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Nous avons commencé à voir de quelle manière, selon quelle chronologie et en quels termes qu'un dossier médical pouvait devenir un document diplomatique (Médecine et Hygiène du 1er décembre). Poursuivons la relation de ce que nous avons eu à connaître des circonstances dans lesquelles les informations médicales, réelles ou supposées, contenues dans le dossier de Yasser Arafat furent mises sur la place publique durant les premiers jours du mois de novembre 2004.
«Alors que le gouvernement français se refuse toujours à lever le secret sur le dossier médical concernant Yasser Arafat, les premières informations contenues dans ce document commencent à être connues, écrivions-nous dans Le Monde du 18 novembre. On sait aujourd'hui que c'est un patient souffrant d'une grande altération de son état général et de troubles digestifs sévères qui a été admis, le 29 octobre, à l'hôpital Percy de Clamart (Hauts-de-Seine). On indique, d'autre part, de très bonnes sources, que la prise en charge médicale était d'autant plus urgente et complexe que le chef de l'Autorité palestinienne souffrait, dès son admission, d'un trouble sanguin aux conséquences potentiellement gravissimes que les spécialistes dénomment "coagulation intra-vasculaire disséminée" (CIVD).»
On ne rappellera pas ici que la CIVD correspond à un bouleversement complet de l'ensemble des mécanismes qui, normalement, assurent l'équilibre des processus physiologiques de la coagulation sanguine ; que ce syndrome se caractérise, dans un premier temps, par la formation d'une multitude d'embolies microscopiques dans les réseaux de la microcirculation sanguine de l'organisme ; et que, faute de pouvoir administrer en temps et en heure une thérapeutique adaptée, ce processus pathologique peut conduire à l'apparition d'hémorragies importantes aux conséquences pouvant être mortelles.
Dans ce contexte, poursuivions-nous, les médecins militaires de l'hôpital militaire Percy prirent, d'emblée, la décision de placer leur patient dans le service de réanimation médicale. Ils établirent, d'autre part, très rapidement l'existence de lésions hépatiques. «Faute d'avoir pu, compte tenu des risques hémorragiques, pratiquer une biopsie du foie, nous n'avons pas pu conclure stricto sensu au diagnostic de cirrhose, nous précisa après le décès un médecin militaire. Nous n'avons, pour notre part, parlé que de troubles majeurs de la fonction hépatique, dont nous n'avons pas pu établir la cause précise. On peut toutefois clairement écarter une origine alcoolique.»
C'est bel et bien cette réalité médicale que cherchait à traduire le texte lu, devant l'hôpital Percy, dans la soirée du 2 novembre par Leïla Shahid, représentante de la Palestine en France. Ce bulletin de santé concluait aussi à l'absence de leucémie. «L'examen clinique et les premières analyses ont confirmé des anomalies sanguines : un taux élevé de globules blancs et un taux de plaquettes bas, ce qui a permis d'éliminer la leucémie», déclarait alors Mme Shahid. L'administration faite en urgence d'une transfusion de plaquettes permit d'obtenir une amélioration de l'état général. Cette amélioration fut toutefois de très brève durée puisque le malade dut être transféré, dès le lendemain, dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital militaire.
Pour les personnes ayant eu à connaître directement ce dossier, tout laisse aujourd'hui supposer que ce sont les lésions des cellules hépatiques plus ou moins associées à la CIVD qui en provoquant, comme c'est souvent le cas dès lors que celle-ci ne peut être corrigée, des phénomènes hémorragiques massifs ont été à l'origine de l'aggravation rapide de l'état de santé du raïs. «De telles lésions peuvent provoquer une altération de l'état général, une diminution des plaquettes sanguines, des hémorragies et un collapsus avec dégâts cérébraux irréversibles» précise-t-on dans les milieux de la médecine interne. Une source autorisée précise qu'il y eut, tout d'abord, une défaillance multiviscérale précédant l'apparition d'un tableau d'encéphalopathie. Elle ajoute qu'une hémorragie cérébrale et un coma profond rendirent ensuite la situation irréversible.
La difficulté durable tient, ici, au fait que ces mêmes médecins indiquent qu'aucun diagnostic ne put être porté de manière indiscutable pour expliquer la CIVD. On sait que les CIVD ne sont pas une maladie en tant que telle mais bien le symptôme d'une pathologie qui, chez un patient de cet âge, est schématiquement d'origine infectieuse ou d'origine cancéreuse.
Or, les examens pratiqués à l'hôpital Percy ont, a priori, permis d'exclure les hypothèses d'infection d'origine virale ou bactérienne. Ils n'auraient pas, d'autre part, permis d'identifier de lésion cancéreuse. «Nous avons aussi très largement travaillé, avec des techniques sophistiquées, la question d'un possible empoisonnement avant, finalement, de conclure par la négative» assure-t-on de source médicale militaire française. L'équipe médicale de Percy qui a bénéficié de l'aide de quelques-uns des meilleurs spécialistes hospitaliers parisiens d'hématologie, de cancérologie et de médecine interne ne cachait pas alors ses regrets de ne pas avoir pu conclure. Du moins officiellement.
(A suivre)