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Saint Bernard lui renvoie un de ses religieux qui avait quitté son monastère sous un faux prétexte de pèlerinage.
A son père et ami Lelbert, abbé de Saint-Michel, le frère Bernard. serviteur inutile des serviteurs de Dieu qui sont à Clairvaux, salut et l'amitié qui lui est due.
Je vous renvoie ce religieux dont vous êtes le père; je l'ai déterminé à renoncer au pèlerinage que vous l'avez autorisé à faire, parce qu'il m'a semblé qu'il ne vous a demandé la permission de l'entreprendre que par pure légèreté d'esprit, et que vous, vous ne la lui aviez accordée que pour céder à ses importunités; je l'ai fortement réprimandé comme il méritait de l'être, et je crois qu'il se repent de sa légèreté et de sa faute et qu'il est résolu à se corriger. Je crois que ce qu'il y a de mieux pour un religieux, quelque faute qu'il ait commise, c'est qu'il fasse pénitence dans l'intérieur de son monastère plutôt que de courir de province en province. Le but que nous nous proposons en religion n'est pas d'arriver à la Jérusalem de la terre mais à celle des cieux; or c'est par l'amour et non par des courses vagabondes qu'on parvient à cette dernière. Quant à vous, mon père, je crois que vous devez lui faire bon accueil, quelque sujet que vous ayez de soupçonner la sincérité de sa conversion; je dis plus, il me semble que vous devez même vous réjouir (b) puisque ce fils était mort pour vous et qu'il vous revient plein de vie, il était perdu et vous le retrouvez.
a Il y a plusieurs abbayes de ce nom: le mont Saint-Michel, autrement dit Au-Péril-de-la-Mer; Saint-Michel sur-Meuse; Saint-Michel de Tonnerre, en Bourgogne, de l'Ermitage, en Poitou, et Saint-Michel en Thiérache, qu'on pense avoir été l'abbaye de Lelbert; peut-être faut-il confondre cet abbé avec Elbert qui céda en 1121, à Barthélemi, évêque de Laon, un endroit pour bâtir l'abbaye de Cisterciens de Foigny ; peut-être aussi Lelbert n'est-il autre que Gilbert, successeur d'Elbert, cité dans une charte de 1130 et appelé par le moine Hermann de Laon, le Platon de son siècle; voir le livre III des Miracles de la sainte Vierge, chapitre XIX. Après la mort de Simon, abbé de Saint-Nicolas, dont il est parlé dans la lettre quatre-vingt-troisième, Gilbert fut rappelé à ce dernier monastère qui était le lieu où il avait fait profession religieuse. On trouve en 1138 un diplôme du pape Innocent II à l'abbé Léon, son successeur.
b Ce sont les mêmes expressions que celles d'Hildebert dans sa trente-troisième lettre sur le même sujet. On peut comparer avec le langage de notre saint ce que dit labbé Théodemir, dans un opuscule de Jonas, évêque d'Orléans, contre Claude de Saint-Taurin, au sujet des pèlerinages des moines.
Saint Bernard le prie de faire un bon accueil au frère Robert et lui demande des nouvelles de la santé de son abbé.
Au vénérable père du monastère de Liesse et à ses enfants, le frère Bernard, serviteur inutile des serviteurs de Dieu qui sont à Clairvaux, salut et recommandation de servir le Seigneur avec crainte et de se réjouir en lui avec tremblement.
Je vous renvoie le frère Robert et me joins à lui pour vous faire deux prières en sa faveur; la première, de l'accueillir avec plus de clémence qu'on n'en témoigne ordinairement aux autres religieux fugitifs,-lorsqu'ils reviennent à leur monastère, attendu que sa faute n'a rien de commun avec celle de ces derniers; la seconde de le tirer de la maison d' obédience (b) on il a été contraint de demeurer depuis bien longtemps au péril de son âme, à ce qu'il dit, pour le diriger sur une autre maison où son salut se trouve en sûreté; vous ferez bien de prendre ce parti, car autrement j'ai bien peur que vous ne perdiez ce religieux pour toujours, si j'ai bien pénétré les secrètes dispositions de son coeur. J'ai appris que votre seigneur abbé est dangereusement malade; veuillez me donner le plus tôt possible de ses nouvelles, soit qu'il revienne à la santé, soit qu'il succombe à la gravité de son mal,afin que je puisse ou me réjouir de le savoir rendu à la vie, quoique cette vie soit une mort, ou m'affliger avec vous de sa mort, bien qu'elle soit une véritable vie. On pour mieux dire afin de m'attrister avec lui de ce que son exil est de nouveau prolongé et de me réjouir avec vous de ce qu'il nous est conservé; si vous venez à le perdre, je le féliciterai, lui, de ce qu'il a reçu enfin sa récompense, et je gémirai avec vous de nous voir privés d'un ami qui nous est encore nécessaire.
