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Si l'on en croit un texte publié dans The New England Journal of Medicine (daté du 7 juillet) les dossiers médicaux des détenus de la prison de Guantanamo Bay ont été systématiquement utilisés par les interrogateurs afin d'exploiter au maximum leur vulnérabilité et ce, bien évidemment, en violation complète des lois de protection du secret médical. «Des informations médicales ont été mises à la disposition des experts en science du comportement et de ceux chargés de concevoir et de faire exécuter des stratégies d'interrogatoire à Guantanamo Bay, écrivent ainsi le Dr Gregg Bloche (spécialiste de médecine légale, université Georgetown) et Jonathan H. Marks (spécialiste de droit et de bioéthique, université Johns Hopkins, Baltimore). Jusqu'au début 2003 et peut-être après, les interrogateurs eux-mêmes avaient accès aux dossiers médicaux des détenus qu'ils interrogeaient.» Ils ajoutent : «depuis fin 2002, des psychiatres et des psychologues sont impliqués dans des stratégies recourant à des situations de stress extrême couplées à un système de récompense de manière à extraire des informations utiles militairement des prisonniers les plus récalcitrants.»Les deux auteurs expliquent que c'est parce qu'elles étaient déçues, du peu d'informations utiles émanant des interrogatoires des détenus de Guantanamo Bay que les autorités gouvernementales américaines ont «fait pression» sur le commandement militaire pour mettre au point des tactiques innovantes». On apprend ainsi que le général Geoffrey Miller, qui a pris le commandement de la prison de Guantanamo Bay fin 2002, avait approuvé la création d'une équipe de consultants experts de la science du comportement, Behavioral Science Consultation Team (BSCT, prononcer «Biscuit») dont le but affiché était de développer des nouvelles stratégies pour rendre les interrogatoires plus productifs.Un mémo militaire interne daté du 24 mai 2005 émanant du commandement médical de l'armée de terre américaine (document qui a été donné aux auteurs par une source militaire) détaille les recommandations au personnel chargé des détenus concernant certaines informations contenues dans leur dossier médical pouvant être utiles dans le processus d'interrogatoire.«Plutôt que de partir du principe juridique (américain et international) de respect du secret médical dont bénéficie tout Américain y compris la population carcérale aux Etats-Unis, à Guantanamo les autorités militaires font l'inverse, a déclaré le Dr Bloche à l'Agence France-Presse. Ceci est contraire aux pratiques médicales internationales et aux obligations des Etats-Unis envers la Convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre.»Ces informations font suite à d'autres accusations récentes concernant, sur le même lieu, la participation de certains médecins à des pratiques hautement contestables (privation de sommeil, isolement prolongé, étouffement, positions douloureuses, coups, etc.) Elles vont à l'encontre de déclarations faites en mai dernier par les autorités gouvernementales américaines à la défense qui affirmaient que les détenus de Guantanamo Bay bénéficiaient de la même protection du secret médical que les citoyens américains. Il y a aujourd'hui dans cette prison environ 520 détenus d'une quarantaine de nationalités, tous capturés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. De plus en plus de voix s'élèvent aux Etats-Unis pour la fermeture de ce camp, parmi lesquels les anciens présidents démocrates Jimmy Carter et Bill Clinton. Il ne serait peut-être pas inutile que ces voix réclament également l'abandon de telles pratiques.