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Aksel Lund Svindal, Matthias Lanzinger, Scott Maccartney et Daniel Albrecht: en quinze mois, ce sont quatre skieurs de premier plan qui ont fait de violentes chutes. Hans Spring, médecin-chef de l'équipe masculine suisse de ski depuis 1976, analyse ces accidents.
La terrible chute de Daniel Albrecht lors d'un entraînement de descente sur la «Streif» de Kitzbühel il y a un peu plus d'une semaine, a une nouvelle fois montré à quel point, pour les skieurs de compétition, la frontière est mince entre la gloire des vainqueurs et le risque de tout perdre.
Le Valaisan, champion du monde du super-combiné en 2007 à Are, en Suède, n'est en outre pas vraiment le dernier venu sur le circuit. Il se trouve toujours plongé dans le coma à l'Hôpital d'Innsbruck avec de graves blessures à la tête.
L'année dernière, Scott Maccartney avait chuté au même endroit. Après avoir manqué le dernier saut, il avait été hospitalisé, comme Daniel Albrecht, avec un grave traumatisme crânien. Mais il a pu remettre ses lattes et il skie à nouveau.
Spectacle ou sécurité
L'Autrichien Karl Schranz, une légende du ski, a dit ce qu'il avait sur le cœur: «Avec ce nouvel accident, il est vraiment temps d'éliminer les sauts à l'arrivée. Les skieurs doivent les négocier en étant très fatigués.»
Le champion est soutenu dans sa revendication par Hans Spring, médecin-chef de l'équipe masculine suisse de ski depuis 1976. Selon lui, il est faux de construire ces obstacles à négocier en fin de parcours.
Tans les organisateurs de la course de Kitzbühel que la FIS, la Fédération internationale de ski, doivent remettre l'ouvrage sur le métier en ce qui concerne ces sauts, ajoute Hans Spring. Mais il souligne aussi que l'endroit où Maccartney a chuté l'an dernier a déjà été modifié.
«Le saut est mieux défini, grâce à un petit bord, dit le médecin. Mais cela reste un saut...»
Pas d'augmentation statistique
La chute de Daniel Albrecht est arrivée dix mois à peine après le dernier grave accident survenu en compétition en mars 2008. Après sa chute, l'Autrichien Matthias Lanzinger a dû se faire amputer la jambe gauche. En novembre 2007, c'est le Norvégien Aksel Lund Svindal qui s'était grièvement blessé. De profondes coupures l'ont éloigné de la compétition pendant un an.
Les apparences sont néanmoins trompeuses: «Il n'y a pas d'augmentation statistique des accidents graves pendant les compétitions», constate Hans Spring.
Le médecin ne veut en aucun cas banaliser les drames récents. «Quand les journaux doivent titrer qu'un champion du monde de ski est dans le coma, cela ne fait du bien ni au ski de compétition ni à la FIS», regrette-t-il.
Les courses de ski resteront cependant toujours un sport à risque, ajoute-t-il. «Lorsqu'on chute à 140 km/h, il est relativement évident qu'on va avoir quelque chose...» Et le médecin ne parle pas des déchirures de ligaments, qui sont quasiment le pain quotidien des skieurs.
L'analyse des chutes de Svindal, Lanzinger, Maccartney et Albrecht montre, selon Hans Spring, que d'éventuelles lacunes dans les mesures de sécurité ou dans les développements du matériel sont absolument hors de cause.
La faute aux skieurs
«Cela peut paraître brutal de le dire comme ça, explique le médecin, mais il s'agit à chaque fois de fautes techniques du skieur. Albrecht est arrivé sur le saut avec le poids en arrière et il a été proprement décollé», relate le médecin, qui a en tête quasiment tous les accidents graves de ces dernières décennies.
Hans Spring souligne encore que, dans aucun des quatre cas récents, le skieur n'est entré en collision avec un objet qui serait resté sur le bord de la piste. Les quatre skieurs ont chuté sur la piste elle-même.
Le médecin poursuit sa démonstration: «La vitesse est clairement un facteur de risque. Au Lauberhorn, les skieurs négocient le «Haneggschuss» à près de 150 km/h. La moindre imprécision, petite faute, que ce soit le corps en arrière ou une faute de carre, se paye au prix fort.»
Pas d'airbag...
Il faut se souvenir des cours de physique dispensés à l'école: lorsque la vitesse augmente, les forces ne n'augmentent pas de façon linéaire, mais de façon exponentielle – elles «explosent» au carré pour ainsi dire.
