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Avec ses mensurations folles (102-53-91), on la surnommait la Marylin king size. Mais son tour de poitrine, aussi spectaculaire fut-il, était moins élevé que son QI à 163! D'où son deuxième surnom de "blonde idiote la plus intelligente d'Hollywood".
Un seul film a suffi à propulser la Texane Jayne Mansfield en star planétaire, l'excellent "La blonde et moi" de Frank Taschlin. L'actrice, avec un sens aigu de l'autodérision, fait succomber tous les hommes sur son passage tandis que sa silhouette à la Jessica Rabbit marquera à jamais le glamour des années 1950.
>> A voir, un extrait du film "La blonde et moi":
Mais plus encore qu'un sex symbol, Jayne Mansfield, c'est un destin en trois épisodes: le glamour, le kitsch et le trash. C'est ce que montre avec finesse le roman graphique "Sweet Jayne Mansfield", scénarisé par le journaliste Jean-Michel Dupont et illustré par Roberto Baldazzini, maître italien de lʹérotisme. Un livre aussi élégant qu'affectueux à l'égard de son héroïne. "Jayne Mansfield est encore très actuelle. Si la jeune génération ne connaît plus son nom, sans le savoir, elle est entourée d'éléments visuels, de symboles, liés à son personnage et à ces années 1950 qui demeurent pour beaucoup l'image d'une Amérique idéalisée, et pourtant si dure avec les femmes, les actrices en particulier", dit Jean-Michel Dupont.
De brune à blonde
Le roman s'ouvre sur une petite fille brune qui aime son papa, et qui est adorée de lui. Elle a hérité de multiples dons de ce père avocat qui aspire à devenir président des Etats-Unis. Elle joue du piano sans partition, fait des prouesses au violon, se distingue à l'école, montre d'excellentes aptitudes pour les langues étrangères - elle en parlait cinq.
Mais tout s'écroule quand ce père chéri meurt d'un arrêt cardiaque en voiture, sous ses yeux. "Son père était très tendre avec elle, contrairement à sa mère, froide, et qui ne croit pas en elle. Toute la dynamique de Jayne sera alors de devenir une star et d'être la femme la plus désirée du monde", explique Jean-Michel Dupont .
>> A voir, "Sweet Jayne Mansfield" en quelques images:
Se construire un personnage
Enfant, elle voulait être Shirley Temple. Adolescente, elle se rêve en Marylin Monroe. Elle suit des cours d'art dramatique à Dallas, puis étudie la psychologie et le théâtre à l'université de Géorgie. Enceinte à 17 ans, elle se marie tout en débutant sur les planches et en gagnant de nombreux concours de beauté. En 1954, avec sa fille et son mari, elle s'installe à Los Angeles et tente sa chance à Hollywood.
Jayne Mansfield dans les mêmes poses que Marylin. [Collection Christophel / Collection ChristopheL via AFP]
Elle se teint en blonde platine, travaille sa poitrine pour en faire un argument et sculpte sa voix, plutôt grave à l'origine, pour obtenir cette tonalité à la fois candide et enfantine. Pour parachever sa métamorphose, elle peaufine son petit cri de bébé qui deviendra sa signature vocale.
Elle s'est inventée en Betty Boop blonde. Elle devient l'archétype de l'hyper féminité et tombe amoureuse de son personnage lorsqu'elle se voit pour la fois à l'écran dans "Female Jungle". Un personnage qu'elle poussera à l'extrême et qui finira par la dévorer.
Jayne Mansfield tourne plusieurs séries Z avant de connaître un succès d'estime à New York au théâtre, puis la gloire avec "La blonde et moi" où elle révèle un véritable don pour la comédie. La Fox, qui commence à être exaspérée par le comportement de Marylin Monroe, engage Jayne Mansfield pour la remplacer et lui offre un contrat de sept ans.
>> En 1964, un cameraman de la TSR filme Jayne Mansfield sur le tarmac de Cointrin:
Mais "la blonde explosive" se montre aussi ingérable que sa rivale. C'est qu'elle est libre, cette Texane bien née! Libre d'épouser un culturiste, Mickey Hargitay, qui ne plaît pas du tout au studio mais qui se révélera un homme fidèle et attentif. "Elle voulait un homme trophée, un Apollon, un Hercule. Mais très vite, elle s'ennuie avec lui alors qu'il s'occupe des enfants et de l'entretien de la maison. Elle rêve d'un Arthur Miller, d'un mentor, comme Marylin", commente l'auteur.
Jayne Mansfield et Mickey Hargitay, son mari culturiste [Collection Christophel / Collection ChristopheL via AFP]
Libre aussi d'être plusieurs fois mère, de pères différents, et de faire savoir à la Fox qu'il n'y a aucune raison d'être moins payée quand on a accouché - ce qui était la règle à l'époque. Libre d'avoir autant d'amants que les hommes se vantent d'avoir de maîtresses. Libre de boire trop et d'abuser des drogues. Libre de faire de mauvais choix - surtout en matière d'hommes - mais de les faire crânement. "C'est une perdante magnifique", estime Jean-Michel Dupont.
Jayne Mansfield, la Marylin Monroe XXL. [Collection ChristopheL via AFP]
Mais ses grossesses successives - elle aura cinq enfants en tout - rendent son agenda très compliqué et Hollywood se lasse de cette copie de Marylin qui, entretemps, a relancé sa carrière. Jayne Mansfield ne tourne que des films sans importance alors que sa vie privée devient un spectacle pour les Américains. A la fois Pygmalion et Galatée, créatrice et créature, elle sait se faire photographier en contre-plongée pour mettre en valeur son buste, orchestre des accidents de garde-robe qui font la une de la presse people et a été la première vedette à se montrer nue à l'écran, offrant le making off du tournage au magazine Playboy.
Prêtresse de l'Eglise de Satan
Photos de charme, strip-teases dans les night-clubs, shows télévisés, concours de Miss de plus en plus improbables, maison ouverte à tous les photographes, rien ne l'arrête pour nourrir sa famille et les employés de son pink palace, à la piscine en forme de coeur. Jayne Mansfield est une bosseuse et a toujours gagné sa vie. Sa force? Savoir transcender la peur et le jugement.
Cette séquence kitsch sera suivie d'une période trash, notamment quand elle devient la grande prêtresse d'Anton LaVey, leader de l'Eglise de Satan.
Elle était émancipée et très libre sexuellement. Adhérer au culte de Satan, c'était pour elle une manière de lutter contre le puritanisme, adopter une morale inversée.
La drogue et l'alcool déforment son corps, les teintures grillent ses cheveux, ses shows deviennent de plus en plus grotesques mais elle reste très populaire jusqu'à ce jour de juin 1967, où sa voiture vient percuter un camion. Elle, son chauffeur, son amant du moment et un de ses chihuahuas meurent sur le coup. Ses trois enfants à l'arrière s'en sortent avec de légères blessures, dont la petite Mariska qui deviendra plus tard l'héroïne récurrente de "New York, unité spéciale".
A l'image de son destin à la fois sublime et dérisoire, tragique mais en technicolor, c'est à la suite de cet accident que seront installées les barres anti-encastrement sur les semi-remorques, parfois appelés les Mansfield. "Sa vie personnelle a dépassé tous les rôles qu'elle a joué", dira d'elle un critique dans le magazine Life.
Propos recueillis par Anne-Laure Gannac
Texte et adaptation web: Marie-Claude Martin
"Sweet Jayne Mansfield", roman graphique de Jean-Michel Dupont et Roberto Baldazzini., Editions Glénat.