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Jeunesse d'hier, jeunesse d'aujourd'hui. Les modes vont et viennent, et après tout, les différences ne sont pas si flagrantes que cela. Sur cette image, ils sont quatre - trois garçons et une fille - et forment un groupe. On peut le déduire par l'absence totale d'autres personnages autour d'eux et par le fait que tous les quatre ont le regard attiré vers un même point hors-champ, à gauche du cadre. Deux des garçons ont les cheveux longs et tous les personnages ont des vêtements qui ne permet de les rattacher à aucun corpus social. Tout au plus peut-on supposer qu'il s'agit d'étudiants et non d'ouvriers, et que ceux-ci ne cherchent pas spécialement à se faire remarquer. Cette jeunesse-là se veut plutôt anonyme et plutôt libre (dans le choix de ses habits, de sa coupe de cheveux, notamment). Le lieu où ils sont assis demeure indistinct. Ce pourrait tout aussi bien être une église qu'une salle de concert, un lieu de conférences, voire même une salle de cours. La composition du plan est remarquable. Entre les deux personnages assis au premier rang se trouve une chaise vide qui permet à la fois de saisir l'ensemble du groupe dans le même plan et de suggérer qu'il manque peut-être quelqu'un. D'où ce motif de l'attente (de quoi? de qui?) qui finit par se dessiner ici. Motif renforcé par la gravité des quatre visages, qui regardent sur leur droite comme si quelqu'un venait d'entrer pour les rejoindre.
Je ne sais pas pourquoi, Le Diable probablement est souvent considéré comme un film mineur dans la carrière de Bresson. Je le tiens au contraire pour un opus majeur et une oeuvre saisissante dans sa capacité à capter la société dans ce qu'elle a de plus éphémère et paradoxalement de plus moderne. Le film décrit la fin d'un monde où les illusions ont été piétinées et les espoirs anéantis. Un monde où les sentiments font place à de la déréliction et l'ordre à (de) l'anarchie. Un monde très silencieux et pessimiste (d'où le titre du film) que viennent pourtant trouer quelques plans ensoleillés. Originellement sorti en 1977, Le Diable probablement avait obtenu l'Ours d'argent au Festival de Berlin. Le film fut un échec relatif. Cette année-là, le box-office lui préférait Les Aventures de Bernard et Bianca, le premier Star Wars et un James Bond dispensable, L'Espion qui m'aimait.
Le Diable probablement sera projeté le jeudi 11 décembre à 20 heures 30 au Cinéma Spoutnik, dans le cadre du cycle "Lumière noire Robert Bresson".