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Elle s’appelait Marie et lui Urbain. Elle était voûtée et lui avait une énorme barbe et une jambe de bois. Il me faisait peur et je pensais qu’il était un ogre, en fait. Marie hélait l’enfant que j’étais alors et me proposait des biscuits à la cannelle. J’entrais dans sa maison dans laquelle flottait toujours une odeur de thé et de… cannelle. Urbain me regardait et, quelquefois, grommelait quelque chose. Les biscuits étaient délicieux. Un morceau d’ailleurs en bouche. Une sorte de mystère gustatif. C’était la première fois que je mangeais des biscuits à la cannelle.
Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris l’histoire de Marie et d’Urbain. Elle était la plus belle fille de la région et dédaignait nombre de prétendants, dont Urbain: trop belle pour eux. La plupart se consolèrent, mais pas Urbain. Il partit tenter d’oublier sa Marie au Canada où il devint trappeur. Il y resta plusieurs dizaines d’années. Il y perdit une jambe, gelée. C’est alors qu’il revint en Suisse, dans mon village et qu’il retrouva… la Marie. Elle était restée célibataire: passé l’âge de dire non! Elle vivait très pauvrement. Que se passa-t-il alors entre Marie et Urbain? Que se sont-ils dit? Je n’en sais rien. Toujours est-il qu’ils décidèrent de vivre leur vieillesse ensemble.
Souvent, lorsque je dévorais mes biscuits à la cannelle, il la regardait.