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Les précurseurs du ciment moderne
Il y a quelque 5000 ans, les Egyptiens étaient déjà capables de fabriquer une masse semblable à celle du ciment, au moyen de calcaire calciné et de gypse. Ils maçonnaient ainsi des murs de pierres durables. Au fil des siècles, ce savoir fut constamment développé. C’est ainsi que les Romains parvinrent, au moyen de leur «opus caementitium», à construire déjà des édifices impressionnants, tels que le fameux Panthéon et le Colisée. Le terme de «ciment» désignait à cette époque lointaine avant tout les ajouts, d’origine volcanique, qui contribuaient de manière décisive à la résistance du matériau.
En 1824, Joseph Aspdin fit breveter la fabrication de ciment Portland, dont le nom se référait, pour des raisons de marketing, à un type de pierre bien connu qu’on rencontrait sur la côte anglaise de la Manche. Le ciment Portland, produit par cuisson à une température nettement plus élevée que les liants fabriqués jusque-là, dépassait ceux-ci par ses propriétés intéressantes et amorça dès lors sa conquête du marché mondial.
Premières usines de ciment en Suisse
Les premiers grands projets de lignes ferroviaires et de ponts à réaliser en Suisse imposèrent bientôt l’utilisation de quantités considérables de ciment Portland; celles-ci durent être importées de France et d’Allemagne, où avaient été érigées dès le milieu du 19e siècle les premières cimenteries. Robert Vigier, descendant d’une ancienne famille patricienne soleuroise, remarqua que les roches de l’arc jurassien offraient les matières premières nécessaires dans des conditions même meilleures que celles des pays voisins. En 1871, il construisit à Luterbach, près de Soleure, la première usine suisse de ciment Portland. Puis, en 1877, à St-Sulpice, dans le Val de Travers, et en 1880, à Aarau, furent érigées respectivement la 2e et la 3e de ces cimenteries, par d’autres pionniers. Comparées à la plupart de leurs concurrentes étrangères, ces usines suisses étaient quantitativement modestes, mais elles se situaient à la pointe sur le plan qualitatif.
La qualité et la quantité progressent
La création du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux (EMPA) en 1880 permit de faire progresser la qualité des ciments suisses. En 1881 fut fondée la Société suisse des fabricants de ciment, chaux et gypse – l’actuelle cemsuisse -, qui introduisit la première norme de résistance. La demande de liants hydrauliques ne cessait de croître à cette époque, notamment pour de nombreux ouvrages ferroviaires, la correction de cours d’eau, la protection contre les forces de la nature, des aménagements hydro-électriques, des canalisations et des usines, ainsi que des bâtiments de toutes sortes (habitations, écoles, immeubles administratifs, hôpitaux). Partout on eut de plus en plus recours au béton – et dès 1895 environ au béton armé -, ce qui conduisit à l’expansion de l’industrie suisse du ciment.
La Suisse pourvoit à son propre approvisionnement
L’objectif consistant à disposer d’une capacité de production suffisante pour couvrir les besoins du pays a été atteint en 1910. Alors qu’en 1896 il avait encore fallu importer 2’982 wagons de 10 tonnes, la Suisse fut même amenée à exporter 23’185 wagons en 1917. Après la seconde guerre mondiale, la construction bénéficia d’un essor remarquable, ce qui eut son effet sur la demande de ciment; l’industrie qui le produit connut une forte expansion, l’une des plus importantes de l’économie indigène. Elle comportait en 1965 17 usines, avec une capacité de livraison totale de 4,5 millions de tonnes. Après une nouvelle croissance qui porta cette branche à quelque 6 millions de tonnes par an, au début des années 70, celle-ci fut nettement prétéritée par la récession qui suivit: de 1970 à 1985, elle livra en moyenne annuelle un peu plus de 4 millions de tonnes.
Développements les plus récents
Le début du troisième millénaire a été marqué par un fort mouvement baissier enregistré par la bourse. Cela n’est pas resté sans effet sur l’industrie de la construction : Concentrations, changement de propriétaires et restructurations ont modifié durablement l’industrie du ciment suisse. Néanmoins, elle a pu s’opposer à la baisse générale jusqu’au milieu de l’année 2014 et dernièrement a pu augmenter son chiffre d’affaire pour atteindre un total de 4,583 millions de tonnes.
Depuis, on peut constater une spirale descendante. Les livraisons de l’industrie du ciment suisse s’élèvent à presque 4,219 millions de tonnes en 2015. Les premières causes de cette décroissance sont la pression des importations augmentée (franc fort) ainsi que la grande surcapacité dans l’espace européen.