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21/08/2014
Le piège de Harmos
Je viens de prendre connaissance de l'interview de Madame la conseillère thurgovienne Verena Herzog paru ce jour dans la TdG.
Elle incarne soi-disant la lutte contre l'enseignement du français chez nos voisins alémaniques.
Il se trouve qu'à y bien réfléchir, elle est à deux doigts de m'avoir convaincu tant ses arguments sont pertinents et adaptés à la situation genevoise également. Car enfin, qu'en est-il à l'école primaire à Genève?
Prenez un élève de 11 ans qui, après un enseignement de quatre ans en allemand, est sur le point d'entrer au Cycle d'Orientation. Tentez de lui faire dire quelque chose dans la langue de Goethe, même la plus élémentaire des choses... Vous vous apercevrez très vite que la plupart d'entre eux sont incapables d'énoncer une phrase correcte ou même de comprendre sérieusement ce que vous lui dites. Rien de plus normal d'ailleurs tant l'enseignement de cette langue reste à Genève du "bricolage approximatif": aucune approche syntaxique sérieuse, apprentissage quasi inexistant d'un vocabulaire de base efficace.
Tentez seulement l'expérience auprès d'un jeune de votre entourage...
Dès lors, plutôt que de perdre un temps précieux à l'école primaire à bâtir un échafaudage branlant ne serait-il pas plus judicieux, comme le propose Madame Herzog, de laisser au CO la responsabilité de construire cette apprentissage sur des bases saines et solides? Avec en prime le grand avantage que, dès le début, cet enseignement s'y fait par niveau et non plus dans une classe mixte.
Dans cette perspective, les arguments de Madame la conseillère nationale sonnent plutôt justes.
Au fil des années, avec la surcharge croissante du système et du cursus scolaires, on constate que bien des élèves ne peuvent même plus parler correctement la langue de leur canton, le français à Genève. Ainsi, en supprimant l'enseignement de l'allemand, le gain de temps gagné permettrait d'approfondir de manière significative celui du français qui laisse sérieusement à désirer aujourd'hui. A ce sujet, en comparaison avec nos petits genevois, je suis toujours surpris par la capacité à s'exprimer des jeunes élèves issus de l'école française.
Par ailleurs, ce gain de temps permettrait également de résoudre, en partie, le problème posé avec les branches manuelles qui, faute de temps, ont été malheureusement fortement délaissées ces dernières années!
Mais voilà! La chose est possible dans le canton de Thurgovie puisqu'il n'a pas signé le concordat Harmos qui l'obligerait à l'enseignement d'une deuxième langue nationale à l'école primaire!
Une sage décision que Genève n'a pas suivie!
Genève, elle, est tombée dans le piège et, plutôt que d'y réfléchir à deux fois, tête baissée, a préféré foncer dans le mur... La voilà donc condamnée à suivre l'obligation imposée par Harmos.
Une mesure qui risque bien d'être fort dommageable au bout du compte et qui devrait pousser nos autorités à peut-être revoir la copie pour trouver une porte de sortie à ce concordat contraignant qui n'apporte en définitive rien de bon.