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L’Institut Gfs et l’Office fédéral de la statistique ont rendu publiques leurs analyses des élections fédérales d’octobre dernier. Instructif, après les vagues médiatiques post-électorales.
Les élections fédérales d’octobre dernier ont suscité une certaine effervescence. Après la progression historique de l’Union démocratique du centre Ð un bond de plus de 50 % Ð, la formule magique semblait condamnée. Mais l’échec de Christoph Blocher dans sa tentative de bouter les socialistes hors du Conseil fédéral a fait retomber le soufflé. Le monde politique est retourné aux affaires courantes. Pourtant les récentes données fournies par l’Institut GfS et l’Office fédéral de la statistique mettent en évidence des mouvements de fond au sein du corps électoral.
Recentrage
L’UDC a bâti sa victoire sur les décombres des petites formations de la droite dure, mais également en mordant sur l’électorat radical et démocrate-chrétien situé le plus à droite. Cette victoire ne signifie donc pas un coup de barre à droite comme on l’a un peu précipitamment qualifiée au soir des élections, mais le regroupement sous un même drapeau d’un électorat conservateur jusqu’alors dispersé (voir tableau ci-contre). A cet égard, on note que les électrices et électeurs socialistes n’ont pas succombé aux sirènes blochériennes en 1999, le PSS ayant probablement perdu des sympathisants au profit de l’UDC lors des élections précédentes déjà. Par contre, on observe un transfert significatif de l’électorat de gauche vers les radicaux (5 %) et les démocrates-chrétiens (6 %).
Ce phénomène de recomposition est d’ailleurs confirmé par le positionnement des électrices et des électeurs sur l’axe gauche-droite. Au sein de l’électorat UDC, le camp de celles et ceux qui se situent clairement à droite a progressé de 19 % depuis 1995. Par contre l’électorat radical s’est affaibli à droite (moins 7 %) au profit du centre et de la gauche. L’électorat du PDC connaît une évolution semblable quoique moins prononcée. L’importance accrue de cet électorat centriste devrait convaincre ces deux formations de se distancer clairement des thèses de l’UDC. Globalement, l’identification à la gauche et à la droite a perdu du terrain alors que le positionnement au centre se renforce, une indication que les socialistes ne pourront ignorer s’ils veulent progresser.
Motivations
Quels sont les facteurs qui déterminent le choix politique de l’électorat ? Force est de constater que la dimension idéologique perd en importance : elle n’est primordiale que pour 17 % des électrices et électeurs. Ces derniers prennent en compte au premier chef la personnalité des candidats Ð y compris pour l’électorat socialiste Ð puis les positions du parti sur les thèmes d’actualité. Dans un contexte caractérisé par l’affaiblissement des liens partisans, les partis politiques sont donc contraints de présenter des candidats connus et communicatifs et de proposer des réponses aux questions qui préoccupent l’opinion plutôt qu’un programme préfabriqué. Dans ce registre, l’UDC s’est sans conteste montré la meilleure, avec la figure charismatique d’un Blocher et des thèmes peu nombreux mais d’actualité
L’électorat nouveau Ð en 1999, 13 % des électrices et électeurs exerçaient pour la première fois leurs droits Ð est particulièrement convoité par les partis. Il a manifesté sa préférence pour l’UDC et le PDC (18 % de leur électorat respectif), le PS (16 %) et les radicaux (14 %). A noter que plus de la moitié des nouveaux électeurs ayant fait le choix du PDC se sont décidés au cours des trois semaines précédant l’élection. Pour l’UDC, 47 % de son électorat nouveau a fait un choix de dernière minute : la campagne contre Christoph Blocher (préface à un livre d’extrême-droite) lancée juste avant les élections n’a donc manifestement pas porté ses fruits.
Si l’on considère globalement l’électorat nomade Ð celles et ceux qui ont changé de parti entre 1995 et 1999 Ð et l’électorat nouveau, c’est l’UDC qui se montre le plus attractif, suivi du PDC Ð probablement l’effet Metzler Ð et, nettement détachés, le parti radical et le PSS qui a mené une campagne particulièrement insipide.
Le profil sociologique de l’électorat se révèle particulièrement instructif et met à mal quelques idées reçues. L’UDC attire plus d’hommes que de femmes, à l’inverse du PSS ; ce n’est pas une surprise. Par contre, l’image d’une UDC ratissant large dans les rangs des rentiers nostalgiques est fausse : ce parti sort en tête dans la classe d’âge 18-39 ans, alors que les radicaux font leur meilleur score chez les plus de 66 ans. L’UDC se profile clairement comme le parti des indépendants alors que le PSS regroupe 42 % des électeurs actifs dans le secteur public. Les démocrates du centre attirent les hauts revenus au-dessus de 9000 fr. par mois (25 %) aussi bien que les gens modestes (26 % des personnes disposant d’un revenu inférieur à 3000 fr.). Comparativement, les socialistes, parti des petites gens, ne drainent les voix que de 13 % des plus bas revenus mais attirent autant les hauts revenus que le PDC et les radicaux. Une indication supplémentaire du fait que le PSS a renouvelé complètement son électorat depuis une quinzaine d’années. Reste à savoir comment il va conjuguer un programme qui prône la solidarité avec les plus démunis (par exemple l’introduction des primes d’assurance maladie proportionnelles au revenu) et la défense des intérêts d’un électorat relativement aisé. jd
Sources : Office fédéral de la statistique, Les élections au Conseil national de 1999, GfS, NZZ des 5-6 février 2000.
L’électorat nomade
Transfert de voix entre 1995 et1999
1995
1999 UDC PRD PDC PSS autres ne sait pas
UDC 72 % 11 % 8 % 0 % 6 % 3 %
PRD 2 % 89 % 2 % 5 % 1 % 1 %
PDC 0 % 5 % 83 % 6 % 4 % 2 %
PSS 0 % 0 % 0 % 95 % 1 % 4 %
Exemple : 72 % de l’électorat UDC en 1999 avaient déjà voté pour ce parti en 1995 ; en 1995, 11 % de l’électorat UDC avaient voté radical et 8 % PDC.