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Mikhail Michoustine est une surprise. Vladimir Poutine prendra-il la présidence du Conseil d’Etat en 2024? Spéculations moscovites.
Le 15 janvier, le discours annuel du président Poutine devant l'Assemblée fédérale précède la démission surprise de l'ensemble du gouvernement russe. Quelques heures plus tard, un nouveau premier ministre est annoncé.
«Le discours de M. Poutine lui-même a été significatif pour deux raisons. Tout d'abord, son exposé s’est concentré sur la réforme constitutionnelle, une étape importante pour ouvrir la voie à une transition du pouvoir en 2024 à l’échéance du mandat présidentiel de M. Poutine. Les propositions, qui seront probablement soumises au droit de référendum, donnent des pouvoirs accrus au Parlement russe et au Conseil d'État. La Douma sera chargée de choisir le Premier ministre et les ministres, alors qu'actuellement ils ne peuvent approuver que le choix du président. Le Conseil d'Etat sera officiellement impliqué dans la sélection des postes liés à la sécurité et le rôle de cette institution en tant que conseiller du président sera inscrit dans la constitution. M. Poutine prendrait-il la présidence du Conseil d’Etat en 2024 ? C’est ce dont on spécule à Moscou et ce qui serait similaire au modèle mis en place au Kazakhstan par l’ex-président Nazerbaïev, devenu Président du Conseil de sécurité à vie et demeurant ainsi à la tête de son parti et du pouvoir, même après sa démission du poste présidentiel à Astana.
L'autre aspect clé du discours a été un renforcement significatif des priorités sur les questions intérieures, avec des mesures destinées à réduire la pauvreté et impacter les tendances démographiques négatives du pays. Les dépenses supplémentaires annoncées sont chiffrées à environ 0,5% du PIB et même si les détails du financement de ces mesures n'ont pas été annoncés, l'excédent budgétaire russe d'environ 2,0% pour 2019 suggère que cela ne posera pas de problème»
«La raison officielle est de faciliter les réformes constitutionnelles, bien qu'en fin de compte, nous pensons que cela reflète la chute de popularité du gouvernement après une série de décisions importantes et impopulaires telles que le relèvement de l'âge de la retraite et du taux de TVA. De plus, la cote d'approbation de Medvedev, le Premier ministre sortant, a également souffert de son incapacité à diriger efficacement le gouvernement. Le Kremlin souhaite vivement remonter le soutien populaire avant les prochaines élections législatives de septembre 2021.»
«C’est effectivement une nouvelle surprise car le nouveau premier ministre n'est pas une célébrité politique. Toutefois Michoustine, chef du Service fédéral des impôts, semble être un choix idéal pour ce rôle. Il n'est pas un politicien de carrière. Ses expertises et compétences sont dans la technologie, et il a présidé pendant deux ans la société UFG, une société de gestion d'actifs qui jouit d’une bonne réputation en Russie. En 2010, il est promu par M. Poutine pour diriger le service fiscal et a au cours de la dernière décennie eu un succès remarquable transformant un organe bureaucratique corrompu en une agence de recouvrement d'impôts des plus avancées et efficaces au monde. A titre d’exemple, entre 2014 et 2018, les recouvrements de TVA ont augmenté de 64% contre une augmentation de 21% de la consommation des ménages.»
M. Michoustine est à considérer comme un «cadre exécutif», nommé pour améliorer l'efficacité et la croissance en Russie. Ses antécédents en matière d'exécution suggèrent qu'il est bien placé pour y parvenir, et ses premières déclarations soutiennent ce point de vue. Ses priorités seront de «faire aboutir la réforme institutionnelle, œuvrer pour améliorer la façon dont le gouvernement est géré et mettre en place une approche informatique la plus moderne». Il a également évoqué la nécessité de travailler en collaboration avec les entreprises, et de trouver ensemble des moyens d'éliminer les obstacles à leur croissance.
Qu’en penser?
Nous considérons que ces changements sont positifs, et nous nous attendons à ce que l'accent soit renouvelé sur l'efficacité et la croissance, ce qui est aussi avantageux pour le profil du marché des actions russes. Le taux de croissance du PIB s'accélère, passant de 1,3% en 2019 à 2,0% en 2020 et au-delà, avec un potentiel de croissance qui pourrait être bien supérieur. Le marché des actions et le cours de change n'ont pas réagi de façon drastique à ces annonces, laissant présager que les investisseurs attendent avant de se prononcer. Pour l’instant, il semblerait que ces changements puissent renforcer marginalement le cas d’investissement du marché russe, combinant des conditions macro-économiques peu dynamiques mais très stables et solides, des valorisations très favorables, et un rendement de dividende de l’ordre de 7%.