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Hélène ANTIPOFF (1892-1974)
Psychologue russe, elle suit à Paris les cours de Pierre Janet et d'Henri Bergson au Collège de France. En 1912, elle vient se former à l'Institut Jean-Jacques Rousseau où elle obtient un certificat avant de repartir en Espagne (1915-1917), puis à Petrograd (1918-1924), où elle poursuit ses recherches de psychologie sur le niveau intellectuel des enfants de 3 à 8 ans soumis à la famine.
De retour à l'IJJR en 1926, elle y obtient son diplôme puis travaille au laboratoire de psychologie comme assistante-collaboratrice de Claparède jusqu'en 1929.
Elle donne des cours de psychologie expérimentale et effectue des recherches sur les tests et leur validité.
En 1929, elle est appelée à Belo Horizonte au Brésil pour y diriger l'école normale, où elle poursuit durant des décennies ses recherches inspirées du modèle genevois et une correspondance soutenue avec ses collègues genevois.
Mina AUDEMARS (1883-1971)
Mina Audemars étudie à l’Ecole supérieure de jeunes filles, section pédagogique, avant de poursuivre une formation en s’initiant aux méthodes froebeliennes et à la méthode Montessori, à Londres et à Genève. En 1908, elle devient institutrice à l’école publique de Malagnou.
Dès 1912, elle collabore avec Edouard Claparède qui fait appel à elle pour fonder et diriger la Maison des Petits de l’Institut Jean-Jacques Rousseau, école expérimentale mondialement connue qui ouvre ses portes en 1913. Elle dirige cette institution aux côtés de Louise Lafendel jusqu’en 1945.
Parallèlement à cette activité, Mina Audemars est chargée de cours à l’Institut des sciences de l’éducation jusqu’en 1947, principalement dans le domaine de l’éducation des petits. Elle est connue pour son approche pédagogique novatrice ainsi que pour les jeux éducatifs qu’elle met au point afin de stimuler les facultés de l’enfant par la découverte. Sur le plan éditorial, elle collabore aux revues l’Intermédiaire des Educateurs et L’Educateur, dans lesquelles elle écrit régulièrement des articles.
Pierre BOVET (1878-1965)
Né dans une illustre famille neuchâteloise, Pierre Bovet parachève ses études à l’Ecole des hautes études à Paris et soutient son doctorat en philosophie en 1902 à Genève. Il est nommé professeur ordinaire de philosophie et pédagogie à l’Académie de Neuchâtel, avant d’être appelé à la direction de l’Institut Jean-Jacques Rousseau, en 1912.
Devenu professeur ordinaire de sciences de l’éducation et de pédagogie expérimentale à la Faculté des lettres de l’Université de Genève en 1920, cet esprit irénique et ouvert est une figure importante dans le mouvement international de la Ligue pour l’éducation nouvelle.
Cofondateur avec Adolphe Ferrière et Edouard Claparède du Bureau international d’éducation qui œuvre pour la défense de la paix. Lors d’un voyage en Inde, il rencontre le chantre de la non-violence active, le Mahatma Gandhi.
Editeur infatigable, il est tour à tour fondateur et directeur de la Collection d’actualités pédagogiques dès 1909, collaborateur des Archives de psychologie, rédacteur de L’Intermédiaire des éducateurs, puis de L’Educateur, et fondateur et responsable des Cahiers de psychologie appliquée et de pédagogie expérimentale. Outre de très nombreux articles, il a notamment publié L’instinct combatif (1917), Le Sentiment religieux et la psychologie de l’enfant (1925) et Les examens de recrues dans l’armée suisse, 1854-1913.
Éduouard CLAPARÈDE (1873-1940)
Médecin et psychologue genevois issu d'une famille patricienne.
De 1901 à 1904, il est collaborateur au Laboratoire de psychologie expérimentale Genève sous la direction de Flournoy, puis devient directeur du Laboratoire en 1904, jusqu'en 1940. De 1908 à 1915, il est professeur extraordinaire de psychologie expérimentale, puis professeur ordinaire de psychologie expérimentale jusqu'en 1940.
En 1912, il fonde l'Institut Jean-Jacques Rousseau, puis dès 1926, devient le secrétaire permanent du comité international des congrès de psychologie.
