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Canton de la Confédération depuis 1803. All. Sankt Gallen (langue et nom officiels), ital. San Gallo, rom. Son Gagl. Chef-lieu: S. L'abbaye, la ville, le canton et le diocèse érigé en 1847 doivent leur nom au missionnaire Gall, du monachisme iro-franc.
Le canton actuel regroupe les territoires qui, du XVIe s. à 1798, furent ceux de la principauté abbatiale de S. (soit l'Alte Landschaft ou Fürstenland et la Neue Landschaft ou comté de Toggenbourg), de la ville impériale de S., du bailliage du Rheintal, des seigneuries de Sax-Forstegg et de Gams, des comtés de Werdenberg et de Sargans (Sarganserland), de l'abbaye de Pfäfers, du bailliage du Gaster et Weesen, du comté d'Uznach et du petit Etat-cité de Rapperswil. Situé en Suisse orientale, il encercle les deux cantons d'Appenzell (Rhodes-Extérieures et Rhodes-Intérieures). A l'est, il touche à la principauté du Liechtenstein et à l'Autriche (Land du Vorarlberg), dont il est séparé par le Rhin ou le Vieux-Rhin. Au nord, il confine avec l'Allemagne (Länder de Bavière et de Bade-Wurtemberg, le lac de Constance servant de frontière), sauf à Horn, enclave thurgovienne au bord du lac, entre Goldach et Steinach. A l'ouest et au sud, il a pour voisins les cantons de Thurgovie, Zurich, Schwytz, Glaris et des Grisons. Il s'étend sur le Plateau et les Préalpes (nord, ouest, Rheintal), mais aussi sur les Alpes (Haut-Toggenbourg, parties des pays de Werdenberg et de Sargans). Sa topographie est marquée par les grandes vallées de ses trois principaux cours d'eau: le Rhin à l'est, la Thur à l'ouest et la Seez au sud; le Seeztal se prolonge dans le lac de Walenstadt et la plaine de la Linth (canalisée) qui va se jeter dans le lac de Zurich. Deux routes de transit traversent le canton: les axes reliant le lac de Constance et celui de Walenstadt aux cols grisons.
|Superficie (2006)||2 025,6 km²|
|Forêt / surface boisée||619,6 km²||30,6%|
|Surface agricole||970,6 km²||47,9%|
|Surface bâtie||176,1 km²||8,7%|
|Surface improductive||259,3 km²||12,8%|
|Année||1850||1880a||1900||1950||1970||2000|
|Habitants||169 625||209 719||250 285||309 106||384 475||452 837|
|En % de la population suisse||7,1%||7,4%||7,6%||6,7%||6,1%||6,2%|
|Langue|
|Allemand||208 718||243 358||299 692||339 754||398 666|
|Italien||960||5 300||6 058||28 372||10 640|
|Français||376||710||1 503||1 604||1 813|
|Romanche||239||452||1 127||1 482||845|
|Autres||198||465||726||13 263||40 873|
|Religion, Confession|
|Catholiquesb||105 370||126 164||150 412||184 087||244 625||236 733|
|Protestants||64 192||83 441||99 114||122 039||133 557||127 929|
|Catholiques-chrétiens||1 048||319||330|
|Autres||63||886||759||1 932||5 974||87 845|
|dont communauté juive||63||371||556||565||321||231|
|dont communautés islamiques||971||27 747|
|dont sans appartenancec||1 913||28 786|
|Nationalité|
|Suisses||166 367||198 195||221 841||289 268||325 641||361 904|
|Etrangers||3 258||11 524||28 444||19 838||58 834||90 933|
|Année||1905||1939||1965||1995||2005|
|Personnes actives||Secteur primaire||44 414||54 085||17 389||16 296d||13 829|
|Secteur secondaire||83 779||58 313||93 193||86 563||82 089|
|Secteur tertiaire||22 783||30 914||55 384||128 483||143 308|
|Année||1965||1975||1985||1995||2005|
|Part au revenu national||5,3%||5,3%||5,4%||5,6%||5,1%|
Auteur(e): Wolfgang Göldi / PM
L'exploration archéologique du canton commença au milieu du XIXe s.: tandis que Peter Paul Immler, de S., mettait au jour en 1864-1865 les thermes de la villa de Sargans-Malerva, des membres de la Société d'histoire cantonale se mirent à collecter des objets préhistoriques et romains, surtout autour de Sargans. Dès 1890, Jakob Heierli, Emil Bächler, Theophil Nigg, Benedikt Frei et Franziska Knoll-Heitz étendirent les fouilles à d'autres sites (cavernes, habitats de hauteur, châteaux forts). Avec l'essor de la construction, les découvertes se multiplièrent; un service archéologique cantonal fut créé en 1966. La connaissance du passé préhistorique de l'Alte Landschaft et du Toggenbourg devient de moins en moins lacunaire.
A ce jour, le plus ancien témoin de la présence humaine dans le canton est le foyer du Drachenloch, au-dessus de Vättis (2427 m, comm. Pfäfers). Vieux de plus de 50 000 ans, il atteste le passage saisonnier d'un groupe de chasseurs néandertaliens lors d'une phase chaude de la dernière glaciation. Plus tard (38 000-28 000 av. J.-C.), des Néandertaliens séjournèrent aussi au Wildenmannlisloch sur le Selun (comm. Alt Sankt Johann). Ils utilisaient des outils en quartzite à grain fin, pierre que l'on trouve à environ 9 km de Wildhaus. Pendant la phase principale de la dernière glaciation, le territoire cantonal était en grande partie sous la glace. Seul le Rheintal a livré des vestiges du Paléolithique supérieur (10 000-8000 av. J.-C.): des outils en pierre taillée à la Saxerlücke (comm. Sennwald) et un foyer dans l'abri sous roche du Hirschensprung (comm. Rüthi).
Au Mésolithique, le réchauffement et la reforestation créèrent de meilleures conditions de vie. Les hommes vivaient surtout au bord des lacs et cours d'eau: sites de Wartau-Oberschau-Moos dans le Rheintal et du lac de Werdenberg.
Les premiers agriculteurs apparurent en Suisse orientale vers le milieu du VIe millénaire av. J.-C. Le matériel retrouvé à Sevelen-Pfäfersbüel dans le Rheintal montre des liens privilégiés avec des civilisations du nord et du nord-est (Rössen tardif et Lutzengüetle, vers 4300 av. J.-C.). Pour les phases récentes de Pfäfersbüel et pour tous les autres sites néolithiques du canton, on observe aussi des relations avec les civilisations du Plateau (Pfyn pour Sevelen-Geissberg et Rapperswil-Jona-Feldbach Ost; Horgen pour Wartau-Ochsenberg, Vilters-Wangs-Severgall et Rapperswil-Jona-Seegubel). La tombe à ciste de Rapperswil-Jona-Kempraten présente des influences venues de l'ouest et du nord. Ces distinctions s'effacent à l'époque de la Céramique cordée, qui rayonne sur toute l'Europe centrale (habitats près de Rapperswil, dans le Seeztal et le Rheintal; aucune sépulture connue).
Auteur(e): Regula Steinhauser-Zimmermann / PM
L'usage généralisé du cuivre et de ses alliages stimula le commerce suprarégional. Le trésor de Sennwald-Salez (vers 2000 av. J.-C.) comportait des lingots de cuivre de taille standardisée, destinés au transport. Les bonnes conditions climatiques et l'exploitation du cuivre entraînèrent une colonisation accrue de l'espace alpin et partout une occupation humaine plus dense. Au Bronze ancien (2200-1500 av. J.-C.), les habitants de sites lacustres et de hauteur (comme Flums-Gräpplang, Mels-Castels, Wartau-Ochsenberg, Rapperswil-Jona-technicum) contrôlaient le trafic. Une passerelle en bois, plusieurs fois reconstruite, traversait le détroit du lac de Zurich à Rapperswil; avec le matériel trouvé à proximité, elle prouve l'importance du commerce suprarégional à la fin du Bronze ancien.
Une détérioration du climat provoqua l'abandon des sites lacustres vers 1600 av. J.-C.). Les habitats du Bronze moyen (Wartau-Herrenfeld, Rapperswil-Jona-Wagen-Erlen, Mels-Castels et Schänis-Gasterholz) étaient à flanc de coteau ou au sommet de collines. Des vestiges isolés (aiguilles, haches, armes) attestent une occupation relativement dense de l'ensemble du canton.
Au Bronze final (1350-800 av. J.-C.), des échanges à longue distance sont perceptibles, par exemple avec l'Italie septentrionale et centrale. Des objets provenant des vastes habitats de hauteur, en partie fortifiés, du Rheintal et du Seeztal (Oberriet-Montlingerberg, Mels-Castels, Flums-Gräpplang, Walenstadt-Berschis-Sankt Georg) indiquent que s'y installèrent de petits groupes originaires du Tyrol du Sud ou du Trentin. On y pratiquait le commerce des matières premières (minerai de cuivre gris) et des produits de luxe (ambre) et la production de laine a pu jouer un rôle. L'occupation du nord du canton est encore très mal connue; les habitats y étaient établis, semble-t-il, sur des terrasses (Goldach-Mühlegut, Wil-Fürstenaupark).
Une nouvelle dégradation climatique, au début du premier âge du Fer (800-450 av. J.-C.), entraîna un déplacement des habitats. Les sites de hauteur des vallées saint-galloises restèrent occupés. Les tumulus du Balmenrain (comm. Eschenbach) pourraient indiquer la proche présence d'un de ces domaines isolés dont on a supposé l'existence sans avoir jamais pu la prouver.
Au début du second âge du Fer (450-15 av. J.-C.), la population augmenta de nouveau. Un groupe rhéto-celtique vivait dans le Rheintal et le Seeztal; il entretenait apparemment de bons contacts avec le sud des Alpes. La plaine de la Linth, le Toggenbourg et l'Alte Landschaft se rattachaient à la civilisation du Plateau suisse. Entre le IIIe et le Ier s. av. J.-C., le Rheintal et le Seeztal ressemblèrent de plus en plus au reste du territoire cantonal, mais des différences persistèrent sur le plan rituel. Tandis qu'à Weesen se trouvait un site celte d'offrandes immergées, il existait à Wartau-Ochsenberg un site d'offrandes incinérées, encore en fonction après la conquête romaine, appartenant à la tradition des Alpes orientales.
Auteur(e): Regula Steinhauser-Zimmermann / PM
La campagne de Tibère et Drusus dans les Alpes, en 15 av. J.-C., fit passer le territoire saint-gallois sous la domination de Rome. Pour la préparer, des tours furent édifiées à l'ouest du lac de Walenstadt (Biberlikopf, Stralegg, Voremwald), mais elles ne furent occupées que quelques années. On ne sait si le trésor romain de S.-Bruggen fut enfoui dans ce contexte.
On admet une continuité des habitats celtes, auxquels s'ajouta le vicus de Kempraten (comm. Rapperswil-Jona), fondé dans la première moitié du Ier s. là où la route pour Oberwinterthur se détachait de la voie Coire-Zurich. D'abord bâti en bois, il fut reconstruit en pierre dans la seconde moitié du Ier s., après un incendie dévastateur, et prit un aspect urbain. Au centre se dressait un temple, sur une place close à laquelle s'adossaient de grandes maisons carrées ou rectangulaires à un ou deux étages, que prolongeaient de petits ateliers et dépendances. Sur le côté nord se trouvait un autre sanctuaire (temple gallo-romain et enclos sacré). Il est certain que le vicus était encore occupé au IVe s.
Dans des villae grandes et petites, réparties sur tout le territoire du canton (Sargans-Malerva, Oberriet-Montlingerberg, Rorschacherberg-Obere Burg, Rapperswil-Jona-Wagen-Salet), on pratiquait l'agriculture et l'artisanat (tuilerie de Malerva). Un bâtiment découvert sous l'église Saint-Martin à Busskirch (auj. comm. Rapperswil-Jona) pourrait avoir servi de station de transbordement.
Dès la seconde moitié du IIIe s., la population fut régulièrement obligée, à cause des incursions des Alamans, de se retirer sur des hauteurs en partie fortifiées (Walenstadt-Berschis-Sankt Georg, Wartau-Ochsenberg). Cette menace explique peut-être l'enfouissement des trésors d'Oberriet, Balgach et Vättis. On construisit encore un castrum à Weesen dans la seconde moitié du IVe s. Des soldats stationnaient en outre à Berschis-Sankt Georg et au Severgall (comm. Vilters-Wangs). Vers 400, les habitats de l'ouest du canton semblent abandonnés ou déplacés; en revanche, la partie orientale, qui relevait de la province de Raetia prima (Raetia), maintint des relations avec le sud, même après la chute de l'Empire romain d'Occident au Ve s.
Auteur(e): Regula Steinhauser-Zimmermann / PM
Durant le haut Moyen Age, le nord et le sud du canton évoluèrent différemment. La partie nord, située aux marges de la Retia curiensis (Rhétie ()) et relativement peu peuplée par les Romans, s'ouvrit à la colonisation alémane, à la domination franque et au droit germanique (Pactus Alamannorum et Lex Alamannorum); elle fut attribuée au diocèse de Constance fondé au début du VIIe s. La partie sud, où la population romane prédominait, ne se détacha pas du diocèse de Coire et les structures politiques et juridiques issues du Bas-Empire (Capitula Remedii) s'y maintinrent jusqu'à l'époque carolingienne. La frontière suivait une ligne allant du Hirschensprung dans le Rheintal à la plaine de la Linth en passant par l'Alpstein et les Churfirsten.
Le territoire du canton tomba en 493, avec la Raetia prima, sous l'influence des Ostrogoths, puis passa en 536/537 sous la domination des Francs, qui ne touchèrent pas à l'organisation politique et sociale locale (alémane ou rhétique). Au nord, les ducs d'Alémanie profitèrent dès le milieu du VIIe s. de la faiblesse des Mérovingiens, mais, au VIIIe s., ils ne purent résister à l'ascension des Carolingiens. Au sud, les Zaccon (ou Victorides) exerçaient à la fois les pouvoirs laïque et ecclésiastique en cumulant les charges de praeses et d'évêque de Coire.
Le sud connut probablement deux phases de colonisation (Ve-VIe s. et VIIIe-IXe s.), à partir des fermes occupant les flancs des vallées (Rhin, Seez, Linth) et les rives du lac de Zurich. Au nord, en assimilant ou refoulant les Romans, la population alémanique s'empara dès le VIIe s. de l'ensemble des fermes et hameaux jusqu'au Hirschensprung, jusqu'à l'extrémité occidentale du lac de Walenstadt et jusqu'au milieu du Toggenbourg. La localité apparue près de l'abbaye de S. est qualifiée de village (villa) vers 926; elle sera entourée d'une muraille dans le troisième quart du Xe s. Les sites urbains les plus proches étaient Coire et Constance, ainsi que les anciens castra d'Arbon (où une population romane se maintint jusqu'au début du VIIIe s.) et de Bregenz.
