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Dans les cultures maraîchères, il est courant de laisser les résidus de récolte sur la parcelle. Or, si on les enlève, le lessivage de l’azote diminue nettement. C’est ce que montrent des mesures réalisées par Agroscope.
En de nombreux endroits, les eaux souterraines suisses affichent des concentrations trop élevées en nitrates. Ce problème existe également dans la région de Gäu-Olten, dans le canton de Soleure. C’est ce qui a incité le projet de recherche «NitroGäu», soutenu par l’Office fédéral de l’agriculture, le canton de Soleure et l’Office fédéral de l’environnement. L’objectif du projet était notamment d’élaborer des mesures visant à réduire le lessivage des nitrates.
Dans le cadre d’un sous-projet, le lessivage des nitrates a été mesuré sous les cultures maraîchères dans une installation lysimètrique d’Agroscope à Zurich-Reckenholz. Les lysimètres sont des récipients remplis de sol naturel, dans lesquels l’eau s’infiltre avant d’être recueillie au fond. L’essai lysimétrique de cinq ans a permis de comparer deux procédés en matière de lessivage de l’azote: (1) laisser les résidus de récolte en place sur la parcelle, ce qui est courant dans les cultures maraîchères, et (2) évacuer ces résidus.
L’évacuation des résidus de récolte réduit le lessivage de l’azote
L’essai a montré que le fait de laisser les résidus de récolte sur la parcelle entraînait un lessivage d’azote nettement plus important, soit en moyenne 20 % de plus qu’en cas d’évacuation des résidus végétaux (127 contre 106 kg d’azote par hectare et par an).
Lorsque les résidus de récolte restaient sur la parcelle, l’excédent total du bilan d’azote était cependant encore bien plus élevé que la quantité supplémentaire qui était lessivée: 146 kg au lieu de 21 kg par hectare et par an. La majeure partie de cette quantité d’azote est stockée dans le sol et minéralisée au cours des années et des décennies suivantes, ce qui conduit à nouveau au lessivage des nitrates. Les pertes par lessivage augmentent donc au fil des ans, même si elles se font de plus en plus lentes avec le temps.
Apport d’azote via les les mottes de repiquage
Les mottes de repiquage utilisées pour les semis dans les cultures maraîchères professionnelles se sont révélés être une autre source d’azote. L’analyse de la teneur des mottes de repiquage a montré que des quantités non négligeables d’azote sont ainsi introduites dans le sol (9-35 kg d’azote par hectare). C’est pourquoi cet apport devrait être pris en compte dans le bilan de fumure de l’exploitation. Jusqu’à présent, ce n’est pas le cas dans le cadre des prestations écologiques requises.
Quantités de nitrates trop élevées dans l’eau d’infiltration
De manière générale, l’eau de percolation des lysimètres contenait en moyenne, toutes les années et tous les essais confondus, plus de quatre fois plus de nitrates que la valeur limite fixée par la législation suisse pour les eaux souterraines servant à l’approvisionnement en eau potable: 110 au lieu de 25 mg par litre. Les parcelles de l’essai ont été fertilisées avec des engrais minéraux conformément aux recommandations d’Agroscope (PRIF, 2017). Celles-ci préconisent actuellement que laisser les résidus de récolte sur la parcelle permet de réduire de 20% les besoins en azote de la culture suivante.
Repenser les recommandations de fertilisation et la gestion des résidus végétaux
Compte tenu des quantités parfois très élevées d’azote contenues dans les résidus de récolte, il est important d’améliorer la gestion de ces résidus végétaux. Des méthodes adaptées à la pratique devraient être développées pour évacuer et recycler ces résidus ou pour améliorer l’exploitation de l’azote contenu dans le matériel végétal laissé sur la parcelle. En ce qui concerne les recommandations de fertilisation, il convient de vérifier s’il faut augmenter la part d’azote contenue dans les résidus de récolte de la culture précédente prise en compte dans les calculs.
Conclusions
- Si, dans la culture de légumes de plein champ, les restes de récolte sont laissés sur la parcelle, de grandes quantités d’azote pénètrent dans le sol et sont lessivées au fil des ans sous forme de nitrates.
- Les mottes de repiquage courants dans les cultures maraîchères intensives dans lesquels les plantules sont semées et plantées sont également une source d’azote dont l’exploitation devrait tenir compte dans son bilan azoté et sa fertilisation.
- Des méthodes adaptées à la pratique pour évacuer et recycler les résidus ou améliorer l’exploitation de l’azote contenu dans le matériel végétal laissé sur la parcelle devraient être développées.
- Les recommandations de fertilisation devraient mieux tenir compte de l’azote apporté par les résidus de récolte de la culture précédente.