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Je me souviens de ce jour, devant mon poste de télévision: c'était en 2016, la RTS avait joué les prolongations pour la première manche de la saison. Un jeune skieur s'amuse avec la pente vertigineuse et verglacée du glacier du Rettenbach, quelques extensions et un ski extérieur qui traîne dans certaines courbes, pour bluffer son monde en coupant la ligne avec un temps qui l'envoie dans les quinze meilleurs.
Dans la raquette d'arrivée de Soelden, ce jeunot de 19 ans venait de claquer une grosse manche avec son dossard 53. Ce jour-là, pour moi, la machine Odermatt était lancée, elle était en plein tour de chauffe et s'apprêtait à passer la seconde. Mais fallait-il encore savoir quand.
En 2022, le gamin a bien grandi. Les lauriers, une myriade de commentaires élogieux et un avenir annoncé radieux, Marco Odermatt continue à crier sa joie et parfois sa frustration sur le Cirque blanc. Le grand globe, celui du géant et la médaille d'or olympique dans la sacoche, c'est un sans-faute pour le Nidwaldien. Il aura donc fallu attendre six ans pour le voir dominer le ski alpin mondial, pour parfaire son vocable de champion.
Si à Kranjska Gora, le week-end dernier, son emprise n'a pas été écrasante, il a démontré son sérieux malgré les sollicitations nombreuses et la fatigue accumulée après le titre olympique. A 24 ans, il fallait se montrer prompt et les épaules solides pour ne pas craquer.
Cette nouvelle dimension porte le sceau du sprint final perdu de la saison dernière. Difficile de ne pas repenser à son faciès défait, battu par Pinturault d'une poignée de points, alors qu'il était revenu tel un boulet de canon pour lui contester le grand globe. Lenzerheide avait joué le rôle du tombeau des rêves, mais murmurait de grands espoirs pour le futur.
Après la naissance en 2016, l'échec en 2021, vient la maturité en 2022: autour de quelques puissants câbles de force que sont le souvenir, le langage, le questionnement, le souci du détail, ce jour précis a bâti la carrure du champion d'aujourd'hui. Odermatt est devenu un gagneur, ce jour où le Français exultait. Naguère perdant, désormais gagnant. La désillusion pour apprentissage. Le funambule de Nidwald apprend vite, intègre vite et exécute sans la moindre difficulté.
Sa faculté à mettre rapidement en application révèle son état d'esprit et son désir de s'amuser sur les lattes. Cette phrase écrite sur son compte Instagram résume plutôt bien le caractère du garçon: «Life is a game, play it!» Toujours prêt à jouer avec les attentes et la pression, il s'impose cette formule pour conjurer les attentes toujours plus grandes.
Depuis ce géant du 9 mars 2019, et son premier podium en Coupe du monde, le Nidwaldien a grandi année après année le sourire aux lèvres, pour revêtir le rôle du polyvalent capable de gagner sur n'importe quel terrain, comme le prédisait Marcel Hirscher en 2019 au micro de la SRF: «Il peut gagner ce qu'il veut», osait-il. Avant que le paternel Odermatt, Walter de son prénom, ne monte aux barricades et n'explique que c'était «un non-sens et des mots stupides». Mais Marcel avait raison, il avait lu l'avenir dans ces huit gros globes de cristal.
L'Autrichien paraît intouchable avec ses huit sacres, mais Odermatt est capable de suivre les traces d'un certain Pirmin Zurbriggen et ses quatre gros globes de cristal de la CDM. Les facteurs sont nombreux pour imaginer le jeune Suisse régner: une carrière tient à cette articulation entre la santé et une part de chance. Le mental, lui, semble bien solide, et «Odi» n'est pas près de prendre la grosse tête.
Si les astres s'alignent, Odermatt a le bagage pour tenir de longues années sur le devant de la scène, pour se maintenir tout en haut de la hiérarchie. Alors qu'il reste les finales à Méribel/Courchevel et son couronnement attendu, l'année prochaine sera déterminante pour comprendre si Odermatt est façonné pour tout rafler sur son passage et nous composer une oeuvre qui fera date dans le ski suisse.
On se disait que le FC Sion allait enfin pouvoir vivre une fin de saison sereine, le 5 février dernier, quand il avait quatorze points d'avance sur le dernier de Super League, Lucerne. Raté! Cette confortable marge a fondu comme neige au soleil, les Valaisans n'ayant plus qu'une unité d'avance sur les Lucernois, barragistes. Et ce, à deux journées de la fin du championnat. Alors, autant dire que beaucoup de cheveux risquent de blanchir dans le Vieux-Pays ces prochains jours.