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Aucun événement sportif ne captive autant que les Jeux olympiques, qui existent sous cette forme depuis 1896. Et à chaque édition, il y a des scènes et des histoires autant insolites qu'inoubliables.
Les Jeux olympiques, ce sont des gagnants, des perdants, des rêves réalisés ou des espoirs déçus. Ils sont le vecteur d'émotions fortes. Et ils fournissent toujours des anecdotes plus croustillantes les unes que les autres, et ce depuis l'Antiquité. L'empereur romain Néron (37-68 ap. J.-C.) voulait, par exemple, devenir champion olympique et s'est fait déclarer vainqueur de la course de chars, alors qu'il était tombé du char pendant la compétition.
Des choses étranges se sont également produites à une époque plus récente. En 1960 à Rome, le CIO a décerné un prix à un cycliste danois qui s'était dopé à la mort: Knud Enemark Jensen s'est effondré et est décédé pendant l'épreuve des 100 km contre-la-montre par équipe. Il s'est vu décerner une médaille d'or. A cette période, le dopage n'était pas encore condamné.
L'histoire des Jeux olympiques est pleine de ces moments incroyables. En voici une sélection chronologique:
Spyridon Louis remporte le marathon dans la capitale grecque. L'Hellène profite d'une situation impensable aujourd'hui: le Français Albin Lermusiaux, en tête après 20 km, et l'Australien Edwin Flack, qui mène jusqu'à peu avant la fin, abandonnent en cours de route. La raison? Ils sont cuits, au propre comme au figuré, parce qu'ils ont bu exclusivement de l'alcool pendant la course.
Le nageur britannique John Arthur Jarvis, boulanger de métier, est l’un des champions olympiques les plus gros de tous les temps. En plus d'être très à l'aise dans sa discipline, il est très en avance sur son temps. Il maîtrise parfaitement la nage dite «main sur main», précurseur du style crawl qui sera inventé par la suite. Jarvis gagne sur 1000 et 4000 mètres, avec une avance respectivement d'une minute et 13 secondes et de 10 minutes et 31 secondes.
George Lyon devient champion olympique de golf. Et le Canadien est un sacré numéro! Avant le début du jeu, il se détend en faisant des appuis renversés sur les mains. Il irrite les concurrents pendant leurs tirs en chantant et en racontant des blagues. En allant chercher sa médaille sur le podium, le natif de Richmond Hill marche sur ses mains. En 1908, Lyon traverse l'Atlantique pour se rendre à Londres afin de défendre son titre. Problème: il n'avait pas saisi que le golf avait été supprimé du programme olympique...
Le spécialiste de la course de haies Forrest Smithson dispute toute l'épreuve avec une Bible dans sa main gauche. L'Américain remporte l'or. Dans le marathon, l'Italien Dorando Pietri entre le premier dans le stade mais, fortement affaibli, il ne sait pas où il va. Il tombe cinq fois dans le dernier tour, les yeux vitreux. Jack Andrew, l'organisateur du marathon, aide Pietri à franchir la ligne d'arrivée et... le disqualifie ensuite pour avoir «utilisé une aide extérieure».
Lors de cette édition, il n'y avait pas encore de règles dans les épreuves de lutte. C'est pourquoi, en demi-finale des poids moyens, l'Estonien – qui concoure pour la Russie – Martin Klein et le Finlandais Alfred Asikainen luttent l'un contre pendant... 11 heures et 40 minutes. Klein remporte ce combat épique, mais n'ayant plus aucune énergie, il se fera balayer en finale. Dans la catégorie des poids légers, la finale entre le Finlandais Ivar Böhling et le Suédois Anders Ahlgren dure neuf heures, les deux hommes se contentant le plus souvent de se regarder dans les yeux.
Hubert Van Innis remporte sa sixième médaille d'or au tir à l'arc, à l'âge de 54 ans. Le Belge avait remporté ses premières médailles à Paris en 1900, vingt ans plus tôt. Entre temps il n'a pas pu concourir pour diverses raisons. S'il l'avait fait, il aurait probablement battu tous les records olympiques.
Le boxeur américain Joe Lazarus est déclaré perdant par les juges après avoir pourtant mis son adversaire Oscar Andren k.o., au deuxième tour. Un dénouement d'autant plus frustrant que Lazarus était l'un des favoris dans la catégorie poids coq.
Le combat des supporters argentins contre la police amstellodamoise n'a pas été comptabilisé dans le cadre du tournoi olympique de boxe, mais il est le point marquant de l'événement. La rage des fans sud-américains fait suite à la défaite de leur compatriote Victor Peralta face au Néerlandais Lambertus van Klaveren. Et pourtant, personne, à l'exception des juges, ne considère le Batave comme vainqueur de ce duel.
