Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07246.jsonl.gz/240

Théorie des marqueurs somatiques
Introduction
Cette page présente la théorie des marqueurs somatiques proposée par Antonio Damasio (1995), qui relève de la neuropsychologie cognitive.
De l'étude des lésions cérébrales...
Damasio s'intéresse notamment aux troubles du comportement observés chez des personnes cérébralement lésées. Si ces patients présentent des bilans neuropsychologiques classiques pour ce qui est des fonctions exécutives (mémoire, attention, flexibilité mentale, etc.), ils peinent à adopter leurs comportements sociaux, ou à agir de manière appropriée dans la vie quotidienne. En d'autres termes, les performances cognitives de ces individus semblent intactes malgré les lésions cérébrales survenues mais pourtant, ils persistent à prendre des décisions qui leur causent du tort.
Par ailleurs, les patients lésés semblent être émotionnellement désensibilisés, désinhibés, et ne ressentent plus l'effroi usuel face à des images à forte charge émotionnelle, tout en étant capables de citer les émotions que ce genre d'images provoque. Ces patients ont pour point commun d'être victimes de lésions au niveau orbitaire du cortex préfrontal, et ce "syndrome orbito-frontal" sera nommé "sociopathie acquise" par Damasio.
...A l'hypothèse des marqueurs somatiques
L'hypothèse de Damasio repose sur l'idée que les émotions sont indispensables à la prise de décisions logiques et rationnelles. Les patients qu'il a étudiés semblent être incapables de prendre de bonnes décisions alors même qu'ils présentent un fonctionnement cognitif tout à fait normal. Dans la mesure où ils semblent être atteints de surdité émotionnelle, Damasio suggère qu'une lésion dans la partie orbitaire du cortex préfrontal pourrait inhiber les réponses émotionnelles aux stimuli et par conséquent empêcher ces patients de recevoir le feedback émotionnel nécessaire à une prise de décision bénéfique.
Selon Damasio, les marqueurs somatiques constitueraient des traces de la charge positive ou négative d'une émotion ressentie lors d'une réaction à une situation donnée. Ils s'acquièrent dès l'enfance, avec l'éducation et la socialisation et jouent le rôle de "feu vert" ou de "feu rouge" en signalant automatiquement à l'individu la probabilité qu'une décision/réaction provoque un résultat défavorable ou bénéfique. En d'autres termes, le cortex orbito-frontal (COF) va associer les sensations émotionnelles à un stimulus, tout en enregistrant cette association. Lors de la prochaine rencontre avec ce stimulus, le COF réactivera ces sensations émotionnelles, permettant ainsi à l'individu de prendre une décision éclairée.
Les marqueurs somatiques permettraient donc à un individu de tenir compte de ses rencontres précédentes avec des stimuli et d'en tirer parti pour la réalisation de ses choix, en prévenant les conséquences indésirables ou dangereuses et en recherchant les solutions avantageuses ou agréables.
Références
Damasio, A. R., Tranel, D., & Damasio, H. (1990). Individuals with sociopathic behavior caused by frontal damage fail to respond autonomically to social stimuli. Behavioural brain research, 41(2), 81–94. https://doi.org/10.1016/0166-4328(90)90144-4
Damasio Antonio R., & Blanc Marcel. (1995). L’erreur de Descartes : la raison des émotions. Éditions Odile Jacob.
Giffard, B. & Lechevalier, B. (2006). Neurosciences et affects. Champ psychosomatique, no<(sup> 41), 11-27. https://doi.org/10.3917/cpsy.041.0011