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Michael Jackson est décédé jeudi à Los Angeles à l'âge de 50 ans. Le roi de la pop, qui restera dans l'histoire comme l'une des plus grandes stars de la musique aux côtés des Beatles ou d'Elvis Presley, s'était produit à de nombreuses reprises en Suisse.
Selon le Los Angeles Times et le site Internet spécialisé dans les célébrités TMZ.com, qui a le premier donné la nouvelle, Michael Jackson a été victime d'un arrêt cardiaque le jeudi 25 juin à son domicile de Holmby Hills, un quartier opulent du nord-ouest de Los Angeles où il louait un manoir depuis janvier.
Il a été transporté inconscient en ambulance à l'hôpital Ronald-Reagan de l'UCLA (Université de Californie à Los Angeles), à quelques kilomètres de là. Son décès y a été constaté à 14h26 (21h26 GMT).
Un des frères aînés de Michael Jackson, Jermaine, est apparu brièvement devant la presse à l'hôpital. Lisant un communiqué préparé, il a affirmé que les médecins avaient tenté de ranimer son frère pendant une heure, sans succès. Le visage ravagé par le chagrin, il a lui aussi évoqué un «arrêt cardiaque».
Avant un retour programmé
Le décès du «roi de la pop» intervient alors que le chanteur espérait effectuer son grand retour sur scène cet été à Londres avec une série de concerts. Depuis son acquittement en Californie en 2005 au terme d'un retentissant procès pour attouchements sexuels sur un adolescent, Jackson avait vécu quasiment retiré du monde, notamment à Bahreïn et Las Vegas.
Fin mai, les organisateurs avaient annoncé que le lancement de la série de concerts avait été repoussé de quelques jours en juillet, assurant toutefois que cela n'avait «rien à voir» avec la santé de la star, qui a fait dans le passé l'objet de spéculations.
Doté d'une voix haut perchée reconnaissable entre toutes, danseur hors du commun, l'artiste était déjà connu alors qu'il n'avait pas dix ans, grâce au groupe familial «Jackson Five», avant de passer progressivement au statut de star planétaire avec des albums comme «Off The Wall» et surtout «Thriller» en 1982.
Thriller, l'album des albums
«Thriller» est l'album des superlatifs. Ses chiffres de vente sont sujets à controverse puisqu'il n'existe pas de comptage mondial officiel. Le label Epic (Sony Music) a longtemps mentionné un total de 104 millions d'albums. Mais nombre de spécialistes jugent ces chiffres exagérés et situent la fourchette entre 50 et 60 millions.
Réédité l'an dernier à l'occasion de ses 25 ans, «Thriller» restera sans doute à jamais l'album le plus vendu de tous les temps: la crise qui touche l'industrie du disque semble exclure que de tels sommets soient à nouveau atteints.
Il a été disque de platine ou de diamant dans seize pays, dont le Royaume-Uni, la France ou le Japon. Sur ses neuf chansons, sept sont sorties en singles. C'est sur l'un d'eux, «Billie Jean», que ce danseur surdoué avait étrenné son fameux pas glissé, le «moonwalk», en mai 1983 lors d'une émission télévisée pour les 25 ans de Motown. Ce mythique label de musiques noires avait lancé les Jackson 5 en 1968, avec Diana Ross comme marraine.
Un comportement étrange
Mais dès les années 1980, l'énigmatique Jackson avait montré des signes physiques et comportementaux étranges et, au-delà du phénomène musical, était devenu un phénomène tout court.
En 1993, son image de doux excentrique réfugié dans un ranch californien baptisé «Neverland» en hommage à Peter Pan, avait volé en éclats avec une première plainte, celle d'un adolescent de 13 ans l'accusant d'attouchements. L'affaire s'était réglée à l'amiable contre 23,3 millions de dollars.
En 2003, la star raconte dans un documentaire britannique aimer dormir en toute innocence avec des petits garçons. Il se retrouve traduit en justice avant de bénéficier d'un acquittement général en juin 2005. Le procès avait permis d'en savoir plus sur Neverland et son aménagement; on avait ainsi appris que Jackson possédait aussi bien des armures médiévales que des statues de super-héros et que dans sa bibliothèque se côtoyaient la Bible et des romans classiques français.
Mais depuis, entre train de vie somptuaire et inactivité artistique, la fortune de Jackson avait fondu, contraignant en 2006 le chanteur à restructurer une dette de quelque 170 millions de dollars, selon la presse américaine.
Le monde en deuil
De son producteur historique Quincy Jones, «totalement bouleversé», à la chanteuse Madonna qui «ne peu(t) plus (s)'arrêter de pleurer», le monde du spectacle a rendu un hommage unanime à «l'une des figures les plus influentes et les plus emblématiques de l'industrie de la musique», selon les mots du gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger.
Les hommages sont aussi parvenus de gouvernements étrangers: le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband a affirmé dans un message Twitter: «Jamais personne n'est monté si haut pour plonger ensuite si bas. RIP (repose en paix, ndlr) Michael». Au Japon, où la popularité de Jackson était énorme, plusieurs ministres ont fait part de leur tristesse.
