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Les rapports qu’entretiennent la Suisse et la Russie ont toujours été particuliers au cours de l’histoire. Dans différents livres leur relation est documentée. Dans le livre «Käser, Künstler, Kommunisten»1 [Fromagers, artistes, communistes] les biographies de quelques personnalités sont documentées et il y est décrit de quelle façon ils ont œuvré dans leurs pays respectifs. Une longue tradition d’échange réciproque est née et persiste jusqu’à nos jours. Déjà au XVIIe siècle, Pierre le Grand a nommé le Suisse François Lefort (1656-1699) premier amiral de la marine nouvellement créée. De même, des Suisses ont joué un rôle important dans la formation russe et, au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, dans l’économie croissante. Non seulement des Suisses étaient fascinés par la Russie, mais dès le XVIIIe siècle, on observe un mouvement croissant de la Russie vers la Suisse. Surtout Genève devint la capitale russe en Suisse et cette ville offrit à beaucoup de Russes une nouvelle patrie.2
Quiconque conduit sa voiture le long de l’ancienne route du Gothard de Göschenen à Andermatt, croise la gorge de Schöllenen et apperçoit à gauche le grand monument Souvorov. En 2009, le président russe Dmitri Medvedev, premier chef d’Etat russe à se rendre en Suisse, ne s’est pas privé de visiter le monument avec Rudolf Merz, à l’époque président de la Confédération. En 1799, Souvorov a traversé avec son armée plusieurs cols suisses, dans le but de chasser Napoléon de la Suisse, avec le soutien des Autrichiens.
Lorsque, pendant le Congrès de Vienne de 1814/1815, l’Europe fut réorganisée après les guerres napoléoniennes, la Russie a vigoureusement soutenu l’idée de la neutralité suisse, finalement reconnue par les grandes puissances européennes au niveau du droit international. Le tsar Alexander Ier, «disciple du Suisse Fréderic César de La Harpe»3, y a joué un rôle décisif. Depuis ce temps-là, la Suisse bénéficie jusqu’à nos jours d’un rôle exceptionnel au sein de l’Europe. En tant qu’Etat neutre, entouré d’Etats ayant dû céder une partie de leur souveraineté en raison de leur appartenance à une alliance, la Suisse peut toujours décider de sa propre politique. Grâce à cette situation particulière, divers groupes de personnes persécutées pour des raisons politiques en Europe se sont réfugiées en Suisse au cours du XIXe et XXe siècle.
Les révolutionnaires sociaux russes, révoltés contre le régime tsariste et poursuivis par la Tcheka, la police secrète tsariste, se sont souvent réfugiés en Suisse. Là, le système démocratique les protégeait et la tradition humanitaire leur accordait refuge. A cette époque-là, Genève est devenu un centre de révolutionnaires sociaux russes bénéficiant d’une grande liberté en Suisse. Des représentants de l’anarchisme russe tels Piotr Kropotkine et Michael Bakounine agirent un certain temps depuis la Suisse dans leur patrie. Des dirigeants des Mencheviki tel Georgi Plekhanov ou Véra Zassoulitch s’installèrent à plus long terme en Suisse, étant donné que tous ceux qui s’engageaient en faveur de la démocratie étaient poursuivis. La personnalité la plus connue était certainement Vladimir Ilitch Oulianov, nommé Lénine, qui trouva protection à Genève et Zurich devant la police secrète russe, jusqu’à son retour en Russie en 1917.
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les deux pays se sont efforcés à normaliser leur relation. La preuve est qu’ils ont entamé en 1946 des pourparlers diplomatiques. L’année prochaine, la Russie et la Suisse célébreront le jubilé de 70 ans de relations diplomatiques.
Depuis la Perestroïka, entamée par Mikhaïl Gorbatchev, les contacts entre la Russie et la Suisse se sont intensifiés dans tous les domaines de la cohabitation sociale. Au cours de la première moitié du XXIe siècle, la Suisse fait partie des «plus importants investisseurs étrangers en Russie».4
La qualité des relations russo-suisse s’est manifestée aussi ces derniers temps. La visite officielle de deux jours de Dmitri Medvedev en 2009 était l’expression d’une grande estime envers la Suisse. Dans un de ses discours, il s’opposa aux pressions sur la Suisse de quelques Etats de l’UE et des Etats-Unis, défendit le secret bancaire suisse et le prisa en tant que droit protégeant la personnalité. A l’époque, c’était le seul Etat qui prenait position aussi clairement en faveur de la Suisse. Lors de cette visite le chef d’Etat Medvedev reprit l’idée de Mikhaïl Gorbatchev, d’édifier une architecture de sécurité commune en Europe5, et il invita la Suisse à y participer. Aujourd’hui, les citoyens seraient heureux, vu la crise en Ukraine, s’il y avait en Europe une architecture de sécurité empêchant les conflits ou aidant à les résoudre de manière pacifique.
