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Qui sont les quatre candidates et candidats au Conseil fédéral?
Grand Format
Peter Schneider/Gaëtan Bally/Georgios Kefalas/Jean-Christophe Bott - Keystone
Introduction
Mercredi 7 décembre, on connaîtra le nouveau visage du Conseil fédéral. Les deux sièges laissés vacants par Ueli Maurer et Simonetta Sommaruga devraient rester en mains de l’UDC et du PS, aucun parti n'ayant souhaité remettre en cause cette répartition. Les deux formations présentent un double ticket: le conseiller national bernois Albert Rösti contre le professeur de droit zurichois Hans-Ueli Vogt d'un côté, la sénatrice bâloise Eva Herzog contre sa collègue jurassienne Elisabeth Baume-Schneider de l'autre. Qui sont les quatre candidats et candidates? Quels sont leurs points forts et leurs points faibles? Quelles sont leurs chances de convaincre la majorité des membres de l'Assemblée fédérale réunie?
Chapitre 01
Albert Rösti (UDC/BE)
Peter Schneider - Keystone
Qui est Albert Rösti?
Né le 7 août 1967, Albert Rösti est le cadet d’une famille de paysans de montagne de l’Oberland bernois. Il a grandi à Kandersteg, fief de l’ancien conseiller fédéral UDC Adolf Ogi, avant d’entamer des études à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Il y décroche un diplôme d’ingénieur agronome, puis un doctorat quelques années plus tard. Il est également titulaire d’un Master of Business Administration (MBA) délivré par l’Université de Rochester, aux Etats-Unis.
Marié et père de deux enfants majeurs, Albert Rösti a travaillé pendant plusieurs années au sein de l’administration cantonale bernoise, gravissant rapidement les échelons jusqu’à devenir secrétaire général de la Direction de l’économie publique, de 2003 à 2006. Il prend ensuite la direction de la Fédération des producteurs suisses de lait, une organisation qu’il quitte en 2013 en raison de divergences de vues. Il se réoriente alors professionnellement et lance un bureau de conseils.
La première élection d’Albert Rösti date de 2008, dans sa commune d’Uetendorf (BE) dont il occupe aujourd’hui encore la présidence. Après un échec dans la course au gouvernement bernois, il accède au Conseil national en 2011. Responsable de la campagne triomphale de son parti en 2015, il est nommé à la tête de l’UDC dans la foulée. En 2019, il est réélu pour un troisième mandat fédéral avec le meilleur score du pays. Mais l’UDC réalise un résultat en deçà des attentes et, quelques mois plus tard, le Bernois cède les rênes du parti au Tessinois Marco Chiesa.
>> Le portrait d'Albert Rösti par Pierre Nebel:
Ses points forts et ses points faibles
Albert Rösti est le grand favori de la course à la succession d’Ueli Maurer. Disposant d’un vaste réseau sous la Coupole fédérale, il est loué, par-delà les limites partisanes, pour son esprit du consensus et sa personnalité jugée sympathique et souriante. "Modéré dans le ton mais dur sur le fond", selon un portrait de l’ATS, le Bernois est aussi largement apprécié au sein de son groupe. Il a d’ailleurs été choisi au premier tour pour figurer sur le ticket UDC.
Lors de l’élection devant l’Assemblée fédérale, il pourra sans doute compter sur le soutien des milieux paysans dont il est proche. Son influence au Parlement ainsi que ses multiples casquettes - il est à la fois président de la Fédération suisse du franches-montagnes, de l’Association suisse pour l’aménagement des eaux et de l’association des importateurs d’automobiles Auto Suisse, entre autres - lui assurent aussi l’estime de nombreux parlementaires.
Mais toute médaille a son revers et Albert Rösti pourrait aussi être victime de son image de "prince du lobbyisme". Des dizaines de personnalités issues des milieux scientifiques, culturels et de la société civile ont ainsi lancé un appel pour éviter de faire entrer "le lobbyiste du pétrole" au Conseil fédéral. Il y a quelques mois, l'UDC était en effet encore président de Swissoil, la faîtière des négociants en combustibles. Même à l’interne de son parti, les critiques fusent. La Weltwoche, proche de l’aile zurichoise de l'UDC, a ainsi clairement pris position contre le Bernois. De quoi faire dérailler sa candidature?
>> L'interview d'Albert Rösti dans La Matinale:
Chapitre 02
Hans-Ueli Vogt (UDC/ZH)
Jean-Christophe Bott - Keystone
Qui est Hans-Ueli Vogt?
Hans-Ueli Vogt est l’invité surprise dans cette course à la succession d’Ueli Maurer. Docteur en droit, professeur de droit privé et commercial à l’Université de Zurich, le quinquagénaire - il fêtera ses 53 ans deux jours avant l’élection au Conseil fédéral -, n’a pas le profil type de l’élu UDC. Intellectuel, urbain, ouvertement homosexuel, l’ancien conseiller national zurichois détonne quelque peu à l’intérieur d’un parti dont la ligne majoritaire est très conservatrice.
