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Les philosophes
Bien des philosophes occidentaux ont établi une philosophie générale de la vérité (et leur réputation internationale) sur la base d’une seule théorie comportant une unique affirmation, à savoir : « Tous les corbeaux sont noirs ». Ah les corbeaux ! Si ces aimables volatiles, intelligents et joueurs, savaient à quel point la noirceur de leur plumage a fait cogiter les philosophes, ils en croasseraient de jubilation.
Personne ne peut se vanter d’avoir vu tous les corbeaux du monde, passé et présent. D’où le problème philosophique que pose l’affirmation selon laquelle « tous les corbeaux sont noirs », dont la vérité n’est donc pas prouvée. Afin d’apporter une contribution à cette problématique, nous y ajoutons deux remarques.
Premièrement, que désigne-t-on par « noir » ? La lumière blanche – ou approximativement blanche comme celle du soleil – contient en réalité toute une gamme de couleurs superposées. Et lorsque le soleil a rendez-vous avec la pluie, les gouttes séparent ces couleurs les unes des autres, ce que l’arc-en-ciel nous révèle fort joliment. Dès lors, qu’appelle-t-on un objet rouge, par exemple ? C’est un objet qui, éclairé par la lumière du jour, absorbe toutes les couleurs sauf... le rouge, qu’il renvoie en direction de notre œil. En pareil cas, nous ne recevons que du rouge et nous nous exclamons : « Il est rouge ! » Et qu’en est-il alors d’un objet noir ? C’est un objet qui absorbe toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et ne renvoie rien du tout vers nos pupilles inutilement écarquillées.
Cela étant, les corbeaux sont-ils vraiment noirs ? Votre expérience de la vie vous aura sans doute confronté une fois ou l’autre à cette situation :
- Chéri, tu as vu ma nouvelle robe ?
- Ah oui ! Ce noir te va très bien.
- Comment, noir ? Elle n’est pas noire, elle est bleu nuit !
Bon, eh bien, pour les compliments, on essaiera de faire mieux la prochaine fois. L’œil masculin diffèrerait-il de son homologue féminin par quelques subtils écarts de sensibilité ? Pour la plus grande honte de la culture occidentale, la philosophie des sciences reste trop majoritairement masculine. Par souci d’équité, nous proposons donc la vérité suivante, comme alternative au préjugé dominant : « Tous les corbeaux sont bleu nuit. »
Les biologistes, qui ont généralement mieux à faire que de bayer aux corneilles, ne semblent pas avoir analysé jusqu’à présent le spectre exact d’émission lumineuse du plumage des corbeaux, car c’est bien en cela que consiste la démarche scientifique : une mesure quantitative du phénomène étudié. Bien des égarements philosophiques, sur ce qu’est la science, ce qu’elle était, ce qu’elle devrait être et ce qu'elle va devenir, proviennent de penseurs qui n’ont jamais franchi le seuil d’un laboratoire et qui assimilent l’« observation scientifique » à une sorte de naïve contemplation, dont la conclusion devrait tout aux préjugés du chercheur et aux conditions socio-culturelles du moment.
Quant à la seconde remarque, elle tient en cinq mots qui portent un coup très dur à la philosophie des sciences :
Il existe des corbeaux blancs !
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Les scientifiques
- Pourquoi faudrait-il croire les scientifiques, lorsqu'ils disent que le risque n'est pas prouvé scientifiquement ?
- Mais... il ne faut pas croire les scientifiques !
- Ah bon ; il ne disent pas la vérité ?
Ainsi débuta la séance des questions, après une conférence que je venais de donner sur les risques potentiels liés à l'utilisation du téléphone mobile.
- Non. La science ne produit pas des vérités, elle produit des conclusions. Et vous savez quelle est la différence entre une conclusion et une vérité ?
- ...
- La différence, c'est qu'une vérité, on ne sait pas d'où elle vient. Elle se transmet de siècle en siècle, son origine se perd dans les ténèbres du passé. Tandis que la source d'une conclusion est beaucoup plus claire. Elle découle d'un raisonnement établi à partir d'observations.
Lorsque Galilée affirma que la Terre tournait autour du Soleil, personne ne pouvait croire une chose pareille. Rares sont ceux qui oseraient tenter de se tenir debout, en équilibre, sur le toit d'une voiture lancée à 100 km/h, n'est-ce pas ? Dès lors, comment croire que l'on puisse se tenir debout, en équilibre, sur une boule lancée à 110'000 km/h sur sa trajectoire autour du Soleil ? C'est évidemment impossible à croire.
Lorsque Louis Pasteur affirma qu'un microbe invisible à l'œil nu pouvait tuer un homme robuste et costaud, personne ne pouvait croire une chose aussi invraisemblable. Pourtant, si aujourd'hui tout le monde admet que la Terre tourne autour du Soleil et que les microbes peuvent tuer des hommes robustes et costauds, c'est parce que ce ne sont pas là des vérités, mais bien des conclusions. Et toute personne normalement intelligente peut comprendre sur quelles observations et sur quels raisonnements reposent ces conclusions.
Bien sûr, on peut contester les conclusions de la science, contester la validité des observations ou la logique des raisonnements. Mais contrairement à une vérité que l'on remet en cause simplement en lui opposant une autre vérité, pour contester une conclusion, il faut des arguments. Car on n'est pas ici dans la sphère de la croyance, mais dans celle de la raison.
- Ne croyez pas les scientifiques, chère Madame, ils ne disent pas la vérité. Essayez plutôt de comprendre leurs conclusions, si cela vous intéresse.
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Preuve scientifique
Dans les controverses relatives à tel ou tel risque, la question est souvent débattue de savoir si le danger est « prouvé scientifiquement » ou non. Pourtant, la preuve scientifique présente assez peu d'intérêt dans ce contexte, et cela pour deux raisons.
