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Monsieur Pioda
Envoyé Extraordinaire & Ministre Plénipotentiaire de la Confédération Suisse près le Roi d'Italie
à Bellinzona1
Zurich, le 20 Mars 1871
Monsieur et cher Ami
Votre honorée lettre du 14 courant m'est parvenue et j'ai bien reçu, ainsi que M. l'Ingénieur Koller, la brochure Lucchini que vous avez eu l'obligeance de nous adresser. Nous avons conféré ensemble au sujet de cette brochure, et je puis vous dire que le projet dont il s'agit est tout à fait inadmissible quant à la section Bellinzona– Flüelen, mais que la chose pourrait encore être étudiée en ce qui concerne la section Bellinzona–Lugano. Seulement, il ne faudrait pas croire que ce projet diminue le coût de construction de la ligne. J'ai d'ailleurs invité M. l'Ing. Koller à vous envoyer au plus tôt à Florence un mémoire sur ce projet, et ce qui précède n'est qu'à titre de communication préalable.
Quant à l'idée émise par plusieurs Ministres, que l'Italie pourrait céder à l'entreprise du S. Gothard, en compte sur la subvention, les machines et autre matériel employés à la percée du Mont Cenis et qui sont la propriété de l'Etat, je ne suis pas en position de pouvoir donner des assurances quelconques à cet égard, et personne d'autre ne l'est non plus pour le moment. Toutefois, si à l'époque où il s'agira de commencer les travaux, ces machines représentent encore le meilleur système connu, je ne verrais pas pourquoi la Compagnie ne viendrait pas au devant des désirs du Gouvernement Italien, en acquérant ce matériel à dire d'experts |
D'après une lettre que j'ai reçue de M. Scanzi, j'avais prié M. de Gonzenbach de bien vouloir s'acheminer sur Florence le plus tôt possible. Pendant mes pourparlers avec M. de Gonzenbach m'est parvenue votre honorée lettre, par laquelle vous m'informez qu'on vous mande de Florence que l'affaire n'arrivera pas de sitôt à l'ordre du jour. Par suite de cette communication, j'ai invité M. de Gonzenbach à différer son départ et je vous prie de bien vouloir m' avertir lorsque vous jugerez que sa présence à Florence sera nécessaire; je suis convenu avec lui que je l'en informerais par le télégraphe.
Relativement à la Compagnie qui se fonde à Milan pour la construction de la ligne du Gothard, je n'ai pas besoin de vous dire que j'ai refusé d'y entrer, vu que ma participation rendrait équivoque ma position dans le Comité du S. Gothard. Après ce refus, je ne puis pas appuyer les prétentions que peut avoir M. Scanzi à faire partie de cette Société. Nul ne comprendra mieux que vous, cher Monsieur, que je veuille me tenir à l'écart dans toute cette affaire.
J'ai été heureux d'apprendre que vous avez réussi dans la pacification du Canton du Tessin; c'est un nouveau titre que vous avez acquis à la reconnaissance du pays. Relativement aux affaires de Zurich, ni moi ni les miens n'ont été atteints par ces événements, si ce n'est comme Zuricois et comme Suisses. Ce qui se passe à Zurich et ailleurs par rapport aux Allemands est, selon ma manière de voir, une honte pour la Suisse, pays libre par excellence et se donnant, d'après la constitution, pour garantir le droit de réunion. |
J'ai appris avec beaucoup de regret par M. Battaglini que votre état de santé a de nouveau laissé à désirer ces jours derniers; je fais les voeux les plus sincères pour votre complet rétablissement.