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1930-1940 : le modèle de réussite du partenariat social « Travailler ensemble plutôt que l’un contre l’autre »
Le partenariat social suisse est considéré comme un pilier essentiel de notre économie et souvent cité avec fierté comme un modèle de réussite de notre pays. La paix du travail signée dans l’industrie suisse de la métallurgie et des machines est un précurseur important du partenariat social helvétique.
La paix du travail dans l’industrie suisse de la métallurgie et des machines
C’est en 1937 qu’a été signée la paix du travail dans l’industrie suisse de la métallurgie et des machines. Cet accord, qui avait pour but de garantir la paix du travail en Suisse, a contribué de manière décisive à la prospérité durable et réjouissante de notre économie au cours des décennies successives.
Comment est née la paix du travail ?
Comme dans d’autres pays, les grèves représentent un phénomène très répandu en Suisse au tournant du 19e siècle. Entre 1880 et 1914, on dénombre plus de 2400 grèves, les deux fronts de la lutte des classes campent solidement sur leurs positions. Les conflits atteignent leur paroxysme en 1918, année où près de 250 000 travailleurs participent à la grève générale, au cours de laquelle trois personnes sont tuées par les forces de l’ordre.
Les partenaires sociaux abandonnent leurs fronts rigides
La menace fasciste en provenance des pays voisins augmente, les dictateurs en Europe gagnent du terrain, Hitler abolit les syndicats et le franc suisse subit une baisse de valeur massive. Dans ce contexte d’incertitudes sociales et économiques, de chômage et de baisse des salaires réels, le Conseil fédéral décide d’introduire une procédure d’arbitrage obligatoire, malgré le fait que la majorité des employeurs et des syndicats se soit prononcée contre cet instrument. Les partenaires s’efforcent alors de renforcer leurs relations contractuelles.
Le conseiller national Konrad Ilg (1877-1954, Président de la Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l’horlogerie, FTMH) prend l’initiative et rencontre Ernst Dübi (1884-1947, Président de l’Association patronale suisse de l’industrie des machines et des métaux, ASM). Le 19 juillet 1937, ils signent un accord de cinq pages pour l’industrie de l’horlogerie et des métaux. Ce document contraignant pour les deux parties institue une obligation absolue de paix du travail pour les deux années suivantes ainsi qu’une procédure d’arbitrage à plusieurs niveaux. L’accord fixe en outre de nouveaux droits et obligations pour les parties, comme la procédure de règlement des conflits, la détermination du salaire, les assurances, les congés payés et la participation des travailleurs. Afin d’assurer le respect de ces dispositions, les parties contractuelles déposent chacune une caution de 250 000 francs auprès de la Banque nationale suisse. L’accord sur la paix du travail constitue la base de la version de la CCT complète depuis 1974.
Sources : Archives sociales, Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche, Wikipédia, SWISSMEM
En savoir plus sur la conversation avec Ivo Zimmermann, chef de la communication et membre de la direction de SWISSMEM, ci-dessous.
La paix du travail dans l’industrie suisse de la métallurgie et des machines
La paix du travail signée en 1937 (exemplaire de l’ASM) est exposée aujourd’hui au Musée national de Zurich.
Division spécialisée Machines: collaboration entre la SNV et SWISSMEM
Les normes créent des standards homogènes pour les objets et les services. Grâce à cette harmonisation, les produits peuvent être utilisés de manière plus judicieuse, plus sûre et plus efficace, et la collaboration s’avère plus facile. En particulier dans le contexte international, les normes assurent l’échange et ainsi la négociabilité des produits et des services. Au sein de la SNV, l’industrie des machines est représentée par une division spécialisée. Depuis de nombreuses années, la SNV est chargée par SWISSMEM de s’occuper de la collection de normes du secteur et défend les intérêts de l’industrie des machines en matière de normalisation au sein d’organe de normalisation européen du Comité Européen de Normalisation et sur le plan international, auprès de l’Organisation internationale de normalisation.
