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On dit de lui qu'il a suivi le même chemin que celui des prophètes. Né à Caluire en 1912, Jean Goss connaît une enfance de pauvre, marquée par de nombreux déménagements, à la limite de la misère matérielle. Un père inconstant, qui rêve de gloire car il a une voix magnifique et qui finira par abandonner sa famille, et une mère forte, profondément croyante, qui élèvera ses cinq enfants avec une constance admirable.
A 28 ans, il est mobilisé et il vit sur le front, en pleine Seconde Guerre mondiale, un événement mystique qui le marquera au fer rouge et qui changera totalement sa vie. Ce n'est que bien plus tard qu'il parviendra à mettre en mots cette expérience : « Le Christ ne m'est pas apparu comme une entité, une idée, une idéologie ou une religion. Il m'est apparu comme ce que je connaissais : l'homme. Et il portait un nom : amour, lequel n'était ni sentimental, ni romantique mais vérité et justice. »
Prisonnier en Allemagne pendant le reste de la guerre, il s'efforce de mettre en pratique cet amour, « son apostolat », et des liens très profonds vont se tisser entre lui et ses camarades. A la libération, riche de son passé de syndicaliste, il s'engage dans le Mouvement international de la réconciliation (MIR) et y rencontre sa future épouse. A eux deux, ils vont témoigner de la non-violence de l'Evangile. A Rome dans les années ?50, lors de la guerre d'Algérie (il refuse son affectation dans l'armée, risquant la prison), dans les pays de l'Est où, en pleine guerre froide, ils parlent en faveur du désarmement. Parents de deux enfants, ils font face au défi d'assurer cette double responsabilité de parents et de militants. Ce qui les mènera en Amérique Latine dans les années ?60, en Asie et en Afrique dans les années '70 et '80.
Un de leurs grands combats fut celui du concile Vatican II où, face à une majorité d'évêques fermement attachés à la théologie de la « guerre juste », ils proposent une théologie de la paix, basée sur la non-violence de Jésus, et obtiennent le soutien de 70 personnalités dont des théologiens très renommés. Un événement inoubliable pour eux, générateur d'espoir, orienté vers l'avenir.
Vers la fin de sa vie, Jean Goss, qui avait tellement espéré la victoire de la non-violence après la chute des dictatures communistes, voit avec horreur les forces du mal se déchaîner à nouveau : c'est la guerre du Golfe en 1991... début d'une vague ininterrompue à ce jour de conflits régionaux pour la domination géopolitique et le contrôle des ressources.
Sa mort, en avril 1991, a suscité une vague de témoignages tous plus beaux et émouvants les uns que les autres. Pour cet homme hors du commun, il n'y avait plus d'amis ou d'ennemis mais une grande famille humaine dont Dieu est le Père, et le Christ, le frère. Ce livre, écrit par son épouse, est une sorte de diamant éclairé par « l'Autre Soleil », pour reprendre une expression d'Olivier Clément.