Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07140.jsonl.gz/496

23/09/2013
(Re)construire une culture politique (révolutionnaire)
La construction d'un mouvement social révolutionnaire passe nécessairement par la (re)construction d'une culture politique (révolutionnaire)*. Je mets une parenthèse au mot « révolutionnaire » car j'ai du mal à considérer l'état actuel du champ culturel politique comme relevant d'une culture politique en tant que telle. Entre pragmatisme consensualiste prêt à tous les compromis(sions) et électoralisme carriériste, en passant par la posture anti-idéologisme dépolitisante ou le réformisme minimaliste (anti-radical) petit-bourgeois, je crois que je ne suis en effet pas grandement convaincu (bon d'accord j'exagère volontairement quelque peu).
Par conséquent, le premier pas consiste à (re)construire une culture politique de qualité, mais dans une optique socialiste et révolutionnaire évidemment.**
La (re)construction d'une culture politique révolutionnaire signifie que le militant doit se faire en quelque sorte, non forcément théoricien, mais en tout cas propagateur théorique (et donc débattant théorique). Cela implique évidemment un effort de notre (les organisations socialistes) part dans la formation des militants (un point que j'avais déjà traité dans une note antérieure), dans la mise à disposition, la production, et la diffusion de matériel théorique et analytique (sans oublier leur actualisation), dans la mise sur pieds de nouveaux rites militants (célébrations par exemple) ou de symboles (novateurs ou anciens). Nous avons besoin d'analyse socialiste des crises, du capitalisme suisse, de la composition en classe de la société, etc. Le fait est que les partis ayant abandonné plutôt largement la diffusion (et la production) de ce type de matériel, il nous faut en retrouver (voire en recréer), le vulgariser si besoin est, et le diffuser à nouveau de manière adéquate.
On voit pourquoi l'échec rapide de mon projet d'Union des ouvriers de l'esprit est embêtant, de même que l'échec antérieur du Cercle Gramsci. D'autres structures devraient voir le jour d'une manière ou d'une autre (il y a au moins des volontés de relancer le cercle d'étude marxiste de l'année précédente). La difficulté étant toujours d'essayer de ne pas en rester aux limites partisanes (ce qui est très difficile à ce que j'ai pu constater malheureusement) dans le développement de ce type de projets.
Une question importante qui se pose aussi est : avons-nous besoin du marxisme dans cette entreprise de reconstruction culturelle politique révolutionnaire ?
Il me faut bien constater que la quasi totalité des jeunes militants de gauche radicalisés se sont tournés vers le marxisme (et ses dérivés léninistes et/ou trotskistes), si on excepte les anarchistes (mais bon ces derniers n'ont même pas d'organisation politique à Genève). Il y a donc quelque chose dans le marxisme qui en fait l'outil adéquat pour la nouvelle génération de militants socialistes révolutionnaires, et ce quelque chose est probablement l'immense bagage théorique et analytique qui s'est développé depuis la pensée de Marx et de Engels au court du XXe siècle et du XXIe siècle qui offre un cadre de pensée efficace pour penser le socialisme et la révolution. Si on évite l'écueil de l'orthodoxisme (ou du dogmatisme littéraire) en cherchant à bâtir une pensée et un projet socialiste critique sur la base du meilleur du marxisme, alors je pense qu'on peut considérer que le marxisme a clairement un rôle (important) à jouer aujourd'hui. Il serait d'ailleurs bon de s'étendre un peu sur ce que signifie être marxiste de nos jours.
Enfin, sur la question (tactique) de la connotation du terme, je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il soit pire que le mot « communisme » ou le mot « socialisme » (qui est doublement connoté « URSS » et « social-libéralisme à la sauce Hollande »).
*Pas de révolution sans politique révolutionnaire et tactique révolutionnaire. Pas de politique et de tactique révolutionnaire sans mouvement révolutionnaire. Pas de mouvement révolutionnaire sans culture politique révolutionnaire.
**On notera qu'il s'agit de construire une culture politique révolutionnaire au sein des militants en premier lieu, et que par extension une telle action aurait comme conséquence de toucher bien au-delà le grand public non militant. C'est là du moins mon hypothèse.