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Tout commence une nuit de juin 1816, au bord du lac Léman. L’année précédente, un volcan indonésien est entré en éruption, déréglant l’atmosphère. L’été s’annonce orageux. Dans la Villa Diodati, à Cologny, Suisse, quatre poètes s’ennuient : Lord Byron, un jeune italien nommé John Polidori, Percy Shelley et son amoureuse, Mary, âgée de 19 ans. Il faut se distraire ; c’est à qui imaginera l’histoire la plus effrayante. Tandis que Byron et Shelley sèchent sur leur copie, John Polidori invente sa nouvelle Le Vampire quatre-vingts ans avant que l’écrivain irlandais Bram Stocker ne fasse courir son Dracula sur notre chair de poule. Quant à la jeune Mary Shelley, elle est la proie d’une vision de cauchemar : celle d’une créature sans nom, composée de morceaux de corps ramenés à la vie par un médecin fou. À son réveil, elle commence à écrire Frankenstein ou le Prométhée moderne, le roman gothique devenu un phare de la littérature fantastique. Version Anglaise It all began one night in June 1816 on the shores of Lake Geneva. The year before, an Indonesian volcano had erupted, causing havoc with the atmosphere. The summer looked like it would be stormy. At the Villa Diodati at Cologny, Switzerland, four poets were dying of boredom : Lord Byron, a young english-italian writer called John Polidori, Percy Shelley, and his nineteen year old lover, Mary. They had to do something to pass the time so they played a game of who could think up the most terrifying story. While Byron and Shelley didn’t manage to write much, John Polidori wrote his novel The Vampyre a full twenty-four years before Bram Stoker gave us goose bumps with his Dracula. And what about Mary Shelley ? She had a nightmare and dreamt about a nameless creature made up of pieces of a body and brought to life by a mad doctor. When she woke up she began writing Frankenstein or the Modern Prometheus, the gothic novel that became the seminal work of the fantasy literary genre. Autour du spectacle Le Théâtre Am Stram Gram a organisé en octobre 2012 des promenades littéraires dans la Genève de Mary Shelley, en partenariat avec Daniel Vulliamy, guide du patrimoine. durée : 2h30 (gratuit sur réservation)
FRANKENSTEIN Théâtre musical Dès 9 ans - durée 1h d’après Frankenstein de Mary Shelley texte Fabrice Melquiot mise en scène Paul Desveaux assisté de Martine Brodard avec Marie Druc, Yann Joly, François Nadin, Olivier Perrier, Nicolas Rossiercollaboration artistique Bérangère Vantusso scénographie Chantal de la Coste-Messelière conception marionnettes Einat Landais mécanisme des yeux Michel Ozeray musique Simon Aeschimann interprétée par l'Ensemble Contrechamps sonorisation Benjamin Vicq enregistrement, mixage Renaud Millet-Lacombe lumière Yvan Cavazzana costumes Nathalie Matriciani assistée de Verena Dubach, Laurence Durieux chorégraphie Martine Brodard construction décors Ateliers de construction et de décor de la ville de Genève galets Ateliers Devineau Une création du Théâtre Am Stram Gram en coproduction avec Scènes du Jura, la Compagnie L’Héliotrope, l’Ensemble Contrechamps, et le Théâtre de la Renaissance d’Oullins. Remerciements au Théâtre Forum Meyrin et au Grand Théâtre de Genève. Avec le soutien du Service culturel Migros Genève. La Ville de Genève, la République et canton de Genève soutiennent le Théâtre Am Stram Gram.
Existe-t-il véritablement des sujets pour les enfants et d’autres pour les adultes ? J’avoue ne pas pouvoir répondre à cette question de manière catégorique. Mais si j’interroge ma mémoire sur les films qui ont marqué ma prime jeunesse — j’habitais une petite ville de province française où le théâtre est arrivé bien après le cinéma — je ne suis pas sûr qu’ils correspondent à l’idée qu’on se fait d’un imaginaire enfantin. Le seul dessin animé dont je me souvienne, c’est Merlin l’Enchanteur de Walt Disney, j’avais six ans. Le reste est parti aux oubliettes. Je me rappelle surtout les westerns, entre autres La rivière sans retour, avec Robert Mitchum. Je me souviens avoir filouté et vu — peut-être à l’âge de dix ans — Le Tambour de Volker Schlöndorff. Quant à mon premier souvenir de théâtre, c’est Les Misérables, et la charette qui écrase ce pauvre homme sauvé par Jean Valjean. Ma mémoire est marquée par des histoires dont les thèmes n’ont pas été édulcorés : la tristesse du cowboy, la blessure, la mort parfois. Je ne dis pas qu’il faudrait montrer aux enfants l’oeuvre complète de Schlöndorff. J’étais peut-être un peu jeune pour ce genre de films. Mais c’était bien plus intéressant que les mièvres fictions censées m’être destinées. Quand Fabrice Melquiot m’a proposé de travailler sur son adaptation de Frankenstein, j’ai relu immédiatement l’oeuvre de Mary Shelley. J’y ai retrouvé les aventures passionnantes, effrayantes, qui ont marqué mon enfance. Dans l’imaginaire si particulier du conte. Le conte pose des questions essentielles, sous couvert d’une forme détachée du réalisme, créant par là une distance avec le lecteur. Quand nous avons commencé à réfléchir à Frankenstein, nous nous sommes demandé comment retrouver, sur un plateau de théâtre, cette distance inhérente au conte. Fabrice Melquiot a proposé que nous travaillions avec des marionnettes, en particulier pour Beurk, la créature de Victor Frankenstein. J’ai immédiatement souscrit à cette proposition et rencontré Einat Landais qui imagine et construit des marionnettes magnifiques. Mon second souci était de donner à voir la naissance de cette créature sur le plateau. Je voulais que Beurk s’anime sous le regard du public, comme le raconte Mary Shellley. J’ai demandé à Einat de pouvoir assembler sur scène cette grande marionnette de deux mètres dix. Quant à l’univers sonore, je souhaitais que l’on ne transcrive pas de manière réaliste les éléments naturels du roman, tels que la mer, la tempête, ou les mouvements intérieurs des personnages. Eléments qui ont une force narrative dans l’oeuvre lyrique de Shelley et que Fabrice Melquiot a repris dans son adaptation. Simon Aeschimann, le compositeur, a travaillé à une partition pour orchestre, entre Stravinsky et Dany Elfman, où la puissance des instruments retranscrirait la force des bouleversements vécus par les protagonistes. La forme dramatique choisie par Fabrice Melquiot permet de maintenir la distance nécessaire entre la fable et le spectateur, par l’entremise de Marie Shelley, devenue personnage. Tandis que Beurk prend forme sous le regard du public, c’est elle qui construit la narration. Frankenstein est un univers qui s’ouvre et se referme comme un livre, qui déploie sa fable et ses chansons avant de retourner au domaine de l’imaginaire. Il y a quelque chose de la boîte à musique ou du coffre à souvenirs gardant à tout jamais les histoires du passé, parfois drôles, parfois inquiétantes, dans le grenier de nos fables collectives. Paul Desveaux