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06/08/2007
Toit du Monde et Route de la Soie - Lettre à mon petit-fils
Mon cher Colin,
Je te fais ce message pour te dire un peu ce que j’ai vu, ces trois dernières semaines (11 juillet au 2 août), en Asie centrale, au Nord du Pakistan et dans la Province Ouest de la Chine, le Sinkiang ; dans une région qui s’appelle le Pamir et qu’on dénomme aussi le Toit du Monde. L'Asie centrale comporte les plus hautes montagnes du monde : en particulier 14 sommets de plus de 8’000 mètres (24’000 pieds). Région de l’Himalaya et de chaînes de montagnes voisines qui s’appellent le Karakorum (où nous étions), l’Hindu Kush en limite de l’Afghanistan, les Kunlun, ainsi que les Monts Célestes (Tien Shan) plus au Nord.
Cette région est fameuse parce qu’elle était traversée par la Route de la Soie : pendant près de deux mille ans, avant que les voyages par mer ne soient courants, on y voyait de grandes caravanes de chameaux ; chameaux à deux bosses dits de Bactriane (Bactrian camels), par opposition aux chameaux à une bosse qui sont des dromadaires et qu’on voit dans les déserts d’Afrique et d’Arabie. Ces caravanes allaient de l’Est de la Chine (ville de Xian) jusqu’à la Mer Méditerranée (qui est près de la Suisse et que nous verrons peut-être une fois ensemble). Elles transportaient de la soie, tissu très léger, souple, soyeux, solide, dont les Européens raffolaient au temps de l’Empire romain déjà, diverses épices pour assaisonner la cuisine, des tapis, de la porcelaine de Chine etc. Ce devait être extraordinaire de voir ces caravanes avancer lentement, dans les zones cultivées, le désert, les montagnes.
Il faut savoir que, pour arriver à bon port, il y avait des obstacles importants :
- D’abord, la Route de la Soie traversait des déserts, où il y a très peu d’eau et d’herbe pour les chameaux – et rien à manger pour les humains, où il fait terriblement chaud (on marchait alors très tôt le matin ou même durant la nuit, et on se reposait, en cherchant un coin d’ombre, durant la journée)
- Un autre obstacle était précisément les montagnes où je me suis promené, avec des cols très hauts à 4'000 et 5'000 mètres (12-15’000 pieds), voire plus, d’altitude. Impassable en hiver.
- Là, il faisait froid (en montagne en général, on a bon chaud quand il faut beau et qu’il y a du soleil mais, dès que le temps se gâte, qu’il y a du vent, de la pluie ou de la neige – un peu comme quand nous sommes redescendus ensemble de l’Hôtel Weisshorn il y a quelques semaines – on a vite très froid, il faut alors être bien équipé). On raconte l’histoire d’une grande caravane, passant tard dans la saison, qui a été bloquée et anéantie par la neige et le froid, à un endroit où nous avons campé.
- Et, à l’époque, un obstacle encore était les brigands : des gens des régions traversées qui, à cheval, tombaient sur les caravanes et leur volaient leurs marchandises - et parfois tuaient les chameliers et commerçants ou les emmenaient comme esclaves. Une époque rude, comme tu vois.
Ce n‘était donc pas du tout facile. A part cela il y avait des côtés plus riants : dans ces pays, on écrivait des poèmes, faisait de la musique, il y avait des fêtes, religieuses ou pour les mariages ou lors de grands rassemblements comme des foires. On y fait aussi de très bonnes pâtisseries (sweets). Et on y cultivait de la vigne et appréciait le vin. Il y a encore de la vigne (on produit beaucoup de raisins secs) mais pas vraiment de vin, dans la mesure où la religion musulmane, celle de la région, ne permet pas de boire d’alcool.
(à suivre)