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en ce moment-là cette situation privilégiée qui leur aurait conféré la prérogative de posséder un gouvernement communal de leur choix, sous la réserve des droits de propriété du couvent de Zurich et des droits de souveraineté del'Empire.Ce fut très-probablement Frédéric IIlui-même, plutôt que son fils le roi Henri, qui enleva à la vallée d'Uri des avantages qu'elle n'avait fait qu'entrevoir. Ce prince, que les nécessités de sa politique obligeaient à recourir à toute espèce d'expédients pour se procurer des partisans et des subsides, avait adopté le système d'aliéner ou d'engager, à titre de fiefs ou d'hypothèques, les droits et les biens de l'Empire aux divers seigneurs dont il pouvait attendre de l'argent ou des soldats. Dans le nombre de ceux qui s'étaient attachés à sa fortune et qui déjà lui avaient fait des sacrifices, se trouvait le comte Rodolphe de Habsbourg, l'un des membres importants de la noblesse féodale dans la Haute-Allemagne. C'est à lui que l'empereur transmit, soit comme gage, soit comme dédommagement des sommes qu'il en avait reçues, la possession de la vallée d'Uri. Cette vallée se transformait ainsi en un fief directement gouverné parle nouveau seigneur auquel il était concédé, et les habitants d'Uri, quelle que fût du reste leur condition civile, se voyaient de nouveau menacés d'être réduits, dans l'ordre politique, au rang de sujets d'une simple principauté*. Ce danger était pour eux d'autant plus grand, que la maison de Habsbourg, après avoir pendant près de deux siècles fait une fort petite figure dans le monde, commençait à prendre sa place à côté des principales dynasties seigneuriales du temps. Albert le Riche, père de Rodolphe, avait obtenu, par concession impériale et par héritage, le landgraviat de la Haute-Alsace, l'avouerie du couvent royal de Seckingen, celle du monastère de Lucerne, et le gouvernement du comté de Zurich. Indépendamment de ces grandes charges qu'il pouvait héréditairement transmettre à ses descendants, il possédait en propre, par succession ou par achat, outre les biens patrimoniaux groupés autour de l'antique et modeste berceau de sa famille, divers domaines plus ou moins considérables situés dans le centre même de la Suisse, et particulièrement à Schwyz et dans l'Unterwalden. Son fils unique Rodolphe (plus tard surnommé le Vieux, pour le distinguer d'un de ses enfants qui portait le même nom), Rodolphe recueillit toutes les possessions allodiales et féodales de son père, ce qui faisait de lui un grand propriétaire foncier, et toutes les prérogatives politiques attachées à ses dignités, ce qui faisait de lui, à bien des égards, un petit souverain. C'est seulement sous ce second point de vue qu'il faut envisager l'inféodation qui lui fut faite par l'empereur Frédéric de la Vallée d'Uri ; il en devint possesseur au sens politique, en lieu et place de l'Empereur lui-même, pour y exercer les droits utiles de la souveraineté, mais sans porter aucune atteinte à la propriété de personne. Le pays reçut un maître, les terres restèrent dans les mêmes mains. Si cet état de choses avait duré, la vallée d'Uri aurait perdu toute chance d'affranchissement et aurait, par cela même, nonseulement rendu impossible l'émancipation de ses futurs confédérés, mais hâté le succès des tentatives des Habsbourg, pour faire passer les autres Waldstätten sous leur domination. Au lieu d'une confédération d'Etats libres, la Suisse allemande serait devenue pour les Habsbourg un duché ou un royaume, et la Suisse romande, pour les com
tes de Savoie, ces Habsbourg velches, un appendice de leur principauté.
Mais, grâce à l'une de ces heureuses conjonctures qui ont joué, dans les destinées des Waldstätten, un rôle si marqué, l'aliénation consentie par Frédéric II ne dura pas longtemps, car son fils, Henri (VII)*, roi des Romains, racheta, en 1231, du comte Rodolphe les hommes établis dans la vallée d'Uri (homines in valle Uraniae constitutos), et il prit l'engagement de les maintenir à perpétuité sous la domination immédiate de l'Empire. Ils échappaient ainsi une seconde fois au péril de devenir les sujets d'un prince, et ils rentraient, pour n'en plus sortir, dans la condition où Frédéric II semblait d'abord les avoir placés, c'est-à-dire sous la mouvance directe de l'Empire. C'est de ce diplôme du roi Henri (VII), sur lequel nous aurons à revenir, que date, à proprement parler, l'origine de leur indépendance politique. Avant d'étudier les développements de celle-ci, nous devons jeter un coup d'œil rapide sur l'état intérieur des deux autres Waldstätten, pendant cette première période de leur histoire.
