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Le but de tout entraînement sportif, élite ou populaire, est l’amélioration de la performance motrice. Un entraînement est bien conduit lorsqu’il est constitué d’unités de charge, dont l’intensité est progressive, et qu’il est suivi de périodes de récupération permettant à l’organisme de refaire ses réserves. Ce cycle charge-récupération est appelé périodisation. Une périodisation régulière est suivie d’une progression appelée surcompensation (figure 1); c’est elle qui va amener progressivement le sportif vers son pic de forme.1
Le surentraînement est caractérisé par un désordre neuroendocrinien où est constatée une réduction de performance, une inaptitude à maintenir une charge d’entraînement, l’apparition d’une fatigue persistante, d’une réduction de la sécrétion hormonale, en particulier des catécholamines, accompagnées de problèmes de santé récurrents comme des infections des voies aériennes supérieures. Cet état peut aussi comprendre des troubles du sommeil et une labilité de l’humeur.2
Le surentraînement est un problème chez les athlètes d’endurance et les athlètes actifs dans des sports à haute intensité. Le surentraînement peut affecter jusqu’à deux tiers des athlètes à un moment ou un autre de leur carrière sportive.3 Il affecte autant les hommes que les femmes et est perçu comme cause principale du risque de blessure.
Tout sportif s’entraîne durement s’il veut progresser, selon l’adage no pain, no gain . A l’issue de chaque séance d’entraînement, une fatigue physiologique est ressentie. Si la récupération de cette fatigue est suffisante, on observe une surcompensation et une amélioration de la capacité de performance; la fatigue est habituellement réversible dans les 48 heures (figure 1). Au cours d’entraînements répétés, typiquement au cours de camps d’entraînement, l’activité physique est plus intense, et la fatigue ressentie plus importante. Elle entraîne une réduction de performance. Une pause contrainte de deux à trois semaines est alors habituellement nécessaire, à l’origine d’une progression significative des capacités motrices. Ce cycle de fatigue intense et de récupération contrainte, suivi par l’amélioration de la performance, est dénommé surcompensation ou functional overreaching . Ce type d’entraînement cyclique est connu des milieux d’athlètes se préparant pour une compétition, les amenant ainsi à leur pic de performance.4 Lors de surentraînement, la fatigue postexercice se prolonge, accompagnée d’un cortège variable de manifestations somatiques et psychosomatiques dont la récupération peut s’étendre sur plusieurs semaines, voire mois, exceptionnellement années.
La prévention ou la détection du surentraînement n’est pas chose facile, car pour chaque athlète, le gain de performance lié aux stimuli des entraînements est recherché jusqu’à un seuil critique à partir duquel l’entraînement devient excessif. En dessous du seuil, on parle de zones de sous-entraînement et en dessus de surentraînement (figure 2). La relation entre la charge d’entraînement et la tolérance aux entraînements est très individuelle et l’analyse d’un carnet d’entraînement est insuffisante pour poser le diagnostic d’un état de surcharge physique, d’autant que d’autres facteurs de stress de la vie de famille ou professionnelle interviennent bien évidemment.
La cause principale est une charge d’entraînement excessive avec des temps de récupération insuffisants. On peut incriminer aussi le manque de variation des entraînements et leur uniformité, une augmentation trop rapide du volume ou des intensités, des compétitions trop fréquentes, surtout en participant alors que l’athlète n’est pas en forme, et enfin une nutrition inadéquate, par déficit en hydrates de carbone. Le déficit en quantité d’apport énergétique doit être mentionné, particulièrement chez ceux désirant perdre du poids ou qui ont une mauvaise image du soi (notamment le syndrome Female Athletic Triad , comprenant déficience énergétique avec ou sans trouble alimentaire, aménorrhée, et ostéoporose). Le stress psychologique (école, travail, famille) ou environnemental (froid extrême, chaleur, altitude) peut être impliqué.4,5 Enfin, la reprise trop rapide de l’entraînement après blessure, maladie ou préparation d’examens joue aussi un rôle.
