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03/10/2012
Munch disait :
"Je ne peins pas ce que je vois, mais ce que j'ai vu. Je peins et je pense dans le présent. Je vis dans le passé et dans le futur."
Edvard Munch – De la disgrâce à l'adoubement
Pionnier de l'expressionnisme, Munch n'a eu de cesse d'influencer l'art et de fasciner. Peintre de l'âme, des émotions, il impose aujourd'hui encore sa révolution en bouleversant le marché de l'art en 2012. Né à Oslo en 1863, Edvard MUNCH est issu d'une famille de 5 enfants, nourrie par les revenus modestes de son père médecin militaire. L'histoire tourmentée de sa famille s'associe fatalement aux impressions de maladie, de mort et de tristesse qui émanent de ses œuvres.
Sa mère meurt de tuberculose alors qu'il n'a que 5 ans. Moins de 10 ans après le décès de sa mère, sa sœur aînée Sophie succombe de phtisie (forme de tuberculose) puis une plus jeune sœur est diagnostiquée comme souffrant de mélancolie (terme utilisé à l'époque pour parler de dépression). Quelques années plus tard, Edvard débute des études d'ingénieur. Victime de fréquentes dépressions, il interrompt ses études et décide de devenir peintre. Il entre alors à la Royal School of Art and Design et commence, 4 ans plus tard, en 1885, à composer la première version de The sick child. Il retravaillera tout au long de sa vie cette œuvre dont le sujet renvoie au décès de sa sœur Sophie.
Les nombreuses tragédies entourant son enfance seront malheureusement relayées par de nouveaux drames dans sa vie d'adulte. Pour illustrer les tourments de son histoire personnelle, les forces primitives de ses visions intérieures, Edvard Munch choisit la force de l'image synthétique au dépend de la vraisemblance du sujet représenté. De ses névroses naît une nouvelle voie picturale efficace qui consiste à réduire ce qu'il a vu (et non ce qu'il voit) et à reconstruire ses souvenirs sous des formes simplifiées.
Cette impression d'instantané vaudra à ses œuvres d'être maintes fois jugées « inachevées » et « laides ». De nombreux scandales et dédains de la presse et du public entourent sa carrière. Un des premiers éclate lors de l'exposition d’Automne de Kristiania (Oslo) où il présente pour la première fois une version de The silk child.
Une des six versions peintes de cette œuvre majeure, qui marque une coupure définitive de l'artiste avec le réalisme, appartient à juste titre aux collections de la Tate Gallery à Londres. Aucune version peinte n'est à ce jour passée en vente. Néanmoins la moindre estampe rehaussée d'époque trouve aisément preneur à plus de 100 000 $, à l'exemple de la plus récemment mise en vente, The Sick Child I, frappée à plus de 135 000 $ (Grev Wedels Plass, Oslo, le 28 novembre 2011).
Des gravures pour le marché haut de gamme
Peintre, dessinateur mais aussi graveur, il existe dans l'œuvre de Edvard Munch plusieurs apports fondamentaux pour l'art du XXème. Celui de la reproductibilité en est un. Cette reproductibilité est intimement liée à son obsession de travailler et retravailler les mêmes thèmes : femme vampire, enfant malade, adolescence, personnages sur un pont. Il multiplie les copies comme s'il espérait exorciser l'ennemi intérieur qui donnera naissance au célèbre Cri. Pour un même sujet, il passe d'un format à un autre, d'une technique et d'un style à un autre. Au fur et à mesure, ses œuvres s'orientent vers un rendu pictural toujours plus coloré, plus gestuel et à l'exécution toujours plus dépouillée.
Il s'agit pour Edvard Munch de poursuivre l'exploration d'un motif, de le répéter pour mieux l'expérimenter. La gravure sur bois, qu'il pratique dès 1896, devient ainsi un médium pertinent. D'autant plus qu'elle permet des noirs profonds, des stries, des frontières abruptes entre les noirs et les blancs tout en gardant la justesse du trait. De nombreuses peintures sont reprises dans des œuvres lithographiques, dont le marché haut de gamme s'explique par l'individualisation de chaque tirage qu'il retouche à l'aquarelle, à l'encre ou encore au crayon. Son marché compte ainsi à ce jour 289 estampes ayant trouvé preneurs au-delà de 60 000 $. Deux versions lithographiques de Madonna et Vampire II ont ainsi été adjugées à plus de 1,5 m$ (1,65 m$ pour Madonna et 2,16 m$ pour Vampire II).
