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27/10/2012
Artprice et Organ Museum Research, dans le cadre de son étude à paraître sur l'industrie muséale sur la période 2000/2012, indique qu'il s'est produit, sur cette période, plus de musées et de centres d'art contemporain dans le monde qu'au cours des 200 dernières années. La période 2012/2017 s'annonce encore supérieure, selon l'étude.
Dans le cadre de cette étude, Artprice et Organ Museum Research ont, entre autres, analysé longuement les pays prétendant à la première place en qualité d'industrie muséale.
En effet, en moins de 30 ans, le musée qui est né en Europe et principalement en France au 18ème siècle était réservé à une élite jusqu'en 1980. Dans sa première période, le musée échappe à toute logique économique pour se résumer à une mission de conservation sous le regard de l'institution publique. La véritable révolution viendra principalement des USA, avec notamment le Guggenheim, qui va transformer une mission étatique de conservation en une industrie du 21ème siècle qu'Artprice Organ Museum Research et son Président-fondateur, thierry Ehrmann, ont dénommé l'industrie muséale.
Musée des Arts Islamiques
Cette longue étude, à paraître en début 2013, prend en compte plus de 90 000 musées et centres d'art contemporain, clients d'Artprice et permet ainsi d'affiner des chiffres et une situation jusque-là imprécise, notamment dans le domaine économique de l'industrie muséale qui devient à elle seule un véritable secteur économique pour le XXIème siècle. Jamais la demande n'a été aussi importante pour visiter les nouveaux musées, quelque soit le continent.
Cette analyse ne peut contourner le discours visionnaire de Malraux dans le Musée Imaginaire : « Le rôle des musées dans notre relation avec les œuvres d'art est si grand, que nous avons peine à penser qu'il n'en existe pas… et qu'il en existe chez nous depuis moins de deux siècles. Le XIXe siècle a vécu d'eux, nous en vivons encore et oublions qu'ils ont imposé aux spectateurs une relation toute nouvelle avec l'œuvre d'art. Ils ont contribué à délivrer de leur fonction les œuvres d'art qu'ils réunissaient ».
Dans le cadre de l'étude qui porte sur tous les continents, Artprice a notamment constaté, depuis plus de 18 mois, un nombre impressionnant de requêtes sur ses bases de données en provenance du Qatar, qui ambitionne clairement de devenir numéro un de l'industrie muséale. Ce nombre de requêtes ramené au nombre d'habitants du Qatar, soit 1 800 000 habitants, produit un ratio qui se construit par un nombre de requêtes par habitant qui est pratiquement 45 fois supérieur à un pays comme par exemple l'Allemagne.
Pour être simple, le Qatar, qui n'a même pas la taille d'une région allemande, produit au total un nombre de requêtes à peu près équivalent à l'Allemagne. Artprice a donc procédé à une enquête minutieuse dans le cadre d'une étude pour expliquer pourquoi et comment le Qatar arrive à de tels chiffres.
Le Mathaf
Tout en respectant le principe absolu de confidentialité de ses nombreux abonnés Qataris, tant professionnels que collectionneurs, Artprice est en mesure d'indiquer certains paramètres qui mettent en lumière la phénoménale machine de guerre qui fait du Qatar, le nouveau "market maker" du marché de l'art. Il faut préciser que l'intégralité des institutions culturelles du Qatar sont des abonnés haut de gamme du groupe Artprice (Qatar Museum Autority, Mathaf Museum, M.I.A., Musée National du Qatar Q.M.A…. etc) ainsi que la quasi-totalité de la Famille Royale qui s'occupe du développement culturel.
Au regard des requêtes en provenance du Qatar, Artprice constate, d'une part, un nombre très impressionnant de requêtes par usager, d'autre part, des recherches sur la partie indices et outils d'analyses qui pèsent près de 50 % des consultations.
En temps normal, hormis les experts, les assureurs et les maisons de ventes, une consultation normale est de l'ordre de 80 % sur les résultats d'adjudication accompagnés de la photo de l'œuvre et l'ensemble des données relative à la vente, et de 20 % sur les outils indiciels permettant comme pour les marchés financiers de définir l'artiste avec toute une multitude d'indices.
