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La République populaire de Chine est en bonne voie de retrouver le rang de puissance industrielle et commerciale qui lui revient eu égard à sa taille. Le succès dépendra majoritairement de cette nouvelle composante de l'économie chinoise qu'est l'économie de marché et de sa rapidité à atteindre une capacité suffisante de rendement susceptible d'assurer durablement la réforme de l'ancienne composante, l'économie planifiée, et par là de garantir la stabilité sociale et politique du pays. Le redécollage de la Chine modifie néanmoins les conditions-cadres qui régissent le marché mondial. Les entreprises suisses trouvent là à la fois des opportunités comme des défis en nombre.
Depuis le début des réformes en 1978, l'économie chinoise a connu une croissance de 8 % par an en moyenne. D'ici à 2020, le produit intérieur brut (PIB) devrait encore quadrupler, la Chine devenant ainsi la troisième puissance économique, et la deuxième puissance commerciale, du monde. Aujourd'hui déjà, les entreprises privées assurent la moitié environ de la production non agricole et génèrent 60 % du PIB, et les entreprises disposant de capitaux étrangers occupent quelque 10 % des actifs urbains. Cela dit, la croissance extraordinaire de l'économie chinoise et le recours sans complexe aux méthodes de l'économie de marché ne doivent pas faire illusion: économie planifiée et bureaucratie seront encore longtemps omniprésentes. La Chine restera le pays à la fois des réussites spectaculaires et de la gestion hasardeuse, pour ne pas dire du gaspillage de l'argent public.
Les "trois réformes" de base
Le gouvernement est placé devant un dilemme: d'un côté, il lui faut accélérer les réformes pour garantir la croissance à long terme; de l'autre, il doit veiller à ne pas compromettre la paix sociale et la stabilité en place, ce qui suppose un taux minimal de croissance immédiate. Trois réformes indissociablement liées ont donc la priorité: celles des entreprises publiques, du secteur financier, et des assurances sociales.
Les entreprises publiques
En 1988, Zhu Rongjji, alors premier ministre, avait annoncé que l'assainissement des entreprises d'État serait mené à bien dans un délai de trois ans. Or, la politique rigoureuse de fusions et de privatisations d'entreprises mise en place, malgré la suppression de 27 millions d'emplois et un coût qui se chiffre en milliards, n'a pas permis de résoudre véritablement les problèmes. D'ailleurs, le nouveau gouvernement vient de confier la gestion des 196 entreprises d'État les plus importantes à une société publique de gestion et de surveillance récemment mise sur pied et chargée de procéder à un remaniement en profondeur afin de créer de 30 à 50 conglomérats capables d'affronter la compétition internationale même si la privatisation pure et simple des entreprises concernées ne figure pas à l'ordre du jour, du moins pour l'instant. Le gouvernement prévoit de consacrer le produit de la vente (totale ou partielle) de ces entreprises d'État au renflouement du système des assurances sociales. Il est cependant difficile de dire à ce jour si les investisseurs, indigènes ou étrangers, accepteront de jouer le jeu du gouvernement en s'associant aux privatisations prévues, alors même que celui-ci n'a pu encore se résoudre à garantir enfin la propriété privée.
Il ne faut pas perdre de vue non plus que les efforts consentis pour remettre à flot les entreprises d'État entraînent inexorablement une hausse du chômage. À la fin du mois de mars 2003, en zone urbaine, le taux de chômage s'élevait officiellement à 4,1 % des actifs, mais les fonctionnaires chinois reconnaissent eux-mêmes qu'il faut en réalité multiplier au moins par deux le nombre des demandeurs d'emploi. Chaque année, ce sont ainsi plus de 20 millions de personnes qui se pressent en ville à la recherche d'un travail, pour un marché qui n'offre que 8 millions de postes disponibles. 150 millions de travailleurs itinérants font aujourd'hui la navette entre la ville et la campagne pour assurer leur survie.
