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Les structures politiques des métropoles suisses se caractérisent notamment par l’écart croissant entre une classe politique largement recrutée parmi la population locale et une société urbaine de plus en plus internationale. La proportion d’étrangers dans les dix plus grandes villes varie de 25% à Winterthour à 50% à Genève. Si l’on ajoute les citoyens naturalisés et la «deuxième génération», au moins une personne sur deux est issue de l’immigration. Dans les cohortes les plus jeunes, ces chiffres sont encore plus élevés. La base économique de la ville ainsi que la science et la culture sont de plus en plus orientées vers l’international.
Alors que les grandes villes suisses se sont ainsi transformées en villes mondiales, le personnel politique et administratif – mais aussi l’électorat – continuent d’être dominés par les «autochtones» : à Bâle, le légendaire «Daig» reste une référence politique, même si l’économie est dominée par les multinationales. Même à Genève, siège de l’ONU, des représentants de familles établies de longue date siègent encore dans des centres politiques. La place financière de Zurich gagne son argent sur les marchés mondiaux, tandis que les réseaux locaux s’établissent en corporations. On pourrait dire que les conditions-cadres politiques de la ville globale sont négociées en vieille-ville.
Le cercle fermé de la politique urbaine favorise également une politique locale de clientélisme. Le marché du logement urbain et ses prix élevés en sont un exemple classique : les logements subventionnés y sont alloués bien en dessous de leur valeur marchande grâce à des mécanismes qui favorisent les «initiés» établis de longue date. A Zurich, par exemple, un appartement sur quatre appartient à des coopératives «sans but lucratif» ou à la ville elle-même. Un autre point d’ancrage important est le grand nombre d’emplois dans l’administration, les entreprises municipales et les institutions qui dépendent fortement des fonds municipaux (par exemple les institutions culturelles ou éducatives) et qui attirent avant tout des demandeurs d’emploi qui sont liés à ce modèle politique.
Ces privilèges et d’autres sont accessibles avant tout à ceux qui ont des connaissances et des réseaux locaux ou qui vivent dans la ville sur le long terme. Ces initiés sont généralement aussi ceux qui ont le droit de voter et d’élire des politiciens qui maintiennent et étendent ces privilèges. A travers ces mécanismes politico-économiques, souvent subtils, les grandes villes suisses ont développé leurs propres «biotopes» politiques, dans lesquels une politique pour les initiés urbains se développe et renforce ainsi sa propre base électorale. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le modèle gauche-vert de la politique urbaine suisse a pu se consolider de la sorte ces dernières années, financé par le développement urbain.
L’une des conséquences de cette politique urbaine orientée vers l’intérieur est que les projets de construction et de densification échouent souvent en raison des oppositions des habitants, même si ceux-ci sont dans l’intérêt de la ville dans son ensemble ou des nouveaux habitants. Cela ne s’applique pas seulement aux projets de construction concrets tels que le stade Hardturm de Zurich – qui a dû être relancé pour la troisième fois en 2018 après une intervention réussie des associations de résidents – mais également en premier lieu les règles formelles de planifications urbaines, telles que le règlement sur les zones et les constructions de Zurich. Celui-ci considère une grande partie du centre-ville comme achevé. En conséquence, les zones centrales ont été massivement étendues, mais il n’est pas prévu de les étoffer verticalement. De telles restrictions vont à l’encontre de l’objectif de redensification, qui a toujours été volontiers affiché. Même si cela contredit l’essence du modèle d’une ville verte et de gauche, une telle politique d’initiés a par définition une certaine tendance au conservatisme structurel.
Vous trouverez de plus amples informations dans l’étude «20 ans de politique urbaine suisse».