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Plus l'argent est placé longtemps, moins le rendement varie. Les prévisions à long terme ne sont donc pas parfaites, mais elles sont plus sûres que les estimations à court terme. Les investisseurs sont donc conviés à privilégier un horizon de placement éloigné. Les rendements totaux moyens des actions en Suisse au cours des dernières décennies se situent entre 8 et 9% p.a. et donnent une première indication des rendements attendus à long terme.
Brigitta Lehr, analyste financière«La croissance économique est le principal moteur des cours des actions.»
Les moteurs fondamentaux de l’évolution du prix des actions sont la croissance des bénéfices et les changements de valorisation, dus par exemple à l’évolution des risques. La croissance des bénéfices dépend à court terme des fluctuations du chiffre d’affaires et de la marge bénéficiaire qui en résulte. À long terme, les bénéfices ont augmenté parallèlement à l’économie dans son ensemble, c’est-à-dire à l’évolution du produit intérieur brut. À l’échelle historique, le niveau de valorisation, mesuré par le ratio cours/bénéfice (PER), a fluctué autour de sa valeur moyenne, généralement de façon opposée au niveau des taux d’intérêt. Sur une très longue période, la hausse des cours des actions suit donc la croissance économique.
Cependant, les écarts de valorisation par rapport à la moyenne historique se produisent généralement sur des cycles plus longs et fournissent une indication sur l’évolution ultérieure du prix des actions. Par exemple, les données relatives au marché boursier américain des 50 dernières années, vaste et bien documenté, montrent une corrélation significative entre les PER et la variation du prix des actions au cours de la décennie suivante. À la fin du premier trimestre 2022, le PER s’établissait à 22, soit au-dessus de la moyenne historique de 18, de sorte que la hausse du prix des actions attendue d’ici 2032 est inférieure à la moyenne, avec un peu moins de 5% par an (voir fig. 9). Pour le rendement total, il faut ajouter des revenus de dividendes d’environ 2% par an, ce qui amène à un rendement attendu d’environ 7%.
S’il était possible de prévoir la trajectoire future des taux d’intérêt, il serait facile d’établir une projection exacte des rendements obligataires en fonction des variations de prix et de revenus d’intérêts qui en résulteraient. Cependant, comme ce n’est pas le cas, il convient d’adopter une approche pragmatique: l’analyse des données historiques montre que le niveau des taux d’intérêt en vigueur est un bon indice pour prévoir le rendement total des obligations au cours des dix années suivantes (par exemple aux États-Unis, voir fig. 10).
En effet, comme pour le ratio cours/bénéfice des actions, les taux d’intérêt fluctuent latéralement sur le long terme. Des taux d’intérêt bas impliquent des rendements courants faibles – voire négatifs ces dernières années – en plus des pertes sur cours en cas de normalisation du niveau des taux. Par conséquent, nous prévoyons un rendement total proche de zéro pour les obligations suisses au cours des prochaines années.
Nos prévisions relatives à l’évolution des taux de change sont basées sur la théorie de la parité de pouvoir d’achat, qui est empiriquement prouvée, et selon laquelle l’évolution des devises à long terme repose sur les différences d’inflation entre les pays. Les devises des pays à faible inflation, comme la Suisse, ont tendance à s’apprécier à long terme par rapport aux devises des pays à forte inflation. Du point de vue suisse, les rendements des investissements en actions et en obligations libellés en monnaies étrangères ne présentent pas de grandes différences à long terme. Par le passé, les rendements supplémentaires en monnaie locale ont généralement été neutralisés par les dévaluations par rapport au franc suisse. Lorsque les rendements en francs suisses ont été plus élevés à long terme, cela s’explique probablement par d’autres facteurs. Il peut par exemple s’agir de l’amélioration systématique de la solvabilité des obligations des pays émergents.
La tendance à prendre en compte le développement durable dans les placements est encore très récente. Il est donc difficile de tirer des conclusions statistiquement valables sur les différences de rendement entre les placements durables et les placements classiques. On entend dire que la sélection d’entreprises présentant un profil ESG exemplaire permet de réduire les risques et devrait également se traduire par une meilleure performance. Alors que l’historique des 15 dernières années en matière d’actions durables indique principalement une amélioration des caractéristiques de rendement/risque, rien ne laisse penser qu’il en va de même dans le domaine des obligations. C’est pourquoi nous n’avons pas encore opéré de différences dans nos prévisions de rendement entre les placements durables et les placements classiques.
D’un point de vue critique, on pourrait comparer l’élaboration des attentes de rendement à long terme à partir de données passées à un trajet sur l’autoroute au cours duquel le conducteur s’oriente en regardant dans le rétroviseur. Néanmoins, si l’on conduit avec prudence, on se rend compte que l’on prend un virage et il est possible de réagir. Une chose est claire, cependant: il est illusoire de croire que les prévisions de rendement sont d’une précision absolue. Il est plus probable que les chiffres réels se situeront dans une fourchette oscillant autour des valeurs que nous avons projetées. C’est pourquoi nous pensons qu’il est tout à fait justifié de regarder dans le rétroviseur.
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