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Au prétexte de "diversifier ses sources et de mieux assurer l'approvisionnement énergétique de leur territoire" les SIG et RE entendent investir dans les énergies polluantes. Les SIG en construisant une centrale à gaz à Genève, RE en achetant une part du capital-action d'une centrale à charbon située en Allemagne du nord.
Il est étonnant que les gouvernements des deux cantons lémaniques n'aient pas d'emblée mis leur veto à ces projets, tant ceux-ci paraissent manquer de sens. Sans compter qu'ils sont à l'évidence incompatibles avec les objectifs contraignants que s'est donnée la Suisse dans le cadre d'accords internationaux et contraires à la volonté mainte fois exprimée par les autorités genevoises et vaudoises.
La prétention affichée par les SIG et RE "d'accroître la sécurité énergétique de leur canton" laisse songeur. Faire en effet passer le taux d'auto-approvisionnement de 20 à 30 % ne représente qu'un progrès marginal en terme de sécurité qui ne saurait justifier le coût de l'investissement envisagé et ses conséquences. Et ce progrès devient carrément fictif lorsque l'investissement en question est effectué à 1000 kilomètres des frontières vaudoises.
Il serait bon de rappeler aux SIG et à RE que la mission que le peuple leur demande de remplir n'est pas de produire de l'électricité mais de l'acquérir, de la fournir et de la distribuer au meilleur prix possible. Si ces sociétés se trouvent en mesure de produire sur leur sol de l'énergie à un coût inférieur à ceux du marché ou proche de ces derniers, tant mieux. Encore faut-il, étant donné les enjeux climatiques, que cette énergie soit propre, renouvelable.
Quant à l'argument "des incertitudes liées à l'obligation d'acheter sur les marchés" invoqué par un dirigeant de RE, il laisse, lui, pantois. Les SIG et RE sont actionnaires d'EOS, grand fabricant d'électricité en Suisse romande. Or ce contrôle ne saurait équivaloir dans une économie libérale à un contrôle des prix. Les deux distributeurs le savent bien, eux qui ont été forcés par la pression des marchés internationaux et par les impératifs de gestion d'EOS d'accepter récemment une hausse massive des prix de l'électricité livrée par leur filiale. Car ce sont bien les marchés qui déterminent le prix de l'électricité comme celui de toutes les énergies.
Ce qui précède paraît mener à une double conclusion.
En forme d'étonnement d'abord. Comment se peut-il que les dirigeants des SIG et de RE en soient réduits à proposer d'investir les ressources de leur entreprise dans un secteur d'activité condamné à moyen terme. Ils seraient mieux avisés s'ils se préoccupaient davantage de l'efficacité de leur gestion interne et s'ils cherchaient à améliorer la fiabilité et l'ampleur du réseau de leurs fournisseurs.
En forme de leçon de réalisme ensuite. Il serait bon que que les distributeurs suisses d'énergie se rendent à l'évidence : il convient de céder à Berne la haute main sur la politique énergétique du pays. Seule la Confédération à la capacité de définir cette politique et dispose des moyens de la mettre en oeuvre de manière cohérente et durable. Une politique, comme le dit clairement la constitution fédérale, "destinée à promouvoir un approvisionnement énergétique suffisant, diversifié, économiquement optimal et respectueux de l'environnement".