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Le Nicaragua

Le pays a été considéré longtemps comme le grenier à blé de l’Amérique centrale. Cependant, aujourd’hui, près de 80% des terres cultivables ne sont pas exploitées. Pourtant, beaucoup de nicaraguayens ont faim.
Le Nicaragua est classé parmi les pays très pauvres et très endettés, sa dette est l'une des plus élevées au monde par habitant. Il souffre de plusieurs maux.
Durant l’époque sandiniste, une guérilla soutenue par la CIA et l'embargo imposé par les Etats-Unis ont contrarié le développement économique.
D'ailleurs, les Etats-Unis ont été condamné par la Cour Internationale de Justice de la Haye à verser 17 milliards de US dollars au Nicaragua pour avoir miné ses ports en 1981 et avoir payé et entraîné des mercenaires afin de ruiner son économie. Les Etats-Unis n'ont toujours pas payé cette somme, ils ne veulent pas reconnaître le jugement. Pendant cette période, l'économie a été soutenue par une aide soviétique et européenne totalisant plus de 20 milliards de dollars. Ce qui n'a pas empêché le Nicaragua de devenir le pays le plus pauvre du continent après Haïti. Avec le changement de régime politique, l'aide soviétique et européenne s'est tarie pour faire place à une aide américaine.
Les Nicaraguayens ont hérité des sandinistes une économie contrôlée à 50 % par l'État. Le nouveau régime a manifesté son intention de réduire le rôle de l'État dans l'économie. Il en résulte certains bénéfices et certains problèmes.
L'agriculture, première ressource du pays, est orientée vers les exportations. Elle représente 30 % du PNB, 30 % de l'emploi et 90 % des exportations. Le maïs, principale culture, occupe 12 % des terres cultivées, tandis que les ventes de café comptent pour 5 % du PNB.
La cueillette du café sur les hauteurs de Managua
Le Nicaragua exporte aussi du coton, du sucre, du tabac et des bananes. Il dispose de nombreuses ressources naturelles peu exploitées: or, argent, cuivre, tungstène, plomb, zinc. Le pays possède aussi de grandes richesses forestières (pins, cèdres, acajous). La pêche est peu développée malgré les 2 façades maritimes et les lacs.
L'agriculture est peu mécanisée. Vous verrez encore beaucoup de paysans qui travaillent la machette à la main et se déplacent à cheval. Les rendements sont donc peu élevés. Pourtant, 50% des terres du pays sont exploitables et le prix élevé des aliments sur le marché mondial (hausse du prix des céréales et des légumineuses) pourrait être une excellente opportunité pour enrichir et libérer les talents de la la population paysanne, historiquement délaissée et maintenue dans l'ignorance afin de contrôler sa dépendance. Mais pour cela, il faudrait investir, promouvoir la formation des gens, les techniques simples de stockage, l'acquisition de tecnnologies raisonnables ou durables; payer la main d'oeuvre afin qu'elle ne s'en aille pas au Costa Rica, accorder la production à la demande (bien que cette dernière puisse être orientée par des programmes d'information) et organiser le transport des produits. Ceci signifie donc organiser un modèle productif et assurer au moins l'autosubsistance nationale. Malheureusement, cela va souvent à l'encontre de la culture traditionnelle puisqu'il s'agit de travailler avec discipline avec des règles claires ainsi qu'à travers une structure souple, loin de la bureaucratie.
Résumé d'un article paru dans "Alternatives économiques" No
229 d'octobre 2004
Au
Nicaragua, la preuve est faite que des OGM ont été introduits à travers
l’aide alimentaire étasunienne. Les techniciens agricoles travaillent
avec les paysans et leur proposent de
nouvelles semences de maïs sans dire pour qui ils travaillent, comme pour
l'organisme PROMESA (Programme d’amélioration des semences).
Les semenciers du lobby pro-OGM pèsent lourds face aux petits paysans et aux coopératives. Ils sont alliés à la classe dirigeante, souvent issue du secteur agro-industriel, comme M. Bolanos, l'actuel Président de la République, qui était représentant de Monsanto au Nicaragua. Elles ont ainsi accès à un marché qui n’offre aucune résistance puisque les paysans ne savent pas ce qu’ils reçoivent, ni les consommateurs ce qu’ils achètent puisque les informations leur sont difficilement accessibles.
Les
agents du Ministère de l’Agriculture ont mis au point un programme d’échanges
de semences naturelles contres des semences « améliorées ». Au
bout d’une année, leurs revenus n’étaient pas assez important pour
qu’ils puissent racheter de nouvelles semences. En ce qui concerne la
fourniture des premières semences, il s’agit d’une modeste contribution en
échange de la création d’un marché captif sous couvert d’aide à la
production.
