Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07059.jsonl.gz/673

Publié dans 150 Jahre Galerie – Geschichte des Hauses 1864-2014
Berne, octobre 2014 (version abrégée)
Heinrich G. Gutekunst (nomen est omen) est né en 1833 à Stuttgart. Fils d’un peintre, il fut attiré très tôt par le marché de l’art, aspirant dès son plus jeune âge à une carrière internationale. Il trouva d’abord un emploi dans la maison Goupil & Co. à Paris, qui dominait à l’époque le marché de l’art. À 24 ans seulement, il prit la direction de la succursale londonienne de la maison, qu’il dirigea jusqu’à son mariage avec sa fiancée de Stuttgart et à son retour consécutif dans sa ville d’origine.
À sa fondation, le siège de la nouvelle «Kunsthandlung H. G. Gutekunst» fut établi au numéro 36 de la Kanzleistrasse. La prospérité ne tarda pas à arriver. Paru le 1er octobre 1864, le premier catalogue du fonds
contenait une riche sélection de gravures d’un très grand intérêt. Ce succès immédiat fut sans nul doute favorisé par les étroits contacts entretenus avec Paris et Londres, comme en témoigne la succession rapide des catalogues de fonds. Le second parut dès 1865, tandis que l’inventaire des fonds publié en 1867 portait déjà le numéro 9.
C’est de cette époque que date l’activité éditoriale devenue légendaire dans le domaine des reproductions de gravures, souvent en taille originale, sous le titre «Perlen mittelalterlicher Kunst». Le souci de créer une documentation de référence à une époque où les reproductions étaient très rares, et la volonté de rendre accessibles à un large public les trésors de l’histoire de l’art donnèrent l’impulsion décisive. La première série comprenait déjà des feuilles de Dürer, Schongauer et du Maître von Zwolle, puis du Maître E.S. dans la troisième série. Les catalogues de cette époque se caractérisent par une richesse rare, mise en exergue sans longs descriptifs par un cercle d’intéressés très expérimentés. Remarquables feuilles de Dürer et Rembrandt dans les premiers états, gravures sur cuivre du XVe siècle révélant un «embarras de richesse» aujourd’hui impensable, dessins de Burgkmair, Dürer, Hirschvogel, Rembrandt, Raffael, van Dyck de la meilleure facture.
Mu par une grande confiance en ses connaissances et aiguillonné par les ventes aux enchères de Paris et Londres, en 1868 H. G. Gutekunst franchit le grand pas vers la réalisation de la première vente aux enchères, qui fut consacrée à la «Collection d’un ami des arts italien».
Des phrases visionnaires émaillent l’avant-propos: «J’ai décidé d’entreprendre une tentative dans cette direction et, en présentant à un public de marque ce premier catalogue de vente d’une collection choisie de chefs-d’œuvre anciens et nouveaux, je me permets d’inviter à une participation des plus assidues.» Les collectionneurs honorèrent cette entreprise risquée. Le premier pas avait été accompli. À peine cinq ans plus tard, il déboucha sur un premier temps fort: la vente de la première partie de la collection du Marchese Jacopo Durazzo, suivie un an plus tard de la deuxième partie. Plus de 7200 lots furent proposés et trouvèrent preneurs en plusieurs jours de vacations. Knoedler était venu de New York, Colnaghi de Londres, Angiolini - dont la collection fut mise aux enchères 20 ans plus tard dans la même maison - de Milan, Rapilly de Paris, Boerner de Leipzig. La suite fut ininterrompue: d’une année sur l’autre, H. G. Gutekunst rassemblait durant ses ventes, qui se tenaient généralement en mai, les conservateurs des principaux cabinets de gravures sur cuivre, les plus grands collectionneurs et l’élite des marchands d’art, alignant une à une telles les perles d’un collier ses activités florissantes.
Ces succès économiques permirent dès 1881 l’acquisition de la grande maison située Olgastrasse 1B et le déménagement dans ce lieu. Siège de la société jusqu’en 1918, elle appartient aujourd’hui encore aux descendants de H. G. Gutekunst.
Des extraits des enchères de la collection du Dr. August Straeter en 1898 figurent dans les célèbres «Lettres de voyage» de
Wilhelm Lichtwark, conservateur de la collection à Hambourg: «Depuis des années, Stuttgart est le haut-lieu du marché de l’art en Allemagne pour ce qui concerne les gravures sur cuivre. Berlin possède certes un fin connaisseur et marchand en la personne de L. Meder. Mais il est rare qu’un représentant de collections importantes se rende aux grandes ventes aux enchères. À Leipzig il y a Börner, qui réalise de temps à autres de bonnes ventes, mais elles ne sont pas plus fréquentées que celles de Berlin. La ville de Stuttgart est éloignée, elle ne présente pas de grand attrait, mais ses ventes aux enchères attirent tous les grands marchands et conservateurs de Leipzig, Dresde, Berlin, Londres, Paris et New York […]. Le mérite n’en revient pas à Stuttgart, mais à Gutekunst qui, par sa grande compétence et son habileté diplomatique, sait attirer toutes les grandes collections arrivant sur le marché. Les ventes sous sa présidence ont un côté inhabituellement agréable […]. Jusqu’à présent nous faisons très bonne figure. Nous avons notamment reçu une série de bons portraits de van Dyck qui nous manquaient, et à bon prix. Rembrandt et Dürer ont attiré l’attention. Lors du voyage de retour j’ai eu une joie inespérée. Alors que je profitai du long séjour à Bebra pour faire quelques pas en long et en large, mon ami Lehrs, de Dresde, qui voulait lui aussi se rendre à la vente, me rejoignit.»
Le fort tempérament de Gutekunst, son œil infaillible, son sens aigu de la qualité et la finesse de son humour lui valurent la confiance illimitée d’un vaste cercle de personnes. Lorsque, après plus de cinquante ans d’activité, il se retira du commerce de l’art en 1910 pour passer la main à son collaborateur de longue date, le tout aussi qualifié Wilhelm A. Gaiser, Wilhelm Lichtwark de Hambourg prit la parole lors du repas solennel organisé pour la vente dans l’illustre Hôtel Marquardt de Stuttgart: «Les amis et admirateurs dont j’ai l’honneur d’exprimer ici le sentiment et les vœux n’ont pu réprimer un accès de nostalgie lorsqu’ils ont appris que cette soixante-sixième vente sera la dernière placée sous votre présidence. Nous avons tous conscience de vivre la fin d’une époque pour chacun d’entre nous. Depuis 1868, date à laquelle vous avez présidé la première vente à Stuttgart, vous avez su attirer dans cette ville des trésors inouïs année après année. De toute l’Europe et d’Amérique, les collectionneurs, marchands d’art et directeurs de musées ont été attirés par vos ventes, venant travailler ici chaque printemps pendant plusieurs semaines […]. Il régnait une atmosphère très particulière […], la salle des ventes dans le beau Königsbau […], le voisinage pratique de l’hôtel Marquardt où nous logions tous […], la réunion autour de votre table d’hôte pour le repas de la vente […]. Ceux qui vous ont connu de près savent qu’avec vous se retire de la vie publique l’un des derniers représentants d’une espèce disparue de marchands d’art allemands. […] Un homme dont la culture et les centres d’intérêt ont germé dans les années cinquante du dix-neuvième siècle ne pouvait s’imposer de prendre part aux mutations radicales qui se font jour dans le commerce actuel de l’art. Il a cependant éduqué à cette nouvelle ère deux fils surdoués et zélés [Otto et Richard] qui, sur le fertile terreau londonien, dans l’art ancien et le nouveau, ont mis à profit l’éducation et les principes rigoureux hérités d'un tel père, gagnant non seulement la confiance mais aussi l’amitié des collectionneurs et directeurs de musées […].»