Promoteur de l'expérimentation en psychologie, de l'éducation fonctionnelle et de l'application de la psychologie à la pédagogie, il est mondialement connu pour ses ouvrages, dont Psychologie de l'enfant et pédagogie expérimentale (1905), L'école sur mesure (1920), L'éducation fonctionnelle (1931), traduits et réédités plusieurs fois dans diverses langues.
Alice DESCOEUDRES (1877-1963)
Alice Descoeudres entreprend des études de pédagogie à l’Ecole secondaire de jeunes filles à Genève et embrasse la carrière d’institutrice dans des écoles privées genevoises. En autodidacte, elle assiste aux cours des psychologues Théodore Flournoy et Edouard Claparède.
En 1908, elle est engagée pour diriger la classe spéciale d’élèves avec un retard scolaire dans l’école publique genevoise. Elle collabore avec Claparède à la revue Archives de psychologie, sur les tests d’intelligence notamment, et rencontre le pédagogue belge Ovide Decroly avec qui elle se lie d’amitié. Sa classe devient une classe d’application des méthodes «nouvelles»: adaptation de l’école à l’enfant, psychologie expérimentale, éducation morale, self-government et jeux éducatifs y sont pratiqués.
Dès l’ouverture de l’Institut Jean-Jacques Rousseau en 1912 (futur Institut des sciences de l’éducation), Alice Descoeudres est chargée du cours d’éducation spéciale; elle y enseigne jusqu’en 1947.
En 1916, paraît L’éducation des enfants anormaux, traduit en sept langues et réédité quatre fois, et en 1921, Le développement de l’enfant de 2 à 7 ans. Alice Descoeudres est aussi une militante pacifiste, antialcoolique et socialiste. Elle reçoit le titre de docteur honoris causa de l’Université de Neuchâtel en 1948.
Robert DOTTRENS (1893-1984)
Robert Dottrens est le premier instituteur genevois à obtenir le diplôme de l’Institut Jean-Jacques Rousseau. Il soutient en 1931 une thèse de sociologie sur Le problème de l'inspection et l'Education nouvelle. Il y dessine une image de l'inspecteur plus proche de celle d'un conseiller que d'un contrôleur. Dottrens mène en parallèle une carrière universitaire et une carrière dans l'administration scolaire de l'Etat de Genève.
Il enseigne à l'Institut J.-J. Rousseau (1924-1944), oeuvre pour le rattachement de ce dernier à la Faculté des Lettres de l'Université où il prend la succession de Pierre Bovet dans la chaire de pédagogie, comme chargé de cours puis comme professeur (1944/1963). Il fonde et dirige le Laboratoire de pédagogie expérimentale de l’Université de Genève.
De 1928 à 1952, il dirige la fameuse Ecole expérimentale du Mail et entreprend, non sans déboires, une vaste réforme de l'enseignement primaire genevois. Co-fondateur, avec Jean Piaget, du Bureau international d'éducation en 1929, il est également expert auprès de l'Unesco après la Seconde Guerre mondiale.
Parmi ses ouvrages les plus connus, citons L’éducation nouvelle en Autriche (1927), Le problème de l'inspection et l'éducation nouvelle. Essai sur le contrôle pédagogique et social (1931), L’Enseignement individualisé (1936) et Education et démocratie (1946).
Germaine DUPARC (1916-2008)
Germaine Duparc grandit dans une famille acquise aux tendances modernes de l’éducation. Sa mère est maîtresse d’école enfantine. Son père est préoccupé par les affaires du monde, suit les conférences de Claparède et veut faire découvrir à sa fille la nécessité de se battre pour la paix, l’ouverture à l’autre et une société plus humaine.
Elle est scolarisée à la Maison des petits en 1922, lieu où se dévoile son intérêt pour les sciences. Plus tard, elle entreprend des études de biologie et se destine à poursuivre une carrière universitaire, lorsqu’en 1943 les directrices de la Maison des petits lui demandent de leur succéder à la tête de l’école. A 26 ans, elle recommence des études pour obtenir son brevet de maîtresse enfantine. Après une année d’enseignement, elle devient directrice de la Maison des petits (1945-1973).
