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Le principal parti d'opposition avait averti avant même ce référendum purement consultatif - le cinquième depuis les années 1960 - que l'option proposant de faire de Porto Rico un Etat américain aller "décrocher une victoire écrasante" mais seulement à cause du boycott.
KEYSTONE/AP/CARLOS GIUSTI(sda-ats)
Les Portoricains ont choisi dimanche de faire de leur île en faillite le 51e Etat des Etats-Unis lors d'un référendum consultatif. Le scrutin est toutefois marqué par une énorme abstention et boycotté par l'opposition.
Le gouverneur de Porto Rico Ricardo Rossello a affirmé à l'issue du vote vouloir défendre à Washington la volonté des électeurs qui ont choisi de voir l'île caribéenne être rattachée aux Etats-Unis. "Nous nous présenterons sur la scène internationale pour défendre l'importance de voir Porto Rico devenir le premier Etat hispano des Etats-Unis", a-t-il déclaré peu après avoir voté dans la municipalité de Guaynabo, à l'ouest de la capitale San Juan.
Des déclarations triomphales toutefois douchées par la très faible participation au scrutin qui proposait la "décolonisation immédiate de Porto Rico". Moins d'un électeur sur quatre (22,7% de participation) parmi les 2,2 millions d'inscrits se sont rendus aux urnes.
Selon les résultats quasi-définitifs publiés après la fermeture des bureaux de vote à 21h00 en Suisse, l'option défendue par le gouverneur a remporté plus de 97% des suffrages. Les partisans du statu quo ou de l'indépendantisme, qui avaient tous appelé au boycott, n'ont reçu que 1,5 et 1,3% des voix respectivement.
Répondre à la crise
Ce statut permettrait de mieux répondre à la crise, avait martelé ces dernières semaines le gouverneur de 38 ans, arrivé au pouvoir en janvier sur cette promesse. Avec le boycott et après une campagne quasi-inexistante, la majorité des électeurs partagaient son opinion dimanche.
"Je veux assurer l'avenir de mes enfants et de mes petits-enfants grâce aux financements fédéraux qui nous correspondent", confiait Miriam Cruz, une femme au foyer qui votait à San Juan.
De son côté, Marcos Rodriguez voulait, avec son vote à Guaynabo, "envoyer le message au Congrès des Etats-Unis que Porto Rico est prête à faire quelque chose de son avenir".
Croulant sous 70 milliards de dettes et un mois seulement après avoir déclenché le plus gros processus de faillite jamais déclaré par une entité locale américaine, l'île risque toutefois d'avoir du mal à convaincre Washington d'ajouter une étoile au drapeau des Etats-Unis.
Statut spécial
Ancienne colonie espagnole, Porto Rico est devenu territoire américain à la fin du 19e siècle avant d'acquérir un statut spécial d'"Etat libre associé" dans les années 1950.
Citoyens américains et souvent fiers de l'être, les Portoricains parlent cependant majoritairement espagnol. Et s'ils ne peuvent pas voter à la présidentielle américaine ni élire de représentants au Congrès, les lois votées à Washington les touchent directement. Beaucoup y voient même l'origine de la crise qui assaille l'île.
C'est en effet attirés par des exonérations fiscales décrétées à Washington que, pendant des décennies, les grands groupes américains se sont installés en nombre à Porto Rico. Mais le gouvernement fédéral a finalement décidé de supprimer cette exemption à compter de 2006, provoquant le départ en masse de ces sociétés.
Régime d'austérité
Frappée doublement par cette saignée et la grande crise financière, Porto Rico a alors plongé dans la récession. Pourtant, celle qu'on surnomme "la Grèce des Caraïbes" a pu aisément continuer à s'endetter sur le marché américain des obligations municipales, où les investisseurs s'arrachaient ses titres, là aussi exonérés d'impôts américains... jusqu'à l'explosion de la bulle.
Pour redresser les finances, Ricardo Rossello a lancé un régime drastique d'austérité. Mais là encore, c'est Washington, à travers une commission de supervision, qui a eu le dernier mot. Une mainmise insupportable aux yeux de nombreux habitants, d'autant que le président américain Donald Trump s'est plusieurs fois prononcé contre un sauvetage public du territoire.
Le principal parti d'opposition avait averti avant même ce référendum purement consultatif - le cinquième depuis les années 1960 - que l'option proposant de faire de Porto Rico un Etat américain aller "décrocher une victoire écrasante" mais seulement à cause du boycott.
ATS