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Le problème de Genève et de la France voisine est lié à ceci, dit-on, que Genève n'a pas d'arrière-pays. Revenons aux sources de cette situation.
Les magistrats du comte de Genève ont suivi celui-ci au pied du Semnoz et y ont fondé Annecy. Toute proportion gardée, c'est un peu comme la cour de France s'installant à Versailles.
Précisément, dira-t-on, c'est ce déménagement du Roi, assimilé à un dédain, à l'égard du Peuple, qui a en partie provoqué la réaction parisienne et, finalement, la Révolution, et a permis à la bourgeoisie de régner.
La bourgeoisie de Paris était néanmoins demeurée proche du pouvoir; à Genève, l'évêque ayant obtenu le gouvernement de la cité, la bourgeoisie était coupée du comte de Genève et de ses magistrats. Elle ne s'occupait donc plus que du gouvernement de la cité de Genève, et ainsi, si la bourgeoisie de Paris a pu se sentir le droit de diriger la France à la place du Roi, au sein de la République, la bourgeoisie de Genève ne se sentait pas spontanément les mêmes prérogatives pour le comté de Genevois: cela n'allait pas de soi. La prudence, même en 1815, lorsqu'il s'est agi d'agrandir le territoire de la République pour former un canton, était donc de mise, car l'habitude du gouvernement d'un territoire n'avait pas été prise. Imposer sa volonté à une population depuis un centre n'est pas si aisé: on voit bien quels sacrifices des libertés locales ont dû être effectués en France, pour que cela soit rendu possible, et quelle détermination il a fallu aussi à Paris, pour l'obtenir: les années de la Convention, après 1789, s'expliquent de cette façon. La bourgeoisie de Genève était marchande et individualiste, à la façon de l'aristocratie anglaise, et le parlementarisme, sous la forme des discussions entre l'évêque (tant qu'il n'était pas un prince savoyard régnant sans partage) et les chefs de famille, avaient créé des habitudes différentes, qui rendaient impossible une république ayant le bras plus long, une autorité pouvant s'imposer d'une façon plus étendue. On le dit: à Genève, les procédures sont longues, pour prendre une décision. Mais cela crée des espaces de liberté individuelle importants.