Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06990.jsonl.gz/166

Lors des débats sur la démolition des immeubles d’habitation de l’îlot Fabre, propriété de la Ville de Lausanne et jadis situés au pied de la Cathédrale, tout le monde est unanimement d’accord sur un point: les immeubles, pour la plupart tombés dans un état misérable, ne sont pas de nature à inspirer du regret. De ce point de vue, le projet est autant salué par les citoyens que par l’administration communale. Bien que cet îlot occupe une situation stratégique par rapport à la Cathédrale, sa disparition ne suscite pas de grandes controverses. En outre, les débats nourris sur l’avenir de la surface libérée amènent les décideurs à ne rien reconstruire, mais à se contenter de semer du gazon, afin de mettre davantage en valeur l’aspect majestueux et grandiose du monument gothique.
L’îlot Fabre nous fournit un bon exemple pour analyser les intérêts architecturaux et contextuels en jeu dans la conservation des tissus urbains non monumentaux à l’époque de l’entre-deux-guerres. L’histoire de la démolition de cet îlot étant largement méconnue, cette étude souhaite en retracer les circonstances ainsi que celles de l’après-démolition (1934-1939).
© MHL, photo Hippolyte Chappuis, 1938.
Sur la colline de la Cité, l’ensemble formé par l’Ancienne Académie, la cure des professeurs et la maison Curtat, accueille aujourd’hui le Gymnase de la Cité. Si ces édifices sont harmonieusement raccordés entre eux et présentent une physionomie unifiée, tel n’a pas toujours été le cas. Le dépouillement des archives a permis de mesurer l’ampleur des travaux entrepris dans le premier tiers du XXe siècle par le Canton sur ces bâtiments dont l’affectation et l’agencement ont évolué au cours des siècles. En particulier, les grandes campagnes de transformations, rénovations et restaurations des années 1920 et 1930 définissent la physionomie actuelle des bâtiments et le rapport qu’ils entretiennent entre eux. Ils constituent un cas d’étude intéressant en matière de restauration de l’entre-deux-guerres, période moins étudiée par la recherche. Il s’agira donc de saisir les enjeux posés par les travaux entrepris au cours de cette période: les choix stylistiques, ainsi que les intentions et les valeurs guidant les transformations et restaurations.
© Archives cantonales vaudoises
Suite à la constitution de deux nouveaux fonds de plans de l’ancien Service des bâtiments de l’Etat de Vaud au sein des Archives cantonales vaudoises (cotes : SB 233 et SB 285), l’article propose de les présenter à un plus grand public. Après une brève contextualisation des documents par rapport au maître de l’ouvrage, il est donné un aperçu de leurs contenus, en particulier des objets illustrés et des auteurs des dessins. L’opportunité est également saisie pour mettre en avant quelques réflexions essentielles autour de la constitution des archives d’architecture et de ses problématiques, et de les partager avec les utilisateurs de ce patrimoine documentaire.
@ Archives cantonales vaudoises
La maison de maître des Tilleuls à Renens fait partie des nombreuses «campagnes» édifiées au cours du XVIIIe siècle aux abords de la ville de Lausanne par des notables de cette cité. Elle a été construite à partir de 1768 pour Pierre-Elie Bergier et son épouse Jeanne Elisabeth Albertine Diedey, selon les plans de l’architecte Gabriel Delagrange, l’un des plus talentueux à cette époque. Ce dernier a été contraint de récupérer une partie des murs d’une ancienne ferme des années 1729, ce qui a engendré un plan particulier et tout à fait unique, intégrant le logement du fermier dans le socle de la maison de maître. Les différentes phases de l’élaboration de ce projet singulier sont connues grâce à une douzaine de plans signés de Delagrange, conservés dans les archives de la Ville de Renens.
Après avoir été menacée de démolition dans les années 1990, la maison des Tilleuls a été réhabilitée en 2014-2016 par la commune; elle accueille aujourd’hui un lieu dédié à l’art et un café.
