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La collection byzantine du Musée d’art et d’histoire est l’une des plus remarquables d’Europe occidentale. Après une présentation générale des salles, coup de projecteur sur les miroirs.
[…] je consacre mon miroir à la déesse de Paphos; car me voir telle que je suis, je ne le veux pas, et telle que j’étais jadis, je ne le peux pas. (Anthologie Palatine, VI, 1)
Objet emblématique de la féminité, le miroir constituait dans l’Antiquité un élément essentiel du mundus muliebris (ou univers féminin). De nombreux exemplaires ont été découverts dans des contextes variés: domestique, cultuel ou funéraire, souvent accompagnés d’autres accessoires de toilette, tels que des boîtes à bijoux et des épingles à cheveux. Plusieurs pièces ont en outre été retrouvées lors de la découverte de dépôts de vaisselle précieuse.
Vieux comme l’âge du bronze…
Le miroir fait son apparition à l’âge du bronze: au IIe millénaire avant notre ère, on le trouve déjà en Égypte comme dans les régions de la mer Égée, ou encore en Chine. Chez les Grecs, son usage est attesté dès le VIIIe siècle avant J.-C., tandis qu’en Étrurie, on ne commence à l’employer que deux siècles plus tard. Si le bronze était le matériau le plus fréquemment utilisé pour sa réalisation, dès le VIe siècle avant J.-C., on commence également à produire des pièces en métaux précieux.
Le miroir antique se présentait généralement sous la forme d’un disque en métal, assez mince, avec une face rendue réfléchissante par un polissage adéquat. Il pouvait être soit soutenu par un pied, soit accroché à un support, soit encore monté sur un manche. Si l’on tient compte des découvertes archéologiques, on constate que ce dernier type était le plus répandu chez les Grecs, les Étrusques et, initialement du moins, chez les Romains. Au cours des IIe et IIIe siècles après J.-C., le modèle avec manche sera en effet supplanté par celui à disque circulaire avec une face réfléchissante légèrement convexe et une poignée fixée au revers. Les six exemplaires en argent exposés dans la salle Janet Zakos du MAH (salle 11, au rez-de-chaussée) appartiennent à cette catégorie d’objets.
La majorité des trouvailles, ainsi que de nombreuses sources iconographiques – reliefs sculptés, mosaïques, peintures et argenterie –, attestent que le modèle avec poignée fixée au revers connut une diffusion élargie dans l’Empire romain à partir de la fin du IIe siècle après J.-C., puis fut particulièrement à la mode durant l’Antiquité tardive et la première période byzantine. Son répertoire ornemental est peu varié.
Le décor, lorsqu’il existe, se trouve toujours sur la face concave: le long du bord et/ou sur la poignée. Les exemplaires les plus simples sont gravés de lignes parallèles, en chevrons ou en croisillons. Sur les plus élaborés, on rencontre tantôt des écailles simples ou des plumes imbriquées, tantôt des guillochis ou des feuilles d’acanthe. La poignée se présente sous deux formes distinctes: elle est composée soit de deux tiges entrelacées, soit d’une lame légèrement bombée dans sa partie médiane, reliée au disque par deux éléments verticaux plus ou moins ondulées. Ceux-ci se terminent par des attaches d’aspects divers: souvent cordiformes, en palmettes ou en pointe.
Tout au long de la période de production, tant le mode de fabrication que le format et le décor des miroirs avec poignée fixée au revers n’ont pas subi de grandes transformations. Ainsi, il s’avère difficile de dater les pièces dépourvues de tout contexte archéologique. Quant aux lieux de production, bien qu’il n’ait pas encore été possible de les identifier, la répartition géographique et chronologique des trouvailles a permis de suggérer l’existence d’ateliers dans la Gaule du Nord-Est ou dans la vallée du Rhin actifs aux IIIe-IVe siècles. En effet, la plupart des exemplaires conservés en Occident datent de cette époque et proviennent de ces régions. Seul un petit nombre aurait été mis au jour dans la partie orientale de l’Empire romain et serait plus tardif (IVe-VIe siècles).