Après l'installation d'un comte en 806, les principaux détenteurs du pouvoir furent, outre le roi ou l'empereur (qui avait des domaines dans le Rheintal et vers le haut lac de Zurich), les Gerolde (ou Udalriche) et les Hunfride, ainsi que les évêques de Constance et de Coire et les abbayes impériales de S. (fondée en 719) et de Pfäfers (fondée vers 735). Des familles richement pourvues de terres, de serfs et de bétail sont déjà attestées au VIIIe s. (clan de Beata), mais il n'existait pas encore de noblesse dotée de privilèges héréditaires et de fonctions seigneuriales. Le droit alémanique distinguait entre les hommes libres et plusieurs catégories d'affranchis et de serfs; ces trois statuts se retrouvent aussi en Rhétie. On rencontre dès le VIIe s. des communautés juridiques d'hommes libres, telle la "centurie de Waltram" (Waltramshuntari). Les chartes de l'abbaye de S. font connaître le droit familial, matrimonial et successoral des hommes libres: le modèle prédominant était la famille nucléaire avec deux ou trois enfants, basée sur le mariage officiel donnant à l'époux la tutelle sur sa femme (Muntehe). La succession suivait la ligne masculine et désavantageait les filles, mais ne les excluait pas. Les femmes libres avaient la capacité juridique.
Les réalités économiques transparaissent dans les chartes et inventaires de biens royaux ou abbatiaux (Polyptyque rhétique). La céréaliculture (orge, épeautre, amidonnier et avoine) régnait en dessous de 650 m; elle gagna en altitude dès le milieu du VIIIe s. grâce à une amélioration climatique. On pratiquait l'assolement triennal sur les domaines abbatiaux; ailleurs, l'alternance cultures/herbages prédominait. On élevait, surtout dans les régions alémaniques, des porcs et des poules, plus rarement des bovins, des moutons et des chèvres. L'économie alpestre est attestée par la toponymie dans les régions rhétiques. On produisait du vin dans le Rheintal, de la bière près du lac de Constance et dans la vallée de la Thur. L'artisanat se concentrait près des résidences seigneuriales. On exploitait et transformait le minerai de fer dans le massif du Gonzen près de Sargans. Pour les transports, on privilégiait la voie d'eau (Rhin, Linth, lacs de Walenstadt et de Constance). Les routes de transit furent améliorées à l'époque carolingienne; il y avait des bacs à Schaan et Maienfeld, des soustes à Walenstadt, Weesen, Steinach et Rorschach. Les trésors des églises gardent la trace des échanges lointains (soie, récipients en verre, pierres et métaux précieux, ivoire, épices).
Jusqu'au VIIe s., les cultes gallo-romains et alémanes cohabitèrent. Le christianisme se répandit au sud à partir de Coire, dès 400 environ. Les premières églises furent bâties, parfois sur des fondations antiques, au bord du lac de Zurich (Busskirch, Kempraten), dans le pays de Sargans (Flums) et dans le Rheintal (Grabs). Au nord, la christianisation fut soutenue par les évêques de Constance et par des missionnaires irlandais (Colomban, Gall). On fonda au VIIIe s., outre les abbayes de S. et Pfäfers, des monastères privés bientôt disparus (Benken, Jonschwil, Flums), puis le couvent féminin de Schänis, sans doute entre 814 et 823. Les écoles abbatiales de S. et Pfäfers cultivaient les arts libéraux. Le culte des saints (Gall, Otmar, Magne de Füssen, le pape Alexandre Ier) fit de S., Pfäfers et Kempraten des buts de pèlerinage.
Auteur(e): Alfred Zangger / PM
La disparition de l'empire carolingien fut suivie d'une période d'insécurité, marquée par les invasions hongroises (attaque de l'abbaye de S. en 926) et les incursions des Sarrasins dans les Alpes rhétiques (935-940). Les ducs de Souabe s'imposèrent en 917 et 919 comme représentants de la puissance impériale, en éliminant leurs adversaires intérieurs (évêque de Constance, abbé de S.) et extérieurs (royaume de Haute-Bourgogne). Ils dominaient l'ensemble du futur territoire cantonal; ils s'attachèrent étroitement les abbayes de S. et Pfäfers, qui profitèrent de leurs donations, mais durent aussi subir leurs interventions (confiscations, pressions lors de l'élection de l'abbé). Le duché de Souabe devint à la fin du XIe s. un fief héréditaire disputé entre les Zähringen et les Hohenstaufen; il ne survécut pas en tant que tel à l'extinction de ces derniers en 1268. Le bailliage impérial de Haute-Souabe, qui lui succéda, ne joua pas un grand rôle à S.
Plus importante fut l'expansion des seigneuries relevant de grandes familles nobles, principalement les comtes de Kibourg, Habsbourg, Toggenbourg, Montfort, Werdenberg, Rapperswil et Vaz, ainsi que les barons de Sax. Les abbés de S. Ulrich von Sax et Wilhelm von Montfort remplirent leurs fonctions temporelles de manière particulièrement énergique; le premier soutint les Hohenstaufen, ce qui lui valut la dignité de prince d'Empire en 1207, l'autre se défendit avec succès contre la puissante maison de Habsbourg à la fin du XIIIe s.
Pour exercer ses droits seigneuriaux, l'abbaye de S. s'appuyait surtout sur des ministériaux non libres et des chevaliers, dont les fonctions commencent à devenir héréditaires au Xe s. déjà. Aux XIe et XIIe s., ces gens constituaient un groupe social distinct; ils obtinrent un statut particulier en 1064 et gagnèrent de plus en plus d'assurance face aux abbés. Le rôle assigné aux ministériaux dans la seigneurie abbatiale explique sans doute le fait qu'aucune famille de la région, à l'exception des comtes de Toggenbourg, ne parvint à la haute noblesse. L'abbé de S. Ulrich von Eppenstein, partisan de l'empereur, mêla le couvent à la querelle des Investitures en 1077; sa guerre privée contre les partisans du pape (comtes de Toggenbourg et de Kibourg, évêque de Constance) affecta gravement la population et l'économie, jusqu'en 1093. L'abbaye de Pfäfers, en revanche, resta du côté du pape, comme l'évêque de Coire. C'est pourquoi l'empereur Henri IV la donna en 1095 à l'un de ses fidèles, l'évêque de Bâle; elle ne retrouva son autonomie qu'en 1116.
La frontière entre les diocèses de Coire et de Constance, décrite vers 1155, allait, comme vers 900, de la Linth au Hirschensprung en passant par les Churfirsten et la crête orientale de l'Alpstein. Leur organisation interne (décanats et archidiaconats) se fixa entre 1150 et 1250 environ. Le territoire saint-gallois relevait des décanats d'Unter der Landquart (Coire), S., Wil, Rapperswil-Zurich et Wetzikon (Constance). De nouvelles paroisses se fondèrent après les défrichements des XIIe-XIIIe s. et de nouveaux couvents, comme ceux de Sankt Johann sur la Thur avant 1152 ou de Sankt Peterzell avant 1178, dans le cadre des mouvements de réforme monastique et avec le soutien de donateurs nobles.
Rorschach ne sut pas tirer profit des droits octroyés en 947 par l'abbé de S. (marché, monnaie et péages) et il n'y eut pas d'essor urbain avant le XIIIe s. A part S., où des bourgeois sont mentionnés en 1086 et des franchises en 1272, confirmées en 1291 (le premier sceau conservé date de 1294), toutes les villes fondées dans le canton restèrent petites ou même disparurent à la suite de conflits armés, comme Schwarzenbach (1287/1301) et Weesen (1388). Les premiers indices d'un mouvement communal campagnard se trouvent sous la plume du chroniqueur Christian Kuchimeister, qui a rendu compte de la résistance organisée que des serfs de S. opposèrent à l'abbé vers 1270.
Auteur(e): Alfred Zangger / PM
La période allant de 1300 à 1500 se caractérise par des mutations (déclin de nombreuses maisons, ascension de quelques autres) parmi les détenteurs traditionnels du pouvoir (noblesse, Eglise), par l'apparition de nouvelles formes de pouvoir (seigneurie territoriale) et par le renforcement de l'autonomie communale, en ville comme à la campagne.
Entre la mort de l'empereur Albert Ier (1308) et l'alliance entre le duc Léopold IV et le prince-abbé en 1392, l'ascendant de la maison de Habsbourg resta faible dans la sphère d'influence de l'abbaye de S. Vers 1400, celle-ci étendit temporairement son pouvoir dans le Rheintal. Au sud, les Habsbourg se retrouvèrent sur la défensive après la défaite de Näfels (1388). Ils perdirent avant 1460 tous leurs droits dans la région allant de Rapperswil au Rheintal en passant par le lac de Walenstadt, à la suite des guerres d' Appenzell, de la mise au ban de l'Empire du duc Frédéric IV en 1415, de la guerre de Zurich (1439-1446) et de celle des Plapparts en 1458. Les comtes de Toggenbourg, après avoir surmonté une crise à la fin du XIIIe s., étendirent leur pouvoir dans la vallée de la Thur et en 1338 aux Grisons (par mariage avec une héritière des Vaz). Lors des guerres d'Appenzell, ils acquirent à titre de gages les seigneuries habsbourgeoises près du lac de Walenstadt et dans le Rheintal. Après la mort du dernier comte, Frédéric VII (1436), la guerre de Zurich amena destructions et désolation, mais peu de changements aux décisions prises avant le début du conflit. Le Toggenbourg passa par héritage en 1436 aux barons de Rarogne (qui le revendirent à l'abbaye de S. en 1468), tandis qu'Uznach en 1437, le Gaster et Weesen en 1438 devinrent bailliages communs de Schwytz et Glaris, qui les conservèrent après la guerre. Le dernier comte de Werdenberg vendit en 1483 le comté de Sargans aux cantons (moins Berne). Les bailliages du Rheintal et de Rheineck revinrent à Appenzell en 1445 et aux VIII cantons en 1490. Des familles nobles conservèrent la seigneurie de Gams ou Hohensax jusqu'à sa vente à Schwytz et Glaris en 1497, le comté de Werdenberg jusqu'à sa cession à Glaris en 1517 et la seigneurie de Forstegg jusqu'à sa vente à Zurich en 1615.
La principauté abbatiale connut des difficultés économiques et un affaiblissement politique interne dans les premières décennies des XIVe et XVe s. Plusieurs tentatives de réforme précédèrent la mutation décisive entreprise sous l'abbé Ulrich Rösch dans la seconde moitié du XVe s. La seigneurie monastique traditionnelle fondée sur des droits dispersés et sur les relations d'homme à homme s'incarnant dans les ministériaux fut transformée en seigneurie territoriale organisée en circonscriptions que géraient des fonctionnaires et soumise à une législation largement unifiée. La principauté comprenait à la fin du XVe s. l'Alte Landschaft (de Wil à Rorschach) et la Neue Landschaft (Toggenbourg).
La ville de S. ne faisait pas partie de la principauté. Elle avait acquis au début du XVe s. le statut de ville d'Empire et s'était alliée en 1454 avec Zurich, Berne, Lucerne, Schwytz, Zoug et Glaris. Mais ses tentatives en vue d'édifier une seigneurie en acquérant des basses justices et des bourgeois forains échouèrent face à l'opposition de l'abbaye soutenue par les Confédérés (conflit de 1456 et guerre de S. consécutive au sac du couvent de Rorschach en 1490).
Rheineck bénéficia de l'immédiateté impériale dès 1276, mais la perdit avant 1309; de même Rapperswil entre 1415 et 1444. Vers 1500, toutes les villes municipales étaient sujettes soit du prince-abbé de S., soit de cantons, sauf Rapperswil (pays allié des Confédérés dès 1464).
Les communes rurales évoluèrent différemment selon les régions. Au sud, on conserve des statuts de tenanciers et des coutumiers locaux, par exemple pour Benken, Kaltbrunn, Quarten, Mels et Ragaz. Dans l'Alte Landschaft, l'abbé Ulrich Rösch imposa un coutumier unifié (le premier à Goldach en 1463) qui remplaçait probablement des dispositions locales antérieures et ne laissait guère de marge aux villageois en matière d'organisation économique et sociale. Quelques coutumiers du Toggenbourg, tels ceux de Krinau (1493) et de Kirchberg (1515), accordent davantage d'autonomie communale, de même que les textes en vigueur dans le sud, comme le rôle des tenanciers de Jona (1415-1450), le statut villageois de Schmerikon (1442), le terrier de Grabs (1463) et les règlements des Tagwen de la plaine de la Linth vers 1500.
Les ligues urbaines de la région du lac de Constance (XIVe-début XVe s.), puis les alliances avec les Confédérés furent importantes. A la fin des années 1370, la ville de S., mais aussi Wil, Altstätten et même des villages du Rheintal adhérèrent à la Ligue des villes souabes. Au début du XVe s., la ville de S. se détacha des villes du lac de Constance pour entrer dans le système d'alliances des Confédérés, dont l'influence grandit progressivement. Un traité de combourgeoisie fut conclu en 1412 avec les cantons (sauf Berne). La principauté abbatiale devint pays allié de la Confédération en 1451, la ville de S. en 1454. Vers 1500, les gens de la partie nord du canton actuel étaient bourgeois ou sujets d'un pays allié, ceux de la partie sud (sauf Sax-Forstegg) vivaient dans des bailliages appartenant à un ou plusieurs cantons et étaient donc sujets des Confédérés.
Auteur(e): Alfred Zangger / PM
A l'époque moderne, le territoire du futur canton se composait de douze entités étatiques relativement petites aux régimes politiques différents. L'abbé de S. était un monarque quasi absolu dans l'Alte Landschaft, mais accordait certains droits à ses sujets du Toggenbourg. Les terres de l'abbaye de Pfäfers formaient aussi une principauté ecclésiastique, soumise néanmoins au protectorat des VII, puis des VIII cantons (avec Berne) dès 1712. Les barons de Sax vendirent en 1615 leur seigneurie de Sax-Forstegg à la ville de Zurich, qui la fit administrer par un bailli. Pays alliés, les villes de S. et Rapperswil étaient des Etats-cités gouvernés par des conseils. Les autres entités étaient sujettes des Confédérés: Sargans et le Rheintal relevaient des VII cantons (sans Berne), le bailliage du Gaster (avec Weesen), le comté d'Uznach et la seigneurie de Gams appartenaient à Glaris et Schwytz, Werdenberg à Glaris seul.
En outre, divers seigneurs possédaient des droits de basse justice: l'abbaye de Sankt Johann en détenait dans le Toggenbourg, celle d'Einsiedeln à Kaltbrunn, les Schenk von Kastel à Oberbüren, les propriétaires du château fort de Gräpplang dans la région de Flums et surtout l'abbaye de S. dans le Rheintal. Les comtes de Hohenems revendiquaient tous les droits seigneuriaux à Au, Widnau-Haslach et Schmitter (comm. Diepoldsau), tout comme les princes-abbés de Pfäfers dans la vallée de la Tamina et à Ragaz.
Les souverains territoriaux s'efforcèrent d'éliminer ces forces concurrentes. L'abbaye de S. racheta par exemple les droits des Schenk von Kastel à Oberbüren. Les Confédérés, s'appuyant sur leur puissance politique et militaire, limitèrent les compétences des seigneurs les plus faibles à la gestion des terres et des serfs; l'abbaye de S. (pour ses droits dans le Rheintal), celle de Pfäfers et les comtes de Hohenems menèrent de longs conflits qui ne furent jamais jugés sur le fond, mais qui, de fait, se conclurent toujours en faveur des cantons.
