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On parle de pandémie lorsqu’un agent infectieux se répand sur toute la planète ou du moins sur un vaste territoire, comme un ou plusieurs continents. On la distingue de l’épidémie qui affecte des zones restreintes d’un continent, d’un pays, voire d’une région, laissant des territoires non touchés par la circulation de l’agent infectieux. Bien que la pandémie puisse être provoquée par tout agent infectieux, lorsque les conditions pour qu’elle se répande sont remplies (cf. ci-dessous), on va se limiter dans ce blog à la présentation des pandémies virales, et plus particulièrement celles provoquées par les virus de la grippe affectant la population humaine.
La pandémie est rendue possible par l’absence préalable de toute immunité de la population, absence qui découle de la nouveauté de l’agent infectieux. En regard de l’espèce humaine, les pandémies virales récentes concernent principalement les virus de la grippe, à l’exception de celle liée à l’irruption du VIH, avec les conséquences que l’on connait. On peut également citer le cas du virus du Nil Occidental (West Nile Virus, WNV) qui a traversé l’Atlantique pour la première fois en 1999 et s’est répandu en quelques mois en Amérique du Nord. A l’inverse et en remontant dans le temps, l’apport par les « conqusitadores » des virus de la rougeole et de la variole a provoqué des pandémies aux effets dévastateurs sur les populations autochtones du nouveau monde qui ne connaissaient pas ces virus. De nos jours, les virus émergents représentent des menaces toujours plus pressantes de pandémies.
Au chapitre des définitions, il faut encore mentionner l’endémie qui caractérise la circulation constante d’un virus dans la population avec comme effet la présence sporadique d’infections de personnes susceptibles (souvent des nouveau-nés, mais pas que). Si le nombre de personnes susceptibles atteint un seuil critique (qui varie pour chaque virus), l’endémie permet l’éclatement d’épidémies. C’est la situation que nous connaissons actuellement avec le virus de la rougeole, contre lequel le taux de vaccination n’est pas suffisant (cf. La rougeole, faits et méfaits). Les virus de la grippe humaine sont endémiques. Toutefois leur circulation est saisonnière car leur propagation est favorisée par les conditions hivernales, expliquant la survenue des épidémies alternativement dans l’hémisphère nord et sud.
Revenons à la notion d’absence d’immunité dans la population, condition première au développement de la pandémie. Pour les virus de la grippe on s’attendrait à des pandémies fréquentes, dans la mesure où ils changent constamment (cf. C’est le moment de..). Ces changements fréquents sont en fait progressifs d’une année à l’autre, on parle de glissements antigéniques, ce qui permet une immunité résiduelle d’une année à l’autre dans la population (cf. figure 1). Pourtant, à une fréquence plus faible, de l’ordre d’une fois tous les 10-20 ans, des changements complets surviennent, on parle maintenant de sauts antigéniques qui cette fois rendent caduque l’immunité établie lors des épidémies précédentes (cf. figure 2). C’est de ce mécanisme dont il va être principalement question pour décrire les pandémies de grippe. Il faut noter qu’une accumulation successive de mutations peut générer un virus qui n’est plus reconnu par l’immunité précédente.
Encore un mot sur l’immunité contre les virus de la grippe. On parle principalement d’une immunité dirigée contre deux protéines du virus, celles exposées à la surface du virus, dénommées HA et NA. Ce sont les anticorps liant ces deux protéines qui sont responsables de la neutralisation du virus, avec une prépondérance pour les anticorps anti-HA. Les figures 1 et 2 ne présentent, pour simplification, qu’une seule protéine à la surface.