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Je vais vous donner quelques chiffres. Ils illustrent bien mieux que n’importe quel organigramme la bureaucratisation de notre armée: les 6,5 millions de jours de service que l’ensemble de nos…
par Ueli Maurer, Conseiller fédéral, Wernetshausen (ZH)
L’armée a vécu une période de changements hâtifs et agités, une période de réformes précipitées et menées au pas de course. Le tout placé sous le titre de ‘coopération’. Avec le rapport sur la politique de sécurité 2000, le concept de « la sécurité par la coopération » est devenu, pour l’armée, la mesure de toutes choses. Et la « coopération » n’a pas été envisagée comme une coopération judicieuse à l’intérieur du pays – la coopération de l’armée avec les organisations d’urgence – mais comme une coopération avec l’étranger.
Mais la coopération internationale n’est pas une stratégie. Car coopérer signifie que nous ne nous préoccupons plus nous-mêmes de notre sécurité, que nous déléguons cette tâche à d’autres. Cela revient au même que si vous vous sentiez menacé, vous renonciez à acheter un spray au poivre pour ne plus compter que sur la protection de vos collègues. La conséquence: vous n’oserez bientôt plus faire un pas tout seul, vous êtes devenu totalement dépendant.
Celui qui compte sur la protection étrangère, en paie le prix en se soumettant à la puissance protectrice. Une politique indépendante n’est dès lors plus possible. Car la sécurité et la souveraineté ne font qu’un. Celui qui ne veut pas ou ne peut pas assurer lui-même sa protection, n’est plus souverain. Dans l’Histoire, les relations de protection se sont souvent muées en relations coloniales.
La coopération rend dépendant
La coopération ne génère pas la sécurité, mais entraîne une dépendance en temps de paix et l’absence de protection en cas de conflit. Prenons le cas de la Géorgie: en août dernier, ce petit Etat aurait eu besoin de ses troupes d’élite au tunnel de Roki. Au lieu de cela, ses troupes se trouvaient en Iraq. La proximité des partenaires occidentaux ne lui a pas apporté la sécurité espérée mais une défaite rapide sur place.
Dans notre armée, la coopération est devenue une idée fixe. Son organisation a été adaptée à celle découlant de la conception américaine des composantes de forces armées, les structures en régiments, divisions et corps ont été abandonnés en faveur des brigades OTAN-compatibles. De nouveaux grades ont été créés, des termes anglais ont été repris dans nos règlements, même les signatures ont été modifiées – les adaptations vont jusqu’aux attelages des remorques ! On a particulièrement favorisé les personnes qui ont suivi une formation selon la doctrine de l’OTAN. La participation à des engagements à l’étranger est un critère de promotion pour les officiers de carrière.
Ce faisant, on oublie que chaque pays a sa propre tradition militaire. Et que chaque pays doit se poser la question de savoir quels sont les cas graves auxquels il devra éventuellement faire face ? Et quels sont les moyens et les possibilités dont il dispose ?
C’est pourquoi notre armée s’est formée en fonction des particularités de la Suisse: une topographie accidentée, des citoyens prêts à se défendre. Notre armée de défense répondait au principe de la neutralité armée.
Nos modèles, par contre, les armées de l’OTAN, sont des armées tournées vers l’intervention. Celui qui veut faire de notre armée un clone de l’OTAN aura, en définitive, aussi besoin d’une situation qui demande un engagement de type OTAN. Et nous avons déjà commencé à la rechercher, n’importe où dans le monde. Par exemple en mer de Somalie. Pour notre pays, cette attitude est périlleuse: si nous abandonnons notre tradition militaire, notre armée perdra de sa crédibilité et une partie de son soutien auprès de la population.
Mettre fin à la confusion des réformes
Toutes ces réformes effectuées au nom de la coopération ont entraîné une confusion quasi inextricable au sein de l’armée. Il est difficile d’y voir clair, même si on s’en occupe tous les jours.
Après mon entrée en fonction, j’ai fait savoir à plusieurs reprises qu’il me semblait avoir atterri dans le brouillard. Depuis, ce brouillard s’est éclairci ici ou là. Mais beaucoup de choses sont encore dissimulées et cachées dans d’épaisses brumes. De temps à autre, j’ai même eu l’impression que l’on avait intentionnellement allumé un fumigène.
Et pourtant: les silhouettes et les contours se dégagent de plus en plus clairement, bien que je n’en sois encore qu’au début de certains travaux. Depuis mon entrée en fonction, je visite la troupe autant que possible, dans les écoles et dans les cours. Chaque fois que j’en ai le temps, j’accepte les invitations des sociétés d’officiers et je recherche la discussion avec les cadres. Dans mon département, je passe aux places de travail des collaborateurs et je me renseigne sur leurs tâches.
Lorsque je suis entré en fonction, j’ai procédé à une analyse de la situation. Puis j’ai pris des mesures immédiates. Et depuis, je m’attache à résoudre des problèmes et à remanier certaines structures.
Je vais commencer par un fait réjouissant: dans l’ensemble, j’ai une opinion positive de la disponibilité à s’engager de la troupe et des cadres et de la manière dont ils accomplissent leurs tâches. Je suis donc optimiste en ce qui concerne la capacité de notre armée à atteindre des buts haut placés.
Par contre, si l’on examine de plus près les processus, les structures et les résultats, tout comme la coordination d’ensemble, l’impression générale positive est sévèrement écornée à plusieurs points de vue. Les lacunes sont graves. Plus graves encore que je l’avais estimé avant mon entrée en fonction.
J’ai placé le travail du département sous une triple devise: «Loyauté, franchise et transparence». C’est dans ce sens que j’ai décidé les trois premières mesures importantes.
En outre, j’ai ordonné la remise régulière d’un rapport aux Commissions de la politique de sécurité. La transparence doit être assurée envers le Parlement aussi. Et je suis certain d’une chose: cette ouverture incite les unités du département à s’attaquer avec résolution aux lacunes constatées.
Je suis convaincu que la politique de sécurité va gagner à nouveau en importance dans les années à venir. Lors des années de forte croissance que nous avons connues, beaucoup s’imaginaient qu’une prospérité croissante à tous points de vue contribuerait à ce que les affrontements et les conflits d’intérêt se résolvent d’eux-mêmes. Nous constatons aujourd’hui que le monde n’est aucunement devenu plus sûr. Que la lutte pour la répartition des ressources se durcit. Que la mondialisation entraîne l’apparition de violences nouvelles en Europe aussi. Il est d’autant plus important de discuter ouvertement de notre politique de sécurité, afin de la faire reposer sur le consensus le plus large possible.
Nous avons donc réaménagé nos axes prioritaires et nous pouvons emprunter d’autres chemins. Mais réorganiser les colonnes de marche exige des actes de volonté.
Je classe les problèmes les plus urgents de l’armée selon quatre domaines. Des mesures d’urgence ont été prises dans chacun de ces domaines; les corrections à long terme sont en cours d’élaboration:
Certes, une armée a besoin de centres de réflexion. Mais quelque chose ne va pas dans le rapport entre le « cerveau » et les « muscles », entre la tête et le corps !
Toutes les mesures prises jusqu’à présent visaient par conséquent une augmentation de l’efficacité. Il s’est notamment agi de simplifier les structures et de réduire les voies d’information et de commandement.
J’ai réintroduit les rapports d’armée, de sorte à assurer un échange direct avec ses hauts cadres, à identifier à temps les lacunes et pouvoir exercer une influence immédiate pour y remédier.
C’est pour la même raison que j’ai supprimé le système des rapporteurs. Je veux connaître mes subordonnés directs et les diriger personnellement.
J’ai aussi introduit des mesures pour une nouvelle organisation, plus efficace, du controlling interne. A cet effet, j’ai créé un Inspectorat comme nouvel organe de contrôle. Le but, ici aussi, est que je puisse exercer une influence efficace en temps utile.
La fusion des services de renseignement est actuellement en cours: le Service d’analyse et de prévention et le Service du renseignement stratégique sont en train d’être regroupés et deviendront le Service de renseignement de la Confédération. Cette mesure, elle aussi, est destinée à clarifier les structures.
Dans la foulée, j’ai supprimé la Direction de la politique de sécurité et je l’ai intégrée dans l’Etat-major du Secrétariat général. Il s’agit, là aussi, de gagner en efficacité et de fixer des priorités: notre armée doit servir notre pays, pas des organisations internationales. Pour tous les intérêts au niveau international, ce sont les intérêts de la Suisse qui doivent à nouveau devenir notre ligne directrice. C’est pour cette raison, par exemple, que nous avons rappelé nos hélicoptères engagés en Bosnie.
En résumé, on peut le formuler ainsi: au cours de ces dernières années, tout dans l’armée a régulièrement été remis sens dessus dessous. Le résultat est celui d’un véritable saut périlleux: tout tourne et il n’y a plus de réelle orientation. Il faut maintenant que l’armée «reprenne pied». Pour la politique, il est important aussi de prévoir les étapes à venir et de fixer des buts stratégiques. Je suis heureux que l’UDC s’occupe de ce thème important et j’espère que l’Assemblée des délégués aidera la politique de sécurité à reprendre la place importante qui est la sienne ! Je vous remercie de vous engager pour la sécurité de notre pays!