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Cette recherche effectuée à Genève, démontre comment l'émergence d'une vision de l'enfant en tant que sujet de droits a progressivement défini la lutte contre la « maltraitance » des enfants comme un enjeu de régulation normative des rapports familiaux. Cette conception de la maltraitance comme « problème social » s'est construite autour des années 1990 et s'est vue consacrée en Suisse par des institutions et des acteurs politiques.
Basée sur l'analyse de documents officiels, de coupures de journaux mais aussi d'entretiens de travailleur-se-s sociaux-ales et de juges, cette étude démontre que la notion de maltraitance s'est progressivement élargie, incluant des situations de plus en plus hétérogènes et plus uniquement les blessures physiques. L'analyse sociologique des enseignant-e-s, juges et travailleur-se-s sociaux-ales ainsi que des familles jugées maltraitantes révèle que les premier-ère-s font généralement partie des classes moyennes d'origine suisse alors que les second-e-s des classes populaires issues de l'immigration. À travers l'émergence de la problématique de la maltraitance socialement et historiquement déterminée, se dessine donc l'imposition aux classes défavorisées par les classes moyennes de la « bonne » éducation et donne lieu à de nouvelles formes de régulation normative des rapports familiaux.
Peu d'études traitent de la maltraitance sous un angle sociologique. Cet article apporte donc un éclairage fondamental sur la construction d'un discours normatif, traversé par des rapports de classe, d'ethnicité mais aussi de genre.
Résumé : Sarah Kiani.