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Ici, à Salvador de Bahia, folie des fuseaux horaires brésiliens aidant, les heures les plus chaudes précèdent midi. Ceci même les jours couverts.
Je viens de terminer la visite du fortin sur la pointe. J'ai vaguement faim. Je descends sur la plage et rejoint un vendeur ambulant. En attendant qu’il ait achevé de me griller deux brochettes de fromage sur son mini-réchaud, je pose ma sacoche sur une table, sous un parasol et je vais me chercher une bière à un bar, celui qui semble être propriétaire du mobilier de plage de ce secteur.
Alors que, les mains encombrées par les brochettes et la bière, je m'escrime à payer le marchand ambulant, un type en caleçon de bain rouge m'aborde pour me dire que je lui dois deux réais. C’est pour l’usage de la table. J'hésite, c'est la première fois que je vois ça. Mais étant en train de me dépatouiller avec la monnaie, je lui tends à la hâte un billet de dix réais, qu'il empoche en disant quelques choses de rassurant mais d’indéterminé. Puis il disparaît. Pour ne pas revenir.
Une dizaine de minutes plus tard, j'aperçois, entrant dans l'eau, bières à la main, trois baigneurs, dont un en caleçon de bain rouge. Peut-être le mien, peut-être pas, peut-être oui.
Je vais vers eux en préparant le mieux possible ma phrase en portugais.
Je les aborde et déclare, les englobant tous les trois :
– Pour la mer, c'est dix réais.
Le type au caleçon rouge acquiesce :
– C'est juste.
Il plonge la main dans la poche de son caleçon de bain rouge et en sort un real.
Avec un geste qui désigne collectivement leurs trois bières, il constate :
– C'est tout ce qui me reste.
Je prends le real, fais le calcul et admet :
– C'est juste.
Nous nous saluons et repartons dans des directions opposées.
Les bons comptes font les bons amis, ils apaisent aussi une helvète conscience.
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©Olivier Sillig, textes et images, tous droits de reproduction réservés.
4.11.2013(28.04.2013) <Master en .doc> C: 29.01.2013