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Sthira-sukham āsanam
YS II.46
« Āsana : être fermement établi dans un espace heureux »
(selon la traduction de Gérard Blitz)
Avoir un ancrage solide permet d’être léger dans d’autres aspects.
Oser être légère, oser prendre sa place, oser respirer dans un « espace heureux ».
Le Sām̟khya est l’un des six darśanas ou systèmes philosophiques indiens orthodoxes. Orthodoxe signifiant en l’occurrence « qui reconnaît l’autorité des Vedas », et donc accepté par le brahmanisme. Les darśanas brahmaniques peuvent être décrits comme des visions du monde systématisées, qui cherchent à interpréter l’expérience humaine, avec une fin sotériologique, leur but est en effet de délivrer l’homme de la souffrance existentielle. Le nom Sām̟khya a été interprété de différentes manières, le sens d’ « énumération » est parfois retenu, Eliade pense que « discrimination » serait plus adapté, le but principal de cette philosophie étant de distinguer radicalement la conscience puruṣa, de la matérialité prakṛti. Selon ce système, la souffrance cessera lorsque les individus seront capables de discerner cette dualité.
Selon ce système, l’univers est composé de deux éléments, puruṣa et prakṛti, réels et éternellement existants. Puruṣa est conscience pure, c’est un témoin sākṣitam, passif et isolé kaivalya. Prakṛti est active et initialement non-manifestée (également nommée mūlaprakṛti dans cet état non-manifesté avyakta). Elle contient trois modalités guṇas : sattvas principe d’intelligibilité, rajas principe d’activation, et tamas processus d’inertie. Ces modalités sont en équilibre jusqu’à ce que prakṛti soit influencée par puruṣa, après quoi le déséquilibre et l’influence réciproque des guṇas causent la transformation de prakṛti qui devient manifestée vyakta. Les guṇas sont distribués de façon variable dans les manifestations émergentes, connues comme les 25 entités, tattvas. Bien qu’il puisse paraître que ce soit puruṣa qui initie la transformation des processus constitutifs guṇas, c’est uniquement sa proximité d’avec prakṛti qui met en mouvement le processus de sa manifestation.
Délivrance
59. « Comme une danseuse s’arrête de danser après s’être montrée sur la scène, ainsi la Nature s’arrête après s’être manifestée à l’Esprit. »
La seule façon de combattre la souffrance est de quitter le cycle de transmigration saṁsāra pour toujours. C’est la libération de puruṣa appelé communément isolement kaivalya dans le Sām̟khya. Cette libération arrive lorsque le lien entre prakṛti et puruṣa est défait. Ce lien était initialement produit par la curiosité de l’esprit, et est extrêmement fort car l’ego identifie le soi avec son état empirique : le corps et les organes, incluant le matériel psychique. Bien que puruṣa n’est pas lié par une force externe, c’est un observateur enchanté, qui ne peut détacher ses yeux de la performance de la création. Comme toute connaissance est réalisée par l’intellect pour l’âme, c’est aussi l’intellect qui peut reconnaître la distinction entre prakṛti et puruṣa. Mais en premier lieu l’ego doit être neutralisé, et ceci est réalisé par un genre spécial de pratique de méditation. Pas à pas, en commençant pas le plus inférieur des tattvas, les éléments matériels, et en atteignant graduellement l’intellect lui-même, l’adepte du Sām̟khya doit pratiquer de la façon suivante : « cet élément n’est pas moi ; il n’est pas mien ; je ne suis pas cela ». Lorsque ceci a été complètement intériorisé, en lien avec toutes les formes de prakṛti, alors s’élève le savoir absolument pur de la solitude métaphysique de puruṣa : il est seul kevala, sans matière externe lui appartenant.
Puruṣa est délivré, pour toujours. Bien que puruṣa et prakṛti soient physiquement autant en contact qu’auparavant, il n’y a plus de motivation pour un nouveau début : puruṣa a expérimenté tout ce qu’il voulait.
- Īśvarakṛṣṇa [Esnoul Anne-Marie (trad. et ann.)] : Les strophes de Sāṃkhya (Sāṃkhya-Kārikā) – Avec le commentaire de Gauḍapāda / Paris, Société d’édition « Les belles lettres », 1964.
« Notre expiration est celle de l’univers entier.
Notre inspiration est celle
de l’univers entier.
À chaque instant, nous réalisons ainsi la grande œuvre illimitée.
Avoir cet esprit-là, c’est faire disparaître tout malheur et engendrer
le bonheur absolu ».