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Voile – Qu’est-ce que la jauge ?
Terminologie
Le résultat des régates est donné en temps réel et en temps compensé, les voiliers étant à peu près tous différents. Imaginons une 2CV et une Ferrari courant ensemble. Pour remédier à ces inégalités de performance et permettre à chaque équipage de remporter la course, un coefficient de calcul est nécessaire, de même une valeur médiane, nommons-la Golf. A partir de là, un bon handicap serait attribué à la plus lente et un coefficient pénalisant à la Ferrari.
Dès les premières régates, les navigateurs ont réalisé qu’un bateau rapide pouvait être mal mené et qu’un voilier lent ne le remonterait pas malgré la qualité de son équipage. Pour comprendre les résultats d’une régate en temps compensé, il est nécessaire de comprendre ce qu’est une jauge. La jauge est une formule qui attribue un coefficient à un voilier. Le handicap est l’ensemble des mesures prises en compte pour neutraliser leurs différences. La jauge qui calcule cet handicap tient compte de différents paramètres comme la taille du bateau, la longueur de flottaison, la vitesse de carène, le bau maximum, la surface vélique, la hauteur du mât, le tirant d’eau, les poids… même la force des vents.
La première jauge remonte à 1835. Il y eut ensuite ou simultanément les jauges IRC, ABC, universelle, internationale dite JI ou métrique, Yardstick, ORC, ACVL, SRS… La Jauge universelle due au fameux architecte naval Nathanael Herreshoff a été adoptée en 1903 par le New York Yacht Club pour les prestigieuses régates du Nord des Etats-Unis. Le système Yardstick basé sur des valeurs empiriques et facile à gérer manque de précision. En 1967, des navigateurs lémaniques ont créé l’Association suisse pour la course-croisière (ABC) et développé la jauge ABC, la première à intégrer la force du vent. La jauge métrique dont la formule donne aux voiliers une longueur théorique traduisant leur vitesse potentielle a donné son nom aux voiliers des classes 6, 7, 8, 12 et 15 mètres. Or, si un 6.5m mesure 6 mètres 50, les 5.5 mètres en font étonnamment entre neuf et dix, et les 12m JI, longtemps les Class America, entre dix-huit et vingt-et-un.
La dernière jauge et sans doute la plus évolutive se nomme ACVL pour Association des clubs de voile lémaniques, devenue SRS pour Swiss Rating System. Utilisée par tous les clubs lémaniques affiliés à Swiss Sailing, elle repose sur 38 paramètres et des équations hydrauliquement saines. Le Courrier a donc rencontré Yorick Klipfel, son initiateur. « On ne peut pas tricher sur l’hydraulique. Tu mélanges de la pénétration dans l’eau, qui freine, et une aile d’avion verticale qui fournit une puissance propulsive. Aucune équation ne parvient à gérer les deux: écoulement d’eau et profil d’avion, donc intrados et extrados. »
Pour régater, un voilier doit être au bénéfice d’un coefficient de temps compensé (TCF), qui implique que son propriétaire en fournisse les valeurs. Sur la base de ces informations, SRS calcule et établit le certificat de jauge qui contient un certain nombre de résultats intermédiaires et le résultat principal, le facteur de correction de temps. L’étalon « un » (la Golf ci-dessus) est le Surprise, la série la plus nombreuse sur le lac. « SRS calibre chaque calcul intermédiaire au Surprise, ce qu’aucune autre jauge ne fait. Aujourd’hui, les foils qui éliminent la surface mouillée et la longueur du bateau font voler en éclats la théorie hydraulique archimédienne, et une aile d’avion sous la quille qui soulage le poids de la structure, ce qui peut paraître paradoxal puisque le poids du bateau est une constante dans les paramètres de calcul, sont également pris en compte par la jauge. »
Le voilier est-il bon dans les petits airs, se révèle-t-il au contraire performant par vent fort ? Ce facteur est important, les vents étant peu constants sur nos lacs. Trois régimes entrent dans le calcul de la jauge: faible de 0 à 3 nœuds où la performance dépend essentiellement du rapport de la surface vélique à la surface mouillée de la carène; médium de 3 à 10 nœuds où les performances sont fonction de l’interaction des paramètres de la jauge, et même d’une formule qui calcule l’énergie absorbée par la formation des vagues; et vent fort dès 10 nœuds. La longueur du bateau et son poids prennent de l’importance alors que la surface vélique
diminue puisque la performance optimale est souvent atteinte avec une voilure réduite. Dans le régime lémanique, 50% sont comptés pour petit vent, 30% pour moyen temps et 20% pour gros temps.
La jauge SRS a été développée grâce à Clemens Weibel avec l’aide de Marcel Meyer, un des seuls jaugeurs IOR suisses, mathématicien qui a su interpréter les besoins de Clemens en formules mathématiques. Tous deux sont les papas de la jauge, Yorick Klipfel, ingénieur et jaugeur de la Fédération suisse de voile, étant le pilote de ce projet titanesque. L’architecte naval Sébastien Schmid a fait partie de la commission technique à la genèse du projet.
Pour conclure, citons Yorick : « Une jauge peut toujours être améliorée – notre navigation aussi ! »