Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07089.jsonl.gz/711

Critique
"Au cœur de l'histoire de la Shoah, il y a des chapitres oubliés ou méconnus. Celui des ""Maisons de l'Espoir"" est l'un d'eux, relaté dans un film émouvant un peu trop didactique.
A la Libération, de nombreux enfants juifs cachés pendant la guerre furent groupés et accueillis dans des ""Maisons de l'Espoir"", dont les dernières fermèrent leurs portes en 1960. Celle de Nina (Agnès Jaoui), perdue au fond des bois, est un havre de paix au cœur de la tourmente. En compagnie d'une équipe d'éducateurs soudés, Nina, autoritaire et généreuse, mais qui n'a guère le temps de s'apitoyer, gère efficacement cette maison avec les moyens du bord et l'aide logistique de quelques militaires américains. Et lorsque s'achève enfin la guerre, l'espoir renaît pour chaque enfant de retrouver ses parents - mais rares sont ceux qui reviennent des camps.
Ce film est le troisième de Richard Dembo (1948-2004), dont LA DIAGONALE DU FOU (1984) fut couronné à maintes reprises. Le traitement de ces maisons d'accueil lui permet d'aborder par la bande le thème de la destruction massive des Juifs. Si LES GUICHETS DU LOUVRE de Michel Mitrani (1974) évoquait en amont la rafle du Vél d'hiv, ce film témoigne en aval tout à la fois des enfants cachés et, dès juin 1945, du retour des camps de quelques jeunes déportés. La confrontation est rude entre les gamins sans famille réunis dans la maison de Nina et les survivants des camps.
Si les uns ont grâce à leur entourage acquis quelques repères, les autres en sont totalement dépourvus. Dès lors, c'est la reconstruction d'identité qui est l'aspect le plus intéressant du film. Pour plusieurs jeunes déportés, de Buchenwald qui ont traversé le pire (leur chef est un rescapé d'un commando spécial - cela est-il vraisemblable? -, à savoir membre d'une équipe chargée de vider les fours crématoires), le rite religieux va permettre de pouvoir progressivement retrouver un visage, une langue, un soi. Et si, dans la maison de Nina, les convictions politiques et laïques des uns se heurtent aux convictions religieuses des autres, l'important n'est pas là. Ce qui compte et que montre bien cette réalisation, c'est la nécessité d'un idéal commun pour se reconstruire, quel qu'il soit: politique, religieux ou artistique.
Une réserve: Richard Dembo a voulu tout mettre et tout dire dans ce film dont les accents didactiques prennent parfois trop de place, comme lorsqu'en sous-titres apparaissent quelques dates d'événements d'importance capitale mais sans lien direct avec le scénario. Fallait-il tout à la fois rappeler le rôle de ces ""maisons"" et évoquer les chambres à gaz et les abominables règles qui régnaient sur les camps, souligner la difficulté pour des jeunes de ne voir revenir aucun de leurs parents ou un seul, et attester des difficultés de subsistance, etc.?
Tous les acteurs, dont Agnès Jaoui, qui a apporté son concours pour terminer le montage après le décès du réalisateur, campent avec conviction des personnages qui sans aucun doute réveilleront une fois encore une bien douloureuse mémoire. Toutefois, en levant le voile sur des îlots d'humanité, ce film témoigne du destin de tant d'enfants qui firent leurs ces mots: ""Nous avons traversé la vie comme des funambules en équilibre sur les fils barbelés qui emplissaient nos têtes.""
A noter enfin qu'un dossier pédagogique est disponible sur le site www.tfmdistribution.com/lamaisondenina/nina.pdf"
Serge Molla