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Débat
M. Renaud Gautier (L). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs, en ces temps difficiles de dumping salarial et autre, je conseille à celles et ceux d'entre vous qui n'ont pas lu le rapport du Conseil d'Etat, c'est-à-dire la majorité d'entre vous, de le lire: c'est un pur chef-d'oeuvre ! Mieux que l'aéroport, il n'y a pas ! Tout fonctionne à merveille ! Le nombre d'awards - parce qu'on ne dit pas «prix», ce n'est quand même pas très moderne - que l'aéroport détient permettrait de transformer la tour de pilotage en un sapin de Noël tellement il en gagne ! (Exclamations.) Mesdames et Messieurs, l'aéroport est le fleuron de Genève.
Le fait que la plupart de ces phrases soient reprises du rapport de l'aéroport est évidemment une occurrence, c'est-à-dire que le Conseil d'Etat comme le service de communication de l'aéroport ont cette subtilité du langage qui a pour effet que les phrases sont les mêmes ! Le fait que dans ce rapport tout aille bien et que tout soit remarquable me rappelle malheureusement que ce parlement s'est enquis plus d'une fois au cours de l'année dernière de l'avenir de l'aéroport, à savoir de la question du qualitatif contre le quantitatif. Pensez-vous que le Conseil d'Etat, pour celles et ceux d'entre vous qui n'auraient pas lu ce rapport, émette un quelconque avis sur cette question ? Pensez-vous que le rapport officiel, sur papier glacé et avec photos - fort joli au demeurant - du conseil d'administration de l'aéroport s'intéresse à cette question du développement qualitatif ? Que nenni ! Ce n'est pas une question. Ce qui est important, c'est le développement de l'aéroport, ce sont les 25 millions de passagers à terme, avec autant de voitures qui viendront les chercher. Pas un mot sur le développement qualitatif de cet aéroport ! Quant au fait que certaines décisions prises par les autorités judiciaires, mais soutenues par l'aéroport, tendent à étrangler la plus grande école d'aviation de l'ouest de la Suisse et la poussent à la faillite, pas un mot ! Or celles et ceux qui volent avec de petits avions ne sont quand même pas totalement négligeables, indépendamment de la formation qui est faite dans ces aéroports-là et des métiers qui sont touchés. Pas un mot !
Mesdames et Messieurs, ce rapport est très joli, très bien écrit, mais il ne répond simplement pas aux questions que ce parlement se pose depuis un an sur l'avenir de l'aéroport, raison pour laquelle je vous suggère de le refuser. (Applaudissements.)
M. François Lefort (Ve). Mesdames et Messieurs les députés, nous ne pouvons qu'être d'accord avec l'honorable député Renaud Gautier; ce rapport, nous l'avons aussi particulièrement savouré. Mais au contraire de l'honorable Renaud Gautier, nous ne le refuserons pas, parce que comme nous l'avons particulièrement savouré et que nous sommes particulièrement gourmands, d'ailleurs, nous serions heureux de le redéguster un peu en compagnie du représentant du Conseil d'Etat à la commission de l'économie. C'est pourquoi je vous demanderai, chers collègues, de renvoyer ce rapport à la commission de l'économie.
Mme Christina Meissner (UDC). Au départ, je voulais formuler une demande peut-être un peu étonnante, mais qui se justifie, soit de traiter ce point un peu plus tard dans l'ordre du jour, sachant que notre représentant au conseil d'administration de l'aéroport - et sans doute ceux des autres partis - est précisément en train de siéger au conseil d'administration de l'aéroport. (Remarque.) Or, en l'occurrence, qui mieux qu'eux-mêmes peut juger de la pertinence de ce rapport ? Il semblerait d'ailleurs qu'ils arrivent au pas de course, donc je vais renoncer à demander que l'on reporte le traitement de cet objet et continuer en m'exprimant sur le contenu du rapport du Conseil d'Etat.
Je ne peux que rejoindre mes préopinants sur le fait que ce rapport ne répond pas aux questions que se posent aujourd'hui les Genevois, les communes et les riverains sur ce qu'il advient de cet aéroport. On compte 13 millions, que dis-je, 14 millions de passagers en 2012 et on nous en promet 20 ou 25 millions. Comment ? Y aura-t-il plus d'avions ou au contraire plus de gros porteurs ? Dans les deux cas, cela aura un impact sur notre région. Alors nous ne voulons pas tuer notre aéroport, sa qualité c'est justement d'être un petit aéroport au milieu d'une ville et de nous permettre d'avoir des connexions avec le monde entier, mais il faut cependant savoir raison garder et si les gros porteurs chassent finalement les écoles d'aviation qui opèrent aussi sur le même tarmac, eh bien c'est regrettable, c'est dommage, et ça veut dire qu'il n'y a plus la place pour tout le monde dans ce canton. Or vous nous connaissez, à l'UDC: nous préférons quand même écouter les habitants de ce canton plutôt que de développer tout et n'importe quoi à l'échelle internationale.
Je crois donc que c'est une bonne idée de renvoyer ce rapport à la commission de l'économie pour qu'il soit complété par un certain nombre de réponses. Je le répète, ce n'est pas une attaque contre l'aéroport... (Commentaires.) ...mais il convient qu'il communique avec la population dans le territoire de laquelle il s'inscrit. C'est essentiel !
