Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07039.jsonl.gz/1145

MK III
Histoire 2
L'Ariel 10 devant le garage de Donald Healey en 1919
(B. Healey)
Donald Mitchell Healey se marie en octobre 1921 avec une fille de mineur nommée Ivy Maud James. Bien qu'en cette période d'après-guerre l'industrie de production automobiles n'ait pas redémarré, il réussi à convaincre son père de la nécessité absolue d'ouvrir un garage à Perranporth. A ce moment, pratiquement aucun véhicule à moteur ne circulait dans la région, hormis la voiture de son père et celle du médecin. A l'âge de 23 ans et avec la bénédiction de Frederick Healey, DMH s'installe dans un ancien magasin, proche de celui de ses parents. Il démarre son activité avec quelques machines dont notamment un tour entraîné par une courroie de transmission, elle-même entraînée par le moteur de la Panhard & Levassor de son père. Observant avec quel enthousiasme DMH œuvrait dans ses locaux, Frederick Healey lui fait construire un nouveau garage et réussit à convaincre un mécanicien ajusteur de venir avec sa famille s'installer à Perranporth pour travailler avec son fils, car les pièces détachées étaient difficiles à obtenir à l'époque. La seule solution était donc de les réparer. Ce mécanicien hors pair nommé Alfie Easton restera avec DMH durant toutes les années d'exploitation de ce garage. Il sensibilisera DMH sur la nécessité de conduire, tout en respectant la mécanique.
Les frères
Riley
Donald Mitchell Healey et Ivy Maud James, le jour de leur mariage
(The Healey Story)
L'ABC, première voiture prévue pour la compétition
(B. Healey)
Une Riley "Redwing" telle qu'elle devait être à sa sortie d'usine
La "Redwing" après avoir été anéantie par le test de Donald Healey
(B. Healey)
Violette et Evelyn Cordery
En 1929 lors du rallye de Monte-Carlo sur Triumph Super Seven (Donald Trounson)
1926 : Lors du London-Land's End Trial, au volant d'une Fiat devant son garage servant de point de contrôle et de rafraîchis-
sement (B. Healey)
1928 : Sur Triumph Seven lors du rallye de Bournemouth, après avoir remporté la première place en compagnie du dentiste de Perranporth. (B. Healey)
Neige à la frontière polonaise, chaînes cassées, problèmes mécaniques, tout y passe. Sans compter que l'absence de chauffage ne permet pas de désembuer le pare-brise. Un système maison est installé en utilisant des veilleuses de suif (bougies) montées à la base de celui-ci, permettant de dégager une infime portion de visibilité. Malgré ces contraintes, il faut tenir la moyenne de 48 km/h, alors que le véhicule chargé à bloc avec de l'outillage et une boîte de vitesse de rechange, plafonne à 80 km/h dans les meilleures conditions et au plat. Car ici, pas d'assistance le long de la route avec des mécanos prêts à bondir sur le véhicule pendant que l'équipage se repose. Malgré tout, DMH arrive dans les temps à l'étape de Paris. Mais plus loin lorsqu'il rejoint Monte-Carlo, les routes encombrées du sud de la France lui font perdre un temps précieux. L'équipage pointe avec quelques minutes de retard à l'arrivée et sera disqualifié. La même année, il participe toujours avec sa petite Triumph, au Rallye de Barcelone qui se déroule en été durant l'exposition universelle. Avec un équipement allégé (d'été), il remporte cette épreuve, ce qui dopa immédiatement les ventes de Trimuph dont DMH était également concessionnaire. En 1930, il participe à nouveau au Monte-Carlo avec sa Triumph et finira cette fois en septième position. DMH dira plus tard avoir pris l'habitude de passer trois ou quatre nuits sans sommeil en se "dopant" au café lors de ces compétitions.
Toujours en 1930, les choses prennent un tournant décisif alors que Noel Macklin, un constructeur automobile de renom est à la recherche d'un pilote capable d'élever l'insigne de la marque en compétition. On lui conseille "Un gars qui vit en Cornouaille et qui s'est bien débrouillé lors de récentes compétitions". Macklin prend contact avec DMH qui lui, avait déjà entendu parler de la marque Invicta en 1929, lorsqu'un de ces véhicules piloté par les sœurs Cordery avait parcouru 30'000 miles en 30'000 minutes. A l'issue de son entretien avec Noel Macklin, un véhicule lui est mis à disposition. Avec cette auto, il remportera une série de compétitions dont le Rallye hongrois. Noel Macklin prend alors goût à ce genre d'événements et décide fin 1930, de lancer son splendide modèle de 4.2 litres dans le mythique Monte-Carlo qui doit se dérouler en janvier 1931. Il met à disposition de DMH un exemplaire de ce modèle afin qu'il puisse se préparer. DMH constate que la voiture est largement survireuse à cause du poids de son moteur et qu'à l'usage, la dureté de l'embrayage couplé à une boîte exigeant le double débrayage à chaque changement de vitesse, finira par avoir raison de son petit gabarit. Le point de départ du rallye choisi est Stavanger en Norvège, à environ 2'200 kms de Monte-Carlo. Plus de la moitié du trajet sera réalisé dans la neige. En Suède, il emboutit un poteau télégraphique, ce qui lui fera terminer l'épreuve avec des freins sur trois roues seulement. A la fin de l'épreuve alors qu'il se repose dans une chambre d'hôtel, il apprend sa victoire. Ce sera à ses yeux, la plus belle de sa carrière.
