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D'origine espagnole, Joseph Pignatelli (1737-1811) est né dans un palais, et est honoré pour avoir conduit et encouragé les jésuites pendant les longues et pénibles années de la suppression de la Compagnie de Jésus. Son père italien et sa mère espagnole étaient de familles nobles; il vécut dans le palais familial à Saragossa en Espagne. Quand sa mère mourut en 1743, son père déménagea avec sa famille à Naples. Quatre ans plus tard son père mourut aussi.
Joseph Pignatelli retourna à Saragossa pour y étudier à l’école jésuite. Il vivait dans la communauté. Le 8 mai 1753 il entra au noviciat à Tarragona; il suivit ensuite la formation normale, étude de la philosophie et de la théologie. Il a été ordonné prêtre une semaine avant Noël 1762, et passa ensuite 4 ½ années à exercer d’humbles apostolats à Saragossa, il enseignait la grammaire à des jeunes garçons, il visitait les prisonniers, et aidait ceux qui étaient condamnés à mort.
Le Père Pignatelli avait renoncé à la vie privilégiée des grands d’Espagne pour la simple routine d’un enseignant jésuite, mais cela changea brusquement le 3 avril 1767, quand le roi Charles III expulsa les jésuites de son royaume et confisqua leurs propriétés. Cinq mille jésuites perdirent tout et devinrent des ‘sans logis’. Le P. Pignatelli aurait pu se réclamer des privilèges de sa famille, mais il préféra suivre ses confrères en exil. Comme poussé par une préscience, le Recteur âgé de Saragossa délégua son autorité au jeune prêtre jésuite. Quand les jésuites de Saragossa arrivèrent à Tarragona, ils rencontrèrent d’autres jésuites attendant d’être déportés; parmi eux se trouvait le Père Provincial, qui délégua aussi son autorité au Pèpre Pignatelli, le nommant ainsi supérieur de 600 jésuites.
Un convoi de 13 navires quittèrent l’Espagne pour l’Italie, mais ceux-ci ne reçurent pas l’autorisation de débarquer à Civitavecchia sur la côte ouest de l’Italie, ni au port de Bastia en Corse. Finalement ils accostèrent à Bonifacio au bout de la Corse méridionale, mais ils durent quitter cet endroit un an plus tard quand la France acquit ce territoire de Gêne en septembre 1768. Les jésuites furent entassés dans des bateaux et emmenés à Gêne, le point de départ d’une marche de 300 miles jusqu’à Ferrara dans les Etats Pontificaux. Ceux qui étaient malades ou âgés accomplirent cette marche avec beaucoup de peines et de souffrances, mais tous arrivèrent épuisés.
Les exilés trouvèrent un accueil chaleureux grâce à la gentillesse du cousin du Père Pignatelli, Mgr Francis Pignatelli, un futur cardinal, mais leur situation resta fragile, parce que les princes d’Europe exerçaient de la pression sur le Pape Clément XIII pour qu’il supprime la Compagnie de Jésus. Lui-même résista, mais son successeur Clément XIV céda et décréta, le 21 Juillet 1773, la suppression de la Compagnie de Jésus, par le Bref ‘Dominus ac Redemptor noster’. Le Père Pignatelli et 23.000 autres jésuites devinrent soudain des ‘ex-jésuites’, qui n’étaient plus tenus par leurs vœux. Les prêtres restaient prêtres, mais les frères et les scolastiques devinrent d’un coup des «laïcs».
Le Père Pignatelli se rendit à Bologna, et, pendant les 24 années qui suivirent, il resta en contact avec ses frères jésuites dispersés. Il prit un rôle plus actif en écrivant au P. Provincial de la Russie Blanche (aujourd’hui le Belarus), demandant à être réadmis dans cette province. L’Impératrice de Russie Catherine la Grande avait interdit de promulguer le Bref pontifical dans ses territoires. Cela permit aux jésuites de Russie Blanche de continuer à exister sans interruption. Le duc de Parme, Ferdinand, désirait aussi avoir des jésuites dans son territoire; il entreprit donc de négocier avec les jésuites de la Russie Blanche. En 1793 3 jésuites vinrent dans son duché pour y ouvrir une communauté. Le P. Pignatelli rejoignit ce groupe. Finalement, le 6 juillet 1797, à l’âge de 60 ans, il renouvela ses vœux religieux. Deux ans plus tard il devint maître des novices à Colorno, alors, le seul noviciat jésuite dans toute l’Europe Occidentale. Le 7 mai 1803 le supérieur de la Russie Blanche le nomma Provincial d’Italie.
Une période de troubles succéda à ces développements prometteurs. Quand les troupes françaises occupèrent le duché de Parma en 1804, les jésuites s’exilèrent à Naples. Le 30 juillet 1804, par un Bref spécial, le Pape avait restauré la Compagnie dans le royaume des Deux Siciles. Beaucoup d’anciens jésuites s’y rendirent pour retrouver la Compagnie. Le Père Pignatelli ne put jouir de l’hospitalité napolitaine que pendant 2 ans, avant que Joseph Bonaparte ne s’empare de la région et n’oblige les jésuites d’autres pays à partir. Ils émigrèrent vers le nord à Rome où le Pape Pie VII les accueillit et ils purent fonder une communauté religieuse à St Pantaleon près du Colisée, et bientôt ils eurent un noviciat à Orvieto.
Le Père Pignatelli avait été un exilé pendant 40 ans quand il arriva à Rome; il caressait encore l’espoir de voir la Compagnie rétablie, mais il se résignait à ne pas voir ce jour avant sa mort. Les deux dernières années sa santé s’était beaucoup dégradée et il souffrait d’hémorragies, probablement causées par des ulcères à l’estomac. En octobre 1811 il dut se mettre au lit, et il mourut paisiblement le 15 novembre, 3 ans avant que le Pape Pie VII ne restaure la Compagnie.
(source: le site de la Curie jésuite jesuits.global)