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« Dans une longue interview accordée par Ahmed Ben Bella à la journaliste Silvia Cattori, l’ancien Président (dont l’une des toutes premières visites officielles fut pour La Havane, en octobre 1962), déclare à propos de ses relations avec Castro et Che Guevara : «Le Che était venu à Alger m’apporter le message de Fidel Castro que j’avais rencontré deux fois. Il nous demandait de soutenir les luttes qui se développaient en Amérique du Sud, car Cuba ne pouvait rien faire ; elle était sous le contrôle des Etats-Unis qui occupaient la baie de Guantanamo. »
Source: elwatan | le 27.11.16 |
Alger-la Havane, une vieille amitié révolutionnaire depuis la création du GPRA
Fidel Castro n’a eu de cesse d’exprimer son soutien indéfectible à l’Algérie en lutte pour son indépendance, par l’envoi d’armes et de munitions et par la prise en charge des blessés de l’ALN pour se faire soigner à Cuba.
Castro en grande discussion avec Ben Bella sous le regard amusé du Che tirant sur son cigare ; Castro aux côtés de Ben Bella le 20 octobre 1962 à La Havane, Castro paradant en tenue de combat dans les rues d’Alger en compagnie de Boumediène sous une pluie de confettis ; Castro prononçant un discours au 4e Sommet des Non-alignés à Alger en septembre 1973 ; Castro assailli par une nuée de micros aux côtés de Bouteflika, alors ministre des AE, en mars 1976 ; Castro foulant les rues d’Oran sous les vivats d’une foule en liesse en 1972 ; Castro juché sur un dromadaire et s’agrippant à la manche de Boumediène pour ne pas tomber ; Castro revêtant un burnous offert par Sellal, sans doute dernier haut responsable algérien à avoir rencontré le Líder Máximo (octobre 2016).
Castro aux côtés de Ben Bella le 20 octobre 1962 à La Havane
Sans oublier, bien sûr, cette fameuse photo qui a fait le buzz, où l’on voyait le père de la Révolution cubaine apparaître en survêtement aux couleurs de l’Algérie. Un survêtement de notre équipe nationale qu’il portait à l’occasion d’un gala organisé en son honneur pour ses 90 ans célébrés le 14 août dernier. Autant d’images qui livrent, par bribes, des pans de la relation particulière qui unissait Fidel Castro à l’Algérie.
Une relation dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle fut le plus souvent intense, passionnée, jamais banale. Il faut rappeler, à ce propos, que Fidel Castro, c’est d’abord l’histoire d’une fraternité révolutionnaire, lui qui n’hésita pas à exprimer par les actes son soutien indéfectible aux camarades de lutte algériens sitôt renversée la dictature de Batista.
Gabriel Garcia Marquez, qui fréquentait les milieux proches du FLN et des «porteurs de valise» à Paris, écrira à ce propos : « En Algérie, bien avant que la Révolution cubaine proclamera son caractère socialiste, déjà Cuba avait prêté une aide considérable aux combattants du FLN dans leur guerre contre le colonialisme français. Au point que le gouvernement du général De Gaulle interdit, en représailles, les vols de Cubana de Aviación sur l’espace aérien français.»
(voir www.alger-republicain.com/Les-revolutionnaires-cubains.html).
Quand Castro contacte le GPRA
Sous le titre : «Nous avons vécu l’indépendance du peuple algérien comme la nôtre» (juillet 2012), Giraldo Mazola, ancien ambassadeur de Cuba en Algérie (1974-1978), fournit un précieux témoignage sur le soutien de Fidel Castro à la Révolution algérienne : «A Cuba, située à des milliers de kilomètres, au milieu des combats que nous livrions pour notre indépendance définitive avant la victoire de janvier 1959, nous, les révolutionnaires des montagnes et des plaines, suivions avec admiration et sympathie les informations sur cette lutte de nos frères algériens qui ressemblait tant à la nôtre», écrit-il (in : http://cubasifranceprovence.over-blog.com/article-nous-avons-vecu-l-independance-de-l-algerie-comme-la-notre-108212894.html).
«En 1960, nous reçûmes une délégation du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), et le 27 juin 1961, c’est-à-dire deux mois après la victoire de Playa Giron, dans la baie des Cochons, Cuba fut le seul pays de l’hémisphère occidental à reconnaître celui-ci. Ce geste entraîna des représailles de la part du gouvernement français, qui s’aligna sur la politique hostile de l’impérialisme des Etats-Unis.
Mais la solidarité des Cubains avec ce peuple alla beaucoup plus loin, et ces années marquèrent le début de l’aide désintéressée accordée à beaucoup de pays du Tiers-monde, tant dans le domaine civil avec l’envoi de médecins, de constructeurs et d’instituteurs, que militaire au Congo, à l’Angola, à la Guinée-Bissau, à la Syrie et à l’Ethiopie.» L’ancien diplomate rapporte comment Fidel Castro avait dépêché un émissaire à Tunis pour rencontrer le GPRA.
«Jorge Ricardo Masetti, le journaliste argentin qui créa l’agence Prensa Latina à La Havane, et qui par la suite mourut au combat alors qu’il tentait de constituer un mouvement guérillero dans le nord de l’Argentine, fut envoyé par Cuba en octobre 1961 avec pour mission de prendre contact avec le Front de libération nationale (FLN), et de lui faire part de notre disposition à aider la jeune République algérienne.
