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L'avenir du rail en Suisse est sous terre.
C'est du moins ce que prétend Michel Béguelin, ancien conseiller aux États.
Son raisonnement est clair comme de l'eau de source et peut se résumer ainsi :
1) Les infrastructures tant routières que ferroviaires sont saturées, donc il faut les agrandir
2.1) Pour ce faire, il faut effectuer des travaux qui vont gêner les usagers pendant de longues années
2.2) On manque de place pour construire de nouvelles infrastructures
2.3) On ne peu pas « laisser des toiles d'araignée d'infrastructures à nos enfants »
3) La solution est donc de mettre le chemin de fer sous terre
C'est là une réflexion tout à fait logique sur laquelle je n'ai rien à redire, si ce n'est que je ne suis pas d'accord avec le point 1…
Voilà le cas typique de quelqu'un qui ne voit qu'une seule solution pour résoudre un problème parce qu'il ne remet pas en cause les origines de ce problème.
Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais pour ma part j'estime préférable de remettre en question la croissance démesurée des déplacements pendulaires (et surtout les causes de ces déplacements) que de me retrouver à devoir voyager sous terre. Ces gens n'éprouvent-ils donc aucun plaisir à admirer les couleurs d'un paysage qui défile ?
Nous sommes nombreux à critiquer nos sociétés trop individualistes où la plupart des gens vivent loin de la nature. Cependant, combien d'entre nous serions prêts à opter pour un mode de vie très différent, quitte à vivre un peu à l'écart du reste de la société ?
Depuis 1973, c'est la voie que les membres des coopératives Longo Maï ont choisi. Ces communautés sont installées dans des régions agricoles reculées dont elles font revivre les terres qui leur fournissent ainsi l'essentiel de leur subsistance. Chacune de ces coopératives vise un niveau d'autosuffisance élevé, aussi leur agriculture (biologique) se situe aux antipodes des monocultures dont les dégâts ne sont plus à présenter. Leurs activités ne se limitent pas à l'agriculture et à l'élevage : l'artisanat joue également un rôle important.
Tout en étant quelque peu isolés de la société (ces fermes sont situées en dehors des villages), les gens qui y vivent profitent d'une véritable vie communautaire : tous les membres vivent ensemble, travaillent ensemble et partagent les mêmes biens. L'argent est quant à lui placé dans une caisse commune et ne sert qu'aux échanges commerciaux avec l'extérieur ; personne ne touche de salaire. Il ne faut pas croire toutefois que ces gens vivent dans un système refermé sur lui-même : les communautés ont de nombreux échanges avec les villages alentour et les agriculteurs de la région, et les enfants fréquentent les écoles publiques.
À contre-courant de la tendance mondiale à la concentration urbaine qui, paradoxalement, distancie et isole les individus, l'idée d'une vie plus solidaire et plus proche de la nature séduit quelques uns. Si un tel mode de vie ne peut assurément pas convenir à tous, l'idée mérite d'être mieux connue.
Serez-vous le prochain à rejoindre l'une de ces communautés ? En tous les cas, n'hésitez pas à en apprendre plus en visitant le site internet de Pro Longo Maï. Mieux encore, si vous en avez l'occasion, ne vous privez pas d'une visite à la communauté du Montois (Jura).
Brigue, le 17 aout 2025
Chers amis,
Je suis très honoré de pouvoir vous annoncer l'achèvement officiel des travaux de construction de l'autoroute de Sierre à Brigue. Le chantier fut long et entravé d'embuches. J'en suis conscient, votre tâche a été ardue. Cependant tout le travail a été brillamment accompli, vous avez là de quoi grandir votre fierté !
À compter du mois prochain, le dernier maillon du réseau des routes nationales sera enfin ouvert à la circulation. Les interminables files de poids-lourds traversant les villes et villages de la plaine du Rhône ne seront bientôt plus qu'un lointain souvenir. Et ce grâce à vous, ingénieurs et constructeurs !
Chers amis, aujourd'hui est un grand jour pour le Valais tout entier. Je suis heureux d'y être présent ici avec vous. Au nom de tous les habitants de notre beau canton, merci à vous tous !
Et maintenant fêtons dignement ce succès, notre succès, votre succès !
Allocution du Conseiller d'État en charge du Département des Transports, de l'Équipement et de l'Environnement du Canton du Valais dans le cadre de la cérémonie de fin des travaux de l'autoroute A9
Viège, le 14 septembre 2025
Chers collaborateurs, actionnaires et associés,
Aujourd'hui se tourne une page dans l'histoire de notre société. Dès samedi une nouvelle porte s'ouvrira sur l'extérieur ; si longtemps limités par notre situation géographique défavorable, nous voici enfin reliés au réseau des grands axes européens. De nouvelles perspectives de développement se dessinent : des transports plus rapides permettront une expansion sur un plus vaste territoire d'activités et nous ouvrira de nouveaux marchés.
