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"Les lecteurs rompus au commerce des hommes reconnaîtront la justesse de mes propos ; tous les autres les trouveront excessifs, jusqu'au jour où l'expérience, s'ils ont jamais l'occasion de faire réellement l'expérience de la société humaine, leur ouvrira les yeux à leur tour. J'affirme que le monde n'est que l'association des coquins contre les gens de bien, des plus vils contre les plus nobles."Publiées de façon posthume en 1845, ces Pensées sur le caractère des hommes et leur conduite dans la société présentent, sous forme d'aphorismes, d'anecdotes significatives ou de sentences lapidaires, l'essentiel des conclusions léopardiennes sur la morale.
"Sachons goûter le bonheur de partir, même quand nous sommes sûrs de ne jamais arriver", écrit Roorda en 1921. Quatre ans plus tard, il se suicide. Avant cela, il s'en explique dans une confession émouvante et sincère... Sous ce titre qu'il voulait ironiquement "alléchant", l'auteur énonce tout ce qu'il n'a pas su faire pour vivre vieux, ou ce par quoi il n'était pas tenté. En premier lieu, une hygiène de vie. Et puis, pour réparer des fautes commises, il eût à se soumettre à des besognes fastidieuses et subir des privations qu'il ne souhaitait pas assumer. C'est contre les aléas du vieillissement et, surtout, contre "un monde où l'on doit consacrer sa jeunesse à la préparation de la vieillesse" que Roorda prend position, pour lui-même.
Pédagogue libertaire, Henri Roorda (1870-1925) est aussi un humoriste original. Professeur de mathématiques à Lausanne, il publie, outre des manuels d'arithmétique, des chroniques humoristiques dans différents journaux (réunies sous le titre Les Saisons indisciplinées, Allia, 2013). Auteur du fameux Pédagogue n'aime pas les enfants (1917), il s'élèvera toute sa vie contre une école autoritaire qui décourage le désir de connaissance.
"Race prolifique", les imbéciles, en raison même de leur nombre, assurent la survie de l'espèce. Ils sont aussi source d'un divertissement salutaire et autorisent la plus grande paresse. Car si tous les hommes étaient intelligents, que d'efforts il faudrait alors déployer. Qui plus est, sans imbécile, pas de génie non plus. Leur domination, vu la masse qu'ils représentent, assure une classe de oisifs. En effet, l'imbécile accepte volontiers des tâches, voire même des responsabilités, dont l'homme intelligent ne voudrait pour rien au monde. Raison pour laquelle les puissants en sont souvent dotés, d'imbécillité s'entend. D'autant que, comme ses idées, si tant est qu'il en ait, sont courantes, ses semblables ne peuvent que les approuver. Car l'imbécile ne se superpose pas tout à fait à l'ignorant qui, lui, ne pense pas du tout. L'imbécile a ceci de dangereux qu'il se mêle de tout et volontiers d'art et de littérature, quand ce n'est pas de politique. C'est que les imbéciles sont partout. Pis, ils prolifèrent. Mais, comme vous l'apprendrez dans ce petit ouvrage, ce peut aussi être un avantage.
Les trois nouvelles qui composent, sous une forme inédite, cet ouvrage - Le Domaine d'Arnheim, Le Cottage Landor et La Philosophie de l'ameublement - présentent une unité d'inspiration qui n'avait pas échappé à Baudelaire puisque, en 1863, celui-ci envisageait de les rassembler sous le titre Habitations imaginaires. Ce livre imaginaire existe enfin. Trois utopies forment ce triptyque. D'un texte à l'autre, le lecteur est introduit dans des domaines cachés, aux jardins luxuriants et ponctués de prouesses architecturales ou bien à l'intérieur d'une chambre anglaise. La Nature semble imparfaite à Poe, il lui manque cette harmonie dans la composition qui fait l'attrait des toiles de Poussin ou de Claude Lorrain. La description minutieuse de la Nature est de type ambulatoire, où la ligne droite est exclue. La lecture devient une promenade, une dérive, la composition du texte se fait musicale. Si la beauté semble ne pouvoir être atteinte que de façon provisoire, des moments de plénitude esthétique existent dans chaque texte. Le lecteur a l'impression de voler des instants de beauté à des mondes merveilleux, féeriques, auxquels il n'a d'ordinaire pas accès. Question centrale : celle de la fabrication du bonheur, indissociable d'une quête de beauté ; ces nouvelles comptent, de ce fait, au nombre des rares textes "apaisés" d'Edgar Poe.