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Si vous avez vu le film "The Big Lebowski" des frères Coen, vous vous souviendrez peut-être de cette scène où The Dude rencontre pour la première fois l’artiste contemporaine Maude Lebowsky. En musique de fond, des voix hoqueteuses, comme une respiration primale: c’est le titre "Walking Song" de Meredith Monk.
En 1997, lorsque cette chanson sort, cela fait déjà trente-cinq ans que Monk a fait ses premiers pas dans le milieu artistique de New York. C’était au début des années 1960, la période de La Monte Young, du collectif Fluxus, de la Factory d’Andy Warhol et de John Cage. A l’époque, Meredith Monk, l’esprit rebelle, affirme être née à Lima au Pérou, juste pour brouiller les pistes. Elle refuse également d’être rangée dans la catégorie des artistes "minimalistes".
Au commencement était la voix
Tout cela est retranscrit dans "Meredith Monk, une voix mystique", un livre de Jean-Louis Tallon, qui a soigneusement classé par ordre chronologique ses conversations avec l'artiste. L'ouvrage commence donc logiquement par la tendre enfance de Monk, son environnement familial, très musical, et sa rencontre avec le piano tout d’abord, mais surtout avec l’élément premier de son expression: la voix.
Atteinte d’un strabisme, la petite Meredith éprouve de la difficulté à coordonner certains mouvements au piano; sa mère lui fait alors suivre la méthode d’enseignement musical du Suisse Emile Jacques-Dalcroze, qui lie à l’apprentissage de la musique les mouvements du corps.
C’est une révélation pour Meredith Monk: "Ce fut décisif. La musique et le rythme, qui étaient une seconde nature chez moi furent ainsi un vecteur de motricité."
Rencontre avec le cosmos
Bien sûr, l’œuvre de Meredith Monk ne découle pas intégralement de sa rencontre avec la méthode Dalcroze. Elle enrichira par la suite son expression artistique: elle compose, joue, chante, danse, chorégraphie, met en scène et filme.
Meredith Monk est complète et multiple, mais lorsqu’on l’écoute, une chose frappe: c’est l’intemporalité très forte qui émane de sa voix; presque sans jamais utiliser de langage articulé ou, tout au plus, un langage qui n’existerait nulle part. Elle nous emporte à la fois dans un passé lointain, dans le présent et dans l’avenir.
Pour Meredith Monk, la voix préexiste au langage. Elle raconte quelque chose sans aucun mot et avec des intonations différentes. Bien sûr il peut y avoir des mots dans son œuvre, mais l’essentiel de son travail, c’est la voix et seulement la voix.
En 2022, Meredith Monk fêtera ses 80 ans, un âge qui ne semble pas du tout être un frein pour l’artiste, puisqu’elle se produit encore actuellement, notamment dans son projet "Indra’s Net"; une œuvre qui mélange musique, théâtre, chant et chorégraphie.
Elle sera également au mois d’avril 2022 à la Philharmonie de Paris où elle présentera "Cellular Songs", une performance où elle utilise les cellules, unités biologiques à l’origine de toute forme de vie, comme métaphore des êtres humains.
Ellen Ichters/aq
Jean-Louis Tallon "Meredith Monk – Une voix mystique" , ed. Le Mot et le Reste.
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