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Tous les champs présentés dans le graphique G2.1 (comme la famille proche ou l’environnement scolaire) offrent des ressources et des opportunités, mais peuvent aussi impliquer des obstacles ou présenter des risques. Les passages d’un environnement à un autre posent des défis particuliers. Par exemple, l’entrée à l’école peut être une phase critique pour l’enfant.
La famille nucléaire
Le ventre maternel est le premier «milieu de vie» de tout être humain. Il a été amplement démontré que la consommation de stupéfiants ou de médicaments a des conséquences souvent à la fois graves et irréversibles sur le fœtus (Dratva, Stronski, & Chiolero, 2017; Singer et al., 2018). Il est également admis que la petite enfance constitue, à côté de la grossesse, une période particulièrement critique et une phase déterminante pour le développement de l’enfant et pour sa santé. C’est à cette période que se créent les liens ou les relations avec les proches. Se sentir compris et soutenu par ses parents et par l’ensemble de sa famille revêt jusqu’à l’adolescence une importance considérable pour se sentir bien et être en bonne santé mentale. Cela va aussi de pair avec une plus faible consommation de substances psychoactives (Delgrande Jordan, Eichenberger, Kretschmann, & Schneider, 2019).
On sait qu’il existe de nombreux facteurs qui peuvent détériorer le contexte familial; il s’agit en particulier de la pauvreté ou d’une situation professionnelle précaire, des maladies psychiques chroniques ou de problèmes d’addictions des parents, d’isolement social et de violence domestique.
En Suisse, la plupart des enfants et adolescents grandissent dans un environnement familial qui leur offre beaucoup de ressources. Environ 90% des enfants et des adolescents se sentent bien soutenus par leur famille.
Structure des familles nucléaires aujourd’hui
Quelle est la structure actuelle des familles nucléaires et comment a-t-elle évolué au cours des dernières décennies? On parle de famille non recomposée lorsque le ménage ne compte que des enfants en commun et de famille recomposée lorsqu’au moins un enfant n’est pas le fils ou la fille des deux parents du ménage. En Suisse, l’immense majorité des enfants, des adolescents et des adultes de moins de 25 ans vivent dans une famille avec leurs deux parents (80%). Plus de 14% vivent dans une famille monoparentale (12,1% avec leur mère et 2,3% avec leur père) et près de 6%, dans une famille recomposée, que les parents soient mariés ou en concubinage. Lorsqu’on observe l’évolution des 40 dernières années, on constate que le nombre des ménages de couples avec enfants est resté relativement stable, tandis que les ménages monoparentaux ont plus que doublé. La taille des fratries représente une autre modification majeure de la structure des familles. En comparaison avec 1970, beaucoup moins d’enfants grandissent aujourd’hui avec au moins deux frères et sœurs: la part des ménages avec trois enfants ou plus est en effet passée de 27,1% en 1970 à 16,8% (en 2012/2014) (OFS, 2017a). On compte à peu près le même nombre d’enfants uniques (41,2%) que d’enfants avec seulement un frère ou une sœur (42,1%). La majorité des enfants de moins de 6 ans qui habitent en Suisse vivent dans une famille avec des origines migratoires 2 (54,4%). Dans 33,5% des cas, les deux parents sont issus de la migration, tandis que dans 20,9%, un des deux parents relève de cette catégorie (cf. graphique G2.2).
- 2. Selon la définition de l’OFS sont considérées comme issues de la migration les personnes de nationalité étrangère ou naturalisées (à l’exception de celles nées en Suisse et dont les deux parents sont nés en Suisse) ainsi que les Suisses à la naissance dont les deux parents sont nés à l’étranger.
Zoom sur les enfants qui grandissent hors de leur famille
Il n’existe pour l’heure aucune donnée sur la fréquence des placements extrafamiliaux à l’échelle de la Suisse. On estime que, en 2016, environ 1% des enfants et des adolescents de 0 à 18 ans faisaient l’objet d’un placement extrafamilial dans le pays, soit 18 900 mineurs. Environ les trois quarts vivaient en foyer et à peu près un quart, dans une famille d’accueil. La littérature met en évidence que le contexte familial d’origine est souvent marqué par des conditions de vie difficiles, comme la pauvreté, la violence, des problèmes psychiques ou une addiction des parents. Des études menées dans des foyers en Suisse font état de forts taux de prévalence de problèmes psychiques ou comportementaux (Averdijk, Ribeaud, & Eisner, 2018).
