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par Valentine Chaudez
L’histoire de Vevey est complexe et ancienne. Plusieurs découvertes suggèrent une permanence d’occupation depuis la période préromaine. Au XIIè s., il s’agit d’un bourg marchand. Les mentions explicites comme ville n’apparaissent que dans le premier quart du XIIIè s. Le noyau primitif est formé par les bourgs du Vieux-Mazel et d’Oron, fondés respectivement par les maisons de Blonay et d’Oron. Au cours du XIIIè s. et dans la première moitié du XIVè s., Vevey se développe par l’adjonction de nouveaux bourgs, qui sont le fait des deux coseigneuries. Le Bourg-Franc, auquel Rodolphe 1er d’Oron octroie des franchises, constitue la première extension à l’ouest du noyau primitif. L’intervention archéologique effectuée en 1989 par François Christe et les investigations menées en 2004 et 2005 par la soussignée apportent un éclairage nouveau sur l’établissement et le développement du Bourg-Franc et fournissent les premières datations archéologiques des fortifications de Vevey.
Au n°34 de la rue des Deux-Marchés, des bâtiments en maçonnerie sont adossés au mur de ville dès l’édification de celui-ci. Ces maisons jouent peut-être le rôle de contrefort interne, renforçant la muraille et parant au risque d’un éventuel affouillement provoqué par une crue de la Veveyse. Dans cette parcelle ainsi qu’à la maison de Warrens, les murs attenants au dispositif défensif sont pourvus de passages visant sans doute à circuler rapidement le long de l’enceinte et à permettre l’accès aux archères. Plusieurs questions se posent. Quel est le statut de ces édifices contigus à l’enceinte et en particulier des locaux du rez-de-chaussée qui donnent accès aux meurtrières ? Appartiennent-ils à la communauté ou s’agit-il d’espaces privés ? L’affectation de ceux-ci est-elle mixte ou uniquement défensive ? Au n°34, la présence de larges baies dans le mur oriental et l’existence présumée d’une ruelle à l’est du bâtiment en transformation évoquent une fonction marchande et suggèrent donc une destination mixte. L’analyse dendrochronologique permet de proposer une datation au milieu du XIIIè s. pour la construction de l’enceinte et des parcelles attenantes. Il y aurait donc un décalage de plus de dix ans entre l’octroi des franchises, vers 1236, et l’établissement des fortifications et des maisons attenantes.
Il est regrettable de ne pas pouvoir mieux préciser l’emplacement et l’extension primitive de la maison de Vuippens, ainsi que la chronologie relative de cet édifice et de l’enceinte. La présence d’une maison forte non loin de la Porte au Vent, c’est-à-dire à un emplacement stratégique, non seulement du point de vue défensif mais aussi parce qu’il permet le contrôle du flux des personnes et des marchandises, évoque le dispositif du port de Villeneuve, où, à côté d’une tour primitive, une famille importante fait construire une maison forte, accaparant certains droits communaux.
La présence, dans le mur de ville, probablement déjà au XVè s., d’ouvertures aux encadrements en plâtre ou en molasse non pourvus de barreaux témoigne peut-être d’une allégeance accordée à des privilégiés. Elle surprend en tous les cas, car ces percements portent atteinte au système défensif. La construction d’un pont privé, probablement en 1687, puis d’un bâtiment à l’extérieur de la muraille en 1689, rend compte de la perte de la fonction défensive de l’enceinte. L’établissement d’un édifice contre la tour de la Porte au Vent, constituant un des derniers témoins visibles des fortifications de Vevey, traduit sans doute l’affaiblissement de l’importance symbolique de ce monument, dont la démolition intervient à la fin du XVIIIè s.
, Valentine : L’établissement et le développement du Bourg-Franc de Vevey.
Mittelalter – Moyen Age – Medioevo – Temp medieval, Zeitschrift des Schweizerischen Burgenvereins, 12. Jahrgang 2007, Heft 1, 11 - 28.