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Robert Schumann, parlant de Mendelssohn, a dit: "Il est le premier musicien qui ait fait une place aux grâces dans la maison de Dieu".
Félix Mendelssohn introduit il est vrai les grâces partout dans sa musique "avec une élégance et une aisance qui ne laissent rien apparaître des difficultés dont elle se joue constamment". Même Richard Wagner, qui pourtant l'estimait peu, salue en lui le musicien le plus doué que l'on ait connu depuis Mozart.
FELIX MERITIS, c'est ainsi que ses amis l'ont appelé!
Il fut heureux, mais il le fut d'abord par ses mérites.
Mendelssohn est né dans une famille fortunée, nourrie de traditions, de culture, d'exigences morales et religieuses, mais aussi d'ouvertures au monde et qui sut comprendre et assumer la vocation précoce et impérieuse de Félix.
Dès l'âge de dix ans, le jeune garçon manifeste d'extraordinaires dispositions pour la composition musicale, une intelligence et une capacité de travail hors du commun. A quinze ans, il possède déjà un métier de ... vétéran et compose à une cadence étonnante, pour le piano, pour l'orgue et pour la voix. De la musique de chambre, des sonates, trios, quatuors, quintettes, de petites symphonies jouées chez les parents lors de ces petits concerts dominicaux qui attirent le Tout-Berlin. Des oeuvres qui déjà dépassent le simple exercice d'école.
Le monde entier - c'est-à-dire l'Europe de l'époque - s'apprête à accueillir triomphalement ce jeune prodige d'à peine vingt ans dont on admire l'autorité naturelle, le talent de pianiste et de chef d'orchestre, l'aisance de la personne, l'élégance physique, la qualité du savoir-vivre, la connaissance exceptionnelle des langues anciennes et modernes.
Félix pratique l'équitation, la natation, il écrit, il dessine, il peint avec adresse et goût. Il est béni des dieux, aimé de tous! Comme les anciens qu'il vénère, il associe harmonieusement l'hygiène du corps et de l'esprit.
La musique religieuse de Félix Mendelssohn
Elle est la partie la plus importante de son oeuvre, le miroir de sa foi sincère et profonde. Dès son enfance, Félix est chrétien, dans sa croyance, dans sa vie quotidienne, dans ses rapports avec les siens et avec son prochain.
Avant de composer, Mendelssohn écrivait au haut de la première page du manuscrit: H.d.m. ("Hilf du mir", aide-moi) ou L.e.g.G. ("Lass es gelingen Gott": La réussite est entre les mains de Dieu).
Comme Jean Sébastien Bach, son Maître à penser et à composer, il invoquait en toute occasion l'assistance de Dieu. Hector Berlioz, qui l'admirait beaucoup, écrivit dans ses Mémoires: "Mendelssohn est une de ces âmes candides comme on en voit rarement; il croit fermement à sa religion luthérienne et je le scandalise en riant de sa bible!"
L'abondante correspondance de Mendelssohn - il écrivit en moyenne une lettre par jour dès son adolescence! - nous révèle son besoin irrépressible d'écrire de la musique religieuse.
La famille Mendelssohn était déjà fort éloignée du judaïsme de ses ancêtres lorsque l'enfant fut baptisé à l'âge de sept ans. Désormais Félix vit ardemment la conviction des pionniers de la Réforme. Dans sa musique, il exprimera sa confiance tranquille et sûre en Dieu, sans excès mystique, sans effusions romantiques excessives, sans "abîmes berlioziens". Son sens de la clarté, de la mesure et de l'équilibre nous émerveille. "Bach transforme en église chaque maison où l'on chante sa musique" disait Mendelssohn qui, en 1829, ressuscita à Berlin le Cantor de l'Eglise St.Thomas de Leipzig, son dieu, un siècle après la création de la Passion selon St. Matthieu, tombée dans l'oubli, en dirigeant de mémoire le chef-d'oeuvre de Bach!
"Il n'y a qu'un Dieu à Leipzig, c'est Bach, déclare Berlioz, et Mendelssohn est son prophète".
Mendelssohn fut aussi le prophète de la musique de Haendel dont il dirigea les grands oratorios en s'inspirant de la vision heureuse et limpide de sa musique. Il aime par-dessus tout la pureté du dessin mélodique de la musique religieuse, sa douceur, sa finesse, en évitant toute allusion à la bigoterie, ce que Goethe appelait "la nouvelle folie allemande de la piété moyenâgeuse.
"Le Chant des Vêpres" op. 121
appartient aux oeuvres religieuses de la maturité du compositeur. Il date de 1833, l'année même où Mendelssohn commença à diriger la musique religieuse de la ville catholique de Düsseldorf. Le jeune chef fut choqué par la "gaieté scandaleuse" du répertoire de l'église romaine. Il tenta énergiquement de redonner solennité et dignité aux offices en imposant Vittoria, Ingegueri, Palestrina.
Le "Chant des Vêpres" op. 121 est l'unique contribution de Mendelssohn à l'office catholique de Düsseldorf. L'oeuvre est un exemple frappant de ce que le compositeur protestant imaginait idéalement pour le culte de ses frères catholiques.
Il y mêla avec une grande intelligence et une connaissance parfaite de la voix, la polyphonie franco-flamande, le chant grégorien, les rythmes pleins d'élan illustrant la royauté d'Israël, la subtilité des harmonies romantiques entonnant la psalmodie grégorienne et la somptuosité du choral final à la J.S. Bach, sa mélodie puissante, chantée massivement par les solistes et le choeur: "Aperi oculos tuos".
Quelques années plus tard, le 28 mars 1837, Félix épousait la belle Cécile Jeanrenaud, fille du pasteur de l'église réformée française de Francfort, qui s'occupa pendant plusieurs années de la paroisse protestante de Neuchâtel, en Suisse! Le pasteur allemand Paul Appia bénit le mariage en français.
Les amis des époux racontèrent que ce fut étrange et extraordinaire d'entendre répondre... en français... un artiste si foncièrement allemand!...
André Charlet