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Le terme de "philosophie transcendantale" fut inventé et introduit par Kant en 1781 dans son oeuvre majeure "La critique de la raison pure". Kant développa ses idées à partir du rationalisme et de l'empirisme. De même que ces deux courants de pensée, Kant considère la métaphysique comme une science exacte. Il distingue ainsi entre les connaissances a priori, que l'on peut acquérir indépendamment de toute expérience empirique, et les connaissances a posteriori, que l'on peut acquérir uniquement à partir d'une expérience concrète. En ce sens, les connaissances a priori dépendent exclusivement de la raison, et sont totalement indépendantes des expériences externes. Dans la mesure où nos connaissances a posteriori dépendent de nos sens et d'expériences inexactes, seules les connaissances a priori peuvent être considérées comme des connaissances certaines. Si l'on considère que la métaphysique est exacte, celle-ci doit donc être "pure", c'est-à-dire ne traiter que de nos connaissances a priori. Mais quelle est la nature de ces connaissances a priori et comment sont-elles possibles?
Kant s'intéresse à la condition même qui rend l'existence des connaissances a priori possible. Il pose ainsi la question de savoir ce qui précède tout forme d'expérience ou, en d'autres termes, il se demande quelle est la "condition de possibilité" de toute connaissance. La philosophie transcendantale est déterminée par la question à propos de la condition a priori de possibilité de toute connaissance: "Je nomme transcendantale toute connaissance qui s’occupe en général moins d’objets que de notre mode de connaissance des objets, en tant que celui-ci doit être possible a priori. Un système à propos de ces notions s'appellerait philosophie transcendantale." [1]
Pour la philosophie et d'un point de vue historique, il est déterminant de connaître ce que l'on a appelé la révolution transcendantale de Kant (ou la révolution copernicienne de Kant):
La question que pose Kant à propos de la condition de possibilité de notre connaissance des objets externes le dirige en effet vers le sujet capable de connaissances (à savoir nous-mêmes en tant que conscience). En effet, nos connaissances des objets dépendent entièrement de nous et constituent, en ce sens, un accomplissement actif du sujet pensant.
Au lieu de supposer que c'est notre connaissance qui s'oriente en fonction des objets, Kant renverse le schéma et considère que ce sont les objets qui s'orientent par rapport à notre connaissance. [2] Ainsi, ce n'est donc plus le sujet qui dépend de l'objet, mais bien l'objet du sujet.
Ce constat, qui semble à première vue simple et évident, soulève néanmoins plusieurs problèmes que Kant s'efforcera de résoudre et qui occuperont nombre de philosophes après lui.
L'idéalisme allemand continuera de développer la pensée de Kant et doit, en ce sens, être également appréhendé comme une conséquence directe de la philosophie kantienne. L'idéalisme allemand considère la réalité comme un évènement mental et, affirme la dissolution de l'Être réel dans l'Être idéal. [3] Johann G. Fichte, Friedrich W. J. Schelling et Georg W. F. Hegel furent les principaux philosophes qui développèrent l'idéalisme allemand au sein de l'Université de Iéna, à partir de la philosophie kantienne. La réflexion principale concerne le rapport du sujet à l'objet. Dans sa philosophie transcendantale, Kant renverse ce rapport: l'objet devient dépendant du sujet. À l'époque, les conséquences d'un tel renversement en ce qui concerne notre représentation du monde objectif ne sont néanmoins pas encore tout à fait claires. Si le monde dépend de notre connaissance, aurions-nous dès lors une fonction créatrice en tant que sujets? Mais comment un sujet semble-t-il fini serait-il en mesure de créer un monde infini? Comment ce sujet doit-il être constitué afin d'exercer un telle fonction créactrice, et dans quelle mesure ce sujet se distingue-t-il de l'objet? Un autre problème que ne traite pas non plus Kant concerne la relation entre les objets de notre perception, c'est-à-dire les objets qui se présentent à notre conscience, et les "objets en soi", qui eux existent indépendamment de nous.
L'idéalisme allemand traite de ces questions et propose de nouvelles conceptions de notre "Moi", ainsi que du monde qui nous entoure.
[1] KdrV B 25
[2] cf. KdrV B 16
[3] cf. Coreth, Ehlen, Schmidt 2008, p. 9
Texte d'introduction de Jan Mikelson: études de mathématique (2010 Bachelor of Science) à l'Université technique de Munich, et de philosophie à la Haute Ecole de philosophie SJ (2010 baccalauréat en philosophie). Master en mathématique à l'EPFZ Zurich (2012), doctorant en Computational Systems Biology (2017).
Traduction: Carole Berset