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HELSINKI - Certaines études changent notre façon de penser dans le monde de la médecine. C’est le cas d’une nouvelle étude finlandaise de l’Université de Turku qui a montré que dans environ 2 tiers des cas d’appendicite - une inflammation de l’appendice, la situation n’est pas grave et les patients pourraient être de bons candidats pour recevoir des antibiotiques. Ce travail de recherche peut aussi avoir un impact significatif sur les coûts de la santé en réduisant le nombre d’opérations, comme il s’agit de l’opération la plus fréquente réalisée aux urgences. Cette étude finlandaise publiée fin septembre 2018 a montré que 5 ans après avoir reçu un traitement à base d’antibiotiques, près des deux tiers des patients n'avaient pas eu d'autres crises et n’ont finalement donc pas eu besoin de se faire enlever l’appendice.
Péritonite
Pendant des décennies, l'appendicite a été considérée comme une urgence médicale nécessitant une intervention chirurgicale immédiate pour enlever l'appendice par crainte qu'il n'éclate, mettant en danger la vie du patient. Cette grave complication porte le nom de péritonite, une infection généralisée de la cavité abdominale. L’appendicite apparaît lorsque l’appendice vermiculaire de l’intestin se bouche par l’accumulation de matières alimentaires et de bactéries. L'ablation de l'appendice ou appendicectomie est la chirurgie d'urgence la plus courante au monde, avec environ 300’000 interventions chirurgicales effectuées chaque année seulement aux États-Unis, comme le relève le site CBSNews.
Étude en détail, pas de risque
Les chercheurs finlandais se sont demandé quel était le taux de récidive à long terme chez les patients atteints d'appendicite aiguë non compliquée (notamment avec appendice non rompu et pas d’obstruction fécale) traités par antibiotiques. Pour répondre à cette question, les scientifiques ont réalisé un suivi observationnel sur une durée de 5 ans de 257 patients initialement traités avec des antibiotiques pour une appendicite aiguë non compliquée. Les patients ont reçu des antibiotiques en solution injectable (IV) pendant trois jours après l’admission aux urgences à l'hôpital. Cette prise en charge est suivie de sept jours de prise orale (ex. comprimé, gélule) d’antibiotiques à domicile. Les participants ont aussi subi des tomodensitogrammes (CT scans) pour écarter la possibilité de cas graves.
Résultats
À la fin de ces 5 ans, 60% des patients n’ont pas eu besoin de se faire enlever l’appendice. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que sur les 100 participants qui ont eu besoin d'une intervention chirurgicale, 70% l'ont subie au cours de la première année, et aucune des 100 autres n'a eu d'effets indésirables liés au retard dans l'exécution de l'opération (appendicectomie).
Interprétation
Pour les scientifiques, le suivi à long terme des patients souffrant d'appendicite aiguë non compliquée suggère qu'un traitement initial aux antibiotiques plutôt qu'une chirurgie pourrait être une alternative possible.
Chirurgie pas automatique
Pour l’auteur principal de l’étude, la Dresse Paulina Salminen, chirurgienne à l’Université de Turku en Finlande : « Si j'ai [à disposition] d’une tomodensitométrie - en anglais CT scan - et que je vois que l'appendicite n'est pas compliquée, je discuterai avec le patient des résultats possibles d'un traitement antibiotique seul ou d'une intervention chirurgicale. Nous prendrions alors une décision commune et impartiale sur ce qui serait le mieux ».
Cette étude a été publiée le 25 septembre 2018 dans le journal scientifique de référence JAMA (10.1001/jama.2018.13201). Un éditorial de JAMA commentant cette étude relève : « Il s’agit d’une nouvelle ère pour le traitement de l’appendicite ».
Pas la première étude
Selon un article du New York Times à ce sujet, plusieurs études avaient déjà montré que le traitement de l'appendicite par des antibiotiques plutôt que par la chirurgie pouvait être sûr et efficace, mais les effets à long terme d'éviter le retrait de l’appendice (appendicectomie) n’étaient pas clairs. Cette étude vient mettre une importante pierre à l’édifice du traitement optimal de l’appendicite.
Le 28 septembre 2018. Par Xavier Gruffat (pharmacien). Sources : CBSNews, Creapharma.ch, The New York Times. Référence étude : JAMA (10.1001/jama.2018.13201).