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Dans son laboratoire d'une zone industrielle d'Antofagasta, dans le nord du Chili, Nadac Reales, biologiste de 33 ans, mène depuis 2017 des recherches sur les extrêmophiles, des organismes qui vivent dans des conditions extrêmes.
Après deux ans de travail, ceux-ci sont parvenu à "manger" un clou entier en seulement trois jours, laissant espérer le développement de méthodes respectueuses de l'environnement pour éliminer certains métaux des sols.
Au cours de ses stages de fin d'études universitaires, la jeune scientifique s'est intéressée à l'élimination des déchets métalliques laissés par les entreprises minières.
En effet, certains équipements ne peuvent pas être recyclés dans des fonderies, et se retrouvent abandonnés dans le désert d'Atacama, où se concentre une grande partie de l'industrie minière chilienne. Ils libèrent alors des métaux lourds polluants pour l'environnement.
Biodésintégration
Nadac Reales a orienté ses recherches sur les bactéries de la famille des Leptospirillum, qui tirent notamment l'énergie nécessaire à leur processus de vie de l'oxydation d'éléments ferreux. Ce type de bactéries "vit dans un environnement acide et n'est quasiment pas touché par les concentrations relativement élevées de la plupart des métaux", détaille-t-elle.
"Au départ, les bactéries ont mis deux mois à désintégrer le clou. Après, comme on ne leur donnait pas beaucoup à manger, elles devaient se nourrir d'une manière ou d'une autre. Donc, ce fut un processus d'adaptation", raconte la scientifique. Et ainsi, au bout de ce processus qui a duré deux ans, les bactéries ont "biodésintégré le clou en trois jours", ne laissant subsister qu'une matière soluble concentrée en fer.
La scientifique a ainsi pu déterminer les conditions optimales pour élever ces micro-organismes et les adapter à leur tâche. "Des tests chimiques et microbiologiques ont été effectués pour s'assurer que ces bactéries ne nuisent pas" à la santé humaine et que la solution résiduelle qu'elles génèrent n'est pas polluante, rassure la chercheuse.
Industrie majeure du Chili
L'exploitation minière contribue pour près de 15% au produit intérieur brut (PIB) du Chili, qui est notamment le premier producteur mondial de cuivre. Mais elle est aussi très polluante et les sociétés minières paient cher l'élimination de leurs déchets, rendue obligatoire par la loi chilienne.
Des sociétés minières sont donc très intéressées par ces recherches. Mais si Rudanac Biotec a bénéficié du soutien d'un fonds d'accélération des start-up de l'Etat chilien, la jeune entreprise cherche désormais des financements pour des essais à grande échelle.
Car après ces tests sur de petits objets, "il nous faut maintenant pouvoir valider cette technologie à l'échelle réelle et être en mesure de biodésintégrer des structures métalliques de fort tonnage, comme ces bennes de camions", explique Nadac Reales, qui a déjà déposé une demande internationale de brevet sur cette biotechnologie prometteuse.
afp/jop