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Notre divagation numéro 1 imaginait la "brique" unique, douée d'ubiquité parfaite et donc présente en tous "lieux" de l'espace, de l'infini à l'infini.
Nous énoncions l'hypothèse que la "vitesse absolue" permettant cette ubiquité parfaite aurait pour conséquence de "tuer le temps". Passé, présent et futur se trouveraient confondus dans ce qui pourrait bien être l'Eternité ! Et pourtant, nous percevons une successivité des évènements dans ce que nous appelons "le temps". Nous avons même la prétention de mesurer avec une grande exactitude, notamment au moyen d'horloges atomiques, l'écoulement de ce temps dont nous croyons pourtant savoir qu'il est relatif, vérification faite par ces mêmes horloges, expérimentalement.
Il manque donc quelque chose à notre idée de "brique unique", à la fois toute puissante et tellement élémentaire que le néant est son asymptote.
Rappelons que, pour qu'elle puisse à elle seule construire tout l'Univers en se combinant à elle-même nous l'avons imaginée animée de la "vitesse absolue" soit, ubiquité parfaite. Ce qui manquerait donc à sa toute puissance serait d'avoir également l'immobilité totale et non pas relative.
Mais, direz-vous, la conséquence de cette immobilité ne serait-elle pas une accélération infinie de l'écoulement du temps ainsi que la réduction à néant de l'Univers ?
Pour donner à cette question une réponse - invérifiable en l'état, je vous l'accorde - nous laisserons encore un peu déborder notre imagination. (Plus c'est ahurissant, plus c'est séduisant !)
Notre brique élémentaire aura donc à la fois la vitesse absolue et l'immobilité totale, ce qui n'est pas contradictoire si nous le concevons dans une succession de "cycles" dont nous ne saurions mesurer la fréquence.
Voilà lancée l'horloge de la durée dont la plus petite fraction, le "grain" élémentaire de temps, est cette alternance d'ubiquité et d'immobilité, de Totalité et de Néant.
À chaque cycle, l'Univers est totalement "reconstruit" et "détruit". Des modifications infinitésimales distinguent cependant chaque cycle de son prédécesseur et de son successeur.
Le cycle en cours est le moment présent, limite impalpable entre le passé et le futur, au cours duquel tout s'accompli.
Ainsi s'écrit l'Histoire et se révèle l'Evolution qui se présente à nos intelligences bornées comme l'exécution d'un Plan tellement vaste et génial qu'il ne peut susciter en nous autre chose qu'une dévotion totale au Grand Architecte de l'Univers dont il manifeste la Toute Puissance et l'Eternité.
Cette "dévotion", nous pourrions la qualifier d'autosatisfaction divine si nous considérions que nos "individualités" ne sont, après tout, qu'une part infime de cette Création-Créateur dont nous prétendons toutefois être la manifestation la plus perfectionnée.
Perfection très relative cependant. Gageons que l'Evolution n'a pas encore manifesté sa dernière trouvaille et que les cycles de la brique unique nous réservent encore une perspective incommensurable de mutations avant qu'elle ne se lasse de cette formidable activité créatrice.
Le Lignon, le 2 juin 1997
Hermann JENNI
Alias DESJANTETS