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Comment interpréter une contradiction apparente entre évangiles (Jean baptiste mort avant ou après les débuts de Jésus)?
Question d’un visiteur :
Bonjour,
j’ai une question à propos de la séquence des événements concernant le recrutement des apôtres et l’arrestation de Jean le baptiste dans les évangiles synoptiques et dans le 4ème Evangile.
Les Evangiles de Marc, Matthieu et Luc présentent la même séquence : baptême de Jésus par Jean le baptiste, arrestation de Jean Baptiste, puis recrutement des disciples de Jésus.
Mais selon l’évangile de Jean, Jésus recrute déjà des disciples en Jean I, puis en Jean III.22-23, Jésus mène une activité baptismale à son tour en parallèle de Jean le Baptiste, avant l’arrestation de Jean-Baptiste postérieure à Jean III.24.
Jean III.22. Après cela, Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit en Judée; il y séjourna avec eux et il baptisait. 23. Jean aussi baptisait à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau, et l’on s’y rendait pour être baptisé. 24. En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison.
Cette arrestation de Jean-Baptiste est un fait historique selon Flavius Josèphe, et Flavius Josèphe indique que la population attribue la cause d’échecs militaires d’Hérode quelques années après à l’arrestation puis surtout à son exécution sur ordre d’Hérode.
Comment arbitrer dans ce cas, les deux versions semblent difficilement conciliables ? Les synoptiques ont a priori été écrit plus tôt, plus près des événements.
Merci beaucoup par avance.
Réponse d’un pasteur :
Bravo pour cette intéressante question.
Il y a aussi une autre chose curieuse : Jean 3:22 dit que Jésus baptisait, ainsi que Jean 4:1, mais Jean 4:2 dit que « Jésus ne baptisait pas lui-même, mais c’étaient ses disciples. »
Cela veut dire que quand Jean dit que « Jésus baptisait », cela est à lire comme : le mouvement de Jésus faisait des baptêmes, même si cela ne venait pas de Jésus lui-même.
Il aurait donc une certaine rivalité entre le mouvement autour de Jean-Baptiste et le mouvement autour de Jésus. C’est historique. Et ce mouvement autour du baptiste subsiste encore dans le Mandéisme, dont il ne reste plus que quelques milliers de Mandéens, hélas, car ils étaient surtout implantés en Irak et que la situation là-bas a été si troublée qu’ils ont eu vraiment la vie dure.
Pour ce qui est de la chronologie de la mort de Jean-Baptiste et les débuts de l’activité de Jésus, c’est vrai qu’il y a une différence entre l’évangile selon Jean et les évangiles « synoptiques » (on appelle comme cela les évangiles de Matthieu, Marc et Luc car on peut les lire facilement en parallèle, de nombreux passages leur étant communs).
Les évangiles n’ont pas pour but de faire un reportage historique. Ce n’est pas la démarche. Le but n’est pas de faire de l’histoire mais de d’annoncer l’Evangile du Christ, d’en vivre. C’est bien plus intéressant . Ces livres sont des témoignages de foi. Bien sûr, chacun des quatre évangélistes reprend des paroles de Jésus et des faits de sa vie, sélectionnant parmi tout ce qu’il a entendu et vu (soit directement, soit par d’autres). Ensuite, ils rédigent leurs témoignages dans le but de nous faire comprendre ce qui les a bouleversés, transformés, enthousiasmés dans ce qu’a apporté le Christ. La « vérité » à chercher dans ces évangiles est de cet ordre : de l’évangile vécu, de la foi vivante en Christ. Pour l’auteur d’un évangile c’est cela qui compte. La chronologie est secondaire.
Pour cette question de la disparition de Jean-Baptiste avant les débuts de Jésus, ou après. Cela se ressemble quand même beaucoup : Jean-Baptiste est exécuté et Jésus poursuit encore quelques temps son activité publique avant d’être lui-même exécuté; il a existé comme une rivalité entre le groupe de Jean baptiste, et celui de Jésus. Cela est historique. Mais, à vrai dire, même si c’est bien triste pour l’homme Jeans Baptiste et pour ses proches, sa mort est un fait relativement anecdotique quant à notre vie et notre foi à nous 2000 ans après. Pourquoi est-ce que un des deux témoignages aurait ensuite adapté la chronologie dans la rédaction de leur évangile ? Je ne pense pas qu’ils se trompent. Ils c’étaient des événements assez récents pour eux, eux et leurs parents devaient s’en souvenir. Un des deux témoignages a donc délibérément adapté le déroulement, c’est certainement afin de mieux transmettre leur message de foi en Christ. Dans tous les cas, la disparition de Jean-Baptiste mis en rapport avec les débuts publics de Jésus est intéressant : cela veut dire que ce que signifie le message du Baptiste doit être reçu comme une préparation à accueillir le Christ dans notre vie, que le message de Jésus devait ensuite être le principal, d’un autre ordre, supérieur, à celui du Baptiste.
- Il est possible que Jean ait voulu insister sur la progressivité de ce passage, qu’il peut y avoir un temps où nous gardions encore fermement un attachement au message du Baptiste, que nous commencions à nous intéresser à ce que dit le Christ. Ce serait comme le dit le Baptiste en parlant de Jésus selon l’évangile de Jean « Il faut qu’il croisse, et que je diminue. » (Jean 3:30). Jean est un spécialiste de la mise en valeur de cette finesse qui consiste à montrer une progressivité : le Royaume de Dieu est à la fois déjà présent et est encore en train de venir. Il dit aussi que notre vie éternelle a déjà commencé en ce temps et reste vivante au delà de la mort. C’est ainsi que Jean montre les disciples de Jésus continuer à baptiser d’eau comme le Baptiste, alors que Jésus ne le fait pas. Ils suivent déjà Jésus tout en étant encore du côté du Baptiste sur ce point, alors que Jésus est déjà dans une religion et une foi plus spirituelle, avec un culte « en Esprit et en vérité » (Jean 4:23) et un baptême non pas d’eau mais d’Esprit (Jean 1:33). Jean fait preuve de patience et d’ouverture vis à vis de notre foi, il reconnaît que nous pouvons être dans un temps de changement progressif, un cheminement (Jean 14:6), que Jésus nous entraine dans ce changement en douceur, dans la progressivité. Comme Jésus l’explique à la femme Samaritaine : « Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père recherche » (Jean 4:23).
- D’un autre côté il est tout aussi possible que les évangiles synoptiques aient voulu être plus clairs en présentant d’abord la disparition du Baptiste avant que Jésus commence sa vie publique. Ces évangélistes ont peut être voulu être ainsi plus schématiques en appelant à tourner la page radicalement de Jean-Baptiste à Jésus, passant du rite religieux du Baptiste à la foi du Christ, de la conversion pour le pardon des péchés à l’annonce de l’amour de Dieu même pour les pécheurs non convertis que Jésus apporte ?
C’est en tout cas quelque chose de cet ordre qui est à chercher dans ces textes. Et en général quand il y a deux versions, les deux sont intéressantes à entendre.
Vous avez raison, on dit souvent que l’Evangile selon Jean a été écrit plus tard que les autres. Il ne s’agit que d’hypothèses. C’est assez plausible quant à la rédaction finale. Mais de toute façon l’origine de ce texte remonterait à un témoignage direct de Jean (pas Jean-Baptiste, un autre Jean qui a été un très proche disciple de Jésus), et il a pu exister une version (orale ou écrite) du témoignage de Jean qui serait aussi ancienne voire plus ancienne que les trois autres évangiles.
Bonne étude de la Bible, et bon cheminement dans la foi.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
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