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Photo envoyée par Catherine Winkler.
En Amérique, au début du XXème siècle, de nombreux compositeurs américains cherchent à se libérer de l’hégémonie européenne et à créer leur propre langage. Pour ce faire, ils s’inspirent des musiques en pratique dans leur pays à savoir les chants traditionnels indiens, les Spirituals, le Blues, le Jazz …etc. C’est donc dans ce contexte que G. Gershwin, pianiste virtuose, auteur de chansons à succès et de nombreuses comédies musicales tente de concilier jazz et musique symphonique. Conscient de son importance, il dira d’ailleurs: « Je suis le Schubert américain ! » et d’ajouter : « J’ai la modeste prétention de contribuer à l’élaboration du grand roman musical américain ». Un fait reconnu car après la Rhapsodie in Blue, Un américain à Paris et son Concerto pour piano, il composera peu avant sa mort, Porgy and Bess, un opéra Inspiré par le roman et la comédie des deux Heyward avec pour thème principal le drame des minorités raciales face aux problèmes sociaux.
Et pour réaliser cet opéra populaire typiquement américain, Gershwin fera feu de tous bois : il ira dans les Etats du Sud pour mener des études musicales et ethnologiques, il recherchera de nouveaux sons, confiera à son frère, Ira, l’écriture du livret et les paroles des chansons et une fois l’œuvre achevée, il conclura : « Je trouve cette musique tellement admirable que je ne parviens pas à croire que je l’ai écrite… »
Pourtant le succès sera limité. La critique regrettera la proximité de l’opéra avec la comédie musicale et en dépit de certains airs devenus à la mode, l’œuvre sera rapidement retirée de l’affiche. On sait néanmoins que reconnue à sa juste valeur après la mort de son auteur, elle sera consacrée avec l’adaptation cinématographique d’Otto Preminger en 1959.
Quant à l’histoire, empreinte de tragique, elle se situe dans les années 1930 en Caroline du Sud dans une Amérique en pleine dépression, alors que la population noire est en proie à une misère criante. Mais dans le quartier fictif de « Catfish Row », près du vieux port de Charleston, le petit monde de la rue boit, danse, joue aux dés, une femme chante une berceuse à son enfant… Soudain, coup de tonnerre ! Le voyou Crown perd au jeu, assassine son adversaire et fuit la ville en laissant sa femme, Bess, livrée à elle même. Seul Porgy, un mendiant noir estropié qui vit dans un taudis du quartier, lui porte secours et tente de la sauver des griffes de Crown, son concubin, comme de celles de Sportin’Life, un dealer qui veut la prostituer.
Classique de la culture américaine enracinée dans le folklore, Porgy and Bess est une œuvre d’une originalité captivante ! Alors que le jazz se mêle à la musique symphonique traditionnelle, la communauté noire face à sa rude existence respire d’un même souffle et exprime ses passions par le chant avec des sentiments éruptifs, des confrontations violentes voire même sanglantes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Porgy and Bess émeut aussi directement les auditeurs. Qui ne se souvient de l’air immortel de « Summertime » ! Nul doute qu’avec cette œuvre audacieuse, synthèse innovante de courants musicaux contraires, Gershwin, très au fait des techniques avant-gardistes -il connaissait personnellement Schönberg- aura fortement contribué à l’expression musicale de « l’American way of life ».
A 38 ans, à l’apogée de sa gloire, il mourra d’une tumeur au cerveau.
C AGATHE AMZALLAG – MUSICOLOGUE
Photo Sylvie Morier
Né à Vienne dans une famille de la haute bourgeoisie catholique, Alban Berg dès son plus jeune âge partage son temps entre musique et poésie. Il crée ses premières œuvres à 15 ans et en 1904, tout en étudiant avec Arnold Schönberg qui deviendra son ami pour la vie, il aborde toutes les disciplines musicales. Avant-gardiste doué d’une nature romantique, Alban Berg compose des œuvres pour orchestre, de la musique de chambre et des œuvres pour piano tout en s’imposant très tôt comme le plus talentueux des musiciens lyriques de son temps. En 1922, il compose Wozzeck puis dix ans plus tard Lulu mais emporté un soir de Noël par une septicémie, il ne pourra achever l’orchestration du troisième acte.
L’histoire de Wozzeck inspirée d’une pièce écrite au début du 19ème siècle par Büchner se situe – drame et opéra compris- en temps de crise. En effet, après les guerres napoléoniennes comme après la première guerre mondiale, des milliers de soldats souffraient de la faim et la misère du prolétariat était considérable. L’Allemagne avait subi une terrible défaite, la monarchie austro-hongroise s’effondrait, toute l’organisation du monde et de ses valeurs était désormais bancale, déformée, contradictoire.