Le processus de concentration des pouvoirs aboutit à des résultats variables selon les lieux. Les corporations de la ville de S. et les vingt-neuf familles patriciennes de Rapperswil mirent hors jeu les assemblées des bourgeois. Entourés d'une véritable cour, les princes-abbés de S., souverains absolus dans l'Alte Landschaft, la firent administrer par des fonctionnaires ecclésiastiques et laïques. Glaris et Zurich tenaient aussi fermement les rênes dans les bailliages de Werdenberg et Sax-Forstegg. En revanche, le Toggenbourg s'administrait en grande partie lui-même, grâce à sa landsgemeinde et à son Conseil composé de représentants élus des communes. A Sargans et dans le Rheintal, le bailli résidait sur place, mais la brièveté de son mandat (deux ans) l'obligeait à composer avec les forces locales. A Uznach, dans le Gaster, à Weesen et à Gams, les baillis schwytzois et glaronais ne résidaient pas, si bien que les organes locaux hérités du Moyen Age (amman ou sous-bailli, Conseil, landsgemeinde) jouissaient d'une large autonomie (surtout à Gams, en raison de son éloignement). Ces territoires échappèrent à l'absolutisme, mais n'étaient pas pour autant des démocraties au sens actuel, car une élite locale de plus en plus fermée s'y réservait les charges importantes.
Les tentatives des souverains pour renforcer leurs pouvoirs aux dépens de leurs sujets provoquèrent de nombreux conflits, par exemple à Rapperswil en 1703-1704 (affaire Hunger), à Werdenberg en 1719-1722, à Gossau en 1722-1727 et en 1745-1746. Toutes les rébellions furent réprimées par la force. Le Toggenbourg resta pendant trois siècles un foyer de tensions qui conduisirent à des soulèvements sanglants et même à une guerre civile confédérale en 1712; cette seconde guerre de Villmergen fut causée par les dissensions confessionnelles, le fort sentiment identitaire des gens de la vallée et les rivalités au sein des élites locales.
Dès 1790, le mécontentement grandit presque partout. Dans l'Alte Landschaft, le prince-abbé Beda Angehrn conclut avec ses sujets le Gütlicher Vertrag (1795), qui créait une monarchie constitutionnelle. A la fin de janvier 1798 éclata la révolution helvétique (seuls Uznach et Gams restèrent à l'écart). Les souverains affranchirent leurs sujets. Ceux-ci proclamèrent toute une série de républiques, qui furent incorporées à la République helvétique après l'invasion française (mai 1798).
Auteur(e): Max Baumann / PM
Le territoire cantonal se divise en cinq zones de peuplement: le sud (du haut lac de Zurich à Sargans), le Rheintal, les rives du lac de Constance, la région située entre Wil et S., la vallée de la Thur au sud de Wil. Le climat favorable du Moyen Age (Xe-XIIe s. surtout) permit une occupation presque totale du Plateau et des Préalpes (sauf le Haut-Toggenbourg), s'étendant aux flancs du Rheintal (défrichements attestés par la toponymie) et aux collines de l'Alte Landschaft et du Bas-Toggenbourg (première mention de Hemberg, à 950 m d'altitude, en 878). Le pays de Sargans ne fut germanisé qu'au XIe ou XIIe s., à partir du lac de Walenstadt et du Bas-Rheintal, comme le montre l'emprunt en allemand de toponymes romans. La colonisation partit des domaines et localités mentionnés vers 840 dans le polyptyque rhétique (Flums, Mels, Ragaz par exemple), ainsi que d'églises et de chapelles qui souvent étaient aussi le siège de plaids. Aux XIIe-XIIIe s., elle fut stimulée par les monastères de Sankt Johann, Magdenau et Wurmsbach (qui accordaient aux défricheurs des réductions de dîmes), tandis que la population se densifiait dans les villes neuves comtales (Wil, Lichtensteig, Uznach, Rheineck).
Dès le XIIIe s., l'abbaye de Pfäfers, les comtes de Werdenberg et de Montfort firent appel à des Walser pour peupler les vallées de Calfeisen et de Weisstannen, ainsi que les pentes de l'Alvier (Wartau). La colonisation du Haut-Toggenbourg s'acheva à la même époque. Aux rares localités proches des rives du Rhin (Diepoldsau, Salez) vinrent s'en ajouter d'autres, comme Berau ou Juggen, que la détérioration climatique du bas Moyen Age soumit à de fréquentes inondations.
Vers 1500, l'habitat dispersé prédominait dans le Toggenbourg et les zones colonisées par les Walser, les assez gros villages dans le Rheintal (concentration favorisée par l'essor de la viticulture) et au bord du lac de Constance; on trouvait des formes mixtes (villages, hameaux et fermes isolées) sur les collines entre Wil et S.
Il n'existe pas de chiffres précis de population, dont on admet qu'elle a doublé, voire triplé pendant les défrichements médiévaux (avant 1300). Ensuite, l'effet des changements climatiques, des épidémies et des guerres est mal connu. Les abandons de villages sont rares, ceux de champs cultivés difficiles à prouver. Les seuls renseignements relatifs à la peste noire de 1349 concernent les terres de l'abbaye de Pfäfers, où la maladie aurait fait plus de 2000 morts.
Les rôles fiscaux permettent certaines estimations, à partir de 1400. La ville de S. comptait 2300 à 2900 âmes vers 1400, 3000 à 3500 vers 1500. Wil et Rapperswil en avaient moins de 1000 au XVe s., les bourgades 200 à 400, les gros villages comme Gossau, Goldach, Rorschach ou les localités viticoles du Rheintal environ 500.
Auteur(e): Alfred Zangger / PM
Il n'est pas facile de faire des estimations, car l'état des sources est très différent pour chacun des douze territoires. Le premier dénombrement de tout le canton date de 1809 (135 209 hab.). Les chiffres antérieurs s'obtiennent par interpolation. Le quasi-quadruplement de la population entre 1450 et 1809 ne fut pas linéaire. De brusques augmentations se produisirent après 1540 et après 1650 (liées à l'essor de la toilerie), puis au XVIIIe s. (apparition de l'industrie cotonnière). Epidémies et crises économiques causèrent des reculs temporaires, réparés en quelques décennies, en particulier dans la première moitié du XVIIe s. (pertes d'un quart environ dues à des famines et à trois graves pestes) et dans une moindre mesure à la fin des années 1680 (mauvaises récoltes et disettes après des étés froids et humides).
Les chiffres globaux cachent de grandes divergences régionales, en fonction des situations économiques. Vers 1669 par exemple, on comptait moins de 30 habitants par km2 de surface productive dans les zones d'élevage du pays de Sargans et du Haut-Toggenbourg, un peu plus de 50 dans les zones de céréaliculture (ouest de l'Alte Landschaft, Bas-Toggenbourg), plus de 70 et parfois plus de 100 dans le Bas-Rheintal en aval d'Altstätten. Les densités élevées apparaissent dans les endroits où l'on pratiquait une agriculture intensive (vigne, arbres fruitiers, lin) et le tissage des toiles. Entre 1669 et 1809, les rythmes d'évolution varient aussi selon les régions: à la stagnation démographique et économique du pays de Sargans répondent des accroissements de population de 30-50% dans les seigneuries peu industrialisées de Werdenberg, Gams et Sax-Forstegg, de 30-100% dans l'Alte Landschaft (où la densité fut précocement élevée), de 100-200% dans les zones cotonnières du Toggenbourg, voire davantage entre Mogelsberg et Wattwil ainsi qu'à Amden.
Les effets des mauvaises récoltes et des crises économiques ne sont pas non plus uniformes: plus une région dépendait de coûteuses importations alimentaires, plus elle souffrait des disettes. Lors de la famine de 1771, la mortalité n'augmenta pas dans le Gaster et à Uznach qui assuraient eux-mêmes une bonne part de leur approvisionnement; elle augmenta de 60-80% dans le pays de Sargans, voué à l'élevage, elle doubla dans les régions pratiquant l'agriculture intensive et l'industrie (Alte Landschaft, Bas-Rheintal) et fut multipliée par 2,5-3,5 dans le Toggenbourg où l'industrie à domicile était très développée. En revanche, on n'observe pas de corrélation entre la structure économique et le nombre des victimes lors des douze épidémies de peste survenues entre 1517 et 1636. La peste emporta un cinquième de la population entre 1634 et 1637 (selon une étude portant sur un échantillon de douze paroisses) et même deux tiers dans la baronnie de Sax-Forstegg en 1629.
Auteur(e): Max Baumann / PM
Entre le XIIIe et le XVe s., l'agriculture de subsistance fit place à une production spécialisée (céréales, vin, bétail) de plus en plus destinée aux marchés régionaux. Les artisans se spécialisèrent aussi et s'organisèrent en corporations et confréries. Des marchands échangeaient toiles, épices, sel et métaux d'un bout à l'autre de l'Europe (Compagnie Diesbach-Watt). L'apparition du crédit accrut la dépendance des campagnes envers les villes.
Dans l'Alte Landschaft, au bord des principales rivières et sur les rives des lacs de Constance et de Zurich, on s'en tint à la céréaliculture. Le Haut-Toggenbourg, le Haut-Rheintal, le pays de Sargans et le Gaster se vouèrent à l'élevage, le Bas-Rheintal et les régions de Wil et Rapperswil à la viticulture. Les plantes textiles (chanvre et lin) sont assez rarement mentionnées, malgré leur importance économique. Les villages du Plateau étaient soumis à l'assolement obligatoire, mais les fermes isolées (qui prédominaient dans les zones élevées) échappaient à ce système, qui n'est pas attesté non plus dans le sud du canton. De nombreux alpages de l'Alpstein, des Churfirsten et du sud du canton, propriétés d'abbayes et de familles nobles, passèrent dès la fin du XIVe s. à des consortages. Les famines et épidémies du XIVe s. apparaissent peu dans les sources; peut-être eurent-elles des effets moins graves qu'ailleurs. Les guerres de Näfels, d'Appenzell et de Zurich causèrent des chertés. L'élevage et la viticulture progressèrent dès le XIVe s. et plus encore après 1450, stimulés par l'extension du crédit et de nouvelles formes de bail (bail à cheptel, métayage où le vigneron-locataire et le propriétaire se partageaient la récolte selon une proportion convenue). L'exploitation du fer au Gonzen était une régale du comté de Sargans; au XVe s., elle passa aux mains d'industriels zurichois comme Peter Kilchmatter, Hans et Georg Thum ou Ulrich Grebel.
Les artisans spécialisés se rencontraient surtout en ville. A S., ils fondèrent au XIVe s. les corporations des Tisserands, Forgerons, Tailleurs, Cordonniers, Boulangers et Bouchers. Celles-ci réglementaient la production, la qualité, les prix et les salaires; dès le milieu du XIVe s., elles prirent part à la vie politique. A Rapperswil, Wil et Uznach apparurent des confréries qui, à côté de leurs fonctions religieuses et sociales, avaient des buts économiques (protection contre la concurrence). Des compagnons faisant leur tour sont attestés, ainsi que des artisans itinérants (tailleurs de pierre et autres métiers du bâtiment).
Pour les transports pondéreux, on empruntait souvent la voie d'eau. Il existait un réseau routier, allant des routes impériales, où deux chars pouvaient se croiser, jusqu'aux chemins vicinaux. A la campagne, les paysans riches possédaient des chars; en ville, les charretiers étaient des professionnels.
Les marchands de la ville de S. pratiquèrent le grand commerce dès le XIIIe s. Ils exportaient des toiles jusqu'en Espagne et en Pologne, en échange de chevaux, de métaux, d'épices, de fourrures, etc. Ils fondèrent au XVe s. la société du Notenstein pour assurer la défense de leurs intérêts économiques et pour se retrouver entre eux. D'autres grands marchands étaient basés à Wil et Uznach. Selon les rôles fiscaux de S. et de Wil, ces villes connurent au XVe s. un essor économique qui fut interrompu assez longuement par la guerre de Zurich et brièvement par celle de S. (1490).
Auteur(e): Alfred Zangger / PM
La spécialisation des zones agraires se poursuivit. La céréaliculture et l'assolement obligatoire prédominaient dans l'Alte Landschaft et le Bas-Toggenbourg, qui produisaient des excédents de grains, l'élevage et l'économie alpestre (beurre, fromage, sérac) dans le Haut-Toggenbourg et les régions d'altitude du sud du canton. Le Bas-Rheintal se vouait à la vigne et aux cultures fruitières; aux environs de la ville de S., les cultures maraîchères abondaient, ainsi que la production de lin pour la toilerie. Les agriculteurs se tournèrent vers les marchés indigènes et étrangers. L'économie monétaire se développa. L'essor démographique engendra une demande accrue qui poussa à partager les communaux, à mettre en culture les jachères et à créer des enclosures. Le blé turc (maïs) fut introduit vers 1700 dans le Rheintal, la pomme de terre dans les autres régions dès 1740.
La majorité des artisans travaillaient dans les villes et bourgades. Mais il y avait des exploitations agricoles dans les petites villes et des artisans dans les villages et hameaux. Les marchés urbains hebdomadaires stimulaient les métiers locaux. Les corporations n'eurent de rôle politique que dans la ville de S. Des associations d'artisans existaient néanmoins dans les petites villes comme Wil et Rapperswil, voire à la campagne. Parmi les activités régionales typiques, citons les carrières du pays de Sargans, l'extraction de la lignite et de la tourbe près de S., les mines de fer du Gonzen et de nombreux bains thermaux (comme ceux de Pfäfers). Le service étranger resta une ressource importante dans le sud économiquement retardé.
Vers 1500 déjà, la ville de S. était le centre des toiles dans la région du lac de Constance. Cette activité connut une crise dans la première moitié du XVIIe s., puis un regain de prospérité entre 1680 et 1714, suivi d'un rapide déclin dans la seconde moitié du XVIIIe s. Le tissage du coton prit son essor en 1721. La broderie à la main débuta peu après 1750; pratiquée à domicile selon le Verlagssystem, jusqu'à Werdenberg et jusqu'au fond du Toggenbourg, elle offrait aux paysans un revenu complémentaire important, mais aléatoire.
Les tisserands se procuraient le fil de lin sur les marchés régionaux et livraient les toiles à S., mais aussi à Wil, Lichtensteig et Rorschach, d'où des grands négociants les exportaient en Pologne, en Hongrie, en Italie du Nord, en Espagne et en France, parfois en passant par les foires de Lyon, Francfort ou Leipzig, où ils avaient des comptoirs. Les zones d'élevage exportaient vers l'Italie du Nord des jeunes bêtes, des bœufs gras et des chevaux. La spécialisation agricole et industrielle entraîna une dépendance envers les importations de grains (épeautre, avoine) provenant d'Allemagne du Sud, région qui de son côté privilégia la céréaliculture et négligea la production manufacturière. De part et d'autre du lac de Constance, des zones économiquement complémentaires formèrent un espace d'échanges commerciaux transfrontaliers. Les transports empruntaient les deux axes menant aux cols grisons, celui du lac de Walenstadt et celui du Rheintal. En 1773-1778, l'abbaye de S. améliora l'accessibilité de l'Alte Landschaft en faisant construire la grand-route Rorschach-Wil.
