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La base de données « Naissance de la critique dramatique » offre plus de 1700 extraits de textes du XVIIe siècle évoquant les oeuvres théâtrales sous l'angle de… [plus]
1700
Bonaventure d' Argonne, Mélanges d'histoire et de littérature, vol. II
Paris, Besoigne, 1700
Pradon se siffle lui-même
Anecdote comique sur Pradon qui assiste à une représentation de ses pièces parmi les spectateurs. Le genre de narration rappelle Le Roman comique de Scarron.
Pradon, le fameux Pradon, ayant fait une pièce de théâtre, s’en alla le nez dans son manteau avec un ami se mêler à la foule des gens qui remplissent le parterre à l’Hôtel des comédiens [Hôtel de Bourgogne], afin de se dérober à la flatterie et d’apprendre par lui-même, sans être connu, ce que le public pensait de son ouvrage. Dès le premier acte, la pièce fut sifflée. Pradon qui, dans le fond, ne s’attendait qu’à des louanges et des exclamations, enragé de se voir si maltraité, perd contenance. Il rougit, pâlit, il se mord les doigts, frappe du pied et écume de la bouche. Son ami, le voyant dans ce trouble, le tire par le bras et lui dit : "Monsieur, Monsieur, tenez bon contre ce revers de fortune et, si vous m’en croyez, vous moquant de ses inconstances, sifflez hardiment comme les autres". Pradon, revenu à lui et trouvant ce conseil à son goût, prend son sifflet et siffle des mieux.
Un mousquetaire qui assistait au spectacle le poussa rudement et lui dit tout en colère : "Pourquoi sifflez-vous, Monsieur ? La pièce est belle, son auteur n’est pas un sot, il fait figure et bruit à la cour". Pradon, un peu trop chaud, repousse le mousquetaire et jure comme un charretier embourbé qu’il sifflera jusqu’au bout. Le mousquetaire prend le chapeau et la perruque de Pradon et les jette jusque sur le théâtre. Pradon donne un soufflet au mousquetaire et le mousquetaire, l’épée à la main, tire deux lignes en croix sur le visage de Pradon et le veut tuer. Pradon porte à son ennemi qui l’avait terrassé quelques coups de poings et de pieds à la dérobée. Mais enfin, retiré de dessous les mains de ce rude joueur par les charitables spectacteurs, Pradon, sifflé et battu pour l’amour de lui-même, gagne la porte et va se faire panser.
Ana disponible sur Google Books.
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