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Soeur Minke, Vers une gratuité féconde. L'expérience oecuménique de Grandchamp, Parole et Silence, Paris 2009, 234 p.
La genèse de la communauté de Grandchamp, au milieu du XXe siècle, « communauté d'inspiration monastique, de prière, de réconciliation et à vocation oecuménique », s'inscrit dans une terre d'Eglise travaillée par le mouvement oecuménique dès le siècle précédent. Cette naissance se déroule à un moment précis de l'histoire, en 1948, peu après le désastre de la Deuxième Guerre mondiale. Les réformateurs - Luther en particulier - n'avaient plus de considération pour la vie monastique, disant que le peuple de Dieu ne pouvait être partagé en plusieurs classes, les unes plus élevées, plus « méritoires », plus consacrées que les autres par le simple fait, par exemple, de leur état de célibat. Fait surprenant, certainement sous l'influence de l'Esprit saint, plusieurs communautés religieuses monastiques ont émergé malgré tout dans les Eglises de la Réforme, au siècle dernier, comme la communauté de Pomeyrol, celles de Taizé, de Grandchamp, les soeurs de Darmstadt, d'Imshausen...
Il faut dire que les nouvelles communautés religieuses, nées au sein du protestantisme, ont été fortement inspirées et encouragées par le petit livre de Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire, fruit d'une expérience de vie commune qu'il a proposée aux futurs pasteurs de l'Eglise confessante en Allemagne.
A Grandchamp, le lien entre vie fraternelle et vocation d'unité est profond. Dans une lettre adressée à l'abbé Couturier, Soeur Irène, l'une des trois premières soeurs, écrivait aux débuts de la communauté : « La pensée du grand remembrement nous est quotidienne et vitale. » Ce livre, le plus souvent écrit en « je », est un vibrant témoignage de Soeur Minke, prieure de la communauté entre 1970 et 1999. Sa vie de religieuse est orientée par son désir profond de s'élancer vers le Christ, d'être saisie par Lui.
La partie de l'ouvrage écrite en « nous » retrace les grandes aspirations de la communauté qui compte aujourd'hui une cinquantaine de soeurs réformées (luthériennes, méthodistes, baptistes?) de diverses nationalités. Grande écoute et humilité leur sont demandées, pour se comprendre, s'accepter et s'aimer dans leur diversité. Leur règle, écrite par Mère Geneviève, la fondatrice de Grandchamp, s'inspire à la fois de celles des Frères de Taizé et de ceux de Bose, mais aussi de celles des franciscains et des bénédictins. Bel exemple d'oecuménisme vécu à travers l'héritage de différentes traditions monastiques !
Dans leur volonté d'accueillir l'autre avec générosité et simplicité, les soeurs de Grandchamp ont aussi été inspirées par la spiritualité des Petits frères et Petites soeurs de Jésus. Elles ont ainsi essaimé, formant des petites communautés au Liban, en Algérie, en Israël, à Paris, dans le canton de Bâle-Campagne...
Soeur Minke, à travers la profondeur de son écrit, nous conduit indéniablement et avec persévérance vers un oecuménisme vivifiant, empreint d'écoute et d'amour du prochain, en Christ.