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13/07/2013
Le plagiat, une longue histoire de "voleurs de mots"
Quelques grandes affaires viennent de surgir en lien avec la plagiat, celles de l'ex-Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim condamné pour plagiat; un homme dont le savoir est en parti issu de la tradition orale qu'on répète encore et encore et que l'on tisse patiemment, au fil des ans, en la ressassant pour l'enrichir; une tradition orale soumise à une perpétuelle évolution et qui assurément se prolonge jusque dans l'écrit, on s'appuie sur les fondations que l'on rappelle et s'approprie pour construire, puis récemment la conseillère nationale Doris Fiala déchue de son master en politique de sécurité et gestion de crise par l'EPFZ. De tout temps, la création artistique qu’elle touche la musique, la peinture ou la littérature, n’a été qu’une succession d’influence, d’emprunt, d’imitation . Base de toute littérature, on échafaude avec les mots des autres, on construit avec les idées de son temps, « on laisse sa bibliothèque dans ses livres. »
L’étymologie du mot remonte à très loin, le terme « plagiarus » pouvait désigner dans la Rome antique soit un voleur d’esclaves soit quelqu’un qui vendait comme esclave un homme libre. On voit apparaître pour la première fois ce mot dans son sens figuré par Martial, poète latin du 1 er siècle, qui dénonce quelqu’un qui s’est approprié ses vers.
Depuis que l’écriture existe, le plagiat est son corollaire. Les Romains s’écharpaient déjà, une querelle devait opposer Eupolis à Aristophane qui s’accusaient réciproquement, Molière à son tour plagiera Aristophane , qui par la suite sera lui-même plagié. Que dire de la tradition orale qui n’était qu’affaire de plagiat ? Un récit était repris, mot à mot, puis enrichi sur des siècles. La tradition orale montre déjà cette capacité de reproduire et d’enrichir par un apport personnel, trouvères et troubadours s'en donnaient à coeur joie.
Anatole France ne s’en cache pas et le défend « la vérité est que les situations sont à tout le monde ». Montaigne admet le larcin, il se glisse dans la cour des grands qui eux-mêmes empruntent ses Essais réutilisés ad infinitum et qui ont connu un succès encore plus grands que les originaux de l’auteur. Il admet l’emprunt restitué et augmenté d’un capital. Copie abondante, légitimité, emprunt avoué ou connu, chacun lit sur chacun, retranscrit, adapte, transforme. Sénèque préconise l'imitation, Homère a sans doute été le plus plagié, La Fontaine s’est largement inspiré d’Esope, sur ses 224 fables , seules 20 sont de son crû.
On triche déjà avec sa lecture, on commence par recopier les autres, on les imite, on s’en nourrit. Faire de la mosaïque avec les mots des autres, est-ce de la créativité, mais où commence et où se termine la créativité ? Récupérer c’est refaire du neuf avec de l’ancien. On ne fait pas vraiment œuvre entièrement originale, mais personnelle. Chacun apporte sa pierre à l’édifice.
La diffusion du livre par la librairie engage la protection de l’œuvre, à la création vient s’ajouter le mercantilisme, des querelles, des procès sans fin. Finalement est-ce l’œuvre qu’on protège où ses intérêts financiers au détriment de l’intelligence universelle ? On mesure une œuvre, on l’évalue, on se bat contre sa contre-façon comme si c’était un vulgaire sac. Ne serait-ce pas le mercantilisme qui serait le plus incommodé par le plagiat ? La métamorphose lente , au contact les uns des autres, de la pensée universelle s'en satisfait pleinement. On pleure le « Libraire réduit à l’hôpital » mais que dire des nouvelles technologies qui favorisent à grande échelle le plagiat sur internet des œuvres de toutes sortes sans compter les téléchargements gratuits. Et si c'était tout simplement la création et l'intelligence universelle qu'on se partage allègrement, sans frontières ? L’articulation commerciale et l’œuvre de création se marient dangereusement, la première risquant de délester, de freiner la seconde.
Les territoires de la propriété se forment autour de l’œuvre et fait naître la protection des auteurs, comment continuer à faire fructifier l’héritage commun et l’accès à la culture ?
Souvent les pourfendeurs du plagiat en sont les premiers auteurs, on se nourrit forcément à la source de quelques prédécesseurs. « Rien n’appartient à rien, tout appartient à tous ». La nature du plagiat n’apparaît pas clairement pour celui qui le pratique. Des lectures plus anciennes rejaillissent sans même qu’on s’en souvienne.
Quand on voit ce que la presse et la TV nous livrent dans un " langage de Jivaro réducteur de têtes", mais s'il vous plaît, journalistes, plagiez donc, allez donc vous frotter à la pensée des Anciens, inspirez-en vous, imitez-les, mais faites donc mais surtout faites, pour notre salut et notre intelligence: plagiez, imitez à volonté !
La création littéraire ou artistique n’est-elle pas dans le fond une œuvre collective ? « Un peu du mien, un peu du tien et nous signons le nôtre. »
Une émission du samedi 13 juillet matinée, sur le plagiat de 58’47 sur France culture, invité Laurent Theis :