Tout en enseignant, elle confère à l’école une notoriété internationale en Europe mais également en Inde, aux Etats-Unis, au Japon. La formation n’est pas absente de ses priorités. L’école décerne un Diplôme d’éducation de la Petite enfance et Germaine Duparc participe à la création de l’école de jardinières d’enfants de Genève.
Trop peu connus, ses travaux concernent plusieurs domaines : l’anthropologie et la biologie (de 1939 à 1945), puis la petite enfance (1951-1976) : le jeu et la musique chez l’enfant, la petite enfance et le monde moderne, l’enfant à l’âge des « pourquoi ».
Germaine Duparc suit les étapes du passage de l’Institut Rousseau à la FPSE où elle est nommée professeure ordinaire en 1974. Elle devient professeure honoraire en 1980 et continue de correspondre avec de très nombreuses éducatrices ayant ouvert dans leur propre pays des écoles dont la philosophie est proche de celle de la Maison des petits.
|Paul DUPROIX (1851-1912)|
Gradué de la Faculté des Lettres de l'Université de Genève, Paul Duproix y ouvre un cours libre de pédagogie qui connaît un succès suffisant pour qu'un poste de professeur extraordinaire (1890), puis ordinaire (1896) soit créé. Son enseignement connaît un rayonnement grandissant si l'on en juge par la fréquentation de son cours. Il exerce le mandat de doyen de la Faculté. Il publie en 1897 Kant et Fichte et le problème de l'éducation.
Au cours des pourparlers préparatoires à l'ouverture de l'Institut des sciences de l'éducation dont Edouard Claparède avait le projet, Duproix insiste pour la sauvegarde d'un enseignement philosophique de la pédagogie en Faculté de Lettres. Sa mort brutale, l'année même de l'ouverture de l'Institu Rousseau, ne permit pas qu'une collaboration s'établisse ni qu'une opposition se dessine.
Emmanuel DUVILLARD (1887-1936)
Né à Lyon, Emmanuel Duvillard entre à l’âge de 20 ans comme stagiaire dans l’enseignement primaire genevois. Il s’intéresse d’emblée à la psychologie de l’enfant et suit les cours de Claparède. Ce compagnon de la première heure devient chargé d’enseignement à l’Institut Rousseau dès son ouverture, pour un cours avec exercices pratiques de Pédagogie et didactique expérimentale donné jusqu’en 1925.
Entretemps, Malche, auquel n’a pas échappé son talent et sa capacité de travail, lui a confié en 1918 le Bureau des archives et recherches pédagogiques, où Duvillard mène des recherches portant principalement sur le rendement de l’école. La même année, il est élu président de l’Union des instituteurs primaires genevois (UIPG), puis, de 1920 à 1924, il préside le Bureau de la Société pédagogique romande (SPR).
Dès 1927, le mandat du Bureau se fait de plus en plus administratif. Duvillard est au four et au moulin : il devient directeur des classes spéciales et du service de cinématographe et projections scolaires en 1932, puis inspecteur des écoles en plein air et responsable des classes de préapprentissage, de la Section d’orientation professionnelle, de l’Office de l’enfance, de la Maison des Charmilles pour enfants difficiles, tout en étant par ailleurs aussi conseiller municipal socialiste ! Foudroyé par une congestion, il meurt le 10 octobre 1936 devant l’Ecole en plein air de Varembé.
Emmanuel Duvillard a d’abord été un infatigable passeur d’idées entre l’Institut Rousseau et le terrain pédagogique. A partir de 1927, accaparé par ses charges sur d’autres scènes, il s’éloigne de l’Institut puis se retrouve isolé. Pourtant, sans cet infatigable militant de la cause des populations défavorisées, l’Institut n’aurait sans doute pas déployé toute son influence sur le corps des enseignants genevois et romands. #data
Adolphe FERRIÈRE (1879-1960)
Adolphe Ferrière s’engage très tôt dans la diffusion de l'Education nouvelle en fondant, à 20 ans, le Bureau International des écoles nouvelles. Tout en participant à des expériences pédagogiques, il rédige une thèse de sociologie. Atteint d'une surdité précoce, Adolphe Ferrière est contraint de renoncer à une carrière d'éducateur et se consacre à l’étude et à la propagande en faveur de l’Education nouvelle, parcourant le monde et publiant un nombre considérable d’articles et de livres qui comptent parmi les plus cités dans son domaine, dont L’école active, traduit dans une dizaine de langues et plusieurs fois réédité.
