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Au début des années ’80, un jeune lanceur du TV Uttwil nommé Werner Günthör décide de quitter le Bodensee pour s’entraîner à Macolin, où il est pris en charge par Jean-Pierre Egger. C’est le début d’une fantastique histoire qui va conduire le Thurgovien au firmament du lancer du poids mondial. Après un titre de vice-champion d’Europe indoor en 1984 à Göteborg, le jeune Thurgovien enchaîne les exploits en se classant 5ème des Jeux Olympiques à Los Angeles, puis en devenant champion d’Europe en 1986 à Stuttgart. La saison 1987 en salle est incroyable avec un record du monde à Macolin à 22,26 m, puis deux médailles d’argent aux Européens à Liévin et aux Mondiaux à Indianapolis. Le début de l’été est également fantastique avec des records suisses à 22,43 m à Lüdenscheid et à 22,47 m à Helsinki. Aux championnats du monde de Rome, le recordman du monde Italien Alessandro Andrei est favori; malgré les sifflets des Tifosi, Günthör devient champion du monde ! La machine, parfaitement huilée jusqu’alors, se grippe avec des douleurs récurrentes au dos. Il parvient pourtant à revenir en super forme le 23 août 1988 à Berne où il lance coup sur coup 22,70 m et 22,75 m, soit la 3ème performance mondiale de tous les temps. Aux Jeux Olympiques de 1988 à Séoul, il décroche une belle médaille de bronze derrière Ulf Timmermann et Randy Barnes. La saison 1989 le voit encore lancer un excellent 22,18 m et remporter la 2ème place de la Coupe du monde à Barcelone. En mars 1990, c’est la tuile : il doit se faire opérer du dos et sa saison est compromise. Dans le même temps, il est pris dans une tourmente médiatique orchestrée par le journal « Der Spiegel ». Il répond de la meilleure des façons lors de son retour en 1991 avec des victoires aux Mondiaux indoor à Séville et en plein air à Tokyo. Sa domination est telle, qu’il ne fait pas doute qu’il va pouvoir remporter le titre olympique en 1992 à Barcelone.
Les Jeux Olympiques 1992 à Barcelone
Les derniers réglages du côté de Loèche-les-Bains ont montré que Werner Günthör est fin prêt pour conquérir ce recherche aux Jeux Olympiques de Barcelone. Alors que tout semble aller pour le mieux, un événement ébranle le colosse suisse : comme en 1990, les journalistes du magazine « Der Spiegel » accusent à nouveau le Thurgovien de recourir aux anabolisants ! Dans de son numéro du lundi 27 juillet, l’hebdomadaire allemand remet donc le couvert, histoire de déstabiliser le champion du monde du lancer du poids. Ce dernier réagit en publiant un communiqué dans lequel il s’insurge contre la condamnation sans fondement qu’il subit dans les colonnes du magazine allemand : «Me lancer dans des justifications quelques jours de la compétition me coûterait trop d’influx nerveux. Je précise simplement que toutes les allégations contenues dans l’article du Spiegel sont fausses. De vieilles accusations, proférées voici deux ans, ont été réchauffées et servies une nouvelle fois dans le but d’appâter le lecteur. Évidemment, quel meilleur moment que les Jeux Olympiques ?». Werner Günthör ne veut pas entrer dans ce jeu-là et faire encore de la publicité gratuite au Spiegel. «Mais je réaffirme avec force que je n’ai rien cacher et que le fair-play a toujours été un de mes soucis dans l’exercice de mon sport. Mes performances trouvent leur origine dans un travail dur et sérieux».
