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Voilà 20 ans que Simon Ammann a surgi d'une ferme du Toggenburg pour devenir la figure emblématique du saut à ski, plus généralement une frimousse célèbre, après sa double victoire aux Jeux olympiques de Salt Lake City. Depuis tout ce temps, la popularité de «Simi» n'est pas descendue. Lui, oui: à 40 ans, il ne saute plus aussi loin que ses rivaux. Le départ à la retraite semble plus proche que jamais.
Il y a 20 ans, donc, un jeune journaliste se rendait au Toggenburg sous une tempête de neige pour la première grande interview du double champion olympique. Nous y sommes retournés il y a quelques jours. Outre le thème actuel de la retraite, nous avons confronté Simon Ammann exactement aux mêmes questions qu'en mars 2002. Lui qui disait déjà: «Ma carrière pourrait durer...»
Savez-vous déjà que votre saut à la finale de la Coupe du monde était le dernier de votre carrière?
SIMON AMMANN: Non.
Dans une interview télévisée à la fin des JO, vous avez parlé ouvertement de vos réflexions sur la retraite. Le grand saut dans l'après-carrière est-il tout aussi difficile que le saut à ski parfait?
Oui, et pour deux raisons. D'une part, de nombreux athlètes aimeraient pratiquer leur sport le plus longtemps possible. En même temps, cela réduit leurs chances d'arrêter au moment idéal. Personnellement, je n'ai jamais cherché ce moment-là. Je recherche davantage le sentiment intime que c'est assez, que ça suffit pour moi. Ce sentiment peut se manifester de plusieurs manières. Il arrivera peut-être un jour où je me lasserai de tous les efforts à l'entraînement. Où je ne supporterais plus ma vie de sauteur à ski, avec tous les déplacements et les semaines loin de la maison. Je suis sans doute au début d'un processus. Mais votre question soulève un autre problème.
Lequel?
Quel est exactement le départ à la retraite parfait? L'expression est très idéalisée. Comprenez-moi bien: j'ai maintenant 40 ans et je fais beaucoup pour garder la forme. Rester en pleine forme est un objectif important pour de nombreuses personnes. Je trouve que c'est un objectif louable, pour moi aussi. Il est très rare dans le sport de haut niveau d'être toujours performant à 40 ans.
Un journaliste vous a imploré en direct à la télévision de continuer. Trouvez-vous cela touchant? Gênant?
Les Jeux olympiques ont été très émouvants pour moi. C'est pourquoi j'ai pris la décision de ne plus commenter mon éventuel départ à la retraite. Depuis, j'avance beaucoup plus clairement sur les aspects concrets de la décision.
Pour de nombreux athlètes, la question d'arrêter ou de continuer est toujours plus présente après des Jeux olympiques. Est-ce un moment charnière pour vous aussi?
En partie. En partie... Disons que les fin des JO coïncide toujours avec la fin d'un objectif majeur. La question devient: comment remplir ce vide. Personnellement, je n'ai aucune envie de décider là, maintenant. Après les Jeux, je me suis concentré sur les trois derniers concours de la saison. Je n'aurais aucun problème à prendre une décision en été ou en automne. Il me manque encore quelque chose, il y a un petit goût d'inachevé.
A quel sujet?
On a encore vécu une saison particulière, souvent sans spectateurs et dans une ambiance étrange. Si vous sautez devant une foule, si vous êtes reconnu en tant que personne et pour vos qualités professionnelles, vous avez le sentiment que tout cela a un sens. Mais cet hiver encore, c'était très difficile d'éprouver ce sentiment. Toutes les compétitions en Allemagne et en Autriche se sont déroulées sans public. C'est totalement fade. Je me laisse la possibilité, peut-être même sans objectifs concrets, de participer à quelques compétitions supplémentaires. Je n'arrive pas encore à me décider.
De nombreux sauteurs à ski peinent à accepter leur situation quand ils arrêtent leur carrière. Est-ce uniquement lié au caractère de ces personnes ou également au type de sport que vous pratiquez?
