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Les photos que nous livre Hans Steiner ont pour la plupart été prises durant les années 30 à 50, âge d’or du photojournalisme en Suisse. Ces sujets pourtant, ne sont pas courants pour l’époque. Alors que les autres photoreporters se concentrent sur le travail, le chômage et la paysannerie, Steiner lui, s’intéresse à la vie urbaine, la mode, les femmes, les loisirs, la société, l’industrie, la guerre, les machines, le sport, dans une optique moderniste.
Steiner contribue à l’essor de la presse illustrée de l’entre-deux guerres. En 1938, le reportage réalisé par Steiner de la conquête de la face nord de l’Eiger par des troupes suisses, allemandes et autrichiennes, lance sa carrière et sa réputation. C’est aussi à cette époque qu’il photographie le Général Guisan à maintes reprises. De 1939 à 1945, Steiner travaille pour la division presse et radio de l’armée suisse et a donc les droits pour se tenir partout où se trouve l’armée, nous permettant d’être spectateur de cet univers. En 1940, 42’000 soldats français sont en retraites dans le Jura Suisse. Steiner est sur place, immortalisant les visages fatigués et rassis des combattants. En 1945, ce sont des centaines d’enfants réfugiés Juifs et de Belgique qu’il photographie, captant les regards vides devant l’inhumanité de la guerre.
Steiner montre un goût pour l’étrange, l’irrationnel et l’inattendu, qui n’est pas reconnu de son vivant. Il immortalise les premiers signes de l’industrialisation et du consumérisme grandissant de l’après-guerre qui se façonne dans une course à la croissance et une optique optimiste. Le tourisme renaît, les infrastructures se multiplient. Ainsi, il capture le 1er escalier roulant de Berne dans le grand magasin Loeb, et réalise une publicité pour Opel, en 1953, dont les planches sont exposées à l’Elysée. Il apprécie la mise en scène de l’autonomie féminine moderne en évolution, en parfaite opposition avec les valeurs du monde rural, et nous fait voir cette nouvelle forme de féminité émergente dans le sport, le cinéma ou la mode.
Hans Steiner construit son propre style, avec des vues en plongées, contre-plongées, diagonales ou aériennes, son oeuvre est aussi hétéroclite qu’analogue. Hétéroclite car ses sujets sont variés, incroyablement différents les uns des autres, nous présentant l’essor de la modernité sous tous ses aspects, analogue car bien souvent, une image sortie de son contexte devient solitaire, alors qu’intégrée dans son environnement initial, elle est l’étape d’une histoire qui avance.
L’exposition « Chroniques de la vie moderne » est un cours d’histoire auquel nous assistons par l’intermédiaire des archives de Hans Steiner qui nous surprend par sa capacité à se mouvoir tantôt en reporter de guerre, tantôt en photographe de mode ou d’industrie.
Steiner laisse un héritage de 100’000 photos archivées thématiquement ; sport, armée, spectateurs, industrie, personnalité, voyages, etc, qui nous racontent silencieusement l’histoire de la première moitié du 20ème siècle. Et tout ça, sur quatre étages!
Hans Steiner
Chroniques de la vie moderne
Musée de l’Elysée
9 février – 15 mai 2011