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Franklin Starlight a tout juste seize ans lorsqu'Eldon, son père ravagé par l'alcool, le convoque à son chevet et lui demande de l'emmener au coeur de la montagne, là où, traditionnellement, on enterre les guerriers.Au cours de leur voyage, le fils affronte un jeune grizzly, ramène poisson ou gibier et construit des abris contre la pluie, tandis qu'Eldon lui raconte comment il a rencontré l'amour de sa vie, pourquoi il a sombré dans l'alcool et d'où vient leur patronyme qui évoque les temps indiens immémoriaux. Pendant ce périple, père et fils répondent, chacun à sa manière, à leur besoin d'apaisement identitaire.Ce roman au style brut et aux dialogues taiseux est un allé simple pour les terres sauvages du centre du Canada. Richard Wagamese appartient à la nation ojibwé. Il est le premier lauréat indigène d'un prix de journalisme national canadien et est régulièrement récompensé pour ses travaux. Il vit actuellement à Kamloops, en Colombie britannique. Les Étoiles s'éteignent le matin est son premier roman traduit en français.
Quand Starlight ne s'occupe pas de la ferme avec son meilleur ami Eugene, il part photographier la vie sauvage au coeur des forêts canadiennes. Mais son existence rude et solitaire change lorsqu'il recueille sous son toit Emmy et sa fillette Winnie, prêtes à tout pour rompre avec une vie sinistrée. Pour redonner confiance aux deux fugitives, Starlight les emmène dans la nature, leur apprend à s'en faire une amie. Au fil de cette initiation, les plaies vont se refermer, la douleur va laisser place à l'apaisement, et à l'amour. Mais c'est sans compter Cadotte, l'ex brutal et alcoolique d'Emmy, qui sillonne l'Ouest canadien en quête de vengeance.
Roman laissé inachevé à la mort de son auteur, Starlight déploie la poésie lumineuse et l'exceptionnel don de conteur de Richard Wagamese.
Richard Wagamese (1955-2017) est l'un des principaux écrivains canadiens. Appartenant à la Nation des Ojibwés, il a été régulièrement récompensé pour ses travaux journalistiques et littéraires. En français, des milliers de lecteurs ont découvert ce conteur génial à travers Les Étoiles s'éteignent à l'aube (2016) et Jeu blanc (2017). Wagamese est mort en mars 2017 sans avoir eu le temps d'achever son ultime roman, Starlight. Le voici traduit en français.
Voici l'histoire de Saul Indian Horse, un jeune Ojibwé qui a grandi en symbiose avec la nature, au coeur du Canada. Lorsqu'à huit ans il se retrouve séparé de sa famille, le garçon est placé dans un internat par des Blancs. Dans cet enfer voué à arracher aux enfants toute leur indianité, Saul trouve son salut dans le hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c'est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des 70's, jusque sur la patinoire.
On retrouve dans Jeu blanc toute la force de Richard Wagamese : puisant dans le nature writing et sublimant le sport national canadien, il raconte l'identité indienne dans toute sa complexité, riche de légendes, mais profondément meurtrie.
L'Analphabète est l'unique texte autobiographique d'Agota Kristof. L'auteur y retrace son étrange parcours : l'amour des mots, la rupture du « fil d'argent de l'enfance », elle parle de l'adolescente qui écrit des poèmes et finalement décrit l'exil qui n'est pas seulement exil hors d'un pays mais surtout hors d'une langue. C'est avec horreur que la narratrice se constate « analphabète » devant la nouvelle langue qu'est pour elle le français. Dans ce texte dense et précis, elle retrace aussi ses premières années de vie en Suisse, le travail d'usine, la passion de l'écriture : « Ce dont je suis sûre, c'est que j'aurais écrit, n'importe où, dans n'importe quelle langue ». Ce sera le français.
À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n'a jamais mis les pieds en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l'inspiration depuis sa Normandie natale. C'est l'hiver, le froid ralentit tout, la cuisine de poissons peut être dangereuse, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et les coups de crayon danser sur le papier : une attirance fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l'écume transporte le lecteur dans un univers d'une richesse et d'une originalité rares, à l'atmosphère puissante.
