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Lorsqu’on parle d’empreinte, on fait référence à une surface, celle que l’homme marque dans la terre avec ses semelles. Il y a aussi l’idée que cette surface est irrémédiablement « dénaturée », voire détruite, que la nature originelle est « perdue ». C’est ce qui transparait derrière l’idée d’empreinte écologique. La Suisse a semble-t-il fait acte de pionnier et on note une première publication officielle en 2006 qui résulte d’une collaboration avec le « Global Footprint Network » (GFN) de M. Wackernagel, créateur d’un réseau privé de chercheurs qui a développé cette approche depuis les années 1990.
Dans son message relatif à l’initiative populaire intitulée « économie verte » (le contre-projet a été enterré et l’initiative repoussée en 2016), le Conseil fédéral donne en 2014 une bonne description de la méthode :
L’empreinte écologique calculée d’après la méthode de Wackernagel traduit en un seul chiffre l’atteinte globale causée par l’homme à l’environnement, en estimant la surface (théorique) nécessaire pour produire les biens consommés par l’homme et pour absorber les émissions générées par cette production. A titre d’exemple, l’empreinte écologique d’une denrée alimentaire correspond à la surface de terre agricole utilisée pour sa culture, à laquelle s’ajoute la surface nécessaire pour absorber les émissions de CO2 générées par la production et le transport. (Conseil fédéral 2014, p.1768).
Dans le calcul de l’empreinte carbone – ou plus largement dans celui des gaz à effet de serre (GES) – on retrouve deux éléments fondamentaux : d’abord le passage d’une logique de production à celle de consommation, ensuite le recours à la modélisation. De manière générale la politique climatique est basée sur une approche de la production dans la mesure où les gouvernements ne s’engagent que sur quoi ils ont prise directe au sein de leurs frontières. Par contre la discussion publique s’oriente davantage vers la consommation et donc inclut les importations en écartant simultanément les exportations. En général nos connaissances sur le contenu de nos importations en termes de GES est plutôt lacunaire. Il faut aussi tenir compte de la complexité des chaînes de production et d’approvisionnement au niveau international. A titre d’illustration, l’empreinte carbone d’un véhicule automobile importé en Suisse ne va pas seulement dépendre de sa consommation de carburants mais aussi des émissions provenant de la production de l’acier qui a servi à construire son moteur. C’est pour cela que les statisticiens doivent utiliser les tableaux d’entrée sortie qui relient les différentes branches économiques et les pays entre eux avec leurs différents contenus en termes de GES. Donc ces calculs ne reposent pas sur des relevés directs mais se base sur des statistiques grossières, souvent anciennes ou résultant d’estimations sur la base de modèles économétriques.
L’Organisation de coopération et de développement économique, l’OCDE, a développé de tels modèles et propose une analyse par pays très intéressante. On s’aperçoit ainsi que la Suisse occupe une place particulière : En termes d’émission par tête en ce qui concerne la consommation notre pays occupe le 7ème rang après les pays les plus gourmands comme l’Arabie Saoudite ou les USA. Par contre notre score au niveau de la production est parmi les meilleurs, ce qui s’explique par l’absence d’industrie lourde et par une production électrique basée sur l’énergie hydraulique et atomique.
L’Office de la statistique (OFS) ne s’est pas contenté de publier les données du GFN mais a calculé les émissions de la Suisse en termes de GES non seulement au niveau de la production mais aussi de la consommation. Une courte note publiée en 2018 décrit la méthode et fournit des premiers résultats.
L’OFS y remarque que « plus de 60% de l’empreinte gaz à effet de serre de la Suisse est générée à l’étranger » Les émissions de 116,2 millions de tonnes d’équivalents CO2 estimées par l’OFS en 2015 ne sont pas très éloignées des estimations de l’OCDE. Ce qui est particulièrement intéressant est de se pencher sur les choix méthodologiques retenus par nos statisticiens fédéraux. Il y a en fait trois hypothèses en ce qui concerne le contenu en GES des importations :
- Le Domestic Technology Assumption (DTA) qui suppose que le contenu carbone des importations est équivalent à celui des exportations. C’est notamment le choix de l’Union européenne pour calculer l’impact de ses importations.
- Le European Technology Assumption (ETA) qui postule que le contenu des importations est obtenu sur la base d’une moyenne des exportations européennes.
- Le World Technology Assumption (WTA) qui cherche à varier le contenu carbone des importations en fonction de leur continent ou pays de provenance. C’est le choix des statisticiens suisses qui péjorent les résultats lorsque, par exemple, ces importations sont en provenance de Chine.
La figure montre que le choix de l’hypothèse a une influence très importante sur le résultat. Si la Suisse appliquait la teneur de ses propres exportations (DTA), le résultat final ne serait que très peu différent car les exportations ont une teneur faible par rapport à la production pour la consommation intérieure. En faisant l’hypothèse d’une référence européenne (ETA), on arriverait à des chiffres beaucoup plus importants car l’industrie européenne contient au contraire de la Suisse des branches très gourmandes en CO2. La variante choisie (WTA) va encore plus loin et ajoute une teneur encore plus élevée pour les importations en provenance de pays non européens. L’OFS a bien publié certains détails des calculs matriciels et des formules utilisées mais n’a nulle part expliqué quelles sources il avait utilisé pour mesurer le contenu en CO2 des importations non européennes.