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Evaluation insuffisante des pilotes, non respect des procédures: le rapport d’enquête sur l’accident Crossair du 24 novembre 2001 était accablant.
Après sa publication le 3 février, André Dosé avait assuré qu’il assumerait ses responsabilités.
«Sur une longue période, les personnes responsables concernées de la compagnie n’ont pas évalué de manière pertinente les performances aéronautiques du commandant. Les mesures adéquates n’ont pas été prises pour combler les lacunes constatées.»
Ce point, parmi six autres, est l’un des facteurs ayant «joué un rôle dans l’accident» ou l’ayant «rendu possible». Les autres concernent les erreurs du pilote et de son copilote le soir du crash et des données techniques insuffisantes.
C’est ce que concluait, le 3 février dernier, le rapport d’enquête du Bureau d’enquête sur les accidents d’aviation (BEAA). Il était d’ores et déjà relativement clair que l’enquête du Ministère public n’épargnerait pas les anciens responsables de Crossair.
La liste des «insuffisances» et des distorsions avec les règlements est longue. C’est toute une organisation, celle de Crossair, qui est remise en cause.
Service de sécurité pas impliqué
Par exemple, «le service de la sécurité n’avait pas connaissance de membres d’équipage dont les performances étaient insuffisantes ou se seraient dégradées. Il n’était pas impliqué lorsque les problèmes de sécurité de vol étaient dus à des violations de la réglementation en vigueur.»
Ou encore, au chapitre «culture aéronautique», des témoins ayant travaillé sur les différents types d’avions de Swissair, Balair et Crossair ont démontré de «grandes différences dans l’exploitation et la culture aéronautique».
Ainsi, «l’exploitation des Saab 340, qui était l’avion de base de nombreux pilotes de Crossair, était partiellement moins conforme à la réglementation» que la flotte MD-80 par exemple.
Incidents cachés
Entre 1996 et 2001, quatre incidents sont survenus lors desquels les équipages n’ont pas respecté les procédures prescrites.
«La plupart de ces incidents avaient été cachés à l’entreprise de transport aérien, alors qu’ils avaient trait à la sécurité.»
Le BEAA avait en outre démontré que les compétences du commandant qui s’est écrasé le 24 novembre avaient été jugées très différemment par des experts externes.
Pilote surévalué
Alors que les experts internes l’avaient jugé au-dessus de la moyenne, les évaluations extérieures avaient conclu à des insuffisances de compétences.
Les rapports hiérarchiques entre commandants et copilotes sont aussi montrés du doigt dans le rapport. Les copilotes n’osaient pas attirer l’attention sur des erreurs ou des irrégularités parce qu’ils «remarquaient que cela ne servait pas à grand-chose.»
OFAC trop «coulant»
Quant à l’OFAC, qui n’avait jamais soumis Crossair à un audit aéronautique et dont l’ancien directeur André Auer est aussi visé par l’enquête, le BEAA écrivait:
«Une surveillance systématique de l’exploitation aérienne par l’autorité de surveillance aurait peut-être permis d’identifier les déficits du commandant (...) Cela aurait aussi permis de constater que les équipages de l’entreprise de transport aérien dérogeaient à plusieurs reprises aux règles de procédures.»
Le manque de personnel est souligné par l’enquête, une lacune que le Département fédéral des transports a décidé récemment de corriger.
swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich