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Le 3 mars 1992, le premier président de la nouvelle République d’Arménie Levon Ter-Petrossian signait le décret de la création du Fonds panarménien Hayastan (Himnadram) visant à réunir toutes les composantes de la nation dans un cadre commun afin d’œuvrer à la réalisation de projets vitaux pour le développement économique, social et culturel de l’Arménie et de l’Artsakh. Ce décret a été suivi par les bulles du Catholicos de tous les Arméniens Vazgen Ier et du Catholicos de Cilicie Karekin II appelant le peuple arménien à participer au redressement de l’Arménie et de l’Artsakh par des dons sous forme d’une « contribution nationale volontaire » (կամաւոր ազգային տուրք).
Cette initiative sans précédent venait à un moment où l’Arménie et l’Artsakh traversaient une période éprouvante. En effet, le tremblement de terre meurtrier de 1988, la guerre, le blocus et le marasme économique et social menaçaient le fragile équilibre du pays nouvellement indépendant. Plus tard, des comités locaux furent constitués dans divers pays qui se mirent au travail pour organiser des collectes en faveur des projets d’importance stratégiques définis par le Conseil d’administration, le plus haut organe du Fonds. Conformément à la Charte de l’organisation, le président de la République d’Arménie est de fait le président du Conseil d’administration, qui comprend un nombre de personnalités et de représentants des églises, des institutions politiques, des organisations non-gouvernementales et humanitaires à la fois de l’Arménie et de la Diaspora.
Le 17 janvier 1993, lors d’une assemblée des représentants des organisations arméniennes actives dans les trois régions linguistiques suisses, con-voquée par Mgr Viken Aykazian à Aarau, a été créé le comité suisse du Fonds Arménie (Himnadram). Le premier bureau exécutif était co-présidé par le feu Révérend Aharon Sapsezian (Genève) et Gaydzag Magdassian (Lugano). Ils ont été succédés respectivement par le regretté Kegham Yeretsian, le Dr. Mihran Yeromian et Avedis Kizirian. Ce dernier assure la présidence du bureau exécutif depuis 2002.
Depuis sa création il y a 30 ans, le Himnadram a financé plus de 1500 projets dans plusieurs domaines tels que la santé, l’éducation, les infrastructures, les logements, le développement rural, etc. Dans son message à l’occasion de cet anniversaire, le directeur exécutif de Himnadram M. Haykak Arshamyan indique qu’à ce jour, 1.5 millions de personnes à travers le monde ont contribué pour plus de 500 millions de dollars à des projets en Arménie et en Artsakh au bénéfice de plus de 800 000 personnes.
Tous les ans depuis 1996, le Himnadram organise des téléthons et des phonétons qui mobilisent des centaines de bénévoles et réunissent les Arméniens autour d’un objectif, d’une vision et d’un rêve communs qui peuvent être concrétisés.
Le premier projet du Himnadram fut l’impression des premiers passeports de la nouvelle République d’Arménie. Puis, grâce à la participation massive des Arméniens du monde entier, le Fonds a pu s’engager dans la réalisation de projets humanitaires de très grande envergure tels que le projet Hiver 93-94, la construction des autoroutes Goris-Stepanakert, Vardenis-Martakert et Nord-Sud en Artsakh, sans compter les innombrables projets de réhabilitation de centaines d’écoles, d’hôpitaux, de réseaux de distribution d’eau et d’approvisionnement en gaz.
Outre ces grands projets, les comités locaux créés dans différents pays de la Diaspora ont parrainé également des projets spécifiques sélectionnés par leurs membres. Cela a été le cas du comité Suisse à partir de 2000. Ainsi, les fonds récoltés en Suisse ont permis de réaliser plusieurs projets: la rénovation des dortoirs, de la chaufferie, de la petite centrale électrique et de la blanchisserie de l’orphelinat de Gavar dans la province de Gegharkunik; la reconstruction de l’école du village de Khashtarak dans la province de Tavush (cofinancement avec les comités de France et d’Allemagne); la reconstruction de l’hôpital de Noyemberyan dans la province de Tavush (cofinancement avec les comités d’Allemagne, d’Australie et du Liban); la modernisation de l’école de musique Tchaïkovski à Erevan; la construction d’une piscine thérapeutique couverte et l’installation d’un petit laboratoire de biochimie à l’orphelinat Gyumri Children’s Home; participation aux travaux de rénovation du lycée Olimpus à Erevan; le forage d’un puits avec l’installation d’une ligne électrique, d’un poste de transformation et d’un système d’irrigation dans le village de Hovsepavan en Artsakh.
