Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07214.jsonl.gz/2

Le 7 février 1971, la votation populaire instituant le droit de vote et d'éligibilité des femmes au niveau fédéral est acceptée par 65,4% des citoyens masculins du pays, contre 34,3%. Certes, les citoyennes avaient déjà obtenu le droit de voter dans certains cantons dès les années 1960. Mais la Suisse a été l'avant-dernier pays, avant le Liechtenstein, à accorder ce droit au niveau national.
Pourquoi un tel retard?
La route vers le suffrage féminin a été longue et pavée de déceptions. Des votations cantonales ont été organisées dans les années 1920 déjà: le refus a été net partout. Mais les organisations de femmes ne se sont pas démobilisées. Il faudra cependant attendre les années 1950 pour que le sujet soit remis sur le tapis. Dans un premier temps, le Conseil fédéral juge qu'il serait prématuré de consulter le peuple. Il revient sur sa décision et met sur pied une votation en 1959.
Là encore, le rejet - toujours par les seuls hommes citoyens - de l'accès des femmes au droit de vote est très net. Mais le processus est en marche. Dans les années 1960, les cantons sont de plus en plus nombreux à faire le pas. Et les événements de Mai 1968 en France auront raison des derniers réfractaires.
Plusieurs raisons expliquent ce "retard" de la Suisse. Les autorités fédérales estimaient à l'époque qu'il fallait passer par les urnes sur cette question, ce qui a passablement ralenti le processus. Dans les autres pays d'Europe au contraire, il a suffi d'une réinterprétation de la Constitution pour que le terme "citoyen" inclue les citoyennes.
Citoyen=soldat
D'autre part, la citoyenneté était dans l'esprit helvétique intimement liée à la notion de soldat. Avait le droit de vote celui qui portait une arme et pouvait défendre la nation. Enfin n'oublions pas les arguments "biologiques" en vogue à l'époque selon lesquels les femmes pouvaient se montrer "hystériques" et n'étaient de ce fait pas douées de suffisamment de raison pour accéder au droit de vote (voir la chronologie "Femmes et politique suisse").
Cécile Rais