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Prothèse ostéo-intégrée
La prothèse ostéo-intégrée, prothèse nouvelle et inhabituelle, permet désormais aux personnes amputées de la cuisse une meilleure coordination de mouvements, mais comporte également certains risques. Robert Patzker a décidé de s’en procurer une et partage ses impressions avec nous.
Il existe des prothèses que l’on peut retirer en tout temps, par exemple une prothèse de main ou un œil artificiel. Et il existe également des prothèses qui sont intégrées dans le corps et complètement entourées par les tissus du corps. À titre d’exemple, citons la hanche artificielle ou encore l’implant cochléaire pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Il existe encore un troisième groupe, qui se situe entre ces deux types de prothèses: il s’agit de la prothèse ostéo-intégrée, ou endo-exoprothèse. Le mot «endo» signifie en grec «intérieur», et «exo» signifie «extérieur». Une telle prothèse est partiellement intégrée dans le corps tandis que le reste est à l’extérieur.
Intérieur et extérieur à la fois
Ce qui peut faire penser à un étrange film de science-fiction fait partie, depuis longtemps déjà, de la vie de Robert Patzkers. En 2001, à la suite d’une chute de douze mètres, ce mécanicien de profession perd sa jambe gauche, à la hauteur du milieu de la cuisse; il subit avec de nombreuses fractures d’os et se retrouve atteint de paraplégie partielle. Dans un premier temps, il se procure une prothèse à manchon normale.
À la suite de son accident, Robert Patzker a également commencé à souffrir de douleurs ; depuis ce temps, il bénéficie d’une rente d’invalidité. Six ans plus tard, en 2007, il fait connaissance, chez son prothésiste, d’un patient qui fait l’essai d’une endo-exoprothèse, en ce temps une nouveauté. «Il était clair pour moi que je voulais une telle jambe», raconte-t-il. Six mois plus tard, il devient le 23e patient à l’essai de cette prothèse.
La période de préparation dure environ deux mois
C’est auprès du Dr Horst Aschoff, de la Clinique Sana à Lübeck, que Robert Patzker se fait opérer pour une ostéo-intégration. Ce concept est souvent employé dans le domaine de la chirurgie dentaire et signifie une intégration directe dans l’os. Un tel processus dure en général environ deux mois, de la première opération jusqu’au terme de la réhabilitation, comme l’explique une brochure de l’hôpital universitaire de Sahlgrenska en Suède (en allemand seulement); cette dernière compte parmi les pionniers en termes de prothèses ostéo-intégrées.
Lors de la première opération, un trou est effectué dans l’os de la cuisse et une monture de métal à surface rugueuse, mesurant environ douze centimètres, y est implantée. En l’espace de six semaines, l’os se consolide autour de la monture.
Lors de la seconde opération, une rallonge est rajoutée à la monture et traverse la peau ; elle sera ensuite attachée à la prothèse proprement dite. En raison de la rallonge, la plaie qui se forme à cet endroit ne se referme jamais complètement, ce qui peut représenter un risque d’infection. «Il existe ainsi un accès direct aux tissus mous, aux muscles et aux os, de sorte que le risque d’infections pouvant être transmises à partir de la peau est relativement élevé», explique Dr Insa Matthes, spécialiste MyHandicap et spécialiste en chirurgie au Berlin Unfallkrankenhaus.
Les plaies ouvertes représentent un risque d’infection
Pour Robert Patzker, tout ne s’est pas déroulé sans problèmes. «La première intervention s’est déroulée sans problème, mais pour la deuxième, il y a eu une inflammation. On a dû rouvrir les plaies afin qu’elles guérissent de l’intérieur vers l’extérieur, ce qui a nécessité huit semaines», raconte-t-il. Il n’a toutefois jamais regretté sa décision.
Lorsqu’on lui demande ce qui pour lui a changé, avec cette prothèse, il répond: «J’ai retrouvé l’usage de ma jambe, que puis-je dire de plus ?» D’autres personnes, qui bénéficient également d’une telle prothèse, témoignent aussi d’une énorme amélioration dans la sensation qu’ils éprouvent, la prothèse étant directement reliée à leur corps. Il est désormais possible de faire du vélo ou de la voile. Même la plongée, comme dans le cas de Robert Patzker, ne pose plus de problème.
« J’ai retrouvé l’usage de ma jambe »
Robert Patzker adore faire la plongée; il est également bénévole pour l’Association de plongée sous-marine pour personnes handicapées. En plus de cet engagement, cet homme, père de trois enfants aujourd’hui adultes, se maintient en forme et s’occupe lui-même de réparations à effectuer au quotidien. En compagnie de son médecin ainsi que d’un spécialiste en marketing, il a participé à un tour de promotion auprès de l’armée américaine et dans leurs hôpitaux.
En raison d’inflammations cutanées et du risque d’infections qui y sont liées, les personnes concernées éprouvent souvent des incertitudes vis-à-vis ce genre de prothèse, même si les caisses maladies assument les coûts d’une telle intervention. «L’installation d’une prothèse ostéo-intégrée est encore à ses tous débuts», explique Dr Matthes. Pour cette raison, il est important que les soins quotidiens soient effectués de façon très méticuleuse.
Prothèse adaptée pour la plongée
Dr Matthes recommande à ceux qui s’intéressent à une telle prothèse de prendre contact avec des personnes qui en bénéficient déjà, afin de pouvoir partager leur expérience. Les personnes concernées sont souvent beaucoup mieux en mesure d’exprimer le pour et le contre de ce type de prothèse.
Pour terminer, Robert Patzker compte les désavantages d’une prothèse à manchon: les problèmes de friction entre le manchon et le moignon, la transpiration qui en résulte, ou encore, en cas de perte ou de gain de poids, le réajustement du manchon. «De plus, une prothèse peut être très inconfortable, et peut occasionner des problèmes au niveau de la colonne vertébrale ou du bassin», explique-t-il.
«Avec la prothèse ostéo-intégrée, ces problèmes font partie du passé», continue-t-il, avant d’enfiler sa prothèse adaptée pour la plongée et de disparaître sous l’eau.
Texte: Thomas Mitterhuber - 05/2011
Traduction: MyH 10/2012
Photos: Robert Patzker