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Herrliberger 18e
Maquette musée historique de Bâle
(wikipedia Walter Pöder)
Les ruines du château de Homberg occupent un éperon rocheux dominant Läufelfingen. A son pied, la route du Hauenstein longe le ruisseau. Cette importante voie commerciale qui menait de Bâle à Olten et, passant par Aarbourg et Zofingue, se prolongeait jusqu'à Lucerne, acquit une importance toute particulière après l'ouverture du col du Saint-Gothard. C'est pourquoi sa défense fut entreprise aussi bien dans l'intérêt des voyageurs que dans celui des seigneurs du pays. Les places fortes offraient aux uns protection et escorte, aux autres pontonages et autres péages, recettes bienvenues. Sur un long tronçon, la route du Hauenstein traversait le territoire des Frohbourg. C'est vers 1240 que cette famille comtale érigea sur son propre terrain le château de Neu-Homberg.
Le maître d'oeuvre fut le comte Hermann IV de Frohbourg, un descendant de la branche Frohbourg-Zofingue. Sa mère était parente des Habsbourg, son épouse l'héritière du dernier comte de Homberg. Outre d'importants francs-alleux, celle-ci apporta en mariage à Hermann IV le comté que possédait sa famille dans le Sisgau. Certes, il s'agissait d'un fief de l'évêché de Bâle, mais pendant de longues décennies, il se légua presque comme un franc-alleu dans la famille vassale. Pour souligner son union avec la lignée des Homberg, mais aussi pour mieux distinguer son domaine de celui de sa famille, Hermann nomma le nouveau château fort «Neu-Homberg». En même temps, il s'attribua le titre de comte de Homberg et fit figurer sur ses armoiries au fond d'or deux aigles noirs planant l'un au-dessus de l'autre. La nouvelle seigneurie comportait plusieurs fiefs, dont les détenteurs devinrent les vassaux du comte. Nombre d'entre eux construisirent des maisons fortes le long de la route du Hauenstein et dans la région avoisinante.
Louis Il, fils du bâtisseur du château, épousa Elisabeth, héritière des comtes de Rapperswil. Il transféra son domicile au château de Rapperswil, sur les bords du lac de Zurich, et confia la garde de Neu-Homberg à un bail. Pour les familles de Rapperswil et de Homberg, l'époque de gloire commençait cependant déjà à décliner et le couple se vit peu à peu obligé de vendre certains de ses biens pour pouvoir continuer à tenir son rang. Puis apparut Rodolphe de Habsbourg, qui n'aspirait qu'à une chose: assurer à sa propre famille un empire aussi puissant que possible. II transmit les fiefs de la maison de Rapperswil à ses fils.
Après la mort de son mari, la comtesse Elisabeth continua à être harcelée par les Habsbourg. A nouveau, elle se vit contrainte de vendre des biens et des droits. Ainsi, en 1295, elle aliéna à la ville de Bâle le bac qui traversait la Birse et lui concéda de plus le droit de construire un pont sur cette rivière, entre le Rhin et Münchenstein. La ville marchande et son évêque eurent ainsi accès à la route du Hauenstein. Lorsque, en 1302, le péage de Liestal passa lui aussi, à titre de fief, à un bourgeois de Bâle, les Habsbourg se rapprochèrent plus encore du col qu'ils convoitaient.
Elisabeth épousa en secondes noces le comte Frédéric de Toggenbourg. D'un commun accord, ils vendirent en 1305 à l'évêque de Bâle Neu-Homberg, la bourgade de Liestal et toutes les possessions reçues en héritage, à l'exception des mines et du péage du Fricktal. Comme cette acquisition ne manquait pas d'intérêt pour la ville de Bâle, celle-ci accorda sans doute une aide financière à l'évêque.
Un certain temps, le sort sembla vouloir à nouveau sourire aux Homberg. Henri de Luxembourg, successeur du roi Albert assassiné près de Windisch, confia au fils de Louis et d'Elisabeth, Werner de Homberg, le bailliage impérial des Waldstätten. Werner demeura sa vie durant fidèle au roi, qui avait fait sienne la vieille politique des Staufer, et l'accompagna plus d'une fois en Italie. C'est dans ce pays qu'il tomba en 1320. Son fils mourut trois ans plus tard et la maison des comtes de Neu-Homberg s'éteignit.
Werner fut aussi un ménestrel connu; son nom est immortalisé dans le Manuscrit Manesse, recueil de chants, et Gottfried Keller a parlé de lui dans l'une de ses nouvelles, «Hadlaub».
Après l'extinction des Neu-Homberg, l'évêché de Bâle s'adjugea le landgraviat de Sisgau, l'érigea en fief indépendant et l'inféoda aux comtes de Thierstein. Ceux-ci conservèrent les droits découlant des péages et l'évêque se réserva l'exercice de la haute et de la basse justice.
En 1356, le château de Neu-Homberg subit de graves dégâts lors du tremblement de terre de Bâle mais ne tarda pas à être réparé. Peu après, des dettes obligèrent l'évêque à donner l'ancienne propriété des Homberg en nantissement. En raison de la situation financière sans cesse changeante de ses propriétaires, elle passa successivement aux Habsbourg, aux Münch de Landskron et au margrave de Hochberg-Röteln. Finalement, l'évêque, mêlé à d'innombrables guerres avec ses voisins et criblé de dettes, se vit obligé, en 1400, de vendre à la ville de Bâle l'ensemble de ses domaines et tous les droits qui en découlaient. La ville du Rhin devint ainsi propriétaire de terres qui, avec le temps, devaient former un territoire d'un seul tenant, s'étendant du coude du Rhin au Hauenstein. C'est ce territoire qui donna naissance à l'actuel canton de Bâle-Campagne.
Le château de Neu-Homberg fut dès lors occupé par des baillis bâlois, qui gouvernèrent le pays avec plus ou moins de dureté. En 1531 par exemple, le bailli arrêta deux anabaptistes, les enferma dans le château et, finalement, les noya dans le ruisseau voisin.
Neu-Homberg connut des temps difficiles pendant la guerre de Souabe (1499), exposé qu'il était à un double danger: d'une part, il était menacé par les Confédérés, en particulier par Soleure, qui voulaient l'occuper, d'autre part par leurs adversaires, les Impériaux, qui, dans le Fricktal, n'attendaient que le moment propice pour s'emparer de la forteresse dominant la route du Hauenstein. La victoire remportée par les Confédérés près de Dornach, suivie de l'entrée de Bâle dans la Confédération, modifia la situation. Ce n'est que vers la fm de la guerre de Trente Ans qu'il fallut craindre de nouvelles opérations guerrières venant du Fricktal. Par bonheur, ni le château, solidement fortifié et armé de canons, ni sa garnison, ne durent donner la preuve de leurs qualités défensives.
Le château fut vidé en janvier 1798, lorsque les troupes révolutionnaires françaises s'apprêtaient à attaquer les Confédérés. Les archives furent mises en sûreté à Läufelfingen, puis une vente aux enchères permit aux paysans des environs d'acquérir ce qui était encore utilisable et n'appartenait pas en propre au dernier bailli: charpentes, tuiles, fenêtres, portes, pupitres, armoires, poêles et chaudrons. Ce qui resta fut brûlé. Depuis ce moment, l'ancien château comtal est demeuré en ruine.
Bibliographie