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Voilà maintenant plusieurs décennies que les frontaliers cotisent à l'assurance chômage suisse... mais sont indemnisés par l'assurance chômage française. Qui a déjà vu quelque part au monde, que quelqu'un qui paie une cotisation d'assurance à une institution soit indemnisé par une autre !?!?! C'était jusque-là la stricte application d'un règlement européen qui a pu avoir du sens il y a quelques décennies lorsque les flux frontaliers étaient moins importants et plus équilibrés entre pays de l'Union. La situation est aujourd'hui intenable, particulièrement à la frontière suisse.
La décision prise par l'Union Européenne de veiller à ce que ce soit le pays qui perçoit les cotisations qui indemnise est une décision de simple bon sens. Même Mauro Poggia le reconnait dans un interview au journal Le Temps vendredi dernier.
L'UDC a raison aussi d'affirmer que ce n'est pas dans l'intérêt immédiat de la Suisse de payer ce qu'elle doit au titre des cotisations perçues. C'est conforme à l'idée blochérienne que les pays n'ont que des intérêts mais pas d'amis. Quand on ne se préoccupe que d'intérêts on ne se préoccupe pas de justice et de bon sens.
Cette question est symbolique des questions qui se posent à la Suisse avec l'UE, et par ailleurs à Genève avec le Grand Genève : "doit-on défendre exclusivement nos intérêts ou aussi des valeurs conformes à la culture nationale?". Si on ne défend que des intérêts alors l'UDC a raison, la Suisse ne doit pas payer pour le chômage des frontaliers, si on estime que des valeurs de justice et d'équité sont importantes pour les Suisses, alors il est normal que la Suisse paie les indemnités pour des cotisations qu'elle perçoit depuis longtemps.
Les pays qui suivent le concept blochérien d'intérêt exclusif finissent par ne plus avoir d'amis. Cependant, dans un monde multipolaire et global tel que celui d'aujourd'hui les pays ont sacrément intérêt à avoir des amis et donc à guider leur action par quelques valeurs élémentaires de justice et d'équité.
Il est donc non seulement juste, mais aussi à moyen terme dans l'intérêt de la Suisse de payer les indemnités chômage d'actifs dont elle perçoit les cotisations.