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1654
Christian Gottfried Franckenstein, Mémoires des intrigues galantes de la Reine Christine de Suède
Liège : François Broncart, 1710
La fête tourne au massacre
Lors de ses voyages en Europe dont les Mémoires racontent les aventures, la reine de Suède s’arrête en Allemagne. Lors de son séjour à Hambourg, elle ne renonce guère à afficher sa foi catholique de façon spectaculaire devant les habitants protestants. La fête tourne au massacre.
Elle ordonna donc de préparer un beau feu d’artifice, fit illuminer la façade de son palais, où elle avait fait peindre une belle décoration avec les armes du Pape, et plusieurs personnages qui représentaient ses vertus. Mais il y avait au-dessus une figure de l’Eucharistie dans un nuage, adorée par les anges, et plus bas l’Église en habit pontifical qui foulait aux pieds l’hérésie. On peut s’imaginer l’effet que devait faire une telle représentation dans une ville protestante où l’exercice de la religion catholique n’est pas permis publiquement. Aussi quantité de matelots anglais et hollandais, et danois joints à la populace de Hambourg, attirés par la nouveauté du spectacle, remplirent bientôt la place qui est devant le palais de la Reine, où pour surcroît de malheur, elle avait fait faire deux fontaines de vin, dont la liqueur les anima davantage à jeter des pierres contre la décoration. Quelques domestiques de la reine, pour réprimer la hardiesse de ces gens, tirèrent des coups de pistolet sans balles par les fenêtres, mais au lieu de les faire écarter, cela les excita encore d’avantage à redoubler leurs insultes. On fut obliger de fermer les portes du palais, dont les vitres des fenêtres furent toutes cassées en moins de rien ; plusieurs même avec des bouchons de paille allumés, voulaient mettre le feu à la porte. Dans cette extrémité on eut recours à quatre fauconneaux qui étaient dans la salle, et les ayant chargés de mitrailles, on les tira tout de bon sur cette populace enragée, dont on tua et blessa quelques uns.
Mémoire
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