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Problèmes financiers et perte d'attractivité, les dirigeants du football suisse doivent trouver de nouvelles solutions.Ce contenu a été publié le 14 avril 2003 - 16:39
Martin Schüler, directeur du Laboratoire de dynamique du territoire à l'EPFL, explique les enjeux actuels à Mathias Froidevaux.
swissinfo: pourquoi certains dirigeants du football suisse sont-ils entrés en matière sur la proposition de fusion autrichienne?
Martin Schüler: Cette discussion intervient dans une période de restructuration territoriale au niveau économique, politique, culturel et du sport. La Belgique, le Luxembourg et la Hollande avaient déjà émis une telle idée de fusionner deux championnats nationaux de tailles presque identiques.
Dans les deux cas, la logique sous-jacente à ce genre de proposition est l'éclatement du modèle prédominant du 20e siècle.
swissinfo: est-ce la seule solution?
M. S.: En fait, il y a trois logiques prépondérantes. La première est celle dont nous parlons, à savoir la fusion de deux championnats.
La seconde est l'ouverture d'un championnat en acceptant une équipe d'un autre pays. Sur l'exemple de Monaco les discussions existent d'ailleurs en Suisse avec le FC Vaduz qui pourrait rejoindre la structure suisse. Ceci est possible lorsque les pays concernés sont de grandeurs très différentes.
Enfin, le futur pourrait bien nous réserver un modèle du troisième type, avec l'éclatement de championnats nationaux.
En Ecosse par exemple, le Celtic et les Rangers de Glasgow ont émis le vœu de participer au championnat anglais.
swissinfo: d'une manière ou d'une autre, le modèle suisse va donc devoir changer?
M. S.: Au vu de ses difficultés actuelles, il va devoir subir certaines modifications. Et la question de l'identification régionale, très forte dans notre pays, est appelée à changer de forme.
Dans les années trente, l'ancrage local prévalait avant-tout au niveau des villes où plusieurs clubs s'affrontaient dans des «derbies» de quartier.
Entre les années 60 et les années 80, l'organisation du championnat s'est peu à peu basée sur un modèle d'équilibre territorial (Suisse romande, alémanique et Tessin). Celui-ci tend désormais à disparaître avec par exemple la relégation de grands clubs comme Lausanne ou la disparition pour faillite de Lugano.
Aujourd'hui, la coupure entre les grands clubs et les clubs moyens devient de plus en plus forte. Avec un recentrage important autour des grands centres urbains et de grands complexes sportifs comme à Bâle, Genève et bientôt Zurich et Berne.
swissinfo: dans ce contexte, une idée de fusion avec l'Autriche peut-elle faire son chemin?
M. S.: Même si elle me semble dangereuse, c'est la seule solution possible pour la Suisse de changer d'échelle. Car elle ne peut pas, à l'heure actuelle, faire une même proposition à la France, à l'Italie ou à l'Allemagne.
Personnellement, je vois les discussions entre la Suisse et l'Autriche comme permettant d'ouvrir le débat concernant des changements plus profonds qui se dessinent à l'horizon.
C'est une sorte de ballon d'essai. Car sur le modèle de la très lucrative Ligue des Champions, il n'est pas exclu que nous assistions un jour à un ou plusieurs championnats réunissant les meilleurs clubs de football européens.
GC, Bâle et Servette se positionnent clairement dans cette optique-là. Le projet de l'«Olympique des Alpes» voulu par Christian Constantin va également dans ce sens.
Interview swissinfo: Mathias Froidevaux
En bref
- Le FC Servette s'était déjà approché de la Fédération pour obtenir le droit de participer, à l'exemple de Monaco, au championnat de France de D1.
- En Ecosse, les deux clubs de Glasgow (les Rangers et le Celtic) désirent rejoindre au plus vite la «Premier League» anglaise.
- La Belgique, le Luxembourg et la Hollande ont déjà pensé à créer un championnat commun.