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En visitant les châteaux de Neuschwanstein et de Linderhof, notre intention est de permettre aux élèves de découvrir l'étrange destinée du roi Louis II de Bavière (1845-1886) qui, en dépit de son désir sincère d'être le meilleur des rois, ne sut faire passer les intérêts de l'Etat avant ses ambitions et ses rêves personnels.
Cela dit, afin de mieux saisir le sens que revêtaient ces châteaux pour le roi, il convient d'esquisser brièvement ce que fut l'existence troublée de ce malheureux monarque.
En 1845, au château de Nymphenburg, à Munich, naît Louis de Wittelsbach, fils du roi Maximilien II de Bavière.Le jeune prince grandit dans une atmosphère très particulière entre une mère inexistante, trop dévote pour s'occuper de ses enfants, et un père trop affairé par le pouvoir et si peu enclin à se soucier de l'initiation de son fils à l'art de la politique. Louis II, comme son frère Othon, connaîtront vite frustrations, langueur et solitude dans un monde trop rigide où seule l'étiquette compte.
Déjà enfant, Louis II se passionne pour les contes retraçant le glorieux passé des peuples germaniques auxquels les frères Grimm redonneront leurs lettres de noblesse.
Lorsqu'à l'âge de 16 ans, Louis II assiste, pour la première fois, à la représentation de Lohengrin (le chevalier au cygne) dont le compositeur, encore inconnu, est un certain Richard Wagner, c'est l'enthousiasme immédiat. Rien ne saurait être désormais en mesure d'effacer ces merveilleux instants de sa mémoire. Pour la première fois, il a l'impression de vivre, d'exister. Il semble avoir désormais trouvé un sens à sa vie, si monotone. L'éventualité d'une nouvelle expérience de ce genre se muera en une véritable obsession que seule son accession au pouvoir, deux ans plus tard, lui permettra de réaliser.
Agé de 18 ans, lorsqu'il succède à son père, décédé subitement, il fait aussitôt appeler auprès de lui le compositeur tant apprécié.
Très vite, l'enthousiasme du peuple pour son jeune souverain se transforme en mécontentement de voir les caisses de l'Etat satisfaire aux besoins d'un musicien aux moeurs plus que douteuses. Autrefois, le grand-père de Louis II, Louis 1, sacrifiait son royaume à une danseuse; son petit-fils va-t-il le ruiner pour un musicien dispendieux et peu scrupuleux ? Wagner abuse des bontés du jeune roi encore inexpérimenté et trop influençable. La situation prend de telles dimensions que le roi se voit contraint par ses ministres de se séparer de cet hôte bien encombrant que la foule ne manque pas de houspiller, lorsqu'il paraît en public.
Résigné, Louis II signe à contrecoeur la lettre de bannissement du seul être qui fût en mesure de concrétiser tous les rêves qui, petit à petit au cours de son enfance, étaient venus meubler son âme désespérément vide et solitaire. Personne, sinon Wagner, n'avait été capable jusqu'alors de le comprendre et de lui procurer quelque soulagement. Plein d'amertume, Wagner quitte Munich pour Bayreuth où il poursuivra son oeuvre, toujours aidé financièrement par le roi mais avec moins de faste.
Pour oublier cette profonde déception, le roi s'enfonce un peu plus dans la solitude qui le caractérise. Par réaction, il quitte également Munich et séjourne en France à l'occasion de l'Exposition Universelle de Paris.
Il s'agit d'une véritable révélation pour le roi qui s'enthousiasme en découvrant l'architecture française: Versailles, les Trianons, Chambord et Pierrefonds demeurent désormais gravés dans son esprit.
A peine rentré à Munich, Louis II fait dresser des plans afin de concrétiser au plus vite ce qu'il a pu admirer en France. Ainsi, c'est presque simultanément qu'il fait ériger le château de Linderhof, véritable joyau dérivé du petit Trianon de Versailles et le château de Neuschwanstein, nid d'aigle à coloration médiévale perché sur un piton.
Plus tard, son admiration sans borne pour les rois de France Louis XIV, Louis XV et Louis XVI l'amène à faire construire le château de Herrenchiemsee, une contrefaçon de Versailles légèrement moins vaste.
Au visiteur qui s'interroge sur cette profusion de luxe, d'or, de bronze et de stucs, une seule réponse doit surgir: n'est-ce pas là le moyen de combler artificiellement une âme désespérément vide? La solitude qui l'étreint désormais fatalement le détourne presque entièrement de tout, sinon de sa passion pour la musique et pour les châteaux. La disparition de Wagner achèvera de le plonger dans une complète misanthropie.
Désormais, seule compte sa recherche de la perfection, de la pureté et rien ne doit plus le retenir. Hélas, son entourage lui rappelle cruellement qu'il est le roi de Bavière et qu'il se doit de faire face à ses obligations.
Les caisses de l'Etat se vident et les ministres ne conçoivent pas de lui accorder d'autres crédits pour la continuation des travaux, et cela d'autant plus que Louis II a déjà de nouveaux projets en tête. Le roi, irrité devant une telle opposition, se retire dans ses châteaux et ne les quitte que la nuit tombée pour effectuer de longues randonnées en traîneau dans les montagnes bavaroises. Seule sa cousine Sissi, l'impératrice d'Autriche, parvient, non sans mal, à garder un contact plus ou moins suivi avec lui. Elle, que le destin n'a pas non plus épargnée, se montre pleine de compréhension à son égard.
La situation politique devenant critique, il est alors décrété, sur des bases plus que discutables, que le roi n'est plus en mesure de gouverner. Des rapports psychiatriques, aujourd'hui reconnus sans valeur, s'efforcent de démontrer la démence du souverain. En outre, des témoignages plus que fantaisistes finissent par occasionner la déposition de Louis II qui se voit arrêté, puis remplacé par son oncle Luitpold, nommé régent.
Après trois jours de détention au château de Berg, à proximité de Munich, le malheureux roi offre l'image d'un être respectable, aucunement agité. Les médecins finissent par lui accorder une promenade dans le parc en compagnie d'un médecin, celui-là même qui fut chargé de rédiger le rapport sur sa prétendue démence: le docteur von Gudden.
Une heure s'est écoulée et les médecins, inquiets de ne pas les voir revenir, se lancent à leur recherche et découvrent le cadavre des deux hommes dans le lac de Starnberg. Le visage et le cou du médecin sont couverts d'ecchymoses et de marques de strangulation. Le roi, pour sa part, semble être décédé à la suite d'une congestion due au contact d'une eau glaciale.
Cette terrible fin a suscité les thèses les plus fantaisistes et personne, aujourd'hui encore, n'a pu déterminer avec exactitude les circonstances de ce drame. Louis II est parvenu ainsi à réaliser son voeu le plus cher: il souhaitait demeurer une énigme pour les autres.
Ce roi de légende n'est pourtant pas tombé dans l'oubli, puisqu'il demeure le reflet bien vivant de la nostalgie dont les Bavarois font volontiers état, lorsqu'ils évoquent l'hypothèse d'un royaume indépendant de l'Allemagne Fédérale.
Aujourd'hui, l'économie bavaroise est largement excédentaire grâce à un tourisme extrêmement actif dû, en partie, à ce roi de conte de fées dont les Américains et les Japonais raffolent.
En Bavière, tout gravite autour de la nostalgie du passé et c'est peut-être là qu'il faut chercher la raison de l'enthousiasme dont les touristes étrangers font preuve après leur visite dans ce monde étonnant.
S.F.