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La femme moderne selon Pradier
Selon les traditions, héroïne farouche et courageuse, Atalante a participé à la chasse au sanglier de Calydon¹ et à l’expédition des Argonautes dans la quête de la Toison d’or, aux côtés de Jason. Au livre X (560-583) des Métamorphoses, Ovide reprend la légende de la belle et jeune Atalante. Après un oracle l’amenant à craindre le mariage, la jeune femme défie ses prétendants de la vaincre à la course, et ceux qui échouent sont mis à mort. Hippomène, un jeune homme séduit par la jeune fille relève le défi, tout en s’étant assuré l’aide de Vénus au préalable. La déesse lui a en effet procuré trois pommes d’or du jardin des Hespérides. Au cours de la course, Hippomène jette les trois pommes d’or et distrait ainsi son adversaire. Atalante piquée de curiosité pour les pommes d’or est distancée, Hippomène remporte alors la course et réussit à épouser la jeune femme.
Entre Antique et mythologie, à la recherche de la femme moderne
Né à Genève en 1790, Jacques Pradier suit un apprentissage dans l’atelier de Jean Détalla pour devenir graveur de boîtes de montres. Des dispositions remarquables l’amènent à l’École de dessin en 1804 et le conduisent finalement à Paris, où il intègre l’atelier de François Frédéric Lemot (1771-1827) en 1809. Deux ans plus tard, il s’inscrit à l’École des beaux-arts sous le nom de «James Pradier» − à ce jour, nous ignorons la raison pour laquelle il a anglicisé son prénom.
À cette époque marquée par le néoclassicisme, la référence à l’Antique est omniprésente dans l’enseignement du dessin et du modelage. Pétri de ces récits et de ces modèles, Pradier s’en inspire pour créer La Toilette d’Atalante. L’original est terminé en 1847, une version en plâtre est mise sur le marché la même année, mais le marbre, créé entre 1849-1850 n’est exposé qu’au Salon de 1850. L’œuvre est finalement achetée en 1851 par l’État français.
Le travail de Pradier commence par une étude, un croquis à la mine de plomb auquel il peut ajouter des détails, des notes, comme on en retrouve sur les feuilles de ses carnets de dessin. Pour représenter Atalante, Pradier s’inspire de la Vénus accroupie dont il a dessiné la version du Vatican lors de son séjour à Rome.
Vient ensuite l’étape du modelage en terre. Cette version en argile est suivie du moulage en plâtre. Certains modèles en plâtre sont des esquisses – les finitions étant réservées au marbre –, d’autres sont complètement achevés comme l’Atalante du MAH.
Pradier se distingue par son traitement du marbre, tout en finesse et en nuance. Mais il s’abandonne également au contact de la terre, plongeant ses mains dans l’argile, pressant les masses, étirant la matière, lissant les surfaces pour donner naissance ici à une forme fermée, resserrée sur elle-même, laissant peu d’espace entre les membres. La figure est solidement campée sur sa base dans une composition simple et harmonieuse. De cette densité se dégage une forte présence physique, avec le souci d’une ligne pure, sensuelle.
Inspiré par l’Antique sans se soumettre à une reproduction servile, Pradier recherche une femme terrestre, sans fausse pudeur, s’appuyant sur une observation sans compromission du modèle. Ni déesse, ni héroïne, sans visée éducatrice ni moralisatrice, cette femme se prépare pour le bain – à moins qu’elle n’en sorte ?– dans une attitude naturelle, une beauté formelle mais tangible, une vérité charnelle… Atalante est une femme moderne.