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Ni à La Chaux-de-Fonds ni ailleurs: il n'est plus temps de construire de nouvelles routes !
Alors que le groupe cantonal neuchâtelois de la Grève du Climat s'engage dans un référendum contre un pseudo-contournement à La Chaux-de-Fonds, nous en profitons pour expliciter notre position sur ce genre de projet.
Qu'il soit bien ficelé ou, comme dans le cas chaux-de-fonnier, mal conçu n'est pas la question: nous nous opposons aux nouvelles routes pour le fait qu'elles sont de nouvelles routes.
Alors que la biodiversité et la biomasse s'effondrent, alors que le GIEC prédit un réchauffement global d'1,5 degré par rapport à l'ère pré-industrielle pour 2030 (soit dans 9 ans) si rien n'est fait, alors que l'impérméabilisation des sols et la destruction de terres agricoles progressent en Suisse et ailleurs, peut-on se permettre de nouvelles routes?
Dans le cas chaux-de-fonnier, le but serait de désengorger le centre-ville grâce à un contournement routier. Un problème (outre le fait que ce contournement commencerait et finirait en ville), c'est que de manière générale, plus on construit d'infrastructures routières, plus le trafic augmente. Ainsi, ce genre de projet déplace le problème de quelques mètres, mais aussi de quelques années: dans 15 ans, on se demandera peut-être s'il ne faudrait pas construire un contournement du contournement.
Cette augmentation de trafic, encouragée par les politiques publiques, a des effets néfastes variés: émission de gaz à effet de serre, émission de particules fines, pollution aux particules de frein et de pneu (plastique), bruit, usure accélérée des routes, accidents...
Mais la construction d'une nouvelle route pose aussi des problèmes lors, justement, de la construction.
À La Chaux-de-Fonds, des terres agricoles seraient ainsi détruites. Lorsque l'on construit une route, ou a fortiori un tunnel, comme dans la Métropole horlogère, on utilise une énergie monumentale et de nombreuses ressources.
Pour réaliser un tunnel, il faut couler des milliers de tonnes de béton armé. Il faut amener les matériaux sur place, depuis leur lieu d'extraction, en passant par divers sites où le minerai est raffiné, où les fers sont fondus et façonnés, où le calcaire est chauffé pour faire du ciment...
L'extraction de métal, mais aussi des matériaux à la base du béton, a des effets écologiques catastrophiques, à l'autre bout du monde ou sur la colline du Mormont.
Les émissions de gaz à effet de serre lors de la production de ciment sont gigantesques, tout comme les nuisances provoquées par la production des fers à béton.
Lors de la construction d'un tel projet, de nombreux engins de chantier sont utilisés, et des milliers de trajets en camion - accompagnés de leurs nuisances - sont engendrés.
Mais alors, que faire pour désengorger le centre-ville?
Encourager les transports en commun, par exemple avec l'Initiative vaudoise "Pour des transports publics gratuits", mais aussi en étendant le réseau dans les zones dites périphériques.
Encourager la mobilité douce, en mettant les piéton.ne.s, cyclistes etc. au centre des réflexions lors du (ré)aménagement de nos espaces urbains.
Lutter contre l'éclatement et l'étalement des villes. Dans le cas chaux-de-fonnier, la ville ne cesse de s'étendre, alors que la population stagne, ce qui entraîne la destruction de sols, la construction écologiquement désastreuse de nombreux bâtiments et l'allongement des trajets.
Dans l'immédiat, il faudrait instaurer un moratoire sur la construction de nouvelles infrastructures routières.
Alors que le monde scientifique tire la sonnette d'alarme depuis des décennies, il faut être conséquent: on ne peut plus sacrifier des terres agricoles, encourager le trafic et bétonner à tout va pour simplement déplacer quelques véhicules.
La balance entre une poignée de rues quelque peu désengorgées (pour en engorger d'autres) et le coût écologique et climatique de ce genre de projet est claire: il ne faut plus construire de routes, ni à La Chaux-de-Fonds ni ailleurs.
Comme le clame le comité référendaire H18, "au 21e siècle, on ne déplace plus le trafic, on le réduit".
Nous discutons d'ailleurs de ce genre de mesures dans notre plan d'action climatique, disponible ici: https://climatestrike.ch/fr/posts/cap-download
Bibliographie:
Dossier sur le béton réalisé par la ZAD de la Colline:
https://zaddelacolline.info/beton.html
Sur le béton:
Heidi News (27.05.2021). "Six «majors» du béton, et beaucoup de casseroles"
https://www.heidi.news/explorations/beton-la-fin-d-une-ere/six-majors-du-beton-et-beaucoup-de-casseroles
Dans le dossier https://www.heidi.news/explorations/beton-la-fin-d-une-ere
Impact de la construction de nouvelles routes sur le trafic:
Goodwin P., & Noland R. B. (2003). "Building new roads really does create extra traffic: a response to Prakash et al.", Applied Economics, 35(13), p. 1451–1457.
Impact écologique de la construction de nouvelles routes:
Spellerberg Ian F. (1998). Ecological Effects of Roads and Traffic: A Literature Review. Wellington, NZ: Dept. of Conservation. 54 p.
Rapports du GIEC:
https://www.ipcc.ch/reports/
Scénarios climatiques pour la Suisse:
National Centre for Climate Service NCCS
(2018). Scénarios climatiques pour la Suisse. Zurich: NCCS. 24 p.