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La plupart des jouets sont fabriqués en Chine. Malheureusement, la réalisation des rêves des enfants est synonyme de misère et d'exploitation pour les travailleurs et travailleuses. C'est ce que montre notre dernière enquête dans quatre usines chinoises de jouets.
Les ouvrières et ouvriers proviennent souvent de régions éloignées et vivent séparés de leurs enfants, amis et parents. Les salaires minimums auxquels ils sont payés ne suffisent pas pour vivre. C'est pourquoi ils multiplient massivement les heures supplémentaires en travaillant onze heures par jour, six jours par semaine en haute saison (c’est-à-dire en été et automne pour produire les jouets vendus à Noël). Mais ce n'est pas tout : le manque d'équipement de protection et l'épuisement mettent en danger leur santé et conduit à des accidents. Dans les cas les plus graves, les employé-e-s manipulent des substances hautement toxiques telles que « l'huile de banane » ou le benzène qui conduisent à des empoisonnements, leucémies et morts.
La plupart des ouvrières et ouvriers dorment jusqu’à huit dans des dortoirs d’usine vétustes. Les installations insalubres et sans eau chaude ne sont pas rares. Il n'existe pas non plus de mécanismes de plainte permettant de dénoncer les violations du droit du travail, sans parler de l'existence de syndicats indépendants qui pourraient contribuer à améliorer la situation du travail.
Des changements insuffisants
Cette situation n'est pas nouvelle. Dès le milieu des années 1990, deux incendies dévastateurs d'usines ont mis en lumière les conditions de travail précaires dans les usines chinoises de jouets. Les critiques et pressions massives de la part des consommatrices et consommateurs, des ONG et des médias ont conduit l'industrie du jouet à prendre des mesures, quoique limitées.
L’association mondiale du jouet a adopté un code de conduite. Ce « Code of Business Practices » valable pour tout le secteur a défini et normalisé des normes sociales minimales pour tous les fabricants (en particulier en Chine) qui produisent pour le compte de multinationales telles que Mattel, Disney ou Hasbro. Avec très peu d’impacts. C'est ce que prouvent les nombreuses recherches menées dans les usines chinoises de jouets par des ONG locales telles que China Labor Watch et Sacom.
Le rapport 2018 met en lumière la précarité des conditions de travail
D'avril à septembre 2018, l’ONG China Labor Watch a conduit une vaste enquête dans quatre usines de jouets qui produisent pour Hasbro, Disney et Mattel, mais aussi pour des fabricants allemands tels que Simba Dickie, Schleich et Ravensburger. A nouveau, de graves violations du droit du travail chinois et des normes internationales du travail de l’Organisation internationale du travail (OIT) ont été constatées. Voici quelques-unes des violations les plus lourdes:
- Des heures de travail supplémentaires excessives (jusqu'à 175 heures) et des pauses trop courtes
- Des salaires minimum qui ne permettent pas de vivre dignement
- Des protections sur le lieu du travail insuffisantes: des masques et des gants de protection déficients et en quantité insuffisante, absence de formation à la manipulation des produits chimiques toxiques et des machines industrielles
- Des conditions de vie indécentes: dortoirs bondés et installations sanitaires trop peu nombreuses et non-hygiéniques
- Assurances sociales insuffisantes et calculées sur une base salariale trop faible
- Absence de syndicats indépendants et de mécanismes de plainte