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Mohammed Yusuf est gestionnaire de biens. Sa société a son siège à Londres et gère des investissements pour une valeur d’un milliard de livres. Né en Somalie, depuis quelques années Yusuf investit durablement dans son pays, par exemple dans la pêche commerciale.
Pourquoi investir dans un pays qui est considéré pas sûr, voire très dangereux et économiquement en faillite ? Parce que Yusuf voit ce qui est en train de se passer au delà des clichés circulant en Occident. « Les gens croient que les Somaliens sont tous maigres et qu’ils sont des pirates », dit-il. C’est incroyable, si on pense que jusqu’aux années 1960 le pays était surnommé « la Suisse d’Afrique ».
Après l’indépendance de l’Italie, les Somaliens ont élu un président de manière pacifique. Sept ans plus tard, un autre président a été élu, également de manière pacifique. En 1969, soudainement un putsch a mis fin à l’expérience démocratique. Suite à vingt ans de dictature, le pays se trouvait au bout du rouleau, économiquement et moralement. Finalement, en 1991 la guerre civile a éclaté.
Depuis, et jusqu’à il y a quelques années, la Somalie a été considérée un État en déliquescence. Toutefois, en 2015 l’ONU a changé son évaluation de la Somalie, qui est passée d’« État failli » à « État fragile ». Le gouvernement central, élu démocratiquement et soutenu par l’ONU, reste plutôt faible, mais les développements sur le plan politique ainsi que la coopération avec les gouvernements locaux et les clans progressent.
Par leurs attaques, les milices islamistes extrémistes continuent à propager de l’insécurité, mais n’arrivent plus a déstabiliser le système. Un des plus grands défis actuels est la mafia de la contrefaçon de billets. Il semblerait que 98% des billets sont faux, ce qui rend une politique monétaire stratégique de la part de l’État impossible.
Avec l’aide du Fond monétaire international, le gouvernement somalien veut enfin recommencer – après 26 ans – à imprimer ses propres billets et reprendre le contrôle de la politique monétaire, qui est un instrument essentiel pour piloter l’économie.
On ne sait pas encore quand la nouvelle monnaie entrera en circulation ni à quoi elle ressemblera. Ce qui est certain c’est que l’image actuelle d’une femme tenant un fusil dans une main et une pelle ainsi qu’un râteau dans l’autre n’y sera plus. De plus, pour commencer il n’y aura que des billets de mille shilling. Leur valeur est d’environ 5 centimes suisses.