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Le World Economic Forum (WEF) a publié son classement des meilleurs pays pour leur compétitivité économique. Et place en tête la Finlande, devant les Etats-Unis, la Suède, le Danemark ; la Suisse est septième. Quelle leçon tirer de cet exercice ?
D’abord un regret. Les classements pour noter les meilleurs et les cancres se multiplient quand il s’agit de performances économiques. Pas le même zèle pour le social. On rêve d’un panel d’indicateurs qui prendrait en compte, dans chaque pays, le nombre de détenus par prison, leur confort et le respect de leur dignité, la qualité des EMS, l’accessibilité des lieux publics, des espaces privés, des transports pour les handicapés, etc.
Un pays jeune né dans la douleur
Le succès de la Finlande frappe d’autant plus que ce pays est sorti premier des tests scolaires PISA déterminant la capacité de lecture des élèves de quinze ans. Succès qui se reflète dans l’indice WEF de main d’œuvre mal formée qui est très faible pour la Finlande comparé à celui de la Suisse. Ces succès sont le fait d’un pays jeune, qui n’a connu sa pleine souveraineté qu’au début du xxe siècle, qui a subi l’invasion russe de 1939, les dévastations allemandes dans le nord du pays en 1944, puis des amputations territoriales importantes assorties de réparations de guerre lourdes. La Finlande eut encore à subir le choc de l’effondrement économique de l’URSS, puis à réussir l’effort de répondre aux exigences de l’Union européenne et de l’euro. Beaux défis relevés même si aujourd’hui encore son taux de chômage reste important (9%).
Une modernité dynamique
Ce qui étonne le plus quand on se perd dans les vastitudes de la Finlande, c’est le goût de la modernité : une ville neuve comme Tapiola, une bibliothèque et un théâtre de Aalto à Rovaniemi à la hauteur du cercle polaire. Ce dynamisme, que symbolise le succès de Nokia, la Finlande l’a transmis à sa voisine baltique l’Estonie, aidant son redressement spectaculaire et son adhésion à l’Union européenne.
Le niveau social remarquable des pays nordiques est financé par une fiscalité élevée. Le Danemark se place au quatrième rang du classement WEF. Or il bat tous les records de prélèvement de TVA (jusqu’à 20%) et d’accise (impôts indirects qui frappe surtout les boissons alcolisées). Une quote-part de prélèvements obligatoires particulièrement haute ne nuit pas à la compétitivité de ces pays en comparaison internationale. Voilà qui nous sort du modèle unique qu’on cherche à nous imposer en Suisse. Toute augmentation d’impôt serait préjudiciable à notre capacité de concurrence. C’est le credo des radicaux, de l’UDC, d’economiesuisse, tous unis dans leurs convictions.
Le classement du WEF démontre contre les dogmatiques que le succès économique dépend de facteurs nombreux, de la qualité de l’administration, de la formation des travailleurs, du réseau bancaire, des communications, et plus généralement encore du dynamisme national, de sa capacité de réforme, de la parité accordée aux femmes.
La politique dominante en Suisse est celle du tout économique, du moins d’Etat, de l’obsession de baisser les impôts ; c’est le modèle états-unien. Il est réducteur, car la diversité du classement, le succès des Nordiques, démontrent que la compétitivité est faite de facteurs multiples où s’exprime le génie d’une nation. L’économie est portée par ce qui la dépasse.