Auteur(e): Max Baumann / PM
Entre le XIIIe et le XVe s., la société subit de profondes mutations, qui vinrent contredire la représentation idéale d'un ordre immuable fondé sur les trois états (noblesse, clergé, paysannerie). Au déclin de la noblesse répondit l'ascension de la bourgeoisie urbaine et des élites campagnardes roturières.
Au XIIIe s., trois maisons comtales, les Toggenbourg, les Rapperswil et les Werdenberg, édifièrent aux marges de la zone d'influence de l'abbaye de S. (avec laquelle les premiers eurent de fréquents conflits au XIIIe s.) des seigneuries de diverses tailles plus ou moins durables; la dernière disparut avec la mort de Jörg von Werdenberg en 1504. D'autres familles nobles s'éteignirent (par exemple dans la vallée supérieure de la Thur) ou furent repoussées dans des zones éloignées (les Bussnang, Enne, Güttingen, Hewen); à l'exception des barons de Sax (Hohensax), elles ne jouèrent qu'un rôle secondaire. Le nombre des familles de ministériaux s'accrut au XIIIe s.; au XVe s. il n'en restait que quelques-unes, souvent au service de la principauté abbatiale qui s'était renforcée. Suivre un maître qui remportait des succès pouvait conduire à l'ascension sociale (les Giel von Glattburg au XIIIe s., les Meier von Windegg au XIVe), lui résister mener au déclin (les Ramschwag). Conscientes de leur rang, ces familles contractaient rarement des mariages avec des nobles d'un autre rang ou avec des familles bourgeoises, à moins que celles-ci ne se distinguent à la fois par leur prestige et leur richesse.
La structure sociale urbaine est liée dès le XIVe s. aux charges publiques. Les rôles fiscaux nous renseignent sur les états de fortune à S. et Wil dès le début du XVe s. A S., la classe supérieure et moyenne-supérieure, formée de marchands, de quelques artisans du textile et de la métallurgie, de meuniers et d'aubergistes, occupait quatre cinquièmes des sièges du Conseil. La majorité des artisans appartenaient à la classe moyenne. Les gens riches habitaient sur les diverses places du marché ou près des sièges seigneuriaux (abbaye de S., châteaux de Wil et de Rapperswil), mais dans l'ensemble, il n'y avait guère de ségrégation, sauf pour les tanneurs, mis à l'écart à cause de la puanteur de leur activité. La fortune des femmes n'est pas mentionnée dans les rôles fiscaux, sauf si elles étaient seules ou veuves; celle des membres des classes populaires l'est rarement. Des juifs furent tués à S. au moment de la peste noire (1349); quelques autres sont mentionnés ensuite, notamment comme prêteurs sur gage à S. et Wil.
A la campagne aussi, les structures sociales sont perceptibles à partir du XIVe s. De nouveaux groupes sociaux (assesseurs de justice, fonctionnaires comtaux) surgirent à côté de ceux anciens des tenanciers, ce qui conduisit à des tensions à Rorschach et dans le Toggenbourg, au XVe s. La classe supérieure se composait des gros propriétaires (libres ou tenanciers) "honorables", c'est-à-dire disposant de la capacité juridique et susceptibles d'avoir tenure et charge publique. Au XVe s. apparaît une élite de paysans influents, de meuniers et d'aubergistes, surtout dans les grands villages comme Rorschach, Goldach et Gossau, ainsi que dans le Rheintal et la plaine de la Linth, les zones d'habitat dispersé se prêtant quant à elles peu à la naissance de tels groupes. Lors de conflits comme le sac du couvent de Rorschach et la guerre de S. (1489-1490), les dirigeants locaux durent choisir leur camp. Des mesures contre les immigrants pauvres deviennent perceptibles vers 1500; les communiers se réservèrent le plein accès aux forêts et pâturages communaux, contre les habitants dont les droits étaient restreints et les étrangers qui en étaient privés; les seigneurs protégèrent leurs droits de chasse et de pêche contre les empiètements des sujets.
Les mutations sociales se reflétèrent aussi dans le clergé. Au XIIIe s., les abbayes impériales de S., Pfäfers et Schänis recrutaient dans la noblesse régionale. Au XVe s., seul le couvent féminin de Schänis maintenait cet usage; la plupart des moines des deux autres maisons provenaient de familles roturières de Suisse orientale. L'horizon de Sankt Johann était plus régional, comme celui des couvents féminins fondés à partir du XIIIe s. Les mouvements de piété multiplièrent le nombre des ermitages et communautés de béguines et bégards (Grimmenstein AI, Pfanneregg, Tübach, Wonnenstein). Le développement du réseau paroissial créa un besoin accru de religieux séculiers, issus au début de la noblesse, puis en majorité de la bourgeoisie et des élites rurales.
Auteur(e): Alfred Zangger / PM
Les changements intervenus à l'époque moderne touchèrent surtout les classes supérieures. De l'ancienne noblesse, il ne subsistait que deux familles du Rheintal, les comtes de Hohenems et les seigneurs de Sax-Hohensax. Des ministériaux, certains d'origine étrangère comme les barons Rinck von Baldenstein ou les von Thurn-Valsassina, reprirent des charges dans la principauté abbatiale. Des marchands de toiles enrichis acquirent des châteaux forts et firent bâtir de nombreux manoirs dans l'Alte Landschaft et le Rheintal. En ville de S., ils se distinguaient des autres bourgeois par leur appartenance à la société du Notenstein, de plus en plus exclusive. Quelques-uns d'entre eux (comme les von Fels et les Zollikofer vers 1500 ou les Hochreutiner vers 1600) obtinrent de l'empereur un titre et des armoiries, honneur qui échut aussi occasionnellement à des fonctionnaires abbatiaux (en 1525 aux Saylern, en 1774 aux Müller von Friedberg, dits Müller-Friedberg au XIXe s.).
Les bourgeois étaient libres de naissance à S. et Rapperswil, mais non dans les petites villes. Dans les campagnes de la principauté abbatiale de S, on cessa de distinguer entre paysans libres et non libres et tous eurent le statut de serfs de la Maison-Dieu. Lors de la guerre des Paysans de 1525, des landsgemeinde se tinrent dans tous les territoires (sauf à Uznach et dans le Gaster) et présentèrent des doléances en menaçant de se rebeller. Les conflits portaient principalement sur la notion de servage. En 1558, les gens de Rorschach voulurent le statut d'"hommes libres de la Maison-Dieu", mais la principauté s'en tint à celui de "serfs" pour mieux préserver ses droits seigneuriaux. Dans les multiples seigneuries du pays de Sargans, si un couple de serfs relevant de deux seigneurs avait des enfants, ceux-ci étaient, au XVIIIe s. encore, partagés entre les maîtres. Seuls les gens de Tscherlach réussirent à s'affranchir du servage, en 1779.
Dès le XVIe s., les autorités freinèrent l'immigration en limitant les droits des étrangers et leur accès à la bourgeoisie. Les juifs n'étaient tolérés ni par la ville ni par l'abbaye de S., qui cependant assouplirent leur position au XVIIIe s. Dans le Toggenbourg, ils pouvaient faire du commerce, mais non résider. Ils eurent une communauté à Rheineck jusqu'en 1634. Les errants et les heimatlos occupaient le plus bas degré de l'échelle sociale. On les poursuivait lors de "chasses aux gueux" et on les expulsait. Ils ne trouvaient un gîte occasionnel qu'à Sargans et Gams.
De grandes inégalités s'observaient dans la population. En ville de S., 20% des contribuables possédaient vers 1650 environ 81% de la fortune imposable. Dans les villages, la classe supérieure (paysans riches, aubergistes, meuniers, marchands textiles et rentiers) était encore plus restreinte, face à une majorité de petits paysans, souvent endettés, et d'ouvriers à domicile. Les gens aisés accaparaient les charges politiques importantes.
Des fonds d'assistance aux pauvres se multiplièrent dès le XVIe s. Les villes disposaient d'hospices pour les indigents. En cas de catastrophe, on organisait des collectes. Pendant la disette de 1771-1772, la principauté abbatiale acheta des céréales en Italie à prix fort et les revendit à perte, s'endettant fortement. L'émigration pour cause de pauvreté, à partir de régions en crise ou économiquement retardées, encore mal connue, est attestée ponctuellement, par exemple vers l'Alsace, le Palatinat, la Souabe, la Bavière et la Prusse orientale après la guerre de Trente Ans.
Auteur(e): Max Baumann / PM
L'aspiration des laïcs à une meilleure assistance spirituelle alla de pair, aux XIIe-XIIIe s. et de nouveau à la fin du XVe, avec un renforcement du réseau paroissial et de l'organisation diocésaine (juridiction, administration), ainsi qu'avec des réformes du clergé régulier. La réforme grégorienne ayant interdit en principe l'investiture laïque, de nombreux patronages passèrent à des monastères. Les églises des bourgades fondées au XIIIe s. furent d'abord filiales de la paroissiale d'un village voisin; certaines parvinrent à se faire ériger en paroisse, beaucoup, comme Werdenberg, ne le purent. Une crise de la vie monastique frappa aux XIIe-XIVe s. l'abbaye de S., mais semble avoir épargné Pfäfers et Sankt Johann. Le mouvement réformateur du XIIIe s. (cisterciens, dominicains) toucha surtout des couvents féminins (Magdenau, Bollingen, Wurmsbach, Wil et Sainte-Catherine à S.). La réforme bénédictine, entreprise à l'abbaye de S. après le concile de Constance (1414-1418), ne se concrétisa vraiment que sous l'abbé Ulrich Rösch, dès 1463. De plus en plus, les paroissiens prirent en main les affaires de leur église (construction, décoration, entretien, élection du curé), tant en ville (Saint-Laurent à S.) que dans les villages (à Wildhaus et dans le Rheintal par exemple); sur ses terres, le prince-abbé réussit à freiner cette tendance.
En architecture urbaine, l'usage de la pierre ne commença à remplacer celui du bois qu'à la fin du Moyen Age; il resta rare dans de petites villes comme Werdenberg. Les riches bourgeois y recoururent en imitant d'abord les châteaux forts des nobles. Puis ils bâtirent de belles maisons de campagne sans fonctions défensives (Falkenburg près de S., Weinstein près de Marbach). Les châteaux forts furent abandonnés ou transformés en sièges de bailliage. Heinrich Wittenwiler écrivit vers 1400 un poème épique, Der Ring, satire à la fois des nobles et des paysans. Le statut de 1468 contient les premières mesures somptuaires de la principauté abbatiale, motivées par la pénétration des modes bourguignonne et italienne après 1450. La culture courtoise se reflète dans la fête des chevaliers de l'abbé Berchtold von Falkenstein (1270), dans les chansons de neuf minnesingers (dont le comte Kraft de Toggenbourg, Heinrich von Frauenberg et Eberhard von Sax, originaires de la région de S.) conservées dans le Codex Manesse (vers 1300), ainsi que dans la chronique universelle de Rodolphe d'Ems (vers 1250). Parmi les témoignages de la culture bourgeoise et paysanne, citons la fête de tir et de lutte de S. (1485), la chronique familiale de Hans Vogler, amman d'Altstätten, et les récits sur les miracles de Notre-Dame de la Barrière (im Gatter) à S. Tout comme les abbayes de S., Pfäfers et Sankt Johann, les villes de S., Wil, Rapperswil, Lichtensteig et Sargans avaient au bas Moyen Age des écoles latines, et les gros villages (surtout entre Rorschach et le pays de Sargans) des écoles allemandes (élémentaires). On rencontre en nombre croissant des étudiants et même des professeurs (Vadian) saint-gallois dans les universités européennes. A la fin du XVe s., la moitié des clercs, sur le territoire du futur canton, avait suivi une formation supérieure.
Auteur(e): Alfred Zangger / PM
Le mouvement religieux des années 1520 agita violemment la société. Le peuple et ses chefs penchaient en majorité pour la Réforme. Mais la seconde paix nationale de 1531 regagna au catholicisme l'Alte Landschaft, le Gaster, Uznach et Gams. La ville de S. et les seigneuries de Werdenberg et de Sax-Forstegg restèrent protestantes. Les deux confessions furent tolérées dans le Toggenbourg et le Rheintal (où cependant le prince-abbé parvint à limiter l'exercice du culte protestant), ainsi que dans le pays de Sargans, où seul Wartau garda la foi nouvelle. Dans les paroisses mixtes, catholiques et protestants utilisaient la même église, ce qui provoqua parfois des conflits (Parité confessionnelle).
La Réforme catholique des XVIe et XVIIe s. s'appliqua d'abord au clergé. Des homélies et des cantiques en allemand s'ajoutèrent à la liturgie latine. Des couvents de capucins, bases de la mission intérieure, furent fondés à Rapperswil (1602-1603), Mels (1650) et Wil (1653). Les coutumes médiévales furent perpétuées et l'on favorisa les confréries, la récitation du rosaire et le culte des saints (trente-cinq translations de reliques entre 1640 et 1791). De nombreuses églises, nouvelles ou transformées, reçurent un décor baroque dont la sensualité devait encourager la piété des fidèles et les fortifier contre les influences protestantes.
Le culte réformé détruisit les images et mit en son centre la Parole, dont l'interprétation n'était pas libre, mais soumise à la doctrine officielle. Au XVIIIe s., le piétisme et les Lumières brisèrent cette orthodoxie figée. Le prince-abbé limitait le droit de pratiquer leur culte aux protestants du Toggenbourg et du Bas-Rheintal. Les autorités protestantes exigeaient de leurs sujets une stricte moralité. Elles interdisaient les habits à la mode, la danse, le jeu, le carnaval et les fêtes populaires, limitaient les banquets et la fréquentation des auberges. Dans les régions catholiques, les règles étaient plus souples, surtout au sud, mais aussi dans la principauté abbatiale, qui tolérait le carnaval, les fêtes patronales, les beuveries occasionnelles et les bals. Les deux confessions imposaient le respect du dimanche et prohibaient les relations sexuelles hors mariage.
L'instruction fut encouragée dès le milieu du XVIIe s., à la campagne aussi. Les écoles étaient confessionnelles, même dans les paroisses mixtes. Curés et pasteurs les surveillaient, sur mandat des autorités supérieures. On y apprenait surtout à lire et à écrire; il n'y avait ni répartition des élèves dans des classes, ni manuels, ni maîtres formés. Le taux de fréquentation était souvent faible, à cause du travail des enfants dans l'agriculture et l'industrie à domicile. Des tentatives de réforme, comme l'"école modèle" introduite en 1783 dans la principauté abbatiale qui pratiquait l'enseignement par classes avec des manuels unifiés, échouèrent face à l'opposition des conservateurs.
La première imprimerie de S. fut fondée en 1578 par Leonhard Straub, qui publia en 1597 à Rorschach le mensuel Annus Christi , le plus ancien journal de langue allemande. Celle de l'abbaye suivit en 1640. Au XVIIIe s., des sociétés de lecture permettaient de parcourir d'autres ouvrages que ceux des modestes bibliothèques familiales. Parmi les écrivains, il faut citer d'abord Ulrich Bräker, puis le moine Athanasius Gugger, Johannes Grob, Johann Ludwig Ambühl, Gregorius Grob, Josef Franz Leonhard Bernold et Marianne Ehrmann qui milita pour l'émancipation de la femme.
