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Titre : L'âge global. L'Europe de 1950 à nos jours
Auteur : Ian Kershaw
Éditeur : Seuil 9 janvier 2020
Pages : 752
Ian Kershaw fait partie d'un groupe d'historiens chargés d'écrire une histoire de l'Europe de l'antiquité à nos jours. Il doit s'occuper du XXème siècle. Son premier tome s'occupait de la période 1914-1950 (soit la première guerre mondiale au début véritable de la guerre froide), ce second tome s'occupe de la période 1950 à 2017 (fin de l'écriture du livre) avec une postface qui mentionne la période 2017-2019. Le livre est constitué de 12 chapitres dans l'ordre chronologiques qui s'intéressent aussi bien aux évènements qu'aux questions économiques et culturelles.
Logiquement, une des questions majeures du livre est la division de l'Europe entre l'Est et l'Ouest. Une partie du continent étant capitaliste et l'autre communiste. Cette division impacta les relations internationales durant des décennies, avec la crainte d'une nouvelle guerre, nucléaire, en Europe. Les relations avec l'URSS sont importantes pour comprendre les décisions des chefs d'états européens ainsi que leurs craintes. Cependant, ni l'Ouest ni l'Est ne sont des blocs toujours stables. Les deux parties du continent ont connu des changements de direction et des contestations. On parle de mai 68, bien entendu, mais aussi du printemps de Prague. En ce qui concerne l'URSS, les dernières mutations ont mené à la fin rapide et inattendue du bloc communiste, permettant une réunion de l'Allemagne que personne ne pensait possible avant au moins un siècle.
Un second point majeur mis en avant par Kershaw est la construction européenne. Son but est de créer une Europe pacifiée, riche et de préparer une union politique plus avancée mais lointaine. En ce qui concerne la pacification et la richesse, Kershaw montre que l'Europe a réussi. Les pays de l'Ouest ont vécu de lourdes destructions lors de la deuxième guerre mondiale et il a fallu du temps pour reconstruire et recréer un niveau de vie acceptable. Mais la population européenne n'a jamais vécu dans un continent aussi stable et riche que durant la période 1950-1970. Ce qui a permis la construction d'un état social capable de donner à toute la population une capacité minimale à vivre. À partir des années 70, des crises économiques se multiplient. Elles mettent en question l'état social alors qu'une nouvelle doctrine économique, le néolibéralisme, commence à être adoptée par les dirigeant-e-s aussi bien de gauche que de droite. Cette doctrine implique des réformes fortes et impopulaires de l'état et leur capacité à minimiser les crises économiques et financières est questionnée. Les crises se multiplient tout de même jusqu'à nos jours et la dernière grande crise, les subprimes, qui a forcé les gouvernements à nationaliser des banques pour éviter leurs faillites puis, face aux dettes que cela implique, à mettre en place une politique d'austérité mise en question par une population qui se demande pourquoi elle devrait payer pour les erreurs des dirigeants des banques. Cependant, même si l'Europe a rencontré des difficultés à gérer les problèmes économiques à cause d'un manque de capacités à prendre des décisions économiques globales (l'Euro fonctionne mais les états ont refusé de créer une instance transnationale de gestion de l'économie ce qui ne permet pas d'action politique en cas de crise), Ian Kershaw considère que l'Europe a réussi à atteindre ses deux principaux buts.
Mais, comme l'explique Ian Kershaw, cette réussite implique paradoxalement une mise en question de l'Union Européenne. Celle-ci est critiquée pour prendre des décisions déconnectées du peuple par des dirigeant-e-s d'états européens (un bon moyen de placer le blâme ailleurs que sur leur propre gouvernement). La constitution d'une entité démocratique supranationale, souhaitée à ses débuts mais jamais concrétisée, était déjà difficile et devient pratiquement impossible après les crises des années 2010. Pourtant, une réforme du fonctionnement de l'Union devient nécessaire face aux besoins des états mais aussi face aux grandes crises, migratoires, économiques et politiques. Ian Kershaw doute de cette capacité de réforme en direction d'un système intégrateur et démocratique, d'autant plus après la décision du brexit, mais il pense qu'une Union Européenne pourrait retrouver un but commun en essayant d'agir sur la crise climatique.
Ce gros livre, 752 pages, permet de retrouver un livre synthétique sur l'histoire de l'Europe au XXème siècle après le fameux Âge des extrêmes de Hobsbawm et Après-guerre de Tony Judt (deux livres que je n'ai pas encore lu). Ian Kershaw conclut avec des propos pessimistes. Les forces antieuropéennes n'ont pas réussi à mettre à mal l'Union mais elles sont de plus en plus présentes dans un monde qui nécessite une politique commune. Ian Kershaw ne prétend pas savoir ce qui va arriver à l'avenir, mais il pense que les crises vont se multiplier. Reste à savoir si l'Union saura se reconstituer pour y répondre ou si elle disparaitra. Ce dernier choix n'étant pas forcément souhaité par les forces antieuropéennes, celles-ci ayant vu les conséquences du brexit.
Image : Éditeur