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1697
Charles Perrault, Les Hommes illustres
Paris, Antoine Dezallier, 1697
L'engouement progressif du public pour Quinault et l'opéra
Dans cet article dédié à Quinault, Charles Perrault retrace la progression de son succès auprès du public, parallèle du progressif engouement pour l'opéra. Il évoque également son talent tout particulier pour s'adapter aux spécificités de ce type de spectacle.
Les comédies de M. Quinault furent pendant dix ou douze ans les délices de Paris et de toute la France, quoique les connaisseurs de profession prétendissent qu'il n'y en avait aucune où les règles fussent bien observées. Imagination toute pure et qui n'avait point d'autre fondement que la fausse prévention où ils étaient qu'un jeune homme qui n'avait pas étudié à fond la Poétique d'Aristote ne pouvait faire de bonnes pièces de théâtre. Les opéras étant venus à la mode en France, Monsieur Quinault en fit de très excellents, mais qui n'eurent pas d'abord les applaudissements sans bornes qu'ils ont reçus depuis. On tâcha même d'en dégoûter M. de Lully, mais cet excellent homme avait trop de goût et trop de sens pour ne pas voir qu'il était impossible de faire des vers plus beaux, plus doux et plus propres à faire paraître sa musique. Ce qui le charmait encore davantage, c'est que Monsieur Quinault avait le talent de faire des paroles sur les airs de danse dont il embellissait ses opéras, qui y convenaient aussi bien et souvent mieux que si elles avaient été composées les premières.
Le roi, ayant voulu donner à la Cour le divertissement des opéras, ne voulut point prendre d'autre auteur que M. Quinault, qui continua à faire encore de plus belles choses, animé qu'il était de l'honneur de travailler pour Sa Majesté. Ses pièces commencèrent alors à prendre le dessus, et à se faire estimer de tout le monde. Mais quand il fut mort, et que divers auteurs, quoique très habiles, eurent fait voir qu'ils ne pouvaient atteindre au même degré de perfection, il n'est pas croyable à quel point sa réputation s'augmenta.
Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, t. I, p. 81-82.
Extrait disponible sur Gallica.
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