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Avant l’annexion
par la France
Genève est une république libre et indépendante.
Elle ne s’est jamais soumise ni aux évêques, ni aux
ducs de Savoie successifs, ni aux rois de France. Pour se prémunir
des velléités de ses voisins, elle passe un traité de
combourgeoisie en 1519 avec Fribourg, en 1526 avec Berne (fig. 1) et
en 1584 c’est avec Zurich, qui devient alliée et par là-même
avec les Ligues suisses. Ces traités vont fonctionner à plusieurs
reprises ; c’est de là que va germer, petit à petit,
l’idée aux Genevois de rejoindre la Confédération.
FIG.
1 - 25 février 1526.
Lettre du Cardinal Pierre de la
Baume (1477-1544), dernier Evèque de Genève pour Berne
concernant la nomination d’un ambassadeur.
FIG. 2 - 20 octobre 1792. Lettre du Colonel du
4me régiment de chasseur à cheval au quartier-général
de Landecy pour le Colonel La Ferrière du 23me régiment
d’infanterie en quartier à Modane. Taxe 4 sous pour
une lettre à l’intérieur d’un même
département selon loi du 22 août 1791. Marque « Armée
du Midi ». Lettre décrivant l’arrivée de
2 escadrons de chasseurs à cheval pour être cantonné dans
le Pays de Gex près de Versoix. Mention des événements
se déroulant à Genève : « Genève
a fait espérer un accommodement jusqu’à hier
soir, les Magnifiques ont transgressé dans une conférence
de hier et le Général en chef les a menacés
de la raison du canon qui a déjà eu ordre d’arriver
de Grenoble. Il serait souhaité qu’il fût déjà ici
pour ne pas perdre les beaux jours qu’il fait et pour prévenir
les Suisses au cas où ils veulent s’en mêler. »
En 1792, les troupes révolutionnaires françaises
envahissent la Savoie. Genève se retrouve encerclée par
la France puisqu’aucun territoire terrestre ne la relie à Vaud.
Le péril de l’annexion par la France est de plus en plus
pressant. (fig. 2) C’est en 1798 que Genève succombe à la
politique expansionniste de la Révolution. Elle est occupée
militairement le 15 avril et rattachée à la France. (fig.
3)
Genève, chef-lieu du Département
du Léman
Dans le Traité de réunion à la France, Genève
bénéficie de conditions favorables. On lui laisse l’administration
des anciens biens publics. L’Eglise protestante, le Collège,
l’Académie peuvent continuer leur vie propre sans ingérence
française. Tenant compte de l’importance de la ville, on
crée un nouveau département, le Département du Léman
dont elle est le chef-lieu le 26 juillet 1798. (fig. 4)
Mais la France continue sur sa lancée et la guerre
s’étend à toute l’Europe. La France devient
un empire. L’économie locale est victime du marasme général.
Une foule de pauvres doit recourir à l’assistance publique.
Le peuple subit le poids de la conscription et beaucoup de jeunes soldats
genevois vont périr pendant ces campagnes lointaines. (fig.
5) Si l’on ajoute à ces charges les réquisitions,
les impôts toujours plus importants et tout le cortège
de tristesses et de maux qu’entraînent à leur suite
des guerres sans cesse renouvelées, on comprend que la flamme
du patriotisme genevois couve sous la cendre et qu’un comité secret
se forme en vue de préparer un retour à l’indépendance.
L’issue désastreuse de la campagne de Russie
clôt l’ère des victoires napoléoniennes.
La bataille de Leipzig, d’octobre 1813, s’achève
par la retraite des Français, talonnée par les armées
coalisées de Russie, d’Autriche et de Prusse. Le 21 décembre,
le général autrichien Ferdinand de Bubna atteint Bâle.
Son but est de gagner Genève et Lyon à travers la Suisse.
FIG. 3 - Bulletin des lois de la République
No 215 du 26 avril 1798 concernant le traité de réunion
de la République de Genève à la République
française.
FIG.
4 - Carte du Département du Léman montrant ses frontières.
