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09/12/2016
Jean-Pierre Dionnet & le dix-septième exterminateur
Jean-Pierre Dionnet, le célèbre fondateur de Métal Hurlant, l'auteur de plusieurs bandes dessinées marquantes, vient de rééditer, en un volume (chez Casterman), les histoires jadis parues en plusieurs d'Exterminateur 17, dessinées par Bilal et Baranko. L'idée de départ m'a beaucoup plu. Il s'agit d'un androïde dans lequel l'esprit de son créateur se réfugie quand, ayant atteint le seuil ultime de la vieillesse, il meurt. Ainsi cet androïde figure-t-il le corps glorieux de la religion chrétienne. C'est le corps sublime, immortel, que l'homme est censé se créer par sa science.
À vrai dire, il était surtout censé le créer par sa vertu, qui devait mettre en œuvre les processus alchimiques par lesquels la chose se réaliserait d'elle-même. Comme les chrétiens traditionnels voulaient surtout qu'on pratiquât cette vertu, ils finirent par qualifier ce corps de pure grâce, livrée inexplicablement par la divinité. Les alchimistes voulurent en percer le secret, et, peut-être, le bâtir sans avoir à se fatiguer, sans avoir à exercer des vertus difficiles à atteindre.
Chez les alchimistes, ce n'était pas net, car les vertus morales chez eux étaient une réalité qu'on retrouvait dans les éléments, et il s'agissait, dans leur esprit, d'unir les deux. Mais chez les chimistes, pour ainsi dire, il est net que la vertu fut réduite à la science abstraite, à la connaissance théorique. Ainsi est née la science-fiction. Elle prévoyait de conquérir les merveilles promises par la religion au moyen de la seule science, regardée comme vertueuse en soi. Isaac Asimov, par exemple, estimait que les scientifiques étaient des hommes vertueux par excellence, et que leur méthode les empêchait d'être malhonnêtes.
Personnellement, j'ai des doutes, mais j'apprécie la nudité de la figure chez Jean-Pierre Dionnet, et, surtout, que la migration de l'âme d'un mort rappelle le mythe chrétien. Souvent, la science-fiction fait transporter cette âme par des fils électrifiés, ou n'explique pas comment est apparue l'âme du robot. Mais Dionnet a voulu conserver une part de mythe. À cet égard, il rappelle les scénaristes de la compagnie Marvel, en particulier Roy Thomas lorsqu'il créa le personnage de la Vision: cet androïde aux fabuleux pouvoirs et au costume hiératique abritait l'âme d'un super-héros mort.
Il restait ensuite, à Dionnet, à montrer comment cet être a des pouvoirs fabuleux et exerce la justice. C'est assez réussi, et les scènes d'action sont belles, faisant sortir des rayons de feu des yeux, des mains, de la bouche de l'Exterminateur 17, et le faisant se battre avec grâce, donnant des coups de pied et de poing comme un artiste martial peut le faire. Le hiératisme est symbolisé par une bure de moine. Les couleurs et les symboles ne sont pas pratiqués comme dans les comics, mais l'androïde céleste vit quand même dans une sorte de temple.
J'ai beaucoup aimé cet album, même si les méchants m'ont paru avoir des idées compliquées, un peu comme chez Alan Moore. L'atmosphère française, portée à l'intellectualisme, donne de la noblesse à l'ensemble. Elle lui donne aussi une forme d'évanescence.