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Giovanni Segantini dans les Grisons
Avec 2 illustrations.Par V. Sfupan.
On est enclin à diviser la vie de Segantini en quatre périodes, non seulement dans le temps et dans l' espace, mais aussi au point de vue de son idéologie, soit: 1° l' enfance; 2° l' adolescence; 3° le séjour de l' artiste à Savognin; 4° la période passée à Maloja-Soglio.
Ces deux dernières périodes sont le mieux apparentées sous tous les rapports, tant en ce qui concerne le temps et l' espace qu' au point de vue de l' état idéologique de Segantini; je les résume donc sous le titre: Giovanni Segantini dans les Grisons.
Ce serait évidemment une grave méprise que de traiter cette dernière époque de façon nettement séparée sans effleurer l' enfance et l' adolescence de Segantini. Son enfance a été une petite tragédie 1 Né le 15 janvier 1858 à Arco près du Lac de Garde, il perd bientôt sa mère; il est alors envoyé chez une demi-sœur qui travaille à la journée et abandonne à lui-même son frère âgé de six ans dans une sombre mansarde avec, pour toute nourriture, un morceau de pain et un peu de lait. Giovanni s' enfuit pour se rendre à pied en France; il s' effondre épuisé dans un fosse au bord de la route, puis est recueilli par de braves paysans qui l' ha et le nourrissent mais qui, en échange, comptent sur ses services: il garde les oies et les porcs.
Plus tard, nous le retrouvons chez un demi-frère dans le Trentin, d' où il tente de nouveau de s' évader; ensuite chez sa demi-sœur à Milan, laquelle s' est mariée entre temps et exploite un café. Giovanni, alors âge de douze ans, y sert la clientèle.
Toutefois, d' emblée il fut considéré là comme un vaurien incorrigible; finalement il fut place dans un établissement pour garçons difficiles: le « Patronato per ragazzi abbandonati e corrigendi » où l'on trouve l' inscription suivante: « Giovanni Segantini, né au Trentin, accueilli le 9 décembre 1870, évadé le 16 août, réintégré le ler septembre 1871; a quitté l' établissement en 1873, était occupé dans l' atelier des savetiers. » Le motif de cette troisième escapade aurait été la Sainte-Communion: Segantini s' est défendu de toutes ses forces pour ne pas être contraint à prendre la Communion. Alors il fut enfermé, puis relâché et prit la fuite.
Viennent ensuite pour Segantini les années d' apprentissage qui ne sont guère plus heureuses que celles de son enfance. D' abord il est mis en apprentissage chez un peintre en bâtiment, ensuite chez un prestidigitateur qui est à la fois poète, diseur et peintre; chez ce dernier, Segantini n' apprend pas grand' chose. Enfin il fréquente les cours du soir de la Brera on il fait de rapides progrès et enregistre déjà de petits succès. Cependant il est trop artiste et son point de vue est trop original pour faire bon ménage avec les professeurs figés dans leurs idées conventionnelles. En conséquence, il ne fréquenta pas ces cours bien longtemps. A Milan il échoue dans sa tentative de gagner sa vie; il s' endette, mais il a la chance d' avoir de bons amis pour lui venir en aide. De même, son premier séjour au Lac de Come est un échec. Ce n' est qu' après s' être créé sa propre technique et avoir prouvé qu' il avait du talent que son séjour dans la Brianza fut couronné de succès. A ce sujet, Segantini déclare lui-même: « Je peignais le chœur de l' église Saint-Antoine et m' efforçais avant tout de fixer la lumière; je compris alors aussitôt qu' en mélangeant les couleurs sur la palette on n' obtenait ni lumière ni air. C' est alors que j' ai trouvé le moyen de coordonner les couleurs pures et franches en les juxtaposant non mélangées sur la toile — au lieu de les mélanger sur la palette —, laissant à l' iris le soin de les fondre à la distance naturelle. De cette façon, j' obtins l' animation des couleurs, j' arrivai à produire une impression plus intense de la lumière, de l' air, du naturel. » La même découverte fut faite en France, à peu près en même temps, par d' autres artistes, et pénétra plus tard dans la science de l' art sous le nom de « pointillisme ».
