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Grâce au simulateur de conduite 95, l'armée suisse dispose d'un moyen d'instruction moderne et efficace, aujourd'hui comme demain
15 novembre 1998
Inscrit au programme d'armement 1995, le simulateur de conduite est en service depuis 1996 au centre d'entraînement tactique (CET) de Kriens; le second exemplaire, fonctionnant depuis 1997 au CET d'Yverdon, y sera hélas transféré dès décembre.
Les qualités de ce système, qui permet une instruction particulièrement efficace, méritent néanmoins le déplacement.
Un logiciel marqué par Tsahal
Ce simulateur n'est pas une création helvétique: il s'agit d'un produit de la firme israélienne Rafael, commercialisé par la filiale suisse du groupe allemand Siemens sous le nom d'ABS2000 (Army Unit and Battle Group Simulator) et adapté aux spécificités de notre armée. Les fondements du logiciel s'appuient en fait sur l'importante expérience de guerre des forces armées de l'Etat hébreu; le système informatique, composé d'ordinateurs Siemens, fonctionne sous Unix (Solaris) pour le noyau et X/Motif pour l'interface.
Conçu prioritairement pour les états-majors des groupements de combat (brigade, régiment et bataillon), le simulateur requiert également l'engagement des commandants de compagnie; de ce fait, il est particulièrement adapté aux cours tactiques-techniques (CTT) - comme ce fut le cas mi-octobre pour le régiment d'infanterie 9, où l'auteur est incorporé.
Effectif nécessaire: plus de 120
La troupe exercée dispose durant les exercices de deux structures: les états-majors sont d'une part situés dans leurs PC (ou chars de cdmt pour les troupes mécanisées) et reliés par un réseau radio simulé avec leurs subordonnés; ceux-ci, commandants d'unité, de tir ou pionniers de forteresse, se trouvent d'autre part dans des salles distinctes, et disposent chacun d'une console donnant l'accès au système. L'ennemi - humain - agit par ailleurs avec la même interface, alors que les directeurs d'exercice peuvent observer et contrôler grâce à leurs propres écrans et liaisons radio.
Le personnel nécessaire au déroulement d'un exercice est ainsi considérable: outre la troupe exercée (environ 80 officiers pour un rgt inf), la simulation exige des directeurs d'exercice, des arbitres et des marqueurs, mais aussi des opérateurs pour les consoles (soldats instruits au système), sans oublier le personnel propre au CET; en tout, plus de 120 personnes. Vaste entreprise!
Zoom jusqu'au 1:2000
L'interface homme-machine est ergonomique: chaque commandant dispose d'une carte complète du secteur, avec un zoom allant du 1:50'000 au 1:2000 environ, sur laquelle figurent toutes les composantes de son unité sous forme de carré bleus; chaque carré comporte plusieurs symboles et inscription, décrivant la taille de l'élément (sct, gr, vhc ou obs), sa fonction (fus, efa, etc.), son activité (mouvement, observation, embuscade, etc.) et son état. Mais les autres troupes visibles par l'unité sont également présentes à l'écran sous la forme de rectangles gris; un clic de souris suffit pour en obtenir les renseignements disponibles (ami/ennemi, type et ampleur de formation, activité).
La partie droite de l'affichage va plus dans le détail, puisque l'organigramme de l'unité est donné de manière exhaustive: le commandant (que l'on nomme grandiosement "SimTacticien") peut consulter non seulement son effectif et l'état de sa troupe (moral, fatigue, niveau d'instruction), ses moyens en armes comme en véhicules, mais également sa dotation en munitions pour toutes ses armes et en carburant - à la cartouche et au litre près!
Terrain modélisé par 50 m2
Toute la simulation est, il est vrai, remarquablement fouillée. Le logiciel se découpe en quatre éléments; le premier est une base de données de paramètres statiques, en particulier du terrain. Ce dernier est modélisé en trois dimensions, par blocs de 50 mètres sur 50, et selon le type - zone bâtie, forêt, etc. Les objets tels que pont, routes ou rivières sont également modélisés, de manière vectorielle, avec plusieurs attributs: pour un cours d'eau, par exemple, largeur, profondeur et débit sont pris en compte.
Second élément, le module de simulation de base. Il permet à l'ordinateur de gérer les comportements élémentaires - mouvement, identification ou encore ouverture du feu -, c'est-à-dire l'interaction entre les forces en présence, compte tenu de l'environnement. En fait, le programme peut simuler l'engagement de plus de 20'000 soldats, répartis en quelques milliers d'"atomes" - les subdivisions insécables du système (gr, obs, vhc, char, héli, etc.).
