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"Le magicien d'Oz" est un film absolument culte, peut-être moins en Europe attachée aux contes de Grimm, mais qui fait partie des références culturelles de tous les Américains. Il est d’ailleurs classé au Registre international des Mémoires du monde par l'UNESCO.
L'affiche du film "Le Magicien d'Oz". [Photo 12/ AFP]
Dorothée et ses amis, un lion peureux, un épouvantail sans cervelle et un homme de fer sans cœur, parcourent le pays d'Oz à la recherche d'un magicien, se frottent à la méchante sorcière de l'Ouest et finissent par obtenir ce qu'ils étaient venus chercher.
Cette fable pour enfants est portée à l'écran par la MGM qui en fait un film musical mettant en avant une toute jeune actrice à la voix d'or: Judy Garland. La musique du film fera également beaucoup pour sa notoriété. Le tournage est épique, pharaonique, avec un millier de figurants, réalisé par différents cinéastes dont le plus connu sera Victor Flemming.
Le film sort en 1939, en couleur, la même année qu'"Autant en emporte le vent", au moment où la guerre semble inévitable en Europe.
>> À voir, la bande-annonce du film:
Synopsis
Dorothy Gale, Dorothée en français, est orpheline. Elle vit avec son oncle et sa tante dans une ferme du Kansas, entourée des trois ouvriers de la ferme et de son chien Toto. Elle est heureuse et insouciante.
Malheureusement pour elle, son petit chien a mordu Almira Gulch, richissime propriétaire de la région qui a décidé de se débarrasser de la bestiole avec l'aide du shérif.
Désespérée, Dorothy voit son ami être emporté par la méchante Almira Gulch. Mais il parvient à s'échapper et retourne auprès de sa maîtresse. Pour le protéger, Dorothy s'enfuit avec lui avant de se rendre compte qu'elle sera mieux auprès des siens. Mais de retour à la ferme, une tornade sévit. Dorothy ne peut pas se réfugier à la cave et s'enferme dans sa chambre.
La maison est emportée par la tornade et atterrit à Munchkinland, une contrée du pays d'Oz, directement sur la méchante sorcière de l'Est la tuant sur le coup. Dorothy fait alors la connaissance des Munchkins, les petits êtres joyeux qui peuplent le pays, qu'elle vient de libérer de la dictature de la terrible sorcière.
Dorothy et son chien Toto. [AFP]
À Munchkinland, Dorothy rencontre également Glinda, la bonne sorcière du Nord, ainsi que la méchante sorcière de l'Ouest qui vient réclamer les chaussures magiques de la sorcière défunte.
Malheureusement, Dorothy en a déjà pris possession. La sorcière crie alors vengeance contre elle et son chien Toto. Après quelques chansons, Dorothy emprunte la route de briques jaunes pour aller demander au Magicien d'Oz dans la cité d'Émeraude de la renvoyer chez elle, au Kansas.
Une scène du film "Le magicien d'Oz". [AFP]
Sur la route, elle rencontre successivement un épouvantail en manque de cerveau, un homme de fer-blanc en manque de cœur, et un lion en manque de courage. Tous trois accompagnent Dorothy jusqu'à la cité d'Émeraude avec l'espoir que le magicien d'Oz palliera leur handicap respectif.
Mais c'est sans compter sur la Méchante Sorcière de l'Ouest qui en veut à Dorothy. Tout ce joyeux et improbable équipage finira par rencontrer le magicien d'Oz au prix de nombreuses péripéties et obtiendra ce qu’il était venu chercher.
Les héros du Magicien d'Oz. [AFP]
Cette fable est juste destinée à amuser les enfants et rien de plus!
Le livre de Lyman Frank Baum
Cette histoire du magicien d'Oz, portée à l'écran en 1939 est écrite 39 ans plus tôt par Lyman Frank Baum. Père de quatre enfants, il prend plaisir à imaginer des histoires le soir. Ses histoires sont denses, intenses, passionnantes. Les enfants sont littéralement subjugués par les tribulations des personnages qu'invente chaque soir leur papa. À tel point que sa femme l'encourage à coucher sur papier toutes ses inventions. Il publie quelques livres et obtient la consécration en 1900 avec "The Wonderful Wizard of Oz".
Le livre entraîne le lecteur à travers une multitude de paysages à l'image du continent américain. "Le magicien d'Oz" est un road book avant l'heure, emblématique de la culture américaine.
La dimension du voyage initiatique est aussi présente en particulier pour les compagnons de Dorothy qui vont se découvrir à la fin des épreuves des capacités qu'ils possédaient déjà. Le livre reflète également la morale américaine du "croire en soi" et du self made man.
