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Pierre Bortis, 74 ans, syndiqué de longue date, santé amoindrie par une vie de travail et de souffrances. Orphelin à 5 ans, il a grandi dans un orphelinat. Mobilisé durant la Seconde guerre mondiale, il attrape une ulcère à l'estomac. Quelques mois à peine après son mariage son épouse décède... Il gagne sa vie comme magasinier à la Coop. Victime de deux infarctus, il est contraint de prendre une retraite anticipée à l'âge de 60 ans. Il s'est mis à fabriquer des objets avec des mini pinces à linge en bois « pour distraire mon cerveau ». Il donne les objets qu'il construit avec grande patience à la tombola du Groupement des invalides lausannois.
Au terme de l'interview qu'il m'avait accordée, Pierre Bortis m'a offert ce rouet miniature, objet qui est toujours resté en ma possession. C'était ma première interview pour la presse syndicale. Le rouet de Gandhi a symbolisé la lutte pour la liberté et l’indépendance de l’Inde. Le rouet en mini pinces à linge en bois de Pierre Bortis symbolise encore aujourd'hui, à mes yeux, l’attachement des personnes à leur syndicat ne serait-ce qu'en payant leur cotisation. Une solidarité humble qui croit qu'un monde plus équitable est possible.
Extrait de l'article paru dans Solidarité, décembre 1988.