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Le Registre allemand des cancers infantiles de l'Institut de biométrie médicale, d'épidémiologie et d'informatique de l'Université de Mayence a publié une étude qui analyse la question de savoir si les enfants âgés de moins de cinq ans vivant dans les environs immédiats des centrales nucléaires sont plus souvent atteints de cancers que ceux qui habitent à une distance plus lointaine. Une étude antérieure semblait indiquer que les enfants en bas âge pourraient être davantage exposés au risque de contracter une leucémie infantile en particulier.
L'étude épidémiologique sur le cancer infantile dans les environs de centrales nucléaires («Epidemiologische Studie zu Kinderkrebs in der Umgebung von Kernkraftwerken , étude KiKK») qui vient d'être présentée a donc comparé les données relatives à des enfants de moins de cinq ans qui vivaient dans les environs de centrales nucléaires lorsqu'ils ont contracté le cancer avec celles qui concernent des enfants des mêmes régions mais n'avaient pas contracté la maladie. L'objectif était de voir si les enfants atteints vivaient en moyenne plus près des centrales que ceux qui ne l'étaient pas. L'étude financée par le ministère fédéral de l'environnement, de la protection de la nature et de la sécurité des réacteurs (BMU) a été réalisée par l'intermédiaire de l'Office fédéral de protection contre les radiations (BfS).
Données disponibles complétées
L'étude a incorporé des données concernant plus de 6000 enfants ayant habité dans les environs de centrales nucléaires. Afin de vérifier à nouveau les résultats de l'étude antérieure et de trouver des explications éventuelles, une autre amorce méthodologique a été choisie pour cette étude KiKK. Il s'agit ici de la méthode «cas-contrôle» qui consiste à comparer les enfants atteints de cancer («groupe de cas») avec des enfants non atteints de cancers («groupe de contrôle») provenant tous de la même région.
Les données relatives aux enfants atteints ont été prises dans le Registre allemand des cancers infantiles (1592 cas). Comme dans l'étude précédente, les données saisies ont concerné les années 1980 à 1995, mais ont été complétées par celles de 1996 à 2003. Pour chaque cas, on a choisi au hasard des individus de contrôle du même âge et du même sexe (4735 au total) provenant de la même région. La distance entre le lieu d'habitation et la centrale nucléaire la plus proche a été déterminée pour tous avec une précision moyenne de 25 mètres environ.
Les résultats en chiffres
Les auteurs de l'étude ont abouti aux résultats suivants: «Pour la période analysée (de 1980 à 2003), un risque de cancer ?attribuable' de 0,2% environ a été calculé pour les enfants habitant à l'intérieur dans un périmètre de 5 km autour d'une centrale nucléaire allemande. Ceci veut dire qu'au cours de cette période, 29 des 13'373 cas de cancers survenus en Allemagne parmi des enfants de moins de cinq ans peuvent être attribués au fait d'habiter dans un périmètre de 5 km autour d'une centrale nucléaire, pour autant que les hypothèses du modèle sur lesquelles se basent nos calculs soient justes et qu'il existe un lien de cause à effet. Il s'agirait donc de 1,2 cas par an.»
L'étude donne encore les chiffres suivants : «En ce qui concerne le sous-groupe des leucémies, nous avons calculé un risque ?attribuable' de 0,3% environ, ce qui correspondrait à 20 des 5893 cas de leucémies parmi des enfants de moins de cinq ans dans toute l'Allemagne pendant la période considérée, soit 0,8 cas par an.»
Nombre peu élevé de cas, guère de données sur d'autres facteurs de risque
Les scientifiques soulignent ce qui suit sur le caractère concluant des données: «L'effet observé pour l'ensemble des cas de cancers provient essentiellement de l'augmentation du risque parmi le groupe relativement grand des leucémies. Du fait du nombre peu élevé de cas, ces estimations du risque sont entachées d'une incertitude considérable.» A cela s'ajoute que trop peu de parents ont répondu à un questionnaire qui portait sur le style de vie dans la famille (par exemple fumée passive). C'est pourquoi, selon les auteurs, il n'est pas possible de tirer des conclusions sur d'autres facteurs de risque éventuels pour les enfants.