Ne nous relâchons pas pour autant, car de nouveaux défis nous attendent : il faudra résister à une concurrence qui, elle aussi, se trouvera rapprochée. Rassurez-vous, je n'ai aucune crainte à ce sujet : depuis plus d'un siècle notre entreprise a été confrontée à de nombreux bouleversements et en est toujours sortie grandie. Du petit atelier familial au grand groupe industriel d'aujourd'hui, la B. S. K. et Cie n'a cessé de croitre. Restons sur la voie du succès !
Oui, je sais que je peux avoir confiance en vous pour assurer à notre vénérable société un avenir radieux. Ainsi nous pourrons à nouveau créer des emplois qui profiteront à toute la région.
Pour la B. S. K. et pour le Haut-Valais, buvons à notre réussite !
Discours de Peter K., président du conseil d'administration de la B. S. K. et Cie, lors de l'assemblée générale extraordinaire de la société
Bratsch, le 18 septembre 2025
Chère Hannah,
Du haut de mon perchoir, j'admire cette paisible vallée du Rhône qui nous a vu grandir. Il y a bien longtemps déjà que je n'y vis plus, mais je m'y sens toujours chez moi. J'y suis revenu aujourd'hui pour profiter une dernière fois de ce calme si magique qui règne ici. Une dernière fois malheureusement, car demain la mobilité moderne fera son entrée fracassante en cette contrée. Assis sur mon banc ensoleillé, je perçois au fond de la vallée un étrange ruban noirâtre qui longe la voie ferrée. Aujourd'hui encore immaculé, il sera dès demain recouvert d'automobiles vrombissantes en tous genres. Te rappelles-tu les nombreuses fois où nous attendions le train en jouant aux billes sur le quai ? Eh bien imagine-toi que juste à côté défileront bientôt des camions lancés à 120 km/h. Si on avait raconté cela au chef de gare, jamais il n'aurait voulu le croire. Déjà qu'il n'en revenait pas lorsque les premiers avions de l'armée étaient arrivés… il serait heureux tiens, l'aérodrome est fermé désormais. Pourtant, aujourd'hui personne ne semble s'étonner de cette énorme route. Drôle d'époque, hein ? Je finirais par croire que c'est moi qui deviens fou. Je n'ai pourtant même pas encore soufflé mes nonante-trois bougies… À part ça te souviens-tu de ton neveu Michael ? Figure-toi que je l'ai croisé, en bas à Niedergampel. Il tient toujours la ferme de tes parents ! J'ai voulu l'inviter à venir à Berne un de ces jours mais il était très occupé ; tu sais le travail qu'ont les paysans de nos jours. J'espère qu'il pourra venir cet hiver.
En espérant te revoir bientôt, je t'embrasse, chère cousine.
Werner
Toujours plus loin, toujours plus vite, les hommes repoussent les limites du silence.
Le progrès éternel étend sa domination sur les territoires.
La nature n'a pas son mot à dire… ni la plupart des gens.
Mais tout ceci… pourquoi ? Qu'y gagnons-nous vraiment ?
La société contemporaine glorifie le travail. Quelle que soit l'activité exercée, dans la plupart des cas, ceux qui travaillent beaucoup et rapidement sont valorisés et présentés comme exemples à suivre. Les employés les plus performants ont souvent droit à des avantages (avancement, augmentation de salaire, etc.). À l'inverse, ceux qui sont un peu moins efficaces que la moyenne se voient soumis à une pression importante et craignent parfois pour leur emploi. Il est évident qu'un travail est à la base de toute chose ; il est donc bien fondé de le considérer à sa juste valeur. Mais, dans le monde contemporain, est-ce vraiment le travail d'une personne que l'on valorise ?
En réalité, la société a confondu depuis bien longtemps les notions de travail et d'emploi. La notion de travail renvoie nécessairement à une profession parfois exercée à titre indépendant mais qui l'est le plus souvent au service d'un employeur. La conséquence malheureuse de cette confusion est que, bien souvent, la seule chose importante aux yeux de la société, c'est l'emploi. Tout le travail effectué en dehors du cadre d'une profession officialisée n'est que secondaire.
