Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07276.jsonl.gz/619

Focus "Mobilité"
Hautes écoles
Un diplômé étranger sur deux reste en Suisse après son master
Une étude sur le devenir des étudiants internationaux en Suisse montre que 50% d’entre eux y restent après l’obtention de leur master. La plupart poursuivent un doctorat ou s’intègrent dans le marché du travail.
Par Annique Lombard, doctorante à l’Université de Neuchâtel pour le Pôle national de recherche «On the move»
De plus en plus d’étudiants quittent leur pays après l’obtention de leur certification secondaire et poursuivent des études à l’étranger. Au niveau mondial, leur nombre a doublé entre 2000 et 2015, pour atteindre 4,6 millions. La Suisse se situe en troisième position des destinations favorites avec 33'000 étudiants venant de l’étranger (17% de la population estudiantine), après la Nouvelle-Zélande (21%) et la Grande- Bretagne (18%). Plusieurs facteurs expliquent le potentiel d’attraction de la Suisse: un excellent système d’éducation tertiaire à un prix relativement bas comparé à d’autres pays; la renommée de certaines institutions (EPF, par exemple) et leur reconnaissance dans des classements internationaux; la proximité avec les pays voisins (51% des étudiants internationaux viennent de là); la qualité de vie et les langues d’enseignement. Une enquête menée auprès des étudiants internationaux de l’Université de Berne montre que le choix de cette haute école est principalement déterminé par le désir d’expérimenter une nouvelle culture. Les raisons économiques et les perspectives salariales ne figurent pas parmi les motivations principales.
Différences cantonales Dans notre étude, nous avons observé les trajectoires des étudiants internationaux sur une période de trois ans après l’obtention de leur master en Suisse. En 2012, 3228 étudiants étrangers ont obtenu ce titre, dont 75% dans une université ou une EPF, 24% dans une HES et 2% dans une HEP. Parmi eux, 66% provenaient des États membres de l’UE/AELE et 34% d’États tiers (Chine, États-Unis, Russie, Inde et Turquie pour la majorité). Les diplômés des États tiers étaient relativement nombreux dans les disciplines MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique). En 2014, deux ans après l’obtention de leur master, 49% des diplômés internationaux résidaient toujours en Suisse. Les disciplines MINT présentent des taux importants de prorogation et des effectifs élevés chez les doctorants, principalement dans les sciences de la vie, l’ingénierie, la protection de l’environnement et les sciences informatiques. L’étude montre aussi que toutes les hautes écoles situées dans la partie francophone de la Suisse ainsi qu’à Bâle comptent davantage de ressortissants des États tiers; elles affichent également les taux de prorogation les plus élevés. Ce résultat reflète les différences cantonales dans la mise en œuvre de la politique d’intégration. Il indique aussi que les cantons francophones et celui de Bâle ont des pratiques et des réglementations d’intégration plus libérales qu’ailleurs.
Emplois dans les secteurs MINT Parmi les 1575 diplômés résidant toujours en Suisse en 2014, 478 ont commencé un doctorat. Les autres ont, pour la plupart, trouvé un emploi. L’intégration professionnelle est la plus facile dans les domaines MINT, qui enregistrent le plus haut taux d’employabilité. Grâce aux accords de libre circulation, les ressortissants de l’UE connaissent le taux d’emploi le plus élevé. Selon la loi fédérale sur les étrangers, les ressortissants de l’UE/AELE ont la priorité sur le marché du travail suisse par rapport à ceux des États tiers. Cependant, depuis 2011, la loi prévoit une dérogation à cette priorité pour les ressortissants des États tiers diplômés en Suisse, si leur activité professionnelle présente un intérêt scientifique et économique prépondérant. Pendant la période observée, la Suisse a connu une forte demande, voire une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, dans les secteurs de l’ingénierie, de la médecine, de l’informatique, des sciences de la vie et des professions juridiques. Le marché du travail helvétique a ainsi pu bénéficier de l’apport de compétences acquises en Suisse par les étudiants internationaux. De nombreux ressortissants des États tiers ayant obtenu un diplôme dans l’un de ces domaines professionnels ont décroché un poste. Les possibilités d’études et d’emploi représentent un facteur important dans la décision de rester ou de quitter le pays après l’obtention du diplôme. Le cadre juridique joue donc un rôle central dans cette décision. Néanmoins, d’autres aspects (par exemple la vie familiale et sociale) ont également une influence. Quelque 51% des diplômés étrangers ont quitté la Suisse pour retourner dans leur pays d’origine ou partir vers une autre destination.
Liens et références bibliographiques
Lombard, A. (à paraître): International Students in Switzerland, Stay Rates and Intentions for Post-Graduate Mobility. Université de Neuchâtel.
Lombard, A. (2017): Diplôme en poche – partir ou rester dans le pays hôte? Une analyse des trajectoires des étudiants internationaux en Suisse. In: Géo-Regards (N° 10, pp. 31-54).
www.nccr-onthemove.ch