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La contribution de l’Antarctique à l’élévation du niveau mondial de l’océan est sujette à un certain nombre d’incertitudes dans les scénarios de réchauffement climatique. Une étude menée par des chercheurs du Jet Propulsion Laboratory de la NASA dans le sud de la Californie permet aujourd’hui de mieux comprendre l'évolution de la calotte glaciaire antarctique. Elle vient d’être publiées dans la revue.
Les recherches se sont concentrées sur les plates-formes de glace. Appelées également barrières de glace, ces dernières sont le prolongement marin d’une calotte continentale. En ralentissant l’écoulement naturel des glaces de la terre vers l’océan, elles stabilisent les calottes qui les alimentent. À certains égards, elles se comportent comme les contreforts d’un édifice.
Les chercheurs ont découvert que ces plates-formes ont perdu leur faculté de se régénérer ces dernières années. Depuis 1997, la perte de glace s’élève à 12'000 milliards de tonnes, ce qui représente le double des estimations précédentes ! Au fil des ans, cet appauvrissement a permis aux glaciers antarctiques de s'écouler plus rapidement vers l'océan, accélérant le taux d'élévation du niveau mondial de l’océan.
Changements dans l'altitude de la glace antarctique de 1985 à 2001. En rouge, les régions où l'altitude a considérablement diminué, en bleu, les régions où l'altitude a dépassé les niveaux. Les principales plates-formes apparaissent en gris [Joe Mastroiani - NASA/JPL-Caltech]
Ces conclusions ont été obtenues grâce à un travail de recoupage et de déchiffrage de données satellitaires. Les chercheurs se sont également appuyés sur des mesures de terrain et des modèles d’écoulement.
« Imaginez-vous en train de regarder une image satellite et d’essayer de distinguer un iceberg d’une plate-forme de glace ou même d’un nuage » explique Chad Green, auteur principal de l’étude. « Cela a toujours été une tâche difficile. Cependant, nous avons aujourd’hui suffisamment de données provenant de mesures satellites pour avoir une image claire de l’évolution des glaces du littoral de l’Antarctique ».
L’Antarctique ne devrait pas retrouver son extension normale avant plusieurs décennies
Pendant une bonne partie du XXème siècle, l’étendue des plateaux de glace a passablement fluctué mais de manière générale, ces dernières ont gardé à peu près la même masse. Le phénomène s’explique par la propension des précipitations à remplacer sous forme de neige les glaces perdues.
La tendance s’est cependant inversée depuis un certain nombre d’années, ce qui constitue une surprise pour le monde scientifique. Les pertes dues à la fissuration des icebergs ont dépassé les périodes de croissance des plates-formes. Le phénomène a pris une telle ampleur qu'il est très peu probable que l'Antarctique puisse revenir à une extension comparable à celle de la fin du XXème siècle.
Les résultats de l’étude suggèrent que l'on peut même s'attendre à des pertes plus importantes : "les plus grandes plates-formes de glace de l'Antarctique semblent viser de grands événements d'accouchement au cours des 10 à 20 prochaines années", explique encore Chad Green.
Forte vulnérabilité de la calotte antarctique sur le long terme
Dans une autre étude, également publiée dans la revue, des chercheurs de l’Université de Durham, en Angleterre, ont montré que si les émissions de gaz à effet de serre se maintiennent à des niveaux élevés, elles engageraient la calotte est-antarctique dans un retrait significatif sur le long terme.
L'inlandsis oriental pourrait ainsi contribuer à l’élévation du niveau moyen des océans à raison d’un demi-mètre d’ici à la fin du siècle, entre un et trois mètres d’ici 2300 et jusqu’à cinq mètres d’ici 2500.
Contribution de la calotte de l’Antarctique de l’Est à la hausse du niveau moyen des mers pour 2100, 2300 et 2500 avec des émissions de CO2 limitées (colonne de gauche) ou élevées (colonne de droite). L’incertitude est indiquée par les différents tonalités de bleu. [C. R. Stokes & coll. 2022 / Richard Jones, Monash University.]
Les dernières observations plaident dans ce sens. Selon le service européen sur le changement climatique Copernicus, la banquise de l'Antarctique a atteint le mois dernier sa plus petite surface jamais enregistrée pour un mois de juillet en 44 ans de relevés satellitaires.
Philippe Jeanneret, avec la revue Nature