Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06874.jsonl.gz/1234

L'héritage de Jules VernesSteampunk et technologie digitale
Opinion
Leyla Feiner, 11 décembre 2015
«Chez Swisscom, tout le monde se tutoie». La première fois que j’ai entendu cette phrase, je me trouvais dans les premières semaines de mon apprentissage. Il ne s’était écoulé que cinq courtes semaines entre la fin de ma scolarité et mon entrée dans le monde du travail. «Cool», pensais-je. Je n’avais donc pas à me soucier des formules de politesse. Quiconque a déjà essayé d’expliquer le vouvoiement à une personne anglophone saura de quoi je parle. C’est tout sauf simple.
Je commençais ainsi mon premier jour de travail à la Binzstrasse à Zurich. Les apprentis ne sont pas nombreux sur ce site, et il n’y avait personne de mon âge dans mon équipe. Celle-ci comptait beaucoup de personnes d’âge moyen. Des gens que je n’avais à jusqu’à présent tutoyés que s’il s’agissait de proches ou éventuellement des parents de ma meilleure amie. Mes 14 années passées à l’école me freinaient considérablement. Comment saluer une personne de la quarantaine? De manière statistique, il s’agissait généralement d’un professeur, à vouvoyer, donc.
«Ciao»? Un peu trop familier à mon goût. «Hello»? C’était pas ça non plus. «Salut»? Trop lourd.
On ne se défait pas si aisément des vieilles habitudes. Soudain, tout devint étonnamment compliqué: il me fallut réfléchir sérieusement à ce que j’allais dire à ceux que je croiserais dans les couloirs. «Ciao»? Un peu trop familier à mon goût. «Hello»? C’était pas ça non plus. «Salut»? Trop lourd. Je réalisai enfin que «Bonjour» est considéré comme une formule de politesse neutre. Mes problèmes étaient enfin résolus! Je n’avais plus l’impression de tutoyer les gens de manière totalement incongrue, tout en m’adressant à eux d’une façon qui permettait de respecter la culture du tutoiement.
Finalement, on se débarrasse de ses vieilles habitudes plus vite qu’on ne le pense. Bientôt, je saluais tout le monde d’un «Bonjour!». Je parvenais même à élever suffisamment ma voix pour me faire entendre. «Bonjour!» lançais-je dans l’ascenseur, au bureau, à la machine à café à 15h37. Oh non, la honte!
Le problème avec «Bonjour», c’est qu’il fonctionne certes pour tous les interlocuteurs, mais pas à n’importe quelle heure. Il n’existe pas vraiment de «Bon aprèm», et «Bonsoir» s’utilise plutôt en fin de journée.
Le problème avec «Bonjour», c’est qu’il fonctionne certes pour tous les interlocuteurs, mais pas à n’importe quelle heure.
Bref. Faute d’alternatives, je continuais à lancer mon cher «Bonjour» à la ronde, jusqu’à ce que mes souvenirs d’école s’effacent peu à peu. Je ne dois désormais plus tromper mon cerveau pour réussir à tutoyer des personnes plus âgées. Je m’étais dans un premier temps réjouie un peu trop vite, mais au final, chaque changement nécessite une période d’acclimatation.
Sans la culture du tutoiement, j’en serais encore probablement à vouvoyer tout le monde. Après avoir réussi à surmonter les obstacles que je m’imposais à moi-même, le tutoiement m’aida aussi à maîtriser les premières barrières avec les nouveaux collègues de travail. Même un an plus tard, lorsque j’arrive dans une nouvelle équipe, la culture du tutoiement m’aide à briser la glace et à me faire des amis parmi mes collègues.
Leyla Feiner aurait aimé étudier les langues indo-germaniques. Elle apprend maintenant la médiamatique chez Swisscom. Elle relate ici ses loisirs numériques et sa vie professionnelle chez Swisscom.
Nous vous remercions pour votre contribution. Nous publions vos commentaires du lundi au vendredi.