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«Houston, nous avons un problème…»
Cette phrase m’est venue à l’esprit lorsque j’enseignais un groupe de jeunes adultes européens à Amsterdam en 2002 sur l’implantation d’églises de maison. Le problème était que le terme «église» était complètement piégé pour cette jeune génération. J’ai alors suggéré que nous cherchions d’autres termes pour capturer l’essence des communautés chrétiennes dans lesquelles l’accompagnement et la transformation sont la norme, tout comme la découverte de ses dons et de son appel. J’ai alors lancé une expression que nous expérimentions dans mes petites communautés en Angleterre et que nous aimions beaucoup: Les «familles Jésus».
Une femme dans la vingtaine a alors secoué la tête en s’exclamant: «ça reflète beaucoup trop de souffrances». J’ai remarqué l’assentiment de plusieurs autres personnes dans la pièce. J’ai alors réalisé que le problème était bien plus important que je ne le pensais: je m’étais imaginé que nous avions juste besoin de trouver une expression adéquate pour ces types de communautés, et je découvrais à la place que le fondement même du royaume de Dieu – la famille – était si endommagé que le concept était inutilisable. Mais alors comment pouvons-nous bâtir le royaume de Dieu (et des communautés du Royaume) lorsque le fondement est aussi abimé?
J’ai grandi dans un foyer non-chrétien qui s’est brisé à la fin des années 1960 pendant ma première année d’université, une époque où un tel échec familial imprimait une marque noire sur votre nom («N’épousez pas une personne ayant un arrière-plan de divorce – elles vont certainement divorcer à leur tour!»). Les six années suivantes de ma vie ont été façonnées par cette rupture et ce désespoir jusqu’à ce que je rencontre Jésus, qui commença un chemin de guérison en moi. Cela comprenait le fait de me réconcilier avec mes deux parents et le début d’un travail dans ma propre famille, qui n’était pas une famille idéale. Dieu, dans sa grâce, a apporté sa guérison par une femme qui est devenue mon épouse ainsi que par un mentor, un chrétien âgé de l’âge de mon père. Trente-sept ans plus tard, je poursuis mon chemin de guérison vers la plénitude, toujours marié à la femme fantastique que le Seigneur m’a donnée, et plus que jamais lié à mon père spirituel, mon fils ayant épousé sa petite-fille.
Cette prise de conscience en Hollande m’a aidé à réaliser que je me trouvais sur un chemin particulier qui, avec l’aide d’autres personnes, avait conduit à ma guérison et au fait de pouvoir transmettre un héritage familial sain à mes enfants. Ce n’est pas tant que j’ai choisi ce chemin, mais Dieu a été fidèle pour placer des bonnes personnes sur ma route, et je me suis accroché à elles comme un homme en train de se noyer.
Ce fut cette expérience à Amsterdam qui m’a ouvert les yeux sur l’ampleur de la fragmentation qui s’est développée dans le monde occidental. Cela faisait alors 8 ans que je vivais en Angleterre après être venu à la foi en Nouvelle-Angleterre au milieu des années 1970.
La ville où mo femme et moi vivions en Angleterre avait une excellente église évangélique, et nous y allions souvent. Mais j’ai pris conscience qu’il s’agissait d’une église qui avait accueilli la bonne nouvelle dans les années 1970 et qui touchait les gens de cette culture. Ils avaient tous mon âge! Ma femme et moi aimions beaucoup cette église, mais il était clair qu’elle n’était pas très pertinente pour la jeune génération, car peu d’entre eux la fréquentaient. En voyageant plus largement, j’ai réalisé qu’en Europe et aux Etats-Unis la plupart des églises touchaient une audience spécifique. Ceux qui venaient le faisaient parce que l’église répondait à leurs besoins. Mais il s’agissait en général d’une audience assez étroite (principe d’unité homogène oblige!).
J’ai repensé à un ouvrage de Chuck Colson que j’avais lu quelques années plus tôt, Against the Night. Dans ce livre, il prophétise la venue ceux qu’il appelle les «nouveaux barbares», qui adoptent un individualisme radical gouverné par des intérêts égoïstes, et qu’il présente comme un grave danger pour la culture occidentale. En lisant son livre, je me suis dit qu’il exagérait un peu, pourtant son intuition semblait sonner trop juste pour que je l’ignore. Mais mes 16 années en Europe m’ont convaincues que ce livre était réellement prophétique et que Colson n’exagérait pas le danger. C’est dans cet état d’esprit que je me suis rendu à Amsterdam et que ces réflexions se sont cristallisées, m’introduisant dans une nouvelle saison de vie concrétisée par un déménagement en Californie en 2010.
