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Un million de dollars à gagner
«Mais Richard Kraft se fait désirer. Et comme toujours lorsqu’il se fait désirer, il se réfugie dans la recherche.» Le professeur de rhétorique originaire de Tübingen se fait désirer pour autre chose que le discours qu’il doit tenir dans le cadre d’un concours scientifique à la Silicon Valley. «Pourquoi tout ce qui est, est-il bien et comment l’améliorer?» Voilà la question à laquelle Richard Kraft doit répondre. Avec à la clé un prix d’un million de dollars en espèces. Une somme suffisante pour mettre de l’ordre dans sa vie et payer les frais d’un divorce qui semble inévitable.
Sur plus de 200 pages, nous accompagnons le professeur pendant les quatre semaines qu’il passe à la célèbre université américaine de Stanford pour rédiger une réponse en 18 minutes à cette question. Il a laissé derrière lui, en Allemagne, sa deuxième épouse et ses deux jumelles. Le lecteur découvre dans des flashbacks les péripéties de la vie de Richard, sa relation aux femmes, son amitié avec le soi-disant dissident hongrois Istvan, dont il est l’invité. Mais nous n’allons pas révéler ici la fin captivante de l’histoire.
Après le succès de «Le Printemps des Barbares», la première nouvelle de Jonas Lüscher, son nouveau roman était attendu avec impatience. L’emploi de la première personne implique directement le lecteur et rend la narration tantôt ironiquo-comique, tantôt distante. Le scénario est certes intéressant, mais il paraît aussi très artificiel. On s’identifie difficilement au personnage de Richard Kraft. Ce professeur d’université libéral, qui applaudissait avec enthousiasme Ronald Reagan lorsqu’il était jeune étudiant à Berlin, a trop de traits de caractère antipathiques.
Le livre peut être vu comme une critique de la société, comme une satire féroce ou encore comme un essai philosophique. Mais les phrases interminables sont souvent boiteuses et demandent un gros effort de concentration au lecteur. L’auteur a mis la barre haut. Mais les citations qui précèdent chaque chapitre et qui sont toujours en relation avec le mot «Kraft» (ndt: force en allemand) engagent à poursuivre la lecture.
Né en 1976, Jonas Lüscher a grandi à Berne où il a suivi sa formation d’enseignant au primaire. Il a ensuite étudié la philosophie et soutenu une thèse de doctorat à l’EPF de Zurich. Jonas Lüscher habite depuis quelques années à Munich. Sa nouvelle «Le Printemps des Barbares» (2013) est parue dans de nombreuses langues et a été adaptée au théâtre. Son roman «Kraft» sera prochainement publié en français et en néerlandais.
Jonas Lüscher: «Kraft». Édition C.H. Beck, 2017. 237 pages; env. CHF 28.90