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Cheveux longs attachés en queue de cheval, barbe de trois jours et sourire ravageur. Cette fin de janvier 2006, le grand public découvre Marcos Baghdatis, jeune tennisman chypriote de 20 ans.
Le 54e joueur mondial enchaîne les exploits sur les courts du Melbourne Park. Il élimine notamment Ivan Ljubicic, Andy Roddick et David Nalbandian en demi-finale, tous membres du top 10. Il ne s'inclinera que face à Roger Federer en finale, en ayant même réussi à remporter le premier set. Seize ans plus tard, Marcos Baghdatis revient, pour watson, sur son incroyable odyssée.
Pourquoi l'Open d'Australie a-t-il été un tournoi si particulier pour toi?
Marcos Baghdatis: Ça a commencé quand j'étais junior, c’est le premier Grand Chelem que j’ai gagné chez les jeunes, en 2003, où j'ai vraiment très bien joué. Il y avait déjà une importante communauté grecque à Melbourne à cette époque. Quand j'arrivais là-bas, je me sentais comme chez moi, c'est comme si j’avais un tournoi du Grand Chelem à la maison. C’est une raison pour laquelle je me sentais bien. Et puis, ce tournoi arrive après la pause hivernale d'un mois et demi, durant laquelle on travaille la condition physique. Je me sentais toujours bien physiquement et mentalement, motivé à repartir et les batteries pleines.
Quels sont tes meilleurs souvenirs de l'Open d'Australie?
J'ai, sur place, des oncles et des cousins côté paternel, qui ont fui la guerre du Liban. Je les ai vus pour la première fois de ma vie en jouant ce tournoi, en 2003. Cette année-là, j'ai aussi vu ma grand-mère, qui habitait Sydney, pour la deuxième fois. Les souvenirs les plus forts, hors terrain, sont donc liés à ma famille.
Et sur les courts?
La balle de match contre Nalbandian en demi-finale en 2006. Je fais un ace sur le T central. Je n'ai jamais ressenti un moment aussi fort que celui-ci sur un terrain de tennis. C'est dur à expliquer.
Je ressentais de la joie et de la fierté, dans mon âme et mon corps. Je n’oublierai jamais. C’était un sentiment très fort, parce que j'avais tout quitté pour le tennis, à 14 ans.
Cette année, tu vois qui remporter le tournoi chez les hommes?
Des favoris comme Medvedev ou Rublev, qui a très bien fini l’année, seront très dangereux (ndlr: l'interview a été réalisée avant le tournoi, au moment de sa publication Rublev et Zverev étaient déjà éliminés). Pour Tsitsipas, il faudra voir comment va son coude. On peut aussi penser à Zverev et Nadal. Rafa est toujours là, je pense qu'il est prêt. Et sans Djokovic, il aura une motivation en plus pour aller jusqu’au bout. En Australie, il y a aussi souvent des surprises, c'est un tournoi un peu bizarre. Tous les joueurs sont prêts physiquement et frais mentalement, tu recommences l'année à zéro, alors il n'y a pas trop à réfléchir. On voit régulièrement des jeunes joueurs arriver. Ça ne m'étonnerait pas qu'on assiste à ça encore cette année.
Tu as pris ta retraite après Wimbledon 2019. Comment analyses-tu l'évolution du tennis masculin?
Il y a eu beaucoup d'évolutions dans la science, la technologie et la nutrition. Et dans le jeu aussi: les joueurs sont plus grands, plus costauds, plus souples et tapent plus fort. Il y a une évolution tactique.
Par rapport à la technologie, les terrains, les balles et les raquettes ont aussi évolué. J'ai un regret: j'avais essayé de changer de raquette pendant un an, en 2014, pour gagner en puissance. Mais je n'ai pas réussi à m'adapter. A l'entraînement, ça allait bien, mais pas en compétition. J'ai fait six mois sans gagner un seul match. J'ai commencé à cogiter, à perdre confiance. Du coup, je suis revenu sur mon modèle de toujours, et j'ai essayé de trouver d'autres solutions pour gagner.
Tu trouves dommage, cette évolution vers ce tennis davantage cogneur?
Non, c'est normal, il faut l'accepter. Les jeunes essaient d'imposer leur style pour réussir à battre les plus anciens.
C'est le cercle de la vie. Je me dis simplement que si je n'avais pas eu Federer, Nadal et Djokovic dans mes pattes, j'aurais peut-être gagné un Grand Chelem (rires).
En Suisse, on a beaucoup parlé de l'affaire Djokovic à Melbourne, parce qu'on craint qu'il batte seul le record de titres, au détriment de Federer...
... si ce n'est pas lui, ça sera Nadal!
Tu penses que Nadal peut encore gagner un tournoi du Grand Chelem?
Oui, il est toujours là! Il avait des petits soucis avec son pied l’année passée, mais comme tout le monde a des petits soucis. On a vu avec Roger et son genou, il est revenu. Je pense que même Roger peut revenir.
Du coup, on imagine que ça ne te fait pas trop mal au cœur de voir Federer dans sa situation actuelle?
Je pense que personne ne peut être triste pour Roger. Il est certainement super content de tout ce qu’il a fait, je pense que lui-même n'est pas triste. Il a tout fait pour ce sport. Avec Nadal et Djokovic, il l'ont amené à un niveau que personne ne pouvait imaginer. Il ne faut pas être triste pour lui: il a 41 ans, il a tout réussi dans sa vie et eu tout ce qu'il voulait. Bon, ok, peut-être pas le 21e Grand Chelem pour être le meilleur joueur de l'Histoire (rires), mais on peut pas être triste pour Roger. J'ai beaucoup de respect pour lui.
Thibaut Monnet, la dernière fois que vous avez quitté le vestiaire du HC Sierre?
Fin août, l’année passée. J’étais loin de penser que c’était la fin de ma carrière. Je sentais que j’avais pris un coup, bien sûr, mais ça allait encore. Malheureusement, les commotions se déclarent souvent quelques jours après.