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Le roman d'Hemingway "Le vieil homme et la mer" fait peau neuve
Une partie de pêche qui finit en queue de poisson. La lutte vaine d'un vieux et pauvre pêcheur contre un poisson gigantesque. Bref, le récit "Le vieil homme et la mer" tient de la parabole. Il est le dernier roman d'Ernest Hemingway publié de son vivant et un passage obligé pour des générations de collégiens romands. Soixante-cinq ans après sa parution dans sa collection blanche, l’éditeur Gallimard en publie une nouvelle traduction.
Pourquoi reprendre ce texte?
Au contraire des chefs-d'œuvre originaux, les traductions vieillissent. Ainsi la première version, signée Jean Dutourd, était controversée depuis quelque temps déjà.
En 2012, l'écrivain François Bon n'en peut plus: jugeant publiquement la traduction "lourdingue", il diffuse sur internet sa propre version du "Vieil homme et la mer". On pouvait l'obtenir pour quelques euros, sauf que l'œuvre d'Ernest Hemingway n'était pas encore dans le domaine public.
Gallimard renvoie cette traduction "sauvage" aux oubliettes et réplique aujourd'hui avec cette nouvelle édition officielle signée Philippe Jaworski, professeur émérite de littérature américaine à l’Université Paris-Diderot et grand passeur de textes américains: on lui doit notamment les traductions revisitées de Jack London, Herman Melville, Mark Twain et F. Scott Fitzgerald.
Qu'est-ce qui change?
La nouvelle traduction suit au plus près le style d'Ernest Hemingway. Il évite les interprétations de style et une veine naturaliste. Ainsi, dans le texte original, le vieux pêcheur s'exprime de manière littéraire et non pas dans le style familier et fruste imaginé dans la première traduction de 1952. Désormais "Le vieil homme et la mer" sonne moins exotique ou pseudo cubain.
Pour le traducteur Philippe Jaworski, "l'esprit de la traduction a changé avec le temps. Autrefois on donnait la priorité à la langue cible – le français – alors qu'aujourd'hui l'esprit du texte originel prime". Voici donc le "véritable Ernest Hemingway". On peut se demander s'il ne faudrait pas retraduire toute l'œuvre de l'écrivain américain, attendu qu'au fil des quelque vingt parutions que compte sa bibliographie en français, on trouve presque autant de traducteurs différents pour des versions qui datent parfois des années 1940.
Cette nouvelle traduction est-elle définitive?
"Une traduction ne l'est jamais", répond Philippe Jaworski. Le métier de traducteur est un métier d'interprète d'un texte, "au même titre qu'un musicien interprète une partition ou qu'un comédien joue le personnage d'une pièce". Dès lors, une nouvelle traduction est toujours possible, notamment pour mieux résonner avec son époque.
Thierry Sartoretti/ld
Publié le 30 mai 2017