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Steve Jobs Steve Jobs (v.o)
Synopsis
Max Borg | Lundi 1 février 2016
POUR
Pas facile de sortir un film comme Steve Jobs, marqué par plusieurs obstacles au niveau de la production: les disputes autour du réalisateur (David Fincher était le premier choix) et des acteurs; les problèmes au sein de Sony, qui a fini par abandonner le projet; les réactions de la veuve du créateur d'Apple, qui n'a pas voulu que le film voie la lumière du jour; et, bien sûr, l'existence de Jobs, le médiocre biopic du génie de l'informatique avec Ashton Kutcher dans le rôle principal.
Mais le voilà, enfin, cet ovni écrit par Aaron Sorkin et réalisé par Danny Boyle, le cinéaste anglais qui, une fois n'est pas coutume, renonce à ses tendances visuelles très dynamiques et folles pour signer une oeuvre plus sobre, dominée par la verbosité du scénario. Sorkin, le très bavard auteur de The Social Network, allergique aux films biographiques traditionnels, aborde le sujet de la vie de Jobs en se concentrant sur trois moments seulement (enfin, presque), en temps réel: ce qui se passa dans les coulisses lors de la présentation de trois produits conçus par Jobs, à savoir le tout premier Macintosh (1984, tourné en 16mm), le Next (1988, en 35mm) et le iMac (1998, filmé en numérique). Des flashbacks occasionels et des extraits d'actualité fournissent quelques informations supplémentaires.
Tel qu'il est imaginé par Sorkin et Boyle, Steve Jobs est un film qui reconnaît le talent de Jobs mais n'hésite pas à souligner son côté moins sympathique, en utilisant sa relation avec sa fille pour ancrer au niveau émotionnel la structure en trois actes qui respecte les "règles" de l'écriture cinématographique américaine tout en ayant l'air de les ignorer. Et la complexité du personnage trouve son représentant idéal dans la prestation de Michael Fassbender, qui ne ressemble pas tellement au Jobs plus jeune mais compense ce "défaut" avec une intensité et un engagement qu'il est impossible d'ignorer. Il est habilement soutenu par Kate Winslet, Jeff Daniels et Seth Rogen, tous capables de donner une vie vibrante et vigoureuse aux dialogues de Sorkin, dont l'absence parmi les nommés pour le scénario restera un des grand péchés des Oscars 2016.
Remy Dewarrat | Lundi 1 février 2016
CONTRE
Commençons par saluer les performances de Michael Fassbender dans le rôle titre et surtout de Kate Winslet dans celui de son assistante. Mais le scénariste Aaron Sorkin est-il vraiment le génie que certains clament haut et fort? Non, car comme pour The Social Network de David Ficher, il fait preuve d’une pauvreté d’écriture qui s’enlise dans des dialogues interminables et passablement plats où le verbiage stérile prévaut. Pas étonnant vu le sujet choisi et c’est normal: comment réussir à captiver son auditoire avec l’histoire d’un homme plus qu’imbu de sa personne et du culte qu’on lui voue? Impossible, et ce film très ennuyeux tombe à pied joint dans le panneau.
En trois longues séquences interminables de préparation à des shows de présentation ressemblant presque à des messes rituelles, le nouveau long métrage de Danny Boyle ne fait que poursuivre des chimères fort peu captivantes. Jobs se prend la tête et celle de son entourage en cherchant une sorte de perfectionnisme idéalisé par une vision irréelle du monde dont il rêve, en pensant prétentieusement que ce sera le seul modèle valable pour tous, rejetant systématiquement toutes les remarques qui lui sont faites.
Par contre, il est montré sous un jour humain très peu reluisant par l’implication de sa fille qu’il refuse de reconnaître et de sa mère. Et c’est là qu’intervient le fameux élément émotion cher à toutes celles et tous ceux qui pensent que l’intelligence du coeur, une très mauvaise conseillère faisant trop souvent prendre des décisions irréfléchies, prévaut sur celle de l’esprit. On n’y croit pas une seconde et ces conflits familiaux lassent très vite par leur vacuité, voire leur risibilité la plus complète, trouvant leur apothéose désastreuse sur le toit d’un immeuble lors la dernière scène de ce film parfaitement dispensable.