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Le Conseil Municipal de Genève va prochainement se prononcer sur une proposition de sa gauche, de rendre aux saisonniers « qui ont construit la Suisse » l'hommage qu'ils méritent. Un acte symbolique, qui sans l'avoir voulu tombe à pic. La proposition date de 2009, et, beauté de la lenteur du traitement de l'ordre du jour, la voilà rattrapée par l'histoire : ce qui, il y a cinq ans, relevait encore du devoir de mémoire relève aujourd'hui du principe de précaution, puisqu'une initiative udéciste proposant le rétablissement d'un système de contingents d'immigrants et recréant une catégorie d'immigrants privés des droits les plus élémentaires, a été acceptée par le peuple (alémanique et tessinois), et que le Conseil fédéral promet de vouloir l'appliquer « sérieusement ». Comme l'écrivait un vieux barbu allemand du XIXe siècle, l'histoire se répète, d'abord en farce, puis en tragédie. Nous sommes encore dans la farce. mais elle est navrante.
« Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée » (Alfred de Musset)
A la mi-juin, le Conseil fédéral a adopté le principe d'une application « sérieuse » de l'initiative udéciste sur l'immigration adoptée par le peuple le 9 février. Une application « sérieuse », cela signifie le retour du système des contingents, que le gouvernement veut concrétiser de manière fédéraliste (par des contingents cantonaux) et adaptée aux « besoins de l'économie ». Qui a de gros besoins de main-d'oeuvre. Le Conseil fédéral entend également privilégier les ressortissants européens (ceux de l'Union Européenne et ceux de l'AELE) sur ceux des autres pays. Au retour des contingents s'ajoute donc l'instauration d'une « politique des deux cercles » (l'Europe et le reste du monde), qui ne tarderont guère à être trois par la division du « reste du monde » entre les pays développés et les autres. Parce qu'on ne va tout de même pas faire l'injure aux Américains du nord de les traiter comme des Africains. Certes, le Conseil fédéral ne propose pas le retour au statut de saisonnier, ni l'abolition du regroupement familial, et ne propose pas de plafond à l'immigration qu'il veut pourtant contingenter, puisque les cantons détermineraient librement leurs besoins (qui ascendent à au moins 120'000 migrants par année quand 80'000 font déjà frémir les udécistes), mais la machine à remonter le temps est bien enclenchée, vers le retour aux contingents et aux « trois cercles », deux vieilleries incompatibles avec le principe de «libre circulation» que l'UE tient pour fondamental.
Le Parti socialiste suisse, anticipant un refus de l'Union Européenne de la solution avancée par le Conseil fédéral, mais souhaitant qu'un tel veto vienne de la société suisse elle-même, demande que l'on respecte « l'esprit plutôt que la lettre » du vote populaire et propose un concept qui récuse à la fois les contingents et la « préférence nationale », et maîtrise les flux migratoires non par des « mesures policières» mais par des réformes sociales, économiques et fiscales : meilleure intégration à l'emploi des femmes et des travailleurs les plus âgés, meilleure formation de la main d'oeuvre disponible en Suisse, création d'un fonds (financé par les entreprises) en faveur de l'intégration des immigrants, renforcement du contrôle du respect des salaires et des conditions de travail, suppression des rabais fiscaux aux multinationales et aux riches étrangers... Dans le même temps où il demande que la Suisse continue de privilégier ses relations avec l'Union Européenne, et évite toute mesure remettant en cause la « libre circulation » le PSS entend proposer des solutions, respectueuses des valeurs de solidarité internationale, de justice sociale et de lutte contre les discriminations. Quadrature du cercle dessiné par l'initiative xénophobe : comment ne pas tenir compte du texte voté par les Suisses tout en se défendant de mépriser la volonté populaire ? Réponse du PS : en s'en tenant à cette volonté comme volonté générale de maîtriser l'immigration, sans s'en tenir aux recettes proposées par l'initiative. D'où cette division du travail, entre un gouvernement voué à appliquer le texte voté, et des partis politiques maîtres de leurs propres conceptions.
Et en effet, c'est bien le rôle des organisations politiques -du PS comme les autres- que de « faire de la politique » en voyant plus loin que le bout de leurs urnes. Mais ce rôle, le jouent-elle ?