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Si les œuvres de Trisha Donnelly peuvent aussi bien être des dessins, des photographies, des vidéos que des pièces sonores ou des performances, son travail ne peut être réduit à une déclinaison de techniques. Tous les supports avec lesquels elle travaille représentent davantage des réservoirs de réflexions. Même l’espace et le temps de l’exposition sont envisagés comme des réceptacles de références – historiques, géographiques, symboliques et spirituelles –, d’associations d’idées et de réminiscences.
Au-delà de l’idée que l’œuvre de Trisha Donnelly serait mystérieuse et hermétique, ne faut-il pas plutôt y voir des tentatives d’échapper aux contraintes inhérentes à la production de tout objet et à sa matérialisation, ainsi qu’aux limites spatiales et temporelles qu’impose l’exposition ? Trisha Donnelly ne serait-elle pas simplement là où on ne l’attend pas ?
Pour son exposition personnelle au Modern Art Oxford en 2007, elle se charge elle-même d’écrire le guide pour les visiteurs, qu’elle débute par cette petite phrase : « Let me explain ». Bien après le vernissage, l’artiste restait ainsi encore présente et accompagnait le spectateur le temps de sa visite. Dans cette même exposition, l’une des salles était dédoublée par un couloir dont le fond était rempli de branchages. Cette intrusion d’éléments naturels dans un espace « parallèle » jouait le rôle de lien et de rappel avec la réalité extérieure, sorte d’ « arrière-pensée » à l’exposition.
Trisha Donnelly brouille les codes de l’exposition. Elle étire sa temporalité habituelle, en explore les avants, les après, les à-côtés, les interstices et les entre-deux. Que se passe-t-il entre chacune des trente et une photographies noir/blanc de The Redwood and The Raven (2004)? Chaque jour de l’exposition donne à voir une photographie d’une seule séquence de la gestuelle de la danseuse Frances Flannery ; la totalité de la chorégraphie ne pouvant être appréhendée que par un visiteur qui viendrait quotidiennement pendant trente et un jours. Ici l’œuvre modifie le temps de l’exposition et non le contraire. Trisha Donnelly découpe, diffracte le temps et l’espace. Elle déchire l’angle supérieur gauche d’un dessin Untitled (2005) qu’elle donne à une personne anonyme. Là encore, l’artiste nous oblige à nous projeter ailleurs, vers une zone extérieure aux limites de l’œuvre. The D from W (2005), la photographie d’un « guerrier » vêtu d’une longue robe blanche, armé de deux épées, dont les pieds et la tête sont invisibles, donne peut-être une piste métaphorique qui placerait le travail de Trisha Donnelly quelque part entre ciel et terre.
L’exposition au Centre d’édition contemporaine débutera sans la présence de l’artiste, mais se terminera avec elle. Entre l’ouverture et le finissage, un second accrochage présentera une série de photographies récentes, occultées et gardées « en réserve » pendant la première partie de l’exposition. Les œuvres qui émergeront dans ce second temps pourraient représenter les prémisses d’un nouvel événement – le finissage – et constituer la matière à un nouveau travail. Cette temporalité inhabituelle de l’exposition, ici renversée – une fin tel un commencement – et en deux temps – un deuxième et nouvel accrochage – permettra à Trisha Donnelly de retrouver un espace libre et hors champ, dans un troisième « mouvement », la possibilité d’une édition.
Pour le finissage, Trisha Donnelly a présenté dans un dispositif très libre une série de nouvelles vidéos, un sound check et un texte sous enveloppe qui a été distribué au public. Ce texte récent, écrit par l’artiste, expliquait le principe de son exposition au Cec, qui s’est décliné en trois accrochages successifs, laissés à la décision de Véronique Bacchetta, Trisha Donnelly étant absente à l’ouverture de l’exposition et ayant choisi plutôt d’être présente uniquement le dernier jour. Le finissage est ainsi devenu le jour de la présentation de cette exposition, de son explication et de sa réelle conclusion.