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Le 10 juin, c'est le premier tour des élections législatives, en France; elles sont censées permettre au Président de gouverner à sa guise, ce que je trouve assez peu sensé, étant favorable à un système qui donne le pouvoir de gouverner à un chef choisi par le Parlement. Pour autant, je compte apporter mon suffrage au candidat de la majorité présidentielle.
Dans ma circonscription, en effet, il s'agit de Gilbert Saillet, que je trouve formidable. Il a dirigé une entreprise d'horlogerie à Genève, puis s'est adonné à la peinture, et il est écologiste et fédéraliste - dans la lignée de l'excellent Denis de Rougemont. Il a été choisi de préférence à un socialiste ou à un communiste parce qu'aux dernières élections locales, il a fait de plus de voix que les représentants de cette vieille gauche.
Face à lui, il y a principalement Martial Saddier, maire de Bonneville, candidat de la droite républicaine. Au début, je me demandais si je ne voterais pas pour lui, parce que dans son programme, il a déclaré qu'il défendrait la culture locale; et le fait est qu'il a déjà permis que fussent réalisées en ce sens plusieurs manifestations, auxquelles j'ai participé. J'ai notamment écrit un spectacle qui donnait à Bonneville l'éclat d'une cité glorieuse et la reliait à des divinités locales, et cela s'est bien passé. Martial Saddier a également été présent lorsque j'ai publié De Bonneville au mont Blanc, sur les écrivains qui ont parcouru la vallée de l'Arve. J'apprécie, naturellement, que des élus cherchent à créer une alternative à la culture officielle, venue de Paris, en aidant à l'épanouissement de ce qui est officieux et local.
Mais je voudrais surtout que la vie culturelle fût réellement décentralisée. Et je crois, de façon générale, que plus les décisions se prendront dans des villes proches, plus elles respecteront les vœux différenciés des citoyens - à cet égard comme aux autres. Le fédéralisme tend à accorder des prérogatives dans la Culture et l'Éducation à la Région, et Lyon reste plus proche que Paris. Rousseau disait d'ailleurs que les meilleures républiques n'étaient faites que d'une seule ville et de la campagne qui l'environnait. Et même si je n'approuve pas sa manière de soumettre la vie culturelle à l'État, je pense comme lui que si le lieu où se prennent les décisions est proche, les citoyens sont plus en phase avec ces décisions. Or, Gilbert Saillet non seulement est fédéraliste, et est d'accord pour dire que même Lyon est un peu loin, mais il a pleinement conscience que dans l'Éducation les libertés doivent s'accroître. Je voterai donc pour lui.