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21/04/2017
Je suis heureux d'accueillir sur mon blog aujourd'hui mon camarade libertarien Maxime Mercier pour nous parler du concept de droit naturel et le soumettre à sa sagace critique. Bonne lecture !
AF
Le concept de « droit naturel » est à mon sens invalide et je souhaite ici développer mon point de vue sur ce sujet. En premier lieu, je trouve inepte la dissociation nature/culture, et j'expliquerai plus bas pourquoi. Mais précisons d'abord les définitions de « naturel » et de « droit naturel » :
- Naturel : Qui est dans, appartient à la nature ; qui n'est pas le produit d'une pratique humaine.
- Droit naturel : Le droit naturel est l'ensemble des droits que chaque individu possède du fait de son appartenance à l'humanité et non de par la société dans laquelle il vit. Le droit naturel, dont la liberté, le droit de propriété et l'égalité sont des composantes, est considéré comme inné et inaltérable, universellement valable même lorsqu'il n'existe aucun moyen concret de le faire respecter.
Cela étant considéré, je peine à comprendre comment un droit peut être antérieur aux hommes, alors qu'il s'agit d'un concept inventé par ces derniers. Par ailleurs, il me semble que si ce droit était si naturel que cela nous n'aurions pas besoin de le nommer, il serait une composante si inhérente à l'existence qu'il relèverait de l'évidence. Ainsi, dans le merveilleux monde de la non-agression comme état de fait durable et existant depuis le début de l'humanité (et même avant), on demanderait à celui parlant de « droit naturel » :
- Mais qu'entends-tu par là ?
- Le fait de ne pas se faire agresser.
- Encore heureux ! Évidemment qu'on ne se fait pas agresser !
Cela n'est évidemment pas le cas. Il serait possible d'ajouter que l'homme est partiellement naturel et partiellement post-naturel/non-naturel/culturel, et qu'il a aliéné sa nature, que cela est attribuable à des constructions sociales sorties d'on ne sait où, n'ayant certainement pas émergées à partir de tendances anthropologiques. Ce qui serait commode, mais à mon sens, inepte également.
Il est aisé de dire que lorsque ça m'arrange, cela relève de la merveilleuse nature en nous. Quand on a une propriété de soi et sur ce que l'on obtient librement, par exemple. Et puis, quand ça ne me plaît pas, dans le cas des agressions par exemple, il suffit dire que cela est imputable aux sociétés, dont les hommes n'ont pas du tout été à l'origine !
Ce raisonnement me semble bien difficile à défendre. Tout au plus pourrait-on rétorquer que l'homme est bel et bien, du fait de sa nature même, un être intrinsèquement pacifique, et que s'il ne l'a pas été, c'est du fait de tels ou tels paramètres dans la réalité. Or, nous sommes des entités évoluant au gré des circonstances, et l'enjeu me semble alors être d'articuler le rapport de l'être aux différents éléments qu'il rencontre intimement dans cette même réalité. Vous l'aurez évidemment remarqué, nous nous inscrivons toujours un champ contextuel particulier, et nous ne pouvons être a-contextuel.
Je considère, et non sans que cela soit étayé, qu'il y a une grande perméabilité entre la nature et la culture en nous, c'est à dire entre des facteurs biologiques, socioculturels, environnementaux, etc. Et le fait est que : il y avait des agressions dans le monde pré-humain et qu'elles sont toujours là, au sein de cette espèce, ou de d'autres espèces, aujourd'hui. Dans le règne animal, le meurtre, la coercition sexuelle comme cela est appelé (le viol donc), voir même le vol, existent abondamment, et la chosification d'altérités existentielles, d'autres êtres, est monnaie courante. Ce n'est pas la seule tendance en présence au sein du vivant, au sein de la faune, mais elle est considérable.
Le dit « droit naturel » correspondrait donc à la volonté de faire triompher des tendances pacifiques au sein de l'humanité, ce que je trouve souhaitable. Cela implique une certaine intellectualisation, et une sensibilisation aux altérités existentielles, aux autres, ce qui je le pense, ne peut-être considéré comme naturel au sens classique du terme. L'empathie, l'entraide, le don, la charité, le sacrifice, existent, bien entendu. Néanmoins ces tendances coexistent avec le meurtre, l'assassinat, l'esclavage, la torture, le vol, le viol, la guerre et j'en passe. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les premières ne sont pas systématiques. L'homme est par nature un être de culture, et de là semble venir toute la confusion.
Je peine alors à concevoir que la culture ne puisse être une continuité de la nature, sous de nouvelles formes. Nous sommes des êtres complexes, aux nombreuses spécificités, et rattacher l'idée de nature aux meilleurs penchants de l'humanité - ceux qui nous conviennent - consiste en une idéalisation de son essence, très limitative, lorsqu'il s'agit d'interpréter et de comprendre les conduites des membres de cette espèce, comme ceux d'autres espèces.
Je laisserai à Stendhal le mot de la fin :
« Il n'y a point de droit naturel : ce mot n'est qu'une antique niaiserie. Avant la loi, il n'y a de naturel que la force du lion, ou le besoin de l'être qui a faim, qui a froid, le besoin en un mot. »
Maxime Mercier