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Formation des Trois-Chêne
Une entité et une seule pendant plusieurs siècles
À la fin de la période romaine, un chêne imposant, fameux, va donner son nom à la région. Ce chêne se dresse, d'après ce que l'on sait, en bordure d'une vaste pâture connue sous le nom des "Bougeries" et sert de point de repère, de ralliement pour le cheminement de la Savoie à la ville de Genève. C'est là que l'on fait la pause avant de poursuivre sa route vers la cité des bords du Rhône.
Au Moyen Âge, l'entité de la région existe. Une vaste paroisse va de Grange-Canal jusqu'à Annemasse. L'église de Saint-Pierre à Thônex en est le centre. Elle dépend du diocèse de Genève. Le curé de Thônex dessert la maladière de Chêne, qui accueille les lépreux de Genève. Au début du I1e millénaire, Villette est le centre féodal de la région qui dépend du comte de Genevois. Seules quelques maisons existent à Chêne-Bougeries, encore moins à Chêne-Bourg.
Peu à peu, la région se peuple. Les conflits sont nombreux entre le comte de Savoie et le comte de Genevois dont la puissance décline. En 1401, ses possessions sont rachetées par la Savoie qui étend son emprise sur la région et les abords de Genève.
Au XVIe siècle, les luttes entre le duc de Savoie Charles III et Genève, qui passe à la Réforme, amènent une période très troublée. De nombreuses escarmouches se produisent dans notre région (combat de La Gradelle), alors que le duc décrète le blocus de la ville. Enfin, en 1536, l'armée bernoise, sous le commandement de J.-François Naegeli, balaie avec les renforts genevois les troupes ducales. Le duché de Savoie est momentanément rayé de la carte de l'Europe.
Chêne-Thônex aux Bernois...
Les Genevois occupent Chêne-Bougeries et le baillage de Gaillard (Chêne-Thônex). Mais Berne ne l'entend pas de cette oreille et exige Chêne-Thônex et Gaillard. Première partition de la région chênoise. Chêne-Bougeries est administrée par la République de Genève, Chêne-Thônex par un bailli bernois résidant à Gaillard.
L'instauration de la Réforme, en 1536, conserve une certaine unité à la région.
... et retour aux Savoyards
En 1564, par le traité de Lausanne, Berne restitue au duché de Savoie renaissant tous les territoires au sud du lac et autour de la ville de Genève. Chêne-Bougeries demeure genevoise, mais Chêne-Thônex retourne dans le giron savoyard.
Sous le duc Emmanuel-Philibert, la paix demeure dans la région.
Ce n’est pas le cas avec Charles-Emmanuel 1er. La guerre rallume entre la Savoie et Genève. Guerre cruelle qui ravage la région et atteint son point culminant avec l'Escalade, en 1602, où deux Chênois passent à la postérité : Pierre Brasier, qui vient avertir la garde à la Porte Neuve, et le Père Alexandre, curé de Thônex, aumônier des troupes savoyardes.
La division est consacrée
Au XVIIe siècle, le traité de paix de Saint-Julien (1603) consacre la division de la région chênoise: Chêne-Bougeries genevoise-protestante; Chêne-Thônex savoyarde-catholique.
Au cours du XVIIIe siècle, cette division est encore accentuée par le traité de Turin, en 1754, lequel éteint l'influence genevoise sur Chêne-Thônex qui fait partie à ce moment du royaume de Sardaigne.
Les rois de Sardaigne (ancien duché de Savoie) vont développer le Bourg de Chêne. Il y a parfois des frictions de part et d'autre de la Seymaz.
Une - mais bien vite divisible
La Révolution française et l'occupation de Genève par la France, en 1798, vont recréer l'unité chênoise. En effet, le 25 août 1798, les Bougeries et Chêne-Mont-Blanc (nom de Chêne-Thônex alors) forment une seule commune, Chêne, rattachée au département du Léman dont Genève est le chef-lieu.
Chêne est élevée au rang de chef-lieu de canton français, lequel englobe Ville-la-Grand, Annemasse, Eaux-Vives, Plainpalais et Cologny.
Mais le mariage Bougeries - Chêne-Thônex n'est pas heureux. Les citoyens des Bougeries sont davantage imposés que ceux de Chêne-Thônex qui a beaucoup de dettes. Des pétitions sont envoyées à Paris.
