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Avoir une bonne poigne serait un signe de longévité
La prochaine fois que quelqu'un vous serre la pince (aïe!) en vous écrasant la main, dites-vous qu'il a peut-être des chances de devenir plus vieux que ses contemporains, et d'être davantage épargné par les maladies cardiovasculaires.
C'est en tout cas la constatation originale qu'a faite une équipe internationale de chercheurs regroupés autour du Dr Darryl P. Long, de l'Institut pour la recherche sur la santé des populations à Hamilton, au Canada. Leurs conclusions ont été publiées cet été dans la réputée revue médicaleThe Lancet.
Leur travail s'est appuyé sur l'étude épidémiologique prospective ville-campagne «PURE», qui a été entreprise entre 2003 et 2006 dans dix-sept pays, sur plus de 154000 individus âgés de 35 à 70 ans issus de milieux socio-économiques variés. Seuls les sujets n'ayant pas eu l'intention de déménager durant au moins quatre ans pouvaient faire partie de l'étude, destinée fondamentalement à établir des relations entre les facteurs sociaux, les facteurs de risque, et les maladies chroniques non contagieuses.
C'est ainsi que 139691 personnes ont été prises en compte, dont 3379 sont décédées durant les quatre ans de suivi. Toutes ont fait l'objet d'une surveillance de leur état médical, ce qui a permis de noter tous les événements devant entrer dans l'analyse.
Variation selon les pays
Le but de cette étude particulière au sein de PURE était donc d'étudier l'éventuel lien entre la poigne des sujets, réputée constituer un bon indicateur de santé, et leur devenir médical. Pour cela, les chercheurs ont tout d'abord classé les hommes et les femmes selon les divers critères pertinents pour cette étude, à savoir leur origine ethnique et leur niveau d'éducation, leur revenu moyen, leur mode de vie (tabac, alcool, activité physique), leur état de santé initial, et bien sûr la force de leur poigne.
Cette poigne était mesurée à l'aide d'un dynamomètre Jamar classique, constitué d'une poignée qu'il faut serrer le plus fortement possible et d'un cadran indiquant la force maximale, en kilos, exercée par l'opérateur. Tant pour les femmes que pour les hommes, les sujets ont ainsi été classés en trois catégories, selon la force de leur poigne: faible, moyenne, ou forte.
Première constatation: la poigne semble être proportionnelle au revenu moyen des gens, tous sexes confondus. Pour les hommes, notamment, une fois tenu compte de l'âge et de la taille, on mesure une poigne moyenne de 30 kg dans les pays pauvres (comme par exemple au Pakistan, au Zimbabwe ou au Bangladesh) alors qu'elle est de 38 kg en moyenne dans les pays riches tels que l'Argentine, la Suède ou le Canada. Cette différence semble liée aux habitudes nutritionnelles, et notamment à une plus grande richesse de l'alimentation en calories et en protéines dans les pays riches.
Une différence de risque considérable
Restait à voir ce qu'il advenait de la santé des sujets au terme des quatre ans de suivi, et surtout comment se répartissaient les causes de mortalité en fonction de la poigne des individus. Pour établir cette corrélation, les chercheurs ont choisi de se fixer une échelle de référence, et ont ainsi comparé les divers décès à des paliers de 5 kg dans la force de la poigne.
Il en ressort alors de façon statistiquement significative – et quel que soit le pays d'origine – que la poigne est inversement proportionnelle au risque de mort prématurée. En effet, une fois ajustés les divers facteurs sources de biais (âge, indice de masse corporelle, revenu moyen, etc.) une poigne plus faible de 5 kg correspond à une augmentation de 37% du risque de mourir prématurément.
Mieux: si l'on considère le risque de décès à la suite d'une maladie cardiovasculaire (infarctus, attaque cérébrale, insuffisance cardiaque ou mort subite), l'augmentation du risque pour une réduction de poigne identique est même encore plus frappante, puisqu'elle atteint 47%!
Cette augmentation du risque est toutefois plus faible (21%) face aux maladies cardiaques n'ayant pas entraîné le décès. Et a contrario, l'étude montre qu'une poigne faible n'est pas associée à d'autres maladies comme le cancer, le diabète, ou encore la BPCO.
Une méthode peu coûteuse
Comme le soulignent non sans plaisir les auteurs, c'est la première fois que cette association entre la poigne d'un individu et son risque de mort prématurée est mise en évidence dans un ensemble de pays aussi diversifiés et couvrant presque le monde entier. Jusqu'à maintenant, en effet, cette association n'avait été étudiée que dans des pays industrialisés à haut revenu.
Cette étude n'est toutefois qu'une étude observationnelle, elle ne permet donc pas d'établir un rapport de cause à effet. De plus, tant qu'une autre étude dans ce sens n'aura pas été entreprise, rien ne dit qu'en augmentant la force musculaire et la poigne il en découlera un bénéfice en termes de mortalité.
Il reste que la poigne se révèle être un très bon indicateur du risque de mort prématurée (même meilleur que la pression artérielle) et surtout de mortalité cardiovasculaire. Or cette mesure est peu coûteuse, elle devrait donc pouvoir être généralisée dans de nombreux pays.
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Référence
Darryl P. Leong & al., The Lancet 2015;386:266-273.