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Sans Consentement passe en revue plusieurs pratiques de l’art contemporain, dans une exposition et dans une publication auxquelles vingt-quatre artistes internationaux et une dizaine d’auteurs et de critiques d’art ont été invités à participer. L'exposition a lieu dans une des quatre villes où se tient Expo 02 et entend prendre en considération la situation particulière créée par cet événement.
La séduction que parle le langage de la société de consommation est ambiguë. Elle nous propose des objets de désir souvent hors de portée, entretenant ainsi notre perplexité. La question du viol est intimement liée à cette situation. Sans Consentement aborde le phénomène sous l'angle de l’opinion publique, véhiculée et construite par les media. L’exposition ne se limite pas à évoquer la violence, le crime et la tragédie des victimes. Le viol est une réalité qui ne relève pas uniquement de la vie privée et du système judiciaire puisque l’usage du terme, depuis le siècle dernier, s'est déployé dans le registre abstrait. Désormais le viol évoque également tous les abus de pouvoir – politiques, économiques et culturels – dont nous sommes plus ou moins ouvertement l'objet. La culture de masse, de même que la culture tout court, constitue le terrain de ces manipulations. Manipuler, c’est “utiliser quelqu’un à des fins non avouées en le trompant”, mais ne serait-ce pas aussi le violer mentalement? Un profiler, interrogé sur les serial killers, expliquait que toute forme de séduction était déjà un début de viol. L’exposition incitera donc à soulever des hypothèses, à faire des projections et à amener toute une série de questions : à partir de quel moment est-ce qu’une personne séduite peut-elle être considérée comme consentante? y a t-il toujours un chasseur et une proie? un dominant et un dominé? un maître et un esclave? le rapport de séduction est-il toujours à sens unique, ou existerait-il également en alternance, voire simultanément? Aussi, le jour du vernissage, à l’invitation de l'artiste Gianni Motti, un profiler professionnel invité de nombreuses fois sur des plateaux de télévision français, sillonnera l'exposition dans l'idée de rendre un rapport final.
Dans cette perspective, chaque œuvre appellera un déplacement d'interprétations. Un ensemble de démarches propres à l'art contemporain qui contribueront à rendre sensible, voire perceptible, une réalité complexe, mais d’autant plus fascinante. Parce que la photographie est appelée à relever les traces du crime dans le cadre de la pratique judiciaire et qu’elle est souvent utilisée dans le journalisme comme preuve, ne reculant pas devant le sensationnel, elle tiendra une place importante dans l’exposition. Mais elle est aussi une image qui risque d'elle-même d'enfermer la problématique dans un cadre trop étroit. En effet, ne conforte-elle pas les habitudes, en répondant aux attentes et en continuant à raconter des histoires?
Sans Consentement traitant d'un sujet auquel chacun se révèle sensible, il a paru utile de dépasser l’isolement pour entrer dans un système de distribution large: c’est dans cet esprit qu’il a été décidé d’investir un magazine à grand tirage, Crash Paris, dont le numéro de juillet est entièrement consacré à l'exposition. La publication explorera une nouvelle formule, entre magazine et catalogue.