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Comme mon fils adore Titeuf, nous sommes allés voir l'exposition Zep à Lausanne: cela fait plaisir, d'avoir un artiste aussi populaire dans la région.
J'ai lu, dans son autobiographie illustrée, la remarque que ses maîtres d'école lui firent, à l'époque où il ne dessinait que des super-héros: cela démontrait, selon eux, un profond manque d'imagination. Or, on me l'a faite aussi, quand j'étais petit, pour les mêmes raisons!
Il y avait alors une sorte de proscription lancée sur les super-héros. Tels les X-Men, ils étaient pourchassés par les autorités, et la maison d'édition Lug - qui publiait en France, depuis Lyon, les séries illustrées de la compagnie Marvel -subissait continuellement la censure officielle. C'est assez particulier.
J'étais pourtant élève à l'école Decroly, à Saint-Mandé, près de Paris: elle se voulait expérimentale et tournée vers l'expression personnelle et la pratique artistique; Ovide Decroly était lui-même un pédagogue belge disciple de Jean-Jacques Rousseau. Mais c'était une école d'Etat et sa doctrine, en matière d'art, était, à peu de chose près, la même que celle des fonctionnaires ordinaires. On n'y aimait pas du tout le mythologique. Et pas seulement celui qui venait des Etats-Unis, et qui était mêlé de science-fiction, car quand je dessinais des héros des fables antiques pour donner le change - quand je représentais glorieusement Hercule, Thor, Osiris -, on me disait qu'en réalité, c'était exactement comme les super-héros, que cela ne faisait aucune différence! Il y avait une vraie haine de la mythologie, et je crois qu'elle existe toujours. Mon dernier recueil de poésie a été indirectement critiqué pour cette raison par des intellectuels patentés de Paris: on a déclaré que la poésie devait s'ancrer dans le réel - c'est-à-dire ce qui apparaît matériellement comme tel.
J'avais un ami qui, comme moi, dessinait sans arrêt, nommé Matthieu Venant, et qui, aujourd'hui, un peu comme Zep, vit de cet art du dessin, et qui, du reste, a le même style que Zep, en ce qu'il tend à créer des parodies d'histoires fabuleuses, et à s'appuyer, par conséquent, sur le principe du réel. Cet ami lui aussi me reprochait d'être trop attaché aux super-héros; il me disait qu'il les aimait bien, sans doute - et d'ailleurs il les dessinait souvent aussi -, mais que cette affection n'était chez lui pas exclusive: ce n'était pas, comme chez moi, une passion, voire une folie! Zep pourrait peut-être aller dans le même sens, puisque, finalement, il a eu du succès en s'appuyant sur ses souvenirs, et non sur un monde imaginaire d'êtres doués de super-pouvoirs. Quant à moi, fidèle à mon enfance, ou n'ayant jamais grandi, pour ainsi dire, je reste en retrait, et on s'en est encore pris à moi, assez récemment, parce que j'avais composé des vers épiques sur Tarzan et Jane: c'était choquant.
Mais je n'en veux pas à Zep: naturellement.