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L'interdiction de cultiver des plantes génétiquement modifiées en Suisse doit expirer à la fin de cette année. Il est prévu de la prolonger pour la quatrième fois, et l'édition moderne du génome restera également interdite dans le cadre du moratoire prolongé. Par conséquent, cet outil, très prometteur pour la culture des plantes, continuera à être réglementé aussi strictement que le génie génétique traditionnel. Les partisan·es d'une réglementation aussi stricte font souvent valoir que les consommateur·ices rejettent de toute façon les produits génétiquement modifiés. Mais cet argument ne tient pas forcément la route lorsqu'on l'examine de près.
Les partisan·es du moratoire citent souvent des études plus anciennes, axées sur les premières méthodes de génie génétique, ou tirent leurs résultats de données inadaptées. De nombreuses affirmations se réfèrent par exemple à une enquête annuelle de l'Office fédéral de la statistique1 pour étayer l'argument de la faible acceptation des consommateur·ices. Dans cette enquête, les consommateur·ices donnent leur avis sur le danger du génie génétique pour la production alimentaire. Selon les résultats de l'enquête, les aliments génétiquement modifiés sont perçus comme aussi dangereux que la diminution de la biodiversité, les pesticides synthétiques et le changement climatique.
Notre perception dépend du contexte
Nous ne pouvons pas conclure, à partir d'une question isolée, que les consommateur·ices rejettent fondamentalement le génie génétique. Détaché d'un contexte technologique, l'accent mis sur les dangers masque d'autres aspects qui peuvent avoir un impact sur l'acceptation. La recherche sur les risques a montré que les humain·es sont prêt·es à accepter un degré limité d'incertitude lorsqu'il·les peuvent voir un avantage personnel ou sociétal.
En tant que psychologue, je veux comprendre comment les gens traitent des sujets complexes et prennent des décisions. J'étudie de nombreux sujets issus des sciences naturelles et je collabore avec d'autres disciplines. Les gens sous-estiment souvent le travail que représente un bon questionnaire sur l'acceptation des technologies existantes ou nouvelles. Dans ce cadre, il existe des principes fondés sur des preuves qui nous permettent d'obtenir des réponses valides et pertinentes.
Poser des questions sans influencer les réponses
Le premier principe consiste à formuler les questions de manière à ne pas suggérer de réponses spécifiques. Demander à quelqu'un comment il perçoit les risques du génie génétique implique qu'il y a un risque. Cela encourage des réponses plus extrêmes que, par exemple, une question neutre sur l'opinion personnelle d'une personne.
Le deuxième principe est que les répondant·es doivent comprendre ce qu'il·les commentent. La psychologie nous apprend que les gens ont tendance à recourir à des techniques heuristiques, à des règles empiriques simples, lorsqu'ils sont confrontés à une décision incertaine. Ceux qui connaissent peu un sujet se laissent guider par des associations. Lorsqu'on leur demande s'il·les préfèrent une pomme de terre normale ou génétiquement modifiée, la plupart des gens choisissent la pomme de terre «normale», parce que le concept de génie génétique leur donne un vague sentiment de malaise ou qu'il·les imaginent une «pomme de terre Frankenstein» sur Internet.
Il y a un manque de données significatives
Pour évaluer valablement l'attitude des Suisse·sses à l'égard du génie génétique, nous avons besoin de nouvelles données de sciences sociales qui rendent justice à la complexité de la question. D'énormes progrès scientifiques et sociétaux ont été réalisés depuis que le public a accepté l'initiative anti-OGM en 2005.
Les nouvelles techniques d'édition du génome sont beaucoup plus précises que le génie génétique qui a eu lieu dans les années 2000. Elles offrent la possibilité d'obtenir des variétés de cultures résistantes aux maladies et aux effets climatiques sans introduire d'ADN étranger dans le matériel génétique de la plante. Entre-temps, les risques redoutés des plantes génétiquement modifiées ne se sont pas concrétisés. De nombreux·ses chercheur·ses appellent désormais à une évaluation au cas par cas des nouvelles variétés en fonction non pas de leur mode de culture mais de leurs propriétés intrinsèques.
En outre, une nouvelle génération de consommateur·ices se montre beaucoup plus ouverte aux solutions innovantes en matière d'agriculture. Je peux imaginer que la société soit plus ouverte aux nouvelles technologies face aux problèmes urgents de notre époque, tels que l'utilisation des pesticides, le changement climatique et l'extinction des espèces.
Relancer le débat
Dans une étude sur l'acceptation de diverses solutions pour le mildiou de la pomme de terre2, nous avons présenté aux participant·es quatre mesures permettant de protéger les pommes de terre ou de les rendre résistantes: l'injection de fongicides de synthèse, le traitement au cuivre, l'introduction des gènes d'une variété sauvage de pomme de terre (génie génétique) ou la modification du matériel génétique de la pomme de terre cultivée (édition du génome). Résultat: la plupart des personnes interrogées ont préféré le génie génétique.
Bien sûr, on ne peut pas conclure de cette seule étude que la population suisse est largement d'accord avec le génie génétique. Mais ces résultats suggèrent que la question de la perception du génie génétique est beaucoup plus complexe que ce que les médias voudraient nous faire croire.
Il est irresponsable et condescendant d'exclure catégoriquement l'idée que les consommateurs puissent être ouverts à des technologies bien étudiées. Lorsque nous posons les bonnes questions aux gens, nous recevons des réponses pertinentes.
Angela Bearth est vice-présidente du Forum pour la recherche génétique de l'Académie suisse des sciences naturelles.