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Madame von Capeller, quelle forme de soutien la Suisse a-t-elle apporté à la Bosnie et Herzégovine durant ces deux dernières décennies ?
Pendant les cinq premières années, nous lui avons fourni une aide humanitaire d’urgence : au sortir d’une guerre dévastatrice, la population en détresse avait surtout besoin de nourriture, de vêtements et de médicaments. Nous avons aussi aidé les rapatriés à reconstruire leurs maisons et à remettre en place leurs exploitations pour qu’ils disposent le plus rapidement possible des moyens de subsistance nécessaires.
A partir de l’an 2000, afin de soutenir la transition dans la perspective de la pleine intégration du pays à l’Union européenne (UE), nous nous sommes concentrés sur son développement à plus long terme. Cela comprenait, entre autres, la transmission de valeurs telles que l’économie de marché socialement responsable, la démocratie et les droits de l’homme.
Quels résultats la Suisse a-t-elle obtenus ?
En collaboration avec d’autres pays donateurs, des institutions nationales et des organisations de la société civile, la Suisse a contribué à d’importantes réformes dans le domaine du développement des communes, de la lutte contre le chômage chez les jeunes, du renforcement de l’efficacité du système de santé et de la gestion des migrations. Parmi les résultats concrets, je citerai notamment la mise en place de guichets modernes dans les bureaux communaux, l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable, le développement de services de santé professionnels ou encore la création d’entreprises, avec de nouveaux emplois à la clé. De plus, la Suisse a œuvré en faveur de l’adoption de diverses lois particulièrement importantes pour une société qui veut aller de l’avant. État démocratique et multiculturel par excellence, la Suisse fait figure de modèle à bien des égards.
Vingt années se sont écoulées depuis la fin de la guerre. Où en est la Bosnie et Herzégovine aujourd’hui ?
Le pays reste en proie à trois problèmes de fond. Il s’agit tout d’abord de la profonde fracture qui subsiste entre les différents groupes de population, à savoir les Bosniaques musulmans, les Croates majoritairement catholiques et les Serbes orthodoxes. Ensuite, la structure d’Etat scindée en trois parties et la faiblesse du pouvoir central entrave la mise en œuvre de réformes politiques urgentes. Enfin, les atrocités de la guerre de Bosnie sont loin d’être digérées. Aujourd’hui, le progrès se mesure à la capacité qu’ont les gens de recommencer peu à peu à se respecter et de se donner les moyens de vivre ensemble.
Dans ce contexte, qu’est-ce qui caractérise plus spécifiquement l’engagement de la Suisse ?
Grâce à de longues années d’engagement, la Suisse jouit d’une grande confiance en Bosnie et Herzégovine, où elle est perçue comme un partenaire fiable. Elle fait actuellement partie des cinq principaux pays donateurs. Au cours de ces deux dernières décennies, elle a investi près de 600 millions de francs dans des programmes de coopération, en privilégiant les domaines dans lesquels elle dispose d’un savoir-faire particulier.