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“Félicitations pour ton diplôme! Alors, c’est quoi la suite? Tu as déjà trouvé un job?” Presque tous les diplômés universitaires entendent ce genre de questions de la part de leur famille ou amis une fois les derniers examens terminés. Certains répondent quelque chose comme “Je ne vais pas travailler tout de suite. Je vais d’abords faire un stage. ”
En effet, on entend souvent que les jeunes diplômés doivent passer par un stage avant d’obtenir un vrai travail. Ayant moi-même gradué récemment, j’ai rencontré beaucoup d’étudiants très motivés avec des CV impressionnants. Certains d’entre eux ont directement commencé à travailler, mais beaucoup d’autres ont débuté avec un stage. Mais existe-t-il vraiment une génération de stagiaires ? Et si les stages sont si communs, sont-ils utiles pour entrer sur le marché du travail ? Les stagiaires trouvent-ils systématiquement des meilleurs ou des pires emplois que les diplômés qui travaillent tout de suite ? Ces questions sont au cœur de mon projet de recherche et ce que mes résultats suggèrent est une mauvaise nouvelle pour les stagiaires.
L’étude
J’utilise des données d’Allemagne et d’Italie pour mes analyses. Des diplômés universitaires sont interrogés 1 an et 5 ans après la fin de leurs études. La structure des données me permet de suivre les diplômés dans le temps et d’ainsi comparer ceux qui ont effectué un stage et ceux qui ne l’ont pas fait.
Le challenge dans l’analyse statistique de l’utilité des stages réside dans le fait que les gradués choisissent volontairement d’effectuer un stage ou non. Cette auto-sélection implique que les gradués effectuant un stage sont peut-être différents des autres. D’une part, il se pourrait que seulement les plus mauvais étudiants commencent par un stage, car ils peinent à trouver directement un travail. Dans ce cas, on s’attendrait à ce que les stagiaires soient moins efficaces que les gradués travaillant directement, qui seraient plus doués et rencontreraient ainsi plus de succès sur le marché du travail. D’autre part, il se pourrait que les stagiaires gagnent par la suite un salaire supérieur aux autres s’ils utilisent leur stage comme tremplin pour leur carrière, grâce au networking par exemple.
Pour contrer ce problème, j’identifie des “jumeaux statistiques” qui ont des caractéristiques très similaires (comme par exemple leurs notes, activités extracurriculaires, milieu social, etc.) et diffèrent uniquement dans le fait d’avoir effectué un stage ou non. Je compare ensuite le salaire de leur premier emploi après le stage et leur satisfaction au travail.
Les résultats
Mes résultats suggèrent que les stages ne sont en fait pas très utiles
Même pour les individus qui visent un haut salaire ou une haute satisfaction au travail. En comparant le salaire à l’obtention du premier emploi, je trouve que les gradués ayant effectué un stage auparavant sont significativement moins bien payés.
En Allemagne, la pénalité salariale s’élève à environ 30%, en Italie la différence est d’à peu près 4%. Les stagiaires sont pénalisés en terme de salaires et, malheureusement, ils n’atteignent pas une plus haute satisfaction au travail. Cependant, la bonne nouvelle est que cette différence de salaire n’est pas persistante dans le temps. En effet, 5 ans après l’obtention du diplôme, la différence de salaire entre les anciens stagiaires et les autres a disparu.
Comment se fait-il que les stagiaires soient désavantagés à l’embauche ?
La cause la plus probable réside dans le pouvoir de négociation lors du recrutement. Les jeunes diplômés ne connaissent peut-être pas leur vraie valeur pour leur futur employeur. En acceptant de commencer par un stage, les diplômés signalent qu’ils sont prêts à accepter un faible salaire. Les employés essaieront donc de leur offrir des jobs à faible salaire, que ces diplômés accepteront. S’ils n’ont pas d’autre source de revenu, n’importe quel job est mieux que d’être sans emploi. Ensuite, quand les stagiaires gagnent de l’expérience et renégocient leur paie, ils rattrapent leurs collègues ayant opté directement pour un emploi.
En conclusion, les stages sont très courants dans tous les domaines d’étude – des arts à l’économie et aux sciences dures – mais n’aident pas à l’entrée sur le marché du travail. Mais avant de tomber dans le désespoir pour votre stage d’été, sachez que mes analyses concernent seulement les stages effectués après le diplôme. Les effets de stages d’été pourraient être très différents. De plus, je n’ai pas encore confirmé si mes résultats sont valables aussi pour la Suisse. Cependant, ma recherche suggère qu’il pourrait être bénéfique de commencer sa recherche d’emploi suffisamment tôt pour pouvoir trouver un “vrai” travail et pas simplement un stage. Avec votre superbe diplôme d’HEC Lausanne, pourquoi vous dévaloriser en cherchant un stage ? 😉
Annette Harms
Traduction : Frédéric Martenet
Biographie :
Annette Harms est doctorante au Département d’Econométrie et d’Economie Politique (DEEP) à HEC Lausanne. Ses domaines de recherche incluent l’économie comportementale et l’économie du travail. Elle a obtenu son master à l’Université de Mannheim. Durant son doctorat, elle a passé plusieurs mois comme chercheuse invitée à la prestigieuse London School of Economics et à l’Université d’Oxford. Elle a présenté ses recherches à la Banque Centrale Européenne et a été citée par l’hebdomadaire The Economist. Après son doctorat, Annette débutera sa carrière comme Consultante Economique à Londres où elle conseillera principalement le gouvernement du Royaume-Uni et la Commission Européenne.