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Sur ce daguerréotype, Eynard pose avec sa femme Anna devant l’une des portes-fenêtres latérales en forme de serlienne de la maison de maître de Beaulieu. Un détail de cette vue a été reproduit par Eynard (voir DE 032). Cette plaque n’est pas datée. Le musée J. Paul Getty à Los Angeles, qui la conserve actuellement, la situe vers 1845. La complexité de l'image indique une date légèrement plus tardive, vers 1850. Il n'a toutefois pas encore le visage décharné des portraits plus tardifs (voir la plaque 84.XT.181.2 de 1853). L’équilibre de la composition tient à sa symétrie. Au centre, le couple accoudé à une petite table recouverte d’une nappe occupe l’espace de la fenêtre centrale. Eynard se tient de face, le regard dirigé vers la caméra. Comme le mentionne Jean Fisette, qui cite Shapiro et Paris (Fisette, Musée français de la photographie, en ligne : http://expositions.museedelaphoto.fr/mod_webcms/content.php?CID=LQ_REGARDEUR_C (consulté le 2 mars 2020), le portrait de face doit être assimilé à un « je » et le portrait de profil à un « il » ; c’est effectivement cette lecture qu’il faut envisager en observant ce daguerréotype. En créant une relation interpersonnelle avec l’observateur, Eynard montre qui il est, ce qu’il a fait et ce qu’il possède. Il a disposé une quantité d’objets qu’il met en valeur en les alignant sur un même plan. Le musée J. Paul Getty caractérise à juste titre ces pièces comme emblématiques de la vie des Eynard. Un portfolio de dessins posé sur un fauteuil, à gauche d’Anna, évoque ses talents d’artiste amateur ; l’arrangement floral, son intérêt pour le jardin ; et la chaise au dossier haut, son goût pour l’aménagement intérieur de la propriété. Quant aux symboles se rapportant à Jean-Gabriel, le tableau renvoie à ses collections d’art, tandis que le haut-de-forme, posé en évidence sur une chaise au même rang que les autres objets, amène cette touche d’humour propre à Eynard tout en caractérisant l’élégance avec laquelle il se représente. Enfin, la chaise pliable commémorerait ses nombreux voyages en tant que financier et diplomate (voir aussi DE 032). Quant à Anna, sa position de profil met en évidence ses somptueux vêtements.
Ce daguerréotype est incontestablement de meilleure qualité que sa reproduction (DE 032). La douceur des teintes, la bonne lisibilité des traits et des détails, surtout en ce qui concerne le couple Eynard, sont remarquables et font de cette plaque un exemple unique et particulièrement réussi.
Pour la réalisation de cette vue, l’appareil à large focale a dû être placé en hauteur, probablement sur un échafaudage, étant donné que le terrain qui se trouve devant la terrasse est en pente (voir aussi DE 051, même cas de figure). En résulte l’impression que les Eynard sont assis sur une estrade ou la scène d’un théâtre où ils mettraient en scène leur propre vie devant le décor de leur maison de Beaulieu. (U. Baume-Cousam)
Inscription posthume : Oui