Comme prévu, Werner Günthör et son inséparable entraîneur Jean-Pierre Egger sont arrivés en Catalogne trois jours avant le concours du lancer du poids des XXVe Jeux Olympiques. À l’instar des chefs d’Etat, ils ont dû se faufiler par une porte dérobée de l’aéroport. Il s’agit de gagner le village olympique dans les meilleurs délais et avec l’affaire du Spiegel, ce n’est pas chose évidente. Il n’est cependant pas question, dans leur esprit, d’éluder les questions et de jouer au chat et la souris avec la presse. Ce n’est pas le genre de la maison Egger-Günthör. Trois heures plus tard, ils se présentent devant un parterre fourni de plumes, de micros et de caméras. Pour satisfaire tout le monde et pour se ménager, si possible, deux jours de tranquillité avant le grand rendez-vous du stade Olympique, fixé vendredi. Werner Günthör apparaît très décontracté, comme si l’ambiance qui règne au village l’avait déjà contaminé. Une preuve : il contribue lui-même à détendre l’atmosphère. À la question de savoir quels adversaires il craignait le plus, il répond, un sourire aux lèvres : «Les journalistes, bien sûr…». Traduisez : ceux du Spiegel. Les remous de ces derniers jours ne l’ont pourtant pas laissé totalement insensible, loin de là. Et son moral, depuis samedi soir dernier, subit comme des chutes de tension. Rien de comparable, toutefois, avec la déprime qui l’avait atteint il y a deux ans, lorsque la même presse allemande avait une première fois mêlé son nom aux affaires de dopage. «Je suis prêt, confiant», déclare-t-il sans ambages et visiblement pas dans le but de s’en persuader. «J’ai fait mon maximum pour devenir champion olympique, mais je sais qu’il peut toujours se présenter, le jour J, un athlète en superforme et qu’un échec n’est jamais impossible». Jean-Pierre Egger, l’entraîneur neuchâtelois, le confident des bons et des mauvais jours, lance ensuite un énorme pavé dans la marre. Il en a gros sur le cœur et le dit : «On traîne dans la boue un bon élève, sain et intelligent, à la carrière irréprochable». Egger parle aussi d’intolérance et de mesquinerie. Mais aussi de manipulation perfide et de complot. L’affaire vire littéralement au roman d’espionnage ! «Pour moi, il ne fait presque plus aucun doute que Werner n’est qu’un bouc émissaire. Et je n’ai jamais parlé non plus d’une campagne de déstabilisation en provenance d’Allemagne, d’un coup monté pour favoriser Timmermann. Je reste persuadé que tout a été télécommandé depuis la Suisse… J’ai des intuitions, mais on en reparlera plus tard…». En effet, le duo doit faire face dans trois jours à une grande échéance. Place donc au sport; on est aux Jeux Olympiques, oui ou non ?
Le samedi 31 juillet, le Thurgovien Werner Günthör a rendez-vous avec l’Histoire. Edi Hubacher, l’homme grâce auquel le lancement du poids helvétique est sorti du Moyen Âge, n’a pas oublié ceux qui sont un peu comme son fils et son petit-fils. En voyage quelque part aux Etats-Unis, il a pris le temps de poster une carte postale à l’attention de Werner Günthör et de Jean-Pierre Egger. Sur laquelle ils ont pu lire : «Go for gold !». Champion d’Europe en 1986 à Stuttgart, champion du monde par deux fois, en 1987 à Rome et en 1991 à Tokyo, Werner Günthör ne peut plus espérer entrer dans la légende par la grâce d’un record du monde, inutile de faire un dessin. Mais, il est une deuxième porte qui pourrait, aujourd’hui même, à occasion de la session inaugurale des épreuves d’athlétisme, l’assurer d’une place bien en vue dans l’Histoire du sport helvétique. Günthör peut réussir là où tous les athlètes suisses, depuis 1896 et ceci sans exception, ont échoué en ajoutant de l’or à une palette qui n’a jamais connu autre chose que l’argent (à six reprises) et le bronze une seule et unique fois). Il y a douze mois à Tokyo, Günthör ne pouvait pas être battu, tant sa marge était grande. Mais maintenant les choses ont changé et cette marge s’est fortement rétrécie. Mais elle reste appréciable et ses chances de monter sur la plus haute marche du podium restent très grandes. Ces propos sont corroborés par Jean-Pierre Egger : «Franchement, je ne vois qu’un lanceur en mesure de contrarier nos plan. Il s’agit de l’Américain Mike Stulce, le vainqueur des sélections américaines avec 21,67 m. Si un troisième larron venait se mêler la lutte, ce serait une grande surprise. Mais nous n’avons pas exclu cette hypothèse. Depuis an dernier, j’ai tapé cent fois sur le clou. Il est dangereux, paradoxalement, de dominer sans partage. On finit par s’endormir, par se satisfaire du minimum. J’ai donc demandé à Werner de se fixer des objectifs élevés et de s’attendre à l’émergence, en année olympique, de rivaux plus dangereux. Le message est passé. Depuis le mois de janvier, son entraînement s’est déroulé comme prévu, sans le moindre pépin. Et sur le plan physique, il se présente dans une meilleure forme qu’à Tokyo. J’estime le gain entre 3 et 5%. Ici à Barcelone, la pression est considérable; beaucoup plus grande qu’à Tokyo. Mais il l’a bien gérée. J’attends, maintenant, qu’il explose littéralement au stade olympique. Cette saison il n’a pas tout fait réussi les performances capable. Si l’on fait exception d’Helsinki, ses trois autres sorties ont été bonnes, sans plus. Sa retenue s’explique-t-elle, inconsciemment, parce qu’il mobilisait déjà son énergie en vue de Barcelone ? Faute de réponse satisfaisante, on est condamné objectivement à l’espérer. Mais je suis formel. Tous les paramètres lui autorisent à viser au-delà de la ligne des 22 mètres, là où aucun autre poids ne saurait se poser…».
