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Angleterre, au début des années 30. Noel et Jasper partent pour la campagne, à la recherche d’une héritière à épouser afin de « mener une vie confortable et luxueuse » (p. 34). Ils rencontrent Eugenia, la riche héritière de Chalford Park, élevée par ses grand-parents, des aristocrates encore imprégnés de l’époque edwardienne. Elle rêve d’aller à Londres rencontrer le capitaine Jack, fondateur du mouvement social-unioniste et chef des Union Jackshirts, un parti inspiré du national-socialisme allemand. Les deux jeunes n’hésitent d’ailleurs pas à y adhérer afin de se rapprocher d’elle. Pour distraire Eugenia, sa grand-mère décide d’organiser une garden-party et de monter une représentation théâtrale historique. Eugenia, ravie, y voit là l’occasion de promouvoir ses idées nazies.
Coups bas, farce, héroïnes romantiques fantasques, aristocrates désuets et gentlemen sans scrupules, tous se mélangent pour créer une comédie de mœurs légère qui rappelle les meilleurs romans de P. G. Wodehouse (1881-1975) mais dans laquelle reste toujours présentent la menace de la deuxième guerre mondiale et des dérives du nazisme.
Publié en 1935, Nancy Mitford avait interdit la ré-impression de ce roman qui l’avait brouillé pendant plusieurs années avec deux de ses sœurs, Diana et Unity, ferventes admiratrices d’Hitler après avoir assisté à un rassemblement nazi à Nuremberg. Il faut dire que l'auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour se moquer du nazisme et du fascisme, et qu’elle s’est inspirée de sa famille pour ses personnages. Eugenia est modelée sur Unity qui partit s’installer à Munich en 1934 pour apprendre l’allemand et rencontrer Hitler (ce qu’elle réussira). Le capitaine Jack s’inspire de sir Oswald Mosley, fondateur de l’union des fascistes britanniques et mari de Diana. Une très intéressante préface de Charlotte Mosley (nièce de l’auteur) donne plus de détails à ce sujet.
C’est le second roman de N. Mitford que je lis après La poursuite de l’amour qui m’avait beaucoup plus fait rire. Evidemment, vu le sujet en arrière-plan de Charivari, on est moins porté à la drôlerie. L’écriture, par contre, est similaire et on retrouve des thèmes communs comme l’amour, le mariage, l’aristocratie, les classes sociales. Elle se moque de ses personnages (oisifs, ingénus, frivoles).
Extraits :
« [Mrs Lace], la beauté locale n’avait aucun talent sportif, prétendait s’intéresser aux choses de l’esprit, elle était ambitieuse, et réellement belle. Son drame était d’être née, d’avoir grandi et de s’être mariée à la campagne. » (p. 57)
« Le major Lace était considéré par Anne-Mary [Mrs Lace] et ses admirateurs comme un véritable boulet. (…) En réalité, c’était un homme ordinaire, simple, aimable, avec assez peu de sujets d’intérêt hormis trouver des reproducteurs convenables pour ses vaches Jersey de concours. » (p. 59)
Nancy Mitford est née 1904 à Londres et est l’aînée des six sœurs Mitford, élevées à la maison et connues pour leur esprit "witty". Après la première guerre mondiale, la famille déménage dans la région d’Oxford. Si Diana et Unity étaient politiquement à droite, Jessica, la cadette, était communiste.
Nancy Mitford commence à écrire pour des magazines en 1929 et publie son premier roman en 1931. Pendant la guerre, elle travaille dans une librairie londonienne. Mariée en 1933, elle se sépare de son époux après la guerre et divorce en 1958. La publication de La poursuite de l’amour en 1945 est un énorme succès. En 1946, elle déménage à Paris où elle restera jusqu’à sa mort. Amoureuse de la France, elle écrira même sur l’histoire française et des personnages historiques, tant en tenant une chronique dans le Sunday Times. Elle décède en 1973 après quelques années de maladie (syndrome de Hodgkin).
(éd. Christian Bourgois, 2011)
(photo auteur : blog Le Monde)