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Au début du XIIIe siècle, d'importantes sphères de puissance se formèrent dans la région située au nord du lac de Zurich. C'est ici, dans ce territoire où se touchaient plusieurs seigneuries, que les sires de Toggenbourg avaient en 1192 fondé la commanderie de Bubikon de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Un peu plus tard, les Rapperswil, en construisant le château et la bourgade de Neu-Rapperswil, déplacèrent le centre de leur zone d'influence de la rive gauche du lac à celle de droite. En 1209, les seigneurs de Regensberg instituèrent le couvent de Prémontrés de Rüti. Peu après, ils faisaient l'acquisition du château et de la bourgade de Grüningen, un fief de l'abbaye de Saint-Gall. Ce faisant, ils voulurent sans doute donner un centre fixe aux propriétés dont ils disposaient dans l'Oberland zurichois. Le promontoire sur lequel se dresse Grüningen s'incline au nord vers un vallon, tandis qu'au sud, il se rétrécit et forme un sommet de brèche. Ce plateau avancé, d'une soixantaine de mètres de longueur, fut séparé du reste de la colline par un fossé artificiel; on en discerne encore quelques traces du côté sud. Le reste fut aplani vers la fin du XVIIIe siècle.
Seuls sont restés des constructions primitives quelques vestiges du corps de logis et du donjon, des pans du mur d'enceinte et le puits d'une profondeur de 18 mètres. En 1782/83, date à laquelle fut construite l'église néo-classique, l'ouvrage subit de profondes transformations. C'est au cours de ces travaux que fut abattue toute la partie de l'enceinte proche du nouveau sanctuaire. Comme on ne voulut pas que le donjon, haut d'une vingtaine de mètres, surpasse le clocher de l'église, on le démolit tout simplement jusqu'à la hauteur du corps de logis. La tour perdit de plus bien de son caractère du fait que les moellons en bossage de son appareil furent modifiés et aplatis. La maçonnerie primitive ne fut conservée que du côté de la cour. C'est dans ce mur qu'avait été percée la porte haute, à laquelle on accédait par une galerie venant du corps de logis. Dans sa partie inférieure, la tour carrée, de douze mètres de côté et pourvue de murs de quatre mètres d'épaisseur, ne possédait pas le moindre jour. Vu la structure de ses murs, on peut admettre qu'elle a été construite vers 1200. Un bâtiment d'habitation de plan presque carré fut érigé juste à côté du donjon. Il date lui aussi des débuts du château; à l'origine, il ne comprenait que deux étages. Des portes en plein cintre donnaient accès à la cave et à l'étage supérieur; l'entrée au château se trouvait, elle, entre la tour et le corps de logis. Les parois intérieures du premier étage - il abrite aujourd'hui un musée - sont faites de moellons de grès soigneusement équarris. Dans cette salle, quelques marches d'escalier mènent à une niche-repos donnant sur la cour. Les autres fenêtres étaient autrefois aussi étroites que la fenêtre murée qu'on voit dans la paroi occidentale; elles ont été élargies ultérieurement. Lorsqu'on surhaussa le corps de logis de deux étages, on prolongea sa superstructure jusqu'au donjon, ce qui permit de couvrir la porte cochère. Côté ville, on distingue encore nettement les différents genres de maçonnerie.
Une forte activité de construction se déploya au XIVe siècle, surtout dans le secteur de la cour intérieure. Tirant profit des places encore libres le long du mur d'enceinte, les Landenberg firent bâtir plusieurs annexes de trois étages, telles qu'écuries, arsenal, géôles et caves. A l'angle ouest, ils érigèrent la maison dite maintenant «Landenberg». Sur ordre du duc autrichien, Henri Gessler fit en outre construire vers la fin du XIVe siècle un chemin de ronde en saillie tout le long de la partie occidentale de l'ouvrage. En 1396, la chapelle située à l'angle nord-est du mur d'enceinte fut remplacée par un nouveau sanctuaire. Venant de la ville, on pénétrait dans le domaine du château par un pont franchissant le fossé et dont les pentes étaient consolidées par des murs crénelés. Le chemin menait directement au donjon, précédé d'une maisonnette d'entrée. On atteignait la porte intérieure après avoir passé par une étroite lice.
A l'est, la bourgade était protégée elle aussi par une enceinte, en partie conservée, et par un fossé. L'auberge «Hirschen» formait l'angle nord-est des remparts, endroit où se dressait également une tour-porte. Jusqu'au remblayage de l'Aabach, effectué en 1844, seule cette tour donnait accès à la bourgade. On ignore quel fut le tracé des remparts dans le secteur sud.
Si aucun document écrit ne nous renseigne sur la date de fondation de la bourgade de Grüningen, nous savons en revanche qu'un intendant des Regensberg avait son siège au château en 1229. Nous avons déjà fait allusion à la décadence générale de la lignée des Regensberg dans le chapitre consacré à Alt-Regensberg. Les premières propriétés à être aliénées furent celles qui étaient le plus éloignées. La vente du château et de la seigneurie de Grüningen, en 1269, représenta une diminution sensible des biens situés dans l'Oberland zurichois. L'abbé du couvent de Saint-Gall aurait bien voulu racheter le bailliage et les droits en découlant, mais comme ses caisses étaient vides elles aussi, il se vit contraint de céder la seigneurie de Grüningen en nantissement à l'un de ses ministériaux, en l'occurrence à Walther d'Elgg. Puis il trouva un acheteur solvable en la personne du roi Rodolphe de Habsbourg. L'achat ne fut toutefois conclu qu'après de laborieux pourparlers. En 1331, les ducs d'Autriche donnèrent le château et la bourgade en gage aux sires de Landenberg-Greifensee, qui se montrèrent fort entreprenants en matière de construction. Le gage passa en 1374 aux mains des Gessler, une famille de chevaliers originaire du Freiamt argovien qui avait su gagner les bonnes grâces des Habsbourg. En 1408, Zurich profita de l'occasion qui s'offrait à elle d'acheter le gage sur Grüningen et par là d'étendre son influence au-delà de Greifensee. La seigneurie de Grüningen comprenait notamment les cours de Dürnten, Stäfa, Hombrechtikon, Mönchaltorf et Egg. Comme le gage ne fut jamais retiré, Grüningen demeura entre les mains de Zurich. Jamais cependant les gens du district de Grüningen n'entretinrent des relations particulièrement cordiales avec les baillis résidant au château. Ce qui se manifesta surtout pendant l'Ancienne Guerre de Zurich lorsque, par deux fois, la garnison du château et de la bourgade abandonna la place aux Confédérés presque sans coup férir.
Après 1798, le château fut donné à bail. Mais comme le canton ne disposait pas de moyens suffisants pour assurer l'entretien coûteux de cet édifice, il vendit en 1835 la majeure partie des constructions des Landenberg à charge de les démolir. En 1970, un incendie détruisit l'église et certaines parties du donjon et du château. Lors de leur reconstruction, les responsables adaptèrent l'intérieur de ces constructions aux exigences modernes, mais mirent tout en oeuvre pour conserver le plus possible à l'ouvrage son aspect extérieur. Le château de Grüningen est accessible au public.
Bibliographie