Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06859.jsonl.gz/734

Présentation du projet
Les travaux de A. H. Francke apparaissent encore aujourd’hui comme étant la base des études sur le Ladakh. L’abondance et la diversité de ses publications rendent nécessaire un outil documentaire permettant une consultation facile et organisée de ces textes. Il s’agit de repérer, collecter, numériser et mettre à disposition tous les articles de Francke disséminés dans de multiples revues et difficilement accessibles pour certains. Je présenterai tout d’abord plus en détails l’importance des travaux de Francke avant d’exposer ce projet documentaire pour enfin aborder les perspectives de ce travail.
Contexte du projet
August Hermann Francke (1870-1930) a vécu plus de dix ans, entre 1896 et 1908, au Ladakh et au Tibet occidental en tant que missionnaire. Il a perpétué le travail de ses prédécesseurs moraves tels Heinrich August Jäschke (1817-1883) ou Karl Marx (1857-1891). Le premier a travaillé sur la traduction de la Bible en tibétain et est l’auteur d’un dictionnaire tibétain-anglais. Le second a recueilli, compilé et édité des témoignages et des textes historiques sur la région. En se basant sur leurs travaux et sur sa propre expérience, Francke a été un auteur prolifique et est devenu incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire, aux mœurs, aux langues, aux cultures du Tibet occidental et plus largement du monde tibétain. Pionnier de la recherche au Ladakh, il est reconnu comme un spécialiste par l’Archælogical Survey of India et par les explorateurs et tibétologues de son temps tels Aurel Stein, Sven Hedin ou Giuseppe Tucci. Son travail est toujours cité par les chercheurs actuels. Dans les quelques 100 articles qu’il a écrit en allemand et en anglais, Francke a abordé aussi bien la linguistique, les religions (bön et bouddhisme), l’histoire, l’archéologie, la tradition orale, l’épopée de Gesar, les pétroglyphes, etc. Ces travaux sont régulièrement accompagnés de retranscriptions, illustrations, photographies, cartes et croquis. Parallèlement à ce travail scientifique, son rôle de missionnaire l’a conduit à superviser la traduction de la Bible en tibétain et il est aussi le créateur du premier journal en écriture tibétaine le Ladakhi Agbar.
Présentation du projet
Si certains articles se trouvent aisément dans les bibliothèques françaises et européennes, certains demeurent plus difficiles à dénicher et peuvent cependant être utiles aux chercheurs. Une majorité de ces articles peuvent se trouver sur Internet Archive, mais ils ne sont pas indexés et ne sont ainsi pas mis en valeur. D’autre part, si le travail de Francke forme la base de nombreuses études, il n’en est pas moins critiquable et le regard de chercheurs actuels sur les différentes facettes de son travail est à prendre en compte. Les recherches entreprises ne permettent pas d’identifier un lieu unique où la majorité du travail de Francke serait disponible : il faut en effet fréquenter de nombreuses bibliothèques afin d’avoir une visibilité globale de son œuvre. De plus, les recherches par auteur sont souvent parasitées par l’existence d’un célèbre ancêtre homonyme du XVIIème siècle. Ainsi certaines revues et articles sont repérés dans les catalogues de la Bulac (interrogeant des fonds de l’EFEO, de l’EPHE et de l’EHESS) ; d’autres n’ont été repérées qu’au musée du quai Branly, à la Bibliothèque Nationale et universitaire de Strasbourg, à la bibliothèque de l’institut de théologie protestante de Paris et certains documents ne semblent accessibles que dans les archives moraves au Royaume-Uni et en Allemagne et dans les universités allemandes. Le but de mon projet est donc de mettre à disposition des chercheurs les articles de Francke le plus exhaustivement possible.
