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des Waldstätten pendant le treizième siècle, que des renseignements incomplets et fortuits, et que, tout au travers du développement général de leur situation intérieure, dont nous avons pu reconnaître et esquisser les grands traits, il a dû se produire des faits dont nous ne retrouvons aucune trace et dont nous ne pouvons soupçonner l'existence que par voie de raisonnement et d'induction. C'est ainsi que nous sommes conduit à supposer, lors même qu'aucun autre indice ne nous en a été conservé, que les mesures prises par les confédérés, relativement au choix des juges envoyés dans leurs vallées (accipiamus vel acceptemus), prouvent qu'ils avaient connu par expérience, ou qu'ils avaient toute raison de redouter, les désagréments et les vexations que des fonctionnaires étrangers et intéressés pouvaient leur faire subir. On ne se met pas aussi sérieusement en garde contre un mal imaginaire. Leur demande, d'ailleurs, ne semble pas exorbitante. Ils réclamaient, en donnant seulement plus d'extension à leur vœu, une concession analogue à celle que le roi Rodolphe avait accordée aux Schwyzois pour le choix de leur landammann. Il n'y avait rien là qui ne pût leur être octroyé sans compromettre les droits de l'autorité suprême. Mais les confédérés vont plus loin, et, en s'attribuant à eux-mêmes l'exercice de la justice pénale, ils empiétent évidemment sur les priviléges de souveraineté les moins contestables, car la haute juridiction criminelle était considérée comme l'une des prérogatives essentielles et . inaliénables du pouvoir souverain. Si les Waldstätten l'avaient provisoirement revendiquée pour prévenir ou réprimer les désordres que peut amener avec soi une période de trouble et d'anarchie, on pourrait les disculper du fait d'usurpation, mais le caractère de perpétuité qu'ils donnent eux-mêmes aux dispositions de leur pacte obligent à voir, dans celui-ci, une déclaration d'indépendance, qui tendait à changer l'ordre de choses établi et par conséquent à produire une révolution. Ce qui suivit le prouve bien. Mais cette révolution, les trois communautés avaient incontestablement le droit de la faire, si, du moins, il suffit, pour qu'un peuple devienne légitimement libre, qu'il soit digne de la liberté. Rien ne peut mieux, à cet égard, justifier les confédérés que la nature même de leur pacte, dont toutes les stipulations respirent le sentiment profond et irréprochable de ce qui fonde et conserve les sociétés politiques : l'ordre et l'union. Quoiqu'ils soient placés les uns et les autres dans des conditions politiques très-différentes, et qu'une grande distance sépare la franchise impériale d'Uri de la douteuse indépendance des hommes libres de Schwyz, et plus encore de l'état de subordination totale ou partielle dans lequel se trouve le pays d'Unterwalden, ils ont une même visée, un même désir, un même but. c'est de protéger les libertés acquises et de conquérir celles qui leur manquent, c'est d'arriver de plus en plus à faire leurs affaires eux-mêmes et à s'affranchir, autant qu'il leur est possible, de la tutelle qui pèse sur eux. Voilà ce qui forme entre eux le trait d'union; mais le pacte laisse à chaque Etat, dans son petit territoire, le soin de parvenir à la possession d'une liberté plus complète ou mieux assurée, et de régler, selon son pouvoir et son gré, les formes , de sa constitution intérieure. En théorie, les confédérés ne contestent aucun des droits qu'à divers titres on prétend exercer sur eux, mais ils
cherchent en fait à s'y soustraire. Ils n'auront plus recours, comme jadis Schwyz et Uri, au protectorat des Habsbourg pour se faire rendre justice ou pour bannir la discorde de leur sein. Ils se croyent capables de suffire à leur propre gouvernement, et, sans proclamer aucun grand principe, sans faire appel aux droits de l'homme, sans protester contre la tyrannie, ils se contentent de fixer, en ce qui les concerne, les conditions qui leur paraissent les plus efficaces pour se garantir mutuellement la paix intérieure et la sécurité commune, qui sont les premiers besoins de tout Etat bien réglé. « C'est prendre soin de ce qui est honnête, disent-ils, et pourvoir à l'utilité publique, que de fonder notre alliance sur des bases solides de paix et de tranquillité. » Profitant des circonstances qui, laissant l'Empire momentanément vacant, relâchent tous les liens politiques et ouvrent la porte à toutes les espérances, ils s'émancipent sans éclat, et ils donnent la mesure de leur amour pour la liberté par l'horreur qu'ils témoignent contre la licence. On ne regrette qu'une chose, c'est de ne pas trouver au bas de ce traité d'union les noms des hommes de cœur et de sens, qui, se faisant les conseillers et les organes d'un peuple non moins modéré que persévérant dans sa recherche de l'indépendance, ont médité, rédigé et conclu, avec autant de prudence que de prévision, leur pacte commun. Le caractère même de perpétuité qu'ils impriment à leur confédération, sous la garantie de la protection divine, trahit un sentiment de légitime et durable confiance, un esprit de résolution et de foi, qui font la force et la dignité des peuples libres. L'affranchissement, dont cette alliance est le premier signe, comme le premier gage, n'est donc pas un de ces coups de tête ou de ces cOups de main qu'une passion du moment inspire ou provoque; il est permis d'y voir, au contraire, le résultat réfléchi et dès longtemps préparé d'un sentiment d'indépendance parvenu à sa maturité. Toutefois, au moment où le pacte de 1291 fut conclu, sa perpétuité ne pouvait être qu'une perpétuité d'intention, et les confédérés ne s'aveuglaient point (la formation même de l'alliance en fait foi) sur les obstacles que devait rencontrer et sur les chances que pouvait courir leur entreprise d'émancipation. Pendant un quart de siècle ils eurent, en effet, bien des périls à traverser, bien des épreuves à subir, bien des difficultés à vaincre, avant de remporter sur le champ de bataille, où leur indépendance pouvait à jamais périr, un éclatant triomphe ; avant que le pacte d'union, solennellement renouvelé, eût trouvé, dans le baptême de la victoire, sa suprême consécration ; avant que la base de la Confédération suisse, désormais inébranlable, fût définitivement posée. C'est cette portion de l'histoire des Waldstätten que nous avons encore à raconter.
LES WALDSTAETTEN PENDANT LE RÈGNE D ADOLPHE DE NASSAU (1292-1298).
Le gouvernement sévère du roi Rodolphe, les efforts de ce prince pour transformer peu à peu une grande partie de la Suisse en un apanage de la maison d'Autriche, les accroissements de puissance et de territoire que, dans ce but, il s'y était déjà procurés, devaient immédiatement après sa mort et pendant que le trône impérial restait encore vide, provoquer une réaction défensive de la part de tous ceux que menaçaient la réussite de ses projets d'agrandissement et les succès de son ambition dynastique. L'alliance formée par les Waldstätten est l'un des plus frappants symptômes de cette résistance spontanée; mais elle est bien loin d'être le seul. Les usurpations des Habsbourg étaient trop récentes, elles avaient été trop souvent contestées, les relations politiques étaient trop incertaines encore et trop mal définies, le temps, dont la durée donne à la possession les apparences du droit, avait été trop court, pour que les prétentions envahissantes de la maison d'Autriche ne suscitassent pas un soulèvement général.