M.
Jacobo Duarte de la Fenacoop (Fédération nationale des coopératives) le dit :
"Comment expliquer les manipulations génétiques à des paysans illettrés ?
Ils ne comprennent pas le brevetage du vivant et les risques de dépendance économique
qui en découlent".
Tout d’abord, il n’y a pas d’industrie, ou très peu. Ce qui est produit est exporté sans être transformé. Le maïs en grain est vendu au Costa-Rica qui revend au Nicaragua la farine de maïs. Le café est exporté tel quel, le poisson est pêché, congelé, exporté au Salvador qui le revendra au Nicaragua mis en boîte de conserve. Bref, le Nicaragua ne produit pas de valeur ajoutée. Cela provient d’une longue tradition, le pays est contrôlé économiquement par une oligarchie de propriétaires terriens. Ils tirent une rente de leurs terres, de leur bétail, mais ils n'investissent pas.
Technologie soutenable
Personne ne doute que nous sommes un pays pauvre et hautement endetté. Pauvre pour les bas niveaux de production, ce qui est en relation avec la technologie employée. Hautement endetté pour la dépendance technologique, les matières premières et les sources d'énergie.
Il faut différencier la technologie appropriée et la technologie propre. La technologie appropriée cherche à résoudre des problèmes basiques, créer des sources de travail avec des matériaux et des habiletés locales ainsi que peu d'investissement en capital. Les technologies propres demandent plus de capital et des connaisances et des habiletés dont nous ne disposons pas.
L'offre de technologie appropriée inclu construire des équipements et outils avec des matériaux disponibles localement et des habiletés basées sur l'initiative et la participation des personnes du lieu afin de satisfaire les nécessités locales plus efficacement tout en respectant les traditions et la culture locale.
Ce type d'options technologiques permet de s'adapter au haut degré d'autonomie paysanne et générer le développement de la petite entreprise et ainsi réduire la dépendance du pays tout en augmentant la production. En fin de compte, il permet de sortir de la pauvreté et de l'endettement.
Sous la dictature, près de 50% de la population ne savait ni lire ni écrire. De grandes région manquaient d’école (le rio San Juan comptait 98% d’analphabètes). Durant l’époque sandiniste, un effort constant a été fourni dans le domaine de l’alphabétisation et en 1990, le taux d’analphabétisme était tombé é 12 %. En 2006, il était remonté a plus de 40 %. Ceci s’explique par le fait que la classe dirigeante est issue des grands propriétaires terriens. Ce qui compte est le force de travail des ouvriers agricoles et non leur savoir. D’ailleurs, des formules expriment bien cela : « Un indien qui sait lire est un indien perdu », « Si les pauvres apprennent à lire, qui va nous cirer les chaussures ?». Or, si des ouvriers ignorants sont dociles, ils produisent peu et mal. C’est là un problème qui entrave le développement du Nicaragua. Aujourd'hui, le taux est redescendu, mais la qualité n'est pas au rendez-vous. Bien que de nombreuses personnes sachent "lire", souvent elle comprennent mal ce qu'elles lisent.
Vous pouvez parrainer un enfant en lui permettant d'être scolarisé.
Le taux d’inflation tourne autour de 6% par an.
La croissance économique oscille entre 2 et 5-6% par an.
Le taux de chômage est extrêmement élevé, dans certains quartier il peut atteindre 60-70% de la population active.
Il n’y a pratiquement plus de classe moyenne et la classe riche, environ 7% de la population possède une grande partie du pays.
Sachez que le salaire minimum est de 60-150 US $, quand la personne a un emploi. Dans l’économie informelle ou comme journalier (paysan sans terre), c’est encore moins.
La politique économique peut se résumer ainsi : l'idéal du "commerce libre" consiste à produire bon marché ce qui ne se consomme pas sur place et d'importer pour consommer cher ce qui ne se produit pas sur place.
Les retraites sont donc symboliques. Pour survivre dans leur vieillesse, les parents ont de nombreux enfants, surtout dans les milieux pauvres, sans salaire fixe. Les enfants prendront en charge leurs parents lorsqu’ils ne pourront plus travailler.
Le système de retraite par répartition est en train d’être modifié par un système par capitalisation.
Le Nicaragua accueille l'investissement étranger à bras ouverts. Ce sont surtout les entreprises taïwanaises qui s'y sont délocalisées. Ces usines s'appellent les maquiladoras.
