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13/08/2012
La constitution genevoise actuelle, qui va jusqu'à déterminer le poids à partir duquel un chien est considéré de grande taille, ne contient aucun article sur la culture. Lors de la campagne pour l'élection de l'Assemblée constituante cette lacune avait été dénoncée avec raison et l'exigence d'aborder sérieusement les questions culturelles avait été vigoureusement défendue.
Si le résultat des travaux constitutionnels a déçu dans certains domaines (droits politiques des étrangers, par exemple), on ne peut certainement pas en dire autant en ce qui concerne la culture. L'article inséré dans le projet qui sera soumis au peuple le 14 octobre correspond en effet largement aux attentes de milieux culturels, qui ont d'ailleurs été très actifs dans le travail préparatoire à son élaboration. L'article 216 du projet prévoit à son alinéa 1 que l'Etat promeut la création artistique et l'activité culturelle et qu'il assure leur diversité et leur accessibilité. Cette consécration de la mission culturelle de l'Etat est déjà une excellente chose, qui met Genève au niveau des autres cantons romands. Mais, l'alinéa 2 de l'article 216 va plus loin en prévoyant que, à cette fin, l'Etat « met à disposition des moyens, des espaces et des instruments de travail adéquats ». La nouvelle constitution ne se contente donc pas de rappeler la mission culturelle de l'Etat. Elle lui donne un véritable mandat d'action, en vue d'assurer concrètement les conditions d'une vie artistique et culturelle florissante. L'article 216 alinéa 3 complète le dispositif en enjoignant à l'Etat d'encourager les échanges culturels.
Se prétendant inquiète des conséquences financières d'un politique culturelle trop active, la droite avait essayé de biffer cet article. Finalement, une reformulation préservant tous les éléments essentiels de la disposition a permis son maintien, dans le cas de la « convergence » globale qui a permis l'adoption du projet le 31 mai dernier. Cette précision historique démontre que l'adoption d'un article aussi progressiste serait absolument impossible de façon isolée.
L'article sur la culture fait donc partie des progrès significatifs qui seraient définitivement perdus si la coalition des extrêmes parvenait à faire chuter le projet de nouvelle constitution. Il y a là une bonne raison de se mobiliser pour tous ceux qui pensent que la culture n'est pas un luxe pour période de vaches grasses, mais un élément essentiel du « vivre ensemble » dont la constitution doit exprimer les principes.
Cette note me permet une petite explication de texte. L'article 216 utilise le terme « Etat ». Mais il faut savoir que l'Assemblée constituante a choisi de donner systématiquement à ce terme son sens le plus large (ce qu'exprime clairement l'article 148 alinéa 1 du projet) et non pas le sens limitatif de « canton ». Il s'agit d'éviter qu'un même mot ait un sens différent à différents endroits de la constitution (ce qui est le cas dans les constitutions vaudoises et fribourgeoise, par exemple). Par « Etat », il faut donc comprendre le canton, les communes et toutes les institutions de droit public. Il appartiendra à la loi d'opérer la répartition de détail entre ces entités. En matière culturelle, ce choix est important pour le pluralisme : dans ce domaine, il est capital de ne pas dépendre d'un seul « prince ».
01/08/2012
Le patriotisme, tel que je le conçois, ce n’est pas l’autocélébration satisfaite de mythes plus ou moins éculés, c’est encore moins le rejet de l’autre, le culte d’une identité fondée sur l’exclusion, la démonstration de force contre de prétendus envahisseurs. C’est, plus simplement, faire passer les intérêts de la communauté dans laquelle on vit avant ceux de son clan, de son parti, de sa petite personne. Avec la pleine conscience que cette communauté doit être – économiquement, socialement et écologiquement – solidaire des autres communautés, la plupart moins chanceuses, qui peuplent notre planète. Le patriotisme est une responsabilité altruiste.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que, longtemps, ce patriotisme positif ne m’a pas sauté aux yeux dans le cours des travaux de l’Assemblée constituante. Dogmatisme, purs rapports de force, invectives submergeaient, du moins dans le discours, la recherche patiente de solutions constructives. Puis les choses ont changé, un mouvement dit de « convergence » a mobilisé un nombre de plus en plus large de constituants, en vue de travailler à un projet rassembleur. Bien sûr, les rapports de force n’ont pas disparu, les négociations ont été âpres. Mais la volonté d’aboutir était bien là. Chacun a fait le sacrifice de rêves précieux. Au final, une très large majorité a voté en faveur d’un projet qui n’est pas le bouillon tiède présenté par certains, mais un très bon texte, novateur et raisonnablement progressiste. Politiquement, il était certainement plus facile de se draper dans une rugueuse pureté idéologique, de droite ou de gauche, et de dénoncer, parfois avec des accents de guerre froide, les monstrueuses compromissions du processus de convergence. Pourtant, n’en déplaise aux imprécateurs, ce projet est bon pour notre canton. C’est pourquoi, en toute immodestie puisque j’ai contribué à l’opération, je considère que son adoption, sous les invectives vengeresses des purs et des durs, a été un acte patriotique. L’intérêt de Genève a prévalu sur les calculs de boutique politicienne.
Mais rien n’est gagné. Pour peu qu’elle se soit intéressée au processus constitutionnel, la population reste encore marquée par l’impression très défavorable du début des travaux. La morosité économique favorise objectivement le désir de dire non, sans forcément creuser la question posée. Une puissante « alliance objective » réunit contre le projet ceux qui, tout à droite, ne partagent pas ma conception du patriotisme et que l’ouverture du projet révulse et ceux qui, à l’extrême gauche, honnissent le compromis et le réformisme.
L’ensemble des partis gouvernementaux, les constituants qui ont approuvé le projet et les nombreuses associations qui soutiennent la nouvelle constitution doivent se mobiliser. Il faut expliquer sans relâche le véritable contenu d’un projet qui, par nature, est juridique et technique. Réfuter patiemment les interprétations absurdes, voire les contrevérités pures et simples assénées par les opposants. Mettre en valeur les promesses du projet. Plus fondamentalement, inviter les Genevoises et les Genevois à se faire confiance, à eux-mêmes et entre eux, plutôt que de s’enfermer dans un conservatisme amer et stérile.