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C'est une plongée qui a lieu au mois d'octobre dans des conditions que l'on peut considérer comme normales. Si les standards des différents organismes de plongée loisir ont défini 40 mètres comme la profondeur maximum, certains plongeurs dépassent cette limite de manière occasionnelle ou régulière. Dans le cas qui nous intéresse, trois plongeurs qui ont l'habitude de s'immerger ensemble au-delà des 40 mètres se sont rendus, après leur travail, sur un site qu'ils connaissent bien pour une plongée située dans la zone des 60 mètres.
La plongée débute par du palmage en surface et une descente à -60 mètres. Le temps passé au fond ne dure qu'une minute et la remontée se fait très tranquillement jusqu'à la profondeur du premier palier. La température de l'eau est, ce soir-là, de 7°C au fond et de 13°C près de la surface. Les plongeurs entament alors leurs paliers en se dirigeant vers leur point de sortie. Ce fut une belle plongée qui a duré 54 minutes et qui leur a permis d'aller visiter un endroit qu'ils aiment. Tout s'est bien passé, il est 19h30.
Sauf que, au moment de sortir un plongeur, que nous nommerons Joe, se sent mal, il respire difficilement et ressent soudainement une grande fatigue. Ses camarades de palanquée le déchargent de son matériel, l'aident à sortir de l'eau et l'amènent auprès de leur véhicule. Même sans matériel, Joe a de la peine à marcher jusqu'à la voiture, ses muscles commencent à se raidir, sa vision s'altère, il perd toute sensation au bout des doigts, des nausées apparaissent et lorsqu'il veut uriner cela est impossible malgré un besoin urgent. Les premiers problèmes d'équilibre apparaissent aux environs de 20h00.
Joe inhale du Nitrox 70, espérant la disparition des symptômes, ce qui sera partiellement le cas. Afin d'attendre que les effets bénéfiques de l'oxygène se produisent, les trois compères se rendent dans un restaurant afin de prendre un verre.
L'un des trois plongeurs que nous nommerons Arwell, appelle DAN (Diver Alert Network) aux environs de 21h00 et se retrouve en communication avec la REGA. Le plongeur explique la situation et le correspondant de la REGA donne un numéro de téléphone portable afin de joindre un collaborateur de DAN. Le correspondant de DAN ne répondant pas, Arwell laisse un message sur le combox. Quelques minutes plus tard, le correspondant de DAN rappelle et Arwell lui réexplique ce qui c'est passé. Le collaborateur de DAN conseille aux plongeurs d'emmener Joe au CHUV dans les meilleurs délais pour qu'il puisse inhaler de l'oxygène pur. Si cela est possible, il conseil de s'y rendre en voiture, dans le cas contraire, il propose d'appeler une ambulance.
Vers 22h00 Joe se présente au service des urgences du CHUV. A la réception, c'est la procédure habituelle avec toute sa batterie de paperasse et d'attente interminable. A un moment, Joe demande expressément de pouvoir inhaler de l'oxygène pur. Heureusement une infirmière qui passe par là et jauge la gravité des événements. Joe est transféré au HUG qui est équipé d'une nouvelle chambre hyperbare. Le départ en hélicoptère a lieu aux environs de minuit.
A son arrivée aux HUG, Joe réexplique son histoire et subit une série de tests. Il entre dans le caisson aux environs de 2h30 pour une durée de 5h00. A l'issue de cette séance, un accident vestibulaire au niveau de l'oreille moyenne est diagnostiqué; heureusement, dans la plus part des cas, la guérison est rapide.
Notre ami plongeur subira cinq séances supplémentaires au cours desquelles il sera impossible de définir si l'amélioration de son état est due ou non aux séances de recompression. Aujourd'hui il va bien mais ne peut plonger pendant 6 mois.
Il y a une bulle ?
Facile, avec le recul, de dire comment il aurait fallu agir. Pour cette raison, il est important, non pas de donner des pistes sur comment agir en cas d'incident, mais plutôt de générer des réflexes de manière à ce que l'individu sous stress puisse les restituer sans hésitation.
