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La décision du Conseil de la Fondation de vendre le 28 janvier 1998, à New York, chez Sotheby’s, un dessin de Michel-Ange, le Christ et la Samaritaine au puits de Jacob, et le succès considérable de cette vente dotèrent la Fondation Martin Bodmer de nouveaux moyens et permirent de nouvelles acquisitions, auxquelles contribuèrent également de généreux donateurs et amis.
La Fondation Martin Bodmer se sépara également d’autres dessins (la Madonna al gatto de Léonard de Vinci et une carte de Vincent Van Gogh à son frère, représentant le Parc d’Arles, puis une série de 47 dessins), par transaction privée et par vente publique, le 23 janvier 2002, à New York, chez Christie’s.
Elle fut ainsi en mesure de constituer un Fonds d’acquisitions. Ces décisions ne furent pas faciles, car la collection de dessins faisait partie intégrante du projet de la Collection. Martin Bodmer considérait les dessins « comme l’expression écrite de l’intuition artistique ».
La Fondation Martin Bodmer a cependant gardé une cinquantaine de dessins en étroit rapport avec la Weltliteratur (la bénédiction d’Isaac de Rembrandt, le Tartuffe de Boucher, Virgile et Dante de Füssli, le King John de Shakespeare par Blake, le Faust de Delacroix, le Minotaure de Picasso etc.).
Trois raisons expliquent la position du Conseil de Fondation : au niveau de l’Etat, la réduction des déficits publics depuis les années 1992 et particulièrement en 1997-98, pour le secteur culturel, imposait à la Fondation la nécessité de trouver de nouveaux moyens ; les progrès des connaissances en matière d’histoire de l’art avaient remis en cause de nombreuses attributions concernant les maîtres anciens, ce qui rendait inégale la collection voulue par Martin Bodmer ; enfin, pour demeurer vivante, une collection doit pouvoir continuer à acquérir.
Une commission des acquisitions a été constituée au sein du Conseil de Fondation avec le Directeur pour définir les orientations et le budget.
Grâce à des dons et à des ventes qui ont porté sur des collections (dessins, tapisseries) considérées comme périphériques par rapport au cœur de la bibliothèque (les œuvres de l’esprit humain transmises par l’écrit, notamment par le livre), une politique d’acquisitions a pu être envisagée autour des principes suivants :
1. S’en tenir à des auteurs et à des textes majeurs dans l’histoire des civilisations (Weltliteratur)
2. Choisir dans chaque cas ce qui est le plus représentatif, en comblant certaines lacunes (littératures d’expression française, anglaise et hispano-américaine du XXe siècle)
3. Renforcer des points forts (comme la série des autographes allemands)
4. Dans certains cas, acquérir l’œuvre complète (par exemple Michaux)
D’où les achats de surréalistes, de Cendrars, de l’ensemble des plaquettes poétiques et des ouvrages de Michaux, de la correspondance de Rilke et de Baladine, avec poèmes autographes, éditions originales, photographies et aquarelles, des premières épreuves corrigées de Du côté de chez Swann de Marcel Proust, de la dactylographie et des épreuves d’une nouvelle de Henry James (The Jolly Corner), de manuscrits autographes de Jean Genet (Pour un funambule) et de Jorge Luis Borges (El Sur).
Mais aussi, de documents autographes concernant la littérature scientifique et de partitions musicales (notamment un mouvement de quatuor inédit de Beethoven, un oratorio de Paul Hindemith et un concerto pour violoncelle et orchestre de Frank Martin).
Dans les années qui suivirent la mort de Martin Bodmer, la Collection a bénéficié de dons d’ouvrages ou de bibliothèques.
Le cas le plus remarquable fut la bibliothèque des sciences léguée après sa mort par André Chavanne en 1990 (4 000 ouvrages anciens et modernes, traitant de sciences et de philosophie).
Mentionnons aussi une importante collection de reliures et d’œuvres reliées de Rodolphe Töpffer de Maurice Battelli, en 1979 ; un legs de documents d’histoire contemporaine du ministre des Affaires étrangères de l’Estonie, Kaarel Peeter Selter, en 1989 ; la bibliothèque du professeur d’histoire de l’Antiquité et ancien recteur Denis van Berchem, en 1990 ; celle de l’orientaliste Amir Mehdi Badi (auteur de Les Grecs et les Barbares, 6 tomes, 14 vols., P. Geuthner, Paris, 1963-1991), don de sa veuve en 1995 ; une édition complète des œuvres de Mozart, don de Mme Daniel Bodmer ; des éditions originales d’œuvres et de plaquettes de Michel Butor (entre 1965 et 1985), don de l’auteur, qui a dédicacé à cette occasion tous les exemplaires de ses œuvres acquis auparavant ; la bibliothèque de linguistique de Georges Cuendet, don de Georges-André Cuendet.
Depuis 2000 et, notamment après l’ouverture du Musée en 2003, les dons prennent une place toujours plus grande. Ils témoignent de l’intérêt que suscite la vie nouvelle de la Collection.