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Dieu - Illusion ou réalité ?
par Francis Schaeffer
TITRE II - THEOLOGIE NOUVELLE ET CLIMAT INTELLECTUEL
CHAPITRE 3 - Le mysticisme moderne en action: Art et Langage
L'homme en tension
L'homme moderne est soumis à une réelle tension intérieure, car il ne peut pas vivre détendu dans un tel climat de désespoir. Le chrétien en connaît la raison; il sait que l'homme a été créé à l'image de Dieu et que, malgré sa chute et sa séparation d'avec Dieu, malgré sa véritable culpabilité, il n'est pas devenu une machine. La Chute ne l'a pas conduit à l'état de machine, mais à l'état d'homme déchu. Voilà pourquoi, lorsqu'un profond désespoir les envahit, les gens se sentent-ils fortement poussés, presque contraints, à accepter une dichotomie (une rupture) – bien que ce soit contraire à toute la longue histoire de la pensée rationnelle – et, finalement, à consentir à un certain mysticisme donnant à l'ensemble une illusion d'unité.
Je me souviens d'un entretien que j'ai eu à Londres, avec un jeune et très brillant physicien. Comme je lui demandai quel était son dernier travail, il me parla d'une nouvelle idée qui pourrait peut-être résoudre le problème d'Einstein relatif à l'électromagnétisme et à la pesanteur. Il s'exprimait avec enthousiasme et me montra qu'il avait poussé loin sa pensée (j'en savais assez sur le sujet pour le stimuler). Puis je lui fis cette remarque: "C'est parfait pour le chrétien, qui sait vraiment qui il est, d'affirmer que l'univers matériel peut, en fin de compte, être réduit à des particules d'énergie évoluant en tout sens dans un tourbillon; mais qu'en pensent vos collègues humanistes? Que leur arrivent-ils quand ils rentrent chez eux, le soir, auprès de leur femme et de leurs enfants?" Il réfléchit un instant, puis il me dit: "M. Schaeffer, ils sont obligés de vivre une dichotomie".
L'humanité même de l'homme se refuse à accepter les implications pratiques de son humanisme et de son rationalisme. C'est une chose de dire "je ne suis qu'une machine", c'en est une autre de vivre de façon conséquente avec cette conception comme si elle était vraie !
Je me rappelle encore une traversée nocturne de la Méditerranée entre Lisbonne et Gênes. La nuit était magnifique. Je rencontrai sur le bateau un jeune homme qui construisait des stations de radio, en Afrique du Nord et en Europe, pour le compte d'une importante société américaine. Il était athée et, lorsqu'il découvrit que j'étais pasteur, il se promit une soirée divertissante à mes dépens, et c'est dans ces dispositions qu'il entama la conversation; mais la soirée ne se passa pas du tout comme il l'avait prévu. Je m'aperçus qu'il comprenait les implications de sa position et qu'il essayait d'être conséquent. Au bout d'une heure, je vis qu'il voulait clore la discussion et je lui exposai un dernier argument que, je l'espérai, il n'oublierait jamais; je le fis non par animosité, mais par amour pour l'un de mes semblables. J'avais remarqué qu'il était avec sa charmante petite épouse juive; celle-ci était très belle, pleine de vie et il était facile de voir, par les attentions qu'il lui témoignait, qu'il en était très épris. Comme ils allaient rejoindre leur cabine, dans le cadre romantique de ce paquebot traversant la Méditerranée et par une nuit de pleine lune, je terminai notre entretien par la question: "Quand vous serrez votre femme dans vos bras, le soir, êtes-vous sûr qu'elle existe vraiment?"