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L’économie de guerre en Suisse lors de la 2ème guerre mondiale
L’organisation économique pour le temps de guerre avait été mise au point minutieusement avant le conflit par le conseiller fédéral Obrecht. Il fallait compter avec des importations fortement réduites, envisager même leur interruption. Or, en temps de paix, la Suisse importait près d’un tiers de sa nourriture, les ¾ sont du blé notamment, tout son charbon, sa benzine, ses métaux…
Le Conseil fédéral sut conduire ses négociations avec les pays belligérants de manière à sauvegarder une partie du trafic international. La Confédération acquit même une flotte de haute mer d’une vingtaine de navires. D’autre part, le pays fut soumis à un rationnement strict. Enfin, on demanda aux agriculteurs un effort extraordinaire : le Plan Wahlen devait permettre à la Suisse de se nourrir de son propre sol.
Il s’agissait de réduire les prairies à l’avantage des cultures et d’utiliser tous les terrains disponibles des parcs publics, des terrains de sport furent convertis en champs, des marais asséchés, des forêts défrichées. Grâce à l’effort remarquable des paysans suisses, la surface cultivée passa de 209’000 à 355’000 hectares. Malgré le rationnement, la Suisse n’eut pas faim.
L’industrie s’ingénia à maintenir ses usines ouvertes en dépit de la pénurie de charbon et de matières premières. Des chantiers ouverts par la Confédération occupèrent les sans-travail, relativement peu nombreux.
Cohésion et solidarité
Face au danger et aux difficultés économiques, la cohésion du peuple suisse se marqua par une solidarité plus étroite.
On fit face aux dépenses extraordinaires par un impôt de défense nationale et par un sacrifice de guerre prélevé sur les fortunes.
La pénurie de nombreux produits alimentaires de première nécessité aurait pu provoquer une hausse des prix catastrophique pour les personnes de condition modeste. La Confédération institua un contrôle des prix : les loyers, par exemple, furent bloqués à leur niveau d’avant-guerre. Des subventions permirent de maintenir très bas le prix du pain et celui du lait.
Dès 1939, le Conseil fédéral avait créé les « caisses de compensation » assurant à tous les soldats une indemnité leur permettant d’entretenir leur famille durant les périodes de mobilisation. Ces caisses, organisées par des professionnels, étaient alimentées par des cotisations des employeurs et des employés proportionnelles aux salaires : elles assurent aujourd’hui le fonctionnement de l’assurance-vieillesse et survivants (AVS).
Il permet de régler le rapport entre l’offre et la demande et assurer les besoins prioritaires, en évitant une hausse des prix socialement indésirable. Sa forme la plus connue est la répartition égale de denrées alimentaires en temps de guerre, au moyen de bons (cartes ou tickets de ravitaillement). Il ne s’agit pas d’une distribution gratuite ; les bons autorisent un achat, sans dispenser du paiement.
Le sucre, les légumineuses, plusieurs produits à base de céréales, la graisse et l’huile furent mis sous embargo le 29 août 1939, puis rationnés dès le 30 octobre. On introduisit en mai 1941 deux jours sans viande par semaine, en décembre 1941 le rationnement des œufs, en mars 1942 celui de la viande, en novembre 1942 celui du lait (déjà contingenté dès juillet 1941). Depuis juillet 1942, les travailleurs de force eurent droit à des portions plus généreuses. Le rationnement d’un produit pouvait être temporairement assoupli ou levé, en fonction de sa disponibilité. On procédait de manière différenciée ; ainsi pour le pain: avant de le rationner (octobre 1942), on interdit de le vendre frais (juillet 1940); dès mai 1943, on y mêla de la farine de pomme de terre dans les périodes de grave pénurie. Le rationnement et la gestion des réserves furent abolis par étapes entre le printemps 1945 et juillet 1948. Pour les matières premières, le pilotage de la production joua un plus grand rôle que le rationnement ; tous deux incombaient à des organismes para-étatiques, sous la surveillance de l’Office de guerre pour l’industrie et le travail. Les cantons disposaient d’un office de l’économie de guerre chargé d’appliquer les mesures de rationnement.
