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Historique
Non, ce n’est pas un cépage, mais un vin issu d’un mode de vie : la transhumance. Les Communautés anniviardes, structurées et de plus en plus indépendantes voient le jour vers le XIVe siècle. Au fil des années, elles s’organisent, réalisent de bonnes affaires et vers l’an 1550, à l’image de Grimentz, bâtissent une maison pour les réunions, les assemblées. À cette même époque, ces communes bourgeoisiales ou bourgeoisies acquièrent des vergers et des vignes en plaine, près de Sierre. Ainsi les familles se déplaçaient, selon les saisons, entre leurs domiciles de plaine et de montagne afin d’y effectuer les travaux des 4 saisons. Notamment, la récolte des raisins qui, pressés et encavés dans la cave de Sierre, est acheminée, en fin d’hiver, dans la vallée, près des glaciers, une fois les cuves ayant cessé de fermenter.
Les vignes : La Rèze, un ancien cépage aux origines troubles. En 1903, près de 400 ha de Rèze recouvrent encore le vignoble valaisan, principalement dans le district de Sierre. Le phylloxéra, vers 1920, éradique ce cépage qui a été remplacé par d’autres plus faciles à travailler comme le Chasselas, la Malvoisie ou le Gamay...
Le nom Vin des Glaciers vient du fait que les Anniviards tenaient à le monter en altitude
afin de le laisser vieillir et permettre une meilleure vinification près du glacier. On entend les
deux versions : Vin du ou Vin des Glaciers.
Le val d'Anniviers, une longue vallée alpine perpendiculaire à Sierre qui se partage en deux à son sommet.
Le Val d'Anniviers s'ouvre sur la plaine du Rhône en face de Sierre et s'élève vers le sud jusqu'au massif de la Dent Blanche (4356 m). Vallée magique, nichée au pied de la couronne impériale des Alpes, les sommets du Weisshorn (4506 m), Zinalrothorn (4221 m), Bishorn (4153 m), Cervin (4478 m) et de l’Obergabelhorn (4063 m) offrent une vue merveilleuse au sud. Le Val d'Anniviers est la première vallée latérale francophone du Canton du Valais. Paysages grandioses, jolis hameaux aux toits de bardeaux brunis par le soleil, la vallée est belle, paisible et pittoresque. De multiples possibilités d'évasion en font un lieu de prédilection pour les visiteurs qui recherchent le calme au milieu d'une nature préservée. Petit paradis sur terre, le Val d'Anniviers est un lieu unique et privilégié. À l’époque le souci des anniviards de constituer des provisions les a poussé à construire les raccards (chalet sur pilotis) pour en faire des greniers où stocker la nourriture. Pour la conservation du vin, les bourgeoisies d’Anniviers ont aménagé des caves, le plus souvent sous leur maison.
Le vin (la Rèze jusqu’en 1920, puis Ermitage, synonyme de Marsanne, et parfois Païen, le Savagnin Blanc jurassien, par la suite) est stocké dans des tonneaux de mélèze et bénéficie d’un élevage particulier : en effet, chaque année quand le vin arrive au village, le caviste procède d’une méthode appelée transvasage; c’est-à-dire qu’il ajoute au tonneau le plus vieux le vin du tonneau plus récent. Ainsi le vin du tonneau de 1888 ira ouiller celui de 1886, celui de 1934 complétera le tonneau 1888, le 1969 remplira le 1934 et recevra le vin nouveau. Voilà comment se perpétue, de nos jours encore, cette tradition vinicole dans le Val d’Anniviers. Pour cette préparation, dès que la cuve a cessé de fermenter, les vins de Rèze sont entonnés dans des fûts de mélèze. Ils passent l’hiver à Sierre et après la fonte des neiges sont expédiés par charrois à Grimentz, dans le Val d’Anniviers. Là dans les flancs neigeux, à 3 kilomètres d’un glacier, existent de vastes caves naturelles où les vins sont mis à vieillir dans des foudres qu’on ne vide presque jamais. La nouvelle récolte y vient remplir les vides de la vente annuelle, se mêlant aux produits des vendanges successives de 25 à 30 années. Dans ces foudres, le vin se madérise d’abord, puis prend une saveur de térébenthine particulière qui caractérise le vrai vin des glacier. C’est un de ces produits de terroir assez nombreux dans les petits vignobles de montagne et dont la faible production paralyse seule l’expansion de la réputation bien méritée.
Source : A. Berget, Étude Ampélographique 1903.
Dégustation: ces vins contrôlés régulièrement attestent d’un état sanitaire parfait et se dégustent principalement au guillon. À la lumière de la bougie, une déclinaison de couleurs chaleureuses témoigne des grands âges différents de ces vins, au nez ils nous renvoient sur des notes très poussées de plantes aromatiques et de noisette quant au goût, très marqué, il est d’une exceptionnelle persistance et d’une grande complexité.
Le monde du vin: le vin des glaciers prend place parmi la liste des vins à caractère oxydatif et non des moindres. En effet, le vin jaune du Jura français, les vins de xérès, le malaga, certains tokaj de Hongrie, les portos, les madères et bien d’autres encore ont subi un élevage oxydatif (dans les contenants en bois qui laissent diffuser une petite quantité d’oxygène dans le vin) et sont soignés selon des méthodes similaires (vin des glaciers = le transvasage - xérès = la solera).
Sitographie :
Le vin des glaciers d'Anniviers - Pourquoi et comment le protéger et le promouvoir - Malvine Helbling, 2000.
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Philippe Margot
©RomanDuVin.ch 2009