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Débat
Le président. Nous passons au point suivant, classé en catégorie II, trente minutes. Je passe la parole à Mme Meissner.
Mme Christina Meissner (UDC). Merci, Monsieur le président. Chers collègues, vous m'excuserez, mais ce soir, je devrai prendre la parole plusieurs fois. J'espère que je ne vous lasserai pas et que j'obtiendrai quand même votre soutien. Je risque de prendre un peu de temps de parole sur le temps de mon groupe, Monsieur le président.
Les canicules de cet été nous ont rappelé l'importance de la végétation en milieu urbain: il a fait dix degrés de plus dans les villes qu'à la campagne. La végétation urbaine apporte la fraîcheur et l'ombrage qui sont bienvenus dans ces cas-là. Notre constitution demande à l'Etat de veiller à ce que l'aménagement du territoire respecte les principes d'une agglomération compacte, multipolaire et verte, préservant la surface agricole et assurant un usage rationnel du sol. L'article 165 de cette constitution rappelle que l'Etat doit favoriser la réalisation de quartiers durables. Or, un quartier durable est précisément celui qui permet la pratique du sport, de la culture et des loisirs là même où l'on vit; c'est un quartier qui favorise l'activité, les liens sociaux et la biodiversité. Or, les jardins accomplissent tous ces rôles; on pourrait même imaginer les voir essaimer jusque sur les toits: le toit végétalisé, bon isolant thermique qui absorbe une partie des eaux de pluie et favorise la biodiversité, gagnerait de plus une dimension sociale en devenant jardin. Après s'être progressivement coupé des campagnes environnantes, le tissu urbain de nombreuses villes renoue avec la nature, et leurs habitants avec la terre nourricière, grâce aux jardins sur les toits. Ainsi, au Japon, 3,6 millions de mètres carrés de végétation ont été plantés sur les toits des habitations; avec 500 000 mètres carrés de jardins verticaux, même les murs y deviennent propices à la végétation. Plus près de chez nous, Milan se met au vert en créant une forêt verticale au coeur de la ville avec deux tours résidentielles accueillant sur leurs façades quelque 1600 arbres, arbustes et plantes: un véritable «bosco verticale». A Paris, d'innombrables jardins ont poussé sur les toits.
S'il est possible d'installer aujourd'hui des toitures végétalisées voire des jardins familiaux sur les toits plats, il est aussi envisageable d'y implanter des surfaces permettant la production de légumes et de fruits. A Montréal, deuxième plus grande superficie urbaine du Canada, c'est une ferme de plus de 3000 mètres carrés qui a poussé en haut d'un bâtiment industriel: la ferme Lufa. Sous son immense serre, jusqu'à 800 kilos de fruits et légumes sont cueillis chaque jour et vendus durant la journée. Une vraie production locale, de proximité et qui s'avère même rentable. L'implantation des fermes sur les toits des immeubles est en cours dans toute l'Amérique du Nord.
En Suisse et à Genève notamment, les terres naturelles fertiles doivent absolument être préservées et réservées à la production dépendante du sol. Il est donc clairement temps d'envisager l'implantation sur les toitures de cultures pouvant s'émanciper du sol. Qu'on ne se méprenne pas, il s'agit de plantages, de jardins familiaux ou de production agricole de type coopérative. Les 58 hectares de terre agricole des Cherpines ont été déclassés et vont être urbanisés. N'est-ce pas là un terrain exemplaire pour mettre en oeuvre une nouvelle politique de toits jardins au-dessus des logements, voire des entreprises ?
Quant au risque de concurrencer par cette politique celle de l'énergie, c'est au contraire compatible et même totalement complémentaire ! Le seul problème, c'est le coût. Au Japon, un plan vert et un cadre légal rendant la couverture de végétation des toits obligatoire ont donné les impulsions nécessaires. A New York où la superficie des toits représente 20% de la surface totale de la ville, le plan de développement durable «Plan New York 2030» propose des abattements fiscaux pour la reconversion des toits en «roof gardens», les toits jardins. Comment y parvenir ici, dans le cadre de notre politique d'aménagement du territoire ? Telle est la question qu'il s'agirait de résoudre en renvoyant la présente motion en commission. J'ai envie de proposer à nouveau celle de l'environnement et de l'agriculture, parce que cela a du sens, mais je serai ouverte à vos autres propositions. Je vous remercie de votre soutien.
Le président. Merci, Madame la députée. Nous avons M. Lefort qui va aussi nous proposer de parler de toits. Je vous passe la parole, Monsieur Lefort.
