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Résumé
«Dans un colloque, il y a toujours au moins une personne quiapprend quelque chose, c'est la personne qui l'a préparé.»Pour épargner sa modestie, je préserverai l'anonymat de l'auteur de cette citation. Mais s'il lit ces lignes, il se reconnaîtra, ainsi d'ailleurs que de nombreux anciens médecins internes et chefs de clinique qu'il a contribué à former. Il y a plusieurs années déjà, il avait introduit dans le programme de formation postgraduée de ses internes un encouragement appuyé à préparer un colloque sur un sujet de leur choix. Les règles étaient simples. Tout d'abord choisir une question, de préférence tirée de leur pratique quotidienne. Puis la préciser de manière à pouvoir passer à l'étape suivante, la recherche de littérature. Au cours de cette étape cruciale, rechercher les meilleures études afin de pouvoir présenter, chaque fois que c'est possible des recommandations pour la pratique, fondées sur un niveau de preuve élevé. Enfin, distiller le tout en une présentation orale d'une vingtaine de minutes, suivie d'une discussion. Ce type de colloque, malgré son exigence, rencontre un vif succès auprès de nos internes (surtout lorsqu'il est préparé par un collègue
), et le niveau en est presque toujours bon, et souvent même élevé. Nous avons en effet maintenu cette tradition récente avec comme seule modification un temps imposé un peu plus court, dicté par l'évolution de l'horaire de travail. De façon intéressante, nous ne sommes probablement pas les seuls à penser que cette manière de faire est plus enrichissante que la participation passive de nos jeunes médecins à des colloques et conférences, de si bon niveau soient-ils. En effet, dans le questionnaire mandaté par la FMH qui interroge nos internes sur leur perception de la qualité de la formation postgraduée,1 on peut trouver la question suivante : «Contribuez-vous à la formation postgraduée dans votre centre de formation postgraduée (par exemple organisation d'une conférence de formation postgraduée pour d'autres médecins-assistants) ?». Gageons que la réponse attendue est positive et que cela est donc considéré comme la marque d'un programme de formation de qualité. Même si les preuves manquent pour le démontrer, le bon sens encourage à penser que ce mode de transmission des connaissances par les pairs a aussi un impact plus grand sur les auditeurs qui se reconnaissent plus aisément dans leurs contemporains que dans leurs aînés, si glorieux soient-ils.Dans ce numéro de la Revue médicale suisse, nous avons voulu étendre cette expérience en donnant la possibilité à des médecins internes, en formation dans notre service, de publier un article basé sur le contenu du colloque qu'ils avaient préparé. Ainsi, nous désirons leur donner une audience plus large et leur permettre de participer à la formation postgraduée et continue de leurs collègues. C'est pour certains d'entre eux également l'opportunité de satisfaire à l'exigence du FMH de médecine interne dont l'obtention requiert d'être «l'auteur principal ou le coauteur d'un travail scientifique accepté par une revue avec peer-review».2 Cela nous paraît fidèle à la vocation de la revue, et je profite de cette occasion pour remercier vivement le comité de rédaction de la confiance qu'il nous témoigne. D'ailleurs, que penser de cette exigence de la FMH ? Est-il vraiment utile à la formation médicale de rédiger un article scientifique ? Après tout, pour la majorité d'entre nous, cela demeure un exercice isolé dans une carrière vouée à l'apprentissage puis à l'exercice d'une profession marquée par l'oralité. En effet, de la transmission d'informations à nos divers partenaires dans la prise en charge de nos patients à la communication avec ces derniers, nous passons beaucoup plus de temps même si ce n'est pas l'opinion qui prévaut parmi nos internes à parler qu'à écrire (la question du temps passé à écouter dépasse le cadre de ces quelques lignes
). Là encore, il n'existe aucune démonstration sérieuse que le médecin qui a fait une fois l'effort important de coucher sur le papier des données scientifiques de manière structurée, précise, et si possible concise, est mieux armé pour affronter les défis de sa profession. Il n'est pas non plus évident que cela donne à chacun le goût de la pensée et de la démarche scientifique. Pourtant, il me semble que cela dépasse largement le simple exercice de style. En prenant la plume (ou le clavier), le médecin en formation prend mieux conscience de l'exigence et de la somme d'efforts que demande une communication claire et efficace. Ce faisant, il devient également un lecteur plus avisé : quelle information l'auteur d'un article a-t-il choisi de présenter (et donc qu'a-t-il choisi de laisser de côté) ? Quels sont les messages essentiels qu'il veut faire passer ? Sont-ils étayés par les données scientifiques qu'il présente ? A-t-il réussi à simplifier sans bêtifier ? A rendre le lecteur plus intelligent plutôt que de s'employer à le convaincre de sa propre perspicacité ? Il se prépare donc à la tâche considérable mais passionnante de tenir à jour ses connaissances, tâche qui l'occupera jusqu'à la fin de sa vie professionnelle.Il ne faut donc pas chercher de «fil rouge» au sommaire de ce numéro. De l'efficacité et des risques des probiotiques à l'hépatotoxicité du paracétamol aux doses usuelles, de l'utilité du dosage de la procalcitonine pour établir l'étiologie infectieuse d'un état fébrile à un nouvel emploi pour les D-dimères, de l'épine des allergies aux pénicillines et céphalosporines à la question sensible de la nécessité du contrôle par le radiologue de la lecture des clichés thoraciques par le non-spécialiste, les thèmes abordés reflètent la curiosité et les intérêts particuliers de nos internes en formation. Nous espérons que leurs intérêts rejoindront les vôtres. Je me dois de remercier les collègues internistes qui ont accepté de coacher les jeunes auteurs de ce numéro, et les spécialistes qui ont accepté de relire, voire même de participer à la rédaction de certains de ces articles. Leur participation met en lumière la collaboration fructueuse et nécessaire entre médecine interne générale et spécialités de la médecine interne, y compris dans la formation de nos jeunes collègues. Mais surtout, je remercie nos internes d'avoir accepté de rédiger ces articles, au risque de se soumettre à vos critiques. S'il y en a, nous considérerons qu'elles sont adressées à ceux qui les ont supervisés dans ce travail, mais nous leur laisserons l'intégralité de vos appréciations positives : ils l'ont bien mérité.
Bibliographie
1 Enquête «formation postgraduée : évaluation par les médecins-assistants 2006». Universtät Zürich. Sozialforschungsstelle.
2 Spécialiste en médecine interne. Programme de formation postgraduée du 1er janvier 2002 (dernière révision : 15 décembre 2005). http:// www.fmh.ch/fr/data/pdf/innere_medizin_version_ internet_f.pdf