Ressources sociales au sein de la famille nucléaire
On ne dispose pas de données à l’échelle de la population sur les liens – au sens de relations étroites sur le plan émotionnel – que les enfants en bas âges entretiennent avec leur mère ou avec les autres personnes qui s’occupent d’eux. Pour l’heure, il existe seulement des études basées sur de petits échantillons qui examinent quels facteurs favorisent ou entravent l’apparition de liens sécures. Par exemple, une récente étude suisse a analysé l’influence de la précarité et de l’isolement social sur le développement d’un lien sécure entre la mère et l’enfant. Son auteur est arrivé à la conclusion que ces facteurs négatifs peuvent nuire au lien mère-enfant, car le stress chronique qu’ils induisent réduit la sensibilité de la mère, sensibilité nécessaire à l’approfondissement du lien (Neuhauser, 2018).
On dispose d’études représentatives sur la relation que les adolescents à partir de 11 ans et les jeunes adultes entretiennent avec leurs parents (p. ex. HBSC 3, COCON 4 et TREE 5). Pour les plus jeunes, l’image qui se dégage est globalement positive. Lors de l’enquête HBSC de 2018, l’immense majorité des adolescents de 11 à 15 ans ont indiqué que leur famille s’efforce de les aider (84%) et qu’elle est prête à les aider à prendre des décisions (92%). La majorité des adolescents ont également le sentiment de recevoir de leur famille le support émotionnel dont ils ont besoin (89%) et de pouvoir parler de leurs problèmes avec leur famille (84%; cf. graphique G2.3).
Le soutien par la famille perçu n’a pas connu d’évolution au cours des quatre dernières années (Delgrande Jordan et al., 2019). Dans l’ensemble, les filles se sentent un peu moins bien soutenues par leur famille que les garçons, tandis que les adolescents plus âgés (14 et 15 ans) se sentent moins bien soutenus que ceux de 11 à 13 ans. À cet âge, les adolescents – garçons et filles – considèrent que leur mère est la personne la plus importante: 78% des filles et 82% des garçons ont indiqué pouvoir parler avec leur mère des sujets qui les préoccupent vraiment, alors que 53% des filles et 70% des garçons ont affirmé qu’ils peuvent en parler avec leur père. Les adolescents vivant dans une famille issue de la migration (définie ici comme les familles où au moins un des parents n’est pas né en Suisse) se sentent globalement un peu moins bien soutenus par leur famille que les autres jeunes. Ils indiquent aussi plus souvent que leurs parents ne savent pas ce qu’ils font pendant leurs loisirs (33% contre 22%), qui sont leurs amis (31% contre 18%), où ils sont après l’école (20% contre 12%) et où ils sortent le soir (24% contre 17%).
Par ailleurs, l’étude TREE montre que plus de 80% des adultes de 26 ans entretiennent une relation étroite et empreinte de confiance avec au moins un de leurs parents (Bertogg & Szydlik, 2016).
Violence domestique
Les enfants et les adolescents qui subissent des violences dans leur contexte familial sont dans une situation particulièrement vulnérable puisqu’ils sont dépendants de leurs parents. La maltraitance infantile peut entraîner de graves problèmes de santé et des troubles du développement, en particulier si elle s’étend sur une longue période et que la violence prend plusieurs formes (Latsch, Nett, & Humbelin, 2017). En Suisse, les données sur la prévalence des violences directes et indirectes vécues par les enfants et les adolescents sont, pour le moment, lacunaires. Actuellement, la seule enquête représentative, réalisée une fois, sur les victimes potentielles de violences commises par les parents en Suisse se limite aux élèves âgés de 15 à 16 ans. Environ 13% d’entre eux ont rapporté avoir subi des violences directes de la part de leurs parents au cours des 12 derniers mois (cf. graphique G2.4)6. La violence physique est la plus fréquemment citée. Toutes formes de violence confondues, les filles sont plus souvent touchées que les garçons (Lätsch & Stauffer, 2016).
- 6. Dans cette étude, les formes de violence suivantes sont considérées comme directes: maltraitance physique, abus sexuel, négligence ainsi que privation de contact ou enlèvement par un des parents. La violence psychique n’est pas prise en compte. Les expériences de violences indirectes sont recensées séparément.
Les chiffres relatifs à la violence au sein de la famille présentés ci-après se basent sur des données sur la maltraitance infantile relevées et enregistrées par des organisations de protection de l’enfance, par des hôpitaux pédiatriques ou par la police. Cependant, on suppose que ces sources passent à côté de nombreux cas, car la maltraitance infantile et la violence domestique demeurent souvent cachées.
