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Sully
Dans Sully, Clint Eastwood se pose deux questions: qu’est-ce qu’un héros et peut-il être humain? Dans l’antiquité, les héros étaient des personnages de fiction qui peuplaient la mythologie et ne pouvaient aucunement être humains à 100%. Ils étaient au minimum à moitié divins, métissés entre un dieu ou une déesse et un un être humain, et vivaient une destinée hors du commun. Il n’existe aucun témoignage de quelqu’un qui aurait croisé dans les antiques rues d’Athènes ou de Rome, les mêmes créatures que celles que fréquentaient Hercules et ses semblables. De nos jours, le mot héros a perdu toute sa puissance car on l’associe à tout et n’importe quoi en oubliant sciemment qu’il ne devrait définir que des personnages de fiction. Mais voilà, il fait vendre et il n’y a donc aucun remord à l’associer aux hommes, à la guerre, comme à la paix. Eastwood en fait ici la brillante démonstration en contant un fait divers très mal exploité par les médias.
Son film commence par le crash d’un avion en plein coeur de Manhattan. Chesley Sullenberger (Tom Hanks) se réveille en sursaut d’un cauchemar dans sa chambre d’hôtel. Le matin même, il a fait amerrir son avion sur la rivière Hudson, sauvant ses passagers et son équipage, avec quelques égratignures pour seul bilan. Son acte fait la une de tous les journaux et de toutes les émissions radiophoniques et télévisuelles. Mais, comme pour toute anomalie aérienne, catastrophique ou non, il y a une enquête.
Sauveur des gens qu’il avait sous sa responsabilité pour les uns, il devient suspect pour les autres qui jugent son acte inconsidéré. D’après ces derniers, dont le sommet de la pyramide représente les commerciaux de sa compagnie et donc les propriétaire de l’appareil sacrifié selon eux, Sully aurait dû avoir le temps de retourner à l’aéroport d’où il avait décollé ou d’en joindre un autre, après avoir vu ses réacteurs percutés par un vol d’oiseaux. Ils vont donc essayer de s’en convaincre, en accordant leur foi à leur croyance et à des algorithmes promus seule source de vérité. Ils écartent la seule piste digne de ce nom dans une telle affaire: le facteur humain.
Dans une pertinence exemplaire, le film montre combien il est détestable d’être limité aux extrêmes et malsain d’être autant conspué que vénéré. Pour ce faire, Eastwood montre le crash de l’avion dans un flashback, alors que Sully est adulé par le patron d’un bar et ses clients. Tom Hanks joue cette gêne avec une justesse remarquable. Il se refuse à juste titre de faire de son personnage un héros, compris ou non, préférant incarner un homme face à une situation qu’il n’a aucunement choisie. Les scènes où il est en contact avec sa femme et ses filles restées chez elles font partie des moments les plus forts du long métrage, car l’on sent sa volonté de les préserver de cette folie dont il se serait bien passé.
Au sortir de ce très bon moment de cinéma, on retient que Sully n’est pas un héros, mais un travailleur tout ce qu’il y a de plus normal qui a fait ce qu’il devait faire à ce moment particulier de sa carrière et qu’il doit se battre pour le justifier, car la normalité est devenue de plus en plus suspecte ou, comme on le dit très stupidement dans le milieux du show business, pas assez glamour ou sexy. Pourtant, ce sont ces personnes-là qui sont à l'origine des oeuvres d'art les plus remarquables.