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"Le seuil de pauvreté n'est plus adapté à la réalité"
Le Covid et l'inflation touchent de plein fouet les personnes à risque de pauvreté, qui peinent de plus en plus à subvenir à leurs besoins.
Depuis plusieurs années, le taux de pauvreté en Suisse est en croissance. Il est ainsi passé de 6.7% en 2014 à 8.5% en 2020. Et si les chiffres de ces deux dernières années ne sont pas encore disponibles, la probabilité d'une augmentation, en raison de la pandémie et de l'inflation notamment, est certaine, estime Caritas.
Pour l'association, ces statistiques ne sont par ailleurs pas représentatives de la situation sur le terrain. Elles sont calculées sur la base d'un seuil de pauvreté qui n'est "plus adapté à la réalité", estime Anne-Pascale Collaud, Responsable du Service de consultation et d’accompagnement social de Caritas Fribourg. Les personnes à risque de pauvreté, vivant juste au-dessus de ce seuil, sont touchées de plein fouet par l'augmentation du coût de la vie.
Des minimas sociaux à relever
Le seuil de pauvreté est défini sur la base d'un minimum social vital, qui est composé d'une moyenne de frais de logement et d'un forfait pour l'entretien. Ce dernier a augmenté au début de l'année pour tenir compte de l'inflation, passant de 986 francs par mois à 997 francs dans le canton de Fribourg. Le problème est au niveau des frais de logement.
"Les normes de loyer calculées sont basses par rapport à la réalité économique et ce qui est disponible sur le marché du logement, explique Anne-Pascale Collaud. Les gens ayant des loyers supérieurs à ces normes n'ont pas assez d'argent disponible pour des besoins de première nécessité."
Pour la fribourgeoise, les minimas sociaux doivent être relevés afin de permettre à ces personnes d'avoir des logements qui correspondent aux besoins de leurs familles, de pouvoir se soigner, d'avoir accès à des soins dentaires et de pouvoir faire face à des frais extraordinaires. "Le coût de l'électricité, l'augmentation des primes d'assurance maladie, l'augmentation du prix des denrées alimentaires et des biens de première nécessité font qu'elles n'arrivent plus à faire face à toutes leurs charges."
Une situation préoccupante
8.2% de la population active suisse vit juste au-dessus du seuil de pauvreté. Ce sont ceux que l'on appelle les "working poor". Dans le canton de Fribourg, 25'500 personnes étaient exposées à un risque de pauvreté avant la pandémie. En 2022, le service de consultation sociale de Caritas Fribourg a traité 270 dossiers, soit le double de ce qui était traité dans les années pré-covid.
Les familles monoparentales et les personnes avec un faible niveau de formation ou une faible connaissance des langues nationales sont les plus touchées. "La situation est préoccupante dans notre canton, commente Anne-Pascale Collaud. Il y a une frange de la population toujours plus large qui est en difficulté financière."