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Voilà, les listes pour les élections genevoises du 15 avril ont été déposées. 623 noms pour les 100 sièges du Grand Conseil, dont 230 femmes, et 31 pour le Conseil d’Etat, dont 9 femmes. Cela représente respectivement 37% de femmes pour le premier et 29% pour le second.
Souvent, quand je parle de la représentation des femmes en politique, mes interlocuteurs et interlocutrices prétendent que les femmes ne se mobilisent pas. Erreur: depuis des décennies, il y a plus de femmes sur les listes que de sièges à pourvoir. Dans ce cas, 230 pour 100 sièges au Grand Conseil et 9 pour 7 sièges à l’exécutif. Récemment, j’ai participé à un débat sur le sujet. L’animatrice cherchait les raisons du manque de femmes, leur mettant, naturellement, la faute sur le dos: elles ne se bougeraient pas assez, ne se feraient pas suffisamment connaître, etc. A la fin, je lui ai demandé si elle choisissait les femmes sur les listes électorales et là, refrain connu, usé jusqu’à la corde, elle m’a parlé de «compétences».
Ah! le grand mot, la belle excuse! Si cette assertion était vraie, tous les élus et toutes les élues seraient compétent-e-s. On sait bien que ce n’est malheureusement pas le cas. Surtout du côté des hommes, je dirais, parce que les femmes ont tellement dû batailler pour figurer sur une liste que, généralement, elles sont plutôt meilleures que les hommes, à qui les places sont offertes sur un plateau d’argent. Lors de la législature précédente, il y avait 30% de candidates, mais seulement 24% d’élues. Il est consternant de constater que le pourcentage d’élues est toujours inférieur à celui des candidates. Un déficit dû aux femmes qui ne choisissent pas les femmes.
Depuis que j’ai le droit de vote (1960 sur le plan cantonal à Genève, 1971 sur le plan national), par conviction féministe, je prends la liste officielle, inscris le nom de la liste que je soutiens, puis les femmes des partis de gauche, d’après ce que j’ai appris sur elles durant la législation précédente ou, pour les nouvelles, selon leur engagement. Moins une liste comporte de noms, plus on donne de chance aux candidat-e-s qui y figurent. Je fais de même pour le Conseil d’Etat et, lors des élections fédérales, pour le National et les Etats. Ainsi, à mon petit niveau, je contribue à promouvoir les femmes dans les instances politiques.
Personnellement, je suis pour la parité. Lors des travaux de la Constituante, j’ai représenté ce point de vue dans le cadre d’un mouvement féministe intitulé, pour l’occasion, «Femmes pour la parité». Nous avons récolté les 500 signatures requises pour présenter une proposition collective, et avions séparé les hommes des femmes, afin de remettre, le 26 mars 2009, aux quatre président-e-s, un même nombre de listes de femmes et de listes d’hommes, dans un souci de parité. Mais nous en avions recueilli davantage: 358 signatures de femmes, 284 d’hommes.
Des représentantes de notre groupe ont ensuite été entendues par deux commissions. Nous étions sans illusions sur la réception de notre proposition, d’autant que les élu-e-s de la Constituante étaient encore plus à droite que celles et ceux du Grand Conseil, et constitués de 82,5 % d’hommes. Mais je ne pensais pas qu’il y avait encore des machos de la pire espèce parmi des gens qui avaient été élus pour écrire la Constitution de l’avenir! Michel Barde, secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes, pour ne pas le nommer, brandit la maternité quand nous parlions d’un principe fondamental de la déclaration des Droits humains: l’égalité en droit. Ne pas respecter l’égalité, c’est se priver de forces qui pourraient adoucir les mœurs politiques et l’efficacité des institutions (plusieurs études ont montré les avantages d’une représentation égalitaire).
Voici comment fonctionnerait la parité: les partis devraient présenter une liste «femmes» et une liste «hommes» où figurerait sur chacune le même nombre de femmes que d’hommes (ou une seule liste avec les noms en alternance). Selon la représentation du parti, on retiendrait, à parité, les noms des femmes et des hommes ayant obtenu le plus de voix. Si le nombre de voix attribué est impair, on devrait entrer en discussion avec les autres partis pour qu’à la fin, on obtienne la parité, soit 50 femmes et 50 hommes au Grand Conseil genevois. Pour le Conseil d’Etat, constitué de 7 membres, on désignerait la personne qui a obtenu le plus de voix (homme ou femme), puis on répartirait les 6 autres sièges à parité.
Du haut de notre enthousiasme et de notre foi dans le progrès, nous concluions en relevant que Genève a souvent été pionnière: James Fazy l’a modernisée; le philosophe Ernest Naville a porté le projet d’une élection à la proportionnelle (et non plus à la majoritaire), qui fut adoptée en 1892 à Genève et en 1918 sur le plan fédéral; elle a accordé le droit de vote aux femmes au niveau cantonal en 1960 (après Vaud et Neuchâtel), soit 11 ans avant le droit de vote fédéral. Premier canton à inscrire la parité dans sa Constitution, Genève pourrait à nouveau montrer le chemin aux autres cantons et aux Chambres fédérales. «C’est pourquoi, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les Constituantes et Constituants, d’inclure dans vos travaux la question de la parité hommes/femmes et d’inscrire son principe dans la Constitution Genevoise.»
Est-il utile de préciser que ce magnifique principe n’a pas été retenu dans la phase finale des travaux? Le peuple n’a donc pas pu se prononcer sur cette question et les femmes continuent de végéter à environ 25% dans les instances politiques, une représentation insuffisante pour faire vraiment évoluer les choses (les études précitées mentionnent qu’il faut au moins un tiers). Rappelons que le Conseil d’Etat genevois actuel ne compte qu’une seule femme sur 7: Anne Emery-Torracinta. C’est lamentable.
La discrimination est systémique, comme partout, le monde ayant été conçu par les hommes pour les hommes. En France, où la parité sur les listes est constitutionnelle, les partis préfèrent payer des amendes plutôt que de l’appliquer. Malgré ses promesses, si Macron a bien nommé autant de femmes que d’hommes ministres, il a largement placé des hommes aux postes clés.
Ces jours, la Tribune de Genève publie une série d’articles, sur deux pages, présentant dix personnalités genevoises qui, dans des domaines variés, ont une influence à Genève. Sans surprise, il n’y a aucune femme parmi ces personnalités influentes. Le rêve d’égalité est encore bien loin…