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Les années de la présidence Nixon, les États-Unis sont en pleine guerre au Vietnam alors que les opposants intérieurs sont pourchassés par cointelpro. La guerre ne semble pas aller mieux malgré les discours positifs de tous les membres de l'administration. Mais un homme connait la vérité. Il est expert auprès de la Rand corporation et l'un des auteurs d'un rapport sur la guerre. Celui-ci est explosif et met en cause toutes les administrations précédentes. Après des mois d'effort, il réussit à copier toutes les pages du rapport afin de l'apporter au New York Times. Mais lorsque le journal tente de publier le rapport il est mis en demeure par la justice des États-Unis. Mais un autre journal possède les mêmes documents. Et la personne à sa tête, Katharine Graham, doit prendre une décision alors que son entreprise vient tout juste d'entrer en bourse.
SPOILERS
Je suis mitigé face à ce film. J'ai l'impression que Spielberg essaie de faire fonctionner deux histoires en même temps sans vraiment y réussir. On peut dire que la première histoire concerne les Pentagon Papers, un rapport classé secret défense sur les mensonges et les manipulations politiques en faveurs de la guerre au Vietnam. Bien que ces informations soient au centre du film, celui-ci n'explicite que peu ce qu'on peut y trouver. On ne sait que quelques petites choses ainsi que la raison de la constitution du rapport. Pire encore, on ne sait pas de quelle manière le gouvernement Nixon essaie d'argumenter contre la liberté de la presse dans ce cas particulier. On ne sait qu'une seule chose : la presse gagne et Nixon est un président qui abuse de son pouvoir. Le film tente aussi de se placer en faveurs du journalisme d'investigation, une posture que j'apprécie. Cependant, la manière dont les journalistes travaillent pour comprendre et analyser leur source n'est pas montrée, sauf lors d'une scène. Pire encore, l'éthique du journalisme est simplement annoncée, elle n'est pas discutée. Sauf, là encore, lors d'une scène. Enfin, le film met en scène les liens entre les médias et le monde politique mais, là encore, ne discute du sujet que lors d'une seule et unique scène après l'avoir mentionné à plusieurs reprises. En fait, ce film aurait pu être un moyen d'argumenter sur la nécessité du journalisme dans une démocratie face à un gouvernement hostile mais Spielberg semble avoir renoncé.
Il y a une seconde intrigue dans ce film, elle concerne la société de Katharine ainsi que ses capacités en tant que dirigeante. Dans un grand nombre de scènes, on voit Katharine, jouée par Meryl Streep, au sein d'un monde d'hommes. Il y a des hommes dans son conseil d'administration, il y a des hommes comme principaux contributeurs et journalistes, ses collègues et concurrent sont des hommes... Bref, les femmes n'apparaissent presque pas à ses côtés. Loin d'être une mauvaise chose j'ai l'impression que cet aspect est voulu par la réalisation. En effet, des femmes apparaissent à plusieurs reprises. Que ce soit lors d'un diner qui les voit sortir lorsque les hommes commencent à parler politique ou encore la femme de Ben Bradley, jamais nommée dans le film à moins que je ne me trompe. Cette dernière permet d'expliciter la position de Katharine dans ce monde masculin. Elle dirige non parce que l'on valide ses capacités mais parce que son mari est mort, on ne l'écoute pas lors des réunions importantes, on parle comme si elle n'était pas présente. Bref, on agit sans la prendre en compte alors qu'elle est la patronne, car elle est une femme et ses conseillers sont des hommes qui "savent" être compétents. Le film se pose donc la question de la manière, pour une femme, d'entrer dans un monde masculin et de prendre des décisions difficiles qui sont constamment remises en cause. La réalisation n'hésite pas à tabler sur la fragilité et les doutes, non comme un défaut mais un acquis face aux nombreuses remises en cause que Katharine Graham subit durant sa vie. C'est la raison pour laquelle l'une des dernières scènes, en descendant les marches de la cour suprême, permet de montrer d'autres femmes, anonymes, se tourner en direction de Katharine Graham alors que les hommes observent un autre homme parler.
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*** Intéressant mais un peu en dessous en mes attentes. J'ai l'impression de ne pas mieux comprendre les Pentagone Papers ni le Washington Post, ce qui est un peu décevant.
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Image : Allociné