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Inefficacité des antibiotiques et culture négative ne signifient pas pour autant processus inflammatoire non bactérien. Des chercheurs américains et allemands ont procédé à l'analyse de biopsies de l'oreille moyenne effectuées sur 26 enfants souffrant d'otites sécrétoires, d'otites moyennes chroniques ou des deux pathologies.1 L'observation en microscopie confocale de ces échantillons mis en présence de marqueurs fluorescents a révélé dans 92% des cas l'existence de biofilms contenant des bactéries vivantes. Un marquage immunospécifique a ensuite permis de définir de quel type bactérien il s'agissait : H. influenzae, S. pneumoniae ou encore M. catarrhalis. D'autres part, les effusions analysées étaient PCR-positives pour au moins un de ces pathogènes.Pour le Dr Jacques Cherpillod, spécialiste FMH en ORL et chirurgie cervico-faciale, cette étude «est excellente et confirme que les bactéries habituelles des infections ORL, entourées de biofilm donc protégées des antibiotiques par cette barrière visqueuse et par un métabolisme ralenti, sont bien présentes dans les otites sécrétoires chroniques et même dans les otites moyennes aiguës à répétition. On sait que leur présence induit des réactions inflammatoires que l'on imagine volontiers favoriser au moins la formation d'otite sécrétoire.» Ainsi, la contribution des biofilms aux otites sécrétoires et aux otites moyennes aiguës à répétition ne fait plus de doute. «L'hypothèse du biofilm en tant qu'agent étiologique est une piste de grande valeur pour l'avenir, même si je ne m'avancerais pas à dire que le biofilm est le seul problème.» En effet, d'autres facteurs peuvent intervenir, telles qu'infections virales ultérieures, dysfonction de la trompe d'Eustache, prédisposition génétique, etc. Les auteurs proposent trois critères permettant de caractériser une infection avec biofilm : l'observation directe des biofilms, une inflammation locale et l'inefficacité des antibiotiques.Peut-on imaginer un traitement précoce, empêchant la métaplasie de la muqueuse de l'oreille moyenne et la chronification de l'otite sécrétoire, autre que la mise au point d'un nouvel antibiotique capable d'agir dans le biofilm ? Bien que la récurrence des otites diminue avec l'âge, sans doute grâce à l'évolution de la fonction tubaire ou à l'acquisition de meilleures défenses immunitaires, ces otites peuvent provoquer chez le jeune enfant des lésions telles que perte auditive et troubles de l'équilibre, ayant diverses répercussions sur l'acquisition du langage ou de la motricité. «Pragmatiquement, comme la pose d'un drain, qui diminue l'inflammation régionale, est statistiquement efficace, on pourrait imaginer que l'aération de l'oreille moyenne grâce à cette méthode serait un bon moyen thérapeutique. Mais à quel prix ? La pose très précoce de drains chez l'enfant reste lourde en raison des possibles séquelles cicatricielles, sans certitude absolue de son efficacité.»D'autres pistes sont avancées : l'utilisation d'agents probiotiques freinant la prolifération des bactéries infectieuses, ou encore la déstabilisation du biofilm grâce au drain. La mise au point d'un médicament autre qu'un antibiotique n'est pas à exclure. Une étude réalisée in vitro sur la bactérie P. aeruginosa, impliquée notamment dans les pneumonies nosocomiales, vient de démontrer le rôle de neuraminidases bactériennes : ces protéines sont impliquées dans la colonisation des voies respiratoires par leur contribution à la formation de biofilms.2 Ce phénomène peut être stoppé par les inhibiteurs des neuraminidases virales.1 Hall-Stoodley L, et al. Direct detection of bacterial biofilms on the middle-ear mucosa of children with chronic otitis media. Jama 2006;296:202-11.2 Soong G, et al. Bacterial neuraminidase facilitates mucosal infection by participating in biofilm production. J Clin Invest 2006;116:2297-305.