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Près de la moitié des domaines skiables de Suisse ont à craindre du réchauffement climatique. C'est ce qu'affirment deux études, l'une suisse, l'autre européenne.
Particulièrement menacées: les stations de moyenne montagne des Alpes vaudoises et fribourgeoises, de l'Oberland bernois et de Suisse centrale.
Les calculs que publie mercredi l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont inquiétants. Et pas seulement pour la Suisse: en Allemagne, presque tous les domaines skiables seraient touchés en cas de réchauffement climatique. En Autriche, c'est 70% des stations dont l'avenir serait compromis par le manque de neige.
La menace sur l'or blanc signifie évidemment la mise en péril des bases économiques du tourisme d'hiver dans les régions touchées. En Suisse, où l'on skie grosso modo entre 1000 et plus de 3000 mètres d'altitude, certaines régions seraient nettement plus affectées que d'autres.
Dans la plupart des stations des Alpes vaudoises et fribourgeoises, ainsi que dans l'Oberland bernois et en Suisse centrale, une hausse moyenne de la température de 4 degrés ne permettrait plus d'assurer l'enneigement.
En Valais et dans les Grisons, par contre, les conséquences seraient minimes pour les stations, en raison de leur altitude en moyenne nettement plus élevée.
Pour quelques centaines de mètres
Et les experts de l'OCDE ne sont pas seuls à l'affirmer: l'Institut de recherche sur le tourisme de l'Université de Berne (FIF) a fait sa propre étude sur le sujet, en s'inspirant des travaux de Bruno Abegg de l'Institut de géographie de l'Université
de Zurich.
«Nous considérons que l'enneigement est garanti lorsqu'il y a au moins 30 cm de neige pendant 90 jours», indique le directeur du FIF, Hansruedi Müller.
Selon le pire scénario retenu par son Institut, soit un réchauffement de 2,6 degrés d'ici 2030, la limite inférieure des domaines skiables où l'enneigement peut être garanti remonterait de 250 à 300 mètres en altitude. Un changement lourd de conséquence pour la plupart des stations de moyenne montagne.
Plus de neige en altitude
«Le réchauffement climatique entrainera une diminution des précipitations en été et une augmentation en hiver, explique Hansruedi Müller. Il y aura donc plus de neige en altitude».
Certaines stations seraient donc gagnantes. Mais pour les autres, le choc risque d'être rude. Selon le FIF, c'est la Suisse centrale qui serait la plus touchée, à cause de sa forte proportion de domaines skiables de moyenne altitude. Selon le scénario le plus pessimiste, 40% seulement des stations de cette région pourraient survivre.
En Valais et aux Grisons par contre, plus de 90% des stations continueraient à fonctionner. En moyenne, la Suisse conserverait les deux tiers de ses stations.
Adaptations nécessaires
Le FIF est en train d'étudier les effets économiques prévisibles de ces changements. L'étude sera publiée en janvier 2007.
D'après Hansruedi Müller, les petites stations de moyenne montagne ressentent déjà le phénomène et ont commencé à s'y adapter, en diversifiant leurs offres touristiques. Car, comme le rappelle l'OCDE, le recours aux canons à neige n'est pas forcément la panacée. Au-dessus d'une certaine température, ceux-ci ne fonctionnent de toute façon plus, ou alors au prix d'une facture d'énergie totalement prohibitive.
Le directeur du FIF reste néanmoins optimiste. Pour lui, «il s'agit de changements à long terme et le tourisme a le temps de s'adapter».
swissinfo et les agences
Réchauffement climatique
Les Alpes vivent actuellement sous un climat tempéré comme elles n'en ont plus connu depuis 1300 ans. Ce temps très doux pourrait être un phénomène temporaire, mais la plupart des experts y voient une conséquence du réchauffement global de la Terre, dû aux émissions de gaz à effet de serre provenant de l'activité humaine (industrie, chauffage, transports).
Ce réchauffement conduit déjà à la fonte des glaciers, observable chaque année en Suisse également.
Selon l'étude de l'OCDE, les banques suisses refusent désormais d'accorder des crédits pour des installations de ski à une altitude inférieure à 1500 mètres. Certaines pistes situées plus bas sont déjà définitivement fermées.