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Les acrobaties arithmétiques des organisations économiques
Les associations économiques recourent à des acrobaties arithmétiques surprenantes pour tenter d'attester les prétendus effets positifs de la libre circulation des personnes. Par exemple, elles essaient de faire croire à une croissance du produit intérieur brut (PIB) par habitant en comparant n'importe quelle période. Cette astuce permet aussi de prouver l'exact contraire. La réalité est que le rapport de cause à effet est quasi impossible à établir. Une étude de l'EPFZ est arrivée à la même conclusion l'an passé.
Dans divers argumentaires et annonces, l'organisation economiesuisse compare la croissance du PIB entre 1992 et 2002 à celle intervenue entre 2002 et 2012. Or, les années nonante étaient une période économiquement difficile pour la Suisse. Il a fallu lancer plusieurs programmes de revitalisation et de dérégulation durant la première moitié de cette décennie pour accroître progressivement l'attractivité de l'économie suisse. L'immigration ne constituait pas un facteur déterminant à l'époque. Le cours du franc suisse et la politique des taux d'intérêt de la Banque nationale jouaient alors un rôle au moins aussi important. Le cours du francs a fortement augmenté à partir de 1992 et des taux hypothécaires d'un niveau record ont provoqué un crash immobilier qui à pesé durant de nombreuses années sur la croissance économique de notre pays. Voilà pourquoi la Suisse affichait une modeste croissance dans les années nonante, et non pas à cause d'une faible immigration. D'autres pays européens ont connu les mêmes problèmes économiques à cette époque.
Il n'est pas étonnant qu'economiesuisse se fonde à des fins de propagande sur une comparaison des chiffres dix ans avant et 10 ans après 2002 en utilisant de surcroît les chiffres d'Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne (UE). Reste à se demander si cette comparaison est raisonnable et admissible. Les accords bilatéraux I sont certes entrés en vigueur le 1er juin 2002, mais l'immigration en provenance de l'UE était toujours soumise à un contingentement. Les dispositions transitoires ne sont échues qu'en mai 2007. Ce n'est qu'à partir de cette date que la pleine libre circulation a commencé à fonctionner avec les anciens membres de l'UE. Depuis avril 2006, la Suisse a commencé à s'ouvrir progressivement à l'immigration en provenance des nouveaux Etats membres de l'UE.
On trouve (presque) toujours la statistique adéquate
Il serait par exemple tout aussi logique de définir des périodes de six ans: six avant le début de l'introduction progressive de la libre circulation des personnes (1997-2002), puis six ans jusqu'à la pleine libre circulation des personnes avec les anciens membres de l'UE (2002-2007) et enfin les six premières années de l'ouverture progressive aux nouveaux pays UE, donc les six années écoulées. Si on mesure le développement du produit intérieur brut par habitant de la Suisse pour ces trois périodes, on relève effectivement des différences remarquables:
Ces chiffres indiquent que la croissance de loin la plus faible du produit intérieur brut par habitant a lieu depuis 2007, donc durant la phase de la pleine libre circulation des personnes avec l'ancienne UE. Si on se réfère à des périodes de dix ans, la phase 2002-2012 se présente certes un peu mieux que la période 1992-2002. Cependant, en prenant en compte les dix années précédentes, on constate que celles-ci affichent une croissance plus élevée que les deux phases suivantes, ce qui confirme notamment que nous connaissons actuellement une croissance du PIB par habitant historiquement basse. Ce qui est certain, c'est que ces chiffres ne permettent pas d'établir un rapport de cause à effet avec la libre circulation des personnes.
Les chiffres légèrement différents du seco et de l'Office fédéral de la statistique confirment ce constat. Ils indiquent une croissance proche de zéro du produit intérieur brut par habitant pour les six années écoulées (même une décroissance si on se fonde sur certaines séries de chiffres réels). Le développement global intervenu depuis 1945 confirme si besoin était que l'immigration ne peut pas être le moteur de la prospérité par habitant:
Rapports de cause à effet quasi impossibles à prouver
L'étude publiée l'an passé par l'institut de recherches conjoncturelles de l'EPFZ (KOF) confirme ce constat. Elle arrive en effet à la conclusion que "les taux de croissance du PIB avant et après l'introduction de la libre circulation des personnes ne se distinguent pas structurellement".
L'étude KOF explique de la manière suivante les rapports entre l'immigration et la croissance économique: "Le PIB par habitant comme mesure du développement du revenu moyen de la population permanente d'un pays est préférable au PIB. Car ce dernier s'accroît du simple fait que l'augmentation de la population étrangère entraîne forcément une croissance de la demande de biens et de services sans que ce développement n'ait nécessairement une influence sur le revenu de la population résidente du pays."
La conclusion des économistes de l'EPFZ pour la Suisse se présente comme suit: "L'immigration substantielle de ces dernières années en provenance de l'UE/AELE a surtout stimulé le PIB. En revanche, les effets sur le revenu moyen mesuré sur la base du PIB par habitant étaient sans doute plutôt faibles."
Conclusion: la perception des citoyennes et des citoyens est dans tous les cas plus fiable et plus significative que des quelconques statistiques qui doivent toujours être considérées avec prudence.
Berne, le 16 décembre 2013