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hd. Pour comprendre, estimer à leur juste valeur et classer les événements et les processus actuels, il est nécessaire de se faire une idée du développement de la société, de l’économie et de la politique. En remontant le temps, il faut les examiner avec un esprit éveillé pour disposer d’une idée globale et pour savoir les évaluer dans une perspective humaniste. Les prises de consciences qui en résultent sont au service du bien commun. Cela est vrai également pour les domaines de la formation et de la médecine (les sciences sociales), ainsi que le démontre l’article suivant, de facon impressionnante.
Aujourd’hui, les enfants remarqués pour des faiblesses d’apprentissage ou de comportement sont déjà diagnostiqués à l’école et dès le niveau de la maternelle, par des symptomes psychiatriques tels que le TDAH, l’autisme, le syndrome d’Asperger etc. Leur traitement thérapeutique consiste souvent en médicaments psychotropes tel que la Ritaline. Il n’en a pas été toujours ainsi. Dans les années 60 du siécle dernier on soignait les troubles de comportement selon leur domaine spécifique par des mesures pédagogiques, psychologiques ou éducatives. Les observations suivantes vont montrer, à quel point le changement de paradigme dans le domaine de l’éducation rejettant la conception personnaliste de l’homme ont entrainé parallèllement des dérives sur le plan du diagnostic médical.
En efffet, depuis les années 60 des réformes scolaires permanentes ont favorisé le changement de la conception personnaliste de l’homme vers la psychiatrisation du comportement de l’enfant. Il en résulte une augmentation des troubles mentaux chez les enfants.
Nous autres, pédiatres, nous étions obligés à nous pencher sur ce problème et à développer un point de vue selon notre déontologie professionnelle.
A Hambourg, à la fin des années 60 et vers le début des années 70 du siècle dernier, dans un délai assez court, un nombre inhabituellement élevé d’enfants de 6 à 8 ans, a été reçu dans le service psychosomatique d’une des plus grandes cliniques pédiatriques d’Allemagne. Les enfants avaient l’air nerveux et déstabilisé et affichait toute une série de comportements inhabituels. Ces enfants venaient tous du land voisin, du Schleswig-Holstein. Ils y accomplissaient les deux premières années de l’école primaire. Le professeur Seelemann, chef de la clinique pédiatrique de Hambourg et responsable du service psychosomatique, s’étonna beaucoup de cet événement. Il fit des recherches et trouva que dans les écoles en question, on avait remplacé, sans période de transition, la méthode analytique en apprentissage de la lecture et de l’écriture par la soi-disant méthode globale. A l’époque, la méthode globale étant vue comme très progressive, faisait mémoriser des images de mots entiers en empêchant ainsi la compréhension de la construction de notre écriture. La méthode analytique-synthétique y est indispensable, parce qu’elle met en relation le son et le signe. Le professeur Seelemann comprit instantanément, que le changement de la méthode d’apprentissage fut la cause des comportements problématiques de beaucoup d’enfants. Il prit conseil auprés de la directrice du service psychiatrique et pédiatrique de la clinique universitaire. Immédiatement, ils rendirent visite à l’administration scolaire et leurs soupçons furent confirmés. Ils demandèrent la réintroduction immédiate de la méthode analytique. Les représentants de l’administration scolaire firent preuve de compréhension suite à l’objection des autorités pédiatriques. Ils changèrent de méthode et peu de temps après, il n’y eut plus d’enfants avec des troubles de comportement, dans ces écoles. A l’époque, on ne faisait pas de diagnostics psychiatriques et on ne préscrivait pas de thérapie avec des médicaments psychotropes. On en repérait les causes dans le domaine de la pédagogie et c’est à ce niveau que les symptomes étaient pris en compte. Le diagnostic médical reposait encore sur un prélèvement exact de l’anamnèse. D’après ce principe, l’anamnèse constitue la moitié du diagnostic.1 L’histoire nous est contée, entre autre, pour en tirer des leçons.
En 1975, ma fille est en première classe de l’école primaire dans notre commune: sans avertissement ni explication, on introduisit la théorie des ensembles en mathématiques. Ce n’était qu’après son introduction qu’on en informa les parents de la grande importance et du progrès de cette théorie. Le soir, les parents, avec leurs enfants, essayèrent de comprendre la théorie et le sens des ensembles. Quant à moi, je n’en compris rien. J’avais l’impression de m’occuper d’insensées chimères cérébralo-acrobatiques. D’autres parents ressentaient la même chose. Nous ne retenions pas notre critique. Nous n’étions pas encore marqués par l’esprit du temps, mais nous tenions en respect les valeurs.
