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La prise de méthadone est associée chez certains patients à la prolongation de l’intervalle QT corrigé (QTc). Puisque la prolongation du QTc est un facteur de risque pour la torsade de pointe et la mort subite, la question de la sécurité cardiaque de la méthadone ainsi que celle du dépistage par ECG des patients sous une telle médication a été soulevée. Les estimations quant à la proportion de patients sous substitution opiacée présentant une prolongation du QTc, cliniquement significative, varient et les données sur le taux de mortalité cardiaque des patients sous méthadone manquent.
Une équipe de chercheurs norvégiens a utilisé deux approches afin de préciser l’impact clinique de la prolongation du QTc chez les patients en substitution opiacée : une évaluation des ECG de 200 patients sous substitution dans le cadre d’une campagne de dépistage volontaire et une comparaison du registre national nécrologique avec le registre national de substitution entre 1997 et 2003. Tout décès pour lequel aucune autre cause spécifique n’a pu être démontrée fut considéré comme une possible complication arythmique liée à la méthadone.
L’évaluation des ECG révèle que :
• 28,9% des patients sous méthadone présentent une prolongation du QTc (> 450 ms), et 4,6% une prolongation du QTc de > 500 ms (soit considéré comme un risque significatif d’arythmie).
• Une relation dose dépendante positive est observée entre méthadone et intervalle QTc prolongé. La dose moyenne dans la cohorte était de 111 mg parjour ; les patients présentant un QTc prolongé de > 500 ms étaient tous à des doses = 120 mg.
• Aucun patient sous buprénorphine (n = 27) n’a présenté de QTc à > 450 ms. La comparaison des registres mortalité/substitution révèle que :
• Lors du premier mois d’introduction, soit théoriquement la période à plus haut risque, on dénombre un décès attribuable à une potentielle arythmie liée à la méthadone sur 3850 initiations de traitement.
• Sur les 6450 patients-année d’observation, quatre décès ont été identifiés pour lesquels une prolongation du QTc ne pouvait être exclue comme cause, ceci impliquant une mortalité de 0,06 pour 100 patients-année.
Commentaire :
Ces données suggèrent que bien que la prolongation du QTc dans le cadre de traitement avec de la méthadone apparaisse dans une association dose-dépendante, les arythmies cardiaques qui y sont associées pourraient n’avoir que peu d’impact clinique significatif. Au niveau des limitations de cette publication, on relève que l’évaluation ECG s’est faite sur une base volontaire, qu’il manque les données QTc prétraitement et que le registre de substitution pour le comparatif avec celui de la mortalité ne mentionne pas les dosages de méthadone.
En fin de compte, davantage de données sont nécessaires sur l’évolution cardiaque de cette population particulière, ainsi que sur l’impact des protocoles de dépistage ECG, afin de définir la prise en charge optimale de cet effet secondaire rare, mais inquiétant, des traitements avec de la méthadone.