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Le petit écran fait l'objet d'une satire bien corsée dans «Valparaiso», une pièce de l'auteur américain Don DeLillo.
C'est le Suisse Andrea Novicov qui la met en scène. Son spectacle, donné à Lausanne après Genève, stigmatise de manière caricaturale la dictature de l'audimat.
La télévision n'aime pas le théâtre qui le lui rend bien. L'une considère l'art dramatique trop verbeux pour le petit écran, l'autre voit dans l'univers cathodique une perversion de la communication.
D'ailleurs, depuis quelques années les chaînes hertziennes ne programment plus de pièces de théâtre, le spectacle vivant ne faisant pas recette. Depuis quelques années également, les dramaturges dénoncent la dictature de l'audimat au fil de tragi-comédies qui font le bonheur des salles.
Haro sur la télé!
Pour preuve, les pièces de grands dramaturges occidentaux, comme «En cas de meurtre» de l'Américaine Joyce Carol Oates, ou encore «L'émission de télévision» du non moins grand écrivain français Michel Vinaver. Et l'on peut ajouter ici «Valparaiso» de l'auteur new-yorkais Don DeLillo. C'est donc cette pièce que présente à Lausanne, après Genève, le metteur en scène suisse Andrea Novicov.
Valparaiso, une ville qui a priori fait rêver - peut-être parce qu'elle résonne comme le nom d'un astre. Mais très vite, cette ville s'avère être le lieu d'un malentendu surréaliste où l'espace perd son nord et le temps sa durée.
Un homme, qui répond au nom de Michael Majeski, prend donc l'avion un matin pour se rendre à Valparaiso dans l'Indiana, mais atterrit 8000 km plus loin, au Chili, dans la ville du même nom. Cette méprise, qui n'est du reste qu'un passager cauchemar kafkaien, aurait pu rester sans conséquences si la télévision ne s'était emparée de l'événement pour lui donner une dimension tragique.
Le procédé est courant dans l'univers cathodique: les Michael Majeski sont les meilleurs faiseurs de taux d'écoute. Et peu importe la recherche d'une vérité susceptible d'éclairer le public sur la méprise humaine et le malaise qui la sous-tend. Ce qui compte, c'est l'effet sensationnel de la «chose», exploitée à l'occasion d'un reality-show par deux journalistes de la télévision.
C'est sur cet effet que joue l'auteur Don DeLillo. Et c'est sur ce même effet qu'insiste son metteur en scène Andrea Novicov, quitte à donner le tournis au public par un brouillage intempestif des repères spatiaux et temporels. On flotte.
En apesanteur
«Comme flottent les téléspectateurs», justifie Andrea Novicov. «Le drame, explique-t-il, c'est la façon dont les médias cultivent le flou de l'information et nous empêchent de saisir la réalité. Devant beaucoup d'émissions audiovisuelles, comme devant les nouvelles d'ailleurs, on se demande souvent: qu'est-ce qui est faux, qu'est-ce qui est vrai? Qui est mon ami, qui est mon ennemi? Comment réagir? Comment trouver ce qui me convient?
«Ce réseau d'interrogations est frustrant, il crée un vide énorme, poursuit Novicov. Sur scène, les deux journalistes sont les représentants de ce vide». Deux loups sans états d'âme qui harcèlent de leurs questions creuses Michael Majeski.
De ces deux-là, le metteur en scène a fait des gourous de l'information. D'ailleurs il les a habillés comme les chefs farfelus d'une secte. On le lui fait remarquer. Il confirme: «Oui, les studios de télévision sont nos basiliques d'aujourd'hui: des lieux de culte dont les officiants demeurent les animateurs de tout poil».
swissinfo, Ghania Adamo
Infos pratiques
«Valparaiso» de Don Delillo, mise en scène de Andrea Novicov, Compagnie Angledange.
Avec Valeria Bertolotto, Anne-Shlomit Donna, Jean-Luc Parquet, Caroline Gasser, Delphine Lanza, Roberto Molo, Diego Todeschini.
A voir au Théâtre de l'Arsenic, Lausanne, jusqu'au 16 mai. Puis au Château Rouge, Annemasse (France voisine) le 24 mai.
Une reprise est prévue en France pour la saison prochaine et en Suisse pour 2008-2009.