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Bien que les recommandations de bonnes pratiques cliniques proposent aux cliniciens d’intégrer la notion d’espérance de vie de l’individu pour discuter avec leurs patients du dépistage des cancers (prostate, sein, côlon, etc.), jusqu’à 55 % des personnes en âge avancé et ayant une espérance de vie limitée (< 10 ans) continueraient de recevoir régulièrement un tel dépistage. Certains cliniciens peuvent ainsi être réticents à l’idée de renoncer à proposer ce dépistage à leurs patients âgés pour le motif d’une espérance de vie limitée, par crainte vraisemblablement d’une réaction négative à une telle décision médicale. Mais que pensent en réalité les personnes concernées ? Une étude qualitative nord-américaine s’est penchée sur la question, se basant sur des entretiens semi-structurés réalisés en ambulatoire auprès de 40 patients âgés de 65 ans et plus (âge moyen de 75 ans ; 57 % de femmes ; 62 % de Caucasiens ; 47 % avec une espérance de vie < 10 ans). La plupart des participants accepteraient la proposition de leur médecin de renoncer au dépistage des cancers en raison de leur âge avancé, motivés dans ce sens par la confiance qu’ils ont à l’égard de leur thérapeute. En revanche, la notion même d’une espérance de vie limitée semble être confuse et mal acceptée par les participants (Comment mon médecin peut-il savoir que j’ai moins de 10 ans à vivre ?) et ceux-ci accepteraient d’avantage de considérer leur polymorbidité comme critère de renoncement au dépistage des cancers. La manière dont le médecin formule ses phrases semble être importante : la plupart des participants préféreraient entendre « ce test (de dépistage) ne vous permettra pas de vivre plus longtemps », plutôt que « vous ne vivrez pas suffisamment longtemps pour que ce test vous apporte un bénéfice ».
Commentaire : l’intégration des recommandations de bonnes pratiques cliniques dans la discussion avec nos patients peut parfois être un exercice périlleux. Certains de nos patients semblent être particulièrement attentifs quant à la manière dont nous formulons nos conseils médicaux. La confiance qu’ils ont à notre égard semble être également un facteur déterminant quant à leur acceptation et/ou leur adhérence à nos recommandations. Dans ce contexte, développer et nourrir davantage nos compétences en matière de communication et d’évaluation du niveau de littératie en santé de nos patients semble être requis pour tout clinicien ayant le privilège d’établir un suivi au long cours avec ses patients.