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«Suite aux discussions d'hier, j'ai rédigé avec l'aide d'Yves Lepape cette petite mise au point qui, je l'espère, devrait aider à comprendre un peu mieux les différents articles sur le sujet. Etant moi-même impliqué dans l'une de ces trois études, je me suis efforcé de rester impartial. J'espère y être parvenu». Ainsi s'exprime sur la «liste ESB», ce forum francophone hors du commun dont nous avons déjà vanté les mérites, Jérôme Huillard d'Aignaux, épidémiologiste français en exil à Londres qui nous propose, en ce mois de janvier 2002 une «Revue des articles sur les prédictions de l'épidémie de forme humaine de la vache folle».«Récemment, trois articles portant sur la modélisation de la forme humaine du variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) ont été publiés, écrit-il. Ces trois études ont pour objet de prédire l'évolution probable de l'épidémie ainsi que le nombre total de victimes attendues qui résultent du passage de l'agent de l'ESB à l'homme. Dans ces trois études, aucune autre source de contamination que la consommation de buf contaminé n'est envisagée (avec une petite exception pour l'une des études qui envisage aussi une contamination par la consommation de mouton atteint de tremblante-ESB qui reste à démontrer). Des travaux portant sur la transmission secondaire (de personne à personne) sont actuellement en cours.»M. Huillard d'Aignaux précise d'autre part que ces trois articles utilisent (avec de petites variantes) une méthode statistique connue sous le nom de «rétro-calcul». «Pour résumer, écrit-il, rappelons que cette méthode est basée sur le fait que le nombre de cas d'une maladie infectieuse à un instant donné dépend de trois composants : combien de personnes ont été infectées, quand elles ont été infectées et la durée d'incubation de la maladie (délai entre infection et décès). Comme cette durée d'incubation peut varier d'un individu à un autre, les modèles utilisent des distributions statistiques "classiques".»Ecoutons encore le spécialiste : comme on ne connaît avec précision aucun de ces trois composants, le principe de la modélisation consiste schématiquement à faire un certain nombre d'hypothèses sur ces différents paramètres puis à comparer l'incidence actuelle observée avec celle qui est prédite par le modèle avec ces différents paramètres. Le calcul des probabilités permet ainsi d'obtenir le scénario le plus probable doublé d'un intervalle qui reflète l'incertitude sur les différents paramètres du modèle (cette incertitude est principalement liée au fait que l'on a seulement observé une partie du processus).«Bien évidement, plus on avance dans le temps, plus l'incertitude sur les paramètres diminue, mais moins les prédictions sont utiles
ajoute-t-il. Tout d'abord, il me paraît important de souligner que les trois articles aboutissent à au moins une conclusion commune qui est que le nombre total de cas attendus le plus probable est relativement faible (quelques centaines pour les trois études). Là où les études divergent c'est dans la marge d'incertitude. D'un article à l'autre, cette marge d'erreur varie d'un facteur 10. Pour résumer, l'un des articles place la borne supérieure de cet intervalle à quelques centaines (étude "optimiste"), l'autre à quelques milliers (étude "intermédiaire") et enfin plusieurs dizaines de milliers pour la dernière (étude "pessimiste").»Pourquoi, au-delà de l'humeur des épidémiologistes et des projections qu'ils font sur l'avenir, de telles variations ? Sans doute à cause des hypothèses différentes qui ont été faites sur l'exposition de la population (qui détermine à quel moment les individus ont été infectés) ainsi que sur la durée d'incubation. «L'article "optimiste" suppose que la probabilité d'infection est une courbe exponentielle qui démarre en 1980 jusqu'en 1989 et dont la courbure a été définie en ajustant les données d'incidence annuelle de l'ESB en Grande-Bretagne. Dans cette étude, il est supposé qu'aucune nouvelle infection n'est survenue après 1990. Dans l'article "intermédiaire", on fait l'hypothèse que cette probabilité d'infection est proportionnelle au nombre de cas d'ESB en Grande-Bretagne en incluant une estimation de la sous-déclaration avant 1985. Les auteurs de l'article supposent que les mesures de précaution prises en 1989 ont réduit de 80% le risque d'infection et qu'aucune nouvelle infection n'est survenue après 1996.»Enfin dans l'article «pessimiste», les auteurs se basent sur un modèle d'infectivité des tissus bovins et de l'incidence de l'ESB pour déduire une courbe qui définit le risque d'infection. Cette courbe indique qu'une assez forte proportion d'individus a été infectée après 1989 (principalement par la consommation d'animaux asymptomatiques porteurs de l'agent infectieux mais qui ne présentent pas de signes cliniques). «Sur la durée d'incubation de la maladie, les trois études diffèrent aussi, ajoute-t-il. Pour résumer, l'article "optimiste" utilise une loi de probabilité à deux paramètres. Les deux autres études utilisent des lois de probabilité à cinq paramètres. Par définition, plus la loi comporte de paramètres, plus l'incertitude sur la durée d'incubation et donc sur le résultat final est grande. En contrepartie, plus la loi comporte de paramètres, plus les scénarios possibles de durée d'incubation sont en grand nombre.»L'auteur rappelle, pour finir, qu'aucune des trois études ne considère que la durée d'incubation puisse varier avec l'âge à l'infection, ce qui est pourtant envisageable si l'on suppose que l'âge est un indicateur de la dose, à travers le niveau d'exposition. Cette hypothèse est pour l'instant justifiée car la distribution d'âge des cas est relativement stable au cours du temps. Mais on ne peut bien évidement pas exclure que cela change à l'avenir. L'avenir
Dans l'attente, merci Jérôme Huillard d'Aignaux.