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L’alimentation vivante a le vent en poupe, particulièrement dans certains courants holistiques et spirituels. Marie Dulout, praticienne en massages ayurvédiques et passionnée de nutrition végétale, fait le point sur le côté santé et financier de ce régime alimentaire.
L’alimentation vivante, qu’est ce que c’est ?
Les protagonistes de l’«alimentation vivante» la considèrent comme une nourriture «pourvoyeuse de vie». « Alimentation vivante » désigne une alimentation végétalienne et crue (sans cuisson).
Les végétaux sont variés : fruits, légumes, algues, noix, graines, graines germées (ce qui inclut jeunes pousses, céréales, légumineuses)… « Alimentation vivante » s’emploie à l’inverse de l’alimentation carnée et industrielle. Par ailleurs, la cuisson détruit les nutriments: les enzymes, les vitamines, les diastases, sont détruites à partir de 42°.
L’alimentation vivante est une pratique alimentaire curative. Elle est employée avec succès dans les démarches de santé alternative. En effet, elle génère peu de déchets dans le corps (toxines) et apporte à l’organisme beaucoup de nutriments faciles à assimiler, ce qui favorise le processus d’élimination (détox), d’auto-guérison, et de régénération.
Histoire
De 1923 à 1925, Edmond Bordeaux Szekely, philosophe et un expérimentateur de la vie naturelle, était doctorant. Il fut autorisé à consulter les Archives secrètes du Vatican, où il eut accès à des documents apocryphes en araméen. Plus tard, dans les années 1950, il eut aussi accès aux rouleaux de la mer Morte, ce qui lui permit de traduire quantité d’anciens textes araméens.
Ces textes, selon lui, montraient que les Esséniens (dont les premiers Chrétiens) étaient végétariens, et que le végétarisme était également enseigné par Jésus. Plus tard, Szekely a traduit des parties du Zend Avesta (ndrl: ensemble des textes sacrés de la religion mazdéenne) et des documents du Mexique pré-colombien.
En 1928, il fonda, avec le prix Nobel de littérature Romain Rolland, la Société Biogénique Internationale pour promouvoir et répandre ses recherches.
Les esséniens pratiquaient donc peut-être l’alimentation vivante. Pour appuyer ces propos, Szekely a traduit cet extrait de l’évangile essénien (ndrl: récit apocryphe selon le disciple St Jean, non-reconnu par le Vatican) :
« Ne tuez ni hommes ni bêtes et ne détruisez pas les aliments que vous portez à votre bouche, car si vous mangez des aliments vivants, ceux-là vous vivifieront; mais si vous tuez pour obtenir votre nourriture, la chair morte vous tuera à son tour. Car la vie procède seulement de la vie, et de la mort ne sort toujours que la mort. Et tout ce qui tue vos aliments, tue aussi votre corps. Et tout ce qui tue vos corps tue également vos âmes.
[…] Et vos corps deviendront semblables à votre nourriture, de même que vos esprits seront également analogues à vos pensées. Voilà pourquoi vous ne devez rien manger de ce que le feu, le froid ou l’eau ont transformé. Car les aliments cuits, gelés ou avariés, brûlent, refroidissent et empoisonnent aussi votre corps » .
L’Institut Hippocrate (richissime école Hippocrate), fondée en 1956, se base sur les graines germées, et exclut les fruits. D’après cette école, tout les sucres sont nocifs pour l’organisme. Ils considèrent que les fruits doivent être évités par tout le monde, et surtout par les personnes malades (les autres écoles considèrent aussi que les fruits doivent être évités par les personnes en mauvaise santé).
Différentes écoles et pratiques de l’alimentation vivante
Il existe différentes écoles et pratiques de l’alimentation vivante. Certains se basent sur les fruits, les légumes et les oléagineux – c’est le cas de l’hygiénisme, de la naturopathie ou de la méthode 80/10/10 de Graham.
Dans ces courants, les noix sont consommées en toutes petites quantités. Il existe des pratiques qui, au contraire, utilisent une grande quantité d’oléagineux et de graisses crues.
