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Des tout premiers instruments de musique confectionnés en os d'animaux, aux imitations, puis en tant que source d'inspiration, le monde animal est très présent dans la musique. Les oeuvres les plus connues sont sans doute "La Truite" de Schubert, "L'oiseau de feu" de Stravinski ou encore "Le Carnaval des animaux" de Camille St-Saëns.
Les compositeurs ont cherché depuis toujours à imiter la nature, mais pas seulement. Associer des animaux à leur musique leur a aussi permis d'évoquer des sentiments, d'apporter de l'humour, du cynisme et même parfois de faire acte de résistance.
Les oiseaux, stars du bestiaire musical
Pour certains historiens et scientifiques, la musique pourrait être née du désir des hommes d'imiter la voix des oiseaux. Ce n'est donc pas un hasard si les volatiles sont les stars du bestiaire de la musique classique. On ne compte plus le nombre d'oeuvres portant le nom d'un oiseau ni le nombre de notes jouées - généralement par les flûtes - censées imiter leurs chants.
A la Renaissance, le compositeur français Clément Janequin a écrit une importante série de chansons descriptives, souvent teintées d'humour et de poésie. Les oiseaux ont été une de ses sources d'inspiration. Ainsi, l'on trouve une "Alouette", un "Rossignol" et un "Chant des oiseaux" parmi les titres de ses chansons. Dans cette dernière, le compositeur utilise l'onomatopée pour imiter le volatile. Ici, le but est de s'amuser.
>> A écouter: Le chant des oiseaux" de Clément Janequin
Lorsqu'on évoque les oiseaux et la musique classique, on ne peut pas passer à côté du "Catalogue d'oiseaux" d'Olivier Messiaen. Dès l'âge de 14 ans, le compositeur français a retranscrit des chants d'oiseaux. Une passion qui l'amènera à rédiger plus de 300 carnets de notations de chants d'oiseaux et dont il s'est inspiré pour composer, entre 1956 et 1958, son "Catalogue d'oiseaux". Une oeuvre de plus de trois heures où chacune de ses treize pièces pour piano porte le nom d'un volatile d'une région particulière.
J’ai tenté de rendre avec exactitude le chant de l’oiseau type d’une région, entouré de ses voisins d’habitat, ainsi que les manifestations du chant aux différentes heures du jour et de la nuit, accompagné dans le matériel harmonique et rythmique des parfums et des couleurs du paysage où vit l’oiseau.
Entre sentiments et moqueries
Au XVIIIe siècle, François Couperin, maître incontesté du clavecin, compose quatre livres de pièces pour cet instrument aux titres plus évocateurs les uns que les autres. Dans le troisième livre, au milieu d'une linotte effarouchée et de fauvettes plaintives, on y trouve son fameux "Rossignol en amour". Une pièce dans laquelle le compositeur français n'a pas cherché à imiter le chant de l'oiseau mais à utiliser la symbolique associée au rossignol pour retranscrire le sentiment du désir amoureux.
Pour Couperin, le rossignol est le symbole de l'expression amoureuse.
A la même époque, Jean-Philippe Rameau a écrit plusieurs pièces imitatives, dont "La Poule". Une pièce humoristique où l'on trouve un volatile très impatient interprété par un piano. Avec sa volaille, Rameau a-t-il voulu railler quelqu'un? Un mauvais musicien? On ne le sait pas, mais il était d'usage au XVIIe et XVIIIe siècle en France, chez les musiciens, comme chez les peintres et les écrivains, de faire le portrait généralement peu flatteur de quelqu'un de bien réel à travers une œuvre au titre assez innocent.
Les animaux sont de très bons supports pour railler ou décrire l'attitude ou le caractère des humains et cela à toutes les époques. Dans "La Petite Renarde Rusée" de Janacek, une histoire unissant drame et comédie composée dans les années 1920, les animaux représentent mieux les humains que les humains eux-mêmes. La renarde, farouchement agitée par un désir de liberté incarnera d’ailleurs pour Janácek un certain idéal moderne féminin.
>> A voir: Décryptage de l'oeuvre "La Petite Renarde Rusée"
Passer outre la censure
Si les animaux sont présents en musique, ils le sont dans tous les arts. En littérature, les Fables de la Fontaine sont un grand classique. Au-delà de leur rôle dans l'éducation des enfants, le sens et l'emploi des figures animalières ont permis à La Fontaine et à d'autres fabulistes de faire passer des messages que les censures religieuses ou politiques n'auraient pas permis.
>> Testez vos connaissances sur les animaux dans la littérature grâce à notre quiz:
En mettant en musique six fables de La Fontaine dans sa suite pour orchestre "Les Animaux modèles", le compositeur français Francis Poulenc a commis, en pleine Deuxième Guerre mondiale, un acte de résistance risqué qui lui a permis, là aussi, de passer outre la censure.
Dans la deuxième pièce de l'oeuvre intitulée "Le Lion amoureux", le compositeur a eu l'audace d'introduire le thème du chant patriotique "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine" composé en 1871 après la perte de ces deux régions lors de la guerre de 1870 contre la Prusse. Un geste osé, mais qui passera totalement inaperçu lorsque l'œuvre est jouée au Palais Garnier à Paris le 8 août 1942 devant une salle pourtant remplie d'officiers du Troisième Reich et de sympathisants du Régime de Vichy. Un secret de fabrication qui, aujourd'hui encore, est peu connu.
>> A écouter: "Le lion amoureux" de Francis Poulenc
Sujet radio: François Hudry et Nancy Ypsilantis
Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente