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Le médecin vaudois Philippe Gagnaux tente de conquérir la mairie de la capitale du Mozambique lors des élections municipales de mercredi.
En 1998, lors du précédent scrutin, sa liste avait créé la surprise en récoltant près de 30% des voix.
Il n’y a pas de doute, Philippe Gagnaux est un…Africain. Ce citoyen de 43 ans, natif du canton de Vaud, connaît bien le Mozambique. Il y vit depuis 39 ans.
Il est même double national depuis 1998, année où il se présente pour la première fois aux élections municipales de Maputo.
Un choix de vie qui tient à sa propre histoire familiale. Son père, médecin très réputé au Mozambique, soignait les pauvres depuis de longues années.
Mais, le destin frappe durement la famille. Son père, René, meurt assassiné en 1990, en pleine guerre civile.
Travail, transparence et honnêteté
Aujourd’hui, plus de dix ans après la fin de cette guerre fratricide (1976-1992), le fils du médecin reconduit une liste aux élections municipales, avec une devise en trois mots: «travail, transparence et honnêteté».
Cette liste représente l’Association Juntos pela Cidade (Ensemble pour la ville). Elle avait déjà profité aux élections municipales de 1998 du boycott entrepris par le principal parti d'opposition, la Résistance nationale du Mozambique (Renamo).
Cela dit, la participation cette année de la Renamo - très faiblement représentée à Maputo - n'inquiète pas Philippe Gagnaux.
«Nous améliorerons notre score», affirme le médecin, qui, très décontracté, se définit comme un «homme politique amateur».
Dénoncer la corruption
Le docteur Gagnaux dénonce, dans son programme politique, la gestion opaque et «très bien organisée pour eux-mêmes» des responsables du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (Frelimo).
«Il y a, dit-il, assez d'argent pour résoudre les problèmes de la ville» que sont la surpopulation, le ramassage des ordures, la crasse et le manque d'infrastructures des quartiers pauvres. Mais l'argent est détourné et seulement 30% des taxes municipales vont à la ville».
En cinq ans de présence à l'assemblée municipale (qui n'a qu'un pouvoir consultatif et législatif), les quinze élus du groupe Juntos pela Cidade ont réussi à faire entendre leurs voix.
L’Association a même obtenu quelques victoires significatives comme l'ouverture au public des sessions de l'assemblée et une meilleure préparation des décrets municipaux.
«Notre objectif, assure le médecin, est d'amener les gens de la municipalité à gouverner encore mieux».
Sur les traces du «docteur Schweitzer»
Pour réaliser un bon score à ces élections, Philippe Gagnaux compte sur le discours atypique qu’il développe. Mais aussi sur sa notoriété et sa bonne réputation.
Il affirme passer 30% de son temps à soigner les malades gratuitement, et profite aussi de l'image de son père, désormais emblématique dans le pays.
Il est vrai que son père, René Gagnaux, médecin missionaire originaire de Mathod (VD), était arrivé au Mozambique en 1964 avec toute sa famille pour «servir la médecine».
A l'indépendance du Mozambique en 1975, il hésite à quitter le pays comme la plupart des étrangers, mais décide finalement de rester.
Une décision qui sera lourde de conséquence pour la famille Gagnaux qui connaîtra les privations et les horreurs provoquées par la guerre civile. Mais moins durement que la majorité des Mozambicains, reconnaît le candidat à la mairie.
Cette période douloureuse s’achève par l’assassinat de celui que l’on appelait «le docteur Schweitzer du Mozambique».
«Beaucoup, explique Philippe Gagnaux, ont dit qu'il avait été tué par la Renamo, mais je n'en suis pas sûr, mon père a été tué par des bandits de grand chemin.»
Après sa mort d’ailleurs, René Gagnaux a été décoré de la «médaille de la bravoure et du patriotisme», qui est la plus haute distinction mozambicaine.
Intégration totale et racines helvétiques
C’est donc avec autant d’humanisme que son père, que le candidat à la mairie a repris le flambeau, parcourant le monde au service du CICR, pour lequel il effectue encore des missions temporaires.
Mais, Philippe Gagnaux n'a pas complètement coupé les ponts avec la Suisse où il retourne régulièrement.
Cela dit le «fils de Gagnaux» est un vrai Mozambicain, complètement intégré à la culture d'un pays.
Une intégration qui lui permet d’affirmer « qu’il y a peu de pays d'Afrique où un Blanc puisse s'intégrer comme je l'ai fait au Mozambique».
Une sorte d’hommage qu’il rend au «peuple mozambicain extrêmement tolérant».
swissinfo et les agences
En bref
- Les Mozambicains ont voté mercredi dans le calme pour élire les maires et les assemblées municipales de 33 villes, dont la capitale Maputo.
- Ce sont les premières élections municipales du pays auxquelles participe l'opposition.
- «Tout se passe bien et calmement», assurent les présidents des bureaux de vote visités à Maputo.
- L'affluence n'était pas très grande dans les bureaux de vote.
- 2,2 millions d'électeurs, dont 540’000 à Maputo, sont inscrits pour ces municipales, sur un total de 8,4 millions dans tout le pays.