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Il y a des phrases qui restent définitivement dans les mémoires. Celle-ci en est une: «Omar m’a tuer». Avec cette inscription en lettre de sang sur le mur de sa villa, Ghislaine Marchal est supposée avoir désigné son assassin eu avant de mourir le 23 juin 1991. Le jardinier prénommé Omar fut suspecté, jugé et condamné. L’affaire fit grand bruit et n’a pas fini de défrayer la chronique. Les extraits ci-après sont repris de plusieurs articles du JDD.
A propos de la date précise de la mort, un premier élément troublant ressort du dossier, rappelé par M. Raddad:
«Prenez la date de la mort de Madame Marchal. Au début, les trois médecins légistes l’avaient établie au 24 janvier. Ce jour-là, j’étais à Toulon. J’étais donc blanchi. Mais le juge Renard (mis en retraite en 2005 pour violation du secret professionnel, faux et usage de faux dans une autre affaire) a appelé les médecins pour les pousser à dire que la mort s’était produite le 23. Il a confirmé cette intervention dans un documentaire sur l’affaire.»
Cet élément montre d’emblée le climat dans lequel s’est déroulé l’enquête et donc le procès d’Omar Raddad. Il montre surtout que dès le début un faux réalisé à la demande expresse du juge d’instruction a totalement biaisé l’affaire et fabriqué d’emblée un coupable.
Par ailleurs des traces ADN retrouvées sur le lieu du meurtre, et n’appartenant pas à M. Raddad, avaient d’abord été refusées.
«En janvier 2001, une expertise scientifique avait révélé que ces ADN, masculins, ne correspondaient pas à celui d’Omar. En 2002, la Cour de révision avait rejeté la demande d’un nouveau procès. Motif avancé: "Il est impossible de déterminer à quel moment, antérieur, concomitant ou postérieur au meurtre ces traces ont été laissées." Une argumentation qui faisait écho à une hypothèse déjà soulevée devant les assises en 1994, selon laquelle au moins l’un des ADN était une trace dite de contamination, susceptible d’appartenir à un inspecteur, un journaliste, un ami de la famille.»
Mais alors pourquoi ne pas avoir tenté d’identifier à qui appartenaient ces traces?
Il semble que les choses avancent cependant. Outre le film à venir, un détective privé a réalisé une contre-enquête:
«Suite à une contre-enquête du détective Roger-Marc Moreau, la défense est convaincue de disposer d’indices mettant en cause d’autres suspects. "Nous croyons savoir à qui appartiennent ces ADN. Des personnes qui ont déjà commis des crimes et des délits, et qui doivent donc figurer dans ce fichier", avance le détective privé. L’avocate d’Omar Raddad avait déjà formulé la demande de confrontation au FNAEG en 2008 auprès de la précédente ministre de la Justice, Rachida Dati. Sans suite. Cette fois, Me Noachovitch, qui a été reçue Place Vendôme au mois de janvier, a bon espoir: "Je sens qu’il y a de l’intérêt pour le dossier, les conseillers de Mme Alliot-Marie me contactent souvent pour demander des pièces. Un jour, on saura la vérité.»
Si M. Raddad a été gracié, il n’en lutte pas moins pour obtenir un second procès et être totalement blanchi. Le réalisateur Roschdy Zem termine un film sur l’affaire Raddad, film qui doit sortir en 2011.
«En exclusivité, l’acteur cinéaste nous a montré plusieurs scènes du film dont celle d’ouverture: nous sommes pendant le procès, un traducteur explique ce qui se passe à Omar Raddad. Le président s’énerve, accuse le jardinier de faire semblant de ne rien comprendre et finit par lui lancer une phrase en arabe. Des mots qui ne laissent pas de doute sur les a priori du tribunal dans un dossier où il ne fait pas bon être maghrébin en région Paca.
(...)
Sur les écrans de montage, une autre scène montre l’arrestation d’Omar Raddad, naïf accusé qui tend ses vêtements de travail à des policiers. Vêtements sur lesquels il ne sera trouvé aucune tache de sang quand la cave où fut tuée Ghislaine Marchal en était maculée. Un mystère parmi d’autres. Pourquoi Omar Raddad n’a-t-il pas crié son innocence dès le début? "Il n’a pas compris ce qui se passait. Au tribunal, au moment du verdict, il se lève et part sans rien dire. Il pense que tout va s’arranger.»
A suivre donc.