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Classement thématique série 1848–1945:
2. RELATIONS BILATÈRALES
2.11. GRÈCE
Printed in
dodis.ch/47284 Notice du Département politique1
Aperçu de la situation actuelle en Grèce
Depuis fin juillet, le Commandement de la place d’Athènes a passé des mains des Allemands à celles des Italiens, au grand mécontentement de la population, qui se résigne avec peine à subir le joug de ceux qu’elle ne peut considérer comme des vainqueurs. Les troupes du Reich, peu nombreuses actuellement, se sont toutefois réservé l’occupation des champs d’aviation de la capitale et des points stratégiques importants de la côte. Les sphères d’influence que se partagent les deux partenaires de l’Axe ne sont pas toujours nettement délimitées, ce qui n’est pas pour simplifier les choses; et cela d’autant plus que le Gouvernement grec constitué peu après l’entrée des Allemands à Athènes se borne à gérer - plutôt mal que bien - les affaires courantes sous la haute surveillance des autorités d’occupation. Le Ministère des Affaires étrangères est remplacé aujourd’hui par les ex-Légations d’Allemagne et d’Italie, qui s’intitulent: «Bureau du Représentant plénipotentiaire du Reich (du Royaume d’Italie) en Grèce».
Il y a actuellement trois sortes de billets en circulation: les anciens billets grecs, le mark d’occupation (1 mark = 60 drachmes) et les billets en drachmes (texte en italien et en grec) émis par les Italiens, d’où un commencement d’inflation de la drachme, qui risque de s’aggraver.
Le peuple grec est un peuple frugal. Il se nourrissait avant la guerre surtout de pain, d’olives et de légumes; même à cette époque, les pommes de terre étaient, pour beaucoup de travailleurs, un article de luxe. Depuis l’occupation du pays, les stocks de denrées alimentaires ayant été réquisitionnés pour les besoins de l’armée, l’importation en provenance des pays voisins ayant complètement cessé et les arrivages de la province étant suspendus faute de moyens de transport, la situation alimentaire de l’agglomération Athènes-Pirée (plus d’un million d’habitants) est devenue alarmante. La ration de mauvais pain a été réduite à 190 grammes par jour et par personne et comme les olives et les légumes frais ou secs sont rares et à des prix inabordables pour l’ouvrier, la majorité de la population, et notamment les enfants, souffrent de la faim. Il n’est pas rare de voir des individus tomber d’inanition en pleine rue. Même les membres du Corps diplomatique, dont le ravitaillement est assuré - tout au moins théoriquement - par le Bureau du plénipotentiaire italien, ne peuvent obtenir aujourd’hui ni beurre, ni huile, ni farine, ni sucre, rarement de la viande, du riz ou des pâtes. Comme, d’autre part, le pétrole et l’alcool à brûler sont introuvables, beaucoup de familles qui ne possèdent pas de cuisine électrique n’ont pu depuis des semaines prendre un repas chaud.
La situation au point de vue sanitaire est également lamentable. Les efforts soutenus de feu le Président Metaxas pour l’amélioration par la création d’hôpitaux, de sanatoria, de dispensaires, etc., ont cessé depuis octobre dernier et la guerre, avec ses milliers de morts enterrés hâtivement et ses cadavres d’animaux pourrissant dans les champs, a créé un terrain propice à toutes les épidémies. C’est un véritable miracle qu’on n’ait signalé jusqu’ici que quelques cas isolés de typhus et de choléra. En revanche, la malaria et la dysenterie sévissent assez sérieusement et l’état sanitaire, malgré les efforts louables des autorités, risque encore d’empirer faute des médicaments indispensables. Au début de l’occupation et surtout après l’affaire de Crète, qui fut très dure, les hôpitaux d’Athènes regorgeaient de blessés grecs, allemands et anglais. Les provisions d’articles sanitaires ont été vite épuisées. Les médecins se plaignent souvent aujourd’hui d’être obligés de différer des opérations faute du matériel nécessaire.
Cet état de dénuement, qui s’aggravera sans doute avec l’hiver, est inquiétant et l’on craint que la famine ne pousse le peuple au pillage, pour ne pas dire à la révolution.
En ce qui concerne la colonie2, j’ai la satisfaction de constater que les Suisses d’Athènes n’ont jamais été molestés ni n’ont subi aucun dommage dans leurs biens; mais leur ravitaillement devient de plus en plus difficile3. Je me plais enfin à rendre hommage à la parfaite correction et courtoisie des autorités d’occupation envers la Légation, ce qui facilite beaucoup notre tâche.
- 1
- E 2300 Athen/3. Cette notice a été dictée par M. Ratzenberger, Chargé d’Affaires a.i. à Athènes, rentré à Berne. Il sera remplacé à titre temporaire par F. Brenni, Consul de Suisse à Naples, qui n’arrivera à Athènes que le 8 novembre 1941.↩
- 2
- Selon une notice complémentaire, datée du 2 septembre, Ratzenberger évalue la colonie d’Athènes - Le Pirée à environ 300 personnes, parmi lesquelles on compte plus de 60 institutrices et gouvernantes, plusieurs représentants de commerce, quelques ingénieurs, directeurs d’usine ou d’hôtels, etc.↩
- 3
- Sur les difficultés de ravitaillement de la colonie suisse, cf. les rapports de Brenni, de décembre 1941. A défaut de pouvoir acheter sur place faute de marchandises sur le marché grec, la Division de Police du DJP organise l’acheminement de quelque 2000 kg de subsistances pour la colonie suisse et 2000 kg destinés aux enfants grecs. Chargé à Venise le 4 décembre, le bateau n’arrive au Pirée qu’à la mi-janvier, selon le rapport de la Division de Police à la Division des Affaires étrangères du DPF, du 16 janvier 1942 (E 2001 (D) 3/233). Parallèlement, le rapatriement d’une quinzaine de Suisses exige un voyage d’une huitaine de jours dans des conditions difficiles à travers le territoire yougoslave. Sur la tentative de se procurer des vivres en Turquie, cf. No 188. Un deuxième convoi à partir de la Suisse est organisé en février 1942 (cf. E 2001 (D) 3/233).↩