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Le 1er novembre 1986, un incendie dévastait un entrepôt de produits chimiques à Schweizerhalle. Les eaux d'extinction toxiques tintées de rouge eurent un impact catastrophique sur la vie dans le Rhin. Les conséquences flagrantes sur la biologie du fleuve - les images des poissons morts ont fait le tour du monde - ont entraîné de grands progrès dans le domaine de la surveillance chimique de la qualité de l'eau, la mise en place de prescriptions légales, ainsi que des mesures de réduction des risques dans l'industrie chimique.
L'incendie de Sandoz a ébranlé la confiance dans le système d'autocontrôle de l'industrie chimique. Les mesures prises en réaction immédiate par les autorités furent notamment l'Ordonnance suisse sur les accidents majeurs et la création d'organes de contrôle pour la sécurité chimique. Les efforts de la Commission internationale pour la protection du Rhin contre la pollution furent notablement renforcés. Nonobstant les dommages directs de la catastrophe, 30 ans après, le bilan en terme de protection des eaux est cependant globalement positif.
Les experts de l'Eawag ont contribué activement en 1986 à analyser l'état du Rhin tant sur le plan chimique que biologique et à documenter les conséquences de l'incendie. Comme ils l'avaient prévu avec justesse - contrairement à d’autres avis - le système dynamique des cours d'eau et les organismes se régénérèrent dans un laps de temps relativement court, c'est-à-dire en quelques mois. Ce processus fut favorisé par l'implantation d'organismes venant du cours supérieur, des affluents et des bras secondaires et par le fait que les crues ont rapidement nettoyé le fleuve pollué.
Le risque d'un nouvel accident chimique de l'importance de Schweizerhalle a diminué. On est aujourd'hui d'autant plus sensibilisé aux pollutions chroniques telles que l'apport continu de produits chimiques ménagers et agricoles persistants ou de médicaments. Afin de détecter précocement les substances toxiques, l'Eawag a développé ces dernières années une nouvelle technique de mesure et d'analyse. Grâce à la spectrométrie de masse haute résolution couplée à la chromatographie en phase liquide, il est désormais possible de déceler des substances non connues jusqu'ici.
La station internationale de surveillance du Rhin de Weil am Rhein près de Bâle, qui a été mise en service en 1992 suite à l'accident chimique, utilise la nouvelle technique de mesure depuis déjà quelques années. La mesure quotidienne enregistre en temps réel les pics de pollution dans le Rhin et peut dans le meilleur des cas clarifier l'identité et la provenance des substances décelées. La nouvelle technique d'analyse et de mesure a un effet préventif sur les responsables des pollutions des eaux et doit maintenant être mise en œuvre sur d'autres sites le long du Rhin.
La nappe phréatique dans la zone du lieu de l'accident a été et est encore analysée minutieusement, car des stations de pompage d'eau potable pour la région sont situées non loin de là. Le canton de Bâle-Campagne, de l'Eawag et d'autres partenaires informeront sur les défis de l'approvisionnement en eau lors d'un colloque le 11 novembre.