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Ernest Ansermet 1883 - 1969
Extrait d'un article de la "stéréophonie" écrit pour la revue américaine High Fidelity.
L'apparition des disques dits "stéréophoniques" a mis au jour crûment, pour ne pas dire cruellement, l'ignorance générale qui règne au sujet de ce qu'est la musique et l'incapacité de la science à nous en expliquer le phénomène. Presque tout ce qui en a été dit tend à montrer qu'ils apportent une reproduction plus réaliste du phénomène sonore alors que le réalisme concerne, non le phénomène mais l'image mentale que nous nous en faisons.
Chacune de nos deux oreilles réfléchit la perspective sonore mais ne nous en donne précisément qu'une réflexion - projection plane de cette perspective. Nos deux oreilles ensemble, par contre, nous donnent deux réflexions distinctes de la même perspective entre lesquelles il y a une légère différence de phase et surtout une différence de luminosité.

Ernest Ansermet (1883 - 1963) Der Dirigent und seine Aufnahmen; Brenno Bolla, AAA Bulletin, primavera 2006 [documento pdf]
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L'oreille gauche reçoit les sons venant de gauche avant l'oreille droite et vice-versa, mais surtout, les sons venant de gauche impressionnent plus directement et plus fortement l'oreille gauche que l'oreille droite - et vice-versa - et c'est l'intensité du son perçu qui en éclaire la présence. L'image mentale unique que nous recevons ainsi de la perspective sonore étant éclairée de deux côtés, c'est-à-dire saisie sous deux profils complémentaires, le caractère essentiel de cette perspective à savoir sa dimension de profondeur est mis en relief et les lignes mélodiques nous semblent se déployer librement dans l'espace, chacune dans son plan propre, avec la consistance et la couleur qui lui est propre. Telle est, en gros, la condition de l'expérience auditive; telle est la condition à laquelle devait nous amener l'enregistrement gramophonique si nous devions retrouver l'expérience de l'audition directe. Tant que la technique d'enregistrement consistait à prendre les sons de chaque groupe instrumental par un seul microphone, elle ne pouvait reproduire que l'audition monaurale; la découverte de la possibilité d'enregistrer le phénomène sonore global par un groupe de 3 microphones spéciaux disposés d'une certaine manière a enfin reproduit les conditions de l'audition biaurale: la double perspective auditive et l'image centrale qui lie ensemble les deux perspectives. C'est évidemment non seulement le dernier pas à cette date de la technique d'enregistrement mais le dernier pas qu'elle pouvait faire.
Après la high fidelity, qui n'était qu'une illusion, c'est la pure et simple «fidélité ».
Ce nouveau mode d'enregistrement, d'ailleurs, n'aurait pas dû être nommé stéréophonique mais stéréoscopique, car ce qu'il nous procure en vérité, s'il n'est pas une vision de l'il, n'en est pas moins une vision, mentale, des images sonores spatiales.