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Chronique blockchain. Le bitcoin a mauvaise réputation car il requiert une importante utilisation des ressources énergétiques. Mais quelle énergie?
La blockchain du Bitcoin est gourmande en énergie. Ceci est un fait indéniable. Sa consommation électrique annualisée est estimée à 77,78 térawatts-heures (TWh), équivalant à celle du Chili qui comptent quelques 18 millions d'habitants. Toutefois, cette mesure qui suscite actuellement le débat mérite que l'on se penche sur certains aspects pour rendre ce dernier constructif. Entre autres, il est important de différencier les modes de production de l'énergie utilisée par la blockchain du Bitcoin. Non, l'électricité consommée ne provient pas fatalement des mines de charbon chinoises. Il est également nécessaire de se pencher sur la difficile question du sens et de la valeur que peut prendre le Bitcoin dans notre société actuelle, tout élément de réponse portant sur ce point étant subjectif, comme pour l'or.
Qu'elle soit utilisée pour faire tourner les remontées mécaniques des stations de ski ou la blockchain du Bitcoin, la production d'électricité et sa consommation ont une dynamique régionale, du fait du caractère non-fongible de cette énergie. Aux dynamiques régionales s'ajoute le fait que l'énergie produite par les centrales hydroélectriques, nucléaires ou à combustibles fossiles ne peut bien souvent pas totalement être absorbée par le réseau, le surplus étant bien malheureusement perdu. Ainsi, c'est bien naturellement que les mineurs de la blockchain du Bitcoin vont se tourner vers les régions où l'électricité y est abondante et à bas coût, absorbant une partie du surplus qui serait sinon inutilisé. On trouve ainsi une concentration d'activité de minage du Bitcoin en Chine, aux USA, en Russie, etc. du fait de l'abondance d'électricité bon marché. Par exemple, les multiples centrales hydroélectriques de la région du Sichuan en Chine et le barrage de Bratsk1 en Sibérie fournissent du courant à l'industrie de minage du Bitcoin, une partie étant le surplus de production.
L'électricité représente une part de la chaine de valeur ajoutée des produits transformés. Ainsi, elle est utilisée pour transformer une matière première d'un état à un autre. Par exemple, l'Islande a pendant longtemps utilisé son électricité bon marché dans l'activité de fonte du minerai de bauxite, pour obtenir de l'aluminium. Ce dernier était ensuite renvoyé vers les pays utilisant ce métal à des fins de construction, comme la Chine. L'activité de minage du Bitcoin étant autant lucrative si ce n'est parfois plus, l'Islande abrite désormais bon nombre d'entreprises de minage de Bitcoin.
Les pays producteurs d'électricité exportent alors, d'une certaine manière, leur énergie à travers des matières premières transformées. Que ces dernières soient physiques (aluminium) ou numériques (nouveau bloc dans la blockchain), il n’y pas de différence.
On le sait également, la blockchain du Bitcoin est de type Proof-of-Work, un consensus très sûr mais aussi très énergivore, d'où le compromis qui en résulte pour ses utilisateurs. Étant donné la dominance du Bitcoin, les autres devises concurrentes devront, pour l'emporter, apporter une solution où les transactions sont effectuées de manière plus sûre, plus rapide, et plus confidentielle. La tâche est difficile. En termes d'externalités environnementales, on relèvera par contre un point positif: la majorité des Bitcoin aient été minés quand leur prix et la complexité de minage étaient bas.
On notera alors que, dans certaines régions du monde, utiliser le surplus d'électricité pour l'activité de minage du Bitcoin se révèle être une bonne alternative au gâchis énergétique. Quand on parle d'impact environnemental, l'extrapolation (naïve) de la consommation énergétique du Bitcoin en émissions de CO2 est également à éviter, car l'on ne connaît souvent pas de manière précise comment l'électricité a été produite et il y a des bonnes raisons de penser que l’énergie renouvelable joue un rôle important. En somme, il serait judicieux d'inciter les grands acteurs du minage du Bitcoin à utiliser de l'électricité verte et bon marché, à l'instar de celle produite par les barrages de la région du Sichuan en Chine et celui de Bratsk en Sibérie. Les alternatives au consensus ultra-sûr du Bitcoin se développent également, comme le Proof-of-Stake. En outre, les blockchains de second niveau (second layer blockchains), telles que le réseau Lightning pour le Bitcoin, permettent d’augmenter sensiblement le nombre de transactions par secondes, offrant ainsi des perspectives pour une adoption à plus grande échelle.
Même si le mix énergétique s’améliore, le Bitcoin créera pendant encore longtemps, voir toujours, des externalités environnementales sous forme de C02. La question qu'on doit se poser est de savoir si le Bitcoin a une place légitime dans l'utilisation de ressources énergétiques. ESG est l’acronyme pour Environnement, Social et Gouvernance. Au niveau environnemental, le Biticoin génère des externalités négatives. Au niveau social et de la gouvernance, les externalités sont par contre positives.