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"Quiconque s'est attardé en Bavière y a constaté l'étrange, le farouche piétisme qui s'y exalte encore"
Deux églises que nous aimerions étudier plus profondément. Die Wies comme exemple de l'une des plus petites et confidentielles des églises de la Bavière. Ottobeuren comme exemple de l'une des plus grandes et des plus majestueuses des églises en Bavière.Die Wies - Wallfahrtskirche zum Gegeisselten Heiland Gegeiselte Heiland veut dire le Christ flagellé.
La première pierre de die Wies a été posée
le 31 août 1746. La consécration solennelle a été
faite le 2 septembre 1749, seulement trois ans plus tard! Grâce à
Maria Lory et grâce à Zimmermann et Sturm nous trouvons au
milieu de ce paysage bavarois l'admirable église die Wies, toute
blanche et jaune-citron, à l'endroit même où jusqu'en 1746
il n'y avait qu'une toute petite église pour tout juste quinze personnes.
L'église a l'étrange forme d'un rognon, pourrait-on dire. A l'intérieur, une partie ovale où sont reçus les fidèles avec à gauche une chaire et à droite une tribune de chantre.
Le maître-autel est en profondeur. Il a été dessiné par Zimmermann et en grande partie conçu par Sturm. On y retrouve le Christ flagellé à qui l'on doit l'église. Dans l'église, formée d'un grand ovale largement ouvert, Zimmermann fait de partout jaillir la lumière et exorcise sans cesse l'ombre. C'est l'anti-baroque par excellence. Le baroque qui crée l'ombre pour mieux mettre à l'évidence le message de Dieu qui lui-même est la lumière. Le rococo exorcise l'ombre de façon à mieux faire jaillir, comme en stéréophonie, le message de Dieu.
De l'endroit d'où vient la lumière, part une série d'arcs soustendus (arcs et arcs en trompe-l'oeil, un jeu de volutes d'arcs amples et en creux) créant un délire formel des plus surprenants. Toutes les recettes que Zimmermann avait inventées au cours de sa carrière sont ici appliquées comme une sorte de testament ultime. Tous les volumes qui se prennent et se reprennent ici sans cesse, sont évidents aussi dans le décor. Dans les peintures, les sculptures et les bas-reliefs nous retrouvons ce jeu de pleins et de vides qui sont vraiment en perpetuum mobile.
Die Wies, perdue dans sa petite vallée, est comme le souffle exacerbé de la foi poussant le vaisseau de l'église!
Nous aimerions conclure en vous présentant l'un des grands abbés d'Ottobeuren: Carl-Eugène von Greiffenclau, un petit cousin du fameux prélat de Würzburg. Il était essentiellement prince et au fond assez peu abbé... Il était si peu abbé qu'il n'était jamais venu à Ottobeuren. Comme les moines d'Ottobeuren s'en plaignaient tout de même, il leur aurait concédé sa présence par le biais d'une sculpture montée sur une roulette! C'est l'une des plus saisissantes plaisanteries qu'un von Greiffenclau se soit jamais permise. Mais aussi l'une des plus saisissantes oeuvre d'art du rococo jamais créées! C'est une sorte de "trompe-la-personne"! La statue montre le prince dans tous ses attributs mondains: cuirasse, canne, épée, grande perruque, chapeau à plumes. Son regard angélique est tellement inattendu... Il était peut-être le plus rococo des prélats de Bavière!