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Une explosion de coÛts sans effets
Entre 1980 et 2004, la Suisse a, selon les statistiques de l’OCDE, versé quelque 13,2 milliards de dollars sous la forme d’aide bilatérale au développement à près de 130 pays du monde. Les auteurs de
Entre 1980 et 2004, la Suisse a, selon les statistiques de l’OCDE, versé quelque 13,2 milliards de dollars sous la forme d’aide bilatérale au développement à près de 130 pays du monde. Les auteurs de l’étude, MM. Hodler et Ryser, ont analysé ces sommes énormes et arrivent à la conclusion « que les pays très pauvres, les pays d’Europe centrale et orientale, les pays ayant un gouvernement compétent comme les pays connaissant des violations des droits de l’homme les plus élémentaires ont bénéficié dans un passé récent d’aides proportionnellement plus importantes de la part de la Suisse ». Si nous soutenons des pays connaissant des violations des droits de l’homme les plus élémentaires, et qu’en plus nous les soutenons de façon plus importante que d’autres, alors nous ne respectons pas le mandat qui nous a été donné par la Constitution, qui est de participer à l’allègement de la pauvreté et de la détresse dans le monde. Le plus préoccupant est peut-être le constat fait par les auteurs que le degré de corruption du pays bénéficiaire n’avait pas d’influence sur l’aide accordée par la Suisse. En d’autres termes: l’aide au développement suisse permet à certains gouvernements corrompus et totalitaires de se maintenir plus longtemps au pouvoir. Cette aide bénéficierait donc à tous, sauf aux plus démunis!
Au vu de ce qui précède, il est légitime de se demander s’il faut augmenter cette aide. La Suisse n’a cessé ces 45 dernières années d’accroître sa contribution à l’aide publique au développement internationale (APD).
La part de l’aide suisse au développement a aussi considérablement augmenté par rapport au revenu intérieur brut (RIB) ces 45 dernières années.
Aidée privée et bilatérale plutôt que multilatérale
Le Conseil fédéral prévoit en particulier d’augmenter l’aide multilatérale. Sans se soucier du fait que certains programmes d’aide au développement ont des effets secondaires parfois très négatifs. On peine à comprendre pourquoi la Suisse tient absolument à verser des fonds à de gros appareils bureaucratiques.
La Suisse doit se concentrer sur des projets bilatéraux. L’UDC demande en particulier de l’aide bilatérale qu’elle soit plus transparente et que le nombre de projets soit réduit de façon drastique. Il est incompréhensible que plus de 500 millions de francs ne soient attribuables à aucun pays en particulier. Il est temps de s’en prendre au cartel de l’industrie du développement. La DDC doit renoncer à certains de ses propres projets et soutenir en lieu et place des institutions privées qui ont fait leurs preuves comme la Fondation Max Havelaar.
Halte aux mauvaises incitations
On peut expliquer les variations de l’aide au développement bilatérale par les mesures bilatérales de réduction de la dette (en 2005 par exemple 204 millions de francs en faveur de l’Irak). Le 20 février 2008, le Conseil fédéral a une nouvelle fois alloué 190 millions de francs à la réduction de la dette. En outre, le gouvernement veut participer pour un montant de 882 millions de francs à la reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement et du Fonds africain de développement. Il est inquiétant de constater avec quelle légèreté le Conseil fédéral gaspille une nouvelle fois un milliard de francs issus de nos impôts dans un projet très médiatisé mais qui restera sans résultat tangible. En effet, l’annulation d’une dette est souvent une mauvaise incitation. L’Ouganda avait par exemple 3,2 milliards de dollars de dettes il y a six ans. Puis les créanciers ont décidé d’abandonner leurs prétentions sur 2 milliards. Aujourd’hui l’Ouganda se retrouve avec 4,9 milliards de dollars de dettes. Le cadeau fait à cet Etat s’est vite transformé en un nouvel avion présidentiel et de plus grosses enveloppes pour l’homme fort du pays et son entourage. Les pauvres, eux, sont restés pauvres!
Réduire la pauvreté plutôt que soutenir la corruption
Les exemples de projets d’aide suisses destinés à des pays connaissant de graves manquements en matière de droits de l’Homme et un niveau de corruption élevé se multiplient. Il nous semble ironique dans ces conditions de voir certains exiger davantage de moyens pour l’aide au développement.
Le pipeline pétrolier entre le Tchad et l’Atlantique est une bonne illustration de ce que peuvent être des projets mal gérés et où ils peuvent mener. La Banque mondiale a permis le financement de ce pipeline achevé en 2003 et du jour au lendemain le Tchad se retrouvait parmi les pays exportateurs de pétrole avec une production quotidienne de 249 000 barils. L’Etat possède une participation dans le projet. D’accord avec la Banque mondiale, il a été décidé que près de 80% des rentrées supplémentaires seraient affectées à l’infrastructure, à l’éducation et à la santé. Mais depuis 2005, le dictateur tchadien Idriss Déby se soucie comme d’une guigne de cet accord. Les services publics sont à l’agonie. Et voici qu‘arrive la Suisse la bouche en cœur pour financer des routes au Tchad, qui seront utilisées par les forces au pouvoir comme par les rebelles qui se livrent une guerre pour le contrôle du pétrole. Grâce à ces nouvelles infrastructures flambant neuves, les combats entre les deux camps pourront même redoubler d’intensité. Les pauvres, eux, attendront.
- L’aide au développement doit être jugée sur la base de résultats tangibles.
- Le nombre de projets doit être réduit et la transparence accrue.