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Népal (Groupes ethniques du -)
3€ partie: les Tamang Faisant suite à deux premières parties, l' une sur l' ensemble des peuplades du Népal, l' autre sur les tribus indo-aryennes et hindouistes des Bahun et des Chhetri ( cf. Les Alpes 10/97, p. 48 et 11/97, p. 39 ), ce troisième article décrit un groupe ethnique tibéto-mongol et bouddhiste, celui des Tamang.
Rétrospective historique La peuplade tibéto-mongole des Tamang ( en tibétain, ta = cheval, mang = éleveur, commerçant, propriétaire ), originaire du centre du Tibet, est probablement arrivée au Népal avec une nombreuse horde de chevaux, au XIIIe siècle. Les Tamang se sont établis en premier lieu dans les collines situées au sud du Ganesh Himal, dans la zone submontagnarde de l' Helambu et dans le Mahabharat Lekh, au sud de Katmandou. Par la suite, au XIXe siècle, une partie d' entre eux a émigré de ces régions en direction de l' est du Népal, du Sikkim et du Bhoutan, où ils vivent actuellement très dispersés et compiè- La principale région tamang Les Tamang habitent des collines étagées entre 1500 et 2500 mètres. Les Bahun et les Chhetri sont leurs voisins à plus basse altitude, tandis que, dans l' Helambu, les Sherpas occupent la zone située au-dessus. A l' est, les Tamang accordent aussi leur préférence à cette même tranche d' altitude. Seule entorse à cette règle, certains de leurs ressortissants se sont récemment établis à Katmandou ou dans le Teraï. Dans le Ganesh Himal, les Tamang habitent les pentes de collines et de montagnes fortement boisées, sur les croupes desquelles ils ont On peut encore voir au Ganesh Himal les costumes traditionnels aux vives couleurs. Ces femmes tamang portent, en outre, de jolis couvre-chef plats ( Haku, district de Dhading ).
Les villages tamang du Ganesh Himal dégagent une vive impression d' ar ( Tibling, district de Dhading ) construit des villages qu' ils occupent temporairement en été et dont ils apprécient l' atmosphère empreinte de sérénité et de liberté. Cavaliers à l' ori, les Tamang ont dû s' adapter aux régions impraticables du Ganesh Himal et ils ont réussi cette mutation à na perfection.
Le rangitam L' idiome des Tamang s' appelle le rangitamnotre langue ) et appartient au groupe linguistique tibéto-birman. Cette langue, uniquement orale, se décompose en plusieurs dialectes si différents les uns des autres que des Tamang de Tibling ( Ganesh ) doivent s' entretenir en népalais avec ceux de Pharkhel ( Mahabharat Lekh ) pour se comprendre! Toutefois, dans leur zone culturelle principale, ils s' ex presque exclusivement en rangitam, ce qui donne de bonnes chances de survie à cette belle langue sonore. Quant aux Tamang émigrés au Népal oriental, ils oublient le rangitam après la deuxième génération, en général. La majorité des Tamang parlent le népalais comme seconde langue.
Caractéristiques physiques et vestimentaires A l' encontre des autres groupes ethniques du Népal, les Tamang se caractérisent par une peau plutôt foncée et, en outre, par les traits typiques des Mongols: pommettes saillantes et yeux en amande. Les femmes ( tamangni ), d' une beauté particulière, ornent leurs oreilles et leur nez de bijoux traditionnels en or. Leur habillement se compose d' une jupe, d' un châle enroulé autour des hanches et d' une blouse, le plus souvent couleur lie de vin. Dans certains villages, elles portent aussi de très jolis couvre-chef. Quant aux hommes, ils se distinguent par leur stature trapue et très musclée. L' ancien costume, presque abandonné de nos jours, comprend un pantalon bouffant, une sorte de toge en coton munie, devant et derrière, de deux plis en forme de poches et, en outre, un solide gilet sans manches, en laine de mouton ou de chèvre, de couleur brun-feutre. Aujourd'hui, la majorité des Tamang s' habillent à l' occidentale; on ne voit plus qu' assez rarement le costume traditionnel, et dans le Ganesh Himal seulement.
Moyens de subsistance Comme la plupart des autres Népalais, les Tamang vivent en autarcie. Sur leurs domaines souvent assez modestes, ils cultivent des pommes de terre, du blé, de l' orge, du sarrasin, du maïs et des légumes. Ils élèvent en outre divers animaux de rapport, surtout des vaches, des buffles d' eau, des moutons, des chèvres et de la volaille. Quant au porc, il est considéré comme impur et son contact est absolument prohibé. Par ailleurs, il faut toujours préparer la viande de buffle d' eau sur un foyer particulier, situé hors de la maison.
