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Nous sommes plus près d'une guerre nucléaire que nous ne l'avons jamais été pendant la Guerre froide, mais la plupart des gens sont aveugles à ce danger. Ils ont appris que les armes nucléaires ne servent qu'à une chose : empêcher que les autres les emploient. C'est ce qu'on appelle la dissuasion. Ils pensent aussi que ces armes sont trop destructrices pour qu'on soit tenté de les utiliser. Telles sont les illusions qui leur permettent de dormir tranquilles.Entre l'été 2017 et janvier 2018, nous avons plusieurs fois frôlé une guerre nucléaire que ses protagonistes, Donald Trump et Kim Jong Un, ne voulaient nullement, pas plus que ne la voulurent Kennedy et Khrouchtchev pendant la crise de Cuba. Les intentions des acteurs comptent en effet très peu. Des « machines apocalyptiques » décident aujourd'hui pour nous, des systèmes de déclenchement semi-automatique où le faux calcul, la mauvaise interprétation ou l'accident jouent un rôle déterminant.On repose donc ici à nouveaux frais la question de l'efficacité et de la moralité de l'arme nucléaire.
Jean-Pierre Dupuy est professeur à l'Université Stanford. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages, parmi lesquels : L'Enfer des choses. René Girard et la logique de l'économie (avec Paul Dumouchel, 1979) ; La Panique (1991) ; Le Sacrifice et l'envie (1994) ; Pour un catastrophisme éclairé (2002) ; Petite métaphysique des tsunamis (2005) ; La Marque du sacré (2010) ; L'Avenir de l'économie (2012) ou La Jalousie. Une géométrie du désir (2016).
Individualisme libéral et justice sociale : c'est ce couple difficilement conciliable, véritable croix des sociétés démocratiques, qu'accompagne Jean-Pierre Dupuy au cours d'une exploration de la philosophie libérale d'inspiration économique, d'Adam Smith à John Rawls.A l'heure où la voie « socialiste » vers la justice semble fortement hypothéquée, l'incapacité bien française à penser le marché dans ses dimensions morale et politique devient franchement préoccupante. Ce livre constitue une introduction critique à la tradition philosophique anglo-saxonne qui pense la société de marché comme ordre « spontané » ou « auto-organisé ». C'est sur cet arrière-plan qu'elle pose le problème de la société juste et bonne, et cela de multiples façons.L'étude systématique à laquelle se livre Jean-Pierre Dupuy le conduit en particulier à proposer une interprétation originale de l'émancipation de l'économie par rapport à la morale dans l'oeuvre d'Adam Smith, et à articuler sa lecture des théories libérales de la justice (économie normative, John Rawls, utilitarisme, libertarisme, Friedrich Hayek, Robert Nozick, etc.) autour des catégories maîtresses du sacrifice et de l'envie. Partout où c'est possible, les liens avec la tradition philosophique française sont mis en lumière.Progressivement se dégage la thèse de Jean-Pierre Dupuy : tout se passe comme si la tradition libérale considérée pensait la société marchande au plus près de sa décomposition toujours possible en foule panique. La société juste et bonne est celle qui contient (aux deux sens du mot) cette menace.
Tous les discours des personnalités économiques ou politiques qui s'expriment dans les médias ont un point commun : la reprise est en vue, la croissance va revenir, on va s'en tirer. Certes, il y aura des sacrifices à faire, des réformes à effectuer, mais, grosso modo, le cours ordinaire des choses reprendra à terme. C'est là l'illusion qui expose au danger.
Pourtant, nul n'arrive à se projeter dans le grand bouleversement de demain et à anticiper les mutations. Si rien ne change, nous savons - même si beaucoup refoulent cette perspective - que nous allons à la catastrophe.
Pour Yves Cochet, il faut se préparer au choc et le penser comme tel. Pour Jean-Pierre Dupuy, on doit changer de mode de pensée (« faire comme si le pire était inévitable ») ; pour Susan George, il est urgent de subordonner tout à fait l'économique au politique, au social et à l'écologique. Quant à Serge Latouche, il nous invite à penser le déclin inéluctable de l'ordre néolibéral occidental et espère qu'il sera remplacé par une société d'abondance frugale.Yves Cochet, député écologiste de Paris, ancien ministre de l'Environnement, est l'auteur de Pétrole apocalypse (Fayard).
Jean-Pierre Dupuy, philosophe, est l'auteur de Pour un catastrophisme éclairé (Le Seuil).
Susan George, présidente d'honneur d'Attac, est l'auteur de Leurs crises, nos solutions (Albin Michel). Serge Latouche, professeur émérite d'économie, objecteur de croissance, est l'auteur notamment du Pari de la décroissance (Fayard).