Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07286.jsonl.gz/666

Horizons et débats: L’armée suisse a récemment publié un nouveau rapport intitulé «Renforcer la capacité de défense». Selon moi, ce sont deux questions clé qui se posent. Nos militaires ressentent-ils un malaise face à la réduction de l’armée au niveau inapproprié à défendre le pays? Et, intimement lié à la première question: les cercles volontaires à faire entrer la Suisse dans l’OTAN tirent-ils profit de la guerre en Ukraine pour cette besogne?
Franz Grüter: Une réponse affirmative à ces deux questions est vraisemblable. Concernant la première question: au cours des 20 dernières années passées, probablement presque 30ans même, du temps suivant la chute du mur de Berlin en 1989, on avait affaire à des personnes politiquement responsables, réparties dans presque tous les partis, proclamant qu’il n’y aurait plus jamais de guerre en Europe. Le PS défendait, au début des années 2000 encore, la thèse selon laquelle notre armée n’aurait plus jamais besoin de davantage de chars ni d’avions de combat. Aujourd’hui, pour la première fois depuis 75 ans, nous nous trouvons à nouveau face à une guerre en Europe. Cette nouvelle donnée a certes ouvert les yeux à beaucoup de gens. Et en même temps, au sein de l’armée suisse, on s’est rendu compte, un peu tard, que notre armée se voyait hors de la possibilité d’assurer la sécurité de la population suisse au cas d’une attaque armée.
La guerre en Ukraine n’était pas la première en Europe. Il y avait déjà eu une guerre en Europe auparavant, la guerre de Yougoslavie.
La guerre de Yougoslavie a eu lieu, en effet, mais elle n’a jamais été perçue avec autant d’émotion. Pour la Suisse, elle a certes eu des conséquences importantes, notamment en termes d’immigration, mais elle n’a pas suscité autant d’émotions que la guerre en Ukraine relevant d’une tout autre dimension.
L’état actuel de l’armée suisse
Le commandant de corps Süssli [chef de l’armée] a fixé la capacité de notre armée à résister contre l’assaut d’une armée ennemie à quatre semaines. Dans le passé, la mobilisation des troupes ne correspondait pas aux attentes. Selon moi, il est donc positif que l’on s’aperçoive maintenant de la nécessité d’agir. Adolf Ogi [ancien conseiller fédéral et chef du Département de la défense, de la protection de la population et des sports DDPS] a affirmé, à l’époque, que l’armée disposerait de dix ans de préalerte lui permettant d’atteindre gentiment sa force de combat définitive en cas de guerre. Il s’agissait, de son temps déjà, de considérations illusoires, et je me réjouis que l’on se remette à réajuster les priorités. Elles vont dans une tout autre direction, à savoir que notre armée doit à nouveau être en mesure d’assurer la sécurité de notre population et donc de maintenir sa capacité de défense.
Pas de rattachement plus étroit à l’OTAN
L’armée suisse a toujours acheté ses matériaux d’armement en Occident et a veillé à ce qu’ils soient compatibles avec les produits d’origine occidentale. Par le passé déjà, nous avons donc acheté des Tiger américains, des FA-18, il s’agissait toujours d’avions de combat occidentaux. Aujourd’hui, nous rééquipons l’armée de l’air avec les F-35, et nous recevons un système de défense sol-air ultramoderne ainsi que les missiles Patriot américains. L’interopérabilité, pour employer ce joli néologisme, a toujours été prise en compte. Mais à Berne, il sont pourtant nombreux à souhaiter s’associer plus étroitement à l’OTAN. C’est bien sûr inacceptable. Car nous ne pouvons nous associer à d’autres Etats que si la Suisse serait attaquée elle-même. De plus, la neutralité suisse exclut un tel rapprochement.
En juin passé, le Conseil des Etats a approuvé le postulat de son membre Josef Dittli. Il demande au Conseil fédéral de «présenter dans un rapport comment – sans adhérer à une alliance et dans le respect du droit de la neutralité – nous pouvons réaliser une coopération approfondie et institutionnalisée avec l’OTAN dans le domaine de la défense». Le Conseil des Etats ayant approuvé cette proposition, ne reviendrait-elle pas à l’adhésion suisse à l’OTAN, au moins par les faits?
