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Les étoiles filantes! Faites un vœu!
En été, quand la ville dort, les étoiles filantes se mettent à danser. Et si notre vœu cette année consistait à comprendre ce phénomène qui fascine l’humanité depuis la nuit des temps?
Avant que le phénomène des étoiles filantes ne trouve une explication scientifique, il laissait la porte ouverte à une constellation d’imaginaires et d’interprétations. Dans les civilisations anciennes, les étoiles filantes étaient considérées, pour certains, comme des présages de la mort d’hommes importants, annonciatrices de la fin du monde ou, au contraire, de la naissance d’un enfant dont l’âme tombait du ciel.
Le mot «comète», astre dont sont issues la plupart des étoiles filantes, a lui aussi fait l’objet d’interprétations farfelues. Il vient du grec ancien komêtês astêr (astre chevelu). Dans son article «Comets, Superstitions and History» dans le Quarterly Journal of the Florida Academy of Sciences (1968), l’historienne américaine Duane Koenig, mentionne de nombreuses anecdotes dont celle-ci: vers l’an 70 de notre ère, l’empereur romain Vespasien aurait été mis en garde contre l’apparition d’une comète. Mais étant chauve, il ne se sentit pas menacé, prétendant que cette dernière ne s’attaquait qu’aux personnes avec cheveux, tel son voisin, le roi des Parthes.
Avec l’invention du télescope au XVIIe siècle, les découvertes de Galilée (1564–1642) puis d’Isaac Newton (1643–1727), notamment, le phénomène sortit peu à peu de l’ombre de l’irrationalité.
Ce ne sont pas des étoiles!
Appelées communément étoiles filantes, ces objets lumineux traversant le ciel avant de disparaitre ou de tomber sur Terre, ne sont en réalité pas des étoiles! Il s’agit principalement de grains de poussière, parfois de petits cailloux, plus ou moins grands, laissés par leur astre-parent – une comète en général – qui brûlent en entrant à très grande vitesse dans l’atmosphère.
Ce phénomène de combustion visible à l’œil nu est appelé «pluie d’étoiles filantes» ou, dans un langage plus scientifiquement correct, un «essaim météoritique», dont le plus célèbre, nommé Perséides, se produit chaque année entre juillet et août, avec un pic la nuit du 12 au 13 août. A ce moment-là, les météores (nom scientifique du phénomène «étoiles filantes») semblent provenir de la constellation de Persée. Il ne s’agit que d’une appellation arbitraire, variant d’une langue à l’autre, puisqu’il n’existe aucune corrélation entre les constellations et les météores. Avec un ciel sans nuages, sans pollution lumineuse et sans lune trop brillante, il est possible d’observer cette nuit-là une centaine d’étoiles filantes par heure.
Comète ou astéroïde: les différences
Ces grains de poussière ou petits cailloux, appelés météores ou étoiles filantes, auraient deux origines principales. Ils proviendraient soit de résidus de comètes – comme de la comète Swift-Tuttle durant les Perséides – soit de la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter. «De temps en temps, un caillou quitte son orbite et peut rencontrer la Terre. En général, les plus gros proviennent de cette ceinture d’astéroïdes. Quant aux tout petits, des grains de poussière, ils viennent principalement des queues de comètes», vulgarise le docteur Pierre Bratschi, astronome au Département d’astronomie de l’Université de Genève.
Le professeur d’astrophysique et de cosmologie à l’EPFL, aujourd’hui à la retraite, Georges Meylan, aime comparer le phénomène des étoiles filantes à une route fréquentée: «Quand la Terre passe à travers la trajectoire où des comètes se sont promenées, c’est comme si elle empruntait une route où des gens avaient laissé des déchets derrière eux. Ces déchets sont ces grains de poussières que l’on voit sous forme d’étoiles filantes. Parfois ces poussières peuvent être des cailloux plus gros qui explosent sous l’effet de la chaleur lors de leur entrée dans l’atmosphère.»
La frontière entre comète et astéroïde reste floue et fait actuellement débat dans le monde scientifique. Même problème pour les étoiles filantes. «En réalité, il n’y a qu’une différence de taille entre une étoile filante, une grosse météorite ou une comète. C’est le même type de matériau du cosmos qui entre dans notre atmosphère», nous résume Georges Meylan.
Lorsque ces grains de poussière ou cailloux de diverses tailles tombent sur Terre, on parle de météorites. Ce phénomène se produit fréquemment, selon l’astronome Pierre Bratschi, estimant que «quelque 20000 tonnes de météorites par an» atterrissent sur Terre.
Un danger pour la Terre?
Malgré le nombre élevé de météorites que l’on trouve sur notre planète, les collisions ayant fait des blessés ou des morts restent anecdotiques. Les dinosaures auraient vécu leurs dernières heures il y a 66 millions d’années, suite à la chute d’un astéroïde ou d’une comète, des cailloux bien plus gros qu’une simple météorite! De récentes recherches de l’Université de Harvard incriminent plutôt un morceau de comète, au lieu d’un astéroïde, comme ce fut admis jusqu’ici.
Dans notre histoire proche, le phénomène le plus spectaculaire reste celui de 1908 à Toungouska en Sibérie. L’explosion d’un astéroïde ou d’une comète en serait la cause, provoquant un souffle cent fois supérieur à la puissance de la bombe atomique d’Hiroshima. Plus récemment, en 2013, à Tcheliabinsk, toujours en Russie, un astéroïde de 19 mètres de diamètre a explosé dans le ciel, provoquant une onde de choc qui fit quelque 1500 blessés.
Le risque zéro n’existe pas, certes, mais ces collisions hors du commun se produisent très rarement comme le rappelle l’astronome genevois: «Le risque dépend de la masse du caillou. Alors que les petits tombent quasi tous les jours sur Terre, les plus gros atterrissent tous les siècles, les très volumineux tous les 10000 ans, et ceux qui pourraient détruire la vie sur Terre, tous les 50 millions d’années.»
Pendant ce temps-là, dans l’espace…
De nombreuses missions spatiales s’intéressent aux comètes et astéroïdes. Actuellement, la sonde Osiris-Rex de la NASA entame son retour vers la Terre, après avoir prélevé un échantillon de 60 g de l’astéroïde Bennu, ce qui représente le plus grand échantillon extraterrestre prélevé depuis la mission lunaire Apollo. Le retour très attendu de la sonde, prévu en septembre 2023, devrait nous en apprendre davantage sur la composition des planètes du système solaire.
Astéroïdes: dévier leur trajectoire
Plus fou encore, la mission spatiale AIDA, actuellement en cours, est une collaboration internationale de défense planétaire menée par les Européens et les Américains qui a pour objectif de dévier un astéroïde de sa trajectoire, dans l’éventualité où l’un d’entre eux menacerait, un jour, la Terre. «Faire exploser un astéroïde, nous savons que c’est inutile, mais nous allons découvrir s’il est possible de dévier sa trajectoire. Pour que ce soit efficace, il faut s’y prendre le plus tôt possible car nous ne pouvons pas nous amuser à dévier un astéroïde qui va à 40 km/sec, quand il est à trois jours de la Terre», conclut Pierre Bratschi.
Pendant que nous vaquons à nos tâches quotidiennes, des installations extraordinaires s’activent dans l’espace essayant d’empêcher que de gros cailloux nous tombent un jour sur la tête. Les petites poussières lumineuses que sont les étoiles filantes ne représentent, quant à elles, aucun danger particulier. Elles n’ont pas fini de nous faire rêver durant les douces nuits d’été.
Journal Coopération du 12 juillet 2021