Le prix d'une icône moderne
Entre 2011 et 2012, la rétrospective itinérante L'oeil Moderne, n'a sans doute pas été étrangère au regain d'intérêt des collectionneurs qui s'est illustré par une augmentation de 159% de son indice des prix (entre janvier 2011 et janvier 2012). Ce sont essentiellement les œuvres des années 1890/1900 qui sont les plus recherchées et correspondent aux meilleurs résultats de ventes de l'artiste. Longtemps méprisé comme peintre, Edvard Munch fut encore plus longtemps ignoré comme auteur d'estampes.
Il en réalisa pourtant des milliers. Ce n'est donc pas un hasard si sur 2 098 lots passés en ventes, 1 855 correspondent à des œuvres lithographiques. Si peu de peintures ont été frappées aux enchères (142 depuis 1986), cela s'explique en partie par le lègue, à sa mort, de toutes ses œuvres à la ville d'Oslo (d'où le musée Munch). Edvard Munch a eu une carrière prolifique. Néanmoins la rareté des acquisitions privées de son vivant a logiquement amplifié la rareté des œuvres disponibles sur le second marché. Entre 2011 et 2012, pour espérer s'offrir une huile sur toile il fallait compter un minimum d'investissement de 1,5 m$ pour des œuvres plus où moins fortes.
Les estimations élevées et la qualité aléatoire des toiles expliquent le nombre important d'œuvres régulièrement ravalées (en 2011 et 2012 cinq toiles sur onze sont restées invendues). Lorsqu'une version au pastel de l'emblématique Cri (The scream) datée de 1895 est proposée aux enchères, elle ne peut qu'attirer les collectionneurs les plus puissants du monde. Seule des quatre versions à figurer encore entre les mains de collectionneurs privés, elle est estimée à plus de 75 m$ par l'heureuse maison de vente Sotheby's et c'est à 107 m$ que le marteau s'arrête de frapper le 2 mai 2012 ! Cette adjudication historique, en plus de détrôner celle à 95 m$ du Nude, Green Leaves and Bust de Pablo PICASSO(record depuis le 4 mai 2010, Christie's New York) a bouleversé la hiérarchie des genres en attribuant à un dessin la place tant convoitée de l'œuvre la plus chère au monde.
Après un tel record sur la 1ère moitié de l'année 2012, quelle autre icône de l'art sera susceptible d'emmener les enchères encore plus haut ?
Source Arprice
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ALAIN VERMONT
21/09/2012
La vente du tableau Le Cri, d' Edvard Munch, en mai dernier (120 millions de dollars frais compris-92 millions d'euros-112 millions de FS), prouve une fois encore que le Marché de l'Art, marché ô combien peu attentif aux dérives incessantes du Monde Financier, demeure toujours une nébuleuse invisible à l'oeil nu, mais faut-il s'en étonner dès lors que les acheteurs au prix fort de ces œuvres d'art réputées exceptionnelles, sont le plus souvent ceux-là mêmes qui officient dans la sphère financière, avec les conséquences que l'on sait aujourd'hui...
Concernant ce tableau de 0,47 M2 de surface, il est aisé de comprendre pourquoi cette si petite surface dessinée, et vendue aussi cher, donne le vertige à nombre d'observateurs, et provoque ici et là la vindicte des « masses laborieuses ».
En effet, le ratio au centimètre carré de ce pastel est tout simplement stupéfiant ! Car projeté dans le marché immobilier de Genève par exemple, ce ratio voudrait dire qu'un appartement de 100 mètres carrés, le plus luxueux soit-il, coûterait la modique somme de 25 531 914 893 de dollars !
Les cimes financières absconses qui agitent le Marché de l'Art depuis déjà de nombreuses années induisent des questions sans réelles réponses, car seules des supputations, parfois fantaisistes, tentent d'expliquer l'inexplicable à vrai dire.
Selon le Wall Street Journal, l'acquéreur de l'œuvre de Munch, la plus chère jamais vendue aux enchères, serait l'homme d'affaires américain Leon Black.
Le mystérieux acquéreur du Cri, du peintre norvégien Edvard Munch, adjugé près de 120 millions de dollars par Sotheby's, à New York, en mai dernier, serait le milliardaire américain Leon Black, croit savoir le Wall Street Journal, qui lui consacre un long article dans son édition de mercredi, citant «plusieurs personnes proches».
Leon Black, 60 ans, est le fondateur et membre principal du fonds d'investissement américain Apollo Management. Sa fortune personnelle, estimée à 3,4 milliards de dollars, le classe au 330e rang de la liste des personnalités les plus riches, selon le magazine Forbes . Habitant un vaste appartement sur Central Park, Leon Black appartient au conseil d'administration du Metropolitan Museum et du Musée d'Art Moderne de New York. C'est un collectionneur réputé, grand amateur d'art chinois mais aussi de tableaux modernes du début du siècle dernier.
