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Les mots distribution, disposition et composition sont-ils synonymes? A partir du XVIIIe siècle, dans les traités et les divers écrits sur l’architecture, les mots distribution et disposition, puis composition sont couramment employés. Avant que ces mots n’acquièrent chacun une signification particulière, leur usage peut cependant quelquefois apparaître imprécis, sinon indifférent. Il est donc nécessaire de comprendre comment ils se sont différenciés, et comment le mot composition est devenu d’un usage général pour désigner la conception même de l’architecture.
Distribution et régularité des pièces
Lorsque Jacques-François Blondel (1705-1774) publie, en 1737-1738, De la Distribution des maisons de plaisance et de la décoration des édifices en général, il aborde des problèmes dont les architectes français sont réputés s’être fait une « spécialité » en développant une « manière française » beaucoup plus préoccupée des dedans que la « manière italienne » attentive aux dehors. Cette opinion devient peu à peu une espèce de lieu commun, et de nombreux théoriciens s’expriment au sujet de cette prédilection française pour les dedans, c’est-à-dire pour la distribution. Marc-Antoine Laugier (1713-1769), par exemple, n’hésite pas à déclarer quelques années plus tard: « Rendons justice à nos Artistes : la distribution est une partie qu’ils possedent au souverain dégré.»
A la fin du XVIIIe siècle, la réputation des artistes français relativement à la distribution serait même devenue internationale, si l’on en croit par exemple les frères Robert (1728-1792) et James Adam (1732-1794) qui parlent de « French style » au sujet de l’organisation d’appartements conçus pour «la convenance et l’élégance de la vie ». Décrivant l’une de leurs réalisations, une demeure pour le duc de Northumberland, ils rendent explicitement hommage aux architectes français desquels ils ont beaucoup appris, insistant sur le fait que ceux-ci sont devenus les maîtres d’un genre et qu’« ils ont réuni magnificence et utilité dans les hôtels de leur noblesse, et en ont fait un objet d’imitation universelle ».
Cette réputation est confirmée par Jean-Charles Krafft (1764-1833) et Nicolas Ransonnette (1745-1810). En conclusion de leur grand recueil de maisons et d’hôtels construits à Paris et dans ses environs à la fin du XVIIIe siècle, ils n’hésitent pas à affirmer : « Ce ne fut que pendant le règne de Louis XV que l’on s’attacha par réflexion à réunir l’utile à l’agréable, et à donner à l’intérieur des Batimens civils les commodités qui leur avaient manqué jusques-là, au point de faire de leur distribution en quelque sorte un art tout nouveau. On vit à cette époque s’élever une multitude d’hôtels, de maisons de campagne et de plaisance, qui étaient recommandables par les agrémens de leur distribution, et qui valurent une telle réputation à notre Architecture, que la plupart des souverains de l’Europe s’empressèrent de s’attacher des architectes français, ou d’en attirer dans leurs Etats. »
Après cette reconnaissance d’un art nouveau de la distribution, revenons à Laugier et attachons-nous à comprendre ce qu’il en est de cet art. Laugier distingue la distribution extérieure qui « a pour objet l’arrangement des entrées, des cours & des jardins » et la distribution intérieure qui « touche encore de plus près à la commodité du logement, que l’extérieure ». L’arrangement des entrées, des cours et des jardins est relatif à la manière d’établir des relations avec l’extérieur du bâti, tandis que la distribution intérieure regarde les relations entre les pièces d’habitation. Une distinction entre distribution extérieure et distribution intérieure est aussi faite par Blondel, tant dans De la Distribution des maisons de plaisance et de la décoration des édifices en général, que dans le Tome IV de son Cours d’architecture, tome paru en 1773 et consacré à un « Traité de la distribution extérieure et intérieure des bâtiments ». Mais pour Blondel, de façon plus précise, la distribution «intérieure » des bâtiments eux-mêmes se partage en deux branches, l’une qui regarde l’aspect extérieur, l’autre les divisions intérieures, l’une qui « contribue à déterminer la répartition des avant-corps, des pavillons, des arrière-corps, et des corps intermédiaires qui procurent un certain mouvement à l’ordonnance des façades », l’autre « qui a pour objet la division des pièces qui composent l’intérieur des appartements ».
Si la distribution qui regarde l’aspect extérieur a plutôt partie liée avec la décoration et la beauté, la distribution qui regarde les divisions intérieures a, elle, d’abord partie liée avec la commodité. Blondel décline ainsi la trilogie vitruvienne : solidité = construction ; commodité = distribution; beauté = décoration, chacun des termes correspondant à une partie du Cours d’architecture, la première étant consacrée à la décoration, la deuxième à la distribution et la troisième à la construction.
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L'auteur :
Jacques Lucan est architecte et historien, professeur à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et à l'Ecole d'architecture de la ville et des territoires à Marne-la-Vallée.