En 1912, il participe à la fondation de l’Institut Jean-Jacques Rousseau, où il donne des cours de pédagogie.
En 1921, il est cofondateur de la Ligue internationale pour l’Education nouvelle, dont il est élu vice-président; il devient le rédacteur en chef de sa revue Pour l’Ere Nouvelle. Il est également un des fondateurs du Bureau international de l’éducation (1925) et son directeur adjoint jusqu’en 1929. Après la Seconde Guerre mondiale, il se consacre à l’enfance malheureuse en créant des lieux d'accueil tels que le «Home chez nous» près de Lausanne.
Théodore FLOURNOY (1854-1920)
Né dans une famille patricienne, Théodore Flournoy cumule trois baccalauréats entre 1872 et 1875: lettres, mathématiques, sciences physiques et naturelles avant d’entreprendre des études de médecine à Fribourg-en-Brisgau. Après un passage par Paris et Leipzig, chez Wilhem Wundt, il retourne à Genève, où il enseigne la psychologie à l’Université dès les années 1880.
En 1891, il crée à la Faculté des sciences, une chaire de «psychologie physiologique», permettant pour la première fois de détacher la psychologie de la philosophie. Ses recherches portent sur les perceptions et sur les phénomènes médiumniques en vogue à l’époque. L’année d’après, il fonde le laboratoire de psychologie expérimentale, puis en 1901 la revue Archives de psychologie, avec son cousin Edouard Claparède.
Il publie en 1900 un ouvrage sur la médium Hélène Smith, Des Indes à la planète Mars, qui devient un best-seller, et le fait connaître outre-Atlantique.
En 1908, il est nommé professeur ordinaire à la Faculté des sciences, mais il laisse le poste à Edouard Claparède pour enseigner l’histoire des idées scientifiques. Il est le pionnier, à Genève, de la psychologie expérimentale aussi bien que des recherches sur l’inconscient.
Michael HUBERMAN (1941-2001)
Formé à Harvard et auteur d’une thèse sur l'épistémologie de Gaston Bachelard, Michael Huberman arrive à Genève au début des années 70, après avoir transité par le siège de l'UNESCO, à Paris.
De 1975 à 1996, il enseigne à la Section des sciences de l'éducation, laquelle a largement bénéficié des initiatives prises par cet auteur visionnaire et fasciné par les multiples enjeux théoriques et méthodologiques de la recherche qualitative. Ses publications deviennent des textes de référence dans de nombreux pays.
Capable d'observer une classe scolaire d'un petit canton de la Suisse primitive en parlant la langue de Goethe, contrairement à la plupart de ses proches, il sait aussi surprendre ses collègues universitaires en défendant des thèses insolites dans des colloques scientifiques de pointe. Comme le dit si bien un de ses collègues: «Huberman fut un profond penseur subjectif au sens que Kierkegaard donne à cette désignation».
Bärbel INHELDER (1913-1997)
Enchantée par un cours de vacances à l'Institut J.-J. Rousseau, Bärbel Inhelder décide de s'y inscrire et participe à des recherches dans des domaines tels que le nombre, le temps et l'espace. Une fois ses études terminées, elle devient l'assistante bénévole de Jean Piaget.
En 1938, elle retourne à Saint-Gall et y fonde le premier Service psycho-pédagogique du canton. Elle est également professeure de psychologie à l'Ecole normale des jardinières d'enfants de Saint-Gall. En 1943, l'obtention de son doctorat lui ouvre les portes de l'enseignement : appelée à Genève en tant que cheffe des travaux de psychologie de l'enfant à l'Institut des Sciences de l'éducation (ISE). Elle est ensuite nommée en 1948 professeure de psychologie de l'enfant à l'Ecole de psychologie et des sciences de l'éducation, puis elle prend la relève de Piaget à la chaire de psychologie génétique et expérimentale en 1971.
Elle publie dès 1960 des travaux sur le développement de l'image mentale, de la mémoire et sur l'apprentissage. Dès 1970, elle dirige une équipe de jeunes chercheurs qui développe des recherches sur les microgenèses, sur les procédures et stratégies de découvertes chez l'enfant. La retraite ne freine pas l'entrain de cette psychologue, qui poursuit son activité scientifique au sein des Archives Jean Piaget qu'elle crée en 1974.
