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L'Année internationale de l'astronomie est l'occasion de réfléchir sur les conflits entre sciences et symboles religieux.[1] La montée du créationnisme montre, qu'aujourd'hui, c'est principalement la question de l'évolution des êtres vivants, l'homme compris, qui suscite le débat.[2] Elle est pertinente lorsqu'on sait que la vérité scientifique - les scientifiques préfèrent parler de la « connaissance scientifique » - est, par principe, grâce aux nouvelles découvertes, toujours réformable.
Il fut un temps où le langage mythique et symbolique de la religion exerçait la double fonction d'explication scientifique et d'énoncé des réalités ultimes. Au cours des quatre derniers siècles, le langage religieux s'est graduellement purifié de ses prétentions scientifiques, jusqu'à apparaître clairement radicalement différent de celui de la science. Il n'est pas littéral mais symbolique, il ne vise pas à fournir une description neutre du monde observable, mais une interprétation de ce qu'il y a de transcendant dans l'expérience humaine. La science dit avec impartialité les interactions entre les choses ; la religion parle avec passion de la profondeur de l'existence humaine et du sens de l'histoire.
Cette distinction est difficile à maintenir et à enseigner à une époque qui valorise le scientisme. La science est considérée par la masse comme l'unique accès au réel. Pire encore, la notion même de réalité se confond parfois avec ce qui est scientifiquement connaissable. Notre monde de valeurs et de symboles en reste profondément ébranlé. Le biologiste Jacques Monod écrivait que la science « ruine » les fondements sur lesquels la tradition pré-scientifique « faisait reposer les valeurs, la morale, les devoirs, les droits, les interdits ». Conséquence : l'homme doit « se réveiller de son rêve millénaire pour découvrir sa totale solitude, son étrangeté radicale... il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. »[3] On peut comprendre le créationnisme comme une réaction au scientisme qui se cache derrière ces mots.
La psychologie, la sociologie et l'histoire soulignent la relativité du symbole et tout ce qu'il doit à la culture, par exemple les symboles du Père pour désigner Dieu et du frère pour Jésus. Ces sciences humaines et sociales contribuent à purifier le symbolisme religieux : le symbole ne comporte-t-il pas inévitablement des projections humaines ? Certes, mais vouloir le cerner seulement par ces différentes sciences, « c'est le trahir ; c'est laisser échapper justement ce qu'il y a d'unique et d'irréductible en lui, nous voulons dire son caractère sacré ».[4] Le symbole religieux doit être appréhendé aussi à partir de sa propre modalité, c'est-à-dire être étudié à « l'échelle religieuse ». Car le but du symbole n'est pas de fournir à l'homme une information, mais de l'acheminer vers une expérience. Les symboles religieux sont « révélation » et guides vers la dimension transcendante de l'expérience. Ils permettent à l'homme de faire l'expérience du sacré qui le rassure et l'interpelle. L'homme, même dans la mentalité critique qui est la nôtre, est donc appelé à vivre de symboles religieux : il ne s'agit pas de croire en eux, mais à travers eux. Comprendre la fonction des symboles religieux n'est pas suffisant ; l'homme doit prendre un risque, celui de permettre aux symboles d'interpréter et de guider sa vie. Voilà ce que signifie l'abandon du croyant.
La vérité d'un symbole (la manière dont il correspond à l'expérience) ne peut être reconnue que de l'intérieur. Ainsi, reconnaître verbalement l'existence de Dieu peut rester une simple conviction intellectuelle, alors qu'être habité par le symbole de Dieu devient un style de vie : l'homme expérimente la gratuité de l'existence. En dépit de ses anxiétés et des tragédies qu'il traverse, il y puise une force qui le rend capable de dépassement, de célébration et de sacrifice. Le centre de tout cela est au-dedans de lui et pourtant hors de lui-même, dans l'altérité transcendante de son expérience. Ce centre le tient et le tiendra.