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29.7.2017
Quotidien Jurassien
Mosaïque de la Démocratie
Fragment no 36
La première d’un genre nouveau
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Dans les moments de bouleversements politiques ou économiques, il est des hommes et des femmes qui osent exprimer des critiques et développer des nouvelles idées et des projets originaux. Un exemple illustre bien la fertilité intellectuelle d’une société en transformation: l’Anglaise Mary Wollstonecraft, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’enfance de Mary a été caractérisée, dans la campagne anglaise, par la pauvreté et les cruautés mesquines. Bien que sa famille fût alors aisée, les errances spéculatives du père l’ont conduite au bord de la ruine. Il entrait souvent dans de violentes colères et battait son épouse. Mary tentait de protéger sa mère. L’éducation était maigre pour Mary, une autodidacte qui entretenait une correspondance avec son amie Fanny.
Á 19 ans, Mary Wollstonecraft quitte le domicile familial tout en cherchant son indépendance financière. Elle tient compagnie une veuve âgée, puis prend soin de sa mère mourante. Elle fonde ensuite avec son amie Fanny une école, travaille comme gouvernante. Frustrée par les limitations imposées aux femmes de bonne famille qui souhaitent travailler, elle décide 1787 de se lancer dans une carrière littéraire. Elle écrit à sa sœur qu’elle essaie de devenir «la première d’un nouveau genre». Elle est soutenue par l’éditeur progressiste Samuel Johnson, qui l’engage pour des traductions et des rédactions ; il devient pour Mary l’université dont son père l’a privée.
Son premier pamphlet Réclamation des droits des Hommes est publié de manière anonyme en 1790. Il se veut une réponse aux critiques du conservateur Edmund Burke à propos de la Révolution Française. Mary Wollstonecraft défend les nouvelles libertés, s’oppose à l’aristocratie et au despotisme et contredit Burke, qui suggérait que «la galanterie apaisât et civilisait le pouvoir»: «Votre idée est hypocritement sélective. Je crois que, pour atteindre votre cœur, la misère doit avoir sa marotte ; (...) tandis que la détresse des nombreuses mères travailleuses, dont les compagnons leur ont été arrachés, (...) étaient des douleurs vulgaires, qui ne provoquaient chez vous aucune compassion ...»
Son deuxième ouvrage, Réclamation des Droits de la Femme sort de presse en 1792 et devient, selon sa biographe M.B. Kramnick, «la première argumentation sérieuse relative á l’émancipation féminine reposant sur un système éthique convaincant.» Pour Flora Tristan (1803-1844), femme de lettre de Bordeaux, «Mary Wollstonecraft s’élève contre les écrivains comme Rousseau qui considèrent la femme comme un être d’une nature subordonnée et destinée aux plaisir de l’homme.» Pour l’historienne Françoise Barret-Ducrocq, les revendications de Mary Wollstonecraft font l’effet d’une bombe: elle réclame un système universel d’éducation nationale mixte et l’ouverture aux femmes de tous les métiers.
Il semble qu’Olympes de Gouges s’est laissée inspirer par le premier livre de Mary Wollstonecraft pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyennes, publié en 1791. Bien que Mary a vécu entre décembre 1792 et avril 1795 en France et fréquenté les cercles des radicaux comme Tom Paine (LQJ du 25 mars 2017), les deux pionnières du féminisme ne sont jamais rencontrées personnellement.
Mary Wollstonecraft est morte en août 1797 d’une complication lors de l’accouchement de sa deuxième fille. «Á 38 ans, la prophétesse du féminisme moderne s’éteignit, victime du plus vieux des fléaux féminins», selon la biographie M.B. Kramnick.
Mary Wollstonecraft, Londres 1759 - 1797, enseignante,
femme de lettres, philosophe et féministe anglaise.
«
Dans notre temps des Lumières nous pouvons espérer qu’à l’instar du droit divin des rois nous pouvons aussi mettre en question le droit divin des hommes. (...) La tyrannie, que l’homme se permet envers la femme, a besoin d’une explication et d’une justification. (...) Les femmes sont endoctrinées dès leur enfance à croire que la beauté est le sceptre de la femme, leur esprit prend la forme de leur corps et, enfermées dans cette cage dorée, elles ne cherchent qu’à décorer leur prison. (...) La femme a besoin et a droit à la même éducation que l’homme.
»
Extrait de la Défense des droits de la femme, un essai publié 1792
à Londres et immédiatement traduit en français qui est
considéré comme l’un des premiers ouvrages de philosophie féministe.
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