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Benoît Gaillard, conseil communal de Lausanne – Interpellation déposée le 8 novembre 2022
« Ses trois mille boutiques scintillent, et le grand poème de l’étalage chante ses strophes de couleurs depuis la Madeleine jusqu’à la porte Saint-Denis. Artistes sans le savoir, les passants vous jouent le chœur de la tragédie antique : ils rient, ils aiment, ils pleurent, ils sourient, ils songent creux ! »
Honoré de Balzac, Histoire et physiologie des boulevards de Paris, 1845
Dans les rues du centre-ville de Lausanne, on constate malheureusement une tendance à la multiplication des surfaces opaques en front de rue, y compris dans les « tronçons commerciaux » reconnus dans le PGA. La multiplication des rez-de-chaussée opaques, sans aucun contact visuel avec la rue, rendent l’espace urbain plus laid, moins vivant, et moins propice de manière générale à la fréquentation des commerces. Pour le dire dans les mots imagés d’Ariella Masboungi, architecte-urbaniste et spécialiste reconnue de la question, le rez- de-chaussée « pauvre » est celui qui « tourne le dos à la ville ». Elle propose de se donner au contraire pour objectif de construire « la ville aimable, celle du piéton et de la déambulation, sûre et intense »1. La célèbre urbaniste nord-américaine Jane Jacobs a, elle, forgé et utilisé le concept des « yeux de la rue » (anglais « eyes on the street »), pour décrire le fait que la multiplication des regards humains possibles sur l’espace public contribue à sa convivialité et à sa sécurité.
Aujourd’hui, à Lausanne, le règlement du plan général d’affectation dispose à son article 75 que :
Les locaux des rez-de-chaussée des bâtiments, situés à l’intérieur des tronçons commerciaux définis sur le plan des tronçons commerciaux, sont obligatoirement affectés au commerce, à l’artisanat ou aux activités reconnues d’utilité publique.
Comme l’indique l’extrait ci-après du plan, les rues qualifiées de « tronçons commerciaux » sont nombreuses dans l’hypercentre et plusieurs centralités de quartier (dont certaines ne figurent pas sur l’extrait) appartiennent également à cette catégorie.
Dans son programme de législature 2021–2026, la Municipalité relève l’importance de « rez- de-chaussée d’immeubles actifs et des frontages attractifs et végétalisés, qui favorisent le commerce et embellissent la ville ». Quant aux Directives techniques d’application du règlement communal sur les procédés de réclame du 8 mars 1994 relatives à l’affichage public et à la signalétique urbaine, elles disposent à leur art. 11 :
Les procédés de réclames assimilables à de l’affichage, tels ceux annonçant un jubilé ou une manifestation ou autres procédés temporaires, pour exemple visuels avec mention « à louer », demandant la pose de fonds colorés, d’inscriptions, d’images, de logos, etc., ne doivent pas obscurcir plus d’un tiers de la surface. La règlementation des procédés de réclame liés à des vitrines ou fenêtres d’entreprise commerciales est réservée, conformément à l’article 2 al. 2.
La législation vaudoise octroie, elle, à la Municipalité la compétence d’autoriser les procédés de réclame visibles par le public (Art. 3 LPR).
Aujourd’hui, les opacifications constatées dans les rues lausannoises sont de plusieurs nature :
- Opacification de plus d’un tiers de la surface en raison de rénovations ou de vacance locative, ici Rue Pichard et rue St-Laurent :
Malheureusement, et malgré les intentions affichées par la Municipalité, on constate encore relativement peu d’amélioration. A notre connaissance, l’intention annoncée dans le programme de législature n’est pas encore concrétisée par un plan d’action ou par des projets spécifiques. Or il ne faut en aucun cas sous-estimer l’effet de la perte de qualité esthétique des rues sur leur fréquentation et sur la propension éventuelle des passants à s’attarder devant un commerce ou à y entrer.
Nous souhaitons donc poser les questions suivantes :
- La Municipalité partage-t-elle l’appréciation générale selon laquelle les opacifications de vitrine nuisent à l’attractivité du commerce au centre-ville et dans les centralités de quartier ?
- La Municipalité constate-t-elle également une recrudescence des opacifications ?
- Comment le contrôle est-il organisé
- Sous l’angle du respect du règlement du PGA ?
- Sous l’angle des directives techniques citées ci-dessus, s’agissant des procédés temporaires ?
- Sous l’angle de la législation cantonale sur les procédés de réclame, s’agissant des procédés durables ?
- Un dialogue avec les représentants des commerçants et le commerce a-t-il déjà eu lieu sur ce sujet ? Les associations concernées ont-elles une position ou des recommandations ?
Nous remercions d’avance la Municipalité pour ses réponses.
Benoît Gaillard
Yvan Salzmann
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