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L'habillement est une constante anthropologique; enveloppe protectrice, il préserve aussi la pudeur et contribue à la parure. Dans les sociétés préindustrielles, il avait en outre une fonction de communication, puisqu'il exprimait les rangs et leurs inégalités. Dans la société d'ordres hiérarchisée du Moyen Age et des Temps modernes, l'habillement constituait tout un système de signes, liés en particulier au rôle des sexes. Dans la qualité du tissu, la coupe, les couleurs et les accessoires, on pouvait lire l'état d'une personne ou d'un groupe (appartenance au clergé par exemple), son statut social, son prestige.
Du milieu du XIIe s. jusqu'à la fin du XVIIIe, les autorités laïques et ecclésiastiques tentèrent de faire respecter la hiérarchie sociale en promulguant des ordonnances sur l'habillement, dictées par la crainte que les frontières entre les ordres ne s'estompent: nobles et bourgeois des deux sexes, servantes et paysans se voyaient prescrire les dépenses vestimentaires maximales convenant à leur état (Mandats sur les moeurs). Le port de vêtements taillés dans des étoffes précieuses, de fourrures et de bijoux permettait en effet aux bourgeois nantis et aux parvenus de donner l'illusion qu'ils appartenaient à un ordre supérieur au leur.
Le vêtement, surtout féminin, marquait encore d'autres différences, entre membres d'un même ordre. Le costume des jeunes filles se distinguait de celui des femmes mariées et des veuves; selon une ordonnance zurichoise de 1357/1372, seules les jeunes filles avaient le droit d'orner leurs vêtements d'or, d'argent, de soie ou de pierres précieuses, mais non pas les veuves ni les femmes mariées.
En outre, les ordonnances sur l'habillement et sur le luxe visaient à juguler le besoin individuel ou collectif de briller, à limiter l'étalage de la richesse. On pensait ainsi prévenir le "gaspillage" et l'appauvrissement. Ces réglementations obéissaient aussi à des considérations mercantilistes (sur la fortune de la nation). La Réforme entraîna la publication de quantité de mandats vestimentaires. Zwingli, Bullinger et Calvin s'efforcèrent d'imposer leur programme en la matière par des sermons et des ordonnances. Les hommes et plus encore les femmes devaient faire preuve de simplicité, de bienséance, de modestie, renoncer aux habits qui attirent le regard et aux dépenses "condamnables". L'habillement ne perdit qu'à la fin du XVIIIe s. son rôle de garant de la "lisibilité de la bonne ordonnance du monde". La diffusion de journaux de mode, à partir du XVIIIe s., vint assouplir les contraintes vestimentaires calquées sur l'ordre social. Ainsi prit fin l'ère des mandats sur l'habillement.
Auteur(e): Katharina Simon-Muscheid / UG
Les attaques officielles contre les privilèges âprement défendus de la noblesse firent long feu. Le Twingherrenstreit bernois (querelle des seigneurs justiciers), épisode du conflit entre les anciennes familles dirigeantes et le premier avoyer bourgeois, offre un excellent exemple du rapport qui s'établit entre le sentiment d'identité d'une couche sociale et son besoin de représentation: en 1464, le vol d'une hostie servit de prétexte à la publication d'un mandat somptuaire contre le port des souliers à la poulaine, des longues traînes pour les femmes et des vêtements courts pour les hommes, mis à la mode par la cour de Bourgogne. Le maintien de cette interdiction dans l'ordonnance révisée de 1470 déclencha un mouvement de protestation de la part des nobles des deux sexes, qui défièrent les autorités en se présentant à la messe avec traînes et poulaines. Lors du procès qui suivit, ils firent valoir leur droit à la distinction, en expliquant qu'il leur fallait agir ainsi, pour se démarquer, durant les jours de semaine où ils ne portaient pas de vêtements de soie ou d'or. Les nobles furent condamnés à une amende et bannis de la ville pour un mois, mais pour des raisons économiques, le Conseil dut les rappeler et modifier en leur faveur son ordonnance vestimentaire.
