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La série d’articles suivante dresse un état des lieux actuel de la distribution des dates de naissance dans la relève du football suisse et éclaire la combinaison de l’âge relatif (RA) et de l’âge biologique (BA).
Dans leur article «Né avant l’été, succès programmé?», Romann et Fuchslocher (2011) ont analysé l’effet de l’âge relatif (RAE) au sein des équipes nationales suisses espoirs. La sélection de «vrais» talents ne dépend pas seulement de l’âge relatif (RA) à l’intérieur d’une tranche d’âge. Durant la phase pubertaire, les différences au niveau de l’âge biologique (BA) influencent aussi la sélection.
Dans la plupart des sports en Suisse, les catégories espoirs sont définies par les années de naissance, donc par l’âge chronologique (exemples: football, hockey sur glace, athlétisme, etc.). Les enfants nés en début d’année disposent en moyenne d’avantages physiques par rapport à leurs homologues nés plus tard dans l’année (Musch & Grondin 2001; Carling, le Gall, Reilly, & Williams, 2009).
De plus, il est vraisemblable que les joueurs d’âge relatif plus élevé bénéficient aussi de certains atouts psychiques, car ils ont développé une plus haute perception de leurs compétences et une meilleure confiance en soi grâce à des expériences souvent plus positives que celles vécues par leurs collègues nés plus tard dans l’année (Cobley, Baker, Wattie, & McKenna, 2009). Ces avantages physiques et psychiques liés à l’âge relatif engendrent une distribution inégale des dates de naissance dans le sport de la relève.
Ce phénomène est particulièrement répandu dans les sports où les prédispositions physiques et psychiques jouent un grand rôle au niveau de la performance momentanée, et dans ceux où existent plusieurs niveaux de sélection. Romann et Fuchslocher (2011) exposent dans leur article les mécanismes et les conséquences du RAE (figure 1).
Ainsi, un jeune sportif d’âge relatif élevé peut profiter d’une spirale positive. Inversement, un athlète plus jeune risque d’entrer dans une spirale négative (cercle vicieux): de «faux» talents sont encouragés tandis que de «vrais» talents sont peut-être perdus.
Les thèses issues de la sociologie et de la psychologie jouent ici un rôle non négligeable. L’effet Matthieu (le succès appelle le succès) et l’effet Pygmalion (les attentes influencent le résultat) sont des mécanismes connus qui influent sur la performance et le soutien momentanés. Les entraîneurs et les clubs ne sont pas les seuls responsables de la sélection. Le jeune effectue déjà une auto-sélection en fonction de la popularité du sport, du stéréotype qui lui est associé et de la pression sociale qu’il exerce (Romann et Fuchslocher, 2014). En outre, les parents interviennent aussi dans le choix initial du sport et du club.
Nouvelles analyses
Les données obtenues en 2011 (Romann & Fuchslocher, 2011) qui quantifient l’empreinte du RAE dans la promotion de la relève du football illustrent ce phénomène. Les auteurs ont montré que la promotion de la relève J+S était touchée par le RAE et que cet effet se renforçait encore pour les équipes nationales juniors. Le déséquilibre naît déjà du choix personnel pour le club sportif. La popularité du sport, les stéréotypes qu’il véhicule et la pression sociale qui en résulte jouent un rôle marquant.
Une analyse des données de 2017 (voir figure 2) de la relève du football suisse et de la promotion de Swiss Olympic montre l’importance actuelle du RAE (années de naissance 2000-2003). Pour représenter le RAE, l’année a été découpée en quatre trimestres (T1 – T4).
On pourrait supposer que la distribution des dates de naissance des talents corresponde à celle de la population normale. En Suisse, les dates de naissance de la population normale sont équitablement réparties sur l’année (env. 25% / trimestre). Logiquement, celles des talents devraient présenter la même distribution.
Statu quo dans les équipes nationales
Au niveau des équipes nationales, la part des joueurs nés au T1 de l’année avoisine la moitié (46.4% au T1 contre 10.0% au T4). Même constat pour les détenteurs de la Swiss Olympic Card avec une majorité de joueurs nés durant le T1 (37% du T1 contre 14% du T4).
En comparaison avec le tableau établi en 2011, la situation n’a pas beaucoup évolué avec un RAE marqué pour les deux niveaux de sélection.
L’ampleur de l’effet de l’âge relatif (RAE) en détail
La forte empreinte du RAE dans le football suisse mérite une analyse plus précise du phénomène dans les différentes équipes de la relève en comparaison avec l’équipe suisse A (figure 3). Pour représenter l’ampleur du RAE, on a calculé les «odds ratios» (OR, ou rapports de cote). L’OR au sein d’une équipe montre le rapport entre le nombre de joueurs du T1 et le nombre de joueurs du T4 comparé avec le même rapport au sein de la population normale.
Etant donné que les dates de naissance au sein de la population suisse sont réparties équitablement (T1:T4 = 1), l’OR pour les équipes nationales résulte simplement du rapport entre le nombre de joueurs du T1 et du T4 (OR= T1:T4). Plus ce rapport est grand, plus les joueurs des cadres nés durant le T1 sont nombreux par rapport aux joueurs nés durant le T4.
Plus les talents sont âgés, plus les OR sont petits
Les plus grands OR se retrouvent chez les U15 et U16. Dans les catégories supérieures (U17, U18), le RAE diminue (OR moins élevé), sans toutefois disparaître. C’est seulement dans la catégorie la plus haute (équipe suisse A) que l’OR n’est pas significatif en comparaison avec la population normale.
Si l’on considère chaque catégorie comme le réservoir de talents pour la sélection suivante (catégorie supérieure), on va donc effectuer un choix au sein d’un groupe qui présente déjà une répartition inéquitable des trimestres de naissance. Ceci explique pourquoi l’OR diminue progressivement d’un degré à un autre et non pas d’un coup. Mais pourquoi l’OR diminue-t-il dans les catégories supérieures?
L’influence de l’âge relatif sur la performance actuelle pourrait expliquer ce phénomène. De «faux» talents doivent leur accession aux cadres nationaux au fait qu’ils sont nés dans le T1. Inversement, de «vrais» talents ne sont pas sélectionnés en raison de leur âge relatif, étant nés durant le T4. L’influence du RA diminue avec l’âge. Durant les premières années de l’enfance, l’âge relatif a en effet une plus grande influence à l’intérieur d’une catégorie d’âge que l’âge chronologique (CA). Cette influence diminue progressivement avec l’augmentation du CA (figure 4).
Cela signifie que les joueurs du T1 sont progressivement rattrapés par les joueurs du T4. L’atténuation des avantages liés à l’âge relatif pour les joueurs du T1 combinée à la diminution des effectifs dans les cadres au fil des catégories fait que les joueurs du T1 sont de moins en moins représentés dans les sélections des catégories supérieures.

Dossier (articles dans l’ordre chronologique de lecture)