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La méthode d'éducation maçonnique fait appel à des symboles tels l'équerre, 'le compas et autres, qui remontent â la nuit des temps.
Chaque symbole est un contenant dont le contenu est â extraire et â assimiler proportionnellement â l'effort et â la réceptivité personnelle de chacun.
Le message maçonnique, ou contenu, est un précepte qui est destiné au coeur de l'homme. Celui-ci, qui est tout compte fait, le coeur de la Vie même, a sa quantité de mystère.
Si le message était exprimé en langage courant, avec graphèmes et phonèmes qui s'enchaînent selon des strictes règles de syntaxe, il viendrait â l'homme par la seule voie de l'intellect. Comme le font les normes, les conventions, les convenances.
Conceptualisé de la sorte, il serait banalisé comme une poésie traduite en prose. Sa résonance créatrice, l'unique qui sache passer â travers le mystère du coeur de l'homme, qui opère â l'intérieur de l'homme, serait ainsi dispersée.
Serait aussi violé le droit de chacun â creuser en lui dans la mesure strictement subjective qui lui convient, pour y, trouver le degré de correspondance naturelle entre lui et la force formative du précepte. Celui qui se familiarise avec le langage maçonnique procède dans la voie de l'initiation. Il doit apprendre très peu avec l'intellect (mathein) mais vivre une expérience intérieure (pathein), par laquelle il entre dans une certaine disposition d'esprit.
La nature de la Franc-Maçonnerie exclut le dogmatisme.
Son langage en est un exemple, de même que ses principes et ses méthodes.
La Franc-Maçonnerie n'est pas une « société secrète » à proprement parler. Si cette épithète lui est encore si souvent attribué, alors que périodiques, radio et télévision lui consacrent de larges articles et émissions et que les ouvrages la concernant sont vendus dans toutes les librairies, c'est qu'elle entoure ses membres et ses travaux de la discrétion sans laquelle son action s'apparenterait â une activité profane.
Et vu sous cet angle, son « secret » se situe sur deux plans.
Le premier, c'est le secret qui entoure les discussions en loge, secret qui permet â chacun de s'exprimer en toute liberté d'esprit, en dehors de toute contingence extérieure telle que professionnelle, sociale, politique, confessionnelle, en sachant que les propos tenus ne franchiront pas l'enceinte du temple.
Le second, c'est ce qu'on pourrait appeler le secret de fabrication qui a toujours fait penser à ceux qui étudiaient la Maçonnerie de l'extérieur qu'on leur « cachait quelque chose » !
C'est l'influence progressive de l'expérience de la méthode maçonnique sur l'individu qui fait que même lorsqu'on a lu et approfondi tous les aspects de la Maçonnerie, on n'« est » vraiment franc-maçon qu'à la condition d'avoir participé assidûment au travail et à la vie de la loge.
ous les maçons s'appellent « Frères ». Mais la fraternité maçonnique n'est pas comme les autres.
Elle ne peut s'assimiler à la fraternité d'armes d'anciens combattants ou â l'amitié qui lie les membres d'un club de boules.
Elle transcende les armes et les boules. Elle a ses racines dans la conviction que l'homme est capable de pureté de sentiments et dans l'espérance qu'une palingénésie peut s'accomplir tous les jours sur cette terre.
Par l'appellation de « frère », on s'adresse au cœur de l'homme. En recevant cette appellation, on subit une mise en condition inhabituelle : réintégrer notre humanité globale en dépit des conditionnements qui se sont stratifiés sur elle tout au long d'une vie.
C'est le coeur à nu. Une nudité libératoire parce qu'elle est acceptation de nos impuissances et reconnaissance de notre besoin d'espérance.
Plus d'uniformes impénétrables, plus d'habits falsifiants, plus de réserves mentales.
La Franc-Maçonnerie se propose de réunir tous les hommes de bonne volonté qui sont encore capables de foi. La foi maçonnique consiste â croire qu'il existe un Art pour bâtir un monde meilleur et qu'il est possible de cultiver cet Art.
Son but final étant la construction de ce monde meilleur, la Franc-Maçonnerie est universelle par sa philosophie avant de l'être par son organisation géo-politique. Pour l'immédiat, nous proposons la restauration de l'humanisme dans notre culture afin que l'homme redevienne la mesure de toute chose.
