Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07074.jsonl.gz/307

Arrivées en Europe au cours du XIVe siècle, les cartes à jouer ont vite gagné en popularité. Les jeux de cartes se retrouvent rapidement dans les loisirs favoris de toutes les couches de la société. Parallèlement, la cartomancie a l’air d’être aussi ancienne que l’introduction des cartes à jouer. Cependant, il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir s’associer le tarot et la divination.
L’origine des cartes est difficile à dater. Les premières sources européennes qui les mentionnent datent de 1370. Arrivées du Moyen Orient, elles sont probablement originaires de Chine.
Lors de leur introduction en Europe, par l’Italie ou l’Espagne, les jeux de cartes ont déjà une forme ordonnée et complète (en termes de couleurs et de figures, même si celles-ci ont évolué avec le temps). De nombreux textes du XVe siècle, aussi variés que les lois et les romans mentionnent des jeux de cartes, ce qui montre leur rapide implantation. C’est en autre grâce à l’imprimerie que les cartes deviennent populaires, leur fabrication devenant plus facile et beaucoup moins coûteuse.
En ce qui concerne le tarot, c’est-à-dire les jeux de 78 cartes avec quatre couleurs de 14 figures, plus 22 atouts dont une excuse / un fou, on le cite dès le milieu du XVe siècle en Italie. À la même époque, on retrouve quelques traces de la pratique de la cartomancie, mais elles sont encore éparses.
Il existe de nombreux types de jeux de tarot, qui ont évolué selon les régions. Le Minchiate à Florence par exemple, comporte 97 cartes, en ajoutant des figures astrologiques. Le tarot de Viéville, proche de celui de Marseille, utilise aussi les couleurs bâton, coupe, denier et épée, mais ne possède pas les mêmes atouts.
Parmi toutes ces versions, c’est le tarot de Marseille qui gagne en popularité sur les autres. Au XVIIe siècle, Marseille est un important centre de production de cartes à jouer. Sa composition est fixée au XVIIIe siècle, selon des modèles plus anciens. C’est le tarot le plus utilisé dans des contextes de cartomancie et de divination.
Il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir l’édition des premiers ouvrages traitant du tarot d’un point de vue divinatoire. Trois noms se détachent des autres, ayant largement influencé la discipline et sa popularisation : Antoine Court, Etteila et Eliphas Levi.
Antoine Court de Gébelin (1728-1784) est un érudit et écrivain français. Formé à la théologie protestante à Lausanne, il quitte ensuite peu à peu sa profession de pasteur pour se tourner vers une vie d’étude, axée sur les mythologies.
C’est dans ce cadre qu’il publie un ouvrage traitant entre autres de l’histoire du tarot divinatoire : « L’histoire, le blason, les monnaies, les jeux », huitième tome de son ouvrage monumental Le monde primitif, laissé inachevé. Sans donner de clés d’interprétations, il décrit longuement les cartes de tarot et leur symbolique.
Jean-Baptiste Alliette, connu sous le nom d’Etteilla (1738-1791) est un personnage mystérieux, dont on sait très peu de choses. Des sources contradictoires le présentent comme professeur d’algèbre, coiffeur, perruquier, marchand grainier, ou encore marchand d’estampes.
Il est fortement influencé par la théorie d’Antoine Court. Il publie de nombreux traités de cartomancie dès 1770, où il associe les 22 arcanes majeurs du tarot à des figures hiéroglyphiques. (A une époque, rappelons-le, où l’Egypte fascine l’Europe et où les hiéroglyphes n’ont pas encore été déchiffrés).
Il est le premier à avoir attribué une signification divinatoire aux différentes cartes du tarot.
Ecclésiaste français du XIXe siècle, Eliphas Levi (de son vrai nom Alphonse-Louis Constant) a écrit de nombreux livres sur l’occultisme. Il a contribué par ses ouvrages à l’utilisation du tarot comme outil de cartomancie et de divination, en lui octroyant des attributs mystiques.
Contrairement à Etteilla, il associe les 22 cartes aux 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Reprises durant les XIXe et XXe siècles, les théories de Levi ont permis de mettre en place une longue tradition philosophique autour du jeu de tarot, faisant des cartes un outil d’introspection, de méditation et de réflexion.
Vous avez une question sur un sujet historique? N’hésitez pas à m’écrire, ou à le mentionner en commentaire!
« Aux origines du tarot de Marseille et de sa symbolique ». Radio Canada, 29.03.2022. En ligne ici.
« Origines et histoire du tarot ». Histoire pour tous, 03.112.2021. En ligne ici.
« Présentation du tarot ». Hémisphères : revue franco-américaine de poésie, New York, n° 5, printemps 1945, p. 31-43. En ligne ici.
Image 1 : Pixabay
Images 2 à 6: Domaine public, Wikimedia Commons