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Lorsqu’une colonie d’abeilles atteint un certain développement, il arrive qu’une partie de la population quitte la ruche pour former une nouvelle colonie. Cette division s’appelle l’essaimage.
C’est la reproduction naturelle de la colonie vue comme super organisme. Cela permet la reproduction et aussi la survie de l’espèce, et ce depuis des millions d’années. Mais l’apiculteur souhaite des colonies qui se développent bien et deviennent fortes sans essaimer. Quelles sont les méthodes pour prévenir l'essaimage ?
1. Le début de la fièvre d'essaimage

Le développement du couvain atteint sont sommet en juin
Quand une colonie a beaucoup grandi et que les abeilles n’ont presque plus de place à leur disposition, les mouvements de la reine sont aussi restreints, surtout s’il y a de plus en plus de couvain operculé et qu’elle ne trouve presque plus de cellules vides pour y pondre ses œufs. La glande d’Anhardt sécrète alors une phéromone de marquage (empreinte du pied). C'est le début de la fièvre d'essaimage.
2. Les facteurs favorisant l'essaimage
- race et souche de la colonie: certaines races sont bien plus essaimeuse que d'autre
- prédisposition génétique de la reine
- période de l’année : surtout au printemps avant la miellée
- manque de place (congestion de la chambre à couvain) : beaucoup de cadres de couvain operculé, pas de possibilité de ponte pour la reine avec une énorme concentration d’abeilles
- une ruche devenue trop petite : cela survient généralement après l'arrivée d'importantes quantités de pollen qui font rapidement grossir la population de la colonie. La conséquence: une dilution de la concentration des phéromones de la reine parce que la colonie est trop peuplée
- manque d’espace pour stocker le miel lors de la miellée
- manque de place pour la construction
- conditions météorologiques défavorables : mauvais temps prolongé après une bonne miellée de fleurs, temps changeant
- trop de nourrissement liquide en fin de printemps
- l'âge de la reine (2 à 3 % d’essaimage pour une reine de l’année, mais n+1 ➜ 20 % (pour une reine de 2 ans) et n+2 ➜ 50 % (pour une reine de 3 ans). La destruction des cellules royales ne suffit pas à empêcher l'essaimage)
- ensoleillement trop intense des façades de vol des ruches et température trop élevée dans la ruche (aération insuffisante)
3. Comment maîtriser l’essaimage ?
- donner de l’espace à temps (nouveaux cadres à construire, poser les hausses, enlever des cadres de couvain avec les abeilles, etc.)
- laisser construire beaucoup de cadres de cire gaufrée
- découper régulièrement les cadres à mâles
- introduire de jeunes reines de qualité
- prédisposition génétique plus essaimeuse : choisir une reine de qualité. Les reines "tout venant" essaiment beaucoup plus que les reines créées par des professionnels.
- de l’ombre sur la façade de vol des ruches l’après-midi par des feuillus (planter des feuillus pour avoir de l’ombre…)
- couper une aile de la reine (ce n'est pas une méthode de prévention de l'essaimage, mais c'est une méthode de récupération des essaims)
- détruire régulièrement les cellules royales (au moins une fois par semaine) est parfois conseillé, mais cela a en fait tendance à accélérer l'essaimage
- prélever un paquet d’abeilles
- prélever les cadres avec les cellules royales et faire des nuclei ; on pourra changer la reine plus tard si on veut
- éloigner la reine : prendre un cadre avec la reine, le transporter dans une ruchette dans un rucher éloigné ; détruire les cellules royales tout-de-suite puis encore une semaine après ; remettre la reine dans la ruche, comme si on en introduisait une nouvelle
- changer la reine : si on change la reine et qu’on enlève les cellules royales, probablement la fièvre va tomber
- la division ou l'essaimage artificiel (voir chapitre 3.1)
- l’inversion des hausses à couvain au printemps (voir chapitre 3.2)
- appliquer la méthode du Demaree (ou Damier). Son principal objectif est de séparer le couvain non- operculé, incluant les œufs, de la reine (voir chapitre 3.3)
- appliquer la méthode virdis: transfert du couvain operculé dans un 2e corps au-dessus du premier (voir chapitre 3.4)
