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Les exploitants de Clubs se sentent abandonnés
Le Networker zürichois Marco Uhlig dirige le Heaven Club dans le Niederdorf. Dans un entretien, il nous explique comment s’est déroulé le confinement du printemps et comment les règlements officiels changent constamment. Ce n'est vraiment pas facile, et le club reste fermé pour l'instant.
Contrairement aux entreprises de restauration, qui ont également dû fermer pendant le confinement du printemps, les exploitants de clubs ne pouvaient pas vraiment profiter du bel été ni des grands espaces extérieurs. Le Networker Marco Uhlig dirige le Heaven Club à Zurich depuis mars 2013. Avant l'arrivée du virus, les affaires étaient très bonnes et la société d'exploitation était en bonne santé, mais maintenant, c'est devenu une lutte pour la survie.
Marco, si tu devais décrire l'année 2020 en une phrase, comment le ferais-tu ?
Simplement à vite oublier.
L'aide financière de l'État était-elle suffisante ou qu'aurait-on pu mieux faire, selon toi ?
Beaucoup de gens travaillent dans des clubs à un salaire horaire et sur appel. Nous, les propriétaires de clubs, avons dû nous battre pendant des semaines pour que ces personnes et les propriétaires qui travaillent aient également droit à une indemnisation pour le chômage partiel. C'était un effort énorme qui aurait pu être évité. Une mesure de soutien de l'État, qui n'est prévue que jusqu'à présent - c'est-à-dire après huit mois de la pandémie - n'arrivera pas avant février 2021 au plus tôt, date à laquelle nous aurons déjà fait faillite.
Comment ton club s'est-il remis de la fermeture du printemps ?
Nous avons ressenti un sentiment d'euphorie et les invités sont revenus eux aussi. Nous avons eu des soirées très fréquentées. Mais en juillet, la situation s'est encore aggravée. Comme il n'y a toujours pas de train de nuit, nous avons perdu des clients, surtout le vendredi soir. Après le travail, les gens sont allés dans un bar et sont allés mangé quelque chose, mais n’ont pas eu le temps sortir en club. Ainsi, à partir de la mi-juillet, nous n'étions ouverts que le samedi. Cela fonctionnait bien car la plupart des gens restaient jusqu'à 5 heures et prenaient ensuite le premier train ou le premier tram pour rentrer chez eux. Mais en fait, nous n'avons plus gagné d'argent à partir de ce moment-là.
Aujourd'hui, la situation empire à nouveau. Quelle est la situation pour ton club ?
Nous avons simplement décidé de ne plus ouvrir le club. Nous avons eu des idées : une Oktoberfest, par exemple, où tout le monde aurait pu s'asseoir. Nous ne pourrions servir que 100 personnes assises. Le problème : le Heaven n'a que 50 sièges, avec 100, il faudrait s'asseoir comme dans un théâtre. Cela n'a aucun sens dans un club.
Serais-tu favorable à un deuxième confinement ?
J'ai participé à de nombreuses réunions d'urgence ces derniers jours. En gros, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de se retrouver dans des salles fermées avec plus de 20 personnes en ce moment. Mais si on saigne les entreprises de culture nocturne pendant encore plusieurs semaines, si personne ne veut vraiment prendre ses responsabilités et si on décide de les fermer uniquement à cause de la pandémie incontrôlée, les clubs ne survivront pas. Par conséquent : oui, il vaut mieux tout fermer pendant quatre semaines maintenant et briser les chaînes d'infection. Mais il faudrait pour cela un gouvernement avec des couilles. Si vous suivez les conférences de presse officielles du canton et du gouvernement fédéral, vous verrez rapidement l'image d'un manque de planification.
Les mesures officielles sont-elles ciblées ou que faudrait-il faire différemment, selon toi ?
Jusqu'à présent, les autorités n’ont rien fait pour s’intéresser aux clubs. Je reçois toutes les informations seulement des médias. Le gouvernement fédéral et le canton ne nous parlent pas de l'industrie de la culture nocturne; nous devons décider par nous-mêmes. Après tout, un club contribue aussi à la vie culturelle ! J'ai le sentiment que nous sommes en train de mourir bouillis à petit feu.
Un regard vers l'avenir : la vie en club sera-t-elle jamais la même qu'avant la pandémie ?
Quelque chose va changer dans l'esprit des gens. On ne se serre plus la main, on ne s'embrasse plus, on ne se salue plus... Le mantra « éviter les rencontres » des autorités résonnera aussi dans l'esprit des gens pendant longtemps. Mais la culture nocturne ne doit pas s'éteindre ! Travailler, manger, dormir : ça ne peut pas être ça.
Entretien : Michel Bossart
Traduction: Fred Bourdier