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Salomon aimait l'Éternel et suivait les préceptes de David, son père;
seulement, il offrait des sacrifices et brûlait de l'encens sur les hauts-lieux.
Le roi se rendit à Gabaon pour y sacrifier,
car c'était le principal des hauts-lieux.
Salomon offrit mille holocaustes sur l'autel de Gabaon.
Là, l'Éternel apparut en songe à Salomon., pendant la nuit.
Et Dieu lui dit: "Demande ce que tu veux que je te donne."
Salomon répondit:
"Tu as traité avec une grande bienveillance ton serviteur David, mon père,
parce qu'il marchait en ta présence dans la fidélité, dans la justice,
et avec une entière droiture de coeur à ton égard.
Tu lui as conservé cette grande bienveillance en lui donnant un fils
qui est assis sur son trône, comme on le voit aujourd'hui.
Maintenant, ô Éternel, mon Dieu,
tu as fait régner ton serviteur à la place de David, mon père;
et moi, je ne suis qu'un tout jeune homme: je ne sais comment me diriger.
Pourtant ton serviteur est entouré du peuple que tu as choisi,
un peuple nombreux, qui ne peut être évalué ni compté à cause de sa multitude.
Veuille donc donner à ton serviteur un coeur intelligent,
capable de gouverner ton peuple et de discerner le bien et le mal.
Autrement, qui pourrait gouverner ton peuple, un peuple si nombreux?"
Ce discours et cette prière de Salomon plurent au Seigneur.
Et Dieu lui dit:
"Puisque tu m'as adressé cette demande, puisque tu n'as demandé
ni de longs jours, ni des richesses, ni la mort de tes ennemis,
mais que tu as demandé l'intelligence pour savoir rendre la justice,
je vais agir d'après tes paroles.
Je te donne un coeur sage et intelligent,
si bien que nul n'aura été ton égal, ni avant toi, ni après toi."
1 Rois 3, 5-12
« Veuille […] donner à ton serviteur un cœur intelligent,
capable de gouverner ton peuple
et de discerner le bien et le mal. »
Frères et sœurs,
à l’avant-veille du 1er août,
et à quelques mois des élections fédérales,
ces paroles semblent tout à fait à propos.
Nous rêvons de dirigeants éclairés,
à l’écoute des besoins de la population,
et prenant toujours les décisions les plus appropriées.
Des gens à qui l’on peut faire confiance,
et qui nous permettront d’affronter les difficultés
sans perdre courage,
et en sachant que le plus beau est devant nous.
Salomon fut un roi éblouissant.
Et l’on venait de loin pour écouter sa sagesse.
Mais, en même temps, son règne fut une impasse :
le début de la fin pour le royaume d’Israël
qui se divisera peu de temps après sa mort.
La Bible ne présente
que très peu de dirigeants éclairés.
Et elle souligne toujours
leurs erreurs et leurs défauts.
Il ne faut pas placer sa confiance
dans l’être humain,
quel qu’il soit.
C’est Dieu qu’il faut écouter.
Une mise en garde
qu’il vaut la peine de répéter,
alors que les différents partis
s’apprêtent à nous promettre
monts et merveilles :
« Faites-nous confiance :
nous savons ce qui est bon pour vous,
et aussi le chemin qui y conduit ! »
« Veuille […] donner à ton serviteur un cœur intelligent,
capable de gouverner ton peuple
et de discerner le bien et le mal. »
La phrase sonne bien.
Elle nous plaît.
Peut-être parce que nous y entendons
ce que nous voulons entendre.
Parce qu’en prenant un peu de recul,
on s’aperçoit qu’elle n’est pas aussi claire
qu’on le pense.
« Un cœur intelligent »,
est-ce un cœur plein de bon sens ?
Ou au contraire plein d’audace ?
La modération d’un bon centriste ?
Ou bien le caractère visionnaire d’un prophète
qui n’a pas peur de prendre tout le monde
à rebrousse-poil ?
Et « gouverner le peuple »,
c’est quoi ?
Tracer une direction claire,
en se montrant intransigeant
sur certains points ?
Ou au contraire louvoyer
en veillant à toujours ménager
la chèvre et le chou ?
Et « discerner le bien et le mal » ?
Dans quel but ?
Tuer les méchants, ou les rééduquer,
comme en Corée du Nord ?
Ou encore faire la morale aux autres
pour qu’ils comprennent leurs erreurs,
et fassent enfin le bon choix ?
Que de mal n’a-t-on pas fait au nom du bien !
Reconnaître que l’on n’y voit pas clair dans ces questions
n’est pas forcément la pire des positions.
Au moins fait-on preuve d’un peu de retenue.
« Veuille […] donner à ton serviteur un cœur intelligent,
capable de gouverner ton peuple
et de discerner le bien et le mal. »
Une belle parole
dans la bouche de Salomon ou de Nelson Mandela.
Mais Lénine, Hitler, Pol-Pot
n’ont-ils pas émis des vœux très similaires ?
« [Il faut que j’aie] un cœur intelligent,
capable de gouverner [ce] peuple
et de discerner le bien et le mal. »
Cela fait voir les choses
d’une tout autre manière.