Quelques semaines plus tard, l’institutrice arrêta de corriger les fautes d’orthographe. Nous, les parents, nous nous mîmes d’accord et participâmes à la réunion des parents.
Nous demandâmes à l’institutrice, de renoncer à la théorie des ensembles et de réintroduire l’apprentissage de l’orthographe correcte qui avait fait ses épreuves. Nous nous exprimâmes de facon claire. L’institutrice promit de présenter notre demande au directeur de l’école et de nous tenir au courant. Quatre semaines écoulées, nous n’avions toujours pas de réponse. Tout se déroulait comme avant. Nous autres parents, nous avions élaboré un plan pour le cas où. Nous invitâmes à une autre réunion des parents en présence du directeur et du chef de l’administration scolaire de la ville de Hambourg. Le directeur apparût mais pas l’administrateur. Nous exprimâmes notre étonnement concernant le non lieu d’être informé ni par le directeur ni par l’institutrice. Le sénateur ne s’était même pas excusé pour avoir manqué le rendez-vous. Le représentant des parents présenta notre demande: Il faut abandonner la théorie des ensembles au cours de la semaine suivante et réintroduire l’enseignement de l’orthographe. Sinon nous allions sortir nos enfants de l’école, engager un enseignant à titre privé et informer la presse. En connaissance de cause, nous en assumerions les conséquences. Comme contribuables, nous nous attendons à ce que l’école forme nos enfants de telle sorte qu’ils soient capables d’apprendre un métier plus tard. Un point, c’est tout! Nous formions une bonne communauté de parents indignés et dynamiques.
Quinze jours plus tard, l’institutrice, sans souffler mot, revint à l’ancienne méthode de calcul. Après un an, elle m’expliqua qu’il s’était avéré que la nouvelle méthode était inutilisable. Hésitante, elle recommença à revaloriser l’orthographe. Nous autres parents, il nous fallait intervenir à plusieurs reprises et faire des recommandations. Nous apprîmes que l’institutrice avait dit aux enfants, qu’il ne fallait pas que les parents corrigent les fautes d’orthographe à la maison. Cela était, pour ma fille, une source de conflit entre nous, ses parents et l’institutrice. La conséquence en était une déstabilisation dans le processus de l’apprentissage.2
Dans d’autres écoles, les réformateurs faisaient continuer ces égarements au dépens des enfants. Ainsi, il n’était pas étonnant que dès le début jusqu’au milieu des années 80 du siècle dernier, on commença, dans les établissements s’occupant d’enfants à développement retardé et handicapé, peu à peu à diagnostiquer le Dysfonctionnement cérébral minime (DCM) ou tout simplement le Dysfonctionnement cérébral (DC) auprès des enfants qui se heurtaient de temps en temps aux autres ou qui, tout simplement, étaient très vivants. Il y avait beaucoup d’enfants montrant un comportement problématique à cause des réformes scolaires. En Suisse, on parlait d’un syndrome psycho organique (SPO). En même temps, le même diagnostic apparut en Suisse sous un autre nom et avait pour effet de provoquer l’étonnement de quelques pédiatres. Pourtant, en ancienne RDA, ces «signes cliniques» n’existaient pas!
Là aussi, on peut tirer des lecons de l’histoire.
