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Quelle est l'histoire du théâtre à Genève ? A-t-il vraiment été interdit par Calvin ?
Date de la réponse: 17.01.2020
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
En mai 2015, le service Interroge a répondu à la question "Quand a été construit le premier théâtre à Genève ?" http://institutions.ville-geneve.ch/index.php?id=8420&id_de
tail=3013 qui contient plusieurs éléments susceptibles de vous intéresser.
Il existe par ailleurs un très bon résumé de l'histoire du théâtre à Genève, rédigé par Isabelle Brunier, dans l'ouvrage "Genève, espaces et édifices publics" http://data.rero.ch/01-R008417336 , en introduction au chapitre "Les bâtiments à vocation culturelle". Voici ce que nous pouvons entre autre lire :
« Du Moyen Age au XVIIIe siècle, et à la différence de la plupart des villes d'Europe, il n'existait à Genève aucune salle ou espace dédié spécifiquement aux arts, que ce soit le théâtre, la musique ou les arts plastiques. Le théâtre de rue, pour les besoins duquel on dressait de façon éphémère des tréteaux, était bien sûr connu dès l'époque médiévale. Après l'adoption de la Réforme, les autorités politiques, régulièrement critiquées par les instances religieuses, devinrent plus réticentes et n'accordèrent que de façon très parcimonieuse les autorisations de se produire aux troupes de passage. Une polémique éclata en 1546 au moment où furent représentés "Les Actes des Apôtres", qui aboutit à une suspension provisoire de "telles ystoiress". Des pièces de théâtre furent cependant jouées par la suite également, généralement dans la grande salle du Collège ou au proche "pré de Rive", soit pour exercer les écoliers à s'exprimer en public, soit pour marquer certaines festivités comme, par exemple, le renouvellement de la combourgeoisie de 1584. Dès le XVIIe siècle, les troupes ambulantes furent souvent éconduites, et les pièces jouées chez des privés dénoncées et stigmatisées par le Consistoire. Pourtant, de relativement nombreux spectacles furent donnés, dont ceux de marionnettes, moyennant le payement d'une taxe à l'Hôpital, ancêtre du droit des pauvres. Dès le XVIIIe siècle, l'acceptation officielle du théâtre oscilla entre tolérance et restriction. Au XIXe et XXe siècles, diverses salles de spectacles furent construites dans le périmètre considéré, auxquelles il faut ajouter, dans la ceinture fazyste, celles du Grand Théâtre (1879), dédiée à l'opéra, de la Comédie (1911-1913), première scène dramatique, et du Casino-théâtre (1887). »
Un important article est consacré dans les pages suivantes au théâtre des Bastions (ou de Neuve) et explique par ailleurs :
« Déclenchée par l'article "Genève" http://bit.ly/38eHf3q de l' "Encyclopédie", la "querelle du théâtre" qui opposa Rousseau à D'Alembert et à Voltaire, contribua à donner de la ville l'image d'une République rigoriste particulièrement hostile aux spectacles. En réalité, malgré les diverses interdictions prononcées au cours du XVIIe siècle, les jeux scéniques ne furent jamais complètement bannis de la cité. A côté des spectacles de rue, animés par des artistes itinérants, des représentations destinées à un public plus restreint se donnaient dans des auberges ou chez des particuliers. L'attitude de la Seigneurie à cet égard était du reste assez fluctuante, les périodes de fermeté, marquées par l'influence de la Compagnie des pasteurs, alternant avec des moments de plus grande tolérance. Ainsi, plus d'une fois au XVIIe siècle, des pièces furent jouées sous l'œil indulgent des membres du Conseil, provoquant même en 1684 un véritable bras de fer entre le pouvoir civil et les autorités ecclésiastiques." »
Le chapitre "La fête et les arts de la scène" http://encycloge.org/la-fete-et-les-arts-de-la-scenenicole-
chevallier-norbert-creutz-aristide-frascarolo-daniel-jeannetpierre-michot-jean-pierre-pastor.html dans le tomme 10 de l' "Encyclopédie de Genève" http://data.rero.ch/01-0416138 est également intéressant. L' "Encyclopédie de Genève" est intégralement accessible en ligne http://encycloge.org .
Voici ce que nous pouvons lire au point concernant "La Réforme" :
« La Réforme a été une rupture, non seulement en matière religieuse, mais aussi dans les moeurs.
Le 22 février 1539, deux ans et demi après la décision du Conseil général de "vivre en cette sainte loi évangélique et parole de Dieu" et quelques mois après la destitution de Calvin — il ne reviendra à Genève qu'en septembre 1541 —une "crie" proscrit la danse, sauf aux noces, de même que les chansons "deshonnêtes", les déguisements, les masques et les "manières" (simagrées). Ces interdictions sont répétées à plusieurs reprises, en particulier dans la campagne genevoise, où la "danse au virollet" est sévèrement proscrite. De plus, le Conseil général décide le 16 novembre 1550 d'abroger toutes les fêtes, soit les jours fériés qui ponctuaient le calendrier, ne laissant subsister que le dimanche.
Il faut se replacer à l'époque où ces dispositions ont été prises. Genève est pratiquement en état de siège depuis l'avènement au trône de Savoie du duc Charles III, en 1504, jusqu'au démantèlement de son duché par les Bernois et le roi de France en 1536-1537. Puis, après la menace savoyarde, c'est contre les visées de Berne que Genève doit défendre son indépendance. Il a fallu au Conseil, au Consistoire, à la [p. 15: image / p. 16] Compagnie des pasteurs une énergie farouche pour imposer la discipline indispensable en dépit de la résistance des libertins.
Qu'est-il resté de cette austère sagesse une fois le danger passé? Genève a ses fêtes, qui diffèrent souvent de celles des autres cantons, mais qui ne leur cèdent ni en éclat ni en gaîté. Deux d'entre elles surtout sont spécifiques à Genève: les Promotions et l'Escalade. »
Au chapitre concernant spécifiquement le théâtre, le point "Des pasteurs plus calvinistes que Calvin" devrait également vous intéresser.
A consulter également :
- "Le théâtre interdit ? : les réglementations des spectacles à Genève entre Calvin et Rousseau" http://data.rero.ch/01-R007207185 par Xavier Michel
- "Le théâtre à Genève : l'art lyrique et dramatique à Genève depuis le moyen-âge" http://data.rero.ch/01-1667156 par Ulysse Kunz-Aubert
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque de Genève
http://www.bge-geneve.ch
Pour http://www.interroge.ch