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Adria LeBoeuf est Professeure Assistante au Département de biologie, écologie et évolution de l'Université de Fribourg, où elle bénéficie d'une bourse PRIMA du FNS depuis 2019 et vient d'obtenir un prestigieux financement du Human Frontier Science Program (HSFP, 2022). Elle s'intéresse principalement à l'étude des fourmis dans le but de comprendre la nature des échanges de fluides entre ces insectes et le rôle social que ces partages impliquent au niveau de la colonie, que ce soit pour nourrir de manière sélective certains individus de la communauté, pour définir le rôle de ces derniers au sein de la société, ou pour comprendre comment ils interagissent en tant que communauté. De fait, cet intérêt pour la façon dont les organismes et les individus participent à un échange ressort partout dans la vie et la carrière académique de la Professeure LeBoeuf. En effet, la façon dont elle a su tirer parti de ses collaborations et de l'échange avec l'extérieur en général est particulièrement remarquable. Que ce soit entre disciplines scientifiques ou entre les chercheurs et le public, ces échanges lui permettent de faire avancer la recherche et de mieux appréhender le fonctionnement des métabolismes complexes (et de la société dans son ensemble lorsque ces schémas métaboliques sont compris comme des métaphores des interactions sociales).
Ainsi, l'interdisciplinarité apparaît comme la marque de fabrique qui se distingue tout au long de la trajectoire académique de la Professeure LeBoeuf : elle a tout d'abord été sélectionnée pour un BA au prestigieux College of Creative Studies (Université de Californie à Santa Barbara), expérience qui lui a permis de mettre l'accent sur ses études en biologie tout en conservant d'autres intérêts et en construisant des ponts entre biologie et autres disciplines. Elle a ensuite consacré un certain temps à des recherches en psychologie évolutionniste et en neurosciences moléculaires, avant que son doctorat à l'Université Rockefeller (New York) ne l'amène à se former en neurosciences et en biophysique. Elle a ensuite poursuivi ses recherches postdoctorales à l'Université de Lausanne et, en tant que Swiss Friends of Weizmann Postdoctoral Fellow, à l'Institut Weizmann en Israël, qui se profile comme un établissement de recherche profondément interdisciplinaire. C'est ce parcours, marqué par une expertise dans tous ces domaines compris par elle comme des vases communiquants, qui rend ses recherches si uniques.
Le choix de son sujet de recherche n'est pas non plus une coïncidence : avec plus de 14 000 espèces, les sociétés de fourmis sont incroyablement diverses en termes du niveau d'inégalité de leurs individus, et par rapport à la division plus ou moins grande de travail entre fourmis au sein de chaque communauté, évoquant d'une certaine manière les différents systèmes sociopolitiques qui régissent nos propres régimes sociaux. L'une des façons dont cette interaction sociale s'exprime est la trophallaxie : l'échange de liquide nutritif d'une fourmi à l'autre par le bouche à bouche.
La Professeure LeBoeuf et son groupe sont devenus des experts mondiaux de la trophallaxie, fournissant à la communauté scientifique une base de données qui permettra à d'autres de réaliser leurs recherchers sur le sujet, ainsi que de nombreuses publications qui se promettent de fonctionner comme des pierres d'angle de la recherche future. Cependant, ce qui est le plus fascinant lorsqu'on s'entretient avec la Professeure LeBoeuf, c'est son approche intégrative du problème et la façon dont elle conçoit ces colonies d'insectes sociaux comme des métabolismes complexes. Ces échanges trophallactiques sont, de son point de vue, une forme de division métabolique des tâches, selon laquelle certaines fourmis fonctionnent un peu comme des organes humains qui font le travail et fournissent au reste du corps les protéines et nutriments nécessaires à son développement. L'échange social constant de fluides au sein de la colonie donne lieu à une sorte de système circulatoire social qui assure le bon fonctionnement de ce métabolisme complexe. Néanmoins, certaines fourmis n'utilisent pas ce comportement pour faire circuler les ressources, et leurs colonies fonctionnent parfaitement bien : elles s'organisent simplement de manière différente. La diversité des configurations sociales des différentes espèces de fourmis peut donc nous en apprendre beaucoup sur nos propres sociétés humaines.
