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INTRODUCTION.
La vie de Luther, envisagée sous le point de vue catholique ou protestant, a été écrite maintes et maintes fois : nous n'avons point l'intention de raconter de nouveau l'histoire de ce réformateur célèbre; il occupe incontestablement une des premières places dans les annales des quatre derniers siècles ; sa fougueuse et puissante parole n'a-t-elle pas secoué l'Europe jusque dans ses fondements?
Quel que soit le jugement porté sur ce grand agitateur du seizième siècle, il faut reconnaître en lui, ainsi que l'a heureusement exprimé certain de ses biographes, un homme qui a été homme à la plus haute puissance, un homme complet de pensée et d'action. Nul, depuis une longue série de générations, n'a rempli, dans les annales de l'esprit humain, un rôle aussi important.
Luther s'est lui-même dépeint clans l'immense collection de ses œuvres ; ou possède encore sa volumineuse correspondance. Mais il existe, en outre, un livre qui nous introduit dans l'intérieur de sou ménage, qui nous l'ait asseoir auprès de son foyer domestique : à l'aide de ce livre nous pouvons, après avoir suivi à la promenade le docteur de Wittemberg, le voir auprès de ses enfants et de sa femme; nous nous mettons à table avec lui et avec ses amis; il discute, il prie, il s'emporte, il rit, et pas une syllabe tombée de sa bouche ne nous échappe.
Les paroles de Luther ont été saisies par des disciples trop empressés, leur zèle n'a pas toujours été selon la science. Le
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grave, le trivial, L'insignifiant, ils prenaient tout; ils étaient là, tablettes en main, lorsque leur maître quittait ou reprenait la plume ; par-dessus son épaule , ils venaient lire ses lettres ; une exclamation de tristesse ou de joie venait-elle à lui échapper, aussitôt elle était recueillie. Ce que le docteur Martin, pensant tout haut, se disait à lui-même, ils l'ont entendu (1). Il ne pouvait parler dans son lit, dans son sommeil, sans rencontrer un écho. Il était épié jusqu'en ses moindres gestes. Les secrets les plus murés de la vie privée, les arcanes du loyer étaient enregistrés avec édification.
« Un homme observé et suivi de si près », observe fort judicieusement M. Michelet, « a dû, à chaque instant, laisser tomber des mots qu'il eut voulu ravoir. Plus tard les luthériens y ont eu regret. Ils auraient bien voulu rayer telle ligne, arracher telle page. Quod scriptum est scriptum est (2). »
Il ne saurait s'élever aucun doute sur l'authenticité des paroles de Luther, telles que les ont rapportées les compilateurs des Propos de table (Tischreden). Témoins auriculaires, pénétrés
1 Voici une anecdote que raconte W. Zinegreff, et qui montre avec quel loin Hait recueillie la moindre des paroles qui passaient par les lèvres de Luther. A la suite d'une longue conversation où il s'était montré tout aussi animé, tout aussi joyeux que de coutume, il aperçut un étudiant, assis à une table voisine, prenant note de ses propos et les enregistrant sur un carnet. Luther s'avance vers lui, sans lui laisser le temps de fermer le livre ; il jette à la figure du scribe une poignée de gruau : « Tiens, dit-il en riant, tu peux aussi y mettre cela.»
2 Quelques théologiens de la Germanie ont refusé, mais sans alléguer de preuves, de reconnaître dans les Propos de table l'expression de la pensée de Luther; consultez notamment Amman de Polansdorf (Syntagma theologiae christianœ, 1,292), Gisbert Voet (Selectœ disput. Theolog., I, 997), Jean Gerhard, Exeges. articulor. de Scriptura sacra, p. 51), J. A. Schertzer ( Breviar. theolog., p. 570), Oslander, L. Huiler, Zeamann, et plusieurs autres qu'il serait sans intérêt de nommer. Seckendorf, dans son Historia Lutherana (lib. III, p. 634), qualifie l'ouvrage qui nous occupe de libram minus caute compositum aut vulgatum. Heumann (Pœcil., t. II, p. 6) reste convaincu que Luther n'aurait jamais permis que l’on imprimât sous son nom tout ce qu'il disait dans l'intimité. « Saepe quidquid in buccam venit loquitur. Aurifaber autem Lutherum habebat pro oraculo quodam, atque etiam sputa ejus omnia putabat esse lingenda. » Christophe Berold a dit de même (et nous sommes de son avis) que Luther n'eut jamais l'intention de publier des propos échappés dans une demi-ivresse et en des lieux où l'on peut tout se permettre, tout si ce n'est de montrer de la piété. Ubi omnia cum liceant, non licet esse pium. Un pasteur hollandais, J. Verheyden, observait qu'il eût été à désirer que les Propos de table n'eussent jamais vu le jour, parce qu'il s'y trouvait beaucoup de choses qui excédaient la licence accordée nu me aux faiseurs de comédies. Plurima quœ piœ castigataeque aures etiam in ludis atque theatris comicorum non ferrent.
