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Combier et horloger, Fred Reymond a trente-deux ans lorsqu’il est enrôlé dans le Service de Renseignement (SR) du Colonel Roger Masson. C’est le pasteur titulaire du Sentier qui, pressentant l’imminence de la guerre et le rôle que pourrait être appelé à jouer sa région, y avait relancé le SR et appelé Fred Reymond. Ce dernier est choisi pour son calme, sa discrétion et sa condition physique hors norme. Officiellement, il est mobilisé à Dailly comme artilleur. De fait, il passe peu de temps avec son unité et beaucoup en congé ou à la "garde". Sa mission: observer les départements français occupés voisins (Jura, Doubs et Haute-Saône) et noter les déploiements allemands et les entreprises qui collaborent. Au plus fort de son activité, en 1943 et 1944, Fred Reymond effectuera jusqu’à cinq passages aller-retour par semaine, dès la tombée de la nuit jusqu’en son milieu.
Fred Reymond crée dès lors rapidement une filière, avec une poignée de jeunes résistants français. Son bras droit, nommé Bernard Bouveret, dix-sept ans seulement, connaît lui aussi la forêt comme sa poche, puisqu’il y travaille comme débardeur. D’autres les rejoignent : Jules Bouveret, le père de Bernard, Achille Griffon, sollicité par Bernard Bouveret pour remplir à sa place une mission à Charleville, André Bochy, Gilbert Courvoisier, Paul Bodu, Popol Blondeau-Zizi ou encore Henry Bully, le marchand de vin qui cache les fuyards dans son camion de livraison.
Les chefs de la Résistance ont besoin de passer par la Suisse, pour communiquer avec Londres où se trouve le Général de Gaulle, leur chef suprême. Pour ce faire, il faut des passeurs. Une jeune femme de vingt ans, Victoria Cordier, rejoint le réseau «Corvette», dont elle devient l’agent de liaison avec la filière suisse. Victoria Cordier et sa sœur Madeleine travaillent toutes deux à Champagnole et reviennent fréquemment à la ferme maternelle, une demeure excentrée de Chapelle-des-Bois nommée «Sous-le-Risoux», parce qu'elle de situe au pied des falaises que longe la frontière suisse. Cette situation offre un accès sans égal à la forêt, mais il y a une forte dénivelée et un passage escarpé dans la falaise: le Gy de l’Échelle. Pour le franchir, c’est de la varappe: il faut s’accrocher aux racines et aux aspérités de la roche. Le passage, inconnu des douaniers, est sous la neige presque six mois par an et donc fréquemment impraticable.
Citons aussi, côté suisse, René Altweg ou Marius Lecoultre, berger aux Prés-Hauts sur France, lequel profite de ses fréquents passages sur la frontière pour surveiller et renseigner. Il y a encore Georgette Meylan et son frère Jean-François. Ce dernier passe pour la première fois la frontière interdite par goût de l’aventure et tombe directement chez les Cordier. Or le jeu est dangereux, car les soldats allemands peuvent tirer sans sommation sur les individus qu’ils rencontrent dans la zone interdite bordant la frontière sur deux kilomètres.
Espions, résistants et aventuriers
Fred Reymond. (DR)
Les soeurs Victoria et Madeleine Cordier. (DR)
Georgette Meylan et André Bochy. (DR)
Le Gy de l'Echelle. (DR)
Achille Griffon. (DR)