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Au cours de leur longue lutte contre l'administration chinoise, les Tibétains ont souvent saisi la moindre occasion pour rester optimistes. Pour certains, le changement à la tête du régime à Pékin offre un regain d'espoir.
L'ascension du vice-président chinois Xi Jinping, appelé selon toute vraisemblance à devenir le numéro un du régime dans quelques semaines, a provoqué d'intenses spéculations sur un possible changement de politique concernant le Tibet, qui fut la cible d'une répression militaire en 2008.
L'un des indices d'un éventuel infléchissement de la position de Pékin réside dans le fait que le père de Xi, Xi Zhongxun, a rencontré le dalaï lama à Pékin au début des années 1950, avant la fuite du chef spirituel des Tibétains à la suite de l'échec d'un soulèvement antichinois.
Xi père, à l'époque cadre du régime, est ensuite devenu un vice Premier ministre libéral connu pour être bien disposé à l'égard des minorités, et les Tibétains en exil et les analystes suggèrent qu'il pourrait avoir transmis à son fils cette attitude bienveillante.
"Son père connaissait le Tibet et avait des liens avec le dalaï lama", confirme le Premier ministre du gouvernement tibétain en exil, Lobsang Sangay, basé dans la ville indienne de Dharamsala (nord).
"Reste à savoir si son fils peut être comme son père", glisse-t-il toutefois, interrogé par l'AFP. "Les Tibétains sont toujours plein d'espoir".
Stratégie à redéfinir
Lobsang Sangay préside depuis mardi une assemblée des représentants des Tibétains en exil dans le monde entier pour redéfinir leur stratégie face à Pékin après la recrudescence d'immolations de membres de leur communauté et dans la perspective des changements politiques.
Les observateurs relèvent que les véritables inclinaisons politiques de Xi Jinping sont peu connues, même s'il a relayé l'habituel mépris de Pékin à l'égard du dalaï lama et a dit souhaiter "écraser" toute tentative visant à déstabiliser le Tibet.
"Son père a effectivement rencontré le dalaï lama lorsque ce dernier était à Pékin en 1954", souligne Barry Sautman, un expert du Tibet à l'université de Science et Technologie de Hong Kong.
"Il est possible que Xi Jinping montre davantage d'intérêt pour le Tibet en raison de son antécédent familial mais fonder ses espoirs (sur cet élément) est une lecture hasardeuse", met-il en garde.
Sarah Mc Dowall, une experte de la Chine au sein du groupe de recherche IHS à Londres, appelle également à prendre avec prudence les prédictions selon lesquelles Xi pourrait entendre l'appel à une plus grande autonomie du Tibet.
Assouplissement improbable
"Un assouplissement de la politique chinoise est très improbable", juge-t-elle. "La situation sécuritaire est toujours instable depuis (les violences de) 2008, et les immolations ont incité à maintenir une politique radicale".
"Pour tout nouveau dirigeant tentant de consolider la base de son pouvoir, le temps serait mal choisi pour donner l'impression d'être faible sur un sujet d'intégrité nationale", décrypte Sarah Mc Dowall.
Selon les analystes, chaque nouveau cas d'immolation par le feu alimente un cercle vicieux: la Chine accentue ses mesures de répression tandis que le désespoir et la colère des Tibétains s'aggravent.
"Aussi longtemps que durera le problème des immolations, la politique à l'égard du Tibet restera radicale", estime de son côté Nathan Hill, un expert de cette région à l'Ecole des études orientales et africaines (SOAS) de Londres.
"Certains responsables en Chine le comprennent mais ils font attention à leur carrière et ils ne sont généralement jamais blâmés lorsqu'ils prennent des mesures encore plus drastiques", assure-t-il à l'AFP.
En dépit de tous ces avertissements, de nombreux Tibétains persistent à penser que le changement à la tête du régime chinois est leur plus grand - et peut-être le seul - espoir depuis la fuite du dalaï lama en Inde, en 1959.