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Loger les humains ou les légumes ?
A Genève, le taux de vacance des appartements (autrement dit : le taux de logements disponibles) est dix fois inférieur à celui qui serait nécessaire pour seulement équilibrer l'offre et la demande de logements, on construit chaque année 1000 logements de moins qu'il faudrait pour seulement répondre à l'augmentation de la population et maintenir la crise à son niveau actuel, et ce déficit est cumulatif d'une année sur l'autre. Les loyers grimpent (de 60 % en dix ans), les « congés-ventes » réapparaissent, la spéculation immobilière produit des plus-values gigantesques... Quant à la logique du développement régional, elle consiste à exporter la population à la périphérie et à importer les emplois au centre, en multipliant les mouvements pendulaires entre l'une et l'autre -et donc en aggravant la circulation automobile et son cortège de nuisances. Le vote cantonal genevois du 15 mai prochain sur le déclassement de terres agricoles dans la Plaine de l'Aire s'inscrit dans ce contexte de crise du logement et de crise du développement régional : que faire des espaces disponibles, notamment des zones agricoles qui occupent la moitié du territoire genevois ? Y loger les humains, ou les légumes ?
Quand un peu d'instinct de classe ne mésiérait pas à la gauche
La crise du logement qui frappe Genève ne trouvera pas sa solution en Ville de Genève, ni dans les grandes communes voisines : la commune centrale est déjà, et depuis toujours, la commune la plus densément peuplée de Suisse, ce qui ne l'empêche pas d'avoir mis à disposition en quatre ans le quart de tous les nouveaux logements du canton alors qu'elle ne représente qu'un quinzième du terrttoire cantonal. Les deux tiers de la production de logements nouveaux en 2009 ont été concentrés en Ville et dans les grandes communes contigües. « Construire la ville en Ville » a été une politique indispensable dans les années quatre-vingt et Genève a été la première « grande » ville de Suisse à regagner la population perdue dans les années soixante et septante, puis à continuer à l'accroître, quand Zurich, Bâle, Berne et Lausanne continuauent à se dépeupler. Cette période est désormais close, la Ville est pleine, et sauf à vouloir empiler des logements par surélévation du bâti existant et surdensification des quartiers déjà les plus densément peuplée, la solution à la crise passe par des projets hors de la ville, des projets auxquels il reste à donner un véritable contenu social et environnemental (urbanistique, en somme), aux Communaux d'Ambilly, aux Vergers, à la Chapelle-les-Sciez, aux Cherpines, dans le périmètre Praille-Acacias-Vernets... des projets dont la condition préalable est toujours la même : le déclassement de zones agricoles et de zones villas. Il faut en effet inverser le mouvement qui s'est opéré depuis des dizaines d'années, et désormais en exporter les bureaux pour rapatrier des logements, en s'assurant que les logements créés sur les espaces résiduels en Ville, soient des logements « sociaux », c'est-à-dire répondant aux besoins réels de la population la plus durement frappée par la crise du logement, la population aux ressources financières les plus modestes. Hors de la Ville, si l'espace est moins chichement mesuré, le problème, fondamentalement, reste le même, et les conditions de sa solution les mêmes : la maîtrise du foncier, le déclassement de zones villas et de zones agricoles (qui occupent plus de la moitié de l'espace disponible du canton), la construction de logements sociaux. Nous ferons campagne avec le Rassemblement en faveur du politique sociale du logement, avec les syndicats, avec la JS, pour le déclassement de la zone agricole des Cherpines et des Charrottons. Parce nous nous refusons à ne faire de la défense du droit au logement qu'une posture rhétorique. Et que la gauche en général (et, s'agissant du vote du 15 mai, le PS, unique parti de gauche défendant le « oui ») est seule à pouvoir conjuguer deux impératifs : d'abord, parce qu'il y a urgence, la concrétisation du droit au logement, ensuite la défense d'une agriculture de proximité - mais d'une proximité qui ne soit pas confinée dans les frontières de 1815 mais s'étende, comme la réalité sociale elle-même, à toute la région,. Le 15 mai, on ne votera pas sur un projet, pas plus sur celui de Mark Muller que sur n'importe quel autre, mais sur la condition préalable à tout projet de construction de logement, : le déclassement d'une zone agricole. De sorte que voter « non », c'est forcément voter pour laisser les choses en l'état et la zone agricole aux légumes, comme, ailleurs, d'autres se battent pour laisser la zone villa aux propriétaires de villas. Chaque année, la population genevoise augmente : en 2010, le territoire de la République a accueilli 6400 habitant-e-s supplémentaires, dont les deux tiers par immigration. Si la raison ne suffisait pas à faire approuver le déclassement de terres agricoles pour y construire des logements, un zeste d'instinct de classe devrait y contribuer : qui, aujourd'hui, souffre le plus de la crise du logement dans laquelle s'enfonce Genève ? les propriétaires de villas, les paysans, ou les « couches populaires » ?