FIG. 5 - 7 juillet 1802. Arrêté des
Consuls de la République française, relatif aux conscrits
concernant l’organisation du recrutement de l’armée
et les conscrits de réserve.
La Restauration
Bubna arrive à Lausanne le 27 décembre. La garnison française évacue
Genève sans combat le 30, après une occupation de 15 ans.
(fig. 6) Le même jour, Bubna et douze mille soldats autrichiens
s’installent dans la ville. La commission de gouvernement, créée
secrètement le 24 décembre, s’érige en gouvernement
provisoire et quatre syndics sont désignés. Le 31 décembre,
une proclamation est préparée annonçant l’indépendance.
Elle sera lue dans les rues et sur les places le 1er janvier 1814. C’est
la Restauration, qui rétablit la société dans l’état
où elle se trouvait avant la Révolution.
Napoléon n’apprécie pas et promet
de se venger de la ville traîtresse. Des troupes sont massées
en Savoie voisine jusqu’à Carouge, mais les Autrichiens
contiennent les assauts à coups de canons et de fusils. Dans
la nuit du 22 au 23 mars, les Français évacuent brusquement
et battent en retraite. Ce recul est motivé par l’entrée
du prince de Hesse-Homburg dans Lyon, qui vient de tomber. Napoléon
abdique le 31 mars à Fontainebleau et Louis XVIII devient roi
de France.
FIG. 6 - 29 décembre 1813. Lettre en franchise du Général
Jordy, Commandant de la Place de Genève pour Verdun, Chef d’escadron
et aide de camp à son Excellence le Ministre de la guerre à La
Vallée. Mention manuscrite : « Le Général
commandant supérieur de Genève ». Texte : « Je
viens de recevoir votre courrier en date du 28 courant. Je vous verrai
entrer dans la place avec vraie satisfaction et quoique l’ennemi
soit assez près de nous, il n’est pas encore dans le cap
de vue des remparts. Je suis charmé que vous ayez des pouvoirs
car nous avons bien des réformes ; si vous pouvez faire accélérer
le plus possible l’arrière des troupes que vous m’annoncez ».
Le lendemain, soit le 30 décembre 1813, le Général
Jordy capitulait devant le Général Bubna.
Quel allait être l’avenir de Genève
en tant qu’Etat ? En ce début de XIXme siècle,
l’indépendance dans l’isolement était un
idéal dépassé. L’époque des villes-Etats était
révolue.Une seule solution s’impose, la solution suisse.
Elle concilie le maintien d’une part importante de souveraineté avec
la nécessité de s’agréger à un organisme
plus fort pour se défendre et survivre. Les liens anciens entre
Genève et les Suisses ajoutent un élément affectif à ce
projet.
Genève
fait appel aux Suisses
L’objectif fondamental du gouvernement est donc de
transformer Genève en canton suisse. Grâce à la Restauration,
et à Pictet de Rochemont, délégué au congrès
qui vient de s’ouvrir à Paris, le gouvernement reçoit
l’approbation des souverains et des hommes d’Etat étrangers.

Les Genevois demandent le 10 mai à la Diète,
conformément aux intentions des Puissances, d’être
occupée provisoirement par des troupes fédérales.
Les Autrichiens quittent la ville le 17 mai, non sans quelques exactions
surtout du côté de Meyrin, village encore français
à cette époque. Le 21 mai, la Diète décide
d’accorder une garnison de troupes suisses.
FIG. 7 - Genève 1er juin 1814. Les commandants
des troupes suisses et genevoises se donnent l’accolade au Port-Noir.
Cette garnison est composée de deux contingents
fribourgeois et un soleurois, soit un total de 300 hommes. Le 31 mai,
trois barques vont à Nyon pour les recevoir et le 1er juin 1814,
les contingents suisses quittent Nyon pour débarquer à Genève
sous le bruit des mortiers et des salves de bienvenue, au bas de la
côte de Cologny, au lieu appelé aujourd’hui Port-Noir.
