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Nombreuses sont les personnes qui quittent leur pays à la recherche d'un travail et de meilleurs revenus. Cette émigration de main-d'œuvre a une réelle influence sur le devenir des pays d'origine des migrants, notamment en Asie du Sud et du Sud-Est, car ceux-ci envoient une grande partie de leurs revenus à leurs familles restées sur place. Dans certains pays, au Sri Lanka par exemple, ces transferts d'argent constituent la première source nationale de devises.
La plupart des migrants trouvent du travail dans le Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Emirats arabes unis), au Liban, en Jordanie ou en Malaisie. Dans ces pays, les possibilités de trouver un travail temporaire sont multiples. On peut songer au Qatar qui, pour l'heure, prépare la Coupe du monde de football de 2022 et a donc besoin d‘une importante main d'œuvre dans le domaine de la construction. Pour autant, les règles encadrant ces postes temporaires sont souvent précaires, et les migrants peu qualifiés sont les plus exposés aux violences et aux discriminations. La Suisse a décidé de faire de la migration et du développement une de ses priorités globales en matière de coopération au développement (Message sur la coopération internationale 2013-2016).
Depuis 2010, la DDC intervient aussi bien dans les pays d'origine des migrants (Asie du Sud et du Sud-Est) que dans leurs pays de destination, à savoir au Moyen-Orient. La Suisse est l’un des rares donateurs bilatéraux à œuvrer dans le domaine de la migration et du développement au Moyen-Orient. Pascal Raess, chargé de programme de la DDC à Amman, nous explique comment.
Quelle est la situation des travailleurs migrants en provenance d’Asie du Sud qui travaillent au Moyen-Orient? Pourquoi la Suisse a-t-elle décidé de s'engager en faveur de leur protection?
La région du Moyen-Orient est un hub mondial de la migration. Elle attire des millions de travailleurs peu qualifiés, hommes ou femmes, essentiellement en provenance d’Asie du Sud et du Sud-Est. Les femmes représentent un tiers des migrants qui arrivent au Moyen-Orient.
Dans leur pays d'origine, les migrants sont souvent sans travail et ont urgemment besoin d'échapper à la pauvreté, au chômage, à la violence. Tout cela est particulièrement vrai pour les femmes. Ces facteurs poussent à émigrer au Moyen-Orient. Des milliers d’individus choisissent de partir alors même qu’ils sont correctement informés sur la difficulté des conditions de travail et de vie au Moyen-Orient.
Au vu du nombre élevé de personnes vulnérables émigrant au Moyen-Orient et de la dureté des conditions de travail et de vie qui attendent sur place les travailleurs les moins qualifiés, nous avons estimé qu'il était impossible pour la Suisse de ne pas être présente sur ce hub mondial de la migration. Cette présence est également essentielle pour nouer des contacts et des partenariats avec des interlocuteurs nationaux, des représentants de la société civile et d'autres organisations.
La DDC est également présente dans des pays d'émigration tels que le Bangladesh, le Népal et le Sri Lanka, ce qui permet à la Suisse de développer et de mettre en place une approche globale et cohérente sur l'ensemble de la chaîne de migration. Enfin, il faut encore mentionner l'aide que peut apporter le réseau des ambassades suisses. Celle-ci est cruciale dans les pays du Golfe, par exemple, où la DDC n'est que peu présente sur le terrain.
Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs migrants dans leurs pays de destination?
Les travailleurs migrants mentionnent souvent la confiscation de leurs papiers d'identité, des substitutions de contrat (lorsque des différences apparaissent entre le contrat signé par le migrant avant de quitter son pays d'origine et le contrat signé à son arrivée au Moyen-Orient, le plus souvent à son détriment) ou encore de très mauvaises conditions de travail et de vie. Les travailleurs migrants font également état de non-paiements ou de retenues de salaires, d'horaires de travail excessifs et parfois forcés, d'une limitation de leur liberté de mouvement et de communication, de harcèlements verbaux, physiques ou sexuels, ou encore de la quasi-impossibilité pour eux de saisir la justice ou d'obtenir réparation.
Cet ensemble de discriminations reposent sur un fond d’importantes différences culturelles, religieuses et linguistiques. L'absence de réseau social, pour les migrants, n’arrange rien. Parfois, c’est une situation de surendettement qui emprisonne les travailleurs migrants, quand ceux-ci sont empêchés de retourner dans leur pays avant le remboursement intégral de leurs dettes. Au final, ils ne voient pas d'autre solution que d'accepter les conditions qui leur sont imposées au Moyen-Orient.
En quoi consiste concrètement l'aide apportée par la DDC?
La DDC collabore avec différents partenaires, à savoir des gouvernements, des organisations non gouvernementales, des universités ou encore des organisations chargées de défendre les droits humains. Je peux citer la collaboration établie entre la DDC et des organisations jordaniennes issues de la société civile. La DDC soutient là le renforcement des capacités de juristes locaux en matière de règles juridiques internationales et sur leur application en Jordanie. Le but est de favoriser l'émergence d'une jurisprudence novatrice susceptible d'améliorer la mise en application des lois en vigueur et des droits dont bénéficient les travailleurs migrants.
Dans une zone économique spéciale produisant des biens d'exportation destinés au secteur de l'habillement, la DDC a par ailleurs mis en place un programme d'aide juridique en faveur des travailleurs migrants originaires du Sri Lanka, du Bangladesh ou du Myanmar qui sont souvent effrayés à l'idée de faire valoir leurs droits en justice.
Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez dans votre travail? Et de quels résultats êtes-vous particulièrement fier?
Au cours des dernières décennies, le Moyen-Orient a dû faire face à d'immenses mouvements de réfugiés. Leur très grand nombre a eu, et continue d'avoir d’importantes répercussions sur les communautés locales et le marché du travail. En conséquence, non seulement les réfugiés, mais toutes les catégories de populations vulnérables, aussi bien parmi la population locale que parmi les travailleurs migrants, sont confrontés à des conditions d’existence très dures.
En termes d’avancée très positive, je signalerais la signature, à l'été 2014, d’un protocole d'accord avec le Comité national des droits humains du Qatar. La Suisse a posé là un jalon d'importance et au bon moment, dans la mesure où cette collaboration permettra de garantir une meilleure protection des droits sociaux des travailleurs migrants durant les années précédant la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar.