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Inauguré en 1952, le Plaza était le plus grand cinéma genevois, avec ses 1250 places (réduites depuis lors). Il est fermé depuis plus de onze ans, après qu'une programmation volontairement médiocre ait pu, en réduisant sa fréquentation, donner prétexte à cette fermeture. Les propriétaires du bâtiment (un fonds d'investissement) ont déposé en début d'année une demande d'autorisation de démolir la salle, sans projet de reconstruction, mais en annonçant qu'ils n'avaient pas l'intention d'en refaire une salle de cinéma. Sans attendre la réponse à leur demande, ils ont commencé de la vider de son mobilier (notamment de ses sièges), de ses équipements intérieurs et de son matériel de projection. Une intervention politique est requise, un groupe de soutien a été créé sur Facebook :
https://www.facebook.com/groups/1447065642251760/
« Il faut avoir un peu de folie qui ne veut avoir plus de sottise » (Montaigne)
Une motion sera déposée au Conseil Municipal mardi, demandant au parlement de la Ville de s'opposer à la démolition de la salle de cinéma Le Plaza, et au Conseil Administratif d'entreprendre toute démarche et de faire toute proposition, y compris de rachat, le cas échéant en partenariat, afin de maintenir l'affectation de la salle en salle(s) de cinéma, dans le respect de son architecture. Le bâtiment abritant la salle, construit en 1952 par l'architecte Marc-Joseph Saugey (qui est aussi l'architecte de la salle), été classé en 2004, classement confirmé par le Tribunal fédéral en 2009. En 2011, cependant, sur intervention du Conseil d'Etat, la salle n'a pas été inscrite au patrimoine. Cette contradiction inexplicable menace aujourd'hui directement une salle aussi exemplaire et digne de classement que le bâtiment qui l'abrite, Marc-Joseph Saugey a pour la première fois à Genève intégré une fonction culturelle à un complexe multifonctionnel (celui de « Mont-Blanc Centre »). La salle de 1250 places, au parterre en éventail, et sa galerie sont couvertes d’une charpente en aluminium d’une portée de 40 mètres, véritable prouesse technique en Europe à l’époque. Saugey est également l'architecte de deux autres salles de cinéma, dont les conceptions allaient, comme celle du Plaza, faire école dans en Suisse : le Star (1954-57, démoli en 1987) et le Paris, puis Manhattan (1955), c'est-à-dire l'actuel Auditorium Arditi.).
Plus d'une dizaine de salles de cinéma ont fermé à Genève ces dix dernières années. La concentration de la distribution,, la pression foncière, le privilège accordé aux blockbusters (généralement américains) sur les films d'auteur n'y sont évidemment pas pour rien, mais cette évolution peut être, sinon inversée, du moins contrecarrée soit par des interventions publiques (les salles indépendantes genevoises vont en bénéficier si le Conseil municipal de la Ville accepte la proposition que lui fait, en ce sens le Conseil administratif, et le Bio de Carouge doit sa survie à une mobilisation populaire en sa faveur, relayée par la Municipalité), soit par des engagements privés (comme celui qui a permis de sauver le Paris-Manhattan). Des exploitants actuels de salles de cinéma à Genève ont d'ailleurs manifesté leur souhait de reprendre Le Plaza en le convertissant, par compartimentage de la salle tout en respectant son architecture, en « multiplexe ». La salle en effet ne se prête pas, sauf à être totalement dénaturée, à un autre usage premier (ce qui n'en exclut pas de subsidiaires) que celui d'une salle de cinéma -ce que prévoit le plan d'utilisation du sol, qui maintient l'affectation des surfaces qui font l'objet de rénovations et/ou changent de propriétaire. Dans le cas du Plaza, le maintenir en tant que salle de cinéma serait (soyons optimistes : sera) aussi une manière de contrecarrer la tendance au déplacement des grandes salles de cinéma en périphérie parallèlement à la désaffection des plus belles salles du centre-ville.
« Aller au cinéma », écrit Frédéric Maire, « c’est avant tout vivre l’expérience d’un voir ensemble, où le fait de partager dans un même lieu le même spectacle n’équivaut pas vraiment au fait de percevoir ou d’apprécier exactement la même chose que les autres spectateurs » Préserver le Plaza comme salle de cinéma, comme le demande la motion qui sera déposée mardi au Conseil Municipal, c'est ainsi à la fois préserver un patrimoine architectural et l'une des plus belles salles de cinéma de Genève, et préserver le cinéma lui-même comme élément constitutif de la centralité culturelle de la ville. En somme, c'est contribuer à ce que la ville soit autre chose, et bien plus, qu'un souk : une expérience à la fois individuelle et collective. Comme celle du théâtre.
Comme celle de la politique.