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Tourbillon vu depuis la vieille ville de Sion
(vues aériennes de Sion et Tourbillon)
Parmi les résidences épiscopales médiévales de notre pays, celle de Sion prend sans aucun doute une place particulière. Aucun autre siège épiscopal ne possède en effet encore autant de châteaux et d'autres ouvrages défensifs du Moyen Age que Sion. Véritables emblèmes de cet endroit, les forteresses de Valère et de Tourbillon se dressent sur des éminences rocheuses aux versants abrupts, haut au-dessus de la ville. L'étroite arête qui de Tourbillon descend vers le bas de la cité est marquée par les châteaux du major épiscopal et du vidomne, tandis qu'une terrasse de Valère était autrefois occupée par les bâtiments de la résidence initiale des évêques, soit un corps de logis flanqué d'une tour, l'église Saint-Pierre et la curie, un donjon remplacé de nos jours par l'église de la Trinité. Cette curie a déjà dû exister au Moyen Age, même si la tour ultérieure ne peut dater que du XIIe ou XIIIe siècle. Sion fut en effet résidence épiscopale dès la fin du VIe siècle, c'est-à-dire dès le jour où l'évêque transféra son siège d'Octodurus (Martigny) à Sion, qui lui offrait une plus grande sécurité. De respectables parties des murs de l'ancien palais épiscopal sont logés dans l'actuel théâtre.
La première agglomération de Sion se trouvait probablement derrière la résidence épiscopale, dans la dépression bien protégée entre les deux promontoires rocheux de Valère et de Tourbillon. Dans quelle mesure la colonie qui a déjà dû exister au XIe siècle et qui, à l'ouest de Valère et de Tourbillon, s'étendait jusqu'à la plaine remonte-t-elle à un peuplement romain? C'est là une question qu'il faudrait encore élucider. Les premiers remparts - ils cernaient une petite place située directement sous la résidence épiscopale - étaient sans doute déjà là à la fin du XIe siècle, tandis que les murailles entourant le complexe sis à droite de la Sionne, comprenant la cathédrale et les quartiers de Malacuria, Glaviney et Pratifori, ont été érigées vers la fin du XIIe siècle. Seuls quelques vestiges de cette enceinte extérieure ont été conservés, le plus spectaculaire étant la tour dite des Sorciers, une tour défensive coiffée d'un toit en poivrière; elle marquait l'angle nord-ouest des remparts. Les cinq portes de la ville ont, elles, toutes disparu.
Nous ne possédons aucune indication certaine sur les ouvrages qui au début du premier millénaire devaient défendre Sion. Il n'est pas exclu que des constructions défensives aient déjà couronné les monts de Valère et de Tourbillon au commencement du Moyen Age; la preuve archéologique n'en a toutefois pas encore été fournie. Des documents font mention d'une curie épiscopale en 999, mais nous ignorons quel était son aspect. C'est à cette date que l'évêque de Sion obtint formellement de Rodolphe III de Bourgogne le droit d'ériger des fortifications. Nous ne savons toutefois pas combien rapidement et dans quelle mesure il fit usage de ce droit.
Les fortifications de Sion sont le véritable reflet de l'histoire mouvementée de l'évêché valaisan au Moyen Age. A maintes reprises, la ville fut attaquée, conquise, pillée et dévastée et jusqu'à l'époque postmoyenâgeuse, elle ne cessa d'être le centre de luttes et de guerres. Les continuelles menaces politiques et militaires qui pesèrent sur la ville, dues au fait que les évêques étaient à tout instant impliqués dans quelque conflit, empêchèrent longtemps l'émancipation de la commune. A l'encontre de ce qui se passa dans d'autres villes épiscopales, qui vers la fin du Moyen Age réussirent à se libérer de la souveraineté de leurs dirigeants ecclésiastiques, Sion demeura assujettie aux évêques jusqu'au XVIIe siècle. Ceux-ci purent ainsi exercer leur domination sans opposition notable, assistés par les fonctionnaires installés dans les deux châteaux sédunois. La puissance du prélat, mais aussi la présence de sa cour, composée de seigneurs laïques et ecclésiastiques, ne furent pas sans marquer la physionomie de la ville. A Sion, les constructions dominantes sont en effet les châteaux des évêques et des nobles appartenant à leur cour, et non pas, comme à maints autres endroits, d'imposantes demeures urbaines, expression du sentiment qu'avaient les bourgeois de leur propre valeur.
