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Le conseiller fédéral Pascal Couchepin aimait faire de la provocation aussi en matière de prévoyance vieillesse. Au printemps 2003, il profita de son « pèlerinage » sur l’Ile Saint Pierre pour lancer la retraite à 67 ans. Cinq ans plus tard, l’OFAS lançait l’idée d’une contribution de solidarité versée par les retraité(e)s, une idée (abusivement) tirée d’un étude commandée aux professeurs Wanner et Gabadinho[1]. L’OFAS concluait que l’introduction d’une telle contribution de solidarité « permettrait de tenir compte [du fait que] le risque de pauvreté concerne principalement certains groupes d’actifs de moins de 50 ans »[2]. C’était là sciemment programmer une guerre entre les générations.
Les organisations de retraité(e)s réagissent
Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase, aussi pour le CSA et Pro Senectute, les deux grandes organisations de personnes à la retraite. Le CSA chargea l’Institut de travail social de la HES de Saint-Gall (technique économie et travail social) d’étudier la situation économique des personnes âgées. Auteur de cette étude[3], le professeur Rehberg y critique la fragilité de la méthode appliquée par l’OFAS au travail des universitaires genevois, regrettant que cet office livre ainsi au débat une contribution unilatérale et peu objective.
Le professeur Rehberg montre entre autres, dans une présentation très lisible, que la part de pauvres parmi les jeunes et les personnes âgées est à peu près la même et que les inégalités socio-économiques sont plus marquées chez celles-ci. Il fait également apparaître que la pauvreté des jeunes est souvent passagère, alors qu’elle est souvent insurmontable chez les personnes âgées, que les prestations sociales fournies librement par ces dernières sont très importantes et qu’ainsi, la solidarité entre les générations fonctionne parfaitement. Pour réponse à la contribution de solidarité versée par les retraité(e)s, il propose un impôt sur le capital et un renforcement des impôts sur la fortune et les successions.
Vivre avec une marge de manœuvre réduite
Récente aussi, l’étude de Pro Senectute sur la pauvreté des personnes âgées[4] aboutit aux mêmes conclusions que celle du CSA. Saluant le fait que l’évolution de la prévoyance vieillesse (1er et 2e piliers) a concrètement et nettement amélioré la situation des personnes âgées et constitue une des principales bases de la prolongation de l’espérance de vie, cette étude souligne que la pauvreté des personnes âgées est toujours là. Et même qu’elle croît à nouveau depuis quelques années, alors que la part des bénéficiaires des prestations complémentaires (12 %), est, elle, restée inchangée. Mais, avec 18 % de personnes âgées pauvres, la Suisse est bien en dessous de la moyenne de l’OCDE (13 %).
L’étude de Pro Senectute repose sur une base plus large que celle du CSA. Dotée de parties historique, sociologique et sociopolitique, elle dresse un tableau global de la problématique. Proposant une vaste bibliographie et une vue d’ensemble des lois concernées, ses considérations sociologiques se basent sur des enquêtes réalisées auprès des bureaux de consultation de Pro Senectute, qui conseillent 30 000 retraité(e)s par an. C’est là une réponse impressionnante aux préjugés répandus sur la « génération argentée », l’argent ne renvoyant pas ici à la couleur grise des cheveux…, une image caricaturale s’il en est !
Tout le monde à la manif du 19 septembre : pour du travail et des rentes garanties !
Étant donné la situation des retraité(e)s de ce pays, les récentes tentatives de la majorité parlementaire bourgeoise de remettre en question l’adaptation des rentes AVS à l’évolution du coût de la vie et des salaires, et de faire massivement casquer les retraité(e)s pour assainir leurs caisses de pensions, sont, socialement et conjoncturellement, une provocation et une stupidité. C’est pourquoi le président de l’Union syndicale suisse, Paul Rechsteiner, a déposé une motion demandant une adaptation extraordinaire des rentes AVS selon l’indice mixte.
Simultanément, les retraité(e)s du Syndicat du personnel des transports (SEV) demandent à toutes les organisations de retraité(e)s de les soutenir dans leur lutte pour le financement à près coup de la caisse de pensions des CFF, une mesure rendue nécessaire par une externalisation de la caisse qui ne s’est pas faite correctement. Et les délégué(e)s des retraité(e)s du Syndicat de la Communication viennent, pour leur part, d’adopter une résolution appelant le personnel de la Confédération et des entreprises de cette dernière à agir de concert pour obtenir une compensation équitable du renchérissement.
Pour toutes ces raisons, les retraité(e)s des syndicats manifesteront nombreux le 19 septembre sur la Place fédérale pour la sécurité des rentes et du travail pour tout le monde. Les autres organisations de retraité(e)s en feront sans doute autant et viendront aussi revendiquer à cette même date dans la capitale.
[1] Wanner, Ph. ; Gabadinho, Alexis : « La situation économique des actifs et des retraités », Berne, OFAS, 2008.
[2] Communiqué de l’OFAS du 10.4.2008.