Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07071.jsonl.gz/1274

Pères et mères toujours inégaux face à l'avancement de leur carrière
Dans un rapport sur l'égalité entre hommes et femmes dans le monde professionnel publié jeudi, l'Organisation internationale du travail (OIT) a évalué la situation partout dans le monde en 2018, et montre qu'une vision très traditionnelle de la répartition des rôles perdure aujourd'hui.
À l'échelle mondiale, les dirigeants d'entreprises sans enfants sont à 68% des hommes et à 32% des femmes et les dirigeants d'entreprises avec enfants sont à 75% des hommes et à 25% des femmes.
Prime et valorisation des compétences
Devenir père n'est donc pas incompatible avec une progression professionnelle, bien au contraire. "On constate que la maternité pénalise les femmes sur le marché du travail, alors que la paternité est associée à une prime pour les hommes dans tous les domaines, aussi dans celui des cadres", note Manuela Tomei, directrice du département des conditions de travail au Bureau international du Travail (BIT).
De plus, selon Manuela Tomei, les compétences acquises par les pères sont valorisées sur le marché du travail. "Les hommes qui ont des responsabilités familiales sont souvent considérés comme plus fiables et plus performants que les femmes dans des situations similaires, car ils bénéficient de l'image de l'homme qui parvient à subvenir aux besoins de sa famille", explique-t-elle.
Le monde professionnel semble donc encore calqué sur une vision très binaire de la répartition des tâches entre hommes et femmes. Selon les experts de l'OIT, la Suisse ne fait pas exception.
"Transformer la norme de l'emploi masculin"
Les femmes sont encore beaucoup plus nombreuses à s'occuper des tâches domestiques, surtout à l'arrivée d'un enfant, ce qui pénalise leur carrière.
Les hommes, à l'inverse, ont tendance à augmenter leur taux d'activité à l'arrivée d'un enfant. C'est pourtant l'inverse qui permettrait aux femmes de s'investir davantage dans la sphère professionnelle.
Car si la Suisse affiche une part beaucoup plus élevée de temps partiel que la moyenne européenne, la répartition entre femmes et hommes reste très inégalitaire: ces derniers sont moins de 20% à travailler à temps partiel, contre 60% chez les femmes. Comme en moyenne, les hommes gagnent davantage que les femmes, il est "rationnel" d'un point de vue économique que ce ne soient pas eux qui se sacrifient. A noter toutefois que ces dernières années, le temps partiel progresse plus vite chez les hommes que chez les femmes.
Lourde tradition
Le poids des traditions joue aussi dans l'équation. Alain Binggeli, indépendant, s'est mis à 80% à la naissance de son fils en 2014. "On est dans une société où le travail est très valorisé. Quand on ne travaille pas, on n'est pas mis en avant", observe-t-il. Les hommes travaillant à temps partiel ont ainsi tendance à "gommer" leur implication au sein de la famille. "Au début, je compensais mon vendredi de congé en travaillant davantage à d'autres moments de la semaine. Comme si je voulais cacher à mes clients que je m'occupais de mon enfant", raconte-t-il, pointant une vision encore très "macho" souvent entretenue dans la société.
"Il faut travailler sur la norme de l'emploi masculin pour renforcer l'égalité. Il est essentiel de permettre aux hommes de s'investir dans la sphère privée, également grâce à des congés paternité et parentaux", souligne Sabina Gani, auteure d'une thèse sur la conciliation vie familiale-vie professionnelle.
Entre 1997 et 2012, le temps consacré chaque jour par les femmes aux tâches ménagères et aux responsabilités familiales a diminué de 15 minutes, tandis que celui des hommes a augmenté d'à peine 8 minutes.
A ce rythme, l'égalité sera atteinte en 2228, soit dans 209 ans, note l'OIT dans son rapport.
>> L'éclairage de La Matinale sur les femmes qui travaillent à temps partiel:
Cynthia Racine/kkub
Publié le 08 mars 2019 à 11:14 - Modifié le 08 mars 2019 à 13:02
Les Verts genevois exigent quatre semaines de congé paternité
Deux propositions similaires sont actuellement à l'étude au niveau fédéral: une initiative populaire demande un congé paternité de quatre semaines et un contre-projet moins ambitieux pourrait revendiquer deux semaines.
Dans le canton de Genève, les fonctionnaires bénéficient déjà de deux semaines de congé de congé paternité. Il faut doubler ces prestations, estiment les Verts, soutenus par toute la gauche mais aussi potentiellement par le PDC.