Lorsqu'on chute à 130 km/h, comme Daniel Albrecht, l'énergie dégagée du choc est terrible. Et puisque les skieurs ne sont pas protégés par des airbags, leur corps se transforme en une sorte de feuille de papier à froisser. Les blessures cervicales montrent en outre que, malgré le casque, la tête reste un endroit particulièrement exposé.
Dès lors, il est presque étonnant que, si l'on excepte les blessures à la tête, ni Albrecht ni Maccartney n'aient eu d'autres blessures corporelles. «C'est grâce aux protections que les skieurs portent sous leur combinaison», indique Hans Spring.
Pas comparable
Hans Spring ne peut ôter de son esprit les images de la chute de l'Autrichien Gernot Reinstalder en 1991 lors du saut à l'arrivée de la course de Wengen, ni celles du Grison Silvano Beltrametti en 2001 à Val d'Isère. Le premier en est mort, le deuxième en est resté paraplégique.
Le médecin-chef classe ces accidents dans une autre catégorie de chutes. Reinstalder a perdu la vie parce qu'un de ses skis s'était bloqué dans un filet de sécurité.
La devise de la FIS est du reste que chaque accident doit amener un surplus de sécurité. Depuis la chute mortelle de Wengen, des bâches, lisses, délimitent les bords des pistes.
Ces bâches n'ont pu éviter à Silvano Beltrametti de subir les blessures qui le paralyseront. Après une faute de pose de ski dans la neige, les carres avaient coupé les bâches et il avait été projeté plus loin, heurtant un rocher situé à côté des pistes.
Tout près de l'arbre
Après la chute de Beltrametti, les bâches ont été réalisées dans des matériaux encore plus résistants. Les endroits exposés sont en outre recouverts de plusieurs rangées de barrières de protection, les «filets B».
«Ce sont ces types de protection qui ont freiné l'Autrichien Hermann Maier lors de la descente olympique de Nagano en 1998», se souvient Hans Spring. Et qui lui ont finalement permis de décrocher la médaille d'or, car quelques jours plus tard, «Herminator» était devenu double champion olympique.
Quelles que soient les améliorations qu'entraînera la chute de Daniel Albrecht, les organisateurs de courses et la FIS n'en auront jamais terminé avec l'amélioration des mesures de sécurité.
«Interdit de tomber»
Des mesures destinées à réduire la vitesse sont actuellement au centre des discussions. Mais la force croissante des skieurs, des préparations de pistes toujours meilleures et un matériel constamment amélioré s'opposent à ces efforts. Hans Spring assure qu'«au Lauberhorn, les temps de courses sont restés à peu près identiques, alors que la piste est ralentie par différents portails.»
Besoin d'agir, oui. Urgence, non. Cela pourrait être la conclusion de Hans Spring. «Les standards de sécurité actuels sont bien plus élevés qu'autrefois.»
Le médecin se souvient de ses premières années sur le circuit, lorsque les skieurs passaient à toute allure à proximité immédiate d'arbres ou même de petites forêts. La devise des coureurs était, tout simplement, «interdit de tomber». Mais la chute de Daniel Albrecht a montré qu'il y a encore, aujourd'hui, des passages de courses où la devise garde toute sa validité.
swissinfo, Renat Künzi
(Traduction Ariane Gigon)
HANS SPRING
Le médecin Hans Spring dirige l'équipe médicale du centre de réhabilitation de Loèche-les-bains, qui est aussi la base médicale de Swiss Olympic.
Il dirige aussi depuis 36 ans le service de médecine sportive de l'équipe masculine de ski suisse.
Il fait également partie de la commission médicale de la FIS.
LES MONDIAUX DE VAL D'ISERE
France. Les championnats du monde de ski ont lieu du 2 au 15 février 2009 dans la station savoyarde de Val d'Isère. C'est la première fois depuis 1968 que la France organise ce rendez-vous mondial qui a lieu tous les deux ans.
Face-à-face. Les courses se déroulent sur deux massifs situés en face-à-face au-dessus de la station alpine. La face de Solaise est réservée aux dames, celle de Bellevarde aux hommes. Les deux pistes se rejoignent à l'entrée de la station dans une aire d'arrivée commune.
Bellevarde. La redoutable piste de Bellevarde a été façonnée par l'ancien champion suisse Bernhard Russi dans les années 70. Elle a notamment servi de cadre aux Jeux olympiques d'Albertville en 1992.
Compétition. Onze épreuves, 5 masculines, 5 féminines et une par nations, sont disputées durant les deux semaines de compétition.