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Tennis Serena coachée? Mouratoglou admet, elle nie
L’avertissement pour «coaching» qui a fait plonger Serena Williams était-il justifié? Analyse d’une décision d’arbitrage qui va marquer l’histoire du tennis.
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Qui pouvait imaginer vivre pareil psychodrame lors d’une finale de Grand Chelem? Quelques heures après le sacre de Naomi Osaka, New York et la planète tennis ne se remettaient toujours pas du scénario fou de cette finale.
Serena Williams, en larmes, sanctionnée de trois infractions au code de conduite, donc d’un jeu de pénalité, alors qu’elle luttait pour accrocher un 24e titre majeur et égaler le record de Margaret Court, l’image s’affichait partout, samedi soir, sur les écrans de «Big Apple». Avec sur tous les visages, cette même incrédulité: mais que s’est-il passé?
Séparer le fond et la forme
Pour faire simple et partir des faits, Serena Williams écopait d’un avertissement pour «coaching» lors du deuxième jeu de la deuxième manche. Elle recevait ensuite un point de pénalité après avoir fracassé sa raquette, frustrée d’avoir concédé son service juste après un break qui semblait la relancer (2-6 2-3). Enfin, au changement de côté suivant, un long monologue destiné à discréditer l’arbitre Carlos Ramos – «Vous attaquez ma personne, vous êtes un menteur, vous n’arbitrez plus jamais mes matches» - lui valait un jeu de pénalité (de 3-4 à 3-5). Deux jeux plus tard, Naomi Osaka remportait son premier titre du Grand Chelem.
Comment en est-on arrivé là? L’expérimenté arbitre portugais Carlos Ramos a-t-il eu raison de sanctionner aussi durement la championne américaine? Pour tenter de répondre à ces questions avec la distance nécessaire, il faut sans doute commencer par séparer le fond et la forme. Sur le fond, les deux dernières infractions commises par Serena sont indiscutables. Un bris de raquette et des menaces envers un officiel méritent sanction. Personne ne peut le nier. Reste donc la première infraction, ce fameux avertissement pour coaching qui a tout déclenché.
Sur les images saisies immédiatement par ESPN, il est clair que Patrick Mouratoglou bouge ses mains d’avant vers l’arrière comme pour indiquer à sa joueuse de «ne pas ouvrir le court» (et s’exposer à des échanges plus physiques qui favorisent Osaka). Était-ce du coaching? Le geste méritait-il une sanction immédiate ? Au micro de Pam Shriver, l’entraîneur français avoua sans détour: «Je suis honnête, j’étais en train de la coacher». Une explication qui faisait bondir Serena Williams quelques minutes plus tard en salle de presse.
«Je viens d’envoyer un message à Patrick pour savoir pourquoi il a dit une chose pareille. Nous n’avons aucun signal prédéfini, on n’en parle jamais. Je ne fais jamais appel au coaching sur le court durant la saison (la WTA l’autorise une fois par set). Il faut que j’éclaircisse tout ça. Parce que je n’étais pas coachée. Je ne regardais même pas vers mon box.»
Déjà sur le court, l’Américaine avait insisté férocement auprès de Carlos Ramos; démontrant à quel point cet avertissement (peu grave) la touchait très personnellement. «Je ne triche pas. D’ailleurs je préfère perdre que tricher. J’ai une fille et je veux lui apprendre ce qui est juste. Je ne triche pas.»
L'arbitre aurait dû prévenir Serena
Cette réaction épidermique nous invite à commenter maintenant la forme des décisions prises par Carlos Ramos. Une nouvelle fois, la sanction liée au bris de raquette ne laisse aucune place à l’interprétation. Pour les autres par contre, il y a débat. «Je pense que l’arbitre n’aurait pas dû lui infliger un jeu de pénalité sans la prévenir, jugeait Mary Joe Fernandez. Il aurait pu lui dire: «Serena si tu continues, tu vas recevoir un jeu de pénalité.» Il a sanctionné froidement, sans prévenir.»
L’argument est recevable. Mais il prend encore plus de poids si on l’applique à la première sanction, celle liée au coaching. Parce que Patrick Mouratoglou avait les mains très basses et parce que Serena n’a peut-être rien vu de son geste, Carlos Ramos aurait sans doute dû l’avertir verbalement de ce qu’il avait vu avant de sanctionner. Il a préféré une lecture très légaliste et froide du règlement; ce qui a enclenché l’engrenage dans lequel Serena Williams s’est enfermée avant d’exploser.
Serena crie au sexisme
Au final, Carlos Ramos a-t-il appliqué le règlement? Oui. Avec psychologie? Loin de là. Mais si Serena Williams avait confirmé son break (et donc épargné sa raquette), elle fêterait peut-être en ce moment son 24e titre du Grand Chelem.
«La star de la soirée a une nouvelle fois été l’arbitre, n’a pas tardé à déplorer Patrick Mouratoglou quelques minutes après la finale. C’est la deuxième fois de cet US Open et la troisième fois pour Serena lors d’une finale à New York. Un arbitre a-t-il le droit d’avoir une pareille influence sur l’issue d’un match? Quand déciderons-nous que cela ne peut plus jamais arriver?»
De son côté, l’Américaine terminait sa conférence de presse en criant au sexisme. «On ne peut pas remonter le temps. Mais j’ai vu pas mal de joueurs dire des choses aux arbitres. Et parce que je l’ai traité de voleur, il m’a volé un jeu. Je prends ça comme une forme de sexisme. Mais je vais continuer à me battre pour le droit des femmes et pour l’égalité dans son ensemble. C’est exactement comme Alizé Cornet qui prend une amende parce qu’elle retourne son haut. C’est scandaleux.»
Dans la salle, quelques applaudissements saluèrent ce parallèle un peu osé. Le tennis n’a pas fini de parler de cette finale.
Créé: 09.09.2018, 08h12