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"Je reconnais avoir reçu des dividendes de deux sociétés de Hong Kong mais je n'ai aucunement pénalisé Tissot", a déclaré lundi devant le Tribunal criminel des Montagnes et du Val-de-Ruz un des accusés, qui était responsable de la coordination de l'approvisionnement de la marque. "Je n'étais pas actionnaire et je n'avais pas d'activités dans ces deux sociétés".
Interrogé par le président Christian Hänni sur le fait que son fils avait été engagé par une des deux sociétés chinoises dont il recevait de l'argent, le prévenu a répondu que l'activité de son fils au sein de celle-ci n'était pas liée à Tissot et au Swatch Group.
Le sexagénaire a expliqué que ce n'était pas parce qu'il avait reçu des montants financiers - 13,2 millions de francs, selon l'acte d'accusation - qu'il allait influencer Tissot à choisir par exemple, la société de Hong Kong comme sous-traitant de glaces saphir. "Le choix des fournisseurs se faisait de manière collégiale avec les responsables produits, qualité, achats et technique" de la marque.
Pas "d'orientation" du fournisseur
"Je n'aurais jamais orienté le choix d'un sous-traitant", a ajouté l'accusé. La société chinoise correspondait aux critères de validation au niveau du prix, de la qualité et du volume.
Le prévenu a expliqué que le volume de montres vendues a explosé chez Tissot entre 1999 et 2013 et que la société du Swatch Group, Comadur au Locle, n'arrivait plus à suivre la demande. La consigne était de travailler davantage avec des fournisseurs chinois.
Un autre prévenu, âgé de 47 ans, chargé du suivi des composants la marque CK Watch & Jewelry, a reconnu avoir reçu de l'argent de l'accusé principal, détenant les sociétés chinoises. Selon l'acte d'accusation, il aurait reçu 800'000 francs. "C'est une somme conséquente mais ce n'est pas moi qui l'ai décidé", a-t-il précisé.
Le Français, désormais établi en Moldavie, a expliqué n'avoir rien à se reprocher pénalement car il n'était pas responsable de la passation des commandes et de la négociation au niveau des prix. "J'ai juste ouvert une porte pour permettre" à l'accusé chinois d'avoir une entrée.
Corruption active
Le principal accusé, âgé de 51 ans et qui était établi à Hong Kong au moment des faits et qui est désormais domicilié au Vietnam, conteste l'intégralité des infractions (corruption active, blanchiment d'argent, complicité de gestion déloyale) qui lui sont reprochées. Il a connu les autres coaccusés chez Comadur où il travaillait.
Le Français, né au Cambodge, a ensuite monté ses propres sociétés à Hong Kong car il avait de nombreux contacts en Asie. Il a expliqué avoir versé de l'argent aux autres coaccusés car ces derniers l'ont aidé à s'introduire dans les marques. Il a donc voulu les remercier, surtout qu'il y avait aussi une relation amicale avec eux.
Les avocats des accusés ont demandé en début d'audience un nouveau report du procès notamment parce que les conclusions civiles, déposées vendredi, étaient arrivées très tardivement. Le président du tribunal a estimé que l'envoi n'était pas tardif et que cela ne justifiait pas le report de l'audience.
Conclusions civiles de plus de 60 millions
Les conclusions civiles de Swatch Group, envoyées aux parties, se montent à plus de 60 millions de francs, en lien avec Tissot et à 500'000 francs en lien avec CK Watches. La défense juge le montant "astronomique".
Comme la procédure dure depuis huit ans, la question de la prescription sera centrale. Le procès a déjà été ajourné deux fois. La première fois en raison de la pandémie et de l'absence du principal accusé, bloqué au Vietnam, et la 2e fois en lien avec l'absence de représentation de la veuve d'un accusé, décédé le 24 décembre 2021. Cette dernière est néanmoins concernée par le séquestre de biens.
Le procès est prévu jusqu'à vendredi.