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Castelgrande
Plusieurs escaliers, pour la plupart étroits, mènent de Bellinzone au château. L'ancienne entrée se trouvait du côté sud de la colline; elle était défendue par une série de portes, de lices bordées de murs crénelés et d'autres obstacles d'approche. La porte principale, donnant accès à l'intérieur de la forteresse, avait été percée dans la partie sud-est de l'enceinte; un oriel pourvu de mâchicoulis la défendait. Après avoir passé cette porte, on se trouve aujourd'hui dans une vaste cour intérieure. C'est ici que s'élevait jadis l'église San Pietro, l'ancienne église castrale dont les origines remontent à la fin de l'Antiquité. Dans le secteur sud du terrain du château se dressent plusieurs bâtiments adossés à l'enceinte. Formant un ensemble allongé, ses plus vieilles parties remontent au XIIIe siècle, mais ont dû remplacer des constructions plus vieilles encore. Les fouilles ont de plus permis de mettre au jour les fondements d'une tour carrée du IXe siècle. Il semble que le Castel Grande ait été habité sans interruption depuis la fin de l'époque romaine.
A droite l'entrée de l'ascenseur qui conduit jusque dans la cour du château
Une imposante tour carrée, la torre Nera, s'élève au centre de la vaste cour du château. Trois murs défensifs relient cette tour à l'enceinte extérieure, et divisent l'ouvrage en trois secteurs de dimensions à peu près égales. Un peu plus à l'est se trouve une seconde tour, plus élancée que la torre Nera et entourée d'un mur défensif carré. C'est la torre Bianca, érigée à l'intérieur du Ridotto.
Les imposantes dimensions du Castelgrande - il mesure plus de deux cents mètres en diagonale - ont eu pour conséquence que la plupart des installations de défense furent construites à la périphérie du château. Les parties les plus anciennes de l'enceinte actuelle datent des Xe et XIe siècles. Pour le reste, cette ceinture a été transformée, surélevée et consolidée à maintes reprises à partir du XIIe siècle. Des sièges et des conquêtes renouvelés l'ont souvent gravement endommagée et à chaque fois, les travaux de réparation exigèrent sans doute de fortes sommes d'argent. L'endroit le mieux fortifié dès le début doit avoir été le bord sud du plateau, d'un accès facile et par conséquent sans cesse menacé. Les parties nord de l'enceinte construites juste au-dessus de parois rocheuses verticales, n'ont vu le jour que vers la fin du Moyen Age. Le couronnement crénelé des murs d'enceinte, visible aujourd'hui encore, était autrefois longé par un chemin de ronde; il date du XVe siècle, mais recèle les traces de créneaux plus vieux et plus profonds.
La tradition historique confirme les dires des archéologues, qui veulent que le Castelgrande ait continué à être utilisé après la chute de l'Empire romain, au Ve siècle. A cette époque, Bellinzone passa probablement aux mains des successeurs de Rome, soit vers 500 aux Ostrogoths régis alors par Théodoric, puis à l'empire byzantin et enfin aux Lombards, qui s'établirent dans le nord de l'Italie au cours du VIe siècle. On sait que Bellinzone se trouvait en leur possession en 590 puisque, selon le récit d'un chroniqueur franc, une troupe de soldats de son pays envahirent cette année-là l'Italie; l'un de leurs chefs, qui s'était par trop rapproché des murs du château défendu par les Lombards, fut mortellement blessé par un projectile. Il semble que les rois lombards aient réussi à conserver Bellinzone, base de leur puissance, pendant de longues années. Puis, au cours des siècles qui suivirent, ce furent tout d'abord les monarques carolingiens qui s'en emparèrent et, au Xe siècle, les empereurs ottoniens. Un grave incendie parait avoir dévasté le Castelgrande à l'époque de Charlemagne; nous ne savons toutefois pas quelles en furent les causes. Sous le règne des empereurs ottoniens, le mur d'enceinte d'origine romaine, fort délabré, fut remplacé par un nouvel ouvrage. Au début du XIe siècle, les empereurs cédèrent leur importante forteresse aux évêques de Côme, leurs loyaux partisans. Comme d'autres terrains que le Ridotto, qui maintenant se trouvait donc entre les mains de l'évêque de Côme, appartenaient à des seigneurs de Côme et des environs de Bellinzone, on vit bientôt se développer à cet endroit une forte activité de construction, chacun tenant à ériger sur ses propres terres une tour ou une maison forte. La Torre Nera a dû être construite vers 1200, sur le terrain d'une famille noble.
