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Débat
Le président. Nous abordons la P 2005-A. Cet objet est classé en catégorie II, trente minutes. Je passe la parole au rapporteur.
M. Pascal Spuhler (HP), rapporteur. Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, cette pétition conteste le passage du tram à la rue de Savoie. Pour ceux qui ne la connaissent pas, cette petite rue est perpendiculaire à la route de Chêne, elle mène de celle-ci à la gare des Eaux-Vives. Quand je dis petite rue, c'est encore gentil, parce que cette rue est extrêmement étroite ! (Brouhaha. L'orateur s'interrompt.)
Le président. Continuez, Monsieur le député !
M. Pascal Spuhler. Aujourd'hui, on voudrait faire passer un peu de tout dans cette rue: les voitures, les vélos, le tram, les bus, et j'en passe. La commission était au départ un peu dubitative quant à cette pétition que nous proposaient les habitants de cette rue: nous savons tous l'importance et l'intérêt des travaux qui se font aujourd'hui autour de la gare des Eaux-Vives pour le CEVA. Mais à la longue, à force d'auditionner, nous avons noté quelques incohérences. La première était qu'à l'époque, une boucle de rebroussement pour le tram existait déjà: elle partait de la route de Chêne et se situait en bas de la gare des Eaux-Vives. Cette boucle de rebroussement a été supprimée, il s'agirait maintenant de la réinstaller en passant par la rue de Savoie. C'est surtout en allant sur place que la commission a pu constater l'incongruité de l'installation d'un passage pour le tram. On veut nous rassurer en disant que cette boucle serait utilisée en cas de problème sur la route de Chêne, quand le tram ne pourrait pas faire son trajet habituel, pour lui permettre de revenir au centre-ville en attendant la suppression des éventuels inconvénients, mais on a quand même appris que cela arrive en moyenne deux fois par semaine, voire plus. Et je vous rappelle que, quand le tram passe, c'est quasiment toute la rue qui est occupée, alors que des livraisons, des véhicules, des vélos passent aussi par là - je vous ai déjà fait la liste avant. Nous avons donc constaté de visu - la commission est allée sur place - que ceci est totalement incohérent. (Le président agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole.) Je rappellerai également qu'une fois que la place devant la gare des Eaux-Vives sera complètement aménagée, il y aura un centre commercial accessible la journée en plus de la gare ainsi que des parkings pour les habitants et pour le centre commercial: un gros trafic est donc attendu dans cette rue. C'est totalement incohérent de faire passer tout ce monde à cet endroit. Après l'étude et l'écoute des différentes personnes auditionnées... (Brouhaha.)
Le président. Il vous faut terminer !
M. Pascal Spuhler. Monsieur le président, je m'excuse, mais c'est insupportable ! Franchement, si le parti socialiste pouvait juste un tout petit peu... (Remarque.) Oui, mais moi je suis censé parler, pas vous, Monsieur !
Le président. S'il vous plaît ! Monsieur de Sainte Marie, merci ! Monsieur Spuhler, je vous repasse la parole pour dix secondes, mais c'est terminé.
M. Pascal Spuhler. Je m'arrêterai là. La commission a donc été convaincue du bien-fondé de cette pétition et demande à cette assemblée de la renvoyer au Conseil d'Etat.
Le président. Merci, Monsieur le député. La parole est à M. Christian Zaugg.
M. Christian Zaugg (EAG). Merci, Monsieur le président, et merci pour votre excellente prononciation de mon nom ! Mesdames et Messieurs les députés, le groupe Ensemble à Gauche se réjouit et appuie résolument la décision de la commission des pétitions. Nous soutenons entièrement ses conclusions. Nous pensons en effet que cette boucle via la rue de Savoie est une aberration: c'est une aberration pour les habitants, c'est une aberration sonore. Ça implique des contraintes énormes alors même qu'une solution est toute trouvée et parfaitement possible dans le périmètre de la gare des Eaux-Vives. En continuant, on peut très bien mettre en place une boucle de rebroussement. Dès lors, nous ne voyons pas pourquoi les autorités, Conseil d'Etat et Ville de Genève, ont persisté. Encore une fois, nous soutenons entièrement les conclusions de la commission des pétitions, c'est-à-dire le renvoi au Conseil d'Etat.