Auteur(e): Max Baumann / PM
Sous l'impulsion des élites rurales, huit petites républiques furent proclamées au début de 1798 sur le territoire de l'actuel canton de S.; en avril, avec l'établissement de la République helvétique, elles furent rattachées soit au canton du Säntis, soit à celui de la Linth, qui furent bientôt contraints par les difficultés financières à des mesures impopulaires. Le 17 septembre 1798, le gouvernement helvétique nationalisa les biens de l'abbaye de S., ce qui blessa profondément la population catholique. A la veille de l'hiver, les espoirs déçus provoquèrent chez les partisans de la révolution une certaine lassitude, renforcée par l'opposition continuelle de leurs influents adversaires et par les frais de l'occupation française. Le prince-abbé Pankraz Vorster, réfugié à Vienne, exigea de l'empereur la reconquête de la principauté. Au début de la deuxième guerre de coalition, l'armée autrichienne occupa la Suisse orientale (mai 1799) et le prince-abbé Pankraz retrouva sa résidence. Mais les Français revinrent après la défaite austro-russe à la bataille de Zurich. La misère s'étendit dans une région épuisée, en même temps qu'une aspiration à retrouver le bon vieux temps.
Lors de la séance inaugurale de la Consulta (décembre 1802), Bonaparte prescrivit à la Suisse une constitution fédéraliste. L'acte de Médiation de 1803 créa le canton de S. L'ancien bailli Karl Müller-Friedberg fut nommé par Bonaparte président du gouvernement provisoire. Sur le papier, la Constitution maintenait l'égalité des droits apportée par la révolution, mais un cens électoral élevé réservait le pouvoir aux possédants. Le Grand Conseil était théoriquement l'organe suprême du canton, mais la vraie puissance appartenait au Petit Conseil, de neuf membres, qui disposait des finances, qui seul pouvait proposer des lois et qui, pour renforcer son autorité encore instable, imposa la centralisation de la police, de l'instruction, de la santé et de la justice. Au point de vue du droit public, le gouvernement se trouvait dans une position désagréable, car l'acte de Médiation garantissait le rétablissement des couvents supprimés, mais le prince-abbé Pankraz refusait de renoncer à ses droits de souveraineté, attitude qu'il maintint jusqu'à sa mort en 1829. C'est pourquoi le Grand Conseil suivit le gouvernement en 1805 et décida à une courte majorité de supprimer l'abbaye, dont la fortune fut ensuite rapidement liquidée.
Après la chute de Napoléon en 1814, le jeune canton faillit éclater. Partout, du Rheintal au Gaster, des mouvements populaires exigeaient l'autonomie. Malgré l'opposition de Schwytz et de Glaris, anciens cantons souverains, le gouvernement parvint cependant à faire reconnaître les frontières cantonales par les puissances. La Constitution de 1814 se basait sur le principe de la parité confessionnelle; le Grand Conseil se composait désormais de soixante-six protestants et de quatre-vingt-quatre catholiques, qui se séparaient pour traiter les affaires ecclésiastiques et scolaires. Le pays de Sargans, qui souhaitait être rattaché à Glaris, fut occupé en 1814 par des troupes fédérales et resta saint-gallois.
En 1830, des assemblées populaires se tinrent à Altstätten, Wattwil et Sankt Gallenkappel contre le régime de la Restauration. Après de vifs débats entre les conservateurs religieux partisans de la démocratie directe et les libéraux conduits par Gallus Jakob Baumgartner, les électeurs adoptèrent en mars 1831 une nouvelle constitution qui faisait du Grand Conseil l'organe suprême et étendait le droit de vote aux hommes dès l'âge de 21 ans (sauf faillis, mis sous tutelle, etc.); quelque 60% d'entre eux obtinrent donc les droits politiques. Elle garantissait l'égalité des droits, la séparation des pouvoirs, le contrôle public de l'administration et des finances, la liberté de la presse, la liberté d'association et celle du commerce et de l'industrie. Les conservateurs campagnards imposèrent un droit de veto populaire limité, le maintien de la parité confessionnelle dans les élections et de la gestion séparée des affaires scolaires et matrimoniales.
Après 1831, le bipartisme (conservateurs et libéraux-radicaux) se consolida. L'usage de tracts, de brochures électorales et de listes imprimées se généralisa. En 1847, les radicaux gagnèrent les élections au Grand Conseil; le canton se rangea alors, malgré la violente opposition de quelques régions catholiques, parmi les partisans de la dissolution militaire du Sonderbund, qui devinrent ainsi majoritaires à la Diète. La Constitution fédérale de 1848 fut approuvée à S. avec netteté. Après 1850, les conservateurs gagnèrent rapidement du terrain. Les combats autour de la révision de la Constitution cantonale faillirent tourner à la guerre civile, mais, en 1861, le Grand Conseil et les électeurs approuvèrent un compromis, qui remit aux organes ecclésiastiques la gestion de leurs affaires et supprima les collèges confessionnels du Grand Conseil, mettant ainsi fin aux mélanges des compétences entre l'Etat et les Eglises. Après l'instruction publique, l'Etat reprit l'état civil en 1867. En 1874, il introduisit le mariage civil et se fit confier la police mortuaire. Les élections au Grand Conseil n'eurent plus lieu dans des assemblées de district, mais dans nonante-deux cercles électoraux. La répartition fixe des mandats par confession et par district, dépassée du fait de l'évolution démographique, fit place à un système où un siège correspondait à 1200 habitants. Les droits populaires furent élargis par l'introduction du référendum abrogatif.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
En 1861, les radicaux conquirent trois cinquièmes des sièges au Grand Conseil. Après la condamnation pontificale du libéralisme dans le Syllabus (1864) et lors du premier concile du Vatican (1869-1870), le Kulturkampf s'envenima. Le Grand Conseil décida que, comme en Prusse, les ecclésiastiques exprimant en chaire des opinions politiques seraient punissables; il supprima le petit séminaire diocésain de Sankt Georgen. Pour leur part, les conservateurs, étroitement liés aux autorités ecclésiastiques, combattirent la communalisation des cimetières et la réduction des jours fériés qui lésait les droits de l'Eglise. Pour défendre la foi catholique, ils adhérèrent dès 1871 à l'association Pie IX. Diverses organisations catholiques virent le jour en 1873 (mères), 1875 (éducation) et 1899 (ouvriers chrétiens-sociaux). Le parti conservateur cantonal s'assura peu à peu, après 1875, une meilleure représentation au Conseil national et s'opposa à la création de communes scolaires placées sous la direction de l'autorité civile et confessionnellement neutres, pourtant exigées par la Constitution fédérale de 1874.
L'essor industriel rapide mit au premier plan la question sociale. L'aile gauche des radicaux se détourna du Kulturkampf pour s'intéresser à la démocratie directe et à la politique sociale. Après 1881, démocrates et conservateurs s'allièrent contre les radicaux, parti "des aristocrates, ploutocrates, barons des chemins de fer et exploiteurs manchestériens". Le parti démocrate et ouvrier adopta en 1888 un programme rédigé par l'avocat Josef Anton Scherrer, qui exigeait une extension des droits populaires, davantage de justice sociale et qui conduisit à une révision de la constitution.
Approuvée en 1890 par quatre cinquièmes des votants, la nouvelle loi fondamentale facilita le référendum facultatif, introduisit l'élection du Conseil d'Etat par le peuple et institua l'initiative législative. Dans le domaine scolaire, objet de vives disputes, l'Etat gardait la direction de l'enseignement et finançait seul les deux établissements gymnasiaux (école cantonale de S., école normale de Rorschach). Les communes où il existait des écoles confessionnelles séparées avaient le droit de les réunir par une décision à la majorité simple. L'Etat devait favoriser le bien-être du peuple (art. 1). Cela se traduisit dans la gratuité des moyens d'enseignement, le soutien financier des écoles secondaires et l'octroi de bourses, ainsi que dans l'amélioration de la santé publique, la protection des travailleurs, l'encouragement de l'agriculture et la création d'assurances.
Démocrates et conservateurs s'assurèrent en 1891 cinq des sept sièges du Conseil d'Etat, tandis que le système majoritaire offrait aux radicaux la majorité absolue au Grand Conseil. Ceux-là s'efforcèrent donc d'introduire la proportionnelle; ils échouèrent en 1893, 1900 et 1906, mais parvinrent à leurs fins pour les élections de 1912, qui donnèrent quatre-vingt-sept mandats aux conservateurs populaires et quatre-vingt-six aux radicaux. Ces derniers fondèrent pour se renforcer un secrétariat permanent et prirent le nom de parti radical-démocratique. Les socialistes obtinrent onze sièges; ils avaient formé un parti cantonal en 1905, sous la direction de Johannes Huber, avocat à Rorschach, et défendaient un programme marxiste. Radicaux et conservateurs se rapprochèrent pour mieux lutter contre le mouvement ouvrier. La coalition bourgeoise cultiva le sentiment national et l'enthousiasme patriotique eut raison de la méfiance des conservateurs envers l'Etat fédéral radical.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Les difficultés économiques de la Première Guerre mondiale creusèrent un fossé entre les travailleurs organisés et l'Etat bourgeois. Cependant, malgré une rhétorique révolutionnaire ancrée dans la lutte des classes, les socialistes saint-gallois se rallièrent à la défense nationale, contrairement au parti suisse. Les partis bourgeois défendirent pendant la guerre l'ordre établi. Le parti conservateur populaire maintint ses positions grâce à la fondation en 1911 du groupe chrétien-social qui, par son programme de réformes sociales, évita une fuite des ouvriers et employés catholiques vers les formations de gauche. En revanche, les radicaux prirent une gifle aux élections d'avril 1918, le nombre de leurs mandats au Grand Conseil passant de quatre-vingt-six à soixante-neuf.
La classe ouvrière des villes industrielles, S., Rapperswil, Buchs, Sargans et Rorschach, participa à la grève générale qui éclata le 11 novembre 1918, en réaction à une démonstration de force du Conseil fédéral (déploiement de troupes). Cet événement polarisa les forces en présence. D'un côté, les socialistes, renforcés, dont le programme était révolutionnaire, s'en tinrent dans la pratique à une ligne réformiste et refusèrent nettement d'adhérer en 1920 à la IIIe Internationale ce qui entraîna l'apparition de petites sections locales du parti communiste suisse à Rorschach, Rapperswil, Rheineck et S. De l'autre côté, les partis bourgeois, qui connurent une dérive vers la droite. Des militaires radicaux et conservateurs fondèrent à S. une garde bourgeoise privée pour défendre l'ordre établi, ainsi qu'une section de la Fédération patriotique suisse. L'opposition au "péril rouge" aboutit à une attitude antisocialiste. Le parti conservateur populaire, en particulier, se considérait comme le soutien de l'Etat et combattait avec l'Eglise catholique tout ce qui évoquait le socialisme ou le bolchevisme.
Le parti radical affaibli, qui ne voulait plus perdre d'électeurs catholiques, consentit en 1923 et 1931 à liquider les derniers restes de l'Eglise d'Etat. Comme la confrontation avec la gauche n'aboutissait pas aux effets souhaités, les conservateurs cessèrent de s'opposer à une entrée des socialistes au gouvernement. Ceux-ci, héritiers du parti démocrate et ouvrier, après avoir conquis en 1925 un troisième mandat au Conseil national, misèrent sur une participation gouvernementale; ils l'obtinrent en 1930 avec l'élection du journaliste Valentin Keel à la direction de la Police. Mais cette ligne pragmatique leur valut des pertes aux élections de 1935. Les mécontents se tournèrent vers de nouveaux groupes politiques opposés à la baisse du niveau de vie, Jeunes paysans, mouvement franchiste (Freiwirtschaftliche Bewegung), Alliance des Indépendants (AdI) de Gottlieb Duttweiler. Ces petits partis s'emparèrent de quinze sièges en 1936 et de vingt-quatre en 1939.
Des étudiants organisèrent en juin 1933 les premiers rassemblements du Front national qui eut bientôt plusieurs groupes locaux. Salués au début comme des alliés dans le combat contre le marxisme par les conservateurs qui, en s'appuyant sur la doctrine sociale catholique, prônaient, notamment dans l'Ostschweiz, des idées antilibérales et corporatistes, les frontistes opposaient à l'individualisme libéral la cohésion du peuple uni sous l'autorité d'un chef. L'enthousiasme qu'ils soulevèrent retomba rapidement; en 1939, ils ne comptaient plus que 200 membres. Les succès de l'armée allemande leur donnèrent un second élan; en 1942, l'Opposition nationale, forte de 180 membres, gagna un siège au Grand Conseil avec l'appui de petits artisans et employés inquiets.
|1919||1939||1959||1967||1971||1975||1983||1991||1995||1999||2003||2007|
|Conseil des Etats|
|PDC||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PRD||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1||1|
|PS||1|
|Conseil national|
|PDC||6||6||6||6||6||6||5||5||4||4||3||3|
|PRD||5||4||4||4||3||3||4||2||2||2||2||1|
|PS||2||2||2||2||2||2||2||2||3||2||2||2|
|Démocrates||2|
|AdI||1||1||1||1||1||1||1|
|Verts||1||1||1||1||1|
|Automobilistes/Parti de la liberté||1||1|
|UDC||1||3||4||5|
|Autres|
|Total||15||13||13||13||12||12||12||12||12||12||12||12|
|1954||1957||1960||1968||1972||1976||1984||1992||1996||2000||2004||2008|
|PDC||3||3||3||3||3||3||3||3||3||3||3||2|
|PRD||3||3||3||3||3||3||3||3||2||2||2||2|
|PS||1||1||1||1||1||1||1||1||2||2||2||2|
|UDC||1|
|Total||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7||7|
|1909||1912||1921||1939||1945||1957||1972||1988||1992||1996||2004||2008|
|PDC||71||86||76||74||77||89||92||81||69||66||55||33|
|PRD||83||86||54||49||50||60||52||50||45||44||32||23|
|PS||6||11||23||27||29||32||21||22||30||34||35||16|
|Démocrates||12||18||16|
|PC/PdT||1||4|
|Jeunes Paysans||10||6|
|AdI||6||5||12||7||11||9||7|
|Verts||5||3||3||10||4|
|PEV||1||2||2||2||2||2|
|Republikaner/NA/SD||7||1|
|Automobilistes/Parti de la liberté||7||19||10|
|UDC||14||45||41|
|Autres||1||3||8||7||2||2||1||1|
|Total||172||202||173||174||178||193||180||180||180||180||180||120|
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
La prospérité des premières décennies de l'après-guerre favorisa la stabilité politique. Au Conseil des Etats, le canton fut représenté presque sans interruption par un radical et un conservateur. Le Conseil d'Etat se composa de trois radicaux, trois démocrates-chrétiens et un socialiste de 1930 à 1996.
