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Les vacances, une invention morderne. Ou non
Si les congés payés sont nés au XIXème siècle, les voyages et les séjours d’agrément ont une origine beaucoup plus ancienne. Les riches Romains en étaient friands.
Quand les vacances ontelles été inventées? Pour répondre à cette question, il faut définir le mot «vacances ». Voyage de loisir ou interruption réglementaire de la formation ou de l’activité professionnelle? Rémunérée ou non? Les riches Romains de l’Empire voyageaient déjà pour visiter des ruines grecques et séjournaient dans des stations balnéaires. Quant aux universités du Moyen Age, elles cessaient leurs cours quelques mois par année. Il ne s’agissait pas de permettre aux professeurs et étudiants de se reposer, mais de leur laisser le temps de gagner leur vie ou de compléter leurs revenus.
La notion contemporaine de la séparation entre vie professionnelle et privée remonte au XIXème siècle, avec la montée en puissance de la société industrielle. Celle-ci voit naître une nouvelle conception du travail: on commence à le rémunérer non pas en fonction des tâches accomplies, mais en fonction du temps passé à travailler – une mutation notamment favorisée par l’essor de l’horlogerie (lire également en page 10). «Cela implique qu’en orchestrant la journée, on orchestre aussi le fait qu’à la fin de celle-ci, le travailleur est libre», remarque l’historien du sport et des loisirs Georges Vigarello1. Il n’est donc pas étonnant qu’à la même époque soient apparus les premiers congés payés. «L’individualisation de la société pousse à cette idée que les vacances sont des moments légitimes», note Georges Vigarello. Leur naissance est également appuyée par les médecins qui dénoncent les effets, sur la santé, de la fatigue due au travail.
Dès 1853, les fonctionnaires français peuvent bénéficier de congés payés. En Suisse, ce sont également les employés du service public qui s’en voient accorder en premier, quelques décennies plus tard: entre quatre et dix-huit jours selon la fonction, l’âge et l’ancienneté. Dans le privé, en revanche, ils restent octroyés à bien plaire. En Allemagne, la première convention collective de travail instituant des vacances concerne les brasseries et remonte à 1903 – elle octroie trois jours dans l’année. Une enquête menée dans l’industrie suisse en 1910-1911 révèle que l’octroi de congés payés varie beaucoup selon la branche (la chimie en octroie volontiers, le textile non) et la fonction (les ouvriers n’en bénéficient pas, les employés sont nombreux à avoir quatorze jours). «L’activité intellectuelle était jugée supérieure et passait pour fatigante», remarque le Dictionnaire historique de la Suisse.
Congés payés obligatoires
C’est en 1920 qu’entre en vigueur la première loi suisse fixant des congés payés obligatoires; elle concerne les employés des entreprises de transport. Mais il faut attendre 1946 pour qu’une loi cantonale introduise ce droit pour tous les salariés, à Soleure – alors que cela existait depuis dix ans en France et encore plus longtemps dans certains pays d’Europe centrale. Vaud et Genève suivent en 1947, Neuchâtel en 1949, avant que la loi sur le travail ne rende obligatoire au niveau fédéral un minimum de deux semaines de vacances, en 1966. La France et l’Allemagne en accordaient alors un minimum de trois.
Aujourd’hui, avec un minimum de quatre semaines, la Suisse reste mesurée en la matière, en moyenne européenne – l’Union européenne prévoit également un minimum de quatre semaines et de nombreux pays en accordent cinq. Mais elle est plutôt généreuse si on la compare avec des pays lointains. Les Etats-Unis n’accordent pas de droit minimum aux vacances ni de jours fériés obligatoirement rémunérés, et environ un quart des salariés ne s’en voient pas octroyer par leur employeur. Kiribati, la Micronésie et Palau n’ont pas non plus de lois rendant obligatoires les congés payés ni des jours fériés rémunérés. Les travailleurs chinois et nigérians ne bénéficient que d’un minimum de cinq jours de vacances, les Thaïlandais de six. Pour bénéficier du plus grand minimum légal de congés payés, il faut travailler à Andore: trente et un jours au moins, ainsi que quatorze jours fériés obligatoirement rémunéré. Un record mondial!