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La Conférence internationale du Travail de cette année va aussi s'intéresser aux activités de lutte contre le travail des enfants. Le 9 juin, la Conférence plénière va discuter le nouveau Rapport global de l'OIT sur le travail des enfants (Note 1), avec, notamment, un événement spécial qui met en lumière les progrès accomplis dans la lutte contre le travail des enfants au Brésil, en Tanzanie et en Turquie. Reportage de BIT en ligne depuis la Turquie où l'Union européenne a récemment engagé 5,3 millions d'euros dans un projet national d'éradication des pires formes de travail des enfants en conformité avec la Convention no. 182 de l'OIT.
ADANA, Turquie (BIT en ligne) - Kader a huit ans. Elle a deux frères et deux soeurs. Son père est sans emploi et sa mère presque aveugle; Kader avait l'habitude de travailler avec ses frères et soeurs plus âgés à la cueillette du coton pour permettre à sa famille de subsister modestement.
Grâce au soutien du Programme international pour l'élimination du travail des enfants de l'OIT (IPEC), Kader et son frère Selahattin, âgé de 12 ans, ont été enregistrés auprès du centre d'aide sociale créé grâce au programme. Six semaines plus tard, le coordinateur du projet IPEC a convaincu leurs parents d'inscrire Kader et Selahattin dans une école primaire.
Au début, la mère de Kader voulait seulement laisser le frère aller à l'école: "Kader est mes yeux, je ne peux rien faire sans elle", disait-elle, mais elle a finalement consenti un sacrifice dans l'intérêt de son enfant.
Kader est l'une des milliers d'enfants qui ont été sortis du marché du travail et scolarisés depuis 1992 lorsque la Turquie est devenue l'un des six pays fondateurs entreprenant une action directe de lutte contre le travail des enfants dans le cadre du programme IPEC. Depuis lors, plus de 100 programmes d'action menés au cours des douze dernières années ont bénéficié à environ 50 000 enfants.
"Soixante pour cent de ces enfants ont été soustraits au travail et placés dans des écoles. Les 40 pour cent restant ont bénéficié de meilleures conditions de travail et de services de santé, de nutrition et de formation professionnelle. En outre, près de 25 000 familles ont reçu des services de conseil et d'assistance. Les objectifs du programme sont cohérents avec les politiques et les objectifs nationaux et renforcent les structures nationales existantes", explique Gülay Aslantepe, Directeur du Bureau de l'OIT à Ankara.
Bonnes pratiques pour combattre le travail des enfants
Le 9 juin, les ministres du Travail du Brésil, de Turquie et de Tanzanie, et les organisations d'employeurs et de travailleurs de ces pays vont présenter leurs résultats et leurs bonnes pratiques de lutte contre le travail des enfants lors d'une table ronde organisée au cours de la Conférence internationale du Travail à Genève.
La table ronde fait partie intégrante de la discussion plénière du jour consacrée au récent Rapport global de l'OIT sur le travail des enfants et sur les activités mondiales liées à la Journée mondiale contre le travail des enfants dont le thème est: "La fin du travail des enfants: ensemble, nous pouvons le faire!". Cet événement va permettre aux participants de partager des idées, des modèles et des pratiques qui ont fait leurs preuves, et de discuter des stratégies à venir.
Depuis la signature d'un Mémorandum d'accord entre le gouvernement de Tanzanie et l'OIT en 1994, le lancement du programme national IPEC en 1995 et le début du premier programme assorti de délai de l'histoire en 2006, la Tanzanie a enregistré des résultats significatifs sur le front du combat contre le travail des enfants. A ce jour, quelque 40 projets sponsorisés par l'IPEC ont permis de retirer des milliers d'enfants du marché du travail et de leur apporter une éducation.
La Turquie et le Brésil ont rejoint l'IPEC en 1992 en tant que deux des six pays membres fondateurs. Au Brésil, la décennie suivante a connu des développements impressionnants, le pays franchissant un seuil dans la lutte contre le travail des enfants. En 2004, un total de 248 594 enfants travaillaient contre 636 248 en 1992.
En Turquie, deux enquêtes nationales sur le travail des enfants ont été conduites, respectivement en 1994 et 1999. Une comparaison des résultats des enquêtes a montré que le nombre des enfants économiquement actifs en Turquie a chuté de 974 000 à 511 000. Le pays a prévu de conduire une troisième enquête nationale sur le travail des enfants en 2006.
En mars de cette année, l'OIT a lancé, grâce au financement du ministère du Travail des Etats-Unis (USDOL), un projet d'appui au programme assorti de délai du gouvernement qui a pour but l'éradication des pires formes de travail des enfants en Turquie d'ici 2015. Le programme est destiné à accroître les capacités de l'Unité sur le travail des enfants (UTE) du ministère du Travail et de la Sécurité sociale pour gérer ces questions.
Dans le cadre du projet, les experts de l'OIT vont travailler en étroite coopération avec leurs homologues de l'UTE dans sept provinces pour combattre le travail des enfants, lancer des activités de sensibilisation et prévenir l'emploi des enfants en danger.
Le projet d'"éradication des pires formes de travail des enfants en Turquie" est le premier projet consacré au travail des enfants mené dans le pays avec une contribution financière directe de la Commission européenne. En avril dernier, la Commission a engagé 5,3 millions d'euros pour éradiquer les pires formes de travail des enfants en Turquie. Un projet a été officiellement lancé lors d'une cérémonie qui s'est déroulée à Ankara le 5 avril 2006.
Projet qui prévoit l'établissement de Bureaux provinciaux de coordination du programme (PPCO) dans sept provinces qui fonctionneront comme des centres d'aide sociale. Parmi les 21 employés, il y aura un coordinateur et deux travailleurs sociaux dans chaque PPCO en charge de conduire des activités adéquates pour l'élimination des pires formes de travail des enfants dans cette province.
"La perspective de réussite des programmes sur le travail des enfants dans des pays tels que le Brésil, la Tanzanie et la Turquie est encourageante. Il y a un fort soutien aux plus hauts niveaux politique et administratif qui servent de catalyseurs au mouvement contre le travail des enfants qui se développe dans le monde", conclut Guy Thijs, Directeur de l'IPEC.
Note 1 - La fin du travail des enfants: un objectif à notre portée, Rapport global en vertu du suivi de la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, Conférence internationale du Travail, 95e session, Genève, 2006.