Des collections encore porteuses aujourd’hui de grandes visions sont passées entre les mains de H. G. Gutekunst, aristocrate dans son domaine, et de Wilhelm A. Gaiser entre 1910 et 1914: Keller, Durazzo, Hebich, Weigel, Angiolini, Straeter, Habich, Cornill d’Orville, Teile Waldburg-Wolfegg, Novak, Artaria, Grisebach, Perry, Rumpf, Lanna (gravures et dessins) et Theobald, pour ne citer que les plus importants. Un dernier point culminant de l’activité de H. G. Gutekunst fut la vente des collections d’œuvres sur papier du baron Adalbert von Lanna de Prague, les estampes en mai 1909 (328 lots Dürer, 241 lots Rembrandt, total de 3075 lots), et les dessins en mai 1910, 608 feuilles. La collection de dessins constituée par
A. von Lanna tout au long de sa vie était d’une richesse difficilement imaginable aujourd’hui. Le groupe de dessins de Dürer comprenait 15 feuilles, dont 2 se démarquaient particulièrement: l’ébauche pour la gravure sur cuivre «Adam und Eva» de 1504 (Strauss 1504.17) et le dessin à l’encre de Chine rehaussé de blanc sur papier bleu «Ein kniender Mann» de 1506. Le catalogue de la collection, envoyé en temps et en heure aux États-Unis, suscita l’intérêt du banquier new-yorkais J. Pierpont Morgan. Après avoir longuement surenchéri, il obtint l’adjudication de la feuille «Adam und Eva» au prix extrêmement élevé pour l’époque de 65 000 mark-or. Ce prix, qui fut l’un des plus élevés dans le monde des enchères de l’époque, eut l’effet d’un signal. Aucune des nombreuses ventes réalisées depuis 1910 ne proposa de dessins de Dürer d’une importance comparable. La feuille reste à ce jour l’une des œuvres maîtresses de la J. Pierpont Morgan Library de New York.
Le premier patron de la maison ne put profiter que de quelques années de repos: il mourut le 4 janvier 1914, huit mois avant l’effondrement définitif du monde paisible dans lequel il lui avait été donné de vivre. Wilhelm A. Gaiser fit preuve du même doigté que son prédécesseur. Lorsqu’il prit la direction de la maison à la suite des ventes réussies de Lanna et Theobald qui avaient marqué le retrait des affaires de H. G. Gutekunst, il réussit à obtenir la collection Scholz de Budapest pour la vente de l’année suivante. Vinrent ensuite Gellatly (médiation assurée depuis Londres par Richard Gutekunst), Baxter, Rumpf, Schröter, Autenrieth et, en mai 1914, la deuxième partie de la collection Peltzer. La guerre mondiale qui éclata le 1er août 1914 le toucha très durement. Oublieux du monde environnant et profondément plongé dans ses pensées, il marchait dans la rue lorsqu’il fut victime d’un tragique accident de la circulation en 1915. Richard Gutekunst, que la guerre avait surpris le 1er août 1914 alors qu’il se trouvait en vacances en Suisse, ne put pas rentrer à Londres en tant qu’Allemand; il s’installa à Stuttgart, puis à Francfort sur le Main, où il mit sa grande expérience au service de la maison F. A. C. Prestel. Les activités de la maison de Stuttgart cessèrent, mais l'importante bibliothèque et l’énorme héritage spirituel servirent de bases pour la fondation de la société Gutekunst & Klipstein, peu après la fin de la guerre, en 1919 à Berne.
Il vit le jour à Stuttgart en 1870, deux ans avant le début de la vente de la collection Durazzo, ville où il fréquenta l’école et, avec son cousin Alfred Stroelin, accomplit un dur apprentissage dans la maison Schaller, marchand de papier et d’art. En 1890 se posa la question du choix de son métier définitif; dans sa famille, où son père et son oncle (Georg), mais aussi son frère Otto étaient de grands marchands d’art, et où son cousin Alfred Stroelin s’apprêtait à entamer une importante carrière dans le même domaine, cette question ne pouvait être tranchée qu’en optant pour le «commerce des gravures». Son frère Otto ayant acquis à Londres une certaine expérience en collaboration avec Deprez, il emmena son cadet en Angleterre en tant que collaborateur. La maison «Gutekunst and Deprez» avait reçu en 1885 la succession d’ A. W. Thibaudeau; plus tard, elle acquit une telle importance qu’elle put racheter avec Gustav Mayer la grande maison londonienne P. & D. Colnaghi.
Richard Gutekunst fut introduit au commerce à Londres, où il noua des relations avec les grands collectionneurs de l’époque, tels que Morrison et Seymour Haden. Lorsque la grandiose collection Seymour Haden fut mise aux enchères en 1891 à Londres, Richard Gutekunst se rendit pendant deux jours à Paris pour présenter les feuilles les plus importantes au grand collectionneur Edmond de Rothschild et à son secrétaire Silvy. Après ces premières riches années à Londres, Richard Gutekunst rentra provisoirement à Stuttgart en 1893, dans le but surtout de se former auprès des grands cabinets allemands de gravures sur cuivre. Alfred Stroelin prit sa relève à Londres, avant de déménager à Paris en 1895. Richard Gutekunst étudia consciencieusement les collections des cabinets de gravures sur cuivre de Dresde, Berlin et Stuttgart. Il mit en pratique pour la première fois les profondes connaissances acquises en cataloguant la collection Angiolini, dont la vente eut un grand succès en mai 1895. Fort de ce bagage, il osa ouvrir son affaire en mai 1895, âgé de 25 ans à peine. Aujourd’hui encore, les archives contiennent des cadres portant l’étiquette «Kingstreet 16, St. James S. W.».
Au cours des vingt années qui suivirent, Richard Gutekunst devint l’un des marchands de gravures les plus en vue de son époque, ce qui lui permit de conserver pour lui certaines des plus belles pièces, et de réunir progressivement une collection privée dont le raffinement est resté légendaire. La gravure ancienne ne fut cependant pas le seul domaine où l’activité battit son plein: les grands graveurs anglais de l’époque, comme Legros, Cameron, McBey, Whistler, étaient des familiers de la maison. Les principales étapes sur le chemin du succès furent la nomination de Richard Gutekunst en tant que membre de la «Society of Art», le déménagement dans les belles salles de la galerie de Grafton Street, près de «Bond Street», et la publication de quelques parties de la collection de gravures dans la célèbre revue d’art «Studio» en 1912.
La catastrophe de début août 1914 surprit Richard Gutekunst, son épouse et ses deux enfants en Suisse, où ils passaient leurs vacances. Le chemin du retour étant coupé, Richard Gutekunst n’eut d’autre choix que de déménager à Stuttgart, et de travailler ultérieurement chez F. A. C. Prestel à Francfort sur le Main. Comme l’avenir le montrera, la galerie et la collection privée de Londres étaient perdues à jamais, puisqu’elles furent mises sous séquestre par l’Angleterre.
Dans une cave de la périphérie londonienne, le gouvernement anglais fit vendre début décembre 1920 la totalité de collection par une petite maison de vente aux enchères sous le titre «By order of the Public Trustee – Trading with the Enemy – R. Gutekunst» (entre autres 71 prestigieuses eaux-fortes et dessins à la pointe sèche de Rembrandt), une vente que Frits Lugt commémore dans son premier Volume des «Marques de Collections».
Les années de la guerre en Allemagne et l’activité provisoire de Richard Gutekunst chez F. A. C. Prestel posèrent néanmoins les jalons de la nouvelle maison à Berne. La collaboration avec le Dr. August Klipstein pour la réalisation du catalogue des ventes Goldschmidt chez Prestel en 1917 marqua le début d’une profonde amitié et de leur volonté de coopérer. La confiance envers l’Angleterre et l’Allemagne étant perdue, ils se tournèrent vers la Suisse. La maison «Gutekunst und Klipstein» fut fondée et inscrite au registre du commerce de Berne en 1919. Né en 1885, August Klipstein avait d’abord étudié à Munich, puis à Berne chez Worringer und Weese, et il avait obtenu son diplôme en 1914. C’est de l’époque munichoise que date son fameux voyage au Proche-Orient et en Grèce avec Charles-Édouard Jeanneret, le futur «Le Corbusier». Après son mariage avec la Bernoise Frieda Jaeggi, il entra chez Prestel à Francfort en tant que collaborateur. Il saisit l’occasion de son retour à Berne pour faire revivre, avec Richard Gutekunst, l’époque florissante des maisons de Stuttgart et de Londres.
