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En cette journée hautement symbolique, l’occasion est belle de parler de la place de la femme dans le sport. Tourné vers la performance physique et la volonté de vaincre, le sport repose sur des attributs très masculins et reste peut-être naturellement dominé par les hommes. L’égalité est très loin d’être atteinte; mais en regardant dans le rétroviseur, les immenses progrès accomplis durant ces dernières décennies permettent aux sportives d’envisager l’avenir avec espoir et enthousiasme.
Dans les textes, l’égalité est de mise: tous les textes fondamentaux des fédérations internationales, des comités olympiques et des autres instances sportives prônent l’interdiction de toute discrimination fondée sur le sexe. Cela peut paraître paradoxal sachant que la quasi-totalité des sports connaît une catégorie homme et une catégorie femme. Y compris les échecs! Paradoxe en apparence puisque cette discrimination permet de préserver l’égalité des chances (cf. mes précédents articles sur Lyndsey Vonn et Caster Semenya).
Si l’égalité est érigée en principe, les faits démontrent que la place réservée aux femmes dans le sport reste polie…
Lors de cette journée de “grève”, les femmes luttent principalement pour avoir une rémunération égale. Sur le plan des revenus, certains sports se distinguent et prévoient une égalité. On pense aux tournois de tennis du grand chelem; merci Billie Jean King! Avec audace, on peut du reste se demander si les joueuses de tennis ne sont pas en réalité favorisées dans la mesure où le format des matchs n’est pas le même. Mais sous réserve de rares exceptions, les faits montrent qu’il y a un fossé entre ce que peut gagner une femme par rapport à un homme. Selon la dernière étude de Forbes, une seule femme apparaît au classement des 100 sportifs les mieux payés : Serena Williams, classée 63ème avec un revenu annuel de 29.2 millions de dollars. Cela montre bien que le sport féminin intéresse peu par rapport au sport masculin et les mentalités ne sont pas prêtes de changer.
Le constat n’est pas meilleur si l’on s’intéresse à la présence des femmes dans les instances dirigeantes: les premières femmes à siéger au CIO ont été cooptées en 1981. Aujourd’hui 4 femmes siègent au Comité exécutif du CIO, ce qui représente 26.6 %. C’est beaucoup mieux que ce que l’on trouve dans les organes directionnels des fédérations internationales qui restent très masculines.
Le CIO fait donc figure de bon élève, ce qui se ressent dans l’organisation des Jeux Olympiques. Lors des derniers JO de Rio, 45% des athlètes étaient des femmes et 47.4% des épreuves olympiques étaient féminines. La parité est ainsi à portée de mains!
Si les femmes restent les parents pauvres du sport, il faut dire que l’on revient de très très loin. Reprenons l’exemple des Jeux Olympiques: en 1900 à Paris, il n’y avait que 22 femmes présentes dans deux sports, le tennis et le golf, soit 2.2 % des participants. Beaucoup mieux que quatre ans plus tard où seules six femmes avaient été dénombrées à St-Louis (Etats-Unis)! Rien d’étonnant au regard du climat de l’époque. Voilà ce que disait Coubertin de la participation des femmes aux Jeux: « les olympiades femelles, inintéressantes, inesthétiques et incorrectes ». Pour lui : « Aux Jeux olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs. »
La lutte des femmes pour se faire une place dans un monde hyper masculin donna lieu à de très belles histoires. Comme celle de Kathrine Switzer qui participa au marathon de Boston en 1967. A l’époque, les femmes n’étaient pas autorisées à faire de la course à pied sur route, de peur que cela pourrait faire tomber leur utérus. S’enregistrant sous les initiales de ses prénoms K.V. (Katherine Virginia), elle arrive à s’inscrire officiellement et à prendre part au départ de la course, avant qu’un organisateur tente en vain de l’arrêter et d’arracher son dossard. Les images de l’époque sont frappantes (cliquez ici)! Malgré un parcours semé d’embûches, Kathrine Switzer terminera le marathon mais sera ensuite disqualifiée, puis suspendue par sa fédération! Le marathon de Boston s’ouvrira officiellement aux femmes cinq ans plus tard, en 1972, et celui des Jeux Olympiques en 1984.
Le phénomène d’ouvrir toutes les compétitions aux femmes, notamment aux Jeux Olympiques, et donc récent, ce qu’on aurait presque tendance à oublier. Depuis 2012, tous les sports faisant partie du programme olympique sont ouverts aux femmes et aux hommes. Aujourd’hui, les femmes pratiquent la boxe, la lutte et le saut à ski, comme les hommes. Que chacun puisse pratiquer le sport de son choix semble bien naturel. Mais on peut s’interroger sur le sens de vouloir une égalité à tout prix. Personnellement, je vois aussi peux d’intérêt à regarder deux femmes combattre sur un ring que de voir des hommes faire de la natation synchronisée. Le corps des femmes et des hommes est différent et il faut bien tenir compte de ces spécificités.
Peut-être que l’exemple à suivre est celui donné par la gymnastique artistique: les agrès nécessitant force et résistance comme les anneaux et les barres parallèles sont réservés aux hommes, tandis que les agrès impliquant agilité et souplesse, comme la poutre, sont réservés aux femmes. Au final, chacun y trouve son compte.