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Quel est le rapport entre la Réforme et l'artichaut? Qu'ont dit Luther ou Zwingli sur le scarabée, le cheval ou les chiens? Vous trouverez des réponses à ces questions incongrues et à bien d'autres dans cet abécédaire décalé sur la Réforme du 16e siècle.
Lausanne.
Conquise par Berne en 1536, la capitale du Pays de Vaud passe à la Réforme la même année. Elle accueille la première école de théologie protestante de langue française. Le Réformateur Pierre Viret (1511–1571) y joue un rôle significatif comme professeur pendant plus de 10 ans. Certains de ses écrits sont considérés comme aussi puissants que la littérature rabelaisienne.
Leuenberg.
En 1973, près de Bâle, un accord est trouvé entre Églises réformées et luthériennes pour mettre un terme aux divergences nées au XVIème siècle et qui portent notamment sur la compréhension de la sainte cène et de la prédestination. Les signataires admettent que leurs oppositions ancestrales sont conditionnées par des approches culturelles différentes, et que sur le fond, la foi reste commune. La Concorde de Leuenberg proscrit toute velléité de comprendre la manière dont Dieu fonctionne, que ce soit sur la présence réelle du Christ dans le pain ou le vin de la cène, ou sur un plan secret désignant qui, dans l’humanité, est appelé à être sauvé ou damné. Interrogé sur l’activité de Dieu avant la création du monde, Calvin répondait qu’il bâtissait l’enfer pour y enfermer les curieux.
Lézard.
« Pour exemple de quoi j’allèguerai que deux Français et moi, nous étant égarés par les bois, risquâmes être dévorés par un gros et épouvantable lézard, ayant outre cela, l’espace de deux jours et d’une nuit que nous demeurâmes perdus, enduré grand faim : nous étant finalement retrouvés en un village nommé Pavo, où nous avions été d’autres fois, il n’est pas possible d’être mieux reçu que nous fûmes des sauvages de ce lieu-là. » Récit du pasteur franco-helvétique Jean de Léry (1536–1613), extrait de son Histoire d’un Voyage fait en la terre du Brésil, parue en 1552, que le célèbre penseur français Claude Lévi-Strauss considérait comme un chef d’œuvre de la littérature ethnographique.
Mercenariat.
La composante anti-mercenaire est essentielle dans l’argumentaire des Réformateurs suisses. La carte de la Réforme se calque sur celle des ressources obtenues par l’engagement militaire à l’étranger. Plus l’économie locale en dépend, moins la Réforme n’a de succès. Aumônier des mercenaires suisses à Marignan en 1515, Zwingli en revient bouleversé et le déclare dans une prédication fondatrice à Glaris: « La guerre est-elle autre chose que le meurtre en masse de beaucoup? Pourquoi devrions-nous livrer notre jeunesse à cette horreur? »
Monstre.
« Ce moine des mers fut pris avec des harengs à quatre milles de Copenhague. Sa longueur allait à quatre coudées. Sa tête était un peu petite, ronde blanchâtre, et entourée d’un petit cercle noir comme celle d’un moine nouvellement rasé. Il avait un visage d’homme noir, des yeux durs, horribles et une physionomie rébarbative. De son dos sortaient deux nageoires rondes et terminées en pointe qui figuraient comme deux bras. » Description du poisson moine pêché en 1546 au Danemark, et reprise par le Suisse Rudolf Wirth comme présage de la déshérence catholique suite à la Réforme. Il est le petit-fils d’un compagnon de Zwingli tombé avec ce dernier à la deuxième Bataille de Kappel.
Mystérieux.
Pour la majorité des Réformateurs, Dieu est trop grand, trop mystérieux pour que nous puissions affirmer sur lui quelque chose qu’il ne nous a pas révélé lui-même. Mais le Saint-Esprit ne nous souffle pas de nouvelle révélation, contrairement à ce que pensent les illuminés et les enthousiastes. La Bible seule révèle tout ce que l’humain doit savoir sur Dieu.
Nicolas de Flüe.
