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Un homme afro-américain, une cinquantaine d'années. A ses côtés, deux pré-adolescentes, noires, comme lui, en tenues de sport blanches. Ils franchissent le parvis d'un club de tennis. Tout est beau, propre, le lieu transpire le luxe. L'homme pointe du doigt le court quelques mètres plus loin. «Vous voyez là-bas, c'est Pete Sampras et John McEnroe.» Les filles l'écoutent attentivement. «Un jour, ils se vanteront de vous avoir rencontrées.»
Cette scène dit presque tout de Richard Williams et de sa relation avec ses filles, Venus et Serena. Cet ancien ramasseur de coton, désormais reconverti en surveillant de nuit, n'a qu'une seule chose en tête: faire de ses deux filles les meilleures joueuses de l'Histoire.
Et il est prêt à tout pour y arriver. Y compris forcer l'interruption de l'entraînement des deux champions. Objectif? Que leur coach puisse taper entre-temps quelques balles avec Venus et Serena, se rende compte de leur talent et décide de les entraîner.
Le patriarche Williams, campé par un excellent Will Smith, dégouline de confiance. En lui, mais surtout en ses filles. Quand n'importe quel badaud tremblerait à l'idée d'adresser la parole à un vainqueur de Grand Chelem, lui, lance à Pete Sampras, avec une pointe d'humour: «Tenez, regardez mon livre. Mes filles vous le dédicaceront tout à l'heure!»
Le livre en question: un bouquin de 78 pages que Richard Williams a écrit avant même la naissance de Venus et Serena. Le Plan, comme il l'appelle lui-même. Un mode d'emploi pour fabriquer des champions de la balle jaune. Il l'a rédigé après d'innombrables recherches sur la technique en tennis, la psychologie ou encore des rencontres avec des sophrologues.
Chez cet homme, qui a découvert le tennis sur le tard, l'obsession touche à la folie. Il enchaîne les lectures de magazines spécialisés durant ses heures de gardes nocturnes, fait frapper d'innombrables balles à sa progéniture, parfois sous des trombes d'eau. Sur les grillages des courts en ciment de Compton (banlieue de Los Angeles), le Californien accroche même des pancartes avec des mantras pour booster la confiance et la détermination de ses filles.
Mais Richard Williams est paradoxal. Un trait de caractère que le réalisateur, Reinaldo Marcus Green, arrive à faire ressortir dans de nombreuses scènes. Il conseille par exemple, en plein match, à Venus et Serena de simplement «jouer pour le plaisir», alors qu'il ne cesse, hors des terrains, d'exacerber leur égo et leurs ambitions à coups de «Tu vas gagner Wimbledon» ou «Tu pourras bientôt t'acheter n'importe quelle maison avec tout l'argent que tu gagneras».
Malgré la rage de vaincre et le sentiment de supériorité qu'il inculque aux futures championnes, «King Richard» (son surnom) prône aussi l'humilité. Il a horreur des fanfaronnades de Venus, Serena et leurs trois demi-soeurs après une victoire dans un tournoi junior. A tel point qu'un jour, il obligera toute sa progéniture à regarder le dessin animé Cendrillon pour lui faire ressentir ce sentiment.
En fait, La Méthode Williams, c'est l'histoire de milliers de familles, de milliers de parents qui veulent vivre un rêve par procuration à travers leurs enfants. En les forçant à briller dans un domaine très médiatisé. Souvent à cause d'un irrésistible besoin de gloire, de reconnaissance, d'argent aussi.
Dans les carrières de Venus et Serena, il y a tout ça. Fois mille, même. Mais à la différence de ces innombrables enfants sacrifiés, elles ont comblé le rêve de leur père. Les deux sœurs ont chacune été numéro une mondiale et comptent respectivement 7 et 23 titres du Grand Chelem.
Et puis, il y aussi l'origine sociale des deux championnes. Au début des années 1990, s'imposer dans un sport de riches, pratiqué presque exclusivement par des Blancs, n'allait pas du tout de soi pour des Afro-Américains. Richard Williams ne s'en cache pas: la réussite de ses filles, c'est aussi celle de son peuple.
En décidant de réaliser un biopic sur les Williams, Reinaldo Marcus Green a tapé juste. L'histoire – extrêmement proche de la réalité grâce aux informations fournies par la famille – a tous les ingrédients pour intéresser le public. Et bien au-delà des amateurs de tennis. Les puristes trouveront aussi leur bonheur. Leurs oreilles se redresseront à coup sûr quand ils entendront parler de «pronation du poignet au service» ou encore «d'appuis ouverts au moment de la frappe». Le réalisme des séquences de jeu et le sens des détails démarquent aussi l’œuvre de nombreux films sur ce sport, souvent trop stéréotypés voire, parfois, à la limite du ridicule pour qui connaît un peu le tennis.
On ne voit pas passer les 2h30 du film, signe qu'il est bon. Du coup, on vous encourage à aller le voir. Promis, les anecdotes y seront aussi nombreuses et croustillantes que vos pop-corn. Mais n'en abusez pas après tous ces repas de fêtes! Sinon, on appellera Monsieur Williams pour vous remettre en forme... 😉
Le groupe A du Mondial 2022 a rendu son verdict. Les Pays-Bas et le Sénégal iront en 8e de finale, alors que l'Equateur et le Qatar sont éliminés.