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l'ordre de donner la remorque à l'Annibal; il arriva trop tard pour l'exécuter. Le Vengeur se présenta à son tour, mais le capitaine de Forbin prit le large après avoir défilé en dehors de la ligne ennemie, et il essaya vainement de recommencer cette maIlOGUlVI'6. Le Sphinx imita et suivit le Vengeur. Le capitaine Duchilleau, sur le signal qui lui en fut fait, prit l'Annibal à la remorque dès que ce vaisseau se trouva dégagé. Le commodore Jonhstone ne put rester impassible en voyant lui échapper un trophée qu'il ne croyait même pas avoir besoin de saisir ; il appareilla avec tous ses vaisseaux, mais il renonça promptement à poursuivre un ennemi qui allait l'entraîner sous le vent d'un mouillage qu'il aurait ensuite bien de la peine à atteindre. Il retourna donc prendre son ancrage et ramena aussi le vaisseau de la Compagnie qui avait été capturé par l'Artésien, laissant le commandant de Suffren continuer sa route vers le Cap de Bonne-Espérance, où il arriva le 21 juin. Malgré les pertes que le Héros et surtout l'Annibal avaient essuyées, malgré les avaries considérables que ce dernier vaisseau avait éprouvées, le résultat du combat de la PRAYA fut tel que le commandant de Suffren l'avait espéré. La division française arriva au Cap de Bonne-Espérance avant les vaisseaux anglais, et elle put débarquer les troupes destinées à cette colonie. Lorsque le commodore Jonhstone parut, une quinzaine de jours après, il recula devant une attaque, et se borna à s'emparer de quelques vaisseaux hollandais de la Compagnie des Indes qui étaient dans la baie de Saldanha (1). La division française put alors suivre sa destination ; elle mouilla à l'Ile de France le 21 octobre. Le combat de la Praya valut un double avancement au commandant de Suffren : il fut fait bailli et chef d'escadre.
(1) Saldanha, vaste baie sur la côte occidentale de l'Afrique, à 60 milles du Cap de Bonne-Espérance.
M. de Lapeyrouse, avec lequel je regrette de n'être pas toujours d'accord, fait erreur en disant que l'Annibal était commandé par le capitaine de Cuverville. Les désagréments que le commandant de Suffren éprouva à son arrivée à l'Ile de France n'eurent lieu que parce qu'il fallut pourvoir définitivement au remplacement du capitaine de Trémigon.
Dans le but d'assurer un refuge à ses bâtiments et un débouché à son commerce, la Hollande avait fondé la colonie de Saint-Eustache, petite île des Antilles. Cet établissement, qui avait acquis bientôt un grand développement, venait d'être, au mépris des traités, pillé et détruit par l'amiral anglais Rodney. Informé du départ du convoi qui apportait en Angleterre les riches dépouilles des colons hollandais deSaint-Eustache, le gouvernement français donna l'ordre au chef d'escadre Lamotte-Piquet d'aller croiser à l'entrée de la Manche avec 6 vaisseaux, 3 frégates et 2 côtres, pour l'intercepter s'il était possible. Les renseignements du gouvernement français étaient si précis que, sept jours après la sortie de Brest, le 1" mai, ce convoi fut aperçu. 22 navires furent enlevés. Le commodore Hotham, qui commandait l'escorte réussit à sauver les autres, ainsi que les 2 vaisseaux et les 2 frégates qui les accompagnaient. La division rentra à Brest le 11 avec ses prises.
Fatigué des tergiversations de l'Espagne et de l'inaction du lieutenant général Cordova commandant en chef de l'armée combinée réunie à Cadix,'circonstances qui avaient fait avorter l'expédition projetée contre la Jamaïque; fatigué aussi du rôle qu'on faisait jouer à sa marine depuis que Gibraltar était bloqué, le gouvernement français, ai-je dit, avait obtenu le remplacement de l'amiral espagnol par le vice-amiral d'Estaing et avait bientôt rappelé les forces navales placées sous les forces de cet officier général. Ce fut le 3 janvier 1781 qu'elles mouillèrent sur la rade de Brest. De leur côté, les Espagnols se plaignaient du gouvernement français qui, disaient-ils, tenait peu de compte des intérêts des alliés; ils lui reprochaient, entre autres choses, de n'avoir pas empêché le ravitaillement de Gibraltar. Bref, les esprits étaient fort aigris des deux parts. Cette inaction dont le gouvernement s'était plaint avait peut-être un autre motif que celui qu'alléguait le lieutenant général Cordova, c'est-à-dire les ordres de son gouvernement. Un ordre du jour du major général don Jose Massaredo semble l'indiquer. Ce document curieux porte la date du 22 février 1781, à bord du vaisseau la Santa Trinidad. ....... « Fait savoir aux commandants et chefs de divi« sion l'extrême déplaisir qu'a éprouvé Son Excellence « depuis sa sortie, en observant l'irrégularité avec laquelle « plusieurs vaisseaux naviguent contre tout ordre et l'u« nion constante qu'exigent les mouvements d'une escadre, « et malgré tant de signaux généraux et particuliers