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L’Exercice de l’Arquebuse au Moyen-Age
L’Exercice de l’Arquebuse au XVIème siècle
Au cours du Moyen Age, la cité de Genève relevait d’une situation extrêmement enchevêtrée opposant différents tenants du pouvoir, l’évêque en premier lieu, puis les ducs de Savoie qui avaient su évincer les comtes de Genève dans la domination du bassin lémanique. De nombreux conflits se déroulèrent entre ces seigneurs féodaux qui durent composer à partir du XIVème siècle avec la « commune » . On donne généralement pour la genèse de celle-ci, malgré plusieurs tentatives précédentes, l’obtention des franchises que l’évêque Adhémar Fabri concéda à la ville en 1387 .
Genève, comme la majeure partie des villes du Moyen Age, particulièrement celles au bénéfice de droits leur donnant des éléments d’autonomie, possédait des confréries guerrières. Composées par la bourgeoisie, les confréries, représentant un lieu d’identification sociale et de ralliement pour une population en quête d’indépendance, se vouaient à un saint. Renforcée encore par le maniement des armes, la teneur symbolique de ces fraternités se cristallisa par des créations fortes de sens, telles les royautés des Exercices genevois. « Le noble Exercice de l’Arc », attesté dès 1444 par le tableau de Conrad Witz « La Pêche miraculeuse », en représente un bel exemple . Dédiée à Saint Sébastien, cette confrérie n’était toutefois pas la plus vieille corporation de type militaire, puisque « l’Abbaye de Saint Pierre », plus connue sous le nom « d’Enfants de Genève », remontait au XIIIème siècle. Se multipliant, le nombre de ces confréries s’éleva en 1487 à trente-huit, comptant notamment le noble Exercice de l’Arc, celui de l’Arbalète ainsi que l’Exercice de l’Arquebuse.
La création de ce dernier, mentionné pour la première fois en 1474 dans un texte de loi, n’était pas l’héritage des confréries précédentes mais s’inscrivait dans la même lignée. C’est l’apparition d’une nouvelle arme principalement destinée aux riches, l’aquebute, connue plus généralement sous le terme de couleuvrine ou d’arquebuse qui initia sans doute ce nouvel Exercice. Créé à une époque de tensions politiques et religieuses, l’Exercice de l’Arquebuse qui ne recrutait que parmi les classes supérieures de la cité s’inspira toutefois fortement des jeux de l’Arc et de l’Arbalète. Il leur emprunta effectivement leurs traditions de concours et leur royauté. Les ordonnances de 1474 indiquent ainsi qu’il est ordonné de faire trois prix, chacun d’une valeur de six florins, un pour les Arbalétriers, un pour les Archers et un pour les Couleuvriniers, à condition de trouver de nouveaux bourgeois pour payer, et dans ce cas, soit lorsque l’on aura trouvé les bourgeois, qu’on fasse mandat de payer et de leur donner les dits prix .
Les tirs de cette nouvelle arme se réalisèrent dès 1475 à l’intérieur des murs de la ville, entre la rue de Rive et la rue du Lac. Une fois l’an, le troisième dimanche après Pâques, un tir appelé le Coup du Roi était organisé. Le vainqueur qui était celui qui abattait le premier le papegay, un oiseau de pacotille, était couronné roi de l’Exercice. Il conservait ce titre une année durant et bénéficiait de nombreuses prérogatives tant fiscales qu’honorifiques. Ce roi était secondé par un connétable bientôt appelé seigneur-commis, un trésorier et un secrétaire. Précisons que les dates mentionnées n’indiquent pas forcément la création de ces confréries mais sont bel et bien les premières attestations de leur existence. Ainsi, plusieurs indices permettent de penser que ces Exercices existaient de plus longue date. L’hôtel des Trois Rois, à l’angle de l’actuelle rue de la Confédération et de l’ancienne rue de la Monnaie , construit en 1424 par le chevalier Pierre de Monthouz, conseiller de la cour de Savoie, avait acquis son appellation en 1445. Il n’est pas impossible que le nom de cette auberge évoque les royautés des Exercices bien que rien ne vienne confirmer cette supputation. Il demeure par contre improbable qu’une taverne ait opté pour un titre s’inspirant de la bible comme pourrait le faire penser l’épisode des rois mages.
