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Turner Prize, Tate Britain, Richard Billingham
Alors qu’il était étudiant, Richard Billingham (1970) a décidé de prendre sa famille, un père alcoolique, une mère obèse, un frère plus jeune, révolté, comme sujet de son travail. Il vit dans une zone industrielle près de Birmingham. Ses photos ont fait le tour du monde, présentées dans de nombreuses expositions consacrées à l’art anglais. Billingham réalise aussi des films, des vidéos toujours sur les mêmes éléments tirés de son environnement immédiat qu’il a saisi entre 1990 et 1996. On lui a donné une étiquette d’artiste documentaire. Pourtant lorsque l’on voit ses films parallèlement à des films documentaires on constate qu’il existe une très grande distance entre son approche est celle d’un photographe ou d’un cinéaste de cette catégorie (un film sur sa famille, Fishtank, 1998, a été projeté à Nyon en 2000 et cette distance était frappante).
Certes il part d’un vécu, d’une situation personnelle difficile. On constate qu’en la prenant, la reprenant et la reprenant encore, il cherche à l’exorciser. Son objectif n’est pas voyeur, ni violent, la caméra évolue avec douceur, avec désarroi sur les objets et les êtres qui l’entourent. Il travaille en très gros plan, étudie un mouvement: l’aspiration, l’expiration de la fumée d’une cigarette, la mastication de la mâchoire. En fait Billingham traite l’image enregistrée par la photo ou la vidéo de manière picturale, et son objectif agit comme un pinceau sur la réalité qu’il saisit et efface tout à la fois. Dans la vidéo Ray in bed présentée dans le cadre de l’exposition du Turner Prize on voit la caméra évoluer comme un pinceau sur une toile avec une grande douceur, s’attachant aux détails, les visages, les objets, la tapisserie. Loin de réaliser un reportage sur l’existence d’un couple en l’occurrence, ses parents, l’artiste exprime son désarroi, son amour, dans une approche picturale, une dérive des images transformées. L’émotion, le pathétique s’expriment au rythme lent d’un regard désorienté devant la réalité qui peut être belle comme un bouquet d’arbres ou terrible comme l’agonie d’un père alcoolique. Parallèlement au travail sur sa famille, Billingham réalise de nombreuses photos de paysage.
Les trois autres artistes sélectionnés pour le Turner Prize sont Isaac Julien (1960), Mike Nelson (1967) et Martin Creed (1968). Ce prix récompense des artistes pour des expositions particulièrement remarquables qu'ils ont réalisées au cours des mois précédents. C'est Martin Creed qui a obtenu le prix en 2001.
Patrick Schaefer, L'art en jeu, 23 novembre 2001