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Maladies tropicales: migrants, une population à risque
En Suisse, 7% de la population est composée de migrants originaires de pays extra-européens, sans compter les personnes sans autorisation de séjour valable. Leur statut et leurs conditions de vie diffèrent entre les travailleurs, les demandeurs d'asile ou encore les étudiants. Par rapport aux autochtones, cette population est plus exposée à certaines maladies parasitaires. Cette tendance s'explique de plusieurs manières: il y a tout d'abord l'exposition à ces maladies infectieuses dans le pays d'origine; mais les migrants courent aussi un risque plus grand que les touristes quand ils rendent visite à leur famille, car ils ont un contact plus étroit avec la population locale et vont rarement consulter un médecin avant leur départ.
Statistiques
Les chiffres attestent le phénomène selon lequel les migrants originaires d'un pays extra-européen seraient plus touchés par les maladies virales ou bactériennes. C’est le cas de l'hépatite B, dont le taux est six fois plus élevé chez les migrants, et varie en fonction du pays d'origine. Par exemple, 10% des migrants venant d'Afrique subsaharienne ou d'Asie de l'Est sont porteurs de l'hépatite B. Il est donc important de recommander une vaccination à cette population sensible.
Souvent négligées, certaines maladies parasitaires ne produisent aucun symptôme pendant des années. Pourtant, en cas d'absence de traitement, les complications peuvent être graves. De plus, en cas de co-infection avec une maladie virale ou bactérienne, l’état du patient est souvent aggravé. Ainsi, une personne infectée par le VIH risque de voir sa maladie évoluer plus rapidement, et pour une hépatite B, la détérioration du foie pourra être accélérée.
Schistosomiase
Cette maladie parasitaire s'acquiert par un contact de la peau avec de l'eau douce contaminée par des larves du parasite. Elle sévit principalement dans les régions d'Afrique subsaharienne et se manifeste sous deux formes: intestinale ou uro-génitale. Le type intestinal peut provoquer des douleurs abdominales, de la diarrhée ou encore une perte d'appétit. Quant à la forme uro-génitale, elle entraîne parfois des difficultés à uriner voire même une insuffisance rénale. Heureusement, l'unique traitement disponible (Praziquantel, par voie orale) est simple, efficace et peu coûteux.
Strongyloïdose
La strongyloïdose (ou anguillulose) fait aussi partie de ces maladies parasitaires. Elle se contracte lors de la pénétration dans la peau de larves présentes sur des sols humides ou boueux. Les parasites femelles pondent ensuite leurs œufs dans l'intestin grêle. Si elle n'est pas traitée, l'infection peut durer plusieurs années. Des douleurs abdominales ou des troubles digestifs peuvent survenir mais cette maladie ne produit souvent aucun symptôme. Les patients dont le système immunitaire est affaibli ont un risque de mortalité très élevé si les larves migrent vers d'autres organes. Pour les autres, une dose d'ivermectine, médicament le plus souvent utilisé, permettra de guérir sans problème et d'éliminer les vers présents dans l'organisme.
Maladie de Chagas
Essentiellement présente en Amérique centrale et du Sud, la maladie de Chagas se transmet par la piqûre d'une punaise porteuse d’un parasite, mais elle peut aussi être congénitale, survenir lors de transfusions sanguines ou de transplantations d'organes. Une fois dans l'organisme humain, le parasite trouve refuge dans les muscles cardiaques ou digestifs. Les symptômes ne se manifestent souvent que des dizaines d'années après l'infection. 20 à 30% des personnes infectées développent des complications cardiaques (arythmie, insuffisance cardiaque, etc.). En cas de co-infection par le VIH, cette maladie parasitaire peut provoquer des atteintes du système nerveux central ainsi que des problèmes cardiaques.
Comme les maladies parasitaires tropicales se manifestent souvent des années après l’infestation, il est important de les détecter et de les traiter le plus rapidement possible, en prêtant une attention particulière aux migrants.
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Référence
Adapté de «Maladies tropicales persistantes chez les migrants», Dr Laurent Gétaz, Dr Juan Carlos Lozano Becerra, Dr Hans Wolff, Service de médecine pénitentiaire, Pr. François Chappuis, Service de médecine tropicale et humanitaire, Département de médecine communautaire, de premier secours et des urgences, HUG, Dr Pedro Albajar-Vinas, Département de lutte contre les maladies tropicales négligées, OMS, Genève. In Revue Médicale Suisse 2014;10:827-832, en collaboration avec les auteurs.