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Le pluralisme culturel doit être donc considéré comme une richesse et non un obstacle pour l'affirmation de l'universalité des valeurs de la Déclaration universelle. L'ethos des "droits humains" est compatible avec toutes les cultures: davantage encore, il existe dans toutes les cultures puisqu’il dérive de la condition / nature humaine. Le pluralisme des cultures enrichit les droits de l'homme dans le sens qu’elle permet de mieux percevoir la complexité de l'humain.
Le rapport de la Commission mondiale sur la culture et le développement Notre diversité créatrice, affirme ainsi: "Il en va de la diversité et de la pluralité des cultures comme de la biodiversité. Le pluralisme est bénéfique parce qu'il prend en compte l'ensemble des richesses accumulées par l'humanité, en termes d'expériences, de sagesse et d'art de vivre. Toute culture s'enrichit de la confrontation avec d'autres cultures, qui lui fait découvrir ses propres particularités. Qu'on ne voie là aucun relativisme culturel, aucune contradiction avec l'affirmation de la validité de normes absolues.". (1996, p. 58-59).
Et la Commission de poursuivre: "Il est clair que, dans un monde où le relativisme est vrai, il n'y a pas de place pour son affirmation, car si le relativisme cognitif est un non-sens, le relativisme moral, lui, est tragique. Sans l'affirmation de principes absolus, la Commission serait dans l'impossibilité de formuler la moindre recommandation, et aucun discours rationnel ne pourrait être tenu". (1996, p. 59).
Voici donc dans quels termes se pose la question:
· d'une part, nous devons respecter les différentes cultures – il s’agit du respect de notre patrimoine et de notre identité, respect et promotion du patrimoine qui peut être envisagée aussi d'une façon dynamique – parce que les cultures signifient en définitive pensées, capacité d'apporter des solutions aux nouveaux problèmes qui se présentent,
· d’autre part, nous sentons la nécessité des normes éthiques communes qui tirent leur origine d'un besoin social au niveau du langage et de la pensée sinon d’une exigence métaphysique. Des normes absolues auxquelles aucun pouvoir politique peut déroger comme l’Antigone de Sophocle l’avait proclamé devant Créon.
Nous nous trouvons face à deux exigences irréductibles: on ne peut ni éliminer le pluralisme, ni ignorer l'absolu moral si on veut rendre justice à l’humain. Le travail du penseur – et du politique – consiste à concilier cette double exigence de la condition humaine.
Pour faire justice à cette double exigence un travail de déconstruction préalable est nécessaire. Il convient de démasquer quelques préjugés qui représentent des obstacles sérieux à une réflexion cohérente sur le thème qui nous occupe.
Le premier préjugé est de penser que nous sommes les premiers dans l'histoire de l’humanité à nous être posés cette question. En réalité il faut dire que jamais le pluralisme a été conçu comme un obstacle à l'absolu moral. Bien au contraire, déjà la philosophie grecque, comme le souligne de manière perspicace R. Spaemann, se pose la question de savoir quelle est la règle ou la coutume qui soit la meilleure, c'est-à-dire qui soit vraiment en accord avec la physis, la nature, l’être de l’homme. Le pluralisme culturel ou la conscience du pluralisme culturel n'est donc pas une originalité ni une découverte du monde moderne, elle existe bel et bien depuis toujours. Nous sommes en face d’une réalité qui a été l'objet de réflexion dans toutes les cultures et qui n'a jamais signifié un obstacle à l’absolu moral.
Le deuxième préjugé consiste à penser de manière inadéquate le pluralisme culturel. Lorsqu'on parle de pluralisme culturel et donc de pluralisme de valeurs morales, on imagine une multiplicité irréductible de valeurs morales. En réalité, les valeurs sont bipolaires comme l’a souligné J. Ortega y Gasset: positives ou négatives. Juste et injuste, par exemple, ou encore, bon / mauvais. Ce que l’on appelle pluralisme, c’est l’ordre des valeurs, c'est là seulement qu'il existe des variations : valeurs morales, esthétiques, économiques, religieuses. Quelles sont celles que nous jugeons les plus importantes? Qu'est-ce qu'on considère essentiel? L’utile, l’agréable ou peut-être le juste?.