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Les guides du pays glaronnais
du pays glaronnais
Fritz Feldmann, Näfels
Par un fait singulier, il existe depuis longtemps un guide-manuel des montagnes glaronnaises: c' est le petit fascicule du pasteur Heinrich Pfendler, paru en 1670, à une époque qui ne nous a laissé aucun nom de guide de montagne glaronnais.
Si l'on ne veut pas accorder le premier nom de guide à Jakob Wild, de Matt, qui conduisit en 1707 Johann Jakob Scheuchzer à la carrière d' ar de Matt, cette place reviendrait sûrement au chasseur du Freiberg et chirurgien de profession, Hans Friedrich Trümpy ( 1670-1714 ). Il a accompagné trois ans plus tard Scheuchzer dans la région du Kärpf. A ce moment-là déjà, le destin des guides se jouait dans les montagnes, car ce Trümpy est « tombé mort d' une montagne quelques années plus lard » '.
1 Citation de Jacob Gehnng: Le pays de Glaris d' après les récits de voyage du ATau XI Xe siècle, Glaris 1943.
En 1727 pour la première fois, on trouve le terme de guide ( en français, selon l' usage de l' épo ). Salomon Nüscheler, un étudiant zuricois qui voyageait dans notre canton en compagnie de huit érudits, nous raconte qu' ils avaient dîné à Matt et « engagé un « guide » qui devait nous conduire encore jusqu' au Weisstannenthal, au pays de Sargans. Nous avons ainsi traversé avec lui trois alpages assez élevés qui étaient difficiles à escalader. » Au XVIIIe siècle déjà, un guide étranger à notre canton a foulé la terre glaronnaise. C' était Peter im Baumgarten, du Haslital, qui a conduit en juillet 1777 le Français Louis Ramon à Linthal par le col du Klausen.
Hans Conrad Escher de la Linth n' aurait pu concevoir le transport de son équipement sur le Rautispitz ( d' où il a dessiné, en 1811, un panorama particulièrement réussi ) sans engager un guide et porteur indigène.
Une première ascension avec un guide de métier nous est relatée en l' année 1817, quand un Neuchâtelois s' est risqué à escalader le Schilt avec un guide de Glaris. Nous ne serions pas étonné d' apprendre qu' il s' agit là du « courrier » Christian Tschudi ( 1787-1842 ), de l' Allmeind à Glaris et appelé Turc. Il connaissait un peu le monde pour avoir pris part aux campagnes de Napoléon. En tout cas, il est prouvé que le polyglotte Tschudi avait accompagné en qualité de guide et de porteur le Franco-américain L. Simon. Avec Tschudi, c' est la première fois qu' entre en scène en pays glaronnais un guide qu' on ne peut pas qualifier de chasseur ou de vacher.
EXPLORATION DE LA HAUTE MONTAGNE Dans la première moitié du XIXe siècle, les naturalistes et cartographes ont entrepris une recherche systématique en pays glaronnais. Les cols et les sommets qui ne présentaient pas d' intérêt économique et qui, pour cette raison, n' avaient pas été visités, devaient désormais être explorés. Dans cette intention, on a engagé aussi des guides locaux, surtout Hans Thut de Linthal. L' homme politique, médecin et botaniste zuricois, Johann Hegetschweiler a exposé, dans son livre paru en 1825« Voyages dans le massif montagneux entre Glaris et les Grisons pendant les années 181g, 1820 et 1822 », comment il a donné littéralement l' assaut au Tödi.
Une des premières preuves d' une spécialisation professionnelle ( des guides ) apparaît en 1823, quand Hans Caspar Hirzel-Escher indique Joseph Hösli et Andreas Stüssi de Rieden comme étant les meilleurs chasseurs de chamois et guides pour le Glärnisch 2. Plus tard, on qualifiera de guides du Tödi des spécialistes du même genre - surtout les habitants de Linthal qui ont tenté de leur propre chef la première ascension du Tödi ( Albrecht Stüssi, Jakob Wichser et Jakob Ries, en 1834 ), ou ceux qui la réussirent finalement ( Bernhard et Gabriel Vögeli et Thomas Thut en 1837 ). Parmi ces derniers, Thomas Thut et Gabriel Vögeli ont sans doute exercé le plus longtemps le métier de guide. Thomas Thut accompagna Melchior Ulrich pendant les étés 1858 et 1859, et le 8 août 1859 Thut et Vögeli conduisirent trois messieurs au Tödi. En été 1865, Thomas Thut était avec Albert Heim à la cabane Grünhorn. Et le 19 août 1866, le Dr A. Balzer y a signé le livre de cabane avec le guide Thut. En 1867, on parle d' un Thomas Thut junior. On ne sait donc pas pendant combien de temps le père a exercé son métier. En tout cas guère moins de trente ans.
ORGANISATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA SECTION TÖDI Avec la fondation de la section Tödi ( le 3 mai 1863 ) et la présidence du magistrat et avocat Kaspar Hauser, un vent nouveau souffle sur la corporation des guides de notre canton. Selon l' avis des fondateurs, les efforts du club, par exemple la création d' auberges pour la nuit, devaient avoir pour effet « d' augmenter la fréquence des étran- 1 Hirzel-Escher Hans Caspar: Promenades dans des régions alpines moins connues, Zurich 1829.
gers, le manque de publicité n' étant dû qu' à sa propre indolence»3.
D' après les décisions de l' Assemblée constituante du CAS ( le 1 g avril 1863 à Olten ), les Glaronnais devaient construire un refuge au Tödi ( la cabane Grünhorn qui existe encore aujourd'hui ) en prévision de l' excursion du CAS de la même année. Ainsi le pays glaronnais a-t-il pu construire la première cabane du CAS, en majeure partie aux frais de l' ensemble du club. Cette première excursion fut une excellente propagande pour les guides.
Kaspar Hauser avait compris que ce capital de départ ne devait pas être dilapidé. Bien que dix guides glaronnais soient montés avec leurs clients jusqu' à la cabane Grünhorn ( du moins au cours de cette première année d' existence du club ), il ne pouvait en recommander vraiment qu' un seul dans le premier Annuaire du CAS: Heinrich Elmer, d' Elm. Aussi chargea-t-il son comité de constituer une organisation de guides. L' Assemblée générale du 8 mai 1864 put approuver un règlement, auquel furent annexées ( au moment de son impression, en 1866 ) des directives de dix pages, dans lesquelles on citait avec fierté:
« En l' année 1865 un seul et même guide de notre organisation a accompagné pas moins de six expéditions de touristes au Tödi, alors que nous nous rappelons que, jadis, plusieurs années pouvaient s' écouler avant qu' une seule excursion y soit tentée. Les revenus de cet accroissement touristique profitent surtout aux membres de notre organisation de guides. » Au moment où le règlement et les instructions furent imprimés, 14 guides faisaient déjà partie de l' organisation.
Le paragraphe 5 du règlement est caractéristique du sens et de l' esprit de celui-ci:
« Pendant les excursions officielles ( de la section Tödi ), auxquelles ils participent, les guides débutants doivent se soumettre de bon gré à tous les services qui leur sont demandés, comme porteurs de bagages, surveillance de ceux-ci pendant les bivouacs de nuit, etc.
1 Bühler Rudolf, Histoire de la Section Tödi du CAS, page 13.
[17 En revanche ils seront nourris gratuitement et familiarisés, autant que possible, avec les différents itinéraires, les distances, les noms de montagnes, etc. En outre, ils seront aussi instruits dans les autres activités du métier de guide. » En créant l' organisation des guides, et en assurant leur première formation, la section Tödi a accompli un travail de pionnier au CAS. Outre l' instruction pour les courses, la section Tödi a organisé un cours de lecture de carte. En 1880, quatre guides et sept aspirants ont participé à un cours d' instruction de six heures pendant sept dimanches. Le programme comportait: connaissance du terrain, lecture de carte, utilisation de la boussole, géographie de la montagne, histoire de la patrie, légendes, utilisation de la corde et du piolet, premiers secours en cas d' accident et devoirs des guides en général. En 1882, on a mis sur pied un cours complémentaire du traitement des blessures, puis de nombreux autres cours ont été prévus pendant les années suivantes.
Le diplôme n' était remis par le comité de la section que lorsque ce dernier s' était assuré, après plusieurs courses, des qualités réelles du candidat. Un diplôme une fois acquis ne restait pas valable pour toute une vie. Il fallait qu' il soit renouvelé chaque année par le président, et il pouvait aussi être retiré, si on avançait des raisons suffisantes. Un guide de Linthal, qui avait été puni en 1875 pour braconnage, fut menace par exemple de voir son contrat « cassé » en cas de récidive, car cette manière d' agir ne correspondait pas aux principes du Club alpin dans le domaine de la protection des animaux.
Le développement de la profession de guide fut l' une des tâches principales accomplies avec énergie par la jeune section. Kaspar Hauser tenait, malgré certains insuccès, à l' idée qu' il fallait, pour partager les risques, une assurance-accidents pour les guides, établie sur une base fédérale. Une première tentative eut lieu en 1865, mais l' assurance ne fut signée qu' en 1881. Divers accidents arrivés à des guides avaient enfin convaincu notre Club tout entier de la nécessité d' une telle assurance.
Hauser fit accepter en 1870, d' entente avec les guides, un premier tarif obligatoire pour la protection des guides et des touristes, et l' année suivante, celui-ci fut imprimé sous la forme d' une brochure et affiché dans les auberges. Un livret, dans lequel les touristes devaient noter leurs ascensions et leurs expériences avec les guides, avait déjà été distribué en 1865.
