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Dans le nord, la situation s’est détendue progressivement après les fortes chutes de neige, mais simultanément d’intenses chutes de neige s’abattaient dans le sud du Valais entrainant une activité avalancheuse très importante. Le mardi 9 janvier, un très fort danger d’avalanche (degré 5) était annoncé pour les vallées de la Viège et la région du Simplon. Le degré de danger le plus élevé n’y avait jamais été utilisé au cours des 9 dernières années.
Dans la nuit du jeudi au vendredi, les fortes chutes de neige continues depuis le Nouvel An ont cessé dans l'ouest et le nord. Globalement, il était tombé au-dessus de 2200 m environ les quantités suivantes de neige depuis le passage à l'année 2018 (cf. figure 1):
Ces grandes quantités de neige avec une limite des chutes de neige montée jusqu'à 2000 m à la fin des précipitations ont donné lieu à une situation avalancheuse critique le jeudi (cf. dernier Rapport hebdomadaire) et encore le vendredi avec un fort danger d'avalanche en Valais, sur la crête nord des Alpes et dans la plupart des régions des Grisons (carte du danger d'avalanche du 5 janvier).
L'importante activité avalancheuse (cf. figure 2) confirmait très largement le fort danger d'avalanche dans les régions concernées. De nombreuses grandes avalanches ont eu lieu tout particulièrement en Valais, dans le centre des Grisons et en Basse-Engadine. Dans ces régions, la combinaison de la surcharge due à la neige fraîche ou à la pluie et du manteau fragile de neige ancienne était la plus défavorable. Sur le versant nord des Alpes, le manteau de neige ancienne était déjà si bien consolidé que le nombre de grandes avalanches était nettement moins élevé. On y a surtout observé des avalanches de neige mouillée et des avalanches de glissement.
Le vendredi, un survol depuis la région de Davos jusqu'en Basse-Engadine permettait de voir beaucoup d'avalanches très étendues, tout particulièrement en Basse-Engadine (cf. photo 3). C'était principalement les pentes exposées au sud qui s'étaient purgées, ce qui laissait présupposer la présence de couches fragiles dans le voisinage de croûtes.
Le samedi 6 janvier, des précipitations ont commencé dans le sud avec une intensité moyenne jusqu'au dimanche soir. Le dimanche soir, l'apport de neige dans la région du Simplon et dans le Val Bedretto était d'environ 50 cm. La limite des chutes de neige se situait entre 1500 et 1800 m.
Le lundi, les précipitations se sont ensuite étendues plus loin dans le Valais et elles se sont nettement intensifiées. La plus forte intensité de précipitations a été atteinte l'après-midi et dans la nuit du lundi au mardi (cf. figure 4). Il est tombé temporairement jusqu'à 10 cm de neige par heure, ce qui correspond à une intensité très élevée et n'est observé qu'assez rarement. Pendant les précipitations, la limite des chutes de neige est légèrement descendue et, le mardi, elle se situait aux alentours de 1300 à 1600 m en Valais.
Au cours de ces quatre jours, il était tombé jusqu'à 2 m de neige dans les vallées du sud de la Viège et dans le sud de la région du Simplon touchées par les précipitations les plus abondantes (cf. figure 5).
En raison de ces importantes chutes de neiges, mais également du fait que les dernières fortes chutes de neige en Valais ne dataient que de quelques jours, le danger d'avalanche a augmenté sensiblement pour atteindre, le mardi 9 janvier, le degré de danger 5 (très fort) dans les vallées de la Viège et dans le sud de la région du Simplon. De nombreuses grandes avalanches et localement également de très grandes avalanches se sont produites surtout dans les régions touchées par les précipitations les plus abondantes. Ce n'est sans doute qu'après la clôture de la rédaction de ce rapport qu'il sera possible d'avoir un aperçu complet de l'activité avalancheuse.
Les fortes précipitations se limitaient aux régions du sud. Dans le nord, il n'avait pratiquement pas neigé de sorte que la diminution du danger d'avalanche y prédominait. Jusqu'à la fin de la période examinée par ce rapport hebdomadaire, un faible danger ou un danger limité d'avalanche (cf. figure 6) prévalait sur une grande partie du nord.
Les 10 et 11 janvier, il n'y a pratiquement plus eu de précipitations et le vent a également diminué. Comme c'est habituellement le cas après de si fortes chutes de neige, la situation s'est rapidement détendue après la fin des précipitations. Un autre élément favorable est que les températures ont lentement diminué et que le manteau neigeux s'est par conséquent consolidé, surtout à moyenne altitude. Le jeudi 11 janvier, le danger d'avalanche n'était plus au degré 4 ou 5 dans aucune région (cf. figure 6).
Aux stations d'observation, les quantités de neige fraîche de cette période de précipitations ou également de la période de précipitations du 1er au 5 janvier n'étaient pas vraiment exceptionnelles, parce qu'à ces altitudes, il avait souvent plu. La situation était différente aux stations IMIS: Les sommes de neige fraîche de 3, 5 ou 7 jours étaient certes exceptionnelles, mais elles n'atteignaient pas des valeurs record. Il n'en va pas de même pour les cumuls de neige de 10, 11 et 12 jours. Depuis le début de l'année, beaucoup de stations ont enregistré pratiquement chaque jour un apport de neige. Par conséquent les sommes de neige fraîche de 12 jours se situaient clairement au rang 1 aux stations de la vallée de Zermatt (voir tableau 1).
Contrairement à la vallée de Zermatt, les stations de la vallée de la Saas enregistraient des cumuls de neige fraîche relativement faibles. Elles avaient vraisemblablement subi l'influence du vent. Sur le champ de mesure Egginer (4EG) au-dessus de Saas Fee, il n'a pas été possible d'effectuer le relevé au cours de ces journées. Dans la région du Simplon, les sommes de neige fraîche étaient à nouveau similaires à celles de la vallée de Zermatt. Les sommes de neige fraîche de 12 jours de la période actuelle de fortes chutes de neige donnent des valeurs entre 350 et 500 cm. Les deux stations SPN3 et BOR2 dans la région du Simplon avaient déjà connu des épisodes avec des valeurs environ 20-30 % plus élevées. Une comparaison avec les valeurs maximales de cumuls de neige fraîche de 12 jours d'autres épisodes de fortes chutes de neige sur le versant nord des Alpes montre que les valeurs y étaient similaires. C'est ainsi qu'en février 1999, la station Gadmen (GAD2) dans la région du Susten avait enregistré une somme de neige fraîche de 509 cm et la station comparative Elm (3EL) une somme de 452 cm.
|Station||Date||Somme de neige fraiche de 12 jours||Hauteur de neige||Augmentation de la hauteur de neige sur 12 jours|
|Oberer Stelligletscher, Zermatt (STN2)||10.01.2018||443||227||224|
|09.02.1999||261||267||116|
|Zermatt, Gornergrat (GOR2)||10.01.2018||345||243||161|
|30.04.2014||244||274||86|
|Bortelsee, Simplon (BOR2)||16.11.2014||581||273||259|
|10.01.2018||464||370||231|
|Wenghornd, Simplon (SPN3)||26.11.2002||555||280||260|
|10.01.2018||402||307||168|
La hauteur de neige fraîche aux stations IMIS est calculée à l’aide du modèle de manteau neigeux SNOWPACK. En effet, puisque le manteau neigeux se tasse pendant et après une chute de neige, la hauteur de neige fraîche ne peut pas être simplement déterminée en faisant la différence des hauteurs de neige entre deux instants (Fig. 7, a). La hauteur de neige fraîche doit alors être extraite d’une modélisation numérique. Le modèle simule le tassement en fonction de la microstructure, du contenu en eau liquide, de la densité et de la masse. Le contenu en eau liquide est lui même dépendant du bilan énergétique et de pluie éventuelle. Ceci signifie qu’une station possédant un pluviomètre permettra de simuler beaucoup plus précisément la neige fraîche (Fig. 7, b et c): en
présence de pluie, le manteau neigeux se tasse en effet beaucoup plus que dans le cas d’une simulation n’ayant pas accès à cette information. Ainsi les pluviomètres améliorent significativement l’évaluation de la hauteur de neige fraîche. Malheureusement, les pluviomètres sont particulièrement peu fiables pour mesurer les précipitations solides (ils peuvent se boucher avec de la neige accumulée, sous-évaluent significativement les précipitations lorsqu’il vente, etc). De plus en plus de stations IMIS sont équipées de pluviomètres.