C'est en 1917, à Bienne, que Robert Walser, au lendemain de ses années berlinoises, rassemble ces vingt-cinq proses brèves. Cette biographie éclatée d'un poète ressemble à une autobiographie stylisée. L'écrivain évoque de nombreuses figures qui ont accompagné sa carrière, et ce qui le hante: son frère peintre, plusieurs figures féminines, le critique, le public, le mécène, les milieux artistiques, l'éditeur, mais aussi Hölderlin, et puis, la grande route, la forêt, les contes, un poêle, un bouton... Une tonalité changeante, à la fois facétieuse et fervente pour dire la solitude de l'artiste, ses déguisements, ses déboires et ses joies, les valeurs à contre-courant auxquelles obéit sa vocation.
Vimbai est la meilleure coiffeuse du Zimbabwe. Fille-mère au caractère bien trempé, c'est la reine du salon de Madame Khumala; jusqu'à l'arrivée de Dumi, surdoué, beau, généreux, attentionné, très vite il va détrôner Vimbai.Quand Vimbai comprend enfin le secret de Dumi, elle fait un chemin intérieur que le pouvoir au Zimbabwe est loin de suivre.Le meilleur coiffeur de Harare ne se contente pas d'une romance aigre-douce et des cancans d'un salon de coiffure. Outre la dénonciation de l'homophobie, il propose une peinture légère, mais implacable de la vie quotidienne et politique au Zimbabwe.
Petite Prose, publié en 1917, illustre de manière exemplaire cette période charnière de la vie de Robert Walser que sont les années « biennoises », après Berlin, avant Berne. Dans ces vingt-et-un textes de longueur inégale, Walser explore avec jubilation tous les registres de la prose brève, entraînant le lecteur dans un pas-de-deux débridé qui annonce déjà la virtuosité des proses tardives. Mêlant l'autobiographie et la fiction, il fait miroiter une vivante galerie de portraits, réels ou imaginaires, et des petites farces burlesques, alternant la satire mordante et une vibrante méditation sur le néant pour conclure avec une prose plus ample, «Tobold», évocation pleine de magie et de malice de son expérience de laquais dans un château de Silésie...
Ce recueil, qui fait place aussi bien à l'essai qu'à la poésie, met face à face vingt et un textes et les images qui leur correspondent. Des pages d'époques, de longueur et de genres différents, qui déploient toute la gamme d'un styliste virtuose : poèmes, proses, caprices, petite scène dramatique, critique d'art, compte-rendu d'exposition... avec pour dénominateur commun, la peinture. Walser y exprime toute la saveur des peintures galantes de Fragonard, fait bruisser de vie les images d'un album d'Anker ; converse avec l'Olympia de Manet, révèle des détails inattendus de La Vénus du Titien, rehausse le mordant des miniatures de Daumier... Voici un itinéraire dans la galerie intérieure de Robert Walser, à la découverte d'une sensibilité perçante, chaloupée et délicieusement espiègle.
Robert Walser (1878-1956) est l'auteur d'une oeuvre pleinement découverte après sa mort. Aujourd'hui, il est considéré comme le plus grand écrivain alémanique de la première moitié du XXe siècle. L'essentiel de son oeuvre se compose de centaines de proses rassemblées en volumes par l'auteur lui-même ou dispersées sous forme de « feuilletons » dans les journaux de l'époque, d'autres encore restées à l'état d'esquisses, comme Le Territoire du crayon.
Un fils retourne auprès de sa mère après l'avoir abandonnée. Deux ans sans la voir, sans l'entendre, sans la soutenir, sans l'aider, sans l'aimer ni la supporter. Sa mère souffre de démence sénile précoce. Témoin bouleversé et pudique, le fils prodigue raconte l'érosion d'une femme, sa mère, dans une écriture précise et intense qui donne à cette histoire aux contours rudes une humanité lumineuse.
