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Hasard du calendrier : les deux principales puissances mondiales du moment, les USA et la Chine, viennent de désigner leurs grands timoniers respectifs. On sait bien que ce ne sont pas eux, les deux hommes en question, Obama et Xi Jinping, qui vont faire la politique de leur pays. Mais ils vont l'incarner, et la défendre, même s'ils n'auront pu que lui donner quelques impulsions : ce sont les intérêts et les enjeux des complexes militaro-industriels (ou post-industriels) qui « gouvernent » réellement les Etats-Unis d'Amérique et la Chine, et eux ne sont soumis à aucune élection ni à aucune autre désignation que celle qui sourd de leurs fortunes. Obama, réélu, et Xi Jinping, déjà désigné, ne sont pas ces « hommes les plus puissants du monde » dont on nous rebat les oreilles dans les media : ils sont ceux que des hommes moins connus, mais plus puissants qu'eux, font monter sur le devant de la scène. L'Américain et le Chinois ne sont pas les maîtres du monde, ils sont ses concierges.
Avouons-le d'emblée : on a tout de même été satisfaits du résultat de l'élection américaine de la nuit dernière. Mais c'est moins la victoire d'Obama qui nous réjouit que la défaite de Romney, sa smala de mômiers, sa troupe de cow-boys et le tea party en prime. Quant à l'élection (mais le mot est impropre : il ne s'agit que de la ratification d'une cooptation) du président du parti-Etat chinois, on ne sait pour quelle raison il faudrait s'en féliciter ou s'en attrister. On ne sait qu'une chose : que la Chine de Xi Jinping est devenue la banquière des Etats Unis de Barack Obama, qu'elle est devenue le premier partenaire commercial de l'Allemagne, qu'elle est devenue l'usine du monde entier, le leader du commerce mondial, la deuxième puissance économique mondiale, devant le Japon, et qu'elle s'apprête à devenir (ou plutôt redevenir, puisqu'elle le fut jusqu'à notre XVIe siècle) le première, alors que sa population reste pauvre (mais qu'elle est désormais le premier marché mondial de l'industrie du luxe). Et que pour toutes ces raisons, la ratification de la cooptation du nouveau président du parti « communiste » chinois est au moins aussi importante que la réelection du président des Etats Unis.
Qui désigne qui, d'ailleurs ? Ici, on élit ceux qui élisent, et là, on ratifie une cooptation. Aux USA, une partie de la population (celle qui a le droit de vote et qui s'en sert) désigne de grands électeurs qui désignent le président. En Chine, une partie de la population (celle qui est membre du parti) est représentée, sans les avoir choisis, par des délégués au congrès qui avalise le choix d'un bureau politique dont ils ont avalisé la composition. Mais si en Chine la possibilité de choisir est à peu près nulle (on sait déjà que Xi Jinping succèdera à Hu Jintao à la tête du parti unique, puis à la tête de l'Etat), est-elle si grande que l'on veut faire croire aux USA ? Il y avait 24 candidat-e-s à la présidence des Etats-Unis : avez-vous entendu parler des 22 autres qu'Obama et Romney, et qui se sont maigrement partagé 3 % de l'électorat ? Aux USA, on avait le choix -mais entre deux candidats sur 24. Et si en Chine, on n'a pas le choix, au moins on ne cherche pas à faire croire qu'on l'a : Le 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui doit renouveler d'ici au 14 novembre les plus hauts dirigeants au pouvoir, ne sera que le moment d'une ratification, celle de l'accession du vice-président du parti, Xi Jinping, à la présidence. Xi Jinping assurera d'ailleurs lui-mme la direction des travaux du congrès qui le nommera, comme ce fut le cas dans le passé pour ses précédents dirigeants. On n'est jamais si bien élu que par soi-même, et la dictature est plus franche que la démocratie.
Le Secrétaire général de l'ONU, félicitant Obama pour sa rééelection, a déclaré que « de nombreux défis restent à relever, de l'effusion de sang en Syrie au processus de paix au Moyen-Orient en passant par la promotion du développement durable et les défis posés par les changements climatiques. Tous ces défis exigent une coopération multilatérale forte ». C'est en effet le moins qui soit nécessaire, mais c'est dire qu'il ne faut pas attendre du président des USA autre chose que la levée des obstacles à cette coopération -la même attente s'adressant au nouveau chef du parti-Etat chinois. Or même cette attente paraît fort optimiste : Obama ne peut rien seul, et pas grand chose contre les forces qui gouvernent la réalité économique de son pays et contrôlent son parlement (où le président ne dispose pas d'une majorité). Et il en va de même, toutes structures institutionnelles incomparables, pour Xi Jinping. Ni l'un, ni l'autre, n'ont le pouvoir qu'on leur prête, ou qu'on fait mine de leur donner. Et étrange « démocratie » tout de même que celle qui ne se résout pas à élire son « chef » au suffrage universel direct, et étrange « communisme » que celui qui a réussi à inventer le capitalisme sauvage à parti unique, l'économie stalinienne de marché et l'ultralibéralisme d'Etat....