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Voici une information thérapeutique d'autant plus importante, d'autant plus rassurante qu'elle se situe dans le champ généralement oublié des maladies orphelines. Elle concerne la prise en charge des personnes souffrant d'hémoglobinurie nocturne paroxystique (HNP), pathologie également connue sous le nom de maladie de Marchiafava-Micheli. Des études britanniques conduites dans le Yorkshire et le Lincolnshire ont situé sa fréquence à environ treize cas par million d'habitants et sur cette base on compterait entre 5000 et 6000 cas en Europe et entre 3000 et 5000 personnes en Amérique du Nord. Elle résulte d'une mutation somatique du gène PIG-A dans une cellule souche hématopoïétique. Il existe de multiples formes de cette mutation entraînant la production plus ou moins importante de cellules sanguines déficientes en protéines de surface dont la fonction est de protéger les cellules contre l'attaque du complément.En pratique, il est difficile de situer le début de la maladie qui est le plus souvent progressif et insidieux. Le diagnostic est habituellement porté à un âge compris entre 20 et 50 ans sans qu'il y ait de prédominance de sexe ou d'ethnie. Les mutations n'affectant pas les cellules germinales il n'existe pas ici de transmission familiale possible. Parmi les symptômes révélateurs figurent des signes d'anémie, une hémoglobinurie, des signes hémorragiques, une aplasie médullaire, des douleurs abdominales, un ictère hémolytique ou une anémie ferriprive. «En fait malgré son nom le caractère paroxystique de l'hémolyse est beaucoup moins fréquent que l'hémolyse chronique, souligne le Pr Henri Rochant (Institut universitaire d'hématologie, Hôpital Saint-Louis, Paris) dans la quatrième et dernière édition du Traité de médecine des Prs Godeau, Herson et Piette (Editions Flammarion). Le caractère nocturne est généralement peu évident. Plus souvent même, c'est une pancytopénie chronique, une carence en fer ou des manifestations de thromboses inexpliquées, notamment du système porto-cave, qui révèle la maladie.» La thérapeutique reposait jusqu'ici essentiellement sur des transfusions sanguines (culots globulaires congelés et décongelés entièrement débarrassés du plasma contenant du complément) et la greffe de moelle allogénique. Pour le Pr Rochant, la survie médiane est d'environ huit ans, pouvant aller jusqu'à quinze ans, même s'il n'est pas rare d'observer des patients qui ont une survie qui dépasse vingt et même trente ans. «On note, dans quelques cas une amélioration avec le temps les signes biologique de l'HNP s'amendant progressivement» précise-t-il. Ces dernières années, l'eculizumab, un anticorps monoclonal recombinant humanisé inhibant l'activation des composants terminaux du complément, a montré des effets prometteurs dans le traitement de l'HNP. Dans ce cadre, il a reçu la désignation de médicament orphelin par l'Agence européenne en août 2003. La société britannique Alexion Pharmaceuticals, qui développe cet anticorps, publiait en février 2004 les résultats très encourageants d'une étude pilote ouverte destinée à évaluer la pharmacocinétique, la pharmacodynamique, l'immunogénicité et les effets cliniques de l'eculizumab chez les personnes atteintes d'HNP. Les onze participants, traités pendant seize semaines, ont bénéficié d'une réduction de l'hémolyse intravasculaire et de l'hémoglobinurie, d'une diminution importante de la fréquence des transfusions, et d'une amélioration significative de leur qualité de vie. Alexion Pharmaceuticals prévoyait alors la mise en place rapide (en collaboration notamment avec la FDA) d'un essai clinique de phase III afin de confirmer ces résultats.Cette confirmation vient d'être apportée dans les colonnes, datées du 21 septembre, du New England Journal of Medicine sous la signature d'une équipe dirigée par le Dr Peter Hillmen (Leeds Teaching Hospitals NHS Trust). Cette phase III a été menée sur 87 patients pris en charge sur 34 sites aux Etats-Unis, au Canada, en Australie ainsi que dans plusieurs pays européens. Les conclusions de ce travail ne laissent aucun doute quant à l'amélioration obtenue qu'il s'agisse de la réduction du phénomène d'hémolyse intravasculaire, de la fréquence des transfusions et plus généralement de la qualité de vie sur une période de six mois.L'essai randomisé était conduit en double aveugle contre placebo. Les patients recevaient soit l'eculizumab, soit un placebo. Les transfusions n'ont plus été nécessaires chez les patients du premier groupe. La stabilisation des taux d'hémoglobine a été acquise chez 49% d'entre eux alors qu'elle ne l'a été chez aucun des patients sous placebo. Les différences sont également significatives pour ce qui est de la fatigue et de la douleur. Les effets secondaires les plus fréquents observés dans ce groupe eculizumab ont été des maux de tête, des épisodes de nasopharyngites et des nausées. Ajoutons qu'Alexion «société spécialisée dans la découverte et le développement de produits thérapeutiques destinés à traiter des patients souffrant de diverses maladies graves, y compris les désordres hématologiques et cardiovasculaires, les maladies auto-immunes et le cancer» a d'ores et déjà choisi le nom de «Soliris» comme marque commerciale de l'eculizumab.