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Dieu - Illusion ou réalité ?
par Francis Schaeffer
TITRE II - THEOLOGIE NOUVELLE ET CLIMAT INTELLECTUEL
CHAPITRE 4 - Le mysticisme moderne: en Musique et en Littérature
Le mysticisme en musique:
Léonard Bernstein et John Cage
La 3e Symphonie de Léonard Bernstein, enregistrée par l'orchestre philharmonique de New York, a fourni un exemple du même genre de mysticisme en musique. On l'appelle la Symphonie Kaddish (1963). Le kaddish est une forme de musique juive, un péan (hymne d'action de grâces) hébreu à Dieu. Bernstein (né en 1918) a associé cette sorte de musique à sa forme moderne d'incroyance. En contraste avec le Kaddish original, celui de Bernstein montre que nous ne pouvons rien connaître de ce qui existe; nous pouvons seulement écouter le musicien qui concrétise pour nous quelque chose de l'ordre du divin. Dans ce Kaddish moderne, la salle de concert est "la maison sacrée" où l'artiste "continuera de vous créer, vous, Père, et vous, moi". L'art est considéré comme le seul miracle que Dieu nous ait laissé.
Dans un des premiers numéros de High Fidelity Magazine (1965), le compte rendu de Léonard Marcis se termine ainsi: "Les théologiens ont toujours utilisé les artistes pour franchir le fossé qui les sépare de leur troupeau. Aujourd'hui, pour le meilleur ou pour le pire, l'anti-théologien a une arme puissante, l'arme artistique". Marcis rapproche à juste titre le nouveau mysticisme profane et la théologie nouvelle. Il n'est pas certain qu'un dieu existe, mais le poète, le musicien et l'art en tant que tel font office de prophètes là où il n'y a plus de certitude sur rien.
Nous devons, certes, aimer l'art de qualité. Mais l'art en lui-même n'a pas le droit de s'exprimer ex cathedra, sans souci de contenu.
Le New Yorker a publié un très intéressant portrait de John Cage (né en 1912); en voici un extrait relatif à sa musique: "... (John Cage) propose, essentiellement, un renversement complet des présupposés les plus fondamentaux de l'art occidental depuis la Renaissance". Nous avons déjà vu qu'un fossé de quatre cents ans sépare le jeune d'aujourd'hui du jeune de la génération précédente. En fait, Cage cherche à démolir une perspective d'ensemble qui remonte, au moins, à quatre cents ans, à la Renaissance. L'article continue en précisant les objectifs visés:
" Le pouvoir qu'a l'art de communiquer des idées et des sentiments, de présenter la vie de façon significative, d'exposer des vérités universelles au travers de l'expression personnelle de l'artiste, tels sont, en fait, les présupposés que Cage conteste. A la place d'un art expressif en lui-même et né de l'imagination, des goûts et des désirs de l'artiste, Cage propose un art fruit du hasard et de l'indéterminé!".