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Titre: Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet (Virtuality Check)
Auteur: François Fortier
Traducteur: Danielle Collignon
Éditeur: Ecosociété 2002 (Verso 2001 édition originale)
Pages: 128
Les influences et les significations politiques que les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont sur la société est un thème qui me tient particulièrement à cœur et qui explique pourquoi je suis tenté de supporter le parti pirate. Il ne m'a donc pas fallu un temps de réflexion très long avant de me décider d'emprunter cet ouvrage. Celui-ci est, selon l'auteur, tiré de la thèse qu'il écrite entre 1991 et 1996 à York. Le livre datant du début du millénaire il est facile, et logique, d'observer qu'il date un peu vu le nombre de changement qu'a connu l'internet entre temps. Mais cela ne veut pas dire que les conclusions et appréhensions de l'auteur ne soient pas encore d'actualité voir exacerbée quand on examine les dernier changements.
Ce livre est structuré en trois chapitres sans compter l'introduction et la conclusion. Le premier permet à l'auteur de définir deux concepts importants: la société civile et les technologies de l'information et de la communication. Ce chapitre sert aussi à l'auteur pour présenter les différents courants qui ont analysé ces TIC et leurs caractéristiques. Alors que certains oublient totalement l'aspect politique et social des TIC d'autres, donc le courant dans lequel s'inscrit l'auteur, considèrent que les TIC sont non seulement inscrit dans la société mais, plus encore, sont les supports d'une certaine idéologie politique et, donc, ne sont pas neutres. Le troisième chapitre tente, lui, de trouver des moyens d'utiliser les TICs dans une autre perspective que l'idéologie libérale qui en sont constitutifs. L'auteur milite donc pour une réappropriation par les citoyens eux-même, et non une élite, de ces outils selon leur propres besoins et non ceux que l'on pense qu'ils pourraient avoir.
Le second chapitre, le plus long des trois, examine quatre aspects problématiques des TICs. Le premier de ces aspects est le contrôle qui est imposé aux travailleurs par l'utilisation des TICs. Non seulement ceux-ci perdent leurs capacités d'arguer de compétences propres, maintenant utilisable via les machines, mais en plus ils perdent l'autonomie de leur temps puisque les TICs permettent de contrôler l'utilisation qui est faite du temps de travail (le pointage) voir, même, du temps de loisir (voir un article très intéressant sur le portail des quotidiennes qui montre que les cadres sont aussi victimes de cet aspect: Smartphone ou l'esclavage moderne). Le second aspect concerne l'information. François Fortier fait le constat, déjà connu avant lui, que les médias sont de plus en plus condensés en quelques groupes monopolistiques qui sont capable de contrôler très largement l'information. Mais internet semble rendre ce processus encore plus rapide et plus complet en contrôlant non seulement l'information mais aussi les médiateurs de cette information que sont les télévisions, les téléphones et l'internet. Cet aspect montre que l'internet, loin d'être cette ouverture vers les opinions de tous les citoyens, a tendance à être de plus en plus cadré et les opinions non-orthodoxes ostracisées.
Dans un troisième temps l'auteur nous montre que les citoyens sont aussi de plus en plus surveillé par les entreprises. Au nom de l'information pertinente et du marketing les entreprises s'arrogent le droit de surveiller et de constituer des dossiers personnels sur leurs clients qu'ils revendent ou utilisent pour cibler leur ventes. Le citoyen perd, donc, le contrôle de sa vie privée qui est archivée, analysée et commercialisée au nom du libéralisme. Enfin, et en lien avec l'exemple précédent, l'auteur analyse les contrôles que l'état, mais aussi certains groupes privés, tente d'instituer sur l'internet. Au nom d'une lutte légitime contre une forme de criminalité et contre la pédophilie et, moins légitime, la défense des droits d'auteurs les dispositifs de filtrage des contenus et de surveillance des citoyens se multiplient et deviennent de plus en plus complexes. Pire encore, ce ne sont pas les fournisseurs qui sont criminalisés mais les receveurs qui, je le concède pas toujours, ne sont pas forcément avertis du caractère illégale de leur activité. Au nom d'une défense de certains intérêts on criminalise un citoyen de moins en moins conçu comme innocent jusqu'à preuve du contraire.
Au final, j'ai été convaincu par les thèses avancées par l'auteur. Bien que l'ouvrage puisse souffrir d'un manque de développement il est compensé par une rigueur de l'analyse et des références. Je suis donc parfaitement satisfait de ma lecture et je considère que ce livre devrait connaître une diffusion plus vaste à cause des problématiques qu'il soulève. Donc le monde actuel qui connaît une diffusion énorme des TICs mais aussi une hausse considérable des appareils de répressions, de surveillance ou de contrôle du citoyen je trouve étonnant que ce type d'analyse, même si c'est pour la contester scientifiquement, n'est pas plus nombreuses. Cet ostracisme d'un sujet important dans notre société actuel est dommageable non seulement à la compréhension scientifique des outils d'informations et de communications mais aussi, et surtout, au débat politique et de la société civile sur l'utilisation favorable ou non envers les citoyens de ces même outils.
Image: Site de l'éditeur