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Cette découverte suggère que deux espèces des premiers hommes,
Homo habilis et Homo erectus, ne se sont pas succédé comme on le
croyait, mais auraient en fait cohabité. Elle laisse aussi à penser
que Homo erectus est plus proche du singe qu'on ne le pensait
jusqu'à présent (lire ci-contre). Le crâne est le
premier fossile d'Homo erectus féminin jamais découvert.
Cette nouvelle recherche, publiée jeudi par la revue "Nature",
remet en cause la théorie selon laquelle Homo habilis, la plus
ancienne espèce d'hominidés, aurait évolué pour donner naissance à
Homo erectus, qui a lui-même disparu ensuite pour laisser place à
notre espèce actuelle, Homo sapiens.
Fossiles découverts au Kenya
La paléontologue Maeve Leakey et son équipe ont trouvé en 2000
au Kenya deux fossiles datés de la même période, un crâne entier
d'Homo erectus et une mâchoire supérieure d'Homo habilis, qui se
trouvaient à une distance qu'on peut couvrir à pied. Pour les
chercheurs, cette mise au jour tend à prouver que les deux espèces
ont cohabité pendant au moins un demi-million d'années et que
l'Homo erectus n'est pas le successeur de l'Homo habilis, qu'on
pensait avoir disparu il y a 1,7 à 2 millions d'années.
Pour Fred Spoor, professeur d'anatomie de l'évolution à
l'University college de Londres qui a participé à l'étude, les deux
espèces auraient en fait eu un ancêtre commun, encore inconnu, qui
vivait il y a deux à trois millions d'années. Selon lui, si les
deux espèces vivaient à la même époque, elles conservaient sans
doute leurs distances, à l'instar des différentes espèces de singes
actuelles: "Ils se seraient évités, ils n'auraient pas été à l'aise
en présence les uns des autres".
Habilis était végétarien, erectus pas
De plus, habilis était certainement végétarien tandis qu'erectus
mangeait de la viande. Cette nouvelle publication vient renforcer
une vision de l'évolution "plutôt chaotique" et éloignée de "la
marche héroïque qu'on voit sur les dessins, avec un lointain
ancêtre qui évolue vers une espèce intermédiaire et enfin vers
nous", a conclu Fred Spoor, interrogé par téléphone depuis le nord
du Kenya.
"Plus nous en savons, plus l'histoire devient compliquée",
reconnaît Bill Kimbel, directeur scientifique de l'Institut des
origines humaines de l'université d'Etat d'Arizona. Il rappelle
qu'une précédente étude avait déjà apporté des conclusions
similaires à propos de l'homme de Néandertal. Alors qu'on a
longtemps cru que ce dernier était notre plus proche ancêtre, on a
finalement prouvé qu'il n'était que notre lointain cousin d'une
branche éteinte de notre arbre généalogique.
Homo erectus, infidèle?
L'équipe de Leakey affirme aussi que les femelles erectus
étaient nettement plus petites que les mâles, comme chez les
gorilles d'aujourd'hui et contrairement à ce qui s'observe chez
l'homme. Le crâne mis au jour, qui appartiendrait à une femelle de
18 ou 19 ans, porte en effet plusieurs marques prouvant son
appartenance à l'espèce, mais il est bien plus petit que les autres
fossiles.
En s'appuyant sur l'observation de plusieurs espèces de singes
actuelles, les chercheurs pensent que cette différence de taille
peut être corrélée à la polygamie, et que nos lointains ancêtres
n'étaient donc pas fidèles...
ap/reuters/hof
Homo erectus, plus proche du singe?
L'équipe de chercheurs kenyans à l'origine de ces découvertes a eu la surprise de constater que les femmes des premiers hominidés étaient peut-être nettement plus petites que les hommes. Confirmée, cette conclusion montrerait que l'Homo erectus, premier hominidé à s'être tenu droit, était physiologiquement plus proche qu'on ne le pensait des gorilles et chimpanzés actuels.
Chez ces grands singes, on observe en effet une importante différence de taille entre les mâles et les femelles. "Ce dimorphisme sexuel est considéré comme une caractéristique primitive car on l'observe chez d'autres singes", note le docteur Emma Mbua, membre de l'équipe de recherche.
L'étude a été menée par neuf scientifiques, dont la paléontologue Meave Leakey et sa fille Louise Leakey. Frederick Manthi a de son côté souligné que son équipe devrait découvrir davantage de fossiles pour confirmer ces théories.
"L'histoire de l'évolution de l'homme n'a pas encore été racontée", a déclaré Farah Idla, directrice du Musée du Kenya. "Il y a beaucoup de maillons manquants. Plus on fait de découvertes, plus on soulève de questions."