- Selon une enquête menée dans 20 des 26 hôpitaux pédiatriques de Suisse en 2015, au total 1388 cas de maltraitance infantile ont été constatés; les formes les plus fréquentes sont la maltraitance psychique (31%) et physique (28%) suivies par la négligence et les abus sexuels (20% dans chaque cas). 18% des enfants avaient moins d’un an et presque 25%, moins de deux ans (Société Suisse de Pédiatrie, 2016).
- Chaque année en Suisse, les organisations dévolues d’une manière ou d’une autre à la protection de l’enfance recensent environ 3890 cas d’abus sexuels. Cela représente 0,3% des enfants de moins de 18 ans. Les filles sont bien plus souvent et plus gravement touchées par cette forme de violence (Maier, Mohler-Kuo, Landolt, Schnyder, & Jud, 2013).
- Une enquête représentative menée auprès des parents en 2017 sur mandat de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) a conclu qu’environ la moitié d’entre eux appliquaient des punitions corporelles, même rarement. Environ un parent sur quatre fait régulièrement usage de violence psychique, blessant l’enfant verbalement ou le menaçant de coups ou de privation d’affection (Schöbi et al., 2017).
Le réseau social de la famille nucléaire
La famille nucléaire n’est pas isolée socialement. Le type d’environnement social revêt une importance capitale pour le bien-être de la famille, mais aussi pour sa capacité à surmonter les situations difficiles. Un des indicateurs principaux est le sentiment de solitude. En Suisse, 67% des parents ne se sentent jamais seuls, et 28% seulement quelques fois. (Enquête suisse sur la santé, ESS, 2017). Cela signifie que la grande majorité dispose de bonnes ressources sociales. On le constate également à travers la réponse à la question sur la facilité des individus à obtenir de l’aide de voisins: cela est facile pour 66% des parents, possible pour 23% et difficile pour seulement 11% d’entre eux.
Chez les parents dont le degré de formation ne dépasse pas celui de l’école obligatoire, la part de ceux qui ne se sentent jamais seuls s’élève à 52%, chez les parents ayant terminé le degré secondaire, elle atteint 66% et chez ceux parvenus au niveau tertiaire, 71%. Les parents issus de la migration disposent, en Suisse, de ressources sociales nettement moins bonnes que les autres (cf. graphique G2.5). Or, cette distinction ne dépend pas du statut social exprimé en termes de formation des parents et de leur intégration sur le marché du travail (Bachmann, 2014).
Avoir un quotidien particulièrement pesant a souvent une influence sur le temps et l’énergie nécessaires pour soigner ses contacts sociaux. Par exemple, les parents dont les conditions de vie sont financièrement précaires, ceux qui ne parviennent pas à concilier activité professionnelle et vie familiale ou ceux qui doivent s’occuper d’un enfant gravement malade ou mourant se retirent de leur réseau social et souffrent, parallèlement de cet isolement et du manque de soutien (Hennig, Ebach, Stuth, & Haegglund, 2012; Inglin, Hornung, & Bergstraesser, 2011; Struffolino, Bernardi, & Voorpostel, 2016). Le cadre sociétal (p. ex. conditions d’emploi, accès aux structures d’accueil pour enfants, organisation de l’aide sociale) influence l’ampleur de cette problématique et peut entraver, ou encourager, la participation sociale des familles.
Familles en situation vulnérable
La charge supportée par les familles en situation vulnérable comporte souvent plusieurs facettes qui s’affectent négativement les unes les autres et aggravent leurs conséquences. Il s’agit surtout, en plus des difficultés financières et des soucis qui en découlent, du chômage ou de conditions d’emploi précaires, de la dépendance à l’aide sociale et du sentiment de honte qui y est lié, de l’isolement social, du stress et des maladies chroniques des parents ainsi que des conditions de logement néfastes (Amacker, Funke, & Wenger, 2015; Guggisberg, Häni, & Berger, 2016; Struffolino et al., 2016; Zürcher et al., 2016). En conséquence, ces situations problématiques à plusieurs niveaux ont également de nombreux effets sur les chances de développement et de réalisation des enfants et des adolescents issus de ces familles ainsi que sur leur santé et leur bien-être.