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du respect le plus profond pour celui qu'ils nomment sans cesse le vénérable homme de Dieu, ils auraient cru commettre un sacrilège en supprimant une seule phrase sortie de la bouche de leur maître , en la modifiant, en y ajoutant. L'oracle avait parlé; ils mettaient leur orgueil et leur gloire à transcrire fidèlement ses décisions.
Nous dirons tout à l'heure avec quelle rapidité se succédèrent les éditions des Tischreden; l'Allemagne protestante les lut avec le plus vil empressement, elle ne put s'en rassasier. Lors de leur apparition, nulle voix ne réclama contre leur authenticité.
Cet ouvrage si curieux n'est guère connu que de nom; l’édition latine ne se trouve nulle part dans le commerce, et il est douteux qu'il y en ait quatre exemplaires en France ; les anciennes éditions allemandes sont également devenues d'une rareté excessive, et pour les bien comprendre, il faut que les personnes, même les mieux versées dans la connaissance de l'idiome germanique, aient fait une étude particulière de ce style vieilli, familier, traitant habituellement d'objets dont s'écartent les études contemporaines.
M. Michelet, dans le travail remarquable auquel il a donné le titre de Mémoires de Luther (1835, 2 vol. in-8°), a fait passer dans notre langue un certain nombre des Propos de table , mais il entrait dans son plan de se borner à quelques
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fragments de peu d'étendue. Jusqu'ici c'était a l'aide de ces lambeaux (choisis d'ailleurs avec pénétration , avec un tact digne de l'éloquent auteur de l'Histoire de France), c'était en consultant quelques pages de cette vigoureuse attaque contre le moine saxon, que M. Audin a intitulée Histoire de la Vie et des Écrits de Luther, que le public fiançais a pu se former quelque idée d'un livre dont il n'y avait pas de modèles , dont il n'y a eu que des imitations incomplètes, et qui, mieux que personne, vient nous dévoiler tous les secrets de bonhomie et de dureté, de foi et de doute, d'égoïsme et de dévouement, d'originalité et de bizarrerie, d'enthousiasme et de prostration, de bon sens et de superstition, d'éloquence et de trivialité, de grandeur et de petitesse du père de la réforme. On retrouvera ses défauts et ses qualités dans l'ouvrage que nous avons essayé de traduire ; il se montrera derechef avec cette imagination rapide qui lui servit à remuer les masses; ayant d'ailleurs, comme tout controversiste, l'habitude de se vanter et le besoin de prodiguer à ses adversaires les plus virulentes injures ; intolérant, fougueux, toujours prêt à s'exalter, tombant aussi par moments dans l'abattement, et doué de poumons de fer. Visitez-le tant qu'il a le verre à la main, écoutez aux portes; vous le trouverez parfois éloquent et touchant; parfois vous lui entendrez dire les choses les plus étranges : après avoir effrayé ses auditeurs en leur faisant des contes de sorciers , après leur avoir dépeint le diable rôdant sans cesse autour d'eux, il leur débite des contes grivois que saluent les plus bruyants éclats de rire.
Les discussions théologiques tenaient une grande place dans sa conversation, c'est tout simple ; mais il était également nécessaire pour nous de laisser de côté tant de pages consacrées aux abstruses questions du libre arbitre, de l'inamissibilité de la justice, de la volonté divine et de la prédestination. Aucun lecteur catholique ne devra se scandaliser de voir
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les déclamations auxquelles se livre Luther chaque fois que le mol de Rome sort de sa bouche; seuls au inonde, quelques méthodistes anglais vont encore affirmant que le pape et l'antéchrist c'est tout un. De nos jours , il est peut-être en Europe quelques habitations souveraines où fermentent des vues de cupidité et d'ambition capables d'agiter les peuples, mais ce n'est pas au Vatican. Les jours d'Alexandre VI et de Léon X sont passés pour ne plus revenir.
