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Né le 13 janvier 1944 à Estavayer-le-Lac, Michel Moret s'est initié aux arcanes de l'édition en 1972 avec la réédition du pamphlet de Denis de Rougemont intitulé Les Méfaits de l'Instruction publique. En 1978, il abandonne son métier de libraire et reprend les Editions de l'Aire, à Vevey. « Bien des printemps ont passé depuis mai 1978, mon enthousiasme ne s'est pas altéré [...] Je ne sais plus si j'ai choisi ce métier ou si c'est lui qui m'a choisi ; il en va ainsi de toutes les histoires d'amour. »[1] Or cette histoire d'amour se prolonge dans un livre intitulé Beau comme un vol de canards, un titre repris d'un voeu personnel émis en date du 1er janvier 2007.
Une année s'étant écoulée, on peut se demander si son voeu de recevoir « des beaux manuscrits » a été exaucé ? Mais l'on peut aussi relever, et hélas ! déplorer, durant ces Cent jours de la vie d'un éditeur romand, et parmi les quelques perles rares ou les aveux touchants et sincères que cet auteur égrène au fil des jours, les propos surprenants, voire malveillants, qu'il décerne dans ce «Journal» à certains écrivaines et écrivains de sa Maison ou à des auteurs édités ailleurs. Ainsi, en date du 10 octobre 2006, l'une d'entre elles vient acheter dix exemplaires de son propre livre. Un peu plus loin, il écrit : « Le bonheur n'est pas seulement dans le pré, il est aussi dans les bras de Vénus, et encore dans mes dépôts bordéliques où dorment paisiblement cinq cent mille livres. »
Il y a certes beaucoup d'humour dans cette déclaration, mais n'est-elle pas aussi inquiétante pour les auteurs de l'Aire ?
On passera aussi, comme le prophète Jérémie, sur ces lignes datées du 13 novembre 2006 : « Force est de reconnaître que les chrétiens et les musulmans sont des prosélytes insupportables, des marchands de spiritualité proches des vendeurs d'aspirateurs qui ne s'intéressent guère à la culture de l'autre. Je préfère l'aristocratie juive, quoique un peu égocentrique, à ces archiprêtres de pacotille. »
Mais ce qui est plus grave, ce sont les propos qu'il tient à l'égard de l'essayiste, philosophe et romancier suisse Etienne Barilier, un auteur au sujet duquel la revue Quatro a consacré un numéro spécial à l'occasion de son 60e anniversaire.[2] L'éditeur veveysan lui reproche son « protestantisme étriqué » et sa manière de mettre trop de vinaigre dans ses livres et pas assez de sel, alors que c'est dans une direction totalement opposée que s'articule toute l'oeuvre écrite d'Etienne Barilier !
Dans les années à venir, le conseil d'administration de l'Aire devra trouver quelqu'un pour reprendre cette histoire d'amour. Souhaitons que le futur patron de cette Maison reconnue sache demeurer au service des écrivaines et écrivains de ce pays et d'ailleurs. En un mot, au service non pas de ragots, mais de la vraie littérature et de la poésie.