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La fédération internationale d’athlétisme (IAAF) vient d’adopter un nouveau règlement régissant la qualification dans la catégorie féminine (pour les athlètes présentant des différences du développement sexuel). Il vise à mettre un terme à un vaste débat sur le sort des athlètes hyper-androgènes. Plus simplement dit: “Avec qui les femmes qui ressemblent à des hommes doivent-elles concourir?”
Le postulat de base est simple: il y a des hommes d’un côté, des femmes de l’autre, et cela a toujours été ainsi depuis la nuit des temps: “Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme” (Genèse 1.27), apprend-on au catéchisme.
Mais qu’est-ce qu’un homme? Et une femme? Cela paraît si simple! En ouvrant le dictionnaire, on y lit que l’homme est un adulte de sexe masculin. Est masculin ce qui a les caractères de l’homme. Plutôt circulaire comme définition, me direz-vous! Ce sont parfois les choses les plus évidentes qui sont les plus complexes à définir.
Il est pratique et rassurant de créer des catégories, mais il y a toujours des situations qui échappent au modèle pensé. Certaines femmes se sentent hommes et vice-versa. Faut-il uniquement considérer le sexe de naissance ou privilégier le ressenti? On en a amplement débattu lors de la fameuse “bataille des toilettes” initiée après l’adoption d’une loi controversée en Caroline du Nord exigeant des transgenres qu’ils se rendent dans des toilettes correspondant à leur sexe de naissance (voir Le Temps ici).
Au-delà de l’identité sexuelle que l’on se donne, la nature est ainsi faite que certaines personnes souffrent d’affections congénitales qui causent un développement atypique. On parle alors d’intersexualité. Entre 0,05% et 1,7% de la population mondiale serait intersexuée selon les Nations unies. Quelques pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, l’Inde et le Népal ont reconnu un troisième genre. L’Allemagne est en passe de le faire.
Il est bien évident que l’intersexualité cause des maux de tête importants aux dirigeants des instances sportives puisque le sport, comme notre société, est lui aussi binaire: il y a des compétitions réservées aux hommes et celles réservées aux femmes. Ce binarisme est pleinement justifié car il permet de préserver l’égalité des chances. Il existerait une différence de 10 à 12 % de performance entre les sexes, si bien qu’il ne serait pas juste de faire concourir les hommes et les femmes ensemble.
Le problème n’est pas nouveau et il n’a toujours pas trouvé de solution. En 1938, Dora Ratjen gagne la médaille d’or en saut en hauteur aux Championnats d’Europe d’athlétisme. Trahie par sa pilosité faciale, Dora est soumise à une expertise médicale et sera déclarée homme. Ses titres lui sont retirés et il finira sa vie en se faisant appeler Heinrich. Au temps de la guerre froide, les sportives du bloc de l’Est étaient tellement bourrées aux stéroïdes qu’elles n’avaient plus rien de femme. Bien évidemment, le cas de Caster Semenya fait jaser depuis quelques années et c’est dans ce contexte que l’IAAF s’est dotée de nouvelles règles.
Cette fédération internationale s’est déjà cassée les dents une fois, ses règles précédentes sur l’hyperandrogénisme ayant été recalées par le Tribunal Arbitral du Sport. Pas sûr que la nouvelle règlementation s’en sorte mieux. Comme l’écrivait déjà la chercheuse et enseignante Anaïs Bohuon dans un article intéressant paru avant les JO de Londres, la testostérone est un marqueur insaisissable: parfois la différence entre les taux de testostérone est plus importante entre deux hommes qu’entre un homme et une femme. Dans ce sens, a-t-on jamais envisagé qu’un homme qui produirait « trop » de testostérone, ou plus que ses concurrents, devrait être interdit de compétition? Lance-t-elle avec audace.
Les nouvelles règles, qui seront applicables dès le 1er novembre 2018, partent de l’idée que les athlètes intersexués peuvent présenter un niveau de testostérone plus élevé que la norme et ainsi avoir un avantage compétitif, notamment sur certaines épreuves. Se basant sur des études scientifiques, l’IAAF retient qu’aucune femme ne peut naturellement avoir un taux de testostérone supérieur à un certain plafond. Que se passe-t-il si ce plafond est dépassé? L’IAAF propose deux solutions :
- suivre un traitement hormonal pour réduire le taux de testostérone;
- concourir dans la catégorie masculine ou intersexuelle que l’organisateur pourrait mettre en place.
Cette règle n’est valable que pour certaines compétitions internationales, soit les épreuves sur piste qui se déroulent sur des distances comprises entre 400 m et le mile. Autant dire que les règles semblent calquées pour régler le cas de Caster Semenya. Celle-ci devra donc concourir prochainement avec les hommes! Les réactions n’ont pas tardé : l’IAAF est déjà accusée de racisme par certains hommes politiques Sud-Africains. Quant à Caster Semenya, elle s’est fendue du tweet suivant: “I am 97 % sure you don’t like me, but I’m 100 % sure i don’t care”.
Bref, il est prévisible que l’IAAF essuie prochainement des critiques virulentes sur ses nouvelles règles. Mais le paysage devrait bientôt changer: des athlètes ressemblant à des femmes concourront avec des hommes. De plus, certaines courses pourront être réservées aux seuls athlètes intersexuels, ce qui va dans le sens de réformes législatives entreprises par plusieurs pays reconnaissant un troisième sexe. Comme quoi, le groupe français Indochine était avant-gardiste en sortant en 1985 son single “3e sexe”!
Maintenant que l’IAAF a défini la limite homme/femme en se basant sur un certain taux de testostérone, que se passera-t-il le jour où un homme avec un taux de testostérone anormalement faible demandera à concourir avec les femmes?
Le casse-tête n’est pas prêt de trouver un épilogue.