Familles touchées par la pauvreté
En 2014, 234 000 enfants et adolescents vivaient dans des familles exposées au risque de pauvreté en Suisse. Presque 73 000 d’entre eux connaissaient un état de pauvreté absolue (Guggisberg et al., 2016). Le taux de pauvreté absolue se rapporte au niveau de revenu du ménage, conformément aux normes de la Conférence suisse des institutions d’aide sociale (CSIAS)7. Les personnes, considérées comme pauvres d’après ces normes, n’ont pas les moyens financiers de participer à la vie en société. Rapporté à la population résidante permanente âgée de moins de 18 ans, le taux d’enfants et d’adolescents pauvres en 2014 était de 5% en Suisse. Les conditions de vie des enfants et des adolescents vivant dans des ménages monoparentaux sont particulièrement précaires: 15% d’entre eux sont touchés par la pauvreté. Les autres facteurs de risque de pauvreté infantile en Suisse sont les suivants: familles nombreuses (trois enfants ou plus), origine migratoire, parents sans formation post-obligatoire ou sans activité professionnelle (Guggisberg et al., 2016).
- 7. Afin de calculer le seuil de pauvreté, les normes de la CSIAS établissent un montant forfaitaire pour l’entretien, les frais de logement individuels et 100 francs par mois et par personne âgée de plus de 16 ans pour les autres dépenses.
Zoom sur les familles monoparentales
Les familles monoparentales sont souvent dans une situation de vie particulièrement critique. La part de mères élevant seules leurs enfants et touchées par la pauvreté est supérieure à la moyenne, même si la majorité d’entre elles travaille. Cela s’explique notamment par le fait qu’elles ne peuvent généralement travailler qu’à temps partiel en raison des tâches familiales et souvent dans des conditions précaires (salaire horaire, travail sur appel, etc.) (Struffolino et al., 2016). Diverses études pointent du doigt la charge particulièrement élevée, le stress chronique, l’épuisement et les problèmes de santé des mères célibataires en Suisse. Les personnes élevant seules leurs enfants ont plus de risques de souffrir de l’isolement que le reste de la population. En comparaison avec les parents qui vivent en couple, les célibataires rapportent nettement plus souvent un sentiment de solitude et un réseau social restreint (Gazareth & Modetta 2006; Bachmann, 2014).
La pauvreté crée des obstacles de diverses natures touchant plusieurs domaines de la vie. L’un des principaux est le logement. Les enfants de familles exposées au risque de pauvreté vivent très souvent dans des logements surpeuplés, trop sombres, trop humides, exposés au bruit et à la circulation et situés dans des environnements sales ou encombrés de déchets (Guggisberg et al., 2016). Les enfants et les adolescents concernés considèrent leur logement comme un problème fondamental de leur situation de vie (Zürcher et al., 2016). Au quotidien, les familles touchées par la pauvreté doivent renoncer le plus souvent aux activités de loisirs régulières et payantes ainsi qu’aux voyages de vacances. Beaucoup de parents dont la situation financière est précaire s’abstiennent de combler leurs besoins pour pouvoir offrir à leurs enfants ce qui est considéré comme normal dans leur environnement social (Guggisberg et al., 2016). Les ressources sociales et financières des parents sont aussi associées avec la qualité des relations parents-enfants de la petite enfance (Neuhauser, 2018) à l’adolescence et au début de l’âge adulte (Bayard, Malti, & Buchmann, 2014; Bertogg & Szydlik, 2016).
L’impact de la pauvreté de la famille sur les enfants et les adolescents dépend notamment de la façon dont le ou les parents réussissent à composer avec la charge inhérente à la situation. Cette capacité à surmonter les difficultés du quotidien est, de son côté, étroitement liée aux ressources personnelles et au contexte (p. ex. employeur favorisant la vie de famille ou proximité géographique du logement, du lieu de travail et des structures d’accueil pour enfants).
Parents atteints de maladies psychiques
Les maladies psychiques sont largement répandues et constituent une part considérable des maladies actuelles (Schuler, Tuch, Buscher, & Camenzind, 2016). En général, la maladie de l’un des parents pèse extrêmement lourd sur l’ensemble de la famille. Non seulement les maladies psychiques entravent les relations au sein de la famille, mais elles entraînent aussi un retrait social et affaiblissent les ressources sociales de tous les membres de la famille. Jusqu’à présent, peu d’informations sont disponibles sur le nombre d’enfants et d’adolescents concernés par cette problématique en Suisse.
Les maladies psychiques sont très répandues. Les familles dont un des parents est touché vivent généralement une épreuve extrêmement difficile.
