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château : cette messe est une condition sans laquelle 1737.; 7. je ne puis me charger de lui. Je lui donnerai cent écus par an ; mais je ne peux rien faire de plus.
Il faut encore l'instruire qu'on mange très-rarement avec madame la marquise du Châtelet, dont les heures de repas ne sont pas trop réglées; mais il y a la table de M. le comte du Châtelet son fils , et d'un précepteur , homme d'esprit, servie régulièrement à midi et. à huit heures du soir. M. du Châtelet père y mange souvent, et quelquefois nous soupons tous ensemble. D'ailleurs on jouit ici d'une grande liberté. On ne peut lui donner, pour le présent, qu'une chambre avec antichambre. S'il accepte mes propositions, il peut venir et apporter tous ses instrumens de chimie. S'il a besoin d'argent, vous pourrez lui donner un quartier d'avance , à condition qu'il partira sur le champ. S'il tarde à partir, ne tardez pas, mon cher trésorier , à m'envoyer de l'argent par la voie du carrosse. Au lieu de deux cents cinquante louis, envoyez-en hardiment trois cents avec les livres et les bagatelles que j'ai demandés.
Au reste , mon cher ami, je suppose que votre chimiste est un homme sage, puisque vous le proposez : dites-moi son nom, car encore faut-il que je sache comment il s'appelle. S'il fait des thermomètres à la Farenheit , il en fera ici, et il rendra service à la physique. Ces thermomètres quadrent-ils avec ceux de Réaumur ? Ces instrumens ne conviennent qu'autant qu'ils sonnent la même octave.
LETTRE CCXLIX.
1737,
A M. L'ABBÉ MOUSSINOT.
Décembre,
Je vous prie , mon cher abbé, de faire chercher une
J'ai lu l'épître de d'Arnaud ; je ne crois pas que cela soit imprimé, ni doive l'être. Dites-lui que ma santé ne me permet d'écrire à personne , mais que je l'aime beaucoup. Retenez-le à dîner quelquefois chez M. du Breuil , je payerai les poulardes trèsvolontiers ; éprouvez son esprit et sa probité, afin que je puisse le placer. -- Je vous le répète, mon cher ami, vous avez carte blanche sur tout, et je n'ai jamais que des remercîmens à vous faire.
1737.
LETTRE C C L.
A M. L'ABBÉ MOUSSINOT.
Décembre.
me
en
N m'avait mandé, mon cher ami, que tous les meubles d'Arouet avaient été brûlés, et son logement consumé : je vois avec plaisir que cela n'est pas. Ne négligez rien, je vous en conjure , tant auprès de Me Picard qu'auprès de ses connaissances , pour découvrir le mariage secret d'Arouet. Cela m'est important, car je suis sur le point de marier une de mes nièces. On le dit fort intrigué dans cette affaire des convulsions. Quel fanatisme ! mon cher, ne donnez pas dans ces horribles folies : tout bon français applaudit à un bon janseniste qui crie contre les formulaires et les excommunications , et qui se moque un peu de l'infaillibilité du pape ; mais on méprise un insensé qui se fait crucifier , et un imbécille qui assiste à ces crucifiemens de galetas. ,
Je sais bien qu'il ne serait pas mal que je fusse à Paris ; mais je crois mes intérêts mieux entre vos mains qu'entre les miennes ; et l'ancien trésorier du chapitre de Saint-Méri a, pour conduire les affaires de ce bas monde , infiniment plus d'intelligence que son ami le philosophe, qui, dans sa solitude de Cirey, fait des vers, étudie Newton, le tout avec assez peu de succès , et qui en outre digère fort mal.
Je réponds en hâte, mon cher ami, à votre lettre du 18 , touchant l'article qui concerne mes nièces. Vous mandez à madame du Châtelet que vous pensez que je veux faire plus de bien à ce .gentilhomme que je propose qu'à ma nièce même. Je crois en faire beaucoup à tous les deux, et je crois en faire à moimême en vivanť avec une personne à qui le sang et l'amitié m'unissent, qui a des talens, et dont l'esprit me plaît beaucoup. Je trouve de plus une charge trèshonnête, convenable à un gentilhomme, et qui plus est, lucrative , que ma nièce pourrait acheter, et, qui lui appartiendrait en propre. Je connais moins la cadette que l'aînée; mais quand il s'agira d'établir cette cadette , je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir. Si ma nièce aînée était contente de sa campagne, et qu'elle voulût avoir un jour sa fæur auprès d'elle; fi cette fæur aimait mieux être dame de château que citadine de Paris mal-aisée, je trouverais bien à la marier dans notre petit paradis terrestre. Au bout du compte , je n'ai réellement de famille qu'elles; je serai très-aise de me les attacher. Il faut songer qu'on devient vieux , infirme , et qu'alors il est doux de retrouver des parens attachés par la reconnaissance. Si elles se marient à des bourgeois de Paris, ferviteur trèshumble, elles sont perdues pour moi. Vieillir fille
est un piètre état. Les princesses du sang ont bien de 1737• la peine à soutenir cet état contre nature. Nous
sommes nés pour avoir des enfans. Il n'y a que quelques fous de philosophes, du nombre desquels nous sommes , à qui il soit décent de se fauver de la règle générale. Je peux vous assurer enfin que je compte faire le bonheur de mademoiselle Mignot, mais il faut qu'elle le veuille ; et vous qui êtes fait pour le bonheur des autres, c'est votre métier de contribuer au sien.
Faites ma cour , mon cher ami, à Pollion, à Polymnie , à Orphée. Je vous embrasse tendrement.
M on cher ami , je n'ai rien à ajouter ni à la peinture que la déesse de Cirey fait de notre vie philosophique, ni aux souhaits de partager quelque temps cette vie avec vous. Si certaine chose que j'ai entamée réussissait, il faudrait bien vous voir à toute force, au bout du compte. Pollion vous donnerait sa chaise de poste jusqu'à Troies, et à Troies vous trouveriez la inienne et des relais. En un jour et demi vous feriez le voyage, et puis ô noctes cænaque Deûm! On sait bien qu'on ne pourrait vous garder long-temps, mais enfin on vous verrait.
Je suis d'autant plus fâché de la déconvenue des Linant, que le frère commençait à faire de bons vers,