Les Tamang comptent parmi les porteurs les plus habiles et les plus dignes de confiance du pays et on les engage depuis toujours pour l' appro des marchés. C' est ainsi qu' ils ont fait de cette activité leur principale ressource de revenus. De nos jours, nombre d' entre eux offrent leurs services aux expéditions et aux groupes de trekking. Certains, plus jeunes, sont les fiers propriétaires de maisons de thé et d' auberges ( lodges ) dans les régions de randonnée, au Solu Khumbu surtout, tandis que d' autres travaillent comme cuisiniers d' hôtels, de restaurants ou de groupes de trekking. Tout récemment, quelques Tamang ont même accédé à la fonction de sirdar, jusque-là réservée aux Sherpas. En outre, il faut souligner le goût de ce peuple pour la création artisanale. Certains villages, par exemple, entretiennent une vieille tradition de peinture, en particulier de scènes religieuses peintes sur un rouleau de tissu, les thangka.
Récemment encore, les Tamang s' engageaient comme mercenaires dans les armées britannique et indienne. Un grand nombre d' entre a. < Maison appartenant à une riche famille tamang, sur les hauteurs du Mahabharat Lekh, au sud de Katmandou ( Pharkhel, district de Dhading ).
Voyages, rencontres, personnalités a eux y ont trouvé - dans les célèbres régiments de gurkhas, notamment -un moyen de subsistance auquel s' ajoutait, après leur temps de service, une rente confortable. Toutefois, suite aux mesures de désarmement et d' économie, cette activité rentable et appréciée offre de moins en moins de possibilités.
Maisons et villages Au Népal oriental, les Tamang vivent dans des maisons de belle apparence, construites en mœllons et crépies de couleurs minérales. Au rez-de-chaussée, sur la largeur du bâtiment, est aménagée une petite galerie couverte, voire une tonnelle, puis l'on pénètre dans une grande pièce, souvent accessible par deux portes et éclairée par plusieurs petites fenêtres, faisant tout à la fois office de séjour, de cuisine et de chambre à coucher. Tous les ustensiles de ménage sont soigneusement rangés sur des rayonnages. Au premier étage, une jolie terrasse entoure les greniers et les placards à provisions. Le toit se compose généralement de tavillons ou de dalles de pierre, plus rarement de paille de riz ou de tuiles. Les habitations se dressent en ordre très dispersé sur les pentes, où les Tamang vivent souvent en communauté avec la population autochtone ( les Rai et les Limbu ), ou mélangés à d' autres « immigrés » tels que les Sherpas, les Gurung, les Magar, les Chhetri et les Bahun.
Les habitations tamang se présentent sous des formes quelque peu différentes dans le Ganesh Himal, la région de leur première immigration au Népal. Un mur de pierre de taille non crépie, de couleur grise, entoure les étables au plain-pied. Les humains vivent au premier étage, dans une construction de bois maçonnée sur deux côtés seulement et recouverte d' un solide toit de tavillons, retenus par de lourdes pierres. On rencontre souvent des villages massés, comprenant parfois des alignements de maisons très originales. On accède aux locaux d' ha par des échelles très raides, taillées dans des troncs d' arbres. De nombreuses fenêtres s' ornent de sculptures sur bois d' une beauté extraordinaire. Le bois de sapin généralement utilisé se fonce au soleil et confère aux villages une apparence assez sombre mais très cossue.
Les étapes de la vie Naissance et attribution d' un nom La femme tamang accouche à la maison ou, quelquefois, chez ses parents, les voisines jouant le rôle de sages-femmes. On consulte ensuite le lama, qui choisit un nom pour le nou-veau-né. Nombre de Tamang portent deux noms: l' un népalais, l' autre tibétain. Le nom népalais ( Ram Bahadur, par exemple ) offre des avantages dans ce royaume fortement imprégné de culture hindouiste, car son titulaire sera ainsi mieux accepté par les Hindous. Quant au nom tibétain ( Lhakpa Dorjee, par exemple ), il correspond plutôt à la tradition religieuse et historique de ce peuple, et son usage se restreint au village. En outre, on appelle souvent les gens par leur petit nom, comme c' est aussi la coutume dans plusieurs autres tribus du Népal. L' ordre de succession des naissances joue un rôle majeur dans cette pratique: en effet, l' aîné s' appelle Jetha; il est suivi de Mahila, Sainia, Gahila et Kanchha. Il en est de même pour les filles désignées par la terminaison « i »: Jethi, Mahili, etc.
