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26/01/2011
Seuls les angoissés et les égoïstes ...
La plaquette que vient de publier la Société Genevoise des Amis de l'Instruction, fondée en 1842, donne à son lecteur un bref aperçu de la situation qui régnait à Genève à l'époque. Une situation caractérisée, comme ailleurs en Europe, par la multiplication des découvertes scientifiques et par un essor rapide des sciences.
« Face à ce contexte propice au développement intellectuel, Genève subit une période de tensions politiques qui ne cessent de s'accroître à l'approche des années 1840-1850. En effet, les tranquilles années de la Restauration font place au conflit qui oppose les révolutionnaires radicaux, qui veulent moderniser la ville, l'agrandir et l'industrialiser, aux conservateurs, fidèles à leur vieille cité, qui ne veulent voir celle-ci changer de visage ni ses mœurs se dégrader. »
Retouchons ce texte et, en n'en modifiant que quelques mots, inscrivons-le dans la Genève d'aujourd'hui. Par exemple comme ceci.
Face au contexte de la mondialisation, Genève subit une période de tensions politiques qui ne cessent de s'accroître à l'approche de la deuxième décennie du 21ème siècle. En effet, les rassurantes années de la croissance économique font place au conflit qui oppose les progressistes libéraux, qui veulent moderniser le canton, faire participer Genève à l'ouverture du monde, favoriser l'accroissement de l'emploi et accueillir de nouveaux habitants, aux conservateurs, fidèles à leur vieille cité, qui ne veulent voir celle-ci changer de visage ni ses mœurs se dégrader.
Décidément rien ne change dans le comportement des humains, tout se répète.
L'histoire montre qu'avec la destruction des remparts, au 19ème siècle, les mutations furent considérables à Genève. La ville s'est agrandie à vue d'œil, elle s'est industrialisée et a vu sa population croître au rythme de son ouverture au monde. Quels furent après coup les Genevois à s'en plaindre ?
Genève, cet endroit privilégié, idéalement situé au cœur des voies de circulation de l'Europe, jouissant d'un climat et d'un environnement favorables, ne peut se soustraire à sa destinée. Depuis toujours seuls les angoissés et les égoïstes s'en plaignent : le canton est « condamné » à l'ouverture, à l'accueil, au développement. Aujourd'hui, ceux qui ont retenu les leçons de l'histoire, ceux qui entendent faire participer Genève à l'avenir du monde, en sont convaincus : la libéralisation mondialisée des échanges, ce bouleversement, cette remise en question de nos privilèges d'Occidentaux nantis, offre à notre canton des opportunités immenses ... à condition que nous en acceptions les contraintes et que nous entreprenions de gérer celles-ci.
Pierre Kunz