Peut-être à cause de ma famille brisée, la nature et le projet familial de Dieu m’ont beaucoup interpellés lorsque j’ai commencé à le suivre dans les années 1970. J’ai été captivé par l’histoire de la Genèse où Dieu cherche l’humanité au travers de leur famille, d’Adam et Eve à Abraham, Isaac, Jacob et mon favori Joseph, en passant par Noé. J’ai été très vite impressionné par la promesse de Dieu à Abraham qu’«en lui toutes les familles de la terre seraient bénies» (Genèse 12:3). Dans tout le reste de l’AT et dans le NT, Dieu cherche l’humanité en passant par les familles. Dans Ephésiens 3:15, Paul parle de Dieu comme Père de toute l’humanité, «de qui toute famille sur la terre et dans les cieux tire son nom» (de quoi alimenter nos méditations avec les familles célestes!). La famille n’est pas une construction humaine. La famille terrestre reflète l’image même de la famille céleste divine!
Lorsque nous avons commencé des églises de maison à Rhode Island à la fin des années 1980, c’était dans le but d’apprendre à démarrer des églises souterraines dans des pays fermés. Après quelques années, nous avons senti que nous avions appris ce dont nous avions besoin, et nous avons donc suggéré aux églises de maison de se rassembler pour former une grande église. Après tout, les Etats-Unis aiment ce qui est grand! Mais lors de notre rencontre, plusieurs des plus jeunes responsables, récemment sortis de l’université, expliquèrent que dans les églises de maisons, ils pouvaient observer les parents interagir avec leurs enfants et avec d’autres parents – la réunion d’église ressemblait davantage à une famille. Ils avaient l’impression de vivre des rencontres d’une telle valeur que, malgré toutes les responsabilités, ils ont souhaité garder l’église dans les maisons.
En démarrant des communautés de maison en Angleterre, moi-même et un autre homme âgé, Ted, sommes devenus les «grands-pères» d’un groupe de jeunes adultes dans la vingtaine. Nous avons découvert que des «grands-pères» peuvent amener guérison et réconciliation dans les relations brisées entre les pères et leurs enfants, afin que la prochaine génération puisse reposer des fondements et commencer des familles saines. Ted poursuit ce ministère auprès des jeunes adultes en Angleterre aujourd’hui.
Après mon expérience à Amsterdam, je suis devenu convaincu que le seul espoir pour la culture occidentale est de donner crédit à l’avertissement prophétique de Chuck Colson, de se détourner d’un individualisme radical égocentrique et de se concentrer intentionnellement sur la reconstruction de l’unité familiale. L’individualisme radical sera alors contré par des familles multigénérationnelles qui comprennent des grands-pères et des grands-mères prêts à donner leur vie pour leurs enfants et leur héritage, et où les plus de 55 ans cessent de se centrer sur eux-mêmes, mais se concentrent sur l’héritage familial qu’ils laissent derrière eux.
Jésus a dit: «Si vous savez ces choses, vous êtes bénis, pourvu que vous les pratiquiez» (Jean 13:17). Ainsi, cette dernière année, ma femme et moi avons fait nos bagages et avons déménagé en Californie du Sud, où nous n’avons jamais vécu, pour rejoindre nos tant nos enfants dans leur famille que nos quatre petits-enfants pour apprendre comment bâtir le Royaume par des lien familiaux multigénérationnels. La première partie de ce chemin s’est révélée difficile, une des bénédictions étant que ma fille et son mari ont emménagé avec nous avec leur premier enfant (notre quatrième petit-enfant).
Construire des groupes familiaux multigénérationels n’est pas si simple, car vous ne pouvez pas échapper à vos erreurs dans l’éducation de vos propres enfants aujourd’hui adultes. Vous ne pouvez pas non plus contrôler la façon dont vos enfants interagissent les uns avec les autres ou celle dont ils éduquent leurs propres enfants! Être grand-parent, ce n’est pas du tout la même chose qu’être parent. Mais il y a des choses que vous pouvez faire, comme aimer vos petits-enfants sans avoir besoin de les discipliner ! Les parents restent les parents. Mais les grands-parents peuvent donner tant à leurs enfants qu’à leurs petits enfants cette perspective qui ne vient qu’avec l’âge – une capacité de regarder les générations passées et d’en tirer le bon comme de regarder à l’avenir et tenter de donner une perspective de la part d’un Dieu pour qui «un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour» (2 Pierre 3:8).
