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Soit elle exagère, soit elle fabule, me dis-je. La vérité toute crue est une assiette jamais proposée. Car, le passé dans le présent, on a plus tendance à le multiplier qu’à le soustraire.
- C’est vrai, articule-t-elle... J’ai l’impression que tu ne me crois pas. Et je te comprends. Car l’enfer... les atrocités que j’ai subies n’ont aucun sens pour toi. Un poète a écrit un jour: celui, qui n’a pas vécu dans le désespoir, ne peut pas connaître le désespoir. Il fantasme sur une justice d’enfants gâtés. Nous avons tous notre propre culture. La mienne est pareille à un domaine entièrement dévasté par la tempête, un terrain vague infesté de scorpions et de serpents, un champ miné où il est formellement déconseillé de s’y aventurer.
Je me tourne les pouces. Vraiment et non pas métaphoriquement. Bien que cela ne saurait tarder.
- Et si on allait manger du poison aux pieds du Seigneur des eaux, qu’en penses-tu? me propose-t-elle inopinément...
- Chez qui?
- Au bord du fleuve, le Chao Phraya.
- Tout va très bien madame la marquise, je fredonne en signe d’affirmation.
Et Maneki-neko poursuit en chantant:
- Mieux vaut ça que d'attraper la scarlatine, la chaude pisse ou les oreillons quand on est un gentil petit garçon, mon cher, mon très cher James...