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Sida: 25 ans déjà
Sida : hier et aujourd'hui
Au début des années 80, une épidémie inconnue frappe la communauté homosexuelle aux Etats-Unis [DR] Au début des années 80 une épidémie frappe de jeunes hommes vivant à New York et San Francisco. Ils ont un point commun : ils sont gays et meurent des suites de cancers, notamment du sarcome de Kaposi ainsi que de diverses maladies opportunistes. On appelle cette épidémie le GRID ( gay related immunodeficiency ) ou en français déficience immunitaire liée à l'homosexualité. Le 20 mai 1983, le prof Luc Montagnier identifie le virus. On comprendra plus tard que la maladie a été transmise à l'homme par le singe. Très rapidement le sida se propage et touche toutes les couches de la population.
Dans les pays industrialisés, le sida est devenu une
maladie chronique grâce aux trithérapies [DR]
Trithérapies et effets secondaires
Alors que la pathologie reste mortelle dans les pays du Tiers-Monde, faute d'accès aux médicaments, dans les pays industrialisés le sida est devenu une maladie chronique. Les trithérapies, introduites au milieu des années 90 ont profondément changé la vie des malades. Les nouveaux médicaments s'attaquent aux différentes phases de reproduction du virus, empêchant sa propagation. La virémie devient indétectable et les défenses immunitaires sont restaurées. Le traitement doit être pris à vie car les médicaments n'éradiquent pas complètement le virus . Il reste tapis dans les ganglions. Un arrêt du traitement peut être fatal. Et toute interruption risque de générer des résistances. Malheureusement, les trithérapies peuvent être accompagnées d'importants effets secondaires. Le métabolisme des graisses peut être perturbé avec à la clé une augmentation du taux de cholestérol, la présence de trigylcérides dans le sang ainsi que des accumulations de graisses sur le ventre (lipodystophie).
Sida et génétique
Le professeur Amalio Telenti étudie le génome
d'individus résistants. [DR]
Une particularité a
intrigué les chercheurs. Ils ont constaté que certains grands
singes d'Afrique étaient infectés par le VIH mais ne développaient
jamais la maladie alors que d'autres tombaient malades. Ils ont
compris que la réponse était à chercher dans le patrimoine
génétique de l'animal. Chez l'homme la situation est similaire.
Certaines personnes ne seront jamais infectées ou, même si elles le
sont, elles ne développeront jamais la maladie. On appelle ces
chanceux des «contrôleurs de virus».
L'équipe du prof Amalio Telenti au CHUV , associée à celle du prof Antonarakis de l'Université de Genève ont analysé la carte génétique de ce type de patients. Certaines combinaisons de gènes et certains variants génétiques sont responsables de la protection contre l'infection. En clair , chaque individu, suivant son hérédité, déclinera une réponse différente. Cette découverte permettra peut-être d'adapter les traitements d'après le profil génétique individuel.
Les séropositifs ne sont plus contagieux
La publication de la nouvelle, dont les preuves
scientifiques ne sont pas absolues, fait grincer des dents les
milieux de la prévention [DR]
En automne 2007, le
professeur genevois Bernard Hirschel défraie la chronique. Il
annonce que les malades dont la virémie est devenue indétectable
peuvent avoir des relations sexuelles sans préservatif. En clair,
toutes les personnes qui sont sous trithérapies et qui suivent leur
traitement à la lettre ainsi que les « contrôleurs de virus »
peuvent être considérés comme non contagieux.
Ces déclarations sont critiquées par les milieux de la prévention qui craignent qu'elles ne soient mal interprétées. L'OMS désapprouve également mais les autorités sanitaires suisses soutiennent le prof genevois.
Ces déclarations ont le mérite d'offrir une base juridique pour éviter que des séropositifs ne soient injustement condamnés pour transmission de la maladie alors qu'ils ne sont plus contagieux. Par ailleurs, elles permettent à des couples séro-discordants d'avoir un enfant de manière naturelle. Il faut toutefois souligner que les preuves scientifiques ne sont pas absolues en la matière.
