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En juin, il a réalisé le doublé le plus mythique de la nage libre: il est devenu champion du monde sur le 100 et 200 mètres. Personne n'y avait même songé depuis près de 50 ans. A 17 ans, David Popovici aurait pu en profiter pour se la couler douce. Mais samedi, aux Européens, il a encore dépoussiéré le vieux record du 100 mètres (46''86) détenu par Cesar Cielo depuis 2009.
Popovici est devenu le quatrième homme à descendre sous les 47 secondes, le second seulement en nageant «torse nu», sans les combinaisons en polyuréthane qui ont révolutionné la natation des années 2000. Rien à voir: ces combis sortaient tout droit des laboratoires de la National aeronautics and space administration (Nasa) avec des coutures soudées par ultrason et une réduction de 6% des vibrations de l'épiderme. «L’athlète flottait sans préparation spécifique ni recherche de sensations. Le corps restait droit même sous l’effet de la fatigue», nous expliquait le Vaudois Jonathan Massacand peu après le retour au maillot de bain. C'est dire l'avancée que représente le chrono de Popivici pour la natation moderne.
Ce garçon est un ado tout maigre d'à peine 17 ans, et c'est peu dire qu'il n'a pas le physique de l'emploi: les sprinteurs qui débarquent avec leurs grands pieds dans l'histoire de la natation (Ian Thorpe, pointure 53, ou Michael Phelps, pointure 49) triomphent généralement à la force de leurs bras noueux et de leurs torses virils.
Loin des standards actuels, David Popovici (190 centimètres, poids non communiqué) est davantage taillé pour le sprint long (200 ou 400 mètres), avec des aptitudes de métronome, tout en contrôle et en finesse.
Né à Bucarest en septembre 2004, David Popovici a commencé la natation à l'âge de quatre ans. Ce n'était pas sa vocation: il souffrait de scoliose, très exactement d'une déviation permanente de la colonne vertébrale. Comme toujours avec les problèmes de dos, son médecin de famille lui a conseillé de nager.
Au même âge, Phelps, lui, souffrait d'hyperactivité. Son médecin lui a recommandé le même remède. Au 21e siècle, les pédiatres ont fourni plus de prodiges à la natation que bien des académies.
A neuf ans, Popovici a fait la rencontre d'un maître nageur nommé Adrian Radulescu, «un gars sympa avec des manières autoritaires». L'homme est resté son coach, son mentor. «David n'était pas le plus facile à entraîner», sourit le Roumain, 32 ans, sur Eurosport. «Il cherchait surtout à s'amuser, à sauter son tour, comme tous les gamins. Mais il avait quelque chose de spécial: il était très compétiteur. C'est quelque chose que j'ai essayé de développer car il était compétiteur... uniquement quand ça l'intéressait.»
Comment Popovici est-il devenu si fort, sans en avoir le talent naturel ni l'intention réelle? Il ne cite pas Nietzsche et Rielke, mais Erlin Haaland, l'attaquant norvégien de Manchester City. «On lui a posé la même question après qu'il a explosé, un peu comme moi. Il ne maîtrisait pas bien l'anglais et il avait parfaitement résumé ce que je ressens en disant "work, hard work". C'est vraiment ça: beaucoup de travail. Très dur. Beaucoup de sacrifices. Toute la question est de savoir à quel point tu as faim. Et j'ai vraiment faim.»
Comblé d'aise et de victoires, Popovici est devenu un compétiteur à temps complet. En bon français: un warrior. «La question est uniquement de savoir ce que l'on est prêt à faire que les autres ne feront pas. Et ça implique de vivre d'une façon totalement différente, en termes de nutrition, sommeil, fêtes, etc. C'est dur mais ça m'est bien égal. Je sais pourquoi je nage et je retourne sans problème à ma vie d’ascète.» Il prétend que cette vie vaut toutes les bamboches du monde:
Popovici se réclame des stoïciens et lit Sénèque dans le vestiaire (CBS cite plusieurs témoins). Il voudrait devenir psychologue, comme sa mère. Et il ne partira pas à l'étranger, loin de
sa mère son coach. «Mon équipe vit en Roumanie. Sans elle, je ne pourrai rien faire. Or ma priorité, c'est de bien nager. Je ne vois pas ce que je pourrais trouver de mieux ailleurs.» Depuis quelques semaines, l'argument a pris de l'épaisseur.
Mais en bon stoïcien, Popovici affirme que les records sont faits pour être battus et qu'il n'aura aucune peine à céder le sien un jour. Charité bien ordonnée risque de commencer par lui-même. (chd avec les agences)
Giovanni Marti, Lausanne aurait pu remplir plusieurs fois sa patinoire pour les matchs à domicile de cette finale. L'euphorie est-elle la même à Zurich?
Oui. Les 12 000 places de la Swiss Life Arena se sont vendues en quelques minutes seulement. Et depuis la qualification pour la finale, je découvre de nouveaux amis, des gens qui ne m'adressaient la parole qu'une fois tous les six mois et qui viennent soudain me voir. J'ai reçu tellement de demandes de billets que j'aurais pu remplir deux fois la patinoire à moi tout seul!