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Azo do gbèhou
(expression en fon, une des langues du Bénin)
Des réseaux de compétence au service de la recherche et de la formation
Le manque d'autonomie de la recherche : handicap pour un développement durable
Plus que toute autre région du monde, l'Afrique subsaharienne souffre d'un manque d'autonomie en matière de recherche scientifique et de formation. Cette lacune est rarement perçue comme l'une des causes du recul socio-économique des pays africains; bien au contraire, la pensée dominante dans beaucoup de milieux africanistes considère la recherche et la formation supérieure comme un luxe dans des pays en lutte pour la subsistance.
Cette manière de penser qui découle de sentiments nobles (il faut parer au plus pressé!) est aussi une des conséquences de la nature extravertie de la recherche et de la formation supérieure dans la plupart des pays africains.
En effet, dans ces pays, la recherche a longtemps répondu à des préoccupations des économies du Nord qui en assuraient le financement donc le contrôle. Ainsi, autrefois, la recherche agronomique par exemple, visait essentiellement à améliorer les cultures d'exportation (café, coton, cacao, oléagineux, etc.).
Aujourd'hui, la situation n'a pas fondamentalement changé; les cultures de rente restent une dominante des économies africaines et dans la plupart de ces pays, la recherche est toujours en grande partie financée de l'extérieur et enserrée dans des réseaux dont les pôles principaux se situent dans les pays industrialisés. La principale conséquence de cette situation est la focalisation de relations et échanges scientifiques inégaux entre les périphéries et le centre et la difficulté pour les pays africains à constituer des réseaux solides de compétences axés sur les besoins réels de leurs sociétés.
La mondialisation de l'économie, tant proclamée, et son corollaire, l'intégration plus grande des économies africaines au marché international ne modifiera pas sensiblement cette situation si des mesures volontaristes ne sont pas mises en oeuvre. En effet, la fameuse théorie des avantages comparatifs est de nature à renforcer les inégalités entre les économies à grande valeur ajoutée et les pourvoyeurs de matières premières que sont beaucoup de pays africains; la délocalisation d'activités économiques profitera surtout, de manière durable, aux pays du Sud qui auront réussi à mettre en oeuvre une formation efficace leur permettant d'accéder à un niveau plus élevé de production de biens et services pour satisfaire aussi bien la demande intérieure que l'exportation. La durabilité de l'évolution socio-économique dans les pays du Sud ne peut en effet, reposer entièrement sur la satisfaction de demandes extérieures dont la persistance n'est pas assurée; la capacité à répondre aux besoins des populations, en grande partie avec une production indigène compétitive reste un enjeu majeur.<>
L'extraversion scientifique et technique actuelle dans la plupart des pays africains et ses effets doivent être replacés dans ce contexte global; elle présente divers aspects dont on se limitera aux deux qui suivent:
L'intégration des économies africaines au marché international ne contribuera pas forcément à renforcer les capacités propres de recherche sur le continent et dans beaucoup de cas, les chercheurs africains pourraient bien continuer à n'être que des informateurs savants d'institutions et de centres de recherche situés dans les pays industrialisés. Les débouchés des scientifiques africains dans leur propre pays risquent de rester faibles si la grande partie des demandes d'expertises provenant des entreprises et des institutions financières internationales continue d'être captée par les bureaux d'études et les experts des pays industrialisés.
Si l'on se résoud à la tendance qui vient d'être décrite, la tentation est grande d'enfermer les scientifiques africains dans la résolution de problèmes particuliers, liés essentiellement au contexte local et sans prétention à une quelconque généralisation. Selon cette vision, le chercheur africain devrait avant tout être un homme de terrain, intéressé essentiellement à la résolution de problèmes particuliers posés par son milieu. On dénaturerait à peine cette conception en l'interprétant comme suit : la principale tâche des scientifiques d'Afrique devrait être d'assimiler les théories et les techniques développées ailleurs et de bien les appliquer à leur contexte.
Comme on voit, cette conception n'échappe pas à la critique de l'extraversion et comporte en plus, le risque d'une formation exclusivement orientée vers les techniques et leur adaptation au milieu. Or, il n'y a pas de sciences qui ne procèdent d'une extension du particulier au général. Amputer l'activité scientifique en Afrique de sa capacité d'induction donc de sa créativité reviendrait donc simplement à la marginaliser. La principale conséquence d'une telle marginalisation serait le maintien de faibles capacités de production conceptuelle et par conséquent, la perpétuation de la situation actuelle caractérisée dans ces pays par une grande importation et reproduction de modèles à travers de nombreux experts internationaux tropicalisés et de quelques cadres africains issus des meilleures écoles du monde ou ayant fait leur preuve dans des institutions de réputation internationale.
