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Histoire
La naissance du CLAFG
Onze associations féminines ont annoncé leur adhésion au Centre de Liaision des Associations Féminines Genevoise :
- l’Association genevoise des femmes universitaires,
- l’Association genevoise pour le suffrage féminin,
- le Lyceum Club de Genève,
- la section de Genève de l’Association des femmes peintres, sculpteurs et décorateurs,
- la section de Genève de l’Union Suisse des Amies de la Jeune Fille,
- l’Union mondiale des femmes pour la concorde internationale,
- l’Union des travailleurs sociaux,
- l’Union des institutrices primaires genevoises,
- l’Union amicale des écoles enfantines,
- l’Union des Femmes.
Deux associations furent membres sympathisants :
- la Goutte de lait
- l’Union chrétienne des Jeunes Filles.
Hélène Gautier-Pictet fut élue première présidente et elle tint les rênes du CLAFG jusqu’en 1951. Son premier comité se composait de Mesdames Gourd (vice-présidente), Cayla (secrétaire et trésorière), Robert, Jentzler, Nobs et Weigle.
Stabilité et dynamisme
Il faut souligner ici deux caractéristiques du Centre qui ont assuré un bon départ à l’institution et continueront, gageons-le, à maintenir sa pérennité : la stabilité et le dynamisme.
Stabilité, puisqu’en cinquante ans le Centre a vu se succéder six présidentes qui sont chacune demeurées en fonction plusieurs années permettant ainsi la continuité du travail du comité et des actions entreprises comme le sérieux dans les négociations avec les partenaires que ce soient les autorités cantonales ou fédérales, ou des associations diverses. Ces six présidentes furent successivement : Hélène Gautier (1937-1951), Renée Girod (1951-1959), Valentine Weibel (1959-1972), Renée Chambordon (1972-1981), Gilberte Muller (1981-1984) et de 1984 à 1989, Arielle Wagenknecht.
À partir des années 90 plusieurs autres présidentes se succèderont au CLAFG.
Dynamisme aussi, car le Centre de liaison a passé de 11 associations membres en 1937 à 42 en 1987. Mais il n’y a rien là que de très normal puisque c’est la vie des associations qui fait la vie du Centre.
Les activités et actions du CLAFG
Le Centre nouvellement créé a aussitôt mis en place une commission d’éducation civique et une commission d’alimentation laquelle se transformera, à la demande de l’ASF en 1940, en commission d’économie ménagère.
Pendant la seconde guerre mondiale le CLAFG a particulièrement axé ses activités sur le service auxiliaire féminin (créé en 1939) et sur la commission d’économie ménagère. Le service auxiliaire féminin a été mis sur pied à Genève comme un service civique volontaire pour les femmes et il a permis de trouver des travailleuses pour l’Agence des prisonniers de guerre, pour l’Atelier du matériel sanitaire, pour différents ouvroirs (fabrication de vêtements pour les réfugiés) et à la campagne dans les champs et les cultures. En 1943 la commission du service auxiliaire fut englobée dans l’établissement à Genève d’une section du service civil féminin.
La tradition de l’ouvroir, quant à elle, remonte déjà à la première guerre mondiale puisque c’est en 1914 qu’Emilie Gourd fonda l’Ouvroir de l’Union des Femmes pour parer à la grande misère de bien des foyers, résultant de la fermeture de plusieurs usines et ateliers occupant de la main d’œuvre féminine. Le travail ne manqua pas et l’ouvroir fut bientôt considéré par les autorités communales, cantonales et fédérales comme un rouage nécessaire de l’œuvre d’assistance à Genève. Une grande partie du travail social et de l’aide aux démunis dans le canton s’est donc réalisée grâce aux activités des associations féminines.
La Commission d’économie ménagère était elle, en contact avec l’Office fédéral de guerre pour l’alimentation et les commissions parallèles des autres cantons. Elle était chargée de renseigner le public sur les problèmes du ravitaillement et d’aider les familles à moyens très restreints. C’est ainsi que l’on a pu notamment mettre sur pied une campagne d’enseignement populaire pour l’alimentation économique et le séchage des surplus de fruits et de légumes. Après la guerre, la Commission prit en charge d’autres missions comme, par exemple, la lutte contre la vente à tempérament.