L'interdisciplinarité et l'échange sont également clé dans le contexte de son dernier projet en date, qui vient de recevoir une subvention HFSP. Ce financement est réservé à des recherches novatrices sur des problèmes de biologie fondamentale. Il est de plus fortement axé sur l'interdisciplinarité et stipule comme prérequis que le projet mette en scène des échanges scientifiques qui dépassent les frontières nationale (et même souvent, continentales) et disciplinaires. Ce projet de trois ans, axé sur les fourmis dites Dracula, implique donc l'investissement scientifique de deux autres co-directeurs de projet : Bas Teusink, professeur de bioinformatique des systèmes à l'Université d'Amsterdam, et le Dr Brian Fisher, entomologiste émérite de l'Académie des sciences de Californie. Le projet se concentre sur le fait que les larves de nombreux insectes sociaux sont impliquées dans une forme différente de trophallaxie que celle déjà mentionnée, puisqu'elles sont nourries de morceaux d'insectes par les adultes tandis qu'elles donne en échange à ces derniers une certain fluide nutritif. Ce "retour" se fait de différentes manières. Dans le cas des fourmis Dracula, les adultes boivent le sang des larves (d'où leur nom), un processus inofffensif pour la larve. La question de recherche est la suivante : qu'est-ce qui est échangé durant ce processus, et quelle est l'importance de cet échange au niveau de la colonie ? Cette bourse de recherche permettra de répondre à ces questions, le Dr Fisher apportant avec lui sa longue expérience de recherche sur les fourmis Dracula tandis que le Prof. Teusink fournira les ressources de modélisation métabolique requises pour permettre de découvrir la fonctionnalité effective de cet échange liquide. La rigoureuse nature pluridisciplinaire et internationale qui est stipulée dans les exigences de ce financement HFSP a conduit la Professeure LeBoeuf à aller chercher des chercheur·e·s hors de son réseau scientifique habituel. Ce faisant, son projet n'en est devenu que plus innovant et passionnant.
Le principe selon lequel l'échange et la collaboration sont essentiels à l'excellence de la recherche régit donc les recherches de la Professeure LeBoeuf. Elle adopte également ce précepte pour favoriser la carrière universitaire de ses pairs et des jeunes chercheur·e·s en général. En effet, elle a créé une branche suisse de l'initiative internationale populaire "New PI Slack", une communauté Slack internationale de Professeur·e·s Assistant·e·s qui s'entraident pour relever les défis liés à la conduite d'un projet indépendant (contactez-la par courriel pour obtenir une invitation si vous êtes intéressé·e !). Dans la même veine, elle a fondé en 2012 un groupe d'improvisation appelé The Catalyst. Celui-ci rassemble des jeunes chercheur·e·s qui se lancent dans l'improv' comme moyen d'engagement avec le public. Si les avantages d'une telle démarche en termes de vulgarisation scientifique sont évidents, la Professeure LeBoeuf tient néanmoins à souligner que cet échange est très précieux pour les chercheur·e·s elles et eux-même dans leur développement académique : la structure "oui, et..." de l'improvisation favorise l'écoute et la collaboration entre chercheur·e·s ; l'improvisation apprend également aux jeunes scientifiques à élaborer un récit cohérent, et les aide ensuite à faire face à l'échec lorsqu'un tel récit s'effondre.
La carrière de la Professeure LeBoeuf se fonde donc sur des collaborations profondes et significatives. C'est aussi ce que le Service de Promotion de la Recherche (SPR) de l'Université de Fribourg souhaite favoriser : vous apporter notre expertise et collaborer avec vous pour trouver le bon financement tiers pour votre projet. Nous serions par exemple ravi·e·s de vous aider dans le cadre d'une demande de financement HSFP. Les délais pour 2023 ne sont pas encore annoncés, mais il faut généralement communiquer une lettre d'intention au milieu du printemps pour une échéance vers la mi-automne. N'hésitez pas à nous contacter à l'adresse <email-pii> pour toute question à ce sujet.
Curieux·ses d'en savoir plus sur les recherches de la Professeure LeBoeuf ? Voici quelques liens et publications qui pourraient vous intéresser :
Sanja M Hakala, Marie-Pierre Meurville, Michael Stumpe, Adria C LeBoeuf, "Biomarkers in a socially exchanged fluid reflect colony maturity, behavior, and distributed metabolism", elife 10:e74005, 2021.
Marie-Pierre Meurville, Adria C. LeBoeuf, "Trophallaxis : the functions and evolution of social fluid exchange in ant colonies", Myrmecological News 31 (2021), pp. 1-30.