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Institutions publiques ou privées dont le but était d'assurer l'Assistance et la surveillance d'individus soumis à diverses formes d'internement, les asiles ont beaucoup évolué depuis la fin du Moyen Age, mais toujours sous le signe d'une dialectique entre intégration sociale et ségrégation.
Au bas Moyen Age, on trouve couramment comme établissements d'assistance des institutions d'origine ecclésiastique: la Maladrerie et l'Hôpital. Alors que la première servait à isoler les malades contagieux, le second avait toutes sortes de fonctions: accueil des voyageurs démunis (Hospice), des vieillards, des veuves sans fortune, des orphelins et des enfants abandonnés, des malades incurables, des aliénés (Folie); il faisait même office de Prison. La concentration de l'assistance sous la responsabilité des communes conduisit à de nouvelles fondations d'hôpitaux dans de nombreuses villes suisses aux XIIIe (Saint-Gall, Winterthour, Schaffhouse, Berne par exemple), XIVe et XVe s.
Cependant, la perception sociale de la pauvreté et les idées inspirant l'action des autorités se modifiaient, et l'on assiste au début du XVIe s., dans toute l'Europe centrale et occidentale, à un tournant dans la politique de l'assistance. La réforme se fondait sur de strictes distinctions entre indigènes et étrangers, entre pauvres dignes et indignes. Elle se caractérisait par le critère du lieu d'origine (une commune ne doit assister que ses ressortissants), par l'astreinte au travail, par une interdiction toujours plus sévère de la mendicité. Cette évolution créa, aux yeux de l'administration, des groupes bien définis et différemment traités: les pauvres indignes étrangers étaient en général expulsés lors de chasses aux gueux; les mauvais pauvres indigènes (oisifs, débauchés) étaient soumis aux travaux forcés (Sonnettes) ou à un internement qui, de plus en plus, impliquait aussi le travail forcé. Le recours généralisé à l'internement, d'abord en Angleterre, puis en Hollande et dans toute l'Europe, a reçu le nom de "grand renfermement" (Michel Foucault, Bronislaw Geremek). En 1576 déjà, l'Angleterre institutionnalisa, par la loi sur les pauvres, les workhouses pour lutter contre la mendicité. Les maisons de discipline pour hommes et femmes (Rasphuis, Spinhuis) inaugurées à Amsterdam en 1595-1596 servirent de modèle en Suisse; dans la plupart des villes, les hôpitaux existants, vu leur multifonctionnalité, pouvaient facilement s'adjoindre une section de discipline ou de force. A Genève, par exemple, la maison de discipline fut créée en 1631 dans le cadre de l'Hôpital général fondé en 1535. Des maisons ou sections de discipline apparurent à Zurich en 1637, Berne en 1657, Saint-Gall en 1661, Bâle en 1667. Ces établissements avaient un caractère hybride: ils relevaient de l'assistance aux pauvres, mais il y avait aussi un aspect pénal dans la privation de liberté et dans le travail forcé, qui devenait une discipline corrective pour délinquants et déviants (exécution des Peines). On pensait ainsi rééduquer ces hommes et ces femmes pour en faire d'honnêtes travailleurs: cette idée passa au premier plan au cours du XVIIIe s. C'est pourquoi les règles internes (zèle, rendement, respect des horaires, propreté, etc.) que les établissements faisaient observer à l'aide de sanctions (châtiments corporels, isolement) étaient analogues à celles qui régissaient la Discipline sociale à l'extérieur. Il était rare, cependant, d'obtenir l'intégration sociale des mendiants et vagabonds grâce à l'internement et à l'éducation au travail et de réaliser en même temps un gain sur ce qu'ils produisaient. Les maisons de discipline étaient donc surtout des établissements pénaux.
