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Bedrich Fritta, un dessinateur tchèque, juif, a été déporté à Theresienstadt avec sa femme et son fils Tommy en 1941. Pour les trois ans de celui-ci, le papa a dessiné clandestinement toute une histoire qui se déroule au sein du camp.
L'oeuvre s’ouvre sur le bambin aux fesses nues et roses qui regarde par une fenêtre. Puis 52 aquarelles débordant de couleurs et d’humour forment ce livre pour enfants, mettant en scène un petit garçon qui n’est pas très sage.
Bedrich Fritta est mort peu après à Auschwitz, mais cet ouvrage a survécu. L'original de "Pour Tommy, 22 janvier 1944" ("Tomíckovi" en tchèque) avait été montré en 2013 lors d'une exposition au Musée juif de Berlin. Après les éditions en néerlandais en 1980, puis en allemand, tchèque, anglais et hébreu, les éditions du Rocher en font paraître la traduction française.
Conservé sous terre dans une boîte en métal
Thomas Fritta pose sous un dessin de son père en 2013. [John MacDougall - afp]A Theresienstadt, Bedrich Fritta travaillait comme dessinateur technique avec d’autres artistes déportés. Il avait donc accès à tout un matériel de dessin. En plus de recueil "Pour Tommy", il a produit toute une série de croquis terribles et extrêmement réalistes qui illustrent la vie dans ce camp situé à 70 km au nord de Prague.
Et quand les SS ont découvert ces dessins, Bedrich Fritta et quatre autres dessinateurs ont été torturés et envoyés à Auschwitz. L’artiste y est mort en 1944, mais l'un de ses compagnons, Leo Haas, a survécu. Il s’est occupé d’élever son fils Tommy et il est retourné dans la ville de Terezin libérée pour récupérer les dessins destinés au petit garçon, qui étaient enterrés dans la cour d’une ferme à l’intérieure d’une boîte en métal.
Tommy Fritta est mort à 74 ans en 2015. Et ses quatre enfants viennent de léguer "Tomíckovi" au Musée juif de Berlin.
Un compositeur touché par l'histoire tragique du dessinateur
Le compositeur et musicien français Hélios Azoulay a eu connaissance de ce destin tragique et de cette oeuvre unique en effectuant des recherches sur la musique issue des camps de la mort. Tout particulièrement touché par la beauté et la naïveté de cette oeuvre tout à l’opposé de l’horreur des camps, il a décidé de l'adapter en français.
"De la musique au dessin il n'y avait qu'un pas à franchir. Quand je suis tombé sur cette histoire, j'ai trouvé ça aussi précieux que les comptines chantées dans ces camps", a-t-il déclaré à l'afp. "J'ai pensé qu'il était urgent d'éditer ce livre en français."
"Tous les enfants peuvent le lire aujourd'hui"
Dans une longue postface, Hélios Azoulay retrace aussi le destin tragique de Bedrich Fritta, de sa femme Johanna et leur fils Tomás, dit Tommy. Natif d'un village de Bohême, Bedrich Fritta est dessinateur à Prague, pour le très sérieux Prager Tagblatt et le magazine satirique antifasciste Simplicus, quand l'Allemagne nazie envahit la Tchécoslovaquie.
En novembre 1941, il est arrêté en tant que juif et déporté à Terezin, ville fortifiée que les SS transforment en ghetto. Officiellement il s'agit de travailler, comme dessinateur, à la construction d'un camp de transit. De fait, Theresienstadt est un camp de concentration, où passeront entre autres le poète Robert Desnos ou la cinéaste Marceline Loridan-Ivens.
"Si le livre était destiné à ce fameux Tommy, alors tous les enfants peuvent le lire aujourd'hui. Mais l'histoire de son auteur est de celles qu'on ne raconte pas aux plus petits", explique Hélios Azoulay.
boi avec afp