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Le Groupe Bélier
Site web du Groupe Bélier : www.groupebelier.ch
En 1962, après quelques désillusions, la poursuite de la lutte exige des idées et des méthodes novatrices. Les dirigeants du Rassemblement jurassien (RJ) lorgneront judicieusement vers les forces en réserve : la jeunesse et les femmes. Même si à cette époque déjà, le temps consacré aux loisirs était davantage dévolu au sport et aux autres délassements qu'aux activités patriotiques, le mouvement débutera un travail systématique en profondeur dès le mois de janvier afin de sonder les jeunes jurassiens.
Sous l'impulsion de Marcel Brêchet, aidé par Jean-Pierre Mertenat, des séances d'information sur le thème de la Question jurassienne sont organisées pour les jeunes de 16 à 30 ans dans 18 localités de la région delémontaine. Ces séances aboutiront à la conclusion principale que les discussions ne suffisent pas à enthousiasmer la jeunesse en faveur de l'idéal jurassien. C'est alors qu'est lancée l'idée de faire défiler, en un bloc compact lors de la Fête du peuple, les jeunes intéressés à militer pour la liberté de leur patrie.
Enfoncer la muraille bernoise
Le 22 juin 1962, Marcel Brêchet réunira un noyau de six jeunes afin de recruter un maximum de monde en prévision de la manifestation populaire de septembre. Germain Chenal, Michel Gury, Germain Lovis, Emile Schaller, André Tendon et Philippe Veya s'attelleront à cette tâche et organiseront des sections dans chaque village. Ils attribueront un nom à ce futur mouvement : le Groupe Bélier ! La dénomination s'inspire de l'arme antique qui servait à enfoncer portes et fortifications. Le Groupe Bélier enfoncera quant à lui la muraille bernoise.
Le 9 septembre 1962, le Groupe Bélier défilera pour la première fois au cortège de la Fête du Peuple jurassien. Plus de 300 jeunes en chemise blanche, principalement issus du district de Delémont, seront précédés par un énorme tronc porté par une solide équipe. Emile Schaller s'exprimera à la tribune au nom de la jeunesse devant plusieurs milliers de participants et une quarantaine de journalistes. La Fête sera synonyme de nouveau départ ; la présence de ces nombreux jeunes redonnera foi et confiance en l'avenir. Michel Gury écrit : « Un membre du Gouvernement bernois, assis ce dimanche soir devant son poste de télévision s'écriera : On n'en finira donc jamais ! Il ne pensait pas si bien dire... »
|Le Groupe Bélier défile à la Fête du peuple en 1963.

Le succès rencontré par le Groupe Bélier à l'occasion du défilé de la Fête du Peuple jurassien du 9 septembre 1962 incitera les promoteurs du mouvement à étendre son organisation à tout le Jura. C'est ainsi que le 4 mai 1963, 80 jeunes provenant des six districts francophones, réunis au restaurant Central à Delémont, porteront définitivement le mouvement sur les fonts baptismaux et nommeront son premier organe dirigeant (comité jurassien). Pierre Beuret occupera le poste d'animateur principal, secondé par Jean-Pierre Lopinat et Michel Gury.
A l'issue de cette assemblée mémorable, Pierre Beuret déclarera que « le 4 mai 1963 sera une date importante de l'histoire du Jura ». Le Groupe Bélier fera connaître la Question jurassienne par des actions retentissantes, mais non violentes. En début d'année, il avait déjà organisé une opération « Emblèmes jurassiens » consistant à dresser un mat porteur d'un drapeau jurassien dans chaque localité du Jura.
Premières actions du Groupe Bélier
Dans la nuit du 8 au 9 juin 1963. Un commando pacifique de 60 Béliers a répandu 300'000 tracts rédigés en langue allemande dans les localités du canton de Berne. Ces papillons rappelaient le différend Berne-Jura depuis 1815 et invitaient les citoyens à examiner attentivement le problème jurassien en vue d'un règlement pacifique.
Le mouvement de jeunes s'est rendu à Berne le 30 novembre 1963 pour son opération dénommée « Big Lift ». 500 jeunes jurassiens ont distribué 10'000 tracts dans la capitale afin d'inviter les bernois à répondre favorablement à l'appel du conseiller fédéral Friedrich Traugott Wahlen qui préconisait l'ouverture de pourparlers entre Berne et le Jura.
Opération Big Lift à Berne, 30 novembre 1963
En 1964, le Groupe Bélier a souhaité publier une brochure relatant la lutte jurassienne, principalement à l'intention de la jeunesse. Il aspirait par ce biais à donner de la valeur à ses actions par une justification de l'histoire. Francis Huguelet, instituteur né à Vauffelin, a rédigé de main de maître le livre Pourquoi je suis autonomiste, tiré à 6'000 exemplaires. La parution a rapidement été épuisée et son auteur l'a complétée en 1967 à l'occasion d'une deuxième édition.
