Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06891.jsonl.gz/1085

Le tableau illustre un épisode de l’Ancien Testament. Deux prostituées ayant accouché au même moment se disputent la maternité du même enfant, l’autre étant mort à sa naissance. Appelé à statuer, Salomon déclare : « Partagez l’enfant vivant en deux et donnez une moitié à la première et l’autre moitié à la seconde ». Une des femmes renonce pour que l’enfant reste en vie, et le roi d’Israël reconnaît ainsi en elle la véritable mère.
L’œuvre, comme le veut la tradition classique, représente le moment culminant du récit. Dans la pénombre, le jeune monarque est assis sur un trône. Il domine la scène et sa main est éclairée pour signifier l’ordre qu’il vient de donner. À ses pieds, les deux femmes sont agenouillées autour du cadavre de l’enfant. À droite, un soldat brandit l’enfant vivant, la main sur la garde de son épée. Une mère, suppliante, se tourne vers le souverain pour arrêter le geste fatal. Autour, des courtisans assistent à la scène.
Tout concourt à rendre la dimension dramatique de l’action. La composition est serrée, ordonnée par deux diagonales qui se recoupent au point du plus fort contraste du clair-obscur. La figure du soldat, puissante, semble percer l’espace. Les gestes sont éloquents et renforcent la théâtralité de la scène. Giordano parvient à créer des effets de couleur et d’éclairage saisissants. Les blancs et bleus au premier plan, violemment éclairés, tranchent sur la semi-pénombre dorée de l’arrière-plan, ponctuée par les rouges du coussin sur lequel reposent les pieds de Salomon, et du manteau du soldat.
L’influence de Véronèse dans la composition et la palette, qui situent le tableau après le séjour vénitien de l’artiste, et les éclairages et citations, qui témoignent d’un lien étroit avec l’œuvre de maturité de Mattia Preti, permettent de dater ce Jugement de Salomon aux alentours de 1670-1685, période d’activité de Giordano à Naples et dans ses environs.
Exposé actuellementLa collection
Bibliographie
Oreste Ferrari, Paola Caretta et alii, Luca Giordano, cat. exp. Naples, Castel Sant’Elmo-Museo di Capodimonte, Vienne, Kunsthistoriches Museum, Los Angeles County Museum, Naples, Electa, 2001.
Marie-Dominique Sanchez, « Deux tableaux méconnus de Luca Giordano » in Entre Rome et Paris : œuvres inédites du XIVe au XIXe siècle, Les Cahiers du Musée de Lausanne n° 4, 1996, p. 9-14.