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Un article datant du 7 avril 2020 paru sur le site d’Agoravox suggérait une possible symbiose entre le SARS Co-V2 et une bactérie du genre Prevotella.
L’auteur de cet article, Bernard Dugué, fait des raccourcis et va beaucoup trop loin dans l’interprétation des résultats des études qu’il cite dans sa bibliographie.
Voici quelques exemples :
Dans le paragraphe 5 de son article consacré au lien entre le SARS-CoV2 et les bactéries, l’auteur parle de «cette unique publication (Chakraborty S. 2020) sur une possible infection de la bactérie Prevotella par le SARS-CoV-2 qui serait alors plus rusé qu’on ne le pense et se comporterait comme bactériophage, ce qui pourrait expliquer la modification de cette bactérie devenant plus agressive ». Dans cette étude, l’auteur publie des données de séquençage suggérant la fusion entre le génome du virus et l’ARN 16S de la bactérie Prevotella. Dans le titre, Chakraborty pose lui-même la question de savoir si l’observation est un artéfact de séquençage.
L’auteur enchaine ensuite en référence à une publication de Liao Y et al. datant de 2004
« A l’appui de cette hypothèse, les coronavirus de type SARS sont capables de modifier la perméabilité membranaire des bactéries Le but des recherches de ce groupe était de savoir si la protéine d’enveloppe E du SARS CoV (épidémie de 2003) pouvait être considérée comme une viroporine (protéine facilitant la libération des virions par des cellules déjà infectées). Pour répondre à cette question, les auteurs ont transfecté[i] une souche d’E coli BL21 avec un plasmide permettant l’expression de la protéine d’enveloppe E du SARS CoV. Ils ont montré que dans les cellules qui expriment la protéine E, il y a une augmentation de la perméabilité membranaire à un antibiotique (hygromycine B). Les auteurs tirent la conclusion que la protéine virale E pourrait être une viroporine. Ils ne vont pas plus loin.
Ils n’ont pas mis le virus complet en présence des E coli pour observer une quelconque augmentation de perméabilité de la paroi des bactéries. Ils ont seulement transfecté un plasmide codant pour la protéine E. On ne peut pas tirer de conclusion sur la capacité du virus entier à modifier la perméabilité membranaire des bactéries.
On s’aperçoit assez rapidement que l’auteur n’a pas analysé de manière critique les publications qu’il cite et qu’il détourne les conclusions des auteurs pour appuyer ses propres convictions.
Actuellement, aucune étude sérieuse n’a été publiée démontrant des propriétés bactériophages du SARS Co-V2 ni suggérant une symbiose potentielle entre bactéries et SARS Co-V2. Jusqu’à présent, aucun virus de mammifère n’a été démontré comme étant capable d’infecter une bactérie. Les virus spécifiques des bactéries appelés bactériophages possèdent des mécanismes uniques d’infection qui ne sont pas partagés par les virus de mammifères.
Bibliographie :
- Chakraborty S. Sequencing data (N=3) shows Wuhan coronavirus integration in bacteria (Prevotella mostly). Sequencing artifact – or is the virus infecting both bacterial and human cells? https://osf.io/ktngw/
- Liao Y er al. Expression of SARS-coronavirus envelope protein in Escherichia Coli cells alters membrane permeability. BBRC 325 (2004) 374-380.
Texte proposé par Dr Mireille Baptist PhD
Consultante scientifique Laboratoire MGD
[i] Transfection : introduction de manière artificielle avec des produits chimiques ou des champs électriques de matériel génétique dans une cellule, ici une bactérie. Ceci n’est pas équivalent à un mécanisme d’infection virale.