Le Gouvernement bernois, qui souhaitait inaugurer l'Ecole ménagère de Porrentruy le 7 octobre 1965, avait interdit toute manifestation autonomiste lors de sa venue dans le Jura. Le Groupe Bélier a profité d'un congrès organisé le jour même dans la cité des Princes-Evêques par les ramoneurs du canton pour coiffer 300 de ses membres d'un haut de forme et les habiller de noir. Arrivés par petits groupes à Porrentruy au nez et à la barbe des nombreux policiers, les jeunes militants organiseront un monôme en face de l'école ménagère. L'opération « Tuyau de poêle » fut un succès. Pour la première fois, l'humour était utilisé comme arme pour ridiculiser les autorités bernoises. Une arme redoutable qui sera par la suite exploitée à réitérées reprises par un Groupe Bélier gagnant la sympathie d'une partie toujours plus importante de la population, non seulement du Jura, mais de la Suisse entière.
Opération Tuyau de poêle à Porrentruy, 7 octobre 1965
Le 29 juin 1968, la préfecture de Delémont a été le théâtre d'une occupation durant une vingtaine d'heures. 120 jeunes du Bélier se sont barricadés dans le bâtiment avec nourriture, boissons, matériel de transmission, haut-parleurs, drapeaux et une banderole « Jura Libre » qui sera déployée sur le toit. Parallèlement, un millier de militants stationneront devant la préfecture, empêchant toute intervention policière. Cette occupation pacifique aura un énorme retentissement médiatique qui commencera de faire frémir l'officialité suisse.
A l'occasion d'une rencontre du championnat du monde de hockey sur glace qui s'est déroulée à Berne le 21 mars 1971, le Groupe Bélier a profité d'une interruption de jeu pour lancer sur la glace des palets aux couleurs jurassiennes. Huit jeunes munis de drapeaux jurassiens et d'une banderole « Jura Libre » ont également réussi à faire irruption sur la glace devant 11'000 spectateurs médusés. La rencontre entre la Suède et la Tchécoslovaquie était retransmise en eurovision. La question jurassienne a pris subitement une dimension internationale.
Le samedi 4 septembre 1971, de nombreux jeunes jurassiens munis de drapeaux et d'une banderole portant l'inscription « Rathaus = maison close » prennent place sur les marches de l'hôtel-de-ville de la capitale. Les deux entrées du vénérable bâtiment seront murées en un temps record par une équipe de maçons improvisés et grâce au matériel fourni par Bernard Zanetta, militant jurassien bien connu. L'opération « Bric-à-brac » a vécu.
Opération Bric-à-brac à Berne, 4 septembre 1971
Le Rassemblement jurassien appuie l'intervention du député Marchand et invite la population à se rendre à la place du Palais fédéral de Berne le samedi 18 mars 1972 pour se livrer à une démonstration en faveur des routes jurassiennes. A l'heure convenue, les militants déploient drapeaux et pancartes et Germain Donzé, François Lachat et Rémy Marchand prononcent des discours. Par la suite, alors que les manifestants, sous la direction du Bélier, se rendent en cortège vers le bas de la ville en distribuant des tracts, trois camionnettes font subitement irruption. Une poignée de jeunes militants décharge goudron, sable, pelles et seaux et arrête les trams et trolleybus. Sur près de 300 mètres, les rails du tram de la Spitalgasse sont goudronnés. Une affiche proclame : « Les Jurassiens aident les Bernois à faire leurs routes ! » L'opération « Macadam », minutieusement planifiée, stupéfiera la Suisse entière
Opération Macadam à Berne, 18 mars 1972
En date du 13 juillet 1972, veille de la Fête nationale française, une trentaine de membres du Groupe Bélier, pénètre dans les locaux de l'ambassade de Suisse à Paris avec une relative complicité des employés tout aussi surprenante qu'inattendue. Ils déploient de grands drapeaux jurassiens aux fenêtres ainsi que deux calicots portant les inscriptions « Liberté pour le Jura suisse » et « Ambassade occupée ». Des tracts sont distribués à la population interloquée et un mémorandum destiné au Conseil fédéral est remis au consul Marcel Guélat, jurassien d'origine (l'ambassadeur, M. Bauermeister, était absent ce jour-là). Ce document demande l'ouverture d'une « négociation avec ceux qui se battent depuis 25 ans. »
Occupation de l'ambassade de Suisse à Paris, 13 juillet 1972