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17/03/2015
Feu mon père
Mon père n’a pas de tombe. Il repose dans une boîte à biscuits sur le bord de la cheminée entre deux channes en cuivre (mes trophées sportifs) qu’Azari a remplies de fleurs séchées. Il a toujours aimé le feu.
Ce qui me reste de lui, ce n’est pas son visage long et maigre, le visage de la fin, celui de la maladie : c’est son rire.
Le rire fou des commencements.
Il ne dit rien, il est penché sur mon berceau. Je ne connais pas le son de sa voix. Peut-être n’a-t-il pas encore les mots pour me parler ?
Mais ce qui reste, ce qui l’entoure comme une aura, c’est un parfum de fumée.
Mon père fumait des Gauloises bleues. Au moins deux paquets de cigarettes par jour. Comme tous les hommes de sa génération, il toraillait beaucoup. Il ne fume pas sur mon berceau (Mégère a dû lui faire les gros yeux), il ne souffle pas sa fumée sur mon visage, mais je sens cette odeur sur ses doigts jaunis de nicotine, sur ses habits, dans son haleine qui m'enivre.
* extrait de Passion noire, roman en chantier.