Louise LAFENDEL (1872-1971)
Louise Lafendel pratique le métier d’institutrice de 1896 à 1915 à l’école publique de Malagnou, où elle se spécialise dans l’éducation des tout-petits en utilisant les méthodes froebeliennes (selon les principes définis par le pédagogue allemand Erich Fröbel dans Menschenerziehung). En 1908, elle y accueille, en tant que stagiaire Mina Audemars, avec qui elle se lie d’amitié et publie Dessins pour les petits en 1911.
En 1915, elle rejoint Mina Audemars à la Maison des Petits ; elle y enseigne et en assume la codirection jusqu’en 1932. Ensemble, elles participent à la recherche sur la petite enfance, en collaboration étroite avec l’Institut Jean-Jacques Rousseau.
Malgré sa retraite officielle, elle poursuit ses activités pédagogiques, notamment à l’Institut qui s’est mué en Institut des sciences de l’éducation, où elle donne des cours sur l’éducation des petits de 1942 à 1947.
Tout au long de sa carrière, Louise Lafendel écrit régulièrement dans L’Intermédiaire des Educateurs, organe de l’Institut Jean-Jacques Rousseau, et dans L’Educateur, organe de la Société pédagogique romande. Elle meurt quelques jours avant son amie Mina Audemars.
Marc LAMBERCIER (1890-1972)
Après une formation d'ingénieur en mécanique, puis de chimiste, Marc Lambercier se rend à Vienne où il rencontre Freud. De retour à Genève fin 1924, il s'inscrit à l'Institut Jean-Jacques Rousseau tout en poursuivant ses études de biologie. Dès 1927, il entre au Laboratoire de psychologie comme assistant, où il collaborera avec Claparède, Piaget et Rey.
Il est ensuite nommé chargé de cours à l'Institut des sciences de l'éducation (exercices pratiques et cours de psychomotricité) et collabore à la Consultation médico-pédagogique jusqu'en 1945.
Il soutient sa thèse sur la constance des grandeurs en 1946 et devient co-rédacteur des Archives de psychologie. En 1948, il est assistant au laboratoire de psychologie. Il quitte l'Institut en 1960 où il sera remplacé au laboratoire par Vinh Bang.
Marguerie LOOSLI-USTERI (1893-1958)
Née à Zurich, Marguerite Usteri y fait ses études en 1912 en lettres, philosophie et psychologie. Après la guerre, elle entre à l’Institut Rousseau où elle obtient le diplôme en 1921. Retournée à Zurich en 1922, elle travaille au Stephansburg de 1922 à 1923, la clinique psychiatrique d’enfants rattachée au Burghölzli de Zurich. Grâce à Albert Furrer, directeur de la clinique, elle découvre les travaux de Rorschach. Influencée par Claparède et Descoeudres, avec lesquels elle a collaboré, Usteri développe un fort intérêt pour les tests et l’évaluation.
Après son mariage avec le journaliste Carl Loosli en 1923, elle part à Londres avec son mari. Elle travaille dans une école Montessori et comme psychologue au Settlement de l’Eastend. Gardant contact avec l’Institut, en 1924, elle devient membre collaboratrice de l’Association des amis de l’Institut. Elle revient en 1926 à Genève, pour prendre la direction du groupe de protection de l’enfance à l’Institut. Trois ans plus tard, elle seconde le Dr. Henri Brantmay à la Consultation médico-pédagogique.
Nommée chargée d’enseignement à l’Institut, elle s’occupe du volet psychosocial des "enfants difficiles", c’est-à-dire considérés comme déviants. Les outils diagnostiques, le suivi d’enfant et l’intervention à la consultation sont expliqués dans son ouvrage sur L’enfant difficile de 1935. Il est suivi de son Manuel de diagnostic du Rorschach, traduit en de nombreuses langues. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle étudie les relations entre la psychanalyse et les théories de Rorschach, ainsi que les conséquences de la guerre sur l’enfance et elle passe sa thèse en 1943 consacrée à l’angoisse chez l’enfant.