© Archives cantonales vaudoises
En 1909 paraît Villas & maisons de campagne en Suisse, un ouvrage rédigé par l’architecte genevois Henry Baudin (1876-1929) qui présente et conceptualise une nouvelle tendance architecturale en Suisse au début du XXe siècle. Cette architecture correspond à ce que l’auteur considère comme la «renaissance de la maison familiale». Les propos de Baudin sont illustrés par des photographies de plus de 150 bâtiments construits entre 1903 et 1908, et répartis sur tout le territoire suisse. Villas & maisons de campagne en Suisse s’inspire d’une publication due à Hermann Muthesius (1861-1927), architecte et théoricien allemand, parue quelques années auparavant : Landhaus und Garten. Beispiele neuzeitlicher Landhäuser nebst Grundrissen, Innenräumen und Gärten (Munich, 1907). Les deux ouvrages présentent un texte théorique suivi d’un abondant corpus de photographies de villas contemporaines. À l’instar de Muthesius, Baudin accompagne son texte de plans de maisons dont les légendes mentionnent le maître d’ouvrage, le lieu, l’architecte et l’emplacement de son bureau. Au-delà de la forme, des similitudes apparaissent au niveau du contenu.
Construit probablement au XVIe siècle et agrandi au milieu du XVIIe siècle avec l’adjonction d’élégantes galeries, le château d’en bas de Mex a été transformé à diverses reprises, notamment au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Vers 1780-1783, deux dépendances aux façades particulièrement élaborées, réalisées par les architectes Gabriel Delagrange et Abraham Fraisse, ont été bâties au nord et à l’ouest de la cour septentrionale. Dans les années 1930, l’intérieur du château a été profondément remanié afin de répondre aux exigences du confort moderne, tout en intégrant des décors et des aménagements dans le goût du XVIIIe siècle.
Grâce à l’analyse de nombreux documents d’archives inédits, l’auteure nous offre une histoire détaillée de la seigneurie de Mex, du château d’en bas et de ses propriétaires.
L’homme de lettres raffiné qu’était Léon Michaud, imprégné des grands auteurs italiens et français, féru de culture des Lumières, rédigeait en 1947 un «Trésor de mon pays» consacré à Yverdon. Passant en revue les belles réalisations architecturales et artistiques du XVIIIe siècle, notamment le spectaculaire ensemble classique de la Place Pestalozzi, il écrivait au sujet des maisons yverdonnoises: «La plus belle de toutes, celle qui reste vraiment représentative de l’art élégant du XVIIIe siècle, est sans contredit la villa d’Entremonts (1778), ancien hôtel de campagne de la famille des Treytorrens. Située un peu en dehors de la ville, dans le parc de la Cité des Bains, elle mérite le détour qu’on fera pour aller la voir!» L’édifice était alors la propriété de Léon Masraff, qui exploitait encore vaille que vaille les installations des bains voisins et qui a connu un succès certain avec l’eau minérale captée de l’autre côté de l’avenue des Bains, sur le site de La Prairie, dont le nom d’Arkina évoquait l’Arménie de son père Puzant, devenu fin 1920 propriétaire des deux hôtels réputés de La Prairie et des Bains.
Les motivations menant aux de?molitions d’e?glises ou de chapelles villageoises paraissent souvent e?tranges au premier abord. En effet, qu’est-ce qui peut conduire une commune rurale a? de?truire son lieu de culte, alors que celui-ci en constitue tre?s souvent le cœur social, si ce n’est ge?ographique? Au même titre que les cathe?drales ou les colle?giales contribuent de manie?re importante a? l’identite? des chefs-lieux de nos cantons, on peut intuitivement – et peut-être un peu naïvement – conclure que les e?glises anciennes participent de manie?re centrale a? la construction et au maintien des identite?s villageoises. De?s lors, pour quelles raisons voudrait-on renoncer a? les conserver?
