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20/11/2014
L'écologie politique est, on le sait, un mouvement visant à améliorer la protection et la préservation de l'environnement. Mais ses adeptes sont loin de s'accorder sur les moyens permettant d'atteindre ce but: les écologistes que l'on retrouve le plus couramment préfèrent agir sur les technologies, afin de favoriser les moins polluantes. C'est le cas des militants antinucléaires, dont la cause fonda l'écologie politique. Un autre facteur sur lequel les écologistes ont souvent tendance à agir est l'économie. Par des mesures d'incitation, on peut en effet faciliter le développement des énergies renouvelables.
Si le projet-phare de l'écologie politique, qui consiste à abandonner la voie de l'énergie nucléaire, notoirement dangereuse pour notre planète, a réussi à convaincre dans des pays comme la Suisse, l'Italie, l'Autriche, la Suède, l'Allemagne, le Japon et l'Espagne, l'environnement continue à souffrir des activités humaines. En effet, la sortie du nucléaire reste avant tout une mesure préventive, la cause principale des dangers environnementaux résidant essentiellement dans l'excès des émissions de dioxyde de carbone produites par notre consommation d'énergies fossiles. Et à ce niveau-là, peu d'Etats sont prêts à défier l'industrie du pétrole par exemple.
Il existe également un courant - minoritaire - de l'écologie politique, qui s'inquiète des effets de la surpopulation sur notre planète, et souhaite donc agir sur le facteur démographique. La tâche de ces personnes est délicate, car elle ne met pas simplement en balance l'activité humaine et la santé de l'environnement, mais la survie de la planète et le nombre de membres de la population humaine. Il ne s'agit plus d'adapter simplement son mode de vie, mais, par le biais de politiques de natalité, réduire le nombre de hominum sapientum présents sur terre. Cette tâche est délicate, car vouloir modifier les habitudes reproductrices de ses semblables et, à long terme, la taille de la population mondiale, peut très facilement violer une quantité importante de principes fondamentaux consacrés dans la plupart des sociétés démocratiques.
A première vue, l'association "écologie et population" (ecopop), à l'origine de l'initiative "halte à la surpopulation - oui à la préservation durable des ressources naturelles" soumise au vote du peuple suisse et des cantons le 30 novembre prochain, ferait partie de ce dernier courant de l'écologie politique. Mais si on se penche sur le texte même de l'initiative, au-delà de son simple titre (qui, on ne le répète jamais assez, n'a aucune valeur juridique), il y a des éléments qui permettent de croire que ce projet est profondément mal fondé.
Le texte de l'initiative vise à instaurer un nouvel art. 73a (population) dans la Constitution fédérale, comprenant 4 alinéas et assorti de deux dispositions transitoires (qui servent à organiser la mise en oeuvre de la nouvelle disposition).
Le premier problème qui ressort de cette initiative est l'inadéquation flagrante entre le moyen proposé et le résultat recherché. En effet, l'association ecopop part du principe que si on fige par simple proclamation dans la Constitution les mouvements migratoires, la population suisse restera à "un niveau qui soit compatible avec la préservation des ressources naturelles". D'une part, je doute qu'une initiative disposant que "la pluie est interdite sur tout le territoire suisse" serait d'une quelconque utilité: on ne change pas une chose (le phénomène migratoire) qui existe quoi que l'on fasse, par simple effet déclaratoire. D'autre part, la surpopulation est un problème mondial; si, par impossible, on arrivait effectivement à bloquer nos frontières, l'environnement en Suisse ne s'en porterait pas mieux. C'est l'écosystème planétaire qui souffre des activités humaines: il ne connaît pas de frontières. Ainsi, agir sur celles-ci pour protéger nos montagnes, notre Alpe de neige comme disait Emile Jacques-Dalcroze, est illusoire et absurde.
Ecopop se trompe donc dans l'adéquation de son initiative avec le problème qu'elle cherche à résoudre. Son initiative part d'un esprit écologique, mais dans les mesures qu'elle propose, elle n'est absolument pas écologique. Pire, elle est même porteuse d'un message de nature plutôt colonialiste: "sur l'ensemble des moyens que la Confédération consacre à la coopération internationale au développement, elle en affecte 10% au moins au financement de mesures visant à encourager la planification familiale volontaire". Cette formulation paternaliste rejette la faute de la surpopulation sur le monde entier... sauf la Suisse. En somme, s'il y a une personne qui doit arrêter de faire des enfants, c'est vous, pas moi. Pourquoi la Suisse devrait-elle financer la planification familiale ailleurs et pas ici?
