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La campagne de promotion menée à Washington du modèle helvétique de vote électronique intervient à un moment où les Etats-Unis doutent de cet instrument.
Le e-voting suscite des inquiétudes liées à la sécurité et à la transparence de cette méthode. L'Etat du Maryland, pionnier dans ce domaine, vient de décider de revenir aux bulletins-papier.
Tandis que le Parlement suisse a voté, il y a un mois, pour prolonger les essais de vote par Internet, l'assemblée locale du Maryland, aux Etats-Unis, a décidé d'abandonner le vote électronique.
Cette décision ne prendra effet qu'en 2010, ce qui veut dire que, lors des scrutins présidentiel et législatif de 2008, les électeurs de cet Etat pourront encore voter par voie électronique.
Mais la décision du Maryland marque un revirement important puisque, jusqu'à présent, cet Etat était le plus en pointe en matière de vote électronique, avec la Géorgie.
«Il y a, chez les Américains, un scepticisme envers le vote électronique, et beaucoup plus de scepticisme qu'en Suisse, et cela est dû aux problèmes qui sont apparus aux Etats-Unis», déclare à swissinfo l'ambassadeur Urs Ziswiler.
La fraude plus facile
Alan Dechert épouve plus que du scepticisme vis-à-vis du vote électronique. Ce concepteur de logiciel qui a contribué à rédiger l'un des programmes gratuits destinés à remédier à la panne informatique du passage à l'an 2000 déclare ainsi n'avoir «aucune confiance dans les systèmes électroniques de vote tels qu'utilisés aujourd'hui».
«Le système électoral américain n'est plus digne de confiance», déplore Alan Dechert qui est aussi le président de 'Open Voting Consortium', une organisation fondée en 2003 et basée à Granite Bay, près de Sacramento.
«Les problèmes sont relatifs à la sécurité et à la transparence, explique-t-il. Les programmes et logiciels utilisés peuvent changer le décompte des voix et la fraude est plus facile quand seul un petit nombre de personnes contrôle le système».
La Floride aussi
Aux Etats-Unis, le vote électronique se fait au bureau de vote, sur des machines reliées à un système en circuit fermé, sans connexion à l'Internet. La plupart des machines de vote électronique sont fabriquées par la compagnie Diebold.
«L'ordinateur Diebold est une blague en ce qui concerne la sécurité», accuse Alan Dechert. «Il est incroyablement facile de les modifier, juste avec un tournevis».
Avis totalement opposé de la directrice du service électroal de l'Etat du Maryland, Linda Lamone. «Il n'y a pas sur le marché de meilleure machine que celle de Diebold».
Madame Lamone précise cependant que son Etat n'est pas le seul à envoyer ses machines électroniques de vote à la casse. «La Floride elle-aussi va probablement revenir au bulletin-papier», dit-elle en effet, en notant que les opposants au système actuel de vote électronique «sont en train de l'emporter».
Ordinateurs dans les bureaux de vote
Par ailleurs, 'Open Voting Consortium' milite en Californie en faveur d'une proposition de loi exigeant que les codes des ordinateurs utilisés dans le système de vote soient ouverts à l'examen du public. Le 17 avril dernier, le texte a reçu l'appui de la Secrétaire d'Etat Debra Bowen, responsable des opérations électorales au sein du gouvernement de Californie.
«Je n'aime pas ce retour au bulletin-papier parce que le vote électronique favorise vraiment un accès plus grand et une participation plus élevée des électeurs», déclare à swissinfo Paul DeGregorio, qui fut président de la Commission américaine d'Assistance aux Elections jusqu'en mars.
A la différence des Etats-Unis, la Suisse a rejeté les ordinateurs spéciaux au bureau de vote au profit du vote par Internet hors du bureau. Si les responsables suisses sont enthousiastes au vu des essais effectués depuis 2004, l'expérience américaine du vote en ligne n'est pas de bon augure.
«Le vote par Internet est, de manière inhérente, très vulnérable à toutes sortes d'attaques de piratage et l'avis de consensus parmi les ingénieurs informatiques aux Etats-Unis est de ne pas s'y fier», souligne ainsi Alan Dechert de 'Open Voting Consortium'.
Un conseil à la Suisse
Même Paul DeGregorio, pourtant grand promoteur du vote électronique, note que «la Californie a fait une étude importante sur le vote par Internet qui révélait plus de négatif que de positif».
L'ancien patron de la Commission fédérale d'Assistance aux Elections se souvient aussi qu'un programme-pilote du Ministère américain de la Défense à l'usage des troupes déployées à l'étranger «s'est terminé abruptement en 2004, en raison des graves préoccupations exprimées par les scientifiques qui jugeaient le vote par Internet pas assez sûr».
D'où ce conseil lancé à la Suisse par Alan Dechert de Open Voting Consortium. «Si les Suisses prévoient de capitaliser sur la technologie et l'expérience américaines, ils devraient être patients, garder une trace écrite des votes exprimés en trouvant un moyen d'impression pas cher, utiliser un code gratuit, et mettre tous les détails de leur système à la disposition du public».
swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington
En bref
Les premières méthodes de vote électronique sont apparues aux Etats-Unis dans les années 60.
Dans les années 80, furent mis en service les premiers écrans optiques qui demeurent aujourd'hui la méthode de vote la plus utilisée.
Après l'imbroglio électoral en Floride durant la présidentielle de l'an 2000 qui vit George Bush être finalement déclaré vainqueur face à Al Gore par la Cour Suprême des Etats-Unis, le Congrès vota une loi et débloqua plus de 3 milliards de dollars pour inciter les Etats de la fédération à adopter le vote électronique.
Pendant les législatives de novembre 2006, 40% des voix furent exprimées et plus de 90% des suffrages furent comptés par des moyens électroniques.
D'après l'organisation Open Voting Consortium, le scrutin de 2006 et les élections de 2004 (présidentielle et législatives) ont été marqués par des problèmes dans les opérations électroniques de vote, notamment en Floride et en Ohio.