Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06907.jsonl.gz/449

Depuis quelques mois, les cours de la quasi-totalité des matières premières s'envolent, prolongeant le rebond enclenché à la mi-2020.
Alors que l'émergence et l'urbanisation de la Chine ont déclenché le dernier cycle des matières premières il y a deux décennies, les cours enregistrent depuis quelque temps une hausse constante. Des facteurs de court terme, tels que les contraintes imposées aux chaînes logistiques par la pandémie de COVID-19 et la réouverture des économies, alimentent ces pressions inflationnistes; les plans d’investissement dans les infrastructures et la transition écologique devraient jouer un rôle à long terme.
Depuis quelques mois, les cours de la quasi-totalité des matières premières s'envolent, prolongeant le rebond enclenché à la mi-2020. L'indice Goldman Sachs Commodity, dont la progression dépasse 90% sur les douze derniers mois, atteint des niveaux inédits depuis 2015 dans un contexte de hausse des matières premières énergétiques et non énergétiques.
La COVID-19, a incontestablement modifié l'équilibre à court terme des mécanismes classiques de l’offre et de la demande. Si l'économie mondiale s'est effondrée en 2020, la reprise précoce de la Chine, combinée à la récente accélération des États-Unis – dont la croissance devrait atteindre 6,2% cette année –, soutient fortement la demande mondiale de matières premières, notamment de cuivre.
Du côté de l'offre, la pandémie a entraîné des pénuries ayant pesé sur les capacités de production: fermetures de mines, interruption de l'extraction de pétrole sur certains sites et manque de main d’œuvre. Associée à des événements tels que l’inondation de mines en Russie, la sécheresse au Brésil ou même le récent blocage du canal de Suez, cette situation a créé un contexte idéal pour une flambée des cours des matières premières.
En conséquence, plus de 50% du marché des matières premières est désormais en situation de déport. Pour certaines matières premières, la prime actuelle des futures à un an atteint son plus haut niveau depuis au moins 2007 – 13% pour le soja, 16% pour l'étain, 20% pour le maïs –, une situation qui souligne l’ampleur du déséquilibre entre l'offre et la demande.
Cependant, plusieurs facteurs clés sont à surveiller à moyen terme. En effet, le rallye pourrait faiblir une fois que les perturbations liées à l'offre se seront atténuées et que la demande se sera normalisée. Les cours du pétrole pourraient être affectés par l'augmentation de l'offre de l'OPEP, la reprise des exportateurs de matières premières et le recul de la relance budgétaire, tandis que le rééquilibrage du mix de croissance en Chine risque de limiter la hausse des prix des matières premières.
A long terme, les changements structurels joueront également un rôle. Les futurs plans d’investissement dans les infrastructures et la hausse de la demande de certaines matières premières liées au secteur électronique devraient soutenir les cours. L'accent mis par les gouvernements sur la réduction des émissions de CO2 et le développement de projets durables ciblant les objectifs de l'Accord de Paris sur le changement climatique agira comme un véritable catalyseur. Par exemple, la croissance du marché des biocarburants, qui pourrait atteindre 8,3% au cours de la prochaine décennie, entraînera une hausse de la demande d'huile de soja, tandis que les métaux industriels tels que le cuivre, le platine ou le palladium bénéficieront de leur utilisation dans la construction d'infrastructures de recharge de batteries et de projets liés à la transition écologique.
La flambée des prix des matières premières a eu un impact direct sur l'inflation. Alors que le niveau et la pérennité de l’inflation suscitent des interrogations, les prix des matières premières inquiètent les investisseurs et le point mort d’inflation à 10 ans bat des records aux États-Unis. Ainsi, dans une approche top-down, la hausse des prix des matières premières constitue un facteur clé pour l'allocation d'actifs globale des portefeuilles. Dans une approche bottom-up, la hausse des prix à la production observée en avril – 6,2% aux États-Unis et 6,8% en Chine – pose une question centrale: les entreprises seront-elles en mesure de répercuter le coût des intrants sur leurs prix de vente?
Cela étant dit, certains pays pourraient bénéficier de l'inflation des matières premières. Par exemple, les métaux comme le cuivre, le fer ou l'aluminium représentent une source majeure de revenus d'exportation pour 35% des économies émergentes et en développement. De fait, certaines devises sont positivement corrélées aux prix des matières premières. L'Australie ou le Canada sont très sensibles à leurs prix, ce qui explique la récente surperformance de leurs devises. Toutefois, les investisseurs doivent garder à l'esprit que ces observations s’interprètent «toutes choses égales par ailleurs» et que d'autres facteurs doivent naturellement être pris en compte. Par exemple, si le Brésil est l'un des principaux exportateurs de minerai de fer et de produits agricoles, la dégradation de la situation sanitaire a pesé sur la performance du real ces derniers mois.