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Pages A4 - 329 à 332.
11- Le temps du bénévolat. (1995- 2009)
11. 1- Redressement d'un club de foot.
Lors de la rencontre chez nous entre mon épouse, qui en temps qu'expert-comptable établissait depuis une vingtaine d'année les déclarations trimestrielles à la TVA et le bilan annuel, le président du club de football (ASBL RUS Floreffe) Florent Massinon et le secrétaire Léon Demanet, apparaît le dilemme de la rentrée tardive des documents vu les négligences de leur trésorier. Je regardais la télévision et tout à coup, Florent se retourne vers moi et dit à Jeannine que son mari remplirait fort bien cette fonction. Interloqué, je refusais d'abord, n'y connaissant rien en foot et que cela ne m'intéressait pas du tout. Ils insistèrent tout en m'assurant de n'être impliqué que dans les comptes et que je pourrais être épaulé par ma femme. Cela se passait le 25 septembre 1995 et fort naïvement, j'acceptais. À l'assemblée générale du 29 septembre ma candidature fut acceptée à l'unanimité. Je m'aperçu aussi que pendant 6 mois, il n'y avait plus eu aucune écriture comptable, bons nombres de factures étaient impayées, voir égarées, avec amendes et intérêts de retard. Bref, dans un premier temps, il n'y avait pas d'autres choix que de supprimer toutes dépenses non indispensables et de réduire au plus vite les autres dépenses au maximum. Ensuite, rechercher à faire rentrer de l'argent et des joueurs, ce qui ne fut pas chose aisée étant entourés de clubs ayant de bonnes infrastructures très bien entretenues. Il fallait également mieux surveiller ses stocks par des inventaires complets régulièrement, s'assurer de la rentrée effective des recettes, supprimer les nombreux comptes en déshérence, le changement des serrures et saisir toutes les opportunités.
Ce club avait été crée en 1922 sous le matricule 298 et est donc l'un des plus vieux clubs du namurois. Avant la dernière guerre mondiale, soit de 1924 et jusqu'en 1950, il était un abonné de la première division provinciale, avait rencontré tout l'élite du football et constituait la valeur sûre du championnat. Hélas, il fut ensuite relégué en deuxième division. Lors du match de qualification contre Havelange, près de 2.000 personnes assistaient à la rencontre et remonta en mai 1960 en première division, mais il retomba en P2 la saison suivante. Il avait fallu attendre dix ans pour reprendre sa place, et en une seule année tous les doux rêves réalisés s'effondrèrent comme un beau château de cartes. Quelques revers contre des équipes parfois moins fortes firent envoler les espérances en éclats, ainsi de 1965 à 1977, il se retrouvait en 3e provinciale et évolua de nouveau en P2, jusqu'en 1995. Suite aux diverses dissensions au sein du comité et avec les joueurs, ce fut la dégringolade en P3 et la saison suivante en P4. Le nombre de spectateurs était passé à quelques unités, la centaine de sponsors s'est réduite à une dizaine, l'équipe junior au complet était partie à Malonne avec l'entraîneur et ce, gratuitement, avec menace d'avocat. Qui aurait encore misé sur ce club devenu moribond avec des installations vétustes et dangereuses ? Il fallait être fou ou inconscient pour s'évertuer à chercher à relancer un club dont la renommée fut bafouée. Certains disaient, en ricanant, qu'il fallait créer une 5e division pour qu'il soit à sa place et d'autres souhaiter sa disparition.
