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10 juin 2013
Un lundi sans surprise
Suisse rouge ou Suisse verte? Ce matin, c'est un portrait monochrome du pays dont fait état la presse. Pour une fois, les éditorialistes ont passé un dimanche après-midi tranquille, sans devoir se creuser la cervelle au dernier moment pour expliquer l'étrange comportement des citoyens helvétiques.
Il faut dire que les sondages étaient si nets que la surprise semblait exclue.
L'élection du Conseil Fédéral par le peuple, sèchement rejetée.
L'élection du Conseil Fédéral par le peuple - sur laquelle j'ai pris position ici - est lourdement rejetée. Les contempteurs de l'UDC y voient la marque d'un échec du parti, d'autres au contraire une approbation de la politique actuelle. S'il est indéniable que l'UDC a perdu, la défaite est relativement peu conséquente, l'UDC s'étant elle-même fort peu engagée sur le sujet.
L'initiative était intéressante parce qu'elle aurait amené la touche finale à la démocratie helvétique. J'ai trop foi dans l'intelligence politique de mes concitoyens pour imaginer une seule seconde qu'ils seraient dans leur majorité tombé pour ces arguments absurdes à base de "campagne électorale permanente", de "quête de l'homme providentiel" ou "d'élection au plus offrant" ; les élections d'exécutif dans tous les Conseils d'Etat cantonaux suffisent à prouver le contraire, plutôt vingt-six fois qu'une. Mais l'initiative était mal née, conçue comme réponse face aux manoeuvres du Parlement, non comme une évolution des droits démocratiques ; l'eau a aussi coulé sous les ponts depuis la crise qui lui donna naissance.
Le peuple suisse a aussi pu préférer la stabilité à l'aventure insitutionnelle. Malheureusement, ce mode de pensée trouve ses limites. Si hier on défendait le statu-quo parce que tout allait bien et qu'il n'y avait pas de raison de remettre les choses à plat, aujourd'hui c'est parce qu'au nom de la crise le besoin de stabilité est absolu. Toujours des excuses pour ne rien faire, et en fin de compte rien ne change jamais.
La réforme des institutions n'est pas une fin en soi, mais prétendre que le Conseil Fédéral actuel est parfait tant dans sa composition politique que personnelle est difficilement défendable. Sur le plan de la criminalité, de la fiscalité, des attaques contre la prospérité helvétique, nous n'en sommes qu'au début ; il n'est pas certain que le Conseil Fédéral actuel ait la carrure suffisante pour mener la barque dans la tempête. A dire vrai, c'est une certitude.
La révision sur l'asile, plébiscitée.
L'approbation du "durcissement" de la loi sur l'asile était lui aussi attendu ; une fois encore, le Parlement donna un tour de vis législatif pour résoudre un faux problème sans fâcher personne. Faux problème? En effet! Selon les Accords de Dublin, les demandeurs d'asile devraient poser leur demande dans le premier pays sûr traversé, soit n'importe quel pays voisin de la Suisse pour qui s'y rend par voie terrestre. Il ne devrait donc y avoir aucun requérant d'asile en Suisse, sauf peut-être la poignée de ceux qui atterrissent à Kloten ou à l'aéroport de Genève sans mentir sur leur pays d'origine réel.
Sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, on navigue donc en pleine novlangue. Plutôt que de reconnaître les criminels en goguette et les immigrants économiques pour ce qu'ils sont, on préfère durcir les conditions d'accueil de tous les requérants, les 1% de vrais comme les 99% de faux. On n'érige pas en principe la souveraineté du pays d'accueil. On ne met pas en place de véritables mécanismes d'intégration sur la base du parrainage et de l'accueil individuel, qui mettraient une bonne fois pour toute les partisans de l'asile à tout crin face à leur responsabilité ; à la place, on érige de nouvelles structures de moins en moins discernables d'une prison, où les nouveaux venus s'entasseront en se demandant de quelle façon ils pourront se livrer à des trafics illicites pour rembourser les dettes que leurs familles ont contractées auprès des passeurs.
Enfin, on met aussi un terme à la possibilité de demander l'accueil des réfugiés depuis une ambassade, alors que cette précieuse spécificité suisse avait tout son intérêt pour des personnalités sensibles et permettait de collecter l'identité réelle des demandeurs, in situ, avec empreintes génétiques à la clef.
Il est clair que le changement des lois sur l'asile rendra le pays moins attractif - l'est-il seulement encore pour les vrais réfugiés? - mais au prix d'une confusion bien regrettable entre vrais et faux demandeurs d'asile. Quant à l'accélération des procédures tant attendue, il faudra encore patienter.
Mais la plus mauvaise nouvelle de ce dimanche n'est pas dans un résultat sans surprise, mais bien dans la participation atteignant à peine 39%. Pour la conjonction de deux objets fédéraux - l'un correspondant à une demande démocratique lancinante depuis plus d'un siècle, l'autre à une des préoccupations majeures des Suisses aujourd'hui - c'est très faible, et très inquiétant.