Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07171.jsonl.gz/1237

Certains observateurs sur les réseaux sociaux plaident pour un envoi de troupes de l’Otan en Ukraine pour aider le pays dans son conflit contre la Russie. Vous avez déclaré jeudi dans nos pages: «Il ne s’agit pas d’entrer en Ukraine ou de porter assistance militaire à l’Ukraine à l’heure actuelle». Pourquoi?
Alexandre Vautravers: L’Alliance atlantique a pour objectif de protéger ses Etats membres s’ils en font la demande. Comme nous ne sommes pas véritablement dans ce cas de figure, il faudrait que l’ensemble des Etats membres de l’Otan soient d’accord d’engager leur pays dans une guerre au-delà du secteur de l’Alliance atlantique, pour ainsi dire. Cela est difficile à envisager sur le plan politique.
Imaginons cependant que cette hypothèse se réalise. Y aurait-il d’autres obstacles?
Oui. Lorsque que l’Otan a par exemple été engagée dans le conflit des Balkans (on peut penser à la Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999), même s’il n’y avait pas d’accord formel avec la Russie, aussi bien les forces de l’Otan que les forces russes sont intervenues conjointement. La situation qui nous intéresse n’est pas la même: en l’occurrence, l’Otan prendrait la décision d’attaquer ou de se retrouver en situation de combat direct avec un adversaire qui détient l’arme nucléaire. Certains pays comme les Etats-Unis pourraient peut-être assumer une telle posture. Mais pour des pays à l’instar de la Belgique, du Luxembourg ou de l’Islande, qui font partie de l’Otan, ce serait politiquement très difficile.
Les raisons pour lesquelles une intervention de l’Otan en Ukraine n’est pas à l’ordre du jour sont donc toutes politiques?
Non, il y a aussi des considérations tactiques et techniques qui entrent en compte. Par exemple, les forces de l’Otan qu’il s’agirait de mobiliser se trouvent actuellement en Roumanie, en Allemagne ou encore en Pologne. Elles devraient effectuer une marche militaire de plusieurs centaines de kilomètres, prendre des positions qu’elles ne connaissent pas, dans un environnement incertain, avec des lignes logistiques qu’il s’agirait de construire (parce que les pièces détachées, les ateliers, les stocks de carburant sont pour l’instant inexistants), et enfin se battre et vaincre le rouleau compresseur russe. C’est tout de même une mission assez difficile, même avec la meilleure armée du monde! Et puis:
Y a-t-il un autre scénario qui peut être imaginé pour une intervention de l’Otan que l’envoi de troupes terrestres?
Oui, certains préconisent par exemple que l’Otan puisse venir prêter main forte à l’armée ukrainienne en assurant sa couverture aérienne. Ils imaginent une espèce de «no fly zone» comme dans le cas de la Libye ou de l’Irak. Cela pourrait être également une espèce de parapluie humanitaire, où il s’agirait de protéger la population civile de grandes villes. Or, là aussi, vous vous rendez compte de la difficulté d’un tel cas de figure quand les bases de l’Otan sont éloignées de plusieurs centaines de kilomètres, alors que les forces russes ont a priori l’avantage de la distance.
Quel serait le risque d'escalade?
Il serait immense: les troupes devraient identifier – avec des radars à très longue portée – des points lumineux sur leurs écrans, qu’il faudrait encore interpréter... Avec un risque d’erreur important: il serait difficile, dans un environnement de guerre électronique et cyber intense, de faire la différence entre des appareils militaires ou civils, issus de plusieurs nationalités. Une telle guerre illimitée n’est pas envisageable. Le risque de bavure, d’incident et d’escalade des hostilités est trop important.
En conclusion, un envoi de troupes de l’Otan en Ukraine n’est pas une hypothèse probable?
En effet. D’autant qu’il faut encore mentionner la réalité pratique de l’opération de Vladimir Poutine: les Russes, dans leur frappe de jeudi matin, ont engagé des bombardiers stratégiques, des avions capables d’emporter des missiles à ogives nucléaires. Comment allez-vous faire la différence avec des avions russes qui pourraient être impliqués dans des bombardements au-dessus de l’Ukraine et un exercice des forces aériennes stratégiques russes avec des missiles nucléaires, mais qui n’ont rien à voir avec la crise ukrainienne? Cela est beaucoup trop dangereux, comme l’a démontré le conflit syrien.
Actuellement, quitter un groupe de discussion Whatsapp se fait froidement, à la vue de tous. «Melissa est parti(e).», notifie l'application à tous les participants, entrecoupant ainsi brusquement l'ambiance réjouissante et foisonnante du fil de messages. Une fonctionnalité de la mise à jour de la plateforme au cours du mois de juin pourrait mettre fin à ce malaise.