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par M. Jacques Rognon, Président de l'Association des entreprises électriques suisses (AES) et Directeur général d'Electricité Neuchâteloise SA (ENSA)
Résumé de la conférence présentée lors du congrès "L'avenir de l'énergie nucléaire" organisé le 29 octobre 1999 à l'EPF de Zurich par le Groupement Science et énergie (GSE)
L'avenir de l'énergie nucléaire ne peut être examiné que dans un contexte énergétique mondial. De nombreuses études sont réalisées régulièrement. Les dernières estimations établies au Congrès mondial de l'énergie, à Houston, en 1998, conduisent toutes à des augmentations de la demande mondiale d'énergie en 2050. Le scénario dit "écologique" prévoit une augmentation de l'ordre de 40%. L'estimation suivante, peu sophistiquée, repose sur les quatre hypothèses très simples suivantes:
En 2050 :
- La population des pays industrialisés sera de l'ordre de 3 milliards d'habitants.
- La population des pays en voie de développement sera de l'ordre de 7 milliards d'habitants.
- La consommation énergétique moyenne des pays industrialisés aura été réduite à celle de la Suisse en 1970.
- La consommation énergétique des pays en voie de développement aura atteint celle de la Suisse en 1950.
En combinant ces quatre paramètres, on arrive à une estimation de la consommation mondiale d'énergie de 40% supérieure à aujourd'hui. Or, les hypothèses relatives à la consommation d'énergie sont drastiques. Les Etats-Unis devraient diviser leur consommation actuelle par trois! La Chine a déjà aujourd'hui une consommation par habitant voisine de celle de la Suisse en 1950.
Si l'on veut stabiliser la consommation d'énergie mondiale au niveau actuel, il faut procéder à une véritable révolution culturelle. Dans ce cas, il faut être prêt à en assumer les conséquences. Pour ma part, je pense qu'il est plus raisonnable d'entreprendre une évolution volontariste qui conduit à une utilisation plus rationnelle de l'énergie. Dans ces conditions, en acceptant les hypothèses démographiques, on peut s'attendre vers 2050 à une augmentation de la consommation d'énergie de 30 à 50%.
Quelle place peut alors jouer l'énergie nucléaire ? Je me concentre sur le monde industriel occidental et la Suisse.
Si les pays signataires des accords de Kyoto ont la volonté politique de les respecter, alors il leur sera extrêmement difficile de se passer de l'énergie nucléaire dans les prochaines décennies, En affirmant cela, je suis en bonne compagnie, puisque c'est aux mêmes conclusions qu'est arrivée Mme Loyola de Palacio, nouvelle commissaire de l'Union européenne pour l'énergie, lors d'une audition devant le Parlement de Strasbourg.
Quant à la situation en Suisse, je peux souscrire sans réserve aux thèses développées par le Conseiller fédéral M. Leuenberger, lors de la dernière séance, en juin 1997, du groupe de réflexion "Dialogue sur l'approvisionnement à long terme en énergie et électricité". En ce qui concerne l'énergie nucléaire, on peut lire ce qui suit au point 10 :
"L'exploitation des centrales nucléaires existantes doit se poursuivre tant que leur sécurité sera assurée. La construction de nouvelles installations de ce genre doit être soumise au référendum facultatif, dont les modalités devront être précisées lors de la révision totale de la loi sur l'énergie atomique. Pour le long terme, il convient de réserver la possibilité de recourir à de nouvelles techniques nucléaires, offrant des caractéristiques poussées de sûreté passive et inhérente."
J'aimerais terminer cette intervention en émettant deux vœux:
Premièrement, il est temps que la Suisse réalise un lieu de stockage pour les déchets faiblement et moyennement radioactifs. Tandis qu'en Suisse, on s'enlise dans les études, d'autres pays tels que la Suède et la Finlande ont réalisé de telles installations. Dans notre pays, le courage politique fait défaut. J'en appelle à ceux qui s'opposent à l'énergie nucléaire pour des raisons éthiques. Je pense que ce serait faire preuve d'éthique que de permettre à ceux qui en ont la responsabilité et la volonté de réaliser les installations nécessaires au stockage des déchets qui sont déjà produits.
Quant à mon deuxième vœu, il touche à la formation dans ce domaine. Depuis quelques années, on assiste à une diminution régulière des crédits accordés à la recherche dans le domaine de l'énergie nucléaire (fission). Pour le PSI, on a atteint un niveau plancher. Les propriétaires des centrales nucléaires ont compensé cette baisse. Mais, il y a des limites à ne pas franchir surtout à l'aube de l'ouverture des marchés de l'électricité. Là aussi, j'espère que nos parlementaires auront le courage de réagir et d'accorder les crédits nécessaires à l'exploitation sûre et respectueuse de l'environnement de nos cinq centrales nucléaires.
Source
Jacques Rognon