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Jean-Pierre Leyvraz, né le 9 septembre 1925, avait soutenu sa thèse de doctorat à Genève en 1960 devant un jury composé de Mme le professeur Jeanne Hersch et MM. les professeurs Daniel Christoff et René Schaerer. Elle est publiée la même année sous le titre Le Temple et le Dieu. Essai d’une philosophie de la relation (Paris, José Corti). Dix ans plus tard il publie Phénoménologie de l’expérience (La Haye, Martinus Nijhoff). Orienté vers la philosophie par son contact personnel avec Karl Jaspers, Jean-Pierre Leyvraz a développé quelques-uns des aspects de la phénoménologie de manière originale. La vigueur de ses analyses des différents champs de l’expérience dans ces deux livres ainsi que l’élégance et la clarté du style de l’auteur ont été remarqués à l’époque par tous les critiques de ses livres. Suite à un séjour de deux ans (1964-6) à Yale (financé par la « Fondation Ford ») il s’intéresse de plus en plus à la philosophie analytique, un intérêt qu’il a pu approfondir en 1977-8 comme « Visiting professor » à Vassar. Plusieurs des ses articles sur l’œuvre de Wittgenstein constituent, avec les écrits de Jacques Bouveresse, les premières études en français consacrées au penseur autrichien. De par son enseignement et ses publications il a contribué de manière décisive à introduire la philosophie analytique dans la philosophie romande, suisse et francophone. Aussi à l’aise dans les philosophies (littératures et cultures) d’expression française, anglaise qu’allemande, Jean-Pierre Leyvraz a initié plusieurs générations d’étudiants à la logique formelle, l’empirisme britannique, au rationalisme continental, à la philosophie allemande, de Kant à la phénoménologie, mais aussi à la philosophie antique. Dans ses publications ultérieures il démêle, de nouveau en pionnier, les rapports entre la phénoménologie et le dernier Wittgenstein et propose, par exemple, une interprétation radicale et nouvelle du rôle de Dieu dans le système de Berkeley.
Sa carrière genevoise commence avec un poste d’assistant qu’il occupe de 1958 à 1969. Depuis 1979, il est professeur, professeur assistant et ensuite chargé de cours, et prend sa retraite en 1990. Il est nommé la même année professeur titulaire et commence à enseigner la philosophie de façon bénévole au Département de philosophie. Ses nombreuses activités professionnelles – il a été un des rédacteurs de Studia Philosophica, Président de la Société romande de philosophie et membre de différentes commissions de nominations – mais surtout son enseignement, par exemple dans les Séminaires de IIIème cycle, ont marqué de façon profonde la vie philosophique suisse. Plusieurs de ses étudiants ont été ou sont membres de la Faculté des lettres.
Les sujets abordés dans ses derniers enseignements témoignent de l’extraordinaire vitalité et de l’ampleur inégalée de ses intérêts philosophiques –l’atomisme antique, la philosophie des émotions , Spinoza, Hume, Kant, Wittgenstein. Son philosophe préféré était Spinoza. Son dernier cours sur Wittgenstein, en 2005-6, fut intitulé : « étude d’une philosophie honnête (anständig) ». L’honnêteté, la douceur, le charme et la gentillesse de l’homme frappaient tous ceux qui l’ont connu de près ou de loin. Il faisait ainsi preuve d’une grande patience quand il s’agissait d’expliquer un texte difficile à des étudiants impatients. Ses remarquables qualités humaines ne l’ont pour autant jamais empêché de critiquer de façon très directe les propos philosophiques d’un conférencier lorsque cela lui semblait, ce qui était souvent le cas, nécessaire. Jusqu’à l’année dernière, il a continué à enseigner la philosophie et à pratiquer l’escrime.
Le Département de philosophie de l’Université de Genève, ses nombreux amis de la Faculté des Lettres, ses étudiants et anciens collègues, en Suisse, en France, s’associent à la douleur de ses proches, de son épouse Anneli Muser Leyvraz et de ses enfants François et Michel.
Dernière mise à jour: 03 Oct 2012 14:13:22.
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