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La réponse a été mise à jour le 3 mai 2023.
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Pour commencer, voici comment la « Bourgeoisie » est décrite par Albert Tanner dans le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) :
« Si la langue française distingue le bourgeois, membre d'une certaine classe sociale, et le citoyen, le terme allemand de Bürger recouvre ces deux sens depuis la période de la Révolution française, d'où une certaine confusion. Néanmoins le mot Bürgertum, introduit vers 1850, correspond à bourgeoisie en français et à middle classes en anglais (classe moyenne et supérieure, économiquement et socialement privilégiée). Sociologiquement, la bourgeoisie regroupe une grande diversité de métiers, situations économiques et sociales, orientations intellectuelles, culturelles et politiques. […] Cependant, la bourgeoisie était et reste bien davantage qu'un ensemble de groupes sociaux privilégiés par la fortune, l'indépendance économique ou la formation. Un métier où l'on est à l'abri des travaux pénibles, de bons revenus, une certaine fortune, une belle situation, une aisance matérielle ne suffisent ni au XIXe s. ni au XXe pour en faire partie. […] Ce modèle culturel […] exigeait, au-delà des conditions matérielles, un style semblable dans la vie domestique, le logement, l'habillement, la nourriture, les rituels quotidiens, mais aussi à l'égard des loisirs, de la consommation et du luxe. Il comportait tout un système de valeurs : efficacité, succès, application, travail, sens du devoir, professionnalisme. Il se fondait sur un comportement rationnel, sur l'individualisme et la responsabilité personnelle, sur l'indépendance de jugement, mais accordait aussi beaucoup d'importance à la famille et au partage des rôles selon le sexe. L'épouse et les filles d'un bourgeois n'avaient pas d'activité lucrative : cette convenance, l'une des plus nettes et des plus visibles, démontrait l'aisance relative du ménage et permettait à la fois de se démarquer des Classes moyennes où les femmes participaient au commerce, et de se rapprocher d'un genre de vie distingué. La bourgeoisie tenait en haute estime les sciences, la littérature, les arts, la musique, la culture en général. Les femmes jouaient là un rôle de premier plan. Même si elles devaient habituellement se limiter à une approche passive (théâtre, concerts, expositions) ou à une pratique en amateur, elles déterminaient souvent, par leurs choix, le niveau culturel de la famille. »
L'ouvrage La Suisse au tournant du siècle : souvenirs du bon vieux temps parle ainsi des loisirs en famille :
« La semaine étant bien remplie au travail, comme au foyer, et la vie souvent monotone, on appréciait d'autant plus les jours de fête. […] Verre du Nouvel An, Carnaval, commémoration de batailles, kermesse, jours de marché, célébration de Noël par les enfants du catéchisme, fête où on tuait le cochon. Baptême, confirmation ou communion et mariage étaient encore des occasions de s'amuser et de s'autoriser un bon repas. Dans les villes, il y avait de nouvelles possibilités de se distraire. Les classes riches de la haute société surtout, allaient à l'opéra, au théâtre, aux bals et aux expositions. Dans les milieux privilégies, les réunions féminines, les bavardages autour d'un café ou d'un thé étaient particulièrement recherchés. Quand des amies se retrouvaient pour passer un moment à converser, l'hôtesse mettait une jolie nappe sur la table et allait chercher la "belle" vaisselle dans le buffet. Gâteaux et confiseries accompagnaient le café ou le thé. »
A propos de la fête d'anniversaire, son origine et son histoire sont décrites par Jean-Claude Schmitt dans son livre L'invention de l'anniversaire :
« Ce livre invite le lecteur à découvrir, non sans étonnement, le caractère tardif de la célébration de l'anniversaire de la naissance. […] Ainsi le Moyen Age, qui était traditionnellement peu soucieux du jour de la naissance et de l'âge exact des individus, mais se préoccupait au contraire du jour de leur mort, a effectué progressivement un retournement lourd de conséquences de la mort vers la vie, de l'anniversarium funéraire vers ce que les textes de l'époque nomment – d'un vieux nom romain – la "natalité". Nous retraçons ici le lent établissement de la pratique de l'anniversaire […] notamment dans les milieux aristocratiques de l'époque moderne, la bourgeoisie du XIXe siècle et enfin, mais pas avant le XIXe siècle semble-t-il, dans les milieux populaires. L'histoire de l'anniversaire appartient naturellement à la "longue durée" et il faut attendre les 53 bougies du gâteau d'anniversaire de Goethe en 1802 pour assister véritablement à l'invention de l'anniversaire à peu près tel que nous le connaissons aujourd'hui. »
Julie Rambal fait également un historique de la fête d'anniversaire dans son article du 9 juin 2018 Pourquoi fête-t-on son anniversaire, paru dans le journal Le Temps.
A propos du gâteau d'anniversaire, voici ce que nous lisons sur la page « Hefegugelhopf » du site du Patrimoine culinaire suisse :
« Dans le "Neues Familie-Kochbuch" (Nouveau livre de recettes familiales) publié en 1900, on peut lire "Gugelhopf bâlois" ou "Baba à la manière de Bâle". Le Gugelhopf est depuis longtemps apparenté aux anniversaires et aux "Zobetrinke". Dans l’ouvrage "Erinnerungen einer Baslerin" (Souvenirs d’une bâloise) datant du milieu du 19e/début du 20e siècle, on découvre comment étaient fêtés les anniversaires des enfants : « … chacun recevait son Gugelhopf; un oubli était impensable. Pour le goûter ou le "Zobetrinke" on dégustait des Zwiebacks ou autres pièces sèches à base de farine blanche sucrée. Ces pièces avaient la forme des bien connus "Gugelhepfli", des "russes" ou encore de "Schwebli" non sucrés, poursuit l’auteure bâloise. Albert Spycher a comparé deux douzaines de recettes familiales bâloises et constate que les raisins sont indispensables, les amandes facultatives, les zestes de citron exceptionnels. La farine, le beurre, les œufs et le lait ne devaient surtout pas sortir du réfrigérateur mais avoir une température ambiante. Durant le 18 et 19e siècle, on trouve le Hefegugelhopf également dans d’autres régions de Suisse alémanique. Selon Albert Hauser, il apparut déjà au 18e siècle à Zurich en tant que pâtisserie de fête. Dans le recueil de recettes du glaronnais Othmar Blumer-Paravicini (1er semestre du 19e siècle), on découvre une recette du Gugelhopf, de même qu’à Frauenfeld selon une recette datant de 1824 de Catharina Fehr.
Durant les 18 et 19e siècles, les Gugelhopf se confectionnaient aussi bien dans les ménages privés que dans les boulangeries. Chez les bourgeois des zones urbaines, le Gugelhopf est consommé pour accompagner le café lors d’occasions festives ou particulières. Au début du 19e siècle, le kouglof maison était considéré comme un symbole de réussite sociale de la bourgeoisie citadine. Sa forme typique a un caractère symbolique dans cet environnement bourgeois. Dans le monde agricole, le Gugelhopf était considéré comme un produit de fêtes et n’était la plupart du temps dégusté que le dimanche des jours fériés comme à Pâques, Noël ou lors de mariages ou occasions très particulières. »
Pour aller plus loin, vous pouvez également consulter les ouvrages suivants : En 2008, Alain Montandon a réuni une série d'études dans un livre qui a pour titre L'anniversaire et si vous lisez l'allemand, Albert Tanner a publié le document Arbeitsame Patrioten - wohlständige Damen : Bürgertum und Bürgerlichkeit in der Schweiz 1830-1914 qui pourrait également vous intéresser.
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève
Pour www.interroge.ch