Une étude répertoriant les adultes et les enfants en contact avec le système de soins de la région de Winterthour indique que beaucoup d’enfants de parents psychiquement malades vivent dans un environnement familial aux multiples difficultés (Gurny, Cassée, Gavez, Los, & Albermann, 2007) et que leur risque de développer eux aussi un trouble psychique était 3 à 7 fois plus élevé (Albermann & Müller, 2016). Divers problèmes touchant le noyau familial s’ajoutent à une maladie psychique, tels que compétences éducatives lacunaires, conflits dans le couple, violence et négligence. 31% des enfants et des adolescents recensés dans l’étude de Winterthour vivent avec un seul parent, 26% avec les deux parents, 25% dans une institution et les 18% restants dans d’autres configurations (Albermann & Müller, 2016).
Les données de l’ESS 2017 permettent d’évaluer dans quelle mesure les problèmes psychiques des mères et des pères sont répandus en Suisse (n = 6877)8. Au total, 4% des parents interrogés ont indiqué souffrir d’un problème psychique grave et 8% de symptômes dépressifs modérés à sévères. Les deux indicateurs mettent en évidence une déficience importante de la santé psychique d’un point de vue clinique également (vgl. dazu Schuler et al., 2016). Les distinctions selon le statut social et la situation de vie des parents sont nettes: les mères élevant seules leurs enfants souffrent deux fois plus souvent de symptômes dépressifs que les mères en couple. Par ailleurs, les parents ayant uniquement terminé l’école obligatoire présentent trois fois plus souvent des symptômes dépressifs que les parents ayant une formation tertiaire (graphique G2.6).
- 8. On suppose, cependant, que les parents souffrant d’un problème psychique particulièrement grave ne participent pas à un sondage; les taux de prévalence sont donc sous-estimés.
Les conséquences d’une dépendance à l’alcool des parents sont multiples, et parfois lourdes, pour les enfants et peuvent s’étendre à toutes les phases de la vie (OMS, 2018). Les conditions de vie en résultant sont souvent caractérisées par une atmosphère familiale incertaine et désordonnée, des manières d’agir déroutantes et une tendance à éviter les critiques et les conflits. La nature fluctuante de l’éducation entraîne souvent une relation parents-enfants inconstante et défaillante, ce qui peut nuire à la santé psychique des enfants et freiner le développement de leurs ressources sociales; en outre, le risque de consommation problématique de substances psychoactives pendant l’adolescence augmente (Bayer-Oglesby, Nieuwenboom, Frey, & Schmid, 2015; Böhnki, 2014).
On ne dispose pour l’instant d’aucun chiffre fiable sur le nombre de parents dépendants à l’alcool en Suisse et sur le nombre d’enfants et d’adolescents concernés. Les données de l’ESS permettent cependant d’estimer la fréquence, chez les parents, d’une consommation d’alcool à haut risque, soit une consommation quotidienne d’au moins 40g d’alcool pur (env. 4 verres de vin) pour les femmes et de 60g d’alcool pur (env. 6 verres de vin) pour les hommes9. 0,9% des parents ont une telle consommation, soit un nombre compris entre 12 000 et 23 000 parents en Suisse. Dratva, Grylka-Bäschlin, Volken et Zysset (2019) estiment que presque 2% des enfants en âge préscolaire (de 0 à 4 ans) sont concernés. Une consommation importante ne représente pas seulement un risque pour la santé du parent (y compris le risque de développer une dépendance à l’alcool), mais peut également avoir des conséquences négatives sur les enfants (notamment lorsqu’il s’agit d’appréhender les substances addictives).
- 9. Ces valeurs ne permettent pas, sans autres informations, de diagnostiquer une dépendance à l’alcool, mais elles présagent des effets négatifs à long terme sur la santé.
Relations sociales avec des camarades de même âge
Au plus tard au début de l’école enfantine, des personnes de référence extérieures à la famille nucléaire intègrent petit à petit le réseau social des enfants, puis des adolescents. Comme ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes besoins, les pairs sont des partenaires de jeu et de dialogue importants auprès desquels les enfants se sentent souvent mieux compris que par des adultes. Vivre des amitiés et se sentir soutenu par ses pairs agit de manière positive sur le bien-être psychique des enfants et des adolescents (Inchley et al., 2016). Aucune donnée suisse n’existe sur les réseaux de relations des enfants âgés de moins de onze ans.