Le 1er novembre 1939, l’interdiction d’achat et de vente a été remplacée par le rationnement général. Tous les consommateurs reçurent, par l’intermédiaire des Offices communaux, des cartes personnelles de rationnement provenant de l’office cantonal. Afin de permettre un contrôle des personnes ayant droit aux cartes de rationnement, des instructions précises ont été données aux communes pour la création de cartes d’identité officielles, de cartothèques, etc. Les ménages collectifs (c’est-à-dire les hôtels, restaurants, pensions, hôpitaux, etc.), ainsi que les entreprises de transformation de la branche alimentaire (boulangeries, boucheries, fabriques de pâtes alimentaires, etc.) furent l’objet d’une réglementation spéciale. On a prévu, pour ces établissements, la possibilité de se procurer les marchandises rationnées dont elles avaient besoin, sous forme de contingents ; on prit pour base leurs approvisionnements de l’année précédente. Les ménages collectifs pouvaient se procurer ces marchandises au moyen de coupons spéciaux, les coupons de grandes rations, alors que les entreprises de transformation n’avaient pas besoin de titres de rationnement, mais étaient liées à leurs anciens fournisseurs qui leur livraient le contingent auquel elles avaient droit. Deux systèmes existaient donc parallèlement : l’un sur la base de titres de rationnement — carte personnelle de denrées alimentaires pour toutes les personnes physiques et coupons de grandes rations pour les ménages collectifs — et l’autre sur la base de contingents fixés mensuellement pour les entreprises de transformation, selon leurs approvisionnements de l’année précédente. Ce parallélisme dans le système de rationnement a été suspendu le 1er février 1940 et les entreprises de transformation ont été intégrées, à partir de cette date, dans le cercle de rationnement. Depuis lors, ces entreprises sont soumises à la réglementation telle qu’elle avait été en usage jusque-là pour les ménages collectifs, c’est-à-dire que, comme ces derniers, elles ne peuvent plus obtenir leurs marchandises rationnées qu’au moyen de coupons de grandes rations, ce qui, par contre, leur donne la possibilité de faire leurs achats chez n’importe quel fournisseur. Les coupons des cartes personnelles, ainsi que les coupons de grandes rations, ont une durée de validité limitée à un mois. Afin de ne pas obliger les négociants qui reçoivent de leurs clients ces coupons à validité limitée de les remettre à leur tour à leurs fournisseurs au fur et à mesure qu’ils les reçoivent, ils ont la possibilité de ne les leur remettre que lorsqu’ils ont réellement besoin de marchandises. En d’autres termes, pour qu’ils puissent faire leurs achats en gros comme par le passé ils ont la faculté d’échanger ces coupons, collés sur des feuilles de contrôle, pendant le mois de leur validité et au plus tard jusqu’à la fin du mois suivant, contre des coupons pour fournisseurs. Ces coupons pour fournisseurs sont d’une validité illimitée.
L’une des premières tâches qui incomba à ces Offices fut celle de procéder à une enquête pour établir le nombre des personnes peu aisées ou nécessiteuses en vue de la distribution des cartes bleues donnant droit à l’achat de certaines quantités de denrées pour constituer des réserves de denrées alimentaires, réserves qui devaient être suffisantes pour couvrir les besoins de deux mois au moins. Afin que la population peu aisée pût se procurer ces denrées pendant la durée de l’interdiction d’achat et de vente, la carte bleue tut envoyée aux communes pour être distribuée aux ayants droit. Cette carte devait, en quelque sorte, remplacer les réserves que ces personnes n’avaient pu constituer faute d’argent, et donnait le droit d’acheter les quantités suivantes, par personne, pendant l’interdiction :
2 kg. de sucre, 700 gr. de riz, 2 kg de pâtes alimentaires, 250 gr. de légumineuses, 750 gr. d’avoine ou d’orge, 2 kg. de farine, 750 gr. de graisse alimentaire, 1 litre d’huile comestible.
Environ 80,000 cartes bleues ont étés envoyées aux communes.
En novembre 1939, la première carte de rationnement des denrées alimentaires entra en vigueur. Ce premier titre personnel de rationnement donnait droit à peu près aux mêmes quantités que celles prévues par la carte bleue. A partir de novembre 1940, trois cartes de denrées alimentaires sont régulièrement émises : une carte entière, une demi-carte pour militaires et une carte pour enfants de moins de 6 ans. Les quantités accordées par ces cartes ont souvent varié, suivant la saison et selon la situation des stocks dans notre pays. A cc titre de rationnement personnel vinrent s’ajouter, par la suite, la carte des produits textiles (en décembre 1940), la carte de savon (en février 1941), la carte des coupons de repas (en avril 1941) et en dernier lieu la carte de chaussures (en mai 1941). Nous avons donc actuellement cinq cartes personnelles de rationnement dont la validité varie d’un mois à une année. L’expédition de ces cartes de rationnement exige une organisation spéciale et minutieuse puisque que chaque mois de 700,000 à 2,000.000 de cartes personnelles aux communes chargées de leur distribution aux ayants droit, selon que des cartes de textiles, de savon et de chaussures viennent s’ajouter aux cartes mensuelles d’alimentation. l’Office cantonal de l’économie de guerre occupaient 75 personnes.
