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Le bâtiment des Marianistes, nommé également Pensionnat II ou bâtiment des Français, était un imposant édifice qui se situait sur l’emplacement actuel du parking principal. Aujourd’hui disparue, cette bâtisse a été le centre du domaine agricole de Grangeneuve pendant près de 72 ans.
Le domaine de Grangeneuve au tournant du 19ème siècle
A la fin du 19ème siècle, le domaine de Grangeneuve, propriété de l’Etat de Fribourg, est loué à un exploitant privé, un certain Martin Fischer. On ne sait que peu de chose sur cet homme si ce n’est qu’il décède dans la force de l’âge en 1888. Son successeur se rend vite compte que l’exploitation est trop grande et on commence à douter de sa rentabilité. Les champs, qui furent auparavant un terrain d’exercice de tir pour l’armée, étaient apparemment remplis de blocs erratiques, rendant l’exploitation encore plus incertaine. Dans le courant de l’année 1898, le Conseil d’Etat fribourgeois est prévenu que les exploitants souhaitent résilier le contrat de bail. Les bêtes et les machines agricoles sont alors vendues aux enchères publiques. Le canton se met activement à la recherche d’un nouveau locataire ; la chose est apparemment ardue comme en témoigne les nombreuses annonces passées dans La Liberté durant l’année 1900.
Les dirigeants politiques fribourgeois ne savent alors pas vraiment quoi faire de cette grande exploitation agricole près d’Hauterive. La solution vient d’Aloys Bossy, conseiller d’Etat, qui décide de se baser sur une loi de 1850 pour créer une école pratique d’agriculture sur le domaine de Grangeneuve.
L’abbé Biolley qui dirige alors une ferme-école à Sonnenwyl est choisi par le Conseil d’Etat pour créer une école d’agriculture à Grangeneuve. Mais dès son ouverture début 1901, cette nouvelle institution montre de grandes faiblesses : bâtiments et infrastructures inadaptés, enseignement lacunaire, et donc très peu d’élèves inscrits. Dans le but d’octroyer des subventions à cette école, des experts fédéraux arrivent en même temps à Fribourg. Ils sont chargés d’évaluer la nouvelle structure. Leur constat est sans appel : l’abbé Biolley n’est pas l’homme de la situation. Il est donc poussé à la démission.
L'arrivée des Marianistes en 1903 et la construction du bâtiment
Dans l’enchaînement, Georges Python qui a noué des liens avec des membres de la Société de Marie, une congrégation religieuse française, propose d’offrir la gestion du domaine de Grangeneuve ainsi que l’organisation de l’école pratique à ces derniers. En France, ces Marianistes tenaient une école d’agriculture à Saint-Rémy, mais la « loi Combes » du début du 20ème siècle, qui interdit le subventionnement de toute forme de culte, les force à trouver une porte de sortie. Ils acceptent donc avec enthousiasme la proposition du conseiller d’Etat fribourgeois et se mettent en route vers la Suisse romande.
C’est dans ce contexte qu’un premier groupe de Marianistes arrivent à Fribourg. La remise de l’exploitation aux représentants de la congrégation a lieu en juillet 1903 et le premier directeur de cette nouvelle école cantonale d’agriculture est M. Walter. L’urgence pour Georges Python est de loger les nouveaux locataires mais l’habitation de la ferme (actuellement : « Les Mésanges ») ne peut évidemment accueillir tout le monde. Le monastère d’Hauterive en contrebas du domaine de Grangeneuve répond à ce manque. Georges Python organise l’installation des nouveaux venus dans l’aile est du monastère, le reste du bâtiment étant occupé par l’Ecole normale depuis quelques années. Ce logement convient dans l’urgence mais la situation est problématique à moyen terme :
« De plus, chaque jour, professeurs et élèves agricoles montaient à Grangeneuve après le petit déjeuner, redescendaient à Hauterive vers 11h. ½ pour le repas, remontaient à 14.00h. pour redescendre enfin le soir. Ces déplacements incommodes causaient de grandes pertes de temps, surtout en période de fenaison ou de moisson. Cette situation ne pouvait se prolonger » (Extrait de : « Historique du séjour des Marianistes à Hauterive – Grangeneuve (1903-1953) », par Jean-Marie Lemaire, Bulletin interne d’information de Grangeneuve, no.8, 1974)
En conséquence, les autorités décident de construire un bâtiment directement au cœur du domaine agricole de Grangeneuve en 1906. Le Conseil d’Etat accepte de garantir un prêt de la banque de Fribourg en faveur des Marianistes à condition qu’ils amortissent 1% de l’emprunt chaque année. Les travaux débutent en avril 1907 et s’achèvent en octobre de l’année suivante. En réalité, le financement de la construction apparaît comme quelque peu opaque et fait l’objet de débats au Grand Conseil. Quoi qu’il en soit, l’Etat de Fribourg rachètera l’intégralité du bâtiment en 1923.