Bon, il s’agit là d’un postulat, c’est-à-dire que le Conseil des Etats demande d’abord un rapport au Conseil fédéral [contrairement à une motion, par laquelle on demande directement un projet de loi]. Mais la direction empruntée par cette mouvance est claire. Avancer dans cette direction et faire semblant de défendre, face à la population suisse, que nous ne voulons pas adhérer à l’OTAN, c’est de la malhonnêteté. Car tout le monde sait très bien que notre Constitution exclut un tel procédé. Pour adhérer à l’OTAN, il faudra la votation populaire.
D’un côté, il est nécessaire que les gens se rendent compte qu’avec notre propre armée, tant en termes d’équipement que d’instruction, nous ne sommes plus en mesure de défendre le pays et d’assurer la sécurité de notre population. Nous nous trouvons face à un défit tout autre. De quoi notre armée a-t-elle besoin? C’est précisément ce que j’attendrais de mon collègue au Conseil des Etats, M.Dittli, ancien officier instructeur de l’armée suisse, colonel de l’état-major général, un homme sensé comprendre quelque chose à l’armée. J’ai d’ailleurs un grand respect pour lui. Mais les vraies questions dans ce contexte sont les suivantes: Où sont les plus grandes lacunes? De quoi avons-nous besoin pour reconduire l’armée suisse au niveau nous permettant de réassurer la sécurité de notre pays, et par nos propres moyens? C’est à cette discussion qu’il faudrait se livrer, et honnêtement. L’essentiel est et demeure notre capacité de nous défendre nous-mêmes, et non pas de rejoindre une quelconque alliance, simplement parce que nous ne sommes plus prêts à faire ce qui est notre devoir, le devoir que nous impose notre propre pays. C’est une toute autre attitude de celle de nous eclipser devant nos responsabilités par un marché indigne de nous.
Prendre soin de notre neutralité
Dans ce contexte, il s’agit également de prendre soin de notre neutralité. Là, nous pénétrons le domaine de notre politique étrangère, aux tâches défiant la commission que je préside. Pour un petit Etat, sa capacité de défense est cruciale. Mais il est tout aussi important que nous agissions en tant que petit Etat neutre, en évitant de s’immiscer dans des conflits étrangers. Au contraire, nos efforts doivent ce concentrer sur la médiation et la proposition de nos bons offices. C’est justement ce qui a souffert ces derniers temps, car nous nous sommes quasiment aligné sur une partie se trouvant en guerre. Rester neutre face à une guerre est bien sûr beaucoup plus inconfortable, beaucoup plus dur, il faut montrer sa colonne vertébrale et sa force. Dire pendant une guerre que nous restons en dehors, que nous ne condamnons personne, indépendamment de ce que nous éprouvons dans notre for intérieur – tout le monde nourrit ses sympathies ou antipathies, mais cela reste du domaine privé – mais l’Etat lui-même ne peut pas se le permettre, c’est son devoir de rester neutre. Ces derniers temps, c’est ce genre de questions qui reviennent au centre du débat politique.
Il serait salutaire pour la Suisse que davantage de personnalités suisses accomplissant une haute fonction politique responsable donnent, comme vous le faites, à notre neutralité le poids qu’elle mérite. Mais pourtant, le nouveau rapport sur l’armée va dans une toute autre direction. Il préconise que la coopération avec l’OTAN «soit développée et intensifiée au cours des prochaines années». Qu’est-ce que cela signifie concrètement?
Tout a commencé, en 1996, avec le soi-disant «Partenariat pour la paix», point de départ pour que la Suisse coopère, de manière de plus en plus dense, avec l’OTAN. Aujourd’hui, nous participons à des exercices communs dans le domaine de la cyberdéfense et les forces aériennes s’entraînant à l’étranger. Mais si l’on veut participer à des exercices militaires des troupes au sol, si l’on doit acheter des biens d’armement en commun avec l’Allemagne et l’Autriche et si l’on doit, selon la conseillère fédérale Amherd, participer au fameux «Sky Shield», alors il est malhonnête de dire: nous faisons presque tout, mais ce n’est pas de la participation. Nous devons donner une réponse claire à ces marchandages: les données nous contraignent à tracer nos lignes rouges.
