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L’homme est entré, il s’est secoué, ça a fait une dernière giboulée. Il a jeté un regard circulaire et méprisant comme s’il se trouvait dans la bauge des cochons. Il s’est assis, il a plongé ses deux mains dans les poches de sa veste au cuir noir et usé, comme s’il pêchait au hasard. Sa main droite y a ramassé un paquet de gauloises bleues bien entamé et défraîchi et une boite d’allumettes, celle avec le soleil qui se couche rayonnant sur un lac de sang plat où un bateau se noie. Il a laissé les cigarettes sur la table. Habillement, l’autre main toujours dans sa poche, il a frotté l’allumette et l’a tenue enflammée dans sa paume presque fermée. Le tabac a crissé ; un peu de vapeur — son haleine et les gouttes d’eau qui tombaient de ses cheveux, et son visage qui séchait — créait un halo lumineux.
La serveuse est venue vers lui pour savoir ce qu’il voulait boire. Elle est nouvelle ; elle ne le connaissait pas.
Il s’est à nouveau secoué. Cette fois ce n’était pas pour chasser la pluie, pas comme un chien, moins fortement, plus brusque et la serveuse a eu un moment de recul. Quelqu’un a fait « ooh ! ».
La petite s’est levée, les gens ont frémis, elle l’a suivi.
Ils savaient tous qu’il la battrait.
Depuis la nuit du 5 décembre dernier, où je me suis relevé pour écrire le texte ci-dessus, j’ai cherché à reconstituer par mes souvenirs et ceux de mon entourage, voire à retrouver dans ses collections, l’image de cette boîte d’allumette. Tous les Suisses nés avant 1960 l’ont côtoyé quotidiennement. Beaucoup n’avait aucun souvenir, nombreux ceux qui se rappelaient le soleil, mais j’étais presque le seul à soutenir la présence d’un bateau. Je continue à croire, et beaucoup de réminiscences corroborent mon hypothèse, qu’il a existé quelques années un dessin plus moderne, avec un soleil rouge sur fond gris ou peut-être jaune. Merci à Francine Chauvet qui m'a transmis hier le scannage d’une des boîtes qu’elle croyait posséder.
Lausanne le 21 janvier 2004
* : La manière noire ou mezzo-tinto est à l'origine destinée à rendre les effets de la peinture. La plaque de cuivre est criblée de petits trous à l'aide d'un berceau, sorte de lame arrondie striée, montée sur poignée. Le côté rond et hérissé de pointes est promené sur toute la plaque par un mouvement de poignet ; on berce en long, en large et diagonale. La perforation alors obtenue donne au tirage une surface uniformément noire. Puis le graveur gratte, écrase ces petits creux avec un grattoir et un brunissoir pour retrouver des surfaces plus ou moins planes. L'encre est plus ou moins retenue. Ce procédé permet d'obtenir toutes les nuances de demi-teintes jusqu'au noir le plus profond. (C.f. http ://www.groensteen.net/manierenoire.php.
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slamé par 512 le 24.09.08
V:25.10.07 version Persil (05.09..05- 05.12.2003)