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Comment les sciences économiques traitent-elles des différentes formes de discrimination entre les sexes? Comment développer une approche féministe en économie? Les études présentées dans ce numéro proposent différentes pistes théoriques et études empiriques qui permettent de s'interroger sur les présupposés dans la présentation des "faits économiques" dont la "valeur" économique varie fortement en fonction du contexte et des rapports sociaux. L'économie n'est-elle pas un "fait social institué", avec ses systèmes de règles, ses conflits et rapports de pouvoir dans le cadre des institutions de régulation de la propriété, ce qui place d'emblée la réflexion sur le terrain du politique? Comment estimer la valeur du travail des soins socio-sanitaires effectués par des proches et de ses conséquences socio-économiques afin qu'il soit pris en compte dans la réflexion si actuelle sur les coûts de la santé? Le concept de capabilités développé par le Prix Nobel Amarty Sen est-il utile pour une approche féministe en économie? Voilà quelques unes des nombreuses questions abordées tout au long de ce dernier numéro.
Lorsque, dans les années 70, les chercheuses féministes ont tenté d'institutionnaliser les "études femmes" dans les universités occidentales, l'interdisciplinarité en tant que pratique de recherche était posée comme l'un des critères présidant à cette mise en place. Faire entrer l'étude des rapports sociaux entre les sexes dans le monde académique, à l'époque encore bien plus masculin qu'aujourd'hui, représentait un double défi. D'une part, il s'agissait de développer la problématique du genre dans l'ensemble des disciplines, car elle les traverse toutes (et non pas d'en constituer une discipline). D'autre part, cette démarche remet en cause la structure même des universités, basées sur les disciplines. Ces questions sont toujours d'actualité aujourd'hui. Aujourd'hui, la politique de la recherche est de plus en plus orientée vers l'interdisciplinarité et l'expérience acquise dans ce domaine par les chercheuses féministes est rarement évoquée dans les travaux sur l'interdisciplinarité. Ce numéro de Nouvelles Questions Féministes vient combler cette lacune et présente les liens historiques et épistémologiques entre études genre et interdisciplinarité, tout en menant une réflexion sur les pratiques actuelles de l'interdisciplinarité dans la recherche féministe.