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Malgré les documents envoyés par la Suisse, le Parquet russe a fermé le dossier de la société tessinoise Mabetex, soupçonnée d´avoir versé des pots-de-vin à des proches de l´ancien président Boris Eltsine. A Genève, en revanche, l´enquête continue.
«L'affaire a été close le 8 décembre pour absence de délit», précise l'enquêteur en chef russe Rouslan Tamaïev. La société Mabetex était soupçonnée d'avoir versé des millions à des proches de la famille Eltsine en contrepartie de contrats de rénovation du Kremlin.
Le Parquet de Moscou avait adressé en 1998 une commission rogatoire à la justice helvétique. Le dossier Mabetex avait éclaboussé la fin de l'ère Eltsine bien que le Kremlin ait toujours récusé ces accusations.
En été 1999, le procureur général du canton de Genève Bernard Bertossa avait ouvert une enquête pour blanchiment d'argent. Celle-ci se poursuit, précise Daniel Devaud, le juge d'instruction en charge du dossier.
Interrogé par l'ats, Behgjet Pacolli, patron de Mabetex, s'est déclaré très satisfait et soulagé par les informations venant de Moscou. "La vérité finit toujours par éclater, même tardivement", a ajouté l'entrepreneur suisse d'origine albanaise. Concernant la procédure en cours à Genève, où il a été formellement inculpé en juin dernier, il affirme avoir la "conscience tranquille".
Les investigations suisses ne portent pas seulement sur Mabetex. Une autre société tessinoise, Mercata, est dans le collimateur de la justice genevoise. Elle est aussi soupçonnée d'avoir versé des commissions à des hauts fonctionnaires russes en échange de travaux de rénovation au Kremlin.
Dans une commission rogatoire envoyée le 10 juillet dernier au procureur général russe, le juge Daniel Devaud révélait que Mercata a versé plus de 62 millions de dollars de pots-de-vin pour obtenir ces juteux contrats. L'ancien intendant du Kremlin Pavel Borodine et sa famille auraient reçu 25,6 millions de dollars.
Pour les enquêteurs genevois, les sociétés Mabetex et Mercata sont «une seule et même affaire» car un Pavel Borodine apparaît en filigrane dans ces dossiers. D'ailleurs l'homme est sous le coup d'un mandat d'amener international lancé en janvier 2000 par la justice du bout du lac.
Face aux documents fournis par la justice suisse, la décision du parquet de Moscou laisse donc perplexe. D'autant plus regrettable que cette enquête devait servir de test concernant la capacité de la justice russe à prendre ses distances vis-à-vis de l'establishment politique et à lutter contre la corruption.
Désormais il faudra voir si le dossier genevois aboutit à des condamnations ou s'il se termine en eau de boudin.
Luigino Canal