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(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, je raconte être entré dans une sorte de temple, situé à Manhattan.)
Au fond du couloir, une autre porte se trouvait, belle et ornée de pierreries. J'abaissai le loquet, et la poussai. De l'autre côté, était une pièce illuminée. Mes yeux en furent éblouis. Je ne savais pas où était la source de la lumière; elle était répandue partout, de façon très étrange.
Un éclat de rire fusa. Come in, Rémi! entendis-je dire: entre! Comment la personne qui s'était adressée à moi connaissait-elle mon nom? La connaissais-je, moi-même?
Je fis un pas, puis deux, et mes yeux, s'habituant à la clarté, me montrèrent le spectacle le plus incroyable que j'eusse vu de toute ma vie. Un homme en armure était assis sur une estrade, me regardant. Je tiens à dire que cette armure n'était pas comme celle des chevaliers féodaux que nous connaissons en Europe: elle épousait mieux son corps, et des couleurs diverses s'y voyaient, mais aussi des symboles. À sa droite, donc à gauche pour moi, il y avait une femme d'une ravissante beauté, mais également en armure, et qui paraissait forte et mâle, semblable à une Valkyrie. À sa gauche, un autre homme en armure était assis, plus jeune, et son armure était plus claire. Leurs yeux, à tous les trois étaient d'un extraordinaire éclat.
Or, devant eux se trouvait un homme debout, me regardant en souriant, et je compris rapidement que c'était lui qui s'était adressé à moi. Lui aussi était en armure, mais mon cœur bondit dans ma poitrine lorsque je vis que ses mains ne portaient pas des doigts, mais de fins tentacules, comme s'il appartenait à une espèce intermédiaire entre les hommes et les pieuvres! Je m'aperçus alors que ses yeux avaient aussi quelque chose d'animal, que la même couleur brillante les emplissait tout entiers, qu'ils n'avaient point de prunelle. Ils étaient comme des globes d'or, et quand je regardai à nouveau vers les trois hommes assis, je m'aperçus qu'ils étaient semblables, que celui du milieu avait des yeux vermeils, la femme à gauche des yeux de saphir, l'homme à droite des yeux de diamant, et, si je veux comparer à des pierres aussi ceux de l'homme se tenant debout, je dirai qu'ils étaient tels que des topazes. Une obscure flamme, tenant vaguement lieu de pupilles, paraissait luire en chacun de ces yeux étranges, dignes d'êtres extraterrestres. Venaient-ils d'une autre planète?
Ma surprise fut à son comble quand je m'aperçus que le heaume de celui du milieu rappelait vaguement le lion, que la femme à gauche avait des ailes d'aigle, et que l'homme à droite avait des pieds de serpent, qui s'enroulaient en bas de son fauteuil. Il s'agissait apparemment d'hommes-animaux. Rêvais-je? Ou venaient-ils de ce qu'on appelle une autre dimension?
Le plus horrible était cependant à venir. À la clarté des fines lampes incrustées dans les murs comme des pierres luisantes - la source lumineuse que j'avais en vain cherchée d'abord -, je distinguai, en haut et derrière l'homme du milieu, un être énorme, hideux, informe, rappelant à la fois l'homme et l'araignée, et dont les quatre yeux, semblables à des émeraudes, brillaient. Il avait aussi quatre bras, et un corps noir, et ses jambes immenses semblaient se recourber vers l'intérieur, et être attachées à une toile recouvrant tout le mur. Les fils en scintillaient faiblement dans la pénombre, la clarté des pierres n'atteignant pas le fond de la pièce, et des perles semblaient les lier entre eux. À la tête géante du monstre était une couronne luisante, comme s'il était le véritable prince du groupe.
(À suivre.)