Il est donc évident que des requêtes en provenance du Qatar qui sont, bien évidemment, parfaitement légales, démontrent sans ambiguïté selon Artprice qu'elle a affaire à des experts internationaux de très hauts niveaux qui sont à la recherche d'œuvres d'art, systématiquement au-delà de la barrière des 100 000 euros, avec de nombreuses enchères millionnaires.
Musée National (Jean Nouvel)
De même, dans son enquête menant à une étude approfondie sur le Qatar, Artprice a pu constater des recherches très spécifiques sur des périodes, des courants ou sur des artistes avec une recherche particulière sur la nationalité.
De toute évidence, en respectant les règles déontologiques de la profession d'émetteur d'informations primaires, on peut aisément comprendre que le Qatar, à travers sa dizaine de musées, centres d'art contemporains et fondations, est en train d'effectuer un parcours sans faute, où il va chercher les meilleures pièces des artistes, notoirement et nommément connus, où la traçabilité de l'œuvre qu'il trouve sur Artprice, lui permettant grâce à ses moyens financiers très importants, de surenchérir systématiquement avec une marge, selon notre étude, de près de 40 à 45 % au-dessus de la cote établie.
Ce prix n'est pas anormal car il s'agit systématiquement, non seulement d'œuvres de qualité muséale, mais aussi d'œuvres appartenant à l'histoire de l'art. A ce titre, les 45% supérieurs à la cote ne sont pas une erreur de gestion mais entraînent à l'échelle mondiale le marché de l'art vers le haut sur les artistes payés au-dessus de leur cote.
On assiste donc à la construction de véritables collections qui sont en parfaite adéquation avec le marché de l'art du 21ème siècle, les pays émergents notamment la Chine et des valeurs sûres comme le post war américain.
Dans certains cas, Artprice constate que des collections entières, nord américaines et/ou européennes sont achetées de gré à gré ou aux enchères par différentes fondations culturelles Qataries pour accélérer leurs conquêtes du marché de l'art et s'établir définitivement comme une entité d'acteur incontournable avec des musées et des centres d'art contemporains qui peuvent rivaliser sans aucun problème avec leurs homologues américains ou européens.
Dans le cadre de l'anecdote, on peut constater des recherches très importantes sur Richard Serra, Murakani, Koons et Damien Hirst, Louise Bourgeois, Rothko, et Paul Cézanne.
D'où l'achat de l'œuvre "Les joueurs de cartes" de Paul Cézanne de 250 millions de dollars qui représente la plus importante transaction jamais enregistrée sur le marché de l'art. Concernant cette acquisition, Artprice par les requêtes des autorités culturelles du Qatar peut confirmer à 99 % que la transaction a bien eu lieu. Artprice ayant aussi en abonnés professionnels tous les grands conseillers et commissaires d'expositions dont s'entoure le Qatar. Il est aussi bon de rappeler que le Qatar a tenté en vain de racheter Christie's et continue encore de chercher à acquérir une ou plusieurs maisons de ventes à caractère international.
Toujours dans les œuvres majeures, on peut, entre autres, constater que plusieurs mois avant la vente du cri d'Edvard Munch, les différentes entités, abonnés aux écrans professionnels d'Artprice, ont longuement étudié avec les outils indiciels et des recherches ultra ciblées tout le parcours des œuvres de Munch et sa biographie. Il en est de même pour Paul Cézanne et Richard Serra.
Après analyse de centaines de milliers de requêtes, l'ensemble des autorités culturelles Qataries ont une approche pragmatique mais pour autant visionnaire. La grande force du Qatar est la devise du Cheikh : "rien que le meilleur", ainsi que : "je ne me fis qu'aux chefs d'œuvres". Ce qui est intéressant de constater, c'est que les autorités du Qatar font preuve d'audace dans le choix des artistes, modernisent leur pays, font parler d'eux de manière mondiale ou indiscutablement, ils vont être dans le trio de tête si ce n'est même être le numéro un en 2013. Une hypothèse qui se confirme de jour en jour comme désormais une quasi-certitude.