Pour éclairer la demande de Salomon,
le lectionnaire de ce jour propose
un texte des épîtres :
cette fameuse parole de la lettre aux Romains :
« Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. »
Pour des générations de réformés,
elle est associée à la première question
du catéchisme d’Heidelberg :
Quelle est ton unique consolation
dans la vie et dans la mort ?
C’est que, de corps et d’âme,
tant dans la vie que dans la mort,
j’appartiens,
non pas à moi-même,
mais à Jésus-Christ,
mon fidèle Sauveur,
qui, par son sang précieux,
a parfaitement payé pour tous mes péchés
et m’a délivré de toute la puissance du diable.
Il me garde si bien
qu’il ne peut pas tomber même un cheveu de ma tête
sans la volonté de mon Père céleste
et que même toutes choses doivent concourir à mon salut.
C’est pourquoi il m’assure par son Saint-Esprit
d’avoir la vie éternelle
et me donne la volonté et la disposition
de vivre désormais pour lui
en l’aimant de tout cœur.
La conviction que nos vies
ne se déploient pas dans le vide,
mais qu’elles sont guidées
par Quelqu’un qui veut notre bien.
Un prêtre tchèque a aussi écrit un petit billet
sur cette parole.
Et j’aimerais vous le lire.
Il s’intitule :
Discussion avec Roman
J’ai fait la connaissance de Roman au séminaire,
nous avons étudié ensemble la toute première année
à Olomouc,
j’ai continué ensuite au même endroit,
lui est parti en Allemagne, chez les chartreux,
l’ordre le plus strict qui existe,
là il a terminé ses études et il a été ordonné prêtre.
Après dix-neuf ans,
il est rentré en Bohême, pour raisons de santé.
J’ai ensuite entendu qu’il fonctionnait
comme vicaire de paroisse dans un village
pas très loin de Lechovice [où je fonctionne le week-end].
Puis nous nous sommes enfin rencontrés.
Roman était tout à fait
comme je m’attendais qu’il soit après toutes ces années.
Comme longtemps il n’avait pas parlé tchèque
et qu’il voulait s’exprimer avec précision,
il parlait lentement,
cherchait ses mots,
avec une voix très posée.
Un homme de Dieu.
Et il y avait aussi
quelque chose d’apaisant dans sa personnalité.
Après tant d’années dans la solitude des Chartreux !
« Tu sais,
j’ai compris que tout concourt
au bien de ceux qui aiment Dieu »,
m’a-t-il dit d’une voix grave.
Et il l’a dit d’une telle façon
que j’ai compris qu’il en allait ainsi.
Cette phrase, je la connais,
elle est de saint Paul,
de la lettre aux Romains,
et je l’ai lue mille fois.
Mais j’avais besoin de l’entendre de la part de Roman,
avec son accent particulier sur le mot « tout »,
compris de façon absolue.
Tout.
Dans les jours suivants j’y ai repensé,
et c’était comme si un rideau commençait à se lever
sur certains endroits lointains de mon histoire.
Tout.
Ces moments, il y a longtemps dans ma vie,
dont j’aurais souhaité qu’ils n’aient jamais été.
Ils doivent aussi concourir à mon bien ?
Et vous, années gâchées de ma vie,
vous aussi vous êtes comprises dans cette phrase ?
Tout le mal que j’ai fait objectivement ?
Ce temps gaspillé ?
Mes péchés ?
Au-dessus de toutes ces interrogations
s’élevait le « tout » résolu de Roman.
Je transmets plus loin ce ressenti.
Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu.
Et ne vous faites de soucis pour rien.
Pour rien.
Ce que ce prêtre dit,
c’est que ce n’est pas nous qui décidons
de ce qui est bon,
de ce qui est utile dans notre vie.
Et c’est ainsi
qu’il faut aussi comprendre la demande de Salomon.
Un cœur intelligent,
nous ne savons pas comment cela se manifeste.
Et il en va de même pour ce qui est de gouverner un peuple.
Discerner le bien et le mal,
ce n’est certainement pas faire une liste à deux colonnes.
L’important, il est ailleurs.
Et c’est ce que dit bien l’apôtre Paul :
« Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. »
Le critère important,
le seul qui compte
et sur lequel nous avons prise,
c’est d’aimer Dieu.
Aimer Dieu,
et non en avoir peur,
comme c’est trop souvent le cas.
Aimer Dieu,
et non l’utiliser
comme une arme contre ceux que nous n’aimons pas.
Aimer Dieu,
c’est-à-dire l’écouter,
lui parler,
lui faire confiance.
Aimer Dieu,
c’est-à-dire lui faire de la place,
pour qu’il puisse agir dans nos vies,
et même, pour qu’il puisse en prendre
le gouvernail dans ses mains.
Et c’est ainsi que toutes choses concourront à notre bien.
Et c’est ainsi que nous aurons un cœur intelligent
qui fera le bien,
sans avoir à réfléchir,
sans avoir même à y penser.
Ne pas chercher à briller.
Juste à être à sa place.
Dans la bonne relation à Dieu.
Et ainsi dans la bonne relation aux autres également.
Amen