- Le premier travail consiste à repérer toute la bibliographie dans les centres de documentation en France, outre-Rhin voire en Grande-Bretagne ou en Inde, mais aussi dans tout type de base de données en accès libre ou avec authentification (via une bibliothèque ayant payé les droits). Ce premier travail, déjà largement entamé, permettra de créer un premier outil documentaire sous la forme d’un catalogue thématique. Cette étape touche à sa fin en mai 2017.
- La seconde étape consiste à collecter les textes, c’est-à-dire à obtenir une version numérique du texte qui peut être obtenue en photographiant les documents, en les scannant ou en récupérant des images libres de droits. Ainsi des partenariats avec les bibliothèques concernées pourraient être envisagés afin d’obtenir des images de haute qualité. La numérisation pourrait être laissée à leurs soins et ainsi alimenter à la fois ce projet et leurs collections. Dans d’autres cas des photographies personnelles sont à prévoir, le travail sur ce projet a débuté de cette manière.
- La dernière étape consiste à mettre tous ces articles à destination du public scientifique soit par la création d’une base de données, soit par une publication intégrale ou partielle accompagnée de commentaires de chercheurs actuels. Ces deux solutions n’étant ni en contradiction, ni en concurrence. L’option de la base de données impose une infrastructure et des connaissances particulières pour mener à bien ce projet. Mais elle permettra aux chercheurs de mieux naviguer et utiliser les informations en permettant l’utilisation de mots clés pertinents (thésaurus), une océrisation (reconnaissance optique des caractères) future et un encodage en XML-TEI. L’option de la publication semble plus accessible par le travail plus classique que cela demande.
Perspectives et soutien attendu
Ce projet ouvre de nombreuses perspectives et évolutions. En effet, outre la bibliothèque numérique, des publications et autres outils pour les chercheurs, c’est l’occasion de protéger et valoriser ce patrimoine. On pourrait envisager par la suite une numérisation des journaux produits par les missions moraves en Himalaya comme le Ladakhi Agbar en prenant exemple sur le travail qui a déjà été fait pour le Tibet Mirror ou sur le Kyelang Agbar. D’autre part, il pourrait être intéressant par la suite d’élargir ce projet aux multiples travaux publiés par les missionnaires moraves dans cette région : Heinrich August Jäschke (1817-1883), Karl Marx (1857-1891) ou Walter Asboe (1895-1965). Le dépouillement complet des « Periodical Accounts Relating to the Missions of the Church of the United Brethren Established Among the Heathen (1803-1970) » permettrait une indexation des articles et références à la mission morave du Tibet occidental ce qui pourrait être un apport complémentaire à la fois pour les chercheurs sur l’aire tibétaine mais aussi pour les recherches portant sur les missions.
En fonction des évolutions envisagées, des partenariats devront être créé avec des centres de documentation français et étrangers (Allemagne, Royaume-Uni), publics et privés (Universités, archives privées). Hormis l'inventaire des textes, les métadonnées à créer pourront ajouter des possibilités de recherches intéressantes aux chercheurs. Il est ainsi possible de lister les illustrations et leur type ainsi que les légendes, nous pourrions aussi inventorier toutes les inscriptions collectées par Francke pour créer un corpus de sources épigraphiques.
Afin de mener à bien les premières étapes et ainsi entrevoir une concrétisation de ce projet, un soutien institutionnel, intellectuel, technique et financier est déterminant. Le soutien institutionnel permet d’aborder et de présenter le projet auprès des centres documentation avec l’appui et le sérieux d’un centre de recherche : il officialise les démarches à entreprendre. Le soutien intellectuel me semble indispensable afin de bien orienter le projet vers les attentes des chercheurs. Le soutien technique concerne à la fois les aspects de la récupération des documents sous quelque forme que ce soit, mais aussi et surtout les moyens à mettre en œuvre pour créer et diffuser la bibliothèque numérique ou les publications, cela implique des connaissances en termes de droit. Enfin le soutien financier vise à obtenir des fonds afin de payer les éventuels frais liés aux reproductions, mais aussi les entrées dans les bibliothèques privées payantes, les déplacements si besoin, etc.