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Alors que l'aube allait chanter ses premiers pas, alors que le soleil commençait à peine à resplendir et que la vallée se réjouissait déjà de se baigner dans la chaleur de ses rayons, alors que la marguerite s'ouvrait à peine au monde, alors que le coq s'apprêtait à s'ériger fièrement sur le tas de fumier pour célébrer de ses cris les premières heures du matin, alors que rien, mais alors rien du tout, ne laissait présager l'événement qui allait se produire, alors que le village "Tamboursdorf" se remettait à peine d'une bonne nuit de sommeil pour les uns et une bien rude soirée pour Robert (je voulais te dire Robert que t'étais vraiment un super coup), alors que tout semblait prendre l'inexorable chemin des tâches quotidiennes, alors que... alors que bon. La famille Stuppenfeld se préparait à ce que Dieu accomplit un nouveau miracle sous les traits d'un heureux, que dis-je (c'est vrai ça qu'est ce que tu dis-je ?), un ultra heureux événement : un nouveau membre allait naître. Toute la famille s'y attendait : sa mère Marie, son père Joseph, son frère Boeuf et sa soeur Anne qui ne vit pas la naissance (c'est vrai ça Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir) et ses quatre frères Pim Pam et Jean-Jacques. Joseph s'impatientant, Marie poussa plus fort et donna enfin naissance à un enfant du nom de Jésus.- Mais qu'est-ce que tu racontes, c'est du déjà entendu ça : le Boeuf, l'Anne, Marie, Joseph,... mais mon pauvre vieux, tu plagies la bible !
Or donc, Marie donna enfin naissance à Arnoldt Stuppenfeld, le bien nommé !
Désormais, à Tamboursdorf, plus rien ne serait jamais pareil. Un soleil éternel allait illuminer cette partie du globe que tout le monde (même Atlas) avait oublié. Ce jour là, le village se sentit porté par un air de joie et d'allégresse. Pourtant, personne n'avait eu vent de cette naissance, ceci malgré l'étoile du Nord fixée au-dessus de l'étable et l'arrivée, la veille, de trois quidam répondant aux noms de Melchior, Balthazar et Gepetto. Durant cette journée tout ne fut que l'image du bonheur : les hommes sifflaient en travaillant aux champs, les femmes riaient dans les cuisines, le curé sonnait les cloches en imitant la musique des anges, les oiseaux participaient à ce concert de joie en offrant aux oreilles des hommes un air qui prenait le coeur (mais si !), les putes faisaient gratis... Et soudain, le monde se tut... On entendit alors des cris, les cris d'un nourrisson. Mais ces cris ne ressemblaient en rien aux braillements nocturnes des autres enfants, car il semblait que... Mais oui ! ces cris étaient en fait, une musique où l'on devinait ici le violon, là le cor et là haut les timbales (j'ai dit là-haut les timbales, vous dormez ou quoi ?... Merci). Arnoldt Stuppenfeld venait de créer sa première symphonie à l'âge (et ceci constitue un record mondial), de un jour et quelques heures.
C'est ainsi que s'acheva ce dimanche 26 décembre 1746; mais une question revint cependant sur toutes les lèvres : pourquoi ? (euh! merci les timbales, vous pouvez arrêtez maintenant !).
(...)
Arnoldt n'était pas fait pour cette vie; autre chose l'attendait. Quelque chose, quelque part... Il devait partir, maintenant il le savait. Mais il n'était pas le seul, le village entier pressentait ce fuite en avant. Depuis le premier jour, tout Tamboursdorf vivait dans l'attente ou plutôt dans l'angoisse : Stuppenfeld était donc destiné à un futur dont l'exiguïté du village ne permettait pas la réalisation. Une seule chose le gênait : il ne savait pas où aller, où sa quête devait commencer ; Arnoldt n'était riche que de talent, était-ce suffisant pour tout quitter et conquérir l'Europe et ensuite le monde ? Alors comment trouver de l'argent : tenter un casse, s'engager dans l'équipe du FC Tamboursdorf, travailler... Non ! Eh puis tant pis... "Je me nourrirai de racines s'il le faut, mais ma musique fera le tour du monde" lâcha-t-il avant de partir.
C'est ainsi qu'Arnoldt Stuppenfeld, en ce jour de mars 1766, débuta sa sainte mission. Une mission qui lui fera découvrir les richesses et les curiosités de la vie, vivre des aventures palpitantes et lui montrera les chemins de l'amour. Mais savait-il seulement quels dangers il devrait affronter ? Pressentait-il déjà les obstacles qu'il aurait alors à franchir ? Non, Arnoldt ne s'en souciait pas. Pour lui seul comptait sa musique et son désir fou de parcourir l'univers impitoyable des hommes. Pars donc, oh pèlerin insouciant. Va donc écrire l'histoire de tes notes, va donc voir ailleurs si j'y suis !!
