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"Peine perdue, l'Eperanto (sic) est un flop."
Sous son apparente pauvreté argumentative, ce commentaire de l'internaute Rapunzel à ma note vous invitant à apprendre cette langue dissimule en fait plusieurs réflexions qu'il n'est pas inintéressant d'essayer de décoder.
L'espéranto est-il un flop ?
Pour juger de l'insuccès d'une entreprise, il convient avant tout de se renseigner sur les objectifs de ses iniciateurs ou promoteurs.
En ce qui concerne l'espéranto, il s'agissait, à ma connaissance, de créer une langue fonctionnelle et facile à apprendre permettant aux citoyens de nations différentes de communiquer entre eux, entre "gens d'en bas" (voir son célèbre discours de Boulogne-sur-Mer: "ĉar hodiaŭ inter la gastamaj muroj de Bulonjo-sur-Maro kunvenis ne francoj kun angloj, ne rusoj kun poloj, sed homoj kun homoj" - "car aujourd'hui, entre les murs accueillants de Boulogne-sur-Mer ce ne sont pas des Français qui se sont assemblés avec des Anglais, ni des Russes avec des Polonais, mais des hommes avec des hommes").
Pour la petite histoire, Zamenhof l'imaginait comme langue principalement écrite et a été le premier supris de constater à quelle point il était aisé de la parler.
Si sa vocation est donc incontestablement internationale, elle n'a jamais été de devenir universelle et encore moins de remplacer les langues nationales. Je mets au défi ceux qui affirment le contraire de me présenter des documents l'attestant.
Au contraire les mouvements espérantistes ont toujours été à la pointe du combat pour la sauvegarde des langues en danger.
Un échec incontestable, tout de même: En 1922, le refus de la Société des Nations, sous la pression de la France, de choisir l'espéranto comme langue de travail, ce qui l'a certainement écarté durablement du monde de la politique, puis des affaires internationales...
Et à côté de ça, une quantité d'éléments, qui, selon son point de vue, peuvent être considérés comme autant de succès, parmi lesquels:
- La langue est parlée au quotidien par des milliers de locuteurs, dont plusieurs espérantophones de naissance.
- Une littérature originale et traduite foisonnante.
- Une présence remarquable sur Internet.
- Une facilité d'apprentissage attestée par des dizaines d'études scientifiques.
-...
Pour finir ce chapitre, une petite réflexion piquée à je ne sais plus qui: En 1670, Gabriel Mouton imagine un système de mesure basé sur des unités décimales, qui simplifierait les calculs et les échanges entre régions. Comme il se doit, ses contemporains ont jugé invraisemblable l'application d'un système aussi artificiel et, un siècle plus tard, ses travaux pouvaient sans conteste être considérés comme des "flops". Ce n'est qu'à la révolution française qu'on se décidera à introduire le système décimal, avec le succès universel (ou presque) qu'il a ensuite connu...
Peine perdue ?
Que vaut-il la peine de faire ? La question renvoie sans doute à notre finitude et à l'urgence de ne pas gaspiller le précieux temps de notre trop courte vie. Qu'on ne me dise pas que ce temps doit exclusivement être consacré à des activités rentables sur le plan économique, l'échelle mesurant l'intérêt de telle ou telle activité est nécessairement autre. Et donc... ?
Je suppose que la gestion de cette urgence et la hiérarchisation de nos activités dépend de nos intérêt personnels, de nos interactions sociales, du hasard, de nos lectures... Bref, qu'elle est essentiellement subjective.
Tout ce que je peux faire, c'est dresser une liste très peu exhaustive des activités qui me semblent subjectivement moins dignes d'intérêt que l'apprentissage de l'espéranto et qui sont pourtant prisées par une large part de mes concitoyens:
- Faire les soldes à Balexert.
- Regarder Darius Rochebin.
- S'engluer dans les bouchons des Acacias.
- Télécharger des films pornographiques et les regarder.
- Perdre son argent pour voir perdre Genève-Servette.
- Aller chez le coiffeur.
- Regarder la pub après Darius Rochebin.
- Aller en boîte.
- Nouer sa cravate le matin et la dénouer le soir.
- Passer la tondeuse à gazon.
- Regarder la pub avant Darius Rochebin.
- Aller au salon de l'auto.
- Donner un avis peu documenté sur des blogs, juste pour voir.
- ...
Je vous laisse compléter la liste !