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Qui, sur le Vieux Continent, connaît l’existence de la «maladie du hochement de tête» ? Il s’agit là d’une entité pathologique également désignée «syndrome du hochement de tête», «maladie du tremblement» ou «nodding syndrome». Elle sévit dans quelques zones du sud-est de l’Afrique et affecte les enfants âgés de cinq à quinze ans. Cette entité est aujourd’hui incurable et mystérieuse à bien des égards. Elle commença à être mentionnée dans les années 1960 (rencontrant alors un certain scepticisme) avant de commencer à être étudiée dans les années 2000 (au Soudan). Elle vient de faire l’objet d’une première réunion médicale et scientifique internationale ; réunion qui s’est tenue en août à Kampala (Ouganda) sous l’égide de l’OMS.
On sait que lorsqu’on est perdu dans le brouillard épais de symptômes plus ou moins disparates la nosologie peut jouer le rôle de la balise salvatrice. A Kampala, les experts se sont mis d’accord sur le terme de «nodding syndrome» ou «syndrome du hochement de tête». Ce syndrome est caractérisé, précise l’OMS, par «des épisodes de hochement de la tête, parfois provoqués par la consommation de certains aliments ou un climat caractérisé par des basses températures. Ces épisodes s’accompagnent souvent de convulsions ou de phases avec fixité du regard. Pendant ces épisodes, l’enfant ne se nourrit plus et semble ne pas réagir ; il peut, ou pas, perdre conscience. Certaines victimes présentent une détérioration des fonctions cérébrales et sont atteintes de malnutrition accompagnée, dans la majorité des cas, d’un retard de croissance.
Parmi les pistes les plus étudiées, on trouve les liens pouvant exister entre le syndrome du hochement de tête et l’onchocercose. Il apparaît en effet que plus de 90% des cas sont observés dans des zones endémiques pour l’onchocercose (cécité des rivières), et ce principalement en Ouganda, au Soudan du Sud et en Tanzanie. Pour l’heure, le traitement est très limité. Les médicaments antiépileptiques peuvent améliorer les convulsions chez les enfants, «mais leur efficacité reste discutable» explique l’OMS qui conseille aux gouvernements des pays concernés «d’entreprendre une thérapie de masse par ivermectine» spécialité pharmaceutique utilisée dans le traitement de l’onchocercose (cécité des rivières) ; thérapie de masse dans tous les districts touchés et recommande le renforcement de leurs systèmes de santé.
Certains spécialistes émettent toutefois des doutes sur la corrélation entre ce syndrome et l’onchocercose. «Il y a de nombreuses parties du monde où l’on trouve des cas d’onchocercose, mais pas de "nodding syndrome"» note Scott Dowell, des Centers for Disease Control and Prevention (CDC). De nombreux Ougandais pensent quant à eux que la maladie est le fruit du climat de violence qui prévaut dans leur pays, la maladie étant observée dans les zones les plus touchées par certaines exactions (viols, massacres, enrôlements d’enfants-soldats) et leurs diverses conséquences.
Dans les premiers mois de 2011, des spécialistes des CDC avaient enquêté sur un cluster de «nodding syndrome» dans le sud du Soudan.1 Ils ont alors pu conclure que les présentations cliniques, les résultats neurologiques, et la distribution des âges étaient similaires aux cas rapportés dans l’Ouganda voisin. Ce syndrome pourrait être selon eux une expression nouvelle de la pathologie épileptique. Les approches menées à partir de l’électroencéphalographie ou de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire cérébrale n’ont toutefois pas permis de conclure. Les experts des CDC rappellent que plusieurs facteurs étiologiques ont été proposés : infectieux, nutritionnels, environnementaux, psychogènes. En dépit des différentes enquêtes menées sur ce thème, la cause du syndrome et sa physiopathologie demeurent inconnues. L’association avec l’onchocercose semble aujourd’hui la plus solide mais le mécanisme physiopathologique par lequel l’infection par le nématode Onchocerca volvulus pourrait induire une maladie d’expression neurologique n’est pas clair. Et les CDC de souligner que si l’onchocercose est endémique dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, le «nodding syndrome» n’est signalé que dans trois petites zones localisées d’Afrique. Pourquoi ?