Au début du XIXe s., qu'on a appelé "le siècle de l'asile", la multifonctionnalité céda la place à la spécialisation; ce processus de différenciation avait commencé dans certaines villes au début du XVIIe s. déjà, par la création d'orphelinats, dont les bâtiments et administrations restaient cependant proches de ceux des hôpitaux et maisons de discipline. La séparation définitive entre enfants et adultes n'intervint qu'à la fin du XVIIIe s., sous l'influence des idées pédagogiques des Lumières (à Berne en 1757, à Zurich en 1771). Dès le début du XIXe s., les philanthropes de la Société suisse d'utilité publique avaient posé la question du paupérisme sous l'angle éducatif. Comme alternative aux orphelinats, on imagina la fondation d'établissements pour l'enfance abandonnée (Bächtelen près de Berne en 1840, Sonnenberg près de Lucerne en 1859, Ecoles de redressement ou de correction). Ces instituts relevaient de l'initiative privée et s'inspiraient des méthodes de Pestalozzi, de Johann Jakob Wehrli et de Philipp Emanuel von Fellenberg (Hofwil). Leur but était de lutter contre le paupérisme, vu comme problème moral, à l'aide de l'éducation au travail, dans des fermes, plus tard aussi dans des fabriques. Au nombre de presque deux cents en Suisse avant la fin du XIXe s., ils s'organisèrent en 1844 au sein de la Société suisse de l'éducation des pauvres (en 2003, après divers changements de nom et réorganisations, Curaviva, Association des homes et institutions sociales suisses). Leurs principes éducatifs évoluèrent au fur et à mesure que changeait la perception de la question sociale et que la pauvreté n'était plus considérée comme un problème moral et individuel, mais économique et social. Avec l'avènement de l'Etat providence, ces instituts ne relevèrent plus de la lutte contre la pauvreté, mais servirent de plus en plus, dans le cadre de l'assistance sociale officielle, à prévenir les conséquences de déficits éducatifs dans la famille et à l'école. En outre, des établissements spéciaux pour délinquants mineurs et jeunes adultes furent créés sous la devise "éduquer plutôt que punir". Les abus dénoncés par Carl Albert Loosli dans son roman Anstaltsleben (1924) et par un reportage photographique de Paul Senn publié dans Die Nation en 1944 préparèrent le public au débat sur la réforme des maisons d'éducation, qui aboutit à la campagne de Jürg Schoch au début des années 1970.
Dans le domaine du droit pénal appliqué aux adultes, les réformes commencées au XVIIIe s. conduisirent au XIXe à une série de fondations pénitentiaires nouvelles: Lausanne en 1826, Saint-Gall en 1839, Thorberg en 1849, Lenzbourg en 1864. Pour les aliénés, le processus de différenciation déjà évoqué, joint à l'évolution de la médecine (Psychiatrie) et des mentalités, a provoqué l'ouverture de plusieurs nouvelles cliniques: Genève en 1838, Sankt Pirminsberg (Pfäfers) en 1845, la Waldau (Berne) en 1855, Mendrisio en 1898. En même temps se créèrent, surtout grâce à des initiatives privées, des établissements pour handicapés mentaux: Abendberg (Interlaken) en 1841, Hottingen (auj. comm. Zurich) en 1849, Bâle en 1857, Berne en 1868. Au XIXe s., les hôpitaux traditionnels devinrent de plus en plus des asiles de vieillards, ancêtres de nos maisons de retraite et établissements médico-sociaux, tandis que leur nom passait à une seule de leurs sections, celle des soins aux malades, qui connaissait un développement considérable.
Bibliographie
– M. Foucault, Surveiller et punir, 1975
– B. Lescaze, Sauver l'âme, nourrir le corps, 1985
– B. Geremek, La potence ou la pitié, 1987, 21990
– M. Mayer, Hilfsbedürftige und Delinquenten, 1987
– J. Schoch et al., Aufwachsen ohne Eltern, 1989
– A.-M. Piuz, L. Mottu-Weber L'économie genevoise, de la Réforme à la fin de l'Ancien Régime, 1990, 142-164
– Schritte zum Mitmenschen, 1994
– N. Finzsch, R. Jütte, Institutions of Confinement, 1996
Auteur(e): Rolf Wolfensberger / PM