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Lors des Championnats d’Europe qui se sont déroulés à Rotterdam à la mi-août, les chevaux de saut ont prouvé une fois de plus qu’ils fournissent des performances de haut niveau. Mais qu’en est-il de la condition physique des athlètes bipèdes de l’équipe nationale? Dans un projet-pilote en collaboration avec Swiss Olympic, la Fédération Suisse des Sports Equestres offre la possibilité aux cavaliers et cavalières du cadre de saut Elite de faire tester leurs points forts et leurs faiblesses physiques par des experts et de faire élaborer un programme de fitness individuel.
Exercice d’équilibre: test de coordination des membres inférieurs. (photo: medbase)
En équilibre parfait debout dans les étriers, le cavalier de saut encourage son cheval à couvrir du terrain de manière efficace. Peu avant l’obstacle, il se rassoit souplement et accompagne immédiatement le mouvement du galop avec son corps avant de se pencher, à nouveau en équilibre parfait, sur l’encolure du cheval au-dessus du saut, avant de se redresser en l’espace de quelques secondes pour amortir le choc de l’atterrissage. Penché en avant, il accompagne son cheval dans les deux foulées de galop séparant les obstacles de la combinaison et la séquence de mouvements se répète sur le prochain saut. Un amateur pourrait penser que le cavalier se laisse simplement porter, mais cet exercice demande en réalité beaucoup de force, d’équilibre, de coordination et de condition.
Des optimisations possibles à plusieurs niveaux
Andy Kistler, le chef d’équipe des cavaliers et cavalières du cadre suisse de saut Elite est convaincu que la discipline se développe continuellement et, afin de pouvoir rivaliser avec les meilleurs du monde, les cavaliers et cavalières doivent s’entraîner à plusieurs niveaux - et pas seulement en équitation. Comme dans tous les sports de haut niveau, d’autres aspects comme l’alimentation, la force mentale et la condition physique générale en particulier sont des facteurs déterminants. En ce qui concerne ces aspects, les cavaliers ne sont pas si différents d’autres sportifs pratiquant l’athlétisme ou le ski alpin. «Si le cavalier n’est pas en parfaite condition physique, il devient un élément gênant pour le cheval qui ne pourra alors pas exploiter tout son potentiel», selon Andy Kistler. Face à cette situation, l’ancien coureur et cycliste devenu fin connaisseur du monde du saut d’obstacles a initié une collaboration entre la FSSE et Swiss Olympic afin d’examiner les cavaliers et cavalières du cadre suisse sous toutes leurs coutures.
Prévention de blessures et augmentation de la performance
«Une bonne condition physique générale ne sert pas seulement à augmenter les performances sportives, mais aussi à prévenir les blessures», souligne la physiothérapeute du sport de Swiss Olympic et du Medbase Sports Medical Center, Liz Davidson. En vue de ce projet-pilote, elle s’est intéressée de près aux sports équestres et des relations biomécaniques en saut d’obstacles. Grâce à ce savoir, l’experte du programme de screening SpartaNova a développé des modules de tests spécifiques destinés aux cavaliers de saut permettant de tester - dans les locaux du cabinet, donc sans cheval - la mobilité de toutes les articulations, la force des épaules, du dos, du tronc et des jambes ainsi que la coordination des sportifs et des sportives. «Ces tests ont pour fonction de déterminer les points faibles individuels afin de les travailler de manière ciblée grâce au programme d’entraînement personnel développé pour chaque athlète», explique Davidson.
