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par Rolf Kamm
Les preuves manuscrites de l’époque à laquelle les châteaux du canton de Glaris étaient encore habités font souvent défaut, sauf pour ce qui est de Näfels et Windegg. Concernant les châteaux de Windegg, on ne sait par contre fréquemment pas précisément de quelle ruine il s’agit. Aegidius Tschudi (1501–1572) a donné un visage historique aux ruines entre Schwanden et Niederurnen. Dans son ajout imaginaire au « Urbar de Säckingen » (liste rédigée vers 1350), le célèbre chroniqueur a en effet attribué à chaque château glaronnais une famille issue de la noblesse de robe de Säckingen.
Les châteaux occupent cependant un rôle secondaire dans l’historiographie glaronnaise : contrairement à la bataille de Näfels en 1388, au mur de barrage ou à l‘«entrée dans le Pacte fédéral» en 1352, ils n’appartiennent pas aux symboles de la lutte traditionnelle pour la libération, mais bien plus au « sombre » régime féodal. Dans l’histoire glaronnaise, la liberté originelle a fait place à l’oppression des Habsbourg, laquelle a été suivie d’une nouvelle libération et enfin de la formation d’un Etat républicain. Il n’y avait par conséquent pas de place pour les chevaliers et les châteaux – ceci mis à part ce qui concerne les magistrats et les sièges administratifs appartenant aux familles influentes des Habsbourg et de Säckingen. Il est intéressant de constater qu’au au 20e siècle, on ne remettait pas même en question cette variante historique proclamée par Aegidius Tschudi, bien que l’on ait eu conscience au 19e siècle déjà, du caractère douteux de ces documents.
Suite au fait que des parties essentielles des documents de Tschudi aient été reconnues mensongères, les châteaux glaronnais ont soudain perdu leur histoire. Les ruines ne faisaient naître que de nouvelles énigmes et on espérait obtenir des réponses de l’archéologie. Pourtant, les fouilles entreprises à Sola (1927–29) sont restées jusqu‘en 2005 (sondages à Benzigen) les seules fouilles effectuées sur le site d’un château glaronnais.
A la fin du Moyen-âge, Glaris était un Etat peu féodalisé, ce qui ne l’empêchait pourtant pas de posséder une noblesse. La noblesse locale a été avant et autour de 1300 fortement oppressée par les Seigneurs de Habsbourg alors en pleine expansion. Ceci explique la disparition de certains châteaux glaronnais et le fait que des gens portant un nom d’origine glaronnaise soient arrivés à Zurich à cette époque. Le déclin de la noblesse locale était dû à l’expansion des Habsbourg et non à la destruction des châteaux par des paysans. Seuls les nobles et les châteaux locaux qui servaient les Habsbourg ont pu survivre au 14e siècle.
Des connaissances plus approfondies des châteaux glaronnais pourraient aider à mieux comprendre l’époque qui a précédé l’établissement de la domination des Habsbourg. Les années entre 1200 et 1330 sont intéressantes également pour l’évolution ultérieure : il est fort probable que l’héritage des Lenzburg, des Kyburg et des Rapperswil dans le Pays de Glaris n’ait passé qu’en partie aux mains des Habsbourg. De nombreux droits ont été accordés à des paysans désireux de grimper les échelons de la vie sociale, des paroisses ou différentes associations de personnes, ce qui a soumis les dominateurs à une nouvelle concurrence. C’est ainsi que les châteaux glaronnais sont revenus à l’esprit de différents groupes d’intérêts et du public. Dans ce contexte, le désir d’en apprendre davantage sur les châteaux grâce à des fouilles archéologiques reste un point central.
Sandrine Wasem (Thun)
, Rolf : Glarner Burgen
Mittelalter – Moyen Age – Medioevo – Temp medieval, Zeitschrift des Schweizerischen Burgenvereins, 15. Jahrgang 2010, Heft 2, 49 - 61.