Auteur(e): Katharina Simon-Muscheid / UG
La mise à l'écart de certaines catégories de personnes, phénomène qui prit de l'ampleur surtout à partir du bas Moyen Age, se traduisit par l'imposition de signes distinctifs négativement connotés. Les juifs des deux sexes, les lépreux, les prostituées, mais aussi les bénéficiaires d'aumônes durent arborer de tels symboles. L'élément le plus frappant de l'habit masculin juif, le chapeau pointu, à l'origine porté volontairement pour marquer l'appartenance à la communauté, fut imposé par l'Eglise à tous les juifs au XIIIe s., et ce couvre-chef traditionnel devint un signe de stigmatisation. Il en alla de même pour le voile des femmes juives. En outre, depuis le 4e concile de Latran (1215), les juifs devaient porter un brassard ou un anneau (souvent jaune), ce qui explique qu'ils soient représentés avec un brassard jaune dans les chroniques illustrées suisses. Dans l'espace germanophone, les plus anciennes prescriptions sur la prostitution datent du XIIIe s. Elles visaient à distinguer les femmes "honorables" des personnes "dépravées". Une ordonnance zurichoise de 1319 obligeait les prostituées à porter un bonnet rouge. Des pièces de vêtement et des insignes jaunes, verts ou rouges servaient en outre à signaler leur métier. En 1417, le Conseil de Bâle contraignit les souteneurs à arborer une calotte jaune où étaient cousus trois dés noirs à points blancs, pour éviter qu'ils ne s'habillent comme les gens de qualité grâce à l'argent de la prostitution et ne gomment ainsi la frontière entre honorabilité et infamie.
Auteur(e): Katharina Simon-Muscheid / UG
Les profonds changements qui se produisirent au milieu du XIVe s. choquèrent beaucoup de contemporains. Au lieu de vêtements amples, hommes et femmes se mirent à porter des habits ajustés qui soulignaient l'identité sexuelle. Les décolletés féminins "immoraux", les tuniques masculines à mi-cuisses et les pourpoints "obscènes" occupèrent à maintes reprises les autorités cantonales et même la Diète fédérale. Ces tenues "impudiques" furent interdites, des amendes infligées aux contrevenants, tailleurs compris, mais sans succès. Le plus ancien mandat zurichois (1357/1372) prohibait de manière générale les vêtements décolletés et ajustés, boutonnés sur le devant ou sur le côté, les tuniques masculines courtes et les souliers à la poulaine.
L'importance et l'ampleur des changements intervenus dans l'habillement et le comportement frappèrent les chroniqueurs Valerius Anshelm et Renward Cysat. Ceux-ci attribuent aux mercenaires et à leurs compagnes, de retour des guerres de Bourgogne et d'Italie, la responsabilité d'une évolution qui en quelques décennies avait touché l'ensemble de la Confédération, jusque dans les villages. Décrivant ces innovations en détail, Valerius Anshelm oppose l'habillement traditionnel aux modes importées de France ou d'Italie; il inscrit sa comparaison dans une critique de la politique fédérale et du système des pensions. L'opulence vestimentaire masculine et les tissus de couleur reflètent, selon lui, la dégénérescence de l'ancienne Confédération et la perte de ses valeurs.
A la fin du XVe s., les hommes portaient des pourpoints et des culottes à taillades (ou à crevés: fentes laissant voir une doublure d'une autre couleur), des coquilles (braguettes rembourrées) surdimensionnées dont l'ornementation attirait le regard, et des hauts-de-chausses rayés de différentes couleurs. La nouvelle couleur à la mode pour les hommes et les femmes était le jaune, jusque-là associé, au nord des Alpes, avec l'infamie, les juifs, les hérétiques, les prostituées, les bourreaux, les fous et le traître Judas. D'après Anshelm, les autorités bernoises interdirent, sous peine de cinq livres d'amende, les vêtements tailladés à la mode des militaires espagnols, à la ville comme à la campagne. Parmi les nouveautés coûteuses, il mentionne, en 1521, pour les hommes, les délicats cols lombards (avec ou sans chemise), les capes espagnoles, les chaussures "fixées aux orteils", deux fois plus chères que les anciens brodequins (attachés à la cheville) et, pour les femmes, les décolletés profonds, les voiles, coiffes, cols, blouses et manches "à la milanaise". Dans son journal des années 1536 à 1567, Felix Platter donne une description détaillée des habits de couleur qu'il portait enfant. ainsi que des vêtements qu'il se fit faire plus tard à Montpellier et à Bâle, en jeune homme à la page.
