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Doctorante en sciences économiques et assistante à l’enseignement à l’Université de Lausanne.
Thèmes: Economie internationale, marchés financiers
Saviez-vous que le Big Mac peut être utilisé comme un indicateur économique et prédire les fluctuations des cours de change ?
Selon la théorie de la Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), un bien donné, par exemple une pomme, devrait coûter la même chose partout à long terme. Un franc suisse converti en dollars américains devrait permettre d’acquérir la même quantité de biens et services en Suisse qu’aux États-Unis. Utilisant ce concept, le magazine «The Economist» a créé, en 1986, l’indice Big Mac qui compare le prix des hamburgers du McDonald’s dans 48 pays (dont la zone euro qui comprend 18 pays). L’idée originale était de faciliter la compréhension des taux de change. Si le prix du Big Mac converti en dollar est plus élevé en Suisse qu’aux États-Unis, alors on dit que le franc suisse est surévalué par rapport au dollar américain. On s’attend donc à ce que le cours de change se rééquilibre dans le futur et notre monnaie nationale devrait perdre de la valeur, ce que l’on appelle formellement une dévaluation.
Le tableau ci-dessous présente l’indice en janvier 2014. Le prix du fameux hamburger était de 7.8$ en Norvège, le champion du classement, et de seulement 1.54$ en Inde. La Suisse se classe 3ème avec un prix de 7.14$ contre 4.62$ aux Etats-Unis, suggérant une surévaluation de 54.5%. Depuis les années 2000, le franc suisse est largement surestimé par rapport au dollar. En 14 ans, il n’est jamais descendu au-dessous de la barre des 30%. En utilisant l’euro comme monnaie de référence, notre devise nationale serait surestimée de 43.9%.
Depuis sa création, cet indice a gagné en importance. Bien qu’un peu naïf, cet indice peut se révéler être un très bon indicateur économique. Par exemple, le fait que l’euro soit surévalué de 7% rend les exportations difficiles. En effet, avec une monnaie surévaluée les prix pratiqués sur le marché international sont moins compétitifs. Des exportations plus faibles expliquent en partie des prévisions de croissance de seulement 1% pour 2014 (selon le FMI). Ce problème est également bien connu en Suisse avec le phénomène du franc fort.
L’indice Big Mac est informatif sur la direction que devrait prendre un cours de change sur une longue période. A contrario, l’évolution des cours de change quotidienne est principalement sujette à des facteurs économiques et financiers actuels. Par exemple, la transparence du marché monétaire national, la confiance dans le gouvernement ou la crédibilité de la banque nationale sont des éléments clés pour un cours monétaire stable.
Afin de tenir compte des différences de coûts entre les pays, tel que le prix de la main-d’œuvre, l’indice a également été ajusté en utilisant le PIB par habitant (voir tableau ci-dessous) qui est un meilleur indicateur de la situation du taux de change à court terme. Une fois ajusté, la Suisse chute à la 12ème position avec une surévaluation de 15.7% vis-à-vis du dollar américain. La zone euro se retrouve même deux positions avant la Suisse, avec 16.5%.
Certains nourrissent de vives critiques à l’encontre de cet indice très simpliste. Il est vrai que les différences culturelles et sociales peuvent jouer un rôle important dans la détermination du prix. Cependant, cet indicateur a l’avantage d’être très simple et peu coûteux à obtenir. De plus, la composition et la production des Big-Mac est quasi-identique dans tous les pays. Au final, il s’agit d’un raccourci, parfois réussi, de l’indice des prix à la consommation qui compare un panier complet de biens et services entre pays.
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Doctorante en sciences économiques et assistante à l’enseignement à l’Université de Lausanne.