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Un carougeois au coeur de la Révolution Russe de 1917
En 1918, le règne des Romanov sur l’Empire de Russie s’éteint avec l’assassinat du Tsar Nicolas II et de sa famille par les bolchéviks. Tous les membres de la dynastie qui survivront à ce tragique événement seront contraints à l’exil. Un contexte dramatique où un genevois du nom de Ferdinand Thormeyer, précepteur de la famille impériale, se voit incarner le souvenir d’une Russie perdue auprès de la Grande Duchesse Xénia Alexandrovna et de la Grande Duchesse Olga Alexandrovna, toutes deux soeurs du Tsar Nicolas II. Aujourd’hui, parmis les souvenirs impériaux de la Cour de Russie retrouvés par les descendants de Ferdinand Thormeyer, quelques lettres illustrent cette troublante nostalgie. Elle seront présentées et mises en vente, ce samedi 6 mai dès 9h45, par la Maison des Ventes Piguet à la Villa Aigue-Marine.
Ferdinand Thormeyer
Passionné par la Russie, Ferdinand Thormeyer, originaire de Carouge à Genève, s’y installe 1876 en Russie pour y dispenser un enseignement généraliste en langue française aux descendants de nobles familles russes. Il obtient ses diplômes d’enseignement auprès des autorités militaires et impériales avant d’être mandaté par l’Empereur Alexandre III pour s’occuper de ses enfants. En 1886, Ferdinand Thormeyer, alors âgé de 28 ans, se voit nommé professeur langue et de littérature françaises auprès des enfants de l’Empereur Alexandre III de Russie. Il dispense alors 3 ans de cours au Grand-Duc Georges Alexandrovitch et au Tsarévitch Nicolaï Alexandrovitch qui sera sacré Empereur en 1896. De 1889 à 1902, Ferdinand Thormeyer se voit chargé de l’éducation de Xénia Alexandrovna, Mikhaïl Alexandrovitch et Olga Alexandrovna, avec lesquels il entretiendra jusqu’à la fin de ses jours des liens d’affection très étroits.
Olga Alexandrovna Romanov
Le lot 418 de la Maison Piguet présente 40 lettres et 6 cartes postales écrites en français entre 1920 et 1925, de la soeur du tsar Nicolas II à son précepteur genevois Ferdinand Thormeyer. Aquis par Molly de Balkany en 2010 par passion pour l’Histoire et compassion pour l’exil d’une femme de la famille impériale, elle pris un soin particulier pour concerver ce témoignage exceptionnel de l’Histoire après la révolution bolchévique.
Dans cette échange, la Grande Duchesse narre à Ferdinand Thormeyer sa fuite de la Russie en compagnie de son mari Nikolaj Kulikovsky et ses 2 enfants en bas âge. Elle ramassa d’ailleurs symboliquement une motte de terre avant de passer la frontière (lettre de février 1920) et trouver refuge au Danemark, au Palais de Hvisdöre, près de sa mère, l’impératrice douairière Maria Fedorovna, à laquelle elle prodigua des soins quotidiens. La vie de la Grande Duchesse se trouva totalement bouleversée, elle connu pour la première fois des soucis financiers, du élever seule ses enfants et s’occuper de sa mère vieillissante. Dans cette situation difficile, Olga fit preuve d’une incroyable énergie. Elle se démèna sur tous les fronts, gagna de l’argent en vendant ses aquarelles et en publiant des livres pour enfants en Angleterre. Parallèlement, elle consacra toute l’énergie qui lui resta pour faire parvenir, avec l’aide de Ferdinand Thormeyer – délégué à la Croix-Rouge – de l’argent et des cadeaux à ses anciens compatriotes.
Xenia Alexandrovna Romanov
Le deuxième lot 420 présente 21 lettres et 7 cartes postales écrites en français de la Grande Duchesse de Russie Xenia Alexandrovna Romanov, entre 1921 et 1943, à son précepteur genevois Ferdinand Thormeyer. Bien qu’elle n’entretienne pas une grande proximité avec Thormeyer, Xenia Alexandrovna Romanov se rapprocha de lui après la révolution car il demeura un témoin de son glorieux passé. Xenia y raconte son quotidien près de Londres, ses visites à sa mère l’impératrice douairière Maria Fedorovna à Hividore (Danemark) et ses séjours à Paris. Ville où elle se recentra sur ses enfants et se préoccupa de leur avenir. L’éducation de ses fils etait chose délicate puisqu’ayant été élevés dans la perspective de devenir officiers en Russie, après 1920, elle s’avèra inutile dans l’exil. Au point où ils peinérent à trouver un métier.De son côté Xénia resta attachée à sa terre et à ses origines russes jusqu’à la fin de sa vie et, si elle ne ratait aucune occasion de cracher son mépris pour ces « animaux de bolchéviques, ces possédés du diable » comme elle le mentionna dans sa lettre de janvier 1930, elle demeura heureuse de constater que plusieurs de ses connaissances ont réussi à trouver refuge à Paris. A ce sujet elle s’exlama: «Paris est envahi par mes compatriotes, on entend parler le russe partout, et on trouve des connaissances parmi les chauffeurs de taxi, les garçons de restaurant, etc. Vraiment, on se croirait à St Petersbourg car tous les amis les plus proches sont ici.»
Piguet Hôtel des Ventes Genève Vente aux Enchères - Collection Molly de Balkany Samedi 6 mai, 9h45 Villa Aigue-Marine
, 133 Route de Lausanne, 1197 Prangins