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L'exposition démarre avec les suites de la Réforme et de la Contre-Réforme catholique, au 16e siècle, pour nous rappeler d'où vient le contrôle social et judiciaire de la chair dans nos régions. Exemple avec deux mitres en carton peint: c'est ainsi que l'on punissait, à Genève, maquereaux et maquerelles. Ils devaient porter ces sortes de bonnet d'âne et étaient condamnés au fouet, avant d'être bannis.
En revanche, la suite nous apprend que dans le canton de Vaud, les jeunes en âge de se marier pouvaient se rencontrer et même passer la nuit ensemble s'ils étaient encadrés par les sociétés de Jeunesse. Cela s'appelait le "Kiltgang". Mais en cas de grossesse, le mariage était obligé. L'exposition "Et plus si affinités...Amour et sexualité au 18e siècle" consacre également tout un chapitre aux idylles galantes et au libertinage.
>> A écouter, le sujet de "Vertigo" consacré à l'exposition:
Pas de Kamasutra romand
Mais ceux qui espèrent découvrir une sorte de Kamasutra romand vont déchanter: l'érotisme est discret, et rarement explicite. Excepté les carnets de dessins d'un noble vaudois ou une montre polissonne de Piguet et Meylan, déjà destinée au marché chinois. Elle était dotée d'un mécanisme qui, lorsqu'il s'ouvre, dévoile une image cachée: les ébats d'un moine et d'une jeune fille.
Dans les classes populaires, le sentiment amoureux s'exprime différemment. Exemple avec une magnifique lettre écrite sur un rond de papier entouré de seize coeurs. Jeanne Marie, fille de berger, déclare son amour à Pierre Antoine, notaire jurassien. Malheureusement pour elle, il ne daigne pas répondre à ses lettres. Jeanne Marie n'est pas d'assez bonne condition sociale.
L'indiscipline sexuelle
Et si au 18e siècle, l'amour prend davantage d'importance dans le couple, son rôle fondamental reste la procréation, rappelle Nicole Staremberg, commissaire de l'exposition. "Mais on assiste pour la première fois dans l'histoire à ce qu'on appelle 'l'indiscipline sexuelle', soit l'augmentation de la conception d'enfants hors mariage, entre célibataires ou avant le mariage. Cela démontre aussi le recul du poids de la religion. Et l'aspiration des individus à plus de liberté dans un siècle que l'on dit 'philosophique', où l'on place le corps, les sens, au coeur de l'expérience humaine".
L'exposition consacre un étage à la place de l'enfant, précieux quand il est désiré. On peut ainsi admirer un registre qui atteste de la formation des sages-femmes dans le Pays de Vaud. Mais l'enfant peut aussi être victime d'abandon ou pire, comme le montre le compte-rendu du procès de la cuisinière du Château de Prangins. Reconnue coupable d'infanticide, elle sera décapitée.
Sylvie Lambelet/mh
, Château de Prangins-Musée national suisse, jusqu'au 11 octobre 2020.