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30/11/2016
Les libéralismes de gauche
Chers lecteurs, je suis un peu déçu car j'aurais voulu trouver le temps de publier un billet sur les principaux clivages existant au sein du libertarianisme (j'ai terminé une nouvelle synthèse que je trouve plutôt éclairante1) et en profiter pour vous inviter à vous rendre à Lugano puisqu'il y a quelques jours s'y tenait le congrès international annuel de Interlibertarians (une de nos deux alliances mondiales), un congrès libertarien en anglais et en italien qui se tient à Lugano depuis quelques années et qui, paraît-il, a fait salle comble. C'est raté, mais vous pouvez tout de même visionner les conférences de l'événement sur ce lien. Quant à ce billet, il ne s'agit pas encore de ma synthèse sur les clivages libertariens mais de quelques notes sur un autre clivage.
Suite à une question posée par une étudiante de science politique sur un forum2 dédié au libéralisme, je vais débroussailler un peu cette catégorie peu claire de ce qu'on appelle parfois le libéralisme de gauche. Quand on parle de libéralisme de gauche on peut vouloir signifier trois philosophies politiques différentes : (1) le social-libéralisme (2) le libertarisme de gauche et (3) l'anarchisme libéral de gauche.
(1) Le social-libéralisme
Cette philosophie politique regroupe au moins toute la tradition politique du « liberalism » anglo-saxon dans laquelle on retrouve (a) les analyticiens ou apparentés (Rawls, Dworkin, Amartya Sen, etc.) (b) les pragmatistes (Dewey et tous ceux qui l'ont suivi par la suite) (c) les "nouveaux libéraux" anglais (d) les solidaristes français (e) certains « communitarianists »3. A noter que cette immense famille politique aux multiples ramifications domine totalement la philosophie politique académique.
(2) Le libertarisme de gauche
Il s'agit de cette tentative menée par Van Parijs et quelques autres philosophes de gauche (comme Otsuka) de vider de son contenu le libertarianisme en ré-interprétant ses prémisses (essentiellement le principe de propriété de soi), avec l'aide de Locke (et son proviso sur l'appropriation), pour mieux justifier tout un tas d'interventions de l’État. C'est la famille géo-libertarienne (qui comprend aussi Henri George et ses disciples).
(3) L'anarchisme libéral de gauche
C'est ma position en philosophie politique : le left free market anarchism. Mais ce qu'on entend par là n'est pas si clair car dans cette famille on retrouve des défenseurs de la théorie de la propriété légitime par l'usage (les usagistes comme on les appelle parfois), des lockéens et des rothbardiens (comme moi). Tous se retrouvent essentiellement sur un ensemble de priorités : protéger et étendre les libertés civiles, étendre les libertés des mœurs et un libéralisme économique en faveur des plus précaires (suppression de la TVA, baisse de l'imposition des plus bas revenus, ouvertures des marchés fermés à la concurrence, suppression des réglementations des professions, lutte contre le protectionnisme, suppression des privilèges, suppression des subventions aux grandes entreprises, etc.).
Voilà ce qu'on pourrait entendre par « libéralisme de gauche ». Bien sûr, il y a aussi des libéraux qui ont siégé à gauche (Bastiat et Tocqueville notamment il me semble) et des libéraux qui semblent proches de la gauche dans certains de leurs écrits (comme John Stuart Mill).
Je viens d'employer plein de termes compliqués. Un certain nombre sont expliqués dans mes précédents billets, mais pas tous, et j'y reviendrai. Je n'ai pour l'instant malheureusement pas le temps de rentrer davantage dans le détail de ces théories dans ce billet.
Salutations
AF
1 Surtout en comparaison avec mes premiers billets sur le sujet, d'il y a deux ans environ, qui ne se concentrent pas du tout assez sur de véritables clivages existant parmi les libertariens mais plutôt sur des clivages hypothétiques mais non incarnés et sans grandes conséquences.
2 Bien que je sois devenu le créateur d'un grand nombre d'espaces de débat sur facebook au cours des ans, il y a essentiellement trois forums que j'utilise en ce moment pour débattre ou affiner mes positions sur facebook : Discussions et débats entre libertariens (que j'ai créé et que je modère moi-même), Les Libéraux (on y trouve un peu trop tout et n'importe quoi à mon goût, mais je parviens tout de même à y mener régulièrement quelques discussions intéressantes) et Activisme social et ordre spontané (un groupe regroupant la petite dizaine d'anarchistes favorables au marché libre et à la théorie de la propriété légitime par l'usage que compte le facebook francophone). Ces forums sont très utiles pour confronter ses positions et les affermir, et c'est pourquoi je vous les recommande.
3 Précisons que ce terme anglais n'a pas grand chose à voir avec le concept de communautarisme en français.