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Critique
Aucun argument ne justifie que ce film français soit parlé en anglais! Ceci dit, Dragan (Sergeï Trifunovic), peintre originaire d'ex-Yougoslavie, vit à Paris sans visa. Jeanne (Elodie Bouchez) travaille dans une librairie. L'amour les foudroie sans merci lorsqu'ils se rencontrent au début du film. Où cette histoire va-t-elle mener les amants et le public suspendu à leur coeur? Ma foi, à pas grand-chose, sinon que cette relation est volée à la loi et qu'elle dépend d'un avis d'expulsion. C'est le drame ordinaire des frontières. Et même s'il prend chair à travers deux excellents comédiens, le scénario n'est pas assez consistant pour donner la mesure du déchirement.
C'est vers le choix cinématographique qu'il faut s'orienter. A ses débuts, le réalisateur est un comédien. C'est ainsi qu'il rencontre son maître. «Depuis toujours, explique-t-il, je poursuis une certaine idée du cinéma, une idée qu'un cinéaste comme Lars von Trier incarne parfaitement, celle d'un art en mouvement avec lequel il faut en permanence trouver de nouvelles solutions.» Il adopte la charte «Dogme» et prend la caméra. LOVERS est son premier film. A défaut de lui donner la puissance narrative qui bouleverse dans FESTEN, par exemple, il travaille ses images. Un peu floues, certes, elles restent belles, singulières, nourries de cadrages étudiés. Ce qui enrichit ce premier essai de promesse, à défaut de promouvoir son réalisateur à l'étage des révélations.
Geneviève Praplan