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Le président. Je vous informe que nous avons reçu la démission de Mme Elisabeth Chatelain de son mandat de députée, avec effet à l'issue de cette séance. Je prie M. le deuxième vice-président de bien vouloir lire le courrier 3133. (Applaudissements à l'issue de la lecture.)
Le président. Il est pris acte de cette démission.
Elue en 2005 sur la liste du parti socialiste, Mme Elisabeth Chatelain fut réélue en 2009 et devint la même année membre du Bureau du Grand Conseil. En novembre 2010, elle accéda à la deuxième vice-présidence, dans le cadre de laquelle elle remplaça le président de notre parlement pas moins de six fois. Elle décida de quitter le parti socialiste en décembre 2010 et siège depuis lors en tant qu'indépendante.
Durant ces années au sein du Grand Conseil, Mme Chatelain fut membre de la commission des finances, ainsi que de sa sous-commission informatique, de la commission des transports, qu'elle présida en 2008-2009, de la commission de contrôle de gestion, de la commission de contrôle de la Fondation de valorisation des actifs de la BCGe, des droits politiques, de l'énergie, de l'environnement et, enfin, de la commission de réexamen en matière de naturalisation.
En outre, elle fut très active dans les affaires intercantonales et transfrontalières. Elle présida la commission des affaires communales, régionales et internationales, ainsi que sa sous-commission des affaires extérieures, et, au titre de présidente de la CACRI, fut membre du comité plénier du Comité régional franco-genevois.
En février 2010, elle se vit confier par ses homologues des parlements romands la présidence du Bureau interparlementaire de coordination, une nouvelle structure instituée par la Convention sur la participation des parlements (CoParl). Elle fut également membre de la commission interparlementaire chargée d'étudier le projet CoParl. Enfin, elle participa aux travaux de la commission transfrontalière au sein de la délégation genevoise.
Parmi les objets dont elle fut l'auteur, on relèvera en particulier deux motions reflétant son souci de l'environnement, qui visaient à encourager respectivement les deux-roues à assistance électrique et le covoiturage.
Désignée récemment par le Conseil d'Etat comme membre du conseil de fondation de la Fondation des parkings, Mme Chatelain a choisi de renoncer à son mandat de députée. Nous lui souhaitons plein succès dans ses nouvelles activités et lui remettons, fidèles à la tradition, un stylo souvenir. (Applaudissements. Le président descend de l'estrade, embrasse Mme Elisabeth Chatelain et lui remet le stylo souvenir.)
La parole est demandée par Mme la députée Christina Meissner.
Mme Christina Meissner (UDC). Elisabeth, ta lettre ressemblait à un festin de Babette, mon hommage ressemblera à un festin de petites bêtes. La première fois que j'ai entendu parler de toi, j'étais à Pro Natura. Je me battais pour la sauvegarde de la chouette chevêche et de son habitat de prédilection, les vergers traditionnels de ta région. Toi, tu venais d'être élue à Plan-les-Ouates. A l'époque, tu avais déjà compris que, pour faire avancer un projet, il fallait se lancer dans l'arène politique. Je ne pensais pas alors que je t'y retrouverais, douze ans plus tard.
En te côtoyant au Grand Conseil, j'ai appris à mieux te connaître et à t'apprécier énormément. Tu travailles dans la durée, la mobilité est un sujet crucial, les projets sont délicats et complexes, les enjeux hautement politiques, mais tu y crois ! Et pour défendre tes idées, tes convictions, tu n'as pas hésité à te mettre hors parti, mais pas hors jeu. Des moments difficiles tu en as connu, et comment ! Mais tu n'as jamais laissé transparaître combien tu étais affectée, gardant le sourire envers et contre tout ou contre tous. J'ai souvent pensé à toi en soignant Elisabeth, la hérissonne qui porte ton nom. Ses blessures étaient graves, les soins quotidiens, mais après bien des mois et beaucoup de patience, enfin guérie, elle a pu retrouver la liberté. C'est le hérisson qui est resté le plus longtemps en soins et le seul que j'ai sauvé deux fois: elle me doit deux vies, à trois ans d'intervalle. Elle vit aujourd'hui une deuxième vie. A ton tour de profiter d'une liberté bien méritée. Profite de ta famille, de tes amis, de tes soirées et aussi de ta vie différemment.
