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La Fondation de l’Hermitage de Lausanne présente l’exposition « La peinture anglaise de Turner à Whistler » jusqu’au 2 juin 2019
La postérité a surtout retenu la peinture française du XIXesiècle, en raison du fait que se succèdent, à Paris, durant cette période, les révolutions artistiques des romantiques, de l’Ecole de Barbizon, des réalistes, des impressionnistes et des post-impressionnistes. La Fondation de l’Hermitage a l’audace de présenter jusqu’au 2 juin 2019 une exposition conçue par William Hauptman sur la peinture anglaise de l’époque victorienne (1837-1901). Cette peinture a tout de même amorcé des révolutions partielles abouties dans l’hexagone. Par exemple, les effets atmosphériques et lumineux de Joseph Mallord William Turner et de James Abbot McNeill Whistler annoncent l’impressionnisme. Mais, au sujet des paysages de Whistler, nommés d’après des œuvres musicales Nocturnes, le critique d’art John Ruskin écrit : « Je n’aurais jamais prévu qu’il me serait donné d’entendre un faquin demander deux cents guinées pour avoir jeté un pot de peinture au visage du public »[1]. Alors que Whistler promeut « l’art pour l’art » sans vocation autre que la sensibilité artistique, Ruskin défend le « fini » des préraphaélites et dénonce l’« inachevé ». La peinture anglaise du XIXesiècle présente donc d’autres valeurs que l’innovation, notamment l’observation minutieuse de la nature et son rendu détaillé.
L’exposition tenue à la Fondation de l’Hermitage montre, comme son titre l’indique, des tableaux de Turner à Whistler, en passant par les préraphaélites. La confrérie des préraphaélites regroupe dès 1848 des artistes qui puisent leurs sujets dans la peinture précédent Raphaël. L’exposition renferme une huile sur toile d’Edward Coley Burne-Jones, Music (1877), et se clôt avec After the Deluge (1885-1886) de George Frederic Watts, deux artistes qui appartiennent à la seconde génération des préraphaélites (ou à l’Aesthetic Movement), à tendance symboliste. Sur les 54 peintures comptées, il ne se trouve toutefois que deux Turner. Aucun croquis de John Ruskin n’est visible, et aucun des trois Whistler accrochés n’est un Nocturne. Malgré tout, les tableaux réunis rendent compte des différents styles d’une même époque et de sa diversité de sujets.
Dans les premières salles du rez-de-chaussée et du premier étage se trouvent des scènes de genre qui narrent la vie quotidienne, marquée par un fossé entre les riches et les pauvres qui se creuse de plus en plus. Celles qui présentent la vie moderne et l’industrialisation des villes, avec des sujets comme les transports publics hippomobiles, rencontrent beaucoup de succès sur le marché de l’art en plein essor. Par contre, celles qui reprennent les thèmes chers de Charles Dickens et montrent la mortalité infantile, la misère vécue par les mendiants, les vagabonds et les enfants des rues… ont de la peine à trouver des acquéreurs.
La deuxième salle du rez-de-chaussée est réservée à la peinture de paysages britanniques. Conformément aux principes émis par les préraphaélites, elle idéalise des lieux, représentés fidèlement à leur topographie. Entrance at the Cuiraing, Skye (1873) de Waller Hugh Paton, avec d’étranges monolithes de l’île de Skye, en Ecosse, témoigne d’un intérêt pour les sciences naturelles, notamment pour la géologie, encouragé par L’Origine des espèces (1859) de Charles Darwin.
Les troisièmes salles du rez-de-chaussée et du premier étage sont consacrées à la peinture d’histoire et aux sujets littéraires. Les personnages féériques de The Reconciliation of Oberon and Titiana (1847) de Joseph Noel Paton illustrent une scène du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare. L’auteur est à la mode depuis le XVIIIe siècle. Tandis que le célèbre tableau, absent de cette exposition, de John Everet Millais montre Ophelia, l’héroïne de Hamlet, déjà étendue dans une rivière, Arthur Hughes la présente à son bord, juste avant son suicide. Millais est présent à la Fondation de l’Hermitage avec le tableau The Eve of Saint Agnes (1863), qui dépeint une jeune fille en train de se déshabiller, le soir. La toile transpose l’univers du poète John Keats, adapté d’une légende selon laquelle une vierge peut voir son futur époux chaque 20 janvier, la veille du jour de la fête de la sainte, si elle accomplit certains rites avant de se coucher.
Dans les combles, The Open Door (1844) de William Henry Fox Talbot et une héliogravure de Peter Henry Emerson complètent l’exposition. Dans la crypte du sous-sol, des portraits de Jane Morris, une des muses des préraphaélites dans le jardin de Dante Gabriel Rossetti, ont servi comme aide-mémoire pour la réalisation d’études et d’huiles sur toile. Les œuvres sur toiles ont été prêtées par les plus grands musées britanniques, la Tate de Londres et l’Ashmolean Museum d’Oxford, et d’autres plus petits musées d’outre-Manche. Les photographies proviennent du Musée Jenisch de Vevey et les portraits de Jane Morris d’une collection privée.
[1] Ernst Gombrich, Histoire de l’art [1950], rééd. Paris, Phaidon, 2001, p. 530-533.
LA PEINTURE ANGLAISE DE TURNER À WHISTLER
Fondation de l’Hermitage
Lausanne
Du 1er février au 2 juin 2019
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