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Le lieu de l'arbre
Lausanne, Éditions de l'Aire 1981, 98 pages.
Ouvrage dédié à Catherine, ma femme, et à Renaud, mon fils.
Onze - Il faudrait donc, autant que l'arbre, parler de ce qui l'entoure, de ce quartier de la Barre, de cette place du Tunnel, plus bas, qui fut un lieu de maquignonnages, de bêtes à cornes et à crinières, et de combien de verres levés dans la sueur patriotique et les fines ruses politiques.
Gilles Pidoux, Le lieux de l'arbre, p. 12.
En 2004, Michel Strobino a publié dix-sept textes de Gil Pidoux, sous le titre «Le Lieu de l’arbre », accompagnées par ses soins de dix-sept illustrations, réalisées avec l’assistance d’un ordinateur (PAO). Cette plaquette a été produite à dix exemplaires, à l’Imprimerie de la Place du Scex, à Sion. Cette publication a été réalisée avec l’accord de Gil Pidoux pour les choix des textes.
Le lieu de l'arbre est construit à la façon d'une suite musicale, inspirée par un texte en forme de journal. Les rencontres régulières du narrateur avec un cèdre urbain constituent le thème central. Les variations préparent et développent des motifs obstinés : quelles confidences réserver à un arbre ? comment devenir soi-même en parlant avec un Autre silencieux ? Apparaîtront également, dès la deuxième partie de l'œuvre, des incursions encyclopédiques dans le monde des autres arbres, espèce par espèce. Il interpelle le tilleul, le chêne, le houx, le noisetier.
(Il faudra revenir sur cet aspect de l'inspiration de Gil Pidoux, qui procède par une sorte d'énumération de termes, de proche en proche, par jeu de langage, par associations d’idées, qui inspirent ses réflexions, ses méditations. Il s’intéresse ici à la richesse allégorique des arbres; plus tard, il explorera les objets du feu, les mets et les saveurs, ou encore les « poèmes vestimentaires ».
Au fil des pages, le cèdre de cette ville sans nom (Lausanne) deviendra ainsi son inspirateur, son confident, son double, son complice. Cet arbre figure un lieu (une présence réelle dans une géographie qui favorise le retour du passé dans le présent) et fait office de témoin discret.
Page quatre de couverture.
De ce dialogue longtemps poursuivi, les mots cherchent à rendre compte, serrant leurs mailles, afin de capturer l'essentiel, dans le douleur et l'émerveillement, l'extase et la rage, le refus et la soumission. Tenter de devenir soi-même l'arbre (l'arbre de soi-même) (...).
Cette conversation s'égrène au fil des saisons pendant environ un an. Les textes sont constitués de quelques paragraphes, selon le propos du jour, au jour le jour. Ils sont numérotés en toutes lettres dans la marge de gauche, de Un à Trois cent vingt-huit. L'ouvrage s'interrompt avant le 365ème jour d'un calendrier officiel. Gil Pidoux apprécie ces défis à l'ordonnance des conventions. Il semble se soumettre, puis déroge tout aussi aisément, au 328ème jour, par un calendrier connu de lui seul. Veut-il nous indiquer qu'il est maître de son temps et de ses décisions ?
Ce « Lieu de l'arbre » n'est pas hors du temps; l’auteur évoque aussi des événements quotidiens ou personnels. Toutefois, il se tait sur les détails. Délibérément. Gil Pidoux ne voit pas l'intérêt de se confier plus précisément. Et, peut-être, se préoccupe-t-il plus d'universalité, dans son écriture, que de confidence locale.
Par une écriture à la fois précise (notations du réel) et allusive (irruptions de son imaginaire) Gil Pidoux aborde ses thèmes de prédilection sur tous les tons, entre narration et impression, entre pensée métaphysique et réminiscences amoureuses. La structure fragmentaire de ces notations accentue le caractère heurté, parfois déroutant, des associations d'idées, des oppositions.
Force et fragilité, angoisse et jubilation, prière et protestation, solitude et soif d'amour, dialectique de la vie et de la mort. Gil Pidoux fréquente poètes et philosophes : ici, il nous laisse le soin d'en deviner les sources. Ou d'en inventer, selon son bon plaisir d'intriguer le lecteur.
En quelques traits, Gil Pidoux évoque aussi, à la volée, au passage, des souvenirs d'enfance. Ressurgissent ainsi le patron du café de la Barre (au bas de la Cité) dans son décor d'ancien boxeur ; le cèdre du jardin du grand-père, un pasteur; ou encore le bâtiment scolaire de son quartier, qu'il qualifie de bagne.
Le cèdre du « Lieu de l'arbre » se trouvait à proximité de son domicile, vers 1980, alors qu'il résidait au Petit-Château 5, à quelques pas de la colline de la Cité. Aujourd'hui (2019), cet arbre est encore debout, à la rue de la Barre.