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Depuis l’Antiquité, les ressemblances de toutes natures entre parents et enfants sont un héritage évident. Mais elles obéissent à des règles compliquées et incomprises parce que les modes de transmission sont pluriels et souvent aléatoires. Les ressemblances de dimensions, formes, pigmentations ou traits du visage sont frappantes, mais souvent inexistantes ou unilatérales: un enfant est le «portrait de son père», l’autre de sa mère. D’autres ressemblent aux deux à la fois, ou à aucun des deux. Ce qui fit dire à Albert Jacquard que, pour faire un enfant, il faut être trois: le père, la mère et le hasard, le troisième étant le plus important! Cette boutade s’explique très bien dans le cas des caractères génétiques soumis aux lois de Mendel, comme les groupes sanguins. Chaque parent transmet, au hasard, l’un des deux gènes qu’il possède, laissant la possibilité de quatre types d’enfants semblables ou dissemblables entre eux et aux parents, selon les propriétés des gènes transmis. C’est la base de la «recombinaison génétique» qui crée la diversité infinie des populations sexuées. Les choses se compliquent pour des caractères comme les dimensions ou les proportions, qui se recombinent aussi entre parents et enfants, mais dont la variation est continue et le mécanisme de transmission inconnu. Certains d’entre eux sont aussi modifiés par les conditions d’environnement et les modes de vie. On observe alors des ressemblances statistiques entre parents et enfants: les enfants de grands et de petits le sont aussi, en moyenne, mais avec beaucoup d’exceptions individuelles. Les enfants de musclés le sont aussi souvent, mais cela peut dépendre plus de la transmission de la pratique de la gonflette ou du dopage que de gènes inconnus. Dans les deux cas le caractère est «héritable», ce qui se mesure par une «corrélation statistique». Mais corrélation n’est pas causalité: la stature est plus héritable que la masse musculaire et les mécanismes qui créent ces héritabilités sont différents: surtout biologiques et sans doute génétiques pour la stature, essentiellement environnementaux et culturels pour la masse musculaire.
Sous le concept flou d’«intelligence», les capacités cognitives et émotionnelles donnent aussi lieu à des ressemblances dont les causes se répartissent entre d’éventuels facteurs biologiques et des facteurs d’environnement, dont éducation et apprentissages. Les prétendues mesures d’«intelligence» par des tests de performances comme le trop célèbre QI ont montré, depuis longtemps, qu’une performance était une bien mauvaise mesure d’une aptitude et que les résultats – même pour les tests prétendus «culture-free» [indépendants de la culture] – dépendent avant tout, sauf handicap mental grave d’origine biologique, des entraînements éducatifs, culturels et scolaires aux performances mesurées. Comme pour la masse musculaire, une composante génétique de la variation n’est pas exclue, mais semble mineure par rapport au contexte social. Néanmoins, de grands savants élitistes de la génomique se sont lancés dans une recherche frénétique de mutations, parmi des centaines de milliers, qui seraient associées statistiquement avec une amélioration des QI ou une augmentation des nombres d’années de scolarité (mesure plutôt problématique des compétences!). Les gènes majeurs qui boosteraient les capacités intellectuelles ne sont manifestement pas au rendez-vous, ce qui n’empêche pas ces braves gens d’affirmer certaines liaisons très faibles – peut-être liées à des erreurs statistiques classiques – entre quelques mutations et une amélioration minime des performances. S’agissant de start-up qui travaillent sur des dépistages, on peut s’inquiéter de leur prétention abusive à détecter, par des séquençages de génomes (pourquoi pas à la naissance ou avant?), quels individus ou même quelles «races» auraient, ou non, la capacité de réussir des études. Les races ou les individus «élus», ça ne vous rappelle pas de très mauvais souvenirs et des actualités sordides?
* Chroniqueur énervant.