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Numéro courant
Sous la direction de Roman KRAKOVSKY et Olga BRONNIKOVA
Dossier : Les populismes en Europe centrale et orientale
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Depuis les années 1990, le populisme est de retour sur le vieux continent et ailleurs dans le monde. Un de ses foyers se situe en Europe centrale et orientale : c’est ici qu’il atteint aujourd’hui ses formes les plus virulentes, remettant en cause les institutions démocratiques et les libertés individuelles. Depuis quelques années, cette évolution attire l’attention des politistes et plus largement des chercheurs en sciences sociales (Zalewski 2016 ; Potel 2019).
Le populisme est souvent considéré comme un concept fourre-tout, un terme valise dont la définition et donc l’usage sont problématiques. Certains le définissent comme une idéologie qui divise la société entre deux camps antagonistes, le « peuple » pur et les « élites » corrompues, et qui place l’intérêt du premier avant toute chose (Mudde & Kaltwasser 2018). Pour d’autres, le populisme est le syndrome d’une crise systémique et d’une volonté d’en sortir (Laclau 2008). Pour d’autres encore, il relève plutôt d’un style politique fondé sur une invocation systématique du « peuple » et empruntant divers éléments aux idéologies de droite comme à celles de gauche (Taguieﬀ 2002, Kaltwasser et al. 2017). En Europe, il fait souvent référence aux mouvements anti-immigration et xénophobes, alors qu’en Amérique latine il renvoie plutôt au clientélisme et à la mauvaise gestion économique des pays.
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Cet article étudie les actions et les discours des principaux partis et mouvements paysans en Roumanie, en Pologne et en Bulgarie dans l’entre-deux-guerres. Idéologiquement et discursivement, ces partis constituaient un amalgame hétérogène d’idées anarchistes, marxistes, socialistes et libérales et parfois même conservatrices ou nationalistes. En définissant le populisme comme un répertoire d’actions et / ou de discours plutôt que comme une essence immuable d’un parti, il montre que les trois partis agraires ont connu un « moment populiste », c’est-à-dire qu’ils ont temporairement prétendu représenter le « peuple » et ont entrepris des actions extraparlementaires. Alors que le parti paysan bulgare n’a jamais eu recours à des actions populistes, le parti agraire roumain a connu son moment populiste sans modifier de manière significative sa rhétorique et le parti paysan polonais n’a jamais eu recours au populisme ni dans sa rhétorique ni dans ses actions.
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Olgierd Górka était un historien spécialisé dans l’Europe de l’Est et du Sud-Est et un acteur du débat politique polonais, en particulier sur la question de la place des minorités en Pologne. Il a cumulé différents rôles dans la sphère publique et semble avoir tenté avec insistance d’incarner la voix des citoyens polonais marginalisés sur le plan politique. Olgierd Górka plaidait en faveur d’un lien fort entre l’État polonais et ses citoyens, condition préalable à leur survie mutuelle. Son parcours éclaire la discussion autour de la définition du peuple, au cœur de la légitimation des régimes politiques dans le contexte de la refonte des États d’Europe centrale XXe siècle. La polémique engagée par Olgierd Górka permet de comprendre comment l’État polonais moderne, né des cendres de trois empires, a défini la citoyenneté polonaise et son évolution au cours des bouleversements de l’entre-deux guerres et de l’après-guerre.
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Démocratie et populisme. La constitution de la communauté politique dans la Hongrie de l’après-guerre
Cet article propose d’étudier la relation entre populisme et démocratie. Au lieu de considérer la démocratie comme un acquis, il examinera le populisme dans le contexte de la démocratisation, à travers une étude de cas de la Hongrie de l’après-guerre et de l’avant-guerre froide et dans une perspective de sociologie historique. D’abord, il propose une analyse du débat public sur la démocratie afin de définir le champ discursif dans lequel les différentes acteurs politiques ont exprimé leurs positions. Il montre que le débat dans l’espace public portait sur la définition de la communauté politique, les démos. Ensuite, l’article examine plus spécifiquement le mouvement populiste hongrois et son positionnement dans ce champ discursif. Il établit que la position du parti populiste hongrois n’était pas très différente de celle des autres partis politiques de l’époque : leurs revendications et références fondamentales ont été articulées dans le cadre du problème de la démocratie. Enfin, l’article analyse la continuité de la tradition populiste dans le contexte de la redéfinition du caractère de la communauté nationale, c’est-à-dire par rapport à la « question juive » et la « question allemande ».
