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Roman Abramovitch était à nouveau à Fribourg vendredi, troisième jour du procès dans lequel il est visé par la Banque européenne de développement (BERD). L'oligarque russe est resté totalement calme alors qu'il passait sur le gril de l'interrogatoire toute la matinée.
La BERD mène une procédure civile contre l'entreprise Gazprom Neft, contre Roman Abramovitch et contre son associé Evgeny Shvidler. Elle réclame plus de 46 millions de francs: le remboursement d'une dette de longue date de la société Runicom, plus des intérêts.
Roman Abramovitch, connu aujourd'hui dans le grand public comme le propriétaire du club anglais de football de Chelsea, était propriétaire de Runicom à l'époque des faits. L'enjeu est de déterminer s'il était impliqué dans la gestion de cette société, et dans le prêt qui est au coeur du litige.
Enregistrée à Fribourg, Runicom était une firme qui commercialisait le pétrole du groupe Sibneft. Sibneft était alors aussi en mains de Roman Abramovitch, avant d'être racheté plus tard par Gazprom et de s'appeler Gazprom Neft.
"Non", "Je ne sais pas", "Je ne me souviens pas": ces réponses du multimilliardaire rythment les trois premières heures d'audition. A l'époque, il était lié de près ou de loin à "plus de 50 sociétés. L'effectif total était de plus de 65'000 employés. Voilà pourquoi je ne connais pas le détail des affaires", justifie Roman Abramovitch.
Pas d'instructions
Le président du Tribunal Stéphane Raemy, ainsi que les avocats de la BERD, soumettent au Russe divers documents liés à Runicom, notamment un rapport annuel. L'intéressé reconnaît bien sa signature sur ces papiers, mais dit ne pas se souvenir du contexte et du contenu.
Ils lui demandent s'il donnait des instructions à l'administrateur de la société. Il répond que non, et ne sait pas qui a pu donner des instructions. "Peut-être notre département financier." Il n'a pas lui-même choisi cet homme, ni même rencontré.
Le juge et la partie adverse demandent si l'oligarque a joué un rôle dans la conclusion de certains contrats, ou dans le transfert des actifs de Runicom SA en Suisse vers Runicom Ltd à Gibraltar, effectué avant la liquidation de Runicom SA. Réponses négatives.
"Directeur" à Moscou
Roman Abramovitch était quand même directeur de la représentation de Runicom à Moscou, relève un avocat de la BERD. "J'étais une sorte d'ambassadeur, c'était une fonction nominative." Il ne sait même pas où étaient les locaux, ni même qui avait proposé sa nomination.
Quant au prêt contracté par Runicom, Roman Abramovitch affirme qu'il n'en a eu connaissance que lors du premier jugement rendu en Russie. "Je considère que ce crédit a été remboursé - d'ailleurs, dans l'histoire de notre groupe, aucun crédit n'est resté non remboursé."
Comment explique-t-il qu'en Russie, un tribunal arbitral a annulé tous les jugements qui donnaient raison à Runicom SA ? "Cela s'est passé sous la pression politique et financière de la BERD." Selon lui, elle a informé le gouvernement et la Cour que si les décisions continuaient dans ce sens, la Russie n'obtiendrait plus de crédits.
Traque sans relâche
La prochaine audience aura lieu mercredi. Au menu: l'audition d'Evgeny Shvidler, qui a présidé un temps le conseil d'administration de Runicom.
Cette affaire aux ramifications financières labyrinthiques a été un serpent de mer avant ce procès en Suisse. En 1997, la BERD a accordé un prêt à la banque russe SBS Agro dans le cadre d'un programme d'aide au développement de petites entreprises en Russie.
Puis SBS Agro a fait faillite et la BERD n'a pas pu se faire rembourser par elle. La BERD a toutefois pu se faire céder une autre créance: un prêt commercial que SBS Agro avait accordé à l'entreprise Runicom.
La BERD s'est tournée vers Runicom pour obtenir remboursement de cette créance-là, sans succès. Runicom a affirmé l'avoir déjà remboursé à une autre banque nommée Zoloto-Platina, à laquelle SBS Agro aurait entretemps transféré ses créances.
La BERD a actionné la justice russe, qui a fini par lui donner raison en 2002. Mais elle n'a toujours rien obtenu car Runicom a déposé le bilan. Elle a alors lancé une procédure à Fribourg puisque Runicom y était enregistrée. Elle soupçonne que des actifs financiers lui aient filé sous le nez par un tour de passe-passe.