Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06997.jsonl.gz/1270

L'idée est aussi simple que stimulante : transposer en immunologie le principe éprouvé de la «puce à ADN». Et pour cela, simplement déposer sur un microréseau, au lieu de séquences nucléotidiques spécifiques, des antigènes prédéfinis. Une telle «puce à antigènes» permettrait d'identifier rapidement, dans un échantillon sanguin, la présence ou l'absence de lymphocytes T spécifiques pour un grand nombre d'antigènes.Ce programme n'a rien d'utopique : une équipe de l'Université de Stanford vient de démontrer sa faisabilité (PLoS Biology 2003 ; 1 : 429-38). Les chercheurs ont développé une puce utilisant comme sonde moléculaire des couples antigène-complexe majeur d'histocompatibilité (CMH). Autrement dit, ils ont reproduit à la surface du verre les entités moléculaires présentes à la surface des cellules présentatrices d'antigènes. Les premiers tests, réalisés avec des suspensions de lymphocytes de sensibilité connue, ont montré que les microsurfaces capturent bel et bien des lymphocytes T (CD4+ ou CD8+) porteurs d'anticorps spécifiques.Les surfaces sensibles de la puce expérimentale mesurent 400 µm de côté. Théoriquement, elles peuvent accueillir environ 1600 lymphocytes côte-à-côte. En pratique, la surface de chaque «spot» détermine la sensibilité de la puce : plus elle est grande, plus les chances que les cellules spécifiques se lient durant un temps d'incubation donné augmentent. Avec des microsurfaces de 400 µm, l'équipe californienne a détecté des sous-populations cellulaires ne représentant que 0,1% du total. En d'autres termes, les lymphocytes spécifiques sont détectés s'ils sont plus nombreux que 1 sur 1000.Cette sensiblité permet déjà d'observer in vivo une réponse immunitaire légère chez la souris. Les auteurs ont pu suivre, au moyen de la puce à antigènes, la multiplication des lymphocytes spécifiques après différentes vaccinations chez le rongeur. La sensibilité du micro-réseau pourrait être améliorée en augmentant la surface des microsurfaces, ou alors en enrichissant l'échantillon en cellules spécifiques. Il serait envisageable, par exemple, de préparer une suspension en triant les cellules du sang périphérique, et en ne conservant que les lymphocytes T. Le processus de fabrication des puces ne pose pas plus de difficultés que la préparation des microréseaux à ADN. Les complexes moléculaires sont déposés à la surface de la lame de verre sous forme de gouttelettes, grâce à une imprimante piézo-électrique (ou «arrayer»). Le verre est préalablement recouvert d'un film de polyacrylamide assurant l'adhérence des molécules.La puce à antigènes n'est pas le premier outil permettant d'étudier la réponse immunitaire au niveau cellulaire. Depuis la fin des années 1990, les chercheurs préparent des complexes peptides-CMH. Des équipes ont ainsi pu marquer les cellules porteuses des anticorps correspondants et les dénombrer au moyen de trieurs de cellules à fluorescence.Mais la puce à antigène offre la possibilité inédite de surveiller simultanément la réponse à de nombreux antigènes. Une seule puce pourrait comporter plus de mille microsurfaces de la même taille. Que ce soit dans l'étude du cancer, des maladies auto-immunes ou de la vaccination, l'observation du «profil immunitaire» large réserve peut-être des surprises. C'est le frisson qui accompagne à chaque fois la naissance d'un nouvel instrument d'observation.