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Les arts visuels occupent une place centrale dans l’œuvre de Gustave Roud. Ils s’incarnent dans un réseau de relations avec des peintres, sculpteurs et graveurs contemporains qu’il présente en tant que critique d’art dans la presse romande, depuis 1920.
Roud, adepte d’une modernité tempérée, est l’ennemi du naturalisme et de l’art jugé « académique », représenté par Eugène Burnand et Louis Rivier. Son œuvre littéraire est également habité par la peinture.
C’est entre autres à l’aune des paysages historiques de Poussin qu’il regarde le Jorat. C’est à travers Cézanne qu’il voit les oeuvres de Gérard de Palézieux, mais aussi compose ses propres natures mortes photographiques. Dans l’œuvre de Seurat, il voit en 1948 l’ombre et la lumière, mais surtout « la mise en valeurs d’un fragment d’univers qu’il entend réaliser ». Le regard sur l’art de Roud accompagne son propre projet poétique.
Gustave Roud, Photographie de la Belle du Dézaley d'Auberjonois.
Affinités picturales
Parmi les modèles esthétiques de Gustave Roud, les peintres sont nombreux. Il y a des figures de référence « classiques » et récurrentes, comme Poussin et Cézanne. Mais il y a aussi plusieurs contemporains, avec lesquels le poète entretient de riches correspondances. Quatre personnalités artistiques, en particulier, se dégagent.
Steven-Paul Robert (1896-1985) est l’ami d’enfance, le confident, partagé entre Paris et la Suisse romande, celui au regard duquel Roud forme son projet d’homme de lettres.
René Auberjonois (1872-1957) est une figure d’autorité, celui qui a su trouver une voie après Hodler, dans le sillage de Cézanne, et que Roud défend lorsque son ami, qui décore l’abbaye du Dézaley en 1935, est contesté pour les déformations anatomiques du nu féminin. Auberjonois donne un portrait lithographique du poète en frontispice de Feuillets (1929) ainsi que dans la réédition d’Adieu, en 1944.
Le dialogue d’un quart de siècle avec Gérard de Palézieux (1919-2012), depuis 1951, est enrichi par des échanges de poèmes et d’œuvres graphiques. Roud collabore avec Palézieux pour l’illustration d’Etoile en 1952 et du Repos du cavalier en 1958. La formule sera reconduite dans plusieurs éditions posthumes publiées notamment aux Editions Fata Morgana.
Jean Lecoultre, jeune poète fasciné par le surréalisme, contacte le « Maître » en 1946. En 1959, dans sa préface à Dix pochoirs, Roud évoque le mystère de la vocation artistique, joué, trente ans plus tôt, dans ses échanges avec l’ami Robert.
Gustave Roud, René Auberjonois devant un potager, Jorat, 9.8.1943, Fonds photographique Gustave Roud, BCU/Lausanne
Écrits illustrés
Roud a parfois collaboré avec des artistes pour des livres édités en volume : René Auberjonois a réalisé des portraits en frontispice et Gérard de Palézieux quelques gravures. Mais son œuvre illustrée devient vraiment significative lorsqu’on ajoute les écrits parus dans les journaux et les périodiques.
Aux textes confiés à la presse, Roud joint volontiers, et quand il le peut en couleur, des photographies étroitement liées aux proses auxquelles elles renvoient. Il rédige alors les légendes, choisies dans le texte ainsi mis en évidence, et privilégie les portraits de ses amis paysans, ou les paysages du Jorat, qui forment le socle de son œuvre.
En outre, Roud a publié un volume faisant dialoguer ses photographies et son écriture : c’est Haut-Jorat, en 1949, qui associe intimement les deux arts, de manière complémentaire et autonome.
Gustave Roud, René Auberjonois : portrait dessiné de Gustave Roud, 1935-1955, Fonds photographique Gustave Roud, BCU/Lausanne.
Affinités musicales
Bien que la musique occupe une place plus discrète que la peinture dans la production de Roud, sa présence n’en est pas moins intense. Dans son Journal et dans sa correspondance, l’écrivain témoigne de son attirance pour des compositeurs tels que Haendel, Vivaldi, Haydn, Alban Berg, et plus encore pour Schubert et Bach. Ces deux derniers musiciens représentent des modèles esthétiques en tension : si l’un vaut pour le lyrisme mélodique de ses lieder, l’autre importe pour la construction harmonique de ses fugues. De manière générale, Roud a plusieurs fois insisté sur la « musicalité » de la langue, et ses poèmes recourent volontiers aux métaphores musicales.
L’écrivain éprouve surtout une grande affinité pour les cycles de Schubert et du poète Wilhelm Müller. Le Winterreise hante l’imaginaire du poète qui se figure lui aussi comme un « Wanderer » solitaire et mélancolique, au point que le dernier texte d’Air de la solitude intègre des extraits traduits du texte de Müller. Roud cite également des vers de Die Schöne Müllerin dans le poème « Lettre » du même recueil. De fait, dès 1935, il a eu le projet de traduire ce cycle – dont seule une version du dernier poème a été réalisée, recueillie par Jaccottet dans Traductions éparses (Cahiers Gustave Roud n° 3).