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Le Château
Il est vrai que le pan de mur qui s'offre à la vue du passant est bien discret, et provoque une certaine surprise ! Car c'est bien là le seul vestige, de ce qui fut jadis, l'une des plus importantes seigneuries du Pays de Vaud.
Aujourd'hui, le silence a remplacé en ce lieu, le bruit des lourdes cuirasses, des cottes de mailles et du cliquetis des armes. Les voix qui résonnèrent dans ses salles se sont éteintes, les seigneurs, les hommes et les femmes qui vécurent là sont morts depuis longtemps. Ce qui fut leur demeure n'a pas résisté à la dévastation du temps, des éléments et des hommes.
Construit au XIIe siècle sur le passage de l'ancienne route romaine de Vevey à Moudon, les bâtiments du château de Palézieux n'ont jamais eu l'importance de ceux du château d'Oron. Ils devaient offrir aux nobles sires de Palézieux une habitation bien étroite et peu confortable. Ils se composaient d'un simple donjon carré qui s'élevait sur le côté le plus menacé de l'enceinte, limitant une cour au "baille" entourée de murailles et protégée par un double fossé, abritant, sans doute, quelques dépendances dont il ne reste plus de traces.
Le donjon était primitivement la demeure seigneuriale, le poste de commandement de la place et aussi le dernier refuge des assiégés. C'était à cette époque, pour les châteaux, le seul point sérieusement fortifié.
Le château de Palézieux joua, au Moyen Age, un rôle très en vue. Situé sur une petite éminence, entouré de son double fossé, il commandait immédiatement le pont sur la Broye, la principale voie de communication dans la contrée. Ce pont pouvait facilement être mis en état de défense par quelques travaux, tels que barbacane du côté extérieur et par des barricades. Formé de deux rampes pavées se rencontrant en un point culminant au-dessus de la clef de voûte, ce pont avait été construit pour être facilement défendu, en cas d'invasion ou d'agression de seigneurs pillards, que pour les besoins d'une bonne circulation.
Sur tous ces ponts, les seigneurs et plus tard LL.EE. percevaient un droit de péage et de pontonnage, termes remplacés aujourd'hui par celui de douanes. Le péage était un droit de passage prélevé sur les marchandises et le bétail pour l'entretien des ponts et des routes. Il ne favorisait en rien le marchand indigène, qui y était soumis aussi bien que l'étranger. Les nombreuses redevances qui s'y ajoutèrent, formèrent ainsi en Suisse, jusqu'à leur suppression au milieu du XIXe siècle, une institution très diverse par l'origine, le mode de perception et de calcul des nombreux impôts prélevés sous ce nom général de péages.
Au début, les péages étaient une compensation accordée aux commerçants contre les entreprises de brigands. Mais la diversité des droits et tarifs, la multiplicité des postes de péage, l'affermage de ceux-ci par l'autorité, ouvrirent la porte à l'arbitraire, à l'injustice et à la confusion.
Les premiers seigneurs de Palézieux ne portaient pas d'autre nom que celui de leur terre. Famille de dynastes, le premier membre connu est Garnier, neveu de Baldrade, mentionné dans un acte de 1154 et qui fut un bienfaiteur du couvent de Haut-Crêt. Le membre le plus célèbre de la seigneurie fut Hugues de Palézieux, compagnon et serviteur fidèle du Comte Pierre II de Savoie. Homme de confiance, il joua un rôle considérable dans le Pays de Vaud et le Petit Charlemagne n'eut pas d'agent plus dévoué pour l'aider dans ses projets ambitieux. Hugues déploya tout son talent diplomatique pour réunir sous la suzeraineté de Pierre de Savoie, les principales seigneuries du Pays de Vaud. Donnant lui-même l'exemple, Hugues prêta hommage à Pierre de Savoie pour la seigneurie de Palézieux, le 19 mars 1255. Hugues ne tarda pas à être récompensé de ses bons services; en 1263, le Comte Pierre le désigna pour être son premier Bailli de Vaud.
Malgré la haute position occupée par Hugues de Palézieux, sa situation financière était loin d'être brillante. A sa mort, survenue en 1276, sa famille se trouva dans de graves embarras financiers. Son fils aîné Guillaume II, aurait eu besoin, pour ramener un peu d'ordre dans ses affaires, de beaucoup de sagesse et d'économie; il n'en n'avait malheureusement ni l'une, ni l'autre.
En 1302, le tuteur des enfants de Girard II, fils de Guillaume, se vit forcé de vendre au nom de ses pupilles, le berceau de la famille, à savoir le château et la seigneurie de Palézieux avec toutes leurs dépendances à Nicolas de Billens. Cette vente consommait l'entière ruine de la maison de Palézieux.