Le frugivorisme, lui, se base exclusivement sur les fruits (avec un peu de salade… mais le fruit est bien la base de l’alimentation du frugivore.) Les grands gorilles, qui sont physiologiquement proche de notre morphologie, sont en effet frugivores.
L’hygiénisme dit « authentique » exclut les remèdes naturels quels qu’ils soient (plantes, huiles essentielles…), les lavements, les appareils de crusine. L’hygiénisme dont se prétend Thierry Casanova, qu’on appellerait plutôt naturopathie, a beaucoup à vendre; des plantes « curatives » de toutes sortes, des appareils… Il prône les lavements, etc.
L’alimentation vivante se cuisine
« Crusiner », c’est « cuisiner cru ». En effet, pas besoin de renoncer aux plats cuisinés parce qu’on mange cru. Pâtisseries, pizzas, tartes, spaghettis, pâtés, plats en sauces, fromages… tout peut être transposé à l’alimentation vivante. C’est la façon de cuisiner qui change : on utilise d’autres appareils.
La cuisson est basée sur la destruction des aliments. Vitamines, enzymes, diastases sont détruites par la cuisson. La qualité des fibres et des protéines est altérée. La biodisponibilité des nutriments est réduite. Du point de vue de l’apport nutritionnel, manger les aliments végétaux crus vitalise l’organisme.
Ceci dit, changer d’alimentation demande un changement à la fois des habitudes culinaires et de la façon de cuisiner : il faut de nouveaux appareils de cuisine.
Un certain investissement
Le blender est l’outil indispensable, la base. Il permet de mixer, broyer les aliments. Ils sont donc transformés sans cuisson. On réalise de cette façon les smoothies, les pâtés végétaux (à base de noix, graines, épices et légumes), les sauces, les soupes, les compotes, les préparations (base de gâteau, pizzas, tartes…) qui seront passés aux déshydrateur ensuite, etc.
Le four est remplacé par le déshydrateur. Il fonctionne par séchage : l’eau est progressivement retirée des aliments. On peut ainsi sécher les fruits et les légumes, mais aussi réaliser la base des préparations culinaires : pâtes à pizza, à tarte, crackers salés ou sucrés, gâteaux, crêpes, cuirs de fruits, chips de légumes, etc.
Le déshydrateur est un incontournable de la gastronomie vivante. Ceci dit, c’est un investissement. Un déshydrateur professionnel coûte entre 400 et 900 euros. On peut toutefois acheter de petits déshydrateurs à partir de 40 euros sur Amazon. C’est très bien pour commencer. On peut faire de délicieux biscuits crus avec, et toutes les préparations classiques. Quelques inconvénients par contre, ils n’ont pas de minuterie. Il faut donc surveiller le séchage régulièrement.
Quand on sait qu’il faut entre 6 et 18 heures (voire plus) pour réaliser un plat, cela demande un peu de disponibilité (ou d’expérience, car il faut connaître le temps de séchage des préparations). Les étages du déshydrateur ne seront pas tous secs en même temps. Les crêpes de fruits ne sont pas facilement toutes aussi lisses qu’avec un déshydrateur professionnel.
Par ailleurs, l’appareil s’abîme plus rapidement. Pour soi et sa famille à la maison, ou pour débuter, c’est suffisant. Pour présenter à des groupes et pour les professionnels, c’est mieux d’investir.
Les jus de légumes et de fruits sont faits avec un extracteur de jus. On sépare les fibres, la partie dense, pour garder l’eau et les nutriments – sans cuisson, ni pasteurisation. Le but est d’améliorer l’assimilation des nutriments. Le jus est connu pour son aspect curatif, il permettrait un fort apport nutritionnel (les nutriments contenus dans les fruits et les légumes) sans demander de travail digestif à l’organisme. En effet, tous les jus vendus dans le commerce sont pasteurisés : les nutriments sont détruits, ils ne contiennent aucunes vitamines, ce sont des aliments morts.
On utilise un germoir pour augmenter l’apport nutritionnel des grains par la germination (céréales, légumineuses, graines diverses…), un spiraleur pour faire des spaghettis de légumes, etc…
Pour conclure, à moins que l’on souhaite se nourrir seulement de graines, légumes et fruits crus, il va falloir investir financièrement.
