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Cette année, le Prix mondial de la presse, remis le 3 mai 2017, sera décerné au journaliste suédo-érythréen Dawit Isaak emprisonné en Erythrée depuis plus de 15 ans.
« C’est un signal positif que Dawit reçoive le prix cette année, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Ce prix est un signal fort pour dénoncer les régimes qui éradiquent l’information et les médias, justement parce qu’ils sont vecteurs de valeurs démocratiques. Nous renouvelons notre appel au gouvernement érythréen à relâcher tous les journalistes qu’il détient arbitrairement derrière les barreaux depuis de si longues années.”
Après avoir pris part, comme de nombreux autres Erythréens, à la lutte pour l’indépendance du pays, avait trouvé refuge en Suède en 1987. Alors qu'il viviait en Suède depuis 1987, Dawit Isaak décide de revenir en Erythrée où il co- fonde en 1993 le premier journal indépendant Érythréen Setit, dans la capitale Asmara. En 2001, son journal publiait une lettre ouverte demandant la tenue des élections et l’application de la Constitution promise. La répression fut terrible : Dawit Isaac et une dizaine d’autres journalistes furent alors arrêtés en septembre et jetés en prison où ils sont maintenus depuis.
Parmi ces 11 journalistes arrêtés, Reporters sans frontières a reçu des éléments indiquant la mort de sept d'entre eux en détention, et on ignore le sort des quatre autres : Dawit, Emanuel ASrat, Temesgen Gebreyesus ou Seyoum Tsehaye. Les filles de ce dernier vivent en France et n’ont pas de nouvelles de leur père depuis toutes ces années. Lorsque, âgées de 12 et 14 ans, elles ont voulu rencontrer l’ambassadeur érythréen, ce dernier a appelé la police pour les faire évacuer de l’ambassade. En juin 2015, RSF a déposé en leur nom une plainte contre X auprès de la justice française, malheureusement jugée irrecevable.
Plaidoyer international pour Dawit
En juillet 2011, le plus jeune frère du journaliste, Essayas Isaak, ainsi que trois juristes soutenus par RSF, avaient adressé conjointement une ordonnance d'Habeas Corpus à la Cour suprême érythréenne. Ils réclamaient des informations sur le lieu et les conditions de son emprisonnement. Affirmant n’avoir jamais reçu cette ordonnance, la Cour suprême à Asmara n'a jamais statué sur la requête.
Faute de réactions de la part de la Cour suprême, les juristes se sont adressés à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), en 2012, alors que le journaliste de 48 ans fêtait son douzième anniversaire en prison. Dans sa communication 428/12, la CAPDH a ordonné en février 2016, à l’Erythrée que soit mis en place un mécanisme pour localiser efficacement les personnes disparues et transmettre ces informations aux familles des disparus. Elle rappelle l’importance de prendre des mesures immédiates pour permettre l'opérationnalité des médias indépendants, y compris en alignant les lois nationales sur les standards internationaux, et protéger les journalistes de l'arbitraire et des arrestations. Des obligations qui restent non appliquées à ce jour. En 2015, Reporters sans frontières a aussi soumis une contribution écrite au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies sur le sort de Dawit Isaak.
Selon les chiffres de RSF, au moins 15 journalistes sont actuellement emprisonnés en Erythrée, faisant de la dictature d’Isaias Afewerki, la plus grande prison d'Afrique pour les journalistes. Des milliers d’Erythréens, dont des dizaines de journalistes, n’ont eu d’autre choix que de fuir cette répression aveugle et de quitter leur pays. Reporters sans frontières tente de suivre le maximum de dossiers de journalistes érythréens en exil. L’ONG soutient également le travail d’une radio indépendante érythréenne, Radio Erena, qui émet depuis Paris à destination de la population en Erythrée et de sa diaspora.
Rappelons que l’Erythrée détient la 180e et dernière place au Classement mondial de la liberté de la presse 2016, établi par Reporters sans frontières.
Le prix Guillermo-Cano a été créé en 1997 par le Conseil exécutif de l’UNESCO pour récompenser une personne, une organisation ou encore une institution, ayant contribué à la défense et/ou à la promotion de la liberté de la presse, partout dans le monde, et souvent au risque de leur vie.