Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07006.jsonl.gz/202

Le cerveau humain comporte à peu près 100 milliards de neurones, qui établissent chacun environ 10 mille connexions (synapses) avec les autres neurones ; autrement dit, quelque chose comme un million de milliards de synapses, chez une personne normalement intelligente. Ces synapses, qui laissent passer plus ou moins l’information (sous forme chimique), sont à comparer avec les transistors d’un processeur électronique, lesquels transistors ont aussi pour fonction de laisser, ou ne pas laisser passer un signal électrique (selon qu’il s’agit d’un 0 ou d’un 1).
Or, les processeurs les plus puissants d’un PC actuel comportent grosso modo un maximum d’un milliard de transistors. Il faudrait donc un million de PC pour obtenir l’« équivalent » d’un seul cerveau (équivalent entre guillemets, car cette équivalence ne porte que sur le nombre de composants, ce qui est en réalité tout à fait insuffisant pour rendre compte de la véritable complexité du cerveau). Notons en passant qu’un million de PC auraient besoin, au bas mot, de 100 mégawatts d’énergie électrique pour fonctionner, alors qu’un cerveau humain se contente, à tout casser, de 50 watts sous forme de glucose. Il convient donc de se montrer fasciné par ce prodigieux système biologique, peut-être le plus performant de l’univers, chef-d’œuvre de miniaturisation et de performances.
Ainsi, nous reconnaissons un visage humain en quelques fractions de secondes, là où les systèmes informatiques de reconnaissance d’images mettent plusieurs minutes et se trompent une fois sur deux. Et dernièrement, des chercheurs de l’Université de Berkeley ont programmé un robot pour plier une serviette, négligemment abandonnée sur une table. Selon l’un des chercheurs, « mettre au point un robot capable de plier une serviette est plus complexe que de construire un avion qui se pilote tout seul. » Au terme de plusieurs années de programmation intensive, ce merveilleux robot parvient à saisir la serviette et à la plier en quatre, en un temps record d’environ... 20 minutes ! Ce que n’importe quel gamin de 5 ans réussit en moins de 10 secondes.
Nous serions donc fascinés par le cerveau, si toutefois celui-ci permettait d’éviter des guerres nécessairement idiotes et d’empêcher que 20 mille personnes meurent de faim chaque jour dans le monde, pendant que des millions d’autres s’astreignent à toutes sortes de régimes et d’exercices physiques pour perdre du poids. Nous admirerions le cerveau s’il était capable de prendre les décisions adéquates pour enrayer un réchauffement climatique menaçant toute la biosphère. Nous adorerions le cerveau s’il s’avérait moins enclin à l’hypocrisie et à la haine, moins sujet à la soif de pouvoir et d’argent, étanchée par les moyens les plus cyniques.
Rappelons que, du cafard au ginkgo, certaines espèces animales et végétales survivent depuis des centaines de millions d’années, après avoir traversé avec succès tous les cataclysmes climatiques, cosmiques, volcaniques et magnétiques que connut notre planète. Si d’aventure Homo sapiens, étouffant dans les pollutions qu’il a lui-même créées et rôtissant dans son effet de serre, devait s’éteindre après quelques modestes millions d’années déjà, alors la merveille neurologique que contient notre encéphale se révélerait finalement comme l’échec le plus retentissant de toute l’évolution des espèces terrestres.