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Les premiers combats du dixième art
Il était une fois un jeu vidéo dont la complexité était telle qu’il n’a jamais été programmé. Les Premiers Combats du Dixième Art est un jeu de plates-formes et d’aventure. Ali Baba et la Fée Carabine gravissent des montagnes. à chaque étape, ils assistent à des guerres sanglantes. Ali Baba recueille les armes laissées sur les champs de bataille, des consoles et des PC, des manettes et des bazookas. Il les emporte au fond de sa caverne, tandis que la Fée Carabine enregistre les scores.
Qui, de l’ordinateur, arme universelle ou de la console, arme spécialisée, va gagner cette première bataille ?
Dès 1958, le physicien Higinbotham intrigue ses visiteurs avec un jeu imitant le tennis. Il affiche sur l’écran d’un oscilloscope deux traits, un petit, vertical, simulant le filet, un long, horizontal, la surface du court. Un petit carré imitant une balle se balade de part et d’autre du pseudo filet grâce à deux molettes actionnées par les joueurs. Derrière le gadget, un calculateur hors de prix, destiné à la
recherche nucléaire dans le Laboratoire de Brookhaven, calcule la trajectoire de la pseudo balle.
Quatre ans plus tard, des ingénieurs s’amusent à programmer Spacewar ! sur un PDP 1. Cet ordinateur ne coûte plus que 120’000 dollars, mais il a été offert au MIT où ils travaillent, par Digital Equipment. Des vaisseaux spatiaux s’affrontent sur fond de ciel étoilé pour le plus grand plaisir de deux joueurs qui s’acharnent sur quatre boutons !
À la même époque, les jeux d’arcade font déjà fureur avec leurs bornes électroniques, installées dans les bars et les cinémas, à l’usage du grand public. Pac-Man, un petit bonhomme glouton à bouille jaune et bouche triangulaire toujours ouverte, galvanise des milliers de personnes et avale… des millions de pièces de monnaie, enrichissant au passage les propriétaires de ces machines à sous.
Le duel PC/ console
Puis, à l’instar des ordinateurs qui vont progressivement devenir plus petits, moins coûteux et étendre leur clientèle auprès des particuliers, les consoles pour jeux vidéo envahissent le salon de Monsieur Tout le Monde. La rivalité, née au début des années 80, entre ordinateur et console existe toujours aujourd’hui. Le premier est encore dix fois plus cher que la seconde, mais offre des capacités de calcul inégalées notamment pour certains jeux très sophistiqués. La seconde, dotée de qualités graphiques aussi impressionnantes, est plus simple d’utilisation et livrée avec les accessoires indispensables aux jeux, manettes et boutons, et autres joysticks. À un coût bien moindre !
Sur les ordinateurs individuels sont développés, dès 1980, les premiers jeux d’aventure graphique. Programmé pour fonctionner sur l’Apple 2, Mystery House se déroule dans un manoir à l’allure victorienne où rode un meurtrier. Le concurrent d’Apple, le Commodore 64, va héberger plus de 2’000 jeux. Car les casse-têtes que les joueurs doivent résoudre nécessitent une puissance de calcul qui n’est pas encore disponible sur les consoles de l’époque. C’est sur l’Amiga que les ados découvrent, en 1989, les splendides images de Shadow of the Beast.
Mais revenons en arrière, car les jeux sur console connectés sur la télé ont déferlé bien plus tôt. La société américaine Atari a d’abord proposé Pong sur une borne jaune, en s’inspirant du Tennis for Two de Higinbotham, puis fabriqué une console dotée de cartouches et vendue avec des joysticks, un simple bâton vertical accompagné d’un légendaire bouton rouge. La VCS/2600 est vendue à 30 millions d’exemplaires, un succès planétaire ! Livrée dès sa sortie en 1978, avec Combat et huit autres jeux, cette console va créer la sensation avec Adventure qui se déroule dans un environnement médiéval et fantastique.
La rivalité, née au début des années 80, entre ordinateur et console existe toujours aujourd’hui.
Hélas, la déferlante des consoles connaît un coup d’arrêt brutal et inattendu dû à la surabondance des jeux entraînant, dans son sillage, une baisse de leur qualité. Le « krach » de 1983 affecte principalement Atari qui, surfant sur ses succès, commet plusieurs erreurs. Elle adapte Pac-Man sur sa console dans une version peu
satisfaisante. Puis E.T l’Extraterrestre, non sans avoir versé des droits exorbitants aux producteurs du film éponyme. Hélas !
Le succès n’est pas au rendez-vous. La légende veut que le fabricant ait enterré plus de sept cent mille cartouches invendues dans le désert d’Alamogordo au Nouveau Mexique.
