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Troupeaux en randonnée glaciaire. Transhumance des moutons au Schnalstal
Transhumance des moutons au Schnalstal
Troupeaux en randonnée glaciaire
Chaque année au mois de juin, des milliers de moutons transhument avec leurs bergers, par des cols dépassant 3000 mètres, du Schnalstal dans le Tyrol du Sud au fond de l' Oetztal où ils passeront l' été. Ils reviendront par le même chemin à la mi-septembre. Ce parcours, dont la tradition remonte au XIV e siècle, constitue un spectacle animalier inhabituel dans l' espace alpin.
Les chaînes montagneuses entourant le Schnalstal, dans le Tyrol du Sud, sont encore couvertes de neige. Mais dans l' en de Vernagt se succèdent les convois déchargeant des moutons par centaines. Un troupeau vient à notre rencontre le long du lac de retenue, arrivant du Vinschgau après un premier parcours montagneux. Mille trois cents bêtes sont ainsi rassemblées vers le soir, qui ont devant elles une bonne douzaine d' heures de marche ininterrompue pour atteindre le Niedertal, dernier recoin de l' Oetztal. Sur un chemin difficile avec ses 1300 mètres de dénivelé en montée et 500 en descente, c' est la plus grande transhumance moutonnière des Alpes.
Manque de pâtures
La transhumance ( ou remue ) remonte à une tradition ancienne. Au XIV e siècle, les bovins et caprins occupèrent progressivement toutes les bonnes pâtures des terres basses du Schnalstal, reléguant les moutonniers aux pentes arides. Ceux-ci se décidèrent alors à mener leur bétail, pour l' été, dans la région voisine du « Niedertal-Oetztal ». En1415, les paysans de Vent im Oetztal et de Schnals signèrent un contrat de droit de pâture, qui donnait aux gens du Schnalstal le droit de mener paître leurs moutons au Niedertal et au Rofental, ainsi qu' au de Gurgl, de mi-juin à mi-septembre.. " " .Vingt-six paysans faisaient partie du consortage de Schnals. Il en reste 21 aujourd'hui, les cinq autres ayant vendu leurs droits. Il y aurait cette année moins de moutons que les précédentes, à ce qui se dit. Le nombre de détenteurs baisse-rait en faveur des éleveurs de bovins. Certains moutonniers confieraient leurs pécores à d' autres troupeaux d' estive, suite au retrait de Fortunat Gurschler, berger durant quatorze ans.
La tradition se maintient pourtant, ce qui transparaît aussi dans l' habillement des gardiens. Tous portent un tablier bleu et appuient leur marche sur une longue houlette. A la question de savoir si leur tablier comporte des poches contenant du sel à lécher, le gardien me répond: « Non, non, le tablies n' est qu' un habit traditionnel, tous les moutonniers du Tyrol du Sud en portent un pareil depuis toujours. » Malgré l' attribution à l' Italie du Tyrol du Sud ( et donc du Schnalstal ) en 1919 suite à la Première Guerre mondiale, les droits de pâture ont été maintenus. Comme ils comportaient dorénavant des passages de frontière, la transhumance devint plus compliquée, soumise à une autorisation de la gendarmerie Sous le Niederjoch ( 3019 m ), le chemin est tracé dans une pente très raide. Pour la remue de juin, il a fallu le dégager à la pelle à neige.
Nombreux sont les moutons qui renâclent devant des passages comme la pente de neige abrupte précédant le Niederjoch.
La transhumance des moutons est une épreuve pour les animaux comme pour les hommes. Le gardien porte le tablier typique des moutonniers du Tyrol du Sud.
Photos: Chlaus Lötscher Photos: Chlaus Lötscher Un troupeau atteint le Niederjoch dans un brouillard épais.
respective des deux pays concernés. Des deux côtés, il fallut se soumettre aux contrôles vétérinaires et faire établir des certificats. Depuis que l' Autriche est membre de l' Union européenne, les contrôles ont été simplifiés.
Montée sous la pluie et la neige
Le lendemain matin, le premier des cinq groupes de moutons quitte l' enclos de Vernagt à 4 heures. Nous nous mettons en chemin derrière le troisième. Le jour se lève, maussade, puis il se met à pleuvoir et enfin à neiger ( malgré que nous soyons déjà en juin ) lorsque nous atteignons le Niederjoch à 3019 m. Nous venons de dépasser le troisième troupeau et observons le deuxième brasser la neige dans la dernière montée et disparaître dans le brouillard du col. Sous le col, c' est un tracé exposé qui est par endroits couvert d' une épaisse couche de neige, mais le chemin a été bien dessiné, et aplani par le passage des bestiaux. Ceux-ci piétinent et se bousculent, mais progressent avec sûreté dans la montée.