Arrivons à quelques détails assez peu connus et nécessaire: sur les diverses éditions des Tischreden.
Ce fut Jean Aurifaber qui, le premier, rédigea les Propos de table, en se servant des noies prises par les commensaux et les amis les plus intimes de Luther; il désigne spécialement Antoine Lauterbach , Veit Dietrich, Jérôme Besoldi , Jean Schlagenhauffen, Jean Mathesius, George Rorer, Jean Stols et Jacques Weber (1). L'un de ces personnages, Jean Mathesius. dit in effet , dans son douzième sermon sur l'histoire de Luther (p. 131), que, admis en 1540 à la table du docteur Martin, il avait noté avec soin tout ce qu'il y avait entendu, et il nomme diverses personnes qui l'avaient secondé dans ce travail.
Luther était depuis vingt ans descendu dans la tombe . lorsque ces notes furent mises en ordre et publiées. L'édition originale parut en 1566 , in-folio, à Eisleben , par les soins de J. Aurifaber ; il mit en tête un avis adressé aux conseils de Strasbourg, Augsbourg , Ulm , Lubeck , Francfort-sur-Mein, Ratisbonne, Lunebourg et Brunswick (2). En 1567, deux nouvelles éditions, l'une in-8°, l'autre in-folio, virent le jour
1 Un théologien de Lubeck, George Henry Golze, a écrit une dissertation spéciale sur les familiers du père de la réforme : De domesticis Lutheri singularia, 1807, in-4°.
2 Dans cette très-longue épître dédicatoire, Aurifaber se plaint de ce que la doctrine de son maître est tombée dans l'oubli et le mépris ; l'Allemagne en est lasse, le nom de Luther sonne désagréablement aux oreilles, Seine lehre ist jetzt abso verachtet, man ist ihrer auch also überdrüssig, müde und satt worden im Deutschen Lande dass man seines Namens schier nicht gerne horet gedeken. Il appelle les propos un trésor ; ces miettes tombées de la table de cet homme de Dieu seront bien utiles pour apaiser, étancher la faim et la soif des fidèles.
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à Francfort, et l’année suivante, une quatrième réimpression in-folio parut dans la même ville. Cette dernière est précédée d’un avis d'Aurifaber, qui commence par annoncer que son travail a été fort bien accueilli du public, mais qu'il a à se plaindre du docteur Kugling, qui se permet des changements et des suppressions dans le texte des Propos de table; il est bien triste pour lui Aurifaber de voir gâter un livre, fruit de tant de soins et de peines.
L'on doit croire que la révision contre laquelle il s'élevait ainsi n'a point été livrée à l'impression , du moins elle est restée inconnue aux bibliographes; les quatre éditions que je viens de signaler, ont été faites les unes sur les autres et avec une trop scrupuleuse fidélité, car des leçons évidemment vicieuses de l'in-folio de 1566 sont reproduites dans celui de 1567.
En 1569, nouvelle édition in-folio, publiée à Francfort : celle-ci renferme un appendice intitulé « Colloquia ou Propos de table du docteur Martin Luther, ou Conversations que le vénérable homme de Dieu a , peu de temps avant sa mort et son heureux départ de ce monde, tenues avec divers savants théologiens et ecclésiastiques, avec beaucoup de lettres de consolation, d'avis , histoires, réponses à des questions sur différents objets, etc. » La dédicace au conseil de la ville de Rauschenbourg est datée du 24 mars 1568 ; Jean Fink , qui l'a signée, annonce qu'il a tiré ses conversations de Luther, de divers livres et écrits. A la suite on
trouve : Propheceyungen........ « Prophéties du docteur
Martin Luther, pour rappeler et exhorter à la pénitence
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chrétienne, réunies avec ordre et avec grand soin par maître George Walther, prédicateur à Halle, en Saxe. »
Deux autres éditions in-folio parurent à Eisleben, en 1569 et 1577; Fabricius les signale (Centifolium Lutheranum, p. 301); elles sont devenues introuvables, et, même au delà du Rhin, les dépôts littéraires les plus riches ne les possèdent plus.