Mme Christine Serdaly Morgan (S). Tout plane à l'aéroport mais, soyons honnêtes, ça plane quand même depuis un moment, et ce n'est pas le fait de l'actuelle présidence de l'aéroport. On notera aussi avec plaisir, comme l'a relevé le député Renaud Gautier, qu'il y a de sérieuses économies d'échelle à l'Etat, puisque, en ayant la présidence de l'aéroport, notre conseillère d'Etat peut se dispenser de faire deux fois un rapport différent. Nous avions déjà souligné notre désir de voir l'aéroport voler de ses propres ailes, alors nous nous réjouissons de reprendre ce rapport en commission pour pouvoir réaborder aussi la question de la gouvernance de l'aéroport.
M. Eric Stauffer (MCG). Mesdames et Messieurs les députés, vous savez que nous avons une fonction très honorable dans notre canton et le MCG apprécie toujours quand les établissements respectent la fonction de député qui est la nôtre. J'en veux pour preuve que Mme la conseillère d'Etat Isabel Rochat n'est pas là, et vous savez pourquoi ? Parce qu'elle est en train de siéger au conseil d'administration de l'aéroport, d'où j'arrive tout droit ! (Commentaires. Chahut.) Il est donc vraiment très intelligent d'agender des séances du conseil d'administration pendant une séance parlementaire... Moi j'avais plein de questions à poser à Mme Rochat, eh bien quid ? Elle n'est pas là, mais bien sûr M. Longchamp se fera un plaisir de la remplacer.
Cela étant, Mesdames et Messieurs, l'Aéroport international de Genève est l'un des fleurons de l'économie genevoise, et c'est vrai que, pour la Genève internationale, c'est un élément qui est très important dans le dispositif du rayonnement international de Genève. Cependant, il y a quand même quelques problèmes que je veux ici relever. Le premier, c'est que nous avons des représentants au conseil d'administration de l'aéroport, notamment du parti des Verts, qui se sont empressés de faire opposition à l'extension de l'aéroport - nous en discuterons. Mais le problème de fond qui va demeurer, c'est de savoir quel genre d'aéroport nous voulons pour notre canton, et ce débat-là, il n'appartient pas au conseil d'administration, pas plus qu'au gouvernement: c'est à ce parlement de déterminer une fois pour toutes quelle est la taille de l'aéroport que nous voulons, c'est ça qui est important, et vous devez tenir compte de tous les paramètres, à savoir l'économie, la Genève internationale, le bruit, l'environnement, etc. Et il y a bien sûr un point qui nous tient à coeur - en tout cas à plusieurs des députés ici - c'est l'école d'aviation, l'Aéroclub de Genève, Groupe de Vol à Moteur, parce que sans les clubs de pilotage il n'y aurait pas eu l'aéroport de Cointrin, et sans écoles de pilotage il n'y aurait pas de pilotes non plus. Cette école est ancestrale à l'Aéroport international de Genève, et il faudra aussi tout faire pour la maintenir dans des conditions acceptables.
Mais, je vous le répète, le débat de fond doit avoir lieu, et c'est la raison pour laquelle le groupe MCG va demander le renvoi en commission de ce rapport, afin d'initier cette réflexion en profondeur pour que le parlement, qui est le premier pouvoir de la république...
Une voix. Le seul !
M. Eric Stauffer. Le seul, si vous voulez ! ...puisse donner les justes impulsions et au Conseil d'Etat et au conseil d'administration, de sorte que l'on ne se retrouve pas avec des voies parallèles qui font que, par la suite, plus rien ne fonctionne, à la Genevoise, comme d'habitude. Donc pour ces motifs nous demandons le renvoi du rapport du Conseil d'Etat à la commission de l'économie, je présume.
Le président. Merci, Monsieur le député. La demande de renvoi en commission a déjà été formulée, et je la mettrai aux voix tout à l'heure. La parole est à M. Charles Selleger.
M. Charles Selleger (R). Merci, Monsieur le président. Pour sa part, le groupe radical approuvera la demande de renvoi à la commission de l'économie et relève que la situation que nous vivons aujourd'hui est exemplative du fait que la confusion entre les rôles de parlementaire et de membre de conseil d'administration pose un problème, vu que l'on ne peut pas être au four et au moulin.
M. François Longchamp, conseiller d'Etat. Monsieur le vice-président, Mesdames et Messieurs les députés, en l'absence de Mme Rochat, qui est retenue par une séance du conseil d'administration de l'aéroport, je vous invite, au nom du Conseil d'Etat, à renvoyer ce rapport à la commission de l'économie. Il sera certainement utile que le Conseil d'Etat vous donne des renseignements complémentaires, notamment certains éléments d'information qui, visiblement, sont nécessaires, par exemple sur l'incorporation de l'aéroport dans la politique nationale des transports. En effet, cet aéroport est un aéroport national avant d'être un aéroport cantonal. Il est soumis à plusieurs règles fédérales. Cela permettra aussi de donner des informations complémentaires sur l'avenir de l'école d'aviation, laquelle a fait l'objet de certaines décisions qui ne relèvent pas du canton, mais de l'Office fédéral de l'aviation civile, notamment sur la séparation des trafics. C'est également l'occasion de rappeler à celles et ceux qui s'inquiètent de la gouvernance que depuis cinq ans le Grand Conseil est saisi d'un projet de loi du Conseil d'Etat qui avait été déposé à l'époque à mon initiative, projet de loi qui visait à donner des règles de gouvernance logiques à cet aéroport et à faire en sorte que son président ou sa présidente ne soit pas conseiller ou conseillère d'Etat. Je vous vois, Madame Serdaly, opiner du bonnet, mais c'est le parti socialiste qui l'a enterré.
Le président. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Je vais mettre aux voix la demande de renvoi à la commission de l'économie.
Mis aux voix, le renvoi du rapport du Conseil d'Etat RD 1000 à la commission de l'économie est adopté par 62 oui contre 1 non.