Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07217.jsonl.gz/1272

Trois doyens de l’université de Genève, égratignée, signent un rapport de treize pages en novembre de la même année, dans lequel ils relèvent que «les faits reprochés aux chercheurs visés par cette enquête remontent aux années 1980 et 1990, voire 1970, si bien qu’ils sont soumis à prescription» (cinq ans). De plus, «des sanctions ne pourraient pas non plus être prononcées pour le motif que les rapports de service avec les trois personnes nommées ont cessé, puisqu’elles ne sont plus membres de l’université».
Le rectorat juge utile de donner suite à la procédure de dénonciation, et conclut: «Aucune manifestation de fraude scientifique n’a pu être mise en évidence à l’encontre de Monsieur Rylander. Cela vaut également pour le respect des règles éthiques et de déontologie universitaire».
Le rectorat estime que le financement de recherches sur le tabac par cette industrie «est acceptable au moins pour deux raisons. En premier lieu, les principes d’égalité et d’équité commandent que toutes les branches de l’industrie, à condition que leurs activités soient déclarées légales, soient traitées de même manière. En second lieu, l’université est par principe un lieu où les recherches sont à même d’être conduites de façon impartiale».
Ragnar Rylander, comme tout professeur, est en droit de revendiquer la liberté de recherche, et porte une responsabilité quant aux éventuelles conséquences de ses travaux. Le rectorat relève qu’un professeur fait partie d’une subdivision, supervisée par la direction, «au courant des liens qu’entretenait M. Rylander avec l’industrie du tabac». lit-on dans ce rapport.
Dans ses rapports de la commission d’éthique, l’Institut de médecine sociale et préventive (ISMP) n’a pas émis de remarque sur le fait, connu par elle, que les recherches menées par le professeur Rylander ont été financées par l’industrie du tabac.
L’institut savait également que l’industrie finançait directement un compte au nom de Ragnar Rylander, lequel versait «jusqu’à tout récemment» des chèques à l’université. Mais pour un temps, l’ISMP ne disposait que d’un seul membre du corps professoral qui assurait la direction à titre intérimaire.
La commission déclare ne pas avoir trouvé «d’indices permettant de conclure que le professeur Rylander se serait rendu coupable d’actes contraires aux règles de déontologie et d’éthique et, a fortiori, de fraude scientifique».
Une nouvelle enquête a lieu en 2004, dont je ne parlerai pas ici.
Attaqués en diffamation par Ragnar Rylander pour le contenu du communiqué de presse, Jean-Charles Rielle et Pascal Diethelm ont été relaxés par un arrêt de la Cour de justice de la Chambre pénale de la République et canton de Genève.
Les documents du procès* nous éclairent sur diverses pratiques :
— Il est établi que Ragnar Rylander a perçu 2’500 US $ en 1972 de Philip Morris, montant qu’il s’élève régulièrement pour atteindre par exemple 140’000 US $ en 1989, chiffre très supérieur comparé aux versements octroyés aux autres consultants de Philip Morris et des FTR. Par ailleurs, Ragnar Rylander a approuvé un montant total de factures de 12’460’536 DM pour l’année 1989.
— Chung Yol Lee, médecin et chercheur, chargé de recherche par l’OMS sur le thème du tabagisme, a témoigné lors du procès de Ragnar Rylander que «les participants à ces symposiums étaient triés sur le volet pour être globalement favorables à cette industrie».
— «Concernant les symposiums de 1974 et 1983, organisés par Ragna Rylander, la majorité des chercheurs participants entretenaient des liens étroits avec l’industrie du tabac», selon le témoignage du Dr Theodor Abelin.
— «II n’est pas admissible de modifier en cours d’étude les paramètres pour se rapprocher de ce qu’on a l’intention d’obtenir comme résultat, car ce serait de la manipulation. Si un chercheur procède de la sorte, ses résultats ne seraient plus crédibles», selon le témoignage du Dr Hubert Varonier.
— «Une étude publiée en 1998 avait précédemment été menée par le Centre contre le cancer de Lyon sur les effets du tabagisme passif. Les industriels du tabac étaient intervenus très rapidement à l’encontre des chercheurs en les menaçant de ne pas financer cette étude et avaient essayé de faire reporter la publication du rapport. Les industriels du tabac avaient créé des sociétés ou ces instituts dans le but de mener des débats publics, sans que les médias ou la communauté scientifique n’aient connaissance du fait que ces sociétés ou instituts étaient en réalité liés à ces industries», témoigne Thomas Zeltner, médecin et juriste, directeur de l’Office fédéral de la santé publique.
— «L’existence d’un lien direct entre la fumée passive et le cancer était connue par Philip Morris depuis 1965 en tout cas. Nonobstant ce lien, Philip Morris avait refusé d’en admettre la réalité jusqu’en l’an 2000. Le professeur Ragnar Rylander, qui était au courant de cette réalité, a participé à ce déni». Témoignage de William Farone, docteur en chimie physique et auteur de 77 articles scientifiques, spécialisé dans le domaine de la fumée passive et active en rapport avec le cancer, directeur de la recherche appliquée chez Philip Morris entre 1971 et 1986.
— «Lors de la publication de l’article dé Ragnar Rylander «Dietary habits for non-smoking females living with smokers or non-smokers» dans la revue "European Journal of Public Health", l’éditeur de celle-ci ignorait que le Centre pour la recherche sur l’air ambiant (ClAR) était financé par l’industrie du tabac ; il avait reçu une lettre signée par Ragnar Rylander qui assurait que cette recherche n’était source d’aucun conflit d’intérêts. L’éditeur ignorait également que Ragnar Rylander était lié contractuellement à Philip Morris», témoigne Martin Mc Kee, rédacteur en chef du "European Journal of Public Health".
De fait, Ragnar Rylander a contribué en connaissance de cause à la stratégie de l’industrie du tabac, visant à nier les effets de la fumée passive sur la santé ou du moins de susciter de façon partisane le doute dans les esprits.
Nous voyons dans cette affaire, exactement le même fonctionnement que celui que je dénonce à propos des effets néfastes du rayonnement électromagnétique. Pour citer quelques points, le financement par l’industrie (ex. du département sur les champs électromagnétiques de l’OMS, dont les fonds de l’industrie transitent par un hôpital australien). L'OMS évoque des facteurs psychologiques dans son communiqué n° 296.
Des symposiums rassemblant d'«éminents scientifiques» (on passe sous silence qu'ils sont triés sur le volet pour être globalement favorables) sont organisés pour semer le doute dans les esprits (ex: OMS, workshop on Electrical Hypersensitivity, Prague, October 25-27, 2004).
Les mêmes phrases absurdes du genre «il n'y a aucun mécanisme dans le corps humain permettant la détection de ce type de champ électromagnétique, hormis l'effet de chaleur» servent sempiternellement à la désapprobation lors de la parution d’articles sur les dangers du rayonnement.
On trompe les décideurs et le public avec des facteurs entraînant un effet de confusion, ainsi que le fait l'OMS dans le communiqué
n° 296, en invoquant «des effets dus aux papillotements provenant de lampes à fluorescence, des reflets et autres problèmes visuels
», «une mauvaise conception ergonomique
», «la mauvaise qualité de l'air
» ou «le stress
». Etc.