Tout est lié! On ne choisit pas le saut à ski par hasard. La difficulté d'arrêter vient aussi du fait qu'on ne peut plus pratiquer notre sport, même pour le plaisir, contrairement à presque tous les autres sports. Accepter cette fin-là est difficile pour de nombreux sauteurs. Sans aucun doute, je suis resté aussi longtemps dans ce sport parce que je voulais être moi-même, fidèle à ce que j'aime. Ce que vous voulez pour vous-même est bien plus important que la façon dont vos décisions sont commentées à l'extérieur. De la même manière qu'une personne normale ne peut pas s'imaginer sauter d'un tremplin avec des skis, un sauteur à ski ne devrait pas laisser quiconque imaginer sa fin de carrière. Mais l'athlète est souvent lui-même piégé par ces réflexions.
Qu'est-ce qui vous rend triste dans la vie?
Quand les choses ne vont pas bien pour ma famille. Dans ce cas, je suis naturellement inquiet. Je veux créer le meilleur environnement possible pour moi et ma famille.
Si vous vous comparez au Simon Ammann de 2002: étiez-vous naïf à l'époque, face à la célébrité qui s'est emparée de vous et dont vous avez parfois semblé perdre le contrôle?
Non. À l'époque, je connaissais assez clairement mon potentiel pour les Jeux olympiques de Salt Lake City. Avec l'engouement qu'ont suscité mes deux médailles d'or, j'ai vécu dans la tourmente et l'urgence. J'étais juste un de gars de 20 ans, avec l'expérience d'un gars de 20 ans. Avec le recul, je ne dirais pas que c'était naïf. A cet âge, on a envie de sortir, de découvrir le monde, de se montrer. J'ai été complice de cette agitation. À ce moment-là, ma situation me convenait parfaitement, y compris en termes de performances sportives.
Les valeurs matérielles sont-elles secondaires dans votre vie?
Je veux pouvoir faire quelque chose de bien en relation avec mes compétences. De ce point de vue, je suis probablement beaucoup plus proche d'«Eddie the Eagle». Au sommet de sa popularité, il a dit un jour qu'être invité à un grand match de football signifiait peu pour lui. Il préfère jouer lui-même. Pour moi aussi, il n'y a probablement pas de meilleur moment que de se rendre en voiture dans le haut Toggenburg et de se mettre au boulot. Ce style de vie m'apporte beaucoup plus de satisfaction que les choses matérielles. Je n'ai jamais ressenti le besoin de conduire une grosse motoneige.
Quels objectifs professionnels poursuivez-vous réellement?
J'essaie de m'organiser pour poursuivre et compléter mes études commerciales. En fait, j'aurais aimé devenir ingénieur. Mais à un moment donné, à côté du sport, il n'y a plus beaucoup de place. Après, je ne sais pas exactement quelles sont les possibilités. Certainement que la décision reposera aussi sur une considération économique.
Quelle est la question la plus stupide à laquelle vous ayez eu à répondre?
J'ai trouvé amusant qu'on me demande parfois, au cours de ces dernières années, si je faisais encore du saut à ski. Mais ce n'est pas la réponse à votre question. Je ne peux pas citer d'exemple précis, mais le saut à ski reste un sport de niche en Suisse et, par conséquent, l'intervieweur ne sait pas toujours exactement de quoi il en retourne. Cela crée des situations où, de notre point de vue, il faut expliquer les petites choses du quotidien. Dans de tels moments, on aimerait parfois enregistrer une réponse sur clé USB et la donner direct au journaliste (rires).
Adaptation française: Christian Despont
Avez-vous déjà fait des achats dans un magasin Kiosk, en Suisse?
Daniel Rodriguez: Bien sûr. Mon dernier achat, c'était un sandwich et un journal. Dès que je voyage en Europe, j'achète un journal... allemand. Je suis allé dans une école allemande quand j'étais au Chili.