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DOP - DISCRIMINATION D'ORIGINE PROTÉGÉE. Partie 4.
L’année 2013 restera toujours pour moi le millésime du Tsar principalement pour deux raisons. La première parce qu’il y a 200 ans, en 1813, le Tsar russe Alexandre Ier a décrété la loi qui permettait la migration des nouveaux habitants en Bessarabie. Et la deuxième raison, parce qu’en 2013, le président russe Vladimir Poutine a décrété l’embargo de la Russie vers la Moldavie indépendante. C’est une interdiction d’importation commerciale à cause de problèmes politiques. Les deux raisons ont été positives pour le pays, même si la plupart de la population autochtone a mal pris ce changement, elles ont permis le développement qualitatif de l'agriculture avec sa branche vitivinicole. Il faut dire que l’industrie vitivinicole de la Moldavie constitue la branche principale de l’agriculture et pourtant l’activité économique principale du pays. Il faut savoir aussi que la Moldavie actuelle occupe environ 75% du territoire de la province de la Bessarabie d'auparavant. Actuellement, la surface totale des vignobles de la Moldavie indépendante est d’environ 150.000 ha, dont environ 110.000 ha sont des vignes industrielles en culture noble d’espèces européennes destinées au commerce. Les autres 40.000 ha sont des vignes de culture sauvage d’espèces américaines cultivées par la population pour la consommation privée. Tous les ménages villageois de la Moldavie ont un petit jardin autour de la maison où les gens cultivent leur produits faits maison. D’habitude chacun a un petit carré de vigne qui produit environ 500 à 1000 litres de vin pour la consommation privée de l’année. Par conséquent, la plupart de la population n’achète pas de vin au marché et la plupart du vin industriel est exporté. La Russie a toujours été le marché principal pour les produits agricoles moldaves. A l’époque soviétique, la Moldavie et la Géorgie étaient les principaux fournisseurs de vin de l’URSS. Le système de l’industrie vinicole actuel a été construit en principe à l’époque soviétique. Seulement dans les années 1950-60, en Moldavie ont été plantés environ 150.000 ha de vigne industrielle et des caves ont été construites pour la transformation du raisin et la production du vin. C’était la période de développement glorieuse du communisme soviétique. Vers les années 1980, la surface totale des vignes de Moldavie était estimée à 250.000 ha. Tout était fait en grand selon le système de l’économie centralisée de commande. La même chose se passait en Roumanie et Ukraine voisines. La supposée nouvelle vie se fondait sur la critique du système de vie précédent de l’époque capitaliste, avec ses inégalités de classe et de richesse. On regardait le capitalisme comme un ennemi idéologique. C’est pour cette raison principale que l’histoire de la colonie suisse de l’époque précédente a été ignorée par les programmes d’enseignement public.
Mon père était cadre de l’enseignement public soviétique. Il croyait sincèrement dans l’idéologie communiste, qui en théorie était quelque chose de magnifique. Après la dictature de Staline, la famine et les répressions d’après la guerre, la nouvelle génération de mon père était formée dans cet esprit de la nouvelle vie de rêve. Cependant, la génération de mon grand-père était persécutée ou poursuivie pour faire partie de l’époque précédente où il y avait des propriétaires et des non-propriétaires. Mon grand-père, négociant agricole et propriétaire de terres, a été enlevé un jour de l’année 1944 et envoyé en prison en Sibérie, au Gulag de Vorkuta. Sa femme, ma grand-mère, a dû se cacher dans un monastère pendant plusieurs années, en laissant à l’abandon 4 enfants, dont mon père. En 1953 après la mort de Staline, mon grand-père a été libéré et a pu revenir et rejoindre sa famille. Vers 1957, ils ont racheté leur maison familiale qui avait été confisquée par les soviets quelques années auparavant. La valeur totale de rachat était de 9236 roubles, dont 2837 roubles étaient payés à la signature du contrat et les 6399 restants répartis en plusieurs tranches pendant les 3 années suivantes. C’était une belle victoire de mon grand-père, mais à quel prix… (voir Généalogie).
Mes grands-parents ont vécu paisiblement jusqu’à 84 et 89 ans d’âge au sein de la maison familiale dans le centre de la Moldavie soviétique. Mon père a grandi donc dans l’esprit de l’école communiste et a toujours évité de parler de ses racines bourgeoises. Formé en pédagogie, il a passé différents échelons de sa carrière jusqu’au poste d’inspecteur d’enseignement du district d’Orhei. Comme ma mère, professeur d’enseignement, ils étaient obligés de suivre la doctrine communiste et faire partie du Parti Communiste. Je me rappelle de mes grands-parents comme des gens très précis et délicats dans leur manière de parler et de se comporter. Quand on allait chez eux, je devais embrasser la main de chacun comme forme de salutation. Mon grand-père avait toutes sortes d’outils pour différents travaux agricoles dans leur jardin d’environ 2000 m carrés autour de la maison. Les gens du village venaient souvent chez lui pour emprunter des outils pour différents travaux. Toutefois, une bonne partie du village enviait mes grands-parents et les voyait comme des exploiteurs du peuple, et avaient la réputation de gens égoïstes, et qui possédaient plus de choses que les autres. Mon père se disputait souvent avec mon grand-père à cause de leurs différences idéologiques, mais mon grand-père restait toujours avec ses convictions et mon père avec les siennes.
Vers l’année 1985, quand les soviets ont annoncé le programme de changement économique appelé Perestroïka, mon père a pris sa retraite soviétique, dont on pouvait en profiter à l’âge de 50 ans. Dès lors, il a déménagé au village où il a créé une petite bergerie avec une trentaine de moutons pour produire du fromage. De même, il avait autour de la maison une vigne qui permettait la production d’environ 1000 l de vin par année. Parmi les ceps d’espèces américaines résistantes au froid et aux maladies, il y avait quelques ceps de Chasselas qu’on gardait pour manger. C’était le seul cépage de raisin noble dans sa vigne, qu’il devait enterrer pendant l’hiver et traiter avec la bouille bordelaise en été. Ni mon père, ni mon grand-père ne savaient que ce cépage avait été importé en Bessarabie par les ressortissants suisses installés à Chabag, au sud de la Bessarabie à partir de 1822. Vers le début du XXème siècle, la viticulture était déjà l’activité économique principale dans toute la province de la Bessarabie. Le cépage Chasselas était largement répandu dans toute la province, ainsi que dans toute la région du nord de la mer Noire. Tout comme l’histoire de la communauté suisse de Bessarabie, ce cépage a pratiquement disparu pendant l’époque soviétique et post-soviétique. Actuellement, on en trouve moins en Moldavie et Ukraine, mais plus en Roumanie, qui d’ailleurs conserve aujourd’hui la plus grande surface de Chasselas au monde, mais ce dernier n’avait aucun intérêt commercial à l'époque soviétique et était mélangé avec d’autres nouveaux cépages industriels.