Tu n'en n'oublieras pas pour autant ton engagement de toujours pour la mobilité. Tu entres au conseil d'administration de la Fondation des parkings: tes compétences et tes convictions te permettront d'y mener un excellent travail au service de la collectivité, comme tu le fais déjà aux TPG. Il existe dans cette République des personnes de qualité, genevoises et capables de surcroît, pour occuper des postes à responsabilités dans des conseils d'administration de nos régies publiques. S'il fallait le prouver, avec toi Elisabeth, la preuve est faite et bien faite. (Applaudissements.)
M. Renaud Gautier (L). Monsieur le président, Madame la députée, chère Elisabeth, lorsque l'on m'a chargé de la tâche de te dire quelques mots, j'ai d'abord dû réfléchir un peu pour essayer de trouver un dénominateur commun et j'en ai trouvé deux. Le premier, c'est que tu aimes particulièrement la nuit, je suis d'autant mieux placé pour le savoir qu'alors que tu m'accompagnais à la présidence, c'est, sauf erreur, sous le coup d'une heure et demie - mais je ne me souviens pas très bien - que tu m'annonçais péremptoirement que tu quittais le groupe socialiste. Tu n'étais pas seule, puisque, en même temps, Jean-Michel Gros m'annonçait aussi que, en ce qui le concernait, ce n'est pas du parti socialiste qu'il démissionnait, mais bien de ce parlement.
Deuxième exemple, tu nous as fait savoir, tard ce week-end, qu'effectivement tu démissionnais de ce parlement. Troisième exemple, tu as tenté, avec beaucoup de rigueur et de constance, la nuit, de m'apprendre à danser avec d'autres députés. Cela était probablement au-dessus de tes forces, Frédéric Hohl pourra d'ailleurs le certifier.
Nous avons un autre dénominateur commun: dans le fond tu as toujours eu un rapport assez compliqué avec tout ce qui touche aux transports. Tu t'es d'abord intéressée au problème du CEVA, en rejoignant le combat ô combien méritoire du vice-président. Tu as démissionné du parti socialiste à cause des TPG, ce qui me fait dire qu'à deux ans près, quasiment aux mêmes débats, on trouve les mêmes conséquences. Et puis, enfin, tu décides à présent de nous abandonner pour combler, j'imagine, l'un de tes fantasmes, enterrer les voitures. Et, en plus de cela, j'oublie de le rappeler, je m'en excuse, tu travailles maintenant pour les TPG. C'est dire que tes rapports avec les transports publics-privés sont en effet compliqués, mais tout à fait intéressants.
Tu nous quittes pour aller t'occuper des voitures, je l'ai dit, nous te regretterons. Tu es un esprit indépendant, que j'ai particulièrement apprécié durant mon année de présidence. Tu m'as d'ailleurs fort bien remplacé six fois, j'imagine que ce sont les six meilleures décisions qui ont été prises par ce parlement. Nous te regretterons, parce que tu as un regard particulier, que tu as toujours été à l'écoute des autres et que, en ce qui me concerne, je perds une deuxième vice-présidente de qualité. (Applaudissements.)
M. Roger Deneys (S). Mesdames et Messieurs les députés, chère Elisabeth, je dois dire que le parti socialiste a pendant longtemps pu compter sur une députée exceptionnelle, très engagée, qui a su servir la cause des socialistes avec conviction et fougue et, je dois le dire, en donnant tout ce que tu pouvais donner pour faire passer nos idées. Il est vrai que je l'ai particulièrement apprécié, non seulement ici, dans ce parlement, mais bien entendu aussi dans tes engagements associatifs, notamment à l'ATE, que tu as vice-présidé et notamment lors de séances qui étaient censées être confidentielles dans un groupe de travail entre le GTE et la coordination transports et déplacements.
Tes engagements associatifs, tes engagements pour la cause des femmes et, bien entendu, tous tes engagements à Plan-les-Ouates, que j'ai eu l'occasion de découvrir, quand je suis venu dans cette commune assez particulière, il y a six ans. Tu m'as beaucoup aidé à m'y intégrer et à comprendre certaines choses que j'ai encore de la peine à comprendre aujourd'hui. Heureusement que tu y es toujours, d'ailleurs ! Bien entendu, nous avons aussi eu l'occasion de parler de tes soucis, de tes préoccupations, de tes soucis pour ta famille, tes enfants, qui sont des choses extrêmement importantes dans la vie politique, parce que cela vient compliquer la vie de tous les jours et il n'est pas toujours simple de tout concilier, d'autant plus quand on est une femme. Je pense qu'il faut le relever. Cela n'a pas toujours été facile pour toi.
