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De façon un peu provocatrice, on peut désormais affirmer qu'une forte prévalence du tabagisme dans la population n'est possible qu'avec la complicité de l'Etat. Ou, plus posément, que les collectivités ont le pouvoir, pour peu qu'elles le souhaitent, de fortement réduire la consommation de tabac dans leur population. Le problème est ainsi clairement replacé au niveau politique. Les difficultés individuelles du sevrage, bien que réelles, sont surmontables à l'échelle d'une population.Cette observation a été faite aux Etats-Unis par une équipe des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), en comparant l'évolution des ventes de cigarettes de 1990 à 2000 dans l'ensemble des Etats-Unis et dans les quatre Etats dotés des programmes de prévention les plus énergiques et solidement financés (Californie, Arizona, Massachusetts et Oregon). L'étude, annoncée le 18 septembre par les CDC et publiée dans une revue spécialisée (Journal of Health Economics 2003 ; 22 : 843-59), est la plus vaste jamais menée sur le sujet.Le résultat est sans appel : en dix ans, les ventes ont diminué de 20% en moyenne nationale, mais de 43% dans les quatre Etats progressistes. L'analyse statistique attribue une partie «substantielle» de cette différence au degré de financement des programmes de prévention. Et ceci à l'exclusion de l'effet d'autres facteurs, comme les taxes d'importation ou la fiscalité du tabac, qui ont été pris en compte. Les auteurs observent même une proportionnalité entre l'effort de prévention et le résultat : plus les dépenses de prévention sont élevées, plus rapides et importantes sont les diminutions des ventes.Intérêt majeur de ce résultat : il permet de procéder à des calculs de rentabilité. Lesquels plaident clairement pour la prévention, à en croire la directrice des CDC Julie Gerberding : «Cette étude nous fournit la preuve la plus convaincante à ce jour que les programmes de prévention du tabagisme sont un excellent investissement en santé publique». Ainsi, même d'un point de vue strictement comptable, chaque dollar investi permettra une économie supérieure en coûts de la santé.Vérité sans doute également valable en francs suisses. Mais toute chose a un prix : les CDC estiment qu'un programme de prévention efficace (actions dans les écoles et la communauté, contre-marketing, programmes de sevrage, direction et évaluation) nécessite 6 dollars par an et par habitant. Pour la Suisse, cela représenterait un idéal de 60 millions de francs, dix fois plus qu'aujourd'hui. Le Fonds de prévention du tabagisme, dont le principe est soutenu par le Conseil national, augmenterait cette somme de 20 millions par année. L'étude américaine donne des arguments supplémentaires en faveur de cet investissement. La prévention, placement rentable et sûr : ce langage-là pourrait porter dans ce pays.