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Portrait de chercheur - Serge Ayer
Serge Ayer, professeur en télécommunications avec un fort intérêt pour les questions environnementales, arrive à la HEIA-FR après un parcours très riche.
Sa carrière entrepreneuriale voit le jour dans le Laboratoire de communications audiovisuelles (EPFL) de Martin Vetterli, où Serge Ayer entre en 1996 après l’obtention de son doctorat en systèmes de communication et quelques années de travail dans l’industrie. Avec son équipe, il développe alors deux familles de brevets qui déboucheront sur des projets passionnants.
Le premier groupe de brevets est étroitement lié à sa thèse de doctorat et porte sur la reconnaissance du mouvement des caméras vidéo. C’est grâce à ces recherches que la société fribourgeoise Dartfish, qui occupe aujourd’hui une position importante dans le domaine de l’analyse de contenus vidéo, voit le jour en 1998. «L’idée de la technologie Simulcam», explique-t-il, «était de projeter deux séquences vidéo filmées de manière indépendante dans le même référentiel, en les superposant comme si elles avaient été filmées exactement avec les mêmes mouvements de caméras.» Les premières applications de la technologie concernent la retransmission d’événements sportifs à la télévision.
L’autre groupe de brevets se concentre sur la réalité augmentée et sur la création de supports visuels annotés à travers la caméra d’un téléphone portable: «Ces brevets, déposés en 1996, n’étaient pas utilisables tout de suite. Mais, avec l’évolution des téléphones portables, ils sont devenus d’actualité dès 2005.» En 2006, Serge Ayer – alors à la tête des activités de Ra&D de Dartfish – retourne à temps partiel à l’EPFL pour poursuivre son travail sur des prototypes fondés sur ces brevets. En 2010, il co-fonde la société Vidinoti, aujourd’hui basée à blueFACTORY, qui propose des solutions de réalité augmentée.
«En tant que chercheur, on peut s’inventer les problèmes qu’on va résoudre», sourit-il. «J’exagère évidemment un peu! Mais ce qui est extraordinaire dans la recherche, c’est que l’on a la possibilité de choisir ses défis, tandis que dans une entreprise on doit d’abord résoudre les difficultés qui se mettent en travers de la route.»
C’est ainsi avec l’ambition de se consacrer plus à la recherche – tout en gardant un pied dans le monde entrepreneurial grâce à son lien avec Vidinoti – que Serge Ayer intègre en 2014 l’institut iSIS de la HEIA-FR. «Je me sens bien dans ce rôle. En plus de l’enseignement qui m’offre une belle proximité avec les étudiants, je peux monter et participer à des projets de recherche: comprendre le problème, développer des solutions, travailler en équipe.»
Un exemple? L’un de ses projets actuels vise le développement d’un dispositif de localisation pour l’intérieur d’un bâtiment: une sorte de GPS, mais encore plus précis. «C’est un beau défi d’un point de vue scientifique: je travaille à la fois sur des aspects algorithmiques de traitement de données en collaboration avec l’EPFL et sur la mise en œuvre concrète des appareils.»
«Aujourd’hui, ce qui me motive particulièrement est le développement de solutions avec un impact positif sur la société», ajoute avec enthousiasme Serge Ayer. «Je suis notamment en train de démarrer un projet avec l’institut agricole de Grangeneuve. On pourrait parler de smart farming: le but est de collecter des données afin de comprendre les paramètres en jeu (tels l’humidité du sol et de l’air) et d’agir directement sur l’utilisation des ressources et des produits». Dans ce contexte, il travaille sur de nouvelles technologies de transmission de données sans fil – «on ne peut pas tirer des câbles au milieu du champ» – efficaces et peu énergivores.
«Si la Suisse est aujourd’hui un peu le château d’eau de l’Europe, il est indispensable d’anticiper les problèmes liés au stress hydrique», explique-t-il. «Une meilleure utilisation des ressources fait certainement partie de la solution.»