Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06958.jsonl.gz/52

Les données sur la prévalence des adénomes hypophysaires sont à ce jour très limitées et parfois contradictoires. Plus récemment, cette conviction a été fortement mise en doute.
Le but de l’étude a été d’évaluer, dans la région urbaine de la ville de Fribourg, la prévalence des adénomes hypophysaires cliniquement significatifs. Des informations détaillées concernant le diagnostic de micro- ou macro-adénome étaient demandées aux médecins de premier recours de l’agglomération.
L’analyse montre treize adénomes non sécrétant, neuf macro-et seize micro-prolactinomes, quatre acromégalies et deux maladies de Cushing ACTH-dépendant. Ces résultats parlent en faveur d’une prévalence de 80,5 cas pour 100000, ou d’un cas pour 1241 habitants, corroborant ainsi les nouvelles données sur une plus importante présence des adénomes hypophysaires.
Les pathologies hypophysaires se manifestent parfois de façon sournoise, et leur diagnostic peut ainsi être retardé de plusieurs mois à années. Parmi celles-ci, les adénomes occupent une place importante. Le diagnostic est suspecté soit en raison des conséquences de l’effet de masse de l’adénome, soit en raison du syndrome fonctionnel lié à une hypersécrétion anormale, soit encore en raison de la réduction de fonction d’un ou de plusieurs axes endocriniens. Depuis l’amélioration de l’imagerie médicale, en particulier le CT-scan et ensuite l’IRM, un pas important a été accompli dans le diagnostic et la mise en évidence des adénomes hypophysaires.
Leur incidence ou leur prévalence dans la population générale ont fait l’objet de plusieurs évaluations. Les trouvailles sur des séries opératoires ou d’autopsies durant les dernières décennies ont été analysées et publiées et, à l’heure actuelle, les données restent discordantes. Selon certains auteurs, les adénomes hypophysaires affectent environ 10% de la population,1 mais une manifestation clinique est relativement rare.2,3 D’autres décrivent une incidence basse des adénomes hypophysaires cliniquement significatifs à environ 2/100 000 par an ainsi qu’une prévalence de cette pathologie à un cas pour 4500 à 5000 personnes.4,5 Plus récemment, Davis et coll. démontrent que la prévalence des adénomes hypophysaires se situe entre 190 à 280 cas par million d’habitants dans une région du Royaume-Uni d’un million d’habitants.6 Le pic d’incidence des adénomes hypophysaires apparaît entre 20 et 45 ans chez la femme alors que chez les hommes la découverte est souvent plus tardive, entre 35 et 60 ans, en raison notamment de la plus grande fréquence des prolactinomes chez la femme, favorisant une clinique évidente, l’anomalie du cycle menstruel.7 En dessous de 20 ans, les adénomes sont rares selon toutes les sources de la littérature, 85% du collectif étant des prolactinomes, et 10% des corticotrophinomes.8 Dans la plupart de ces analyses, l’incidence et la prévalence ont été étudiées dans un collectif de patients en perspective d’une sanction neurochirurgicale faisant suspecter un biais de fond. En effet, ce fait exclut l’évaluation des patients en suivi conservateur (médicament, radiothérapie), rendant ainsi l’analyse incomplète.
Récemment, la rareté des adénomes hypophysaires a été mise en doute par les résultats de l’analyse de Daly, effectuée en recherchant des données médicales dans une population de trois districts belges.9 Les auteurs retrouvent ainsi une prévalence des adénomes hypophysaires s’élevant à 1 cas pour 1041 habitants, soit 4 à 5 fois plus que les résultats de Davis.
En Suisse, aucune information sur l’épidémiologie des adénomes hypophysaires n’est disponible. Nous avons ainsi recherché, dans la population d’une agglomération, ce type de données afin d’en évaluer les résultats et de les comparer à la littérature.
Cette analyse a été effectuée le 31.05.2007, après une période de collection de données allant du 01.04.2006 au 31.05.2007. La population étudiée était domiciliée dans l’agglomération de Fribourg, en Suisse, et comprenait la ville de Fribourg et les villages de Givisiez, Marly et Villars-sur-Glâne, pour un total de 54607 habitants.
Nous avons ainsi contacté les médecins de premier recours, en particulier les médecins généralistes, internistes, endocrinologues et gynécologues travaillant dans les villes mentionnées avec un questionnaire par patient, concernant toutes personnes de l’agglomération suivies par leurs soins et présentant un micro- ou un macro-adénome hypophysaire. Les autres éléments demandés concernaient les données démographiques comme le sexe, l’âge, les initiales du nom et du prénom et l’existence d’une procédure neurochirurgicale ou d’un traitement médical. Une vérification des données, pour exclure une double signalisation de patients par deux ou plusieurs médecins, a été effectuée par les auteurs et, en cas de doute, un entretien téléphonique a été pratiqué.
Au total, 75 médecins de l’agglomération ont été consultés par questionnaire et 63 ont répondu (taux de participation de 84%). 22 différents médecins suivaient l’ensemble du total des patients détectés.
L’ensemble de l’analyse a porté sur 45 patients atteints de masse hypophysaire. 44 patients présentaient des adénomes cliniquement significatifs. Un patient qui présentait un kyste de la poche de Rathke a été exclu de l’analyse (figure 1).
