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1971-2021 : cela fera 50 ans, le 24 octobre prochain, que
Jo Siffert nous a quittés, victime d’un accident mortel survenu sur le circuit de Brands Hatch lors d’une course de F1 disputée hors championnat. Une épreuve qui n’aurait jamais dû avoir lieu sur ce tracé sur lequel Jo Siffert s’était illustré trois ans plus tôt en devenant le premier pilote suisse à s’imposer dans un grand prix comptant pour le championnat du monde de F1.
La date de ce funeste 24 octobre 1971 avait en effet été initialement réservée par les organisateurs du Grand Prix du Mexique. Ces derniers, après la mort de leur compatriote Pedro Rodriguez, décédé le 11 juillet sur le circuit du Norisring, lui aussi lors d’une course hors championnat, n’avaient cependant plus eu le cœur de mettre sur pied leur grand prix national. Du coup, si Pedro Rodriguez n’avait pas été victime d’un accident mortel au Norisring, Jo Siffert n’aurait jamais couru à Brands Hatch le 24 octobre 1971 !
« La mort de Pedro Rodriguez avait beaucoup affecté Seppi », nous avait raconté il y a quelques années Simone Siffert, la veuve de Jo Siffert. Aussi bien Pedro Rodriguez que le regretté pilote fribourgeois couraient en effet tous le deux pour la même écurie en 1971. Cela aussi bien en F1, chez BRM, que dans le championnat du monde d’endurance où ils pilotaient tous les deux l’une de ces fabuleuses Porsche 917 engagées par John Wyer.
L’accident mortel de Pedro Rodriguez est survenu quatre jours après le 35e anniver- saire de Jo Siffert, né le 7 juillet 1936. « Mon mari, exceptionnellement, ne courait pas ce di- manche-là et nous étions allés nous balader à moto au bord du lac de Morat », se souvient Simone Siffert. « Seppi n’avait pas voulu aller courir au Norisring comme il ne voulait pas non plus aller courir à Brands Hatch. »
L’ancien conseiller national Dominique de Buman explique quant à lui l’« immortali- té » du champion fribourgeois par son « in- croyable » volonté de réussir même s’il par- tait depuis tout en bas de l’échelle. « Pour cela, il a constamment alimenté son moteur d’un mélange de carburants composé de sa pas- sion opiniâtre de la vitesse et de l’indéfectible amitié de son équipe de course. Par les valeurs pérennes qu’il porte, Jo Siffert échappe à l’éro- sion du temps et appartient à notre mémoire collective », estime Dominique de Buman.
Une dimension mythique
Heini Mader, un des fidèles mécaniciens de Jo Siffert, relève pour sa part qu’il n’y a plus jamais eu de pilote aussi humain et aussi simple que lui. « Quand il accéda à la gloire avec Porsche, il ne changea pas son attitude. Il resta aussi aimable et accessible qu’à ses débuts et c’est pour cette raison que tout le monde l’ai- mait et continue encore à l’aimer. À l’annonce de sa mort, c’était comme si j’avais perdu un frère. », note Heini Mader. Ils étaient nom- breux dans son cas.
« Toutes proportions gardées, la mort de Seppi avait été ressentie en Suisse de la même manière que le décès d’Ayrton Senna au Brésil et ce ne sont pas moins de 50’000 personnes qui étaient descendues à l’époque dans les rues de Fribourg pour lui rendre un dernier hommage lors de son enterrement », se souvient Jacques Deschenaux.
Seppi était, sans le moindre doute, le meilleur pilote de sa génération.
Une « incroyable » volonté de réussir
« Mais cette course », poursuit Simone Siffert, « avait été organisée par les Britanniques qui voulaient fêter en fin de saison le second titre mondial remporté par Jackie Stewart. Comme Seppi s’était rapproché de Jackie Stewart, qui courait également en Can-Am et qui habitait depuis peu lui aussi en Suisse, à Begnins, il avait finalement quand même décidé de partir à Brands Hatch. »
Mais pourquoi Jo Siffert est-il encore si populaire aujourd’hui ? Son biographe Jacques Deschenaux propose l’explication suivante : « On parle encore de Seppi car il avait réussi par sa personnalité, son attitude, sa gen- tillesse et ses résultats à devenir quelqu’un dont on était fier et auquel on pouvait facilement s’identifier. Ce qui est magnifique, c’est qu’il continue à être vivant dans le cœur d’un nombre incroyablement élevé de personnes. Certaines d’entre elles n’étaient même pas nées en 1971 ! »
Cette comparaison entre Jo Siffert et Ayrton Senna illustre parfaitement la dimension mythique dont jouissent ces deux grands champions. Et cela pas seulement dans leur propre pays. Ainsi, Johnny Rives écrivit ce qui suit dans le quotidien sportif français L’Équipe : « Jo Siffert était l’un des pilotes les plus aimés. Il était rapide, adroit et batailleur comme tous les pilotes de course peuvent l’être. Mais il avait quelque chose de plus, quelque chose de différent. Son aisance n’avait en effet d’égal que son étonnant courage. »
En Italie, La Gazzetta dello Sport relevait que Jo Siffert était le plus complet des pi- lotes : « Il ne faisait aucune distinction en ce qui concerne les différents types de voitures qui lui étaient confiées. » Peter Falk, l’ancien directeur sportif de Porsche, marque pour laquelle Jo Siffert a remporté 14 victoires dans le championnat du monde d’endu- rance, estimait pour sa part que « Seppi était, sans le moindre doute, le meilleur pilote de sa génération. »
« Le meilleur de sa génération »
« Sa vie fut la course, la course fut sa mort », écrivit Jacques Deschenaux. Sortie de piste au 16e tour, à plus de 200 km/h, la BRM s’est embrasée presque instantanément et Jo Siffert mourait asphyxié. S’agissait- il d’une crevaison lente ou d’un bris de suspension ? Comme Jim Clark, Jochen Rindt et Pedro Rodriguez avant lui, comme Ayrton Senna, Jo Siffert s’en est allé emportant avec lui le secret de sa mort. Lors de son enterrement, le Père Duruz prononça une phrase devenue, depuis, très célèbre : « Là où il y a le risque, il y a la mort. Là où il n’y a pas de risque, il n’y a pas de vie. »
Laurent MISSBAUER