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Née en Moravie (actuelle République tchèque), Erica Pedretti (1930-2022) grandit à Sternberg. Elle arrive en Suisse en 1945 en tant que réfugiée de guerre. A l’issue d’une formation à l’Ecole des beaux-arts de Zurich, elle est contrainte, en 1950, d’émigrer à New York où elle travaille comme orfèvre. Elle y explore des motifs qui ressurgiront à plusieurs reprises dans une carrière qui s’étend sur plus de 70 ans : les poissons et les oiseaux, en particulier, qui l’intéressent pour leur liberté de mouvement et les éléments dans lesquels ils se meuvent – l’eau et l’air. Au fil des ans, le travail de Pedretti s’oriente vers une forme d’hybridité –des corps et des êtres (animaux, végétaux, humains et créatures célestes), traversée par une pensée de l’altérité et de l’exil.
Elle revient en Suisse, dans les Grisons, en 1952, et épouse l’artiste romanche Gian Pedretti, avec qui elle aura cinq enfants. Durant les années 1960, elle abandonne progressivement l’orfèvrerie pour le travail sur papier, en particulier les eaux-fortes, travaillant sur le motif de l’ange qu’elle décline dans des séries souvent narratives. Son travail d’artiste est étroitement lié à celui d’écriture, qu’elle pratique depuis l’enfance. Ces deux activités progressent en parallèle, tant Pedretti a pour habitude de vaquer à plusieurs projets en même temps, sans distinction. Si son travail artistique fait l’objet de quelques expositions monographiques en Suisse (Berne, 1975 ; Soleure, 1976 ; Schaffhouse, 1981), sa prolifique activité d’autrice tend à éclipser ses recherches plastiques. Elle deviendra, au fil des ans, l’une des écrivaines les plus lue de Suisse, et publiera de nombreux articles, textes radiophoniques et romans.
A la fin des années 1970, sa famille déménage à La Neuveville, dans le Jura bernois. Pedretti y dispose d’un grand atelier où elle s’adonne à la sculpture. Parmi ces réalisations, se distingue la série des Objets à suspendre, des pièces frêles et creuses qu’elle présente suspendues au plafond. Sur une structure en fil de fer, Pedretti appose du plâtre, de l’acrylique, des plumes, du tissu imprégné, suggérant l’os, la membrane, la peau, l’écaille ou l’aile. Les attributs des poissons et des oiseaux se confondent, même si demeure l’état de suspension qui leur est commun. Ses recherches s’accompagnent de dessins au crayon et au stylo. Sur la feuille, les motifs s’organisent en réseaux et méandres organiques dans lesquels surgissent des becs, des coquillages, des plantes ou des yeux. Cette tendance « surréalisante » se confirme bientôt dans de très grandes sculptures d’ailes : de plusieurs mètres d’envergure, celles-ci sont tendues de toile empesée de latex – elle partage l’attrait pour ce matériau avec la Suisse Heidi Bucher. Veinées de bambou et de fils de fer, translucides et souples, ces ailes semblent arrachées à des êtres pour se transformer en créatures indépendantes. Certaines sont destinées à être exposées en plein air, dans des parcs ou des lieux publics, des espaces partagés où elles s’usent avec le temps, jusqu’à leur destruction.
Les objets suspendus de Pedretti forment le cœur de l’exposition au MAMCO qui revient sur les années d’expérimentation avec la matière que Pedretti déploie dans la seconde partie des années 1970, et qui se conjugue avec son intérêt pour l’hybridation des êtres et des formes.
Exposition est organisée par Elisabeth Jobin
Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture, de la Fondation Oertli, la Municipalité de la Neuveville, ainsi que SWISSLOS / Conseil du Jura bernois