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Par une nuit froide, le 12 janvier 1920 vers 3h, l'Afrique disparaissait à 40 km des Sables-d'Olonne,dans l'ouest de la France, submergé par une voie d'eau et ballotté dans un ouragan.
Des fonctionnaires de l'administration coloniale, des femmes et des enfants d'expatriés, des commerçants en quête d'une nouveau départ, des missionnaires ainsi que 192 tirailleurs africains, miraculés de l'armée coloniale de retour au pays: des 602 personnes qui se dirigeaient vers le Sénégal, la Guinée et la Côte d'Ivoire, il n'y a que 34 survivants, dont un seul civil.
"Pendant des semaines, c'est un défilé de corps sans vie. La côte vendéenne est festonnée de cadavres, on en trouve dans les chaluts, sur l'eau, jusqu'à l'île de Sein", en Bretagne, raconte le marin Roland Mornet, qui a consacré un ouvrage à la tragédie en 2006.
Epave à 40 m de fond
Cent ans après, l'épave gît toujours à 40 mètres de fond, dans un anonymat presque complet. Entré dans la légende, "le Titanic (1500 victimes en 1912) lui a fait de l'ombre, le drame de L'Afrique a été oublié", regrette-t-il.
"A de rares exceptions - l'évêque de Dakar Hyacinthe Jalabert - il n'y avait pas de passagers de distinction", poursuit l'historien amateur qui a réuni dimanche pour la deuxième fois au port des Sables-d'Olonne une centaine de descendants de naufragés pour une commémoration devant une stèle, la seule en mémoire de la catastrophe.
A Bordeaux, une cérémonie a eu lieu jeudi, sur le quai des Chartrons qui a vu s'éloigner sur la Garonne L'Afrique pour son 58e voyage. Une oeuvre murale du peintre de street art A-Mo représentant le paquebot a été dévoilée et des fleurs jetées dans le fleuve.
Erreurs ou malchance?
A l'époque, le naufrage a suscité l'indignation avant d'être rapidement relégué au second plan, occulté dans l'ombre d'une élection présidentielle sous haute tension et surtout de l'hécatombe de la Première Guerre mondiale. "Les familles avaient vécu des drames inimaginables en 14-18, elles voulaient passer à autre chose", résume Daniel Duhand, coréalisateur en 2014 d'un documentaire nourri en partie des souvenirs des familles.
Comment ce bateau récent qui avait obtenu son certificat de navigabilité a-t-il pu sombrer à 40 km des côtes? Dans son naufrage, L'Afrique a englouti aussi bien des secrets. Erreurs ou malchance, plusieurs facteurs se sont cumulés: navire surchargé et en mauvais état, diront certains, écoutilles bouchées par la crasse, puis un choc final avec un bateau-feu (phare), le coup de grâce.
La thèse officielle, en 1932, en restera à un choc probable avec une épave de la Grande Guerre, signant une voie d'eau irréversible.
afp/lan