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Fabrication de pinceaux
Fabrication de pinceaux selon le traité de peinture de Cennino Cennini.
Ce traité (datant environ de l’an 1390) décrit des techniques connues au XIVème; étant reconnues et éprouvées au moment de la rédaction, nombre d’entre elles datent de bien avant.
Cennino Cennini décrit la fabrication des pinceaux, avec des poils attachés ensemble, fixés sur un manche en bois tourné, puis éventuellement taillés.
Pour un gros pinceau, sur un manche de bois taillé en pointe, on enfile un paquet de soies de porc (ou autres poils) enlignés et bien ficelés. Avec un fil de lin, on attache ensuite solidement ces poils au manche. Cette surliure est ensuite recouverte de colle pour éviter qu’elle ne se détache, ou que des poils s’échappent. Cennino le décrit au chapitre LXV par « […] un gros manche avec un nœud recouvert de colle ».
Pour un pinceau fin à enluminer ou dessiner, il détaille les étapes de fabrication: des queues d’écureuil, « tires-en les poils du milieu les plus droits et les plus fermes, et peu à peu fais-en de petits paquets; baigne-les dans un verre d’eau claire; et paquet par paquet rassemble-les et presse-les avec les doigts; taille-les avec de petits ciseaux ». On emmanche les poils d’animaux dans un morceau de bois léger, ou dans une plume d’oie, de cygne, de pigeon ou d’autre oiseau, choisie en fonction de la grosseur du conduit, correspondant à la finesse du pinceau désiré. Une fois les poils enlignés par la racine, bien liés avec du fil ou de la soie cirée, et le conduit de la plume taillé, les poils sont introduits par la pointe « n’en faisant sortir qu’autant qu’il faut en tirer dehors pour que le pinceau soit souple; car plus il est doux et court, plus il est délicat et bon ». Le tuyau contenant les poils est enfin fixé sur une hampe en bois travaillée pour entrer dans le manche de la plume. La dernière étape consiste à tailler les fleurs en pointe avec un ciseau – ce qui ne devait pas donner d’excellents résultats – ou de les aiguiser sur la pierre de porphyre.
Que l’on utilise des poils en vrac, ou de la peau avec les poils encore attachés naturellement dessus, il faut d’abord attacher les poils avec du fil de lin. Puis les poils sont glissés dans un manchon fait de la hampe d’une plume, et encollés avec de la colle d’os lors du montage avec le manche.
1. Le tuyau : penne de plume évidée
Pour les petits pinceaux, tailler des manchons dans la base de la hampe d’une grosse plume, en ne gardant que la partie tubulaire là où elle paraît creuse, et pas fendue. On peut utiliser toutes sortes de plumes, selon la taille souhaitée. S’y prêtent bien: celles d’oie, d’oiseau marin (mouette, goéland), de pigeon, etc.
L’intérieur doit être bien vidé, avec une fine lime de section circulaire, car il s’y trouve des lames de matières cornées qu’il faut ôter pour ne pas gêner le passage des poils. Eviter d’utiliser les parties remplies intégralement d’une substance blanche, qui est très dure à extraire.
2. Le manche : en bois
Utiliser soit du bois tourné, soit de simples branches, fines, légèrement souples. Les tester pour éviter celles qui sont cassantes. Les tailler, ôter les excroissances, les ajuster avec les tuyaux en pennes de plumes.
3. Les poils
Pour les photos de ce tutoriel, j’ai utilisé mes cheveux, et des poils de cerf. Mais avec d’autres poils j’ai obtenu de meilleurs résultats, que vous verrez plus loin …
Nouer les poils avec du fil de lin.
Une fois attachés, il faut enfiler le paquet de poils dans le tuyau. Ca doit entrer tout juste, car s’il y a du jeu, la colle sortira du côté des poils. Il peut être utile de se servir d’une loupe.
Vérifier l’ajustage dans le tuyau, et aussi avec le manche.
4. Montage et encollage
Passer les poils dans le tube, à mi-longueur.
L’encollage se fait avec de la colle animale, par exemple de la colle d’os. La colle animale se travaille à chaud (environ 50oC). On mélange la colle avec de l’eau (moitié-moitié), et on chauffe au bain marie en remuant régulièrement jusqu’à obtenir une consistance de miel liquide.
Il faut régulièrement remuer et contrôler la consistance du mélange. La fluidité dépend de la température, ainsi que de la proportion d’eau. On peut influer sur la consistance en ajoutant de l’eau, ou de la colle.
Mettre la colle dans le tube, puis enfoncer le manche pour faire remonter la colle dans la base des poils.
Pour un pinceau très fin, on peut utiliser la colle pour consolider et épaissir autour de la penne de plume.