Au XIIe siècle, Bellinzone devint le centre de luttes violentes. Frédéric Barberousse, que sa politique envers l'Italie obligeait à être maître des sorties méridionales des vallées des Alpes, reprit à l'évêque de Côme la domination sur Bellinzone, méfiant qu'il était à l'égard de ce seigneur spirituel et de sa suite de chevaliers. Il plaça tout d'abord le château sous l'autorité de l'Empire, mais en 1192, Bellinzone fut à nouveau cédée à la commune de Côme, qui s'était ralliée aux Staufen. Ce fut donc au tour de la noblesse cômasque de faire son entrée au château de Bellinzone et de s'établir dans ses diverses demeures et tours.
Si, jusqu'au début du XIIIe siècle, seule la colline du Castelgrande avait été fortifiée, les ouvrages de défense de la ville furent à leur tour considérablement renforcés au cours de ce même siècle. La raison n'en fut pas que l'important rôle stratégique qu'avait joué cette région pendant la guerre entre les Gibelins et les Guelfes, mais tout autant l'augmentation du trafic, notamment après l'ouverture de la route du Gothard, vers 1230. La bourgade de Bellinzone, construite à partir de 1240 sur l'emplacement d'une ancienne agglomération fortifiée, doit sans doute sa fondation à cet accroissement. Ses murs protecteurs incitèrent non seulement des aubergistes, des artisans et des commerçants à s'y établir, mais encore des hommes de rang élevé, ce que prouvent les vestiges de deux tours, d'habitation découvertes récemment dans la vieille ville.
Lorsque fut fondé le canton du Tessin, au début du XIXe siècle, les fortifications de Bellinzone revinrent à l'État. En 1820, ce dernier fit aménager les bâtiments du Castelgrande en arsenal et en prison. L'installation intérieure de l'aile sud et de la torre Nera rappelle encore cette époque. Pour obtenir plus de place, on construisit également quelques nouveaux bâtiments; hormis une aile, ils ont tous été démolis entre-temps. De vastes travaux de restauration ont été réalisés; ils ont eu pour objet les bâtisses encore debout, en particulier l'aile sud du château, d'une grande valeur historique, Montebello, Sasso Corbaro et les éléments les plus importants des fortifications de la ville.
Les murailles
Avant les travaux de rénovation:
vers 1950
Vues aériennes (1946)
Les trois châteaux et le bourg fortifié de Bellinzone figurent désormais sur la liste des monuments et des sites du patrimoine mondial protégé par l'UNESCO. Ils viennent s'ajouter aux trois autres biens culturels déjà sélectionnés en Suisse: le Couvent de Saint Gall, celui de Mustair et la Vieille Ville de Berne.
Deux ans d'enquêtes, d'échanges et de négociations à coups d'expertises et de diplomatie ont convaincu l'ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) de l'importance et de l'intégrité de la forteresse. L'ICOMOS a soumis, à son tour, la candidature de l'ensemble monumental à l'approbation du Comité qui l'a ratifiée lors de sa 24e réunion annuelle, qui s'est tenue à Cairns (Australie) en novembre dernier.
Le bien culturel proposé par la Confédération Helvétique et soutenu par une imposante documentation sur son histoire, son intégrité et sa protection, a répondu à tout les critères de sélection.
Les autorités cantonales ont confirmé que l'ensemble monumental était non seulement un témoignage de l'importance de l'architecture militaire au moyen age mais également un exemple unique en Europe de l'évolution d'un site, en constante adaptation aux besoins de l'homme selon les époques et, qu'à ce titre, il méritait tout autant de figurer sur la liste du patrimoine mondial.
En effet, les découvertes préhistoriques, qui remontent à près de 60 siècles, révèlent la présence d'installations humaines depuis le néolithique (IVe siècle av. J.-C.) sur le promontoire rocheux de Castelgrande. Cette barrière naturelle, située sur un lieu de passage étroit au milieu d'une vallée profonde, rellant le nord de l'Europe actuelle au sud, a depuis toujours incité l'homme à construire, transformer et améliorer l'endroit, l'érigeant au cours des siècles en véritable forteresse défensive, allant jusqu'à barrer la vallée de part en part du fleuve Tessin par une muraille.
Il a également été rappelé que la consolidation de l'ensemble s'étant produite entre les XIIIe et XVe siècles, son "authenticité" ou, du moins la vision qui nous en reste, remonte bien à la fin du moyen âge. Quant aux démolitions et aux ajouts successifs, ils furent dictés, le plus souvent, par la volonté de réutiliser les bâtiments selon les nécessités du moment. Mais, c'est néanmoins grâce à la somptuosité du lieu et à sa situation stratégique naturelle, que les ruines furent constamment restaurées et que l'ensemble a survécu jusqu'à nos jours.
La dernière restauration en date, uvre de l'architecte Aurelio Galfetti, est un défi contemporain voulu qui permet à la fois une lecture claire de l'histoire de l'Europe à travers l'histoire de la forteresse, et une utilisation fonctionnelle des bâtiments et du parc par les habitants du bourg de Bellinzone, chef-lieu du Canton du Tessin.
Bibliographie