Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07217.jsonl.gz/884

Le Fort de Variselle Col du Mont-Cenis (France)
Contexte général
Le fort de Variselle (Forte Varisello), aujourd'hui à l'abandon, est une fortification italienne édifiée sur le col du Mont-Cenis, suite à la loi italienne de 1874 sur la défense. Il constituait, avec les forts voisins de Ronce (Forte Roncia) et de La Cassa, construits à la même époque, un puissant verrou destiné à interdire ce passage aux armées françaises, en cas de conflit ouvert entre les deux pays. Les hasards de l'histoire font que ces ouvrages se trouvent aujourd'hui en territoire français, le tracé de la frontière ayant été rectifié en 1947 au détriment de l'Italie, pour permettre à la France de contrôler la totalité de ce col alpin reliant Lanslebourg (haute Maurienne) à la vallée de Suse (Piémont).
Contexte historique
Dès 1874, l'Italie étudie l'amélioration de la défense de sa frontière avec la France, les relations entre les deux pays étant tendues. Une loi de programmation militaire votée par le parlement prévoit la fortification des Alpes par une série d'ouvrages d'altitude jalonnant au plus près le tracé de la frontière. C'est ainsi que 3 premiers forts voient le jour au Mont-Cenis: Roncia, La Cassa et Varisello. Ces ouvrages sont des améliorations du système dit Montalembert de l'Esseillon, basé sur le concept de caves à canons. Ils sont destinés à barrer l'extrémité orientale du plateau du col, face à un envahisseur venant du nord et cherchant à emprunter ce passage pour prendre pied dans le Piémont et la plaine du Pô. La menace d'une percée ou d'une invasion française par le Mont-Cenis est en effet prise très au sérieux par l'Italie depuis que Napoléon a transformé l'ancien chemin muletier du Mont-Cenis en un véritable route, la première carrossable des Alpes.
Le Fort de Variselle
Les forts de La Cassa et de Variselle présentaient des caractéristiques similaires. Le premier, qui formait un verrou sur le plateau du col, a été démoli et se trouve aujourd'hui noyé sous les eaux du barrage du Mont-Cenis; le second, qui se dresse sur un éperon rocheux commandant tout le plateau, domine actuellement le plan d'eau artificiel, sur la rive sud-est du lac, à 2118 m d'altitude. De forme polygonale, il est entouré sur trois côtés par de profonds fossés, le quatrième côté (à l'ouest) étant trop abrupt pour être sérieusement menacé. On accède à l'ouvrage par un pont mobile en mauvais état, qui s'ouvre au milieu du front sud, le moins exposé à l'ennemi. Les fossés sont battus par 3 splendides caponnières d'angle qui permettent le tir d'enfilade, et par de nombreux créneaux de fusillade percés dans le pourtour du rempart, au niveau du fond du fossé. Au-dessus de ce premier niveau de défense, un second étage d'embrasures s'ouvre au raz du sol, permettant ainsi un tir rasant et meurtrier par dessus le fossé. Ce second niveau comprend des embrasures à canon alternant avec des créneaux de fusillade. Il permet le tir à distance tandis que les embrasures du niveau inférieur n'assurent que la protection rapprochée de l'ouvrage, au cas où l'assaillant aurait réussi à prendre pied dans les fossés. L'artillerie du fort de Variselle comprenait 27 canons de 9ART/rét., d'une portée de 6000 m. Ces pièces étaient installées dans des casemates voûtées, ouvertes à l'arrière. Elles étaient maintenues sur des affûts et soutenues par des potences, pour permettre de les déplacer rapidement d'un côté à l'autre de l'ouvrage en fonction des besoins de la défense. L'espace central du fort est occupé par un vaste casernement enterré et casematé, défilé sous le niveau de la cour; il abrite les cantonnements, les magasins à poudre, le dépôt de projectiles, le magasin à vivres, l'infirmerie, le four à pain et les diverses infrastructures nécessaires aux besoins de l'infanterie italienne appelée à effectuer des opérations dans le secteur. Etant donné la position dominante de l'ouvrage, les Italiens y avaient également installés la télégraphie principale de tout le réseau de communications du secteur. La défense du plateau du Mont-Cenis était complétée par des fossés barrant le plateau et par de nombreuses batteries extérieures disposées autour du fort de Variselle. Variselle et La Cassa sont désarmés en 1915, l'Italie étant alors l'alliée de la France face à l'Autriche et à l'Allemagne. Les pièces, démontées, sont expédiées sur le front autrichien. Avec l'arrivée au pouvoir de Mussolini et des fascistes, la situation géopolitique se renverse brusquement et l'armée italienne utilise les deux ouvrages pour y installer la base et les magasins des nombreuses batteries de 149/35 modèle 98 qui sont installées au Mont-Cenis dans les années 1930. Après la seconde guerre mondiale, le fort de La Cassa est démoli pour faire place au barrage. Celui de Variselle est démantelé puis laissé à l'abandon...
La réplique française...
La construction des trois forts italiens de Ronce, Variselle et La Cassa sur le Mont-Cenis dans le dernier quart du 19e siècle provoque aussitôt la réaction de la France qui entreprend, dès les années 1880, une révision complète de la défense de la vallée de la Haute Maurienne. Les Chasseurs alpins sont créés en 1885, de façon à doter le pays de troupes alpines aguerries et aptes au combat en haute montagne. Vers la même époque, la France entreprend la construction successive du fort du Télégraphe (voire la rubrique consacrée à ce fort), pour bloquer l'accès de la place forte de Briançon en cas d'invasion italienne de la vallée de la Maurienne; puis celui du Replaton et du Sappey à Modane, pour verrouiller le débouché du tunnel ferroviaire transfrontalier du Fréjus et la route nationale venant du Mont-Cenis...
|Association Fort de Litroz - J.-C. Moret||© 2002 - 2017|