Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06978.jsonl.gz/222

Oups
La poutine c'est bon, mais ça n'a plus trop la cote
Des frites, du fromage en grains et de la sauce brune. Voilà pour les éléments de base d'un plat emblématique dans la culture culinaire québécoise : la poutine. Une recette qui porte aujourd'hui mal son nom compte tenu du contexte géopolitique, et qui n'a pourtant rien à voir avec le président russe. Son nom, son lieu de baptême, son contenu jugé calorique, la poutine suscite depuis toujours des polémiques.
Voilà un effet collatéral de la guerre en Ukraine auquel on ne s'attendait pas : les restaurateurs ayant choisi de servir le plat phare québécois, dénommé la poutine, font l'objet de menaces. Une situation telle que la maison de la poutine, qui gère des restaurants à Paris et à Toulouse, a été obligée de publier une mise au point sur les réseaux sociaux afin de rappeler que la recette n'a aucun rapport de près ou de loin avec le chef du Kremlin. A Montpellier, le Midi Libre indique qu'une autre adresse fait l'objet du même genre d'intimidation et reçoit de mauvais commentaires sur Google. A Lyon, un restaurateur a décidé de ne plus faire de jeu de mot autour de son plat qu'il s'amusait à dénommer «Vladimir», jouant volontairement sur la confusion.
Pourquoi la poutine s'appelle-t-elle... poutine ?
Pour comprendre les raisons du nom de baptême de cette recette typiquement québécoise, il faut consulter les diverses légendes qui s'y rattachent. L'office du tourisme de la Belle Province rapporte l'une d'entre elles. En 1957, un client nommé Eddy Lainesse aurait commandé des frites dans un restaurant du village de Warwick et aurait réclamé du fromage par dessus. Le propriétaire des lieux se serait étonné en lançant «ça va faire une maudite poutine». Comprendre : ca va faire un sacré mélange.
Une autre hypothèse attribue la paternité de la poutine au propriétaire d'un restaurant de Drummondville. D'après Radio Canada, Jean-Paul Roy a décidé au début des années 1960 d'utiliser le surnom de l'un de ses cuisiniers – à savoir Ti-Pout, pour baptiser la recette. Selon la veuve du restaurateur qui s'était confiée au média canadien en 2017, une serveuse aurait alors lancé «Ti-Pout fait de la poutine».
L'histoire de la poutine est en réalité jalonnée de confusions et de débats. Les nombreuses légendes qui tentent d'expliquer son existence ont toujours concouru à mettre la recette au centre des débats. Son contenu aussi a fait polémique. Un caricaturiste politique canadien l'avait désignée en 1987 de «pire catastrophe gastronomique du XXe siècle». Dans les années 2000, la poutine avait été symbole de la malbouffe, compte tenu de la présence importante d'acides gras saturés fournis par les frites et le fromage.
Par ailleurs, un étudiant de l'université du Vermont, qui avait obtenu le Prix de l'Association canadienne des études culinaires pour ses recherches sur l'appropriation culturelle de la poutine québécoise par les autres provinces canadiennes avait rappelé à cette occasion que la recette avait d'abord été «utilisée pour se moquer et stigmatiser la société québécoise».
Relax