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"Il est décédé ce matin (mercredi) à son domicile parisien dans son sommeil", a déclaré la maire socialiste de Lille.
Ancien ministre de l'Economie sous François Mitterrand (1981-1984), il avait douché les espoirs de la gauche en refusant de se présenter à l'élection présidentielle de 1995 alors qu'il était le grand favori des sondages, un renoncement spectaculaire à la télévision devant 13 millions de téléspectateurs.
"Je n'ai pas de regrets", mais "je ne dis pas que j'ai eu raison", avait-il déclaré au Point en 2021. "J'avais un souci d'indépendance trop grand, et je me sentais différent de ceux qui m'entouraient. Ma façon de faire de la politique n'était pas la même".
Inclassable et iconoclaste
Inclassable et iconoclaste, Jacques Delors s'est souvent situé à contre-courant dans la vie politique française et restera avant tout l'homme de la construction européenne à laquelle il était profondément attaché.
Ce syndicaliste pétri de catholicisme social est appelé par le socialiste François Mitterrand, élu président en 1981, qui lui confie d'abord le poste de ministre de l'Economie (jusqu'en 1984), mandat pendant lequel il a imposé le "tournant de la rigueur" et défendit - avec succès - le maintien de la France dans le système monétaire européen, prélude à l'euro.
A la tête des finances publiques, il parvient à redresser les comptes de l'Etat et, grâce à un plan de rigueur inédit, évite à la France de plonger dans l'inflation. Delors assume un austère "langage de vérité".
Pressenti pour devenir Premier ministre en 1984, il conditionne cela au maintien de ses attributions de ministre de l'Economie. Un caprice, juge François Mitterrand, qui lui préfère un autre. "Il restera pour son rôle à la tête de la Commission européenne, mais en politique: zéro", lâchera quelques années plus tard Mitterrand.
Appels à plus de solidarité et d'audace
C'est à Bruxelles que Jacques Delors a donc acquis une stature historique. Nommé en 1985 président de la Commission européenne avec l'adoubement de Mitterrand et du chancelier allemand Helmut Kohl, ce boulimique de travail, qui avait déjà été eurodéputé entre 1979 et 1981, est reconnu comme l'homme providentiel.
A la tête de la Commission de 1985 à 1995, Jacques Delors a joué les architectes pour façonner les contours de l'Europe contemporaine: mise en place du marché unique, signature des accords de Schengen, Acte unique européen, lancement du programme Erasmus d'échanges étudiants, réforme de la politique agricole commune, mise en chantier de l'Union économique et monétaire qui aboutira à la création de l'euro.
En mars 2020, il avait encore appelé les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE à plus de solidarité au moment où ces derniers s'écharpaient sur la réponse commune à apporter à la pandémie de Covid-19.
Avec ses centres de réflexion, "Club témoin" ou "Notre Europe" (devenu ensuite "Institut Jacques-Delors" et installé à Paris, Bruxelles et Berlin), il a plaidé jusqu'au bout pour un renforcement du fédéralisme européen, réclamant davantage d'"audace" à l'heure du Brexit et des attaques de "populistes de tout acabit".
afp/kkub
Le monde politique réagit
Le président Emmanuel Macron a rendu hommage mercredi à l'"inépuisable artisan de notre Europe" qu'était l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, décédé plus tôt dans la journée, saluant un "inépuisable artisan de notre Europe".
"Son engagement, son idéal et sa droiture nous inspireront toujours. Je salue son oeuvre et sa mémoire et partage la peine de ses proches", a réagi le chef de l'Etat sur X.
Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, a salué mercredi après le décès de Jacques Delors, ancien ministre socialiste, le destin d'un "géant".
"Un géant vient de nous quitter. Enfant du siècle, il avait connu le pire et cherché à conjurer le malheur par la construction d'une paix durable. Par son engagement syndical, ministériel et enfin à la tête de l'Europe, il nous lègue un héritage immense. Condoléances à Martine Aubry", a écrit le chef du PS sur X (anciennement Twitter).
Le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a de son côté salué en Jacques Delors "le militant et l'homme d'action qui agissait en pensant au bien commun".
Le président du Conseil européen Charles Michel rend lui homme à "l'un des bâtisseurs de notre Europe", "entré dans l'Histoire".
Von der Leyen salue un "visionnaire" de l'Europe et appelle à "honorer son héritage"