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28/07/2016
Grand écran: "la couleur de la victoire" ou l'irrésistible ascension de Jesse Owens
Alors que s’ouvrent le 5 août prochain à Rio les 31 Jeux Olympiques, "La couleur de la victoire", signé Stephen Hopkins retrace l’extraordinaire histoire de Jesse Owens, quadruple médaillé d’or à Berlin en 1936.
Né le 12 septembre 1913 en Alabama, le sprinter noir sort du ghetto de Cleveland dans l’Ohio, où il a passé son enfance. Luttant au quotidien dans un pays en pleine ségrégation raciale, il est repéré lors des championnats universitaires pour son exceptionnel talent, tandis qu’approche l’été 1936.
Déterminé, il se prépare pour les Jeux, mais les Etats-Unis hésitent à rallier la grand-messe organisée par l’Allemagne nazie et qui doit servir de vitrine à Hitler. Très réticent à l’idée de participer à la consécration du régime, le président de l’Union des athlètes amateurs, Jeremiah Mahoney, s’oppose vivement au grand industriel, l’ambigu Avery Brundage.
Au bout du compte, l’Amérique décide d’en être et Jesse Owens s’embarque dans l’aventure. Une sélection en forme d’apothéose pour le jeune Afro-américain qui raflera les médailles d’or du 100 et 200 mètres, du relais 4 x 100, ainsi que celle du saut en longueur.. Une qualification acquise dans ce dernier domaine grâce à l’aide de Carl "Luz" Long, Bien que champion du Führer, Long n’hésite pas à s'en distancer.
Ce gigantesque pied de nez à deux systèmes à l’époque aussi racistes l’un que l’autre fut l’un des plus hauts faits de l’olympisme, égalé en 1984 dans les mêmes disciplines par un autre athlète noir, Carl Lewis. L’histoire veut que le chancelier furieux ait refusé de féliciter Owens. De son côté le président Franklin D. Roosevelt a dédaigné rencontrer à la Maison-Blanche l’emblématique héros de l’Amérique ségrégationniste des années trente...
Entre réserves et fascination
En dépit d’une reconstitution soignée, le film de Stephen Hopkins n’est pas toujours à la hauteur de l’irrésistible ascension de l'athlète. On reprochera à l’auteur une mise en scène scolaire sinon lourdingue et manquant d’ampleur, des séquences mièvres entre Owens et sa femme, une certaine absence de point de vue, des thématiques peu approfondies, alliant le racisme, le nazisme, la politique et le sport.
Ces réserves n’empêchent toutefois pas l’opus, misant surtout sur l’épopée humano-sportivo-romanesque de se révéler efficace, et même aussi passionnant qu’émouvant dès que Jesse Owens pose le pied dans la capitale du Reich. On a des frissons en le voyant pénétrer dans l’immense stade olympique, avant de vibrer aux fantastiques exploits d’un athlète particulièrement attachant.
Outre la fascination des épreuves, s’ajoutent des moments intéressants comme l'accueil d'Owens par Berlin et les autres concurrents américains, racisme oblige, les tiraillements à propos de son entraîneur Larry Snyder indésirable dans le staff américain, les démêlés, avec Goebbels, de la réalisatrice allemande Leni Riefenstahl, égérie de la propagande nazie. Son célèbre documentaire "Les Dieux du stade" sur les JO de Berlin en est l’un des piliers.
L’interprétation est inégale dans cette production canado-allemande. Bien que trop beau gosse, Stephan James se montre parfaitement crédible en Jesse Owens, tout comme Jason Sudeikis, pourtant abonné au registre comique, en Larry Snyder, ou encore William Hurt, en Jeremiah Mahoney, prônant le boycott de la manifestation.
On n’en dira pas autant de Jeremy Irons en Avery Brundage, De son côté Carice Van Houten ne convainc pas vraiment en campant une Leni Riefenstahl trop édulcorée et on oubliera carrément Barnaby Metschurat, bien mal inspiré dans le rôle d’un Goebbels d’une rare insignifiance.
A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 juillet.