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Quels sont les 3 types de chômage ? Quelles sont les statistiques du chômage en Suisse ?
Le chômage
Le marché du travail peut être étudié à l’aide des outils microéconomiques. Nous pouvons ainsi le considérer comme un marché où offreurs et demandeurs de travail se rencontrent. Nous présentons quelques notions importantes qui peuvent aider à la compréhension.
Les chômeurs, par définition, sont des individus faisant partie de la population active mais n’ayant pas d’emploi. Dans la population totale d’un pays, nous trouvons la population active et la population non active (rentiers, étudiants, femmes aux foyers, …). La population active, quant à elle, se compose de la population active occupée et la population active non occupée (les chômeurs). La population active occupée comprend toutes les personnes âgées de 15 ans ou plus et travaillant à leur compte, pour un membre de leur famille ou salariées.
Pour définir le chômage ou qui est au chômage, en Suisse il y a deux définitions utilisées. L’une se base sur la définition du Bureau international du travail (BIT), c’est celle adoptée par l’OFS appelée l’ESPA (Enquête suisse sur la population active) et l’autre sur une définition officielle du SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie).
a. ESPA
Cette enquête effectuée par l’OFS utilise les normes du BIT. Pour ce dernier, est considérée chômeur toute personne âgée de 15 à 74 ans qui vérifie les trois conditions suivantes :
- qui n’était pas active occupée au cours de la semaine de référence,
- qui a cherché activement un emploi au cours des quatre semaines précédentes,
- et qui était disponible pour travailler.
b. SECO
Est considérée comme chômeur toute personne :
- inscrite à un office de travail cantonal (office régional de placement, ORP),
- cette personne n’a pas d’emploi et est en mesure de reprendre un travail dans les 30 jours.
Le SECO utilise comme population active celle qui résulte du recensement fédéral de la population.
Différentes catégories de chômage
On distingue trois types de chômage : frictionnel, conjoncturel et structurel.
a) Chômage frictionnel
Le chômage frictionnel résulte d’imperfections du marché du travail. Observable même en situation de plein-emploi, il correspond à un chômage d’adaptation lié aux délais d’ajustement de la main d’œuvre entre deux emplois.
b) Chômage conjoncturel
Le chômage conjoncturel est un chômage économique dû à une insuffisance de la demande globale. Une baisse de la demande globale (la consommation des ménages, les investissements, …) conduit les entreprises à avoir un stock de produits non désiré et à réduire leur production et leur investissement ; cela peut conduire à des licenciements et/ou des délocalisations.
c) Chômage structurel
Le chômage structurel est dû à des inadéquations entre les qualifications des individus et les emplois. Il y a une inadéquation entre l’offre et la demande. Les progrès technologiques jouent un rôle déterminant dans l’existence de ce type de chômage. Ces progrès impliquent des modifications dans les caractéristiques (connaissances, savoir-faire, …) des postes d’emploi. Donc, il résulte une variation de la demande de travail à travers les divers marchés. Cela peut conduire à des excès d’offre de travail sur certains marchés et à des pénuries sur d’autres.
Deux autres concepts sont souvent cités par les économistes : le chômage saisonnier et le chômage naturel.
On appelle chômage saisonnier le chômage dont la variation est liée aux saisons. Pendant l’été, par exemple, l’offre de travail augmente dans certains domaines (tourisme). Les économistes corrigent le taux de chômage des fluctuations du chômage saisonnier. Le chômage naturel est un chômage auquel va tendre l’économie à long terme.
d. Le taux de chômage et autres indicateurs
Le taux de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active (occupée plus chômeurs).
Taux de chômage = Chômeurs / Population active ∗ 100
Le taux d’activité de la main-d’œuvre est le rapport entre la population active et la population en âge de travailler (entre 15 et 64 ans) :
Taux d′activité de la main−d′oeuvre = Population active / Population en âge de travailler ∗ 100
Le taux d’emploi est le rapport entre la population active occupée et la population en âge de travailler :
Taux d′emploi = Population active occupée / Population en âge de travailler ∗ 100
Pour avoir une idée sur la différence entre les estimations de l’ESPA et du SECO, nous présentons lesdites estimations sur le graphique suivant. Vous pouvez remarquer la différence entre les deux premières courbes (chômeurs au sens du BIT) et chômeurs inscrits (au sens du SECO). Le nombre de chômeurs selon la vision du BIT dépasse largement celui du SECO. La différence peut atteindre des dizaines de milliers. Cela est dû aux différentes définitions adoptées par les deux institutions.
Le graphique suivant montre l’évolution du taux de chômage selon l’approche du BIT par sexe. Il est clair que le taux de chômage des femmes est plus élevé presque sur toute la période. Le taux de chômage selon le BIT est presque stable durant la période 2010 et 2017.
Remarque
Les économistes parlent du concept de stagflation (combinaison des termes : stagnation et inflation). Il s’agit d’une situation économique où se conjuguent un chômage élevé (dû à la stagnation de la production) et une inflation élevée. Ce phénomène est assez fréquent à notre époque. Historiquement et jusqu’au début de la première crise pétrolière en 1973, les économistes considéraient que l’inflation et le chômage étaient deux phénomènes exclusifs. La présence de l’un signifie l’absence de l’autre. Or, depuis cette crise, nous avons constaté la présence des deux situations en même temps.
Comment expliquer ce phénomène complexe ? Nous pouvons avancer quelques éléments de réponse.
- Une mobilité insuffisante des facteurs de production (en particulier le facteur travail) peut expliquer la présence du chômage avec l’inflation.
- La rigidité à la baisse des salaires et des prix peut contribuer à l’apparition de ce phénomène.
- Les chocs extérieurs (rappelez-vous les chocs pétroliers de 1973 et de 1980) et les facteurs hors contrôle (les catastrophes) peuvent aggraver la situation.
Professeur Moez Ouni
Enseignant en économie et gestion d’entreprise à la Haute école de gestion de Berne
Consultant et collaborateur scientifique à Eco’Diagnostic et l’Université de Neuchâtel
Diplôme en informatique de gestion
Licence ès sciences économiques, option économie politique
Master en économie et finance
Doctorat ès sciences économiques
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