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Dans dix jours, les Genevois et voises auront voté (entre autres) sur un "crédit d'ouvrage" de 20,869 millions de francs pour la "reconstruction d'un bâtiment de stationnement de troupe" (une caserne, quoi, en bon français) à Meyrin-Mategnin, permettant ainsi "la libération du site des Vernets pour la construction de logements" (les passages entre parenthèses sont la formulation officielle du vote). On observera donc avec une satisfaction quasi jubilante que pour nos zautorités cantonales, le départ de l'armée suisse des Vernets s'apparente à une "libération". ça tombe bien, on ne l'a jamais considéré autrement. Reste qu'il conviendrait de préciser l'enjeu du vote : l'armée, ou le logement ? L'enjeu, c'est le déménagement d'une caserne, tout de même, quoi qu'on projette de mettre à la place qu'elle occupe (on n'ose dire qu'elle "squatte") encore... Or la popularité de l'armée suisse étant ce qu'elle est à Genève, le Conseil d'Etat mène campagne pour le crédit contesté, en ne parlant que des "1500 logements" prévus aux Vernets à la place de la caserne vétuste qui y est installée...
Il serait temps que l'on sorte à Genève de l'âge des casernes.
"L'Avenir des Vernets divise la gauche", titrait "La Tribune de Genève" du 3 février, à propos du vote sur le crédit de "reconstruction" d'une caserne à Meyrin... Eh bien non : ce n'est pas "l'avenir des Vernets" qui "divise la gauche", c'est la facture du déménagement de la caserne. Nul à gauche ne s'oppose à la construction de logements (dont une majorité de logements d'utilité publique) là où s'incruste l'actuelle caserne, et nul, à gauche, ne tient à ce que l'armée suisse occupe un espace qui devrait être affecté à ces logements. La question qui divise, c'est celle du déménagement de la caserne, et plus précisément encore, celle, précisément, qui est posée aux citoyens et yennes : faut-il dépenser 20,8 millions pour reconstruire un bâtiment militaire à Mategnin ? autrement dit : qui va payer le déménagement de l'armée des Vernets à Meyrin ? le canton de Genève, ou la Confédération -puisqu'après tout, c'est de son armée à elle qu'il s'agit : cela fait tout de même plus d'un siècle et demi (depuis la "Grande Guerre du Sondrebond") qu'il n'y a plus d'armées cantonales dans ce pays -alors pourquoi devrait-il encore y avoir des casernes et des terrains d'exercices payés par un canton ?
"Le Conseil d'Etat estime que la construction de 1500 logements aux Vernets est indispensable pour Genève", plaide-t-il dans la "Feuille d'Avis Officielle". Nul ne disconvient qu'il faille construire des logements à Genève, la ville et le canton (et plus encore la région) étant en forte croissance démographique et la crise du logement sévissant lourdement de ce côté-ci de la frontière -mais le référendum lancé par le GSsA s'oppose au financement par le canton de la construction d'une caserne à Meyrin, pas à la construction de logements aux Vernets. Et quand Pierre Maudet en remet une couche dans l'hebdo des milieux immobiliers ("Tout l'Immobilier") en assurant qu'"on ne vote pas sur l'armée, mais sur le logement", on ne peut que lui conseiller de relire l'intitulé officiel du vote : Ben non mon capitaine, on ne vote pas "sur le logement", mais sur le déménagement d'une caserne*...
L'armée n'a pas plus besoin que Genève de nouvelles installations à Genève (celles dont elle dispose à Bière peuvent parfaitement couvrir Genève). Elle ne cesse de "dégraisser" ses effectifs (pas assez à notre goût, certes, mais notre pragmatisme incontesté nous fait tout de même considérer ce dégraissage comme un bon pas, même lent, dans la bonne direction...).
Il serait donc temps que l'on sorte à Genève de l'âge des casernes.
*Le financement par le canton du déménagement de la caserne des Vernets est prévu par une convention vieille de 25 ans, signée entre le canton et la Confédération, doublée d'un accord de 2012 passé entre la conseillère d'Etat Isabel Rochat et le Conseiller fédéral Ueli Maurer. Cette convention (dont on a grand'peine à obtenir le texte, soit dit en passant) et cet accord donnent au canton la possibilité de récupérer "en tout temps", jusqu'en 2040, la parcelle et les bâtiments laissés à l'armée. Avec toutefois cette condition : que Genève mette à disposition, avec l'accord de la Confédération, d'autres terrains (d'une surface au moins égale) et d'autres bâtiments et installations comparables à ceux des Vernets. Mais il ne détermine ni l'emplacement de la nouvelle caserne, ni la hauteur de la dépense à laquelle le canton devrait consentir.