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Le tournant national-communiste populiste de Ceaușescu dans les années 1970 : échec d’un leader charismatique ?
Le nom de Ceaușescu est lié à sa tentative prométhéenne de garantir l’indépendance de la Roumanie face au pouvoir tutélaire soviétique et de construire un État industriel moderne à partir de la Roumanie agricole et industrielle modernisée dans les années 1950 selon le modèle stalinien. La réussite de ce revirement international et social tient en partie à la mobilisation de l’idéologie nationale et à l’élaboration d’une relation directe entre le dirigeant et son peuple.
Pour attirer les masses, le charisme de Ceaușescu ne mobilisait aucune qualité objective et précise du chef mais sa capacité à incarner et à manipuler les aspirations d’une grande partie de la société roumaine grâce à un vaste programme d’industrialisation, de construction de logement et l’appel au nationalisme. Même si ces politiques populistes ont finalement échoué en 1989, elles ont consolidé le régime pendant près de 30 ans.
Dossier : Construction et déconstruction d'une mémoire de la Révolution de 1917 en Russie contemporaine
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« Bien peu furent ceux qui s’emparèrent de cette occasion pour célébrer plus qu’évoquer Octobre », aﬃrme Alain Blum en conclusion de son bilan des commémorations de 1917 (Blum 2019). En France, le centenaire des révolutions de Février et d’Octobre 1917 fut en eﬀet plus souvent l’occasion de valoriser des recherches menées sur la Russie, d’exploiter des fonds d’archives ou d’exposer des objets d’art que de s’interroger à nouveau sur leur dimension politique et leur potentielle résonance contemporaine (Deschepper et al. 2019). Ce constat pourrait être appliqué mutadis mutandis à la sphère académique russe.
S’il y a une diﬀérence évidente entre la France et la Russie, elle réside dans le fait qu’après deux décennies de silence, on a assisté à une repolitisation de la révolution en Russie, fût-ce sous la forme de son instrumentalisation par le pouvoir au service d’une politique mémorielle antirévolutionnaire. Cette instrumentalisation est d’autant plus manifeste que, dans un contexte d’« apathie politique » (Budrajtskis 2016) et de démobilisation de la jeunesse (Bordjugov 2017), 1917 semble avoir été eﬀacé de la mémoire de la société russe. S’observe ainsi ce qu’on pourrait désigner comme une ambivalence commémorative, où la politisation oﬃcielle de la mémoire d’Octobre 1917 fait face à sa dépolitisation, pour ne pas dire à sa disparition, au sein de l’espace public. C’est cette ambivalence qui nous a intrigués au moment de concevoir le présent dossier issu du colloque international « Construction et déconstruction d’une mémoire de la Révolution de 1917 en Russie contemporaine » qui s’est tenu à l’Université Grenoble Alpes en octobre 2017.
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Au début des années 1990, le discours des réformateurs libéraux comporte une vision très négative de la révolution russe d’Octobre 1917, présentée comme une véritable « catastrophe ». L’ensemble de l’expérience soviétique est d’ailleurs interprété comme une succession de mauvais choix qui ont contribué à la consolidation d’un système politique et économique inefficace. Une telle vision s’inscrit parfaitement dans l’argumentation des réformateurs qui l’instrumentalisent pour légitimer leurs choix politiques. Toutes les décisions sont justifiées par la nécessité de rompre définitivement avec l’ancien système communiste. Dans le contexte de stabilisation autoritaire des années 2000, la radicalité des transformations que le pays a connues à la fin du XXe siècle est de plus en plus critiquée. La ressemblance entre le caractère utopique du projet bolchevique et du projet libéral ainsi que l’utilisation d’une logique de légitimation comparable est mise en avant, ce qui pousse les représentants du courant libéral russe à repenser leur expérience et à s’interroger sur le caractère révolutionnaire des réformes du début des années 1990. Le présent article explore l’évolution de l’usage, dans le camp libéral, du paradigme « révolution » pour désigner les réformes post-soviétiques, allant de son rejet initial à son acceptation dans une perspective comparative, puis à une remise en question de sa pertinence.
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Les représentations de la Révolution de 1917 dans le discours officiel en Russie contemporaine : le rôle de la doxa dans les stratégies discursives.