Pour autant, elles préservent la culture Islamiste sachant qu'au Qatar, l'Islam est la religion d'état. Elles ont aussi conscience qu'il est nécessaire d'imposer une pédagogie aux Qataris et aux visiteurs en général avec, selon notre analyse sur leurs requêtes sur Artprice, l’influence indéniable de certains mouvements artistiques comme l’impressionnisme ou le cubisme, et une certaine influence européenne en général.
Ils ont, toujours selon notre étude sur leurs requêtes, longuement étudié les sculptures monumentales et la sélection de Richard Serra, par son œuvre majeure, 7, tour d'acier brut de 24 mètres de haut située dans le MIA Park, est l'aboutissement d'une sélection impitoyable parmi les grands sculpteurs. De même, après avoir analysé des strates entières des artistes contemporains chinois, ils ont retenu les seuls artistes chinois dont le rayonnement est réellement mondial, comme le Chinois Cai Guo-Qiang ou le Franco-chinois Yan Pei Ming.
Comme par hasard, le Musée Arabe d'Art Contemporain de Doha (Mathaf, signifiant musée en langue arabe) a accueilli en 2012, le Chinois Cai Guo-Qiang avec «Homecoming», une installation composée de 62 rochers.
Par ailleurs, toujours dans cette étude, une analyse très méticuleuse porte sur les artistes du Proche et Moyen Orient et Maghreb, en sélectionnant les meilleurs d'entre eux, comme par exemple le Français d'origine algérienne Kader Attia, le Syrien Adel Abidine, Khalil Rabah, l'Irakien Dia Azzawi, le Marocain Farid Belkahia, l'Egyptien Ahmed Nouar, Walid Raad, Ghada Amer, Mounir Fatmi ou Zineb Sedira.
Il ressort enfin de l'étude d'Artprice sur le Qatar que les expositions du Mathaf sont entrain de mettre en place l'invention in vitro d'une véritable culture plastique de la nation arabe. Le choix s'avère pertinent car ces jeunes artistes arabes, qui sont présents en Europe et parfois en Amérique du Nord, ont des cotes très solides et progressent de manière spectaculaire, par le soutien que leur amènent les autorités Qataries lors des ventes aux enchères.
Toujours dans l'étude d'Artprice sur les requêtes du Qatar, ces derniers n'hésitent pas, selon nos requêtes sur les bases de données Artprice, à analyser des collections entières, comme notamment la collection Sonnabend où, plusieurs mois avant l'achat, ils ont scanné l'intégralité des œuvres et des artistes constituant la collection Sonnabend. Il en est de même sur la dation de Claude Berri au Centre Pompidou à Paris.
Cette pratique, loin d'être critiquable, a fait toute la force de l'Amérique du Nord, depuis les années 50. L'ensemble de ces dispositions, cité dans l'étude Artprice, sur les requêtes effectuées par les autorités cultures Qataries, mène le Qatar et Doha sa capitale, comme un des hot spot de l'art contemporain, voire la capitale mondiale de l'art. Les jeux se jouent donc actuellement entre la Chine et le Qatar et Abu Dhabi.
Source Artprice
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ALAIN VERMONT
17/10/2012
Vik Muniz – L'illusionniste
Depuis une vingtaine d'années, ses reproductions de chefs-d'œuvre de l'art à l'aide de confiture, chocolat, confettis, diamants, ordures et autres étonnantes substances ne cessent de questionner la nature de la représentation et de fasciner les collectionneurs du monde entier.
Le parcours de Vik MUNIZ n'est pas sans rappeler certains récits de vies providentielles. Il s'avère aussi proche des scenarii véhiculés par les fameuses telenovelas brésiliennes. Né en 1961 dans une famille très modeste de São Paulo, Vik Muniz n'est pas fait pour l'école. Mauvais élève, il a cependant un autre talent : le dessin. A l'âge de 14 ans, il gagne une bourse pour suivre des cours du soir de dessin, acquiert une solide formation académique et se découvre une fascination pour les chefs-d'œuvre de l'histoire de l'art. Passionné par l'optique, il étudie nombre d'ouvrages scientifiques sur la perception et la psychologie visuelle, entame ensuite une carrière dans la publicité, milieu ô combien centré sur le pouvoir des images et leur manipulation.
