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Comment le CAS a appris à skier Les débuts du ski en Suisse
Apparu en Suisse à la fin du XIX e siècle, le ski a connu une progression foudroyante grâce, notamment, au Club alpin, qui a fait beaucoup pour en assurer la promotion. En retour, le CAS a largement bénéficié de la popularité de ce nouveau sport, auquel il doit d' avoir pris l' envergure qu' on lui connaît.
Ils sont nombreux, ceux pour qui le ski est, aujourd'hui, une évidence aussi incontournable que la neige en hiver. Dès le milieu du siècle dernier, on dénombrait déjà un demi-million de pratiquants, et les remontées mécaniques ont depuis longtemps conquis les faveurs des masses. A ses débuts, le ski était pourtant intimement lié à la pratique de l' alpinisme hivernal.
La pratique de l' escalade n' a véritablement pris son essor que vers la fin du XIX e siècle, avec la découverte du ski. Une évolution dans laquelle les Norvégiens ont joué un rôle clé: c' est en effet Fridtjof Nansen, décrivant son expédition au Groenland dans un livre publié en 1891, qui a tiré les Suisses de leur hibernation pour les mettre sur des lattes. Ses écrits reflètent parfaitement l' en de l' époque pour cette nouvelle activité: « C' est un très curieux spectacle de voir sauter un habile skieur. Vous le voyez arriver à toute vitesse au sommet du monticule, quelques secondes avant d' atteindre l' escarpement, le coureur se ramasse sur lui-même, puis arrivé devant le gouffre, saute en l' air, parcourt 20 à 25 mètres comme s' il volait, et aussitôt qu' il a touché terre continue sa course vertigineuse. »
L' épreuve du Pragelpass
Cet enthousiasme contagieux ne pouvait pas laisser indifférents les membres du CAS: c' est ainsi que Christoph Iselin, de la section Tödi, motivé par les écrits de Nansen, se lance dans la fabrication de sa première paire de skis. Après plusieurs tentatives infructueuses, il invite en 1892 le Norvégien Olaf Kjelsberg ( membre de la section Winterthur ) à venir lui rendre visite avec l' un de ses compatriotes. La maîtrise à skis dont font preuve les deux hommes ravit toute l' assistance, qui reconnaît très vite qu' au de la fascination des acrobaties et de la griserie de la vitesse, ces nouveaux engins vont surtout permettre de se déplacer beaucoup plus rapidement et d' atteindre des lieux jusqu' alors inaccessibles. Et c' est pour le prouver qu' en 1893 deux membres de la section Tödi, Chris- Skieurs au pied des Tours d' Aï en 1901 ( en haut ). Scènes de cours de ski en 1903 ( en bas ).
Photo: L. W eber -Bauler/F red Boissonnas, L es Alpes 1935 Extr ait de Max Senger, W ie die Schw eiz zum Skiland wur de, Zurich 1941 toph Iselin et Alexander von Steiger, et deux membres de la section Winterthur, Olaf Kjelsberg et Eduard Naef, organisent une course à travers le Pragelpass. Si Naef, équipé d' une forme ancestrale de raquettes à neige, se défend bien à la montée, il doit déchanter à la descente: « Soulevant sur leur passage des nuages de neige poudreuse, ils eurent tôt fait de disparaître dans la forêt en contrebas. J' eus beau me lancer à leur poursuite à longues enjambées (... ) il me fallut in-commensurablement plus de temps pour parcourir la distance que mes camarades avaient avalée en quelques minutes, voire quelques secondes. » Cette course ayant démontré la supériorité des skis sur les raquettes, de plus en plus de sportifs se tournent dès lors vers ce moyen de locomotion pour organiser des excursions, qui se font également de plus en plus longues. La traversée de l' Oberland bernois, réalisée en 1897 par quatre Allemands accompagnés de Victor de Beauclair, de la section genevoise du CAS, fait grand bruit à l' époque: partis du Haslital, les skieurs ont rallié Brigue en passant par le Grimsel, l' Oberaarjoch, le Grünhornlücke, la Jungfrau et enfin Belalp. Il faudra pourtant attendre encore quelques années avant que le ski ne convainque les masses.
