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RT.5 Connaissances actuelles sur les réponses au changement climatique
RT.5.1 Adaptation
Une certaine adaptation aux changements climatiques observés et projetés a lieu actuellement, mais elle est très limitée.
On sait depuis longtemps que les sociétés savent s’adapter aux impacts de la météo et du climat à travers une série de pratiques qui comprennent la diversification des cultures, l’irrigation, la gestion de l’eau, la gestion du risque de catastrophes naturelles et les assurances. Mais le changement climatique fait peser des risques nouveaux qui sont souvent hors de la portée de l’expérience, comme les impacts liés aux sécheresses, aux vagues de chaleur, à l’accélération du recul des glaciers et à l’intensité des ouragans. [17.2.1]
On dispose de preuves croissantes depuis le TRE que les mesures d’adaptation qui prennent aussi en compte le changement climatique sont mises en place de façon limitée, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement. Ces mesures sont entreprises par toute une série d’acteurs publics et privés par le biais de politiques, d’investissements dans les infrastructures et dans les technologies, et de changements de comportement.
Exemples d’adaptation aux changements climatiques observés :
- Drainage partiel du lac glaciaire Tsho Rolpa (Népal) ;
- Modifications des stratégies de choix de vie en réponse à la fonte du pergélisol par les Inuit au Nunavut (Canada) ;
- Usage croissant des installations de fabrication de neige artificielle par l’industrie du ski dans les Alpes (Europe, Australie, Amérique du Nord) ;
- Barrières côtières aux Maldives et aux Pays-Bas ;
- Gestion de l’eau en Australie ;
- Réponses gouvernementales aux vagues de chaleur, par exemple dans certains pays européens [7.6, 8.2, 8.6, 17.ES, 16.5, 1.5].
Cependant, toutes les adaptations documentées ont été imposées par les risques climatiques et impliquent des coûts réels et une réduction du niveau de vie comme première conséquence [17.2.3]. Ces exemples confirment aussi les observations des signaux climatiques attribuables, parmi les impacts du changement climatique.
Une série limitée mais croissante de mesures d’adaptation considère aussi explicitement les scénarios des futurs changements climatiques. Parmi les exemples, la prise en compte de l’élévation du niveau de la mer dans la conception d’infrastructures comme le Pont de la Confédération au Canada et l’autoroute côtière en Micronésie, de même que dans les politiques de gestion côtière et les mesures prises pour endiguer les inondations, par exemple dans le Maine (Etats-Unis) et sur la barrière de la Tamise (Royaume-Uni) [17.2.2].
Les mesures adaptatives sont rarement entreprises en réponse aux seuls changements climatiques.
Beaucoup d’actions qui facilitent l’adaptation aux changements climatiques sont entreprises pour faire face à des événements extrêmes actuels tels les vagues de chaleur et les cyclones. Souvent, les initiatives d’adaptation planifiées ne sont pas entreprises pour elles-mêmes, en tant que mesures isolées, mais sont intégrées dans des initiatives sectorielles plus larges telles la planification des ressources en eau, la défense côtière, et les stratégies de réduction des risques [17.2.2, 17.3.3]. Parmi les exemples, la prise en considération des changements climatiques dans le Plan national de gestion des eaux du Bangladesh, et la conception d’infrastructures de protection contre les inondations et d’infrastructures résistant aux cyclones dans les îles Tonga [17.2.2].
L’adaptation sera nécessaire pour faire face aux impacts qui découlent du réchauffement qui est d’ores et déjà inévitable en raison des émissions du passé.
On estime que les émissions du passé impliquent un réchauffement inévitable (environ 0,6°C supplémentaire d’ici à la fin du siècle en base 1980-1999) même si les concentrations de l’atmosphère en gaz à effet de serre restent constantes au niveau de l’an 2000 (v. GTI RE4). Pour certains impacts, l’adaptation est la seule réponse appropriée. On trouvera un aperçu de ces impacts dans les tableaux RT.3 et RT.4.
Beaucoup d’adaptations peuvent être mises en place à peu de frais, mais une estimation exhaustive des coûts et des avantages de l’adaptation manque actuellement.
On trouve un nombre croissant d’estimations coûts-avantages au niveau des projets régionaux pour l’élévation du niveau de la mer, l’agriculture, la demande énergétique pour le chauffage et le refroidissement, la gestion des ressources en eau, et les infrastructures. Ces études identifient un certain nombre de mesures qui peuvent être mises en place à peu de frais ou avec un rapport avantage-coût élevé. Cependant, certaines adaptations communes pourraient comporter des externalités sociales et environnementales. Les adaptations aux vagues de chaleur, par exemple, ont abouti sur un accroissement de la demande en installations de climatisation gourmandes en énergie [17.2.3].
Des estimations limitées sont aussi disponibles pour ce qui concerne les coûts d’adaptation au niveau mondial à l’élévation du niveau de la mer, et les dépenses énergétiques relatives au chauffage et à la climatisation des espaces. On dispose aussi d’estimations des avantages d’une adaptation mondiale pour le secteur agricole, bien que cette littérature ne s’intéresse pas explicitement aux coûts de l’adaptation. Des estimations complètes et multisectorielles des coûts et des avantages de l’adaptation au niveau mondial manquent encore [17.2.3].
La capacité d’adaptation est inégalement répartie dans et entre les sociétés.
Il y a des individus et des groupes qui, au sein des sociétés, disposent d’une capacité d’adaptation insuffisante pour s’adapter au changement climatique. Par exemple, les femmes qui travaillent au sein d’une agriculture de subsistance supportent un poids disproportionné dû aux coûts de réparation et de survie en cas de sécheresse en Afrique australe [17.3.2].
