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1. « On a déjà commencé à mettre en doute quel était Fauteur de la lettre qui suit, mais il est certain qu'il faut l'attribuer à Guillaume ou Willelme, abbé du monastère de Saint-Théoderic près de Reims.
2. « Ce doute se trouve exprimé dans un vieux manuscrit d'un homme très-savant- et très-lettré, de Léonor Foy, chanoine de Beauvais, écrit il y a environ quatre cents ans; cette lettre y porte cette note: ici commence la lettre aux chartreux; bien- qu'elle présente le nom de l'abbé Guillaume, plusieurs l'attribuent à saint-Bernard. Et, en effet, elle a été louée omme venant de ce saint docteur, par Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, dans son sermon sur la cène du Seigneur; à la même époque, par Jean de Raguse, dans Henri Canisius, au tome 3, Antiq. lect. p. 240; et par d'autres après eux : beaucoup de manuscrits appuient ce sentiment. Dans le Bernardin cependant, c'est-à-dire dans le livré des fleurs tirées de saint Bernard, on n'a rien tiré de cette lettre.
3. L'origine de ce doute vient d'une faute des copistes, qui ont abrégé ou même entièrement omis le nom du véritable auteur écrit en tête de cette lettre; et, ce qui est encore plus considérable, une grande partie de la préface dans laquelle l'écrivain donne le catalogue d e ses ouvrages qui sont, sans conteste, de labbé Guillaume. Le premier qui a édité- cette préface en son entier, d'après les anciennes copies, et fa restituée à son auteur, est Bertrand Tissier, homme pieux et recommandable, au tome 4 de la bibliothèque de Cîteaux: Car, outre les manuscrits qu'il cite comme attribuant cette lettre à Guillaume, ceux de Seygnelay, de Charlieu, de Long-Pont et de Fourcatmont, nous en avons trouvé d'autres qui rendent le même témoignage; celui de Flo ou Flavy, qui est maintenant dans la bibliothèque royale; celui de Thou, à présent dans la bibliothèque Colbert, et celui de Ratisbonne de saint Emmérien : dans tous, cette lettre porte ce titre: « à ses Seigneurs et frères H..., prieur etc., W..., souhaite un sabbat délicieux. » Où l'on voit que le nom de Willaume n'y est exprimé que par des initiales, ainsi que celui d'Haimon, qui alors était prieur de la chartreuse du MontDieu. Cette chartreuse est dans le diocèse de Reims; dépendante de la maison de Molesmes ; elle fut fondée l'an 1136, par Odon, abbé de Saint-Rémy, sous Geoffroi, qui en fut le premier prieur. Haimon, celui dont il est ici question, le remplaça en 1144: après Haimon, vient en troisième lieu Gervais, dont parle, sans le désigner, saint Bernard, dans sa lettre 290. Le quatrième prieur fut Simon, comme nous l'avons jadis appris du vénérable père François Ganéton. Du reste, que cette lettre ait été écrite dans les premiers temps qui suivirent. la fondation de la chartreuse, on le conclut de ce qu'au numéro 3 il est, parlé des débuts récents des premiers religieux qui l'habitèrent.
4. Guillaume a-t-il écrit cette lettre étant abbé, ou bien. lorsqu'après avoir été abbé, il était moine de Seignelay? Nous n'avons rien de positif à cet égard. Ce qui favorise ce dernier sentiment, c'est qu'il était déjà d'un âge avancé lorsqu'il s'adressa aux chartreux. Ajoutons que ce même écrit est loué depuis près de 400 ans, sous ce titre Guillaume de Clairveaux sur la vie solitaire, par un certain chanoine régulier de saint Sauveur près de Bologne, :dans le livre i. des sermons chap. 23, aux ermites. Il est question de cet auteur dans notre voyage d'Italie, page 497.
5. Ainsi se trouve réfutée la conjecture, non invraisemblable d'ailleurs, du docte traducteur de cette lettre, qui a cru qu'on pouvait l'attribuer à Pierre de Celle. Car, outre que le nom mis en tête de cet écrit, outre que l'énumération des ouvrages de Guillaume faite d'ans la préface, et que la différence du style, démontrent le contraire , dans la même préface, l'auteur s'appelle «vieillard, » et assure qu'il est « sur le point de finir sa carrière. » C'est bien là le fait de l'abbé Guillaume; mais de telles expressions ne conviennent nullement à Pierre de Celles, qui était à l'âge viril et avait à peine 30 ans, à l'époque où vivait le prieur Haimon, à qui cette lettre fut adressée, comme il serait facile de le prouver, si la chose était nécessaire.
