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Le Dr Albrecht Vorster est né en 1985 à Cologne. Il a étudié la biologie et la philosophie au Center for Sleep and Consciousness de l'Université du Wisconsin, et a obtenu son doctorat à l'Université de Tübingen. Depuis 2022, il dirige la Swiss Sleep House de l'Hôpital de l'Île à Berne. En 2019, il a publié un livre qui a suscité beaucoup d'intérêt, Warum wir schlafen, aux éditions Heyne (également paru sous forme de livre audio). Albrecht Vorster a remporté plusieurs fois le prix "Science Slam" et fait partie du groupe de neuroscientifiques Hippocamblues.
Passez une bonne nuit de sommeil!
Quartier+ : Albrecht Vorster, certaines personnes se couchent et se lèvent tôt tandis que d'autres se couchent tard et font la grasse matinée. Fatalité ou libre arbitre?
A.V. : Cela ne se choisit pas, car c'est génétiquement préprogrammé, on n'y peut rien. Mais il y a aussi des personnes qui se situent entre-deux, ce ne sont ni des lève-tôt ni des marmottes.
Quartier+ : Lorsque les lève-tôt ou les lève-tard sont contraints de modifier leurs habitudes, par exemple pour des raisons professionnelles, peuvent-ils changer de comportement de façon définitive?
A.V. : Non, un couche-tôt ne deviendra jamais un couche-tard.
Quartier+ : Y a-t-il des mauvais dormeurs par nature?
A.V. : Oui et cela s’explique par diverses raisons. Comme par exemple le ronflement avec apnées du sommeil pendant la nuit, dont les enfants peuvent aussi souffrir. Les "restless legs" (jambes sans repos) empêchent également de s'endormir. 10 à 20% des personnes de plus de 65 ans souffrent de ce syndrome des jambes sans repos et connaissent par conséquent des difficultés d'endormissement. Les jambes sans repos s'intensifient le soir, lorsque l'on se détend. Les cauchemars sont également à l'origine de problèmes de sommeil. Cela concerne surtout les personnes sensibles et émotives; les psychopathes font probablement rarement des cauchemars. Les personnes en surpoids souffrent également souvent de problèmes de sommeil.
Quartier+ : Comment se fait-il que certaines personnes souffrent du décalage horaire tandis que d'autres n'ont aucun problème avec le jet-lag?
A.V. : Plus notre corps est capable de s'adapter, moins les problèmes de décalage horaire sont importants. C'est pourquoi l'on a moins de problèmes de jet-lag quand on est jeune. En vieillissant, on arrive moins bien à s’adapter au décalage horaire.
Quartier+ : Le sommeil avant minuit est-il vraiment si important?
A.V. Non. Les trois premières heures de sommeil sont celles où nous dormons le plus profondément, peu importe que ce soit avant ou après minuit
Quartier+ : Pourquoi les personnes de plus de 65 ans se lèvent-elles généralement très tôt, alors qu'elles pourraient dormir plus longtemps le matin?
A.V. : Avec l'âge, nous devenons des lève-tôt - c'est aussi une question de génétique. Un quart des personnes de plus de 70 ans se couchent entre 21 et 22 heures.
Quartier+ : Pourquoi les personnes âgées des pays du Sud se couchent-elles plus tard que celles des régions du Nord ?
A.V. C'est culturel. Lorsque l'on dort jusqu'à midi, on se couche plus tard le soir. Si l'on a du mal à s'endormir la nuit, il vaut mieux limiter les siestes à 15 minutes.
Quartier+ : Certaines personnes rêvent toutes les nuits, d'autres pour ainsi dire jamais. Les rêves jouent-ils un rôle important dans l'assimilation des événements vécus durant la journée?
A.V. : Non. Nous rêvons toutes les nuits, bien que certains s'en souviennent davantage que d'autres. Ceux qui dorment plus profondément et se réveillent moins souvent se rappellent moins bien de leurs rêves.