« La paix du travail représente un avantage important de la place industrielle suisse. »
L’entretien avec Ivo Zimmermann, chef de la communication et membre de la direction de SWISSMEM, démontre à quel point il existe encore aujourd’hui un lien étroit entre les événements historiques de 1937 et la situation actuelle du partenariat social suisse.
Légende de la photographie :
Ivo Zimmermann, chef de la communication et membre de la direction de SWISSMEM
1. SNV : La paix du travail de 1937 traite neuf articles et thèmes sur cinq pages. Quelle est l’envergure de la CCT actuelle ?
Ivo Zimmermann : Le texte de la convention comporte 58 articles et 2 annexes sur 73 pages. Le texte de la convention actuelle peut être consulté au lien suivant.
2. Quels avantages offre la CCT ?
La Convention collective de travail de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM) garantit aux collaboratrices et aux collaborateurs des entreprises signataires des conditions de travail modernes. En contrepartie, les collaborateurs ont l’obligation de respecter la paix absolue du travail, ce qui signifie qu’ils ne sont pas autorisés à perturber le travail par des mesures de combat. La paix du travail représente un avantage important de la place industrielle suisse.
3. A quels intervalles la CCT est-elle renégociée ?
En règle générale, tous les cinq ans. La CCT actuelle de l’industrie MEM (CCT MEM) est entrée en vigueur le 1er juillet 2018 et s’applique jusqu’au 30 juin 2023.
4. Les parties négocient-elles durement ?
Les partenaires contractuels de la CCT MEM sont l’ASM (SWISSMEM) et les associations de travailleurs suivantes : Employés Suisse, Société suisse des employés de commerce, Association suisse des cadres et les syndicats Unia et Syna. Chacune de ces organisations amène avec elle ses revendications dans le processus de négociation. Les négociations sont donc longues et difficiles.
5. La CCT de SWISSMEM est-elle contraignante également pour les non-membres ?
La CCT de l’industrie MEM n’a pas été déclarée de force obligatoire. Actuellement, environ la moitié des plus de 1100 entreprises membres de SWISSMEM appliquent la CCT MEM.
6. Combien de grèves dénombre-t-on par année ?
La CCT prescrit l’obligation de respecter la paix absolue du travail. Ainsi, toute mesure de combat est interdite dans les entreprises signataires. Au cours de ces dix dernières années, seuls deux conflits sérieux du travail ont été constatés dans l’industrie MEM.
7. Dans quelle mesure l’accord sur la paix du travail de l’époque est-il connu encore aujourd’hui ? Par exemple, les collaborateurs de SWISSMEM connaissent-ils l’histoire de cet accord ?
Les collaborateurs de SWISSMEM connaissent très bien la valeur et l’histoire de la paix du travail, pareil pour les collaborateurs des entreprises MEM. Les partenaires sociaux organisent en outre des formations communes à l’attention des représentants des employés qui traitent de cette thématique.
8. Quelle importance revêt la convention en Suisse, si l’on renonce à la grève et au lock-out en tant qu’instruments de lutte ?
La convention revêt une importance cardinale. La paix absolue du travail représente un avantage concurrentiel important de la place industrielle suisse. Elle peut se révéler décisive lorsqu’il s’agit de prendre des décisions d’investissement en faveur de la place économique suisse.
9. A quelle fréquence les employeurs et les employés s’assoient-ils à la table des négociations ?
Le partenariat social dans les entreprises fonctionne bien. Des entretiens ont lieu régulièrement entre les représentants des employés et la direction. En cas de divergences d’opinions, les représentants des employés et la direction tentent d’abord de les régler au niveau de l’entreprise. En cas d’échec, la CCT prévoit des processus clairs de règlement, au moyen de négociations syndicales ou devant un tribunal arbitral.
Monsieur Zimmermann, merci infiniment pour cet entretien.