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Dans la famille, nous aimions tous l’école, tous de bons élèves, en toute modestie. Imaginez-vous un peu, vous les maîtres d’aujourd’hui, une classe de quarante élèves, de huit degrés différents pour les filles et neuf pour les garçons. La maîtresse, Mlle D. puis Mlle Ch., devait faire appel aux meilleures élèves pour être monitrices des plus petits. Tous les brouillons se faisaient sur des ardoises. C’était pareil dans la classe des garçons dirigée par M. B.. Les classes mixtes n’existaient pas. Revue après quarante ans, Mlle Ch. me confia, qu’avec son salaire de jeune institutrice, elle parvenait juste à payer sa chambre et sa pension chez Antonie C. de la Carrée.
La salle d’école des filles située dans le bâtiment de la laiterie était sans confort, chauffée en hiver par un gros poêle à bois. En se penchant aux fenêtres, on voyait à l’est la ferme à Auxence C. flanquée d’un gros tas de fumier et au sud le parc à cochons de la laiterie. Devinez les odeurs !
Les garçons, tout aussi nombreux, disposaient d’une belle salle et d’un beau préau dans le bâtiment de l’école où habitaient le régent, M. B., et sa grande famille. Les cours avaient lieu tous les jours, du lundi au samedi de huit heures à onze heures trente et de treize heures trente à seize heures, sauf le jeudi après-midi. Le jeudi matin, nous avions les leçons de catéchisme. Nous avions les vacances pour les foins et les regains puis pour arracher les pommes de terre en automne. L’année scolaire se terminait en mai par les examens. L’inspecteur scolaire, M. C., très droit, très digne, nous en imposait. De ses discours, une phrase m’est restée en mémoire : «Il nous faut des femmes fortes, intelligentes.» Il tenait certes les mêmes propos chez les garçons !
Personnellement, j’ai eu le coeur serré de quitter les livres d’école : j’aurais tant aimé devenir institutrice, le plus beau métier du monde… avec celui de fleuriste, à mon avis.