Laisser sécher. Couper les fils d’attache. Tester en lavant le pinceau, il ne devrait pas perdre ses poils !
On peut finir en coupant les poils à la forme et longueur désirée, mais le résultat est meilleur si les poils avaient la bonne longueur et orientation dès le départ, car ainsi on utilise la pointe naturelle du poil.
Voilà, vous savez … presque tout !
J’ai eu la chance de rencontrer au château d’Avully en octobre 2018 un enlumineur, Charles-Emile, de l’Atelier de la cendre bleue. Il était à la recherche de pinceaux faits à l’ancienne, et je souhaitais trouver un enlumineur qui puisse tester mes créations, nous étions donc faits pour nous entendre !
Il a d’abord examiné mes pinceaux, et émis quelques avis et conseils. Je lui en ai ensuite prêté quelques uns, qu’il a testés en commençant la réalisation d’une nouvelle enluminure. Des trois pinceaux testés, il en a retenu deux, un en chèvre, et l’autre en lièvre. Entre temps j’ai pu lui en fabriquer selon sa demande un très court en sanglier, un autre en lièvre, plus court que celui qu’il a testé, et un en plume. Charles-Emile est reparti content avec quelques pinceaux, et je sais maintenant lesquels de mes pinceaux se prêtent à l’enluminure, et comment les rendre encore plus utiles pour ce genre d’ouvrage. De plus, il m’a laissé un magnifique pinceau moderne en poil de martre.
Ce fut une belle rencontre et un bel échange !
Voici le travail de Charles-Emile, une fois terminé, réalisé entièrement avec ces pinceaux:
Venez nous rendre visite en manifestation médiévale, ainsi vous verrez non seulement toutes les étapes de la fabrication, avec les tours de main, mais aussi d’autres techniques et résultats. Vous pourrez aussi tester ces pinceaux avec des peintures faites comme à l’époque, auprès de notre caligraphe …
Et pour nos amis des animaux, soyez rassurés: aucun animal n’a été maltraité pour obtenir des poils !
Texte : Messire Christiaan, avec des citations de l’ouvrage de Cennino Cennini.
Photos: Messire Christiaan et Jean-Marie
Dernière mise à jour: octobre 2018
Bonjour je possède un pinceau avec un manche en plumes et Des poil animal …les poils, se voit blanc par transparence quand on regarde à travers la plumes,sont blanc et vire au brun du côté haut Du pinceau…je ne connais pas d’animaux ayant un poil blanc et brun.?le musee des confluences à Lyon Avec l’aide d’ethnologue non pas trouver d’information à ce sujet .et les recherches sont en cours .un brocanteur m’a dit qu’il était Tres Ancien Et Que le manche etait en plume d’oiseaux sacré,Et quil ne provenait pas d’Europe.curieux non?
Il y a aussi Des fil en laiton …
Merci de m’en dire plus sur ce pinceau Tres Ancien Et mistic
Bonjour, votre pinceau m’intrigue. En Europe on trouve un mélange de poils blanc et bruns sur certaines variétés de lièvres, et d’autres rongeurs, mais je dois vérifier sur mes peaux si plusieurs couleurs peuvent figurer sur e même poil. Vous serait-il possible de m’envoyer des photos de ce pinceau, à cette adresse: <email-pii>
Merci, et à bientôt
Bonjour monsieur je vous ai envoyé un email Avec toute les informations recceuilli à droite et à gauche Sur le net…
Merci de m’avoir permis la possibilité de vius joindre pour cet objet bien mistic…
Bonjour, j’ai bien reçu votre email et les photos, merci beaucoup !
Je vais regarder tout ça de plus près et faire des recherches, j’ai quelques pistes à explorer.
Peut-être qu’ultérieurement on pourrait se rencontrer pour examiner le pinceau et en discuter ensemble. Cette année je serai présent à toutes nos fêtes médiévales en France voisine (Saint Pierre de Curtille, Avully) et en Suisse (Aigle). Les détails de ces fêtes sont sur la page principale de notre site.
Cordialesment,
Christiaan
Pingback: Pinceau | etmotifs
Quelle sont les meilleurs poils pour pinceau de travail pour peinture de mûr intérieur et extérieur.
Quelle est l’endroit idéal pour achat de ces poils à pinceau.
Merci de votre collaboration et bonne journée.
Bonjour Michel,
merci pour votre intérêt.
Mes connaissances sont plutôt liées à la peinture sur papier et petits objets, le bâtiment n’est pas mon domaine.