L’institut Hippocrate, qui vante sa pratique alimentaire comme étant super nutritive (avec les graines germées) vend pourtant une grande quantité de compléments alimentaires et propose des cures hors de prix.
Se soigner au naturel doit être accessible à tous
L’état de santé de la population humaine s’est gravement dégradé conjointement à l’augmentation de la consommation des produits animaux (voir le Rapport Campbell – film La Santé dans l’assiette).
De plus en plus souvent, les personnes qui tombent malade souhaitent se soigner au naturel. Ils ne font pas confiance aux produits chimiques que leurs fournissent les médecins.
Les vautours ne tarderont pas! Cures de jeûne hors de prix, séjour ou coaching pour apprendre l’alimentation vivante – avec tous les achats que cela comporte. Vente de plantes soi-disant curatives, de remèdes naturels… Elles n’ont pas besoin des remèdes miracles de ces grandes écoles ni de praticiens de santé qui, pour la note humoristique, ne sont pas d’accord entre eux.
Pour certains, il faut des remèdes naturels (et ils seront renouvelés), pour d’autres, on ne guérira pas sans fruits, ailleurs ce sera l’inverse… Ici on est pas d’accord pour les céréales pendant chez certains si, etc. Ces personnes en mauvaise santé risquent surtout d’être dépouillées financièrement.
En cas de maladie, de maladie réelle (vérifiée par la science), on peut se procurer un cuiseur vapeur. Arrêter les fruits. Ne consommer que des légumes cuits vapeur (tous les légumes, il s’agit de toujours varier les légumes). Un petit peu d’algues comme la nori. On y ajoute des graines (lin, chia, chanvre, tournesol…) des oléagineux (tous les oléagineux, il faut les varier).
Toutes ces écoles reconnaissent que manger cru – sans cuisson – serait agressif pour une personne malade. D’où les légumes cuits à la vapeur. Les végétaliens stricts doivent prendre de la vitamine B12 et surveiller leur exposition au soleil. (si elle est trop faible, il faut prendre de la vitamine D). Mais ces compléments ne coûtent presque rien et rien d’autre n’est à surveiller.
Quelques jeûnes peuvent être parfois nécessaires. Si on est certain à ce point de craquer à la maison, pas la peine de payer une cure hors de prix. On peut louer une petite chambre d’hôtel pendant une semaine (qui reviendrait au prix de la nourriture de la semaine, à peu près) et s’y faire enfermer par un ami.
Guérir ne coûte rien. Quiconque contredirait serait seulement motivé par l’argent.
A noter: toutes ces écoles de l’alimentation-santé (Hippocrate, macrobiotes, hygiénistes, ayurvédistes, praticiens en alimentation vivante, tout en désaccord qu’ils puissent l’être sur certaines conceptions considéreraient que cette cure légumes vapeur-graines-oléagineux soignerait l’organisme humain. Attendu que c’est aussi simple, on a pas de peine à conclure que ces prétendus thérapeutes de l’alimentation ne cherchent que l’argent.
Mais revenons à nos malades en cure : les envies alimentaires doivent être satisfaites…
… Si une personne a des envies irrépressibles d’autres aliments ? Si c’est un peu de riz, de lentilles, de houmous de temps en temps, ne vous privez pas, faites le. Elle a peut-être juste besoin de cette nourriture.
… Si la personne arrive à un stade où est elle est obsédée par la nourriture, malheureuse et/ou énervée, si elle devient irascible avec ses proches et/ou menace de nuire à son emploi, elle doit éviter de s’infliger trop de frustration et manger. Qui sait si ce n’est pas l’entourage qui finira par manger trop? Ou la personne qui s’acidifiera au point d’aggraver son état? On essayera simplement d’être dans le végétalisme le plus possible.