Après avoir participé à toutes sortes d'événements à travers le pays au volant de cette Triumph Seven, sa notoriété prend encore du galon. En 1929 et avec ce petit véhicule improbable de 832 cc de cylindrée, il participe au Monte-Carlo pour la première fois en compagnie de deux coéquipiers. Comme on peut l'imaginer, cette configuration était loin de ce que DMH espérait à ce moment-là. La ville de Riga en Lettonie est choisie comme point de départ de ce long périple. Ce choix stratégique permet à l'équipage de capitaliser des points avant le début de la compétition, grâce à la distance supplémentaire parcourue. Commence alors pour DMH et ses coéquipiers, une aventure dans des conditions météo difficilement imaginables.
1929 : Un repos bien mérité durant le rallye de Bringhton
(The Healey Story)
Donald Healey est désespéré de savoir si un jour il pourra enfin trouver un véhicule intéressant pour évoluer en compétition. Il retrouve espoir lorsqu'il rencontre Gordon Parnell, un ingénieur de chez Lockheed qui avait importé la commande de frein hydraulique au Royaume-Uni, en remplacement des traditionnelles commandes par câbles largement utilisées sur les véhicules de l'époque (Parnell sera finalement ingénieur en chef chez Triumph). Mais c'est en 1924 que débute une longue amitié avec Cecil Kimber qui depuis 1922, était le directeur des MG (Morris Garages) après avoir débuté comme "simple" gestionnaire des ventes pour William Morris.
Jusqu'en 1929 DMH participera à différentes compétitions avec succès au volant d'une petite Triumph Seven.
Cecil Kimber
Publicité Castrol relatant la performance des soeurs Cordery en 1929
Avant le départ du Monte Carlo en 1931 sur Invicta
8 cyl. 4.5 l (B. Healey)
Sir Noel Macklin, père de Lance Macklin
En 1930 septième du Monte- Carlo, toujours sur Triumph Super Seven (B. Healey)
La remise du Trophée
(B. Healey)
En 1932 et toujours sur Invicta, il finira deuxième au Monte-Carlo et remportera la même année, la coupe des Glaciers en Autriche (Gletscherpokale), ainsi que la montée du Galibier. En 1933 encore sur Invicta, il doit abandonner en Pologne après s'être jeté dans un fossé pour éviter un traineau avec quatre personnes à bord. Durant cette période, certains détracteurs parleront de la "Healey chance" alors qu'au contraire, les succès rencontrés par Donald Healey étaient plutôt le fruit de planifications méticuleuses, de préparations et d'essais effectués dans un souci du détail qui était sa marque de fabrique. DMH considérait l'Invicta comme pas très facile à conduire, comparant sa tenue de route à de la conduite sur route verglacée, même sur de bons revêtements.
Pour l'anecdote, il fera un rallye au départ de Friedrichshafen avec comme navigateur, un journaliste de l'Associated Press passionné d'automobiles nommé Ian Fleming. Ce navigateur n'était autre que le père du plus célèbre espion de la couronne britannique. Un certain James Bond…
Sa collaboration avec Macklin prendra fin au début de 1933, mais leur amitié restera indéfectible. Macklin fondera par la suite la Fairmile Marine Company et réalisera un dragueur de mines et de lutte anti sous-marine au service de la Royal Navy durant la seconde guerre mondiale. Vingt ans après cette collaboration, qui aurait pensé que le fils de Noel, Lance Macklin, deviendrait l'un des meilleurs pilotes au service de Donald Healey. Lance Macklin sera impliqué dans le drame du Mans en 1955, alors que la Mercedes de Pierre Levegh embouti l'arrière de son Austin-Healey et termine sa course dans les tribunes, faisant 80 victimes.
Afin d'étendre son activité, le père de DMH lui achète une Buick neuve qui sera le premier véhicule d'une flotte de location. D'autres véhicules suivront, telle une Armstrong Siddeley et deux Rolls-Royce. Comme à cette époque ses concitoyens n'avaient pas encore la possibilité de s'acheter un véhicule, son activité de location eut suffisamment de succès pour lui permettre d'assurer la pérennité de son garage le temps que le parc automobile local s'étoffe et ainsi lui fournir suffisamment de travail. Il baladera également des touristes lors de la saison estivale. C'est également à cette époque qu'il participe à sa première course au volant de la Buick de location sur une route aux alentours de Perranporth.
Le fruit de son travail lui permet rapidement de s'adonner à sa passion pour le sport automobile en faisant l'acquisition d'une ABC en 1922. Après quelques modifications sur le véhicule, il participe à diverses courses locales sur les collines de Perranporth. Avec une Ariel 10, il effectue un certain nombre de tests afin de vérifier son endurance et sa consommation d'essence. C'est avec cette approche méthodique et animé par un esprit de compétition hors du commun, que DMH commence à se faire un nom dans le milieu de l'automobile. En 1923, il rencontre les frères Riley qui la même année, présentaient leur nouveau modèle Riley Redwing. DMH en acquiert un exemplaire et décide de vérifier ce qu'elle a dans le ventre. Lors de cet essai de vitesse, ce véhicule prévu pour réaliser ses futurs projets de compétitions prend feu et ses desseins partent en fumée. Déjà inscrit pour la London-and's End Trial qui doit se dérouler prochainement, il n'a d'autre choix que d'engager son ABC pour y participer. Malgré cela, il réussit à remporter sa première médaille d'or lors de cette épreuve. Actif dans sa petite communauté de Perranporth, il développe également sa société de radio et permet à une bonne partie du village d'être électrifié, grâce au fameux moteur Panhard & Levassor couplé non plus au tour mécanique, mais à une génératrice installée dans un hangar construit par son père. Frederick Healey fut constamment impliqué dans le développement de son village.
Plaque commémorative
80 ans
Panne en Autriche.
(My World of Cars)