Si au cours des années suivantes, pendant un second séjour au Lac de Come, Segantini a de nouveau abandonné passagèrement la technique qu' il s' était créée personnellement, c' est que des éléments idéologiques ainsi qu' une conception quelque peu unilatérale de fart y jouèrent un rôle prépondérant. A cet égard Segantini fit lui-même le rapport révélateur suivant: « Je suis revenu dans la belle Brianza convaincu que la peinture ne pouvait trouver ses limites en appliquant les couleurs pour elles-mêmes mais que, savamment employée, elle avait le pouvoir de constituer une source susceptible d' ex les états d' âme créés par l' amour, la douleur et le deuil. C' est pourquoi, dans la Brianza, je ne me suis plus amusé à réaliser mes anciennes idées sur l' expression harmonieuse des couleurs, mais j' ai essayé de rendre les sentiments qui se manifestaient en moi notamment au crépuscule lorsque, après le coucher du soleil, mon âme se plongeait dans une douce mélancolie. » Ses tableaux de cette période sont aussi sombres que ses sentiments et ses impressions. Franz Serveas, son biographe, les désigne par le terme suivant: « la poésie de l' obscurité ».
Il me semble ressortir clairement du propre aveu de Segantini que ce romantique — je dirais presque cet artiste imbu d' une certaine sentimentalité — n' était pas encore mûr pour la réalité âpre et austère des monts titaniques. Cependant, un fils de la montagne — tel que l' était en somme Segantini —, en vertu d' une loi toute naturelle, devait tôt ou tard se sentir attire vers eux. Ainsi, au bout de cinq ans déjà, accompagné de sa fidèle épouse, il partit de la Brianza, traversa la Bernina, la Haute Engadine, qui alors ne lui plaisait guère, et le Julier pour se rendre à Savognin ( Grisons ). Il se peut fort bien qu' à ce moment-là son attitude en face de la réalité fût plutôt positive; ensuite, au centre de la haute montagne, il s' est complètement dégagé du romantisme sans toutefois rien sacrifier de ses idéaux.
Il contemple révérencieusement les géants neigeux qui lui parlent de la toute-puissance de Dieu, le Créateur. Tout d' abord il voue cependant son travail à son entourage immédiat. Le sujet de sa première œuvre: la vache blanche est tire directement du milieu villageois: une jeune fille étanche sa soif au goulot de la fontaine, tandis que sa vache vient de finir de se désaltérer dans le bassin.
Autre tableau de la même époque: la jeune tricoteuse à la barrière. Tout brille dans ce tableau, tant le soleil est éclatant et l' air pur. Au premier plan une jeune fille tricote en gardant ses moutons; un noir et deux blancs sont tout près d' elle. A travers la clôture, à l' arrière, on aperçoit, paisible, le village de Savognin. C' est là que règne la divine paix; on peut s' en rendre compte en jetant un coup d' œil sur la jeune fille comme aussi sur les moutons à l' air bonasse. Pour ces deux tableaux, Segantini s' est inspiré de la réalité la plus absolue; ni l' un ni l' autre ne décèlent encore la moindre trace d' une « douce mélancolie ». Du reste, Segantini a repris son ancienne technique, la juxtaposition des couleurs. Il a fini par comprendre que ce n' est que par une technique irréprochable qu' il exprime dans ses tableaux exactement ce qu' il a à cœur de dire. Que voulait-il donc dire? En première ligne c' est toujours la notion de l' amour maternel qui le préoccupe. N' a pas lui-même da renoncer à cette bénédiction dès l' âge de six ans! « Aimez, estimez, révérez la femme, car elle nous met au monde et nous donne son amour », aurait-il dit un jour. La mère est pour lui le symbole de l' amour. Mais il ne s' arrête pas à l' humanité, il retrouve chez les animaux un sentiment semblable au nôtre. Nous possédons un grand nombre de tableaux de Segantini symbolisant cet amour. Ce qu' il a produit de plus grand dans ce domaine est certainement « Les deux mères »: une domestique est assise dans une écurie, son bébé dans les bras; devant elle, une vache et son veau nouveau-né. L' atmosphère semble pénétrée d' amour, la paix divine est entrée ici. Quoique l' écurie soit sans fenêtre, Segantini — ici comme maintes fois précédemment, comme aussi pour tous ses futurs tableaux — s' est posé un problème de lumière. L' éclairage ne vient pas du dehors mais du dedans, c'est-à-dire d' une lanterne qui, telle la puissance lumineuse de l' amour maternel, rayonne à l' intérieur. Cette tâche, elle aussi, a été résolue par Segantini au moyen du partage des couleurs; dès lors nous le trouvons en progrès constant sur cette voie, se dépassant constamment lui-même.