Opéra en trois actes, Wozzeck est présenté à l’Opéra de Berlin en 1925. L’histoire se situe vers 1820 dans une petite ville allemande où le pauvre soldat Wozzeck bafoué par sa maîtresse, Marie, est poussé au désespoir. Tous les personnages– le docteur, le capitaine, le tambour-major dont Marie tombe amoureuse- se présentent sous forme de caricatures monstrueuses alors que Wozzeck, lui, porte sur ses épaules le poids de la misère terrestre. Tragédie de la solitude et de l’incommunicabilité, conjonction du malheur individuel et du malheur social, Wozzeck bascule dans le crime et l’anéantissement de lui-même.
Divisée en trois
actes : Exposition, Péripétie et
Catastrophe, la grande innovation de
Berg dans cet opéra est d’avoir attribué à chaque scène une forme musicale particulière :
Suite, rhapsodie, marche militaire, berceuse, fantaisie et fugue, scherzo,
variations… Au niveau de la voix, il utilise tous les intermédiaires entre le
parler pur et le bel canto passant
par la déclamation rythmique déjà utilisée par Schönberg dans son Pierrot Lunaire. Quant à
l’orchestration, véritable ouvrage d’orfèvre, Berg réussit là une synthèse de
deux esthétiques radicalement opposées : le passé et le futur de la
musique. Salué comme révolutionnaire, il met en effet à profit les
enseignements anciens tout en imposant son savoir faire en matière de formes,
d’articulation et d’invention de sonorités, celles-ci intégrant le texte à la
musique.
Nul doute qu’avec Wozzeck considéré depuis longtemps comme l’œuvre la plus représentative du théâtre lyrique contemporain, Alban Berg a exercé une influence marquante sur certains de ses disciples mais –fait surprenant- dans le domaine difficile de l’Opéra, on ne le crédite d’aucune descendance spirituelle.
C AGATHE AMZALLAG – MUSICOLOGUE
A Château d’Oex l’hôtel transformé, après son rachat, en maison d’hôtes a fière allure. Au repas de Noël, la clientèle s’est déclarée enchantée par l’accueil qui lui a été réservé. Photo DR.
Photo Sylvie Morier
PUCCINI (1858 – 1924 )
TURANDOT
Jeudi 12 décembre 2019 à 19h00
Légende terrifiante, captivante d’une princesse aussi belle que cruelle, Turandot est avec Aïda l’une des œuvres les plus spectaculaires de l’histoire de l’Opéra ! Trouvez quelque chose qui fasse pleurer le monde… demande Puccini à ses librettistes,
G. Adami et R. Simoni, en 1920. Il faut dire que fasciné par le romantisme barbare de cette fable chinoise vouée aux mystères de l’amour et de la mort, il rêvait de la transposer en musique ! Ainsi nait Turandot, un opéra aux sonorités uniques dans l’œuvre du compositeur avec des gongs chinois, des tams-tams, des xylophones, des glockenspiels mis au service de mélodies typiquement orientales.
En trois actes et cinq tableaux, l’histoire est la suivante :
À Pékin, en des temps mythiques, l’empereur Altoun Khan règne sur la Chine avec sa fille, la princesse Turandot. Dotée d’une beauté exceptionnelle, pour obtenir sa main un prétendant doit résoudre trois énigmes et en cas d’échec sa tête sera tranchée. Arrivent alors, cachés et en exil, le prince Calaf accompagné de son père, Timur, roi déchu de Tartarie. Aveugle, il est guidé par une jeune esclave, Liù, dont Calaf est le grand amour. Ébloui par la beauté de Turandot, Calaf en tombe aussitôt amoureux et se soumet à l’épreuve des trois énigmes. Il en sort victorieux mais Turandot, qui ne veut pas d’un mariage avec un étranger, supplie son père de la délivrer de son engagement. C’est alors que Calaf lui fait une proposition : pour elle, il acceptera de mourir si elle trouve son nom avant l’aube. Cherchant à le découvrir, Turandot, cruelle et implacable, fait torturer Liù, la petite esclave, qui se donne la mort pour protéger celui qu’elle aime. Mais face à la terrible princesse, Calaf lui révèle lui-même son nom et c’est ainsi que devant son peuple rassemblé, Turandot proclame : Son nom est Amour ! Au fil de son travail, souvent en proie à d’épuisantes périodes de doute avec le pressentiment que peut-être il ne verrait pas la présentation de son œuvre, Puccini se demandait : Qui chantera mon opéra ? En effet, pour Turandot, rôle-titre, seules les sopranos dramatiques les plus expérimentées peuvent assumer les nombreux changements de registre et la nécessité de chanter
Photo Sylvie Morier
Route des Monts, Château-d’Oex. Photo Micpic, juillet 2019.