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Le blog de Psychoscope – Quand les facteurs de risque prédisent la récidive
La récidive et son impact sur la société ont mené les cliniciens et les chercheurs à s’interroger sur les facteurs de risques, afin d’élaborer une prise en charge la plus adaptée à la personne. Les méta-analyses effectuées précédemment ont montré que huit facteurs contribuent principalement à la prévention de la récidive : les antécédents criminels, la présence du trouble de la personnalité antisociale, la présence de cognitions antisociales, la fréquentation de pairs antisociaux, des problèmes dans le domaine professionnel ou scolaire, des problèmes familiaux/marital, l’abus de substance, la participation à des loisirs antisociaux. Ces méta-analyses ont montré que des interventions qui cibleraient ces facteurs ont un impact statistiquement significatif sur la récidive.
Mais existe-t-il des différences dans la prévalence et l’impact des facteurs de risques selon le type de délits commis ? C’est ce que cette recherche a voulu vérifier à l’aide d’un échantillon de 8665 auteurs de délits en Hollande, dont 90% sont des hommes et 9.8% des femmes, avec une moyenne d’âge de 34 ans. Ces personnes sont suivies par le service de probation. Dans l’échantillon, 72,2% sont des délinquants « généralistes » (qui commettent différents types de délits avec ou sans violence), 11,8% sont des délinquants commettant des délits sans violence qu’ils soient « spécialisés » dans un délit ou non, 2% commettent différents types de délits avec violence, 0.6% commentent des délits sexuels avec ou sans violence et 13,4% sont des délinquants primaires (commission d’un seul délit). Pour les récidivistes, le nombre moyen de délits commis précédemment est de 9,70.
Quelque 51% ont commis des délits avec violence, 22% ont commis des délits contre le patrimoine sans violence, 6,8% ont commis des délits contre le patrimoine avec violence, 9% ont commis des délits en lien avec les stupéfiants, 6,2% ont commis des délits sexuels, 1,4% ont commis des délits en lien avec la circulation routière et 3,4% ont commis des délits catégorisés comme « autres ».
Le service de probation utilise une échelle hollandaise d’évaluation du risque de récidive (RISc, Récidive Inschattingsschalen) afin d’évaluer les besoins et cibler ainsi un traitement et une prise en charge réhabilitative adaptée. Dans cette recherche, la récidive est définie comme la non-commission de nouvelles infractions dans une période de 3,5 ans après la passation de l’échelle RISc. Les données, anonymisée, ont été obtenue auprès du casier judiciaire.
Il ressort notamment de cette recherche clinique que la prévalence totale des facteurs de risque était la plus élevée chez les délinquants « généralistes », suivis par les délinquants non violents, les délinquants violents, les délinquants sexuels et les délinquants primaires. Plus spécifiquement, pour les délinquants violents, il est relevé une prévalence plus importante des facteurs de risque suivants : problème relationnel avec le partenaire/famille, instabilité émotionnelle, la présence de trait de la personnalité antisociale et la présence de cognitions antisociales en comparaison avec les délinquants non violents. Pour ces derniers, ce sont les facteurs de risque dans les domaines de l'éducation/du travail, de la gestion administrative, de la fréquentation de pairs antisociaux et de l’abus de substance qui seraient plus fréquents.
Les chercheurs constatent également que la récidive non violente est mieux prédite par les facteurs de risque généraux de la délinquance que la récidive violente. D'une manière plus générale, il semblerait que les facteurs de risque individuels (stabilité émotionnelle, traits de personnalité antisociale et présence de cognitions antisociales) soient plus fréquents et impactants chez les délinquants violents, tandis que les facteurs de risque environnementaux (éducation/travail, gestion financière/revenus, amis/connaissances antisociaux) sont plus fréquents et impactants chez les délinquants non violents.
Cette recherche n’a pas relevé de différences significatives entre les délinquants violents et sexuels, mais cela peut être dû à la faiblesse de l’échantillon. D’autres méta-analyses, relèvent des différences entre les adolescents délinquants sexuels et non sexuels. Les délinquants sexuels avaient moins d’antécédents criminels, moins d'affiliation avec des pairs antisociaux et moins de problèmes de consommation de substances en comparaison avec les délinquants non sexuels. De plus, les instruments de la récidive générale ne seraient que de faibles prédicteurs de la récidive sexuelle, nécessitant ainsi un instrument spécifique d'évaluation des risques intégrant des facteurs de risque spécifiques tels que les intérêts sexuels déviants, les infractions sexuelles antérieures et la victime. Il est à noter que les délinquants sexuels sont environ trois fois plus susceptibles de récidiver en commettant un délit non sexuel qu'un délit sexuel. Par conséquent, il est non seulement important d'évaluer le risque de récidive sexuelle avec un instrument spécialisé, mais aussi d’évaluer le risque de récidive dans d'autres types d'infractions avec un instrument d'évaluation des risques plus général.
Le modèle RBR (risques-besoins-réceptivité) met en avant que, pour une réhabilitation efficace de la personne dans la société, il est primordial d’évaluer adéquatement le risque, ainsi que les besoins criminogènes pour, ainsi, cibler une prise en charge individuelle et adaptées à l’auteur (besoins et intensité). Tenir compte de la prévalence, tout comme de l’impact de certains facteurs de risque, dénote ainsi un intérêt clinique évident pour le praticien, ce qu’apporte cette recherche malgré ses propres limites. A cela devrait se rajouter l’évaluation systématique des facteurs de protection, qui eux, peuvent avoir un impact sur le risque et permettent une évaluation globale plus proche de la situation de la personne.
Etude
van der Put, C. E., Assink, M., & Gubbels, J. (2020). Differences in risk factors for violent, non violent, and sexual offending. Journal of Forensic Psychology Research and Practice, 20(4), 341-361. doi: 10.1080/24732850.2020.1735248
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