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Traduit de l’italien par Marina GUILLET-GASPERINI
C’est l’un des lieux les plus fascinants de Rome, même s’il est moins connu et moins visité que les autres que la ville offre. Il s’agit du Parc des Aqueducs qui couvre une superficie d’environ 240 hectares entre la Via Appia et la Via Tuscolana. Son nom vient du fait qu’à cet endroit se croisent, se rejoignent et se chevauchent sept des onze aqueducs qui apportaient l’eau à la capitale de l’Empire romain, alimentant les bains, les latrines et les fontaines, qui étaient à la disposition de tous les habitants, ainsi que les maisons privées des nobles et des riches romains.
L’eau des sources et des rivières était acheminée dans une structure en pierre et entrait ensuite dans l’aqueduc, où elle n’était déplacée que par l’effet de la gravité. En fait, les aqueducs étaient construits avec une légère pente descendante et l’eau s’écoulait ainsi dans des conduits en pierre ou en brique jusqu’à ce qu’elle atteigne sa destination. Certains aqueducs étaient souterrains, d’autres étaient faits d’arches qui soutenaient le conduit au sommet. Une fois dans la ville, l’eau entrait dans de grandes citernes, où elle était collectée et filtrée pour être plus pure et mieux adaptée aux besoins de ceux qui l’utilisaient, mais aussi où elle était distribuée de manière organisée.
Dans le parc des aqueducs, on trouve les ruines de certains aqueducs qui fonctionnent encore, comme l’aqueduc Felice, qui apporte encore de l’eau à la fontaine Dioscuri sur la Piazza del Quirinale et à la fontaine Moïse près de la gare Termini.
Le sol fertile est partiellement cultivé avec du fourrage et des oliviers. La fertilité tient à son origine volcanique, car il a été constitué avec les matériaux éjectés du grand volcan, qui était situé dans la zone appelée Castelli. Derrière les arches passent les trains des lignes ferroviaires se dirigeant vers le sud de l’Italie, comme la ligne Rome-Frascati ou la ligne Rome-Cassino-Naples. Lors de la construction de ces lignes, de nombreuses arches des aqueducs ont été éliminées ou modifiées et quantité de ruines découvertes pendant les travaux ont également été détruites.
Près des arches de l’aqueduc de Felice se trouvaient, il y a encore cinquante ans, des cabanes où vivaient des migrants provenant des régions les plus pauvres du sud de l’Italie (Sicile, Calabre, Abruzzes et Basilicate) qui, en raison de leurs conditions économiques, ne pouvaient pas se permettre de payer le loyer d’une maison. Même s’ils vivaient sous l’aqueduc, les gens n’avaient pas d’eau et devaient se rendre à une fontaine éloignée pour en obtenir. Les habitants du bidonville ont été aidés par un prêtre, Don Roberto Sardelli, de l’église de San Policarpo, pour protester contre leurs conditions de vie. Il est allé vivre dans une cabane et a fondé une école pour les garçons, la Scuola 725, d’après le numéro de la cabane qui l’abritait. En 1973, la municipalité de Rome a finalement évacué les baraques et la plupart des familles ont été déplacées à la périphérie d’Ostie, dans les immeubles de logements sociaux de Nuova Ostia.
C’est précisément en raison du charme déterminé par la présence d’une nature luxuriante et des témoignages du passé que dans le parc ont été tournées des scènes de certains films, tels que « La dolce vita » de Federico Fellini, « Mamma Roma » de Pier Paolo Pasolini, « Il Marchese del Grillo » de Mario Monicelli et « La Grande Bellezza » de Paolo Sorrentino.
Le parc est public, ouvert en permanence, gratuit.
Les habitants de la région le fréquentent pour respirer l’air le plus pur, pour marcher, courir, faire du vélo, laisser les enfants jouer, pique-niquer sur l’herbe ou sur les tables fournies avec chaises en bois. Près d’une des sorties, il y a une un bois de pins méditerranéens où on peut marcher à l’ombre des arbres et voir les ruines d’autres aqueducs. Sous les arbres se trouve aussi un ring de boxe en plein air pour s’entraîner pendant la période estivale ou pendant la fermeture des salles pour cause de pandémie.
Tous ceux qui vont uniquement pour visiter et admirer les anciennes ruines sont fascinés par la majesté et la beauté de ces structures qui ont défié le temps.
En visitant le parc tard dans l’après-midi, on peut assister au magnifique spectacle du soleil couchant entre les arcs et les pins, qui crée une sensation particulière, comme suspendue dans le temps, celle de contempler un incendie, alors que c’est le dernier hommage du soleil à la grandeur et à la splendeur de ce lieu magique.