Il convient de noter qu’en 2020 le Himnadram a alloué des fonds en faveur des communautés arméniennes du Liban et de la Syrie fortement touchées par la pandémie et la crise économique. Les destinataires de ces fonds furent les centres socio-médicaux communautaires, les écoles et leurs enseignants ainsi que les médias.
Pendant la guerre de 44 jours, le Himnadram et ses branches de la Diaspora ont récolté plus de USD 185 millions ainsi qu’environ USD 23 millions lors du téléthon et du phonéton organisés en novembre 2020. Un don de AMD 52 milliards fait par le Himnadram au gouvernement arménien pendant cette guerre a créé la polémique dans certains milieux en Arménie et dans la Diaspora. Dans une interview accordée à Aravot le 23 mars dernier, le directeur exécutif du Himnadram Haykak Arshamyan explique: « Compte tenu de la situation de force majeure et des dépenses humanitaires dues à la guerre et non-prévues par le budget annuel, un contrat de donation a été conclu entre le ministère des Finances et le Himnadram sur la base d’une décision consensuelle du Conseil d’administration de ce dernier. Plusieurs versements ont ainsi été effectués entre le 8 octobre et le 1er novembre 2020. Conformément aux buts indiqués dans le contrat et selon le rapport financier présenté par le ministère des Finances et contrôlé par les vérificateurs des comptes du Himnadram, 90% de ces fonds ont été affectés aux programmes sociaux mis en place pour les 100 000 personnes déplacées d’Artsakh et le reste a été utilisé pour combler les besoins dans le domaine de la santé notamment pour l’achat d’ambulances. Suite aux critiques exprimées concernant cette donation, une commission a été créée par la Cour des comptes à la demande du Conseil d’administration du Himnadram pour procéder à une vérification de l’emploi des fonds. Une commission d’enquête parlementaire a également été instituée à cette fin. Je précise que ces contrôles sont actuellement en cours auprès des ministères de l’Éducation, des Affaires sociales, de la Santé, de l’Administration territoriale et des Infrastructures. Ils n’ont rien à voir avec le Himnadram. »
La défaite de la guerre a suscité un sentiment d’apathie chez les Arméniens à travers le monde. Cela a naturellement eu une incidence sur le Himnadram. Quant aux infrastructures et aux nombreux projets réalisés par le Fonds sur les territoires passés sous le contrôle de l’Azerbaïdjan, leur valeur est estimée à plus de USD 100 millions selon M. Arshamyan.
Cependant, les conséquences désastreuses de la guerre sont loin de décourager les responsables du Himnadram. « Nous poursuivrons les programmes de renforcement des zones frontalières d’Arménie. Actuellement, nous réalisons dans les villages frontaliers de Siounik des projets variés d’une valeur de USD 1 million allant de l’installation de chauffes- eaux et de panneaux solaires, à la rénovation d’écoles, en passant par le développement de l’agriculture et de l’élevage. Dans le cadre des programmes d’aide à l’agriculture, réalisés également en Artsakh, nous distribuons des ruches, des semences et des plants, des serres et du bétail » indique M. Arshamyan.
Le Himnadram apporte son aide également aux blessés de guerre en particulier pour la pose de prothèses, la rééducation et la réhabilitation psychologiques de ces jeunes et leur accès à une formation professionnelle et au marché de travail.
Pour revenir à l’Artsakh, « nous y réalisons plus de 35 projets d’infrastructures d’une valeur de USD 70 millions. Il s’agit de travaux de construction ou de rénovation des réseaux d’eau potable, des canaux d’irrigation, des routes stratégiques, des écoles, etc. Nous construisons 1050 maisons et appartements à Stepanakert et dans les autres régions d’Artsakh et effectuons des travaux de réfection au Centre de ré-habilitation Caroline Cox pour personnes handicapés à Stepanakert » explique M. Arshamyan dans l’émission « Aravot Luso » de la chaine publique du 4 avril 2022.
Pour faire face aux défis énormes, le directeur exécutif du Himnadram compte sur le vaste réseau de ses membres, des volontaires qui aident son équipe de 30 personnes à Erevan par des conseils et sur le plan organisationnel. « Notre mission est d’élargir notre réseau dans le but d’assurer le développement durable de l’Arménie, de l’Artsakh et des communautés arméniennes du monde entier, sur la base d’une identité commune » ajoute-t-il.
M.S.
(Crédit photos: www.himnadram.org)