Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07224.jsonl.gz/936

Le prix Nobel de médecine 2002 a été attribué lundi 7 octobre conjointement à Sydney Brenner (Grande-Bretagne), H. Robert Horvitz (Etats-Unis) et John E. Sulston (Grande-Bretagne) pour leurs découvertes sur «la régulation génétique de l'organogenèse et de la mort cellulaire programmée», qui a des applications directes dans la lutte contre le cancer. «Les trois lauréats du prix Nobel de physiologie/médecine de cette année ont fait des découvertes majeures sur la régulation génétique du développement des organes et de la mort programmée des cellules, observe le jury de l'Institut Karolinska de Stockholm. Ils ont identifié les gènes clés qui régissent le développement de l'organisme d'un ver de terre, le Caenorhabditis elegans, et la mort programmée de ses cellules, et montré qu'il existe des gènes analogues chez les organismes supérieurs, y compris chez l'homme. Ces découvertes ont été d'une grande signification pour la recherche médicale et ont permis de mieux comprendre les origines de toute une série de maladies liées à la dégénérescence des cellules, notamment le cancer ou le sida».
Sydney Brenner, citoyen britannique né en Afrique du Sud, le 13 janvier 1927, est chercheur à l'Institut de science moléculaire de Berkeley, en Californie (Etats-Unis). Il s'est particulièrement intéressé, à Cambridge (Grande-Bretagne), à l'étude du Caenorhabditis elegans, ce qui, selon l'Institut Karolinska «a donné des moyens exceptionnels» d'associer l'analyse génétique à la division cellulaire, à la maturation des cellules et au développement des organes. John E. Sulston, également citoyen britannique, né le 27 mars 1942, travaille sur le génome à Cambridge (Royaume-Uni). Il a établi un «arbre généalogique» qui permet de suivre la division et la maturation de chaque cellule durant le développement d'un tissu du ver de terre, a montré que des cellules déterminées subissent une mort programmée qui s'inscrit dans le cours normal du développement, et a constaté la première mutation d'un gène impliqué dans le processus de mort cellulaire. Quant à H. Robert Horvitz, citoyen américain né le 8 mai 1947, il est aujourd'hui chercheur au Département biologie du Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Cambridge, près de Boston (Etats-Unis). Il a découvert et caractérisé les gènes clés qui commandent la mort cellulaire programmée chez le Caenorhabditis elegans. Il a étudié comment ces gènes interagissent dans le processus de mort cellulaire et montré l'existence de gènes analogues chez l'homme. Comme le veut l'usage les trois lauréats se partageront la somme de 10 millions de couronnes suédoises (1,10 millions d'euros) et recevront leur prix le 10 décembre à Stockholm.
Une nouvelle fois, donc, le Nobel de médecine consacre des travaux de biologie et de génétique moléculaires. Il met également en lumière le rôle clé joué dans ces disciplines par cet étonnant organisme vivant qu'est devenu Caenorhabditis elegans : un ver de petite taille, un invertébré amateur de bactéries dont le patrimoine génétique a ces derniers temps été séquencé dans son ensemble. On a notamment identifié chez lui le gène impliqué dans les rythmes biologiques et démontré dans la foulée que l'on pouvait, en manipulant cette région du génome, obtenir des vers mutants capables de vivre un peu plus longtemps que leurs congénères sauvages. Une équipe dirigée par Simon Melov (Buck Center for Research in Aging, Novato, Californie) est récemment allée plus loin encore réussissant à augmenter de 44% la durée de vie normale de vers sauvages, qui ne dépasse guère, habituellement, trois semaines en moyenne ; un résultat obtenu sans altération de la morphologie ou de la fonction de reproduction. Rêvons : extrapolée à l'homme, cette manipulation permettrait à chacun d'entre nous de dépasser allègrement le siècle.
Le plus étonnant, ici, est sans doute que ce résultat a été obtenu sans manipulations génétiques. L'allongement de la durée de vie de Caenorhabditis elegans résulte en effet de l'utilisation d'une molécule connue pour protéger contre le «stress oxydatif», ce phénomène de plus en plus étudié et qui pourrait bientôt connaître de réelles applications thérapeutiques qui, schématiquement, voit les dérivés toxiques de l'oxygène «léser» les cellules des organismes vivants et participer ainsi directement aux processus de vieillissement. Les chercheurs étaient financés par des organismes publics britanniques et américains de recherche. Ce travail était mené en collaboration avec Eukarion, société de biotechnologies basée dans le Massachusetts et créée il y a une dizaine d'années par le chercheur français Bernard Malfroy. «Nous ne souhaitons nullement, avec ces travaux, mettre au point et commercialiser une version nouvelle de l'eau de jouvence, expliquait il y a peu au Monde M. Malfroy, un ancien du CNRS. En revanche, nous avons bon espoir de parvenir à proposer des traitements qui, agissant contre le stress oxydatif, seraient efficaces contre certaines des maladies liées au vieillissement. Nous allons, en association avec les autorités sanitaires américaines, lancer chez l'homme des essais cliniques sur des personnes souffrant d'attaques cérébrales ou de certaines maladies neurodégénératives.» La même action sur le stress oxydatif pourrait également bientôt être expérimentée sous forme de gel, afin de prévenir les effets secondaires des radiothérapies mises en uvre chez les malades cancéreux.