Consciente que l'erreur de toujours est de croire qu'une morale déterminée puisse définir sans appel la totalité de l'homme, la Franc-Maçonnerie libérale s'arrête, par respect, devant la partie inaccessible de la personnalité humaine.
L'article premier des Constitutions d'Anderson de 1723, qui demeurent la base de référence de la Franc-Maçonnerie spéculative et libérale, commence ainsi :
« Un Maçon est obligé, de par sa Tenure, d'obéir à la loi morale ; et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais athée stupide ni libertin irréligieux ».
Pour le franc-maçon libéral, toute recherche sincère et honnête, qu'elle s'approche de la découverte ou du refus de Dieu, est respectable. Seule la stupidité, religieuse ou athée, est bannie. En fonction de quoi, la Franc-Maçonnerie libérale rejette tout dogmatisme et prétend que la foi n'étant pas transmissible dans son intégralité, il est du ressort de chacun, â la suite d'un long itinéraire intérieur, de choisir la conception qui se rapproche le plus de ses idées. Tout au long de cet itinéraire, le théisme, le déisme, l'agnosticisme, l'athéisme ou le panthéisme peuvent aussi bien être des pauses, des accidents de parcours ou des conquêtes de l'esprit.
Dans ce domaine, Descartes ne se définit pas par opposition à saint Thomas et leurs idées sont comme les branches d'un compas qui cernent sans définir « l'inaccessible totalité de l'homme ».
Le franc-maçon libéral est un citoyen dont la conscience, toujours en éveil, éprouve le besoin de s'exprimer librement et nécessite un régime où l'objection est autorisée et respectée.
Mais il serait faux de penser que pluralisme et démocratie absorbent entièrement la raison d'être de la Franc-Maçonnerie libérale. La démocratie étant, en fin de compte, un jeu de quantités où la majorité est gagnante, l'erreur peut prévaloir quand elle rallie la plupart des participants.
La Franc-Maçonnerie n'a pas d'ambition politique, elle ne se soucie pas de victoires quantitatives. Mais ses membres cherchant â atteindre un plus haut degré de sagesse, peuvent, par leurs suggestions, aider la société â reconnaître ses erreurs passagères et â les corriger. Ce faisant, ils neutralisent la séduction que peuvent présenter les solutions violentes et affaiblissent la « tentation totalitaire ».
Si les sources auxquelles la Maçonnerie a puisé sont les mêmes pour tous les maçons et remontent au-delà de l'ancienne Egypte en passant par les bâtisseurs de cathédrales, les Ordres de Chevalerie, Pythagore et les religions judéo-chrétiennes, de nombreuses tendances ont vu le jour depuis le début de la Maçonnerie dite « spéculative » au XVIIIe siècle.
Parmi ces tendances aussi variées que peuvent l'être celles d'une Société qui se veut évolutive et adogmatique et qui examine toutes les doctrines en se refusant d'en accepter aucune comme définitive, la Franc-Maçonnerie libérale à laquelle nous appartenons se distingue des autres branches par le fait que nous respectons une liberté absolue de conscience.
Dans la pratique, cela veut dire que nous n'imposons dans nos loges aucun « livre de la foi sacrée » particulier ; que nous reconnaissons pour maçon toute personne normalement initiée; que tout Frère, de quelque obédience qu'il soit, est reçu dans nos temples ès qualité ; que nous sommes des maçons libres dans des loges libres, groupées en fédération de loges et non au sein d'obédiences centralisatrices exerçant des pouvoirs régulateurs contraignants.
Toute autre pratique serait contraire â notre liberté absolue de conscience. Dans cet esprit, personne, ni profane ni Frère, n'est obligé de partager notre conception, mais personne non plus n'est en droit de nous l'interdire.
Genève, décembre 1976.
La Franc-Maçonnerie Paul Naudon (Presses Universitaires de France - Que sais-je? - No 1064.)
Les Francs-Maçons Serge Hutin (Editions du Seuil -
Collection « Le Temps qui court ».)
La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes O. Wirth
1" partie : « L'apprenti »(Editions du Symbolisme.)
La Symbolique Maçonnique J. Boucher (Editions Dervy.)