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Abstract
La présente étude part d’un paradoxe, celui du rapport historique de la Suisse au fait migratoire. Depuis plus d’un siècle, l’immigration est abordée comme un danger existentiel, tout en étant promue à une très large échelle. Si des contradictions entre tendances xénophobes et xénophiles sont observables dans tous les États occidentaux, le cas helvétique se singularise par l’épaisseur et la longévité du contraste, il se démarque par le degré d’institutionnalisation de l’ambivalence. Pour comprendre cette « Suisse schizophrène », le décalage obstiné entre « Überfremdung » et recours massif à la main-d’œuvre étrangère, je m’appuie sur une théorisation post-structuraliste de la sécurisation. Un tel éclairage révèle la fonction identitaire de l’Étranger menaçant dans une Suisse en mal de cohésion, dans le même temps qu’il suggère d’envisager les discours sécuritaire et libéral moins dans une relation contradictoire que dialectique. Le cas suisse montre que sécurisation et libéralisation des mouvements migratoires ne sont pas des phénomènes antinomiques mais des logiques de pouvoir qui s’appuient l’une sur l’autre de manière ambiguë pour produire des travailleuses et travailleurs immigrés déshumanisés, réduits à leur plus stricte expression corporelle, leur fonction productive. Ma thèse donne à voir la corporéité du discours : elle le fait par le haut à travers l’étude des dispositifs mis en place par le pouvoir pour en forcer l’incorporation, mais aussi par le bas en mettant en valeur les récits incarnés de l’exploitation. Les exemples du « Gastarbeiter » puis du « sans-papiers » apportent un fondement empirique à cette économie politique de la sécurisation de la migration.