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On peut diviser la philosophie d’Ayn Rand en cinq piliers : une philosophie de ce qui est (une métaphysique), une philosophie de la connaissance (d’accès à la connaissance, une épistémologie), une philosophie sur comment les individus devraient agir (une éthique normative), une philosophie politique (sur le rôle de l’Etat) et une philosophie esthétique (le romantisme réaliste). Aujourd’hui, nous allons commencer à parler de son éthique normative.
L’éthique randienne est une éthique des vertus, c’est-à-dire un code moral qui prescrit comment l’individu devrait se comporter en adoptant les dispositions comportementales adéquates (on appelle aussi ce type de théories morales des perfectionnismes). Plus précisément, ce code moral prend la forme d’un code de valeurs à suivre. L’individu qui suit les valeurs prescrites par Rand est vertueux, celui qui ne les respecte pas est vicieux. Par ailleurs, afin de pouvoir suivre ces valeurs, il faut non seulement les avoir comprises par la raison, mais aussi les avoir intégrées émotionnellement de façon à ressentir les émotions appropriées (du point de vue moral) face aux situations morales qui se présentent dans son quotidien.
Selon Rand, le choix du code moral qui guide nos actes dans nos vies n’est pas une affaire subjective ou relative aux us et aux coutumes d'un contexte culturel particulier, mais a un fondement objectif : la nature humaine. C’est parce que l’Homme est doté universellement d’une nature intangible qu’il doit adopter un certain code moral pour assurer, d’une part, sa survie et, d’autre part, son fonctionnement le plus optimal possible (cette idée existe aussi chez Martha Nussbaum). La valeur ultime pour chaque individu est sa vie, son objectif ultime la jouissance de sa propre vie, c’est-à-dire son bonheur (mais la recherche du bonheur doit se faire de façon rationnelle). En dehors de la valeur ultime de la vie, il existe trois valeurs cardinales : la raison, la capacité à poursuivre un but et l’estime de soi. Ensemble, elles permettent de réaliser la valeur ultime qu’est sa propre vie.
A ces trois valeurs cardinales correspondent respectivement trois vertus cardinales : la rationalité, la productivité et la fierté. La productivité, c’est-à-dire la capacité à être productif, consiste en la reconnaissance que le travail productif est le processus par lequel l’esprit entretient sa vie. La rationalité est la condition à la capacité d’être productif. Elle consiste à rejeter toute prétention à une source de connaissance non sensorielle, supra-naturelle ou non définissable. La fierté est le résultat psychologique à la réussite à être productif. Elle implique l’ambition morale d’acquérir les qualités de caractère qui rendent sa vie digne d’être vécue (autrement dit, d’être un self-made man sur le plan spirituel). Par opposition à ces vertus, Rand désigne le vice fondamental comme le rejet de la rationalité (l’irrationalité), car à ce rejet correspond celui du moyen de la survie de l’Homme et donc à son autodestruction : « Ce qui est contre l’esprit est contre la vie ».
Rand définit encore d’autres vertus. La vertu de l’indépendance consistant en l’acceptation de la responsabilité de vivre du travail de notre propre esprit, la vertu de l’intégrité qui prescrit que nous ne devrions jamais sacrifier nos convictions aux opinions et désirs irrationnels des autres, la vertu de l'honnêteté qui enjoint de ne jamais sacrifier la réalité de quelque façon que ce soit et la vertu de la justice qui demande que nous ne cherchions jamais à nous approprier ce que nous ne méritons pas ou qui ne nous revient pas de droit.
Dans mon prochain billet, nous verrons sa théorie de l’égoïsme rationnel, sa théorie de l’amour et son éthique des urgences.
Adrien Faure