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Art Dans «Le cri» de Munch, le personnage ne crie pas
Une phrase sous une lithographie indique qu'en fait il se bouche les oreilles en entendant le «cri de la nature».
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Combien de fois les multiples versions du «Cri» ont-elles servi d'illustrations pour symboliser une personne en train de pousser un hurlement? Les différents tableaux du peintre norvégien Edvard Munch ont été érigés en représentations universelles de l'anxiété. Anxieux, le personnage l'est. Mais en revanche, il ne crie pas. C'est ce que l'on pourra découvrir grâce à une lithographie exposée au British Museum de Londres dans le cadre de l'expo «Edvard Munch: amour et peur» qui se tiendra du 11 avril au 21 juillet 2019.
Munch a donc exécuté plusieurs versions de son fameux «Cri»: deux peintures, deux pastels et plusieurs lithographies. Il commence par une peinture, en 1893. Et, deux ans plus tard, il en tire une lithographie. C'est celle-ci qui révèle le vrai sens de la peinture. En dessous ce l'image, imprimée en Allemagne, il y a en effet une inscription manuscrite: «J'ai senti un grand cri passer dans la nature».
La phrase écrite sous la lithographie. CC BY 4 The Munch Museum
D'ailleurs, à la base, le tableau devait s'appeler «Le cri de la nature.» On connaît l'événement qui lui a inspiré ces représentations. Munch se promenait au bord du fjord à Oslo en 1892 lorsque le ciel est devenu rouge (un coucher de soleil spectaculaire). Ses deux amis continuèrent, comme si de rien n'était mais lui, épuisé, appuyé à une barrière, anxieux, aurait alors ressenti ce cri de la nature. C'est ce sentiment qu'il a voulu exprimer, avec un personnage asexué qui se bouche les oreilles, mais ne crie pas, contrairement à la plupart des interprétations qui ont été faites de ce tableau.
Controverse
En présentant cette version rare du «Cri» (avec 50 autres œuvres du peintre prêtées par le Musée Munch), le British Museum insiste sur cette explication. Mais l'ancien directeur du Musée Munch d'Oslo avait un autre avis, disant que ce n'était que l'une des interprétations: on pouvait aussi, selon lui, y voir une personne qui crie. Son successeur explique en revanche dans les colonnes du «Telegraph» que les mots de Munch montrent clairement qu'il s'agit bien d'une personne qui se couvre les oreilles en entendant la nature crier.
(Le Matin)
Créé: 24.03.2019, 11h35