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En comparaison européenne et compte tenu de sa population, la Suisse produit un nombre important de films. Alors que se déroule en ce moment le Festival de Locarno, l’expert en économie du cinéma Marco Cucco se plonge dans les mécanismes économiques et de soutien au cinéma suisse.
Le Festival du film de LocarnoLien externe, qui se déroule du 1er au 11 août, est un événement à caractère international, mais il offre en même temps l’occasion de connaître le meilleur de la production cinématographique nationale. Outre les principales œuvres en compétition, le programme comprend une série d’œuvres récentes produites en Suisse, en particulier dans la section «Panorama Suisse»Lien externe.
swissinfo.ch: Quelles sont les principales caractéristiques structurelles du marché suisse du film?
Marco Cucco: Tout d'abord, il faut dire que nous n'avons pas affaire à un marché unique, mais à trois marchés différents. Les régions germanophone, francophone et italophone ont des modes de consommation particuliers, similaires à ceux des pays voisins, à savoir l’Allemagne, la France et l’Italie. De plus, tous les films ne sont pas adaptés et distribués dans l’ensemble du pays. Il convient également d'ajouter que ces trois marchés sont petits et ne permettent pas d'énormes investissements en capital.
«La Suisse est l'un des pays qui produit le plus en Europe parce qu'elle dispose d'un système de financement public très solide»
swissinfo.ch: Comment peut-on expliquer la vivacité de la production cinématographique suisse?
M.C.: La Suisse est l'un des pays qui produit le plus en Europe parce qu'elle dispose d'un système de financement public très solide. En 2017, 90 longs-métrages ont ainsi été produits au sein de la Confédération. Il faut cependant souligner qu'environ deux tiers d'entre eux sont des documentaires, dont le coût de production est inférieur. Cette production importante s’explique également par le fait que chaque région linguistique ressent le besoin de s'exprimer ou de s’auto-représenter.
swissinfo.ch: Quels sont les principaux mécanismes de financement du cinéma suisse?
M.C.: Il y a trois piliers principaux: la Confédération, la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSRLien externe) [dont swissinfo.ch fait également partie] et un certain nombre d'institutions financières régionales. Au total, cela représente des investissements compris entre 20 et 24 millions de francs par an.
Les financements sont accordés sur la base de critères culturels et qualitatifs. C'est une caractéristique helvétique: dans d'autres pays européens, les mécanismes de financement tiennent compte de critères économiques.
swissinfo.ch: Pourquoi, à quelques exceptions près, le cinéma suisse a-t-il du mal à s'affirmer tant au niveau national qu’international?
M.C.: La difficulté d'exporter des films est un problème qui touche toutes les industries cinématographiques européennes. La Suisse exporte principalement vers des pays avec lesquels elle a des affinités linguistiques et culturelles. Les films suisses les plus populaires au niveau international – Ma vie de courgette, Heidi, Sils Maria... – sont toutes des coproductions.
En ce qui concerne les faiblesses internes, c'est difficile à dire, mais nous devons certainement garder à l'esprit la forte concurrence des films produits par les trois grands pays voisins.
swissinfo.ch: Comment la situation a-t-elle évolué depuis que la Suisse a été exclue du programme européen MEDIA?
M.C.: Créé en 1991, MEDIALien externe est un programme européen de soutien à l'industrie audiovisuelle. La Suisse y est entrée dans les années qui ont suivi la signature des accords bilatéraux avec l’Union européenne et a été exclue immédiatement après la votation «Contre l'immigration de masse» du 9 février 2014. La Confédération a dû compenser en créant un fonds national de substitution. L'argent qui était versé au programme européen est maintenant allouée à ce fonds.
Cette nouvelle orientation semble faciliter la vie des producteurs suisses, mais elle a des conséquences négatives. L'exclusion du programme MEDIA signifie une perte de fonds pour la distribution internationale des films, la fin de l’accès privilégié aux principaux festivals européens et une impulsion moindre créée par la concurrence au niveau supranational, qui est positive pour la qualité des films.
swissinfo.ch: Pourquoi les coproductions sont-elles si importantes pour le cinéma suisse?
M.C.: Les coproductions sont en effet fondamentales. L'industrie et la Confédération en sont bien conscientes. La Suisse a conclu six accords bilatéraux avec d'autres pays et fait également partie du fonds européen EURIMAGESLien externe, qui soutient les coproductions internationales.
Les coproductions permettent de réaliser des productions à coût élevé. Elles incitent par ailleurs à créer des films dans un esprit transnational, facilitent la circulation internationale des films et offrent la possibilité de développer de nouvelles compétences artistiques et productives. La Suisse coproduit principalement avec l'Allemagne, l'Italie, la France et la Belgique.
swissinfo.ch: Quelle est l'importance économique des festivals suisses?
M.C.: Les festivals de films génèrent des retombées économiques importantes pour le territoire qui les accueille. Ils jouent un rôle fondamental dans l'économie du cinéma: on y vend les droits sur les films projetés, des distributeurs sont trouvés, des réseaux professionnels et des contacts utiles aux entreprises sont créés.
Locarno est un festival de premier plan, avec une très haute valeur artistique et culturelle, mais c'est aussi une véritable foire aux produits cinématographiques.
Marco Cucco
Originaire d’Urbino, dans le centre de l’Italie, Marco CuccoLien externe enseigne l’économie du cinéma à l’Université de la Suisse italienneLien externe (USI) de Lugano, où il coordonne le cours de Master en gestion des médias. Il a publié et édité de nombreux livres et articles scientifiques sur l’économie du cinéma, sur les politiques de soutien public au cinéma ainsi que sur les aspects productifs liés à la création cinématographique.Fin de l'infobox
Traduit de l'italien par Samuel Jaberg