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Ce n’est pas un récit de voyage, mais celui de l’exil d’une russe blanche dont les parents fuient Pétersbourg en 1917, son année de naissance, vers Harbin en Mandchourie, puis adolescente, apatride, sans passeport Nansen, d’abord à Shanghai occupée par les Japonais, puis à Shanghai, puis Hanoi et finalement à Saigon, à la fin de la guerre en 1946. Au-delà des occupations et préoccupations d’une enfant, d’une jeune fille, d’une jeune femme, ce récit de la vie souvent précaire de cette exilée chassée toujours plus loin et s’éloignant progressivement de sa culture, nous plonge dans le quotidien d’un monde étonnant, totalement disparu, à peine imaginable, et précédant les deux dictatures successives à venir. L’auteure termine son récit avec son dernier exil vers la France, lorsque la vie insouciante et futile de l’Indochine s’achève brutalement par l’attaque japonaise et qu’elle doit composer avec la nouvelle donne que représente « la rupture avec la France et l’indépendance du Vietnam » (p. 276).
Ph. Martin