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Au début des années 90, suite à différents scrutins cruels pour les Romands, un très cher camarade d'études - devenu depuis journaliste renommé - proposait de créer le GSsSA, à savoir le Groupement pour une Suisse sans Suisse-Allemande.
Cette boutade m'est revenue dès que j'ai pris connaissance de la une de la Weltwoche accablant grossièrement les Welsches de toutes les tares au point de les assimiler aux Grecs.
Au-delà du fait que personne ne s'émeuve de ce mépris latent envers le peuple grec, qui souffre au quotidien des décisions aberrantes prises par ses prétendus sauveurs, ce dossier tombe à point nommé pour rappeler quelques évidences:
- Dans un "nation civique", dont l'existence ne tient qu'à la volonté de ses membres de coexister, il n'est pas inutile de se poser périodiquement la question du sens de cette coexistence. Bien évidemment, l'approche provocatrice de la une de la Weltwoche ne laisse pas augurer d'un dossier de grande qualité (Je ne l'ai pas lu, répugnant à financer ce torchon et m'interdisant de le voler...). Il n'empêche que c'est souvent lors des scènes de ménage y compris les plus idiotes que ressort ce qui doit être dit, que ce soit la prémice d'une séparation ou d'une réconciliation durable.
- La notion de "Romands" utilisée par le magazine est très vague et ne recouvre aucune réalité ni économique, ni politique, ni historique. Le désir de provocation prend manifestement le pas sur celui de l'analyse sérieuse.
- On peut imaginer qu'une partie des cantons de Suisse centrale et orientale souhaite faire sécession, exaspérée par l'oisive générosité du reste de la population. Ceux-ci disposent des outils légaux pour le faire et, s'ils le souhaitent, je serai le dernier à m'y opposer.
Cependant, il convient de ne pas inverser les rôles: ils n'exclueraient pas les Romands de la Suisse, ils s'en exclueraient eux-mêmes. Je m'explique: Les tentatives de créer un sentiment national au XIXe siècle ont mythifié l'histoire naïve d'une Urschweiz montagnarde, fière et rebelle au point que l'on croit encore que notre pays a été fondé en 1291 et que les Romands sont tout au plus une pièce rapportée d'une contrée dont l'essentiel se situe entre les Schöllenen et le lac d'Ägeri.
C'est faux.
Notre Suisse, notre État fédéral, a été créé en 1848 par des radicaux urbains qui ont eu l'intelligence de donner de larges pouvoirs aux conservateurs des régions périphériques. Presque tout ce qui symbolise la Suisse moderne (la Croix-Rouge, les montres, le franc, Dufour, le chocolat, Guisan, de nombreuses banques, les CFF, la Coop ...) a vu le jour à l'ouest de l'Aar. Nous n'avons donc aucune raison de croire que nous, Bernois, Valaisans, Genevois, Zurichois, Bâlois ou Neuchâtelois, sommes moins suisses que les Uranais ou les Schwytzois.
Si la Weltwoche veut quitter la Suisse, qu'elle s'en aille et restons entre gens de bonne compagnie !