Alors que toutes les télévisions des Etats-Unis rivalisaient d'éditions spéciales, à l'extérieur de l'hôpital, des centaines d'admirateurs, certains portant des T-shirts - dont certains imprimés pour l'occasion - à l'effigie de leur idole, se sont rassemblés jeudi après-midi. Mêmes scènes à l'autre bout du pays, devant la légendaire salle de concerts Apollo de Harlem à New York.
De nombreux concerts en Suisse
Durant sa carrière, Michael Jackson a fait escale à de nombreuses reprises en Suisse. Selon le site de fans «Swiss Michael Jackson Community», son premier concert en Suisse date de 1979 à Genève lors la tournée de promotion de l'album «Destiny».
Lors de sa première tournée mondiale en solo, le Bad Tour, Michael Jackson donne un concert le 16 juin 1988 devant 50'000 spectateurs au Stade Saint-Jacques de Bâle. Le 19 août, il se produit devant 45'000 fans au Stade de la Pontaise à Lausanne.
En 1992, il est de retour à Lausanne pour la promotion de son album «Dangerous». Après le concert, il est transporté en ambulance à son hôtel, qu'il ne quittera plus. En raison de problèmes de santé, il doit annuler plusieurs concerts, dont celui prévu à Bâle le 11 septembre.
En janvier 2007, Michael Jackson passe deux semaines au Mountain Studio de Montreux pour travailler les derniers arrangements de sa chanson «Blood On The Dancefloor». Le 20 juin 1997, il donne le 3e concert de sa carrière à Lausanne. Un show gigantesque dans le cadre de sa tournée «HIStory» suivi par 35'000 personnes. Cinq jours plus tard, 55'000 personnes l'acclament à Bâle pour ce qui sera son dernier concert sur territoire suisse.
Souvenirs du patron du Paléo
L'organisation du concert de Lausanne laisse un souvenir particulier à Daniel Rossellat. «Je n'ai jamais vu en 30 ans de carrière un tel dispositif de sécurité. Je me rappelle d'un artiste dans sa bulle impossible à approcher», témoigne le patron du Paléo Festival de Nyon.
«Même nous organisateurs, nous n'étions pas au courant de toutes les mesures de sécurité. Nous avons eu l'impression que des sosies de Michael Jackson étaient présents pour brouiller les pistes».
«Sur scène, sa prestation était extraordinaire du point de vue chorégraphique», se souvient-il. Le roi de la pop est le premier à avoir mis en place une machine technique aussi impressionnante pour des concerts. «Il a apporté un autre rythme aux spectacles».
Daniel Rossellat espère que l'on retiendra surtout le talent de l'homme et non ses frasques judiciaires. «C'était un phénomène sur scène et un phénomène discographique». Personne n'égalera ses ventes de disque, prédit-t-il.
swissinfo.ch et les agences
Biographie musicale
29 août 1958: naissance à Gary (Indiana, nord des Etats-Unis).
1962-1964: lancement des Jackson Five's par Joe Jackson, le père, avec ses cinq fils: Jackie, Jermaine, Tito, Marlon et Michael.
1969: premier hit à onze ans avec les Jackson Five's «I want you back». Contrat avec Motown, le célèbre label noir de Detroit.
1970: lancement de sa carrière solo, parallèle à celle des Jackson Five's.
1979: sortie de l'album Off The Wall», produit par Quincy Jones, 11 millions d'exemplaires vendus.
1982: l'album «Thriller» se vend à plus de 41 millions d'exemplaires et fait de lui l'une des plus grandes vedettes pop de la décennie 80.
1987: l'album «Bad» se vend à plus de 20 millions d'exemplaires.
1991: album «Dangerous», 21 millions d'exemplaires vendus.
2001: album «Invincible»: 2,1 millions d'exemplaires vendus.
2006: le 16 novembre, il remonte pour la première fois sur scène depuis 9 ans. à l'occasion des World Music Awards. Il quittera les planches sous les huées de la foule après n'avoir pu chanter que quelques couplets de «We Are The World».
2009: le 5 mars, il annonce une série de concerts à Londres, confirmant son retour sur scène. Mais il décéde près de 4 mois plus tard, le 25 juin 2009 à Los Angeles.
Chagrin au fan-club suisse
Les fans suisses de Michael Jackson sont sous le choc. «Je ne peux pas y croire», témoigne Thomas Zahner, 31 ans, cofondateur de la Swiss Michael Jackson Community.
Comme de nombreux autres membres du fan-club, Thomas Zahner devait se rendre à Londres pour assister à l'un des concerts de la star. «Tout était organisé. Nous avons attendu dix ans ce moment», dit le jeune homme visiblement ému.
Il ne peut pas encore imaginer l'avenir. Le fan-club, fort de 500 membres suisses et parfois allemands, doit d'abord digérer le choc avant de réfléchir à son évolution. «Nous allons sans aucun doute continuer d'une manière ou d'une autre.»
Que la vie de Michael Jackson s'achève ainsi est «triste et tragique», réagit le jeune Suisse. «On peut comparer cette mort à celle d'Elvis ou de Marilyn Monroe. C'était une légende. (...) J'espère que le monde gardera le souvenir d'un grand artiste qui a tant fait pour la musique et qui pouvait illuminer les visages dans le monde entier».