André Stangwald, né en Prusse, et l'un des continuateurs de l'ouvrage historique connu sous le nom des Centuries de Magdebourg. s'occupa de son côté des Propos de table ; il se plaint de ce que le- première- éditions étaient défectueuses et très-incorrectement imprimées ; il dit avoir revu le texte de nombre des conversations de Luther sur les copies manuscrites en son pouvoir ; d'ailleurs il a fait usage des corrections et additions qu'un des amis du docteur, Joachim Merlinus , avait déposées sur les marges d'un exemplaire de l'édition originale. Le travail de Stangwald fut imprimé en 1571, à Francfort , chez les héritiers de Thomas llcbart; vingt ans plus tard, en 1590, on le voit reparaître imprimé avec une dédicace au conseil de Mulhouse. Dans sa préface, Stangwald promettait, sous le bon plaisir de Dieu, de donner une autre partie des colloques et apophthegmes de Luther. Cette suite n'a pas paru.
Le texte donné par Stangwald fut publié derechef à Jena, en 1603, à Leipzig, en 1621, in-folio; mais la préface de cet éditeur fut supprimée et remplacée par celle que Aurifaber avait mise en tête du volume de 1566.
La faveur publique à laquelle l'on devait cette rapide succession d'éditions nouvelles se ralenti!, il se passa quatre-vingts ans avant que les Propos de table fussent remis sous presse; ils reparurent enfin, en 1700, à Leipzig, chez André Zeidler, in-folio. Cette édition donne les deux préfaces de Aurifaber (1566), et de Staingwald (1591 ) : elle reproduit
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le texte de ce dernier, en y ajoutant les Prophéties qu'avait recueillies George Walther, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus. Il en fut donné, en 1723, une réimpression fidèle, sons la rubrique de Dresde et Leipzig, chez J.-C. Zimmermann et J.-N. Gerlach.
Un autre contemporain de Luther, Nicolas Selneuer (1), avait de son côté recueilli les propos de son maître ; il s'occupa, lui, troisième, à les rédiger. Ce travail parut en 1577, il reparut en 1580, in-folio. Il est précédé d'un discours historique sur la vie du vénérable maître et homme de Dieu, Martin Luther. Selneuer a suivi l'ordre adopté par Stangwald. dont il reproduit le plus souvent le texte, se permettant toutefois de temps à autre quelques additions et quelques changements. Dans la préface de son édition de 1591, Stangwald blâme le travail de Selneuer; il dit que le discours sur la vie de Luther renferme beaucoup d'inexactitudes, et il s'engage, s'il en trouve le temps, à donner une relation étendue de la vie et des écrits du réformateur.
La plupart des théologiens allemands du dix-septième siècle ont regardé les éditions de Stangwald et de Selneuer comme préférables a celle d'Amifaber, et c'est au travail de Selneuer qu'ils décernaient la palme (2). Quant à nous, nous regardons au contraire le travail d'Aurifaber comme le plus digne de foi, comme celui qui reproduit le mieux les paroles
1 Né en 1530 à Hersbruck, en Franconie, ce théologien , assez célèbre de son temps, fut un des disciples les plus assidus de Melanchton ; il mourut à Leipzig en 1592. G. H. Goëtz a publié une notice étendue et rédigée avec soin sur sa vie et sur ses écrits.
2 Citons entre autres travaux spéciaux le Schediasma historicum de beati Lutheri colloquiis mensalibus d'Adam Itechenberg (Leipzig, 1698 ; réimprime à la suite des Exercitationes in Novum Testamentum, historiam ecclesiasticam et litterariam du même auteur, 1707, in-8°)et la dissertation de J. G. Moller : De auctoritate scripti sub titulo : Lutheri colloquiorum mensalium in germanico, anglico et latino idiomate editi ( Rostock 1693)
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de l'intraitable ennemi de la papauté, du propagateur de cette dissolvante liberté plénière d'examen en matière de religion, qui, au sein des communions réformées, n'a peut-être pas encore confessé, au moins hautement, son dernier mot. D'ailleurs, la connaissance bibliographique de ces diverses éditions est restée longtemps fort incomplète, et le docte J. A. Fabricius, si exact d'ordinaire, est tombé dans diverses méprises à cet égard.
