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Au lendemain de la guerre du Sonderbund et de la naissance de la constitution fédérale de 1848, les partis politiques sont nés en Suisse. Ils se sont organisés d’abord dans les cantons, puis se sont dotés, les uns après les autres, d’une structure nationale.
L’histoire du parti démocrate-chrétien (PDC) prend place dans le contexte de l’histoire du catholicisme politique et du conservatisme . Dès la première moitié du XIXe s. en effet, des partis catholiques commencèrent à s’organiser et à former une opposition aux libéraux et radicaux. Les principes auxquels se rattachent les démocrates-chrétiens suisses sont à mettre en relation avec ceux de la démocratie chrétienne européenne. La référence à une vision du monde chrétienne se trouve déjà dans les programmes de 1881 et de 1912 (Conservateurs catholiques ). Très tôt, le parti se réclama de la doctrine sociale chrétienne. Il changea de nom à plusieurs reprises: parti populaire catholique en 1894, parti conservateur populaire en 1912, parti conservateur chrétien-social en 1957 et parti démocrate-chrétien en 1970 (cette dernière appellation est aussi utilisée pour l’histoire du parti avant 1970). Après le concile Vatican II (1962-1965), le PDC accomplit une ouverture programmatique qui déboucha sur les réformes de 1970-1971 et qui l’amena vers le centre de l’éventail politique suisse; en politique sociale, il s’associa fréquemment avec les socialistes, en politique économique et financière avec les radicaux, tandis qu’il défendait des positions catholiques conservatrices en matière culturelle et religieuse. En dépit de son ouverture idéologique, il resta, même au début du XXIe siècle, un parti majoritairement catholique. En 1972, seuls 14% environ de ses électeurs étaient protestants. Dans les cantons de tradition réformée, il n’a jamais pu véritablement prendre pied.
Le 10 octobre 1945 dans la Feuille d’Avis de Lausanne, une annonce parut avec l’appel suivant : « Les personnes s’intéressant à la fondation du Parti chrétien social sont priées d’écrire sous x 54101S à la Feuille d’Avis de Lausanne ». Une dizaine de personnes, toutes de confession protestante, répondent à cette convocation. La réunion a lieu à l’hôtel de la Paix. Quinze jours plus tard, Rodolphe Aebi rencontre, à l’hôtel de France, Charles Durr, secrétaire du syndicat chrétien. Ensemble ils jugent opportun de convoquer une réunion groupant les pionniers du Parti chrétien-social et le groupe des syndicalistes chrétiens. La réunion a lieu au café de Lavaux dit « Le Pointu ». A cette séance, on décide de se présenter aux élections communales des 17 et 18 novembre 1945. Sous le vocable de Mouvement démocrate-populaire, de rédiger un tract et de dresser une liste de candidats (trente et un). Cette initiative intéresse d’autres milieux, notamment des anciens élèves de l’école du Valentin et les membres de la troupe scoute Saint-Martin. Les catholiques sont las d’être éliminés de la vie politique; ils ressentent vivement de nombreuses injustices sur le plan confessionnel. En effet, ils assurent par leurs impôts les frais du culte de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud et par leurs dons personnels, ceux de leur propre Eglise et de leurs écoles.
Lors de l’élection communale de 1945, ce nouveau parti n’atteint pas le quorum. Le Conseil communal était élu, à cette époque, selon le système majoritaire. Le 21 janvier 1946, les statuts du MDP sont adoptés, où il est dit à l’article premier, sous But Le Mouvement démocrate-populaire met à la base de son action l’attachement indéfectible à la pensée chrétienne, seule sauvegarde des libertés de la personne humaine et fondement de la société politique sans distinction de confession. De 1945 à 1949, les problèmes posés par la création du Mouvement démocrate-populaire et son échec électoral sont l’objet de nombreuses discussions dans nos divers milieux. Les représentants des professions libérales appuient ce mouvement par solidarité.
Maître André Robichon dont la clarté d’esprit et le sens politique font autorité, réunit la section de la « Vieille Lémania » et pose deux questions l’opportunité d’utiliser le Mouvement démocrate-populaire comme amorce dynamique et celle d’orienter l’action politique de ce mouvement dans un sens différent. Maître Robichon est le délégué du Parti conservateur dans le canton de Vaud, où il joue le rôle d’observateur. Il milite transitoirement dans le Parti libéral, mais il a informé ce parti, dès son entrée, qu’il sortirait le jour où le Parti conservateur s’implanterait dans le canton de Vaud.
