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1947-1952: années d'écriture
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Marker fait son irruption dans la vie culturelle française par l'entremise de la revue Esprit qui réapparaît et est entièrement refondue après avoir été interdite sous le régime de Vichy. Dirigée par le philosophe Emmanuel Mounier, héritier de l'existentialisme et prônant un catholicisme de gauche, elle prend une orientation "philocommuniste" avec la ferme intention de participer aux débats et controverses de l'après-guerre. Marker y fera ses premières armes et y publiera de nombreux articles entre 1947 et 1955: des commentaires sur l'actualité politique, des poèmes, des recensions littéraires et cinématographiques, à travers lesquels il développe ses talents d'écrivain que l'on retrouvera par la suite dans ses commentaires de films. Mais probablement, c'est son travail pour les organisations "Peuple et Culture" et "Travail et Culture" qui aura le plus de conséquences sur sa carrière de cinéaste. Ces organisations avaient été créées au lendemain de la Libération avec l'ambition "d'emmener la culture au peuple et le peuple à la culture" , et elles étaient proches de l'équipe d'Esprit mais aussi du Parti Communiste Français (PCF). Le principal animateur de ce projet n'était autre qu'André Bazin. C'est également dans les bureaux de "Travail et Culture", rue des Beaux-Arts à Paris, que Marker rencontre Alain Resnais, à la fin des années 1940.
Durant cette période, Marker publie un roman Le Coeur net (1949), plusieurs poèmes et un essai sur Giradoux (1952) dans la collection "Écrivains de toujours", aux éditions du Seuil. Il édite aussi plusieurs documents pédagogiques pour "Travail et Culture" à travers lesquels il manifeste déjà son goût et son talent pour la sélection et la compilation de textes, comme par exemple L'Homme et sa liberté (1949) et Regards sur le mouvement ouvrier (1952) - un talent qu'il développera quarante ans plus tard et d'une façon très différente dans Immemory, en utilisant des images et des textes existants pour construire sa propre mémoire autobiographique. Marker affirme déjà, dans l'introduction de L'Homme et sa liberté, que "l'on s'exprime beaucoup mieux par les textes des autres, vis-à-vis de qui on a toute la liberté de choix, que par les siens propres, qui vous fuient comme s'ils le faisaient exprès au profit des parts de Dieu ou du diable".