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«Mais ma pauvre fille, t’es une vraie fag hag! T’es obligée de t’entourer de gays pour exister?» Je me souviens d’avoir regardé mon collègue avec autant de surprise que de dégoût. Fag hag. Littéralement: sorcière (hag) à pédé (fag). L’homme a disparu de ma vie depuis, mais sa remarque m’a donné matière à réfléchir.
Si la définition susmentionnée est relativement insipide et politiquement correcte, cela n’est pas toujours le cas. Le terme «fag hag» a été et peut encore être considéré aujourd’hui comme une véritable insulte. Aussi, la fag hag est-elle par exemple critiquée pour sa quête, au sein de la communauté gay, de substituts à ses relations amoureuses désastreuses, d’une personnalité plus fantasque ou, comme l’a si abjectement signifié mon collègue, d’une vie en raison d’un physique trop ingrat ou de problèmes personnels insolubles.
Suis-je une fag hag? Suis-je l’éternelle copine en mal d’amour, en demande constante et pathétique de reconnaissance masculine? Vais-je me réfugier dans le milieu gay pour échapper à une certaine réalité hétérosexuelle qui me fait peur autant qu’elle m’ennuie?
Des questions
Au-delà du cas particulier de ma petite personne, ces réflexions soulèvent deux questions majeures: pourquoi une femme devient-elle fag hag (tous sens confondus), et l’emploi de ce terme est-il encore véritablement justifié ou justifiable? Si la définition d’une fag hag était le résultat d’une équation, les variables connues seraient les suivantes: a) la fag hag est une femme (hétéro ou homosexuelle), b) ladite femme échappe aux effets pervers liés à toute forme d’ambiguïté sexuelle dès son entrée dans le milieu gay, c) ledit milieu est généralement plus ouvertement décomplexé et festif que les autres.
Le penchant féminin pour ce dernier est-il pour autant motivé par ces seuls éléments ou existe-t-il une ou plusieurs inconnues dans ladite équation? Vérifions. Je suis une femme, qui n’apprécie pas particulièrement l’amitié hétérosexuelle par définition biaisée, et recherche l’amusement, la créativité, la liberté d’expression, particulièrement accessibles dans un environnement gay. Bien. Si j’ajoute que j’aime Queen, les perruques et les talons aiguilles, et que tous mes amis masculins sont gays ou presque, le tour est joué. Je suis le stéréotype de la fag hag. Le fait est que je suis autre chose aussi. Se limiter à une telle vision est non seulement grossier mais surtout en absolue contradiction avec le combat mené par la communauté homosexuelle depuis longtemps, visant à transcender l’idée selon laquelle une préférence sexuelle est un critère de définition humaine. De même qu’un(e) homosexuel(le) est un homme ou une femme avant d’être homosexuel(le), de même une fag hag est une femme avant tout! Voici notre inconnue.
Un peu d’algèbre
En outre, si l’on parle de fag hag, on ne peut ignorer le second acteur indispensable à la relation: le gay! Ainsi, d’une simple équation, nous passons à une double équation. Car il est bien réducteur de penser que les femmes ne cherchent, en fréquentant le milieu gay, qu’un simple bénéfice personnel et que les hommes concernés se laissent faire impassiblement pour la seule survie du concept de la fag hag dans l’imaginaire collectif! Pitié, nous parlerions alors d’esclavagisme ou de prostitution gratuite. Nous sommes en 2012. Et si la fin du monde est proche assurons-nous que la faghatitude retrouve ses lettres de noblesse!
Et une réponse
Variables et inconnues identifiées, la double équation se résout alors tout naturellement. D’une part, les variables féminines deviennent masculines: l’homme cherche en effet autant à échapper à l’ambiguïté sexuelle qu’à trouver auprès des femmes un accueil et un partage sensiblement différents. D’autre part, revenir à l’essentiel: aux femmes et aux hommes. Une femme ou un homme rencontre, respectivement, un homme ou une femme, avec qui elle/il a des intérêts en commun. Une amitié naît ou pas. Si l’amitié naît, elle sera entretenue ou pas, etc.
Aussi puis-je sans honte affirmer que l’on ne devient pas fag hag. Une femme naît fag hag. Elle fera ou non son coming out, mais ça c’est une autre histoire. Dès lors, le terme est-il justifié? Oui, si nous acceptons le compromis sémantique suivant: pour chaque fille à pédé, il existe un pédé à minou. Car oui, l’un(e) ne peut se passer de l’autre, et la société en a besoin. Ne l’oublions jamais, la fag hag est au gay ce que le cornichon est aux petits oignons, un couple pas comme les autres mais pourtant bien indispensable à la raclette!
31 oct. 2012 Thèmes: