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Dans le billet intitulé "L'eau, bien public? La gauche a gagné", j'ai cité le commentaire d'un internaute qui lui-même citait un texte de Jean- Jacques Rousseau à propos de la propriété.
Comme d'autres sans doute, ce qui n'excuse pas sa faute - ni la mienne, cet internaute cite une version tellement revue et corrigée qu'elle renverse le point de vue du philosophe.
Pascal Décaillet dans un commentaire me livre la totalité des propos du grand Genevois, dont on fêtera le tricentenaire de la naissance l'année même où le peuple souverain genevois adoptera sa nouvelle consitution.
Voici donc ce texte fondateur.
« Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile.
Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : "Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne!"
Mais il y a grande apparence qu'alors les choses en étaient déjà venues au point de ne plus pouvoir durer comme elles étaient : car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d'idées antérieures qui n'ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d'un coup dans l'esprit humain : il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l'industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d'âge en âge, avant que d'arriver à ce dernier terme de l'état de nature. [...]
La métallurgie et l'agriculture furent les deux arts dont l'invention produisit cette grande révolution. Pour le poète, c'est l'or et l'argent, mais pour le philosophe ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes, et perdu le genre humain ».
Rousseau : Discours sur l'origine de l'inégalité (1755)