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Héritier de l’art conceptuel, fasciné par le Land Art et en particulier par Robert Smithson, formé à l’Institut für Raumexperimente d’Olafur Eliasson à Berlin, Charrière poursuit un travail qui s’apparente à un processus de recherche se déclinant aussi bien sous la forme de performances que de documentations photographiques et d’installations. Matières organiques en décomposition, plantes cryogénisées, sédiments, briques de sel, les matériaux utilisés rendent compte de temps et de lieux particuliers, à la fois traces tangibles de ce que l’artiste nomme une « géologie de l’histoire » et interrogations sur l’interdépendance entre l’humain et son environnement.
Pacific Fiction – Study for Monument est issu d’un ensemble d’œuvres réalisées par Charrière à la suite de son exploration des îles Marshall, en particulier de l’atoll de Bikini, et s’inscrit dans ses recherches sur ces lieux dystopiques par excellence que sont les anciens sites d’essais nucléaires. Entre 1946 et 1958, les États-Unis menèrent près de 70 expériences nucléaires aux îles Marshall, dont celle de Castle Bravo, la plus puissante des bombes H, qui raya deux îles de la carte.
Construit en forme de pyramide avec des noix de coco enrobées de plomb, Pacific Fiction peut se lire comme le modèle d’un mémorial à venir. L’utilisation des noix de coco renvoie à l’étymologie du nom de l’atoll de Bikini – une déformation de son nom mélanésien local « Pikinni », « pik » signifiant « surface » et « ni » « cocotier » –, tandis que le choix du plomb découle de la propriété physique qu’a ce métal de contenir les rayonnements radioactifs. Si l’empilement des noix de coco rappelle un stock de boulets de canon, la forme pyramidale de Pacific Fiction, tout comme son sous-titre, « étude pour un monument », évoquent tour à tour une tombe, les pyramides égyptiennes, l’architecture des bunkers sur les rives de l’atoll de Bikini, ou encore les monolithes de fer anguleux qui dorment dans les profondeurs du Pacifique.
Exposé actuellementLa collection
Bibliographie
Nadim Samman, Unnatural History, feuillet de l’exposition Julian Charrière. First Light, Zuoz, Galerie Tschudi, 2016.
Ziba Ardalan (éd.), Julian Charrière. For They That Sow the Wind, cat. exp. Londres, Parasol Unit Foundation for Contemporary Art, 2016.
Nicole Schweizer (éd.), Julian Charrière. Future Fossil Spaces, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Milan, Mousse, 2014.