Pourquoi ne pas avoir tout de suite appelé les secours ?
Il faut ensuite se poser la question de savoir pourquoi un numéro de téléphone qui devrait être dévolu à DAN abouti à la Rega. Viens ensuite la question de savoir comment un employé de la Rega qui est sensé savoir quoi faire en cas d'accident de plongée, renvoie son correspondant sur le numéro de téléphone portable d'un membre de DAN.
Et pour finir, comment est-il possible qu'un collaborateur d'une institution sensée œuvré auprès des plongeurs touchés par des accidents, envoie ce plongeur aux urgences d'un hôpital ne possédant plus de caisson et ceci en voiture ?
Décryptage
En cas de suspicion d'accident de plongée, la première chose à faire et de prévenir les secours au numéro 144, centre des urgences sanitaires pour l'ensemble de la Suisse. C'est un centre qui est compétent pour définir les mesures à mettre en place en fonction de l'état de la personne en détresse et des moyens à disposition. Ce centre d'appel est également à même de pouvoir faire dispenser les premiers secours par une tierce personne et se charge de toute la logistique qui permettra d'amener l'accidenté dans les meilleurs délais sur le site approprié.
Il est également possible d'appeler la REGA (Garde Aérienne Suisse de Sauvetage) au numéro 1414 afin de faire acheminer, par hélicoptère, l'accidenté au caisson le plus proche.
Dans notre cas, cet appel n'a pas été immédiatement lancé à un service de secours. C'est une erreur qu'il est difficile de condamner conte tenu du sentiment de culpabilité que les uns et les autres ont pu avoir en sortant d'une plongée « hors standards ». De plus les plongeurs on de la peine à accepter d'être victime d'un accident de décompression alors qu'ils ont respecté ce que leur ordinateur leur a indiqué. En revanche, le réflexe de mettre l'accidenté sous oxygène est à saluer.
Il est surprenant qu'un organisme comme DAN est envoyé le plongeur accidenté au CHUV qui ne possédait, à ce moment, déjà plus de caisson de décompression. Il faut également rappeler qu'en cas d'accident, quel qu'il soit, il ne faut jamais emmener la personne incriminée soi-même à l'hôpital. Il est impossible à notre niveau de connaissance de savoir comment va évoluer l'état de l'accidenté et de connaître l'état de la circulation. De plus, une arrivée en ambulance ou en hélicoptère ne est pas sujette à des tracasseries administratives comme c'est le cas lorsque nous nous y rendons par nos propres moyens. En revanche, posséder une réserve d'oxygène pur est une notion qu'il serait bon de généraliser auprès de tous les plongeurs.
Statistiquement, on compte :
- Un accident de plongée pour 30'000 plongées loisir.
- Lorsque l'on sort de cette notion de plongée loisir, ceci concerne les plongées à décompression, les plongées sportives ou les plongées dans des conditions extrêmes, un accident pour 15'000 plongées est relevé.
- Pour les amateurs de plongée Tek, il y a un accident pour 800 plongées.
Nous avons la grande chance de plonger dans un pays qui possède un réseau de secours performant. Il est important de l'utiliser de la manière la plus simple qui soit et de faire confiance aux professionnels qui le composent.
Pour résumer
En cas d'accident, de suspicion d'accident de plongée ou de maladie de décompression.
- Secourir l'accidenté.
- Appeler les secours au numéro 144.
Donner son nom et son numéro de téléphone, indiquer le lieu, le nom de la personne accidentée ainsi que ce qui c'est passé, informer de l'état de l'accidenté.
Suivre les instructions de la centrale des urgences.
- Mettre la personne accidentée sous oxygène pur.
- Attendre les secours en assurant la survie de l'accidenté.
Les HUG se sont équipés d'un caisson hyperbare performant composé de deux chambres. Cet outil remplace les anciens caissons de Lausanne et Genève. Restons cependant prudents vis à vis de cet environnement sous-marin si fascinant dont nous ne sommes que les témoins et dans lequel nous ne pouvons nous permettre de jouer les apprentis sorciers.
Un vieux plongeur