Selon les directives de la Banque Mondiale, du FMI et de l'OMC, l'Etat nicaraguayen privatise tout ce qui peut l'être : téléphone, électricité, eau, ainsi qu'une partie de l'éducation. Une société espagnole, Union Fenosa, a acheté la société nationale d'électricité. Depuis, les tarifs ont doublé, des manifestations ont eu lieu car de nombreuses familles n'arrivent plus à payer leurs factures.
Par cette politique, le gouvernement espère obtenir une remise partielle ou totale de la dette externe du pays. Il n'a encore pratiquement rien obtenu, bien que cette dette soit une des plus importante au monde par habitant. A ce sujet, lire un document qui renverse notre vision de la dette latinoaméricaine.
Le système de santé publique et d’enseignement publics sont dans un état précaire. Pour expliquer son absence de politique économique, le gouvernement dit que les caisses sont vides.
En juillet 2005, les assemblées étasuniennes ont approuvé le CAFTA, la zone de libre échange des Amériques. Le Nicaragua en fait partie. Dès que ce traité entrera en vigueur, les paysans nicaraguayens pourront-ils lutter à armes égales avec les agriculteurs étasuniens sur-subventinnés par leur Etat ?
Le nouveau gouvernement de M. Ortega s'oppose au CAFTA et lui préfère l'ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques) que propose M. Chavez, le président vénézuélien.
Le Nicaragua pâtit d'une faiblesse énergétique. La production d'électricité est insuffisante. Les coupures sont fréquentes. Cette faiblesse est dûe en grande partie au fait que, sous la férule du FMI, l'électricité a été privatisée sous un gouvernement antérieur et que les compagnies qui produisent et distribuent l'électricité n'ont aucun intérêt à posséder des surcapacités de production (cela coûte cher). L'inconvénient, c'est qu'en cas de pic de la demande, elles sont incapables d'avoir l'offre correspondant à cette demande. La coupure est inévitable. Tous les pays qui ont privatisé l'électricité en sont victimes (Californie en tête). Par ailleurs, le prix de ce bien est extrêmement élevé pour la population.
Dernièrment, cette situation s'est nettement améliorée. Le gouvernement a construit de nombreuses usines de production électrique et plusieurs barrages sont projetés ou déjà en construction. En 2011, ce problème semble définitivement réglé. Nous n'avons pas vu une seule coupure de courant.
Par ailleurs, le pays connaît actuellement (2010 - 2011) un certain boom de ses exportations, surtout des produits agricoles. Cela se traduit, en partie, par une diminution de la grande pauvreté, le pays disposant, par là-même, de plus de moyens.
En 2013, un accord a été signé entre le gouvernement et la société chinois HKND. Cet accord a été approuvé par l'Assemblée nationale. Pour un investissement de 40 milliards de US dollars, cette société propose le percement d'un canal qui reliera la mer des Caraibes (non loin de Bluefields) à l'océan Pacifique (près de Rivas) en suivant le lit de fleuves et en traversant le lac Cocibolca. Une concession de 50 ans est accordée à HKND. Ce canal sera capable d'accueillir des bateaux d'un tonnage supérieur à ce que pourra offrir le canal de Panama après son élargissement. Ce canal sera doublé par une voie ferrée et un oléoduc. A chacune des extrémités il y aura un port et une zone franche.
Ce chantier soulève plusieurs problèmes : des dégâts écologiques irréversibles (destruction de forêts et contamination du lac Nicaragua, une source d'eau potable pour toute la région), l'expropriation de terres dont certaines appartenant aux indigènes). Les retombées économiques escomptées ne seront pas obligatoirement au rendez-vous en raison du manque de préparation de la population en général.
Extraits d'articles parus dans El Nuevo Diario en février 2004
Des trafiquants de dettes externes prétendent nous ôter 276 millions de dollars.
Des compagnies comme LIC Investments, Inc. (de la ville de Delaware, USA), GP Hemisphere Associates, LL (Delaware, USA) et Van Eck Emerging Markets Opportuniy Funds, LP (también de Delaware, USA) ont achetés nos dettes aux USA à 4 centimes pour chaque dollar et veulent aujourd'hui faire d'énormes affaires.
Elles ont gagné leurs plaintes et poursuivent nos avoirs comme nos lignes aérienness, consulats ou ventes d'actifs des compagnies de téléphone. De plus. le Nicaragua devra payer les frais de justice et tant que le pays ne paye pas, ces sommes généreront des intérêts.
Ces compagnies ont refusé l'offre du Nicaragua de racheté ces dettes au double du prix qu'elles les ont payées. Elles entendent ainsi gagner 1 dollar pour chaque 4 centimes de dollars dépensé.
Jusqu'à présent, les actions de ces sociétés contre le Nicaragua ont échoué, mais on peut être sûr qu'elle continueront.
(Durant la période 1980 à 1985, les USA ont dépensé des centaines de millions de dollars pour financer, entrainer et armer les mercenaires de la Contra. Celle-ci détruisait les bases de l'économie nicaraguayenne. Pour ces faits, les USA ont été condamnés par la Cour Internationale de Justice de La Haye à payer 17 milliards de dollars au Nicaragua à titre de réparation. Les USA refusent toujours de reconnaître ce jugement. Note du ouèbemaster).
Le marché de l'eau
Le réseau de défense des consommateurs a avisé que le gouvernemnt des Etats-Unis continue d'insister pour que le Nicaragua "libère" le marché de l'eau et ainsi le convertir en un grand négoce pour ses multinationales.
L'eau sera la cause de futurs conflits. Sa rareté dans le monde est
évidente, ce qui fait espérer de grands bénéfices pour ces compagnies.
La remise de nos avantages géostatégiques
Durant la période de négociation de l'accord de Libre Echange Etats-Unis Amérique Centrale, le représentant étasunien, Monsieur Robert Zoellick a répété que ce traité n'est pas un droit, mais un privilège. C'est ce que les oligarchies locales ont répété, c'est un privilège que d'avoir accès au plus grand marché du monde, que l'Amérique Centrale est insignifiante pour les Etats-Unis et donc qu'il faut accéder aux demande ce ces derniers. Cette vision oligarchique miope, a ignoré la meilleure carte ce l'Amérique Centrale, ses attributs géostratégiques qui acquièrent une importance sans précédent dans la dynamique de la globalisation.
Tout d'abord l'obsolescence du canal de Panama si on prend en compte que le futur grand développement des transports maritimes se fera de l'est des USA vers l'Asie.
Ensuite, l'Amérique Centrale est un trésor de biodiversité. Avec 0,5 % de la superficie de la planète, elle en possède 7% de la biodiversité, le second au monde après l'Amazonie, plus que tous les Etats-Unis.
Une réserve en eau (incluant l'eau souterraine) 6 fois supérieure à ce que possède les Etats-Unis.
Lamentablement, lors des négociations du TLC, ces avantages ont été servis sur un plat d'argent aux multinationales, surtout étasuniennes, sans aucune contrepartie.
Comme dans presque tous les pays d'Amérique latine, l'ambassadeur des USA au Nicaragua décide de tout ce qui est important, surtout lorsque entre en jeu l'intérêt d'une multinationale étasunienne. Le gouvernement nicaraguayen ne fait rien sans son avis et son acceptation. L'ambassadeur des USA agit comme un vice-roi, comme le représentant de la métropole dans une colonie d'un nouveau genre. C'est pour avoir voulu rompre brutalement avec cette habitude que le gouvernement révolutionnaire des années 80 s'est fait attaqué par des troupes de mercenaires payées, équipées et entraînées par Washington. Voir un exemple aujourd'hui.
L'utilisation du bois comme source d'énergie pour cuisiner est un véritable désastre pour la nature, prévient M. Jaime Incer Barquero. Uniquement à Managua, la population continue de brûler du bois pour cuisiner. 12 millions de dolars US partent ainsi en fumée alors que d'autres énergies sont disponibles et que les zones d'approvisionnement sont toujours situées plus loin et que leurs superficies diminuent. Il s'agit d'un changement culturel qui doit être envisagé, car la raison principale de ce gaspillage provient du fait que de nombreuses personnes continuent de croire que la cuisson au bois des aliments leur donne un meilleur goût. M. Barquero demmande qu'une partie des impôts perçus sur l'essence et le fuel soit utilisée pour des projets de réforestation, sinon le bois pour cuisiner va devenir un luxe puisqu'aucune reforestation ne se fait spontanément par ceux qui coupent des arbres, légalement ou illégalement. Avec la Fondation qu'il dirige, M. Barquero espère promouvoir partout des plantations de nouvelles forêts pour recréer du bois de cuisine. Actuellement, plusieurs projets sont entrés en fonction, des pépinières sont en fonction à La Paz Centro (entre Managua et Leon) pour créer des forêts qui approvisionneront les fours à briques et à poterie, ainsi que dans la région de San Rafael del Sur (entre Managua et Pochomil) pour les travailleurs de la chaux.