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Longtemps, la soie est restée un secret dʼÉtat chinois»
En remontant le fil de l’histoire de la soie, on se retrouve en Chine, il y a 5000 ans, sous le règne de l’empereur jaune, Huang Di, et de son épouse Lei Zu. Celle-ci, observant les cocons de chenilles, réalise que le fil soyeux autour duquel ils sont enroulés, se laisse facilement travailler. Les chenilles mangent les feuilles de mûrier, car elles y trouvent tous les ingrédients nécessaires pour filer la soie.
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’impératrice commence alors un élevage de vers à soie. La sériciculture demeurera longtemps un secret d’État. Les Chinois vendent la soie par diverses voies de commerce. La précieuse fibre est ainsi acheminée vers l’Occident, jusqu’en Europe. D’autres marchandises comme les épices empruntent les mêmes voies, mais c’est la soie qui donne son nom à la célèbre route, itinéraire de commerce par excellence.
Pour fabriquer des fils, le ver à soie doit se nourrir de feuilles de mûrier.
Au VIe siècle après J.-C., deux moines auraient introduit des chenilles de vers à soie et des mûriers en Occident, à Byzance, l’ancien Istanbul. Le savoir lié à la fabrication de la soie se répand ensuite en Europe via les Grecs et les Espagnols qui le transmettent à leur tour aux Italiens puis aux Français.
Dès le milieu du XIIIe siècle, la Suisse se met également à produire de la soie. Vers la fin du XVIIe siècle, les Huguenots, grâce notamment aux ateliers de tissage, viennent en aide à l’industrie de la soie qui connaît alors un vrai boom. Autour de 1900, la production de soie sera même l’une des branches industrielles les plus prospères de Suisse.
En Suisse, entre 2012 et 2013, 9 kg de soie grège (brute) ont été fabriqués.
Une douzaine de producteurs
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les soieries européennes doivent faire face à deux événements cruciaux. D’une part, une épidémie décime les vers à soie d’Europe. D’autre part, l’ouverture du canal de Suez facilite le transport de la soie en provenance d’Extrême-Orient, portant un grand coup à la compétitivité de la production européenne.
Son brillant naturel donne à la soie une allure chic.
En Suisse, suite à ces bouleversements, la production de soie cesse pendant près d’un siècle. En 2009, Ueli Ramseier, agriculteur et ingénieur textile, se lance dans l’élevage de vers à soie à Hinterkappelen (BE). «En tant qu’ingénieur textile, la matière m’intéresse et la soie est la reine des fibres», s’enthousiasme-t-il. Cette activité annexe demande peu de place et génère une plus-value importante.
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En 2014, nous avons récolté 13 kg de soie grège»
Ueli Ramseier, éleveur de vers à soie
Mais avant de songer à la vente, il faut d’abord que les chenilles se sentent bien. Et ce n’est pas gagné: «Les vers à soie ne sont pas adaptés aux conditions climatiques de nos contrées», explique l’ingénieur, qui préside l’union suisse des producteurs de soie Swiss Silk. À l’extérieur, les chenilles ne résisteraient pas à notre climat. «Nous les élevons dans des locaux fermés, équipés d’un système de chauffage et de régulation de l’humidité.»
On compte une douzaine de sériciculteurs suisses. Dix autres viendront les rejoindre. Ils possèdent déjà des mûriers mais n’ont pas encore commencé l’élevage des vers à soie.
De la mi-juillet à août-septembre, les chenilles grandissent. Lorsqu’elles ont atteint environ la taille d’un doigt, elles s’enveloppent dans leur cocon qui servira à produire la soie. «En 2014, nous avons récolté 13 kg de soie grège», rapporte le président de Swiss Silk. Cette année, il estime que la production doublera. «Cela reste encore très faible.» Qu’importe! La soie suisse existe à nouveau!
En chiffres: production de la soie
Source: Swiss Silk
Petit inventaire: la soie en Suisse
Pour leur entrée sur le marché, l’année passée, les sériciculteurs suisses ont produit, en 2012 et 2013, 9 kg de soie grège; ce qui a permis de fabriquer 215 cravates et 40 foulards. Selon le producteur Ueli Ramseier, la réalisation d’un foulard nécessite 80 g de soie.
En 2014, les experts ont élevé 42 000 vers à soie et fourni 13 kg de soie grège. Leur objectif pour 2015 est de passer à 90 000 vers à soie, pour une production de 26 à 27 kg de soie grège. «C’est tout à fait réalisable, car nous disposons désormais d’un plus grand savoir-faire et d’une plus grande expérience, mais aussi d’un nombre suffisant de mûriers», annonce Ueli Ramseier. L’objectif est cependant d’atteindre les 100 kg «aussi vite que possible».