À l'aube du XIXe siècle se profile une nouvelle fois la séparation.
L'ancien syndic de Genève, Jean-André Rigaud, fait des démarches à Paris, si bien que le 9 fructidor de l'an IX (1800), les Consuls décrètent la séparation en deux communes. L'acte porte la signature de Napoléon Bonaparte, alors 1erConsul de la République Française. L'arrêté pris le 1er vendémiaire de l'an X (23 septembre 1801) stipule:
Art. 1 -
"Les 2 parties de Chesne séparées par la Seymaz feront deux communes séparées."
Art. 2 -
"Le citoyen Dupuis Jean-François est nommé maire de la Commune de Chesne-les-Bougeries."
De l'autre côté de la Seymaz, la dénomination est Chesne-Thonnex. Le maire Decroux dirige les affaires communales.
L'écroulement de l'empire napoléonien et la Restauration de la République de Genève rétablissent pour un certain temps la Frontière sur la Seymaz entre Chêne-Bougeries genevoise et Chêne-Thônex sarde.
Les "communes réunies"
Et peu après, en 1816, Chêne-Thônex devient à son tour commune genevoise et suisse par le traité de Turin qui désenclave la cité de Genève sur la rive gauche. Il y a dès lors deux communes chênoises, et toutes les deux sont en Suisse.
Mais le rattachement des communes françaises et sardes à l'ancien territoire genevois occasionne des frottements entre leurs habitants et provoque des scissions.
Vers la rupture
À Chêne-Thônex, l'entente n'est pas facile entre les habitants du Bourg, commerçants aux idées progressistes, et ceux des hameaux de Thônex, Fossard et Villette, plus conservateurs et qui ont la majorité au conseil municipal.
Ceux du Bourg leur reprochent d'accaparer l'eau pour leurs fontaines et de mettre les bâtons dans les roues pour l'entretien ou la création d'écoles.
Ceux des hameaux ne veulent pas entendre parler de réverbères qu'un citoyen a offerts pour être implantés au Bourg.
Trop de lumières, trop ou pas assez d'eau, font couler la barque chênoise. Une pétition, munie de 83 signatures, avec en tête Marc Héridier et Peillonnex aîné, demande la séparation du Bourg de Thônex.
Trois-Chêne
Le Grand Conseil l'accepte et, par la loi du 17 février 1869, consacre la séparation de Chêne-Thônex en deux communes distinctes. Jean Héridier sera le premier maire de Chêne-Bourg et Jules Dufresne celui de Thônex, alors que Jean-François Dupuy fut le premier maire de Chêne-Bougeries en 1801 déjà.
Il y a dès lors trois communes chênoises: Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg et Thônex.
Investiture des premiers maires dans les communes chênoises actuelles
Citoyen J.-François Dupuy
M. Jean-Marie Héridier
M. Jules Dufresne
Du "s" des Trois-Chêne
L'histoire révèle que l'entité des Trois-Chêne fut lâche — jusqu'au XVIe siècle — ou éphémère — 3 ans lors de la République française. Elle montre que les trois communes sont de création récente, que souvent partition ou antagonisme existèrent. Cette séparation dans l'ensemble convient à l'esprit de chaque commune.
Au début du XXe au siècle commence à paraître Le Chênois, organe officiel des trois communes. De fait, l'entité Trois-Chêne repose davantage sur l'actuel centre sportif, crèches, sociétés chênoises, entente entre les autorités de nos trois communes.
Si les linguistes ont raison d'écrire Trois-Chênes avec un "s", les amoureux de l'histoire pensent que le Chêne antique, qui a donné son nom à la région, explique son absence. Cette absence est corroborée par les armoiries des communes chênoises:
Armoiries des Trois-Chêne
Toutes n'ont pas un chêne. Chêne-Bougeries détient le chêne vigoureux, Chêne-Bourg en garde un rameau et ses glands, Thônex en a quatre feuilles d'or.
Ceci justifie le sentiment d'appartenir à un ensemble et l'exception à la règle grammaticale.
Texte extrait de l'annuaire officiel 2010 "Le Chênois", rédigé par Jean-Claude Mingard, commune de Thônex:
- Conseiller municipal de 1967 à 1979
- Président du Conseil municipal en 1970-1971
- Conseiller administratif de 1979 à 1991
- Maître principal de l'école Marcelly pendant 30 ans
- Fondateur de l'Association Moillesulaz-Foron.