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En Suisse, puis en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, les milieux abstinents, épaulés par les principaux concurrents des distillateurs d’absinthe (parmi lesquels le puissant lobby des vignerons !) lancent une campagne visant l’interdiction de l’absinthe sur l’ensemble du territoire national. Ce breuvage devient rapidement le symbole de la déchéance et de l’alcoolisme. On raconte que la thuyone que contient l’absinthe rend aveugle, fou ou qu’elle provoque des convulsions. Un fait divers sordide médiatise leur combat et leur attire la sympathie de la population. Un père de famille alcoolique notoire vient de massacrer sa famille après avoir écumé les bars dans les effluves anisés de l’absinthe, l’interdiction n’est alors plus qu’une question de temps.
Le peuple suisse approuve la prohibition en 1908 ; la fabrication et la commercialisation de l’absinthe deviennent interdites sur tout le territoire suisse. Mais au Val-de-Travers, 60-80 distillateurs continuent à fabriquer clandestinement près de 100'000 litres d’absinthe chaque année, selon la Régie fédérale des alcools.
En France, la vente d’absinthe est interdite par décrets dans les établissements publics dès 1914 mais la loi ne tarde pas à se renforcer et la fabrication ainsi que la circulation de l’absinthe deviennent illégales une année plus tard. En France, la prohibition entraîne la disparition pure et simple des distilleries d’absinthe, mais en Suisse, un petit district résiste à l’interdiction.
Au Val-de-Travers, la « chasse aux distillateurs » se poursuit jusqu’aux prémices d’une levée d’interdiction, murmurée dans les couloirs fédéraux de Berne au début des années 2000.
En octobre 2003, un distillateur clandestin d’absinthe établi à Couvet était condamné par le Tribunal de police du Val-de-Travers à une amende de plus de 35'000 francs pour la vente de près de 2800 bouteilles d’absinthe entre 1997 et 2002 tandis que la patronne d’un bistrot du district payait 2300 francs d’impôts non déclarés… pour avoir servi de l’absinthe à ses clients.