Le premier siège bernois de la société était situé dans les rues calmes de la vieille-ville, à proximité de la Tour de l’Horloge, Hotelgasse 8. En janvier 1920, les annonces communiquant l’ouverture de la maison furent envoyées dans le monde entier, et les premiers catalogues de fonds parurent la même année. La maison prospéra rapidement, les anciennes relations avec Stuttgart et Londres furent renouées, et Berne devint rapidement une importante place pour le commerce des gravures anciennes, bientôt aussi pour les récentes. Après la disparition de la maison H. G. Gutekunst à Stuttgart, C. G. Boerner à Leipzig devint la première maison de vente aux enchères de gravures sur le continent; Berne était à cette époque une place trop modeste pour les enchères, si bien que Richard Gutekunst préféra s’adonner à l’activité plus tranquille du libre commerce qu’aux ventes aux enchères. Les catalogues des fonds des années vingt comprenaient une quantité de joyaux, surtout des gravures anciennes. Mais les gravures modernes prirent aussi de l’importance. À Londres, Richard Gutekunst s’était essentiellement concentré sur les artistes anglais, mais sous l’influence d’August Klipstein, il se tourna vers des artistes allemands, français et suisses. Hodler fut exposé pour la première fois dès 1921; l’année suivante fut consacrée à Welti puis, à partir de 1924, l’activité fut élargie à Bonnard, Degas, Matisse, Munch, Picasso, Pissarro, Renoir, Toulouse-Lautrec, Utrillo, Vuillard et d’autres artistes.
La conjoncture favorable des années 1924-1928 ouvrit des débouchés rapides et facilita la vente des stocks. En 1928 Richard Gutekunst décida de se retirer des affaires au bon moment, au début de sa soixantième année. Ce retrait lui épargna bien des épreuves. La grave crise économique éclata en 1929. Le stock acheté à un prix élevé resta inactif pendant de longs mois. La société mit des années à s’en remettre. Prenant la succession de Richard Gutekunst, August Klipstein s’associa au collectionneur américain installé en Suisse Carl O. Schniewind, qui avait compté parmi ses bons clients. Malheureusement cette alliance fut de courte durée. Klipstein reprit les rênes de la maison seul, et Schniewind déménagea d’abord à Paris, puis à New York, où il devint «Curator of Prints and Drawings» au Brooklyn Museum, avant d’entamer une longue activité émaillée de remarquables succès au même poste à Chicago.
Au début des années 30, la maison avait emménagé dans les nouveaux locaux spacieux situés 16 Amthausgasse. Ces espaces facilitèrent la reprise des enchères en 1934. Un grand pas avait été franchi. Les catalogues des fonds parurent à intervalles plus éloignés, en revanche les catalogues de vente furent expédiés dans le monde entier, au printemps et à l’automne. Après la collection Steinwachs fut organisée une vente de gravures modernes, puis en 1936 de gravures anciennes. 1938 marqua une première grande date: outre d’importantes gravures anciennes, on présenta une grande partie de la collection Heinrich Stinnes de Cologne, fonds qui ne put jamais être reproposé en Allemagne à cause de la campagne national-socialiste contre l’«art dégénéré». Les collectionneurs et marchands d’art affluèrent du monde entier pour assister à cette manifestation sur l’art expressionniste et abstrait allemand. De courageux collectionneurs allemands envoyèrent des ordres d’achat. Les 1 300 lots comprenaient une grande quantité d’œuvres d’art, qui sont toujours estimées à prix élevé aujourd’hui, mais au vu de l’offre pléthorique d’art expressionniste à l’époque, les prix restèrent modestes. L’aquarelle la plus onéreuse de Paul Klee coûta 690 francs, celle de Kandinsky 510, de Kirchner 500, et étonnement de Franz Marc 1 650 francs. Une belle aquarelle de Picasso fut vendue pour 500 francs, une estampe incunable dédicacée à Guillaume Apollinaire du groupe des «Saltimbanques» (1904) pour 900 francs. Cette époque est bien révolue.
En 1932, Ernst Ludwig Kirchner avait préparé la très belle exposition de la Kunsthalle de Berne en étroite collaboration avec Max Huggler. Elle fut inaugurée le 5 mars 1933. On exposa dans la Kunsthalle des peintures à l’huile, des aquarelles, des sculptures et des dessins. L’exposition de gravures réalisée par August Klipstein fut montrée dans les salles de l’Amthausgasse, mais on l’intégra dans le même catalogue, conçu graphiquement par Kirchner. La liste du catalogue comporte 27 gravures sur bois en couleurs et monochromes, 21 eaux-fortes et dessins à la pointe sèche et seulement 2 lithographies. La fourchette des prix est située entre
150 et 300 francs. Ernst Ludwig Kirchner et August Klipstein entretinrent de bonnes relations jusqu’à la mort de Kirchner en juin 1938. Les travaux de Kirchner de cette époque figurent dans de nombreux catalogues.
Entre 1934 et le début de la guerre, August Klipstein entretint des contacts intensifs avec Käthe Kollwitz, qui vivait à Berlin, et qui, à partir de 1937, subit la campagne national-socialiste contre l’«art dégénéré ». Dans une lettre du 11 juin 1937, l’artiste écrivit à Klipstein, qui avait organisé une exposition réussie de dessins et de gravures à New York, qu’il comptait parmi les rares personnes soutenant son art. Citation: «Ici en Allemagne, je suis pratiquement enterrée.» Jusqu’à sa mort en 1951, Klipstein travailla à la réalisation d’un nouveau catalogue raisonné de gravures, qui fut publié à titre posthume après la rédaction de la main de Frida Schuh, Eberhard W. Kornfeld et Hans Bolliger. Une dernière visite personnelle de Klipstein à Käthe Kollwitz est attestée pendant l’été 1939.
L’été 1939, déjà lourd de tensions funestes, vit la parution du mince mais riche catalogue d’une collection française de vieux maîtres. Début septembre, des amis de la gravure venus du monde entier se réunirent autour de la table en fer à cheval une dernière fois avant le déclenchement de la guerre pour deviser sur les trésors: McDonald, Zinser, Schab, Collins, Barnard, Holgen, Guiot, Gobin, Cuendet, Stroelin, de Bruijn, Frauendorfer, Weiss, etc. Des contacts réduits subsistèrent avec les États-Unis jusqu’en novembre 1941, puis ces fils ténus se brisèrent, et les possibilités de relations commerciales se limitèrent à la Suisse. Les Helvetica des XVIIIe et XIXe siècles et les œuvres suisses du XIXe siècle gagnèrent en importance. Toutefois les ventes aux enchères ne s’interrompirent pas, même en ces temps difficiles: il y eut notamment l’importante vente de la succession Julius Hess, le marchand d’art munichois qu’August Klipstein était allé chercher en Allemagne en 1938 et qui avait été installé à Berne.
Au vu de la chute des ventes, le siège de la maison fut transféré dans la Thunstrasse 7; ces petits locaux ne furent abandonnés qu’en 1944, lorsque se présenta la possibilité d’installer la société dans la belle villa «Villette» située au 49 Laupenstrasse. Deux grandes pièces furent réunies au rez-de-chaussée et l’on créa une «salle des ventes» à l’intérieur de la maison.
À la suite d’intenses contacts en 1944, Eberhard W. Kornfeld entra dans la société comme bénévole pour une durée de 3 ans en janvier 1945. En 1946, la nouvelle salle accueillit une vente de vieux maîtres fréquentée de nouveau par un public international: on mit aux enchères la collection Robinow, un collectionneur de Hambourg qui avait mis ses œuvres en sûreté en Suisse chez Klipstein en 1938, et qui donna son accord pour la vente depuis l’Angleterre. La «période d’hibernation» était terminée, une nouvelle grande série de ventes put commencer. Outre d’importantes enchères de gravures modernes, la collection de vieux maîtres de Bertrand Weber de la société Menzigen AG fut proposée en 1947; en 1948, des restes des collections Yorck de Wartenburg et König Friedrich August von Sachsen, en 1950 des fonds de Ritter von Gutmann de Vienne, qu’il avait mis en sûreté en 1938, tandis que sa magnifique collection Rembrandt fut confisquée d’abord par les nazis à Vienne, puis par les Russes au château Pillnitz, près de Dresde, en 1945. Elle ne fut jamais restituée.
