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La Fondation Louis-Jeantet de médecine remettra son Prix 2003 le 11 avril prochain à Genève. Le comité scientifique, qui a annoncé son choix le 14 janvier, a désigné cette année trois lauréats : l'Allemand Wolfgang Baumeister, directeur de l'Institut Max Planck de biochimie à Martinsried, où il mène le département de biologie structurale, la Finlandaise Riitta Hari, chef de l'Unité de recherche sur le cerveau de l'Université de technologie d'Helsinki, ainsi que le Grec Nikos Logothetis, directeur de l'Institut Max Planck pour la Cybernétique biologique à Tübingen, où il mène le Département de physiologie des processus cognitifs.Une somme totale de 1,2 million d'euros (1,8 million de francs) sera mise à disposition de ces scientifiques pour poursuivre leurs recherches respectives. Chaque lauréat recevra par ailleurs 75 000 euros à titre personnel. Le Prix Louis-Jeantet vise à encourager en Europe la poursuite de travaux prometteurs en médecine clinique ou fondamentale, et non à récompenser des uvres achevées.La cellule vue en 3 dimensions à l'échelle moléculaireWolfgang Baumeister, 46 ans, a contribué de façon importante au développement de la «tomographie par cryomicroscopie électronique». Cette technique fournit des images en trois dimensions de cellules intactes, avec une résolution qui permet déjà l'identification de gros complexes moléculaires. Avec les techniques antérieures, la microscopie de coupes cellulaires ou l'analyse biochimique de molécules extraites de la cellule, la structure et la chimie de la cellule étaient étudiées séparément. La tomographie par cryomicroscopie permet l'observation directe de la cellule comme un gigantesque assemblage de molécules.La cellule est d'abord congelée rapidement. Ses composants moléculaires sont ainsi figés dans leur position. L'échantillon est ensuite observé dans son entier au microscope électronique, suivant de nombreux plans. A partir d'un grand nombre de vues, l'ordinateur reconstruit une image tridimensionnelle de la cellule. Il peut également y repérer des macromolécules dont la forme est connue. Ces opérations, qui exigent une puissance de calcul importante, sont possibles grâce aux puissants ordinateurs parallèles.Baumeister a également contribué à déterminer la structure et la fonction du protéasome, un grand complexe de protéines nécessaire à la dégradation protéique dans la cellule. Il a montré que la tomographie par cryomicroscopie électronique permet d'observer ce complexe à l'uvre dans la cellule intacte. Wolfgang Baumeister se propose d'améliorer la résolution de la technique, et de l'utiliser pour étudier l'architecture tridimensionnelle des ensembles moléculaires des synapses entre cellules nerveuses.Le cerveau en actionRiitta Hari, née en 1948, est une pionnière de la détermination des séquences d'activation du cerveau lorsqu'une personne effectue une tâche donnée. Elle a contribué de façon décisive au développement de la «magnétoencéphalographie» (MEG), une technique non invasive basée sur la mesure des infimes champs magnétiques créés par les influx nerveux dans le cerveau.Ces champs sont extrêmement faibles, raison pour laquelle la MEG utilise des détecteurs archi-sensibles, les SQUIDs. Ces capteurs supraconducteurs sont immergés dans l'hélium liquide, dans un récipient en forme de casque entourant la tête du sujet. Avantage sur l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle : une résolution temporelle incomparable, de l'ordre d'une fraction de milliseconde. Pendant 20 ans, l'équipe multidisciplinaire de Riitta Hari a fait progresser la MEG aussi bien au niveau de l'appareillage que de l'analyse des signaux. Riitta Hari a utilisé cette technique pour étudier les fonctions sensorielles, motrices et cognitives du cerveau. Elle a développé des outils d'observation cliniques pour le suivi de patients neurologiques.Durant ses travaux, la scientifique a notamment observé les régions du cerveau impliquées dans le contrôle des mouvements. Ces structures sont également activées par la simple observation d'une autre personne exécutant des mouvements comparables. Ce système de «neurones miroirs» pourrait constituer un site important pour la reconnaissance sociale. Riitta Hari se propose d'étudier l'activité cérébrale d'observateurs confrontés à la douleur d'autrui. Avec une hypothèse en tête : les régions impliquées dysfonctionnent peut-être dans les troubles de la communication sociale comme l'autisme ou la schizophrénie.Comment les informations visuelles émergent à la conscienceNikos Logothetis, né en 1950, a contribué de façon décisive à l'étude de la perception des images visuelles par le cerveau. Il s'intéresse tout particulièrement aux frontières des processus conscients et inconscients. De la rétine, l'information visuelle se propage par le thalamus (intensité, couleur), par le cortex visuel primaire, puis par d'autres zones corticales, avant de toucher finalement le cortex temporal inférieur. A quel moment devient-elle consciente ? Nikos Logothetis et ses collaborateurs tentent de résoudre la question en étudiant la prise de conscience visuelle chez des singes entraînés. Ils ont pu montrer que des neurones situés tout au long du trajet de l'influx nerveux déclenché par la vision sont responsables de la perception visuelle consciente.Nikos Logothetis combine plusieurs techniques pour enregistrer simultanément l'activité cérébrale dans l'espace et dans le temps. Cette multiplicité des techniques de mesure lui a permis de découvrir que les changements de l'oxygénation locale du cerveau, que l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle détecte dans les régions actives, reflètent les signaux entrants, et non l'activité liée aux signaux sortants. Le chercheur compte compléter son arsenal de moyens de mesure par des méthodes permettant de rendre compte de l'activité de neurones individuels.