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Le monument
Un château fort
Pour simplifier, on pourrait distinguer 3 grandes périodes de la vie du bâtiment qui correspondent à 3 périodes de son histoire:
Une défense
L'aspect massif si caractéristique du château ne manque pas d'impressionner. Il est composé d'un corps principal de plan carré surmonté d'un étage avec un chemin de ronde à machicoulis, flanqué de tourelles aux quatre angles. L'emploi de la brique dans les parties supérieures, laisse penser à une origine lombarde des maîtres d'oeuvre.
Cependant, la conception même de l'édifice, comme ouvrage de défense, peut se rattacher au courant du renouveau des bâtiments du domaine royal français (Louvres, Vincenne, Bastille) qui se manifeste surtout de 1360 à 1380 et se caractérise par le retour à des formules romanes: châteaux sans donjon, constitué d'un corps de logis de plan carré, ouvert de fenêtres et cantonné de tours rondes (corps de logis de Vufflens, 1415-1430)
Il est à noter qu'il s'agit d'une architecture rare dans notre pays, à propos de laquelle on ne peut guère citer, au XVe siècle, que le château de Châtelard sur Montreux (1440) et celui des Vidomnes de Sierre (Valais), qui sont l'un et l'autre des variantes, très simplifiées, du château lausannois.
Une résidence
Ce type d'architecture, moins préoccupé de défense, laissait plus de place à la fonction de demeure cette seconde fonction du château fort.
Les évêques comme Benoît de Montferrand et Aymon de Montfalcon s'employèrent à agrémenter leur espace de vie: décorations, fresques, cheminée, etc.
Aymon de Montfalcon appréciait artistes et poètes qui occupaient ses loisirs, faisant de la forteresse épiscopale un lieu princier.
Le lieu du pouvoir
La troisième fonction du château était une fonction de représentation et symbolique du pouvoir. Le château Saint-Maire, à peine achevé accueille déjà des hôtes de marque. En 1415, l'empereur Sigismond qui travaillait au concile de Constance à l'unité de l'Eglise et en 1417, le pape Martin V qui se rendait de Constance en Italie.
La construction
Depuis le IXe siècle les évêques logent dans le Palais épiscopal (actuel Musée historique), tout proche de la cathédrale. A la fin du XIVe siècle, sous l'épiscopat de Guy de Prangins, il semblerait que l'Evêché, ne serve plus de résidence aux évêques. A cette époque la pointe nord de la Cité est occupée respectivement d'ouest en est, par la maison de l'évêque, le bâtiment du Chapitre de la Cathédrale et l'église Saint-Maire. En effet, l'Evêché devenu trop exigüe, ne répond plus aux exigences des évêques soucieux également de plus de protection.
Le 5 mai 1396, Guillaume de Menthonay, arguant du fait qu'il n'existait pas d'autre fortification à la Cité que l'enceinte elle-même, obtint du pape, l'incorporation du couvent de Saint-Maire à la mense épiscopale et se vit libre ainsi de construire sur l'emplacement de celui-ci un château-fort appuyé au rempart extrême de la Cité-Dessus. En 1406, à la mort de Guillaume de Menthonay, son successeur, Guillaume de Challant reprend la construction. De 1426 à 1431, le château reste en chantier jusqu’à la mort de l’évêque Guillaume de Challant.
Quatre évêques contribuèrent essentiellement à donner à ce monument ses caractéristiques d'origine:
- Guillaume de Manthonay (1394-1406) qui initia la construction
- Guillaume de Challant (1406-1431) qui l'acheva
- Benoît de Montferrand (1476-1491) à qui l'on doit probablement les peintures murales de la salle de conférences
- Aymon de Montfalcon (1491-1517) qui aménagea l'annexe de brique et le décor intérieur
Les aménagements
Jusqu'en 1536
De 1476 à 1491, sous Benoît de Montferrand, est entreprise une oeuvre de décoration intérieure. Cet évêque applique son écu sur des peintures murales attribuées à Pierre Spicre, ainsi qu'a un vitrail aujourd'hui conservé.
De 1491 à 1517, l'évêque Aymon de Montfalcon procède à d'importants travaux sur le bâtiments et aussi à des aménagements internes. L'intérieur du château reçoit un nouvel ensemble de peintures et la chambre de l'évêque est entièrement rénovée: la devise et les armes de ce prélat s'y voient encore. A cette époque des prisons sont aménagées dans les parties basses.
La conquête bernoise
En 1536, les Bernois ne veulent pas abandonner le château aux Lausannois et y établissent leur bailli. L'édifice continue de ce fait à être entretenu et modernisé: des travaux importants sont effectués tout le temps de leur présence.
En 1572-1575, le dispositif défensif de la cité est complété par la construction, aux abords du château, de la porte Saint-Maire.
Aux XVIIe et XVIIIe siècle, les locaux de l'étage d'entrée sont utilisés comme salles de réception. Les baillis logent à l'étage supérieur. Les combles sont affectées à l'arsenal et aux archives.
En 1788 et 1789 est édifiée, par Gabriel Delagrange l’oeuvre la plus visible de l'époque bernoise: un vestibule appuyé à l'annexe de Montfalcon et son grand escalier.
La période cantonale
En 1798, le nouveau gouvernement convertit l'ancien château des baillis en Maison nationale.
Dès 1803, le château devient Maison cantonale, centre de l'administration et siège de l'exécutif, ce qu'il est demeuré en partie jusqu'à aujourd'hui. Il fallut pour cela faire procéder à quelques modifications.
En 1814 et 1815, les aménagements sont confiés à Alexandre, auteur du Grand Conseil, puis à Henri Perregaux son fils. La réalisation la plus importante est la construction de la conciergerie, proche de l'ancienne porte Saint-Maire, détruite depuis.
