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[09.02.2017] Quelques questions à Valentin Reymond, directeur artistique des Jardins Musicaux.
Britten est un compositeur très souvent joué aux Jardins Musicaux, pourquoi?
Les chemins empruntés par l’Opéra Décentralisé, les Jardins Musicaux, Bal(l)ades et la Grange aux Concerts ont tous trouvé une source d’inspiration (pourtant jamais vraiment thématisée) dans les travaux de Benjamin Britten. En particulier la période du sortir de la seconde guerre mondiale lorsqu’il crée l’English Opera Group, le Festival d’Aldeborough, les concerts décentralisés et qu’il investit et reconstruit, dans son village natal le Snape Malting, une ancienne malterie du 19e siècle.
Le Festival d’Aldeborough est devenu, au cours du temps, le creuset de la création contemporaine et un rendez-vous musical fréquenté par les plus grands artistes. Avec, bien sûr, un programme de base constitué d'opéra, mais qui s’est rapidement élargi pour inclure des lectures de poésie, de la littérature, du théâtre, des conférences et des expositions d'art.
Photo: Britten, Le Viol de Lucrèce, Glenys Linos, Opéra Décentralisé Neuchâtel
m.e.s. F. Rochaix, scén. J.-C. Maret, dir. mus. V. Reymond, photo Zaretti
En quoi ce contexte de sortie de guerre a-t-il influencé le compositeur?
Pour des raisons principalement économiques, Britten inventa le concept de l’«opéra de chambre» conçu pour un petit nombre de chanteurs et un effectif orchestral réduit. Les trois œuvres qu’il a écrites dans ce cadre contraignant (Le Viol de Lucrèce, Albert Herring et The Turn of the screw) furent des réussites exceptionnelles. Il est l’un des meilleurs dramaturges musicaux du 20e siècle. Ces œuvres furent créées par l’English Opera Group et tournèrent dans le monde entier. D’autres compositions lyriques à effectifs réduits suivirent, en particulier les Paraboles d’église.
Mais où se trouve le rapport avec les Jardins Musicaux?
Les deux premiers projets que l’Opéra Décentralisé Neuchâtel a réalisés dans les années 80, après la mort de Britten, furent ses deux premiers opéras de chambre Le Viol de Lucrèce et la comédie Albert Herring. Nous les avons montés à Neuchâtel où il n’y n’avait encore jamais eu d’opéras, dans l’ancien théâtre, et les en avons fait une tournée, avec plus de 60 représentations.
Construire un festival dédié à la modernité, à la création, au texte autant qu’à la musique, dans une grange vétuste, à Cernier, ce fut aussi, d’une certaine manière, se confronter à l’exemple héroïque des débuts d’Aldebourough.
Photo: Britten, Albert Herring, 2e acte, Opéra Décentralisé Neuchâtel,
m.e.s. F. Rochaix, scén. J.-C. Maret, dir. mus. V. Reymond, photo P.-W. Henry
En plus d'un lieu emblématique, il y a aussi les œuvres...
Britten, comme compositeur, a aussi trouvé une place importante dans notre programmation avec la Sérénade, les Variations sur un thème de Purcell, l’Hymne à Sainte Cécile, le Nocturne, les Illuminations, la Simple Symphony, Russian funeral, la Missa brevis, le Prélude et fugue pour 18 instruments).
Et nous avons réalisé plusieurs œuvres qui furent à l’époque des commandes du Festival d’Aldeborough: par exemple El Cimarrón de Henze (un récit sur l’esclavage à Cuba) et L’Ours de Walton (d’après Tchékhov).
En quelque sorte, Britten est le père tutélaire des Jardins Musicaux ?
Absolument. Par exemple, le projet Bal(l)ades (la conjugaison entre découvertes patrimoniales et musicales que nous réalisons dans le Parc Chasseral depuis plusieurs années) a des parentés avec les concerts que donnait Britten dans les villages de son Suffolk natal; de même que les installations en plein air (Mille mètres sur terre de Rudy Decelière en 2009 et les Epouvantails de Martial Leiter en 2004-2005).
Et la Grange aux Concerts, aujourd’hui rénovée, est devenu emblématique, comme l’a été le Snape Malting. Cette idée de Britten comme père tutélaire me plaît bien.