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Le parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB) ou parti des paysans, artisans et indépendants (PAI), UDC depuis 1971, a été fondé au début du XXe s. pour défendre les intérêts de la paysannerie et de l'artisanat et est entré au Conseil fédéral en 1929. Au début des années 1990, il s'est progressivement transformé de parti conservateur (centre droit) en parti de droite populiste; depuis lors, il est considéré en politique comparée comme appartenant à la famille des mouvements populistes européens (Partis).
Si, dans les cantons protestants, les paysans étaient traditionnellement représentés par le parti radical-démocratique (PRD), dans les cantons catholiques ils votaient pour le parti conservateur populaire (PDC depuis 1970). Durant la Première Guerre mondiale, la paysannerie se détourna du PRD, auquel elle reprochait une politique trop favorable à l'industrie et aux consommateurs. Un parti des paysans vit le jour à Zurich en 1917. Le parti des paysans et bourgeois fondé à Berne en 1918, qui était aussi fortement ancré dans le milieu artisanal de la ville et de la campagne, adopta en 1921 l'appellation de PAB. D'autres partis agrariens apparurent dans les cantons de Schaffhouse (1918), d'Argovie (1920), du Tessin et de Vaud (1921) et de Bâle-Campagne (1925). Après l'introduction de la proportionnelle, ces nouveaux partis obtinrent trente sièges au Conseil national en 1919 et trente-quatre en 1922. Jusqu'à la création du parti national en 1937, ce fut surtout le groupe parlementaire qui maintint la cohésion des divers partis cantonaux. Dans l'entre-deux-guerres, les agrariens furent particulièrement nombreux dans les parlements cantonaux de Berne, de Zurich, de Thurgovie, de Schaffhouse et d'Argovie.
|1937-1945||Rudolf Reichling (1890-1977)|
|1946-1952||Rudolf Weber (1887-1972)|
|1953-1956||Karl Renold (1888-1959)|
|1957-1965||Walter Siegenthaler (1904-1994)|
|1965-1976||Hans Conzett (1915-1996)|
|1976-1984||Fritz Hofmann (1924-2005)|
|1984-1987||Adolf Ogi (*1942)|
|1988-1996||Hans Uhlmann (*1933)|
|1996-2008||Ueli Maurer (*1950)|
|2008-2016||Toni Brunner (*1974)|
|2016-||Albert Rösti (*1967)|
Auteur(e): Damir Skenderovic / FP
L'élection de Rudolf Minger au Conseil fédéral en 1929 montre l'hégémonie du parti bernois sur les autres partis cantonaux et marque le début d'une longue tradition de présence (jusqu'en 1980) d'un représentant bernois du PAB, puis de l'UDC, dans l'exécutif fédéral. Associé minoritaire au Conseil fédéral, le PAB renforça son rôle de partenaire loyal du PRD et du parti conservateur populaire au sein du bloc bourgeois. Enraciné en premier lieu dans les milieux paysans, artisanaux et petits-bourgeois, le parti défendait une position conservatrice de droite, rejetant d'une part la grande industrie et les entreprises multinationales et luttant d'autre part contre les milieux socialistes avec leur internationalisme et leur antimilitarisme.
La position du PAB à l'égard du frontisme (dès 1933) fut ambivalente. D'un côté, il lui reprochait d'être un mouvement importé et le tenait à distance pour des motifs tactiques. De l'autre côté, il avait des sympathies pour les groupes d'extrême droite et les tendances antisémites, comme l'attestent des articles parus dans l'influent organe officiel du parti, la Neue Berner Zeitung, et des prises de position de certains de ses représentants éminents, notamment du conseiller national Eugen Bircher. Au milieu des années 1930, le parti fut en outre défié par les Jeunes Paysans qui surent rassembler une partie de la paysannerie autour de leur programme politique, économique et financier et, contrairement au PAB, soutinrent en 1935 l'initiative de crise. La même année, le parti subit un échec cuisant aux élections au Conseil national passant de 15,3 à 11% des suffrages.
