Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06875.jsonl.gz/1241

Double déconfiture sur rectangle vert et sur tapis vert. Le Gabon a humilié la RDC : 3-0 sur le terrain et ensuite, les doigts dans le nez, devant le jury disciplinaire de la Confédération Africaine de Football (CAF). Aux limites tactiques et managériales du sélectionneur congolais Nsengi Biembi a succédé la méconnaissance des procédures par la Fédération Congolaise de Football (Fécofa). Qui a saisi la CAF pour déterminer la vraie nationalité du joueur gabonais Guelor Kanga Kaku. Comme si l’on demandait à l’Association des musiciens congolais de trancher sur la nationalité de Sam Mangwana, à l’association des féticheurs de Kikwit de confirmer la nationalité de Vieux Bony, de Mort-Mort ou à l’Union de la presse congolaise de lever des doutes sur la nationalité du « journaliste » Cissé Traoré.
Alors que la « supercherie » était de notoriété publique dans le pays, la RDC a attendu de perdre sur le terrain pour signaler à la CAF que le Gabonais Guelor Kanga Kaku est en réalité un citoyen congolais du nom de Guelor Kiaku Kiaku Kiangani. Pour appuyer leur thèse, les Congolais n’ont présenté que des documents administratifs mais pas une seule trace d’une licence délivrée par les instances congolaises au joueur Kiaku Kiaku Kiangani Guelor. La sentence de la CAF le mentionne justement : « (…) le jury disciplinaire n’a pu constater aucune irrégularité concernant l’éligibilité du joueur en question, ni de son enregistrement au sein de la CAF ».
Que disent les textes de la CAF ?
Quand la CAF évoque « l’éligibilité du joueur », elle indique clairement les limites de son champ d’investigation. Ses règlements le soulignent assez clairement :
« Chaque association membre doit disposer d’un système électronique d’enregistrement des joueurs qui attribue un identifiant FIFA à chaque joueur lors de son premier enregistrement. Un joueur doit être enregistré auprès d’une association pour jouer avec un club soit en tant que professionnel soit en tant qu’amateur, conformément aux dispositions de l’art. 2. Seuls les joueurs enregistrés électroniquement et disposant d’un identifiant FIFA sont qualifiés pour participer au football organisé. »
Le présumé Kiaku Kiaku Kiangani Guelor qui n’a pas d’identifiant Fifa est donc inconnu au bataillon et il ne revient pas à une instance de football de traiter une plainte pour « reniement de nationalité d’origine ». La Fécofa aurait été inspirée de saisir, en amont, au préalable, des cours et tribunaux compétents pour trancher entre deux nationalités en conflit. La CAF s’est tout naturellement appuyée sur les documents déposés depuis 2008 pour obtenir la qualification du joueur comme le rappelle le verdict : « (…) le joueur Guelor Kanga Kaku est enregistré sur le système CMS de la CAF comme étant de nationalité gabonaise et ayant participé depuis 2008 à l’ensemble des compétitions de la CAF avec l’équipe nationale du Gabon et les équipes gabonaises en compétitions interclubs ».
Si le joueur à l’identité et à la nationalité controversées avait été affilié à la Fécofa et avait détenu une licence même dans les équipes de tout jeunes, il aurait disposé d’un identifiant Fifa, aurait été enregistré sur le système CMS de la CAF et l’affaire se serait trouvée dans le champ des compétences de la CAF qui se serait appuyée, de toute évidence, sur l’antériorité de l’affiliation à la fédération congolaise pour disqualifier la sélection gabonaise.
RDC : une administration en haillons exposée en mondovision
Dans sa quête d’une victoire sur tapis vert, la Fécofa a obtenu, détenu et remis à des tiers des documents administratifs en violation de la loi. Un acte d’état civil et une carte d’électeur qui fait office de pièce d’identité ne peuvent être remis qu’aux personnes concernées, aux ayants-droits désignés par la loi et nullement à une association sportive en dehors d’une autorisation dûment délivrée par un juge. La partie congolaise a étalé en mondovision la faillite d’une administration fâchée avec la rigueur. Occasion, ici, de rappeler que la RDC doit être le seul pays au monde où la carte d’électeur a valeur de pièce d’identité alors que, partout au monde, c’est la présentation d’une pièce d’identité qui permet la délivrance d’une carte d’électeur.
Le football en RDC est à l’image de l’administration de ce pays et de ses mœurs politiques. C’est la leçon à retenir de l’issue de ce contentieux.
Dernière chose, pourquoi on ne s’est pas assez penché sur la signification en kikongo du « nom originel » de ce joueur « Kiaku Kiaku Kiangani». Cette expression se traduirait à peu près par « Contente-toi de ce que tu possèdes réellement ».|Botowamungu Kalome (AEM)