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Deux avancées viennent d'être annoncées sur le front trop dégarni de la lutte contre ce fléau largement sous-estimé qu'est le paludisme ; une infection parasitaire qui tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique et entre un et trois millions de personnes par an dans le monde, selon les données de l'OMS. La première avancée vient des premiers résultats d'un essai clinique mené avec un candidat vaccin mis au point par des chercheurs de l'Institut Pasteur de Paris et fondé sur une molécule de synthèse dérivée d'une protéine du parasite, dénommée MSP3, située à la surface de la forme mérozoïte du parasite infectant les globules rouges. Différents travaux préalables avaient montré que cette merozoïte surface protein était de nature à constituer une cible de choix pour les anticorps protecteurs chez l'homme.Une première publication a été faite mardi 16 novembre sur le site de la revue Public Library of Science Medicine tandis que les résultats de l'essai clinique de phase I sont annoncés dans la revue Infection and Immunity. On sait que la plupart des candidats vaccins antipaludéens sont sélectionnés en fonction des réactions immunitaires qu'ils déclenchent chez l'animal. Mais on sait aussi que beaucoup d'entre eux se sont révélés décevants lors du passage aux essais cliniques chez l'homme. C'est pour contourner cette difficulté que l'équipe de Pierre Druilhe (unité de parasitologie biomédicale, Institut Pasteur à Paris) a recherché chez des personnes «naturellement» immunisées comme on en trouve dans les zones d'endémie paludéenne d'Afrique et d'Asie, les éléments qui contribuaient à leur protection contre le parasite.Les chercheurs ont ensuite, sur 36 volontaires sains, testé la sécurité et la capacité à induire une réaction immunitaire de deux formes d'un vaccin à base de MSP3. Le candidat vaccin a été bien toléré, et des anticorps capables de reconnaître la cible MSP3 ont été induits chez 60% de ces volontaires. Ces anticorps ont d'autre part démontré in vitro qu'ils pouvaient s'opposer à la croissance et à la réplication du parasite. Ce candidat vaccin apparaît ainsi «dénué d'effets secondaires chez l'homme » et confère «des anticorps protecteurs de longue durée». Ces résultats ont poussé Pierre Druilhe et son équipe à lancer un essai de phase II permettant d'évaluer l'efficacité vaccinale chez des personnes exposées au risque parasitaire.Hasard ou pas, au moment où cette information était rendue publique, des chercheurs présentaient à Yaoundé (Cameroun) lors de l'ouverture d'une conférence mondiale sur le paludisme une étude confirmant les résultats prometteurs d'un vaccin expérimental contre la forme la plus grave de cette maladie, celle due au Plasmodium falciparum. Selon ces travaux parus depuis dans la livraison datée du vendredi 18 novembre du Lancet, ce candidat vaccin a permis de réduire de 35% la fréquence des crises «habituelles» de paludisme et de 49% celle des crises graves et ce pendant une période de dix-huit mois sur un groupe de plus de 1400 enfants du Mozambique vaccinés en 2003. Ces résultats «sans précédent» selon les auteurs de ce travail viennent confirmer l'efficacité du candidat vaccin «RTS,S/ AS02A» dont une précédente étude publiée en octobre 2004 dans le Lancet avait déjà montré les effets positifs pendant les six premiers mois suivant l'injection vaccinale.«Les résultats sans précédent démontrés dans ces travaux constituent une preuve supplémentaire qu'il est possible de mettre au point un vaccin capable de maîtriser la pandémie de paludisme dans les pays en développement» s'est félicité le Dr Pedro Alonso, de l'université de Barcelone, responsable de cette étude. «Plusieurs années de recherches sont encore nécessaires avant que ce vaccin soit prêt à être commercialisé», a pour sa part averti Jean Stéphenne, président de GlaxoSmithKline Biologicals, qui a participé à l'étude.Rappelons qu'une trentaine de candidats vaccins antipaludéens font actuellement l'objet d'essais cliniques dans le monde. Rappelons aussi qu'il y a précisément dix ans une étude publiée en 1994 et présentée alors comme une étape essentielle dans la lutte vaccinale contre le paludisme faisait l'objet d'une contestation aussi vive qu'inhabituelle. Cette contestation formulée dans le Lancet visait les premières expérimentations humaines d'un vaccin mis au point par le chercheur colombien Manuel Patarroyo et une étude menée en Gambie par des chercheurs gambiens et britanniques publiée, déjà, dans les colonnes du Lancet.Les critiques portaient sur les variations des structures de la substance vaccinale selon les lots, sur le caractère difficilement reproductible du vaccin, ainsi que sur l'évolution des critères d'efficacité retenus par son inventeur. Pierre Druilhe déclarait alors : «il n'existe ici aucune explication de type immunologique permettant de comprendre pourquoi les personnes vaccinées pourraient être protégées».