellations suscitent des controverses tant dans le milieu académique que parmi les coptes. D’autres Eglises refusent d’adhérer aux conclusions de ce concile : l’Eglise apostolique arménienne, l’Eglise orthodoxe syriaque, l’Eglise orthodoxe éthiopienne Tewahedo, l’Eglise orthodoxe érythréenne et l’Eglise orthodoxe Malankara en Inde (également appelée Mar Thoma). Ces Eglises sont aussi dites orientales anciennes. L’usage du terme « orthodoxe » dans leur nom signifie « conforme à la juste foi » (c’est le sens d’orthodoxe en grec) mais elles ne sont pas en communion avec les Eglises orthodoxes, regroupées autour du patriarcat de Constantinople et qui basent leur foi sur les sept premiers conciles œcuméniques.
C’est sous la domination musulmane (qui commence en 641-42), que les habitants de l’Egypte commencèrent à être appelés qibt ou qoubt, terme arabe dérivant probablement du grec Aigyptios (« Egyptien ») et qui donna en latin cophtes, puis en français copte. Progressivement et puisque ceux-ci étaient chrétiens, le terme en vint à désigner plus spécifiquement les Egyptiens chrétiens non convertis à l’islam.
[1] Sur la nature du Christ, les coptes confessent en réalité la même foi que les chalcédoniens à savoir que Jésus est à la fois Dieu et homme, en une parfaite « union sans confusion » selon la formule de Cyrille d’Alexandrie – ce qui a d’ailleurs été symboliquement marqué par une déclaration de foi commune entre les papes copte et catholique, Chenouda III et Paul VI, en 1973. Ils ont souvent été appelés par les chalcédoniens « monophysites » (du grec mono, « un » et physis « nature »), appellation qu’ils rejettent. Le quiproquo vient des divergences d’utilisation du mot grec physis, traduit natura en latin, et de la nébulosité des concepts de « nature », d’« essence » et de « personne » empruntés à la philosophie grecque. Pour les chalcédoniens, Jésus possède deux natures, divine et humaine, en une personne ; pour les coptes et les autres non-chalcédoniens, il est d’une seule nature mêlant en lui humanité et divinité.
L’Eglise copte orthodoxe est dirigée par un patriarche et pape basé au Caire (son titre exact est Pape d’Alexandrie et patriarche de toute l’Afrique et du siège de saint Marc). Celui-ci est considéré comme ayant été choisi à la fois par les fidèles et par Dieu. En effet, un collège composé de religieux et de laïques élit trois personnes parmi lesquelles un enfant tire au sort le futur pape à l’issue une messe. L’Eglise copte possède un calendrier propre, hérité du calendrier égyptien (12 mois de 30 jours auxquels s’ajoutent 5 jours « épagomènes » en fin d’année, al-nasî ‘ en arabe, et un jour supplémentaire tous les 4 ans). La première année de ce calendrier correspond à l’an 284 de notre ère (première année du règne de Dioclétien en Egypte, qui mena de violentes persécutions contre les chrétiens). Nous sommes, en 2014, en l’an 1730 du calendrier copte. La langue du culte est l’arabe et le copte.
La foi de cette Eglise repose sur les dogmes établis lors des trois premiers conciles œcuméniques (avec une importance particulière accordée au symbole de Nicée-Constantinople, récité à chaque messe) et sur des écrits attribués aux Pères de l’Eglise, antérieurs au concile de Chalcédoine ou non-chalcédoniens.
Comme dans les Eglises orthodoxes, la « divine liturgie » (la messe), tient une place centrale dans la vie du croyant. Chez les coptes, hommes et femmes sont assis séparément dans l’église. La majorité des femmes ont les cheveux couverts mais toutes revêtent un petit voile pour recevoir la communion qui est donnée à l’entrée du sanctuaire (c’est-à-dire devant l’iconostase). Cet acte nécessite pour tous de se déchausser. Dans l’Eglise copte, la communion est prise sous les deux espèces, le pain (avec du levain mais sans sel) et le vin. Celle-ci connaît comme les Eglises orthodoxes et catholiques, sept sacrements : le baptême, par triple immersion suivi de la chrismation et de l’eucharistie – respectivement deuxième et troisième sacrement -, la pénitence, le mariage, l’ordination – des évêques, prêtres, diacres, sous-diacres et lecteurs- et l’onction des malades.
Le culte de Marie (dogme de la Théotokos) et des saints, intercesseurs auprès de Dieu, est aussi très important. Les anges font l’objet d’une affection particulière. Outre Gabriel, Michel et Raphaël, les coptes vénèrent un quatrième archange nommé Souriel.
Indications bibliographiques :
ATIYA, Aziz S. (ed.), Coptic encyclopedia, Macmillan, 1991.
GOEHRING, James E., TIMBIE, Janet A., The world of early egyptian Christianity, language, literature and social context, The Catholic University of America, 2007.
JANIN, Raymond, Les Eglises orientales et les rites orientaux, Lezouzey & Ané, 1997 (5ème éd.).
MEINARDUS, Otto F.A., Two thousand years of coptic Christianity, American University in Cairo Press, 2002.
LIVINGSTONE, E. A. (ed.), The Concise Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford University Press, 2006 (version online 2013).
PATTE, Daniel (éd.), The Cambridge dictionary of Christianity, Cambridge University Press, 2010.