Freud en "Chocolat"
Finalement, le hasard d'une situation périlleuse met sa bonne étoile à l'épreuve. Témoin d'une bagarre, il reçoit un coup de couteau qui lui sera salutaire : grâce à la somme qu'il perçoit du coupable, il s'expatrie aux États-Unis. Son aller simple en poche, il atterrit à Chicago en 1984 et s'installe deux ans plus tard à New York, en plein âge d'or culturel. Témoin de l'effervescence artistique américaine - en total décalage avec son pays natal en pleine dictature militaire - le déracinement choisi par Vik Muniz lui ouvre les portes d'une belle carrière artistique.
Che Guevara en "Confiture"
Jeux de matières
Dès la fin des années 80, il gagne en notoriété grâce à sa série Memory Renderings dont le point de départ est un bestseller américain,The Best of Life, qui recense les images iconiques publiées par le magazine Life entre 1936 et 1972. Suite à la perte de l'ouvrage, Vik Muniz se met en tête de redessiner ses images favorites de mémoire. Sa méthode de travail se met alors en route : une fois son dessin achevé, il le photographie et floute légèrement l'image afin d'en effacer le trait, rendant invisible la trace de son geste. Cette série jusque-là peu représentée aux enchères (seulement 6 résultats depuis 1990), affiche un sommet d'adjudication de 13 000 $ pour Memory Rendering of 3-D Screening (Christie's New York, le 25 avril 2006. Meilleure adjudication pour un tirage unique), tandis que les portfolios s'échangent depuis 2009 autour de 100 000 $. Grâce à son processus, Vik Muniz systématise très vite une genèse commune à ses œuvres : celle de reconstruire des archétypes de l'histoire de l'art ou de la mémoire collective à partir de substances éphémères, instables, qu'il pérennise en les photographiant. Emblème de sa créativité sans borne, chaque série se concentre sur une catégorie de matière première : du sirop de chocolat pour la fameuse Picture of Chocolate, échantillons de chartes pantone (Picture of Color), rondelles de papier poinçonnées dans des magazines (Picture of Magazines), diamants (Picture of Diamonds), matériaux recyclés (Picture of Junk), pigments (Picture of Pigments)... pour ne citer que les plus emblématiques. L'alchimie de ses œuvres demeure dans ce savant mélange où le banal se transforme en art.
La Mort de Marat en "Déchets et Poussière"
Un marché constant
Depuis 1989, Vik Muniz expose dans le monde entier et de prestigieuses institutions l'ont mis à l'honneur lors d'expositions personnelles, que ce soit à New York, São Paulo, Houston, Rome, Madrid... Son talent n'a pas échappé à la place de marché anglo-saxonne qui fait figure de référence pour les ventes sud-américaines, et enregistrait déjà en 1999 une adjudication de 40 000 $ pour unportfolio issu de sa série The Best of Life (Christie's New York, le 5 octobre). L'année suivante, il signait une enchère de 28 000 $ avec un tirage unique de la série Picture of Chocolate représentant Jackson POLLOCK peignant (Action Photo, Christie's New York, 12 octobre 2000). Son indice des prix augmente dans la foulée de 286 % par rapport à 1999. En 2001, il représente le Brésil à la 49ème Biennale de Venise : la demande explose pour ses œuvres et Christie's frappe un record à 64 000 $ avec un portfolio de sa série Sugar Children(New York, le 19 novembre 2001).
La popularité de certaines séries rythme l'évolution de ses meilleures enchères : Picture of Chocolate, Picture of Blood, Picture of Diamonds et Picture of Pigments arrivent régulièrement en tête pour les ventes de tirage seul. Quant aux portfolios : The Best of Life et Sugar Children atteignent le haut de l'affiche.
