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Le Pont, situation particulière, eut de tout temps deux points d’activité majeurs, le centre, avec l’église, l’école et la boulangerie, et la Place de la Truite, à l’occident du village, avec le restaurant de même nom, la poste, le kiosque et la gare à proximité dès 1886.
La vie sociale et commerciale déroulera ses fastes en ces deux endroits.
La première église était alors établie sur l’emplacement actuel du local des sociétés. Elle avait été construite en 1710. Une cloche y fut installée en 1733 et une horloge en 1759, d’un coût de 554 florins 10 sols 6 deniers, fabriquée à St. Point. Le clocher avait dû être reconsolidé en vue de cette installation.
La chapelle fut rallongée en 1833 du côté occidental, tandis que le clocher fut reconstruit en 1836.
Installation d’un fourneau en 1848 seulement, ce qui fait craindre que pendant plus d’un siècle, en hiver, les fidèles se soient véritablement gelés les pieds à l’écoute des sages paroles du prédicant de l’époque?! Derniers travaux en 1884, tandis qu’une reconstruction partielle du temple est programmée.
On préférera bientôt reconstruire à neuf et en un autre lieu, la place occupée par ce premier temple jugée trop exiguë. Ce sera la nouvelle église établie au pied des roches de l’Aouille, en un endroit appelé le Crêt du Sablon. Elle fut inaugurée en 1901. On la retrouvera plus tard.
L’ancienne église fut aussitôt désaffectée et put désormais servir de local de société. Sa conception ancienne n’étant que peu adaptée à ce nouvel usage, on la détruisit en 1920 pour construire la salle des sociétés actuelle. Notons que le clocher avait déjà été démoli en 1906.
Signalons aussi qu’une chapelle catholique fut construite en 1959 dans les hauts du village. Les architectes étaient Fantoli et Krop qui l’avaient dessinée selon les concepts de ce que l’on appelait alors « la nouvelle école ».
Ce nouvel édifice, propriété du village du Pont, fut inauguré en 1922. Il allait servir pour les nombreuses sociétés animant l’agglomération.
Citons parmi ces groupements : Société de développement – Sporting Club - Chorale des Amis – Echo des forêts (encore en activité, créée en 1922) – Société de couture – Chœur de dames – Hockey-Club Pont-Charbonnières – Société fédérale de gymnastique, hommes, dames, pupilles et pupillettes – Abbaye Jeune Suisse (encore en activité). Et d’autres encore...
S’y organisaient aussi des manifestations nombreuses et variées. Séances de cinéma dont beaucoup de publicitaires : Société Nestlé and Anglo-Swisss condensed milk à Vevey, par le biais du Fip-Fop Club, Swissair, Compagnie du pétrole Shell, savon Persil. Campagnes publicitaires pour la bible, genre?: Le monde nouveau a commencé. Cours de lingerie et de confection. Expositions de peinture du peintre local Tell Rochat. Concerts, soirées familières, soirées de music-hall, instruction préparatoire militaire.
On le comprendra, la vie sociale était riche, ce qui prouve que l’on avait alors grandement envie de s’instruire ou de se divertir.
Il y avait, en cette même année 1959, 1200 catholiques dans toute la Vallée, dont 300 pour les deux communes de L’Abbaye et du Lieu.
C’est en ce cœur du village, à proximité même de l’église, un peu à l’occident, que fut établie la première salle d’école du village. Pour se faire on racheta un bâtiment que l’on adapta aux nouveaux besoins, tandis qu’auparavant les écoles se tenaient dans des chambres louées à des particuliers.
L’acte d’achat de cette ancienne maison fut du 19 juillet 1773.
L’enquête Stapfer de 1799, révèle que les élèves provenaient, outre du village lui-même, du Mont-du-Lac, petit hameau situé à un kilomètre de l’agglomération; qu’on tenait l’école l’hiver et l’été, excepté pour cinq à six semaines de congé pour les semailles et pour les moissons ; que le régent était Abrâm Iâc (pour Isaac) Rochat, qu’il l’était depuis 24 ans et qu’en hiver il avait 65 à 70 élèves, tant filles que garçons. On imagine fort bien qu’avec une telle charge la baguette devait être de rigueur, d’où le nom de roille-gosses donnés aux maîtres de ce que l’on nomme parfois le bon vieux temps !
On y tint les classes jusqu’en 1852, date à laquelle fut construite l’école que l’on peut encore voir de nos jours, devenue propriété privée, avec le tea-room au rez, autrefois le four puis la boulangerie du village qui avait trouvé place dans ce bâtiment à double usage.
Une classe de prim-sup y fut installée en 1928, dédoublée en 1960. Transfert de ces deux classes dans les hauts de la grande salle vers 1970. Les écoles du Pont, primaires et supérieures, furent malheureusement fermées en 1989, restructuration oblige. Il ne reste plus aujourd’hui qu’une salle de couture située dans le bâtiment du village, lieu où celui-ci tient en outre ses assemblées.
Passa par la première école de 1773, bâtiment aujourd’hui retourné au privé, un célèbre écolier. Celui-ci y descendait tous les jours depuis le Mont-du-Lac. Il se nommait Henri Rochat. Né le 5 juillet 1828, il émigra plus tard en Amérique, à Walla-Walla, dans l’Orégon où il fonda une colonie encore prospère de nos jours. Il raconta plus tard dans des mémoires devenus célèbres :
“L’hiver, quand j’allais à l’école, il me fallait de temps en temps un crutz pour acheter de l’encre, ou deux crutz pour du papier. Alors mon grand-père se fâchait, me faisait un long sermon
sur ce que les enfants coûtaient tandis que dans son temps on n’écrivait pas, mais on apprenait la religion.
Sous l’influence de mon grand-père j’avais fini par être ridicule à l’école. Je ne permettais pas qu’un de mes camarades plonge sa plume dans mon encrier?; si cela arrivait, je me plaignais au régent; il souriait de pitié et toute l’école se mettait à rire. Un crayon coûte 2 crutz, soit 1/2 batz ; cependant il m’en fallait un pour dessiner ; on me le procura, mais, pour le faire durer, j’en fis un en plomb pour me souligner ; jusqu’à l’âge de seize ans, je n’ai usé que deux crayons.”