La troisième année du bénévolat d’Eberhard W. Kornfeld prit fin au printemps 1948. Chaque été, il avait travaillé pendant plusieurs semaines sur les grandes collections de gravures. Après Bâle, il partit pour Paris, puis pour le British Museum de Londres, le Rijksprentenkabinet d’Amsterdam, et enfin l’Albertina de Vienne. Riche de ce bagage d’expérience, il fut embauché par la galerie en 1948 comme mini-partenaire.
Au mois de juin 1949 eut lieu la vente de la collection de dessins essentiellement hollandais et flamands de Maurice Delacre, qui était décédé en 1938 mais dont la collection nous était parvenue de Belgique en 1948. Les nombreux collectionneurs de dessins réunis à cette occasion se livrèrent une rude bataille lors des enchères. Le manuscrit du catalogue rédigé par Eberhard W. Kornfeld fut le premier «test de fin d’apprentissage» dont il eut l’entière responsabilité.
La mort soudaine d’August Klipstein, qui fut terrassé à son bureau en plein travail un matin de printemps 1951, mit un terme soudain à cette époque faste. «August Klipstein n’était pas seulement un excellent marchand de gravures et un fin connaisseur des gravures anciennes et modernes. C’était une personne originale et dotée d’un fort caractère. Lorsque August Klipstein ouvrait l’une de ses célèbres ventes aux enchères, les collectionneurs privés de gravures, les responsables des musées et les marchands d’art venus de loin se rassemblaient tels une grande famille au pied d’un ami honoré et redouté tel un père.» Voici ce qu’écrivit Georg Schmidt, le directeur du musée de Bâle, dans une nécrologie en 1951.
La maison des ventes fut confrontée à une grave situation, et la disparition d'une personnalité aussi marquante que Klipstein eut des conséquences difficiles à surmonter. Mais il fut décidé de continuer. Frida Schuh, qui avait été l’assistante de Klipstein pendant de longues années et avait à son actif un important bagage d’expérience,
et Eberhard W. Kornfeld tirèrent les ficelles. Après quatre long mois de dur travail, la quatrième génération depuis 1864 reprit la barre. Les succès ne tardèrent pas à arriver: à l’automne 1951 eut lieu une vente de vieux maîtres de grande qualité, comprenant entre autres la superbe collection Rembrandt de Rouart à Paris. Elle fut suivie en 1952 de la collection Maurice Loncle, également de Paris, un fonds d’excellente qualité comprenant des gravures françaises des XIXe et XXe siècles et beaucoup de pièces rares. En 1953 eut lieu la dernière vente aux enchères de livres, avec la bibliothèque du Freiherr von Simolin de Bavière. Au printemps 1953, Eberhard W. Kornfeld se résolut à entreprendre un premier voyage aux États-Unis. La traversée à bord de l’«Île de France» dura 5 jours.
À New York, Curt Valentin officia comme intermédiaire pour la vente en 1953 d’un important fonds comprenant 560 lots appartenant à une collection américaine privée d’art moderne.
Parallèlement aux ventes parurent de petits, mais riches catalogues d’exposition et de fonds, notamment en 1953, avec «Les peintres de la Revue blanche» et «Die Brücke / Der blaue Reiter / Bauhaus», fruit d'une intense confrontation avec l’art allemand de la première moitié du
XXe siècle. Cette époque marqua aussi le début d’une activité engagée avec les éditeurs de gravures. Les bonnes relations personnelles permirent de rallier Marini, Chagall, Zao Wou-Ki, Hayter, Clavé, Max Ernst, Singier, et plus tard Sam Francis et Alberto Giacometti.
1954 fut une année particulièrement faste, avec la vente d’un fonds très important de gravures de vieux maîtres comprenant notamment la superbe collection Rembrandt de Valentin et Werner Weisbach, une collection que le fils Weisbach avait mise en sécurité en la transportant de Berlin en Suisse en 1935. Le prix d’adjudication le plus élevé de cette vente fut de 34 000 francs, pour l’estampe de très belle qualité du portrait de Jan Six par Rembrandt. En 2014, la même feuille figura de nouveau dans la vente de vieux maîtres. Le prix d’adjudication fut cette fois de 480 000 francs.–. Par cette vente extraordinairement réussie, notamment des superbes estampes de Rembrandt, la nouvelle génération qui, depuis 1951, présidait aux destinées de la maison, prouva sa capacité à la diriger dans le même esprit que les trois précédentes.
Au fil des ans, la dénomination de la société changea à plusieurs reprises en raison des modifications du capital et de la responsabilité. La famille Klipstein fut dédommagées en plusieurs étapes. Dénommée d’abord «August Klipsteins Erben» au printemps 1951, puis «Klipstein und Kornfeld» et «Kornfeld und Klipstein», plus récemment, après le départ du dernier porteur du nom Klipstein, la galerie devint «Galerie Kornfeld & Co.», avec Eberhard W. Kornfeld comme commandité, Hans Bolliger (jusqu’à 1970), Christine E. Stauffer (depuis 1967), Marlies Kornfeld (1965–1993), Jürg Kunz (depuis 1975) et Yvonne E. Kaehr (1980–2011) comme commanditaires.
Les années 2004 à 2011 furent marquées par l’importante et méritoire collaboration de Wolf von Weiler, tout d’abord en tant que commanditaire, puis de commandité, mais il a malheureusement souhaité quitter la société à l’automne 2011. En 2012, la maison fut transformée en deux sociétés anonymes, la «Galerie Kornfeld Auktionen AG» et la «Galerie Kornfeld Verlag AG».
En 1957, 1958, 1968, 1969, 1976 et 1977 eurent lieu 6 ventes spéciales «Dokumentationsbibliothek zur Kunst des
20. Jahrhunderts».
Toutes conçues par Hans Bolliger, qui est issu du Kunsthaus et travaille dans la société depuis 1955, elles constituent une œuvre pionnière.
Dans le domaine des gravures de vieux maîtres, un autre temps fort fut la vente en 1955 de la collection Atherton Curtis de Paris. Avec une adjudication à 83 000 francs pour le rare état II de la gravure de Rembrandt au burin et à la pointe sèche «Die drei Kreuze», un niveau jugé impossible jusqu’alors fut atteint. Les descriptions des feuilles principales des collections Weisbach et Curtis affichent un nouveau style par rapport aux textes des catalogues précédents: Le regard rétrospectif sur les prix obtenus précédemment, l’illustration des résultats des recherches, les indications précises sur le pedigree ont été combinés dans ce travail, faisant des catalogues des ouvrages de consultation recherchés.
Au fil des ans, le cercle des collectionneurs conseillés par nos soins ne cessa de croître. De plus, les adjudications dépassant la barre des 100 000 francs, qui était rarement franchie auparavant, se multiplièrent. En 1958, une feuille très rare d’Hercules Seghers atteignit 128 000 francs (estimation à 20 000 francs), en 1959 la belle peinture à l’huile d’Emil Nolde «Christus und die Sünderin» de la collection Hans Fehr fut adjugée à 122 000 francs, en 1960 la peinture à l’huile de Paul Klee «Villen für Marionnetten» de la collection bâloise Richard Doetsch-Benziger partit à 96 000 francs.
Entre 1955 et 1957, nous avons acheté acquis de différentes sources environ 140 dessins de Gustav Klimt. 50 feuilles furent sélectionnées et présentées lors d’une exposition assortie d’un catalogue, en novembre et décembre 1957. Les prix oscillèrent entre 200 à 800 CHF.
L’exposition «Künstlergruppe Brücke – Jahresmappen 1906–1912» d’octobre 1958, œuvre pionnière, fut complétée par un inventaire illustré complet des cartes des membres, des rapports annuels, des catalogues et des affiches de ce mouvement révolutionnaire. Pour la première fois, les dons annuels, les publications et les imprimés de ce groupe d’artistes si important pour l’évolution de l’art furent réunis dans un catalogue. Les auteurs en sont Hans Bolliger et E. W. Kornfeld. Le catalogue fut dédicacé à Cuno Amiet, membre actif du mouvement encore en vie à l’époque.
Les années cinquante et le début des années soixante furent marquées par la vive concurrence avec le Kunstkabinett de Stuttgart de R. N. Ketterer, qui connut un rapide essor après 1949, parvenant en peu de temps à dominer le marché allemand. La concurrence eut cependant des effets positifs, conférant notamment une vivacité stimulante au marché allemand. Cette confrontation parfois difficile nous amena à rajeunir notre organisation et au constat que seuls un approfondissement constant des connaissances et un haut degré d’éthique doivent guider l’activité matérielle dans notre domaine.
