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Ce titre fait évidemment référence à ce qui est la tentation par excellence et donne le ton à un fort volume consacré à l'athéisme et à l'irréligion, avant tout dans le monde moderne, du XVIIIe siècle à nos jours. Spécialiste du marxisme, le Père Cottier l'est évidemment aussi de Feuerbach, qui précède Marx, et de Ernst Bloch qui lui succède, ce dernier avec des accents résolument centrés sur l'espérance millénariste et révolutionnaire. Une partie du livre est donc une reprise de travaux antérieurs.
Par certains aspects, l'auteur rejoint le Père de Lubac et son fameux Drame de l'humanisme athée, à la fois exaltation de l'Homme et perte du sens de la personne humaine : autant d'insistances que sous-tendent des études historiques, jamais érudites au point de fatiguer le lecteur, mais lourdes d'un enseignement philosophique et spirituel. Je voudrais retenir cette démonstration lumineuse selon laquelle le glissement de la foi vers une exaltation de la vie morale a contribué, à partir de Kant et de Rousseau, à faire de la conscience morale le lieu même du divin, non seulement dans l'homme mais de l'homme. Donc une source de la divinisation progressive de l'homme.
Je voudrais par ailleurs retenir une distinction capitale qui est celle de la foi et de la religion. Si la foi (chrétienne) est l'adhésion à la Révélation, donc à ce qui vient de Dieu, le refus de croire en Dieu et plus spécifiquement en la Personne de Dieu est proprement l'athéisme. En revanche, la religion pouvant être considérée comme l'ensemble des comportements humains face à l'absolu, l'athéisme peut parfaitement consister à chercher dans l'homme des « valeurs » qu'il considère comme des absolus ou à s'ériger lui-même en absolu. Ce sont ces variantes qu'étudie le Père Cottier, notamment dans un chapitre terminal, véritable synthèse à partir de laquelle chaque lecteur a loisir de revenir sur les détails historiques, spéculatifs et doctrinaux qui sollicitent le plus son attention.
L'auteur souligne avec force que si l'athéisme relatif à la foi, donc à Dieu, se distingue des propositions d'un humanisme « religieux » mais purement humain, il y a pourtant une corrélation entre le fait - avant tout chrétien - de la croyance en un Dieu personnel et la reconnaissance de la « personne » au creux de la réalité de l'homme. Un humanisme qui se réclame de l'athéisme est le fait d'un homme entièrement suffisant à lui-même, replié sur une richesse aliénée qu'il est appelé à reconquérir (Feuerbach), sur un accomplissement social dont le privent des forces historiques aliénantes (Marx), sur une vérité dont le tient éloigné un mensonge originaire (Nietzsche). Cet humanisme n'est pas celui de la « personne », qui tire sa dignité de son Créateur et qui reconnaît l'humilité de sa condition de créature.
Si l'athéisme peut être purificateur à l'égard d'images de Dieu délibérément viciées, « on ne peut parler de purification que lorsque nos modes de penser, de formuler, d'agir sont éprouvés au feu de la Transcendance ».