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De quoi parle-t-on ?
Les nouveaux outils de l’ingénierie génétique permettent non seulement de modifier la structure de l’ADN, mais aussi de forcer la transmission d’une modification à la descendance à une fréquence anormalement élevée par rapport à une sélection naturelle. La technique du « forçage génétique », « gene drive » en anglais, est basée sur la capacité d’un élément mobile d’ADN synthétique à induire sa réplication et à s’insérer dans toute séquence qui lui est identique comme un parasite à ADN. Cet élément mobile d’ADN auto-recombinant est composé au minimum des ciseaux moléculaires du système CRISPR/Cas9, qui sont censés couper le génome à un certain endroit pour y intégrer l’ADN modifié, et de séquences guides, qui indiquent où recoller l’élément. Toute séquence de sélection ou mutation choisie par l’homme peut être ajoutée dans l’élément mobile et est véhiculée avec lui.
Si un individu porteur de l’élément mobile de forçage génétique est croisé avec un individu qui ne possède pas cette séquence, cet élément sera capable de se propager d’une copie parentale à l’autre, parasitant toute la descendance de ce couple et propageant avec lui des séquences de sélection ou des mutations. La modification génétique se répète automatiquement dans la génération suivante et, ainsi de suite, de sorte que les règles héréditaires sont contournées et des mutations ou des gènes cibles peuvent être transmise d’une génération à l’autre beaucoup plus vite que prévu (dans une situation normale un allèle est passé à hauteur de 50% à la descendance contre 100% lors d’un forçage génétique) - permettant théoriquement de modifier ou d’éradiquer ainsi des espèces entières.
Le forçage génétique a été développé pour modifier la génétique des populations naturelles. L’utilisation de cette technologie n’est volontairement pas restreinte au laboratoire ou au champ. Elle doit plutôt servir à décimer certaines espèces, par exemple, en permettant que seuls les moustiques mâles survivront à la prochaine génération, et tuant tous les moustiques femelles vecteurs de virus et parasites tropicaux (car ce sont les femelles qui piquent et transmettent les maladies). Cette application est discutée pour les insectes, les animaux sauvages indésirables ou les mauvaises herbes. Toutefois, certaines caractéristiques biologiques des espèces concernées peuvent également être modifiées. Les moustiques ne devraient plus être capables de transmettre les agents pathogènes du paludisme, les herbes sauvages devraient être transformées en cultures ou les mauvaises herbes rendues plus sensibles aux herbicides.
Qu’est-ce qui pose problème ?
Divers essais ayant montré que le forçage génétique est effectivement réalisable chez les insectes ont suscité une violente controverse dans les milieux scientifiques. De nombreux experts mettent en garde contre la dissémination de ce type d’organismes dans l’environnement. En l’état actuel des connaissances, il est impossible de prédire avec certitude le comportement d’organismes porteurs d’un forçage génétique dans l’environnement ni les réactions de l’environnement à la diminution drastique d’une population. Les risques environnementaux sont impossibles à prédire et des écosystèmes entiers peuvent être impactés. De telles disséminations sont irréversibles, et elles sont jusqu’à ce jour incontrôlables.
Ici aussi, la preuve d’une efficacité du forçage génétique n’a pas été apportée. Au contraire, les études montrent que le génome des espèces modifiées tant à « se défendre » contre ces hackages et à rendre inutilisable le système génétique permettant le forçage.
Les tentatives de suppression de pathogènes ou de ravageurs (comme par exemple avec la culture de plantes transgéniques Bt) ont montré que les ravageurs disparus sont supplantés par des ravageurs secondaires ou que d’autres insectes, qui ne posaient pas problèmes avant, deviennent problématiques. Le forçage génétique, bien que techniquement différent, vise les mêmes but. Les réactions de l’environnement seront probablement identiques.
Pour plus d’informations :
Jusqu’à maintenant, l’être humain avait sélectionné ou génétiquement modifié des plantes et des animaux principalement pour les besoins de l’agriculture. Le forçage génétique doit servir maintenant à modifier le patrimoine génétique héréditaire d’espèces sauvages et, donc, de manipuler la source de la diversité biologique.
Compte tenu des nombreuses espèces qui ont déjà été détruites par inadvertance par l'homme, la question se pose de savoir si nous avons le droit éthique de modifier génétiquement des espèces entières à notre discrétion ou de les exterminer de manière ciblée. Introduire de nouvelles espèces pour combattre un ravageur a parfois eu des conséquences plus néfastes que le problème initial par le passé. Exterminer et modifier une partie de l’écosystème peut engendrer plus de problèmes qu’en résoudre. Les impacts économiques d’un « forçage génétique » manqué devraient aussi être quantifié ou évalué. Aucune entreprise n’a les moyens financiers d’en assumer les conséquences.
Le problème n’est pas vraiment nouveau : aujourd’hui déjà, on connaît plusieurs cas de croisements de plantes génétiquement modifiées avec les espèces naturelles. Il manque jusqu’ici des prescriptions légales adéquates pour éviter une propagation incontrôlée des organismes génétiquement modifiés et aussi qui définit un régime de responsabilité en cas de dommage.
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Liens complémentaires:
Bericht über unkontrollierte Ausbreitung: https://www.testbiotech.org/transgene_escape