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Leur décision était visionnaire, leur projet ambitieux. Les fondateurs de l'«École polytechnique fédérale» avaient reconnu que la Suisse moderne avait besoin d'une haute école nationale capable d'assurer le passage de l'État fédéral à peine fondé vers l'ère industrielle et, ainsi, vers l'avenir. Notre époque ressemble beaucoup à ces années d'élan et d'essor au cours desquelles le «Polytechnicum» devint la première pierre de l'ETH Zurich actuelle. De même qu'au XIXe siècle la technicisation et l'industrialisation connurent un essor prodigieux en Europe et aux États-Unis, établissant de nouvelles formes de vie et de travail dans un puissant processus de transformation sociale, nous traversons aujourd'hui une période de mutation d'une ampleur comparable. Le monde est ouvert à tous. Les connaissances et les facultés techniques ne sont plus détenues par une minorité de privilégiés, mais font partie du patrimoine commun. Les découvertes et les développements de pointe sont aujourd'hui réalisés dans le monde entier, la production et les services se libèrent très rapidement de leurs sites traditionnels. La société d'industrie et de services des XIXe et XXe siècles se transforme en une société de la connaissance, dont la substance caractéristique est l'esprit plutôt que la matière et dont le carburant est l'information plutôt que l'énergie. Or, les méthodes et les comportements conventionnels des nations économiques traditionnelles se révèlent de moins en moins adaptés à cette évolution mondiale.
Orientation mondiale – ancrage national
Comment la Suisse fait-elle face à ce nouveau défi? Quelle contribution apporte ici l'ETH Zurich? Son mandat est le même qu'en 1855. Aujourd'hui comme alors, l'ETH Zurich doit assurer le passage de la Suisse vers la nouvelle ère de la connaissance, et ainsi vers l'avenir – pour le bien de la population de notre temps comme des générations futures. Mais, à la différence de la situation régnant en 1855, lorsque le champ d'action du Polytechnicum se limitait au nouvel État confédéral, l'ETH Zurich doit aujourd'hui se prévaloir sur la scène mondiale de la formation et de la recherche. Elle a pour mission de rester concurrentielle avec les meilleures universités internationales et de renforcer encore sa position. De plus, elle est tenue d'offrir un enseignement de première qualité. Pour satisfaire ces exigences, elle doit étendre ses activités internationales tout en consolidant son ancrage national.
Domaines scientifiques de l'avenir
L'ETH Zurich veut étendre ses compétences en sciences techniques et naturelles aux domaines scientifiques et aux champs d'action qui caractériseront durablement notre avenir. C'est pourquoi la direction de l'École misa résolument, il y a quelque temps déjà, sur les quatre domaines d'avenir suivants:
– Les sciences informatiques, véritable secteur clé du XXIe siècle, comparables à la vapeur au XIXe siècle et à l'électricité au XXe siècle.
– Les sciences de la vie, ou Life Sciences, desquelles nous espérons des découvertes médicales et techniques révolutionnaires pour tous les aspects de l'existence.
– L'aménagement de notre espace vital et culturel «citadin et rural» dans un monde toujours plus urbain et mondialisé.
– Et enfin le grand thème de l'énergie, des ressources naturelles et du développement durable, auquel nous devons consacrer une attention intensive si nous entendons léguer un cadre de vie intact à nos enfants et aux enfants de nos enfants.
Conquérir et contribuer à modeler ces quatre domaines d'avenir – voilà à quoi l'ETH veut préparer ses étudiants.
Enseignement de haut niveau
Des études à l'ETH représentent davantage que la simple transmission de connaissances et de compétences. Ceux qui obtiennent leur Master à l'ETH sont armés pour résoudre des problèmes complexes et assumer pleinement des fonctions dirigeantes – dans l'économie ou dans l'administration, dans les organisations internationales ou dans le monde universitaire. L'ETH Zurich investit une grande partie de ses ressources et de son potentiel intellectuel et émotionnel dans la formation de ses étudiants, et elle se maintient au meilleur niveau international à force d'innovations et de réformes permanentes. La réforme de Bologne, sans doute la révolution la plus profonde de l'histoire de l'enseignement universitaire, contribue de manière déterminante au maintien de la compétitivité des étudiants de l'ETH Zurich au plan international. Ces exigences élevées imposées à la formation impliquent que l'enseignement et la recherche doivent parvenir à s'imposer dans un contexte de concurrence internationale. Et ce sont les membres du corps professoral et les collaboratrices et collaborateurs de la recherche, de l'enseignement et de l'administration qui, grâce à leur créativité, leurs connaissances, leurs capacités et leur engagement, assurent à l'ETH Zurich une place parmi les meilleures hautes écoles du monde.
Moteur de la croissance économique
L'ETH veut être un moteur de la croissance. Son transfert technologique doit contribuer à mettre en œuvre des activités offrant une création de valeur particulièrement élevée. Il s'agit de la réindustrialisation de la Suisse – par une industrie de conception et de connaissance. Ce cadre englobe des services à base scientifique et des modélisations et simulations assistées par ordinateur, la compréhension et la maîtrise de processus et de systèmes complexes, la conception et la réussite au lieu de l'essai et de l'erreur. La réindustrialisation signifie la transformation de l'acquis permettant de se lancer avec courage dans de nouvelles réalisations. Pour cela, il faut préparer le terrain, cultiver l'environnement.
Questions d'implication et de responsabilité
Les nouvelles découvertes scientifiques, les nouvelles technologies, suscitent inévitablement de nouvelles questions. Celles-ci portent sur l'objet, le sens et la responsabilité. Les scientifiques ne doivent et ne peuvent pas répondre seuls à ces questions. Elles doivent être éclaircies à travers un débat ouvert et constructif entre les chercheurs et le public. Ainsi, l'une des tâches les plus essentielles des universités de l'avenir consistera à mettre à disposition des forums où pourra se dérouler ce dialogue entre la science et la société, et à créer des espaces favorisant de nouvelles formes de rencontres
Une fenêtre sur l'avenir
Il y a deux ans, la direction de l'ETH Zurich lança un projet baptisé Science City et aux termes duquel le site de l'ETH au Hönggerberg doit devenir, d'ici 2010, un campus universitaire constituant en même temps un quartier urbain dédié à la culture intellectuelle. Science City est un projet audacieux, mais réalisable, autant qu'une métaphore de l'ETH du XXIe siècle. Science City permet de concrétiser les ambitions poursuivies par l'ETH: une recherche de pointe et un enseignement de niveau international, un transfert de connaissances scientifiques à travers des applications pratiques, un échange vivant entre la science et le public. Avec Science City, l'ETH Zurich ouvre une fenêtre sur l'avenir. Mais on ne peut espérer modeler l'avenir qu'ensemble. Pendant cette année jubilaire, l'ETH Zurich souhaite tourner ses regards vers l'avenir et méditer sur l'avenir, non pas seule et selon son bon plaisir, mais dans un esprit ouvert, critique et avec ses partenaires des milieux scientifiques, économiques et politiques, avec ses étudiants, ses enseignants, avec l'ensemble de ses collaboratrices et collaborateurs, et surtout avec la population suisse. Car c'est à leur service qu'œuvre l'École polytechnique fédérale de Zurich – depuis 150 ans.
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