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Les thermomètres ont de la peine à franchir les 1°C à 2°C sur le Plateau depuis le 1er janvier, avec dans la plupart des cas des écart à la norme de 2°C à 3°C. En montagne ce même écart est plus marqué, de l’ordre de 4°C à 6°C, si bien que les stations n’affichent plus de températures supérieures au 0°C. Cette situation s'explique par la présence d'un courant d'Est en altitude, qui amène de l'air continental froid vers les Alpes.
De tels écarts et le fait que l’événement puisse s’étaler dans la durée ne permettent cependant pas d’utiliser le qualificatif de « vague de froid » : rien à voir par exemple avec février 2012, où la température moyenne journalière sur le Plateau romand a oscillé entre -6°C à -9°C pendant près de deux semaines. Tout au plus peut-on parler « d’un bon mois de janvier, bien froid ».
Équilibre fragile dans la circulation générale des courants
Les dernières sorties de modèles montrent que les températures resteront inférieures à la norme pendant la première quinzaine de janvier. La prévision d’ensemble du modèle GFS américain (qui permet de comparer plusieurs calculs et d’en faire la moyenne) montre ci-dessous que ces dernières pourront même remonter par moments.
Températures et vents à 1500m, prévus par le modèle américain GEFS du 4 au 12 janvier 2021 [Guy Rouiller - RTS/NOAA]
La situation n’en demeure pas moins délicate si l’on considère ce qui se passe au-dessus du pôle Nord, plus précisément la manière dont se comportent les températures au niveau de la stratosphère. Voici (ci-dessous) la comparaison des températures à une altitude d’environ 30 km, entre 2021 et 2020.
Températures au niveau de la stratosphère sur l'hémisphère Nord le 4 janvier 2021 (à gauche) et le 4 janvier 2020 (à droite). [Guy Rouiller - RTS/NOAA]
Il y a un an, les températures les plus basses atteignaient jusqu’à -84°C sur une zone située au-dessus de l’Islande, du Groenland et du Pôle Nord (à droite). Cette année, ces mêmes températures ne dépassent pas les -72°C (à gauche). Elles se répartissent par ailleurs autour de deux noyaux, l’un sur l’Eurasie, l’autre sur le Nord du Canada.
Ces différences de températures ont un impact non négligeable sur la manière dont circulent les courants dans la stratosphère, dans ce que l’on appelle le « vortex polaire » (voir ci-dessous). En janvier 2020 (à droite), les vents s’organisent autour d’une circulation forte et bien fermée. Cette année, cette même circulation est discontinue (à gauche), elle est également moins puissante.
Vents au niveau de la stratosphère sur l'hémisphère Nord le 4 janvier 2021 (à gauche) et le 4 janvier 2020 (à droite). [Olivier Roux - RTS/NOAA]
Ces « faiblesses » n’ont pour l’instant pas d’impact particulier sur la manière dont les courants s’organisent au-dessus de l’Europe, à des niveaux inférieurs. Mais les évènements du passé montrent que tel pourrait être le cas si les températures continuent de s’élever dans cette portion de l’atmosphère.
Le phénomène, appelé « réchauffement stratosphérique polaire », a par exemple joué un rôle important dans la vague de froid qui s’est abattue sur l’Europe en février 2012, en favorisant l’établissement d’un courant d’Est glacial entre la Sibérie et l’Ouest de l’Europe, au terme d'un processus complexe. Il a également été déterminant dans les vagues de froid de 2010 ou de 1985.
Températures à 1500m sur l'hémisphère Nord le 4 février 2012 [Claude Jaccard - RTS/NOAA]
Les dernières sorties de modèles ne montrent pas l’avènement d’une vague de froid dans les jours à venir. Mais contrairement à janvier, où les températures et la circulation des courants dans la stratosphère n’étaient pas favorables à ce genre d’évènement, la situation est assez tangente en 2021. Tout pourrait basculer en l'espace de quelques jours.
On peut parler d’épée de Damoclès...
Philippe Jeanneret