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Les adolescents des pays développés passent plus de temps devant leurs écrans qu’en classe ! Certes, Ils ne consacrent pas ces quelques 1500 heures à suivre les MOOCs … cependant leurs manières d’échanger et d’apprendre, leur capacité à se concentrer et d’accéder au savoir, leurs activités intellectuelles et leurs rythmes cognitifs sont tout à fait remarquables.
Les systèmes éducatifs d’aujourd’hui se sont développés sous l’impulsion directe des révolutions industrielles et en portent encore la marque. De la première, on a hérité d’enfants assis en rang qui doivent suivre les consignes, se montrer ponctuels et assidus, tout cela sous la houlette d’un (contre-)maître. L’éducation à grande échelle n’a pas été créée pour motiver les enfants ou pour former des savants, elle a été inventée pour former des adultes destinés à faire fonctionner un certain système productif. L’échelle était plus importante que la qualité, exactement comme dans le monde industriel d’alors. Ainsi l’insistance sur l’obéissance, la discipline et la ponctualité ne serait pas simplement un choix pédagogique mais la traduction d’enjeux sociaux et économiques reflétant les exigences de l’époque pour ordonner etorganiser les armées d’ouvriers qui allaient envahir les usines.
Dans la seconde révolution industrielle, on assiste à la naissance de « technologies éducatives », comme le test à choix multiples inventé en 1914 par Frederick J. Kelly, des outils caractéristiques de l’organisation à la chaîne du travail, propres à cette époque. La simplification et la décomposition du savoir permettent une optimisation des procédures de transmission du savoir-faire et créent des outils de mesure de l’activité. Remplir correctement des cases, telle était la performance attendue des écoliers lambda voués à devenir des travailleurs standards, avant de céder aux délices de la consommation de masse.
La troisième révolution industrielle verra éclore une pédagogie dite « nouvelle » et l’arrivée d’un cursus scolaire à option mettant en scène les apprenants. L’élève est désormais au centre des préoccupations, on va faire de lui le principal objet pédagogique en respectant ses souhaits et son rythme d’apprentissage. Il devient l’entrepreneur de son apprentissage. C’est en quelque sorte le règne de l’entrepreneuriat même à l’école ! La technologie scolaire évolue aussi surtout avec l’usage de l’ordinateur et des tutoriels automatisés. Les MOOC (Massive Online Open Courses) seront l’expression ultime de cette phase d’automatisation, c’est-à-dire de la 3èmede l’industrie.
Dans le nouveau monde émergeant de la 4èmerévolution industrielle, la rareté est remplacée par l’abondance – une abondance des données (Big Data), de l’informations (News and Fake News), des sources de connaissances (Books, Internet & Co.) et des réseaux sociaux mais aussi des interactions entre eux et surtout de l’Intelligence Artificielle (IA). On va vers une connaissance « augmentée ».
Il va falloir tout reconsidérer : aussi bien des notions fondamentales comme l’élève, l’enseignant, la classe, l’apprentissage, l’évaluation, les diplômes, etc.
Cette abondance de la connaissance « augmentée » impose un nouveau rapport au savoir et redéfinit radicalement l’institution scolaire : on va donc abandonner petit à petit les systèmes éducatifs précédents pour adopter des outils beaucoup plus personnalisés et puissants qui nous permettront de produire une nouvelle génération de travailleurs.
L’école dans sa forme historique semble complètement datée et son avenir est compromis. Une refonte complète se profile. Tout est à réinventer !
Tentons de donner une première esquisse de cet avenir :
D’abord la forme de la connaissance va changer de nature dès lors qu’elle sera « augmentée ». Ce n’est plus une connaissance statique comme proposée par Wikipédia mais bien dynamique car on va lui attacher des procédures de « savoir-faire ». A toute connaissance, on associera un module de « machine learning » mais aussi un module de communication et de lien aux autres modules dans le même esprit de Wikipédia mais additionné d’une capacité d’auto-apprentissage propre aux « machines learning ».
Ensuite, la connaissance pourra être « packagée » sous une nouvelle forme. Anciennement elle était représentée par des concepts eux-mêmes véhiculés par des mots ou parfois un seul mot. On peut ainsi envisager à l’avenir que, grâce à l’IA, la connaissance sera éclatée en « knowledge capsule » autonome, auto programmée et s’auto-liant (création cognitive de liens entre capsules comme autant de synapses entre les neurones).
Conclusion : l’enseignement, l’apprentissage vont se transformer car le support de base de la connaissance est en train de muter. Cette transformation ressemblera plus à un tsunami qu’à une réforme ordinaire. Il faut s’attendre à un chambardement majeur. Il est donc plus que nécessaire d’y songer sérieusement.