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Deux commissions fédérales demandent l'interdiction des expériences sur les grands primates et davantage de retenue dans les recherches sur les autres singes.Ce contenu a été publié le 22 mai 2006 - 16:49
Motif: ces animaux occupent une place particulière en raison de leurs exceptionnelles capacités cognitives et émotionnelles.
La commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH) et la commission fédérale pour les expériences sur les animaux (CFEA) ont présenté lundi à la presse à Berne leur rapport commun intitulé «Recherches sur les primates: évaluation éthique».
Statut à part
Le rapport souligne les facultés à la fois cognitives et émotionnelles des primates, ce qui leur confère un statut à part. Pour cette raison, les deux commissions demandent une plus grande retenue dans l'octroi d'autorisations à des expériences utilisant des primates.
De même, il faut une expertise interdisciplinaire préalable portant sur leurs aspects scientifiques et sur l'objectif de la recherche. Cet examen doit être prescrit par la loi, demandent la CENH et la CFEA.
Klaus Peter Rippe, président de la CENH, précise à swissinfo que «ces recommandations interviennent dans la perspective de l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la protection des animaux et qu'il en sera tenu compte dans son application».
Primates anthropoïdes
Quant aux expériences sur les grands primates (bonobos, chimpanzés, gorilles et orangs-outans), elles devraient être totalement interdites, étant donné la place à part des singes anthropoïdes au sein de l'espèce. Seule la recherche basée sur l'observation est moralement défendable.
Même si aucune expérience de ce type n'est actuellement menée en Suisse, il convient d'interdire expressément ces pratiques dans la loi, estiment les deux commissions.
Norma Schenkel, zoologue et membre de la CFEA, ne cache pas son mécontentement.
«Cela n'a aucun sens d'interdire la recherche sur les grands singes puisqu'il n'y en a pas, déclare-t-elle à swissinfo. Les commissions auraient pu montrer plus de courage en proposant l'interdiction de l'expérimentation clinique sur tous les singes en cas de trop grandes souffrances.»
Par ailleurs, les commissions recommandent aux instances de financement de la recherche de ne pas soutenir d'expériences utilisant des primates sans avoir demandé au préalable une expertise éthique.
Selon les statistiques fédérales, en 2004 424 primates ont été utilisés dans l'expérimentation animale. Deux tiers l'ont été par l'industrie, un tiers par les Hautes Ecoles et les hôpitaux.
Recherches acceptables
La loi sur la protection des animaux en vigueur accepte les expériences sur les animaux (primates inclus) s'il ressort que les intérêts humains prévalent sur la contrainte imposée aux animaux.
La grande majorité des deux commissions estime que, à l'exception des expériences réalisées sur les singes anthropoïdes, celles utilisant des primates sont acceptables moralement.
Klaus Peter Rippe, président de la CENH, rappelle que les humains sont également des primates. Ces derniers disposent de propriétés cognitives complexes, comme la capacité de projection dans l'avenir, de stratégies d'action, de montrer de la peine ou de l'affliction et ils ont une conscience de soi.
On ne peut jamais être sûr que ces facultés sont présentes chez les autres primates, mais les indices sont là, explique M. Rippe. Un doute sur ce qu'on peut infliger à un primate doit clairement profiter à l'animal. La pesée des intérêts humains face aux contraintes imposées aux animaux doit se faire avec une extrême diligence.
Ouistitis à l'EPFZ
Concrètement, les deux commissions se sont penchées sur la recherche concernant la dépression menée avec des ouistitis à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, explique la présidente de la CFEA Regula Vogel.
Lors de ces essais, de jeunes ouistitis étaient séparés de leur mère dans le but d'examiner sur eux les conséquences neurobiologiques du stress.
Or, selon Mme Vogel, beaucoup de facteurs sont importants dans la dépression, pas seulement le stress causé par une séparation. La recherche sur la dépression humaine est certes importante, mais l'utilité de l'expérience menée par l'EPFZ est aujourd'hui mise en doute.
Dignité de l'animal
Les défenseurs des animaux veulent aller plus loin que les commissions: à l'unisson, ils demandent l'arrêt des «cruautés envers les singes».
La Protection suisse des animaux (PSA) ne voit pas en quoi le droit des primates anthropoïdes est distinct de celui des autres singes.
Pour la Fondation pour le droit juridique de l'animal, le rapport souligne la grande proximité entre l'homme et le singe. Il faut donc soutenir sans réserve toutes les recommandations émises. Mais face à la dignité de l'animal, il s'agit de toute manière de renoncer à toute expérimentation sur des singes.
swissinfo et les agences
En bref
- La loi en vigueur sur la protection des animaux prévoit que les expériences qui peuvent causer des douleurs, des maux ou des dommages, les mettre dans un état d'anxiété, perturber notablement leur état général ou porter atteinte à leur dignité doivent être limitées à l'indispensable.
- Même si aucune expérience sur les grands primates n'est actuellement menée en Suisse, les experts souhaitent inscrire une interdiction dans la loi.
Faits
L'ADN des grands singes est similaire à celle de l'homme à plus de 96%.
En Suisse, on utilise chaque année moins de 500'000 animaux contre près de deux millions en 1983.
En 2004, 90% des animaux utilisés par l'expérimentation étaient des rongeurs, mais aussi des poissons, des lapins, de la volaille et des amphibiens.
424 primates ont été utilisés, les deux tiers l'ont été par l'industrie et un tiers par les Hautes Ecoles et les hôpitaux.
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