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Pendant plus de cent ans, le musée romain d'Avenches a conservé sans le savoir un véritable trésor: des parties métalliques d´un orgue romain. Enfin identifiés, les archéologues constatent qu´ils détiennent des vestiges rarissimes.
Ces pièces de bronze ont été découvertes en 1865 et 1971. Mais, pendant plusieurs décennies, la plus grosse a été considérée comme un ustensile destiné à la cuisine. Ce n'est finalement qu'en 1996 que les spécialistes ont découvert qu'il s'agissait d'une pièce d'un orgue hydraulique.
«Nous préparions alors une exposition sur les jeux dans l'arène. Nous savions que les Romains utilisaient des orgues durant ces jeux. Nous nous sommes donc doutés que la pièce principale pouvait en faire partie. Après examen, un spécialiste alémanique a pu confirmer notre hypothèse», explique Anne Hochuli-Gysel, conservatrice du musée romain d'Avenches.
Et cette découverte est d'importance. En effet, si les orgues étaient connus par des documents anciens, seuls deux sites avaient jusqu'à présent livré des vestiges: Budapest en Hongrie et Dion en Macédoine.
L'orgue d'Avenches comptait douze touches avec six registres de douze tons chacun. Les dimensions originelles du sommier devaient être de 40 centimètres de long sur 20 de large. Il a dû être utilisé entre 70 et 250 de notre ère. Il n'a cependant pas été possible de déterminer s'il s'agissait d'un orgue hydraulique ou à soufflet.
Autre zone d'ombre: l'état actuel des connaissances ne permet pas de dire si les orgues romains jouaient de la musique polyphonique. «C'est très vraisemblable, car on ne peut guère imaginer que le musicien ne frappait que sur une touche à la fois, mais ce n'est pas prouvé», explique la conservatrice.
Les vestiges d'Avenches ont cependant permis de faire un peu avancer la connaissance de ces instruments antiques. Il a été possible de déterminer que les pièces étaient recouvertes d'étain, certainement pour atténuer le bruit de la mécanique.
De plus, l'orgue retrouvé à Budapest en 1931 comportait quatre jeux. Celui d'Avenches en comptant six, cela montre les textes anciens qui parlent d'instruments de quatre, six et huit jeux sont tout à fait crédibles.
Les orgues romains ne ressemblaient pas aux instruments actuels. D'abord, ils n'étaient pas réservés à un usage sacré. De plus, ils étaient plus petits et permettaient au musicien de jouer debout en face du public et ainsi souligner la dramaturgie des spectacles. «Pour faire une comparaison, je dirais qu'ils me rappellent les synthétiseurs des groupes de rock», conclut Anne Hochuli-Gyser.
Olivier Pauchard