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La bibliothèque virtuelle sur l'erreur humaine
- STAF 15 -

Théories (résumés):

Thèmes

- James Sully (1881)
- le lapsus freudien
- Méringer (1895)
- James, Munsterberg, Jastrow (18909-1910)
- La théorie de la forme
- Bartlett et les schémas
- Théorie de la concentration de l'attention et du goulot d'étranglement
- Théorie du partage de l'attention et des ressources
- Théorie du processeur à canaux multiples
- Les propriétés de la mémoire primaire
- Le concept de mémoire de travail
- Les théories contemporaines du schéma
- La théorie de la "rationnalité réticente"
- Le cadre "Automatismes-Règles-Connaissances" de Rasmussen
- Le modèle de la règle floue
- Le nouveau cognitivisme: le traitement parallèle distribué

- Les trois types d'erreurs
- Les modes de contrôle
- ...

LES THEORIES:
1. Les précurseurs
James Sully (1881)
Le terme "d'illusion" renvoie à toute espéce d'erreur qui contrefait la forme d'une connaissance immédiate, évidente ouintuitive, qu'il s'agisse d'une perception sensorielle ou d'autre chose. James Sully fonde sa classification des erreurs sur la base des types de connaissances que ces illusions stimulesnt. Il distingue trois catégories principales d'illusions mnémoniques: 1) les pseudos-rappels (qui ne se basent sur aucun événement réel ou expérience personnelle), 2) les rappels dans lesquels le déroulement est représenté de manière erronnée, 3) les rappels dans lesquels la date des événements est modifié.
le lapsus freudien
Le premier à avoir pris conscience du caractère significatif de certains ratés et lapsus (1896). Il s'est progressivement convaincu que tous les ratés et lapsus, en général sans conséquences, trahissaient la présence de pulsions réprimées dans l'inconscient (voir Psychopathologie de la Vie Quotidienne et les Cinq Leçons sur la Psychanalyse pour plus de détails).
Méringer (1895)
Il mène les premières recherches déterminantes sur l'erreur. En 1908, il avait déjà rassemblé un corpus de près de 8000 ratés oraux et écrits (qui est encore utilisé dans les recherches modernes)
James, Munsterberg et Jastrow (1890-1910)
Les "principes de psychologie" de James fournissaient presque tous les éléments nécessaires à une théorie de l'erreur humaine. Il a d'ailleurs eu beaucoup d'influence sur ceux qui ont cherché à en faire une. Munsterberg a fait beaucoup de travaux sur la psychologie du témoignage, et en particulier sur les analyses de défaillances chez les témoins oculaires. Jastrow, quant à lui, publie en 1905 une anlyse de quelques 300 "lapsus de la conscience". C'est la première tentative d'investigation des ratés de l'action.
La théorie de la forme
Elle soutient que les phénomènes psychologiques sont plus que la somme de leurs parties constituantes. Les impressions des sens ne sont pas des "photos", elles sont activement construites par les intérêts de l'observateur et par sa tendance innée à organiser les parties conformément à un tout cohérent: les petites irrégularités sont négligées.
Bartlett et les schémas
Pour Bartlett, un schéma est une organisation active de réactions ou d'expériences passées, que l'on doit toujours supposer à l'oeuvre dans toute réponse organique bien adaptée. Ces schémas sont a) des structures mentales inconscientes et b) constituées de connaissances antérieures. La mémoire à long terme (MLT) est composée de structures de connaissances actives plutôt que d'images passives.
Les schémas ne reproduisent pas les expériences passées, mais les reconstruisent. Ce processus permet de prédire certains biais dans le rappel.
2. La tradition des Sciences Naturelles
Théorie de la concentration de l'attention et du goulot d'étranglement
Pour certains auteurs, la localisation du goulot d'étranglement dans le traitement de l'information humain se situe dès l'étape perceptive, alors que d'autres (les théoriciens de la "sélection tardive") défendaient une localisation de ce goulot au moment où les décisions devenaient nécessaires pour initier une réponse.
! Ceci présuppose que les sujets humains ne sont qu'un simple canal de communication, avec une capacité limitée à un certain endroit...
En regardant les expériences sur la selectivité (tâches d'écoute dichotomique, sujet devant se concentrer sur une tâche à la fois, mais en alternant, etc...), on voit que les sujets réussissent plutôt bien, mais la sélectivité n'est quand même pas parfaite, il peut y avoir des "percées". Ces expériences montrent aussi que l'attention sélective prend du temps (alterner 2 tâches n'est pas facile). Il y a une grande variabilité inter-individuelle dans les performances de changement d'attention.
