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L'ethnologie traite des formes passées et présentes de la culture et de la société et vise à approfondir la compréhension de l'humain. Discipline comparative, elle est une synthèse des observations, investigations et descriptions de faits socioculturels particuliers à une civilisation, collectés par l'ethnographie. Des termes plus ou moins synonymes proviennent de la tradition scientifique américaine (anthropologie culturelle) et anglo-saxonne (anthropologie sociale, Anthropologie). Une discipline parente est l'ethnologie européenne, soit l'étude de ce qu'on appelait autrefois le folklore. Des rapprochements quant au contenu et à la méthode sont à faire également avec la sociologie et l'histoire sociale. Lorsque l'ethnologie se développa en Europe au XIXe s., elle se focalisa sur l'étude des civilisations extra-européennes, des sociétés archaïques et des peuples dits primitifs (dans l'acception impérialiste du terme). Aujourd'hui, les recherches ethnologiques portent aussi sur les sociétés complexes comptant des groupes marginaux ou des subcultures et sur les mutations sociales.
L'ethnologie, en tant que domaine de recherche universitaire autonome, est une science relativement récente en Suisse. Longtemps considérée comme complémentaire ou faisant partie d'autres disciplines telles que la géographie, elle apparaît en 1861 avec l'ouvrage précurseur de Johann Jakob Bachofen consacré aux origines de la culture et de la religion, Das Mutterrecht (Le droit de la mère dans l'Antiquité, 1903, Le droit maternel, 21996). Des sociétés de géographie et de géo-ethnographie furent fondées dès le XIXe s. à Zurich, Bâle, Berne, Neuchâtel et Saint-Gall, qui publiaient dans leurs revues annuelles des contributions de voyageurs, missionnaires, marchands et diplomates sur des peuples et cultures peu connus. Des collections privées de l'époque sont à l'origine des grands musées d'ethnographie et de l'enseignement de la discipline dans les universités. Otto Stoll fut le premier à donner des cours d'ethnologie dans une université suisse (Zurich). La première chaire extraordinaire (ethnographie et histoire comparée des civilisations) fut créée à l'université de Neuchâtel en 1912 et fut occupée par le Français Arnold Van Gennep. A Bâle, les savants Fritz et Paul Sarasin publièrent leurs recherches ethnographiques autour de 1900. En 1917, Felix Speiser fut le premier professeur extraordinaire d'ethnologie à Bâle (chaire ordinaire créée en 1963). Avec ses successeurs, Alfred Bühler et Meinrad Schuster, la recherche resta concentrée sur la Mélanésie (collections du musée), mais s'orienta aussi vers l'Afrique. Le premier professeur ordinaire d'ethnologie fut Wilhelm Schmidt, nommé à Fribourg en 1942, également fondateur et directeur de l'institut Anthropos, de Vienne, installé à Posieux (auj. comm. Hauterive FR) en 1938. L'intérêt, focalisé entre 1960 et 1989 sur les cultures africaines, s'est déplacé vers les cultures de la Méditerranée et de l'Europe orientale. A Zurich, Alfred Steinmann enseignait depuis 1963 l'ethnologie dans le cadre de la géographie. A la même date, on fit appel à Karl Henking pour l'enseignement de l'ethnologie religieuse et artistique. La première chaire fut occupée en 1971 par Lorenz Löffler (Asie du Sud). L'accroissement du nombre d'étudiants entraîna la création de chaires et charges de cours supplémentaires, conduisant à diverses spécialisations dans la recherche et l'enseignement (ethnopsychologie, ethnomédecine, ethnologie du développement, anthropologie visuelle). Le premier titulaire de la chaire à Berne (1966) fut Walter Dostal. La nomination de Wolfgang Marschall (1976) déplaça le centre d'intérêt de l'espace sudarabique vers l'Indonésie et Madagascar. A Neuchâtel, après que la chaire d'histoire comparée de Van Gennep fut supprimée en 1921 et l'ethnographie associée à la géographie (Jean Gabus), une chaire autonome fut créée en 1974 et confiée à Pierre Centlivres, également directeur de l'institut. Ses recherches portent avant tout sur l'Asie centrale et le Proche-Orient. La dernière chaire en date fut créée à Lausanne en 1979 et son premier titulaire, Gérald Berthoud, travailla en étroite collaboration avec les sociologues. L'arrivée de son collègue Mondher Kilani (1983) élargit la recherche et l'enseignement (Nigéria, Tunisie). L'université de Genève propose des cours d'anthropologie culturelle et sociale.
Les instituts se différencient peu quant à la théorie et aux objectifs de recherche. Dans un premier temps, les musées autant que les titulaires de chaires privilégièrent, comme en Allemagne et en Autriche, l'histoire comparée des civilisations. A partir du milieu du XXe s., l'école structurelle-fonctionnaliste de l'anthropologie sociale britannique, l'anthropologie culturelle américaine, l'anthropologie structuraliste de Claude Lévi-Strauss et, dans une moindre mesure, l'écologie ainsi que l'anthropologie cognitive et sémiotique influencèrent l'orientation théorique des instituts. Discipline marginale, l'ethnologie est devenue depuis les années 1980 une science à part entière qui intègre les faits de société et de culture; le nombre d'étudiants est en constant accroissement. Les musées, avec leurs expositions thématiques multimédia, les publications et les instituts universitaires mettent davantage l'accent sur la collaboration pour le développement, la migration, la collaboration interdisciplinaire (ethnomédecine, communication interculturelle, identité culturelle, "ethnicité", rôles des genres). La distinction entre culture étrangère et culture propre s'estompe. La Société suisse d'ethnologie, fondée en 1971, offre dans ses sessions et publications un vaste programme et montre un regard critique face à l'eurocentrisme et au racisme. Ses objectifs se rapprochent de ceux de l'Institut universitaire d'études du développement de Genève (fondé en 1961), de la Société suisse d'études africaines, de la Société suisse des américanistes et de la Société suisse d'études asiatiques.
Bibliographie
– Information SSE, 1972-
– A. Niederer, «Vergleichende Bemerkungen zur ethnologischen und zur volkskundlichen Arbeitsweise», in Beiträge zur Ethnologie der Schweiz, 4, 1980, 1-25
– Coll. ethnographiques en Suisse, 1984
– S. Rey, éd., Who's who de l'ethnologie suisse, 1995
– Tsantsa, 1, 1996-
– L'objectif subjectif: coll. de photographies ethno-hist. en Suisse, 1997
Auteur(e): Hugo Huber / ME