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"Wet Sand" est le deuxième long-métrage d'Elene Naveriani, cinéaste géorgienne passée par la HEAD de Genève. Elene Naveriani est non binaire. Alors sa filmographie, naturellement, est traversée par les questions de genre, de sexualité, par les difficultés que rencontre la communauté LGBTQIA+ dans la société géorgienne - la Géorgie étant l'un des pays les plus homophobes d'Europe.
Son long métrage "Wet Sand" suit le parcours de Moe qui, après le suicide de son grand-père Eliko, retourne dans un village au bord de la mer Noire pour organiser ses funérailles. En découvrant le secret du défunt, son histoire d'amour secrète pour un autre homme, Amnon, la jeune femme va mettre en lumière le sectarisme enraciné de la communauté.
Le cinéma comme acte de résistance
Le cinéma permet à Elene Naveriani d'exprimer au travers de la caméra ce qu'il n'est pas possible de dire autrement. Avant d'en faire, le cinéma lui permettait de découvrir le monde différemment.
>> A voir, la bande annonce du film "Wet Sand":
C'est à son frère, Sandro, que l'on doit l'idée de "Wet Sand" qu'Elene Naveriani a co-scénarisé. Tiré d'un fait divers ayant eu lieu en Géorgie en 1995, le film aurait pourtant pu être écrit par Elene Naveriani, tant il est dans la continuité parfaite de sa filmographie ("I Am Truly A Drop Of Sun On Earth", "Les évangiles d'Anasyrma" et "Red Ants Bite"). La difficulté pour Elene et Sandro a été de trouver un acteur géorgien qui accepte de jouer un rôle queer, celui d'Amnon. "Finalement je l'ai trouvé à l'université. [Gia Agumava] est enseignant de latin. C'était important pour moi de travailler avec un acteur non-professionnel qui a cette expérience véritable, car lui est vraiment queer", explique Elene Naveriani à la RTS.
Un cinéma de regards et de gestes
Le cinéma d'Elene Naveriani est très silencieux, lent et envoûtant. Pourtant, il s'y passe beaucoup de choses. Elene Naveriani croit davantage aux regards, aux gestes: "C'est un truc très personnel, parce que je n'aime pas beaucoup parler. [...] Pour moi c'est vraiment le corps qui parle, les mots, c'est quelque chose d'additionnel". Trouver des gestes et des façons de bouger qui racontent plus que les mots, c'est de cette manière que travaille Elene Naveriani.
A Tbilissi en Géorgie, "Wet Sand" a reçu un accueil difficile lors d'un célèbre festival de cinéma où il a été projeté: "C'est toujours difficile de montrer ce genre de film en Géorgie", explique Elene Naveriani. En Suisse en revanche, "Wet Sand" a remporté le dernier Prix de Soleure et a par ailleurs été nominé dans la catégorie meilleur film de fiction aux récents Prix du cinéma suisse. Et l'été dernier au Festival de Locarno, l'acteur principal Gia Agumava avait reçu le prix du meilleur acteur.
Propos recueillis par Julie Evard
Adaptation web: Lara Donnet