On ne peut passer sous silence la personne de Florent Massinon qui marqua fortement le club de son empreinte. Alias le "Flo", il est né le 23 octobre 1918, s'affilie à l'URBSFA en 1930, s'inscrit l' Union Sportive Floreffoise et avait donc 12 ans. Il joue en équipe minimes, cadets, scolaires, juniors provinciaux, réserves (en 32-33) et première. Souvent, il était en tenue avant les autres et en 1936, fut sollicité par de nombreux clubs comme Namur Sports, Florennes et Wallonia mais préféra rester au sein de son village. Sa carrière sera compromise à la suite de sa mobilisation en 1938, au 4e bataillon du Génie, jusqu'à la fin de la guerre et de sa captivité au stalag 11B à Fallingbostel. Il devint aussi Président de la FNAC de Malonne-Grand Floreffe. Dans les années 50, il dirigea l'équipe Floreffoise dont il était le moins jeune et fut le seul ancien joueur à reprendre en main la direction qui connu au début de la saison 52-53 une crise administrative sévère. Florent Massinon était un sportif et non seulement un symbole au sein de son club mais était également dans la Province de Namur. On peut dire qu'il a bien servi la cause du football namurois et que s'il y avait eu plus de "Flo", la réputation de notre province ainsi que son standing sur le plan national, aurait été solidement rehaussée. Son talent footballistique, son fair-play et sa cordialité ont contribués à le rendre sympathique dans les milieux du ballon rond. En 1963, il deviendra membre du comité de la RUS Floreffoise, avec à la Présidence Eugène Henquinbrant, René Piret Vice-Président, Glesner Trésorier et au Secrétariat Désiré Duval qui était aussi son beau-père. C'est en 1970, alors que l'ami Florent avait la place de Secrétaire, que lui vint l'idée de former des équipes de jeunes et qui rencontra l'appui de tout le comité. Il fallait évidemment partir à zéro avec une équipe de minimes. Ses gamins, comme il les appelait, terminèrent les saisons 72-73 et 73-74 à la première place. En 74-75, il eu la chance de rencontrer Henri Vanlaer qui venait de l'Olympic de Charleroi et l'engagea aussitôt. Il siégea aussi au sein du comité provincial de Namur de 1976 à 1994. Etant à la base des nouvelles installations, buvette et vestiaires dont l'inauguration officielle eut lieu en 1978, Flo était l'homme le plus heureux du monde. Secrétaire avisé, dirigeant calme et éclairé qui en dehors de ses occupations professionnelles, ne vit que pour les "bleu et blanc", que ce soit aux entraînements, aux matchs du samedi matin au dimanche soir, il était au terrain. Il lui arriva de ne pas trouver le temps de rentrer manger. Son épouse l'épaula aussi et apporta sa quote-part en lessivant les maillots chaque semaine. Le Flo eu en 1980, le souci majeur de doter le terrain de foot d'un éclairage suffisant, ce qui fut réalisé dans les mois suivants. D'autre part la même année, Florent eut le privilège et la tâche d'ouvrir le cercueil du frère Mutien-Marie (1841-1917, canonisé en 1989) à Malonne en présence du médecin légiste, le Dr Blouard, et du frère Madir. Il était menuisier à l'Ecole Saint-Berthuin et continuait à exploiter une petite ferme familiale à la rue du Coriat, sa maison natale. Suite au décès d'Eugène Henquinbrant en 1983, il fut appelé au poste de Président qu'il tiendra jusqu'en 2001 et qu'il cédera sous la pression de certains membres et à ma demande. Il s'éteignit le 1er décembre 2006, âgé de 88 ans.
À l'assemblée générale du 27 décembre 1996 fut décidé le remplacement du secrétaire démissionnaire par Serge Gobert. Quant au Vice-Président, Léon Ancet, il fut remplacé par Georges Gorlier et l'entraîneur de l'équipe fanion Maurice Vernimen qui avait dut remplacer Pierre Tshiala, parti à Malonne avec 11 de nos juniors, fut à son tour remplacé par Philippe Goffin. Le club se trouvait au plus bas et pour la saison suivante, on recommençait pratiquement à zéro. Une fête du cheval organisée par le Lion's Club eut lieu sur les abords du terrain de foot le 21 juin 1997 et les rennes de l'entraînement de l'équipe première fut confiée à Jean-Claude Parmentier. Etant prépensionné au 1er janvier 1998, je pu m'occuper pratiquement à temps plein du club avec quelques innovations, tel la réorganisation des tournois des jeunes à Pâques au terrain principal de la rue Romedenne au lieu des Marlaires, trop en retrait et difficilement accessible. Les bénéfices passèrent de 10.000 FB (250 €) avec seulement 4 équipes participantes à 2.800 € et 40 équipes en 2009. Suite à la défection du secrétaire, je rempli également cette fonction. Il y eut la recherche des sponsors fidèles, notamment Materne qui nous offrait un nouveau jeu de maillots pour l'équipe fanion et la recherche de jeunes joueurs. Outre les soupers (des jeunes & du club), divers concours, la Saint Nicolas, la location de buvette et/ou le terrain, notamment avec un club féminin de football (la Mosane), etc. Nous eûmes durant l'hiver des forains de Charleroi qui, en période d'inactivité, organisaient des matchs entre leurs divers groupements: Bruxelles, Heusden, Liège, ... Ce sont de très bons clients qui paient sans rechigner, mais cela se terminait souvent vers 3 heures du matin. À la Pentecôte, les 31 mai et 1er juin 1998, nous ouvrions pour la première foi la buvette à la brocante qui se déroule justement dans notre rue afin de profiter de cette aubaine (avec comme début 1.000 € de bénéfice qui passa à 5.000 € en 2009). Pendant la trêve d'été, en juin et juillet, j'entrepris, souvent seul, quelques réparations, repeindre les vestiaires et surtout la buvette. Cela était absolument nécessaire pour les rendre plus accueillant. Pour les panneaux du plafond suspendus, j'ai du le faire au pistolet à l'aide du compresseur du Président. Les murs au rouleau, le haut en blanc et le bas en bleu, couleurs du club, ainsi que les boiseries en brun.
