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1. Développement durable : une approche dépassée ?
Il est vrai que la notion de « développement durable » apparaît, aux yeux de certains, comme un oxymore[1] (elle était déjà remise en question lors de sa conception tant au niveau académique que dans la société civile) et il est important de l’aborder de manière critique et non dogmatique. En ce sens, une distinction peut être faite entre le concept de « durabilité » et le programme politique de « développement durable » (éléments repris de la Cellule durabilité du DEF) :
- la durabilité désigne un fonctionnement des sociétés humaines, en particulier dans leur relation à l’environnement naturel, qui assure leur stabilité à long terme, et rend possible l’épanouissement humain au travers des générations. Cela implique de maintenir l’impact des activités humaines dans les limites écologiques de la planète, tout en assurant les besoins fondamentaux de toutes et tous et en favorisant l’équité dans toutes ses dimensions (définition du Centre de compétences en durabilité de l’Université de Lausanne). D’autres approches et interprétations existent en parallèle et utilisent des concepts tels que la gestion durable des ressources naturelles ou l’économie durable. De fait, de nombreuses disciplines (l’économie, le droit, la psychologie, la science politique) s’intéressent à la durabilité, contribuant à en faire un objet d’étude profondément interdisciplinaire .
- Le développement durable correspond à la stratégie politique élaborée dans les années 1980, dans le cadre diplomatique de l’Organisation des Nations Unies (ONU), en réponse aux préoccupations environnementales de la seconde moitié du XXe siècle. Dans ce cadre, le concept de développement durable prévoit qu’une expansion économique, mesurée par la croissance du produit intérieur brut, est compatible avec le respect des limites écologiques, tout en permettant la satisfaction des besoins de base de l’ensemble de la population mondiale (cf. ODD 8). La possibilité que la croissance économique puisse être découplée de la consommation de ressources et des impacts environnementaux est cependant critiquée depuis les années 1970, tant au niveau académique qu’au sein de la société civile. Le modèle tridimensionnel du développement durable (trois sphères ou piliers économique, social et environnemental) n’est plus d’actualité au sein de la communauté scientifique, car cette représentation laisse penser qu’un équilibre est possible entre ces trois piliers sans hiérarchisation. Dès lors, des approches multidimensionnelles qui rendent visibles les arbitrages nécessaires, au lieu de les éluder, sont privilégiées (voir par exemple les modèles proposés plus bas : wedding cake, donut). Indépendamment de ces réflexions scientifiques, les expressions « durabilité » et « développement durable » sont utilisées à ce jour de façon synonyme aux niveaux politique et juridique.
Cette « tension » entre ces deux termes apparaît dans les deux schémas ci-dessous. En effet, en 2015, l’ONU a lancé le programme des Objectifs de développement durable (ODD) pour la période 2015-2030. Ceux-ci sont réunis dans un « Agenda 2030 » et ils intègrent un panel large d’objectifs sociaux, économiques et environnementaux. Toutefois, certains retrouvent dans cette approche la contradiction identifiée ci-dessus. C’est pourquoi le modèle du « wedding cake » (gâteau de mariage) propose de les hiérarchiser, en posant comme socle la lutte contre le changement climatique et la préservation des écosystèmes aquatiques et terrestres (ODD 13 à 15).

Les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU – 2015-2030
|Schéma du « Wedding cake » selon le Stockholm Resilience Center (2016)|
En complément au « wedding cake », la recherche scientifique a développé d’autres modèles qui permettent de mieux saisir les interactions entre les différents problèmes environnementaux.
|En référence au socle « Biosphere » du Wedding cake

Le modèle des limites planétaires identifie onze variables et leur état actuel, afin d’identifier quels sont les problèmes environnementaux les plus inquiétants et l’urgence qu’il y a à y remédier. S’il n’a pas encore été possible d’évaluer trois de ces onze variables, les impacts des activités humaines sur la biodiversité, le climat, les sols et les cycles du phosphore et de l’azote sont extrêmement inquiétants. Il est donc urgent de revenir au sein d’une zone de sécurité pour préserver l’habitabilité humaine de la planète.

