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Le chef-d’oeuvre d’Edouard Du Puy
par Vincent Arlettaz
Le catalogue d’Edouard Du Puy consiste essentiellement en musique vocale: il comprend d’une part une dizaine d’oeuvres scéniques, toutes créées en Scandinavie, et en partie inachevées; et d’autre part, des oeuvres sacrées, liées surtout à sa position comme compositeur quasi officiel en Suède, à partir de 1810: la musique du couronnement de Bernadotte, un Te Deum et plusieurs musiques funèbres. Sa production instrumentale est globalement en retrait: on signalera surtout huit concertos (la plupart pour instruments à vent), mais il existe également une poignée d’oeuvres de musique de chambre, ainsi que des danses pour piano ou pour orchestre. Citons encore des lieder, cantates et autres mélodies populaires et l’on aura à peu près fait le tour de sa production. Peu de ces ouvrages ont été édités ou enregistrés: quelques concertos, quelques oeuvres de musique de chambre, mais surtout l’opéra-comique à qui il doit de ne jamais avoir été complètement oublié: «Jeunesse et folie», créé en 1806 à Copenhague, est basé sur une pièce de l’auteur français Jean-Nicolas Bouilly (1763-1842), pièce qui avait déjà servi pour l’opéra-comique de Méhul «Une folie» (1802). Le livret utilisé par Du Puy n’est pas une pure traduction de cette dernière: l’action a en effet été transposée au Danemark. Il s’agit du thème éternel de la jeune fille gardée par un tuteur jaloux, mais qui finit par lui échapper, séduite par un jeune et charmant officier. Inutile de préciser que le rôle de ce dernier, le capitaine de hussards Rose, fut tenu lors de la création par Du Puy lui-même!
Grøndal, un peintre sur le retour, tente désespérément de contenir sa pupille Vilhelmine qui, loin de répondre à ses sentiments, ne rêve que de découvrir le monde extérieur, qu’elle n’entrevoit qu’à travers les barreaux de sa chambre. Grøndal, qui ne la laisse jamais sortir, commet toutefois l’imprudence d’exposer dans sa vitrine les portraits qu’il a faits d’elle. Il n’en faut pas plus pour réveiller les sentiments du Capitaine Rose qui, aidé de son valet Johan, parviendra à percer le système de défense du vieux peintre. Il tente d’abord de se faire passer pour un marchand d’art en provenance de Vienne, mais le stratagème échoue au dernier moment. Il a plus de chance lorsque apparaît Mikkel Madsen, le neveu de Poul, serviteur de Grøndal. Jeune paysan du Jylland (la région continentale du Danemark, apparemment un réservoir de rusticité), ce balourd n’a plus vu son oncle depuis quinze ans; berné par Rose, il voit son identité usurpée par le serviteur de ce dernier, Johan. L’utilisation du dialecte du Jylland, et même de mélodies à caractère folklorique, confère à cette partie de l’ouvrage une couleur locale qui doit avoir contribué à son succès populaire, mais qui reste évidemment très difficile à apprécier pour un public non danois. Quoi qu’il en soit, avec cet espion dans la place, Rose va parvenir à ses fins: et lorsque Grøndal se met en quête d’un soldat comme modèle pour un de ses tableaux mythologiques, c’est évidemment Rose qu’on lui propose. Grøndal dispose ses figurants, pose la main de Vilhelmine dans celle de Rose, allège un peu le décolleté de la jeune fille... Les deux jeunes gens échangent de doux regards et de non moins doux propos, jusqu’au moment où Rose est reconnu, par l’indiscrétion d’un de ses soldats, apparu à la fenêtre de l’atelier pour réclamer son sabre et son uniforme. Grøndal doit s’avouer vaincu, et consent au mariage des amoureux...
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(page mise à jour le 22 décembre 2011)