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Le dernier conflit armé entre ces deux ennemis irréductibles que sont l’Arménie et l’Azerbaïdjan a pour l’instant pris fin avec le cessez-le-feu négocié par le président russe Vladimir Poutine. Depuis le 10 novembre 2020, la paix règne à nouveau sur le front du Haut-Karabagk. L’Occident s’est contenté d’un rôle de spectateur.
Un vieux conflit
Il faut replacer le conflit du Haut-Karabagk, cet antagonisme séculaire, dans le contexte du massacre des Arméniens à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans les années 1920, l’Union soviétique a stabilisé la région, mais n’est jamais parvenue à résoudre ce problème sous-jacent. Elle a néanmoins réussi à faire cesser les principales violences jusqu’en 1988. Après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l’oblast* autonome du Haut-Karabagk a immédiatement proclamé son indépendance vis-à-vis de la République Socialiste Soviétique d’Azerbaïdjan d’alors; cet oblast n’a jamais pu être reconquis par l’armée de la toute nouvelle République d’Azerbaïdjan. En revanche, la guerre du Haut-Karabagk a pris fin en 1994, après que les troupes de l’Arménie et de la République du Haut-Karabagk aient conquis de vastes territoires, qui devaient non seulement assurer la défense territoriale du Haut-Karabagk mais qui empiétaient également sur les territoires azerbaïdjanais qui l’entouraient.
Ces régions, aujourd’hui largement sous-peuplées, ont ensuite constitué une sorte de zone tampon pour les Arméniens. Dans la guerre qui vient de prendre fin le 10 novembre, la République du Haut-Karabagk a perdu une grande partie des territoires de cette région.
Depuis plus de 25 ans, un groupe d’états membres de l’OSCE tente d’apporter des solutions pacifiques et politiques au conflit du Haut-Karabagk. Ce groupe, appelé le Groupe de Minsk,est coprésidé par les Etats-Unis, la Russie et la France. Il a élaboré les Principes de Madridqui prévoient, entre autres, la restitution de la zone tampon, c’est-à-dire des zones azéries qui n’ont jamais fait partie de l’oblast autonome du Haut-Karabagk ayant toujours été peuplées par une majorité d’Azéris. Ces principes de résolution pacifique du conflit portent le nom de «Principes de Madrid» car c’est dans cette ville qu’ils ont été soumis pour la première fois aux représentants des parties belligérantes, lors du Conseil ministériel de l’OSCE en 2007.1 Toutefois, les Principes de Madrid ne prévoient pas la rétrocession à l’Azerbaïdjan du Corridor de Latchin qui relie le Haut-Karabagk à l’Arménie.
A diverses reprises, le Conseil de sécurité des Nations unies a également traité du conflit du Haut-Karabagk exprimant sa préoccupation quant à l’occupation par l’Arménie du territoire azéri situé en dehors des limites du Haut-Karabagk.2 Cela ne concerne toutefois pas la République d’Arzach en tant que telle.
Cependant, le président azéri Ilham Aliyeva démontré, une fois encore, que la mise en œuvre des principes de Madrid ne faisait pas partie intégrante de ses préoccupations, lorsqu’il a catégoriquement rejeté l’idée d’un référendum dans le Haut-Karabagk portant sur le statut de la région3 – en dépit de ce que ce dernier référendum avait explicitement été prévu par les Principes de Madrid. Fort de ses succès militaires et de son alliance avec la Turquie, M. Aliyev semble actuellement croire qu’il a les moyens de se permettre ce genre d’attitude arrogante. Il avait déjà adopté cette posture en octobre, lors de l’offensive azérie sur la ville de Hadrut: Hadrut est une petite ville entièrement peuplée d’Arméniens située sur le territoire de l’ancien oblast autonome du Haut-Karabagk qui – conformément aux Principes de Madrid – n’a jamais fait l’objet de demandes de restitution. Le Hadrut fait partie des territoires qui devraient déterminer leur statut lors du référendum mentionné plus haut.
Depuis des mois, le Groupe de Minsk fait l’objet de critiques de la part de l’Azerbaïdjan qui lui reproche de n’avoir pas réussi à restaurer l’intégrité territoriale azérie en tant d’années.4 Au sein de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) la Russie est l’alliée de l’Arménie, mais elle entretient également de bonnes relations avec l’Azerbaïdjan. En septembre dernier, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait déjà négocié une trêve humanitaire. Et fin octobre Kay Bailey Hutchison, ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’OTAN, a clarifié la position du gouvernement américain: il n’y a pas de résolution possible du conflit du Haut-Karabagk qui passe par le recours à la force armée.5 C’est pourtant exactement ce que tente de faire M. Aliyev depuis le 27 septembre.