Nietzsche qualifiait Les Gens de Seldwyla de « trésor de la prose allemande », un recueil d'histoires parmi les rares selon lui qui méritent d'être « lues et relues ». Il faut situer cette oeuvre majeure du XIXe siècle entre Gogol pour son réalisme et Bouvard et Pécuchet pour sa satire.Seldwyla une petite ville proverbiale dans la campagne où rien n'est grave et où on est à la fois capable de se féliciter de ce que l'on est et doué d'autodérision. Où on a des idées, même si souvent la paresse prend le dessus. A Seldwyla, peu importe de creuser à nouveau une route fraîchement bitumée parce qu'on a oublié de remplacer les conduites d'eau.La narration est d'une vitalité telle qu'elle nous fait avancer à grands pas dans le récit. Les dialogues sont nombreux et l'ironie toujours présente.
D'abord peintre et poète, Gottfried Keller (1819-1890) a ensuite été romancier et chancelier d'Etat à Zurich, notamment pendant la transformation libérale de la Suisse en 1848. Ecrivain réaliste d'une rare lucidité, il cultive également une délicieuse ironie et se laisse volontiers entraîner dans la satire carnavalesque.
Cette soixantaine de textes, dont la moitié pour la première fois en français, donnent à entendre les réflexions lucides et subtiles de Robert Walser sur l'art musical. Envolées lyriques pour la Flûte enchantée de Mozart ou ironie acérée face aux mondanités des auditeurs et poses affectées des musiciens, le poète s'attache à toutes les mélodies. Mais ce n'est pas une surprise s'il marque sa préférence pour les formes modestes, brèves et les sons du quotidien. Avec la précision qui le caractérise, Walser s'attache à écouter le silence de la neige, les flonflons des cafés ou la petite musique qui accompagne le badinage amoureux. Sa prose elle-même est empreinte de musicalité, tressautant tantôt gaiement d'un sujet à l'autre, tantôt entonnant des lamentos aux accents plus graves.
Robert Walser (1878-1956), maître des petites proses, poètes du quotidien, est l'un des grands écrivains de langue allemande du XXe siècle. Les textes réunis ici couvrent toute sa période créative - des premiers poèmes qui lui valent son entrée dans le monde littéraire (1899) aux textes tardifs, composés à la Waldau où il est interné dès 1929.
La Vache, c'est le grand roman réaliste du monde rural et de l'industrie alimentaire, où le sort du travailleur étranger a peu à envier à celui du bétail. Chapitres impairs : Ambrosio, l'immigré espagnol, est engagé par le brave Knuchel pour prendre soin de ses vaches. Il vit au coeur de la famille du paysan et de son troupeau au rythme de la nature et des saisons, sous le regard méfiant des habitants du « pays nanti ». Chapitres pairs : le même Ambrosio, sept ans plus tard, désormais chargé aux abattoirs de tuer et dépecer les mêmes bêtes qu'il choyait auparavant. Comment en est-il arrivé là ?
Presque quarante ans après la première parution, Zoé réédite ce texte essentiel dont les questionnements sur les immigrés et le droit des animaux sont plus que jamais actuels.
Beat Sterchi avait un père boucher, il aurait dû l'être aussi. Mais dès la fin de son apprentissage, il fuit le « pays nanti » helvétique pour le Canada, puis le Honduras, et se consacre à la littérature. En 1983, il a 34 ans et publie en Suisse La Vache. Coup de tonnerre dans le monde littéraire germanophone, mais Sterchi décampe en Espagne. Depuis, il écrit reportages, petites proses, textes pour la radio et le théâtre.
Écrivain, archéologue, Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) fut aussi journaliste et photographe. Ses reportages la menèrent sur les routes du monde, d'Istanbul à Persépolis, de l'Europe centrale à New York, de Lisbonne à Brazzaville, de Madrid à Tanger. Les grands lointains l'attiraient irrésistiblement, mais elle ne perdait jamais de vue le dramatique combat du moment en Europe, la lutte contre le nazisme.
