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C'est un rapport intéressant à bien des titres qui, à la demande de Bernard Kouchner, ministre français de la Santé, vient sur le thème de la DHEA d'être rendu public par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Ce document se présente comme une analyse documentée sur les caractéristiques de cette substance présentée au grand public comme une moderne Jouvence avec tous les risques que peut comporter une telle allégation. Ce document a été rédigé par l'Afssaps après les travaux d'un groupe de dix-huit experts présidé par le Pr Charles Caulin, par ailleurs président de la Commission d'autorisation de mise sur le marché de l'Afssaps. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments et la Direction générale de la santé ont aussi été associées à ce travail. Et l'on prend bien soin de préciser auprès de l'Afssaps, que le Pr Etienne-Emile Baulieu l'un de ceux qui a le plus fait pour inciter à la consommation de DHEA a pu exposer aux experts «les informations les plus récentes sur le sujet».DHEA ? On sait que la déhydroépiandrostérone (ou prastérone) est un précurseur d'hormones sexuelles masculine (la testostérone) et, à moindre degré, féminine (l'estradiol). La DHEA est le stéroïde dont la concentration plasmatique est la plus élevée. «Produit par la zone réticulée de la corticosurrénale, sous le contrôle de l'ACTH, c'est un précurseur androgénique et strogénique dont les fonctions propres n'ont pas été établies, peut-on lire dans le rapport de l'Afssaps. La DHEA existe dans le plasma sous deux formes : la forme libre DHEA et la forme sulfoconjuguée DHEA-S qui sont en interconversion métabolique permanente. Sa concentration plasmatique évolue au cours de la vie : pendant la vie ftale, la surrénale sécrète des quantités importantes de DHEA et de DHEA-S. Cette sécrétion est essentielle à la synthèse des strogènes par le placenta. Après la naissance se produit une involution de la surrénale ftale, avec apparition d'une corticale adulte et une diminution de la sécrétion de DHEA».Pendant l'enfance et jusqu'à 7-8 ans, la production de DHEA par la corticosurrénale est très faible et les concentrations les plus élevées s'observent entre 18 et 45 ans puis décroissent avec l'âge. Le vieillissement s'accompagne en général d'une baisse progressive des taux de DHEA. Toutefois, les valeurs atteintes chez le sujet âgé restent supérieures à celles observées chez l'enfant ou dans certains états pathologiques tels que l'insuffisance surrénalienne ou hypophysaire. Il faut noter que les taux de DHEA et DHEA-S plasmatique varient considérablement, d'un facteur de 1 à 20, dans une même tranche d'âge. Faut-il dès lors penser qu'une supplémentation en DHEA permettrait de «ralentir», voire d'«inverser» les processus de sénescence ? Le rapport de l'Afssaps cite une enquête longitudinale très récemment publiée qui a étudié l'évolution des taux de DHEA-S à un an chez 595 et à huit ans chez 290 sujets âgés, ainsi que son association avec certains indicateurs de santé (Mazat L. et coll. PNAS, 2001).Les résultats ont montré en particulier les points suivants : l'évolution des taux de DHEA n'a pas toujours été celle attendue (40% des sujets ont augmenté leur concentration plasmatique de DHEA au cours du temps) ; une corrélation entre mortalité et taux de DHEA n'a été établie que dans certains sous-groupes (uniquement les hommes âgés de 65-69 ans et fumeurs) ; absence d'association entre la deuxième mesure du taux de DHEA et la sensation subjective de santé ou le statut cognitif. «Les résultats sont, par ailleurs, d'interprétation malaisée en raison d'une absence de cohérence inter-groupes, et même de «tendances» en dehors de ces sous-groupes qui ne plaident pas en faveur de la pertinence des associations retrouvées, note le rapport. Aussi, ce type d'étude ne peut pas être pris en compte pour discuter l'intérêt potentiel de la DHEA en «supplémentation», tout au plus permet-il de générer des hypothèses pour d'éventuels essais cliniques».Le rapport analyse d'autre part dans le détail l'étude dite DHEAge, la seule étude clinique de grande envergure dont le protocole était conçu pour étudier et mettre en évidence des effets globaux de la DHEA sur le bien-être du sujet âgé et sur d'autres critères liés au vieillissement. Cette étude a en effet comparé, à un an et en double aveugle, les effets de l'administration de 50 mg/j de DHEA versus placebo, chez 280 sujets stratifiés selon le sexe et l'âge (Baulieu E.E. et coll., PNAS, 2000). «Concernant le critère principal de jugement (échelle de sensation de bien-être), aucun effet positif n'a été mis en évidence ni dans la population globale ni dans aucun des sous-groupes étudiés, soulignent les auteurs du rapport. Des effets positifs ont été mis en évidence pour des critères secondaires, dans des sous-groupes particuliers, avec des résultats parfois discordants (densité osseuse, peau, libido). On ne peut éliminer que ces effets bénéfiques soient liés au hasard, compte tenu de la multiplicité des paramètres étudiés et comparaisons effectuées (environ 30 critères, 4 strates, soit 120 comparaisons initiales)». Par exemple : concernant les effets sur la densitométrie osseuse, aucun effet n'est observé chez les hommes quel que soit leur âge.Il existe un effet densitométrique chez les femmes, mais uniquement dans le groupe des femmes âgées de moins de 70 ans, et seulement à deux sites le col du fémur et le triangle de Ward. Cependant, aucune conclusion positive ne peut être retenue. Pour les auteurs, il en est de même pour les effets cutanés qui sont modestes et discordants selon les groupes, donc de pertinence discutable. Toujours selon eux, concernant les fonctions cognitives, il n'existe pas de données publiées actuellement dans l'étude DHEAge. Une revue récente des études publiées conclut à l'absence de données établissant une amélioration de la mémoire ou d'autres aspects des fonctions cognitives lors d'une supplémentation en DHEA (Huppert F.A. et coll., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2001). «Au total, concluent-ils, aucune preuve formelle d'efficacité dans les pathologies associées au vieillissement n'a été établie, même si des pistes peuvent mériter des études ultérieures».