Les restaurations
Le château Saint-Maire, d'abord forteresse, subit au cours de son histoire des transformations qui privilégient de nouvelles fonctions. Les campagnes de restaurations de 1897 à 1900 ainsi que celles de 1911 à 1922, notamment, lui ont donné son aspect intérieur actuel néomédiéval.
Au XIXe siècle
De 1841 à 1844, la cour est réaménagée: on supprime les bûchers, situés dans une courette au pied du mur sud, et on les place dans les caves. La cour comporte une partie haute (l'actuelle esplanade) avec balustrade et escalier et une partie basse désormais surbaissée mettant à jour le pied du donjon.
De 1844 à 1846, on procède à la restauration de la "Chambre de l'évêque" destinée à devenir la salle d'audience du Conseil d'État, sans doute sous la direction de Louis Wenger, restauration complétée par l'adjonction d'un mobilier.
De 1890 à 1895, les abords du château sont modifiés. Tout le dispositif d'accès, les jardins et les annexes sont supprimés de même que la porte Saint-Maire et la conciergerie. La place est abaissée de plusieurs mètres pour faciliter la circulation.
En 1898, a lieu une restauration générale, qui consiste en une réfection des façades, avec agrandissement ou création d'un certain nombre de baies. Les côtés sud et est, surtout, subirent de lourdes modifications réalisées par l'architecte Eugène Jost.
La porte de la rue de la Barre, de bois doublé de fer, est réalisée en 1899
C'est à ce moment-là que le monument dédié au Major Davel, par Maurice Reymond (1898), est édifié contre la façade sud.
Jusqu'en 1900, la charpente est réparée pour supprimer les poussées qui déséquilibrent l'étage de briques. La porte du côté de la rue de la Barre est renforcée. Tous les remaniements de cette époque sont clairement marqués comme interventions modernes par les sigles RL (réfection libre), RF ou RFS (réfection en fac-similé).
Au début du XXe
En 1908, le bûcher installé dans les caves cède la place à un local d'archives, mieux protégé du feu par une chape de béton. La façade du vestibule est réparée.
Entre 1911 et 1915, le couloir du rez-de-chaussée est restauré, révélant les peinture du XVIe siècle et l'emplacement des portes d'origine. LA chambre de l'évêque est rafraîchie et dotée d'un lustre à huit branches.
En 1915-1924, c'est le couloir du premier étage qui donne lieu à une restauration remarquable. Le décor est restitué dans son état présumé du XVIe siècle. De même la salle de lecture reçoit un décor XVIe siècle. L'étage supérieur, déjà occupé par des bureaux en 1828, est complètement transformé entre 1918 et 1922.
En 1931 et 1932, les façades du vestibule reçoivent un nouvel appareil de pierres. L'année suivante la cage d'escalier est rénovée.
Par la suite, le château ne fait plus l'objet de remaniements importants. Un projet de porche donnant accès au vestibule, daté de 1951, est abandonné. En 1952, une rénovation de la salle de conférence permet la mise à jour des peintures gothiques.
Enceinte, basse-cour et dépendances
Les vues et les plans anciens permettent de savoir, au moins en partie, comment se présentaient les abords du château, qui ont été complètement transformé à plusieurs reprises. Voici la description qu'en fait Marcel Grandjean, en 1965 dans son ouvrage "Les Monuments d'art et d'histoire du canton de Vaud":
Au-delà du fossé et du pont-levis s'étendait d'abord, devant le pavillon d'été, une toute petite cour fermée, au sud, d'un mur percé d'une porte, puis la grande cour, trapézoïdale, de 24 m sur 33 environ dans ses plus larges dimensions, bordée de murs et de bâtiments de dépendances et séparée de la rue Cité-Devant par deux enceintes successives entre lesquelles prenaient place des jardins en terrasse et, au XVIe siècle encore, l'église Saint-Maire.
Le mur extérieur, crénelé, fut restauré dans sa courtine orientale, face au grenier de Saint-Maire, en 1610 et 1698: il était muni d'une première porte.
L'enceinte intérieure en possédait une deuxième, surmontée d'une chambre, couverte d'un toit à quatre pans et qui fut modernisée au XVIIIe siècle: en 1733-1734, David Matthey-Doret sculpta les armoiries bernoises sur le fronton de l'entrée du château.
Une allée flanquée de hauts murs, agrémentée d'une tonnelle au XVIIe siècle, reliait, à la manière d'une barbacane, les deux portes des enceintes.
Un seul pan de courtine crénelée, formant angle, limitait le fossé entre la porte de Saint-Maire et le château; réparé en I579 et d'autres fois encore, il fut finalement remplacé en 1810 par le bâtiment de la conciergerie.
Au XVe siècle, l'enceinte intérieure continuait sans doute, en retour d'équerre, jusqu'à la muraille occidentale de la Cité.
En 1841 et 1844 a lieu un réaménagement de la cour du château. L'architecte lausannois Louis Wenger abaisse la place inférieure au niveau de la rue de façon à dégager le bas de la façade sud encombrée jusque là d'une courette qui servait de bûcher et empiétait sur la place.
Vers 1890, la place est encore abaissée de plusieurs mètres pour faciliter la circulation dans la Cité-Dessus et la porte Saint-maire est détruite. Cela permet l'agrandissement de l'Ecole de chimie construite entre 1889 et 1891 et de la Préfecture (1894-1895). La place a alors son aspect et niveau actuel. La volée d'escaliers de bois, construite en 1844, qui permet l'accès à l'esplanade ou partie haute de la place, sera remplacée par des escaliers de pierre en 1926.