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||Pourquoi "Rudra"

La première école de danse créée par Maurice Béjart à Bruxelles en 1971 s'appelait Mudra. Mudra signifie "geste" en sanscrit. L'ouverture dynamique qui suit la révolution de la fin des années 60 lui offre une jeunesse portée vers la recherche dans tous les domaines artistiques.
Toujours inspiré par les arts et disciplines ancestrales de l'Inde, en 1992 il associe le nom de Rudra à sa nouvelle école.
Rudra est aussi un mode de vie intellectuel et moral. A une époque de relâchement et de permissivité il est important d'avoir des êtres humains qui, sans être agressifs, ont une réelle volonté d'affronter le combat de la vie. Il choisit une divinité à la fois destructrice et protectrice; un symbole de force et de spiritualité pour des jeunes danseurs qui doivent prendre une place sociale dans l'univers.
Rudra, le dieu Shiva
SIVA le "bienveillant" à qui on a peut-être décerné cette épithète comme antiphrase pour se le rendre propice, se confond avec RUDRA, figure mineure de l'époque précédente qui, comme VISNU, appartenait à la catégorie des onze RUDRA ...
RUDRA-SIVA a recueilli les traits ascètes, peut-être déjà révéré sur les bords de l'Indus à Mohenjo Daro, et d'autres, vraisemblablement hérités de diverses divinités locales. Ses origines non-védiques s'affirment dans certaines légendes... Dans le Mahabharata, il présente le double aspect qu'il développera par la suite: terrible, il se plaît dans les lieux de crémation; propice, il vient en aide aux autres Dieux, buvant à leur place le poison issu du barattage de l'océan de lait et il protège hommes et troupeaux.
A l'origine, on le connaît comme RUDRA, chef de file de onze divinités atmosphériques mineures, les RUDRAS. Il se confond très tôt avec un Dieu ascète, hérité probablement des antiques civilisations de l'Indus, et en relation étroite avec les milieux Yogiques. On l'assimile également au temps, destructeur personnifié par MAHAKALA. S'il est de ce fait un Dieu redoutable, Bhairava, "le terrible", il est aussi SIVA, "Le bienveillant", épithète qu'on lui décerne peut-être dans une intention propitiatoire...
Aux environs de l'ère chrétienne, on le vénère enfin comme PASUPATI, le maître des troupeaux. Vers la même époque encore, le nom de Siva devient un nom usuel, qu'une UPANISAD tardive, la SVETASVATARA employait encore comme épithète de RUDRA. A propos de ce Dieu à la fois créateur et destructeur par l'action de sa danse cosmique, on voit à travers les siècles s'affirmer une tendance commune à toute l'Inde, amis de la nature essentiellement SHIVAITE, le SHAKTISME. Il s'agit de groupes qui révèrent le pouvoir créateur de Dieu sous l'aspect féminin qui lui est coexistant, sa SAKTI, personnification de son énergie potentielle.
Le mot SIVA n'est pas employé comme nom propre dans les textes indiens les plus anciens, qui sont les collections d'hymnes védiques, il est un adjectif signifiant "propice". C'est seulement avec les derniers textes de la littérature Védique que SIVA apparaît comme figure divine, comme autre nom du grand Dieu Védique RUDRA, figure terrible avec par ambivalence, un rôle secoureur, de guérisseur magique, de "médecin des médecins". Il y a donc une indéniable continuité RUDRA-SIVA.
Extraits des écrits d'Alain Danielou -> email