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International
Colombie
Au delà de l'exil, l'engagement dans la lutte
Le 13 novembre, Aida Avella quitte la Suisse après un exil de 17 ans, 6 mois et 3 jours et sera candidate à l’élection présidentielle de mai 2014 au nom de l’Union Patriotique. Son retour s’inscrit dans le contexte de la signature du deuxième volet des négociations de paix de La Havane, le 6 novembre, entre l’Etat colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Le Parti communiste colombien – Suisse nous donne son analyse de la situation au sujet de ces récents développements.
Le génocide politique de l’Union Patriotique
Aida Avella est arrivée en Suisse pour sauver sa vie à la suite d’un attentat à Bogotá en 1995. L’attentat fut perpétré alors qu’elle avait dénoncé le plan appelé « Golpe de Gracia » (Coup de grâce) en tant qu’élue de la capitale colombienne. Ce plan avait alors comme intention l’élimination physique de tous les dirigeants de l’Union Patriotique (UP), ce parti fondé en 1985 comme une expression sociale et politique plurielle. Aida est l’une des rares survivantes parmi les plus de 5000 mi-li-tant·e·s disparus et assassinés.
La reconnaissance du génocide politique de l’UP est une revendication des survivant·e·s et des mouvements sociaux colombiens : elle permettrait d’en juger les responsables et fait partie des accords partiellement dévoilés concernant le deuxième volet des négociations de La Havane en cinq points qui ont débuté le 18 novembre 2012. Celles-ci regroupent l’Etat colombien et le groupe insurgé des FARC. Nous espérons que les accords du « point 2 » vont insuffler et soutenir les mouvements politiques qui, malgré le génocide et la répression constante, continuent à lutter pour l’équité sociale en Colombie.
Les origines du conflit
Au XXIe siècle, les inégalités abyssales dans la distribution des terres persistent en Colombie. L’agriculture se constitue par une relation directe et forte entre le monopole des terres dont découlent les conditions de production, l’accès aux transports, les conditions de travail et le bien-être des habitants de ces territoires. Aujourd’hui, on constate que le modèle féodal se perpétue tant dans les parties les plus éloignées du territoire que dans les villes. Les similitudes sont honteuses entre l’esclavage colonial, l’exploitation des travailleurs et le capitalisme des multinationales. L’extraction sans considération des ressources naturelles violente quotidiennement les communautés et leurs territoires avec le blanc-seing des autorités nationales. Il est difficile d’identifier clairement tous les intérêts qui bénéficient de la perpétuation du conflit armé.
Des mouvements sociaux en pleine effervescence
Cette année le panorama politique est agité par de nombreuses mobilisations sociales provenant de tous les secteurs de la société : paysan, estudiantin ou ouvrier. Pas un mois ne s’est passé sans que des protestations et des troubles n’aient lieu aussi bien dans les villes que sur les axes routiers du pays. Il faut souligner la non--conformité frappante entre les niveaux d’organisations ainsi atteints et les conditions de travail et de vie.
Les réseaux sociaux et les médias alternatifs ont pris une importance croissante puisqu’ils permettent de surmonter la méfiance toujours plus forte vis-à-vis de la presse nationale contrôlée par l’oligarchie. Les mensonges sur les décomptes et impacts des manifestations sont systématiques. Ainsi, le mécontentement collectif grandit face à la dépossession médiatique de son propre quotidien alors que l’injustice et les inégalités grossissent chaque jour.
Un conflit continu depuis 60 ans
La question agraire en Colombie est une des causes centrales du conflit ininterrompu que la vit Colombie depuis plus de 60 ans. Les quelques pics de violences et de massacres simulent des intervalles de tranquillité. Aussi, cette situation exige une distance et une attention toute particulière que des exilé·e·s comme Aida Avella sont parmi les seuls à avoir développés. En effet, ceux qui se sont impliqués en profondeur dans la vie politique colombienne prennent le risque permanent de se faire arracher à leur entourage. Sa propre réalité et perception prennent alors pour but de sauver sa vie et celle de sa famille.
Les élections présidentielles de 2014
Le samedi 16 novembre durant la première session du congrès de l’UP à Bogotá, Aida Avella se déclare être à disposition comme candidate pour les élections de 2014, pourvu que l’exercice légitime d’opposition soit garanti. Le système de partis politiques est aujourd’hui très formalisé et la simple récupération du droit à se présenter aux élections fut une longue lutte pour l’UP. Les négociations de paix n’aboutiront pas avant les prochaines élections et l’une des revendications centrales reste la tenue d’une assemblée constituante qui définisse les lois d’une Colombie post-conflit.
L’ex-présidente de l’UP illustre, par son courage et par sa détermination, très concrètement les possibilités ouvertes par les négociations de paix de La Havane. C’est un moment important pour toute la gauche, qui devrait pousser les différentes formations vers l’unité tant désirée. Cette unité apparaît ponctuellement au gré des conjonctures mais éclate souvent lorsque les intérêts électoraux se font sentir.
PCC Suisse
Introduction, intertitres et traduction de la rédaction.
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