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On ressort de son film, "After Blue (Paradis sale)" (en compétition à Locarno), désarçonné, désorienté, mais aussi fasciné et séduit. Ensuite, on rame pour le résumer, avant de renoncer à une tâche impossible. Puis on se dit qu'on va tenter d'y voir plus clair en prenant rendez-vous avec lui. Bertrand Mandico est un homme adorable, drôle, sérieux et pragmatique. Et il sait où il va. A priori, tous les ingrédients sont là pour une solide interview cash. Au final, on a surtout parlé de cinéma et c'est tant mieux.
Il y a une ambiguïté sur le titre de ton film. Il s'appelle "After Blue" ou "Paradis sale"?
C'est un seul ensemble. Un titre, "After Blue", avec un sous-titre, "Paradis sale". Comme si "After Blue" appelait en somme à des suites, des déclinaisons.
C'est aussi pour cela qu'il comporte un plan caché, d'ailleurs comme dans tous les Marvel, à la toute fin du générique de fin?
C'était aussi le cas avec "Les Garçons sauvages". Pour moi, cela veut juste dire qu'un film doit aller jusqu'à la fin de son générique, que cela fait encore partie de l'oeuvre, que le métrage ne s'arrête que lorsque les lumières se rallument.
Est-ce qu'il est facile de créer un monde sans hommes comme celui de ton film?
Il suffit de prendre plein d'actrices. Plus sérieusement, au départ, tout était écrit comme un western. Et le western est plutôt un genre avec des hommes. Donc il m'a suffi d'inverser, et de mettre des femmes à la place, sans pour autant changer la structure et les dialogues.
Un procédé quelque part inverse à celui des "Garçons sauvages".
Oui, exactement.
Pour obtenir une fiction aussi hors-norme et décalée, comment as-tu dirigé tes actrices?
Tout d'abord en faisant un casting très long. Et particulier, puisque pour cela, j'écris des situations complexes qui ne se trouvent pas dans mon film. Les actrices doivent apprendre à mettre en bouche cet univers. Ensuite, je dois sentir que je peux me perdre en elles. Et puis je leur montre mes films. Celles qui n'aiment pas ou n'adhèrent pas quittent en général le bateau à ce stade. Ensuite, je leur rappelle que tout est écrit au millimètre. Dans mon film, les actrices n'avaient pas droit du tout à l'improvisation. J'aime aussi leur montrer les situations en les jouant devant elles. Enfin, je postsynchronise tout ensuite, ce qui me permet de tendre encore plus le jeu.
Sans trop en dévoiler, on peut dire que dans le film, certaines des héroïnes veulent tuer une fille qui s'appelle Kate Bush. Quel est ton rapport avec la chanteuse?
J'en suis fan. J'adore son univers musical. C'est un résidu de la culture pop. J'adorais avoir ce clin d'oeil.
Où puises-tu pour imaginer l'univers qui se déploie dans "After Blue (Paradis sale)"?
Je me nourris depuis longtemps de culture et de contre-culture. Et je continue à en consommer au quotidien. J'ai vraiment besoin de cette nourriture. J'ai de la peine à croire ces cinéastes qui disent ne rien regarder lorsqu'ils créent. Il y a du western et de l'heroic-fantasy dans mon film. Je ne peux pas donner une référence précise mais j'ai pioché un peu dans le "Satyricon" de Fellini, dans "Dark Crystal" de Jim Henson, et un peu chez Cocteau, Miyazaki, Mario Bava. Mais c'était un tournage très compliqué. Je dis souvent que ce film était mon petit "Apocalypse Now". Je suis vraiment passé par tous les états.
Il a été tourné avant le Covid?
Oui, et monté pendant le Covid.
Es-tu conscient de toute la hype qu'il y a autour de toi?
Je sais que "Les Garçons sauvages" a touché beaucoup de jeunes. Mais personnellement, je ne me sens pas très hype. Donc je ne suis pas très conscient de ça, pour répondre à ta question. Pour moi, chaque film est une remise en question.
En 2012, tu avais créé un manifeste de l'incohérence. Tu le revendiques toujours?
Disons que j'aime bien ne pas rester sur les mêmes rails. Je pense que mes films sont aussi des réponses au pragmatisme de l'époque.
Comment aimerais-tu que les gens réagissent à ton film?
J'ai envie de créer une addiction. Qu'ils se sentent sonnés et aient envie d'y retourner. De créer un nouveau stupéfiant. Les films, j'aime les revoir. J'aimerais qu'on fasse de même avec celui-là.
A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit d'Aure Atika. Sa question: Est-ce que tu penses que tu vaux ce que tu vaux?
Ah. Eh bien, comme je ne sais pas ce que je vaux, je ne peux pas y répondre.
Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?
La même. Est-ce que tu penses que tu vaux ce que tu vaux? Pour voir s'il ou elle va s'en sortir.
J'ai peur que cela tourne en rond...
Tu as raison. Je vais en trouver une plus simple. Pourquoi tu fais du cinéma?
Et si c'est quelqu'un hors-cinéma?
Est-ce que tu penses qu'un film peut être hanté par un vrai fantôme?