Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07239.jsonl.gz/1086

Dans un document daté de 1893 Émile Charbonnier, alors troisième ingénieur Cantonal, décrit dans une élégante calligraphie son projet de restauration. Il nous donne de précieux renseignements sur le phare devenu archaïque et sur les progrès techniques du moment. Dans son introduction il nous explique les raisons du changement :
« La lanterne, à laquelle on ne parvient que par une échelle en fer, ne peut être nettoyée que très imparfaitement et cette opération présente de sérieux dangers pour le gardien du phare. La lumière est à une hauteur insuffisante. Elle apparaît en effet au même niveau que les réverbères du pont du Mont-Blanc et des quais. Enfin la lumière est beaucoup trop faible. Elle est presque effacée par les réverbères et elle n’est visible qu’à une distance de 2 kilomètres environ par temps clair».
Puis il poursuit en proposant l’implantation d’une tour métallique d’une douzaine de mètres surmontée d’un kiosque vitré protégeant un appareil lenticulaire tournant. Cette nouvelle technologie inventée par le français Augustin Fresnel consiste à l’aide de prismes de verre à « récupérer » la majeure partie des rayons émis par la source lumineuse pour les concentrer dans un faisceau parallèle. Il résulte de ce système un rendement augmenté, un éclat plus puissant. Pour l’éclairage, il écarte l’électricité au profit d’un seul bec de gaz de type Auer. Il prévoit pour la rotation de l’optique une mécanique d’horloge animée par des contre poids que le gardien remonterait toutes les 72 heures. Le document se poursuit par une étude financière, d’un coût estimatif de 22.500 Frs pour l’ensemble du projet comportant aussi un phare secondaire au musoir des Eaux-Vives. On y apprend que la CGN propose de participer à hauteur de 2.000 Frs. Est joint le devis de 9.450 Frs de la maison parisienne Barbier & Fenestre pour un appareil lumineux de 5e ordre, d’une lanterne octogonale surmontée d’une coupole en cuivre rouge, d’une girouette et d’un paratonnerre à pointe de platine..! Le tout livré « franco de port » et d’emballage en gare de Genève Cornavin.
Au final, le Grand Conseil adopte ce projet en acceptant que la réalisation du phare principal au Pâquis et ouvre un crédit de 10.000 Frs. L’ingénieur cantonal confie à l’architecte neuchâtelois Paul Bouvier (>biographies) la réalisation de l’édifice. L’entreprise genevoise Schmiedt fait la construction des parties métallique et on passe commande à Paris pour les éléments techniques et optiques. Les travaux débutent en octobre 1893.
Aujourd’hui les deux lentilles « parisienne » tournent toujours autour de la source lumineuse entraînée par la mécanique d’antan. Seuls, les contrepoids et l’éclairage à gaz ont été remplacés par un petit moteur et une ampoule mus à l’électricité dès 1949.
La portée géographique d’un phare est limitée par la rotondité de la terre. Les rayons tangentiels finissent par se fondre avec l’horizon. Pour améliorer cette distance géométrique, il n’y a qu’un remède, rehausser la hauteur de l’édifice. Alors, l’ingénieur Charbonnier a eu l’idée de récupérer, de l’ancien fanal, la construction octogonale en pierre de taille. Il a abaissé les 4 colonnes métalliques pour étayer sa nouvelle base d’appuis. Par cette astuce la tour en acier, était rehaussée à moindres frais, de 4 mètres environ.
Pour certaines personnes, au temps du GPS, ce phare n’a plus sa raison d’être. Cependant il semble difficile d’imaginer la rade bouclée de ses deux musoirs sans sa présence équilibrant le Jet d’eau (ou fontaines lumineuses) qui s’éleva une première fois de jour pour accueillir les officiels de la fête fédérale de gymnastique, embarqués sur le « Winkelried » le 19 juillet 1891.
Quelques jours plus tard en soirée, le 1er août, accompagné d’effets lumineux, il célébrera avec faste, devant la population genevoise réunie, le 600e anniversaire de la confédération.
Mais ça c’est une autre histoire d’eau.