Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06880.jsonl.gz/1280

par Regula Bühlmann
Les femmes ont de nombreuses raisons de faire la grève. L’une d’entre elles est que plus de 20 ans après l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité, à travail équivalent, les femmes gagnent toujours, sans « raison apparente », 8,4 % de moins que les hommes : cet écart salarial ne s’explique pas, il est donc fondé uniquement sur la discrimination. Cela contrevient non seulement à la loi sur l’égalité, mais aussi à la Constitution fédérale, qui dit clairement: « L’homme et la femme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale ».
Mais les partis de droite et les organisations patronales se défendent bec et ongles contre les mesures contraignantes en faveur de l’égalité salariale. Ils se soustraient à leur responsabilité et justifient la discrimination salariale persistante en prétendant que les femmes tendent à travailler à temps partiel et à avoir moins d’expérience professionnelle que les hommes. De plus, si elles sont mères, elles seraient moins prêtes à se « donner » dans leur travail. Mais ces explications sont fausses (cf. Newsletter 1).
Dès leur plus jeune âge, les filles reçoivent moins d’argent de poche que les garçons. L’argent de poche n’a rien à voir avec les prestations, mais les filles en reçoivent 12 % de moins. Peut-être parce qu’elles sont plus réservées, moins exigeantes, ou tout simplement parce qu’elles sont des filles.
Les jeunes femmes aussi sont moins rémunérées lors de l’entrée dans la vie active. En moyenne, leur salaire est de 8 % inférieur à celui du premier emploi de leurs homologues masculins. La plus grande partie de cette différence ne peut pas être expliquée par des facteurs objectifs. Lors de l’entrée sur le marché du travail, les femmes et les hommes ont la même expérience professionnelle. L’expérience ne peut donc pas être invoquée pour expliquer cet écart salarial.
Les attentes stéréotypées à l’égard des femmes et des hommes et de leur travail en sont plus probablement la cause. De nombreuses études ont en effet montré que le genre de la personne devant nous influence la manière dont nous la jugeons : les sujets femmes admettent toucher un salaire plus bas que les hommes dans des situations fictives identiques. Il ne s’agit pas d’une pénalité de maternité due au travail à temps partiel et aux obstacles à la carrière, mais bien d’une pénalité féminine pour exactement la même prestation. Il en va de même de la pénalité de 7 % lors de l’entrée des femmes sur le marché du travail, et de l’écart salarial inexpliqué de 8,4 % pour l’ensemble de l’économie révélé par l’enquête sur la structure des salaires.
Nous voulons donc que la loi sur l’égalité révisée soit rapidement appliquée et que les entreprises suisses doivent analyser leurs salaires sous l’angle des discriminations. Mais cela ne suffit pas. La Confédération doit effectuer des contrôles dans les entreprises et pouvoir sanctionner les employeuses et employeurs qui discriminent les femmes au niveau salarial. C’est la raison pour laquelle nous ferons grève le 14 juin.