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Les dénégations de Philippe Bruggisser
En ouverture de la 3e semaine du procès Swissair, l'ancien patron de SAirGroup Philippe Bruggisser a rejeté les accusations de faux dans les titres et de gestion déloyale.
Des accusations concernant des versements de plus d'un million de francs à d'ex-dirigeants de la compagnie polonaise LOT. En marge du procès, il a évoqué ses «regrets».
Le tribunal de Bülach (ZH) s'est penché lundi sur les salaires des directeurs de la compagnie d'Etat polonaise LOT. Il a notamment entendu pour la seconde fois Philippe Bruggisser.
Le ministère public accuse l'ex-patron de SAirGroup d'avoir lésé le groupe à hauteur de 1,34 million de francs en accordant aux membres de la direction de LOT des compléments de salaire sans qu'ils aient à réaliser un véritable travail en contrepartie.
Sept fois leur salaire de base
Dès septembre 2000, l'ex-directeur général de LOT, Jan Litwinski , a par exemple reçu 36.000 francs par mois en plus de son salaire de base payé par la Pologne. Cela représentait 7 fois ce salaire. Il semble que l'Etat polonais n'était pas informé de ces compléments de salaire.
«Je ne vois pas où est le problème», a notamment déclaré Philippe Bruggisser, qui a expliqué que les membres de la direction de LOT ont reçu ces compléments pour deux raisons. D'une part pour compenser leur perte de salaire suite à l'entrée en vigueur d'une loi votée par le parlement polonais qui a fortement réduit les salaires des cadres des entreprises d'Etat dès septembre 2000.
SAirGroup souhaitait que les dirigeants de LOT restent en place suite à l'entrée de la compagnie dans l'alliance Qualiflyer en janvier 2000. La direction était, selon M. Brugisser, «expérimentée et faisait du bon travail». Il fallait qu'elle «assure la continuité».
«Si nous n'avions pas compensé ces pertes de salaire, les directeurs auraient quitté le bateau pour des postes mieux payés dans le secteur privé», a expliqué Philippe Bruggisser. L'Etat polonais les aurait remplacés par «des fonctionnaires inexpérimentés qui auraient conduit LOT à la ruine».
En procédant à ces versements, il estime donc ne pas avoir lésé SAirGroup. Au contraire «j'ai empêché un grand dommage», a-t-il dit.
D'autre part, SAirGroup aurait voulu dédommager les directeurs de LOT «pour les connaissances qu'ils ont apportées dans l'alliance Qualiflyer» M. Bruggisser a par exemple confié à M. Litwinski la âche d'étudier les possibilités de nouvelles alliances en Europe de l'Est.
Rien d'écrit
A noter que les tâches de consulting remplies par les directeurs de LOT n'ont jamais été formalisées par écrit. De plus, selon le ministère public, SAirGroup ne dédommageait normalement pas les cadres des compagnies affiliées lorsque ceux-ci assumaient de telles tâches pour le groupe ou pour l'alliance Qualiflyer.
Egalement entendu lundi, le co-accusé Jan Litwinski s'est justifié en disant que les tâches que lui avait confiées Philippe Bruggisser étaient «spéciales». Il a expliqué avoir toujours rapporté les résultats de son travail par oral directement à ce dernier.
Jan Litwinski estime avoir mérité son salaire. «Renforcer la position de SAirGroup en Europe de l'Est était une tâche très difficile», a-t-il dit.
«Je regrette»
En marge du procès, Philippe Bruggisser a pour la première fois exprimé des regrets concernant la faillite de Swissair. «Je regrette qu'autant de personnes en aient souffert et je m'excuse auprès de ces personnes», a-t-il déclaré lundi à la Radio alémanique DRS.
Le procès se poursuit demain, avec les comparutions de Mario Corti et de Jacqualyn Fouse, dernière responsable des finances. Le tribunal tentera de retracer le cours des évènements durant les jours précédant le 2 octobre 2001, lorsque les avions étaient restés cloués au sol.
swissinfo et les agences
Faits
En application de sa «stratégie du chasseur», SAirGroup a acquis auprès de l'Etat polonais une participation de 37,6% au capital de la compagnie polonaise à fin 1999, LOT devenant en 2000 membre du «Qualiflyer Group», une alliance sous l'égide de Swissair.
Jan Litvinski a pris la présidence de la direction générale de LOT à fin 1992, avant de quitter la compagnie le 13 mars 2003 à cause des versements douteux évoqués dans le cadre du procès.
En bref
Le procès, commencé le 16 janvier, se tient jusqu'au 9 mars devant le Tribunal de district de Bülach.
Les audiences se déroulent dans la halle communale de Bülach, qui peut contenir jusqu'à 1500 personnes.
L'audition des 19 prévenus devrait durer jusqu'au 5 février.
Les réquisitoires du Ministère public et les plaidoiries de la défense se dérouleront dès le 15 février.
L'acte d'accusation compte 100 pages.
Le Ministère public zurichois totalise 40'000 heures de travail. Il a interrogé 300 personnes, effectué 20 perquisitions et collecté des documents réunis dans 4150 classeurs.
Le Ministère public prépare une 2e procédure, civile celle-là, qui traitera des comptes de la compagnie aérienne en faillite.
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