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Les infections nosocomiales occupent une place grandissante aujourd'hui, à l'étranger comme en Suisse. Le rapport récent du Central Public Health Laboratory, révélant que les frais additionnels engendrés par ces infections étaient estimés à plus d'un milliard de livres sterling (2,7 milliards de francs suisses) annuellement pourla Grande-Bretagne, ne peut laisser personne indifférent. Les notions de 10 000 décès par année liés aux infections nosocomiales en France, ou de près de 50 000 décès associés aux seules septicémies nosocomiales sur le territoire des Etats-Unis chaque année, non plus.Peut-on prévenir les infections nosocomiales ?Que fait-on pour les prévenir ?Dans ce numéro de Médecine et Hygiène, différentes facettes de ce problème sont rapportées.Hugo Sax et coll. revoient les principes de la surveillance des infections ainsi que les méthodes les plus habituellement utilisées pour les répertorier. Comme le rappelle ce travail, la surveillance des infections qui implique leur reconnaissance, leur analyse et la restitution de l'information, représente le premier pas de la prévention.Pseudomonas aeruginosa est un pathogène nosocomial majeur pour plusieurs raisons : fréquence, gravité, et souvent résistance aux antibiotiques. L'article de F. Bally et coll. rapporte l'investigation d'une flambée d'infections à P. aeruginosa résistants. A l'aide de méthodes de typage moléculaire, les résultats montrent les rôles respectifs joués par la transmission horizontale des germes et la pression de sélection des antibiotiques. C. Petignat et coll. rapportent une au-tre épidémie de faible envergure liée au même ger-me et survenue à la fa-veur d'investigations uro-dynamiques. L'étude démontre la nécessité d'observer scrupuleusement toutes les étapes de la prévention pour éviter l'acquisition exogène de ce micro-organisme.Le sujet des diarrhées et colites à Clostridium difficile, le plus souvent associées à l'utilisation d'antibiotiques, est mis au point par C. Chuard et C. Regamey qui rappellent l'importance de bien peser l'administration des agents antimicrobiens et d'en bien con-naître les effets secondaires.Si l'importance des infections nosocomiales, en matière de morbidité, d'utilisation de ressources de santé, et d'impact pour les patients, n'est en général pas mise en doute, l'estimation chiffrée de leurs effets reste difficile, en particulier en ce qui concerne par exemple les patients admis en réanimation, dont le séjour est souvent grevé de nombreuses complications, nosocomiales ou non. Cet aspect est revu par S. Hugonnet et coll., qui insistent notamment sur l'importance d'une approche méthodologique épidémiologique adéquatement choisie et menée, et donnent quelques exemples illustratifs de l'impact des complications infectieuses nosocomiales. On comprend alors facilement l'intérêt direct résultant de leur prévention.Du nouveau afin de prévenir les infections ? Les innovations sont-elles toujours aussi bon-nes qu'on le pense ? Ain-si des cathéters intraveineux, imprégnés d'antibiotiques ou d'antisepti-ques ont fait leur apparition et diverses études montrent qu'ils permettent de réduire le taux de complications infectieuses liées aux traitements intraveineux. C. Petignat et coll. revoient de manière critique le résultat de ces études à la lumière de données épidémiologiques locales et suggèrent que l'introduction de tels cathéters n'a probablement un intérêt que pour les institutions dans lesquelles le taux de complication est relativement élevé ou éventuellement pour des patients très particuliers.Enfin, l'un des événements microbiologiques les plus marquants de cette récente fin de siècle fut l'émergence de staphylocoques do-rés ne répondant pas au traitement antibiotique, comme le met en lumière l'article de D. Pittet et F. Waldvogel. Ces germes, issus probablement de la pression de sélection des seuls antibiotiques encore capables de les détruire, les agents de la classe des glycopeptides (vancomycine et teicoplanine), sonten effet apparus sporadiquement depuis 1996. Ils ont été identifiés pour l'heure dans de rares hôpitaux seulement, mais au sein de plusieurs continents déjà. Les staphylocoques dorés étant extrêmement répandus, tant dans la communauté que dans nos hôpitaux, il y a des raisons de craindre une propagation du phénomène. Aussi, les mesures proposées pour prévenir cette propagation, ainsi que pour réduire la pression de sélection génératrice de leur survenue, sont-elles aujourd'hui plus actuelles que jamais si nous voulons pouvoir continuer à garantir la sécurité des gestes et des progrès médicaux impressionnants de ces dernières décennies.