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La presse australienne a rendu compte des profondes divisions apparues entre le CIO (Comité International Olympique) et l’AMA (Agence Mondiale Antidopage) sur le scandale du dopage russe. Deux articles ont été publiés sur le site web The Australian. Un des articles, dont l’accès est payant, rapporte des conversations confidentielles avec des responsables du CIO. L’autre article, en accès libre, donne la version du professeur McLaren. Il fait allusion à l’article payant et reproduit une partie du texte.
La chaîne internationale d’actualités RT cite l’article payant :
« …Il y a des membres au sein du Comité international olympique (CIO) qui croient que la publication du rapport McLaren à la veille des Jeux Olympiques a été conçu pour déclencher une sorte « d’option nucléaire » en émettant une interdiction de la Russie aux Jeux ».
Ceci est très similaire à ce que je disais dans un article que j’ai écrit il y a quelques jours. Je disais que la manière dont la campagne avait été menée ainsi que les dates de publication des rapports de l’AMA, montre que le but était d’obtenir l’expulsion des Jeux de l’ensemble des équipes russes. Voici ce que je disais :
« Le programme de la campagne anti-dopage contre la Russie est assez clair. Il semble que la décision d’expulser la Russie du mouvement olympique a été prise probablement à l’époque de l’échec de la campagne de boycott des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi en 2014. Toutes les diverses allégations de dopage en Russie qui ont circulé depuis 2010, et même avant, ont ensuite été passées au crible pour monter une argumentation de toute pièce. Le tout a été mis dans un dossier et épicé avec des témoignages de gens comme Stepanova et Rodchenkov. Ensuite, une série d’articles malveillants et des documentaires ont été publiés dans les médias occidentaux, relançant ainsi les pires allégations. Une série de rapports de l’AMA a ensuite suivi en succession rapide à partir de l’automne 2015, juste à temps pour produire un impact maximum et laisser le moins de temps possible pour une vérification indépendante des faits ou pour toutes autres mesures à prendre avant le début des Jeux de Rio. De cette façon, les allégations ne pouvant pas être correctement et indépendamment évaluées, aucun arrangement équitable ne pouvait être conclu pour permettre l’admission des athlètes russes indiscutablement propres. Les Jeux de Rio étant sur le point de commencer, le CIO pouvait présenter sa demande pour une interdiction générale. »
Dans mon article, je disais aussi sur la base de certains commentaires faits par le président du CIO Thomas Bach, que le CIO était furieux contre l’AMA pour sa conduite de toute l’affaire. Encore une fois le résumé de RT le confirme :
« Une fois qu’il a été clairement établi que le CIO n’allait pas soutenir une interdiction complète, l’auteur du rapport, l’avocat canadien Richard McLaren, a remis les noms des athlètes russes cités dans son document aux 28 fédérations. Ces noms n’avaient initialement pas été publiés lorsque le rapport a été rendu public le 18 juillet. Cependant, les sources du papier auraient relaté que l’AMA a maintenant un problème car il n’avait pas suffisamment de détails pour justifier certaines sanctions contre les athlètes. »
« Ils se sont débrouillés pour améliorer le rapport et le rendre plus attractif, ce qui est « fou » parce que maintenant l’ensemble du rapport est sous supervision et je suis sûr ce rapport est tout à fait exact. Il met juste des points d’interrogation là où ils ne devraient pas y en avoir » a déclaré un fonctionnaire du sport.
Le président du Comité olympique australien, John Coates, qui est aussi un vice-président du CIO, aurait écrit au ministre australien de la Santé Susan Ley, en disant que le CIO avait un « manque de confiance dans l’AMA. »
« McLaren a dit qu’il y avait des preuves que 170 athlètes russes, la majorité d’entre eux sélectionnés pour Rio, avaient déjà eu des tests de dopage positifs et que ces tests avaient été détruits par le laboratoire de Moscou contre le dopage. Après de nouvelles analyses des échantillons effectués au laboratoire de Moscou, il a été constaté que les échantillons russes ont été divisés en quatre catégories distinctes de gravité. Une de ces catégories était pour les échantillons considérés comme peu ou pas graves du tout. »
« On nous a demandé de porter un jugement sur des concurrents russes sur la base du rapport McLaren, mais sans avoir aucun détail pour mieux comprendre ce qui les a amenés à être nommé dans ce rapport, » a déclaré un haut fonctionnaire du sport cité par The Australian. « Maintenant, pour ce qui est des quatre catégories différentes – pourquoi n’avons-nous pas été averti de cela au début ? C’est un gâchis et c’est la faute de l’AMA. »
La citation exacte de RT est confirmée par l’article en libre accès :
« Des responsables sportifs ont accusé l’AMA de ternir le cas des athlètes russes en remettant aux fédérations sportives les noms des concurrents alors qu’ils n’avaient aucune preuve contre eux et d’invoquer « l’option nucléaire » d’expulser la Russie des Jeux. Mark Adams, porte-parole du CIO, a déclaré hier que la confusion a montré les dangers de travailler avec un rapport inachevé : « Avoir quelqu’un qui n’a pas commis une infraction de dopage, mais le compter en tant que tel est une chose dangereuse. Nous encourageons le professeur McLaren à nous fournir un rapport complet avant que nous puissions prendre des décisions franches et définitives. »
Le rapport de McLaren étant « inachevé » et la nécessité d’un « rapport complet » fait référence à quelque chose d’autre comme je l’ai dit dans un autre article écrit que j’ai écrit il y a une semaine :
« Ce qui aurait dû se passer dans un monde rationnel lorsque les allégations de Rochenkov et Stepanova sont devenues publiques est qu’une enquête complète et adéquate auraient dû être mise en place, les témoins examinés et représentés par un avocat, et les preuves médico-légales examinés par un panel d’experts scientifiques, qui auraient pu être contre-interrogés et dont les rapports auraient été rendus publics. Puisque cela aurait pris du temps – un an au moins – des arrangements auraient dû être mis en place dans l’intervalle par le CIO pour s’assurer qu’il n’y avait pas de tricheries de la part des athlètes russes à Rio. Compte tenu de l’ampleur des allégations et des soupçons d’implication de l’Etat dans le dopage, les athlètes russes déjà soupçonnés de dopage auraient dû être retirés de la compétition à Rio. A la fin du processus, l’enquête aurait remis un rapport correct – pas comme le rapport défectueux fourni par McLaren – confirmant ou réfutant les allégations, et formuler des recommandations spécifiques pour éviter que le problème ne se reproduise. »
Le CIO est évidemment en droit de se plaindre puisqu’il a été invité à prendre une décision sur la base d’un rapport incomplet fourni seulement 2 semaines avant que les Jeux de Rio ne commencent. Toutefois, compte tenu de ses actions dans la préparation de son rapport et la façon dont il l’a présenté, le professeur McLaren est évidemment la mauvaise personne pour préparer un rapport complet.
