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Le bilan écologique de Solar Impulse est loin d'être irréprochable
Comparé à un Airbus A320 qui consomme 3 litres de kérozène pour 100 km par passager, l’avion solaire de Bertrand Piccard et André Borschberg ne consomme rien pour effectuer les 35'000 kilomètres de son tour du monde. Cet appareil n’est pourtant pas forcément très écologique.
Pour en dresser un bilan approximatif, Suren Erkman, professeur d'écologie industrielle à l'UNIL et à l'EPFL interrogé par la RTS, explique qu'il faudrait prendre en compte trois éléments.
Premièrement, l'énergie grise, utilisée pour la construction des deux exemplaires de l'avion, de leurs batteries et de leurs panneaux solaires polluants à fabriquer.
Coûts écologiques indirects
Deuxièmement, la pollutionindirecte, produite par l'équipe de chercheurs et d'ingénieurs qui ont travaillé durant douze ans sur le projet, ont réalisé les essais, les prototypes et les démonstrations.
Ce type de pollution comprend tous les éléments liés au tour du monde. Il a notamment fallu des dizaines de conférences et de dîners de gala pour trouver les 150 millions de francs nécessaires à financer le projet. On peut également considérer la pollution émise par les nombreux journalistes qui se déplacent pour suivre les décollages.
Les trajets des collaborateurs
Troisièmement, la pollution de réalisation pour faire le tour du monde en douze étapes. Le pilote est seul aux commandes, mais plus de 60 collaborateurs le suivent à la trace, avec notamment des avions cargos transportant le matériel.
Solar Impulse n'est pas un projet écologique ou environnemental au sens strict, mais plutôt une performance technico-médiatique destinée à passer un message.
Selon ces estimations, Solar Impulse consommerait donc autant que 200 personnes faisant le tour du monde avec un avion de ligne. Suren Erkman nuance toutefois la comparaison. "Solar Impulse n'est pas un projet d'aviation. L'appareil a été construit en deux exemplaires et n'est pas destiné à être développé comme avion de ligne", explique-t-il.
La tournée d'un artiste
Pour le spécialiste, on ne peut pas non plus parler de "projet écologique ou environnemental au sens strict", mais plutôt d'une "performance technico-médiatique destinée à passer un message".
Partant de ce constat, Suren Erkman compare donc plutôt Solar Impulse à la tournée mondiale d'un artiste, avec les déplacements, le matériel et l'équipe qui gravite autour de lui.
François Ruchti/jvia
Publié le 06 juin 2015 à 19:07 - Modifié le 07 juin 2015 à 10:17