Sarah Bernhardt en "Jouets"
Pour exemple, en 2007 le portfolio de la série Sugar Children détrône son propre record de 2001 et trouve preneur pour 140 000 $ (Sotheby's New York, le 16 mai) ; en 2008 Marylin from picture of Diamonds frôle ce nouveau record avec une adjudication à 130 000 $ puis, en 2009, l'œuvre Bloody Marylin (2001) devient sa plus belle enchère avec 220 000 $ (Sotheby's New York, le 12 novembre) et tient son record depuis. Ce n'est pas un hasard si, sur le podium des meilleures ventes 2011 pour un artiste contemporain brésilien, Vik Muniz accède à la 4ème place et ce grâce à la vente de Elizabeth Taylor (From Picture of Diamonds) pour 175 000 $ (Sotheby's New York, le 11 décembre 2011).
Présent depuis 2008 dans le Top 500 des artistes classés par chiffres d'affaires, la vente de ses œuvres a généré en 2011 plus de 3,2 m$. Artiste incontournable et populaire, seuls 20 % de ses œuvres sont accessibles à moins de 6 000 $. Actuellement, il faut compter une mise minimum de 3 200 à 6 000 $ pour acquérir une œuvre originale de Vik Muniz. Néanmoins, cette fourchette de prix correspond presque exclusivement à des tirages de sa série ancienne Picture of Wire (images créées avec du fil de fer, 1994-1995). Convoiter une autre série nécessite dès lors un investissement de plus de 6 000 $, sachant que les œuvres plus emblématiques s'échangent généralement au-delà de 15 000 $.
Source Artprice
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ALAIN VERMONT
03/10/2012
Munch disait :
"Je ne peins pas ce que je vois, mais ce que j'ai vu. Je peins et je pense dans le présent. Je vis dans le passé et dans le futur."
Edvard Munch – De la disgrâce à l'adoubement
Pionnier de l'expressionnisme, Munch n'a eu de cesse d'influencer l'art et de fasciner. Peintre de l'âme, des émotions, il impose aujourd'hui encore sa révolution en bouleversant le marché de l'art en 2012. Né à Oslo en 1863, Edvard MUNCH est issu d'une famille de 5 enfants, nourrie par les revenus modestes de son père médecin militaire. L'histoire tourmentée de sa famille s'associe fatalement aux impressions de maladie, de mort et de tristesse qui émanent de ses œuvres.
Sa mère meurt de tuberculose alors qu'il n'a que 5 ans. Moins de 10 ans après le décès de sa mère, sa sœur aînée Sophie succombe de phtisie (forme de tuberculose) puis une plus jeune sœur est diagnostiquée comme souffrant de mélancolie (terme utilisé à l'époque pour parler de dépression). Quelques années plus tard, Edvard débute des études d'ingénieur. Victime de fréquentes dépressions, il interrompt ses études et décide de devenir peintre. Il entre alors à la Royal School of Art and Design et commence, 4 ans plus tard, en 1885, à composer la première version de The sick child. Il retravaillera tout au long de sa vie cette œuvre dont le sujet renvoie au décès de sa sœur Sophie.
Les nombreuses tragédies entourant son enfance seront malheureusement relayées par de nouveaux drames dans sa vie d'adulte. Pour illustrer les tourments de son histoire personnelle, les forces primitives de ses visions intérieures, Edvard Munch choisit la force de l'image synthétique au dépend de la vraisemblance du sujet représenté. De ses névroses naît une nouvelle voie picturale efficace qui consiste à réduire ce qu'il a vu (et non ce qu'il voit) et à reconstruire ses souvenirs sous des formes simplifiées.
Cette impression d'instantané vaudra à ses œuvres d'être maintes fois jugées « inachevées » et « laides ». De nombreux scandales et dédains de la presse et du public entourent sa carrière. Un des premiers éclate lors de l'exposition d’Automne de Kristiania (Oslo) où il présente pour la première fois une version de The silk child.
Une des six versions peintes de cette œuvre majeure, qui marque une coupure définitive de l'artiste avec le réalisme, appartient à juste titre aux collections de la Tate Gallery à Londres. Aucune version peinte n'est à ce jour passée en vente. Néanmoins la moindre estampe rehaussée d'époque trouve aisément preneur à plus de 100 000 $, à l'exemple de la plus récemment mise en vente, The Sick Child I, frappée à plus de 135 000 $ (Grev Wedels Plass, Oslo, le 28 novembre 2011).
