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Le résultat de la votation du 11 mars 2012 relative à l'initiative de Franz Weber dite "contre les résidences secondaires" a soulevé une émotion considérable dans toute la Suisse et en particulier en Valais, le plus alpin des cantons alpins. Un moment tout à fait stupéfiant fut celui où l'on put voir l'ex professeur de l'Unige, le sociologue Bernard Crettaz s'époumonner sur le plateau du Journal télévisé de 19h30 de la RTS en accusant Franz Weber d'être un "colonisateur (...) nourri de stéréotypes citadins". Trois semains plus tard, de manière générale, le ton semble s'adoucir, et les idées surgir pour tirer parti de la situation nouvelle. Et si l'électrochoc était une chance providentielle pour remettre à zéro le compteur des affairistes effrénés?
L'affaire n'est somme toute pas nouvelle et appartient à un processus d'actions-réactions engagé depuis plus d'un siècle. L'histoire suisse est en effet jalonnée de luttes au nom de la sauvegarde de ses paysages exceptionnels. La tension entre protection du paysage et tourisme s'y explique sans doute tant par l'exiguïté de son territoire que par la conscience du caractère exceptionnel du paysage. Au début du XXe siècle déjà les palaces lémaniques furent perçus comme des atteintes graves aux paysages célébrés par Jean-Jacques; le Heimtschutz naquit de ce que Marguerite Burnat-Provins et quelques intellectuels s'horrifièrent des ces intrusions mal venues. Aux promoteurs qui souhaitèrent lancer des funiculaires à l'assaut du Cervin et "enferrer les Alpes", on opposa ensuite un ferme veto http://lelwakil.blog.tdg.ch/archive/2008/11/26/la-construction-du-paysage-culturel-helvetique.html Par la suite plusieurs initiatives fédérales touchant au paysage aboutirent, celle de Rothenthurm étant peut-être la plus fameuse, déposée en 1984 pour protéger des biotopes menacés par l'extension d'une place d'armes, elle permit d'asseoir une protection des zones marécageuses. Parallèlement des lois fédérales furent mises en place pour contrer le bradage du sol national sur l'autel du tourisme, comme la fameuse Lex von Moos (1961), devenue Furgler, puis Koller, empêchant purement et simplement aux étrangers et aux personnes résidant à l'étranger l'accès à la propriété. Considérablement assouplie récemment, notamment lors de la dérogation faite au projet Sawiris d'Andermatt, cette loi trouve en l'aboutissement de l'initiative Weber une sorte de prolongement.
Franz Weber, un prophète éclairé qu'on a tôt fait de qualifier de Neinsager, est issu du journalisme. D'un militantisme extrême reposant sur des convictions inaliénables, il représente une figure emplématique de la sauvegarde des paysages suisses et internationaux. Sa première campagne remonte à 1965, lorsqu'il se mobilise pour protéger des grands projets immobiliers qui le menace le village Surlej en Engadine, village dans lequel Nietzche écrivit son Zarathoustra. Il milite ensuite en faveur de la sauvegarde des Baux de Provence, du site de Delphes, puis dès 1972 du "plus beau paysage du monde", celui du Lavaux à présent classé au Patrimoine mondial de l'Humanité. Plus récemment il s'est mobilisé pour les îles du Lac Saïmaa en Finlande, convoitées par les anciens occupants russes pour y construire de clinquantes datchas.
En lançant cette dernière intiative Franz Weber continue de s'ériger en défenseur des valeurs paysagères mythiques de la Suisse, telle qu'identifiées encore par les promoteurs du Vaterland lors de l'Exposition Universelle de Shangaï de 2010 où le pavillon "alpestre", l'une des attractions les plus courues, puisque les visiteurs faisaient quatre heures de queue pour accéder au télésiège, renvoyait à l'univers sensoriel et sonore de l'Alpe dont le pâtre est le héros. C'est tout un imaginaire collectif qui est latent derrière ce cliché, aux origines-mêmes de Patrimoine Suisse et de Pro Natura. Qui se souvient encore que la première campagne de l'Ecu d'Or fut lancée auprès des enfants des écoles primaires au profit de la protection du lac de Sils Maria en Engadine qu'une centrale hydro-électrique devait dénaturer? L'Office fédéral de l'environnement, qui veille aujourd'hui à la gestion intelligente de l'occupation des sols, et une intitiative fédérale pour le paysage lancée en 2007 rejoignent les préoccupations de Franz Weber et ont pour but de s'opposer au mitage effrené du paysage suisse.