Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06889.jsonl.gz/165

Le football est un jeu universel parce que ses règles sont simples, tout profane pouvant les assimiler en cinq minutes. Mais cette universalité est aujourd'hui sous une double menace: le recours abusif à la VAR (vidéo) et l'égoïsme des prétendus super-clubs qui veulent créer une ligue fermée, sur l'exemple nord-américain, excluant les pays moins favorisés de toute compétition européenne.
"Le recours à la VAR, c'est de la m..." affirme Michel Piatini. En termes plus polis, je partage entièrement l'opinion de l'ancien Ballon d'or et président de l'UEFA.
A la différence d'autres sports d'équipes comme le basket ou le hockey, le football propose une action continue sans interruption chronométrique, l'arbitre étant seul juge du temps supplémentaire à l'issue des 90 minutes réglementaires. Mais c'est cette continuité que la VAR brise par des pauses intempestives pendant lesquelles le trio arbitral, le préposé au tableau d'affichage, les joueurs et les spectateurs attendent la décision d'un lointain prétoire assis devant un écran de télévision.
On en a eu un exemple particulièrement caricatural lors du Portugal-Suisse, en juin dernier. Une action litigieuse devant le but suisse avait conduit l'arbitre à siffler un peu tardivement un penalty, une décision invalidée par la VAR. Entre temps, le jeu s'était déplacé du côté lusitanien et cette fois ce fut la Nati qui obtint un penalty, dûment confirmé par la VAR. Cela quasiment dans le même minute !
A l'exemple des deux autres sports s'en remettant à la vidéo - rugby et hockey sur glace - le football devrait uniquement recourir à la VAR pour décider de la validité d'un but, car cela découle d'un jugement objectif: le franchissement ou non d'une ligne tracée sur le sol. Mais dans tous les autres faits de jeu (penalty, hors-jeu, carton rouge), il y a des éléments subjectifs: il faut l'accepter en laissant la décision du seul ressort de l'arbitre. Bien sûr, il peut se tromper, mais l'erreur humaine, qu'elle vienne de l'arbitre ou des joueurs, est partie intégrante de ce spectacle imparfait, à l'exemple de la société en général, qu'offre le football. Et elle permet d'alimenter les conversations de la pause-café du lundi matin !
L'autre menace est la proposition d'une Ligue européenne fermée, relancée par Florentino Pérez, le mégalomane président du Real Madrid, avec le soutien de son homologue de la FIFA, le non moins mégalomane Gianni Infantino. Elle regrouperait les meilleures équipes des cinq ligues majeures (Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne et France) dans une compétition les mettant à l'abri de toute relégation et creusant encore un peu plus les inégalités financières au sein du football européen. Des ligues moins favorisées, telles la Belgique, la Suisse ou les Pays-Bas, dont les équipes nationales soutiennent pourtant la comparaison avec ces "super-grands", seraient à jamais exclues de ce graal.
Les partisans de ce projet démentiel s'en réfèrent aux ligues effectivement fermées du sport nord-américain, mais ils ne mentionnent pas une disposition qui tend à atténuer son caractère inégalitaire: les clubs qui ont fini la saison en bas de classement ont le premier choix des jeunes joueurs (les Rookies) lors du draft (recrutement) de la saison suivante. Cela permet de rééquilibrer les forces au point qu'il est rare que la même équipe remporte plusieurs années de suite le super-bowl ou la Coupe Stanley. On doute que les dirigeants du Real, de la Juve ou du PSG s'abandonnent au même altruisme !
Cela dit, l'UEFA, qui gère toutes les compétitions européennes, est à raison vent debout contre ce projet. Et on est rassuré d'apprendre que La Ligue anglaise, qui, ayant la plus forte proportion de "super-clubs", y aurait tout à gagner, ne cache pas non plus son hostilité.