M. François Lefort (Ve). Merci, Monsieur le président. Cette motion demande de promouvoir l'implantation sur les toitures de jardins de loisirs, de jardins potagers ou encore d'une production maraîchère dans le cadre de grands projets urbanistiques et industriels. Je vois ici les invites de la motion 2095 pour la promotion active des toitures végétalisées, que vous avez acceptée à votre surprise le mois dernier, à votre grande surprise et à mon grand plaisir ! Vous l'avez renvoyée directement au Conseil d'Etat. Cette motion la rejoint, mais insiste sur un aspect plus productif de ces toitures: on parle vraiment de production maraîchère. Si l'on considère que les objectifs de cette motion s'intègrent dans ceux de la motion 2095 votée le mois dernier à votre grande surprise, on pourrait alors la renvoyer directement au Conseil d'Etat. Mais si vous considérez que la production maraîchère sur les toitures constitue un objet différent des toitures végétalisées acceptées le mois dernier, eh bien nous pourrions, vous pourriez la renvoyer pour étude à la commission de l'environnement pour qu'on juge de la faisabilité de ces productions maraîchères sur les toitures et que cette commission vous en fasse rapport. Les Verts sont ouverts à ces deux solutions et soutiendront aussi bien le renvoi à la commission de l'environnement que le renvoi direct au Conseil d'Etat.
Présidence de M. Jean-Marc Guinchard, premier vice-président
Mme Bénédicte Montant (PLR). Cette motion fait notamment le constat de l'exiguïté du territoire et demande l'aménagement de jardins ou de plantages sur les toitures, notamment dans les grands projets. Il faut que vous sachiez, chers collègues, que les toits des immeubles sont déjà envahis par les installations techniques, par des panneaux solaires, par des surfaces végétales utiles à l'obtention de certains labels énergétiques et environnementaux. Ils sont donc déjà très encombrés ! Construire un jardin sur un toit pose un certain nombre de questions techniques et économiques. Un jardin sur un toit ne correspond en tout cas pas à l'implantation d'une surface végétalisée, c'est quelque chose de plus important et de plus difficile. La question du poids et de la résistance se pose, du point de vue de la statique. Cela implique le renforcement de la dernière dalle, voire de la structure générale de l'immeuble. La question de l'épaisseur de la terre nécessaire aux plantations peut avoir une incidence sur le gabarit de la construction, peut-être au détriment du logement. Se pose aussi la question complexe de l'eau, c'est-à-dire de l'arrosage, du drainage des jardins, de l'évacuation des eaux et de l'étanchéité que cela implique. Et tout ceci induira évidemment d'importants coûts supplémentaires répercutés d'une façon ou d'une autre sur les plans financiers. (Commentaires.) Alors, en résumé, l'idée est jolie, mais est-elle réalisable compte tenu du peu de place disponible sur les toitures ? Est-elle viable au regard des importants efforts techniques et économiques que représente un jardin sur un toit ? Est-elle, enfin, applicable au regard de notre législation touffue et souvent si restrictive, malheureusement ? Ces questions méritent certainement réponse, c'est pourquoi le parti libéral-radical demandera un renvoi à la commission du logement.
Mme Martine Roset (PDC). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, notre population augmente, notre sol - nourricier notamment - diminue. Il nous faut être novateurs et offrir de nouvelles surfaces pour la production d'aliments. Utiliser les toitures, c'est utiliser notre sol de manière optimale. De plus, la taxe sur l'imperméabilisation des sols incite financièrement ce genre d'actions. Quant aux contraintes architecturales qui viennent d'être évoquées, je suis confiante: nous avons des architectes brillants et innovateurs dans notre canton, cela ne devrait pas être un problème à terme. C'est pourquoi le PDC renverra cette motion à la commission de l'environnement et de l'agriculture.
M. Jean-François Girardet (MCG). Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, alors qu'on recherche tous les endroits possibles pour remplacer les SDA, la surélévation des immeubles pourrait apporter de nouveaux logements et nous pourrions en profiter pour végétaliser les toits. Du reste, ce n'est pas une découverte, on en a déjà un exemple aux HUG, à l'échelle un sur un: vous pouvez y voir depuis les chambres le toit et les terrasses merveilleusement végétalisés et mis à disposition pour la détente. Ce projet de motion revient simplement à essayer de généraliser sur les toits nouveaux ce genre de construction, à savoir la récupération des eaux. C'est vrai que les architectes rechignent un tout petit peu, parce qu'il y a bien sûr des problèmes d'imperméabilisation du toit, mais enfin, rien n'est impossible quand on y met le prix, et je crois que c'est à ce prix-là que nous aurons une amélioration de nos conditions de vie. Nous pourrions aussi faire profiter les habitants des logements surélevés avec une utilisation conforme des toits végétalisés soit comme terrasses de détente ou pour la culture, comme cela a été proposé par la motionnaire. Pour toutes ces raisons, le MCG vous encourage à renvoyer cet objet à la commission de l'environnement.
