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7- Le temps des méditations. (1968- 1971)
7. 1- Aix-la-Chapelle - Düren 68.
Il est des jours que l'on désirerait revivre toujours,
Il est des jours que l'on ne désirerait jamais revivre.
La vie sur terre est certes conçue de joie et de peine,
La vie sur terre donne de la joie avec beaucoup de peine.
Que le temps soit pluvieux ou radieux, qu'importe si l'on se plait.
Que le temps soit pluvieux ou radieux, importe si manœuvre-l'on fait.
Manœuvre dans la boue et la neige, n'est plus un jeu,
Manœuvre de jour et de nuit, sait-on ce que l'on veut.
La fatigue puisse-t-elle être connue et méprisée,
La fatigue puisse-t-elle être méconnue et réconfortée.
Quelle qu'en soit les circonstances, je rêvasse souvent,
Quelle qu'en soit mes attitudes, mes rêves volent au vent.
Jamais je ne pourrais oublier tous les bienfaits,
Jamais je ne pourrais me comprendre tout à fait.
Quel qu'en soit mon avenir, je ne puis m'en soucier,
Quel sera mon avenir, je ne puis le déterminer.
Il est des jours que l'on désirerait revivre toujours,
Il est des jours que l'on ne désirerait jamais revivre.
Les mots sont sans importance et ils ne me diront plus rien.
La vie m'est sans importance et je ne la désire plus.
Je me suis illusionné d'un rêve impossible…
Tout était trop beau, le pays, l'amour; tout restera impossible.
Tu ne me résonneras plus car je ne résonne plus…
Jamais plus tu ne me verras et tu n'entendras plus parler de moi.
J'ai retrouvé comme avant toutes les bêtises de la Terre.
Cette Terre, je la hais et la maudit, il n'y plus aucun espoir…
Quand j'étais gamin, je rêvais, comme tous les petits enfants, à un monde merveilleux. Puis je me sentis vivre dans mon rêve, j'avais trouvé un magnifique pays toujours souriant de lumière et de fleurs. Une fleur vint à moi et me prodigua de nombreux moments de bonheur. Tout était à portée de main et je cru un instant que je pouvais tout posséder. Mais cette fleur n'était pas pour moi, ce rêve ne m'appartenait pas. Privé de rêve, je n'ai plus rien pour vivre.
Mais qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce que l'amour ? S'il est un souvenir que je veux emporter avec moi, c'est celui d'une certaine nuit, une nuit pas comme les autres qui me fit passer du rêve à la réalité. Maintenant, je vois tous les maux de l'humanité qui sont si loin de tout ce que j'ai rêvé. Je revenais, d'une heureuse promenade en ces lieux où tout semblait beau, dans une grande ville où j'apercevais à peine les bruits et les clameurs de son agitation. Je m'étais concentré sur un être qui de son regard miroitant, transfigurait ma vue…
En cette nuit-là, je rêvais de danser toute une soirée avec la même fille, ce qui aurait été un exploit car jamais je n'eus cette chance. Mais elle préféra la solitude de ma chambre d'hôtel. Bien sûr, je ne dis pas non car tout homme en aurait fait autant. Ainsi, isolé du reste du monde, nous parlâmes peu et même de très près. Allongé sur le lit, nous nous embrassâmes de long moment. Ce n'est certes pas dans un dancing que nous aurions pu faire chose pareille. Pourtant, malgré la forte tentation je ne voulais pas abuser de la situation. C'était facile à dire mais devant ses formes convoitantes et la chaleur montante, c'était difficile de résister. D'autant plus que je devais dormir car le lendemain une fort longue route m'attendait.
Maintenant, tu connais bien mon corps, me dit-elle. Oui, en effet et j'en suis pleinement ravi. Elle s'était donc donnée et je pouvais la posséder, me semblait-il ? Dans cet engouement, j'espérais qu'elle devienne ma femme et ne considérant pas ce geste comme celui des femmes qui en font un métier, mais un sacrifice qu'elle faisait pour moi tout comme j'en avais fait un à Pâques. C'était vraiment par amour qu'elle l'avait fait. Bien que ce fut le contraire deux mois plus tard en rompant et en m'annonçant qu'elle ne m'aimait pas… Mon rêve est devenu le pire cauchemar de ma vie! Mais jamais je ne pourrais l'oublier, ni tous les instants de bonheur que nous avons partagés qui resteront gravés en ma mémoire pour l'éternité…
Après être arrivé au terme de neuf années à l'armée dans une solitude devenue absolue, le spectacle de la transition me plongeait dans un état presque impossible à décrire. Pour ainsi dire, sans parents, sans amis sur cette terre, n'étant plus aimé, j'étais accablé d'une surabondance de vie. Quelques fois, je sentais couler dans mon cœur meurtri comme des ruisseaux d'une lave ardente et la nuit était également troublée de mes songes et de mes veilles. Désormais, il me manquait quelque chose pour remplir l'abîme de mon existence, appelant de toute la force de mes désirs l'idéal objet de cette flamme qui s'éteignait. Je l'embrassais encore dans les vents et je croyais l'entendre dans les gémissements des arbres. Tout était un fantôme imaginaire qui, avec les astres dans les cieux, en est le principe même de la vie dans l'univers. Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives dans le vide d'un cœur solitaire dont on jouit de ses passions, mais que l'on ne peut peindre. L'idéal de ma vie n'est pas celui rêvé, ni les faméliques de la jouissance. Si je me suis construit, à force de labeur, ce n'est pas pour ensevelir toutes mes énergies dans un stérile repos. C'est pour les retrouver dans de plus nobles fonctions et devrait contribuer au progrès de ma propre vie. Cette vie, qui m'avait d'abord enchanté, ne tarda pas à devenir insupportable. Je me fatiguais de la répétition des mêmes scènes et des mêmes idées. Je me suis mis à sonder mon cœur, à me demander ce que je désirais. Je ne le savais plus, ayant fini une carrière pour en commencer une autre encore inconnue. Aurais-je des goûts inconstants, de ne pouvoir jouir longtemps de la même chimère, d'être la proie d'une imagination qui se hâte d'arriver au fond de mes plaisirs, comme si je ne pouvais atteindre de but. Dans les espaces d'une nouvelle vie qui énerve l'âme et obnubile la volonté, je me sens de plus en plus tourmenté, comme possédé par le démon de mon cœur…
F.J-L novembre 1968