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G.C.
La pauvreté est de toutes les époques, tantôt plus, tantôt moins. Ainsi dans les années quarante de ce XVIIIème siècle, le nouveau bailli de Morges en est frappé et propose des mesures pour y remédier. Il adresse à cet effet un mandat daté du 26 mai 1744.
"Nous avons vu avec autant de déplaisir que de surprise le grand nombre de pauvres de tout âge et de tout sexe tant dans la ville de Morges que des communautés voisines qui sont venus régulièrement deux fois chaque semaine recevoir les charités que l'on distribue au château... outre une quantité de requêtes qui nous sont journellement présentées par d'autres indigents & malheureux..."
Examinant la situation, le bailli trouve trois causes à cet état de choses :
- La paresse: les parents élevant à la mendicité leurs enfants.
- Le manque d'intérêt des communautés face à la situation.
- Le fait que certains pauvres, qui voudraient gagner leur vie, n'ont pas les moyens d'acheter des outils ou des marchandises nécessaires à une activité.
Le bailli estime de son devoir d'apporter remède à ces maux. Réaliste, il est d'avis que, pour présenter ce projet à LLEE, il faut d'abord dresser l'état des besoins et des moyens. Les ministres sont chargés :
a) de voir en quoi consistent les bourses des pauvres communales;
b) de relever ce que chaque communauté consacre à ses pauvres;
c) de dresser la liste des assistés: nom, âge, santé;
d) de voir ce que chaque communauté pourrait ajouter annuellement de ses rentes pour l'entretien d'un établissement;
e) et ce que les particuliers aisés pourraient donner en argent ou en nature volontairement, en plus de leurs aumônes habituelles.
Et le bailli de compter sur le zèle de ses ministres dont il attend les résultats de leur enquête pour juin déjà ! (1)
Quelle fut la suite de cet élan généreux, nous l'ignorons; en tout cas les comptes de Sullens ne font jamais mention d'une contribution à une institution "baillivale". La pauvreté n'est pas un souci propre au XVIIIème: les procès-verbaux des municipalités en font constamment mention jusqu'au milieu du XXème siècle.
Les communes sont appelées à venir en aide non seulement aux pauvres domiciliés sur leur territoire, mais aussi à leurs bourgeois demeurant parfois assez loin. Voici un échantillon des aides accordées par Sullens.
(1) LLEE feront procéder à une enquête sur la pauvreté à plusieurs reprises, en tous cas en 1764 et 1779
1746
À Jacques Favres du Mont, pour l'enfant à Timothée Séchaux et des habits envoyés à Marie Aguet demeurant à Château d'Oex
Cette aide se renouvelle naturellement. Elle est acheminée par les soins des pasteurs.
1748
Donné à la pauvre Séchaux de Lutry qui était malade et à laPetillet de Lausanne
1754
Pour ensevelir Rose Ramuz, pour la chemise mortuaire, pour la bière et le drap
1755
Livré pour l'assistance de Marion Séchaux demeurant à Lausanne Habits pour les enfants de Claudy Séchaux
Assistance à Eve Séchaux, frais pour son enterrement
1756
A une pauvre réfugiée qui était recommandée par LLEE
À la veuve de Jean Ramuz, pour l'instruction de sa fille
Au gouverneur pour avoir gardé 5 mois la fille de feu Etienne Aguet
1758
Gardé fille de feu David Badan
À Claudy Ramuz, une chèvre pour nourrir ses enfants
1759
Pour avoir gardé et nourri Henriette Badan, 1 an + 1 psaume et 1 catéchisme
1760
Livré à Claudy Ramuz pour acheter un habit à son fils pour la communion
1761
Un tablier, 1 mouchoir, I paire de sabots pour l'Henriette
Badan, puis 1 jupon et 1 veste
1765
Pour habiller Henriette Badan et la fille à Claudy Ramuz pour la communion
1767
Envoyé pour la veuve d'Etienne Aguet à Genève
Livré à Claudy Séchaux, charron pour l'opération qu'il a fait subir à son garçon
1768
Idem pour l'opération du fils de la veuve de S.Séchaux
1774
Au régent qui a misé la garde de l'enfant illégitime de
Suzanne Ramuz
1775
Idem à Marie Ramuz pour aller à Berne pour sa guérison
1777
Aide à la veuve de J.Ramuz, à Aubonne
Aide à J.-P. Laurent qui a eu la petite vérole
1779
Payé la pension de l'enfant illégitime de J.-F. Aguet. Lutry (dont les Aguet sont aussi bourgeois) et Sullens paient à tour de rôle cette pension
1780
Avec Lausanne, Sullens paie un forfait de 20 fl., la Bourse des Pauvres en faisant autant.
Dans plusieurs cas, la Bourse des Pauvres participe à l'aide communale
1783
Aide apportée à "la" Séchaux, sourde et muette, et pour la garde de son enfant illégitime.
1786
Aide à la femme de J.-F. Séchaux, abandonnée par son mari.
Beaucoup de ces aides sont répétitives, évidemment. En 1780, la Commune prêtera même 203 florins à J.-P. Séchaux, charron, pour reconstruire sa maison.
En 1789, on recense 5 particuliers qui n'ont qu'une chèvre, un sixième en a 2.
G.C.