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Lorsque la guerre a éclaté en Ukraine, la situation sécuritaire de l'Europe a radicalement changé. Le rapport sur la politique de sécurité du Conseil fédéral, fondement de la politique de défense suisse, semblait alors appartenir à un autre siècle.
Pour corriger cela, le Conseil fédéral a adopté quelques mois plus tard un rapport complémentaire qui réévaluait la situation. Cet état des lieux est accompagné d'une étude du Center for Security Studies (CSS) de l'EPFZ et d'estimations de l'ancien ambassadeur Jean-Jacques de Dardel sur la coopération en matière de politique de sécurité en Europe.
Un an et demi plus tard, le document est toujours valable à bien des égards. Le fait que des passages entiers du rapport complémentaire figurent dans le message sur l'armée 2024, présenté la semaine dernière par le Conseil fédéral, en est la preuve. Mais sur certains points décisifs, le gouvernement s'écarte des estimations de l'époque.
Si l'analyse de 2022 concluait encore qu'une attaque à distance «avec des engins guidés balistiques, des missiles de croisière ou des drones armés» était «improbable», le message de l'armée affirme aujourd'hui qu'un tel scénario est devenu beaucoup plus réaliste.
«En raison de la situation géopolitique compétitive et de la faisabilité technologique croissante», une telle attaque contre la Suisse doit être considérée comme «plutôt probable».
La crise libyenne est citée comme exemple de la rapidité avec laquelle un Etat peut «prendre des mesures drastiques à l'encontre de la Suisse sans avertissement préalable». En 2008, la Suisse avait arrêté le fils du dirigeant Mouammar Kadhafi, faisant éclater une crise diplomatique entre les deux pays.
Les termes «improbable» ou «plutôt probable» ne sont pas seulement des enjolivures sémantiques, mais se basent sur une échelle du Service fédéral de renseignement, comme le précise le message en introduction. «Improbable» correspond au troisième niveau d'escalade, «plutôt probable» au cinquième sur huit. L'échelle va jusqu'à «extrêmement probable».
Cette réévaluation a une grande influence sur l'orientation de l'armée. La «probabilité d'occurrence» des scénarios décrits sert en effet de base pour déterminer comment les troupes doivent se positionner à l'avenir. Et donc pourquoi il faut nettement plus d'argent pour cela.
Les lacunes en matière de capacités doivent être comblées, en particulier dans les domaines suivants:
Le message sur l'armée 2024 ne pose pas seulement la première pierre des développements des 12 prochaines années. Il représente également la proposition faite au Parlement d'approuver un plafond de dépenses de l'armée pour les années 2025-2028 d'un montant de 25,8 milliards de francs.
Ce qui est particulier, c'est qu'il n'y a pas de véritable justification pour cette réévaluation. Interrogé à ce sujet, le département de la défense compétent se contente de dire que la situation en matière de sécurité évolue en permanence. Le rapport sur la politique de sécurité est certes la base, mais l'évolution de la situation est également prise en compte.
Manifestement, la nouvelle évaluation n'est pas encore tout à fait ancrée dans l'esprit du DDPS (Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports), car il est précisé qu'une attaque directe contre la Suisse est «improbable à court et moyen terme». Jusqu'à nouvel ordre, c'est l'estimation contraire figurant dans le message sur l'armée qui est officiellement en vigueur.
De la neige et du gel fin avril, la chose n'est pas forcément rare. Mais la vague de froid qui déferle sur la Suisse en ce moment surprend d'autant plus qu'il a fait plus de 25°C le week-end précédent. A certains endroits de Suisse romande, le «delta» de température de près de 30 degrés en quelques jours est saisissant.