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Bourg-en-Lavaux (VD) «Le Matin» a testé le yodel au grand air
Quoi de plus beau qu’un environnement champêtre pour s’initier au yodel. Albert Graf nous donne quelques techniques pour apprendre à yodler.
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Comment évaluer le yodel
Dans les concours, les yodleurs peuvent chanter seuls, en duo, en trio, en quartet, en quintet ou en groupe, mixtes ou non. Les prestations sont notées par trois jurys. Chacun d’entre eux se charge d’évaluer un des trois critères suivants, sur dix points: le timbre et la prononciation, la rythmique et la dynamique, et enfin la pureté harmonieuse. D’autre part, ils évaluent tous l’impression générale, sur 10 également. S’il y a une confusion entre les mots, les strophes, ou des parties de strophes, par exemple, le chanteur perd trois points du nombre total. Si le chant est entonné plusieurs fois, il n’y a pas de retrait de point, mais les chanteurs changent de catégorie. Si la prestation entre en classe 1, c’est qu’elle a été très bonne; dans la classe 2, elle a été bonne; dans la classe 3, suffisante; et dans la classe 4, insuffisante. Il faut être dans la classe 1 ou 2 pour pouvoir participer au concours fédéral des yodleurs.
Des compositeurs connus
Du milieu du XIXe siècle à nos jours, la Suisse a compté plus de 100 compositeurs de yodel traditionnel. Parmi les francophones les plus connus, nous avons Joseph Bovet (1879-1951) qui a écrit le «Ranz des vaches» et «La youtse», mais aussi des chants sans yodel, comme «Le vieux chalet». Albert Jaquet (1926-2011) a composé, quant à lui, «Le bleu Léman» ou «Jura, Oh! mon Jura». Le Bernois Oskar Friedrich Schmalz (1881-1960) est surnommé le «père du yodel». Il a composé plus de 200 titres. Comme il ne savait pas écrire, c’est sa femme, Heidi Schmalz, qui écrivait les chants sur partitions. Plus proche de nous, Marie Theres von Gunten, âgée aujourd’hui de 66 ans, a composé des yodels de Conservatoire, très difficiles, avec de grandes tessitures.
Les chants traditionnels pour chœur sont composés de strophes (en général trois) et d’un refrain yodlé, sans parole. Ils peuvent être écrits pour les hommes, pour les femmes ou pour un chœur mixte et peuvent aller jusqu’à 8 voix différentes. Si le chant est écrit pour un chœur d’hommes comme «E Jodler», de Bruno Häner, les femmes prennent la partie des ténors.
Pour la partie yodlée, il peut y avoir des différences entre le yodel francophone et germanophone: les syllabes «ri» et «ra» existent en français, mais pas en allemand.
Les oiseaux gazouillent pour accompagner Albert Graf. La voix du yodleur emplit l’espace dans cette nature en pleine effervescence. «Je trouve que le yodel doit se chanter au milieu des prés», raconte le chantre de 58 ans, membre du yodlerclub Alpenrösli de Lausanne. Il a choisi les hauts de Bourg-en-Lavaux pour nous donner un cours d’initiation. Entre la splendeur fauve d’un champ d’été, les feuillages ombragés d’un bosquet et la vue éclatante sur le Léman, le cadre est idéal pour pousser la chansonnette.
Yodler consiste à passer rapidement de la voix de tête à la voix de gorge en utilisant des syllabes spécifiques: yo, ou, ho, lu. Albert Graf démontre les trois types de yodel. Celui chantant, où les syllabes sont assez liées, le yodel avec le coup de la glotte, où l’on entend le claquement des cordes vocales lorsqu’on passe de la voix de tête à la voix de gorge. «Celui-ci est très difficile, il s’acquiert après plusieurs années», prévient-il. Puis le yodel avec la langue, où une même syllabe est répétée plusieurs fois: yo lo lo lo lo lo lo. Ce dernier est assez rapide. Nous nous contenterons du yodel chantant.
Je me réjouis d’essayer de yodler même si l’exercice me paraît quasi impossible. En préambule, le prof propose quelques exercices de respiration. Il explique que le principe c’est de rester le plus immobile possible sans se crisper. Se poser sur ses pieds et mettre ses mains dans les poches, non pas par nonchalance mais pour que tous les chanteurs aient une même position, afin de donner une image uniforme. «Cette posture permet aussi au yodleur d’ouvrir son thorax. Si les mains sont dans le dos, ça empêche une bonne respiration avec le diaphragme.»
Pour bien yodler, il faut d’abord savoir respirer avec le ventre. «Si l’on respire avec la poitrine, en montant les épaules, l’air est superficiel. On ne peut pas l’utiliser car il sort tout de suite. Si l’on prend une respiration profonde avec le diaphragme, on arrive à tenir plus longtemps un phrasé de chant», ajoute-t-il. Le son doit venir de devant. Si ça chatouille dans les sinus, c’est que c’est bon. Après quelques exercices de souffle, il m’invite à chanter note après note, avec lui, la «Beichle Jutz» de Franz Stadelmann, sans piano, a cappella. Avec sa main, il mime les différentes hauteurs. Je lui demande de ralentir un peu pour que j’aie le temps de trouver la justesse des sons.
Après plusieurs répétitions, je commence à avoir la mélodie en tête. il reste une note que je n’ai pas réussi à capter et que je chante faux à chaque fois. Difficile aussi de tenir la dernière note aussi longtemps que lui. Je manque d’air. Mais ça y est, j’ai yodlé pour la première fois! Et j’ai trouvé que ce n’était finalement pas aussi difficile que cela en avait l’air. Cette parenthèse musicale m’a détendue et m’a donné une bouffée d’oxygène. Si vous aussi, vous voulez essayer de chanter avec l’Appenzellois, rendez-vous sur la vidéo. (Le Matin)
Créé: 29.06.2018, 07h07