Entre 1934 et 1942 elle a publié, dans la presse quotidienne et les magazines, près de trois cents articles dont soixante sont présentés ici. Les rédactions de l'époque appréciaient son professionnalisme, ses connaissances d'historienne, la pertinence de ses questions, son style tour à tour alerte et poétique, l'humanité du regard qu'elle portait sur le monde des années 30. Arnold Kübler, rédacteur de la revue Du, témoigne : « Ses qualités personnelles et sa position sociale privilégiée assuraient à Annemarie Schwarzenbach des appuis dans le monde entier, et elle s'en est servi pour son travail. Elle avait facilement accès aux gens influents, mais elle s'efforçait par ailleurs de rencontrer ceux qui ne le sont pas, ceux dont la vie se déroule dans une étroite sujétion, les exclus, les laissés-pour-compte, les gens simples. »
Ces reportages constituent un témoignage irremplaçable sur la situation du monde à un moment crucial de son histoire.
Prenez Marion, Blanche, veuve de quatre-vingts ans passés, aux cheveux teints et entichée de son chien, qui a su jongler entre famille et carrière d'architecte à succès ; Hortensia, Noire, octogénaire caractérielle, gourou du design dont les oeuvres sont adulées jusqu'au Danemark et qui vient de découvrir que son défunt mari avait eu une fille hors mariage ; ajoutez une bonne dose de rivalité vicinale dans une banlieue chic du Cap pleine de vieilles Blanches riches, effrayées et racistes ; vous obtiendrez La Voisine, une comédie détonante sur les inégalités sociales, raciales et sexuelles, sauce sud-africaine.
Née en Barbade en 1980, Yewande Omotoso a grandi au Nigeria. Aujourd'hui, elle vit à Johannesburg, où elle écrit tout en travaillant dans le domaine du design et de l'architecture. Après un premier roman en 2011, Bom Boy, récompensé par plusieurs prix sud-africains, La Voisine (The Woman Next Door, 2016) est, selon le supplément littéraire du Times, « l'un des meilleurs livres écrits par une femme, que tout homme devrait lire », aux côtés de Marguerite Duras, Agota Kristof et Nathalie Sarraute.
Lorsque Nopporn accroche une aquarelle du Mont Mitaké dans son bureau, sa femme s'en étonne : elle est de facture si ordinaire. Pourtant, il aime la contempler: il était alors étudiant au Japon lorsqu'un haut dignitaire du Siam est arrivé à Tokyo avec sa jeune épouse, la princesse Kîrati. Nopporn doit veiller à ce qu'elle ne s'ennuie pas. Bien que de quinze ans son aînée, elle le fascine par sa beauté, sa grâce et sa maturité résignée. Nourri d'honnêtes intentions, il ne voit pas monter en lui les sentiments et le désir. La princesse le met en garde sans l'éloigner pour autant. L'aimerait-t-elle retour ?
Sur le mont Mitaké, adapté deux fois au cinéma, est un des grands classiques de la littérature thaïe. Écrit en 1937, il mêle avec maestria éléments romantiques et réalistes.
Sîbourapâ, nom de plume de Kulap Saipradit (1905-1974) est un intellectuel et romancier thaïlandais très engagé dans la lutte pour la justice sociale, et contre la censure. Avec sa femme, il traduisit de nombreux auteurs étrangers comme Austen, Tchekhov, Gorki. Sur le Mont Mitaké reste son chef-d'oeuvre, toujours étudié en Thaïlande et considéré aujourd'hui comme un des vingt plus grands romans de la littérature thaïe.
Après les trois romans de sa trilogie, Le Grand Cahier, La Preuve, Le Troisième mensonge, son dernier roman Hier, ses nouvelles C'est égal et son récit autobiographique L'Analphabète, nous pouvons lire aujourd'hui les poèmes d'Agota Kristof (1935-2011). Peu avant sa mort, elle les avait sortis de ses archives pour qu'ils soient édités. Clous rassemblent les poèmes hongrois de jeunesse dont elle a intensément regretté la disparition au moment de quitter la Hongrie en 1956. Elle les a reconstitués de mémoire, en a ajouté de nouveaux, a choisi leur titre français mais ne les a pas traduits. Source d'inspiration de plusieurs proses, les poèmes sont restés inédits.Ce livre bilingue constitue leur édition originale en hongrois et leur première traduction en français. Ils sont accompagnés de quelques poèmes écrits directement en français. On y retrouve le style tranchant d'Agota Kristof, ses thèmes, la perte, l'éloignement et la mort, mais aussi, largement déployés, la nature et l'amour.
