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Les experts (ne peuvent pas se tromper, puisque ce sont des experts) de l'Inspection fédérale suisse de la sécurité nucléaire ont donné un avis favorable à la construction de trois centrales nucléaires, pour remplacer, sur les mêmes sites, les actuelles centrales en bout de course de Mühleberg, Gösgen et Beznau -qui continueront d'être exploitées pendant un certain temps, parallèlement aux nouvelles centrales, qui n'entreront pas en service avant 2027. Cet avis favorable (sous l'angle de la sécurité et de la gestion des déchets) a été donné avec une certaine précipitation, mais pour le lobby nucléaire, qui a réussi à installer l'une des siennes (l'actuelle présidente de la Confédération) à la tête du ministère de tutelle, il faut faire vite. Prendre de vitesse les défenseurs d'une politique énergétique alternative, et pousser le plus fort possible à la consommation d'électricité, pour pouvoir ensuite agiter le spectre de la pénurie et en faire un argument en faveur de nouvelles centrales nucléaires.
Nucléocratie
Choisir la filière nucléaire de production d'énergie n'est pas un choix technique, mais un choix politique, au plus haut sens du mot « politique ». C'est le choix d'installations lourdes et centralisées contre une production décentralisée à partir d'installations plus légères; le choix de l'exploitation d'une énergie non renouvelable contre celle d'énergies renouvelables; le choix d'une consommation accrue contre la réduction du gaspillage. Ce choix se fait alors qu'on n'a trouvé aucune solution au problème des déchets radioactifs et que personne n'est en mesure de garantir une absolue sécurité des installations -une telle garantie étant illusoire. Les nouvelles centrales nucléaires dont on s'apprête à valider les projets, ne sont pas prévues pour fonctionner avant 2027. Dans les dix-sept ans (au moins) qui nous séparent de leur mise en service, de combien d'installations de production d'énergie à partir de sources renouvelables (le soleil, l'eau, la biomasse, le vent, la géothermie -bref, les cinq éléments) pourrait-on se doter, à moindre coût ? quelles mesures concrètes de réduction de la consommation (et du gaspillage) d'énergie pourrait-on prendre ? Tout se passe comme si ces questions ne devaient pas être posées et surtout comme si aucune réponse ne devait leur être données qui puisse remettre en cause la fuite en avant dans le nucléaire, alors qu'il est parfaitement possible d'organiser la production énergétique en Suisse de telle manière qu'on puisse se passer totalement du nucléaire en 2030, c'est-à-dire, grosso modo, au moment de la mise en service des nouvelles centrales de Mühleberg, Gösgen et Beznau. Il faut donc, pour faire passer les projets de nouvelles centrales, faire passer un choix arbitraire (celui du nucléaire) pour une échéance inéluctable, réduire le débat à une alternative entre les centrales nucléaires et la pénurie, comme si rien ne s'était passé depuis quarante ans, qu'aucune recherche n'avait été faite dans le domaine des énergies renouvelables, aucune solution trouvée, aucune économie de consommation concevable. La gauche, qui fut pourtant, dans les années cinquante et soixante, partisane fervente (par scientisme et par productivisme) de l'énergie nucléaire, refuse désormais de la considérer comme un « horizon indépassable ». et le Conseil municipal de la Ville de Genève a, il y a deux semaines, accordé une subvention aux opposants à la prolongation de l'autorisation de fonctionnement de la centrale nucléaire de Mühleberg : la droite municipale a poussé les hauts cris face à cet engagement de la Ville (qui avait déjà accepté en 2003 l'initiative pour un moratoire antinucléaire) dans un combat antinucléaire que la constitution genevoise, pourtant, prescrit au canton, mais que la majorité de droite de la Constituante propose de réduire à un vague engagement rhétorique, sans exigence ni portée. Là encore, le débat est politique. Politique devra donc être la résistance, « par tous les moyens, même légaux », aux projets des nucléocrates et de leurs commis gouvernementaux et parlementaires.