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Au carrefour entre système scolaire et marché du travail, la formation professionnelle est un espace particulièrement intéressant à soumettre à l’analyse féministe. Lieu majeur de socialisation professionnelle, elle produit de futur·e·s travailleuses et travailleurs destiné·e·s à des professions fortement sexuées et ségréguées. A partir d’éclairages français, allemands et suisses, ce numéro met au jour quelques invariants: l’interdiction de transgresser les frontières du genre, la perpétuation de la division sexuelle du travail et des stéréotypes de genre et enfin la peur de l’avancée en mixité.
A entendre le discours ambiant d'aujourd'hui, tout serait résolu dans la question de l'éducation des filles et de l'égalité des sexes dans le domaine de l'éducation. A l'école, voilà plusieurs années que les filles ont en moyenne de meilleurs résultats scolaires que les garçons et qu'elles forment la majorité de la population estudiantine universitaire dans pratiquement toute l'Europe. En fait l'école n'est pas neutre et les institutions de formation continuent de prendre une part active, avec la famille et la culture, à la construction d'individus répondant aux rôles sexués traditionnels. Réfléchir aux pratiques qui permettraient de rendre l'éducation égalitaire reste donc un objectif à l'ordre du jour, d'autant plus que la formation scolaire et professionnelle constitue un pré-requis pour l'émancipation des femmes.
Au coeur des mouvements de libération des femmes des années 70, une protestation a résonné avec force: Mon corps n'est pas à vendre!". Revendiquer le droit à la libre disposition de son corps, c'était dénoncer le fait que, sous le régime patriarcal, le corps féminin est réduit à une marchandise, un instrument de travail ou encore à un objet sexuel. Ce refus de la "femme-objet" est emblématique du rapport tendu sinon impossible entre féminisme et objet. Il présuppose en effet un rejet de l'objet tout court, comme si le monde et le langage de l'objet ne pouvaient signifier que dépossession, appropriation, domination, instrumentalisation, objectification ou encore déshumanisation du sujet féminin. Le rejet de l'objet n'est pas le propre du féminisme mais il place ce dernier devant un dilemme singulier: si la femme-objet incarne "l'objet type" du féminisme, est-ce à dire que la libération des femmes sera sans objet ou ne sera pas?