Une profession, pour être reconnue comme telle, implique un ou souvent plusieurs diplômes, un titre officiel et donc une reconnaissance par l'État. Un travail a-t-il besoin de tout ceci pour être utile et mériter reconnaissance ? Certainement pas. Le travail effectué à titre personnel n'a pas de valeur marchande ; il ne vaut pourtant pas moins qu'un travail rémunéré, bien au contraire. Les personnes qui préparent elles-mêmes leurs repas plutôt que de diner hors de chez elles ; celles qui passent du temps à s'occuper de leurs enfants, petits-enfants, des enfants de leurs amis… plutôt que les confier à des garderies ; celles qui prennent soin de leur habitation, de leur potager ou de leur roseraie ; celles qui s'investissent pour animer la vie de leur village ou quartier… tout ceci est du travail, qui a au moins autant de valeur que n'importe quel travail rémunéré.
Ici se trouve le nœud du problème : la valeur du travail. La société se moque bien de la valeur que peut avoir un emploi, ce qui compte pour elle est que chaque personne en ait un. Être sans emploi est tout de suite perçu comme une situation anormale, problématique, à laquelle il faut remédier au plus vite. Pourtant, nombre de gens sans emploi fixe se rendent bien plus utiles à la collectivité que le travailleur moyen. Créer des emplois est perçu comme un acte nécessairement positif, ce qui fait que l'argument de la création d'emplois a souvent un effet massue qui passe dans l'ombre tous les autres aspects à étudier lors, par exemple, de l'installation d'une nouvelle entreprise ; quand bien même que ces emplois créés n'amènent souvent qu'à la disparition d'autres emplois ailleurs (emplois souvent plus agréables et riches d'un savoir-faire). En fait, la société en est arrivée au point de sacraliser le travail, sans se soucier de sa nature et de son intérêt.
Un autre problème réside dans la spécialisation à l'excès. Un nombre croissant d'emplois se limitent à quelques tâches très précises et répétitives. Ceci profite à l'employeur, car la spécialisation augmente la productivité ; mais l'employé serait certainement intéressé à faire d'autres activités durant ses quarante-deux heures hebdomadaires. Dans la même optique, il est difficile de combiner dans le monde professionnel deux activités totalement différentes l'une de l'autre. Une personne a une profession qui est inscrite dans les documents officiels ; sa personne est liée à cette «fonction», ce à quoi elle sert à la société. Pourtant les humains sont des êtres polyvalents, ils sont heureusement capables de s'adonner à toutes sortes d'activités. Bien entendu, certaines personnes apprécient de s'engager profondément dans un travail donné, mais ce n'est pas le cas de tout le monde ; pourtant la société est organisé autour du principe de base «une personne, un travail»…
Mais alors, avec tant de défauts, pourquoi continue-t-on dans cette voie ? C'est bien simple : peu de gens osent imaginer autre chose… ce qui est normal tant la société pousse ses membres à aller dans son sens. Parce que l'«on a toujours fait ainsi» (ce qui est d'ailleurs incorrect, par le passé de nombreux hommes travaillaient de manière bien plus polyvalente et plus libre qu'aujourd'hui) ; et aussi parce que le système scolaire pousse à la spécialisation. L'école pousse les élèves à favoriser un domaine au détriment des autres, ce qui n'est pas idéal : un élève peut très bien s'intéresser à la physique tout en appréciant le travail du bois. Or le système actuel ne le permet pas : pour étudier la physique, cet élève devra fréquenter le collège et devra pour ce faire renoncer à ses talents d'artisan. Si par contre il choisit la voie d'un apprentissage chez un ébéniste, il lui sera difficile d'approfondir ses connaissances scientifiques. Une autre élève, fascinée par le monde des chemins de fer, décide de s'engager sur cette voie et de suivre une formation de pilote de locomotive. En quittant l'école, elle n'aura jamais eu l'occasion de découvrir la philosophie, qui aurait pourtant certainement pu la passionner ; elle aura donc été forcée d'y renoncer de par sa formation professionnelle, et non par désintérêt pour la philosophie.
Que faire direz-vous… il est vrai que changer la société n'est pas une chose facile. Le plus important est de revoir notre façon de penser et surtout de convaincre le plus de monde possible d'en faire autant : sans changement des mentalités, il est très difficile de sortir de ce système. Il faut désacraliser l'emploi et oser sortir du cadre économique. Travaillons d'abord pour nous-mêmes, nos familles et nos amis. Ce que nous faisons nous-mêmes ne rapporte certes pas de salaire, mais c'est autant de travail que nous n'aurons pas à monnayer à d'autres. Il faut oser imaginer d'autres manières d'organiser le travail : s'associer plutôt que de travailler pour un employeur, proposer ses services à son entourage… Et surtout, redécouvrir la gratuité : il faut en finir avec la pensée du «tout travail mérite salaire» et limiter autant que possible la monétisation de notre quotidien.
