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Pionnier du renouveau de la musique ancienne et fervent défenseur d'une pratique musicale fondée sur l'histoire, Sir John Eliot Gardiner fêtera son 80e anniversaire le 20 avril prochain. À cette occasion, le chef d'orchestre britannique dirigera ses deux ensembles, le Monteverdi Choir et les English Baroque Soloists, dans la Messe en si mineur de Bach à l’église St Martin-in-the-Fields de Londres. Avant cela, il dirigera l'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise dans un programme qui mettra à l’honneur Schubert, Haydn et Weber. Grâce à nos collègues de la BR, nous avons pu lui poser 3 questions.
Q : Vous allez diriger la Messe en si mineur de Bach à l'occasion de votre 80e anniversaire. Comment cette œuvre, et la musique de Bach en général, ont-elles influencé votre vie et votre carrière ?
R : Difficile de répondre à cette question en quelques mots ! C'est merveilleux de revenir à la Messe en si mineur de Bach. Pour moi, c'est une sorte d'idéal que Bach avait, dans lequel il a mis toute son énergie, une œuvre qu'il n'a probablement jamais entendue lui-même en concert, en tout cas pas dans sa totalité. Or elle présente de multiples facettes, s'inspire de différentes périodes de sa vie : l'époque où il était à Weimar, celle où il vivait à Köthen, la période où il était à Leipzig... Et pourtant, elle a été composée pour Dresde, où il n'a jamais travaillé, et elle était destinée à accompagner la candidature de son fils aîné, Wilhelm Friedemann, au poste d'organiste de cette ville. On trouve de tout dans la Messe en si mineur, c'est ce que j'aime. Elle incarne à elle seule la richesse, la vitalité et l'étendue du champ musical de Bach. Elle représente aussi, à mes yeux, ses luttes personnelles avec la religion. Les gens peuvent trouver cela étrange, mais je pense que Bach, comme beaucoup d'entre nous aujourd’hui et un grand nombre de personnes à son époque, avait des doutes, se posait des questions difficiles, des questions spirituelles de croyance. Je pense qu'on peut l'entendre dans le Credo, lorsqu'il a soudain des doutes, puis qu'ils se dissipent. Et il y a des moments comme dans le Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum, où l'on sent qu'il a des doutes et qu'il y répond. Tout cela le rend tellement plus accessible et tellement plus humain.
Le 24 mars 2023, vous entamerez aux côtés de l'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise un cycle Schubert avec sa Symphonie n° 1, qui s'étendra sur trois saisons. Qu'appréciez-vous dans la direction de la musique orchestrale de Schubert et qu'espérez-vous découvrir au cours de cette période ?
Je vais vous dire... Pour moi, Schubert est avant tout un compositeur de lieder, de musique de chambre et de musique pour piano. Cela signifie que ses symphonies - à l'exception de Symphonie inachevée et de la « Grande symphonie » - ont tendance à être oubliées. Je pense que ce cycle sera donc une merveilleuse occasion de les remettre à l’honneur. Car Schubert a apporté à ses symphonies la même magie en termes de mélodie. Il leur a donné sa merveilleuse oreille pour les sonorités et surtout il a mis à profit son incroyable imagination, qu'il a aussi apportée à ses chansons - ses Lieder - et à sa musique de chambre.
En dehors de vos activités musicales, vous êtes également passionné par l'agriculture durable. Comment séparez-vous ces deux activités ? Voyez-vous des parallèles entre les deux ?
Je les sépare difficilement car je me sens coupé en deux. J'aime à la fois mes responsabilités et ma passion pour la musique et pour l'agriculture durable, la gestion des forêts, le travail en harmonie avec la nature, le travail en harmonie avec les musiciens et avec la musique, en tant que chef d'orchestre professionnel. Ce sont les deux faces d'une même pièce, même si elles exigent des compétences très différentes. Mais elles sont complémentaires et... ce sont des fils parallèles qui ont traversé toute ma vie et je serais perdu si je devais sacrifier l'un ou l'autre !
Cette interview a été réalisée par Susanna Felix, de la BR, le 22 mars 2023
Offre de l’Échange de musique
Le concert du 24 mars donné par Sir John Eliot Gardiner et l'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise est offert par la BR et disponible dans le système MUS sous la référence SM/2022/08/14/06. Le concert dédié à son 80e anniversaire, avec le chœur Monteverdi et les English Baroque Soloists, aura lieu le 24 avril 2023. Il est proposé par la BBC et disponible dans le système MUS sous la référence SM/2023/02/11/01. Par ailleurs, la MTVA met à disposition un concert donné par la violoniste Isabelle Faust, l'altiste Antoine Tamestit et les English Baroque Soloists à Müpa ; ce concert est disponible dans le système MUS sous la référence SM/2023/02/44/01. Enfin, un concert offert par la NPO avec le pianiste Sir Stephen Hough et le Royal Concertgebouw Orchestra est disponible dans le système MUS sous la référence SM/2023/02/19/01.