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Situation
Arrivé à la gare de Zollikofen, en banlieue bernoise, le visiteur n'aperçoit tout d'abord que l'architecture suisse habituelle. Nous prenons la direction de Berne et tournons, après 200 mètres, dans la Kirchlindachstrasse. Bientôt nous remarquons, s'élevant au-dessus du quartier d'habitation, une tour blanche étagée dont les niveaux supérieurs vont s'affinant et au sommet de laquelle brille un objet doré. Au croisement de l'Allmend- et de la Tempelstrasse apparaît finalement un clair bâtiment moderne, dont la forme rappelle une église, et qui est entouré d'un parc soigné, aux arbres bien taillés et aux artistiques massifs de fleurs. On voit maintenant que l'objet doré au sommet du temple n'est autre qu'une statue d'ange. Tranchant par sa couleur avec le «Buchsiwald» vert foncé (rattaché, comme le terrain du temple, à la commune de Münchenbuchsee), le temple, ainsi que son parc, s'inscrivent de belle façon dans le paysage.
Histoire de la construction et motifs de sa réalisation
«C'est la présidence et le «conseil des douze apôtres» qui prit, le 17 avril 1952 à Salt Lake City (Utah, USA), la décision de construire un temple en Suisse», relate Peter Gysler. Deux mois plus tard, le président de l'église, David O. MacKay, vint en Suisse à la recherche d'un terrain. Edwin O. Andersen de Salt Lake City, architecte de l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, fut chargé de la conception du temple. Après l'achat, en novembre 1952, d'un terrain appartenant à la commune de Münchenbuchsee, on adapta le projet aux dispositions légales suisses.
Une fois le projet rédigé, il y eut opposition, en particulier de l'église évangélique réformée, aux dires de Gysler: «Aucun des voisins directs n'a fait opposition. Comme tous ceux qui ont fait recours n'avaient aucun terrain donnant sur notre parcelle, l'opposition fut rejetée. On remit également en cause le droit de l'église d'acquérir du terrain. En raison du statut légal de notre église, l'achat était parfaitement possible.»
Pour Gysler, la défiance exprimée alors s'explique: «A cette époque, l'église ne comptait qu'un million deux cents mille membres. Beaucoup la considéraient peut-être comme une «secte bizarre». L'église officielle avait également des appréhensions particulières, on ne savait pas vraiment à qui on avait à faire. Ensuite, l'église officielle a remarqué que nous sommes des personnes tout à fait normales. Ces peurs n'existent plus depuis longtemps.» Il fallut encore régler quelques questions techniques, par exemple si la rue traversant la parcelle de l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours devait être fermée. Le 2 juillet 1953, le permis de construire fut délivré et, la même année, David O. McKay put donner le premier coup de pioche. Deux ans plus tard, en août 1955, le temple était terminé. Lors de la journée portes ouvertes, le public put voir le bâtiment de l'intérieur. Depuis lors, une telle visite n'a été possible qu'une seule fois pour les non-membres: en octobre 1992 après une grande rénovation. Les célébrations d'inauguration eurent lieu du 11 au 15 septembre 1955, en présence du président de l'église et de cinq «apôtres». Pour les membres de l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, le temple est la «maison du Seigneur» et le «lieu le plus saint sur la terre». C'est à l'intérieur qu'ils connaissent des «actes de salut».
Deux figures pour un bâtiment
Louis Weidmann est président de l'association suisse de l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, qu'il représente par conséquent pour les affaires séculières. Dans le domaine ecclésial, il est «président de pieu» du pieu de Berne (l'église est organisée en pieux − en Suisse on en compte cinq). En tant que tel, Weidmann s'occupe des maires (évêques) de chaque arrondissement. Il dirige, en parallèle, une société de vente de matériel médical.
Peter Gysler est responsable des relations publiques de l'église. A 27 ans, il est devenu «évêque» de la communauté de Winterthur, puis «président de pieu» du «pieu de Zurich». Aujourd'hui, il a la fonction de «patriarche» et peut, en tant que tel, prononcer des bénédictions et des révélations.
Voisinage et conflicts
La méfiance de l'époque de la construction semble s'être estompée. Comme raconte Weidmann, le président de l'association, il arrive maintenant qu'un pasteur des environs vienne visiter le parc et la maison communautaire (qui, au contraire du temple, peut être vue à l'intérieur) avec un groupe d'adultes. «On se retrouve souvent ensemble, on parle et je crois que nous avons un très bon contact avec nos voisins et avec les autorités politiques et religieuses.» Il y a de cela quelques années, dans le cadre d'un projet de construction de temple dans la région de Francfort, des représentants politiques allemands sont venus s'informer auprès des autorités de Zollikofen au sujet d'éventuels problèmes avec la communauté. Les dirigeants locaux ont assuré qu'il n'y avait aucun problème et que les membres de la communauté étaient des gens très paisibles.