L’article en libre accès dans The Australian montre la mesure dans laquelle McLaren et l’AMA ont été jetés sur la défensive. Il rend compte de McLaren se plaignant que :
« Le centre d’intérêt a été perdu et la discussion ne porte pas sur les laboratoires russes et les Jeux Olympiques de Sotchi, qui étaient sous la direction du CIO. Ce qui se passe maintenant est une chasse aux personnes censées s’être dopées, mais cet aspect de la question n’a jamais fait partie de mon travail, même si ça commence à le devenir. Mon rapport sur le dopage sponsorisé par l’état russe s’est transformé en une poursuite des athlètes. »
Je ne comprends pas comment le professeur McLaren peut penser qu’un rapport au sujet d’un soi-disant système de dopage financé par l’Etat ne devrait pas aussi se pencher sur les preuves de dopage des athlètes. Ce sont précisément les cas individuels de dopage qui sont la preuve qu’il y avait un système de dopage parrainé par l’Etat.
L’enquête menée par le professeur McLaren a duré 57 jours. De toute évidence, ce temps était trop court pour examiner correctement chaque allégation de dopage. Conduire une enquête appropriée dans un délai si court était impossible. Le professeur McLaren aurait dû l’admettre et demander plus de temps pour mener son enquête correctement, laissant à l’AMA et au CIO le soin de mettre en place les dispositions nécessaires pour empêcher une tricherie possible par les athlètes russes aux Jeux Olympiques de Rio. Ce n’est pas ce qu’il a fait. Au lieu de cela, il a livré un rapport incomplet et déficient et a exigé une interdiction générale des russes sur cette base. Le seul objectif du professeur McLaren était probablement de prouver la culpabilité des russes. A en juger par ce que les responsables du CIO auraient dit à The Australian, il semble que ce soit aussi leur opinion.
Une autre confirmation de cet objectif est fournie par la façon dont l’AMA essaie maintenant de se dissocier de la manière dont McLaren a « impliqué » des athlètes russes dans son rapport. Le directeur général de l’AMA, Olivier Niggli, est cité par The Australian dans ce que l’on peut appeler une explication plutôt tordue des faits.
« Chef de la direction de l’AMA, Olivier Niggli dit que la confusion a surgi parce que les responsables sportifs n’avaient pas compris ce que le mot « impliqué » voulait dire. Le professeur McLaren a donné, pour chaque sport, une liste des athlètes qui ont été impliqués. C’est le mot utilisé par le CIO. Maintenant, nous abordons la partie confuse. Il a donné aux fédérations internationales tout ce qu’il avait, chaque nom. Pour certains noms, il n’y avait pas d’information au sujet du dopage, mais les fédérations sportives ont pensé que les personnes qui portent ces noms étaient impliquées et qu’elles devraient retirer ces athlètes et, suivant les directives du CIO, ils devraient aussi les retirer de la compétition des Jeux olympiques. »
Ce professeur McLaren (qui est un avocat) a « impliqué » des athlètes de manière à jeter la suspicion sur eux ; ceci me semble franchement absurde. Maintenant, il commence à présenter ses conclusions de manière à créer l’impression qu’il y avait beaucoup plus de preuves au sujet des athlètes russes impliqués dans le dopage que ce qui était effectivement le cas.
Tout cela apporte de l’eau au moulin des avocats des athlètes russes. Certains auteurs de commentaires sur le fil de l’article dans lequel je discutais de ces affaires judiciaires doutent qu’ils auront beaucoup d’effet. Au contraire, c’est précisément parce que ces affaires judiciaires sont présentées devant une cour de justice que le CIO et l’AMA sont maintenant publiquement en désaccord les uns avec les autres. Ce que l’on peut voir dans ces échanges teintés de colère et de récriminations sont les étapes frénétiques des deux organes sportifs qui essaient désespérément de couvrir leurs positions en prévision des cas judiciaires qui viennent maintenant. En outre, dans tous les cas, il y a une obligation légale de divulgation complète que les athlètes russes peuvent utiliser pour exiger la présentation de toute la correspondance (y compris les transcriptions téléphoniques et les e-mails) qui ont conduit à la décision de les exclure. Je m’attend à ce que leurs avocats vont leur conseiller d’utiliser ce droit sans restriction. Cela commence à ressembler à une débâcle. Comme je l’ai dit avant, cette affaire n’est qu’à son début.
Par Alexander Mercouris, 5 août 2016
Traduit par Michael Rubin pour Arrêt sur Info