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ARCHIVES OPERAS
ALADIN ET LA LAMPE MERVEILLEUSE
de Nino Rota(1911-1979)
janvier 2013
L'origine des Mille et une Nuits reste mystérieuse. Mais ce mystère, et la richesse d'un texte sans cesse augmenté, ont inspiré artistes et créateurs. Ce recueil de contes de fées, d'origine indienne et persane, remonte au Xe siècle. À l'origine, il ne comptait pas exactement 1001 histoires, mais un très grand nombre d'histoires. En effet, mille en Arabie signifie innombrable et 1001 un nombre infini. Ce n'est que plus tard que les compilateurs et traducteurs ont fait le choix de subdiviser les contes et d'en ajouter d'autres afin de parvenir au chiffre fatidique de 1001.
A l'origine des Mille et une Nuits, il y a l'histoire de Schéhérazade. Le roi Schahriar est profondément déçu par les femmes. Il est très en colère parce qu'il vient de découvrir que sa femme le trompe avec ses esclaves et que le même malheur est arrivé à son frère, le roi Schahzénan. Le roi Schahriar est mis au courant de son infortune par son frère. Ayant perdu toute confiance, il décide que, dorénavant, il ne donnera à aucune femme une chance de le tromper et qu'il ne vivra que pour le plaisir. À partir de ce jour-là, il couche chaque nuit avec une vierge qu'il fait exécuter le lendemain. Finalement, il ne reste plus une seule vierge dans le royaume, sauf Schéhérazade, la fille du vizir du roi. Le vizir n'a pas la moindre envie de sacrifier sa fille, mais elle insiste en disant qu'elle a décidé d'arrêter le cours de la tyrannie exercée par le roi. Elle y parviendra en racontant chaque soir, pendant mille et une nuits, une histoire qui passionne tellement le roi qu'il s'abstient de la tuer pour entendre la suite du récit, la nuit suivante. À l'issue de ces mille et une nuits le roi, convaincu de la fidélité de Schéhérazade, lui déclare son amour : ils vivront heureux jusqu'à la fin de leurs jours! Ce récit sert de contexte narratif et permet de juxtaposer des récits – récits populaires, contes de fées, légendes et fables – qui n'ont aucun lien entre eux.
L'œuvre a été découverte en Occident par le Français Antoine Galland qui, à partir d'un recueil en arabe d'auteur inconnu, publie le premier volume de ses Mille et une Nuits en 1704. Devant le succès que rencontrent ces contes, Galland écrit ensuite, jusqu'en 1717, onze autres volumes. Dans sa traduction, il omet certains récits, qu'il juge trop osés, et incorpore par ailleurs divers contes n'appartenant pas au recueil de départ. C'est le cas en particulier des récits qui ont pourtant connu la popularité la plus grande, tels qu'Aladin et la lampe merveilleuse, Sindbad le Marin et Ali Baba et les 40 voleurs.
Aubrey Vincent Beardsley
Le succès de cette première édition ne s'est jamais démenti. Aux imitations et pastiches, parfois libertins comme Les Bijoux indiscrets de Diderot, vont s'ajouter des traductions dans tous les pays d'Europe et en Amérique. Encouragée par Mallarmé, la nouvelle "traduction" publiée sous le titre les Mille Nuits et une Nuit par le Dr. Joseph-Charles Mardrus de 1898 à 1904 va envoûter la Belle Epoque, Proust en faisant l'un de ses livres de chevet. Ces nouvelles Nuits capiteuses et décadentes vont inspirer de nombreux artistes et créateurs, tels que Van Dongen, Derain, Bourdelle, Dufy, Paul Poiret, Diaghilev et Rimsky-Korsakov.

