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Dix-huit mois de prison avec sursis, 100 francs d'amende et l'exclusion de l'armée: mercredi, le Tribunal militaire de Thoune a rendu son verdict contre l'officier organisateur de la tragique sortie en canot sur la rivière Kander, qui avait coûté la vie à cinq jeunes hommes en juin 2008.Ce contenu a été publié le 21 octobre 2009 - 16:52
Ce capitaine de 30 ans a été reconnu coupable d'homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et de violation du règlement de service. La peine maximale encourue était de trois ans de prison ferme.
Ils étaient dix militaires, âgés de 25 à 33 ans, à s'embarquer le matin du 12 juin sur deux canots pneumatiques pour une descente de la rivière Kander, sur un secteur muni de casse-crue, petits barrages artificiels servant à ralentir le courant en cas de débit exceptionnel. Cinq seulement y ont survécu.
Improvisation
Les investigations de la Justice militaire ont mis en évidence le manque de préparation de cet exercice et le fait que les participants, tous membres de la compagnie de sûreté de transport aérien 3, n'avaient aucune expérience de la navigation en rivière.
Cette escapade n'était ni à l'ordre du jour ni au programme de la semaine. Personne n'avait pris soin d'effectuer une reconnaissance préalable du parcours et aucun dispositif de secours n'avait été prévu en cas de problème.
Le capitaine qui a organisé cette sortie, et qui avait eu la mâchoire fracturée dans le naufrage, a également été condamné par les cinq juges pour des manquements survenus lors d'un exercice effectué hors service quelque temps avant l'accident sur la Kander.
Il avait alors utilisé sans permission des munitions et des véhicules et permis à des personnes de lancer des grenades à main alors qu'elles n'y étaient pas autorisées.
Démission au sommet
L'enquête n'a pas débouché sur l'inculpation d'autres responsables dans la hiérarchie militaire. Pourtant, peu après le drame, le chef des forces aériennes Walter Knutti avait présenté sa démission.
Ce départ n'était pas directement lié aux naufrages sur la Kander. Mais les investigations menées à ce sujet avaient révélé que Knutti avait transmis au chef de l'armée des propositions de promotions pour des officiers sans avoir examiné les dossiers des candidats.
Et deux semaines avant l'expédition fatale, Walter Knutti avait approuvé une promotion pour le capitaine qui allait l'organiser, bien que celui-ci n'ait pas atteint l'âge réglementaire de 30 ans.
Secteur à éviter
La décision d'entreprendre cette descente de rivière n'a été prise que le matin même de l'accident, le 12 juin 2008. L'alerte a été donnée vers 11h30, après que les deux canots se sont retournés au passage des casse-crue.
A ce moment, le débit de la rivière était de 40 mètres cube par seconde, ce qui n'a rien d'exceptionnel. Il n'y avait pas non plus d'orage sur la région, qui aurait pu faire monter subitement le niveau des eaux.
A l'époque du drame, tous les experts interrogés par les médias avaient mis en évidence la dangerosité des casse-crue. L'eau qui retombe derrière ces petits barrages crée en effet un tourbillon dans lequel embarcations et hommes risquent de rester pris «comme dans le tambour d'une machine à laver».
Et c'est pour cette raison qu'aucun professionnel du rafting ne pratique ni ne propose de descentes de la Kander à cet endroit.
«Tuer le temps»
Moins d'un an après la mort de six jeunes recrues dans une avalanche à la Jungfrau, ce drame avait relancé le débat sur le rôle exact de l'armée de milice en Suisse, qui oblige tout jeune homme valide à passer quelques mois sous les drapeaux et coûte au contribuable quelque 4 milliards et demi de francs par année.
A la suite de l'accident de la Kander, le quotidien romand Le Temps avait rapporté que de l'aveu même de plusieurs officiers, l'armée suisse avait un sérieux problème avec des soldats n'ayant pas suffisamment de choses à faire.
D'où l'organisation de nombreuses activités non autorisées, simplement pour «tuer le temps».
«Quand on voit les activités que l'armée entreprend, comme de soutenir les organisateurs de manifestations sportives, on comprend à quel point elle cherche désespérément quelque chose à faire», note Adrian Seller, du GSsA (Groupe pour une Suisse sans armée).
«Les temps ont changé, mais l'armée, elle, ne change pas», ajoute le porte-parole de l'organisation pacifiste.
(Adaptation de l'anglais: Marc-André Miserez)
Faits
Durant la Guerre Froide, l'armée suisse comptait 600'000 hommes, mobilisables très rapidement.
En 1995, les effectifs ont été réduits à 400'000 hommes et ils ne sont plus aujourd'hui que de 220'000. Près de 20'000 nouvelles recrues entament leur formation chaque année.
Les hommes qui y sont reconnus aptes doivent servir 260 jours sous les drapeaux entre 20 et 36 ans. L'armée est facultative pour les femmes et pour les Suisses de l'étranger.
L'ACCIDENT
Les dix soldats embarqués à bord des deux canots avaient terminé leur instruction de base (école de recrues), ils participaient à un cours de répétition annuel de trois semaines à Wimmis, dans l'Oberland bernois.
L'exercice de rafting, destiné à «renforcer l'esprit de corps» n'était pas au programme du jour ni à celui de la semaine. Au cours des investigations, les survivants ont fait des déclarations contradictoires sur la question de savoir s'ils avaient reçu l'ordre d'y participer ou s'ils étaient volontaires. Il a par contre été établi que le drame a eu lieu pendant les heures de service.
Les deux canots se sont retournés au passage des casse-crue entre Wimmis et le Lac de Thoune. Cinq hommes y sont morts, tandis que les cinq survivants ont tous été blessés.
Aucun des survivants n'avait la moindre expérience du rafting en rivière. Le capitaine organisateur de cet exercice fatal a expliqué qu'il avait reçu une formation pour le maniement de ce type de canot utilisé par l'armée.
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