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Unica Zürn et Magali Herrera ont pratiqué le dessin dans la hâte et même dans l’urgence. Ce moyen d’expression les a plongées dans un état comparable « à celui que procurent les drogues hallucinogènes » comme le dit Michel Thévoz.
Lucienne Peiry analyse la production de ces deux créatrices dans son texte paru dans Les Cahiers dessinés.
« Magali Herrera (1914-1992) nous livre des visions cosmiques indéterminées. Les éléments tracés à la plume et à l’encre sont de nature végétale, minérale ou organique, souterraine ou sous-marine, et le répertoire kaléidoscopique de matières et de textures, dont l’échelle et les dimensions restent indéfinies et incertaines, montre toute la dimension mystérieuse de la production de la créatrice uruguayenne. […| Elle développe une technique de travail non préméditée, qui favorise les effets du hasard et de l’improvisation. Herrera procède dans la hâte, par à-coups, comme si une forme dessinée était générée par la précédente et appelait la naissance de la suivante, dans une répétition lancinante propice au déclenchement de visions.
Magali Herrera commence son œuvre graphique en 1967, à l’âge de cinquante-trois ans, au moment où elle vit une rupture existentielle et abandonne toutes ses activités antérieures — journalisme, danse, théâtre, radio —, pour se consacrer uniquement et obsessionnellement au dessin. La fatigue, voire l’épuisement physique qu’elle impose à son corps en réduisant ses heures de sommeil, créant presque sans trêve, jour et nuit,la plongent dans un état second, proche de la transe. […]
Ce très haut degré de dépaysement est analogue à celui que connaît sa contemporaine, Unica Zürn (1916-1970). Les investigations de la jeune Berlinoise se font aussi sur un mode introspectif et sont réalisées dans la hâte et la ferveur.
La révélation de formes cachées
Unica Zürn pratique tout d’abord l’écriture, travaillant spécifiquement l’anagramme à laquelle l’artiste surréaliste Hans Bellmer, qui deviendra son compagnon, l’a initiée dès leur rencontre en 1953. Zürn elle-même explique dans ses écrits personnels que les « […] anagrammes sont des mots et des phrases créés par le redistribution des lettres d’un mot ou d’une phrase donnée. Seules les lettres données peuvent être utilisées, il n’est pas permis de recourir à d’autres ».
De manière passionnée, Unica Zürn explore ainsi le langage, procédant à des multiples renversements et déformations des principes de la pensée rationnelle. Elle bouscule et malmène le verbe — mots, lettres, syllabes, consonances —, cherchant à en extraire des facettes occultées, insoupçonnées. La poétesse se livrera plus particulièrement et même principalement au dessin lors de ses séjours longs et répétés en milieu psychiatrique, totalement à l’écart du monde, à l’Hôpital Sainte-Anne de Paris, à partir des années 1960. Elle procède selon le principe de l’anagramme avec ses dessins à la plume, jouant avec diverses combinaisons de courbes, de spirales, de méandres, d’ondulations et de frises qu’elle envisage comme des variantes dans ses compositions graphiques. »
Extrait de l’article de Lucienne Peiry, « Dessiner pour survivre », in Les Cahiers dessinés, Paris, Le Cahier dessiné, 2015, pp. 224-229.