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Monsieur Réformiste était content, son parti avait enfin obtenu une majorité au parlement de son pays et le pouvoir était enfin entre de bonnes mains. Nommé ministre de la transition socialiste (un long cycle de réformes devant amener pas à pas le peuple à l'illumination socialiste), il pénétra dans une usine et, grimpant sur un atelier, annonça aux ouvriers présents que le gouvernement avait racheté leur usine et que l’État faisait de chacun d'eux un propriétaire à part égale de l'entreprise, les libérant du joug patronal. Il ne leur restait plus qu'à se mettre d'accord sur les détails de l'organisation future et du partage des bénéfices.
Six mois plus tard, Monsieur Réformiste visita l'usine à nouveau. Les ouvriers avaient maintenu en place l'ancien patron et rien n'avait changé. Mécontent devant tant de mauvaise volonté, Monsieur Réformiste se hâta d'en référer à son parti. Le mois suivant, un membre du parti vint remplacer le patron de l'usine pour apprendre aux ouvriers à oublier la hiérarchie.
Lénine Junior pénétra avec son fusil dans l'usine. Derrière lui des volutes de fumée voletaient doucement tandis que les derniers tanks de l'ancien pouvoir des porcs capitalistes finissaient de se consumer sous les flammes de la révolution-populaire-guidée-par-le-parti-socialiste-léniniste. Il se hissa rapidement sur un atelier et clama aux ouvriers qu'ils étaient à présent des hommes libres grâce au sacrifice du peuple et de son avant-garde léniniste éclairée. Joignant le geste à la parole il abattit d'un coup de fusil le porc capitaliste qui s'était caché dans son bureau.
Six mois plus tard, Lénine Junior revint à l'usine. Les ouvriers avaient choisi le contre-maître comme patron et rien n'avait changé. Mécontent de tant de mauvaise volonté, Lénine Junior abattit le contre-maître, incarnation de la traîtrise petite-bourgeoise, et alla en référer au parti. Le mois suivant, un membre du parti vint remplacer le contre-maître abattu pour apprendre aux ouvriers à oublier la hiérarchie.
Un matin de leur choix, les ouvriers quittèrent leur usine et leur patron pour ne jamais y remettre les pieds. Ils fondèrent dans la semaine leur propre entreprise avec leurs propres fonds et formèrent une grande assemblée générale où d'un commun accord ils décidèrent d'un tournus de certaines fonctions et d'une répartition équitable des bénéfices entre eux. Par la suite des assemblées régulières déterminèrent l'orientation et l'évolution de l'entreprise, sans que jamais aucun travailleur
ne reçoive le droit ou la possibilité de donner un ordre à un autre.
Six mois plus tard, tout avait changé.
Nous ne pouvons que tenter de convaincre les individus. Nous ne pouvons les contraindre à être libres. Le socialisme doit être un choix, ou ne pas être.
Article paru dans la Cuite Finale n°10,
Journal de propagande de la Jeunesse Socialiste Genevoise