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Forteresse de Salses (Perpignan) [73]
Un verrou entre l'Espagne et la France En 1496, l'armée française met à sac et incendie le village et le château de Salses qui limitent au nord le territoire espagnol. Pour barrer plus efficacement l'accès du Rousillon à la France, le roi Ferdinand le Catholique décide alors la reconstruction de Salses pour en faire à la fois un fort d'arrêt défensif et une base d'opérations offensives. En 1503 les Espagnols résistent à un premier siège alors que la forteresse n'est pas achevée. En 1544 la paix signée entre Charles Quint et François Ier amène un siècle de tranquillité et la forteresse perd peu à peu la supériorité militaire que son architecture novatrice lui donnait à l'origine. Au cours de la guerre de Trente Ans, Salses et assiégée trois fois en trois ans avant d'être définitivement conquise par les Français en 1642. Le traité des Pyrénées, en 1659, entérine l'appartenance du Roussillon à la France. La frontière est alors reportée sur la crête des Pyrénées; la forteresse perd toute importance stratégique et ne doit sa survie qu'au coût prohibitif de sa destruction. Partiellement restaurée par Vauban, devenue poste de surveillance puis prison d'Etat, elle est utilisée comme poudrière pendant tout le XIXème siècle avant d'être classée monument historique en 1886.
Un chef-d'œuvre d'architecture militaire La forteresse occupe un emplacement stratégique sur la voie principale reliant la France à l'Espagne sur une étroite bande de terre entre les massifs des Corbières et l'étang de Leucate. Construite en un minimum de temps entre 1497 et 1504, elle possède une architecture d'une grande majesté. La forteresse de Salses est un véritable spécimen de transition entre le château médiéval - dont elle conserve le donjon et les tours d'angle encadrant de longues courtines – et le fort moderne, géométrique et enfoncé dans le sol. Ses principaux caractères novateurs sont dus à la nécessité de s'adapter au développement de l'artillerie à boulet métallique. Les murailles ont de 6 à 10 mètres d'épaisseur et sont enterrées jusqu'à mi-hauteur dans un vaste fossé inondable. En élévation, l'ouvrage comprend de trois à sept niveaux desservis par un labyrinthe de communications internes. Précédée de postes de défense avancée sous forme de trois tours à bec reliées au corps central par des caponnières, la place se présente sous la forme d'un vaste rectangle apparemment constitué d'un seul bloc particulièrement trapu. Le dispositif de défense, en réalité beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, est fractionné en trois parties autonomes disposées d'est en ouest: la partie commune organisée autour d'une cour carrée, le réduit regroupant tous les organes vitaux de la forteresse, le donjon commandant l'ensemble et abritant le logis du gouverneur.
L'évolution de l'artillerie L'évolution des techniques de la guerre à la fin du Moyen Age permet de comprendre l'architecture de Salses. L'artillerie naît au XIVème siècle mais les énormes boulets de pierre, tirés à faible distance, se brisent sur les remparts des châteaux forts sans véritablement les mettre à mal. A partir du milieu du XVème siècle, le boulet métallique qui ne se brise plus parvient à disloquer les hautes courtines médiévales. Le boulet de fer de plus petite dimension est tiré par des canons de taille réduite, plus faciles à déplacer et plus précis. C'est une véritable révolution dans l'art de l'attaque. La reconstruction de la forteresse en 1497 relève le défi en enterrant les murailles dans le sol et en les épaississant. Cela est efficace contre les projectiles ennemis mais réduit considérablement le champ de tir des meurtrières. Par compensation, leur nombre est multiplié: 400 meurtrières dirigées contre l'extérieur mais aussi en grand nombre à l'intérieur afin de flanquer chaque couloir, porte, escalier, etc. De nombreuses chambres de tirs à canon sont en outre aménagées sur les plates-formes des tours et des cavaliers ainsi que dans les tours d'angle. Enfin, face au perfectionnement des techniques de mines et à l'apparition des charges de poudre, des galeries de contre-mine sont creusées sous les fossés. Malgré cela, les tours à plan circulaire présentent un caractère archaïque avec des angles morts faciles à miner; cet inconvénient ne disparaître qu'avec la mise au point, au milieu du XVIème siècle, du front bastionné.
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