La capacité d’adaptation est dynamique et influencée par les ressources économiques et naturelles, par les ressources sociales, les réseaux sociaux, les rôles sociaux, les institutions et la gouvernance, les ressources humaines et la technologie [17.3.3]. Par exemple, des recherches sur la préparation à la survenue d’ouragans dans les Caraïbes ont démontré qu’une législation appropriée est la condition préalable indispensable à la mise en place d’adaptation aux futurs changements climatiques [17.3].
De multiples facteurs de pression liés au VIH/SIDA, à la dégradation des terres, aux tendances à la mondialisation de l’économie, aux barrières commerciales et aux conflits violents affectent l’exposition aux risques climatiques et à la capacité d’adaptation. Par exemple, les communautés agricoles en Inde sont exposées à des impacts liés à la compétition à l’importation et à une baisse des prix s’ajoutant aux risques climatiques ; et les écosystèmes marins surexploités par les pêcheries mondiales se sont montrés moins résilients à la variabilité et au changement climatique (v. Encart RT.7) [17.3.3].
Une capacité d’adaptation importante ne se traduit pas nécessairement par des actions qui réduisent la vulnérabilité. Par exemple, malgré leur importante capacité à s’adapter au stress thermique par l’intermédiaire de mesures d’adaptation relativement bon marché, les résidents des zones urbaines de certaines parties du monde, y compris les villes en Europe, continuent à vivre un niveau de mortalité élevé. Par exemple, le nombre élevé de décès dus à la canicule de 2003 en Europe ou le cyclone Katrina qui a touché la côte du golfe du Mexique et la Nouvelle-Orléans en 2005 et qui a causé la mort de plus d’un millier de personnes de même que des coûts économiques et sociaux très élevés [17.4.2].
Les possibilités d’adaptation sont nombreuses à l’heure actuelle, mais pour réduire la vulnérabilité au changement climatique futur il est impératif d’en élargir la fourchette. Il existe des obstacles, des limitations et des coûts, mais ceux-ci ne sont pas parfaitement compris.
La liste des réponses adaptatives à disposition des sociétés humaines est très longue (v. Tableau RT.6), allant des réponses purement technologiques (par exemple des défenses côtières) à des réponses comportementales (évolution des choix alimentaires et de loisirs), gestionnaires (modification des pratiques agricoles) et politiques (législation de la planification). Alors que la plupart des technologies et des stratégies sont connues et développées dans certains pays, la littérature faisant l’objet d’évaluations n’indique pas comment les diverses alternatives réalistes parviennent à limiter complètement les risques, particulièrement quand on postule les niveaux de réchauffement les plus élevés et les impacts qui vont avec pour les groupes vulnérables.
Bien qu’on puisse faire face à beaucoup des premiers impacts des changements climatiques par l’intermédiaire de l’adaptation, les alternatives disponibles pour aboutir à une adaptation couronnée de succès diminuent et les coûts associés augmentent avec le changement climatique. Aujourd’hui, nous n’avons pas un tableau très clair des limites de l’adaptation, ou de leur coût, en partie parce que l’efficacité des mesures d’adaptation dépend largement de facteurs de risque géographiques et climatiques spécifiques et des contraintes institutionnelles, politiques et financières [7.6, 17.2, 17.4]. D’importantes barrières s’opposent à la mise en place des adaptations : l’incapacité des systèmes naturels à s’adapter au rythme et à l’ampleur du changement climatique, de même que de colossales contraintes environnementales, économiques, informationnelles, sociales, comportementales et liées à l’attitude. Nos connaissances présentent en outre des lacunes significatives dans la compréhension de l’adaptation, et des barrières s’opposent à la transmission du savoir et des informations pertinentes pour les décisions adaptatives [17.4.1, 17.4.2]. Pour les pays en voie de développement, la disponibilité de ressources et de capacité d’adaptation dans la construction est particulièrement importante [v. les sections 5 et 6 et les chapitres 3 à 16 ; également 17.2, 17.4]. Certains exemples et leurs causes sont indiqués ci-dessous.
a. Le nombre important et l’extension des lacs glaciaires potentiellement dangereux en raison de la hausse de températures dans l’Himalaya. Ce phénomène dépasse largement la capacité qu’ont les pays de cette région à gérer ce genre de risques.
b. Si le changement climatique va plus vite que ce que nous anticipons, beaucoup de pays en voie de développement ne peuvent simplement pas faire face à la survenue plus fréquente / plus intense d’événements météorologiques extrêmes, ces derniers aspirant toutes les ressources budgétées pour d’autres postes.
c. Les changements climatiques se produiront au cours de la vie de nombreux projets infrastructurels (digues côtières, ponts, ports maritimes, etc.). La consolidation de ces infrastructures, basées sur de nouvelles normes de conception, prendra des décennies à se mettre en place. Dans de nombreux cas, la rénovation ne suffira pas.
d. En raison des contraintes physiques, les mesures d’adaptation ne peuvent pas être mises en place dans beaucoup d’estuaires et de deltas.
De nouveaux processus de planification s’efforcent de surmonter ces barrières aux niveaux local, régional et national, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement, par exemple, le Groupe des pays les moins industrialisés développent des Programmes d’action nationaux aux fins de l’adaptation (PANA) et certains pays industrialisés ont mis en place des cadres politiques pour les politiques nationales d’adaptation. [17.4.1]
Figure RT.18. Résultats d’une étude récente montrant le nombre de personnes en danger d’inondation côtière, à l’échelle mondiale, en 2080, exprimé en millions. Les barres bleues indiquent le nombre de personnes en danger sans, et les barres mauves avec une montée du niveau de la mer. [T6.6]