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04/10/2016
La poésie de Michel Houellebecq
J'ai lu le gros volume de poésie de Michel Houellebecq paru aux éditions J'ai lu en 2015, et il m'a bien amusé. Je ferai un aveu: j'ai un léger mépris pour la poésie française du vingtième siècle, que je trouve pompeuse. Elle affecte des expressions grandioses, imitées de la poésie mystique, mais il n'y a aucun dieu derrière. Or, chez Houellebecq, cette absence de Dieu se traduit logiquement par de l'ironie, du burlesque. Ceux qui disent qu'il est un poète nul oublient qu'il a existé une poésie comique et satirique, et que la poésie devenue pompeuse à l'extrême gagnera à être ramenée à cet aspect d'elle-même. Il faut retomber sur terre.
Houellebecq peine à croire à ses aspirations amoureuses, puisque le vide lui paraît universel. Comment ne pénétrerait-il pas la sphère galante? Les poètes qui ont proclamé leur athéisme et leur matérialisme et en même temps ont assuré croire à l'amour humain avaient-ils le moindre sens? Étaient-ils sots, ou faux? C'est une question. Lovecraft, qu'admire Houellebecq, et qui était matérialiste, méprisait le sentimentalisme et la croyance en l'amour, pour lui pure illusion. N'était-il pas parfaitement logique?
Houellebecq n'a pas tout à fait ce courage. Parfois il semble croire à l'amour. Mais, en réalité, comme il est plus logique que la plupart des poètes de son temps, il ne semble pas s'arrêter là: il ose, lui, créer des images mythologiques. Ou en reprendre à son compte. Il évoque des plans mystérieux, des êtres grandioses. L'amour même ne s'appuie pas seulement sur le désir personnel, mais se projette en image, en cristallisation au sein du monde. Son poème le plus connu est celui qui se termine par le vers: La possibilité d'une île. Il s'agit d'une île possible au milieu du temps. Là encore, songeons à Lovecraft, qui, en privé, disait que ses inventions renvoyaient à l'aspiration humaine à s'arracher au joug du temps et de l'espace, et que ces illusions, paradoxalement, se traduisaient en hypothèses plausibles...
Il est paradoxal, oui, que la moquerie contre le faux mysticisme débouche sur des images fabuleuses consistantes. Chez Houellebecq, elles restent minoritaires, marginales: l'esprit qui détruit les illusions et se moque des idées toutes faites est plus présent. Mais comme il est mû par une sorte de logique implacable, qui, sans colère, fait fi des fantasmes d'une époque, il en vient, parfois, avec la même force intérieure, à créer des images étranges, qui pour moi sont de plus de poids que celles de nombreux poètes plus distingués, plus prisés des critiques. J'en donnerai des exemples un autre jour.