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France Paris préconise d'arrêter d'aider l'écrivain pédophile
Gabriel Matzneff, qui fait l'objet d'une enquête pour viols sur mineurs, fait partie des quinze écrivains vieillissants au bénéfice d'une subvention. Franck Riester veut mettre fin à cette pratique.
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Le ministre de la Culture Franck Riester a estimé que l'allocation annuelle publique dont bénéficie l'écrivain Gabriel Matzneff, qui fait l'objet d'une enquête pour viols sur mineurs, n'était pas «justifiée» et ne devrait de ce fait pas être renouvelée par le Conseil national du livre (CNL).
«L'ensemble des faits rapportés me porte à considérer que cette allocation n'est pas justifiée et n'aurait pas dû perdurer», a indiqué le ministre dans une lettre adressée au président du CNL Vincent Monadé et transmise à l'AFP.
L'écrivain âgé de 83 ans, récompensé par le prix Renaudot Essai en 2013 en dépit du fait qu'il faisait dans ses ouvrages l'apologie des relations sexuelles avec les mineurs, a été mis en cause dans un livre de Vanessa Springora (couverture ci-dessous) où elle raconte comment elle a été séduite par l'auteur presque quinquagénaire, alors qu'elle n'avait même pas 14 ans.
Dans une lettre adressée au président du CNL Vincent Monadé et transmise à l'AFP, M. Riester a souhaité que soit mise en place «dès cette année» une commission qui se prononcerait sur la reconduction annuelle de l'allocation annuelle du CNL, en vue d'un «contrôle plus resserré».
«Dans l'hypothèse où Gabriel Matzneff viendrait à demander le renouvellement de l'allocation dont il a bénéficié en 2019, son dossier sera comme tous les autres candidats, revu et analysé par cette commission (...) l'ensemble des faits rapportés me porte toutefois à considérer que cette allocation n'est pas justifiée et n'aurait pas dû perdurer», a indiqué le ministre.
Matzneff aurait touché entre 130'000 et 160'000 euros depuis 2002, et actuellement dans les 6000 euros par an, selon la presse. Au-delà du cas de l'écrivain, cette allocation est amenée à disparaître, selon le CNL.
«Même crime» en 1968 ou en 2019
Par ailleurs le directeur de l'hebdomadaire «Le Point», dans lequel Matzneff tient une chronique irrégulière depuis 2013, a annoncé dimanche que l'écrivain avait décidé de cesser sa collaboration.
«Il nous a écrit le 8 décembre pour dire qu'il arrêtait. C'est lui qui l'a décidé, il savait probablement que le livre de Vanessa Springora allait sortir donc il nous a envoyé ce courrier», a précisé Etienne Gernelle sur France Culture.
L'affaire Gabriel Matzneff a pris vendredi une tournure judiciaire avec l'ouverture d'une enquête préliminaire pour «viols commis sur mineur» contre l'écrivain qui «au-delà des faits décrits par Vanessa Springora», s'attachera «à identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l'étranger», avait alors précisé le procureur de la République Rémy Heitz.
Vanessa Springora est la première et la seule pour le moment à témoigner parmi les adolescentes ayant eu une relation avec Gabriel Matzneff, auteur longtemps fêté par le milieu littéraire français.
Cette affaire #MeToo de l'édition intervient après les accusations de viol de la Française Valentine Monnier contre le réalisateur Roman Polanski et la plainte posée par l'actrice Adèle Haenel contre le réalisateur Christophe Ruggia après avoir dénoncé des «attouchements» lorsqu'elle était adolescente.
«Je suis frappé par la confusion entre la pédophilie, qui est une abomination, et le sujet du chroniqueur Matzneff, qui est celui de la liberté d'expression. Pas plus que Polanski, il ne faut interdire Matzneff», a commenté Etienne Gernelle.
Le ministre de la Culture avait pour sa part fait valoir que «l'aura littéraire n'est pas une garantie d'impunité».
«L'artiste ne peut se cacher derrière son art pour échapper à ses responsabilités de justiciable», a renchéri ce week-end la députée LREM Aurore Bergé dans une tribune dans le JDD. «Violer un enfant de 12 ans est le même crime, qu'il ait été commis en 1968 ou en 2019». (afp/nxp)
Créé: 06.01.2020, 19h20