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C'est au bord de la vieille route qui, passant par la Lenzerheide, menait de Coire aux cols du Julier et du Septimer que fut érigé le château de Strassberg, en amont du village de Malix. Les rapports de cet ouvrage avec la route des cols se manifestent non seulement dans son nom (Strasse = route), mais encore dans certains détails de sa construction. Ainsi, ses murs les plus anciens étaient percés de meurtrières tournées vers la route, permettant aussi bien le tir que l'observation.
La vaste aire du château s'étend sur une éminence rocheuse, où elle occupe deux terrasses. Un avant-château spacieux avait été érigé sur celle du bas; il n'en reste toutefois que quelques pans de mur. Le complexe de bâtiments modernes que l'on voit aujourd'hui à cet endroit repose en partie sur les fondations des construclions moyen-âgeuses. Les vestiges pittoresques du château retranché se dressent quant à eux au sommet de la colline. Ils comprennent les restes d'un mur d'enceinte de plan irrégulier et ceux d'un donjon quadrangulaire. Les traces encore perceptibles d'autres bâtiments sont si minimes qu'il est difficile de dire de quelles constructions il a pu s'agir. Pour ce qui est du tronçon d'enceinte encore debout, des fenêtres dotées de niches repos et les restes de latrines en encorbellement permettent de supposer qu'une aile d'habitation avait été greffée sur la face intérieure de l'enceinte; elle a dû être surhaussée d'un étage, mais on ne sait quand.
Le donjon a été érigé tardivement et sa partie occidentale posée directement sur le mur d'enceinte déjà existant. Ce qui explique son plan quelque peu irrégulier. Il ne fait pas de doute qu'il se soit agi d'une tour d'habitation, car elle est munie de latrines saillantes et d'une cheminée à usages multiples encastrée dans les murs. Le donjon était surmonté d'une plateforme crénelée et d'un toit en bâtière.
Les débuts du château fort de Strassberg demeurent obscurs. Ses éléments conservés les plus anciens datent probablement des environs de l'an 1200, ce qui n'exclut pas la possibilité d'une construction plus vieille encore. Une famille du nom de Strassberg apparaît pour la première fois en 1253 dans les documents. Peut-être fut-elle tout d'abord indépendante; son château aurait alors pu marquer le cour d'une petite seigneurie d'essartage. Mais il est aussi possible que les sires de Strassberg aient été inféodés aux barons de Vaz, qui leur auraient concédé le château en fief. Ce qui est certain, c'est qu'en 1275, Strassberg se trouvait entre les mains des Vaz et que quelques années plus tard, les sires de Strassberg comptaient parmi leurs vassaux. Pour les barons de Vaz, Strassberg jouait un rôle important non seulement parce qu'il se trouvait à proximité de la route des cols, mais encore parce qu'il n'était pas très éloigné du couvent de Churwalden, où se trouvait leur tombeau familial. Le château luimême servait aussi bien de demeure et de centre seigneurial que de poste fortifié d'où s'effectuait le contrôle du trafic.
Après l'extinction des seigneurs de Vaz, vers 1339, Strassberg échut par voie de succession aux comtes de Toggenbourg, auxquels il appartint jusqu'à la mort du dernier représentant de cette famille, soit jusqu'en 1436. A plus d'une reprise, les comtes cherchèrent à installer un poste de péage près du château, mais à chaque fois, l'évêque fit échouer leurs plans. Lors du partage des biens patrimoniaux des Toggenbourg, Strassberg fut attribué aux Montfort; puis il passa aux Matsch, qui l'aliénèrent à l'Autriche en 1466.
Les barons de Strassberg semblent avoir résidé au château jusqu'à la mort de leur dernier représentant, survenue aux environs de 1360. Les Toggenbourg reprirent alors le fief affranchi et le transformèrent en bailliage. Les documents parlent de la présence de baillis à Strassberg à partir du début du XVe siècle. Comme ces fonctionnaires furent pour la plupart choisis parmi la petite noblesse ou la haute classe paysanne de la région, ils vécurent généralement en bonne intelligence avec la population du pays. Au cours du XVe siècle, la commune s'assura d'importants droits sur le château. En vertu d'une charte de liberté établie par les Montfort pour le tribunal de Churwalden, la forteresse devait demeurer ouverte à la commune et ne pouvait être occupée que selon sa volonté et ses ordres.
Pour empêcher que Strassberg ne serve de base militaire à l'Autriche pendant la guerre de Souabe, les Ligueurs mirent le feu au château en 1499; depuis cette date, il est demeuré en ruine.
Bibliographie