Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06933.jsonl.gz/1121

Nature morte aux sept pommes et tube de couleur, Paul Cézanne
"Nature morte aux sept pommes et tube de couleur" est la seule œuvre de Paul Cézanne de la collection du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. C'est une huile sur toile de 17,2 centimètres par 24. Il s'agit d'une œuvre phare de l'institution lausannoise. Cézanne l'a peinte entre sa période impressionniste et sa période cubiste. C'est ce qui la rend intéressante.
L'influence du "pleinairisme"
Le travail de la lumière et de l'ombre montre l'influence du peintre Camille Pissarro, le professeur de Paul Cézanne. Pissarro est considéré comme un des pères de l'impressionnisme. On y voit la marque du pleinairisme, ce courant artistique qui s'attache à représenter des scènes d'extérieur - en plein air, d'où le nom du courant - avec la volonté de reproduire les jeux de la lumière naturelle.
Mais dans ce tableau, Cézanne prête moins attention à l'atmosphère. Il s'intéresse plus à la forme, à la plastique et à la construction du tableau. La banalité du motif - les pommes - laisse la place à la peinture pour elle-même. Le volume des pommes, sept sphères isolées par un trait noir, vient de la façon dont Cézanne a manié son pinceau. La variation de la couleur fait comme enfler les pommes de l'intérieur. Le tube de couleur, blanc, tranche avec les couleurs chaudes du reste du tableau, soit le rouge des pommes et le vert-ocre du fond. Le tube est coupé par le cadrage. Ce qui nous pousse à nous interroger sur ce qu'il y a "au-dehors" du tableau. Il marque aussi une sorte de réalité: ces pommes sorties du tube ne sont que des couleurs.
Le collectionneur Henri-Auguste Widmer (1853-1939) repère cette huile à Lausanne, dans la succursale vaudoise de la galerie parisienne Bernheim Jeune. Il reconnaît la toile plus tard, à Paris, en 1916. En voyant le tableau, il s'exclame: "J'en ai vu un analogue à Lausanne, mais moins beau."! Puis il l'achète. Le célèbre critique d'art Félix Fénéon, alors directeur artistique de Bernheim Jeune, se garde bien de lui révéler que l'œuvre a été rapatriée de Lausanne à Paris et qu'il s'agit en fait du même tableau.
RTS Découverte/Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Publié le 02 juin 2015 à 08:50 - Modifié le 23 mars 2018 à 10:53
Brève biographie
En 1862, il abandonne la carrière juridique et s'installe à Paris. Il étudie à l'Académie de Charles Suisse. Il y rencontre Camille Pissarro, Pierre-Auguste Renoir et Claude Monet. L'Ecole des Beaux-Arts le trouve trop excessif et refuse sa candidature.
En 1872, Cézanne s'installe à Pontoise, auprès de Camille Pissarro. Il part ensuite pour Auvers-sur-Oise en 1873, où peint Vincent Van Gogh.
Ses œuvres sont régulièrement refusées au Salon à Paris. Cézanne participe en 1874 à la première exposition impressionniste dans l'atelier du photographe Nadar, mais le public réserve un accueil peu encourageant, voire scandalisé, à ses toiles.
Lors de la troisième manifestation impressionniste en 1877, les critiques sont à nouveau très mitigées. Cézanne se détache alors du groupe et rejoint la Provence. Il commence alors à peindre l'un des motifs qu'il privilégiera jusqu'à la fin de sa carrière: la montagne Sainte-Victoire.
Sa première exposition personnelle en 1895 se heurte à l'incompréhension du public. Elle lui vaut cependant l'estime de jeunes artistes qui voient en lui un précurseur. Sa réputation ne cesse de grandir et il remporte à Bruxelles un grand succès lors des expositions des Indépendants.
En octobre 1906, alors qu'il peint dans le massif de la Sainte-Victoire, Cézanne est surpris par un violent orage. A la suite d'un malaise, il est recueilli par des charretiers. Il meurt le 22 octobre, emporté par une pneumonie.
Les courants artistiques
Au début des années 1870, Cézanne assimile le style impressionniste: il éclaircit sa palette, raccourcit la touche et peint en plein air. A partir des années 1880, on perçoit dans son œuvre une tendance au traitement géométrique du sujet, ouvrant la voie au cubisme.
Sa façon de travailler les couleurs et sa liberté dans le maniement du pinceau que l'on retrouve dans ses dernières œuvres marqueront le fauvisme, un courant artistique du début du XXe siècle.