Les Propos de table, après aveu été écartés des diverses éditions allemandes des œuvres de Luther, furent admis dans celle de Halle, 1743, 24 vol. in-4°, due aux soins de Jean George Walch; ils forment le vingt-deuxième volume de cette trop lourde collection. Ils n'ont pas été admis dans les différentes éditions in-folio, où les écrits latins ont été réunis.
Ils parurent séparément en cette langue presqu'en même temps qu'en allemand.
La première édition a pour titre : Silvula sententiarum,
Exemplorum, historiarum, allegoriarum, similitudinum, facetiarum, partim ex reverendi viri D. Martini Lutheri ac Philippi Melanchtonis cum privatis tum publicis relationibus,partim exaliorum veterum atque recentium doctorum monumentis observata ; elle est due à Nicolas Etriceus, et elle parut à Francfort en 1566, in-8°. Ce mince volume, très-incorrectement imprimé, est fort loin de contenir tout ce qu'a donné Aurifaber ; mais parfois il renferme des choses que ne donne pas l'in-folio allemand, mis au jour la même année, on bien il les présente différemment. C’est un recueil de dits de Luther, de Melanchton et de quelques autres docteurs sur toutes sortes de sujets ; le compilateur les dispose dans l'ordre alphabétique. On y trouve aussi quelques lettres de Luther, une entre antres, pag. 42, à un habitant de Grimma, sur cette question : Peut-on baptiser un enfant qui est encore dans le sein de sa mère ? 1, pag. 45,
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une lettre à Melchior Frentzel, pasteur à Ranneberg, sur cette autre question : Peut-on employer de l’eau chaude dans la cérémonie du baptême?
Plus tard, Henri Pierre Rebenstock, pasteur à Eschersheim, mit au jour, à Francfort-sur-Mein, deux tomes petit in-8°, sous le titre de Colloquia, meditationes, consolationes, consilia , judicia, sententiœ, narrationes, responsa, facetiae, D. Martini Lutheri, piae et sanctae memoriae in mensa prandii et caenae et in peregrinationibus observata et fideliter transcripta. Le premier tome est daté de 1558, le deuxième de 1571, et le frontispice annonce que ce n'est pas d'après Aurifaber, mais d'après un autre collecteur que ces propos ont été réunis. Bien que cette édition latine s'écarte parfois du texte allemand de 1500, elle y est cependant presque toujours conforme, et l'annonce du premier feuillet promet en fait de nouveauté plus qu'elle ne tient (1).
C'est d'après cette édition, écrite en un latin barbare, riche en solécismes de toute espèce et en fautes d'impression des plus énormes, que Bayle et les anciens critiques ont mentionné ou cité les Propos de table ; elle est devenue d'une extrême rareté; nous l'avons inutilement cherchée à la bibliothèque du Roi; M. le marquis Du Roure, heureux possesseur
1 Rebenstock affirme, dans la dédicace de son recueil à Philippe Louis, comte de Hanau, que ce fut à table que Luther enseigna fidèlement la parole de Dieu, ce fut là qu'il fit la distribution de cet inestimable trésor. Lutherus in mensa Dei verbum, thesaurum pretiosissimum, fideliter docuit suisque distribuit. Après avoir dit que déjà un partisan de la vérité évangélique ( N. Ericeus) avait fait passer en latin ces pieux et salutaires propos, dans le but de contribuer à la louange de Dieu et à l'utilité de l'Eglise, il ajoute que cette rédaction laissant à désirer, il en a entrepris une nouvelle, d'après l'avis de quelques hommes doctes et pieux; bien qu'il se regardât comme indigne de cet emploi, il n'a pu s'en défendre ut verbum Dei omnibus notum fieret, Deisque in omnibus languis celebraretur; il finit par dire que c'est dans les Propos de Luther qu'il faut puiser, comme à une source sacrée , le fondement de la vraie piété.
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de l'exemplaire du comte d'Hoym, en a parlé dans son Analectabiblion (Techener, 1840,1 vol. in-8°), t. II, pag. 3.
