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En mouvement
Manifestation internationale anti-OMC le 15 octobre à Genève
Le 15 octobre prochain, l'Alliance genevoise des peuples1 appelle à une manifestation internationale à Genève contre l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et contre les politiques néolibérales qu'elle impulse dans le monde entier. Cette manifestation ouvrira une semaine d'action contre l'emprise des multinationales sur l'OMC et de débats sur le bilan de dix ans d'OMC.
La semaine d'action contre l'OMC de Genève vise à répondre à la nouvelle stratégie des dirigeants de l'OMC, soutenus par les grandes puissances commerciales des pays du Nord. Ils entendent court-circuiter les sommets ministériels qui donnent à chaque fois lieu à des mobilisations citoyennes. C'est en effet la conjonction – et l'interaction – des mobilisations citoyennes et de la résistance des pays du Sud dans l'enceinte de l'OMC qui a causé l'échec des sommets de Seattle et de Cancùn. Ils veulent donc faire avancer le dossier dans le cadre du Conseil général de l'OMC qui se déroulera à Genève, du 19 au 21 octobre. Ce sera le dernier Conseil avant le sommet ministériel de Hong-Kong en décembre prochain.
Nouvelle stratégie
Les pays dominants veulent aujourd'hui relancer le cycle de Doha et obtenir un accord sur les trois principaux objets en discussion: produits agricoles, produits industriels et commerce des services. Ce sont les pays du Sud et la société civile mondiale qui seraient les grands perdants en cas de signature d'un accord sur ces points.
Les gouvernements des pays du Nord, dont les politiques répondent aux intérêts prioritaires des multinationales, poussent à la roue pour que ces négociations aboutissent. Ils développent dans ce but des stratégies raffinées:
- Les puissances commerciales du Nord ont «coopté» les deux leaders des pays en voie de développement, l'Inde et le Brésil, dans un groupe à cinq avec l'Australie, l'UE et les Etats-Unis; en les incluant parmi les «décideurs», ils ont obtenu que ces deux grands pays du Sud se désolidarisent de fait des autres pays en voie de développement.
- Elles ont pris en otage des pays du Sud, avant tout intéressés à la réduction des subventions à l'exportation de produits agricoles de la part de l'UE et des Etats-Unis, en jouant une négociation contre une autre: les Etats-Unis et l'UE ont ainsi accordé (ou fait mine d'accorder) des concessions en matière de réduction de leurs subventions pour obtenir des pays du Sud des concessions dans un domaine qui les intéressait, celui du commerce des services.
Les conséquences sociales d'un accord
Quelles seraient les conséquences d'un nouvel accord sur les trois objets en discussion?
Un nouvel accord de libéralisation sur l'agriculture ruinerait les producteurs des pays du Sud (ainsi que les petits exploitant-e-s dans tous les pays), en inondant les marchés du Sud de produits provenant de l'agriculture hyperproductive – et subventionnée – des Etats-Unis ou de l'UE. Dans certains pays d'Afrique, par exemple, les éleveurs-euses de poulet sont éliminés par l'importation massive de poulets surgelés provenant de l'UE et vendus à bas prix: un non-sens!
Un accord sur les produits industriels ouvrirait un processus de désindustrialisation des pays en voie de développement; leurs efforts pour développer une industrie locale seraient annihilés pour offrir des débouchés élargis aux multinationales des pays riches. Nombre de menuisiers ont été éliminés en Afrique, lorsque des meubles européens à bas prix sont arrivés en masse sur le marché. Un tel accord sur la réduction (linéaire) des taxes douanières exacerberait la concurrence au plan mondial, détruisant les protections nationales; une réduction linéaire affecterait plus fortement les pays du Sud que ceux du Nord. Une telle situation offrirait un champ élargi d'opportunités spéculatives pour le capital financier.
L'accord sur le commerce des services vise entre autres à libéraliser et privatiser les services publics pour offrir de nouvelles zones de profit pour le capital international. Des mécanismes redoutables contraignent ainsi tous les pays à avancer dans la voie de la libéralisation, sans espoir de retour en arrière en cas d'expérience négative. Ces politiques, qui vont de pair avec les mesures d'austérité, attaquent le principe même des services publics: ces derniers répondent en principe aux besoins de toutes et tous; ils ne sont pas soumis à la logique du marché; celle-ci restreint au contraire l'accès des individus à ces services essentiels, voire vitaux (éducation, santé, social, etc), en fonction de leur capacité financière.
Quelles conséquences pour les salarié-e-s?
Beaucoup croient que ces négociations de l'OMC, très floues et apparaissant bien loin de nos préoccupations concrètes, ne nous concernent pas ou qu'on aura bien le temps d'aviser dans le cas contraire. Grave erreur: une fois signés, ces accords nous frapperaient durement et il serait alors trop tard pour réagir. C'est donc aujourd'hui que nous devons agir pour faire capoter lesdites négociations. L'OMC est une machine de guerre néolibérale contre les salarié-e-s et les petits producteurs-trices du monde entier. Elle renforce partout la logique du marché et le primat à la rentabilité du capital financier, au détriment des emplois, des conditions de travail et des protections sociales. Elle menace dans tous les pays les services publics. Elle aggrave jour après jour l'écart entre pays du Nord et du Sud. Elle est un facteur important de la montée du chômage de masse et de la pauvreté.
C'est pourquoi il est important de manifester le 15 octobre à Genève avec les mouvements sociaux et syndicaux des pays européens. Nous manifesterons aussi pour protester contre le manque de démocratie qui caractérise ces négociations. Aucun débat public n'est en effet organisé par nos autorités, tout comme par celles de tous les pays, sur les enjeux de ces négociations.
Eric DECARRO*
* Ancien Président central du Syndicat des Services Publics. Une première version de cet article a déjà été publié par Services Publics .
- L'Alliance genevoise des peuples se compose d'un grand nombre d'organisations locales et internationales, de syndicats et d'organisations non-gouvernementales (ONG) des pays du Nord comme du Sud qui s'opposent aux politiques néo-libérales de l'OMC.
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