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Avec l'abandon du Bloodhound, la DCA suisse entre en avance dans le siècle prochain
28 janvier 1998
Capable de frapper à 100 km distance, à une altitude maximale de 20 km, le système d'engin guidé de défense contre avions Bloodhound (BL-64) reste d'une notable efficacité. Il sera pourtant progressivement liquidé jusqu'à la fin de 1999; en raison de son coût, mais surtout faute d'ennemi à court terme.
Une arme de la guerre froide
Introduit à la troupe en 1964, le Bloodhound constituait alors une composante stratégique essentielle de la défense vue sous Armée 61: il permettait de combattre des avions volant à la fois très haut et très vite. A l'époque, on estimait ainsi que l'évolution de l'aviation amènerait des engins toujours plus rapides (Mach 3, voire 4) atteignant des altitudes supérieures à 20'000 m. Une conception logique en temps de guerre froide, avec ses bombardiers stratégiques supersoniques.
Mais la menace a évolué de manière différente. On ne combat plus en altitude à très haute vitesse: on vole toujours vite, mais surtout très bas. Du coup, le BL-64 a beau conserver des performances impressionnantes, il n'a plus d'ennemi! Il est en effet incapable d'engager des engins guidés sol-sol type Scud, car ce type d'engagement exige un système spécifique, et la mission de "police de l'air" que remplissent les Forces aériennes requiert des avions, pas des missiles. Bref, dans les dix prochaines années au moins, le Bloodhound n'aurait servi à rien.
Economie: plus de 100 millions
Or son entretien coûte cher: 15 millions de francs par an; sa durée de vie est limitée: approuvé par le programme d'armement 61, le BL-64 aurait dû être mis hors service en 2005. Enfin, la diminution constante des pièces de rechange oblige à trouver des astuces pour maintenir le système prêt à l'engagement.
Après une nouvelle appréciation de la situation, le Département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports (DDPS) a donc décidé de liquider l'ensemble du système. Cette décision, qui entre dans le cadre du programme d'optimisation pour l'armée 95 ("Progress"), permettra de faire plus de 100 millions de francs d'économie. Mais elle n'est pas la seule pour ce qui concerne la DCA.
Les 20 mm au rebut
Dans un premier temps, ce sont en effet les canons de DCA 54 de 20 mm qui sont passés à la trappe: au 1er janvier 1998, tous ont été retirés après 44 ans de bons et loyaux services. Avec sa portée allant jusqu'à 2000 m, ce système restait efficace; mais le spectre de divisions déferlant sur la Suisse ayant disparu, un engagement dans un délai normal pouvait là encore être exclu. Et la diminution des effectifs renforcée par Armée 95 amenait certaines batteries, lors des cours, à n'avoir qu'une cinquantaine de soldats sur un effectif théorique de 120... la liquidation s'imposait. D'autant que l'armée conserve une capacité de défense contre avions au moins égale, sinon supérieure.
Au tournant du siècle, notre DCA au sol repose ainsi sur trois éléments modernes et performants:
Soulignons que les Forces aériennes cherchent à améliorer l'efficacité déjà renommée du Stinger en le dotant d'un appareil à imagerie thermique, pour autoriser le tir sans visibilité, et d'un système d'alarme des unités de feu.
Liquidation par étapes
On le voit, le démantèlement du système Bloodhound abandonne la défense de la partie supérieure de l'espace aérien aux seuls chasseurs d'interception, sans pour autant impliquer de danger compte tenu de la menace actuelle. Ce démantèlement se fera par étapes: trois positions fin 1998 et trois autres fin 99. Une procédure qui permettra de transférer les emplois concernés dans de nouveaux domaines d'activité, par exemple au projet de surveillance de l'espace aérien Florako.
L'instruction dans les écoles de recrues a cessé, elle, au terme de 1997; les recrues prévues pour ce système seront attribuées aux écoles d'engins guidés Rapier. L'essentiel du régiment d´engins guidés 7 sera par ailleurs transféré à l´escadre de drones 7, au début de l'an 2000, qui sera responsable de l´engagement et de l´exploitation du drone de reconnaissance 95 (ADS 95).
Lt Ludovic Monnerat
Notes
Système spécifique: les missiles antimissiles sont encore rares à l'heure actuelle. Malgré le battage médiatique dont il a fait l'objet, le Patriot n'a obtenu que des résultats très médiocres durant la guerre du Golfe. Le seul antimissile tactique - à courte et moyenne portée - semble être l'Aster d'Aérospatiale, capable avec ses accélérations de 60 G d'intercepter un Exocet; Aérospatiale a ainsi émis son intention d'en faire un missile antimissile balistique de 1000 km de portée. Retour
Can DCA 20 mm: la défense contre avions légère pouvait, compte tenu des conditions de visibilité, être engagée contre des hélicoptères (jusqu'à 2000 m), des avions volant lentement (1500 m), des véhicules non blindés (1500 m), des véhicules à blindage léger (500 m), ainsi que pour combattre des aéroportages. Retour
Can DCA 35 mm: la défense contre avions moyenne est un système d'arme tous temps avec dispositif d'identification ami/ennemi, destiné à combattre avions et hélicoptères (jusqu'à 4000 m avec conduite par l'installation de conduite de tir ou 3700 m avec viseur et système de mesure laser), buts terrestres non blindés (jusqu'à 3700 m) et véhicules légèrement blindés (jusqu'à 1000 m). Retour
Remerciements
Au colonel Knutti, pour ses renseignements et sa disponibilité.
Sources
Communiqué de presse du DDPS, revue Armada 5/1997
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