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02/12/2016
Problèmes fondamentaux de philosophie politique
1. Est-il possible d'émettre un jugement moral objectif et universel sur les actions des individus et l'organisation de la société (la forme que prend une société, les institutions qui la composent) ?
Peut-on réfuter le relativisme, le subjectivisme et le nihilisme en éthique ?
Si l'on ne sait pas si (ou à quelles conditions et dans quelle mesure) un jugement moral est objectif et universel, alors la volonté d'agir sur la forme que prend le monde social et les interactions entre les individus semble vide de sens. Si la valeur d'un jugement moral est relative à la subjectivité individuelle (subjectivisme) ou, pire, si un jugement moral est un non sens (nihilisme), alors l'action des individus n'est pas évaluable et tout acte se vaut (le meurtre comme la bienveillance envers autrui).
Si la valeur d'un jugement moral est relative à une période ou à un contexte donné, alors il est possible que des régimes comme celui de la Corée du Nord vaille autant qu'une démocratie occidentale. Évidemment, la délimitation d'un contexte spatial ou temporel dans lequel un jugement moral fait sens semble profondément difficile à déterminer et arbitraire.
2. Quelle forme doit prendre un jugement moral objectif et universel pour être valable ? Quelle théorie morale est-elle la plus valable parmi les différentes variantes de l'utilitarisme, du déontologisme, de l'éthique des vertus, du contractualisme, du jusnaturalisme, etc. ?
Répondre à cette question sans avoir résolu la précédente laisse un doute sur la validité de la réponse trouvée. Une théorie morale peut sembler plus cohérente et plus juste que les autres, mais cela ne nous avance pas à grand chose si tous les jugements moraux se valent ou sont des non sens.
3. Quelle taille devrait avoir l’État ? L'existence même de l’État est-elle justifiée ? Le philosophe Robert Nozick pense que c'est la question fondamentale de la philosophie politique (d'un autre côté il part de deux prémisses sans les argumenter : il y a des jugements moraux objectifs et la théorie morale la plus juste est le jusnaturalisme) et il y répond par sa théorie de l’État minimal spontané (naissant à travers un processus de type de la Main Invisible).
On ne peut répondre à cette question que si l'on sait s'il est possible d'émettre des jugements moraux objectifs et quelle forme ils devraient prendre. La philosophie politique est donc pyramidale, on ne peut y accéder qu'en ayant d'abord réglé des problèmes plus fondamentaux, des problèmes de philosophie morale (et l'on voit bien ainsi que la philosophie politique est une partie de la philosophie morale et n'en est pas indépendante). Certains penseurs pensent que l'on peut pratiquer la philosophie politique sans passer par la morale. Habermas et le second Rawls (celui qui met l'accent sur le libéralisme politique et le consensus par recoupement) cherchent par exemple à s'autonomiser de la morale, mais y parviennent-ils véritablement ? Après tout leurs théories présupposent toujours qu'il y a des éléments qui ont une valeur qu'il s'agit de maximiser, de préserver ou de favoriser (il me semble, non ?). Et du moment qu'il y a valeur, alors on retombe dans la morale/l'éthique (je ne vois pas de distinction entre ces deux mots, mais je sais que certains aiment en faire une, à creuser).
Toutes sortes de gens font de la politique. Ont-ils répondu à ces questions, même de manière intuitive ? La politique porte sur la question de la taille de l’État, du périmètre d'intervention de l’État/de l'autorité politique. Quelle taille de l’État est-elle justifiée ? Une telle question présuppose qu'on connaisse le type de théories permettant de justifier la taille de l’État (l'usage de la coercition sur les individus par une institution/un groupe de gens possédant un monopole dit légal sur l'usage de la force). Un pur opportuniste/carriériste n'a toutefois pas besoin de se poser ces questions, il pioche ce qui arrange ses intérêts dans les programmes (ou sur le marché des idées/mesures politiques à la mode).
La plupart des gens qui font de la politique sont probablement des opportunistes/des carriéristes. Si cela est vrai il faut trouver un moyen d'intéresser ces gens à ces questions ou bien trouver un moyen d'obtenir un changement politique malgré eux (cf. Les théories de Rothbard sur le changement social).
Petit arrêt : ces trois grands problèmes (grandes questions) sont fondamentaux et immenses. Le troisième point résume-t-il carrément l'ensemble des questions en philosophie politique ? Probablement pas. Il y a des questions qui se posent indépendamment de l’État, comme la question de la valeur de la démocratie, ou les différentes théories autour du marché et de la propriété (et sûrement d'autres éléments que je n'ai pas en tête au moment où j'écris ces lignes).
4. On peut ajouter que l’œuvre de John Rawls est si fondamentale et si influente de nos jours dans la philosophie politique académique qu'elle demande (mérite ?) une lecture et une critique/une évaluation.
5. Les théories de la propriété légitimes (Locke, Henry George, Rothbard, Proudhon, Carson, Marx, etc.) forment un petit champs de la philosophie politique (et économique ?) qui demande une attention certaine. C'est une question (partiellement ?) indépendante de celle portant sur le périmètre légitime de l'action de l’État.
Petit appendice : quelle est la différence entre la philosophie sociale et la philosophie politique ? Kevin Mulligan fait cette distinction en parlant d'ontologie sociale (ontologie des objets sociaux) pour désigner (une part de ?) la philosophie sociale. Quelle est la différence entre la philosophie politique et la philosophie économique ? Il semble que l'école autrichienne d'économie (la praxéologie) soit axiomatique et déductive, comme la philosophie (et les mathématiques ?), cela ne fait-elle pas d'elle une philosophie (économique) ? D'autres méthodes pour étudier (ou analyser, comprendre, parler de) l'économie sont inductives et empiriques, comme le reste des sciences (naturelles ou sociales).
Note conclusive : logiquement, ce sont les deux premiers points qui doivent trouver une réponse aussi claire et ferme (solide) que possible en priorité.