Nino Rota et Fellini
Nino Rota va se saisir, lui, de cet inépuisable sujet dans les années 60. Né le 3 décembre 1911 à Milan, dans une famille de musiciens, Rota va étudier dès son enfance au Conservatoire de Milan sous la direction d'Ildebrando Pizzetti. Tout de suite, il va acquérir une certaine renommée en tant que compositeur et chef d'orchestre, son premier oratorio, L'infanzia di San Giovanni Battista, ayant été par exemple représenté à Milan et à Paris en 1923, alors qu'il n'avait que douze ans. Toscanini lui ayant conseillé d'aller se perfectionner aux Etats-Unis, Rota y obtient une bourse d'études au Curtis Institute, où il étudie, de 1930 à 1932, sous la direction de Fritz Reiner (direction d'orchestre) et de Rosario Scalero (composition). De retour à Milan, Rota poursuit ses études en étudiant la littérature à l'université de Milan. Rota va composer une dizaine d'opéras, parmi lesquels Il Cappello di paglia di Firenze en 1946. Il va aussi écrire cinq ballets et beaucoup d'autres œuvres instrumentales, dont le Concerto Soirée (pour piano et orchestre) (1962). Mais c'est au cinéma qu'il va remporter ses plus grands succès et connaîtra la célébrité. Rota écrit ses premières partitions pour le cinéma dès 1933 pour Treno popolare de Raffaelo Matarazzo, puis pour Zazà, 1944 film réalisé par Renato Castellani. Il travaille aussi pour Edgar G. Ulmer, Alberto Lattuada, Henry Cass, Luigi Comencini, Terence Young et Henri Verneuil. Il va faire la connaissance du réalisateur Federico Fellini, alors que celui-ci travaillait sur son premier film, Lo Sceicco bianco (1952). Ce fut le début de nombreuses collaborations entre le réalisateur et le compositeur, comme pour I Vitelloni, La Strada, La Dolce Vita. La bande sonore du film Huit et demi est par exemple souvent citée comme un des éléments les plus marquants du film, qui lui donne une certaine cohérence. Il est aussi l'auteur de la musique du Satyricon, d'Amarcord et du Casanova. Son dernier travail avec Fellini est Répétition d'orchestre (Prova d'orchestra) en 1978, un de ses chefs-d'œuvre. La relation Rota - Fellini a été si importante qu'aux Funérailles d'Etat à Rome auxquelles Fellini a eu droit, on a joué devant une foule immense l'œuvre "l'Improvviso dell'Angelo" de Nino Rota. Parmi les autres partitions célèbres de Nino Rota, il faut également citer celles du Parrain (qui comprend un motif musical proche du thème du Lac des Cygnes) et du Parrain II, films réalisés par Francis Ford Coppola, de Roméo et Juliette, film de Franco Zeffirelli ainsi que du Guépard et de Rocco et ses frères, chefs-d'oeuvre de Luchino Visconti. Nino Rota décède le 10 avril 1979 à Rome.
Leon Bakst - costume pour Aladin
Voici en détail l'intrigue de l'opéra:
Prologue: Le chœur des enfants raconte qu'une vieille lampe est cachée dans une grotte près d'Al-Qalàs. Personne ne peut la trouver.
Acte I: Les marchands hèlent le chaland. Aladin mène la vie libre et insouciante d'un gamin des rues, préférant dérober tout ce dont il a besoin à l'étal des marchands et jouer aux dés plutôt que de mendier. Il est ivre et se moque du sultan, dont la fille est courtisée par tout le royaume. Un magicien africain s'approche et se présente comme son oncle. Aladin, d'abord méfiant, se laisse convaincre lorsqu'il lui fait miroiter de grands trésors et lui propose un marché : s'il le suit, il sera riche. Le magicien et Aladin arrivent épuisés près d'une grotte où le magicien prononce des formules magiques. Au milieu du tonnerre et des éclairs, la terre tremble et s'ouvre. Le magicien ordonne à Aladin de s'engouffrer dans la grotte qui s'ouvre devant lui et d'y chercher la lampe merveilleuse. Il lui donne un anneau magique, grâce auquel il pourra la trouver. Dans la grotte, Aladin voit de fabuleux trésors, des montagnes d'or et de pierres précieuses. Il s'arrête et dit: «Je m'appelle Aladin! Montre-toi!». La lampe merveilleuse apparaît. Aladin la saisit et la serre contre sa poitrine. Sur le chemin du retour, il emplit ses poches d'or et de diamants. Le magicien, qui l'attend impatiemment, lui ordonne de lui donner la lampe, mais Aladin lui demande de l'aider à sortir d'abord. Très en colère, le magicien l'accuse de vouloir garder la lampe et, ne parvenant pas à l'obtenir, l'enferme dans la grotte. Seul dans l'obscurité, Aladin cherche une issue. Dans son désespoir, il frotte par hasard l'anneau magique. Le Génie de l'anneau apparaît. «Je suis ton serviteur à jamais, maître. Dis-moi quel est ton vœu et je le réaliserai.» D'abord effrayé, Aladin lui ordonne de le faire sortir de la grotte, qui disparaît immédiatement: il est libre.

