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24/01/2011
Le message de Captain Savoy
Le message qu'avait délivré Captain Savoy, sous les yeux stupéfaits des Sept Sages, ainsi qu'à leurs oreilles étonnées, était clair: l'aîné de chaque famille qu'abritait une maison désignée par la flamme à la forme d'oiseau dont nous avons parlé, qu'il s'agît d'une fille ou d'un garçon, devait devenir l'un des douze Chevaliers de la Confrérie sainte vouée à Captain Savoy! Chaque famille ainsi élue devait effectuer ce sacrifice à la justice des Dieux. La destinée de chaque aîné serait désormais liée à l'État, au Bien commun. Les Douze seraient véritablement oints.
Chacun d'eux, voué à ce service sacré, ne pouvait plus se marier, ni avoir une vie normale, devant placer son cœur dans le sein des Dieux qui avaient envoyé Captain Savoy sur Terre, et leur esprit devant n'être attentif qu'à leurs commandements, tel que ce même Captain Savoy pourrait les transmettre. Triste destin, d'un certain point de vue; mais saint, et qui faisait honneur aux personnes choisies.
Or, il s'avéra que six garçons avaient été désignés par le Sort, et six filles: six guerriers, et six guerrières; et que ces douze héros, devenus fils de Captain Savoy par la grâce de la flamme sainte, étaient d'une moralité à toute épreuve, qu'ils avaient tous reçu la plus belle et la plus noble des éducations, issue des pensées les plus élevées et les plus pures, et que, depuis leur plus jeune âge, ils avaient été nourris de pieuses images évoquant glorieusement les Héros du temps jadis, et les Saints! Tous étaient prêts à se vouer au service d'autrui, à aimer les Dieux et leur prochain, à cultiver en eux le souvenir de leurs prédécesseurs sur les voies de la Justice, à vénérer les figures sacrées des temples, à scruter les astres pour en recevoir des messages divins au sein de leurs rêves, et tous aussi tendaient à mépriser l'amour charnel qui enchaîne la volonté à la Terre.
Volontiers contemplaient-ils les cimes enneigées, ou leurs reflets dans le lac, afin d'y voir les vivantes images des cieux, et qui prenaient une forme humaine sous leurs yeux brillants: ces êtres qui se dessinaient dans l'air pur, on a pu les appeler anges de la Terre, Elfes, Gandharvas, et leurs cheveux étaient toujours pleins d'étoiles. Or, ils avaient une existence autonome; et il faut savoir que leurs courses avaient un sens profond, qu'il s'agissait de ne pas laisser échapper à l'entendement. Les cercles brillants que faisaient le soleil, la lune et les planètes au sein du firmament étaient leurs voies et leurs chemins; ils traçaient sur Terre les limites de leurs royaumes purs, où l'on vit sans jamais connaître la mort.
Or, il advint que même si les familles exprimèrent douloureusement leur peine, de voir partir leurs rejetons pour la noble cause qui les avait portés à entrer dans une confrérie autonome et ne dépendant plus que des signes célestes, elles n'en furent pas moins saisies de fierté: on s'en doute! Et ainsi fut officiellement constituée la Confrérie des Douze, comme désormais on la nomma.
Il n'en resta pas moins, pour les Sept Sages, à l'entraîner, et à l'initier aux connaissances dont les hommes pouvaient alors disposer, si possible sous les auspices et la surveillance de Captain Savoy, ainsi qu'à leur choisir un maître. Or, pour cela, il fallut passer la première épreuve, la plus grande: trouver le repaire de Captain Savoy et attendre ses indications, en surmontant les obstacles que lui ou la Providence choisirait de placer sur leur chemin. On était certain, de toute façon, que le héros au collier d'or et d'émeraude interviendrait au moment opportun; mais on savait aussi qu'il était vain de l'attendre, et que son action gracieuse ne pourrait venir que si les Douze cherchaient à entrer en relation intime avec lui, et à découvrir, par l'amour qu'ils lui vouaient, ses desseins secrets. En cela, ils ne suivaient pas une vaine et vicieuse curiosité, le désir de se rassurer sur leur propre avenir, mais à mieux entrer en symbiose avec leur maître occulte, dont ils savaient que viendraient, par cette symbiose même, d'utiles et nécessaires révélations, parce que le temps était venu de leur accorder cette grâce, et qu'il leur fallait savoir dans quelle direction nouvelle agir, puisque leur ordre était lui-même nouveau.
Mais c'était par amour pour la justice des dieux et leur envoyé, Captain Savoy même, qu'ils agissaient ainsi, et non par orgueil; du moins, s'ils agirent par orgueil, ce ne fut d'abord pas sensible. Ils avaient à l'esprit l'image claire et vive de la mission qui leur avait été confiée! Elle brillait devant leurs yeux comme une étoile.