Cela ne se passe pas toujours aussi bien. En 1979, une tempête de neige surprit les troupeaux et causa la mort de quelque 70 moutons. Les gardiens durent leur salut à l' abri de la Similaunhütte. Lorsque nous atteignons celle-ci avec le troisième troupeau, le fond de l' Oetz est dans le brouillard. Les bêtes font une pause, mise à profit par quelques bergers pour avaler une soupe chaude à Retour vers le Schnalstal: le chemin passe par la terrasse de la Similaunhütte. Des moutons sur la glace: il peut arriver que la couverture neigeuse manque. Les moutons doivent alors cheminer sur la glace.
la Similaunhütte, ouverte tout exprès cette fin de semaine. La caravane se remet ensuite en mouvement, suivant les traces ouvertes par les deux premiers troupeaux sur les névés du Niederjoch vers la Martin-Busch-Hütte et le Niedertal, où les attendent de grasses pâtures en récompense de leur effort. Depuis des heures, ils marchent sans autre pitance que de rares touffes d' herbe sèche hâtivement broutées.
Nous redescendons dans le Schnalstal à la rencontre des derniers troupeaux se pressant sur le chemin du Niederjoch. Plus bas dans le Tisental devrait se trouver une brebis isolée avec deux agneaux. Selon un berger, ils ont dû abandonner cette bête trop faible pour continuer seule. « Nous irons la récupérer demain. » En effet, on vient chercher les bergers à Vent, dans l' Oetztal, pour les ramener en voiture à domicile par le Reschenpass. Les agneaux dorment, leur mère veille debout à leur côté.
C' est Oetzi qui serait surpris
Le soleil darde ses premiers rayons sur les brumes matinales lorsqu' à l' automne nous quittons la Similaunhütte, pour monter à travers éboulis et névés vers le Niederjoch en direction du Similaun. La neige de la semaine précédente s' est tassée sur le névé, facilitant la marche. Au même moment, dans le Niedertal, les moutons commencent leur remue d' automne avec berger et gardiens. Nous ne voulons pas manquer leur retour vers le Schnalstal, même s' il faut s' accom d' une nombreuse assistance de Photos: Chlaus Lötscher De retour au Schnalstal, les moutons sont divisés pour être redis-tribués à leurs propriétaires. Pendant que les moutons attendent d' être transportés vers leur domicile ordinaire, les Tyroliens du Sud fêtent la transhumance réussie.
Informations générales La remue printanière des moutons a lieu habituellement le deuxième ou troisième samedi de juin, selon les conditions d' enneigement, et celle de retour le deuxième samedi de septembre. On trouvera les dates exactes des remues à <email-pii>. La remue de printemps attire peu de monde, mais celle d' automne est très fréquentée. Le mieux alors est de passer la nuit à la Martin-Busch-Hütte dans le Niedertal, derrière le village de Vent im Oetztal. On peut lire l' histoire de la transhumance moutonnière du Schnalstal dans le livre Wege der Schafe de Hans Haid, Tyrolia Verlag 2008.
curieux. Pour cette raison, nous redescendons rapidement du sommet du Similaun vers la cabane.
Au-dessous de nous, le raide névé du Niederjoch se ride sous le piétinement de milliers de pattes. Il n' y a pas d' autre chemin possible, les moutons doivent remonter le glacier jusqu' à la Similaunhütte. Pour eux, ce n' est pas un problème car leurs sabots tiennent bien sur la glace grise. Ce tableau splendide dégage une impression paisible.
Oetzi, « l' homme des glaces » congelé non loin d' ici au Hauslabjoch voici plus de 5300 ans dans un ensevelissement solitaire, aurait sûrement aimé ce spectacle. Peut-être y avait-il à son époque déjà une transhumance annuelle de moutons entre le Schnalstal et l' Oetztal, par le col où il a été retrouvé. Le mouton est parmi les plus anciens animaux domestiqués par l' homme. Le Professeur Konrad Spindler, rendu célèbre par ses recherches sur Oetzi, voit dans l' homme des glaces un berger de moutons de la région.
Au Niederjoch se joue maintenant un spectacle animalier autour de la Similaunhütte, qui barre le chemin conduisant au Schnalstal. Pour y parvenir, les moutons n' ont pas d' autre possibilité que de monter sur la terrasse entourant la cabane et de parader quelques instants devant la porte.
« Schofschoad » et fête populaire
Quelques heures plus tard, les propriétaires des moutons attendent leurs bêtes à Vernagt. Tôt le matin, ils ont assisté à la messe à l' église de Notre-Dame sise au pied du barrage et se préparent maintenant pour la fête. Les moutons, dès leur arrivée, sont parqués dans leurs enclos, où se déroulera le « Schofschoad », c'est-à-dire la division des troupeaux et répartition aux propriétaires respectifs sur la base des marques de couleur. Cela ne va pas sans heurts, les moutons s' étant quelque peu ensauvagés durant leur séjour à l' alpage. Il faut parfois coincer une tête entre les jambes ou prendre une bête par les pattes de derrière pour empêcher une fuite désordonnée. On y voit alors l' utilité du tablier bleu qui permet de transporter l' animal vers l' enclos voisin. Les moutons destinés à retourner dans le Vinsch gau, et pour certains jusqu' à Meran et Bozen, sont chargés dans des bétaillères. Si la place y manque, l' animal en excès est simplement posé sur les autres: « il finira bien par glisser jusqu' au sol ». Mais sera-t-il encore de la partie à la remue de l' année prochainea Chlaus Lötscher, Scharnachtal ( trad. )
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