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access_time published 12.12.2018
Le trouble anxieux dans le film What about Bob?
Pierre-Alexis Tschuy
Tania Metaxas
Gabriel Thorens
Daniele Zullino
Gerard Calzada
Film analysis
Le trouble anxieux dans le film What about Bob?
12.12.2018
What about Bob? est un film américain réalisé par Frank Oz et sorti en 1991.
What About Bob? is a 1991 American black comedy film directed by Frank Oz and starring Bill Murray and Richard Dreyfuss.
Trame
What about Bob? est une comédie, teintée d’humour noir, réalisée par Frank Oz (Frank Richard Oznowicz). Le film décrit l’étrange relation qu’entretient un patient souffrant d’un trouble anxieux avec des fortes composantes obsessionnelles et compulsives, Bob Wiley, avec Leo Marwin, psychiatre reconnu et imbu de lui-même. Bob, convaincu que Dr Marwin est son sauveur, parvient à découvrir la localisation de la maison de vacances de son psychiatre, et n’hésite pas à s’y rendre et le harceler. Suite de quoi, une situation comique se met en place : Bob réussit à gagner la confiance et la sympathie de toute la famille Marwin, alors que le médecin considère que son patient est un profiteur faisant intrusion dans sa vie de famille et ses vacances. Dr Marwin, ne supportant plus la situation, est prêt à tout pour se débarrasser de Bob – il ira jusqu’à la tentative de meurtre.
La psychopathologie
Le personnage principal de What about Bob ?, Bob Wiley, semble principalement souffrir d’un trouble anxieux. Bob est, selon le docteur Marvin, un phobique qui souffre d’un manque de liens familiaux. En effet, Bob présente au début du film plusieurs signes et symptômes caractéristiques de certains troubles anxieux comme une tachycardie, une tachypnée, des sudations ou une vision en tunnel. Par ailleurs, il présente des symptômes obsessionnels compulsifs et d’agoraphobie ; il montre également des signes de personnalité dépendante. La plupart de ces phénomènes n’apparaissent cependant que pendant la première moitié du film, étant donné que Bob semble guérir totalement au contact de la famille du Dr Marvin.
Le film s'ouvre sur Bob marmonnant une phrase en boucle. Il répète « I feel good, I feel great, I feel wonderful ». Cette façon de répéter des phrases en boucle sous stress peut faire penser à un TOC (trouble obsessionnel compulsif). Ce rituel semble être un mécanisme de coping lui permettant d'affronter la vie. Il répétera cette phrase à chaque situation angoissante parfois même en haussant la voix, par exemple quand il croise un individu instable sous l’emprise de l’alcool dans la rue ou quand il se retrouve dans un ascenseur, situation qui l'angoisse au point de se mettre à hurler.
Ces comportements ritualisés pourraient ainsi correspondre à la définition de compulsions du DSM-V : « comportements répétitifs (ex.: se laver les mains) ou actes mentaux (ex.: compter, répéter des mots) que la personne se sent obligée de faire en réponse à une obsession ou selon certaines règles qui doivent être appliquées de façon inflexible » (1). Après son entretien avec le Dr Marwin, il troquera sa phrase fétiche pour le titre du livre écrit par ce dernier : « Baby steps ». Ironiquement, il répétera souvent au cours du film ces deux mots censés pourtant le soigner de ses compulsions.
La répétition d’une phrase en boucle n’est pas la seule compulsion de Bob durant le film. Il éprouve également une aversion pour tout objet extérieur à son appartement et se sent au début du film incapable de toucher quoi que ce soit sans l’intermédiaire d'un mouchoir. Cette dermophobie aversive fait que Bob perd considérablement de temps durant la journée.
Bob ne souffre pas que de symptômes obsessionnels compulsifs, il montre aussi des symptômes d’agoraphobie marqués. Il est paralysé et panique quand il doit monter dans l'ascenseur ou dans un bus. Il se met également à hurler quand il marche seul sur une route de campagne. Bob explique qu’en dehors de chez lui, il est terrifié à l’idée que son cœur pourrait s’arrêter ou qu'il ne puisse pas trouver de toilettes et que sa vessie explose. Il finit par ne presque plus sortir de chez lui. Ses compulsions semblent ainsi être quasiment son seul moyen de combattre ses idées angoissantes.
Bob, en cruel manque d'affection, semble avoir une anxiété de séparation marquée. C'est-à-dire qu'il dépend rapidement des personnes autour de lui et panique quand ces figures rassurantes ne sont pas présentes. L’exemple le plus flagrant est son attachement pour le Dr Marvin, qu’il développe après une courte session de thérapie : Bob est sous le choc quand le psychiatre lui annonce qu'il ne le verra plus pour un mois. Cette nouvelle va pousser Bob à adopter un comportement inadéquat. Il va traquer son médecin à travers le pays, prétextant même le suicide pour le retrouver. Le film sous-entend que ce patient phobique n'en est pas à son premier coup d'essai : il aurait poussé son précédent thérapeute à bout.
