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Bien sûr que si: les G.I. Joe et les Action Man, sont le pendant de Barbie côté garçons. Si la Barbie est surféminisée, avec de beaux cheveux, une taille fine, une poitrine avantageuse et de très longues jambes, ces figurines articulées pour garçons sont, elles, survirilisées: leur musculature est complètement démesurée et leurs cicatrices et accessoires guerriers les positionnent comme des mâles à la virilité exacerbée. Et, malgré ces ressemblances, il est vrai que les critiques se focalisent sur Barbie.
Pourtant, G.I. Joe a suivi de près la création de la Barbie. Devant le succès de la poupée Barbie, sortie en 1959, et pour conquérir un nouveau segment du marché de la poupée, l’entreprise de jouets Hasbro a décidé de concevoir une figurine pour garçons. Or, à l’époque, dans la lignée de la guerre du Vietnam, homme signifiait engagement militaire et secteur guerrier. C’est ainsi qu’est né en 1964 G.I. Joe, une figurine d’une trentaine de centimètres (s’approchant aujourd’hui des 10 cm), déclinée en quatre personnages: le soldat de la marine («Navy»), le marine (soldat d’élite de l’infanterie de marine américaine), le soldat (armée de terre) et le pilote (armée de l’air). En 1966, Action Man, une copie de G.I. Joe, arrive en Grande-Bretagne. Progressivement, d’autres entreprises en Europe viennent concurrencer G.I. Joe et Action Man.
Quelle que soit la marque, les figurines proposées à la vente étaient toujours très masculinisées. Quant aux déclinaisons des personnages, on retrouvait à chaque fois un goût pour le risque, par le biais d’un sport extrême ou d’une profession dangereuse, de Zorro aux cow-boys, Indiens et shérif du Far-West en passant par le karateka, le parachutiste, l’alpiniste ou le scaphandrier.
Le succès fut immédiat: Action Man fut déclaré «jouet britannique de l’année» dès 1966 et «jouet britannique de la décennie» en 1980. De soldats, ces figurines sont devenues des personnages plus complets, des héros du XXIe siècle, parfois même avec de super-pouvoirs. Dès les années 1990, furent développés en parallèle de la production de ces figurines des mini-séries ainsi que des films mettant en scène ces héros guerriers (en 1987, G.I. Joe est devenu le personnage principal du dessin animé G.I. Joe: le film puis, en 2009, du film hollywoodien Le réveil du Cobra et de G.I. Joe: Conspiration, sorti en salles en 2013) ou, inversement, des héros comme James Bond furent déclinées en figurines (en 1997, il y eut un Action Man avec les traits de James Bond pour la sortie du film Demain ne meurt jamais).
Aujourd’hui, les Action Man sont à vendre dans des magasins spécialisés et sont recherchés par les collectionneurs. Mais chaque année des figurines continuent d’être produites. En 2012, les Action Man étaient aux couleurs des Avengers, dans les costumes de Hulk, Thor, Captain America ou Iron Man, personnages aux super-pouvoirs et à la silhouette très musclée.
Ces personnages, que l’on retrouve sous divers supports (figurines, dessins animés, films, jeux vidéo, etc.), proposent aux garçons une sexuation exagérée des corps. Et les implications sont toutes aussi négatives qu’elles le sont pour les filles avec les poupées Barbie. Ces figurines représentant des corps adultes permettent à l’enfant de se projeter dans le monde des adultes et dans leur futur. Or la sursexuation de ces personnages, avec leur musculature démesurée, leurs cicatrices, leurs accessoires militaires et leur environnement guerrier est problématique dans le sens où elle ne propose qu’une seule représentation du masculin. Pas d’autre alternative: pour le petit garçon, devenir un homme, c’est être guerroyeur et très musclé.
Ces modèles proposés aux jeunes garçons auraient pu susciter la critique au même titre que la Barbie. Car ils ont une influence non négligeable sur la construction de l’identité masculine de l’enfant. Les garçons se construisent ainsi dans la compétition, la réussite, la rivalité, le conflit et la prise de risques. Ces valeurs et comportements que les figurines véhiculent, les garçons les absorbent: ce n’est pas pour rien que certaines assurances auto font payer davantage les hommes que les femmes car leur conduite a tendance à être plus téméraire et donc le taux d’accident des hommes plus élevé.
Si on entend si peu de critiques sur ces jouets pour garçons, alors que leurs retombées sur la construction de l’enfant sont aussi négatives que la Barbie, c’est peut-être parce qu’il existe moins de chercheurs hommes que de chercheurs femmes s’intéressant au genre et qu’il s’avère que les universitaires mènent souvent des recherches sur les individus de leur propre sexe… En outre, les chercheurs masculins, lorsqu’ils s’intéressent à la notion de genre, l’interrogent surtout dans un environnement scolaire (impact de la mixité scolaire sur l’identité masculine des garçons) ou dans le monde professionnel (entrée des hommes dans les professions dites féminines). Comme il n’est pas très valorisé non plus de mener des recherches sur l’enfance, regarder le monde du jouet avec des lunettes genre cumule deux handicaps. Le silence sur ce sujet proviendrait donc en partie d’un désintérêt des chercheurs sur la question.