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Questions/Remarques
Questions relatives aux difficultés liées à l’accueil du diagnostic
« Je reconnais les signes de la surefficience mais je refuse l’étiquette » L’étiquette n’a en principe de sens que chez l’enfant scolarisé. Pour l’adulte, ce qui a du sens, c’est de savoir qu'avec cette étiquette on aurait pu mieux s’en sortir pendant la scolarité. Le problème est que, être "sur" ou "plus" a une désagréable connotation élitiste, alors que ce sont les difficultés et la souffrance qui sont souvent ressenties en premier. Un autre problème est l’assimilation au génie intellectuel : la seule chose qui est mise en avant est la performance intellectuelle. Or le surefficient se reconnaît d'abord dans l’hyper-perceptivité et l’hypersensibilité, plus que dans une intelligence supérieure. « Pourquoi ce n’est que l’intelligence qui est mis en avant alors que pour un surefficient c’est secondaire ? »
« Je ne comprends pas les différentes étiquettes » Doué, surdoué, intellectuellement précoce, haut potentiel intellectuel, surefficient mental ou "zèbre" (cf. J. Siaud-Facchin): les désignations varient et les définitions fluctuent selon les époques et les auteurs. Un adulte surefficient se sentira probablement plus à l’aise avec le terme de "zèbre" pour qualifier sa différence, car même le qualificatif de "haut" associé à "potentiel" ne lui conviendra guère.
« Je ne suis pas intelligent je suis juste trop… responsable, sensible, coupable… » Si le potentiel est sous-utilisé, se torturer mentalement et se culpabiliser est le moyen trouvé par la psyché pour ne pas se perdre dans des questionnements sans fin.
« Quel est l’intérêt de parler du QI ? » Les 1ères définitions de la douance étaient claires : est surdoué un enfant qui a un QI supérieur au seuil arbitraire de 130 (c’est à partir de cette valeur que, assez souvent, les élèves se trouvaient en décalage important par rapport au reste de leur classe). Un QI de 110 (la moyenne étant à 100) correspond à un élève à l’aise en classe mais qui ne s’ennuie pas. Parler de surdoué c’est donc faire référence à une catégorie d’élèves qui, dans un système ordinaire, éprouvent des difficultés du fait d’un décalage entre leurs possibilités et l’enseignement (conçu pour la moyenne des élèves). En dehors du système scolaire parler de douance est rarement pertinent. Pour l'adulte, connaître son QI peut toutefois redonner confiance en soi et apporter des informations intéressantes, tant pour l'orientation professionnelle que pour certains diagnostics médicaux.
« Y a-t-il plus de surefficients maintenant, on dirait que c’est à la mode ? » La surefficience a toujours existé et elle n'est probablement pas plus fréquente qu’autrefois. Comme les enfants doués sont mieux repérés et font l’objet d’innombrables publications et d’émissions, les adultes ayant avec ces mêmes particularités sont de plus en plus sensibilisés à la question, souvent à travers leurs propres enfants. C’est depuis les années 70 que l’on s’intéresse vraiment au problème, mais les recherches et la littérature concernent essentiellement la psychologie scolaire. Le devenir des petits surefficients est peu étudié et on en sait finalement toujours peu sur ce fonctionnement particulier.
« Je me sens handicapé plutôt que plus intelligent » Dans leur maturité les surefficients se rendent compte qu’ils ont raté quelque chose, que les autres sont plus satisfaits de leur vie alors qu’eux-mêmes sont dans l’impossibilité d’être heureux. Il en découle un profond sentiment d’échec.
Questions autour de la reconnaissance de ses différences
« L’école était un calvaire, je suis en rage contre les enseignants » « A l’école je m’ennuyais, je n’écoutais pas, on disait que j’étais dans la lune » « J'étais en échec scolaire et je devrais me sentir intelligent ? » Un surefficient peut rater sa scolarité, pour cause d’inadaptation à un système pensé pour un élève moyen. L’école étant normative pour la société, le fait d’y être mauvais veut forcément dire être mauvais ou bête dans l’absolu. Il n'est encore aujourd’hui pas évident de trouver un enseignant formé à la prise en charge de la surefficience et trop de petits "zèbres" connaissent encore l'échec scolaire.
« Tous les enfants sont-ils potentiellement surefficients ? » Chaque humain a un potentiel à exploiter et ce potentiel est certainement élevé dans l’absolu. La plupart des humains doivent pourtant se contenter de n’exprimer qu’une petite partie de leurs capacités. Etre surefficient c’est avoir les moyens (perceptifs, intellectuels, physiques, etc.) et surtout le besoin d’aller au bout de ses capacités.
« D’où cela vient-il ? » Notre forme d’intelligence est une composante de notre identité, en partie génétiquement programmée, comme tous les traits qui nous distinguent les uns des autres. Mais le potentiel intellectuel et la sensibilité de base s’exprimeront différemment en fonction de l’environnement, de l’éducation, du soutien familial et de l’histoire vécue. On retrouve la surefficience dans n’importe quel milieu socioculturel mais évidemment selon le milieu elle est plus ou moins valorisée.
Questions liées à l’acceptation par le surefficient de sa propre souffrance
« Que puis-je faire pour mes enfants si moi-même je n’ai pas été diagnostiqué ? » Apaiser la douleur et la colère de ne pas avoir été entendu permet de mieux répondre aux besoins de ses propres enfants même si on a le sentiment d’avoir raté sa vie.
