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Avant vous, seuls trois Suisses avaient réussi le doublé Lauberhorn-Kitzbühel. C'était certes en descente, mais ces pistes ont-elles la même valeur dans la course à pied verticale?
VICTORIA KREUZER: Et comment! Je ne peux pas cacher que je suis fière. C'est d'ailleurs ce qui m'a poussée dans cette Coupe du monde qui réunit des pistes de ski mythiques. J'ai essayé et j'ai eu tellement de plaisir. Mais tellement!
Ce n'était pas casse-patte au début, avec certaines pentes à 85%?
Non, non, ça va. J'ai gagné les trois premières courses... La difficulté, quand tu commences, c'est surtout de ne pas chuter.
Des risques de chute, comme à ski?
Sur la Streif, la pente est vraiment très raide. Quand j'ai battu le record en 2019, la piste était en pure glace, on ne pouvait même pas marcher droit. J'ai eu un peu peur de tomber. Tu vois des gens à côté de toi qui, d'un seul coup, dérapent et dévalent la pente. Certains sont mal équipés et tu sais déjà qu'ils vont décrocher. J'ai le plus grand respect pour les skieurs qui descendent ses pentes tout droit.
Quel type de chaussure faut-il utiliser pour courir sur une paroi glacée?
J'ai observé les meilleurs hommes et j'ai vu qu'ils portaient des chaussures à pointe, exactement les mêmes que les sprinters en athlétisme. Ça peut paraître bizarre de monter la Streif en petites baskets, mais si tu ajoutes 20 mm aux pointes avec un peu de métal, tu atteins une bonne adhérence. Ces chaussures sont très légères, très sûres. D'ailleurs, j'ai rebattu le record de la Streif cette année.
Certes, mais comment est-il possible de gravir la Mausefalle en baskets?
Grâce à la technique des bâtons et à la poussée dans les pieds. En fait, ce sport consiste autant à courir le plus vite possible qu'à rester debout. A Wengen, la pente est nettement moins raide, il suffit de courir. Mais à Kitzbühel, tu as beau pousser de toutes ses forces, il faut faire en sorte que «ça» tienne. Ne pas glisser et partir au fond. Pour ça, la technique des bâtons est décisive. Le lendemain, tu as mal aux bras autant qu'aux jambes.
Sur laquelle de ces deux pistes vous sentez-vous le plus à l'aise?
J'adore l'ambiance de Kitzbühel. Courir la nuit, avec les lumières au loin. Depuis la piste, on voit tout, c'est fantastique. Le seul problème, c'est qu'il est difficile de dépasser, car certains passages sont étroits. Nous avons des concurrents qui partent beaucoup trop vite et calent après 150 mètres. Moi qui ai besoin de démarrer «doucement», je dois forcer ma nature et éviter de laisser trop de gens devant moi.
Qu'est-ce qui a bien pu vous attirer dans un sport aussi dur?
J'ai toujours vécu à la montagne. J'ai passé mon enfance dans le sillage de mon père. Il a fait du ski de fond (réd: Hans-Ueli Kreuzer, cinq participations aux JO) puis du nordic walking et du ski alpinisme. Il était aussi guide et j'ai fait beaucoup de montagne avec lui. J'ai toujours eu du mal à le suivre, même avec l'âge, mais je n'ai jamais rien dit. En fait, j'ai tout de suite aimé courir à la montée. Je n'ai cherché qu'à monter, monter, toujours monter... Le plat, je n'ai jamais croché. Je fais un peu de vélo sur route en été pour solliciter d'autres muscles, mais juste le nécessaire. Après, je reprends le VTT.
Existe-t-il un sport pénible que vous ne pratiquez pas?
Je dois faire attention, c'est vrai.
En 2008, vous avez souffert de surentraînement. Vous êtes passée des courses de montagne au ski alpinisme...
C'était un tout. J'avais de longues périodes sans entraîneur et il n'était pas toujours facile de connaître le bon dosage. J'aimais courir l'hiver mais je recevais des pressions de mes sponsors pour disputer des courses en été. Et puis, quand je tenais la grande forme, je n'avais absolument aucune envie d'arrêter. Je voulais toujours plus, plus, plus... Je n'ai pas la tête à prendre du repos (sic) et c'est un peu le problème. J'ai eu des blessures, des fatigues.
