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08 février 2011
De la réussite texane à l'échec californien
Le modèle helvétique laisse aux cantons une certaine marge de manoeuvre fiscale, permettant une meilleure utilisation des ressources des contribuables à travers la mise en concurrence de différentes administrations. Aux Etats-Unis, la souveraineté fiscale des Etats Fédéraux est plus grande encore. Le résultat ne se fait pas attendre: au fil des ans, la latitude laissée aux gouvernements démontre de façon limpide la relation entre charge fiscale et prospérité économique.
Voilà la traduction d'un éditorial du Washington Examiner à propos de deux Etats emblématiques et diamétralement opposés sur la question de la taxation et du poids de l'Etat dans l'économie, la Californie et le Texas.
Parmi les Etats [fédéraux], il est devenu clair que deux visions de la politique économique en Amérique sont en compétition, incarnés par la Californie et le Texas. Une vision implique la dévastation financière conséquente à une économie trop réglementée. L'autre révèle la libération de la prospérité que permet un gouvernement plus modeste.
D'une façon générale, les deux Etats ont beaucoup de similitudes. Leurs économies sont diversifiées, ils ont de grandes zones urbaines, partagent une frontière avec le Mexique et une courbe démographique identique, avec des Hispaniques comptant pour un tiers de leur population. Mais un Etat échoue alors que l'autre réussit.
La Californie fait face à un déficit budgétaire de plus de 20 milliards annuels pour les cinq prochaines années, et creuse sa dette de 25 nouveaux millions de dollars chaque jour. "Nous avons vécu au pays des merveilles. C'est bien pire que ce que je pensais. Je suis abasourdi", raconte le nouveau gouverneur démocrate de Californie, Jerry Brown, dans les colonnes du Los Angeles Times.
Par contraste, quand le gouverneur républicain du Texas Rick Perry fit campagne avec succès en 2010 pour un troisième mandat, il lança des publicités vantant les milliards de surplus de l'Etat texan. En fait, le Texas est un des six rares Etats fédéraux à n'avoir pas connu de déficit en 2009. Avec une humilité texane typique, Perry s'est mis à railler la Californie sur sa page Facebook.
Le Texas s'attend à un déficit de 15 milliards de dollars dans les deux années à venir. Mais cela n'inquiète guère les observateurs. Les législateurs du Texas ont éliminé un déficit de 10 milliards en 2003 sans augmenter les impôts.
Le corps législatif texan a déjà proposé un budget de 73.8 milliards de dollars pour les deux prochaines années [2011-2012, NdT], soit "exactement ce que le contrôleur d'Etat a annoncé comme rentrées dans les deux ans qui viennent", selon l'Associated Press. La législature du Texas opère sur la base d'un postulat radical selon lequel le gouvernement ne peut dépenser plus que ce qu'il gagne.
Bien que le Texas soit affecté par le ralentissement économique, son taux de chômage de 7.9% est bien en-dessous de la moyenne nationale de 9.8%. A 12%, le chômage en Californie est, lui, bien au-dessus.
Mais l'illustration la plus parlante de la supériorité du Texas est la façon dont les Américains expriment leur préférence pour le Lone Star State en "votant avec leurs pieds".
Entre 2000 et 2009, un million et demi d'habitants ont quitté la Californie, alors que le Texas a bénéficié de 850'000 nouveaux arrivants en provenance d'autres territoires américains. De 2008 à 2009, le flux entrant de population au Texas a été le double de celui de n'importe quel autre Etat fédéral.
Comment deux Etats similaires ont pu arriver à des situation aussi diamétralement opposées? Par la taille de leur administration.
Ce que fait le Texas "apparaît comme de la science-fiction d'extrême-droite à beaucoup de législateurs et d'éditorialistes californiens. Ils prétendent qu'une réforme en profondeur du code des impôts est irréaliste, qu'un Etat vaste a beaucoup de devoirs à remplir, et qu'il est irresponsable d'appeler à un retour du gouvernement tel qu'on voyait son rôle au XIXe siècle" écrivent les économistes Arthur B. Laffer, Stephen Moore et Jonathan Williams dans leur rapport annuel Rich States, Poor States.
Le Texas n'a pas d'impôt fédéral sur le revenu ni de taxe sur les plus-values, et prélève un modeste pourcent sur le chiffre d'affaire des entreprises. A l'opposé, l'impôt fédéral sur le revenu de 10.3% en Californie est le deuxième plus élevé de tout les Etats-Unis, et les impôts sur les bénéfices des entreprises et les gains en capital se montent respectivement à 8.84% et 10.55%.
"Nous nous hâtons d'ajouter que la dernière fois que nous avons vérifié, le Texas avait des enfants sachant lire et écrire, des routes praticables et des hôpitaux en activité, ce qu'on pourrait croire impossible à écouter la rhétorique hystérique en provenance des défenseurs du système punitif de taxation en vigueur en Californie", écrivent Laffer, Moore et Williams.
Le Texas affronte sans peine les tempêtes économiques, alors que les infrastructures et les services gouvernementaux en Californie sont à deux doigts de l'effondrement. Le contraste entre les deux économies fédérales est un avertissement pour tout le pays.
-- Mark Hemingway
Et même au-delà.