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Pour un éleveur, la race idéale serait celle qui ne donne que des femelles. Un procédé américain permet de trier les spermatozoïdes avant insémination pour choisir le sexe du futur veau. La méthode arrive en Suisse, où elle suscite quelques réticences.
Productrice de lait et de viande, la génisse est incontestablement plus intéressante pour un agriculteur que le taurillon, tout juste bon à devenir un mâle reproducteur. Depuis 1996, les éleveurs américains et britanniques disposent d'une technique de tri des spermatozoïdes, mise au point conjointement par le Département de l'agriculture des Etats-Unis et par un laboratoire privé, qui leur permet de n'avoir pratiquement que des veaux femelles.
Mardi, l'importateur suisse de cette méthode présentait à Schwytz les onze premières génisses nées de ce sperme sélectionné. Onze sur douze, puisque la méthode n'est fiable qu'à 90 pour cent aux dires de ses concepteurs. Ces animaux sont les premiers de Suisse à avoir été conçus de cette manière et la méthode devrait être commercialisée dès l'année prochaine, dans un pays où 80 pour cent des veaux naissent déjà par insémination artificielle.
Ce procédé de tri des spermatozoïdes n'est pas une manipulation génétique. On n'intervient pas au cœur du noyau cellulaire, mais on se contente - en gros - de centrifuger le sperme pour que les cellules porteuses du chromosome X (femelle) - nettement plus lourdes que les autres - restent sur les bords.
Mais la méthode fait également appel à un marquage optique avec un produit colorant et à un traitement au laser. Ces deux étapes rendent les tenants de l'insémination artificielle «classique» passablement sceptiques. Selon Ulrich Witschi, vice-directeur de Swissgen, il n'est pas du tout établi que ces traitements sont sans incidence sur l'ADN dont est porteur le spermatozoïde. Depuis la naissance des premiers veaux issus de cette méthode, aucune étude sérieuse n'a été menée sur la question.
«Et ce n'est pas le seul problème, poursuit Ulrich Witschi. Ce procédé affaiblit les spermatozoïdes en les soumettant à un traitement violent et on a déjà observé des chutes de taux de fécondité jusqu'à 20 pour cent sur les génisses. Il y a également un réel problème d'efficacité: la machine à trier permet tout juste de produire dix doses par jour, et ce n'est pas en abaissant la concentration de spermatozoïdes dans chaque dose comme le recommande le fabricant que l'on fera remonter la fécondité des vaches».
A ces objections s'ajoutent celles de l'éthique. Pour Andrea Arz De Falco, professeur à l'Université de Fribourg et président de la Commission fédérale d'éthique sur le génie génétique dans le domaine non-humain, ce n'est pas tant cette forme d'eugénisme appliquée à l'animal qui pose problème. «Tant que les bêtes sont bien traitées et que les manipulations auxquelles on se livre ne mettent pas leur santé en péril, on peut même aller jusqu'à admettre le clonage», estime l'éthicienne.
Mais il en va tout autrement si l'on parle d'appliquer cette méthode à l'être humain. Actuellement, le droit suisse interdit toute manipulation génétique. «Dans le cadre de la révision de la loi, on devrait admettre de pouvoir choisir le sexe de son enfant seulement dans les cas où il risque de souffrir d'une maladie génétique qui ne toucherait par exemple que les garçons. Mais on ne doit pas aller plus loin, pas question pour nous d'admettre qu'un enfant risque un jour de réaliser qu'il est un garçon parce que ses parents ne voulaient pas de fille», estime Andrea Arz De Falco.
Marc-André Miserez