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Le 8 février 1807 se déroule la bataille d'Eylau, aujourd'hui Bagrationovsk près de Kaliningrad. Les 35'000 hommes de la Grande Armée de Napoléon 1er sont épuisés par onze jours de marche dans la neige. Face à eux, 72' 000 Russes et Prussiens. L'affrontement est terrible et les pertes considérables : 14'000 tués et blessés chez les Français, 23'000 chez les Russes et les Prussiens. Un Genevois, Jean-Louis Sabon surnommé “Petit Louis”, musicien militaire participe à l'affrontement. Voici la description qu'il fait de cette boucherie : “ J'avais 16 ans à peine, j'étais donc susceptible plus que d'autres, d'éprouver à la vue d'un pareil massacre une impression profonde, qui fit que j'en perdis le besoin de boire et de manger, et que je ne sentis plus la fatigue que j'éprouvais. Au bout de peu de temps je repris mon insouciance ordinaire, et je revis tout en beau comme par le passé. Quoique j'eusse sous les yeux un tableau hideux, dégoûtant, monstrueux ; il neigeait avec cela, puis il dégelait. On voyait là couchés plus de soixante bataillons carrés qui avaient été hachés par la mitraille et aussi par des charges de la grosse cavalerie des russes ; chacun était mort à son poste, depuis le soldat jusqu'aux serre-file, sergents-majors et officiers. La plupart des curieux reconnaissaient dans les morts des “pays”, des enfants de son village, des amis du collège”. Après la chute de l'Empire, "Petit Louis" sert le roi Louis XVIII comme chef de musique puis à nouveau l'Empereur. A Waterloo, il est appelé à s'occuper des blessés. Fait prisonnier par les Prussiens, il est rapidement libéré. Il reprend du service en France au sein du 1er Régiment suisse de la Garde royale au sein duquel une compagnie genevoise est commandée par le capitaine Frédéric-Louis Rilliet-Necker. Après la révolution de juillet 1830, “Petit-Louis” rentre à Genève. Les autorités lui confient le 26 février 1832 la direction de la Musique militaire du Premier District, forte de 40 hommes. Dès cette époque aucune fête ou solennité genevoise n'est organisée sans que l'on mît sur pied la “Musique Sabon”, l'ancêtre de notre Landwehr actuelle – Orchestre d'Harmonie de l'Etat de Genève.
Claude Bonard
Source : Claude Bonard : Histoire du Corps de Musique de Landwehr 1783-1789-1989