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Critique
"Le 5 juin 1968, à l'hôtel Ambassador de Los Angeles, le sénateur Robert Kennedy tombe sous les balles d'un Jordanien. BOBBY, film de fiction conçu comme une œuvre ""chorale"" par le comédien-réalisateur Emilio Estevez, tente de recréer l'atmosphère des lieux ce jour-là et de brosser un tableau de la société américaine de l'époque, sur fond d'assassinat de Martin Luther King, d'émeutes raciales, de guerre au Viêtnam et de mouvement hippie. Une évocation du climat politique et social des Etats-Unis qui reste pourtant assez superficielle, caricaturale même par moments. On peine à s'intéresser aux démêlés conjugaux de certains clients de l'Ambassador, au conflit qui oppose le patron de l'établissement à son chef du personnel, aux petits soucis d'adolescents en mal de L.S.D. La question de l'immigration étrangère, décrite à travers les disputes qui éclatent entre les employés des cuisines de l'hôtel, est encore ce qui passe le mieux.
Il ne faut pas chercher dans BOBBY un portrait de Robert Kennedy - qu'on ne voit d'ailleurs que brièvement, et de dos. Si une figure du sénateur apparaît tout de même, c'est celle qui se dégage de tous ses discours (enregistrés par la TV) durant les années 67-68, au moment où il incarnait peut-être un espoir de renouveau. Des discours intégrés au film et qui résonnent aujourd'hui comme un appel à la paix et à la justice sociale.
Face à l'importance et à l'intérêt de ces documents-là, les protagonistes de ce très long métrage ne font guère le poids - même si le gratin d'Hollywood est là -: on croise l'ancien portier de l'hôtel (Anthony Hopkins) et son vieil ami (Harry Belafonte), on assiste aux fâcheries du patron de l'établissement (William H. Macy) avec son épouse esthéticienne (Sharon Stone), on rencontre une chanteuse alcoolique (Demi Moore) et bien d'autres personnages encore (Helen Hunt, Freddy Rodriguez, Christian Slater, Elijah Wood, Laurence Fishburne...)
Le réalisateur Emilio Estevez se réclame ambitieusement de Robert Altman, mais n'est pas l'auteur de GOSFORD PARK ou de SHORT CUTS (voir en p. 32) qui veut! Montage en parallèle assez scolaire, histoires qui s'entremêlent, on s'agite beaucoup dans BOBBY, mais pour peu de chose. Coup de projecteur sur un tragique événement historique, le film reste peut-être une œuvre élégante, mais l'absence d'un véritable point de vue se fait cruellement sentir."
Antoine Rochat