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qui montre, comme la précédente, que les Schwyzois étaient assujettis à sa dynastie domestique, mais, en même temps, que c'étaient des sujets envers lesquels il avait des raisons de se montrer favorable. Le 19 février 1291, peu de mois avant sa mort, il déclare « à tous les hommes de condition libre qui sont à Schwyz » (universis hominibus de Switz lïbcrœ conditionis), qu'il regarde comme malséant (inconveniens) qu'on leur donne pour juge (projudice vobis detur) un homme de condition serve (aliquis servilis conditionis existens), et qu'il interdit que cela ait lieu à l'avenir. D'où l'on peut conclure, d'un côté, que ce juge, par où il faut entendre le représentant de l'autorité politique dans le pays, ou le Landammann, était imposé (vobis detur) aux gens de Schwyz et non pas élu par eux, et, d'un autre côté, qu'il avait été probablement choisi plus d'une fois parmi les employés subalternes qui étaient chargés de régir les domaines que les Habsbourg possédaient dans la vallée2e.
En accordant aux Schwyzois la double concession dont nous venons de parler, le roi Rodolphe leur octroyait incontestablement un précieux privilége, et il est probable que ce privilége était la récompense de quelque service rendu par eux. Peut-être ne s'écarterait-on guère de la vérité en cherchant dans des faits d'armes le motif de la libéralité royale. Quoi qu'il en soit, les concessions faites aux gens de Schwyz devaient avoir pour conséquence, d'un côté, de donner à leur communauté un caractère toujours plus uni et plus compact et de mieux assurer ainsi son existence, et, de l'autre, en plaçant à sa tête des hommes libres, d'arriver peu à peu à la faire régir par des magistrats tirés de son propre sein.
Rodolphe aurait pu sans doute aller plus loin encore: il aurait pu confirmer pour les gens de Schwyz, comme il l'avait fait pour ceux d'Uri, le diplôme qui les plaçait sous la mouvance directe de l'Empire, et les mettre ainsi en possession de l'indépendance politique qu'ils avaient momentanément possédée. On ignore si, lors de l'avénement de ce prince et au moment où, en rétablissant partout l'ordre dans l'Empire, il reconnut les libertés et les franchises d'Uri, les Schwyzois sollicitèrent de sa part la confirmation de la charte que Frédéric II leur avait accordée en 1240. Mais, dans le cas où ils auraient adressé cette requête au roi Rodolphe, celui-ci se serait refusé à y faire droit, car il avait déclaré qu'il ne reconnaîtrait, comme valables, aucun des actes faits par l'empereur Frédéric postérieurement à l'excommunication dont l'avait frappé le pape Grégoire IX ". Or, comme nous l'avons vu, c'était à la suite de cette excommunication même, que les Schwyzois s'étaient déclarés pour Frédéric et avaient, en retour, obtenu de lui leur diplôme d'affranchissement.
Ce serait donc fermer les yeux à l'évidence, que de ne pas reconnaître l'incontestable état de subordination où les Schwyzois se trouvèrent placés, à l'égard de la maison de Habsbourg, pendant toute la durée du règne de Rodolphe. Ce serait, d'un autre côté, tirer de ce fait certain des conséquences exagérées, que de ne pas tenir également compte des indices qui attestent, d'une manière tout à fait irréfragable, l'existence permanente et l'indépendance de leur communauté. Nous avons vu que le langage et les concessions du roi Rodolphe suffiraient déjà à établir qu'il envisageait les hommes libres de Schwyz comme formant une petite société politique digne d'égards et de ménagenients. Cette société possède d'ailleurs une organisation et des attributions qui équivalent, sur bien des points, aux avantages dont elle aurait joui sous le régime de la pleine autonomie.