Depuis la perestroïka, les représentations de la Révolution russe de 1917 ont subi des changements profonds, renversant le mythe révolutionnaire soviétique. Les dirigeants politiques russes des années 2000 font un usage sélectif de ces représentations transformées dans leurs stratégies discursives. Cet article interroge la façon dont la révolution est traitée dans l’espace communicatif du Kremlin, après la rupture avec la mythologie soviétique et au moment de la recherche d’une certaine continuité avec l’époque soviétique. En effet, le concept de révolution, avec des références aux événements et figures du moment révolutionnaire, est réactualisé dans le discours politique russe contemporain dès avant les « révolutions de couleur » dans l’espace postsoviétique. Ces bouleversements réduisant la distance entre l’usage du soft power et du hard power inquiètent le pouvoir russe et l’incitent à chercher des instruments d’autolégitimation dans la mémoire historique, en particulier dans celle des révolutions de 1917. Les représentations du moment révolutionnaire dans le discours du pouvoir russe contemporain s’appuient sur la doxa héritée de l’époque de la perestroïka. Cependant, certains éléments de cette doxa sont utilisés pour défendre le paradigme évolutionniste qui constitue le fondement de la légitimité du pouvoir. Cette étude montre ainsi comment les dirigeants russes contemporains parviennent à inscrire dans leurs stratégies d’autoreprésentation et d’argumentation les divers éléments constitutifs des nouvelles représentations de la révolution. L’article interroge la place des représentations de la révolution dans les procédés rhétoriques et discursifs de légitimation de Soi et de délégitimation de l’Autre.
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La Révolution de 1917 dans les manuels d’histoire du secondaire en Russie : rejeter le passé, renouer avec le passé
L’article s’interroge sur la nature et les causes des révisions du récit de la Révolution de 1917 dans les manuels d’histoire de la Russie postsoviétique. La première partie passe en revue les changements apportés depuis la fin de l’époque soviétique. Entièrement réécrit au lendemain de la chute de l’URSS, le récit de 1917 s’est transformé en une série d’erreurs tragiques dans certains manuels d’histoire postsoviétiques. Cependant, ce récit a connu une nouvelle révision dans les années 2000 et 2010. Celle-ci vise à justifier et à célébrer l’évènement que les textes appellent aujourd’hui « la Grande révolution russe ».
La seconde partie examine les acteurs et les processus qui se cachent derrière ce nouveau changement. Après un aperçu des facteurs politiques et administratifs qui ont entraîné une évolution du contenu des manuels d’histoire, nous nous intéressons à la sociologie des auteurs des manuels. L’analyse de leurs parcours permet de démontrer que loin d’être de simples exécutants des injonctions formulées par les décideurs, ils ont joué un rôle important dans la réécriture du récit du XXe siècle.
Champ libre
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La Révolution de 1917 et le mouvement socialiste face aux régimes autoritaires et totalitaires : conserver et protéger la mémoire des luttes
L’article décrit les activités éducatives du programme de recherche « Socialistes et anarchistes, opposants au régime bolchevique » initié par le Centre de recherche et d’éducation Memorial. Il présente en outre son site « Les socialistes et anarchistes russes après octobre 1917 : histoire, idées, traditions du socialisme démocratique et devenir des opposants de gauche au régime bolchevique », ainsi que son séminaire permanent « La gauche en Russie : histoire et mémoire sociale » qui porte sur la préservation, la représentation et l’opposition à la destruction de la mémoire de la Révolution de 1917 et sur la lutte des socialistes contre les régimes autoritaires et totalitaires. À travers les destins, les aspects personnels, les biographies, les chercheurs s’efforcent de comprendre l’histoire et la subculture de cette communauté ; en retour, armés de la connaissance de l’histoire, des normes comportementales et des codes de la communauté, ils peuvent mieux comprendre certains destins et biographies spécifiques. L’auteur espère que le site internet spécialisé et le projet biographique permettront non seulement de poursuivre l’étude des destins des socialistes et anarchistes engagés dans la résistance au régime bolchevique, mais aussi d’analyser plus en profondeur les différents sujets liés à ce thème, ce qui pourrait déboucher sur la réalisation d’une encyclopédie ou l’écriture d’articles et monographies.
Varia
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La guerre civile grecque eut un intérêt international indéniable : la diplomatie britannique de « divide et impera » fut contrebalancée par la politique extérieure réaliste de l’Union soviétique. L’URSS utilisa cette bataille périphérique comme un moyen de pression afin de consolider ses acquis territoriaux à l’Est et dans les Balkans. En même temps, la politique des communistes grecs oscillait entre le national et l’universel en se calquant sur la stratégie extérieure de l’Union soviétique. La guerre civile grecque aida considérablement les Soviétiques à changer le rapport des forces dans les relations interétatiques, et, en même temps, confirma la création d’un monde bipolaire.