Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07259.jsonl.gz/1141

Il y a 99 ans, l’une des premières émissions de radio suisses connues fut retransmise sur les ondes. À Lausanne, la station de radiocommunication aéronautique «Champ-de-l’Air» diffusa un récital de chant en direct depuis le studio et marqua ainsi les débuts de la radio suisse. Dans les années 1920, écouter la radio était une expérience nouvelle, source de fascination et synonyme d’aventure. Plongée dans l’époque pionnière de la radio.
Juri Jaquemet
Dr. phil., Conservateur Technologies de l’information et de la communication, Musée de la Communication, Berne
L’idée n’était pas complètement nouvelle; dès la fin du XIXe siècle, de la musique en direct fut diffusée par des lignes télégraphiques et téléphoniques. À Paris, les personnes aisées pouvaient s’abonner au «Théâtrophone» et écouter aux combinés téléphoniques des opéras en stéréo, depuis chez eux. Le téléphone, c’était la radio avant l’heure. L’idée d’utiliser la technologie de la télégraphie sans fil pour la transmission de la voix ou de la musique était donc en gestation. C’est alors que Guglielmo Marconi jeta les bases de l’utilisation des ondes radio. En 1896, l’Italien déposa son premier brevet et en 1909, il reçut le prix Nobel de physique pour ses travaux pratiques sur la radiotélégraphie. Les récepteurs d’ondes radio firent leur apparition dans les horlogeries suisses dès 1910. Grâce au signal horaire de la tour Eiffel, les horlogers pouvaient régler les montres mécaniques avec précision et vérifier leur fonctionnement.
La première émission de radio diffusée en direct de Suisse.RTS
Il est souvent difficile de définir historiquement les «premières fois» avec certitude. Il en va de même pour les «premières» émissions de radio suisses. La radio aéronautique de Lausanne, par exemple, revendique la paternité des premières diffusions. En 1922, Roland Pièce (1897-1972), technicien et radiotélégraphiste diplômé, acheta en France une station de radiocommunications aéronautiques pour l’aérodrome de Lausanne-Blécherette. En août de la même année, l’émetteur «Champ-de-l’Air» fut mis en service. Cette station de radio aéronautique n’était pas située directement sur l’aérodrome, mais dans la ville de Lausanne, au nord de la cathédrale. L’émetteur de Lausanne, nommé d’après le lieu-dit, se trouvait dans des locaux mis à disposition par la ville de Lausanne. Le «Service météorologique vaudois» voisin fournissait des données et des prévisions météorologiques pertinentes pour la ligne d’aviation Paris-Lausanne. Étant donné qu’un seul vol par semaine avait lieu, Roland Pièce avait le temps de réaliser des expériences avec l’installation. En septembre 1922, il diffusa ainsi de la musique avec un phonographe à cylindres de cire et divertit le personnel navigant par un micro de radio. Dans ses mémoires, il raconte avoir également diffusé l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini lors de cette première. L’émetteur du «Champ-de-l’Air» fut officiellement inauguré le 26 octobre 1922. Roland Pièce et ses collaborateurs organisèrent en secret, depuis le studio, une première émission de radio diffusée à l’hôtel Beau Rivage sur les rives du lac Léman à Lausanne-Ouchy. Un ensemble chanta en direct dans la salle de diffusion et offrit ainsi à un conseiller fédéral, à des hauts fonctionnaires des PTT, à l’ambassadeur de France et à des représentants de la ville de Lausanne et du canton de Vaud leur première expérience avec ce nouveau média. C’est ainsi que Roland Pièce décrit la manière dont les choses se sont déroulées dans ses mémoires publiées en 1972. Cependant, aucun des journaux quotidiens de la région ne fit référence à cet événement. La Gazette de Lausanne ne rapporta un événement similaire que le 30 avril 1923.Ce qui est certain, en revanche, c’est que dès 1922, la Confédération s’assura par la loi le contrôle du nouveau média en tant qu’autorité concédante et de haute surveillance. Les tâches de régulation furent transférées au département des postes (PTT). En 1923, la Confédération autorisa les premières émissions radiophoniques régulières avec les émetteurs de radiocommunications aéronautiques. Plusieurs radiodiffuseurs virent alors le jour. Lausanne émit officiellement à partir de 1923, Zurich en 1924, Berne et Genève en 1925 et Bâle en 1926. La première véritable station de radiodiffusion de Suisse appartenait à Radio Zürich et émettait depuis Höngg. Dans les années 1920, les radiodiffuseurs étaient financés par les redevances de réception des concessionnaires et par des contributions de sources privées et publiques. Les publicités étaient interdites et les radiodiffuseurs étaient souvent à court d’argent. Le nouveau média comptait de plus en plus d’adeptes. Les concessions de réception gérées par la Confédération passèrent d’un millier en 1923 à plus de 100 000 en 1930.
Première réception radio
Mais à quoi pouvait bien ressembler la réception radiophonique dans les foyers dans les années 1920? Les récepteurs à cristal, courants à l’époque, fonctionnaient à l’aide d’un petit morceau de cristal de pyrite fixé sur le dessus de l’appareil. Il fallait positionner minutieusement un ressort pointu sur un point approprié du cristal. Ce dernier redressait les oscillations à haute fréquence des ondes radio, et servait donc de démodulateur. Cette radio de conception extrêmement simple convertissait ainsi les ondes radio pour les rendre audibles. Le signal n’était pas amplifié. Cela signifie que seuls des émetteurs puissants et suffisamment proches pouvaient être réceptionnés. L’écoute se faisait au moyen d’un casque et l’énergie nécessaire au fonctionnement provenait des ondes radio elles-mêmes. Les composants de ces premières radios étaient généralement vendus individuellement. Pour écouter la radio, il fallait donc tout d’abord bricoler un poste. Une publicité du magasin spécialisé zurichois «Photo-Bär» dans le journal Neue Zürcher Nachrichten du 30 octobre 1924 donne une idée du coût que cela représentait: casque compris, le montant total était de 40-50 francs, ce qui correspond au moins à 200-300 francs aujourd’hui. Les appareils équipés d’une alimentation externe et de récepteurs à plusieurs circuits et tubes étaient plus chers et plus complexes à monter. En général, l’écoute s’effectuait également avec un casque. Les auditeurs devaient donc rester à côté de l’appareil.Par ailleurs, il existait des haut-parleurs à pavillon. Le son était produit par la vibration d’une membrane dans une caisse de résonance. Comme pour le phonographe ou le gramophone, ce signal acoustique était amplifié à l’aide d’un pavillon. L’expérience d’écoute était probablement similaire à celle de ces appareils. Des haut-parleurs dynamiques plus puissants, dotés de bobines et d’aimants, ne sont apparus sur le marché qu’après 1925. En plus du récepteur, une antenne externe était indispensable. Les solutions improvisées ne manquaient pas. Les fils étaient installés et tendus dans le grenier ou entre la maison et un arbre proche.La réception de la radio dans les années 1920 peut difficilement être comparée au confort d’écoute d’aujourd’hui. Les craquements, les sifflements et les bruits étaient monnaie courante. Aujourd’hui, l’expérience nous semblerait difficilement supportable. Les appareils électriques du foyer, tels qu’un chauffage allumé, ou le passage d’un tramway altéraient considérablement la réception. En outre, les stations étrangères diffusaient souvent des émissions de meilleure qualité, ce qui ne manqua pas d’être critiqué, comme dans la NZZ du 26 septembre 1924: «Les programmes de Zurich sont d’une richesse remarquable; mais il est dommage que cette belle musique ne soit pas mieux retransmise. Autant les performances des orchestres radiophoniques de Londres ou de Bruxelles émettent un son doux et plein, naturel et puissant, autant elles semblent dures, faibles et rauques quand elles sont diffusées sur la radio zurichoise.»Le programme radio des stations suisses était publié dans le journal local. Les émissions étaient diffusées l’après-midi et le soir. Les informations, le bulletin météo et le signal horaire émis régulièrement structuraient le programme. De la musique classique et folklorique était retransmise en direct ou en différé. Des lectures, des conférences, des pièces radiophoniques, des entretiens et des sermons complétaient le programme. Dès le début, les stations essayèrent de toucher différents groupes cibles. Le 9 avril 1927, par exemple, Radio Berne diffusa une émission pour enfants sur le thème du lapin de Pâques «Kinderstunde von Frl. Gsell, Bern: Etwas vom Osterhasen».La création de la Société suisse de radiodiffusion (SSR) en 1931 marqua la fin de l’ère pionnière de la radio en Suisse. Dès lors, la SSR disposa d’un monopole et alimenta la Suisse en programmes radio via les stations nationales. De nombreux pionniers de la radio des années 1920 travaillèrent alors pour la SSR ou les PTT. Roland Pièce devint responsable technique de l’émetteur national de Sottens.
Il était désormais plus simple de réceptionner et d’écouter les signaux radio. Il n’y avait plus besoin de bricoler un poste. Les appareils étaient commercialisés dans des magasins spécialisés. Les antennes étaient plus maniables et les noms des stations nationales étaient inscrits sur les cadrans des radios - pour régler une station, il suffisait de tourner un bouton. Le son sortait désormais d’un haut-parleur et la radio pouvait s’écouter confortablement installé ou en tout vaquant à ses occupations. L’aventure de l’époque pionnière est ainsi devenue un média de masse.
Le changement climatique contraint la Suisse aussi à adopter rapidement les énergies renouvelables. L’électrique a le vent en poupe, ce qui rappelle la vague d’électrification qui a submergé notre pays il y a fort longtemps, à la fin du XIXe siècle. Peut-on dresser des parallèles avec cette époque? Traversons-nous actuellement une période d’électrification 2.0?
Les stations de télévision n’ont pas toujours diffusé des programmes en continu. Les interruptions tard le soir et le matin étaient symbolisées par la mire des PTT. Retour sur une époque pas si lointaine – la disparition de la mire n’est pas si ancienne – où l’on savait lever le pied.
Le 1er octobre 1968, la première émission régulière en couleurs passait sur les téléviseurs de Suisse. Cet événement historique pour le petit écran ne put avoir lieu qu’au terme d’une longue bataille pour le choix des standards techniques.