Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07262.jsonl.gz/236

Il n'existe actuellement pas de définition ni de terminologie généralement admises de la cyberdépendance. Certains chercheurs sont d'avis que la cyberdépendance peut constituer un diagnostic clinique en soi (dépendance à Internet), tandis que d'autres estiment qu'il s'agit plutôt d'un comportement addictif - comme la dépendance au sexe, à la consommation ou au jeu - qui a surtout lieu sur Internet (dépendance sur Internet). D'autres encore affirment qu'il s'agit non pas d'une dépendance, mais d'une utilisation problématique d'Internet qui peut avoir des conséquences négatives.
Dans le langage courant, on utilise surtout le terme de cyberdépendance. On entend aussi parler, plus rarement, d'utilisation excessive, d'utilisation pathologique, d'utilisation problématique ou de dépendance à Internet. Pour des raisons de clarté, nous préférons utiliser ici le terme de cyberdépendance.
Divers types d'utilisation d'Internet peuvent devenir pathologiques et faire perdre le contrôle de sa propre utilisation :
- la recherche permanente d'informations et la navigation maladive sur Internet, menant à un excès d'informations ;
- le temps excessif passé sur des jeux en ligne, et en particulier les jeux de rôle multijoueurs, comme World of Warcraft ;
- la visite compulsive de certains sites Internet, par exemple d'achat, de transactions, de jeux de hasard, de pornographie, etc. ;
- l'utilisation excessive de tchats ou des réseaux sociaux (dépendance aux relations en ligne).
À l'été 2018, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a inscrit la dépendance aux jeux en ligne comme maladie à part entière dans la CIM-11, son catalogue des diagnostics médicaux. Les experts sont divisés également sur ce sujet et une partie d'entre eux craint une pathologisation des jeux vidéo.
En Suisse, la plupart des enfants et des jeunes utilisent beaucoup Internet. Les 12-19 ans passent en moyenne 2,5 heures en ligne les jours de la semaine et plus de 3,5 heures le week-end (étude JAMES 2017). Toutefois, la majorité d'entre eux a une relation saine avec les médias numériques ; seule une minorité présente une consommation problématique.
7,4 % des 15-19 ans ont une utilisation problématique d'Internet (Monitorage suisse des addictions, 2015). Ce groupe présente un risque plus élevé de développer des problèmes physiques et psychiques dus à sa consommation des médias numériques (OFSP). Plus l'utilisateur est jeune, plus ce risque est présent. Toutefois, le fait qu'un jeune présente des signes de dépendance vis-à-vis des médias ne signifie pas pour autant qu'il est cyberdépendant : des phases de comportement excessif peuvent aussi correspondre à un développement normal, en particulier à l'adolescence (OFSP).
En cas de cyberdépendance, la personne concernée a des difficultés à se déconnecter (perte de contrôle), elle pense en permanence à l'activité en ligne et fait passer sa vie virtuelle avant sa vie réelle. Il y a ainsi des adolescents qui se retirent dans leur chambre pour jouer en ligne, alors que leurs copains sont tous dehors, qui refusent les repas en commun ou qui, en vacances, s'opposent à toute activité en famille parce qu'ils veulent rester connectés. Une durée d'utilisation excessive des médias ne suffit pas, à elle seule, à caractériser une cyberdépendance. En revanche, les raisons qui poussent à consommer des contenus en particulier jouent un rôle.
À long terme, une utilisation excessive des médias peut avoir des conséquences négatives sur tous les domaines de la vie (vie sociale privée, loisirs, formation, travail) :
- baisse des résultats scolaires ;
- isolement social ;
- fatigue excessive par manque de sommeil ;
- perte de contact avec les personnes du même âge, négligence des devoirs scolaires et de la vie familiale ;
- manque d'intérêt pour d'autres activités de loisirs.
Outre ces conséquences sociales, le manque de mouvement dû au fait de rester pendant des heures devant un écran peut entraîner des problèmes physiques comme des déformations musculaires et l'adoption de mauvaises postures, mais aussi un surpoids, des maux de tête ainsi que des troubles de la vue et du sommeil.
Les jeux de rôle en ligne multijoueurs (MMORPG), comme World of Warcraft, et les plateformes de communication, comme les réseaux sociaux ou les tchats, risquent davantage d'engendrer une dépendance. Leur particularité est de permettre de fonder des communautés, de se faire des amis et d'éprouver de la confiance en soi, ce qui n'est pas toujours si facile dans la vie réelle. Le jeu permet aussi de satisfaire immédiatement le besoin de succès et de reconnaissance, par exemple en réalisant un score élevé.
Les sites pornographiques présentent aussi un risque de dépendance. Sur Internet, la pornographie est disponible gratuitement en permanence. Les sites pornographiques proposent des vidéos en fonction des préférences, ce qui augmente le risque de dépendance.
Les adolescents constituent le principal groupe à risque concernant la cyberdépendance, en particulier ceux qui sont anxieux, dépressifs ou qui ont une faible estime d'eux-mêmes. Les problèmes émotionnels semblent plus faciles à surmonter en jouant, en surfant et en tchattant. Une étude longitudinale (Grund/Schultz 2017) relève plusieurs facteurs de risque pour la cyberdépendance : un manque de compétences socio-émotionnelles, un statut socio-économique modeste, une expérience relationnelle négative durant la petite enfance, un stress psychique de la mère ou/et un parcours migratoire.
