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C’est par cette simple question qu’il me sied d’ajuster ma focale sur l’image d’une société que je crois en perte de bon sens et en perte du sens de ses responsabilités.
La Suisse n’est pas qu’un État, c’est un ensemble de citoyens « responsables ». A l’époque du moyen-âge, ses citoyens étaient considérés comme des fauteurs de troubles par leurs voisins, ils avaient une réputation de révolutionnaires. Vus d’un autre angle, certains considéraient cette expérience sociétale comme réussie. La réussite d’un peuple milicien, pauvre et en arme que Machiavel aimait à étudier comme exemple d’un système d’autodéfense.
La Suisse n’est pas un État divin pas plus qu’elle n'est une nation issue de la génération spontanée. La Suisse moderne telle qu’on pouvait la qualifier depuis 1848 est née d’une conjonction d’intérêts communs, d’une sorte de consensus imposé pour les uns et nécessaire pour les autres.
Certes, tout n’était pas rose, les radicaux, les démocrates-chrétiens et les socialistes s’invectivaient facilement, mais tous avaient une notion commune ; ils avaient conscience de leurs responsabilités ; de ces responsabilités qu’ils héritaient de leurs aïeux, de ces responsabilités qu’ils voulaient transmettre à leurs enfants. Ils avaient conscience des forces et des faiblesses de la Suisse ; l’intérêt pour la chose publique leur tenait à cœur. Ils tentèrent d’accroitre nos forces et de limiter nos faiblesses. Ils y réussirent puisque la Suisse existe toujours.
La Suisse a désormais vieilli, sa modernité s’est étiolée, certaines responsabilités se sont éteintes, l’individualisme la ronge comme un cancer.
Qui veut détruire la Suisse ? Kadhafi avait parlé de détruire la Suisse, mais il n’est à mon sens pas le plus dangereux. Certains prétendent vouloir défendre notre démocratie alors qu’ils ne font que la mettre à mal.
Pour imager mon propos, je citerai l’individualiste patenté qui ne vise que ses intérêts personnels. Lors de la votation sur la Lex Weber, il pouvait habiter Grimentz et ne pas vouloir de quelqu’un en face de sa résidence secondaire tout comme il pouvait habiter Genève et vouloir simplement imposer quelque chose à quelqu’un qu’il ne connaissait pas, pour un sujet qui ne l’intéressait pas.
Lors de la votation sur la LAT, il était conscient du fait que les habitants des régions concernaient n’en voulaient pas de cette loi, mais qu’importe il est individualiste. L’on peut d’ailleurs se poser la question du choix des valaisans, s’ils devaient se prononcer sur la traversée de la rade à Genève ou sur l’initiative « Sauvez Lavaux III » ? Il y a vingt ans, nous aurions écouté l’avis des populations concernées, mais qu’en serait-il de nos jours ?
En 2008, l’individualiste patenté voulait lapider notre secteur bancaire parce qu’il aurait soi-disant été pire que celui de nos voisins ; il avait juste oublié qu’en agissant ainsi il s’attaquait à son propre portemonnaie. Une partie importante de notre PIB s’en est vue affectée. Désormais, ce sont les mêmes qui pleurent ces excédents qui n’existent plus, ces impôts qui ne rentrent plus. Pendant ce temps nos concurrents se sont renforcés, ils n’avaient fait que des promesses.
L’idéaliste irresponsable est plus difficile à cerner, car il prétend souvent vouloir défendre notre pays alors qu’il en augmente les faiblesses. Il est irresponsable, car il n’attache guère d’importance aux conséquences de son entêtement. Si l’initiative a été prévue pour permettre au citoyen d’orienter le parlement, l’on observe désormais que l’idéaliste irresponsable ne sait pas s’arrêter, il ne retire plus son initiative même si le parlement élabore un contreprojet à fort consensus.
Nous l’avons constaté avec l’initiative Minder tout comme avec celle du 9 février ; le parlement s’est vu désavoué tout comme il le sera pour la marche blanche. A ce rythme nous pouvons le dissoudre puisqu’il n’a plus sa raison d’être. Cela soulève tout de même une interrogation : n’est-ce pas le même citoyen qui l’a élu et ne l’écoute pas ? Si cela peut se justifier dans un système électoral à la française, je le comprends nettement moins dans une démocratie directe. Sommes-nous devenus les fossoyeurs de notre propre démocratie ?
Dans le cadre de la prochaine votation sur l’initiative de la marche blanche, nous aurons le choix entre le produit original et le contre-projet élaboré par le parlement. Les concepteurs de l’initiative prétendent, tout comme l’initiateur de la Lex Weber l’avait fait antérieurement, que des aménagements pourront être faits or l’on sait désormais ce qu’il est advenu des promesses de Franz Weber.
Ma dernière observation relève de l’écoute et du respect des parties puisqu’au titre de partisan du contre-projet, je me vois associé aux pires pédophiles. N’est-ce pas révélateur de la faiblesse des initiants que de réagir ainsi ? Les instituts de sondage nous annoncent un très fort soutien à l’initiative or comme pour le 9 février, je ne rencontrerai plus la même proportion de citoyens favorables après qu’avant le vote. Il faut un peu de courage pour accepter de débattre, tout comme il en faut pour considérer les arguments des autres. Il en faut nettement moins pour se cacher dans la masse et s’en distancer lors de l’effet boomerang. Je rappelle simplement que le contre-projet se voit mieux élaboré que l’initiative tout comme il intègre également les violences physiques et psychiques. Notons finalement que nombre de cas qui occupent nos médias ne relèvent pas d’une problématique législative, mais bien plus de leurs détections trop tardives. J’assume la responsabilité de ne pas vouloir condamner à vie un jeune qui aura couché avec son amie mineure et je crois plus au travail de mon parlement qu’aux promesses de certains.
2014, journal Le Confédéré, Gillioz