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|"Raisonnons au niveau suisse pour améliorer la qualité de la recherche"

Actuelle responsable du Département de pédiatrie de l'Université de Genève, Susanne Suter siège depuis le 1er janvier 2004 à la présidence du Conseil suisse de la science et de la technologie (CSST), succédant à Gottfried Schatz. Originaire de Zurich, elle mène une carrière brillante depuis ses études de médecine à Zurich et à Vienne. Membre de diverses associations internationale, elle fait partie depuis 1994 du Conseil de la recherche du Fonds national suisse. Susanne Suter est également lauréate du Prix Inpharzam de la Société suisse de pédiatrie et elle a obtenu en 2000 le Prix Otto Naegeli de la Fondation Bonizzi-Theler. Rencontre.
Quelles sont les principales missions du Conseil suisse de la science et de la technologie?
Susanne Suter: Le Conseil fonctionne sur le mode d'une commission extraparlementaire. Il est en quelque sorte le porte-parole des sciences et des technologies auprès du Conseil fédéral. Il faut d'abord préciser que l'aspect technologie est venu s'ajouter il y a quatre ans seulement, élargissant ses compétences. Il a aussi un rôle de consultant, les autorités s'adressant à lui pour obtenir des expertises. De même, nous évaluons certains instituts non universitaires subventionnés par la Confédération. J'aimerais également souligner le fait que nous pouvons nous-même soulever des questions et proposer de nouvelles orientations.
Justement, comment voyez-vous les orientations de la politique scientifique pour la période allant jusqu'à 2007?
J'entends continuer dans la lignée de mon prédécesseurà la présidence du CSST. Il est indispensable de travailler dans la continuité dans notre domaine. Mon premier souci est de renforcer le droit à l'autodétermination des universités et le principe de subsidiarité, qui veut que seul doit être décidé à l'extérieur ce que les universités ne peuvent pas prendre en charge. Ensuite, je souhaite qu'à travers la mise en place de la réforme de Bologne, l'on aboutisse à davantage de complémentarité dans la répartition des tâches entre universités, écoles polytechniques fédérales et hautes écoles spécialisées. La création des écoles doctorales devrait aussi avoir un impact positif sur la relève, en augmentant la diversité des formations, autre enjeu crucial.
De nombreux étudiants perçoivent Bologne comme une réforme imposée par le haut…
Je le sais bien. Il n'y a pas de doutes que la mise en place de ce système va créer des tensions dans un premier temps. Mais il en va ainsi chaque fois que l'on introduit des innovations. Les véritables bénéfices pourront être mesurés après quelques années. Naturellement, la réforme doit être appliquée de manière intelligente. Mais ce n'est un secret pour personne que l'avenir de la recherche passe par l'interdisciplinarité. Prenons un exemple concret, dans un domaine que je connais bien. Les études de médecine de base durent 6 ans. Il peut arriver qu'un étudiant démarrant sa quatrième année, durant laquelle il s'initie au travail clinique, réalise alors qu'il n'est pas fait pour la médecine. Que va-t-il faire de ses trois ans d'études? Si cette formation, qu'il a déjà acquise, reconnue ailleurs, ces années pourront, par exemple, lui permettre d'enchaîner sur un diplôme en biologie, voire en sciences humaines.
Quels sont selon vous les domaines de recherche où la Suisse peut se profiler au niveau international?
En recherche fondamentale et dans les activités où il y a des possibilités de transfert de technologie. Je pense par exemple aux nanotechnologies et à la génomique, deux domaines où Genève est à la pointe, ainsi que les autres domaines couverts par les Pôles de recherche nationaux. Pour les années à venir, le CSST va également réfléchir aux moyens de sensibiliser les milieux politiques à l'importance des sciences humaines. Il y a là un gros effort à fournir. Cette réflexion va être menée en parallèle avec la question du financement des universités au mérite, qui figure dans le message du Conseil fédéral pour la période 2003-2007. Quels sont les indicateurs du mérite? Je ne pense pas qu'ils puissent être les mêmes pour les sciences humaines et les sciences naturelles. Faut-il, par exemple, se baser principalement sur le nombre d'étudiants? Certainement pas. Dans le contexte actuel, une université n'aurait qu'à construire une nouvelle cité universitaire pour loger ses étudiants pour se les attirer, ce qui ne dirait rien sur la qualité de son enseignement et de sa recherche.
Le CSST se doit de promouvoir l'égalité entre hommes et femmes dans le milieu scientifique. Comment abordez-vous cette problématique?
Je ne pense pas que l'on parvienne à faire avancer les choses en mettant en place uniquement des programmes spécifiques de promotion de l'égalité. Il faut plutôt que cela soit un souci constant à travers toutes les actions que l'on entreprend: promouvoir l'égalité lorsque l'on agit en faveur de la relève, par exemple. L'évolution de la pyramide des sexes aux différents échelons académiques montre que la présence des femmes s'élargit. Mon expérience m'a montré que le succès passe par l'élimination patiente des cailloux du chemin: aider les femmes au moment où elles ont des enfants, leur offrir un soutien lorsqu'elles veulent partir à l'étranger, aider les maris aussi lorsque leurs épouses souhaitent partir à l'étranger. C'est un travail de fourmis.
Vous avez maintenant des responsabilités à la fois à l'Université de Genève et au niveau de la Confédération. Comment vivez-vous cette double appartenance?
Je ne l'ai jamais vécue comme un antagonisme. Je travaille depuis 10 ans au Fonds national, une institution qui réalise de façon très performante une action de portée nationale dans une Suisse très fédéraliste. Le fédéralisme a, bien entendu, des aspects très positifs, mais il faut sans cesse veiller à ce qu'il n'aboutisse pas à un morcellement et à une confusion des rôles. Or, si l'on examine par exemple la situation en médecine, on a nettement dépassé le seuil de douleur avec ce système. Je suis persuadée qu'il faut maintenant raisonner au niveau suisse si l'on veut améliorer la qualité de la recherche. Nous n'avons pas le choix. C'est aussi une question d'équité. Pour l'instant, il y a une grande inégalité entre les budgets de base consacrés à la recherche entre les différentes universités. Si l'on veut une compétition saine entre universités, il faut que les chances soient les mêmes pour tout le monde. Il s'agit de tenir la comparaison sur le plan international.
Il faut aussi que les différentes universités gardent leur autonomie. Vous l'avez souligné vous-même…
Oui, bien sûr, mais une certaine coordination n'implique pas de perdre son autonomie et son identité. Personnellement, je me sens très attachée sentimentalement à l'Université de Genève. C'est "mon" université, et cet attachement m'incite à m'engager pour ce qui la fait évoluer. C'est à ce titre que je peux dire que les Genevois ont tout à gagner dans un système où tout le monde pioche dans la même caisse!
Pour en savoir plus: le site du CSST