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Un dessin de Coffinières de Nordeck des années 1880 nous présente l’un de ces sièges dans un cadre domestique. Il est également dit que certains de ces sièges étaient emportés en forêt sacrée lors des initiations de jeunes garçons pour que les vieux initiateurs puissent s’y asseoir et dominer les jeunes initiés, assis par terre (Lamp 1996).
La plupart de ces sièges étaient toutefois conservés en des lieux exceptés, kulo- kokubui en pays bulongic et kulokupon chez les Baga Sitem – traduisez par « grande maison » (en fait, sur le plan architectural, de petites maisons basses, à toit de paille et faites en banco). En 1906, l’administrateur Chevrier avait déjà mentionné leur existence quelque part le long de la côte baga : « Dans les pays restés fétichistes, dit-il, il existe sous les fromagers sacrés une case ronde dans laquelle n’entrent que les vieux initiés sorciers ou notables du Scymo, et dans laquelle sont renfermées des statuettes de bois représentant des hommes et des femmes [...] » (Chevrier 1906 : 362).
En pays bulongic, chez les Baga Kakista, Sitem et Mandori, avant l’islamisation, chacun des patrilignages d’un village était défini par une « grande maison »
qui lui était propre, sous la responsabilité de l’homme le plus âgé de la famille et qui abritait le ou les génies avec lesquels étaient venus les fondateurs de la famille. C’est dans l’obscurité de cet espace rituel que le doyen du patrilignage s’adressait aux génies et aux ancêtres, en leur offrant noix de cola, riz en poudre, vin de palme, poulets, tabac, argent pour leur demander aussi bien la fertilité des champs, la venue des pluies, la guérison d’une maladie ou l’évitement d’un malheur à venir.
À l’intérieur de chaque « grande maison », se trouvait un autel, assemblage rituel composé de « paquets de lianes et d’écorces rougies par le jus des colas crachés ; énormes coquilles d’escargot contenant des mélanges d’écorces et de feuilles réduites en poudre, de graisses aux propriétés magiques ; cadavres de scorpions ou pinces de crabe » (Paulme 1958 : 407), mais aussi de cruches remplies de substances et boissons traitées, de cornes, de paniers, de statuettes et autres bois taillés. S’y trouvaient également un ou plusieurs de ces sièges sur lesquels personne ne pouvait s’asseoir, à l’exception des doyens de famille, responsables des lieux. Aujourd’hui encore, les vieux Baga se souviennent bien avoir vu leur père, avant les années 1950, assis sur le siège de la « grande maison », et soulignent que le génie du lieu lui-même venait parfois s’y asseoir.