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Sur le vif - Dimanche 28.10.18 - 15.28h
L'épisode de l'Histoire prussienne et saxonne appelé "DDR", entre 1949 et 1989, me passionne à un point que personne n'imagine. D'abord, parce que j'ai connu cette époque, j'ai passé l'été de mes quatorze ans sur la ligne de démarcation inter-allemande, qu'on appelait "Mur de fer", j'ai regardé tous les soirs les nouvelles de la DDR (qui n'étaient pas plus teintées de communisme que celles de la BRD ne l'étaient de capitalisme), j'ai lu les auteurs de la DDR, bref ce pays m'a touché.
Le pays, pas le régime, bien sûr. Encore moins, la Stasi !
Mais je ne supporte pas, encore aujourd'hui, d'entendre de beaux esprits parler de ces quarante ans d'Allemagne de l'Est, donc (pour être clair) de zone d'occupation soviétique, après la défaite du 8 mai 1945, comme d'un épisode historique où tout serait à jeter.
Non seulement je pense le contraire, et mon attachement nostalgique (il faudrait dire "ostalgique") à la DDR est immense. Mais surtout, j'invite les beaux esprits d'aujourd'hui, à commencer par ceux de la droite libérale, à exercer le même esprit critique (qu'ils appliquent à la DDR) au corsetage idéologique de la BRD (l'Allemagne de l'Ouest) par le capitalisme, les États-Unis, l'OTAN. Je vous le dis : le niveau de propagande était le même qu'à l'Est.
Alors certes, en BRD, il n'y avait pas la police politique. C'est incontestable. Mais enfin, qui sommes-nous pour juger cette moitié orientale de l'Allemagne qui, dans le partage du pays en 1945, est tombée sous occupation russe, donc obligation d'établir un régime de type communiste ? En effet, ces gens n'ont pas eu, pendant quarante ans, les libertés fondamentales auxquelles nous, ici, à juste titre, nous sommes tant attachés.
Mais ils ont eu tant d'autres choses. Un mode de vie certes un peu vieillot, ne reposant pas (comme à l'Ouest) sur la sanctification de l'Argent et du profit. Mais un État, voyez-vous, qui a accordé une place exceptionnelle à la culture, à la musique, à la réflexion sur la littérature. Un État où les plus précaires bénéficiaient d'un filet social qu'on n'a pas toujours trouvé de l'autre côté, au Paradis du capitalisme. Un État qui vaut infiniment mieux que la réputation que voudraient nous en faire les ultra-libéraux.
Un jour, j'écrirai quelque chose de solide sur la DDR. Il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à ce moment si particulier de l'Histoire allemande. Peut-être, simplement, parce que c'est une partie très importante de ma jeunesse.
Pascal Décaillet