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Comment interpréter le risque orageux via nos bulletins et notre application/site internet ?
Une question qui nous revient souvent est celle de comment interpréter le risque orageux en été via nos bulletins, notre application et/ou notre site Internet. Voici quelques pistes pour mieux cibler le risque et quelques pièges à éviter...
Pourquoi le risque orageux est-il souvent si difficile à préciser ?
Un orage est, par définition, un phénomène localisé. Dès lors, il reste un phénomène difficile à prévoir dans le temps et l'espace. Même lorsque plusieurs foyers orageux se regroupent en un système pluvio-orageux de plus grande envergure, il demeure souvent passablement d'incertitude sur l'étendue de l'épisode orageux à venir ainsi que son intensité. Pour les prévoir, les météorologues basent leur analyse sur la prévision des ingrédients nécessaires à l'activité orageuse sur une région relativement étendue (ex: la Suisse romande). Parmi ces ingrédients figurent notamment l'humidité, l'instabilité et un vecteur de soulèvement de la masse d'air. Les trois ingrédients sont nécessaires pour produire une activité orageuse ; si on y rajoute une accélération du vent avec l'altitude (cisaillement), on augmente la probabilité que l'activité orageuse gagne en organisation et en virulence. Ce dernier point fut notamment déterminant lors du passage de la violente ligne de grain du 15 juin dernier sur la région lémanique.
Où les choses se compliquent, c'est lorsqu'il s'agit de préciser le risque orageux à une échelle plus petite, aussi bien géographique (ex: nord du Plateau, Chablais, région lémanique) que temporelle (ex: début d'après-midi, fin d'après-midi, soirée). La difficulté augmente pour plusieurs raisons : tout d'abord, la présence ou non des ingrédients nécessaires au déclenchement des orages n'est pas toujours facile à anticiper. Par exemple, le risque orageux pour l'après-midi du lendemain peut être influencé par les restes d'une activité orageuse de la veille (nébulosité résiduelle), elle-même incertaine. Deuxièmement, avec une topographie compliquée comme celle de la Suisse, l'humidité, l'instabilité et le souvèlement de la masse d'air peuvent s'avérer très difficile à quantifier à l'échelle locale. Troisièmement, les modèles numériques de prévision qui tentent de calculer l'évolution du temps à l'échelle locale sont obligés de simuler certains processus liés à la microphysique des nuages et, d'une certaine manière, également ceux liés à la convection ; de plus, par manque d'observations (le nombre de stations de mesures au sol est limité), ces modèles assimilent seulement approximativement les conditions atmosphériques présentes dans les basses couches et ainsi anticipent parfois difficilement certains phénomènes primordiaux pour effectuer une prévision orageuse précise (les zones de convergence par exemple).
Ces limitations de toutes sortes rendent au final une prévision locale très difficile. C'est un peu comme si vous essayiez de jouer du piano avec des gants...
La différence entre notre "orages violents possibles" et les "flash-orages"
Actuellement à MétéoSuisse, nous distinguons/émettons deux type d'informations concernant le risque orageux :
- une information d'orages violents possibles à court ou moyen terme basé sur la probabilité d'orages violents sur une assez vaste région, à une échéance d'environ 6 à 24 heures (par ex: une prévision d'orages effectuée le matin pour le risque orageux de l'après-midi). Cette première approche se penche essentiellement sur l'analyse des ingrédients mentionnés ci-dessus et à pour but d'avertir la population et/ou les autorités que les conditions atmosphériques seront favorables à des orages violents pendant la période définie. Il s'agit d'un préavis invitant le public à rester vigilant par rapport à l'évolution des conditions météorologiques et de rester à l'écoute d'éventuels émissions d'avis.
- le "flash-orage", quant à lui est un avis et indique qu'un orage violent est en cours, que sa vitesse et sa direction ont été évaluée par radar et qu'il est susceptible de toucher les régions averties dans les 30 minutes à 1 heure. Il ne s'agit donc plus d'un "préavis" mais bel et bien d'un "avis". Si votre région est concernée, il est dès lors conseillé de se mettre à l'abris et de protéger vos biens et mobiliers se trouvant à l'extérieur et susceptibles d'être endommagés.
