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Une fonderie de la Marne s’invite en terres fribourgeoises
Une chapelle, puis deux églises… de chacun ces lieux de cultes successifs, Montbovon a conservé à chaque fois au moins une cloche. Présentation de cet intéressant ensemble constitué entre le XVIe et le XIXe qui résonne dans clocher de ce bel édifice néoroman.
C’est à Adolphe Fraisse (1835-1900) qu’on doit l’actuelle église Saint-Grat de Montbovon. Le brillant architecte naquit à Ferney-Voltaire, étudia à Fribourg puis fit de fréquents séjours à l’étranger avant de revenir en en terres fribourgeoises où il fut adjoint à la direction cantonale des bâtiments et conseiller communal. Sa réalisation la plus importante est bien sûr l’église de Châtel-Saint-Denis, sorte de mini-cathédrale néogothique édifiée dès 1872. A Montbovon, Fraisse opta pour le néoroman, comme il l’avait déjà fait 20 ans plus tôt pour la proche paroisse d’Albeuve. Consacrée le 24 mai 1898, l’église Saint-Grat succède à une chapelle achevée en 1515, dont il reste la cloche (petite cloche de l’Agonie), puis à une première église consacrée vers 1625. De cet édifice richement orné nous est parvenu une partie du mobilier, réparti aujourd’hui entre le Musée Gruérien, le Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, l’Université ainsi que des collections privées. La deuxième plus grande cloche de la sonnerie actuelle a elle aussi été coulée pour le clocher précédent. L’église Saint-Grat est remarquable par ses proportions équilibrées, son mobilier d’époque soigné et ses peintures polychromes un temps recouvertes, mais heureusement remises au jour à la toute fin du XXe siècle.
Le sonnerie de l’ancienne église semble avoir été composée de trois voix : les actuelles cloches 2 et 5, de même qu’une cloche reprise au prix du bronze par les frères Paintandre chargés en 1897 de compléter l’ensemble. Il s’agit de la seule sonnerie complète livrée pour le canton de Fribourg par la fonderie de la Marne, représentée en Suisse par le vaudois Auguste Thybaud, le fameux « accordeur de cloches ». On se rendit compte dans les années 1990 que le clocher avait subi les affres du temps. On lui refit alors une nouvelle flèche. On se rendit compte également que la maçonnerie s’était lézardée de l’ébranlement de la sonnerie. On ceintura donc la tour à l’extérieur et on installa deux rails d’acier à l’intérieur sous la chambre des cloches. Lors de la dépose des cloches, on s’aperçut que le beffroi de bois était vermoulu. La maison Ecoffey de Broc le remplaça par l’actuelle charpente en acier. La même entreprise se chargea également de modifier l’horloge mécanique (Odobey, 1897) pour remontage automatique des poids et pilotage par horloge-mère radio-pilotée.
-Cloche 1, note ré3, diamètre 139cm, poids 1’624kg, coulée en 1897 par les frères Paintandre à Vitry-le-François. Inscription : DE L’ETERNEL AU LOIN CHANTEZ LA GLOIRE,
-Cloche 2, note fa#3, diamètre 108cm, poids environ 750kg, coulée en 1795 par Pierre Dreffet de Vevey. Inscription : RECOIS SEIGNEUR LA CLOCHE QUI SERVIRA D’APPEL POUR CELEBRER TA GLOIRE
-Cloche 3, note la3, diamètre 93cm, poids 420kg, coulée en 1897 par les frères Paintandre à Vitry-le-François. Inscription : A LOUER LE SEIGNEUR QUAND MA VOIX VOUS APPELLE AVEC UN SAINT TRANSPORT, VENEZ PEUPLE FIDELE.
-Cloche 4, cloche de l’école, note ré4, diamètre 69cm, poids 203kg, coulée en 1897 par les frères Paintandre à Vitry-le-François. Inscription : AUX LECONS DES VERTUS, J’INVITE LA JEUNESSE. ENFANTS, MA VOIX EST DOUCEUR ET CHANTE L’ALLEGRESSE.
-Cloche 5, cloche de l’Agonie, note mi4, diamètre 60cm, poids environ 200kg, coulée en 1596 par Pierre Guillet de Romont. Inscription : IN CYMBALIS BENESONANTIBUS, LAUDATE DOMINUM (louez le seigneur sur les cymbales retentissantes)
Mes plus vifs remerciements à la paroisse de Montbovon et à son président, M. Pierre Robadey. Merci à mes camarades campanaires pour leur indispensable collaboration et les échanges amicaux : John Brechbühl, membre de la GCCS ; Dominique Fatton, responsable technique des clochers de Val-de-Travers : Guilhem Lavignotte, organiste titulaire à Yverdon-les-Bains ; Stefan Mittl, expert-campanologue à Zurich. Remerciements enfin à M. Jean-Paul Schorderet, campaniste, directeur de l’entreprise Mécatal.
Sources :
« 2 églises, 4 chapelles, 5 siècles » ouvrage réédité en 1998, imprimerie Perroud, Bulle
« Le patrimoine campanaire fribourgeois », éditions Pro Fribourg, 2012
http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F19448.php