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Critique
"Superproduction européenne tournée par un réalisateur qui a non seulement l'oreille musicale, mais aussi le sens du beau, LE ROI DANSE est une magnifique fresque historique.
Paris, le 8 janvier 1687. Lully vieillissant (55 ans !...), fâché de l'absence de Louis XIV lors de la création du ""Te Deum"" qu'il a composé suite à la guérison du monarque, conduit la musique avec rage et se blesse le pied avec le grand bâton de direction. La gangrène se déclare, mais il refuse l'amputation. Sur son lit de douleur, le surintendant de la musique du roi se souvient.
Ces premières images donnent le ton. La superproduction de Gérard Corbiau (LE MAÎTRE DE MUSIQUE, FARINELLI), inspirée d'un livre de Philippe Beaussant, musicologue éminent, est fidèle aux faits historiques et les revêt d'émotion et de beauté. L'enfance du musicien né à Florence en 1632, naturalisé en 1661 et fondateur de l'opéra français, n'est pas évoquée; il faut dire qu'elle est un tissu de légendes brodé par l'intéressé (c'est bien le cas de le dire) lui-même. Ce qui est certain, c'est que Gianbattista était très ambitieux, cupide, courtisan, opportuniste et sans scrupules. Après avoir quitté le service de Mademoiselle de Montpensier, il fut engagé par le jeune Louis XIV aux ""vingt-quatre violons"".
Avec Corbiau, nous retrouvons Lully (Boris Terral, trop beau garçon pour le rôle) en pleine ascension. Par ses talents de violoniste et de danseur, il charme le jeune roi (Benoît Magimel, excellent dans sa transition du fils tenu en laisse par sa mère et Conti au roi qui entend gouverner en personne) qu'il sait parfaitement flatter et mettre en valeur dans des spectacles à sa gloire. Par ses intrigues, il réussit à faire le vide autour de lui et à évincer tous ses rivaux, et devient le monarque absolu de la musique. Un an plus tard, il devient l'ami de Molière (Tcheky Karyo, saisissant dans la mort du génie théâtral en pleine représentation du ""Malade imaginaire""). La synergie des deux génies donne des résultats, c'est le mot, spectaculaires. Mais les dévots sont à l'affût, et l'ambition dévorante de Lully risque de briser une belle amitié...
Le Roi-Soleil qui danse rejette VATEL dans l'ombre. La fidélité de la reconstitution, l'excellence du choix musical (Lully par le Concerto Köln, c'est autre chose que des ritournelles genre ""Rondo Veneziano""), le souffle qui traverse le film, la splendeur des images en font un régal pour les yeux et pour les oreilles. Sans atteindre aux sommets de Forman et d'AMADEUS, Corbiau donne un bel aperçu (côté Cour, évidemment, car la France profonde vampirisée par les entreprises somptueuses de son monarque n'apparaît pas) du Grand-Siècle."
Daniel Grivel