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Faculté des lettres, Université de Lausanne
Thèse en cours sous la direction de Vincent Barras, IHM, CHUV-Unil
Mes recherches se focalisent sur la période de l’histoire des sciences naturelles qui a précédé, mais aussi rendu possible, la théorie darwinienne de l’évolution. Cette période est abordée par le biais des dictionnaires d'histoire naturelle, édités en France durant la première moitié du XIXe siècle, qui se présentent comme des terrains d'enquête encore inexplorés où s'affrontent les enjeux économiques, politiques, scientifiques et artistiques de ces décennies.
Durant la période qui précède et suit la révolution industrielle, tant les sciences naturelles que les arts plastiques ont connu des changements épistémologiques majeurs. En sciences naturelles, la conception encyclopédique, héritée des arts libéraux antiques, laisse progressivement la place à une spécialisation des savoirs. Dans le même temps, les conceptions essentiellement fixistes qui étaient celles de Linné, Buffon ou Cuvier se voient à terme remplacées dans les histoires naturelles par le transformisme de Lamarck et l'évolutionnisme Darwin.
Cette dynamique nouvelle se traduit par des changements dans la production des ouvrages de sciences naturelles. Les traités proprement scientifiques ne s’adressent désormais plus qu’à des spécialistes. En parallèle, des ouvrages de vulgarisation, souvent richement illustrés, se destinent aux amateurs et au grand public. A mi-chemin entre ces deux types de publications apparaissent des dictionnaires consacrés aux sciences, pensés plus ou moins explicitement comme des hybrides entre l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et les nombreux dictionnaires de la langue française parus au cours du XVIIIe siècle.
Dans le domaine des arts plastiques, de l’illustration en particulier, les évolutions techniques vont radicalement changer les procédés d’impression. Alors qu’une eau-forte laissait au dessinateur et au graveur une grande liberté, les nouveaux procédés de reproduction – lithographie, chromolithographie ou phototypie, pour n’en citer que quelques-uns – vont tendre à faire diminuer la part d’interprétation artistique au profit de la fidélité et de la précision de l’image.
Parmi le grand nombre d'ouvrage d'histoire naturelle parus durant cette période, cinq entreprises éditoriales d'envergures ont paru pertinentes faisant collaborer des représentants des diverses écoles scientifiques et artistiques du début du XIXe siècle. Il s'agit du Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, dit Dictionnaire de Deterville (1ère éd. 1803-1804), du Dictionnaire des sciences naturelles (1816-1845), sous la dir. de Cuvier, du Dictionnaire classique d'histoire naturelle (1822-1831), sous la dir. de Bory de Saint-Vincent, du Dictionnaire pittoresque d'histoire naturelle (1833-1840), sous la dir. de Félix-Edouard Guérin-Méneville, et enfin du Dictionnaire universel d'histoire naturelle (1847-1849), par Charles d'Orbigny. Ces dictionnaires se ressemblent par la forme puisqu'il cherche à rendre accessible et à classer selon l'ordre alphabétique tous les éléments connus relatifs au vivant (espèces, concepts, termes techniques, outils, éléments de vocabulaire, abréviations, personnalités, etc...). Mais ils diffèrent quant au public visé (savants professionnels ou dilettantes, républicains ou royalistes, chasseurs ou agriculteurs...) et aux conceptions épistémologiques du vivant (fixisme, catastrophisme, transformisme, évolutionnisme).