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«Excuse-moi de ne pas t'avoir parlé de cette histoire, je pensais que tu préférais éviter d'en parler !» Cette phrase tant entendue atteste la capacité des humains à inférer souvent de façon erronée ce que les autres pensent ou ne pensent pas, veulent ou ne veulent pas
En langage courant, on appelle «empathie» la capacité de comprendre les autres. Dans le vocabulaire des sciences cognitives, on appelle le processus qui consiste à interpréter les intentions d'autrui la «théorie de l'esprit». Une étude parue dans la revue Brain au début de cette année révèle que le cortex préfrontal droit est le support privilégié de cette faculté (Lancet 2001 ; 357 : 366). Ses auteurs «démontrent de façon extrêmement élégante que le cortex préfrontal droit joue un rôle déterminant dans deux des capacités cognitives les plus complexes, la mise en perspective et la duperie», commente Julian Keenan, de la Havard Medical School à Boston (Etats-Unis).Donald Stuss et ses collaborateurs, de l'Université de Toronto, (Canada), ont testé 32 patients ayant une lésion locale du cerveau. Lors de deux expériences, ces patients devaient s'asseoir de l'autre côté d'une table où s'étaient assis plusieurs expérimentateurs. Placé au dessus de la table, un petit rideau pouvait être ouvert ou tiré, laissant voir ou non les expérimentateurs (Brain 2001 ; 124 : 279-86).Durant la première expérience, un assistant s'asseyait à côté de l'expérimentateur, un autre à côté du patient. Le rideau tiré, l'expérimentateur cachait une balle sous l'une de cinq tasses à café posées sur la table. Une fois le rideau ouvert, les deux assistants se plaçaient à côté de l'expérimentateur et chacun désignait l'une des tasses. Grâce à ces indices, le patient devait localiser la balle. Le but de cette expérience est de tester l'aptitude des patients à comprendre que seul l'assistant assis à côté de l'expérimentateur est en mesure de savoir où se cache la balle. Résultat : les individus ayant une lésion du cortex frontal connaissent un taux d'erreurs bien plus élevé sur cette tâche, le cortex préfrontal droit apparaissant comme la zone la plus critique pour la réussir.Lors d'une seconde tâche, un seul assistant prenait part à l'expérience, à côté de l'expérimentateur, et seules deux tasses à café étaient utilisées. A chaque fois, l'assistant pointait la tasse ne cachant pas la balle. Le sujet devait donc comprendre que l'assistant essayait de le duper. Les patients souffrant de lésions du cortex préfrontal inférieur médian droit font preuve des plus grandes difficultés dans la réalisation de cette tâche.«Le patient frontal n'est plus sensible aux autres parce qu'il lui manque la capacité de se remémorer des expériences similaires passées, d'apprécier la pertinence de la situation présente et d'y attacher une signification émotionnelle», explique Stuss. Dans un commentaire qui accompagne cet article, Tim Schallice, de l'Université de Londres (Royaume-Uni) attire l'attention sur le fait que de nombreuses expériences d'imagerie révèlent que le cortex préfrontal médian joue un rôle dans l'évocation d'états mentaux. Cette correspondance, identifiée en utilisant deux méthodes très différentes, est «frappante», souligne Schallice.