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Voile Peyron: «Je n'ose plus regarder leur progression tellement ils vont vite»
Alors qu'«Idec Sport», mené par Bernard Stamm et Francis Joyon, est en bonne voie pour pulvériser le record du Trophée Jules-Verne, Loïck Peyron, l'actuel détenteur, se confie.
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Le Trophée Jules-Verne, record du tour du monde en équipage, est un vieux rêve de marin. Celui, en référence au Tour du monde en quatre-vingts jours (1873), de dépasser les rêves les plus fous du romanciers français et de son héros, Philéas Fogg. La règle est simple: il s'agit de parcourir la distance minimale de la circonférence de la Terre à l'Équateur soit 21 760 miles marins ou 40 300 km sur des navires propulsés par la seule force du vent.
En 1993, Bruno Peyron et ses quatre équipiers - sur «Comodore Explorer» - sont les premiers à franchir la barre mythique, en 79 jours, 6 heures, 15 minutes et 56 secondes. Depuis, sur vingt-deux tentatives, seuls huit sont parvenues à décrocher le Graal de la course au large en équipage. Derniers en date, Loïck Peyron et son maxitrimaran «Banque Populaire V», à bord duquel se trouvait également le Suisse Ivan Ravussin, ont placé la barre très haut en 2012 (45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes).
Cinq ans plus tard, en ce début d'année 2017, le record est bien parti pour être pulvérisé. A bord d'«Idec Sport», Francis Joyon, Bernard Stamm et leurs quatre équipiers, se sont élancé le 16 décembre dernier. 26 jours plus tard, ils franchissaient le cap Horn, pointe sud du continent américain, avec plus de quatre jours d'avance sur le record de Loïck Peyron. Actuellement dans la remontée de l'Atlantique sud, les six hommes et leur trimaran extrême ont stabilisé leur avance et sont en bonne voie pour exploser le record.
Loïck Peyron, vous êtes le détenteur du Trophée Jules Verne pour quelques heures encore...
Ne me parlez pas de ça, je n'ose plus regarder leur progression tellement ils vont vite. C'est absolument incroyable ce que Francis (ndlr: Joyon) et ses hommes sont en train de réaliser... Mais bon, je ne leur souhaite aucun malheur, mais ils ne sont pas encore arrivés à bon port.
Quels sont les raisons de leur temps de passages canons?
Ils profitent en premier lieu d'un hiver maritime très soutenu, le même qui a permis à Thomas Coville de battre le record du tour du monde en solitaire quelques jours plus tôt. Mais ça ne fait pas tout, encore faut-il être capable de maîtriser la puissance généré par ces conditions extrêmes, et là il faut saluer le talent et le courage de ces marins.
Cela vous donne envie d'y retourner?
Une partie de moi veut être battu, car les records sont faits pour tomber, une autre voudrait le conserver. Franchement, je serai ravi d’être battu, pour y retourner, ça me motiverait. Mais je constate aussi que la météo devient de plus en plus aléatoire, c'est une véritable loterie. Et ça, ça me plait moins.
Peut-on vraiment aller encore plus vite que ce que «Idec Sport» est en train de réaliser?
Dans l'absolu, oui, bien sûr. Mais en l'état actuel pas vraiment. Dès qu'Idec Sport est arrivé dans le grand sud, il a pu se caler dans une dépression et avancer avec elle. Il faut savoir que les dépressions avancent environ à 35 nœuds. Pour un bateau, ce serait contre-productif d'aller plus vite, car il dépasserait la dépression et toucherait moins de vent.
Alors, comment aller encore plus vite?
Je m'interroge régulièrement sur la bonne voie à suivre, et ce depuis de nombreuses années. Ce qui fait battre les records aujourd’hui, ce sont les phases de transition entre les zones où il y a du vent et celles qui sont plus calmes. Est-ce qu’il faut voler sur l’eau, aller franchement plus vite en se rallongeant la route,? Ou, au contraire, faut-il construire des bateaux plus légers capables de s’extraire des zones plutôt sans vent? La tendance actuelle suit plutôt la première voie.
Quelle est votre conviction intime?
C'est qu'un bon marin n'est pas toujours le plus rapide, mais jamais le plus lent. Pour le reste, l'avenir nous apportera les réponses. La période que traverse actuellement la course au large, en termes d'évolutions technologiques, est passionnante.
Vous êtes en ce moment impliqué au sein du défi suédois Artemis pour la prochaine Coupe de l'America. Là aussi les bateaux volent...
Oui, et on ne se pose pas les mêmes questions que pour la course au large. J'y consacre tout mon temps et je dois avouer que c'est passionnant. J'ai eu la chance d'être le pilote essayeur de ces nouveaux AC de la prochaine Coupe, et les sensations sont justes incroyable.
Vous serez à bord lors des régates?
Non, non, je laisse ça aux plus jeunes que moi. Ces bateaux sont très exigeants physiquement, et au moment du coup d'envoi de la compétition (ndlr: du 26 mai au 27 juin 2017) personne ne rigolera, je peux vous l'assurer. Je suis un peu le couteau-suisse de l'équipe, j'apporte mon expérience et mon savoir-faire dès qu'il y en a besoin.
(Le Matin)
Créé: 14.01.2017, 12h38