«Sa collection, d'une valeur de 750 millions de dollars, comprend des dessins de Van Gogh et de Raphaël, des aquarelles de Turner, des peintures cubistes de Pablo Picasso et des bronzes de Chine», détaille le quotidien américain. Puis, comme si une acquisition en justifiait une autre, il ajoute: «Il y a trois ans, M. Black a déboursé 47,6 millions de dollars pour un fusain de Raphaël, Tête d'une muse, vendu chez Christie's». S'en suit l'histoire des origines de son goût pour l'art, qui lui vient de sa mère. Ses liens avec les artistes et ses principaux achats avec son épouse, Debra. Ses débuts de collectionneur aussi, à l'adolescence, tapissant son mur «d'œuvres de Daumier, Seurat, Cézanne, Van Gogh».
En recoupant des témoignages de marchands et d'amis, le Wall Street Journal voit en l'achat du Cri le cheminement d'un œil. L'hypothèse est plausible, de l'avis de connaisseurs. Mais la société Sotheby's n'infirme ni ne confirme: «Pour nous, c'est un acheteur anonyme». Chaque vente record s'accompagne de son lot d'acquéreurs potentiels. Il faut dire qu'à ce niveau-là de prix, ils ne sont guère nombreux.
Depuis cette soirée mémorable, où en douze petites minutes ce pastel sur carton de 1895, seule des quatre versions du Cri encore en mains privées, est devenu l'œuvre la plus chère jamais vendue sous le marteau, le monde de l'art fantasme.
Le silence est d'or
Quel acheteur est capable de mettre autant d'argent pour une «simple» œuvre de papier? En mai, dans la salle comble et électrisée se murmurait un nom, Paul Allen, cofondateur de Microsoft, 57e fortune mondiale en 2011 et habitué des enchères (nos éditions du 4 mai). Les médias s'étaient chargés de propager la rumeur, arguant que cette vacation avait été réalisée par l'intermédiaire de Charlie Moffett, un spécialiste de Sotheby's représentant surtout les acheteurs américains. Puis, d'autres noms avaient circulé: le financier américano-ukrainien Leonard Blavatnik, la famille royale du Qatar, qui a acheté les Joueurs de cartes de Cézanne à l'armateur grec Georges Embiricos en 2011, pour 250 millions de dollars…
Paul Allen s'est fendu d'un démenti dans la presse. C'est le seul. Dans ce monde discret, le silence est d'or. Pour l'heure, Leon Black n'a d'ailleurs pas réagi. Mais le Wall Street Journal, sûr de son fait, est déjà passé à la question suivante. «À présent, le nouveau sujet de conversation est de savoir si le tableau sera montré. Car on ignore si M. Black a l'intention de l'exposer.»
Suite....
Une version du célèbre tableau sera présentée au MoMA, à partir du 24 octobre.
L'une des quatre versions du Cri d'Edvard Munch sera exposée au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, pour six mois, à partir du 24 octobre, a-t-on appris mardi, auprès du musée. L'œuvre a été prêtée par son acquéreur, dont l'identité demeure un mystère. Le nom du financier new-yorkais Leon Black a été évoqué, mais n'a jamais été confirmé.
Ce pastel, réalisé par le peintre norvégien en 1895, avait été acheté le 2 mai dernier lors d'une vente aux enchères spectaculaire chez Sotheby's, à New York. La vente n'avait duré que douze minutes, le prix augmentant de plusieurs millions de dollars par minute, pour finalement culminer à 119,9 millions de dollars. Estimé au départ à 80 millions de dollars, le tableau est ainsi devenu l'œuvre la plus chère jamais vendue aux enchères.
La sécurité du MoMA renforcée
Des quatre versions du Cri, cette toile est la seule à avoir été entre les mains de collectionneurs privés. Avant d'être vendue chez Sotheby's, elle appartenait au milliardaire norvégien Peter Olsen. Les trois autres toiles sont toutes exposées en Norvège, au Musée d'Oslo, à la Galerie nationale d'Oslo et au Musée Munch.
Cette version prochainement exposée à New York est la plus colorée des quatre, présentant une figure humaine torturée sous un ciel jaune-orange éclatant. Une image universellement reconnue, comme un symbole de la peur et de l'angoisse.
Pour l'occasion, la sécurité du MoMA sera renforcée, des versions de l'œuvre ayant fait l'objet de vols en 1994 puis en 2004, en Norvège. LeCri sera exposé aux côtés de plusieurs autres dessins de Munch réalisés à la même période, a précisé le musée.
Source Le Figaro 19/09/2012
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ALAIN VERMONT