Le secteur financier
L'état du secteur financier est étroitement lié à celui des entreprises publiques: ainsi, les quatre principales banques commerciales d'État, qui gèrent quelque 65 % de l'ensemble des avoirs bancaires, sont véritablement plombées par les crédits qu'elles doivent accorder sans espoir de remboursement aux entreprises nationales. En 2001, plusieurs asset management companies (soit des compagnies de gestion des actifs) créées à cet effet ont repris des "crédits pourris" à hauteur de 1'300 milliards de yuans (160 milliards d'USD environ), sans que la situation s'en trouve pour autant franchement améliorée. Selon des sources officielles, les quatre banques précitées risquent de devoir passer par pertes et profits 24,1 % des crédits - en réalité le double, à en croire certains experts indépendants. Or, tant que rien n'est fait pour assainir durablement les établissements bancaires d'État, il n'est guère envisageable d'aller plus loin dans la réforme du secteur financier (libéralisation des taux d'intérêt et du trafic des paiements, privatisation des banques d'État, etc.). Inversement, en l'absence d'un secteur financier efficace, non seulement il sera impossible de poursuivre l'implantation des méthodes de l'économie de marché et donc d'accompagner l'essor du secteur privé, mais l'État ne disposera pas des moyens d'assumer les missions colossales qui lui incombent sur le plan social et en matière d'aménagement infrastructurel.
Le système d'assurances sociales
La Banque mondiale estime que la mise en place d'un système d'assurances sociales performant passe par un apport de capitaux à hauteur de près de 230 milliards d'USD. Par ailleurs, selon une étude réalisée en 2001 par la Bank of China International, il manquerait 850 milliards d'USD (soit 80 % du PIB en l'an 2000) pour couvrir les avoirs de retraite. Si on peut toujours discuter le détail des chiffres, ils sont très certainement significatifs de tendances bien réelles, et qui à l'avenir devraient grever lourdement l'économie chinoise. L'État a certes tenté de réagir en introduisant en Bourse certaines de ses entreprises, mais ses efforts sont restés vains. Il est vrai que tant que l'incertitude planera sur le financement des retraites des employés des entreprises publiques, on voit mal comment l'État pourra privatiser ces dernières... et, a fortiori, poursuivre l'ensemble du processus de réformes.
Ces défis ne sont cependant pas les seuls auxquels se trouve confronté le gouvernement chinois. Il lui faut faire face à une population de plus en plus tournée vers la simple jouissance matérielle, un marché anarchique assorti d'une corruption omniprésente, une consommation d'énergie en augmentation rapide, un environnement sinistré, des catastrophes naturelles dramatiques, ou encore une évolution démographique défavorable.
Un énorme potentiel économique
La grande force de la Chine, c'est sa gigantesque armée de travailleurs bon marché et relativement bien formés. C'est ainsi que, si le pays se contentait naguère de fabriquer et d'exporter des produits bas de gamme, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans la production de biens d'un segment de prix supérieur, faisant de la Chine un site de production majeur dans tous les secteurs industriels. Par rapport aux pays émergents "classiques", cantonnés dans une production bon marché, la Chine peut se prévaloir d'une main-d'oeuvre non seulement moins chère, mais mieux formée. Le pays exerce ainsi un attrait croissant sur l'investissement étranger, et de plus en plus d'entrepreneurs choisissent d'y délocaliser une partie du moins de leur appareil de production, séduits par des prix de revient inférieurs ou mus par l'espoir de pénétrer le marché chinois. L'adhésion de la Chine à l'OMC a encore accéléré ce mouvement, tandis que le sras rappelait brutalement combien la Chine était désormais présente dans les chaînes de création de valeur à l'échelle planétaire.
Si le rêve d'un marché de 1,3 milliard de consommateurs risque fort de ne jamais se réaliser, il n'en demeure pas moins qu'en milieu urbain, une couche moyenne est incontestablement en passe de franchir le seuil de revenu qui fait d'elle une société de consommation et de loisir au sens où l'entend l'Occident. Plus de 300 millions de Chinois habitent dans les villes très prospères de la côte est; quelque 100 millions d'entre eux devraient sous peu si ce n'est déjà le cas-avoir les moyens d'acheter un appartement ou une voiture, de partir en vacances ou de se former à l'étranger. En zone urbaine du moins, cette réussite s'accompagne d'un mélange de confiance en l'avenir ("can do") et de fierté nationale dont les effets ne sont pas à mésestimer.