Toutefois, Segantini abandonne bientôt le village et les intérieurs. Il parcourt les champs, les alpages, les montagnes. Son attachement intime à la glèbe et même à la montagne se dessine de plus en plus distinctement. « Le Labourage » est un d' œuvre du genre. Où et comment la terre nourricière pourrait-elle nous parler un langage plus net et plus affectueux que par les sillons profonds creusés dans un champ! L' arrière, les montagnes, il les chérit assez pour les rendre dans tous leurs détails de la façon la plus minutieuse, les faisant ainsi contribuer dans une large mesure à l' harmonie parfaite du tableau dont le tracé des lignes est grandiose. Ainsi le haut du corps du premier laboureur penché vers les chevaux; par sa posture il donne au groupe du labour tout entier un aspect saisissant.
Ses tableaux inspirés directement par la montagne, mais dans lesquels prédomine l' amour maternel chez l' être humain comme chez l' animal, sont: « Alpage en mai » et « Midi dans les Alpes ». Sur ce dernier tableau le soleil luit d' un éclat si vif que la bergère, en dépit de son chapeau à large bord, est obligée, pour regarder au loin, de s' abriter de la main afin d' atténuer l' éblouissement causé par le soleil.
L' artiste recherche de plus en plus la lumière, il s' engage toujours plus haut où l' atmosphère est pure et claire.
En août 1894 il quitte Savognin pour se rendre à Maloja où il reste jusqu' à la fin de sa vie.
Segantini passe généralement la fin de l' hiver et le début du printemps à Soglio dans le Val Bregaglia, étant donné qu' il ne peut travailler en plein air à Maloja à ce moment de l' année; mais pendant les autres mois nous le voyons parcourir la Haute Engadine en quête de beaux motifs. Aucun endroit susceptible de lui offrir un sujet approprié ne lui semble trop haut ni trop éloigné. Il travaille sans relâche, tendant toujours plus haut vers la lumière et l' air pur. Il est vrai que parmi ses dernières œuvres nous en retrouvons toujours qui représentent l' idée de la mort. Malgré la prédiction d' une diseuse de bonne aventure, selon laquelle il devait atteindre rage du Titien ( 99 ans ), la mort n' a cessé de le préoccuper. C' est ainsi que l' artiste plonge à nouveau par-ci par-là dans les lugubres profondeurs du royaume des ombres, mais il n' oublie jamais de faire luire sur le même tableau, dans toute leur splendeur immaculée, les cimes et le ciel. Retour au pays: le mort est ramené dans son pays sur un char. Les gens qui l' accompagnent, ainsi que tout le paysage, sont plongés dans un deuil morne et profond. Seules les cimes resplendissent au merveilleux soleil du soir. Là-haut il y a encore de la lumière, de là-haut nous viennent encore les consolations, même dans les heures les plus tristes. C' est que, pour Segantini, les montagnes sont devenues ce qu' elles peuvent signifier de plus sublime pour un être humain; le symbole de la vie éternelle.
