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1612
François Du Souhait, Histoires comiques, ou entretiens facétieux
Paris, Du Bray, 1612
Des devisants au théâtre
Les nouvelles de ce recueil sont énoncées jour après jour par un groupe de spectateurs de l'Hôtel de Bourgogne qui attendent que le spectacle commence. Les différents extraits ci-dessous (non paginés) font référence au théâtre comme lieu et à la représentation :
Un jour que les comédiens commençaient de jouer à l’Hôtel de Bourgogne, il se trouva en une même loge neuf hommes de diverses conditions, les uns avec leur femme, les autres avec leur maîtresse et les autres avec des personnes qui leur étaient indifférentes. Les comédiens, ayant promis par leurs affiches de commencer à une heure, furent beaucoup plus tardifs qu’ils n’avaient dit, ce qui occasionna ces messieurs de faire une résolution de dire tour à tour une histoire facétieuse pour tromper le temps et pour donner quelque contentement à ces dames. Il y avait un gentilhomme, un commissaire, un bourgeois, un poète, un peintre, un marchand, un trésorier, un musicien et un écolier. Ils tirèrent au sort qui serait le premier en date pour entretenir la compagnie. L’écolier eut cette préférence qui, préparé par le bénéfice de sa mémoire, leur dit : [...].
Le jour suivant, cette troupe se rallie à l’accoutumée, à la même loge et le marchand qui s’était préparé les harangua ainsi : [...].
Le marchand, ayant mis fin à son histoire, avait prié le gentilhomme de satisfaire au désir de la compagnie qui était encore toute enrouée de la patience de l’écolier qui avait su si bien feindre et son amour et sa haine, qui lui avaient réussi à son contentement. Le gentilhomme voulant subir les lois qu’il avait accordées, tant pour répondre à Monsieur le Commissaire qui s’était plu de le mettre en jeu, ébauche ainsi son conte.
Le gentilhomme achevait comme les comédiens faisaient leur revue sur le théâtre, priant le musicien de consulter son esprit pour le lendemain. […]
– Voilà, Monsieur, dit-il au gentilhomme, ce sera demain votre tour, acquittez-vous-en comme vous trouverez bon. Il est temps de nous taire, puisque les comédiens s’apprêtent de nous faire rire.
Monsieur le financier, vous payerez demain vos dettes, je vous en donne assignation, car les comédiens me font taire.
Les comédiens ne jouèrent pas ce jour-là, qui fut cause que le peintre fut plus long qu’il ne devait être. Il dit : « Voici la nuit qui nous presse de nous séparer, Monsieur le commissaire fera la catastrophe de nos histoires.[...]"
François Du Souhait, Histoires comiques, ou entretiens facétieux, Paris, Du Brueil, 1612, n. p.
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