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échoua auprès du duc Léopold, qui, trop indigné contre les gens de Schwyz (Stcieenses) et trop enflammé de colère, refusa d'accepter leurs humbles propositions (pacta humilia ipsorum), telles que les lui transmit !le comte de Toggenbourg, et ne voulut se contenter de rien moins que de leur écrasement et de leur totale ruine80. > Léopold, qui avait tous les sentiments des princes de sa race, était résolu à en finir avec d'insolents paysans dont la résistance blessait son amour-propre non moins que ses intérêts. Il lui importait de faire sur eux un exemple qui prévînt toutes les velléités d'affranchissement qu'aurait pu éveiller, dans d'autres -lieux de la haute Allemagne appartenant à la maison d'Autriche, la résistance prolongée, et plus encore l'émancipation impunie, des Waldstatten. Les préparatifs qu'il fit dans ce but étaient de nature à lui inspirer toute confiance dans la réussite de son entreprise. < Il réunit, > dit un historien contemporain, < une forte et brillante armée, composée de soldats et de nobles,, se croyant assuré de subjuguer par ce moyen les montagnards et de les assujettir à sa domination et à celle du roi son frère8'. >
Arrivé dans les derniers jours d'octobre 1315 à Baden en Argovie, le duc Léopold s'était immédiatement adressé à tous les nobles et aux bourgeois de toutes les villes qui relevaient de lui dans la haute Allemagne, et dont les territoires formaient autour des trois vallées comme une enceinte continue hermétiquement close. Il leur avait enjoint de lui fournir sans délai le contingent militaire auquel ils étaient tenus comme ses vassaux, ses alliés ou ses sujets. Zurich, Winterthur, Zug, Lucerne, Sempach et les villes de l'Argovie s'empressèrent de réunir et d'envoyer leurs levées de fantassins. Les membres de la haute et de la petite noblesse ne mirent pas moins de zèle à s'enrôler sous la bannière du duc: on voyait dans leurs rangs des comtes de Habsbourg, de Kibourg, de Toggenbourg, des Bonstetten, des Hallwyll, des Landenberg, et un grand nombre de simples chevaliers vivant dans les villes ou dans leurs châteaux "2.
Le duc d'Autriche ne dissimulait point le but en vue duquel il rassemblait cette armée, et l'on peut encore lire dans l'accord fait à cette occasion, le 3 novembre, entre lui et le comte de Kibourg, que c'était d'une attaque < contre Switz et tous les Waltstettcn > qu'il s'agissait85. La ville de Zug fut désignée comme le lieu du rendez-vous des troupes, et le 14 novembre comme le jour où il fallait qu'elles s'y trouvassent réunies. De là devait partir le principal mouvement d'agression, ayant pour objectif le territoire de Schwyz. Un autre mouvement simultané, partant de l'Oberland et dirigé par le comte de Strassberg, devait avoir lieu contre l'Unterwalden du côté du Briinig, pendant que le bas de la vallée serait tenu en échec par des forces venues de Lucerne. Quant à la vallée d'Uri, on la négligeait pour le moment, parce que, d'un côté, la soumission de ses confédérés devait entraîner la sienne, et que, de l'autre, elle pouvait être empêchée, par les embarcations lucemoises qui tenaient le lac, de leur porter efficacement secours **.
Le plan d'attaque étant ainsi conçu, il pouvait s'exécuter de deux manières différentes pour ce qui concernait la direction du principal mouvement. De Zug, en effet, l'armée autrichienne pouvait se porter contre le territoire de Schwyz, soit en côtoyant du nord au sud la rive orientale du lac de Zug, afin de déboucher sur le village d'Art, dont les habitants avaient définitivement pris parti pour les Schwyzois, soit en suivant à l'est la route qui longe le lac d'Egeri et qui vient aboutir au passage de Schorno, près des pentes du Morgarten. Que ce soit, comme le veut une tradition locale, un avertissement, lancé dans les retranchements d'Art par une main amie, qui ait appris aux confédérés que l'attaque viendrait du côté d'Egeri, ou bien qu'ils l'aient conclu de paroles échappées au comte de Toggenbourg, comme le prétend un narrateur contemporain, toujours est-il qu'ils furent informés à temps de l'endroit par lequel ils seraient attaqués85. Les hauteurs et le défilé du Morgarten, qui couvrent au nord-ouest l'entrée de leur territoire, devinrent l'objet principal de leur attention.
