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Milo Rau: "Je fais un théâtre qui n'est pas intellectuel, mais émotionnel"
Depuis 2009, le metteur en scène bernois connaît un succès et une reconnaissance internationale, en particulier avec ses reconstitutions de procès célèbres. "Ce sont les moments fixés dans la mémoire collective qui m’intéressent le plus", confie Milau Rau à la RTS lors de l'émission "Ecran total".
Des choix qui se portent généralement sur des événements tragiques. "Je crois que les moments les plus dramatiques sont les plus intéressants pour le théâtre" ajoute-t-il. Ainsi, il aime reconstituer le réel dans ce qu'il a de plus dérangeant, tout en cherchant à "coller" le plus possible à la réalité.
Il n'hésite d'ailleurs pas à créer ses pièces dans les endroits mêmes où se sont passés les événements. Ainsi "Les Derniers Jours des Ceausescu", créé à Bucarest en 2009, "Le procès moscovite" qui retrace le procès des Pussy Riots à Moscou en 2013 ou "Five Easy Pieces", une pièce sur l'affaire Dutroux racontée par des enfants belges.
>> A voir: le trailer de la pièce "Five Easy Pieces" (en anglais)
Un théâtre engagé
Une manière de faire qui ne va pas sans poser des problèmes. Sa pièce sur l'affaire Dutroux a scandalisé avant même la première représentation et la pièce a été interdite dans une dizaine d'endroits, à cause d’une scène dans laquelle une jeune fille se dénude. Lorsque le spectacle sur le procès des Pussy Riots a été présenté à Moscou en 2013, il s'est fait arrêter par la police durant plusieurs heures, suspecté d’activités illégales.
L'artiste suisse n'a désormais plus le droit d'entrer sur le territoire russe et ne pourra certainement plus se rendre non plus en République démocratique du Congo suite à son projet "Le Tribunal sur le Congo" en 2015. L'objectif était de mettre en place un tribunal, sans valeur juridique, pour tirer au clair les responsabilités des parties prenant part au conflit qui a lieu en RDC depuis une vingtaine d'années. Lors des représentations sur place, l’endroit a dû être sécurisé par une centaine de policiers.
Milo Rau sait que les choses peuvent mal se passer, mais ne pense pas au danger lorsqu'il travaille. "Maintenant que j'ai des enfants, j'essaie d'être plus raisonnable qu'il y a 10 ou 15 ans" confie-t-il. Cela ne l'a pas empêché de se rendre en Syrie et en Irak il y a quelques mois pour un projet en cours. Conscient qu'il était dans une zone minée et en conflit, ce n'est pourtant qu'une fois de retour chez lui que la peur est venue.
>> A voir: "Capture d'écran" avec Milo Rau
Dévoiler la réalité
Dans un monde submergé par des informations de toutes sortes, le metteur en scène estime indispensable d'aller voir ce qui se passe sur place pour vraiment comprendre les choses. Ainsi, il effectue un gros travail de documentation et d'enquête sur les lieux avant de commencer son travail de metteur en scène. Une scène de théâtre qui lui permet de montrer une réalité qui peut être invisible ou cachée dans la vraie vie. Ce que le citoyen ne peut ou ne veut pas voir, le spectateur est obligé de le regarder.
Je n'essaie pas seulement de représenter les choses, mais de rendre réels ces événements pour les spectateurs.
Milo Rau donne à voir et à écouter sur scène, mais laisse le spectateur se faire sa propre opinion sur les événements présentés. Son théâtre ne se veut pas intellectuel, mais émotionnel. "Tout le monde peut comprendre mes pièces" conclut-il.
Andréanne Quartier-la-Tente
Publié le 13 juillet 2017 - Modifié le 13 juillet 2017