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Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix :
tu as tenu ta promesse (Luc 2,29)
« Après le dîner à la Maison-Mère, les anciens missionnaires se rendent dans leur chambre ; certains restent au salon, feuilletant les journaux ou bavardant. Ce n’est pas le cas d’Emil. Il ne peut plus lire lui-même. Son confrère Franz-Joseph l’aide. En ce moment, il lit à Emil une lettre personnelle. Je trouve la scène très touchante (Markus Isenegger). »
Je me suis beaucoup amusé ces dernières années, alors qu’Emil était assis au petit-déjeuner et nous racontait comment il marchait une heure chaque jour : descente à Küssnacht, puis au ‘Gesslerburg’ (ruine du château de Gessler) et retour à la maison-mère via le ‘Tellerenweg’ ; ou l’inverse jusqu’au lac de Zoug, puis les 70 marches qui mènent à la gare d’Immensee. Il aimait raconter des histoires. Aucun des problèmes mondiaux actuels n’a été soulevé, bien qu’il ait utilisé des livres audios sur César et les Gaulois. Emil préférait se souvenir de la parenté, de lieux, de hameaux et de personnes qu’il avait connues. Qui était marié avec qui ou quand quelqu’un était né.
Emil a connu beaucoup de changements dans sa jeunesse. Sa famille a habité à Rothenburg, à Eschenbach, à Ermensee et à Inwil. À la dernière place, Inwil, son père a travaillé comme vétérinaire (en particulier comme soigneur de sabots) : il allait de ferme en ferme et a connu de nombreux agriculteurs des alentours.
Emil a vécu la 5ème classe primaire avec le nouvel enseignant Isenegger, qui n’avait que 18 ans. Ce professeur est devenu plus tard mon père. Déjà après la première semaine d’école, Emil a dû quitter la 5e année : il fut assigné à de la parenté à Rain sur la ferme d’Hirzelen. Selon lui, ce fut une période difficile ; il devait se lever tous les matins à quatre heures et arriver à l’école un peu plus tard à huit heures, où il s’endormait régulièrement. Néanmoins, il écrit : « La nourriture, le logement et le traitement étaient bons. » À quinze ans, Emil aurait aimé devenir maçon mais n’a, semble-t-il, pas trouvé de lieu d’apprentissage. Son père lui a alors cherché une place chez un agriculteur à Dierikon. La rencontre fortuite avec un garçon qui suivait une école apostolique et qui étudiait pour la prêtrise fut déterminante. « Cette rencontre fortuite ne m’a pas laissé en paix », écrit Emil. Le collège d’Immensee est devenu sa destination. À 25 ans, il y passe sa maturité ; suivie par la théologie au séminaire de Schöneck.
Emil se rendait parfois chez son ancien professeur Isenegger, probablement pour recueillir de l’aide pour ses études. Il m’est donc arrivé de le rencontrer déjà en tant que jeune missionnaire. Peu de temps avant de partir pour la Rhodésie, il est à nouveau passé dans notre famille. J’avais alors quinze ans. (Markus Isenegger)
(Josef Elsener) Quand j’étais jeune étudiant au lycée à Immensee – c’était à l’époque de la Seconde Guerre mondiale – Emil était quelques classes au-dessus de moi, un élève plus âgé. Il était une vocation tardive et, ayant passé plus de 700 jours au service militaire, il a dû redoubler l’année. Il fut caporal au sein des troupes d’élite des grenadiers. Vous pouvez imaginer que nous avons été impressionnés par sa prestance et l’avons admiré. Nous pouvions contempler sa rectitude militaire qui ne l’a pas quitté durant toute sa vie.
Après son ordination, Emil a obtenu sa destination missionnaire pour ce qui était à l’époque la Rhodésie du Sud et il a été envoyé à l’Université de Londres afin d’acquérir la licence de professeur d’anglais. C’était sa véritable vocation : être enseignant et éducateur. Il arrive en Rhodésie du Sud en novembre 1955 et, après une année d’initiation, commence à enseigner à l’école normale de la mission de Gokomere, combiné avec un travail pastoral les weekends dans la banlieue de Fort Victoria. Ensuite, il va diriger la nouvelle école normale de la mission St. Anthony à Zaka. Lorsque le diocèse de Gwelo, en 1960, dans le cadre de la mission de Driefontein, a ouvert une maison pour jeunes garçons africains immatures et délinquants, Emil a été nommé à la tête de cette institution. Là, il était vraiment dans son élément. Malheureusement, après quelques années, le gouvernement a fermé ce foyer. Après deux ans en tant que vicaire à Fort Victoria (Masvingo), Emil a élargi ses connaissances en catéchèse lors d’un stage d’une année à l’Institut de catéchèse « Pro Mundi Vita » à Bruxelles. À partir de 1967, il a enseigné dans le collège nouvellement ouvert de la mission de Silveira. À la fin de 1974, il fut nommé aumônier de prison à temps plein. À ce titre, il reçut l’uniforme de Major et devint responsable de 18 prisons dans la Midlands-province de Rhodésie. C’était l’époque du début de la guerre d’indépendance du Zimbabwe. Au commencement, il y avait environ 50% de prisonniers criminels et 50% de prisonniers politiques ; vers la fin, environ 90% de prisonniers politiques. Après l’indépendance du Zimbabwe (1980), Emil retourna en Suisse. (Josef Elsener).
(Markus Isenegger) Dès qu’Emil eut achevé son engagement missionnaire en Afrique, il se trouva confronté à une nouvelle tâche dans sa patrie. Il devint le mentor des bienfaiteurs de nos missionnaires. Initialement, il a été assigné aux régions de Zurich, Schaffhouse et Lucerne : il a alors élu domicile à Zurich. Plus tard, il a repris les régions de Saint-Gall et des Grisons et a vécu dans notre maison à Kronbühl SG.
À 69 ans, Emil est devenu administrateur et directeur de la maison de vacances à Obersaxen GR. Comme le nombre d’invités variait, Emil devait souvent gérer seul le service, c’est-à-dire être polyvalent : hôtelier, pasteur, chef de cuisine, gérant, plongeur et jardinier. Après avoir terminé son engagement à Obersaxen, Emil est rentré à Immensee pour offrir des services liturgiques. Dès l’âge de 80 ans, il a repris un poste à 50% à Bünzen et y est resté pendant cinq ans (2005-2010).
Emil a eu une vie aux nombreuses facettes. En regardant son passé, il a écrit : « Ma vie a quelque chose d’un vagabond. J’ai beaucoup erré dans le monde, en langage clair : un clochard « . Ainsi résume-t-il sa vie, non seulement avec droiture militaire, mais aussi avec esprit et un brin d’auto-dérision.
Joe Elsener et Markus Isenegger