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Linné : un méta-scientifique de son temps
Linné a mis au point son propre système de classification pendant de nombreuses années. Il a opté pour un système "binomial" qui est encore largement utilisé par les scientifiques aujourd'hui pour classer les organismes vivants. Son système de classification change souvent au fil des ans, au gré des nouvelles découvertes biologiques, mais le concept demeure. Linné devait avoir un caractère bien trempé. On pense qu’il a donné à une fleur laide, petite et malodorante, le Buffonia, selon l'un de ses célèbres collègues, le botaniste français Georges-Louis Leclerc Buffon. Pour être juste, il a également "récompensé" certains de ses amis par des noms qui sont encore utilisés couramment aujourd'hui, comme Rudbeckia (en l'honneur d'Olaus Rudbeck, l'un de ses premiers soutiens) ou Banksia (en l'honneur de Joseph Banks, chef d'une des expéditions de Linné).
© National Portrait Gallery of Sweden
D'Uppsala à Berne : une connexion pas si lointaine?
Le scientifique le plus éminent associé au jardin botanique de l'université de Berne est sans aucun doute Albrecht von Haller (1708-1777). Il était l'un des plus célèbres médecin, poète, zoologiste, botaniste, et souvent présenté comme le père de la physiologie moderne. En 1742, il a publié l'une des premières flores suisses. Comme il était courant à cette époque, Haller entretenait une importante correspondance avec de nombreux autres scientifiques, dont Linné. Les deux personnages ne manquaient pas d'un certain ego. Haller racontait à propos de Linné qu'il "se considérait comme un second Adam"... ce qui n’avait pas tout à fait la même connotation qu’aujourd’hui au 18e siècle. Malgré cela, Haller a invité Linné en 1738 à le remplacer dans sa chaire à Goettingen alors qu'il rentrait en Suisse et a reconnu plus tard que Linné avait apporté "le plus grand changement dans toute la botanique".
Linné et son horloge (Illustration: Mathilde Millot, 2022)
Alors que leur relation était compliquée, on peut se demander si Haller aurait été particulièrement heureux de voir dans son « propre » jardin l'installation que son concurrent imaginait ? Sûrement, la version suisse est plus précise ! ? La question demeure : que penserait Linné de la version suisse de son horloge florale ?