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Dans l’histoire des idées, il existe des époques où, dans un pays donné, ne semble dominer qu’un seul «paradigme»; ce fut le cas, par exemple, de la linguistique néogrammairienne dans l’Allemagne des années 1870-1880 ou de la «linguistique cartésienne» en France dans la deuxième moitié du XVIIème siècle. Mais il y a aussi d’autres périodes au cours desquelles il semble ne pas y avoir de tendance académique principale, des époques où coexistent plusieurs courants de recherches dont aucun ne domine les autres, constituant ainsi une polyphonie intellectuelle. Ce fut le cas de la linguistique soviétique des années 1920-1930. La vie intellectuelle en URSS à cette période était très riche, où de nombreux courants et directions de recherches existaient en parallèle, réfutant l’image parfois monolithique souvent donnée de l’époque bolchevique puis soviétique. Cette diversité théorique et parfois interdisciplinaire se manifestait souvent dans les recherches d’une seule et même personne – comme ce fut le cas de Rozalija Osipovna Šor (1894-1939), première femme russe professeure de linguistique générale.