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Etavayer aquatinte de 1830 "Contribution Aston Varech"
Autres vues aériennes du château et de la ville
La ville d'Estavayer, sur la rive sud du lac de Neuchâtel, donne l'exemple d'une agglomération médiévale de structure assez complexe, à laquelle trois châteaux donnèrent leur empreinte. A l'époque de la Haute Bourgogne, vers 1011, le roi Rodolphe III fit don à son épouse d'un château situé à Font, tout près d'Estavayer. C'est sans doute le prédécesseur de l'ouvrage érigé au haut Moyen Age et détruit pendant les guerres de Bourgogne, en 1475. Aujourd'hui encore, ses ruines couronnent une butte de molasse.
On suppose qu'à Estavayer même, il y eut aussi un ouvrage primitif. L'endroit le plus élevé de la falaise, divisée par deux petits vallons parallèles, se nomme en effet «La Motte-Châtel». Ce mot de «motte» pourrait fort bien avoir trait au premier château qui occupa ce site. Il a dû appartenir à une famille noble de Haute Bourgogne, dont on sait que vers 1100, elle portait le nom d'Estavayer. A quelques exceptions près, elle résida dans son château ancestral jusqu'au XVe siècle et fut au service des comtes de Savoie et des évêques de Lausanne.
A la suite de partages successoraux, elle se divisa en plusieurs branches et ses biens furent de ce fait morcelés. Même si le centre de la seigneurie en souffrit, il a été possible de conserver jusqu'à aujourd'hui dans la vaste enclave fribourgeoise qui s'étend de la Broye au lac de Neuchâtel les treize villages proches d'Estavayer qui dès 1150 constituèrent le domaine seigneurial de Reynaud Ier d'Estavayer et de ses successeurs.
La Motte-Châtel, endroit occupé actuellement par un collège, fut sans doute le point de départ de la fondation de la ville, avec peut être l'église Saint-Laurent. Les premières fortifications cernèrent sans doute le château, l'église et la croisée des routes de Morat, Avenches et Yverdon; elles devaient longer les deux petits vallons déjà cités. L'un de ceux ci, celui du sud ouest, propice à l'établissement d'entreprises artisanales, fut englobé au XIIIe siècle dans l'enceinte et doté d'un deuxième château, érigé plus au sud sur une petite éminence.
Alors qu'il ne reste pour ainsi dire rien de ces deux ouvrages (à moins qu'on ne considère la Tour de Savoie comme une partie de l'un d'eux), le troisième château, le plus récent, est encore debout. Ensemble défensif érigé au Moyen Age finissant, il peut être rangé parmi les plus importants de son genre très loin à la ronde. Le château de Chenaux, fruit lui aussi d'un partage successoral, a vu le jour vers la fin du XIIIe siècle et trahit le style de Pierre II de Savoie: un quadrilatère formé de constructions fortes, cerné de douves et en partie de murs d'enceinte, marqué par un imposant donjon circulaire dans l'un de ses angles et par trois tours en encorbellement plus petites, rondes elles aussi, flanquant les bâtiments des trois autres angles. Si, à Bulle, ce type de construction s'est conservé à l'état pur, à Estavayer, il a été modifié au cours des siècles. Le gros donjon, qui s'élève sur 33,5 mètres et dont les murs atteignent une épaisseur de trois mètres, est encore debout, tandis que deux tourelles ont disparu; il n'est resté que celle dressee à l'est, le «Pigeonnier».
Il est fort possible que la position de ce nouveau château, éloigné du ruisseau et des fossés qui entouraient la ville, ait exigé la construction de fortifications supplémentaires. Vers 1400 environ, l'espace qui le séparait du bourg fut lui aussi ceint d'un mur et au cours du XVe siècle, le château fut de plus renforcé par un remarquable ouvrage avancé. Après avoir fait l'acquisition de la forteresse, les comtes savoyards firent construire en 1432 une imposante barbacane près du gros donjon et, en 1450, côté ville, une haute tour porte de plan carré.
La maison savoyarde avait à cette époque atteint le faîte de sa puissance. Elevés en 1416 au rang de ducs, ses membres fournirent en la personne d'Amédée VIII un pape à l'Eglise, Félix V. C'est en 1439, à la suite du concile de Bâle, qu'il accéda au trône pontifical. Ayant fait cause commune avec le duc de Bourgogne, la maison savoyarde, et en particulier le Pays de Vaud qui lui était soumis, se trouva prise en 1475/76 dans le conflit qui opposait Charles le Téméraire aux Confédérés. Ceux-ci avancèrent jusqu'au lac Léman et tous ceux qui tentèrent de s'opposer à leur armée furent impitoyablement anéantis. Le comte Jacques de Romont ayant refusé de se rendre, la ville d'Estavayer fut prise d'assaut au mois d'octobre 1475. Sa garnison, aux ordres de Claude d'Estavayer, fut victime d'un horrible massacre. La ville, elle, fut pillée et les châteaux incendiés. Longtemps encore, Berne et Fribourg, qui avaient ordonné ce crime monstrueux - un acte vraiment maladroit - en souffrirent moralement, même après être sortis vainqueurs des batailles de Grandson et de Morat.
La Savoie avait revendu en 1454 la seigneurie d'Estavayer à ses ministériaux, les barons d'Estavayer En raison de difficultés financières, ceux-ci durent toutefois emprunter de l'argent à l'hôpital de Fribourg et donner en gage leur château de Chenaux. C'est pourquoi, après les guerres de Bourgogne, Fribourg se considéra comme propriétaire d'au moins une partie de la seigneurie. Le château de Chenaux, le seul à avoir été reconstruit, et les terres qui en dépendaient continuèrent à former une enclave fribourgeoise en territoire savoyard, même après la conclusion du traité de paix en 1478. En 1536, lors de la conquête du Pays de Vaud par les Bernois, le châtelain de Chenaux engagea les bourgeois à se placer sous la protection de Fribourg. Plus tard, le château servit de siège aux baillis fribourgeois, puis à la préfecture du district de la Broye.
C'est aux travaux de reconstruction entrepris après 1476 que Chenaux doit en grande partie son profil actuel.
Les tours portes et les ouvrages avancés furent adaptés aux nouvelles techniques de fortifcation, pourvus de diverses annexes et équipés de mâchicoulis. On remplaca le pont levis par une construction fixe en bois et en briques. La brique, employee au XVe siècle pour l'édification d'autres châteaux du Plateau occidental (Vufflens, Saint Maire de Lausanne), servit également de matériel de construction à Estavayer, notamment pour les deux tours rondes indépendantes qui se dressent de chaque côté du front nord de Chenaux. Erigées en 1503 seulement par l'architecte Marmet Bonvespréz, elles marquent les extrémités d'un ouvrage qui, dans un esprit nouveau, reflète remarquablement le modèle de Pierre II. Au cours des ans, il a fallu rénover divers bâtiments du château: au XVe siècle, l'aile ouest, dont on remarquera, côté cour, les fenêtres gothique tardif, au XVIIe siècle, la large aile nord. Au midi, l'enceinte ne fut plus reconstruite, ce qui permit de mieux aérer et éclairer ce côté de la cour.
Ci-dessous le château vers 1920:
Bibliographie