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20/01/2017
Degolio XCVIII: le réveil de Jean Levau
Dans le dernier épisode de cette bizarre série, nous avons laissé le héros Solcum alors qu'il venait de rentrer dans le corps de Jean Levau, quitté un long temps auparavant - mais qui, extérieurement, ne dura que quelques heures, par une opération que nous avons tenté de décrire.
Le mortel en sursaut se réveilla. Il était assis sur son fauteuil. Il regarda l'heure: il était six heures du soir, à peu de chose près. Il se demanda quelle date il était. Or la radio était toujours allumée, quoiqu'elle fît peu de son. Il attendit six heures et demie, et les informations se firent entendre. Le jour n'avait pas changé: il s'agissait encore du 21 octobre 1951. Jean repensa à ce qu'il venait de vivre à travers l'enveloppe du Docteur Solcum. Cela lui avait paru si long! Des semaines, voire des mois - peut-être même des années. Avait-il rêvé? Une fois encore il se le demandait, malgré les expériences déjà faites.
Un caractère d'irréalité plus grand l'étreignait. Sa conscience était demeurée absente plus longtemps, et il avait, sous les traits du héros Solcum, vécu bien plus d'aventures, bien plus de merveilles que lors des expériences précédentes.
À son oreille, l'évocation du détournement de l'avion d'Air France résonnait. Il n'avait point écouté le début, perdu qu'il était dans ses pensées. Mais le journaliste ne cessait de répéter les mêmes heureuses nouvelles. Tout s'était bien terminé.
Sans raison apparente, les terroristes s'étaient rendus. Les gendarmes l'expliquaient par leur travail de persuasion, dans le dialogue qu'ils avaient entretenu à distance avec les pirates.
Un journaliste interrogeait un expert, décrivant la formation optimale suivie par les gendarmes, et leur préparation du jour où il s'agirait de négocier avec des terroristes par des simulations mûrement élaborées. L'armée française comptait de tels hommes, capables de tels prodiges! On devait féliciter l'excellence de l'instruction militaire ainsi que les qualités de notre service d'ordre, reconnues dans le monde entier.
Curieusement, deux terroristes avaient décidé de se suicider. L'un d'une décharge électrique qu'il avait provoquée à partir du système électrique de l'avion, on ne savait trop comment; l'autre en se jetant de la sortie de secours en plein vol et en se faisant exploser d'une grenade qu'il tenait et qu'il avait dégoupillée, bien qu'il eût sauté sans parachute. Le personnel avait pu refermer la porte, malgré l'aspiration, car l'avion était alors à basse altitude; il avait fait montre d'un grand courage. On cherchait en particulier l'homme qui avait fermé et verrouillé cette sortie.
Cependant, une certaine confusion régnait à bord. Visiblement choqués, les passagers livraient des informations contradictoires sur ce qui s'était produit, et la manière dont les événements s'étaient déroulés. La joie d'être hors de danger les faisait apparemment délirer, ils criaient au miracle, parlaient d'hommes-foudres et de surhommes venus de la lumière, autant de fables bien compréhensibles en de telles circonstances.
Un psychiatre de l'hôpital de Saint-Maurice, près de Paris, fut interrogé à ce sujet, et il confirma, que, dans l'émotion, bien des hommes étaient enclins à croire au merveilleux, et que cela pouvait se comprendre, et que nul homme ne pouvait savoir comment il réagirait à leur place: le psychiatre lui-même avouait que s'il s'était retrouvé dans leur situation, il aurait été peut-être le premier à croire à des interventions miraculeuses!
Sans doute était-ce ainsi que, dans la nuit des périls primitifs, face aux bêtes sauvages qui rôdaient devant les grottes de l'homme des cavernes, les religions étaient nées! On approuva pleinement cette idée, et on le fit en souriant. On en eut même la larme à l'œil. On compatissait.
Mais Jean Levau en savait plus. Il n'avait pas rêvé. Il savait ce qu'il en était.
Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain, pour savoir ce que fit ensuite Jean Levau; nous verrons, notamment, s'il fit autre chose que de se coucher pour se préparer à son travail du lendemain!