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Récemment, sur le site Internet du Nouvel Observateur, un poète a adressé une lettre à son auteur préféré, Fred Vargas. Or, je viens de lire, pour des motifs professionnels, L'Homme à l'envers, roman de la dame en question, et j'avoue avoir été assez déçu. J'ai trouvé la narration froide et mécanique, faussement animée par un style plutôt ordurier, qui se veut familier, mais qui à mon avis ne l'est pas. Les personnages ne m'ont pas paru avoir eux-mêmes une âme vibrante.
La femme qui occupe l'essentiel du récit manque déjà de force de caractère: elle épouse passivement le désir de plusieurs hommes malgré le sentiment que ce n'est pas la meilleure chose à faire. Elle se veut pourtant indépendante; mais en l'espèce, son choix d'être une femme indépendante ne semble pas assumé par un comportement très solide. Cela arrive certainement dans la vie; mais il s'agit d'un roman policier: on s'attendait au contraire à ce que sa volonté soit assez forte pour assumer le choix de la liberté. Or, finalement la nature la rattrape. Elle n'a pas même la force de résoudre l'énigme des meurtres, qui est résolue par l'homme auquel justement elle n'a pas pu résister. Le roman assume donc, en théorie, l'indépendance de la femme, tout en laissant, en pratique, un homme gouverner les choses! Je ne comprends pas cela: j'aurais voulu que cette femme fût une vraie héroïne.
Mais l'homme qui résout l'affaire ne me convainc pas non plus, car il est présenté comme chaotique dans son esprit, mais de ce chaos, dit Fred Vargas, naît soudain la lumière. Or, dans les faits, la lumière naît toujours d'un astre, et non de l'obscurité des profondeurs! Que la lumière des astres ait besoin, pour arriver jusqu'aux hommes, que les nuages soient effilochés et en désordre, c'est certain, mais Fred Vargas ne parle que des nuages en désordre: eh bien, en soi, cela ne crée pas de lumière! C'est une illusion liée à André Breton, qui croyait qu'en mettant du chaos dans le langage, on provoquait, mécaniquement, une forme de révélation. C'est assez faux, je crois, car si on regarde la brume depuis les hauteurs, ses failles ne montrent que de la ténèbre. Encore faut-il regarder dans la bonne direction. Or, Fred Vargas ne dit pas que son héros en choisit même une. Cela me paraît plutôt absurde. Aucun gouffre ne crée, en lui-même, de la lumière, je crois.
Quant au méchant, il use d'un subterfuge déjà mentionné par Charles De Coster dans La Légende d'Ulenspiegel: il prend un crâne de gros loup, lorsqu'il tue ses victimes, pour en enfoncer les crocs dans leur chair, et faire croire à un loup-garou. Mais comme cela se passe à notre époque, aucun policier n'y croit, et ce meurtrier apparaît donc comme assez stupide. Dans le livre de De Coster, qui se passait au seizième siècle, évidemment, les autorités y croyaient: c'était l'intérêt.
Bref, ce roman ne m'a pas plu.