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Frank R. Paul fut un illustrateur américain de la première moitié du vingtième siècle qui voulut représenter d’après les données scientifiques du temps les premières rencontres entre les Terriens et les autres habitants du système solaire sur les planètes des seconds. Il les publia dans Fantastic Adventures, et les couleurs en sont vives, simples, criardes, pures, comme dans l’art baroque, dévoilant la part de féerie inhérente à la thématique de l’exploration spatiale. De petits commentaires accompagnaient les images.
Pour Mercure, l’indigène est une grosse chauve-souris insectoïde rouge vif aux allures plutôt inquiétantes, vivant sur des cristaux jaunes. Le commentaire insiste sur la chaleur extrême de Mercure, qui est proche du soleil: la vie ne peut y exister que sous la forme d’insectes!
Pour Vénus, un gros lézard souriant, marchant sur ses jambes, salue le Terrien, et ses couleurs sont le vert, le jaune et le blanc; il vit en famille, et une femme avec un enfant dans les bras sourit, elle aussi, sur le pas de sa porte, en voyant le Terrien; le commentaire dit que Vénus est une sœur de la Terre et que la vie sous forme humaine y est particulièrement possible!
Le Martien a un air technologique bizarre, avec des yeux rétractables et des oreilles et un nez immenses, des antennes pour capter l’air raréfié de la planète; il tient une arme dans sa main et n’a pas de couleur claire. Le Martien est l’homme d’une civilisation avancée. Il est plutôt hideux et ne rappelle pas d’animal distinct.
Le Jupitérien est une espèce de gros phoque bleu et jaune avec un regard humain et des constructions circulaires: la gravité étant forte, il ne peut pas avoir de pattes, dit le commentaire! Mais il a quand même des mains. Quant au Terrien, il ne pourrait s’y déplacer que dans la cabine d’un tracteur!
Le Saturnien est une espèce de grosse araignée rouge à la peau molle, l’atmosphère étant légère, et il dépose ses œufs entre des failles jaunes, sans doute sulfureuses.
L’Uranusien sort du sol avec un scaphandre argenté; il a l’air d’un batracien à l’œil intelligent. Sous la trappe d’acier qu’il a ouverte, jaillit la lumière jaune de son monde!
Le Neptunien a l’air d’un gros crapaud, mais avec un dos violet, et il se dresse sur ses pattes arrière.
Le Plutonien est une chauve-souris protégée du froid par une épaisse fourrure!
Il est étonnant que tout cela ait été présenté comme très sérieux en 1940. On effectuait des conjectures avec toute l’intelligence dont on était alors capable. Il suffisait d’avoir foi en la Science! On se moque de celle du Moyen Âge, mais celle du milieu du vingtième siècle, dans ses projections, peut dès à présent apparaître comme tout aussi ridicule.
Le trait commun de tous ces êtres est qu’ils sont placés entre l’homme et l’animal sur le chemin de l’Évolution - sauf le Martien, qui a l’air d’être entre l’homme et le robot.
Mais on est, en réalité, dans le pays des bêtes qui parlent, ou des machines vivantes. Sur les autres planètes, l’univers des contes se matérialise. L’Orient avait le même rôle au Moyen Âge, et, chez les anciens Romains, c’était la Scandinavie, qui était dans ce cas!
Le kitsch parfois un peu laid de ces productions a été talentueusement parodié par quelques artistes récents. Il avait sa poésie. Celui qui la saisit indépendamment des fantasmes de la science du temps peut la renforcer et faire de vraies belles œuvres. Greg Broadmore est dans ce cas: j’ai évoqué un jour une exposition qui lui fut consacrée à Yverdon.
Les auteurs de science-fiction actuels pensent être plus sérieux; souvent, ils restent, du moins, tout aussi poétiques dans leurs créations.