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Prendre appui sur les villes
En Suisse, la droite a perdu les villes -plus encore qu'électoralement, elle les a perdues politiquement. Mais comment faire de cette domination de la gauche dans les villes une force pour la renforcer à l'échelle du pays tout entier ? Parce que si la gauche est majoritaire dans les "grandes" villes suisses, il n'y a que là qu'elle l'est durablement : elle est désespérément minoritaire au niveau fédéral -notamment parce qu'elle l'est dans les périphéries urbaines. Le 22 février, à Renens, à 19 heures à la Ferme des Tilleuls, "Pages de Gauche" organise une rencontre entre et avec plusieur-e-s membres d'exécutifs communaux de gauche en Romandie, sur le thème "quelle coordination entre les communes de gauche en Suisse romande ?". Pour peser plus, pour pouvoir modifier un cadre légal (y compris constitutionnel) défavorable aux villes et à leurs habitants, cette coordination est en effet indispensable. Autant que ces majorités, qu'il s'agit de maintenir, de renforcer et d'étendre. Après tout, le "socialisme municipal" est à la source de la progression de la social-démocratie en Suisse : c'est dans les villes que les socialistes ont conquis leurs premières majorités gouvernementales.
La Ville est un lieu politique de résistance -mais cette résistance manque plus de moyens que de volonté.
La majorité de la population humaine de notre modeste planète vit dans les villes. Et ce sont dans les villes que se posent les problèmes les plus graves, de la pollution au déséquilibre démographique, de la crise des ressources financières au gaspillage énergétique, des inégalités sociales à celles de l'accès aux droits politiques. Seule la crise migratoire semble échapper à cette règle -non que l'immigration déserte les villes mais, au contraire, parce que les villes, depuis toujours, l'absorbent, et qu'elle les constitue. L'humanité est urbaine ? Reste à constituer les villes, ensemble, comme un pouvoir capable, par exemple, de réaliser les objectifs de la COP 21 (et des COP suivantes) lorsque les Etats y rechignent, s'en révèlent incapables ou les refuse, de concrétiser les grands principes des grandes déclarations (ou déclamations ?) internationales sur les droits humains, d'expérimenter des projets réellements novateurs (voire révolutionnaires) comme le revenu minimum, d'atteindre des objectifs essentiels comme les libérer de la circulation automobile, assurer le droit à un logement de qualité à des prix abordables, développer l'offre culturelle, soutenir le mouvement associatif. A Genève, la Municipalité (l'Exécutif municipal, donc) y semble prête et, quand elle le peut, le montre (elle est par exemple membre de l'Alliance des villes contre la pauvreté, du réseau des maires francophones). C'est son parlement municipal qui traîne les pieds, du fait de son absence de majorité politique -mais quand les habitantes et les habitants sont consultés sur des budgets qui portent (ou non) ces intentions, ce sont les budgets de la gauche que la population ratifie...
Ailleurs aussi cette capacité des villes -ou, quand elle y manque, de leur population, se confirme : capacité des villes, comme à Lausanne par le lancement d'un "budget participatif", sur le modèle initié il y a trente ans au Brésil, à Porto Allegre, capacité de la population comme à Zurich ar le refus d'une privatisation partielle de la distribution d'eau.
A Lausanne, la ville invite des groupes d'au moins trois habitants, soutenus par au moins une dizaine d'autres, à proposer, jusqu'au 30 avril, des projets locaux pour leurs quartiers. Les projet, sélectionnés par la ville (ils ne doivent pas avoir de but lucratif et être conformes au cadre légal et réglementaire en vigueur) seront soumis au vote populaire en septembre et réalisés dans les deux ans par ceux qui les ont initiés, avec une subvention publique maximale de 20'000 francs (des soutiens privés peuvent également être adoptés). Le "budget participatif" est prévu pour trois ans, et disposera de 100'000 francs la première année, 200'000 francs la deuxième, 300'000 francs la troisième. La Confédération lui accordera 234'000 francs.
A Zurich, dimanche dernier, les citoyennes et les citoyens de la Ville ont refusé la privatisation partielle de la distribution d'eau potable.
La Ville est aussi un lieu politique de résistance -mais cette résistance manque plus de moyens que de volonté : la politique fiscale est largement déterminée aux niveaux fédéral et cantonal, comme on le voit et risque de le sentir bien profond, avec les deux réformes soumises au vote populaire le 19 mai, la fédérale et la cantonale genevoise...
VENDREDI 22 FEVRIER, RENENS
Quelle coordination entre les communes de gauche en Suisse romande ?
Débat avec Carole-Anne Kast, Tinetta Maystre, Eric Moser, Cedric Dupraz
19 heures, Ferme des Tilleuls, Renens
www.fermedestilleuls.ch