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Le rapport Bergier
Le Rapport Bergier attaque la génération du service actif. Ce n’est toutefois pas la génération de la guerre qui constitue la véritable cible de ces attaques. Les auteurs concernés du Rapport Bergier savent bien qu’il serait absurde d'adresser des reproches à ceux qui, précisément, ont eu à l'époque le courage d’affronter la menace hitlérienne, face à un encerclement sans espoir. Ils jouent donc intentionnellement le jeu politique bien connu consistant à récrire le passé pour influencer le présent par l'action politique.
But du Rapport Bergier: Politique extérieure
Mais de quelles intentions politiques s'agit-il? La franchise avec laquelle l'homme fort de la Commission Bergier, Prof. Georg Kreis, reconnaît de quoi il retourne effectivement est surprenante. Selon lui, la vérité historique ayant eu cours jusqu'à présent n’était qu’un "mythe à détruire" afin de pouvoir enfin pratiquer une "politique étrangère tournée vers l'avenir". Il convient par conséquent d'ébranler la perception que la Suisse a d’elle-même en tant que pays neutre et indépendant, pratiquant la démocratie directe.
Dans je Journal "Public Management" (5/2002) la conférence de Georg Kreis est résumée de la manière suivante (trad.): "Le Rapport Bergier a des conséquences au plan politique. (…) La destruction du mythe d'une Suisse considérée comme un îlot de résistance à la dictature totalitaire d'Hitler a été déterminante dans la reconquête de l'image perdue. Le Rapport Bergier sanctionne et officialise une vision des choses - celle d'une Suisse aux multiples implications dans la Deuxième Guerre mondiale - à laquelle les historiens et historiennes de gauche étaient parvenus dans les années 70 déjà et les politiciens bourgeois au plus tard après le rejet de l'EEE . C'est la prise de conscience qu'avec une image historique rétrograde, embellie et incomplète, on ne peut faire de politique extérieure tournée vers l'avenir. L'adhésion (…) de la Suisse à l'ONU est jusqu'à présent le point saillant de ce virage vers l'ouverture" (trad.).
Voilà des propos révélateurs. En clair, cela signifie qu'il s'agit de la politique étrangère actuelle. Il est dit noir sur blanc qu'avec l'image historique que l'on avait jusqu'ici de la Deuxième Guerre mondiale, prétendument "rétrograde" et "embellie" on ne peut hélas faire de "politique extérieure tournée vers l'avenir". Logiquement, dans l'esprit du professeur Kreis (et ses collègues), l'histoire devrait être récrite dans le sens souhaité afin de pouvoir mener une politique tournée vers l'avenir, ceci en conformité parfaite avec la citation vieille de 300 ans du philosophe anglais Samuel Butler (1633–1703): "Dieu ne peut pas changer le passé, les historiens le peuvent".
Le fait que la Suisse ait été un îlot de résistance face à la dictature totalitaire d'Hitler a été qualifié de "mythe" et "détruit" sans autre forme de procès, pour reprendre les termes cités, même si, pour y arriver, il a fallu déformer cyniquement la vérité historique. Georg Kreis (et ses collègues) ont saisi au vol la chance unique que leur a offert la nomination en qualité de membre de la Commission Bergier pour chasser de l'esprit de la population la "mentalité de Sonderfall" qu'ils détestent et pour détruire la bonne réputation de la Suisse. Ils ont abusé et ils abusent encore du Rapport Bergier pour "prouver" que notre pays n'est pas un «Sonderfall» et ne l'a jamais été, même pas au cours de la Deuxième Guerre mondiale.
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