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Au début des années 1950, Boris Vian ébauche un nouveau livre « à l’américaine » dans la lignée des quatre romans noirs qu’il a signés sous le nom de « Vernon Sullivan ». Vian en établit le synopsis, rédige les quatre premiers chapitres, puis abandonne le projet et laisse ses personnages en plan ; il ne reprendra plus ce manuscrit jusqu’à sa mort en 1959. Soixante ans plus tard, l’Oulipo se voit confier l’ébauche, et six de ses membres s’attèlent à poursuivre et à achever le roman. Celui-ci paraît finalement en 2020, aux éditions Fayard, sous le titre de On n’y échappe pas.
Un tel geste fait figure d’exception dans la littérature récente, les textes inachevés étant généralement édités en l’état. Le présent essai cherche donc à comprendre les modalités d’une continuation, partant de l’idée qu’une telle entreprise littéraire, délicate sinon controversée, ne peut se faire sans l’utilisation de stratégies textuelles et paratextuelles très précises. Mais enquêter sur On n’y échappe pas impose également de démêler les fils du canular Vian-Sullivan, de déjouer les jeux oulipiens, et, contre toute attente, d’élaborer enfin quelques feintes pour mieux rendre justice aux audaces des co-auteurs.