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Revoyant avec mon fils, qui ne l'avait jamais vu, le grand classique du cinéma qu'est Alien, j'ai eu soudain l'impression, en suivant à nouveau ses actions déroulées, d'un lien fort entre l'androïde appelé Ash et la méthode scientiste qui a prétendu devoir régler le problème des remèdes au coronavirus d'une façon abstraite, détachée de l'enjeu humain.
Car, on s'en souvient, dans ce film de Ridley Scott de 1979, un cargo interstellaire est dérouté pour intégrer un monstre extraterrestre à son bord et l'amener sur Terre, où on compte en faire une arme. Les instigateurs de cette action n'ont rien révélé à l'équipage, estimant qu'il était expandable – qu'il pouvait être sacrifié. Et de fait, pour se reproduire, ce monstre doit forcément tuer un être vivant, il se nourrit de vie humaine. Or sa puissance ne peut pas être contrôlée, en tout cas pas par de simples marchands, comme sont les membres de cet équipage.
Dans le vaisseau spatial, un homme est au courant, et travaille en fait pour le gouvernement qui a eu cette idée – c'est le responsable scientifique et médical, dont on découvrira qu'il n'est qu'un robot, une machine. Or, une fois le monstre à bord, il s'emploie à le protéger sous divers prétextes – notamment, dit-il, parce qu'on ne sait pas ce qui peut se produire si on le frappe, si on le blesse, si on le tue. Pendant ce temps, les membres de l'équipage sont massacrés, mais lui continue à étudier le monstre d'une façon abstraite. Et au moment où la situation est désespérée parce que le capitaine du vaisseau a disparu, cet androïde continue de dire qu'il rassemble les données, qu'il ne sait toujours pas quelle solution existe. Cela surprend beaucoup les autres, qu'il poursuive ainsi des recherches théoriques alors que, en tant que responsable médical, il est censé se soucier de la vie des humains. Mais il ne se soucie que du monstre – s'avouant du reste fasciné par sa pureté élémentaire, en deçà de toute morale, incarnant la force fondamentale du vivant, égoïste et brute.
Sa forme, élaborée par H. R. Giger, correspond idéalement à cela, puisqu'il n'a pas d'yeux: aucune lumière n'est en lui. Il n'est pas loin du squelette animé. De la machine organique.
Bref, le médecin cesse d'être intéressé par la vie humaine, ce qu'il veut, c'est découvrir le secret que représente le monstre, au sein d'une quête quasi mystique. Il cherche à saisir la force de vie qui l'anime, à apprendre à la manipuler, sans plus se soucier du reste.
Or, dans l'affaire Didier Raoult, si on peut dire, on avait un médecin qui cherchait des remèdes à portée, pour soigner les gens, et des théoriciens qui cherchaient à saisir le secret des choses en mathématisant le vivant, ne se souciant que de l'avenir, et de la maîtrise totale des processus que permettrait une démarche expérimentale absolument sûre. On n'était pas loin de considérer que le facteur humain au sens individuel et réel était une donnée abstraite et que l'émotion qu'on en tirait était de l'ordre de l'irrationnel.
Je ne veux accuser personne; mais le culte du modèle mathématique et de la méthode parfaite tend bien à cela, qu'on le veuille ou non. Il y a là quelque chose qui relève de l'androïde, d'une vie relevant de l'intellect pur et qui est détachée de la vie au sens large. Le postulat selon lequel cette dernière est illusoire et seuls sont réels les rapports mathématiques, souvent adopté par les physiciens, peut mener à une forme d'inhumanité – il faut l'avouer.