6. « Il ne reste donc aucun doute, il faut restituer cette lettre à l'abbé Guillaume, comme à son véritable auteur. Et même on la trouve citée au premier rang des ouvrages de Guillaume, dans le catalogue qu'en fait un vieux manuscrit de saint Théoderic près de Reims, chez Marlot au tome 2. de la Métropole de Reims, page 287, en ces termes : «le révérend père Guillaume, abbé de Saint-Théoderic, composa plusieurs opuscules de piété qu'il adressa aux pères du Mont-de-Dieu, c'est-à-dire de la vie solitaire, le miroir et l'énigme de la foi, de la contemplation de Dieu, de la dignité de l'amour, etc. »
7. « Enfin, dans un court abrégé de sa vie, que nous possédons dans un vieux parchemin du monastère de Radonvilliers, cette même lettre lui est attribuée avec d'autres écrits. Nous en citerons les paroles sans peine : « or, il laissa d'importants monuments de son esprit et de ses études; j'en citerai seulement ceux que j'ai lus et goûtés en les lisant. Il entreprit d'écrire la vie de saint Bernard, sans pouvoir l'achever : il en termina un livre, qui est le premier, et d'une étendue assez considérable. Contre Pierre Abeilard, qui avait glissé dans ses livres des sentiments peu d'accord avec les dogmes de la foi, il écrivit un ouvrage dont le style est poli, la doctrine catholique, le raisonnement nerveux et serré. Il fit aussi deux opuscules; à l'un il donna le nom d'Enigme de la Foi; à l'autre, celui de Miroir de la Foi : il y montre clairement et en peu de mots ce qu'il faut croire. » Il composa une explication morale du Cantique des Cantiques : il parle de ce travail dans la vie de saint Bernard. « II est un autre traité de la nature et de la dignité de l'amour, d'après son sujet, nous pourrions l'appeler Antinason. Il y montre au vrai philosophe par quels degrés et de quelle manière il peut et doit progresser dans la charité du Seigneur. » Il envoya aussi un ouvrage « aux Frères qui habitent le Mont-Dieu » : bien qu'il s'y adresse spécialement à ces religieux, ce livre est néanmoins utile à tous ceux qui désirent avancer dans la Religion. Il rédigea un petit résumé sur la physique, c'est-à-dire sur la nature de l'âme et du corps, parce que le résultat principal de l'étude, c'est de se connaître, selon cette parole descendue du ciel : «connais-toi toi-même ; » Il y veut donner aux lecteurs peu instruits une connaissance quelconque et commencée d'eux-mêmes. II existe aussi un opuscule « de la contemplation de Dieu » : dans lequel, pour l'édification de ceux qui le liront, il parle assurément de sa propre contemplation en ces termes : Et parfois, Seigneur, quand je soupire après vous, les yeux fermés, vous mettez dans la bouche de mon coeur des biens dont il ne m'est pas permis de connaître la nature. Je sens en effet une douceur si fortifiante, que, si elle était accrue en moi, je ne chercherais pas autre chose. Il composa un travail considérable, dont le titre est Oraisons Méditatives. Il n'y traite pas d'un sujet unique, mais il parcourt diverses matières, et la plupart du temps, s'adressant à Dieu, il examine à différents points de vue sa propre conscience. C'est dans ce travail qu'on voit surtout, non l'amour, mais l'ardeur dont cet homme était embrasé pour Dieu. Et certainement, j'en suis convaincu, quiconque le lira avec piété et sobriété, quelque religieux et instruit qu'il soit déjà, il progressera néanmoins encore dans la crainte du Seigneur, il se connaîtra davantage et s'estimera moins. Je ne doute point que ce personnage n'aie fait d'autres opuscules; mais, hormis ceux que je viens d'indiquer, je n'ai pu en. trouver d'autres.
8. « Ainsi s'exprime ce vieux parchemin : au commencement il est dit que Guillaume, né à Liège, d'une illustre famille, eut pour frère Simon : parti avec lui pour Reims, il prit l'habit religieux dans l'abbaye de saint Nicaise, où régnait alors la bonne odeur de l'édification. Par la suite du temps, Simon devint abbé de saint Nicolas de Bosco. Ayant gouverné longtemps et saintement ses frères dans cette maison, plein de jours, et d'une vertu consommée, il mourut d'une sainte fin. Quant au seigneur Guillaume, il fut choisi pour être abbé de saint Théoderic, lieu qui s'élève au-dessus de la ville de Reims; c'est-à-dire l'au 4420. Après 16 ans, il devint moine de Saignelay, de l'ordre de Cîteaux, comme il est dit dans les grandes notes sur la lettre 85°, de saint Bernard.
9. « De tout cela, il résulte que non-seulement la lettre aux frères du Mont-de-Dieu, mais encore les traités « de la Contemplation de Dieu, et de la nature et de la dignité de l'amour, » qui ont été attribués à saint Bernard, sont du même Guillaume : aussi il nous a paru bon de les lui restituer et de les mettre dans cette édition, à la suite de la lettre susdite. Les autres opuscules. de Guillaume, indiqués plus- haut, se trouvent au tome IV de la bibliothèque de Cîteaux.
« Il reste maintenant à donner cette lettre aux frères du Mont-de-Dieu: ceux qui excellent dans la pratique de la,-vie monastique la regardent comme un exemplaire de cette vie, dans ce qu'elle a de plus parfait. Jean Gerson, cependant, dans un sermon sur la cène du Seigneur, avertit son lecteur de lire avec précaution sur ce sujet, c'est-à-dire, sur l'union des âmes parfaites avec Dieu, « Bernard s'adressant aux frères du Mont-de-Dieu, livre second, ici numéro 62. Par où vous voyez qu'autrefois cette lettre a été divisée en deux livres. »