En résumé, la condition de Bob semble plutôt bien représentée au début du film et l’interprétation de Bill Murray a reçu des retours très positifs des personnes souffrant de trouble anxieux. Au vu de cela, la première partie peut donner au grand public un aperçu original du vécu d'une personne souffrant de phobies, mais le film ne représente pas parfaitement le portrait d’une personne souffrant d’un trouble anxieux. En effet, la prise en charge et la guérison évoquées par ce film relèvent plus de principes dramaturgiques que de la pratique clinique réelle. Bien que les hypnotiques pris par Bob et la thérapie comportementale du Dr Marvin (« Baby steps ») puissent être assez représentatifs des traitements proposés à l'époque, en ce qui concerne la guérison de Bob, la fiction prend le pas sur la réalité. Il peut ainsi sembler totalement absurde que Bob guérisse complètement après avoir passé quelques jours avec le Dr Marwin, alors qu’il aurait suivi sans succès de multiples autres thérapies par le passé. Bob affirme que sa guérison est due aux théories révolutionnaires du psychiatre. Dès lors qu'il arrive au lieu de vacances du médecin, les symptômes de Bob semblent disparaître au profit de la représentation des troubles d’allure psychotique de Leo Marvin. Ainsi, la deuxième partie du film est dépourvue de représentation de symptômes du trouble anxieux.
Les représentations sociales
La maladie et les patients psychiatriques
What about Bob ? étant une comédie, les troubles sont représentés de façon humoristique (2). Ainsi, Bob est montré comme un homme inoffensif, niais et attendrissant, dont les crises d’angoisse sont représentées de manière burlesque. Ceci est accentué par la performance charismatique de Bill Murray notamment dans la scène de l'internement. Il panique quand on le traîne dans l'asile, criant que sa vessie va exploser. Puis, la scène suivante, il fait rire aux éclats tout le personnel en racontant des blagues.
Les troubles représentés sont sévères et font réagir l’entourage, comme on peut le voir à la réaction des passagers du bus qui mettent autant de distance possible entre eux et Bob. Mais la relation que ce dernier arrive à établir avec la famille Marvin et sa persistance à vouloir rester en contact avec Leo humanise le personnage et le rend attachant. Ainsi, le film permet au grand public d’avoir une image nuancée des personnes souffrant de troubles psychiatriques.
Cela dit, ce film ne dresse de loin pas un portrait parfait de personnes concernées par les phobies. Le trouble de Bob est traité de manière comique dès le début du film. De plus, la guérison miraculeuse de Bob tend à banaliser la sévérité des troubles anxieux. En effet, il suffit à Bob d'expérimenter la « Death Therapy » du Dr Marvin pour guérir de toutes ses phobies. Cette scène est volontairement vaudevillesque, puisqu’en réalité le psychiatre voulait le tuer. Il s’agit ainsi d’un passage peu réaliste pouvant laisser croire qu’un simple raisonnement suffirait à faire disparaître ce type de symptômes.
Au final, on peut concéder à ce film, malgré une dramaturgie parfois invraisemblable, un certain effet déstigmatisant, rendant sympathique un personnage souffrant de trouble anxieux. Mais à l’inverse, l’aspect caricatural et comique du trouble risque de banaliser sa sévérité.
Liens avec d’autres films
Cette comédie représente de façon légère les troubles anxieux. Il n'est par ailleurs de loin pas le seul film à traiter le sujet de cette façon. Souvent, les héros qui souffrent d'anxiété ou de TOC sont représentés sur un registre comique. Le fait de voir des gens névrosés réagir de façon excessive à des situations banales est un ressort comique fréquemment utilisé comme dans la série Adrian Monk ou les films de Woody Allen.
À l’inverse, on retrouve des personnages souffrant de troubles anxieux dans des films plus sombres généralement associés à d'autres troubles tels que la dépression ou l'addiction. Dans ces thrillers ou drames, le héros est en général hanté par des traumatismes passés et essaie de surmonter sa situation afin de mener une existence normale (Greenberg), quand il n'est pas carrément projeté dans une situation terrifiante reflétant ses démons internes, comme Hitchcock aimait le faire dans plusieurs de ses chefs d’oeuvres.
Le trouble anxieux qu'Hollywood aime le mieux représenter, l’anxiété sociale, ne fait pas partie de la pléthore de problèmes dont souffre Bob. Un nombre étonnement important de film traite du sujet: d'un intello timide dans Napoleon Dynamite à l’ermite débile de Sunshine of a Spotless Mind. Bob, au contraire, est loin d’être phobique social. En effet, où qu'il aille, il a tendance à s’adresser à tous ceux qui l'entourent. Parfois en les faisant enrager, comme les passagers du bus ou le Dr Marvin, et, plus souvent, en les charmant, comme la famille Marvin ou le personnel de l’hôpital.
Conclusion
What about Bob ? est certainement drôle, mais surtout caricatural. Il a tendance ainsi à banaliser le handicap dont souffrent les patients atteints de trouble anxieux. Par ailleurs, il se sert du cliché classique du psychiatre finalement plus fou que son patient (4). What about Bob ? n’est peut-être pas le film le plus adéquat pour un enseignement de la sémiologie des troubles anxieux et des symptômes obsessionnels compulsifs, mais grâce à son atmosphère légère, il permet néanmoins une première approche de la matière. Ce film amène une opportunité d’ouvrir une discussion autour des inexactitudes dues aux exigences dramaturgiques.
Références
1. DSM-5, 5ème édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, American Psychiatrist Association, 2013
2. Janet Maslin, Getting Through August When the Shrink's Away, New York Times1991
3. Histoire de la psychiatrie, cours du Pr Thierry Bougerol, Université virtuelle Paris 5 http://www.uvp5.univ-paris5.fr/wikinu/docvideos/Grenoble_1011/bougerol_thierry/bougerol_thierry_p01/bougerol_thierry_p01.pdf, 2011
4. We review film, What about Bob ?, http://wereviewfilm.blogspot.ch/2011/02/what-about-bob-1991.html
Pierre-Alexis Tschuy
Tania Metaxas
Gabriel Thorens
Daniele Zullino
Département de psychiatrie, Université de Genève
Gerard Calzada
Faculté de Médecine de l’Université de Genève