Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07230.jsonl.gz/1079

Critique
"Tout commence par une BD (scénario de Max Allan Collins et dessin de Richard Pierce Rayner) parue en 1998 aux Etats-Unis (version française aux éditions Delcourt). Cette BD convainc le producteur Richard Zanuck, puis Sam Mendes (AMERICAN BEAUTY) qui la refile à Tom Hanks, ainsi de suite. Encore quelques grosses poignées de dollars et le film vient à l'écran.
Une histoire d'hommes. Plus précisément: de pères et de fils. Il y a les deux Michael Sullivan, Jr. et Sr. Avec Annie, la mère, et Peter, le frère cadet, la famille vit paisiblement dans une villa cossue, possède belle voiture que le papa gare sagement le soir venu dans le hangar. La neige veloutée fige ce petit monde dans un écrin moelleux. Seul le visage fermé de Michael Sullivan Sr. laisse présager quelques pages plus sombres.
Le petit Michael sait que son père est au service de John Rooney. ""Mais quel est donc le vrai travail de mon papa?"", se demande-t-il. Un soir de 1931, caché sous la banquette arrière, il découvre abruptement la réponse: tueur professionnel, bras droit et exécuteur pour le compte de John, chef respecté d'une famille de la mafia irlandaise. Le masque tombe, les coups de feu claquent et la neige fond. Pour le vieux John (étincelant Paul Newman) - qui avait jadis recueilli et élevé Michael Sr. et qui lui voue une affection plus profonde que celle qu'il a pour son vrai fils Connor - laisser en vie l'enfant témoin du meurtre ne pose pas de problème. Connor, le fils mal aimé décide en revanche de faire liquider toute la famille Sullivan. Comme il n'y parvient qu'à demi, la passionnante histoire peut continuer dans ce mythique Chicago des années de la Grande Dépression.
Somptueuse esthétique - tant sonore que visuelle - pour ce film noir qui déroule une trame captivante. Un délicieux mélange de sensations abreuvent le spectateur qui croit humer l'odeur du whisky et de la poudre, toucher du doigt la neige ou la pluie. L'interprétation - partout magistrale - se déploie dans des décors pur-sang. Sam Mendes filtre la violence pour mieux rehausser la description sensible des relations filiales. ""Par un cruel paradoxe, ces deux pères qui s'aiment l'un l'autre vont se détruire mutuellement pour sauver celui de leur fils qu'ils aiment le moins. Voilà en fin de compte le cœur de l'histoire: deux hommes qui protègent leurs enfants"", note le réalisateur. Il faut ajouter ""avec les passionnants changements des fils que cela provoque"".
Jude Law joue le rôle de Maguire, à la fois tueur atypique et photographe spécialisé dans la prise de vue de cadavres. Allégorie nouvelle et réussie du destin, son personnage hante le film et lie le tout. La philosophie générale comporte elle aussi une idée nouvelle et particulièrement bienvenue par les temps qui courent: le chemin des armes ne mène certainement pas au paradis. Dès lors Michael Sr. comprend qu'en plus de la vie de son fils, c'est surtout son âme qu'il importe de sauver."
Ancien membre