En résumé, l'initiative ecopop n'est pas écologique, mais elle est paternaliste. Elle ne protège pas l'environnement, en revanche elle s'attaque à l'immigration. Cette initiative exempt la Suisse de toute responsabilité dans la surpopulation (c'est bien connu, les Suisses ne font pas d'enfants), et suppose à tort que le phénomène migratoire peut être contrôlé; à tel point qu'elle imite l'UDC sur ce point en demandant, si l'initiative devait être acceptée, une rupture avec tous les traités internationaux faisant obstacle au texte. Mais comme dit précédemment, le phénomène migratoire existera toujours, quoi qu'on fasse, indépendamment des lois, des traités, des frontières, voire des murs quand ils existent (entre les USA et le Mexique par exemple).
Pour conclure, un dernier point mérite d'être soulevé. Je pense que n'importe qui peut légitimement s'inquiéter de la surpopulation mondiale. Nous n'avons qu'une seule planète, et celle-ci n'arrive que difficilement à supporter notre présence, gourmande en ressources naturelles. Mais la faute humaine dans la mise en danger de l'environnement appelle une réponse globale, un pays comme la Suisse ne suffira jamais à sauver la nature tout seul. Le 30 novembre, l'initiative ecopop sera acceptée ou rejetée. Au-delà de ses nombreux défauts, mentionnés plus haut, elle postule que l'immigration est une cause de pollution. Je crois qu'à ce stade, je peux sans hésitation voir dans cette initiative, qui assimile des êtres humains à de la pollution, une forme de racisme écoeurante, qui suffit à dire que cette initiative n'est pas écologique, car l'écologie a une vocation universaliste, elle n'est pas exclusive.
Pour toutes ces raisons, au nom de l'écologie, au nom de l'anticolonialisme, au nom de l'antiracisme, au nom, enfin, de la raison, je vous invite à voter NON à l'initiative ecopop.
14/11/2014
Constitution genevoise:
Art. 2 Exercice de la souveraineté
1 La souveraineté réside dans le peuple, qui l’exerce directement ou par voie d’élection. Tous les pouvoirs politiques et toutes les fonctions publiques ne sont qu’une délégation de sa suprême autorité.
2 Les structures et l’autorité de l’Etat sont fondées sur le principe de la séparation des pouvoirs.
On ne mentionnera jamais assez le fait que Genève est une démocratie. Une démocratie qui s'organise en fonction de plusieurs principes fondamentaux, dont la séparation des pouvoirs fait éminemment partie. Celle-ci n'est pourtant jamais totalement stricte, pour des raisons pratiques parfaitement compréhensibles: les budgets par exemple sont certes des actes administratifs (l'administration faisant partie du pouvoir exécutif), mais ce sont pourtant les parlements (pouvoir législatif) qui les votent.
La raison est légitime: le budget est non seulement l'acte politique qui dirige toute l'action de l'Etat, en raison de l'ampleur des fonds alloués à chaque politique publique, mais aussi l'acte financier qui décide ce que l'Etat pourra ou ne pourra pas faire de l'argent des contribuables, pendant un an. Le fait que le parlement (que ce soit au niveau cantonal ou communal) ait son mot à dire sur le budget donne à celui-ci une visibilité unique parmi les actes administratifs. Et c'est voulu: l'importance du budget dans l'organisation de l'Etat rend nécessaire le contrôle de son élaboration par l'ensemble des contribuables. En ce qui me concerne, je paye des impôts tant à la commune de Thônex qu'au canton de Genève, je m'estime donc légitimé à savoir ce qui est fait de cet argent.
Les enjeux d'un budget
Généralement, je n'ai pas à me plaindre de l'utilisation qui est faite de l'argent des impôts dans ma commune et mon canton, même si les budgets présentés ces dernières années ne sont pas soustraits à la critique (je pense notamment aux dépenses somptuaires et inutiles réalisées par l'exécutif thônésien en matière d'équipement des pompiers de la commune). Mais le peuple a voulu entre autres un système éducatif basé sur l'école publique obligatoire et gratuite, il a voulu des transports publics développés et à coûts réduits, il a voulu que les personnes handicapées puissent accéder à des bâtiments aujourd'hui difficiles d'accès pour elles, etc. Ces nombreux projets voulus par le Souverain ont un coût minimum non-négociable, qui justifie son financement par l'imposition. Le problème ne réside donc pas dans le simple fait de passer à la caisse.
