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Activité professionnelle des personnes avec une lésion médullaire en Suisse
Auteur du résumé: Albert Marti (Recherche suisse pour paraplégiques)

En Suisse, les personnes avec une para-tétraplégie ont plus fréquemment (63,8 %) une activité professionnelle que dans d’autres pays. Cette étude montre que ce sont des raisons sociales qui motivent les personnes avec une lésion médullaire à travailler et que ce sont généralement des problèmes de santé qui les en empêchent.
Quel était l’objectif de cette étude?
Le travail constitue une partie importante de la vie sociale. La recherche montre que le travail ne garantit pas seulement un revenu, mais qu’il a aussi un impact positif sur la santé, le bien-être et l’intégration sociale, particulièrement chez les personnes vivant avec un handicap, qui sont malheureusement souvent exclues de la vie professionnelle. En Europe et aux États-Unis, environ 35 % des personnes avec une para-tétraplégie exercent une activité professionnelle rémunérée. Les chiffres pour la Suisse n’étaient jusqu’à maintenant pas disponibles. L’objectif de cette étude a donc été de recueillir des données sur l’activité professionnelle des personnes avec une para-tétraplégie et d’explorer les raisons et les conséquences de leur activité professionnelle.
Comment les chercheurs ont-ils procédé?
En 2008, 495 membres de l’Association suisse des paraplégiques ont participé à une étude. Les participants, avec une lésion médullaire datant d’au moins un an ont été interrogés au sujet de leur activité professionnelle (pour les caractéristiques sociodémographiques des participants voir figure 1).
Qu’ont découvert les chercheurs?
63,8 % des participants à l’étude exerçaient une activité professionnelle, ce qui est un taux élevé par rapport à d’autres pays. Il est surprenant que le taux d’activité professionnelle soit presque identique pour les personnes tétra et paraplégiques (respectivement 63,4 % et 64,7 %), seul le taux d’occupation varie significativement (respectivement 47,5 % et 58,3 %).
L’importance du travail a été nommée comme étant le principal facteur influant sur l’activité professionnelle. L’importance que chacun accordait au travail a été ensuite comparée aux autres domaines de la vie, tels que le sport, les loisirs et les relations (famille, partenaire, amis). D’une manière générale, une lésion médullaire relativise l’importance du travail au profit du renforcement des relations familiales. Comme dans la plupart des autres études, le niveau d’éducation constitue un facteur important: chaque année supplémentaire de formation augmente la probabilité de travailler de 12 %. L’âge joue également un rôle: le taux d’emploi le plus élevé de cette étude s’élevait à 82 % (pour la catégorie d’âge de 40 à 44 ans), ce qui correspond presque à celui de la population générale (91 %), tandis qu’il ne dépassait guère 35 % pour la catégorie d’âge de 60 à 64 ans (voir figure 2).
Les trois réponses les plus fréquentes à la question «pourquoi travaillez-vous?» étaient les suivantes: «le travail me satisfait» (85 %), «le travail permet d’établir des contacts sociaux» (71 %) et «j’ai besoin d’argent» (70 %). Par contre, les trois raisons mentionnées par les participants sans activité professionnelle étaient: «j’ai des problèmes de santé trop importants» (57 %), «j’ai trop de douleurs» (50 %) et «je n’ai pas trouvé de travail adapté à ma situation» (37 %). Les différences de revenu sont étonnamment marquées entre les participants para et tétraplégiques avec et sans travail: dans cette étude, le revenu des personnes avec une activité professionnelle est de 40 % supérieur.
Que signifient les résultats?
L’étude montre que la réintégration professionnelle des personnes avec une para-tétraplégie est efficace en Suisse. Les raisons en sont vraisemblablement la bonne situation générale du marché du travail en Suisse (taux de chômage bas), la structure du marché du travail (il est possible d’exercer de nombreux emplois en fauteuil roulant: dans les bureaux, les services ou l’informatique), des places de travail faciles à atteindre (locaux et moyens de transports) ainsi que la réadaptation professionnelle complète. Le taux élevé de personnes para-tétraplégiques exerçant une activité professionnelle peut être attribuée entre autres aux différentes possibilités techniques et financières (adaptation de l’ordinateur et de la place de travail, modification de l’habitacle de la voiture pour se rendre au travail). Il est ainsi possible de travailler même en cas de handicap grave.
Les raisons pour lesquelles les personnes avec une para-tétraplégie travaillent sont surtout de nature sociale. Les résultats de cette étude confirment des résultats antérieurs en montrant que le travail est un facteur clé de l’intégration sociale. Les raisons pour lesquelles certains participants de cette étude n’exercent pas d’activité professionnelle sont principalement d’ordre médical. Cela montre qu’en Suisse, il n’y a pas d’obstacle à l’activité professionnelle au niveau des infrastructures ou du transport, comme c’est le cas dans d’autres pays, mais que les obstacles sont surtout les problèmes de santé liés à la lésion médullaire.
L’activité professionnelle apporte au travailleur un revenu significativement plus élevé (salaire et rente). C’est la volonté du législateur que le travail soit lucratif; mais il est surprenant que la situation financière des personnes qui ne peuvent pas travailler et qui sont dépendantes d’une rente (en raison de problèmes de santé graves ou de la sévérité d’un handicap) soit relativement déplorable.
En résumé: dans cette étude, ce sont les personnes jeunes, formées, motivées et dont les problèmes de santé ne sont pas trop pesants qui ont le plus de chances d’exercer une activité professionnelle et sont donc plus à l’aise financièrement.
Qui a mené et financé l'étude?
L’étude a été menée et financée par la Recherche suisse pour paraplégiques à Nottwil (Suisse).
Références:
- Anderson D, Dumont S, Azzaria L, Le Bourdais M, Noreau L. Determinants of return to work among spinal cord injury patients: a literature review. Journal of Vocational Rehabilitation. 2007;27(1): 57-68.
- Lidal IB, Huynh TK, Biering-Sørensen F. Return to work following spinal cord injury: a review. Disability and Rehabilitation. 2007;29(17): 1341-75.
- Ottomanelli L, Lind L. Review of critical factors related to employment after spinal cord injury: implications for research and vocational services. The Journal of Spinal Cord Medicine. 2009;32(5): 503-31.