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La Wiener Zeitung a compté d'illustres lecteurs, comme Mozart ou Beethoven. Le journal a connu des coups d'éclat, en défiant notamment la censure pour publier la Déclaration des droits de l'homme de 1789. Et il a surtout couvert d'innombrables événements historiques, comme les révolutions de 1848.
C'est d'ailleurs après cet événement que le journal a été nationalisé, au milieu du XIXe siècle par l'empereur François-Joseph Ier. Depuis, il est la propriété de l'Etat autrichien et son fonctionnement est singulier dans la presse occidentale. Il sert en effet de journal officiel, possédant un monopole sur la publication d'annonces légales dont il tire près de la moitié de ses revenus. Mais à côté de cette activité, il dispose aussi d'une rédaction indépendante d'une quarantaine de journalistes.
La rédaction s'est toujours défendue d'être influencée par le pouvoir politique, revendiquant un journalisme factuel et d'analyse. C'est ce qu'apprécient les lecteurs: un ton jugé plus neutre que d'autres journaux.
Si la diffusion payée de la Wiener Zeitung est d'environ 8000 exemplaires, il est une institution dans la société autrichienne.
Une décision politique
Une loi, votée en avril dernier au parlement, a mis fin au monopole de la Wiener Zeitung concernant son activité de journal officiel. Le gouvernement écolo-conservateur explique avoir agi en vertu d'une directive européenne, mais l'Etat n'a pas souhaité combler le trou financier estimé à 20 millions d'euros.
Malgré l'arrêt de la publication de la Wiener Zeitung, le site internet du journal va quant à lui subsister et sera, selon la direction, un média qui s'adressera aux jeunes et proposera un journalisme de solution. Si le projet n'est pas encore pleinement défini, il n'y aura cependant plus de couverture de l'actualité au quotidien et la rédaction sera drastiquement réduite. Plus de la moitié des emplois de la Wiener Zeitung vont ainsi disparaître, dont une vingtaine de postes de journalistes.
Judith Belfkih, co-rédactrice en chef du journal qui a supervisé le dernier numéro du quotidien, s'apprête à le quitter après treize années passées à la Wiener Zeitung. Elle voit dans cette disparition un symbole de l'échec de la politique des médias en Autriche.
Il y a un vrai problème en Autriche en ce qui concerne le journalisme, la politique et le financement
"Ces dernières années, l'Autriche a connu de nombreux scandales médiatiques. Des affaires ont montré les liens très étroits entre les politiciens et les rédacteurs en chef. Nous avons aussi eu une affaire concernant la publicité où la presse tabloïd a reçu de très grosses sommes d'argent pour passer des annonces publiques, et où le marché a été totalement faussé. Il y a donc un vrai problème en Autriche en ce qui concerne le journalisme, la politique et le financement", indique Judith Belfkih à la RTS.
Un contexte turbulent
La disparition de la Wiener Zeitung intervient dans un contexte turbulent pour les médias autrichiens. Une loi importante sera en effet bientôt votée au parlement. Elle vise à modifier le financement de la radiotélévision publique autrichienne, l'ORF. Cette loi est critiquée de toutes parts. Par certains à l'ORF, mais aussi par les journaux privés. Ces derniers critiquent la position de force du radiodiffuseur public, notamment grâce à son site internet en libre accès, qui représente à leurs yeux une concurrence déloyale.
Une énorme pression économique s'exerce aujourd'hui sur l'ensemble des médias, c'est la raison pour laquelle les débats concernant le financement sont si virulents. Mais selon Daniela Kraus, secrétaire générale de l'association Pressclub Concordia, ces critiques masquent en réalité le véritable problème de cette loi: "Ce qui manque, c'est une réforme des organes, du conseil de surveillance notamment, afin de donner plus d'indépendance à l'ORF", précise-t-elle.
Pour Daniela Kraus, ce qui est à craindre, c'est une trop grande liberté d'intervention politique et une ingérence dans le service public. "Que se passerait-il à l'avenir si l'extrême droite parvenait au gouvernement ou à la chancellerie et mettait en oeuvre ses désirs d'orbanisation?", s'interroge-t-elle.
L'Autriche est actuellement à la 29e place du classement mondial de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. La république alpine a perdu des places ces dernières années, notamment à cause des tentatives d'influence politique sur les médias, souligne l'association Pressclub Concordia.
Sujet radio: Isaure Hiace
Adaptation web: ld