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La nature de la connaissance
L'organisme biologique constituant le point de départ du sujet connaissant, la connaissance est conçue comme une adaptation cognitive prolongeant, tout en la dépassant, l'adaptation biologique de l'organisme à son milieu. Les processus interactifs et adaptatifs, en jeu dans l'évolution des connaissances, s'accompagnent d'une modification graduelle de l'organisation cognitive. Ils engendrent un double mouvement de reconstruction de l'objet par le sujet, à partir des actions qu'il exerce sur lui, et d'élaboration de nouveaux instruments de connaissances, permettant au sujet de vaincre progressivement les résistances de l'objet. La connaissance n'est donc jamais une copie de la réalité, mais une reconstruction active de celle-ci à partir de nos propres actions sur l'objet et de leurs résultats. Elle procède d'un état d'indifférenciation relative et de confusion initiale entre ce qui relève du sujet et ce qui relève de l'objet, et elle se développe à travers leur différenciation et leur coordination croissantes. Ce sont ces processus de différenciation, de coordination et d'intégration hiérarchique qui vont engendrer la construction solidaire de connaissances objectives (connaissances physiques) et d'instruments déductifs (connaissances logico-mathématiques) servant à élaborer ces connaissances.
©Marie-Françoise Legendre
Toute extrait de la présente présentation doit mentionner la source: Fondation Jean Piaget, Piaget et l'épistémologie par M.-F. Legendre
Les remarques, questions ou suggestons peuvent être envoyées à l'adresse: Marie-Françoise Legendre.
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(...) la connaissance ne saurait être conçue comme prédéterminée ni dans les structures internes du sujet, puisqu'elle résulte d'une construction effective et continue, ni dans les caractères préexistants de l'objet, puisqu'ils ne sont connus que grâce à la médiation nécessaire de ces structures et que celles-ci les enrichissent en les encadrant (...). E.G., p.5
Bref, n'importe quelle connaissance comporte toujours un facteur fondamental d'assimilation, qui seul confère une signification à ce qui est perçu ou conçu. B.C., p. 21 Connaître ne consiste, en effet, pas à copier le réel mais à agir sur lui et à le transformer (en apparence ou en réalité), de manière à le comprendre en fonction des systèmes de transformations auxquels sont liées ces actions. B.C., p.22
La connaissance consiste essentiellement, en effet, non pas seulement à acquérir et à accumuler des informations, mais encore et surtout (...) à les organiser et à les régler par des systèmes d'autocontrôles orientés vers des adaptations, autrement dit vers la solution de problèmes. B.C., p. 95
Assimilation
Nous prenons le terme d'assimilation au sens d'une intégration à des structures préalables (...) qui peuvent demeurées inchangées ou sont plus ou moins modifiées par cette intégration même, mais sans discontinuité avec l'état précédent, c'est-à-dire sans être détruites et en s'accommodant simplement à la nouvelle situation. B.C., p. 20
Mais l'assimilation n'est qu'une notion fonctionnelle et non pas structurale, c'est-à-dire qu'il existe un grand nombre de structures différentes d'assimilation, ce qui permet précisément d'y englober les structures cognitives. (...) Il est évident que l'assimilation cognitive est une incorporation fonctionnelle et non pas matérielle des objets, en ce sens qu'elle les intègre en des schèmes d'action ou de perception et ne les soumet donc pas à des transformations chimiques, sauf précisément dans les réactions physiologiques propres aux perceptions élémentaires. B.C., p. 88
Accommodation Nous appellerons accommodation (par analogie avec les «accommodats» biologiques) toute modification des schèmes d'assimilation sous l'influence de situations extérieures (milieu) auxquelles ils s'appliquent. Mais de même qu'il n'y a pas d'assimilation sans accommodation (antérieures ou actuelles), de même il n'y a pas d'accommodation sans assimilation: cela signifie que le milieu ne provoque pas simplement l'enregistrement d'empreintes ou la formation de copies, mais qu'il déclenche des ajustements actifs et c'est pourquoi nous ne parlons que d'«accommodation» en sous-entendant «accommodation de schèmes d'assimilation. B.C., p. 25
Complémentarité de l'assimilation et de l'accommodation (...) par le fait même que l'assimilation et l'accommodation vont toujours de pair, le monde extérieur ni le moi ne sont jamais connus indépendamment l'un de l'autre: le milieu est assimilé à l'activité du sujet en même temps que celle-ci s'accommode à celui-là. En d'autres termes, c'est par une construction progressive que les notions du monde physique et du moi intérieur vont s'élaborer en fonction l'un de l'autre et les processus d'assimilation et d'accommodation ne sont que les instruments de cette construction, sans jamais représenter le résultat lui-même. N.I., pp. 124-125.
En un mot l'assimilation et l'accommodation ne sont pas deux fonctions séparées, mais les deux pôles fonctionnels, opposés l'un à l'autre, de toute adaptation. B.C., pp. 244-245.
Adaptation cognitive
On peut définir l'adaptation (...) comme un équilibre entre l'assimilation et l'accommodation. (...) La raison en est que sans assimilation, il n'y a pas adaptation au sens biologique du terme (...). B.C., pp. 243-244.
Organisation cognitive (...) l'organisation cognitive prolonge l'organisation vitale et introduit donc une équilibration dans les secteurs où l'équilibre organique demeure insuffisant, en son champ et en ses réalisations mêmes. Mais les régulations et l'équilibre cognitifs diffèrent précisément de l'équilibration vitale en ce sens qu'ils réussissent là où celle-ci demeure incomplète. B.C., p. 490.
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