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De nombreux parents constatent que les garçons adoptent des comportements typiquement masculins et les filles des comportements typiquement féminins. Mais ces différences de comportement sont davantage dues à la socialisation différenciée des enfants selon leur sexe qu’à des différences biologiques ou génétiques.
En fait, durant les premiers mois de vie, les différences de comportement sont bien plus nombreuses et observées entre les enfants, quel que soit leur sexe, qu’entre les filles et les garçons. Cela ne signifie pas que les différences biologiques entre les sexes sont inexistantes, mais qu’elles sont très loin d’expliquer tout.
Ce qui interpelle, c’est que les adultes pensent majoritairement (et parfois de façon péremptoire) que ces différences entre filles et garçons s’expliquent par la génétique. Une recherche a ainsi été menée pour savoir, au-delà de quelques témoignages, quelles étaient les représentations des adultes sur les origines des différences, notamment comportementales, entre les sexes. Des adultes de la même tranche d’âge, des parents (soit de deux filles, de deux garçons ou d’une fille et d’un garçon) et non-parents qui travaillent dans le monde de l’enfance (éducateur-éducatrice en crèche ou enseignant-e par exemple) ont participé à cette recherche.
Une liste de 22 raisons susceptibles d’expliquer les différences entre les sexes, certaines renvoyant au pôle socioculturel (faisant ainsi référence aux jouets, aux sports, aux médias, etc.) et d’autres au pôle biologique leur a été proposée. Ils devaient se positionner pour chaque affirmation sur une échelle de 1 à 7, de «tout à fait d’accord» à «pas du tout d’accord». Puis, il s’agissait de placer une croix sur une ligne pour expliquer la proportion de l’origine biologique et de l’origine socioculturelle de ces différences entre les sexes.
En moyenne, les non-parents plaçaient davantage la croix du côté socioculturel et entérinaient les déclarations expliquant que les différences entre sexes avaient des origines socioculturelles, tandis que les parents avaient tendance à mettre la croix du côté biologique et à valider les items à connotation biologique. En outre, les parents ayant un garçon et une fille étaient encore plus persuadés de l’origine biologique de ces différences que ceux qui avaient deux filles ou deux garçons.
Ces résultats ne sont pas étonnants: les parents sont convaincus qu’ils sont les personnes les plus importantes au monde dans l’éducation de leurs enfants, qu’ils en détiennent en quelque sorte le monopole. Donc, quand ils voient que leurs enfants deviennent un «vrai petit mec» et une «vraie petite nana», alors qu’ils sont convaincus de les avoir éduqués de manière égalitaire, ils en rendent logiquement responsable la nature et les différences chromosomiques.
Mais ce qui est vrai d’un point de vue affectif ne l’est pas pour l’acquisition des codes sexués: à l’âge de 5-7 ans, les enfants sont très rigides en termes de constance de genre, c’est-à-dire que, indépendamment de l’éducation reçue, ils vont se conformer aux stéréotypes de genre de manière presque caricaturale, les petites filles sages et mignonnes jouant à la poupée, les petits garçons bagarreurs et débraillés toujours à guerroyer.
Sans compter que les adultes ne sont pas toujours conscients d’avoir des approches et des réactions différentes suivant qu’ils s’adressent à une petite fille ou à un petit garçon. On peut d’ailleurs noter que, si les professionnels de l’enfance ont conscience de la prédominance de la socialisation différenciée sur la génétique, ils rejettent souvent les items concernant leur propre profession ou en lien avec le monde de l’école. Cela signifie par exemple qu’ils ne nient pas le sexisme des manuels scolaires, mais qu’ils ne remettent pas en cause leur propre comportement dans la socialisation différenciée.
Ainsi, même si ces différences sont inscrites dans les manuels scolaires, les ouvrages illustrés, les dessins animés, les publicités, les magasins de jouets et autres domaines socioculturels plutôt que dans les gênes, les adultes ont tendance à éluder leur responsabilité dans cette reproduction des attitudes sexuées chez les enfants. Et ce d’autant plus qu’ils n’en ont pas toujours conscience.