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Libre ou en prison, Albert* n’est visiblement pas un enfant de chœur. Condamné durant l’été 2017 à quatre ans de prison, ce détenu vaudois a frappé par la suite un prisonnier aux Établissements de la plaine de l’Orbe. En raison de menaces de représailles pesant sur lui, Albert a été transféré dans le canton de Genève en août 2018. Il est dès lors détenu à La Brenaz.
Le printemps dernier, le prévenu fait de nouveau parler de lui derrière les barreaux. Le 8 mars, à l’atelier poterie, il monte dans les tours face à un gardien qui lui demande de… trouver une idée de modelage. Albert se plaint de la qualité de la terre. Il veut travailler avec du matériau neuf et non de la terre recyclée.
Il casse un bol
Selon le rapport interne, il rechigne donc à la tâche, casse un bol de terre, s’assied et déclare en gesticulant, pinceau à la main: «Bon, je vais faire une peinture, mais ne me fais pas chier.» Le fonctionnaire lui demande de répéter ces mots: «Ne me parle pas et ne me fais pas chier.»
Selon le gardien, Albert, tendu et énervé, casse un bol. C’en est trop pour l’employé de La Brenaz, qui le somme de ranger sa place de travail et de remonter dans sa cellule. Albert refuse. Le surveillant, qui monte lui aussi dans les tours, appelle des renforts. Cela n’impressionne visiblement pas Albert, qui leur tient tête. Le sous-chef du surveillant lui ordonne de s’exécuter. En vain. L’alarme est enclenchée. Le détenu est alors maîtrisé par la force par des gardiens et reconduit en cellule.
La direction porte plainte
Durant cette intervention, un fonctionnaire blessé a été acheminé à l’hôpital. La direction de la prison, qui a déposé une plainte pénale contre le pensionnaire vaudois, lui inflige dix jours de cellule forte, «avec suppression de toutes les activités, sauf la promenade quotidienne d’une heure». Il lui est reproché d’avoir exercé «une violence physique ou verbale à l’égard du personnel […] et d’avoir troublé l’ordre et la tranquillité du bâtiment».
Le 5 avril, Albert recourt contre la décision devant la Chambre administrative. Il conteste avoir recouru à la violence, physique ou verbale: «J’ai refusé de faire un travail irréalisable, au vu de la qualité de terre qui m’a été donnée.» Il considère avoir tenté de dialoguer, en soulignant le caractère injuste et arbitraire de la situation. Il concède tout au plus des propos moqueurs à l’encontre d’un surveillant et admet avoir mimé un crachat. Sans cracher au final.
Gardien évacué en fauteuil
Peine perdue, plus de cinq mois plus tard, les juges, dans un arrêt du 24 septembre, donnent raison à la direction de La Brenaz. Pour asseoir leur décision, les magistrats se basent sur les images de vidéosurveillance. On y voit notamment Albert, retenu par un surveillant, qui pousse un autre gardien sur une table. Ce dernier manifeste des signes de douleur et se couche par terre. Un infirmier s’approche du blessé qui est évacué en fauteuil roulant. On aperçoit ensuite Albert «faire un mouvement de la tête pouvant être celui que l’on fait en crachant».
Selon l’arrêt, une éventuelle mauvaise qualité du matériel de poterie ne peut pas justifier ces actes. Dans son recours, Albert répète avoir voulu «ouvrir le dialogue» ce matin-là. Les juges, qui confirment la sanction, n’y ont vu qu’une seule chose: une attitude agressive «antinomique à l’ouverture d’un dialogue». Selon l’arrêt, Albert a été transféré à la case départ dans le canton de Vaud.
* Prénom d’emprunt
Créé: 18.10.2019, 06h48