1947 est l’année de renouvellement du Conseil national. Le conseiller national Escher, président du Parti conservateur-populaire suisse, accompagné de M. Rosenberg, secrétaire général, se rendent à Lausanne pour contacter Maître Robichon et le prier d’examiner la possibilité de présenter pour les élections au Conseil national une liste conservatrice.
Maître Robichon convoque des personnalités dans les rangs de nos coreligionnaires lausannois, ainsi que les dirigeants du MDP. Au cours de deux séances qui ont lieu au restaurant Bock, les participants jugent opportun:
– le 28 avril 1947, de charger le MDP lausannois d’établir une liste qui tient compte de l’électorat conservateur sans toutefois adhérer au Parti conservateur;
– et le 26 septembre 1947, vu que le MDP n’a pas progressé dans ses démarches, et qu’il n’est pas apte à participer à la campagne électorale pour le Conseil national de 1947, on se décide à promouvoir la constitution d’un Parti cantonal vaudois affilié au Parti conservateur suisse.
D’autre part, le vocable MDP ne convient pas il rappelle par trop les démocraties de l’autre côté du rideau de fer et il est préférable de l’abandonner. Paul Frainier, chef d’une entreprise commerciale florissante, a l’oreille des employés et des syndicalistes. Il ne conçoit la politique que dans la perspective de l’action « chrétienne-sociale » qui, à l’époque, représente l’aile gauche du parti conservateur. Il s’engage lorsqu’il a la certitude que la politique chrétienne-sociale est la voie admise par les membres de notre jeune collectivité.
Le juge de paix Georges Gross joue un rôle non négligeable lors de la fondation du Parti chrétien-social lausannois. Ancien Bellettrien, il connaît bien les personnalités de la ville de Lausanne, où il compte beaucoup d’amis, et il ne cesse de donner aux responsables du jeune parti des conseils très éclairés.
Maître Pierre Dupont-Cadosch, secrétaire du parti, est le penseur doctrinal. Fidèle aux conceptions de Maritain, congressiste assidu des semaines sociales de France, il précise et rappelle, chaque fois que l’occasion lui en est donnée, les principes authentiques d’une politique chrétienne-sociale. Louis Nicod, médecin, est sollicité de s’engager dans le Parti chrétien-social, car on le considère comme représentant d’une famille vaudoise bien implantée dans le district d’Echallens, ce qui, aux yeux de beaucoup, est considéré comme important. D’observateur, il devient actif le jour où le parti se déclara section du Parti conservateur populaire suisse, estimant qu’il est judicieux et opportun que les intérêts du canton de Vaud soient défendus et représentés dans ce grand parti suisse. Il succède à Rodolphe Aebi comme président du parti lausannois le 26 février 1952.
L’essor du Parti chrétien-social a été favorisé par l’adoption du système de la représentation proportionnelle en lieu et place du système majoritaire. Le soir du 6 mars 1949, les chrétiens-sociaux lausannois enregistrent leur premier succès, soit : l’élection de 3 députés au Grand Conseil Maître André Robichon, Paul Frainier, le Dr Louis Nicod) et le 13 novembre 1949, à celle de 7 conseillers communaux (Paul Frainier, le Dr François Nicod, Emile Rupp, le Dr Camille Gross, Georges Chenaud, Raymond Baudère et, ex aequo, Charles Durr et le Dr Henri Schmidt, le tirage au sort étant favorable à Charles Durr).
En 1950, on élit des jurés chrétiens-sociaux qui fonctionneront dans les tribunaux.
Les élections au Conseil national de 1951 sont l’occasion pour le Parti chrétien-social de prendre contact avec ses amis de Lavey, Bex, Aigle, Vevey, Montreux, Payerne, Morges, Echallens.
Paul Frainier est élu conseiller national le 28 octobre 1951. Après ce succès, Maître Robichon est sollicité par le Comité central d’envisager la création d’une organisation cantonale et ses démarches aboutissent en mars 1952 à l’Assemblée constitutive du Parti chrétien-social vaudois.
Paul Frainier est élu premier président cantonal.
En février 1953 paraît le premier numéro du journal chrétien social vaudois. Il s’appellera dès 1957 « Forces Nouvelles ».
L’évolution des idées entre 1945 et 1949 a été considérable. Tandis que les responsables de la première réunion du Mouvement démocrate-populaire avaient comme objectif « un socialisme chrétien lausannois », les élus de 1949 avaient pour idéal une politique conservatrice-populaire suisses dans l’optique chrétienne sociale qui est actuellement encore celle du Parti démocrate-chrétien.