Les nouvelles mœurs vestimentaires touchèrent d'abord les villes et les chefs-lieux. Selon Renward Cysat, la population rurale aisée tarda quelque peu à troquer ses vêtements traditionnels de drap rustique contre de coûteuses étoffes importées. Cysat, qui ne s'intéressait guère à l'habillement féminin, décrit le costume des Confédérés selon leur âge et leur état: parmi les hommes de qualité, ceux de l'ancienne génération portent des culottes sans taillades et des pourpoints à l'allemande, des tuniques ou des vestes allant jusqu'au genou, en laine ou en lin; les plus jeunes en revanche, surtout ceux qui partent à la guerre, préfèrent les culottes tailladées, garnies de soie et de taffetas, à la mode des lansquenets allemands. Les nouvelles chaussures à lacets sont répandues partout, à la différence des modèles "laqués" (en cuir lustré), de goût "welche", portés surtout par des citadins de haut rang.
Auteur(e): Katharina Simon-Muscheid / UG
Sous l'influence de l'Espagne, les vêtements noirs et sombres s'imposèrent dès le milieu du XVIe s. Les femmes abandonnèrent les décolletés au profit de la chemise ras de cou, garnie d'un col orné. La barrette fit place à un chapeau en forme de dé à coudre, à bord étroit. Les femmes mariées continuèrent à porter la coiffe, mais en abandonnant de plus en plus la bande entourant le menton et les joues. Le bonnet rond, en peau d'ours ou en imitation de laine, fit son apparition. Les habits noirs, taillés dans des étoffes plus ou moins précieuses selon le rang et la fortune, étaient égayés par des bijoux, des cols blancs plissés, des coiffes et des tabliers blancs, comme l'attestent les portraits et les inventaires de l'époque. Dès le XVIIe s., la qualité et la quantité du linge, les chemises immaculées, les cols et les dentelles devinrent les symboles du statut de la noblesse et de la bourgeoisie aisée.
L'influence française se fit sentir au XVIIIe s. Tandis que les conseillers et les pasteurs s'en tenaient au costume noir et à la fraise, les femmes se mirent à porter la robe à panier et le corset étroit très échancré, les hommes la culotte foncée serrée au genou, le justaucorps et le gilet brodés, la cravate blanche avec jabot de dentelle. Les coiffes et les bonnets disparurent au profit de coiffures soigneusement frisées et de perruques.
Auteur(e): Katharina Simon-Muscheid / UG
Après 1800, la forme, la coupe, la façon, la couleur et l'ornementation des habits continuèrent de dépendre de la mode autant que de la nécessité même de se vêtir. En l'absence de mode spécifiquement suisse, les élites urbaines et rurales suivaient avec un léger retard ce qui se faisait dans les centres européens, c'est-à-dire la mode de la bourgeoisie parisienne. On copia la robe Empire décolletée, le pantalon et les bottes, le gilet, le frac et le bicorne, puis la mode Louis-Philippe après 1815: la robe avec manches gigot, taille lacée et châle de soie, les bas de couleur décente, le gilet, le frac et le chapeau haut-de-forme. Comme dans toute l'Europe, on se mit à suivre aussi la mode de Londres, dès 1850. Tandis que des maisons de mode parisiennes créaient pour les femmes des crinolines, des tournures (1865) et des culs de Paris rembourrés (1880) à laçage étroit, les hommes optaient pour le goût anglais avec le pardessus, la redingote, le veston, la chemise à col empesé et la cravate, qui allaient engendrer le costume masculin classique du XXe s. La haute couture, avec ses créations exclusives et ses pièces uniques, conçues dès 1859 par des stylistes travaillant pour des maisons renommées, restait réservée à une minorité fortunée. La classe moyenne, à la ville comme à la campagne, imitait l'élite bourgeoise.
Le coût de l'habillement, pour les petits revenus, diminua au XIXe s., grâce à la production de vêtements en série. Dès les années 1860, l'industrie de l'habillement approvisionna la population ouvrière en blouses de travail fabriquées en Suisse ou importées, en manteaux, etc. D'abord limitée, l'offre ne tarda pas à se diversifier; à la fin du XIXe s., une clientèle surtout citadine trouvait un assortiment de plus en plus varié, au goût du jour, dans les grands magasins à bas prix et les maisons de confection à prix moyens. Des commerces spécialisés (par exemple, à Zurich, Grieder pour les soieries, Keller pour les articles en laine, Bailly pour les chaussures), proposaient aussi, à côté des habits et chaussures sur mesure, des pièces moins onéreuses de prêt-à-porter.
Les changements de mentalité caractérisés par la levée de certains tabous sociaux après les deux guerres mondiales favorisèrent la percée de nouveautés vestimentaires; le travail féminin, l'hygiène, le sport et les loisirs révolutionnèrent l'habillement et encouragèrent le port de vêtements fonctionnels et confortables dans les activités courantes. Depuis que la confection bon marché imite le style, la coupe et jusqu'au label (crocodile Lacoste, par exemple) du vêtement exclusif, celui-ci se distingue de la production en série surtout par la qualité des matériaux, le soin de l'exécution, les accessoires coûteux.
