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Végétation des bords du Rhône
A l'origine, le fond de la vallée du Rhône et les bas-coteaux étaient en grande partie boisés. Puis les hommes ont commencé à défricher pour leurs cultures, leurs prairies, leurs pâturages et leurs constructions. Ils ont d'abord joué un rôle positif pour la flore, en augmentant la variété des habitats à disposition des espèces sauvages. Les milieux exploités peuvent héberger de nombreuses plantes intéressantes. Actuellement, cette flore spécialisée tend à s'appauvrir sous l'effet de deux tendances: surexploitation et élimination toujours plus poussée des espaces naturels à basse altitude.
La plaine du Rhône se distingue des autres milieux par ses sols alluviaux humides et fertiles. Entre Brigue et le Léman, elle passe de 670 à 370 m d'altitude et de 1 à 4 km de largeur. Seul terrain vraiment plat au milieu d'un pays de montagnes, la plaine du Rhône se révèle fort accueillante. Pourtant, à considérer son aspect actuel très habité et cultivé, il est difficile d'imaginer son visage d'autrefois.
Sommaire
La plaine du Rhône autrefois
Les photos et les cartes anciennes aident à se souvenir. Au siècle dernier, le Rhône coulait encore en toute liberté: il décrivait de larges méandres, se divisait en bras multiples, changeait de cours et causait régulièrement de grandes inondations dont l'histoire se souvient jusqu'en l'an 580. Les crues laissaient derrière elles de vastes champs d'alluvions.
Avec le sable arraché à ces espaces nus, les vents parvenaient même à construire des dunes, en particulier dans le secteur Martigny-Charrat-Saillon. Farquet écrit dans son ouvrage sur Martigny: "C'était une bien curieuse chose que ces monticules: les uns boisés de pins nains, de chênes rabougris et de genévriers colossaux; les autres dénudés et couverts d'un gazon court et dru, que le bétail broutait (…). Ces dunes atteignaient une hauteur de 15 à 20 m (…). Entre elles s'étendaient des vallonnements profonds où les petits bergers allaient déterrer les lapins (de garenne) ou jouer à cache-cache parmi les hautes herbes et les argousiers épineux". De ces milieux et de leur végétation particulière, il ne reste rien, hormis des descriptions de Farquet et Gams. Le sable des dunes a servi à la construction des digues du Rhône et au comblement des fossés et des marais.
Les dépôts alluviaux empêchaient souvent les eaux des affluents et autres sources de se jeter directement dans le Rhône, d'où l'existence de vastes marais dans les points bas.
La plaine n'était alors que nature sauvage et riche, mais hostile à l'homme. De fait, les villages se situaient sur les cônes de déjection et autres points hauts à l'abri des crues, tandis que les cultures occupaient toute la surface disponible sur les coteaux.
Pour cultiver la plaine, nos ancêtres ont d'abord essayé de consolider les berges du Rhône avec des troncs et des fascines chargées de gravier. Mais le travail était sans cesse à refaire. C'est à la suite des inondations catastrophiques de 1860 que fut décidée la correction systématique du fleuve: suppression de courbes, implantation d’épis perpendiculaires au courant et construction de digues qu'il fallut surélever à plusieurs reprises. Les travaux durèrent près d'un siècle.
La plaine aujourd'hui
Une fois le Rhône endigué, l'agriculture a pu profiter pleinement de la fertilité des sols alluviaux. Des canaux de drainage ont permis de régler le niveau de la nappe phréatique. Au début et jusqu'aux années soixante, il y avait une forte proportion de prairies et de vergers de hautes tiges. Aujourd'hui, à l'exception d'une partie du Haut-Valais, toute la plaine est vouée aux cultures intensives: plantations serrées d'arbres fruitiers, champs de maïs, cultures maraîchères, production sous serres et sous tunnels en plastique. De plus, une nouvelle tendance s'affirme: le grignotement du terrain par les constructions et les voies de communication. Ainsi, sous l'aspect d'un paysage encore très vert, le fond de la vallée devient franchement hostile aux espèces sauvages. Au fait, que reste-t-il des milieux naturels de plaine? A peine 5 % de la surface totale entre Sierre et Martigny! Il s'agit essentiellement du mince cordon boisé sur les berges du Rhône, de quelques lambeaux de forêt disséminés et des derniers marais (Pouta-Fontana, Ardon, Vieux Rhône de Saxon…). Même les grands arbres, les haies et les petits bosquets ont disparu.
A partir de ces restes fragmentaires, il est bien difficile de reconstituer ce que fut un jour la végétation de plaine en Valais central. Fort heureusement, la région de Finges, en amont de Sierre, est restée relativement intacte, avec ses 7 km de Rhône à demi-sauvage, ses 100 ha de forêts riveraines feuillues et ses 30 ha de végétation pionnière sur alluvions régulièrement remaniées par les hautes eaux. Pur hasard ? Pas tout à fait: l'Illgraben, petit affluent de la rive gauche, amène lorsqu'il se déchaîne quantité de matériaux dans la vallée et tend à obstruer le Rhône à la hauteur de Loèche; le fleuve chasse ces matériaux en aval, dans le secteur de Finges, et entre dans une série de rapides; un endiguement trop serré à cet endroit ne ferait qu'accroître le risque de débordements. L'étude du Rhône sauvage de Finges a permis de mieux comprendre la végétation alluviale dans tout le canton. Cette végétation se caractérise par une évolution rapide et permanente.
Végétation pionnière des alluvions
Partons d'un schéma théorique valable pour toute la plaine entre Brigue et Martigny. Il s'agit d'une situation fictive commençant par un Rhône récemment endigué. Ne considérons pas pour le moment ce qui se trouve à l'extérieur des digues.
Les espaces de gravier du lit majeur, inondés seulement par fortes crues, ne restent pas dégarnis très longtemps: des pousses vertes apparaissent dès les premiers mois. Après quelques années, les fleurs les plus diverses et les plus colorées s'épanouissent, superbement mises en valeur par leur environnement minéral. Les endroits favorables contiennent facilement plus d'une centaine d'espèces. L'épilobe de Fleischer, l'épilobe à feuilles de romarin et l'épervière à feuilles de statice comptent parmi les plus caractéristiques. Exposés au grand soleil et très perméables, les graviers restent plutôt secs en surface. Il n'est donc pas étonnant d'y trouver toute une série de plantes de milieu aride, assez particulières au Valais: astragale esparcette, armoise champêtre, centaurée valaisanne… La présence de plantes alpines à cette altitude est par contre plus inattendue: dryade à huit pétales, saxifrage jaune, linaire alpine ou oseille à écussons. Leurs semences ont probablement été amenées par les eaux. La flore pionnière surprend par sa beauté et sa diversité. Elle n'a malheureusement qu'une existence temporaire, car après quelques années déjà apparaissent les premières pousses de saules et de peupliers, annonciatrices de la colonisation forestière. En réalité, les milieux pionniers sont devenus très rares en dehors de Finges, faute d'espace dans le lit des rivières canalisées et faute de crues importantes pour recréer de temps en temps des surfaces nues. Ce sont plus souvent les hommes et leurs machines qui, sans le vouloir, restituent les conditions nécessaires !
Bibliographie
- Philippe Werner, La Flore, Martigny, 1988
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