Ensuite, quand un parlement vote un budget, il établit des priorités: il favorise tantôt la mobilité, tantôt la sécurité, tantôt la culture. Les communes genevoises ayant peu de pouvoirs, l'établissement du budget est généralement la prérogative n°1 de la majorité des Conseils Municipaux. Un sujet aussi grave commande donc un minimum de lucidité et de sagesse de la part des parlements. Mais ces qualités indispensables ont parfois tendance à disparaître lorsque nos élu-e-s sentent approcher les échéances électorales. La pollution du débat budgétaire par la malsaine adrénaline électoraliste est le véritable problème ici. Car sans lucidité dans les choix, ceux-ci sont mauvais.
Traditionnelles prises d'otage
Un budget préparé par la majorité politique n'est jamais censé plaire à la minorité. Cette dernière a donc parfaitement le droit de contester un budget et d'y apporter des propositions de modifications. Cela fait partie du débat démocratique: parce que toutes et tous ont été élu-e-s par le peuple, les membres des parlements ne peuvent voter un budget qu'après une discussion libre où chacun-e aura pu intervenir publiquement. Mais il ne faut jamais perdre de vue le fait qu'en acceptant de siéger dans un tel parlement, chaque élu-e accepte les règles du jeu, et est tenu-e de les respecter.
Le Conseil Municipal de la Ville de Genève a de nouveau fait parler de lui à ce sujet: sa commission des finances avait déjà suscité la colère d'une partie de la population l'an dernier lorsque les partis de droite avaient soutenu un certain nombre de coupes budgétaires (davantage motivées par des objectifs partisans que pour des perspectives purement budgétaires), qui ont finalement été refusées de justesse au vote final. Cette fois-ci, le budget 2015 concentrera à nouveau toute la tension politique de ce parlement réputé explosif (voir la vidéo) en une seule session, en témoigne le préavis négatif de la même commission à ce sujet mercredi dernier (lire l'article).
Jouer le jeu en démocratie
Les partis de droite (à l'exception du PDC, qui n'a pas pris position pour l'instant) s'opposent au budget 2015 tel que présenté par le Conseil Administratif de la Ville de Genève au Conseil Municipal. C'est leur droit le plus fondamental. Mais (car il y a toujours un mais) dans ce cas, il leur faut proposer une alternative, c'est la moindre des choses: en effet, quoi qu'il advienne, un budget devra être voté, donc se contenter de rejeter laconiquement toute proposition sans en avancer de nouvelles relève du chantage et de l'obstruction pure et dure. Le Grand Conseil avait dû consacrer trois sessions entières à l'élaboration du budget 2013, qui aurait dû être voté en décembre 2012, mais son adoption eut lieu avec cinq mois de retard. Faut-il s'attendre à une telle prise d'otage du financement des prestations destinées à la population?
Le PLR Adrien Genecand et le MCG Daniel Sormanni laissent présager un nouveau fiasco démocratique relativement au budget 2015 de la commune. Le premier affirmant que "les amendements en commission ne comptent pas vraiment", le second qu'ils vont "tenter de diminuer la voilure en plénière." Ont-ils oublié que la mission d'une commission (les deux élus précités sont membres de la commission des finances, qui prépare le budget) est de travailler sur les projets qui leur sont soumis? A l'évidence ils en sont bien conscients: ce qui les intéresse, ce n'est pas de jouer le jeu de la démocratie, mais de réserver les coups de gueule, les quolibets et les coups de force à la séance plénière, lorsqu'ils pourront se livrer à des joutes oratoires face aux caméras. On en est là: l'irrespect de la démocratie est poussé à l'extrême, quand on observe que des élu-e-s préfèrent draguer des caméras de télévision que d'agir pour l'intérêt de la population.
Un serment, ça se respecte!
C'est pourquoi j'en appelle à MM. Genecand et Sormanni, ainsi qu'à chacun-e de leurs collègues qui placent leur réélection en priorité devant leurs devoirs d'élu-e-s du peuple, de revenir à la raison. Le conflit ne doit pas être un objectif constant, car la politique n'est pas un jeu. En guise de conclusion, je vous invite, MM. Genecand et Sormanni, à relire le libellé des valeurs que vous avez juré (ou promis) de garder à l'esprit tout au long de votre mandat, lorsque vous avez prêté serment en 2011:
Règlement du Conseil Municipal de la Ville de Genève: art. 9 Serment
1 Les membres du Conseil municipal prêtent le serment suivant:
«Je jure ou je promets solennellement d’être fidèle à la République et canton de Genève; d’obéir à la Constitution et aux lois et de remplir consciencieusement les devoirs de ma charge; de garder le secret de fonction sur toutes les informations que la loi ne me permet pas de divulguer.»