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Au-delà de causes actuelles telles que la spéculation, la demande en agrocarburants stimulée par la politique, l’augmentation de la consommation de viande ou les cabrioles du climat, plusieurs facteurs à long terme ont plongé l’agriculture et l’alimentation mondiale dans une crise durable. Parmi ceux-ci, on compte les dérégulations dans les secteurs du commerce agricole et de la finance, qui ont transformé la terre arable et les aliments en biens commerciaux et en investissements rentables.
Les gouvernements et les Parlements peuvent de moins en moins exercer leur contrôle et déterminer quels aliments doivent être produits pour qui et à quelles conditions. Dans le sillage des crises climatique, énergétique, financière et alimentaire, la question se pose de savoir comment la sécurité alimentaire peut être émancipée de sa dangereuse dépendance des marchés mondiaux et de son intercorrélation avec les marchés financiers et énergétiques.
Une chose est claire : d’une part, les paysans et les paysannes doivent bénéficier de prix adéquats pour leurs produits afin de sortir du cycle de la pauvreté et de la faim; d’autre part, les aliments doivent rester accessibles aux pauvres des centres urbains.
Quelles stratégies et quelles mesures prendre pour résoudre ces zones de tension ? Les femmes doivent être particulièrement prises en considération. Dans le monde entier, ce sont elles les nourricières, et ce sont elles qui effectuent la majeure partie des travaux agricoles. Pourtant, les femmes et les enfants forment 70 % de la population souffrant de famine.
Comment la population mondiale, toujours plus nombreuse, peut-elle être nourrie de manière écologique et durable ? Comment mettre en œuvre à long terme le droit humain qu’est le droit à l’alimentation ?
La solution: la souveraineté alimentaire
En réaction à une politique univoque orientée uniquement vers le commerce agricole international, le mouvement paysan La Via Campesina a présenté le concept de souveraineté alimentaire au Sommet mondial de l’alimentation de 1996. Avec un changement de paradigme clair : l’approvisionnement de sa propre population est le devoir le plus important du secteur agricole.
La souveraineté alimentaire signifie le droit d’un pays et de son peuple à fixer eux-mêmes une politique agricole et commerciale qui corresponde aux exigences écologiques, économiques et culturelles actuelles. La condition préalable pour assurer la souveraineté alimentaire est que les paysans et les paysannes disposent d’un accès garanti aux ressources naturelles telles que la terre, l’eau, la forêt et les semences. Au surplus, le maintien de la diversité biologique, ainsi que le recours à l’agriculture biologique sont des éléments centraux de cette souveraineté.
Une politique en faveur de la souveraineté alimentaire place au premier plan la nécessité pour l’agriculture de répondre aux besoins locaux, régionaux et nationaux. Cela ne signifie pas seulement l’autosuffisance. Le commerce international à des conditions équitables est inévitable dans certains cas. Mais il ne doit ni devenir la priorité de la politique agricole, ni se faire au détriment de la production de denrées alimentaires pour sa propre population, ou au détriment de l’environnement.
Les douanes, qui protègent de manière ciblée le marché domestique des importations, sont les instruments de pilotage justifiés de cette souveraineté. En revanche, les subventions à l’exportation doivent être immédiatement supprimées, car le dumping des produits agricoles vendus à l’étranger a souvent pour conséquence une destruction de la production locale. C’est ce qui se passe avec les importations de riz au Ghana ou du poulet européen au Cameroun.
Depuis la crise alimentaire de 2008, les pays en développement qui doivent importer une grande partie de leurs aliments de base, ne peuvent plus se permettre ces importations. Une nouvelle orientation fondamentale de leur politique commerciale et agricole est indispensable.
Des produits locaux à des prix adéquats
Les aliments sont produits à des conditions différentes selon la situation géographique et économique de leur région de provenance. Un prix mondial pour les produits agricoles est une construction théorique qui, dans la réalité, a de lourdes conséquences sociales et économiques.
Dans chaque pays, les familles paysannes doivent bénéficier de prix adéquats pour leurs produits, leur permettant de mener une existence digne. La domination du commerce international ne doit plus menacer la sécurité alimentaire. Toutefois, cela devrait être possible : seuls 10 % des denrées alimentaires sont commercialisées au niveau international.
Au centre de la souveraineté alimentaire, il y a le renforcement des familles de petits paysans, avec leurs systèmes locaux de production, de traitement et de commercialisation. Penser global et vendre local reste valable, pour les paysans et paysannes des pays en développement comme pour ceux d’Europe. En conséquence: il faut consommer local, saisonnier, écologique et équitable !