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Questions - Réponses
Société
Pourrait-on penser que les hyksôs ont été chassés d'Egypte militairement par la 17ème dynastie, mais qu'une partie des civils hyksos sont restés prisonniers en otage et ont été (exceptionnellement) réduits en esclavage jusqu'à ce que la 19ème dynastie les libère?
Réponse de Youri Volokhine
Historien des religions et égyptologue
Université de Genève
Le problème du destin des Hyksôs est un vieux problème, sur lequel la recherche actuelle tend à être aussi prudente que possible, car nos connaissances évoluent avec l'archéologie. Je réponds en trois points:
1) L'expulsion des Hyksôs est plus un motif de la tradition ultérieure (Manéthon / Flavius Josèphe) qu'un reflet précis des événements. Il faut faire la part des choses entre la "propagande" royale - les rois thébains – et de l'élite égyptienne (par exemple: inscriptions d'Ahmès à El-Kab), et la réalité du terrain dans le delta oriental. Ainsi, les fouilles les plus récentes sur le site d'Avaris (Tell el-Dab'a) la "capitale des Hyksôs", tendent à montrer une continuité culturelle jusqu'à la XVIIIe dynastie au moins. A tout le moins, la région est un lieu d'échanges entre l'Egypte, le Levant, et aussi le monde minoen. Le problème principal est que le site de Tel el-Dab'a (Hout-ouaret) disparaît des radars, si j'ose dire, vers le début de la XVIIIe dynastie. Récemment, l'archéologue Manfred Bietak a proposé que cette disparition pourrait ne pas vraiment en être une, et reprenant une idée formulée jadis, émet l'hypothèse que la fameuse ville portuaire de Perou-nefer, parfois située plus au sud vers Memphis, soit en fait la désignation actualisée du site. Ceci étant bien soutenu par le fait que Perou-nefer est liée à l'apparition en Egypte, dans le sillage de la politique royale d'Amenhotep II, des cultes cananéens (dont celui de la déesse Astarté). En outre, l'émergence ramesside de la capitale royale de Pi-Ramsès, non loin d'Avaris, sur le site de Quantir, tend encore à confirmer une continuité dans ce cette région. En bref, "l'expulsion des Hyksôs" n'est pas pleinement confirmée par l'archéologie.
2) La question de "l'esclavage" en Egypte est délicate: le travail forcé y existait, notamment pour les prisonniers de guerre, mais aucun document ne permet de découvrir ni un esclavage réel (traite, esclave-marchandise, etc.), ni la soumission d'un groupe ethnique entier: ceci est essentiellement le fruit de l'imaginaire biblique.
3) Aucun document de la XIXe dynastie ne mentionne un événement tel que "la libération des Hyksôs", ou de tout autre groupe analogue. En revanche, les souverains ramessides sont liés à la région du delta oriental, et témoignent de leur piété envers une forme particulière du dieu égyptien Seth, un Seth-Baâl ouest-sémitique, produit possible d'une synthèse religieuse égypto-orientale.
14 décembre 2017
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