Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06887.jsonl.gz/1129

Lumière sur une artiste
Marie Bagi vous présente,
Paula Rego
"Artiste plasticienne"
Née le 26 janvier 1935 à Lisbonne, Portugal ; artiste à la renommée internationale.
Je n’ai malheureusement pas encore eu la chance de la rencontrer personnellement mais j’ai eu l’honneur de (re)découvrir son travail au travers d’une exposition qui lui était consacrée à la Fondation Serralves, à Porto : « Paula Rego : o grito da imaginação» du 25 octobre 2019 au 29 mars 2020.
Entre 1945 et 1951, Paula Rego étudie à la St Julian’s Anglican School à Carcavelos, Portugal. En 1952, elle décide de se rendre à Londres pour étudier à la Slade School of Fine Art. En 1958, elle reçoit une bourse d’étude d’un an par la Fondation Calouste Gulbenkian, à Lisbonne et retourne alors à Londres pour
continuer ses études. Elle sera la seule femme à faire partie du « The London Group » - école fondée en 1913 par 32 membres pour lutter contre le conservatisme de la Royal Academy. Elle fait notamment la connaissance de Francis Bacon, de Lucian Freud, de David Hockey et de son futur mari, Victor Willing (1928-1988) – épousé en 1959. Dans les années 1960, ils s’installent au Portugal, à Ericeira, non loin de Lisbonne, avec leur trois enfants. Jusqu’à la fin des années 1970, elle voyage régulièrement entre le Portugal et l’Angleterre. Elle vit et travaille actuellement à Londres.
Dans les années 1960, alors qu’elle vit au Portugal, dirigé par le dictateur António de Oliveira Salazar (1889-1970), son art est censuré. La reconnaissance de son art s’accroît seulement à partir des années 1980. En 1983, elle devient professeure invitée à la Slade School of Fine Art de Londres. En 1990, elle est la première artiste associée à la National Gallery de Londres. En 1992, elle a reçu le titre de Doctor Honoris Causa de diverses universités. La présidence de la République portugaise lui confère la Grand-Croix de l’Ordre militaire de Sant’Iago de l’Epée le 13 octobre 2004 et, en 2009, le gouvernement portugais lui attribue la médaille du mérite culturel. Diverses retrospectives lui ont été consacrées - parmi celle que je vous présente aujourd’hui - et a participé à de nombreuses expositions en groupe. Toujours en 2009, un musée lui est consacré, la « Casa da Histórias Paula Rego » et inaugurée à Cascais, à côté de Lisbonne ; projet de l’architecte Eduardo Souto de Moura (né en 1952 à Porto, Portugal). Elle regroupe une collection massive de peintures, de dessins et de gravures qui marquent les six décennies de son parcours artistique.
En ce qui concerne son art, dans les années 1950, à la Slade School of Fine Art de Londres, Paula Rego peint d’un style naturaliste et naïf. Elle découvre l’artiste Jean Dubuffet (1901-1985) et l’art brut qui la bouleversent ; son style devient plus libre et plus intuitif. Entre réalité de la vie quotidienne et fiction, elle allie cruauté et douceur avec des principes et des tabous. La source de ces histoires provient de souvenirs d’enfance entre-mêlés à la littérature de Charlotte Brönte (1816-1855), de Franz Kafka (1883-1924) et de José Maria de Eça de Queiros (1845-1900). Influencée par des histoires narrées prenant place dans l’espace domestique et public, Paula Rego alimente ses toiles d’histoires populaires et ses infinies variations. Dans les années 1960, elle s’oriente vers la peinture à l’huile mais aussi vers le découpage et le collage. Ses compositions se réfèrent à des dimensions surréalistes et d’abstraction violente faisant allusion aux dictatures portugaise et espagnole. Une impulsion proche du surréalisme incluant des créatures déformées et dérangeantes. Des fragments dans la composition seront alors visibles vingt ans plus tard.
Concernant l’exposition de la Villa Serralves, elle est entièrement consacrée à sa production des années 1980. Durant cette décennie, l’artiste utilise exclusivement de l’acrylique et de la gouache pour ses toiles et ses sujets tournent autour de la littérature enfantine et des bandes-dessinées. Elle explore ainsi l’imaginaire de Jean de la Fontaine (1621-1695), Lewis Carrol (1832-1898), Hans Christian Andersen (1805-1875) et Esope (VIIe-VIe siècle av. J-C) comme par exemple, la figure du lapin reprit dans certaines de ses toiles – vous pouvez le voir au travers des tableaux mis en annexe. Elle conçoit ses figures de manière plus claire et définie dans l’espace de la toile comme sorties d’une réalité. La couleur et le mouvement sont deux éléments qui ressortent également et se mêlent aux figures environnantes. Parfois, nous pouvons remarquer que l’animal dépeint s’anime d’un comportement humain. Au milieu des années 1980, l’artiste retourne vers une composition plus naturaliste représentant le corps humain et des tons plus sombres. Nous pouvons également, le constater dans les tableaux mis en annexe. En 1988, Paula Rego perd son mari et retourne vers une observation directe en évaluant la persepective. Les compositions gagnent en densité et en volume. Elle réalise alors des mises en scènes élaborées. Des modèles humains apparaissent dans un imaginaire physique tridimensionnel. Tout est pensé, tout a sa place. A partir des années 1990, le pastel devient une technique importante dans la production de l’artiste. Nous avons la sensation qu’elle sculpte les corps avec un geste rapide et bien défini. Les personnages sont presque tous humains. Puis elle va se concentrer sur la figure féminine. Elle confesse alors être proche du féminisme. Elle peint la femme sous toutes ses formes ; du stéréotype à la compassion, en peinture et en gravure – voir annexe.
L’art de Paula Rego réaffirme les questions du quotidiens, discute le rôle de la femme dans les sociétés contemporaines ainsi que l’aspiration fondamentale de l’être humain.
Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie
Publié le 16 mai 2020