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Pourquoi Dieu crée les dinosaures puis envoie une météorite pour les tuer ? Et le lion qui devait manger de l’herbe ?
Question d’un visiteur :
Bonjour,
Je ne comprends pas pourquoi Dieu crée les dinosaures puis décide d’envoyer une météorite pour les tuer tous.
Je ne comprends pas comment Dieu conçoit le lion carnivore et lui donne toute herbe des champs pour nourriture?
Si vous voulez bien m’éclairer, je vous en serais reconnaissant.
Respectueusement.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir
Bravo pour cette question. Il me semble que le raisonnement est parfaitement exact, et effectivement on arrive à une contradiction. Et cela implique que l’hypothèse de base n’était pas vraie.
Plus précisément, elle n’est pas totalement vraie, et cela fait dérailler la suite.
Dieu est créateur mais pas comme un magicien. Il n’a pas précisément créé les dinosaures et il n’a pas précisément envoyé une météorite. Dieu est source de la possibilité d’évoluer. Je suppose qu’il a une vision pour la finalité de ce qu’il espère. Il appelle, suggère, inspire. Il crée ainsi comme par la Parole nous dit la Bible. C’est à dire en donnant du sens, en suggérant, appelant. Parole qui est entendue ou non, plus ou moins comprise et acceptée.
Mais Dieu n’a pas de mains pour modeler un dinosaure, pas de ficelle pour tirer une météorite ou pour l’empêcher de frapper la terre. Ou plus précisément, il n’a pas d’autres mains que les nôtres sur cette terre (quand nous voulons bien être créateur dans le bon sens, et non destructeur). Si nous apprenons à dévier une météorite (comme les américains sont en train d’essayer de le faire avec le projet DART en 2022), nous allons dans le sens de Dieu, celui de la vie. Mais avant cela, on ne peut pas dire que ce soit Dieu qui ait envoyé un astéroïde destructeur, ni qu’il a oublié de s’en occuper. Il ne pouvait tout simplement pas empêcher que ce grand astéroïde frappe la terre et détruise presque toute la biodiversité. Les mouvements des corps célestes répondent à des lois et leur distribution est en partie du au hasard. Le chaos qui existe dans la nature.
Pour les lions, ils sont effectivement carnivores et ne pourraient vivre avec de l’herbe pour nourriture.
Que veut dire alors ce verset de la Genèse qui dit que le projet de Dieu est que le lion, comme tous les autres animaux, mange uniquement des plantes ? (Genèse 1:29-30)
Ce texte n’est pas un traité de zoologie, ni un traité de diététique alimentaire, ce ne sont pas le sujet de la Bible : elle est un recueil de prédications qui parlent à l’humain pour l’aider à vivre d’une belle façon. Ces textes participent donc à la création de l’humain tel que Dieu l’espère. Que peut donc bien nous dire ce texte qui dit que Dieu donne aux animaux, et donc à nous, les végétaux à dit ce texte de la Genèse nous invitant à manger du végétal ?
Comme tous les autres textes qui donnent des règlements religieux sur les aliments, c’est avant tout une question de symbole, disant de quoi nous devrions nourrir notre être intérieur. Ne pas manger de porc ou de la limace c’est ne pas nourrir notre être de ce qu’évoque ces animaux. Dans le Nouveau Testament, ces questions de règles alimentaires sont abandonnées, une autre pédagogie est à l’œuvre : celle de l’Esprit pour s’ouvrir directement à Dieu par l’amour.