L’accord prévoyait l’envoi d’armes. Cette même année, le navire cubain Bahia de Nipe levait l’ancre avec, à son bord, une importante cargaison d’armes et de munitions, et arriva en janvier 1962 dans le port de Casablanca, au Maroc. Le matériel fut acheminé vers le campement du FLN situé près d’Oujda, ville frontière du Nord-Est marocain.
De retour à La Havane, le Bahia de Nipe transportait 78 combattants algériens grièvement blessés qui allaient être soignés à Cuba, ainsi que 20 enfants des camps de réfugiés, orphelins pour la plupart, qui furent pris en charge par l’Institut cubain d’amitié avec les peuples (ICAP).»
L’ancien ambassadeur souligne également le rôle d’Ernesto Guevara dans le renforcement de ce lien avec l’Algérie : «Il est impossible, poursuit-il, de dresser le bilan des relations d’amitié qui unissent nos deux peuples sans parler de la présence active du Che en Algérie et de sa contribution au renforcement de ces liens indissolubles forgés dans la lutte commune contre l’impérialisme, le colonialisme et le néocolonialisme.» Giraldo Mazola témoigne par ailleurs de l’aide du gouvernement de Fidel Castro à la jeune République algérienne, notamment dans le domaine médical : «Le 24 mai 1963 arrivait en Algérie la première aide internationaliste cubaine, un contingent médical constitué de 45 hommes et 10 femmes. Rappelons qu’à l’époque les rares médecins que comptait l’Algérie étaient dans leur majorité des Français, dont beaucoup quittèrent le pays après l’indépendance.» M. Mazola ne manque pas d’évoquer l’épisode de l’aide militaire de Castro à l’Algérie lors de la guerre des Sables avec le Maroc en 1963.
«Mon cher Fidel…»
Dans une longue interview accordée par Ahmed Ben Bella à la journaliste Silvia Cattori, l’ancien Président (dont l’une des toutes premières visites officielles fut pour La Havane, en octobre 1962), déclare à propos de ses relations avec Castro et Che Guevara : «Le Che était venu à Alger m’apporter le message de Fidel Castro que j’avais rencontré deux fois. Il nous demandait de soutenir les luttes qui se développaient en Amérique du Sud, car Cuba ne pouvait rien faire ; elle était sous le contrôle des Etats-Unis qui occupaient la baie de Guantanamo.
Rien ne pouvait donc sortir de Cuba, même pas une boîte d’allumettes, sans que les Etats-Unis le sachent. Je n’ai pas hésité une seconde. C’est depuis l’Algérie, et avec la participation du Che qui est resté chez nous durant six mois, que s’est créé l’état-major de l’Armée de libération de l’Amérique du Sud.
Je peux le dire maintenant : tous les combattants qui participaient à la lutte de libération en Amérique du Sud sont venus en Algérie ; c’est de là que tout ceux qui luttaient sont partis. On les a entraînés, on s’est arrangé pour que les armes arrivent chez eux, on a créé des réseaux.» (http://www.silviacattori.net/spip.php article3082).
Pour la petite histoire, Siné, le célèbre dessinateur de presse, racontait à Paris-Match à l’occasion de la parution de ses Mémoires, comment il avait servi d’intermédiaire entre Ben Bella et Castro dont il était proche en lui portant une missive écrite de la main de Si Ahmed, au ton très amical, et où le tutoiement était de mise.
La lettre est datée du 9 août 1962, et commence par : «Mon cher Fidel, j’apprends que notre ami commun rejoindra bientôt Cuba. J’en profite pour t’envoyer ce mot…». Et Siné qui lâche en se remémorant cette anecdote assortie d’une copie de la lettre en question : «En fait, cette lettre à remettre en main propre à Castro, c’était juste un stratagème pour rencontrer Fidel. Il n’y avait rien dans la bafouille qu’avait rédigée Ben Bella à ma demande, juste ‘‘Salut camarade ! Ça boume ?’’».
En tout, Fidel Castro est venu à sept reprises en Algérie. Sa dernière visite officielle remonte au mois de mai 2001 dans le cadre d’une tournée autour de certains pays-clés du groupe des 77 dont le premier sommet s’était déroulé en avril 2000 à La Havane.
Il convient toutefois de noter que les relations algéro-cubaines avaient connu une certaine «tiédeur» après le coup d’Etat du 19 juin 1965 avant de se réchauffer de nouveau à partir de 1967, comme le souligne la chercheuse Nicole Grimaud dans son ouvrage La politique extérieure de l’Algérie (1962-1978) (éditions Karthala, 1984) : «En Amérique Latine se détache Cuba, ami de la première heure. Après la brouille due à l’éviction du président Ben Bella, les relations algéro-cubaines sont normalisées en juin 1967 et connaissent à nouveau, progressivement, intensité et chaleur.
Le séjour triomphal de Fidel Castro en juillet 1973 scelle ces retrouvailles et suscite un enthousiasme extraordinaire au sein de la population, très sensible à la légende qui entoure le Premier Cubain. Enfin, le bref passage au pouvoir des socialistes chiliens va se traduire par une intensification des rapports : le Dr Allende vient à Alger en juillet 1973» (p 290).
Rappelons que le président Bouteflika s’est rendu deux fois à La Havane en visite officielle, précisément en 2000 et en 2009. En hommage à cette grande figure qui nous est si familière, le président de la République a décrété un deuil national de huit jours.
Mustapha Benfodil | 27 novembre 2016