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L'augmentation de la dette pèsera durablement sur les comptes publics et limitera la marge de manœuvre budgétaire future.
Les pays qui ont redressé leurs finances publiques depuis la dernière crise financière ont aujourd'hui une marge de manœuvre qui leur permet de prendre des mesures audacieuses, comme la «garantie de liquidité illimitée» en faveur des petites entreprises annoncée par le gouvernement allemand. D'autres pays comme l'Italie, la France et l'Espagne sont en train de voir la prime de risque de leurs emprunts d'Etat augmenter à mesure qu'ils annoncent des mesures budgétaires pour atténuer l'impact de la paralysie économique et sociale.
Il est vrai que c'est le moment pour les gouvernements d'intervenir pour éviter des dommages économiques durables tels qu'une multiplication des faillites et une augmentation du chômage en maintenant les entreprises à flot et en investissant de l'argent public.
le «spread souverain» des pays les plus affectés comme l'Italie.
Toutefois, même si les mesures actuelles permettent aux acteurs économiques de joindre les deux bouts pendant cette période de paralysie et de relancer la croissance économique après la crise, l'augmentation de la dette pèsera durablement sur les comptes publics et limitera la marge de manœuvre budgétaire future.
Les banques centrales ont réagi en annonçant un train de mesures d'assouplissement, dont une reprise de leurs achats d'obligations. Cela n'a pas empêché les rendements obligataires réels d'augmenter et les primes de risque des pays moins bien notés ont enregistré une forte augmentation.
Cette dernière est certainement imputable en partie à la course à la liquidité, les investisseurs vendant également des actifs sûrs pour dégager des liquidités ou couvrir des appels de marge. Les banques centrales peuvent résoudre les problèmes de liquidités, mais il sera plus difficile de restaurer la confiance quant aux perspectives économiques.
Les achats d'obligations effectués par la Banque centrale européenne (BCE), qui sont répartis entre les différents pays de la zone euro en fonction de la clé de répartition de son capital, n'ont pas réussi, pour le moment, à contenir le «spread souverain» (marge qui s’applique à un Etat ou à un gouvernement lorsqu’il souhaite emprunter sur les marchés de capitaux) des pays les plus affectés comme l'Italie. Si jamais les primes de risque continuent d'augmenter, l'Italie et d'autres pays pourraient avoir du mal à se financer sur les marchés obligataires à des taux raisonnables.
L'une des solutions à ce problème serait un financement centralisé au niveau de la zone euro des dépenses occasionnées par la lutte contre le coronavirus. Le moyen idéal serait le Mécanisme européen de stabilité (MES), dont la capacité de prêts disponible s'élève à 410 milliards d'euros, soit 22% du PIB de l'Italie.
de la zone euro, mais elles auront un coût à long terme.
Les obligations émises par le MES pourraient être achetées par la BCE si jamais la demande du secteur privé s'avère insuffisante mais, à l'heure actuelle, elles offrent un rendement inférieur aux emprunts d'Etat de l'Autriche de la France.
Si le MES s'avère insuffisant, le prochain filet de sécurité serait le programme d'opérations monétaires sur titres (Outright Monetary Transactions, OMT) de la BCE, créé en 2012, mais jamais utilisé. A la demande du gouvernement d'un pays, et sous réserve de certaines conditions (comme un programme du MES) et du respect de la limite de 33% de l'encours des emprunts d'Etat d'un même pays émetteur, la BCE pourrait acheter massivement les emprunts d'Etat d'un pays sur le marché secondaire.
Le partage du risque et le caractère conditionnel sont toutefois des obstacles significatifs, c'est pourquoi cette solution ne sera probablement adoptée qu'en dernier ressort pour éviter l'effondrement du marché de la dette souveraine d'un pays.
Pour conclure, on peut estimer que les gouvernements et la BCE peuvent encore faire beaucoup de choses si jamais la situation en Europe se dégrade et si les mesures de soutien existantes s'avèrent insuffisantes. S'ils sont maniés en temps opportun et avec détermination, les outils existants peuvent aider à surmonter la crise et à maintenir l'unité de la zone euro, mais elles auront un coût à long terme, à savoir un endettement plus lourd et de sérieux problèmes budgétaires.