Le premier chapitre de la Genèse nous invite à nous nourrir « de tout végétal portant semence », c’est à mon avis pour nous dire de nous inspirer de cette vie qui porte son fruit spécifique. De nous inspirer de l’épi de blé : qui grandit et crée son œuvre selon sa propre personnalité, la produit comme une semence : une transmission de la vie. La plante disparaitra, le grain lui même disparaîtra mais transmettra de la vie, de la beauté, de la nourriture pour d’autres. Le végétal a une autre particularité unique : il est le seul vivant sur terre (je pense) qui ne mange pas du vivant pour vivre, il se nourrit de la terre, de l’air et de la lumière qui vient du ciel. Il transforme de l’inerte en vivant. Méditer sur cette propriété pourrait bien nourrir notre créativité : transformer ce qui est inerte, mort, en vie. C’est un niveau supplémentaire dans la créativité, car nous,n, les animaux ne savons pas nous nourrir de la terre inerte. Que nous mangions des végétaux ou des animaux c’est toujours de la vie. Et les végétaux ne sont pas des êtres vivants moins dignes que les animaux ou que nous-même, d’ailleurs, chacun sa vocation.
Cette indication sur la nourriture des créatures est une invitation à nourrir notre vision de la vie de ces végétaux produisant semences. La comparaison de notre vie humaine à un arbre ou à un épi de blé est courante dans la Bible. Par exemple dans le Psaume 1er et aussi dans bien des paraboles de Jésus.
Dans sa prophétie sur la finalité de la création, avec le Messie, Ésaïe dit que la finalité est effectivement que le lion mange de la paille comme le mouton. Cela montre que la création est encore en cours pour que la volonté de Dieu soit faite. Le monde est encore en genèse.
Je ne suis pas certain que l’évolution des espèces fasse que dans des centaines de milliers d’années les descendants du lion réalisent ce plan. Je ne pense pas que c’est ce dont parle Ésaïe car il ne fait pas un traité de zoologie mais encore une fois une prédication pour qu ele lecteur de son texte, nous, se convertisse et devienne meilleur, à l’image du Christ. Le lion qui est en nous gagnerait infiniment à cesser de dévorer les autres créatures autour de lui. C’est une urgence. Comme le disait Martin Luther King (je cite de mémoire) : dépêchons-nous de nous aimer comme des frères avant que nous nous dévorions tous les uns les autres comme des imbéciles.
Bonne lecture de la Bible.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
Réponse du visiteur :
Cher Pasteur
Je vous suis reconnaissant de votre réponse, je ne trouvais, pour ma part, aucune piste de réflexion.
Je vais méditer sur votre si belle réflexion quant aux végétaux. Cela m’a parlé.
Soyez béni, Cher Pasteur inconnu.
Alerte ! Une autre météorite est tombée sur votre réponse !
A vous, Marc, qui êtes une bénédiction pour tant de personnes, je vous souhaite de tout cœur une très belle année, riche de ces petites et grandes choses de la vie qui font votre miel.
Mil mercis, Pascale, l’année commence ainsi fort bien, de bon matin, pour votre serviteur !!!
Je ne suis pas sûre que vous avez compris le sens de la première phrase de mon message : il se trouve que dans l’article vous avez oublié d’y mettre votre réponse 🙂
Ah merci. Un petit bug informatique, voici l’erreur réparée.
Merci d’avoir signalé.
Les articles wikipedia sur l’histoire évolutive des oiseaux et sur le clade (groupe d’organismes et de leurs descendants) des avialiens présentent des schémas très intéressants.
cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_%C3%A9volutive_des_oiseaux et https://fr.wikipedia.org/wiki/Avialae
Les oiseaux sont ainsi des descendants des dinosaures qui ont survécu à la dernière disruption climatique extrême de la transition crétacé-tertiaire. Cette transition peut être observée géologiquement (observable par tout un chacun en certains endroits de la planète), et est caractérisée par la présence d’iridium, matériau très peu présent sur terre en dehors de cette couche limite crétacé-tertiaire. Ceci est l’argument empirique majeur pour appuyer l’hypothèse de la chute d’une météorité d’environ 10 km de diamètre il y a environ 65-66 millions d’années (dans le Golfe du Mexique). Mais tous les dinosaures n’ont pas été détruits, certaines branches évolutives déjà proches des oiseaux ont continué à évoluer ! Ce sont les dinosaures non aviens qui ont disparu.
