Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07140.jsonl.gz/578

Des chercheurs des Etats-Unis ont découvert par hasard que les cellules de mammifères sont capables de couper les protéines et de réarranger les morceaux pour former de nouveaux peptides (Nature 2004 ; 427 : 252-6). Phénomène rare ou processus commun ? Mécanisme touchant de rares protéines, ou au contraire affectant tout le protéome ? Rien ne permet encore de le dire. Mais cette découverte fortuite laisse ouverte la possiblité que les cellules génèrent bien plus de protéines que l'on pensait à partir de leur jeu de gènes.Ken-ichi Hanada et ses collègues, du National cancer institute à Bethesda, dans le Maryland, étudiaient la façon dont les lymphocytes T reconnaissent les antigènes présents à la surface des cellules. Ils observaient en particulier une population de lymphocytes T trouvée dans une tumeur rénale, reconnaissant une protéine cellulaire surexprimée dans la tumeur, le facteur de croissance de fibroblaste 5 (FGF-5, fibroblast growth factor-5).Les lymphocytes T reconnaissent non pas des protéines entières, mais de petits fragments de celles-ci, présentés à la surface des cellules par le complexe majeur d'histocompatibilité. Les chercheurs se sont donc demandé quel segment particulier de la protéine FGF-5 était reconnu par leurs lymphocytes T. Par délétion de parties du gène FGF-5, ils ont identifié dans la protéine un segment de 60 acides aminés responsable de la réaction des lymphocytes T. Restait à savoir quel sous-fragment de ce peptide était reconnu par les lymphocytes T.C'est là que se cachait la surprise : aucun fragment linéaire de 8, 9 ou 10 acides aminés, tiré du peptide de 60 acides aminés, n'était reconnu par les lymphcytes T. Hana-da et ses collègues ont finalement découvert que les lymphocytes T reconnaissaient un peptide formé des 5 acides aminés d'une extrémité du peptide et de 4 acides aminés provenant de l'autre extrémité.Il y a donc réarrangement de la protéine FGF-5 dans les cellules. Celles-ci peuvent couper la protéine FGF-5, puis réunir des fragments disjoints par de nouvelles liaisons peptidiques pour former des séquences protéiques nouvelles. Le même effet aurait pu être produit par un réarrangement de l'ARN avant la traduction, mais cette hypothèse a pu être écartée. Ce phénomène de réarrangement de protéines a déjà été observé occasionnellement, notamment chez des plantes, mais apparemment jamais dans des cellules humaines.Un tel mécanisme intervient-il dans la synthèse de protéines fonctionnelles chez les mammifères ? Si la réponse est positive, le nombre de protéines pouvant être produites à partir du jeu de gènes est beaucoup plus élevé qu'estimé jusqu'alors. L'impact de cette observation dépendra avant tout du caractère rare ou répandu du mécanisme de réarrangement protéique chez les mammifères. Les conséquences sont potentiellement importantes pour l'immunologie ou l'oncologie.