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Ce texte fait suite à celui appelé La Triste Pensée de Taclamïn, dans lequel je parle, sous l'identité d'un double démonique, d'un seigneur-démon orgueilleux qui voulait devenir le seul dieu de la Terre, et qui avait, à l'entrée d'une vallée, créé une magnifique tour au collier de rubis, qui faisait croire, tant son éclat était grand, à la bonté de son cœur.
Or, arrivé en ces lieux à la fin d'une douce journée, je ne fus pas loin de croire que les rubis de la tour étaient ceux du collier de Vesper – qu'on dit l'étoile de Vénus, celle que comme un diadème elle porte au front. Car ils soutenaient la lumière rayonnante du soleil même, alors que derrière moi il déclinait sur l'horizon. Et soudain parut, à côté de lui, effectivement, comme une première étoile, la douce Vesper aux rayons chatoyants. Et il devait bien y avoir un lien avec les rubis de la tour rangés en collier autour de son sommet, car dès qu'elle parut, ces rubis s'allumèrent, comme éveillés à une vie nouvelle, comme répondant à un appel. Ils devinrent de véritables lampadaires, mais des lampadaires vivants, et qui faisaient comme signe à l'étoile qu'ils aimaient. D'elle étaient-ils venus? Est-ce sa lumière, que Taclamïn était parvenu à capter?
Je doutais toujours moins que le bâtisseur et propriétaire de cette tour ne fût un grand homme, et je me promettais de le féliciter et de le louer, de l'aimer et de le congratuler, dès que j'aurais l'heureuse occasion de le rencontrer.
C'est alors que, au bas de la tour, une porte s'ouvrit, coulissant dans la paroi, laissant vide une ouverture sombre. Dans un bruit de tonnerre, deux chevaliers sortirent. Leurs armures étaient brillantes, et du feu jaillissait des sabots de leurs chevaux tandis qu'ils se précipitaient vers moi.
Au lieu de venir paisiblement et amicalement, ils s'élançaient l'épée nue au poing, et voici! j'étais très étonné de leur attitude, et me demandais ce que j'avais bien pu faire à leur maître ou à eux-mêmes. Je ne pus faire que je ne sortisse à mon tour mon épée brillante et ne plaçasse à mon bras gauche mon bouclier ovale, puis ne baissasse la visière de mon heaume et ne me tinsse prêt à répondre à leur assaut.
Mais de loin je les hélai, tâchant de comprendre ce qui les poussait à agir ainsi. Ils ne me répondirent pas et, sombres et fiers, continuèrent à galoper vers moi.
Ne voulant point me battre et préférant croire en une méprise, j'ordonnai à mon cheval chéri le brave Isniecsil de déployer ses ailes de feu et de m'emmener dans les airs, hors de portée des deux chevaliers agressifs. Ainsi fit-il, et les chevaliers eurent beau frapper l'air de leurs cris et tracer des moulinets de leurs épées, je me tenais tranquillement dans les hauteurs, me dirigeant vers la claire lumière des rubis servant de collier à la tour phallique, heureux de pouvoir sentir l'air du soir glisser sur moi à travers mon haubert.
(À suivre.)