Gysler regrette que beaucoup lient dans leur esprit l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours à la polygamie, alors que les mariages multiples ont été abrogés officiellement en 1890 déjà. Il a cependant des expériences locales réjouissantes à raconter: une vendeuse d'une boulangerie de Zollikofen aurait dit: «Zollikofen a même un emblème. Il y a un temple mormon.» Que le temple, orienté en direction de Zollikofen, soit en réalité construit sur le terrain de la commune voisine de Münchenbuchsee ne semble jouer aucun rôle.
Tradition religieuse
En 1830, l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours fut fondée par Joseph Smith à Fayette (New York). L'appellation exogène de «mormon» vient du «Livre de Mormon» qui a, pour la communauté, le statut d'écriture sainte: les membres de l'église croient que «l'ange Moroni» a rendu possible, par des visions, à Joseph Smith, la lecture de plaques d'or rédigées en égyptien. Le «livre de Mormon» serait une traduction anglaise de ces plaques. L'église reconnaît également comme écriture sainte la bible et la collection de révélations dont Joseph Smith fut le sujet.
Introduite par Joseph Smith en 1843, la polygamie fut abandonnée officiellement en 1890 par le président de l'église, Wilford Woodruff. D'après le département de communication de l'église en Europe, un membre qui pratiquerait la polygamie serait excommunié. Des mouvements schismatiques de l'église, comme le «Apostolic United Brethren» et «l'église fondamentaliste de Jésus-Christ des saints des derniers jours», fidèle à Warren Jeffs, font cependant de façon répétée la manchette des journaux pour des affaires de polygamie (en réalité polygynie). Pour cette raison, le cliché du mormon polygame reste répandu.
L'église enseigne que Jésus-Christ créa la terre «sous la direction du père céleste» et qu'il régnera personnellement sur la terre à partir du continent américain après le rétablissement des dix tribus et l'édification de Sion (la nouvelle Jérusalem). La préexistence des hommes comme «enfants spirituels de Dieu» fait également partie de leurs croyances ainsi que la migration de ces «enfants spirituels» dans un corps terrestre puis, en cas de réussite, leur retour à l'entité divine. Pour cette raison, le but des membres est la réunion des êtres humains avec leur père céleste.
Dans ce processus, les enseignements et rituels célébrés dans les temples sont d'une importance déterminante. Le couronnement d'une sainte attitude est le «sacrement du mariage», nommé aussi «sceau», qui crée une «relation perdurant au-delà de la mort» et qui a pour objectif la famille. On célèbre également des mariages in absentia (en l'absence des protagonistes) pour les ancêtres car seul le mariage mormon est reconnu comme valide. Il en va de même pour les baptêmes in absentia; au travers de ces derniers, les défunts peuvent entrer dans la «communauté des saints des derniers jours». Pour cette raison, la généalogie a une place importante dans la communauté.
Le travail de prêtre et de dirigeant ne peut être exercé que par des hommes dans l'église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. En haut de la hiérarchie se trouvent les «autorités générales», qui sont le «président et prophète» Thomas S. Monson (depuis février 2008), ses deux conseillers et le «collège des douze apôtres». Un système de présidents, conseillers et de comités se répète jusque dans les échelons les plus bas de la hiérarchie, en relation avec des espaces géographiques de différentes envergures. La famille est considérée comme la cellule de base de l'église.
L'église est ardemment missionnaire. Actuellement, on compte environ 52'000 missionnaires dans le monde. Chaque mormon masculin doit être en mission au moins deux ans dans sa vie. Au niveau mondial, l'église compte selon ses propres statistiques environ 14 millions de membres, 8'000 d'entres eux vivent en Suisse.
Particularités
En 2005, cinquante ans après son inauguration, le temple de Münchenbuchsee connaît une transformation petite mais marquante: le 7 septembre, une statue d'or de quatre mètres de haut de l'ange Moroni est ajoutée au sommet du temple. Ainsi, le porteur de la révélation mormone est visible de loin.
On trouve dans le temple de Münchenbuchsee un centre généalogique, dont les places de travail et les microfilms sont accessibles librement aux personnes extérieures. La société généalogique d'Utah, pour laquelle au moins 100 équipes de recherche travaillent dans le monde, a recueilli pendant les 40 dernières années des informations sur environ plus que deux milliards de personnes décédées. Afin de les conserver, on a construit des archives dans des abris atomiques dans le Rocky Mountains. D'après la description donnée par les mormons, il s'agit des archives généalogiques les plus grandes du monde.