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L’économie circulaire reflète l’interdépendance qui lie les éléments du système vivant.
De nombreux enseignements devront être tirés de la crise du coronavirus. Mais il en est un qui s’impose comme une évidence: cette crise est une illustration de la subtile interdépendance qui lie les éléments du système vivant dont l’être humain fait partie. Un virus, par définition imperceptible à l’œil nu, est capable de toucher indifféremment l’ensemble de la population mondiale, paralysant par la même occasion le système économique et la société dans sa globalité, avec une modification inattendue de nos rapports sociaux.
Ce constat pose la question de la complexité du monde et de la façon de l’appréhender. Il est décemment impossible de dissocier l’approche économique des considérations environnementales et sociales. Tout est lié. Cette interconnexion a pour conséquence de révéler la part de responsabilité de chaque individu dans l’émergence de la situation présente qui n’est rien d’autre que l’inéluctable conséquence de nos actions passées.
dans des cycles de production en cascade selon un processus sans fin.
Le rapport de Brundtland (1987), publié par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, initie ainsi une approche systémique en introduisant sur la scène mondiale le concept de «développement durable». Dans sa définition élargie, ce concept désigne tout modèle économique ayant pour objectif de soutenir une croissance qui puisse à la fois préserver les intérêts des individus (générations présentes et futures) tout en intégrant la contrainte environnementale. En cela, il s’oppose au concept de décroissance défendu par le rapport de Rome initié par le Club du même nom en 1972. Ce rapport souligne les dangers que fait planer sur l’environnement et la société, la logique de croissance économique dans un contexte de croissance démographique forte.
Le modèle d’affaire porté par l’économie circulaire transcende les deux approches précédentes en portant la réflexion au-delà du concept de croissance. Il y parvient en s’inspirant directement du modèle du Vivant où «croissance» se substitue à «régénérescence». L’approche écosystémique adoptée permet d’optimiser le potentiel de création de valeur générée par la matière, le travail et l’énergie en optimisant les cycles de réutilisation, de réparation, de rénovation et de recyclage des composants biologiques et techniques d’un produit. Le concept de «déchet» n’a désormais plus sa place puisque les matériaux biologiques réintègrent un nouveau circuit de production ou retrouvent tout simplement leur milieu naturel. Les matériaux non renouvelables sont, quant à eux, voués à être introduits dans des cycles de production en cascade selon un processus sans fin. Ainsi, l’économie circulaire repose sur une organisation interconnectant l’ensemble des acteurs de cet écosystème : une entreprise exploite, récupère ou réutilise les «déchets» (techniques ou biologiques) d’une autre entreprise. Le concept de consommateur est remplacé par le concept d’utilisateur. Les «usagers» sont désormais liés aux producteurs par un intérêt commun : celui de contribuer à la maximisation de la performance des produits. Cette nouvelle configuration sonne le glas de l’obsolescence programmée.
tel est le nouveau mantra du biomimétisme.
L’innovation que promeut l’économie circulaire est à la fois technologique et conceptuelle. La technologie devient un outil de reproduction des mécanismes du Vivant, qui s’intègre dans une chaine de valeurs et de production dont l’ambition est d’être autonome et de dépasser ainsi la contrainte de la finitude des ressources naturelles. «S’inspirer de la nature et lui renvoyer l’ascenseur», tel est le nouveau mantra du biomimétisme, dont les partisans de l’économie circulaire se sont largement inspirés.
A l’innovation technologique et conceptuelle s’ajoute ainsi une révolution des consciences suggérant à l’être humain de considérer dans ses choix l’interdépendance inhérente au monde vivant et la responsabilité qui en découle. Ainsi trouvera-t-il un moyen d’échapper, par ce biais, à cette force indicible qui le conduit actuellement à créer de toutes pièces les conditions de sa propre extinction.
En raison de son incommensurable influence, la finance ne peut plus désormais échapper à ses responsabilités. Elle se doit d’exercer un impact positif qui soit à la hauteur des innombrables enjeux environnementaux, économiques et sociaux qui se dressent à l’horizon et qui sont autant de menaces, entre autres, pour l’espèce humaine. La contrainte qui s’impose alors à la finance est celle de sa congruence. Elle y converge en se mettant au service d’une économie réelle en lien direct avec la réalité du monde vivant. Elle permettra ainsi de capter la prime de rendement provenant de la responsabilité sociétale.
Dans un tel contexte, la finance durable ne sera conséquente que si elle refuse de se contenter d’une forme de «vernis» de l’ISR et des critères ESG pour ouvrir son espace à l’«impact investing». La finance en soutien à l’économie circulaire en est une solution.