Le monde reste à réinventer…
Il passe rarement une année sans qu'il ne soit question de transports. Des routes de contournement, de nouveaux tunnels, des augmentations tarifaires, des taxes... Dans tous les cas, un discours unanime : le réseau de transports arrive à saturation, il faut donc l'adapter aux besoins grandissants de notre mobilité. Cette évidence mettant tout le monde d'accord, les débats se résument généralement à ceci : d'un côté, les défenseurs de l'automobile individuelle ("ceux de droite"), atteints d'une allergie violente aux restrictions et aux taxes, et cherchant à étendre encore et toujours le réseau routier ; d'une autre part, les partisans des transports publics ("ceux de gauche" et les soit-disant écologistes), cherchant à augmenter la capacité du réseau ferroviaire, les cadences de desserte et le nombre de places dans les trains (et, accessoirement, à utiliser l'argent du peuple pour financer des projets surtout utiles à l'économie). Sans oublier bien sûr des intermédiaires se disant modérés ("ceux du centre"), cherchant à combiner un peu des deux en essayant de satisfaire tout le monde.
Le projet «FAIF» est un exemple parfait de ce pseudo-affrontement des idéologies : tout le monde, médias y compris, veut nous faire comprendre cette votation comme une bataille entre écologie et automobilistes (en gros).
Ce projet, en quoi consiste-t-il au juste ? Plus de budget pour le réseau ferroviaire, oui, mais pas pour n'importe quoi : cet argent est destiné à augmenter la capacité des grandes lignes interurbaines et d'agglomération. C'est-à-dire continuer encore plus dans la direction prise depuis longtemps par nos Chemins de Fer Fédéraux (je dis bien fédéraux, donc de service public) : privilégier le transport de masse des pendulaires, la vitesse et les projets pharaoniques au détriment de tout le transport régional et de la qualité du service aux voyageurs.
On construit toujours plus de tunnels pour aller plus vite, il y a toujours plus de trains par heure entre les villes, les convois à deux étages se généralisent... et pendant ce temps, le service régional n'a jamais été aussi déplorable : s'il vous est déjà arrivé de prendre des trains régionaux, vous voyez certainement de quoi il s'agit... les gares ne sont plus que de simples haltes, froides et inhospitalières (souvent il n'y a plus ni salle d'attente ni toilettes), les beaux anciens bâtiments de gare sont abandonnés, vendus quand ils ne sont pas détruits... Il n'y a plus de personnel pour vous accueillir et vous renseigner, ni pour veiller à l'état des infrastructures de la gare (lorsqu'elles existent encore). Et encore régulièrement, de petites gares ferment et cèdent la place à un service de bus, souvent parce que la ligne est saturée est que la priorité va à plus de liaisons rapides.
En même temps, on espionne les voyageurs à coup de caméras de surveillance, on pose des écrans partout, dans les gares, sur les trains, dans les trains... et on y installe le wi-fi (cela correspond à une demande de la clientèle, selon une certaine conseillère fédérale). Bien entendu, tout ceci est considéré comme étant des améliorations significatives du service aux voyageurs. Mais qui préfère avoir affaire à des appareils plutôt qu'à des hommes ? Le seul rôle encore dévolu à du personnel dans les trains (en dehors du conducteur) est celui de contrôleur...
Et de tout ça, dans le projet de financement, il n'en est point question. Pas un centime pour le service régional hors agglomération, l'entretien des petites gares, ni pour un véritable service à la clientèle. Mais, que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir, contrairement à ce qu'on veut faire croire : les CFF sont censés être à la fois un service public et une entreprise privée devant rapporter des revenus à la Confédération... le beurre et l'argent du beurre, ça n'a jamais marché, et bien entendu c'est toujours le voyageur qui en fait les frais, pas les caisses fédérales. Le modèle suisse, quel beau modèle...
Dans tout ceci, que voit-on ? Une société aveuglée par le toujours plus, plus vite et plus loin, qui refuse toute limite. Qui ne pense qu'à adapter l'offre à la demande, sans même penser à critiquer cette augmentation effrénée. Une société qui a perdu le plaisir de voyager, mais considère le voyage comme une contrainte à écourter et meubler le plus possible.
Ainsi, le projet FAIF est totalement insatisfaisant, car au service de la société de croissance du toujours plus vite et plus loin, et négligeant tous les problèmes fondamentaux du réseau ferroviaire. Un refus de ce projet serait une bonne épine dans le pied des responsables des transports.