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Le marxisme qui nous intéresse ici résulte de l’incorporation des thèses économiques et sociales de Karl Marx à une méthode d’analyse des sciences humaines, sociales et économiques. Cette méthode vise la description d’une société à travers des concepts de Marx tels que « mode de production », « lutte des classes », « capitalisme », « superstructure », etc. Décrire une société à l’aide de ces concepts, et tenter d’analyser, avec les outils qu’utilisait Marx, cette même société: voilà ce qu’est le marxisme au sens académique du terme. Il existe énormément d’autres utilisations du terme. En réalité, toute défense, appropriation ou réappropriation de la pensée de Karl Marx peut être désignée par ce terme.
L’hybridation du marxisme avec des apports en provenance d’autres disciplines est à l’origine du néo-marxisme.
Le marxisme en détail
Il existe énormément de mouvements politiques, économiques, sociaux, etc. qui revendiquent, ou auxquels on applique l’étiquette de « marxisme ». Néanmoins, le marxisme classique ne désigne pas un mouvement politique mais bel et bien une méthode d’analyse socio-économique qui repose sur trois points essentiels: une interprétation matérialiste du développement des sociétés dans l’histoire, une mise en évidence des contradictions causées par les changements sociaux, et une analyse des rapports entre les classes et des conflits les opposants au sein même de cette société.
Le marxisme comme méthode
Le marxisme en tant que méthode est né très tôt après les théories de Marx, dès la fin du 19ème siècle. Il est plus visible dans certaines disciplines comme la sociologie, l’histoire et l’économie. Cette multidisciplinarité a crée énormément de manières différentes de conceptualiser et d’appliquer la marxisme, certains concepts de Marx étant utilisés dans certains cas et rejetés dans d’autres. Étant donné cela, le marxisme peut mener à des conclusions différentes et même parfois contradictoires. Cependant, c’est une méthode appliquée dans toutes sortes d’études, comme par exemple celles sur les cultures de masse, les crises économiques ou encore les rapports de genre.
Marxisme et matérialisme
Le marxisme est basé sur une vision matérialiste de la société. Ceci signifie qu’une société est toujours, à un moment donné, à un certain stade de développement économique, qui lui permet de s’approvisionner selon ses besoins matériels. Ce stade de développement économique est appelé « mode de production« . Le mode de production désigne donc la manière dont les éléments destinés à satisfaire les besoins matériels de la société sont produits.
Le mode de production est vu comme la base à partir de laquelle la majorité des phénomènes économiques, sociaux, politiques, etc. naissent. Au fur et à mesure que la technologie évolue, donc que les modes de production changent, il faut réinventer des formes sociales adaptées à ces nouveaux modes de production. Ces inventions humaines permettant les rapports sociaux et le fonctionnement général de la société sont appelées superstructure. En bref, l’économie d’une société (structure) évolue en différents modes de production en fonction des technologies, et les humains s’y adaptent en développant ce que Marx appelle la superstructure. La nécessité de faire évoluer la superstructure se manifeste à travers les conflits de classe.
Les conflits de classe dans le capitalisme
Les conflits de classes au sein du capitalisme découlent des contradictions dans le mode de production et des tensions entre le prolétariat et la classe dirigeante. La classe dirigeante s’approprie la valeur des produits et en dégage un grand profit au détriment du prolétariat. Si les contradictions continuent à s’étendre et que rien n’est fait pour les amenuiser, alors cela peut mener à des révolutions sociales.
En dehors de la lutte des classes, c’est déjà l’utilisation du terme de classe et l’analyse de la société en tant que composée de classes qui constitue l’analyse marxisme. Ce n’est évidemment pas Marx qui a inventé le terme de classe sociale. Néanmoins, la distinction, dans la société, entre la classe des propriétaires des moyens de production et le prolétariat est bel et bien produite par une analyse marxiste de la société.
L’économie marxiste
L’analyse économique marxiste a deux principales qualités. D’abord, elle ne prend pas un système économique, le capitalisme en l’occurrence, comme allant de soi. Ensuite, elle ne cherche pas à édicter le bon mode de fonctionnement d’une société mais d’analyser celle-ci en termes historiques. Ces deux principales qualités permettent de voir le capitalisme avec un certain recul.
L’analyse marxiste de l’économie présente encore un point intéressant. En effet, on introduit la notion de temps de travail, liée au fait que le temps moyen de travail qu’il faut pour produire quelque chose détermine son prix et sa valeur. Le travail de l’être humain est alors réduit à une quantité, et aucune notion qualitative n’est prise en compte. La mise en évidence d’un tel mouvement conceptuel est essentielle et montre l’utilité de l’analyse marxiste des systèmes économiques existants. En effet, il s’agit d’un outil très intéressant pour ressortir certains points et certaines contradictions d’un système économique spécifique à un moment donné.
La sociologie marxiste
Dans la sociologie marxiste, la « société » n’existe par réellement, elle est la somme des humains et de leurs rapports et interactions. Les activités humaines rassemblées forment la société, mais ces activités humaines ne dépendent pas seulement des êtres humains les mettant en place, elles dépendent aussi de l’histoire qui les a précédées. C’est pour cela que, selon la sociologie marxiste, il faut appliquer l’analyse dialectique à toutes les activités humaines, c’est-à-dire que, pour chaque activité, il est important de distinguer ce qui vient des individus et ce qui ne vient pas d’eux, ce qu’ils subissent. Chaque individu est un être social. Cet être social représente l’individu au milieu de ses rapports sociaux avec le monde et les autres individus. Le premier rapport fondamental qui détermine l’être humain est son rapport avec la nature. Dans l’analyse marxiste, l’être humain lutte perpétuellement contre la nature pour la dominer. Il va donc s’extraire de son environnement naturel à travers le travail et l’organisation de celui-ci. C’est ainsi que les individus dépassent leurs vies animales pour devenir des êtres sociaux.
Ainsi, dans le travail et leur être social, les humains surmontent leur condition animale et ils entrent dans ce que Marx appelle les rapports de production. C’est ici que l’on revient à l’analyse de la société répartie en deux classes qui luttent pour la propriété des moyens de productions. Cette analyse marxiste de la société permet de mettre en avant certains points intéressants, dans un cadre d’analyse donné. Les études de genre, l’économie et l’histoire entre autres ont énormément profité de cette méthode d’analyse.
Bibliographie commentée
(Voir aussi la bibliographie commentée de Karl Marx)
Lefebvre, H. (1978). Le marxisme. Paris: Presses Universitaires de France.
Cet ouvrage, qui en est à plus de vingt éditions, est extrêmement bien construit et offre une perspective complète sur le marxisme, depuis les théories de Marx jusqu’à ses interprétations et ses différentes applications. Il propose notamment un survol des grandes disciplines dans lesquelles Marx a eu de l’influence: philosophie, morale, sociologie, économie et politique. L’objectif de l’ouvrage est de donner une vue d’ensemble claire de l’influence de Marx dans l’histoire de ces différentes disciplines, tant dans celles où ses écrits ont été respectés, que dans celles où l’interprétation a été plus libre.
Références
Duménil, G., Löwy M., Renault E. (2009). Les 100 mots du marxisme. Paris: Presses Universitaires de France.
Lefebvre, H. (1978). Le marxisme. Paris: Presses Universitaires de France.