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Idée originale: un tour de ville à Berne permet de revivre les grands moments de l'histoire du football suisse!
La visite guidée rappelle aussi que football et politique ont toujours été intimement liés.
Aujourd'hui, la ville fédérale est encore souvent synonyme de «miracle», vu d'Allemagne, en tout cas... le «miracle de Berne» évoquant la surprenante victoire de l'Allemagne sur la Hongrie lors du championnat du monde de 1954. Cet événement, qui a marqué le stade du Wankdorf, passe pour un tournant dans l'histoire allemande de l'après-guerre.
Mais l'histoire du football à Berne ne s'arrête pas là. C'est ce que démontre la visite guidée «Bern am Ball - Spielend durch zwei Halbzeiten» («Berne et le ballon – en deux mi-temps») proposé par l'association StattLand.
La promenade est guidée, mais aussi commentée par un entraîneur de football, sur le mode sportif. Ainsi, après un court échauffement, le coup de sifflet est donné et la visite, qui dure 90 minutes comme il se doit, peut commencer.
Les participants se partagent en deux équipes. La compétition consiste à donner les bonnes réponses aux questions et à effectuer quelques dribbles. Les visiteurs se transforment donc en joueurs de football.
Les femmes sur la touche
Le premier stade de Berne se trouve dans le quartier Nord. Avec ses caisses en forme de maisonnettes et ses tribunes en bois, il a une valeur historique. C'est ici que le club Young Boys a grandi.
Contrairement à cette dernière équipe, les footballeuses bernoises jouent loin des projecteurs, malgré leurs succès. «Les journaux parlent davantage des femmes de joueurs que des joueuses», regrette la guide.
Le football féminin n'a été reconnu en Suisse qu'en 1970. La création d'une ligue de football féminin est donc quasi contemporaine de l'introduction du droit de vote féminin en Suisse (1971).
Au début, les matchs féminins passaient pour exotiques. Le quotidien bernois «Der Bund» avait ainsi commenté le premier match disputé à domicile par les Bernoises: «Une chose est sûre: pour les joueuses, le football féminin signifie l'égalité. Pour les spectateurs en revanche, il est synonyme d'une forme de cirque.»
Les doutes prennent de l'ampleur
Prochaine étape de la visite: l'ancien siège de l'Association suisse de football (ASF), fondée en 1885, une des plus importantes fédérations sportives du pays. Or, dans cette villa bordeaux, c'est aujourd'hui un parti politique qui a pris ses quartiers, la section bernoise de l'Union démocratique du centre (UDC, droite nationaliste), le premier parti du pays.
Lorsque l'ASF avait organisé le Championnat du monde en 1954, les doutes s'étaient multipliés, à l'étranger, sur les capacités de la Suisse à se doter à temps de l'infrastructure nécessaire. Les citoyens de Zurich et Berne avaient refusé par les urnes la construction d'un nouveau stade.
L'organisation de l'Euro 2008 a aussi donné lieu à des votations: les Bernois ont ainsi accepté un crédit de 5,6 millions pour l'événement, mais de justesse.
«Stop it Chirac»
L'équipe nationale a aussi contribué à resserrer les liens entre le sport et la politique. «L'équipe a joué un rôle importante pour mobiliser les réflexes de défense pendant la 2e Guerre mondiale», rappelle la guide. Lorsque les Suisses ont battu l'Allemagne 4 à 2 au Championnat du monde de 1938 à Paris, ils ont été accueillis en «héros» à leur retour.
En 1995, lors des matchs de qualification pour l'Euro à Göteborg, les Suisses ont même fait un geste politique en protestant contre les essais atomiques effectués par la France dans le Pacifique. Ils ont brandi une banderole sur laquelle était écrit: «Stop it Chirac».
Les fonctionnaires de l'ASF n'avaient pas vraiment apprécié. «Il n'est pas admissible de détourner le sport dans un but politique», avait alors critiqué le président de l'ASF, Marcel Mathier, à la télévision alémanique.
Le football peut également jouer un rôle de révélateur. Lorsque des hooligans d'extrême droite ont réussi à infiltrer le stade du Wankdorf pour imiter des cris de singe chaque fois que des joueurs noirs avaient la balle, voire leur lancer des bananes, l'association bernoise «Ensemble contre le racisme» avait réagi en introduisant la problématique du racisme dans le milieu du football dès le milieu des années 90.
Pommes de terre et gazon artificiel
Le légendaire Stade du Wankdorf a désormais cédé la place au tout nouveau Stade de Suisse, inauguré en 2005, avec sa galerie marchande et son multiplexe de cinéma.
En 1979, des supporteurs bernois fâchés avaient planté des pommes de terre dans le gazon du Wankdorf. Le gardien avait réparé les dégâts tout simplement et apportant les légumes à sa femme, raconte la guide.
Aujourd'hui, le gazon du stade est artificiel. Mais les règles de l'UEFA l'interdisent, d'ici le mois de juin, le gazon devra donc pousser... au naturel!
swissinfo, Corinne Buchser
(Traduction de l'allemand: Ariane Gigon)
STATTLAND
Fondée en 1989, l'Association privée StattLand propose une vingtaine de visites guidées thématiques en ville de Berne.
La visite «Bern am Ball» est organisée jusqu'au 10 septembre.
Quelque 500 visites permettent chaque année à 10'000 personnes de découvrir la ville fédérale.
L'EURO 2008 A BERNE
Le stade du Wankdorf a été rasé en 2001 pour faire place au Stade de Suisse, terrain du club bernois Young Boys. Il a une capacité de 32'000 places.
Trois matches de l'EURO 2008 s'y joueront:
Hollande – Italie (lundi 9 juin 20h45)
Hollande – France (vendredi 13 juin 20h45)
Hollande – Roumanie (mardi 17 juin 20h45)
La Place fédérale (Bundesplatz) et la Waisenhausplatz seront équipées d'écrans géants pour la retransmission des matches. Une partie de la vieille ville sera déclarée «zone des supporters».