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Lors de la création de l’AVS, voulue par plus de 80% des votants en juillet 1947 et entrée en vigueur en janvier 1948, des voix s’étaient fait entendre en faveur d’un âge légal de départ à la retraite différencié entre hommes et femmes. En un premier temps, toutefois, l’âge de départ fut fixé pour toutes et tous à 65 ans.
Très rapidement cependant, l’âge de la retraite des femmes fut une première fois abaissé à 63 ans à la fin des années 1950 et à 62 ans à partir de 1962. Les raisons qui plaidèrent alors en faveur de cet âge différencié tiennent à la fois du physiologique, du social et du culturel.
Le poids physiologique des grossesses avait été en effet le premier argument en faveur d’un départ plus rapide à la retraite. Les périodes de grossesse usant davantage l’organisme, un constat s’était imposé à l’époque: l’usure poussait les femmes à arrêter plus vite.
Certes, depuis lors – et notamment depuis la mise sur le marché, au début des années 1960, de la pilule contraceptive –, le nombre moyen de grossesses vécues durant sa vie par une femme est moins élevé. Toutefois, le fait d’assumer la gestation en son corps d’un individu est loin d’être un exercice neutre pour l’organisme.
Ensuite, ce sont les inégalités salariales et de formation que le législateur avait alors pris en considération. Disposant de salaires largement inférieurs à ceux des hommes et au bénéfice de formations professionnelles moins poussées, les femmes devaient soit travailler plus pour atteindre les niveaux de revenu des hommes, soit subir des conditions de travail plus précaires, fatigantes et usantes.
L’inscription dans la Constitution des principes de l’égalité des droits et de l’amélioration de l’accès à la formation pour les jeunes filles a sûrement fait un peu évoluer les choses, mais les inégalités avérées et statistiquement prouvées sont toujours présentes, et restent une bonne raison pour que les femmes puissent partir plus rapidement à la retraite que les hommes.
Reste enfin le troisième argument, d’ordre culturel. C’est en raison de millénaires d’une culture de subordination de la femme que la prise en charge de l’éducation des enfants lui est revenue prioritairement, ainsi que celle des tâches domestiques et d’entretien.
En dépit d’avancées certaines en la matière, l’inégalité dans la réalisation des tâches domestiques demeure une évidence, cela d’autant plus que les structures sociales – d’accueil de la petite enfance, celles destinées aux soins de proximité,… – restent largement insuffisantes, chargeant de nouveau en premier lieu les femmes.
C’est d’ailleurs compte tenu de la permanence de cette situation que, lors de la 10e révision de l’AVS en 1995, le législateur avait inscrit dans la loi, malgré le relèvement à 64 ans de l’âge de départ des femmes à la retraite, le «bonus éducatif», reconnaissant ainsi l’importance du phénomène de la «double journée de travail» (professionnelle et domestique).
Les raisons qui ont poussé le parlement à abaisser l’âge de la retraite des femmes en 1958 et en 1962 demeurent entières. Il n’y a par conséquent pas de raison de le relever d’une année le 24 septembre prochain.
Paolo Gilardi, Carouge (GE)