La gauche se renforça aux élections du début de 1945. Le parti du travail (communiste) obtint quatre sièges au Grand Conseil, mais les perdit en 1951 dans le contexte de la guerre froide et devint l'objet d'une surveillance systématique de la part de la police politique. Un glissement à droite se produisit en 1948 et le parti conservateur populaire (parti conservateur chrétien-social dès 1957) détint jusqu'en 1972 presque la moitié des mandats au Grand Conseil. Il défendit pendant plus de deux décennies les écoles catholiques dont les radicaux demandaient la suppression. Une initiative adoptée en 1970 entraîna la fusion des écoles avant 1982 et mit fin à la polarisation confessionnelle de la politique.
En prenant le nom de parti démocrate-chrétien (PDC) en 1970, les conservateurs se présentèrent comme une force du centre dynamique et non plus comme le bras politique de l'Eglise catholique. Cela leur valut la majorité absolue au Grand Conseil en 1972 (ils conservèrent cette position jusqu'en 1984, mais n'obtinrent pas la majorité au Conseil d'Etat), tandis que les radicaux perdaient un cinquième de leurs sièges et que les socialistes réalisaient leur pire score avec vingt et un mandats. L'érosion de l'électorat socialiste, due au glissement de la base du parti des ouvriers vers les employés, fonctionnaires et intellectuels, se poursuivit jusqu'en 1988. Le PS regagna des voix en inscrivant à son programme la protection de l'environnement et la lutte pour l'égalité des droits.
La prise de conscience des problèmes environnementaux fit naître à gauche un mouvement écologique (avec les Verts et le petit parti M.U.T.) qui gagna un siège au Grand Conseil en 1984, dix en 2004 (en recueillant l'héritage de l'AdI) et cinq en 2008 (dans un Parlement réduit de 180 à 120 sièges). Des mutations se produisirent en même temps dans le camp bourgeois. Radicaux et PDC détenaient en 1984 environ quatre cinquièmes des mandats au Grand Conseil; en 2008, ils n'en occupaient même plus la moitié. L'Union démocratique du centre (UDC; nationale-conservatrice), réactivée lors la votation de 1992 sur l'Espace économique européen, s'imposa comme la seconde force du canton; elle conquit quatorze sièges en 1996 et quarante et un en 2008, non seulement en absorbant le parti des automobilistes, mais aussi en attirant d'anciens électeurs PDC et radicaux. Son succès repose sur un affaiblissement des attaches religieuses au sein de la population catholique et sur un large refus de l'intégration européenne et de la mondialisation.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
La liberté de la presse garantie par l'article 7 de la Constitution helvétique profita brièvement aux premiers journaux du canton, le Wochenblatt für den Kanton Säntis et les Schweizerische Tagblätter. Le St. Galler Wochenblatt, feuille d'annonces et d'information, naquit en 1801, le Kantonsblatt (feuille officielle) en 1803 et Der Erzähler , organe officieux du gouvernement, en 1806.
Le bouleversement politique de 1831 entraîna une révolution de la communication. Les journaux devinrent des organes d'opinion et des outils électoraux. Les feuilles libérales-radicales, par leur grand nombre, préparèrent le succès des radicaux. L'Association catholique (saint-galloise) publia dès 1835 Der St. Gallische Wahrheitsfreund. Le Tagblatt der Stadt St. Gallen, fondé en 1839 (Sankt Galler Tagblatt dès 1910), "organe du progrès raisonnable et tranquille", se hissa au premier rang sur le plan cantonal pour le tirage. Les radicaux créèrent d'autres feuilles, comme le Rorschacher Wochenblatt (1846) et l'Oberländer Anzeiger (1862). Les conservateurs lancèrent notamment le Neues Tagblatt aus der östlichen Schweiz (1856), remplacé en 1874 par Die Ostschweiz , organe central du parti cantonal. Vers 1930, il existait une trentaine de feuilles d'opinion, éditées dans vingt-deux localités différentes. En dépit des difficultés économiques et du lent déclin des milieux sociopolitiques traditionnels, la plupart de ces journaux survécurent jusqu'aux années 1970. La Volksstimme socialiste, fondée en 1911 (Ostschweizer AZ dès 1970), parut jusqu'en 1996. Die Ostschweiz disparut en 1997. En 2008, il restait quelques petits journaux, mais le Sankt Galler Tagblatt prédominait au nord du canton et la Südostschweiz au sud.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
En 1803, après avoir rétabli les cantons de Glaris et d'Appenzell, on créa celui de S. avec les douze autres entités qui avaient été attribuées sous la République helvétique aux cantons de la Linth et du Säntis. De huit districts (unités administratives et judiciaires) en 1803, on passa à quinze en 1831 et à quatorze en 1918 (après l'agrandissement de la commune de S.), remplacés en 2003 par huit régions: S., Rorschach, Rheintal, Werdenberg, Sarganserland, See-Gaster, Toggenbourg et Wil. Il y eut jusqu'en 1831 quarante-quatre cercles électoraux, dont les fonctions furent assumées ensuite par les districts (puis régions) ou par les communes (1861-1912).
Le pouvoir législatif appartient au Grand Conseil (Kantonsrat dès 2001), qui comptait 150 membres en 1803, puis dès 1861 un député pour 1200 habitants, si bien que leur nombre augmenta jusqu'à 204 en 1960, avant d'être limité à 180, puis à 120 en 2008. De 1814 à 1861, le Grand Conseil se divisait en deux collèges, catholique et protestant, pour traiter les affaires ecclésiastiques, matrimoniales et scolaires. Le pouvoir exécutif revient au Conseil d'Etat de sept membres, qui avait remplacé en 1831 un Petit Conseil de neuf membres.
Parmi les principales tâches de l'Etat, on trouvait en 1803 la justice, l'armée et l'exercice des régales. En matière de travaux publics, d'éducation et d'assistance sociale, il émettait des directives, mais s'en remettait généralement aux communes ou à des particuliers pour l'exécution. Ses activités se multiplièrent après 1890, quand l'Etat de droit fit place à l'Etat-providence, et surtout après 1945, quand l'essor économique et démographique fit naître de nouveaux besoins. Le canton occupait 2000 personnes en 1945 et 15 402 en 2007 (dont beaucoup à temps partiel). Le statut de fonctionnaire a été aboli en 1996. Le secteur de la santé est le plus gros employeur, suivi de l'administration générale et de l'enseignement. Le canton est membre fondateur de la Regio Bodensee, qui se voue à la collaboration transfrontalière.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
La loi de 1804 plaça les écoles sous la haute surveillance de l'Etat. Les catholiques instituèrent en 1835 une école normale de deux ans, rattachée à l'école cantonale catholique, tandis que les instituteurs protestants se formaient à l'école normale cantonale (thurgovienne) de Kreuzlingen. L'"école cantonale conventionnelle", premier établissement confessionnellement mixte (1856), comprenait une école normale, qui fut installée en 1864 au Mariaberg près de Rorschach.
A la campagne, on ne parvint pas à améliorer l'instruction avant 1830. Comme sous l'Ancien Régime, on enseignait, dans des écoles confessionnelles, uniquement la lecture, l'écriture, le calcul, ainsi que la morale et le catéchisme. Dans de nombreuses communes, la fréquentation laissait à désirer et l'état des locaux était déplorable. Les réformes commencèrent en 1833, quand des catholiques libéraux obtinrent la majorité au collège du Grand Conseil et au conseil scolaire de leur confession. La matière fut sécularisée: on introduisit l'instruction civique qui devait faire des enfants des citoyens patriotes, la géographie et l'histoire naturelle qui devaient encourager la pensée scientifique. Les efforts se relâchèrent après 1841. Un nouvel élan fut donné par la fondation en 1856 de l'"école cantonale conventionnelle", qui réunissait en un établissement mixte, au service de l'unité cantonale, le gymnase protestant de la ville, fondé en 1598, et le gymnase catholique fondé en 1809.
En 1862, l'école primaire fut soumise au Département de l'instruction publique nouvellement créé, mais les séparations confessionnelles subsistèrent. La Constitution de 1890, dans l'esprit de l'article 27 de la Constitution fédérale, prévoyait l'unification des écoles confessionnelles, une décision à la majorité simple suffisant à créer une commune scolaire placée sous la direction de l'autorité civile et confessionnellement neutre; cette disposition eut peu d'effets avant 1960, mais ensuite les communes scolaires confessionnelles disparurent rapidement.
Malgré les contributions régulières versées par le canton aux communes scolaires dès 1890 et la gratuité des manuels, le niveau des écoles élémentaires ne s'améliora pas autant que souhaité. L'effectif moyen des classes primaires saint-galloises était le plus élevé de Suisse. Après 1945 encore, de nombreuses écoles ne fonctionnaient que deux ou trois trimestres par an, ce qui entraînait de grandes différences de qualité. L'Etat soutint aussi dès 1890 les écoles réales ainsi que la formation commerciale et professionnelle. Le gouvernement porta la durée du cours de formation des maîtres secondaires, introduit en 1867 à l'école cantonale, de deux semestres à trois en 1893 et à quatre en 1909, tout en lui donnant une base pédagogique scientifique et unifiée.
Durant la seconde moitié du XXe s., la fréquentation du secondaire inférieur doubla et celle du secondaire supérieur sextupla. Les établissements gymnasiaux se multiplièrent: construction d'une deuxième école cantonale à Sargans en 1961, agrandissement de celle de S. en 1964, ouverture de celles de Wattwil en 1970, de Heerbrugg en 1975 et de Wil (gymnase intercantonal) en 2002. Le technicum de Buchs et l'école supérieure d'économie et d'administration de S. ouvrirent en 1970 et en 1972 le technicum de Rapperswil, géré par Schwytz, Glaris, S. et (jusqu'en 2008) Zurich; tous trois devinrent après 1998 des hautes écoles spécialisées. L'académie de commerce ou haute école commerciale fondée en 1898, rebaptisée haute école des sciences économiques et sociales en 1963, passa au canton en 1976; devenue la plus grande de Suisse dans son domaine et jouissant d'une renommée internationale, elle a reçu en 1995 le titre d'université (Université de Saint-Gall).
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Sous l'Ancien Régime, l'assistance aux pauvres incombait d'abord aux communes bourgeoises. En 1835, le gouvernement la limita rigoureusement, selon le modèle anglais. Aux chômeurs, déjà exclus, il ajouta les personnes tombées dans la misère pour des raisons économiques, considérées dans la vision libérale comme responsables de leur pauvreté. En outre, il assortit de lourdes peines l'interdiction de la mendicité, en vigueur depuis 1804. Les autorités encourageaient la construction d'institutions où l'on obligeait les pauvres à travailler dur pour les intégrer à la société industrielle bourgeoise. Vers 1850, quelque 80% des communes possédaient des asiles où vivait, dans des conditions souvent déplorables, une population hétérogène (vieillards, orphelins, jeunes difficiles, criminels, aliénés, alcooliques). L'industrialisation et l'urbanisation entraînèrent la reconnaissance du chômage comme problème social à distinguer des autres causes de pauvreté. En 1894, le Grand Conseil promulgua une loi qui autorisait les communes à introduire une assurance chômage obligatoire. En même temps, l'assistance s'humanisa. L'internement commun des diverses catégories fit place à des établissements spécialisés comme l'institut pour enfants abandonnés ouvert en 1869 à Thurhof par la partie catholique du canton ou la maison de redressement pour garçons fondée en 1894 à Oberuzwil. En 1896, la commune bourgeoise de S. sépara l'assistance des pauvres de la prévoyance vieillesse. Une loi de 1906 interdit le placement des enfants à l'asile.
En 1803, le gouvernement confia à un collège de la santé l'octroi, après examen des candidats, de l'autorisation de pratiquer la médecine. Seuls experts reconnus, les médecins de formation universitaire eurent dès lors la haute surveillance sur l'ensemble du personnel médical. Les institutions cantonales se développèrent peu à peu: asile d'aliénés aménagé dans l'ancienne abbaye de Pfäfers (1845), maternité pour femmes pauvres (1847, issue d'une fondation privée de 1838), hôpital cantonal de S. (1873), clinique psychiatrique de Wil (1892), sanatorium de Walenstadtberg (1909). A cela s'ajoutèrent des hôpitaux communaux et de district ouverts avec le soutien du canton entre 1867 et 1901 à Altstätten, Niederuzwil, Thal, Walenstadt, Wattwil, Flawil, Uznach, Grabs et Rorschach. L'essor des investissements culmina dans les années 1950-1970, au cours desquelles environ 250 millions de francs furent consacrés à la clinique chirurgicale de l'hôpital cantonal (1956), à l'hôpital pédiatrique de Suisse orientale (1966) et aux hôpitaux régionaux. La baisse de la durée moyenne des séjours hospitaliers (de vingt-trois à neuf jours entre 1953 et 1998) conduisit dès 1980 à des surcapacités; on réduisit le nombre de lits, mais les tentatives de fermeture d'hôpitaux régionaux échouèrent face à la résistance de la population.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
La Constitution de 1803 prévoyait le service militaire obligatoire pour tous les Suisses établis dans le canton. Chaque soldat devait fournir lui-même son armement et son uniforme; l'équipement était donc hétéroclite et laissait à désirer. Le contingent saint-gallois à l'armée fédérale était de 1315 hommes; il fut porté en 1817 à 2% de la population.