I]
Le nom de Schwyz apparaît pour la première fois dans un document de 970, où il est question d'une propriété du couvent de Pfeffers située in Suuites, et cédée, contre échange, au couvent d'Einsiedeln, qui possédait déjà au même lieu quelques terres dont lui avait fait don le comte de Toggenbourg. Un diplôme de l'empereur Othon II (975), qui énumère et garantit les diverses possessions d' Einsiedeln, mentionne Schwyz (Suuites) comme étant situé dans le duché d'Allémanie et dans le comté de Zurich (Zu, richgouue) *. Ce comté, qui n'avait pas encore une existence entièrement distincte, lorsque Louis le Germanique fit donation d'Uri à l'abbaye de S'-Félix et S"-Régula, fut, peu après cette époque, définitivement détaché du comté de la Thur, dont il formait la portion occidentale, et il comprit dès lors les vallées d'Uri et de Schwyz, et une partie de celle d'Unterwalden. Il eut à sa tête, comme comtes du Zurichgau, les mêmes seigneurs qui furentavoués du couvent des religieuses de Zurich, c'est-à-dire ceux de Nellenbourg et de Lenzbourg, et, plus tard, les comtes de Habsbourg". Le pays de Schwyz, nejouissant alors d'aucune immunité, devait être soumis au droit commun, et cette vallée, où ne se trouvaient qu'en petit nombre des propriétés nobles ou monastiqnes, relevait, par conséquent, de la juridiction immédiate du comte du Zurichgau. Ce fonctionnaire avait le droit d'exiger des hommes de condition libre certaines prestations personnelles et certains impôts, et c'était devant son tribunal qu'ils devaient eux-mêmes comparaître en justice. Toutefois, cette subordination n'excluait pas, pour les hommes libres de Schwyz, une sorte d'indépendance collective, dont les preuves se trouvent dans les rapports qu'ils entretenaient avec le couvent de Notre-Dame des Ermites. De tout temps, il régna entre eux et ce monastère voisin un esprit de rivalité et de lutte, d'où l'on peut conclure qu'à Schwyz existait une population qui, pour tenir tête à une maison religieuse aussi puissante
qu'Einsiedeln, devait se sentir elle-même libre et maîtresse de ses faits et gestes. ^ Le monastère de bénédictins, fondé dans la solitude, où saint Meinrad avait, en 831, bâti son ermitage, jouissait, en effet, d'immunités et de priviléges proportionnés à sa renommée. Il s'était vu l'objet des faveurs et de la prédilection des chefs de l'Empire ; il avait comme avoués et protecteurs d'importants seigneurs du voisinage ; il pouvait lui-même, dans cette société féodale si morcelée, passer pour une puissance. En s'attaquant à lui, le petit peuple de Schwyz se faisait presque son égal. Cette égalité même ne semble pas contestée par les arrêts impériaux qui, tout en donnant tort aux pâtres contre les moines, ne refusent cependant pas de reconnaître aux premiers, dans les débats où ils se trouvent engagés, une position indépendante. A la suite de longs conflits pour la possession de ces pâturages alpestres, qui forment l'objet essentiel des convoitises et des querelles de voisinage dans les hautes et stériles régions du centre de la Suisse, était intervenue une sentence royale. L'empereur Henri IV, assisté du duc d'Allémanie ou de Souabe, et d'autres seigneurs formant sa cour, avait en 1114 prononcé à Bâle, d'après les règles que fixait « la loi des Allémans » (sicut docet lex Allemannorum), un jugement solennel sur les prétentions rivales des religieux d'Einsiedeln, d'une part, et des comtes de Lenzbourg et des citoyens de la vallée de Schwyz (cives de valle Suites), de l'autre. Rendu en faveur du couvent, ce jugement ne suspendit point le cours des hostilités, et il fallut que, trente ans plus tard (1144), une décision nouvelle, prise de même « en conformité de la loi allémanique » (lege et judicio