Le potentiel pathologique de la dengue, maladie virale transmise par des moustiques, est considérable. Selon l’OMS, la moitié de la population mondiale est directement exposée à ce risque infectieux. Si cette infection se limite généralement à des syndromes grippaux, elle peut aussi évoluer vers des formes plus sévères qui constituent une cause fréquente de maladies infantiles graves et mortelles dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine. Différents éléments épidémiologiques laissent penser que l’incidence de la dengue a augmenté de façon spectaculaire au cours des dernières décennies. Avant 1970, seuls neuf pays avaient connu des épidémies de dengue sévère ; or la dengue est aujourd’hui considérée comme endémique dans plus de cent pays à travers le monde.
Ajoutons qu’il n’existe actuellement aucun vaccin anti-dengue. Quand elles existent, les recherches dans ce domaine sont compliquées, du fait qu’il existe quatre sérotypes (DENV 1, 2, 3 et 4) du Flavovirus responsable de cette maladie infectieuse. De plus, il n’existe pas ici de véritable modèle animal utilisable dans le champ de la recherche vaccinale. Plusieurs candidats vaccins possibles sont actuellement en cours de développement. The Lancet vient de publier2 les premiers résultats montrant qu’une approche vaccinale contre la dengue, à la fois sûre et efficace, est du domaine du possible. Basés en France et en Thaïlande, les auteurs de cette publication ont testé l’efficacité de leur candidat vaccin (CYD-TDV) sur un groupe de 4002 écoliers en Thaïlande – des enfants âgés de quatre à onze ans ; l’essai était de phase 2b et la Thaïlande a été retenue comme terrain d’essai clinique puisque la dengue sévit dans ce pays sur un mode endémique et que les Thaïlandais y ont une bonne connaissance de la maladie et de ses symptômes.
En pratique, 2669 enfants ont reçu le candidat vaccin CYD-TDV, et 1333 un vaccin placebo. Les chercheurs expliquent que, dans un premier temps, il n’y a apparemment pas eu de différence statistiquement significative entre le nombre de cas de dengue enregistrés dans le groupe vaccin (76 cas, soit 2,8%) et le groupe témoin (58 cas, soit 4,4%). Ils avaient alors évoqué un taux d’efficacité «plus faible» que celui qu’ils avaient initialement espéré. Toutefois, dans un second temps, les mêmes chercheurs ont pu établir que leur candidat vaccin était bien protecteur pour trois des quatre sérotypes du virus. Le taux d’efficacité atteint ainsi entre 60 et 90% pour les sérotypes DEN-1, DEN-3 et DEN-4. Seul le virus de sérotype DEN-2 demeure résistant alors que la réaction immunitaire semble satisfaisante. Pour les chercheurs thaïlandais et français, il s’agit là d’une observation surprenante qui fait l’objet de recherches complémentaires.
«Notre étude constitue la première démonstration qu’un vaccin contre la dengue, sûr et efficace, est possible, estime le Dr Derek Wallace (Sanofi, Singapour), l’un des co-auteurs. D’autres essais avec le CYD-TDV sont actuellement en cours dans un certain nombre de pays, et nous espérons que les premiers résultats positifs seront confirmés par ces études réalisées dans différents contextes épidémiologiques.» Le Dr Wallace n’a pas manqué de rappeler que l’on estime à près d’un demi-million le nombre de personnes hospitalisées chaque année du fait d’une dengue, dont la majorité sont des enfants. C’est dire l’impact positif, médical et économique, que pourrait avoir le développement d’un vaccin efficace et sûr. A la condition – mais faut-il le rappeler ? – que ce vaccin soit à un coût suffisamment bas pour qu’il puisse être acquis par les pays qui en ont le plus besoin et administré aux enfants les plus exposés. Ce qui reste par définition à démontrer.