Etablie à Genève, elle est chargée de cours à l’Institut dès 1942, où elle applique également le diagnostic à l’orientation professionnelle. Membre fondatrice de la Société Suisse de Psychologie en 1941, elle devient présidente de l’Association Internationale de Rorschach, de 1952 jusqu’à sa mort en 1958.
Albert MALCHE (1876-1956)
Après avoir obtenu une licence de lettres et enseigné, Albert Malche devient le secrétaire général du Département de l'instruction publique (DIP) du canton de Genève en 1909. En 1912, il est nommé directeur de l'enseignement primaire et, en parallèle et bien qu'il ne soit pas titulaire d'un doctorat, professeur ordinaire de pédagogie à la Faculté des Lettres où il succède à Paul Duproix. Sa double fonction lui permet de disposer d'un observatoire privilégié pour repenser la formation des enseignants du canton de Genève.
En 1927, il est élu au Conseil d'Etat de Genève et chargé du DIP. En 1929, avec la collaboration de Robert Dottrens, il organise les Etudes pédagogiques de l'enseignement primaire qui ouvrent en 1930. La collaboration avec l'Institut Rousseau, devenu Institut des sciences de l'éducation y est pérennisée. En 1931, Robert Malche est élu au Conseil des Etats où il siège jusqu'en 1951.
Richard MEILI (1900-1991)
Né à Schaffhouse, Richard Meili part étudier la psychologie expérimentale à Berlin avec Wolfgang Köhler, un des créateurs de la Gestaltpsychologie. Une fois passé son doctorat, il arrive à l’Institut Rousseau en 1926 et hérite du poste de chef de travaux, laissé vacant depuis le départ de Piaget pour Neuchâtel. Devenu responsable du Laboratoire de psychologie expérimentale, il est chargé d’enseigner les tests, les méthodes psychologiques et contribue aux travaux de l’orientation professionnelle. Sa grande maîtrise des statistiques lui permet de développer, à l’aide de nombreux étudiants et parfois en collaboration avec Claparède, Rey ou Lambercier, des recherches sur l’approche factorielle de l’intelligence.
Voyant ses perspectives d’avenir limitées à Genève, il cherche du travail ailleurs. En 1943, il devient directeur du Service d’orientation professionnelle de Winterthur. Toutefois, même bon praticien, Meili est avant tout un chercheur et un enseignant qui développera librement ses champs de recherche, une fois nommé professeur de psychologie expérimentale à l’Université de Berne en 1949. Il y fonde un Institut de psychologie en 1953, en constant développement depuis lors. Dès les années 1950, Meili publie divers ouvrages relatifs au psychodiagnostic et à la psychologie de la personnalité et fait aboutir tardivement ses recherches sur les facteurs de l’intelligence, à plus de 80 ans. Il publie près de 130 articles et ses ouvrages, notamment son Lehrbuch der psychologischen Diagnostik de 1951 sont traduits en plusieurs langues.
Richard Meili a aussi joué un rôle institutionnel important en Suisse, en dirigeant la Société suisse de psychologie, dans les années 1950, et en assurant la rédaction de la Revue suisse de psychologue pure et appliquée, de 1954 à 1980.
Laurent PAULI (1911 - 2001)
Né à La Chaux-de-Fonds, Laurent Pauli obtient un doctorat ès sciences mathématiques de l’Ecole polytechnique de Zurich en 1933. Nommé professeur de mathématiques au gymnase de Neuchâtel, il ne tarde pas à en devenir le directeur. Il s’engage tôt dans la réflexion didactique et pédagogique : auteur d’un manuel de trigonométrie en 1946, il devient président de la Société suisse des maîtres de Gymnase en 1953.
Privat-docent à la Faculté des sciences pour l’enseignement des mathématiques dès 1946, il est invité par Piaget à l’Institut inter-Facultés des sciences de l’éducation pour donner des cours de didactique des mathématiques en 1960. Aux côtés d’autres collègues mathématiciens, venus des quatre coins de l’Europe, il devient expert de l’OCDE qui organise des colloques durant plusieurs années pour mettre en œuvre la modernisation de l’enseignement des mathématiques.