La défense des intérêts féminins sur le plan civique et législatif était aussi inscrite en tête de liste des travaux du Centre. L’éducation civique des femmes était un but important et parmi les sociétés fondatrices du CLAFG on trouve l’Association genevoise pour le suffrage féminin qui depuis 1907 déjà menait la lutte à Genève, soutenue par le CLAFG au moment des votations.
L’Association genevoise pour le suffrage féminin doit sa fondation à un certain nombre d’hommes et de femmes féministes, souvent membres de l’Union des Femmes. Parmi les fondateurs, il faut signaler Auguste de Morsier qui, par la suite, incita Emilie Gourd à se joindre à l’Association genevoise pour le suffrage féminin. Elle en devint très vite la dynamique présidente et conserva cette charge jusqu’à sa mort en 1946. Son action ne s’est jamais relâchée puisque après l’obtention du droit de votre pour les femmes, l’Association a adapté ses buts à de nouvelles tâches qui étaient alors d’inciter les femmes à participer à la vie politique et à obtenir l’égalité des droits ; elle a alors changé d’appellation et est devenue l’Association genevoise pour les droits de la femme.
Au niveau national
Sur le plan suisse, il faut mentionner les contacts réguliers avec les autres Centres de liaison cantonaux et avec l’Alliance de sociétés féminines suisses. La conférence annuelle des présidentes des C.L.A.F. permet l’échange de points de vue sur des sujets d’intérêt commun ; les problèmes spécifiques aux cantons romands sont également discuté.
Les contacts réguliers avec l’ASF sont l’occasion de fructueux échanges de vue sur les sujets à aborder sur le plan suisse. C’est ainsi que nous pouvons donner notre avis, exprimer nos opinions, nos critiques ou nos souhaits dans tous les domaines et sur tous les sujets que le Conseil fédéral soumet à consultation. Et ces sujets ne manquent pas :
- révision de la loi sur l’assurance-maladie,
- décriminalisation de l’avortement,
- nouveau droit matrimonial,
- projet de révision de la constitution fédérale,
- votation en faveur de l’égalité des droits entre hommes et femmes,
pour ne citer que quelques-uns parmi les plus importants sujets traités au cours des dix dernières années.
Il va sans dire que lorsqu’il l’estime nécessaire, le CLAFG n’hésite pas à entrer dans le vif du sujet en participant à des comités d’action pour soutenir certaines idées. Nous avons ainsi participé au comité d’action « in » qui militait pour la votation sur l’égalité des droits (1981) comme à celui qui s’était constitué pour faire campagne en faveur du oui au nouveau droit matrimonial (1985).
Notons encore ici que Genève a reçu à plusieurs reprises l’assemblée générale de l’Alliance de sociétés féminines suisses (1945, 1956, 1967, 1975 et 1987).
Contact au niveau international
Le Centre de liaison a également des contacts sur le plan international par l’intermédiaire du Conseil International des Femmes (CIF) au sein duquel l’ASF est représentée. Des comptes-rendus des réunions et assemblées sont régulièrement présentés et le CLAFG a eu à plusieurs reprises l’occasion d’accueillir des boursières du CIF.
L’héritage des pionnières : un esprit toujours régénateur
Les réalisations ne sont peut-être maintenant plus aussi spectaculaires qu’aux débuts. Lorsqu’il s’agissait d’obtenir le suffrage féminin, il fallait concevoir, réaliser puis soutenir les initiatives qui tendaient vers ce but. C’est pourquoi le nom des pionnières est resté gravé dans toutes les mémoires. Le suffrage féminin obtenu, il s’est agi de porter l’effort sur la formation des femmes à la vie politique. Le même élan a conduit vers la votation sur l’égalité des droits ou le nouveau droit matrimonial. Il faut savoir garder ce dynamisme pour continuer à œuvrer dans le sens d’une promotion juste de la femme et de son soutien sans féminisme exacerbé ni fanatisme. L’élan des pionnières doit continuer à guider notre action et à promouvoir un esprit toujours régénérateur. Le travail quotidien, qui se fait le plus souvent dans l’ombre, est le meilleur garant d’une continuité d’action qui ne doit jamais se démentir.
En 1987, le Centre de liaison des associations féminines genevoises regroupe 42 associations membres et une centaine de membres individuels.
Portraits de femmes ayant oeuvré pour le féminisme à Genève et en Suisse.
