Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07159.jsonl.gz/340

Un journaliste du Nouvel Observateur s'est récemment moqué de la chanteuse bretonne Nolwenn Leroy pour des motifs plus ou moins valables, et la chanteuse a trouvé ses critiques extrêmement perfides, et prétendu qu'elles assimilaient son succès à la montée de Marine Le Pen dans les sondages. J'ai lu l'article, et cela ne m'a pas sauté aux yeux, mais je pense aussi que son contenu était perfide: il assimilait les amateurs de culture bretonne au mouvement dit de la Vendée: non seulement on les disait hostiles au centralisme, mais à la République même, comme si la République supposait forcément l'effacement de la culture bretonne au profit de la Culture Commune imposée depuis Paris. L'idée était présente que la lumière ne vient au fond aux esprits que depuis le centre politique du pays.
A mes yeux, pourtant, le principe de Liberté dit qu'il existe autant de phares que de citoyens: sinon, le vote serait dicté, lui-même, par l'État, et il n'y aurait plus de démocratie. Les citoyens mis ensemble réunissent ensuite - dans ma conception qui, je crois, est aussi celle de Rousseau et de son Contrat social - leur clarté propre, constituant alors des sources de lumière nouvelles, démultipliées.
On peut en tirer que la capitale brille d'un éclat particulier; mais les capitales régionales ont aussi leur éclat, que je dirais intermédiaire. Et le fait est qu'il existe bien une Région Bretagne, et que personne n'a pu prouver que cette existence était contraire aux lois de la République.
Sans doute, en conservant toutes ses prérogatives en matière d'éducation, l'État central a atténué les possibilités, pour ces phares intermédiaires, de briller: l'éclat en reste incertain. Car l'éducation est la base de la culture: ce qui s'appelle culture en dehors de l'éducation n'a à mon avis pas une grande force. Mais Nolwenn Leroy est dans les circuits du marché de la chanson: elle est donc censée être libre de développer la couleur culturelle qu'elle veut. A cet égard, me semble-t-il, les régions sont censées être égales, et les citoyens dans leur ensemble, fraternels.
Si l'État central devait diriger toute la culture, si on considérait que la seule lumière qui pût venir aux esprits était celle de Paris, on ne serait pas si éloigné de l'Ancien Régime, je pense. La seule différence étant dans le degré de souveraineté de l'ensemble: puisque même Louis XIV n'avait pas coupé les ponts avec le Pape - héritier, jusqu'à un certain point, de l'ancienne Rome. Cependant, on admet, je crois, que la liberté de conscience a aussi son application individuelle.