Depuis la deuxième mobilisation générale en mai 1940, les cantons sont tenus d’organiser des communautés de travail groupant les intéressés aux transports automobiles dont la tâche consiste à adapter le trafic des véhicules à moteurs aux exigences de l’économie de guerre. Ce service a une importance toute particulière en raison des réserves réduites de combustibles pour véhicules à moteur dont peut disposer notre pays. Il cherche surtout à empêcher des courses inutiles de la part de personnes privées utilisant des camions automobiles et à obtenir une coordination des transports par des services de groupage afin d’assurer à tout camion une charge complète aussi bien à l’aller qu’au retour.
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Depuis la fin de novembre 1940, nous connaissons également en Suisse le rationnement des produits textiles. Outre les cartes de textiles distribuées à chaque personne, la Confédération a mis au service des cantons un certain contingent de points supplémentaires destinés à adoucir les rigueurs du rationnement. Ce contingent permet, en particulier, d’accorder des suppléments de points de textiles, sur requêtes spéciales, attestées par les autorités communales, pour les cas de décès, de naissance, de mariage, d’accident, d’incendie, etc., sans que pour cela la carte de textile de la personne en question soit mise entièrement à contribution. Chaque requête donne lieu à un examen « minutieux des circonstances avant qu’une décision soit prise à son égard. Le nombre des points supplémentaires accordés par notre Office depuis novembre 1940 à fin mai 1941 est de 1,123,000. Une bonne partie de ces points a été accordée à des œuvres de bienfaisance pour leur permettre l’achat de produits textiles à distribuer aux pauvres.
Ce rationnement est également entré en vigueur en novembre 1940, après une interdiction préalable d’achat et de vente. Il s’effectua tout d’abord en étroite relation avec le rationnement des denrées alimentaires puisque les coupons de savon étaient attachés à la carte de denrées alimentaires. Depuis le mois de février 1941 nous avons des cartes spéciales de savon dont la validité est toujours de deux mois. Les ménages collectifs et les entreprises de grosse consommation sont pourvus de coupons de grandes rations, et, de même que pour les denrées alimentaires les coupons des cartes personnelles et les coupons de grandes rations peuvent être échangés par les magasins contre des coupons pour fournisseurs à validité illimitée. Le rationnement du savon a donc adopté, en grandes lignes, la même technique que le rationnement des denrées alimentaires. La carte de savon est établie sur la base de la valeur en unités de matières grasses. Ce genre d’attribution d’unités de matières grasses permet une adaptation élastique du rationnement aux réserves de graisses existant dans notre pays, réserves qui, soit dit en passant, sont malheureusement très limitées. A titre d’information, l’Office cantonal expédie chaque mois aux Offices communaux environ 130,000 coupons de grandes rations pour savon et environ 250,000 coupons de fournisseurs.
Le rationnement des chaussures a été établi à fin novembre 1940 conjointement au rationnement des produits textiles. La première carte des textiles comprenait également 2 coupons KIA 1 et II destinés à l’achat de chaussures. Ces deux coupons donnaient droit, ensemble, à une paire de chaussures de n’importe quel genre. Il a bientôt été reconnu qu’ici aussi un système différentiel devait être trouvé tenant plus exactement compte de la quantité de cuir contenu dans les différents genres de chaussures. Depuis le mois de mai 1941, nous avons donc une carte spéciale de chaussures établie en points ; chaque sorte de chaussures est taxée d’après un barème spécial selon son contenu en cuir, comme c’en était déjà le cas pour les textiles. La carte de chaussures comporte 80 points (dont seuls 40 sont libérés pour le moment) et est valable une année.
Le rationnement du caoutchouc comprend principalement le rationnement des pneus et chambres à air pour vélos et automobiles. La Confédération a mis à la disposition de chaque canton un certain contingent de pneus et de chambres à air à distribuer pendant une période de deux mois. La difficulté pour notre Office consiste à ne pas dépasser ce contingent tout en donnant satisfaction dans la plus grande mesure possible aux demandes qui lui parviennent, pour autant qu’elles sont justifiées et reposent sur un besoin réel. Les demandes sont adressées sur formulaires spéciaux aux Offices communaux qui nous les transmettent, munis de leurs préavis. Pour la période du 1er avril au 51 mai 1941 environ 10,000 pneus pour vélos et environ 5000 chambres à air pour vélos ont étés distribués, épuisant ainsi presque entièrement le contingent que lui avait attribué la Confédération.
Sources : Eth – Zurich – E-Periodica