L’été 1959 marqua un temps fort dans la longue activité de la maison en matière d’expositions, avec l’exposition consacrée aux œuvres d’Alberto Giacometti. L’amitié avec l’artiste, qui débuta en 1948, porta ses fruits grâce aux relations entretenues de longue date. L’artiste mit à disposition 3 plâtres, qui furent coulés chez Pastori à Genève en guise de tirage en bronze, apportant 27 dessins et 47 feuilles de gravures, ainsi que la grande sculpture en bronze «Buste de Diego sur stèle». Pour le catalogue, il mit à disposition deux eaux-fortes, dont les tirages furent intégrés dans les 50 et 100 exemplaires de l’édition limitée du catalogue, tous signés et numérotés. Alberto Giacometti prit part à l’inauguration de l’exposition avec sa femme, participant à la fête jusqu’au soir dans le jardin de la Galerie. Des amis organisèrent ses retrouvailles avec des artistes bernois qui avaient vécu à Paris avant 1940, surtout Meret Oppenheim, Walter Linck et Otto Tschumi. Dans le livre d’or, Alberto Giacometti dessina une belle image de notre maison «La Villette».
Trois autres importantes expositions accompagnées de catalogues richement illustrés furent réalisées en 1960. Au printemps, on présenta un aperçu de l’activité éditoriale innovante de «Tériade», Grec vivant à Paris depuis les années trente, qui a consacré des livres illustrés à Bonnard, Chagall, Giacometti, Gris, Gromaire, Laurens, Le Corbusier, Léger, Matisse, Picasso et Rouault et a publié la revue «Verve». Marc Chagall fut convaincu de participer à une exposition d’été précoce. Il apporta quelques aquarelles et un beau fonds de gravures, participant à l’inauguration avec sa femme. À l’automne, on exposa de larges pans de la collection de Maurice et Maud Exsteens, elle aussi provenant de Paris; on doit ces fonds au père de Maud Exsteens, le grand éditeur de gravures Gustave Pellet, qui avait édité notamment la suite «Elles» d’
Henri de Toulouse-Lautrec avant le début du siècle. Les pièces maîtresses furent 19 images et dessins, dont certains importants, d’Edgar Degas et 7 de Toulouse-Lautrec.
La 100e vente de juin 1961 fut l’occasion d’une série d’enchères dans un cadre particulièrement spacieux et solennel. La foule qui afflua avant l’évènement dépassa les capacités de la salle des ventes, si bien qu'une tente dut rapidement être aménagée dans le jardin. Les 100 œuvres sélectionnées des XIXe et XXe siècles suscitèrent un grand intérêt: le grand tableau Merz de Kurt Schwitter «Ausgerenkte Kräfte», d’une taille de 108x86 cm, fut acheté spontanément par le Prof. Dr. Max Huggler (estimation à 90 000 francs) pour le Kunstmuseum Bern. La commission du musée blâma cette décision arbitraire et refusa l’achat. Huggler accueillit cette œuvre majeure dans sa collection privée et l’offrit plus tard au musée. La très belle collection Rembrandt d’Alfred Stroelin, en provenance de Paris et de Lausanne, fit également fureur. Le prix de 132 000 francs fut atteint par «Christus dem Volke vorgestellt» en cinquième état, soit l’une des adjudications les plus élevées à ce jour.
Depuis 1960, la volonté d’éviter une surcharge de travail liée aux ventes avait conduit à renoncer aux enchères d’automne. Ceci permit d’étoffer le planning des voyages et d’internationaliser les contacts avec les collectionneurs. L’activité éditoriale aussi profita de cette concentration sur les enchères de juin. Les catalogues raisonnés des gravures de
Paul Klee, Paul Signac, Marc Chagall, Pablo Picasso, Max Beckmann, Käthe Kollwitz, Giovanni Giacometti, et plus tard d’Ernst Ludwig Kirchner notamment purent ainsi être réalisés ou publiés dans la maison.
Au cours de l’année anniversaire 1964, la collection Oskar Stern fit l'objet de la première vente spéciale de gravures de Pablo Picasso. Elle fut suivie en 1969 par la collection Göran Bergengren, et en 1973 par la collection Georges Bloch. À partir de 1965, l’intérêt pour les ventes aux enchères ne cessa de croître et, parallèlement, le prix des adjudications. Outre Picasso, des gravures de Goya, Munch, Toulouse-Lautrec et des expressionnistes allemands, surtout Ernst Ludwig Kirchner, furent à l’honneur. En 1965, une peinture à l’huile de Georges Braque datant de 1907 fut vendue au prix de 161 000 francs, en 1968 un tableau de Paul Klee au prix de 133 000 francs, en 1969 ce furent un paysage Aasgaard d’
Edvard Munch pour 265 000 francs et un fjord d’Oslo pour 420 000 francs. La plus chère adjudication de l’époque fut atteinte en 1970 par la grande peinture à l’huile d’Ernst -Ludwig Kirchner «Sich kämmender Akt» (1913), qui partit à 340 000 francs. En 1971, Alberto Giacometti fit l'objet pour la première fois d’une adjudication élevée, avec la peinture à l’huile «Caroline», qui partit à 274 000 francs.
Face au nombre de visiteurs ne cessant de croître chaque année, nous fûmes contraints au printemps 1972 de remplacer la salle des ventes d’une capacité de 100 places par un pavillon en acier et en verre pouvant contenir jusqu’à 300 personnes. Il fut édifié par Haller.
Fritz Haller est connu pour le mobilier modulaire en tubes d’acier USM Haller, qu’il conçut en collaboration avec Paul Schärer junior.
Lors du déménagement dans la Villa Thurmau achetée en 1980 au 41 Laupenstrasse, cette construction fut transférée et annexée à la maison. Elle continue de rendre de fiers services, même si sa capacité n’est pas toujours suffisante et qu’une retransmission en direct dans les autres salles s’avère parfois nécessaire. La Villa Villette et la Villa Thurmau étant construites exactement de la même façon, l’imposante bibliothèque put être démontée et remontée sans difficulté.
Le mois de novembre 1972 fut marqué par un grand évènement: une vente spéciale d’automne de parties de la collection d’Arthur Stoll de Bâle. Première vente comportant exclusivement des tableaux et des peintures, elle remporta un succès retentissant, avec une adjudication record de 1 480 000 francs à Heinz Berggruen de Paris pour le tableau de Paul Cézanne «L’arbre tordu» (1882–1885). Première adjudication dépassant le million, elle suscita l’émoi dans la presse internationale. L’évènement le plus marquant de cette vente fut cependant la revalorisation éclatante de l’art suisse, en particulier la série de 26 peintures à l’huile et dessins de
Ferdinand Hodler. Les adjudications atteignirent le double et le triple des estimations prudentes qui avaient été réalisées.
Cette vente de l’automne de 1972 marqua une transition vers l’année record 1973, dominée par deux collections privées. La collection Clarence Franklin de New York comprenait exclusivement des gravures d’Henri de Toulouse-Lautrec et d’Edvard Munch, et les parties de la collection Georges Bloch seulement des œuvres de Pablo Picasso. Cette série ininterrompue d’adjudications à haut, voire très haut prix nous valut des «records mondiaux» qui résistèrent longtemps dans le domaine des gravures. Vint ensuite la difficile année 1974, marquée par la crise économique, qui infléchit les prix au cours des années 1975 et 1976. En 1974, la vente des vieux maîtres comprenait notamment
une nouvelle série fascinante, découverte depuis peu, de lavis de Claude Gellée, entre autres une vue entièrement signée et désignée de la région de Subiasco datant de 1642 environ (adjudication à 330 000 francs). En juin 1975, le catalogue spécial de 50 œuvres sélectionnées de Paul Klee suscita également une grande attention.
Le fonds Toulouse-Lautrec de 1973 offrit l’occasion d’un dîner spécial de la vente, qui se tint dans la salle «fin de siècle» de l’hôtel
Victoria-Jungfrau à Interlaken. Une carte-menu de Toulouse-Lautrec fut imprimée pour chaque convive, les mets indiqués sur la carte furent servis, et le Ballet de Berne exécuta un French cancan en costumes d’époque.