Les enfants n’étaient pas problématiques dans leur comportement et les pédiatres n’auraient pas eu l’idée de leur prescire un traitement médicamenteux. Il y avait une légère prépondérance masculine. Un groupe de pédiatres plus âgés et bien expérimentés avait émis l’avis du besoin d’une plus grande éducation à la maison. On se posait aussi la question de savoir si le comportement problématique ne relevait pas du laisser-faire pédagogique, model éducatif des années 60 et 70. Le diagnostic de dysfonctionnement cérébral minimal était surtout préconisé par des médecins organisés dans les associations des pédiatres allemands s’occupant d’un classement des retards du développement de l’enfant. Plusieurs de ces pédiatres avaient un cabinet à Hambourg. Ainsi Hambourg fut le fer de lance et un haut lieu des transformations décrites ci-dessus. (Aujourd’hui, la ville de Hambourg est en tête des prescriptions de Ritaline en Allemagne.) Nous autres, pédiatres contestataires, partions du principe que les enfants en question devraient montrer des symptomes neurologiques mesurables pour en arriver au diagnostic de DCM. L’attestation inqualifiée de dysfonctionnement cérébral minimal (erreur de comportement causé par le cerveau) nous mène forcément à ce résultat. A l’enseigne de cette question, un spécialiste en neurologie enfantine reconnu de l’hôpital Olga de Stuttgart entama une étude importante et pouvait prouver que les enfants étaient neurologiquement sains. Ce diagnostic fut donc enterré et nous nous sentions confortés dans notre perception. Mais nous, les pédiatres contestataires, nous avions sous-estimé les projets des généralistes et des pédiatres faisant avancer, avec l’aide massive de l’industrie pharmaceutique, le classement du comportement des enfants. En plus, à l’époque, nous ne disposions ni de la compréhension ni de la perspicacité politique nécessaire.
Nous restions pourtant vigilants, car le surgissement soudain de diagnostics inimaginables jusqu’alors, nous alertait. Les protagnonistes de cette évolution ne demeuraient pas inactifs. Ils commencèrent à associer de multiples symptomes à un dysfonctionnement du cerveau de l’enfant. Ils dècrivèrent surtout des symptomes relevant du domaine du comportement. Le nouveau diagnostic superposé devait être la conclusion extêmement floue d’un trouble de perception. Nombreux sont les symptomes qui peuvent être rattachés à cette catégorie. Un nouveau pas en direction d’une psychiatrisation du comportement humain!
Des orthophonistes, des kinésithérapeutes, mais surtout le groupe nouvellement créé des ergothérapeutes et des pédagogues spécialisés devaient aider les enfants en question, à corriger leur perception. Les rapports que je demandais aux ergothérapeutes ne donnaient, en général, pas de réponses valables aux questions posées. A l’époque, le métier de l’ergothérapeute, me paraissait, à moi, pédiatre formé à l’université, pas très réaliste, autrement qu’aujourd’hui. Alors.que les nouveaux diagnostics attribuaient une importance exagérée aux thérapies, souvent très chères, l’éducation et la pédagogie furent nettement dévalorisées. Sous la devise «Fühli-Gspüri» [l’intuition avant tout], on offrait des thérapies des plus aventureuses et on les écartait du domaine médical et pédagogique.
Ces processus aboutissaient à la création du diagnostic de TDAH et son acceptation au DSM-III-R en 1987 (Diagnostik and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM), manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Le DSM est un système de classification de l’Association psychiatrique américaine.3
Parallèlement aux événements décrits ci-dessus, un groupe de parents aux enfants très agités, mené par une pédiatre, prétendait que les enfants soi-disant souffrant d’activité maladive et de manque de concentration souffraient en réalité d’une allergie au phospate. La pédiatre, à l’aide d’un papier de tournesol, avait constaté, dans la salive des enfants en question une réaction acide. Pour elle, le diagnostic d’une allergie au phosphate était prouvée. Dans le cadre d’une vague générale d’allergie, l’allergie au phosphate devint très populaire. Les enfants en question étaient surnommés de «Phosphaties». La pédiatre élaborait des plans de régime sans phosphate très sévères. En Allemagne, beaucoup de parents pensaient que leurs enfants étaient atteints de l’allergie au phosphate nouvellement découverte, et s’occupaient à nourrir leurs enfants sans phosphates. Il était sévèrement interdit de boire du Coca. Une grande partie de ces enfants, nourris par ce régime, devenaient, à l’émerveillement des parents, soudainement beaucoup plus calmes. Voilà un exemple qui nous fait réfléchir et nous donne une explication:
Lors d’un stage de formation à la clinique universitaire de Hambourg-Eppendorf, que le professeur de pédiatrie Schulte, animait selon un rhytme de 4 semaines, un pédiatre posa la question suivante: «Un enfant consultant mon cabinet, qui s’était beaucoup calmé sous le régime sans phosphates, est redevenu plus agité après la consommation de Coca. Pourriez-vous expliquer cela?» Il avait posé cette question au professeur Wallis, médecin en chef du service psychosomatique de la clinique pédiatrique. Mme Wallis réfléchit et demanda aux pédiatres présents de réfléchir à leur tour. Elle affirma que le raisonnement pour l’effet du Coca était trés simple. Pendant le temps où la maman avait préparé soigneusement les repas selon le régime, elle était avec l’enfant, dans un rapport plus étroit. Si l’enfant rebuvait du Coca, la maman était préoccupée par autre chose, au lieu de penser à la préparation d’un repas selon le régime.