Je crois que la population suisse
ne veut pas de cela
La conseillère fédérale Viola Amherd a exprimé, le 30 août, dans les colonnes du quotidien «Tages-Anzeiger», qu’elle souhaitait que la Suisse participe également aux exercices de l’OTAN impliquant les troupes terrestres. Tout devait bien sûr être «conforme au droit de la neutralité». Question de l’intervieweur: «La Suisse peut-elle se permettre à s’exercer en vue du ‹cas d’alliance› avec l’Otan?» Réponse de Viola Amherd: «Le cas d’alliance est trop dire peut-être. Mais ce qui va se faire, à l’avenir, c’est de participer à des exercices de défense. Ce qu’il faut éviter, c’est de nous faire engager dans une défense collective».
Eh bien, c’est préciément ce genre de malhonnêteté que j’ai évoquée. Lorsque l’OTAN organise de grandes manœuvres, les troupes s’exercent précisément dans le but de maîtriser le «cas d’alliance». Si l’un des pays de l’OTAN est attaqué, le cas d’alliance se déclenche automatiquement. L’alliance de défense oblige chaque pays membre à fournir des troupes et à participer au combat, c’est-à-dire à s’impliquer dans un acte de guerre. Si l’armée suisse participe à des exercices où le cas d’alliance est entraîné, c’est tout simplement malhonnête de dire: «Nous ne sommes pas membres de l’OTAN, nous n’y participerons donc pas».
Je pense que la population suisse ne veut pas de cela. Il faut se rendre compte clairement de ce à quoi tout cela amène. Je n’exclus d’ailleurs pas que ce cas d’alliance puisse effectivement se produire un jour. Si la Suisse en fait partie, elle sera obligé à transporter des soldats dans des régions en guerre, éventualité exclue par notre Constitution fédérale. Un tel scénario nécessiterait, je dis heureusement, la votation populaire, et je suis sûr que les Suisses ne le souhaitent pas. J’ai une grande confiance dans notre population. La neutralité est plus profondément ancrée dans la population que ce que l’on veut bien admettre à Berne. A Berne, les choses ne vont pas dans la bonne direction.
Merci beaucoup de cet entretien, Monsieur le Conseiller national Grüter. •
* Franz Grüter est président de la Commission de politique extérieure du Conseil national (CPE-N), entrepreneur informatique et capitaine de l’armée suisse.
mw. Le 10 juin 2001, le peuple suisse a approuvé de justesse, par 51% des voix, une modification de la loi militaire autorisant les soldats suisses à porter des armes lors d’engagements à l’étranger. Plusieurs groupes de citoyens avaient lancé un référendum et je me souviens encore très bien des discussions, de citoyenne au citoyens, lors de la collecte des signatures. L’argument principal du Conseil fédéral était que les Suisses armés ne pouvaient participer qu’à des missions de «maintien de la paix», mais pas à des missions d’«imposition de la paix». Il va de soi qu’en situation de crise et de violence, il n’était et ne peut être répondu aux questions critiques de la population sur la différence exacte entre les deux.
Le Conseiller national Franz Grüter le confirme par sa propre expérience lors de l’entretien préliminaire à l’interview: «Ce qu’il faut certainement évoquer une fois de plus, c’est l’engagement de nos soldats à l’étranger. Nous avons environ 200 personnes au Kosovo, l’engagement a été récemment prolongé par le Parlement. J’étais moi-même au Kosovo avant Noël 2022. Il y avait de forts troubles dans le nord, des barrages routiers.Tous les gendarmes serbes avaient démissionné, et j’ai moi-même vu comment les Suisses, qui devraient en fait faire du peace keeping, c’est-à-dire du maintien de la paix, se sont soudain retrouvés quasiment impliqués dans le «peace enforcement», dans l’imposition de la paix par la force. Cela montre à quel point tout peut vite changer. Lorsque nous avons nos soldats à l’étranger chargés assurer la paix, le scénario du début peut très vite basculer et se transformer en conflit armé».