Au XIXe s., la mode ne concernait que les adultes. Il n'existait ni vêtements spécifiques, ni mode particulière pour les enfants. Les petites filles et les petits garçons portaient des robes jusqu'à 5 ou 7 ans, puis des versions réduites de vêtements pour adultes. La mode pour enfant (tenues de matelot pour les garçons et robes amples pour les fillettes notamment), ne date, même dans les milieux citadins aisés, que des années 1890. A la campagne, où le port d'habits usagés et transformés n'était pas réservé aux seuls enfants pauvres, le vêtement pour enfant eut de la peine à s'imposer (après 1950 seulement dans les vallées alpines). Dans les années 1960, on assista à l'apparition d'une mode pour les adolescents.
Le mouvement pour la sauvegarde des costumes suisses, dans les années 1920, doit être interprété comme une réaction à l'uniformisation internationale de l'habillement encouragée par la publicité et la presse. C'est une des premières manifestations de l'"antimode" en Suisse. Les mouvements apparus après 1950 (notamment les rockers, les punks, les hippies et les adeptes du retour à la nature) ne firent que copier les styles vestimentaires de leurs modèles, avant tout américains.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / UG
Dans la première moitié du XXe s., la clientèle citadine et rurale faisait encore couramment appel au savoir-faire du tailleur, métier alors très répandu (62 400 tailleurs indépendants et 5822 employés de confection en 1910, contre 20 685 personnes employées dans la couture et la confection en 1975). En revanche, l'industrie de la chaussure évinça la cordonnerie sur mesure dès les années 1890, des bottines élégantes lacées aux gros souliers à semelle en bois, imperméabilisés avec de la poix. Dans les milieux à revenus faibles ou modestes, les femmes cousaient elles-mêmes les vêtements, surtout depuis le triomphe de la machine à coudre (fabriquée en Suisse dès 1858) et l'enseignement obligatoire des travaux à l'aiguille (Travaux manuels). Les programmes scolaires insistaient sur le raccommodage et la réalisation de pièces indispensables (sous-vêtements, chemises de nuit, tabliers); la littérature à ce sujet était abondante. Le prêt-à-porter s'imposa d'abord dans les villes et bourgades. A la campagne, des voyageurs de commerce allaient de maison en maison pour prendre des commandes, jusqu'à l'apparition de boutiques dans les villages, après 1950. Depuis 2000, grâce aux produits textiles chinois qui ont inondé le marché, les ventes par correspondance de vêtements tendance à des prix abordables ont augmenté de façon exponentielle, aussi bien en ville qu'à la campagne. L'augmentation rapide d'une offre bon marché encouragea les jeunes à adopter l'attitude consommatoire bien connue depuis les années 1970 et 1980: achat spontané d'un vêtement que l'on ne porte souvent qu'une seule saison, qu'il ne vaut pas la peine de raccommoder et qui finit au ramassage organisé du textile.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / UG
Le vêtement réservé à certaines occasions a toujours existé, surtout dans le domaine religieux. Mais les rares habitudes vestimentaires encore en usage avant 1950, comme la tenue discrète et le chapeau pour aller à l'église, le noir pour les enterrements et le deuil, ont perdu leur signification, d'abord aux yeux des citadins, puis à la campagne aussi. La robe blanche de baptême, de première communion et de mariage a résisté au relâchement des coutumes religieuses, contrairement à la tenue sombre pour la confirmation, abandonnée avec l'émergence d'allures plus individualistes.
Le vêtement professionnel, porté à l'origine pour des raisons pratiques (salopette du mécanicien), a été investi de fonctions supplémentaires: se distinguer des profanes (cuisinier, personnel hospitalier), signaler sa place hiérarchique dans la profession (hauteur de la toque dans les cuisines, couleur de la blouse dans les hôpitaux). Par leur correction, le tailleur de la femme d'affaires ou le complet-cravate de l'employé de banque inspirent au client une certaine confiance dans l'entreprise. Le port de l'uniforme, imposé dans les transports (pilotes de ligne, conducteurs de tram, etc), la police et l'armée, souligne les compétences de celui qui l'arbore et son appartenance au service public. Figés dans leur intemporalité, les costumes de fonction (toge, robe) des ecclésiastiques, des juges et des professeurs confèrent une dignité particulière. Les normes vestimentaires de l'Eglise catholique étaient très strictes jusque dans les années 1970. Depuis lors, la soutane et le costume noir avec col romain pour les prêtres ont pratiquement disparu, les porter est désormais synonyme d'une orientation traditionaliste. Les prescriptions vestimentaires pour les religieux appartenant à un ordre sont plus sévères.
