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Par Nathalie Kemadjou*
Les conséquences pérennes de la crise financière ont transformé sur certains aspects la perception et la donne économique des dirigeants chinois. Cette crise financière globale partie des Etats-Unis, est le résultat d’une vulnérabilité structurelle de l’architecture financière post Seconde Guerre mondiale sur laquelle fut édifié le Dollar et consolidé l’économie américaine. Après plusieurs vagues de libéralisation, de dérégulation et de désintermédiation, tournant ainsi le dos aux piliers institutionnels qui préservaient les crises des années 30, la vulnérabilité a resurgi et a entaché le système économique mondial.
Dans un premier temps, la crise financière s’est abattue sur les pays développés, engendrant une récession économique et par conséquent une baisse drastique de la demande de biens des pays tels que la Chine, qui constitue le plus grand marché dans la transformation industrielle. Les mouvements oscillatoires observés au cours de la réforme boursière de 2015 en Chine et le taux de change ont jeté un doute sur la nécessité d’accroître la dérégulation financière à une période de forte influence de l’économie chinoise.
Dans un deuxième temps, les dix précédentes années ont vu croître les tensions entre la Chine et les Etats-Unis, des tensions qui s’expliquent par le succès économique de la Chine, ce qui pose un réel défi à l’hégémonie américaine. La Chine dans ses relations avec les Etats-Unis n’a jamais voulu jouer un rôle de suppléance à l’instar du Japon, mais s’est toujours efforcée à avoir position indépendante dans tous les aspects de sa politique étrangère, ceci vis-à-vis des Etats-Unis. Ces tensions ont attisé la méfiance des dirigeants chinois vis-à-vis des Etats-Unis, renforçant ainsi leurs doutes à l’égard de la libéralisation et des stratégies de développement importées des Etats-Unis. Dans le même temps, ces tensions ont conduit au retour à un développement indépendant de la politique militaire chinoise, en lien avec les politiques scientifique et technologique.
Dans un troisième temps, une stratégie de développement de libéralisation qui comprend également une composante de l’investissement extérieur, un investissement direct à l’étranger par des multinationales en Chine et autres pays producteurs à bas coût de production. La Chine affiche cette tendance concernant les investissements étrangers dans le domaine des ressources énergétiques.
L’initiative ‘Belt and Road’et la stratégie chinoise
Lancée en 2013 personnellement par le Président chinois M. Xi Jinping au cours de sa visite au Kazakhstan et en Indonésie, l’initiative s’est inspirée de l’esprit de la Route de la Soie, période qui fut marquée par la paix, une volonté accrue de coopération, d’ouverture et d’échange mutuel. L’initiative a pour but de raviver cet esprit en rétablissant la connectivité le long des voies commerciales, conférant ainsi un aspect stratégique d’envergure, aussi bien pour la Chine, mais également pour l’Europe, l’Afrique et le reste du globe. En quelques années, l’initiative a induit un changement d’orientation des investissements étrangers chinois lucratifs vers une promotion du développement économique local des pays d’accueil qui s’inscrivaient dans une coopération de long-terme et d’intérêts commerciaux. Dans la tradition de la Route de la Soie, la Chine a toujours investi et coopéré avec des investisseurs locaux et étrangers dans un but de rétablir et d’améliorer les installations par la construction des routes, des chemins de fer, des ports et aéroports, des centrales électriques, des réseaux de d’information et de communication.
L’initiative a pour ambition une refonte de l’environnement économique global, de la carte politique, où la Chine partage la prospérité économique avec ses partenaires à travers le monde. Pour la Chine, cette initiative n’est pas analogue à une version du Plan Marshall mis en œuvre par les Etats-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un but de reconstruire les pays d’Europe occidentale et d’assurer la promotion de la stabilité. Il ne s’agit non plus d’un mercantilisme chinois. L’initiative s’inscrit dans une vision à forte ambition, tout en s’évertuant à restaurer un monde multipolaire, une globalisation économique et une diversité culturelle. Il s’agit d’un effort vertueux entrepris en vue de chercher et de trouver de nouveaux modèles de coopération internationale et de gouvernance globale. Elle fait ressortir la tolérance au sein des différentes civilisations, tout en respectant les modes de développement choisis par les différents pays. Le but ultime est une alliance des civilisations, et s’inscrit en antithèse du choc des civilisations énoncé par le professeur américain de science politique Samuel Huntington1.
Quelques chiffres, réalisations2
Au travers des institutions financières à l’instar d’AIIB (Asia Infrastructure Bank), Silk Road Fund, Eximbank of China et China Development Bank, la Chine a injecté approximativement 1 milliard de dollar.
1,2China’s Belt and Road Initiative – Thoman Chan, International Institute of Macau
3Jens Bastian, China’s footprint in Southeast Europe. Constructing the “Balkan Silk Road”, AGORA, 27 September 2017, http://www.macropolis.gr/?/=portal.en.the-agora.6034.
L’initiative ‘Belt and Road’ se donne pour ambition d’être inclusive pour l’ensemble des pays et tous les secteurs. C’est une stratégie d’envergure, similaire à l’ancienne Route de la Soie. C’est le résultat d’interactions entre les gouvernements et les marchés, dotés de plusieurs macros et micro facteurs, qui incluent également les facteurs climatiques ayant un impact sur l’initiative. Toutefois, la Chine au travers de son engagement, et constituant un plus large système économique mondial, avec une majeure partie de la production manufacturière et réalisant des exportations à travers le monde, jouera un rôle crucial comme celui observé jadis. La Chine offre des produits manufacturés qui sont destinés à l’exportation, connaît une croissance des marchés pour les produits de base, et une expertise en ingénierie pour l’édification des infrastructures. L’aspect important et crucial est que la Chine dispose des moyens financiers et elle manifeste une volonté pour la mise en place de connectivité dans tous les autres pays.
*Membre Maritime Silk Road Association