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La protection civile est l'un des instruments de la politique de sécurité de l'Etat. Depuis 2004, elle fait partie, avec la police, les sapeurs-pompiers, la santé publique et les services techniques, du système coordonné de protection de la population, dont la mission consiste à protéger, sauver et assister les personnes, ainsi qu'à protéger les biens culturels, principalement en cas de catastrophe ou en situation d'urgence (Catastrophes naturelles) et secondairement en cas de conflit armé.
En 1934, dans un contexte de course aux armements et d'augmentation des risques que la guerre aérienne pouvait faire courir à la population civile, la Suisse créa la "défense aérienne passive", organisation de type militaire. Jusqu'à la fin de la guerre, il exista dans les grandes communes des organismes de protection aérienne (dont les membres portaient un uniforme bleu). La création des troupes de protection aérienne en 1951 (Troupes de sauvetage) fut suivie en 1954 d'une première ordonnance sur la protection civile, à l'occasion d'une réorganisation. Après avoir nettement rejeté l'obligation d'équiper d'abris les immeubles existants (1952) et un article constitutionnel qui étendait aux femmes l'obligation de servir (1957), le peuple accepta en 1959 d'inscrire dans la Constitution fédérale un article sur la protection civile. Celle-ci devint avec l'armée et l'approvisionnement économique du pays un des trois piliers de la défense nationale. Son développement s'accéléra dans les années 1960, à cause de la guerre froide. Les lois fédérales sur la protection civile et sur les constructions de protection civile, entrées en vigueur en 1962 et 1964, imposèrent la création d'organismes ad hoc dans les communes de plus de 1000 habitants, l'obligation de servir (pour les hommes de nationalité suisse âgés de 20 à 60 ans et non astreints au service militaire; les femmes pouvaient accomplir un service volontaire) et la construction d'abris. Institué en 1963, l'Office fédéral de la protection civile fut rattaché au DFJP. La législation fut complétée en 1966 par la loi sur la protection des biens culturels. La conception élaborée en 1971 détermina l'évolution de la protection civile jusqu'au milieu des années 1990: face à la menace atomique, on mit l'accent, non plus sur le sauvetage, mais sur la prévention et les mesures de précaution. La construction d'abris connut une croissance spectaculaire, en vertu du principe "chaque habitant doit disposer d'une place dans un abri". L'obligation de se doter d'un organisme ad hoc fut étendue à l'ensemble des communes. On définit le rôle et l'équipement de différents services, et l'on organisa l'instruction des quelque 500 000 personnes astreintes. Le total des montants investis jusqu'en 2009 pour la construction de 270 000 abris par les pouvoirs publics et les particuliers se monte à 7,6 milliards de francs. En 2009, sur 7,6 millions d'habitants, 500 000 seulement ne disposent pas d'une place protégée. Le premier protocole additionnel aux conventions de Genève (1977) inscrivit pour la première fois la notion de protection civile dans le droit international public. Un insigne international pour la protection civile fut alors ajouté à ceux de la Croix-Rouge et de la protection des biens culturels.
Les catastrophes de Tchernobyl et de Schweizerhalle en 1986, les intempéries de 1987 et la fin de la guerre froide en 1989 entraînèrent une réorientation de la protection civile. L'aide en cas de catastrophe passa au premier plan; la "réforme 95" lui donna le même statut qu'à la mission de protection de la population en cas de conflit armé. La coordination avec les autres moyens d'intervention (les sapeurs-pompiers surtout) fut améliorée, la limite d'âge pour l'obligation de servir abaissée, l'effectif théorique réduit de 520 000 personnes (maximum atteint en 1989) à 380 000, l'instruction professionnalisée, grâce à la création d'une école d'instructeurs, l'équipement amélioré et les équipes de sauvetage dotées de matériel technique pour l'aide en cas de catastrophe. Une nouvelle réforme ("protection de la population XXI"), en 2004, fit de la protection en cas de catastrophe et en situation d'urgence la mission principale de la protection civile. Dans le domaine de l'infrastructure, la notion prioritaire fut dès lors le "maintien de la valeur", même si le principe de l'obligation de construire des abris demeura. Les compétences des cantons furent étendues, les organismes de protection civile régionalisés, l'âge limite pour l'obligation de servir fixé à 40 ans et l'effectif théorique ramené à 100 000 personnes. Investi de nouvelles missions, l'Office fédéral de la protection civile devint l'Office fédéral de la protection de la population et fut rattaché au Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports.
Bibliographie
– R. Aeberhard, Vom Luftschutz zum Zivilschutz, 1983
– M. Meier, Von der Konzeption 71 zum Zivilschutz 95, mém. lic. Fribourg, 2007
– Y. Meier, Die gesellschaftliche und institutionelle Verankerung des schweizerischen Zivilschutzes in den 1950er- und 1960er Jahren, mém. lic. Fribourg, 2007
– M. Dumartheray, La protection civile vaudoise, 2009
Auteur(e): Christoph Flury / LA