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|Réalisations Fille-Dieu Charpente et plafond de la nef|

Réalisation
1990 - 1996

Abbaye de la Fille-Dieu, Romont Plafond de l'église
De la voûte en bois

- De même que pour les
piliers de la nef, la restitution du
plafond a paru nécessaire pour la mise en contexte spatial correct des
peintures murales, par exemple, pour faciliter leur lecture non
seulement à titre de fragment archéologique, mais aussi pour la
compréhension de leur rôle architectural dans l'édifice. Il paraissait
également intéressant de restituer l'ambiance spatiale de l'église
ancienne, telle qu'elle a été conçue à l'origine et qui a peu varié au
cours des siècles, malgré les transformations successives du bâtiment.

En outre, la coupe restituée graphiquement laissait présager, en comparaison avec d'autres
édifices similaires, un espace aux proportions de grande qualité.
Les informations archéologiques sur les couvrements anciens de la nef ont été livrées essentiellement par la lecture des décors muraux mis à jour sur le mur est de la nef (au dessus de l'arc triomphal) et sur les murs latéraux de la nef.
Le décor du XIVe siècle réalisé au-dessus de l'arc triomphal présente, sur son pourtour, un double filet rouge marquant de façon claire le tracé du plafond médiéval, même si l'arrêt précis du mortier au bord du plafond n'a pas subsisté. Le plafond se présentait sous la forme d'un berceau polygonal, formé de sept pans de dimension inégale.
Le profil d'un second plafond est lisible, marqué par un filet et des billettes noires. Ce tracé est attribué au décor daté aux environs de 1597. A cette époque, le plafond a été abaissé de 95 cm. Sa forme a été simplifiée et réduite à cinq pans.

Découverte archéologique

( lire le rapport détaillé )

- Nous ne disposons d'aucune information
sur le lambris qui a revêtu ce plafond au XIVe siècle.
Des planches
datées de 1452-53 et 1595-96 par la dendrochronologie ont toutefois été
retrouvées lors du démontage du plancher de l'hôtellerie de 1872. Ces
planches, d'une largeur moyenne de 35 cm, ont été coupées en 1872 en
morceaux de 70 cm de long et posés comme entre-poutres afin de
supporter le remplissage en chaille. Certaines présentaient un décor
floral peint aux extrémités et au milieu des planches. Ce décor peut
stylistiquement être situé au XVIIe siècle. Il a été peint à la main,
visiblement sans chablon ou pochoir. Il n'est pas répétitif. En tout,
environ 50 planches, plus ou moins incomplètes, ont été retrouvées,
dont 31 présentant le décor peint, dont l'état de conservation est
assez moyen.

La longueur des planches dont l'entier a pu être reconstitué varie entre 470 et 585 cm. Le noir de suie de bougie qui s'est déposé sous les anciens couvre-joints confirme l'hypothèse de l'usage de ces planches comme revêtement du plafond de l'église (dû au courant d'air se créant entre un volume chaud et froid).
Une série de couvre-joints moulurés, peints en couleur ocre ou rouge, ont également été retrouvés. L'ensemble provient donc du plafond qui existait dans l'église avant les transformations de 1873, dont le profil correspondait au tracé du XVIe siècle.
- La restitution complète du plafond peint du XVIIe (comprenant l'intégration des vestiges retrouvés) a été écartée. Ce plafond, de profil bas, aurait masqué la mandorle et le décor du XIVe siècle sur l'arc triomphal, vestige majeur de la décoration murale conservée. La restitution de l'ensemble du décor floral était presque inconcevable du point de vue déontologique (décor non répétitif qu'il aurait fallu réinventer) et prohibitive du point de financier.
La réutilisation des planches peintes dans un nouveau plafond n'a pas non plus paru opportune. Le décor peint est dans un état de conservation assez médiocre, et aurait nécessité une restauration assez lourde pour que les planches puissent être présentées in situ. La lecture du plafond, si celui-ci n'était pas reconstruit au niveau bas, aurait été trompeuse. L'intégration architecturale de ces vestiges était également problématique.
Ces planches seront stockées de manière convenable afin de préserver le témoin historique. Les exemples les mieux conservés pourront être présentés de manière muséographique dans un endroit du couvent qui reste à définir.
|Repères archéologiques et montage du plafond|

Les options prises pour la réalisation du
nouveau plafond furent donc les suivantes:

- restitution de la volumétrie intérieure de l'église médiévale,
- restitution du caractère spatial et plastique du plafond afin de respecter l'identité architecturale du bâtiment,
- création d'un revêtement d'expression contemporaine.
Le plafond des bas-côtés et de la nef centrale reprend donc le tracé donné par la peinture du XIVe siècle. La surface est rythmée transversalement par des arcs doubleaux profilés, et longitudinalement en accusant les joints entre les planches. La modernité du plafond a été recherchée dans l'expression du détail. Le profil des doubleaux est formé de décrochements carrés de diverses dimensions. Le critère de composition a été le rôle architectural et plastique de ce doubleau dans l'espace de l'église.
Le profil exact a été contrôlé et mis au point par la présentation sur place de maquettes au 1/1. Les planches longitudinales sont en épicéa, de largeur irrégulière (entre 27 et 31 cm). Nous pensons que cette largeur des planches est plus à l'échelle de l'architecture qu'un lambris étroit. Le bois a été fourni par la forêt de l'Abbaye, comme celui de la charpente.
Nous avons cherché à rendre également l'effet plastique créé par le rythme des couvre-joints moulurés qui rythme les plafonds traditionnels. Au lieu de reprendre tel quel ce type de détail, nous avons traité cet éléments en creux. L'effet architectural et l'ambiance du plafond est assez proche des types anciens. Le détail toutefois marque clairement l'intervention contemporaine.
Le plafond a été laissé en bois brut, et prend une nuance dorée en vieillissant. La couleur du bois s'harmonise assez bien d'ailleurs avec la teinte générale des enduits, créant une atmosphère générale chaleureuse.
|Ambiance générale|

Documentation scientifique : Inventaire et analyse des lambris réutilisés, rapport de 1992