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Témoignage d'un enseignant, père d'un enfant dyslexique
Pendant bien des années, ma définition de la dyslexie se résumait à la confusion de lettres et à des inversions.
Enseignant
Mais aujourd'hui, après plus de vingt-cinq ans d'enseignement, je me rends compte qu'il y a plusieurs formes et plusieurs degrés de dyslexie et que cette difficulté spécifique d'apprentissage peut rendre la vie très pénible à un enfant.
Ma conception de la dyslexie se mit à changer lorsqu'un de nos enfants commença sa première année primaire. Il était très motivé et voulait apprendre à lire et à écrire, mais il se heurta rapidement à des difficultés d'apprentissage.
Il fut pris en charge par une orthophoniste/logopédiste et après trois ans de traitement, il avait progressé, mais ses difficultés persistaient. On savait alors qu'il ne s'agissait ni d'un retard d'apprentissage, ni d'un problème socio-affectif, mais d'une dyslexie. L'apprentissage de la langue française n'est de toute façon pas chose facile, mais nous savions que notre fils rencontrait une difficulté supplémentaire face à la lecture et au langage écrit, et cela malgré une intelligence tout à fait normale et un désir évident d'apprendre à lire et à écrire. Nous prîmes contact chaque année avec ses enseignants pour leur expliquer que si notre fils rendait des travaux insuffisants, ce n'était pas parce qu'il n'avait pas travaillé, ni parce qu'il était inattentif ou peu motivé.
Grâce à sa persévérance tenace, notre fils arrive maintenant, après douze ans d'efforts acharnés, à mieux maîtriser sa dyslexie, même si elle est toujours bien présente. Récemment, un vendredi soir, je trouvais sur la table de la salle à manger, un mot sur lequel il avait écrit : Réveille-moi à 7h30 pour POSER. J'eus une petite hésitation, puis je compris. Dans sa tête, il avait pensé « pour BOSSER » .
Ceci illustre la difficulté supplémentaire qu'un enfant dyslexique doit maîtriser pour parvenir à écrire correctement : il est continuellement obligé de vérifier ce qu'il lit et écrit. En revanche, grâce à une forte volonté, il peut devenir très performant, mais à quel prix !
En tant qu'enseignant, j'aimerais dire à mes collègues que par leur compréhension et leur attitude, ils peuvent éviter que l'école soit un enfer pour l'enfant dyslexique. Ce ne sera peut-être pas le paradis pour lui, mais il pourra progresser, et surmonter ses difficultés dans de meilleures conditions. Lorsqu'un enfant travaille bien et est récompensé par une bonne note et par les éloges de la part de son professeur, il est encouragé à persévérer. Mais lorsqu'un enfant a travaillé tout autant ou même plus et reçoit une note insuffisante ou même très insuffisante, imaginez ce qu'il ressent et la dose de courage dont il a besoin pour se relever et continuer à persévérer.
Efforçons-nous donc d'accorder à ces enfants, qui manifestent un désir remarquable de réussir, la possibilité de montrer leurs capacités soit en présentant un travail oralement ou en le préparant par écrit à la maison, même s'ils doivent s'aider d'un correcteur d'orthographe.
En tant que père, j'aimerais rappeler aux parents d'enfants dyslexiques qu'ils ne sont pas responsables des difficultés de leurs enfants, mais que tout ce qu'ils peuvent faire pour l'aider et l'encourager vaut la peine, même si c'est peu de chose et même s'ils sont parfois menés à bout de patience par des séances interminables de devoirs ! Je ne peux que les encourager à prendre contact avec les enseignants de leurs enfants.
Pour finir, j'aimerais dire aux jeunes dyslexiques, sans oublier les moins jeunes, car il n'est jamais trop tard pour s'attaquer à cette dyslexie frustrante - de ne pas baisser les bras, lorsqu'ils trouvent sur leur chemin une indication : « Route barrée ».
Suivez l'indication « Déviation » et « Persévérez ! » malgré votre dyslexie ou plutôt, devrais-je dire, grâce à votre dyslexie. Elle vous forcera à vous discipliner, à surmonter les difficultés et à manifester les talents et les qualités remarquables qui sont en vous.
P.-S.
Vous méritez, jeunes et moins jeunes, notre soutien, notre encouragement et notre réelle estime.