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Célia Houdart a l'art de relier les êtres et les événements à travers le monde
Chandra, un Indien qui achève sa thèse à Paris, est logé sur l’île Saint-Louis; il se promène le long de la Seine dont les berges sont bien différentes de celles du Hooghly, le fleuve qui traverse Calcutta. Ses échanges par Skype avec sa famille immergent le lecteur dans le quotidien des deux métropoles, selon une alternance fluide des chapitres.
L’eau
L’élément liquide irrigue les livres de Célia Houdart. De son premier, "Les merveilles du monde", écrit au bord du Léman, à son avant-dernier, "Tout un monde lointain", situé sur la Côte d’Azur. Une constante qu’elle attribue "à son enfance au bord de la Seine et à la manière dont les fleuves relient les populations". Toutefois, alors que Chandra déchiffre d’anciennes inscriptions sur les murs au bord de la Seine, son père qui dirige une usine de traitement des eaux se débat dans le "water business".
L’inquiétude
Chacun à sa manière - théorique ou pratique - les personnages imaginés par Célia Houdart tentent de déchiffrer le monde qui les entoure. La mère de Chandra, économiste, est perturbée par la présence d’une chauve-souris dans son bureau à l’Université. Elle sait les risques de fièvre hémorragique liés à "un simple contact avec un aliment contaminé par elle". Autre signe inquiétant: la montée du nationalisme en Inde, qu’elle décrit à son fils, sur Skype. Le père du jeune homme découvre un petit singe empoisonné près du fleuve Hooghly; à Paris, Chandra assiste, choqué, à l’intervention brutale de la police auprès de jeunes filles présentant une pétition aux passants.
L’auteure relie ces événements éloignés mais concomitants par un fil discret évoquant les ligatures de l’écriture hindi qu’elle a admirées lors d’un séjour en Inde. Elle "déplie" des correspondances entre ici et ailleurs à travers les odeurs – marchés aux fleurs de Paris ou Calcutta – qui rapprochent les humains indépendamment de leur appartenance géographique.
>> A écouter, un entretien avec Célia Houdart:
La main
Le passé et le présent se mêlent étroitement dans ce livre intitulé "Le Scribe" en référence à la statue du Louvre: Margot, l’étudiante dont Chandra tombe amoureux leur trouve une ressemblance. Le travail du scribe qui tient le compte des possessions du pharaon et celui du mathématicien moderne s’inscrivent dans une même volonté d’écrire le monde. L’écriture est au cœur de ce roman que Célia Houdart a conçu après la mort en 2018 de celui à qui elle devait son statut d’auteure, l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens.
"A l’ordinateur ou dans des cahiers, l’écriture reste un geste de la main qui engage le corps tout entier". A travers les émotions et les sensations convoquées, écrire est un acte plus physique qu’on ne l’imagine pour Célia Houdart qui a été metteure en scène et compositrice d’œuvres plastiques et sonores avant de devenir écrivaine. Hasard ou prémonition, ce roman du toucher paraît au moment où tout contact par la main est proscrit.
Geneviève Bridel/aq
Célia Houdart, "Le Scribe", Editions P.O.L
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Publié le 22 avril 2020 à 14:22 - Modifié le 22 avril 2020 à 15:15