Nous ne nous sommes astreint à aucune édition spéciale, mais nous les avons toutes consultées : à force de peines et de démarches non interrompues durant deux ans, nous avons pu réunir sous nos yeux les diverses éditions primitives du seizième siècle, celles auxquelles il était d’autant plus nécessaire de recourir, que les réimpressions moins anciennes sont singulièrement adoucies ou modifiées (1). C’est en comparant, en rapprochant les textes latins et allemands, que nous avons formé celui dont nous présentons une traduction fidèle. Nous avons reproduit dans toute leur incohérence, parfois dans toute leur crudité, certains propos qui ne choquaient nullement une époque moins sévère sur les bienséances; nous avons cru toutefois devoir laisser en latin quelques passages qu'il nous aurait paru difficile de faire passer dans notre langue sans mériter le reproche de manquer «le respect au lecteur.
Les diverses éditions des Tischreden ou des Colloquia suivent chacune un ordre différent; nous avons réuni en chapitres distincts les divers propos relatifs au même sujet.
Il existe une traduction anglaise sous le titre de Dr Martin Luther's divine Discourses at his table, etc. Londres, 1652, in-folio. Cette version fut l'œuvre d'un officier, le capitaine Henry Bell ; il raconte, dans sa préface, les circonstances plus ou moins authentiques qui le décidèrent à entreprendre cette besogne. Selon lui, presque tous les exemplaires
1 C'est ainsi que l'on chercherait inutilement dans l’in-4° de Halle, 1743, quelques historiettes contenues dans l'in-8° de Francfort, 1571; «Nobilis quidam uxori suae, t. I, f° 52, verso; In inferiori Germania fertur sponsus.... f° 230, recto ; M. L. dicebat de Flandris… 231 recto, etc.,etc.
Par contre, l'histoire du démon qui prend les traits d'une femme morte, est bien plus détaillée dans l'in-4° ( colonne 1169) que dans l'in-8° (f° 114).
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de l'édition originale furent détruits par ordre du pape Grégoire XIII. En 1652, un gentilhomme allemand, nommé Gaspard von Sparr, était occupé a faire creuser les fondements d'une maison sur un terrain près duquel avaient séjourné ses ancêtres; il trouva, enfoui à une grande profondeur, un volume plié avec soin dans une toile grossière ; ce paquet était cacheté ; on l'ouvrit, on trouva les Propos de table de Luther ; le grand-père de von Sparr les avait enterrés afin de les soustraire aux agents de Rome. A cette époque , Ferdinand II était assis sur le trône impérial ; il manifestait la plus vive inimitié contre les protestants, et von Sparr, n'osant pas garder le livre si inopinément découvert, ne voulant pas le détruire, était dans un grand embarras. Il se souvint qu'il avait en Angleterre un ami intime, le capitaine Bell, fort versé dans la connaissance de l'idiome germanique ; il lui fit passer l'enivre de Luther comme un dépôt sacré; il lui recommanda de la manière la plus expresse de la traduire, afin que l'Église réformée profitât de ce travail. Le capitaine négligea d'abord de se mettre à l'ouvrage; une circonstance surnaturelle vint lui révéler l'importance de cette tâche. Laissons-le parler.
« Six semaines après avoir reçu ce livre, je me trouvais dans mon lit, encore éveillé, entre minuit et une heure du matin ; j'aperçus près de moi, au côté du lit, un vieillard, revêtu d'une lobe blanche, ayant une longue barbe blanche et touffue qui lui venait jusqu'à la ceinture ; il me tira l'oreille droite et me dit : « Drôle, ne prendrez-vous pas le temps de traduire ce livre qui vous est envoyé d'Allemagne? Je vous procurerai bientôt le temps et la demeure qu'il vous faudra pour cela. » Et à ces mots il disparut. »
Quinze jours plus tard, le capitaine était enfermé dans une des prisons de Londres (à Gate-House, Westminster) ; il y resta captif, et il employa cinq années à traduire l'ouvrage
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en question. L'archevêque Laud vint à apprendre qu'il s'occupait de ce travail, et ce prélat envoya son chapelain auprès du capitaine pour le prier de prêter son manuscrit. Après l'avoir gardé deux ans, Laud déclara que cette lecture lui avait causé la plus vive satisfaction, et il promit d'intervenir en faveur du prisonnier qui avait fait un si bon usage de ses loisirs. Il tint parole, et, peu de temps après, non content d'avoir fait remettre Bell en liberté, il lui donna une gratification.
