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Le poète Aloÿs-Jean Bataillard n’a laissé que peu de traces dans l’histoire littéraire romande. Avant-guerre, il est à Paris le gérant de la librairie des Trois-Magots que lui confie Robert Denoël. De retour en Suisse en 1940, il est directeur littéraire des Éditions de la Librairie de l’Université de Fribourg dirigée par Walter Egloff. À Fribourg, il voisine avec Charles-Albert Cingria, et ses collègues libraires de la L.U.F. se nomment Georges Borgeaud et Pierre-Olivier Walzer. De retour à Paris peu après la Libération, il tente, sans grand succès, d’y implanter la L.U.F., rebaptisée opportunément Librairie Universelle de France, tout en collaborant activement à la revue lausannoise Formes et Couleurs de son ami André Held.
Née dans une famille de la bonne société lausannoise, Madeleine de Cérenville épousera en 1928 le peintre Ernest Biéler. Dans les années 1920, elle est l’initiatrice des Soirées de Lausanne, qui organisent des activités culturelles dans un cadre mondain – concerts, lectures, conférences, spectacles, films –, et dont le comité comprend notamment les banquiers Roger de Cérenville et Auguste Brandenbourg. Inaugurées en 1923 par une lecture d’extraits de Passage du poète par Ramuz lui-même, les Soirées de Lausanne voient défiler Émile Coué, André Maurois, Charles Dullin, Guy de Pourtalès, Edmond Gilliard, Ella Maillart, François Mauriac, l’O.S.R. d’Ernest Ansermet, Pablo Casals, Igor Stravinsky, Alfred Cortot, mais aussi les « English Singers », les « Fisk Jubilee Singers » et jusqu’à la danseuse hindoue Nyota Inyoka. Les Soirées de Lausanne mettent fin à leur activité à la fin de l’année 1932, après neuf saisons ponctuées d’immenses succès et de quelques déconvenues financières.
Dans un court billet donné à la Gazette de Lausanne en 1981, Jean Hutter définissait l’éditeur comme « un industriel qui choisit sa production à rebours des règles les plus éprouvées de la rentabilité », regrettant (déjà) « la mode [consistant à] faire de la parution de chaque livre un événement ». Sans doute en savait-il quelque chose, lui qui, ayant appris le métier auprès d’Hermann Hauser à La Baconnière, a dirigé les Éditions Payot, créant au sein de cette maison une prestigieuse « Collection poétique d’écrivains romands », où il a publié Gustave Roud, Philippe Jaccottet, Maurice Chappaz, Jacques Chessex et Anne Perrier, sa femme.
Industriel fortuné, collectionneur et dandy, Henry-Louis Mermod est venu à l’édition par passion des belles choses, et par admiration pour C. F. Ramuz. Les premiers titres de son catalogue s’apparentent à des fantaisies de bibliophile. Mais à partir de 1926-1927, les Éditions Mermod se constituent véritablement en publiant l’œuvre de Ramuz pour la diffuser en Suisse. Jusque dans les années 1960, Mermod est l’éditeur et le soutien des écrivains qui comptent en Suisse romande: Roud, Matthey, Cingria, Jaccottet, Chessex. Progressivement, il associe à sa maison des auteurs venus de France et de plus loin encore. Mécène plus que marchand, Mermod soigne les ouvrages qu’il fait paraître, choisit de beaux papiers, agrémente les volumes d’œuvres tirées de ses collections, associant classicisme de la forme et liberté de ton, ce qui a fait dire à Roud que « les plus beaux livres de Mermod ont ce quelque chose d’unique où triomphent tout ensemble la libre création et la soumission comme instinctive aux règles souveraines ».