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En réalité, la marginalisation de la recherche et de la formation supérieure en Afrique subsaharienne n'est plus une perspective, elle s'inscrit déjà aujourd'hui dans la crise profonde de l'université. Cette crise est due notamment aux facteurs suivants : inadéquation entre l'offre et la demande de formation; inadéquation entre l'offre de formation et les besoins de l'économie; recul économique et financier considérable de ces pays depuis plusieurs années conduisant à une réduction importante des enveloppes budgétaires consacrées à l'université.
Alors que la demande de formation dépend non seulement de la conjoncture du marché de l'emploi dans les pays africains mais aussi et surtout de celles dans les pays industrialisés dont l'influence culturelle à travers les médias est grandissante, l'offre de formation universitaire en Afrique subsaharienne découle largement de l'héritage colonial, les quelques réformes effectuées pendant les vingt premières années d'indépendance n'ayant pas permis d'adapter les universités africaines au besoin de la société. Au début des années 1990, des réformes structurelles de l'enseignement supérieur ont été entreprises dans certains pays et de nouvelles universités ont été construites mais il est encore tôt pour évaluer l'impact de ces réformes sur la formation.
La crise universitaire en Afrique subsaharienne se manifeste ces derniers temps par des anné es"blanches ou" invalides et par des grèves endémiques entreprises aussi bien par le personnel enseignant que par les étudiants. Ces grèves trouvent leurs justifications dans des revendications catégorielles (salaires faibles, surcharge des enseignants suite au blocage du recrutement du personnel enseignant ou à la réduction des postes des enseignants, non paiement des heures supplémentaires, absence de prise en charge de la promotion des enseignants, etc.). Mais les grèves se justifient également par le découragement des milieux universitaires face à la perspective d'un taux de chômage accru au sein de la population des diplômés. Tout ceci est agravé par un manque chronique de moyens didactiques qui contraste énormément avec l'équipement de plus en plus sophistiqué des universités dans les pays industrialisés.
Bref les milieux universitaires en Afrique subsaharienne connaissent une profonde crise d'identité doublée d'un isolement de plus en plus grand face aux progrès fulgurants de la science et des techniques dans le reste du monde.
La pression migratoire (brain drain) devient donc de plus en plus forte chez ces universitaires avec comme motivations principales: la recherche d'une formation de meilleure qualité; la possibilité de trouver un meilleur emploi et de bénéficier d'une mobilité plus grande après la formation. En effet, l'équivalence des diplômes africains est remise en cause de plus en plus du fait de la détérioration croissante des formations dispensées.
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Une alternative à cette marginalisation est sans aucun doute l'intégration régionale tant économique qu'académique, la création de réseaux regroupant les scientifiques de différents pays africains afin d'atteindre les masses critiques nécessaires pour valoriser les compétences éparses existantes. Tout en ayant leurs centres en Afrique subsaharienne, ces réseaux devront évidemment être ouverts à ce qui se fait le mieux dans la communauté scientifique internationale.
La plupart des réseaux actuels ne répondent hélas pas à ces critères. Très liés aux bailleurs de fonds, ces réseaux transposent souvent des clivages linguistiques (francophones/anglophones) qui cachent mal une perpétuation des influences historiques Nord/Sud. Ceci constitue un sérieux handicap aux échanges entre pays africains et à une ouverture féconde.
Mais de jeunes chercheurs dont le nombre croîtra certainement tentent de développer des capacités de recherche propres, souvent au sein de nouvelles unités de formation et de recherche et dans des domaines où l'utilisation de technologies onéreuses n'est pas indispensable. Mais ces chercheurs se retrouvent souvent isolés avec aucune autre ouverture sur le monde que celle autorisée par des institutions internationales. Or ces institutions ont leur propre logique qui n'est pas toujours compatible avec les travaux de ces chercheurs liés de plus en plus à des problèmes issus certes du contexte local mais susceptibles de faire l'objet d'une formalisation plus générale. Les écrans hiérarchiques entre ces institutions et les jeunes chercheurs, la considération insuffisante accordée à l'utilisation des ressources humaines africaines avec comme corollaire la pratique privilégiée du recours systématique à l'assistance technique des pays industrialisés annhilent souvent les capacités d'initiative de ces jeunes chercheurs.
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Initié par l'association ICAD (Imaginer et Construire l'Afrique de Demain) le projet ROUSAS vise à créer des réseaux d'universitaires intéressés par la résolution de problèmes liés au développement socio-économique dans les pays africains et à favoriser les échanges entre ces universitaires. L'accent est mis sur la valorisation de ressources humaines au service de l'Afrique subsaharienne. Ces ressources comprennent: les universitaires en service dans cette région intéressés par la recherche appliquée, les universitaires de la Diaspora africaine qui expriment un intérêt grandissant à contribuer au développement de leurs pays indépendamment de leurs lieux de travail et tous les universitaires non africains impliqués dans des projets en Afrique subsaharienne.
