Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07076.jsonl.gz/1299

Dô-Chû-Sei
La sérénité dans le mouvement
Do-chu-sei est une composante du concept sei-do (calme-action) qui peut se décrire comme suit: si l’on imagine une règle de 1 mètre et que l’on suppose que le côté gauche de la règle (0 mm) correspond au calme parfait, à la sérénité totale, et que l’autre extrémité (1000 mm) correspond au mouvement ultra-rapide, on peut affirmer qu’aux environs du centre de la règle, l’attitude calme, immobile du pratiquant se mue progressivement en mouvement.
Dans toutes les disciplines martiales, cet état de vigilance est bien connu. C’est une attitude très difficile à trouver, et cela indique souvent le degré de maîtrise du pratiquant.
En effet, une position relaxe, installée, juste avant de se mettre en mouvement, a pour conséquence un centième de seconde de préparation, de restabilisation, qui s’illustre souvent par un mouvement heurté, le plus souvent par un appel ou un piétinement pour remettre sa ligne centrale (seichu-sen, le thème de l’an passé) en place.
Ce centième de seconde, dans toutes les disciplines, pourrait signifier, dans un contexte réaliste, la différence entre la vie et la mort.
Au contraire, le pratiquant va s’approcher très près de cette barre des cinquante centimètres sur la règle décrite plus haut. Il attend le dernier moment pour agir, contrer ou attaquer, mais le moment où il décide de le faire, il ne peut prendre ne serait-ce qu’un millième de seconde de retard. Cela veut dire que dans son attitude immobile juste avant l’action, il y a déjà de l’action, mais elle ne se voit pas.
De même, une fois l’action entreprise, cette dernière doit conserver une part de sérénité et ne pas être gesticulante. Ceci s’appelle le yoyu (la marge), cette part de sérénité conservée au coeur de l’action la plus dynamique.
Je me souviens d’une remarque de Me Shimizu, dans les années septantes, lorsque je le regardais après avoir fait un kata devant lui particulièrement rapide et compliqué, quêtant inconsciemment une approbation ou un compliment : «Isogashii ne» fut sa remarque. Je la pris au premier degré «tu t’es donné, hein !» ou bien, plus littéralement : «tu as été très occupé !» et j’en fus très fier. Jusqu’au jour où je réalisais que c’était une critique concernant mon attitude désordonnée, pressée, toujours à la limite, sans marge, sans aucune sérénité.
Si je vous propose ce thème pour ces nouvelles portes ouvertes, c’est parce que je pense que c’est très «jouissif» que d’être au milieu d’une tempête de mouvements tout en conservant son calme et la possibilité de doser les mouvements. C’est un exercice très difficile, mais je pense que c’est une attitude que nous devrions tous rechercher dans notre pratique, car elle nous rapproche du but que nous devrions tous poursuivre dans notre pratique martiale : atteindre à une certaine sérénité intérieure.
Je pense que les divers enseignants du SDK, tous chevronnés, devraient trouver sans trop de problèmes des exercices simples dans lesquels on travaillerait la suppression de l’appel (des pieds, du corps, de l’arme, etc.) pour expérimenter le mouvement qui jaillit de nulle part, sans avertissement, mais avec tous les ingrédients nécessaires à sa réussite : le poids du corps, la puissance, l’équilibre, le timing et le ma-ai (distance) juste.
Je me réjouis d’ores et déjà de partager cette expérience avec vous tous.
Pascal Krieger