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Alors que le QiGong, la méditation et le Taiji Quan sont des pratiques de l'instant présent, pourquoi chercher à comprendre les choses mentalement ? N'est-ce pas encore un de nos travers occidentaux ou modernes qui ressurgit et fausse la pratique ?
Dans ma voie du milieu ("ma", car c'est celle que je suis, qui peut être différente de celle d'une autre personne), la compréhension mentale n'est pas un défaut. Par contre il est important de la lier à une expérience, un ressenti. L'un et l'autre s'influencent: une compréhension peut mener à une meilleure exécution d'un exercice, le ressenti d'un exercice peut mener à une meilleure compréhension (personnelle pour le moins). L'accent est mis sur la pratique, mais en sachant ainsi pourquoi on le fait, et peut-être comment le faire au mieux.
Je ne crois pas que cette manière d'aborder un domaine ne soit ni moderne ni occidentale. Le taoïsme philosophique (道家) semble aussi suivre une approche très logique. Laozi n'est-il pas un des premiers à avoir écarté les dieux pour remettre au centre les règles de la nature (le Tao) ? De plus, la quantité d'écrits et de théories liées au Qi, au Taiji ou à la médecine chinoise montrent que les anciens cogitaient plutôt bien.
Il existe une distinction assez courante entre l'approche de la compréhension mentale (réflexion, raison) et celle de l'expérience vécue (ressenti, empirisme). Dans ma voie du milieu je cherche à lier les bénéfices des deux approches, par exemple en utilisant la compréhension des phénomènes sous-jacents pour s'entrainer d'autant mieux dans la spontanéité.
D'autre part il semble évident que l'important dans une pratique est d'y prendre plaisir, les anciens et la science se rejoignent aussi sur cette idée. Et justement, certaines personnes éprouvent beaucoup de plaisir à comprendre les choses, ce qui est mon cas. Tout en acceptant que cette compréhension soit limitée et même qu'elle sera peut-être infirmée dans le futur.
Chaque personne peut ainsi avoir la possibilité (et non l'obligation) d'approfondir sa compréhension de la pratique si elle le désire, ou au contraire de laisser les choses se passer en étant simplement guidée par un enseignant ou son propre instinct. Dans les deux cas il convient d'éviter les pièges et rester vigilant.
Jusqu'ici le Taiji Quan a fait l'objet de beaucoup de recherches et d'explications par rapport aux avancées scientifiques, notamment en matière d'anatomie. Il existe une grande quantité d'ouvrages sur le sujet, et je les consulte avec grand intérêt.
Ces années-ci, je suis surtout fasciné par les découvertes récentes en matière de neurosciences. J'y vois d'ailleurs un lien fort avec la notion de Qi (ce qui n'est pas nouveau en soit), ce qui me permet de proposer une traduction "novatrice" d'un texte pourtant déjà maintes fois traduit: le traité de Taiji Quan. Cette proposition de compréhension met en avant le lien entre les concepts anciens et une explication scientifique. Surtout, cette traduction suggère que certains points de la pratique sont peut-être encore inconnus, ignorés ou sous-estimés, même en 2013. Merci encore une fois à Yang laoshi de partager son savoir en y mettant tout son coeur, je n'ai pour ma part que tiré des liens avec mes lectures sur les neurosciences.
Les découvertes récentes prouvent et expliquent par exemple les bienfaits de la méditation, et peuvent donner des informations sur comment améliorer les techniques de pratique. Cet automne on retrouve des articles sur le sujet dans le Science & Vie d'octobre 2013 ou même le dernier Hebdo de novembre qui montre que les hôpitaux suisses et le CHUV s'y intéressent de près depuis quelques années déjà. Beaucoup de ces recherches scientifiques sont basées sur la pratique de la pleine conscience, et de ce que je lis au sujet de la pleine conscience, je considère le Taiji Quan comme une pratique merveilleuse de ces principes.
Comme toujours il peut y avoir un revers de médaille, et je ne jure de loin pas que par la science. Notamment je trouve bien triste la manière dont elle se moque d'une notion qu'elle ne comprend pas, pour ensuite, lorsqu'elle se rend compte qu'il y a une vérité tangible qu'elle devient gentiment en mesure de comprendre, chercher à se la réapproprier. D'autre part les résultats peuvent être biaisés suivant l'origine du fond de financement de cette recherche, et enfin il peut facilement y avoir de simples corrélations qui sont prises pour des relations de cause à effet. Ce dernier point est d'ailleurs tout aussi vrai pour les approches plus instinctives.
Je suis toujours étonnés du malin plaisir que prends la science (et les sceptiques) à dénigrer d'office certaines approches différentes, et tout aussi étonné de voir à quel point les approches non scientifiques s'offusquent de voir la science apporter des réponses (et ainsi faire tomber un peu de mystère). Alors qu'au contraire, en s'appuyant sur les deux approches et en cherchant les points communs, on peut entrevoir beaucoup de belles choses et progresser d'autant mieux me semble-t-il.
Alors pourquoi chercher à comprendre ? parce que la compréhension peut améliorer la qualité de la pratique et de ses bienfaits, et d'autre part parce que l'on peut prendre du plaisir à comprendre sans que cela ne devienne "prise de tête" (ici la limite semble propre à chacun et il est bon de la respecter).
Bonne recherche et bonne pratique.
Fabian