Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07092.jsonl.gz/20

Interstellar
POUR
Le neuvième long métrage de Christopher Nolan est son oeuvre la plus ambitieuse et divisoire. Il semblerait qu'il ne peut pas y avoir de compromis: soit c'est le chef-d'oeuvre, soit c'est la catastrophe la plus totale. Ou peut-être pas: y a-t-il des défauts? Oui, certainement. Est-ce que cela détruit le film sans aucun espoir de rédemption? Bien sûr que non. Interstellar n'est de loin pas le meilleur film de Nolan, mais c'est une oeuvre admirable, fascinante et même émouvante.
L'action se situe dans un futur non identifié mais vraisemblablement proche. Notre planète est en train de mourir, les enfants de Cooper (Matthew McConaughey) étant décrits comme la dernière génération capable de survivre sur la Terre. Cooper, ingénieur devenu fermier, refuse de croire que la fin soit inévitable, et soudain on lui présente une opportunité: le voyage dans l'espace. En fait, les scientifiques de NASA sont à la recherche d'une nouvelle planète depuis des années, et ils croient avoir trouvé des candidats prometteurs. La tâche de Cooper et ses associés (Anne Hathaway, David Gyasi et Wes Bentley) est de vérifier ces résultats, pour que le professeur Brand (Michael Caine) puisse organiser l'évacuation systématique de la Terre. Loin de sa maison et ses enfants, Cooper promet de revenir un jour. Mais qu'est-ce qui l'attend au-delà des étoiles?
S'inspirant des théories du physicien Kip Thorne, les frères Nolan ont construit un monde complexe mais accessible, qui unit la beauté visuelle de l'espace conçue par Kubrick et l'aventure telle qu'on la verrait dans un film de Spielberg. C'est d'ailleurs ce dernier qui était censé réaliser le film à l'origine, et on retrouve son influence notamment dans le rôle très important qui est accordé à la famille et à l'absence du père. Mais Nolan ne s'arrête pas à l'aventure pure et simple. Pour lui, le voyage dans l'espace est un moyen d'explorer les nouvelles frontières visuelles de la machine cinématographique, et c'est un véritable joyau qu'il nous offre de ce point de vue, avec des images époustouflantes, en pellicule, signées par Hoyte van Hoytema, le directeur de la photographie des films de Tomas Alfredson.
Et pour ce qui concerne les thématiques et le contenu narratif, l'exploration des galaxies est un chemin qui mène vers une étude sur le lien entre la science et les sentiments. Et c'est là que le film entre dans une zone qui ne convaincra pas tous les spectateurs, car Nolan n'est ni Spielberg, ni Steven Moffat, ce qui fati que certains passages plus ouvertement émotionnels sont un peu maladroits. De plus, aussi magnifique que le film soit au niveau sonore, il faut dire que Hans Zimmer, qui s'inspire ici à la fois de John Williams et de Philip Glass, aurait pu baisser d'un ton à certains moments. Et pourtant...
Et pourtant Interstellar démeure une expérience cinématographique qu'il faut absolument vivre, même si le mode préféré du cinéaste, le IMAX, n'est pas disponible partout en Suisse. Le film est imparfait mais aussi très sincère, et la prestation centrale de McConaughey est l'énième étape de sa renaissance artistique. Et si nous ne nous sommes pas vraiment prononcés sur les autres acteurs, c'est pas parce qu'ils sont mauvais. C'est juste que nous préférons ne pas trop dire sur le déroulement de l'histoire, car il est mieux de la vivre sans trop de connaissances préalables. Et cela, de préférence, sur grand écran.