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C'est sans esprit polémique -"pour une fois", me dira-t-on- que je rédige cette note.
En d'autres temps, pas si lointains, l'antimilitariste que je suis aurait applaudi deux fois plutôt qu'une à la décision du Conseil d'Etat de recourir à la caserne des Vernets pour y héberger les centaines de sans-abris que compte Genève.
Or, au moment où cela se fait, l'insoumis de toujours et pour toujours en vient à se poser la question: est-ce bien judicieux?
Ma perplexité ne vient pas tant du fait que ce retour du terrain et des bâtiments militaires des Vernets à des activités d'utilité publique ait été compensé par la construction de deux autres casernes, qui plus est tout près des zones protégées du Rhône.
Elle vient des effets possibles de la concentration qu'impliquerait le regroupement dans une caserne, aussi grande soit-elle - je n'oserais pas le terme "accueillante"- de dizaines, voire plus, de personnes vivant à la rue et physiquement et psychiquement fragilisées.
Si mes souvenirs sont bons, c'est dans des dortoirs que les anciens pensionnaires des Vernets dormaient; est-ce dans des dortoirs aux lits fort rapprochés que ces hommes et ces femmes seraient regroupés avec le risque de contagion qui va avec?
Dans une caserne, les sanitaires sont communs et partagés: longs lavabos en inox -paraît que le virus s'y plaît, d'après ce qu'on lit- et grandes salles communes pour la douche... N'y a-t-il pas, en ce cas aussi, augmentation du risque de contagion? La même interrogation se pose pour ce qui est des réfectoires.
A l'heure où l'on insiste sur la nécessité de la "distance sociale", que je préfère appeler "sanitaire", sur la nécessité de l'isolement, est-ce bien judicieux de créer de telles concentrations de personnes à risque?
En décidant de confiner les recrues dans les casernes, de ne pas les laisser rentrer à la maison durant le week-end, l'armée elle-même reconnaît le potentiel risque d'aggravation de la pandémie dans les deux sens, par l'importation du virus dans les casernes et par la promiscuité qui y règne.
Or pourquoi ce qui est vrai pour des jeunes en bonne santé ne le serait-il pas pour des hommes et des femmes que la vie a fragilisé.e.s?
En ce moment, l'hôtellerie genevoise doit faire face à une chute brutale du taux d'occupation des hôtels.
Et si on réquisitionnait les chambres libres dans les hôtels pour y loger les sans abris au lieu de les encaserner? Avec l'avantage de ne pas avoir un voisin de lit à moins de deux mètres et de disposer d'une douche pour soi...
C'est une question. Et elle n'est pas rhétorique.