Analyse fonctionnelle de la flexibilité du bassin et de la stabilité debout sur une jambe. (photo: medbase)
Les zones sensibles du dos et des cuisses
Fort de plusieurs années d’expérience, Andy Kistler sait que les cavaliers et les cavalières de saut sont particulièrement sujets aux blessures dans la région des vertèbres dorsales et lombaires, de la nuque et des épaules, mais aussi des adducteurs et des cuisses, une observation que Liz Davidson confirme d’un point de vue scientifique: «En raison des asymétries de posture ou des stratégies de compensation inconscientes lors de la monte se créent des déséquilibres musculaires qui peuvent causer des douleurs et rendre le cavalier sujet aux blessures. Ainsi, un déséquilibre ou une faiblesse de la musculature du tronc peut mener à des douleurs dans le bas du dos en raison de la surcharge de cette partie et causer une endurance réduite des extenseurs et des adducteurs des hanches, qui sont des muscles importants pour une bonne tenue en selle.»
La pratique de l’équitation seule ne suffit pas
Si le screening SpartaNova, qui dure environ une heure, a relevé des faiblesses musculaires, une mobilité réduite ou des asymétries fonctionnelles, Liz Davidson élabore un programme d’entraînement adapté aux besoins individuels du cavalier concerné. «Les athlètes profitent d’une meilleure stabilité du tronc non seulement lors de la pratique de leur sport, mais aussi dans la vie quotidienne. En effet, les accidents ne se produisent en général pas à l’entraînement ou en compétition, mais lors du travail quotidien», explique la physiothérapeute du sport. Un autre aspect important permettant d’éviter les arrêts pour cause de blessure est l’endurance. Andy Kistler explique: «L’endurance est synonyme de concentration. Si l’on fatigue, l’on n’est plus concentré. Les performances de haut niveau ne peuvent donc plus être fournies et le risque de blessure augmente.»
L’on pourrait croire que les cavaliers et cavalières professionnels n’ont pas besoin de cet entraînement fonctionnel afin de rester en forme - après tout, ils passent toute leur journée autour des chevaux et en selle. Mais Liz Davidson secoue la tête: «Les cavaliers professionnels sont particulièrement exposés à des surcharges répétitives - en raison des sessions d’entraînement à cheval, du travail quotidien et des voyages fréquents - pouvant entraîner des douleurs chroniques qui, si elles ne sont pas traitées, peuvent mener à une capacité de performance réduite en conséquence.»
L’évaluation du screening montre clairement où se trouvent les points faibles de l’athlète. (image: SpartaNova)
Intégrer un entraînement fonctionnel au programme
Afin de pouvoir mettre en pratique le programme de fitness individuel, l’experte SpartaNova conseille d’intégrer l’entraînement fonctionnel au programme d’entraînement et de compétition. «Certains cavaliers, comme par exemple Steve Guerdat, effectuent leurs exercices quotidiens tout seuls et d’eux-mêmes - que ce soit à la maison ou en compétition», raconte Andy Kistler, «d’autres en revanche ont plus de difficulté à libérer du temps dans leur journée pour pratiquer un sport de compensation».
Un suivi complet
Si une blessure devait arriver malgré toutes les précautions, les cavaliers du cadre de saut Elite sont entre de bonnes mains aussi en ce qui concerne le suivi médical. En effet, grâce à la collaboration de la FSSE et de Swiss Olympic, le médecin du sport et Chief Medical Officer de Swiss Olympic, Patrik Noack, est à la disposition de nos cavaliers de saut afin de les conseiller pour toute question relative à la santé, aux traitements et à la réhabilitation et de les diriger vers des spécialistes dans leur région.
De plus, la FSSE propose aux cavaliers d’élite de suivre un entraînement mental chez le psychologue du sport Jörg Wetzel une fois par année. Tout sportif concourant au plus haut niveau international doit savoir gérer la pression psychologique, les défaites et les imprévus. Il est bien connu que beaucoup se joue dans la tête, et pour pouvoir faire le difficile chemin jusqu’au titre international, les sports équestres ont eux aussi besoin d’athlètes parfaitement entraînés et en bonne santé.
Cornelia Heimgartner
Contrôle de la souplesse active de la hanche avec le dos en position neutre. (photo: medbase)
«J’ai été surpris par mes points faibles»
Edwin Smits est membre du cadre de saut d’obstacles suisse et relate ses expériences avec SpartaNova.