cf https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/limite-cretace-tertiaire.xml pour des précisions concernant cette limite crétacé-tertiaire :
L’iridium est un platinoïde très rare dans les matériaux terrestres (teneur de l’ordre de 0,00005 ppm) mais beaucoup plus abondant dans les météorites (teneur de l’ordre de 0,5 ppm) Dans l’hypothèse d’un apport en iridium par une météorite et compte tenu des teneurs en iridium mesurées dans les sédiments de la limite K-T, il faut imaginer la chute d’un corps d’une dizaine de kilomètres de diamètre. Un tel impact provoquant une explosion équivalente à une charge de 100.10^6 mégatonnes de TNT (soit une bombe d’Hiroshima par habitant de la Terre, en comptant 5 milliards d’individus), il est aisément concevable qu’il s’accompagne d’une crise biologique majeure !
La libération d’iridium par les volcans reste modeste et ne permet pas d’apporter en surface les 500.000 t d’Ir présentes à la limite K-T. De plus, la teneur en Ir des laves des trapps du Deccan est faible.
Le rapport iridium/palladium des sédiments de la limite K-T est proche de celui des météorites et très différent de celui des laves du Deccan
L’événement à forte teneur en Ir a été mis en évidence entre deux coulées du Deccan.
La présence de magnétites nickélifères, de tectites (gouttes de roche fondue) et de minéraux choqués symptomatiques de l’implication d’une météorite dans la catastrophe de la limite K-T est avérée en de nombreux sites.
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Je suppose que la datation des couches géologiques se fait sur la base des isotopes radioactifs de certains éléments chimiques, dont peut-être l’iridium lui-même.
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Ceci posé, cela a déjà des conséquences sur l’interprétation de Genèse 1. A la limite, les 7 jours peuvent être plus ou moins mis en correspondance avec des époques d’évolution de l’Univers depuis le Big Bang pius de la Terre, avec l’émission du fond diffus cosmologique comme moment correspondant au « fiat lux », et la lumière fût ! Et l’action de Dieu correspondrait au déroulé de l’évolution, peut-être selon sa conception initiale. En tout cas ce texte reste remarquablement rationnel pour l’époque. Et même aujourd’hui, même en prenant en compte l’histoire de l’Univers et l’évolution du vivant, il lui reste un côté mythologique. Et de plus, ou en particulier, Genèse 1:1-5 reste extrêmement riche d’interprétation, avec son midrash en Jean 1:1-5.
Les questions suivantes peuvent alors se poser :
Est-ce que Dieu (vivant, et agissant dans le monde) a agit sur les conditions de trajectoire de cette météorite à l’origine de la transition crétacé-tertiaire pour qu’elle percute la Terre ? Ou bien avait-il prévu ce scénario dès la conception de l’Univers ? Ou n’agit-il que métaphysiquement, c’est-à-dire en dehors de l’Univers physique, de façon transcendante en direction de la partie métaphysique des humains, lui seul étant capable de ce type d’action ? A-t-il attendu (dans un Univers mtaphysique) que la vie apparaisse sur Terre, et que les humains soient prêts pour le questionnement sur l’origine des choses et de l’être, sur la justice sociale, l’amour et le sens de la vie ?
Il me semble que toute réponse fait intervenir des croyances.
J’estime à titre personnel que Dieu agît uniquement de façon métaphysique, en tout cas depuis le Big Bang. Qu’il n’est donc pas intervenu en tout cas après le Big Bang. Donc qu’il n’est pas intervenu physiquement pour provoquer l’apparition des dinosaures, ni même celle de la vie, ni pour provoquer la disparition des dinosaures non aviens lors de la disruption crétacé-tertiaire.
Ceci est en phase avec l’hypothèse de la science contemporaine, qui cherche à décrire l’évolution de l’Univers depuis le Big Bang sur la base des seules lois physiques. L’humanité, si elle a une part métaphysique, ou même seulement une part de liberté physique et/ou métaphysique, échappe un peu, pour une part, à la science. Et il y a aussi une part de hasard et de chaos, naturels, donc de l’indéterminisme, combiné et hybridé avec du déterminisme (lois physiques structurantes à grande échelle, comme la gravité…
Et je vous souhaite une excellente année à toutes et à tous !