Le cercle d’amis des adolescents et des jeunes adultes
L’enquête HBSC (2018) montre que la grande majorité des adolescents peut compter sur des ressources sociales au sein d’un cercle d’amis. Environ 81% des garçons et 90% des filles âgés de 11 à 15 ans ont des camarades avec qui ils peuvent parler de leurs problèmes et ils sont autant à pouvoir compter sur leurs camarades lorsque quelque chose va de travers (86% resp. 91%). Les adolescents issus de la migration 10se sentent globalement un peu moins soutenus par leurs pairs et rapportent notamment moins de relations de confiance (83%) que les autres (88%).
La grande majorité des jeunes de 16 à 25 ans ont des relations sociales satisfaisantes. Mais 4,2% se sentent assez souvent ou très souvent seuls.
D’après les données de l’ESS 2017, la grande majorité des 16–25 ans bénéficie aussi de relations sociales sur lesquelles s’appuyer. Cela n’a pas changé au cours des dix dernières années (ESS 2007, 2012). Les jeunes adultes à partir de 21 ans, en particulier, rapportent des relations sociales fiables, ce qui a peut-être un lien avec les relations de couple, déjà très répandues dans ce groupe d’âge. Chez les 16–20 ans, la part des adolescents qui déplorent parfois manquer d’un ami avec qui parler de leurs problèmes personnels en tout temps est plus élevée (cf. graphique G2.7). Ce groupe d’âge ne rapporte cependant pas plus souvent un sentiment de solitude que les jeunes adultes de plus de 21 ans. Au total, 4,2% des 16–25 ans se sentent assez souvent, voire très souvent seuls. Comme chez les 11–15 ans, les adolescents et les jeunes adultes de ce groupe d’âge qui ont grandi dans une famille issue de la migration ont plus de risque de manquer de ressources sociales et disposent d’un réseau de soutien plus restreint.
- 10. On parle ici d’un parent au moins qui n’est pas né en Suisse.
Les contacts sociaux avec les pairs à l’école et pendant les loisirs
Bon nombre des contacts sociaux des enfants et des adolescents avec leurs pairs ont lieu à l’école. Des évaluations sur l’ambiance à l’école et en classe donnent des indications sur les liens entre enfants ou adolescents dans le cadre scolaire. Les données HBSC (2018) permettent de conclure que le climat en classe est satisfaisant et positif d’après la manière dont la grande majorité des 11–15 ans décrit le cadre scolaire. 76% des jeunes sont d’accord pour affirmer que les élèves de leur classe restent volontiers ensemble et environ 80% d’entre eux indiquent que la plupart des élèves de leur classe sont gentils et serviables. Cette proportion baisse légèrement lorsque les enfants grandissent. L’attitude des adolescents interrogés vis-à-vis de l’école est généralement positive: 76% d’entre eux admettent apprécier l’école (dans une certaine mesure). Ce chiffre a quelque peu augmenté depuis 2014 (68%).
Zoom sur les enseignants en tant que personnes de référence importantes
En plus des parents, d’autres adultes, et en particulier les enseignants, peuvent devenir des personnes de soutien essentielles pour les enfants et les adolescents (Obsuth et al., 2017). L’enquête HBSC (2018) indique que la part d’élèves ayant une relation de confiance avec un enseignant pendant l’adolescence a baissé. Alors que la majorité des 11–13 ans (environ 70%) affirme avoir confiance dans le corps enseignant, seulement 57% des garçons et 52% des filles âgés de 14 à 15 ans ont cette opinion. Une part plus significative des adolescents n’a donc pas de relation de confiance avec ses professeurs, et leur importance pendant l’adolescence s’amenuise aussi probablement.
Les contacts sociaux entre enfants et adolescents sont aussi marqués par les conflits et la violence, comme le montrent les données sur le harcèlement scolaire. On entend par là la répétition de propos ou d’actes blessants ainsi que l’exclusion sociale11. D’après les chiffres actuels de l’enquête HBSC (2018), 6,9% des filles de 11 à 15 ans et 5,8% des garçons du même âge rapportent être harcelés à l’école plusieurs fois par mois, voire par semaine (cf. graphique G2.8). Les jeunes issus de la migrations 12 sont plus souvent touchés que les jeunes Suisses (7,3% vs 5,1%). Les enfants et les adolescents de ce groupe d’âge rapportent rarement harceler régulièrement leurs pairs. Les garçons sont deux fois plus nombreux que les filles. Aucune donnée représentative pour la Suisse n’est disponible quant à la qualité des relations sociales des 16–25 ans à l’école ou au travail.