Ils avaient du reste pris d'avance toutes les mesures propres à repousser l'attaque dont ils étaient menacés. Quoiqu'ils eussent sollicité du roi Louis de Bavière, dont les intérêts étaient semblables aux leurs, son secours contre l'entreprise du duc d'Autriche, leur demande était jusque-là restée sans réponse, et ils ne devaient plus compter pour se défendre que sur leurs propres ressources88. Leur armée se composait de tout ce qui, dans la population, était en état de porter les armes et du faible contingent que les gens d'Uri et d'Unterwalden avaient pu leur envoyer. Le tout ne montait probablement pas à deux mille hommes; mais il y en avait, dans le nombre, qui ne prenaient pas les armes pour la première fois et qui avaient puisé, non pas seulement dans de petites guerres de voisinage, mais sur de véritables champs de bataille, l'expérience des combats8'. D'ailleurs, la disposition des lieux venait en aide à la résistance.
Sur toute la frontière occidentale du territoire de Schwyz, de Brunnen au Katzenstrick, le pays n'était accessible que sur trois points: au sud, par la route d'Art à Steinen le long du lac de Lowerz, au centre, par celle de Zug à Sattel en suivant le lac d'Egeri, au nord, par celle qui aboutit à l'Altmatt et à Rothenthurm en franchissant la montagne de Saint-Jost. Les contre-forts du Righi et du Rossberg, ainsi que la chaîne des hauteurs qui séparent le pays de Sclrwyz du lac d'Egeri, formaient sur toute cette étendue une suite de fortifications naturelles, et les Schwyzois avaient, de leurs propres mains, construit ou relevé d'autres défenses, à Lowerz, à Schorno et à l'Altmatt, près de l'issue de chacun des trois passages que nous venons d'indiquer88.
C'était derrière ces retranchements artificiels et le long de cette frontière fortifiée par la nature, qu'ils veillaient jour et nuit, depuis qu'ils avaient appris quel péril ils avaient à craindre, attendant d'un instant à l'autre l'agression dont les préparatifs venaient d'heure en heure redoubler leur anxiété. Pour eux, en effet, le moment était arrivé de < vaincre ou de mourir; > car si jamais l'alternative exprimée par ces deux mots a eu sa signification, ce fut dans cette lutte suprême, dont l'issue devait nécessairement entraîner pour les confédérés le triomphe ou la ruine de leur indépendance.
L'occupation du village d'Art, que les Schwyzois avaient couvert de retranchements du côté de Zug, suffisait pour protéger l'espace compris entre le Rossberg et le Righi, surtout depuis qu'on savait qu'on n'avait pas à craindre de ce côté-là une véritable attaque. Restaient les deux routes, dont l'une débouche à Sattel et l'autre sur le plateau de l'Altmatt. C'était évidemment là qu'il fallait se trouver en force, et c'est là que les confédérés attendirent l'ennemi. Le chemin qui longe le lac d'Egeri, et par lequel seul pouvait marcher la cavalerie, aboutissait au défilé d'Hauptsee ou de Schorno, sur l'extrême frontière du territoire schwyzois. Ce défilé formait comme la porte du pays de Schwyz, et il avait été fortifié, en conséquence, par des retranchements et une tour. Le gros des confédérés, établi près de Sattel, surveillait ce poste important. Du côté de l'Altmatt et de Rothenthurm, où des fortifications analogues protégeaient la position, il suffisait d'une troupe moins considérable, soit pour observer et contenir les adversaires qui auraient pu venir d'Einsiedeln, soit pour repousser les premiers pelotons d'infanterie autrichienne qui tenteraient, en débouchant par le passage de St-Jost, de franchir le torrent de la Biber. Une chaîne d'éclaireurs, établie au pied du revers oriental de la montagne qui domine le lac d'Egeri, devait servir de liaison entre ces deux corps, placés à environ deux lieues de distance l'un de l'autre.
Pendant la nuit du 14 au 15 novembre (ce dernier jour était un samedi), le duc Léopold quitta la ville de Zug avec son armée, qu'il avait divisée en deux colonnes, l'une de cavalerie, qui renfermait le contingent de la noblesse, l'autre de fantassins, qui était composée du contingent des villes. Comme il n'aurait pu tirer aucun parti de son infanterie dans l'espace resserré entre le lac d'Egeri et la montagne, où il allait s'engager avec ses cavaliers, il est probable qu'il lui fit suivre, dès le village d'Egeri le haut, le sentier de St-Jost, pour aller prendre à revers le plateau de l'Altmatt, et compléter ainsi l'envahissement du territoire ennemi89. Luimême, demeurant à la tête du reste de ses troupes, continua de cheminer le long du lac.