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L'affaire des Mirages
- L'armée suisse
- Vidéo 23 min.
25 mai 1964
Point
En mai 1964, la Suisse est en pleine affaire des Mirages. L'acquisition par l'armée suisse de cent nouveaux avions de chasse tourne à la débâcle financière: il faut payer 576 millions de francs en sus du premier crédit de 828 millions voté par les Chambres en 1961.
Le conseiller fédéral Paul Chaudet, chef du Département militaire fédéral, éclaboussé par le scandale politique, donne une interview exclusive au magazine Point de la TSR le 25 mai 1964. «Aucun gaspillage et aucun abus de pouvoir» n'ont été commis.
Pourtant le parlement devra se prononcer sur le crédit additionnel réclamé par le gouvernement et une commission enquêtera sur les responsabilités de ce dépassement. Lors de cette interview, Paul Chaudet admet que le système de vote des Chambres crédit par crédit est dépassé mais il dit sa conviction qu'au final le bilan de l'affaire sera positif.
Le son est manquant sur le début du sujet, le commentaire a probablement été fait en cabine.
Le 21 juin 1961 l'Assemblée fédérale a accepté un crédit de 871 millions de francs pour l'acquisition de cent avions de combat Mirages III S auprès de la firme Dassault. En 1964, ce montant est depuis longtemps dépassé.
Le 4 mai 1964, le Conseil fédéral demande au Parlement de voter un crédit additionnel de 356 millions de francs, assorti de 220 millions de francs pour le renchérissement. C'est un coup de tonnerre dans l'opinion publique: le Parlement n'a pas été tenu informé des coûts supplémentaires engendrés par la construction des Mirages sous licence en Suisse et par diverses adaptations exigées par l'armée suisse.
S'ensuivra le 17 juin 1964 la création de la première commission d'enquête parlementaire de l'histoire de la Suisse, présidée par Kurt Furgler alors conseiller national. A l'automne, la commission dépose un rapport accablant pour le gouvernement. Le Département militaire fédéral est accusé de tromperie, les informations fournies pour faire voter le crédit au parlement étaient lacunaires. Le 23 septembre 1964, le Parlement décide de réduire la commande à 57 avions de chasse. Les têtes tombent au Département militaire fédéral et le conseiller fédéral Paul Chaudet lui-même, appelé à la démission, renoncera à un nouveau mandat en 1966.
Cette affaire, l'un des plus grands scandales politiques de la Suisse du 20e siècle, remet en cause la politique de défense adoptée en 1961 et suscite des réflexions sur le fonctionnement du Conseil fédéral dépassé par sa tâche.