Après 1831, l'Etat se chargea des uniformes, mais non des armes, et l'équipement des troupes resta insuffisant. La formation des recrues fut centralisée à l'ancienne caserne de S., ce qui favorisa l'intégration des citoyens au jeune canton. Après 1848, le financement et l'équipement incombèrent au canton. La Confédération livrait déjà une partie du matériel de guerre, mais elle ne rassembla l'essentiel des compétences en la matière qu'avec la Constitution fédérale de 1874. Une nouvelle caserne fut construite à l'ouest de S. en 1877.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Pour le nombre d'habitants, le canton de S. occupait en 1803 la quatrième place, après Zurich, Berne et Vaud. Jusqu'en 1870, sa population s'accrut de 0,6% par an (moyenne suisse 0,8%). Les taux de natalité (28-36o/oo) et de mortalité (29-31o/oo), tous deux élevés, laissaient un modeste excédent naturel, auquel s'ajouta après 1840 un solde migratoire positif, lié à l'industrialisation du nord du canton. La dernière disette survint en 1816-1817; elle fit plus de 8000 morts. Pour empêcher une augmentation du nombre des indigents (8% de la population), le Grand Conseil instaura des restrictions au mariage, qui n'eurent guère d'effets.
|Année||Habitants||Etrangers||Catholiques||Protestants||Structure par âge (60 ans et plus)||Période||Accroisse-menta||Excédent naturela||Solde migratoirea|
|1850||169 625||1,9%||62,1%||37,8%||1850-1860||5,8o/oo||3,8o/oo||2,0o/oo|
|1860||180 411||3,3%||61,4%||38,5%||7,6%||1860-1870||5,6o/oo||4,7o/oo||0,9o/oo|
|1870||190 674||3,5%||60,8%||39,0%||8,2%||1870-1880||9,8o/oo||6,2o/oo||3,6o/oo|
|1880||209 719||5,9%||60,0%||39,6%||8,5%||1880-1888||10,6o/oo||7,9o/oo||2,7o/oo|
|1888||228 174||7,9%||59,3%||40,4%||9,0%||1888-1900||7,7o/oo||8,0o/oo||-0,3o/oo|
|1900||250 285||11,4%||60,1%||39,6%||9,3%||1900-1910||19,3o/oo||11,3o/oo||8,0o/oo|
|1910||302 896||17,6%||60,9%||38,4%||8,3%||1910-1920||-2,5o/oo||7,6o/oo||-10,1o/oo|
|1920||295 543||11,4%||59,0%||40,2%||9,3%||1920-1930||-3,2o/oo||6,7o/oo||-9.9o/oo|
|1930||286 362||9,3%||58,8%||39,9%||11,7%||1930-1941||0,0o/oo||4,2o/oo||-4,2o/oo|
|1941||286 201||6,3%||58,9%||39,8%||14,5%||1941-1950||8,6o/oo||8,9o/oo||-0,3o/oo|
|1950||309 106||9,4%||59,6%||39,5%||15,5%||1950-1960||9,4o/oo||8,8o/oo||0,6o/oo|
|1960||339 489||9,7%||61,9%||37,2%||15,9%||1960-1970||12,5o/oo||10,4o/oo||2,1o/oo|
|1970||384 475||15,3%||63,7%||34,7%||16,3%||1970-1980||1,9o/oo||4,9o/oo||-3,0o/oo|
|1980||391 995||13,3%||61,0%||34,4%||18,1%||1980-1990||8,7o/oo||4,9o/oo||3,8o/oo|
|1990||427 501||16,9%||58,0%||32,2%||18,3%||1990-2000||6,1o/oo||3,9o/oo||2,2o/oo|
|2000||452 837||20,1%||52,3%||28,3%||19,0%|
L'essor de la broderie mécanique après 1865 fit de S. l'un des principaux cantons industriels. Entre 1870 et 1910, la population s'accrut de 1,5% par an (moyenne suisse 1%). Elle se concentra de plus en plus dans les districts industriels du nord, tandis que le sud voué à l'agriculture et à l'industrie à domicile (Gaster, Sargans, Haut-Toggenbourg) stagnait ou se dépeuplait (phénomène constaté dans trente-huit des nonante-trois communes du canton) et fournissait la majorité des émigrants partis outre-mer (plus de 15 000 personnes entre 1844 et 1890). La croissance, qui suivit avec un léger décalage le cycle conjoncturel de la broderie, reposait d'une part sur une baisse de la mortalité combinée à des taux de nuptialité et de natalité qui restaient supérieurs à la moyenne et d'autre part sur des gains migratoires élevés. En 1910, le canton de S. occupait le septième rang en Suisse pour la population étrangère (17,6%), mais, dans les districts de Tablat, Rorschach et S., on comptait un tiers d'immigrés, provenant surtout d'Allemagne (45%), d'Italie (34%) et d'Autriche (18%).
La crise de la broderie se traduisit par un recul démographique (1914-1941). Le chef-lieu, particulièrement frappé, perdit un sixième de ses habitants et souffrit de cette saignée pendant des décennies. La part des étrangers diminua, comme ailleurs en Suisse, passant de 17,5% en 1914 à 6,3% en 1941.
La population reprit ensuite sa croissance, favorisée après 1945 par la conjoncture économique, jusqu'en 2000, avec toutefois une période de stagnation dans les années 1980. L'essor resta cependant inférieur à la moyenne suisse et le canton glissa en 1960 à la cinquième place, derrière l'Argovie. L'afflux des travailleurs étrangers et des réfugiés vint s'ajouter à l'excédent naturel qui se maintint, en dépit de la forte baisse de la natalité constatée dès la fin des années 1960, en raison d'un recul de la mortalité et, dès 1995, grâce aux naissances survenues dans les communautés étrangères. Celles-ci représentaient environ 20% de la population en 2000 et comprenaient 40% de ressortissants de l'ex-Yougoslavie, 18% d'Italiens et 10% d'Allemands.
La croissance fut particulièrement forte, avant 1970, dans les districts de S., de Wil, de Rorschach et du Lac (la région du Toggenbourg enregistrant les taux les plus faibles); elle se concentra dans les villes et dans les communes abritant des industries d'avenir. Elle s'accompagna d'un essor sans précédent des constructions, qui bouleversa le paysage. Le volume bâti en quelques décennies surpassa celui cumulé au cours de plusieurs siècles antérieurs. Dans le chef-lieu, on démolit environ 400 immeubles entre 1950 et 1965 et l'on en construisit 780. Dans le dernier quart du XXe s., la ville de S. perdit plus de 10% de ses habitants, partis s'installer au vert. Le Toggenbourg continua de subir les conséquences du déclin du textile, tandis que la plaine de la Linth et la région de Wil connaissaient la croissance la plus forte, en raison de la proximité de l'agglomération zurichoise.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Vers 1800, le Toggenbourg était l'une des régions de Suisse où l'industrie à domicile jouait le plus grand rôle. Le filage et la broderie étaient des pratiques saisonnières dans l'Alte Landschaft et le Bas-Rheintal. En revanche, le Haut-Rheintal, le pays de Sargans et le Gaster vivaient de l'agriculture. La mécanisation de la broderie entraîna après 1865 un rapide essor de cette branche, surtout dans l'Alte Landschaft, le Bas-Toggenbourg et le Bas-Rheintal. En 1910, 61% de la population active travaillaient dans le secteur secondaire (dont env. deux tiers dans le textile). Puis la crise de la broderie causa la perte de plus de 30 000 emplois en trente ans; le canton ne commença à sortir de la dépression qu'à partir de 1945. L'industrie (surtout le textile et les machines) fut le premier pilier de la croissance jusque dans les années 1970. Le tertiaire prit son élan tardivement et restait au début du XXIe s. moins développé que dans l'ensemble du pays.
|Année||Secteur primaire||Secteur secondaire||Secteur tertiaireb||Total|
|1860||34 382||36,9%||42 441||45,5%||16 442||17,6%||93 265|
|1870c||33 966||37,5%||45 899||50,6%||10 761||11,9%||90 626|
|1880c||30 842||29,7%||59 069||56,8%||14 017||13,5%||103 928|
|1888||28 359||26,1%||59 248||54,5%||21 037||19,4%||108 644|
|1900||28 701||23,0%||72 514||58,2%||23 374||18,8%||124 589|
|1910||26 616||17,4%||93 680||61,3%||32 583||21,3%||152 879|
|1920||29 680||21,1%||73 874||52,6%||36 926||26,3%||140 480|
|1930||25 868||19,4%||67 100||50,2%||40 583||30,4%||133 551|
|1941||26 848||20,3%||63 032||47,6%||42 477||32,1%||132 357|
|1950||22 845||16,7%||70 150||51,2%||43 919||32,1%||136 914|
|1960||18 383||12,2%||84 336||56,0%||47 922||31,8%||150 641|
|1970||15 917||9,0%||94 005||53,2%||66 861||37,8%||176 783|
|1980||13 034||7,1%||85 126||46,5%||84 890||46,4%||183 050|
|1990||10 156||4,7%||82 805||38,5%||122 223||56,8%||215 184|
|2000d||8 416||3,6%||69 938||29,9%||155 637||66,5%||233 991|
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Le canton se partageait vers 1800 entre deux zones agricoles. L'économie alpestre et l'élevage prédominaient dans les districts de Sargans, Werdenberg, Gaster et dans le Haut-Toggenbourg. Dans le Bas-Toggenbourg et l'Alte Landschaft, de Wil à Rorschach, régnaient la céréaliculture et l'assolement obligatoire; ce dernier fit place peu à peu à l'exploitation individuelle (av. 1870). Le rachat des droits féodaux commença après 1804 et la vaine pâture fut abolie en 1807. Les engrais et l'alternance pommes de terre - céréales d'été - trèfle - blé - avoine permirent d'augmenter les rendements. Dans le Rheintal, vers 1850, deux tiers des terres ouvertes étaient consacrés au maïs.
La céréaliculture, déjà en recul, disparut presque complètement (2% seulement des terres ouvertes en 1905) après l'intégration au marché mondial, au profit des herbages et de l'élevage. Le cheptel bovin doubla entre 1945 et 1975, pour atteindre 200 000 têtes en 1980. La production de lait et de fromage gagna en importance. La mécanisation commença vers 1900; 15% des exploitations disposaient de faucheuses et de faneuses attelées à des chevaux. Après le triomphe du tracteur, les paysans s'équipèrent avant 1975 d'engins adaptés aux terrains en pente, où le travail était particulièrement pénible.
Le secteur primaire occupait la moitié de la population vers 1850 et 23% en 1900, taux qui se maintint jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, avant de baisser durant la haute conjoncture. Deux tiers des 17 156 exploitations recensées en 1939 avaient disparu en 1996. Dans ce canton qui occupe le troisième rang pour l'agriculture après Berne et Lucerne, le secteur primaire fournissait en 2000 moins de 2% du revenu cantonal, tandis que 4% de la population vivaient dans un ménage agricole. Entre 1945 et 1975, la surface moyenne des domaines (désormais travaillés en général par l'exploitant seul ou par un couple) doubla; leur production laitière pour le marché tripla, celle des cultures quadrupla. On constata des atteintes à l'environnement; pour les prévenir, le canton se dota en 1991 d'une loi sur l'indemnisation des prestations écologiques et 5400 contrats prévoyant des paiements directs furent signés en trois ans. En 1988, cinq exploitations pilotes se lancèrent dans la production intégrée; en 1998, 82% des domaines pratiquaient une agriculture intégrée ou biologique certifiée.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Vers 1800, un cinquième de la population vivait de l'industrie textile, dont S. était le centre commercial. La première filature mécanique suisse fut installée en 1801 dans l'ancienne abbaye de S. Après 1816, les ateliers se déplacèrent près des cours d'eau pour utiliser l'énergie hydraulique. Des entrepreneurs construisirent dans le Gaster, le Toggenbourg et l'Alte Landschaft des fabriques modernes selon l'exemple anglais, comme la filature modèle de l'Uznaberg (1833-1836). Bien que le nombre des broches ait doublé dans le canton entre 1814 et 1853, il ne représentait que 15% du total suisse (Zurich 45%). La mécanisation de la filature stimula le tissage, notamment la production dans le Toggenbourg de tissus de confection colorés destinés à l'Empire ottoman, l'une des principales industries suisses d'exportation dès 1835. Une soixantaine de maisons occupaient plus de 15 000 personnes entre Wildhaus et Mörschwil. L'industrie employait vers 1860 un quart de la population active, en fabrique ou à domicile (ce qui correspondait à la moyenne suisse).
Dans le secteur secondaire, le nombre des emplois doubla entre 1865 et 1914. Cet essor était dû à la mécanisation de la broderie, qui devint la première branche d'exportation suisse; il se traduisit par l'ouverture de nombreuses fabriques entre 1865 et 1876. Le travail purement manuel fut d'abord remplacé par la machine à entraînement manuel (650 machines en 1865, 10 630 en 1890), puis par la machine à la navette, motorisée, inventée par Isaak Gröbli, d'Oberuzwil, chef d'un atelier de tissage. Enfin l'on passa aux automates pilotés par cartes perforées. En 1910, environ 80% des machines à main équipaient des brodeurs individuels. Les grandes usines, comme celle de la société Feldmühle à Rorschach, où travaillaient plus de 1000 ouvriers en 1905, apparurent après le passage aux machines motorisées. Contrairement au canton de Zurich, S. persista dans une production industrielle typique des régions en voie de développement, exigeant peu de capitaux et une abondante main-d'œuvre peu qualifiée, et créant peu de valeur ajoutée. L'industrie des machines, aux caractéristiques inverses, n'occupait que 5% des travailleurs du secteur secondaire en 1910.
L'essor de l'industrie eut des effets négatifs pour les métiers traditionnels. Les cordonniers par exemple se reconvertirent dans le rapiéçage et la vente de chaussures d'usine. Leur effectif baissa de 60% entre 1870 et 1910. Les vêtements sur mesure firent place aux habits de confection et les petits merciers à de grands magasins. Dans l'ensemble cependant, les arts et métiers profitèrent de la croissance de l'industrie textile d'exportation, même si la proportion des indépendants, parmi les artisans et commerçants, diminua entre 1888 et 1910.
Tandis que le nombre des emplois dans le secteur secondaire augmentait d'un quart en Suisse entre 1910 et 1941, il baissait de plus d'un tiers dans le canton de S. La Première Guerre mondiale, la concurrence internationale et l'évolution de la mode provoquèrent le déclin de la broderie: les exportations passèrent de 200 millions de francs en 1913 à 12 millions en 1935, les emplois tombèrent d'environ 45 000 en 1910 à 3302 trente ans plus tard. La Société coopérative fiduciaire de la broderie géra entre 1923 et 1943 la mise hors service de 6688 machines à main, 1581 machines à la navette et 1101 automates. La crise frappa surtout le Rheintal, l'Alte Landschaft et le Toggenbourg; si elle épargna les artisans du sud moins industrialisé, elle eut des retombées douloureuses pour les métiers du bâtiment, de l'alimentation et de l'habillement, ainsi que pour les charrons et le commerce de détail.
Le boom économique de l'après-guerre atteignit S. avec un léger retard. Le revenu nominal moyen par tête fut multiplié par neuf entre 1950 et 2000, mais resta toujours inférieur d'environ 15% à la moyenne suisse, le canton occupant un rang variant entre le seizième et le dix-huitième. Le secteur secondaire (textile, métallurgie, machines) gagna en importance jusqu'à la crise mondiale des années 1970. Dans le bâtiment, les investissements annuels étaient neuf fois plus élevés en 1973 qu'en 1955 (en valeur nominale); ils reculèrent de 600 millions pour arriver à 1,8 milliard de francs dans les années 1974-1977, puis augmentèrent à nouveau pour se stabiliser à 2,8 milliards dès 1989. Toutefois, malgré des investissements ayant doublé, le nombre des ouvriers diminua entre 1978 et 2009. Dans l'industrie textile et vestimentaire, confrontée à la concurrence des pays à bas salaires, le nombre des emplois passa de 26 728 à 2 750 entre 1965 et 2008. Des maisons renommées disparurent ou délocalisèrent une partie de leur production en Europe de l'Est et en Chine. L'exploitation fut rationalisée (modernisation des machines et accélération des processus de production). La société Alcan à Rorschach, par exemple, réalisait un chiffre d'affaires deux fois plus élevé en 1998 qu'en 1974, avec un effectif réduit de 40%.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Le secteur tertiaire occupait 12% de la population active vers 1870. Cette part s'accrut régulièrement, mais resta toujours inférieure à la moyenne nationale. Elle atteignit 45% en 1980 et ne dépassa celle du secteur secondaire qu'en 1990. En 2009, elle était de 60%.
Le tourisme débuta dans les stations thermales et climatériques de Ragaz (1869) et Amden (1901), avant de devenir la principale source de revenus des régions alpestres du sud. Le pays de Sargans, qui se dota de remontées mécaniques dès 1945, comptait vingt-huit installations de transports touristiques en 1967 et plus de cinquante en 1984. La parahôtellerie, les résidences secondaires et les excursions journalières vinrent compléter l'offre traditionnelle. Le nombre des nuitées progressa dans tout le canton jusqu'au début des années 1970, puis s'effondra. Après un bref répit dans les années 1980, la baisse reprit, en raison de la concurrence internationale et des prix élevés. Dans les années 1990, on recensait environ un million de nuitées par an. En 2007, le tourisme fournissait au canton environ 4% de ses emplois et 3% de ses revenus.
