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Camp d’internement de St. Margrethen, avril 1945.
Musée national suisse / ASL
Le Tessin pendant la Deuxième Guerre mondiale
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Tessinois n’étaient pas très rassurés par les combats qui faisaient rage de l’autre côté de la frontière avec l’Italie fasciste. Malgré cela, ils ont accueilli les réfugiés à bras ouverts et leur ont apporté leur aide.
Nombreux furent les Tessinois qui soutinrent activement la République partisane d’Ossola. L’Italie ne resta pas sans réagir et contre-attaqua par voie de presse en octobre 1944. Le journal milanais «Corriere della Sera» s’adressa directement à la Suisse le 28 octobre. Dans un article intitulé «Parole chiare agli Svizzeri» (Message clair aux Suisses), le journaliste critiquait le soutien des Tessinois à la résistance. En vain. Ceux-ci continuèrent à aider les résistants.
Pendant le rude hiver 1944-1945, le soutien de la région de Locarno fut particulièrement nécessaire. Il fut plus ou moins appuyé. Ainsi, Mario Pontremoli, un Milanais qui habitait à Ascona, ne cessa de recueillir des résistants dans la région d’Ossola. Il le fit habilement et gagna en notoriété auprès des partisans et de la population tessinoise. Les actions de Pontremoli furent en particulier saluées dans la ville profondément antifasciste d’Ascona. Toutefois, il ne fut pas le seul à les aider. Wladimir Rosenbaum, un avocat juif célèbre, s’engagea en faveur du mouvement de résistance ossolanien. Rosenbaum était originaire de Minsk et il s’était réfugié en Suisse où il menait une brillante carrière de juriste. Il représentait plusieurs compagnies pétrolières et gagnait beaucoup d’argent. Rosenbaum investissait entre autres dans la résistance contre le fascisme.
Dans les années 1930, Wladimir Rosenbaum s’était acheté une maison à Comologno dans laquelle il hébergeait notamment l’écrivain Ignazio Silone. Avant la Deuxième Guerre mondiale, Rosenbaum avait déjà participé à la lutte contre le fascisme. Pendant la Guerre d’Espagne entre 1936 et 1939, il avait livré des armes aux républicains et cela lui avait coûté son autorisation d’exercer en 1938. De plus, il avait été condamné à quatre mois de prison. Après avoir purgé sa peine, il avait poursuivi son combat contre le fascisme et avait également livré des armes aux partisans de la région d’Ossola.
INTERNEMENT EN SUISSE
Le flux des réfugiés augmenta après l’effondrement de la République d’Ossola le 21 octobre 1944. Les partisans qui franchissaient la frontière étaient principalement envoyés et internés en Suisse alémanique et en Suisse romande. Les camps se trouvaient à Schwarzsee, sur le Gurnigel ou à La Rogiaz. Les civils, dont 2500 enfants, qui avaient fui restèrent au Tessin. Ils furent accueillis par des familles ou dans des hôtels à Locarno, Brissago ou Solduno. Des communes et des entreprises privées mirent à disposition les moyens financiers nécessaires à cette action d’aide.
Les réfugiés avaient échappé à la guerre, mais ils ne pouvaient pas se déplacer librement en Suisse. Ils avaient interdiction de sortir entre 22h00 et 7h00. De plus, ils ne pouvaient assister aux manifestations culturelles que jusqu’à 20h00 et les rassemblements publics étaient interdits. Celui qui ne respectait pas ces règles recevait un avertissement et en cas de récidive, il retournait dans le camp d’internement. Ces interdictions s’appliquaient également dans le Tessin, mais les autorités étaient moins strictes. Contrairement à la politique restrictive de la Confédération, les réfugiés y étaient accueillis avec plus de souplesse au niveau administratif. La population était très solidaire et la région n’était pas surmenée sur le plan organisationnel.
RÈGLEMENTS DE COMPTES APRÈS LA GUERRE
En mars 1945, la fin de l’Allemagne nazie était proche. Les attaques des résistants augmentèrent à nouveau. De nombreux Partisans retournèrent en Italie pour combattre. Les troupes allemandes et leurs alliés de l’Italie fasciste se retirèrent dans le sud de la région. Les partisans contrôlaient sa partie montagneuse. Le soir du 24 avril, Radio Monte Ceneri annonça qu’un contingent germano-fasciste avait quitté Domodossola et la partie septentrionale de la région d’Ossola. La voie de la liberté était définitivement ouverte. Le 8 mai 1945, toutes les troupes allemandes capitulèrent.
Après la guerre, de nombreux Ossolaniens retournèrent chez eux. Grâce aux expériences acquises à l’automne 1944, pendant une bonne quarantaine de jours, la région ne connut pas d’actions de représailles massives. Contrairement aux autres hauts lieux européens de la résistance, la République d’Ossola avait rapidement mis en place une administration qui était avant tout chargée de gérer la vie civile. Pour cela, tous devaient agir dans le même sens. Les grandes divergences étaient un luxe qu’on ne pouvait pas se permettre. En mai 1945, ce mode de penser permit d’éviter d’autres massacres. À l’inverse, il y eut une épuration dans le Tessin. À partir du 8 mai 1945, plusieurs maisons furent endommagées à Locarno et à Ascona. En outre, les sympathisants du régime nazi et les proches du régime fasciste furent pourchassés.
Que ce soit dans le Tessin ou dans la région d’Ossola, la période de l’après-guerre se déroula sans trop de heurts. La forte solidarité de la Suisse méridionale à l’égard des habitantes et habitants de la région frontalière est aujourd’hui encore perceptible. L’Italie n’a pas oublié l’aide apportée par le Tessin pendant la guerre et les nombreux enfants recueillis à cette époque en Suisse sont encore en contact avec leur famille d’accueil.
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