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Dans les années 1960, le très flegmatique Andy Warhol redéfinit à lui tout seul les concepts liés à l'art, à la célébrité, à la popularité. Tout cela se passe dans sa très fréquentée Factory. Elle porte bien son nom: c'est une usine à produire de l’art, mais aussi un lieu où l’on recherche les fameuses "quinze minutes de gloire" promises par le pape du pop art.
Cette usine underground a légitimé la production en série comme processus créateur. Tout commence à l'été 1963, quand Andy Warhol décide de prendre ses quartiers artistiques sur la 47ème Rue de New York. Il y invite ses proches, des intellectuels et artistes influents: la scène artistique new-yorkaise bouillonne.
>> A voir, "La Silver Factory d'Andy Warhol":
Underground et "pipolisation"
Dans cette usine à fabriquer de l'art, des tendances a priori contradictoires se côtoient. C'est un haut lieu de la culture underground, alternative. Mais c'est aussi une machine à forger des célébrités. On entre en quidam à la Factory, on en ressort en superstar: c'est l'invention du processus de "pipolisation".
Quand on vient dans l'atelier d'Andy Warhol, on est sûr de croiser un nom important du moment: l’actrice Judy Garland, l’auteur Truman Capote, les musiciens Mick Jagger, David Bowie ou Bob Dylan, l'artiste Max Ernst ou les figures de proue de la Beat Generation Allen Ginsberg et William Burroughs.
Le commerce de l'art
Andy Warhol maîtrise parfaitement la commercialisation de l’art, lui qui a fait ses armes dans la publicité des vitrines et des magazines. Au moment de la création de la Factory, il est déjà un artiste pop bien établi, mais il choisit de délaisser la peinture pour s’entourer de personnes qui ont suffisamment d’idées pour combler son manque.
Ses éminences grises s’appellent Gerard Malanga, Ultra Violet ou encore Paul Morrissey.
C'est moi qui voulais m'investir dans le rock'n'roll pour récolter du fric. Ce n'était pas l’idée d'Andy, il n'y aurait jamais pensé. Même après que j'ai eu l’idée, il a fallu que je lui force la main […]. Si vous saviez comment ça se passait vraiment à la Factory, vous comprendriez qu'Andy ne faisait rien du tout, à part attendre que tout le monde fasse tout à sa place.
Le Velvet Underground
S'il y a bien une étape qui marque l'histoire de la Factory, c'est la bande-son créée par le groupe de la maison, le Velvet Underground. Assemblé par Andy Warhol, le Velvet est la rencontre entre le génie créatif et lyrique de Lou Reed, associé au drone (musique minimaliste) de John Cale, aux guitares de Sterling Morrison, aux rythmiques quasi-chamaniques de Moe Tucker et à la voix spectrale de Nico.
Le Velvet Underground est le support musical et scénique idéal pour les films expérimentaux de Warhol, mélangés à des simulacres sado-masochistes sur scène. En 1965, Andy Warhol annonce que le Velvet est son groupe et que, grâce à lui, la Factory deviendra la première discothèque à but artistique du monde.
>> A écouter, "Femme fatale" du Velvet Underground:
Le déclin de la Factory
Il y aura en tout trois Factories. La Silver Factory, jusqu’en 1968 sur la 47ème Rue. Mais la clique est forcée de déménager, le bâtiment doit disparaître. Andy Warhol déplace ses ateliers au sixième étage du 33 Union Square West – dans le même immeuble que la permanence du parti communiste.
Le 3 juin 1968, Valérie Solanas, artiste radicale et souffrant de schizophrénie paranoïaque, débarque à la Factory et tire trois fois sur Warhol. Pendant un bref moment, il est déclaré cliniquement mort. Finalement, il s'en sort, mais tout change à partir de là: la Factory est désormais moins ouverte, pour garantir la sécurité de l’artiste.
En 1973, la Factory s'installe à Broadway. Warhol se consacre largement à ses sérigraphies. Il meurt quinze ans plus tard d'un arrêt cardiaque, suite à une opération pourtant courante de la vésicule biliaire. Un comble alors qu'il avait fait l'objet d'une tentative d'assassinat.
Sujet radio: Ellen Ichters
Adaptation web: Pauline Rappaz
"Andy Wharol & la Factory", quatre épisodes diffusés sur Couleur 3 et à (ré)écouter.