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Jean anticipe l’eucharistie au chapitre 6, avec notamment la multiplication des pains. La coloration nuptiale est soulignée au chapitre 13 avec le lavement des pieds, le don de la bouchée à Judas, la glorification du Fils de l’homme et aussi le don du commandement nouveau.
La composition des textes permet de comprendre deux éléments constitutifs de l’eucharistie comme réponse de Jésus à la trahison de Judas et au reniement de Pierre. Jésus répond par le comble de l’amour : l’ignominie de la croix. Selon le quatrième évangile, ce que signifie l’eucharistie pour Jésus survient lors de l’épisode des pains de sa deuxième Pâque, et non à la dernière Cène. Non donc au terme de la mission du Fils, mais en son centre, comme pour en irradier ce qui précède et ce qui suit.
Jésus répond à sa condamnation à mort (en actes ou en sous-entendus) en se donnant lui-même comme nourriture spirituelle. L’eucharistie selon Jean est incompréhensible en dehors de la résurrection du Fils et du croyant. Dans la tradition rituelle des synoptiques, Jésus part des espèces pour les transformer en son corps et en son sang. Chez Jean, il part de sa chair pour dire qu’elle est vraie nourriture, et de son sang, vraie boisson.
Le schéma synoptique et paulinien place l’eucharistie entre l’annonce de la trahison de Judas et celle du reniement de Pierre. En Jn 13, Jésus lui substitue le don de la bouchée de Jésus à Judas, la glorification du Fils de l’homme au moment de la sortie de Judas de nuit, le don du commandement nouveau de s’aimer les uns les autres et de l’amour de Jésus pour les siens. Ce passage de l’Évangile introduit au discours qui suit (Jn 4-16) et culmine en Jn 17: Jésus entre glorifié dans sa Passion. Impossible de comprendre l’eucharistie ou la Passion-mort-résurrection de Jésus sans être pris par Jésus dans sa prière au Père, pour tous. Ainsi le lavement des pieds prend la place de l’institution de l’eucharistie chez Jean.
Pourquoi ce titre Donner corps à la Parole? Car le corps de la Parole incarnée, c’est l’Église. Il ne peut y avoir de Parole que d’un corps : celui du Christ ressuscité et le nôtre, promis dès maintenant à la vie éternelle. L’histoire de Jésus crée celle des croyants. Croire constitue la condition du lien social. L’auteur en donne ici une magnifique démonstration.