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Avec le temps qui passe quelques lumières se font, parfois, sur le front de la grippe aviaire. A commencer par l'écriture de ce chapitre si complexe qu'est celui du Tamiflu dont la multinationale Roche nous affirme en cette fin novembre qu'aucune augmentation de la résistance à cet antiviral n'a été observée, l'incidence de cette résistance chez les patients traités se situant à 0,32% chez l'adulte et à 4,1% chez l'enfant.On se souvient que le Tamiflu (oseltamivir) a été inventé par la société américaine Gilead Sciences, qui a octroyé une licence à Roche en 1996. On sait aussi que Roche et Gilead ont collaboré au développement clinique de Tamiflu, Roche ayant joué un rôle prépondérant dans la production, l'enregistrement et la commercialisation du produit. «Selon les termes de l'accord liant les deux entreprises, modifié en novembre 2005, Gilead et Roche examinent conjointement la possibilité d'octroyer des licences secondaires pour la fourniture de l'oseltamivir en cas de pandémie, rappelle-t-on à Bâle. Afin d'assurer un accès plus vaste à Tamiflu, englobant tous les patients dans le besoin, Gilead a accepté de renoncer à son droit relatif à l'obtention de l'intégralité des royalties sur les produits vendus dans le cadre de telles licences secondaires.» Quand et comment les «patients dans le besoin» remercieront-ils les actionnaires de Gilead ?On observe aussi, à Bâle, que «l'intérêt porté à Tamiflu ne se dément pas». «Roche entend tenir les médecins et les gouvernements informés des récents développements concernant ce produit ainsi que des données disponibles en matière de résistance, ajoute-t-on. Aucun nouveau cas de résistance chez des patients infectés par le virus H5N1 n'a été enregistré depuis mars 2005 et les données scientifiques disponibles ne viennent pas étayer une quelconque augmentation de la résistance à Tamiflu. Roche procède à cette mise au point afin que les médecins et les gouvernements sachent que Tamiflu conserve son efficacité dans le traitement et la prévention de la grippe saisonnière ainsi que de l'infection à H5N1.» Pour le dire en d'autres termes, rien ne doit freiner les prescripteurs : le Tamiflu est indiqué dans le traitement pour ne pas dire la prévention de la grippe hivernale saisonnière. Et rien ne permet de penser que cette prescription est de nature à réduire l'efficacité des gigantesques stocks constitués par de nombreux pays industrialisés. Dans l'attente de la pandémie le commerce doit continuer.Ces deux dernières années, Roche a reçu et honoré des commandes de Tamiflu provenant de plus de 75 pays soucieux de se prémunir contre une pandémie. En pratique, selon Roche, l'ampleur de ces commandes varie d'un pays à l'autre. Pour l'heure, la France, la Finlande, l'Islande, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suisse et le Royaume-Uni «procèdent ou envisagent de procéder» à la constitution de stocks de Tamiflu couvrant les besoins de 20-40% de leur population. Roche a également fait don de 5,125 millions de traitements à l'OMS, pour que celle-ci puisse réagir rapidement, sur le plan tant international que régional, à une pandémie de grippe.Ecoutons David Reddy, chef de l'«Influenza Pandemic Taskforce» de Roche : «Au cours des derniers mois, des spéculations sans fondement ont été émises à propos d'une augmentation de la résistance à Tamiflu. Ce point a fait l'objet d'un contrôle minutieux de la part de Roche et de groupes indépendants, et il apparaît qu'aucune preuve scientifique ne vient étayer de telles spéculations. Les gouvernements peuvent être sûrs que Tamiflu demeure un médicament essentiel, comme le recommande l'OMS, pour la constitution de stocks en vue d'une éventuelle pandémie de grippe ainsi que pour les médecins et les patients lorsqu'il s'agira de traiter et de prévenir la grippe quand celle-ci commencera à frapper.»Ce discours officiel n'est pas sans fondement objectifs. A commencer par le fait que tous les virus H5N1 testés sont sensibles aux inhibiteurs de la neuraminidase, famille dont Tamiflu fait partie.1 Comme avec tout antiviral, il est toutefois théoriquement possible qu'émergent des souches virales présentant une moindre sensibilité au médicament. Roche assure aujourd'hui «surveiller attentivement l'émergence de toute résistance à Tamiflu, tant par voie interne que par voie externe, via divers organismes tels que le Neuraminidase Inhibitor Susceptibility Network». Roche affirme ainsi que les données recueillies dans le monde auprès de milliers de patients traités par Tamiflu pour une grippe saisonnière indiquent que, de manière générale, l'incidence de résistances virales est très faible de 0,32% chez l'adulte et de 4,1% chez l'enfant.2 Pourquoi une telle différence ? Sans doute à cause de taux plus élevés de virus et à une excrétion virale de plus longue durée chez l'enfant que chez l'adulte. Toujours selon Roche, la surveillance de l'utilisation clinique de Tamiflu au Japon (où 45 millions de personnes ont déjà été traitées par cet antiviral ) a montré que le faible taux de résistance n'avait pas augmenté jusqu'à aujourd'hui et que parmi les quelques virus résistants identifiés jusqu'à présent, la plupart sont associés à une infection moins sévère et sont moins capables de se transmettre.A ce jour, trois cas de résistance du virus H5N1 ont été documentés chez l'homme 3,4 alors que cet antiviral n'a été utilisé que dans un très faible nombre de cas dans cette indication. Rien ne permet donc de conclure que l'usage massif à l'échelon planétaire de cet antiviral ne serait pas de nature à induire une résistance rapide chez le virus responsable d'une prochaine pandémie antivirale et dont les liens structures avec l'actuel H5N1 ne sont, par définition, pas connus. L'histoire, en d'autres termes, n'est pas écrite pas plus que la messe n'est dite.Bibliographie 1 Webster, Robert G, Govorkova EA. H5N1 Influenza Continuing Evolution and Spread. N Engl J Med 2006;355:2174-7.2 Roberts N. Treatment of influenza with neuraminidase inhibitors : Virological implications. Philos Trans R Soc 2001;356:1895-7.3 Le QM, Kiso M, Someya K, et al. Avian flu : Isolation of drug-resistant H5N1 virus. Nature 2005; 437:1108.4 de Jong MD, Tran TT, Truong HK, et al. Oseltamivir resistance during treatment of influenza A (H5N1) infection. N Engl J Med 2005;353:2667-72.