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Mascate à Oman, le samedi 10 septembre - La nouvelle du naufrage du ferry à Zanzibar qui se dirigeait vers l'île de Pemba s'est répandue comme une traînée de poudre à Oman. Dans les grandes demeures on s'inquiète, on téléphone, on s'enquiert des noms des disparus. Vous me direz quel lien entre le sultanat d'Oman au sud de la péninsule d'Arabie et Zanzibar au large de la côte continentale de la Tanzanie ? Le lien est historique, les arabes d'Oman ont créé leur royaume au XVIIème siècle dans cette île surnommée "Terre des noirs" -"Zinj el Barr" de l'Arabe "Zinj" qui vient de "Zang", qui veut dire Noirs en persan et "Barr" de l'arabe signifiant terre. Porte de l'Afrique de l 'Est, le destin historique de l'île est restée liée à l'histoire omanaise. « Alizés, boutres, et clous de girofles » brassent, bercent et parfument le sultanat.
En 1668, les Omanais débarquèrent en boutres toutes voiles dehors, chargées d'épices et d'encens à Zanzibar mettant fin à 150 ans de domination portugaise sur la petite île. En 1840, le Sultan Sayyid Saïd bin Sultan Al-Busaïd,séduit par la beauté de l'île y transférera la capitale Mascat d'Oman, il y restera jusqu'à sa mort. Il lança la culture des clous de girofle grâce à la traite des esclaves et portera aux nues l'essor économique de Zanzibar qui vivra-là son âge d'or. Elle restera partie intégrante d'Oman jusqu'en 1856 et sera dès lors mise sous l'autorité britannique. Depuis 1964, marquée par une révolution sanglante, elle fera partie de la Tanzanie.
Au sujet de Zanzibar, Marco Polo écrivit en 1295 : "ce peuple a un roi, des richesses, de nombreux éléphants." Toutefois Marco Polo n'aurait jamais été à Zanzibar contrairement au grand voyageur intrépide Ibn Battûta pour qui trouver une femme dans chaque port s'appliquait parfaitement et qui décrivit la ville au 14 ème siècle.
Etonnamment, ce sont les Omanais qui apprirent le Swahili, la langue de commerce de toute la côte est et jusqu'à l'intérieur du continent africain. Tanzanie, Kenya, Ouganda, Congo, les Omanais étendent leur comptoir et élargissent leur réseau commercial. Les mariages mixtes apportent la dernière touche de cet entrelacement entre les populations.
Aujourd'hui, Oman assure trois vols par semaine vers Zanzibar, à prix réduits pour les Omanais. De part et d'autre, des liens familiaux se sont tissés, Les échanges avec ces anciens comptoirs sont restés étroits. Un tel m'annonce qu'il repart à Dar-Es-Salam en Tanzanie, une telle au Rwanda et Burundi.
Affalée profondément dans un sofa aux coussins tissés d'or, les yeux encore emplis du scintillement d'un lustre de huit tonne en cristal Swarovksy de la mosquée du sultan Qâboos, j 'écoute des Omanais parler Arabe, Swahili, Anglais, Français avec en sourdine, une musique indienne qui provient de la cuisine où deux cuisinières indiennes cuisent des chapatis. Tandis que le nom de Zanzibar éveille des rêves de voyages et d'épices , les mots du marin Bâtâyi dans un long poème me reviennent : « Quand tu suis une étoile ne change plus de cap, reste au milieu du golfe claire et tu auras l'esprit calme et tranquille. Entre au pays du clou de girofle. »
Source : Zanzibar its history and its people de W.H Ingrams