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La mort est très généralement associée à la notion de fin. Une vie se termine. C'est la dernière étape de la croissance pour reprendre l'expression d'Elisabeth Kubler-Ross («Death, the final stage of growth», Prentice-Hall 1975). Mais la mort renvoie aussi à la notion de cycle. Les êtres vivants naissent, grandissent, atteignent la maturité, vieillissent et meurent pendant que d'autres êtres vivants prennent la relève. La mort des individus est une nécessité pour la vie sur la Terre. Dans un monde fini, l'individu ne peut pas vivre indéfiniment. Il faut faire la place au suivant pour que la vie de l'espèce puisse se poursuivre. Il y a d'ailleurs une relation inverse entre le nombre d'individus d'une espèce et leur durée de vie. Les insectes sont très nombreux mais ne vivent pas longtemps, alors que les éléphants deviennent vieux et sont comparativement peu nombreux. Cela est bien sûr aussi en relation avec l'espace dont les individus ont besoin et le fait qu'ils servent ou non de nourriture à d'autres espèces.
Mais revenons aux êtres humains. Ils n'ont pas – ou plus – de prédateurs, si bien que leur nombre ne peut être contrôlé que par eux-mêmes. Mais de fait tout est entrepris pour prolonger la vie des gens et le contrôle des naissances est aujourd'hui insuffisant – et parfois contesté – pour limiter le nombre d'humains sur la planète. L'augmentation permanente du nombre de personnes dans les différents Etats crée non seulement une pression croissante sur la biosphère, mais entretient aussi le besoin de se prémunir contre les agressions. Ainsi les Etats développent des armes de plus en plus meurtrières et augmentent leurs arsenaux au-delà de toute utilité démontrable. Le surarmement mondial actuel confine au grotesque. Il est, en partie au moins, le reflet de la surpopulation. On en est arrivé à concevoir la sécurité comme l'assurance de pouvoir tuer l'autre. Mais à force de développer des moyens pour se défendre ou pour tuer des gens, on en arrive à menacer la survie des populations.
Nos morts continuent à vieillir avec nous.
— Pablo Ruiz Picasso
Pour l'individu, la mort est une échéance inéluctable. Mais la mort fait peur parce qu'elle s'ouvre sur un inconnu qu'on ne peut pas maîtriser et il semble que l'homme est prêt à subir des grandes souffrances pour la repousser plutôt que de se familiariser avec elle. Il est cependant souhaitable de préparer sa propre mort de manière à faciliter la vie de ceux que l'on va laisser derrière soi. Et il vaut mieux le faire pendant qu'on est encore suffisamment en forme et lucide surtout que le départ peut être inopiné. Cela permet aussi d'éviter les disputes autour d'un éventuel héritage matériel.
Il restera toujours la question de ce qui vient après la mort. Personne ne peut le savoir et c'est tant mieux. Mais il me semble désirable de s'en faire une représentation, chacun pour soi. Les récits de ceux qui ont failli mourir et ont eu une brève vision de «l'au-delà», laissent supposer qu'après la mort du corps physique, la vie continue dans une autre dimension (voir par exemple: Eben Alexander, «Das Leben nach dem Leben», Zeitpunkt 125, mai/juin 2013). Toutes les religions offrent d'ailleurs des représentations de ce qui nous attend après la mort, ce qui est certainement une des raisons de leur succès. A mon avis toutes ces représentations se valent et chacun peut avoir la sienne. C'est probablement mieux que de ne pas en avoir car cela insère la mort dans le cycle de la vie et évite d'avoir à se satisfaire de la notion assez peu encourageante d'une disparition dans le néant.
Lorsque la mort se rapproche du fait de la vieillesse ou de la maladie, on est amené à attacher moins d'importance à son propre devenir qu'à celui de ceux qui nous suivent, au premier rang desquels viennent le plus souvent la famille proche à laquelle on est lié par l'amour ce sentiment merveilleux qui permet à des groupes humains de constituer une unité et aux invalides de vivre en harmonie entre eux.
Le jazz dit «New Orleans» est une expression de la culture des Noirs américains. Il comprend un thème intitulé «dead man blues» (le blues de l'homme décédé). Il commence par un mouvement lent dans lequel on entend un sermon évoquant le retour du corps à la poussière, puis le mouvement s'accélère et le morceau s'achève sur un rythme rapide et joyeux. On peut voir là une manière d'exprimer en musique la vérité que la mort permet à la vie de continuer.