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Tous les praticiens et nombre de leurs patients ont entendu parler des supposées vertus de la vitamine E, ce complément alimentaire hautement populaire censé avoir une action protectrice contre le cancer et les maladies cardiovasculaires. Toutes ces allégations n'auraient aucun fondement objectif. Pire, cette même vitamine E pourrait, à haute dose il est vrai, accroître les risques cardiaques. Telle est, en substance, la conclusion d'une étude publiée dans l'édition, datée du mercredi 16 mars, du Journal of the American Medical Association.«La vitamine E n'avait pas d'effets protecteurs contre le cancer ou des accidents cardiovasculaires graves après une période prolongée de traitement et d'observation. Notre étude accroît même les inquiétudes liées à l'augmentation des risques de défaillance cardiaque liés à la vitamine E» écrit notamment le Dr Eva Lonn de l'Université McMaster, Hamilton (Canada), l'un des responsables scientifiques ayant conduit cette recherche. Celle-ci a été conduite pendant plus de sept ans sur un groupe de 9541 hommes et femmes. Tous étaient âgés de plus de 55 ans, vivaient en Amérique du Nord ou en Europe et souffraient de maladies cardiovasculaires ou de diabète.Pour leurs auteurs, les résultats de ce travail viennent une nouvelle fois démontrer que l'engouement à compter des années 1990 pour les substances ayant des propriétés anti-oxydantes (les vitamines E et C notamment) n'avait pas de véritables bases objectives pour ce qui est de la protection contre les lésions cancéreuses et les principales affections cardiovasculaires. Cet engouement avait été alors nourri par des études épidémiologiques et de biologie expérimentale qui tendaient à démontrer que les propriétés des antioxydants étaient de nature à prévenir le développement de cellules cancéreuses. Ces mêmes études laissaient également penser que les anti-oxydants pouvaient réduire l'accumulation de plaques athéromateuses au sein de l'arbre artériel.En 1999, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé avait, lors d'une première tentative de toilettage de la pharmacopée, estimé que les différentes préparations alors commercialisées n'avaient aucun intérêt démontré dans les traitements d'appoint à un régime diététique chez les patients atteints d'hyperlipoprotéinémie et pour lesquels un traitement hypolipidémiant n'était pas justifié. Il convient toutefois de rappeler qu'en 1997 une étude conduite sous l'égide de l'Institut américain de la santé et publiée dans le dernier numéro du New England Journal of Medicine (daté du 24 avril), avait conclu que la consommation de fortes doses de vitamine E permettrait de freiner la progression de la maladie d'Alzheimer. «Notre travail est un argument de plus en faveur de l'hypothèse selon laquelle les lésions d'origine oxydative jouent un rôle dans la maladie d'Alzheimer, et nous travaillons activement dans cette voie», expliquait alors le Dr Niel Buckholtz le responsable de ce travail mené dans trente-cinq centres sur un groupe de 341 personnes souffrant d'une forme débutante de maladie d'Alzheimer.