Quartier+ : Le somnambulisme est-il une maladie?
A.V. : Oui, mais il ne nécessite pas toujours un traitement. Cela dit, si une personne est somnambule plusieurs fois par semaine, il est nécessaire de la traiter. Les somnambules sont maladroits, ils ne sont pas conscients de leurs actes, ils peuvent par exemple vider le réfrigérateur ou trébucher sur des objets posés sur le sol, tomber du lit et se blesser. Dans de tels cas, il convient de consulter un neurologue.
Quartier+ : Sur quoi se base l'expression "compter les moutons" en cas d'insomnie? Pourquoi précisément des moutons?
A.V. : Cela n'a pas de sens. Il vaut mieux se remémorer vos vacances, car ces souvenirs vous rendent heureux et vous réconfortent. Cela permet de s'endormir plus facilement.
Quartier+ : Que signifie l’expression "frère sommeil"?
A.V. : Cela fait référence à la mort. Le dieu grec du sommeil est Hypnos ; son frère est Thanatos, le dieu de la mort. Le sommeil est le seul état où l'on perd conscience. Cela fait peur. On dérive dans un monde parallèle sans savoir si l'on va se réveiller. Le sommeil est une sorte de préparation à la mort. Tout au long de notre vie, nous vivons chaque nuit une petite mort. Sauf que cette dernière ne fait pas de mal...
Quartier+ : Et que pensez-vous des somnifères?
À la longue, ces produits sont une "arnaque". Mais s'ils ne sont pris que de temps en temps, toutes les deux semaines, ils ne sont pas dangereux.
Quartier+ : Les personnes âgées se plaignent de se réveiller plusieurs fois par nuit et de ne plus pouvoir se rendormir.
A.V. : Il est tout à fait normal de se réveiller la nuit. Il s'agit d'une forme de protection du corps. Plus une personne est âgée, plus les périodes de réveil entre les phases de sommeil sont longues. Ce n'est pas dangereux, c'est tout à fait normal.
Quartier+ : Pour quelle raison avez-vous écrit le livre Warum wir schlafen (Pourquoi nous dormons)?
A.V. : Lorsque j'ai commencé à rédiger ce livre, je voulais expliquer aux gens pour quelle raison nous dormions, en expliquant les tenants et aboutissants de ce phénomène. Il se passe tellement de choses passionnantes pendant notre sommeil. Sans sommeil, nous nous nous effondrerions. Les Grecs s'intéressaient déjà au sommeil. Chez nous, les débuts de la recherche sur le sommeil remontent aux années 50. 30% de la population souffre de problèmes de sommeil. Ces personnes ne savent souvent pas vers qui se tourner pour obtenir de l'aide. Il n’existait jusqu’à présent que peu d'aide pour les insomniaques.
Quartier+ : Il y a quelques mois, vous avez fondé la Swiss Sleep House à Berne, dont vous êtes aujourd'hui le directeur. Que proposez-vous aux personnes qui ont des problèmes de sommeil?
A.V. : Chez nous, on ne dort pas, mais on peut apprendre à mieux dormir! Les personnes qui viennent nous voir reçoivent une aide concrète pour retrouver un sommeil réparateur et ce, sans avoir recours aux somnifères qu'elles redoutent, par peur de devenir dépendantes. Nous les aidons également en cas de cauchemars, de somnambulisme ou de problèmes liés au port de masques respiratoires dans le cadre des traitements contre le ronflement.
L'interview du Dr. Albrecht Vorster a été conduite par Madame Doris Schöni.
Photo d'Albrecht Vorster © Photo: Kay Blascke
Le livre d'Albrecht Vorster, Warum wir schlafen – Faszinierende Erkenntnisse über den unbekannten Teil unseres Lebens paru en 2019 aux éditions Heyne, est disponible en allemand auprès de votre libraire.
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