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La spiritualité ignatienne est le reflet du chemin parcouru par Ignace de Loyola pour s'engager au service du Christ et de l'Eglise.
Tout a commencé par un pèlerinage intérieur, une première expérience du discernement spirituel. Attentif à ce qui se passait en lui, Ignace a remarqué que la vie du Christ et celle des saints éveillaient des sentiments et des désirs qui le stimulaient et le rendaient heureux. Les souvenirs de sa vie de gentilhomme mondain le laissaient, a contrario, morose et finissaient par le démobiliser.
La joie, la paix, le dynamisme que lui laissait pressentir le service du Christ l'emportaient largement sur les promesses d'une carrière à la cour. Mais pour suivre le Christ, il devait s'affranchir de tout ce qui pourrait entraver sa marche. Renonçant à la séduction de la richesse, de la vanité et du pouvoir, il fit le choix d'une vie pauvre et humble, sans autre ambition que de servir.
Au cours d'un séjour à Manrèse, petite ville d'Espagne du centre de la Catalogne, une autre expérience modifia de manière décisive sa compréhension du monde. Une sorte d'illumination intérieure lui fit comprendre qu'il n'y avait pas de clivage entre le monde de Dieu et le monde auquel s'intéressaient la culture et les sciences profanes. En abolissant la distance entre un monde "d'en-haut" et un monde "d'en-bas", un monde de Dieu et un monde des hommes, cette intuition cautionnait une nouvelle vision architectonique :
Dieu est présent et actif en toute réalité humaine, comme celui qui agit, qui donne, qui s'offre.
La volonté de Dieu ne se cache pas quelque part derrière les nuages, tel un programme tout fait, mais elle est inscrite dans les circonstances de chaque existence personnelle.
Toute situation, tout événement, toute rencontre peut être le lieu de l'adoration et du service.
A une condition : se garder libre et disponible pour la reconnaître et l'accepter, et renoncer à toute idéologie en se dégageant des aprioris de toutes natures.
Qui prétend connaître d'avance la volonté divine n'y parviendra pas.
Ignace parle de s'établir dans l'équilibre, comme le fléau d'une balance bien réglée. Cet équilibre - qu'il appelle « indifférence » - n'a rien à voir avec l'impassibilité proposée par certaines spiritualités orientales. Pour lui, il ne s'agit pas de tuer le désir mais de le réorienter en vue de l'engagement et du service.
Le chemin spirituel qu'Ignace de Loyola parcourt n'aboutit pas à l'union fusionnelle avec Dieu, telle que l'enseignent d'autres maîtres spirituels. Lorsqu'il contemple la Trinité, il la voit s'incarner dans le monde et s'y activer. Sa mystique est essentiellement active. Elle est une mystique du service.
Découvrir la volonté de Dieu dans les événements et les circonstances de sa propre existence ne signifie pas que l'on s'enferme dans sa propre subjectivité. La capacité à s'ouvrir aux autres et à prendre sa place dans des structures communautaires et ecclésiales est un des critères qui permet de reconnaître l'appel divin. L'isolement et le repli narcissique sont toujours suspects.
Loin de fuir le monde pour trouver Dieu, l'homme spirituel se garde libre et éveillé pour le trouver là où il vit, dans le monde qu'il aime.