Madame Wallis nous regarda pendant quelques minutes et attendait notre réaction. Après cinq minutes de silence, un pédiatre se leva et déclara en substance: «Vous pensez, Madame Wallis que le problème est le manque d’attention de la mère envers l’enfant. Ainsi, le comportement de son enfant serait la conséquence d’un problème d’éducation?» Madame Wallis ne dit rien et attendait en regardant autourd’elle. Comme aucune autre question ne fût posée et en raison de l’absence d’animation de la discussion, nous avons été sollicités à émettre nos propres pensées sur cette question.
Même Monsieur Schulte, professeur titulaire de la chaise de pédiatrie, se tût.
Je sais que cette réponse tout aussi simple que claire a provoqué une réflexion chez quelques pédiatres. J’en faisais partie.
A l’époque, je commençai alors une large formation continue interdisciplinaire accée sur la psychologie, la conception personnaliste de l’homme et l’importance de la relation humaine pour le développement de l’enfant. Cette vue fondée me permit toujours de m’opposer distinctement à la psychiatrisation des enfants, en vogue. J’appris aussi à comprendre les raisons politiques de la campagne ultérieure menée de manière acérée contre moi et à me défendre par tous les moyens.
Au milieu des années 90, alors qu’on établissait de plus en plus le diagnostic du Trouble du déficit de l’attention (TDA), j’eus un long entretien avec le professeur Schulte. C’était un spécialiste de renommée internationale en matière du cerveau de l’enfant et déjà émérite à l’époque. Je voulais savoir ce qu’il pensait du surgissement et de la propagation rapide du diagnostic TDA. Il déclara en substance: «Le diagnostic est une invention des Américains. Ils agissent ainsi.» Il avait de l’expérience, puisqu’il avait travaillé un certain temps aux Etats-Unis. Il poursuivit en disant que le procédé était comparable à un traitement à base de cellules cérébrales vivante pour des enfants trisomiques. Il avait tenu un exposé il y a quelques années aux Etats-Unis devant la Société pédiatrique de l’Amérique du Nord. Il avait clairement déclaré qu’une thérapie cellulaire chez les enfants trisomiques était une bêtise, qu’elle coûtait uniquement de l’argent, qu’elle n’aidait pas et donnait de faux espoirs aux parents. De plus, elle était très dangereuse, il s’agissait d’escroquerie.
Après l’exposé, il a craint qu’on le jette de l’avion à son retour en Europe. Cependant, son exposé a eu un grand effet. Depuis qu’il était en retraite, sa parole n’avait plus autant d’importance, sinon il aiderait volontiers à envoyer valser en deux ans le diagnostic TDA comme le traitement à base de cellules vivante en quelques semaines.
Il me recommanda d’écrire un article scientifiquement fondé et de le publier. Je suivis son conseil. Toutefois, le Deutsches Ärzteblatt, le mensuel Kinderheilkunde et Der Kinderarzt (feuille officielle pour les pédiatres allemands) refusèrent une publication. Même plusieurs pédiatres, experts dans leur domaine, n’étaient pas prêts à aborder le problème d’une psychiatrisation du comportement de l’enfant.
Dans différents magazines médicaux ou profanes, surtout dans ceux sponsorisés par l’industrie pharmaceutique, on propageait le diagnostic du TDA ou s’il est lié à l’hyperactivité, du TDAH. Une «thérapie» avec un amphétamine comme par exemple la Ritaline était présentée comme un grand progrès, pour ainsi dire comme une solution miracle. La prescription régulière de la Ritaline entrait dans les mœurs. Aujourd’hui, 20 ans après, le diagnostic est appliqué aux enfants, encore sans retenue, par les médecins, les enseignants, les spécialistes en pédagogie et les psychologues scolaires. Ceci, bien que l’inventeur du TDAH a avoué juste avant sa mort, d’avoir inventé lui-même ce diagnostic.4
Ces «nouvelles sciences du cerveau», la neuro-mythologie et le biologisme ont commencé à influencer les bases scientifiques de la recherche et de la pensée européenne de manière croissante. Elles ont déferlé des Etats-Unis au-dessus du grand étang sur l’Europe. Ces «nouvelles sciences» servent à abolir la conception personnaliste de l’homme basée sur la nature humaine! «La vision personnaliste de l’être humain le considère comme être fondamentalement social, épanouissant sa personnalité dans et par la société; il n’est pas simplement le produit de ses dispositions et de l’environnement, mais il dispose d’une activité créatrice propre, il est doué de raison et capable d’éthique. L’homme est capable de créer une culture et d’établir des valeurs morales.»5
Les neurobiologistes par contre, tentent de réduire la fonction du cerveau humain, d’inclure les opérations mentales et les émotions, à un niveau biologiste (neuro-réductionnisme). Dans son livre intitulé «Neuromythologie», Felix Hasler décrit ce changement comme «plus d’astrologie que de science».
