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Rome 2 Février 1872 1
Honoré Monsieur,
Je réponds à votre bonne lettre du 28 Janvier.2
Il m'est impossible de vous exprimer mes sentiments de réconnaissance pour votre conduite et vos paroles à mon égard, empreintes de tant de cordialité et de bienveillance. Je tâcherais de meriter toujours votre éstime et votre amitié qui me sont si chères. 3
Mr Battaglini4 as répondu a ma lettre en se justifiant des paroles que je lui réprochais: il me déclare qu'il n'as jamais méconnu la réctitude de ma conduite. Mais, malgré ces demonstrations posthumes, j'ai été bien affligé de cet incident. 5
Je vous prie d'être interprête de mes rémèrciments auprès de la Direction du St Gothard, pour la décision qu'elle à prise à mon égard: je desiste de ma première décision, qui m'avait été dictée par un sentiment de dignité personelle: j'aurais déploré toujours que Mr Battaglini, ou autres, pussent accuser la Société du Gothard d'une injuste préference envers moi.|
J'accepte donc avec réconnaissance la position que vous m'offrez; – et vous aurez en moi le plus devoué (sinon le plus intelligent) cooperateur, pour ce qui regarde les interêts de la Société en Italie.
En acceptant complétement vos vues, sur les rapports que cette Représentance aura avec le Gouvernement6 et avec la Presse7, je pense qu'il serais convenable de caracteriser ces fonctions avec le nom de «Représentant de la Société du St Gothard en Italie». 8 Ce titre serait plus compréhensif: et il ne pourra d'aucune manière donner lieu a des malentendu. Je me permets de vous manifester cette opinion, parceque si on joignait aussi «represantant vis a vis de la presse», cela pourrait, peut-être en certaines eventualitées, rendre difficile mes rapports avec le Gouvernement, qui en Italie, comme partout, reste dans un champ complétement distingué de la presse.
Naturellement le Representant de la Société, peut et doit avoir des rapports avec l'autorité et avec la presse, selon| les circonstances et les questions qui peuvent surgir: mais je ne crois pas nécéssaire, et partout pas utile, de caracteriser ces eventualitées, avec un titre trop determiné.
Ayant suivi les Conference de Berne9 et les discussions à la Chambre Italienne10 sur le Gothard, je comprends très bien que les rapports officiels resteront exclusivement entre le Conseil Fédéral et le Gouvernement du Roi. Ainsi je n'envisage les fonctions de Représentant de la Société, vis a vis du Gouvernement, que comme un complément nécéssaire à l'action du Ministre Suisse11, le quel par sa position officielle même, ne serait en mésure de suivre toutes les phases de chaque question dans ses moindre details. Et, malheureusement, dans la plus part des circonstances, ce sont les details qui gouvernent le monde!
Sous ce rapport, étant lié d'amitié ou en connaissance personnelle, avec la plus part de nos hommes d'Etât; 12 ayant étudié, aussi par experience, les voyages administratifs et les lois qui s'y rapportent, – je pourrais toujours être en mesure de donner ou de récevoir des reinseignements, d'une façon plus expeditive| n'étant pas lié par les exigences diplomatiques. 13
D'autre part, il sera de mon devoir de réinsegner toujours la Direction, avec mes rapports, sur les conditions soit politiques soit économiques et financières d'Italie, – conditions qui intéressent en plus haut dégré une entreprise, qui a sa base dans l'exactitude avec la quelle on lui fournira les subventions votées par le Parlement.
Quant à la presse, je suivrais avec attention les publications qui pourront interesser la Société, et d'apres vos conseils je rédigerais les reponses vu les confutations.
Comme j'ai eu l'honneur de vous écrire dans ma dernière lettre, j'ai deja déclaré a Mr Tatti14 que je ne pouvais me charger de la mission15, qu'il voulait bien, d'accord avec M. Brioschi16, me confier auprès de vous. Je pense que Mr Tatti se rendra lui même a Zurich, pour vous presenter ses offres. Je ne connais pas la-dessus les intentions de la Diréction: mais si les idées de Mr Tatti sont acceptée par vous, je pense qu'il conviendra d'examiner ces ouvertures.| Par son caractère et sa position, Mr Tatti est un homme très éstimable. Pour vous presenter ses offres, selon ce qu'il m'as dit a Milan le passé Décembre, il as grouppé autour de lui les constructeurs Lombards, Gènois et Tessinois.
Du reste je crois utile de vous dire qu'en Italie il y a beaucoup de mouvement parmi les constructeurs et les nouvelles Banques de Construction, pour être à même de vous faire des propositions, lorsqu'on entrera dans la période de l'adjudication des travaux.
Outre la Banque de Construction de Milan, qui (d'après ce qu'il parait) sera allié a Mr Tatti, il y aura aussi parmi les concurrents la Banque de Construction de Venise dirigé par Mr l'Ingre Breda17 et celle de Turin dirigé par Mr Grattoni18 pour la partie tecnique, et par Mr Geisser19 pour la partie financière, lettre dernière compte faire des propositions, spécialement pour le Grand Tunnel et pour la ligne Biasca–Airolo. Je sais que M.M. Grattoni et Geisser ont dejà fait des demarches auprés de plusieurs membres du Gouvernement, pour avoir des appuis. Mais, sous ce rapport,| le Gouvernement Italien n'exerçera (Soyez-en sûr quoique il arrive a qu'on vous dite) la moindre pression. De ce côté je crois pouvoir vous assurer que la Diréction n'aura aucun entrave à sa liberté d'action et de choix de la part du Gouvernement lorsque même que quelque Ministre aie des Sympaties ou des preferences. La leçon reçu en plein parlement a propos du fameux article 2o de la Commission pour la loi du Gothard impose aux Ministres la plus grande reserve. Et la presse saurait leur rappeler cet incident.
Je pense qu'il soit convenable de se menager en Italie des sympaties legitimes et des appuis; mais on doit atteindre ce resultat sans prejuger d'aucune manière les interêts de l'entreprise.
Quant aux conditions financières pour les fonctions de Représentant de la Société en Italie, permettez moi, cher et honoré Monsieur, de vous laisser juge des convenances de la Compagnie. Vous connaissez| les exigences d'une fonction exercé dans une grande ville comme Rome, et vous êtes en mesure de juger les services que je pourrais rendre en me tenant en rapport direct soit avec les membres du Gouvernement, soit avec les personnes qui me seront designée par la Direction: sûr d'avance que tout ce que vous pourrez faire en ma faveur, vous les ferez, – j'accepte des a présent ce que vous établirez. 20 Je met a disposition de la Direction du Gothard, complétement et sans réserve, mon ancien dévouement, ma personne et mon Journal21.
Je vous rénnouvelle mes sentiments de reconnaissance, en vous priant d'agréer mes salutations cordiales
Votre devoué
Ingre Clem. Maraini
P. S. Je me permet de vous envoyer une copie de mon journal22, dans le quel j'ai fait des considerations sur la question du Réferendum aux Chambres Federales.