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Il y a un lien direct entre le réchauffement climatique et hausse de la fréquence et de la force des avalanches. C'est ce qu'indique une étude de chercheurs genevois qui ont analysé les cernes de croissance d'arbres de l'Himalaya.
Les avalanches sont un phénomène naturel, mais la hausse des températures, en modifiant leur facteur déclenchant, peut entraîner des catastrophes d'autant plus graves que le développement socio-économique des régions de montagne s'accompagne de la construction de nouvelles infrastructures, logements et axes de circulation.
C'est le cas dans l'Etat indien de l'Himachal Pradesh, soumis à une forte pression touristique. A 500 kilomètres au nord de New Dehli, sur la route qui mène à Leh, au coeur du haut désert de l'Himalaya, le gouvernement indien a entrepris de percer l'un des plus grands tunnels du sous-continent dont les entrées sont désormais sous la menace des avalanches.
C'est là, dans une vallée située entre 3000 et 4000 mètres d'altitude, que des chercheurs de l'Université de Genève (UNIGE) ont mené un travail de terrain, de 2013 à 2015.
Les arbres, témoins silencieux
L'objectif était d'évaluer l'information disponible concernant les avalanches et de la compléter, afin de déterminer la nature des changements en cours et d'évaluer les besoins futurs pour y faire face, a indiqué l'UNIGE dans un communiqué.
En l'absence de données comparables aux relevés effectués en Europe, les chercheurs ont privilégié l'observation des arbres, soit sur des souches lorsque l'arbre avait été emporté, soit par carottage sur des arbres toujours debout. En analysant leurs cernes de croissance et les blessures qu'y avaient laissées les avalanches, visibles du fait de l'arrachement de l'écorce, ils ont pu dater chaque événement.
La recherche a porté sur près de 150 arbres. "Connaissant la position de chaque arbre touché, nous avons pu reconstituer la dynamique, l'extension et la direction de chaque avalanche", explique Juan Antonio Ballesteros-Cánovas, maître d'enseignement et de recherche à l'Institut des sciences de l'environnement (ISE) de l'UNIGE, cité dans le communiqué.
"Cette technique nous a permis de remonter jusqu'en 1855 et de relever 38 avalanches au cours de cette période dans cette vallée, la plus grande recension menée à ce jour dans l'Himalaya", ajoute le spécialiste.
Sans appel
Le constat est sans appel: à partir de la deuxième moitié du 20e siècle, on assiste à une augmentation du nombre et de la puissance des avalanches. D'un événement par décennie, la fréquence augmente jusqu'à atteindre pratiquement un événement par année.
Les avalanches sont plus importantes, parcourent une distance plus grande et se déclenchent plus tôt dans l'année. Elles sont clairement associées à la hausse des températures qui a pu atteindre 0,2 à 0,4 degrés annuels en certains points de l'Himalaya.
La température affecte la cryosphère: les glaciers reculent, le permafrost fond, perdant son rôle de stabilisateur des sédiments, et la structure du manteau neigeux se modifie. Altéré par la pluie, qui tombe désormais plus tôt dans la saison, il se déstabilise avant le printemps, à une période où il est plus épais, entraînant une hausse du nombre et de la puissance des avalanches.
La neige étant mouillée, les avalanches descendent lentement mais sur une grande distance, selon ces travaux publiés dans la revue PNAS. Cette recherche a été menée dans le cadre de l'IHCAP (Indian Himalayas Climate Adaptation Programme), un programme de coopération mené conjointement par les autorités indiennes et helvétiques, avec une forte implication scientifique de l'UNIGE.