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Critique
LA MEMOIRE DES AUTRES est une histoire complexe. Elise, Constance et Xavier ont vu leur vie marquée par la mort tragique de leur père, alors qu'ils étaient encore enfants. Ils se retrouvent pour un week-end dans leur maison familiale, dans la campagne gruérienne, en plein hiver, au chevet de leur mère gravement malade et condamnée.
Premier long métrage de Pilar Anguita-MacKay, cinéaste d'origine chilienne, LA MEMOIRE DES AUTRES est une production suisse qui réunit une équipe internationale. Doté d'un scénario intéressant, le film ne tient toutefois pas toutes ses promesses, souffrant de l'absence d'un véritable point de vue. S'agit-il d'une enquête sur la responsabilité de chacun dans la mort dramatique, survenue il y a 25 ans, d'un père et d'un époux? Ou d'une réflexion sur la subjectivité des jugements que trois enfants devenus adultes (ils ont aujourd'hui entre 30 et 40 ans) peuvent porter sur leur mère, et qui expliquent en grande partie leur indécision actuelle à son sujet: faut-il la laisser souffrir ou l'aider à mourir?
Le film ne dépasse pas toujours la simple mise en images d'un scénario qui s'annonçait pourtant porteur d'un développement plus riche, plus subtil. La cinéaste hésite entre les priorités à donner, privilégiant tantôt la description des différentes versions de l'accident, tantôt l'enchaînement d'événements antérieurs qui, à l'époque, n'ont pas été sans incidence sur l'origine du drame, tantôt les tensions actuelles entre les trois protagonistes principaux.
Pilar Anguita-MacKay a choisi l'option de ne pas tout expliquer, de laisser un espace à l'incertitude, et il y a sans doute une certaine honnêteté à pratiquer de la sorte. Mais la multiplicité des hypothèses ainsi qu'une certaine redondance autour d'un fait divers tragique n'aident pas à pénétrer à l'intérieur du récit. L'interprétation des acteurs (Marie-Josée Croze, Julie Depardieu, Nicolas Rossier) n'est pas en cause, mais la dramatisation de certaines scènes et quelques effets faciles empêchent le spectateur d'être partie prenante d'une démarche au demeurant respectable.
Dans cette grande maison plantée au milieu d'un paysage hivernal et glacial, les trois jeunes adultes vont tenter, au travers de discussions souvent difficiles, de se remémorer leur enfance passée, à partir de leurs propres perceptions des faits. Le présent de chacun d'entre eux sera revisité par d'anciennes images, en flash-back, qui multiplieront les points de vue, mêlant mensonge et vérité. Pourront-ils tous les trois, à la fin d'un week-end de tension, se sentir libérés de leur passé et commencer une nouvelle vie?
Antoine Rochat