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Inédit : tel est le film que Balthasar Burkhard va présenter au Mamco. Tout ce qui peut en être dit, ou presque, est qu'il sera diffusé sous forme de trois projections vidéo simultanées, et qu'il a été tourné à Mexico.
Ses premiers contacts avec la sphère artistique, B. Burkhard les doit à Kurt Blum. Celui-ci photographiait les expositions de la Kunsthalle de Berne jusqu'au moment où B. Burkhard l'a remplacé dans cette fonction. C'est dans cette institution, dont Harald Szeemann en était le directeur, vers la fin des années soixante, qu'il commence à côtoyer les travaux des artistes qui vont décider de son orientation artistique. Photographe attitré de la Kunsthalle, il est rapidement confronté aux multiples problèmes que pose l'apparition des œuvres minimalistes et conceptuelles. Certaines caractéristiques de ces travaux, comme l'attachement à la présence brute des matériaux, l'appréhension physique de l'espace, la sérialité, la question de la place et du mouvement du corps et le rapport à l'architecture vont jouer un rôle important dans ses photographies. Les recherches de cadrage et de composition de la 'straight photography' (qui constituent l'autre point d'ancrage de sa pratique photographique) trouvent dans cette con-frontation avec l'art contemporain une nouvelle dimension.
B. Burkhard expose dès 1970, mais c'est surtout après son retour des États-Unis où il enseigne pendant cinq ans (1974-1978, Université de l'Illinois, Chicago), que sa carrière démarre véritablement, avec des expositions aux Kunsthallen de Bâle en 1983 et de Berne en 1988. Des premières photographies sur toiles réalisées en 1969-1970 avec Markus Raetz, il retient un rapport au grand format et à des valeurs plastiques extrêmement affirmées. Mais les scènes d'intérieur font alors place à une démarche qui opère le plus souvent par séries : « autoportraits » (1977), « pieds » (1983), « genoux » (1983), « torses » (1984), « veines » (1988-1989), « bambous » (1990-1991), « montagnes » (1993). Avec le grand (voire le très grand) format et l'utilisation occasionnelle de moyens tel que l'héliogravure, la fragmentation du sujet vu en plan resserré est un des traits auxquels B. Burkhard recourt fréquemment pour donner à ses prises de vue une dimension physique, quasi sculpturale. Mais il est important de souligner que la force de ses images dont l'exposition commune avec Niele Toroni au Musée Rath en 1984 fut la démonstration la plus évidente reste toujours profondément ancrée dans ce que l'expérience photographique a de plus propre : la singularité, le fait que chaque cliché soit le reflet d'une réalité unique.
La vision des villes que B. Burkhard traduit dans ses photographies de 1997-1998 est un exemple de cette expérience de la singularité. Pris d'hélicoptère, ces clichés délivrent très peu de détails concernant l'habitat. Ils ne prétendent pas non plus informer sur l'urbanisme de ces cités. Non, ce qui frappe dans ces agglomérations qui semblent vaguement identifiables, c'est la démonstration du fait urbain, de son existence brute et massive. Les différences qui s'expriment ici des différences irréductibles l'une à l'autre et qui font que la prolifération urbaine à Los Angeles ne sera jamais identique à ce qu'elle est à Mexico ne sont finalement que des variations dans la vision quasi apocalyptique de ces étendues illimitées et incadrables.
« Ciudad », le film de B. Burkhard a cette particularité de faire alterner ces vues cavalières, massives, en noir et blanc, avec d'autres séquences en couleurs prises au ras du béton. Sera-ce l'occasion de plonger plus avant dans la singularité de la ville mexicaine pour y vérifier une autre constance de la civilisation urbaine, celle de la foule et celle de son meilleur complice — le flâneur — ; ou d'y découvrir une raison politique sur l'emprise de globalisation et sur les phénomènes de résistances culturelles ? À voir.