Les guerres de Louis XI et des Suisses contre Charles le Téméraire, à la fin du XVème siècle, avaient entraîné la commune de Genève dans les premières relations officielles avec les puissantes républiques confédérées de Berne et Fribourg. Ces contacts aboutirent le 14 novembre 1477 à un premier traité d’alliance qui représentait un acte officiel d’indépendance. Dès lors, la situation avec la Savoie se dégrada progressivement. Au début du XVIème siècle plusieurs notables partisans de l’autonomie durent fuir le courroux du duc, l’évêque, tout dévoué au duc, se heurtant à la commune dans ses prétentions de livrer la cité à son maître.
C’est dans ces circonstances que les autorités accordèrent à l’Exercice de l’Arquebuse en 1514 un terrain proche de l’Hôpital des pestiférés afin de construire un stand de tir sous la direction de Philibert Berthelier, un lieu qui de nos jours est occupé par le cimetière des Rois. Relevons, sans pour autant y voir de corrélation calculée, que l’hôpital voisin était dédié à Saint Sébastien, le patron des pestiférés et des tireurs. Ces lieux incultes se prêtaient mieux aux exercices des Arquebusiers que l’intérieur de la ville. Ce site possédait par contre certains désavantages comme celui d’être interdit en cas d’épidémie de peste et d’être aisément recouvert d’eau, comme le prouve l’inondation de 1602. L’aspect sinistre de l’endroit, renforcé encore par les ensevelissements des suicidés au pied des cibles dont l’acte les rejetait à jamais des terres consacrées, n’empêcha pas les membres de l’Exercice de venir s’y entraîner et d’y fonder un estaminet au grand dam des magistrats. En 1541, la Seigneurie offrit une terre adjacente, permettant ainsi la construction du premier hôtel de l’Exercice.
Alors que les arquebusiers s’entraînaient sur leur terrain depuis quelques années, Genève vit l’émergence de deux factions rivales tenter de prendre le dessus l’une sur l’autre : les partisans du duc, les « Mammelus » , et les « Eidguenots » favorables à une alliance avec les Confédérés. Plusieurs exécutions, dont celles de Philibert Berthelier en 1519 et d’Amé Lévrier en 1524, vinrent affaiblir les ennemis du duc. Parallèlement, des marchands allemands avaient apporté dès 1526 des idées réformées dans la cité permettant les prédications de Guillaume Farel, d’Antoine Froment et d’Antoine Saunier et les conversions de plusieurs notables.
Ce sont les rebondissements de la politique internationale qui permirent finalement à Genève de se débarrasser de ses liens de dépendance. La Savoie s’était en effet alliée avec Charles Quint après la bataille de Marignan, bousculant les jeux d’alliance. Berne, au bénéfice du traité de paix perpétuelle avec la France, se retrouvait dans un camp opposé au duc et commença rapidement à soutenir Genève. Un nouveau traité allait ainsi être signé en 1526, scellant une combourgeoisie entre Genève, Berne et Fribourg. La réaction du parti ducal ne se fit pas attendre, entrant en conflit contre la ville après l’avoir désertée et menant le plus souvent une guerre d’embuscades. Cette guerre, dite de la Cuiller, trouva son terme en 1530 grâce à l’intervention des troupes combourgeoises.
Dans ce contexte mouvementé pour ne pas dire dramatique, subissant tant la pression de son voisin savoyard que les affres d’une peste endémique, l’esprit d’émulation militaire des confréries cédait parfois le pas à des confrontations graves, reflets des aléas de l’histoire de la cité. Un différend vint ainsi opposer les villes de Berne et de Fribourg pour des motifs religieux. L’une et l’autre demandèrent l’aide de Genève qui dépêcha une compagnie de cent-cinquante arquebusiers à chacune. Les deux corps, logiquement composés des Arquebusiers de l’Exercice, commencèrent à se harceler et à se battre à Genève même , signe de la scission que connaissait la société.
En 1536, le duc ayant recommencé de harceler la ville, les troupes bernoises envahirent le pays de Vaud, occupant également la rive méridionale du lac Léman et les possessions savoyardes entourant Genève. De difficiles tractations avec les sauveurs suivirent, Genève devant céder plusieurs territoires et rembourser les frais de l’intervention militaire. Elle conserva toutefois son indépendance ainsi que les terres de Saint Victor et de Chapitre. L’évêque Pierre de la Baume ayant quitté la ville avec ses partisans en 1533 et les thèses protestantes étant adoptées officiellement depuis 1535, le conseil de la commune demeurait la seule entité pour s’opposer tant aux prétentions savoyardes qu’à l’aide envahissante de son allié, ne pouvant guère compter que sur une faible milice dont les Arquebusiers étaient le fleuron. La nouvelle situation restait complexe, les enjeux diplomatiques et stratégiques étant lourds de conséquences pour l’ensemble des camps concernés.