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De l’utilité d’apprendre à bien tracer les lettres
a) Ecriture et lecture
L’apprentissage du tracé de lettres est étroitement lié à l’apprentissage de la lecture. La lecture et l’écriture se développent en parallèle et s’influencent mutuellement. En effet, la lecture et l’écriture se fondent au début de l’apprentissage sur un ensemble de connaissances et de processus communs ou en très forte interaction, comme par exemple les connaissances du système alphabétique. Dès le début de l’apprentissage de l’écrit, les enfants pourraient se servir des représentations motrices des lettres pour construire leurs représentations visuelles. Ainsi, Naka (1998) montre, chez des enfants japonais de troisième et de cinquième années de primaire, que la mémorisation de lettres est meilleure lorsque les enfants les apprennent en les écrivant que lorsqu’ils les voient. Il montre également que c’est l’utilisation du geste moteur qui permet une meilleure mémorisation et non pas l’apprentissage du sens de production des traits. En effet, même lorsque les enfants écrivent les lettres dans le sens inverse ou produisent les traits dans un ordre aléatoire, ils les mémorisent mieux que s’ils les voient simplement. Dans le même sens, Longcamp et al. (2005) ont fait apprendre à des enfants de maternelle, âgés de 3 à 5 ans, 12 lettres majuscules, soit à partir d’exercices d’écriture manuscrite, soit à partir d’exercices d’écriture au clavier. Les enfants ont été évalués au moyen d’un test de reconnaissance de lettres, qui consistait à discriminer les lettres étudiées parmi des distracteurs de trois types ; des lettres en miroir, des lettres ayant la même orientation mais la mauvaise forme (parties enlevées), et des lettres ayant la mauvaise orientation et la mauvaise forme. Les résultats montrent que la reconnaissance des lettres est meilleure quand les enfants les ont appris en utilisant l’écriture manuscrite. Cette amélioration est due à une diminution des erreurs de perception des lettres en miroir. Les auteurs concluent que la perception visuelle des lettres est facilitée si on y associe la perception kinesthésique. Renforcer les liens entre ces deux compétences (perceptives et motrices) améliorerait la mémorisation des lettres et pourrait permettre de favoriser la compréhension du principe alphabétique chez les jeunes enfants. Les méthodes multisensorielles s’appuient sur l’existence d’un lien fort en l’écriture et la lecture et supposent que renforcer ce lien permettrait d’améliorer les compétences en lecture des enfants.
b) Ecriture de lettres et production de textes
Les différents niveaux de la production écrite (production de lettres, de mots, et de phrases) sont interdépendants et s’influencent mutuellement. Le fonctionnement des différentes composantes de l’écriture s’effectuerait en temps réel lors de la production de textes, sous la contrainte d’une capacité limitée de traitement. Ainsi, l’élaboration du contenu, la réalisation textuelle et la transcription puiseraient dans les mêmes ressources cognitives. Plusieurs études mettent en évidence le « coût cognitif » du processus grapho-moteur et les interférences qu’il induit sur les processus de construction et de génération des textes écrits. Ainsi, la qualité d’un texte est meilleure quand les enfants dictent leur production à une autre personne que lorsqu’ils l’écrivent eux-mêmes (Graham, 1990). De même, les enfants parviennent mieux à rappeler l’information et à produire des phrases à l’oral qu’à l’écrit (Bourdin et Fayol, 2000). Le processus de transcription du langage oral à l'écrit demanderait un coût cognitif important aux enfants et donc interfèrerait avec le processus de composition de texte. Les études qui évaluent les effets des entraînements sur le niveau d'écriture permettent également de mettre en évidence un lien entre le tracé de lettres et la production de textes. Ainsi, Graham, Harris, et Fink (2000) ont évalué les effets d’une instruction supplémentaire sur les performances en tracé de lettres et en composition de textes chez des enfants de 1ère année d’école élémentaire ayant des difficultés d’écriture (écriture lente, difficultés dans la production écrite de textes). L’entraînement était composé de quatre activités. Les enfants chantaient l’alphabet en même temps qu’ils pointaient les lettres correspondantes. Puis, ils devaient tracer la lettre à partir d’un modèle dessiné sur une carte (la lettre était présentée avec des flèches pour indiquer le sens de l’écriture). Ils devaient ensuite copier une phrase contenant plusieurs exemplaires de la lettre-cible. Enfin, ils apprenaient à écrire la lettre d’une manière inhabituelle (longue et grande, courte et large) ou à l’utiliser comme partie d’un dessin. Les performances du groupe expérimental étaient comparées aux performances d’un groupe-contrôle qui recevait un entraînement phonologique. Les résultats montrent que les enfants du groupe expérimental ont obtenu de meilleures performances pour nommer et écrire les lettres que ceux du groupe-contrôle, immédiatement après l’entraînement et 6 mois plus tard. Ils présentent également de meilleures performances en composition de textes (mais essentiellement pour la rapidité de production écrite).
En résumé, ces expériences suggèrent que les aspects liés à la programmation et à l'exécution motrice (évalués par exemple par la vitesse du tracé de lettres isolées) sont liés de manière causale aux aspects de composition et de génération de textes écrits, et soulignent l’importance pour l’enfant d’acquérir un tracé fluide et automatique.