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AUTOUR DE HYèNES – FRIEDRICH DÜRRENMATT
Friedrich Dürrenmatt, né le 5 janvier 1921 à Konolfingen, dans le canton de Berne, et mort le 14 décembre 1990 à Neuchâtel, est un écrivain, auteur de roman policier, dramaturge et peintre suisse de langue allemande.
Petit-fils d’Ulrich Dürrenmatt, célèbre satiriste, poète et homme politique bernois, Friedrich Dürrenmatt hérite de son esprit provocateur qui caractérisera ses travaux ultérieurs. En fait, son grand-père a inspiré Dürrenmatt tout au long de sa carrière. Il écrira : « Mon grand-père a été envoyé en prison pendant dix jours à cause d’un poème qu’il avait écrit. Je n’ai pas encore été ainsi honoré. Peut-être est-ce ma faute, ou peut-être le monde a-t-il tellement périclité qu’il ne se sent plus offensé lorsqu’il est sévèrement critiqué. »
La littérature de Dürrenmatt a pour objet le monde, le nôtre, le vingtième siècle occidental, où se creuse le gouffre infini, l’énigme du mal. Il n’a pas prétendu y apporter la lumière, mais l’ouvrir plus profondément, par un jeu de paraboles où le mystère s’enroule dans des formes de plus en plus inquiétantes, entre farce et tragédie.
La “Visite de la vieille dame” rendit célèbre Friedrich Dürrenmatt dans le monde entier. On voulut lire dans cette parabole sans leçon une dénonciation du pouvoir de l’argent, du conformisme social, de la lâcheté bourgeoise. Ce fut au prix de simplifications qui effarèrent son auteur au point qu’il en donna une nouvelle version qui brouillait lespistes morales, de façon que la pièce ne pût être “récupérée” par personne.
Dürrenmatt se donne pour mission de dénoncer la façon dont les tares de la société corrompent les individus. Il revendique un “théâtre populaire”, clair dans son propos et qui éveille les consciences.
Si Dürrenmatt fut un dissident permanent dans son propre pays, la Suisse, où il vivait comme un émigré de l’intérieur qui préfère le confort à l’ascétisme parce qu’il le jugeait pour lui-même plus propice à sa créativité, il fit en sorte de ne pouvoir être assimilé à aucune idéologie et fut donc accusé par les uns de conservatisme, par les autres de gauchisme, respecté par les gens de culture qu’il considérait d’un oeil ironique, craint par les autorités que sa propre autorité intellectuelle renvoyait à leur nullité dans l’ordre de l’esprit.
Michel Contat (Le Monde -16 décembre 1990)