De nombreux scénaristes vont travailler sur l'adaptation du livre en comédie musicale. Le scénario définitif est remis le 8 octobre 1938. Il y aura en tout 14 scénaristes qui travailleront sur "Le magicien d'Oz". Seulement trois seront crédités au générique. La version finale est datée du 28 février 1939. Le tournage peut commencer.
"The Wizard of Oz". [AFP]
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La musique
La musique du "magicien d'Oz" est absolument culte. Et notamment la chanson "Over the Rainbow" que chante Judy Garland au début du film. Cette chanson sera la signature vocale de la chanteuse durant toute sa vie. Reprise d'innombrables fois par de nombreux interprètes, elle fait partie du patrimoine musical de l'Occident. À l'origine des musiques du film: Yip Harburg et Harold Arlen, deux compositeurs new-yorkais, férus de Broadway.
"Le magicien d'Oz" étant un film musical, beaucoup de choses dépendent d'eux. Ils se mettent immédiatement au travail dès 1938. Les deux hommes vont composer dix chansons dont "Follow the yellow", "Brick road des Munchkins" et "We're Off to See The Wizard" qui entreront dans les annales des comédies musicales. Mais rien n'éclipse "Over the Rainbow", une chanson composée par Harold Arlen, un véritable coup de génie. Yip Harburg écrit ensuite des paroles en rapport avec ce qu'il perçoit de la petite Dorothée et donc de la petite Judy Garland, petite fille ballottée, exploitée par les studios, qui n'a d'autre recours que de rêver et de rejoindre les nuages.
Pour la petite histoire, la chanson sera dans un premier temps coupée au montage, pour être ensuite réintégrée garantissant le succès du film. Elle sera adoptée et chantée par les troupes américaines combattant en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale comme symbole des États-Unis alors terre lointaine. Elle sera également le symbole de la nation arc-en-ciel, de la révolution homosexuelle et des revendications sexuelles des années 70, l’arc-en-ciel étant le signe de la communauté LGBT.
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Judy Garland
En 1934, tous les studios recherchent de jeunes vedettes en puissance. À la tête de la MGM, Louis B. Mayer a l'extraordinaire capacité de prévoir les goûts du public. Judy Garland n'a que 13 ans, elle est ce qu'on appelle une enfant de la balle. Depuis toute petite, elle a été sur scène avec ses sœurs aînées. Elle chante divinement. Mayer est impressionné et lui offre immédiatement un contrat sans même lui faire passer le traditionnel bout d'essai. Et il a visé juste. En moins de cinq ans, la jeune Judy Garland va devenir l'une des vedettes les plus populaires de l'époque et celle qui a rapporté le plus d'argent à la MGM.
Pour l'instant, Judy Garland est une adolescente. Elle a une jolie frimousse, un visage ouvert et sympathique et de beaux yeux bruns. Mais elle est petite, toute petite, 1m53, et a hérité de sa mère une nature boulotte. Ce sont donc ses qualités vocales, sa voix, uniquement sa voix, qui l'a fait engager à la MGM. Sans sa voix, elle n'existe pas. Une vérité difficile à avaler pour une adolescente de 14 ans, perdue dans le giron des stars de la MGM, entre Liz Taylor et Lana Turner, Clark Gable, ou James Stewart.
Les producteurs mettent la jeune actrice au supplice. Si on ne la fait pas grandir, on peut la faire maigrir. Et ce sont d'interminables séances de gymnastique, des privations sans fin, et surtout l'épouvantable épreuve du corset. On l'étouffe pour lui faire une taille de guêpe. Mais la gamine ne maigrit pas, ne s'affine pas. On décrète qu'elle est assez solide, en assez bonne santé, on la bourre d'amphétamines. Elle ne dort plus! Aucune importance, on lui donne des somnifères. L'engrenage commence. Elle n'a pas 15 ans. Elle sera toute sa vie une addict.
Comme on n'aime pas ses dents, quand elle tourne, on l'oblige à porter une prothèse dentaire qu'elle doit conserver pendant la promotion de ses films, une servitude, une de plus qui l'humilie encore. À laquelle s'ajoute la contrainte de ces petits tampons de caoutchouc qu'on lui glisse à l’intérieur de ses narines pour lui retrousser son nez.
L'actrice Judy Garland. [Photo 12/AFP]
Judy Garland va donc être façonnée très vite par les studios hollywoodiens. Elle va vivre et grandir sous leur regard. "Le magicien d'Oz" va changer sa vie.
