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Alcool, cannabis et conduite
Une récente étude laisse entendre que la légalisation du cannabis à usage médical réduirait le nombre d’accidents mortels de la circulation. Selon les auteurs, dépénaliser la marijuana permettrait de limiter la consommation de boissons alcooliques; par ailleurs, les gens ont généralement plus peur de prendre le volant lorsqu’ils sont sous l’emprise de la drogue que lorsqu’ils sont ivres. Qu'en est-il véritablement? Lequel de ces deux psychotropes est le plus dangereux sur la route?
Réponse: l’alcool, et de loin. Il est toujours difficile de comparer directement boissons alcooliques et cannabis: en effet, les troubles de la conduite automobile qui en résultent dépendent avant tout du dosage; par ailleurs, ces deux produits affectent généralement des aptitudes différentes. Sur la route, les consommateurs de haschich ont plus de difficulté à accomplir des tâches répétitives (rester sur la même voie, par exemple), tandis que l’alcool altère les comportements nécessitant plus d’attention (laisser passer les piétons, s’arrêter au stop…). En 2009, Richard Sewell, psychiatre de l’université de Yale (Etats-Unis), a néanmoins consacré un article aux différentes études traitant de la conduite en état d’ébriété, démontrant que l’alcool était beaucoup plus dangereux. Les chiffres officiels des accidents de la circulation montrent qu’un conducteur en état d’ivresse a dix fois plus de risque de provoquer un accident mortel qu’un automobiliste sous l’emprise du cannabis. Selon la plupart des études spécialisées, le fait de fumer un tiers de joint n’a pratiquement aucun impact sur la conduite. Quelques travaux de recherche laissent même entendre que les fumeurs de haschich provoqueraient moins d’accidents que les automobilistes délibérément sobres.
Le THC, principe actif du cannabis, aurait donc assez peu d’effet sur la conduite automobile? La découverte est quelque peu surprenante. Dans les expériences évaluant les compétences nécessaires à la conduite – coordination, repérage visuel, temps de réaction – et non la conduite elle-même, les sujets sous l’influence du cannabis sont sensiblement moins performants que les sujets sobres. Mais lorsqu’on les met derrière le volant d’un simulateur de conduite, les amateurs de marijuana s’en tirent plutôt bien. Lorsque la dose consommée est réduite, leur conduite n’est que peu affectée ; la différence est presque inexistante chez les fumeurs particulièrement expérimentés. (Fait intéressant : ceux qui s’adonnent souvent au cannabis éprouvent également moins de difficultés à conduire en état d’ivresse que le reste de la population.)
Comment expliquer de tels résultats? Nul ne le sait vraiment. La théorie privilégiée jusqu’à maintenant soutient que les fumeurs de cannabis ont plus tendance à être conscients de leur état (et, plus important, à le compenser) que les buveurs d’alcool. Les participants à d’une étude scientifique ont ainsi fumé un tiers de joint de cannabis; ils ont déclaré avoir conscience d’être diminués (les résultats de l’expérience ont pourtant démontré qu’ils ne l’étaient pas). En revanche, après deux verres d’alcool, les sujets affirmaient être parfaitement d’attaque; impression clairement démentie par des tests de conduite. Dans les simulateurs automobiles, les fumeurs de haschich ont conduit beaucoup plus lentement que les sujets ivres d'alcool, et ce même lorsque les chercheurs leur rappelaient qu’il fallait accélérer. Ils laissaient beaucoup plus d’espace entre leur véhicule et celui qui les précédait, et avaient moins tendance à doubler. L’alcool, lui, favorise les comportements à risques. Les personnes conduisant en état d’ébriété roulent plus vite, collent les autres véhicules et doublent dangereusement.
Attention, cependant: la conduite sous cannabis n’est pas exempte de dangers. Lorsque la dose de THC augmente, des problèmes commencent à apparaitre. Un conducteur qui a beaucoup fumé ne parvient plus à rouler droit; il réagit plus lentement face à un feu orange ou à un obstacle imprévu, et n’a pas conscience de sa vitesse de conduite. Des études épidémiologiques ont montré que les conducteurs présentant une concentration sanguine de THC supérieure à 10 ng/ml (soit la moitié d’un joint environ) étaient beaucoup plus susceptibles de provoquer des accidents que les automobilistes sobres. Il est plus difficile d’évaluer la concentration sanguine de THC que de mesurer le taux d’alcoolémie, ce en raison des irrégularités liées à l’inhalation et des effets métaboliques de cette drogue dans l'organisme humain – qui sont moins bien compris que ceux de la molécule d'alcool.
Toutes les études s’accordent sur un point: la marijuana et d’alcool sont bien plus néfastes à la conduite lorsqu’ils sont consommés conjointement. Les conducteurs saouls et drogués potentialisent les effets négatifs de ces deux psychotropes : ils errent sans but, doublent dangereusement, roulent trop vite, prennent des risques inutiles – et ne sont pas conscients de leur état.