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Sujet régulièrement mis sur le métier, la trame qui fonde les relations entre les femmes et les hommes n’en finit pas d'être détricotée et retricotée. Un nouveau pavé est lancé par le neurobiologiste Jean-François Bouvet, Le camion et la poupée. L'homme et la femme ont-ils un cerveau différent ? (Flammarion, 2012).
Dans une interview au magazine Le Point l’auteur fait état des connaissances récentes sur le cerveau pour soutenir une position nuancée sur un thème actuel: le cerveau a-t-il un sexe? Il rappelle opportunément qu’au XIXe siècle quelques auteurs avaient décrété que les femmes étaient inférieures intellectuellement aux hommes à cause d’un cerveau en moyenne plus petit. Ils ne représentaient pas l’ensemble des scientifiques de l’époque, et encore moins l’ensemble de la société, mais leur discours touchait des politiciens qui avaient besoin d’alibi pour provoquer un véritable clivage des rôles sociaux femmes-hommes.
Ce constat des différences de taille est aujourd’hui confirmé: 150 grammes de moins de masse cérébrale chez nos compagnes alors que nous, singes savants, avons plutôt la grosse tête. Toutefois si le constat est juste, la déduction faite par Gustave Le Bon, médecin et anthropologue, en 1879, n’a pas été confirmée:
«Tous les psychologistes qui ont étudié l'intelligence des femmes ailleurs que chez les romanciers et chez les poètes, poursuit le savant, reconnaissent aujourd'hui qu'elles représentent les formes les plus inférieures de l'évolution humaine et sont beaucoup plus près des enfants et des sauvages que de l'homme adulte civilisé.»
En effet le nombre de connexions et leur activation est plus importante que la masse globale. Le propos de Le Bon est évidemment de nature à alimenter les récriminations féministes. Mais n’oublions pas que les femmes ne sont pas les seules à subir des classifications dévalorisantes, et les hommes ont été souvent considérés comme des forts à bras un peu bêtes. Il semblerait que seuls les intellectuels d’une classe éduquée soient au-dessus du lot. De plus la force était survalorisée au détriment des autres facultés humaines:
«Sois fort, ne pleure pas, résiste au froid, à la peur, prépare-toi à mourir pour ton pays»
Le XIXe siècle a été misogyne mais aussi misandre. Le but était de forger des armées de combattants prêts à mourir pour les chefs de guerre et les nationalistes qui montaient en puissance à cette époque très guerrière. Les femmes devant assurer l’arrière-garde sanitaire pour les blessés et faire tourner les usines, il n’était utile de les pousser aux études. On peut donc imaginer que les propos d’un Gustave Le Bon ne sont pas marquées par une objectivité scientifique ni par l’honnêteté intellectuelle souhaitable.
Les féministes du XXe siècle et encore aujourd’hui ont surréagi et développé la théorie de la totale construction sociale des genres en la généralisant à toute l'Histoire humaine. Hommes et femmes n’auraient aucune différence de nature, seule la culture en ferait des êtres distincts. On peut voir en cela un contrepoint aux constructions sociales acharnées du siècle précédent que nous n'avons pas fini de payer. Mais l’une et l’autre théories sont déconnectées de la biologie au point de refuser la part de nature.
Passé cette mise au point l’auteur du jour, Jean-François Bouvet, rappelle l’expérience des kibboutz israéliens: bien qu’élevés de manière très unisexe, les filles et les garçons s’orientent par la suite vers une reprise des rôles traditionnels sans y être forcés ni particulièrement incités. Cela va dans le sens du constat fait en Norvège. De même les comportement des jeunes singes femelles ou mâles diffèrent comme ils diffèrent chez les humains.
«Les féministes ont eu beau monter au créneau, certaines ont été obligées de reconnaître que le conditionnement dès l'enfance ne fait pas tout. des expériences réalisées sur des singes mâles et femelles mettent en évidence le même type de choix que chez les enfants des deux sexes. C'est stupéfiant.»
L’auteur souligne également que pour les mêmes tâches, les femmes et les hommes n’activent pas les même zones du cerveau. On peut donc agir à l’identique mais avec un cheminement différent. Il rappelle qu’à l’adolescence les cerveaux des filles et des garçons se différencient plus nettement. Il constate également que les femmes fonctionnent plus par cycle: selon le taux hormonal et la phase de leur cycle menstruel, un hémisphère cérébral semble moins actif que l’autre.
«En gros, quand leurs taux d'hormones sexuelles sont au plus bas, les femmes traitent préférentiellement l'information, comme les hommes, avec leur hémisphère gauche. En revanche, après l'ovulation, quand les concentrations hormonales sont élevées, les deux hémisphères participent à nouveau de manière équilibrée. Mais est-ce que ça change pour autant leur façon d'aborder les problèmes ? On ne sait pas encore.»
La conclusion de l’auteur est que l’on devrait tenir compte des deux approches, biologique et culturelle, pour analyser les différences hommes-femmes et les éventuels comportement différenciés qu’elles impliquent. C’est la position que je soutiens de longue date:
«Un homme à la fois naît et devient homme. Une femme à la fois naît et devient femme. Le genre n’enferme pas l’individu dans une stéréotypie absolue mais il lui donne un cadre et un support de construction en relation avec son sexe biologique. Ce nouveau paradigme permet d’en finir avec la séparation corps-esprit, avec la culpabilité qui en découle, et avec la guerre des sexes. Si le biologique a une part dans la construction sociale des genres il n’y a plus d’enjeu idéologique à se reconnaître différents. La différence n’est pas une subordination. Alors que l’absence du biologique dans la définition des genres aboutit, elle, forcément à un rapport de force, parce qu’instituée par la seule volonté des individus et parce que, les genres ne disposant plus de territoires propres, la lutte de pouvoir est permanente. Le couple selon la Feminista n’est que rapport de forces. (p. 58)»
Là où les féministes prétendent que tout est culturel et que l’humain se décide entièrement comme il le veut (vision productiviste absolue), là où les biologistes affirment que la nature est prédominante, il semble qu’il soit plus judicieux et pertinent d’adopter la voie mixte: tenir compte et du formatage biologique et de l’influence du milieu qui offre aux humains un puissant tremplin évolutif.
Abandonner les théories rigides permettrait d’assumer nos différences non pas dans un rapport de pouvoir comme c’est souvent présenté aujourd’hui, mais comme une articulation dynamique des relations.