Je pense que tes engagements ont aussi, à un moment donné, posé problème par rapport à tes convictions et les difficultés de la vie quotidienne que représentent les députés. Je pense que lorsqu'on a des convictions, on est aussi confronté aux convictions de ses camarades de jeu, de parti et ce n'est pas toujours facile, parce que, lorsqu'on est socialiste, on est dans le parti des éléphants. Les éléphants roses, ma foi, ne sont pas toujours très tendres. (Rires.) Il arrive que, lorsque les conflits ne sont pas très tendres, cela se passe mal. D'ailleurs, pour ne pas parler uniquement de cuisine, mais aussi de musique, il existe une chanson des Rita Mitsouko, qui s'appelle «Les histoires d'amour finissent mal, en général»... Dans le cas qui te concerne, nous avons eu l'impression que l'histoire d'amour se finissait mal, quand tu as choisi de démissionner du parti socialiste. Mais en même temps, je pense qu'il faut, au-delà des divergences, parfois virulentes - car on ne s'exprime pas de façon très modérée dans ce parlement et encore moins entre nous - savoir tenir compte des vraies choses qui nous réunissent. En l'occurrence, je crois qu'il y a bien plus de choses qui nous réunissent, que de choses qui nous séparent. Pour cela, il faut vraiment te remercier. Et comme il ne faut pas faire tout un plat des divergences, je crois qu'il est important de conclure par une chose essentielle: il faut voir la vie en rose. Merci Elisabeth.
M. Gabriel Barrillier (R). Mesdames et Messieurs les députés, chère collègue, au nom du groupe radical, j'ai, avec émotion, l'agréable devoir, tâche, plaisir de vous rendre hommage, Madame la députée. Trois traits de votre personnalité m'ont frappé particulièrement. Tout d'abord, l'esprit d'indépendance. Je crois que cela a été rappelé. Vous n'êtes pas doctrinaire pour un sou, véritable sociale-démocrate bon teint, avec qui l'on aime travailler, ce qui explique sans doute votre cheminement et le fait que vous ayez quitté votre famille politique, ce qui doit être difficile, en tout cas pour ceux qui font de la politique avec conviction et avec les tripes.
Le deuxième trait de votre personnalité est le sens du dialogue, mais attention, le dialogue constructif. Deux exemples: d'abord votre engagement dans le domaine de la politique des transports. Vous avez oeuvré pour essayer de résoudre ou de diminuer la guerre des transports - puisque l'on parle de guerre et d'incompréhension en ce qui concerne cette politique - vous avez d'ailleurs été reconnue, notamment par la Tribune de Genève, pour laquelle vous êtes experte en matière de transports. Je puis en témoigner, puisque nous avons eu plusieurs séances au niveau de la Suisse romande, avec des Bureaux des Grands Conseils de Suisse romande, du Tessin et du canton de Berne. Depuis quelques mois, vous présidez le BIC, le bureau interparlementaire de coordination, qui est une des victoires, un des résultats de la CoParl, à laquelle vous avez beaucoup participé. J'aimerais donc vous dire que vous avez convaincu et que votre départ attriste les présidents et les Bureaux de ces parlements. Le travail que vous avez effectué comme première présidente genevoise de ce bureau permanent a été apprécié.
Dernier trait de votre caractère, et là je serai obligé de vous faire part d'expériences plus personnelles... (Exclamations.) ...c'est le courage, parce que nous avons conduit - nous ne sommes pas les seuls - ce comité unitaire pro-CEVA, dont la campagne a été rugueuse et difficile et où vous avez démontré votre sérénité et votre calme. J'ai un souvenir, par lequel je terminerai: c'était peu avant le vote de novembre 2009, il faisait moche, il pleuvait. Je-ne-sais-plus-qui, nous avait organisé un débat contradictoire, dans une arrière-salle improbable d'un hameau du Mandement. Nous étions arrivés de nuit, nous ne trouvions pas la salle, nous étions arrivés les premiers. Puis, au bout d'une demi-heure, dix personnes sont arrivées, dont la moitié était contre le CEVA. Je le dis très franchement, ce soir-là, je n'étais pas loin d'être découragé. Elisabeth, vous avez pris votre bâton, vos arguments, vous avez engagé le débat et le résultat final a été positif. En me souvenant de ce combat, j'aimerais vous dire, du fond du coeur, merci, et me faire l'expression du groupe radical, pour vous dire que nous regrettons votre départ, mais que nous vous souhaitons plein de bonheur dans votre vie professionnelle et personnelle future. Merci Elisabeth.