Théorie du partage de l'attention et des ressources
Il existe beaucoup de recherches sur l'attention partagée. Cette théorie fait l'hypothèse qu'il est utile de considérer l'attention comme une réserve de ressources pour le traitement de l'information, à partager entre toutes les opérations mentales (l'attention est une ressource de contrôle limitée, mais très flexible).
Plus il y a de similarités entre les composantes de deux tâches, plus elles sont à même de s'appuyer sur des ressources de traitement identiques au même moment, et donc de produire des interférences mutuelles.
"La principale interférence entre deux tâches se rencontre à l'endroit où elles sont les plus compétitives vis à vis des mêmes fonctions ". Broadbent (1892)
Théorie du processeur à canaux multiples
"L'exécution de toute tâche complexe repose sur la mise en oeuvre de plusieurs processeurs indépendants et spécialisés, dont la plupart sont communs à d'autres tâches. Si les mêmes processeurs sont impliqués dans l'exécution d'un couple de tâches particulières, l'exécution vraiment simultanée est impossible. Mais si chacune de ces deux tâches est respectivement associée à une autre tâche qui ne recquiert pas les mêmes processus de base, l'exécution peut en principe se dérouler en parallèle, sans interférences mutuelles." (Allan Allport)
Les propriétés de la mémoire primaire
Depuis Wundt (1905), on sait que la plupart des humains ont un "empan de mémoire immédiate" d'environ sept items. L'empan augmente si les items à mémoriser peuvent être regroupés d'une façon significative. L'empan peut être réduit par l'effet de similarité accoustique (items sonores similaires). Il y a aussi une relation entre l'empan mnémonique et la longueur des mtos. L'effet de longueur du mot reflète la vitesse à laquelle le sujet peut répéter les mots tout bas. L'effet de récence et l'effet de suffixe ont aussi leur importance.
Le concept de mémoire de travail
Il y a trois composantes: un exécutif central (ressource de contrôle à capacité limitée), la boucle articulatoire (mémoire passive de type phonétique) et le bloc-note visuo-spatial (mémoire passive de type visuelle). Ces deux dernières composantes peuvent stocker une petite quantité de matériel sans mettre l'exécutif central en jeu.
3. La tradition des sciences cognitives:
Les théories contemporaines du schéma
Les schémas sont des structures de haut niveau qui contiennent des "cases" informationnelles ou variables. Chaque case admet un type particulier d'informations. Si les entrées actuelles de l'environnement ne permettent pas de fournir des données susceptibles de remplir ces cases, ces dernières prennent des "valeurs par défaut" (= des valeurs stéréotypiques des expériences passées avec l'environnement). Une autre variante : les scénarios (Abelson, 1976): ce sont des structures qui représentent un épisode ou un événement familier (comme la consultation d'un docteur, ou la sortie d'un restaurant).
Toute propriété de la fonction schématique, utile à certain moment, peut être nuisible à d'autres. Des erreurs systématiques peuvent se produire a) en associant les données à un mauvais schéma, b) en adoptant trop vite un schéma correct, c) en faisant trop confiance à un schéma actif ou saillant. Cela peut s'expliquer par un principe unique: un schéma ne contient que des informations sur la façon dont un souvenir ou une entrée sensorielle devrait apparaître, mais ne contient aucune représentation sur ce à quoi elle ne devrait pas ressembler...
La théorie de la "rationnalité réticente"
On remarque un refus de la cognition de s'engager dans les processus impliqués dans le raisonnement analytique, qui sont fastidueux, tout en présentant une grande puissance de calcul. W. James (1908) parlait déjà des difficultés à maintenir son attention sur un sujet ennuyeux, ou sur le suivi d'une ligne de pensée. C'est ce que Bruner (1956) appellera le surmenage cognitif -> quand une ligne de pensée doit être défendue contre des habitudes ou des désirs puissants
Le cadre "Automatismes-Règles-Connaissances" de Rasmussen
Ces trois niveaux correspondent à des niveaux décroissants de familiarité avec l'environnement ou la tâche.
Le niveau basé sur les automatismes: configurations mémorisées d'instructions préprogrammées. Les erreurs prennent 2 formes: le déclenchement d'un comportement cohérent, mais au mauvais endroit et/ou au mauvais moment, ou des omissions.
Le niveau basé sur les règles: résolution de problèmes familiers par des règles mémorisées de type "Si [état] Alors [diagnostic/action]". Les erreurs sont liées à de mauvaises classifications de situations, qui conduisent à l'application de règles erronnées, ou au rappel incorrect de procédure.