Le biologisme atteint son apogée dans le classement d’évènements cérébraux au moyen de l’imagerie médicale. Au moyen de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou de la tomographie par émission de positons (TEP), on tente de classer certains sentiments comme la tristesse ou la colère mais aussi des maladies comme la dépression dans certaines parties du cerveau. Ainsi, on a trouvé par exemple chez les électeurs conservateurs aux Etats-Unis un «grand volume frappant» de l’amygdale droit (noyau amygdalien) dans une analyse d’imagerie. Le syndrome du TDA aurait lui aussi un centre dans le cerveau humain, où la «maladie» serait localisée. C’est une escroquerie scientifique! Bush sen. a déclaré au début de l’inflation neurologue: «Moi, George Bush, Président des Etats-Unis d’Amérique, déclare ici la décennie débutant au 1er janvier 1990 comme décennie du cerveau».6 De quel cerveau a-t-on besoin pour affirmer une chose pareille?
D’autres diagnostics psychiatriques tels le syndrome d’Asperger, l’autisme, le mutisme sélectif, le syndrome de l’anxiété sociale et le trouble bipolaire ont été établis pas à pas. De nombreux enfants sont étiquetés aujourd’hui au moyen d’un tel diagnostic. Un examen psychologique a déjà lieu à l’école maternelle, au plus tard à l’école primaire. Cela ouvre grande la porte au marché des programmes de soutien précoce. De tels programmes sont mis sur le marché avant tout par des fondations paraétatiques agissant à titre privé. Les fondations européennes les plus connues sont la Fondation.Bertelsmann (Allemagne) et la Fondation Jacobs (Suisse).
Le DMS-5 (Diagnostic des Troubles Mentaux) sorti en 2013, contient d’autres «maladies»7.
La libéralisation de l’économie amorcée en 1990, contenue dans le terme de mondialisation, commença à considérer l’homme sous l’angle du «rendement». Les réformes sociales ainsi que dans les domaines de la santé et de l’éducation étaient conformes à cette évolution. Le but de l’éducation n’était plus de former un citoyen capable de vivre la démocratie, mais l’homo oeconomicus. C’est sur cette base que se fonde le «Plan d’études 21», qui fera augmenter encore les troubles mentionnés chez nos enfants. C’est ce que nous ne voulons pas. Nos enfants ont le droit à l’éducation. Revenons à une pédagogie globale et à la conception personnaliste de l’homme.8
Le classement américain donne une nouvelle interprétation à la nature humaine!
En raison de ma propre biographie et de mon activité en tant que pédiatre, j’étais, dès le début, indigné du fait qu’on étiquette à des enfants vifs parfois un peu nerveux, mais sinon en bonne santé, une «maladie» psychiatrique comme le TDA. Un diagnostic psychiatrique signifie pour beaucoup d’enfants une lourde charge tout au long de leur vie. Un principe fondamental de la psychologie et de la pédagogie, la dignité humaine, est méprisé par une psychiatrisation de l’enfant. Elle blesse l’âme de l’enfant.9
Je commençai à chercher d’autres alliés et à informer sur la signification et les effets du TDAH.
J’ai pu bientôt constater que ce sujet était très brûlant. L’Eglise du nord de l’Elbe et des cercles intéressés ont entamé une campagne contre moi et l’association «Verein zur Förderung der psychologischen Menschenkenntnis (VPM), dont j’étais membre et où je complétais ma formation sous la direction de Madame Annemarie Buchholz-Kaiser. Suite à la campagne, j’ai lutté pendant longtemps pour garantir mon existence. Les diffamations contre moi m’ont poussé à fermer mon cabinet et à le réouvrir ailleurs. Un examen d’intégrité de ma personne devant une commission de la Hamburger Ärztekammer (Chambre hambourgeoise des médecins) concernant mon adhésion à l’association VPM s’est soldée de façon très positive pour moi et pour la VPM. Deux procès ont été conclus par des jugements positifs pour moi. Un jeune juge décida d’un jugement dans lequel les idées défendues par la VPM étaient décrites comme particulièrement précieuses pour la jeunesse. Les contenus n’étaient en aucune forme étouffants pour les élèves mais, au contraire ils élargissaient leur horizon.
Ensuite, le chemin était libre pour me consacrer au problème de la drogue et à l’information sur les déroulements relatifs au syndrome du TDA.
Mes amis et collègues m’ont encouragé dans mon intention de m’engager contre le fait qu’au moyen de diagnostics et de médicaments insensés soient crées des eunuques bons au service de la mondialisation. La Ritaline provoque un arrêt dans le développement mental, en particulier pendant la puberté.
Beaucoup d’enseignants n’ont pas pris position autrefois car ils avaient, dans leurs classes, jusqu’alors peu d’élèves avec un tel diagnostic. Il leur était difficile d’aborder l’ampleur du problème. Seulement quelques hésitants se sont joints. Toutefois, nous étions très actifs. Nous écrivions des articles, tenions des exposés et donnions des interviews. A Bregenz, nous organisions un symposium sur le syndrome du TDA.
Nous donnions également une interview au magazine hambourgeois Der Spiegel. Bien que j’eusse de très bonnes relations avec l’éditeur du Spiegel et plusieurs rédacteurs, ils ne pouvaient ou ne voulaient pas vraiment comprendre nos arguments. Un article paru dans Der Spiegel à la suite de notre interview ne redonna aucun des arguments apportés par nous. Malgré tout, l’article était écrit sous une forme qui laissait sûrement quelques lecteurs pensifs.
Le «diagnostic» du TDAH etc. remplaça tous les précédents. Il se basa sur un nombre croissant de «symptômes», qui peuvent presque tous être considérés comme comportement enfantin normal. Ainsi, un sens aigu de la justice fait partie des symptômes qui doivent prouver aujourd’hui le TDAH. On a renoncé à chercher une solution aux problèmes des enfants là où ils ont surgi, c’est-à-dire dans le domaine pédagogique. Ainsi, les questions des parents sur l’éducation ou des questions issues du domaine scolaire comme le manque d’exigence, l’isolement ou les effets des réformes scolaires tel que l’enseignement ouvert, le manque de transmission des bases du savoir, mais aussi les questions de l’environnement social ne sont plus prises en compte de manière anamnestique. L’aide psychologique est déclarée comme peu efficace. Dès lors, un «traitement» médicamenteux se situait au premier plan. De nouvelles méthodes de «thérapie» poussèrent comme des champignons et firent leur entrée dans les formations de tous les métiers paramédicaux et psychologiques. A la suite de telles formations, quelques-uns s’arrogeaient le droit de prononcer des diagnostics lourds de conséquences. Des parents en larmes venaient toujours me consulter. Ils me rapportaient les abus commis à l’égard de leur sphère privée. Une ergothérapeute avait dit par exemple à une jeune mère: «Comme vous avez eu un père si autoritaire, la relation avec votre fils restera toujours troublée.»
A Hambourg, on forma à l’aide de fonds versés par le groupe pharmaceutique Hoffmann La Roche, un groupe TDAH réunissant des pédiatres et des psychiatres pour continuer à établir le TDAH et à parvenir à ce que le diagnostic ne soit qu’établi par des «spécialistes». Un cercle autour du directeur de la Fédération allemande des pédiatres, Monsieur Gritz, un Hambourgeois et un collègue que je connaissais bien, se mua en un cercle de partisans rigides du syndrome du TDAH. J’ai reçu un appel de Monsieur Gritz. Il m’a dit en substance: «Monsieur Bau, pourquoi nous tirez-vous dans le dos? Ne vous penchez pas trop sur le probléme sinon il y aura encore une campagne contre vous». Je lui ai répondu: «Jusqu’à présent, il n’est pourtant pas interdit, en Allemagne, de prononcer en science une opinion scientifiquement fondée, n’est-ce-pas?»
(Aujourd’hui, le dosage de la Ritaline est calculé d’après une liste de vérification de modalité des symptômes!). Hambourg se situe aujourd’hui au premier rang en Allemagne en ce qui concerne les prescriptions du médicament controversé contre le TDAH. Dans l’ensemble, le taux de prescription de Ritaline à Hambourg est presque 50% plus élevé que la moyenne fédérale des taux de prescriptions calculés.10
Dans différents pays européens, mais aussi aux Etats-Unis, pays originaire du syndrome du TDAH, de plus en plus de parents, médecins, pédagogues et psychologues commencèrent à prendre position contre une psychiatrisation d’enfants mineurs et contre la pilule miracle, la Ritaline.
L’association italienne «Giu le mani dai bambini» (Bas les pattes de nos enfants!) a eu des effets particulièrement impressionnants.11
Les conséquences décrites des changements en pédagogie, pédriatrie et en psychiatrie sont aujourd’hui si apparentes qu’une résistance s’anime de plusieurs côtés (par exemple «Lernmethode Lesen durch Schreiben», Spiegel online du 19/6/13). Le temps est mûr de renvoyer ces diagnostics erronés nuisant au bien de l’enfant aux Etats-Unis, dans leur pays d’origine.
Ni nous en Europe ni personne d’autre au monde n’a besoin de ce plan directeur made in USA. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les gens scandaient en Allemagne: «Ami go home!» Aujourd’hui le monde tout entier pourrait scander ce slogan!
Grâce à un dialogue interdisciplinaire de longue date, nous sommes capables de voir clair dans le jeu politiques du changement de paradigmes effectué, de prendre la parole de manière claire et nette et de provoquer un retour. Revenons à nos valeurs européennes qui offrent un fondement scientifique pour nos actes. •
1 cf. «Schtrait ums Schraibenlärn». In: «Kölner Stadt-Anzeiger» du 11/06/13
2 cf. Mengenlehre – das ist Zeitverschwendung.
In: Der Spiegel 36/1974; Heike Schmoll:
L’écriture phonétique comme exemple dissuasif. In: Horizons et débats no 31/32, 28/10/13
3 cf. Edition spéciale de Zeit-Fragen du 22/4/02;
M. Nestor: L’inventeur du TDAH Leon Eisenberg: «Le TDAH est une maladie fabriquée».
In: Horizons et débats no 8 du 27/2/12; «Gewisse Diagnosen sind Ausdruck des Kulturwechsels», NZZ du 30/4/12; Wikipedia: DSM Diagnostic
and Statistical Manual of Mental Disorders (Diagnostisches und Statistisches Handbuch Psychiatrischer Störungen); cf. prise de position 18/2011
de la Commission nationale d’éthique de Suisse
qui met en garde de la Ritaline.
4 cf. Ritalin gegen ADHS – Wo die wilden Kerle wohnten. ADHS, die erfundene Krankheit. In:«Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 16/2/12
5 Les coopératives – une alternative à la création de l’homo œconomicus. In: Horizons et débats no 17 du 13/5/13
6 Felix Hasler: Neuromythologie. ISBN 978-3-8376-1580-7
7 Allen Francis: Normal. ISBN 978-3-8321-9700-1
8 Les réformes scolaires et la psychiatrisation sont étroitement liées, cf. Horizons et débats no 35/36
du 19/11/13
9 Les principes fondamentaux de la psychologie personnaliste. In: Horizons et débats no 20/21
du 17/6/13
10 cf. Infoportal Nordfriesland www.infoportal-nordfriesland.de/index.php/ news/aufreger-der-woche
11 cf. Horizons et débats no 30 du 28/7/08; Edition spéciale de Zeit-Fragen du 22/4/02; prise de position 18/2011 de la Commission
nationale d’éthique de Suisse qui met en garde de la Ritaline.
«Ces ‹nouvelles sciences du cerveau›, la neuro-mythologie et le biologisme ont commencé à influencer les bases scientifiques de la recherche et de la pensée européenne de manière croissante. Elles ont déferlé des Etats-Unis au-dessus du grand étang sur l’Europe. Ces ‹nouvelles sciences› servent à abolir la conception personnaliste de l’homme basée sur la nature humaine!»
«Dans son livre intitulé ‹Neuromythologie›, Felix Hasler décrit ce changement comme ‹plus d’astrologie que de science›».
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