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Dans les scrutins populaires, les Suissesses et Suisses de l’étranger ont tendance à suivre les autorités, mais votent parfois aussi de manière moins conservatrice. Lors des dernières élections, ils ont montré une fibre plus écologique. Si leurs voix se révèlent rarement décisives sur le plan politique, elles peuvent néanmoins l’être occasionnellement.
Quels partis ont les faveurs de la cote des Suissesses et Suisses de l’étranger lors des élections?
Si les Suissesses et Suisses de l’étranger avaient été les seuls à se prononcer lors des élections au Conseil national de 2019, les Verts auraient été le parti le plus fort. Dans les cantons où ce groupe d’électrices et d’électeurs est comptabilisé séparément, le parti a obtenu près de 21% des voix, suivi de l’UDC avec 16% et du PS avec 15%. Le PDC (aujourd’hui Le Centre) a obtenu 13% et les Vert’libéraux 9%.
*Les données de 2011 et 2015 se basent sur les sondages postélectoraux «Selects». Celles de 2019 portent sur les douze cantons qui indiquent séparément les voix des Suissesses et Suisses de l’étranger (soit environ 70% de cette communauté). Les deux méthodes ont des avantages et des inconvénients: la première couvre l’ensemble de la Suisse, mais connaît des restrictions dues à la protection des données.
Lors des élections au Conseil national de 2015 et 2011, le PS était la force la plus importante parmi les Suissesses et Suisses de l’étranger. Les deux fois, ce parti a devancé l’UDC. Suivaient le PLR ou les Verts, puis le PDC et les Vert’libéraux. Des résultats semblables au bilan global des partis, mais avec une pointe de vert en plus et deux d’UDC en moins.
Lors des dernières élections au Conseil national, les Suissesses et Suisses de l’étranger ont plaidé davantage en faveur de l’écologie: les Verts ont gagné près de huit points de pourcentage et les Vert’libéraux plus de cinq. Les partis qui ont perdu le plus de voix sont le PS et l’UDC, qui étaient jusque-là les plus forts.
Ainsi, lors des élections de 2019, les Suissesses et Suisses de l’étranger ont voté de manière plus volatile et tournée vers un renouveau que la population du pays.
Quelles sont les raisons qui expliquent le comportement électoral des Suissesses et Suisses de l’étranger?
Elles sont liées à la composition des deux groupes. Les Suissesses et Suisses de l’étranger, qui sont environ 800’000, s’avèrent d’abord moins nombreux. Ensuite, ils doivent s’inscrire pour voter, ce qui entraîne une sélection supplémentaire. Enfin, l’envoi du matériel ne fonctionne pas toujours sans vote électronique, de sorte que leur taux de participation d’environ 20% s’avère nettement inférieur à la moyenne générale de 45%. Un grand groupe de Suissesses et Suisses du pays se trouve ainsi face à un groupe relativement petit de Suissesses et Suisses de l’étranger.
En outre, différentes enquêtes montrent régulièrement que les couches de la population avec une formation supérieure sont fortement surreprésentées parmi les électrices et électeurs à l’étranger, ce qui change aussi le regard sur la Suisse. La vie à l’étranger élargit le champ des expériences et des connaissances. Les tendances mondiales prennent de l’importance, les traditions familiales s’estompent. Ce n’est plus l’ancrage régional qui est déterminant, mais l’ouverture face à ce que l’avenir exige.
Quid des votations?
Les différences constatées lors des votations populaires le montrent. Selon l’étude la plus complète sur le sujet, réalisée en 2017 et publiée par le Centre pour la démocratie d’Aarau, les Suissesses et Suisses de l’étranger suivent en général les recommandations de vote du gouvernement. En outre, on suppose que la tendance au non, notamment de la droite, est moins forte à l’étranger qu’en Suisse. Les extrêmes dans les différents comportements de vote sont apparus en 2013 lors de l’initiative du PDC sur les familles et un an plus tard avec l’initiative de l’UDC sur l’immigration de masse. Les Suissesses et Suisses de l’étranger ont répondu par l’affirmative à l’initiative sur la famille à plus de 25 points de pourcentage de plus que la moyenne nationale. Quant à l’initiative de l’UDC, elles et ils l’ont rejetée à environ 17 points de pourcentage de plus que la moyenne.
Il n’existe pas de chiffres tout à fait exacts, car les résultats de vote des Suissesses et Suisses de l’étranger ne sont disponibles que dans douze cantons. Ceux-ci couvrent, du reste, quelque 70% du groupe concerné. Contrairement à la section consacrée aux élections, nous nous sommes risqués ici à une extrapolation à partir des données manquantes.
Pour déterminer les oppositions générales au-delà d’un seul objet, le clivage entre progressistes et conservateurs est plus approprié que l’opposition économique gauche-droite. Les Suissesses et Suisses de l’étranger sont généralement plus proches du pôle progressiste et les Suissesses et Suisses de l’intérieur davantage du pôle conservateur. Le conservatisme tant caractéristique de la Suisse était autrefois également observable parmi les Suissesses et Suisses de l’étranger, vu le nombre important de retraités que compte cette communauté. Mais cela a changé: aujourd’hui, ce sont les personnes actives qui sont les plus nombreuses.
Parfois, au-delà des différentes visions du monde, le fait d’être concerné directement ou pas par l’objet soumis au vote influe grandement également. Ainsi, les Suissesses et Suisses de l’étranger étaient moins critiques concernant la redevance radio et télévision, qu’ils ne paient généralement pas. De même, les intérêts sont toujours différents lorsqu’il s’agit d’initiatives liées à la politique sociale ou à la santé.
Les Suissesses et Suisses de l’étranger peuvent-ils faire pencher la balance?
La question qui se pose est la suivante: les Suissesses et Suisses de l’étranger peuvent-ils faire basculer la majorité? La réponse est oui, bien que ce soit rare. La condition principale est un résultat juste au-dessus ou en dessous de 50%. De plus, une initiative doit de préférence soit polariser les progressistes et les conservateurs, soit susciter des préoccupations qui concernent spécifiquement l’étranger. C’est ce qui s’est passé pour la redevance radio et télévision déjà mentionnée (2015). Elle a été acceptée à une très faible majorité (50,1%). Les Suissesses et Suisses de l’étranger étaient plus favorables à la proposition du Parlement.
Le même scénario s’est produit en 2022 pour la réforme de la prévoyance vieillesse (AVS21), qui a été acceptée de justesse avec 50,7%. Là aussi, les Suissesses et Suisses de l’étranger ont suivi davantage les autorités, ce qui a sans doute fait pencher la balance. L’inverse a eu lieu en 2003 avec l’initiative de l’UDC sur l’asile, qui a recueilli 49,9% des voix et a été clairement rejetée par les Suissesses et Suisses de l’étranger. Le ton national-conservateur de l’initiative n’a pas eu d’impact à l’extérieur de la Suisse.
Néanmoins, lors de décisions aussi serrées, il faut aussi prendre en compte d’autres groupes qui auraient pu être déterminants. Car les Suissesses et Suisses de l’étranger ne sont pas toujours «coupables» de tout!
Traduit de l’allemand par Zélie Schaller
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