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Climat Une sécheresse de printemps «très rare» en Suisse
C'est «bien plus d'un mois de pluie» qui manque à la Suisse et aucune précipitation significative n'est attendue avant la fin du mois d'avril et les premiers jours de mai.
Toute la Suisse tire la langue
La sécheresse qui sévit actuellement en Suisse varie selon les régions. Selon Stephan Bader de MétéoSuisse, le Plateau central et les régions du nord et du nord-ouest de la Suisse sont particulièrement touchés.
La situation varie aussi chez les agriculteurs. D'après Sandra Helfenstein, de l'Union suisse des paysans (USP), la situation est meilleure pour les agriculteurs des régions alpines, qui ont bénéficié entre-temps des pluies plus ou moins abondantes.
La sécheresse est cependant présente aux quatre coins du pays, comme le montre la carte du projet de recherche Drought-CH, qui surveille les sécheresses critiques et le niveau des eaux. Les précipitations font défaut dans toute la Suisse. Au nord des Alpes et au Tessin, elles sont inférieures à la moyenne, tout comme à l'est de la Suisse. Le niveau des lacs dans l'arc jurassien est également trop bas.
De même, la quantité d'eau fournie par la neige est inférieure à la moyenne, en particulier dans les bassins versants du Rhin et de l'Aar et en dessous de 1800 mètres.
Les sols des forêts se sont également secs. Faire du feu en forêt est interdit dans le canton de Vaud, à Neuchâtel, Fribourg, le Valais, Zurich et la quasi-totalité de la Suisse centrale. Le Tessin et les Grisons ont décrété l'interdiction absolue de faire du feu en plein air.
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Les sols sont secs, les rivières transportent peu d'eau et de nombreux cantons interdisent les feux en raison du danger des incendies de forêt. Cette sécheresse printanière n'est pas courante. Elle comporte pour l'heure des aspects positifs pour les agriculteurs, qui attendent cependant la pluie avec impatience.
Jeudi, les cantons de Fribourg, de Zurich, de Schaffhouse et de St-Gall ont prononcé une interdiction absolue de faire du feu en forêt et dans les alentours. Au total, 19 cantons ont déjà pris cette décision. Le Tessin, les Grisons et Bâle-Campagne ont interdit eux tout feu en plein air, pas seulement en forêt. Seuls le Valais, la Thurgovie et les deux Appenzells ne sont pas encore allé aussi loin sur l'ensemble de leur territoire, selon le site en ligne de l'Office fédéral de l'environnement.
Les dernières grandes précipitations se sont produites au cours des dix premiers jours du mois de mars. Ce qui est agréable pour les marcheurs et les cyclistes ne l'est pas pour la nature. Au total, c'est «bien plus d'un mois de pluie» qui manque à la Suisse, calcule Stephan Bader de MétéoSuisse, interrogé par l'agence d'information Keystone-ATS.
Avec 41 jours sans pluie à Genève, le record de 1896 est égalé ce 22 avril. La période sèche en cours n'est peut-être pas terminée... Plus d'informations dans le #blogmeteosuisse du jour : https://t.co/4mXrI26v4H #MétéoSuisse #meteo #sécheresse pic.twitter.com/LgE4wSgJq7— MétéoSuisse (@meteosuisse) April 22, 2020
Le spécialiste qualifie cette sécheresse d'«événement très rare». Comparées à celles des années de 1981 à 2010, les précipitations des mois de mars et d'avril n'ont atteint en 2020 que 40 % de leur total habituel. Depuis le début des mesures en 1864, précise M. Bader, le pourcentage n'est descendu au-dessous de 50% qu'à huit reprises.
Il ne faut cependant pas trop revenir en arrière pour retrouver le précédent épisode de sécheresse printanière. En 2011, la somme des précipitations s'était limitée à 36 % de la norme. Mais il faut ensuite remonter à 1955 pour trouver un autre échantillon avec des valeurs inférieures 50 %.
Racines profondes
La sécheresse estivale est plus courante. Les agriculteurs se souviennent de la dernière en date, en 2018. Pour Sandra Helfenstein, de l'Union suisse des paysans (USP), que la sécheresse arrive si tôt est particulier, mais cela comporte aussi des avantages. «Un printemps sec est en principe avantageux car le travail sur le terrain peut être bien fait, les abeilles volent et les plantes développent des racines plus profondes», détaille Mme Helfenstein.
La plupart des cultures résistent bien jusqu'à présent. Les légumes, les fruits et les pommes de terre primeur sont irriguées. La situation sera toutefois critique dans cinq à dix jours s'il ne pleut pas.
«Les familles d'agriculteurs attendent avec impatience la pluie», relève Mme Helfenstein. Pour elles, les conséquences de la sécheresse pourraient être plus graves que la pandémie due au coronavirus si les précipations ne surviennent pas, estime Mme Helfenstein.
Neige et vent
La question de savoir combien de temps les agriculteurs peuvent encore irriguer leurs champs avec l'eau des ruisseaux et des rivières reste ouverte. L'USP dit ne pas avoir connaissance de restrictions pour le moment. De nombreux petits ruisseaux ne transporteraient cependant que peu d'eau.
Pro Natura ne s'est pas encore été inquiétée. Elle considère que cette sécheresse est temporaire et que les animaux et les plantes peuvent y faire face. L'organisation de protection de la nature est plus préoccupée par la sécheresse à long terme.
Le manque de pluie ne suffit pas à expliquer cette sécheresse. D'une part, peu de neige est tombée cet hiver. La fonte des neiges dans les hauteurs apporte donc moins d'eau dans la vallée. Et beaucoup de neige a déjà fondu en raison d'un mois de mars relativement chaud.
En outre, la Suisse connaît depuis deux à trois semaines une météo d'été précoce. Selon M. Bader de MétéoSuisse, cela favorise l'évaporation de l'eau. Le bilan hydrique est du coup encore plus négatif. A cela s'ajoute le vent : «Le vent régulier - la bise - assèche le sol», explique Sandra Helfenstein.
Si le sol a soif, la situation des eaux souterraines est meilleure. Selon Jan Seifert, de l'Université de Zurich, le niveau des eaux souterraines se situe actuellement encore dans la fourchette habituelle, principalement grâce aux précipitations des mois de janvier et février. Il s'agit d'une sécheresse météorologique et non d'une sécheresse hydrologique, tranche l'expert.
Deux à trois jours de pluie nécessaires
Selon M. Bader, il faudrait deux à trois jours de fortes pluies pour que les dix à vingt premiers centimètres du sol au moins soient à nouveau suffisamment hydratés. «Toutefois, pour compenser le bilan hydrique fortement négatif qui s'étend jusqu'aux couches plus profondes, il faudrait plus qu'un mois normal de précipitations».
Aucune précipitation significative n'est attendue avant la fin du mois d'avril et les premiers jours de mai. (ats/nxp)
Créé: 23.04.2020, 16h22