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Il y a plus de 50 ans, l’ex Union soviétique lâchait des crabes géants dans la mer de Barents pour aider les pêcheurs locaux. En réalité, le crabe du Kamtchatka est originaire du nord de l’océan Pacifique. Mais depuis qu’elle a été introduite dans la mer de Barents dans les années 1960, l’espèce n’a cessé de s’étendre. Alors que les pêcheurs de Russie et de Norvège profitent du crabe royal, les défenseurs de l’environnement mettent en garde contre les conséquences dramatiques de cette pratique. Le crabe géant, dont l’envergure des pattes peut atteindre 180 centimètres, est en effet une menace pour les espèces animales locales.
L’origine du crabe royal dans la mer de Barents remonte à loin. Dans les années 1930, le dictateur soviétique Joseph Staline a voulu soutenir la pêche dans la mer de Barents dans l’idée d’en augmenter le rendement. Pour certains, il s’agissait plutôt de garantir un meilleur approvisionnement de ce met délicat à Moscou.
Staline a ordonné que le crabe royal soit introduit dans la mer de Barents. Le crabe s’épanouit parfaitement dans le froid du Pacifique Nord, pourquoi n’en ferait-il pas de même dans la mer de Barents ? Une autre raison était de ramener le crabe royal vivant à Moscou. D’autres tentatives avaient échoué en raison des longues distances à parcourir depuis l’est de la Russie. Selon la légende, les longues pattes du crabe étaient le plat préféré de certains généraux soviétiques. Ils voulaient donc disposer d’une réserve de chair fraîche dans la mer de Barents, beaucoup plus proche de Moscou que la région d’origine extrême-orientale.
Staline est mort en 1953 et son successeur, Nikita Khrouchtchev, a repris la politique de ‘relocalisation de crabes’ de son prédécesseur. Le plan a été transmis au biologiste Youri Orlov qui, en 1961, a lâché, sur ordre de l’Etat 1,5 million de larves de crabe royal dans la mer de Barents, au nord de Mourmansk. Jusqu’en 1969, Orlov a en plus relâché près de 10 000 crabes âgés de un à trois ans. qui venaient s’ajouter à environ 2 600 spécimens adultes. Les conséquences de l’intervention dans l’écosystème, et de ses problèmes, n’était pas encore source de préoccupation à ce moment-là.
Troupes voraces en expansion
Alors que l’Union soviétique disparaissait de la scène en 1991, cette nouvelle « Armée rouge » volait de victoire en victoire. Chaque femelle pond entre 400’000 et 500’000 œufs au cours de sa vie et engendrer plusieurs milliers de crabes royaux. En l’absence de prédateurs naturels et de concurrence alimentaire, les crabes se propagent rapidement. Ils ont déjà atteint la côte ouest de la Norvège et bientôt les crabes seront également présents au Svalbard.
Selon certains rapports, des crabes royaux ont, pour la première fois, été massivement observés sur la côte britannique, au large du Yorkshire, déclare le journal britannique « Daily Star ». Le « crabe géant » constitue une menace, en particulier pour les coquilles Saint-Jacques. Alors que les défenseurs de l’environnement craignent pour les espèces animales menacées, certains pêcheurs se réjouissent déjà de faire de grosses prises. Le fournisseur de poisson Shaun Henderson raconte ainsi fièrement qu’un de ses pêcheurs a capturé, en une semaine, près de 250 kilos de crabes géants au large de Bridlington dans le Yorkshire de l’Est.
Désavantageux pour l’écosystème
La relocalisation transcontinentale d’espèces s’est avérée être une catastrophe pour l’écologie de la région. Les crabes royaux dévorent tout ce qui croise leur chemin. Partout où les crabes apparaissent, la biodiversité en pâtit. Les victimes sont de grandes quantités de vers, d’escargots, d’étoiles de mer, d’œufs de poissons, de coquillages et d’oursins.
Les scientifiques craignent, d’ici à quelques années, des effets négatifs sur des espèces comme le cabillaud, le hareng et le lieu noir, dont la Norvège tire des profits encore plus importants. Le pays a reconnu cette menace et souhaite empêcher une propagation sur sa côte ouest. Les crabes royaux capturés ne doivent pas être remis à l’eau, même s’ils sont petits et suffiraient à peine à nourrir d’autres animaux. Sur la côte ouest, le principe de l’éradication est ainsi appliqué. On craint toutefois qu’il soit déjà trop tard.
Forte baisse en Alaska
Alors que les Norvégiens ne savent plus comment maîtriser la propagation du crabe royal, les pêcheurs de crabes de la mer de Béring sont confrontés à un problème encore plus grave. Au cours des trois dernières années, les populations, en particulier celles des petits crabes des neiges, se sont littéralement effondrées. A elle seule, la population de crabes des neiges a chuté de plus de 80%. La saison du crabe royal, qui commence en octobre, a déjà été annulée par les autorités cette année.
Certains experts pensent que les crabes, ainsi que d’autres espèces de poissons, se sont déplacés plus au nord en raison des températures plus élevées de l’eau. Les chalutiers russes ont déjà pris leur position et envisagent avec optimisme l’avenir de leur industrie de pêche.
Heiner Kubny, PolarJournal
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