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Il est conseillé "d'avoir suffisamment de bougies et de bois pour ceux qui possèdent un poêle", prévient dimanche Werner Luginbühl dans les pages du journal alémanique NZZ am Sonntag. Mais des coupures de plusieurs heures représentent un scénario catastrophe, tempère-t-il, et la situation resterait "gérable".
Pour le président de la Commission fédérale de l'électricité (ElCom), ce scénario serait moins probable si l'énergie était employée à meilleur escient. L'électricité est actuellement utilisée "de manière totalement irréfléchie".
"Si nous réalisions davantage qu'elle ne va pas de soi, nous pourrions faire beaucoup", a-t-il commenté.
Des risques "pas pris au sérieux"
Les milieux politiques n'ont pas pris suffisamment au sérieux les avertissements lancés depuis des années par l'ElCom, aux yeux de Werner Luginbühl. Or, la guerre en Ukraine a aggravé la situation au-delà de ce que la commission avait prévu. "La situation de ces derniers mois a montré que nous devons aborder le thème de la sécurité d'approvisionnement de manière beaucoup plus résolue et déterminée", a-t-il déclaré.
Le risque existe que l'Europe se retrouve dans une situation de pénurie d'électricité et de gaz à grande échelle, ce qui signifierait également que la France, habituellement un fournisseur principal, disparaîtrait en tant que source d'électricité en hiver.
Selon la situation, l'Allemagne et l'Italie entreraient alors éventuellement en ligne de compte comme fournisseurs, a ajouté le responsable. Les nouvelles réserves d'urgence des barrages suisses ne pourraient faire face aux plus gros problèmes de pénurie que pendant deux à six semaines.
Interrogé dans Forum, Olivier Français, conseiller aux Etats (PLR/VD), a déclaré "partager son avis". "Peu de choses ont été faites. Werner Luginbühl a raison de tirer la sonnette d'alarme, peut être un peu trop fort me semble-t-il, mais c'est bien de le faire pour rappeler à la classe politique mais aussi à chaque citoyen et citoyenne qu'il y a des efforts à faire".
Une aide économique "pas nécessaire"
La conjoncture suisse se développe bien, même après le début de la guerre en Ukraine, a quant à lui déclaré le directeur suppléant du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) et chef de la Direction de la politique économique Eric Scheidegger dans une interview accordée à l'hebdomadaire alémanique SonntagsZeitung.
Selon lui, l'économie suisse est moins sensible aux prix élevés de l'énergie qu'ailleurs en Europe. "Je ne dis pas que nous n'aurons pas de problème, mais nous sommes nettement mieux placés", a-t-il précisé.
De plus, le risque d'une pénurie d'électricité est connu depuis le printemps. Les entreprises ont donc plus le temps de voir venir, pas comme durant la crise du Covid-19, a-t-il ajouté.
ats/iar
Les associations dénoncent un gaspillage d'énergie
L'heure est aussi à l'alerte du côté des associations, qui dénoncent un manque d'effort de la part de la Confédération pour économiser l'énergie.
"Nous gaspillons d'énormes quantités d'énergie", a déclaré Stella Jegher de Pro Natura au SonntagsBlick. "Rien qu'au niveau de la consommation quotidienne, l'industrie, l'artisanat et les ménages pourraient économiser environ un tiers de l'électricité sans même s'en rendre compte", a-t-elle ajouté.
Economiser sur la consommation est l'un des points aveugles de Berne, l'efficacité énergétique en est un autre. "Le plus grand potentiel se trouve dans les maisons", a déclaré Gallus Cadonau, directeur de l'Agence solaire suisse: "Les constructions modernes à énergie positive réduisent autant d'énergie que celle produite par 15 centrales nucléaires par an", a-t-il commenté.