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L’OFS (Office fédéral de statistiques) commence à utiliser un nouvel indicateur économique assez étrange, le DMI pour direct material input, car on ne parle plus français dans le domaine des statistiques. Ce DMI mesure la quantité de matière directement utilisée par l’économie en Suisse, qu’elle soit produite localement ou importée. En 2001, cette quantité est de 14,4 tonnes par habitant.
Cette matière est pour l’essentiel constituée par les matériaux de construction (51%), la biomasse, autrement dit toutes les matières agricoles ou animales (22%); les produits fossiles comme l’essence ou le gaz naturel représentent 15% et les minéraux industriels 5%. Une rubrique «autre» représente 7%. Naturellement ces statistiques ne peuvent être interprétées qu’en créant une série comparative sur quelques années, ce qu’a fait l’OFS en remontant à 1981.
Sur une période de vingt ans, la biomasse utilisée est restée totalement stable, à l’exception d’un pic en l’an 2000, consécutif au bois disponible après le passage de l’ouragan Lothar. Il en va de même pour les matériaux de construction : la quantité utilisée en 2001 est quasiment la même qu’en 1981, avec une forte augmentation au milieu des années huitante, consécutive au boom de l’immobilier, neutralisée cependant par la crise qui a éclaté à la fin de la même décennie.
L’électroménager à la fête
Les deux chiffres les plus intéressants concernent les minéraux industriels qui passent en vingt ans de l’indice 100 à l’indice 140. L’OFS ne fait pas de commentaires et nous dirons tout au plus que cette variation dément l’idée d’une Suisse dont l’industrie disparaîtrait au profit des services. Plus spectaculaire encore est la rubrique «autres» qui groupe en fait l’électroménager, l’électronique ou le mobilier. L’indice passe de 100 à près de 200. Les Helvètes aiment le neuf et consomment beaucoup, voire même de plus en plus. Un autre résultat intéressant est celui des matières fossiles importées qui passent de 42% du total des matières importées en 1981 à 36% en 2001.
Ces résultats sont difficiles à interpréter. La diminution de la part des matières fossiles importées peut signifier aussi bien la réduction de la consommation des automobiles, l’augmentation du nombre d’hivers doux ou l’arrêt de productions chimiques qui utilisent abondamment les hydrocarbures. Pour l’instant, on ne peut que pressentir un intérêt futur pour ce type de statistiques, lorsque les comparaisons pourront s’ancrer dans la durée. Le travail des statisticiens, comme celui des forestiers, s’inscrit dans la longue durée, raison de plus pour éviter les interprétations rapides et les extrapolations hasardeuses. jg
Flux de matières en Suisse, Office fédéral
de la statistique, Neuchâtel, 2005.