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Dès 1952, Rainer développe une peinture gestuelle caractérisée par la frénésie. Qu’il intervienne sur des reproductions de peintures célèbres ou sur des autoportraits photographiques, il s’investit physiquement dans la réalisation de ses œuvres avec une énergie intense, souvent violente. Dans Nackenhaar, l’artiste accentue l’implication du corps en utilisant ses doigts pour peindre, comme s’il s’agissait d’un canal direct entre l’impulsion et l’action, écartant ainsi tout intermédiaire entre lui et le support. Il adopte cette technique en 1973, après avoir cassé un pinceau en cours de création et continué à travailler avec ses mains pour ne pas interrompre son élan. Sans doute aussi se réfère-t-il consciemment à l’exemple de Louis Soutter, auteur de nombreuses peintures au doigt, qu’il admire et collectionne.
Dans Nackenhaar, les mains droite et gauche de Rainer se sont animées pour tracer la composition, quasi symétrique, avec une certaine instinctivité. Deux éléments tranchent avec sa démarche habituelle. D’une part, le fait qu’il a peint sur un support vierge renvoie à un certain dépouillement. D’autre part, la monochromie, en dehors du noir, est inédite elle aussi, l’artiste combinant généralement le rouge et le jaune vifs, ourlés ou fendus d’un trait noir ou bleu. Le choix du carton plutôt que du papier répond au besoin d’une feuille solide.
Seul le titre de l’œuvre nous indique ce que ces traces de doigts se rejoignant au sommet de la feuille représentent. Avec peu de moyens donc, Rainer esquisse une nuque parsemée de cheveux. Il peint ce motif avec rapidité. Sans cette information, l’association entre la forme triangulaire, l’amas de marques et leur couleur pourraient suggérer une éruption volcanique, un brasier ou encore les traces de mains ensanglantées. Un imaginaire symbolique de la brutalité se concentre ainsi dans la vision que l’on projette de cette peau laiteuse et de ces mèches de cheveux, peut-être tout simplement rousses.
Bibliographie
Helmut Friedel, Arnulf Rainer. Rainer Kosmos, cat. exp. Baden, Arnulf Rainer Museum, Nuremberg, Verlag für moderne Kunst, 2012.
Erika Billeter (dir.), Chefs-d’œuvre du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne. Regards sur 150 tableaux, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1989, p. 296-297.
Erika Billeter (dir.), Les Doigts peignent/Die Finger malen. Arnulf Rainer/Louis Soutter, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1986.