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Au début du siècle dernier, mon grand-père était millionnaire. A sa mort, sa fortune fut partagée en sept parts. La plus grande d’entre elles pour ma grand-mère et les six autres pour ses enfants. Mon père, Edgardon, reçu donc la septième tranche du gâteau financier en guinées qui lui permit plus tard de faire construire par un architecte autrichien une maison de trois étages, d’épouser ma mère et de pouvoir vivre de nombreuses années sans devoir travailler. Ce qui me permit à mon tour, à moi ainsi qu’à mes frères, de profiter de la présence paternelle davantage que mes camarades d’école et d’ailleurs. Jusqu’au jour où...
À l’anniversaire de mes neuf ans, Edgardon annonça à toute la famille:
- La guerre, les Américains et les crises nous ont ruinés. Demain, j’irai travailler.
Et mon père travailla comme directeur, secrétaire, comptable, vendeur et chef de rayon jusqu’à sa retraite. En Égypte d’abord et en Suisse ensuite. Comme un vrai pape. C’est-à-dire: en refusant systématiquement toute aide non légale proposée par les hypocrites des services religieux et sociaux helvétiques.
Et il mourut en toute lucidité, comme un être digne, après avoir lavé ses chaussettes, à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans.
- Hankouchinka, tu vas trop vite! Parle-nous de Saïouda, l’héroïne de ton enfance, dirait ma nièce sibérienne, à moitié arménienne, Karina Arutunian de Novokouznetsk. Avaleuse de récits romanesques.
- Tu as raison, chère étudiante douée et médaillée du ministère de l’éducation, je lui répondrais. Mais cette hâte n’est que le fruit de la confusion. Comme si de nombreux personnages du passé se bousculaient au portillon pour entrer dans le présent... C’est difficile à expliquer... Bref, je remonterai le temps et je m’exprimerai dorénavant au présent de l'indicatif. Et certainement, je tricherai comme la plupart des romanciers de mon espèce. J’y vais...