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L'Australie retient l'option nucléaire clefs en main avec l'aide des Etats-Unis
27 juillet 2003
'Australie se donne l'option d'accéder au statut de puissance nucléaire par un accord avec les Etats-Unis afin d'obtenir des armes nucléaires et un vaste investissement en expertise atomique, selon certaines sources.
Un expert en politique de sécurité faisant autorité affirme que l'Australie établit actuellement un arrangement avec les Etats-Unis qui lui assurerait un accès rapide à des armes nucléaires tactiques "sur l'étagère" durant une crise.
Et un ancien conseiller scientifique du Gouvernement Howard déclare que le nouveau réacteur nucléaire à 600 millions de dollars de Lucas Heights assurera à l'Australie les connaissances et la technologie nécessaires au lancement d'un programme d'armes nucléaires.
"Il n'y aucun doute dans mon esprit que l'une des principales fonctions de Lucas Heights est de maintenir la capacité australienne de développer des armes nucléaires", a dit cette semaine l'ancien conseiller. "C'est l'assurance politique de l'Australie pour l'avenir, au cas où les Etats-Unis ne viennent pas à notre aide. Nous sommes bien plus avancés en technologie nucléaire que Saddam Hussein l'a jamais été."
A deux ans de l'arme nucléaire
Cette déclaration arrive alors qu'il a été annoncé que la Corée du Nord a commencé à retraiter des barres de carburant nucléaire consumé – un programme qui pourrait produire suffisamment de plutonium en quelques mois pour 6 ogives nucléaires. Et cet Etat-voyou a été accusé par la Corée du Sud d'avoir mené 70 essais hautement explosifs liés à la production d'armes nucléaires.
Ce mois-ci, le Gouvernement fédéral a acquis par expropriation 6 km2 d'une ferme à Arcoona, 20 km au nord-est de Woomera, pour un dépôt projeté de déchets nucléaires.
Le professeur associé et expert en stratégie Wayne Reynolds, de l'Université de Newcastle, affirme que le nouveau réacteur est un élément d'une double stratégie de défense axée sur le nucléaire. L'autre implique un accord avec les Etats-Unis selon lequel l'Australie pourrait acheter des petites armes nucléaires tactiques dans l'éventualité d'une crise nucléaire régionale.
"Pendant la guerre froide, les Etats-Unis semblaient appréhender le monde en termes d'endiguement, et le rôle de l'Australie était en fait celui d'une base de rechange", a souligné le professeur Reynolds. "Mais depuis la fin de la guerre froide, notre rôle s'est accru. Les Etats-Unis vont clairement avoir besoin de renforcer maintenant leurs accords dans le Sud-Est asiatique. L'Australie a toujours été très intéressée de rester en contact avec la planification militaire américaine et obtenir un accès aussi grand que possible aux armes modernes."
"L'alliance militaire a été construite d'une manière telle que, lorsqu'est venue la guerre en Irak, il n'y avait simplement aucune autre option politique que la collaboration avec les Etats-Unis. Si ceux-ci mettent à notre disposition des armes nucléaires tactiques, je ne pense pas que nous serions entravés par le Traité de Non-Prolifération Nucléaire."
Le professeur Reynolds a décrit l'Australie comme un "Etat quasi-nucléaire" et potentiellement à deux ans de produire des armes nucléaires. "Ce que tous les Etats quasi-nucléaires ont en commun, c'est la capacité de produire les armes sans le faire concrètement", a souligné le professeur Reynolds. "Nous avons les scientifiques et les ingénieurs."
L'ancien conseiller scientifique s'est exprimé en dépit des craintes qu'il puisse être poursuivi et que ses activités en souffrent. Il a déclaré que plusieurs responsables principaux du Gouvernement lui ont parlé des plans destinés à préserver l'expertise nucléaire par la construction d'un nouveau réacteur pour l'Organisation de Science et Technologie Nucléaires Australienne (Australian Nuclear Science and Technology Organisation, ANSTO).
"Le nouveau réacteur qu'ils construisent est très grand pour les fonctions qui lui sont prétendument assignées", a-t-il relevé. "Pour remplir ses fonctions médicales, le réacteur ne devrait avoir qu'entre un cinquième et un dixième de la taille de celui qui est construit. Presque toute l'infrastructure et l'expertise critiques se trouvent aussi là. Ils ont maintenant un réservoir de personnes qui va des experts en manipulation de matériaux et en explosifs aux physiciens du réacteur, en passant par les ingénieurs en électronique."
"Le Gouvernement va nier cela aussitôt, mais il n'y a aucun doute dans mon esprit", a-t-il dit. Alors que l'ANSTO affirme qu'elle n'a aucun programme actif pour construire une bombe, des scientifiques australiens à Lucas Heights mènent des recherches au sujet des designs de bombes d'autres pays. "L'expertise est conservée, et ils ne construiraient pas quelque chose comme cela s'il n'avaient pas une vision à long terme pour être capable de concevoir leur propre bombe", a souligné le conseiller.
Une porte-parole du Gouvernement fédéral a déclaré que ces affirmations étaient "absurdes". "L'Australie fait partie du Traité de Non-Prolifération Nucléaire et s'est légalement engagée à ne pas acquérir d'armes nucléaires, ce qui est intégré à la législation", a rappelé la porte-parole Willie Herron.
Les travaux préliminaires ont commencé sur le nouveau réacteur, estimé en 1999 à un coût de 268 millions de dollars [australiens, note du traducteur], mais devant coûter jusqu'à 600 millions avant d'être achevé.
L'ANSTO affirme que le nouveau réacteur, nommé Réacteur de Recherche de Remplacement, est un réacteur à piscine de 20 mégawatts qui comme carburant un uranium faiblement enrichi et refroidi par eau. Il constituera une installation polyvalente pour la production d'isotopes radioactifs ainsi que la recherche en irradiation et en rayon à neutrons.
Texte original: Gerard McManus, "Nuclear weapons option", The Mercury, 13.7.2003