Il convient ici de mettre un accent particulier sur la contribution des universitaires de la Diaspora africaine. De nombreux programmes sont mis en place pour faciliter le retour des cerveaux, avec des résultats mitigés du fait de la situation économique difficile en Afrique subsaharienne et des aspirations des universitaires une fois rentrés au pays. Le projet ROUSAS propose une autre alternative, celle d'utiliser les universitaires de la Diaspora comme vecteur privilégié des transferts de connaissances entre les pays industrialisés et ceux de l'Afrique subsaharienne. Les nouvelles technologies de communication, en particulier le réseau Internet seront utilisées à cette fin.
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But
Le but du projet est de créer une complémentarité plus importante entre les universitaires des réseaux en favorisant un décloisonnement de la recherche appliquée en Afrique subsaharienne. Il s'agira de créer une communauté internationale de scientifiques et de techniciens au service du développement socio-économique de cette région et d'utiliser tous les moyens modernes de communication et de formation pour animer et coordonner les échanges.
De nombreuses institutions existent depuis longtemps dont les buts sont proches de celui du présent projet. Mais il s'agit ici de passer de l'optique institutionnelle à une implication directe et personnelle des universitaires dans une approche coopérative de transfert de connaissances au bénéfice des pays de cette région. Le projet ROUSAS vise donc à compléter l'approche verticale des institutions par une approche horizontale impliquant la participation directe des universitaires. Il est essentiel d'insister sur la complémentarité des deux approches. Il ne s'agit pas ici de se substituer aux institutions mais d'accroître leur efficacité en promouvant une prise d'initiative plus grande des universitaires africains, des relations plus personnalisées entre les universitaires de pays industrialisés et leurs collègues africains et une meilleure adéquation entre la recherche appliquée menée dans les institutions universitaires et les besoins des sociétés africaines.
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La télématique offre aujourd'hui d'importants moyens d'échanges de connaissances. Mais l'accès à ces moyens est encore très inégal. De manière générale, les universitaires installés dans les pays industrialisés et en particulier ceux qui travaillent dans des institutions universitaires disposent de nombreuses facilités d'accès aux réseaux de communication, ce qui n'est pas le cas en Afrique.
La création de mailing-lists sur le réseau Internet vise tous les universitaires intéressés par des projets et des échanges de connaissances pour la résolution de problèmes socio-économiques et technico-économiques en Afrique subsaharienne. Compte tenu du faible équipement actuel en Afrique, le projet comprend la mise en place de points de contact : les téléservices-Internet.
A partir de ces téléservices, les participants situés en Afrique pourront participer aux discussions ou recevoir périodiquement une synthèse des échanges.
Le serveur sur le WWW permettra d'autre part de promouvoir une contribution active des nombreux universitaires de la Diaspora africaine au profit des pays de l'Afrique subsaharienne. Une phase importante de cette promotion sera la création de réseaux de spécialistes et de professionnels dans différents domaines de compétences.
Les résumés des connaissances et publications dans différents domaines scientifiques seront publiés dans un journal électronique. Une partie importante de ces informations proviendront de l'Afrique.
Les échanges de connaissances seront appuyés par des séminaires et des ateliers dans différents domaines de formation et de recherche appliquée.
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Avec le soutien de l'EPFL, le projet ROUSAS dispose désormais d'un serveur. Sa mise en place vise les objectifs suivants:
Les domaines visés sont:
Le contenu concerne les points suivants:
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Justification
De nombreux problèmes dans les pays en développement peuvent être résolus si les capacités d'initiative des populations sont renforcées. Dans beaucoup de cas, les structures en place ne permettent pas de développer ces capacités. Ces structures profitent souvent essentiellement à des responsables hiérarchiques coupés de la recherche appliquée. Le quasi isolement des universitaires africains, leur contact extérieur strictement endigué par des structures créées pour eux par des institutions dont l'approche de coopération est souvent verticale, ne permettent pas de développer un état d'esprit favorable à la curiosité scientifique et à la créativité. La fuite des cerveaux risque donc de se poursuivre et les volontés d'enrayer ce phénomène ne produiront que peu de résultats si elles ne tiennent pas compte de la complexité du contexte. Il est sans doute légitime qu'ayant reçu une formation de base, de nombreux universitaires africains recherchent un environnement favorable à leur accomplissement. Ceci ne doit toutefois pas empêcher qu'ils puissent apporter, quel que soit leur lieu de résidence, une contribution au tranfert de connaissances vers les pays africains. Les universitaires africains vivant à l'extérieur, peuvent par un contact soutenu avec leurs collègues travaillant en Afrique, contribuer à la promotion de nouveaux acteurs moins extravertis, plus ouverts aux problèmes rencontrés par les sociétés africaines. Cette promotion est essentielle si l'on veut faire jouer à la population des universitaires un rôle plus efficace dans la mise en oeuvre d'un développement socio-économique durable.
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Nous espérons
Paulin Hountondji in Les savoirs endogènes, pistes pour une recherche, édité par le CODESRIA, Dakar, 1994
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|© FI-SP96-3 septembre 1996|