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La mère prépare pour elle du pain et du fromage pour le voyage. La jeune fille part à pieds. Cependant, la ville est plus éloignée qu'elle le croyait. Plusieurs jours passent, elle est fatiguée, ses vivres s'épuisent et elle a très faim. Elle demande aux habitants des villages qu'elle traverse de lui donner quelque chose à manger, mais tous refusent de lui faire l'offrande ne serait-ce que d'un croûton de pain. En fait, les villageois ont caché leurs réserves de nourriture pour éviter qu'on ne les leur dérobe: il est manifeste qu'ils ont de quoi manger, même si c'est en quantité réduite. Toutefois, ils refusent de partager ne serait-ce qu'une infime partie de ce qu'ils possèdent. Le désespoir de la jeune fille grandit. Sans nourriture, elle n'a plus la force de marcher, et elle comprend qu'elle ne parviendra jamais à rejoindre la ville sans manger.
Le ventre vide, elle s'installe sous un arbre, au bord du chemin, à quelques encablures d'un petit village. Comme elle contemple tristement le chemin caillouteux, elle a une idée : puisque les villageois affirment qu'ils n'ont pas assez à manger pour eux-mêmes, elle leur proposera de faire de la soupe de cailloux pour tout le village.
Elle leur demande de lui fournir une grande marmite, de l'eau et un endroit pour installer le foyer. Les villageois n'ont jamais entendu parler de la soupe de cailloux et se demandent comment une telle chose est possible, mais ils acceptent et lui apportent une marmite et de l'eau tout en l'aidant à allumer le feu. Elle trouve plusieurs pierres de la bonne taille et les dépose dans l'eau bouillante sous les yeux de quelques habitants.
Au bout d'un moment, elle leur dit qu'il faut ajouter du sel pour réussir la soupe et un villageois en offre spontanément. D'autres villageois viennent regarder. Elle explique que ces genres de pierres font une soupe savoureuse, mais que des carottes lui donnent un goût excellent, et, aussitôt, des villageois apportent des carottes, puis des pommes de terre, et, par la suite, des choux et des oignons. Elle indique que si la soupe contenait du bœuf, elle serait digne de figurer à la " table d'un homme riche ". Les villageois sentent le délicieux arôme que diffuse la marmite et s'émerveillent que des cailloux puissent donner une aussi bonne soupe. Quelqu'un propose de fournir le bœuf, et, peu après, elle déclare que la soupe est prête et qu'elle conviendrait à un " homme riche ".
Elle invite les villageois à partager la soupe. Ils se dépêchent d'installer des tables, de chercher des bols et des cuillères. Certains apportent du pain et du cidre. Bientôt, tout le monde est assis autour des tables et déguste l'excellent repas, la délicieuse soupe aux cailloux. Tout le monde est plein d'entrain, et, après le repas, les villageois chantent et dansent. Ils invitent la jeune fille à rester pour la nuit. Le lendemain matin, ils lui offrent le petit déjeuner et de la nourriture pour la route. Les villageois se rassemblent pour lui dire au revoir et la remercient.
L'un d'entre eux dit:" Nous n'aurons plus faim maintenant que nous savons comment faire de la soupe avec des cailloux".
La "soupe au caillou" est une soupe paysanne traditionnelle française où un caillou est ajouté pendant la cuisson. Ce mode d'élaboration a été longtemps utilisé dans la vallée de la Mozelle en amont d'Epinal. La soupe au caillou est une recette traditionnelle de la soupe paysanne qui s'adapte aux variétés de légumes du lieu, avec une base de pomme de terre, navet, carotte, poireau, plus selon la saison une poignée de pois, des haricots verts ; saler, ajouter du persil et du laurier. Du lard fumé, des saucisses, ou une poule peuvent y être ajoutés. Un caillou propre est plongé dans la casserole pendant la cuisson qui dure trois heures. En Lorraine, un caillou de rivière est utilisé. Sa forme est importante : il est choisi biconvexe, presque plat sur une face et de forme harmonieuse. La cuisson étant maintenue à petit feu, le galet est en perpétuel mouvement et agit comme un pilon qui écrase les différents composants de la soupe, en affinant la texture et en répartissant les sucs.