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Le potentiel à court terme d'une appréciation de l'euro semble limité malgré le rebond de ces dernières semaines.
Depuis juin 2021, la devise européenne s’est dépréciée de 16% face au dollar américain jusqu’à descendre sous la parité en septembre 2022. Le plus bas depuis 20 ans a été atteint à 0,96. Le taux de change effectif réel du dollar américain, une mesure de la compétitivité des Etats-Unis en tenant compte des prix avec les principaux partenaires commerciaux, a atteint son plus haut niveau historique.
- Un resserrement plus rapide et plus important de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) par rapport à la Banque centrale européenne (BCE) et à de nombreuses autres banques centrales dans le monde.
- Un niveau de taux d'intérêt plus attractif dans la zone dollar.
- La probabilité accrue d'une récession dans la zone euro en raison de la plus grande vulnérabilité de l'économie européenne, dépendante des importations d'énergie, aux conséquences négatives d'un choc de l'offre (actuellement: conflit en Ukraine).
La publication des derniers chiffres de l'inflation aux Etats-Unis a permis à l'euro de repasser légèrement au-dessus de la parité contre le dollar américain. Les Etats-Unis ont annoncé une baisse de la hausse des prix à la consommation en octobre de 8,2% à 7,7% sur un an. Les analystes anticipaient une baisse à 7,9%. En revanche, dans la zone euro, les prix à la consommation ont continué à augmenter en octobre, passant de 9,9% à 10,6% sur un an. Ainsi, la pression sur la BCE s’accentue pour que ses taux directeurs soient augmentés de manière soutenue, tandis que la Fed pourrait ralentir son durcissement monétaire pour atteindre un pic de taux d'intérêt en juin 2023, soit un peu plus tôt que la BCE (septembre 2023). La divergence entre l'évolution de l'inflation et les pressions à la hausse des taux d'intérêt a pour conséquence le resserrement de l'écart de taux d'intérêt attendu entre l'euro et le dollar américain, ce qui a entraîné une «mini-reprise» de l'euro au cours des dernières semaines.
Malgré ce mouvement de hausse, nous estimons toutefois qu'il est encore trop tôt pour miser sur un rattrapage durable de l'euro. Le ralentissement économique en zone euro sera plus marqué qu’aux Etats-Unis et la probabilité d’une récession est plus importante. Cela soutient le dollar américain. L'indicateur avancé sur l’activité PMI est tombé dans la zone euro à son niveau le plus bas depuis deux ans et laisse entrevoir une contraction de l'activité économique depuis juillet. Si l'on regarde les prévisions de croissance, on s'attend pour 2023 à un léger recul de 0,1% dans la zone euro et à une légère croissance de 0,4% aux Etats-Unis. La probabilité de récession pour les 12 prochains mois est donc plus élevée dans la zone euro (estimée à 80%) qu'aux Etats-Unis (62,5%). Le statut de monnaie de référence mondiale et de valeur refuge en période de crise est un autre facteur de soutien pour le dollar américain. Ce contexte soutient historiquement le dollar américain dans les phases de récession.
Ainsi, à court terme, deux éléments importants pour déterminer l'évolution du cours de l'EUR/USD s'opposent: les perspectives de récession et d'inflation. Dans ce contexte de tensions, le potentiel d'appréciation de l'euro à court terme nous semble limité, d'autant plus que l'endettement public élevé de certains pays d'Europe du Sud limite les marges de manœuvre de la BCE.
A long terme, nous observons un potentiel d'appréciation de l'euro. Des facteurs tels que la parité des pouvoirs d'achat et la combinaison du déficit budgétaire et du déficit de la balance des paiements courants (déficits jumeaux) aux Etats-Unis indiquent une surévaluation croissante du dollar américain. Selon le taux de change en parité de pouvoir d'achat, le taux de change «équitable» pour l'EUR/USD serait d'environ 1,41. Si l'on considère le taux de change actuel de 1,04, l'euro pourrait à nouveau se rapprocher de la parité de pouvoir d'achat au cours des prochaines années.
En outre, les Etats-Unis affichent depuis des années ce que l'on appelle un déficit jumeau, la combinaison du déficit budgétaire et du déficit de la balance des paiements courants. Le budget de l'Etat présente des déficits depuis au moins 20 ans et devrait atteindre -4% du produit intérieur brut (PIB) en 2022. La balance des paiements courants (exportations - importations) est tout aussi «négative». La dernière fois que les Etats-Unis ont exporté plus qu'ils n'ont importé, c'était en 1991. Depuis, le déficit de la balance des paiements courants n'a cessé de se creuser et atteint actuellement un niveau élevé de 4% du PIB. Dans le contexte actuel, où les résidents investissent moins en raison de l'inflation, où la demande d'obligations d'Etat américaines de la Fed ou en provenance de l'étranger diminue, il pourrait être de plus en plus difficile de financer les déficits. Cette situation pourrait donc peser sur le dollar américain à long terme.
Nous maintenons notre positionnement neutre sur l'EUR/USD. Le potentiel à court terme d'une appréciation de l'euro semble limité malgré le rebond de ces dernières semaines (probabilité de récession importante, dette publique élevée en Europe du Sud). Les facteurs de long terme (parité des pouvoirs d'achat, déficits jumeaux) soutiennent néanmoins l’appréciation de l’euro à plus long terme. Si les vents contraires et géopolitiques actuels, qui pèsent négativement sur l’économie et l'inflation de la zone euro, s'apaisent, alors une reprise de l'euro pourrait être possible.