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On avait trois amis qui étaient pères dominicains. Le père Jarrier était musicien. Le père Géraud qui a été défroqué, et le père Stève qui était épigraphiste à la mission française à Suse.
Un soir, il était venu nous rendre visite. On avait une relation avec le père Stève qui était cet appétit réciproque de la culture. Moi, j'avais avec le père Jarry une relation musicale. Un jour, il m'avait fait monter au buffet d'orgue faire une improvisation. Le père Géraud c'était différent. J'ai l'impression qu'il a commis la très grave erreur de tomber amoureux de moi. Je m'en doutais un peu. Lorsqu'il a dû en parler à ses supérieurs, on l'a envoyé en Amérique du Sud pour un bout de temps histoire de le guérir. Mais en fait cela ne l'a pas guéri. Parce qu'après, il a défroqué et puis il s'est marié.
L'idée est venue comme cela, comme toutes les idées qui à ce moment fusaient de tous les côtés.
« Mais il faut combien de temps pour y aller ? »
Il cherchait un moyen pour y aller à moindre coût. Pas question de prendre l'avion, le train, les autocars. L'idée nous avait amusé. Il avait dit : « il y en a pour maximum huit jours ».
Huit jours et huit jours pour revenir c'était jouable. On avait pris de quoi camper, on s'arrêtait dans les champs, parce que cela c'était fait par étapes.
Le problème, cela a été quand on cassé un truc de la 2 CV, là, on a dû se faire rapatrier à Ankara. Nos haltes étaient dans la nature comme en Bulgarie, on y avait dormi dans les champs. Arrivés à Istanbul, c'était chez les pères.
Dans les routes du plateau d'Anatolie, on a cassé un cardan. On s'est arrêté en pleine nature pour camper parce que, évidemment, c'est arrivé le soir. Le lendemain, il a fallu trouver le moyen de se faire rapatrier à Ankara par camion parce que la voiture ne marchait plus. L'entêtement d'Arman : ce n'est pas cela qui allait nous arrêter… On s'est installés le temps qu'il a fallu à Fatheur pour nous envoyer le cardan à Ankara.
Tous les conducteurs de 2CV n'avaient pas besoin d'être un grand spécialiste. Arman a réparé le cardan. On a déjà perdu les huit jours où on devait être à Choqâ Zanbil, on les a passé à Ankara.
Un autre problème s'est produit à Erzurum, pas très loin de la frontière iranienne, mais toujours en Turquie où à un passage de gué, on avait dû vider la voiture.
On allait de catastrophe en catastrophe. On est arrivé à Téhéran pour Noël.
Cela faisait je ne sais plus combien de temps que je n'avais pas été écouter la messe de minuit. Je suis née chrétienne catholique. J'avais appris au catéchisme. J'ai fait un retour au christianisme en ce qui me concerne.
On allait à chaque fois avec ces routes infernales... On avait décidé d'accompagner le père Stève jusqu'à Suse. On avait pu descendre quasiment en direct avec juste une nuit de camping et on est arrivé enfin à Choqâ Zanbil.
Là on a décidé qu'étant donné les problèmes qu'on avait avec la voiture, que l'on était très proches du Golfe persique, on allait plutôt descendre à cette ville pétrolière. D'ailleurs quand on y arrive cela sent l'oeuf pourri, il parait qu'on s'y fait. On a essayé par le consulat français de trouver un rapatriement par bateau. Parce que refaire la route, cela faisait déjà plus d'un mois qu'on était partis. Et surtout se dire : « on va pas refaire en sens inverse ».
On avait deux roues de secours, mais même les deux roues de secours, tous les soirs, la première chose à l'escale qu'il fallait trouver, c'était un endroit pour les réparer. À la limite, il aurait fallu y mettre de la paille dedans.
C'était complètement fou…
Le voyage en car, cela a été Persépolis et Shiraz et Ispahan. Pendant que, à cet endroit où ils avaient des pièces, ils réparaient la 2CV. On a eu le soutien des consulaires français. On habitait chez les pères, c'était sympa.
On a fait beaucoup d'escales comme cela. On a repris la route. On savait qu'on avait intérêt à s'arrêter dans les villages, d'abord pour trouver de quoi réparer les roues. Heureusement on a jamais eu les trois roues ensemble !
Quand on avait eu deux crevaisons, on avait pris l'habitude.
Il y avait aussi eu la pompe qui ne marchait plus et Arman avait bricolé un truc avec une ficelle qui passait par un câble sur le côté droit où j'étais. Je tirais sur la ficelle pour actionner la pompe.
C'était assez héroïque. On a pas eu au retour, d'aussi sévères incidents, c'est à dire de ceux à nous immobiliser.
Arrivés en France, quand on a vu le nom, OUF ! Même si on a une panne maintenant on arrivera toujours à rentrer chez nous.
C'était une grande aventure. »
S’il fallait dater le point de bascule concernant la situation de leur couple, c’est sans doute là le moment où va se rompre un équilibre qui ne réussira plus à se rétablir.
Lui ne sait pas relayer dans le partage des tâches de s’occuper des trois enfants.
Se souvenir que de surcroit, il ne supporte pas l’absence.
Ils ont été précurseurs en bien des points quant à leur manière de vivre dans leur couple.
Arman ne sait pas assumer le statut de père au foyer.
Il aime qu’elle soit cette femme libre qui assume une carrière, là n’est pas la question. Il a toujours eu un côté un peu pygmalion dans ses relations amoureuses.
Assumer, seul, le quotidien, il ne sait pas faire. Sans oublier l’épineuse questions des jeunes filles au pair, sans compter celles dont il ne peut résister à vouloir toujours les conquérir.
Éliane va rentrer à la maison, abandonner ses projets de carrière qui promettent d’être brillants pour s’occuper des enfants.
Aussi le remplacer 'Au Foyer' lorsqu’il a besoin à son tour de liberté de mouvement.
Son tremplin à lui va être assuré : tout va démarrer en flèche.
Après l’avoir empêché de se perdre dans un projet de vie politiquement correct : pour mémoire un projet de carrière de démarchage immobilier pour assurer les subsides familiaux.
Éliane lui offre un tatami pour se déployer à sa mesure de liberté de mouvement.
On sait combien chez lui le tapis de judo relève d’un talent : IL VA S’Y DÉPLOYER.
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