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dodis.ch/31010 L’Ambassadeur de Suisse à Madrid, M. Fumasoli, au Chef de la Division des affaires politiques du Département politique, P. Micheli1
Faisant suite à mon rapport du 21 juillet dernier3, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que j’ai eu ce matin un entretien d’une heure avec le Ministre des Affaires Etrangères afin de savoir quel est l’état actuel de la question concernant le Statut des Protestants en Espagne.
M. Castiella m’a exposé en résumé ce qui suit: «Comme vous le savez les métropolitains – après une longue étude du problème d’entente avec tous les évêques – m’ont renvoyé le texte du Statut qui avait été approuvé en principe par le Vatican, en formulant un assez grand nombre de suggestions, dont les unes presque comminatoires et les autres ayant un caractère moins impérieux. La hiérarchie refuse par exemple qu’un prêtre défroqué et devenu pasteur protestant puisse exercer son ministère en Espagne. En matière de prosélytisme les suggestions sont nombreuses et concernent les publications relatives au culte, le lieu de construction des chapelles protestantes (pas en face d’une église catholique), la propagande par des moyens tapageurs: hautparleur, automobile, etc. D’autres suggestions concernent la rédaction: ne pas dire qu’on autorisera les soldats protestants à ne pas suivre le culte catholique, mais: on n’empêchera pas… etc. Nous sommes maintenant en train de rédiger un nouveau texte de statut et j’espère qu’il sera prêt pour être soumis au prochain Conseil de Ministres à La Coruña où se trouve le Caudillo4. Si tel est le cas le Statut pourra être soumis aux Cortes en octobre et être mis en vigueur avant la fin de l’année. Les métropolitains ont nommé une commission pour négocier avec le Ministère les suggestions précitées. Cette commission se compose de quatre archevêques: le primat d’Espagne5, l’archevêque de Madrid6 et l’archevêque de Sion, c’est-à-dire celui qui s’occupe de l’Armée7. Celui-ci est un ennemi déclaré du Statut, mais les autres trois sont ou très favorables, ou au moins conscients de sa nécessité. Récemment une partie de la presse s’est prononcée nettement contre le Statut et ce qui est pire les évêques de Bilbao8 et de Las Palamas ont publié chacun une pastorale extrêmement opposée au Statut. Le Nonce a demandé à l’évêque de Las Palmas9 de retirer la pastorale, ce qui fut fait mais avec un retard sans qu’on ait donc pu empêcher la diffusion du texte. Notre Ambassadeur au Vatican10 a protesté contre ces deux francstireurs. Comme vous le voyez ma mission n’a pas été facile et elle continue à être très critiquée dans le pays. Toutefois les métropolitains savent que le Concile travaille dans le sens du Statut et ils tiennent donc à ce que celui-ci soit approuvé avant que le Concile les oblige moralement à le faire. C’est un point positif pour nous.»
J’ai naturellement posé plusieurs questions à M. Castiella surtout en ce qui concerne le problème du prosélytisme. Je n’ai pas pu avoir des précisions. Il est d’accord quant à la publication de l’horaire des cultes dans la presse, à la liberté de prédication dans les temples, à une grande liberté en matière de mariages, de construction de chapelles, etc. Je crois cependant qu’en matière de liberté de propagande, le désir de conserver dans toute la mesure possible l’unité de la religion empêchera le Statut d’être très généreux. Il s’agit d’après le ministre de faire un grand pas en avant. Il a mentionné le cas d’une petite communauté protestante suisse et britannique (Rincónde la Victoria près de Málaga) à laquelle l’évêque de Málaga11 permet de célébrer le culte dans un salon de la paroisse catholique. M. Castiella pense que si tous les chrétiens du monde deviennent un peu moins fanatiques, il sera possible de régler également en Espagne le problème des protestants d’après les principes de la tolérance, mais qu’il faut que les protestants se rendent compte qu’ils ne doivent pas profiter d’une certaine situation particulière à l’Espagne en ce moment (misère et politique) pour claironner une propagande à caractère financier et, sans qu’on veuille le dire, politique.
Je reviendrai aussitôt que possible sur cette question12.
- 1
- Lettre: E 2001(E) 1978/84 vol. 673 (A.15.32.1).↩
- 2
- Sur ce sujet, cf. aussi la lettre de M. Fumasoli à F. T. Wahlen du 5 octobre 1964, dodis.ch/31081.↩
- 6
- C. Morcillo González.↩
- 7
- L. Alonso Muñoyerro.↩
- 8
- P. Gúrpide Beope.↩