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Deux garçons vifs, d’environ 4 et 6 ans et de gentils parents impliqués dans leur éducation sont sur un bateau de croisière de la CGN quelque part sur le Léman. Le père est très dynamique dans la relation avec les deux garçons, leur parle, leur explique beaucoup de choses. Peu après, il les emmène sur le pont pour découvrir la réalité. Il remplit à merveille son rôle de père, fait observer le monde à ses garçons. C’est une joie de les observer. Pourtant, même dans une situation aussi remarquable, des phénomènes se produisent qui stimulent la réflexion.
Le plus petit grimpe sur un banc placé contre le bastingage, le père veille à ce qu’il ne tombe pas par-dessus bord. Le père donne des instructions claires: «Ne grimpe pas, reste assis! Oui, tu peux te mettre à genoux, mais pas plus haut.» Pendant ce temps, le plus grand a découvert un autre bateau de la CGN à proximité et essaie d’attirer l’attention du père: «Papa, regarde le bateau CGN!» Le père n’entend pas, il est occupé à surveiller le plus jeune. L’aîné n’abandonne pas et répète plus fort: «Papa, regarde là, le bateau CGN», tout en tapotant sur le bras du père. Bien que le plus petit soit maintenant tranquillement agenouillé sur le banc, le père n’entend toujours pas. Son fils aîné devient alors plus énergique et lui tire la manche: «Mais papa, regarde!» et lève le bras vers l’autre bateau sur le point déjà de disparaître. Cela se répète quatre ou cinq fois, le garçon n’abandonne pas, il lève la voix, devient plus affirmatif, plus vigoureux, mais aussi plus désespéré. Le père pose alors sa main sur la tête du fils, le calme, lui dit de ne pas monter le ton comme cela, mais ne regarde toujours pas ce que le fils veut lui montrer. Peut-être ne l’a-t-il pas entendu? Et le voilà qui annonce: «Maintenant, on va prendre quelques photos», avant de s’emparer de son téléphone portable pour photographier tout ce qui l’entoure, à l’exception toutefois du bateau qui intéressait son fils, lequel abandonne, résigné, sans que son père s’en aperçoive.
A table dans le restaurant du bateau. Le père parle à la mère, les deux garçons commencent à se chamailler, deviennent bruyants, gesticulent, une solide dispute semble commencer. Soudain, le père s’empare d’une carte de menu et toque sur la tête du fils aîné. Silence tendu… Le fils frappé légèrement paraît très affecté, puis profondément blessé. Honteux, il se retourne sur sa chaise, loin de son père, de sa famille et du reste des gens dans la pièce. Le père semble remarquer sa réaction inappropriée, ajoutant, comme pour s’excuser et de façon clairement audible tout autour de lui: «Je t’ai averti! Et je le referais s’il le faut. Même ici.» La mère regarde tout le temps par la fenêtre. Elle ne dit rien. Le plus petit grimpe alors sur les genoux du père, et les deux semblent bien s’amuser. Pendant ce temps, le plus grand reste à l’écart, il n’est plus dans la famille. Après 10 à 15 minutes, le grand garçon cesse de bouder, se retourne vers la famille, et le père le reçoit les bras ouverts, le ramène dans le giron familial.
Ce sont deux scènes de tous les jours, ordinaires semblant être sans intérêt particuliers. Pourtant, de tels épisodes peuvent tout à fait contenir les germes d’un développement délétère non désiré.
Regardons cela de plus près: le père se donne beaucoup de mal. Il aime ses deux fils, cela se sent, et veut leur faire découvrir le monde. Il est aussi impliqué dans la construction de sa relation aux enfants. Il remplit pleinement son rôle de père. Et pourtant, de petits incidents se produisent sans qu’il le veuille, et parfois même sans qu’il s’en rende compte.
Dans la première scène, il aurait suffi qu’il remarque ce que son fils voulait lui montrer. Il aurait suffi d’un regard ou d’une réaction: «Oui, c’est vrai, un bateau de la CGN» et le fils se serait senti pris en considération. Une «réaction rapide», comme le prône la psychologie développementale pour un développement épanoui de l’enfant, demande souvent si peu. Un instant d’attention, de perception calme et de réaction appropriée. Si ce n’est pas immédiatement le cas la première fois, peu importe, nous avons bien vu dans l’exemple à quel point le garçon s’obstinait à demander l’attention du père. Mais ici, l’enfant fait l’expérience de ne rien pouvoir provoquer; le sentiment que le père ne le voit pas, ne le perçoit pas, ne le soutient pas, domine largement. Une fois n’est pas coutume, nous sommes d’accord, et s’il s’agit d’une situation unique ou rare, cela n’a rien de grave. Mais les choses changent lorsque cela devient la règle. Il y a aussi le danger que le garçon enregistre son échec en pensant définitivement que le père préfère le petit, qu’il ne prête attention qu’à lui, que cela soit vrai ou non. Pour le plus âgé, cela peut intensifier un sentiment de détrônement naissant, il pourrait se sentir mis de côté. Les parents doivent y rester attentifs et peut-être y remédier.
