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Situation
Rikon dans le Tösstal, un petit village de 1400 habitants. Aucun édifice religieux à l'horizon... A proximité de la gare, on ne remarque que l'entreprise «Kuhn Rikon» − à l'exception de cette dernière, il n'y a rien de particulier à voir !
On ne peut cependant pas tout voir au premier coup d'œil − celui qui, lorsqu'il cherche le cloître tibétain, tombe sur cette fabrique de batteries de cuisine, s'est rapproché du monastère à deux points de vue: tout d'abord, l'histoire du cloître est liée à celle de l'entreprise «Kuhn Rikon», ensuite, le chemin qui mène au monastère passe par la fabrique.
Après environ 20 minutes de marche sur une route étroite à travers la forêt en direction de Wildberg, apparaît de façon inattendue un bâtiment de quatre étages, d'architecture moderne et entouré de sapins. Une roue bouddhiste, flanquée de deux gazelles, pare l'entrée. Sur l'esplanade, des dessins rappelant les mandalas sont tracés à même les dalles de pierre. Ces éléments prouvent que nous ne nous trouvons pas devant un hôtel mais face à un monastère tibétain.
«Malgré le style sobre de la construction, on ne saurait méconnaître l'influence de l'architecture tibétaine: les fenêtres de la façade qui descendent très bas, l'attique de couleur brun-rouge avec les greniers qui l'entourent, le toit en plateforme qui recouvre le bâtiment cubique et le stupa doré, ou Gèndschira, à son sommet qui confère à la pure construction blanche un étrange accent.» écrit Peter Lindegger dans sa recherche «20 Jahre Klösterliches Tibet-Institut Rikon/Zürich» (1988, p. 15)
Histoire de la construction et motifs de sa réalisation
Après le soulèvement de 1959, plus de 100'000 Tibétains et Tibétaines se sont enfuis au Népal et en Inde. En collaboration avec la Croix-Rouge, la Suisse fut le premier pays européen à accueillir un millier de Tibétains. C'est en 1964 que les frères Kuhn, Jacques et Henri, offrirent un logement et un emploi dans leur fabrique de métal aux réfugiés tibétains. Avec le temps, l'environnement culturel suisse créa des conflits de générations chez les exilés: les jeunes Tibétains étaient fascinés par la culture occidentale et les biens de consommation modernes alors que leurs parents et grands-parents restaient attachés aux valeurs traditionnelles. Henri et Mathilde Kuhn-Ziegler décidèrent d'entreprendre un voyage en Inde afin de dépeindre la situation au Dalaï Lama. Cette rencontre les conforta dans l'idée d'installer un groupe de moines en Suisse afin de rendre aux Tibétains leurs conseillers spirituels ainsi que les structures monacales traditionnelles.
Au début, l'abbé Gesche Ugyen Tseten ainsi que quatre moines furent logés dans une ferme. Jacques Kuhn raconte: «C'est incroyable comme ça a été un tournant positif. Lorsque nous l'avons remarqué, nous avons pris la décision de faire un pas supplémentaire.» C'est ainsi que les frères Kuhn fondèrent en 1967 la «Stiftung Tibet-Institut Rikon» qu'ils dotèrent de 100'000 francs comme capital de base et du terrain nécessaire à la construction. Bien que ce dernier se trouve hors de la zone à bâtir, on put, avec quelques retards et grâce à une autorisation spéciale, commencer la construction en juillet 1967. Kuhn raconte: «Le village était très positif à ce sujet et les Tibétains ont presque été accueillis avec des fleurs par la population.» C'est ainsi que le premier cloître tibétain d'Europe put être inauguré en septembre 1968 dans une clairière de Tösstal.
Une figure pour un bâtiment
Jacques Kuhn est aujourd'hui président honorifique du Conseil de fondation. Avec son frère Henri Kuhn-Ziegler, décédé en 1969, il ne participa pas seulement de façon déterminante à la création de la fondation mais également à la construction du cloître: lorsqu'à la fin des travaux, il manquait encore 210'000 francs, les frères décidèrent de payer cette somme. Jusqu'à aujourd'hui, Jacques Kuhn s'engage pour la fondation: «J'ai un lien avec l'institut tibétain du début à la fin.» Il prit également part à la construction d'une bibliothèque, à l'agrandissement du terrain et à l'édification d'un stupa.