Cette explication sur la façon de se soigner est réservée aux personnes malades. C’est-à-dire aux personnes qui ont une maladie grave d’après des examens médicaux. S’alimenter dans l’intérêt général, c’est consommer végane. Il est impératif de favoriser l’industrie végane pour qu’elle se développe. Shampoings, gels douches, dentifrices… Similis-carnés, fromages végétaux, etc.
se nourrir dans l’intérêt général…
Imaginons une société évoluée. Chacun s’alimente dans l’intérêt général – et pas pour sa personne. Jamais on ne mange pour soi-même. Toutes les formes de vie ont leur intérêt pris en compte.
Dans un fonctionnement collectif de se genre, personne ne connaît le manque et aucun être quel qu’il soit ne souffre. C’est parce que chacun s’alimente en pensant aux autres, et non à lui-même – ni à son cercle restreint – que tous les besoins sont satisfaits naturellement. L’intention est « pour l’autre », dans l’intérêt général.
Manger pour sa santé ou pour son bien-être n’est pas altruiste. S’alimenter pour l’humanité (ou pour les animaux) est altruiste.
Ce sont ces intentions (pourvu qu’elles soient suivies d’actes) qui sont pourvoyeuses de vie à un niveau global.
La base, dans ces conditions d’urgence planétaire concernant l’environnement, c’est de s’alimenter sans consommer de produits d’origine animale et d’adopter le mode de vie végane.
L’alimentation vivante, c’est mort
L’idéal qu’a l’alimentation vivante est de vivre en harmonie avec un environnement pour lequel on est pas nuisible (il s’agit du discours de ceux qui la pratiquent). On ne passe plus par des industries polluantes pour se nourrir. Les personnes qui prônent cette alimentation fantasment qu’elle soit pourvoyeuse de vie pour les gens et pour la planète: on le répète, c’est la considération qu’ont ceux qui la pratiquent.
C’est oublier à la fois les conditions écologiques réelles de notre planète et les habitudes, envies et opinions de la grande majorité de la population. Il faut penser global pour q’un changement global se produise: global, c’est à dire tenir compte de TOUTE la population de la terre, telle qu’elle est à l’heure actuelle.
Non, nous n’avons aucune possibilité de croire que dans les années qui viennent la grande population (les clients de carrefour, auchan, etc) aujourd’hui omnivore passera en nombre à l’alimentation vivante, avec toutes les contraintes sociales et financières que cela représente. Pratiquer l’alimentation vivante est très marginalisant.
Ce qui est vraiment générateur de vie pour l’humanité et sa planète, c’est de passer au véganisme. Les personnes n’ont pas besoin de changer de type d’aliments. La grande population achètera les plats préparés végétaux de chez Herta, le fromage râpé végétalien de chez Auchan, les laits végétaux, les glaces au soja de Monoprix, etc…
Sans problème dans les années qui viennent. Envisager un changement de ce type est crédible. Il arrivera. Le véganisme est notre prochaine étape. Ceux qui prônent l’alimentation vivante marginalisent le végétalisme en donnant aux végétaliens une image de mangeurs d’herbe, germée ou pas.
Quand on envisage la planète dans sa globalité, sachant qu’il faut rapidement changer d’alimentation pour des raisons d’urgence environnementale, l’alimentation vivante c’est la mort plus que la vie pour notre planète.
Le véganisme à une échelle globale permettra d’arrêter les dégâts sur l’environnement. On garde des industries, des emplois, sans l’impression de changer d’alimentation (c’est-à-dire sans difficulté pour la population).
Consommer dans l’intérêt général, c’est adopter le mode de vie végane. Nous devons favoriser cette industrie pour qu’elle se développe en consommant ces produits, de la nourriture aux shampoings véganes, dentifrices, similis-carnés, etc.
Note: Du fait de la demande grandissante de la population, en ce moment, les grandes surfaces proposent de plus en plus de viandes végétales, de plats préparés végétaliens, de laits végétaux, de pâte à tartiner au chocolat ou de glaces à la vanille végétaliennes, par exemple. On commence même à y trouver des fromages végétaliens. Bien sûr, les magasins bio se sont tellement développés – grâce à une demande réelle de leur clientèle pour les alternatives végétaliennes – qu’on y trouve vraiment tout ce qu’il faut.
Par Marie Dulout