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Elle fut la première des First Ladies, la première qui compta. Militante des droits de la femme et des droits de l’homme. Partenaire de son époux. Aucune épouse de Président, avant ou après elle, ne fut aussi influente, autonome, inventive, engagée. Libre en un mot.
Elle inventa le rôle, le concept de First Lady. Aucune ne le fut à sa manière. Militante dans l’âme, hyperactive, audacieuse, populaire, la tête politique. C’était une grande femme, altière, au physique ingrat (l’un de ses problèmes), le faisant oublier par son sourire (les Roosevelt, son époux et elle, avaient le sourire ravageur).
Comme lui, elle marqua son époque. Comme lui, elle venait d’un milieu privilégié. Aristocrates à la manière américaine.
Ce qui est intéressant dans le personnage d’Eleanor, c’est d’assister à sa libération. Son départ dans la vie est rude. Elle est orpheline très tôt. Mais elle a la chance d’étudier dans un collège privé anglais, dont la directrice, très atypique, Marie Souvestre, sera pour elle un modèle de liberté d’esprit.
Viendra en suite une période plus conformiste, un retour en arrière, le mariage, la vie d’une mère de famille (six enfants en très peu de temps), le parcours d’une épouse bourgeoise d’un homme politique ambitieux. Voilà Franklin député, puis secrétaire d’Etat à la marine, puis gouverneur de l’Etat de New York. Obligations mondaines, conformisme, poids d’une belle-mère intrusive, Sara Roosevelt.
D’où viendra la libération? Deux causes peut-être : la maladie de Franklin (une poliomyélite) qui obligera Eleanor à devenir les yeux et les oreilles de son époux, à parler en public, à côtoyer toutes sortes de gens ; et aussi la découverte que l’époux modèle avait une double vie amoureuse.
Ils résolurent alors de faire définitivement chambre et vie privée à part. Mais Mrs Roosevelt fut la partenaire loyale du Président pendant les douze ans de sa présidence. En même temps qu’elle devenait de plus en plus autonome et agissante. L’un des conseillers de FDR, Louis Howe, devint son mentor et son coach en politique.
Elle enseigna (ouvrant une école dans la lignée de Marie Souvestre), elle créa des revues, diffusant ses idées, sensiblement plus à gauche que celles de son époux. Elle eut des amitiés, féminines notamment. Des femmes libérales (au sens américain, c'est-à-dire à la gauche des démocrates), souvent homosexuelles, elle milita avec elles pour les droits des femmes, pour ceux des Noirs américains, et pour tous les démunis laissés sur le carreau par la Grande Dépression.
Elle entretint avec une de ces femmes, la journaliste Lorena Hickok, une longue relation, qui a beaucoup fait parler. Amitié amoureuse, pour le moins. Mais peut-être aussi avec Earl Miller, qui était l’assistant de vie du Président. Tout cela fut révélé après la mort de Mme Roosevelt.
Mais surtout elle fut la First lady des temps difficiles: la Crise des années Trente, le New deal, puis la Guerre Mondiale. Elle ne cessa pas de donner des conférences de presse (des centaines) et de répandre ses opinions et ses idées dans une chronique, qu’elle donna à partir de 1933 dans le Woman’s Home Companion, mais aussi dans un journal public quotidien, intitulé My Day, où tous les sujets étaient abordés.
Constamment pendant la guerre elle s’adressa aux femmes pour expliquer, convaincre, soutenir leur moral, visita les théâtres d’opérations, notamment en Extrême-Orient. Son sens de la communication et sa sincérité, son humanité accroissaient encore sa popularité.
Après la mort de Roosevelt en 1945, elle fut désignée par Truman comme déléguée aux Nations Unies, puis devint présidente de la commission préparatoire à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qu’elle co-prépara, avec des hommes éminents tel rené Cassin. Toujours démocrate, elle soutint les candidatures d’Adlai Stevenson, et, cohérente avec elle-même, elle démissionna des Nations Unies quand le républicain Eisenhower devint président en 1943.
Néanmoins, engagée jusqu’au dernier jour, on la vit soutenir JFK et se réjouir de son élection. Des livres nombreux, d’elle (ses Mémoires) et autour d’elle, des sites internet, attestent de l’intérêt durable des Américains pour ce grand personnage de leur histoire contemporaine.
Une nouvelle diffusion de la série d'émission du 17 au 22 septembre 2012.