Mme Lydia Schneider Hausser (S). Genève produit bien du compost, pourquoi pas des haricots, des tomates, des choux, des salades, et quelques fleurs au passage ? (Commentaires.) Pourquoi pas ? Genève ne serait pas la première ville à installer des jardins sur les toits: dommage, nous ne serons pas pionniers en la matière, mais nous ne serons peut-être pas les derniers. Effectivement, le territoire se réduit et nous avons des toits non seulement sur des immeubles locatifs, mais aussi sur des bâtiments industriels, en zone de développement, etc. Bien sûr, cela ne suffira pas à nourrir la population, mais, dans d'autres pays, on parle de fermes usines sur plusieurs étages, parce qu'on n'a plus de sol. Pourquoi ne pas commencer déjà avec nos toits ? Pourquoi ne pas y réfléchir ? En tout cas, ce projet, cette idée, donne envie, et je crois que ça fait du bien de temps en temps, dans ce parlement, d'avoir quelque chose qui va vers du nouveau et du beau. Peut-être que le département de l'agriculture et de l'environnement a déjà réfléchi à cette question ? Peut-être qu'AgriGenève ou d'autres organisations y ont déjà réfléchi, sait-on jamais ? Ce serait important de pouvoir rassembler toutes les idées, s'il y en a, et, pour cela, de renvoyer cette motion à la commission de l'environnement.
Mme Christina Meissner (UDC). Je rebondis sur les paroles de ma préopinante. Vous avez raison: nous ne serons pas les premiers. J'ai mentionné New York, Montréal, Paris. J'aurais pu mentionner bien d'autres pays ! Alors quoi: sont-ils plus riches que nous ? Leurs habitants sont-ils plus méritants que nous ? Je ne crois pas ! Il s'agit pour nous de montrer que nous tenons aussi à une certaine qualité de vie dans nos cités; la densification se fera à ce prix: maintenir un cadre agréable dans notre milieu urbain. Réfléchissons maintenant aux moyens d'y parvenir, justement à cause du problème du coût, et je remercie le conseiller d'Etat Barthassat de venir nous expliquer ce qui sera possible en la matière à la commission de l'environnement.
M. Luc Barthassat, conseiller d'Etat. Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, cette motion va dans le sens des enjeux de la nature en ville et du programme d'action du département. Il est vrai que cela peut permettre une rationalisation du sol, une meilleure biodiversité, et créer des lieux de vie supplémentaires sur les toits pour les habitants. Cela favoriserait peut-être aussi une certaine agriculture locale, parce que rien ne s'oppose à ce qu'on installe des serres sur des toits; il y en a plusieurs exemples en Europe et ailleurs, pour autant qu'on trouve la surface nécessaire. Il est vrai aussi que, dans les projets de logements, les milieux immobiliers remettent en cause, parfois et même souvent, l'aménagement de ces toitures, principalement en raison des surcoûts, des problèmes de structure voire d'étanchéité, comme cela a été dit. Une fois de plus, nous avons des exemples, parce qu'on travaille un peu au cas par cas, parfois dans des partenariats public-privé, parfois avec des institutions ou parfois avec des coopératives. On en a eu quelques exemples, et la politique du DETA est d'aller dans ce sens; en tout cas on essaie et on veut en faire toujours plus. On ne peut pas imposer ça aux privés, mais pourquoi ne pas trouver des solutions avec eux. Je ne m'oppose pas au renvoi de cette motion à la commission de l'environnement, qu'on puisse vous expliquer encore une fois en détail où on se situe dans notre programme d'actions - ce qu'on a fait, ce qui est à bout touchant - et vous présenter les projets un peu plus éloignés dans le temps.
Le président. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Je fais voter l'assemblée sur la proposition de renvoi de cette motion à la commission de l'environnement. (Commentaires.)
Mis aux voix, le renvoi de la proposition de motion 2196 à la commission de l'environnement et de l'agriculture est adopté par 60 oui contre 19 non.