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Description
Le volume 29 de la série Archéologie neuchâteloise est principalement consacré au complexe mégalithique de Saint-Aubin/Derrière la Croix au Néolithique. Implanté sur deux parcelles distinctes (Saint-Aubin/Derrière la Croix et Vaumarcus/Champs Devant) établies de part et d’autre du Ru de la Vaux, le site se trouve sur un cône alluvial, limité d’un côté par le lac de Neuchâtel, de l’autre par des falaises en hémicycle. C’est à cet endroit que se développe progressivement, dès le Ve millénaire avant J.-C., le centre névralgique du gisement : un monument mégalithique composé d’un alignement de quatre menhirs (Néolithique moyen I), puis d’une nouvelle enfilade de quatre pierres et d’un petit bloc un peu à l’écart, érigés à partir de la fin du IVe millénaire (Néolithique final). La plupart des mégalithes étaient encore dotés de fosses d’implantation pourvues de mobilier et de charbons de bois, offrant des opportunités de datations rares dans de tels contextes.
Trois horizons d’occupation, liés de manière plus ou moins étroite aux pierres dressées, ont été mis au jour. Dans l’aire couverte par le premier, les activités humaines semblent notamment avoir gravité autour d’un grand four culinaire à pierres de chauffe, activé entre 4840 et 4590 avant J.-C. Le deuxième horizon, daté de 4800 à 3800 avant J.-C. environ, se développe immédiatement en amont de l’alignement de menhirs contemporain. Quinze foyers, une aire de rejet et deux structures de combustion indéterminées lui sont associés. Selon les datations radiocarbones, la segmentation de ces quelque mille ans démontre que le complexe mégalithique a été fréquenté de manière épisodique à quatre, voire cinq reprises, principalement entre 4500 et 4300 avant J.-C. Les structures de combustion ont livré de nombreux vestiges céréaliers, dont les plus anciens témoignages de blé nu identifiés en Suisse et au nord des Alpes (Triticum aestivum/durum/turgidum). Cette espèce ayant été reconnue sous la forme de restes de battage, on peut supposer que les céréales ont été cultivées et traitées dans le périmètre même du complexe mégalithique juste après leur récolte, soit à la fin de l’été ou au début de l’automne. Le troisième horizon est daté de 4460 à 4250 avant J.-C. ; il s’organise autour d’une chambre édifiée à l’aide d’un appareillage de dalles et de galets, destinée au captage d’une source. Non loin de là se trouvaient par ailleurs deux structures du début du IVe millénaire: un foyer à galets chauffés et, surtout, un silo réaffecté en dépotoir, dont l’existence plaide en faveur d’un habitat sur cette partie du gisement. Le complexe mégalithique est abandonné vers 3800 avant J.-C., puis réinvesti au cours du Néolithique final. Seul vestige matérialisant cette deuxième phase, hormis le second alignement de menhirs : un foyer dont la destination était sans doute culinaire.
L’un des points forts de l’étude repose dans la mise en évidence, sur un complexe mégalithique, d’aires d’activités dont les principales sont liées à l’agriculture. Les données de Saint-Aubin/Derrière la Croix sont d’autant plus novatrices pour le Néolithique moyen que les sites organisés autour de pierres dressées sont généralement dépourvus de contexte archéologique. De plus, les interventions récentes menées sur le tracé de l’autoroute A5 viennent compléter les découvertes réalisées à Yverdon/Promenade des Anglaises et Corcelles-près-Concise, et semblent indiquer que la région comprise entre Jura et lac de Neuchâtel constitue le foyer d’émergence du mégalithisme le plus important de Suisse occidentale au Ve millénaire avant notre ère.