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Photo : ©Bob Fisher
Rédigé par : Karen Ruffieux
COMBAT • Sport de lutte japonais, le sumo est strictement interdit aux personnes de sexe féminin. Considérées comme impures, elles ne peuvent monter sur le ring. Pourtant, le sumo féminin se développe en parallèle. Quelles sont les origines de ce sport et d’où vient une telle incohérence ?
En avril 2018 à Maizuru, une municipalité dans la préfecture de Kyoto au Japon, le maire de la ville s’est effondré en plein discours à la suite d’un AVC. Plusieurs femmes, dont une médecin, se précipitaient alors pour lui faire un massage cardiaque. Malheureusement, cela avait lieu sur le dohyo ; la plateforme recouverte de sable sur laquelle luttent les sumos. Bien que leur geste aurait pu sembler héroïque, le message qui commençait à être diffusé par les hauts-parleurs de la salle était celui de quitter immédiatement les lieux. Non pas que quelqu’un d’autre était plus habilité à sauver le maire, mais bien parce qu’elles étaient des femmes.
Tout a une origine
Le kegare dans le shintoïsme, religion antérieure au bouddhisme, désigne la souillure. Il est le fait d’outrepasser un acte interdit qui renvoie au sacré, pouvant ainsi entrainer des châtiments. Les causes de kegare sont : tout contact avec la mort, la maladie, le sang, et les excréments. De cette manière, sont jugées impures les personnes dont un proche est mort lors du mois précédent, les gens dont la santé est sujette à une altération – y compris pour les grossesses – mais aussi les personnes ayant des menstruations. Concernant les origines du sumo, celles-ci remontent à plus de 2000 ans et conservent de nombreux rituels religieux shinto. La source la plus ancienne retrouvée à propos de ce sport fut en l’an 712 dans le kojiki, recueil de mythes concernant l’origine des îles japonaises. Ce premier rouleau racontait la lutte entre deux dieux et comment le vainqueur obtint la possession des îles, puis fonda la famille impériale dont l’empereur actuel serait le descendant. Le dohyo est ainsi, encore aujourd’hui, considéré comme un lieu sacré. Celui-ci est d’ailleurs construit avant chaque tournois. Le sable sur lequel lutteront les sumos doit être vierge de toute marque. Lorsque le combat est terminé, celui-ci est désinstallé. Il arrive parfois que les spectateur·ice·s puissent rentrer chez eux·elles en emportant une petite partie du dohyo.
Un sport pour tous les sexes
C’est après l’incident de Maizuru que les choses ont commencé à changer. Le maire s’en est finalement sorti, des excuses ont été prononcées publiquement à ces femmes et en 2019 un nouveau tournoi sumo féminin a vu le jour. C’est d’ailleurs Senna Kajiwara, une petite fille de 12 ans qui a remporté la première place de sa catégorie. Malgré l’incompréhension de ses proches à vouloir pratiquer ce sport, elle affirme avoir la chance de pouvoir faire ce qu’elle veut et encourage ainsi les autres à faire de même. Elle n’est pas la seule à mener ce combat. Kon Hiyori, femme sumo et plusieurs fois championne, est devenue une figure importante du féminisme au Japon grâce à ses revendications. Toutefois, elles ne sont autorisées à concourir qu’en amatrices car en ce qui concerne les professionnels, seules les personnes de sexe masculin, d’un certain poids et d’origine japonaise sont autorisés. Le chemin est encore long pour se faire accepter, mais rien n’est figé et les femmes sont plus que déterminées à obtenir ce qu’elles veulent.