Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06855.jsonl.gz/322

Cette peinture murale représentant la Transfiguration se trouve dans une portion de mur en forme d’arc, dans le temple (chapelle de l’Église libre) de Nyon. Selon le récit biblique, Jésus révèle sa nature divine aux disciples Pierre, Jacques et Jean sur le mont Tabor en présence de Moïse et du prophète Élie. Dans sa version, Louis Rivier représente seulement les deux derniers personnages de part et d’autre du Christ.
La composition est construite autour d’un axe central coïncidant avec le corps du Christ. Celui-ci se trouve sur une petite butte de roches en position surélevée par rapport à Moïse et à Élie. Il est de face et ses bras sont complètement écartés, en croix. Il est habillé d’un linceul blanc porté en guise de tunique lui couvrant l’épaule droite, une partie du ventre et les jambes. Sa poitrine et son bras droit sont nus. Ses longs cheveux tombent sur les épaules. Son expression est sérieuse mais paisible.
A gauche, Moïse se tient debout, son corps basculant légèrement vers la gauche dans un mouvement de stupéfaction. Il est comme ébloui par la lumière et l’apparition, soudaine, du Christ. Il a la bouche entrouverte et il lève le regard en direction de Jésus. Sa main gauche s’accroche à sa longue barbe selon un geste qui rappelle le Moïse de Michel-Ange tandis que sa main droite est appuyée sur la table de la Loi. Une dalle en pierre de forme irrégulière posée par terre est maintenue par sa jambe. Moïse porte un turban volumineux aux nombreux plis et une longue tunique claire au-dessous de laquelle on aperçoit une chemise marron. Seul son pied gauche est visible ; il chausse des sandales.
A droite, Élie est aussi debout et se tient en équilibre sur deux pierres. Son regard se tourne vers Moïse ; contrairement à celui-ci, il ne semble pas surpris par l’apparition du Christ. Il essuie son couteau avec sa cape après le massacre des 450 prophètes de Baal au pied du Mont Carmel. Ce geste caractéristique d’Élie sera reproduit à plusieurs reprises par Louis Rivier dans, entre autres, Le prophète Élie fuit la colère de Jézabel (1949). Il porte lui aussi un turban au drapé élaboré et il est habillé d’une tunique rose. Il chausse des sandales au-dessus d’une sorte de bas-de-chausses rappelant un vêtement ancien.
Le sol est aride et constitué principalement de terre et de roches. La figure du Christ se démarque sur un ciel bleu rempli d’épais cumulus. Toutefois, le ciel s’ouvre à la hauteur des bras écartés de Jésus, comme s’il prenait part à sa manifestation divine. Cet effet formel souligne la posture christique, en amplifiant sa charge symbolique et en lui conférant encore davantage de grandeur et de puissance.
La lumière est vive et étale. La gamme chromatique est sobre et lumineuse composée essentiellement par le blanc qui domine la composition, le bleu, le marron clair et le rose. Les ombres sont rares et façonnent les plis des habits en mettant en évidence le drapé à l’effet sculptural.
Cette composition de Louis Rivier manifeste un certain statisme : la posture hiératique du Christ, les gestes figés de Moïse et d’Élie, la structuration symétrique de la composition, cristallisent la scène et la rendent très symbolique, relevant d’une certaine abstraction conceptuelle. Ici, Louis Rivier ne focalise pas son attention sur le réalisme de l’atmosphère, même si les détails des vêtements confèrent une présence incarnée des deux prophètes. L’artiste représente la révélation de la nature divine du Christ à laquelle le paysage et les figures se joignent miraculeusement et l’attestent.