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« Mange ce qui est bon pour toi – et savoure ! »
Sarah Frieden (27 ans), sportive d’endurance, se sentait toujours vidée, épuisée. De petites blessures accompagnaient ses entraînements au quotidien. La duathlète s’est alors rendu compte qu’elle souffrait d’un déficit énergétique relatif (RED-S). L’apport énergétique que son corps recevait n’était pas suffisant. Depuis, Sarah Frieden mange ce dont elle a envie. Le résultat est étonnant.
« Un déficit énergétique relatif RED-S apparaît lorsque l’on emmagasine beaucoup moins de calories que l’on en dépense, sur une longue période. » C'est ainsi que j'essaie de formuler les choses lorsque je dois expliquer à quelqu'un ce qui m'accompagne depuis longtemps en tant qu'athlète d'endurance.
Un besoin d'explication existe car le RED-S, le « déficit énergétique relatif », n’est pas encore très bien connu. En particulier dans le milieu amateur et semi-professionnel, nombreux sont ceux qui ne savent pas ce que RED-S signifie. Dans mon cas, c’est relativement récemment que j’ai pu associer un nom à ce déficit dont les effets me faisaient souffrir depuis longtemps déjà.
Lorsque j'ai commencé à pratiquer des sports d'endurance, j'étais constamment complètement vidée, fatiguée, épuisée. Pendant longtemps, je ne savais pas pourquoi. Je ne mettais pas cela sur le compte de la nourriture. Parce que j'avais toujours l'impression de manger suffisamment. En regardant le nombre de repas et la quantité que je mangeais, cela pouvait sembler vrai. Mais aujourd'hui, je sais que je me focalisais sur les mauvais points. Ce que je mangeais n’apportait pas un apport énergétique suffisant à mon corps. Pour lui, ce n'était définitivement pas assez.
Il faut peut-être préciser que j'ai développé un trouble alimentaire à l'adolescence. J'étais fascinée par l'apparence physique des stars. Je me modelais sur elles, je voulais être aussi mince qu'elles. À 17 ans, j'étais si maigre que ma mère m'a dit que si je ne faisais pas face à mon trouble alimentaire moi-même, elle m'emmènerait dans une clinique.
Ça a été une prise de conscience pour moi. Je ne voulais pas y aller. Au lieu de ça, j'ai commencé à pratiquer des sports d'endurance de manière intensive. Les premiers succès sont arrivés rapidement. Il y a quatre ans, j'ai atteint mon premier grand objectif : j'ai couru un marathon en moins de trois heures.
Le sport m'a donc aidé à surmonter mon trouble alimentaire aigu. Mais tout le monde le sait, la nutrition est également un élément très important dans le sport. L'alimentation, ou plus précisément le thème de la quantité de nourriture, m'a donc aussi rattrapée dans cette nouvelle phase de vie. Malgré mon succès en marathon, j'ai réalisé que cela ne pouvait pas continuer comme ça. En plus de la fatigue, je me battais sans cesse contre des blessures.
Même si ce n’était jamais grave, les inflammations et douleurs musculaires ne me permettaient pas d’aller jusqu’aux limites. Au lieu de cela, je devais toujours trouver un moyen d'adapter ma charge d'entraînement en fonction des blessures et douleurs. Cela me frustrait de plus en plus.
J'ai donc commencé à m’intéresser intensivement au thème de la nutrition et j'ai aussi demandé du soutien. Pas toujours avec succès. Une fois, on m'a conseillé de suivre un régime riche en graisses et pauvre en glucides. L’expérience a échoué. Mon corps ne supportait pas le manque de glucides et avait beaucoup trop peu d'apport énergétique. Cela était aussi dû au fait qu’à peu près à cette époque, j'avais commencé à me concentrer sur le duathlon et le triathlon et que j'avais augmenté mon volume d'entraînement en conséquence.
A ce moment-là, j'ai remarqué que mon corps commençait à se replier sur lui-même. Presque comme on peut le voir dans les manuels scolaires, il protégeait les organes vitaux en leur fournissant le peu d'énergie disponible. Il n'y avait alors plus assez de réserves pour le reste du corps. Mes inflammations et blessures en étaient la conséquence directe.
