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Commentant les élections américaines de mi-mandat, Donald Trump a célébré "un immense succès, un jour incroyable où les républicains ont défié l'Histoire". De manière sélective, il faisait allusion au maintien ou à l'accroissement de la majorité républicaine au Sénat (cela dépend du désormais rituel recomptage en Floride !) auxquels il n'a pas peu contribué par ses meetings incendiaires. Mais même en temps ordinaire, la tâche des démocrates était quasi insurmontable, car ils défendaient 26 des 35 sièges en jeu, y compris dans une dizaine d'Etats où l'actuel président avait surclassé Hillary Clinton lors de la présidentielle de 2016.
Cela dit, cette campagne a permis à Trump de démontrer qu'il n'était plus un OVNI de la politique américaine. On peut être rebuté par son discours fondé sur la peur et la haine, mais force est de constater qu'il trouve un écho chez bon nombre d'Américains. Il dispose désormais d'un parti républicain à sa botte, débarrassé de ses personnalités plus modérées. Un parti fait en grande majorité d'hommes blancs, de milieux ouvriers ou ruraux, qui a fait une croix sur les groupes minoritaires: Noirs, Hispaniques, Américains d'origine asiatique, LGBT...
Or, ces minorités additionnées, de tendance démocrate, sont aujourd'hui majoritaires dans au moins cinq Etats de l'Union - y compris un bastion républicain comme le Texas - et elle pourraient le devenir dès 2027 dans la catégorie de population âgée de 18 à 29 ans. A cela, s'ajoutent les femmes qui ont voté à 58% pour les démocrates, ainsi que les nouveaux électeurs en hausse de 16% par rapport au précédent scrutin.
Mais le principal enseignement de ces midterms réside dans la victoire sans contexte des démocrates à la Chambre des représentants, seul scrutin à l'échelle nationale à part l'élection présidentielle. Or, non seulement ils y disposeront d'une majorité confortable d'une quarantaine de sièges, mais, une fois tous les votes décomptés, ils auront une avance de 8% au plan populaire. A défaut d'une répudiation en règle du "trumpisme", c'est à tout le moins un désaveu.
Il faut encore mentionner une kyrielle de succès au niveau local jusque là solidement en mains républicaines. Il s'agit des gouverneurs et des législatifs d'Etat qui ont en particulier le pouvoir non négligeable de redessiner la carte électorale, une arme que les républicains ont maniée avec une redoutable efficacité. Or, les démocrates leur ont arraché 7 postes de gouverneurs, remportant notamment ceux de Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin, trois Etats où Trump avait grapillé les quelques milliers de suffrages qui lui avaient permis de remporter le Collège électoral, alors même qu'Hillary Clinton l'avait devancé de 3 millions de voix au plan national.
L'avenir se présente donc sous des augures favorables pour les démocrates … à condition qu'ils survivent sans encombre aux deux années cruciales qui les séparent de la présidentielle de 2020. Face à l'étroite homogénéité de leurs adversaires, leur hétérogénéité est certes un atout, mais aussi un risque, comme l'a montré la rivalité féroce entre partisans de Clinton et de Bernie Sanders qui leur a coûté la Maison Blanche en 2016. Il leur faudra trouver un juste équilibre entre une opposition résolue aux pulsions autoritaires du président - à commencer par son intention réaffirmée de torpiller l'enquête du procureur spécial Robert Muller - et la recherche de compromis avec l'exécutif sur des sujets tels que la santé - préoccupation numéro un des Américains, bien avant l'immigration - , la modernisation des infrastructures, voire le contrôle des armes à feu.
Ancienne et bientôt future speaker de la Chambre, Nancy Pelosi a eu les mots justes à cet égard: "Nous avons la responsabilité de trouver des solutions communes chaque fois que nous le pourrons", tout en restaurant "les contre-pouvoirs constitutionnels face à l'administration Trump".
La voie est étroite et semée d'embûches, mais aussi porteuse d'espoir. Rompue aux combats politiques les plus âpres, la future troisième personnalité de l'Etat sait bien que le locataire désormais en sursis de la Maison Blanche ne lui fera aucun cadeau. Mais elle non plus !