En 1646, la Chambre des Communes, informée que la traduction dont il s'agit était terminée, ordonna de la publier : mais l'on sait avec quelle promptitude s'exécutent les travaux littéraires votés par les assemblées législatives ; l'impression ne fut terminée que six ans plus tard, et le traducteur avait cessé de vivre. L'ordonnance de la Chambre s'exprimait ainsi : « Comme le capitaine Henry Bell a étrangement découvert et trouvé un livre de Martin Luther, intitulé : Divins Discours, lequel a longtemps été miraculeusement conservé en Allemagne, et comme ledit Bell a, avec beaucoup de peine et de dépense, traduit ce livre de l'allemand en anglais, la Chambre ordonne, etc. »
Cette ordonnance avait été rendue sur le rapport de deux commissaires, Ch. Herleet W. Corbet, rapport qui s'exprimait ainsi : « Nous trouvons que beaucoup de choses divines et excellentes sont contenues dans ce livre et qu'elles sont dignes d'être mises en lumière et présentées au public ; mais nous v trouvons aussi beaucoup de choses impertinentes (many impertinent things), quelques-unes qui auront besoin d'un grain ou deux de sel, et quelques autres qui requerront une note marginale ou une préface.
L'in-folio de 1652 est devenu rare; il en a été rendu compte dans une publication périodique digne d'estime, mais qui n'a vécu que peu d'années ( Retrospective Review, London,
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1822, tom. V, pag. 283). Après une courte préface, où sont relatés les laits que nous mentionnons, le traducteur anglais a translaté exactement la, préface d'Aurifaber; mais il s'écarte souvent du texte de cet éditeur, et il nous parait avoir introduit dans son travail des modifications arbitraires. Il a traduit les Prophéties qu'avait recueillies Walther.
Les bibliographes anglais mentionnent une autre édition in-folio, sous la date de 1791.
En 1832, il a paru à Londres un Choix de propos de table (Luther's select table talk; 1 vol. in-12 de 393pag.) ; mais le compilateur de ce volume, protestant zélé et sans critique, n'a pris chez le réformateur que des discussions théologiques et des controverses contre Rome. Il a supprimé avec le plus grand soin tout ce qui montre dans son intérieur le père de la réforme ; il a voulu le peindre en beau ; il en a fait un prébendier anglican, poli, bien élevé, à la parole grave, et dont la place est toute marquée dans les cercles aristocratiques du dix-neuvième siècle. Ce Luther-là, c'est celui de Wittemberg, c'est l'adversaire de Léon X , tout comme Orosmane est musulman, tout comme Alzire est Péruvienne.
Si nous n'avons pas trop présumé de notre audace en engageant ce duel dangereux avec la phrase et la pensée d'un homme tel que Luther; si cette traduction faite, refaite, revue, corrigée durant deux fois douze mois, obtient les suffrages de quelques juges irrécusables dont nous attendons l'arrêt, nous donnerons pour pendant aux Propos de table un volume qui eu sera le complément nécessaire, un choix de ces lettres où le docteur Martin a retracé si vivement la part immense qu'il a prise aux grandes crises de l'époque qu'il a soulevée , où il parle de omnibus rebus et multis aliis, des Turcs, du baptême, des moines, de la communion sous les deux espèces, de la critique biblique, des femmes, de l'antéchrist, des auteurs classiques, du diable, des princes
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de l'Allemagne, de ses enfants, de ses amis, de ses ennemis, lettres (1) qui nous font entrer en plein dans l'existence agitée, dans le drame saisissant de la vie de ce moine audacieux, fils d'un pauvre mineur, ne possédant rien au monde (2), et que l'on vit en quelques années remuer l'Europe, en arracher une grande moitié à la puissance papale alors si redoutable, tenir en échec un empereur tel que Charles-Quint, et réunir en lui tous les contrastes.
G. B.
1 Un célèbre penseur anglais, Coleridge, affirmait qu'une portion de la correspondance de Luther formerait le plus délicieux des volumes : I can scarcely conceive a more deligthful volume than might be made from Luther’s letters, especially those that were written from the Wartburg (Coleridge's Table-Talk, 1830, p. 167.)
2 Nihil timeo quare nihil habeo, écrirait le docteur de Wittemberg.