Cela m' amène à parler des dernières œuvres de Segantini: le Triptyque du monde alpestre. Ce tableau était destiné à l' exposition universelle de Paris; il devait constituer une glorification des Alpes, de FEngadine, et être exposé à Paris dans un pavillon connu par Segantini lui-même. Par bonheur, cette entreprise échoua, car autant Segantini était grand comme peintre, autant il était insignifiant comme architecte. En ce qui concerne la peinture, il avait établi un plan et il l' exécuta.
Si nous voulons essayer de comprendre ces trois derniers tableaux, il nous faut revenir en arrière pour examiner de plus près l' idéologie de l' artiste. Il est certain que l' ambiance n' a pas exercé une grande influence sur lui. N' a pas été privé de toute éducation depuis la mort de sa mère, soit depuis l' âge de six ans! Baptisé catholique, il s' est tenu à l' écart de l' Eglise. Nous avons dit plus haut qu' il s' était refuse à prendre le Saint-Sacre-ment. Toutefois, il ressort des indications que nous avons que Segantini n' était pas un négateur de la religion, un sans-Dieu, mais bien un homme profondément religieux et croyant. Bien plus, Segantini était un mystique, un enthousiaste de la foi, même avec un brin de superstition. Partant de ce point de vue, nous saisissons mieux ses paroles: « douce mélancolie »; mais nous comprenons aussi qu' il se soit tenu éloigné de l' Eglise catholique. De tout temps le mystique s' est séparé de l' Eglise.
A Savognin, il se défait rapidement de son romantisme et adopte de plus en plus une religion humanitaire: « que l' homme soit noble, généreux et bon », il semble que ce fut la maxime suprême de sa vie.
En outre, Segantini a connu deux choses qu' il a divinisées: 1° la nature, la dispensatrice bonne et généreuse, et 2° dans la nature, la mère qui prodigue à tous les êtres la vie et l' amour.
A côté de la joie de vivre et de la conviction absolue que la vie terrestre revêt une importance capitale, il a toujours garde la foi dans le supraterrestre, dans l' au.
En nous basant sur ces considérations, nous arrivons à mieux comprendre sa dernière œuvre: le Triptyque du monde alpestre.
Naître. Ce tableau fut point à Soglio. Toutefois ce n' est pas une reproduction fidèle des environs de ce village; ce n' est pas une photographie de la nature. Segantini n' a jamais copié; il n' a eu recours à la nature qu' à titre de fond pour ses tableaux. De belles prairies vertes sont encadrées par les dents et les crêtes de granit du Bregaglia dont les pointes, illuminées par le soleil, semblent plongées dans un bain d' or Examinons surtout les deux figures du premier plan:
1° La vache mugissante près de l' étang. On a l' impression de l' entendre mugirI Sans doute son petit se trouve-t-il parmi le jeune bétail tout proche.
2° La mère et son bébé. A l' instar d' une madone de Raphaël, elle tient l' enfant serré dans ses bras et le regarde avec amour. Elle est assise sur les racines d' un arbre, de l' arbre de vie profondément ancré dans la terre par ses racines, mais qui, en même temps, s' élance très haut vers le ciel. N' est pas là une image de Segantini lui-même? N' était pas, lui aussi, fortement ancré dans le sol et ne s' élançait pas loin vers le ciel par son idéalisme et sa foi? Dans son ensemble, le tableau est fort mouvementé — telle la vie — c' est pourquoi Segantini l' a baptisé: Naître.
Etre. De plus en plus avide de lumière et d' air pur, Segantini monte toujours plus haut. Ainsi il forma le projet de peindre un tableau vu du Schafberg. Il l' intitule l' Etre. De nouveau un coucher de soleil I Toutefois, le paysage est encore baigné des rayons de l' astre du jour; pas de crépuscule! Un ciel sans nuage merveilleusement illuminé en un grand demi-cercle, tel un heureux présage qui domine la terre. Cette partie du tableau, qui ne trouve vraiment bien son expression que sur l' original même, est selon moi ce qu' il présente de plus grandiose. Le fait que Segantini entendait faire ressortir cela tout particulièrement, c' est que presque les deux tiers du tableau sont consacrés au ciel. En effet, ces couleurs merveilleuses et ces lignes symétriquement recourbées exercent une influence calmante sur tout le tableau qui, par lui-même déjà, présente un tracé de lignes allongées et calmes. Une bande de campagne étroite et rectangulaire dont la monotonie est rompue par un sentier en diagonale légèrement ascendant 1 Sur ce sentier une femme et un homme avancent en montant, l' homme faisant marcher devant lui quelques vaches, la femme tirant après elle un veau. Dans ce grand calme, il y a donc encore de la vie, du mouvement. L'«être » n' est pas un arrêt dans l' oisiveté, mais une marche en avant et en montant. Ainsi en est-il en réalité et c' est bien ce que Segantini veut représenter.
Le dernier tableau de Segantini ( comme s' il avait pressenti l' approche de la mort ) est « Disparaître », soit la mort. Hélas, ce tableau est resté inachevé I Un paysage d' hiver plutôt morne. A droite une petite cabane d' où l'on sort un cercueil; devant la demeure quelques femmes en grand deuil. Un traîneau attelé d' un cheval se trouve là pour emmener le cercueil. Le tout est empreint de tristesse. Seul le ciel — tout comme sur le tableau « Retour au pays » — est illuminé par le soleil couchant et parle d' espérance, de continuation de la vie après la mort. Et cela exprime bien la conviction de Segantini.
Nous arrivons à la conclusion, à la mort de l' artiste. Le 15 janvier 1938 il aurait fêté ses 80 ans. Or, voilà tantôt 40 ans qu' il n' est plus! Inutile de souligner qu' il a été rappelé beaucoup trop tôt.
C' était en septembre 1899. Segantini, en compagnie de ses deux fils et de sa fidèle servante Baba, est monté sur 1'« Obere Schaf berg » pour y travailler à son tableau « Etre ». Plus que quelques jours et il l' aurait terminé.
La chaîne de montagnes entourant le motif devait recevoir un dernier fini lorsque le peintre fut pris d' une crise de péritonite. D' abord il refuse de faire venir un médecin. Le lendemain seulement, alors qu' il doit avoir recours à Baba pour marcher de son tableau jusqu' au chalet le plus rapproché, il accède aux instances de ses fils et de sa fidèle servante. Aussitôt l' ami de Segantini, le Dr Bernhard, accourt pour soulager le grand artiste; il est muni des instruments nécessaires pour procéder éventuellement à une opération. Cependant, vu le froid rigoureux et les conditions primitives régnant dans le chalet, l' intervention chirurgicale ne paraît offrir aucune possibilité de réussite. Le Dr Bernhard ne put faire mieux que d' attendre encore une semaine pendant laquelle il constata que le mal empirait de jour en jour, voire d' heure en heure.
Le soir du 28 septembre 1899, Segantini demande à voir une dernière fois ses montagnes. On tire son lit vers la petite fenêtre du pauvre chalet. Puis vint la nuit, la dernière que Giovanni Segantini passa ici-bas!
« Il commença à neiger, le vent soufflait dans l' étroit espace du chalet, et c' est avec le vent que Giovanni Segantini quitta son enveloppe mortelle. » — C' est ainsi que son fils, Gottardo, décrit la mort de son père.
La dépouille du grand artiste fut déposée au petit cimetière de Maloja, au milieu de ses chères montagnes.
En jetant un regard rétrospectif, nous ne pouvons plus avoir qu' une faible idée de ce que Giovanni Segantini aurait pu être pour l' Engadine et surtout pour l' art, s' il lui avait été donne de vivre 80 ans au lieu de 40. Il aurait pu accomplir de grandes choses également en sa qualité d' homme de lettres et de critique d' art, puisque son autobiographie fragmentaire révèle son talent extraordinaire aussi dans ce domaine.