Bonjour Monsieur le Pasteur. Je partage votre approche de l’action métaphysique de Dieu au sein de notre univers. Ne devrions-nous pas évoquer la possibilité que notre Monde, notre Univers soient le reflet imparfait et une réplication abîmée d’une création harmonieuse préexistant au bigbang ? En effet, difficile d’envisager que Dieu puisse « agir » « physiquement » au sein de ce monde où le mal et la souffrance sont omniprésents. Beaucoup de messages religieux s’émerveillent devant la beauté de la nature qui nous entoure mais la souffrance se cache même dans la beauté de cette création (une toile d’araignée est magnifique dans sa conception et sa vision sous un certain angle lumineux ; magnifique jusqu’au moment où un insecte y arrive et se débat avec l’énergie du désespoir). J’ai mis le mot « agir » entre guillemets car, personnellement, j’aurais tendance à préférer le mot « diriger » car pour conforter sa transcendance métaphysique, Dieu « a pris le risque » d’engager son immanence en s’incarnant dans la personne de Jésus afin de nous « toucher » par sa Parole et par ses mains. On pourrait dire qu’il a joint la Parole à l’Action jusqu’à nous offrir son Amour sur la croix. Je vous souhaite une bonne année.
Merci pour cette réflexion intéressante.
Je dirais que, certes, le mal est omniprésent en ce monde, mais que le bien, le bon et le beau est aussi omniprésent dans ce monde.
C’est donc une question de degré de bien et de mal. Ce ni 0 %, ni 100%, mais entre les deux.
Je ne pense pas qu’il a jamais existé une création parfaite à 100%, mais que la création est en cours. La puissance de Dieu peut être bien réelle, agissant dans le temps et non pas hors du temps. C’est ce qui fait que bien des théologiens ont abandonné de penser Dieu comme « tout puissant ». Les traductions les plus sérieuses (NBS, TOB) ont corrigé leur copie en mettant « puissant » au lieu de « tout-puissant » dans la plupart des passages où cela apparaissait.
Il me semble donc qu’en comprenant la création comme inachevée et continue, on a une approche qui prend en compte à la fois tout le bien qui existe ainsi que tout le mal qui existe, et une compréhension de l’action de Dieu qui est inspirante pour nous, et nous appelle à « faire les œuvres de celui qui a envoyé le Christ », comme le dit Jésus.
Et si l’action de Dieu post Big Bang ou événement déclencheur équivalent d’un préunivers (pré-Big-Bang) ou d’un « pré-multivers », était uniquement métaphysique ? Avec métaphysique au sens de au-delà de la physique, non-physique ? Un Dieu transcendant, seul capable de transcendance avec la part métaphysique des humains, part qui survivrait dans la vie future ? Ainsi la question du mal serait résolue : l’action de Dieu n’est pas physique, alors que le mal concret, comme le bien concret, ou comme les choses concrètes plus ou moins « neutres », ni bonnes ni mauvaises, sont physiques.
Le trilemme d’Épicure serait résolu :
– Si Dieu est incapable de prévenir le mal, alors il n’est pas tout-puissant => l’action de Dieu serait métaphysique uniquement, donc effectivement, il ne peut prévenir le mal concret physique
– Si Dieu ne veut pas prévenir le mal, alors il n’est pas infiniment bon => non car prévenir le mal concret ne relèverait pas de sa nature métaphysique
– Si Dieu veut et peut prévenir le mal, alors pourquoi ce dernier existe-t-il ? => Dieu ne pourrait pas prévenir le mal
Autre argument (peut-être pas le moindre il me semble) : la science contemporaine a le champ libre, cette conception de l’action de Dieu me paraît 100% compatible avec la recherche scientifique et technologique contemporaine, je veux dire publiée dans des revues scientifiques avec comité de lecture, reconnue et critiquée et améliorée in fine par les pairs au fil du temps…