Douze des 44 adénomes hypophysaires (27%) ont été retrouvés chez des hommes et 32 (73%) chez des femmes. La répartition étiologique montre seize microprolactinomes, tous en thérapie pharmacologique, et neuf macroprolactinomes (figure 2). Pour ces derniers, quatre ont eu un suivi médicamenteux et cinq une procédure neurochirurgicale. Les treize adénomes non sécrétants documentés ont subi, dans dix cas, une sanction chirurgicale et, pour trois cas, un suivi non invasif. Quatre adénomes somatotropes ont été recensés : trois ont été opérés et un a été traité de manière pharmacologique. Finalement, les deux cas présentant un adénome hypophysaire à ACTH à l’origine d’une maladie de Cushing ont été opérés. Sur les 44 patients recensés, 24 ont été traités de façon médicamenteuse et 20 ont été soumis à une procédure neurochirurgicale (figure 3).
Dans notre étude, la prévalence des adénomes hypophysaires de relevance clinique est de 805 cas/million (1 pour 1241 habitants). Il s’agit de données épidémiologiques intéressantes qui se rapprochent particulièrement des résultats obtenus par Daly, qui retrouvait dans trois districts belges une prévalence d’un cas pour 1041 habitants.9
Nos résultats et ceux de Daly infirment aussi les données de Davis6 qui retrouvait, dans une population d’une région d’Angleterre, une prévalence environ trois à quatre fois plus faible. Cette discrépance est probablement liée à une erreur dans la sélection des sources de données. Afin d’éviter ce biais de sélection, nous nous sommes adressés directement aux médecins généralistes, internistes, gynécologues et endocrinologues de l’agglomération concernée. Nous ne nous sommes pas contentés de récolter des donnés uniquement auprès des services universitaires de neurochirurgie afin d’éviter expressément une sélection de patients vus dans une optique neurochirurgicale et laissant de côté le collectif de patients en suivi clinique et ou médicamenteux.
Ce dernier point est en effet de grande importance pour ce type d’étude. Dans notre collectif mais aussi dans celui décrit par Daly, nous retrouvons de nombreux microprolactinomes cliniquement significatifs diagnostiqués et suivis principalement par des gynécologues. Notre analyse met en évidence seize patients avec des microprolactinomes, soit 32% du collectif recensé, et qui ont bénéficié d’un traitement médicamenteux unique. Ces patients n’apparaîtraient ainsi pas dans un registre neurochirurgical et auraient donc échappé à une recherche sur des données de source interventionnelle.
D’autres sources d’information ont été utilisées pour permettre la détermination de la fréquence des adénomes hypophysaires. Des séries d’autopsies ont fait l’objet de recherches et leurs résultats ont amené des informations parfois d’interprétation difficile. Selon Molitch, 5 à 10% des autopsies effectuées révélaient des tumeurs hypophysaires.1 Cependant, seul un très petit pourcentage était corrélé avec un contexte clinique pertinent avec cette trouvaille. De façon comparable, la découverte fortuite de masses hypophysaires (incidentalomes hypophysaires) lors d’examens d’imagerie cérébrale (IRM ou CT-scan) pratiqués pour d’autres raisons ne peut pas assurer une estimation valable de la prévalence des adénomes pituitaires de relevance clinique au vu du caractère fortuit de ces examens. Selon Chong, entre 20 et 50% des patients examinés par IRM seraient porteurs d’un adénome hypophysaire d’au moins 3-4 mm.10 Dans une autre étude sur un collectif de volontaires sains, Hall met en évidence 10% de patients avec une masse de plus de 3 mm sans relation clinique préexistante.11
Plusieurs limitations de notre étude sont cependant à relever. La première limitation est celle de la pertinence et de l’exactitude des informations fournies par les médecins de premier recours. Pour que l’analyse soit pertinente, les données doivent être fournies de la façon la plus scrupuleuse et précise possible. Une vérification globale de ces données a aussi été assurée. Une autre limitation de cette analyse est l’impossibilité à joindre des médecins (généralistes, voire spécialistes d’autres régions) exerçant leur profession à l’extérieur de l’agglomération, qui suivent des patients résidant dans l’agglomération étudiée et pouvant entrer dans cette analyse. Le risque, dans ces cas, est celui d’une sous-estimation du collectif recensé.
Cette première étude suisse, concernant la prévalence des adénomes hypophysaires cliniquement significatifs, confirme une fréquence plus importante de ce qui a été retenu jusqu’à présent, et ceci dans une mesure de 3 à 4 fois. Ainsi, après les données épidémiologiques de trois districts belges et les résultats similaires obtenus en Suisse, des conclusions de résultats d’études multicentriques de grande envergure seront les bienvenues pour permettre d’éclaircir définitivement l’épidémiologie de cette pathologie.
> La prévalence des adénomes cliniquement significatifs est plus importante que ce qui est habituellement retenu
> Une attention particulière doit être apportée sur la symptomatologie afin de permettre un diagnostic précis plus rapidement sans arriver tardivement avec des conséquences sur le plan fonctionnel, voire par effet de masse
> Une prise en charge multidisciplinaire est parfois indispensable pour assurer correctement le suivi de ces patients