qui « ont été faits. Il en coûte beaucoup à Son Excellence « d'être obligée de désapprouver publiquement une pa« reille forme de navigation ; l'éparpillement de l'escadre « a empêché non-seulement d'évoluer, mais même de faire « les manœuvres indispensables pour prendre les bordées « les plus favorables. « Son Excellence ne peut voir avec indifférence ce qui « pourrait arriver dans le cas d'une rencontre, ni se borner « à disposer ce que ses lumières lui dicteraient de mieux. « Elle ne peut porter une faible attention sur le service du « roi, et sera obligée de se servir très-sérieusement de ses « facultés contre tout capitaine qui manquerait désormais « à conserver son poste et à manœuvrer, dans tous les « cas, avec la précision et les connaissances requises et « toujours nécessaires. » « Pour éviter cette extrémité, Son Excellence prévient « qu'on ait à apprendre et à observer les avertissements « qui se trouvent dans le folio 22 jusqu'à 25 du livre des « signaux; ils sont en petit nombre et exigent peu de « peine. Le désordre et l'irrégularité avec lesquels on a « navigué jusqu'à ce jour sont évidemment le résultat de « la non-observation de ces articles. »
Oubliant encore une fois ses griefs, la France s'imposa de nouveaux sacrifices et offrit à la Cour d'Espagne de tenter la conquête de l'île de Minorque. Le 23 juin, 18 vaisseaux commandés par le lieutenant général comte de Guichen se rendirent de Brest à Cadix et se rangèrent sous les ordres du lieutenant général don Luis de Cordova; déjà, un vaisseau et une frégate étaient arrivés de Toulon. Cette réunion devait donner à l'armée combinée une grande supériorité numérique sur l'armée anglaise. Le 22 juillet, elle mit à la voile, entra dans la Méditerranée et, après un débarquement d'environ 14,000 hommes dans l'île de Minorque, elle repassa le détroit et alla s'établir en croisière à l'entrée de la Manche. Prévenu à temps, l'amiral anglais Darby s'était replié vers les côtes d'Angleterre et avait mouillé à Torbay, où il avait pris toutes les dispositions que nécessitaient les prévisions d'une attaque probable. Cette attaque fut, en effet, mise en question ; mais tandis que les uns la voyaient couronnée d'un succès certain, les autres pensaient le contraire. Cette dernière opinion prévalut et la sortie de cette formidable armée navale fut, une fois encore, sans résultat, car, lorsque le mois de septembre arriva, le commandant en chef retourna à Cadix avec ses 30 vaisseaux et le lieutenant général de Guichen rentra à Brest avec les siens.
La conquête de l'île de Minorque ne fut complète qu'au mois de février de l'année suivante.
La rentrée des vaisseaux de l'armée combinée franco-espagnole permit au gouvernement de s'occuper des colonies des Antilles qui étaient, à cette époque, dans un grand dénûment. Le lieutenant général de Guichen fut chargé d'escorter au large le convoi qui leur portait des approvisionnements; cet officier général devait aller ensuite rejoindre l'amiral espagnol à Cadix, avec 10 vaisseaux et une frégate. Le chef d'escadre marquis de Vaudreuil, qui avait la conduite du convoi, poursuivrait alors sa route avec 7 vaisseaux et 2 corvettes, et plus tard, il détacherait 2 vaisseaux et 2 corvettes pour les mers de l'Inde avec quelques navires du commerce. Le convoi sortit de Brest le 8 décembre. Le cabinet de Saint-James avait bientôt été informé de ces projets, et le contre-amiral Kempenfeldt avait été expédié à la recherche de cette flotte avec 13 vaisseaux. Ill'aperçut le 10, à environ 150 milles d'Ouessant. Quoique le temps fût brumeux, la flotte naviguait en toute sécurité et les convoyeurs étaient à plusieurs milles sous le vent du convoi. Cette disposition permit au contre-amiral anglais d'enlever 15 navires, sans qu'il fût possible de leur porter aucun secours. La confusion devint, du reste, bientôt des plus grandes; d'un côté, les vaisseaux anglais tombaient sur une proie facile à saisir ; de l'autre, les navires du convoi employaient toutes leurs ressources pour obtenir des bâtiments de guerre français un appui que ceux-ci tentaient vainement de leur donner. Le vaisseau l'Actif de 64°, capitaine Macarthy Macteigue se trouva seul en position de les secourir, et il eut un engagement assez vif avec le vaisseau de 82° EDGAR. Le désordre cessa dans l'après-midi, lorsque la brume se dissipa; le reste de la journée fut employé à se rallier. Le lieutenant général de Guichen poursuivit l'armée anglaise le lendemain et le jour suivant; mais, satisfait du succès inespéré qu'il avait obtenu, le contreamiral Kempenfeldt évita l'engagement et prit chasse avec ses prises ; il ne put être atteint. Le 23, la flotte fut dispersée par un coup de vent qui obligea la majeure partie des bâtiments à rentrer à Brest. 2 vaisseaux seulement, le Triomphant, que montait le chef d'escadre de Vaudreuil,