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Pour ma part, à cette question, j'ai répondu au fil des années "nageuse de course", "maman", "assistante sociale", "écrivain", "chirurgienne", "journaliste" et "traductrice".
Ainsi, un jour, Adolescent(e), ayant atteint l'âge adulte, devient informaticien, infirmière, linguiste ou encore réceptionniste, boulanger, graphiste, couturière, historienne, peut-être aiguilleur du ciel, cuisinier ou opticienne.
Le seul métier de ma liste d'enfant que j'ai acquis est celui de traductrice, que j'ai rapidement trouvé trop difficile pour moi : alors que je pensais que les compétences d'un traducteur seraient autant de "ponts entre les peuples" (on est grandiloquent à 18 ans), j'ai réalisé que je n'étais pas faite pour la "solitude", même si elle était relative, face à un texte dont je n'étais pas l'auteur et avec lequel je n'étais pas forcément d'accord.
Parfois, Adulte conserve la même profession durant tout son cursus, évoluant d'employeur en employeur, ajoutant des compétences particulières à sa formation de base au gré de ses tâches mais restant toujours ou horloger ou coiffeur.
D'autres personnes en revanche changent complètement de domaine d'activité, de gré ou de force, par choix ou parce que leur métier ne leur convient plus, respectivement ne leur plaît plus. Parce que je ne me voyais pas passer ma vie avec mes dictionnaires comme seuls interlocuteurs, je suis devenue assistante de direction.
A mon grand étonnement, ce premier revirement professionnel a suscité quelques réactions, allant toutes dans le même sens : "franchement, t'as tort de changer de métier, traductrice, c'est quand même beaucoup mieux qu'assistante de direction".
Ce qui m'amène forcément à la première question : "qu'est-ce qu'un métier bien" ?
J'ai exercé la profession d'assistante de direction durant un peu moins de deux ans pour finalement admettre que si je m'amusais relativement bien, notamment grâce à la présence de supérieurs pas trop conventionnels et d'une collègue en or, je ne me voyais pas répondre au téléphone et organiser des voyages d'affaires jusqu'à la fin de ma vie. Repartie sur les bancs de la fac de droit, j'ai à nouveau entendu passablement de commentaires, très "élogieux" cette fois-ci : "avec des études de droit, au moins, tu vas pouvoir faire carrière" !
Ce qui me conduit inexorablement à la deuxième question : "que signifie faire carrière ?"
A l'interrogation initiale, je répondrais qu'un métier est "bien" (pour moi) lorsque différents critères sont cumulativement remplis : je pense notamment à "contacts fréquents" (dans l'entreprise ou avec des partenaires externes), "indépendance" (dans l'organisation, dans l'exécution), "variété dans les tâches", "évolution de la profession". Cette liste fait, je l'admets, abstraction d'un point essentiel : "se sentir capable d'acquérir les connaissances nécessaires à la profession". Parce que si la profession de médecin remplit toutes les exigences citées, je sais que jamais, je n'aurais été capable de devenir pédiatre, cardiologue ou dermatologue : la vision du sang me fait tourner de l'oeil et l'odeur du "vomi" me soulève le coeur !
Je sais toutefois que dans l'esprit de beaucoup de gens, le terme de "métier bien" signifie "métier ayant un certain prestige" : ainsi, il existe beaucoup de personnes qui considèrent que fleuriste, c'est "moins bien" qu'instrumentiste en salle d'opération ou que luthier est "mieux" que contrôleur des finances. J'ai toujours pensé et continue de croire qu'un tel classement est stérile et navrant.
La question de la "carrière" est, à mes yeux, nettement plus intéressante. A vingt ans, "faire carrière" signifiait pour moi avoir la possibilité de me consacrer en gros corps et âme à ma profession, pour devenir une espèce de "pointure" dans ma branche. A trente ans, j'ai réalisé que tous les succès professionnels du monde n'étaient pas grand-chose si le temps libre (loisirs, famille, sport, culture) était entièrement englouti par les dossiers et les affaires à traiter, un chèque mensuel conséquent ne permettant pas d'acheter des amis et des soirées passées à refaire le monde autour d'un bon repas.
Aujourd'hui, à presque quarante ans, je dirais que je ne fais pas une carrière "classique" puisque que je ne publie pas d'articles juridiques allant passer à la postérité et que mes avis de droit n'intéressent que mon voisin de bureau. En revanche, ayant trouvé un emploi à temps partiel qui me captive tout en me laissant le temps de me spécialiser en dessins de dragons et en circuits de voitures avec mes deux enfants, je répondrais que oui, je fais une "sorte" de carrière, dans un équilibre parfois précaire : certaines séances indispensables m'imposent de supprimer de temps en temps le cours de judo de mon aîné et certaines réunions de parents me conduisent à ne pas participer à une conférence d'un prof de droit émérite.
Et vous ? Votre métier est-il de ceux qu'on considère comme "bien" parce que jouissant d'une certaine considération (je n'ai jamais entendu un chef d'orchestre se faire incendier par son voisin de table lors d'un dîner mondain) ou devez-vous, au contraire, subir éternellement les mêmes remarques "franchement, les flics, y sont jamais là quand il faut mais pour vous coller une bûche parce que vous avez dépassé de douze minutes le temps de stationnement autorisé, y sont forts !", avec le sempiternel "les profs, y sont quand même gonflés de faire la grève, quand on sait les vacances dont ils bénéficient !"
Et vous ? Estimez-vous "faire carrière" ou avez-vous le sentiment d'être englué dans un train-train qui vous mine le moral ?
Une chose est sûre : si vous avez le temps de me lire en ce lundi durant les heures dites "ouvrables", c'est que vous avez un métier qui vous laisse parfois quelques minutes de répit !