Ce mode opératoire pour la prévision des orages et cette distinction entre "veille/préavis" (risque possible) et "avis" (risque imminent) est le même dans la plupart des centres nationaux de prévision à travers le monde. Le défi pour chacun d'entre eux est d'expliquer au mieux ces nuances aux utilisateurs, d'où le présent blog.
Informations, données et prévisions sur notre application et site internet... pièges à éviter !
Avec de plus en plus de technologie à disposition, la science de la météorologie dispose d'une multitude de moyens pour observer l'atmosphère et prévoir son évolution. Malheureusement, comme dans le domaine de la médecine et dans bien d'autres sciences ou métiers où l'incertitude demeure un facteur important, ces outils peuvent parfois induire en erreur leur public cible. Cela est dû principalement au fait que leurs limitations ne sont pas toujours clairement expliquées au public.
A partir de ces considérations, voici quelques pièges à éviter lorsque vous consultez nos différentes prévision, que ce soit sur notre application ou notre site internet :
- Animation radar de précipitations : veillez à distinguer entre la "mesure" du radar et la "prévision" du radar. La mesure du radar (la partie chronologique en vert ou gris clair en bas de la page) indique ce que notre réseau radar a mesuré comme réfléchissement des précipitations au sein des nuages. Il s'agit des échos radar mesurés dans le passé jusqu'au moment présent. En revanche, la prévision du radar (la partie chronologique en vert foncé ou gris foncé) est une estimation de l'évolution la plus probable de ces échos radar dans les prochaines heures. C'est une prévision qui est basée sur des observations et des données de modèles pour extrapoler la mesure du radar. Elle peut s'avérer relativement bonne en certaines circonstances, notamment pour les précipitations stratiformes, mais peut parfois laisser à désirer en situations orageuses, d'autant plus lors de situations orageuses peu dynamiques où les vents sont faibles en altitude. Dans ces situations, cette prévision peut sous-estimer le développement d'orages et/ou les dissiper trop rapidement. Par conséquent, fiez-vous davantage à la mesure radar qu'à la prévision lors de ces situations orageuses.
- Carte de danger : que ce soit sur notre application ou sur notre site internet, veillez à distinguer, comme stipulé précédemment, la différence entre un "préavis d'orages violents possibles" et un "flash orage" pour un orage violent actuellement en cours. Le premier est illustré sur notre carte de danger par une région hachurée en orange et souvent d'assez grande taille. Le deuxième est illustré sur notre carte de danger en tant que région localisée en couleur orange ou rouge pleine. Pour le préavis, il est également important de cliquer sur une des régions de la carte afin de prendre connaissance de sa période de validité. Parfois le préavis peut concerner une période commençant le lendemain et non pas le jour même ! Concernant les flash orage, puisqu'il s'agit d'un orage violent en cours et détecté par radar, ce dernier est par définition imminent ; il sera envoyé aux communes situées en aval et précisera s'il s'agit d'un orage mobile ou stationnaire.
- Pictogrammes par localité : un autre piège à éviter pour la prévision de précipitations sur les applications/sites web météos est celui de se fier aveuglement aux heures précises de la journée durant lesquelles des pictogrammes spécifiques indiquent de l'orage. Ces prévisions sont le plus souvent automatiques et issues de sorties brutes de modèles et/ou traitées avec des algorithmes automatiques. Par conséquent, les prévision d'orages pourront parfois fortement varier au gré des différentes sorties des modèles numériques, et les orages ne seront pas forcémment prévus sur les mêmes codes postaux, ni exactement à la même heure! Il faut donc être conscient qu'il n'est souvent pas possible de préciser à un code postal près l'arrivée d'un orage plus d'une heure à l'avance.
En conclusion
En conclusion, ne vous fiez pas aveuglement aux outils à disposition sur les différents site/applications météos, y inclus la nôtre, mais faites preuve d'un esprit critique en appliquant les conseils rédigés pour vous ci-dessus... Dans le doute, nos bulletins de prévisions textes, à défaut d'être extrêmement précis sur le risque orageux, peuvent néanmoins compléter les autres informations météos à disposition et poser le décor par rapport au risque général. En vous souhaitant plutôt de bonnes brises que de rafales orageuses cet été ! :)