Sébastian Munster 1550
Sion par Compton en 1878 (graphica-antiqua.ch)
A moins qu'on ne fasse de la varappe, on ne peut atteindre le large plateau de Tourbillon qu'en suivant un chemin escarpé qui part de la petite dépression située entre Valère et Tourbillon. A mi-hauteur, cet accès est barré par une longue traverse crénelée et percée d'une étroite porte garnie de mâchicoulis. L'arête rocheuse fissurée qui de la Majorie s'élève vers Tourbillon est couverte par une tour défensive élancée, dite la tour du Chien, elle-même défendue par un fossé. L'enclos du château proprement dit est entouré d'une grande enceinte. Longeant le bord du plateau, celle-ci est de forme irrégulière. Son angle oriental est marqué par un ouvrage défensif de plan pentagonal, tandis qu'au sud-est s'élève la chapelle dédiée à saint Georges, à saint Grat, évêque d'Aoste et au bienheureux Guillaume, prévôt de Neuchâtel. Reconstruit vers le milieu du XVe siècle, ce sanctuaire abrite de remarquables fresques. Dans cet angle aussi, une tour assure la surveillance et la défense de l'ouvrage. Près du sentier tortueux qui mène à la porte du château, le front méridional de l'enceinte est flanqué d'une tour carrée ouverte à la gorge. Le noyau du château de Tourbillon est fait d'un imposant corps de logis fortifié, de plan rectangulaire. A l'intérieur, ce bâtiment est divisé par un mur transversal et une cage d'escalier; sur son côté nord, une citerne. Les pignons à redents sont sans doute dus à des travaux de rénovation et d'agrandissement effectués au XVe siècle, tandis que l'actuel couronnement de créneaux remonte à une reconstruction de notre siècle.
Johannes Stumpf - 1548 “Ville de Sion incendiée 17 octobre 1418”
Johannes Stumpf - 1548 « Sion » Il s’agit de la première représentation connue de la ville de Sion, avec les châteaux de Valère et Tourbillon, ainsi que la Majorie. Ces gravues ont été publiée en 1548 et colorisée . Ces trois documents sont extraits de Gemeiner loblicher Eydgnoschafft Stetten, Landen und Voelckeren Chronick wirdiger thaaten Beschreybung
Johannes Stumpf - 1548 “Reconstruction de Tourbillon”
Tourbillon a vu le jour en tant que château épiscopal. Mais comme il était d'un accès mal aisé, l'évêque se décida, en 1373, à acquérir le château de la Majorie et à en faire sa nouvelle demeure. Il est possible qu'il ait pris cette décision d'autant plus facilement que Tourbillon, au cours du XIVe siècle, avait à maintes reprises subi de gros dégâts par suite des luttes entre les évêques et leurs adversaires politiques, les comtes de Savoie et les sires de la Tour, et que le château lui-même était en fort mauvais état. Cet édifice a également dû gravement souffrir pendant les guerres de Rarogne. Vers le milieu du XVe siècle, l'évêque Guillaume III de Rarogne décida néanmoins de le restaurer. C'est à cette date que la chapelle fut reconstruite, l'intérieur du corps du logis rénové et l'enceinte extérieure pourvue de créneaux et d'un hourd. Un chemin direct fut aménagé de la porte pratiquée dans la traverse avancée au château de la Majorie. Comme la forteresse de la Soie située au-dessus de Sion, près de Savièse, avait été irrémédiablement détruite en 1417 lors des guerres de Rarogne, qu'elle ne pouvait donc plus servir de résidence à l'évêque, Tourbillon demeura siège de la cour épiscopale, tandis que la Majorie servit plutôt de demeure privée au prélat. En 1788, un gigantesque incendie réduisit toutefois le château en cendres; ce fut sa perte. Depuis cette date, Tourbillon n'est plus qu'une ruine. Seules la chapelle et ses précieuses fresques ont été restaurées il y a quelques années.
Bibliographie