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Georges Haldas est mort, et je l'ai lu (notamment le recueil édité par Jean Romain dans la collection Orphée) et beaucoup aimé. J'aime ses images fabuleuses, qu'il tirait du plus profond de lui-même, et en même temps de la simple perception du monde, pour créer des couloirs menant à des mondes obscurs et divins à la fois, pleins d'une lumière faite d'esprit pur. Je parle de sa poésie. J'ai également lu un volume de ses Chroniques, et même si l'on percevait l'appréhension du mystère, de l'énigme du monde, et du problème que posent les désirs irrépressibles de l'homme, même si l'on sentait la profondeur dont l'obscurité dissout l'entendement, je trouvais que le tableau en restait trop réaliste. Je préférais ses vers, plus suggestifs.
Il existe peu de poètes contemporains qui soient pour moi de vraies références, et l'éditeur de mon premier recueil de poésie, La Nef de la première étoile, me les demandant, j'ai cité, parmi quelques noms, celui de Georges Haldas - qui d'ailleurs a été plutôt bienveillant, vis-à-vis de ce recueil, car je le lui avais envoyé, et il m'avait écrit une lettre dont les termes étaient favorables. Mais mon éditeur a été, de son côté, plein de mépris, à l'égard de Haldas: cette référence ne lui a pas plu du tout. Il était parisien, situé près de Saint-Germain-des-Prés, et la tendance mystique et chrétienne de Georges Haldas devait lui déplaire souverainement. Plus tard, lorsque je lui ai montré un écrit sur la poésie au sein duquel je citais le Christ, cet éditeur s'est exclamé qu'on ne pouvait pas citer le Christ à propos de la poésie, car c'était priver celle-ci de liberté. Je crois que la haine du christianisme l'aveuglait. Mais il m'a paru que la liberté qu'on se donne, en Suisse, de tâter de la théologie et d'afficher sa foi religieuse, est une des choses qui irritent le plus les intellectuels français. Cela explique peut-être que Haldas n'ait jamais eu un immense succès à Paris.
Il n'en était pas moins un grand poète, un de mes préférés, parmi les vivants. Comme, à Genève, il était célèbre et reconnu, il était aussi, pour moi, l'illustration de l'indépendance des Genevois, sur le plan culturel, vis-à-vis de Paris. En Haute-Savoie, pourquoi ne pas l'avouer, nous sommes au fond plus suivistes. Parmi les poètes, ce que je pourrais appeler le dogme de l'agnosticisme est plus clair.