Les manifestations du surentraînement associent la diminution de la capacité de performance et l’augmentation du temps de récupération, mais se présentent aussi par une fragmentation du sommeil, avec difficultés d’endormissement, cauchemars et réveils fréquents sans impression de récupération matinale. Les muscles et les articulations sont douloureux, les jambes sont lourdes, il existe des traits de dépression et d’irritabilité induisant une perte de motivation aux entraînements. Pour les jeunes en âge de scolarité, on constate une forte diminution de la performance scolaire. Ces manifestations sont résumées dans le tableau 1.
Les mécanismes sous-jacents du surentraînement demeurent inconnus. C’est un phénomène complexe, surtout influencé par des facteurs psychologiques et moins par des facteurs biologiques. En effet, il n’existe aucun marqueur biologique susceptible de le détecter. Une élévation de la fréquence cardiaque de repos peut être un signe avant-coureur. Il n’est cependant pas toujours observé chez les athlètes. La fréquence cardiaque maximale peut par contre diminuer de 10% et on peut constater une baisse de la consommation maximale d’oxygène. De même, la lactacidémie s’élève plus faiblement. Le dosage hormonal, en particulier celui de la testostérone et du cortisol est décevant.6 Le surentraînement reste donc un diagnostic clinique plutôt par la notion d’une diminution de la capacité de performance sportive et d’altérations de l’humeur, que par des changements des fonctions immunitaires et d’autres tests.
Des questionnaires tels le Profile of Mood States ou celui de la Société française de médecine du sport (SFMS), évaluent et quantifient le stress, l’émotivité, l’humeur et la labilité psychique des sportifs. Ces questionnaires permettent d’apprécier l’importance d’un surentraînement et aussi le suivi de la récupération. Le questionnaire SFMS est composé de 52 questions auxquelles il est demandé au sportif de répondre à la fin de chaque cycle de récupération après une périodisation.7 En fonction du score obtenu, il est possible d’évaluer l’état de fatigue résiduel de l’athlète. Plus le score est élevé, plus la fatigue est importante et nécessite une adaptation du programme d’entraînement (tableau 2).
La prise en charge du surentraînement est difficile et demande patience, la meilleure restant la prévention. Elle nécessite un suivi régulier de la performance physique, une périodisation et une individualisation du programme d’entraînement. Pour les athlètes s’entraînant de manière intensive, il est proposé un suivi régulier avec le questionnaire SFMS. Tenir un cahier d’entraînement, adapter une alimentation équilibrée aux exigences de l’effort physique et gérer les problèmes de santé (et ne pas s’entraîner avec un état fébrile ou une maladie intercurrente) sont les conseils simples à maintenir. Il convient aussi de se rappeler qu’après chaque entraînement ou compétition, une immunodépression est possible sur plusieurs jours, dépendant de l’intensité de l’effort. Elle rend les sportifs plus sensibles aux infections, notamment au niveau respiratoire.8,9
Le syndrome de surentraînement confirmé, la prise en charge devient difficile. Il faut du repos tout en continuant un entraînement d’endurance à faible intensité, et de la patience. Un soutien psychologique peut être nécessaire. La nutrition doit être adéquate. Les médicaments sont limités à l’amélioration du sommeil.
Le syndrome de surentraînement affecte essentiellement les athlètes d’endurance. Il n’épargne pas les sportifs populaires. Sa première manifestation consiste en une diminution de la capacité de performance, accompagnée d’un état de fatigue persistant qui ne récupère pas. Il existe une vulnérabilité aux infections; la symptomatologie liée au surentraînement est essentiellement psychosomatique. La prise en charge est surtout préventive par une information et une surveillance des sportifs s’entraînant intensivement.
> Le surentraînement survient dans les suites d’entraînements intenses, quand la récupération tarde et lorsque la fatigue se prolonge au-delà de plusieurs semaines
> La fatigue persistante s’accompagne d’une baisse de performance et de symptômes somatiques, psychosomatiques, endocriniens et immunologiques
La prise en charge du surentraînement consiste en une prévention par des jours sans sport, mais seuls le repos, la patience et l’empathie se sont montrés efficaces