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On peut l’affirmer sans crainte de se tromper : dès mars 2011, l’administration cantonale a rejeté une approche objective de la traversée du Lac. Pour quelle raison ? c’est un complet mystère.
Voici en 4 points la succession des événements.
1. Loi 10015, 5 février 2008.
L’article 1 de la loi 10015 « ouvrant un crédit d’étude de 3'500'000 francs pour la réalisation d’une traversée lacustre de Genève », entrée en vigueur le 5 février 2008, dispose que « le crédit de 3'500'000 francs est ouvert en vue de financer l’étude d’un avant-projet pour la construction d’une traversée lacustre à Genève entre le Vengeron (rive droite) et les environs de La Belotte (rive gauche), avec raccordement direct au réseau routier et/ou autoroutier suisse et français ».
2. République et canton de Genève – DCTI Office du génie civil - Traversée du Lac - Contournement est de Genève – Rapport de synthèse des études de faisabilité, mars 2011.
Les études ont examiné 4 variantes et 3 sous-variantes de tracé.
La variante 1 est l’actuelle solution soutenue par le canton, avec un passage par la pointe à la Bise et un raccordement à la Douane de Thônex-Vallard après un large détour par la campagne.
La variante 3 est celle que propose l’Association Genève Route et Rail, suivant de près la ligne droite qui relie le Vengeron et la Douane de Thônex-Vallard, accostant en rive gauche à Bellefontaine. La variante 3c propose une jonction au bord du Lac et une jonction au plateau de Frontenex : c’est cette variante que retient également le projet GeReR.
Au chapitre 19 de ce document, Etude de modélisation des déplacements, les variantes 1 et 3c sont jugées les plus favorables, mais les variantes 3, dont la 3c, sont écartées parce que ne répondant pas à la loi 10015. Aucune explication complémentaire n’étant donnée, on ne peut que conclure que, selon cette étude, la Pointe à la Bise est située dans les environs de La Belotte (à 1'200 mètres de distance), mais pas Bellefontaine (à environ 2'200 m). La solidité de cette argument pour écarter les tracés 3 saute aux yeux ! Et on se demande pourquoi les tracés 3 ont été étudiés, si ce seul argument, qui se vérifie en deux minutes, suffit à les écarter ?
C’est la 1ère violation de la raison : l’Etat voulait, en mars 2011 déjà, pour des raisons inconnues, une traversée vers la Pointe à la Bise, et a avancé un argument bidon pour écarter l’autre des deux solutions jugées les plus favorables.
3. Confédération – OFROU - Autoroute N1 – Région Genève – Etude préliminaire – Rapport de synthèse de l’étude d’opportunité, 21 mars 2013.
La suite de l’aventure, c’est cette étude de l’OFROU – Office fédéral des routes, qui a pour objectif d’éliminer le « goulet d’étranglement » que forme l’autoroute entre l’échangeur du Vengeron et celui de Perly.
Il est essentiel de comprendre que c’est à la poursuite de cet objectif que l’OFROU a examiné une traversée du Lac : la question prioritaire à laquelle cette étude veut répondre est celle-ci : une traversée du Lac offre-t-elle une solution à la surcharge de l’autoroute de contournement entre Vengeron et Perly ? si la réponse à cette question est négative, la traversée du Lac est écartée, mais dans le cadre de cette étude seulement : ça ne signifie nullement que la Confédération refuse d’envisager l’inscription d’une traversée du Lac dans le réseau des routes nationales.
Toujours avec l’objectif de résoudre la saturation de l’autoroute entre Vengeron et Perly, l’OFROU a inventorié 16 variantes, certaines comportant en outre des sous-variantes.
Les variantes consistant en une Traversée du Lac sont codées de TL1 à TL8. L’actuel projet de l’Etat (Vengeron - Pointe à la Bise – Douane de Thônex-Vallard) porte le code TL04, mais aussi TL 05.1. Ce double code découle de considérations de systématique : les traversées TL05 désignent celles qui passent par la Pointe à la Bise ; la variante TL05.1 rallie le réseau autoroutier à la Douane de Thônex-Vallard, la TL05.2 rejoint le réseau à Bachet de Pesay, et la TL05.3 à l’échangeur d’Etrembières. Le document de l’OFROU arrive à la conclusion que la variante TL05.1 est la plus favorable des trois. C’est celle-ci que l’OFROU a décidé d’examiner plus en détail, toujours dans la perspective de résoudre la saturation de l’Autoroute entre Vengeron et Perly.
La solution de GeReR porte le code TL01.
4. Lettre de l’OFROU, signée de son directeur Monsieur Röthlisberger, envoyée à Rodolphe Weibel le 12 mai 2015 2015.05.12 Lettre de OFROU.pdf.
Pour éviter tout malentendu, voici !
L’étude préliminaire du 21 mars 2013 a permis de démontrer qu’aucun nouvel élément de réseau traversant le lac Léman (ni la variante TL05, ni la TL01) ne permet de résoudre le goulet d’étranglement sur la route nationale dans la région genevoise. C’est pour cela que nous avons décidé de poursuivre les études en vue de l’élargissement de l’infrastructure actuelle (seule mesure apte à garantir de manière durable la fonctionnalité de la route nationale). Aucune variante de traversée du lac ne sera réexaminée dans le cadre de ces études visant à éliminer au plus vite le goulet d’étranglement.
Si un complément de réseau « Traversée du Lac » venait à être intégré dans l’arrêté fédéral sur le réseau des routes nationales, nous aurons la possibilité de lancer des études relatives au tracé optimal de cette traversée.
Ces études ne se feraient plus alors sous l’angle « élimination du goulet d’étranglement » et votre variante pourrait alors être analysée et comparée avec les autres variantes envisageables. Par conséquent, le choix de la variante TL05 … ne constituera aucun préjudice pour ces analyses. Une prise de position de l’OFROU concernant votre variante ne pourra être donnée qu’après achèvement de ces futures analyses.
Ces lignes sont très claires : aux yeux de l’administration fédérale des routes, il n’y a aucune objection fondamentale à l’inscription dans l’arrêté fédéral sur le réseau des routes nationales d’une traversée du Lac. La décision d’une traversée du Lac et de l’achèvement du contournement autoroutier de Genève résultera d’une décision politique, mais les dispositions d’exécution résulteront de considérations matérielles, le coût d’investissement, les coûts d’exploitation, les contraintes environnementales, l’efficacité fonctionnelle, etc., et la Confédération maîtresse de l’ouvrage conduira des études pour optimiser ces conditions matérielles.
La Confédération sera sans aucun doute un partenaire fidèle, solide, et respectueux. La décision de Genève de vouloir en faire à sa tête, sans profiter des dispositions qui font de la Confédération la propriétaire des routes nationales, qui en assume les coûts de construction et d’exploitation, laisse pantois. Pourquoi, au nom du ciel, pourquoi l’Etat de Genève tient-il à traverser le lac entre le Vengeron et la Pointe à la Bise ? C’est sans aucun doute possible un des passages à la géologie la plus difficile, aboutissant à une des zones les plus protégées du canton. Pourquoi pas la Belotte comme le prévoyait la loi 10015 ? Personne ne le sait ; probablement même pas à l’Etat, il serait resté des traces d’une quelconque étude. Mais non, rien !