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Il y a quelques jours, le Crédit Suisse a publié une étude concernant la "date de libération fiscale": en essence, la date de l'année à laquelle une personne a suffisamment travaillé afin de payer l'entier de ses impôts.
Dans ce cadre, il nous a semblé intéressant de calculer une date similaire, mais pour l'ensemble des dépenses obligatoires d'un ménage de personnes actives: outre les impôts, le loyer (ou le remboursement du prêt hypothécaire), l'assurance-maladie obligatoire ainsi que les contributions sociales obligatoires (AVS, AI, APG et 2ème pilier). D'une certaine manière, la date obtenue est celle à partir de laquelle un ménage d'actifs commence à gagner de l'argent librement disponible.
Dans le cadre de ce travail, il a été tenu compte du revenu moyen des ménages d'actifs par localité (numéro postal) en Suisse en 2011, ainsi que de la ponction fiscale (fédérale, cantonale, communale et ecclésiastique) correspondant à ce revenu, des retenues sociales obligatoires, du loyer moyen et du coût moyen de l'assurance-maladie obligatoire. En théorie, la part de dépenses obligatoires dans le revenu brut d'un ménage donné devrait être indépendante du niveau de revenu lui-même: si l'imposition augmente avec le revenu, ce n'est pas le cas du loyer et de l'assurance-maladie - et tous ces paramètres montrant en outre une forte variabilité régionale.
Quel est le bilan au total - en d'autres termes, quelque soit le niveau de revenus des ménages, quelle est la part que les dépenses obligatoires représentent pour ces ménages?
Au niveau suisse, cette part des coûts obligatoires dans le revenu brut des ménages d'actifs est de 46,8%: cela correspond au 171ème jour de l'an, soit le 20 juin. En moyenne en Suisse, les ménages d'actifs travaillent à assumer leurs charges obligatoires jusqu'à la veille du solstice d'été; à partir de cette date et jusqu'au réveillon, les ménages d'actifs suisses travaillent pour leur revenu disponible.
Cette date masque de fortes variations régionales. A l'échelle des régions de marché, les zougois sont les plus chanceux, puisqu'il leur suffit de travailler jusqu'au 14 mai afin de couvrir leurs charges obligatoires, ce malgré des loyers très élevés: ici, une fiscalité très douce couplée à de très hauts revenus permet de s'affranchir vite de ses obligations, et de travailler près des deux tiers de l'an pour soi. Zoug est suivi, à ce jeu-là, par Ausserschwyz (21 mai, mêmes raisons de fond), la région grisonne de la Bernina (même date, mais autres raisons: fiscalité et surtout loyers très bas, malgré des revenus modestes), et celle de Nidwald (28 mai, pour les mêmes raisons que les deux premières, couplées à des loyers assez modiques).
A l'opposé, les ménages de la région bernoise de Gürbetal-Schwarzwasser travaillent jusqu'au 15 juillet, soit deux mois de plus que les Zougois, afin de couvrir leurs charges. Ici, des revenus assez moyens, couplés à une fiscalité lourde et un coût de la vie métropolitain pénalise sur presque tous les plans les ménages du lieu. Les régions de l'Aaretal (13 juillet) et de l'Unteremmental (même date) suivent de près, et pour les mêmes raisons.
Ceci étant, la majorité des régions se tiennent à plus ou moins quinze jours de la moyenne nationale, entre le 5 juin et le 5 juillet - si les zougois sont clairement des privilégiés, on constate que dans l'essentiel des autres régions, la variation correspond à un douzième de l'année, voire moins. Ce qui est en revanche intéressant, c'est que l'étude des dates par régions dynamite certains lieux communs.
Ainsi, si les régions les plus riches du pays sont assez logiquement celles qui se libèrent le plus vite de leurs obligations financières (Zoug, Ausserschwyz, Nidwald, la Goldküste zurichoise notamment - ce qui prouve d'ailleurs que la progressivité de l'impôt n'entrave pas la progression du pouvoir d'achat des plus aisés), elles sont accompagnées de régions supposées moins riches, comme la Ville de Genève, dont le ménage moyen est libéré dès le 4 juin grâce à des revenus moyens élevés et une pression fiscale basse, ou encore les Montagnes Neuchâteloises, libérées le 6 juin, deux semaines avant la moyenne des ménages suisses, et où la modicité extrême des loyers compense, et au-delà, une ponction fiscale réputée la plus lourde du pays mais qui dans les faits s'applique de manière assez légère à de bas revenus . L'effet est d'ailleurs général dans l'arc jurassien, de la Vallée de Joux à Moutier - dans toutes ces régions supposées fiscalement infernales, le bas niveau de loyer et la ponction fiscale modérée sur de bas revenus aboutit au résultat qu'en proportion, les ménages sont libérés de leurs obligations financières avant les ménages pourtant mieux payés du Moyen-Pays.
La "combinaison qui tue" ne dépend donc pas forcément du niveau de revenus: elle combine en effet des revenus qui peuvent être moyens, voire bons, à une charge fiscale et locative élevée. Le cas est particulièrement patent dans les régions périurbaines de Berne, et dans une moindre mesure dans celles de Bâle, du Laufonnais à l'Oberes Baselbiet. A l'est de la Suisse comme dans les Alpes, la date de libération est plus précoce que dans les régions précitées alors même que les revenus n'y sont en tous cas pas meilleurs: là, l'effet de la pression fiscale et de loyers moindres est patent.
A l'échelle des localités, il se confirme ainsi que les régions les plus paupérisées, celles qui travaillent le plus longtemps pour assumer leurs charges obligatoires ne sont pas là où on l'imagine: pas dans les enfers fiscaux de l'arc jurassien, mais bien dans les pourtant opulentes régions périurbaines récentes - ainsi, on travaille bien plus longtemps à payer des impôts, des loyers et des primes d'assurance-maladie dans les belles villas de la Côte vaudoise qu'au Locle ou à la Chaux-de-Fonds. Et de manière générale, mieux vaut vivre en ville qu'à la campagne, surtout si elle est métropolitaine. Qui l'eût cru?
Source : MicroGIS