Si le chômage et les conflits sociaux se traduiront dans les années à venir par une multiplication des désordres de portée locale, la stabilité politique intérieure n'en semble pas moins acquise à moyenne échéance. Attendu avec impatience, le changement annoncé aux sommets de l'État et du parti s'est produit comme prévu: malgré un renouvellement en profondeur des équipes opéré à tous les échelons, les nouveaux dirigeants ont confirmé les orientations de leurs prédécesseurs, assurant ainsi la continuité politique. N'oublions pas à cet égard cette grande force du pays: plans quinquennaux et idéologie antédiluvienne ou non, les responsables chinois ont toujours su faire face au changement avec pragmatisme et efficacité.
Plan contre marché: tous les espoirs restent permis
Ce qui frappe le plus dans ce pays extraordinairement complexe et plein de contradictions, c'est sans doute la démesure. À ne considérer que les obstacles innombrables susceptibles de se dresser sur sa route, l'investisseur potentiel risque de sombrer dans le désespoir; et si, au contraire, il s'attache uniquement aux immenses possibilités qu'offre le pays, c'est l'euphorie qui le guette. De fait, il est impossible de savoir lequel des deux aspects l'emportera au bout du compte, la question essentielle étant de savoir si la composante "économie de marché" de l'économie chinoise atteindra suffisamment vite une capacité de rendement susceptible d'assurer durablement le financement de la composante "économie planifiée" et par là de garantir la stabilité sociale et l'unité politique du pays. En l'état des choses, il n'est pas déraisonnable de se montrer optimiste. Rien, en effet, n'autorise à penser que la Chine ne sera pas capable, après deux décennies de réformes, de poursuivre celles-ci pendant deux décennies supplémentaires, et de regagner ainsi peu ou prou la place qui, eu égard à sa taille, lui est due parmi les puissances industrielles ou commerciales. Deux événements revêtiront dans ce contexte une signification majeure, à savoir les Jeux olympiques de Beijing en 2008, et l'Exposition universelle de Shanghaï en 2010. Nul doute en effet que la Chine fera tout ce qui sera en son pouvoir pour en assurer le succès et se présenter ainsi sous son meilleur jour, et donc qu'elle veillera tout particulièrement d'ici là à maintenir stabilité politique et croissance économique.
Les défis et les chances qui attendent les entreprises suisses
L'essor économique d'une Chine en passe de devenir un site majeur de production industrielle entraîne notamment un changement des conditions-cadres pour les entreprises étrangères désireuses de s'introduire sur le marché. À cet égard, on peut d'ores et déjà distinguer un certain nombre de tendances:
décentralisation: après l'armée, c'est aujourd'hui l'administration qui se retire peu à peu de l'activité économique, du moins en ce qui concerne le terrain opérationnel. Les temps sont révolus où un ministère commandait d'un trait de plume 250 machines étrangères pour équiper les usines placées sous son autorité. Simultanément, les sites industriels se multiplient dans le pays: un fournisseur étranger pourra de moins en moins se contenter de démarcher à Beijing, à Shanghaï ou à Guangzhou, et il lui faudra mettre sur pied des stratégies en vue de "labourer" également l'arrière-pays; segmentation: malgré des progrès incontestables en matière d'harmonisation des règles du marché intérieur et de suppression des barrières commerciales au niveau national, le pays poursuivra son morcellement en marchés régionaux, chacun caractérisé par des besoins et des règles de fonctionnement particulières, parce qu'ils sont soumis à des conditions géographiques et climatiques différentes, mais surtout parce qu'ils se développent à vitesse inégale;
urbanisation et émergence d'une société de consommation et de loisir: le gouvernement encourage l'urbanisation parce qu'il y voit un moyen de lutter contre la misère qui caractérise le milieu rural. La population urbaine croîtra considérablement au cours des années à venir, et avec elle une couche moyenne à fort pouvoir d'achat. Les besoins et les exigences du consommateur chinois étant très semblables aux nôtres, cela se traduira par un net accroissement de la demande en biens et services de valeur. De même, il importe de souligner le rôle des touristes chinois, qui non seulement constituent déjà la principale source de revenus de nombreuses destinations du Sud-est asiatique, mais ne manqueront pas dans un proche avenir - et en nombre insoupçonné- de s'embarquer bientôt pour d'autres horizons;
