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Le 28 mars 1994, en Italie, le parti de l'homme d'affaires Silvio Berlusconi remporte les élections législatives. Ce qui donne l'occasion d'une grande manifestation contre l'extrême-droite à Milan. Un mois plus tard, Berlusconi est élu président du Conseil. Nanni Moretti, médusé, décide de rendre compte des états d'âme d'un citoyen (presque) ordinaire à l'approche de la quarantaine, lui-même...
Critique
(...) Sous ses airs aléatoires et fracturés, Aprile est un film limpide à suivre, fort plaisant à regarder. La première raison tient évidemment au personnage Moretti lui-même, à son corps burlesque et à ses saillies humoristiques régulières ; Aprile peut bien partir dans tous les sens, caler ou faire des embardées, le corps de Moretti est toujours là comme une balise qui fait masse, un point d'ancrage omniprésent, un centre structurant qui autorise toutes les libertés. La seconde raison tient à la structure souterraine du film, à la fois très simple et très solide. Le désordre apparent d'Aprile est ainsi ordonné par trois fils rouges : la naissance du fils Moretti, les élections législatives italiennes et les projets cinématographiques du cinéaste. On retrouve donc ici les trois motifs de Journal intime, les trois centres d'intérêt principaux de Moretti : la sphère privée, la sphère politico-sociale et, entre les deux, la sphère cinématographique. Sauf qu'ici, au lieu de jouer ses trois cartes successivement, Moretti les mélange en permanence : les trois sphères sont décidément trop emboîtées les unes dans les autres.
Serge Kaganski, Les Inrocks