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C'est avec beaucoup d'émotion qu'Elisabeth Schwarzkopf répond aux questions de Jean Dumur, qu'elle remercie de façon très attachante pour avoir eu l'idée de cette rétrospective. Dans ce Destins de 1981, la première partie de l'émission était consacrée à la carrière extraordinaire de la Diva.
Nous en voyons ici un extrait de la deuxième partie qui s'attache à montrer le travail actuel d'Elisabeth Schwarzkop, au service de la mise en scène du répertoire lyrique qu'elle connaît de l'intérieur.
Elisabeth Schwarzkopf, la soprano coloratur, britannique d'adoption et d'origine allemande, blonde aux yeux bleus, ancille du Lied et de l'opéra allemands, aura tout de même survécu quelques décennies à sa rivale de toujours, la brune Maria Callas, son alter ego du répertoire italien. Karajan racontait que chacune espionnait l'autre en se cachant dans une loge de la Scala durant les répétitions pour tenter de surprendre un secret de sa rivale. Leur rancoeur éternelle était-elle lié au fait que l'une et l'autre ont été découvertes par le même homme, l'anglais Walter Legge, le fondateur du London Philhamonia Orchestra, et qui sera l'époux d'Elisabeth Schwarzkop dès 1953? Ou tout simplement au fait que leur carrière les ont placées au faîte de la gloire au même moment?
Née en 1915 dans un petit village de l'actuelle Pologne, d'un père instituteur prussien, c'est à Berlin qu'elle étudie le chant, le piano, l'harmonie et le contrepoint, pour entrer ensuite dans les choeurs de la Deutsche Oper. Lors de ses études au conservatoire, une erreur d'appréciation de son premier maître de chant avait failli contrarier à jamais sa carrière puisqu'il avait estimé qu'elle était une mezzo-soprano. Sa mère, se souvient-elle, lui fit changer prestement de professeur.
Peu après avoir signé à l'opéra de Vienne, la cantatrice dut rester éloignée des planches pour un an afin de soigner une tuberculose. Mais son retour en 1944 fut bref, les bombardements alliés entraînant la fermeture des salles de spectacle. Dès 1944, elle fait ses vrais débuts à l'Opéra national de Vienne, où Böhm l'avait appelée dès 1942, et où elle rencontrera son futur mari, l'anglais Walter Legge. Anglais germanophile en quête de jeunes artistes pour la firme EMI, Legge s'engage précisément à trouver du travail aux «interdits de baguette» comme Karajan.
Ses grands rôles la projetteront au sommet de la scène lyrique internationale dans les années 60: la Maréchale du Chevalier à la rose, Fiordiligi du Così fan tutte…
Cela faisait déjà plusieurs années qu'Elisabeth Schwarzkopf s'était retirée du monde lyrique, ayant fait ses adieux à l'opéra, le 31 décembre 1967, dans la Maréchale du Chevalier à la rose de Richard Strauss à La Monnaie de Bruxelles. Dès lors elle ne se produit plus qu'en récitals, et donne de nombreux cours de chant et d'interprétation à travers le monde. Après la mort de son mari, en 1979, elle quitte définitivement le monde de la musique, mais transmettra tout de même son expérience au service de la mise en scène de ses plus grands succès.
On a souvent parlé de la soumission totale de la diva à son mari, ce qui est corroboré par le titre du document autobiographique qu'elle lui dédia après sa mort, sous le titre «La Voix de mon maître, Walter Legge» (1982). Elle le dira elle-même: sa vie a toujours été placée sous le signe du travail, de la souffrance acceptée, de la recherche de la perfection, d'une vie qu'elle décrivait elle-même comme un vrai sacerdoce, au service de l'art vocal.
Avec elle s'éteint aussi cette lignée des divas d'opéra qu'aura connue le XXe siècle.
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Journaliste: Jean Dumur Réalisateur: Serge Minkoff