Judy Garland deviendra une grande actrice, grande chanteuse surtout. Elle épousera Vincente Minnelli. Et ils auront une fille ensemble, Liza Minnelli. Judy Garland, femme complexée, alcoolique, dépressive, et droguée qui terminera sa vie dans sa baignoire, intoxiquée aux barbituriques. Elle avait 47 ans. Voilà pour la terrible histoire d'une actrice-chanteuse qui naît réellement au cinéma avec "Le magicien d'Oz".
Le tournage
"Le magicien d'Oz" est un film quasi révolutionnaire pour l'époque. Au même titre que "Blanche Neige" et qu'"Autant en emporte le vent", il apporte sur grand écran la couleur. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le Technicolor est alors une technique balbutiante. De plus, la pellicule est très peu sensible. On doit donc suréclairer les studios, avec d'énormes lampes à arc qui font monter la température du studio à 37 degrés. Il faut de plus ouvrir les portes à la fin de chaque prise pour aérer l'espace. Mais le résultat est probant à l'écran. La couleur donne encore plus de magie à ce pays d'Oz et à l'industrie hollywoodienne qui est derrière tout ça.
Les premières scènes du film sont tournées en octobre 1938. Quand le tournage du "magicien d'Oz" se termine, une nouvelle guerre mondiale paraît inévitable. Les Américains ne veulent pas s'en mêler. On veut oublier la crise économique et les relents nauséeux qui parviennent d'Europe en demandant à l'industrie hollywoodienne des spectacles grandioses qui sortiront les gens de leur morosité.
Une scène du film "Le magicien d'Oz". [AFP]
Un tournage, plusieurs réalisateurs
Pour la MGM, avec ce "magicien d'Oz", le mot d'ordre est: "on ne lésine pas". Photographie en noir et blanc, puis en couleur pour symboliser le rêve, un décor fabuleux pour recréer la terre magique d'Oz. Tout se fait sous le signe du gigantisme. 4000 costumes sont créés pour 1000 interprètes, 136 jours de tournage, un coût final de 2 700 000 dollars et la multiplication des difficultés.
Tout est tourné en studio et le style théâtral n'arrive pas à faire oublier l'aspect carton-pâte des décors. Mais ce côté complètement artificiel ancre le film dans l'imaginaire et contribue à lui donner son charme.
La particularité du "magicien d'Oz" est qu'il va être tourné par différents réalisateurs. Le premier, c'est Richard Thorpe. Il passe aux commandes pendant deux semaines. Dans sa version, Judy Garland est abondamment maquillée et porte une perruque blonde. Mais Mervyn LeRoy, scrutant les rushes, n’est pas satisfait du tout. Il l'évince. Il laisse la place à George Cukor, qui fabrique la Dorothée que l'on connaît. Mais Cukor ne peut pas rester. Une autre superproduction des studios MGM l'attend, celle d'"Autant en emporte le vent". Victor Fleming le remplace et réalise l'essentiel du film. Fleming part ensuite sur "Autant en emporte le vent" et c'est King Vidor qui est choisi pour terminer le film. Le tournage s'achève 16 mars 1939.
Une scène du film "Le magicien d'Oz". [Photo 12 / AFP]
La sortie du film
Fin août 1939, "Le magicien d'Oz" sort en salles. Judy Garland part à New York assister à la première. Le film crée l'événement.
Les corvées de promotion du "magicien d'Oz" ne se limitent pas à faire de la représentation. Chaque soir, Judy doit exécuter un petit numéro en présence d'un énorme parterre de spectateurs. "Over The Rainbow" en est le clou et le signe du début du film.
New York, Washington, New Heaven, Harford... Judy Garland croule sous les obligations. Après trois mois d'un tel régime, elle ressent des malaises de plus en plus fréquents. Un soir, elle s'évanouit même au lever du rideau. Un peu de fatigue, disent les médecins. Fatigue ou signes avant-coureurs du diabète dont la comédienne va souffrir toute sa vie, ou encore conséquence de toutes ces drogues et autres calmants qu'on oblige Judy à ingurgiter? Judy elle-même se moque pas mal de ses malaises. Elle a tant à faire, tant à penser, tant à se réjouir. On l'acclame, on l'applaudit, elle est la merveilleuse, l'étonnante Dorothy. Sa voix est magique.
"Le Magicien d'Oz" est aujourd'hui classé dixième dans le "top 100 des plus grands films américains".
L'affiche du film "Wizard of Oz". [AFP]
>> L'émission "Travelling" consacrée au "Magicien d'Oz":
Crédits
Texte et proposition: Catherine Fattebert
Réalisation web: Andréanne Quartier-la-Tente & Lara Donnet
RTS Culture