Pauli élabore un cours d’enseignement de « maths modernes », nourri de Piaget dont il a lu La genèse du nombre chez l’enfant et inspiré aussi des Soixante-six blocs de Audemars et de Lafendel. Nommé professeur de pédagogie générale en 1965, il prend également la codirection de l’Institut des sciences de l’éducation. Il crée les bases pour le redémarrage de l’unité de pédagogie en faisant venir Michael Huberman qu’il a connu lors de ses activités pour l’UNESCO. Succédant à Piaget, il assume pendant une année la direction du Bureau international de l’éducation (BIE). En 1971, il devient président du Comité directeur du Centre de coordination de la recherche en matière d’instruction à Aarau, quittant ses fonctions administratives. Arrivé à sa retraite en 1976, il instruit des ouvriers étrangers auxquels se joignent des réfugiés. L’Université de Neuchâtel le nomme Docteur honoris causa en 1996.
Jean PIAGET (1896-1980)
Biologiste, psychologue et épistémologue. Publiant précocement comme naturaliste, il poursuit des recherches de biologie, de philosophie et de psychologie. Après un séjour à Paris, chez Théodore Simon, il est nommé chef des travaux à l'Institut Jean-Jacques Rousseau.
Il y travaille sur le développement du langage (1923) et du raisonnement (1924) chez l'enfant, et est nommé professeur de psychologie et philosophie des sciences et sociologie à l'Université de Neuchâtel en 1925.
Puis, appelé à Genève, il succède à Claparède en 1940 à la direction de l'Institut des sciences de l'éducation au Palais Wilson.
De 1929 à 1967, il est également directeur du Bureau international d'éducation et en 1945, il est sous-directeur général de l'UNESCO chargé du département de l'éducation.
Avec Barbel Inhelder, il poursuit jusqu'à sa mort, des recherches sur le développement psychologique de l'enfant. En 1953, il fonde le Centre international d'épistémologie génétique de Genève, carrefour entre savants et chercheurs de diverses disciplines.
André REY (1906-1965)
André Rey obtient, en 1929, une licence en sciences sociales, mention pédagogie, sociologie et histoire, à l’Université de Lausanne. A Genève, il devient assistant d’Edouard Claparède et collabore à la consultation médico-pédagogique de l’Institut Jean-Jacques Rousseau. Après un doctorat sur l’intelligence pratique chez le bébé en 1934, il occupe divers postes avant d’être nommé professeur, en 1949, à l’Institut des sciences de l’éducation.
Il succède à Edouard Claparède au Laboratoire de psychologie clinique de l’Hôpital cantonal, premier service d’évaluation de patients adultes présentant des troubles neuropsychologiques. André Rey devient progressivement la référence sur les questions de psychologie appliquée; il invente, adapte et standardise de nombreux tests, tant pour les besoins de la clinique que pour la sélection et l’orientation professionnelle.
Ses publications portent sur la psychologie clinique, la psychologie appliquée et le «testing», dont il est l’un des représentants les plus éminents du XXe siècle – on lui doit par exemple la création du test de la figure complexe. André Rey est considéré aujourd’hui comme l’un des maîtres de la psychologie clinique.
Samuel ROLLER (1912-2003)
Samuel Roller obtient en 1930 son brevet de capacité à l'enseignement primaire de Neuchâtel. La crise économique le pousse à se rendre à Genève où il s'inscrit comme étudiant à l'Institut des sciences de l'éducation. Il obtient son brevet d'instituteur en 1934 et devient l'un des collaborateurs de Robert Dottrens à l'Ecole expérimentale du Mail. Assistant de Pierre Bovet au Laboratoire de pédagogie expérimentale de l'Université, il devient professeur à l'Institut Rousseau en 1952.
Il co-dirige les Etudes pédagogiques de 1955 à 1958, participant à la formation des instituteurs. De 1958 à 1965, il co-dirige avec Jean Piaget l'Institut des sciences de l'éducation.
Professeur de pédagogie expérimentale à l'Université de Lausanne en 1965, il devient, en 1970, le premier directeur de l'Institut romand de recherche et de documentation pédagogiques.
Pedro ROSSELLÒ (1897-1970)
Diplômé de l'Ecole normale supérieure de Madrid (1920) et de l'Institut J.-J. Rousseau à Genève, Pedro Rosselló exerce pendant quelques années la fonction d'inspecteur scolaire en Espagne.