Franz Grüter poursuit: «Ce qui passe aussi complètement au-dessous de notre radar, c’est que nous avons encore une vingtaine de personnes en Bosnie-Herzégovin, endroit où il faudrait aussi une fois de plus s’interroger sur le rôle de la Suisse là-bas. Cela vaut la peine d’y regarder de près et de poser régulièrement des questions critiques, par exemple pour savoir si de tels engagements se déroulent en effet en accord avec notre Constitution».
Il y a 20 ans, le journaliste Philippe Kropf a répondu en toute limpidité à de telles questions, devant les micros et caméras de la télévision suisse1: «Pour la première fois dans l’existence de la Suisse moderne, des soldats suisses partent en mission de paix au Kosovo, munis de leurs armes. Cette façon d’agir est en totale enfreinte contre un principe suisse de base. Le 7e contingent de la ‹Swisscoy› […] est un cas exemplaire pour tous les autres engagements à l’étranger». Et Kropf de poursuivre: «Que des soldats suisses portent des armes à l’étranger était jusqu’à présent totalement impensable en raison de la neutralité suisse. Les Suisses ne participaient aux opérations multinationales qu’en tant qu’observateurs militaires de l’ONU, en tant que personnel médical lors de missions de l’ONU ou en ›tant que bérets jaunes pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE)». Bravo!
1Kropf, Philippe. «Les soldats suisses armés à l’étranger», RTS, swissinfo, du 2 octobre 2002
mw. L’armée suisse a publié, en août 2023, un rapport intitulé «Renforcer la capacité de défense. Image cible et stratégie pour la montée en puissance».1 Depuis les années 1990, l’armée suisse a été réduite à un état ne garantissant plus ni la protection de la population ni la défense de la souveraineté et de la neutralité du pays. Aujourd’hui, la capacité de défense doit être rétablie dans le cadre du réarmement général des pays de l’UE et de l’OTAN – selon la positiion «officielle» une contrainte qui serait impossible à réaliser sans le recours au rattachement encore plus étroit de la Suisse à l’OTAN, conclusion martelée à nouveau par le rapport récent. Cette affirmation n’est pas nouvelle, mais elle a l’inconvénient d’induire en erreur.
Sans entrer dans les détails, soulignons l’esssentiel: Il est absurde que l’actuel rapport sur l’armée énumère les mesures à prendre pour remettre en état, un tant soit peu et à grand renfort de temps et d’argent, les effectifs insuffisants, l’instruction et l’équipement déficients ainsi que l’infrastructure lamentable de l’armée, en grande partie mise au rebut ou bradée – tout cela est le résultat des actions que les autorités fédérales suisses et les dirigeants responsables de notre armée nous ont imposées , sciemment et volontairement.
Il y a 20 ans, différents groupes de citoyens ont lancé un référendum contre l’«Armée XXI» afin d’empêcher le démantèlement anticonstitutionnel de l’armée de défense suisse et de couper court à l’alignement suisse sur l’OTAN, déjà sciemment affiché comme «solution du problème» à l’époque, but en totale enfreinte à la neutralité suisse. Malheureusement, les concepts de l’«Armée XXI» ont été acceptés par le peuple lors de la votation populaire du 18 mai 2003.
En réalité, à l’époque déjà, l’affirmation oficielle selon laquelle une «montée en puissance» ultérieure pour atteindre le nombre nécessaire de soldats bien formés et motivés serait possible en l’espace de quelques années relevait d’illusions dès le départ. L’idée des auteurs actuels du rapport sur l’armée selon laquelle l’instruction militaire devrait «répondre encore mieux qu’aujourd’hui aux exigences des militaires qui, de par leur formation civile, sont habitués à un enseignement axé sur les compétences» (rapport, p. 37 et suivantes) n’est pas autre chose qu’une pure aberration grotesque. Une défense nationale suisse crédible ne peut se faire ni avec les méthodes ratées du Lehrplan 21 (plan d’études de la réforme technocrate et anti-pédagogique imposé aux écoles suisses), ni avec des armes compatibles avec l’OTAN, ni avec une mise en réseau communicative avec la bureaucratie de l’OTAN.
Elle doit au contraire être fondée en nous-mêmes, citoyens et citoyennes, conscients et conscientes (!) de ce que nous voulons protéger et préserver en Suisse. Il est particulièrement urgent que nous dirigions notre regard sur l’émergence d’une jeunesse disposant d’un aperçu de l’histoire et de la structure étatique suisse, s’identifiant à son pays et prête à s’engager pour lui – en tant que soldat milicien au service militaire suisse, dans la commune et partout ailleurs où il faut mettre la main à la pâte.
