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À propos d'Antiquities of Indian Tibet
Généralités
Comme l’explique très bien Luciano Petech dans l’introduction de son étude des chroniques du Ladakh1, Francke a compilé tous les manuscrits qu’il avait à sa disposition en un seul texte. Ce qui présente l’avantage de pouvoir reconstituer des parties du texte abimé, mais aussi de mettre en valeur les différentes orthographes utilisées en fonction des manuscrits puisque l’origine de chaque portion de texte est clairement indiquée. De plus, Francke inclut les notes des traducteurs qui l’ont précédés en plus de ses propres notes. Les manuscrits ne donnent aucune date pour les règnes, mais Francke va inclure sa propre datation qui semble plutôt juste pour la première dynastie. Les dates de la seconde dynastie posent problème notamment en raison du manque d’informations qu’il y a à la charnière entre les deux dynasties. Par exemple, les dates de règne qu’il donne pour Senge Namgyal ont au moins vingt ans de retard. Les voyageurs jésuites, Francisco de Azevedo et le père Oliveira ont visité le Ladakh en octobre 1631 et nous donnent une description de Senge Namgyal, or Francke date le règne de Senge Namgyal de 1590 à 1620, ce qui ne correspond pas2. De plus, on peut souligner que Francke se pose la question de « où commence la vérité »3, il considère les rois mythiques comme ayant des origines bön et accepte l’existence historique des ancêtres de Songtsen Gampo cent vingt ans avant lui.
Un découpage de l'histoire du Ladakh
Selon Francke
Francke compile une histoire du Ladakh à partir de ces manuscrits en conservant le style traditionnel de présentation de l’histoire. Il divise ainsi son travail en dix parties4 :
II : la cosmologie et cosmogonie
III : la généalogie des Shakya
IV: les rois du Tibet jusqu’à Langdarma
V : la persécution du bouddhisme par Langdarma
VI : les rois de la première dynastie du Tibet Occidental
X : le Ladakh après la guerre dogra (1842-1886)
Selon Luciano Petech
Luciano Petech, dans sa thèse de doctorat, divise ces chapitres en trois sections : une première concernant les brefs traités de cosmologie et la mythologie (I à III), une seconde section à partir des origines de la monarchie tibétaine jusqu’à 842 (IV et V), et une dernière intitulée histoire du Ladakh jusqu’à environ 1635 (VI et VII). Il considère les autres chapitres comme des annexes : une narration jusqu’à 1834 (VIII), les guerres dogras (IX), de 1842 à 1886 (X)5.
Compilation des manuscrits
L’utilisation des manuscrits est répartie ainsi par Francke6 :
On constate la grande utilisation des Mss.S et L, qui semblent plus complets que les autres. Ces deux manuscrits sont très similaires et ne diffèrent généralement que par l’orthographe de certains mots, noms et toponymes. On peut aussi remarquer que Francke ne cite pas le Ms.L. pour le chapitre concernant la cosmogonie7. En effet, il ne demanda des photographies du texte qu’à partir de l’histoire de Nyatri Tsenpo, à la trente quatrième feuille8. Il est dommage de ne pas avoir, à titre de comparaison, la version traitant de la cosmogonie tirée de ce texte, soit les trente trois premières feuilles. Francke introduit, dans une onzième partie qui fait office d’annexe, des informations concernant la fiscalité du Ladakh, écrit par l’auteur du Ms.C., Munshi Palgyas.
Réflexions
L’énorme travail de Francke permet aux chercheurs d’avoir accès à un texte homogène qui reste attaché à ses origines diverses. Sa traduction, les nombreuses notes de Marx et de lui-même permettent de mieux appréhender les difficultés de traduction et d’interprétation à l’époque. Le volume d’AIT se termine par des chroniques dites mineures comme celles du Zanskar ou du Lahul, ainsi que des généalogies.
Luciano Petech note ses nombreux points de désaccords avec Francke bien qu’il reconnaisse la qualité de son travail et de sa traduction. Ces oppositions sont notamment liées au fait que Petech est allé chercher dans d’autres sources. Il a étudié des textes tibétains notamment le récit de la vie de Stagtsang Raspa et d’autres grands maîtres du Tibet Central. Il a aussi examiné les histoires mogholes, des documents chinois et les rapports des explorateurs occidentaux9. Selon Abdul Ghani Sheikh, Joseph Gergan n’aurait pas forcement communiqué tous les matériaux à sa disposition10, il rapporte :
« Francke admet qu’il y a plusieurs documents historiques au sujet du Ladakh dont il est mal informé. Dans ce contexte, Gergan écrit aussi qu’il était extrêmement difficile pour un Européen d’avoir accès à certains documents historiques du Ladakh en ce temps là. »11
Petech cite le travail de Joseph Gergan et les documents qu’il a collectés et listés tout en soulignant que ces textes, par la suite édités par Dieter Schuh12, demandent une étude critique. À propos du Trésor éternel, il note :
« Hormis les documents, ce travail, bien que ne tenant pas à des normes scientifiques modernes, contient bon nombre de témoignages traditionnels, pour lesquels il peut être classé comme un original ».13
Conclusion
Les chroniques du Ladakh que sont les différents manuscrits présentés par Francke ne représentent qu’une partie de l’histoire de la région. De nombreux autres documents tels que les récits de vie, les lettres, les inventaires, les reçus, les témoignages, sans oublier les inscriptions pétroglyphiques et les chants permettent d’apporter des détails sur certains épisodes. De plus, les chroniques des régions voisines peuvent servir à avoir une idée plus précise concernant des dates, des personnages ou des évènements. Antiquities of Indian Tibet et le Trésor éternel ne peuvent peut-être pas vraiment être comparés en tant que textes analogues. Antiquities of Indian Tibet peut tout à fait servir de base pour présenter la version traditionnelle de l’histoire du Ladakh, ce qui pourra mettre en valeur les apports et influences de Joseph Gergan.
Notes :
1. Luciano Petech, A Study on the Chronicles of Ladakh, p. 2.
2. Abdul Ghani Sheikh, op. cit., p. 22.
3. AIT, op. cit., p. 11.
4. AIT, op. cit., p. 10-11.
5.Luciano Petech, op. cit., p. 3.
6. Ibid.
7. Ibid., p. 2.
8. AIT, op. cit., p. 6.
9. Luciano Petech, The Kingdom of Ladakh, pp. 3-4.
10. Entretien du 22/07/2011 avec Abdul Ghani Sheikh.
11. Abdul Ghani Sheikh, Reflections on Ladakh, Tibet and Central Asia, New Delhi, Skyline, 2010, p. 16.
12. Dieter Schuh, Herrscherurkunden und Privaturkunden aus Westtibet (Ladakh), Halle, International Institute for Tibetan and Buddhist Studies, 2008, 475 p.
13. Luciano Petech, op. cit., p. 4.