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- L’emploi total a augmenté en Suisse ces dernières années. La structure économique a également changé dans le même temps. Ce qui reflète les changements structurels induits par la technologie, la démographie et la globalisation
- Globalement, ce sont les mêmes secteurs dans les zones rurales et urbaines qui ont connu des changements importants au niveau de l’emploi suite au changement structurel.
- Ces dernières années, le domaine de la santé et du social, ainsi que le secteur de l’activité immobilière, ont notamment gagné en importance. En revanche, d'autres branches de l'économie affichent un volume d'emplois en baisse, comme l'industrie manufacturière ou l'agriculture.
- La part des entreprises innovantes est en baisse depuis 1999. Cela ne signifie toutefois pas qu’il y a eu moins d’innovation. L'activité d'innovation s'est plutôt concentrée ces dernières années dans les grandes entreprises.
Le changement structurel influe sur l’évolution de l’emploi
Entre 2011 et 2016, quelque 180 000 nouveaux emplois en équivalent plein temps (EPT) ont été créés en Suisse. La plupart de ces nouveaux emplois ont été créés dans les zones périurbaines et urbaines. En revanche, l'emploi dans les communes rurales n'a progressé qu'à un rythme inférieur à la moyenne. Outre les raisons déjà mentionnées dans l'analyse du développement de l'emploi (à savoir: faible compétitivité, moindre accessibilité, faible dynamique des nouvelles créations d’entreprises), la structure de l’économie ou des secteurs a également une influence sur ce développement.
La structure industrielle est importante car la croissance de l'emploi s'accompagne de changements structurels constants induits par la technologie, la démographie et la mondialisation. L’existence de grandes différences dans l'évolution de l'emploi dans les différents secteurs économiques ne manquera pas d’affecter également la croissance de l'emploi total dans les différentes régions - en raison justement de la structure différente des secteurs.
La figure ci-dessous qui montre la répartition des secteurs (part des différents secteurs dans l'emploi total) indique quels secteurs sont représentés dans les différents types d’espace regiosuisse et dans quelle mesure. Si l'agriculture et l'industrie manufacturière sont particulièrement bien représentées dans les zones rurales, les zones urbaines ont des parts d'emploi supérieures à la moyenne, notamment dans le secteur financier, de l'immobilier et du logement. Il est également évident que les zones urbaines ont tendance à avoir un mix de branches plus productif que les zones rurales (voir également la remarque plus bas).
Remarque: Productivité plus élevée dans les villes
Le mix de branches classé selon la productivité montre que les zones rurales ont une part d'emploi comparativement élevée dans les secteurs dont la productivité est inférieure à la moyenne. On utilise le concept de «productivité du travail» pour mesurer la productivité. Celle-ci est calculée en divisant la valeur ajoutée brute par le nombre d'équivalents plein temps.
La part plus élevée de secteurs productifs dans les espaces urbains se reflète également dans les chiffres sur la production économique. C’est ainsi que les cantons urbains que sont Bâle-Ville, Zoug et Genève, par exemple, ont clairement la performance économique la plus élevée, rapportée au PIB par habitant. Avec quelque 150 000 francs par habitant, le canton de Zoug a par exemple un PIB par habitant presque trois fois plus élevé que celui d'Uri.
Une évolution similaire dans les différents types d’espace
Si l’on considère la contribution des différents secteurs à la croissance totale de l'emploi au cours de la période 2011-2016, on constate que le tableau est similaire pour tous les types d’espace: au cours de l'évolution générale vers le secteur des services, de nombreux nouveaux emplois ont été créés dans l'immobilier et le logement (y compris d'autres services) ainsi que dans le domaine de la santé et du social. Si le secteur de l'immobilier et du logement a notamment bénéficié de la croissance démographique de ces dernières années, la croissance du secteur de la santé et du social ainsi que de l'administration publique est en grande partie financée par les impôts - en d'autres termes, on a profité de la croissance économique d'autres secteurs.
La construction, le secteur des arts et du divertissement ainsi que le domaine de l'éducation ont également connu une croissance dans tous les types d’espace. À l'autre extrémité du spectre, on trouve l'industrie manufacturière. L'emploi a fortement diminué dans ce secteur au cours de la période considérée, la baisse la plus forte ayant été enregistrée dans les villes et les communes périurbaines. L'emploi dans l'agriculture a également connu une évolution négative. Comme prévu, c’est dans les communes rurales que ce recul est le plus important.
Il existe toutefois certaines différences entre la ville et la campagne. Par exemple, l'emploi dans le secteur financier a reculé dans les grandes villes, alors qu'il a légèrement augmenté dans les villes et les communes périurbaines. Cela pourrait indiquer que certaines institutions financières ont déplacé leur back office des endroits les plus chers dans les centres urbains vers des endroits un peu moins chers mais toujours facilement accessibles.
Une autre observation intéressante concerne l'industrie hôtelière: celle-ci ne s'est en effet développée que dans les zones urbaines. Ce qui s’explique probablement par le fait que le tourisme urbain est en plein essor Dans le même temps, l'hôtellerie rurale a souffert de la vigueur du franc suisse.
