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Critique
"Napoléon est-il mort à Sainte-Hélène? Antoine de Caunes, après son premier film (LES MORSURES DE L'AUBE), parvient-il à sortir des histoires de vampires? Il y a en tout cas une hypothèse de substitution de cadavre dans un cercueil, et on nous entraîne dans une (trop longue) fiction historico-policière - ce qui ne nous conduira pas forcément à adopter le point de vue de Zazie (celle de Queneau): ""Napoléon, mon cul. Il ne m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con...""
Après son évasion de l'île d'Elbe, le général Bonaparte - c'est la seule manière de s'adresser à lui que consent son geôlier Sir Hudson Lowe (Richard E. Grant) - est isolé sous haute surveillance sur un îlot inhospitalier sis à mi-distance de l'Amérique du Sud et de l'Afrique. Sa détention et l'entretien de sa ""cour"" coûtent cher à l'Angleterre, et le gouverneur de l'île suggère à mots couverts de précipiter son trépas. Nous ne déflorerons pas la fin du film... mais sont-ce vraiment les cendres de Napoléon qui reposent aux Invalides?
Napoléon (excellent Philippe Torreton) tient à réussir sa dernière bataille et refuse des projets d'évasion qui équivaudraient pour lui à l'aveu d'être prisonnier. Ses relations avec Lowe, un tantinet paranoïaque, sont tendues, et il s'entend mieux avec l'aide de camp (Jay Rodan) qui doit s'assurer deux fois par jour de sa présence et qu'il a surnommé son ombre. Le microcosme qui gravite autour de lui a des intentions fort diverses; une complicité amoureuse le lie à une toute jeune Anglaise, Betsy Balcombe (Siobhan Hewlett).
MONSIEUR N. est une grosse machine à costumes, à décors (la résidence de Longwood a été soigneusement reconstituée), à belle distribution, avec une musique pas trop envahissante de Stephan Eicher. Les collines pelées et les rouleaux océaniques de l'Afrique du Sud ont permis de figurer une Sainte-Hélène crédible.
Empesé dans une réalisation très classique et linéaire, le scénario un peu minçolet aurait mérité un traitement plus serré et, pourquoi pas, plus picaresque. Sans aller jusqu'à Tristan Bernard:
""Quand on porta aux Invalides
Les cendres de Napoléon premier,
On s'aperçut - c'est trop stupide -
Qu'il n'y avait pas de cendrier""."
Daniel Grivel