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L’autodéfense féministe regroupe un ensemble de pratiques de self-défense qui se sont constituées dans les milieux féministes depuis plusieurs décennies. Ces pratiques visent à développer le pouvoir d’agir des femmes.
Quelques distinctions
L’autodéfense féministe doit être distinguée des arts martiaux, sports de combat ou self-défense féminine. Les arts martiaux désignent un ensemble de pratiques traditionnelles issues de techniques de combat militaire. C’est ainsi que Morihei Ueshiba a fondé l’aïkido à partir de techniques martiales. Les sports de combat se distinguent des arts martiaux car ils intègrent des règles de compétition. Parmi les sports de combat les plus populaires, on trouve aujourd’hui différents styles de boxe, comme la boxe anglaise, ou encore les arts martiaux mixtes (MMA). Plusieurs arts martiaux sont également devenus des sports aujourd’hui: le judo ou le karaté par exemple.
La self-défense regroupe un ensemble des pratiques martiales adaptées pour la défense civile à destination de professionnel·les ou de simples citoyen·nes. Parmi les méthodes de self-défense, on trouve le jiu-jitsu moderne. Aujourd’hui, l’une des approches les plus répandues est le krav maga, issue de méthodes de défense militaire israélienne. Les méthodes de self-défense se distinguent des sports de combat sur plusieurs critères. La self-défense n’est pas destinée à être mise en œuvre dans un cadre sportif réglementé, mais dans le cadre juridique de la légitime défense. Elle comporte une partie prévention de l’agression et négociation en amont. Elle implique le respect du cadre réglementaire de la légitime défense. Elle est orientée vers la possibilité de faire face à un ou plusieurs agresseurs, armés ou non. Elle implique également la gestion de l’après-agression.
Les cours de self-défense prennent en réalité souvent l’allure de cours d’activité physique où l’on apprend principalement des techniques de défense physique. Ce qui fait que le public tend à être majoritairement masculin, mais plus âgé que dans les cours de sports de combat.
Self-défense féminine et autodéfense féministe
La self-défense féminine peut désigner un système de self-défense plus particulièrement adapté aux femmes. Par exemple, c’est le cas de l’«Amazon Training» développé par Eric Quequet en France. On peut trouver également une approche de type thérapeutique à destination des femmes victimes de violence. C’est le cas du «Fight for Dignity» créé par la championne de karaté Laurence Fisher.
De son côté, l’autodéfense féministe1>Pour plus d’information sur le sujet, voir par exemple l’association Garance: http://www.garance.be/ n’est pas une méthode de self-défense. Elle s’en distingue par plusieurs éléments. L’autodéfense féministe comprend trois dimensions: l’autodéfense mentale, l’autodéfense verbale et l’autodéfense physique. Elle se décline en différents courants, tels que le Wendo ou le Seito Boei. Surtout, la principale différence avec la self-défense féminine est que l’autodéfense féministe comprend une analyse de la réalité des violences faites aux femmes et des explications sociologiques pouvant leur être données en lien avec une critique du système patriarcal.
Beaucoup de supports de self-défense féminine mettent en avant des situations d’agression en réalité statistiquement peu représentatives de la réalité des violences physiques subies par les femmes. C’est le cas de l’agression par un inconnu dans un parking sombre. Or la réalité des agressions subies par les femmes est avant tout constituée de violences conjugales ou d’agressions sexuelles de la part de proches.
Sports de combat ou self-défense
Aux Etats-Unis, depuis quelques années, des spécialistes de MMA effectuent une critique des techniques de self-défense et en particulier des techniques de self-défense féminine. Ces champions de sport de combat affirment que les techniques de self-défense apprises aux femmes sont inefficaces et leurs donnent simplement l’illusion de pouvoir se défendre. Pour eux, seule la pratique des sports de combat permettrait à une personne de développer les capacités à se défendre face à une agression physique. Ils prennent pour argument les cas filmés par des caméras de vidéosurveillance d’agression de rue.
Or nous sommes là au cœur de la méprise que l’on retrouve chez les hommes pratiquant des sports de combat qui parlent de la self-défense féminine, comme chez la plupart des vendeurs (masculins) de méthodes de self-défense féminine. En effet, ces discours ne partent pas de la réalité des agressions vécues par les femmes et de leurs réactions face à ces agressions.
A l’opposé, la particularité de l’autodéfense féministe est de partir de la réalité sociologique des agressions vécues et des réactions à ces agressions. Elle vise à aider les femmes à réagir – la non réaction face à une agression, sous l’effet de la sidération, étant interprétée par le système judiciaire comme un consentement.
Notes
|↑1||>Pour plus d’information sur le sujet, voir par exemple l’association Garance: http://www.garance.be/|
Irène Pereira est sociologue et philosophe de formation, ses recherches portent sur l’éducation populaire. Cofondatrice de l’IRESMO, Paris, http://iresmo.jimdo.com/