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Au-delà des drames personnels et des conséquences économiques, la pandémie de Covid-19 peut aussi déstabiliser les institutions politiques réputées les plus solides. On l'a vu ces derniers jours: Donald Trump tombe malade et c'est toute la verticale du pouvoir de la plus grande puissance mondiale qui se met à vaciller.
La Suisse semble mieux armée face à cette menace, le pouvoir exécutif n'étant pas concentré dans les mains d'une seule personne. Pour autant, le Conseil fédéral n'est pas immunisé. Son porte-parole André Simonazzi nous explique la stratégie pour éviter une perturbation du fonctionnement du collège gouvernemental.
1) QUE FAIT LE CONSEIL FÉDÉRAL POUR SE PROTÉGER DU COVID-19?
"Les recommandations de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) s'appliquent au Conseil fédéral comme à l'ensemble de la population", insiste André Simonazzi. Les conseillers fédéraux respectent donc autant que possible les mesures d'hygiène et de distance. Le port du masque est réservé aux occasions lors desquelles la distance ne peut pas être observée.
Pour éviter tout risque durant la séance hedomadaire du gouvernement, les pupitres des ministres ont été légèrement écartés - "même si la distance minimale était déjà respectée", précise le vice-chancelier de la Confédération - et une aération régulière de la salle est prévue. Le traditionnel café matinal ne peut plus se prendre dans l'antichambre, "cette pièce n'offrant pas les conditions sanitaires requises", mais dans un autre endroit.
Depuis le début de la crise ce printemps, les conseillers fédéraux s'abstiennent de participer à des manifestations où la distance est difficile à maintenir, relève encore André Simonazzi. "S'ils sont amenés à faire des discours, ils ne participent pas aux apéros qui suivent ou qui précèdent", note le porte-parole du Conseil fédéral.
Contrairement à certains responsables étrangers qui s'y soumettent régulièrement, aucun test de prévention n'est réalisé sur les membres du Conseil fédéral. "Il n'y a pas lieu de traiter les conseillers fédéraux totalement différemment du reste de la population. De plus, cela n'a de sens que si on teste quotidiennement, car on peut être négatif un jour et positif le lendemain."
2) QUE SE PASSE-T-IL EN CAS DE CONTAMINATION D'UN MINISTRE?
Tous les conseillers fédéraux peuvent travailler à distance, y compris participer aux séances du gouvernement. S'il doit se placer en quarantaine ou en isolement, chaque ministre dispose d'une ligne sécurisée à domicile qui lui permet de continuer à diriger son département presque normalement, rappelle le vice-chancelier de la Confédération.
Si un des sept Sages est testé positif au lendemain d'une séance de l'exécutif, l'ensemble du collège ne sera pas mis en quarantaine "puisque les recommandations en matière d'hygiène et de distance sont respectées", remarque André Simonazzi. "En revanche, les conseillers fédéraux subiront un test pour être certain qu'aucun n'a été contaminé malgré les mesures de précaution."
On ne saura pas combien de ministres ont été testés depuis le début de la crise, mais au moins un d'entre eux a subi un test, indique le vice-chancelier. "Comme c'était le jour d'une séance du Conseil fédéral, il a participé à la première partie à distance et a pu rejoindre ses pairs dans un deuxième temps, une fois le résultat (négatif) connu", raconte André Simonazzi.
Pour rappel, le ministre de l'Economie Guy Parmelin avait indiqué en avril avoir été testé après que plusieurs membres de sa famille avaient contracté le coronavirus. Dans une interview au Matin dimanche, la cheffe du Département de la défense Viola Amherd avait elle aussi révélé avoir passé un test Covid, qui s'était avéré négatif.
3) ET SI UN CONSEILLER FÉDÉRAL TOMBAIT GRAVEMENT MALADE?
Lorsqu'un conseiller fédéral n'est pas en capacité de gérer son département, il existe une règle de suppléance. Ce système a été utilisé à plusieurs reprises ces dernières années, mais pas à cause du Covid-19, rapporte André Simonazzi. Fin 2008, Hans-Rudolf Merz, victime d'un arrêt cardiaque, avait ainsi été remplacé durant plusieurs semaines par Eveline Widmer-Schlumpf à la tête du Département fédéral des finances.
En cas d'hospitalisation, un conseiller fédéral est pris en charge comme tout autre résident suisse, moyennant certains précautions liées à sa fonction. "Il n'y a pas de suite gouvernementale dans un établissement hospitalier, comme pour le président américain à l'Hôpital Walter Reede, ni même de chambre réservée à l'Hôpital de l'Île", signale le porte-parole du Conseil fédéral.
Légalement, pour que le Conseil fédéral soit à même de prendre une décision, il faut qu'au moins quatre de ses membres soient présents. "Un problème pourrait se poser dans le cas improbable où plus de trois conseillers fédéraux seraient dans l'incapacité de remplir leur fonction au même moment. Cela n'est jamais arrivé dans l'histoire", affirme André Simonazzi.
Didier Kottelat