Les guerriers japonais
Désormais, la rivalité va se porter plus loin, et se muer en guerre américano-
japonaise avec un lutteur de taille, Nintendo. De simple fabricant de cartes à jouer, l’entreprise se propulse sur le marché du jeu vidéo, dès 1980. Six ans plus tard, elle lance sur le marché japonais, la Famicom, connue en Europe et aux USA sous le vocable NES. Son principal atout ?
Elle est deux fois moins chère que ses concurrentes. Mais pas seulement ! Le héros de ses jeux, Mario est un petit plombier bedonnant et irrésistible. Coiffé d’une casquette rouge et revêtu d’une salopette à bretelles marron, il part à la conquête du monde. Le Fée Carabine recense un score exceptionnel des Mario et de ses suites, Super Mario. Quarante millions d’exemplaires vendus dans le monde ! L’histoire des consoles se poursuit sans Atari qui a baissé les bras.
Nintendo est déjà sur un autre front avec deux nouveaux rivaux japonais, Sega et Sony. La rivalité tourne autour des performances, à coup de microprocesseurs de plus en plus puissants au cœur des consoles rivales. Plus ludique est la confrontation d’un autre type entre les ingénieuses mascottes qui se battent à coup d’autres performances ! Mario fait des bonds gigantesques. L’emblème de Sega, Sonic, un petit hérisson malin aux cheveux bleus, court… à la vitesse du son ! Hélas Nintendo a le dernier mot. Ali Baba ramasse la Master System, la Mega Drive puis la Saturn de Sega. Car le samouraï git à terre, vaincu par son concurrent.
La Fée Carabine compte déjà les points sur une autre plateforme où Sony a pris le relais. Le nom de son arme, la Playstation ! Toute puissante, elle possède une mémoire sur disque de sa fabrication, le CD ROM, et un son de qualité CD, de quoi combler les oreilles des ados de cette fin de millénaire. Elle surpasse et dépasse la NES 64 de Nintendo, dernière en date des NES, qui s’obstine à proposer ses jeux sur cartouche. On est en 1995. Cinq ans plus tard, Microsoft, un géant venu du monde informatique, débarque avec une drôle de boîte, qu’il nomme la Xbox… Désormais on peut jouer aux mêmes jeux sur console et sur PC. On peut aussi télécharger son passe-temps favori directement sur Internet.
L’ultime combat
Ali Baba et la Fée Carabine sont débordés par les propriétés graphiques de plus en plus époustouflantes, les lunettes 3D qui les plongent dans un monde virtuel, les caméras qui détectent les mouvements, la cascade des genres, stratégie, vitesse, sports, aventure. Ils décident d’abandonner le terrain à Internet où se déroulent aujourd’hui des bagarres à grande échelle. Elles rassemblent des milliers d’utilisateurs autour de joutes qualifiées d’un terme imprononçable, MMORPG (Massively Multiplayer Online Role Playing Game). Il faudrait imaginer un nouveau jeu pour enregistrer les nouveaux scores.
Mario est un petit plombier bedonnant et irrésistible.
Coiffé d’une casquette rouge et revêtu d’une salopette à bretelles marron, il part à la conquête du monde.
Que faire désormais, pour nos deux avatars, sinon tester leurs capacités mentales avec Les Exercices d’entraînement cérébral du Professeur Kawashima ? On y entraine ses neurones sur la DS, une petite bête portable à deux écrans qui a inondé le marché en 2004.
Aujourd’hui, la mode est au rétro, Nintendo propose depuis octobre 2016 la Classic Mini, une réplique de sa première console de 1986 qui plaît aux nostalgiques. Sacrifiant aux impératifs des nouvelles technologies, elle est livrée avec deux câbles, HDMI et USB. Console, télé, informatique, Internet y vivent en paix… en attendant d’autres combats. Dans sa caverne Ali Baba est comblé. Ses trésors ont à nouveau le vent en poupe.
Le Musée Bolo
La caverne d’Ali Baba, vous l’aurez deviné, c’est l’avatar du Musée Bolo, un musée d’informatique hébergé par l’EPFL, à Lausanne. Les collections du musée renferment des milliers de machines, de périphériques, de logiciels et d’accessoires. Et aussi des consoles et des milliers de jeux vidéo dont la collection personnelle de Bruno Bonnell, l’ex PDG d’Infogrames, un éditeur français de jeux célèbre. Le Musée Bolo est animé par une équipe de spécialistes qui restaure, rénove et entretient les machines. Fidèle à ses objectifs, raconter l’histoire du numérique par le biais de ses collections, le Musée Bolo deviendra le Musée du numérique, un espace d’exposition construit dans la banlieue de Lausanne. Un premier jalon de ses futures activités a été posé avec l’exposition Disparition programmée qui raconte de façon ludique la disparition de l’ordinateur.