A sa tête sont quatre ministres (Ammànner) tirés de son sein, parmi lesquels figurent les noms de Stauffach et d'Ab Iberg, et qu'il est difficile de ne pas envisager, sauf le principal fonctionnaire, comme des hommes de son choix. De ces quatre ministres, trois président très-probablement à l'administration des districts de Steinen, de Schwyz et du Muottathal, entre lesquels se divisait alors tout le pays. Le quatrième, ou Landammann (le juge dont il a été question plus haut), dirige la communauté entière des hommes libres et représente, plus peut-être qu'il ne les défend, les droits de souveraineté des Habsbourg. Réunis dans leur assemblée de commune, les Schwyzois répartissent les taxes, et, de même qu'à Uri, ils les imposent aux couvents de leur territoire, en dépit des inhibitions des autorités supérieures. Ils interviennent comme garants dans les transactions privées; ils accordent des récompenses à ceux qui se sont employés au service de la communauté, ce qui dénote de la part de celle-ci la libre gestion de ses affaires; ils possèdent un sceau commun, ce qui, nous l'avons vu, est un signe d'indépendance; ils prennent dans leurs actes publics le titre d'' universitas et de communitas, et ils conservent celui « d'hommes libres 23. » Ils sembleraient, en un mot, jouir d'une indépendance égale à celle qu'avaient acquise leurs voisins d'Uri, n'était le revers de la médaille, où, au lieu du nom de l'Empire, se lit celui de l'Autriche.
L'Autriche, voilà quel était pour Schwyz le véritable et
dangereux ennemi. Depuis que Rodolphe avait fait entrer ce duché dans sa famille et en avait doté ses enfants (1282), le titre de duc d'Autriche fut porté en première ligne par les Habsbourg, et il prit place à côté et au-dessus de leur nom patronymique. Nous avons vu déjà l'un des fils de Rodolphe intervenir, comme duc d'Autriche, à Schwyz, et ce sera dorénavant de la maison d'Autriche que nous aurons à parler, quand il s'agira des adversaires des Waldstâtten. Plus s'agrandissait la puissance de cette maison, plus les Schwyzois avaient à craindre que leur indépendance municipale n'en fût amoindrie et compromise, et qu'aux ménagements personnels du roi Rodolphe ne succédât l'impéneuse domination d'un de ses enfants. Cette crainte était surtout justifiée par la perspective de voir se perpétuer dans la même dynastie le pouvoir royal, en sorte que le chef de l'Empire pût prêter main-forte aux prétentions ou aux droits des membres de sa famille. Mais l'inquiétude devait s'atténuer si, par un heureux concours de circonstances, la royauté de l'Allemagne, qui était élective, échappait aux Habsbourg, et si à la tête de l'Empire se trouvait placé, après la mort de Rodolphe, un chef dont les intérêts fussent différents de ceux de la maison d'Autriche.
Vienne donc le trépas de ce prince, et que son successeur ne soit pas l'un de ses fils, les hommes de Schwyz pourront respirer plus à l'aise, et faire même un pas de plus vers la liberté, s'ils savent profiter des conjonctures pour mettre ce qu'ils ont acquis et ce qu'ils veulent conquérir à l'abri de nouveaux périls. Un même sentiment d'inquiétude, un même besoin de sécurité leur avaient préparé, dans les habitants de la vallée d'Uri, des alliés naturels, et tout concourait à faire, de la mort de Rodolphe, le signal de leur confédération.
Il en était de même dans le pays d'Unterwalden. Comment celui-ci avait-il été conduit à former les mêmes vœux et à concevoir les mêmes desseins que ses voisins de Schwyz et d'Uri? C'est ce que nous avons encore à dire, avant d'arriver au pacte qu'ils conclurent en commun.
III
LE PREMIER ESSOR D'UNTERWALDEN
Nous avons vu qu'avant le milieu du treizième siècle rien ne trahit, dans les vallées de l'Unterwalden, l'existence d'une communauté analogue à celles d'Uri et de Schwyz, et que la population n'y porte pas même un nom collectif. L'épithète de Waldleute, ou d'Intramontani, les Forestiers ou ceux d'Entremonts, qui leur est donnée depuis 1250, n'est qu'une désignation topographique commune aux habitants des deux portions du pays29. Celui-ci continue à former, comme vallée supérieure ou de Sarneu (Obwald), et vallée inférieure ou de Stanz (Nidwald), deux groupes distincts et indépendants l'un de l'autre, sans que l'on puisse dire comment chacun d'eux a commencé à former une communauté organisée. Avant l'année 1291, on ne voit, en effet, ni l'une ni l'autre des deux vallées prendre ou recevoir, comme Uri et Schwyz, le titre d'wiiversitas ou de comrmmitas. Aucun acte public, aucune transaction privée n'existe, où se montre l'intervention de l'une des deux communautés; rien n'indique qu'elles possèdent au