Un nombre croissant d’évènements fut organisé dans la maison ou le jardin. Le «tir de canon de la sainte Barbara» du
4 décembre 1972 a marqué tous les esprits: Jean Tinguely et Bernhard Luginbühl (ainsi que ses fils) mirent à feu de petits canons fascinants, provoquant un bruit retentissant qui dura une heure et n’échappa pas au voisinage. La patrouille de police accourue sur les lieux fut conviée au dîner à base d’un canon de goulasch.
Tout au long de ces années, la maison fut influencée par les amitiés nouées avec des artistes de l’époque, en particulier à partir de 1955 avec Sam Francis (qui eut pendant de nombreuses années un atelier dans notre hangar à carrosses, au 49 Laupenstrasse), Alfred Jensen (également dans l’atelier), Jean-Paul Riopelle, Joan Mitchell, Jean Tinguely, Bernhard Luginbühl, Marc Chagall, Alberto Giacometti, Niki de Saint Phalle, Franz Gertsch et de nombreux autres. Il en résulta une intense activité, émaillée de nombreuses expositions individuelles.
À l’instigation de Walasse Ting, un artiste ayant fui la Chine et vivant à New York, et sous la forte influence de notre ami commun Sam Francis, les travaux préliminaires pour la réalisation d’un grand livre illustré traitant de nombreux artistes Pop Art furent entamés en 1962. Sous le titre «One Cent Life», les poèmes de Walasse Ting furent associés à des lithographies originales d’Alfred Jensen, Sam Francis, James Rosenquist, Robert Indiana, Jean-Paul Riopelle, Tom Wesselmann,
Joan Mitchell, Andy Warhol, Robert Rauschenberg, Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg, Jim Dine et de nombreux autres artistes. Cet ouvrage est une œuvre pionnière: il s’agit de l’unique livre illustré comportant des gravures originales de cette époque des plus intéressantes sur le plan artistique. Dans les mentions légales, Walasse Ting figure comme auteur, Sam Francis comme éditeur et Eberhard W. Kornfeld comme directeur de la publication. L’ouvrage de grand format et d’un poids de 3,6 kg est paru en 1964.
En avril 1977, les 112,5 ans de la galerie furent célébrés par la réalisation d’un catalogue réunissant 112,5 œuvres d’art de 1440 à 1970, provenant d’une sélection du fonds; le dernier lot, inspiré de l’«eat art», est une sculpture en chocolat de Bernhard Luginbühl en partie rongée par les souris, et ne comptant donc que pour moitié.
La vente de juin 1977 comprenait aussi un beau moulage de la première version de la «Femme de Venise» d’
Alberto Giacometti. Le Kunstmuseum Bern s’adjugea l’œuvre au prix de 200 000 francs, ce qui déclencha une campagne de presse véhémente. Du point de vue actuel, l’argent du contribuable a été bien investi.
À la mort de Josef Müller de Soleure, qui possédait une collection de légende constituée dans les années vingt et trente à Paris, son héritière nous confia la vente d’une partie de la collection, formée uniquement d’«art suisse». Les pièces majeures furent données au Kunstmuseum de Soleure ou bien elles restèrent aux mains de l’héritière. Le 10 juin 1978 fut organisée la première vente intitulée «Schweizer Kunst». La partie centrale du fonds était constituée par un groupe de 15 œuvres de Ferdinand Hodler, dont 11 peintures à l’huile. La prise de valeur de l’art suisse, qui s’était déjà manifestée les années auparavant, se confirma, en particulier pour Hodler. La grande version du bûcheron, estimée à 125 000 francs, fut adjugée pour plus du double, à 262 000 francs. Bruno Stefanini intervint pour la première fois résolument dans le déroulement de la vente pour sa «Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte», créant la surprise.
L’année 1979 fut marquée non seulement par une belle proposition d’art moderne, avec l’adjudication à 305 000 francs du beau dessin de Van Gogh «Der Stadtpark von Arles», mais aussi par le catalogue spécial réunissant 120 œuvres graphiques de Rembrandt issues de la collection Friedrich Lieberg, Kassel/Buenos Aires, qui attira dans la salle des ventes toutes les parties intéressées. Dans le cadre de la riche proposition d’art moderne de l’année 1980, deux aquarelles de Schiele en particulier défrayèrent la chronique, et pour la première fois l’artiste fit l’objet d’adjudications élevées. Partant d’estimations de 60 000 francs, l’adjudication fut prononcée respectivement à 160 000 et
84 000 francs.
La 175e vente de l’année 1981, avec un catalogue spécial comprenant 175 lots sélectionnés, se déroula pour la première fois au nouveau siège situé au 41 de la Laupenstrasse, dans la salle des ventes rénovée jouxtant la maison. Un prix record fut atteint, avec l’adjudication de l’aquarelle de Franz Marc «Zwei Pferde auf der Weide» au prix de 860 000 francs. Les années 1983, 1984, 1985 et 1986 furent une nouvelle fois marquées par de belles propositions, essentiellement d’art moderne, mais aussi ancien. Un catalogue spécial de 1984 fut consacré à la collection Munch d’Ingrid Lindbäck Langaard d’Oslo, qui réunit 83 lots. Le large intérêt suscité créa une nouvelle base de prix pour les œuvres graphiques de Munch. De plus, en 1985 une collection de 225 œuvres et documents d’Ernst Ludwig Kirchner - artiste auquel la maison a toujours prêté un intérêt particulier - fut présentée sous la forme d’un catalogue spécial. Un autre catalogue spécial de Kirchner suivit en 1986. En 1987, une aquarelle d’Egon Schiele, «Selbstbildnis im Gefängnis von Neulengbach», dépassa pour la première fois le montant d’un million de francs: alors que l’estimation avait été établie à 400 000 francs, l’œuvre fut adjugée à 1 520 000 francs.
Un autre évènement fit sensation à l’automne 1984: la grande installation de Jean Tinguely intitulée «Inferno – ein kleiner Anfang». Comportant une douzaine de machines, elle occupa plus d’un tiers de notre serre. L’électricité nécessaire à plein régime dépassant largement l’alimentation existante, une ligne électrique spéciale dut être installée à titre provisoire.
L’année 1988 se caractérisa par une offre particulièrement riche, avec 5 catalogues différents; outre les parties I et II consacrées à l’art des XIXe et XXe siècles, elle comporta une collection d’œuvres d’Ernst Ludwig Kirchner de Chicago, dont trois pièces maîtresses furent adjugées au même prix de 860 000 francs: la gravure sur bois «Frauen am Potsdamer Platz» de 1914, l’unique version en couleurs de «Selbstbildnis als Kranker» de 1917–1918, et la gravure sur bois «Wintermondnacht» de 1919.
En 1989, les 125 ans de la galerie fondée en 1864 furent célébrés par la parution d’un catalogue de vente spécial réunissant 125 œuvres sélectionnées. Pour la première fois, une adjudication dépassa les 2 millions, atteignant la somme de 2 230 000 francs pour un tableau de Juan Gris de 1916 (estimation à 900 000 francs). Le grand intérêt des acheteurs pour Schiele se confirma. Avec une adjudication de 1 250 000 francs, un autoportrait de 1913 - une aquarelle en parfait état - fut adjugé à plus du double de l’estimation, établie à 700 000 francs.
En 1990, une œuvre graphique de Pablo Picasso, «La Minotauromachie» de 1935, dépassa la barre des 2 millions, avec une adjudication à 2 150 000 francs. Mais la surprise fut créée par un grand collage de la meilleure époque Dada réalisé par
Rudolf Schlichter en 1920, qui fut adjugé à 520 000 francs, à partir d’une estimation cinq fois inférieure.
La plus importante exposition de l’année 1991 fut consacrée en mars et avril à la riche rétrospective retraçant les créations de Sam Francis, intitulée «40 years of friendship». L’évolution de l’œuvre peinte de l’artiste fut présentée à travers 81 œuvres et illustrations de 1945 à 1990.
