Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06860.jsonl.gz/488

03/06/2015
Le Génie d'or contre les spectres parisiens (Intermède)
L’électricité est à la fois plus et moins spirituelle qu'on pourrait croire: elle contient des esprits, mais purement terrestres, qui créent parmi les hommes de fausses cités du ciel. Elle place entre les maisons de fausses étoiles.
Un soir, à Paris, j’eus une vision de démons dans la nappe lumineuse artificielle, comme des ombres noires dans l’épaisseur jaunâtre. Et je vis leur visage armé de dents, et ils me firent peur. Je fermai les yeux, et me concentrai sur la lune, qu'on apercevait faiblement, au travers de ce voile de lumière fausse. Et il me sembla qu'une porte s'ouvrait, que le voile de clarté artificielle se déchirait. Et je vis paraître le héros que j'ai nommé depuis le Génie d'or, ou Génie doré de Paris, et dont j'ai dit qu'il avait été le double spectral de Charles de Gaulle. Il était là en personne.
Il s'avança, et l'éclat pur qu'il jetait montrait qu'il apportait avec lui celui des étoiles. À travers son heaume, par des ouvertures laissées à son regard, la pure lumière de la lune, telle qu'on la voit depuis le haut d'une montagne, et plus brillante encore, envoyait des rayons qui repoussaient la lumière jaunâtre. Elle se mêlait de bleu pur - de ce bleu qui orne la robe de la sainte Vierge dans les églises, ou dont on ornait, en les constellant de points d'or, les plafonds de ces mêmes églises dans les vieilles campagnes de France.
Lorsque le Génie fut tout près, je crus voir, dans la lumière qui sortait de son heaume, ses yeux: ils étaient d'une infinie bonté, et une tristesse était également en eux; mais un vague air de reproche et de sévérité s'y mêlait. Je m'inclinai, face à la beauté de cet être, surtout quand je vis le sceptre qu'il tenait, orné d'un saphir rayonnant.
Or, les spectres que j'avais vus auparavant s'agitaient, se démenaient, montraient les dents, les faisant grincer, et laissant éclater leur colère: la présence seule du Génie d'or avait cet effet, car ils pensaient être les maîtres incontestés du lieu. Et on les voyait écumer et siffler, et je perçus qu'ils avaient une nature de serpents. Et leurs yeux jetaient des éclairs, et je compris que c'est d'eux qu'était née la légende du basilic. Car leurs yeux jetaient des éclairs au sens propre: c'était comme de petits foudres, formant des traits lancés sur le Génie d'or.
Mais voici! celui-ci, plus vite qu'on ne saurait le dire, les para de son bâton cosmique que munissait la force des astres: il sembla les absorber, ou, en les renvoyant, leur faire perdre toute leur vigueur. Et bientôt, il fit partir de son sceptre, à son tour, des jets de feu bleu, qui les atteignirent et les dissipèrent, les blessèrent, les meurtrirent, faisant couler sur eux leur sang noir. Ils refluèrent, laissant le terrain libre à ce divin Sage, à cet être que certains appelèrent Solcum, affirmant qu'il était venu du ciel pour garder Paris du mal, voire y rétablir le vieil éclat, ramener le feu dont la ville naquit à l'aube des temps. Car c'est d'une flamme placée dans la terre que la cité poussa, ainsi qu'un grand arbre, dont vint une forêt. Les tours naissaient comme des courges, et les toits s'étendaient comme des feuillages, que constellaient les fleurs pareilles à des pierres précieuses. C'était alors le temps de l'immortel Diënïn.
Les monstres promirent au Génie d'or de revenir en force, et qu'il n'avait eu qu'un répit. Le héros les regarda, et quand ils eurent disparu, il me regarda moi. Je sentis son feu m'emplir, et il était doux et bienfaisant. Puis il s'éleva dans les airs, toujours ceint de sa clarté blanche mêlée de bleue, tandis que lui-même brillait d'un éclat d'or, et la lumière artificielle revint et se referma sur lui, ou sur moi. Ma dernière vision de l'être auguste fut un trait scintillant, semblable à une comète, s'élançant vers les étoiles - et, en particulier, vers la Lune: car il fit une courbe semblant y mener. Un dernier point brillant m'apparut sur la face de neige de l'astre des nuits, puis tout disparut. Ce fut la fin de ma vision.
Mais elle me fit naître une connaissance nouvelle; et c'est ainsi que je pus raconter les aventures du Génie doré de Paris, qui m'ont été enseignées par lui à distance - ou alors en une fulgurance, lors de sa venue auprès de moi. Il me sembla même que, brièvement, il m'avait touché de son bâton cosmique, et qu'un éclair m'avait alors traversé. J'avais senti sur mon visage son haleine, d'une ineffable douceur, et des mondes s'étaient révélés.
Il était bien un ange ayant pris l'apparence d'un extraterrestre ou d'un super-héros: je ne pouvais en douter!