Le Brésil envoie à ses athlètes des assortiments de grains de café qu'il faut vendre sur place pour financer l'équipe. Imaginez aujourd'hui Belinda Bencic ou Jérémy Desplanches vendre du gruyère dans les rues de Tokyo pour financer la délégation suisse!
Cette même année en Californie, les règles des épreuves de lutte rendent possible une situation des plus cocasses: En poids plume, l'Allemand Wolfgang Ehrl termine invaincu en gagnant ses cinq matchs, dont un contre le médaillé d'or Giovanni Gozzi. Pourtant, le natif de Munich ne termine que deuxième...
L'Allemande Dora Ratjen participe au saut en hauteur. 21 ans plus tard, Ratjen surprend tout le monde en annonçant que son vrai prénom est en fait Heinrich... Le régime nazi l'avait obligé à se déguiser en femme durant les JO. Mais le subterfuge n'a pas fonctionné: Ratjen n'a terminé qu'à la 4ème place de l'épreuve féminine.
A Berlin encore, la Polonaise Stanislawa Walasiewicz remporte l'argent lors du 100 mètres. A sa mort en 1980, on a découvert qu'«elle» n'était pas une femme mais une personne intersexe.
En équitation, la Suède est disqualifiée de l'épreuve de dressage qu'elle vient de gagner. La raison? Les Scandinaves avaient promu le sergent Gehnäll Persson au rang de lieutenant pour la durée des Jeux, car seuls les officiers et les gentlemen (riches civils) étaient autorisés à concourir en dressage. Comment les Suédois se sont-ils fait griller? A Londres, Persson portait une casquette de soldat au lieu d'une casquette d'officier.
Emil Zatopek (course de fond) et sa femme Dana (javelot) ont cartonné en Finlande. Ils remportent quatre médailles d’or pour la Tchécoslovaquie. Dana gagne l'épreuve de lancer du javelot, Emil le 5000 mètres, le 10 000 et le marathon! Deux mois avant les Jeux, le médecin interdit pourtant à Emil d'y participer en raison d'une infection.
Zatopek, surnommé «la locomotive» en raison de son style de course percutant, est distancé une bonne partie du 5000m, mais il lutte héroïquement pour virer en tête dans le dernier virage dans ce qui sera appelé «la course du siècle». Par la suite, Zatopek joue un rôle politique actif dans le «Printemps de Prague» (1968) et est déchu de toutes ses fonctions.
La Hongrie rencontre l'Union soviétique en demi-finale du tournoi de water-polo, peu après la répression sanglante du soulèvement hongrois. Le water-polo prend une nouvelle dimension ce jour-là. La partie est arrêtée par les arbitres alors que le score est de 4-0 pour les Hongrois. Ce résultat est finalement pris en compte dans le calcul des points, si bien qu'au final, la Hongrie remporte l'or et l'Union soviétique le bronze.
Abebe Bikila, un soldat de la garde du palais impérial éthiopien, remporte le marathon. Bikila participe à la course dans les rues de Rome, pieds nus, et déclare après coup qu'il avait couru comme cela toute sa vie et qu'il continuerait à le faire à l'avenir. Quatre ans plus tard, seul le business a rattrapé Bikila: il gagne de nouveau le marathon de Tokyo, mais cette fois-ci en portant des chaussettes et des chaussures Puma. Ses premiers concurrents sont relégués à cinq minutes. Le Japonais Kokichi Tsuburaya, médaillé de bronze, n'a pas réussi à surmonter cet affront: il est devenu dépressif, complètement démotivé dans son sport et s'est suicidé en 1968.
Le boxeur poids mouches Choh Dong-Kih fait rentrer la grève assise dans l'Histoire. Il vient d'être disqualifié pour un coup de tête sur son adversaire. Le Sud-Coréen n'accepte pas le verdict. Il manifeste son désaccord en s'asseyant au milieu du ring pendant 51 minutes et refuse de partir.
Le boxeur Boris Lagutin devient champion olympique, comme en 1964. Pourtant, au début de son premier combat mexicain, il cogne sur l'arbitre plutôt que sur son adversaire! Lorsque les spectateurs comment à jeter des pièces sur le ring, il prend conscience de sa faute.
Quatre ans plus tôt à Tokyo, il avait déjà eu beaucoup de mal à montrer ses capacités. Son premier adversaire a été disqualifié, le deuxième n'a pas concouru, le troisième – et c'était déjà le finaliste – a aussi été disqualifié.
L'haltérophile russe Vasily Alexeyev remporte la médaille d’or dans la catégorie des poids super lourds après avoir mangé... 26 œufs au plat au petit-déjeuner!
Parfois, en sport, il ne faut pas calculer. L'Américain Llyod Keaser l'a appris à ses dépens lors du dernier match de la compétition de lutte libre des -68 kg.