Activités de loisirs des enfants et des adolescents
Leur indépendance croissante vis-à-vis de la famille nucléaire offre aux enfants davantage de choix dans l’organisation individuelle de leur temps libre. L’étendue des possibilités dépend de la marge de manœuvre que les parents accordent (ou peuvent accorder) à leurs enfants. L’aménagement de l’environnement du domicile et les offres existantes ont également une influence sur cette marge de manœuvre et sur le comportement en matière de loisirs. L’important est que cet environnement permette aux enfants et aux adolescents de bouger et de se rencontrer. Du point de vue des spécialistes, les loisirs hors structure et les espaces librement définis encouragent particulièrement le développement des enfants et des adolescents.
Les résultats d’une étude (Genner et al., 2017) indiquent que les activités de loisirs les plus fréquemment mentionnées par les enfants de 6 à 13 ans sont les jeux, la pratique d’un sport et les rencontres entre amis. Entre 80 et 95% des enfants interrogés rapportent profiter de ces activités au moins une fois par semaine. On constate des différences entre filles et garçons. Le dessin, le bricolage et la musique sont nettement plus répandus parmi les filles que parmi les garçons, qui préfèrent pratiquer un sport régulièrement (Genner et al., 2017). Alors que le jeu perd de son importance à l’adolescence, les rencontres entre amis et la pratique d’un sport font toujours partie des activités de loisirs non liées aux médias les plus fréquentes (cf. graphique G2.9). S’y ajoutent, en troisième place, le repos et l’absence d’activité. Les différences entre filles et garçons demeurent chez les plus âgés (Suter et al., 2018). La crainte de voir les enfants et les adolescents passer moins de temps «hors-ligne», étant donné la vaste palette d’offres numériques, est répandue. Elle semble cependant infondée pour la période de 2010 à 2018, car la fréquence des activités de loisirs les plus souvent mentionnées reste stable chez les adolescents. Certes, la part des jeunes qui rencontrent des amis plusieurs fois par semaine est passée de 81 à 70%, mais ils sont plus nombreux à rester en famille plusieurs fois par semaine (augmentation de 16 à 27%). L’utilisation des nouveaux médias par les enfants et les adolescents est détaillée dans le chapitre Médias numériques: chances et risques pour la santé.
Les activités de loisirs institutionnelles peuvent favoriser l’intégration des enfants et des adolescents issus de la migration, car elles permettent des contacts individuels extra-scolaires avec leurs pairs suisses (Makarova & Herzog, 2014). Les affiliations dans des associations sportives révèlent un écart considérable entre filles et garçons. On y trouve à peu près autant de membres chez les garçons de 10 à 14 ans originaires de l’étranger que chez les Suisses (63% vs 70%), alors que la différence est marquée entre les filles originaires de l’étranger et les Suisses (37% vs 53%). Cet écart demeure chez les 15–19 ans (Lamprecht, Fischer, Wiegand, & Stamm, 2015). De manière générale, en 2017, nettement plus d’adolescents et de jeunes adultes issus de la migration rapportaient ne jamais participer à un événement d’une association (env. 41% vs 26%). Cela s’explique aussi par la difficulté d’accès aux offres de loisirs pour les familles socialement défavorisées. Un bas statut socio-économique d’une famille réduit les chances des enfants de participer à des activités de loisirs payantes. On l’observe aussi bien dans les affiliations à des associations (World Vision Deutschland e. V., Neumann, Andresen, & Kantar Public, 2018), les offres d’activités physiques (Bringolf-Isler et al., 2018; Lamprecht et al., 2015) ou la possession d’un animal de compagnie (Genner et al., 2017; Suter et al., 2018).
Environnement du domicile et mobilité
La manière dont est organisé le temps libre des enfants et des adolescents dépend de l’aménagement de l’environnement du domicile. Des espaces verts à proximité, des camarades dans le quartier et un trafic réduit agissent positivement sur les habitudes de jeu en plein air des enfants. La possibilité de participer à l’aménagement des espaces est également bénéfique pour le bien-être et le développement de certaines formes de résilience chez les enfants et les adolescents (Rieker et al., 2016).
