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La croissance mondiale des salaires a atteint en 2017 le plus bas niveau depuis 2008. Face aux inégalités entre femmes et hommes, l'OIT veut une combinaison de mesures légales et d'actions dans les entreprises comme celles discutées actuellement au Parlement fédéral.
En 2017, la croissance mondiale des rémunérations réelles, en tenant compte de l'inflation, a reculé en un an de 0,6 point de pourcentage pour s'établir à 1,8%, dit le rapport publié lundi à Genève par l'Organisation internationale du travail (OIT). En excluant la Chine, le taux est passé de 1,8% à 1,1% en 2017.
Le directeur général de l'OIT Guy Ryder n'a pas caché devant la presse une situation "inquiétante". Les salaires sont insuffisants pour honorer les besoins" de nombreuses personnes dans de nombreuses régions du monde, selon lui.
Plusieurs facteurs comme le ralentissement de la productivité ou encore l'intensification de la concurrence pourraient expliquer leur faible croissance. Les Etats ont la responsabilité d'établir des salaires minimaux et certains "décident qu'ils n'en veulent pas" dans un climat incertain, dit M. Ryder.
Au niveau régional, le taux de croissance a ralenti notamment dans les pays du G20 de 0,9% à 0,4% malgré la reprise économique et la baisse du chômage. M. Ryder ne peut donner d'estimation pour 2018, mais l'amélioration dans le marché du travail laisse penser à une stagnation "plutôt qu'à une nouvelle détérioration".
Inégalité partout dans le monde
Dans l'ouest de l'Europe, la progression a diminué dans des pays comme la France et l'Allemagne et les salaires réels ont même baissé en Italie et en Espagne. Dans l'Est du continent, la croissance a en revanche redémarré, passant de 2,8 à 5%. Aux Etats-Unis, elle est restée stable à 0,7%.
Dans les pays émergents, la progression des salaires réels a été plus soutenue ces dernières années. Mais elle est retombée d'environ 5 à 4,3% en 2017.
Le taux de la région Asie/Pacifique est passé de 4,8 à 3,5%. En Asie centrale et occidentale, il a reculé de 3 à 0,5%. L'Amérique latine a enregistré une légère hausse, mais celle-ci reste sous les 1%. Et les salaires réels semblent avoir baissé de 3% en Afrique.
Autre problème, l'inégalité salariale entre femmes et hommes est observée partout dans le monde. Mais elle affecte surtout les pays à bas revenus. Il y a environ 100 ans, au moment du lancement de l'OIT, les gouvernements appelaient déjà à une "action urgente" sur ce décalage, dit M. Ryder.
Discussion suisse saluée
Les écarts atteignent approximativement 20%. Les salaires des mères actives sont inférieurs à ceux des autres femmes. Alors que ceux des pères actifs semblent être supérieurs à ceux des autres hommes.
Pour faire face à ce problème, l'OIT souhaite à la fois "un cadre légal qui pénalise la discrimination du genre mais aussi des mesures transparentes", a dit une des responsables du rapport, Rosalia Vazquez-Alvarez. Celles-ci sont observées notamment en Allemagne, en Grande-Bretagne.
"C'est le seul moyen de rendre ces lois efficaces", dit Mme Vazquez-Alvarez, qui mentionne aussi la situation en Suisse. Selon le projet de révision de la loi sur l'égalité discuté au Parlement fédéral, les entreprises de plus de 100 employés devront effectuer une analyse de l'égalité salariale tous les quatre ans et la faire vérifier par un tiers.
Lors de la conférence de ses 100 ans en juin prochain, l'OIT va aussi discuter de l'impact des nouvelles technologies sur les salaires. Celles-ci semblent provoquer une "polarisation" qui bénéficie aux employés hautement qualifiés, dit M. Ryder.