La prévention
L'épidémie est en recrudescence dans la communauté
gay [DR]
En Suisse, l'office fédéral de la santé
publique et l'Aide suisse contre le Sida orchestrent depuis plus de
20 ans des campagnes de prévention et d'information pour éviter la
propagation du sida. Ce travail a porté ses fruits puisque,
jusqu'en 2002, le nombre de nouvelles infections a baissé. Grâce au
programme d'échanges de seringues et de distribution de méthadone,
les contaminations chez les toxicomanes ont également
diminué.
Epidémie à nouveau en hausse
Toutefois depuis 5 ans l'épidémie repart chez les homosexuels suisses ainsi que chez les migrants provenant d'Afrique subsaharienne. Des actions spéciales ont été mises sur pied. En 2008, l'opération Mission P a été proposée sur la scène gay. Elle a incité les homosexuels à respecter de manière absolue 3 mois de relations sexuelles protégées, puis les a invités à faire un test de dépistage. Le but étant d'enrayer la vague de primo-infection. Les semaines qui suivent une nouvelle infection sont en effet particulièrement dangereuses. Le malade ne sait en principe pas qu'il a été contaminé et sa charge virale dans le sang est très élevée, avec un risque de contagion maximale.
Au niveau des migrants, le groupe Afrimedia propose des actions spécifiques dans les commerces, les restaurants et les différentes manifestations fréquentées par des hommes et femmes venant des régions subsahariennes. Il s'occupe aussi des requérants d'asile.
Le vaccin
Certains laboratoires poursuivent la recherche d'un
vaccin, mais d'autres y ont renoncé [DR]
"Il n'y aura
jamais de vaccin", déclare le professeur Bernard Hirschel. Comment
voulez-vous en développer un ,alors que le corps humain n'arrive
pas lui-même à vaincre le virus. En plus il existe plusieurs
souches du virus et il mute constamment. La firme pharmaceutique
Merk a abandonné, en septembre 2007, après 10 ans d'étude, un
candidat vaccin testé sur plusieurs milliers de personnes. Le
vaccin non seulement n'empêchait pas les infections, mais semblait
les faciliter. Le consortium européen Eurovac ne baisse en revanche
pas les bras. Le professeur lausannois Giuseppe Pantaleo conduit
une étude sur 40 volontaires sains. Il leur a injecté, en 4 fois, 2
candidats vaccins différents.
Les volontaires sont suivis pour voir si leur réponse immunitaire est dopée. Pour l'instant, les résultats semblent intéressants, mais il faudra pouvoir tester ce vaccin sur des populations à risque. Cela devrait se faire en Afrique, si tout va bien en 2009 ou 2010.
La stigmatisation et la culpabilisation
En 25 ans, les problèmes sociaux des personnes
séropositives n'ont pas disparu [DR]
« Etre
séropositif en 2008 c'est se sentir coupable de ne pas avoir su se
protéger ». Bien des malades ressentent les critiques d'être tombé
malade à cause d'une faute, d'un comportement déviant. Le sentiment
de culpabilité est aujourd'hui tout aussi fort qu'il y a 20 ans.
Malgré les campagnes de l'OFSP et de l'Aide suisse contre le sida
pour éviter la discrimination, les malades continuent à avoir de la
difficulté à parler de leur maladie. Que ce soit dans leur
entourage ou dans le milieu professionnel.
Notre société continue à vivre avec des peurs irrationnelles. Partager la fondue avec un séropositif, l'embrasser peut être un problème, alors que tout le monde devrait savoir que la maladie ne se transmet que par le sang ou les contacts sexuels.
Obstacles
Les séropositifs ne sont légalement pas tenus de dire qu'ils sont malades lors d'un entretien d'embauche. Ils ont d'ailleurs intérêt à se taire car bien des patrons sont réticents à engager un malade alors qu'ils n'hésiteront pas à embaucher un diabétique. Les voyages peuvent également poser problème car 12 pays interdisent l'accès à leur territoire aux séropositifs. Parmi eux, les Etats-Unis et la Russie. Une situation dénoncée par le secrétaire de l'ONU Ban-Ki Moon, qui a demandé à ces pays d'assouplir leurs règles.
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