a Cétait une abbaye de Bénédictins, située sur les confins du Hainaut et de la Thiérache et déjà célèbre à cette époque par la culture des lettres sacrées, au rapport de Philippe de l'Aumône, dans sa lettre vingt-quatrième, tome III de la Bibliothèque de Cîteaux; elle est redevenue fameuse dans ces derniers temps par la piété et les institutions de son abbé, Louis de Blois, dont la piété insigne fleurissait dans le dernier siècle. Fondée par Thierry d'Avesne en 1080, selon Hérimann, dans le Spieilége, tome X, page 413, elle eut pour premier abbé Conter, à qui succéda après douze ans de prélature, Beigner, qui mourut en 1124. Puis vint l'abbé Gédric, religieux d'une piété insigne, qui fonda la bibliothèque et attira auprès de lui des hommes du Hainaut aussi distingués par leur savoir que par leur piété. Tescelin lui succéda en 1147, et eut lui-même pour successeur en 1153 un religieux de Lagny, nommé Helgot. Il se peut que cette lettre soit adressée à Gédric; nous laissons à de plus habiles que nous le soin de décider cette question.
b On appelait obédience, celle, prieuré ou villa, une maison de campagne habitée par deux ou trois religieux, ou plus même, chargés d'en avoir soin. Nous voyons qu'on lui donnait aussi le nom de cellule, lettre deux cent cinquante-quatrième, n, 1.
Saint Bernard rassure cet abbé qui, d'après un faux rapport, craignait de l'avoir offensé.
Puisque vous appréhendez tant de m'avoir offensé, j'en conclus que vous m'aimez beaucoup; mais laissez toutes ces appréhensions et réjouissez-vous, ce que vous craigniez n'est point arrivé. J'ai fait éclaircir cette affaire avec soin comme vous me le conseilliez, et j'ai découvert l'imposture de celui qui vous a fait ce rapport. Soyez convaincu qu`il n'a agi en cette occasion que par esprit de malice ou sur un simple soupçon; la peine qu'il a voulu vous faire retourne à son auteur, et son injuste procédé retombe sur sa propre tête, car il s'est rendu coupable de la faute qu'il attribuait faussement à autrui.
Saint Bernard lui adresse un jeune homme et le lui recommande dans les termes d'une aimable plaisanterie.
A mon seigneur Baudouin, évêque de Noyon, le frère Bernard, abbé de Clairvaux, salut et souhait d'une récompense plus grande encore que celle dont il est digne.
Je vous envoie le jeune homme qui vous présentera ma lettre pour vivre à vos crochets, et je verrai à la manière dont vous le traiterez ce que je dois penser de votre avarice. Allons, ne soupirez pas, renfoncez vos larmes, il mange à peine, un rien suffit à cet estomac d'oiseau. D'ailleurs ce que je vous demande avant tout, c'est de me le rendre engraissé de vos doctes leçons plutôt que par les morceaux de votre table. La liberté avec laquelle je vous parle me tiendra lieu de cachet, je n'en trouve point sous ma main et votre ami Geoffroy est absent.
a On a sur son élection une lettre du chapitre de Noyon qui est la quarante-quatrième parmi les lettres de l'abbé Suger ; on en trouve dans la même collection plusieurs de ce même Baudouin, alors évêque, concernant l'église de Compiègne; ce sont les cent cinquante-septième, cent cinquante-huitième et cent soixante-deuxième. D'après la quarante-quatrième lettre de la collection des lettres de Suger dont nous avons parlé plus haut, on voit que Baudouin fut abbé de Châtillon avant d'être évêque ; c'est à lui que saint Bernard écrivit ses deux cent soixante-dix-neuvième et quatre cent-unième lettres; il est lui-même l'auteur de la lettre quatre cent vingt-sixième. Voir à l'appendice.
b plusieurs révoquent eu doute l'authenticité de cette lettre.
Saint Bernard lui dit ce qu'il pense d'un baptême administré avec cette forme: JE TE BAPTISE AU NOM DU SEIGNEUR ET DE LA SAINTE ET VRAIE CROIX.
A son ami l'archidiacre Henri, le frère Bernard, abbé de Clairvaux, salut et prières.
1. Voici la réponse que je fais en deux mots à votre question, sauf toutefois l'avis de personnes plus sages que moi. Vous rue dites qu'un laïque voyant un enfant qu'on avait arraché des entrailles de la mère en danger de mort, le baptisa en remplaçant la forme ordinaire du baptême par ces paroles: Je le baptise au nom de Dieu et de la sainte et vraie croix, et vous me demandez ce que je pense de ce baptême et s'il y a lieu de rebaptiser l'enfant clans le cas où il vivrait. Pour moi ce baptême est valide et je ne pense pas que quelques syllabes aient pu préjudicier à la vérité de la foi et à la pieuse intention de celui qui les a prononcées. Non-seulement par ces mots au nom de Dieu, il a implicitement nommé la Trinité, mais il a de plus clairement marqué la passion de Notre-Seigneur par ces autres paroles, et au nom de la sainte et vraie croix, à moins qu'on ne prétende que l'Apôtre, après avoir dit dans un endroit; « que celui qui se glorifie doit le faire dans le Seigneur (II Cor., X, 17), » reprend ailleurs: « A Dieu ne plaise due je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Gal., VI, 14), » n'ait voulu parler que du bois même et de la matière de la croix, non pas de. la vertu et dé la grâce de Celui qui expira dessus; de même qu'en prononçant la formule ordinaire du baptême: Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, nous ne faisons pas autre chose que nommer la sainte Trinité, ainsi c'est confesser la foi au Crucifié lui-même que de confesser la sainte croix sur laquelle il est mort. D'ailleurs on lit dans les Actes des apôtres qu'on ne baptisait pas seulement au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit, mais aussi au seul nom de Jésus-Christ (Act., X, 48).