Le président. Merci, Monsieur le député. Je passe la parole à M. le député Michel Ducret pour trois minutes.
M. Michel Ducret (PLR). Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, outre le besoin d'une boucle, qui n'est absolument pas contesté, la réalité amène au constat suivant: on a imposé aux TPG une solution bancale et peu pratique... (Brouhaha.)
Le président. Monsieur le député, une seconde ! S'il vous plaît, est-ce que vous pourriez respecter le silence, Monsieur Stauffer et votre groupe ? (Commentaires.) Votre ancien groupe ! Merci, Monsieur ! Je repasse la parole à M. Ducret.
M. Michel Ducret. Je reprends. On a imposé aux TPG une solution bancale, peu pratique, qui pose énormément de problèmes et qui est extrêmement coûteuse et gênante pour les riverains. On nie le trafic automobile généré par la gare et le centre commercial qui lui sera adjoint; on a aussi constaté une négation totale des besoins d'espace pour les transports collectifs, ce qui est quand même un paradoxe dans une ville qui prétend les soutenir - mais qui n'en veut pas les inconvénients ! On a constaté un renvoi des problèmes de correspondances pour les usagers entre les lignes régionales et les lignes urbaines. On ne les veut pas à Rive, on ne les veut pas non plus à la gare des Eaux-Vives ! A cette heure, personne ne peut vous dire à quel endroit ces échanges se feront. C'est quand même un peu paradoxal au moment où ces deux emplacements sont en pleine restructuration.
Le constat final qui justifie le renvoi au Conseil d'Etat, c'est celui d'un mépris total, de la part des services de l'aménagement du territoire et de la part de l'urbanisme de la Ville de Genève, des besoins des transports publics: on se gargarise avec le report du trafic, le report des déplacements sur les transports collectifs et la mobilité douce, mais d'un autre côté, on ne donne pas un espace convenable aux transports collectifs quand ils en ont besoin. On refuse par exemple une voie de stationnement supplémentaire à la gare des Eaux-Vives; on refuse une voie de stationnement pour les véhicules en panne à Rive; on refuse des équipements permettant de circuler de manière normale, de stocker des véhicules de réserve, etc. Tout cela n'est pas acceptable, Mesdames et Messieurs ! On ne peut pas faire de l'urbanisme comme on continue à le faire dans notre canton, en méprisant totalement les besoins des transports en commun: l'espace nécessaire doit leur être donné tout comme aux piétons, tout comme à la mobilité douce. Il faut de l'espace pour les transports collectifs. Je vous invite à soutenir très largement ce renvoi au Conseil d'Etat, non pas tant pour s'opposer à la boucle, nécessaire à l'exploitation des transports publics, que pour dire que maintenant ça suffit et qu'on ne peut pas continuer à se moquer du monde comme ça a été le cas l'autre jour à la commission d'aménagement !
Le président. C'est terminé, Monsieur le député.
M. Michel Ducret. Nous y avons constaté que les services de l'aménagement ne se préoccupent toujours pas de ces problèmes pour les usagers des transports publics.
Mme Sarah Klopmann (Ve). Les Verts ne sont pas non plus opposés à cette boucle de rebroussement puisqu'elle est apparemment vraiment nécessaire pour la bonne marche du réseau TPG dans sa globalité. L'ennui, c'est qu'on n'a toujours pas compris à quelle fréquence cette boucle allait être utilisée. Quand on écoute les services de l'aménagement de l'Etat ou quand on écoute les TPG, on entend une fois que cette boucle va être utilisée très occasionnellement quand il y aura un problème; une autre fois, on entend que la boucle risque d'être utilisée plusieurs fois par jour, voire plusieurs fois par heure. Bref, impossible de savoir la vérité !