privatisation: le secteur privé gagne rapidement en importance dans l'économie chinoise. Le nouvel entrepreneur chinois s'intéresse moins aux plans quinquennaux et aux consignes du secrétaire du Parti qu'au chiffre d'affaires et aux bénéfices: à ce titre, il contribuera à modifier de fond en comble la gestion des entreprises et la vie des affaires. Cela dit, des différences culturelles considérables subsisteront. Ainsi, les relations personnelles, davantage que le droit, resteront encore longtemps le pivot de l'économie, d'abord parce que c'est la tradition, ensuite parce qu'il est difficile de faire autrement, en raison des carences de l'État de droit. De fait, surmonter le fossé culturel reste sans doute le principal obstacle à franchir pour les entreprises étrangères désireuses de prendre pied sur le marché chinois;
ouverture: l'ouverture croissante de l'économie chinoise aux entreprises privées indigènes et étrangères se traduit aussi pour les entreprises suisses non seulement par un accès facilité au marché, mais aussi par la possibilité de se lancer dans des activités commerciales qui leur étaient précédemment en tout ou partie interdites. Les entreprises étrangères auront intérêt à suivre de près les évolutions locales de façon à identifier à la fois le meilleur moment pour s'introduire sur le marché, mais aussi les modalités les plus prometteuses. Cela dit, la crainte de rater une affaire, volontiers attisée par les responsables chinois, n'est pas toujours fondée. L'histoire nous apprend d'ailleurs que les entreprises pionnières ont souvent dû essuyer les plâtres, pour finalement se voir contraintes ultérieurement de partager les bénéfices avec une concurrence qui s'était entre-temps installée. En outre, et malgré l'adhésion de la Chine à l'OMC, les entreprises et les autorités chinoises s'attachent autant qu'elles le peuvent, et souvent avec succès, à empêcher la concurrence étrangère de s'implanter sur le marché indigène, et surtout d'y réaliser des bénéfices;
délocalisation progressive de la production: si les entreprises sont de plus en plus nombreuses à délocaliser leur production industrielle en Chine, c'est notamment parce qu'elles peuvent y produire des biens à valeur ajoutée de plus en plus élevée, à des prix défiant toute concurrence. La tendance est d'autant plus forte que la délocalisation se limite de moins à moins à la seule production: les multinationales, plus particulièrement, ont commencé de délocaliser également les activités situées en amont, soit la recherche et le développement. Le secteur des services suivra lui aussi sans nul doute cette évolution;
renforcement de la concurrence et diminution des marges: le nombre considérable des entreprises étrangères, et surtout indigènes, en concurrence, le déséquilibre entre l'offre - excessive - et la demande entraînent une concurrence extrêmement âpre. Les biens dont la demande réagit fortement au prix n'ont aucune chance de percer. Seul l'entrepreneur qui saura maintenir son avance sur le plan de la technologie, de la qualité et des services tout en maîtrisant strictement ses prix, pourra espérer engranger des bénéfices. Le temps de la pénurie et de l'argent facile, s'il a jamais existé pour les entrepreneurs étrangers, est ainsi définitivement révolu;
augmentation des coûts marginaux: comme c'est le cas pour toute économie, (économie chinoise ne pourra maintenir sa croissance qu'à la condition de payer le prix nécessaire. La crise de la pneumopathie atypique a démontré que l'État avait au cours des années passées favorisé l'essor de certains secteurs ou régions en délaissant certaines de ses missions principales. Il lui faut aujourd'hui rattraper son retard, sous peine d'un ralentissement de la croissance, ce qui impliquera pour les années à venir une augmentation sensible des impôts et des taxes, et donc pour les entreprises un alourdissement des coûts.