« Je me fais tout le temps du souci pour les autres » A cause du phénomène d’hyperempathie, le surefficient ressent les états émotionnels des gens et sera très sensible au mal-être et à l’inconfort que ceux-ci ne ressentent souvent pas. Devenir conscient de ce phénomène et réussir à ne pas prendre la misère du monde sur ses épaules est un apprentissage nécessaire pour le surefficient. De plus, du point de vue psychique, les enfants surefficients sont typiquement les "thérapeutes" de leurs parents et grandissent en se donnant pour mission de réparer les manques des parents.
« Je ne me sens pas spécialement empathique » C’est une réflexion plutôt masculine qui concerne les surefficients qui ont des mécanismes de défense qu’on qualifie, en jargon "psy", de type "autistique" (on se coupe de ses émotions pour ne pas souffrir, on se met dans une bulle ou un "bocal psychique" pour se couper de ses ressentis trop intenses).
« On dit de moi que je suis froid, distant et indifférent, j’ai peur d’être autiste » Quand la souffrance est trop grande et que le ressenti est trop intense, pour se protéger il faut se couper de l'extérieur. Au sujet de l'autisme on peut dire ceci : les autistes sont hypersensibles et hyperperceptifs et certains autistes sont surdoués mais le cas est relativement rare et rien n’indique que l’autisme, même de haut niveau (de type asperger) prédispose à la douance. Mais il existe de nombreux traits communs entre l’autisme de haut niveau et la surefficience. Les théories actuelles à ce sujet restent controversées et n’apportent pas encore d’explication satisfaisante.
« Je doute toujours de ce que je peux ressentir » Les réponses que les gens renvoient au surefficient sont rarement conformes à ses ressentis. C’est d’autant plus difficile quand la vue, l’ouïe ou le toucher sont si sensibles qu’ils donnent des masses d’informations que les autres ne perçoivent pas.
« J’aimerais ne plus ressentir mais je n’y arrive pas » Apprendre à se recentrer, à se protéger et à canaliser ses pensées est un défi majeur pour le surefficient. Cela n'est possible qu'en comprenant ce qui se passe et "comment ça marche".
« Je râle tout le temps/ Je suis sarcastique » Quand on souffre et que l’on n’est pas reconnu pour ce que l’on est, il est normal d’être en colère. Lorsque la surefficience est reconnue, apprivoisée puis assumée, la colère s’apaise petit à petit.
« Je ne comprends pas qu’on ne me comprenne pas » Un surefficient ne sait pas que les autres ne sont pas comme lui, il est convaincu que tout le monde pense comme lui. Il doit faire un gros effort pour se mettre à la place de l’autre et comprendre qu’il ne peut pas être compris dans sa complexité.
« J’ai peur d’être "plus" et donc seul » Le surefficient peut ressentir une grande angoisse à assumer sa différence car cela implique de ne plus faire semblant, ne plus faire autant d’efforts d’adaptation, accepter l’idée que l’autre puisse être inintéressant. La solitude a pourtant toujours été là, mais elle doit pouvoir être acceptée et éventuellement choisie, en fonction des circonstances et des besoins. Par ailleurs la fréquentation d’autres surefficients est vivement recommandée, car fréquenter des "congénères" permet d’avoir moins à se protéger dans la relation.
« J’ai parfois l’impression d’avoir une double personnalité, est-ce que je suis schizophrène ? » Pour s’adapter à sa famille, à l’école, au travail et à la société, le surefficient doit cacher ses ressentis jusqu’à se créer un personnage de façade, un double, qui pourra sortir dans le monde sans trop risquer de se faire mal voir et de souffrir.
Questions autour du « comment vivre avec »
« Peut-on apprendre à « faire autrement ? » Non, définitivement non. On peut seulement apprendre à faire avec… Il n’est pas forcément nécessaire de se faire accompagner par un professionnel spécialiste du profil HP mais cela peut permettre de gagner du temps.
« Est-il possible de diminuer mes ressentis ? » Les perceptions et ressentis doivent être compris et apprivoisés, mis en perspective. On peut apprendre à faire baisser la dissonance, à interpréter judicieusement ce qu’on ressent et l’utiliser à bon escient.
« Comment apaiser mon désarroi face à l'incompréhension des autres ? » Accepter sa différence est le 1er pas. Rencontrer des semblables est nécessaire. Si c’est du conjoint que vient l’incompréhension le problème est épineux et peut nécessiter une thérapie de couple. Dans le cadre professionnel il peut être judicieux de se faire coacher.
« Existe-t-il des personnes vivant plus paisiblement avec cette spécificité qui, dans notre culture occidentale, peut se rapprocher d’un « handicap » social ? » Dans d’autres cultures plus traditionnelles le surefficient est certainement mieux à même de développer ses talents et est reconnu pour sa capacité à voir le monde différemment et sa sagesse. Sous nos latitudes ceux qui sont « bien nés » et bien accompagnés s’en sortent en général plutôt bien, même s’ils restent souvent insatisfaits. Pour les autres le chemin est plus rude… mais néanmoins passionnant. Il faut apprendre à devenir plus égoïste, à s’occuper de soi, à mieux vendre ses talents…
« Quelles voies pour sortir de la souffrance ? » Il faut apprendre à requalifier les ressentis et les difficultés, à relativiser la « souffrance », à prendre du recul. A certains moments de sa vie, le recours à de l’aide professionnelle pour faire le point et mettre des mots sur sa souffrance peut être nécessaire… avant de mourir sur la croix ;-)
A suivre, en fonction de vos questions et remarques à venir ...