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CRISPR Cas 9, cet acronyme signifie «Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats» et en français «courtes répétitions en palindrome regroupées et régulièrement espacées». Un palindrome est une séquence de mots qui donnent à la lecture en avant et en arrière la même phrase. Cas 9 signifie CRISPR associée à la séquence 9.
CRISPR Cas 9 a été trouvé il y a plusieurs années par des chercheurs dans des bactéries et identifié comme étant un type de défense immunitaire contre les virus. Après avoir compris la fonction de ce système de défense, il était clair qu’avec cela, on aurait à disposition un instrument pour le génie génétique si on l’appliquait sur d’autres types de cellules. Depuis lors, CRISPR Cas 9 est de plus en plus utilisé dans le monde entier. Pour CRISPR Cas 9 , on utilise également des notions comme découpeuse d’ADN, chirurgie du génome, édition de génome ou «Precision Medicine».
Par la suite, nous allons présenter le mode de fonctionnement, des exemples chez l’être humain, les plantes et les animaux ainsi que les risques liés à l’application de cette nouvelle technologie CRISPR Cas 9 , notamment dans le contexte des conséquences socio-politiques et éthiques.
Nos informations génétiques se trouvent en tant que gènes dans les chromosomes sous forme d’acide désoxyribonucléique (ADN) dans le noyau de chaque cellule du corps. La totalité des gènes définissant notre identité est appelé génome. C’est là qu’on peut, en utilisant CRISPR Cas 9 , faire une reprogrammation génétique. Cela peut être comparé à un système de traitement de texte sur ordinateur, où l’on peut, à l’aide de la commande «copier-coller», chercher et remplacer certains éléments de texte. CRISPR Cas 9 permet ainsi la recherche et le remplacement de certaines séquences génétiques de l’ADN. CRISPR Cas 9 est composé de trois sous-unités: (1) un ARN ciblé correspondant à la séquence spécifique de l’ADN à modifier, (2) une séquence d’ARN, reliée à une découpeuse moléculaire de matériel génétique, (3) l’enzyme de découpageCas 9 . CRISPR Cas 9 cherche et trouve ainsi sur l’ADN la séquence de gène spécifique, la découpe ou peut, à choix, aussi la remplacer par une autre séquence de gène.
Cette méthode biochimique et génétique, développée récemment, représente un outil prétendument efficace permettant d’éloigner, de modifier ou de compléter des séquences de gènes spécifiques. A l’aide de CRISPR Cas 9 , on peut durablement intervenir dans les gènes et donc dans le génome de cellules végétales, animales, humaines (somatiques) et embryonnaires (lignée germinale). Cette technologie est «attractive», car elle est facilement réalisable, rapide et peu coûteuse.
Les conséquences à long terme sur les gènes ainsi irréversiblement modifiés sont si graves et inquiétantes parce qu’elles interviennent massivement dans la nature. Les effets sont actuellement inestimables et les conséquences pour les générations futures imprévisibles.
C’est pourquoi, un moratoire pour la protection du génome est nécessaire. L’accès non contrôlé au génome doit être stoppé et les conséquences fatales pour la nature évitées.
CRISPR Cas?9 obtient une actualité particulière en vue de la votation populaire du 5 juin 2016 concernant la Loi sur la procréation médicalement assistée (LPMA). Les cellules de la lignée germinale sont d’une importance particulière dans le contexte du Diagnostic préimplantatoire (DPI). Chez l’être humain, elles comprennent les spermes, les ovules et les embryons. Elles sont spécialement protégées par la Constitution fédérale et ne sont pas directement concernées par le vote du 5 juin. Par l’adoption de la nouvelle LPMA, il serait cependant possible de créer un grand nombre d’embryons surnuméraires. Ces embryons trouveraient soudainement un grand intérêt auprès de nombreux groupes qui seraient, à long terme, également intéressés à la technologie CRISPR Cas 9 . En Angleterre, il est déjà permis d’utiliser CRISPR Cas 9 sur des embryons humains. On peut donc craindre – en prenant en compte l’histoire des modifications législatives dans ce domaine au cours des dernières 15 années – que la Suisse soit à l’avenir mise sous pression pour légiférer sur CRISPR Cas?9, actuellement utilisée de manière incontrôlée sur diverses sortes de cellules et de séquences de gènes dans le monde entier.
Il est donc très important que le peuple s’exprime clairement contre la nouvelle LPMA. Cela permettrait également de freiner l’utilisation incontrôlée de CRISPR Cas 9 .
Les tentatives de traitement à l’aide de CRISPR Cas 9 dans la thérapie de maladies génétiques chez un enfant ou un adulte (jusqu’à ce jour impossible, même avec CRISPR Cas 9 !) sont un «risque individuel» lors d’une intervention ciblée dans les cellules somatiques. De telles modifications ne pourraient se transmettre sur une éventuelle progéniture. Il est néanmoins important d’examiner auparavant soigneusement l’efficacité, les risques et les effets secondaires d’un tel essai thérapeutique.