C’est l'année dernière que j'ai découvert pour la première fois le terme RED-S sur les réseaux sociaux. Une athlète américaine en parlait sur son profil. J'ai tout de suite su que cela me concernait. Et je savais que je devais écouter mon corps si je voulais progresser dans le sport et me sentir mieux. Ce n'est cependant pas une coïncidence si j'ai trouvé la force de faire les changements nécessaires l’année dernière. L'annulation de toutes mes compétitions 2020 m'a libérée d'une énorme pression et m'a donné le temps nécessaire pour me sortir de ce cercle vicieux. Rien que la première étape – manger plus – n'a pas été facile pour moi, avec mes antécédents. Mais je me suis dit : « Maintenant, il faut juste le faire ! » Le paradoxe, c'est que j'aime vraiment cuisiner et faire des gâteaux. Cependant, pendant longtemps, manger n'a pas été un plaisir pour moi. Depuis cette prise de conscience, j'ai une alimentation très équilibrée – et de temps en temps, je mange aussi une pizza ou autre chose qui me fait envie.
La plupart du temps, ce sont des repas qui contiennent beaucoup de glucides, car c'est ce dont j'ai besoin. Et si je sens qu’il me faut un supplément d'énergie à l'heure de l'entraînement, je mange une barre de chocolat – sans mauvaise conscience. Au début, j'ai dû aller contre ma nature à cet égard, mais cela a porté ses fruits.
Sur le chemin vers ce changement radical et cette évolution positive, j'ai été aidée non seulement par le soutien de ma mère, mais aussi par mon entraîneur, Melanie Maurer. J’ai choisi de travailler avec cette dernière au début de cette nouvelle phase. Dès le début, elle m'a dit que ça n'avait pas d'importance si je pesais deux kilos de plus. L'essentiel était que je sois en bonne santé et que je sois capable d’être performante. Et c'est vraiment le cas. Grâce à cet apport énergétique suffisant et à la motivation qui l'accompagne, mes performances se sont constamment améliorées.
J'ai pu progresser dans toutes les disciplines. Il est également intéressant de noter que j'ai perdu cinq kilos depuis que j'ai commencé à manger correctement. Je suis convaincue que mon corps comprend maintenant qu'il n'a plus besoin d'être économe en énergie et qu'il en dépense beaucoup et sans retenue.
Jusqu'à présent, je n'ai pas parlé de RED-S avec d'autres sportives ou sportifs. De manière générale, nous parlons assez souvent de nutrition dans notre milieu, donc je suppose que le RED-S est un sujet qui concerne aussi beaucoup d'autres athlètes. Pas seulement les femmes, mais aussi les hommes, d’ailleurs – même si dans une moindre mesure. Parfois, je peux dire rien qu’en regardant une sportive qu'elle est probablement touchée par un RED-S. Mais on ne peut pas juste aborder le sujet aussi simplement. Récemment, j'ai en revanche raconté mon histoire sur Instagram et j'ai reçu de nombreuses réactions. Cela me prouve que le problème est plus important qu’on ne le pense, et cela me fait mal pour toutes celles et ceux qui en souffrent.
Je suis très heureuse d’apporter une contribution et de partager mon expérience si cela signifie que je peux aider quelqu'un. Mon premier message à ce sujet serait : « Mange ce qui est bon pour toi – et savoure! »
Sarah Frieden, 27 ans, fait partie du cadre duathlon repérage depuis l'année dernière. Son prochain grand objectif est le Championnat du monde sur longue distance, prévu pour la fin septembre 2021 à Zofingue. Sarah Frieden s'entraîne jusqu'à 16 heures par semaine, à côté de son emploi à 80 % pour une société de gestion immobilière. Elle vit à Schönbühl.
RED-S – définition
Un RED-S (abréviation de « Relative Energy Deficiency in Sport » ou « déficit énergétique relatif dans le sport ») est un déficit énergétique répété (l'apport calorique ne couvre pas la dépense énergétique totale) entraînant des troubles hormonaux. Ces derniers peuvent conduire à des baisses de performance dans le sport, à une dégradation de la densité osseuse et à d'autres problèmes de santé.