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Incapable de digérer sa non-participation au tournoi européen, l'Angleterre – berceau du football – évite le sujet et tente de soigner sa fierté en célébrant l'hégémonie de son championnat et la première finale 100% anglaise de la Ligue des Champions.
Le match entre Manchester United et Chelsea à Moscou et la présence dans le championnat national de ce qui se fait de mieux sur la planète football: voilà ce qu'il reste aux Anglais... mis à part leurs yeux pour pleurer.
Car le pays où est né le football est le GRAND absent de l'Euro du mois de juin.
Une humiliation
La défaite à domicile contre la Croatie (3-2) en novembre, qui avait écarté l'Angleterre d'une compétition majeure pour la première fois depuis 1994, et d'un Euro pour la première fois depuis 1984, a été vécue comme une humiliation nationale.
Le sélectionneur de l'époque, Steve McClaren, est devenu pour toute une nation «l'imbécile sous le pépin», d'après la Une d'un journal le montrant dépité et impuissant, tentant de s'abriter de la pluie battante de Wembley.
Paradoxalement, la «Premier League» sera le championnat le plus représenté en Autriche et en Suisse. Les héros de la compétition viendront sans doute de son championnat national: Fernando Torres, Michael Ballack, Cristiano Ronaldo...
A l'exception notable de la Roumanie, toutes les sélections de l'Euro auront des joueurs évoluant sur les terrains anglais durant la saison régulière.
L'Angleterre veut y voir le signe de la prospérité de ses clubs, la confirmation que son championnat est «le meilleur du monde».
Les clubs ou l'équipe nationale?
Mais à mi-voix, beaucoup y voient la cause de l'inéluctable déclin de la sélection à la rose. Ils préviennent qu'entre des clubs hégémoniques, constellés de stars étrangères, et une équipe nationale performante, il faudra choisir.
Moins de quatre joueurs sur dix ayant foulé les pelouses de la Premier League anglaise cette saison sont des autochtones. Dans les grands clubs (Arsenal, Chelsea, Manchester United et Liverpool), la proportion est encore moindre.
Alors qu'on lui demande d'être le sauveur d'une patrie qui n'est pas la sienne, le nouveau sélectionneur italien de l'équipe d'Angleterre, Fabio Capello, a prévenu qu'avec un réservoir de joueurs aussi faible, il ne pourrait pas faire de miracle.
Dans un rapport récent, la Fédération anglaise de football reconnaît produire «un nombre insuffisant de joueurs de haut niveau en mesure de représenter l'Angleterre dans ses équipes nationales et un nombre insuffisant d'entraîneurs de qualité».
Elle a pourtant fixé comme objectif à Fabio Capello d'atteindre les demi-finales de la Coupe du monde 2010 ou de l'EURO 2012, et veut croire que le centre national qu'elle va créer d'ici 2010 près de Manchester, sur le modèle de celui de la Fédération française (FFF) à Clairefontaine, va enrayer le déclin. Mais la relève tarde à venir.
Pas d'avenir?
Lors de ses deux premiers matches, contre la Suisse et la France, Capello n'a fait appel à aucun néophyte. A Paris, dans un match important dans l'opération «rédemption», la sélection anglaise a réussi l'exploit de se faire battre par une équipe qui n'avait aucune envie de jouer...
Les débats qui agitent la presse anglaise ne sont pas de savoir s'il faut inclure les jeunes dans l'équipe (Agbonlahor, Reo-Coker, Young...) ni comment le faire, mais qui de John Terry ou Rio Ferdinand doit être capitaine, ou si David Beckham a encore sa place.
Alors que les qualifications de la Coupe du monde 2010 commencent à l'automne, l'Angleterre traumatisée ne parvient pas encore à regarder vers l'avenir.
swissinfo et les agences
En bref
L'Angleterre a disputé le premier match international officiel de l'histoire du football le 30 novembre 1872 contre l'Écosse.
Berceau du football, l'Angleterre a remporté la Coupe du monde de 1966, qu'elle a disputée sur son sol.
Elle n'a jamais remporté le Championnat d'Europe. Toujours sur son sol en 1996, elle avait perdu en demi-finale (aux tirs aux buts) contre l'Allemagne, vainqueur de la compétition.