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Le football et l’argent, une petite mise au point s’impose. L’argent n’a pas envahi ce sport récemment. Il lui est consubstantiel dès le début pour une raison qui tient à ses origines populaires. La diffusion initiale du football chez les ouvriers des Midlands britanniques a été le fait des pasteurs anglicans vers 1870, adeptes de l’hygiénisme, qui ont favorisé la pratique sportive dans le but explicite de lutter contre l’alcoolisme. Face à l’aristocratie anglaise, amatrice de rugby, de boxe et de chasse, les ministres du culte ont encouragé un sport peu à l’honneur dans les high schools, car jugé insuffisamment viril : le football.
Les espérances des Révérends sont dépassées
La gentry anglaise prône alors des valeurs de dilettante dont l’amateurisme sera issu. On ne fait pas commerce de ce qui vous passionne, qu’il s’agisse de collections de vases grecs ou de rugby. Dans les villes industrielles du centre de l’Angleterre, cette éthique ne correspond pas vraiment à la vie quotidienne ! Et le succès du football dépasse les espérances des Révérends. Au début, on joue des matchs paroisse contre paroisse, puis bientôt on crée des clubs, on essaie de rassembler les meilleurs éléments d’une ville pour qu’ils affrontent la cité voisine.
Cette activité devient difficile à concilier avec les horaires de l’usine. C’est ainsi que le premier championnat de football professionnel naîtra en 1880. Il réunira presque exclusivement des clubs issus des villes industrielles, de Birmingham à Liverpool, sera pendant longtemps très influencé par l’esprit anglican et considéré avec le plus parfait dédain par les classes dirigeantes anglaises. D’une certaine manière, dire aujourd’hui du football qu’il est pourri par l’argent revient à épouser le point de vue d’un gentleman farmer de la fin du 19e siècle face au monde ouvrier ?
Ë noter que, sur le continent, les prêtres catholiques prirent le relais des anglicans dans la diffusion du football. Aujourd’hui encore cette histoire est inscrite dans les statistiques : on pratique sensiblement plus le football dans les pays catholiques que dans les régions réformées ! jg