Acte II: Aladin est triste, car il est pauvre et misérable. Sa mère tente de le consoler. Il lui montre la vieille lampe qu'il a ramenée du désert et qu'il va aller vendre au marché. Sa mère commence à la frotter pour la nettoyer, lorsque dans un éclair éblouissant apparaît le Génie de la lampe. Elle s'évanouit d'effroi. Aladin lui retire la lampe des mains. Le génie propose ses services: «Maître de la lampe merveilleuse, dis-moi quel est ton vœu!» Aladin a faim et demande à manger. Une table surgit, couverte de victuailles dans une vaisselle d'or et d'argent. Revenant à elle, la mère admire ce repas princier. Aladin lui dit que c'est grâce à la lampe merveilleuse et au bon génie qui était à l'intérieur. Ils se mettent à table. Le Génie de la lampe révèle à Aladin que les verres sont en pierres précieuses tellement belles et rares que même le sultan n'en a pas de pareilles. Près d'un beau pavillon où se trouvent les bains royaux et des fontaines, les gardes annoncent l'arrivée de la princesse qui va prendre son bain. Nul ne doit voir Badr'-Al-Badur. Qui posera ses yeux sur elle mourra. Aladin se cache et assiste à la scène sans se faire voir.
Kees van Dongen - Les mille et une nuits
La princesse soupire, elle est riche mais solitaire. Aladin s'approche et lui déclare son amour. Aladin raconte à sa mère qu'il a vu la princesse qui est plus belle que la lune et les étoiles et qu'il va l'épouser. Il envoie sa mère demander la main de Badr'-Al-Budur. Il lui donne la vaisselle de pierres précieuses. La mère craint la colère du sultan, mais Aladin est inflexible: il préfère mourir que vivre sans celle qu'il aime. Le Grand Vizir annonce que l'audience est ouverte. Le roi d'Al-Qalàs est intrigué par les présents qu'apporte la mère d'Aladin et la prie d'approcher. Tout en s'excusant, elle demande au sultan la main de sa fille. Le sultan est stupéfait par la richesse des trésors qu'elle apporte et veut connaître leur propriétaire. Mais le Grand Vizir déclare le trésor indigne de la fille du sultan. La mère d'Aladin s'apprête à repartir lorsque celui-ci apparaît et demande en personne la main de Badr'-al-Budur. L'assistance silencieuse voit la princesse s'avancer vers Aladin et lui déclarer elle aussi son amour. Le seul trésor qui l'intéresse est l'amour d'Aladin. Le sultan et la mère d'Aladin se réjouissent de cette union. Resté seul, Aladin demande au Génie de la lampe merveilleuse de bâtir un grand palais digne de son épouse.
George Barbier, Ida Rubinstein et Vaslav Nijinsky, 1913
Acte III: Le magicien africain arrive chez la princesse, déguisé en marchand ambulant. Il propose à la princesse des lampes neuves pour remplacer les vieilles lampes usagées. La princesse se demande pourquoi Aladin ne remplace pas sa vieille lampe et la propose au magicien qui s'en empare et, abandonnant toutes les autres lampes, disparaît. La princesse le prend pour un fou. Le magicien peut enfin se venger d'Aladin et ordonne au génie de faire s'envoler le merveilleux palais d'Aladin avec lui dans les airs. On voit le palais disparaître. À la place du palais, il ne reste que ruines et désolation. Aladin cherche sa bien-aimée. Par hasard, il frotte à nouveau l'anneau et le Génie apparaît dans la brume lumineuse. «Dis-moi quel est ton vœu, ordonne et j'exauce ton vœu.» Aladin demande au génie de l'anneau de lui rendre sa princesse, mais il lui est impossible de le satisfaire, car seul le Génie de la lampe merveilleuse peut accomplir ce désir. La princesse est très loin, en Afrique. Aladin lui demande alors de le conduire auprès d'elle, et s'envole avec lui dans la brume lumineuse. La princesse chante une chanson mélancolique. Aladin se précipite vers elle et lui demande ce qu'il est advenu de la lampe magique. Elle lui dit que le magicien ne s'en sépare jamais. Pour la récupérer, Aladin donne à la princesse une fiole contenant une poudre magique qui endormira l'infâme sorcier dès la première gorgée qu'il boira. Badr'-Al-Budur ordonne aux servantes de préparer un festin. Aladin se cache. Le magicien apparaît, captivé par le chant d'amour de la princesse. Le magicien se laisse séduire et lève son verre à l'amour. Il veut enlacer la princesse, mais à peine son verre vidé, il vacille et tombe à terre. Aladin réapparaît, se précipite pour lui prendre la lampe et la brandit, victorieux. Dans un éclair aveuglant, un épais brouillard se dissipe. Les jeunes époux se dirigent main dans la main vers le palais enchanté.
Epilogue: Le chœur des enfants raconte l'histoire de la vieille lampe cachée dans une grotte...