- encager la reine (méthode en train d'être testé par Serge Imboden et Claude Pfefferlé, Société d'apiculture de Sion: www.apision.ch) : Voir chaptire 3.5 et l'article: ► Eteindre la fièvre d'essaimage
3.1 Méthode 1: essaim artificiel
(voir article : ► Création de jeunes colonies)
Déroulement du travail:
- capturer la reine de la colonie mère et la mettre dans une cage à reine
- mettre la cage avec la reine de la colonie mère ou une nouvelle reine d'élevage dans une caisse à essaims (ou dans une ruchette avec des cadres de cires gaufrées)
- prélever 1 à 2 kg d'abeilles de la colonie (ou de plusieurs colonies) mais sans la reine et les brosser dans la caisse à essaim
- donner immédiatement un peu de nourrissement liquide à l'essaim artificiel
- mettre l'essaim dans une cave sombre et fraîche jusqu'au moment où une grappe d'essaimage homogène s'est constituée autour de la cage à reine (une à deux nuits)
- le déposer sur un site de jeunes colonies à environ 3 km de distance avec des cadres de cires gaufrées et libérer la reine (si l'essaim artificiel doit être logé sur le même site qu'auparavant, il faut le laisser au moins 4 nuits dans la cave et le nourrir)
- premier contrôle après 7 jours (voir si la reine est acceptée sinon introduire une nouvelle reine, nbr. d'abeilles, nourriture, etc...)
- traiter le nuclei à l'acide oxalique (par pulvérisation, par dégouttement ou par évaporation)
- contrôle de la colonie donneuse (cellules royales, présence de la reine, présence de ponte)
voir aussi :
3.2 Méthode 2 : inversion des hausses
(voir aussi l'article: ► Comprendre l'essaimage)
Une méthode facile est l’inversion des hausses à couvain au printemps. Elle s’applique surtout pour les colonies hivernées sur deux hausses, bien qu’elle puisse aussi s’appliquer, après l’ajout d’une deuxième hausse à couvain, sur les colonies hivernées à une hausse, à l’extérieur ou en caveau. Le principe est le suivant :
Les abeilles dans les ruches hivernées à l’extérieur sur deux hausses vont consommer leur sirop tout l’hiver en montant graduellement vers la hausse du haut. Normalement, à la fin de l’hiver, la grappe d’abeilles se trouve dans la hausse du haut, celle du bas étant vide. La reine débute donc sa ponte dans la hausse du haut. En inversant les hausses à ce moment, on place l’espace vide au-dessus de la grappe et du couvain, ce qui est plus naturel pour la colonie. La reine peut donc monter pondre dans cette hausse vide. On peut encore inverser les hausses quelques semaines plus tard alors que le couvain de la hausse du bas est en train d’éclore, de façon à placer ce nouvel espace libre dans le haut de la colonie. On s’assure ainsi de donner de l’espace de ponte à la reine, et aussi de maximiser le nombre d’abeilles butineuses qui iront au champ quand la miellée sera venue.
3.3 Méthode 3 : la méthode du Demaree
Un bon moyen pour prévenir l’essaimage est d’utiliser le procédé Demaree. Ce procédé a été conçu par George Demaree et présenté la première fois dans l’American Bee Journal en 1884. Son principal objectif est de séparer le couvain non-operculé, incluant les œufs, de la reine. Le couvain est placé au-dessus d’une grille à reine tandis que la reine est conservée en bas. Ce procédé réduit la surpopulation de la ruche et son désir d’essaimer. Il permet ainsi de conserver toute la population et de maximiser la production de miel.
Il s’agit ici de faire un essaim artificiel, sans séparer physiquement la colonie. On transfère tout le couvain, sauf un beau rayon de larves et d’alvéoles operculées, dans une hausse que l’on installe au-dessus des hausses à miel (pour les ruches Dadant : 2 hausses superposées). On laisse dans la hausse du bas un cadre de provisions, le rayon de couvain (avec la reine bien entendu), et 8 cadres vides et étirés. On place ensuite la grille à reine entre la hausse du bas et les hausses à miel.

- La reine se retrouve ainsi avec 8 rayons à pondre. La majorité des abeilles restent en haut avec le couvain, mais redescendront à mesure que celui-ci éclot. Elles rempliront éventuellement la hausse de couvain du haut avec du miel.
