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El Clan se présente comme le récit de l’affaire Puccio : entre 1983 et 1985 une série d’enlèvements crapuleux et de séquestrations sont commis à Buenos-Aires, suivis d’assassinats des victimes malgré le paiement des rançons exigées. Des actes organisés par Archimedes Puccio, père d’une famille issue de la petite bourgeoisie, avec la complicité directe ou tacite de ses proches. Mais Archimedes était aussi – le film l’indique au passage – un homme de main des services de renseignements militaires.
La reconstitution que nous propose le cinéaste Pablo Trapero (Leonera, 2008 – Carancho, 2010 - Elefante Bianco, 2012) intègre plusieurs séquences d’actualités de l’époque qui sont un rappel de la difficile transition entre l’ancien régime dictatorial et le retour de l’Argentine à la démocratie. On assiste au discours d’entrée en fonction du président Alfonsin haranguant la foule depuis le balcon de la Casa Rosada, ainsi qu’à une réception offerte par le même Alfonsin lors de la sortie d’un rapport officiel (Nunca Mas) sur les crimes commis sous la dictature.
Comme beaucoup de «gangsters d’Etat» chargés de tâches paramilitaires, Archimedes Puccio travaillait aussi à temps partiel pour son propre compte. Lorsqu’il fut mis au «chômage technique» durant les derniers temps de la dictature, il intensifia ses activités criminelles personnelles et parallèles de droit commun. Jusqu’au jour où il enleva une personne dont les relations familiales firent sauter les protections militaires et policières dont il bénéficiait jusque-là et qui assuraient son impunité.
El Clan repose en grande partie sur les épaules de deux personnages : celui d’Archimedes (excellent Guillermo Francella) et celui de son fils aîné Alejandro (Peter Lanzani), célèbre rugbyman du très chic Club Athlétique de San Isidro et de l’équipe nationale Los Pumas, ce qui le plaçait, par sa popularité, au-dessus de tout soupçon. La manipulation du fils par le père et les tentatives du premier d’échapper à l’emprise du second sont aussi au centre du film. On ne racontera pas tous les événements qui s’enchaînent, ni l’épilogue de l’affaire (arrestations, intervention d’autres membres de la famille, séances de tribunal, peines requises). On rappellera simplement qu’Archimedes Puccio fut condamné, mais qu’il n’avoua jamais, qu’il étudia le droit pendant ses longues années de prison et qu’à sa sortie il devint avocat (!). Il mourut à l’âge de 84 ans, bien plus tard que la plupart des membres de sa famille. Quant à Alejandro, il passera plus de 20 ans en prison et mourra peu après sa libération.
El Clan dénonce les activités maffieuses de plusieurs personnalités du monde politique argentin durant la dictature et met l’accent sur les dangers que peut représenter – aujourd’hui encore? – pour certaines démocraties le pouvoir des services de renseignements et leurs appendices privés vivant au cœur même de l’Etat. Pour réaliser son film, Pablo Trapero a dû entreprendre un travail de documentation de très longue haleine (consultation des rapports de police, du dossier d’instruction, des journaux de l’époque, des minutes du procès ; enquête dans le voisinage des Puccio, auprès des copains de rugby d’Alejandro et des familles des victimes).
Le film, en Argentine, a battu tous les records au box-office national et il est aussi un grand succès dans les pays voisins. Co-produit par Pedro Almodovar, il relève du grand cinéma : radiographie d’une petite société inhumaine, thriller politique et d’atmosphère au suspense bien calibré, au montage très sûr et très étudié, cette tragédie socio-politique est une œuvre qui sort du lot, soutenue par des acteurs qui incarnent leurs rôles de manière parfaite et sensible.
Antoine Rochat
|Nom||Notes|
|Antoine Rochat||18|
|Georges Blanc||13|
|Anne-Béatrice Schwab||16|