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Nécessaire, le " savoir " appliqué à la crise et à la violence peut s'avérer dépourvu de toute capacité explicative et devenir parfaitement frustrant.
Nécessaire, le " savoir " appliqué à la crise et à la violence peut s'avérer dépourvu de toute capacité explicative et devenir parfaitement frustrant. L'exigence scientifique comme l'urgence citoyenne imposent certes le savoir comme un devoir ; toute société est obligée de comprendre ce qu'elle produit, y compris l'irrationnel ou l'horreur. Mais comment nier qu'étudier l'horreur, c'est déjà reconnaître,
a posteriori, notre impuissance ? L'analyse critique est-elle d'une grande utilité quand elle ne dispose pas de moyens d'action ?
Ce livre s'intéresse à trois notions : la crise, la violence et la dé-civilisation. Elles constituent les trois angles morts de l'histoire du monde, tant la connaissance scientifique que l'on peut en avoir ne permet ni de les comprendre pleinement, ni de les combattre efficacement. Elles ont pourtant une dimension universelle et une histoire longue. Il importe de continuer à se pencher sur ces trois notions, car la crise ne conduit pas nécessairement au chaos, à la violence et à la destruction, et la dé-civilisation ne relève d'aucune fatalité. Une crise peut aussi présenter une chance inédite pour une société de développer une conscience critique sur son passé et se projeter dans un avenir radicalement différent de son présent.
En étudiant ces questions politiques, historiques et éthiques, fondamentales, Hamit Bozarslan revient sur l'histoire du monde, et s'interroge sur son avenir.
Les contestations révolutionnaires de 2011 ont, pour un temps, changé les termes du débat dans la "rue arabe" mais aussi le regard que le reste du monde portait sur les sociétés moyen-orientales. L'héritage de la domination ottomane, le colonialisme et le post-colonialisme, l'autoritarisme, l'islamisme, la question palestinienne... semblaient, durant cette courte période, cesser de fournir les clefs d'intelligibilité du monde arabe. Tout convergeait, enfin, pour laisser supposer que le djihadisme des années 1980-2000 cédait place à une communion universelle entre ce monde et l'Occident. Pourquoi les promesses de 2011 ont-elles finalement été suivies d'un état de violence et d'effondrement social dans de nombreuses sociétés ? Comment ces révolutions ont-elles fait bouger les lignes de force structurant le monde arabe ? Quelles étaient les différentes structurelles et conjoncturelles entre la Tunisie et l'Egypte d'une part, les autres sociétés arabes de l'autre ? Quelles sont les conditions permettant à une crise révolutionnaire de devenir un moment de vérité aussi bien pour les pouvoirs que pour les sociétés ? C'est à ces questions que répond Hamit Bozarslan, dans un essai aussi limpide que nécessaire.
En relisant l'oeuvre d'Ibn Khaldûn, historien du XIVe siècle, Hamit Bozarslan en fait ressortir toute l'actualité et la justesse d'analyse. La chute des régimes de Ben Ali et de Moubarak ne trouve-t-elle pas une explication dans ce qu'il décrit comme l'inévitable " routinisation " du pouvoir, menant à la troisième et ultime phase de toute domination ? Théoricien de la civilisation, Ibn Khaldûn construit une analyse du pouvoir fondée sur la mise en évidence de cycles et de contradictions. Aucune cité ne peut se constituer sans la violence, mais elle ne peut pas non plus vivre avec, dans un va-et-vient permanent entre pacification et brutalisation. Conquête, domestication, puis exercice tyrannique du pouvoir : telles sont les trois phases de domination menant inexorablement à la chute d'un pouvoir, laissant la place à d'autres ambitions de puissance. L'étude révélatrice de Hamit Bozarslan sur un penseur d'une envergure digne de Machiavel illustre la pertinence d'une pensée qui n'a pas fini de nous interpeller