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Le transhumanisme est avant tout le projet de passer d'une médecine qui depuis des millénaires était thérapeutique, vers une médecine de l'"augmentation", explique le philosophe et ancien ministre français de la Culture, auteur de "La révolution transhumaniste". Il s'agit d'augmenter le potentiel de l'être humain, et surtout sa longévité.
Le deuxième but du transhumanisme est de lutter contre les inégalités naturelles. "La nature n'est plus une loi morale. En réalité, déjà maintenant, la démocratie et la médecine moderne luttent contre la nature - aider les faibles, les handicapés, ceux qui sont dans la difficulté, est un projet anti-darwinien."
Leur slogan est "From chance to choice": il s'agit passer de la loterie génétique à un choix humain maîtrisé.
Il s'agit dès lors de ne pas lutter seulement contre les inégalités sociales, mais contre les inégalités naturelles, notamment grâce à l'ingénierie génétique et à la biochirurgie.
Emerge alors la question philosophique des limites à ne pas franchir: jusqu'où peut et doit aller ce mouvement transhumaniste? "S'il est possible de modifier des gènes défectueux dans l'embryon, je crois qu'on le fera. Mais aura-t-on envie d'aller vers l'augmentation de l'être humain, de sa longévité, de son intelligence, de sa force physique, de ses capacités visuelles, etc.?"
Hybrides humain-machine
L'idée de l'homme en tant que tel s'en trouvera modifiée, affirme Luc Ferry, qui distingue deux courants au sein du transhumanisme. Si le premier, assez traditionnel, vise globalement à améliorer l'être humain, un autre mouvement, représenté par l'Université de la Singularité de la Silicon Valley aux Etats-Unis, tente de fabriquer des post-humains, hybrides homme-machine, augmentés notamment par l'intelligence artificielle.
Il y a le pire comme le meilleur dans ce projet
"Les Européens peinent à comprendre que le transhumanisme n'est pas de la science-fiction", affirme le philosophe, citant l'entreprise Google qui a déjà injecté des milliards de dollars dans le domaine via sa compagnie de biotechnologies Calico.
"Il y a le pire comme le meilleur dans ces projets", déclare Luc Ferry, qui craint une dérive vers des pratiques extrêmes sans même que les pouvoirs politiques et les opinions publiques s'en aperçoivent.
L'homme doit toujours être une fin en soi
Luc Ferry plaide dès lors pour une régulation internationale, qui s'appuierait sur le principe que doit être permis uniquement ce qui rend l'humain plus humain, et que ce qui le dégrade est inacceptable. "L'humain doit toujours être une fin en soi."
Le mouvement sera néanmoins très difficile à arrêter et à réguler, le projet transhumaniste étant avant tout une aspiration à davantage d'autonomie et de maîtrise de son propre destin, estime le philosophe.
kkub