Sur le chemin qui le menait à Sprunzdorf, Arnoldt savait déjà que la vie ne lui ferait pas de cadeau (cf. Stallone, "Over the Top", acte V, scène II). Plongé dans ses pensées de compositeur, il contempla les étoiles et s'endormit. Le lendemain il reprit la route et c'est à ce moment là qu'il vit une chose étonnante : un peuplier noir (de la famille du populus universalis) se mit à brûler et, chose étrange, Arnoldt entendit une voix qui semblait venir de ce dernier :
L'arbre (populus universalis) : "Arnoooldt !!¨"
Arnoldt (homo erectus) : "euuuh, oui ?"
L'arbre : "Arnooooooldt !!"
Arnoldt : "oui, oui"
L'arbre (impassible, quoique légèrement échauffé et visiblement un peu sourd ce qui est courant chez les vieux populus universalis) : "Arnooooooooooldt !!!!"
Arnoldt (visiblement agacé) : "OUI!"
L'arbre : "Ecoute bien ce que j'ai à te dire Arnooldt. Aujourd'hui, mes paroles scelleront ton destin... écoute..... écoute, écouuuuuuuute... "
Arnoldt (Arnoldt se pencha pour tendre l'oreille mais faillit se brûler) : "je suis désolé, je n'entends rien !"
L'arbre : "Ah pardon", fit l'arbre avec un léger accent ibérique. "Tu iras par monts et par vaux répandre la bonne nouvelle; sans te décourager, tu poursuivras cette quête sans relâche. Le monde a le droit de savoir, Arnoldt."
Arnoldt : "Moi je veux bien (qui irait contredire un arbre en feu, surtout de la famille des populi universalis), mais quelle bonne nouvelle ?"
L'arbre : "Les Prisonniers ont sorti leur deuxième livre !!"
Arnoldt : "C'est pas vrai !! Enfin ! Quelle bonne nouvelle."
C'est alors que Stuppenfeld pris son banjo et dansa, sauta, fit quelques salto arrières (à peine dégroupés, avec une très bonne réception finale), cria sa joie à toute la forêt environnante, aux écureuils, aux cerfs, à Bambi, et aux oiseaux au fond (Eh! les corbeaux, on vous cause !!). Le monde semblait s'être figé dans le creux de sa main tant il lui paraissait proche et docile.
"Vous vous rendez compte : les Prisonniers ont sorti leur deuxième livre, et je ne le savais pas. Merci gentil arbre mort (le pauvre n'avait pas survécu à la combustion) ; ma vie n'avait plus beaucoup de sens après la sortie du premier, j'étais sans nouvelles."
Désormais Arnoldt avait un but, il savait quelle route il devait suivre. Alors il se mit définitivement en chemin sans regarder derrière lui, sans regarder son village qu'il apercevait encore en bas dans la vallée, oui sans se retourner, jamais !
Marchant gaiement vers ce qu'il croyait être la quête de sa vie, Arnoldt fit une rencontre sur le sentier qui se nommait "la route des tarés".
Il entendit d'abord au loin les sifflements mélodieux d'une petite jeune fille qui portait un panier en osier. Elle s'approcha de lui et lui tint à peu près ce langage :
"Oh ! bonjour monsieur le troubadour, que vous me semblez gai. Si votre musique se rapporte à votre talent, vous seriez le phoenix des hôtes de ces bois !"
Soudain, un homme endossant une cape jaune sorti des fourrés dans un fracas : c'était le vrai phoenix des hôtes de ces bois. Il parla peu, mais il parla bien (signe caractéristique des phoenix des hôtes des bois) : "Je suis le vrai phoenix des hôtes de ces bois. Ne l'écoute pas étranger, cette fille n'a pas toute sa tête ! Pour preuve, elle sème des cailloux derrière elle comme le petit chaperon rouge !" Arnoldt, légèrement interloqué, constata effectivement le plagiat : "oui, phoenix," dit-il. "Mais je ne suis que de passage, alors pardonnez-moi si je ne comprends pas toutes vos fables."
A ces mots, les deux compagnons d'Arnoldt, ne désirant pas s'attarder, s'en allèrent, arguant une course urgente chez une grand-mère très malade. Vague prétexte que notre héros ne crut pas une seconde; mais peu importe...sa quête l'attendait. Oh ! zut, il ne leur avait pas annoncé la bonne nouvelle ! Il se promit, mais un peu tard, que l'on ne l'y prendrait plus.
Mais Arnoldt n'était pas au bout de ses surprises. Quelques centaines de mètres plus loin, il aperçut un jeune homme aux longs cheveux qui portait un étrange costume : shorts rouge et blanc avec des dessins vantant les qualités d'une boisson et chandail du même acabit sur lequel était gravé un chiffre : 10. Cet homme se répétait à lui même : "si j'aurait fait un meilleur match on aurai gagner plus meileur !" C'est ici qu'Arnoldt commit l'erreur fatal :"Oh ! l'ami, sais-tu que les Prisonniers ont sorti un deuxième ouvrage ?". Il eut comme réponse un formidable uppercut qui laissa notre apôtre sur le cul ! Il avait parlé des Prisonniers à un footballeur; eh ! oui, même au 18ème siècle, le footballeur a deux ennemis : la crampe et les Prisonniers.
Arnoldt n'en pouvait plus, mais il put enfin atteindre la croisée des chemins au milieu de laquelle se trouvait plusieurs panneaux indicateurs :"Route des tarés Sud", "Vestiaires des chats bottés", "Jumbo", "Le Village", "Direction quête pour annoncer la bonne nouvelle" et "Twilight Zone". Le choix ne fut point ardu et Arnoldt n'était pas mécontent de quitter la route qui lui avait valu tour à tour mensonges et violences.
Ce fut donc vers Jumbo qu'il se dirigea. Et il la voyait déjà, cette majestueuse colline, perchée au milieu des rochers, s'offrant au voyageur comme le fromage s'offre-t-au corbeau. Il pressa l'allure, malgré ses pieds écorchés et sa chemise en chandail. Il sentait bien que son destin l'attendait de pied ferme, là-haut, tout là-haut. Après une véritable traversée du désert, il arriva enfin au but : Jumbosdorf, la bien nommée. Ce hameau, aussi vide que la gourde d'Arnoldt, frémissait sous les rafales du vent des cimes. Nulle âme n'y vivait, en tout cas, c'est ce que pensa notre trouvère. Mais à la nuit tombée, il crut apercevoir au coin d'une fenêtre la flamme dansante d'une bougie. Il s'approcha, lentement, sans oser y croire, les yeux humides et le nez coulant. La faim le faisait espérer une présence humaine...
Soudain, une mégère aux doigts crochus et à l'haleine de buf ouvrit avec fracas la petite porte de la maisonnette. Elle l'apostropha : "Petit brigand, jé té tiens. Ça fait si longtemps qué j'attends mon premier client... Au moins tou ne seras pas venou pour rien !" Puis elle rit à gorge déployée "Ah ! Ah! Ah ! Ah!" Arnoldt ne savait que penser de cette bougresse. Etait-elle prostituée, lavandière ou tout simplement sommelière ? Il fut vite rassuré lorsqu'il vit une boule de cristal plantée de tout son diamètre sur la table de l'unique pièce de la maison. Il entra sous les courbettes de la vieille.
Avant même qu'il ait le temps de s'asseoir, la boule s'alluma, resplendissante dans sa diagonale de 8cm. Une petite musique entraînante, sur fond de feux d'artifice, apparut sur l'écran improvisé, précédant le menu principal. Arnoldt, déboussolé, s'agrippa à Irma, la propriétaire du lieu. Puis la boule stoppa net son flot d'images pour ne laisser apparaître que 3 boutons. Celui du centre, muni d'un petit triangle horizontal, celui de gauche avec 2 triangles orientés vers la gauche, et enfin, aussi étrange que cela puisse paraître, celui de droite, avec 2 triangles orientés vers la droite. Arnold prit peur et tenta de fuir. Mais Irma venait d'avaler la clef de la porte de sortie. Arnoldt était fait comme un rat. Irma lui dit :"Tou es trop impétoueux, petit chef d'orchestre (elle savait tout de son destin). Laisse-moi d'apprendré la vita. Nintendo !! Viens t'occuper de notré visitor..."
De lourds pas résonnèrent comme un volcan qui s'éveille. Nintendo, le mari d'Irma, apparut, immense, la bave au coin des lèvres. Il dit à Arnoldt :"Choisis l'un des boutons, étranger, mais le bon !" Notre héros sursauta et le temps s'arrêta. En effet, pour un tel spectacle, il manquait un public. Alors Irma fit quelques téléphones et par terre, par mer et dans les airs, tous les villageois alentours se réunirent autour de la même maison. On pouvait donc continuer.
"...mais le bon !" Sans trop poser de questions, Arnoldt tendit son frêle index et appuya bêtement sur Rewind, le bouton de gauche. C'était le bon. Les villageois l'acclamèrent, les hommes jetaient leur chapeau, les femmes dansaient nues dans les prairies, les gosses s'en foutaient,... Mais soudain tout se figea et, devant ses yeux ébahis, Arnold se retrouva, à nouveau, à la croisée des chemins, au milieu de laquelle se trouvait plusieurs panneaux indicateurs :"Route des tarés Sud", "Vestiaires des chats bottés", "Jumbo", "Le Village", "Direction quête pour annoncer la bonne nouvelle" et "Twilight Zone". Le choix ne fut point ardu et Arnoldt n'était pas mécontent de quitter Nintendo pour lequel il n'éprouvait aucune attirance physique.
Arnoldt ne savait pas la valeur de l'argent. En effet, son travail spirituel n'apportait aucun pécul mais il lui permettait de survivre grâce, notamment, à la générosité des pauvres petites gens qui donnaient, là un morceau de pain, ici une demi-rondelle de saucisson, ou là-bas une bonne laitue du fond du jardin.
Or, un jour, juste après la croisée des chemins, alors qu'il cherchait avec enthousiasme des trèfles à quatre feuilles, sa main tomba par hasard sur un doublon espagnol. Quelle ne fut pas la surprise d'Arnoldt, confronté de manière si soudaine à la richesse matérielle... Sa première réaction fut empreinte d'une certaine avarice, lui qui pourtant donnait tout, sans compter : il empocha la pièce sans broncher mais une lueur dans son il gauche en disait long... Puis il s'en alla, d'un pas sûr, sac en bandoulière, sans trèfles mais riche comme un damné.
Après s'être arrêté à l'hostellerie du Peuplier pour un repas mémorable, il s'installa sur le banc qui faisait face à la bâtisse pour siroter un dernier whisky. Et gentiment, un sentiment de honte envahit son esprit. Conscient de son acte de petit calibre, il décida derechef d'aller trouver son banquier pour se décharger de son récent butin de guerre. Il arriva donc à Banksdorf, la bien nommée, fier de son courage et de sa fermeté. A peine entré aux Banques Réunies des Toits de Chaume, il rencontra une vieille connaissance, Armin Tanzberg, l'homme qui l'avait sorti du caniveau après les événements de Düsseldorf (qui sont encore dans les mémoires de tout un peuple).
Arnoldt : "Salut Tanzi, Geht's ?"
Armin : "Grüzzi, Arnie, toujours à la vadrouille ?" (euh, en vadrouille Herr Kommissar)
Arnoldt : "Ya, mein Schatz, et aujourd'hui je viens pour parler affaire ! Qu'est-ce que tu dis de ça ?" (Notre héros exhibe, tout en bombant son puissant torse, le doublon)
Armin : "Et bien, te voilà devenu raisonnable. Tu veux enfin faire travailler ton argent. Tu vois que tu n'as pas pu résister..."
Arnoldt : "Euh, Armin, ça n'est pas ce que tu crois, je... je ne suis pas comme les autres... je... Ecoute, oublions ça s'il-te-plaît. Je me suis trompé... sur toute la ligne !..."
Armin : "Pas du tout, l'ami, voilà ce que je te propose : trois sesterces chaque lune du mois, et en tant que bon client tu recevras gratuitement une carte d'achat à crédit, la carte bovine. Avec elle tu pourras obtenir un verre de lait et une gerbe de poireaux dans les meilleures fermes du pays. Fais-moi confiance, tu sais, ton avenir, c'est notre préoccupation."
Arnoldt, résigné, et ne voulant pas décevoir son ami à qui il devait tout, laissa son doublon et quitta l'établissement en traînant les sabots. Il se rendait bien compte qu'il ne reverrait jamais sa fabuleuse trouvaille, alors il marcha jusqu'aux portes de Banksdorf pour reprendre sa longue marche. En chemin, un aveugle à l'haleine de buf l'apostropha et lui demanda l'aumône. Or Arnoldt n'avait plus rien et ne sachant que dire il lança : "Ecoute, suis mon conseil, si tu veux être riche, va cueillir du trèfle, mais ne revient plus dans cette ville maudite." Cette petite ritournelle, l'infirme se la répéta toute sa vie, sans arrêt, à en crever, au milieu des pâquerettes. Mais ceci n'empêcha pas Arnoldt, sûr de ses prophéties, de repartir vers son destin.
"Mère nature, toi qui nous donne ta verdure,
Prends soin du mortel aux doigts métalliques,
Fais en sorte que moindre mal il n'endure,
Et donne aux trèfles une bonne pique."