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L'histoire de la distillerie Marzadro ressemble à un film en noir et blanc, le récit d'une époque qui semble désormais lointaine, mais qui, en réalité, ne l'est pas. L'histoire commence durant les années d'après-guerre, dans une Italie où il n'y avait aucune issue à la pauvreté, principalement dans les régions montagneuses, comme le Trentin. C'est pour cette raison que les jeunes les filles pauvres se mettaient « au service » des bourgeois, fuyant leurs soucis et trouvant des conditions de vie acceptables dans des familles plus aisées.
L'année 1975 et la distillerie Marzadro donnèrent le départ à une révolution : le lancement de la Grappa fabriquée à partir de monocépage. Dans ce cas précis, une Grappa produite à partir de marcs de raisin Marzemino provenant du village voisin d'Isera. Ce fut un succès immédiat, surtout à une époque où la Grappa de monocépage était une nouveauté. Le parfum variétal, la richesse du cépage et la main du distillateur ont créé un ensemble unique de sensations, un mélange qui, jusque-là, ne semblait appartenir qu'au vin.
Sabina Marzadro ne fut pas non plus épargnée par cette dure réalité. Après avoir passé 12 années au service de la maison d'un député à Rome, elle retourna dans sa région où l'attendait son frère Attilio, un paysan très actif. Sabina rentra donc chez elle avec la forte volonté de changer de vie et, dans ses bagages, elle emportait un rêve : maîtriser l'art de la distillation et produire une Grappa de qualité en utilisant les marcs qui s'évaporaient dans les cours des maisons des vignerons.
Dans la vieille maison de Brancolino di Nogaredo, Sabina réussit, après de nombreux efforts, à convaincre Arnoldi, un célèbre chaudronnier, à lui concevoir un petit alambic à feu direct. Son engagement et son travail acharné étaient la règle quotidienne, surtout pour sortir à jamais de sa triste condition. Le tournant de sa vie eut lieu en 1949 lorsque, dans la cour de sa maison, les premiers chariots remplis de marcs commencèrent à arriver. Puis les premiers clients... et la vision très claire que, pour se faire connaître dans le monde des distilleries, il était essentiel de fabriquer une Grappa de qualité à des prix raisonnables.
Au bar, on entendait de plus en plus souvent : « Servez-moi un Marzadro ». Jamais une boisson n'avait porté le nom d'une famille. L'excellence des matières premières, la grande passion, la ténacité... et la file des acheteurs devant la porte de la distillerie. Attilio aidait Sabina dans la petite distillerie, mais aussi en enfourchant sa moto Guzzi avec son side-car rempli de bouteilles destinées à la vente à Rovereto et dans tous les villages voisins.
Lorsque Sabina ne distillait pas, elle ne manquait jamais l'occasion d'arpenter la montagne pour cueillir des herbes alpines sauvages, des racines et des baies qu'elle associait ensuite à la Grappa: reine des bois, pin des montagnes, ortie, genévrier et rue. Cette femme, qui savait parfaitement lorsque le moment était venu de cueillir les herbes, avait pour habitude, dans son extrême précision, de prendre des notes détaillées dans un carnet : un précieux trésor de connaissances, ensuite transmis à Attilio qui, au fils des ans, a continué à développer la distillerie.
En 1960, Sabina laissa la gestion de la distillerie à son frère Attilio, devenu l'expert incontesté de la Grappa et de tous ses procédés de fabrication. À ses côtés Teresa, son épouse, qui lui donna six enfants. Cette femme déterminée, aimante, douce, mais néanmoins inflexible, fut un élément fondamental pour la création de l'entreprise telle qu'on la connaît aujourd'hui. Une femme et une mère sachant conjuguer l'importance de l'éducation de ses enfants et le désir d'apporter sa contribution aux tâches de la distillerie.
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