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Au capitalisme réellement existant (et réellement existant aujourd'hui, non à celui ayant existé il y a un siècle), quel socialisme réellement possible la gauche révolutionnaire oppose-t-elle ? La social-démocratie s'arc-boute sur sa volonté de socialiser le capitalisme pour en raboter les aspérités les plus blessantes, ou à défaut les dissimuler sous le vernis de l'Etat social ; ce qu'il reste du mouvement communiste bascule peu à peu dans une nostalgie rigoureusement réactionnaire, mâtinée de corporatisme (en direction et à partir de la fonction publique, mais aussi des petits rentiers). Qu'y a-t-il de socialiste dans tout cela ? Rien, strictement rien. Mais il y a tout du socialisme possible dans les possibilités même du capitalisme : l'affranchissement du travail, le dépérissement de l'Etat, la socialisation de la propriété privée, le primat de la culture sur l'économie (puisque le capitalisme lui-même impose désormais le primat de l'information sur la propriété).
Le détournement des possibilités du capitalisme vers autre chose que ce à quoi le capitalisme les vouait est une tâche... osons le mot : révolutionnaire. Nous avons une maïeutique à exercer : que le capitalisme soit la matrice du socialisme, cela fait tout de même un siècle et demi qu'on le sait ; que nous ayons à faire accoucher ce ventre, il est grand temps de l'admettre, et grand temps de nous y mettre.
Nous devons cesser de prendre des résistances réactionnaires pour des combats révolutionnaires et des anti-douleurs pour une panacée. Nous n'en sommes plus au temps où les volontés de changement pouvaient avoir le choix entre une voie réformiste et une voie révolutionnaire, entre la progression et la rupture. Nous en sommes au temps où le choix se fait entre des volontés de conservation de ce qui fut conquis et des volontés de changement de l'ordre social, économique et politique, entre des ressentiments réactionnaires et des volontés révolutionnaires (fussent-elles réformistes quant au choix de leurs moyens), entre la xénophobie et l'internationalisme. Vouloir qu'il y ait une alternative au capitalisme est un projet révolutionnaire -que ce projet se donne pour moyens ceux du réformisme ou ceux de la révolution. L'opposition se fait entre des socialistes (au sens large, qui inclut la quasi totalité de la "gauche de la gauche") dont le projet n'est plus que de gérer le capitalisme pour en « atténuer les excès », et des socialistes dont le projet reste de dépasser le capitalisme.