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Cyril, un enfant de presque douze ans hébergé dans un foyer pour jeunes, tente désespérément de retrouver son père. Le jeune garçon refuse d'admettre que son père a déménagé sans prévenir, l'a de fait abandonné et a vendu le vélo qu'il lui avait acheté. Dans le cadre des recherches de familles d’accueil, il rencontre Samantha, une coiffeuse. Elle va s'attacher à lui et arrive à retrouver et racheter le vélo…
Critique
La magie exemplaire du cinéma des Dardenne (deux Palmes d'or, pour Rosetta en 1999, L'Enfant en 2005) est celle d'un scénario et d'une mise en scène qui privilégient l'ellipse, font avancer l'histoire sans dialogues explicatifs, sondent la douleur en la filmant de biais. Elle est suggérée, plus que montrée, par des lieux, des objets - le vélo, une porte fermée, une vitre derrière laquelle se profile l'ombre d'un homme insensible, un téléphone portable qui sonne en vain -, mais aussi par de poignantes métaphores. Ainsi, un robinet qui coule à flots figure le chagrin de l'enfant, qui ne lâchera pas une larme.
Sans temps morts, sans psychologie, sans pathos, osant, pour la première fois chez les Dardenne, quelques lumineuses envolées musicales, Le Gamin au vélo suscite une émotion d'autant plus pure qu'elle échappe au discours édifiant. Les armes utilisées par les deux frères sont hitchcockiennes autant qu'humbles et humanistes, à l'affût d'une rédemption. La messe est rude, le héros est au désespoir, mais résonne en filigrane la soif avide d'un Pater noster.
Explorant l'âme en grattant l'os, ils orchestrent un thriller sentimental, et leur étude morale est digne d'Emmanuel Levinas. Le suspense sentimental est entretenu dans la certitude que "l'éthique est une optique". Le gamin au vélo est cet "enfant pâle" dont parlait le poète Henri Michaux. L'enfant abjuré, tombé de haut, en coma affectif, au bord de la disparition. Du grand art.
Jean-Luc Douin, Le Monde