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Dans les pays en développement, la pandémie révèle ou entraîne d’énormes lacunes économiques et sociales. En ce moment, partout dans le monde, la lutte contre la pauvreté, l’inégalité et la faim entraînent un recul de plusieurs années. La pandémie du coronavirus a commencé voilà un an. Il est grand temps que la Suisse renouvelle son engagement dans ce contexte. Caritas invite la Confédération à étendre considérablement ses activités humanitaires et de développement durable.
Depuis un an, le monde est embourbé dans la crise du coronavirus. Partout dans le monde, les confinements rendus nécessaires par la situation sanitaire difficile ont fait perdre leur emploi à des millions de personnes qui ont vu leurs possibilités de gagner leur vie dans le secteur informel et leurs espoirs d’une vie meilleure réduits à néant. L’Afrique est actuellement fortement impactée par la deuxième vague. Le sous-continent sud-américain recule également de plusieurs années. Pour la première fois depuis des décennies, les pays en développement et les pays émergents se retrouvent ensemble dans une grave récession.
Le Fonds monétaire international met en garde : les pays en développement pourraient vivre une « décennie perdue ». Pour la première fois depuis les années 1990, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 2 francs par jour, réaugmente. Selon une estimation prudente de la Banque mondiale, jusqu’à 150 millions de personnes supplémentaires — par rapport à la situation d’avant la pandémie — luttent aujourd’hui pour leur survie.
Les Nations Unies estiment que cette année, le nombre de personnes qui auront besoin d’une aide humanitaire et d’une aide d’urgence sera plus élevé que jamais — 235 millions au total, soit une augmentation de 40 % en un an. Ces personnes souffrent, non seulement des conséquences sociales et économiques de la pandémie, mais aussi des conflits, violences, déplacements forcés, sécheresses, ouragans, catastrophes naturelles qui se multiplient avec le changement climatique.
Les pays en développement ont besoin de notre soutien
Les gouvernements occidentaux dépensent beaucoup d’argent pour relever les défis sanitaires, économiques et sociaux qui les touchent. Le FMI estime que le renflouement des pays riches s’élève à ce jour à l’énorme montant de 12 000 milliards de dollars. Les pays pauvres du Sud, en revanche, font face à un autre défi. Pour eux, qui souffrent d’une baisse importante de recettes, il s’agit avant tout de maintenir leur niveau actuel de dépenses.
Des pays comme le Tchad et le Mali, la Bolivie ou Haïti ne peuvent tout simplement pas se permettre de mettre en place des programmes d’aide gouvernementale et de relance économique. La hausse des coûts sanitaires et le confinement mondial, les restrictions commerciales et la baisse des recettes d’exportation, ainsi que la fuite des capitaux frappent durement ces économies. De plus, les envois de fonds des migrants vers leur pays d’origine sont réduits à la portion congrue lorsqu’ils n’ont pas tout simplement cessé. Les personnes les plus pauvres restées dans les pays d’origine sont durement touchées : elles n’ont plus de quoi se nourrir ou se procurer des médicaments essentiels.
L’ONU a réagi rapidement et fermement. Sous son égide, des mesures ciblées COVID-19 sont en cours, avec un besoin total d’au moins 13 milliards de dollars comprenant la couverture des besoins sanitaires immédiats, un plan d’action humanitaire mondial visant à atténuer les effets de la pandémie dans 63 pays pauvres et des programmes de redressement durable et adapté au changement climatique dans le prolongement de la crise du coronavirus. Mais pour que l’ONU puisse appliquer son plan d’action, les pays riches doivent considérablement augmenter leur soutien financier.
La Suisse doit augmenter significativement son aide covid pour les pays en développement
Pour surmonter cette crise, il faut une approche globale de la société et du monde, fondée sur la compassion et la solidarité. Après un an de crise, il est grand temps que la Suisse renouvelle et étende son engagement. Caritas invite la Confédération à investir davantage dans sa coopération internationale (CI) et à augmenter significativement le paquet d’aide humanitaire COVID-19 pour les pays en développement. Le programme d’aide de 400 millions de francs suisses décidé au printemps 2020 — dont seuls 100 millions sont nouvellement dédiés — ne contient pratiquement pas de subventions non remboursables. Caritas demande que ce paquet de 400 millions soit financé par des fonds additionnels — et que, dans les pays et régions particulièrement touchés, il soit utilisé comme une contribution à fonds perdu pour des projets humanitaires et de développement.
Mieux soutenir l’accès à la vaccination dans les pays en développement
Dans cette crise, il faut éviter que les plus pauvres et les personnes en fuite n’aient pas accès au vaccin, notamment à cause de son prix. Caritas invite la Confédération à soutenir davantage les mesures COVID-19 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’action solidaire Covax pour mieux soutenir l’accès à la vaccination dans les pays en développement. Comme il s’agit d’une pandémie, la Suisse a d’ailleurs tout intérêt à ce que les habitants des pays du Sud soient vaccinés le plus rapidement possible — cela permet non seulement de sauver des vies, mais aussi de réduire le risque de nouvelles mutations et, en fin de compte, cela est bon pour tout le monde.
Les pays les plus pauvres doivent bénéficier d’un allégement global de leur dette
Dans les pays en développement, l’économie s’est effondrée. Dans le même temps, de nombreux États pauvres doivent contracter de nouveaux emprunts pour financer des mesures vitales dans les domaines de la santé, de l’éducation ou de l’économie. Cela aggrave encore la crise de la dette. Caritas invite la Suisse à œuvrer au niveau international pour assurer l’annulation des dettes afin que les pays les plus pauvres disposent rapidement de ressources pour mieux faire face aux conséquences de la crise. En Suisse même, la Confédération doit veiller à ce que les créanciers privés, notamment les banques, participent également aux mesures d’allégement de la dette.
Photo : Les enfants du Cambodge apprennent à se protéger contre le coronavirus en se lavant et en se désinfectant correctement les mains. (c) Damnok Toek
Coronavirus : notre solidarité avec les pays pauvres est nécessaire