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Les Malinke appartiennent au groupe linguistique mande. Leur nom exprime une origine remontant, ou prétendant remonter au grand empire du Mali, dont l’apogée date du XIIe siècle de notre ère, sous le règne de Sundiata le « roi-lion ».
Le territoire occupé par les Malinke (également appelés Maninka ou Mandinka suivant les régions) s’étend du Sénégal à la Guinée-Bissau, et au nord de la Sierra Leone, de la Guinée, du Liberia, jusqu’au nord-ouest de la Côte d’Ivoire où ils sont voisins des Senufo, à l’ouest d’Odienné. Notons en passant qu’environ treize millions de personnes parlent des langues mande ou mandingues en Afrique occidentale. En Côte d’Ivoire, les Malinke, en majorité musulmans et mêlant à l’islam de nombreuses croyances et rites magico-religieux ancestraux, sont environ un million et cent mille ; ils nomment leur langue maninka.
Ce siège a été collecté, d’après les indications du précédent propriétaire, en Guinée. Un meuble assez semblable, trouvé en pays Toma dans la région de Macenta, figure dans les collections du musée de l’Homme à Paris. Il est certainement de facture malinke, les Toma ayant leurs propres chaises ainsi qu’en témoigne un autre siège du même type, au musée de Tervuren (réf. 69.59.175) beaucoup plus simple, recueilli en 1934 à Chembeizou, dans le canton de Oueziamai, (Guinée) chez les Toma ou Loma, auxquels il faut cette fois attribuer cette imitation d’une chaise malinke. Les Senufo en copiaient la forme, tout comme divers peuples mandéphones (Dan-Yacuba, We, Guro, Yaure-Namanle) ou akan (Baule) du Centre de la Côte d’Ivoire, dont les chaises sont beaucoup plus petites, voire minuscules, mais présentent le même dossier arqué, des pieds de section ronde divisés en sections délimitées par des « anneaux ».
Nous possédons un témoignage d’un voyageur arabe, Ibn Battuta qui en 1352 rapporte le récit d’une fête de rupture du jeûne : « On prépare pour Doûghâ [l’in- terprète] un fauteuil élevé, sur lequel il s’assied. »
Selon Maine Durieu (communication du 23 mars 2003), ces grandes chaises malinke étaient réservées aux sofas, membres de la classe aristocratique ayant fourni des guerriers au conquérant malinke Samory Touré, qui, détruisant villes et villages, s’avança jusqu’à la frontière du Ghana au nord de la Côte d’Ivoire, avant d’être vaincu par les Français en 1889.
Le capitaine Louis-Gustave Binger, dans son rapport relatant cette expédition, parle d’un chef de la région d’Ouolosébougou- Bammako en ces termes : « actuellement ce chef est tombé en disgrâce, je l’ai vu accroupi au milieu des sofas comme un simple Kourousitighui (le signe du commandement est d’être assis sur une petite chaise en bois) ». Maine Durieu précise que la dimension et l’ornementation de la chaise indiquent le statut de son détenteur ; elle cite Gilbert Vieillard : « le travail du bois était dans les mains des forgerons [sachant] exécuter des sièges très sophistiqués [...]. Certains de ces sièges, où les chefs prenaient place le jour des cérémonies, étaient inspirés des chaises européennes. »