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Interview Mélanie René: «On peut être vite oublié»
La chanteuse genevoise a pris son temps après sa participation à l'Eurovision, en 2015. Elle revient avec un nouveau nom.
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La malheureuse élimination en demi-finale du Concours Eurovision de la chanson, à Vienne, est oubliée. Si Mélanie René, 27 ans, ne renie pas cet événement qui l'a fait connaître dans toute l'Europe, elle a préféré évoluer et réapparaître en début d'année sous le nom de Melyz et dans un style pop electro éloigné de «Time to Shine», le titre avec lequel elle avait défendu les couleurs de la Suisse il y a trois ans.
Qu'est-ce qui vous a poussée à changer de nom?
En fait, j'ai toujours eu envie de prendre un nom d'artiste. Pendant l'Eurovision, tout s'est passé super vite et je n'ai pas vraiment eu le temps de me poser et de réfléchir à ça. Et puis, après le concours, il y a eu une période où j'ai essayé de me chercher musicalement et une fois que je me suis trouvée dans ce domaine, je me suis dit que c'était le moment parfait pour prendre un nom d'artiste. Tout changeait et il fallait que le nom suive et qu'il corresponde au style de musique que je voulais faire, quelque chose de plus pop et electro.
Melyz est un mélange entre votre prénom et celui de votre sœur, Charlyze. Vous lui avez demandé la permission?
(Elle rit) Oui, bien sûr! Je me suis inspirée de Louane. J'avais lu une interview où elle disait qu'elle avait fait un mélange entre son prénom et celui de sa sœur pour son pseudo et je me suis dit que ce n'était pas bête. J'ai essayé plusieurs versions avec Charlyze et je lui ai posé la question. Elle était très contente.
En quoi Melyz est-elle différente de Mélanie René?
Melyz correspond à ce côté très pop electro de mon single «Dancefloor», à ce que j'ai envie de présenter sur scène. C'est l'artiste, la chanteuse. Mélanie René, c'est la fille avec sa vie quotidienne. Je m'inspire de ma vie quotidienne pour écrire mes textes, mais je trouve plus facile, une fois que je suis sur scène, d'être Melyz et de laisser tous mes soucis derrière moi.
Pourquoi avez-vous changé de style musical. Vous n'aimiez plus celui que vous aviez présenté à l'Eurovision?
Il n'était pas complètement abouti. Quand j'ai composé et écrit «Time to Shine», ce n'était pas du tout avec l'Eurovision en tête. Je voulais que ça soit une chanson pop avec des sonorités dubstep. Ça n'a pas du tout été le cas. Je me suis dit que c'était dommage, parce qu'on s'est arrêté à quelque chose qui, pour moi, n'était pas terminé au niveau musical et je me suis dit qu'il fallait que j'aille au fond des choses.
Vous êtes partie en Angleterre l'an dernier parce que vous aviez besoin de vous éloigner de la Suisse?
Non, la Suisse est toujours avec moi, dans mon cœur. J'ai fait mes études universitaires de musique en Angleterre et c'était presque un retour aux sources musicales. Le style que je voulais faire, pop electro, est très populaire en Angleterre et j'ai pensé qu'il fallait que j'aille chercher l'inspiration là-bas.
Avez-vous eu peur que le public vous oublie?
La musique, et le monde de l'art en général, bouge beaucoup et on peut être vite oublié. Comme je n'avais pas eu énormément d'actualités après l'Eurovision, j'ai pensé que j'étais peut-être sortie de l'esprit des gens. Finalement, ce n'était pas plus mal, parce que ça me permet aujourd'hui de proposer quelque chose de complètement nouveau. Le plus important, c'est d'aller de l’avant et d'avoir toujours quelque chose de neuf à proposer.
Réussissez-vous à vivre de la musique?
C'est assez compliqué. Je donne des cours de chant, ce qui me permet de vivre. J'imagine que ce n'est pas seulement en Suisse que c'est difficile. J'en discute avec des musiciens et des artistes d'ailleurs et c'est pareil pour eux.
Si vous ne percez pas dans ce domaine, avez-vous songé à un plan B?
J'y ai beaucoup réfléchi pendant très longtemps, mais il y a quelque chose en moi qui me dit que si j'ai un plan B, je ne serai pas à 100% dans mon plan A. Je ne pense pas à une alternative et si ça ne marche pas, j'aviserai. Pour l'instant, je fonce tête baissée et c'est la meilleure façon d'avancer. Si je me prends un mur, j'aurai appris quelque chose et je pourrai réajuster ma trajectoire.
Vous préféreriez être connue ou simplement pouvoir faire de la musique comme métier sans être une célébrité?
Être une star n'a jamais été un but pour moi. Ce dont j'ai vraiment envie, c'est de pouvoir vivre de la musique. C'est vrai que c'est quand même lié à une certaine notoriété. Pas forcément du grand public, mais de l'industrie musicale.
Est-il déjà arrivé que des gens vous reconnaissent dans la rue?
Ça m'est arrivé quand j'étais en Angleterre. Il y a une très grande communauté de fans de l'Eurovision là-bas. C'est une des rencontres qui m'a le plus marquée. J'ai croisé un mec dans les escaliers qui m'a dit: «Oh mon Dieu! C'est toi Mélanie René? Je suis fan de toi!» Et il s'est mis à pleurer. Je ne savais vraiment pas comment réagir, mais ça m'a touchée.
Et en Suisse?
On ne m'arrête pas dans la rue et heureusement, parce que je ne saurais pas quoi faire si cela arrivait. Cependant, de temps en temps, quand je fais des concerts, les gens me demandent si j'ai fait «The Voice», parce qu'ils savent qu'ils m'ont déjà vue quelque part, mais sans trop savoir où.
Participer à des télécrochets vous a déjà traversé l'esprit?
J'ai passé le casting de la «Nouvelle star» il y a plus de 10 ans. Même si ça donne une très grande visibilité aux artistes, ça me fait très peur. Tout se passe et s'enchaîne à une vitesse incroyable et je me pose toujours la question de savoir si je serais prête à assumer quelque chose qui est autant regardé à la télévision dans les pays francophones. Pour l'instant, je ne me sens pas préparée, mais pourquoi pas par la suite?
(Le Matin)
Créé: 08.06.2018, 14h02