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21/01/2011
Fausse note à l’école
L'Association Refaire l'école (ARLE) lance une initiative populaire "pour une note de comportement à l'école obligatoire". Largement médiatisée dans la Presse, cette nouvelle a aussitôt provoqué le débat avec des positions bien tranchées.
Pour certains, la note de comportement serait un outil efficace, qui permettrait de juguler les dérives disciplinaires qui polluent le climat scolaire. Pour d'autres, au contraire, elle ne résoudrait rien et sa mise en œuvre poserait de nombreuses difficultés.
En soi, ce n'est pas la note qui importe, mais le discours que l'on tient sur elle, sur les pratiques qu'elle implique et sur la validation que lui donnerait l'institution scolaire.
Or, ce qui surprend dans la proposition de ARLE, c'est le double langage que tient cette association qui souhaite réintroduire la note de comportement, tout en annonçant que cette note ne compterait pas dans la moyenne générale, car elle ne serait qu'indicative.
Seulement voilà, à l'école, une note qui ne compte pas n'est pas une note. On peut toujours discourir sur les notes, dire qu'il existe divers types de notes : une note certificative qui sanctionne ce qui va ou ne va pas, qui sert de critère de réussite (passage dans le degré supérieur) ou d'échec (redoublement) et une note formative qui donnerait des repères, qui récompenserait l'élève appliqué, et qui inciterait chaque élève à s'améliorer en lui donnant le goût de l'effort. Mais, l'élève, en bon comptable, fait rapidement son calcul. Il sait estimer que s'il a une "bonne" en plus dans sa prochaine note, sa moyenne va remonter de tant de dixièmes. Qui a été élève se souvient...
Donc, si l'élève se rend compte que la note de comportement ne va pas compter, pour de vrai, dans sa moyenne, il risque d'entendre comme message implicite qu'à l'école la discipline n'a pas beaucoup d'importance. Cette note de discipline pourrait donc avoir un effet contre-productif.
Par ailleurs, une autre difficulté réside dans sa mise en application. Pour que cette note de discipline puisse réellement servir d'information auprès des parents, elle devrait être donnée régulièrement, par exemple, toutes les semaines. Dans ce cas de figure, on imagine déjà la difficulté des enseignants non pas pour rédiger ledit carnet qui pourrait être sous une forme simple, avec juste des coches à remplir, mais pour obtenir que les élèves leur ramènent leur carnet signé par les parents. Une semaine après la restitution des carnets, l'enseignant serait certainement encore à rappeler à certains élèves que ce carnet doit être ramené à l'école.
Par ailleurs, l'autorité de l'enseignant ayant été bien écornée ces dernières années (et les récentes réformes n'ont pas amélioré l'image de son autorité !), on imagine aisément le nombre de conflits que pourrait générer cette note de comportement qui serait immédiatement contestée par certains parents qui exigeraient des preuves des comportements déviants de leur enfant.
Autre difficulté, celle-ci au niveau du Cycle d'Orientation, on se demande comment chaque enseignant pourrait, régulièrement, transmettre son évaluation qui devrait être coordonnée avec les évaluations de ses collègues.
Enfin, dernier aspect que je relèverai, ce sont les effets aléatoires que pourrait produire cette note de comportement. Pour quelques élèves très indisciplinés et en pleine révolte, obtenir un zéro de conduite pourrait devenir un sport valorisant auprès de leurs pairs. Ils pourraient en effet être perçus, sans prendre beaucoup de risque (puisque cette note ne compterait pas) comme de vrais caïds.
Toutefois, en éducation, il faut rappeler qu'il n'y a pas de vérité sans contradiction. Introduire une note de discipline pourrait avoir des effets positifs sur certains élèves et sur d'autres des effets ravageurs.
Le mérite d'ARLE, c'est de soulever le débat.