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Florence, 2 Novembre 1872.
Particulière et Confidentielle.
Monsieur le Directeur Général et très-honoré Collègue,
Mes prévisions au sujet de la Convention Favre relative à la galerie du St. Gothard se sont malheureusement vérifiées, et les difficultés qu'elle a fait naître entre les deux Gouvernements Suisse et Italien sont loin d'être entièrement applanies– J'ai été dernièrement à Berne, par suite d'une invitation du Ministère, pour conférer avec Mr. Favre et Mr. Melegari à ce sujet. La question du matériel de Bardonnêche et de Modano est à peu près arrangée, mais reste celle de la part équitable réservée aux dépositaires des expériences du Mont Cenis. La comparticipation par moitié à l'entreprise Favre n'a pu être acceptée par les ingénieurs du Mont-Cenis à cause de la solidaritéqui devrait exister entre eux et Mr Favre. – Si l'une des moitiés du travail était indépendante de l'autre, ces messieurs auraient pu peut-être s'entendre avec la société; mais ils ne pourraient aucunement, accepter cette solidarité d'autant plus qu'ils craignent, que Mr Favre ne se soit fait des illusions sur la nature du travail à exécuter. En effet Mr Favre n'a voulu consulter que des contre-maîtres qui quelque habiles qu'ils soient ne peuvent, pour leur perspicacité être comparés aux ingénieurs qui ont été les créateurs des nouveaux procédés qui en ont opéré la transformation et les perfectionnements à tel point, que la perforatrice que Mr Favre entend employer n'est en définitive que la dernière inventée par Mr. | Sommeiller et qu'il se proposait d'appliquer à de nouveaux travaux.
– Cependant, comme les ingénieurs du Mont-Cenis, même rendus indépendants de Mr. Favrepourraient difficilement, d'après leur intime conviction, adhérer aux conditions de temps fixées dans la Convention, et que par conséquent, ils ne pourraient se charger de l'exécution d'une partie du travail, il y aurait une manière de remplir, à leur égard, la condition de la part équitable à laquelle ils ont droit; ce serait de créer une inspection spéciale des travaux de la galerie. Cette inspection ne serait point une sinécure, car il imparte à la Société de s'assurer de la marche des travaux et il sera toujours utile qu'il y ait à portée de l'entrepreneur les seuls hommes pratiques qui soient à même de résoudre les nombreuses difficultés qui ne manqueront pas de surgir au fur et à mesure de la marche des travaux. Cette inspection devrait être sous la dépendance directe de la Société et correspondrait à l'esprit du traité international puisque les 45 millions fournies par l'Italie doivent être spécialement employées au passage de la montagne. –
Quant au personnel dont se composerait cette inspection, il se réduirait à bien peu: il ne peut être question de Mr. Grattoni dont l'état de santé inspire les plus vives craintes; resteraient MM. Borelli et Copello; Le premier est engagé avec une société piémontaise et peut-être n'accepterait pas; resterait donc Mr. Copello. Je vous soumets cette idée. Il y aurait encore un moyen de désinteresser le personnel dépositaire, ce serait de donner à la société Borelli-Copello quelques trous importants à exécuter. Mais par | ce moyen on entrerait dans un autre ordre d'idées qui ne serait plus celui de la Convention.
Veuillez, Monsieur, aider les deux Gouvernements à sortir d'embarras et croyez à la haute considération de votre dévoué Collègue
(Signé) Menabrea.