«Facteurs inconnus ou hasard»
Concernant l'interprétation de leurs résultats, les auteurs rappellent qu'en Allemagne, la dose d'irradiation annuelle par l'air d'une personne habitant à cinq kilomètres de distance d'une centrale nucléaire se situe entre 0,0000019 et 0,0003200 mSv (millisievert), ce qui est beaucoup moins que la valeur limite admise par la loi de 0,3 mSv par an, et à nouveau très largement inférieur à l'exposition moyenne aux radiations naturelles en Allemagne, qui est de 1,4 mSv environ.
A titre de comparaison : la dose moyenne d'irradiation naturelle atteint 2,8 mSv en Suisse, soit deux fois plus qu'en Allemagne. Ceci s'explique par les doses d'irradiation plus élevées provenant de formations rocheuses uranifères (en particulier le gaz rare radon, un produit de désintégration radioactive de l'uranium), ainsi que par les radiations provenant de l'espace qui augmentent avec l'altitude au-dessus de la mer. A l'irradiation naturelle vient s'ajouter une dose d'irradiation moyenne de 1,2 mSv issue de sources artificielles, en particulier des applications médicales. La dose totale d'irradiation moyenne d'une personne habitant en Suisse est donc d'environ 4 mSv par an.
«La dose d'irradiation à proximité de centrales nucléaires allemandes est par contre inférieure d'un facteur 1000 à 100'000», notent les auteurs, qui en tirent la conclusion suivante: «L'étude KiKK ne permet pas de donner une explication sur ce qui provoque l'augmentation observée du nombre de cancers infantiles dans les environs de centrales nucléaires allemandes. On peut penser qu'interviennent ici des facteurs jusque là inconnus, ou qu'il s'agit du hasard.»
Conclusion: «Les centrales nucléaires n'entrent pas en ligne de compte comme cause du phénomène»
Les auteurs concluent leur étude dans les termes suivants: «On observe en Allemagne un rapport entre la proximité d'une centrale nucléaire du lieu d'habitation et le risque qu'un enfant contracte un cancer (surtout une leucémie) avant son cinquième anniversaire. Les données dont nous disposons ne nous permettent malheureusement pas d'expliquer pourquoi. Mais dans l'état actuel des connaissances, les rayonnements relâchés par les centrales nucléaires en exploitation normale n'entrent pas en considération comme cause du phénomène.»
Dans une première prise de position, Sigmar Gabriel, le ministre fédéral allemand de l'environnement (PS) - opposant déclaré à l'énergie nucléaire - a dit que «la hausse observée des maladies ne peut pas s'expliquer par l'irradiation provenant des centrales atomiques». A la demande du BfS, une équipe de 12 experts a assuré le suivi de l'étude. Celle-ci s'est réunie les 9 et 10 décembre 2007 et a constaté ce qui suit: «Les experts partagent tous les résultats importants de l'étude.»
Résultat nul à attendre
Walter Krämer, Professeur de statistiques économiques et sociales à l'Université de Dortmund, a critiqué par contre l'étude dans la «Weltwoche» dont il estime qu'on ne peut en escompter qu'un résultat nul, ne serait-ce que pour des raisons statistiques. La Ligue suisse contre le cancer a annoncé pour sa part que suite aux conclusions de l'étude allemande, elle avait commandé une étude correspondante pour la Suisse.
Une étude de l'Institut de médecine sociale et préventive de l'Université de Zurich a été achevée en Suisse en 2001. Cette étude portait sur la mortalité dans les environs des centrales nucléaires de Beznau et de Gösgen pendant la période de 1969 à 1998. Ses données n'ont révélé aucun indice d'augmentation du risque de cancer dans les environs des deux centrales, non plus parmi les jeunes.
La fréquence de cancers dans les environs de centrales nucléaires a fait l'objet de multiples recherches depuis de nombreuses années. Jusqu'à présent, aucun lien de cause à effet entre les doses d'irradiation des centrales nucléaires et les cas de cancers n'a pu être trouvé.
Source
M.S./C.P. d’après le Registre allemand des cancers infantiles, communiqué de presse et feuille d’information du 10 décembre 2007 ; le communiqué de presse du BfS du 10 décembre 2007 , et le service de presse du BMU du 8 décembre 2007
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