Les Zurichois réticents
Au CAS, les réactions face à l' irruption de cette nouveauté sont mitigées. Certains indices laissent toutefois à penser que les sections de montagne se sont montrées plus ouvertes que les citadines: la section Glaris, par exemple, fait œuvre de pionnier en fondant, dès 1893, le premier club de ski composé exclusivement de membres du Club alpin. La section Rätia, de Coire, sait elle aussi d' emblée reconnaître le potentiel de ces nouveaux Les cinq hommes qui les premiers réalisèrent en 1897 la traversée des Alpes bernoises: Paulcke, de Beauclair, Moenichs, Ehlert et Lohmüller.
Pause sur le glacier d' Aletsch durant une randonnée à skis en 1901.
Photo: W. P aulcke, Les Alpes 1931 Photo: W. P aulcke, Les Alpes 1931 engins pour la poursuite de ses objectifs, et encourage la pratique du ski.
A Zurich en revanche, on est très réticent: la section Uto, pas convaincue du tout, continue à prôner l' usage des raquettes pour les sorties hivernales. Le ski est considéré comme une discipline sportive et, à ce titre, incompatible avec la philosophie du Club, qui tient à se démarquer de l' esprit de compétition rattaché à la notion de sport. Ce n' est donc pas par le biais du CAS que le ski pénétrera en région zurichoise, mais par celui du ski-club fondé en 1901 par des étudiants. Il faudra attendre encore quinze ans pour voir le comité de la section Uto revenir sur ses positions et, surmontant ses a priori, nommer une commission du ski chargée d' en encourager la pratique. Suite à quoi l'on voit se construire des cabanes et s' organiser des cours de ski et de gymnastique de préparation au ski ( du printemps à l' automne ), et bien sûr des randonnées.
La CAS s' agrandit grâce au ski
En élargissant ainsi ses activités, le CAS attire un flot de nouveaux membres. Quelques années à peine après la fondation de la commission du ski en 1916, les effets positifs de l' introduction de cette nouvelle discipline se font déjà sentir à Uto. Paul Gysin écrit à ce sujet en 1938, à l' occasion du 75 e anniversaire de la fondation de la section: « L' avènement du ski dans l' organisation de randonnées hivernales a joué un rôle non négligeable [...] ( Le ski ) a permis ( aux alpinistes ) de découvrir les beautés du paysage alpin en hiver et l' ivresse des descentes dans la neige fraîche. De là est né un enthou - siasme inattendu pour l' alpinisme hivernal. Pour la section Uto, les effets de cette popularité grandissante se sont fait sentir par l' augmentation du nombre de membres, mais aussi des activités de la section et de ses domaines d' influence [...] » Le CAS n' est d' ailleurs pas le seul à avoir su tirer parti de cet engouement: au tournant du siècle, différentes régions de montagne de Suisse, soutenues par des clubs de ski, encouragent de façon ciblée la diffusion du nouveau sport, en organisant notamment des compétitions ou des cours de ski pour les touristes. Les premières remontées mécaniques ne se font pas attendre et les pistes damées font leur apparition, attirant les foules et apportant une nouvelle prospérité à de nombreux villages de montagne. Depuis quelque temps, on constate cependant que l' affluence sur les pistes rebute un nombre croissant d' aficiona, les poussant à redécouvrir les joies de la montée par leurs propres moyens et le bonheur de profiter d' une nature intacte, même en hiver. En conséquence de quoi le CAS a élargi son programme d' activités pour inclure également des randonnées à raquettes ou à snowboard. Après avoir contribué à faire du CAS une association de grande enver gure, le ski continue ainsi par ce biais à lui apporter encore de nouveaux membres. a Sandra Zehnder, Zurich 1 ( trad. )
Bibliographie
Max Senger, Wie die Schweiz zum Skiland wurde, Zurich 1941. Max Senger, Wie die Schweizer Alpen erobert wurden, Zurich 1945. Paul Gysin, 75 Jahre Sektion Uto. Plaquette commémorative du 75 e anniversaire de la fondation de la section Uto du Club Alpin, Zurich 1938.
Montée sur le Grenzgletscher dans la région du Mont-Rose.
Photo: Kinette Hurni, Les Alpes 1955 Les randonnées à skis connaissent une vogue croissante. Sur la Haute Route Arolla-Argen-tière, voici des skieurs-alpinis-tes descendant le glacier du Mont-Durand au pied de la Ruinette.
En rappel pour le film Du VI e degré à skis de Jürgen Gorter.
Photo: Hans Schmid, Les Alpes 1959 Extr ait de Alpinismus in Bildern, Verlag Anton SchrollCo, Vienne 1967