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ca. 1653
Jean-Louis Guez de Balzac, Les Entretiens de feu Monsieur de Balzac
Paris : A. Courbe, 1657
Définition du style burlesque
À l’instar de ce qu’a fait Aristote dans sa Poétique pour la tragédie, Balzac théorise le style burlesque de manière plus systématique en distinguant entre « bonne » et « mauvaise raillerie ». Pour décrire cette dernière, il use de métaphores scéniques ou musicales.
Mais je pense qu’il n’y aurait point de mal de parler de la raillerie un peu plus sérieusement et d’essayer de faire l’Aristote en français. Quatre mots donc dans le genre dogmatique afin de conclure après cela. La bonne raillerie est une marque de la bonne naissance et de la bonne nourriture, est un effet de la raison vive et réveillée, instruite par l’étude et polie par le grand monde. Étant bien apprise comme elle est, elle ne choque ni la coutume, ni la bienséance ; en se jouant, même, elle conserve quelque dignité ; elle vient de l’esprit et va à l’esprit sans travail et sans agitation. Celle-ci au contraire, qui veut qu’on écrive d’une façon que personne n’oserait parler, n’a rien d’ingénieux, n’a rien de noble, n’a rien de galant. Ni l’heureux naturel, ni le vrai art, ni la teinture de la sage Antiquité, ni l’air de la belle cour ne se reconnaissent point en cette raillerie. Elle anime une carcasse pour obliger les gens à avoir de l’attention, c’est-à-dire elle use de machine, faute d’esprit ; manquant de l’agréable et du beau, elle emploie l’étrange et le monstrueux ; et ainsi présupposé qu’elle fasse rire, je soutiens qu’elle fait rire par force et violemment. Il n’est rien de plus vrai que cela : les vilaines grimaces, les postures déshonnêtes, les masques difformes et hideux qui donnent de l’effroi aux enfants et de l’admiration au peuple sont quelque chose de semblable à cette manière basse et grossière qu’on voudrait introduire dans la poésie. Je ne m’étonne pas néanmoins qu’un semblable genre d’écrire ait été suivi et qu’il ait fait secte. Coûtant peu à l’esprit et ayant été trouvé commode par ceux qui ne pouvaient pas réussir en l’autre, sa facilité lui a donné cours et a rempli les villes et la campagne d’un nombre infini de mauvais rimeurs. Mais ne les tourmentons pas davantage ; renouvelons seulement pour l’amour d’eux, ou rhabillons un ancien proverbe. Disons qu’ils ont voulu être ménestriers à quelque prix que ce soit, que n’ayant pu apprendre à jouer du violon, ils se sont faits joueurs de vielle. Ce sont les sentiments de mon ami que j’appelle mon ami sévère. Une autre fois vous saurez les miens, dans lesquels je garde quelque tempérament, entre la trop grande indulgence et la trop grande sévérité. […]
Extrait de l'entretien XXXVIII : « Du style burlesque » disponible sur Gallica, p. 425-7.
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