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santé
Il n’arrive pas à éjaculer en moi
J'adore consulter votre chronique où vous donnez des réponses riches et précises! Merci pour ça. Je vous explique mon problème: Je suis en couple avec un homme qui ne parvient pas à éjaculer en moi lors de nos rapports (par contre, par la fellation ou la masturbation, cela fonctionne la plupart du temps). Nous parlons rarement de ce souci, mais il m'a un jour expliqué qu'il s'était habitué plus jeune à ne pas éjaculer lors de ses rapports (ou à se retirer) par crainte de devenir père à un moment où il ne le souhaitait pas (et il faut savoir qu'il ne supporte pas les préservatifs, qui le font perdre son érection). De mon côté, j'ai depuis mon adolescence des mycoses et des irritations de la vulve fréquentes. Au début de ma relation avec mon compagnon, les rapports créaient même de petites déchirures de ma peau à l'entrée du vagin. Heureusement, ce problème, que j'ai activement pris en charge, s'est résolu. Dans tout ce contexte, mon ami et moi avons inventé une sexualité où la pénétration n'est pas systématique (nous nous caressons mutuellement etc.). Avec et malgré tout cela, je dois dire que j'ai découvert avec cet homme la jouissance par les caresses sur le clitoris et même à quelques reprises par les caresses clitoridiennes et la pénétration associée.
Ma grande crainte, dans ce contexte, est de ne pas pouvoir avoir d'enfant avec lui. Ce désir grandit gentiment en moi, avec diverses ambiguïtés, et mon ami de son côté est partagé entre l'envie de devenir père et le souhait de rester simplement à deux (il a eu une très mauvaise relation avec son père à lui). Nous parlons de temps en temps des aléas de notre désir d'enfant. A noter que pendant 4 mois environ, dernièrement, il a été possible pour mon ami d'arriver à la jouissance une fois sur deux ou trois, par la pénétration (moi sur lui) tout en se retirant quand même rapidement pour que tout le sperme ne soit pas en moi. Actuellement, depuis un mois, il est très pris et stressé par un nouveau travail et ça ne marche plus. Si nous décidons de tenter l'aventure de devenir parents, comment allons-nous faire avec cette «anéjaculation»? Devrions-nous alors consulter un sexologue? Ou se faire aider par la médecine? Merci d'avance pour vos conseils!
Emma
Merci pour votre riche question et toutes les précisions que vous me donnez et qui m’aident à bien comprendre votre situation. Votre diagnostic «d’anéjaculation» est tout à fait exact et c’est un phénomène qui est plus fréquent qu’on ne le pense. Comme vous l’écrivez, il conduit bon nombre de couples à consulter un gynécologue spécialiste en «procréation médicalement assistée» en cas de désir d’enfant car il est très difficile de parvenir à une fécondation naturelle avec un homme qui ne parvient pas à éjaculer lors du coït. Souvent ces couples n’osent pas parler de leur problème sexuel – et on ne les interroge pas toujours sur la manière dont ils font l’amour - et se lancent dans des procédures de bilan puis de stimulation hormonale complexe, invasives et coûteuses, alors qu’ils pourraient bénéficier d’une simple insémination artificielle à l’aide d’une seringue qui permet de déposer le sperme au fond du vagin. Si vous devez en arriver là, prenez le temps d’expliquer au gynécologue pourquoi vous n’arrivez pas à faire un enfant, afin qu’il ou elle puisse vous offrir son aide de la manière la plus simple qui soit. Et sachez que vous pouvez même essayer vous-même sans l’aide d’un médecin, ce que font souvent avec succès les femmes lesbiennes qui désirent un enfant sans faire l’amour avec le futur père…
Mais je crois que vous n’aurez pas besoin de cela car vous avez noté une belle évolution dans le comportement sexuel de votre compagnon et cela grâce à votre complicité et à votre capacité de dialoguer. Car s’il a appris très jeune à ne pas éjaculer lors de la pénétration avec ses partenaires précédentes pour éviter une grossesse non désirée, vous me dîtes qu’il y parvenait récemment avec vous et à plusieurs reprises. Même s’il se retire rapidement, pour que tout le sperme ne soit pas en vous - pensez-vous - il suffit d’un seul spermatozoïde pour féconder votre ovule et enclencher une grossesse. Il est donc capable de se laisser aller jusqu’au bout parce qu’il se sent vraiment en confiance et bien dans votre relation, certainement grâce au fait que vous exprimez aussi votre propre ambivalence, vos envies et vos doutes, face à un désir d’enfant. Si vous êtes capables d’avoir une position nuancée et pondérée et de ne pas vous lancer dans l’aventure parentale tête baissée et sans réfléchir, vous lui offrez le temps, les échanges et l’écoute nécessaires pour mûrir un tel projet. Comme vous le constatez, il ne faut pas le brusquer et attendre le bon moment, car actuellement votre compagnon, trop stressé et préoccupé par un nouveau travail, n’est pas disponible ni disposé à fonder une famille.
Vous avez de la chance car j’ai vu plusieurs situations d’anéjaculations vaginales dans lesquelles l’homme était incapable de surmonter son problème et souvent même de prendre conscience de son origine. Une mauvaise expérience et une mauvaise relation avec son propre père sont souvent la cause de ce blocage sexuel qui permet d’éviter de se retrouver confronté à ses mauvais souvenirs d’enfant et à la peur et aux doutes bien légitimes de se demander si on sera capable de faire bien et mieux? Il existe même des hommes qui apprennent à éjaculer de façon rétrograde, à l’intérieur de leur vessie, en contractant les muscles de leur périnée au moment de l’orgasme et qui n’arrivent plus ensuite à éjaculer à l’extérieur, devenant incapables de féconder leur partenaire. Donnez-vous encore du temps pour réfléchir, discuter et élaborer ensemble cette question d’un enfant. Et, si vous en ressentez le besoin, n’hésitez pas à consulter un psy, ensemble ou individuellement, pour vous donner l’occasion d’exprimer et d’explorer votre passé et vos peurs personnelles face à l’énorme responsabilité que représente la mise au monde d’un enfant.
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