Marie Goegg-Pouchoulin (1824-1899)
Femme courageuse et pionnière, elle fut regardée avec étonnement par ses contemporains. C’est elle qui fonda, en 1868 à Genève, la première société féministe en terre romande, l’Association internationale des femmes, dont le but était de soutenir les efforts tendant vers la paix et la liberté de travailler à l’avancement moral et intellectuel de la femme et à l’amélioration graduelle de sa position dans la société par la revendication de ses droits humains, civils et politiques.
La renommée de cette fondation dépassa le cadre de nos frontières puisqu’elle fut saluée par Guiseppe Garibaldi. Dissoute deux ans plus tard, cette association fut immédiatement remplacée par une autre, la « Solidarité » dont l’activité fut féconde et utile. Elle s’occupa notamment avec énergie des questions concernant les professions et les salaires.
Marie Goegg-Pouchoulin fut pendant plus de vingt ans secrétaire et caissière de la Ligue de la paix et de la liberté et elle fonda le « Journal des Femmes », premier journal féministe suisse. On lui doit par ailleurs l’admission des femmes à l’Université de Genève.
Pauline Chaponnière-Chaix (1850-1934)
Co-fondatrice de l’Alliance de sociétés féminines suisses, elle participa à l’organisation du premier Congrès féminin suisse (1896), présida le Conseil international des femmes (CIF) et fut membre du Comité international de la Croix-Rouge.
Emma Pieczynska-Reichenbach
Genevoise de coeur, elle propagea à Genève les idées qui étaient à l’origine des premiers clubs de femmes américains. Elle créa en Suisse les premières ligues sociales d’acheteurs dont elle fut présidente et publia un des premiers livres d’éducation sexuelle (1897).
Camille Vidart (1854-1930)
Elle fut l’initiatrice, la fondatrice et la première présidente de l’Union des Femmes à Genève. Professeure de littérature française, elle traduisit en français les fameux livres de Heidi écrits par Johanna Spiry. Féministe convaincue par esprit de justice et d’équité, de solidarité humaine et par une conception très élevée des tâches et des responsabilités de la femme dans la vie publique, elle participa à la fondation de l’Alliance de sociétés féminines suisses.
Emilie Gourd (1879-1946)
Véritable pionnière du suffrage féminin à Genève et en Suisse, avec cet autre ardent défenseur du féminisme que fut Auguste de Morsier, elle présida l’Association suffragiste et fonda en 1912 le journal « Mouvement féministe » qui est devenu aujourd’hui l’émilie (lien). Professeure d’histoire brillante et passionnante, oratrice hors-pair, ses réalisations pour la cause de la femme sont nombreuses : ouvroir fondé en 1914, foyer d’accueil pour les prostituées, Cartel d’hygiène sociale et morale. Le mot d’ordre qu’elle laissa en quittant la présidence de l’Association suisse pour le suffrage féminin en 1928, illustre fort bien son caractère : « Soyez optimiste, croyez au succès, n’ayez jamais peur ; quand une cause est juste, comme la nôtre, le succès ne saurait manquer, mais il ne faut pas s’immobiliser dans l’attente de temps meilleurs, vous devez les forger vous-mêmes de vos mains, et avec votre cœur en ayant foi en l’avenir. »
Hélène Gautier-Pictet (1888-1973)
Ardente défenseure des droits de la femme comme son père Paul Pictet (fondateur du journal « La Suisse » avec Gaspard Vallette), Helène Gautier fut la véritable fondatrice du Centre de liaison des associations féminines genevoises et sa présidente pendant près de vingt ans. Son but était de grouper les associations féminines existantes pour leur permettre de se consulter, de coordonner leurs efforts et d’avoir, sur plusieurs plans, une action concertée pour l’amélioration du sort de la femme. C’est grâce à sa ténacité que le CLAFG fut, dès ses débuts, reçu et écouté par les autorités.
Dr Marguerite Champendal
Première étudiante genevoise à recevoir le diplôme de docteur en médecine, elle ouvre en 1901 un cabinet de consultation et crée la « Goutte de lait », institution d’avant-garde dont le but est de venir en aide aux nouveau-nés et aux enfants des milieux défavorisés. Son « Manuel des Mères » se diffuse dans toutes les couches de la population. Elle crée en 1905 l’école d’infirmières du « Bon Secours » et « la Pouponnière ».
Dr Lina Stern
Professeure de physiologie à la faculté de médecine de l’Université de Genève de 1918 à 1925, elle fut la première et seule femme jusque dans les années 1940 à laisser son empreinte dans l’enseignement universitaire.