Le bâtiment des Marianistes était situé sur l’actuel parking principal. D’ailleurs, le bâtiment qui abrite actuellement le service technique était à l’origine le vestiaire dédié aux activités physiques des élèves des Marianistes. Les plans détaillés du bâtiment des Français, conservés dans les archives de Grangeneuve, révèlent la présence d’un grand nombre de pièces. Il y avait des chambres individuelles pour les professeurs et les ouvriers agricoles, un dortoir pour les élèves, des salles de classes, un réfectoire, une infirmerie, une bibliothèque, un laboratoire photographique, des cuisines, mais également une salle des collections. Cette dernière pièce, où étaient exposés divers objets, faisait office de petit musée de l’agriculture. On pouvait y observer des animaux empaillés, des squelettes de bovins ou encore des minéraux. Mais la pièce la plus imposante du bâtiment des Marianistes était la chapelle. Symbole de la piété catholique de ses occupants, l’édifice religieux était au cœur de l’édifice et traversait plusieurs étages ! Enfin, deux clochers sur le toit sont visibles sur certaines photographies anciennes. Il semble qu’ils aient été retirés dans le courant de l’année 1948 car, selon une note du directeur de l’époque, leur entretien était trop contraignant.
Les élèves qui arpentaient les couloirs de ce bâtiment étaient majoritairement des fils de grands propriétaires terriens venus de France, du moins durant la présence de la Congrégation de Marie à Grangeneuve. Les élèves « locaux » des cours agricoles d’hiver, qui se trouvaient dans le bâtiment du CFTN, devaient certainement regarder leurs homologues français avec envie. Le terrain de tennis et le magnifique jardin à la française étaient manifestement la marque d’une institution réservée à des étudiants issus de familles aisées. D’ailleurs cette cohabitation entre des élèves fortunés et citadins et les « locaux » issus pour la majorité des campagnes fribourgeoises fut sujette à des inquiétudes vers 1915.
« Le genre de vie des élèves de Grangeneuve ne cadre pas avec les habitudes modestes et simples de l’agriculteur fribourgeois. » (Intervention d’Antoine Morard au Grand Conseil fribourgeois le 13 novembre 1915)
Installés depuis 1908 dans leur grand bâtiment, les Marianistes embellissent le domaine et donnent à Grangeneuve une renommée internationale.
Le départ des Marianistes en 1953 et la reprise du bâtiment par l'Etat de Fribourg
Au début des années 1950, leur retour en France paraît inéluctable. Après les remous causés par la guerre, il devient de plus en plus difficile de recruter des élèves et le taux de change n’arrange pas les choses. En 1953, la Congrégation retourne en France pour reprendre un domaine près d’Yzeure. Le canton de Fribourg peut alors disposer du bâtiment des Marianistes. L’Institut agricole en profite pour reprendre totalement à son compte l’exploitation du domaine. Le bâtiment sert de foyer pour les élèves (d’où son autre appellation : Pensionnat II) et abrite les stations agricoles jusqu’à la construction de l’actuel siège du CCA (Centre de conseil agricole) en 1975.
Dans les années 1970, l’Institut doit s’agrandir et construire de nouveaux bâtiments. Le Conseil d’Etat doit alors décider du sort du vénérable bâtiment des Marianistes. Il semble que la décision n’est pas simple tant l’aspect sentimental entre en ligne de compte. Mais le bâtiment est mal adapté aux conditions climatiques, ne respecte pas les normes anti-incendie et n’est pas fonctionnel. Une rénovation complète s’avère indispensable mais les autorités renoncent à cette option car le coût est bien supérieur à celui de la construction du Centre d’accueil. En août 1980, le bâtiment des Marianistes est donc détruit pour laisser place à l’actuel parking.