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Les premiers décomptes provisoires peuvent mener à des conclusions inconsidérées. Mais il est bien trop tôt pour apprécier sérieusement les impacts réels de la nouvelle politique agricole PA 2014-17 sur les exploitations agricoles. C'est faire preuve de populisme bon marché que de tirer des conclusions pour toute l'agriculture sur la base de cas isolés et en partie exagérés. Il faudra probablement attendre jusqu'en février pour disposer des chiffres détaillés et fiables des cantons et de la Confédération et connaître quelles régions, quelles exploitations et quels types de production profitent plutôt et lesquelles doivent assumer des pertes.
Que peut-ont dire aujourd'hui avec certitude?
- Gagnants et perdants s'équilibrent car le total des paiements directs versés reste inchangé dans l'ensemble.
- Celui qui est prêt à bouger a des possibilités nombreuses et raisonnables de compenser, voire surcompenser, les pertes potentielles avec les nouveaux programmes des paiements directs. Des analyses d'exploitations avec des situations de départ difficiles l'ont montré (voir la Fiche info Nr.4 disponible en allemand).
- Les exploitations sont plus flexibles que ce qu'attendait la Confédération. La participation aux nouveaux programmes a dépassé les prévisions, parfois même sensiblement, comme le montrent les nouveaux chiffres. Cela parle en faveur d'une position pragmatique et positive de la majorité des exploitations agricoles.
- Le revenu agricole ne dépend de loin pas que des paiements directs. Le plus grand potentiel d'amélioration du revenu agricole se situe dans la réduction des coûts de production actuellement bien trop hauts en Suisse, ainsi que d'une production respectueuse des ressources. Les incitations du nouveau système de paiements directs doivent aider à utiliser au mieux ce potentiel. C'est également profitable à l'environnement car la plupart des intrants chèrement payés par l'agriculture nuisent à l'environnement (par ex. utilisation d'aliments concentrés).
- Les exploitations citées en exemple par l'Union suisse des paysans et leurs médias, qui doivent avoir perdu gros dans la réforme, n'ont certainement pas exploité tout le potentiel d'amélioration du revenu qu'offre le nouveau système. Jauger la nouvelle politique agricole sur la base de ces exploitations est malhonnête et contre-productif (voir encadré).
Désormais, il faut regarder positivement vers l'avenir. La question centrale est: comment peut-on soutenir les exploitations agricoles de manière optimale pour qu'elles puissent vraiment utiliser les possibilités de se tourner vers une agriculture conforme à la Constitution, c'est-à-dire économiquement viable, utilisant rationnellement les ressources, adaptée au site et respectueuse de l'environnement? Vision Agriculture veut y contribuer et recherche avec des organisations partenaires des voies pragmatiques pour soutenir les exploitations agricoles globalement dans leur ensemble. Les premiers résultats sont prometteurs. Une ombre au tableau : PLVH
Même si seulement quelques données récapitulatives isolées sont disponibles, il ne faut pas se voiler la face devant quelques aspects négatifs du nouveau système. Le plus douloureux est sans doute le nouveau programme de "production de lait et de viande basée sur les herbages" (PLVH). 70% des agriculteurs se sont annoncés pour la PLVH selon l'Office fédéral de l'agriculture – et la majorité des exploitations dans les zones herbagères. Dans le canton des Grisons, on s'approche des 100% d'après une estimation. Il s'est produit ce que Vision Agriculture avait prédit: le programme PLVH a été tellement dilué qu'il a dégénéré en "tout un chacun peut participer". Cette contribution liée à la détention d'animaux s'offre aujourd'hui pratiquement à toutes les exploitations dont les animaux consomment du fourrage grossier. Cela n'a que très peu à voir avec une exploitation basée sur les herbages. Alors que tous semblent être gagnants, ceux qui fournissent réellement une prestation y perdent. Car l'argent qui a été distribué selon le principe de l'arrosoir leur manque. Élevage de vaches allaitantes perdant
Outre des producteurs de lait qui utilisent peu ou aucun aliment concentré, les grands perdants concernant les contributions PLVH doivent être surtout ceux avec des vaches allaitantes. Ils nourrissent naturellement leurs animaux avec peu d'aliments concentrés et seraient prédestinés à ce programme. Cela se complique encore pour les exploitations avec des vaches mères, qui ont pour différentes raisons plus de problèmes à compenser les éventuelles pertes de paiements directs – alors qu'elles fournissent des prestations écologiques supérieures à la moyenne. Avec une contribution PLVH digne de ce nom et telle qu'elle avait été discutée au parlement à l'origine avec des primes attractives, une compensation aurait été possible pour ceux qui élèvent des vaches mères. Maintenant, ces exploitations doivent se partager ces contributions PLVH avec une grande partie des détenteurs d'animaux, même si beaucoup d'entre eux ne pratiquent pas une production "basée sur les herbages", ce qui réduit ces contributions de 300 à 200 Fr./ha. Vision Agriculture aimerait redonner vie à ce programme tel qu'il avait été imaginé au départ pour véritablement soutenir la production basée sur les herbages – avec des exigences qui correspondent vraiment au concept de "basé sur les herbages" et des contributions qui rétribuent de manière équitable et attractive cette prestation. Dans la bonne direction
Le nouveau système de paiements directs semble passer auprès de la grande majorité des paysans et les incitations aller dans la direction donnée par l'article sur l'agriculture de la Constitution fédérale. L'Alliance agraire, qui représente des organisations paysannes ainsi que des organisations de protection des consommateurs, de l'environnement et des animaux, plaide pour une continuité dans la politique agricole pour les huit prochaines années. Vision Agriculture soutient aussi cette position. "Il faut maintenant laisser travailler les agricultrices et les agriculteurs. Cela suscite la confiance. On ne peut pas construire l'avenir sans la confiance des agricultrices et des agriculteurs et sans conditions cadres fiables. Apporter des corrections aux bases légales existantes ne serait crédible qu'après avoir évalué globalement et de manière transparente les expériences faites avec le système développé de paiements directs", écrit l'Alliance agraire dans son communiqué de presse.Informations complémentaires: