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Vidéo HD et installation sonore 4.0 distincte, couleur, 9’47’’
L’escargot focalise l’attention du film If and Only If (2018), dans lequel la caméra scrute sa lente progression – sorte de road movie paradoxal – du bas vers le haut de l’archet du musicien Gérard Caussé, alors que celui-ci exécute l’Élégie pour alto seul d’Igor Stravinsky.
Composée comme une polyphonie à deux voix, cette pièce est plus courte – 5 minutes environ – que la durée totale du film qui est de 9 minutes et 47 secondes. Ainsi, alors que le musicien s’est vu contraint d’adapter son exécution afin de composer avec la présence du gastéropode, l’artiste s’est vu lui contraint d’adapter la musique elle-même afin de suivre le rythme du déplacement et de ne pas risquer de le faire s’interrompre avant que ne soit achevée l’ascension ; ce, en faisant par moments se dissocier les deux voix de la pièce afin d’en allonger la durée. L’une des conséquences premières en est que la musique n’est ici pas illustratrice ou accompagnatrice d’une action mais qu’elle est la conséquence même de l’action qui se joue dans le film ; qui plus est, présenté en format cinémascope, avec, pour effet, d’accentuer l’effet fictionnel d’une péripétie pourtant bien réelle.
Frédéric Bonnet
Né en 1974 à Tirana
Vit et travaille à Berlin
Anri Sala a grandi en Albanie sous le régime communiste, étudie aux Beaux-arts de Tirana (1992-1996) alors que le pays s’éveille à la démocratie. Avec Edi Rama, actuel premier ministre de l’Albanie, qui a été son enseignant, il part pour Paris, continue ses études aux Arts décoratifs avant de rejoindre la toute jeune école du Fresnoy. Ses premières oeuvres font beaucoup référence à l’évolution politique de son pays. En 2001 déjà, il reçoit le Lion d’argent de la Biennale de Venise remis à un artiste prometteur. Promesse tenue : en 2013, il représente la France à la Biennale, avec Ravel, Ravel, une installation vidéo qui joue sur les écarts entre deux interprétations du Concerto pour la main gauche.
Anri Sala, qui a appris le violon enfant, se sert souvent de la musique pour nous rendre perceptibles les différentes dimensions du temps. Autour d’un batiment moderniste désaffecté où le groupe a joué, The Clash (2010) fait entendre différentes interprétations (venue du bâtiment, d’un orgue de barbarie, d’une boîte à musique) de «Should I stay or shoud I go». Dans 1395 Days without Red (2011), une femme traverse Sarajevo dans l’effroi des snippers pour se rendre à une répétition de l’Orchestre philarmonique de la ville, et le stress de ce parcours dérègle les tempi de son fredonnement de la Pathétique de Tchaïkovski.
Time No Longer (2021) croise deux destins. Henri Akoka, clarinettiste français, juif algérien, fut détenu par les nazis avec Messian. Il joua le solo de son Quatuor pour la fin des temps une seule fois, le 15 janvier 1941, devant des gardiens et quelques prisonniers. Dans la vidéo, le son d’une clarinette alterne, puis se mêle, avec un saxophone, hommage à Ronald McNair, astronaute et saxophoniste afro-américain, qui avait prévu d’enregistrer dans l’espace, mais fut victime de l’explosion de la navette spatiale américaine, en 1986.
Souvent installatives, les pièces d’Anri Sala impliquent tant l’ouïe que le regard, voire notre corps entier dans sa relation à l’espace et au temps. Elles instillent des ruptures, des décalages qui forcent notre attention, stimulent nos perceptions. Si l’installation vidéo est son medium privilégié, l’artiste s’exprime aussi par d’autres média dont le dessin.