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Sur la scène mondiale, Singapour et Genève sont d'étroites concurrentes : toutes deux se positionnent comme des villes internationales destinées à accueillir des sièges continentaux de multinationales. Toutes deux sont positionnées sur les activités de marché, les activités bancaires en générales et la banque privée en particulier. Toutes deux connaissent des croissances économiques folles comparées à leurs environnements respectifs. A Singapour comme à Genève, cette croissance se fait au profit de l'Etat contrôlé par une élite influente, et au détriment de la majorité des habitants.
Les symptômes de la croissance sont les mêmes à Singapour qu'à Genève. Les Singapouriens sont pris en ciseaux entre un coût de la vie qui augmente très fortement en raison de l'arrivée massive de cadres internationaux d'une part et des rémunérations qui elles stagnent en raison de l'afflux d'ouvriers et d'employés chinois. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir ces cadres internationaux déménager de Genève à Singapour et réciproquement.
L'immobilier en particulier flambe. L'urbanisation y est galopante. Des quartiers entiers sortent de terre... et parfois même de la mer. Depuis 20 ans les gratte-ciels ont triplé de hauteur. Il y a bientôt 20 ans j'y ai travaillé dans une banque. A l'époque, nous occupions des bureaux dans un immeuble de 17 étages du front de mer. La mer y a été transformée en un nouveau quartier dont les immeubles atteignent désormais 60 étages.
Au milieu de cette croissance folle, la classe moyenne peine à joindre le deux bouts. Elle subit une croissance dont elle ne tire pas les fruits. Pendant que Singapour connait une très forte croissance, le pouvoir d'achat d'une majorité de Singapourien est lui en déclin.
Singapour n'est pas une démocratie ouverte et libre : presse sous contrôle du gouvernement, intimidation judiciaire de l'opposition ou sanctions financières exubérantes qui met les opposants en faillite et les prive de leur éligibilité. La dernière invention du gouvernement a été d'instaurer le suffrage majoritaire de liste qui permet de fondre une circonscription risquée au milieu de quatre autres et d'attribuer les 5 sièges au suffrage majoritaire. Ce système s'appelle "circonscription groupée". Jusqu'à présent ces artifices avaient permis de marginaliser l'opposition au parlement. Internet à pris de court ces législations qui restreignent la libre expression.
A première vue les dernières élections législatives ne vont pas changer grand chose à Singapour puisqu'à nouveau l'opposition ne dispose que de quelques sièges. Mais cette lecture serait trompeuse car de 75% des voix il y a 10 ans, le parti majoritaire (PAP) était tombé à 66% il y a 5 ans et à 60% cette année. La marge s'érode rapidement. Par ailleurs, l'opposition a pour la première fois remporté une "circonscription groupée" de 5 sièges. Les mécanismes majoritaires qui ont permis de marginaliser l'opposition jusqu'à présent pourrait tourner une prochaine législative en raz de marée.
Les mots d'ordre de l'opposition ont été multiples -il y a d'ailleurs plusieurs partis d'opposition-. L'abrogation des lois spéciales d'emprisonnement sans procès, l'indépendance de la presse et de la justice et la liberté d'expression figuraient en bonne place... mais certaines revendications de l'opposition ressemblait beaucoup à certaines préoccupations exprimées à Genève par le MCG : sans l'outrance, sans les approximations et avec un peu plus de QI qu'une otarie.
Le compte a rebours a commencé pour le PAP. L'alternance est désormais programmée à Singapour : peut être dans 5 ans seulement.. plus probablement dans 10 ans après le décès de Lee Kuan Yew, le "fondateur" du pays.
Cette évolution aura des conséquences dans le Genevois : le dumping fiscal si profitable aux Etats qui les pratique et si néfaste à leurs populations devient politiquement suicidaire à Singapour... comme à Genève. Les Singapouriens sont de plus en plus nombreux à vouloir une croissance qui soit à leur service et ne veulent plus être mis au service d'une croissance aussi forte soit elle. Si Singapour réduit son agressivité fiscale pour préserver sa stabilité politique alors Genève pourra et devra réduire la sienne également.
Cette croissance économique exubérante au profit d'une minorité a longtemps été possible dans le système oligarchique de Singapour. Mais même à Singapour il induit des pressions sociales qui menacent l'ensemble du système politique. Ce modèle tiendra d'autant moins à Genève où les moyens d'expressions populaires sont bien plus nombreux au travers de la démocratie directe.
PS : au fait, Singapour connait les mêmes problèmes que Genève en particulier et la Suisse en général... Contrairement à la Suisse il n'y a pas de billatérales à Singapour, mais il y a comme en Suisse des politiques fiscales dérogatoires pour les entreprises étrangères.