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Vies en images : Géa Augsbourg et Rodolphe-Théophile Bosshard
Le Genevois, Rodolphe Töpffer (1799 – 1846) est considéré par certains comme « l’inventeur » de la bande dessiné, avec ses albums mettant en récit les aventures dérisoires de personnages tels que Monsieur Jabot. Töpffer est également l’auteur de l’Essai de physiognomonie (1845) considéré aujourd’hui comme le premier ouvrage théorique sur ce qui deviendra la bande dessinée.
Plus d’un siècle plus tard, l’influence des « histoires en estampes » töpffériennes est toujours visible dans les travaux d’artistes vaudois comme Géa Augsbourg (1902 – 1974) ou Rodolphe-Théophile Bosshard (1889 – 1960). La vie en images du Général Guisan (1939) d’Augsbourg et L’histoire, les aventures et confessions du citoyen John Pillioudaz (1931) de Bosshard se réclame de cet héritage.
Géa Augsbourg
Né à Yverdon, Géa Augsbourg, de son vrai nom Georges Augsburger, était un artiste peintre, poète, dessinateur de presse, cinéaste et céramiste.[1] Durant sa carrière artistique très diversifiée, il fréquenta des grands artistes des années 1920 tel que Chagall ou Picasso. Mais ce furent le dessin de presse et la caricature qui constituèrent sa notoriété.
L’iconographie du général Guisan
De septembre 1939 à février 1940, Géa Augsbourg est mobilisé comme Caporal lors de la Seconde Guerre Mondiale. C’est pendant cette période qu’il réalise La vie en images du général Guisan signée par « Caporal Augsbourg » et parue en 1939.[3]
Le général Guisan fut un acteur particulièrement important et médiatique depuis la fin des années trente. Très attentif à la construction de son image publique durant la Guerre, il va mettre en place un bureau attaché à contrôler les images le représentant publiées dans la presse. Nous savons aujourd’hui qu’approximativement un de ces images ont été censurées.
La vie en images du général Guisan précède de peu ces mesures et n’a pas fait l’objet de censure car l’artiste propose un récit élogieux de sa carrière, ceci d’autant plus qu’Augsbourg a consacré l’essentiel de son ouvrage aux ancêtres de Guisan, à son enfance, ses études et sa vie familiale. En effet, la carrière militaire Guisan n’étant pas au centre de son propos. S’agissant d’évoquer une « Vie » ; il semble donc nécessaire pour Géa Augsbourg souhaite illustrer les éléments moins connus aux yeux du public. Dessiner le portrait des ancêtres de Guisan permet au lecteur de s’immerger dans la vie intime du général.
Nous savons aujourd’hui que Géa Augsbourg n’a jamais rencontré le général Guisan de son vivant.[4] Pourtant l’attention portée aux détails dans ses dessins suggère le fait qu’Augsbourg eu accès à des sources iconographiques des membres de la famille Guisan.
Sur cette photographie, Henri Guisan a six ans. Se tenant debout, à côté de fleurs, vêtu de son costume du dimanche un chapeau à la main. Sa physionomie présente des analogies avec divers dessins représentant le jeune Henri dans l’ouvrage d’Augsbourg.
Rodolphe-Théophile Bosshard
Rodolphe-Théophile Bosshard (1889 – 1960) est une figure du cubisme en Suisse romande. De retour en Suisse après un séjour à Paris, il se spécialise dans le paysage et le nu. Dessinateur. Illustrateur à ses heures, il a également réalisé un ensemble de croquis qui devaient former un récit en images : L’histoire, les aventures et confessions du citoyen John Pillioudaz.
Ces dessins à l’encre de Chine sont agrémentés de quelques légendes qui racontent une journée inhabituelle d’un certain vaudois ordinaire. Afin de faire une petite escapade de son village de Rivaz, Pillioudaz décide de prendre un bateau de la Compagnie Générale de Navigation (CGN). Tout au long de son périple, il étanche sa soif à coup de verres de vin afin de « prendre quelques instants de repos bien mérité ». Cette phrase, qui sera répétée tout au long du récit, renvoie à l’exemple de Töpffer dans Monsieur Jabot « Après quoi Monsieur Jabot… ».
Cette courte histoire publiée à titre posthume plus de cinquante ans après sa réalisation en 1986 à la Bibliothèque des Arts, est née dans le cadre intime de sa famille. Bosshard s’inspire de Töpffer et rejoint par certains aspects les Vies imaginées par Augsbourg. Tous deux adoptent une mise en page similaire ; à savoir un dessin par page assorti d’une légende qui a pour rôle de spécifier des éléments du récit à son lecteur. Alors que les ouvrages d’Augsbourg se présentent sur un format In-4°, les dessins de Bosshard sont plus petits. se caractérisent par des traits graphiques – synthétiques et expressifs. Tous deux partagent une même culture graphique, marquée notamment par l’influence de Picasso qu’Augsbourg connaissait et dont il a tiré le portrait caricatural.
Chloé van Thiel
[1] Géa Augsbourg, « Demi-vie en images », L’Illustré, 1951.
[2] Thierry Groensteen, M. Töpffer invente la bande dessinée, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2014.
[3] Antoine Baudin, Géa Augsbourg. 1902-1974, Lausanne, Edition d’en-bas, 2002.
[4] Information recueillie auprès du Centre Général Guisan à Pully.