La vente de 1991 fut dominée par l’intérêt pour la belle aquarelle d’Henri de Toulouse-Lautrec de 1896 (adjugée à 1 200 000 francs), et une nouvelle fois par une aquarelle de Schiele, le portrait de Gustav Klimt en 1913
(adjudication à 800 000 francs). L’année 1992 fut marquée par la collection Otto Schäfer de Schweinfurt en Allemagne, riche fonds constitué au terme de recherches passionnées (à l’exception des feuilles de Schongauer, Dürer et Rembrandt, pour lesquelles d’autres solutions furent trouvées). Le volumineux catalogue comprenait 456 lots; l’adjudication individuelle la plus élevée (400 000 francs) pour une feuille de vieux maître revint au fameux «Liebesgarten» du Meister ES, réalisé vers 1465. Elle fut dépassée par l’adjudication à 660 000 francs d’une estampe de la plaque non aciérée du «Repas frugal» de Picasso, de 1904.
En 1972, des parties de la collection Arthur Stoll nous avaient été confiées en vue d’une vente. En 1992, la vente de la grande Villa de Corseaux sur le lac Léman dégagea d’autres fonds, que nous acquîmes à l’automne 1992 pour les répartir entre différentes ventes aux enchères à partir de 1993. Cette proposition domina aussi le catalogue de vente de 1993, avec la proposition de 17 œuvres de Ferdinand Hodler qui fit augmenter encore fortement la cote de l’artiste. «Die schwarze Lütschine mit Blick auf das Wetterhorn» atteignit le prix d’adjudication le plus élevé, à 1 250 000 francs. Cette œuvre est aujourd’hui l’une des pièces maîtresses de la collection Christoph Blocher. La vente «Alte Meister» fut elle aussi très bien dotée, avec l’adjudication à 200 000 francs d’une belle estampe de l’eau-forte de Rembrandt «Die Landschaft mit den drei Bäumen» (1643).
En 1994, cette même œuvre, ainsi que d’importantes œuvres de la collection Stoll, cette fois complétée par Anker, notamment la peinture essentielle «Der Schulspaziergang» de 1872, furent une nouvelle fois adjugées à Christoph Blocher pour 800 000 francs. Une nouvelle importante série de 8 peintures à l’huile d’Hodler, avec le paysage le plus cher «Genfersee und Montblanc-Kette vor Sonnenaufgangaube» (1918), œuvre de la maturité, fut adjugée à 1 060 000 francs. La cote élevée d’Hodler était ainsi définitivement établie.
En 1995, la dernière série de 3 peintures à l’huile d’Hodler fut intégrée à la vente, notamment l’œuvre majeure «Heilige Stunde» dans sa version de 1911 avec 4 personnages. Un grand intérêt international se manifesta, mais c’est Bruno Stefanini qui l’emporta, avec une adjudication
à 2 500 000 francs (estimation à 1 500 000 francs). La nouvelle tendance aux prix élevés se confirma pour des tableaux emblématiques d’Hodler, notamment 1 400 000 francs pour le paysage «Genfersee bei Chexbres » (1898 environ).
Les catalogues des années 1997, 1998, 1999, 2000 et 2001 se caractérisent eux aussi par la riche proposition d’œuvres de la «modernité classique» et de gravures de vieux maîtres. Concernant l’année 1998, soulignons les 3 100 000 francs adjugés pour le tableau d’Ernst Ludwig Kirchner «Zwei Akte am Strand von Staberhuk auf Fehmarn» (pour la première fois la barre des 3 millions était franchie); puis, en 1999, les 1 700 000 francs adjugés pour la peinture à l’huile d’Edvard Munch «Frauen am Strand» ou «Kleiderwäsche am Meer» (1920-1930), et les 3 100 000 francs adjugés pour la peinture à l’huile essentielle d’Emil Nolde «Die Sünderin» (1926).
Ces prix d’adjudication élevés ne doivent pas occulter que chaque vente offre une quantité de belles œuvres d’art pouvant être acquises à moindre coût.
Au cours des années précédentes, on avait enregistré une forte tendance à la hausse du prix des œuvres de Giovanni, mais aussi d’Augusto Giacometti. Cette tendance se manifesta en juin 2000 pour le tableau d’Augusto Giacometti «Stampa IV» de 1943 qui, partant d'une estimation de 300 000 francs, fut adjugé à 1 000 000 francs. Le vente de juin 2001 proposa un petit bijou: la peinture à l’huile cubiste mesurant seulement 33x19 cm de Pablo Picasso, réalisée à la fin de l’automne 1911 à Paris, et portant encore l’ancienne étiquette d’avant 1914 de la Galerie Kahnweiler, rue de Vignon à Paris, qui fut adjugée à 1 600 000 francs.
Les catalogues de 2002 et 2003 contiennent, outre des feuilles de vieux maîtres de bonne facture, une très riche proposition de gravures expressionnistes allemandes. Toutefois, un intérêt particulier fut suscité par la séduisante aquarelle de Klee «Die kleine J. reisefertig» de 1928, qui fut adjugée pour 1 150 000 francs à un collectionneur privé zurichois. Le grand tableau de Marc -Chagall «Le Village en fête» de 1978 dépassa lui aussi largement la barre du million, atteignant 1 650 000 francs (à partir d’une estimation de 600 000 francs). L’attention fut également grande pour Alberto Giacometti. L’un des moulages de 1959 de la «Tête de Diego sur socle», une sculpture que nous avions moulée en 8 exemplaires en 1959 (vendus 4 000 francs pièce en 1959) dans le cadre de notre exposition des œuvres d’Alberto Giacometti en tant qu’éditeur, atteignit 900 000 francs.
En juin 2003, Eberhard W. Kornfeld fêta son 50e anniversaire en tant que commissaire-priseur, avec un dîner dans un chapiteau installé dans le jardin de sa résidence «Rothaus» à Bolligen.
En 2003, une œuvre d’Ernst Ludwig Kirchner créa la surprise. Le grand dessin à la craie de couleur «Zwei Frauen im Variété in Dresden» (1907–1908), qui avait été estimé à 200 000 francs, fut âprement disputé; le calme ne revint que lorsqu’il fut adjugé à 880 000 francs. Paul Klee suscita une nouvelle fois un grand intérêt avec «Landschaft in Orange», une aquarelle de 1920 qui atteignit 780 000 francs, ainsi qu’Egon Schiele, dont l’aquarelle «Mädchen mit Schirm» de 1916 (estimation 500 000 francs) fut adjugée à 860 000 francs.
Pour son 80e anniversaire, Eberhard W. Kornfeld exauça l’un de ses anciens voeux. En septembre parut un catalogue d’exposition très riche, «Die Geschichte der Graphik von 1430 bis 1990 in ausgewählten Werken», une publication présentant en 175 lots emblématiques des chefs-d’œuvre de plus de cinq siècles. Les descriptions détaillées des pièces exposées fournirent un bel aperçu de l’évolution des gravures de 1430 jusqu’au présent.
En 2004 aussi, les pièces présentées, réparties en 4 catalogues, furent nombreuses et riches. Le catalogue «Graphik und Handzeichnungen alter Meister» se distingua par une très belle estampe de la gravure sur cuivre de Dürer «Adam und Eva» (1504). À partir d'une estimation de 200 000 francs et à l’issue d’une âpre bataille, le dernier enchérisseur l’emporta pour 490 000 francs. Le catalogue «Moderne Kunst» afficha 5 prix records: le grand tableau de Marc Chagall «Célébration en village» (1980 environ) fut adjugé à 720 000 francs (estimation 400 000 francs), le tableau d’Augusto Giacometti «Garten in Stampa» de 1912 à 1 120 000 francs (estimation 600 000 francs), la peinture à l’huile d’Emil Nolde «Priesterinnen» de 1912 à 2 100 000 francs (estimation 1 million de francs), et, s’agissant de la plus importante œuvre graphique sur cuivre de Picasso «Minotauromachie», l’une des 50 estampes numérotées fut adjugée à 1 250 000 francs (estimation 600 000 francs), déboursés par un collectionneur privé de New York.