Le cas de Peney constitue une occasion de mieux comprendre les raisons menant a? la de?molition d’une e?glise. A cette fin, les e?ve?nements qui ont conduit a? la destruction du temple de Peney ont e?te? reconstitue?s au travers des sources disponibles.
Le bâtiment de l’Ecole supérieure de commerce – actuel Gymnase de Beaulieu -, fête cette année ses 100 ans d’existence. Pourtant, le chemin qui aboutit, en 1913, a? la pose de sa premie?re pierre a été long et parsemé d’embûches.
De manie?re ge?ne?rale, l’ancienne Ecole de commerce a conserve? une part importante de sa substance d’origine malgre? les remaniements essentiellement engendre?s par l’accroissement constant des effectifs et le manque re?current de locaux qui en a de?coule?. La diversite? du vocabulaire architectural s’y nourrit de traditions locales et de multiples influences.
L’ave?nement des projections dans les cours d’histoire de l’art correspond a? un moment ou? la me?thodologie des chercheurs est renouvele?e. Avec les vues photographiques, le regard sur les œuvres, et non plus seulement le discours sur les œuvres, est au cœur de la leçon. Les historiens de l’art de la fin du XIXe sie?cle ont eu conscience du changement amene? par la photographie et l’ont the?orisé.
La Faculte? des Lettres de l’Universite? de Lausanne posse?de un fonds ancien de 10324 plaques photographiques d’art et d’arche?ologie qu’elle utilisait pour ses enseignements. Il est classe?, selon des se?ries ge?ographiques et the?matiques, dans quelque 80 boîtes vertes en carton et une armoire a? tiroirs. Un inventaire re?cent comple?te? par des documents des archives de l’Universite? permet de retracer l’histoire de cette collection de clichés sur verre, et de les situer
Le château de La Sarraz abrite entre ses murs une vaste collection de pièces d’argenterie. L’inventaire et l’identification des poinçons d’orfèvres sont essentiels à la constitution de corpus cohérents et permettent de constater que tous ces objets suivent une logique et s’inscrivent dans une histoire plus générale.
Le croisement de ces informations avec celles trouvées dans les archives, dans les « livres de raison » en l’occurrence, mettent en évidence des caractéristiques communes: premièrement, l’éclairage et les objets de table sont les catégories qui dominent largement; deuxièmement la quantité d’argenterie tant citée que conservée est conséquente; enfin, on retrouve à chaque fois les mêmes centres d’orfèvrerie et bien souvent les mêmes orfèvres.
Au cours du XIXe siècle, le maniement des objets et la façon de manger gagnent une importance à part entière. Le long essor de la codification gastronomique assurera le maintien d’une distinction entre les différentes classes sociale.
Les études récentes menées sur le patrimoine vert lausannois ont révélé que les trois décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale ont été particulièrement prolifiques en matière d’architecture paysagère, qu’il s’agisse de réaménagements d’anciens parcs ou de créations nouvelles. Or, si Lausanne est connue et reconnue comme « ville verte » dès les années 1950, c’est bien à André F. Desarzens qu’on le doit.
Evoquée dans l’ouvrage récemment publié, Lausanne – parcs et jardins publics, la contribution majeure dans ce domaine d’André F. Desarzens, d’abord chef jardinier, puis responsable du Service des parcs et promenades de la ville de Lausanne, mérite qu’on l’étudie de plus près.
De nombreux Vaudois se souviennent encore des imposants bâtiments de la Minoterie Coop à Rivaz, qui, jusqu’en 2005, s’élevaient aux portes du Dézaley, aux pieds de la cascade du Forestay. Aujourd’hui, le site est occupé par un édifice plus discret, le Vinorama, lieu voué à la présentation et à la promotion des vins de Lavaux inauguré en 2010.
