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[Update – 9 février 2020: Renée Zellweger a reçu l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle de Judy Garland]
Le biopic retrace l’année précédant le décès de Judy Garland, considérée par l’American Film Institute comme étant la huitième meilleure actrice de légende du cinéma. Pour incarner cette icône, l’ancienne Bridget Jones s’est métamorphosée physiquement par le truchement d’une perruque et d’une prothèse.
Hiver 1968 : la légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz.
Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait donc plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée physiquement et moralement. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage.
Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de de réaliser ce souhait ?
Judy est un biopic consacré à la légende Judy Garland qui s’intéresse à la fin de sa vie – le film de la montre mère inquiète, amante dans le besoin, chanteuse en proie à ses démons, légende broyée par le milieu mais toujours adulée. Le film est centré tout particulièrement à l’année 1968 et la série de concerts donnés par l’artiste à Londres.
L’actrice et chanteuse, trente ans après avoir triomphé dans Le Magicien d’Oz et un an avant son décès, se trouve dans une très mauvaise passe tant personnelle que professionnelle, elle a décidé de quitter les Etats-Unis pour Londres pour subvenir aux besoins de ses jeunes enfants, Lorna et Joey Luft, enfants qu’elle a eus avec Sidney Luft (Rufus Sewell) qui souhaite en conserver la garde, une source de terrible déchirement pour Judy Garland qui sombre de plus en plus dans l’alcool et la prise de médicaments.
A Londres, assistée par Roselyn Wilder (Jessie Buckley), Judy Garland est attendue avec effervescence et tout un programme a été élaboré, entre concerts, interviews et rencontres. Malheureusement, l’artiste décevra tant le public que son impresario, se laissant aller à ses démons, insultant le public et accusant un immense retard pour son arrivée sur scène.
Le film de Rupert Goold choisit de ponctuer cet ultime chapitre de la vie mouvementée de Judy Garland avec des flashbacks sur l’enfant-star, à l’enfance et l’adolescence sacrifiées, la femme qui reste hors de vue du public, la Judy la plus triste et la plus méconnue, celle que l’on a découverte après sa mort à travers les révélations de ses ex-époux et de ses enfants.
Le film rappelle que c’est dans Le Magicien d’Oz que Judy Garland (Darci Shaw incarnant la jeune Judy Garland) interprète Over the Rainbow, chanson devenue un standard, repris par des dizaines d’artistes, de Frank Sinatra à Juliette Gréco en passant par Harry Nilsson et Phil Collins. Seulement Victor Fleming a dû se battre contre les responsables du studio pour maintenir la scène. Au final, Over the Rainbow remporta l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1940. C’est donc un choix justiceux de la part de Rupert Goold d’ouvrir son film sur la jeune Judy Garland sur le tournage du Magicien d’Oz et dans les coulisses du tournage où l’on voit voit la jeune adolescente prisée de sommeil et de nourriture pour remplir les exigences du contrat et les injonctions de Victor Fleming. Le biopic insiste sur les fêlures provoquées par une période où Judy Garland ne devait qu’incarner Dorothy Gale sans pouvoir vivre pleinement sa vie d’enfant. Des fêlures que l’artiste portera toute sa vie et qui la broieront.
Une profonde et lancinante dépression la mène à une tentative de suicide en 1950. Le 29 mars 1951, Judy Garland divorce de Vincente Minnelli après l’avoir découvert dans son lit avec leur chauffeur. Paradoxalement, elle devient une icône gay après avoir appris l’homosexualité de son mari et c’est cette dimension iconique que le biopic de Rupert Goold choisit de mettre en avant.
Le couple formé par Stan et Dan (interprétés par Andy Nyman et Daniel Cerqueira), deux petits mais primordiaux personnages du film, attendent Judy devant la salle londonienne Talk of the Town, où elle a un récital de cinq semaines. Ils l’attendent à la sortie des artistes; se sentant seule, elle leur demande de la rejoindre pour le dîner – les laissant stupéfaits. Ils se mettent en quête d’un restaurant encore ouvert au milieu de la nuit mais, bredouilles, au fur et à mesure que la soirée avance, ils convient Judy Garland, leur idole, dans leur appartement, où, pendant que Dan prépare une omelette, Stan lui ouvre les larmes sur les difficultés que les deux homosexuels ont eu à maintenir leur relation face à la persécution légale : « Stan était en prison six mois pour outrage à la pudeur, depuis ils ont changé la loi. »
Judy de le réconforter : « Il y a tellement de persécution dans ce monde : tous ceux qui sont différents. Ils ne le supportent pas. Qu’ils aillent au diable ! » Et de poursuivre :«Je travaille dur depuis que j’ai deux ans : « Judy Garland, née dans une valise. »
On comprend la solitude et la souffrance de l’artiste qui partage ce qu’elle sait mieux faire : elle se met à chanter et Dan l’accompagne au piano. Il lui confesse que sa musique les a réconfortés tout au long de leurs souffrances.
Bien que Stan et Dan soient des personnages fictifs, Rupert Goold tenait à insérer ces personnages pour mettre en valeur l’enthousiasme des de fans de Judy Garland et en particulier la communauté LGBTQ, insérant des moments à la fois émouvants et amusants comme quand le couple découvre que les billets qu’ils ont achetés leur permettent de voir Lonnie Doneganm et non Judy Garlan, ils s’indignent.
Pour être capable d’incarner de manière si troublante Judy Garland avec d’authenticité, Renée Zellweger s’est exercée au chant pendant plus d’un an. Même si l’actrice avait déjà chanté dans Chicago, sa préparation pour Judy a représenté un immense travail quant à la gestuelle, la posture, le regard, l’accent et la tonalité de Judy Garland. Le résultat est époustouflant : Renée Zellweger est méconnaissable et, par instant, fait songer à Liza Minelli qu’elle pourrait interpréter avec brio.
Le biopic fait apparaître dans quelques scènes Mickey Deans (Finn Wittrock ), manager et musicien, montré sous un aspect ambigu, entre passion et intérêt : « Je vois ton talent, je ne vois pas tes problèmes. Les gens t’adorent, ils parlent de tes projets parce qu’ils veulent en être. » D’ailleurs, le film de Rupert Goold rappelle qu’ils se sont rencontrés pendant qu’il livrait des médicaments sur ordonnance à l’artiste.
Outre l’impressionnante et émérite interprétation de Renée Zellweger, le film offre une succession captivante de scènes publiques en concert et de scènes plus intimes, dévoilant les facettes cachées de Judy Garland. La recherche de véracité dans les costumes comme dans les décors est remarquable et bien évidemment, la bande-son, interprétée par Renée Zellweger, est étincelant au sens propre et figuré.
Il fallait de la finesse pour clore un chapitre aussi douloureux de la vie tourmentée de Judy Garland. Le réalisateur a choisi avec sobriété de citer le Magicien d’Oz :
« Un coeur ne se juge pas l’amour qu’il donne mais ar l’amour qu’il reçoit des autres. »
Firouz E. Pillet
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