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D'abord, un constat: le solde migratoire de 80 000 personnes par an dépasse largement les prévisions du Conseil fédéral, huit fois moindres. Le gouvernement a-t-il été dépassé par l'ampleur du phénomène?
Au moment où les experts mandatés par le Conseil fédéral ont fait leurs estimations, à la fin des années 1990, l'économie tournait au ralenti. Puis la conjoncture a connu un essor spectaculaire en Suisse. Les fluctuations de l'immigration suivent toujours celles de la conjoncture, avec ou sans contingents.
Les adversaires de l'initiative évoquent en premier lieu la menace que celle-ci fait planer sur l'économie suisse. Est-ce aussi l'argument que vous privilégiez?
Non. La qualité de vie dépend bien sûr de facteurs économiques, mais ce n'est pas le seul élément. Ce qui m'inquiète le plus, c'est la grande insécurité qu'entraînerait l'adoption de l'initiative. Le 9 février, la Suisse fera un choix de système. Soit on continue sur la voie de la libre circulation des personnes, soit on en revient aux contingents. En cas de oui, comment se poursuivront les relations avec l'UE? Comment seraient définis les contingents? On ne sait pas!
En proposant de réintroduire les contingents sans fixer d'objectifs chiffrés, l'UDC vous laisse une grande marge de manœuvre. Où est le problème?
Admettons que l'on fixe des contingents assez élevés pour couvrir tous les besoins de l'économie. Pensez-vous que la volonté des gens qui ont voté pour l'initiative serait alors respectée? Les contingents entraîneraient beaucoup de bureaucratie et d'insécurité pour les entreprises, surtout pour les PME. Elles ne sauraient pas, d'une année à l'autre, combien de personnel elles pourraient engager.
Au Tessin, le comité des Verts approuve l'initiative, et le PS est divisé. C'est peut-être l'électorat de gauche qui fera pencher la balance le 9 février. Que dites-vous à vos camarades?
Je comprends tout à fait les préoccupations de la population, surtout dans les régions frontalières. La société ne doit pas faire les frais du succès économique. C'est pourquoi la gauche a toujours lutté pour des mesures d'accompagnement efficaces. On veut garder de bonnes conditions de travail et des salaires qui restent au niveau suisse. Les préoccupations concernent aussi le mitage du territoire. Le peuple a voté, les cantons ont le mandat de prendre des mesures qui, tout en permettant une certaine croissance, empêchent le mitage du territoire. L'initiative ne résout aucun de ces problèmes, au contraire, elle en crée de nouveaux!
Au sein même des syndicats, des responsables disent que la libre circulation est de plus en plus difficile à faire accepter par la base...
Sans les mesures d'accompagnement, la population n'aurait certainement pas accepté, à l'époque, de s'engager dans cette voie. S'il y a de nouveaux problèmes, il faut prendre de nouvelles mesures. Les entrepreneurs ont aussi leur part de responsabilité. Aucune loi ne les oblige à engager des travailleurs à l'étranger lorsqu'ils peuvent en trouver en Suisse! S'ils le font, j'attends des employeurs qu'ils assurent l'intégration de leur personnel étranger.
Que vous inspirent les craintes des citoyens?
J'ai toujours parlé des problèmes. Une croissance forte et rapide de la population fait toujours naître des inquiétudes. C'était déjà le cas il y a 40 ans, à l'époque des initiatives Schwarzenbach. Je rencontre souvent la population et j'en parle sans tabou. Mais il ne faut pas prétendre que tout ce qui ne va pas est de la faute des migrants.
Des mesures en matière de logement et d'aide sociale ont été annoncées le 15 janvier par le Conseil fédéral. N'est-ce pas un peu tard pour réagir?
Non. Le Conseil fédéral a pris d'autres mesures ces dernières années et continuera à en prendre là où c'est nécessaire. Nous avons par exemple renforcé la lutte contre les faux indépendants et introduit la responsabilité solidaire des entreprises.
Concernant l'aide sociale, qui doit être refusée aux étrangers qui viennent en Suisse pour y chercher du travail, il n'y a en fait rien de nouveau...
Il était nécessaire de clarifier les choses, car certaines communes ont octroyé des aides sociales dans ce genre de cas. C'était aussi un signal à destination de l'étranger: la libre circulation se limite aux seuls détenteurs d'un contrat de travail. Il n'y a pas d'aide sociale pour les personnes qui viennent chercher du travail en Suisse.
L'UDC demande de renégocier l'accord sur la libre circulation des personnes, pas de le dénoncer. A-t-on surestimé les conséquences d'un oui, notamment en brandissant la menace de la clause guillotine que Bruxelles n'aurait aucun intérêt à actionner?
D'abord, le Conseil fédéral ne menace pas. Il n'a pas l'intention de dénoncer l'accord. Si l'initiative passe, il cherchera à le renégocier. Mais on ne sait pas si les 28 Etats de l'UE seront prêts à faire une exception pour la Suisse. Dire que la clause guillotine sera activée ou ne le sera pas, c'est de la spéculation. Cette clause, rappelons-le, lie juridiquement tous les accords bilatéraux I entre eux. Son but est justement d'éviter que l'un des partenaires ne retienne que les accords qui l'arrangent.
Dans la presse dominicale, Viviane Reding, la vice-présidente de la Commission européenne, exclut toute renégociation de l'accord et dit ne plus croire aux bilatérales. Cela ne vous facilite pas la tâche...
C'est à la population suisse, pas à Bruxelles, de décider. A la différence de la votation de 2009 sur les minarets, que certains ont utilisée pour donner un signal symbolique, c'est ici un choix de système qui aura des conséquences. Vis-à-vis de l'Union, mais aussi pour nos entreprises.
On en revient aux conséquences du vote. Du gouvernement, on attend qu'il maîtrise la situation, quelle que soit l'issue du scrutin...
Du Conseil fédéral, on attend surtout de l'information et de la transparence. La population doit pouvoir se prononcer en connaissance de cause. L'insécurité qu'entraînerait une adoption de l'initiative est un fait. Ce serait irresponsable de la part du gouvernement de ne pas en parler.
Dernière modification 23.01.2014