A 16 ans, la mère de Dipita atterrit du Cameroun en France. Elle est projetée dans le monde de la prostitution. Sa naïveté, sa générosité, son enthousiasme lui permettent la survie, malgré un « camion de haine dans son ventre ».
Elle raconte à Dipita, son fils, qui aime l'écouter. Dipita aime aussi son oncle, qui vitupère à longueur de journée contre les huiles de son pays. Il aime encore les beignets de banane de sa tante. Mais c'est l'univers féminin des prostituées qu'il aime par-dessus tout, leurs produits de beauté, leur « féminisme de marécage » et surtout leurs commérages.
Dans une langue très colorée et vivante, pleine d'images suggestives et d'un humour généreux, Dipita décrit avec finesse les paradoxes et les souffrances d'un tout jeune homme noir et homosexuel.
Voici le récit d'un retour au pays difficile et émouvant. Le narrateur, Nigérian résidant à New York depuis quinze ans, part pour trois semaines à Lagos, sa ville natale. En 27 chapitres, il rend compte de ce voyage au cours duquel il tâche de renouer avec l'univers étourdissant de la mégapole africaine.
Teju Cole capte les scènes qui ponctuent le séjour de son personnage et les traduit avec justesse : les pots-de-vin exigés par l'employé du consulat à New York, les périples en danfos, ces minibus jaunes décrépis et bondés qui fusent dans les rues de Lagos, le châtiment des voleurs à la tir au marché. Des photographies prises par Teju Cole lors de son séjour à Lagos amplifient l'expressivité du texte, servi par une langue précise et mélancolique.
Écrivain, historien de l'art et photographe, Teju Cole est né en 1975 aux États-Unis et a grandi au Nigeria, d'où ses parents sont originaires. Il vit aujourd'hui à Brooklyn et est critique de photographie pour le New York Times Magazine. Il a également écrit pour le New York Times, the New Yorker, Granta et Brick.
Avant Chaque jour appartient au voleur, Livre de l'année 2014 pour le New York Times et le Telegraph, Open City (Denoël 2012, 10/18 2014) a été récompensé par le PEN/Hemingway Award.
A Scarborough, on descend au bord de la rivière Rouge boire des bières, on rêve d'Aisha, la fille la plus intelligente du lycée, le genre qui a un avenir, on tombe amoureux. On rencontre des gangs rivaux, on se jauge, on se bat; ou alors, on se retrouve chez Desirea's, à la fois salon de coiffure et boîte de nuit.
Michael et Francis, deux frères adolescents, mènent dans cette banlieue de Toronto une existence rythmée par les descentes de flics et le racisme ambiant. Ils n'ont jamais connu leur père et leur mère travaille nuit et jour pour leur donner une chance.
Les deux frères tiennent le coup grâce à l'amour maternel et en s'accrochant à leurs rêves d'avenir: le hip-hop pour Francis, Aisha pour Michael. Mais leurs espoirs volent en éclat lorsqu'une fusillade éclate, un jour d'été 1991.
Né en 1969, David Chariandy a grandi à Scarborough, une banlieue difficile de Toronto - celle où se déroule son roman 33 tours. Il vit aujourd'hui à Vancouver, où il enseigne à la Simon Fraser University. Son premier roman, Soucougnant, (Zoé, 2012), l'a consacré parmi les principaux auteurs canadiens contemporains. Chariandy puise son inspiration au sein de la diaspora caribéenne au Canada et traite de son intégration à la culture locale.