Conclusion
En positionnant ses troupes près du Corridor de Latchin depuis fin octobre, la Russie a montré où passait la limite à ne pas franchir. C’est pourtant ce qui s’est passé au cours de la première semaine de novembre lors de l’offensive azérie en direction des villages de Latchin/Berdzor et u.i/u.a Bien que la coopération entre Moscou, Washington et Paris au sein des coprésidents de Minsk ait apparemment bien fonctionné, les Occidentaux se sont montrés peu enclins à réagir. Privée du soutien de l’Occident, la Turquie n’est pas en mesure de rechercher la confrontation avec la Russie et elle a ainsi dû reconnaître ses limites. En outre, la Russie a proposé à la Turquie de siéger dans une commission mixte de surveillance de la mission du maintien de la paix. Les troupes turques ne devraient cependant pas participer à l’opération.6
Comme cela avait déjà été le cas en Syrie, le président turc Recep Erdogana conclu un accord avec la Russie – et les pays occidentaux en ont de nouveau été écartés. L’adhésion de la Turquie à l’OTAN a été vidée de sa substance un peu plus, et l’avenir du groupe de Minsk dépend du bon vouloir de la Russie. Le cessez-le-feu du 10 novembre est un indicateur de plus d’une tendance suprarégionale dans la politique européenne de sécurité. Le véritable vainqueur de cette guerre à laquelle elle n’a pas elle-même participé est la Russie. Elle peut maintenant en recueillir les bénéfices. •
* Oblast: un oblast est une unité territoriale, subdivision de la Fédération de Russie, qui porte souvent le même nom que sa ville principale et qui est dirigée par un gouverneur.
1 Concernant les Principes de Madrid, voir https://css.ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/gess/cis/center-for-securities-studies/pdfs/CSS-Analyse-131-FR.pdf. Le groupe de Minsk est composé du Belarus, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Suède, de la Finlande et de la Turquie. Il comprend en outre les membres de la Troïka, la direction de l’OSCE, soit actuellement l’Albanie, la Slovaquie et la Suède. L’adhésion de la Turquie au groupe de Minsk est très controversée, tout comme la représentation de la Turquie au sein du groupe de planification de haut niveau de l’OSCE.
2 Voir les résolutions 822, 853, 874 et 884 du Conseil de sécurité des Nations unies.
3 Interview avec le quotidien japonais Nikkei Asia: https://asia.nikkei.com/Editor-s-Picks/Interview/Azerbaijan-s-president-calls-on-Armenia-to-return-land-for-peace
4 Voir https://www.bbc.com/russian/live/news-54317944
5 Voir https://nato.usmission.gov/october-21-2020-press-briefing-with-kay-bailey-hutchison/?_ga=2.152498298.2130501265.1605168971-1797807319.1605168971
6 Voir https://www.msb.gov.tr/SlaytHaber/11112020-74373 et https://twitter.com/NKobserver/status/1326664196872790016?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Eembeddedtimeline%7Ctwterm%5Eprofile%3ANKobserver%7Ctwcon%5Etimelinechrome&ref_url=https%3A%2F%2Fnkobserver.com%2F
Nous, Ilham Aliyev, Président de la République d’Azerbaïdjan, Nikol Pashinyan, Premier ministre de la République d’Arménie et Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, déclarons ce qui suit:
Selon l’accord conclu entre les parties, un projet de construction d’un nouvel axe routier sera élaboré au cours des trois prochaines années le long du Corridor de Latchin afin d’assurer la liaison entre le Haut-Karabagk et l’Arménie, le contingent russe chargé du maintien de la paix devant ensuite être affecté à la protection de cette route.
La République d’Azerbaïdjan se porte garante de la sécurité de la circulation bilatérale des citoyens, des véhicules et des marchandises le long du Corridor de Latchin.
Selon l’accord conclu entre les parties, il est prévu de construire de nouvelles voies de circulation reliant la République autonome du Nakhitchevan et les districts de l’ouest de l’Azerbaïdjan.
(Traduction Horizons et débats)
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