Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07206.jsonl.gz/817

Avec une mère juive polonaise et un père sénégalais et gambien d’origine musulmane mais animiste, Rachel Khan née en 1976 à Tours en France est fière de toutes ses origines. Elle refuse de devoir choisir son camp ou de se laisser enfermer dans des concepts identitaires.
Elle a publié en mars aux éditions de l'Observatoire "Racée", un essai dont le titre est déjà sujet à polémique. "J'avais besoin de ce petit trait d'humour et je propose une nouvelle définition au mot `racé` estimant que lorsqu'on a plein de races en soi comme moi, on est `racé`", explique-t-elle à la RTS.
Tant il est vrai que le terme "racisé" que l'on entend partout lui est devenu insupportable. "Il enferme au lieu de libérer", estime l'actrice et écrivaine qui a eu une carrière d'athlète de haut niveau durant sa jeunesse avant de faire des études de droit.
Ces mots qui séparent au lieu de réunir
Et "racisé" n'est pas la seule notion qui l'exaspère. Dans son essai, Rachel Khan cherche à démontrer que dans un contexte de repli identitaire, l'usage actuel de certains termes amplifie le problème au lieu de le résoudre. "Les mots doivent normalement servir nos échanges. J'ai remarqué que depuis quelques années, certains mots nous séparent alors qu'ils devraient nous recoudre", analyse Rachel Khan, grande admiratrice de l'écrivain Romain Gary.
Toute une série de mots nous font – c'est mon intuition – aller vers un drame, vers une séparation. Et au lieu de nous soulager, ces mots ravivent nos blessures et nos souffrances.
Elle commence son livre en condamnant ces mots et expressions qui séparent comme "souchien", "afro-descendant", "intersectionnalité", "minorité". Des notions "politiquement correctes" et présentées comme des outils pour combattre le racisme mais qui, selon l'écrivaine française, alimentent les ressentiments et la victimisation.
Suivent dans un second chapitre les "mots qui ne vont nulle part tels que "vivre-ensemble", "diversité", "mixité et non-mixité" et qui, selon elle, appauvrissent le langage.
Difficile d'être dans la nuance ou la complexité
"J'ai entamé cet essai il y a deux ans. Dans mes batailles contre les discriminations, je ne me reconnaissais plus dans ces replis identitaires, dans cette colère, dans cette haine de l'autre. Moi ma bataille est universaliste", explique Rachel Khan qui se méfie de ces concepts qui sonnent comme des injonctions et interdisent la nuance ou la complexité.
Les minorités déchirent notre société en mille morceaux.
Rachel Khan dénonce cette nécessité de s'indigner de tout, d'être dans un camp et de pointer du doigt l'autre. Dans une société qui met en avant les "buzz" et les images fortes, "c'est théâtralisé, mais aussi complètement hystérisé".
Un discours qui a créé une polémique en France et sur les réseaux sociaux. Elle qui se fait traiter de "traîtresse à la cause", "négresse de maison" ou "Bounty" défend pourtant avec ardeur son antiracisme universaliste. "Les discriminations se combattent toujours dans l'ouverture et vers la lumière et non pas en pointant les anciens bourreaux comme c'est le cas aujourd'hui".
La beauté du silence
Pour ne pas rester uniquement dans la dénonciation, Rachel Khan termine son essai par des mots qui réparent. Parmi eux, on trouve le "silence". "Aujourd'hui, on vit dans le vacarme, dans un monde où il faut beaucoup parler. Il y a une libération de la parole, ce qui est une bonne chose dans certains cas, mais lorsque l'on est dans une succession de monologues, on ne s'écoute plus. Il faut pourtant beaucoup de silence pour échanger car on ne peut pas tous parler en même temps", conclut Rachel Khan.
Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert
Texte et adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente
, Rachel Khan, Editions de l'Observatoire