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19/12/2011
Contes du bois de Vincennes
Fontenay-sous-Bois, près de Paris, fut, comme son nom l'indique, bâti autour d'une fontaine sainte, qui rajeunissait les hommes, les guérissait de leurs maux. En vérité, les fées s'y baignaient: Diane y venait. Une clarté étrange s'y tenait, et on ne l'approchait qu'avec un saint respect. Une essence magique s'y mouvait, à la façon d'une nymphe, qui avait aussi la forme d'un poisson aux écailles d'argent.
Les poètes romantiques, vivant dans une époque déjà bien matérialiste, n'auraient vu, à vrai dire, que la lune s'y refléter. Un poète antique, de son œil perçant, y eût distingué Diane même! Dans son éclat argenté, il voyait le visage de nobles Immortels, et quand de l'or s'y mêlait, c'est que la couronne de leur Dame, la fabuleuse Diane, lui montrait sa lumière, laquelle se dessinait pour lui en chemin.
Les chrétiens y virent bientôt la Sainte Vierge, Marie, entourée de ses anges, ceux qui la servent, et qui ont l'allure de chevaliers éclatants, brillants jusque dans la nuit, aux cheveux et aux yeux semés d'astres, aux mains, aux membres traversés d'éclairs fins! Ils sont si difficiles à décrire! Mais ils étaient les chevaliers servants de la Dame du Ciel: ils le demeuraient.
Plus tard, Honoré d'Urfé voulut appeler cette divine vierge Galatée, retournant aux idées antiques. Mais ce n'est pas dans le nom qu'est la chose: il faut saisir de quoi il s'agit en prenant cette chose de l'intérieur, par le biais de ce qu'on pourra nommer l'amour.
Désormais, quoi qu'il en soit, à la place du guerrier argenté qui gardait le royaume de l'immortelle Diane (j'ai déjà parlé de cette sorte de mage), l'ombre luisante d'un Saint du Christianisme, celui qu'on appelle Germain l'Auxerrois (encore aujourd'hui patron de la paroisse de Fontenay), veillait, avec sa crosse de feu et sa mitre de lumière, et l'auréole d'or sur sa tête, et la gloire qui rayonnait de son front! Il portait à vrai dire un manteau pourpre qui luisait, et dont les pans volaient, formant comme des ailes, et les feux de son front se mêlaient à ce tissu divin, comme s'il avait été rabattu sur ses sourcils, à la façon d'un capuchon. Il avait été, au fond, changé en ange, à sa mort: il avait reçu un corps immortel, une chair de gloire. Et ainsi, muni d'une nature nouvelle, transfiguré, il se vit confier cette mission: garder l'immortel domaine de la forêt dite de Vincennes - son sanctuaire caché et secret, et qui était, dans le même temps, une porte de la Cité des cieux, des anges. Là où avait été la fontaine magique, on construisit une église, dédiée, naturellement, à ce saint Germain d'Auxerre. La vision qu'on eut du Saint fut reproduite à travers une belle statue, comme on en avait l'habitude alors.
La voix de cet être sublime, il faut le savoir, était amplifiée par un cor, qui était d'argent, et qu'il portait à sa ceinture. Lorsque, le portant à sa bouche, il le faisait résonner, le simple mortel croyait entendre le tonnerre; et des éclairs surgissaient, reflets de l'argent pur de ce cor divin, et les branches des arbres étaient agitées comme par un souffle puissant, qui faisait plier les troncs. Il appelait, naturellement, à l'aide les anges, s'adressant à leur prince - notamment, quand des hommes au cœur pur l'en priaient, quand les fidèles qui croyaient en lui le lui demandaient en pleurant. Car il était assez près pour les entendre: il ne se cachait que derrière un voile de lumière; il vivait dans le secret de l'éther. Or, lorsque sa colère, face aux maux dont souffraient les hommes par l'action du Malin, éclatait, on voyait la foudre surgir de son œil. Mais en général, on ne voyait que la foudre traverser l'air, sans savoir ni comprendre d'où elle venait.
Cependant, il y eut des hommes qui, dans la forêt de Vincennes, reçurent la vision de choses qui s'étaient passées. Des éclats en demeuraient, entre les branches des arbres; des reflets du temps passé se figeaient dans l'air et se faisaient voir de quelques-uns.
Le roi saint Louis en entendit parler. Il se rendit à cette fontaine enchantée de la forêt de Vincennes dont on a fait le nom de Fontenay et, à force de prières, finit par rencontrer un de ces êtres qu'on nomme parfois hommes-fées. Il était, justement comme une lumière vivante entre les arbres: il allait tel une étoile vive; mais il avait aussi une forme humaine. Des traits, tracés dans la lumière par des éclairs bleus et jaunes, se montraient, dans la clarté qui l'entourait: le bleu pour les membres, le jaune pour le reste du corps, et un point rouge était à son front, luisant comme un astre: il s'agissait d'un joyau pur, suspendu à une chaîne d'or qui lui entourait la tête. Or, lorsqu'il vit cet être étrange, saint Louis lui demanda qui il était; et l'autre sembla ne pas vouloir répondre: il le regardait en souriant. Alors Louis lui demanda pour quelle raison il était venu et se trouvait devant lui, et s'il était un ange. A ce moment, l'être étrange, sans paraître ouvrir la bouche, parla, et il sembla à Louis que la voix venait de son propre sein, qu'elle résonnait dans son cœur, davantage que dans son oreille; et l'œil de l'être auguste scintilla de plus belle. Mais je dirai un autre jour à quoi ressemblait cette voix merveilleuse qui semblait surgir du sein même de celui qui l'écoutait, et le sens des paroles prononcées en ce jour béni de sa venue sur Terre.