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il y a des raisons de croire que les gens d'Unterwalden devaient y tenir leur place, et ce ne serait peut-être pas dépasser la limite des conjectures permises, que de chercher dans cette confraternité d'armes, une des causes qui, en ce moment même, concouraient à réunir dans une même alliance les habitants des futurs « petits cantons. »
Ce qui est sûr, c'est que l'esprit militaire dont ils se montraient alors animés n'eut pas pour seul résultat de les pousser sous des drapeaux étrangers, et que, loin de les rendre indifférents à l'indépendance nationale, le jour devait venir, au contraire, où il devait leur servir à la défendre et à la consolider. Ils avaient, en attendant, de nouveaux efforts à faire, les uns pour la conserver, les autres pour la conquérir. Jusque-là les Waldstàtten avaient le plus souvent isolément agi ; désormais ils agiront en commun. Les franchises dont ils jouissent, inégalement réparties, leur semblent également menacées; ils vont travailler à les rendre pour chacun d'eux identiques et sûres. La mort du roi Rodolphe, qui a déjà rapproché Schwyz et Uri, entraîne dans leur alliance la vallée de Stanz, à laquelle devait plus tard se joindre celle de Sarnen, et le pacte du 1er août 1291, qui ouvre la série des ligues helvétiques, et qui représente ainsi, dans le droit public suisse, l'origine de la Confédération, est aussitôt conclu. Schwyz garde dans ses archives ce précieux document, sur lequel près de six siècles ont passé, sans détruire ni le parchemin où il fut écrit, ni les alliances qui sont successivement venues se grouper autour de celle dont il est l'authentique expression.
IV
LE PACTE DE 1291,".
Formé entre les hommes de la vallée d'Uri, la communauté de la vallée de Schwyz (universitas vallis de Switz) et celle des gens d'Entremonts de la vallée inférieure (communitas Intramontanorum vallis inferioris), le pacte de 1291 est un traité d'assurance mutuelle (invicem sibi ussistere), d'une part, contre les attaques du dehors, de l'autre, contre les désordres du dedans. Le motif qui engage les contractants à s'unir, c'est « la malice du temps » (maUdam temporis attendentes); le but qu'ils se proposent en s'unissant, c'est d'être mieux en état de défendre leurs personnes, leurs biens et leurs droits (se et sua in statu debito melius conservare). A cet effet, lesdites communautés s'obligent à se donner réciproquement secours par tous les moyens en leur pouvoir (toto posse, Mo nisu), chez elles et hors de chez elles (infra voiles et extra), contre tous ceux qui porteront une atteinte violente, ou causeront quelque tort, soit à tous, soit à quelqu'un des leurs. Elles se déclarent prêtes à repousser les agressions hostiles d'où qu'elles viennent (contra impetus malignorum resistere), et renouvellent, à cette occasion, par serment, l'antique confédération qu'elles avaient déjà jurée (antiquam confederationis formant juramento vallatatn innovando); sous la réserve, toutefois, que chacun de leurs membres sera tenu, selon sa condition (juxta sui nominis conditionem), de rendre à son seigneur la soumission et les services qui lui sont dus (domino suo convenienter subesse et servire).
Voila pour ce qui regarde l'assistance fédérale contre les attaques du dehors. Voici pour ce qui concerne Pintérieur des Etats confédérés.
Les dites communautés, d'un avis unanime (favore unauimi), s'engagent à ne recevoir aucun juge (par où il faut entendre le représentant de l'autorité souveraine), qui ait acquis sa charge à prix d'argent ou qui soit étranger à leurs vallées (qui noster incola vel provmcialis non fuerit). Mais outre cette réserve, et afin de mettre à l'abri de tout danger la sécurité commune, lès confédérés stipulent qu'ils se chargeront eux-mêmes d'exercer au milieu d'eux la haute juridiction pénale. S'il s'agit de discordes intestines qui troublent la paix du pays, c'est à des arbitres (prudenciores) que sera remis le soin d'intervenir pour réconcilier ou pour réprimer les fauteurs de troubles; dans ce dernier cas, les confédérés s'engagent à donner au jugement force de loi. Ils prennent de même l'engagement de punir de mort les meurtriers, de retrancher de leur sein l'incendiaire, de confisquer les biens du spoliateur injuste pour dédommager celui auquel il a fait tort. En revanche, dans tout litige privé, chacun sera tenu de comparaître avec sa partie adverse devant les juges auxquels il ressortit (obedire suojudici), et de ne pas se faire justice lui-même en s'emparant des biens de son débiteur. En d'autres termes, la procédure civile suivra son cours ordinaire devant les tribunaux seigneuriaux ou dans les assises de la justice inférieure; mais, ici encore, les confédérés se réservent, si cela est nécessaire (si quis judido rebellis extiterit) de faire exécuter les jugements qui auront été rendus.