Surtout, le problème et la raison pour laquelle les Verts souhaitent renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat, c'est que ce serait bien de réviser un petit peu le projet d'aménagement en cours sur le parvis de la gare des Eaux-Vives. Franchement, c'est lamentable. Nous avons auditionné le magistrat de la Ville de Genève chargé du dossier, M. Pagani, et, je vous le dis, c'était vraiment laborieux: laborieux parce qu'on avait de la peine à obtenir des réponses; laborieux parce qu'il ne connaissait pas son dossier. (Exclamations.) D'abord, il nous explique que la place Cornavin est une horreur et qu'il ne faut jamais refaire ça. Ensuite, il nous montre qu'il est en train de faire exactement la même chose devant la gare des Eaux-Vives ! Moi, je n'ai pas compris ! Il nous explique ensuite qu'on ne peut pas mettre un arrêt TPG devant la gare des Eaux-Vives. On essaie de réaliser un petit pôle de transports publics avec un peu de cohérence, mais lui, il nous explique que non, les TPG ne doivent pas être devant la gare: ce serait trop bête d'avoir une liaison cohérente entre le Léman Express et les TPG ! (Rires.) Soit ! Il faut faire une zone piétonne ? D'accord ! Là, je suis d'accord ! Mais, en montrant les plans et en insistant, il finit par bredouiller que peut-être, quand même, on mettra les taxis là-devant. Deux minutes plus tôt, il nous expliquait justement que c'était le problème majeur à Cornavin et qu'il fallait trouver une solution pour ça ! En réalité, ce projet, il est nul et il faut revoir complètement l'aménagement de ce parvis ! J'aimerais donc bien que l'Etat mette un peu son nez là-dedans ! Et j'entends par là le Conseil d'Etat in corpore et pas seulement les services de l'aménagement ! (Applaudissements.)
M. Stéphane Florey (UDC). En acceptant le renvoi de cette pétition au Conseil d'Etat, malheureusement, ce sont les usagers que vous allez défavoriser. Ça a été dit et démontré en commission. En plus, les transports publics ont fait le choix commercial de garder leurs vieux trams encore une vingtaine d'années par souci d'économie et d'efficience. Aujourd'hui, non seulement vous leur reprochez de garder leurs anciens trams, mais vous allez nuire à l'usager en «refusant» - entre guillemets - cette boucle de rebroussement. On nous l'a dit en commission: quand il y a un accident, une panne ou un événement quelconque sur ce tronçon, c'est tout le tronçon qui est bloqué, c'est-à-dire de la gare des Eaux-Vives à Moillesulaz. (Commentaires.) Cela fait qu'entre la gare des Eaux-Vives et Moillesulaz, il n'y a plus un tram qui roule ! C'est ça que vous êtes en train de faire ! Si vous ne laissez plus la possibilité aux trams de rebrousser chemin quelque part, c'est toute la ligne 12 que vous bloquez et c'est l'usager qui est une fois de plus pénalisé, finalement. A un moment donné, il faut savoir ce qu'on veut ! Est-ce qu'on veut des transports performants ? Il me semblait que ce Grand Conseil le souhaitait, mais, dans ces conditions, vous démontrez que vous voulez tout le contraire. C'est tout simplement dommageable pour l'image des transports publics.
Le président. Je vous remercie, Monsieur Florey. Monsieur Spuhler, vous n'avez plus de temps et vous pouvez difficilement le prendre sur le temps de votre groupe. (Rires.) Je vais vous faire voter sur cette pétition; la commission propose le renvoi au Conseil d'Etat.
Mises aux voix, les conclusions de la commission des pétitions (renvoi de la pétition 2005 au Conseil d'Etat) sont adoptées par 59 oui contre 12 non et 1 abstention.