Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07041.jsonl.gz/184

Session francophone 2008 (prof E. Decaux, membre du Comité Consultatif)
La Déclaration sur la race et les préjugés raciaux adoptée par Conférence générale de l'Unesco le 27 novembre 1978 définissait le racisme comme "toute théorie faisant état de la supériorité ou de l'infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques [...]" (article 2).
Il s'agit d'une définition technique qui ne correspond pas au sens du mot tel qu'on l'utilise dans le langage courant. Pour éviter tout malentendu entre le sens technique et le sens courant, qui est beaucoup plus large, le mot "racisme" n'est presque plus employé seul, car on préfère expliciter les notions comprises sous ce mot. Ainsi, en lieu et place du mot "racisme" trouve-t-on toujours dans les textes une énumération telle que formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et toutes formes de discriminations (cf. E/CN.4/2003/24). Au sens large, le mot racisme a donc perdu sa signification première et est devenu pratiquement synonyme de discrimination.
En remplacement de la définition restrictive de l'UNESCO, est-il possible de donner une définition du racisme dans son acception actuelle ? Une attitude raciste consiste toujours à ne pas reconnaître à l'autre un droit que l'on reconnaît pour soi-même. Selon le droit nié chez l'autre, on trouvera tout l'éventail des différentes formes de discriminations, depuis le droit à la vie pour les formes les plus graves jusqu'au non-respect d'un droit économique, social et culturel pour les formes les plus subtiles.
Face à des situations humaines complexes ou tragiques, certains croient que le mieux à faire est de concentrer tous leurs efforts sur les droits civils et politiques, qu'il convient d'assurer avant que de promouvoir les droits économiques sociaux et culturels. Une telle attitude, même si elle part d'une volonté de préserver ce qui leur paraît essentiel, est contraire au principe de l'indivisibilité du droit.
Le principe de l'indivisibilité ne doit pas être perçu simplement comme une convention juridique visant à harmoniser les différents droits entre eux, car il constitue la reconnaissance juridique de l'unité de la personne humaine. Considérer les droits civils et politiques indépendamment des droits économiques sociaux et culturels revient à vider ces droits de leur raison d'être. En effet, les droits à la vie, à l'alimentation, à l'eau et à l'hébergement ne se comprennent que s'il s'agit d'assurer la survie d'un sujet appelé à s'épanouir par l'éducation, et à devenir un acteur de la société civile, libre de s'exprimer, de fonder un foyer et de s'engager dans divers types d'initiatives... En d'autres termes, on ne proclame pas le droit à la vie pour que les hommes se contentent de vivre et le droit à l'alimentation seulement pour qu'ils se nourrissent, mais pour qu'ils puissent vivre en tant qu'homme. En laissant de côté les droits dits "de seconde génération", on néglige ce qui est propre à l'homme et on se concentre uniquement sur ce que l'homme partage avec les autres êtres vivants. Or si l'homme n'avait rien de différent des autres êtres vivants, il n'y aurait jamais eu besoin de droit.