Hans-Ueli Vogt est entré en politique sur le tard. Il se porte candidat aux élections cantonales sous les couleurs de l’UDC en 2011 et se fait élire au Grand Conseil. En avril 2015, il est reconduit dans ses fonctions pour un second mandat, mais abandonne son poste quelques mois plus tard, à la suite de son élection au Conseil national. Il siège une législature et demie sous la Coupole fédérale avant de démissionner à la fin de l’année dernière pour se concentrer davantage sur son métier de juriste.
Très engagé sur les questions liées à la souveraineté du pays, Hans-Ueli Vogt est membre de Pro Suisse, qui a succédé tout récemment à l’Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN). Le principal fait d’armes politique du Zurichois est d’ailleurs la rédaction de l’initiative populaire pour l’autodétermination, aussi appelée initiative "contre les juges étrangers", qui avait été rejetée par deux tiers des Suissesses et des Suisses en mars 2015.
>> Le portrait de Hans-Ueli Vogt par Pierre Nebel:
Ses points forts et ses points faibles
Même s’il fait figure d’outsider dans cette course au Conseil fédéral, Hans-Ueli Vogt est un concurrent sérieux pour le favori Albert Rösti et sa candidature suscite un intérêt grandissant. Son élection permettrait d’éviter que le canton le plus peuplé de Suisse ne soit éjecté du gouvernement, ce qui n’est arrivé qu’une seule fois dans l’histoire. Sorti du chapeau par la puissante section locale de l’UDC après le renoncement de sa championne, la conseillère d’Etat Natalie Rickli, le juriste a d’ailleurs habilement réussi à se départir de son statut de "second choix".
En dehors de son groupe et des élus de son canton, Hans-Ueli Vogt pourrait également grappiller de précieuses voix dans les rangs de la gauche grâce à son image d’UDC atypique et frondeur. Au Parlement, il s’était notamment démarqué de son parti en soutenant le mariage pour tous ou en plaidant en faveur d’un contre-projet à l’initiative pour des multinationales responsables. Une indépendance d’esprit qui se manifeste également vis-à-vis des lobbys et autres groupes d’influence, ce qui pourrait le distinguer de son rival bernois.
Homme de dossiers, austère, Hans-Ueli Vogt pourrait toutefois pâtir de son manque de réseau à Berne. Sous la Coupole fédérale, il traîne encore la réputation d’un homme solitaire, élitiste et un peu hautain. Le Zurichois avait par ailleurs justifié son retrait du Conseil national par une certaine gêne en regard du fonctionnement de l’exercice de parlementaire. "Je me sens comme un joueur de tennis sur un terrain de football", avait-il affirmé. Réussira-t-il à convaincre de son utilité dans un exécutif?
>> L'interview de Hans-Ueli Vogt dans La Matinale:
Chapitre 03
Eva Herzog (PS/BS)
Jean-Christophe Bott - Keystone
Qui est Eva Herzog?
Eva Herzog, née le jour de Noël il y a près de 61 ans, a déjà une longue carrière derrière elle. Elle obtient une licence en histoire, économie et espagnol aux Universités de Bâle et de Saint-Jacques-de-Compostelle en 1988, puis complète son cursus quelques années plus tard par un doctorat en histoire. Parallèlement, la Bâloise multiplie les emplois dans les domaines associatif, culturel et académique.
C’est à la fin des années 1990 qu’elle plonge dans le bain politique. Elle se fait élire en 1999 sous les couleurs socialistes à l’Assemblée constituante du canton de Bâle-Ville et devient députée au Grand Conseil en 2001. Une petite législature plus tard, elle accède au Conseil d’Etat. Chargée du Département des finances pendant plus de quinze ans, on lui crédite l’assainissement de la caisse de pensions cantonale, la baisse des impôts ainsi que le redressement des comptes publics.
En 2010, Eva Herzog se lance une première fois dans la course au Conseil fédéral, pour la succession de Moritz Leuenberger, mais n’est pas retenue par le groupe socialiste aux Chambres fédérales. Dès l’annonce de la démission de Simonetta Sommaruga il y a quelques semaines, le nom de la Bâloise - devenue entretemps conseillère aux Etats - est sur toutes les lèvres et c’est sans surprise qu’elle est choisie pour figurer sur le ticket socialiste au côté d’Elisabeth Baume-Schneider.
>> Le portrait d'Eva Herzog par Pierre Nebel:
Ses points forts et ses points faibles
Eva Herzog a le profil-type d’une conseillère fédérale. Dotée d’une solide expérience gouvernementale au niveau cantonal, elle a la carrure nécessaire pour siéger au Conseil fédéral, faisant montre d’autorité, y compris au sein du très masculin Conseil des Etats, ainsi qu’une indéniable maîtrise des dossiers. Son côté professoral pourrait toutefois aussi la desservir. Elle est ainsi souvent présentée comme austère et peu sympathique, voire cassante et arrogante.
Sur les questions fiscales, Eva Herzog fait partie de l’aile libérale du PS. En 2017, alors conseillère d’Etat, elle s’était fortement engagée en faveur de la troisième réforme de l’imposition des entreprises, contre l’avis de son parti. Alors que l’évolution prochaine des comptes fédéraux s’annonce assez sombre, les engagements passés de la Bâloise et son indépendance d’esprit devraient plaire aux partis bourgeois. A gauche, en revanche, cela lui vaut quelques inimitiés.
Mais la socialiste bâloise a encore un atout dans sa manche: son origine. La cité rhénane, pourtant deuxième pôle économique du pays, n’a en effet plus connu de représentant au gouvernement depuis le départ du socialiste Hans-Peter Tschudi il y a près de 50 ans. Féministe de longue date, extrêmement populaire dans son canton, Eva Herzog a d’ailleurs survolé son élection à la Chambre haute en 2019. Dans ce nouveau défi, même si elle est la grande favorite, sa victoire n’est cependant pas encore signée.
>> L'interview d'Eva Herzog dans La Matinale:
Chapitre 04
Elisabeth Baume-Schneider (PS/JU)
Jean-Christophe Bott - Keystone
Qui est Elisabeth Baume-Schneider?
C’est la candidate que l’on n'attendait pas: la Jurassienne Elisabeth Baume-Schneider a été préférée à la Bernoise Evi Allemann pour figurer sur le ticket des candidates socialistes à la succession de Simonetta Sommaruga. Née en 1963 à la veille de Noël dans le Jura bernois, cette fille d’agriculteurs établis dans les Franches-Montagnes effectue sa maturité à La Chaux-de-Fonds avant d’entreprendre des études à la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Neuchâtel.
Son diplôme en poche, Elisabeth Baume-Schneider travaille pendant plus de dix ans en tant qu’assistante sociale. En 1995, cette jeune mère de famille - elle aura deux enfants, un premier en 1993 et un deuxième en 2000 - entre au Parlement et y reste jusqu’à son accession au Gouvernement, en 2003. Trois législatures plus tard, elle abandonne la politique et retourne à ses premières amours, prenant la direction de la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne (HETSL).
C’est en 2019 qu’Elisabeth Baume-Schneider retrouve la politique. La socialiste jurassienne se fait élire au Conseil des Etats, réalisant le meilleur score du canton, et abandonne dans la foulée son poste à la HETSL. Très active dans le domaine social et associatif, elle préside depuis 2021 la Commission de de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie de la Chambre des cantons. Au début 2022, elle est élue à la vice-présidence du PS Suisse.
>> Le portrait d'Elisabeth Baume-Schneider par Pierre Nebel:
Ses points forts et ses points faibles
"Quel est votre superpouvoir? - Le Bärndütsch!", répondait Elisabeth Baume-Schneider dans un portrait paru récemment dans le Blick alémanique. Alors qu’elle brigue la succession de la Bernoise Simonetta Sommaruga, sa maîtrise de la langue de Dürrenmatt est un véritable atout, qui contrebalance quelque peu sa qualité de Romande. Son élection ferait en effet basculer la majorité du Conseil fédéral côté latin. C'est indéniablement son principal point faible, plusieurs élus estimant que cela disqualifie quasiment sa candidature.
Autre handicap d’Elisabeth Baume-Schneider: elle est parfois jugée trop à gauche. Dans sa jeunesse, comme bien d'autres collégiens, elle a commencé son engagement politique en militant à la Ligue marxiste révolutionnaire. Aujourd’hui, son parcours professionnel aussi bien que sa carrière politique la placent plutôt au centre de gravité du PS. Dans tous les cas, elle est plus à gauche que sa camarade de parti Eva Herzog, qui représente l’aile libérale de la formation à la rose.
Pourtant, la Jurassienne séduit au-delà du camp rose-vert et des élus romands. Fille d’agriculteurs, issue d’une région périphérique, elle pourrait s’assurer la sympathie des élus des zones rurales et du puissant lobby paysan. De plus, l’élire permettrait d’accorder un siège gouvernemental au Jura, qui en a été privé jusqu’à présent. Enfin, à l’aise sur le fond comme sur la forme, elle a fait forte impression depuis l’annonce de sa candidature. Si bien que sa cote, même si elle reste plus faible que celle de sa rivale bâloise, ne cesse de grimper.
>> L'interview d'Elisabeth Baume-Schneider dans La Matinale: