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«Magnifique!» Il ne se lasse pas du tintement des cloches de vaches. «Cela sonne aussi beau qu'une symphonie», dit Gjon Muharremaj. Le chanteur de 22 ans est appuyé contre la clôture d'un pâturage au-dessus de sa maison de Broc (FR). Lors d'une promenade le long des prairies verdoyantes, le Fribourgeois recharge ses batteries en vue de sa grande performance. Son regard se balade sur le troupeau et les collines avoisinantes. «Ces cloches, c'est de la musique suisse; elle m'accompagnera jusqu'à Rotterdam.»
Le 20 mai, Gjon's Tears - son nom de scène qui signifie les larmes de Gjon - représentera la Suisse au Concours Eurovision de la chanson (ESC) de cette année à Rotterdam (Pays-Bas). La ballade mélancolique qu'il présentera en demi-finale du plus grand concours de musique du monde jeudi s'intitule «Tout l'univers». Les bookmakers considèrent le chanteur à la voix de tête caractéristique comme l'un des grands favoris du concours.
Luca Hänni, 26 ans, quatrième à l'ESC 2019 ne tarit pas d'éloges: «Gjon a une super voix!» L'année dernière, l'ESC a été annulé en raison de la pandémie de coronavirus. Gjon a pris sur lui le fait qu'il ne pouvait pas s'y produire. Aujourd'hui, il déclare, confiant et ambitieux comme il l'est: «J'ai d'autant plus hâte d'y être!»
Après la marche, Gjon s'assied au piano à queue chez lui et joue «Tout l'Univers». Le musicien vit dans un ancien garage que son père a transformé en appartement à la sortie du village de Broc, sur la route menant au col du Jaun. Les parents et le frère de Gjon vivent dans la maison voisine. Le père Hysni est grutier et maçon, il est originaire du Kosovo, la mère Elda, albanaise de naissance, travaillait quant à elle dans la chocolaterie Cailler toute proche.
Gjon est né à Saanen (BE), et les Muharremajs vivent à Broc depuis 2000. Au village, il allait à l'école, jouait au football, pratiquait le karaté, mais à l'âge de sept ans, Gion s'est découvert un amour pour la musique. «Le déclic s'est produit pendant mon cours de piano», confie-t-il.
A neuf ans, il a chanté la chanson d'Elvis Presley «Can't Help Falling in Love» à la demande de son grand-père Hamit et a fait pleurer «l'homme fort». «Ses larmes m'ont profondément touché», se souvient Gjon. J'ai réalisé que j'avais un énorme pouvoir en tant que chanteur.» Ces larmes lui donnent alors l'idée de s'appeler Gjon's Tears.
Gjon sait déjà qu'il sera super stressé juste avant sa prestation à l'ESC. Puis il se retirera quelques minutes pour repenser à de beaux et bons moments - dans la nature, aux larmes de son grand-père Hamit. «Ça va me calmer.» Lui-même a pleuré pour la dernière fois il y a quelques semaines. Quand il a regardé le film «Wheels» qui raconte le drame de deux junkies paraplégiques.
«Je dois beaucoup à mon grand-père», dit Gjon, en prenant au mur une photo d'Hamit. «C'est mon plus grand fan. Au ESC, je veux le rendre fier!»
Ainsi, ce 20 mai, les nombreux supporters romands et toute la famille Muharremaj ne seront pas seuls à applaudir devant leur télévision. Le grand-père Hamit sera aussi avec eux... de sa maison au Canada. Ils souhaitent à Gjon «Paç fat», ce qui signifie «bonne chance» en albanais. Et que les larmes de Gjon arrivent en finale! Et pourquoi pas, samedi soir, entendre un: «The winner is... Switzerland!»