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Classement thématique série 1848–1945:
V. CHEMIN DE FER DU GOTHARD
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J’ai l’honneur de vous rapporter par écrit au sujet du passage des Alpes par un chemin de fer, comme M. le Président en a exprimé le désir en votre nom, après qu’il vous eût communiqué l’exposé que je lui avais fait de vive voix.
Le Ministère Menabrea, nommé au milieu d’une grande agitation politique et d’embarras financiers encore plus grands, ne pouvait d’abord que concentrer son attention sur les objets de la plus haute urgence.
Lorsque le calme fut quelque peu rétabli, j’en parlai au Comte Cantelli, Ministre des travaux publics, qui tout en montrant les meilleures dispositions, me pria de laisser le Parlement voter le budget, après quoi, disait-il, il pourrait s’occuper avec plus de loisir de cette intéressante question.
Cependant lorsque le budget fut voté, vinrent d’autres questions urgentes, par ex. celle de procurer aux compagnies existantes de chemin de fer qui, à l’exception de celle de la haute Italie, sont dans un état financier déplorable, le moyen de continuer leurs travaux et même l’exercice. Puis celle d’obtenir le passage de la malle des Indes, dans lequel but le Gouvernement améliore les coïncidences [sic] et raccourcit les horaires, soit par le Mont-Cenis et soit par le Brenner. En vue de ce dernier passage, un raccordement entre Mantoue et Modène ou Reggio sera probablement exécuté.
Ces préoccupations et bien d’autres empêchèrent le Ministre des travaux publics de s’occuper sérieusement de la chose, tout en m’affirmant toujours qu’elle lui tenait fortement à cœur. Il m’en parla dans le même sens peu de jours avant mon départ pour mon congé, en ajoutant qu’il serait convenable que j’en parlasse au Président du Conseil, Ministre des affaires étrangères. Le Général Menabrea était d’autant plus qualifié pour discuter cette question, qu’à part sa qualité de Chef du Génie militaire du Royaume, il s’en était déjà occupé lorsque, faisant partie du Ministère Minghetti, il occupait lui-même le poste de Ministre des travaux publics.
Dans la dernière audience de juillet je le priai donc, en lui notifiant que j’avais obtenu un congé, de vouloir bien me communiquer ses vues sur cette matière, afin que je puisse les rapporter à mes hauts commettants. Voici en substance ce qu’il me répondit:
«Quoique l’intérêt matériel après l’ouverture du Brenner et celle prochaine du Mont-Cenis soit diminué et que l’état de nos finances nous commande de la circonspection, nous tenons encore beaucoup à une communication directe avec la Suisse, et ce n’est pas de nous que sont venues les difficultés. C’est la Suisse qui n’a jamais su s’entendre avec elle-même! Vous-même, M. le Ministre, vous avez à diverses reprises exposé au nom du Cons. féd. au Gouvt. italien que tel groupe de cantons désirait le St-Gothard, que tel autre désirait le Lukmanier et le Simplon, mais jamais vous n’avez pu dire quel était le désir du Conseil fédéral. Or, le Gouvernement italien désire être éclairci sur ce point. C’est alors qu’on pourra sérieusement entrer en matière.»
Je ne jugeai pas à propos dans une question si grave et si controversée en Suisse d’engager la discussion et je me bornai à assurer le Général que je vous aurais fait part de ses observations.
Vous verrez si vous avez à me donner quelque direction pour ma rentrée à Florence.
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- Rapport: E 53/126.↩