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Le 20 janvier 1921, Filippo Tommaso Marinetti, le père du Futurisme, donne une conférence à Genève, dans le cadre de l’Exposition Internationale d’Art Moderne qui se tient alors au Palais électoral. La conférence porte sur le « Tactilisme », une nouvelle forme d’art « qui se propose de donner au tact humain des plaisirs de suggestion artistique aussi variés que ceux que nous éprouvons à l’aide des yeux et des oreilles ». Pour appuyer sa démonstration, Marinetti fait circuler dans le public sa première « table tactile » réalisée par sa compagne, l’artiste Benedetta Cappa. Intitulée Soudan-Paris, cette planche de quelques décimètres carrés condense les sensations tactiles d’un voyage imaginaire que Marinetti décrit ainsi : « Soudan-Paris contient dans sa partie Soudan des valeurs tactiles rudes, grasses, raboteuses, piquantes, brulantes (étoffe spongieuse, éponge, papier de verre, lin, brosse de fer) ; dans sa partie Mer des valeurs tactiles glissantes, métalliques, fraîches (papier d’étain) ; dans sa partie Paris des valeurs tactiles moelleuses, très délicates, caressantes, chaudes et froides à la fois (soie, velours, plumes, houppes) ».
Marinetti a déjà présenté sa conférence quelque jours plus tôt à Paris, où il est hué par les Dadaïstes (Tristan Tzara, Francis Picabia et André Breton en tête), qui disputent au Futurisme la primauté de l’avant-garde européenne. Picabia fait ainsi remarquer que Marinetti n’est certainement pas l’inventeur du « tactilisme », puisqu’il a été précédé par une sculptrice américaine, Clifford Williams, à laquelle Guillaume Apollinaire a consacré une conférence. Le même Apollinaire avait d’ailleurs publié dès 1916, un court conte, intitulé Mon cher Ludovic, dans lequel il imaginait un écrivain qui, se rendant à Genève, y conçoit un roman géologique dans lequel le Mont-Blanc s’effondre dans le lac Léman « si bien qu’il n’y avait plus ni mont, ni lac, mais une plaine parfaitement unie qui pouvait servir de vaste champ d’expérience pour l’art du tact que l’on pourrait y pratiquer pédestrement »…
A celles de Paris et Genève s’ajouteront d’autres conférences en Italie, immédiatement puis la publication d’un « Manifeste du Tactilisme ». De nombreux articles parus dans la presse internationale, que Marinetti a pris le soin de collecter dans ses Libroni, manifestent l’écho de cette « invention ». On y trouve notamment un long compte rendu de la visite de Marinetti à Genève paru dans La revue des belles lettres et signée du journaliste Aldo Dami. Il y dit toute son admiration pour Marinetti, inventeur de « polyphonies tactiles » permettant d’obtenir « une représentation immédiate de la sensation à l’état naissant, et ce, sans l’intermédiaire ne fut-ce un millième de seconde d’analyse et de raisonnement ». Il faut encore noter que les expériences tactiles de Marinetti connaitront une fortune artistique importante à travers des développements d’artistes tels Bruno Munari et László Moholy-Nagy ou encore par la pédagogue Maria Montessori.
A travers une scénographie particulière réalisée par l’artiste Denis Savary, l’exposition du MAMCO explorait les différentes facettes du projet futuriste et en proposait une traduction contemporaine. La présentation de documents inédits permettait par ailleurs de revenir sur les circonstances précises de l’Exposition Internationale d’Art Moderne de Genève – un épisode important dans l’histoire des avant-gardes et qui demeure pourtant fort mal connu.
Organisée par Paul Bernard, Denis Savary et Marjolaine Viard
Elle a bénéficié de la collaboration des sociétés Artmyn et Belsol et de Vladimir Boson ainsi que de la contribution scientifique de Jill Gasparina, Pierre-André Jaccard et Giovanni Lista