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Le voyage en Syrie de 1895
Depuis le 16 avril, et jusqu’au 6 juin, une exposition dossier est consacrée à Max van Berchem (1863-1921). Parmi les nombreux voyages effectués par le savant genevois pour mener à bien ses missions scientifiques, il en est un qu’il entreprend pendant deux mois en Syrie, au printemps 1895, en compagnie du jeune architecte Edmond Fatio (1871-1959), beau-frère de son frère Victor. L’entreprise a pour but de rassembler des matériaux pour son grand œuvre, le Corpus inscriptionum arabicarum, recueil systématique de toutes les inscriptions arabes, commencé quelques années auparavant.
La Syrie que parcourent Max van Berchem et Edmond Fatio est alors une province de l’Empire ottoman qui inclue les actuels Syrie, Liban, Israël, Cisjordanie, Bande de Gaza, Jordanie et des parties de l’Irak et de la Turquie. Leur itinéraire se déroule plus ou moins selon une boucle, principalement en Syrie du Nord, qui les amène à Beyrouth, Tripoli, Homs, Alep, Antioche et Lattaquié. Ils voyagent à cheval, avec des guides locaux. Dans le Voyage en Syrie publié en deux volumes en 1914-1915, qui relate leur périple, Max van Berchem note ainsi: «Arrivés au bord de l’Oronte (cote 162), à l’entrée du pont (A), nous congédions le zaptiyye qui nous a très bien guidés depuis Antioche, par des chemins difficiles et peu fréquentés.» Une équipe de porteurs et serviteurs les accompagne et monte chaque soir leur camp de toile, de temps en temps dans les jardins des demeures d’officiels européens (consuls…), mais le plus souvent en dehors des villes, parfois en proie à la maladie: «Halte au campement (cote 12), près du rivage, à 1 kilomètre au sud d’el-Batrün. Marche rapide. Nous campons à distance de la ville, où régnait alors la petite vérole.»
Ils progressent par petites étapes, car ils effectuent de nombreux relevés topographiques et remplissent leurs carnets de voyage de croquis, de plans… La région en effet n’est pas encore parfaitement cartographiée, comme le précise Max van Berchem dans leurs notes publiées deux décennies plus tard: «À notre connaissance, aucun travail définitif n’a paru, dans l’intervalle, touchant la topographie de la région que nous avons parcourue; quelques imparfaits qu’ils soient, nos relevés pourront aider à construire un jour la carte de la Syrie du Nord.»
La durée du voyage ne permet pas à Max van Berchem d’approfondir autant qu’il le voudrait l’étude d’un certain nombre de monuments, et l’on sent sa détresse face à ces vestiges menacés de destruction qui disparaîtront peut-être avant d’avoir pu être étudiés et ainsi sauvegardés.
Devant «le plus beau château du monde», selon Lawrence d’Arabie, le Crac (ou Krak) des Chevaliers, citadelle croisée, il appelle ainsi de ses vœux une mission scientifique pour l’étudier: «Un architecte ou un archéologue, aidé d’un photographe et d’un arpenteur, et protégé par le gouvernement ottoman, qui ne saurait prendre ombrage de l’exploration d’un monument dès longtemps déclassé au point de vue militaire, y suffirait en quelques semaines, tout au plus en quelques mois. L’accès et le séjour du Krak n’offrent aucune difficulté sérieuse. Il ne s’agit pas, bien entendu, de l’étudier en vue d’une restauration intégrale, projet presque chimérique, puisqu’il exigerait, avec de lourds sacrifices, l’expropriation de tout un village. À tout le moins, sans y pratiquer les fouilles et les sondages indispensables pour une exploration méthodique, on pourrait en faire des relevés plus exacts et plus complets que ceux que nous possédons à ce jour, et prendre des mesures pour arrêter les progrès de la ruine.» Il a été entendu, heureusement, lorsque l’on sait les dégâts causés par les récents événements syriens, mais ça c’est une autre histoire.
Finalement, le projet ambitieux du Corpus se révèle rapidement trop pour un seul homme. Et si Max van Berchem réussit à publier les inscriptions du Caire et de Jérusalem, il s’entoure d’un réseau de savants «orientalistes» européens qui apportent leur contribution à cette entreprise. Il confie ainsi finalement les notes, relevés et estampages réalisés lors de son voyage syrien au savant et diplomate allemand Moritz Sobernheim (1872-1933). Celui-ci les publie en partie, dans l’un des tomes du Corpus consacré à la Syrie du Nord en 1909. Son collaborateur Ernst Herzfeld (1879-1948), également lié à Max van Berchem, en poursuit la publication dans un second volume, posthume, consacré aux inscriptions d’Alep en 1958. Précisons que ce recensement systématique des inscriptions épigraphiques arabes est toujours en cours.