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Le pape François ne va pas jusque-là. D'autant plus qu'il tempère ses propos en précisant : « Je souligne le verbe stopper. Je ne dis pas bombarder ou faire la guerre, mais arrêter [...] Les moyens par lesquels l'agresseur doit être stoppé doivent être évalués. Stopper un agresseur injuste est légitime. » Il laisse dans le flou ces moyens à mettre en œuvre, ce qui nourrit les critiques habituelles contre les discours « idéalistes » qui font l'impasse sur les conséquences concrètes des rapports de force. Néanmoins le pape François souligne qu'« une seule nation ne peut pas décider comment il (l'agresseur injuste) doit être arrêté », allusion transparente à la politique américaine. Le pontife joue la carte des Nations Unies. Déjà, dix jours auparavant, le 9 août, dans une lettre officielle, il appelait le secrétaire général de l'ONU « à faire tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter et empêcher des violences systématiques ultérieures contre les minorités ethniques et religieuses ».
Certains ont voulu trouver dans les propos du pape François un retour à la notion de « guerre juste ». C'est douteux. Car celle-ci est née au XIIIe siècle, dans un contexte qui n'est plus celui d'aujourd'hui : pour justifier les Croisades, disent les uns, pour limiter les affrontements privés entre seigneurs chrétiens, disent les autres, mais peut-être aussi pour empêcher de stupides souffrances charriées par le « fléau de la guerre », comme l'évoquaient nos antiques livres de prière.
Une guerre ne fut déclarée « juste » qu'à quatre conditions. Celles-ci ne sont réunies dans la situation présente qu'en tordant le sens des mots. L'autorité qui mène la guerre doit être légitime, son intention droite, c'est-à-dire viser le bien commun et non pas son intérêt particulier. Est donc interdite la guerre totale (seule condamnation émise par le concile Vatican II)[1]. De plus, tous les autres moyens non-violents d'y mettre fin doivent être inapplicables ou inefficaces, et les moyens militaires utilisés doivent être proportionnés. Enfin, dernière condition, l'espérance de succès doit être raisonnable.
Reconnaissons que ces critères venus d'un autre âge ne sont pas tous réunis aujourd'hui. Seul le second, qui fait allusion à la guerre totale menée par l'Etat dit islamique, ne prête pas à discussion. La première condition peut, pour sa part, se discuter : en appeler à l'ONU a le mérite d'éviter cette apparence de « guerre privée » menée par les Etats-Unis, mais n'empêche pas la suspicion portée sur la légitimité de cet organisme international qui a figé les rapports de force nés de la dernière Guerre mondiale. Quant aux deux derniers critères, qui touchent les moyens proportionnés et l'espérance de succès, ils sont sujets à l'interprétation des forces et des stratégies en présence. Bref, le pape François - c'est bien dans son style - ne se cache pas derrière le gros mot de « guerre juste ». Et c'est une bonne chose. Car il cherche moins la minutie conceptuelle que la compassion active - fût-elle stratégiquement risquée - envers ceux qui souffrent.
[1] •« Faisant siennes les condamnations de la guerre totale déjà prononcées par les derniers papes, ce saint Synode déclare : "Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants est un crime contre Dieu et contre l'homme lui-même, qui doit être condamné fermement et sans hésitation" » (Gaudium et Spes § 80).