Pour la première fois depuis 2008, le degré de danger le plus élevé, c'est-à-dire 5 (très fort) a été utilisé. En 2008, ce degré de danger ne s'était pas confirmé (cf. Rapport hebdomadaire). Une comparaison avec l'hiver avalancheux de 1998/99 montre par ailleurs que cette fois-ci le danger était beaucoup plus limité dans le temps et dans l'espace. En février 1999, cela concernait les régions et les jours avec très fort danger d'avalanche suivants:
21 février: tout le versant nord des Alpes et le Haut-Valais
22 février: tout le versant nord des Alpes, tout le Valais, nord des Grisons, Samnaun
23 février: tout le versant nord des Alpes, tout le Valais, nord des Grisons, Samnaun
24 février: tout le versant nord des Alpes, tout le Valais, nord des Grisons, Samnaun
25 février: tout le versant nord des Alpes, tout le Valais, nord des Grisons, Samnaun
Par conséquent, en février 1999, l'activité avalancheuse était elle aussi d'une autre ampleur (on enregistrait quelque 1200 avalanches ayant occasionné des dégâts). Quoi qu'il en soit, cette période avalancheuse était exceptionnelle plus particulièrement pour les vallées de la Viège et la région du Simplon. Une analyse plus approfondie de la situation paraîtra dans le rapport de l'hiver.
Pour ce qui concerne l'évolution du manteau neigeux pour la suite de l'hiver, ces fortes chutes de neige peuvent être considérées comme positives. Sur le versant nord des Alpes, la constitution du manteau neigeux était bonne. En Valais, les couches fragiles proches du sol ont été recouvertes d'épaisses couches de neige de cette période, après la consolidation des couches de neige fraîche et de neige soufflée, des avalanches ne devraient guère plus pouvoir se décrocher dans ces couches proches du sol. La constitution la plus défavorable du manteau neigeux concernait le centre des Grisons, l'Engadine et les vallées du sud des Grisons (cf. figure 8). Dans ces régions, des déclenchements d'avalanches semblaient encore possibles dans les couches fragiles proches du sol.
Le manteau neigeux est souvent marqué par l'action du vent en altitude et par la douceur du temps et la pluie aux altitudes moyennes. En dessous de 1500 m environ, on relève une diminution de l'équivalent en eau de la neige pouvant aller jusqu'à 40 mm en raison de la fonte de la neige dans les régions de l'Aar, de la Limmat et du Rhône.
De telles périodes avalancheuses constituent toujours des tests pour la protection paravalanche. Une fois de plus, on a pu constater l'importance des ouvrages de protection. Ils protègent efficacement les infrastructures, et en particulier les habitations et les voies de communication. Mais lors de périodes avalancheuses exceptionnelles, comme celle que nous venons de connaître, les ouvrages de protection montrent également leurs limites (cf. photos 9 et 10).
De telles situations avalancheuses imposent également énormément de contraintes à la protection temporaire contre les avalanches et aux responsables de la sécurité. Grâce aux nombreuses installations fixes de minage, de grandes améliorations ont été apportées dans le domaine des déclenchements artificiels d'avalanches par rapport à l'hiver avalancheux de 1998/99. Ces installations permettent de déclencher des avalanches par petites portions, non seulement par beau temps à partir de l'hélicoptère, mais déjà pendant les chutes de neige (cf. photo 11 et les vidéos déclenchement d'avalanches au moyen d'explosifs au Schafberg et déclenchement d'avalanches au moyen d'explosifs au Pizol).
Grâce au très bon travail des responsables locaux de la sécurité, qui ordonnent des mesures temporaires telles que fermetures d'accès et évacuations ou effectuent des déclenchements artificiels d'avalanches, il n'y a pas eu de dommages corporels.
Une évaluation globale des avalanches ayant provoqué des dégâts matériels ne sera possible qu'en été, car dans les zones reculées les dommages à la forêt ou aux cabanes de montagne, par exemple, ne peuvent parfois être constatés qu'au printemps. A ce jour, 8 avalanches avec dégâts matériels ont été enregistrées dans le canton du Valais (cf. tableau 2).
|Date||Canton||Localité||Dégâts|
|05.01.2018||VS||Merdenson||Pont détruit, dégâts forestiers éventuels|
|05.01.2018||VS||Merdenson||Dégâts forestiers, route ensevelie|
|08.01.2018||VS||St. Niklaus||Ligne de chemin de fer Cervin-Gothard et route fermée ensevelie, caténaire endommagé, dégâts forestiers (cf. photo 8).|
|09.01.2018||VS||Merdenson||Pont déjà détruit, vraisemblablement dégâts forestiers supplémentaires|
|09.01.2018||VS||Ginals||Pylônes de remontées mécaniques arrachés|
|09.01.2018||VS||Tufterchumme||Sinistre total de la station de vallée "Chumme"|
|09.01.2018||VS||Egginer||Dégâts matériels inconnus (dégâts forestiers et/ou piste ouverte)|
|09.01.2018||VS||Eisten||Dégâts matériels inconnus (dégâts forestiers et/ou infrastructure)|
Evolution du danger
Bulletins d'avalanche de cette période.