2. Vous me demandez ensuite si le ministre. d'un tel baptême a péché et s'il est permis à d'autres de baptiser en se servant de la même formule, comme si le fait d'un individu que sa simplicité excuse de toute ou presque toute faute pourrait justifier celui qui aurait la témérité d'introduire dans l'Eglise une nouvelle formule de baptême. Au reste, si on soutient que celui qui a donné le baptême en question s'est rendu coupable de péché, je tiens pour certain, moi, que sa faute est si légère qu'elle ne peut mettre en danger ni son salut ni celui de l'enfant qu'il a baptisé, car il me semble que ce n'est pas par dédain de la forme usitée dans l'Eglise, mais dans la précipitation d'une foi vive et pleine de piété, qu'il a prononcé ces paroles plutôt que les autres.
LETTRE CDIII.
221. A l'archidiacre Henri. Saint Bernard interrogé sur la valeur du baptême administré avec cette forme: Je te baptise au nom de Dieu et de la Sainte-Croix, répondit, si toutefois cette lettre est bien de lui, ce que je n'oserais affirmer, que ce baptême est bon et valide et donna à l'appui de son opinion une raison qui ne manque pas de force. Aujourd'hui les théologiens sont d'un sentiment opposé et s'appuient sur la tradition apostolique, sur la doctrine des Pères et particulièrement sur l'autorité de saint Augustin pour enseigner qu'il est de l'essence même de la forme du baptême, que celui qui l'administre invoque la Sainte-Trinité, en prononçant le nom de chacune des trois personnes divines, et regardent comme nul tout baptême conféré sans cette invocation distincte. C'est d'ailleurs la doctrine du quarante-neuvième canon des Apôtres, car comme s'il avait pour but d'expliquer le chapitre XXVIII de saint Mathieu, en ce qui concerne le baptême, il rejette comme nul celui qui ne serait administré qu'au nom de la mort du Sauveur et continue en ces termes : « Le Seigneur ne nous a pas dit baptisez au nom de ma mort, mais allez, instruisez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Saint Augustin dit expressément (lib. VI, contre les Donat. cap. 25) qu'on ne saurait administrer validement le baptême, si on ne se sert des paroles mêmes de l'Évangile. Il exprime le même sentiment dans sa lettre à Boniface et dans son traité contre Faustus (lib. XIX, cap. 16). Dans sou traité contre les Donatistes (lib. III, cap, 15), il dit ce qu'il entend par les paroles évangéliques; ce sont celles-ci dit-il : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, si Marcion baptise avec cette forme on ne peut douter de la validité de son baptême. » (V. lib. III , contr. Maxim. cap. 17, Epist. 20 et super Psalm. LXXXVI). Ce sont toutes ces autorités ont fait rejeter comme erronée l'opinion de Cajétan, qui regardait comme valide le baptême administré au nom seulement de Jésus-Christ.
Saint Bernard lui conseille de faire un repas par jour et d'interdire l'entrée de sa cellule aux femmes.
Le frère Bernard de Clairvaux au frère Albert, reclus, salut et souhait qu'il combatte le bon combat.
Vous voulez que j'approuve je ne sais quelle sorte de jeûne dont nous avons parlé ensemble dans votre cellule et vos entretiens avec des femmelettes que je vous ai interdits, si vous voulez bien rappeler vos souvenirs, et vous alléguez pour raison que vous êtes contraint de les continuer par votre extrême pauvreté. Sans vouloir m'arroger aucune autorité sur vous, je vous ai conseillé de manger simplement comme de tout le monde ou de vous astreindre à ne faire qu'un repas par jour; de fermer la porte de votre cellule à toutes les femmes sans exception, et de gagner votre vie par le travail des mains, et je vous ai donné plusieurs autres avis encore qu'il serait trop long de rappeler ici. Si vous prévoyiez que vous ne pourriez, eu les suivant, subvenir à un établissement aussi dispendieux que le vôtre, il ne fallait pas vous lancer dans cette entreprise. Je vous ai donné le conseil due je trouvais le plus sûr et le meilleur; vous n'êtes certainement point obligé de le suivre; mais je ne puis vous en donner d'autre. Adieu.