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Police Mise sur écoute: le rôle central des interprètes
Le rôle des traducteurs dans les enquêtes est étudié à l'Université de Neuchâtel. «La justice pénale dépend entièrement de la bonne performance des interprètes», affirme une chercheuse.
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Mettre sous écoute une voiture, un appartement ou un téléphone, c'est une pratique courante pour la police. Mais que se passe-t-il lorsque des langues étrangères sont parlées? «L’utilité de ces écoutes dépend entièrement des interprètes», indique la professeure Nadja Capus, à la Faculté de droit de l’Université de Neuchâtel.
Cette chercheuse entame une étude financée par le Fonds national suisse à hauteur de 771 714 CHF. Elle s’étendra sur trois ans avec pour objectif de mieux cerner le rôle des interprètes dans les procédures pénales.
Moyens de preuve
Pour la police, l'objectif des écoutes consiste principalement à recueillir des moyens de preuve concernant des délits supposés. Or, comme le relève la chercheuse, cette mesure de surveillance secrète n'est utile que si le contenu des conversations est bien compris. «La justice pénale dépend entièrement de la bonne performance des interprètes», insiste Nadja Capus.
«Les interprètes construisent la base pour les interrogatoires ultérieurs et les décisions du ministère public de prendre ou non d'autres mesures coercitives, de diriger l’investigation dans une autre direction ou de continuer sur la trace choisie», précise l'Université dans un communiqué publié jeudi.
Problème: le rôle «particulier et puissant» des interprètes est ignoré par la jurisprudence et par la doctrine. Jusqu'ici, la recherche scientifique a plutôt ciblé le rôle des interprètes en salle d'audience. Mais ceux qui interviennent dans l'interception de conversations «font face à d'autres défis et doivent posséder d'autres qualités que les interprètes de salle d'audience».
Flair criminalistique
Des compétences linguistiques spéciales sont requises, comme la connaissance des dialectes, la reconnaissance vocale, un flair criminalistique et même des connaissances d’«insider».
«Les interprètes écoutent, sélectionnent des extraits, interprètent et transcrivent», rapporte la chercheuse socio-juridique. Les interprètes désignent quelles sont les parties des conversations interceptées à considérer comme incriminantes.
Le projet initié à Neuchâtel est intitulé «Intercepter avec les interprètes». Il inclut deux partenaires, la professeure Mira Kadric-Scheiber, chercheuse en traductologie à l'Université de Vienne, et la professeure Esther González-Martínez, chercheuse en sociologie à l'Université de Fribourg.
Créé: 03.05.2019, 10h22