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Derek Jarman: les Archives
10.09.2020
Conçue comme une série d’interludes et d’épilogues complétant le projet Modern Nature, Derek Jarman: les Archives offre un aperçu de la recherche et des archives rassemblées à La Becque autour de l’œuvre et de la vie du cinéaste britannique. Ce corpus nourrit les interventions artistiques régulièrement proposées dans le jardin Jarman de La Becque, développé en hommage au Prospect Cottage de l’artiste.
La soirée, première étape d’un programme organisé par Elias Carella, comprendra une conférence de l’artiste Camille Dumond, une projection du long métrage de Derek Jarman The Garden (1990) , et une présentation de la vidéo Infamy Effeminacy (2018) par l’artiste Ian Wooldridge.
Publié par les Editions Clinamen, The Filming, Not the Film de Camille Dumond est le premier livret d’une série intitulée Entretien pour un Film dont la sortie est prévue ce mois de mars. Dans son essai, Camille Dumond écrit des lettres à Jarman, lui racontant sa première visite de son cottage et de son jardin sur la côte sud du Kent au Royaume-Uni. Elle explore le processus de réalisation de Jarman, tout en se concentrant sur la relation entre l’architecture, qui sert de toile de fond à The Garden (1990), et l’intrigue du film. Citant Beatriz Colomina et l’analyse de l’architecture moderniste qu’elle propose dans Privacy and Publicity : Modern Architecture As Mass Media (1994) ainsi que A Room of One’s Own (1929) de Virginia Woolf, Dumond pose des questions essentielles sur notre relation à l’espace, au genre et à l’architecture, et envisage ainsi la maison et le jardin comme des acteurs essentiels à la réalisation du film.
Filmé au Prospect Cottage de Dungeness, The Garden explore certains aspects de l’identité gay au 20ème siècle ; le film interroge la « Section 28 », une loi homophobe en vigueur au Royaume-Uni de 1988 jusqu’à son abrogation définitive en 2003. Presque sans dialogues, le film met en lumière la technique novatrice consistant à associer des collages à des séquences faites d’images projetées en 16mm et recapturées. Ainsi la critique du New York Times Janet Maslin, décrivait en 1991 ce film comme un « assemblage d’images turbulentes ». En outre, le film exprime le désir de son auteur d’échapper à la sphère publique, aux médias, et de retrouver une certaine intimité. De fait, The Garden est un collage d’images baroques, de références religieuses et d’influences picturales, le tout dans une célébration psychédélique de l’activisme.
Infamy Effeminacy est une vidéo de Ian Wooldridge, un artiste et écrivain anglais, vivant à Zurich, Tourné en 1991 dans une usine textile de motifs paisley, la séquence principale est associée à des images du textile ornemental produit par cette usine. Des images pornographiques, du texte et du son sont ensuite ajoutés, donnant forme, selon l’artiste, à « la figure centrale d’un magicien (…) émergeant d’un récit psychédélique austère ». Le travail de Wooldridge répond à l’oeuvre de Jarman par un montage qui mélange des séquences de style home-movie avec des images glanées en ligne. En liant des récits intimes et politiques, le film évoque les difficultés économiques et industrielles sévissant au Royaume-Uni et en Europe dans les années 1980. Présenté pour la première fois, Infamy Effeminacy sera montré dans la salle de conférence avec en épilogue, video Infamy Effeminacy, 2 Years On, lu par Jasmine Gregory, Semual Lala et Ian Wooldridge.
Crédit photo: The Filming, Not the Film, Camille Dumond