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Entre 2000-2002, Michel Aubry a réalisé une reconstruction du mobilier du « Club ouvrier » dessiné par Alexandre Rodtchenko et présenté, en 1925, à lExposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris.
« "Le Club Ouvrier" restera l’œuvre mémorable du mouvement syndical de Russie qui était étouffé sous l’ancien régime et qui s’est épanoui dans l’État Soviétiste.
Il existe des Clubs Ouvriers dans toute lU.R.S.S. : les plus importants ont été ou sont organisés par des syndicats ; dautres, de moindre importance, ont été ou sont créés dans presque toutes les fabriques, dans chaque établissement, dans chaque caserne de lArmé Rouge.
Le Club ouvrier, dans le sens que lon donne actuellement à ce terme au pays des Soviets, cest la forge où lhomme russe de cette nouvelle époque reçoit la trempe nécessaire, et cela non seulement dans le sens moral, mais aussi sous le rapport physique.
La destination du Club est dassurer le "développement intégral" de la classe ouvrière par le travail collectif et linitiative des travailleurs eux-mêmes.
Voilà pourquoi les clubs comportent une bibliothèque, une salle de lecture, différentes sections détudes politiques et sociales, de sport et de gymnastique, de travaux artistiques (théâtre, littérature, musique, cercles de travaux dart).
Cest là que louvrier se repose ou utilise ses loisirs ; le Club lui offre des distractions raisonnables : spectacles, séances de cinéma, jeux déchecs, jeux divers, etc.
Et dans le Club l’on aperçoit toujours "le coin de Lénine", fidèlement décoré par les mains des ouvriers.
Parmi les occupations auxquelles se livrent les travailleurs dans le Club, il faut particulièrement signaler le montage de photographies, daffiches, le classement de coupures de journaux ; ce sont les moyens par lesquels les membres des Clubs sinstruisent de la vie politique du prolétariat dans le monde entier.
Un grand nombre de Clubs sont établis dans de forts beaux édifices qui ont été mis à leur disposition par lÉtat. Le travailleur y trouve un confort quil naurait jamais pu rêver sous lancien régime et que la classe ouvrière ne connaît dans aucun autre pays.
Dautre part, la jeunesse instruite dans les arts, comme par exemple les étudiants de lÉcole supérieure des Arts appliqués de Moscou, sefforce daider les ouvriers et les clubs militaires dans leurs travaux pratiques, notamment dans la composition daffiches simples et conformes à leur destination.
L’intérieur du Club réalisé par l’artiste Rodtchenko pour l’Exposition de Paris est une des tentatives qui ont été faites pour résoudre "le problème du Club Ouvrier" non point par une inutile ornementation, mais par des procédés utilitaires, selon des principes d’austérité et d’économie. »
J. T., Galerie de lEsplanade des Invalides, 1925
C’est à partir de deux photographies prises par Rodtchenko en 1925 dans la salle aménagée à Paris et de quelques documents que Michel Aubry a reconstruit les meubles (visibles sur les deux clichés), les a peints en quatre couleurs en suivant, quand elles existaient, les consignes de Rotdchenko. La reconstruction de l’ensemble des meubles par Michel Aubry échappe, toutefois, à la fidèle reproduction. Poursuivant sa démarche singulière d’une traduction d’un univers sonore en formes – développée dans ses œuvres aussi multiples que soient leurs apparences – Michel Aubry a « mis en musique » le Club ouvrier. « Les formes des meubles obéissent à des échelles musicales et se modèlent sur la partition sans perdre leur fonctionnalité. » Le référent musical de Michel Aubry est une famille d’instruments sardes très anciens, les launeddas, constitués de trois tubes de roseau munis d’anches simples dans lesquels le joueur souffle simultanément ; le plus long émet un long bourdon, les deux plus courtes sont mélodiques. Pour chaque œuvre, Michel Aubry détermine spécifiquement la longueur des cannes selon une codification mathématique, une table de conversion, qui lui permet de transcrire les sons émis par les launeddas. La mise en musique du Club ouvrier a ainsi induit un changement de proportions, a créé des distorsions et des inégalités. Les anches, insérées dans les meubles, font partie intégrante de l’œuvre : elles évoquent un potentiel sonore et donc, le silence.