Humbert de Billens, fils de Nicolas, dans le but d'augmenter à la fois l'importance de sa seigneurie et le bien-être de ses sujets, commença à bâtir un bourg fortifié. Il le concentra sur l'emplacement actuel, entre la Broye et la Mionnaz; il l'entoura de murailles et de fossés et remit en état les remparts du château. Le pont devint la principale communication entre les deux rives de la Broye.
De plus, Humbert de Billens concéda à perpétuité, par une charte du 9 mai 1344, aux bourgeois et habitants du bourg, des libertés et franchises étendues. Cette charte est intéressante au point de vue de la législation, de l'état social et des m?urs de cette époque. Elle renferme des prescriptions de police urbaine et rurale, des règles de droit civil, de droit pénal et de procédure. C'était un vrai contrat passé entre le seigneur et les bourgeois.
En voici un aperçu : un marché a lieu tous les mercredis. Ce jour-là, acheteurs et vendeurs doivent au seigneur les vendes (droit féodal dû par les marchands ou vendeurs qui fréquentaient les marchés). Chacun peut vendre à sa fenêtre ce qu'il lui plaît, sauf ce que débite le boucher. Ce genre de commerce n'est pas soumis à la vende si ce n'est pendant les jours de marché. Pour tout délit, le seigneur perçoit une amende qui va de 60 sols pour les coups de bâton à 5 sols pour un soufflet. Il n'est pas nécessaire que la victime se plaigne. Si elle le fait assez tôt, avant que le coupable ne soit poursuivi d'office, elle est indemnisée et reçoit, par exemple, 30 sols pour le coup de bâton ou 30 deniers pour la gifle. Les bourgeois sont protégés contre le mercantilisme : les bouchers ne doivent gagner qu'un denier par sol; les boulangers ont droit à 2 deniers par coupe; le meunier est astreint à moudre trois muids de froment pour une coupe.
Quant aux impôts, en voici quelques modalités. Les maisons du bourg sont soumises à la toise, redevance proportionnelle à l'étendue de la façade. En revanche, en cas de vente, elles sont exemptées du laud au seigneur. L'acquéreur ne doit payer qu'une coupe (soit huit pots) de vin. La taxe de commerce est de 2 sols, 2 deniers lausannois pour le boulanger, de 3 sols, 9 deniers nouveaux pour le boucher, d'une paire de souliers pour le cordonnier et d'une coupe de vin pour le cabaretier. Les bourgeois font huit jours de service militaire (la chevauchée) à leurs propres frais. Les gens taillables peuvent se faire affranchir. Cette charte comporte 58 article. A la fin de l'acte, figue une liste de témoins. On y retrouve les ancêtres de ceux qui portent aujourd'hui ces noms.
Le château et la seigneurie de Palézieux relavant du Comte de Savoie, le propriétaire n'avait pas le droit de les aliéner sans le consentement de son suzerain. Or, il arriva que Humbert de Billens se permit de vendre Palézieux à Pierre, fils de Jean de Billens, à l'insu du Comte de Savoie et sans avoir accompli ses devoirs de vassal. Amédée IV apprenant cela, reprit à lui la seigneurie de Palézieux, mais ne voulant dépouiller complètement la famille de Billens et désirant faire chose agréable à Marguerite de Grandson, femme de Pierre de Billens, il lui inféode cette terre au prix de 2200 florins d'or bon poids, le 14 mars 1363. Peu de temps après, Pierre de Billens mourut. Sa veuve et héritière, la dame de Palézieux, épousa en troisième noces Rodolphe IV, Comte de Gruyère. C'est de cette union que naquit François de Gruyère, seigneur d'Oron, auquel sa mère transmit plus tard la terre de Palézieux, dont l'histoire devint commune à celle de la seigneurie d'Oron.
Le château de Palézieux, déjà en fort mauvais état lors de l'acquisition de la seigneurie par la ville de Berne, ne tarda pas à tomber en ruines. Dans une délimitation de la seigneurie faite en 1629, il est désigné comme suit : "Premièrement le château et forteresse de Palézieux, avec les fossés à l'entour, lequel est "casy ruyné". En 1773, le toit du donjon existait encore et, triste destin, il servait à abriter les bois de justice, soit l'échafaud qu'on démontait et remisait là après chaque exécution. Dans une lettre datée du 8 mars 1773, le Bailli d'Oron, Charles Frédéric May, réprimande le châtelain Demiéville parce que celui-ci a négligé de faire remiser les bois de l'échafaud. Il ne reste de cette forteresse qu'un enclos formant un jardin et du côté de la route, un pan de mur.
Le vieux pont, par contre, a résisté au temps. Emporté en 1700, suite à un débordement de la Broye, il ne fut rétabli et achevé qu'en 1750 ...suite à diverses pétitions ! Aujourd'hui, modernisé, le pont contenue à rendre les mêmes services qu'autrefois.
Elisa Rossier