Dès le XVe siècle, les rives du Léman près de la cascade du Forestay ont été caractérisées par la présence d’un moulin à farine, marquant l’entrée au cœur du vignoble et demeurant presque inchangé jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il faut en effet attendre le seuil du XXe siècle et le passage d’une activité préindustrielle à une exploitation moderne pour voir le site se transformer radicalement : en 1917, une société nouvellement créée, la Minoterie Coopérative du Léman, prend la place des anciens moulins, en perpétuant leur activité pendant des décennies encore.
La démolition des bâtiments en 2005 met un terme à plusieurs siècles d’industrie meunière. Le site est reconverti en lieu de découverte du vin, produit phare de la région, révélant la volonté des autorités locales de promouvoir une autre image de Lavaux, qui cette même années présente sa candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Des travaux effectués en 1972-1973 dans la chapelle Saint-Sébastien attenante à l’église d’Agiez (district du Jura-Nord vaudois) ont mis au jour, dans des circonstances demeurées mystérieuses, une console armoriée en pierre jaune.
Discrètement, mais soigneusement conservée, elle n’a pas fait depuis l’objet d’études visant, d’une part, à déterminer sa provenance exacte et, d’autre part, à identifier les armoiries figurées dans un écu de petite dimension.
Il est fort tentant et plausible d’attribuer ce blason à Antoine Cosson, notaire et alors mayor d’Agiez.
Si les cathédrales et les édifices majeurs de l’architecture civile et religieuse sont désormais tombés dans les considérations touristiques et commerciales de la société de l’image, le patrimoine de quartier, plus modeste, est confronté depuis plusieurs années à la nécessité de transformer ses usages pour en assurer la pérennité.
Le temple de Saint-Luc, à Lausanne, participe pleinement de cette histoire à transformations multiples dont le patrimoine nous livre les plus emblématiques exemples.
L’hôtel de ville d’Yverdon conserve plusieurs œuvres sur toiles, exposées actuellement dans la salle de la Municipalité. La découverte récente de six panneaux dans les combles, aux sujets très diversifiés, vient enrichir considérablement le corpus des œuvres.
La période à laquelle remonte les panneaux, le XVIIe siècle, est particulièrement faste pour les décors peints. Les hôtels de ville régionaux en particulier en conservent d’intéressants témoins, tant sur le plan stylistique que sur le plan symbolique, les œuvres commandées étant destinées à montrer des exemples édifiants pour les magistrats en charge du pouvoir. Les peintres, que l’introduction de la Réforme avait éloignés des églises, exercèrent leur art désormais dans le domaine municipal ou dans les maisons privées.
Jean-Pierre Vouga est l’un des acteurs qui ont joué un rôle important dans la construction patrimoniale de Lavaux, dont le classement dans la liste des biens de l’Unesco en 2007 ne représente que la dernière étape.
Dans son rôle d’architecte de l’Etat de Vaud, Jean-Pierre Vouga participe en première ligne à l’affirmation de la pensée aménagiste en Suisse romande et à la promotion et mise en œuvre d’une « nouvelle politique cantonale en matière d’aménagement du territoire », avec l’idée fondamentale que le sol et l’espace sont des biens communs, des ressources matérielles et identitaires pour toute collectivité.
De nombreux Lausannois se souviennent encore de l’ancienne chapelle de l’Eglise libre, sise à la rue Langallerie n° 5 à quelques pas du pont Bessières, avant qu’elle ne soit démolie en 1969 pour faire place à un centre commercial. Peu d’entre eux savent cependant que cet édifice fut à l’origine un théâtre, le premier théâtre en pierre construit dans le chef-lieu du Canton de Vaud, inauguré le 15 novembre 1804. L’histoire de cette salle de spectacle étant largement méconnue, notre étude souhaite retracer les circonstances de sa construction, ainsi que les principales tractations et transformations dont elle a fait l’objet, avant de fermer définitivement ses portes en 1860.