Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06881.jsonl.gz/1106

Cette page a été réactualisée le 10 février 2019
Crevette rouge sang (Hemimysis anomala)
Depuis quelques années en hiver, des milliers de crevettes envahissent les eaux du lac de Neuchâtel. Cette espèce invasive c’est l’Hemimysis anomala ou crevette rouge sang, c’est une espèce de crustacés appartenant à la classe des Malacostraca, à l'ordre des Mysida et à la famille des Mysidae.
Ce petit crustacé de 6 à 11mm de long est natif des rives de la mer Noire, de la mer d'Azov et de la mer Caspienne. On n’a commencé à en croiser dans les eaux du lac de Neuchâtel dès 2007.
Dans notre cas, c’est l’ouverture à la navigation du canal du Danube au Main en 1992 qui est un des facteurs importants de propagation d’espèces venant de la région pontocaspienne, en constituant ce qui a été appelé « le corridor sud » reliant la mer Noire à la mer du Nord en passant par le Danube, le canal du Danube au Main, le Main et le Rhin.
Comme d’hab… l’homme également responsable
Mais, l’Hemimysis anomala a également été propagé volontairement par l’homme.
C’est dans les années 50 et 60, qu’il fut introduit dans différents sites en Moldavie et en Lituanie comme complément alimentaire pour les poissons d’élevage.
De là, suite à des vidanges de bassins, il gagna la mer Baltique où il fut observé pour la première fois dans le golf de Finlande en 1992 et dans le delta du Rhin en Hollande en 1999 où il a été trouvé dans l’estomac de jeunes perches. Enfin, il a été observé en Angleterre en 2004.
Peu de choses sont connues sur l’écologie d’Hemimysis anomala, des études menées en Hollande ont montré qu’il avait un régime omnivore, mangeant de préférence du zooplancton (plancton animal), il est également détritivore et cannibale (observations personnelles). Les juvéniles se nourrissent principalement de phytoplancton (plancton végétal).
Peu de travaux scientifiques ont été menés pour étudier l’impact de la présence d’Hemimysis anomala sur les populations de phytoplanctons et de zooplanctons dont ils se nourrissent. Il existe certainement une compétition avec d’autres espèces planctonophages et/ou détritivores, espérons que le partage de nourriture ne se fasse pas au détriment des autres invertébrés de nos milieux aquatiques.
Des observations montrent que Hemimysis anomala évite la lumière directe pendant le jour appréciant le dessous des pontons, les cavités et les anfractuosités diverses, une compétition pour ce type d’habitat très prisé par de nombreuses espèces a sûrement lieu. On peut observer à plusieurs reprises la cohabitation d’écrevisses américaines (Orconectes limosus) et de colonies d’Hemimysis anomala dans différentes cavités, cohabitation d’autant plus intéressante qu’elle implique deux espèces invasives venant l’une de l’Ouest, l’autre de l’Est, arrivées grâce à l’homme et partageant le même logis dans une harmonie apparemment parfaite (voir photo).
Si notre petit crustacé se cache le jour, il est moins timide la nuit quand il sort à la recherche de nourriture, de très nombreux individus sont alors disséminés sur le fond.
Hemimysis anomala fut introduit en Moldavie et en Lituanie comme complément alimentaire, il est donc à prévoir que de nombreux poissons trouveront dans ce petit crustacé un mets de choix. J’ai observé récemment un Chabot et une larve de libellule s’en nourrir, cette prédation par la faune locale permettra, on peut l’espérer, la régulation de la prolifération de cette espèce capable de former des bancs importants.