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Vague bleue, mur rouge, pouvoir partagé? Enjeux économiques et de marchés.
par Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance
Les élections de mi-mandat aux Etats-Unis auront lieu le 6 novembre. Les deux chambres entreront en fonction début janvier 2019. Les républicains ont actuellement la majorité au Sénat comme à la Chambre des Représentants. Ils dominent cette dernière avec 235 sièges contre 193 pour les Démocrates et ont une courte majorité 51-49 (y compris deux indépendants qui siègent avec les Démocrates) au Sénat (où la voix du vice-président, le républicain Mike Pence est prépondérante en cas de d’égalité).
Historiquement, ces élections – lors desquelles est renouvelée l’intégralité (435 sièges) de la Chambre des Représentants et un tiers (35 sièges sur 100) du Sénat – sont traditionnellement défavorables au parti du Président en place: depuis 1945, le parti du président y a perdu en moyenne 26 sièges à la Chambre et 4 sièges au Sénat. Seules exceptions notables, les élections de 1998 sous Bill Clinton qui ont vu le parti démocrate gagner 4 sièges à la Chambre et celles de 2002 sous George W. Bush avec un gain de 8 sièges pour les Républicains. Par ailleurs, 50 Républicains et seulement 22 démocrates ne défendent pas leurs sièges à la Chambre des Représentants tandis que 3 sénateurs républicains et aucun démocrate ne se représenteront pas. La situation semble donc délicate pour l’actuelle majorité Républicaine, et pour le Président Trump.
La clé des institutions américaines est le Sénat, qui nomme les juges à la Cour Suprême et a le dernier mot en cas de procédure de destitution du Président. A ce jour on compte, parmi les 35 sièges remis en jeu, 26 sièges actuellement tenus par des Démocrates et seulement 9 par des Républicains. Parmi ces 9 sièges, 6 sont localisés dans des circonscriptions ayant largement voté pour Donald Trump en 2016 et un seul dans une circonscription ayant voté pour Hillary Clinton. A l’inverse, le parti démocrate doit défendre 10 sièges de sénateur dans des circonscriptions où les électeurs ont voté pour Donald Trump en 2016. Une conquête du Sénat semble donc difficile pour les Démocrates, sauf en cas de forte vague “bleue”, qui parait à ce jour peu probable avec la remontée de popularité du Président, à 44% selon le sondage Gallup du 14 octobre dernier, même si celle-ci demeure historiquement basse pour un président en fonction.
En revanche, une bascule de la Chambre des Représentants dans le camp démocrate paraît probable selon les dernières enquêtes d’opinion, même si le caractère local du scrutin accroit l’incertitude. Le scénario central à ce jour est donc celui «d’un pouvoir partagé»: un Sénat qui resterait républicain et une Chambre des Représentants qui deviendrait démocrate, d’une courte majorité.
Dans ce scénario central «de pouvoir partagé», l’impact sur les marchés devrait être a priori limité. Un congrès partagé ne peut espérer aller loin dans une procédure d’impeachment de Donald Trump, même si les Démocrates, très remontés contre le Président, feront probablement tout pour le mettre en difficulté. La polarisation des positions politiques des deux camps, contraire à l’histoire et à l’esprit des institutions américaines, empêchera vraisemblablement toute mesure économique d’ampleur telle qu’un vaste plan de relance des investissements d’infrastructure. Il est également probable que, dans ce scénario, Donald Trump multipliera les initiatives pour mettre la Chambre en difficulté et préparer les élections de 2020, ce qui pourrait donner quelques à-coups de volatilité, notamment en raison des développements de la guerre commerciale avec la Chine, un sujet sur lequel les Démocrates restent partagés.
Restent les deux scénarios alternatifs: la vague bleue qui emporte Sénat et Chambre des Représentants ou le mur rouge qui préserve – voire étend pour le Sénat – la majorité républicaine actuelle au Congrès. Le scénario «vague bleue» serait, potentiellement, le plus susceptible de générer des tensions sur les marchés: remise en cause de la dérégulation mise en place par Donald Trump, retour possible sur les baisses d’impôts, procédure de destitution du Président, voire du juge Kavanaugh récemment nommé à la Cour Suprême, le climat d’incertitude serait lourd. Le scénario «mur rouge» serait, à court terme, beaucoup plus favorable, avec de possibles nouvelles mesures économiques en faveur des ménages et de l’investissement. Attention néanmoins au creusement du déficit budgétaire américain et de la dette, qui pourrait faire remonter encore plus vite les taux et effrayer les marchés, et également au possible renforcement des tensions commerciales avec la Chine.
Tout compte fait, le scénario médian, le plus probable à ce stade, est sans doute le plus souhaitable, d’autant qu’avec les inquiétudes actuelles sur la croissance mondiale et l’impact des tensions commerciales, les marchés sont déjà très occupés!
Une économie américaine encore en belle croissance