- Comme les abeilles qui restent avec le couvain du haut ne « sentent » plus la reine qui elle est en bas, elles se croiront orphelines et vont tenter d’élever une nouvelle reine à partir d’œufs présents dans les rayons. Il est donc important de retourner détruire TOUTES les cellules royales présentes sur les rayons de la hausse du haut une semaine à 10 jours après l’opération.
- Ce procédé fait « croire » aux abeilles que l’essaimage a eu lieu, et de plus, cet ajout soudain d’espace de ponte pour la reine fera augmenter la population de la colonie notablement dans les semaines suivantes.
Ce plan est destiné initialement à réduire voire supprimer l’essaimage en séparant la reine de quasiment tout son couvain obligeant les nourrices à la quitter pour s’occuper de la nurserie séparée par une grille et éloignée au sommet. Les conditions d’essaimage ne sont donc plus, à ce moment, réunies ; il s’agit d’un essaimage dans la ruche . Il est appliqué sur une forte colonie mais si le but est d’obtenir des cellules royales on peut opérer une colonie de moyenne importance. L’intérêt de ce plan, demandant peu de temps à être appliqué, est que la recherche de la reine, toujours fastidieuse, est évitée, que les abeilles gardent la même odeur, et que la récolte est importante si les conditions météo et florales sont au rendez-vous. Il n’y a pas de division, pas de picking, pas de ruchette, pas d’éloignement ni de mise en cave. La colonie conserve toute sa population et sa dynamique.
8.4 Méthode 4 : la méthode VIRDIS
- Quand la colonie s’est bien développée et qu’elle occupe tous les cadres du corps avec présence d’un couvain étendu, le moment est venu de poser la grille à reine et 2 hausses.
- A partir du corps, 2 à 3 cadres de couvain operculé (sans possibilité d’élevage) sont prélevés et remplacés par 2-3 cadres bâtis ou garnis de cire gaufrée. La reine doit impérativement rester dans le corps, en bas, sous la grille !

- Au bout de 10-15 jours, les ouvrières auront émergé du couvain operculé placé dans les hausses et les cadres cirés du corps auront été bâtis et pondus.
- Une rotation périodique s'installe jusqu’à la miellée : 2-3 cadres de couvain operculé du corps sont transférés dans le centre des 2 hausses et les 2-3 cadres de la hausse dont le couvain a émergé sont redescendus dans le corps. La reine a ainsi assez de place pour pondre et le rapport de la surface couvain ouvert/fermé restant stable les ouvrières n’étireront pas de cellule royale.
- En cas de forte miellée, le transfert des cadres est stoppé et l’apiculteur récoltera les cadres de miel operculé des hausses et les remplacera par des cadres de hausse bâtis mais vides. Comme le nombre de butineuses a été grandement stimulé, la colonie peuplera facilement les 2 hausses et les partitions isolantes pourront être retirées. Avec le cadre de corps en surplus on peut soit créer un nuclei soit renforcer des colonies. Ainsi on retire des varroas de la colonie. Si la colonie n’est pas assez forte ou la miellée trop faible, on retire une des deux hausse.
3.5 Méthode 5 : encagement de la reine

- Après 14 jours vérifier que l'équilibre entre les cellules operculées et les cellules prêtes pour la ponte est restauré et que la fièvre d'essaimage est éteinte
- Libérer la reine et vérifier après une semaine s'il n'y a pas des cellules royales et que la reine est bien active.
Voir aussi les articles suivants:
Bibliographie:
L'apiculture une fascintation, Edition SAR, Volume 1 (2014)
LA DÉMOCRATIE CHEZ LES ABEILLES - Un modèle de société - Thomas D. Seeley - Editions Quae
Thomas D. Seeley : Honeybee Democracy (2010, Princeton University Press) et Nexus no 75 : "La démocratie est dans la ruche"
Peter David Paterson, L'apiculture, Éditions Quae, 2008, p. 20-21
"L'élevage des reines: production des paquets d'abeilles, initiation à l'insémination instrumentale" - Livre de Gilles Fert - 1988
P. Jean-Prost, Apiculture, Éd. J.b baillière, 1987, p. 125-126
R.Ritter, J.Fischer, A.Spürgin, L.Gauthier, C.Maquelin, H.Hugentobler, B.Lehnherr, H-G. Wenzel, L’apiculture, une fascination, Éd. SAR, 2014, Vol. 1, p. 69
|Author:||Serge Imboden|