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Le réchauffement climatique au niveau mondial (global warming) est un phénomène largement débattu qui divise les partisans des libertés individuelles à tout prix des «dictateurs de l'altruisme». Certains ne craignent pas de qualifier cette préoccupation pour notre environnement d'absolutisation des droits humains (le «droit-de-l'hommisme») ou la «sacralisation de la nature».1 Au-delà de ces guerres de religion, quelle est la vérité et que cachent les prédictions dramatiques sur l'avenir de notre planète ?
N'en déplaise aux détracteurs de la «machine à fabriquer de la pensée unique», le réchauffement climatique est une réalité. La température de l'air a en effet augmenté en moyenne de 0,6°C au cours du XXe siècle. Cela peut sembler très faible et, pourtant, seulement 7°C séparaient la période glaciaire qu'a connue notre planète, il y a 20 000 ans, de celle plus chaude qu'elle a connue, il y a 7000 ans ! Les premières conséquences de ce réchauffement sont déjà visibles : diminution de 10% de la couverture neigeuse dans l'hémisphère Nord depuis les années 1960, recul des glaciers de montagne, élévation de dix à vingt centimètres du niveau des océans au cours du XXe siècle, augmentation des précipitations, des inondations ou des sécheresses. Aujourd'hui, quasiment tous les scientifiques s'accordent à imputer l'essentiel de cette évolution aux gaz à effet de serre, produits par les activités humaines.
Si, aujourd'hui, l'état des connaissances scientifiques et les modèles utilisés par les climatologues ne permettent pas de faire de prédictions fines à l'échelle régionale, ils permettent de prédire globalement, à l'échelle de la planète, une augmentation de 1,8 à 3,4°C pour les cinquante ans à venir. Notre planète sera plus chaude, mais deviendra aussi plus humide. Les modèles prévoient que la nouvelle répartition des pluies accentuera encore les inégalités existantes : les régions équatoriales recevront plus d'eau, contrairement aux régions subtropicales et méditerranéennes dont la sécheresse augmentera et dont les ressources hydriques diminueront. Finalement, les pays les plus fragiles, vis-à-vis de leurs ressources en eau, le deviendront encore davantage, avec comme corollaire une baisse des rendements agricoles.
Qu'en est-il des conséquences du réchauffement climatique sur les maladies à vecteurs, malaria, dengue notamment ? Des débats nourris entre experts alimentent la presse locale ainsi que les revues scientifiques prestigieuses. L'absence de consensus est due au fait que les prédictions laissent une large part à l'incertitude et au fait que la transmission, par exemple de la malaria, est affectée par une multitude de facteurs, et le climat en est un parmi d'autres. L'incidence des maladies à vecteurs va dépendre à la fois du vecteur et de l'hôte. Le climat peut affecter ces deux facteurs, mais son effet va être majeur sur la densité vectorielle. Un modèle récent développé à partir de données de températures en Afrique de l'Est a estimé qu'à une augmentation de température de un demi degré correspondait une augmentation de 30-100% de l'abondance des moustiques, avec un effet d'«amplification biologique».2 En règle générale, la température diminue de 6°C par 1000 mètres d'altitude. Une élévation minime de température peut engendrer une extension drastique des zones où les conditions climatiques permettent la transmission de la malaria. Ces observations laissent à penser que l'incidence des maladies à vecteurs va augmenter avec le réchauffement climatique. Ceci d'autant plus que les conditions où alternent sécheresses et inondations favorisent également l'augmentation des vecteurs. Pour la malaria, les conséquences peuvent être encore plus désastreuses, car l'apparition du parasite dans les zones actuellement hypoendémiques ou non endémiques entraîne une augmentation de l'incidence d'épisodes sévères en raison de l'absence d'immunité préexistante dans la population.
Comme souvent, les principaux responsables de ces dégâts écologiques ne seront pas les premières victimes. Celles-ci se compteront surtout parmi les populations vulnérables de la planète, fragilisées par des conditions climatiques extrêmes. Les Etats-Unis sont le premier émetteur mondial (20% des émissions de gaz à effet de serre) mais ils sont, aussi, les premiers consommateurs d'air conditionnés donc à quoi bon se préoccuper des autres puisque, chez nous, il fait bon vivre D'aucuns prétextent l'absence de mesures prises dans les pays émergents pour refuser de signer le protocole de Kyoto. Pourquoi faire des efforts si les pays en développement eux-mêmes n'en font pas, comme la Chine (deuxième sur la liste) ou l'Inde (cinquième) ? Les objectifs de réduction doivent se décliner tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement, avec des adaptations aux contraintes locales. Il s'agit d'un effort global de développement propre pour le bien de tous. Une réduction de l'émission des gaz à effet de serre va limiter les catastrophes naturelles et, de ce fait, réduire les déplacements de population, les migrations, les concentrations humaines qui sont le terreau pour multiplier les zones propices à la transmission de la malaria.
Les controverses en ce qui concerne l'impact des modifications climatologiques sur l'incidence des maladies à vecteurs sont donc en partie alimentées par le fait qu'un facteur (température) ne suffit pas à expliquer l'évolution des conditions de transmission.3 Les facteurs humains sont aussi primordiaux. C'est pourquoi, même si on peut lire des propos alarmistes dans la presse, nos pays n'ont rien à craindre, la malaria ne va pas réapparaître comme problème de santé publique sur les berges du lac de Côme ou du lac Léman. Il s'agit d'une maladie de la pauvreté qui se nourrit aussi de la promiscuité. Nous pouvons donc être rassurés et nous replier sur notre îlot helvétique ou alors - en étant peut-être traités d'idéalistes - laisser tomber nos 4x4 (il n'y aura plus de neige ), changer d'ampoules et baisser nos radiateurs. Pour sensibiliser les activistes amoureux des libertés individuelles, nous pourrons toujours brandir le spectre des nouveaux «réfugiés du global warming»...