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Dans les années soixante, dans la foulée des réformes initiées dans l’Église catholique par le concile Vatican II, le pape Paul VI a amorcé un mouvement ayant pour but de modifier en profondeur les usages liturgiques catholiques. Cette réforme a abouti, en 1970, à la publication d’une nouvelle édition du Missel romain – livre qui réunit tous les textes et les indications nécessaires à la liturgie – incluant une refonte de la célébration de la messe, considérablement modernisée. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la «forme ordinaire» du rite romain, par opposition à la «forme extraordinaire» qui était en vigueur jusque-là sous le nom de rite tridentin.
Dans la foulée de ces réformes, certaines pratiques se sont largement répandues, comme l’utilisation systématique de la langue vernaculaire pour toutes les prières et les lectures de la messe, ou encore la communion debout et dans la main, plutôt qu’à genoux et sur la langue. On a également généralisé la célébration de la messe «face au peuple» et non plus ad orientem – en direction de l’Est, sens de construction habituel des églises. En effet, l’usage majoritaire jusqu’à ce moment-là était que le prêtre célèbre la messe en regardant dans la même direction que les fidèles, toute l’assemblée étant symboliquement tournée vers Dieu.
En réaction à ces évolutions, un mouvement dit «traditionaliste», défenseur de la messe traditionnelle, s’est développé au sein même de l’Église catholique. Il est désormais implanté dans de nombreux lieux, remédiant souvent au manque toujours plus marqué de prêtres catholiques. A Fribourg, par exemple, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre – une communauté de prêtres traditionalistes – est responsable de la Basilique Notre-Dame de Fribourg, depuis de nombreuses années. On peut y voir des prêtres qui portent encore la soutane célébrer la messe selon le rite tridentin, en latin, accompagnée le dimanche par des chants grégoriens.
Étonnamment, ce retour à la tradition, à l’ancien, semble attirer tout particulièrement la jeunesse. «Incontestablement, une des premières choses que l’on remarque lorsqu’on se rend à la messe traditionnelle, c’est le nombre de jeunes», affirme Tanguy, jeune catholique jurassien de 29 ans. «Je fréquente aussi les messes en rite ordinaire, mais j’y suis souvent le seul paroissien en dessous de 50 ans. La différence est flagrante», continue-t-il. Guillaume, la vingtaine, fréquente aussi régulièrement la messe traditionnelle. Il fait à peu près le même constat: «A la messe du dimanche à la Basilique de Fribourg, l’église est pleine, et en grande partie remplie de jeunes et de familles.» Pour lui, c’est une évidence: «Il y a un vrai mouvement de la jeunesse autour de la forme extraordinaire du rite romain.»
Comment expliquer ce phénomène? Les jeunes interrogés semblent tous d’accord sur un point: la messe traditionnelle offre des repères dans la pratique de la religion. Comme le note Simon, un autre jeune fidèle de la Basilique de Fribourg, les messes traditionnelles, parce qu’elles sont très codifiées, offrent une stabilité et donc une certaine paix, importante pour de nombreuses personnes. En outre, c’est aussi un sens du sacré que les jeunes trouvent dans la célébration du rite tridentin: «Le soin, l’attention, la minutie du prêtre et des servants dessinent les contours du mystère imperceptible pour nos sens, pourtant bien présent», détaille Tanguy, pour qui le rituel très strict de la messe traditionnelle «pousse à se questionner sur la signification des gestes de la liturgie».
Mais au-delà de la liturgie, ces jeunes semblent néanmoins accorder une importance cruciale au fait que les gestes, les codes, ne doivent pas être, et ne sont pas la fin ultime de la pratique religieuse. Ils doivent s’ancrer dans une vraie vie spirituelle, qui ne se réduit pas à des questions de forme. La liturgie traditionnelle, selon eux, est d’abord un vecteur de la foi. Sans la foi, elle n’aurait aucun sens.
Antoine Bernhard est rédacteur pour «Le Regard Libre».
leregardlibre.com