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No 111 – La Grève générale de 1918 à Bienne et dans le Jura bernois
CHF 30.00
Description
La sortie de la Première Guerre mondiale consacre à tous égards l’avènement d’un monde se référant définitivement à la notion de masse, tant pour compter le nombre de morts au front que pour mesurer la production économique. La Suisse, comme le reste de l’Europe, traverse pourtant une crise qui précipite dans la misère sa classe ouvrière. Dans les villes, qui ont vu leur population et leur superficie exploser au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, une grande partie des habitants survit dans des immeubles à la limite de l’insalubrité, offrant le minimum nécessaire aux ouvriers pour reproduire leur force de travail. Le 11 novembre 1918, alors que la Révolution russe est encore dans tous les esprits et que des soulèvements populaires ont lieu en Allemagne et en Autriche, les mouvements socialistes et syndicaux suisses, réunis au sein du Comité d’Olten, lancent l’appel à la Grève générale nationale, la première et la dernière de l’histoire suisse. Terrorisées, les autorités bourgeoises répriment le mouvement en faisant intervenir l’armée. Face à la « dictature des sabres », selon sa propre terminologie, le Comité d’Olten cède 3 jours plus tard.
Sur le moment, la Grève générale peut être considérée comme un échec car les conditions matérielles de vie ne changent pas ou que très peu. Ce qui amène d’ailleurs le Parti socialiste à abandonner progressivement son discours révolutionnaire pour un programme « pragmatique » et à se réorienter vers les villes, au sein desquelles il remportera de nombreuses majorités durant l’entredeux- guerres. Toutefois, considérée sur le long terme, la Grève générale peut être vue comme ayant eu un certain succès, puisque ses principales revendications, comme l’élection à la proportionnelle, l’introduction d’une assurance vieillesse et survivants ou le droit de vote pour les femmes se verront réalisées, certaines avec certes plusieurs décennies de retard.
Pendant longtemps, l’historiographie suisse a pourtant présenté la Grève générale comme une tentative de déstabilisation et de révolution communiste, ne s’attardant que peu sur la situation sociale et économique de l’époque. Le professeur d’histoire Hans-Ulrich Jost écrivait d’ailleurs, 80 ans après la Grève générale, qu’une « histoire qui aurait pour sujet le travail et les conditions de vie des classes populaires, ou « pire » encore, les mouvements politiques de la gauche, est encore et toujours tacitement isolée de la tradition historique nationale qui, quant à elle, est au service d’une permanente reconstruction des valeurs bourgeoises et des mythes de la Suisse préindustrielle ». Aujourd’hui, la Grève générale est comprise et analysée comme étant en premier lieu une réaction d’une partie de la population face aux manques et à la pauvreté, provoqués en grande partie par la Première Guerre mondiale. Il n’en demeure pas moins que cette situation et les événements de novembre 1918 constituent un moment fort de l’histoire suisse, qui ont longuement marqués celles et ceux qui les ont vécus.
À l’occasion du centième anniversaire de la Grève générale, la revue INTERVALLES souhaite donc retracer cet événement en le plaçant dans son contexte suisse, mais aussi régional, à Bienne et dans le Jura bernois. Mais surtout, elle souhaite donner un visage à ces hommes et femmes qui ont participé à ces journées en publiant les nombreux portraits réalisés par le Nouveau Musée Bienne NMB dans le cadre de sa très belle et riche exposition 1918 Guerre et Paix, présentée de mars à décembre 2018. Pour cette contribution très précieuse ainsi que pour la mise à disposition d’images et documents reproduits dans les pages de ce numéro, la revue INTERVALLES remercie grandement le NMB et son conservateur responsable de l’exposition, Florian Eitel. Merci aussi à Dominique Baumann pour sa relecture très attentive et critique de ces pages ainsi que pour ses compléments.
Si la Suisse n’a donc connu qu’une seule Grève générale sur le plan national, elle a régulièrement été marquée par des conflits sociaux et des grèves confinées à des corps de métiers ou à des villes. L’accord de paix du travail signé en 1937 entre syndicats et patronat dans le secteur de la métallurgie et des machines provoquera d’autres signatures du même genre et forgera la notion générale de Paix du travail en Suisse, en particulier durant les années de croissance d’après-guerre. Inscrit dans la Constitution fédérale depuis 2000, le droit de grève est à nouveau davantage utilisé ces deux dernières décennies par celles et ceux qui se battent non plus pour avoir tout juste à manger, mais pour garder leur emploi et leur dignité. L’occasion donc pour la revue INTERVALLES de faire le point sur les grèves d’aujourd’hui par le biais du regard d’Andreas Rieger et Vania Alleva. Ces syndicalistes d’Unia, dans un article publié jusqu’à présent uniquement en allemand (merci à Olivier Steiner pour la traduction), expliquent les raisons qui poussent les employées et employés à cesser le travail. L’exemple le plus connu de notre région est celui de la grève chez Swissmetal Boillat à Reconvillier. La revue INTERVALLES, afin de documenter l’histoire de notre région, se propose de revenir sur ce mouvement de 2004 et 2006 par une analyse de l’historien chaux-de-fonnier Karim Boukhris.
Avant-propos de Julien Steiner
Informations complémentaires
|Poids||ND|
|Dimensions||17 x 25 x 0.80 cm|
|Version|
Sommaire
|Avant-propos||Julien Steiner||7|
|1918 : une Suisse industrielle confrontée aux difficultés économiques||11|
|Un pays hautement industrialisé||11|
|Pauvreté et faim pour les ouvriers||13|
|Crise du logement||22|
|Des mouvements sociaux à la Grève générale suisse||27|
|Neuf revendications et mobilisation de l’armée||28|
|Grève peu suivie au niveau suisse||34|
|La Grève générale à Bienne et dans le Jura bernois||39|
|Tensions à Bienne durant l’été||45|
|Intervention militaire à La Chaux-de-Fonds||50|
|La Grève générale à Bienne||54|
|La Grève générale dans le Jura bernois||59|
|Bilan de la Grève générale||91|
|La grève, 100 ans après||97|
|Renaissance des conflits sociaux||Andreas Rieger, Vania Alleva||97|
|Grève de la Boillat, un combat du XXIe siècle||Karim Boukhris||103|
|Biographie||112|
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