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Naissance et petite enfance à l'époque romaine
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L'entrée dans la communauté
Allaitement et moralité
"Oui, autrefois, dans chaque famille, le fils, né d'une mère chaste, était élevé non pas dans la chambre étroite d'une nourrice achetée, mais dans le sein et les bras d'une mère qui faisait avant tout sa gloire de rester chez elle et d'être l'esclave de ses enfants. (...) Aujourd'hui, au contraire, aussitôt né, l'enfant est abandonné à je ne sais quelle servante grecque, à laquelle on adjoint un ou deux esclaves pris au hasard, généralement sans valeur morale et impropres à tout emploi sérieux".
Tacite, Dialogue des orateurs, 28 et 29.
Sous l'Empire, philosophes et moralistes déplorent la pratique de la mise en nourrice qu'ils interprètent comme un signe inquiétant de dégradation morale. L'allaitement maternel permet de créer des liens affectifs durables qui assurent la cohésion familiale. Le futur citoyen doit être élevé dans le respect des valeurs ancestrales (mos maiorum) qui ont fait la force de Rome. La famille de Caton l'Ancien est donnée en exemple par Plutarque. Dans le même esprit, longtemps l'éducation restera une affaire privée dans les familles aisées de l'époque républicaine.
Le souci des moralistes va de pair avec les préoccupations natalistes des empereurs. Face à la chute du nombre des naissances parmi les membres des classes supérieures, l'empereur Auguste mit en place un appareil juridique afin de promouvoir les valeurs morales familiales; un ensemble de lois pénalisait le célibat et l'adultère et offrait des privilèges aux parents d'au moins trois enfants (jus trium liberorum). Ces lois furent renouvelées et complétées par ses successeurs. Elles font de la fécondité un devoir civique.
Favorinus d'Arles développe ces arguments dans un plaidoyer pour l'allaitement écrit pour " persuader une femme noble dallaiter sans recourir à des nourrices ". Allaitement et moralité sont pour lui indissociables. L'enfant que sa mère ne nourrit pas est comparé à un enfant exposé: "les sentiments de son coeur, d'amour, d'affection, sont placés exclusivement chez celle dont il tire sa nourriture et comme cela se passe pour les enfants exposés, il n'est plus capable de sentiment ni de regret pour la mère qui l'a mis au monde" (Aulu-Gelle, Nuits attiques, 12.1.23). Il n'hésite pas à mettre sur le même plan le recours à une nourrice et la pratique de l'avortement.
Comme lon attribue au lait la propriété de transmettre des qualités physiques et morales, l'allaitement mercenaire ne fait pas qu'empêcher la création de liens entre la mère et l'enfant, il peut être dangereux. L'enfant court le risque d'une "contagion pernicieuse" si la nourrice est "d'une race étrangère et barbare, si elle est sans moralité, si elle est laide, si elle est impudique, si elle boit".
Cette logique mène à des conclusions extrêmes. Sous risque de féminiser un garçon ou de masculiniser une fille, il était recommandé de choisir une nourrice ayant accouché dun enfant du même sexe que celui quelle va allaiter (Soranos, Des maladies des femmes, 2.9).