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Le 13 décembre, le parlement de la ville de Genève débat de l'affaire de la rue du Stand qui implique au moins deux responsables de la ville.
Sur le plan cantonal, des partis politiques profitent de ce scandale pour relancer l'idée d'une fusion entre la ville et le canton de Genève. Le point de vue du politologue Pascal Sciarini.
L'achat et la rénovation d'un immeuble par le département de l'aménagement et des constructions de la ville de Genève, et ce en dehors de la procédure habituelle, a provoqué un scandale qui secoue l'ensemble du canton de Genève depuis plusieurs semaines.
Et la séance extraordinaire que le parlement de la ville de Genève consacre mardi à l'affaire ne devrait pas calmer le jeu.
Reste à savoir si ce scandale va favoriser une sortie de crise pour ce canton miné par le chômage, la pénurie de logement et la guerre que se livrent les élites politiques.
Un début de réponse avec le politologue Pascal Sciarini qui dirige actuellement le département de science politique de l'Université de Genève. Interview.
swissinfo: Quel regard portez-vous sur l'affaire de la Rue du Stand? Est-elle un révélateur de plus de la crise qui secoue le canton depuis plusieurs années?
Pascal Sciarini: D'un côté, nous avons une affaire liée à la gestion d'un ou de plusieurs départements de la municipalité de Genève et, de l'autre, la question relative aux rapports entre la ville et le canton.
Néanmoins, ces deux questions sont liées, suite à l'intervention du canton dans l'affaire de la rue du Stand. Le gouvernement cantonal sortant a en effet demandé une nouvelle enquête sur les disfonctionnements révélés par cette affaire.
Cette crise illustre en fait les difficultés de fonctionnement de la ville de Genève. Et cela pose plus généralement la question des rapports entre la ville et le canton. Mais les deux dossiers sont en principe séparés.
swissinfo: Des personnalités politiques et des médias profitent de cette affaire pour relancer l'idée d'une fusion entre la ville et le canton. Une telle option est-elle pertinente selon vous?
P.S.: Ce scénario est tout à fait légitime. Plusieurs éléments peuvent amener à penser qu'il serait utile d'évaluer les conséquences de nouvelles collaborations entre la ville et le canton, un processus qui pourrait aller jusqu'à la fusion des deux administrations.
La fusion n'est donc pas la seule option. Mais que se soit pour des questions d'économie budgétaire, de partage cohérent des tâches ou d'efficacité de la gestion administrative, il y a lieu d'entamer une discussion de fond sur l'organisation du canton et de déterminer qui fait quoi dans quel domaine et avec quelle source de financement.
Ce débat pourrait éventuellement déboucher sur un projet plus ambitieux de fusion entre la ville et le canton. Mais il ne faut pas préjuger du résultat de ce débat. Les acteurs doivent d'abord se retrouver autour d'une table et ce pour définir la meilleure formule possible et celle qui soit politiquement acceptable.
swissinfo: D'aucuns estiment que Genève est un canton ville. Ils préconisent donc de suivre le modèle bâlois avec ces deux demi-cantons (Bâle-Ville et Bâle-Campagne). Mais, à Genève, la zone agricole reste tout de même importante et le nombre de communes est élevé.
P.S.: Bâle avait une administration de la ville qui a été fusionnée avec celle du canton. En outre, deux autres communes figurent au sein du canton de Bâle-Ville. Donc il n'est pas insensé d'appliquer à Genève le modèle bâlois.
Cela dit, Genève compte plus de 40 communes et non pas deux comme à Bâle-Ville. Mais cette différence ne suffit pas à disqualifier cette option pour Genève.
La grande question est en fait de savoir qu'est-ce qu'on gagne et qu'est-ce qu'on perd en cas de fusion.
swissinfo: Le nouveau gouvernement cantonal vient d'affirmer sa volonté d'inscrire son action dans le cadre d'une région qui comprend également la France voisine et les communes proches du canton de Vaud. Cet objectif va forcément conduire à une nouvelle répartition des rôles entre communes et cantons...
P.S.: Plusieurs évolutions poussent les gouvernements à se demander à quelle échelle il faut agir. Or, on peut se demander aujourd'hui si le niveau cantonal n'est pas lui-même dépassé. Il faut donc raisonner sur le plan régional en incluant la France et le canton de Vaud. Et c'est dans cette perspective que doit s'inscrire le débat sur une nouvelle répartition des tâches entre communes et cantons.
Car Genève fait aujourd'hui figure de pôle dans une agglomération qui compte au moins 700'000 personnes, alors que la population du canton est de 438'000 habitants.
swissinfo: L'affaire de la rue du Stand n'est-elle pas avant tout une querelle politique entre la gauche et la droite?
P.S.: Ce n'est sans doute pas un hasard si c'est le gouvernement cantonal sortant et majoritairement de droite qui a lancé une enquête sur le gouvernement de la ville majoritairement à gauche.
Les rapports ville canton ont en effet été compliqués par le fait que la ville est dirigée depuis plusieurs années par une majorité de gauche, alors que la majorité du canton et de son gouvernement était de droite jusqu'aux dernières élections.
swissinfo: La scène politique genevoise est passablement polarisée. Est-on en train d'en sortir?
P.S.: Difficile à dire. Le nouveau gouvernement cantonal a effectivement exprimé sa volonté de renouer avec la concordance et la collégialité en développant un programme politique centriste.
Reste à savoir si le nouveau parlement cantonal va travailler dans cet esprit. J'en doute. Les risques de polarisation restent élevés avec en outre le renforcement, lors des dernières élections cantonales, de la droite populiste de l'UDC et du Mouvement des citoyens genevois.
Interview swissinfo: Frédéric Burnand à Genève
En bref
L'affaire qui secoue Genève concerne l'achat pour 31 millions de francs d'un immeuble administratif à la rue du Stand.
Un audit a révélé que l'acquisition et la rénovation du bâtiment avaient été entachées d'irrégularités.
Le dossier est entre les mains de la justice. Le procureur général du canton a ouvert une enquête contre inconnu pour gestion déloyale des intérêts publics et faux dans les titres.