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Une petite visite après Vésenaz en direction du village de Meinier nous permet de découvrir les ruines du Château-fort de Rouelbeau. Le site est classé « monument historique » depuis 1921, ce château constituant un des rares témoignages de l’architecture militaire médiévale encore conservé dans la campagne genevoise. Toutefois, malgré cette prise de conscience, les ruines furent laissées à l’abandon et progressivement envahies par un couvert forestier durant le XXème siècle.
Jusqu’à il y a encore quelques années, le site fortifié de Rouelbeau ne laissait apparaître au promeneur que quelques ruines romantiques envahies par la végétation. Mais, de 2001 à 2014, dans le cadre d’une mise en valeur globale du site et de la zone naturelle marécageuse adjacente, des recherches archéologiques ont pu être conduites, doublées d’un travail de restauration des vestiges.
Les ruines du Château de Rouelbeau permettent aujourd’hui de mieux comprendre l’importance et l’organisation de cette forteresse défendant l’accès à Hermance (et donc au lac) pour les seigneurs de Faucigny au Moyen-Âge.
Le site de Rouelbeau fut d’abord fortifié en 1318 : un premier château y est édifié, construit en bois et entouré d’une palissade, avec un double fossé inondé d’une profondeur de quatre mètres. Un document de 1339 nous fournit une description détaillée du château d’alors : un logis au centre composé, au 1er étage, d’une grande chambre et d’une salle de réception, le tout au-dessus d’une étable et d’un cellier. Quatre palissades ainsi que des tours en bois protègent le château dans trois de ses angles. Son rôle permettait alors de garantir l’accès à la ville neuve d’Hermance, unique débouché sur le lac Léman pour les seigneurs de Faucigny dont les terres ne formaient ici qu’un étroit couloir. Ce château s’inscrit à l‘époque dans un contexte de guerre entre les seigneurs de Faucigny et le comte de Savoie.
Mais le château sera agrandi et reconstruit en pierres quelques années plus tard. On ne connait pas la date exacte de cette reconstruction, mais il est établi que le comte de Savoie achèvera sa conquête du Faucigny en 1355. La forteresse maçonnée qui succéda au premier château en bois serait donc postérieure à 1339 et très certainement antérieure à 1355, puisqu’on ne conçoit pas la nécessité d’une telle édification au-delà de cette date, au sein d’un territoire dont la stabilité était désormais assurée par sa réorganisation géopolitique.
Tout en reprenant la disposition générale du premier château et en maintenant le logis primitif au centre, l’enveloppe maçonnée amplifie la surface fortifiée et renforce considérablement les dispositifs de défense. On a alors une grande muraille en pierres de 2.30 mètres d’épaisseur formant un quadrilatère avec des tours circulaires de 9 mètres de diamètre à chacun des quatre angles. L’accès se faisait en passant par un double pont au-dessus des deux fossés pour arriver à un pont-levis dans la muraille.
L’édifice passa ensuite, par mariage, dans les années 1420, aux mains de la famille de Genève-Lullin. Malheureusement, aucune source ne nous renseigne sur une évolution postérieure du site. On sait tout au plus qu’il sert de prison et que ses seigneurs n’y séjournent que rarement. En effet, isolés au milieu des marais, les lieux ne sont sans doute propices qu’à la chasse. Les fouilles archéologiques des années 2000 ont cependant permis de révéler l’édification d’un nouveau logis dans la première moitié du XVe siècle.
À la mort du dernier représentant de la famille de Genève-Lullin en 1664, le site sera repris par plusieurs particuliers dont le dernier en sera dépossédé par l’Etat en 1793. La forteresse sera alors progressivement démantelée jusqu’à sa mise sous protection en 1921.
Les vestiges découverts lors des dernières fouilles étaient très fragiles et n’auraient pas pu être conservés à l’air libre sous les intempéries. Afin de les préserver au mieux, ils ont donc été remblayés avec du sable, puis, avec la terre, extraite lors des fouilles. Un sentier didactique à l’intérieur et à l’extérieur des ruines permet désormais au visiteur de découvrir l’histoire complète de ce château.
ATTENTION : les habitants des environs le savent très bien, une dame blanche hante toujours le château… Cet esprit se manifeste les nuits de pleine lune. Il est celui de la première épouse du chevalier Humbert de Chollay, le premier à avoir fortifié le site en 1318. Répudiée par son mari, elle espère toujours le voir revenir à elle. D’ailleurs, récemment, sur un forum internet, des visiteurs du château affirment y avoir entendu un bruit suspect, une sorte de cri ni humain ni animal.
Choisissez donc vous aussi le bon jour pour aller explorer ce site.