Le successeur de Hauser à la présidence de la section, Walter Senn, publia ( en 1871 ) dans ses Caractères du pays suisse, de sa vie et de ses aspirations, un long article sur le Guide des Alpes et lui fit une publicité enthousiaste. Peut-être le lecteur d' au trouverait-il son portrait un peu trop sentimental, quand il lit:
« Le guide est plus étroitement lié à ses montagnes qu' à sa cabane dans la vallée, et sur son lit de mort encore, son dernier regard s' attache aux cimes argentées qui scintillent à travers la fenêtre terne dans la pourpre du soleil couchant. Pourtant, les guides ne meurent pas tous ainsi. Combien y en a-t-il qui deviennent la victime de leur devoir et qui trouvent leur horrible tombe glacée dans quelque crevasse ou au pied d' une affreuse paroi de rochers. » Par leur initiative et leur sollicitude, Senn et ses successeurs ont amélioré sensiblement la condition des guides, plusieurs années avant les décisions prises pour l' ensemble du Club. Ils ont construit des chemins et des cabanes, amélioré les tarifs et les règlements, résolu avec impartialité les différends entre les guides et leurs clients, amélioré la formation des guides et leurs assurances, créé un fond de secours à leur profit ( 1888 ) et délivré des diplômes et des insignes spéciaux ( 1902 ). Rudolf Bühler, le rédacteur de la plaquette du cinquantenaire du club, a pu déclarer en 1913:
« La section Tödi est fière de son corps de guides bien organisé et capable, qui, sans immixtion de l' Etat, en accepte les décisions et jouit d' une bonne réputation dans le monde du tourisme. » POINTS ACQUIS ET GARANTIS Au siècle dernier, à part la section Tödi, les sections Rätia, Pilatus, Säntis, Piz Sol, Gotthard, Titlis, Monte Rosa, Oberland et les Diablerets ont promulgué des règlements pour les guides ainsi que les tarifs des courses. Les sections Davos, Basse-Engadine, Altels, Bernina, Piz Terri et Oberhasli ont organisé des cours de formation. Aujourd'hui, la section Tödi est la seule à posséder un règlement autonome, soumis toutefois à l' approbation du CC. Dans les cantons de Berne, Uri, Obwald, Grisons, Vaud et Valais, des commissions cantonales décident de la formation des guides, de l' attribution des diplômes et au besoin de leur retrait.
La section Tödi profite depuis des décennies des avantages offerts par les trois grands cantons alpins de Berne, des Grisons et du Valais pour la formation des guides. C' est certainement ici l' occa de remercier le gouvernement de ces cantons et notre club de leur générosité en faveur de nos camarades. Grâce à cet avantage, la section Tödi ( qui dispose de moyens limités ) peut mettre au service des touristes des guides qualifiés qui n' ont pas à craindre la comparaison avec les guides des autres régions alpines.
En se référant apparemment à une résolution antérieure, le Conseil d' Etat du canton de Glaris a promulgué en 1971 le décret suivant qui figure dans son recueil cantonal des lois:
« Le métier de guide dans le canton de Glaris est surveillé et dirigé par la section Tödi du CAS. » Le gouvernement cantonal a exprimé par là sa confiance au comité de la section en ce qui concerne les guides. Cette réglementation, hors de la législation de l' Etat et vieille de plus de cent ans, a vraiment fait ses preuves dans notre petit canton alpin.
Bien qu' aujourd il n' existe plus d' inspec de piolets et de cordes, et que les règlements et tarifs soient fréquemment révisés et réimprimés, on peut dire que le métier de guide repose, d' hui encore, sur les bases solides créées par le pré-sident-fondateur.
La section est toujours prête à soutenir financièrement les guides. Elle les engage pour les courses de section, encourage leur formation et les met à contribution pour les secours alpins. Elle facilite le séjour des guides et des touristes en montagne par l' entretien de cinq refuges. Elle exprime sa reconnaissance aux guides dont elle apprécie la collaboration et reconnaît les avantages qu' elle en retire elle-même.
Bien sûr, nos jeunes guides s' intéressent, eux aussi, à une escalade résolument sportive, et il est bien entendu qu' ils ont plus que leurs prédécesseurs la possibilité de se tourner vers des montagnes et des continents étrangers. Cela ne les empêche que rarement de maintenir des contacts étroits avec leur section du CAS et leur organisation professionnelle, la société des guides glaronnais.
L' effectif du corps des guides glaronnais n' a pas beaucoup changé au cours des années. d' hui nous avons 15 guides et 4 candidats. Comme dans d' autres régions, le vœu des jeunes guides de gagner leur vie intégralement ou du moins en majeure partie dans l' alpinisme ne se réalise qu' ex. Actuellement, seuls deux guides glaronnais vivent de leur activité alpine.
Traduit par E. Baumgartner-Boxberger