Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06945.jsonl.gz/17

Documents divers de la Société S. Luc à Bruges
Association de peintres connue dès 1358. Renouvellement des "keuren" (statuts des métiers) en 1444. Voir cette intéressante publication de 1867
Il s’agit d’un travail de Désiré Van de Casteele divisé en trois parties. La première, précédée d'observations générales, renferme les keuren, ou lois et statuts, émanés de l'administration communale de Bruges et obligeant, sous peine d'amendes, les artistes et les ouvriers soumis à ces ordonnances.
La seconde, donne le texte du livre d'inscription des membres de la société, à commencer de l'année 1453. Cette partie renferme les noms de tous les membres, d'après la date de leur admission.
Enfin, la troisième forme une table alphabétique des noms des peintres et verriers admis à la maîtrise, c'est-à-dire, des artistes proprement dits, qui figurent dans le registre. Les 65 articles dont ces keuren sont composées, embrassent une époque de 130 années. La première date de 1440 et la dernière de 1570. Ainsi, selon la heure primitive telle qu’elle avait été admise en 1444, les années d'apprentissage étaient de deux et les sommes à payer lors de la réception à la maîtrise étaient deux livres de gros pour ceux qui, ayant fait leur apprentissage à Bruges, y jouissaient du droit de bourgeoisie, et trois livres de gros pour ceux venant du dehors (die van buten comt). Il fallait payer en sus 12 gros au doyen et aux jurés (vinders\ 12 gros à la confrérie et 2 gros au clerc ou secrétaire de la confrérie.
« Pour être reçu comme apprenti, il fallait au préalable être admis au droit de bourgeoisie, payer pour entrée 20 escalins de gros; à la ghilde 12 gros, au doyen et aux jurés 12 gros, et au clerc deux gros. A la fin de l'apprentissage, on payait à la confrérie 20 escalins de gros.
Chaque maître ne pouvait avoir qu'un seul élève ou apprenti à la fois.
Sept professions ou métiers en font partie :
1. De schilders, aussi nommés beeldemaekers qui signifie peintre, ou imagier, comme on disait au moyen-âge. Il faut noter que les enlumineurs n'en feront partie qu'à partir du moment ou les livres seront imprimés. Jusqu'à ce moment ils se rattachent au libraires, soit à la corporation de S.Jean & S.Luc.
2. De clcerscrivers, les peintres-décorateurs, nommés aussi huusscrivers, à l'article xvn de la heure. Il s’agit de dessinateurs de tentures.
3. De zadelaers, les selliers.
4. De gorcelmaekers, les bourreliers.
5. De boomhauwers, les sculpteurs d'arçons.
6. De glaswerkers, les verriers.
7. De spegelmaekers, les miroitiers.
Ces métiers, différents de nature, avaient entre eux certaine connexion, parce qu'ils s'occupaient tous de peinture ou de sculpture.Les peintres décorateurs dessinaient et peignaient des tentures d'appartements sur toile. Ces tentures (beschreve cleeren) étaient très recherchées en Espagne et en Allemagne, comme le dit Zegher Van Mâle, dans sa Lamentatie, et le nombre d'ouvriers, assez considérable, émigra à Anvers, lors des troubles du XVIe siècle (1566). D'après l'article XLV des keuren, les peintres décorateurs prétendaient être assimilés aux peintres. On leur défendit de peindre des portraits et des tableaux de genre et de se servir de couleurs à l'huile dans l'exécution de leurs œuvres. Cependant on leur permit de peindre des statues de pierre ou de bois, de la toile ou des panneaux, pourvu qu'ils n'exposassent pas ces objets dans leurs boutiques. Ce qui précède fut statué en 1458. Quelques peintres décorateurs reçurent le titre de varlets de chambre des ducs de Bourgogne.Les verriers étant, pour la plupart, des peintres sur verre, ou du moins des peintres verriers travaillant d'après des cartons, figurent parfaitement dans la corporation des peintres. Leur art, y compris les cartons, qu'ils dessinaient quelquefois eux-mêmes, marchait de pair avec celui de la peinture, et plusieurs de nos grands peintres n'ont pas été étrangers aux belles verrières qui ornaient nos églises.
