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Alone (primé à Visions du Réel en 2001), est un film dont la puissance paraît inversement proportionnelle à la simplicité de son modus operandi : une équipe de cinéma, qui apparaît plusieurs fois à l'image, notamment dans la séquence introductive, accompagne une enfant qui va rendre visite à sa mère dans une prison, en trois temps : le voyage-aller, la rencontre, le voyage-retour. Un tournage sans « manipulation » au sens où le réalisateur a filmé les choses comme elles sont arrivées, lors de ce matin blême, ayant d'ailleurs gardé au montage les contretemps : une panne de voiture ou... les changements de place de l'enfant et du cadreur, pour obtenir une meilleure image. C'est ce point éthique précis que Stonys interroge, dans une forme réflexive qui s'attache à représenter un enfant dans une situation précise qui le conduit à dévoiler l'entièreté des conditions de cette représentation : jusqu'à quel point peut-on s'immiscer dans la détresse d'un être ? Le cinéaste répond par la dernière séquence, convoquant l'invisible pour soigner, tel un thaumaturge, l'infinie solitude qu'il vient de nous faire partager.
Emmanuel Chicon