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La charge contraceptive est aujourd'hui principalement assumée par les femmes chez les couples hétérosexuels. Mais les choses pourraient changer ces prochaines années: une nouvelle pilule masculine a montré son efficacité chez les souris.
Elle deviendrait très certainement la toute première pilule contraceptive commercialisée à destination des hommes et compléterait l'arsenal contraceptif masculin encore assez pauvre (lire encadré). De nos jours, le préservatif est le moyen de contraception le plus utilisé: il l'est par 40% des couples, selon Laurent Vaucher, urologue au Centre de fertilité du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et à la Clinique de Genolier.
Le rôle de la vitamine A
Cette nouvelle contraception n'utilise pas les hormones pour bloquer la production de spermatozoïdes, mais cible un dérivé de la vitamine A, l'acide rétinoïque. Une molécule jouant un rôle important dans la formation des cellules reproductrices, comme le souligne l'urologue au micro de CQFD: "Ce dérivé a un effet sur plusieurs étapes de la spermatogenèse – la production de spermatozoïdes –, un processus très complexe qui a 2300 étapes. Et sur ces 2300 étapes, on a une durée moyenne assez longue de 72 jours".
Et de continuer: "La vitamine A est un co-facteur qui permet, dans certaines étapes, par exemple de relâcher les spermatozoïdes dans les petits tubes dans lesquels ils sont produits. Cela agit aussi sur certaines étapes de la division cellulaire qui permettent au spermatozoïde de se transformer en cellule finale".
De nombreuses étapes différentes sont aidées par la vitamine A. Le chercheur explique que ceci a été tout d'abord démontré dans des régimes où les souris étaient privées de vitamine A: "C'est ainsi qu'on a découvert son effet contraceptif".
Chez les souris de laboratoire utilisées, l'acide rétinoïque a permis d'éviter 99% des grossesses, avec un effet réversible déjà six semaines après la prise du médicament. L'homme a une fertilité moyenne de 50 millions de spermatozoïdes par millilitre. Les scientifiques essaient donc de baisser ce chiffre: "Si on obtient un million de spermatozoïdes par millilitre, on obtient la même efficacité que la pilule contraceptive féminine", remarque Laurent Vaucher.
De grands espoirs
Il reste de nombreuses étapes avant la commercialisation d'une telle pilule pour l'être humain. Les premiers essais cliniques sont prévus fin 2022 et, s'ils sont concluants, il faudra attendre au moins entre cinq et dix ans avant que cette contraception masculine orale n'arrive sur le marché.
De plus en plus de jeunes hommes veulent faire leur part en matière de contraception et s'intéressent à ces nouvelles méthodes qui permettent d'agir directement sur les spermatozoïdes et non plus sur l'appareil reproducteur féminin. Cette annonce de mise au point prochaine d'unesuscite de grands espoirs.
"Ce qu'on recherche dans une pilule contraceptive, c'est qu'elle agisse rapidement, qu'elle ne soit pas toxiques et qu'elle soit totalement réversible", note Laurent Vaucher. "Le problème chez l'homme, c'est que comme la synthèse de spermatozoïdes dure 72 jours, la rapidité n'est pas tellement au rendez-vous puisqu'il faut 72 jours pour que ça marche. Et, le jour où on arrête, il faut au minimum 72 jours pour qu'on obtiennent de nouveau une spermatogenèse complète".
Pour l'heure, la recherche est plus avancée du côté de la pilule pour homme hormonale.
Sujet radio: Sophie Iselin
Article web: Stéphanie Jaquet
Vasectomie et méthode thermique
Aujourd'hui si les hommes veulent éviter des grossesses non désirées, ils doivent choisir entre le préservatif, la chirurgie avec la vasectomie, ou la contraception thermique à l'aide d'un slip chauffant, une méthode qui n'est pas très sûre et qui comporte bon nombre d'inconvénients.
Entre 2018 et 2019, le CHUV de Lausanne a enregistré une hausse de 34% des opérations de vasectomie. A Genève, les HUG constatent une augmentation de 30%, tandis que ces procédures progressent de 51% au Centre lémanique d'urologie, qui regroupe trois cliniques vaudoises (Bois-Cerf, Cecil et La Source). Une vasectomie coûte entre 800 et 1000 francs environ et est entièrement à la charge du patient. Cette méthode peut être irréversible.
De plus plus de jeunes hommes utilisent la méthode thermique qui passe par un slip chauffant ou un anneau testiculaire. Le principe de cette méthode est de remonter les testicules – qui sont maintenues à 34 degrés – pour faire augmenter leur température à 37 degrés. Cette chaleur supplémentaire atténue la production de spermatozoïdes. Il faut porter le plus possible ces artifices pour que la méthode soit efficace.
"Une médecin suisse qui travaille en Inde avait démontré qu'en chauffant les testicules à 50 degrés pendant 45 minutes tous les jours pendant 6 semaines, on obtenait une contraception qui était efficace pendant plusieurs semaines", note Laurent Vaucher.