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Allergie ou intolérance alimentaire ?
Lorsque les aliments nous «restent sur l’estomac»
Pour de plus en plus de gens, s’alimenter relève du défi quotidien. Ainsi, bien un quart de la population suisse est allergique ou intolérante à l’un ou l’autre aliment. Le fait est que la tendance est toujours grande de faire l’amalgame entre les allergies et les intolérances, alors que ces dernières se distinguent par le fait qu’elles ne sont pas la conséquence d’une réaction du système immunitaire.
Dans l’allergie alimentaire, le système immunitaire réagit à des substances en principe inoffensives présentes dans les aliments, dans la plupart des cas des protéines animales ou végétales. Des quantités infimes peuvent alors suffire pour déclencher des symptômes tels que des œdèmes des lèvres, de la sphère bucco-pharyngée, des vomissements, des diarrhées, des réactions asthmatiformes ou des éruptions cutanées, le cas extrême étant le choc anaphylactique, une réaction générale allergique pouvant entre autres s’accompagner d’un choc cardiovasculaire et d’une défaillance d’organes multiples menaçant le pronostic vital.
Les principaux allergènes se trouvent dans le lait, les œufs, le poisson, les crustacés, le sésame, les graines de soja, le céleri, certains fruits, les cacahuètes, ainsi que les noix et noisettes. Les réactions aux aliments d’origine végétale sont souvent associées à une allergie aux pollens. Dans ce cas, le système immunitaire « confond » des protéines de structure analogue présentes dans les pollens et les aliments. Comme exemples typiques d’allergie croisée, on peut citer l’allergie aux pommes et aux noisettes combinée à une allergie aux pollens de bouleau, ou l’allergie au céleri et aux carottes combinée à l’allergie aux pollens d’armoise.
Une maladie de civilisation ?
En Suisse, les allergies alimentaires touchent cinq à sept pour cent des enfants et deux à quatre pour cent des adultes. Comme causes possibles, on évoque l’effet de divers facteurs environnementaux sur l’organisme, l’introduction de nouveaux aliments sous nos latitudes, un mode de vie par trop hygiéniste, sans oublier le nombre croissant de personnes allergiques aux pollens. Si les nourrissons et les jeunes enfants font des réactions, c’est en règle générale aux protéines animales (lait de vache, œuf de poule. À l’adolescence et à l’âge adulte, les réactions à des aliments se développent souvent indirectement sur fond d’allergie aux pollens.
Un bilan allergologique fondé sur des tests cutanés et sanguins permet de confirmer une suspicion d’allergie alimentaire et d’instaurer un régime d’exclusion suivi, auquel s’ajoutera le cas échéant un test de provocation orale sous contrôle médical. À ce jour, la seule mesure vraiment efficace contre les allergies alimentaires est d’éviter les aliments incriminés.
De plus en plus d'intolérants
Les principales intolérances alimentaires sont l’intolérance au lactose et à l’histamine et la maladie coeliaque (coeliakie). Dans l’intolérance alimentaire, les processus immunologiques sont absents. Pour cette raison, les tests allergiques ne permettent pas de les détecter, ce qui fait que le diagnostic se fonde sur d’autres tests spécifiques (p.ex. test respiratoire à l’H2 expiré dans l’intolérance au lactose) de même que sur un interrogatoire précis. Les symptômes peuvent être très variés, p. ex. problèmes digestifs communs, fatigue, éruptions cutanées, migraines, ou problèmes circulatoires.
Intolérance au lactose
« Intolérance au lactose » est l’expression consacrée pour désigner une intolérance au sucre de lait, le lactose. Les personnes concernées ne peuvent produire l’enzyme digestif lactase, ou alors en quantité insuffisante. Le lactose non digéré par l’intestin grêle passe alors dans le gros intestin où il fermente sous l’effet des bactéries, d’où la survenue de ballonnements, diarrhées, crampes gastriques et mal-être général. On estime qu’en Suisse une personne sur cinq est intolérante au lactose. Elle est souvent confondue avec l’allergie aux protéines de lait, qui touche en particulier les jeunes enfants.
Cœliakie
La cœliakie est une réaction auto-immune due au gluten, une substance présente dans diverses céréales, notamment le blé, l’orge, le seigle et l’épeautre. La muqueuse de l’intestin grêle est lésée par le gluten et les éléments nutritifs ne sont plus absorbés en quantité suffisante, ce qui peut conduire à une carence, avec, chez le jeune enfant, un risque de perte pondérale, de troubles de la croissance et de troubles digestifs. L’adulte aura des symptômes tels que fatigue, anémie par carence en fer, et ostéoporose. En Suisse, il y a bien 80 000 personnes atteintes de cœliakie.
Intolérance à l'histamine
Dans ce cas, les symptômes allergiques sont déclenchés par des aliments à haute teneur en histamine ou analogues qui libèrent de l’histamine (p. ex. tomates, fraises, agrumes, crustacés). Normalement, notre organisme peut métaboliser un certain apport d’histamine, alors que chez les personnes intolérantes on suppose une insuffisance de l’enzyme correspondante. Il y a une haute teneur en histamine dans les aliments fermentés comme le fromage, le poisson en conserve, la charcuterie et la choucroute. En Suisse, on estime que 1 % de la population souffre d’intolérance à l’histamine.
Conseils en cas d’intolérance alimentaire
- En petites quantités, le lactose, le fructose ou les aliments à teneur en histamine sont souvent mieux tolérés s’ils sont répartis sur la journée.
- On trouve actuellement des produits sans gluten ni lactose dans le commerce de détail et la grande distribution.
- Toujours consulter scrupuleusement la composition des aliments.
Conseils en cas d’allergie alimentaire
- Porter sur soi une carte d’allergique et des médicaments d’urgence.
- En voyage : tenir des petites fiches mentionnant les aliments déclenchant et les présenter dans les restaurants.
- Vous êtes invité(e) : informez vos hôtes au préalable ; le cas échéant, emportez vos propres aliments.
- Toujours vérifier scrupuleusement la composition des plats.
- Être conscient que les recettes sont souvent susceptibles de modifications ou variations.
Texte: Aha! Centre d'Allergie Suisse / Tribune Médicale public - 05/2016