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Extrait des chroniques de Henri Venel
fondateur à Orbe de l'institution de l'Hôpital puis à Genève l'institution de Champel.
Cette chronique est très intéressante puisqu'elle relate les premiers éléments de l'activité de Frédéric Edouard Sillig à son arrivée en Suisse. Hormis les retraits de début de paragraphe, l'otthographe (y compris les fautes) et la ponctuation originale ont été strictement maintenues.
FOS
INSTITUTION DE L'HÔPITAL
2ème phase. l826 et 1827
Il est facile de constater qu'il suffit de quelques circonstances pour modifier la couleur d'une institution.
D'abord les auxiliaires changent. Mr.Alexis Roulet est encore bien jeune et il est loin d'avoir pris l'assurance neuchâteloise qui le caractérisera bientôt. Il est loin de faire le "capable".
Mr. Sillig, qui remplace Mr. Haffner, est arrivé de Frankenberg, le 6 octobre 1826. C'est Mr. Kökler qui l'a envoyé de Saxe. Il est la candeur même de la jeunesse et la force de vie par excellence. D'une vie qui ne demande qu'à être employée à tout ce qu'on voudra. Un vertueux et joyeux compagnon ; mais accessible à la flatterie intéressée. Bon, aimant, actif, vif, complaisant. C'est un brave disciple de la célèbre Ecole primaire de Meissen. Je m'applaudis d'avoir enfin rencontré un si puissant auxiliaire. Nous nous entendons à merveille.
Alexis Roulet avait décidément remplacé son frère Octave, dont on lui avait;, pour ainsi dire, fait escamoter la place. Au reste, comme il est inutile de rappeler bien des amertumes, je serai des plus bref sur tout ce qui concerne cette famille.
Nous fîmes entre nous le partage.
L'Ecole classique était trouvée; partagée en deux divisions : Les langues anciennes et les langues modernes.
L'Ecole scientifique, attendant son maître spécial.
Je réserve pour moi de boucher tous les trous, toutes les lacunes du temps perdu, ou trop mal employé. Je continuerai à mettre la Vie dans toutes les intelligences.
Ainsi s'agrandirait, tout à coup, notre plan.
Ce ne sera plus un seigneur bienfaisant que je forme; mais une quantité d'hommes utiles, de bons et peut-être de grands citoyens. En un mot j'avais travaillé pour le Roi, désormais nous allons travailler pour le peuple.
Si le premier Institut de l'Hôpital était borné aux seuls élèves compatriotes, aujourd'hui les élèves étrangers nous arrivent déjà ; nous pleuvent même. Il fallait donc compléter ses moyens. Il nous arrivait des élèves des quatre nations; il fallait avoir}..r les quatre _langues. Je. fis revenir provisoirement ,Scipion; nous eûmes un peu d'italien. Il ne nous manque plus que l'anglais, que nous ferons venir. On voit combien peu Orbe me servait et combien je lui étais utile.
Au reste Sillig était encore bien jeune, 20 ans à peu près, comme Alexis. C'étaient presque, l'un et l'autre des imberbes. Il fallait voir ! Voila pourquoi je considère ces deux années 1826 et 1827, comme deux années transitoires ou d'essai; entre un Institut préparatoire et un Institut définitif.
La qualité d'être aussi jeune, pour l'heure, pouvait me servir, au contraire, dans l'avenir…., quand l'épreuve aura été faite et que j'aurais appris à les estimer et à les aimer… On me comprend. Je m'attachais rapidement et sincèrement à Sillig et le considérais comme mon fils bien aimé.
Les Anglais sont arrivés; d'abord en petit nombre à Orbe; mais ce à pouvait rapidement augmenter. C'est une nation bien payante et, puisque nous voulions augmenter nos sacrifices, il fallait bien augmenter nos ressources. Nous avions aussi des italiens. D'ailleurs ces Anglais nous venaient d'Italie et l'italien était impérieusement requis pour eux.
Les Anglais, ainsi que les Allemands sont de grands mangeurs de latin; jusque dans la carrière du commerce. Quelques-uns, même, n'ont appris dans leurs collèges anglais que de "celà" et comme ils n'en ont rien retenu, rien, absolument rien du tout, il leur arriva de nous venir table rase sur tout ce qu'ils devraient déjà savoir et qu'il faudra se hâter de leur apprendre; à commencer par les premiers éléments de I'arithmétique commerciale et la géographie. On voit d'avance l'utilité, pour eux, de cette école élémentaire, très réelle, que j'avais inventée à Jolival. Je trouvais, tout à coup, dans le caractère anglais quelque chose d'analogue à mon caractère; le sérieux et le consciencieux.
Je trouvais celà, essentiellement, dans mon bien aimé Hugue Thurburn, et dans l'aîné des Sanderson. "Hugh" était écossais, par conséquent très sympathique avec les Suisses. Plein de la plus solide intelligence.
William Sanderson, Anglais, en avait peut-être encore plus; mais moins aimable; un fond d'opiniâtreté qui pouvait devenir, pour lui, une source de maux.
Ces deux garçons ont suivi notre enseignement avec un tel zèle et un tel profit, qu'ils entrèrent de plein saut, dans les spéculations commerciales et les affaires les plus importantes de leurs maisons. Il s'agit de la maison Sanderson, de Messine, émanée de celle de Thurburn, qui s'occupe du commerce de la plupart des produits siciliens. Sur 86 produits que fournit cette île 58 sont du ressort de la maison Sanderson. .
Mr. Thurburn, d'Egypte, père de notre élève Robert, était l'associé de Mr. Briggs. La puissante maison .Briggs-Thurbum et Cie., établie à Londres et à Alexandrie d'Egypte, est l'une de ces trois grandes maisons anglaises avec lesquelles le Pacha d'Egypte fait toutes ses grandes affaires. Celle-ci, en particulier, lui fournit les armes et munitions de guerre. Hugh était destiné d'abord à cette maison. William devait remplacer son père dans son commerce sicilien.
Le frère aîné de Hugh, notre excellent ami Robert Thurburn, sera longtemps l'entremetteur de toutes nos affaires financières avec tant de gens.
Ces familles nous ont gardé la plus vive reconnaissance et sont restées, fort longtemps, nos amis les plus chauds.
Les élèves de cette époque, dont j'aime à conserver le souvenir sont: Françillon, les deux Miéville; les deux Cordey; les deux Meier; Théodore de Meuron; les deux compagnons de Macérata; Arthur Caselli; Tom Sanderson; Will, Sanderson; Hugh Tburburn; John Baillie (anglais); et Alfred Morel. J'ajouterai encrore: Eugène David; Eugène d'Erlach; Eugène Roguin; Ulrich Gilg et Daniel Guhl.
Édité le 12.06.2012