Depuis 1999, ce fut Jacques Massart qui devint Vice-Président. Il était entré en même temps que moi dans le club. Divers contacts et courriers furent entrepris avec l'Administration Communale de Floreffe afin de solliciter leur aide, n'ayant aucun subside et ne fonctionnant qu'avec nos fonds propres, vu l'approche de la fin du bail de location du terrain avec l'évêché qui envisageait d'y créer un lotissement, plus rentable pour eux. D'abord la commune se portait acquéreur d'une bande de terre entre la buvette et l'aire de jeux pour leur permettre un accès à l'arrière du hall omnisport nouvellement construit. Cet accès nuirait à la sécurité des joueurs et, de plus, devrait être fermé pendant les matchs, ce qui ne parait pas concevable. Epaulé par un conseiller de l'opposition, Michel Barbier ancien secrétaire et arbitre du club, nous sommes intervenus lors d'une suspension de la séance du Conseil Communal du 28 février 2000 en proposant d'autres alternatives. La commune a fini par se résoudre à acheter l'ensemble lors du Conseil Communal du 19 juin et promettait de conclure un bail d'occupation. Cependant, lors des pourparlers à propos de la remise en état des installations (chauffage et carrelage des vestiaires, toiture et plate-forme, éclairage et entretien du terrain, zone neutre aux Marlaires, etc.), elle nous rétorquait de ne pouvoir nous donner satisfaction parce qu'il existait un autre club de football dans l'entité, à Soye. Quant à l'évolution du RUS Floreffe, elle progressait lentement avec quelques 4 équipes de jeunes et une réserve. Malgré un parcours parsemé de prestations en dent de scie, cela se concrétisait en 2000 par la montée en division 3 par l'équipe fanion requinquée avec l'espoir de s'y maintenir. Le 16 septembre, j'assistais au banquet organisé lors du mariage de Liliane Seiller qui servait au comptoir de notre buvette, dont deux de ses enfants jouaient au foot, et de Daniel Beauraing qui entraînait les préminimes. Tous deux étaient divorcés, mais fort dévoués. Cependant, en décembre notre gardien de but, Bruno Godefroid, fut tué lors d'un accident de la route à 28 ans.
L'année 2001 fut une année charnière, où des dissensions apparurent entre les différents groupes et le Président qui, vu son âge, n'était plus dans le coup. Au cours d'une réunion, je décidais de jeter le gant et je quittais l'assemblée. Une heure après, Florent Massinon vint me cherché chez moi en me suppliant de revenir sur ma décision et que je ne devais pas abandonner le club en si bon chemin. Je lui fis aussi comprendre d'où venait le malaise et qu'il allait y réfléchir. Pour lui, c'était évidement très difficile de passé le flambeau, après 71 ans au sein de son club. Nul n'ignore que les fonctions dirigeantes au sein des modestes sociétés sportives villageoises requièrent plus de dévouement et de sacrifices qu'elles n'engendrent de gloire et d'honneurs. Les charges les plus diverses reposent sur les épaules d'une poignée de braves que l'on retrouve simultanément à l'entretien du terrain, au débit de la buvette ou au banc des administrations. Il leur faut, semaine après semaine, cette louable persévérance qui trouve sa source dans le seul amour du sport et d'occuper sainement toute cette jeunesse. Il leur faut surmonter les heures de découragements que suscite l'amère défaite, les heurts, les incompréhensions, voire la vanité des efforts consentis. Quoi d'étonnant, dès lors, si le recrutement de ces bonnes volontés s'avère œuvre laborieuse et difficile.
F.J-L décembre 2010