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Le mandement de Thiez, dans l’ancienne seigneurie du Faucigny, appartenait en propre au prince-évêque de Genève, et c’est ainsi que le blason de Viuz en Sallaz - la capitale, pour ainsi dire, de ce mandement - porte d’un côté les bandes d’or et de gueules du Faucigny, de l’autre, la clef de saint Pierre, comme Genève même.
En 1536, les Genevois occupèrent le mandement, estimant qu’il leur revenait de droit, et commencèrent à y installer la Réforme. Mais les habitants de Viuz en Sallaz demandèrent directement au roi de France, devenu alors maître du Faucigny, le droit de continuer à pratiquer la religion catholique, et ils l’obtinrent. Ensuite, le prédicateur réformé préposé à la conversion des locaux n’eut jamais aucun auditeur. Finalement, à la faveur d’une reconquête d’un noble local dont j’ai oublié le nom, les Genevois repartirent.
Une septentaine d’années plus tard, François de Sales, en personne, habita quelque temps Viuz en Sallaz. Il a écrit, depuis ce lieu, plusieurs lettres à sa bonne amie sainte Jeanne de Chantal, et il explique que la coutume existait que, quand l’Évêque venait, les habitants devaient absolument faire taire les grenouilles des fossés, qui troublaient son sommeil. A cette coutume féodale, François de Sales entend bien mettre fin : s’il a sommeil, il dormira bien ! Tant que les crapauds ne le mordent point, ajoute-t-il, qu’a-t-il à craindre ? En vérité, même si la baronne de Chantal venait, il ne les ferait pas taire ! Et de rire de cette obligation absurde, dont il demanda réellement l’abrogation au Pape : car en passer par Rome était nécessaire.
François de Sales a, un siècle avant Voltaire, fait lui aussi évoluer les lois en faveur du peuple. Notez bien qu’après l’acte avéré de fidélité de ses sujets - ou de ses vassaux, du moins -, il pouvait bien leur faire ce don, s’il avait du cœur - et il en avait.
La piété traditionnelle a donc continué de s’épanouir, dans ce mandement verdoyant et fleuri, entre Môle et Vouan : c’est un lieu béni, gardé du monde extérieur, comme placé dans une bulle protectrice invisible et impalpable, dont la force réside dans l’air même, et est conservée et sans cesse réparée par les bonnes fées de Viuz. On y sent donc une certaine qualité, dans l’air même ! Quand on respire, on a parfois la sensation d’inhaler des couleurs. A l’œil intérieur - s’il est aguerri -, si ces couleurs s’ordonnent, Dieu sait ce qu’elles montrent...
Mais quoi qu'il en soit, l'histoire nous rappelle que ce qui pouvait être bon pour Genève n'était pas forcément bon pour les paysans des montagnes environnantes. Il n'existe sans doute aucune forme religieuse qui puisse être bonne pour toute l'humanité, qui soit valable pour tous les temps. Dieu est éternel et universel, sans doute ; mais il faut croire qu'il a laissé la direction des différentes religions à ses anges.