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"Pathologies", le quotidien délirant d'une famille obsédée par la maladie
Elle en a avalé des gélules et des potions, la petite Antonella Moscati! Et ses sœurs tout autant. Car, comme le dit la première phrase de ce bref récit: "Chez nous, c'est-à-dire dans notre famille, toute maladie était mortelle". Il faut dire que chez les Moscati, le père est dermatologue et vénérologue, donc un "médecin non-médecin" pour ses filles tenues de dissimuler sa spécialisation. On évoque aussi avec respect un saint oncle médecin qui soigna la famille du grand-père et qui fut réellement canonisé.
L'invisible fait peur
Chez les Moscati, la mère ne craint que le cancer mais se porte comme un charme, et les sœurs – que l'auteure mentionne comme "celle de la diphtérie" ou "celle de la méningite" – sont prétendument fragiles. Quant au père, il vit dans la terreur des maladies sans manifestations visibles, contrairement à la gale ou la syphilis qu'il sait guérir.
Cette famille vit dans la répétition des traitements – préventifs ou curatifs –: injections, suppositoires, comprimés divers (sans parler des purges cycliques du père) se succèdent sous des prétextes obscurs. Les filles restent interdites d'école au moindre soupçon de contagion car, écrit l'auteure: "ma mère et mon père ne considéraient pas (ce lieu) comme une obligation, mais comme un endroit où l'on ne pouvait aller que lorsqu'on était soi-même en parfaite santé".
Maigreur et insomnie
Curieux personnage que ce père obsédé du contrôle, comme on dirait aujourd'hui, infligeant à sa progéniture des remèdes parfois extravagants. On est dans les années 1960 et cet homme taraudé par ce qu'il nomme "l'épuisement nerveux", autrement dit la dépression, séjourne régulièrement dans la clinique d'un ami psychiatre pour y subir des électrochocs remplacés plus tard par les anxiolytiques.
Seule l'auteure tente de résister à l'autorité paternelle, décrivant en peu de mots les courses-poursuites dans l'appartement de Naples, son père armé d'une seringue qu'il décharge de rage au plafond! Devenue plus tard philosophe et traductrice de penseurs comme Deleuze ou Foucault, Antonella Moscati a choisi la légèreté pour parler de cette peur de mourir qui n'est autre que la peur de vivre.
Geneviève Bridel/ld
"Pathologies", Antonella Moscati, Editions Arléa.
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Publié le 14 mai 2020 à 11:57