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Terragni et Sartoris à Côme, capitale du Rationalisme italien
L’exposition « Terragni e Sartoris a Como capitale del razionalismo italiano – 1926/1943 », inaugurée le 2 décembre 2023 à 18h00 à Côme, dans l’ancienne église de S. Pietro in Atrio, est le fruit d'une collaboration entre les Archives de la construction moderne de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’association culturelle MADEinMAARC, la Ville de Côme, et l'Archivio Terragni. En explorant la relation entre ces deux maîtres de l’architecture moderne, le parcours narratif de l’exposition touche à des moments-clés de l’histoire de l’architecture moderne à travers de nombreux plans et documents d'archives, dont la plupart provient du fonds Alberto Sartoris des Archives de la construction moderne, ainsi que par la présentation de maquettes originales réalisées par l'Atelier des Maquettes de l'EPFL.
Bien que le rationalisme soit un courant architectural historique conclu, la rationalité en architecture est un concept qui suscite toujours de questionnements. Le rationalisme italien des années 1930 s'est efforcé d’allier les exigences fonctionnelles, constructives, et économiques à une quête spirituelle d'équilibre, incarnée par l'agencement harmonieux des formes géométriques. Dans le contexte contemporain, quelle serait la rationalité en architecture ?
Né à Turin en 1901, Alberto Sartoris est destiné à devenir l'un des protagonistes les plus controversés de l'architecture moderne italienne en tant qu'architecte, théoricien, critique et, non des moindres, polémiste. Il se forme à l'École des beaux-arts de Genève et il montre bientôt un intérêt marqué pour la géométrie descriptive et la création de compositions basées sur des volumes géométriques élémentaires, ainsi que l'étude de l'architecture classique qu'il approfondit par le dessin, employant les techniques de copie et de reconstruction interprétative.
Giuseppe Terragni, figure emblématique du Rationalisme architectural italien, est né à Meda (près de Monza) en 1904. Diplômé en Architecture et en décoration perspective du Regio Istituto Tecnico Superiore de Milan, qui deviendra le Politecnico, en 1926, il manifeste dès son jeune âge un intérêt prononcé pour les arts plastiques et l'architecture du passé, de même que pour la peinture.
Alors que Terragni fait ses études à Milan, Sartoris travaille à Turin où, à côté de son mentor Annibale Rigotti, il côtoie des artistes avant-gardistes et des mécènes engagés dans le développement de l'art et de l'architecture moderne en Italie. Sartoris semble explorer, dans cette période de sa vie, des voies différentes, bien que proches, fréquentant à la fois les Futuristes et les Rationalistes, ainsi que Felice Casorati. Terragni, quant à lui, opte rapidement pour une démarche plus déterminée et univoque. Il participe à la fondation du Gruppo 7 en 1926 avec Luigi Figini, Guido Frette, Sebastiano Larco, Gino Pollini, Carlo Enrico Rava, Ubaldo Castagnoli, et plus tard Adalberto Libera. Ensemble, ils seront les pionniers du mouvement du Rationalisme en architecture en Italie, auquel Terragni demeurera dévoué tout au long de son existence.
C'est précisément dans ce contexte, autour de discussions sur les enjeux majeurs du renouveau architectural italien, que Terragni et Sartoris se rencontrent en 1927. Des divergences sur la contribution italienne aux Congrès internationaux d’architecture moderne, CIAM, les conduisent à prendre leurs distances pendant quelques années. Ils se rapprocheront toutefois au milieu des années 1930, réunis par une profonde convergence d'idées, de desseins et d'avancées professionnelles.
Parcourir l'histoire de la relation entre Terragni et Sartoris s'étendant sur une période d’un peu plus de quinze ans, nous invite à réfléchir sur plusieurs moments décisifs de l'histoire de l'architecture moderne italienne, ce que cette exposition se propose de faire. En s'ancrant dans l'héritage incontournable des visions architecturales et urbanistiques de l’enfant de Côme Antonio Sant’Elia, et en traversant à la fois les dynamiques des CIAM et l’intense activité éditoriale et journalistique de Sartoris, le parcours narratif mène à explorer les réalisations professionnelles conjointes des deux architectes entre 1937 et 1943, notamment les projets du quartier satellite ouvrier de Rebbio et les logements sociaux de Via Anzani à Côme.
Ces années représentent l'apogée de la collaboration intellectuelle et professionnelle entre Terragni et Sartoris. Mais elles coïncident aussi avec la période la plus sombre de l'histoire italienne du XXe siècle, marquée par l’adoption des lois raciales et par des campagnes de haine qui touchent violemment le domaine de l'art et de l'architecture, conduisant de nombreux protagonistes à commettre des fautes historiques, certaines payées de leur vie.
L'ombre funeste projetée par ces événements ne doit toutefois pas éclipser la vision architecturale léguée par Terragni et Sartoris, dont les réflexions demeurent d'une pertinence toujours actuelle. Une architecture qui trouve sa raison d’être dans le besoin, qui se concrétise en structures composées d'éléments strictement nécessaires et assemblés selon une logique rigoureuse, s’inspirant de la mécanique des machines. Elle doit cependant, aussi et surtout satisfaire le besoin spirituel d'harmonie inhérent à l'être humain, au point de considérer la beauté comme une fonctionne essentielle et incontournable de l’œuvre architecturale.