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Le conflit armé interne désigne un recours persistant à la violence armée, entre un État et un ou plusieurs groupes armés organisés, sur son territoire, en lui contestant le monopole de la violence légitime. Malgré le fait qu’il puisse être restreint à des portions limitées du territoire, ce type de conflit reste dévastateur.
Les conflits armés internes, aussi connus sous le nom de guerres civiles, sont caractérisés par l’intervention de l’État et l’escalade de la violence à laquelle ils donnent lieu. Une approche d’économie politique internationale montre la façon dont les variables politiques et économiques peuvent souvent converger dans la constitution des hostilités. Elles peuvent être regroupées en trois axes principaux : rationalité et motivations des combattants, financement des conflits armés, et ressources naturelles (Guáqueta, 2002). Ces axes permettent de comprendre les relations de pouvoir qui affectent la concentration de la richesse au-delà d’analyses plus conventionnelles basées sur la rivalité des intérêts arbitrée sur la base de choix rationnels. En d’autres termes, l’importance de la puissance économique et militaire des acteurs, l’impact des ressources naturelles en termes de pillage et les motivations, ainsi que les opportunités économiques des agents impliqués sont pris en compte.
Un conflit armé est défini comme une situation de violence qui se déroule sur le territoire d’un État, comprenant des affrontements armés prolongés entre les forces gouvernementales et un ou plusieurs groupes armés non étatiques (Lawand, 2012). Ces acteurs agissent dans le but de générer des modèles d’ordre, non seulement au sein des institutions étatiques, mais aussi en dehors de ces institutions et donc à différents niveaux (Cerny et Pichard, 2017). Dans cette mesure, les secteurs économiques affectés par la dynamique du conflit interne sont traversés par des réseaux d’interdépendances qui rendent compte de phénomènes sociaux dans lesquels existent des relations de pouvoir, des liens territoriaux, ethniques et même religieux. Il est toutefois important d’élucider quand la violence apparaît comme un conflit interne, ainsi que de faire la différence entre ceux qui participent à la violence et ceux qui en subissent les effets (Bernard, 2011). La notion de conflit armé non international doit être analysée à la lumière de l’article commun des Conventions de Genève de 1949 et de l’article premier du Protocole additionnel II de 1977 (Vité, 2009) – malgré qu’en réalité, les conflits armés ne soient pas aussi clairement définissables qu’ils le sont dans les catégories juridiques. Par ailleurs, certains ne sont conformes à aucun des concepts envisagés par le droit international humanitaire.
Il est important de considérer que “les conflits armés posent un certain nombre de risques pour la croissance économique et le développement d’un pays”, étant donné que “l’insécurité et la faible application des lois peuvent menacer les droits de propriété et freiner l’activité économique (Mueller et Tobias, 2011). En particulier dans des contextes où les institutions sont faibles, les pays peuvent être pris dans des cycles répétés de violence qui entravent le développement économique” (Mueller et Tobias, 2016). En effet, les conflits politiques internes affectent la manière d’agir d’un État ainsi que ses relations avec les autres nations.
Le cas colombien démontre comment l’offensive militaire peut s’accompagner d’attaques contre la base financière de groupes armés dits illégaux. Le “Plan Colombie” est un accord signé entre les États-Unis et la Colombie lorsque Bill Clinton et Andres Pastrana gouvernaient en 1999. Il a permis d’injecter des fonds étrangers ainsi que des renseignements militaires en Colombie, dans le but d’aider l’État dans son combat contre les groupes armés illégaux (considérés comme des “narcoterroristes”). Des politiques de cette nature ont contribué à légitimer le discours de mouvements radicaux se battant contre l’État au nom d’idéologies nationalistes ou ethno-nationalistes comprises comme une recherche et une défense de leur propre identité (Molina & Oiarzabal 2009). De tels mouvements prennent une position très critique contre le modèle d’État-nation qui maintient et encourage, selon eux, les inégalités en Amérique latine. Une perspective d’économie politique internationale dans le cas colombien démontre ainsi que : “s’il est diagnostiqué que les rebelles ne sont que des mercenaires en quête de profit, déguisés en victimes sociopolitiques, il y aura des raisons de légitimer une confrontation militaire et judiciaire contre ces supposés bandits. Dès lors, les programmes destinés à améliorer l’administration publique et le développement économique seront considérés comme moins importants” (Guáqueta, 2002) car la focale est tournée vers le conflit armé interne, et non pas vers le développement économique et social (Guáqueta, 2002). Dans une approche d’EPI, l’étude des conflits armés internes met l’accent sur la dimension économique de la guerre. Elle rend compte des implications concrètes de la manière dont les organisations internationales et les États répondent aux conflits armés et permet ainsi d’évaluer dans quelle mesure les conflits armés deviennent négociables lorsque l’une des parties cesse d’en tirer profit. Cela donne naissance à des types particuliers de politiques et participe ensuite à les entretenir.
Tatianna A. Bonillas
Z. Ivan O. Cajamarca
Gaetan Deletroz
Sergio A. Londono
Simon Roquet
Samson Yemane
Publié en 2021
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