La vie «normale» vous paraît-elle ennuyeuse?
Non, mais je veux toujours expérimenter de nouvelles choses. Même l'échec contribue à mon bonheur. Essayer, c'est aussi un formidable apprentissage de la vie, peu importe le résultat. Je suis toujours dans cet état de vouloir-vivre à la limite, ce qui peut devenir un défaut. En tout cas, un problème.
Mais ce mental représente un avantage concurrentiel, non? Vous battez même les hommes.
Je ne sais pas, mais pour moi, c'est clair que la partie mentale est la plus facile. Je n'ai pas besoin d'y consacrer des heures: quand je pars, je suis prête à souffrir. Je suis conditionnée pour ça. Aucune surprise. Aucun souci. J'ai imprégné dans mon esprit que je vais vivre 40-50 minutes de souffrance et ça me va tellement bien... C'est quoi, 40 minutes? Franchement, je n'aurais pas envie d'une vie facile. Je pense qu'il est bien d'habituer sa personne à vivre des choses dures de temps en temps.
Est-ce la clé pour gagner en Vertical?
Ce n'est pas assez. Il faut le mental, mais aussi le moteur et le maniement des bâtons. Pour le moteur, on travaille énormément l'endurance et un peu la vitesse. Pour les bâtons, on a besoin de force dans les bras, mais aussi de maîtrise technique. J'aimerais encore développer cette technique l'été, en faisant tout avec des bâtons.
Vous disiez dans une interview que, enfant, vous rêviez de devenir boulangère ou cuisinière. Ce n'est pas tellement la voie que vous suivez.
Détrompez-vous. Dans mes moments de loisir, j'adore cuisiner, faire des gâteaux, essayer des plats. Je trouve que ça ouvre de nouvelles perspectives, que ça rend créatif et joyeux. Honnêtement, je ne comprends pas les femmes qui revendiquent le droit de ne jamais cuisiner. Il n'existe pas de plus belles choses dans la vie.
A ce point?
Bien manger est un tel plaisir... C'est aussi tellement important. Il y a dix ans, j'ai changé complètement d'alimentation et j'ai fait un bond énorme (sans jeu de mots).
Vous parlez de votre intolérance au gluten et au lactose?
Oui. J'avais toujours mal au ventre, depuis des années. Pendant les courses, les douleurs devenaient vraiment fortes. Le médecin que j'ai consulté a tout de suite repéré une inflammation. Quand je dis que je ne mange ni lactose ni gluten, les gens sont souvent horrifiés. Ils pensent que mes repas sont un supplice. Pas du tout! Il arrive que je mange une raclette ou des pâtes, car je ne veux pas d'une discipline trop stricte; je reste simplement dans des qualités raisonnables. Et sinon, je m'organise pour que mes repas restent attrayants.
Par exemple?
J'emporte toujours des flocons spéciaux et un excellent riz que je peux passer au micro-ondes. Quand j'ai du temps, j'améliore. Je pense que dans la vie en général, tout est question d'organisation.
Du coup, qu'avez-vous planifié pour les prochains jours?
Je suis actuellement en route pour la France où je dispute la dernière épreuve de Coupe du monde. Ensuite, ce sera la Patrouille des Glaciers. Je fais équipe avec deux Italiennes très fortes et nous partirons parmi les favorites. Ensuite, je préparerai certains objectifs de l'été, comme Sierre-Zinal.
Avez-vous un quelconque souvenir du dernier jour de repos que vous avez pris?
Ça tombe bien que vous posiez la question parce que c'était samedi dernier, à Kitzbühel. En mars, j'aurais plus de peine à vous répondre. Là, j'étais un peu fatiguée, dans les jambes et dans la tête. J'ai décidé de ne pas bouger. Le lendemain, j'ai gagné et j'ai battu de nombreux mecs. Je sais que le repos est bénéfique. Je ne le sous-estime pas du tout. C'est simplement que j'ai du mal à m'y faire.
Si Zurich a pu devenir champion avec un fonctionnement à l’ancienne, constitué d’un système patriarcal (un mécène comme à Sion) et de ressources locales (un vivier comme à Servette), pourquoi le football romand, lui, est-il incapable de remporter le moindre titre depuis 1999? Pourquoi semble-t-il voué à une destinée obscure et velléitaire, quelque chose d'irrémédiablement provincial?