A partir du semestre d'été 1927, il est chargé de cours à l'Institut Rousseau. En 1929, au moment où le Bureau international d'éducation (BIE) se constitue en une organisation intergouvernementale, il en devient le directeur adjoint aux côtés de Jean Piaget qui en prend la direction. Rosselló assumera cette fonction jusqu'en 1969.
Pendant ces quarantes années, il oeuvrera en faveur du développement de l'approche comparative dans le débat international sur l'éducation, notamment à travers les nombreuses publications du BIE dont il apparaît comme le principal artisan. D'un point de vue académique, il contribuera également au développement de l'éducation comparée. A partir de 1946, il est privat-docent d'éducation comparée à la Faculté de Lettres de l'Université de Genève et il enseignera cette discipline dans le cadre de l'Institut des sciences de l'éducation de 1948 à 1967.
Hermine SINCLAIR (1919-1978)
Hermine Sinclair De-Zwart se forme d'abord en linguistique comparative à l'Université d'Utrecht, où elle obtient un doctorat en langues iraniennes, en 1945 (étude du sanscrit à partir du corpus du Rgveda).
Arrivée à Genève au début des années 60 pour des raisons familiales, elle prend connaissance de l'œuvre de Piaget, et s'inscrit à l'Institut des sciences de l’éducation, où elle obtient une licence en psychologie en 1962, et un doctorat, trois ans plus tard, sous la codirection de Pierre Gréco (1927-1988), brillant agrégé de philosophie français qui devient assistant de Piaget dès 1952. Chercheur hors pair et passeur d’idées exceptionnel, il participe à l’aventure du Centre international d’épistémologie génétique. Quant à Hermine Sinclair, forte de sa double formation en linguistique et en psychologie, elle se consacre, de 1970 à 1989, au développement d'une discipline nouvelle, la «psycholinguistique génétique», dont elle établit les principes théoriques, compatibles avec la théorie de Jean Piaget, et pour laquelle elle crée, avec ses collaborateurs, un ensemble de méthodes d'analyse du langage de l'enfant qui font la réputation de «l'Ecole genevoise de psycholinguistique». Créative, généreuse et non conformiste, Hermine Sinclair publie plus d'une centaine d'ouvrages et d'articles.
Alina SZEMINSKA (1907-1986)
Alina Szeminska fait ses études secondaires à Varsovie, mais ne peut entreprendre la médecine du fait de la discrimination des femmes. Aussi part-elle à Berlin en 1926 où elle étudie la psychologie avec Wolfgang Köhler. C’est sur le conseil de ce dernier qu’elle se rend en 1928 à Genève pour étudier avec Piaget.
Sa personnalité généreuse et exubérante se trouve vite en symbiose avec l’ambiance de l’Institut. Elle collabore d’abord avec Meili sur les mouvements stroboscopiques. Rapidement liée à Piaget, elle oriente ses recherches vers les mathématiques chez l’enfant. Après son diplôme en 1932, elle est engagée comme assistante bénévole. En 1935, elle publie un article sur la psychologie des mathématiques qui jette les bases du programme sur le développement du nombre dirigé par Piaget et qui donnera lieu à l’ouvrage La genèse du nombre chez l’enfant publié par Piaget et Szeminska en 1941.
Inquiète pour la situation de son pays, Alina Szeminska retourne en Pologne l’été 1939. Après l’invasion de la Pologne, elle travaille pour la Croix-Rouge au bureau des personnes disparues, puis rejoint la résistance mais est arrêtée en 1942 et passe plusieurs mois en prison avant d’être internée à Auschwitz en 1943. Douée d’une force de caractère peu commune et portée par cette île heureuse que fut l’Institut Rousseau, elle parvient à survivre aux camps et, après la guerre, elle fonde une clinique d’orphelins à Varsovie où elle applique les outils de la consultation psychologique en vue de l’adoption d’enfants.
Elle poursuit ensuite sa carrière et ses recherches sur la psychologie et l’enseignement des mathématiques à l’Institut pédagogique de Varsovie où elle est nommée professeure en 1956. Ce n’est qu’en 1967 qu’elle est autorisée par le régime à venir séjourner une année à Genève au Centre d’épistémologie génétique. En 1979, l’Université de Genève lui octroye un Doctorat honoris causa.