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Des fleurs, parfois de la nourriture et des objets sont déposés sur les tombes des cimetières. Dans certains pays, la nourriture est ensuite ramassée par les démunis. Qu'advient-il de ce qui est déposé sur les tombes dans les cimetières en Suisse ?
Date de la réponse: 24.02.2021
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Votre question est vaste car, comme le dit James Davies Douglas dans son ouvrage Death, ritual and belief : the rhetoric of funerary rites :
« Every human society possesses death rituals and innumerable examples could be documented for groups all over the world. »
Ce qui peut se traduire en français par : Chaque société humaine possède des rituels de mort et d'innombrables explications pourraient être documentées pour des groupes du monde entier.
Selon Federica Tamarozzi, conservatrice au Musée d’Ethnographie de Genève :
« Plus généralement on peut dire que la société des vivants ne peut se construire que dans la relation avec ses morts. C’est pourquoi toute société leur accorde des rituels particuliers plus ou moins élaborés de manière officielle et officieuse. Ces rituels s'organisent de manière concentrique autour du mort et de sa tombe et peuvent concerner une seule personne ou la société dans son entier. Les moments d’échanges et de partage avec les morts sont nombreux. Souvent les morts sont considérés comme les plus démunis des démunis et par le truchement de leur absence on parvient à soigner les indigents. »
Les pratiques rituelles autour des tombes sont également très variables, comme le mentionnent Jack Goody et Cesare Poppi dans leur article Flowers and Bones: Approaches to the Dead in Anglo-American and Italian Cemeteries publié en 1994 dans la revue Comparative Studies in Society and History :
« The vast tracts of comparatively bare cemeteries in the United States contrast with their compact and colourful counter- parts in the continent of Europe. In the States there is also a difference between the north, especially the northeast, and the south, especially the southeast. In the former, one can expect one-twentieth of the graves to be decorated with flowers, fresh flowers; in the southeast today, the figure is about one-tenth, roughly the same as England, although the flowers are usually artificial. »
Ce qui peut se traduire en français par : Les vastes étendues de cimetières relativement nus aux États-Unis contrastent avec leurs contreparties compactes et colorées sur le continent européen. Aux États-Unis, il y a également une différence entre le nord, surtout le nord-est, et le sud, surtout le sud-est. Dans le premier, on peut s'attendre à ce qu'un vingtième des tombes soient décorées de fleurs, de fleurs fraîches ; dans le sud-est, ce chiffre est aujourd'hui d'environ un dixième, soit à peu près le même que celui de l'Angleterre, bien que les fleurs soient généralement artificielles.
Vous trouverez également une description précise des « préparations céréalières contemporaines destinées aux offrandes mortuaires dans l’aire culturelle de l’orthodoxie balkanique » dans l’article de Marianne Mesnil et Assia Popova intitulé L’offrande céréalière dans les rituels funéraires du sud-est européen paru dans la revue Civilisations : revue internationale d’anthropologie et sciences humaines en 2002.
Par contre, nous n’avons pas trouvé d’articles sur la manière dont ces dons sont ensuite récupérés, même si, selon Federica Tamarozzi, ce sont des pratiques usuelles et admises.
Dans les sociétés bouddhistes où les offrandes rituelles sont très répandues, la gestion de ces dons est mieux documentée. Nous avions d’ailleurs répondu à une question Interroge à ce sujet en mai 2016. Vous pouvez lire notre réponse en suivant le lien dans nos archives de questions-réponses en ligne « Que deviennent les offrandes comestibles à Bouddha lorsqu'elles sont retirées ? »
Aucune information particulière à la Suisse n’est mentionnée.
Cependant, sachez que le Règlement des cimetières de la Ville de Genève stipule à l'article 2 alinéa 3 :
« Il est interdit de cueillir des fleurs, d'enlever des plantes, de couper l'herbe ou d'emporter un objet quelconque. Les ornementations qui ont été introduites avec un convoi funéraire ne peuvent en être emportées que par les familles elles-mêmes ou par un mandataire dûment autorisé. »
Pour savoir si les offrandes alimentaires déposées dans les cimetières sont, en effet, emportées par des personnes dans le besoin en Suisse, vous pouvez vous adresser à l’Association suisse des services funéraires.
Si vous souhaitez approfondir ce sujet, vous trouverez différents documents dans le catalogue des bibliothèques genevoises Swisscovery. Voici une sélection de documents non exhaustive :
- Aux origines des rites funéraires : voir, cacher, sacraliser d'Eric Crubézy
- La mort à vivre : petit manuel des rites mortuaires : Musée d'ethnographie, Annexe de Conches, Genève : exposition du 28 octobre 1999 au 16 avril 2000
- Des cadavres et des hommes ou l'art d'accommoder les restes de Jean-Gabriel Gauthier
- La mort et ses au-delà de Maurice Godelier
- Les coutumes funèbres en Maurienne au XIXe siècle d'A. Gorré paru dans Travaux de la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne en 1914
- Les hommes et la mort — rituels funéraires à travers le monde de Jean Guiart
- L'archipel des morts : Cimetières et mémoire en Occident de Jean-Didier Urbain
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève
Pour www.interroge.ch