M. François Gillet (PDC). Chère Elisabeth, il me revient le plaisir de te rendre hommage au nom du groupe démocrate-chrétien et, surtout en mon nom personnel, car, vous ne le savez peut-être pas, mais notre parcours politique avec Elisabeth a de nombreuses similitudes, mis à part qu'il va s'arrêter, peut-être provisoirement, à un mois d'intervalle. Il a commencé aussi, je dirais à M. Deneys, non dans une commune étonnante, mais dans une très belle commune, qui est celle de Plan-les-Ouates. Nous avons effectivement commencé à nous engager dans cette commune, notamment sur les dossiers de la mobilité, et j'ai appris à découvrir Elisabeth dans cette commune, au cours de nos activités politiques respectives. Cependant, je l'ai connue non pas sur les dossiers de mobilité, mais sur un autre dossier, dans lequel j'ai pu apprécier son engagement, sa conviction... C'était, pour ne rien vous cacher, lorsqu'il s'est agi de revoir le règlement de la commune de Plan-les-Ouates: l'engagement d'Elisabeth en faveur du langage épicène, qu'il était indispensable d'intégrer, dans notre commune en pleine évolution... Je peux vous dire que là, déjà, j'ai pu apprécier l'engagement d'Elisabeth et sa manière d'aller au bout de ses convictions !
Ensuite, nous avons commencé, en même temps, dans ce beau parlement cantonal, à la commission des transports notamment. Là encore, j'ai en mémoire certains exploits, dont elle est l'auteure, notamment celui de mettre toute la commission des transports en selle, pour tester des vélos électriques, à l'heure où il fallait s'engager à soutenir cette nouvelle forme de mobilité. Elle a réussi, et la commission des transports s'est retrouvée sur ces magnifiques vélos. Je crois qu'aujourd'hui, si je suis, de temps en temps, sur un vélo à assistance électrique, c'est grâce à Elisabeth, que je remercie de m'avoir incité à ouvrir mon champ en matière de mobilité.
Ce qui est certain, c'est que lorsque Elisabeth est passée au statut d'indépendante, la commission des transports a beaucoup perdu, car, cela a été dit et je le confirme, ce domaine de la mobilité, elle le connaît par coeur. Elle a énormément apporté à cette commission, et pas seulement au comité pro-CEVA où là, je peux confirmer que vous avez constitué un magnifique tandem, Monsieur Barrillier et Madame Chatelain. Mais en commission des transports aussi, en tant que présidente et en tant que membre, Elisabeth, tu as toujours su amener la petite touche qui faisait que, dans cette guerre des transports - qui, il faut le dire, nous pourrit malheureusement beaucoup trop la vie dans ce canton - nous avons pu trouver des solutions consensuelles. Aujourd'hui, je suis ravi d'entendre que tu continues ton engagement dans ce domaine important pour Genève. Je suis persuadé qu'avec tes compétences, tes connaissances et tes grandes capacités humaines, tu vas encore beaucoup apporter à notre canton, en dehors de ton activité politique. Merci Elisabeth, bon vent pour toute la suite de ton aventure. Merci. (Applaudissements.)
Mme Anne Mahrer (Ve). Mesdames et Messieurs les députés, en dehors de tout ce que nous avons dit sur les qualités d'Elisabeth Chatelain, quant à la mobilité, quant au travail qu'elle a accompli dans notre Grand Conseil, il me tient particulièrement à coeur aujourd'hui de rappeler comment elle a su prendre un peu de distance et de hauteur par rapport au microcosme genevois, dont il est souvent souhaitable de sortir, et comment elle s'est passionnée pour l'intercantonal, pour l'interparlementaire et, bien sûr, pour la région, dans le cadre du CEVA. C'est quelque chose qui me tient personnellement beaucoup à coeur, je pense qu'Elisabeth Chatelain a fait un excellent travail, pour lequel nous devons lui rendre hommage. Elle a su rencontrer d'autres parlementaires, elle a su voir que dans d'autres cantons cela se passait autrement. C'était l'occasion de réaliser, en discutant avec nos collègues des cantons romands et du Tessin, que dans d'autres cantons on ne siégeait pas forcément jusqu'à 23h le soir et que tout se passait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elisabeth, j'espère que tu garderas cette capacité à créer des liens en dehors de cette frontière genevoise. Bien entendu, nous te souhaitons le meilleur pour la suite.