En revanche, toutes modifications génétiques correspondantes dans les cellules de lignée germinale créent des risques élevés et inacceptables pour la progéniture, car ils seraient transmis héréditairement. Ces modifications du génome – qui nous définit en tant qu’êtres humains – seraient irréversibles.
Les conséquences à long terme d’un génome humain irréversiblement modifié risquent fortement d’être très sérieuses, car elles interviennent dans la nature humaine et les effets sur les générations futures sont actuellement inestimables et imprévisibles.
Actuellement, on ne parle que très peu des incertitudes et des risques sérieux résultant de cette nouvelle technologie CRISPR Cas 9 et les conséquences sociales et éthiques ne sont que rarement soulevées au niveau international. Cependant, il existe déjà des efforts de lancer un moratoire, soutenu par des scientifiques ayant participé au développement de cette technologie. En Allemagne, l’Académie nationale des sciences Leopoldina a récemment mis en garde: «Nous sommes loin de comprendre le ‹concert des gènes› de l’être humain».
Il faut absolument un moratoire clairement formulé pour limiter l’utilisation incontrôlée actuelle de CRISPR Cas 9 dans divers pays.
Un tel moratoire doit garantir que l’utilisation de méthodes telles que CRISPR Cas 9 se fasse de manière sécurisée, transparente et conformément aux principes éthiques. Toute intervention dans la lignée germinale humaine doit rester interdite.
Donc: un moratoire international sur la protection du génome humain est urgent. L’accès incontrôlé au génome humain doit être stoppé pour empêcher toutes conséquences irréversibles et fatales pour la nature humaine.
L’utilisation de CRISPR Cas 9 dans les cellules germinales humaines doit rester interdite jusqu’à ce qu’il soit clair quels sont les dangers. Car une modification génétique dans la lignée germinale est irréversible!
Des scientifiques chinois ont déjà fait des expériences sur des embryons humains, sur des «surnuméraires» créés lors d’une insémination artificielle. Les résultats ont conduit, au niveau international, à une incertitude et confusion considérable parmi les scientifiques. Car, les modifications désirées dans le gène ciblé se sont produites que dans un petit nombre d’embryons traités alors que de nombreuses modifications sont apparues à d’autres endroits du génome exempts du but de l’intervention. Ces modifications non désirées sont appelées «Off-target Effects». La découpeuse moléculaire CRISPR Cas?9 ne coupe donc pas seulement là où cela est prévu. La précision tant vantée peut apparemment échouer. En outre, les mécanismes de réparation des cellules sont si efficaces que les découpeuses CRISPR Cas 9 perdent de leur impact.
De grande importance est le fait que les modifications génétiques par CRISPR Cas 9 ne peuvent plus être détectées par la suite, rendant ainsi tout contrôle impossible. Ceci est spécialement important pour des produits alimentaires génétiquement modifiés par CRISPR Cas 9 et désigné par la suite de manière euphémique d’«identique à la nature».
Un moratoire doit donc aussi garantir que les plantes et les produits alimentaires modifiés par CRISPR Cas 9 soient à l’avenir déclarés en tant qu’organismes génétiquement modifiés (OGM). Dans le cas récent d’un champignon manipulé génétiquement par cette technique aux Etats-Unis, cela n’est pas été fait. Il se trouve déjà sans déclaration OGM dans les étalages de légumes, peut être acheté et est donc intégré dans la chaîne alimentaire.
Chez les moustiques transmettant le paludisme, on cultive à l’aide de CRISPR Cas 9 une résistance contre le paludisme d’origine génétique. Cette modification est si efficace qu’elle se transmet à la descendance du moustique traité. Cette «réaction en chaîne mutagène» a pour effet qu’une modification génétique se répandrait dans un écosystème par chaque cycle de réplication. Chez les moustiques, il faut s’attendre qu’après une seule saison toute la population pourrait être porteuse de la nouvelle caractéristique. Jusqu’à présent, aucun essai en plein air n’a eu lieu, mais il y a des chercheurs qui insistent. Ce qui n’est cependant pas clarifié, ce sont les conséquences que ces moustiques auraient dans l’écosystème.
A l’aide de CRISPR Cas 9 , on a déjà élevé des spécimens de chiens plus musclés et des chèvres cachemires avec des poils plus longs et donc un rendement économique plus élevé. A la Harvard Medical School, on a déjà réussi à modifier de manière ciblée 62 gènes dans des embryons de porc.
Après la découverte du modèle de la double hélice de l’ADN (1953), du développement de la dite réaction en chaîne par polymérase pour le séquençage du génome humain (1983), CRISPR Cas 9 semble être – en lien avec la première expérience (2013) faite par des scientifiques chinois de modifier l’ADN humain – un troisième «jalon» dans une technologie dangereuse, car utilisée de manière trop peu réfléchie et avec un manque de sens critique.
La meilleure solution est de s’y opposer avec un moratoire clair! •
(Traduction Horizons et débats)
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