Le royaume de Dieu n’a jamais concerné le salut individuel. La seule occasion où Dieu a dit: «Ce n’est pas bon», c’est quand il a créé Adam sans Eve. Son évaluation? «Il n’est pas bon que l’homme soit seul» (Genèse 2:18). Ainsi, Dieu a créé Eve et ils sont devenus une famille. Et même après leur chute, Dieu a continué à les chercher: «Où es-tu?», crie-t-il en visitant le jardin après qu’ils aient mangé du fruit. Dieu n’est pas un être individuel, mais communautaire, et il a créé l’homme pour qu’il soit un être communautaire. Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob – un Dieu de familles multigénérationnelles.
Et l’Ancien Testament est une histoire de Dieu recherchant l’homme au fil des générations d’une famille. Même après que les premiers frères, Caïn et Abel, aient eu une rupture relationnelle si sérieuse que Caïn finisse par tuer son frère, Dieu n’a jamais renoncé à chercher l’homme par cette unité au sein de laquelle il l’a créé – la famille. Nous l’appelons «Père» et Jésus «Fils» parce que la famille n’avait pas été rêvée par l’humanité, mais qu’elle constituait la nature de Dieu lui-même, et nous sommes créés à son image – le Dieu familial.
En Occident, nous devons reconnaître la destruction que notre égoïsme et notre égocentrisme ont apporté, nous en repentir et nous tourner vers Dieu en lui demandant de restaurer les années dévorées par la sauterelle et le grillon, de restaurer nos familles pour qu’elles puissent refléter notre Dieu familial! Dieu pourra employer beaucoup de moyens pour y parvenir, je ne suggère donc pas que notre façon de faire doive être copiée par qui que ce soit. Mais nous ne pouvons pas permettre à notre culture de se suicider. Nous devons proclamer un Royaume qui est Bonne Nouvelle et qui apporte la guérison – un Royaume qui reflète le Dieu invisible.
J’ai donc commencé cette nouvelle étape de mon voyage en déménageant sur la côte ouest des Etats-Unis, où je suis appelé à investir dans la vie de mes enfants et dans leur monde. Dieu a pourvu à de nouveaux jeunes adultes ici pour lesquels je peux être «grand-père» tout comme je le faisais en Angleterre. Je fais confiance au Seigneur pour que ce soient les années les plus fructueuses de ma vie tandis que Dieu me permet de déverser ma vie dans la vie de jeunes hommes. Et je ne suis pas le seul. J’ai été en dialogue avec d’autres personnes qui vivent le même cheminement. Un de mes amis proches dans la catégorie des «grands-pères», avec qui j’ai beaucoup parlé de ce sujet au cours des quatre dernières années, a déménagé en Asie et sa famille élargie s’est jointe à lui. Tout comme moi, il a trouvé la transition difficile, accompagnée de nombreux défis. Mais le royaume de Dieu sera toujours contré par des forces des ténèbres. Dieu a appelé certains d’entre nous à suivre ce chemin pour voir où il nous mène.
Matthieu 7:24-27: «C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison: elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc. Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison: elle est tombée, et sa ruine a été grande.»
Dick et son épouse Catherine ont une grande expérience d’implantation d’églises aux Etats-Unis et ils ont passé de nombreuses années à coacher des implanteurs d’églises dans le monde musulman. En 1992, il a écrit le Church Multiplication Guide avec George Patterson. Dick a aussi écrit Planting House Churches in Networks, Building Effective Church Planting Team et Transformational Ministry. Ses livres et ses manuels sont disponibles sur son site Internet www.dickscoggins.com et ils ont été traduits en plusieurs langues. Il a déménagé à Los Angeles en 2010 et a démarré un nouveau ministère appelé «The Guild», qui a pour but de former une nouvelle génération d’apôtres. Vous pouvez le contacter à son adresse:
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Article publié dans le magazine Mission Frontiers de mars/avril 2012, www.missionfrontiers.org