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Avec le méchant geste d'un grand joueur de football portant le beau nom de Zinédine Zidane (voir page 1868) l'été caniculaire 20061 restera, dans quelques mémoires collectives, marqué par la spectaculaire décision du président des Etats-Unis. Celui qu'il est convenu de présenter comme l'un des hommes les plus puissants du monde (une puissance d'autant plus grande et plus noble qu'elle est issue de la grande machinerie démocratique) vient, à l'heure où nous écrivons ces lignes, d'user pour la première fois qu'il est en fonction de l'une de ses prérogatives ; l'un de ses pouvoirs régalien issu des âges antiques qui au même titre que le droit de grâce dont abuse l'actuel président de la République française autorise ces hommes à brouiller toutes les frontières, tous les codes, tous les équilibres si douloureusement établis entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.«Veto», donc puisque seul le latin sied à cette pratique. Ecoutons ici les agences de presse internationales qui nous enseignent que le président George W. Bush a usé fin juillet de ce droit qui s'attache à sa fonction pour s'opposer à un texte voté par les élus parlementaires américains et autorisant pour la première fois un financement fédéral de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines. «Cela franchit une limite morale que notre société doit respecter, c'est pourquoi j'y oppose mon veto» a simplement expliqué George W. Bush.2 Quelle limite ? Quelle morale ? Quel respect ? Nous attendrons pour en savoir plus.Il en résulte que le président des Etats-Unis s'est de manière ouverte et délibérée placé en opposition frontale vis-à-vis de la communauté scientifique. Il est aussi sur ce thème opposé à une grande partie de l'opinion publique américaine, y compris au sein de son parti républicain. Le texte suscitant l'ire présidentielle parce qu'ouvrant la voie à un financement fédéral des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines venait d'être approuvé par le Sénat après l'avoir été par la Chambre des représentants. Pour autant les représentants n'ont pu réunir la majorité des deux tiers nécessaires pour petite vertu de la démocratie américaine rendre le veto présidentiel inopérant.C'est l'une des vertus des cellules souches embryonnaires humaines que de mettre en pleine lumière ce qui hier encore restait du domaine de l'ombre. C'est qu'il faut choisir une fois pour toutes radicalement son camp. Toute tentative de compromis est au mieux sans espoir, au pire suicidaire. C'est un jeu d'échec où le mat est obligatoire et la partie sans limitation de temps. George W. Bush avait cru pouvoir louvoyer quand, en 2001, il avait, du haut de son trône présidentiel, permis aux scientifiques d'utiliser les 78 lignées de cellules souches humaines alors dérivées d'embryons déjà détruits. Ce geste, à la différence de celui de Ponce Pilate, fut sans lendemain, la plupart de ces lignées se révélant bien vite inutilisables. Aujourd'hui le même s'oppose au financement fédéral de ces recherches au motif que ce financement collectif conduirait ipso facto à la destruction d'embryons humains aujourd'hui conservés par congélation et jargon contemporain oblige «ne s'inscrivant plus dans le cadre d'un projet parental».En usant de son droit de veto au texte adopté par le Capitole, George W. Bush ne fait rien d'autre que remplir une promesse faite à ses partisans conservateurs en prenant le risque de s'aliéner une partie de l'électorat centriste : des sondages d'opinion laissent penser qu'une majorité de l'opinion américaine est désormais favorable aux recherches sur des cellules souches issues d'embryons surnuméraires largement présentées dans les médias comme de nature, on le sait, à ouvrir la voie à une médecine régénératrice.Dans ce contexte les biologistes trouvent sans mal des relais médiatiques pour les soutenir. A cet égard les actions menées, outre-Atlantique, par la veuve de l'ancien président Ronald Reagan atteint de la maladie d'Alzheimer ou Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, se révèlent aujourd'hui particulièrement efficaces. En Grande-Bretagne Stephen Hawkins ne cesse de mener la bataille et dénonce quant à lui les pays de l'Union européenne qui s'opposent au financement communautaire de telles recherches.Les temps changent. Tom Harkin, sénateur démocrate de l'Iowa, a dénoncé dans le veto présidentiel américain, «une manifestation honteuse de cruauté, d'hypocrisie et d'ignorance» qui réduit à néant les espoirs de millions de personnes. Il s'est aussi publiquement engagé à déposer de nouveau cette proposition de loi dès 2007. Et parmi les républicains, globalement hostiles à la dépénalisation de l'avortement, la décision de Bush ne fait pas l'unanimité.Les temps changent et aucun pays démocratique ne pourra plus, bientôt, faire l'économie de ce douloureux questionnement. En France, après bien des atermoiements et dans une démarche non dénuée d'hypocrisie, le législateur français a, dans la loi de bioéthique du 6 août 2004 choisi, à titre dérogatoire et pour une période de cinq ans, d'autoriser quelques recherches sur des embryons «orphelins» devant être détruits. Cette loi doit être révisée en 2009 et le premier ministre Dominique de Villepin vient de recevoir le rapport qu'il avait, sur ce thème, demandé au Pr Pierre-Louis Fagniez, chirurgien et député (UMP, Val-de-Marne). Tout laisse ainsi désormais penser que ce sujet, qui n'est pas sans rapport avec celui de la définition de la personne humaine, sera l'un des thèmes scientifiques et moraux majeurs de la prochaine campagne présidentielle française.1 Il n'est pas sans intérêt d'observer, en France et à trois ans d'intervalle, les considérables différences du traitement politique et donc journalistique des affaires sanitaires relatives à la canicule. Sans doute y reviendrons-nous dans ces colonnes.2 Sauf à invoquer une erreur de traduction il semble ici que George W. Bush et ceux qui le conseillent en ces matières ont oublié que «veto» signifie «je m'oppose». Faudrait-il voir une forme de lapsus dans le fait que, stricto sensu, il explique s'opposer à une opposition ?