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S'appuyant sur différents textes anciens et sur l'observation du terrain, un habitant de Montreux émet l'hypothèse qu'un bourg baptisé «Epaona» aurait disparu sous un nouvel éboulement, juste après l'effondrement en l'an 563 de la Suche, qui a provoqué un tsunami sur le Léman.
Texte et photo: Valérie Passello
«Les géologues ont identifié la montagne coupable du tsunami sur le Léman en 563. Cet événement a piqué ma curiosité», explique Hugues G. Benois. Ce retraité montreusien connaît bien la Suche, autrefois nommée «Tauredunum» ou «Mont Taurus», qu'il voit de sa fenêtre. Il a aussi l'habitude de promener son chien dans la forêt des Evouettes, située sous le rocher. Partant des conclusions des scientifiques (voir Le Régional 889), Hugues G. Benois épluche les textes des rares témoins de l'époque, les évêques Marius d'Avenches et Grégoire de Tours.
«Deux éléments ne collent pas, poursuit-il. Grégoire de Tours raconte qu'après l'éboulement de 563, trente moines sont allés fouiller la terre à la recherche de vestiges, qu'un nouvel effondrement s'est produit et qu'on ne les a jamais revus. Or, selon les études récentes, les roches du premier éboulement auraient été englouties dans les marécages de la plaine du Rhône. Dans ce cas, il n'aurait pas été possible de fouiller de la terre.» Autre point qui tarabuste cet ingénieur de formation, la présence d'une fortification romaine dans le périmètre, citée dans plusieurs ouvrages traitant de la guerre des Gaules, mais aussi par Marius d'Avenches. «La bande de terre où est passé l'éboulement principal ne correspond pas aux critères d'établissement d'un camp romain», avance-t-il.
Epaona, une cité mystérieuse
Et ça n'est pas tout. Hugues G. Benois retrouve dans les textes anciens la mention d'un bourg baptisé «Epaona». Sans que le lieu soit clairement identifié à ce jour, c'est là que s'est tenu un concile en l'an 517. L'événement a réuni les évêques du royaume burgonde, après l'accession au trône de Sigismond, converti au christianisme. Et basé à Saint-Maurice à cette époque. Pour notre détective du passé, ça ne fait pas un pli: «Je suis persuadé de ce que j'avance. Après le martyr de la légion thébaine, les pèlerins ont commencé à affluer en Agaune. Il fallait bien les loger quelque part et les moines de Saint-Maurice n'avaient pas suffisamment de place. Plusieurs érudits de l'époque évoquent ainsi un village proche, destiné à les accueillir.» Sigismond y aurait même fait bâtir une église pour le concile, ce qui laisse à penser qu'Epaona était de taille non négligeable. Pour appuyer ses dires, Hugues G. Benois produit une lettre datant de 1810. Le document, signé du prieur de Martigny Laurent-Joseph Murith, situe Epaona «sous le château adossé à la montagne Tauredunum».
Une suite de trois éboulements
Dans une monographie qu'il espère publier, le retraité montreusien déroule son raisonnement, preuves à l'appui. En plus des témoignages du temps jadis, il y analyse aussi la configuration actuelle du terrain. «En observant les cicatrices de la Suche, on voit clairement qu'il y a eu plusieurs éboulements», déclare-t-il. Pour lui, l'an 563 a vu un cataclysme principal, celui ayant provoqué le tsunami. Mais il aurait été suivi d'autres effondrements les jours suivants, sur le versant latéral de la montagne. Le deuxième aurait ainsi ravagé le fort romain et Epaona, le troisième emporté les trente moines envoyés sur place.
Alors que le tunnel des Evouettes est en cours de percement justement dans la zone qu'il décrit, espère-t-il que la découverte de vestiges viendra confirmer sa théorie? «C'est possible, suppose Hugues G. Benois. Mais les gens ont continué à vivre dans cette région pendant plus de dix siècles. Certains ont peut-être emporté ce qu'ils ont trouvé. Ce serait compréhensible, d'ailleurs.»