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Le 14 décembre dernier, à l’issue de l’élection du Conseil fédéral, de nombreux commentateurs ont annoncé la mort de la concordance, répercutant l’antienne de l’UDC. En effet, le chef de la fraction Kaspar Baader, moins pète-sec qu’à son habitude, a une fois encore devant ses pairs travesti la revendication de son parti d’occuper deux sièges gouvernementaux: les difficultés auxquelles la Suisse est confrontée de par la situation économique et financière internationale exigeraient un exécutif disposant d’une large assise parlementaire. Or le Parlement, par ses choix, n’a fait précisément que réaffirmer ce principe de gouvernement.
La «formule magique» adoptée en 1959 a tenu si longtemps qu’on a cru pouvoir l’interpréter comme une règle arithmétique. En effet, des décennies durant la répartition des sièges a traduit le rapport des forces entre les quatre principaux partis. Mais ces partis – des adversaires et non des ennemis -, manifestaient malgré leurs divergences une volonté d’œuvrer en commun à la recherche de solutions majoritairement acceptables.
La véritable rupture de la concordance est intervenue en 2003 avec l’élection contre une conseillère fédérale sortante de Christoph Blocher qui, une fois membre du collège, ne s’est jamais départi de sa fonction de chef de parti. Alors que, pratiquant une opposition systématique, manifestant un mépris ouvert pour l’Etat de droit et la séparation des pouvoirs, traitant ses adversaires comme des ennemis, excitant la xénophobie par des campagnes haineuses, ce parti n’avait plus sa place au Conseil fédéral. Le Parlement a rectifié le tir quatre ans plus tard, sans toutefois aller jusqu’à exclure l’UDC puisqu’il a élu Eveline Widmer-Schlumpf et non par exemple le démocrate-chrétien Urs Schwaller. Sans ciller et très clairement, il maintient le cap aujourd’hui.
Faut-il s’indigner que plus du quart de l’électorat ne soit représenté au gouvernement que par le seul Ueli Maurer, alors que le parti de Widmer-Schlumpf ne pèse que 5,4% des voix? Aucunement. Les électeurs qui donnent leurs voix à l’UDC le font en toute connaissance de cause. Ils manifestent leur colère, leurs craintes, leur conception d’une Suisse qui n’existe plus. C’est leur droit. Mais ce droit n’implique pas aussi celui d’être représenté à l’exécutif puisque leur parti cultive l’opposition et abhorre le compromis. Quant à la conseillère fédérale grisonne, elle fut élue en 2007 avec l’estampille UDC, que ce dernier lui a retirée. Fallait-il la sacrifier comme un pion devenu inutile? Si le gouvernement ne peut fonctionner qu’en cultivant la concordance, il lui faut aussi une certaine stabilité. Son éviction aurait été une erreur, comme le fut celle de Ruth Metzler.
Le 14 décembre, les libéraux-radicaux ont pu une nouvelle fois apprécier la fourberie des conservateurs-nationalistes: soutiens-moi, je te torpille ensuite. Ce coup de Jarnac leur ouvrira-t-il enfin les yeux? Le PLR peut naviguer sans l’appui de l’UDC qui, sur les dossiers qui lui sont chers – économie, fiscalité – suivra de toute façon, tout comme la solide majorité bourgeoise du Parlement. L’UDC est aujourd’hui choquée par ses récents échecs. Rien ne sert de lui tendre une main qu’elle n’hésitera pas à mordre. Aux partis gouvernementaux la tâche de réaffirmer à son intention les règles d’une culture politique garante du fonctionnement des institutions.