Forte croissance de l’emploi dans le domaine social
Nous avons vu que certains secteurs proches de l'État, tels que les soins de santé, les services sociaux et l'administration publique, ont enregistré une très forte croissance de l'emploi ces dernières années. Une vue plus différenciée montre que c’est le domaine du social qui a le plus progressé en termes relatifs. En revanche, la croissance relative de l'administration publique a été relativement faible. Il convient toutefois de noter que le système de santé a, en raison de sa taille, connu une croissance en termes absolus de 50 000 EPT (période 2011-2016), ce qui représente environ deux fois plus que le domaine du social.
Plusieurs raisons expliquent la forte croissance relative du secteur social. Outre l'évolution démographique (par exemple, la demande croissante de personnel soignant dans les maisons de retraite) et les changements sociétaux (par exemple, la prise en charge accrue des enfants par des tiers), les initiatives politiques (par exemple, le financement incitatif pour la création d’offres dans le domaine de l’accueil extra-familial pour enfants) ont également eu un impact sur l'évolution de l'emploi.
Comme on peut supposer que les tendances susmentionnées vont se poursuivre, on peut également s'attendre, dans un avenir proche, à une croissance supérieure à la moyenne dans le domaine de la santé et du social.
Remarque: Les secteurs moins productifs que la moyenne connaissent une croissance rapide
Presque tous les secteurs qui affichent des taux de croissance relatifs élevés ont une productivité inférieure à la moyenne. Cela s'applique en particulier au secteur des arts et du divertissement ainsi qu'au secteur de l'éducation, et - comme nous l’avons vu ci-dessus - également aux secteurs proches de l'État telles que la santé et les services sociaux. Il convient toutefois de relever que les taux de croissance élevés s’expliquent en partie par les faibles niveaux absolus d'emploi dans l’état initial (par exemple, dans le secteur des arts et du divertissement). En outre, le critère de la productivité du travail qui est généralement utilisé pour mesurer la productivité ne convient pas de la même manière à tous les secteurs: un produit ou un service doit en effet être évalué en termes monétaires pour mesurer la productivité du travail. Cela s’avère souvent difficile, notamment pour ce qui est des services sociaux.
L’industrie traditionnelle résiste mieux dans les zones rurales
L’industrie manufacturière est fortement représentée dans les communes rurales et périurbaines, où elle représente plus de 20 % des emplois. Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, ce même secteur a connu le plus important recul de l’emploi entre 2011 et 2016. Le déclin observé a eu lieu principalement dans les communes urbaines et périurbaines, tandis que l’espace rural n'a connu qu'une faible diminution de l'emploi.
Une subdivision de l'industrie manufacturière en deux sous-groupes, à savoir «industrie traditionnelle» (par exemple, fabrication de produits métalliques, industrie textile, etc.) et «industrie haut de gamme» (par exemple, produits pharmaceutiques, fabrication de machines et équipements, fabrication de produits informatiques, etc.,) permet une appréhension plus fine du secteur. On peut constater que l'industrie de pointe dans les espaces urbains affiche actuellement un taux d'emploi plus élevé que l'industrie traditionnelle; la situation est inverse dans les espaces ruraux.
L'évolution de ces dernières années montre que l'industrie traditionnelle a mieux résisté dans l’espace rural que dans les villes (en particulier le secteur alimentaire et l'industrie alimentaire animale). L'une des raisons qui pourrait expliquer les bons résultats obtenus dans l’espace rural est que nombre de ces entreprises sont plutôt tournées vers le marché intérieur et qu’elles ont donc moins souffert de l'évolution des taux de change ces dernières années.
On constate également une évolution intéressante dans les grandes villes: d'une part, l'emploi dans l'industrie traditionnelle, qui a dû lutter en particulier contre les effets d’éviction et la hausse des prix des terrains, a fortement diminué. Les industries de pointe ont en revanche légèrement progressé pendant la même période (notamment dans la fabrication de produits pharmaceutiques et électroniques). Cela s’explique probablement, entre autres, par la forte demande en main-d’œuvre qualifiée et par l'intensité de valeur ajoutée, relativement élevée de ce secteur.
La part des entreprises innovantes diminue dans toute la Suisse
Comme nous l’avons mentionné au début, le changement structurel est fortement influencé par le progrès technologique. Pour que les entreprises puissent survivre à long terme sur le marché, il est donc important qu’elles s’adaptent constamment aux nouveaux développements et qu’elles optent également pour des activités d’innovation.
À première vue, les chiffres de l'enquête sur l'innovation menée par le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'EPF Zurich dressent un tableau alarmant. La part des entreprises innovantes a en effet, selon cette enquête, fortement diminué depuis 1999, bien que l’on ne constate pas de différences majeures entre l’espace urbain, l’espace intermédiaire (à savoir l’espace périurbain dense et les centres ruraux) et l’espace rural. Malgré ce déclin, la Suisse occupe encore et toujours, en comparaison internationale, une position de pointe pour ce qui est de l’activité d'innovation (brevets, produits innovants).
Pour expliquer cette contradiction apparente, le KOF cite le fait que les activités d'innovation ne sont pas nécessairement en déclin, mais qu'elles sont de plus en plus concentrées dans un nombre toujours plus restreint d'entreprises. On a pu constater notamment une augmentation des dépenses de R&D dans les entreprises qui misaient sur ce type d’activités. Le constat selon lequel la part des entreprises innovantes a augmenté parmi les grandes entreprises va dans le même sens. Voilà qui pourrait également expliquer pourquoi l’espace rural a une part d'entreprises innovantes légèrement inférieure à la moyenne - les grandes entreprises ayant quant à elles plutôt tendance à se trouver dans les zones urbaines.