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Valais avant les glaciations
Les Alpes sont pratiquement dépourvues de documents datant de la fin du Tertiaire et du début du Quaternaire. En voie de soulèvement, tout de suite soumises à une intense érosion, elles n'accueillent aucun dépôt. Quelle était l'allure de ce pays ? Bien malin qui le dira. A la fin du Tertiaire, le climat était encore chaud, presque tropical et la forêt ne devait pas avoir de peine à prendre pied sur cette nouvelle chaîne.
L'érosion y était pourtant très forte, preuve que le tapis végétal ne suffisait pas à protéger le relief, sans doute assez accidenté.
Les quelques hypothèses élaborées reposent sur le bassin où vont s'accumuler les produits de cette intense érosion: le bassin molassique. En effet, la longue et étroite dépression qui longeait le bord de la chaîne naissante, de Grenoble à la Bohême, recueillait la charge détritique des rivières alpines. La dépression devait se présenter comme une vaste plaine marécageuse où divaguaient les rivières entre des îles basses couvertes d'une végétation tropicale luxuriante. A leur embouchure, les rivières abandonnaient leurs graviers, n'entraînant dans la partie centrale de la dépression que leurs grains les plus fins: sables, limons et argiles. Le gros de la Molasse est fait de ces éléments fins, alors que les graviers se retrouvent actuellement à l'état des niveaux conglomératiques bien cimentés le long du bord interne du bassin.
On a ainsi localisé plusieurs amas conglomératiques (Mont-Pèlerin, Guggisberg, Napf, Rigi, Hörnli), qui correspondent à autant de deltas tertiaires, donc à autant d'embouchures de rivières. L'inventaire des galets des conglomérats permet de dire quelles étaient les unités alors exposées à l'érosion.
Peut-on aller plus loin dans la reconstitution de la géographie de cette période ? Par exemple, imaginer le tracé des rivières ? L'exercice fut une fois tenté par le géologue zurichois R. Staub en 1934. C'était peut-être une période d'audace que l'on ne se permet plus. La carte (fig. 68) présente la reconstitution qu'il propose au moment de la dernière invasion marine dans le bassin molassique, il y a 15 ma. Il n'y a plus de delta au Mont-Pèlerin; donc plus de "Rhône" ou seulement une courte rivière descendant de la région de Monthey-Bex. En revanche, un vaste delta fonctionne plus à l'est (conglomérats du Guggisberg), alimenté par une rivière localisée dans une vague dépression due à l'amorce du soulèvement des futurs massifs du Mont-Blanc et de l'Aar.
Les affluents de cette rivière pourraient avoir été la première esquisse du réseau actuel. Par exemple, un premier affluent occidental descendait de la région de Chamonix par la dépression de la Forclaz, creusant une vallée que suivra plus tard notre Rhône. Vis-à-vis de cet affluent, un autre venait du Haut-Valais. Le coude de Martigny n'apparaîtra que beaucoup plus tard, quand la dépression du Rawyl, mise hors service, fut relayée par la modeste rivière de la région de Saint-Maurice qui, par érosion régressive, a capté la partie supérieure du Rhône. Mais de cela, nous n'avons aucune preuve. Quant aux autres rivières, qui passent près de la frontière italo-suisse (régions de Zermatt, Bagnes, Aoste), elles suivent grosso modo les grandes structures alpines et ont laissé leurs traces, soit sous forme de vallées (Valpeline), soit sous forme d'alignements de sommets (Cervin, Dent-d'Hérens). Sur la partie la plus orientale du Haut-Valais, un autre réseau alimentait le delta d'où sortira le massif du Napf.
Bibliograhie
- Marcel Burri, Les roches, Martigny, 1994
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