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La prise en charge

En préambule, je dirai que la violence conjugale n'est ni reconnue comme problème social, ni vraiment prise au sérieux par la société suisse et ses institutions. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les efforts déployés pour lutter contre le SIDA ou la drogue, avec ceux entrepris pour contrer la violence conjugale.
Je vois trois grands types de raisons à ce désintérêt :
1) Historiquement, la violence conjugale a été légitimée et des traces de cette tolérance subsistent dans les mentalités et les pratiques.Mais voyons plus précisément les problèmes concrets auxquels sont confrontées les victimes dans leur rapport avec les instances officielles et avec le réseaux d'aide et d'assistance.
2) Le sens commun minimise la violence dirigée contre les femmes et de plus il leur impute la responsabilité. Caractéristique de cet état d'esprit est le proverbe : "Bats ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait ".
3) La violence conjugale survient dans la sphère privée, elle est considérée comme étant de l'ordre de la scène de ménage et des problèmes personnels entre époux. La société, qu'il s'agisse de l'entourage ou des instances officielles, hésite à intervenir dans le domaine privé.
La police
En Suisse, lorsqu'une femme compose le numéro de téléphone 117 car sa vie est en danger, des policiers en uniforme interviennent au domicile pour stopper la violence. Cette centrale d'engagement des services sociaux est "24 heures sur 24" en permanence. Le capitaine Crépin de la police lausannoise, affirme que "la police lausannoise intervient toujours lorsqu'il y a un appel car on ne sait pas ce qui pourrait bien se passer " (Blanchard, 1990, p.16). Les policiers peuvent intervenir de 3 manières lorsqu'ils sont au domicile des personnes : soit ils calment les protagonistes, soit ils emmènent le violent au poste de police afin qu'il y passe la nuit ou soit ils emmènent la femme où elle le désire, dans la famille, dans un foyer, chez des amis, sans forcément indiquer le lieu au mari. Ils la mettent ainsi à l'abri. S'ils considèrent qu'il y a un réel danger, ils préfèrent emmener le mari de sorte qu'une fois seul il ne saccage pas l'appartement par exemple. Il leur arrive de téléphoner à leur femme lorsqu'il relâche le mari. Si les policiers emmènent le mari, il ne leur sera possible de le garder que jusqu'au lendemain matin (intervention de nuit).
La police peut enregistrer une plainte soit oralement lors de l'intervention, soit par écrit. Dans les 2 cas, les dossiers sont référés au juge informateur. Ce dernier devra, en définitive, obtenir une plainte écrite pour pouvoir intervenir. La femme dispose de 3 mois pour déposer plainte (article 29 du code pénal). Mais la réticence à déposer une plainte dans les mains des policiers peut partiellement s'expliquer par le fait que souvent, suite aux pressions et menaces du mari ou à ses promesses de changer, la femme retire sa plainte. Cela est bien connu des spécialistes de la violence conjugale qui savent que le processus de prise de distance par rapport au mari est long et difficile et que l'assignation en justice d'un proche ne va pas de soi.
En théorie,
la police a la possibilité d'intervenir lorsqu'une femme est battue
et qu'ils sont avertis. A Lausanne, il semble qu'une prise de conscience
soit faite au niveau de la police municipale ( au niveau des responsables
en tout cas), on sait que le problème existe, on est conscient de
la difficulté à faire de la prévention, il y a des
directives. La police lausannoise a récemment créé
un petit service d'aide aux victimes. Un policier est envoyé chez
la victime pour voir comment elle va. La police est un intervenant central
dans ce problème.
L’intervention juridique
L'intervention de la justice pénale s'effectue lorsqu'il y a plainte. C'est à cette condition que peuvent être réprimés les actes de violence. En Suisse, le délit de violence entre conjoints n'est pas inscrit en tant que tel dans la loi, mais regroupé sans distinction sous les délits de lésions corporelles. Les plaintes les plus courantes sont celles qui concernent les infractions contre la vie comme les lésions graves (art.122 code pénal), les lésions simples (art.123 code pénal) et les voies de fait (art. 126 code pénal). Mais le fait de porter plainte permet surtout pour les femmes non mariées d'obtenir la réparation financière de ce que leur compagnon a brisé, cassé ou déchiré (art.145 code pénal). Cependant, la plainte pénale n'est pas une solution d'aide et apparemment les femmes l'ont compris puisque dans 3/4 des cas, elles la retirent.
