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Roman Oskar Freysinger renaît de ses cendres, elles sont rouges!
En pleine campagne électorale, le coordinateur romand de l'UDC fait la promotion de son nouveau livre, dont l'action se situe en Union soviétique. Une façon d'illustrer que l'enfer est toujours pavé de bonnes intentions.
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Tel le Phénix, Oskar Freysinger renaît une nouvelle fois de ses cendres. Cette fois, elles sont aussi rouges que les plumes de l'oiseau fabuleux, mais aussi comme la couleur de la Révolution russe. «Cendre rouge» *, tel est le titre de ce thriller psychologique, épique et philosophique qui se déroule sur une trentaine d'années avec un scénario à suspens.
Débutée il y a plus de dix ans en allemand, la version française a abouti et sort dans les librairies la semaine prochaine. L’ancien conseiller d’Etat valaisan poursuit ainsi sa trajectoire littéraire forte d’une vingtaine de titres en allemand et en français. S'il a placé son roman dans l'ancienne Union soviétique, il revendique l’actualité du propos pour ceux qui veulent sauver le monde en le menant à sa perte...
«Cendre rouge» est un livre qui a déjà paru une fois en allemand. Il vous a fallu du temps pour sortir la version française?
En 2005, il y a eu une version allemande, mais je n'avais pas d’éditeur de langue allemande et j’ai dû me passer d’une relecture sérieuse par un professionnel. Le livre n'avait pas atteint la maturité que j'aurais souhaitée. Il a été publié comme ça et il s'est vendu de main à main. Depuis, j'ai tout retravaillé dans la version française et j'ai dû répercuter les changements sur la version allemande C'est un roman complexe avec cinq lignes narratives principales qui doivent toutes converger vers un point. Cela demande beaucoup de concentration.
Vous en parlez comme d'un thriller épique?
C’est effectivement le terme qui convient le mieux. J'ai beaucoup étudié la littérature par le passé, notamment les romans épiques traditionnels. Depuis, un nouveau genre s'est imposé : le thriller. Je me suis dit qu'on pouvait en imaginer un qui ait un souffle épique. L'intrigue se situe entre 1919 et 1951, elle s’étend donc sur un peu plus de trois décennies, ce qui n'est jamais le cas pour un thriller, limité dans le temps à quelques jours ou semaines. Dans mon roman, j'ai utilisé les éléments constitutifs du thriller pour créer le suspens à l'intérieur d'une œuvre qui a un souffle épique et une profondeur psychologique et philosophique beaucoup plus importants.
Quel est votre héros?
C'est un anti-héros. Il s'agit d'un interrogateur de la Tchéka – le prédécesseur du NKVD et du KGB – qui va développer une technique particulièrement perfide, où il utilise le jeu d'échecs comme moyen de torture pour faire parler les gens. Il va pervertir les règles du jeu et soumettre les prisonniers à une procédure particulière, car il estime que la violence physique n'est pas assez efficace. Pour faire parler les gens, il privilégie la manipulation psychologique.
Où se situe l'aspect philosophique du livre?
Le livre s'inspire de la philosophie de Hegel. Pour le héros, le jeu d'échecs est le summum de la décadence bourgeoise, dans le sens où il reflète une vision dualiste du monde, une vision en noir et blanc représentant le bien et le mal. Hegel a développé la théorie thèse-antithèse-synthèse, où la synthèse serait la fin de l'Histoire. Marx reprend Hegel et dit que le communisme est l’aboutissement inéluctable, que le noir et le blanc doivent être éliminés au bénéfice du rouge, qui est la synthèse absolue et la fin de l'Histoire. Le héros du roman veut appliquer cette théorie dans la réalité, mais les choses ne se passent pas exactement comme il veut, mais je m’arrête là, car je ne veux pas spoiler le livre ... Le héros s'appelle Gagarine (ndr. le premier homme à avoir effectué un vol dans l'espace), parce que ce nom contient le terme «gaga» qui illustre la folie de sa démarche. L'idée de créer un monde meilleur, l'idée de sauver le monde bascule très souvent dans le totalitarisme.
Quelle est l'actualité de «Cendre rouge»?
En ce moment, je lis très attentivement ce que communiquent les mouvements écologiques. On s'aperçoit que ces gens, qui ont une intention louable en soi – celle de sauver la planète – disent qu'il faut que nous acceptions une diminution de notre souveraineté pour pouvoir la sauver. Certains prennent l'exemple des Chinois et disent que ce serait plus facile si on fonctionnait comme eux, car si on veut sauver la planète, on va devoir limiter les droits démocratiques, ce qui est le début de la fin de notre humanité et de nos libertés. Lorsque j’entends ça, mon système d’alarme de souverainiste suisse attaché à la démocratie directe, se met immédiatement à clignoter.
Vous sortez ce roman durant la campagne électorale. Pour le coordinateur romand de l'UDC, est-ce vraiment le moment pour faire la promotion de votre livre?
C'est dû au hasard du calendrier. Pour sortir un livre en vue des ventes de Noël, il faut qu’il soit tout de suite après l'été chez les distributeurs. Pour ça, le titre doit être inscrit au mois de juin déjà. En octobre, ce serait trop tard. Cela n'a rien à voir avec la campagne, c'est ma vraie vie. Mon mandat électoral pour l'UDC va se terminer le 20 octobre. Jusque-là, mon engagement pour cette campagne est total, mais après, mon avenir sera littéraire.
Selon vous, est-ce que l'UDC doit s'attendre à des pertes, comme beaucoup le prédisent?
Je ne suis pas devin, mais je remarque qu'il y a une lassitude qui s'installe par rapport à la manipulation de plus en plus patente de la thématique du climat et de cette cette gamine suédoise autiste. On s'aperçoit qu'il y a tout un système et énormément d'intérêts financiers là-derrière. J'ai comme l'impression que ces groupes d’intérêt sont partis trop tôt et qu'ils commencent à s'essouffler. Les gens en ont ras-le-bol qu'on leur dise qu'on va taxer la viande ou leur interdire d'en manger, que tout le monde doit être végane, mais qu’on ne s'attaque jamais à la viande halal... C'est ahurissant. J'avais de la crainte au printemps, mais j'ai l'impression que les sujets que l’UDC est seule à défendre, notamment notre souveraineté et le maintien entre nos mains du levier de décision déterminant notre destin, deviennent davantage porteurs.
Comment voyez-vous l'évolution en Italie, Matteo Salvini semble vouloir faire comme vous en Valais en 2017, concentrer sur lui tous les pouvoirs?
Lui part en position de force, moi j'ai fait l’erreur de me lancer en position de faiblesse, mais j'ai été contraint à la faire si je voulais rester honnête envers moi-même. Salvini semble avoir une capacité de travail et de pénétration du système exceptionnelle. J'ai rarement vu ça, je dois l'avouer, je suis époustouflé. En voulant absolument éviter que le peuple italien se rende aux urnes, ses adversaires vont le renforcer. Quoi qu'il se passe, c'est du win-win pour lui. Si sa démarche actuelle n’aboutit pas, ce seront les autres qui seront responsables du merdier... Si par contre il y arrive, je pense qu'il peut obtenir une majorité solide.
* «Cendre rouge». Préface de Marc Bonnant. Vernissage le 30 août chez Payot Sion, dès 17 heures.
Créé: 18.08.2019, 09h49