Le troisième élément est le module tactique, qui traite notamment des transports, de l'appui-feu, du soutien et du service sanitaire. Tous ces aspects sont en effet pris en considération par la simulation, et les ordres relatifs font partie des options du quatrième élément, l'interface.
Ordres donnés par séquences
Privés de subordonnés, mais renforcés par un opérateur bien utile, les commandants doivent en effet donner les ordres pour chaque subdivision de leur unité. A l'aide des menus déroulants, une quantité respectable d'ordres par séquences peut être transmise: de faire mouvement à tendre une embuscade en passant par embarquer, creuser une position, observer, se mettre à couvert, disposer un barrage de mines rapide, se préparer à ravitailler, évacuer les blessés, miner tout un secteur et même... faire de l'instruction!
Dans le programme, l'option reddition n'existe pas, tout comme le refus d'ordres suicidaires: l'ordinateur n'a que faire d'un Chemin des Dames! En revanche, tous les atomes transmettent spontanément, dans une fenêtre de messages au bas de l'écran, comptes-rendus d'observations, quittances de mouvement et annonces de contact. A raison d'un message toutes les dix minutes.
En temps réel - toutes les 150 secondes
Car si le simulateur de conduite fonctionne en temps réel, il le fait par périodes de 600 secondes nommées "time step", au terme desquelles tous les ordres donnés sont pris en compte et les calculs effectués, à raison de 4 tranches de 150 secondes. Un combat par le feu entre deux atomes, pendant un time step, donne donc lieu à 4 estimations.
Cette tranche de dix minutes, entre données d'ordres et transmissions radio, se révèle souvent brève. D'autant que les changements survenus peuvent être d'importance, apparition d'ennemis ou feu artillerie/lance-mines - lequel fait sur l'écran des taches violettes d'autant plus vilaines que vos hommes sont dessous! Ce qui ne manque d'arriver si, comme le rgt inf 9, vous subissez l'attaque forcenée de deux brigades mécanisées et d'une brigade d'aviation ennemies...
Les qualités du système
Le simulateur de conduite 95 permet sans conteste une instruction efficace et passionnante, réaliste pour les états-majors et enrichissante pour les commandants d'unité. La prise en compte de très nombreux facteurs comme de tous les éléments d'un dispositif de groupement de combat, y compris les moins bien connus - commandants de tir art, pionniers de forteresse ou unités de feu Stinger - mène beaucoup plus loin que des grandes manœuvres au demeurant nuisibles pour l'environnement et peu intéressantes pour la troupe.
Le système autorise par ailleurs un apprentissage convivial de l'engagement des armes d'appui non organiques (art, lm fort) comme de la conduite des barrages (ouvrages minés), et rend parfaitement la nécessité de la précision et de la concision des transmissions. Enfin, la profondeur des détails et la qualité de la base de données offrent des situations tactiques réalistes, évoluant selon une menace de type guerrier cohérente.
Quelques bugs malgré tout...
Le principe même des simulateurs de ce type comporte toutefois une faiblesse, celle de donner l'illusion que les transmissions vont de soi. Alors que les of trm de bat (inf méc) ou de rgt sont aux prises avec des problèmes aigus, comme ceux d'avoir 3 stations pour 4 fréquences ou de devoir installer des relais. Sans même parler de la conduite de la guerre électronique...
Le programme, pour sa part, souffre encore de quelques bugs gênants. Le plus regrettable étant celui qui consiste, dans une séquence d'ordres mouvement à pied-embarquement-mouvement motorisé, à faire partir le véhicule avant que les soldats n'aient embarqué! Conséquence: un time step d'attente pour chaque embarquement, largement suffisant à l'ennemi pour ordonner un feu art meurtrier... Autre bug, un groupe d'infanterie à pied peut être bloqué par son propre barrage de mines rapides: à croire qu'un fusilier pèse 300 kg (pression requise pour la mise à feu de la mine antichar 60) !
Un outil idéal pour aujourd'hui et demain
Ces défauts de jeunesse n'empêchent pas le simulateur de conduite 95 d'être un outil idéal pour l'instruction des cadres, aujourd'hui comme demain. Même si l'implantation initialement prévue en Suisse romande est caduque, concentration des moyens à Kriens oblige, l'armée suisse s'est dotée là d'un simulateur hautement performant, parfaitement représentatif de son évolution durant les années 90.
A noter que le DDPS devrait considérer en l'an 2000 le développement d'un simulateur de commandement spécifique aux grandes unités - brigade, division et corps d'armée.
Lt Ludovic Monnerat
Sources
Communiqués de presse du DDPS , documentation Siemens et Rafael, CTT rgt inf 9 au CET d'Yverdon
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