Aux premières banques privées, comme celle de la maison de transports Zyli fondée en 1741 (plus tard Wegelin & Co.), s'ajoutèrent avant 1866 vingt-deux caisses d'épargne; en 1890, un habitant sur deux possédait un livret. La Banque de S. ouvrit en 1837; cette banque d'émission privée fusionna en 1907 avec le Crédit suisse. Fondée en 1856, la Banque de crédit germano-suisse, organisée sur le modèle du Crédit mobilier français, fut la première grande banque active à S. Une série de banques locales apparurent à l'initiative des milieux agricoles et artisanaux: Creditanstalt de S. en 1854, Banque du Toggenbourg à Lichtensteig en 1863 (dont la fusion avec la Banque de Winterthour fondée également en 1863 donna naissance en 1912 à l'Union de banques suisses), banques de crédit d'Uznach (1848) et de Rapperswil (1865). La Banque cantonale créée en 1868 était le principal établissement hypothécaire. Pour pallier le manque de capitaux dans les campagnes, des notables villageois fondèrent de nombreuses banques coopératives entre 1901 et 1913. L'Union suisse des caisses de crédit mutuel (caisses Raiffeisen) établit à S. une caisse centrale en 1920 et son siège en 1936. Quant aux caisses du mouvement ouvrier chrétien-social, inspirées du système Raiffeisen, elles fusionnèrent en 1905 dans la Banque coopérative de S.
Les agences bancaires se multiplièrent au XXe s., jusqu'à ce que le secteur subisse un processus de rationalisation qui fit disparaître entre 1980 et 2000 la moitié des caisses d'épargne et de crédit régionales et fut accéléré quand, en 1994, la Banque cantonale reprit la Sparad, banque renommée du Conseil d'administration catholique. Cependant, les emplois dans la branche augmentèrent de 20% entre 1985 et 1998. S. devint un centre bancaire: agrandissement du siège de l'Union suisse des caisses Raiffeisen (dont la somme du bilan atteignait 131,57 milliards de francs en 2008), ouverture de filiales de banques étrangères (Hypo Landesbank Vorarlberg en 1997).
Dans le domaine des assurances, une institution d'Etat couvrant le risque d'incendie des bâtiments vit le jour en 1807. La compagnie privée Helvetia Assurances, fondée en 1858, mit sur pied en 1863 un département incendie séparé et participa en 1864 à la création de la Compagnie suisse de réassurances.
Une mutation structurelle affecta la distribution de détail dès le milieu des années 1960, avec l'ouverture de centres commerciaux de banlieue (comme le Rheinpark à Sankt Margrethen, le plus grand de Suisse orientale lors de son inauguration en 1974). Facilement accessibles en voiture, mettant l'accent sur le plaisir de la consommation, ils se multiplièrent en s'adjoignant des commerces spécialisés et des cinémas multiplex, tandis que se raréfiaient les magasins dans les villages et les centres-villes.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
A la fondation du canton (1803), l'Etat se vit confier la haute surveillance sur les routes, dont la construction et l'entretien restaient l'affaire des communes. Le gouvernement fit aménager la route de l'Alte Landschaft (pont de Kräzeren sur la Sitter, 1808-1811) et celle de Schollberg (1821-1822), élargir celle du Rheintal (1824-1828) et construire la liaison Gams-Wildhaus (1828-1830). On comptait en 1835 douze routes cantonales (env. 300 km).
Centralisées sous la République helvétique, les postes revinrent aux cantons en 1803. Celui de S. les confia au Directoire commercial qui les gérait déjà sous l'Ancien Régime sur une partie du territoire. Des lignes régulières de diligences, mises en service vers 1820, transportèrent voyageurs et marchandises.
La navigation à vapeur commença sur le lac de Constance en 1824 (avec le Wilhelm, bateau postal; cinq autres bâtiments furent lancés avant 1839), sur le lac de Zurich en 1835 avec le Minerva et sur le lac de Walenstadt en 1837. Les transports entrèrent pleinement dans l'ère industrielle avec le chemin de fer. Le premier tronçon (Rorschach-Wil) fut mis en chantier en 1853, après de longues discussions retardatrices, et ouvert en 1856. La phase initiale des constructions s'acheva avec la ligne du Toggenbourg (Wil-Ebnat) en 1870. Pour relier directement les fabriques de broderie du Toggenbourg avec le chef-lieu qui leur servait de métropole commerciale, on traça, sous la direction d'Isidor Grauer-Frey, entrepreneur de Degersheim, la ligne du Bodensee-Toggenburg-Bahn entre Romanshorn et Wattwil (1910, reprise en 2001 par la Compagnie du Sud-Est-Suisse), touchant Rapperswil par le tunnel du Ricken (1910). Le premier tramway électrique (Altstätten-Heerbrugg-Berneck) fut inauguré en 1897. S. fut la première ville équipée de trams urbains.
Le trafic automobile privé s'imposa dans l'après-guerre; on comptait 921 voitures de tourisme en 1945, 232 637 en 2008 (soit 493 voitures pour 1000 habitants, 517 en moyenne suisse). Cet essor exigea un réaménagement complet du réseau routier. Dans les années 1950, on se mit à considérer une bonne accessibilité comme un atout. Avant même l'entrée en vigueur de la loi fédérale sur les routes nationales (1960), le canton commença à construire des tronçons autoroutiers, achevant en 1962 ceux de Mels/Heiligkreuz-Sargans et de Sargans-Bad Ragaz. Les autoroutes Wil-Sankt Margrethen (A1), Sankt Margrethen-Bad Ragaz (A13) et les parties saint-galloises de l'A3 (bretelle de Schmerikon, tronçon Murg-Sargans) furent réalisées ensuite par étapes.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Une couche supérieure bourgeoise, économiquement et confessionnellement hétérogène, se forma avant 1914; elle comprenait environ 5% de la population active. Une limite floue la séparait de la vieille classe moyenne des artisans, commerçants et paysans (20%). La "nouvelle" classe moyenne regroupait employés et fonctionnaires (10%). Les ouvriers formaient la base de la pyramide sociale (65%).
L'industrialisation fut conduite par des hommes issus des classes moyenne et supérieure, tant urbaines que rurales. L'ascension d'un Mathias Näf, industriel parti de rien, reste un cas exceptionnel. Au début, il y avait un fossé entre fabricants campagnards et marchands des vieilles familles urbaines. Mais à force de se côtoyer à l'école, à l'armée et dans les conseils d'administration, ces deux catégories se rapprochèrent pour former à la fin du XIXe s. un groupe influent au sein de la bourgeoisie.
Médecins, ecclésiastiques, juristes, professeurs et ingénieurs appartenaient à l'élite non par leur fortune, mais par leurs diplômes. Ce groupe comptait en 1870 quelque 2000 personnes (3% de la population active). Le corps médical sut s'organiser (Société de médecine fondée en 1862) afin d'exclure les praticiens sans formation universitaire (punissables dès 1886). Le développement de l'Etat de droit radical offrit aux juristes, formés pour la plupart dans les universités allemandes, de brillantes possibilités de carrière (ils fournirent dix-huit des trente-cinq parlementaires fédéraux élus entre 1848 et 1870).
Le commerce et l'artisanat traditionnels faisaient vivre vers 1800 environ 20% des ménages à la campagne et 50% en ville. Menacés par le libéralisme économique et l'industrialisation, les maîtres artisans créèrent après 1851 des sociétés régionales qui s'efforcèrent d'améliorer la formation professionnelle et fondèrent des banques à l'usage de leurs membres.
Malgré l'industrialisation, la société saint-galloise de la première moitié du XIXe s. restait essentiellement agraire. En 1850, 70% des familles se nourrissaient encore, au moins en partie, des produits de leur domaine. Les petits paysans (40-80% des ménages, selon les régions) menaient un dur combat pour leur survie. Toute mauvaise récolte, toute perte de gain risquaient de les faire tomber dans l'indigence. L'essor économique éleva le niveau de vie des classes populaires, mais aggrava les inégalités. Vers 1910, plus de 100 000 ouvriers vivaient dans le canton (env. 50 000 en 1860). Un sur trois travaillait en fabrique (10% seulement vers 1870), un sur cinq à domicile (deux fois plus qu'en moyenne suisse) dans la broderie et le filage. Employés et fonctionnaires n'émergèrent comme catégorie sociale qu'après 1880. Ils se distinguaient des ouvriers par un emploi plus sûr assorti de quelques jours de vacances et par un salaire fixe. Ils fondèrent diverses associations, la plus importante, mais non la plus ancienne, étant la Société des employés de commerce (1891), qui se donna pour but de promouvoir la formation professionnelle, d'améliorer la position sociale de ses membres et d'élever leur conscience de classe.
Après 1945, la classe moyenne recouvrit une part de plus en plus large de la société. En 1980, la part des indépendants s'était réduite de moitié et celle des employés atteignait deux cinquièmes de la population active. Dès 1990, les statistiques regroupèrent dans une même catégorie les ouvriers et les employés non qualifiés. L'élévation du niveau de vie et la généralisation du statut d'employé allèrent de pair avec la disparition de la culture ouvrière. Les oppositions de classe qui, durant l'entre-deux-guerres, étaient visibles jusque dans les habitudes de la vie quotidienne, s'aplanirent sous l'effet d'une augmentation de la consommation. Les comités d'entreprise, qui avaient soutenu à la fin de la guerre les revendications des salariés, devinrent des organes où les représentants du personnel étudiaient comment augmenter le profit de la firme dont ils étaient les collaborateurs.
Le statut social de la femme évolua sur un rythme assez lent, en comparaison nationale. Les femmes représentaient 30,9% de la population active en 1950 et 42,8% en 2000, mais occupaient souvent des emplois à temps partiel. En 2008, on relevait à S. des différences entre salaires masculins et féminins supérieures à la moyenne suisse; les ouvrières non qualifiées y étaient aussi les plus mal rétribuées du pays. A l'Etat, à la suite de mesures destinées à leur faciliter l'accès aux emplois de l'administration, les femmes détenaient en 1998 autant de postes que les hommes, mais continuaient d'être sous-représentées dans les fonctions dirigeantes. Kathrin Hilber et Rita Roos furent en 1996 les deux premières femmes élues au Conseil d'Etat.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
L'extension des droits civiques se traduisit au début du XIXe s. par une vie associative fort active (surtout masculine). Des sociétés cantonales de tir (1833), de chant (1866) et de gymnastique (1867) partageaient l'esprit patriotique de leurs pendants fédéraux. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale et même au-delà, la vie culturelle et sportive fut dominée par des sociétés souvent liées aux divers camps politiques. Le milieu catholique était solidement organisé grâce à un grand nombre de sociétés qui comptaient en 1940 plus de 120 000 membres dans le diocèse de S. Dès les années 1950, il commença à se déliter; parallèlement, les aspects récréatifs prirent le pas sur les aspects confessionnels. La Fédération sportive catholique de Suisse orientale considérait ainsi en 1987 que sa tâche principale était d'offrir à chacun la possibilité de faire du sport.
Avant la Deuxième Guerre mondiale, le soutien public à la culture se limitait au subventionnement d'institutions établies comme le théâtre municipal et la Société des concerts à S., ainsi qu'à l'achat d'œuvres d'artistes saint-gallois. Des communes et des mécènes distribuaient quelques prix. En 1985, on créa une fondation culturelle cantonale qui attribue chaque printemps et chaque automne des prix d'encouragement et de reconnaissance. En 1995, S. fut le dernier canton suisse à se doter d'une loi sur le soutien à la culture.
Les longs débats qui suivirent la suppression de l'abbaye de S. en 1805 aboutirent à la fondation du diocèse de S. en 1847. Dans un contexte marqué par l'opposition de l'Eglise à la modernité, le catholicisme saint-gallois devint après 1850 une force conservatrice solide qui défendit loyalement les valeurs romaines. Cependant, les trois évêques, Carl Johann Greith (1862-1882), Augustin Egger (1882-1906) et Ferdinand Rüegg (1906-1913), évitèrent la confrontation ouverte avec l'Etat et refusèrent l'extrémisme ultramontain.
Le dogme de la primauté et de l'infaillibilité pontificales (défini en 1871) suscita un mouvement de refus à Rapperswil, Schänis, Weesen, Walenstadt, Ragaz, Flawil, Lichtensteig et S., mais une paroisse catholique-chrétienne ne se forma durablement que dans le chef-lieu. Cette communauté devint en 1899, à la suite d'une action devant le Tribunal fédéral, la troisième Eglise cantonale reconnue en droit public.
Malgré les organisations sur lesquelles il s'appuyait et sa philosophie pratique qui réglementait tous les aspects de l'existence, le catholicisme de "ghetto" perdit peu à peu sa vigueur dans les années 1950. Une nouvelle époque s'ouvrit avec le concile Vatican II (1962-1965). L'évêque Joseph Hasler (1957-1976) était ouvert aux réformes. Lors du Synode 72, les décisions du concile obtinrent un large soutien dans le diocèse de S., où fut créée en 1972 une section de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes de Suisse. L'œcuménisme s'imposa.
L'Eglise évangélique réformée cantonale avait pour autorités, depuis 1803, le synode (assemblée annuelle des pasteurs) et le conseil synodal. Comme elle s'adapta à l'esprit scientifique de l'époque, il se forma en réaction une série de sectes et d'Eglises libres (Société évangélique, de tendance piétiste, en 1864; Eglise méthodiste en 1871, Armée du Salut en 1891). Un groupe d'adeptes du socialisme religieux (mouvement socialiste et pacifiste) déploya une vive activité dès 1906. Après 1945, la part des fidèles pratiquants diminua notablement dans les deux confessions.
Après avoir obtenu la liberté d'établissement, les juifs fondèrent une communauté à S. en 1863. La synagogue date de 1881. Pendant l'entre-deux-guerres et la Deuxième Guerre mondiale, la communauté israélite dut faire face à l'antisémitisme. L'afflux des demandeurs d'asile en provenance d'Autriche, dès 1938, entraîna la création de l'Association d'aide aux réfugiés juifs. Les organisations juives devaient assurer seules l'entretien des émigrants et organiser la suite de leur voyage; en 1942, elles eurent à s'occuper d'environ 550 personnes. La communauté israélite sollicita en 1982 une reconnaissance de droit public. En 1992, le Grand Conseil lui accorda le même statut qu'aux autres religions reconnues.
A la suite des migrations du dernier quart du XXe s. (travailleurs étrangers ou réfugiés), des fidèles d'autres confessions ou religions se sont installés dans le canton, surtout des chrétiens orthodoxes et des musulmans. Ces derniers (6% de la population en 2000), disposent de lieux de prière et de centres culturels dans les principales localités, par exemple à S. et Wattwil. Lors du recensement de 2000, près de 10% de la population se disait sans confession.
Auteur(e): Max Lemmenmeier / PM
Auteur(e): Wolfgang Göldi / PM