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Klat
Les expositions Ketchup et Forde's Needles, organisées par Klat à Forde, tout comme la Fanzinothèque (réalisée au Musée d'art moderne et contemporain de Genève et mise en fonctionnement lors de Xn00 à l'Espace des Arts de Chalon-sur-Saône), ne diffèrent pas dans leur principe de cette manifestation inaugurale. Toutes les sous-cultures (re)présentées (au sens où Dick Hebdige emploie le terme<!--[if !supportFootnotes]--> (1), qu'il s'agisse respectivement de films de série Z, du tatouage ou de la production de supports de communication indépendants, sont autant de vecteurs de mise à distance, à travers le discours de l'exposition, de la spectacularisation qui les touche dans les principaux médias. Dans cette optique, l'exposition apparaît comme un véritable médium de résistance et l'art comme une zone intermédiaire où peuvent se développer des idées, des espaces ou des économies autres.
Le domaine de l'art contemporain lui-même, en tant qu'il est l'enjeu de mécanismes d'autorité, de pouvoir et de médiatisation, n'échappe pas à cette opération critique. Plan B, scénographiait ainsi d'une manière dramatique et ironique des œuvres laissées pour compte par l'histoire de l'art (et par son représentant institutionnel, le Mamco, des réserves duquel étaient extraites les pièces), les plaçant sur un plan incliné de bois et les éclairant tour à tour par un projecteur. Tandis que la contribution du groupe à une exposition du Museum für Gegenwartskunst Migros, à Zurich, en reproduisant sur les murs de la salle les cases du Monopoly, transformait les efforts conjoints des organisateurs et des artistes pour incarner le "jeune art contemporain" en un jeu à la fois enfantin et pathétiquement soumis à l'ordre social dominant.
<!--[if !supportEmptyParas]-->Qu'ils investissent un terrain vague, invitent des tatoueurs à déplacer leurs ateliers dans l'espace de la galerie ou qu'ils construisent des tipis en tissu jeans équipés de divers aménagements (avec Sylvie Fleury), il s'agit toujours de trouver une façon d'habiter le lieu de l'art sans pour autant cesser d'habiter le monde. De manière exemplaire pour notre époque, Klat utilise son inscription dans un système déterminé pour substituer aux méthodes conventionnelles de la production esthétique et à sa prétendue neutralité, une figure de l'art comme mode d'habitation, comme écologie.
Lionel Bovier & Christophe Cherix
(1) Dick Hebdige, Subculture. The Meaning of Style, Routledge, New York & London 1979