Voisinage et conflicts
Kuhn décrit la relation avec les voisins et la communauté comme bonne et positive: «Pendant les quarante dernières années, je n'ai reçu aucune réclamation comme quoi le bâtiment dérange ou autre.» D'après Kuhn, le fait d'avoir informé l'environnement était très utile: «On doit dire pourquoi et dans quel but nous sommes ici.» Déjà en 1963, quelques mois avant que les premiers Tibétains ne viennent à Rikon, des réunions furent organisées lors desquelles on donna des informations sur la culture tibétaine et sur leur situation politique. C'est pourquoi, d'après Kuhn, il n'y eut, de la part de la population, aucune résistance à la construction du monastère.
Tradition religieuse
Originaires du bouddhisme indien tantrique du Mahayana, les contenus de l'enseignement et de la pratique bouddhiste prirent, au Tibet, une coloration toute particulière. Entre le Vème et VIIème siècle, l'assimilation et la réinterprétation de contenus disponibles au préalable, comme les coutumes populaires de la religion bon, permirent le développement du «véhicule du diamant», le bouddhisme vajrayana. Lors de la transmission de l'enseignement, il incombe au lama, «l'enseignant le plus élevé», un rôle important; les participants trouvent «refuge» auprès de lui et il les initie à la connaissance la plus élevée. Le panthéon tibétain comprend un grand nombre de divinités. Celles-ci symbolisent les yidam, différents aspects du Bouddha avec lesquels les adeptes doivent s'identifier. Dans le vajrayana, l'engagement du croyant tend, en tant que bodhisattva et au travers d'habiles moyens, à agir pour le bien des esprits en souffrance. L'idéal de compassion et l'identification de tous les phénomènes comme étant vacuité (shunyata) font partie de cet effort.
Le bouddhisme tibétain peut être grossièrement divisé en quatre traditions majeures. Elles sont toutes représentées en Europe mais, en Suisse, on trouve particulièrement les traditions karma-kagyü et gelugpa. L'institut monacal de Rikon met l'accent, comme il est typique de le faire dans la tradition gelugpa, sur l'étude des textes d'enseignement bouddhiste et sur la discipline de l'ordre. L'institut se considère toutefois comme englobant toutes les traditions car des enseignants et des lamas des différentes écoles bouddhistes enseignent dans ce lieu et y vivent temporairement. La tradition gelugpa est la plus jeune mais actuellement la plus grande école du bouddhiste tibétain. Dès le XVIIème siècle, elle est le groupe politique et religieux le plus important du Tibet. Son dirigeant a pour titre «Dalaï Lama» − en français «océan de sagesse». D'après la conception tibétaine les Dalaï Lama successifs forment une chaine de réincarnations et sont considérés comme l'incarnation d'Avalokiteshvara, la divinité de la «compassion sans limite».
En automne 1950, les détachements de l'armée chinoise pénétrèrent au Tibet. Dans les années suivantes, la vie monacale fut presque totalement détruite et la vie religieuse des Tibétains en fut considérablement handicapée. En 1959, il y eut un soulèvement des Tibétains au cours duquel le Dalaï Lama actuel, le quatorzième, ainsi que 100'000 Tibétains s'enfuirent par l'Himalaya. De nos jours, c'est à Dharamsala, dans le nord de l'Inde, que se trouvent le siège du Dalaï Lama et le gouvernement tibétain en exil. En Suisse, on recense aujourd'hui environ 2'500 Tibétains et Tibétaines, dont près de 80% ont été naturalisés.
Particularités
La bibliothèque de l'institut tibétain compte environ 12'000 titres. Il s'agit de la deuxième bibliothèque tibétaine spécialisée au monde. L'institut s'engage pour le projet «Science meets Dharma» dont on doit l'initiative au Dalaï Lama. Le désir de ce dernier est d'établir un contact vivant entre la culture tibétaine et la science occidentale. Ainsi, les moines et nonnes des monastères tibétains en exil doivent avoir accès aux enseignements des sciences naturelles. Le dialogue entre la philosophie bouddhiste et la science doit également être encouragé par des réunions publiques.