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Critique
Jean-Philippe comme Smet, bien entendu, alias Johnny Hallyday. Le film met en présence deux monstres sacrés, chacun dans son genre: Fabrice Luchini, fascinant dans sa démesure et sa manière de décortiquer les dialogues; Johnny Hallyday, souvent raillé pour divers excès mais qui, on l'a déjà vu plus d'une fois, peut se montrer excellent à l'écran.
Le réalisateur a été influencé par un ouvrage sur les mondes parallèles écrit par Philip K. Dick, grand auteur de science-fiction. Explications dans le film grâce à Jackie Berroyer en professeur de physique à la Tournesol... Fabrice (Fabrice Luchini) est un cadre moyen auquel ne manqueraient que les manchettes de lustrine d'antan; il mène une existence grisounette entre bureau et pavillon de banlieue, avec sa femme et sa fille en plein âge bête. Le rond-de-cuir a toutefois un jardin secret: depuis plus de quarante ans, il est fan de Johnny Hallyday, et son galetas recèle une précieuse collection de disques et d'objets en relation avec son idole.
Rentrant d'une soirée bien arrosée, il ameute son quartier en beuglant ses chansons préférées et se fait envoyer au tapis par un voisin irascible. C'est le trou noir, et il se réveille dans un lit d'hôpital, découvrant progressivement que personne n'a jamais entendu parler de son rocker favori et que sa fille a changé de prénom et de comportement. Egaré dans un espace-temps parallèle, il se met à enquêter, traquant tous les Jean-Philippe Smet qu'il trouve dans l'annuaire électronique des téléphones.
Fabrice finit par tomber par hasard sur un Jean-Philippe (Johnny Hallyday) sexagénaire désabusé harcelé par une minette, patron d'un bowling (L'Olympia...) Après des travaux d'approche plutôt décourageants, Fabrice réussit à éveiller la curiosité de Jean-Philippe en lui révélant des détails biographiques de son enfance et de son adolescence qu'il croyait être seul à connaître. Fabrice va pouvoir se lancer dans son rêve: faire en sorte que Jean-Philippe devienne le Johnny qu'il n'a pas été dans cet espace-temps différent. Cela n'ira pas sans peine: Jean-Philippe est persuadé de ne pas savoir chanter, il déteste les vêtements en cuir, les santiags lui font mal aux pieds... On ne s'ennuie pas dans cette comédie où l'on ne sait pas toujours sur quel pied danser: le va-et-vient entre les personnages fictifs et la réalité des acteurs est parfois déroutant.
Porté par deux compères qui ont dû bien s'amuser pendant le tournage, le film émeut par un Luchini en Pygmalion maladroit et un Johnny ne craignant pas de se tourner en dérision.
Daniel Grivel