Le natif du Maryland et son staff étaient persuadés qu'il pouvait perdre cet ultime manche contre le Russe Pavel Pinigin par onze points d'écart et encore devenir champion olympique. Du coup, Keaser ne s'est pas foulé dans l'arène. Résultat: Une lourde défaite 12-1.
Problème: Son staff et lui ont mal calculé leur combine. L'Américain ne devait pas perdre par plus de sept points face au Soviétique... Douche froide garantie à la fin du combat dans le camp US, avec une médaille d'argent à la place de l'or, qui semblait pourtant ne pas pouvoir échapper à Keaser.
Plus de 60 nations boycottent ces Jeux organisés par l'Union soviétique à cause de la guerre qu'elle mène en Afghanistan. Du coup, le niveau dans certaines disciplines est très faible. Dans l'épreuve du saut d'obstacles, les participants ne sont tout simplement pas aptes à disputer des JO. Après quasiment chaque coureur, le parcours entier doit être reconstruit!
L'ensemble du bloc de l'Est boycotte ces Jeux aux Etats-Unis. De quoi faire plaisir à l'architecte du stade olympique de Los Angeles: peu avant le début des Jeux, l'Allemand de l'Est Uwe Hohn avait choqué les experts en établissant un record du monde du javelot de 104,80 mètres! Les stades devenant trop petits pour de pareilles performances, il a fallu modifier les règlements pour la construction des javelots.
Le joueur de tennis colombien Urbina Jordan a profité du village olympique de Séoul aux côtés des autres athlètes pendant une semaine. Un jour avant de jouer son premier match du tournoi masculin de double (il ne s'était pas qualifié pour le simple), il doit quitter les JO sud-coréens parce que son patron n'a pas prolongé ses vacances.
L'Association Internationale de Boxe Amateur (AIBA) surprend ses arbitres avec un test d'alcoolémie à passer à la mi-temps des matchs. Une douzaine d'entre eux dépassent la limite du 0,7 pour mille!
Le boxeur Paea Wolfgramm des îles Tonga remporte l'argent. Ce beau bébé de 140 kg n'avait boxé pour la première fois que peu de temps avant les Jeux. Les habitants de ces îles des mers du Sud, qui font partie des peuples les plus lourds en poids, sont invités à prendre une journée de jeûne et de prière au nom du roi. Si Wolfgramm avait gagné la finale, le souverain lui aurait donné la moitié de Tonga.
La judoka britannique Deborah Allan réalise un véritable strip-tease pendant la pesée. Comme la balance affiche encore trop de poids, la championne d'Europe de la catégorie des -52 kg arrache ses sous-vêtements en désespoir de cause, après avoir déjà coupé ses longs cheveux et transpiré pendant trois heures. Rien n'y fait: l'aiguille marque 50 grammes de trop. Conséquence: une élimination des JO.
La Britannique Paula Radcliffe est lâchée par son sponsor après avoir abandonné à la fois le 10 000m et le marathon. Ironie du sort: le fabricant du Birchermüesli avait vanté son produit dans une publicité avec Radcliffe et le slogan: «Il vous aide à franchir la ligne d'arrivée». Les gymnastes américains ont eu plus de chance avec leur sponsor, la station de radio la plus populaire de Kansas City. Elle a diffusé la même chanson sans interruption jusqu'à ce que suffisamment d'argent ait été récolté.
Angel Matos, champion olympique de taekwondo à Sydney, s'est déchaîné lors du match pour la médaille de bronze en Chine. Le Cubain menait 3-2 lorsqu'il s'est blessé au pied. Il a été disqualifié parce qu'il a pris trop de temps pour être soigné. Il a alors perdu son sang-froid et a frappé l'arbitre avec un coup de pied à la tête (parfait d'un point de vue technique). Ce coup de sang lui a valu une exclusion à vie des compétitions internationales.
Le tournoi de badminton de double féminin vit un tremblement de terre: Quatre équipes sont exclues au terme de la phase de poule. Et pour cause: deux Chinoises, deux Indonésiennes et quatre Sud-Coréennes sont accusées d'avoir fait exprès de perdre des matchs.
Leur tactique: Multiplier les services dans le filet, les coups trop courts ou en dehors du terrain. Objectif: Ne pas finir en tête de leur groupe respectif pour ne pas avoir à affronter de très fortes paires – étonnamment pas sorties vainqueurs de leur poule – lors de la phase à élimination directe. Mauvaise idée, donc.
Un géant de la restauration rapide, sponsor des JO depuis 1976, décide de limiter la nourriture gratuite dans le village des athlètes, parce que manger un record de nourriture devenait un challenge entre eux... Le joueur de badminton d'origine sri-lankaise Sawan Serasinghe, qui concourt pour l'Australie, a commandé 27 cheeseburgers, 40 chicken nuggets, 12 desserts et 1 Coca Zero. Après Rio, McDonalds a mis fin à son engagement de parrainage vieux de 40 ans.