Même après la Deuxième Guerre mondiale, la structure du PAB continua d'être fédéraliste; c'est ainsi que certains partis cantonaux conservèrent leur dénomination de parti des paysans, comme celui de Schaffhouse qui ne s'appela PAB qu'à partir de 1956. Le parti s'aligna sur le système de concordance de l'après-guerre et consolida son siège au Conseil fédéral avec l'introduction de la formule magique en 1959. Tout en se concentrant principalement sur la politique agricole et la politique industrielle, il continua de défendre les mêmes grandes options que les deux autres partis bourgeois, surtout en matière de neutralité armée et de politique financière et sociale. C'est pourquoi le PAB disposait d'une marge de manœuvre électorale réduite dans le camp bourgeois (entre 11 et 12,6% des voix) et sa position de quatrième parti restait inchangée.
Auteur(e): Damir Skenderovic / FP
L'année 1971 marqua une coupure importante dans l'histoire du parti: d'une part, les partis démocratiques des cantons de Glaris et des Grisons se joignirent au PAB et, d'autre part, celui-ci changea son nom en Union démocratique du centre (Schweizerische Volkspartei/SVP en all.). La fusion et la nouvelle appellation en français et en italien (Unione democratica di centro) étaient l'expression d'une ouverture au centre, qui correspondait à la ligne sociale et libérale des deux partis démocratiques. En se qualifiant de "parti populaire" en allemand, l'UDC réagissait à l'érosion de son électorat rural traditionnel, due à l'accélération des transformations structurelles dans le monde agricole, et visait un élargissement de sa base électorale aux employés, aux ouvriers et à la classe moyenne inférieure. Cette réorientation se manifesta dans le nouveau programme du parti de 1977, qui abordait des thèmes tels que l'écologie, la protection des consommateurs et les droits de l'homme. Néanmoins, l'UDC ne réussit pas à augmenter le nombre de suffrages au Conseil national, qui continua de fluctuer entre 9,9 et 11,6% dans les années 1970 et 1980.
|Année||Conseil des Etats||Conseil national||En % des suffrages|
|1919||1||30||15,3|
|1922||1||34||16,1|
|1925||1||30||15,3|
|1928||3||31||15,8|
|1931||3||30||15,3|
|1935||3||21||11,0|
|1939||4||22||14,7|
|1943||4||22||11,6|
|1947||4||21||12,1|
|1951||3||23||12,6|
|1955||3||22||12,1|
|1959||4||23||11,6|
|1963||4||22||11,4|
|1967||3||21||11,0|
|1971||5||23||11,1|
|1975||5||21||9,9|
|1979||5||23||11,6|
|1983||5||23||11,1|
|1987||4||25||11,0|
|1991||4||25||11,9|
|1995||5||29||14,9|
|1999||7||44||22,5|
|2003||8||55||26,7|
|2007a||7||62||28,9|
|2011||5||54||26,6|
|2015||5||65||29,4|
La nouvelle orientation, soutenue par la section bernoise, de loin la plus forte en termes d'électeurs, suscita des critiques internes, surtout de la part de l'UDC zurichoise. Celle-ci adopta une ligne autonome face au parti national après l'élection de Christoph Blocher à sa présidence en 1977 et récupéra, après le retrait de James Schwarzenbach de la présidence du Mouvement républicain (1978), les restes de cette formation. Dans ses campagnes, l'UDC zurichoise se concentra davantage sur les thèmes de l'asile, de la drogue et de la sécurité dans un style politique basé sur l'affrontement. Elle s'efforça aussi d'améliorer l'organisation du parti: cours pour les cadres, recrutement actif des jeunes, travail dans la presse, amplification de sa visibilité sur la scène politique. Elle joua ainsi un rôle central dans le développement du parti national au cours des années 1990.
