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L’usage du pouvoir comporte indéniablement une dimension tragique.
L’habitude veut que l’on estime cette tragédie établie sur un axe vertical avec un pouvoir faisant peser le poids de ses décisions sur une base soumise, voire servile.
Mais en 1549, Étienne de la Boétie avec Le discours de la servitude volontaire ou le contr’un questionne et soulève une approche transversale qui place les maîtres et le peuple dans un espace de confrontation ou de compromission horizontale. Le peuple qui ignore ou fait mine d’ignorer sa force en vivant durablement sous le joug d’un tyran ne devient-il pas un « complice » consentant ?
La clef des responsabilités dans le déroulement de la tragédie du pouvoir se trouve ainsi partagée entre les protagonistes. La vision manichéenne qui permettait de séparer le monde dans les catégories simples du dominant et du dominé, du blanc et du noir, du bon et du méchant, du maître et de l’esclave se teinte de gris et de brouillard. Dès que les vérités prennent des contours flous et qu’il n’y a pas d’explication facile, alors commence le temps du malaise.
Cela pourrait être le sous-titre de notre spectacle : le temps du malaise.
La peinture de Félix Vallotton réalisée en 1913 et intitulée « La blanche et la noire » contient en elle les germes d’un malaise.
D’abord par la nudité et le sexe clairement exposés d’une femme blanche étendue et portant de la rougeur (honte ?) sur le visage. Tout cela mis en perspective par le regard (dédaigneux ?) d’une femme africaine assise au premier plan cigarette au bec.
C’est à partir de ce malaise ressenti à propos de la peinture de Vallotton ainsi que le questionnement sur les rapports de pouvoir et de soumission que nous établirons la construction de notre spectacle.