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Syndrome de fatigue chronique: le mystère bientôt élucidé?
La fatigue chronique soulève de nombreuses questions auxquelles la médecine peine bien souvent encore à répondre. On parle plus précisément ici du «syndrome de fatigue chronique» (ou SFC). Il s’agit d’une entité identifiée il y a une trentaine d’années dans les pays anglo-saxons. Elle se caractérise par un état de fatigue à la fois chronique et profond que ni le repos ni le sommeil ne permettent de faire disparaître. La médecine demeure impuissante face à ce handicap, puisqu’elle ne réussit ni à le comprendre ni à le traiter efficacement.
Dans ce contexte, un travail récemment publié dans la revue PLoS ONE par des chercheurs américains de l’Université Emory pourrait constituer un progrès non négligeable(1).
Un handicap au quotidien
Le SFC affecte entre 0,4 et 1% de la population, les femmes étant plus souvent touchées que les hommes. Cette maladie survient chez l'adulte jeune, le plus souvent entre 20 et 40 ans. Les malades souffrent d'une fatigue handicapante qui ne s'améliore pas avec le repos et qui est amplifiée par l'activité physique ou mentale. Des difficultés de concentration et de mémoire sont aussi fréquentes. Chez certaines personnes, l'exercice de l'activité professionnelle devient impossible.
Les personnes concernées peuvent aussi être atteintes de symptômes viraux (fièvre, mal de gorge, céphalées, faiblesse musculaire généralisée, myalgies et arthralgies). Ce syndrome peut aussi être à l’origine d’une dépression.
Diagnostic
Le diagnostic est porté si au moins quatre des symptômes suivants sont présents pendant une durée minimum de six mois:
- perte de mémoire à court terme ou difficulté de concentration;
- maux de gorge, douleurs au niveau des ganglions du cou ou des aisselles;
- douleurs musculaires, douleurs articulaires sans rougeur ou gonflement;
- maux de tête de sévérité et de caractéristiques inhabituelles;
- sommeil non réparateur;
- malaise persistant plus de 24 heures à la suite d'un exercice ou d'un effort.
Pistes virales
Ces dernières années plusieurs travaux avaient plus ou moins conclu à une possible origine virale. Parmi les suspects, le rétrovirus «XMRV» (pour «Xenotropic MLV-Related Virus»), proche du virus de la leucémie murine. Mais en dépit de nombreuses recherches, l’hypothèse «XMRV» n’a jamais pu être confirmée. Plus récemment, les soupçons se sont portés sur un autre virus –un représentant de la grande famille des virus herpès connu sous le nom d’herpès virus humain de type 6 (HHV- 6). Une équipe de chercheurs de l’Université de Floride du Sud avait ainsi fait le lien entre ce virus et le syndrome de fatigue chronique (lire notre article Fatigue chronique: un virus hautement suspect a été identifié).
Une piste à suivre
Il n’en reste pas moins que les médecins ne disposent encore d’aucun marqueur biologique pour détecter ou diagnostiquer ce syndrome. En pratique, ce diagnostic ne peut être porté qu’après avoir éliminé toutes les autres causes ou facteurs de fatigue –cancers, maladies hépatiques et rénales, maladies hormonales, maladies auto-immunes, dépression, etc. C’est une démarche longue, complexe et coûteuse. Et une possible source d’angoisse pour les personnes concernées.
Dans leur étude, les chercheurs de l’Université Emory se sont concentrés sur les noyaux gris centraux (ou «ganglions de la base»), une région cérébrale où se situent les principales cibles de l'inflammation dans le cerveau. Plusieurs troubles neurologiques impliquent un dysfonctionnement des noyaux gris centraux, dont la maladie de Parkinson et celle de Huntington. On sait aussi que des personnes atteintes d’hépatite C et traitées par l'interféron alpha présentent une activité réduite dans cette région du cerveau et éprouvent dans le même temps des épisodes de fatigue intense.
Sélection rigoureuse
Une sélection rigoureuse des participants à l’étude a été effectuée chez des personnes a priori atteintes de SFC. Après un premier recrutement de plusieurs centaines de cas, 71 personnes répondant aux critères de l’étude ont été retenues. Parallèlement, un groupe de 212 «témoins» a été constitué comme groupe de contrôle. Travaillant avec un spécialiste italien (Guiseppe Pagnoni, département des neurosciences, Université de Modène), les chercheurs américains ont comparé par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) l’activation cérébrale dans un cas de figure assez original.
Afin de tester directement leur hypothèse (un fonctionnement altéré des «ganglions de la base» chez les sujets souffrant de SFC), les chercheurs ont mis au point une expérience assez originale: examiner l'activation des neurones de cette région à partir d’un «jeu d’argent», afin de solliciter l’attention de tous les participants et motiver leur intérêt. Il s’agit d’une procédure de type ludique déjà validée par des travaux antérieurs.
En pratique les participants devaient deviner la couleur (rouge ou noire) de cartes successivement masquées, montrées et remplacées sur un écran. Les enjeux financiers étaient minimes (de l’ordre de quelques dollars) mais la dynamique de ce jeu est de nature à stimuler l’activité cérébrale dans des régions très précises du cerveau. Les chercheurs ont ainsi effectivement pu mettre en évidence chez les malades des anomalies de fonctionnement au niveau cérébral (noyau caudé, putamen et globus pallidus). Anomalies qui n’étaient pas retrouvées chez les sujets sains appartenant au groupe de contrôle.
Rien de «psychologique»
Ces données laissent clairement penser que les personnes souffrant de SFC ont une activation moindre des ganglions de la base. De plus, cette réduction de l'activité est associée à la sévérité des symptômes dont souffrent ces personnes.
Si ces conclusions ne permettent pas de trouver des réponses quant à l’origine exacte du syndrome, elles plaident clairement en faveur de son origine organique et non pas uniquement «psychologique». Les auteurs de ce travail espèrent qu’elles permettront de développer de nouvelles approches thérapeutiques.
(1) Le texte complet (en anglais) de cette publication est disponible ici.