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Ms. fr. 3972 f. 323-327 (1) (2) (3)
TRANSCRIPTION
Les étapes suivies jusqu'à la fin du chapitre sont les suivantes:
1°) Définition de choses: dans le langage, la langue a été dégagée de la parole. Quand on défalque du langage tout ce qui n'est que parole, le reste peut s'appeler proprement langue et se trouve ne comprendre que des termes psychiques. La langue = noeud psychique entre idée et signe. Mais ce ne serait là que la langue hors de sa réalité sociale, et irréelle (puisque ne comprenant qu'une partie de sa réalité). Pour qu'il y ait langue, il faut une masse parlante se servant de la langue. La langue pour nous résidait d'emblée dans l'âme collective. Ce second fait rentre dans la définition; il ne s'applique pas à parole (les actes de parole sont individuels).
<Par la définition, nous nous plaçons d'emblée devant les deux choses> Ainsi ce schéma:

Masse

<Avec ce schéma, la langue
est viable>
La définition même tient compte de la réalité sociale, mais elle ne tient pas compte du tout encore de la réalité historique.
Comme le signe linguistique est de sa nature arbitraire, prenant la langue ainsi définie, il semble que rien n'empêche de la prendre comme un système libre, ne dépendant que de principes logiques se mouvant dans la sphère pure des rapports. Est-ce que le fait en soi de la masse parlante empêcherait ce point de vue? Pas précisément - tant qu'on le prend tout seul. Comme une communauté ne pense pas logiquement ou uniquement logiquement, la langue dépendrait de principes psychologico-logiques. Mais les réalités extérieures comme celles qui se manifestent dans une masse sociale n'ont pas occasion de se produire quand on considère les faits de langue hors du facteur temps, dans un seul point du temps. Mais ici intervient la réalité historique du temps. Si l'on prenait le temps sans la masse parlante, il n'y aurait peut-être aucun effet externe (d'altération). La masse parlante sans le temps;- nous venons de voir que les forces sociales de la langue ne se manifestent que si on fait intervenir le temps.
Nous arrivons à la réalité complète avec ce schéma, c'est-à-dire en ajoutant l'axe du temps:

||La masse parlante est multipliée par le temps, considérée dans le temps.