Premièrement, et contrairement à une idée commune, la preuve scientifique n'est pas une preuve absolue ; pour la bonne raison que la preuve absolue n'existe pas et n'existera jamais, dans aucun domaine.
Deuxièmement, s'agissant d'un danger, la vraie question est de savoir comment s'en prémunir. Or la procédure de preuve, sur laquelle les scientifiques se sont mis d'accord (depuis environ 4 siècles), n'a pas été conçue pour protéger la population mais pour garantir autant que possible la fiabilité de la connaissance ; ce qui est complètement différent.
À titre d'exemple, le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) considère que la cancérogénicité d'un facteur quelconque (tabac, amiante,...) est « scientifiquement prouvée » lorsque trois laboratoires sont arrivés à cette conclusion, indépendamment les uns des autres. C'est sans doute un bon criètre de fiabilité de la connaissance, car on imagine mal que trois laboratoires arrivent à la même conclusion, en ayant commis tous les trois des erreurs (encore que ce ne soit pas totalement exclu.) En revanche, s'agissant de protéger la population contre un risque de cancer, on peut se demander si deux laboratoires ne suffiraient pas pour commencer à s'inquiéter.
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Particules
L'existence d'une particule est considérée comme « prouvée scientifiquement » lorsque cette particule a pu être observée indépendamment dans deux accélérateurs de particules. Depuis que le boson de Higgs a montré le bout de son nez dans le super accélérateur du CERN, son existence reste impossible à prouver scientifiquement, car il n'existe aucun autre accélérateur dans le monde capable de confirmer ce résultat.
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Qu'est-ce qui est vrai ?
Une porcherie peut-elle être vraie ou fausse ? Ma mère disait, en entrant dans ma chambre : « C'est une vraie procherie, par ici ». Je n'ai jamais su s'il existait de fausses porcheries. Existe-t-il des croyances vraies et d'autres fausses ? Des doctrines vraies ou fausses ?
« The predicate ‘true’ applies properly to propositons. »
Les propositions (ce que le commun des mortels appellent des phrases) sont vraies... ou fausses. Et rien d'autre. Toute valeur de vérité accordée à quelque chose qui n'est pas une phrase reléve de la métaphore.
David M. ARMSTRONG
« Truths and Truthmakers », in : What is Truth?
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Existence
La vérité doit exister pour une simple question de logique. Choisissons entre ces deux phrases : « La vérité existe » ou « La vérité n’existe pas ». La première des deux ne pose pas de problème logique. Elle affirme que la vérité existe et elle est elle-même posée comme une phrase vraie. En revanche, la seconde nous plonge dans le paradoxe : si la vérité n’existe pas, alors cette phrase ne peut pas être vraie. « La vérité n’existe pas » est donc forcément une phrase fausse ; par conséquent la vérité existe tout de même. « La vérité n’existe pas » est une proposition indécidable.
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Toute la vérité
Dire toute la vérité... c’est beaucoup ! Si je pouvais dire « toute la vérité », alors plus personne ne pourrait ajouter quelque chose de vrai à ce que j’aurais dit. Pourtant quelqu’un pourrait ajouter : « Toute la vérité a déjà été dite. » Cette phrase serait-elle vraie ou fausse ?
Supposons qu’elle soit est vraie. Elle signifie donc que toute la vérité a déjà été dite AVANT que cette phrase soit prononcée. Ainsi, arrivant APRÈS que toute la vérité a déjà été dite, elle n’en fait donc pas partie ; et si elle ne fait pas partie de la vérité, c’est qu’elle est fausse. Ainsi, en la supposant vraie, nous concluons qu’elle est fausse. L’hypothèse qu’il soit possible de « dire toute la vérité » débouche encore sur une proposition indécidable.
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Contexte
« La Terre est ronde » : vrai ou faux ? Dans une discussion où certains prétendent que la Terre est plate, il est vrai d’objecter qu’elle est ronde. Mais dans une discussion de spécialistes de la forme de la Terre, cela est faux, car notre planète est un peu aplatie vers les pôles, pas exactement ronde.
Question de contexte.
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Cellule
Dans une monographie intitulée Asile au pays des merveilles, le journaliste Jean Steinauer rapporte l’anecdote suivante. Un requérant d’asile angolais est interrogé par la police helvétique qui doit déterminer si l’intéressé a bien été incarcéré dans son pays, en raison de ses opinions politiques. Prié de décrire les conditions dans lesquelles il dit avoir été détenu, le requérant parle d’une cellule de deux mètres sur trois. Dès lors, il s'agit de vérifier si cette affirmation correspond à la vérité.
Or, après vérification sur place par un agent de l’ambassade de Suisse, il s’avéra que les dimensions des cellules de cette prison n’étaient pas exactement celles-là. Conclusion du rapport de police : « La description de la prison et des conditions de détention ne correspondent pas à la réalité. » Demande d’asile rejetée !
Chers opposants politiques qui songez à demander l'asile à la Suisse, n'oubliez pas de mesurer précisément les dimensions de votre cellule.
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Le sens de l'histoire
« La Vérité finira par triompher. Sinon, l'histoire de l'humanité n'a pas de sens. »
Étrange raisonnement de celui qui se qualifie de « bon scientifique » : la Vérité existe, non pas parce qu’on l’a observée, ce qui est le critère habituel pour décider de ce qui existe, du point de vue scientifique. Non, la Vérité existe, parce que si elle n’existait pas, ce serait gênant. Pensez-donc, l'histoire de l'humanité n’aurait pas de sens !
Jacques ARSAC
Y a-t-il une vérité hors de la science ?
Mais justement, scientifiquement, pourquoi faudrait-il qu'elle ait un sens ?
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