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|Carl Andre

Sculpteur américain, Carl Andre est l’un des protagoniste du 'Minimal Art', art qui s’est développé aux États-Unis dès le milieu des années soixante. Suivant les termes de ce mouvement, qui désignent l’utilisation mesurée et rigoureuse de structures géométriques simples et l’utilisation de couleurs primaires, le travail de Carl Andre attire l’attention sur la façon de percevoir les œuvres, les matériaux qui les composent et l’espace qu’elles créent. Cette recherche distingue la démarche de l’artiste qui concentre son activité à l’œuvre elle-même dans son objectivité, et non plus au geste artistique comme expression d’une individualité.
Réduisant les moyens pour obtenir un maximum d’effets, les artistes minimalistes éliminent tout ce qui pourrait servir de critère signalant qu’une production est artistique afin d’inciter à repenser à ce qui fait qu’une œuvre d’art est art.
Carl Andre commence par étudier la peinture (1951-1953) alors que la préhéminence de l’expressionnisme abstrait envahit la scène américaine. Lors d’un voyage en Europe en 1954 il est fortement impressionné par le site mégalithique anglais de Stonhenge. Durant les années 1957-1958, Carl Andre partage l’atelier du peintre Frank Stella, mais abandonne la peinture pour la sculpture dès 1959. Imitant la « Colonne sans fin » de Brancusi, dont il a découvert le travail en 1957, il s’aperçoit avec « Pyramids » qu’il préfère le matériau authentique, utilisé sans intervention, en se soumettant à lui. Au lieu de découper le matériau, c’est le matériau qui découpe l’espace. Carl Andre réalise cette année-là ses premières œuvres minimales : des modules de bois brut, aux formes géométriques simples, modules qui peuvent être assemblés selon différentes combinaisons.
On cite fréquemment son activité dans les chemins de fer (de 1959 à 1964) pour expliquer sa prise de conscience de l’importance de l’horizontalité qu’il cherchera à substituer à la verticalité traditionnelle de la sculpture. D’aucuns attribuent également à cette expérience de travail dans les chemins de fer, où Carl Andre devait notamment aligner des containers, l’origine de l’usage qu’il fera des unités modulaires simplement juxtaposées en une stricte obéissance à la loi de la gravité.
De retour à New York, en 1964, Carl Andre realise, sur la proposition d’un critique d’art, une seconde version de « Pyramids » qu’il appelle cette fois « Cedar Piece ». Cette œuvre marque l’entrée du travail de Carl Andre sur la scène de la sculpture contemporaine. Dès 1965, il axe sa réflexion sur la notion de sculpture détachée de toute référence à l’architecture. Lors de sa première exposition personnelle cette même année, Carl Andre présente trois structures, assemblages de longues poutres qui capturent l’espace. Il participe en 1966 à la manifestation fondatrice du 'Minimal Art', « Primary Structure » où il est le seul à concevoir une œuvre spécifiquement pour l’espace qu’elle occupe et qui rompt radicalement avec la verticalité. Accordant une importance primordiale à l’horizontalité, il réalise en 1967, pour la première fois dans l’histoire de l’art, une sculpture plane composée de plaques de métal, carrées, juxtaposées, posées sur le sol. Pour Carl Andre, la sculpture idéale serait une route. Son vocabulaire artistique est désormais établi et ne connaîtra guère de changements par la suite. Les éléments fondateurs de son œuvre peuvent se résumer à ces trois mots : forme, structure, lieu.
Carl Andre propose une expérience réelle, physique, au visiteur, l’expérience de la perception de l’œuvre, de ses éléments, de son matériau, de son espace, et l’expérience de son propre déplacement.
Par le recours aux éléments préfabriqués, standardisés de la construction, et leurs capacités combinatoires, Carl Andre repousse toute notion de composition traditionnelle. C’est donc au travers des phénomènes de série et de répétition que le regardeur peut éprouver visuellement les différences et les ressemblances entre les éléments, tous équivalents, qui composent chaque œuvre : leur position dans l’espace, le rapport de l’élément au tout, et des œuvres entre elles. Cette recherche est exemplarifiée dans « Equivalents » (1966) dont l’« Equivalent VIII » est à la Tate Gallery à Londres où chaque « Equivalent » est composé d’un même nombre de briques arrangées différemment.
Les éléments constituant les œuvres de Carl Andre sont généralement tous élaborés dans le même matériau, afin que celui-ci soit perçu dans sa masse et son poids. Carl Andre n’intervient pas lui-même sur le matériau des matériaux industriels qu’il laisse brut, mais il accepte tout ce qui peut altérer l’œuvre : sa propre histoire, le temps, les traces de la main de l’homme.
Face aux œuvres de Carl Andre, il s’agit aussi, pour le spectateur, d’éprouver l’espace de ces œuvres, les rapports d’échelle entre l’œuvre et le lieu, entre l’œuvre et lui-même. Carl Andre prend toujours en compte l’espace d’exposition et la place de sa sculpture dans le lieu. « Fallen Timbers » (1980, Museum of Art, Carnegie Institute, Pittsburg) constitue un bon exemple de cette attention portée au lieu : les poutres verticales répétées à l’identique remplissent l’espace sans le surcharger.
Un seul point d’observation n’est pas suffisant et aucun point de vue privilégié ne nous livre les œuvres de Carl Andre dans leur entité: il faut en effet tourner autour de « Triskaidek » (1979) pour s’apercevoir qu’elle forme un escalier d’un côté et un mur vertical du côté opposé, ou se déplacer horizontalement sur les pièces au sol (« Zinc-Lead Plain », 1969) pour éprouver le lieu.
Hélène Cagnard
|Carl Andre est né en 1935 à Quincy (Massachusetts) ; il vit à New York.|