Les qualifications du lancer du poids se disputent le 31 juillet à 10:00 du matin, dans un stade Olympique pas encore bien garni. Il s’agit là du tout premier événement des épreuves d’athlétisme de ces Jeux Olympiques de Barcelone. Les 26 concurrents qui sont en lice savent qu’ils n’ont que trois tentatives pour atteindre la ligne des 19,80 m qui leur permet de décrocher un ticket pour la finale du soir. La première série d’essais voit trois lanceurs réussir brillamment leur objectif : il y a l’Américain Mike Stulce avec 20,18 m, l’étonnant Italien Luciano Zerbini avec 20,25 m et, fort logiquement, Werner Günthör avec 20,50 m. Lors de la deuxième ronde, quatre autres athlètes les rejoignent : l’Américain Jim Doehring qui prend la tête avec 20,53 m, le Russe Vyacheslav Lykho avec 20,24 m, l’Ukrainien Oleksandr Klimenko avec 20,16 m et l’Autrichien Klaus Bodenmüller avec 19,86 m. Enfin trois concurrents arrachent leur qualification à leur ultime essai : le Serbe Dragan Perić avec 20,24 m, l’Italien Alessandro Andrei avec 20,14 m et l’Allemand Ulf Timmermann avec 19,93 m. Pour que la finale puisse se disputer à douze, l’Américain Ron Backes (19,71 m) et le Suédois Sören Tallhem (19,65 m) sont également repêchés.
La finale a lieu le même jour dès 18:55 dans un stade Olympique de Montjuich enfin bien garni. Les nombreux supporters suisses répartis en groupes çà et là dans l’immense arène sont prêts à vivre un grand moment de l’Histoire de l’athlétisme suisse; c’est en tous cas ce qui se dit depuis longtemps. Oui, Werner Günthör a bel et bien rendez-vous avec l’Histoire, mais celle qu’on va relater ci-dessous n’est pas, mais alors pas du tout celle qu’on s’attendait à écrire. Le premier essai de Werner est sur le point d’être réalisé. Va-t-il comme à Tokyo tuer d’entrée le suspense ? La réponse est : non ! En effet, le poids propulsé par le Suisse retombe étrangement en-deçà de la ligne des 20 mètres ! On n’a pas bien vu, c’est ça ? Mais non, le panneau indique bien 19,74 m pour Günthör ! Bon, rien de grave, il s’agit d’un jet manqué comme il peut s’en produire de temps à autre. Après quelques moments à se poser tout de même des questions, voici le deuxième essai du double champion du monde. On s’attend à une réaction digne de son statut de favori, mais à nouveau le poids ne part pas comme d’habitude et retombe sur la ligne des 20 mètres cette fois-ci : 20,01 m ! Incroyable, on croit rêver, Werner Günthör ne se trouve qu’en septième position dans cette finale après deux essais. C’est Mike Stulce qui mène confortablement avec 21,58 m devant Jim Doehring avec 20,96 m et Vyacheslav Lykho avec 20,94 m. La troisième tentative n’apporte rien de nouveau, ou si peu. En lançant à 20,27 m, le Thurgovien pointe maintenant au cinquième rang, mais il reste loin du compte. C’est la stupeur dans le camp suisse, qui ne s’attendait sûrement pas à un tel scénario catastrophe. Mais la réalité est telle qu’il faut maintenant sauver les meubles en sortant un jet digne de ce nom. Son quatrième essai montre un soupçon d’amélioration avec un 20,85 m qui lui fait gagner un rang. Le Suisse ne se trouve plus qu’à 9 centimètres du bronze et à 11 centimètres de l’argent. Mais en ce qui concerne le titre olympique, il semble bien loin, même s’il y a encore quelques lueurs d’espoir. Elles sont pourtant bien vite estompées par le cinquième essai de Mike Stulce qui est mesuré à 21,70 m. L’affaire est entendue à ce moment-là; Werner Günthör ne sera pas champion olympique. Pour ses deux dernières tentatives, il faut réussir l’essentiel, à savoir au moins décrocher une place sur le podium. Son cinquième essai est nettement meilleur puisqu’il dépasse la ligne des 21 mètres, ce qui assurerait provisoirement la médaille d’argent. Hélas le drapeau rouge du juge se lève car le Suisse a touché le sol de la main lors de la préparation. Il ne reste plus qu’une chance pour inverser cette tendance négative absolument surprenante. Malgré toute sa bonne volonté, Günthör ne réussit que 20,91 m et échoue ainsi au pied du podium pour 3 centimètres seulement.
