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Cela fait désormais plus de quarante ans que les politiques économiques sur le plan global ont les chrismes de l’orthodoxie néolibérale – entendez l’exigence d’équilibrer les finances publiques sans égard à la distinction entre dépenses courantes et dépenses d’investissement de l’État, et l’objectif de stabilité des prix à la consommation pour la politique monétaire des banques centrales. Ces deux objectifs ont contribué à faire enfler une grande bulle du crédit durant la décennie qui a précédé l’éclatement de la crise financière globale (induite par cette grande bulle) et durant les dix dernières années ont empêché de sortir de cette crise par des politiques économiques adéquates aux besoins de la population.
Si les décideurs politiques connaissaient l’histoire de la pensée économique, au lieu de s’inspirer des sirènes néolibérales, ils pourraient facilement comprendre que l’État doit mettre en œuvre une politique budgétaire anticyclique, c’est-à-dire qu’il doit soutenir l’ensemble de l’économie par une augmentation des dépenses publiques lorsque l’économie privée est en grande difficulté, comme cela est le cas au plan global depuis désormais une bonne décennie. Il est en fait contre-productif de réduire la charge fiscale sur les personnes physiques ou morales (comme l’a décidé, entre autres, Donald Trump) afin de relancer l’économie nationale avec l’espoir que les dépenses de consommation et d’investissement augmentent suite à l’augmentation du revenu disponible. En réalité, les consommateurs et les entreprises qui paieront moins d’impôts ne seront pas du tout encouragés à augmenter leurs propres dépenses dans l’économie “réelle”, mais placeront leurs avoirs sur les marchés financiers, à partir desquels rien ne ruissellera vers les branches d’activité qui produisent des biens et des services non-financiers. Il n’y aura donc ni une augmentation du niveau d’emploi ni une relance de l’économie dans son ensemble, mais plutôt une aggravation du chômage et un nouveau ralentissement de l’activité économique suite aux coupes budgétaires qui seront nécessaires pour équilibrer les finances publiques à cause des cadeaux fiscaux aux riches.
Si, en revanche, l’objectif de ces cadeaux fiscaux était celui de réduire l’intervention de l’État et laisser ainsi fonctionner librement l’économie de marché, cela creuserait davantage l’écart entre les riches et les pauvres en ce qui concerne la répartition du revenu, appauvrissant l’ensemble de l’économie nationale à long terme et exacerbant de ce fait les conflits sociaux et le populisme au plan global.
Or, à bien regarder la réalité des faits, l’on comprend aisément que le néolibéralisme qui dicte les choix de politique économique depuis une quarantaine d’années n’a pas du tout réduit le rôle de l’État dans le système économique, mais a uniquement permis aux pouvoirs forts de l’économie et de la finance de marché de s’approprier (de manière subreptice) de la politique économique et de l’administration publique afin de satisfaire leurs propres intérêts de court terme. L’État a ainsi été transformé en une camisole de force pour la classe moyenne, alors qu’il a été déguisé en tant que défenseur du libre marché avec la tâche de faire respecter les “conditions-cadre” afin en fait de protéger les revenus et les patrimoines élevés – auxquels l’on demande de moins en moins de contribuer au bien commun.
La Troisième guerre mondiale ne va pas tarder à éclater et on saura alors qui en est le véritable responsable…