Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07072.jsonl.gz/228

En mai dernier, les médias rapportaient l’histoire d’un couple divorcé en désaccord à propos de l’alimentation de leur fils. La mère était végétarienne et le père, amateur de viande, était convaincu que, pour sa santé, leur fils devait en manger régulièrement. La justice décida que la mère devrait donner de la viande à son fils au moins une fois par semaine tandis que le père serait autorisé à lui en faire manger au maximum deux fois par week-end.
Savez-vous si ce genre de controverse existe également ailleurs qu’en Suisse?
Le même genre de cas s’est produit en Italie, avec un enfant qui a visiblement fait les frais des disputes de ses parents au cours de leur procédure de divorce. La confrontation de deux idéologies peut parfois entraîner des litiges. Mais il est plutôt rare qu’un tribunal soit amené à trancher.
Est-il fréquent que les parents aient des modes d’alimentation aussi différents?
Généralement, la plupart des couples ont des règles alimentaires assez proches. Ou alors, si la femme, par exemple, est végétarienne alors que son mari préfère la viande, ils peuvent décider qu’il n’y aura pas de viande à la maison, mais le mari pourra toutefois en manger à l’extérieur.
Même s’ils diffèrent, les styles de vie des deux parents ne sont donc pas forcément source de désaccords?
Absolument pas. Mais il est essentiel que les parents abordent cette question ensemble avant la naissance de leur enfant.
Que préconisez-vous pour les familles dont seuls certains membres sont végétariens? Comment faire pour préparer les repas?
Le plus simple est certainement de trouver des alternatives à la viande, en optant par exemple pour l’émincé végétarien. Il en existe aujourd’hui de nombreuses déclinaisons. En effet, les gens mangent de la viande par goût et non pas parce qu’il a fallu tuer un animal pour qu’ils puissent en consommer. La différence entre un hachis végétarien – dans l’assortiment Délicorn – et de la viande hachée est à peine perceptible. Pour les repas où la viande est servie à part, on pourra tout simplement faire griller une saucisse à rôtir traditionnelle ou son équivalent végétarien.
Les parents peuvent-ils imposer leurs principes alimentaires à leurs enfants?
La question n’est pas de savoir s’ils peuvent le faire ou non. Transmettre certaines habitudes alimentaires à ses enfants est incontournable, que l’on soit végétarien ou amateur de viande.
Certains parents interdisent toutefois à leurs enfants de manger de la viande à l’extérieur.
Je pense qu’une interdiction pure et simple n’est pas une solution. Les enfants doivent pouvoir décider eux-mêmes ce qu’ils veulent manger quand ils ne sont pas à la maison. Ce qui pose problème en revanche, c’est lorsque les parents mentent à leurs enfants au sujet de la viande et qu’ils réfutent le fait que des animaux doivent être tués pour qu’ils puissent en manger.
Il arrive que des enfants ou des adolescents décident de devenir végétariens sans que leurs parents le soient eux-mêmes forcément. Quelles sont leurs motivations?
Dans la grande majorité des cas, cela advient par amour pour les animaux. Un film sur les fabriques d’animaux ou les abattoirs les a peut-être incités à ne plus vouloir cautionner la consommation de viande. Notons que chez les adultes, les motivations sont beaucoup plus souvent liées à la santé.
Comment les parents réagissent-ils dans ce genre de cas?
Cela dépend beaucoup du degré d’information dont ils disposent. Nombreux sont ceux qui se demandent si les besoins nutritionnels de leur enfant seront suffisamment couverts et s’interrogent sur ce qu’ils pourront dorénavant cuisiner.
Certains parents considèrent-ils qu’il s’agit simplement d’une phase?
Ils sont nombreux à le penser, en effet. Et c’est parfois vrai, d’ailleurs. Lorsque la décision d’adopter une alimentation végétarienne voire végane intervient justement pendant la puberté, elle est souvent considérée comme une manifestation typique de la rébellion adolescente.
Quelle devrait être l’attitude adéquate face à cette décision?
L’idéal est de demander à l’enfant d’expliquer ses motivations et de le prendre au sérieux. Ensuite, il est également important de l’impliquer concrètement dans la démarche en faisant les courses et la cuisine avec lui.
Quelles sont les principales préoccupations des parents à qui leur enfant annonce qu’il souhaite désormais manger végétarien?
La plupart craignent que cela puisse induire des carences, notamment au niveau des protéines et du fer, mais aussi des apports en vitamine B12, en zinc et éventuellement en calcium. La plupart du temps, ces craintes sont toutefois injustifiées.
Quels aliments végétariens sont à même de couvrir ces besoins nutritionnels?
Quel que soit le mode d’alimentation, celle-ci doit être saine et variée et contenir beaucoup de fruits et de légumes et peu de farine blanche et de sucre. Les lentilles, les pois chiches ou le quinoa sont des aliments précieux. Il n’y a aucune raison de craindre une quelconque carence si l’on respecte ces quelques règles. Et pour ce qui est des protéines, justement, l’on aurait plutôt tendance à en consommer trop que pas assez. De fait, ce n’est pas parce que l’on ne mange plus de viande qu’il faut consommer plus de produits laitiers. La plupart du temps, étonnamment, les parents ne s’inquiètent pas de voir leur enfant manger de la viande, même s’il ingurgite beaucoup de choses malsaines.
Que faut-il vraiment penser du tofu? On lui reproche souvent de contenir des œstrogènes végétaux susceptibles de perturber la croissance des garçons.
Il est vrai que le tofu ne fait pas l’unanimité. Mais la source de ces affirmations s’appuie toujours sur des expérimentations animales avec des rats. Il n’existe aucune étude prouvant que le tofu pourrait être néfaste pour les humains. Mais de manière générale, il n’est absolument pas nécessaire d’en consommer. En revanche, la diversité est indispensable et notre alimentation ne devrait pas être uniquement axée sur un seul type de produit.
Les enfants végétariens font-ils parfois l’objet de moqueries à l’école?
Certains, oui, mais c’est de plus en plus rare. En ville, ce phénomène est plutôt marginal alors qu’à la campagne, cela peut encore arriver. Pour les filles, ce n’est de toute façon pas un problème, alors que chez les garçons, c’est un peu différent.
Depuis 1993, le travail que vous effectuez pour Swissveg constitue votre principale activité professionnelle. Quel âge aviez-vous lorsque vous avez opté pour une alimentation végétarienne?
Entre 16 et 18 ans.
Comment votre entourage a-t-il réagi à l’époque?
Ils étaient stupéfaits. J’étais le seul végétarien dans mon entourage. Mais ma famille et mes amis savaient que lorsque je me mettais en tête de faire quelque chose, il était difficile de me faire changer d’avis. A cette époque, manger végétarien n’était pas chose aisée. De nombreux produits étaient encore inconnus. Ainsi, le tofu, par exemple, ne pouvait s’acheter que dans des magasins spécialisés. J’ai alors appris à cuisiner tout seul.
Est-ce plus simple aujourd’hui?
Beaucoup plus simple. Il existe même des plats cuisinés végétariens. Et de nos jours, les matières grasses d’origine végétale ont remplacé les graisses animales autrefois contenues dans de nombreux produits.