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De l’atelier de son père, Yvon Chu se souvient de l’odeur si caractéristique de la peinture à l’huile, mais aussi de ses coups de pinceaux lents et d’une précision extrême. « Je faisais mes devoirs dans l’atelier, car il voulait garder un oeil dessus, s’amuse Yvon. Malgré son travail intense d’artiste, il s’investissait dans sa famille. »
Chu Teh-Chun naît en 1920 dans une petite ville de 2000 habitants dans la province du Jiangsu. « Mon grand-père et son père étaient des lettrés, grands collectionneurs de peinture traditionnelle chinoise, ce sont eux qui l’ont initié très jeune à la calligraphie. »
A 15 ans, Chu Teh-Chun entre à la célèbre Académie des beaux-arts de Hangzhou, où il apprend la peinture occidentale. « L’Académie ne prenait que 70 élèves par an et en peinture ils n’étaient que sept. » C’est à cette époque qu’il découvre la peinture occidentale et ses grands maîtres, comme Cézanne ou Renoir, dont il ira plus tard à Paris pour admirer les oeuvres. La guerre sino-japonaise oblige l’école à s’exiler vers l’ouest de la Chine dont la beauté des paysages marque profondément Chu Teh-Chun. A l’issue de la guerre et une fois diplômé, il devient professeur et enseigne le dessin, notamment à Taïwan, avant de venir à Paris, en 1955. « Il a financé son voyage avec l’argent de sa première exposition, raconte son fils. Il avait gagné assez pour vivre deux ou trois ans en France, mais finalement il est resté à Paris. »
C’est à cette époque qu’il abandonne la peinture figurative pour se consacrer à l’abstraction. Dans les années 80, l’artiste renoue avec la Chine et se replonge dans les paysages qui peuplent son imaginaire. Sa peinture s’éclaire alors de nouvelles nuances, lumière et profondeur habitent ses tableaux. Dans son oeuvre, composée de quelque 2500 tableaux et largement inspirée par le paysage et le rapport de l’homme à la nature, Chu Teh-Chun réussit à unir la peinture traditionnelle chinoise et l’abstraction occidentale, dans un style très personnel, délicat et poétique.
Fondée en 2017, trois ans après la disparition de l’artiste, la fondation, qui s’est fixée pour objectif de protéger et de faire connaître l’oeuvre du peintre, s’est installée à Genève. Un choix qui s’est imposé comme une continuité logique. « Mon père aimait beaucoup la Suisse. Avec ma mère, il avait survolé les Alpes dans les années 80 et il en avait gardé beaucoup d’émotion, se souvient Yvon Chu, fils de Chu Teh-Chun et vice-président de la fondation. A ce moment-là, ils avaient du reste fait le projet de s’installer dans le pays. » A l’avenir, la fondation entend créer un prix ou une bourse afin de soutenir la nouvelle génération d’artistes.