Les PME rencontrent des difficultés particulières
Parmi les évolutions esquissées précédemment, c'est sans doute la délocalisation de la production industrielle en Chine qui représentera le plus grand défi pour la place de travail suisse. Afin de saisir au mieux les opportunités tout en évitant les écueils, elles auraient tout intérêt à dresser au préalable un état des lieux de façon à identifier les activités qu'elles pourront conserver en Suisse à moyen et à long terme, celles qu'elles y renforceront et développeront, et celles qu'elles seront contraintes de délocaliser, voire d'abandonner. Les difficultés seront principalement le lot des petites et moyennes entreprises (PME): d'un côté, en effet, elles ne cessent de perdre en compétitivité face aux entreprises chinoises, dont les coûts de production resteront de toute façon inférieurs aux leurs, quels que soient leurs efforts pour les abaisser; et d'un autre côté, si elles envisagent une délocalisation, elles doivent savoir qu'en Chine, il n'est pas d'activité, notamment d'activité industrielle délocalisée depuis l'étranger, qui ne soit liée au paiement d'un "ticket d'entrée" élevé et à un certain nombre de risques - deux facteurs de nature à compromettre la viabilité même d'une PME. Aussi les services publics et semi-publics chargés de promouvoir les PME feraient-ils bien de mettre en commun leurs maigres ressources et de s'attacher à développer des outils et des services sur mesure, susceptibles d'apporter une aide véritable aux entreprises désireuses de relever le "défi chinois".
Kunming: un exemple d'urbanisme en Chine
Depuis 1982, Kunming est jumelée avec Zurich. À vocation culturelle à l'origine, ce jumelage s'est élargi au fil des années à une étroite collaboration technique, financée par la ville de Zurich et la Direction du développement et de la coopération (DDC). Dans les années quatre-vingt commence la collaboration dans le domaine de l'approvisionnement en eau potable et de l'évacuation des eaux usées de la ville; à partir de 1993, elle débute dans le domaine du développement urbain. Aujourd'hui, cette même coopération comprend les thèmes du développement urbain et régional durable, de la circulation et de l'infrastructure régionale, du développement durable et des affaires sociales, de la protection des monuments historiques, de la culture et des droits de l'homme, de l'approvisionnement en eau et de la dissémination collaboration technique dans sa forme actuelle doit prendre fin en 2004.
À l'approche de Kunming
Kunming, la "ville du printemps", capitale riche en traditions de la province du Yunnan, au sud-ouest de la Chine, se trouve dans une phase de croissance rapide et de transformation spectaculaire. Pendant la dernière phase du vol d'approche, le regard ne se porte pas seulement vers des collines boisées arides, vers des glaisières, vers des plantations de riz et vers de petites agglomérations. Des routes construites récemment, d'immenses chantiers et des agglomérations qui viennent de sortir de terre aux abords de la ville montrent que la croissance du milieu bâti a déjà pris une large place dans la région. Puis, peu avant l'atterrissage, la silhouette de cette ville en croissance rapide et définie par des immeubles-tours défile à travers les hublots. Le profil d'une ville moderne se déploie avec les montagnes de l'ouest en arrière-plan. Lors d'atterrissages nocturnes, l'on découvre une scène lumineuse qui était encore plongée dans l'obscurité il y a peu d'années.
