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La deuxième lettre de Pierre est la plus ancienne mention de l’existence d’une collection de lettres pauliniennes. Comme l’épître a sans doute été écrite aux alentours des années 130-140 de notre ère, cela signifie qu’une collection de ces lettres circulaient déjà à cette époque. De plus, la manière dont l’auteur de l’épître de Pierre parle de cette collection implique que celle-ci disposait déjà d’une autorité théologique importante dans le christianisme primitif.
Comment s’est constituée cette collection ?
Le principe de collecter et d’éditer des lettres comme livre est un phénomène connu dans le monde antique. Elles ont été rassemblées soit par leur auteur lui-même comme c’est le cas pour Cicéron ou Horace. Elles peuvent aussi l’avoir été par le secrétaire ou les élèves d’un auteur célèbre. C’est le cas du philosophe Platon. C’est vraisemblablement la situation de la collection des lettres de Paul.
Pour comprendre ce phénomène, il faut préciser deux points à propos de la manière dont les lettres sont écrites dans l’Antiquité.
L’épitre comme phénomène oral
L’écriture des lettres dans le monde antique n’est pas un travail d’auteur au sens moderne du terme. La lettre est dictée par son auteur à un secrétaire. L’auteur se contente de signer la lettre de sa main (1 Co 16,21 et Gal 6,11). Ce qui fait de son écriture d’abord un phénomène oral. La manière concrète dont la lettre est reçue accentue encore cette oralité . La lettre, en effet, n’est pas lue silencieusement par son récipiendaire, mais à voix haute.
L’épître comme phénomène communautaire
Autre élément à prendre en compte: la lecture d’une lettre n’est que rarement un phénomène individuel. Les lettres de Paul, comme les autres lettres antiques, sont lues devant un groupe de personnes. Dans le cas de Paul, les lettres sont lues devant la communauté à laquelle elles sont adressées. La lecture à voix haute est souvent effectuée par la personne qui a apporté la lettre à ses destinataires (Eph 6,21-22). Et nous savons, par la pratique antique, que le lecteur pouvait aussi à l’occasion commenter ce qu’il lisait ou répondre aux questions de compréhension que se posaient les auditeurs. D’autre part, nous savons que, selon la volonté même de Paul, les lettres circulaient d’une communauté à l’autre (Co 4,16).
C’est dans ce contexte de circulation communautaire que va, petit à petit, s’ébaucher la constitution du corpus des lettres pauliniennes. On trouve dans ce corpus des lettres complètes ou des compilations de lettres éparses ou d’extraites de celles-ci comme c’est certainement le cas de la deuxième lettre aux Corinthiens. C’est ainsi que ce corpus va acquérir une autorité de référence pour la vie des premières communautés chrétiennes. Nous savons qu’un phénomène similaire va se dérouler dans les communautés dites johanniques. C’est-à-dire les communautés porteuses de l’enseignement de l’apôtre Jean et ses disciples.
La question des lettres authentiques et de la pseudépigraphie
Dernière étape de ce processus: l’adjonction à ces lettres d’autres lettres qui n’ont pas été écrites par l’apôtre mais qui sont placées sous son autorité (cf. pseudépigraphe dans le glossaire). La recherche académique a questionné dès le 19ème siècle l’authenticité des lettres pauliniennes. Les débats sont parfois féroces et marqués par la manière dont les chercheurs comprennent l’autorité des textes bibliques. Un certain consensus s’est pourtant dessiné pour considérer comme « authentique » les lettres suivantes: Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Philippiens, 1 Thessaloniciens et Philémon. Les autres sont largement contestées, tandis qu’il est quasi certain que l’épître aux Hébreux n’est pas de la main de Paul.
Pour aller plus loin
François Vouga, « Le corpus paulinien » in: Introduction au Nouveau Testament (Daniel Marguerat ed), Labor et Fides, Genève, 2004 (3ème édition), p. 139-156.