Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07171.jsonl.gz/977

Marie Goegg-Pouchoulin fonde en 1868 la première organisation féministe de Suisse, l’Association internationale des femmes. Outre qu’elle réclame une complète égalité des droits, l’association se distingue par son réseau international. La Genevoise est également pionnière à d’autres titres : en 1869, elle crée Le journal des femmes, la première revue féministe de Suisse, dans laquelle elle rapporte les actions des mouvements de femmes dans le monde entier.
Comme beaucoup de jeunes filles au XIXe siècle, Marie Pouchoulin reçoit une instruction sommaire. Elle commence à travailler dans l’atelier d’horlogerie de son père à l’âge de treize ans tout en poursuivant en autodidacte l’apprentissage de la littérature et de l’histoire. Plus tard, elle apprend l’anglais et l’allemand. En 1845, à l’âge de 19 ans, elle épouse un commerçant, Marc-Antoine Mercier. Le mariage ne dure pas et la jeune femme rentre chez ses parents avec son fils. Là, elle découvre les idées démocratiques radicales de l’époque car, à la fin des années 1840, ses parents hébergent des réfugiés révolutionnaires venus des pays voisins. C’est dans ce milieu qu’elle fait la connaissance d’un révolutionnaire et juriste allemand, Amand Goegg, qui s’est réfugié à Genève parce qu’il risquait la réclusion à vie. Elle abandonne son existence sûre à Genève et le suit en Angleterre avec son fils. Le couple reste trois ans outre-Manche et c’est là que naissent leurs deux fils communs. La famille vit ensuite à Genève, Offenburg et Bienne avant de revenir à Genève à la fin des années 1860.
Amand Goegg a des contacts avec des groupes pacifistes et le mouvement ouvrier naissant. Lorsque la famille revient à Genève, il fonde avec d’autres la Ligue de la paix et de la liberté en 1867. Un an plus tard, Marie Goegg-Pouchoulin est nommée au comité central de la ligue et à la rédaction de son organe, Les Etats-Unis d’Europe. La ligue discute de la fraternisation internationale de la classe ouvrière, mais aussi de l’égalité des droits pour les femmes. Marie Goegg-Pouchoulin profite de l’occasion pour publier dans la revue de l’association, en mars 1868, un appel à constituer une organisation féminine internationale dans lequel s’exprime tout l’esprit combatif de cette visionnaire : « Courage donc, fondatrices de comités, amies dévouées de tout ce qui est noble, ne vous rebutez pas devant les difficultés de l’entreprise et l’exiguïté de vos ressources ! » Malgré le peu d’écho rencontré, l’Association internationale des femmes voit le jour en juillet 1868. Elle a pour but de militer pour l’égalité des sexes dans la société, le droit et la politique. Les femmes demandent notamment le droit à l’éducation pour les filles, un salaire égal pour un travail égal ou encore le droit de vote et d’éligibilité des femmes. En qualité de présidente, Marie Goegg-Pouchoulin correspond avec des féministes connues à l’étranger et encourage la création de comités locaux.
En 1869, la Genevoise fonde la première revue féministe de Suisse, Le journal des femmes. Sa fibre internationale apparaît dès la première édition, qui propose un tour d’horizon des mouvements de femmes dans le monde. Les débuts de l’Association internationale des femmes sont compliqués. Au printemps 1870, l’association compte 15 comités, en France, en Italie, au Portugal, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. Mais son influence, déjà faible, souffre de la guerre franco-allemande. Les moyens financiers viennent à manquer et le cap que suit Marie Goegg-Pouchoulin est trop radical pour les femmes bourgeoises. L’association se dissout en 1872.
La même année, la Genevoise s’associe à la Bernoise Julie de May pour fonder l’Association pour la défense des droits de la femme, généralement désignée par le titre de sa revue, Solidarité. L’association met l’accent sur l’égalité des femmes au regard du droit civil. Marie Goegg-Pouchoulin est la première Suissesse à faire usage de son droit de pétition, grâce auquel elle obtient que les bancs de l’Université de Genève soient ouverts aux femmes dès 1872. Deux ans plus tard, elle parvient à faire abolir dans le canton de Vaud la tutelle imposée aux femmes célibataires ou veuves. Malgré ces succès, Solidarité ne compte pas suffisamment de membres si bien que Marie Goegg-Pouchoulin doit dissoudre l’association et suspendre la parution de la revue en 1880. Elle restera attachée au mouvement féminin jusqu’à la fin de sa vie. En 1891, elle est nommée vice-présidente de la nouvelle Union des femmes de Genève et en 1896, trois ans avant son décès, elle participe à l’âge de 70 ans au premier Congrès suisse pour les intérêts féminins (Source: la Commission fédérale pour les questions féminines CFQF).
« Nous réclamons le droit de vote parce que toute amélioration réelle est sortie de l’exercice de ce droit; parce qu’il est temps aussi pour nous de n’être plus une classe; parce que nous sentons la nécessité d’avoir nos idées représentées dans les Conseils, dans les Commissions, partout où il y a une discussion humanitaire »