Auteur(e): Damir Skenderovic / FP
A partir de 1992, sous la direction de la section cantonale zurichoise et de son président Blocher, l'UDC connut une nouvelle mutation fondamentale. Cette année-là, elle lança pour la première fois de son histoire une initiative populaire ("Contre l'immigration clandestine", rejetée en 1996) qui marqua le début d'une politique migratoire caractérisée par l'exclusion et la xénophobie. La même année encore, l'UDC passa dans le camp des opposants lors de la votation sur l'adhésion à l'Espace économique européen et fit depuis lors figure d'adversaire véhément de toute ouverture en politique étrangère. Comme d'autres partis similaires en Europe occidentale, l'UDC défendit désormais une politique combinant des revendications nationalistes et identitaires dans les questions européennes et migratoires et des positions néolibérales en politique économique et fiscale, assorties d'une rhétorique populiste anti-establishment. Une opposition à la nouvelle ligne de l'aile zurichoise se fit jour à l'intérieur du parti, principalement dans les cantons de Berne et des Grisons, mais elle portait davantage sur le style et les interventions publiques que sur le contenu politique et les orientations idéologiques.
Structurellement, l'UDC réussit une sorte de "nationalisation" tout à fait inhabituelle en regard du système fédéraliste des partis suisses. Douze nouvelles sections cantonales furent créées entre 1991 et 2001, l'organisation nationale fut consolidée, un agenda politique commun fut déterminé, les campagnes électorales et de votations furent uniformisées. Avec des ressources importantes, provenant de collectes menées tambour battant et de donations faites par des membres fortunés, l'UDC put se servir largement des instruments de la démocratie directe et développer un marketing politique professionnel. En outre, des affiches et des annonces provocatrices attirèrent régulièrement l'attention des médias.
Après avoir stagné pendant plus de cinquante ans, l'UDC passa de 11,9% aux élections au Conseil national en 1991 à 28,9% en 2007; une évolution unique depuis l'introduction de la proportionnelle en 1919. Le parti devint le premier du pays en nombre d'électeurs et son groupe parlementaire le plus important de l'Assemblée fédérale; l'UDC fut ainsi à l'origine d'un changement fondamental du système suisse des partis. Dans les parlements cantonaux, elle passa de 297 sièges en 1991 à 563 en 2011. Parti traditionnellement protestant et implanté en Suisse alémanique, l'UDC parvint à percer dans les cantons catholiques et en Suisse romande où il avait eu jusqu'alors un caractère fortement rural. Par contre, il n'eut que peu de succès aux élections du Conseil des Etats. La progression au Conseil national se fit aux dépens, d'une part, des deux groupuscules de la droite populiste qu'étaient les démocrates suisses et le parti de la liberté et, d'autre part, du PRD et du PDC. En 2003, l'UDC obtint avec l'élection de Christoph Blocher un deuxième siège au Conseil fédéral au détriment du PDC.
En 2007, la Grisonne Eveline Widmer-Schlumpf fut élue au Conseil fédéral à la place de Blocher, politicien polarisant. L'acceptation de la charge par Widmer-Schlumpf poussa la direction nationale du parti à expulser la section des Grisons, ainsi que la nouvelle conseillère fédérale, ce qui engagea les partisans de celle-ci et d'autres adversaires de l'aile zurichoise, d'abord dans les Grisons et à Berne puis également dans d'autres cantons et au niveau fédéral, à fonder le parti bourgeois démocratique (PBD). Le Bernois Samuel Schmid s'étant rallié au PBD, l'UDC n'eut plus de conseiller fédéral de juin à décembre 2008 et joua de facto pour quelques mois un rôle d'opposition. Malgré la scission et la perte en 2008 d'un siège au Conseil des Etats et de quatre au Conseil national au profit du nouveau parti, l'UDC ne semble pas vraiment affaiblie, bien qu'aux élections fédérales de 2011 elle n'ait plus atteint les résultats de 2007.
Le profil social de l'électorat UDC se diversifia nettement au cours des années 1990 et 2000. Aux électeurs traditionnels (hommes, classe moyenne relativement âgée, activité indépendante, zones rurales) s'ajoutèrent des ouvriers, des membres des basses classes de revenus, des sympathisants résidant dans les zones urbaines, ainsi qu'un grand nombre de jeunes. Comme le soulignent les études, l'UDC a bénéficié systématiquement du conflit ouverture/exclusion qui, depuis les années 1990, est un des principaux éléments qui déterminent la position des citoyens lors des élections et des votations; un nouveau clivage que le parti a largement contribué à faire apparaître en politisant des thèmes comme les migrations et l'intégration européenne.
Auteur(e): Damir Skenderovic / FP
Auteur(e): Damir Skenderovic / FP