2005 vit la parution de 3 catalogues. Outre les deux ouvrages «Kunst des 19. und 20. Jahrhunderts», une vente aux enchères spéciale fut réalisée pour la collection Lotar Neumann de Gingins, constituée avec engagement et savoir-faire pendant de longues années et comprenant des œuvres de Käthe Kollwitz, en tout 191 lots. Dans le domaine de l’art moderne, une série de 5 peintures à l’huile de Max Ernst se distingua particulièrement, notamment la «Windsbraut» de 1918, adjugée à 880 000 francs (estimation 700 000 francs), la peinture à l’huile d’Augusto Giacometti «Friede» de 1915, adjugée à 1 300 000 francs et achetée par un collectionneur privé du Liechtenstein. En 2002 notre offre comprenait l’un des moulages d’Alberto Giacometti «Tête de Diego sur socle». En 2005, un autre exemplaire, estimé à
750 000 francs, fut adjugé à 950 000 francs. Parmi les œuvres graphiques, la gravure sur bois polychrome d’Ernst Ludwig Kirchner «Portrait des Malers Karl Stirner» de 1919, une excellente estampe, fut adjugée pour 460 000 francs à une collection privée de New York. Mais le prix record fut atteint par la grande aquarelle de Paul Klee en parfait état «Die Wasserpyramiden» de 1924, à 1 450 000 francs.
Outre les deux catalogues intitulés «Kunst des 19. und 20. Jahrhunderts» Parties I et II, la vente de juin 2006 fut dominée par le catalogue spécial consacré aux œuvres de Marc Chagall issues de la succession de l’artiste, 53 peintures à l’huile, gouaches, dessins et livres illustrés. Un intérêt mondial se manifesta, associé à une forte envie d’acheter. Le prix le plus élevé fut atteint par le lot numéro 42, la peinture à l’huile «Le Songe» de 1984, qui fut adjugée à 2 450 000 francs.
La vente consacrée à l’art moderne fut marquée par l’intérêt manifesté par une collection privée de Bâle pour le tableau de Georges Braques «La terrasse» (1948–1949). L’estimation non imprimée s’établissait à 2 millions. Dès avant la vente, un grand intérêt se fit jour au niveau international. Cette enchère très disputée fut remportée par Richard Feigen de New York. L’adjudication à 6,1 millions est à ce jour la plus élevée dans l’histoire de nos ventes.
Quatre catalogues parurent pour les enchères de juin 2007, notamment un catalogue spécial consacré à des parties de la collection de l’ancien directeur du Kunstmuseum Bern, Max Huggler. Au cours de la vente de gravures de vieux maîtres, un grand intérêt fut suscité pour la magnifique estampe de «Sankt Hubertus» d’Albrecht Dürer (1501), issue de l’ancienne collection d’
Ambroise Firmin-Didot de Paris. Estimée à 150 000 francs, l’œuvre fut adjugée à 295 000 francs. Dans le domaine de l’art moderne, le prix surprenant de 2 100 000 francs fut atteint par le plâtre de la sculpture «Homme et femme» d’Alberto Giacometti (1927), une pièce d’exception de la phase cubiste de l’artiste. L’estimation avait été établie à 400 000 francs. La peinture à l’huile d’Emil Nolde «Blumengarten mit Figuren» (1908) arriva à la seconde place de cette vente, avec une adjudication à 1 100 000 francs. La peinture à l’huile essentielle de Pablo Picasso «Guitare et compotier» de 1924 ne trouva preneur qu’en post-vente, au prix de 4,4 millions.
La vente de juin 2008 fut également une bénédiction, avec une nouvelle fois deux catalogues spéciaux. La riche collection, comprenant exactement 100 œuvres d’Honoré Daumier, appartenait à Lotar Neumann de Gingins; le catalogue «Zeichnungen des 17. bis 19. Jahrhunderts», qui fut constitué à partir de deux collections privées, comprenait des feuilles notamment de Rembrandt, une série de 3 feuilles de
Giambattista Tiepolo, ainsi que des œuvres de Menzel, Monet, Hodler, Liebermann et Rodin.
Le 6 juin, un grand intérêt fut suscité notamment par une aquarelle de Vincent van Gogh «Näherin am Fenster» de 1881 (adjudication à 1 550 000 francs) et, dans le cadre d’une importante série d’œuvres de Paul Klee, par l’aquarelle «Exotische Flusslandschaft» de 1922, de la meilleure période Bauzeit, qui fut adjugée à 1 250 000 francs (estimation 700 000 francs). Le pastel «Waterloo Bridge» de Claude Monet (1881) fut également âprement disputé aux enchères.
Les ventes de 2009 donnèrent lieu aussi à la publication de 4 catalogues. À la proposition traditionnelle de gravures anciennes et d’art moderne s’ajouta une collection privée d’œuvres de Max Ernst comprenant une série de peintures à l’huile, d’aquarelles, de collages, de gravures et d’estampes. Les prix furent corrects, mais l’intérêt pour Max Ernst resta modéré. Le catalogue «Graphik und Handzeichnungen alter Meister» atteignit le prix le plus élevé avec «Der Omval» de Rembrandt (1645), qui fut adjugé à 460 000 francs (estimation 125 000 francs). Dans la partie I du catalogue consacré à l’art des XIXe et XXe siècles, des prix élevés furent atteints par la peinture à l’huile de Chagall «Célébration de la déposition de croix» de 1973 (adjudication à 560 000 francs), le monotype en couleurs de Degas «Femmes nues» de 1879 environ (adjudication à 280 000 francs), l’aquarelle de Klee «Oberbayrische Landschaft» de 1915 (adjudication à 600 000 francs) et la gouache et collage d’El Lissitzky «Proun 333 H» de 1923–1924 (adjudication à 540 000 francs).
En 2010 on publia encore 4 riches catalogues, notamment une collection privée bernoise comprenant des «Helvetica», des vues suisses et des images traditionnelles d’Aberli, Biedermann, Freudenberger, König, Lory Père et Fils, Rieter, Sprünglin, Weibel entre autres, ce qui contenta plus d’un cœur helvétique. Les Parties I et II de l’art moderne firent l’objet de la 250e vente aux enchères depuis 1934. Dès le début de la vente, les peintures à l’huile de Cuno Amiet provoquèrent deux coups de théâtre. Les deux tableaux hivernaux de 1908, d’abord le n°3, puis le n° 9 du catalogue, tous deux estimés à 550 000 francs, furent adjugés respectivement à 1 250 000 et 1 650 000 francs. Le n°6 «Penséegarten auf der Oschwand» fut adjugé à un marchand zurichois pour 660 000 francs.
Après le prix sensationnel de 2 700 000 francs atteint par la peinture à l’huile de Sam Francis «Deep blue and black» de 1955, la petite huile de Paul Gauguin «Scène tahitienne» de 1896 dépassa toutes les attentes. Les estimations de 2 millions furent rapidement atteintes, et le marteau
ne tomba qu’à 5 500 000 francs, soit 7 160 francs au centimètre carré. La peinture à l’huile d’Alberto Giacometti «Portrait de Patricia Matisse» de 1947 suscita également un grand intérêt: prix estimé à 1 500 000 francs, adjudication à 2 150 000 francs. Les deux peintures à l’huile de Claude Monet dépassèrent également la barre du million: la «Tempête sur les Côtes de Belle-Île» de 1886 fut adjugée à 1 700 000 francs, et «Chemin dans le brouillard» de 1879 à 1 200 000 francs.
L’année 2011 compta également 4 catalogues, dont celui de la collection Elesh d’Evanston/IL, USA, comprenant 38 autoportraits gravés de Max Beckmann, une rareté estimée entre 5 000 et 150 000 francs. Dans les deux catalogues consacrés à l’art moderne, il convient d’évoquer une belle série de dessins de Paul Gauguin provenant de l’ancienne collection de Paco Durrio à Paris. Le prix record de 4 millions de francs fut atteint par la peinture à l’huile de Ferdinand Hodler «Vue de Montana» (1915), un paysage fascinant. Une gravure sur bois colorée à deux faces d’Ernst Ludwig Kirchner fut aussi âprement disputée. Le marteau tomba à 900 000 franc, soit le triple de l’estimation.
La dernière grande exposition internationale, qui se tint de janvier à début mars 2013, présenta un aperçu de la création du grand architecte Mario Botta, avec un accent sur ses dessins. Après l’ouverture de l’exposition, un dessin de plus de 4 mètres de large fut créé sur place. Le public suivit ce processus créatif avec intérêt.
La 50e année d’activité d’Eberhard W. Kornfeld en tant que commissaire-priseur avait été célébrée en 2001, ses 60 ans le furent en juin 2011. Anniversaire rare, certainement digne du «Livre Guiness des records».