Et comment évaluer la deuxième situation?
Le père a sûrement raison lorsqu’il demande aux garçons de ne pas déranger, de ne pas faire de bruit et de ne pas commencer à se disputer quand il veut parler avec la mère à table. Il est important que les enfants apprennent qu’ils ne sont pas toujours au centre de l’attention, que les adultes peuvent parfois discuter tranquillement entre eux, sur des sujets qui peut-être leur échappent, et qu’il y a d’autres personnes dans le restaurant qui veulent apprécier leur repas sans être dérangées. Après tout, le père venait de se consacrer amplement aux enfants. Mais les garçons venaient d’enfreindre les règles de leur père. Ils ont commencé à se disputer et à faire du bruit, et sont même devenus violents à table. Nous ne savons pas si cela était encore dû à la situation antérieure, peut-être que le garçon plus âgé avait commencé la petite dispute par jalousie. Quoi qu’il en soit, il était juste que le père intervienne et fixe des limites claires. C’était aussi une bonne chose qu’il réagisse rapidement, et que son geste soit chargé d’émotions. Les enfants doivent se rendre compte de ce qu’ils provoquent chez leurs parents et chez toute autre personne s’occupant d’eux, et ils ne le remarquent pas par des explications, mais par des émotions. Mais voilà: recevoir un coup a un effet humiliant, surtout s’il est donné en public. Cela n’a guère fait mal, le père ayant tapé avec une simple enveloppe en carton, mais c’est le geste qui compte. L’effet a été encore intensifié par le fait que le plus petit a ensuite grimpé sur les genoux de son père et que les deux se soient communiqué de l’affection mutuellement. Il est donc clair que le fils aîné était «le méchant», et cela est dangereux. Bien que nous ne sachions pas comment et si le plus jeune était impliqué dans le développement du conflit, il est important que les parents demeurent impartiaux et n’envoient pas de signaux favorisant de telles divisions dans les sentiments des enfants. C’est problématique pour le plus âgé: s’il a de telles expériences fréquemment, il pourrait développer le sentiment d’être rejeté et cela pourrait mener au développement de traits de caractère malsains tels que la bravade, l’opposition et le repli, pour citer les plus courants. Pour l’enfant plus jeune, une telle division est dangereuse également: un enfant plus jeune qui fait l’expérience que l’aîné est toujours «le méchant» et qu’il est lui-même «le gentil» va développer la peur de glisser dans le rôle du mal. Cela peut corrompre et, dans tous les cas, vous priver de liberté. Dans les fratries, de telles attributions, porteuses d’un jugement, rendent plus difficile le développement de l’amitié.
Encore une fois: peu d’expériences de ce genre ne sont pas la fin du monde. Les erreurs éducatives peuvent être corrigées, et chaque erreur éducative ne provoque pas non plus un traumatisme. Le père a d’ailleurs consciemment et joyeusement réintégré le fils aîné. Cela devient toutefois problématique lorsque de tels processus se répètent, lorsque des schémas s’établissent sans que les adultes ne s’en rendent compte. Ils doivent observer attentivement le développement de la vie affective de leurs enfants et prendre éventuellement des mesures correctrices.
Revenons à la situation à table. Qu’est-ce que le père, ou bien la mère, aurait pu faire au lieu de frapper? Peut-être auraient-ils pu dire clairement et avec assez d’émotion aux deux enfants: Non, Linus et Léon (noms d’emprunt), arrêtez immédiatement! Si la dispute et l’agitation avaient continué, il aurait été possible de les séparer: l’un à droite du père, l’autre à gauche de la mère. Dans tous les cas, une réaction claire est ici tout à fait appropriée, et il est important que les parents mettent fin aux perturbations et créent une situation leur permettant de converser tranquillement. Car il est bien sûr fondamental que les enfants sachent faire preuve d’égards et respectent les besoins de leurs parents. •
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