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Depuis Kampot, au Cambodge, on atteint rapidement la mer en se rendant à Kep, une ancienne station balnéaire ruinée par la guerre. On peut y admirer une statue de Râma - la fameuse incarnation de Vishnou -, dont j'ai cru voir qu'elle avait le visage du roi. Elle est neuve. Non loin de cette noble figure, plusieurs hôtels se construisent pour relancer le tourisme. Pour ce qui est de la côte cambodgienne, celui-ci a été, jusqu'à une époque récente, concentré à Sihanoukville, où se rendaient les Américains - qui ont du reste fait une belle route, pour y accéder.
L'avenir de Kep est presque un enjeu national, car les Cambodgiens de la bonne société s'y rendaient fréquemment depuis Phnom Penh, avant l'arrivée des Khmers Rouges. De riches propriétés y ornaient le pied d'une petite montagne qui domine la mer, évoquant la Côte d'azur française. La reine y avait un petit palais, que gardait un proche de ma tante, ainsi qu'elle me l'a raconté. Inutile de dire qu'aujourd'hui il n'en reste plus rien, ou presque: la clôture entoure un squelette de béton. Nombre de propriétés sont dans le même cas.
C'est assez émouvant, et ma tante me montrait les emplacements des demeures qu'elle avait connues, l'une était celle de son oncle, l'autre celle de sa camarade de classe, et ainsi de suite. On ne les reconnaissait qu'aux clôtures. Parfois, il ne reste de la maison même qu'un tas de gravats parmi les herbes.
Je ne peux pas dire qui en particulier a détruit ces nobles édifices, car Kep n'est pas loin de la frontière vietnamienne, et l'on sait sans doute que ce sont les Vietnamiens qui ont chassé les Khmers Rouges, à la demande des dissidents dont est issu l'actuel Premier Ministre, M. Hun Sen. Je peux seulement dire que cela fait monter les larmes aux yeux, de voir la trace de tant de malheurs, de combats, de saccages, d'imaginer ce que cela a pu être, et de songer à ce que ce serait, si cela arrivait dans le pays où on avait soi-même toujours vécu.
Dans le car qui m'a emmené de Phnom Penh à Siem Reap, j'ai pu revoir The Killing Fields, le film qui en français s'appelle La Déchirure, et c'était également bouleversant. Les rizières d'un beau vert qu'on pouvait voir le long de la route, à Kompong Thom, étaient justement celles où l'on avait mis au travail les citadins de Phnom Penh et de Siem Reap.
Certains ne parlent que de cela, à propos du Cambodge: les Khmers Rouges. Mais on n'en voit pas partout les traces. Cependant, j'en parlerai, si je puis; ils ont un lien fort avec Jean-Jacques Rousseau: c'est intéressant.