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Rapport social 2012 : Générations en jeu » parue en octobre 2012 met l’accent sur les relations entre les générations en Suisse. Entre autres thèmes intéressants, le rapport aborde celui de la solidarité intergénérationnelle. Peut-on parler de solidarité entre les générations et si oui, sous quelle forme ?
La solidarité intergénérationnelle consiste principalement en une assistance et un soutien mutuels entre les différentes générations. Il existe plusieurs dimensions à cette solidarité, comme la solidarité affective, consensuelle, fonctionnelle, etc. Dans cet article, une distinction est faite entre deux lieux de solidarité : à l’intérieur de la famille – solidarité des générations familiales – et à l’extérieur de la famille – solidarité des générations sociales.
Solidarité intrafamiliale
Dans le cadre familial, le Rapport social 2012 montre que la solidarité intergénérationnelle est relativement forte et bien développée. Si on prend le cas d’une famille à trois générations – grands-parents, parents, petits-enfants – voire à quatre générations comme on peut l'observer de plus en plus souvent aujourd’hui, il existe à la fois une solidarité ascendante et une solidarité descendante. Ces deux types de solidarité s’illustrent de manière légèrement différente. La solidarité ascendante, qui va des parents aux grands-parents, se fait généralement sous forme d'assistance ou de services rendus (aides matérielles, démarches administratives, courses, ménage, transport) et de soins ou de soutien (soutien dans la maladie ou la vieillesse, soutien psychologique, affection, écoute, attention). Sur le terrain de l’entraide familiale, les femmes sont en général plus présentes que les hommes, tant par la fréquence que par la diversité des tâches accomplies ou des services rendus.
En termes de solidarité descendante – soit celle allant des grands-parents vers les parents et petits-enfants et celle des parents envers les enfants – on distingue une solidarité pratique ou émotionnelle et une solidarité financière. La première s’exprime principalement via la garde des petits-enfants par les grands-parents. A ce propos, on estime qu’environ 40% des ménages avec enfants ont recours à l’accueil extra-familial des enfants en 2009 et parmi eux, plus de la moitié utiliserait les services de proches dont les grands-parents (source OFS). La seconde solidarité dite financière, s’accomplit le plus souvent via des donations, prêts ou héritages. Dans la contribution du Professeur Marc Szydlik figurant dans le Rapport social 2012, il est fait mention de l'importance de la solidarité ou du soutien financier des aînés envers leurs descendants, à la fois de leur vivant – via des donations ou des prêts – mais aussi après leur décès – sous forme d’héritage. Il est toutefois intéressant de noter que toutes les familles ne sont pas empreintes d'une telle solidarité. D’une part, l’ampleur de la cohésion familiale peut être plus ou moins forte et, d’autre part, les familles aisées peuvent offrir davantage à leurs enfants, à la fois en terme de financement mais aussi en matière de conditions de vie (logement) et de possibilités de développement (formation). En cela, ce type de solidarité familiale peut créer ou accentuer les inégalités ou disparités sociales existantes.
Solidarité extra-familiale
Hors du cadre familial, une génération comprend généralement des personnes de même classe d’âges qui se différencie significativement des autres groupes ou cohortes antérieurs ou postérieurs. On parle volontiers de générations sociales, historiques ou politiques – par exemple la génération du baby-boom, la génération d'après-guerre, la génération « sandwich » ou encore la génération Y. La solidarité extra-familiale s’exprime en premier lieu sous la forme de prestations sociales. En effet, cette forme de solidarité s’est développée dès 1948 en Suisse par la création de l’AVS, qui sera suivie par la mise sur pied d’autres assurances sociales comme l’assurance-invalidité, l’assurance-chômage, l’assurance-maladie, la prévoyance professionnelle (LPP) et plus récemment, l’assurance-maternité. Si on considère les dépenses sociales suisses selon leurs fonctions en 2010, on constate que plus de 70% se rapportent à la vieillesse et à la maladie. Le facteur « familles et enfants » arrive en quatrième position, après l’invalidité, et représente 5% du total des prestations sociales. Un élément explicatif important dans l’attribution de ces prestations est le vieillissement démographique qui, lui, est dû à deux éléments principaux : l’accroissement de l’espérance de vie faisant augmenter le nombre de personnes âgées et une natalité en baisse n’assurant plus le renouvellement des générations. Une population présentant une forte proportion de personnes âgées doit faire face à d’autres besoins – soins de santé principalement – et nécessite une solidarité plus grande de la part des générations actives, afin de maintenir les acquis sociaux.
La solidarité extra-familiale n’existe pas uniquement sous la forme de prestations sociales. Elle se réalise également via le soutien ou l’aide mutuelle que peuvent s’apporter les différentes générations. A ce propos, on peut prendre l’exemple du travail bénévole informel. Il est plus fréquent chez les personnes d’âge moyen voire avancé et dans la majorité des cas, il prend la forme de « menus services » effectués dans le cadre de relations amicales ou de bon voisinage ; travaux pratiques ou ménagers, garde d’enfants, jardinage, bricolage, etc.
Source : Rapport social 2012, indicateur « Bénévolat informel »
Ce type de bénévolat repose en grande partie sur un réseau d’entraide réciproque dans l’entourage personnel. En outre, il est généralement plus fréquent, voire intensif, auprès des femmes que des hommes, parce que les femmes – mères ou personnes âgées vivant seules – sont davantage tributaires de l’aide de voisins ou d’amis. Les hommes se chargent plus fréquemment de travaux pratiques. Quant à la garde d’enfants, elle est essentiellement une forme d’entraide entre (jeunes) femmes. Ces solidarités intrafamiliales et extra-familiales peuvent être complémentaires et constituent des éléments importants pour la cohésion sociale. Toutefois, l’appartenance à l’une ou à l’autre génération n’est pas l’élément central de l’identité de chacun. Il est clair que dans certaines situations, on peut s’identifier aux jeunes, aux seniors, aux parents, aux enfants, etc. Mais tout aussi souvent, on se définit comme homme ou femme, père ou mère, employé ou patron, Suisse ou étranger. Ainsi, le genre, le niveau de formation ou de revenu ou encore la nationalité sont souvent plus importants que l’âge ou l’appartenance à une génération.
Eléments tirés de la publication
Bühlmann, Felix, Céline Schmid Botkine, Peter Farago, François Höpflinger, Dominique Joye, René Levy, Pasqualina Perrig-Chiello et Christian Suter (2012), Rapport social 2012 : Générations en jeu. Zurich : Seismo, 332 p.
Autres références
Lüscher, Kurt et al. (2010), Générations, relations intergénérationnelles, politiques des générations : un abrégé trilingue. Berne : Académie suisse des sciences humaines et sociales.
OFS, Site Internet, Accueil extrafamilial des enfants en 2009.
OFS (2012), Comptes globaux de la protection sociale (CGPS) : Résultats concernant la période de 1990 à 2010. Adaptations méthodologiques. Neuchâtel : OFS.
Une entrée publiée par Celine Schmid Botkine