La décision
de porter plainte doit donc être mûrement réfléchie
et accompagnée d'autres démarches. De plus, une femme n'a
pas forcément envie que son conjoint aille en prison ou qu'il ait
un casier judiciaire. Donc, le pénal est à manier avec prudence
car souvent cette justice a plutôt tendance à envenimer les
choses. Pour régler un conflit, les protagonistes disposent d'une
justice civile plus apte à les aider. L'intervention du juge de
Paix et le Président du tribunal de district sont les principaux
répondants lorsqu'il s'agit des mesures protectrices de l'union
conjugale. Les démarches auprès du juge de paix leur permettront
de "prendre en main" leurs difficultés elles-mêmes. C'est
une démarche informelle qui ne débouche en principe pas sur
une décision autoritaire. Il arrive que des femmes viennent consulter
seules, uniquement pour obtenir des renseignements. Elles disposent alors
par cette voie, d'une aide discrète, gratuite et facile d'accès.
Dans les cas graves, le juge de paix peut demander aux services sociaux
de faire une enquête. Le président du tribunal de district
est le magistrat compétent pour régler les mesures protectrices
de l'union conjugale qui permettent de mettre la femme à l'abri
et de donner une dernière chance au conjoint.
Les foyers d’hébergement pour femmes violentées
Il n'existe en Suisse qu'une quinzaine de foyers d'hébergement spécialisés dans l'accueil des femmes violentées, plusieurs cantons ne disposant d'aucune structure. Ces foyers d'hébergement, qui sont des institutions privées largement tributaires de subventions publiques, doivent constamment lutter pour assurer leurs moyens d'existence. En Suisse romande, seules les villes de Genève, Fribourg, Bienne qui sont rattachées au mouvement Solidarité Femmes et de Lausanne (Malley-Prairie) disposent d'un lieu spécifique d'hébergement et d'accueil pour les femmes victimes de violence conjugale.
Ces foyers font un travail spécifique centré sur la problématique de la violence qui est particulièrement adapté aux besoins des femmes violentées. Ils offrent un abri et un espace de dialogue et d'écoute. Développement de l'autonomie, de la capacité de s'affirmer et le soutien visant la reconquête de l'estime de soi sont les principaux buts des foyers d'hébergement. Dans certains lieux, les femmes hébergées se rencontrent chaque semaine pour réfléchir collectivement à leurs problèmes. L'enquête en Suisse de Lucienne Gillioz (Gillioz, De Puy, & Ducret, 1997, p.174) a relaté que la majorité des femmes réfugiées dans les foyers d'hébergement ont subi de la violence physique accompagnée de violence psychologique. Aucune femme confrontée uniquement à la violence psychologique n'a fait appel à un foyer d'hébergement. La majorité des femmes qui ont été hébergées ne vivent plus avec leur conjoint, elles sont séparées ou divorcées. Ce constat signifie-t-il que le soutien d'un foyer facilite la décision de se séparer ? Par ailleurs, le fait de quitter le domicile conjugal, même si c'est un départ temporaire, indique vraisemblablement que ces femmes remettent déjà en question leur relation de couple et de l'union conjugale.
L'accès
à un lieu d'aide ouvre d'autres portes sur le réseau. Les
foyers d'hébergement collaborent avec les services sociaux, notamment
pour les problèmes matériels et financiers (le Centre Psycho-Social,
la Croix-Bleue, la Main Tendue…).
Et pour les hommes ?
Jusqu'en 1996,
il n'existait pas d'organisme spécialisé en Suisse Romande
dans l'accueil et la thérapie d'hommes ayant recours à la
violence. Après avoir recueilli en urgence des femmes et des enfants
pendant des décennies, les spécialistes ont fini par s'intéresser
aux conjoints qui frappent. Willy Laffely et Luca Zantini l'affirment :
" La violence peut cesser ". Le premier directeur de la Fondation Malley
Prairie et du CRIV (centre d'accueil et de recherche sur la violence) à
Lausanne, le second éducateur. Ils reçoivent des hommes qui
ont décidé d'apprendre à exprimer leur colère,
leur souffrance ou leur angoisse autrement. Après s'être assuré
que les famille concernées ne courent aucun danger immédiat,
l'éducateur fixe un premier rendez-vous. Puis suit la proposition
de participer à une série de 21 séances de groupe
pour apprendre à identifier et à exprimer une plus grande
diversité d'émotions que le recours à la violence.
Dans un premier temps, les animateurs tentent de faire reconnaître
leur violence aux hommes violents. Il faut ensuite les amener à
travailler sur les indices précurseurs du passage à l'acte.
Un travail est ensuite entrepris pour qu'ils se rendent compte de l'effet
de leur violence sur l'entourage.
Conclusion
Les femmes violentées
semblent hésiter à recourir à l'aide professionnelle
des médecins, des services sociaux, des psychologues et des avocats.
En effet, 11,7 % seulement des victimes ont utilisé ces réseaux
d'aide. Elles se méfient également de la police et de la
justice. Souvent, elles n'y ont pas trouvé l'appui qu'elles souhaitaient
et dans certains cas elles ont dû affronter l'incompréhension
du personnel. Mais elles apprécient beaucoup l'aide apportée
par les foyers qui se consacrent à l'accueil des femmes maltraitées.