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Pouvez-vous me décrire les conséquences de l’exploitation minière sur la population et l’environnement à Luka?
L’exploitation minière dans ce village a commencé en 1968. Elle a eu beaucoup d’impacts à différents niveaux. Premièrement, elle a nécessité la relocalisation d’une partie des habitants. La topographie a totalement changé. Les tuyaux et l’infrastructure nécessaire à l’extraction de platine condensent le village, l’empêchant de s’agrandir. Des montagnes de produits toxiques s’amassent autour du village et polluent l’air et les rivières.
Socialement, l’oppression minière a de lourdes conséquences sur nos vies. Nous sommes confrontés à un problème de surpopulation, car de nombreuses personnes d’autres régions viennent au village pour travailler dans les mines: le dispensaire n’a plus assez de médicaments pour tout le monde et la criminalité a beaucoup augmenté.
Avez-vous déjà rencontré des compagnies minières qui respectent les droits de l’homme en Afrique du Sud?
Selon les documents, toutes les entreprises respectent les droits de l’homme, mais en pratique je n’ai jamais rencontré ce genre de compagnies minières. J’espère qu’on va me prouver que j’ai tort. Mais quoi qu’il en soit, elles ont vraiment été complètement irresponsables par rapport à l’environnement.
En tant que coordinateur de programme pour la Bench Marks Foundation, quel est votre travail?
Je travaille pour un programme appelé «community monitoring school». Il s’agit d’assister les communautés pour qu’elles soient capables de défendre elles-mêmes leurs droits. Concrètement, nous formons des jeunes qui sortent de l’école et qui n’ont pas de travail – le taux de personnes sans emploi est très élevé en Afrique du Sud – à observer, prendre des photos et commenter ce qui se passe autour des exploitations minières. Leurs témoignages sont publiés sur internet.
Ainsi, au lieu d’être déprimés en attendant de trouver un travail, ces jeunes s’impliquent dans un projet qui les valorise. Et avec ces reporters, la Bench Mark Foundations défie les compagnies et les embarrasse, car nous avons des preuves qu’elles ne respectent pas les droits humains.
Mais n’est-ce pas risqué pour ces jeunes de prendre des photos et de les publier sur internet?
En effet, certains membres ont été menacés. Mais nous devons résister et nous opposer aux compagnies minières. Travailler dans une mine est tout aussi dangereux, car on ne sait jamais si on va en ressortir.
Est-ce que ce programme a un impact?
Oui. Par exemple, nous avons travaillé avec de jeunes «reporters» qui habitaient dans une sorte de camp informel à côté des mines, sans eau ni électricité. Ce genre d’endroit est occupé par des mineurs essentiellement, mais aussi par des travailleurs agricoles qui n’ont ni maison ni d’autres endroits pour dormir. Grâce aux photos publiées sur internet, des routes ont été construites sur ce site et l’électricité installée. La plupart des endroits que les reporters ont dénoncés se sont améliorés.
Qu’attendez-vous de votre séjour en Suisse?
J’espère pouvoir sensibiliser les personnes que je rencontre ici afin qu’elles aient une meilleure compréhension de la situation en Afrique du Sud. Nous espérons également recevoir du soutien pour notre programme. De plus, je pense que l’initiative «pour des multinationales responsables» qui permettrait d’établir une loi qui protégerait les personnes affectées par les compagnies suisses à l’étranger apporterait un réel progrès.
Eric Mokuoa est en Suisse du 23 février au 15 mars et donnera plusieurs conférences publiques en anglais, accompagné par un traducteur:
- Le 2 mars: Lausanne, 12h14, Alliance SudInfoDoc
- Le 4 mars: Payerne, 20h, dans les locaux de l’Eglise évangélique La Promesse
- Le 7 mars: Lausanne, 19h45, Pastorale œcuménique dans le monde du travail, Boulevard de Grancy 29
- Le 8 mars: Lausanne, 12h15, CM5, EPFL, avec l’aumônerie et Ingénieurs du monde
- Le 12 mars: Genève, de 12h30 à 14h, Espace Fusterie
- Le 14 mars: Le Chalet-à-Gobet, 18h, Ecole hôtelière, avec le Student social responsibility committee