Enfance et jeunesse A l' instar de tous les autres peuples tibéto-mongols et des groupes ethniques primitifs du Népal, les Tamang ont aussi assimilé des traditions hindouistes typiques. Entre huit et onze ans, les garçons sont officiellement introduits dans la com- Les maisons allongées sont également caractéristiques de l' habitat tamang. Chaque échelle conduit à une demeure particulière ( Haku, district de Dhading ).
munauté villageoise. Comme chez les Bahun et les Chhetri, ce rite d' initia s' appelle le bratbandh. A cette occasion, on tond les cheveux du garçon et on le revêt d' un habit blanc. Toute la population du village participe à un grand repas de fête en plein air, en buvant beaucoup de chang ( bière ) et de raksi ( alcool fort ), tandis que, dans une maison proche, les lamas récitent les prières de circonstance. Dès ce moment, le garçon porte le topi, un couvre-chef de couleur. Comme dans toutes les communautés montagnardes, les enfants tamang se chargent dès leur plus jeune âge d' importantes tâches domestiques. Les filles prennent soin de leurs frères et sœurs plus jeunes et vont chercher de l' eau, de l' herbe pour les animaux et du fumier séché pour allumer le feu. Quant aux garçons, ils surveillent le bétail et coupent le bois; de plus, portant déjà des charges, ils accompagnent leur père et leurs frères aînés au marché ou à l' alpage. En règle générale, on donne aux enfants d' im responsabilités et on leur fait confiance. Cette délégation des tâches constitue une excellente école de vie et correspond à peu près à la division du travail en usage dans nos exploitations agricoles de montagne avant la révolution industrielle. Dans nos pays, les enfants sont aujourd'hui largement déchargés de ces tâches et reçoivent d' enseignants étrangers à Kanchhi Maya Tamang est originaire de Tibling. qu' elle n' est pas aux champs, elle transporte de Un Tamang occupé à peindre une thangka dans une école de la capitale ( Katmandou ).
Le bratbandh, ou cérémonie d' initiation des jeunes Tamang. Le père de cet adolescent porte le topi, le chapeau typique de presque toutes les tribus montagnardes du Népal ( Pharkhel, district de Dhading ).
la cellule familiale une formation le plus souvent uniquement théorique, ce qui n' est guère profitable à la bonne entente entre grands-parents, parents et enfants. Chez les Tamang, le but et les efforts communs préviennent en grande partie cette déplorable ignorance réciproque.
Mariage On se marie généralement entre dix-sept et vingt-deux ans. Dans les villages, ceux du foyer culturel tamang, en particulier, les futurs conjoints sont conduits l' un à l' autre par leurs parents. Il s' agit le plus souvent de mariages de raison, les fiancés étant choisis en fonction de critères purement économiques. qu' à récemment, le mariage entre cousins était assez fréquent, le gar- çon prenant alors pour épouse la fille du frère de sa mère. On observe aussi le « mariage par enlèvement ». De nos jours, celui-ci présuppose toujours que les deux partenaires se connaissent déjà et désirent se marier. Afin de prévenir d' éventuels arrangements contraires convenus par leurs parents, le jeune homme enlève la jeune fille et la cache dans un endroit neutre. Ensuite, un ami du fiancé joue le rôle d' entremetteur entre les deux couples de parents. Le mariage se concrétise assez rapidement par la suite. Ces « enlèvements » se produisent surtout lors de grandes fêtes ou à l' occasion des foires.
C' est en ville surtout qu' existe le mariage par amour, mais cette coutume n' est pas importée de l' Occident.
l' huile et du sel de Trisuli Bazar à son village reculé ( Tibling, district de Dhading ).
En effet, de nombreuses tribus népalaises ( les Magar et les Gurung, entre autres ) connaissent cette forme de mariage depuis toujours.
Héritage et mort En règle générale, le fils aîné hérite du bien de ses parents, tandis que les autres frères et sœurs sont dédommagés par une somme d' argent. Ce procédé conduit cependant immanquablement à des ventes de terrain et à des partages parfois douloureux.
