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Oppose and Propose: Lessons from Movement for a New Society, Andrew Cornell, 2011
En 2008, l’Institut d’études anarchistes (IAS) accorde une subvention de recherche à Andrew Cornell pour écrire un article sur le Movement for a New Society (MNS), un mouvement fondé en 1971 qui a marqué les activistes des années 1970 et 1980 aux États-Unis. Les questions que se posent Cornell concernent la stratégie politique, les priorités, les tensions. Les « activités préfiguratives », les campagnes en mode confrontation et les actions directes ont-elles amené des changements sociaux fondamentaux ? Son étude ne va pas retracer l’histoire du MNS, mais tenter de dégager des enseignements.
Un premier article est publié en 2009 et 2010 (Internet puis journal IAS), qui donne la matière du premier tiers de ce livre. L’article provoque de nombreux retours intéressés d’anciens militants du MNS. George Lakey, l’un des co-fondateurs, suggère à Cornell d’organiser des rencontres publiques, qui se déroulent à Philadelphie et donnent matière au second tiers du livre (transcriptions). Finalement des extraits de documents d’orientation du MNS composent le troisième tiers : Why nonviolence? (1978, distribué à plus de cent mille copies), et Organizational Handbook (1986).
L’auteur du livre se situe dans la mouvance anarchiste, et il place le MNS dans le courant « non-violence révolutionnaire ». Le MNS ne s’est jamais identifié au mouvement anarchiste, mais c’est le cas de certains de ses membres.
D’une part le MNS s’est opposé aux institutions, d’autre part il a proposé de nouvelles relations, des institutions alternatives, d’où le titre de l’ouvrage. Le MNS a même commencé à créer de telles « activités préfiguratives », une contre-culture, comme les communautés intentionnelles (plusieurs bâtiments à Philadelphie), de petites entreprises, des formations de groupe basées sur les prises de décision par consensus.
Si les membres du MNS n’ont jamais été plus de 300, ils ont été au cœur d’un réseau national de groupes visant un changement social fondamental par des moyens non-violents, présent dans une douzaine de villes. Des milliers de personnes ont participé à des formations allant d’un week-end à neuf mois, sur l’action directe, la dynamique de groupe, les prises de décision, les questions de libération/oppression, etc. Ce mouvement devait être égalitaire et non centralisé, il a repris l’expérience du mouvement des droits civiques et les enseignements de Paulo Freire.
L’auteur pense qu’il a été donné trop d’importance aux « communautés intentionnelles », qui demandent beaucoup d’énergie aux individus. Il y aurait eu une confiance excessive dans les projets préfiguratifs. Le mouvement aurait été élitiste, il n’est pas parvenu à intégrer la communauté afro-américaine. Les prises de décision par consensus pourraient à long terme avoir un effet conservateur, conformiste.
Une rencontre du réseau MNS a décidé de sa dissolution en 1986, constatant qu’ils ne parvenaient plus à créer du neuf dans ce cadre. Certains d’entre eux et elles ont fondé Training for Change. La branche éditrice du MNS, New Society Publishers, a continué d’exister.
Pour moi, dont l’activité de secrétaire du CMLK au début des années 1980 a été nourrie par les expériences outre-Atlantique, au travers de Dandelion (revue du MNS), la lecture de ce livre est passionnante !
Michel
Référence complète :
Andrew Cornell, Oppose and Propose : Lessons from Movement for a New Society, AK Press 2011, 206 p. ISBN: 978-1-84935-066-2
Cote CENAC : 973.9 COR
Notice du catalogue: ici
Autres sources : Movement for a New Society, George Lakey et Institute for Anarchist Studies