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La petite histoire des mots
Campagne
Georges Pop. |. La campagne pour les élections fédérales d’octobre est désormais bien amorcée : au bord des routes les affiches aux couleurs des partis, exhibant des visages le plus souvent inconnus ont poussé comme de la mauvaise herbe ; les réseaux sociaux sont envahis par les serments des solliciteurs de tous bords alors que sur le terrain les prétendants se démènent pour serrer la main de leurs adhérents ou des simples flâneurs fortuitement de passage. Mais pourquoi parle-t-on de « campagne électorale » à propos de cette période au cours de laquelle les candidats se démènent pour faire connaître leur aspect et leurs idées dans l’espoir de récolter un maximum de voix ? Le mot « campagne » nous vient naturellement du latin « campus » qui désignait un champ agricole mais aussi un champ d’exercice ou de bataille. A Rome, le Champ de Mars (Campus Martius), sur la rive gauche du Tibre, était une vaste étendue consacrée au dieu de la guerre où, sous la République, se déroulaient tous les évènements à caractère militaire. « Campus » se transforma en « campania » en bas latin. Au début du 16e siècle, en français on trouve le mot le mot « campaigne » qui définissait une vaste étendue plane hors des villes. Quelques décennies plus tard « campagne » apparut enfin sous sa forme actuelle pour désigner également un terrain non fortifié où les armées se déplaçaient ou se battaient ; d’où l’expression « se mettre en campagne ». Plus tard « battre la campagne » prit, en termes de chasse, le sens de parcourir une vaste étendue pour traquer le gibier. De nos jours, elle signifie se promener en pleine campagne où la quadriller à la recherche de quelqu’un ou de quelque chose. Ce n’est qu’au 19e siècle que le mot fut associé à la politique. Compte-tenu des moyens de communication du temps, les hommes politiques (les femmes étaient alors exclues de la vie publique) devaient sillonner villes et campagnes pour se faire connaître. On notera que dans de nombreux pays démocratiques, les campagnes électorales sont strictement réglementées en ce qui concerne leur budget, leur durée et les contributions privées. Selon les pays, les partis et les candidats peuvent aussi obtenir des financements publics. A cet égard, la Suisse fait figure d’exception au beau milieu de l’Europe. Parmi les 47 Etats du Conseil de l’Europe elle est le seul à ne pas avoir de loi sur le financement des partis politiques. Et rien ne les oblige à la transparence ! Pour en revenir à l’étymologie, il est plaisant de noter que « champagne » est lui aussi un dérivé du bas-latin « campania ». Le nom propre désigne évidemment la région rurale française, célèbre pour ses vins pétillants mais aussi le courageux petit village du Nord vaudois qui fut attaqué par la France pour avoir eu l’audace de porter un nom prétendument réservé. Quant au substantif – inutile de le préciser – Il désigne ce vin mousseux synonyme de célébration ou de fête. Chaque bouteille renferme l’équivalent de cinq litres de gaz carbonique qui produisent une pression de 5 à 6 bars. Chaque bouchon peut du coup fuser à une vitesse de 50 km/h. On verra à la fin de l’actuelle campagne qui seront ceux, parmi les candidats, qui auront une bonne raison de sabrer (déboucher d’un coup sec) puis de sabler (déguster) un bon champagne.