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La psychiatrie est une branche de la médecine qui s’est constituée au début du XIXe siècle à travers la création de lieux d’observation de malades qui souffraient de symptômes peu spécifiques. Y étaient rassemblées diverses formes de pathologies qui étaient nommées à l’époque «névroses» ou dans les formes plus graves «aliénations», pour ceux qui semblaient être des «tout autre», absents de la communication habituelle entre les humains. Ces lieux d’observation ont pu être considérés soit comme des lieux d’exclusion de personnes dérangeantes, soit comme des lieux d’inclusion de personnes souffrantes que l’on pouvait accueillir dans un endroit spécifique pour mieux les observer et les soigner (l’asile d’aliénés).
«… Il semble que cela ne soit pas le modèle théorique de la prise en charge qui soit déterminant, mais la qualité du thérapeute …»
C’est entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle que le corpus psychopathologique de la psychiatrie s’est constitué et que les meilleures descriptions cliniques ont été écrites. Depuis lors peu de nouvelles entités psychopathologiques ont été exposées, mis à part toutes sortes de nouvelles entités nosologiques reflétant plus un malaise social qu’une pathologie mentale.
C’est vers le milieu du XXe siècle que les trois grandes classes de médicaments utilisés en psychiatrie ont été découvertes (antipsychotiques, antidépresseurs et benzodiazépines). Depuis, la recherche de nouvelles classes de médicaments en psychiatrie reste en panne, même si de nouvelles molécules arrivent sur le marché permettant principalement pour certaines de diminuer les effets secondaires.
Dans le domaine de la prise en charge psychothérapeutique, toutes les recherches récentes vont dans le sens d’une grande efficacité de ces traitements. Il semble que cela ne soit pas le modèle théorique de cette prise en charge qui soit déterminant, mais la qualité du thérapeute et de l’alliance qui se noue avec le thérapeute et son patient qui fonde le succès du traitement.
Par ailleurs, dans le champ de la psychiatrie sociale, de nombreuses initiatives visent une meilleure prise en compte des difficultés des patients à trouver une place dans la société. D’où, par exemple, l’importance à accorder aux stratégies permettant d’améliorer la recherche de logements spécifiques ou à trouver un travail adapté. Une des caractéristiques de ce courant se résume par la notion de «rétablissement» qui accorde aux symptômes une valeur positive et qui estime que le patient est l’expert de sa maladie.
Quant au domaine des recherches en neurosciences psychiatriques, il est passionnant et compte un nombre de publications formant une courbe exponentielle dont la phase d’accélération critique est atteinte… Pourtant, l’effet sur le quotidien de nos patients tarde à se manifester.
Si aucune découverte importante dans la compréhension des mécanismes de la maladie mentale ayant des effets sur la prise en charge de nos patients n’a été faite depuis longtemps, des améliorations dans la prise en charge clinique des personnes souffrant de troubles psychiques sont avérées. Actuellement, plusieurs auteurs montrent que les traitements psychiatriques (psychothérapie et/ou médicaments) sont parmi les plus efficaces de la médecine. L’évolution des droits des patients vers une meilleure prise en compte de leur volonté et de leurs valeurs est également indéniablement positive, même si certaines illusions du partenariat dans le domaine des soins psychiatriques mériteraient une analyse plus poussée.
D’autre part, depuis une dizaine d’années l’attention croissante sur les prodromes des symptômes des troubles psychiques donne des résultats intéressants et permet une prise en charge plus rapide et moins stigmatisante des personnes qui en souffrent.
«… La place des contraintes sociales et environnementales continuera à complexifier notre compréhension …»
Cette recherche de prise en charge la plus précoce possible pose la question de l’origine des troubles et ceci avant même qu’ils ne se développent à travers des symptômes cliniquement identifiables mais grâce à d’éventuels marqueurs biologiques. Ceci pose évidemment des questions éthiques auxquelles il faudra sans doute apporter des réponses qui seront non seulement des réponses de chercheurs ou de cliniciens mais également des réponses de la société civile dans son entier.
Ces recherches, sur l’origine biologique des troubles psychiques, si elles sont indispensables pour comprendre les vulnérabilités organiques, ne suffiront certainement pas à expliquer entièrement ces troubles. La place, par exemple, des contraintes sociales et environnementales continuera à complexifier notre compréhension et à mettre les particularités individuelles de chaque patient au centre de l’aide que nous pourrons leur apporter.
Cette brève évocation de quelques enjeux de la psychiatrie ne peut, bien entendu, pas être exhaustive et il faudrait encore quelques pages pour aborder d’autres problématiques qui seront également fondamentales pour l’avenir comme les conséquences du vieillissement de la population, le rôle de la psychiatrie dans ses rapports avec la justice et les médias, l’importance des questions d’addiction et de l’augmentation artificielle des capacités dans une société de la performance, etc.
C’est peut-être ce type de problématique que nous devrions amener dans un débat de société, car il faut bien constater que, depuis quelques années, la psychiatrie contemporaine peine à intéresser le monde intellectuel autrement que par son instrumentalisation médiatique lors de faits divers.