L’étude de Bochsler et al. (2015) se base sur l’Enquête sur les revenus et les conditions de vie (SILC) pour analyser le caractère des logements en Suisse. Un indice global a été imaginé sur la base des frais, de la taille, de la qualité et de la situation du logement; en dessous d’une valeur seuil déterminée, le logement est jugé insatisfaisant. En 2012, environ 15% des familles dont les parents étaient en couple étaient concernées, et plus du double de celles dont un parent élevait seul ses enfants (env. 37%). Environ 8% des familles vivaient dans un environnement ne permettant qu’un accès limité aux services de base (magasins d’alimentation, soins médicaux, crèches, places de jeux, transports publics) et dont le chemin de l’école était mal aménagé pour les enfants ou marqué par le vandalisme et la criminalité. Indépendamment du statut familial, la situation financière du ménage a une grande influence sur l’adéquation du logement. Ainsi, 83,5% des ménages touchés par la pauvreté et 57,1% des ménages de personnes en situation précaire n’étaient pas logés de manière adéquate. Les personnes d’origine étrangère, celles dont le niveau de formation est bas et celles vivant dans des zones densément peuplées étaient les plus représentées (Bochsler et al., 2015).
En Suisse, grandir en ville ne s’avère pas être un désavantage en termes d’activités physiques. En effet, d’après les résultats de l’étude SOPHIA, les enfants et les adolescents exercent des activités physiques presque à la même fréquence à la campagne qu’en ville (Bringolf-Isler et al., 2018). En particulier dans les zones dites de rencontre, les enfants trouvent de la place pour jouer grâce au trafic réduit et aux nombreux espaces verts (Sauter, 2008; Sauter & Huettenmoser, 2008).
En plus du jeu et du sport, les chemins menant à l’école et aux activités de loisirs ont été étudiés dans le cadre des activités physiques. Les résultats du Microrecensement mobilité et transport indiquent qu’un changement de paradigme s’est produit entre 1994 et 2010 dans le choix de transport des enfants et des adolescents. En raison des modifications du système scolaire – la centralisation des écoles ou l’introduction de structures de jour, les élèves doivent parcourir des distances plus longues pour aller à l’école, mais moins de fois par jour. En 2010, environ 75% des enfants âgés de 6 à 12 ans allaient encore à pied ou à vélo à l’école, mais cette proportion est en baisse (Sauter, 2014). De plus en plus, les enfants utilisent les transports publics ou se font amener en voiture par leurs parents.
Polluants, bruit et fumée du tabac
Dans les espaces urbains, l’exposition aux polluants atmosphériques et au bruit due à un trafic important est généralement plus élevée que dans les zones rurales (OFEV, 2018). Les émissions de polluants tels que poussières fines et dioxyde d’azote ont certes été considérablement réduites depuis les années 1990, même dans les zones à fort trafic, mais la valeur relevée en 2017 (38,6 μg/m3) indique une moyenne annuelle de dioxyde d’azote dans les zones urbaines à forte concentration de trafic toujours supérieure à la valeur seuil (OFEV, 2018). Dans l’enquête Omnibus de 2015, 9,3% des personnes interrogées âgées de 15 à 24 ans rapportent que la pollution de l’air autour de leur domicile est «plutôt», voire «très» dérangeante (OFS, 2016). 15,8% de ce groupe d’âge se plaignent, en outre, du bruit du trafic.
En 2015, 5,4% de la population suisse âgée de plus de 15 ans était exposée en moyenne une heure au moins par jour à la fumée du tabac (Kuendig, Notari, & Gmel, 2016). Les adolescents jusqu’à 19 ans et les jeunes adultes jusqu’à 24 ans sont significativement plus confrontés à la fumée passive nocive que le reste de la population (17,1% et 17,9%). Dans le cadre du Monitorage suisse des addictions de 2011, 7,1% des 20–24 ans, 4,6% des 25–34 ans et 3,2% des 35–44 ans ont admis exposer parfois les enfants et les adolescents à la fumée passive dans leur domicile. L’air ambiant intérieur peut présenter encore d’autres risques, p. ex. celui d’une surcharge en radon naturel, mais on ne sait pas dans quelle mesure les enfants en Suisse y sont exposés.
La santé des enfants – en particulier avant la naissance et dans les premières années de la vie – peut être menacée également par la pollution de l’eau et du sol, notamment par les résidus de pesticides, de mercure ou de plomb présents dans les anciennes décharges industrielles. On ne sait pas dans quelle mesure les enfants et les adolescents en Suisse y sont exposés. Il existe des données régionales: on sait par exemple que dans la ville de Fribourg nombre de lieux où les enfants vont jouer présentent un risque potentiel lié au plomb (OFEV/OFSP, 2019). On espère en apprendre davantage sur ces questions grâce à l’Etude suisse sur la santé de l’OFSP, dans le cadre de laquelle l’exposition à divers polluants et la santé physique d’une cohorte de volontaires seront mesurés avec précision (https://www.etude-sur-la-sante.ch/).