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La petite histoire des mots
Ménagère
En ces temps d’inflation et de renchérissement des produits alimentaires, il est beaucoup question du « panier de la ménagère ». Cette expression, devenue banale, désigne l’ensemble des produits de première nécessité achetés pour les besoins d’un foyer, la « ménagère » étant devenue une figure abstraite permettant de calculer les dépenses d’une famille. Compte-tenu de l’évolution des mœurs et sa charge quelque peu « patriarcale », ce concept, né semble-t-il en Belgique en 1919 pour représenter l’indice des prix à la consommation lié à l’indexation des salaires, est peut être appelé à disparaître. Il est cependant encore bien présent dans le langage des administrations et des médias, notamment.
Le mot « ménagère » désigne depuis la fin XIVe siècle une femme qui tient la maison et s’occupe du ménage mais aussi, par extension, depuis le XXe siècle… un service de couverts de table soigneusement rangé dans un coffret. Ce substantif n’existe qu’au féminin, l’adjectif « ménager », au masculin, se rapportant aux soins du ménage et à l’entretien de la maison. « Ménagère » est bien évidement un dérivé de « ménage » qui s’écrivait jadis « mesnage » ou « maisnage » pour désigner la bonne gouvernance d’une maison. Il est aussi apparenté au mot « mainagier » ou « mainager », attribué vers la fin du Moyen-Âge à un homme du peuple ou à un travailleur journalier.
Tous ces termes sont issu du verbe « manoir » qui, en ancien français, signifiait « demeurer » ou « habiter », lui-même dérivé du latin « manere » qui veut dire « séjourner ». Ce n’est qu’au XIXe siècle que « manoir », devenu substantif, a pris son sens moderne de logis d’importance ou de petit château. Les pourfendeurs du franglais seront sans doute heureux d’apprendre que le mot « manager », qui de nos jours prend trop souvent la place de « directeur » ou d’« administrateur », est lui aussi un dérivé du vieux français « mainager ».
Nombre d’historiens considèrent le XIXe siècle comme celui qui a donné une forme de statut social aux ménagères des classes populaires, en leur attribuant non seulement la charge d’élever les enfants, mais aussi celui de gérer les finances de la maison, tout en les autorisant à pratiquer, à coté de leurs tâches domestiques, des petits métiers, comme la couture ou la blanchisserie, afin d’apporter un salaire d’appoint à leur mari et maître. C’est aussi à cette époque que se développa une « science ménagère » réunie dans des manuels destinés aux jeunes filles.
De nos jours le mot « ménagère » est souvent perçu de manière péjoratives par les milieux féministes, et au-delà, car il traine derrière lui une vision machiste des femmes, ainsi que quelques proverbes dégradants comme « Une mauvaise ménagère est un cul sans mains » ou « La véritable ménagère est à la fois une esclave et une dame » …
Pour les femmes qui se consacrent exclusivement au bien-être de leur foyer, on préfèrera donc désormais l’expression « mère au foyer » ou « femme au foyer », dont les pendants masculins sont « père au foyer » et « homme au foyer ». Les nouveaux « hommes au foyer » élèvent leurs enfants, font le ménage, les courses et préparent les repas pendant que leur épouse travaille. Ce phénomène est encore marginal mais il se propage… lentement !
Quant au fameux panier cité plus haut, plutôt que de l’accorder à la ménagère, il serait peut-être de bon ton de l‘attribuer dorénavant… au ménage !