Traduit par Notre affaire à tous, 2019.
|En référence au socle « Society » du Wedding cake

La réduction de l’empreinte écologique ne concerne pas tous les êtres humains de la même manière. D’une part, certains pays et groupes sociaux ont une responsabilité historique plus importante que d’autres dans les dégradations environnementales (dimension temporelle). D’autre part, les besoins fondamentaux permettant de mener une vie digne ne sont pas assurés pour tous (dimension spatiale). C’est pourquoi la théorie économique du « donut » complète le « plafond » fixé par les limites planétaires par un « plancher » composé de douze fondements sociaux qui devraient être garantis pour tous et toutes. Une société juste et durable ne dépasserait ni les limites fixées par le plancher social, ni celles fixées par le plafond écologique.
Dès lors, et sur la base de ces différents constats, le terme « durabilité » a été préféré au Gymnase d’Yverdon. Celui-ci correspond à la définition proposée ci-dessus et regroupe tant les démarches entreprises au sein de l’enseignement que celles développées au niveau de l’administration ou des infrastructures dans une volonté de tendre à une approche institutionnelle globale de la durabilité.
Plus spécifiquement, la durabilité trouve une déclinaison dans le cadre de l’enseignement : l’Éducation en voie d’un développement durable.
3. Qu’est-ce que l’Éducation en voie d’un développement durable (EDD) ?
Conçue par l’UNESCO, implémentée par la CDIP (en collaboration avec les six offices fédéraux de la Conférence suisse de coordination EDD), relayée par Education21, soutenue par le DFJC du Canton de Vaud, « l’Éducation en vue d’un développement durable (EDD) permet à chacun d’acquérir les connaissances, les compétences, les attitudes et les valeurs nécessaires pour bâtir un avenir durable. »
Ainsi, l’EDD consiste à aborder les grands enjeux contemporains (changements climatiques, crises économiques et sociales, transition des énergies fossiles aux énergies durables, etc.) dans l’enseignement et ceci en encourageant les étudiant-e-s à s’engager au travers d’actions concrètes visant à apporter un changement dans la société.
Elle peut permettre à chacun-e d’acquérir des connaissances, des compétences, des valeurs et des attitudes qui permettent de contribuer à une transition vers une société plus résiliente tout en incarnant ceci au travers d’actions concrètes. Mieux que l’inaction, elle pousse à donner l’exemple par des interventions sur le terrain dont chacune contribue à son échelle à réaliser les nouveaux Objectifs de Développement Durable 2015-30 (ODD).
Le Gymnase d’Yverdon intègre les principes de l’EDD au travers d’initiatives d’élèves et d’enseignant-e-s depuis 2010. Les élèves ont ainsi été amenés à se situer dans le monde actuel et à se forger un jugement sur les répercussions de l’action humaine ce qui les a conduits à réaliser qu’ils sont en mesure d’agir de manière éthique et responsable tant au niveau économique, social et environnemental. Le site internet sur la durabilité au Gymnase d’Yverdon rend compte des multiples actions menées et un rapport d’activité a été rédigé en mars 2017 afin de présenter de manière succincte le travail effectué au Gymnase d’Yverdon durant la période 2010-2017
4. Vers un concept global de durabilité
Toutefois, si les démarches ont été nombreuses et variées, force est de constater qu’elles ont été réalisées, dans la majeure partie des cas, à l’initiative d’élèves et d’enseignant-e-s dans le cadre d’un cours spécifique ou à l’occasion d’un travail de recherche sans qu’il n’y ait une véritable politique de la durabilité au sein de l’institution.
C’est donc en s’appuyant sur une pratique issue des élèves et des enseignant-e-s que le Gymnase d’Yverdon a voulu en 2019 poursuivre son engagement en se dotant d’un plan d’intentions en matière de durabilité pour la période 2020-2030 ainsi que d’un plan d’actions sous la forme d’un Agenda 2030.
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[1] Devrait-on plutôt parler de « transition » et de « résilience » (Rob Hopkins), d’un développement vers une « société sobre et désirable » (Dominique Bourg), de société « responsable » (Yvon Chouinard), de décroissance (Paul Ariès), ou encore « d’économie circulaire » (William McDonough) ? Ou, peut-être est-il simplement sous-exploité (Jacques Theys) ? De manière générale, le terme « durabilité » a été préféré dans l’ensemble de ce site, à l’exception des situations où il est question de faire référence à la notion historique ou officielle de « développement durable » selon l’ONU.