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Joseph Nicéphore Niépce, un homme de son temps
Joseph Niépce naît à Chalon-sur-Saône en 1765 de parents notables et propriétaires de domaines. Destiné à la prêtrise, il préfère en 1789 entrer à la garde nationale. Suite à des ennuis de santé il quitte l’armée en 1794 et loge à Nice chez la famille Romero dont il épouse la fille Agnès le 4 août. Leur fils Isidore naît le 4 avril 1795 suivi de deux autres enfants décédés en bas âge.
Joseph prend le surnom de Nicéphore vers 1800 en mémoire de Saint Nicéphore, patriarche de Constantinople, qui prit position contre les iconoclastes en 787 au concile de Nicée.
Claude et Nicéphore gèrent les biens familiaux dès la mort de leur mère en 1804. Ils partagent la passion de la recherche et de l’invention, tout à fait dans l’air du temps et mettent au point un moteur à combustion interne, le Pyréolophore (brevet en 1807). Nicéphore commence aussi à se passionner pour les images qu’il obtient à l’aide de la camera obscura.
Le blocus décrété par Napoléon en 1806 cause la pénurie de l’indigo, colorant bleu utilisé pour le tissu des uniformes de l’armée. Le gouvernement lance un concours pour développer la culture du pastel, les frères Niépce s’y intéressent en 1811.
Dès 1816, Claude se rend à Paris puis en Angleterre pour développer le Pyréolophore. Il est rapidement confronté à des problèmes financiers que tente de résoudre son frère au détriment de ses propres recherches.
Nicéphore apporte des perfectionnements au vélocipède en 1818, dont la selle réglable. Il s’intéresse encore à l’Asclépias de Syrie, plante dont il est parvenu à extraire de la tige une fibre proche du coton.
En 1827, Nicéphore rejoint à Londres son frère très atteint dans sa santé et l’ayant complètement trompé sur l’état de ses travaux. Pour trouver du financement, il tente de vendre son invention en Angleterre et rédige une notice en novembre 1827 ; il a des contacts avec Wollatson, inventeur de la camera lucida, et Sir Humphrey Davy, président de la Royal Society. Claude décède le 5 février 1828. De retour en France, Nicéphore, âgé de 63 ans, décide de reprendre ses expériences sur l’image, bientôt en collaboration avec Daguerre jusqu’à son décès subit en 1833.
Joseph Nicéphore Niépce et l’invention de la photographie
Joseph Nicéphore Niépce a entretenu avec son frère Claude dès son départ en 1816 une correspondance suivie et c’est grâce à cet échange épistolaire que nous avons connaissance de ses travaux.
Nicéphore s’intéresse tout d’abord à la lithographie et procède à de nombreux essais. En 1816, il obtient une image négative sur une feuille de papier enduite de chlorure d’argent, sans parvenir à la fixer. Il donne le nom de « rétine » à ces négatifs.
Après diverses tentatives, il découvre que le bitume de Judée, sorte de goudron naturel, a la propriété de durcir à la lumière; en exposant un dessin translucide sur une plaque enduite de cette substance, il en obtient une image négative. Il baptise ce procédé
« héliographie » (écriture par le soleil). Dès 1822, il fera graver plusieurs plaques sur des pierres lithographiques puis sur cuivre et étain afin d’en tirer des épreuves positives sur papier.
Nicéphore expose des plaques semblables dans une camera obscura et réussit ainsi à obtenir ses premiers « points de vue ».
« J’ai la satisfaction de pouvoir t’annoncer enfin, qu’à l’aide du perfectionnement de mes procédés je suis parvenu à obtenir un point de vue tel que je pouvais le désirer (…) . Ce point de vue a été pris de ta chambre du côté du Gras ; et je me suis servi à cet effet de ma plus grande C(ambre) O(bscure) et de ma plus grande pierre. L’image des objets s’y trouve représentée avec une netteté, une fidélité étonnantes, jusqu’à ses moindres détails, et avec leurs nuances les plus délicates. »
Lettre à Claude du 16 septembre 1824
Début 1828, Nicéphore , encouragé par le graveur Lemaître, l’opticien Chevalier et le peintre Daguerre, décide de reprendre ses travaux.
« Et ce fut, en effet, vers 1828 que Nicéphore Niépce, renonçant, comme il le dit lui-même dans une lettre à M. Lemaître, à la reproduction des gravures, se livra plus spécialement à celle des points de vue pris à la chambre obscure, et, se servant de doublé d’argent, (…) il substitua à ses essais sur le bitume de Judée, des essais sur les oxydes d’argent. »
Bulletin de la Société française de photographie, 1856, t. 2, p. 69.
La collaboration de Niépce et Daguerre
Dès juin 1825, Nicéphore Niépce est en contact avec les opticiens parisiens Chevalier qui lui vendent à diverses reprises des optiques pour camera obscura.
Les Chevalier ont pour client régulier Louis-Jacques-Mandé Daguerre, peintre et décorateur de théâtre, qui utilise la camera obscura pour ses travaux. Ils évoquent en 1826 les expériences que mène Niépce, Daguerre lui écrit aussitôt. Nicéphore se montre plutôt réservé et ce n’est qu’à la fin de l’été 1827 qu’ils se rencontrent à Paris au Diorama; Daguerre travaille alors sur la phosphorescence et obtient des images qu’il ne parvient pas à fixer.
En 1829, Nicéphore procède à divers essais visant à rendre positives à l’aide de vapeurs d’iode ses plaques négatives sensibilisées au bitume de Judée, En automne de la même année, il propose une association à Daguerre qui se rend à Chalon en décembre, pour la signature de ce contrat (aujourd’hui conservé au Museo de la Plata au Brésil) suivi de l’échange des données de leur procédé respectif. C’est à cette fin que Niépce a rédigé sa Notice sur l’héliographie (novembre 1829).
« La découverte que j’ai faite et que je désigne sous le nom d’héliographie, consiste à reproduire spontanément, par l’action de la lumière, avec les dégradations de teintes du noir au blanc, les images reçues dans la chambre obscure. »
Introduction de la Notice sur l’héliographie (novembre 1829)
Niépce et Daguerre vont échanger de janvier 1830 à juillet 1833 une correspondance suivie dont seules les lettres de Daguerre sont conservées (Académie des Sciences de Russie), celles de Niépce ayant peut-être brûlé dans l’incendie du Diorama.
Daguerre se rend à Saint-Loup de Varennes en août 1830 avec sa chambre noire, les deux hommes font alors des essais avec diverses résines d’arbres suite aux études de Sénebier sur leur photosensibilité, telle la résine de gaïac. En juin 1832, Daguerre revient à Chalon. Les deux associés travaillent sur un nouveau procédé qu’ils appellent « physautotype » (image de la nature par elle-même) dont le composé de base est l’essence de lavande. Daguerre fait encore un bref séjour à Chalon en novembre 1832, il ne reverra pas Niépce qui décède brusquement le 5 juillet 1833.