Le géant Werner Günthör a raté son rendez-vous avec l’Histoire pour avoir craqué, pour la première fois, le jour où il ne fallait pas. Quatrième de cette finale olympique avec 20,91 m, la déception est à la mesure des espoirs qui reposaient sur les épaules du double champion du monde. Depuis son retour en 1991, le Thurgovien avait repris les affaires en mains de façon admirable. Les nouvelles rigueurs de la lutte anti-dopage avaient même fait de lui une sorte d’intouchable. Témoin la liste des meilleures performances de l’année 1991 où les 18 meilleurs jets portaient sa signature. Tout cela annonçait un sacre olympique, même si Jean-Pierre Egger s’attendait à une poussée plus grande de la concurrence. Hélas, le technicien Neuchâtelois ne s’était pas trompé car le titre est revenu à Mike Stulce, le seul adversaire qu’il avait cité nommément. Ce qu’il n’avait pas prévu, en revanche, c’est que son protégé craquerait et qu’il serait bouté du podium. Günthör doit faire face maintenant à une armée de micros et de stylos : «Au sixième essai, j’ai essayé de tout donner. Mais, techniquement, je n’ai pas pu me départir, une seule fois, d’un problème technique au niveau de la main, qui ne libérait pas la sphère comme il l’aurait fallu». Dans les yeux du gentil géant, les larmes ne sont pas loin. Comment pourrait-il en être autrement après avoir subi un tel revers ?
Le lendemain, après la déception de sa carrière, Werner Günthör fait face à la presse avec un beau fair-play. Et confesse quelques vérités : «Si j’avais été une machine, il aurait peut-être suffi d’un petit coup de tournevis pour tout remettre en place. Mais, voilà, l’homme n’est pas une machine… Déréglé j’étais, déréglé je suis resté tout au long du concours. Et concernant l’affaire du Spiegel, elle a pesé plus lourd sur mon mental que je ne le pensais. J’avais pourtant le sentiment d’avoir construit un mur entre ces insinuations malignes et moi. Mais finalement il ne s’est pas révélé tout à fait hermétique. Je ne vais pas en faire une excuse. Mais ce serait mentir que de ne pas dire que ma marche vers la finale ne s’en est pas trouvée sensiblement perturbée. Je n’ai jamais parlé au journaliste en question et ne lui parlerai jamais. Mais je crois tout de même qu’il a intérêt ne pas se trouver sur mon chemin un de ces prochains jours…» Werner le dit avec un sourire. Et sourit encore quand on lui fait remarquer que les trois lanceurs qui ont fini la soirée de vendredi sur le podium ont tous les trois été suspendus, un temps, pour dopage : «Il faut croire que cela permet de bien se préparer». De son côté, Jean-Pierre Egger – marqué par l’échec – confirme le couac technique : «Lancer le poids, c’est faire de son corps un véritable arc. L’approche ressemble beaucoup à celui du sauteur la perche. Pour parvenir, il faut que tout s’enchaîne comme dans un bain d’huile. Ce fut loin d’être le cas, inutile de le dire. J’ai eu des petits doutes dès l’éliminatoire du matin. Il lançait son poids bien avant d’avoir pu construire la tension du corps. Je ne l’ai vu qu’une seule fois lancer si mal, en début de saison, à Helsinki. Après le troisième essai, il m’a cherché du regard dans la tribune et, d’un geste codé, j’ai essayé de le remettre sur les rails. Mais lorsque le problème tient de la technique et non d’un manque d’agressivité, il est évidemment difficile de corriger le tir en cours de route. Il se sera donc battu sans jamais parvenir à trouver ses automatismes. Il a craqué mentalement; j’en discuterai avec lui calmement. Mais il est sûr que les événements que l’on sait, ajoutés à la pression qui accompagne inévitablement un rendez-vous de cette importance, n’ont rien arrangé. Je suis déçu et en rage. À l’entraînement, le moins bon de ses essais flirtait avec la ligne des 21 mètres…».
L’heure est bien sûr aux questions. Après l’affaire du Spiegel, Günthör aurait-il dû s’isoler, loin du village ? Quatre concours avant le rendez-vous olympique, n’était-ce pas un peu court comme préparation ? Egger répond évidemment très honnêtement : «On aurait pu fuir, bien sûr. Mais ce n’est pas vraiment notre genre. Quant à savoir si Werner n’a pas lancé assez souvent en compétition avant Barcelone, on le saura au cours des meetings de fin de saison. Mais il s’agissait de protéger son dos, de ne pas prendre de risques avant Barcelone. Je crois que le problème n’est pas là. Werner avait bien géré cette semaine agitée et je pensais que sa colère rentrée le conduirait à exploser sur le stade. C’est le contraire qui s’est produit. Honte au terrorisme journalistique !».
Ce coup de déstabilisation a malheureusement contrecarré les bons plans de Werner Günthör et on ne saura jamais ce qu’il serait advenu à Barcelone s’il n’avait pas eu à subir cet acharnement médiatique gratuit. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : il méritait mieux que ce qui lui est arrivé lors de ces Jeux Olympiques.
PAB
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