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Dans les années 1990, le producteur Pierre-Alain Meier lance avec le directeur de collection Jacques Akchoti un défi: Créer une collection des court-métrages des réalisateurs suisses autour de sujet de la rencontre amoureuse. En 1997, douze courts-métrages réalisés par Christoph Schaub, Blaise Piguet, Anka Schmid, Samir, Bianca Conti Rossini, Heikki Arekallio et Antoine Plantevin en sont sortis qui ont été exploités en avant-programme en salles.
Réunir un millier de synopsis sur le thème du Blind Date, en choisir une quinzaine qui deviendront des courts métrages, c'est une façon de provoquer la rencontre et d'aller à la découverte d'autres imaginaires. En un mot, c'est s'engager à vivre soi-même le thème qu'on a choisi de défendre.
Les 1000 synopsis reçus, nous nous y attendions un peu, n'étaient que des embryons d'histoires. L'essentiel restait à faire : il fallait débusquer le véritable sujet. Au fur et à mesure du développement des scénarios, les éléments se mettaient en place. Les récits s'organisaient, le plus souvent, en une série de séquences qu'on pourrait résumer comme suit :
Un homme (ou une femme, comme on veut) est seul. Il veut aimer et être aimé en retour, mais par qui ? Il a bien une idée assez précise de ce qu'il désire, mais le monde saura-t-il lui offrir un partenaire à la hauteur de son imaginaire ?
L'homme contacte une agence de rencontre, et se retrouve très vite confronté à un être qui, évidemment, ne répond pas du tout à l'idéal qu'il s'était imaginé. Acceptera-t-il le compromis ? Quel sera son choix ?
Le personnage principal de chaque film est clairement la clef de voûte de ce dispositif scénaristique. La richesse de son caractère, la force de son désir, et l'obsession monomaniaque qu'il a d'aboutir, sont au coeur de l'histoire. Le "partenaire" rencontré est un obstacle entre le héros et son imaginaire, et toute la dramaturgie consiste à balayer le malentendu entre ces deux êtres qui se découvrent, et qui sont amenés d'une façon ou d'une autre à se choisir, ou à se rejeter. Cette confrontation entre le désir imaginaire et les limites du réel s'est imposée comme le véritable sujet des films, et aussi comme lien entre les différentes histoires. Le Blind Date s'avérait un thème formidable pour étudier les fantasmes de chacun. Des fantasmes qui, par essence, ne peuvent trouver aucune réponse dans la réalité, mais qui nous tiennent tellement à coeur qu'on souhaiterait souvent qu'ils soient plus réels que la vie elle-même. Diversité des fantasmes, diversité des personnages, diversité de la "série".
Nous nous sommes donnés par principe environ dix à quinze minutes pour raconter une histoire. Dépeindre un personnage en un si court laps de temps tient de la gageure. Au mieux, on peut espérer communiquer un sentiment sur la nature de l'être qu'on décrit. Mais quand, en plus, il est nécessaire de rendre vraisemblable une situation de rencontre générée par une agence matrimoniale, on est confronté à un nouveau dilemme. Personne ne croit réellement à la possibilité de trouver l'âme soeur par un tel moyen. Excepté, peut-être, ceux qui l'ont vécu. Nier cela reviendrait à vouloir s'infliger un enchainement d'invraisemblances qui ne peut aboutir qu'à une impasse. La comédie ou la fantaisie pure nous ouvrait une voie. Elles seules pouvaient nous sortir de cette ornière avec panache. Les Blind Date trouvaient enfin une cohésion. On peut dire aujourd'hui qu'avec ces courts métrages, nous nous sommes plutôt acheminés vers une "collection" de portraits de personnages à la recherche de leurs "moitiés".
Devenues cinématographiquement plus complexes, les histoires commençaient à présenter pas mal de difficultés du point de vue de leurs réalisations. Nous nous sommes donc parfois tournés vers des réalisateurs plus expérimentés que ne le prévoyait le concept de départ. Par ailleurs, au cours du développement, nous avons toujours été conscients du fait que les réalisateurs devraient habiter les films qu'ils auraient à mettre en scène. Et cela nous a naturellement conduit à prolonger, dans certains cas, le travail d'écriture avec le réalisateur envisagé.
Nous fûmes finalement nous aussi, comme chacun des personnages de nos histoires, engagés dans un Blind Date permanent : nous devions simultanément nous adapter à l'imaginaire que l'histoire nous imposait et à la réalité des différents auteurs et réalisateurs que nous découvrions. Nous avons donc dû accepter le parti d'être simultanément à l'écoute des autres et de nous-mêmes, condition indispensable pour vivre une expérience riche et aboutir à une collaboration fructueuse.
Pierre-Alain Meier, producteur-délégué
Jacques Akchoti, directeur de collection