Les miroitiers, qui participaient à la confrérie par les cadres sculptés, dans lesquels ils plaçaient leurs glaces et par les peintures en or et en couleurs qu'ils mettaient tant sur les glaces que sur les cadres, sont les seuls qui aient parfois porté ombrage aux verriers.En tête de ces keuren il est dit : Ceci sont les keuren et les ordonnances des métiers des peintres et des selliers, comme s'il ne s'agissait que de ces deux métiers. Dans les douze premiers articles, il n'est parlé d'aucun autre métier ; à l'article XIII, il est fait mention, pour la première fois, des peintres décorateurs (cleerschryvers). A l'article XVII, les peintres et les peintres décorateurs (huusscrivers] ne peuvent participer à la heure spéciale des selliers (sadelaers), ni empiéter sur les droits l'un de l'autre. De même, les sculpteurs d'arçons (boomhauwers) ne pouvaient empiéter sur les droits des selliers, ni ceux-ci sur les droits des boomhauwers. A l'article XLV, les peintres et les selliers dénient aux peintres-décorateurs le droit de peindre des tableaux.L'article XLVI dit qu'un différend ayant surgi, en 1462, entre les jurés de la corporation, parce que le doyen était élu depuis longtemps dans les métiers des peintres et les selliers, à l'exclusion des peintres décorateurs, des verriers et des miroitiers, le collège des échevins statua ( article XLVII), qu'à l'avenir le doyen serait élu tous les trois ans dans la corporation des peintres et des peintres décorateurs ; que les métiers des selliers, des bourreliers et des sculpteurs d'arçons éliraient de même, tous les trois ans, un doyen, parmi les membres de leurs trois métiers et qu'il en serait ainsi pour les miroitiers et les verriers.
Cette division par métiers formait. trois sections diverses :
1. Les peintres et les peintres-décorateurs.
2. Les selliers, les bourreliers et les sculpteurs d'arçons.
3. Les miroitiers et les verriers.
Chaque section avait des intérêts propres et distincts. La première s'occupait de peinture, la seconde de sellerie et la troisième de verrerie.On décida encore (article XLVIII) comment serait composé à l'avenir le jury de la corporation. Des sept membres, qui en feraient partie, deux devaient être peintres, un peintre décorateur, deux devaient être élus dans la deuxième section des selliers, bourreliers et sculpteurs d'arçons et deux dans la troisième section, exerçant la verrerie.Le doyen et les jurés entraient en fonction pour une seule année.Déjà, en 1458, une question avait surgi entre le métier des dessinateurs de tentures et le serment de la corporation, qui soutenait que les premiers n'avaient pas le droit d'exposer en vente des tableaux. Les accusés se défendaient, prétextant qu'ils étaient pour l'art à l'égal des peintres.Les échevins décrétèrent qu'il était défendu aux dessinateurs de tentures d'exposer en vente, soit dans leurs maisons soit en dehors, des portraits ou des tableaux ; que toutefois chaque franc maître dessinateur de tentures, était libre d'exécuter de sa propre main ses œuvres de peinture.On permit encore à ces dessinateurs de peindre des statues en bois ou en pierre, des habits et des panneaux, qu'ils ne pouvaient cependant exposer dans leurs boutiques.Cette disposition prouve qu'il y avait, parmi les dessinateurs d'habits, des artistes capables de soutenir la concurrence avec les peintres.En 1463, la même difficulté se renouvela.Cette fois-ci les dessinateurs de tentures et les miroitiers se plaignaient de ce que les artistespeintres voulaient les empêcher de peindre des habits et des miroirs et d'exposer en vente les produits de leur industrie.Les échevins décidèrent que les dessinateurs pouvaient peindre des habits, les miroitiers des glaces et les verriers des verrières ; qu'ils pouvaient se faire aider par des apprentis ou des ouvriers et exposer leurs produits à l'établi ou devant les fenêtres de leurs maisons ; 'que cependant les dessinateurs ne pourraient se servir de peinture à l'huile pour teindre les habits.Les peintres figurent peu dans les kewen. leur art, qui était réputé alors être un métier, n'avait pas besoin de protection ni de recommandation ; il se recommandait par les talents de chaque maître.Il est inutile de faire remarquer que ces keuren ont été octroyées à différentes époques, pour aplanir les difficultés, qui avaient surgi entre les divers métiers constituant la corporation.La sellerie se rattachait à la peinture. Dès la fin du treizième siècle, les selles de nos chevaliers étaient composées d'arçons, dont la partie postérieure formait un dossier, serrant les reins du cavalier. Les arçons ont varié d'après les époques. Au XVe siècle ils étaient très élevés tant sur le devant que sur le derrière. Au temps de Louis de Cressy, ils étaient ornés -de sculptures peintes, et les ducs dé Bourgogne les firent armorier de leurs armes ; on en voit parfaitement la forme et les ornements sur leurs grands sceaux.Les sculpteurs d'arçons (boomhauwers) s'occupaient de la carcasse, que le sellier ornait de peintures et recouvrait de cuir, d'étoffes précieuses et même de pierreries.La partie élevée de l'arçon se nommait, d'après Kiliaen: sadelboom, qu'il traduit par arc us epiphii, pars anterior cpiphii. Les mots boom, arbre, et boomhauiver, tailleur d'arbre, semblent indiquer que l'arçon était taillé dans l'épaisseur du bois.