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Comme le note la Société française d'énergie nucléaire (SFEN) dans un commentaire, l'incertitude quant au rôle de l'énergie nucléaire dans 10 à 20 ans s'explique par les réactions provoquées dans les médias par le compromis sur un abandon rapide du nucléaire qui semblait avoir été obtenu par le gouvernement Schröder en décembre, mois où a été effectué le sondage. Pour l'opinion publique française, un tel développement de l'autre côté du Rhin ne pouvait pas rester sans conséquences politiques. On s'est retrouvé en décembre 1998 dans une situation analogue à celle que le nucléaire avait connue en 1996: dix ans après Tchernobyl et peu après la reprise des essais atomiques français dans le Pacifique, l'opinion publique faisait preuve d'une inquiétude identique.
C'est depuis 1992 que le Commissariat à l'Energie Atomique, Cogema, Electricité de France et Framatome font procéder chaque année à une enquête du "baromètre nucléaire" où est posée la même trentaine de questions. Selon le sondage de décembre 1998, la confiance dans l'avenir de l'énergie nucléaire a diminué: 47% des personnes interrogées, au lieu de 62% en 1997, estiment que l'énergie nucléaire jouera le rôle le plus important pour l'approvisionnement énergétique dans dix ans, et ils ne sont plus que 30% à attribuer ce rôle à l'énergie nucléaire dans 20 ans. Mais l'appréciation de l'image technique et économique, ainsi que de la sûreté de l'énergie nucléaire, reste inchangée. La confiance dans les autres formes d'énergie n'a pas progressé non plus. Quatre personnes interrogées sur cinq continuent de se sentir mal informées ou pas informées du tout sur le nucléaire. Le fait que ce sentiment n'est pas infondé peut s'illustrer par les réponses données à la question de savoir quelles énergies contribuent à l'effet de serre. 51% ont répondu l'énergie nucléaire, et autant ont cité le gaz (plusieurs réponses étaient possibles). Les préoccupations vis-à-vis des risques n'ont guère changé: le stockage des déchets radioactifs occupe toujours la quatrième place, derrière les accidents de la route, la délinquance et la pollution de l'air, et se retrouve au même classement que les sites de stockage de déchets chimiques et le sida. Les installations nucléaires proprement dites sont ressenties comme étant moins dangereuses et sont classées à peu près à la même place que les installations chimiques, l'amiante ou les plantes génétiquement modifiées. Le radon arrive tout en bas de la liste. Ces résultats ne sont pas sans importance lorsque l'on sait que dans le processus de décision politique, l'opinion revêt un poids nettement plus grand que les faits. L'enquête continuera donc d'être poursuivie régulièrement.
Source
P.B./C.P. d'après La correspondance nucléaire de la SFEN du 9 février 1999