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Temps de travail en Suisse: une évolution par à-coups depuis deux siècles
«La mise en oeuvre consciente des forces physiques, intellectuelles et morales de l’être humain dans le but de subvenir à ses besoins matériels et immatériels.» On reprendra ici cette définition du travail donné par le Dictionnaire historique de la Suisse pour mieux comprendre l’évolution de la durée du temps de travail depuis le XIXème siècle en Suisse.
Aujourd’hui, la loi fédérale sur le travail dans l'industrie, l'artisanat et le commerce l’affirme: «La durée maximale de la semaine de travail est de quarante-cinq heures pour les travailleurs occupés dans les entreprises industrielles ainsi que pour le personnel de bureau, le personnel technique et les autres employés, y compris le personnel de vente des grandes entreprises de commerce de détail; et de cinquante heures pour tous les autres travailleurs». Dans les faits, les salariés à plein temps en Suisse travaillent en moyenne un peu plus de quarante et une heures par semaine.
D’une manière plus précise encore, entre 2013 et 2018, «la durée hebdomadaire effective de travail des salariés à plein temps s’est réduite en moyenne de cinq minutes pour s’établir à quarante et une heures et huit minutes et le nombre de semaines de vacances a poursuivi sa progression régulière, passant de 5,1 à 5,2 semaines par année», comme le mentionne l’Office fédéral de la statistique (OFS) dans sa dernière enquête concernant la population active. On note aussi qu’en 2018, 7,891 milliards d’heures de travail ont été dénombrées dans le cadre professionnel. Dans le détail, ce sont les salariés à plein temps du secteur primaire qui ont accompli la charge de travail la plus élevée par semaine (durée effective de quarante-cinq heures et quarante-huit minutes en 2018). Suivent, dans l’ordre, les branches «Hébergement et restauration» (quarante-deux heures et sept minutes), «Activités spécialisées, scientifiques et techniques» (quarante et une heures et cinquante-quatre minutes), et «Activités financières et d’assurances» (quarante et une heures et trente-huit minutes).
L’exemple du Canton de Glaris
Comment, durant les derniers siècles, l’évolution de la société et du cadre juridique a-t-elle permis d’arriver à ces chiffres? Le Dictionnaire historique de la Suisse donne les pistes et les dates clé à retenir. D’abord, notons, comme illustration des horaires et des réalités d’il y a plus de cent cinquante ans, qu’en 1855, la journée de travail est de treize à quatorze heures dans les principales industries du canton de Zurich. Toutefois, la durée du travail commence à diminuer sur tout le territoire national dès «le milieu du XIXème siècle», «non pas parallèlement à l’accroissement de la productivité, mais par à-coups et parfois en dents de scie». L’avènement de la société industrielle est au coeur de ce processus. «Avec la mécanisation et la division du travail, elle (facilite) la comparaison entre les travailleurs et (contribue) à unifier le marché du travail.» D’autre part, toujours dans la deuxième partie du XIXème siècle, «la distinction entre travail et loisirs se (fait) plus nette et la mesure du temps plus précise, grâce à l'horloge».
Le Dictionnaire historique de la Suisse poursuit son propos avec des éléments liés à l’évolution du droit: «Pionnier européen de la protection des travailleurs», le canton de Glaris fixe ainsi le premier, dans une loi de 1848, une limite de quinze heures par jour de travail dans les filatures pour les adultes. Dans tout le reste du pays, les travailleurs leurs se mettent aussi de plus en plus à exiger une unification et une diminution de la durée du travail. «Sur le plan législatif, Glaris resta à l'avant-garde, en prescrivant dans les usines une limite de douze heures en 1864 (Bâle-Campagne l'imitera en 1869 et le Tessin en 1873) et de onze heures en 1872. Puis vint, en 1877, l'étape décisive de la Loi fédérale sur les fabriques, qui imposa la journée de onze heures (dix heures le samedi).» Si la révision de la Loi sur les fabriques, en 1914, amène la semaine de cinquante-neuf heures, c’est bel et bien la grève générale de 1918 qui constitue une autre étape majeure. En effet, elle entraîne, en 1920, l’arrivée de la semaine de quarante- huit heures pour tous les travailleurs sous contrat. Le Dictionnaire historique de la Suisse précise toutefois que c’est également la crise économique mondiale qui fait entrer à cette époque les quarante-huit heures de travail hebdomadaire dans les moeurs. Après la Seconde Guerre mondiale, les réductions du temps de travail se font davantage dans tel ou tel secteur d’activité. Et c’est finalement la loi sur le travail du 13 mars 1964 qui fixe (presque) toutes les règles que nous connaissons actuellement.