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Un photographe consacre un livre aux fleuves, sources de tensions géopolitiques
Partager l'eau potable, éviter qu'elle soit polluée ou encore construire des barrages. Le photographe français Franck Vogel, invité mercredi dans Tout un monde sur La Première, est parti sur les rives des cours d'eau dont les trajectoires sont souvent guidées par la soif du plus fort.
Il répond à cette question souvent posée: la guerre de l'eau aura-t-elle lieu? "Avec le Nil, je me suis rendu compte que la guerre de l'eau avait déjà eu lieu", indique celui qui, durant ses voyages, a rencontré le peuple Dinka, du Soudan du Sud. Ils lui ont appris qu'il y a 25 ans, l'Egypte et le Soudan avaient creusé un canal qui court-circuitait une zone marécageuse du Nil blanc, où vivait cette tribu. "Ce peuple d'agriculteurs a donc décidé de se battre, donnant lieu à plus de 20 ans de guerre civile et à la naissance du Sud-Soudan en 2011."
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Une guerre de barrages
Convoités pour leur eau potable et pour l'agriculture, les fleuves sont aussi une source de conflit pour la production d'électricité, à l'exemple du Brahmapoutre. Cet énorme fleuve parti de l'Himalaya qui avec le Gange, irrigue tout le Bangladesh. "La Chine et l'Inde ont commencé une course à la construction de barrages sur le Brahmapoutre. Mais en bout de course, il y a le Bangladesh, qui n'aura quasiment plus d'eau", explique Franck Vogel.
Un cours d'eau à sec en bout de course: ce problème est aussi bien connu des Mexicains. En aval du Grand Canyon, des éleveurs américains aspirent presque toute l'eau du fleuve Colorado. Il prend sa source aux Etats-Unis, mais les 110 derniers kilomètres coulent au Mexique, avant de se jeter dans la mer.
Or, depuis une dizaine d'année, les Mexicains n'en voient presque plus une goutte. Environ 300 familles d'agriculteurs de la Vallée impériale, cette vaste plaine aride de Californie, prélèvent environ 70% de l'eau du fleuve pour produire surtout de la luzerne, mais aussi pour élever des vaches, en plein désert. "Quand on considère qu'il faut 3550 litres d'eau pour produire un simple steak de 200 grammes de viande, on se dit qu'on est dans une aberration complète", lance Franck Vogel. En conséquence, les habitants du delta sont privés de pêche et d'agriculture.
Loi du plus fort
La loi du plus fort qui se réserve l'accès à l'eau est tout aussi emblématique sur les rives du Jourdain, raconte encore Franck Vogel. "Israël prélève environ 50% de l'eau. Les 50% restants sont répartis entre la Syrie et la Jordanie. La Palestine, elle, n'a rien", déplore-t-il. Bien que le Jourdain traverse la Cisjordanie, son accès est une zone totalement militaire, explique le photographe.
Mais ce n'est pas tout. Le principal réservoir d'eau douce d'Israël, le lac de Tibériade, nommé aussi mer de Galilée, est très protégé, dans le nord-est du pays. "Il y a un barrage, à environ deux kilomètres après le lac. Rien ne passe dans la partie inférieure, sauf de l'eau usagée", décrit-il. Outre la privation de l'accès à l'eau, l'auteur du livre dénonce aussi la destruction d'une zone sacrée pour les trois grandes religions, rappelant que c'est dans le Jourdain que Jésus a été baptisé.
Etienne Kocher/fme
Fleuves frontières, la guerre de l'eau aura-t-elle lieu? Franck Vogel, editions de La Martinière, 2016.
Publié le 18 janvier 2017 - Modifié le 18 janvier 2017