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Née dans une famille de musiciens, Sevara a hérité de ces ancêtres la faculté de jouer du doutar. Cet instrument à corde populaire en Asie centrale est cité dans la littérature traditionnelle à partir du 15ème siècle. D’environ 1.20 mètre, les deux seules cordes du doutar sont faites de boyaux de mouton et produisent un son de velours.
Après une formation à l’Ecole de musique, elle enchaîne ses études au Conservatoire national de Tachkent. Grâce à la personnalité de sa voix et à son talent de chanteuse, elle se fait remarquer parmi les joueurs de doutar. Elle évolue avec une facilité déconcertante sur des magoms, qui sont des cycles vocaux traditionnels et des compositions instrumentales du 9ème et 10ème siècle. Sa carrière musicale débute véritablement en 1998 alors qu’elle tient la voix principale dans le quartet féminin Sideriz. Leurs chansons répertoriées dans la soul music, deviennent de vrais succès et leur amènent la célébrité dans tout l’Ouzbékistan.
En 1999, voyant le potentiel énorme de la chanteuse, on lui compose son premier album solo «Bakhtimdan» ou «parce que je suis heureuse…», qui sera élu album ouzbek de l’année.La force de Sevara Nazarkhan réside en sa capacité à jongler entre la musique traditionnelle ouzbek et la musique contemporaine. Son répertoire inclut aussi bien de la musique classique ouzbek du 16ème siècle, que de la musique folk, rock ou pop ouzbek. Les morceaux de folk sont en général accompagnés d’instruments à cordes sur un rythme de doira, tambour traditionnel plat. Certaines de ses chansons diffusent un rythme électronique, créant un contraste unique avec les mélodies anciennes. Sa carrière s’étend aussi au répertoire jazz-fusion. En effet, depuis la fin des années quatre-vingt dix, elle se produit avec un groupe de jazz appelé Taxi-Blues. La fusion amène des airs de Gershwin ou de Jobim sur des mélodies ouzbeks et vice et versa. Sevara se jette avec bonheur sur ce genre d’exercice, qui allie rythmes structurés et haut degré d’expression libre : de la haute voltige.
Repérée par l’équipe de Peter Gabriel et sa maison de disque RealWorld, elle enregistre actuellement un album sous la direction de Hector Zazou (France), qui a déjà produit sous le même label, «Coming home» de Yungchen Lhamo’s. Cette rencontre entre deux créateurs de son, va très probablement déboucher sur une expérimentation acoustique unique. A 25 ans, la jeune Ouzbek a les idées claires. «J’aimerais pouvoir faire ce qui me tient à cœur : composer et jouer. C’est ma vie. L’exploration et l’expérimentation musicale, le travail en commun sur des projets à thème avec d’autres artistes, les tournées et la scène sont les leitmotivs de mon existence».