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A distance, tous les objets, même les plus durs, jettent une ombre floue.
Ainsi, les sons les plus percutants meurent en douceur dans l’aura de leur halo sonore. La résonance, l’ombre du timbre des instruments se métamorphose en sonorités colorées vivantes qui s’éteignent en s’apaisant. SHADOWS joue sur le clavier des couleurs instrumentales en mesurant l’espace spatio-temporel, plongé dans une lumière irisée. Des « points de repère » délicats réunissant les notes mi’’, mibémol’ et do dièse’’ forment des « plages de repos » en préparant les différentes parties de l’œuvre qui oscille entre des éruptions fulgurantes et un calme surprenant. Les trois notes qui correspondent au solo initial de la flûte dans « Mémoriale » de Boulez, ce petit « Requiem » écrit pour le musicien Lawrence Beauregard, mort très jeune d’un cancer, signalent le début ou la fin de certins stades du développement du matériau sonore. « Die Kugelgestalt der Zeit“ („le temps en boucles“) d’après Bernd Alois Zimmermann devient tangible. Les éléments agencés en forme de spirale suggèrent un mouvement giratoire autour d’un centre de gravité.
SHADOWS réunit plusieurs principes compositionnels formant la base de ma musique. Des structures centrales facilement identifiables (note-pivot, accord ou figure du type « Leitmotif ») traversent la composition en lui donnant ses « assises ». Des passages très mouvementés respectant le « total chromatique » forment souvent des clusters mouvants (arabesques identiques de plusieurs instruments très raprochées en « microcanons », décalées souvent d’une double croche à un tempo rapide) s’éffacent tour à tour pour permettre à un chant mélodique chromatique (favorisant néanmoins la seconde majeure et le triton, deux intervals « fétiches » de ma musique) de se développer tranquillement en créant ses propres harmonies qui naissent organiquement par la tenue des notes principales de la phrase musicale en « résonances artificielles ». Le « fondu-enchaîné » des timbres permet le passage d’un instrument à l’autre en utilisant les sons sans attaque audible (notes du marimba ou du vibraphone produites avec l’archet, entrée très douce des timbales ou du tam-tam). Le respect de la respiration organique des phrases musicales donne à toute la pièce son cadre architectural culminant vers la fin, ou une cathédrale sonore couronne l’itinéraire coloré du développement des differentes trames formant l’œuvre.
La création de SHADOWS a eu lieu à Weggis près de Lucerne le 9 juillet 2000 par le PERCUSSIONS ART ENSEMBLE de Berne, dédicataire de la partition