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Les autorités péruviennes ont décrété mardi l'état d'urgence sanitaire à la frontière nord du pays, face à l'afflux continu de Vénézuéliens qui fuient la crise économique dans leur pays. Au Brésil, l'armée a été déployée dans l'Etat de Roraima frontalier du Venezuela.
Dans un décret paru au Journal officiel, le président péruvien, Martin Vizcarra, a proclamé l'état d'urgence sanitaire pour une durée de 60 jours dans deux provinces à la frontière nord du Pérou. Il invoque un "danger imminent" pour la santé et pour la situation sanitaire du fait de l'exode des Vénézuéliens.
Les services de santé péruviens ont déjà dit craindre la propagation de maladies comme la rougeole et le paludisme, en raison de l'afflux de migrants, qui dans beaucoup de cas n'ont pas eu accès à des soins de base dans leur pays.
Le président brésilien Michel Temer a ordonné mardi soir par décret l'utilisation des forces armées pour "garantir la sécurité" dans l'Etat septentrional de Roraima, à la frontière avec le Venezuela. Le but de la mesure est de "garantir la sécurité des citoyens brésiliens mais aussi des immigrants vénézuéliens qui fuient leur pays".
Tout le continent concerné
Michel Temer a ajouté que la situation était "tragique". Et le président brésilien de blâmer son homologue vénézuélien Nicolas Maduro: "La situation au Venezuela n'est plus un problème de politique interne. C'est une menace pour l'harmonie de tout le continent", a déclaré le chef d'Etat dans un discours télévisé. Il a appelé "la communauté internationale à adopter des mesures diplomatiques" contre l'exode de Vénézuéliens.
"Le Brésil respecte la souveraineté des Etats, mais nous devons nous souvenir que seul est souverain un pays qui respecte son peuple et en prend soin", a-t-il lancé à l'administration du président Nicolas Maduro.
Une première étape vers une politique régionale face à l'exode généré par la crise vénézuélienne a été abordée mardi. La Colombie et le Pérou ont annoncé qu'ils échangeraient leurs informations sur les centaines de milliers de migrants du Venezuela qui arrivent dans leurs pays.
Réunion à Quito en septembre
La mesure vise à éviter que les migrants reçoivent assistance dans plusieurs pays, "retirant la possibilité à d'autres" Vénézuéliens d'en bénéficier, a déclaré Christian Krüger, directeur du service colombien des migrations.
La Colombie et le Pérou ont annoncé cet accord à l'issue d'une première réunion à Bogota, en présence d'observateurs du Brésil et des Etats-Unis. L'Equateur n'y a pas assisté mais a avancé au 3 et 4 septembre une réunion sur cette vague migratoire, à laquelle sont invités 13 pays de la région et qui était initialement prévue deux semaines plus tard.
Près d'un million de Vénézuéliens se trouvent actuellement en Colombie et plus de 400'000 autres au Pérou, ont déclaré mardi ces deux pays lors de la réunion de Bogota. Sur les 400'000, seuls 178'000 disposent d'une autorisation de séjour au Pérou ou sont en train d'en obtenir une.
"Campagne de la droite"
De son côté, le Venezuela a annoncé avoir rapatrié 89 citoyens qui avaient émigré au Pérou mais qui ont souhaité rentrer après avoir subi des "traitements cruels". "Ils ont écouté les sirènes de l'étranger (...) et tout ce qu'ils ont trouvé à Lima est le racisme, le dédain, et la persécution", a affirmé mardi le président Nicolas Maduro lors d'une conférence de presse.
Il a aussi demandé aux Vénézuéliens qui ont émigré à cause de la crise économique d'"arrêter de laver les toilettes" à l'étranger et de rentrer dans leur pays.
Fuyant la crise économique et l'hyperinflation qui pourrait dépasser les 1'000'000% cette année selon le Fonds monétaire international (FMI), des dizaines de milliers de Vénézuéliens ont émigré dans les pays voisins. Le gouvernement socialiste assure que cet exode massif est dû à une "campagne de la droite" et que les migrants reviendront, puisqu'un plan de mesures économiques entré en vigueur la semaine passé sortira le pays de la débâcle.
Appel aux sanctions
Le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, a appelé mardi à Saint-Domingue les pays d'Amérique latine à mettre en place des sanctions contre le gouvernement vénézuélien, qu'il a qualifié de "dictature". Il a appelé l'Union européenne et les Etats-Unis à faire de même.
La semaine dernière, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a annoncé que l'exode des Vénézuéliens était sur le point d'atteindre un "stade de crise" comparable à celle des migrations en Méditerranée. Et face à l'ampleur du phénomène, l'ONU a annoncé qu'elle allait mettre en place une cellule de crise régionale.