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L’influence de l’homme induit des rétroactions sur l’évolution. Dans le cas des corégones vivant dans les lacs suisses, par exemple, elle a provoqué une perte d'espèces spécialisées. Une nouvelle étude indique que les ressources nutritives sont exploitées d'autant plus efficacement que la biodiversité est élevée.
La Royal Society britannique a publié un numéro spécial sur l'influence de l'Homme sur l'évolution : « Human influences on evolution, and the ecological and societal consequences ». Dès ses deux premiers articles, il traite de la question des poissons, le premier portant sur les adaptations de ceux vivant dans les environnements pollués et le second, de l'Eawag, sur l'influence de l'eutrophisation sur la diversité des poissons, nommément dans les lacs. Les auteurs ont montré que l'eutrophisation faisait augmenter la production primaire et pouvait donc perturber l'ensemble de la chaîne alimentaire. Les modifications de la productivité influent sur les facteurs physico-chimiques qui agissent à leur tour sur la faune et la flore par le biais, notamment, de la sélection naturelle. Mais elles peuvent également modifier le potentiel du milieu en tant qu'habitat et donc gommer des différences au niveau du mode de vie ou du comportement qui avaient autrefois contribué à une différenciation écologique et génétique des espèces. L'eutrophisation conduit donc souvent à une perte de spécialisation écologique et à une homogénéisation des espèces et de leurs adaptations spécifiques dans différents lacs et dans différentes niches écologiques au sein des lacs.
En principe, cela a déjà été démontré dans une étude de l'Eawag publiée en 2012 sur les corégones (Vonlanthen et al., Nature) et d'autres travaux effectués dans d'autres lacs sur d'autres poissons font état de faits similaires. Maintenant, toutefois, les chercheurs sont allés plus loin dans la mise en évidence de cette « rétroaction éco-évolutive ». En prenant le cas des corégones, ils ont non seulement évalué les conséquences de l'eutrophisation pour la diversité des poissons mais ont également mis en relation les rendements actuels de la pêche avec la diversité fonctionnelle encore présente chez les poissons et la richesse nutritionnelle perdurant dans l'écosystème. L'étendue de la diversité fonctionnelle a été mesurée à travers le nombre de branchiospines : les poissons présentant moins d'épines sur l'arc branchial sont mieux à même de prélever leur nourriture dans les sédiments mais sont moins adaptés à la filtration du plancton ; chez les poissons riches en branchiospines, c'est exactement l'inverse. De ce fait, le rapport entre le rendement de la pêche dans un lac et sa productivité actuelle est plus fort si sa diversité en corégones est encore relativement élevée. En d'autres termes : dans les lacs comme ceux de Thoune ou des Quatre-Cantons, qui ont été relativement épargnés par l'eutrophisation et qui présentent encore une communauté de corégones diversifiée, les pêcheurs capturent une plus forte biomasse de corégones par unité de phosphore que, par exemple, dans le lac de Zoug ou dans le Léman. Pour les chercheurs, cette différence est due à une meilleure exploitation des ressources nutritives disponibles.
Article original :
Alexander TJ, Vonlanthen P, Seehausen O. 2017 : Does eutrophication-driven evolution change aquatic ecosystems ? Phil. Trans. R. Soc. B 372 : 20160041. http://dx.doi.org/10.1098/rstb.2016.0041
Numéro spécial :
Philosophical Transactions of the Royal Society B: 19 January 2017; volume 372, issue 1712. «Human influences on evolution, and the ecological and societal consequences’ compiled and edited by Kiyoko M. Gotanda, Andrew P. Hendry and Erik I. Svensson: http://rstb.royalsocietypublishing.org/content/372/1712
Nouvelle publication de l'Office fédéral de l'environnement :
Vonlanthen P., Hefti D. 2016 : Génétique et pêche. Synthèse des études génétiques et recommandations en matière de gestion piscicole. Office fédéral de l'environnement, Berne. Connaissance de l'environnement n° UW-1637-F : 90 p. https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/biodiversite/publications/publications-biodiversite/genetique-et-peche.html
Cours PEAK :
Le cours « Genetik und fischereiliche Bewirtschaftung » sera à nouveau proposé en automne 2017. Renseignements :