J’imagine que la rugosité du support mural impliquerait des poils relativement résistants et pas trop souples, donc je serais tenté d’utiliser le crin de cheval ou le poil de sanglier. Un autre avantage de ces poils est leur longueur, ils permettent donc la fabrication de pinceaux d’une certaine taille pour le travail sur de grandes surfaces. Le poil de chèvre pourrait convenir pour des petits détails sur un support lisse (plâtre par exemple). Une autre option est le cheveux humain (non bouclé bien entendu), il paraît que même Léonard de Vinci en aurait utilisé.
Les poils très souples (chat, écureuil, lièvre ou lapin, cerf, renard) ne conviendront probablement pas à votre usage. De plus la plupart de ceux de cette liste sont assez court, donc appropriés pour des petits pinceaux.
Après, j’aurais envie de vous dire de simplement faire des essais avec ce qui vous tombe sous la main ! Vous ne risquez rien, et pourriez avoir de bonnes surprises, comme j’en ai eu avec le poil de lièvre.
Pour les sources de poils, je n’ai pas de fournisseur, je m’approvisionne auprès d’amis chasseurs ou détenteurs d’animaux …
Bonne chance, et, si vous faites des essais, je serais curieux de savoir ce qu’ils ont donné, donc n’hésitez pas à reposter ici vos expériences 🙂
Belle journée à vous !
Christiaan
Merci pour votre article.
J’aimerais fabriquer un gros pinceau, en utilisant comme plume, un tube en plastique transparent et assez rigide, de 1cm de diamètre. Pensez vous que ça va marcher ? En effet la plume es souple et peut être que ça aide. Peut être que la plume colle mieux. Mais il n’existe pas de plumes aussi grosses.
J’aimerais utiliser des cheveux humains, ou bien les miens raides et épais ou ceux d’une amie, souples et fin. Vous me recommandez lesquels ? C’est pour de l’aquarelle, de la grosse calligraphie (et aussi céramique)
Bonjour Ariane,
Merci pour votre message.
Bien que ce ne soit pas décrit dans mon article, il est possible de réaliser un assez gros pinceau en mettant les poils autour d’un manche (voir le gros pinceau au bas de la dernière ilustration en section 3 de l’article). L’inconvénient de la méthode est que, de par sa construction, les poils de ce pinceau ne seront pas orientés bien droits. Sur la photo ils sont courbés vers le côté, mais là c’est parce que ce sont mes cheveux qui ne sont pas assez raides !
L’autre méthode, que vous voulez suivre, est de simplement faire quelque chose sur le modèle de l’article, mais en plus grand. Je n’ai jamais essayé avec des diamètres aussi gros, mais je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas. Il faudra cependant faire bien attention à l’encolage, car la base de tous les poils devra être prise dans la colle pour que le pinceau ne se délite pas. Il faudra aussi choisir une colle qui tienne bien sur le platique sans le dissoudre, et bien attendre pour le séchage, qui risque d’être long.
Compte tenu de la taille du pinceau, les poils devront être assez longs, donc la souplesse viendra des poils.
Pour le choix des cheveux, pour un gros pinceau je choisirais des cheveux raides et épais, le pinceau aura une meilleure tenue … désolé pour votre coiffure !
A mon avis les cheveux fins et souples conviennent mieux pour des pinceaux fins.
Ceci étant dit, n’étant pas peintre, il y a sûrement des éléments qui m’échappent. Donc n’hésitez pas à faire plusieurs essais en variant les techniques et les poils, et ensuite testez-les. Vous aurez ainsi gagné en connaissances, et peut-être aurez-vous aussi de nouveaux outils aux qualités inattendues dans votre boîte à pinceaux.
Bons essais, n’hésitez pas à revenir poster vos conclusions après avoir fabriqué vos pinceaux.
Bonjour,
Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour le partage de ce dossier sur la fabrication de pinceaux. J’aurais aimé savoir si vous donniez un atelier en présentiel prochainement en Suisse ? Je désire monter un atelier pour les enfants afin qu’il puisse créer leur propre pinceaux et pouvoir les utiliser avec des peintures végétales. Je vous remercie d’avance pour votre réponse. Cordiales salutations
Bonjour,
Je suis heureux que vous appréciez ce dossier. La connaissance doit être partagée, c’est une évidence.
Malheureusement je ne donnerai pas d’ateliers en présentiel ces prochains temps, car je me suis quelque peu éloigné géographiquement …
J’imagine, si vous êtes un peu habile de vos doigts, de vous entrainer un peu en vous basant sur mon dossier, et ensuite que vous donniez l’atelier vous-même aux enfants. Vous pouvez dans ce contexte remplacer la colle animale par une colle industrielle en tube, pourvu qu’elle soit insoluble à l’eau, cela facilitera grandement la chose. Vous pourrez ensuite les utiliser avec les peintures de votre choix.
Bonne chance !
Bien cordialement,
Christiaan