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Dans le sud et l’est de la Sierra Leone, des agriculteurs et des chercheurs de diamants ont découvert, enterrées dans le sol, de nombreuses sculptures anciennes en pierre, et notamment des têtes de piédestal surmontant un robuste cou en forme de colonne. Ces têtes, presque en grandeur réelle et d’une grande finesse de détails, présentent d’intéressantes variations : en règle générale, la tête est inclinée vers l’arrière, la bouche et le menton en avant, le nez et les yeux en retrait. Par opposition aux sculptures nomoli, plus petites et caractérisées par de grandes orbites, ces têtes [1] ont habituellement les yeux à demi fermés par de lourdes paupières. Elles ont les cheveux généralement arrangés avec soin, une moustache et une barbe, et des anneaux dans les oreilles et le nez. Ces bijoux [2] étaient des insignes de chefs et de notables chez les Temne et les Bullom, peuples de la Sierra Leone que les Portugais désignaient sous le terme général de « Sapi ». Il est donc probable que les têtes de piédestal représentent des chefs, des sous-chefs de groupes ethniques qui ont précédé les actuels Mende et Kono dans les parties du pays où ces objets ont été trouvés.
La tête du musée Barbier-Mueller est originale en ce sens que ses yeux [3] évoquent plutôt ceux des sculptures nomoli. On remarque ce qui ressemble à un tatouage en travers des joues et sur le nez. La moustache est tombante, et il semble que les cheveux aient été rasés, à l’exception d’une bande en travers du front et d’une crête à l’arrière [4]. Ce second mot désignait d’anciennes figures en pierre ornées d’anneaux en métal, généralement en laiton. Dans les cours des chefs, au tout début du XXe siècle, les témoins prêtaient serment sur elles, d’où ce nom d’« esprit du chef ».
Un mahei-yafei n’était pas nécessairement une tête de piédestal, et réciproquement. Quoi qu’il en soit, ce nom nous renseigne sur l’usage récent qui était fait de ces sculptures en pierre et de leurs anneaux par les Mende qui les ont mis au jour ; il ne nous dit rien du sens qu’elles avaient pour ceux qui les ont exécutées.
Note de l’éditeur : Cette tête a été acquise en 1971 de John Hewett, qui en demandait un prix très élevé. Il le justifiait en remarquant qu’une tête de la première période du Bénin aurait valu beaucoup plus cher alors que l’on en connaît une dizaine et que cette tête en pierre, particulièrement belle et fort ancienne, était unique.
[1] Elles comptent parmi les plus naturalistes de la région.
[2] Nous le savons par des sources portugaises remontant au XVIe siècle.
[3] En forme d’amandes et légèrement globuleux entre des paupières inférieures et supérieures bien marquées.
[4] Le nom de mayen yafé est souvent donné à ces têtes. Une version mende des mots Mahei-Yafei ou « esprit du chef », vient d’une source unique sujette à caution.