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Inégalités salariales : 1:12, vite !
Les écarts salariaux continuent de se creuser dans notre beau pays. En 2009, les différences entre le plus bas salaire et le salaire moyen des dirigeants d'un groupe se sont accentuées de 18 % par rapport à 2008, et de 70 % par rapport à 2002. La crise a provoqué un recul du chiffre d'affaire, un diminution des bénéfices, des suppressions d'emploi, mais le salaire moyen des membres de la direction de 27 groupes a augmenté de 20 % entre 2008 et 2009, pendant que ces groupes supprimaient 7300 emplois en Suisse . A l'UBS, renflouée grâce aux fonds publics, le rapport entre les revenus des dirigeants et ceux des salariés les plus mal payés est même passé de 51:1 à 1190:1... « Travail Ssuisse », qui a donné ces chiffres lundi, exige une limitation des bonus à un mois de salaire, la suppression des indemnités d'entrée ou de départ des dirigeants, et l'imposition des bonus de plus d'un million. C'est un début, mais on peut faire mieux : signer l'initiative lancée par la Jeunesse Socialiste, et soutenue par le PS, l'initiative « 1:12 » qui exige que le salaire des dirigeants d'une entreprise ne dépasse pas le dodécuple de celui de l'employé-e le-la plus mal payé-e...
Deux initiatives valent mieux qu'une rancoeur
Or donc, le directeur général du Crédit Suisse, Bradley Dougan, banquier le mieux rémunéré d'Europe, aura touché en 2009 90 millions de francs, soit 1812 fois plus que son employé le plus mal payé. Qui a d'ailleurs encore de la chance d'être employé, parce qu'il aurait fort bien pu se retrouver au nombre des 7300 personnes licenciées en Suisse par les vingt-sept entreprises dont « Travail Suisse » a analysé les écarts salariaux, parfois gigantesques, y compris dans des entreprises dont la survie a dépendu d'un apport massif d'argent public : en 2009, Oswald Grübel, directeur général d'UBS, a gagné 16 millions de francs, 57 % de plus que son prédécesseur de 2007. L'écart salarial entre son revenu et le plus bas des revenus des employés de la banque s'est accru de 753 %, Grübel touche 327 fois ce que touche le salarié du bas de l'échelle, l'écart moyen entre la rémunération des membres de la direction d'UBS (9,4 millions par an en moyenne) et les salariés les plus mal payés de la banque a augmenté de 270 %. Et l'UBS a licencié 2300 personnes en Suisse l'année dernière. Alors bon, que l'Assemblée générale des actionnaires de l'UBS ait refusé de voter la « décharge » des anciens dirigeants de la banque (Ospel et compagnie) pour 2007, et ait failli même refuser d'accepter (dans un vote purement consultatif, d'ailleurs) la politique des primes et bonus divers et variés accordées par ladite direction, la direction de l'UBS peut s'en payer le luxe. Surtout que ça ne concerne que des gens qui ont démissionné ou ont été démissionnés de leur poste depuis. Et que ça ne change rien aux politiques salariales de cette banque, tout à fait conformes au « standard » de celles des entreprises étudiées par « Travail Suisse », ni à la persistance de bas et de très bas salaires dans le pays du banquier le mieux payé d'Europe -un pays où les écarts de revenus s'accroissent jusqu'à l'indécence la plus crasse, et qui ne connaît aucun salaire minimum légal, qui pourrait concourir, avec les salaires minimaux conventionnels, à un minimum d'équité. Mais seulement à un minimum. Des dispositions contraignantes sur les écarts salariaux sont donc nécessaires, quand l'amélioration du niveau de vie de ceux dont le niveau de vie n'avait pas besoin d'être amélioré est trente fois supérieure à celle dont le niveau de vie en avait grand besoin. Ces dispositions contraignantes, l'initiative 1:12 les proposent. Dès lors, plutôt que de ruminer nos rancœurs sociales dans notre coin, signons cette initiative, et préparons nous à soutenir celle que vont lancer le PS et les syndicats, pour un salaire minimum.