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Au début du mois de juin, le monde de la construction navale et celui du ski ont perdu, à Winterthur, un de leurs vétérans parmi les plus distingués.
Hammershaimb, ingénieur naval, vivait retiré depuis une douzaine d’années, après une féconde carrière. Il naquit en 1862, fils d’un pasteur luthérien, dans un petit port des Froeoé, ces îlots rocheux perdus au seuil de l’Océan arctique, sur la route de l’Islande. Tout enfant, c’est la mer qui l’attirait. A l’âge de dix ans, il est à Copenhague, à mille kilomètres de la maison paternelle, dans une école qui prépare à la carrière maritime. Puis il se consacre à la construction navale et il est apprenti dans les grands chantiers danois de Burmeister et Wain. Après des stages pratiques en Ecosse et en Norvège, c’est de Trondhjem, en 1889, qu’il part pour la Suisse où il travaille au projet d’un bateau destiné au lac des Quatre-cantons. Rentré peu après en Norvège, à Bergen, il revient en Suisse en 1895, à Winterthur, chez Sulzer Frères où il se fixe définitivement. Il y construit cette année-là, le bateau « Genève » pour le lac Léman. Successivement, en trente et quelques années, il donne le jour à une foule de bateaux grands et petits qui animent aujourd’hui tous les lacs de la Suisse. Le Léman avait sa prédilection. A l’exception de deux unités anciennes, toute la flotte actuelle de la Compagnie Générale de Navigation, à Lausanne, est son œuvre. Il voua ses soins à créer là ce type élégant du grand bateau à roues qui est si caractéristique des lacs suisses. Pendant quelques mois, en 1925, il fut directeur intérimaire du service technique de cette compagnie.
Dans un autre domaine, celui du ski, G. Hammershaimb s’est distingué en Suisse. En 1889 déjà, il avait apporté de Norvège ses lattes à neige et si l’ascension lui était pénible (on n’avait pas encore imaginé l’emploi des peaux de phoques) plus qu’à ses amis du Club alpin qui chaussaient des raquettes canadiennes, il foudroyait l’imagination par des «tschuss» vertigineux à la descente!
D’un commerce délicat, d’une grande finesse de sentiment, discret autant que profond dans son amitié, G. Hammershaimb était une personnalité attachante. Il accompagnait le respect inné des traditions d’un humour toujours en éveil. – «On ne lance pas un bateau le lundi disait-il, «cela porte malheur !» – Superstition? Non: il expliquait dans un sourire, en clignant de ses yeux bleus sous la broussaille blonde de ses sourcils: «Parce que c’est le lendemain du dimanche… !»
Compréhension pour autrui, fermeté en soi, patiente foi dans la recherche du mieux sous le signe d’un idéal très humain, tel il se montrait à ses amis et collègues qui conservent de lui un souvenir lumineux.