Lorsque en 2014, la Suisse présidait l’OSCE, elle s’efforça de prendre ce chemin vers davantage de paix en Europe. Grâce à l’acceptation de la neutralité suisse, on a réussi à trouver une conciliation entre les partis du conflit en Ukraine, dont les structures de base étaient aussi le résultat de l’engagement suisse. La Suisse est applaudie de tous pour son engagement, aussi du ministre des Affaires etrangères russe Sergueï Lavrov qui, durant cette période, a entamé à maintes reprises le dialogue avec des représentants suisses, en particulier avec le conseiller fédéral Didier Burkhalter.
Depuis 2007, il y a le «Mémorandum d’entente», qui vise le renforcement des relations entre la Russie et la Suisse à plusieurs échelons. Les deux Etats tiennent à un dialogue constructif, et avec la signature de ce mémorandum, les relations se sont intensifiées. Cette préoccupation est soutenue avec des démarches politiques au Parlement suisse. Ainsi, Oskar Freysinger, conseiller national et conseiller d’Etat valaisan, a par exemple déposé une motion obligeant le Conseil fédéral à «engager sans tarder des négociations avec la Russie en vue d’un accord de libre-échange».6
Freysinger justifie son intervention politique par les rapports de longue date que la Suisse et la Russie soignent et par le fait que la Russie est partie intégrale de l’Europe et ne doit en aucun cas être isolée.
Des rencontres telles qu’elles ont eu lieu en marge de l’Assemblée de l’Union interparlementaire à Genève sont très souhaitables et peuvent fournir une contribution essentielle pour l’entente des peuples et pour la paix. •
1 Käser, Künstler, Kommunisten; éditeurs: Eva Maeder et Peter Niederhäuser, Zurich 2009
2 Michail Schischkin: Die russische Schweiz, Zurich 2003
3 Käser, Künstler, Kommunisten, p. 23
4 ibidem, p. 11
5 Michail Gorbatschow: Das neue Russland, Cologne 2015
6 Horizons et débats, no 24 du 22/9/15
Communiqué de presse
Le 20 octobre 2015, le président du Conseil national, M. Stéphane Rossini, s’est entretenu avec le président de la Douma d’Etat, M. Sergueï Narychkine, au sujet des relations bilatérales entre la Suisse et la Russie. La veille, le président du Conseil des Etats, M. Claude Hêche, avait fait de même avec la présidente du Conseil de la Fédération de Russie, Mme Valentina Matvienko.
Lors des entretiens avec leurs homologues russes, tant le président du Conseil national que celui du Conseil des Etats ont souligné l’importance que revêt le protocole d’entente (Memorandum of Understanding) que les deux pays ont signé en 2007; créant les conditions nécessaires à une collaboration accrue, ce document est considéré comme un pilier des relations bilatérales entre la Suisse et la Russie. La coopération bilatérale porte sur un grand nombre de secteurs, les domaines techniques – et notamment ceux de l’innovation, de la recherche, de la santé et de l’énergie – offrant un potentiel tout particulier.
Dans la perspective du 70e anniversaire de la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, qui sera célébré en 2016, l’idée a en outre été lancée de procéder à des échanges approfondis sur le fédéralisme, qui constitue l’un des piliers des deux Etats et permet avant tout de préserver la variété dans l’unité et de rapprocher l’Etat du citoyen.
Ces échanges ont également été l’occasion de rappeler l’engagement de notre pays en faveur de la coexistence pacifique des peuples. Après avoir dirigé l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 2014, la Suisse préside encore à la destinée de cette organisation au sein de la troïka qu’elle forme avec la Serbie (présidente en 2015) et l’Allemagne (présidente en 2016); à ce titre, elle s’engage en faveur de la sécurité et de la stabilité dans la zone OSCE. La crise ukrainienne reste une priorité dans ce contexte.
Evoquant le conflit armé qui perdure depuis plus de quatre ans en Syrie et la grave crise humanitaire qui s’en suit, les présidents des conseils ont émis l’espoir de pouvoir rapidement définir, avec la Russie et avec la communauté internationale, une approche globale afin de résoudre la crise migratoire et les problèmes politiques liés à ce conflit.
Depuis que le protocole d’entente a été signé en 2007, les relations bilatérales entre la Suisse et la Russie se sont intensifiées. Ainsi, à l’échelon parlementaire, plusieurs sommets ont été organisés en marge de conférences internationales. En outre, des contacts réguliers dans le cadre des intergroupes parlementaires ont largement contribué au renforcement des relations entre les Parlements des deux pays.
Lors de son entretien avec le président de la Douma d’Etat, le président du Conseil national était accompagné du conseiller national Pierre-François Veillon, président de la délégation suisse auprès de Union interparlementaire (UIP), de trois autres membres de la délégation – à savoir la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz, le conseiller national Felix Müri et le conseiller aux Etats Peter Bieri – et des co-présidents de l’intergroupe parlementaire Suisse-Russie, le conseiller national Jean-François Steiert et le conseiller aux Etats Filippo Lombardi.
Quant au président du Conseil des Etats, il était accompagné, lors de sa rencontre avec la présidente du Conseil de la Fédération de Russie, du conseiller national Pierre-François Veillon, président de la délégation suisse auprès de l’UIP, et du conseiller aux Etats Peter Bieri, membre de la délégation.
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