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Le château de Herblingen est situé au nord du village du même nom, sur le territoire de la commune de Stetten. Son nom fait allusion aux anciens droits de bailliage que détenait le châtelain à Herblingen
Jusqu'au XVIIIe siècle, le château ne perdit presque rien de son aspect médiéval. Les côtés nord et ouest de l'ouvrage étaient protégés par des pentes abruptes et rocheuses et à l'est, un fossé artificiel rendait l'accès difficile. Côté sud, c'est le mur de soutènement de la terrasse qui servait d'obstacle d'approche. Le flanc ouest était formé par le corps de logis. Un mur d'enceinte, entièrement conservé au nord, entre la tour et le corps de logis, et partiellement du côté sud, ceignait le vaste terrain du château, un terrain qu'occupaient en outre une chapelle et diverses annexes de service. Le donjon, haut de plus de 30 mètres, se dressait au nord de la place, à un endroit dominant. Avec ses murs allant jusqu'à 4,5 metres d'épaisseur et ne s'allégeant pas vers le haut, il n'offrait que peu de place, malgré son plan carré de 11,4 mètres de côté. La porte haute, pratiquée à 12 mètres du sol et à laquelle on accédait par le chemin de ronde, s'ouvrait sur le quatrième étage. Des trois étages inférieurs, seul le troisième était éclairé par une étroite fenêtre. Les deux façade sud du rez-de-chaussée et celle de ce qui fut une fois un cinquième étage ont été murées; le crépi s'effritant, elles réapparaissent toutefois lentement. La montée vers la plate-forme crénelée, un escalier en colimaçon ménagé dans le mur, part du milieu du mur où se trouve la porte surélevée. De l'extérieur, on aperçoit les quatre fenêtres qui éclairent cet escalier, disposées sans grand soin les unes au-dessus des autres. De trois côtés, chaque troisième embrasure du couronnement crénelé a été murée. Les deux fenêtres géminées gothiques qui agrémentent la façade sud-est sont tardives. L'angle nord est traversé par un étroit passage oblique menant à un balcon. Sont de plus conservées les pierres des consoles d'un oriel. La tour est coiffée d'un toit en pavillon qui, jadis, était probablement couvert de bardeaux. Une seconde entrée a dû être ouverte au pied de la tour en 1733, après que la ville de Schaffhouse eut demandé que ses gardiens puissent pénétrer plus facilement dans la tour. On distingue sous le crépi du donjon des pierres de différentes grosseurs. Côté nord, la partie inférieure est principalement faite de blocs erratiques. L'appareil angulaire consiste en pierres de tuf bosselées et équarries dans les angles; plusieurs d'entre elles portent encore les trous dans lesquels s'accrochaient les griffes de la grue qui servit à la construction de l'ouvrage. Selon l'assemblage angulaire, la structure des murs et leur épaisseur, la tour de Herblingen a dû être construite pendant la première moitié du XIIIe siècle. On n'a décelé aucun indice prouvant qu'elle ait été habitée de façon durable.
L'actuel bâtiment d'habitation correspond sans doute à l'ancien corps de logis ou à une partie de celui-ci. Les tableaux d'embrasure qu'on voit encore dans le mur donnant sur la cour portent les traces de divers remaniements. Les énormes murs extérieurs - ils servaient également de mur d'enceinte - ne comportaient initialement que quelques jours. Les fenêtres actuelles furent percées pendant les transformations de 1733. L'enceinte qui part du corps de logis a encore son épaisseur initiale. Le chemin de ronde de la partie méridionale de cette enceinte - aujourd'hui, elle atteint la porte intérieure - a été démoli. L'espèce de lice qui descend vers la porte extérieure est maintenant flanquée par un nouveau mur d'enceinte. Un pont-levis franchissait le fossé creusé devant l'entrée. Le restaurant détruit en 1982 par un incendie servait autrefois d'annexe de service.
Selon une légende datant de la fin du Moyen Age, le pape Léon IX aurait personnellement consacré la chapelle du château de Herblingen. Abstraction faite du peu de crédibilité à accorder à cette légende, on peut affirmer qu'il ne s'est certainement pas agi d'un élément de l'actuel château. Comme le corps de logis n'est apparu dans nos régions qu'au cours du XIIIe siècle, et comme le donjon, non habitable, devait être accompagné d'un bâtiment d'habitation, le nommé Rüdiger de Herblingen, cité en 1181, occupait sans doute la demeure d'un prédécesseur. Le représentant le plus illustre des seigneurs de Herblingen, qui ne furent jamais nombreux, fut Conrad. Simple prêtre séculier, il s'éleva après 1258 à la dignité de chanoine de Coire. Il n'a pas encore été possible d'établir exactement quelle fut l'importance de sa charge de notaire du roi Rodolphe. En 1281, Conrad fit consacrer une nouvelle chapelle à Herblingen et, avec l'assentiment de ses proches, institua une prébende pour le chapelain. Le fait qu'il est dit de cette chapelle qu'elle fut construite «de novo» (de nouveau) contribua certainement à la légende de la bénédiction d'un premier sanctuaire en 1049. La chapelle qui semble en avoir remplacé une autre pourrait tout aussi bien remonter à la construction, au XIIIe siècle, du (nouveau) château. Le sanctuaire médiéval, aujourd'hui disparu, touchait au mur est du donjon.
Vers 1300, les seigneurs de Herblingen procédèrent toujours plus fréquemment à des ventes. Puis ils s'établirent à Schaffhouse, où ils occupèrent par moments une tour. Finalement, ils aliénèrent aussi le château et la moitié du bailliage de Herblingen aux ducs d'Autriche. Ceux-ci cédèrent leur nouvelle acquisition en nantissement aux écuyers tranchants de Diessenhofen, qui la considérèrent toujours plus comme leur propre bien. En 1469, des difficultés financières les contraignirent toutefois à vendre leur siège de Herblingen à Adam Cron, un patricien schaffhousois.
La période qui suivit fut marquée par de fâcheux différends avec les baillis. La ville de Schafihouse y mit fin en achetant le château, ce qui lui permit d'acquérir aussi les droits baillivaux. Pendant un certain temps, le château servit de résidence au bailli général du Reiat, le district qui aujourd'hui se trouve au nord-est de Schaffhouse. Les constructions, qui jusqu'alors n'avaient été que très peu modifiées, subirent de profonds remaniements sous l'ancien administrateur impérial des biens commerciaux Jean Guillaume Gestefeld, propriétaire du château depuis 1733. Il fit démolir une partie du mur d'enceinte, combler le fossé, enlever le pont-levis et transformer radicalement le bâtiment d'habitation. Après que son fils eut fait faillite, les propriétaires changèrent si souvent que nous voulons épargner à nos lecteurs l'énumération des vingt-cinq châtelains qui succédèrent aux Gestefeld. Aujourd'hui encore, le château est propriété privée.
Bibliographie