Edwin Smits (photo: FSSE)
Bulletin: Pourquoi as-tu décidé de faire le test SpartaNova?
Edwin Smits: J’ai toujours fait beaucoup de sport, j’allais courir régulièrement et je me sentais en forme. Mais j’ai eu deux hernies discales en début d’année. Ce genre de blessure représente évidemment un énorme frein sur le plan sportif, d’autant plus que je vis des sports équestres et du commerce de chevaux. Dans cette situation, un arrêt pour blessure a de grosses répercussions. Grâce à un suivi médical optimal, j’ai néanmoins pu prendre le départ à une compétition seulement six semaines plus tard. Ma bonne condition physique m’a certainement aidé dans ce cas-là. Après ma blessure, j’ai travaillé avec un entraîneur personnel au fitness, c’est pourquoi je pensais que je n’avais pas besoin d’effectuer le test SpartaNova. Mais le doute persistait que je devais avoir des points faibles dans mon corps. Je voulais donc les trouver et les travailler de manière ciblée afin de prévenir de nouvelles blessures. Ainsi, j’ai décidé de profiter de l’offre SpartaNova, dont le screening ne cible pas uniquement le dos mais également les bras et les jambes.
Et quel fut le résultat du screening?
J’ai été surpris par mes points faibles! J’ai toujours pensé que mon côté droit était mon côté plus fort, mais les tests musculaires ont prouvé que mon côté droit est plus faible. Ainsi, je peux travailler ce point faible de manière ciblée avec mon entraîneur personnel.
A quels intervalles t’entraînes-tu?
Je vais au fitness trois fois par semaine pour des séances d’une heure dans le but d’améliorer mon équitation - il n’est donc pas uniquement question de développer de la masse musculaire. C’est un entraînement fonctionnel devant m’aider à atteindre mes objectifs dans ma discipline sportive. Mais la condition physique n’est pas que composée de la force seule, mais aussi de l’endurance - que j’entraîne en joggant - ainsi que de la coordination et de l’équilibre, que l’on peut entraîner à l’aide d’exercices très simples comme le jonglage avec des balles. Une bonne forme physique ainsi qu’une bonne endurance favorisent également la concentration. Je suis beaucoup plus concentré sur les performances que je dois fournir durant la journée après être allé jogger le matin et avoir mangé un bon petit-déjeuner.
A qui conseillerais-tu un tel programme de fitness?
Roger Federer a dit un jour: «Avant, tout allait tout seul. Aujourd’hui, je dois m’entraîner de façon ciblée afin de rester en forme et en bonne santé.» Cette déclaration est intéressante aussi pour nous cavaliers. Lorsque je fais quelque chose, je veux pouvoir le faire à 100%. Une fois que je ne peux plus le faire physiquement, j’arrête. Voilà mon credo. Cependant, je ne pense pas que le fitness soit une activité réservée uniquement aux cavaliers «plus âgés». A l’époque, en tant que jeune cavalier, je souffrais régulièrement de problèmes de dos et d’adducteurs, c’est pourquoi j’ai commencé le fitness il y a dix ans. Depuis, je vais beaucoup mieux, mais j’ai tout de même eu ces deux hernies discales - je ne m’entraînais pas de manière assez ciblée. Lorsqu’on monte à cheval, on n’entraîne pas la totalité du corps. Les muscles abdominaux par exemple ne sont pas suffisamment travaillés, ce qui conduit à un déséquilibre musculaire et rend le cavalier, peu importe son âge, sujet aux douleurs et aux blessures.
Vas-tu refaire un test SpartaNova?
Je vais certainement refaire un examen cet hiver afin de faire un état des lieux et d’éventuellement adapter mon plan d’entraînement. Je suis très heureux d’avoir la possibilité de faire ce screening. Ainsi, je suis confiant de pouvoir réduire le risque de blessures à un minimum.