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Le défi démographique: perspectives macroéconomiques
Niklaus Blattner, vice-président de la Direction générale
séminaire "Die alternde Gesellschaft als sozio-ökonomische Herausforderung", Université de Bâle, Bâle, 09.02.2007
Le vieillissement de la population, en d'autres termes l'augmentation de l'âge moyen de la population et l'inversion de la pyramide des âges, est un thème qui occupe également les banques centrales. Tout examen de la situation économique et monétaire et, partant, toute prévision d'inflation qui n'incluraient pas une analyse soigneuse des développements à moyen ou long terme au sein de l'économie réelle seraient lacunaires. Dans ses examens de la situation économique et monétaire, la Banque nationale tient compte non seulement des évolutions sur les marchés monétaire et financier, mais aussi des perspectives de croissance à moyen ou long terme, perspectives dans lesquelles les aspects démographiques jouent un rôle.
Le vieillissement de la population est un fait. Il engendre trois tendances principales qui influeront fortement sur le paysage démographique de la Suisse au cours des prochaines décennies: la population active diminue, le rapport de dépendance – soit le rapport entre les personnes de plus de 65 ans et celles qui ont entre 20 et 64 ans – croît, et le nombre des personnes atteignant un âge très élevé augmente.
La Suisse devra donc produire davantage avec moins de ressources. «Produire avec moins de ressources» à cause de la diminution de la population active. «Produire davantage» à cause de la détérioration du rapport de dépendance et de l'augmentation du nombre des personnes du quatrième âge. Pour ce qui a trait aux perspectives macroéconomiques, la conclusion est claire: si la productivité du travail et/ou la quantité de travail fournie ne s'accroissent pas, l'évolution démographique qui nous attend conduira à moyen ou long terme à une croissance économique plus faible.
L'évolution de la productivité du travail sera d'autant plus importante. Son amélioration dépend pour l'essentiel de la quantité du facteur capital intervenant dans l'aménagement des postes de travail et du succès que les produits obtiennent sur le marché. Méfions-nous cependant des calculs trop simples! Ni le progrès technique ni le recours au facteur capital ne dépendent du vieillissement démographique. La «fatigue due à l'âge» peut être un frein à l'innovation. Inversement, l'expérience plus grande peut renforcer le capital humain. Des investissements plus importants peuvent pallier les conséquences d'une raréfaction de la main-d'œuvre. D'un autre côté, tant le taux d'épargne que le taux d'investissement peuvent fléchir. Un recul du taux d'investissement serait dans l'ordre des choses notamment si des implantations à l'étranger devenaient plus attrayantes. Les effets de ces interactions sur la croissance ne sont pas établis.
Les perspectives appellent l'adoption de mesures pour accroître aussi bien la productivité du travail que la quantité de travail fournie. Dans une économie de marché, les employeurs, les salariés et les indépendants ont de nombreux instruments et modèles à leur disposition pour renforcer la productivité du travail et la quantité de travail fournie. Mais les conditions-cadres pour l'économie peuvent elles aussi être améliorées. Premièrement, on ne devrait pas tolérer une diminution de la capacité de la Suisse à innover. Deuxièmement, il faut que la Suisse continue à attirer et à retenir les investissements. Troisièmement, la population active pourrait être augmentée par une immigration sélective. En outre, les femmes déjà établies en Suisse pourraient elles aussi contribuer à un relèvement de notre taux d'activité.