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Les dates des fêtes nationales correspondent en principe à des événements historiques majeurs pour les pays concernés. L’indépendance à l’égard d’une ancienne puissance dominante ou colonisatrice est l’événement le plus fréquent.
Cette indépendance peut être le fait d’une guerre, d’une révolution, d’un accord, d’une proclamation ou d’un pacte comme en Suisse. Avec des exceptions: en Australie cette date correspond au débarquement des premiers colons britanniques.
En Irlande c’est la Saint-Patrick, fête religieuse par laquelle les nationaux se reconnaissent en tant que communauté historique et spirituelle, et non véritable fête nationale.
Le 23 janvier le Luxembourg célébrait la naissance de la souveraine, la Grande-Duchesse Charlotte. La date a été déplacée pour raisons climatiques, selon Wikipedia, mais elle symbolise toujours la naissance du souverain. Au Portugal on célèbre la fête nationale le 10 juin, date anniversaire de la mort du poète Luis Vaz de Camões (1580).
On constate que ces événements sont vécus comme positifs et constructeurs d’un État souverain.
Mais en Catalogne c’est la Diada, ou fête du 11 septembre. Elle célèbre la fin du siège et la chute de Barcelone en 1714, prise par les troupes du roi d’Espagne soutenu par le royaume de France.
C’est donc une défaite.
Pour autant l’histoire de la Catalogne a été régulièrement marquée par une volonté d’indépendance et de souveraineté. La république catalane a été proclamée une première fois en 1641, une deuxième en 1931 et une troisième en 1934. La quatrième a eu lieu hier.
Cette dernière proclamation ouvre une période délicate pour l’Espagne et l’Union Européenne. Forte de son histoire passée, une partie des catalans se montre très déterminée à aboutir.
Cette fête du 11 septembre me laisse perplexe. En tant que fédérateur d’un mouvement politique, ce symbole est-il vraiment de nature à porter en avant les forces vives de la région? Une défaite peut-elle être porteuse d’une ambition et d’une conviction?
En général les défaites produisent des mémoires douloureuses, des inaccomplissements. Comment pourrait-il en être autrement? Comment cette défaite pourrait-elle devenir ymbole d’une victoire?
Hypothèse: une défaite génère son lot de victimes. Or aujourd’hui le culte de la victime a remplacé celui des héros. Les victimes réelles ou auto-proclamées attirent la sympathie. La stratégie indépendantiste pourrait être d’endosser un statut de victime afin d’en tirer profit. Avec quelques morts en vitrine.
Déjà les déclarations de Carles Puigdemont accusent le gouvernement espagnol et M. Rajoy d’oppression et d’agression. Le gouvernement indépendantiste semble vouloir jouer sur la victimisation. Cela ne résiste pas à l’analyse mais peut marcher auprès du public.
Mais, par nature, le statut de victime n’est jamais souverain. Tout au contraire. Il n’est pas l’expression d’une force de construction pro-active mais bien plus d’un état de réactivité et de dépendance.
Selon les indépendantistes catalans, résister c’est gagner. Un jeu de société a même été créé sur cette idée (image 2). Ce n’est pas ainsi que je me représente l’accession à une souveraineté, individuelle ou collective. Résister c’est forger l’espace intérieur de la souveraineté, mais ce n’est pas y accéder pleinement.
Si un symbole est supposé mobiliser des forces psychiques vers un but, il est possible que la Diada ne conduise les indépendantistes qu’à une défaite.