Le niveau basé sur les connaissances déclaratives: situations nouvelles pour lesquelles les actions doivent être planifiées en temps réel, en s'appuyant sur des processus analytiques et des connaissances mémorisées, avec un contrôle conscient. Les erreurs sont dues à des connaissances incomplètes ou inorrectes.
Remarque: ces 3 niveaux peuvent très bien être utilisés en parrallèle.
Le modèle de la règle floue (en partie dérivée de Rasmussen)
Les connaissances sont stockées sous la forme de règles. Rouse distingue 2 sortes de règles: les règles symptomatiques et les règles topographiques, chacune de la forme "Si [situation] Alors [action]". Ces règles mettent en relation deux composantes schématiques: une configuration d'informations stockées (liées à une situation problématique donnée) et une ensemble de programmes moteurs.
Stratégie symptomatique: on identifie le problème en l'appariant à une représentation stockée d'une configuration de symptôme de l'état défaillant.
Stratégie topographiques: le diagnostic est dérivé d'une série de jugements en "tout ou rien" concernant l'intégrité de composantes en référence à leur emplacement.
Il fait l'hypothèse que les sujets essaient d'abord de trouver des règles de type "symptomatique" et de les appliquer avant de s'engager dans la recherche de règle de type "topographique". C'est seulement si la recherche de type "symptomatique" a échoué qu'on tente la recherche de type "topographique".
La sélection d'une règle est fortement influencée par la fréquence et la récence de son utilisation passée réussie.
Le nouveau cognitivisme: le traitement parallèle distribué
Conception radicalement différentede la cognition, qui nie l'existence d'un processeur central, et soutient que la mémoire humaine est un système de traitement parallèle et distribué. Les éléments sont massivements interconnectés et agissent essentiellement par activation / inhibition des activités des uns des autres (Norman, 1985). Pour le traitement de l'information (qui se fait sur la base de critère locaux), il faut néanmoins disposer d'un "échange central d'informations" pour coordonner leurs activités. Cette fonction est assurée par l'espace global de travail (mémoire de travail qui permet aux spécialistes s'interagir entres eux). Cette approche peut expliquer assez bien les biais de similarité, de fréquence et de confirmation.

LES THEMES
Un brin de bases:
Les erreurs sont générées par des mécanismes de recherche automatique par lesquels les structures de connaissances sont localisées et leurs produits amenés à la conscience (pensée, mots, images...) ou dans l'environnement externe (action, parole, geste). Elles sont essentiellement déterminées par deux facteurs: l'appariement par similarité et la sélection par fréquence.
Le biais de fréquence donne des formes prédictibles aux erreurs humaines dans une grande variété de situations et d'activités.
L'appariement par similarité constitue la stratégie prédominante quand a) les "conditions d'appels" (les indices de récupération) sont adéquates pour spécifier une connaissance unique, et b) quandles connaissances stockées sont abondantes.
Inversement, la sélection par fréquence prédomine a) quand les indices sont insuffisants ou ambigus, et b) quand le domaine de connaissance est pauvre.
Il existe différents types d'erreurs, de même qu'il existe différentes formes d'erreurs. Les types d'erreurs renvoient à l'origine présumée de l'erreur, en la situant entre la conception et la mise en oeuvre de la séquence d'action. Les formes d'erreurs sont des formes récurrentes de défaillance qui peuvent apparaître quelque soit le type d'activité cognitive (comme par exemple les erreurs d'inattention).
Il existe 3 types d'erreurs:
- Les ratés / les lapsus: ils sont basés sur les automatismes du sujet. C'est un échec de l'exécution, c'est-à-dire que l'action ne se déroule pas selon le plan prévu (ex: vouloir cliquer sur le bouton vert et cliquer sur le rouge...). Pour leur plus grande part, les ratés impliquent l'inattention, en omettant de faire une vérification nécessaire. Mais bon nombre d'entres eux sont dus à une attention excessive (vérification attentionnelle à un moment inapproprié de la séquence d'action automatisée).
- Les fautes basées sur les rêgles: échec de la planification (le plan est inadéquat vis à vis des objectifs). On peut classer ces erreurs en deux catégories: a) les erreurs qui proviennent d'une mauvaise application de mauvaises règles, et b) celles qui sont dues à l'application de règles fausses.
