Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06882.jsonl.gz/798

«Teret» («La Charge»), premier long-métrage de fiction du Serbe Ognjen Glavonić (après le documentaire «Depth Two», présenté au Forum du Festival de Berlin en 2016), un road movie avec des éléments de thriller, parle de nouveau d'un crime de guerre commis au Kosovo en 1999, lors des bombardements par l'OTAN.
Alors que «Depth Two» était rempli jusqu'à ras bord d'informations, avec «La Charge», Glavonić nous livre une oeuvre plus atmosphérique, qui suggère beaucoup plus qu'elle ne montre, où l'on suit un camionneur, Vlada (incarné par la star croate Leon Lučev), qui transporte une marchandise non-identifiée du Kosovo vers Belgrade.
Entre le moment où Vlada se met au volant du camion, dans un dépôt au Kosovo, et celui où il le livre à Belgrade, la caméra de la chef-opératrice Tatjana Krstevski est avant tout tournée vers le camionneur dans sa cabine et vers son visage, où se lisent son angoisse et sa douleur par rapport à sa situation, mais aussi les souvenirs qui l'habitent et les questions que sa situation le force à se poser. Il ne sait pas ce qu'il transporte, mais comme il doit opérer dans le plus grand secret et qu'on lui a dit de ne pas s'arrêter avant d'atteindre sa destination, il imagine bien que la marchandise qu'il convoie n'est pas quelque chose d'ordinaire. Cependant, comme Vlada a une famille à nourrir, par temps de guerre, c'est son absolue priorité.
En chemin, il laisse monter à bord un auto-stoppeur adolescent, Pava (Pavle Čemerikić), qui part en Allemagne pour y trouver une vie meilleure. Comme il connaît le chemin, il l'aide à naviguer, au moment où la route se retrouve bloquée par une voiture en feu. Alors qu'ils s'apprêtent à fuir du côté des collines, un agent les arrête, mais quand Vlada lui remet le document glissé dans une enveloppe bleue que lui ont donné ses employeurs, le policier se confond en excuses.
Pava représente la génération de Glavonić, qui a grandi pendant la guerre – il a un groupe de musique punk, chose courante dans les années 90 chez les jeunes, et joue même une chanson à Vlada, lui-même père d'un garçon adolescent. Ce segment du film ajoute un élément de contexte générationnel, de même qu'une histoire de briquet donné à Vlada par son père à lui, qui s'est battu pendant la Seconde Guerre mondiale. Qu'on se rassure cependant: aucun sentimentalisme ne ressort de ce film dur et inévitablement sombre, filmé dans une palette de couleurs passées, entre gris et beige, parmi les maisons en ruines, les chemins boueux et les voitures rouillées. Le ton choisi par le réalisateur évoque la voix basse, presque le grognement d'un animal blessé, mais dangereux.
Tout au long du film, la guerre reste en toile de fond: au début, on voit les éclats de missiles, par-delà les collines, au loin, sans en entendre le bruit, ou à peine. Contrairement à l'enquête sur le crime de guerre traité qu'il menait dans son documentaire «Depth Two», à partir des faits, dans «La Charge», Glavonić nous offre le tableau d'une société et du destin des êtres humains en temps de guerre, ainsi que son opinion sur ce que sa génération a hérité de la précédente.
La plus grande réussite du film, c'est la manière avec laquelle il parvient à transmettre tout cela au public avec des moyens très réduits. Il a fallu pour cela un acteur très spécial: Lučev livre ici une performance presque incroyable qui rend l'exécution du regard du réalisateur non seulement possible, mais remarquablement claire. – Vladan Petkovic, Cineuropa