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Non, décidément, "ça le fait pas" d'aborder ce sujet avec sa propre mère. Pourtant, en théorie, je la connais très bien, la problématique, puisque je l'aborde assez régulièrement avec des professionnels de la santé, auxquels je présente, sous l'angle juridique, les différentes questions soulevées par la lecture - puis l'application - de l'art. 23a de la loi vaudoise sur la santé publique.
Si vous êtes bien informés, vous me rétorquerez que le sujet n'est pas uniquement vaudois, qu'il prend une ampleur grandissante dans tous les coins du monde et qu'il est traité par moult associations, professionnelles ou de défenses des patients en passant par les universités. Et oui, il sera prochainement réglementé sur le plan fédéral, ce qui constitue toujours un avantage en Suisse.
N'empêche, ça change quoi à mon interrogation, hein ? Rien, rien du tout. En effet, ne pas parler avec ma mère de l'éventualité qu'elle pourrait perdre sa capacité de discernement revient à adopter la politique de l'autruche; en parler "frontalement", c'est pas forcément de très bon goût sachant que ma mère vient de passer les cinq derniers mois à lutter - pour l'heure avec succès - contre un cancer du sein.
Donc, me revoilà revenue à la case départ : je n'ai pas envie de devoir deviner les volontés, supposées, de ma mère si d'aventure, je devais me trouver confrontée à l'angoissante question d'un toubib : "alors, on fait quoi ?"
Je pourrais lui conseiller de désigner un représentant thérapeutique mais je ne suis pas certaine que la conversation aurait meilleure "allure" : "tu pourrais désigner une personne qui te connaît bien et qui saurait ce que tu désires si tu venais à ne plus être, pour des raisons médicales, en mesure de te déterminer toi-même. Mais non, je ne sais pas qui à qui tu pourrais confier ce mandat et oui, je sais pertinemment que ton ami Michel ainsi que ta très bonne amie Christiane sont décédées récemment". Non, là non plus, ça ne le fait pas.
Pourtant, "y a pas photo", il faut causer de cela : le nombre de malades d'Alzheimer augmente chaque année, non pas que la pathologie soit plus fréquente aujourd'hui que hier, il se trouve que l'espérance de vie s'allongeant, le nombre de malades grimpe. Et même si on fait abstraction d'Alzheimer, les raisons pour lesquelles une personne peut perdre sa capacité sont (malheureusement) nombreuses (et sans intérêt pour le présent billet).
Bref, je tourne en rond : je ne sais pas comment m'y prendre, peut-être devrais-je simplement attendre qu'elle m'en parle elle-même directement, peut-être ferais-je mieux de me préoccuper de mes propres directives, en commençant par désigner moi-même un représentant thérapeutique, n'étant pas à l'abri d'un accident ou d'une maladie.
Cela dit, m'interroger sur les termes de mon testament pourrait constituer un bon exercice : je n'ai pas grand-chose à remettre mais ai quand même quelques "idées" sur le déroulement d'une cérémonie athée et je me dis que ça serait bien que je couche par écrit ces volontés.
Ah, ça, c'est pas un sujet que je vais aborder avec ma mère : la loi règle tout en l'absence de testament, c'est "pratique", surtout quand on est "unique héritière" comme moi...
Et vous, directives et testament, vous y songez, vous en parlez avec vos proches ?