« Tous les engagements ci-dessus stipulés, est-il dit en terminant, ont été pris en vue de l'intérêt commun pour durer, si le Seigneur le permet, à perpétuité. »
Tel fut le premier pacte fédéral. Son texte comme son esprit s'accordent exactement avec ce que nous savions de la condition des Waldstâtten au moment où il fut conclu. Il est, d'une part, la conséquence naturelle de leur histoire intérieure ; il est, de l'autre, le résultat nécessaire de l'état d'ébranlement et d'insécurité où la mort de Rodolphe plaçait l'Empire redevenu vacant. De toutes parts, en effet, surgissaient alors, entre les plus proches voisins des trois vallées, des alliances protectrices, qu'on avait, depuis longtemps, pris l'habitude de contracter dans les temps d'anarchie et de perturbation.
Celle que, pour leur propre compte, forment les Waldstâtten, paraît moins, à première vue, un acte formel d'émancipation, qu'un acte.de mutuelle garantie: ni les droits de propriété ne sont contestés, ni les droits de souveraineté mis en question. Mais les communautés restent juges de ce que chacun doit accorder, d'un côté à son seigneur terrien, de l'autre à son supérieur politique; on respectera les prérogatives des uns, comme il convient (convenienter); on se soumettra à la suprématie des autres, pourvu qu'elle laisse intacts (in statu debito) les priviléges auxquels on estime soi-même avoir droit. Sans que nous puissions connaître en détail ce qui s'était passé dans les Waldstâtten sous le règne de Rodolphe de Habsbourg, nous savons qu'aux yeux d'Dri et de Schwyz ce règne formait une période d'empiétement, où «les bonnes coutumes, telles qu'elles existaient, comme ils disent, avant le temps du roi » (die çwonheit als vor des Chunges ziten) avaient reçu plus d'une atteinte. C'est évidemment pour prévenir le retour d'usurpations semblables, que sont prises les dispositions du pacte relatives à tous ceux (omnes et singulos) qui « machineraient un mal quelconque contre les confédérés ou contre quelques-uns des leurs. » La généralité même de ces termes montrent qu'ils n'impliquent aucune exception, et que les offenses, si elles viennent d'en haut, ne seront pas couvertes par le privilége de la souveraineté. C'était donc mettre une limite et un frein à l'exercice de celle-ci en cas d'abus.
Il résulte, en outre, de la réserve concernant le choix du «juge, » c'est-à-dire du landammann,41 que c'était surtout par l'intermédiaire de ce fonctionnaire, qui relevait du roi dans le pays d'Uri et du comte dans les autres Waldstâtten, que les trois communautés s'effrayaient de voir leur libre développement intérieur compromis ou menacé. Il est vrai que les divers landammanns dont l'histoire fait jusqu'alors mention paraissent toujours avoir été, dans chaque vallée, des membres de la communauté, et il est même infiniment vraisemblable que les hommes qui, à ce moment, remplissaient cette fonction ont concouru, ainsi que nous le verrons plus loin, à la rédaction du pacte. Les précautions prises dans celui-ci supposent donc des faits qui nous sont inconnus, car elles n'ont pas été adoptées sans de justes motifs.
En voulant que le représentant de la puissance souveraine soit choisi parmi les leurs et qu'il n'achète pas sa charge à prix d'argent, les vallées cherchent à se mettre à l'abri d'empiétements et d'exactions dont elles avaient eu à souffrir, ou qu'elles pouvaient craindre, de la part d'étrangers cupides. Il ne faut pas oublier, en effet, que nous ne possédons, sur les incidents particuliers de l'histoire