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Nous sommes aujourd'hui le dimanche 6 février 2005. Il y a quelques heures Jean Paul II est apparu, quelques instants, sur les écrans de télévision du monde entier depuis la fenêtre de la chambre qu'il occupe, depuis cinq jours, à l'hôpital Gemelli de Rome. Les agences de presse nous indiquent que, demain, le porte-parole du Vatican Joaquin Navarro-Valls devrait lire «le quatrième bulletin sur la santé du pape». «Bulletin sur la santé» et non pas «bulletin médical» ; les mots sont ici choisis avec la plus grande précision. Car si le Vatican «communique» sur la santé du pape, il le fait à sa manière ; une manière qui semble décidément dater d'un autre siècle.Tout ce que les médecins savent sur l'état de santé de Jean-Paul II est filtré par son entourage proche et relayé par Joaquin Navarro-Valls. On sait ainsi que l'hospitalisation décidée en urgence le 1er février faisait suite à une infection grippale, compliquée d'une inflammation de la trachée entraînant une toux persistante ainsi que des crises de spasmes du larynx. On sait aussi que Jean Paul II a bénéficié durant son hospitalisation, de «thérapies d'assistance à la respiration» prescrites par l'équipe médicale dirigée par le Pr Rodolfo Proietti, directeur du département des urgences de l'établissement hospitalier romain.On sait enfin, toujours selon M. Navarro-Valls, que les premiers gestes d'assistance à la respiration ont permis une «stabilisation» de l'état clinique, les différents paramètres cardio-respiratoires et métaboliques se situant le lendemain de l'hospitalisation, «dans les limites de la norme». On sait d'autre part, même si le Vatican ne l'évoque pas que la situation médicale est compliquée du fait que le pape, âgé de 84 ans, est atteint depuis plusieurs années d'une forme très avancée de la maladie de Parkinson et les statistiques sont là qui indiquent qu'à âge égal la mortalité due à la grippe est notablement plus élevée chez les patients souffrant de cette affection neurodégénérative.Pour autant, depuis le début de l'hospitalisation, le Vatican ne cesse de multiplier les déclarations rassurantes prenant ainsi le risque d'alimenter les rumeurs. Aucune date ne pouvant être fixée quant à la fin de l'hospitalisation et rien ne permettant de prédire quelles pourraient être les conséquences de cet épisode infectieux sur l'état de santé ultérieur du pape toutes les hypothèses sont envisagées. Toutes sont envisageables.Pour l'heure, le Vatican laisse entendre que le «bulletin sur la santé» de demain devrait confirmer l'amélioration progressive de la santé du chef de l'Eglise catholique. Des indiscrétions que l'on dit «de source médicale» affirment en ce dimanche soir que son état est «rassurant», que les dernières analyses sont «normales», qu'il s'alimente sans difficultés et qu'il est désormais dans une «phase de convalescence». C'est également pour appuyer cette version des faits que le Vatican a, il y a quelques heures, fait apparaître le pape à la fenêtre l'hôpital Gemelli.«Le fait que le pape se soit montré aujourd'hui est de bon augure. Cela signifie que nous pouvons être tranquilles», a ainsi déclaré Mgr Francesco Lambiasi, un responsable de l'Action catholique italienne. A vrai dire, tout le monde n'est pas aussi «tranquille» que Mgr Lambiasi. Car les organisateurs de cette mise en scène n'ont pas, loin s'en faut, levé tous les doutes sur l'état de santé réel de Jean Paul II et sur les possibles séquelles de cet épisode infectieux. «Il est apparu pâle et plus affaibli ; il n'a pu prononcer que quelques mots de sa bénédiction d'une voix rauque qui s'est transformée en une sorte de râle», a observé le correspondant de l'Agence France-Presse. Plusieurs médias ont affirmé qu'un enregistrement de sa voix est venu au secours de Jean Paul II, mais le Vatican a vivement démenti, déclarant qu'une telle affirmation «n'avait aucun sens».Répondant aux interrogations venues du monde entier sur sa capacité à continuer à diriger l'Eglise, Jean Paul II a souligné, dans un message lu par l'un de ses plus proches collaborateurs, qu'il continuait «même à l'hôpital (...) à servir l'Eglise et le monde entier».L'annonce, ou pas, dans les prochains jours de son retour au Vatican constituera une indication de l'évolution de son état de santé. En toute hypothèse, ce retour ne permettra pas une reprise de l'activité du pape. Le Vatican d'ailleurs a annulé tous ses prochains engagements. Ainsi, ce n'est pas Jean Paul II, mais le numéro deux du Vatican, le cardinal secrétaire d'Etat Angelo Sodano, qui rencontrera mardi 8 février la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. Et, contrairement à son habitude, Jean Paul II ne présidera pas le lendemain, en la basilique Saint-Pierre, la traditionnelle cérémonie du mercredi des Cendres qui ouvre la période du Carême.Nul ne sait aujourd'hui quelle sera l'évolution de ce dossier ni quelle politique suivront les hauts dignitaires du Vatican. Mais on ne peut pas ne pas s'interroger sur les raisons qui, à Rome comme ailleurs, conduisent presque toujours l'entourage des grands de ce monde à maquiller la vérité quand ces grands sont malades. Au-delà des intérêts de circonstance, un tel déni ne correspond, peut-être, qu'à un comportement magique. Ne pas dire le vrai pour que la vérité se transforme. Ne pas utiliser certains mots car ils pourraient porter malheur.On ajoutera ici que la République française n'a guère de leçon à donner dans ce domaine, elle qui a vu l'un de ses présidents organiser sciemment, et durant plus d'une décennie, le mensonge alors même qu'il avait promis de faire la transparence sur son état de santé. Pour l'heure, comme le note l'envoyé spécial du Journal du Dimanche à Rome, le Vatican reste fidèle au vieil adage selon lequel il arrive que les papes meurent mais jamais qu'ils soient malades.