Des gravures pour le marché haut de gamme
Peintre, dessinateur mais aussi graveur, il existe dans l'œuvre de Edvard Munch plusieurs apports fondamentaux pour l'art du XXème. Celui de la reproductibilité en est un. Cette reproductibilité est intimement liée à son obsession de travailler et retravailler les mêmes thèmes : femme vampire, enfant malade, adolescence, personnages sur un pont. Il multiplie les copies comme s'il espérait exorciser l'ennemi intérieur qui donnera naissance au célèbre Cri. Pour un même sujet, il passe d'un format à un autre, d'une technique et d'un style à un autre. Au fur et à mesure, ses œuvres s'orientent vers un rendu pictural toujours plus coloré, plus gestuel et à l'exécution toujours plus dépouillée.
Il s'agit pour Edvard Munch de poursuivre l'exploration d'un motif, de le répéter pour mieux l'expérimenter. La gravure sur bois, qu'il pratique dès 1896, devient ainsi un médium pertinent. D'autant plus qu'elle permet des noirs profonds, des stries, des frontières abruptes entre les noirs et les blancs tout en gardant la justesse du trait. De nombreuses peintures sont reprises dans des œuvres lithographiques, dont le marché haut de gamme s'explique par l'individualisation de chaque tirage qu'il retouche à l'aquarelle, à l'encre ou encore au crayon. Son marché compte ainsi à ce jour 289 estampes ayant trouvé preneurs au-delà de 60 000 $. Deux versions lithographiques de Madonna et Vampire II ont ainsi été adjugées à plus de 1,5 m$ (1,65 m$ pour Madonna et 2,16 m$ pour Vampire II).
Le prix d'une icône moderne
Entre 2011 et 2012, la rétrospective itinérante L'oeil Moderne, n'a sans doute pas été étrangère au regain d'intérêt des collectionneurs qui s'est illustré par une augmentation de 159% de son indice des prix (entre janvier 2011 et janvier 2012). Ce sont essentiellement les œuvres des années 1890/1900 qui sont les plus recherchées et correspondent aux meilleurs résultats de ventes de l'artiste. Longtemps méprisé comme peintre, Edvard Munch fut encore plus longtemps ignoré comme auteur d'estampes.
Il en réalisa pourtant des milliers. Ce n'est donc pas un hasard si sur 2 098 lots passés en ventes, 1 855 correspondent à des œuvres lithographiques. Si peu de peintures ont été frappées aux enchères (142 depuis 1986), cela s'explique en partie par le lègue, à sa mort, de toutes ses œuvres à la ville d'Oslo (d'où le musée Munch). Edvard Munch a eu une carrière prolifique. Néanmoins la rareté des acquisitions privées de son vivant a logiquement amplifié la rareté des œuvres disponibles sur le second marché. Entre 2011 et 2012, pour espérer s'offrir une huile sur toile il fallait compter un minimum d'investissement de 1,5 m$ pour des œuvres plus où moins fortes.
Les estimations élevées et la qualité aléatoire des toiles expliquent le nombre important d'œuvres régulièrement ravalées (en 2011 et 2012 cinq toiles sur onze sont restées invendues). Lorsqu'une version au pastel de l'emblématique Cri (The scream) datée de 1895 est proposée aux enchères, elle ne peut qu'attirer les collectionneurs les plus puissants du monde. Seule des quatre versions à figurer encore entre les mains de collectionneurs privés, elle est estimée à plus de 75 m$ par l'heureuse maison de vente Sotheby's et c'est à 107 m$ que le marteau s'arrête de frapper le 2 mai 2012 ! Cette adjudication historique, en plus de détrôner celle à 95 m$ du Nude, Green Leaves and Bust de Pablo PICASSO(record depuis le 4 mai 2010, Christie's New York) a bouleversé la hiérarchie des genres en attribuant à un dessin la place tant convoitée de l'œuvre la plus chère au monde.
Après un tel record sur la 1ère moitié de l'année 2012, quelle autre icône de l'art sera susceptible d'emmener les enchères encore plus haut ?
Source Arprice
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ALAIN VERMONT