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L'Eglise parle un langage clair quand elle rencontre le monde du travail
L'éthicien économique Lukas Schwyn, aujourd'hui pasteur à Signau et professeur d'éthique dans les hautes écoles, a dirigé jusqu'en 2004 le service Ethique économique des Eglises réformées Berne-Jura-Soleure. Il a œuvré pour qu'une éthique de la responsabilité orientée sur le développement durable soit débattue dans l'économie bernoise et dans les paroisses.
Lukas Schwyn, lorsque tu regardes en arrière, où l'Eglise a-t-elle été porteuse d'un message d'espérance?
Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à cette thématique, l'éthique économique entamait un essor fulgurant. Si des théologiens s'y intéressaient depuis longtemps, l'Université de Saint-Gall ouvrait la première chaire d'éthique économique du monde germanophone. Lors de rencontres, nous pouvions rejoindre des responsables de l'économie qui étaient relativement éloignés de l'Eglise. Nous pouvions soutenir ceux qui voulaient apporter la réflexion économico-éthique dans la pratique économique et il était réjouissant de constater à quel point l'Eglise était respectée en ce qui concerne les questions éthiques.
Dans les paroisses, ton nom était synonyme de réflexion différenciée sur les thèmes de l'éthique économique. Tu as contribué au fait que l'Eglise avait quelque chose à dire dans le domaine des entreprises. Où serait-il aujourd'hui nécessaire de rechercher le dialogue à la croisée des chemins avec la société et le monde du travail?
Crise bancaire, crise financière, crise de la dette... il semble que l'évolution du marché financier et de l'économie ait un impact immense sur la vie de tout un chacun. En Suisse, nous nous en sortons plutôt bien, mais dans de nombreux pays, les gens souffrent beaucoup de la charge de leurs dettes, des programmes d'austérité et de la brutalité du marché mondialisé. L'Eglise doit s'exprimer, si elle veut rester crédible. C'est ce que la FEPS a fait au travers de son étude "Des règles honnêtes pour une économie équitable". Les services ŒTN et les œuvres d'entraide de l'Eglise ont fait parler l'injustice sur le marché global. Pour ce qui est de la réalité en Suisse, il faut aussi parler de la charge toujours plus forte sur les employés, la foi (superstitieuse ?) dans le secret bancaire et la disparition des compétences sociales dans les étages de direction.
Tu es aujourd'hui en lien avec des entreprises et des institutions menant une réflexion sociale dans le monde du travail. Quelle importance ce réseau aura-t-il dans le futur pour l'Eglise bernoise?
L'Eglise ne peut pas seulement exiger, elle doit aussi être présente là ou des hommes, des femmes et des entreprises tentent de réaliser ces exigences. Voilà pourquoi je me suis engagé dans cette voie, ce qui a par exemple donné naissance au projet LIFT pour les jeunes qui sont fragilisés au moment de quitter l'école pour entrer dans le monde du travail. Les responsables économiques doivent pouvoir sentir que l'Eglise ne se contente pas d'énoncer des renvendications, mais qu'elle collabore aussi à leur mise en œuvre. L'Eglise deviendra alors crédible à leurs yeux et ils verront l'intérêt de la soutenir à leur tour, en payant leurs impôts ecclésiastiques, ce qui pourrait être déterminant pour le futur de l'Eglise bernoise.
Thomas Schweizer