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Maurice-Marie Dantand était un écrivain savoyard assez curieux de la seconde moitié du dix-neuvième siècle; je lui ai consacré une notice dans le volume Haute-Savoie des éditions Bonneton et un chapitre dans mes Portes de la Savoie occulte. Il a ressuscité des vieilles légendes de Thonon, en a inventé d'autres, et s'est posé comme visionnaire - visitant l'Olympe, évoquant ses vies antérieures, et parcourant les planètes habitées de l'espace. Or, sur ces dernières, il avait un regard plutôt inquiétant, rappelant H. G. Wells ou Gustave Le Rouge. Pourtant, contrairement à ces derniers, il se proclamait chrétien et croyant, et on se fût attendu, de sa part, à une position plus humaniste, annonçant C. S. Lewis, qui voyait sur les autres planètes des choses merveilleuses, plus proches du monde divin que ne l'est notre bonne vieille Terre.
Mais il s'en explique, dans un sens en réalité très catholique, et très traditionaliste. Car il ne conçoit pas ces planètes ainsi qu'eût pu le faire Rousseau, comme des mondes proches de la nature, non corrompus par les sociétés humaines. Loin d'avoir un tel idéalisme, il considère que ces planètes sont souillées par le mal parce qu'elles n'ont pas reçu la rédemption de Jésus-Christ. Elles ont donc poursuivi sur la ligne du paganisme, et sont dirigées par des prêtres qui créent à loisir des mythes qui les arrangent, et des rituels qui leur permettent de profiter sans partage du peuple crédule. Ces planètes se posent comme habitées par Lucifer, pendant que le Christ a arraché la Terre au Mal.
C'est peut-être typique d'une opposition entre le protestantisme et le catholicisme, car ce dernier insiste sur le péché originel qui marque la matière elle-même: la matière est une chute de l'homme, être spirituel par essence. François de Sales dit que la patrie naturelle de l'âme est le Ciel: il n'a pas du tout l'idée de Rousseau selon laquelle la nature primitive est le lieu béni par excellence. Joseph de Maistre avait le même type de pensées; il disait que les peuples réputés primitifs étaient issus d'empires ruinés, qu'il s'agissait en réalité de peuples déchus que les siècles avaient dispersés. Cela choqua, en son temps: le Québécois François-Xavier Garneau, qui fut poète et historien de sa petite patrie, estimait cette opinion absurde, au regard de ce qu'il connaissait des Algonquins. Mais il faut admettre que Maurice-Marie Dantand était bien dans la lignée de Joseph de Maistre, qui regardait le divin comme étant au-delà du sensible, et non comme pouvant se confondre avec lui, même dans des pays éloignés, même sur d'autres planètes prises comme objets physiques. Seul le temps porté par le Christ pouvait spiritualiser le monde, à ses yeux.