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Le Genevois sort «Jonas et Lila, à demain», 25 ans après «Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000»... Ce film-testament pose la question de la carrière d'un des seuls cinéastes suisses qui soit parvenu à tourner régulièrement et en toute indépendance.Ce contenu a été publié le 18 novembre 1999 - 10:22
Le cinéaste genevois vient de sortir «Jonas et Lila, à demain», un dernier opus en forme de suite à son célèbre «Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000» réalisé il y a... 25 ans. Par-delà le constat qu'il propose, cette séquelle, que le cinéaste considère lui-même comme un genre de film-testament, pose la question de la carrière d'un des seuls cinéastes suisses qui soit parvenu à tourner régulièrement, au rythme d'un film tous les deux ans, et en toute indépendance.
Jonas, apprenti-cinéaste genevois, et sa compagne Lila, une noire d'origine sénégalaise, abordent le nouveau millénaire. Il s'aiment, mais tout ne va pas pour le mieux dans le monde qui les entoure... Fausse suite à son fameux «Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000» de 1976, «Jonas et Lila, à demain» est une fable en forme de simple chronique, qui remue bien des questions diffuses sous notre «air serein de l'Occident»: rapports Nord-Sud, Est-Ouest, jeunes-vieux, amour-pornographie, déchets-propreté, etc.. Les retrouvailles avec le cinéaste sont aussi celles qui nous ramènent son pessimisme foncier, évidemment. Mais elles sont également l'occasion de s'interroger sur ce qui a, malgré cette noirceur, assuré sa pérennité de cinéaste le plus actif dans notre cinéma.
En effet, parmi les grands sinistres, Alain Tanner est sans doute celui qui donne le plus d'espoir dans le désir et la possibilité de faire des films en Suisse. Comment est-ce possible? Est-ce que les autres n'existent simplement pas à côté de sa stature? Non. Cinéaste de chimères et d'espoirs déçus, Tanner a toujours refusé d'entrer dans le cadre des productions officialisées par la Confédération, de ces films-commémorations qui sont le lot de la majorité de notre cinématographie et qui, parce qu'ils célèbrent des auteurs ou des événements historiques, trouvent grâce auprès des financiers. Tanner, lui, s'est constitué un système de production autarcique qui lui a permis, durant toutes ces années, de ruer à loisir dans les brancards. Car s'il est un cinéaste d'idées et d'abstractions, Alain Tanner n'en garde pas moins un sens aigu de l'intervention sociale. Brocarder les clichés nationaux, exprimer l'exiguïté d'un pays étriqué, confronter les utopies à la réalité: ce perpétuel mouvement lui a permis de conserver, même en se muant en nostalgie, une place à part.
Thierry Jobin
«Jonas et Lila, à demain», d'Alain Tanner, avec Jérôme Robart, Aïssa Maïga, Natalia Dontcheva, Heinz Bennent. Actuellement dans les cinémas romands.
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