Nicolas de Flüe (1417–1487) rêve qu’un cheval avale un lis. Image de la pureté spirituelle, la fleur est engloutie par l’animal qui symbolise l’activité humaine. Cette vision convainc le saint homme de se retirer de sa vie active où, malgré son analphabétisme, il fut juge dans son Canton après avoir été soldat. Il quitte sa femme et ses dix enfants pour aller méditer dans son ermitage du Ranft, au cœur de la Suisse centrale, pendant 19 ans, en s’inspirant notamment des exercices de l’Alsacien Tauler et ses « Amis de Dieu ». Il ne mange plus rien, sauf les hosties de l’eucharistie. On sollicite ses conseils dans les temps de crise et ses médiations couronnées de succès font de lui un artisan fondateur de la pax helvetica. Il incarne une première figure de la Réforme au sortir du Moyen-Âge. Zwingli s’inspire de lui dans sa lutte contre le mercenariat des Suisses. Il est canonisé en 1947 et le grand théologien protestant bâlois Karl Barth reconnaît aussi son importance pour l’identité suisse.
Œcuménisme.
Les tentatives de rapprochements entre protestants et catholiques n’ont pas attendu le XXème siècle pour se développer. Dès le début du schisme, on observe au moins des préoccupations communes entre confessions adverses : sur les relations des Églises et du pouvoir, Luther, Zwingli et Calvin s’opposent à la fuite en avant des paysans ou des anabaptistes. Sur les questions d’argent, sur la musique et bien entendu les sacrements, les chocs ne sont pas toujours frontaux. Et sur la relation de l’Église au paroissien, le mouvement d’une reprise en main intellectuelle et pastorale s’observe dans les deux confessions.
Ordre du jour réformé.
1. Le Christ est le chef unique de l’Église ;
2. L’enseignement repose sur la seule Écriture ;
3. A sa lecture, on comprend que l’eucharistie n’est qu’un mémorial ;
4. La messe est superflue ;
5. Seule la foi apporte le salut ;
6. C’est Dieu qui rend juste ;
7. Aucun intermédiaire n’est nécessaire entre le croyant et Dieu ;
8. Les images sont contraires à l’Écriture ;
9. Le purgatoire n’existe pas ;
10. Le mariage des prêtres n’est pas interdit ;
11. La sexualité hors mariage est interdite.
Paix.
La paix religieuse en Suisse n’est pas un mythe. Maîtresse chez elle dans de nombreux domaines, l’autorité cantonale est autonome en matières spirituelles. Dès 1531, après la Guerre de Kappel au cours de laquelle Zwingli trouve la mort, un accord est conclu entre les treize Cantons catholiques et réformés de la Suisse. Il va influencer durablement l’identité même du pays : chaque canton peut conserver sa confession, et il est désormais interdit d’intervenir dans les problèmes doctrinaux de son voisin. Certaines minorités confessionnelles sont souvent tolérées et parfois même invitées à utiliser l’église de la communauté majoritaire.
Paradoxes.
Zwingli adore la musique et bannit le chant de l’Église. Il est adepte de la politique du Pape Léon X et rompt avec l’Église romaine. Comme curé il peste comme un charretier et comme théologien sa langue est belle et claire. Il emprunte à Erasme son irénisme et c’est un va-t’en guerre à la fin de sa vie. Il est profondément confédéré et se passionne pour la politique européenne.
Péché.
« Aucun péché ne peut perdre l’homme, hormis l’incrédulité ». Luther
Plaisir.
« Dieu n'a pas seulement voulu pourvoir à notre nécessité mais aussi à notre plaisir et récréation. Quant aux herbes, arbres et fruits, il a voulu réjouir la vue par leur beauté et nous donner encore un autre plaisir en leur odeur. Pensons-nous que notre Seigneur eut donné une telle beauté aux fleurs ? Pensons-nous qu'il eût donné si bonne odeur, s'il ne voulût bien que l'homme se délectât à les sentir ? » Calvin
Portraits.
Plus de 500 portraits ont été réalisés du vivant de Luther, qui, jusqu’à aujourd’hui est le personnage le plus représenté de l’histoire allemande. Zwingli fut lui dessiné à trois reprises durant sa vie. Le Réformateur zurichois craignait comme la peste le culte des images, à commencer par ce qui pourrait advenir des portraits de sa personne après sa mort. Calvin, de son côté, exigea d’être enseveli dans une fosse commune afin qu’aucune dévotion sur sa tombe ne vienne contredire sa critique radicale du culte des reliques. Aujourd’hui, sa tombe « apocryphe » à Genève côtoie celle d’une écrivaine et poète qui gagnait sa vie en se prostituant.