Après le décès d' un Tamang, son cadavre est transporté sur une montagne où on l' incinère. En outre, selon les possibilités financières de la famille, on demande aux lamas du village d' accomplir des rites oratoires plus ou moins longs en faveur de l' âme désincarnée du mort. Dans les cas extrêmes, une telle cérémonie, appelée pu/a, peut durer jusqu' à quarante-neuf jours, ce qui correspond au temps durant lequel l' âme séjourne dans le bardo, c'est-à-dire aux enfers.
On a recours au chaman lors d' une maladie ou d' un accident. Chez les Tamang, il s' appelle le pombo, et chez les Népalais, \ejhankri. Il soigne les douleurs par des séances d' exor et des remèdes naturels issus d' anciennes traditions de médecine globale. Certains chamans d' origine tamang sont très puissants et jouissent d' une grande renommée et d' un profond respect. Parfois, ils sont même appelés au chevet de ressortissants d' autres groupes ethniques.
Religion Dans la principale région tamang, la vie religieuse est nettement dominée par le lamaïsme, forme tibétaine du bouddhisme. Les Tamang exilés au Népal oriental sont aussi lamaïstes dans leur grande majorité, mais ils ont souvent assimilé des traditions et un comportement hindouistes, incorporant même dans leurs pratiques des fêtes de cette religion. Avec les Sherpas, les Bhotia et les réfugiés tibétains, les Tamang sont le seul peuple à entretenir leurs propres lamas et monastères, appelés ghyang, nom que l'on retrouve dans maintes dénominations de lieux. Ce sont les communautés villageoises qui subviennent à leurs besoins. De nombreux lamas tamang vivent également dans les monastères de Kat- Voyages, rencontres, personnalités La plus grande fête religieuse de l' année est le Nouvel-An, appelé /o-sarselon le calendrier tibétain. Il tombe sur un jour de la deuxième moitié de février déterminé en fonction de la durée de l' année lunaire qui s' achève et du nombre de jours intercalaires avant la suivante. Toutefois, les Tamang utilisent de plus en plus couramment le calendrier népalais dans la vie de tous les jours.
Clans et noms de famille Au contraire des castes, la structure clanique revêt une grande importance dans la société tamang. On y dénombre environ vingt-cinq clans. Les principaux portent les noms suivants: Blon, Ghising, Gomden, Lop-chan, Moktan, Ngarpa, Shingden, Thing, Thoker, Titon et Yonjan. Le mariage entre les clans, ou l' exoga, est la règle. Lors d' unions mixtes entre le membre d' un clan et un conjoint extérieur à tous les clans, les enfants perdent leur statut clanique. Sinon, ils conservent celui du père. Le nom du clan apparaît fort rarement à l' extérieur. En effet, les Tamang portent leur nom ethnique comme nom de famille, car les classes dirigeantes des Bahun et des Chhetri les ont intégrés globalement dans leur propre système de castes, à un niveau moyen inférieur. Il existe aussi des Tamang portant le nom de famille « Lama ». Il ne s' agit ni d' une famille, ni d' un clan particulier, mais d' une dénomination de politesse attribuée à l' ensemble des Népalais lamaïstes.
Modifications en cours Les Tamang forment un peuple sain et vigoureux, très attaché, tout au moins dans son foyer culturel principal, à sa religion, à ses traditions et à ses domaines d' activité. On n' obser une modification du mode de vie traditionnel que chez les Tamang ré- Lai Bahadur Tamang, appartenant au clan des Thing, fume tranquillement son narguilé ( Pharkhel, district de Dhading ).
sidant à Katmandou. Quant à ceux exilés au Népal oriental, ils ont partiellement adopté les traditions paysannes de leurs voisins. Ces dernières années, maints ressortissants de ce peuple sont venus à Katmandou, à la recherche d' un emploi. Ils y ont trouvé une certaine protection sociale dans les nombreuses manufactures de tapis. On a souvent présenté cet état de choses de manière fort critique. Mais, une fois de plus, on a émis sans précaution des jugements faisant fi de l' impossibilité, dont chacun devrait pourtant être conscient, de comparer les conditions européennes et celles du tiers monde. Par ailleurs, il est bien connu que du Maroc à la Chine, en passant par la Turquie et l' Iran, tous les tapis noués à la main sont confectionnés par des adolescents, voire des enfants; le Népal ne constitue donc aucunement une exception à cet égard. En revanche, il convient de signaler un problème autrement plus grave: celui du commerce des femmes tamang qui disparaissent dans les bordels des métropoles indiennes.
Bernhard Rudolf Banzhaf, Saas Fee ( trad. )
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