Stratégies du développement urbain
Les autorités de planification de la ville de Kunming ont adapté pas à pas leur stratégie aux changements de conditions. Alors que, dans les années nonante, il existait encore un plan-directeur prévoyant un développement radial concentré de la ville, avec des zones de construction groupées en forme de cercles autour de centres secondaires, c'est un système de cités-satellites qui a été projeté vers l'an 2000. Cette année, les autorités de planification de la ville, qui compte aujourd'hui 2,6 millions d'habitants, ont adopté un concept de développement entièrement nouveau qui prévoit un système comprenant quatre villes situées autour du Lac Dian voisin, d'une longueur de 40 km environ et réunissant 4,5 millions d'habitants. Kunming se positionne en tant que centre financier suprarégional, désirant exercer son influence sur le sud-ouest de la Chine et l'Asie du sud-est. Dans cette perspective, il est prévu d'implanter un nouvel aéroport international à forte capacité, et qui doit servir de plate-forme aéroportuaire. La formation et la science sont d'autres points essentiels du développement. Une nouvelle ville universitaire est prévue. Les technologies à haute valeur et respectueuses de l'environnement, le tourisme et l'agriculture écologique sont d'autres éléments du développement envisagé. Aux abords immédiats de la ville, l'on trouve aujourd'hui déjà d'importantes surfaces de production agricole pour les cultures intensives (fleurs et légumes), ainsi qu'une Bourse aux fleurs internationale.
Les étapes de la croissance
En 1945 encore, Kunming était entourée de murs d'enceinte et n'avait que quelques faubourgs. Un réseau de rues, de chemins et de passages étroits donnait encore sa structure à un tapis dense de maisons avec leurs cours et leurs marchés. L'industrialisation et l'ouverture économique intervenue vers 1979 sous Deng Xiaoping ont entraîné une croissance rapide du milieu bâti au cours des dernières décennies. Avec la stratégie de développement actuelle, la surface occupée par cette ville située à environ 1'900 m d'altitude doit plus que doubler et passer de 200 km2 aujourd'hui à plus de 450 km2.
En 1970, la Zhengyi-Road, l'axe central de la vieille ville, a été reconstruite et élargie. C'est la Beijing Road, qui s'étend de la gare principale, au sud jusqu'à l'extérieur de la ville, au nord, qui constitue la colonne vertébrale de la ville actuelle. La ceinture intérieure fait partie depuis des années de la structure de la ville. La deuxième ceinture, une tangente à plusieurs pistes située au-dessus du niveau de la ville, relie entre eux les axes d'entrée importants et raccorde Kunming aux routes à haute capacité, qui mènent de façon radiale hors de la ville. Les contours d'une troisième ceinture de routes, éloignée de la ville, qui entourera un jour Kunming au nord, à l'est et au sud, se dessinent déjà.
Les principales recommandations
Les principales recommandations des spécialistes suisses ont trait aux principes du développement urbain durable et à la qualité des constructions:
-le développement de l'agglomération doit reposer sur un réseau de transports publics à haut débit, dont l'épine dorsale est constituée d'un réseau exprès régional. Des réseaux à forte capacité pour le trafic lent ont été conçus et des zones sans trafic sont prévues à l'intérieur de la ville. L'introduction récente de quatre lignes diagonales de bus à capacité élevée sur des tracés réservés a représenté un succès important dans le domaine des transports publics;
-les nouveaux lotissements doivent être réalisés selon des concepts d'urbanisme ambitieux, engendrer des qualités propres à l'espace urbain et générer une certaine qualité de vie. Les nouvelles villes et les infrastructures doivent s'intégrer harmonieusement dans le paysage;
-des surfaces de production agricole précieuses doivent également être maintenues, de même que les paysages et les éléments naturels dignes de protection. L'Institut für Orts-, Regional- und Landesplanung de l'école polytechnique fédérale de Zurich a démontré qu'il était possible de ménager environ 100 km de terres agricoles en optimisant le développement des constructions dans la région urbaine de Kunming;
-les biens culturels, comme par exemple le coeur historique de la ville et les temples, doivent être respectés et restaurés de façon appropriée. La notion de bien culturel doit être prise au sens de foyer culturel et s'étendre à l'architecture quotidienne.
Il est inévitable - et c'est dans la nature des choses - que, au vu d'une croissance très rapide et de l'augmentation des besoins en surface, des conflits en termes d'objectifs apparaissent dans certains cas concrets. Ce qui est fascinant, c'est le fait que, pendant des années, des échanges intenses ont été maintenus et que ceux-ci ont non seulement permis de concrétiser une série de résultats à Kunming mais qu'ils ont aussi permis au travail des membres suisses des délégations spécialisées de fructifier.
La vie économique, 10.2003