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Des hommes et des caméras, une relation complexe : regard anthropologique sur la relation réalisateurs-protagonistes à travers cinq films documentaires récents
Mémoire de diplôme universitaire : Université de Neuchâtel, 2006.
Mon travail interroge la nature et les enjeux du rapport particulier qui se crée entre un réalisateur documentariste et les personnes qu’il cherche à filmer, au regard de l’analyse des histoires de cinq films documentaires récents. Le cinéma documentaire se fonde sur une rencontre ambiguë et complexe entre des individus – un réalisateur et son équipe d’une part, et des sujets... MoreAdd to personal list
- Résumé
- Mon travail interroge la nature et les enjeux du rapport particulier qui se crée entre un réalisateur documentariste et les personnes qu’il cherche à filmer, au regard de l’analyse des histoires de cinq films documentaires récents. Le cinéma documentaire se fonde sur une rencontre ambiguë et complexe entre des individus – un réalisateur et son équipe d’une part, et des sujets filmés d’autre part – qui occupent des places et rôles particuliers et qui doivent se mettre en confiance, négocier, collaborer et interagir. Il s’agit d’une expérience physique et concrète d’observation et d’interaction – médiatisée par des objets techniques et des conventions de langage filmique – entre des individus. Et l’ambiguïté de cette relation réside surtout dans la nature de l’engagement qui lie le réalisateur à la personne filmée : contrairement au cinéma de fiction, l’engagement se base dans le cinéma documentaire, sur un contrat souvent implicite et tacite. Il ne s’agit pas d’un contrat au sens commercial du terme, car, la plupart du temps, les personnes ne sont pas payées et ne s’engagent pas par écrit. De quelle nature est alors l’engagement liant les diverses partie en jeu ? Comment le réalisateur se positionne-t-il face aux sujets et comment conçoit-il les places de ceux-ci ? Comment les personnes filmées conçoivent-elles leur place et leur participation au film ? Des questions qui se posent autant durant le tournage, qu’après, au moment de la diffusion du film. Les diverses questions que ce rapport soulève seront éclairées, tout du moins en partie et avec certaines limites, d’une part par les réflexions développées par l’ethnologie concernant les conditions de production du savoir, soit la relation aux sujets étudiés, les expériences de terrain et l’éthique professionnelle, et d’autre part par les questions abordées par des auteurs relevant du cinéma documentaire en général, et du cinéma ethnographique en particulier. Précisément, je me suis intéressée à l’histoire de cette relation dans cinq films documentaires – divers autant dans leur forme, leur sujet que dans la démarche de leur réalisateur – qui ont pour premiers points communs de se centrer sur une personne ou seulement quelques-unes, d’avoir été réalisés en Suisse, relativement récemment (entre 2001 et 2003) et par des documentaristes suisses romands. Il s’agit de 117 Police Secours de Raphaël Sibilla (2001), La Parade de Lionel Baier (2002), Remue-Ménage de Fernand Melgar (2002), Maïs imBundeshuss de Jean-Stéphane Bron (2003) et Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs d'Ursula Meier (2002). Ce ne sont ni des films destinés à un public spécialisé, ni des films pouvant se définir d’ethnographiques ou liés à l’anthropologie visuelle. Alors, mon travail se veut ethnologique de par le regard porté sur ce corpus de films et de par les questions que je soulève concernant la pratique documentaire, en partant de ces cas particuliers. Mon travail s’axe sur les évolutions constatées de la conception de la relation entre filmeurs et filmés – et par là de l’idée du cinéma documentaire en général – et analyse les diverses dimensions du rapport. Aussi, certaines tendances actuelles propres à la pratique documentaire semblent très similaires à celles observées en anthropologie. Et, en définitive, des questions concernant l’éthique paraissent inévitables aujourd’hui autant pour les réalisateurs que pour les ethnologues, notamment à propos de la nature du consentement des sujets, des conséquences de leur participation et de la responsabilité du chercheur/documentariste vis-à-vis de ceux-ci.. Surtout, dans le contexte de médiatisation de notre société et de proximité des sujets filmés, ces questions deviennent plus aigues et manifestes. Il est urgent de s’interroger sur cette relation, parce qu’elle tend à devenir une forme de relation courante dans notre société qui marque une prolifération toujours plus conséquente des médias : se faire filmer et voir son image diffusée sur les médias sont des situations loin d’être exceptionnelles aujourd’hui.