Le Garçon sauvage commence sur un hiver particulier : Paolo Cognetti, 30 ans, étouffe dans sa vie milanaise et ne parvient plus à écrire. Pour retrouver de l'air, il part vivre un été dans le Val d'Aoste. Là, il parcourt les sommets, suspendu entre l'enfance et l'âge adulte, renouant avec la liberté et l'inspiration. Il plonge au coeur de la vie sauvage qui peuple encore la montagne, découvre l'isolement des sommets, avant d'entamer sa désalpe, réconcilié avec l'existence. Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à l'affranchir totalement du genre humain : « je pourrais me libérer de tout, sauf de la solitude. »
Après ses Lettres, les Editions Zoé traduisent les proses de Walser parues dans le Berliner Tageblatt. Les quatre premiers textes (1907-1908) correspondent au genre prisé du jeune Walser : la composition. Ils font entendre la voix d'un écrivain déjà profondément singulier. Tous les autres, soixante-huit, sont écrits entre 1925 et 1933, spécialement destinés à ce quotidien berlinois au moment où Walser est à la tête d'une véritable entreprise de feuilletoniste pour les journaux de Suisse, d'Autriche, d'Allemagne et de Prague. Ils abondent en digressions, excentricités lexicales, rouerie langagière pour traiter les sujets du temps, nationalismes, émancipation de la femme, automobile, opéra, cinéma et littérature. Sa vitalité aiguise le sens du paradoxe et sape brillamment l'échelle des valeurs en cours.
En janvier 1973, Max Frisch emménage à Berlin-Ouest. Il y retrouve d'autres écrivains parmi les plus importants de l'Allemagne de l'après-guerre : Uwe Johnson, Günter Grass. Aux portraits qu'il brosse de ces nouveaux voisins, Frisch ajoute ceux de Christa Wolf et d'autres écrivains qu'il rencontre régulièrement à Berlin-Est. Car il profite de son séjour en Allemagne pour ausculter avec une vive curiosité les rapports politiques et sociaux en RDA, et les révéler de l'intérieur sans jamais oublier sa position d'observateur privilégié . La subtilité de ces analyses confère au Journal berlinois l'intérêt d'un témoignage historique. Elles sont entremêlées de réflexions d'une surprenante actualité sur le quotidien de l'écrivain, son rôle dans la société, les liens d'amitié ou de travail et les attentes qu'ils suscitent, et ponctuées de brefs passages narratifs. Chacune des entrées témoigne du talent d'un auteur soucieux de trouver la forme d'expression la plus juste et d'accéder, par l'écriture, à une meilleure perception du monde et de lui-même. C. L.Architecte de formation, Max Frisch (1911-1991) décide en 1955 de se consacrer exclusivement à l'écriture et connaît un succès retentissant avec des romans comme Homo Faber ou Stiller, traduits en une trentaine de langues. Conçus comme des oeuvres à part entière, ses Journaux résultent d'une écriture quotidienne et insatiable. Né entre le deuxième Journal et la rédaction de Montauk, le Journal berlinois 1973-1974 porte indéniablement la marque de ces deux oeuvres majeures de la littérature germanophone du XXe siècle.
L'une a caressé le rêve américain durant ses études et sait que, si sa famille enrichie par le pétrole règne sur la capitale, ses privilèges s'évaporeraient aux États-Unis à cause de sa couleur de peau. Une autre est obsédée par la peur des enlèvements, et malgré les bouledogues dans le jardin de son père, celui-ci a disparu. Une mère anéantie traverse la ville - vitres closes pour maintenir la misère à distance - direction l'aéroport, d'où sa fillette chérie doit partir rejoindre son père à Miami. En onze nouvelles et autant de voix principalement féminines, jeunes ou adultes, dévouées à leurs enfants, contraintes de composer avec un mari violent, un parent décédé ou absent, Elizabeth Walcott-Hackshaw nous donne à lire le portrait de Trinidad, république cosmopolite des Caraïbes.
Fille du prix Nobel de littérature Derek Walcott, Elizabeth Walcott-Hackshaw est née à Trinidad, dans la Caraïbe. À 18 ans, elle part étudier le français et l'anglais à Boston avant de revenir s'installer sur son île natale. La Saison des cerfs-volants est son premier livre.