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La préoccupation de Chateaubriand de substituer aux figures du paganisme grec et latin celles du christianisme, jugées plus fraîches, plus vivantes, plus vraies, incluait évidemment le Ciel. Dans Les Natchez (1826), il consacra quelques pages d'épopée à un empyrée peuplé d'anges, d'intelligences célestes, de saints glorifiés. Un passage dit: L'Ange protecteur de l'Amérique […] montait vers le Soleil […]. Déjà il a laissé derrière lui les planètes les plus éloignées de l’œil du monde; il traverse les deux globes que les hommes plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie, profanèrent par les noms de Mercure et de Vénus. Il entre ensuite dans ces régions où se forment les couleurs du soleil couchant et de l'aurore; il nage dans des mers d'or et de pourpre; et sans en être ébloui, les regards fixés sur l'astre du jour, il surgit à son orbite immense.
Puis il converse avec l’ange gardien de l’astre d’or, Uriel. Il lui demande notamment si ce que disent les hommes sur la création de celui-ci est véritable; or, l’archange répond qu'il n'en est rien: il est né d'un rayon de la lumière universelle primordiale que le Fils, Emmanuel, demanda l'autorisation de briser, parce que l'univers était menacé par la clarté trop forte du Saint des saints. En effet, de ce rayon brisé s'échappa une goutte de feu que le Fils nomma Soleil. Uriel reçoit alors l'ordre de s'asseoir à son foyer, moins pour veiller à la marche des sphères que pour empêcher leur destruction: le Fils a voulu tempérer le feu du Père pour permettre aux hommes de vivre. Le ressort profond de l'univers sensible est l'amour, non la mécanique. Chateaubriand s'efforce d'inverser la logique du matérialisme pour lui substituer un ordre cosmique moral. Ce faisant, il dédaigne les planètes comme objets physiques: il se contente de condamner l'appellation idolâtre de Vénus et Mercure sans évoquer même un ange pour les remplacer, sans dire ce qui s'y trouve. Il méprise trop la science de son temps, et est trop dans une perspective catholique, pour s'abaisser même aux conjectures d’un Bernardin de Saint-Pierre: seule l'histoire humaine dans ses rapports avec le Ciel le préoccupe.
Pourtant, de par son éducation, il se situe déjà dans une perspective physique: l'ange de l'Amérique parcourt des espaces, traverse les globes – et le narrateur l'accompagne dans son cheminement, jusqu’à rencontrer l’archange qui conserve au Soleil ses propriétés naturelles. Il place, ainsi, des esprits célestes en profondeur d'un cosmos mécanisé, comme le fera jusqu'à un certain point cet autre auteur chrétien que fut C. S. Lewis, lequel affirmait que la lumière est pleine d'anges pour qui les planètes physiques ne sont que des ombres dénuées de réalité propre.