Par ailleurs, le manque de compétences médiatiques augmente également le risque de ne pas pouvoir contrôler son utilisation des médias numériques (étude BLIKK 2017). C'est la raison pour laquelle il est très important que les enfants apprennent le plus tôt possible à utiliser les médias numériques de manière responsable et critique.
Oui, les cantons et les communes proposent diverses offres. Les services de consultation en matière de dépendance fournissent également des conseils sur l'utilisation problématique d'Internet.
Selon la gravité du problème, différentes offres peuvent être adaptées : une aide en ligne, des conseils, une intervention courte, un traitement ambulatoire ou hospitalier. Ces derniers s'imposent en particulier en cas de très forte dépendance. Il est important de rechercher de l'aide sans tarder. → Autres informations utiles
Les objectifs fixés aux personnes concernées vont d'une réduction - parfois tout à fait supportable, parfois radicale - du temps passé sur Internet à l'abstinence totale. À terme, l'idée consiste à leur faire (re)découvrir d'autres types de comportements, à affirmer leur personnalité, à renforcer leur confiance en elles et, le cas échéant, à les libérer de leur anxiété sociale.
- Faire preuve d'introspection critique (tenir un journal d'utilisation des médias).
- Porter une montre au poignet pour éviter de regarder systématiquement l'heure sur le téléphone mobile.
- Se protéger des distractions numériques.
- Rechercher rapidement de l'aide lorsque l'utilisation devient incontrôlable, que les relations sociales en pâtissent, que l'école ou le travail sont négligés ou quand apparaissent des symptômes de privation comme la nervosité, l'anxiété ou la dépression.
Attention:
Passer trop de temps devant l'ordinateur est souvent le signe d'un besoin d'attention et de reconnaissance.
L'encouragement des compétences médiatiques peut aider à prévenir les risques. Les enfants doivent apprendre à utiliser les médias numériques de manière consciente et surtout responsable, et à porter un regard critique sur leur utilisation. Il ne s'agit pas de renoncer à toute consommation, mais d'empêcher ou de minimiser les conséquences néfastes. Encouragez votre enfant des manières suivantes :
- Demandez à votre enfant de vous montrer ses jeux et ses applications, et discutez avec lui de ses activités en ligne et de ses sites favoris. Demandez-lui pourquoi il les utilise.
- Intéressez-vous à sa vie de manière générale, à ses problèmes et à ses expériences, et aidez-le à affirmer sa personnalité.
- Discutez avec votre enfant de ses moyens de s'informer et de se divertir.
- Réfléchissez à la manière dont il pourra satisfaire ses envies d'aventure, ses besoins d'appartenance, de succès et de reconnaissance dans le monde réel également.
- Faites attention à vos propres habitudes d'utilisation des médias, car les enfants ont besoin de modèles en la matière.
- Respectez les limites d'âge des jeux vidéo. Le système PEGI indique le type de contenu (violence, sexualité, etc.) grâce à des pictogrammes.
- Décidez avec votre enfant du temps qu'il est autorisé à passer par jour ou par semaine devant un écran et veillez à ce qu'il s'y tienne.
- Tenez un journal de bord des médias.
- Bannissez la télévision, l'ordinateur et la console de jeux de la chambre de votre enfant. Placez ces appareils dans une pièce de vie commune. Gardez à l'œil les smartphones et les tablettes.
- N'utilisez pas les médias comme moyen de récompense ou de punition, cela leur donnerait trop d'importance aux yeux de votre enfant.
- Veillez à organiser des activités de loisir intéressantes aussi sans médias numériques. Montrez à votre enfant d'autres possibilités de s'occuper seul ou en famille, par exemple lire, jouer à des jeux de société ou jouer dehors. En effet, il est aussi important de bouger. En général, les enfants aiment bien passer du temps avec leur famille.
- Montrez à votre enfant comment utiliser les médias de manière créative et encouragez-le ainsi à en faire usage de manière intelligente. → Rechercher et apprendre
- Montrez vous aussi l'exemple en passant du temps loin des médias.
- Votre enfant cherche refuge sur Internet pour échapper aux émotions négatives et à ses problèmes personnels, comme la solitude, l'exclusion sociale ou le manque de confiance en lui ? Discutez-en avec lui.
- Si vous constatez que les médias ont une influence négative sur votre enfant, parlez-en avec lui en exprimant vos préoccupations et vos craintes. Voyez avec lui le soutien dont il a besoin et proposez-lui votre aide.
- Limitez la durée quotidienne ou hebdomadaire que votre enfant peut passer devant un écran et trouvez avec lui d'autres idées d'activités de loisir.
- N'hésitez pas à demander de l'aide → Autres informations utiles
- Ne mettez pas votre enfant sous pression.
- Évitez de le stigmatiser et ne parlez pas trop hâtivement de cyberdépendance.
- Site d'information de Pro Juventute
- Dossier sur l'hyperconnectivité du GREA
- Cyberaddiction sur safezone.ch
- Conseils aux parents et brochure sur cybersmart.ch
- Faits et chiffres sur le site d'Addiction Suisse
- Dépendance aux jeux d'ordinateurs sur cybersmart.ch
- Pour des informations, des conseils ou des adresses dans votre région, adressez-vous à Addiction Suisse
- Monitorage suisse des addictions : Rapport 2015 sur la cyberdépendance (en allemand)