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Kira Vinke, cheffe de projet de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur les conséquences climatiques, conseille SOS Villages d’Enfants sur les questions climatiques. Dans cette interview, la scientifique explique comment la crise climatique contribue à la fuite des populations et à la pauvreté dans le monde et ce que nous pouvons faire pour y remédier.
Quel est le rapport exact entre le changement climatique et la pauvreté actuelle et future ?
La crise climatique prive des groupes de population entiers de leurs moyens de subsistance et accroît considérablement la pauvreté. C’est pourquoi la lutte contre la pauvreté ne peut pas fonctionner sans la protection du climat. J’entends sans cesse dire que la protection du climat et le travail de développement sont contradictoires. Il est évident que sans protection du climat, tous les progrès en matière de développement seront réduits à néant.
Quels sont les signes indiquant que le changement climatique exacerbe déjà la pauvreté ?
Nous avons déjà ignoré de nombreux signaux d’alarme ; à présent, il est difficile d’ignorer à quel point les conséquences climatiques peuvent nuire au développement humain. En 2019, j’ai fait des recherches sur l’île caribéenne de Barbuda qui a été entièrement évacuée après le passage d’une tempête extrême qui a tout détruit. Deux ans plus tard, on aurait dit que cette catastrophe avait eu lieu la veille. Une grande partie des maisons n’avait pas été reconstruite. La population n’avait toujours pas d’eau courante et les coupures de courant étaient monnaie courante. Même si ces événements extrêmes, qui se multiplient en raison du changement climatique, ont disparu de l’actualité, ils ont des effets inquiétants à long terme. Le développement des pays et des différentes régions du monde peut être considérablement retardé.
Quel est le rapport entre crise climatique, familles et enfants ?
Les enfants pourraient être fortement concernés par les conséquences climatiques au cours de leur vie. Des millions d’enfants seront dans le besoin si nous n’arrêtons pas le changement climatique. La pandémie de coronavirus montre également que les conditions extérieures ont un impact majeur sur la vie des familles. Quand on vit un grand choc, cela augmente les probabilités de conflits au sein de la famille. Il y a un stress qui n’aurait pas existé autrement.
À cet égard, le changement climatique doit également être considéré comme une menace susceptible de détériorer la vie familiale. Lorsqu’une famille souffre d’une tempête ou d’une sécheresse extrême,le tissu familial est lui aussi touché : la relation de couple des parents, mais aussi la relation entre les parents et les enfants. Nous ne sommes pas complètement isolés des événements naturels dans notre famille nucléaire. Il est important de se rappeler que même si nous ne sommes pas agriculteurs, nous dépendons tous d’un environnement qui fonctionne. Les perturbations mondiales peuvent également se répercuter sur notre famille nucléaire.
Comment le changement climatique influera-t-il les migrations ?
Les causes de la migration et de la fuite des populations sont bien sûr nombreuses : conflits violents, pauvreté, oppression politique. Les conséquences climatiques menaçant l’existence des populations peuvent également devenir un moteur de la migration. C’est le cas, par exemple, dans le sud du Bangladesh, où de nombreuses personnes doivent se déplacer des zones rurales vers les villes en raison des cyclones tropicaux, ou dans le Pacifique, où la hausse du niveau de la mer menace des États insulaires entiers.
La question est donc maintenant de savoir comment réagir. Essayons-nous d’alléger cette pression migratoire ? Tout le monde ne veut pas quitter son domicile ; seule une minorité le souhaite. Mais lorsqu’elles sont confrontées au choix de voir leur enfant mourir de faim ou de quitter leur foyer, la majorité des personnes choisissent probablement la seconde solution.
Combien de personnes seront déplacées en raison de la crise climatique ?
Il est difficile de quantifier et de prévoir les migrations climatiques. Elles dépendent de la définition d’un migrant climatique et également des tendances futures telles que la croissance démographique, les développements socio-économiques et l’ampleur des futures conséquences climatiques. Une étude récente de la Banque mondiale prévoit, dans un scénario pessimiste, qu’environ 140 millions de personnes seront déplacées en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Amérique du Sud d’ici 2050. Si l’on considère que certaines régions du monde ne sont pas prises en compte, le chiffre de 200 millions n’est peut-être pas si éloigné de la réalité que cela.
Quels projets peuvent à la fois lutter contre la détresse et la pauvreté des populations tout en empêchant leur fuite ?
Je pense qu’il faudrait investir massivement au niveau de la communauté. Les projets doivent s’adapter au contexte régional. Des experts locaux doivent les mettre en œuvre et les encadrer. La technique de reboisement par régénération naturelle gérée par les agriculteurs (Farmer Managed Natural Regeneration, FMNR) est certainement un bon exemple. Elle est notamment pratiquée au Sahel. Elle ne repose pas sur la plantation d’arbres, mais sur le fait de «laisser la terre tranquille». Certaines surfaces sont délimitées. Là, de petits buissons se forment à nouveau naturellement à partir des racines qui se trouvent dans le sol. Un arbre apporte de nombreux avantages comme de l’ombre pour la croissance d’autres plantes. En même temps, la reforestation peut participer au cycle de l’eau. D’une part, cela atténue quelque peu le réchauffement local et, d’autre part, des puits naturels de CO2 se forment car les arbres l’ absorbent.
Pensez-vous que c’est maintenant à la jeune génération de faire face à cette crise climatique ?
Non, car les dommages causés à l’atmosphère sont le résultat de plusieurs décennies d’inactivité en matière de protection du climat. C’est un conflit générationnel. La génération qui prend aujourd’hui sa retraite a pu vivre sa vie en grande partie sans impact sur le climat. Elle a gagné ses richesses en ayant une dette de CO2, pour ainsi dire, et cela au détriment des générations à avenir. Et il faut le dire ainsi. Mais ce n’est pas une accusation, car certains d’entre eux ne savaient pas mieux faire. Nous devons maintenant encourager les générations plus âgées à faire quelque chose pour les enfants et les jeunes en retour. Les anciens doivent voter en conséquence et utiliser leur pouvoir. Les enfants ne peuvent que les rappeler à l’ordre et attirer leur attention. Mais les autres générations ne peuvent pas se soustraire à leur responsabilité.
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