Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07287.jsonl.gz/652

L’innovation est au cœur des avancées en médecine. Elle est définie comme le processus consistant à traduire des idées en produits (dont les thérapeutiques, les outils de diagnostic ou les appareils) pour améliorer la santé de nos patients ou améliorer le rapport coût-efficacité et la prestation de soins de santé. Une innovation réussie est une innovation axée sur la résolution de problèmes. Elle commence par l’identification d’un problème ou d’un besoin non satisfait en médecine et se poursuit par la formulation d’une idée et d’un plan pour étudier ce problème, conduisant finalement au développement de solutions. Le succès d’une innovation axée sur les problèmes repose donc largement sur les cliniciens, qui définiront les problèmes rencontrés lors de leur pratique médicale.
Une innovation réussie est une innovation axée sur la résolution de problèmes
Malheureusement, l’innovation axée sur la résolution de problèmes est restée en deçà des attentes et a été supplantée par une innovation axée sur la technologie, qui débute avec un nouvel outil, suivi de tentatives pour déterminer comment on peut l’appliquer en médecine. Ce type d’approche est nettement moins efficace parce qu’il ne rentre pas au cœur des problèmes et n’aborde pas la nature des besoins non satisfaits. Selon une nouvelle étude, le pourcentage de cliniciens qui travaillent avec une innovation biomédicale axée sur la résolution de problèmes a diminué depuis les 30 dernières années. Certains attribuent cette observation au fait que les cliniciens réalisent plus de tâches administratives et prennent en charge davantage de patients. D’autres pensent que le déclin est dû au fait que les cliniciens sont intimidés par l’émergence d’outils de recherche complexes. En fait, la recherche et le savoir-faire sont devenus plus complexes au point que certains cliniciens en sont arrivés à croire qu’ils n’ont pas la formation ou les connaissances nécessaires pour s’engager dans une recherche axée sur la résolution de problèmes. Les cliniciens peuvent également manquer d’opportunités à explorer les manières de résoudre les problèmes, ils manquent de contacts avec des chercheurs ou des experts en technologie qui écoutent leurs problèmes. Les laboratoires de recherche, de l’autre côté, ignorent ce que sont les problèmes cliniques qui restent à régler, et leurs découvertes manquent alors d’innovation. Le futur de l’innovation médicale est donc en péril si nous ne trouvons pas une manière d’augmenter l’engagement des cliniciens dans la recherche axée sur la résolution de problèmes et de les encourager à interagir avec les scientifiques et les experts en technologie.
Une initiative intéressante a été développée par le Service de dermatologie du Massachusetts General Hospital (MGH) à Boston.1 On a donné à tous les médecins du service une baguette magique à porter dans leur poche et on leur a dit de la sortir dès qu’ils rencontrent un problème dans leur pratique médicale. On leur a ensuite demandé de noter les problèmes et d’en parler lors d’un groupe de discussion en fin de journée en fournissant des solutions pratiques potentielles. De façon intéressante, 50 % des problèmes identifiés pouvaient être résolus lors de la discussion de groupe, alors que les 50 % restants étaient analysés pour identifier quels étaient les obstacles qui empêchaient de trouver une solution ainsi que les stratégies possibles pour les résoudre. L’étape suivante a été de former des binômes entre les cliniciens qui avaient défini un problème et un petit groupe ciblé de chercheurs, d’experts en technologie et de dirigeants d’industrie qui pouvaient concevoir un plan pour résoudre le problème. Les médecins du service avaient également l’opportunité d’effectuer des stages externes dans des compagnies pharmaceutiques pour apprendre comment les idées pouvaient être traduites en produits. Ce programme s’est avéré très fructueux et a littéralement changé la mentalité des médecins du MGH, en les motivant à s’engager dans l’innovation axée sur la résolution de problèmes et même à mener une carrière entrepreneuriale.
Mais comment promouvoir de tels changements sous nos latitudes ? En tant que cliniciens, nous devons réaliser que de nombreux problèmes cliniques, auxquels nous sommes confrontés quotidiennement, peuvent être résolus par des solutions innovantes. Ces solutions ne viendront pas des autres, nous sommes la force motrice de ce processus puisque que nous sommes ceux qui identifient correctement les problèmes et pouvons donc contacter les bonnes personnes pour les résoudre. Cela exigera un changement de mentalité, mais c’est la seule manière de favoriser l’innovation dans les années à venir.