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Audrey Loetscher a soutenu sa thèse de doctorat sur la réception de la science du changement climatique par le gouvernement américain entre 1957 et 1992.
Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser une thèse de doctorat ?
Je n’avais jamais envisagé de faire une thèse avant mon année d’échange à la San Francisco State University aux Etats-Unis dans le cadre de mon master en littérature et culture américaines. Cette année fut l’occasion pour moi de prendre des cours dans d’autres disciplines, notamment en sciences politiques, où j’ai fait la connaissance d’une professeure remarquable, à la fois très pointue dans son domaine et très investie dans ses enseignements. C’est elle qui m’a encouragée à me lancer dans la voie doctorale.
Comment en êtes-vous venue à étudier ce sujet ?
Toujours dans le cadre de cette année d’échange, j’ai pu explorer de près la culture américaine, en particulier les mythes et symboles qui façonnent le récit national, et c’est sous cet angle que j’ai analysé les liens entre le discours national et les guerres du Vietnam et d’Irak. Lorsque j’ai réfléchi à un projet de thèse, j’avais envie de garder cette approche, mais en étudiant un autre phénomène : la non-durabilité environnementale qui caractérise la culture américaine. De fil en aiguille, je me suis concentrée sur un segment de la non-durabilité, qu’est la politique du changement climatique du gouvernement américain.
Sur quoi porte votre thèse ?
Ma thèse examine la réception de la science du changement climatique par le gouvernement américain entre 1957 et 1992. Afin de mettre en exergue les réponses des différentes administrations pendant cette période, je me suis penchée sur le rôle joué par l’Office of Science and Technology Policy (OSTP), un comité dirigé par le conseiller scientifique du président. La fin des années 1950 marque le début de l’ère « moderne » de la question de l’augmentation des concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, lorsque cette problématique a été mentionnée pour la première fois lors d’une audience du Congrès. Le début des années 1990 correspond quant à lui au moment de la détection empirique du changement climatique.
Quels ont été les apports de votre thèse ?
Cette étude transversale de la réception de rapports scientifiques, dont beaucoup furent rédigés par l’Académie Nationale des Sciences américaine sur mandat de l’OSTP, démontre que le gouvernement s’est refusé à agir, retardant ainsi sensiblement la politique climatique tant sur le plan national qu’international. Ce constat se fonde sur une collection foisonnante de sources archivistiques, y compris les dossiers de l’OSTP, les documents personnels des conseillers scientifiques à la présidence, ainsi qu’une centaine de documents internes de l’industrie pétrolière. Ce matériau a contribué à décrire les raisons de l’impasse politique et législative qui a prévalu pendant les quatre décennies examinées, et ce malgré l’accumulation de preuves concernant le danger lié à la combustion des énergies fossiles.
Ces raisons sont multiples, mais ma thèse montre l’occasion ratée, sous l’administration Carter, d’initier une politique de sortie graduelle des énergies fossiles, malgré les nombreux signaux d’alarme décrits dans ces rapports scientifiques et un consensus, en 1979 déjà, quant à la réalité du changement climatique et les conséquences dramatiques d’une hausse abrupte de la température moyenne globale. Très rapidement, durant le premier mandat de l’administration Reagan, se met en place un contre-mouvement, qui cherche à jeter le discrédit sur la science du changement climatique, avant de s’opposer frontalement aux conclusions d’un nombre croissant de scientifiques. Parallèlement, les rapports scientifiques qui continuent d’être produits par l’Académie des Sciences, mais aussi par des commissions scientifiques temporaires mandatées par le Congrès, commencent à incorporer les thèses et les recommandations d’un cercle extrêmement restreint d’économistes, qui l’emportent sur celles de leurs collègues des sciences naturelles.
Quelle a été votre expérience de thèse ?
Les premières années ont été passablement éprouvantes. J’ai mis beaucoup de temps à monter un projet de recherche qui me semble à la fois viable et pertinent. Mon séjour de recherche à l’Université de Washington à Seattle m’a permis de recadrer mon sujet de thèse, et mon projet a enfin pris forme. La pandémie a évidemment été un bouleversement sans précédent, les archives fédérales américaines étant resté fermées pendant 18 mois. A chaque étape de la thèse, il a fallu faire preuve de beaucoup de résilience, d’endurance, mais aussi d’ingéniosité pour trouver des solutions et continuer mes recherches malgré les obstacles. C’est une grande fierté que d’avoir mené ce projet à terme, et cela n’aurait pas été possible sans le formidable soutien de mes ami.e.s et collègues à l’Unil, ainsi que de ma directrice de thèse, Janick Schaufelbuehl.