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Peintre Lorrain, George de la Tour est né en mars 1593 à Vic-sur-Seille. Mais c’est dans la ville natale de sa femme, à Lunéville, qu’il passera la plus grande partie de son existence. Point névralgique des communications entre la Bourgogne, Metz et Nancy, il s’y installe vers 1620. Excepté de rare parenthèse (les lacunes documentaires entre 1638 et 1643 permettent de supposer quelques déplacements, peut-être en direction de Paris), le peintre œuvrera continuellement à Lunéville, même après l’annexion du duché à la France (1638), et jusqu’à sa mort au cours de la peste de 1652. Il y mènera la vie d’un noble fortuné grâce aux importants privilèges qui lui seront accordés par le duc de Lorraine.
Georges de La Tour a été un artiste très actif et connu (en 1639, il obtint le titre de peintre du roi). Les événements dramatiques survenus en Lorraine expliquent sans doute la production très restreinte qui nous est parvenue: une trentaine d’œuvres pour une période de travail de presque 40 ans. Son œuvre, telle qu'elle a été reconstituée, est surtout faite de tableaux religieux et de scènes de genre.
De très réputé à son époque, Georges de la Tour sombre ensuite dans l'oubli. Ses œuvres sont dispersées et attribuées à d'autres peintres. Il ne retrouve la place éminente qui lui revient dans l'histoire de la peinture française qu’au XXe siècle, en 1915 plus précisément, grâce à l'historien d'art allemand Hermann Voss (1884-1969) et de deux tableaux du Musée des Beaux-arts de Nantes, L'Apparition de l'ange à saint Joseph et Le Reniement de saint Pierre, qui sont signés, et même daté pour le second. Plus d’informations sur le site du Musée des Beaux-arts de Nantes.
Histoire d'une œuvre
La grande exposition monographique qui s’est tenue à Paris en 1972, et les études menées à cette occasion, engage à lire la formation de Georges de La Tour dans une perspective romaine et caravagesque. Le Paiement des dettes de la pinacothèque de Lvov est une eau-forte retrouvée depuis peu (sonneur de cornets) ainsi que des œuvres de jeunesse déjà connue plaçaient ses débuts à côté des protagonistes du naturalisme du XVIIe siècle, attiré à Rome dans les années 1610.
Se fondant sur les deux uniques tableaux datés de Georges de La Tour - le Repentir de Saint-Pierre de 1645 et le Reniement de saint Pierre de 1650 - on pense que les célèbres scènes « nocturnes » proviennent des années tardives tandis que les scènes et les figures de genre aux gammes claires sont antérieures : du Vielleur à La Diseuse de bonne aventure, dont l’exécution picturale se fait de plus en plus ferme. Partant d’une enquête foncièrement réaliste, qui est en définitive sa version hétérodoxe et autonome du naturalisme de Caravage, La Tour aspire à organiser cette réalité bouleversante à l’intérieur d’une construction formelle très calculée : la superbe série des Madeleines, le Saint-Joseph charpentier du Louvre; Le Nouveau-né de Rennes; les divers différentes versions de Saint Sébastien soigné par Irène (Louvre). Cette construction annule toute connotation explicite du vrai dans un système irréaliste et abstrait, selon un processus qui présente de fortes analogies avec le rationalisme de la culture française de l’époque. Le «nocturne» est l’instrument de cette construction et permet au peintre - inégalé dans les effets de lumière artificielle - de se concentrer sur l’essentiel, en l’isolant sur un fond de ténèbres et en le rendant objet d’une contemplation recueillie et immobile.
(Sources bibliographiques : Encyclopédie de l’art, Le livre de poche (collection La pochotèque), wikipedia et larousse.fr)
Quelques pistes pour regarder «Job raillé par sa femme»
Nous sommes devant ce que l’on appelle un «nocturne», c’est-à-dire une scène située pendant la nuit. Ce sont surtout ceux qu’on appelle les «lumininistes» autour du Caravage et les «ténébristes» qui ont pratiqué ces sujets où se heurtent les ténèbres de la nuit et l’éclat d’une lumière artificielle, ou naturelle (clair de lune, lueur d’éclair).
Deux figures prennent place dans ce tableau: la femme de Job, debout, tenant une bougie dans la main droite et levant la main gauche au-dessus de la tête de Job, qui est assis. La posture de la femme penchée au-dessus de son mari, la main gauche tournée dans une posture interrogative, et l’arc de cercle que constitue le jeu des bras de la femme manifestent la domination de celle-ci sur cet homme. Cette domination se manifeste aussi par le contraste que représente la scène d’une femme vêtue debout et un homme quasi nu assis en dessous d’elle. Cette inégalité se manifeste encore par le contraste entre la jeunesse apparente de la femme et la vieillesse de l’homme.
La même tension apparaît dans les jeux d’ombres et de lumières. Le visage de la femme est éclairé de profil et le visage de l’homme nous apparaît partiellement éclairé, et mangé par sa barbe. Tout semble opposer les deux personnages: vêtements/nudité; mains ouvertes/mains jointes; lumière/obscurité; jeunesse/vieillesse. Pourtant, la force et la stabilité ne sont pas du côté de la femme qui surgit de l’obscurité sans que nous puissions voir ses pieds et donc son lien au sol. Son mari, par contre, bien que nu et courbé, est solidement assis, les deux pieds sur terre. L’homme a les mains jointes, il semble donc en prière, et il n’est pas sûr que son regard porte vers son épouse, peut-être la traverse-t-il… et même assis il semble plus droit que la femme qui est à ses côtés. La force n’est peut-être pas là où on la croit.
Si nous regardons les lignes,
• nous voyons que le corps de la femme est voûté, que les plis de son tablier sont comme retenus par la ceinture noire. Le rouge des manches est coupé par le plan du vêtement à la hauteur des poignets, le bonnet que porte la femme et lui-même marqué de plis. Toutes ces lignes marquent comme une finitude et une incurvation; le mouvement des lignes est ou rompu ou conduit à un repli.
• L’homme, par sa posture assise et par la position de ses mains jointes manifeste aussi des «plis» mais sa tête est dressée vers le haut, et par là s’élève. Il a la même rectitude, finalement, que la bougie et la flamme.
Toute la scène est nimbée dans cette lumière rouge. Comme si le vêtement de la femme déteignait sur le corps de son mari. Les seuls éléments de couleur sont les manches et le bonnet blanc de cette femme.
Bruno Fuglistaller sj
Septembre 2016
«Job raillé par sa femme» de Georges de La Tour, peint vers 1650, est une huile sur toile de dimension moyenne (145 cm × 97 cm). Ce tableau est entré dans les collections du Musée départemental d'art ancien et contemporain d'Épinal en 1829. Attribué une première fois à La Tour en 1922, l'attribution est confirmée lors de la restauration du tableau en 1972, qui révèle la signature du peintre «De La Tour fecit».
Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
(d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)
Dates en 2016 : les 26 octobre, 23 novembre et 23 décembre.
Dates en 2017 : les 25 janvier, 21 février, 29 mars, 26 avril, 31 mai, (juin, juillet et août pause), 20 septembre, 25 octobre, 29 novembre et 20 décembre.
Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45).