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"Sopro", hommage à Cristina la souffleuse, âme discrète du théâtre
Normalement, on ne la voit jamais, Cristina. On ne l'entend pas plus. Et pourtant elle est bien là. Présente tous les soirs de représentation avec sa brochure et son chronomètre. Prête à chuchoter un mot, murmurer une réplique en cas de trou de mémoire d'un comédien. Le chronomètre? C'est pour les retours aux comédiens à la fin d'un spectacle. On sait ainsi si le jeu a été plus ou moins dynamique ou précipité.
La place de Cristina, ce sont les coulisses, l'ombre, à quelques centimètres des feux de la rampe et à portée d'oreille des acteurs. Elle a débuté il y a plus de quarante ans, le 14 février 1978, Cristina Vidal. Souffleuse dans un théâtre qui a depuis disparu, installée dans son trou de souffleuse, une sorte de trappe surmontée d'un capot, placée tout à l'avant de la scène, invisible du public et face aux comédiens. Ces trous ont été rasés et bouchés depuis longtemps. Ils faisaient tache dans la scénographie contemporaine. Et puis, désormais, ce sont les souffleurs qu'on élimine. Le théâtre les boude. Il économise sur ce métier né au 17e siècle ou alors joue des spectacles où l'on improvise son texte au gré du spectacle.
Un métier tombé en désuétude
Au Portugal, le pays de Cristina Vidal, ils ne sont plus que deux à officier au Théâtre National Donna Maria II, en plein centre historique de Lisbonne. Le National, c'est l'équivalent lusophone de la Comédie française laquelle vient d'abandonner ses derniers souffleurs.
En France, le métier ne se pratique plus. On en trouve encore en Allemagne et ici en Suisse, ce sont généralement les comédiens en manque de répliques ou un assistant à la mise en scène qui officient au titre de souffleur. Certains acteurs portent l'oreillette et préenregistrent leur texte…
Cristina Vidal, l'âme de son théâtre
A peine nommé à la tête du Théâtre National Donna Maria II, le metteur en scène Tiago Rodrigues, créateur renommé de la scène culturelle européenne, rencontre Cristina Vidal comme on découvre un animal exotique que l'on croyait disparu. Incrédule, il n'a d'abord pas su trop quoi faire de cette employée historique. Puis il a compris: elle incarne l'âme même de son théâtre, sa mémoire, son histoire, ce n'est pas un murmure, c'est l'avocate des auteurs, la psychanalyste des acteurs…
>> A voir, le teaser du spectacle:
C'est ainsi qu'est né "Sopro", un spectacle où la souffleuse apparaît en pleine lumière. Cristina ne joue pas à l'actrice. Elle est elle-même. Elle murmure, va d'une comédienne à l'autre, ne quitte jamais sa brochure qui contient le texte. Dans "Sopro", il est question d'un théâtre que l'on vient de boucler, d'un métier qui s'efface, d'une âme qui est aussi un souffle, de ce personnage qui semble animer les comédiennes qui l'entourent. "Sopro" un hommage. Un chant du cygne aussi. On sait bien que ce dernier est le plus beau.
Thierry Sartoretti/ld
"Sopro", mise en scène de Tiago Rodrigues. Meyrin-Forum, le 1er mars. Yverdon-les-Bains, Théâtre Benno-Besson, les 11 et 12 mars. Lausanne-Vidy, du 14 au 19 mais dans le cadre d'un festival Tiago Rodrigues qui accueille aussi les pièces "By Heart" et "Antoine et Cléopâtre".
Publié le 01 mars 2019 à 13:16