<Dès lors> La langue n'est pas libre parce que même a priori le temps donnera occasion aux forces sociales intéressant la langue d'exercer leurs effets, par la solidarité infinie avec les âges précédents.
2°) La continuité enferme comme par un fait inséparable l'altération, déplacement plus ou moins considérable des valeurs, inévitable avec la durée. <Invoquons simplement ce fait que> nous ne connaissons aucune chose qui ne s'altère dans le temps.
Chapitre IV. (à intercaler à la suite du précédent).
La linguistique statique et la linguistique historique. Dualité de la linguistique.
C'est la suite <directe> du précédent chapitre <et indication de base générale sur laquelle nous voulons nous placer pour la suite>.
On peut hésiter sur le moment où il faut introduire la notion de temps et ses conséquences. (maintenant on l'introduit plus vite que précédemment, <d'où intercalation de ces deux chapitres>).
Le fait que le temps intervient pour modifier la langue, ne semble pas tout d'abord un fait bien grave, ou ayant de grandes conséquences pour les conditions de la linguistique.
Peu de linguistes sont disposés à croire que la question de temps crée des questions particulières. Peu voient là une croisée centrale où l'on soit obligé de se demander s'il faut rester dans le temps ou marcher hors du temps.
La dualité de la linguistique représente pour Saussure le pilier de sa théorie. Cette leçon a été rédigée avec soin, et la Bibliothèque de Genève conserve ces manuscrits depuis 1955.
Ms. fr. 3951/23 f. 32 à 36 (1) (2) (3) (4) (5)
Chapitre IV, <à insérer comme le précédent avant>: La linguistique statique et la linguistique historique. <Dualité de la linguistique.>
TRANSCRIPTION
Ce chapitre est la suite directe du précédent en même temps que l'indication de la base générale sur laquelle nous allons nous placer pour la suite. Il n'y a nul désaccord avec le plan primitif de ce cours, <lequel> a peut-être un reflet dans vos notes il a eu simplement une interversion du moment où j'ai fait intervenir la <donnée> Temps, la notion historique, <que j'ai [introduite] au troisième chapitre>. On peut hésiter en effet sur le moment exact où il faut faire faire son apparition à la <donnée> Temps. Comme vous le verrez, j'aurais pu à la rigueur, ne lui donner sa place que plus tard, et par conséquent, vous éviter un remaniement incommode dans l'ordre des chapitres; car ceux-ci ne sont pas touchés autrement que par leur succession. Mais précisément puisqu'il ne s'agi<ssait> que des numéros, sans rien changer à la substance même, je n'ai pas hésité, en vue de certains avantages, à mettre les chapitres sur les conséquences du temps plus haut que je ne l'[avais prévu].
Le fait que le Temps intervient pour altérer la langue, comme il intervient pour altérer <ou modifier> toute chose, ne semble pas d'abord un fait bien grave pour les conditions ou est placée la science linguistique. Et je dois ajouter que je ne vois qu'une infime proportion de linguistes, ou peut-être aucune, qui soit disposée elle-même à croire que la question du Temps crée à la Linguistique des conditions particulières, des difficultés particulières, des questions particulières, voire une question centrale et pouvant aboutir à scinder la Linguistique en deux sciences.
Quand nous jetons le regard sur d'autres sciences, je répète que nous ne pourrions guère y relever un effet particulier produit par la considération du facteur Temps (= altération des termes <en présence>).
Nous voyons que l'astronomie a constaté de <notables> changements <au ciel> dans le minime temps dont elle a disposé, mais on ne voit pas <clairement> de raison pour cela à séparer l'astronomie en deux, à en faire deux disciplines.
Nous voyons que la géologie, <un peu> à l'inverse de l'astronomie, raisonne presque <sans cesse> sur des successivités, sur des changements dans le temps, mais quand elle s'occupe aussi d'états fixes de la terre considérés hors du temps, elle ne fait pas de ces deux choses des objets fondamentalement séparés.
Nous voyons qu'il y a une science du Droit et une Histoire du droit, selon le temps, et que personne ne songerait à déclarer <pour cela> [que] l'Histoire du droit constitue une discipline séparée de la Science du droit. Nous voyons l'histoire politique des États se mouvoir éminemment dans le temps, <mais> ne faire aucune distinction si quelque historien trace au contraire le tableau d'une époque, en excluant par conséquent les changements du temps.
<Nous voyons> l'histoire des institutions politiques rechercher <avant tout> les états <de choses> hors du temps, mais ne croit pas changer de sujet si elle parle en même temps des modifications <consécutives au> temps.
Nous voyons l'Economie politique, (Wirtschaftslehre) s'occuper principalement de l'équilibre entre le travail et le capital comme forces sociales, avec toutes les forces intermédiaires. <Mais ici>, à cet instant, chose remarquable, voici aussi ce que nous voyons <tout à coup et comme par changement de décor:> c'est que, contrairement à tout ce qui se passait pour les sciences précédentes, voici qu'on nous parle de l'Histoire économique (=Économie politique dans le temps) comme d'une science séparée, séparée à quel point dans le détail des faits, je n'en veux pas juger <personnellement>, il me suffit de voir qu'une Université quelconque comme la nôtre confie à deux professeurs différents l'Histoire économique ou l`Économie politique. Pourquoi? Peut-être <et probablement> qu'on ne s'en rend pas compte pleinement.
Mais c'est pour la raison qui tout à l'heure nous fera voir la dualité de la science linguistique; à savoir qu'avec l'Économie politique on est en face de la notion de valeur, <qu'on n'a fait qu'obéir à la nécessité interne:> <je me corrige:> que déjà avec l'Économie politique, quoique à un moindre degré qu'avec la linguistique, on est en face de la Valeur <ipso facto: système de valeurs>, car toute valeur implique un système de valeurs. <Or,> c'est une chose très remarquable qu'on ait été amené pratiquement à <expérimenter, même sans le vouloir,> déjà dans une première science de valeurs, l'impossibilité de mener de front ces deux objets: le système de valeurs pris en soi <ou à un moment>, et le système de valeurs selon le Temps.
La vérité vraie est que même les sciences qui s'occupent de choses auraient avantage à marquer plus complètement la différence entre les deux axes où existent les choses

l'axe des contemporanéités (où on peut
faire disparaître le facteur Temps)
et l'axe des successivités (Choses x Temps).
Quand on arrive aux sciences qui s'occupent de valeurs, la distinction qui n'était que presque facultative jusque-là, devient une nécessité théorique et pratique de premier ordre. On peut dès cet instant mettre au défi qui que ce soit d'établir une science nette hors de la séparation des deux axes.
Quand on arrive 3° aux sciences qui s'occupent de la valeur arbitrairement fixable (sémiologie), <non plus de la valeur ayant une racine dans les choses,> = signe arbitrairement <fixable> (linguistique), alors la nécessité de distinguer les deux axes atteint le dernier maximum, vu que, même par simple évidence a priori, ne vaut que ce qui est instantanément valable.
Toute valeur a deux côtés comme le signe <linguistique>. Tant que cette valeur a, au moins par un de ses côtés, une racine dans les choses, par exemple
<Valeur: par rapport au franc>,

||il est encore relativement possible de la suivre dans le temps avec les variations de sa valeur, et sans oublier que

la contrevaleur (50000 fr.) varie à son tour de valeur, selon les états d'abondance de l'or, etc. Mais tout cela garde une valeur finale de par les choses, et ne peut le plus souvent dépasser une certaine limite.
Au contraire dans l'association constituant le signe il n'y a rien depuis le premier moment que deux valeurs existant 1'une <en vertu de> l'autre <arbitraire du signe>. Si l'un des deux côtés du signe linguistique pouvait passer pour <avoir> une existence en soi, ce serait le côté conceptuel, l'idée comme base du signe.