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Biographie
Jacques Chessex est né le 1er mars 1934 à Payerne, dans le Pays de Vaud, d'une famille d'enseignants, du côté de son père, et par sa mère d'une ascendance industrielle et commerçante du pied du Jura. Cett origine calviniste donne le ton d'une oeuvre grave, Inspirée par la précarité de l'être, en même temps qu'elle exalte avec une force rare la fascination des pulpes terrestres. D'un côté le pasteur Burg, de l'autre des féminaires, des bestiaires. Bref une très vorace leçon de choses sous le regard Inquiétant du Dieu {aloux.
Jusqu'à seize ans, Jacques Chessex suit les cours du Collège classique, à Lausanne, où il a comme maître de français le romancier Jacques Mercanton. Baccalauréat à Saint-Michel, à Fribourg, où le père Pierre-Marie Emonet enseigne la philosophie.
Licence ès lettres à l'Université de Lausanne en 1962; il y retrouve Mercanton et fait la connaissance de Jean Leymarie, qui y enseigne l'histoire de l'art. A son tour Jacques Chessex enseigne le français évidemment. Depuis 1969, il est professeur au Gymnase de la Cité, à Lausanne où son indépendance d'esprit - refus des modes et des conventions, détestation des trissotins, méfiance des accomodements officiels, dérision des veuleries provinciales - lui donne une stature qu'augmente évidemment l'audience de ses livres à Paris et dans le monde entier : des romans de Chessex ont été traduits dans une quinzaine de langues.
C'est d'abord à la poésie que Jacques Chessex se voue. En 1954 paraissent les poèmes du Jour proche, suivis par deux recueils: Une voix la la nuit et Batailles dans l'air, que publie à Lausanne Henry-Louis Mermod. Les poèmes de Chessex trouvent là un terrain sûr, qui lui vaut l'attention des écrivains et de la critique. Jean Paulhan et Marcel Arland lui ouvrent la N.R.F. où Chessex, pendant plus de vingt ans, donnera des chroniques, des poèmes et des notes de lecture. En 1962, il publie chez Gallimard un bref récit, La Tête ouverte, où l'on respire un bon coup de sensualité ironique et de liberté. Ici un ton nouveau s'installe dans la littérature de la Suisse française: une bouffée d'air drolatique chez Calvin.
En été 1962, à Montreux, Chessex se lie d'amitié avec François Nourissier, qui le fera entrer ensuite chez Grasset. En 1964, il fonde avec Bertii Galland la revue Ecriture, dont les responsables veulent écrire, faire écrire, voir écrire. Nourissier, Galland: deux amis, deux témoins très attentifs l'un et l'autre, à l'extérieur et à l'intérieur (et réciproquement), qui assurent Chessex dans sa recherche, dans la confiance en ses pouvoirs et en ses buts. A cet égard, ils soutiennent l'entreprise du Portrait des Vaudois et de Carabas le génie du lieu et l'autoportrait baroque, deux livres où l'esprit de reconnaissance lyrique et l'aveu vindicatif brisent nettement les règles de la bienséance et choquent. Voici Chessex maître d'une prose à la syntaxe "fortement tressée et audacieusement savante".
Ainsi c'est à la prose: au roman, à la nouvelle, que Chessex se consacre presque entièrement pendant plusieurs années. L'Ogre est salué par le prix Concourt en 1973, et L'Ardent Royaume, Le Séjour des morts, Les Yeux Jaunes, Judas le transparent, en même temps que l'estime des meilleurs, lui attirent les foudres des bien- pensants, de son pays. Tel avait déjà été le sort de La Confession du pasteur Burg, un récit prémonitoire, une dizaine d'années auparavant. Il faudra attendre la parution de Jonas, en 1987, pour que ce roman réconcilie dans un même accueil la critique exigeante et l'enthousiasme du plus grand nombre.