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Des chercheurs américains accusent Philip Morris d’avoir vendu pendant 40 ans des cigarettes aux filtres défectueux. Un défaut connu du groupe et qui pourrait être une cause indirecte de cancer, selon les scientifiques.
Le géant américain du tabac Philip Morris a vendu pendant quarante ans, en toute connaissance de cause, des cigarettes présentant des filtres défectueux. Un défaut dans la découpe des filtres, qui serait dû à un procédé de fabrication trop rapide. Résultat : de minuscules fibres se détachent du filtre et sont inhalées par le fumeur. Des scientifiques du Roswell Park Cancer Institute, à Buffalo (Etat de New-York), l’affirment dans la revue Tobacco control, une publication de la British Medical Association (BMA).
L’équipe du Pr. John Pauly s'est penchée sur des milliers de documents internes au groupe américain, qu'elle a obtenus au terme d'une procédure en justice.
Elle est arrivée à la conclusion que la direction du groupe savait parfaitement que les fibres d'acétate de cellulose constituant les filtres présentaient un danger pour la santé. Au cours des décennies suivantes, Philip Morris a conduit de nombreux tests pour établir combien de ces particules pouvaient être inhalées par un fumeur et quelle était leur taille. Selon le Pr Pauly, "des tests (sur les dangers possibles de ces filtres) ont très certainement été menés dans des laboratoires secrets, en dehors des Etats-Unis, sans doute en Allemagne".
Peu de recherches ont été menées dans le monde sur les dangers de ces fibres, mais des expériences menées sur des animaux en laboratoires suggèrent qu'elles pourraient être une cause indirecte de cancer, estime le scientifique. "Nous sommes en présence d'un produit vendu dans le monde entier, qui laisse s'échapper des fibres et des particules dont on peut raisonnablement penser qu'elles sont dangereuses, et le plus grand groupe du monde (dans ce secteur) ne dit rien", a ajouté le Pr Pauly.
(TF1, 12/3/2002)
D'après les auteurs du rapport, ce défaut dans les filtres est généralisé: il ne concerne pas qu'une marque particulière de cigarettes. Quatre-vingt-dix pour cent des cigarettes vendues dans le monde sont pourvues de filtres.
Par ailleurs, selon une analyse publiée par le même journal, les cigarettiers ont également "délibérement induit en erreur" le public avec les cigarettes "légères" et à faible taux de goudron.
Des documents industriels montrent que les producteurs en étaient tout à fait conscients, mais continuaient à présenter leurs produits "light" comme une alternative moins nocive. Alors que, selon les chercheurs de l'Université de Colombie britannique à Vancouver (Canada), certains de ces produits, notamment des marques de cigarettes mentholées ou avec filtre, diffusaient plus de goudron et de nicotine que des cigarettes sans filtre.
Cette étude est rendue publique alors qu'aux Etats-Unis, la justice est loin d'en avoir fini avec l'industrie du tabac: elle veut désormais mettre en place de nouvelles restrictions, et notamment interdire l'usage des mentions "light", "mild" et autres "superlight", ainsi que la mention de "faible taux de goudron".
Enfin, une troisième étude de l'Institut Roswell Park montre que les risques de cancer liés à la cigarette étaient connus par les scientifiques de l'industrie du tabac depuis les années 40. Mais il aura fallu attendre jusqu'en 1999 pour que l'on cesse de tenir des propos rassurants au public et aux actionnaires...
(AP, 12/3/2002)
Le département de la Justice indique que le tabagisme tue environ 400 000 personnes par an aux Etats-Unis. Il coûte 20 milliards de dollars en couverture de soins médicaux au système fédéral d'assurance maladie. (Reuters, 12/3/2002)
ROME, 14 mars 2002 (AFP) - La cigarette a été désignée pour la première fois par la justice italienne comme la cause de la mort d'un fumeur, ouvrant la voie à une condamnation des fabricants et à une indemnisation des victimes du tabagisme, a rapporté jeudi la presse italienne. La cigarette a été incriminée par trois experts, nommés par une cour d'appel de Rome, chargée de trancher sur une plainte déposée en 1994 par la famille d'un enseignant sicilien, Mario Stalteri, un quinquagénaire mort d'un cancer du poumon en 1991. «L'exposition à la fumée de cigarette doit être considérée comme la cause première, suffisante et correspondant à l'affection néoplasique pulmonaire développée par Stalteri», ont conclu les spécialistes. Leur rapport a exclu toute autre cause ayant pu favoriser le cancer de la victime. «Il s'agit d'une révolution judiciaire parce que jusqu'à maintenant, les juges n'acceptaient pas ce type d'expertise. Ils appliquaient le principe selon lequel le fumeur l'avait bien cherché et était responsable de ses actes», a expliqué Me Marco Ramodori, avocat de l'association de consommateurs italiens Codacons assistant les plaignants. En première instance, la justice italienne avait donné gain de cause à l'Office national italien des tabacs (ETI), société héritière du monopole d'Etat italien des tabacs AAMS, estimant que le fabricant n'était pas tenu de faire état des risques que fait courir l'usage du tabac et qu'il n'y avait aucune preuve du lien entre le tabagisme et la tumeur contractée par la victime. Ce rebondissement judiciaire illustre la plus grande sévérité dont l'Italie fait preuve contre le tabagisme. Le gouvernement a décidé en début d'année de faire respecter strictement les espaces non fumeurs dans les lieux publics sous peine d'amende et ordonné plusieurs descentes de police dans des restaurants ou des hÙpitaux. La justice a en outre condamné mercredi le directeur et le chef de service d'une succursale milanaise de la banque française Paribas à la suite de la mort d'une jeune femme de 35 ans, assignée à des t’ches d'accueil dans un hall régulièrement enfumé par les visiteurs. L'employée souffrait d'asthme et les deux dirigeants ont écopé en première instance d'une peine de prison de trois mois pour homicide involontaire.