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Retrouvez toute la collection des bustes exposés à la Bibliothèque sur les galeries du Centre d’iconographie!
La Bibliothèque de Genève présente en ses murs une série de bustes anciens de grande valeur patrimoniale. Cette collection a été constituée, pour l’essentiel, entre 1800 et 1950 grâce aux dons consentis par des familles genevoises. Elle a récemment fait l’objet d’une nouvelle attention, à la faveur d’un réaménagement partiel des locaux. Comment exposer une telle collection aujourd’hui? Comment valoriser des œuvres qui constituent le témoignage d’un moment important de l’histoire de l’institution et plus généralement de l’histoire et de l’histoire de l’art genevois?
L’adoption de la Réforme, le 21 mai 1536, a bouleversé la relation que Genève entretenait jusque-là aux images. La quasi-totalité des représentations religieuses médiévales est alors détruite. L’art monumental déserte rues et places. Les cimetières sont débarrassés de leurs symboles pieux, mais aussi de toutes stèles; pas même la tombe de Calvin ne porte une inscription qui aurait permis de l’identifier. Le portrait funéraire, un art majeur dans l’Europe de la Renaissance et de l’époque baroque, est ainsi quasiment inconnu à Genève avant le 19e siècle.
Une évolution plus favorable aux images n’intervient que lentement. Notons tout d’abord que la peinture et la gravure échappent généralement à l’opprobre si leurs sujets sont jugés convenables. Dès le 16e siècle, des fresques à sujet allégorique sont réalisées à l’Hôtel de Ville, lequel contient aussi quelques tableaux que signalent les visiteurs. Une personnalité comme Théodore de Bèze réunit une collection de portraits des personnalités majeures de la Réforme qu’il publie dans ses célèbres «Icones» en 1580. À partir du 17e et surtout au 18e siècle, certains particuliers fortunés réunissent des collections dans leurs maisons, qui comprennent des œuvres d’art religieux, parfois aussi des sculptures. Dès 1702, la Bibliothèque de Genève présente ses collections dans la «grande salle» du Collège (le collège Calvin actuel), qui devient ainsi le premier musée de Genève.
Ce n’est en effet pas l’art, sauf s’il répond à l’orgueil de son commanditaire, qui est visé par les interdictions, mais le fait que des œuvres soient susceptibles d’inspirer des dévotions. C’est pourquoi la sculpture en ronde bosse, vite assimilée à l’ «idole» des temps anciens, disparaît presque totalement de l’espace public entre le 16e et la fin du 18e siècle. Ainsi, Genève a orné ses fontaines d’obélisques et de colonnes et non de statues comme l’ont fait la plupart des villes suisses qu’elles soient protestantes, comme Berne, Neuchâtel, Lausanne et Nyon, ou catholiques, comme Fribourg, Soleure et Porrentruy. En 1710, les ordonnances somptuaires genevoises interdisent les bustes et statues comme décor des maisons, mais on sait que la portée de ces prescriptions fut limitée, ce qu’attestent les têtes sculptées qui ornent les façades de nombreuses maisons genevoises.
Durant l’ancien Régime, on ne relève que quelques exceptions faites à la prohibition du culte funéraire et de l’érection de portraits sculptés dans l’espace public. La principale est l’autorisation donnée à la famille de Rohan d’ériger à la cathédrale Saint-Pierre un monument funéraire en l’honneur du duc Henri II mort en 1638. Dans ce cas, les règles genevoises se sont heurtées aux normes sociales de la haute noblesse pour laquelle elles étaient inacceptables s’agissant d’un pair de France: Rohan eut son monument, mais sa statue fut dissimulée dès 1659 derrière une palissade de bois, de crainte qu’on la vénère comme celle d’un saint. Plus modestement, le même besoin d’honorer les morts s’était déjà fait jour lors de l’inhumation des victimes de l’Escalade au cimetière de Saint-Gervais en 1602. Les autorités imposèrent la pose d’une simple épitaphe aux «héros morts», malgré les protestations des pasteurs; en 1608, la tombe de Théodore de Bèze, que les autorités avaient voulu honorer à sa mort trois ans plus tôt en l’ensevelissant dans l’ancien cloître de la cathédrale et non au cimetière de Plainpalais, sera elle aussi signalée par une pierre tombale gravée d’une inscription ». On relèvera enfin quelques reliefs sculptés, au Collège et à l’Hôtel de Ville, mais leurs sujets sont allégoriques et historiques, à l’exception d’une clef figurant le roi Henri IV.
Le véritable changement n’interviendra qu’à la fin du 18e siècle qui voit tomber définitivement les interdits. Le goût des arts s’impose notamment par la création d’institutions spécifiques (école de dessin, Société des arts puis musées) qui favoriseront au siècle suivant la naissance d’une école locale de sculpture. La volonté d’honorer les défunts s’impose dans la société et l’art funéraire envahit à nouveau les lieux d’inhumation dès la période française (1798-1813); le cimetière des Rois, lequel à partir de 1883 ne reçoit que très peu de défunts et défuntes, nous donne une bonne idée à quoi pouvaient ressembler ces cimetières. Enfin, le culte des grands hommes devient indissociable du rayonnement d’une ville, à Genève comme ailleurs en Europe. Dès les débuts du 18e siècle, les grandes familles se font représenter à la Bibliothèque par le portrait peint d’un parent illustre, même si les autorités préfèrent réserver cet honneur à ceux «qui ont tenu un rang distingué dans le monde» et non à de simples particuliers. Rousseau est apparemment le premier à entrer dans l’institution en buste à la fin du 18e siècle (œuvre non conservée); il est apparemment aussi le premier à bénéficier d’un monument à Genève, érigé en 1792-1793 dans le parc des Bastions. Il sera suivi par de nombreux autres.
La gravure du tombeau, édifié vers 1650-1655, a paru dans les trois premières éditions de l’Histoire de Genève de Jacob Spon parues à Paris en 1680 et 1682 et à Utrecht en 1685, mais est de manière significative absente de l’édition de Genève en 1730.
Cette toile peinte peu après la mort de Le Fort a, avec son inscription, toutes les caractéristiques d’un portrait funéraire sans être pour autant associée à une tombe spécifique. Elle est restée dans la famille jusqu’au don fait récemment par la famille à la Bibliothèque de Genève.
Érigé dans un contexte révolutionnaire, le monument à Rousseau par Jean Jaquet a été détruit vers 1817, soit peu après la défaite napoléonienne. Il a fait l’objet d’une médaille de Théodore Bonneton commémorant son inauguration 28 décembre 1793.
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