Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07082.jsonl.gz/681

Le nom de Genève suggère deux idées contradictoires. C’est d’abord la cité de Calvin, figure tutélaire qu’on crédite volontiers d’une austérité sans concession. C’est ensuite une ville de marchands, d’horlogers et de joailliers, qui a toujours cultivé les produits de luxe tandis que ses banquiers en faisaient un concentré de la richesse du monde.
Austérité et richesse : Corinne Walker s’est demandé quelle est, dans l’histoire de la ville, l’origine de ces deux notions. Elle est remontée aux lois somptuaires attribuées à Calvin, documents aussi souvent cités que peu connus. Après en avoir scruté les nombreuses expressions du XVIe au XVIIIe siècle, elle examine l’application qu’en faisait la « Chambre de la Réformation », tribunal dont les délibérations permettent de reconstituer les représentations sociales en même temps que la vie quotidienne d’une société, de ses pratiques et de ses goûts.
Dès le XVIIe siècle, et surtout au XVIIIe siècle, Genève s’inspire moins de « l’austère Calvin » que des modèles parisiens en matière de mode (les femmes sont ici à l’honneur), mais aussi d’architecture. Dans un souci d’ordre social, les patriciens genevois qui gouvernent la ville ne se croient pas tenus de respecter les limites qu’ils voudraient imposer aux basses classes. D’où un art de vivre dans des intérieurs confortables, rehaussés de miroirs et de tableaux de prix, qu’encourage Voltaire qui prend ses quartiers non loin de Genève.
De ce monde cosmopolite qui apprécie les joies de l’existence, où l’on est sensible aux beaux-arts et où l’on pratique une musique de qualité, Corinne Walker nous propose un tableau attachant, en faisant revivre certains de ses représentants : les membres de la famille Pictet, le pasteur Ami Lullin et sa fille, la charmante Manon, ou le célèbre Horace-Bénédict de Saussure. Aussi bien le pasteur que le savant s’entendent à montrer comment il est possible de concilier une vie de haut vol avec une éthique qui recommande aux élites de cultiver les lumières, en donnant à l’art et aux nouvelles sciences la place qui leur revient dans la culture de l’honnête homme.
Corinne Walker est historienne. Spécialiste de l’histoire culturelle de Genève sous l’Ancien Régime, elle pratique une histoire ouverte sur les disciplines voisines. Ses objets de recherche portent sur l’histoire du luxe, sur l’évolution des sensibilités et des pratiques matérielles.
L'article d'Étienne Dumont dans Bilan, 4 février 2019.
L'interview de Corinne Walker par Julien Magnollay dans l'émission "Tribu", RTS, 7.01.2019
Un bel article signé Benjamin Chaix dans la sélection beaux-livres de La Tribune de Genève, 14.12.2018
Le blog de Jean-Paul Gavard-Perret, en partenariat avec 24 heures, 19.10.2018