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Il y a des idées simples que l’on oublie souvent. Comme le fait que la crise écologique actuelle est due à deux facteurs cumulatifs: trop d’humains et la surconsommation destructrice et stupide d’un nombre croissant d’entre eux. Un écosystème, vis-à-vis d’une espèce donnée, possède une «capacité de soutien» correspondant à la quantité d’individus de cette espèce qu’il peut maintenir de façon durable, grâce à sa production de matière et d’énergie renouvelables. Cette capacité n’est pas un nombre fixe car elle dépend des modes de subsistance et de consommation de l’espèce concernée. Et puis, elle change au cours du temps par l’évolution historique de l’écosystème, en particulier du fait des variations des autres espèces qui en font partie.
Au Paléolithique, depuis 3 millions d’années et jusqu’à 15’000 ans avant nous, nos ancêtres et nos cousins humains se comptaient, au plus, en centaines de milliers quand ils occupèrent l’Afrique, puis l’Eurasie et une partie de l’Océanie. Rares, vivant de cueillette et de chasse, ils avaient un impact très limité sur les immenses territoires vierges dont ils disposaient. Ils vivaient alors bien au-dessous de la capacité de soutien de la plupart de leurs écosystèmes. Leurs densités dépassaient rarement un habitant au kilomètre carré et ils n’ont causé de dommages – peu importants – à leurs milieux qu’en mettant le feu pour chasser, ou en exterminant quelques espèces de grands mammifères et oiseaux, en particulier dans les espaces limités de certaines îles.
Le Néolithique, avec le développement de l’agriculture et de l’élevage, doit être considéré comme la première catastrophe écologique d’origine humaine.
La production rapidement croissante de nourriture permit aux humains d’atteindre un premier milliard d’individus vers 1800, au prix de la destruction des espaces naturels et de beaucoup d’espèces, au profit de champs toujours plus productifs et plus artificiels.
La révolution industrielle et l’idéologie de la croissance, alimentée par les religions, les nationalismes et le capitalisme technologique et financier, sont responsables de la deuxième catastrophe que nous vivons aujourd’hui: destruction massive de la faune et de la flore sauvage, changement climatique accéléré et incontrôlable lié aux activités humaines, pollution généralisée des eaux comme des terres par les activités industrielles, les transports, l’agrochimie et l’élevage intensif.
Face à ce désastre, qui risque de nous emporter comme le fait tout dépassement d’une capacité de soutien (réduite encore ici par la destruction et la stérilisation des espaces naturels), la seule solution durable aurait été de freiner, voire inverser les croissances, démographiques et économique, en priorité dans les pays sur-consommateurs. Mais la perspective de cette double l’inversion de l’idéologie de la croissance ne risque pas de séduire les leaders religieux et politiques qui l’accepteraient au plus, à la rigueur, pour les autres! Même quand l’évidence de la surpopulation a fait prendre des mesures démographiques brutales, c’était toujours dans la perspective de faire croître rapidement les consommations et les économies. De plus l’inertie des phénomènes démographiques, économiques et des systèmes éducatifs prévient toute solution rapide du problème écologique global, en tout cas dans le tohu-bohu des nations et dans une perspective démocratique.
Reste que l’histoire et ses imprévus résolvent, d’une façon ou d’une autre, toutes les situations. Il n’y a aucun doute sur le fait que des militaires et des politiques d’Etats puissants ont envisagé et envisagent sans doute encore la destruction massive de leurs concurrents. Par ailleurs, le coronavirus nous montre, en modèle réduit, que la nature n’a peut-être pas dit son dernier mot et qu’un microbe bien plus méchant pourrait ramener rapidement l’humanité à sa capacité de soutien, voire en débarrasser la planète… L’espèce humaine sauvée par des militaires ou une épidémie? Dites-moi que c’est un cauchemar!
Dédé-la-science est notre chroniqueur énervant.