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Répit temporaire dans le réchauffement du pergélisol alpin
Pour la première fois depuis 2009, la tendance au réchauffement du pergélisol alpin a été temporairement interrompue dans les éboulis et glaciers rocheux. C’est ce qui ressort des résultats les plus récents du réseau suisse de monitoring du pergélisol (PERMOS). Dans ces environnements où une épaisse couverture neigeuse se développe chaque année, l’arrivée tardive de la neige ces dernières années a contribué au refroidissement hivernal. Ce phénomène a pu momentanément contrebalancer l’effet des conditions chaudes et persistantes à la surface du sol. Cependant, dans les endroits où très peu de neige s’accumule, comme les parois rocheuses, aucun changement dans la tendance au réchauffement n’a été observé.
En Suisse, l’hiver 2016/17 a été l’hiver avec la plus courte présence de la couverture neigeuse jamais enregistrée et les températures de l’air au mois de janvier ont été les plus basses depuis 1987. Dans les endroits fortement influencés par la neige (éboulis et glaciers rocheux), cela a permis aux niveaux proches de la surface de se refroidir efficacement. Les températures me-surées à la surface du sol durant l’hiver 2016/17 ont atteint des valeurs parmi les plus basses jamais enregistrées dans les séries de mesures longues de 10 à 25 ans.
Les grandes chaleurs du printemps et de l’été 2017 ont, elles, provoqué la fonte de la couverture neigeuse très tôt dans la saison, exposant ainsi rapidement la surface au rayonnement solaire et aux températures estivales. Les températures observées à la surface du sol durant cette période ont donc été largement au-dessus des moyennes saisonnières.
Les effets en profondeur
L’important refroidissement hivernal observé en surface a également eu un impact sur les températures en profondeur et ce faisant sur le pergélisol. Comparé aux années précédentes, une forte baisse des températures a été mesurée à 10 mètres de profondeur dans la plupart des forages du réseau d’observation. À certains endroits, cette baisse a même été visible jusqu’à une profondeur de 20 mètres. Dans les parois rocheuses, à l’inverse, aucune interruption de la tendance au réchauffement du pergélisol n’a été observée en 2016/17. Dans ces environnements, en l’absence d’une couverture neigeuse, et donc d’effet isolant, les températures du sol suivent exactement la même évolution que celle de l’air.
Dans les endroits où la température du pergélisol est proche de 0 °C, le refroidissement a été moindre. Par exemple au Schilthorn, dans les Alpes bernoises, les températures mesurées à 10 mètres durant l’été ont été les deuxièmes plus élevées après 2015. À cet endroit, les mesures géophysiques ont également enregistré les valeurs de résistivité électrique du sous-sol les plus basses depuis 17 ans, témoignant ainsi de l’augmentation de la proportion d’eau liquide dans le pergélisol et d’un processus de dégradation en cours.
Les glaciers rocheux ralentissent
En raison de la relative baisse de la température du pergélisol, les mouvements des glaciers rocheux (masses de débris rocheux et de glace en mouvement vers l’aval) ont généralement ralenti. En moyenne, les vitesses de 2016/17 ont été 30 pour cent plus faibles que l’année précédente. Elles de-meurent toutefois largement au-dessus des valeurs observées au début des mesures dans les années 2000 et elles atteignent dans un certain nombre de sites plusieurs mètres par an.
Evolution à long terme
La brève interruption de la tendance au réchauffement des températures du pergélisol observée durant l’année 2016/17 dans les Alpes suisses est le résultat d’un hiver particulièrement pauvre en neige (et même de deux hivers consécutifs dans l’est de la Suisse). Cette interruption, due à des conditions climatiques particulières, n’est probablement que temporaire, l’influence de la canicule de l’été 2017 n’apparaissant pas encore pleinement dans les mesures en profondeur.
Le pergélisol est un phénomène thermique défini par la température du sous-sol. Contrairement aux glaciers par exemple, les changements qui y surviennent ne peuvent donc pas être observés en surface. Les mesures directes de température du pergélisol en surface et en profondeur sont complétées au sein de PERMOS par des mesures indirectes : la vitesse de déplacement des glaciers rocheux et les changements de la proportion de glace dans le sol.
PERMOS
Le réseau suisse de monitoring du pergélisol (PERMOS) documente depuis l’an 2000 l’état du pergélisol alpin par des mesures de températures, de données géophysiques et de déplacements. Il est soutenu financièrement par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), par l’Office fédéral de météorologie et de climatologie (MétéoSuisse) dans le cadre de GCOS Suisse et par l’Académie des sciences naturelles (SCNAT) et s’appuie sur les compétences de six partenaires : les universités de Lausanne, Fribourg et Zurich, l’EPF de Zurich, la Haute école spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI) et l'Institut WSL pour l'étude de la neige et des avalanches SLF.