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Dans cette vidéo explorant la peur survenue suite à plusieurs meurtres en octobre 2002 à Washington, l’artiste utilise un article de journal du Washington Post expliquant comment éviter au mieux les balles d’un sniper. Il transforme ce « guide de survie » en milieu urbain en une chorégraphie filmée, soulignant la puissance du sentiment de peur et les ressorts de son instrumentalisation.
« Battlefield », soit littéralement « champ de bataille », est le terme qu’utilise Jérôme Leuba pour regrouper l’ensemble de ses travaux depuis 2004. Chaque nouvelle œuvre porte également un sous-titre et un numéro, suggérant la déclinaison d’un même thème en de multiples variations. Ce thème est à la fois celui de la guerre (combat ou résistance), entre l’individu et la société, entre le pouvoir et le contrepouvoir, entre le réel et la fiction ou, pour reprendre un sujet d’actualité, entre information et désinformation. Dans le travail de Jérôme Leuba, cette lutte se manifeste avant tout dans l’espace public, espace de confrontation avec l’altérité.
A chaque étape de son exploration, l’artiste cherche où se trouvent les limites et les frontières fluctuantes, parfois très ténues, entre l’œuvre qu’il crée et la réalité, entre l’art et la vie. A partir de quand la normalité n’est plus considérée comme telle et devient drôle, inquiétante ou absurde ? Comment réagir face à une telle situation ?
Le thème de la peur, souvent lié à celui de la surveillance, est le moteur de cette vidéo : les injonctions faussement débonnaires publiées dans le Washington Post sont transformées en une chorégraphie, où deux acteurs rejouent sur une scène les règles de survie édictées par la police, pour mieux en faire ressortir la vanité et l’absurdité : que peut faire un personne face à un tireur d’élite ?
Des codes empruntés au cinéma du film noir ou au thriller sont détournés : la caméra surplombe la scène dans une théâtralité où le spectateur prend la place privilégiée du tireur, des taches de lumière sur fond noir – tel un éclairage de lampadaires publics – créent une atmosphère nocturne anxiogène. Pour en souligner à un autre degré l’absurdité et la violence, l’artiste fait défiler le texte paru dans le journal au bas de l’écran, commentant l’action comme le ferait le chœur d’une tragédie grecque ou les titres sans cesse défilant de certaines chaînes d’informations.