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31/08/2016
Reconnaissance d’État en matière d'Histoire
Que l'esprit de la religion d'État n'ait pas réellement disparu même dans les pays à prétention laïque est attesté par l'idée qu'un État puisse valider ou non une vision historique, dire celle-ci juste, celle-là fausse. En effet, la religion d'État comprenait bien une part historique: elle imposait l'histoire sainte comme authentique. En un sens, la poursuite de cette méthode crée une histoire sainte d'un nouveau genre, sans supprimer le concept. Sartre même s'en moquait, dans Les Mots: il ironisait sur l'histoire sainte de la République, réputée avoir créé la liberté en supprimant les rois et les empereurs - et voici que maintenant tout allait bien.
La laïcité, ici, n'est pas dans l'absence d'intervention de l'État dans le travail ou l'expression des historiens, puisqu'elle a lieu, mais dans la prétention à la Science par suppression notamment du merveilleux. L'histoire d'État ne traduit plus dès lors la neutralité, mais le scientisme, le positivisme – le matérialisme. Même si elle ne se dit pas athée, elle affirme que les faits doivent être compris sans dieu, et donc, elle promeut l'athéisme.
Néanmoins, c'est assez illusoire, car si la République est la liberté apportée au peuple contre la tyrannie, on est déjà dans le mythe: il suffit d'être attentif aux personnifications. Car qui peut apporter la liberté si ce n'est une personne? On retombe sur l'idée d'une nation qui est un être spirituel distinct. Elle n'est simplement pas assumée par des historiens qui essaient de faire passer, jusqu'à leurs propres yeux, leur sentiment républicain pour un concept scientifique: ils ne veulent donc pas de merveilleux franc, visible, et passent par des personnifications abusives dont ils minimisent la portée (si même ils en sont conscients) - et le font d'autant plus qu'ils les reprennent, souvent, de leurs aînés, et qu'ils les assimilent, ainsi, à des évidences, à des faits objectifs: si grande est l'illusion que peut à cet égard donner la tradition! Mais, à l'origine de cette tradition, il y avait bien la mythologie républicaine de Hugo, de Michelet.
On peut me dire que cela n'existe pas, que l'histoire enseignée sous l'égide de l'État reste scientifique et ne contraint pas au nationalisme. Mais je suis sceptique sur le droit qu'aurait un historien de collège de raconter à ses élèves que la Savoie a beaucoup perdu à se rattacher à la France. D'ailleurs, en quoi raconter l'histoire de la France est plus scientifique que de raconter l'histoire de la Chine? La science se fonde sur une raison à vocation universelle. Si on raconte l'histoire de France en France, c'est bien mû par un sentiment national, qui n'a rien de scientifique, qui émane du sentiment personnel, de la religion privée. On le fait parce qu'on croit à la France.
À la rigueur je n'y suis pas opposé; mais en ce cas il faut l'assumer.
Mais si on l'assumait, peut-être, la neutralité obligatoire de l'État détacherait l'enseignement de celui-ci et autoriserait les professeurs à s'opposer aux croyances des classes dirigeantes sur la grandeur de la France et la divinité de la République, en racontant tout autre chose...
Il y a là une certaine inconséquence. D'ailleurs, même l'idée que l'histoire doit se passer de dieu nous rappelle que selon Charles Duits, l'athéisme et le matérialisme reviennent à vouer un culte au Dieu sans Tête: on place dans la matière aveugle et stupide l'origine de l'évolution historique.
Toute orientation préétablie rompt le principe de neutralité. Il n'existe pas d'histoire neutre. Les historiens doivent donc être libres, et l'éducation à l'histoire se faire par l'exposition de plusieurs explications possibles, non par celle d'une seule explication présentée comme absolument vraie - soit au nom de la Bible, soit au nom de la Science. L'élève seul peut choisir.