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Le roman « Le sourire de Schiller » couvre la courte période déterminée par deux lettres authentiques de Friedrich Schiller à Ludovike Simanoviz. La première lettre, datée du 24 juin 1793, est une commande formelle du portrait. Elle porte les marques d’une politesse réservée. La seconde, un an plus tard, contient les remerciements pour la réalisation du portrait. Dans celle-ci, le poète fait preuve d’enthousiasme et de familiarité : « Exquise amie ! », dit-il en entête, pour terminer par « Votre Schiller qui vous est éternellement dévoué. »
La différence de ton ouvre largement la voie au roman. Automne 1793, Schiller est professeur à Iena, il devient père pour la première fois. Il revient alors à Stuttgart pour un séjour à caractère familial pendant lequel, éloigné de tout, il écrit « L’éducation esthétique de l’homme ». Printemps 1794, alors que son portrait n’est pas encore sec, il rencontre enfin Goethe comme il le désirait : en égal.
Cette année 1793, prodigieusement décrite aussi bien par Hugo que par Dumas est l’une des périodes les plus intéressantes de la Révolution française : elle voit la mort du roi puis celle de la reine et le saccage de Saint Denis, la guerre contre la Prusse et celle de Vendée, l’avènement du calendrier révolutionnaire, l’assassinat de Marat et le début de la Terreur. La France, que l’Angleterre veut réduire à « un nain politique », lutte pour sa survie aussi bien contre l’ennemi intérieur que contre l’ennemi extérieur. A l’appel de Danton, elle décrète le Rhin comme sa frontière naturelle.
Ludovike Simanoviz, ayant étudié la peinture dans un Paris en pleine Révolution, pose un regard peu connu sur les événements français : celui des intellectuels allemands. Elle fait ainsi écho à Mme de Staël, dans son « de l’Allemagne ».
Lucienne Girardier Serex place Friedrich Schiller dans le décor de cette époque troublée dont les vicissitudes engendreront l’aspiration romantique. Elle introduit le lecteur dans le monde de la peinture et s’inspire des mémoires d’Elisabeth Vigée-Lebrun et de Jean Delécluze, élève du grand David, pour suivre Ludovike dans le Paris artistique. Le portrait de Schiller, qui lentement prend forme au cours des mois devient en fait le véritable personnage de ce roman.
Recherches :
2002 - 2007 : Recherche de documentation et d’iconographie.
Voyages d'exploration à Paris, Montbéliard, Ludwigsburg, Marbach, Stuttgart.
Lecture d’une vaste bibliographie, dont de nombreuses biographies et les œuvres originales de Schiller, Goethe, Kant, Lessing, Rousseau, Chateaubriand, de Staël, la baronne d’Oberkirch, Hugo, Dumas, Ossian, Mercier, Restif de la Bretonne, Delécluze, Wilhelm et Karoline von Wolzogen, Elisabeth Vigée Le Brun.
2005 -2006 : Traduction des lettres de Ludovike Simanoviz avec la collaboration de Marcel Geiser, Walter Friedemann et Rose-Marie Tinambard.
2007-2008 : Ecriture du roman en français. Collaborations ponctuelles et entretiens avec Dr. J-M Debard, historien, Dr. A. Fix, conservatrice du musée de Ludwigsburg, Dr. M. Davidis, directeur du musée Schiller à Marbach, Dr. Pr. D. Schulthess, professeur de philosophie à l’université de Neuchâtel, Silvia Rohner, licenciée en histoire de l’art.
2008 : Cours de peinture à l’huile à L’Académie de Meuron, dirigé par Gérald Comtesse.
2009 : Célébration des 250 ans de la naissance de Friedrich Schiller. Sortie du roman historique « Le sourire de Schiller » en français.
Projet: Traduction allemande envisagée avec le soutien de Pro Helvétia.
Ludovike ! Elle n’était pour moi qu’une vague ancêtre. On possédait à la maison deux portraits de sa main. Je ne les aimais pas, ils représentaient deux vieilles gens, noirs et ternes. Maintenant, (et une fois les tableaux restaurés), j’ai pu reconnaître l’excellence de la facture. J’ai pu y voir les beaux-parents du frère de Ludovike, Wilhelm et les reconnaître comme mes ancêtres directs. Je les aime mieux !
Ludovike n’était pas peintre d’histoire ni même de genre, elle n’était « que » portraitiste, comme on disait à l’époque où les portraitistes et miniaturistes étaient traités comme une caste inférieure. Cependant, elle a su donner le meilleur de son art. Elle a su innover. Elle a fait partie d’une génération qui a abandonné les flonflons des décors et des dentelles pour s’attacher aux visages. Elle a tenté de représenter l’âme de ses modèles. Les fonds de ses tableaux sont sobres afin que l’expression ressorte au mieux.
Lorsqu’on contemple son autoportrait, on mesure toute l’étendue de son talent.
Pour écrire ce roman, il me fallait m’initier à la peinture. J’ai donc acheté une boîte de peinture à l’huile sur Internet (eh ! oui) et je suis allée à la bibliothèque chercher un livre sur l’art du XVIIIe siècle. Un élève de David parlait des cours du Maître, il avait pris note de ses conseils. J’ai suivi ses instructions et je n’en suis pas trop mécontente. J’ai représenté un martin pêcheur dans la grande Cariçaie, les couleurs sont magnifiques car au XVIIIe siècle, on n’éclaircissait pas les couleurs avec du blanc. Les teintes restent ainsi très lumineuses.
Mais cet apprentissage avait ses limites, alors je me suis inscrite à un cours de l’Académie de Meuron, à Neuchâtel. Monsieur Comtesse a été très attentionné. Il m’a dévoilé les secrets des anciens, a fait cuire la colle de peau, m’a montré comment appliquer le gesso pour préparer la toile. De quoi communier avec Ludovike au moyen des odeurs, des couleurs, des touchers.
Nous avons fait de la peinture académique, soit sur modèle vivant. Important pour moi de chercher à reproduire la lumière sur un corps, la vie sur un visage. Important aussi de vivre cette relation peintre-modèle. L’inconfort du modèle suivant la pose, l’inconfort du peintre lorsque la pose est brisée…
Cependant, il fallait aussi me mettre dans la peau de Schiller. Je devais me faire portraiturer. Difficile à notre époque : le portrait n’est plus en vogue et surtout, on n’utilise plus la térébenthine.
C’est ma sœur, finalement, qui a réalisé ce portrait. J’ai pu vivre ce qu’a vécu Schiller, du moins en partie, comprendre que la relation est nettement plus intime qu’avec le photographe aujourd’hui. La confiance doit être plus grande. On n’est pas toujours d’accord avec le peintre, on ne se sent « pas comme ça » : Je ne suis « pas comme ça » en effet, pas si jolie, du moins, mais ma sœur a réussi ce que désirait Schiller. Elle a réussi un portrait idéalisé. Elle m’a peint telle qu’elle me voyait moi, en entier, pas seulement mon corps. Elle a représenté l’un de mes poèmes sur mon visage. C’est exactement ainsi que je me sens lorsque je compose un poème. Merci Catherine !