Une "bonne règle" est une règle qui s'est révélée utile dans une situation particulière, mais peut conduire à de mauvaises applications. ce n'est que par la survenue de telles erreurs que ces règles "parentes" engendreront les règles "filles", plus spécifiques, nécéssaires pour faire face à la variété des situations. Plus une règle a de "victoires" à son crédit (plus elle a conduit à un résultat satisfaisant), plus cette règle est "forte", plus elle a de chances de gagner dans des situations futures (et moins elle requiert un ajustement de qualité à la situation pour être déclenché). Les règles les plus générales (=les plus "hautes") sont presque toujours les plus fortes.
- Les fautes basées sur les connaissances déclaratives: échec de la planification. A ce niveau, les erreurs prennent naissance dans deux aspects de lacognition humaine: la rationnalité limitée et le fait que les connaissances pertinentes à l'espace-problème sont presques toujours incomplètes et souvent incorrectes. Ces défaillances surviennent lorsque le sujet doit avoir un raisonnement "en temps réel".
En raisonnant à ce niveau, on impose une lourde charge à l'espace de travail, qui est limité.
Les ratés précèdent généralement la détection d'un problème, alors que les fautes surviennent endant les tentatives subséquentes de découverte d'une solution. La prise de conscience de l'existence d'un problème est une condition de définition des fautes basées sur les règles et sur les connaissances déclaratives.
Dans les deux premiers types d'erreurs, l'activité est caractérisée par un contrôle proactif (émanant de structures de connaissances stockées), alors que dans le troisième, le contrôle est essentiellement rétroactif (l'activité est dirigée par l'erreur). Aux niveaux basés sur les automatismes et basés sur les règles, les erreurs prennent la forme de routines fortes, mais fausses. Au niveau basé sur les connaissances déclaratives, la forme des fautes est beaucoup plus imprévisible...
______________
Les modes de contrôle
- le mode attentionnel: Type de traitement controlé ou conscient, il est étroitement lié à la mémoire de travail et à la conscience. Il est limité, lent, séquentiel, fastidieux... C'est un "espace de travail" très restreint. Ce "travail" puise son énergie dans une réserve strictement finie de ressources attentionnelles. Les opérations réalisées dans l'espace de travail sont largement libérées des contraintes immédiates de temps et d'espace.
- le mode de contrôle schématique: Type de traitement automatique ou inconscient. Il peut traiter rapidement les infos familières, en parallèle, et sans efforts conscients. On ne connait de limites ni au nombre de schémas qui peuvent être stockés, ni à la durée de leur rétention.
La seule façon d'expliquer les ratés de l'action non-désirés, mais présentant une parfaite cohérence consiste à faire l'hypothèse a) que les processeurs spécialisés ne sont pas "éteints" quand ils ne sont pas utilisés, mais qu'ils restent partiellement activés. et b) que leur activation peut provenir d'autres sources que de l'espace de travail conscient.
On peut distinguer 2 classes parmi les diverses origines de cette activation:
- les activateurs spécifiques: ils mettent en jeu un schéma donné à un moment particulier. Les plans constituent des "descriptions d'actions délibérées". Plus un ensemble d'action est réalisé souvent, moins ces descriptions ont besoin d'être détaillées. Problème: l'abandon d'une action routinière nécessite l'intervention explixite du mode de contrôle attentionnel. L'absence de cette intervention est la cause la plus courante des ratés de l'action par distraction.
- les activateurs généraux: ils fournissent un fond d'activation aux schémas, indépendemment de l'état intentionnel actuel. La fréquence d'utilisation antérieure joue probablement le rôle le plus important. En général, les indices du contexte suffisent à le déclencher.
Parmi les autres facteurs: la récence et le partage de traits communs avec d'autres schémas, et les facteurs émotionnels peuvent aussi jouer un rôle significatif dans l'activation de groupes spécifiques de structures de connaissances.
Les formes d'erreurs:
Les formes d'erreurs sont essentiellement déterminées par deux facteurs: l'appariement par similarité et la sélection par fréquence.
Les recherches convergentes et divergentes en mémoire:
- Recherche convergente: la réponse est entièrement le produit d'un appariement par similarité des indices fournis et les attributs stockés en mémoire.
- Recherche divergente: la réponse est largement déterminée par le jeu de fréquence. Ces deux types de recherche sont les deux extrêmes d'un continuum. A l'extrémité convergente, l'appariement par similarité domine; à l'extrémité divergente, la sélection par fréquence domine.
Dans la vie quotidienne, la plupart des recherches en mémoire se situent quelque part entre ces deux extrêmes.
La recherche de connaissances sémantiques incomplètes:
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