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Le Commandant de corps Markus Gygax propose que notre pays se joigne à l’Agence européenne de défense pour se protéger des missiles à longue portée, véritable menace des années à venir. Le mythe helvétique de la défense autonome ne subit pas là sa première agression. En février 1998, la Commission d’étude pour les questions stratégiques, présidée par l’ancien secrétaire d’Etat Edouard Brunner, défend une intense coopération internationale pour garantir notre sécurité. Le Conseil fédéral reprend les conclusions de la Commission Brunner. Son rapport de 1999 lance le slogan de «La sécurité par la coopération».
Cette nouvelle stratégie de défense est possible en respectant la neutralité. Codifiée dans les Conventions de La Haye, la neutralité se borne à interdire à la Suisse de prendre part à une guerre entre deux Etats. La participation en temps de paix à des alliances militaires qui contraindraient le pays à s’engager automatiquement dans un conflit doit également être écartée. Pour le reste, la Suisse est libre de mener la politique étrangère qui garantit le mieux sa sécurité. Le Conseil fédéral préconise donc un développement marqué de la coopération internationale : une participation accrue aux actions de l’ONU en faveur de la paix ainsi qu’au Partenariat pour la paix de l’OTAN, une coopération avec la politique de sécurité naissante de l’Union européenne et une possible coopération militaire avec les Etats neutres de l’Europe. Mais, force est de constater que les actes ne correspondent que fort modestement à l’ambitieux programme de 1999. Aujourd’hui, la Suisse figure au 115e rang dans le classement des Etats membres de l’ONU en terme de moyens mis à disposition d’opérations de maintien de la paix, reconnaît Denis Froidevaux, vice-président de la Société suisse des officiers. Berne n’envoie pas de casques bleus armés et refuse de participer avec l’UE à l’opération Atalante de lutte contre la piraterie maritime. Bref, la coopération avec l’étranger est figée dans un gel sibérien, avec la complicité active des pacifistes au Parlement (cf. DP 1867).
Publié en juin 2010, le Rapport sur la politique de sécurité, sans remettre formellement en cause les thèses d’ouverture défendues il y a dix ans, préfère mettre l’accent sur la coordination entre la Confédération et les cantons. Le Conseil fédéral de 2010 ne ressemble pas à celui d’il y a dix ans.
Aujourd’hui, c’est donc à l’intérieur même de l’armée qu’il faut chercher les forces d’ouverture. La récente prise de parole d’un officier supérieur en exercice aussi haut placé que Markus Gygax est un geste politique fort et inédit. Certes, un plus haut gradé encore, Christophe Kekeis, a condamné l’Alleingang militaire de la Suisse. Mais c’était en septembre 2008. Et le chef de l’armée venait de quitter son poste.
La prise de parole de Markus Gygax est courageuse. Mais sa stratégie de coopération avec l’Europe serait erronée. C’est en tous cas ce qu’affirme Otfried Nassauer, chef du centre d’information pour la sécurité transatlantique de Berlin. Un bouclier antimissile hors de prix, inimaginable pour la petite Suisse, dépasse également les capacités de la seule Europe. Seule l’OTAN est adaptée à un tel projet. Sur la base de l’analyse de l’expert berlinois, trois réponses sont possibles. On peut simplement ignorer les nouvelles menaces comme le font les nostalgiques de la défense autonome avec l’armée des chars et de l’artillerie. Ceux qui, politiquement, n’ont pas froid aux yeux préconiseront une adhésion à l’OTAN en abandonnant une neutralité dépassée par l’histoire. Et, troisième solution, pourquoi ne pas jouer réellement la carte de la sécurité par la coopération? La Suisse demanderait une protection de l’OTAN en échange de son engagement massif et militaire en faveur de la paix.