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Le site archéologique de Volvon Nord à Veauche
À l’occasion de la création d’un lotissement aux confins orientaux de la commune de Veauche, une opération d’archéologie préventive a permis d’explorer une fenêtre d’environ un hectare de prairies.
Le substrat du site est constitué d’une terrasse alluviale de la Loire datant du Villafranchien. Au gré des variations fluviatiles, des dépressions se sont formées sur cette terrasse, notamment à l’ouest de la zone de fouille ; ces dépressions ont été comblées par des dépôts de débordements correspondant à des phases de crues d’intensité irrégulière.
À l’est, l’existence d’un chenal ancien du Volvon est attestée, mais son comblement est largement antérieur à l’occupation pérenne du site. Suivant les périodes, on constate néanmoins un déplacement des occupations qui peut être corrélé avec une plus ou moins grande humidité édaphique.
Les nombreux aménagements de drainage, tant gaulois que postérieurs, témoignent de ce souci constant d’évacuer l’eau sub-affleurante. Par ailleurs, les importantes réserves en argiles plastiques piégées dans les dépressions de marge de la terrasse ont pu constituer, pour les populations notamment médiévales, un stock de matière première facilement exploitable pour l’artisanat céramique.
Un petit ensemble lithique permet d’évoquer une fréquentation des rives du Volvon à la fin de la Préhistoire, à l’Épipaléolithique ou au Mésolithique. Il n’est pas exclu également qu’à la période néolithique l’Homme ait parcouru cet espace. Une première scansion de l’espace se met en place au cour du Second âge du Fer, peut-être dès la fin du IIIe siècle avant notre ère. Elle est matérialisée par la création d’un réseau de fossés drainants, suivant une orientation générale nord-nord-ouest/sud-sud-est, délimitant a priori des surfaces variant de 0,12 à 0,25 ha environ.
Malheureusement, aucun aménagement susceptible de fonctionner avec ces parcelles n’a clairement pu être mis en évidence, à l’exception de zones bien délimitées d’épandage de mobilier, circonscrites le long des fossés et, peut-être, par des habitats qui n’ont pas laissé de traces. L’abandon de cette occupation se situe au milieu du Ier siècle avant notre ère.
La relative abondance des amphores Dressel 1b et la présence de tuiles tardo-républicaines, ainsi que d’une monnaie républicaine, suggèrent une certaine acculturation des habitants du lieu au monde romain. Ainsi avons-nous peut-être là les vestiges ténus d’une ferme aristocratique, un aedificium ? S’il existe un hiatus temporel entre les occupations laténienne et antique, celui-ci semble relativement court.
Le changement de nature du site s’avère par contre radical, avec notamment le comblement des fossés. L’ensemble des structures antiques se situe à proximité du chenal ancien du Volvon, dans une zone particulièrement hydromorphe. On est tenté d’interpréter le plan qui se dégage de cette occupation comme un moulin hydraulique (bâtiment 4). La présence de deux grands fossés placés près des structures portant les témoins d’une circulation d’eau, la proximité d’un ruisseau et la découverte d’une crapaudine et d’un fragment de meule de taille supérieure aux meules à bras habituelles constituent les principaux arguments pour cette hypothèse. Il s’agirait d’un moulin à roue verticale dont on aurait la salle du mécanisme, composée d’un radier solide et limitée par des massifs constitués de gros blocs bien ajustés pouvant recevoir une éventuelle poutraison.
Les meules se situeraient à l’étage d’un bâtiment essentiellement en bois. Les fossés situés parallèlement à la façade sud du bâtiment pourraient correspondre au canal de fuite et de dérivation des eaux alimentant la roue.
Pour l’approvisionnement en eau du système, une fondation linéaire ponctuée de renforts équidistants pourrait constituer la substruction d’une canalisation aérienne, permettant d’acheminer l’eau du Volvon, captée en amont du site, jusqu’à un réservoir d’accumulation.
Un enclos, constitué de murs, entoure ce moulin potentiel et présente une possible entrée, marquée par l’aménagement d’un porche, au côté duquel pourrait s’installer un petit bâtiment de stockage (bâtiment 3). Un puits carré particulièrement bien construit complète l’inventaire de l’occupation antique, dans un environnement marqué par une forte emprise anthropique. Un ultime bâtiment, d’orientation quelque peu divergente, pourrait également appartenir à cette phase chronologique (bâtiment 2). Le site ne perdure pas au-delà du début du IIe siècle de notre ère.
Par la suite, une première phase d’occupation médiévale est localisée sur un point haut du site, à l’abri des inondations. Elle s’articule autour de deux fours de potiers distants d’une centaine de mètres sur un axe nord-sud. À ces deux fours, datés du Xe siècle par radiocarbone, sont associées deux concentrations de structures en creux, dont certaines évoquent de possibles bâtiments à architecture bois.
Plusieurs grandes fosses peu profondes et à fond plat pourraient, quant à elles, correspondre à des bâtiments excavés. La production céramique associée à ces ateliers comporte des oules, des cruches, des jattes et quelques formes plus anecdotiques. Leur caractéristique principale réside dans la présence de marques en relief sur les fonds des cruches et des pots.
La conjonction entre les datations radiocarbone et l’analyse du répertoire reconnu, notamment des fonds marqués, permet de situer cette occupation et cette activité artisanale à la fin de la période carolingienne, au Xe siècle. Un bâtiment sur solin de pierres, à foyer aménagé, prend ensuite place, aux XIIIe-XIVe siècles, au nord des structures antiques, dans un secteur bas du site (bâtiment 1). Il s’agit manifestement d’un habitat rural, associé à quelques structures extérieures, entre autres un important mur est-ouest, particulièrement bien fondé et large, et dont la destination demeure malheureusement inconnue. D’autres structures restent par ailleurs indatables. Plusieurs fossés et drains, postérieurs à l’Antiquité, viennent en particulier assainir le terrain. Très localement, ils témoignent, avec le parcellaire du XIXe siècle, d’une continuité des mêmes orientations, à quelques degrés près, depuis la période de La Tène finale jusqu’à nos jours.
Ce constat n’est cependant valable que sur une bande restreinte de moins de 500 m de large, en rive gauche du Volvon, et sur une distance d’environ un kilomètre du nord au sud.
Enfin, un petit bâtiment carré, de cinq mètres de côté, également sur solins de galets, mais de facture encore différente des autres bâtiments, pourrait correspondre à un pigeonnier moderne (bâtiment 5), comme il en existe plusieurs dans le secteur, encore présents dans la première moitié du XIXe siècle.
T. Argant
Commune: Veauche
Adresse / lieu-dit: Volvon nord
Canton / Département: Loire (42)
Pays: France
Date de l’intervention:
du 25/10/2010 au 07/01/2011
Période(s) concernée(s): Paléolithique, âge du Fer, Antiquité, Moyen Âge
Surface: 10 000 m²
Responsable d’opération: T. Argant
Suivi scientifique: M.-A. Gaidon-Bunuel (Drac-Sra Rhône-Alpes)
Aménageur: B.A.P. Foncier