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Tous ceux qui sont allés voir un match de Young Boys au Wankdorf (et qui ont un minimum de sens de l'observation) l'ont remarqué. Après 74 minutes de jeu et 50 secondes très précisément, les fans bernois entament un compte à rebours. 10, 9, 8, etc. (en bärndütsch, bien évidemment) jusqu'à 0.
Quand les écrans géants du stade indiquent pile «75:00», ils entonnent en chœur une petite mélodie enjouée. En guise de seules paroles, un simple «YB-Viertelstunde» (prononcé «Ibé Firtèlchtound»). La traduction française? «Le quart d'heure d'YB».
Pas besoin d'avoir un doctorat en mathématiques pour comprendre que les supporters des «Jaune et Noir» font référence aux dernières quinze minutes à disputer. Mais pourquoi cette tradition si particulière?
Pour la comprendre, il faut remonter loin. Très loin. En avril 1910, plus précisément. Le 24 avril de cette année-là, Young Boys dispute son dernier match du championnat de Suisse centrale contre Lucerne. C'est simple: si les Bernois l'emportent, ils seront champions et pourront jouer le titre national contre les vainqueurs des autres régions.
Mais les choses ne tournent pas rond pour les footballeurs de la capitale. A 20 minutes du terme, ils sont encore menés 2-1 par de vaillants Lucernois. Et puis... la folie! YB renverse le match en inscrivant trois buts dans le dernier quart d'heure, après avoir même raté un pénalty. Victoire finale 4-2. Quatre jours plus tard, l'Association suisse de football (ASF) mentionne le «YB-Viertelstunde» pour la première fois dans son journal. C'est le début d'un mythe. Les Bernois seront ensuite champions de Suisse en battant Aarau puis Servette, à chaque fois 3-1.
Le légendaire dernier quart d'heure d'YB est redevenu un thème de discussion en 2001 lors du déménagement du club de l'ancien Wankdorf au Neufeld, l'arène de remplacement des Bernois en attendant la nouvelle enceinte. «Au Neufeld, les fans célébraient déjà le YB-Viertelstunde», rembobine Stéphane Chapuisat, attaquant de Young Boys entre 2002 et 2005 et aujourd'hui responsable du scouting. «Ils ont continué dans le nouveau Wankdorf. J'ai quitté Berne juste avant son inauguration, mais j'ai assisté à des matchs où YB y a effectivement renversé la vapeur ou forcé la décision dans ces dernières quinze minutes.»
Steve von Bergen s'en souvient de deux en particulier. «Il y a d'abord le match qui nous a offert le titre le 28 avril 2018», se remémore l'ancien capitaine bernois. «On bat Lucerne 2-1 en marquant le but décisif lors de ce fameux dernier quart d'heure, 118 ans presque jour pour jour après le début de cette tradition.» Le Neuchâtelois, aujourd'hui en charge des jeunes défenseurs du club, associe un autre moment très fort de sa carrière au mythe: «C'était lors de mon dernier match pro, en 2019. On était déjà assurés du titre, on gagne et je marque pile à la 75e. C'était mon premier but avec Young Boys. Quel clin d'œil incroyable!», s'émeut encore aujourd'hui l'ancien international, joueur dans la capitale de 2013 à 2019.
Avant de poser ses valises à Berne en juillet 2013, Steve von Bergen connaissait déjà le «YB-Viertelstunde». Il l'avait découvert dans la peau de l'adversaire, avec les maillots de Xamax et du FC Zurich. Mais le consultant de la RTS pour les matchs de la Nati n'était pas au courant de sa signification.
Sur le terrain, le Neuchâtelois a pu expérimenter les effets du «YB-Viertelstunde», sorte de prophétie auto-réalisatrice:
Et comme par magie, les pensionnaires du Wankdorf ont réussi à soulever le trophée de champion national au printemps 2018, 32 ans après leur dernier sacre.
Le mythe perdure cette saison. YB a marqué plusieurs fois dans les quinze dernières minutes de ses matchs, lui permettant soit de les gagner ou, au moins, d'arracher le nul. La partie la plus mémorable à cet égard restera la victoire lors de la première journée de Ligue des champions contre Manchester United (2-1) au Wankdorf. Elle a été acquise grâce à une réussite de Jordan Siebatcheu à la... 95e minute.
«Si on bat Bâle ce mercredi soir grâce à un but dans le dernier quart d'heure, on envoie une boîte de chocolat à watson en guise de remerciements», rigole Steve von Bergen. C'est noté!
Une telle issue ferait du bien à des Bernois à la peine ces temps. Champions nationaux en titre, ils sont quatrièmes de Super League et comptent 9 points de retard sur le leader, le FC Zurich. Bâle, quant à lui, est 2e avec 6 longueurs de retard sur les Zurichois.
Ceux que les tribulations judiciaires de Novak Djokovic commençaient à lasser ne sont pas au bout de leur exaspération. A peine dans l'avion du retour, le Serbe a appris qu'il ne serait pas le bienvenu à Roland-Garros; là encore. Une enquête devra également déterminer, à plus ou moins court terme, si le champion a produit des documents falsifiés; auquel cas sa carrière sera au mieux compromise.