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La publication de l'Archipel du Goulag en Occident lors de la dernière décennie n'a pas eu pour effet d'ouvrir les portes des camps soviétiques. En revanche, elle a opéré une brèche définitive dans le mur de silence derrière lequel la gauche non communiste s'était enfermée. Ce silence imposé, cet interdit général, constituait un camp de concentration mental, enfermant les esprits, aliénant les consciences ; un goulag sans barreaux ni bureaux ni bourreaux, un goulag mou : le moulag. Sortir du moulag n'est pas seulement porter le regard sur la réalité concentrationnaire de type soviétique. C'est aller bien au-delà en remettant fondamentalement en cause le socialisme réel et l'idéologie dont il se réclame et s'autorise : le léninisme, mais aussi le marxisme. C'est enfin étendre cette démarche à tous les modes de pensée, d'action et d'expression qui ont engendré ce que l'on peut appeler le "conformisme de gauche". Un tel aggiornamento, entrepris par certains dans les années 70, est loin d'être achevé : les adhérences du moulag dans l'inconscient de la gauche non communiste sont multiples et tenaces. La venue en France d'un pouvoir socialiste allié au parti communiste fournit, à cet égard, un incomparable terrain d'observation, de recherche et d'analyse, en grandeur réelle, de tout ce qui, dans l'actualité de la gauche dirigeante, peut ressortir au syndrome du moulag. Tel est le propos de ce livre, rédigé à la première personne sous la forme d'une "conversation de nuit".