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Née en 1880 à Zurich, Rosa Bollag est issue d’une famille de commerçants de céréales appauvrie. Elle en devint indépendante très jeune, s’étant fait embaucher comme représentante d’une bijouterie zurichoise. D’une grande intelligence, méthodique et persévérante, ayant le sens des affaires et l’éloquence puissante, elle était appréciée par ses employeurs. Son emploi lui assurait assez d’autonomie financière pour qu’elle pût mettre ses capacités au service de la lutte contre l’injustice et les discriminations, dont les femmes de couche populaire avaient particulièrement à souffrir. Séduite dans un premier temps par l’anarchisme, elle finit par se tourner vers les socialistes et adhéra en 1912 à leur parti. Notons en passant que les femmes étaient admises au Parti socialiste suisse dès sa fondation, alors que ce n’était pas encore le cas des partis bourgeois.
Rosa s’engagea dans la lutte des classes avec des actions concrètes, qui lui firent gagner l’estime de ses camarades masculins. Tout en prenant soin de ne pas trop les brusquer, elle saisit chaque occasion pour leur faire comprendre qu’il n’était pas cohérent de vouloir libérer les travailleurs du joug de capitalisme sans se soucier d’instaurer l’égalité totale entre les membres du groupe. Elle déclara que, les femmes étant encore privées de droits civiques, il est urgent que militantes et militants socialistes s’engagent ensemble en faveur du droit de vote des femmes. Ses interventions lui valurent l’amitié profonde de plusieurs militantes combatives du parti: Rosa Grimm, Angelika Balabanoff, Agnès Robmann, Marie Walter-Hüni. Ces femmes menaient campagne pour rendre leurs camarades hommes conscients de ces enjeux, et encourageaient en même temps les militantes à suivre leur exemple et briguer des postes décisionnels au sein du parti.
Droit de vote des femmes
Le travail de propagande mené par Rosa Bollag-Bloch et ses amies aboutit à ce que le droit de vote et l’éligibilité des femmes figure sur la liste des revendications établie par le Comité d’Action d’Olten qui prépare la grève générale de 1918. Rosa Bollag-Bloch en fut membre fondateur et elle y siégea comme unique femme parmi une demi-douzaine d’hommes. Mais au bout d’un mois elle fut remplacée par Fritz Platten, député au Grand Conseil de Zurich et conseiller national PS.
Comment expliquer la répudiation de la militante qui avait à son actif la direction de la révolte des femmes zurichoises contre la vie chère en juin 1918? Rosa Bollag-Bloch était-elle, aux yeux de ses camarades, une jusqu’au-boutiste, une extrémiste trop hostile au compromis? S’il est vrai que la revendication de l’octroi du droit de vote des femmes ne fut pas satisfaite, le PSS commença cependant à étudier la question et à prendre au sérieux la revendication Pain, argent et suffrage féminin ; il créa la Commission féminine du parti, présidée par Rosa Bollag-Bloch.
Cette dernière ne fut pas seulement une oratrice hors pair, mais aussi une propagandiste à la plume très alerte au magazine Die Vorkämpferin (La Pionnière). Cet «organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers et les ménages» était un mensuel fondé en 1906 par Margareth Faas-Hardegger. La publication ne se limitait pas à traiter de la situation des femmes sur les lieux de travail, mais elle dénonçait aussi l’oppression patriarcale subie au foyer et abordait des questions de sexualité et de contraception. Impressionnée par les talents de Rosa, Margareth Faas s’assura de sa collaboration régulière et lui confia plus tard la rédaction. Jusqu’à la disparition du titre en 1920, Rosa y publia des articles remarquables pour le contenu et pour la forme. L’existence de ce mensuel joua un rôle d’autant plus important que les femmes ne disposaient alors pas d’organisation syndicale globale.
Rosa devient communiste
Militante à facettes multiples, Rosa aida son mari Siegfried Bloch à enrichir son fond de documentation sur les luttes sociales (aujourd’hui Archives sociales suisses), qu’il dirigeait depuis 1909. Quand, en 1920, intervint la scission du parti socialiste, Rosa n’hésita pas un seul moment à choisir son camp et adhéra au groupe qui fonda en 1921 le Parti communiste suisse. Elle fut élue au comité central du PCS, tandis que son mari suivait l’aile sociale-démocrate.
En 1922, à 42 ans, Rosa Bollag-Bloch subit une opération de goitre, qui se solda par le décès de la patiente. Son mari reprocha aux soignants de ne pas avoir fait tout le possible pour la sortir vivante du bloc opératoire et alla jusqu’à insinuer que l’échec de l’intervention était programmé pour se débarrasser d’une militante gênante. Quoi qu’il en soit, son soupçon traduisait la violence de la lutte des classes en Suisse à cette époque-là.