1 Armée suisse. Groupement Défense.«Renforcer la capacité de défense. Image cible et stratégie pour la montée en puissance» du 11 août 2023. PDF, 60 pages.
«Notre armée de milice est un élément de notre système étatique. Elle doit protéger le pays et la population et garantir la neutralité. Elle doit donc rester en dehors de toute alliance. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut mener une politique de paix active. A une époque où la guerre ne constitue malheureusement plus la solution ultime [mais devient endémique, mw.], la Suisse doit pouvoir assumer en toute crédibilité les tâches qui lui incombent dans le domaine de la promotion de la paix, à savoir organiser des négociations et des conférences de paix sur sol neutre, offrir ses bons offices pour contribuer à désamorcer des conflits et maintenir la confiance dans l’aide humanitaire neutre.
La nouvelle loi sur l’armée et Armée XXI se trouve en contradiction avec ces objectifs. Elles sont le fruit d’une fâcheuse évolution de la politique étrangère. En 1996, le conseiller fédéral Flavio Cotti – alors chef du DFAE – avait signé des accords avec l’OTAN qui portaient sur la participation1 au Partenariat pour la Paix (PPP)2 et au Conseil de Partenariat euro-atlantique (CPEA)3.»
(Bulletin d‘information, édité du Conseil fédéral suisse lors de la votation sur l’armée 21,
le 18 mai 2003, p 7)
1 de la Suisse!, mw.
2 en accord avec les plans de l’OTAN, mw.
3 concept de l’UE, mw.
Roger Köppel: Permettez la question suivante que je vous pose, Monsieur Kujat, en tant que général expérimenté, expert de l’OTAN, personnage doté d’une conscience historique et d’un regard ouvert sur les diversités face à un problème. La Suisse doit-elle cultiver sa neutralité ou l’abandonner? La Suisse doit-elle se rapprocher de l’OTAN, dans cette situation qui s’aggrave de manière inconfortable?
Harald Kujat: Je vous réponds aussi en tant qu’ancien président du comité militaire de l’OTAN. La Suisse dispose d’une histoire qui lui est propre, suite à laquelle elle a obtenu la sécurité grâce à sa neutralité. Un avenir de sécurité et de liberté pour la Suisse implique de préserver sa neutralité bec et ongles. Car si vous acceptez ce que je viens d’exposer et que la Suisse rejoint le bloc occidental, alors la Suisse – selon le vieil adage allemand « Mitgegangen-mitgefangen» [celui qui se montre solidaire d’un acteur criminel doit également partager sa punition] – s’alignera comme partie prise dans cette confrontation. C’est une situation qui pourrait devenir très pénible pour la Suisse. Je suis favorable à la dissolution de ces blocs, et non à leur renforcement. Que nous les dissolvions pour arriver à un monde multipolaire dans lequel chaque Etat prend sa place respectée, ce qui lui garantit la sécurité et la liberté. Mais nous devons nous émanciper de ce lien avec un autre Etat qui poursuit d’autres intérêts et d’autres objectifs. La Suisse a ses propres objectifs, ses propres intérêts, et elle doit les préserver. Elle ne doit pas devenir exécutrice des intérêts d’autres Etats.
Source Köppel, Roger.«NATO-General Kujat: ’La Suisse devrait défendre sa neutralité bec et ongles’». Interview du général à la retraite Harald Kujat, ancien inspecteur général de l’armée allemande. Weltwoche daily du 6 sept. 2023
(Traduction Horizons et débats)
Notre site web utilise des cookies afin de pouvoir améliorer notre page en permanence et vous offrir une expérience optimale en tant que visiteurs. En continuant à consulter ce site web, vous déclarez accepter l’utilisation de cookies. Vous trouverez de plus amples informations concernant les cookies dans notre déclaration de protection des données.
Si vous désirez interdire l’utilisation de cookies, par ex. par le biais de Google Analytics, vous pouvez installer ce dernier au moyen des modules complémentaires du présent navigateur.