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La petite histoire des mots
Caméra
Le projet des CFF d’installer des caméras dans les grandes gares du pays a embrasé les réseaux sociaux, ainsi que le monde politique. Les CFF ont beau assurer qu’ils n’ont pas l’intention d’identifier leurs clients mais seulement d’observer leur flux, rien n’y fait : des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour exiger qu’ils renoncent à l’introduction de ce système possiblement intrusif.
Le mot « caméra » désigne toute une série d’appareils, qu’ils soient argentiques ou numériques, permettant de filmer et de réaliser des prises de vues, en temps réel ou non. Le français a emprunté ce terme à l’anglais qui l’a lui-même emprunté au latin « camera » qui signifie « voute » ou « chambre ». Ce mot latin est lui-même issu du grec « kamara » qui désigne aussi une chambre, en grec moderne, ou un espace dominé par une voute, en grec ancien.
« Camera », en anglais, apparût à la fin du XVIIe siècle dans l’expression « camera obscura » (chambre noire) pour désigner l’ancêtre de l’appareil photographique. Il s’agit d’une boîte noire, de taille variable, dont l’une des parois a été percé d’un trou minuscule pour laisser passer la lumière. Sur la face opposée au trou, l’image inversée du paysage extérieur, très proche de la vision humaine, se projette en deux dimensions. Ce principe optique est connu depuis très longtemps. Il fut déjà cité par Aristote et par le philosophe chinois Mozi, au IVe siècle avant notre ère, ou encore par Léonard de Vinci, mille huit-cents ans plus tard.
Le mot « caméra » est avéré en français à partir de 1838 dans l’expression « camera lucida » (chambre claire), adoptée par opposition à la « camera obscura » anglaise. Il s’agit d’un procédé utilisé comme aide au dessin en effectuant une superposition optique du sujet à dessiner et de la surface où doit être reporté le dessin. Ce procédé fut breveté en 1806 par le physicien anglais William Hyde Wollaston. Avec l’arrivée de la photo, puis du cinéma, le mot « caméra » a fini par prendre le sens qu’on lui connaît aujourd’hui.
La vidéo-surveillance, par le recours à des caméras, est une invention de l’armée allemande. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les ingénieurs nazis installèrent des caméras pour observer la mise à feu de leurs missiles balistiques V2, lancés en grand nombre entre 1944 et 1945 contre l’Angleterre et la Belgique. Le premier dispositif de télésurveillance civil fut ensuite introduit aux Etats-Unis, à partir de 1949. En 1968, la ville d’Olean, dans l’Etat de New York, fut la première à introduire un système de surveillance par caméras dans les rues, afin de lutter contre la criminalité. Son exemple fut suivi, cinq ans plus tard, par la ville de New York.
De nos jours, par l’introduction de quelque 600 millions de caméras intelligentes, capables d’identification faciale, le régime chinois souhaite généraliser le « crédit social », un système censé récompenser les citoyens « vertueux », autrement dit obéissants, et pénaliser les individus « non-conformes ». Dans le vaste Empire du Milieu, le concept « Big Brother », imaginé en 1984 par le romancier George Orwell, est en passe de devenir une oppressante réalité.