Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06867.jsonl.gz/1061

Est-il raisonnable de supprimer les restrictions horaires pour les visites des proches dans les unités de soins intensifs ? Quelles conséquences aurait une telle ouverture sur la qualité des soins ? Ces questions sont dans l'air du temps. Donald Berwick, de l'Institute for Healthcare Improvement, à Boston, fait partie de ceux qui sont convaincus que patients, proches et médecins profiteraient d'un changement des habitudes dans ce domaine. Il vient de signer une critique modérée, documentée et raisonnable des principaux obstacles réels ou imaginaires à une telle évolution (JAMA 2004 : 292 :736-7).Berwick répond à trois types d'objections : la peur que la présence des proches augmente le stress psychologique des patients ; celle que les soins soient entravés ; enfin, la crainte que les proches eux-mêmes soient placés dans des situations difficilement supportables. L'attitude du chercheur n'est pas de minimiser ces risques. Il admet que ces craintes sont raisonnables, mais les confronte aux études existantes.La première objection stress psychologique pour le patient est justifiée dans certains cas particuliers. Ce qui milite pour une ouverture «négociée» et non complète. Mais les études disponibles montrent que la présence de proches apporte le plus souvent calme et sécurité psychologique aux patients, à en juger par des paramètres comme la pression artérielle ou le rythme cardiaque. Elle contribue à donner une logique à l'environnement hostile dans lequel le patient se trouve plongé. Berwick suggère de négocier les heures de visite et les personnes admises avec les patients, lorsque c'est possible, ou avec les familles.Berwick juge la seconde objection parfaitement justifiée. Dans certaines situations d'urgence, la présence des proches complique les soins. Le spécialiste suggère des solutions. Les hôpitaux pourraient parfaitement avertir les proches qu'ils seront peut-être invités à quitter momentanément la chambre ou le service si les circonstances l'exigent. Mais il rappelle également, études à l'appui, que les proches agissent le plus souvent non pas comme des obstacles au traitement, mais comme des ressources. En présence de patients gravement atteints, ils peuvent contribuer à augmenter le feedback que reçoivent les soignants ou la qualité de la relation entre le médecin et le patient.La troisième crainte, celle d'épuiser les proches, est peu fondée selon le chercheur. Les études disponibles montrent que la possibilité de rester au chevet du patient diminue l'angoisse de la majorité des familles. Les heures passées loin du malade sont vécues de façon plus positive.Berwick constate que les risques et les problèmes d'une plus grande ouverture des soins intensifs sont fréquemment surévalués, à la lumière des études réalisées à ce jour. «Les politiques d'ouverture augmentent la confiance des familles, améliorent la qualité de la relation entre les équipes soignantes et les proches», plaide-t-il. Il suggère aux responsables intéressés de fixer des étapes dans le changement, afin de pouvoir évaluer au fur et à mesure les nouveaux risques et les nouveaux bénéfices de la présence croissante des proches.