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Ecrivain catholique et monarchiste, proche pendant un certain temps de l’Action française, et combattant volontaire de la Première guerre mondiale, Georges Bernanos illustre une fois de plus la variété des horizons politiques des auteurs technocritiques, et en l’occurrence la fréquence des critiques d’origine conservatrice. L’auteur de Sous le soleil de Satan (1926) et du Journal d’un curé de campagne (1936) a en effet publié en 1944 un petit ouvrage intitulé La France contre les robots, dans lequel il critique violemment la société industrielle, estimant que le machinisme limite la liberté des hommes et perturbe jusqu’à leur mode de pensée. Bernanos considère que la libre-entreprise, en satisfaisant les vices de l’homme plutôt que ses besoins, ne conduit pas au bonheur. Il rappelle que la concurrence universelle des entreprises peut plonger des familles entières dans la ruine du jour au lendemain. Fidèle à sa pensée nationaliste, il estime cependant que la civilisation française est incompatible avec l’idolâtrie pour la technique qui caractérise le monde anglo-saxon.
Ecrivain allemand, frère cadet d’Ernst Jünger. Engagé volontaire dans la Première guerre mondiale, il est grièvement blessé à la bataille de Langemark (1914). Après la guerre, il étudie le droit et l’économie jusqu’en 1923, lorsque l’occupation française de la Ruhr l’amène à radicaliser son nationalisme. Il publie alors Aufmarsch des Nationalismus (1926) où il réclame un réarmement technique et idéologique de l’Allemagne sur le modèle de l’Union soviétique.
Lewis Mumford est un auteur non-universitaire qui a choisi de vivre comme un écrivain indépendant. D’abord spécialiste de l’histoire de la littérature américaine, il s’intéresse également très tôt au cadre bâti et aux techniques. C’est d’ailleurs dans le champ de l’architecture et de la planification urbaine qu’il connaîtra, notamment avec The City in History (1961), ses plus grands succès. Dans le domaine des techniques, il est notamment connu pour Technics and Civilization (1934), qui conserve un certain optimisme, et pour The Myth of the Machine, ouvrage nettement plus critique dont les deux volumes paraîtront en 1967 et 1970.
Nicolas Berdiaev est un philosophe chrétien russe qui a publié de très nombreux ouvrages en russe, mais aussi en français, dans lesquels il souligne notamment l’importance existentielle et spirituelle de la liberté humaine et de la personne. Issu à l’origine d’une famille aristocratique d’officiers, il adhère à la philosophie marxiste en tant qu’étudiant à l’université de Kiev, mais voit dans la révolution d’Octobre une menace pour la liberté de l’individu. En 1919, il fonde une « Académie libre de Culture spirituelle », où il passe en revue les thèmes d’actualité d’un point de vue chrétien. Nommé en 1920 professeur de philosophie à l’Université de Moscou, il est très vite accusé de conspirer contre le gouvernement, incarcéré, puis expulsé d’Union soviétique (1922). Réfugié à Berlin, puis à Paris (1923), il y anime une nouvelle Académie de philosophie et de religion et publie l’essentiel de son œuvre, dont un petit opuscule intitulé L’homme et la machine (1933).
Gina Lombroso est une femme de lettres, médecin et vulgarisatrice scientifique italienne. Fille d’un célèbre anthropologue et criminologue, qui l’oriente vers l’anthropologie criminelle et la psychiatrie, elle acquiert une double formation en lettres et en médecine,. Elle publie par la suite une dizaine d’ouvrages, dont L’âme de la femme (L’anima della donna, 1917-18 ; tr. fr. 1924), qui lui vaut d’être considérée comme une féministe, bien que ses idées n’aient que peu de rapports avec le féminisme actuel. Elle mérite surtout d’être connue pour son ouvrage sur Les tragédies du progrès industriel, (Le tragedie del progresso meccanico, 1930), une étude historique et morale du monde industriel moderne dans laquelle elle développe une vision pessimiste de la grande industrie et de son avenir. La crise de 1929, survenue peu avant la parution de l’ouvrage, peut expliquer en partie, mais en partie seulement, la conviction de l’auteur que la grande industrie finira par décliner et par laisser la place à une société plus décentralisée et moins standardisée, on dirait aujourd’hui plus « conviviale ».
D’abord connu comme leader du mouvement d’indépendance de l’Inde, et comme philosophe de la non-violence et de la tolérance religieuse, Mohandas Gandhi, dit le Mahatma (le vénérable en sanskrit) ou Bapu (le père en gudjerati), fut aussi, ne l’oublions pas, un pourfendeur de la civilisation industrielle sur le modèle britannique motivé par la défense des traditions culturelles, populaires et artisanales de l’Inde. C’est l’aspect qui nous retiendra ici.
Poète et philosophe anglais, influencé par les écrivains Thorau, Ruskin et Morris, ainsi que par Walt Whitman, Edward Carpenter défie les catégories idéologiques simples auxquelles nous sommes habitués depuis longtemps. Sa critique radicale de la civilisation aboutit à un éloge de l’état de nature qui semble réhabiliter la notion de bon sauvage tout en lui donnant une dimension très sociale ou communautariste, qui correspond selon lui à la vraie nature de l’homme.
Critique d’art anglais, mais aussi philosophe social et économiste. Ce spécialiste de Turner et des Préraphaélites publie en 1862 Unto This Last, un petit ouvrage qui rassemble quatre articles sur les premiers principes d’économie politique parus dans le Cornhill Magazine de 1860. Influencé par son mentor Thomas Carlisle, il y remet en cause la conception classique de économie politique, dans laquelle il ne voit qu’un simple art de gagner de l’argent. Peu de temps après, il renouvelle, dans une série d’articles publiés dans le Fraser’s Magazine de 1862-63, ses attaques contre les économistes, qu’il accuse d’ignorer ce qu’est la véritable valeur. Cette série d’articles est rassemblée en 1872 dans un autre petit ouvrage intitulé Munera Pulveris.
Philosophe de la liberté, mais aussi de l’émancipation des femmes, il s’oppose au contrôle illimité de l’Etat et de la société et développe une pensée sociale, politique et économique autour du principe éthique de l’utilitarisme emprunté à Jeremy Bentham. Il s’est aussi intéressé à la méthode scientifique à la suite de William Whewell, John Herschel et Auguste Comte. Sa pensée économique, développée dans ses Principles of Political Economy (1848), contient une théorie de l’état stationnaire (« stationary state »), dans laquelle il étudie les conséquences d’un plafonnement du développement industriel.