Depuis les années 1880, les mondanités, les sports, et plus récemment les loisirs exercent une grande influence sur la création de nouveaux types de vêtements: on définit la tenue correcte appropriée aux grandes et petites occasions (habit ou smoking pour les hommes, robe de soirée ou de cocktail pour les femmes), on invente un costume spécial pour chaque nouveau sport, chaque activité de loisir (tennis, équitation, jogging, ski, voyage).
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / UG
A l'observation stricte des règles qui caractérise le XIXe s. (une tenue correcte pour chaque occasion) a succédé au XXe s. la valorisation du vêtement confortable et décontracté. Avant 1900 déjà, on s'est préoccupé de dommages à la santé causés par l'habillement: interdiction des colorants nocifs, notamment du jaune de chrome, condamnation et abandon du corset, insistance sur l'importance du nettoyage et de la lessive. L'industrie de l'habillement s'est peu à peu intéressée au comportement thermique des étoffes, à leur perméabilité à l'air, aux fibres artificielles (rayonne, viscose) et aux différentes manières de tisser, qui ont permis, dès les années 1950, la création de vêtements de santé (anti-rhumatismaux) ou de tissus spéciaux "qui respirent", utilisés pour la confection de vêtements destinés au sport.
Les dessous ne font partie intégrante de l'habillement que depuis le XIXe s. Pour les citadines, ils consistaient en jupon, chemise et culotte allant jusqu'au genou ou jusqu'au mollet. A la campagne, les femmes portaient souvent plusieurs jupons, parfois en laine, mais la culotte ne s'imposa qu'après 1900. Dans la première moitié du XXe s., le trousseau des fiancées bourgeoises et paysannes comprenait des dessous que l'on cousait soi-même. Il faut attendre les années 1950 pour voir se généraliser les sous-vêtements de coton faciles à entretenir, fabriqués industriellement en Suisse grâce aux machines à tricoter circulaires. Au début du XXIe s., la tendance est aux dessous de soie brodés, conçus par des stylistes, ainsi qu'au body, chez les femmes jeunes, professionnellement actives. La vieille chemise de nuit pour hommes et femmes subit depuis les années 1920 la concurrence du pyjama.
L'évolution des modes de vie (travail féminin hors du foyer, disparition du personnel de maison, diffusion des appareils ménagers) impose de nouvelles exigences: les habits doivent être lavables et, depuis les années 1950, faciles à entretenir et confortables. Des vêtements des années 1960, tels que le jean et le tee-shirt, à l'origine symboles de rejet de la société et de protestation contre l'ordre établi, ont permis aux filles de se mettre en pantalon et aux garçons d'éviter le pantalon court. La pratique du sport et les occupations de loisir ont généralisé les tenues pratiques et décontractées (col ouvert sans cravate, pantalon de sport pour dames, chaussures de gymnastique), parfois jusque dans le monde du travail. Dès les années 1970, les femmes, en quête d'égalité, se sont mises à porter le pantalon en toute occasion. L'idéalisation de la jeunesse et le style unisexe ont tendu à effacer les différenciations vestimentaires liées à l'âge et au sexe.
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / UG
Durant la première moitié du XXe s., le sac et le parapluie pour les dames, l'oignon et la canne pour les messieurs, le chapeau, l'écharpe, les gants et le mouchoir pour les deux sexes faisaient partie intégrante d'une tenue correcte. Ces accessoires conventionnels ont changé ou disparu sous la pression de facteurs parfois étrangers à l'habillement: les chapeaux, par exemple, déjà concurrencés par les cheveux courts et les permanentes, ont été chassés par l'automobile. Le commerce des accessoires prit son envol après 1960; cherchant à créer de nouveaux musts à chaque saison, les maisons de mode proposent des lignes de bijoux, ceintures, chaussures, chapeaux, parapluies, sacs et foulards. Les spécialisations s'estompent: les magasins de chaussures ou de mode vendent toute la gamme des articles assortis à leurs chaussures ou à leurs robes. Quant à la chaussure soignée, réduite au rang d'accessoire dans la haute couture, elle a été détrônée au quotidien par le soulier bon marché et la chaussure de gymnastique (baskets).
Auteur(e): Anne-Marie Dubler / UG