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Coopération. Monsieur l’ambassadeur, quand on vous a proposé ce poste fin 2010, avez-vous accepté tout de suite?
Manuel Sager. J’étais bien sûr enthousiasmé. J’avais occupé un poste ici presque trois ans, jusqu’à fin 2001, et je connaissais l’intérêt de la mission qui m’attendait.
Vous étiez donc aux Etats-Unis le 11 septembre 2001.
Oui, j’étais en poste à Washington, en tant que chef de la communication. J’ai vu à la télévision, en direct, le deuxième avion s’encastrer dans la tour du World Trade Center. Ma femme enseignait ce matin-là pas loin du Pentagone: elle a vu la fumée s’élever dans le ciel. Peu après, tout s’est détraqué, c’était la panique, une situation très difficile partout dans le pays… Cet événement m’a profondément marqué.
Pourquoi pensez-vous avoir été choisi pour ce poste à Washington?
Je pense que la raison principale est le fait que je connais bien cette nation, ainsi que le dossier bilatéral américano-suisse le plus important à l’heure actuelle, celui relatif à l’information sur les comptes bancaires et les impôts américains. Lors de ma nomination, j’avais déjà vécu douze ans aux Etats-Unis: comme étudiant, puis comme avocat et deux fois comme diplomate. Deux ans avant mon envoi à Washington, en 2010, je m’étais beaucoup occupé du dossier UBS auprès du Département fédéral des affaires étrangères. Le différend autour du dossier fiscal allait probablement continuer; cela pourrait avoir contribué à ma nomination.
Depuis votre accréditation auprès du président Barack Obama, le 7 décembre 2010, vous n’avez plus été convié à la Maison-Blanche. Est-ce un cas particulier à la diplomatie suisse?
En principe, une discussion entre quatre yeux à la Maison-Blanche n’a lieu, pour un ambassadeur, qu’au moment de son accréditation. Cela peut arriver de serrer la main du président américain en d’autres occasions: par exemple quand celui-ci reçoit la visite du président ou du premier ministre du pays de l’ambassadeur en question. Mais c’est une exception.
Quels sont les aspects passionnants et frustrants dans votre métier?
Ce qui me fascine dans ce métier, c’est la diversité, l’imprévu. Je peux être amené à participer à des négociations autour du dossier fiscal, à donner une conférence sur la Suisse en tant que lieu d’investissement et ensuite à modérer un débat autour du Droit international humanitaire, tout cela dans une même journée. Ce qui me frustre en ce moment, c’est qu’une solution définitive au différend des impôts n’ait pas encore été trouvée: le rythme des décisions à prendre ne dépend pas seulement de nous.
Quelles sont vos affinités avec la culture américaine?
Ma plus grande affinité concerne naturellement mon épouse américaine, Christine, que j’ai rencontrée il y a trente ans lors d’une traversée des Etats-Unis. Ce que j’apprécie le plus chez les Américains, c’est leur ouverture spontanée envers les étrangers, leur enthousiasme, leur optimisme «contagieux»… même si cet optimisme a quelque peu souffert avec la crise économique actuelle.
Les Américains connaissent-ils la Suisse autrement qu’à travers les sempiternels clichés, les montres, etc.?
Je suis toujours surpris en constatant combien de gens ici à Washington apprécient et connaissent bien la Suisse, non à travers des clichés, mais d’après leur propre expérience. Beaucoup désignent même la Suisse comme exemple de réussite. La Suisse est bel et bien un pays à succès, et ici le succès n’est pas considéré avec envie ou jalousie, mais avec admiration.
Un ressortissant suisse doit-il faire attention au clivage Démocrates–Républicains quand il vit aux Etats-Unis?
Dans le Washington politique, ce clivage est très sensible et présent, surtout en cette période électorale. Mais lors de rencontres en privé, il est étonnant à quel point les sujets politiques ne sont pas abordés. L’appartenance politique n’est pas considérée en ces occasions, même si l’on devine assez vite de quel bord politique est votre interlocuteur. L’Amérique n’est pas «partagée en deux camps» comme le prétendent certains: en fait, la majorité du peuple se situe au milieu et souhaite que des solutions soient trouvées en concertation commune.
Les élections américaines: quelles implications concrètes pour la Suisse?
Le défi majeur reste les tensions autour du dossier fiscal. En revanche, d’autres questions restent ouvertes, notamment en ce qui concerne le secteur des services financiers. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve; ce dont je suis sûr, c’est qu’il nous prépare d’autres défis.
Cela dit, quel que soit le locataire de la Maison-Blanche, les problèmes de l’Amérique dans les domaines de politique intérieure et extérieure sont les mêmes et ne varieront pas, du moins ces prochaines années.