Le colonel Girard est accueilli par le major Micheli en lui donnant
l’accolade. (fig. 7) Les premiers mots du colonel Girard sont
remarqués : « Je suis charmé d’être
le premier qui donne à Genève l’assurance de son
agrégation au corps helvétique ». Le cortège
se forme et entre en ville, salué par une foule qui ne cesse
de lui témoigner sa joie par de continuelles acclamations. Ce
1er juin est synonyme de liberté et d’appartenance à la
Suisse.
FIG. 8 - 11 août 1815. Lettre en franchise pour le Grand Baillif
de la République et Canton du Valais. La franchise était
accordée pour la correspondance adressée aux autorités
cantonales. Marque Genève/Suisse avec trait court.
Mais Genève a encore deux conditions à remplir
pour être admise dans la Confédération. Elle a
besoin d’un agrandissement de son territoire qui lui permette
le désenclavement et la contiguïté avec la Suisse.
C’est ce à quoi va s’atteler Charles Pictet de Rochemont
aux congrès de Paris et de Vienne. Le deuxième point
est une constitution conservatrice, rassurante pour les cantons, qui
est établie par une commission de sept membres. (fig. 8)
Enfin suisse
A la suite d’âpres négociations, tous les cantons
acceptent Genève après Neuchâtel et le Valais. La
signature a lieu le 19 mai 1815, à Zurich, ville où siège
la Diète fédérale à cette époque,
dans la maison de la Zunft zur Meise.
Le désenclavement n’est effectif qu’après
les Traité de Paris de 1815 et celui de Turin de 1816. Sur la
rive droite, sept communes du Pays de Gex et sur la rive gauche, vingt-quatre
communes savoyardes viennent compléter le territoire genevois.
(fig. 9)
FIG. 9 - 1816-1916. Les Communes de Versoix, Collex-Bossy,
Bellevue, Pregny, Grand- Saconnex, Meyrin et Vernier ont érigé ce
monument en souvenir reconnaissant de leur réunion à la
République et Canton de Genève et à la Confédération
Suisse.
Les
fêtes commémoratives
Chaque année depuis 1814, la Restauration est fêtée
le matin du 31 décembre, jour férié dans le canton.
Elle commence, à l’aube, par un tir de 23 coups de canon,
un par canton, suivie par une cérémonie officielle. Les
autorités ont aussi fêté régulièrement
lors d’anniversaire le débarquement du 1er juin. Le Cinquantième
en 1864 n’a pas pu se dérouler à cause de troubles.
Il est repoussé à 1869 pour le 55e anniversaire, année
de l’inauguration du Monument National qui se trouve dans le Jardin
Anglais au bord du lac. (fig. 10) Le Centième en 1914 est fêté de
façon exceptionnelle. Les autorités vont jusqu’à reconstituer
le transport des trois contingents et le débarquement au Port-Noir,
puis le cortège à travers la ville avec la reproduction
des anciennes portes de la cité. Les fêtes se prolongent
toute la semaine par la représentation d’un spectacle patriotique « Fête
de Juin » qui va attirer 60'000 spectateurs, ce qui est énorme
pour l’époque. (fig. 11)
FIG. 10 - Le Monument National face
au lac et à la Suisse.
Que ce soit encore le 125me en 1939, (fig. 12) le 150me en 1964 (fig.
13) et le 175me en 1989, toutes ces commémorations vont faire
la joie des collectionneurs de cartes postales, de médailles
et bien sûr des philatélistes.
FIG. 11 - Carte postale de la Société de
la Restauration et du 1er Juin, munie de la vignette de la « Fête
de Juin » ainsi que de la flamme postale du Centenaire.
FIG. 12 - Cachet postal complémentaire
du 125me, sur fragment.
FIG. 13 - Souvenir philatélique à tirage
limité édité par Pen.
Nous avons reproduit ici quelques documents de ces différentes
commémorations.
Dominique RITTER / Christian NOIR
Sources :
- La Réunion de Genève à la
Suisse. Notice historique par Albert Malsh – 1914.
- Centenaires genevois 1814-1914. Société suisse des Publications
illustrées (Patrie Suisse) – 1914.
- Brève histoire de Genève – Louis Binz (3me édition) – 2000.
- Illustrations tirées des collections de Messieurs Dominique
RITTER et Christian NOIR.