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Cette étude nous vient de Finlande,1 pays qui évoque des forêts de bouleaux à l'infini, entrecoupées de lacs enchanteurs, théâtres de vivifiantes activités où s'entremêlent des visions contrastées de cabanes surchauffées et de contacts réfrigérants avec une neige ou une eau également glaciales. Une génération plus jeune, donc plus branchée, aura plutôt identifié ce pays comme un des producteurs principaux de ces téléphones dits mobiles, dont il est difficile de savoir s'ils libèrent ou asservissent leurs utilisateurs.Que nous apprend-elle ? Au début des années 90, la Finlande a connu une forte récession économique, associée à une augmentation importante du chômage, qui passa de 6,6% en 1991 à 16,6% en 1993. Ce mouvement toucha aussi les employés des municipalités, quoique dans une moindre mesure (2,7% et 7,8% respectivement). C'est à cette tranche de population, et dans quatre villes de moyenne importance, que cette étude s'est adressée. Nos auteurs ont classifié les fonctionnaires municipaux en trois groupes, selon l'importance de la réduction en personnel subie : 18% (réduction majeure).2 Ils ont mesuré le taux d'absentéisme dûment motivé médicalement avant la période de compression des effectifs aussi bien que pendant les sept années qui suivirent (de 1993 à 2000). Des données sur la mortalité et ses causes, dans ce même groupe de sujets, ont été récoltées pendant les mêmes sept années. Après traitement statistique approprié et différents ajustements, les résultats nous sont livrés avec la même froideur apparente que l'hiver finnois. Les voici.Parmi les employés permanents qui connurent une diminution de personnel, il y eut une nette et statistiquement hautement significative augmentation du taux d'absences pour raisons médicales, dont l'importance était proportionnelle à la grandeur de la réduction d'effectif, pour atteindre dix-huit épisodes supplémentaires de congé médical pour 100 personnes/année. Ce phénomène ne toucha apparemment pas les employés temporaires, population de travailleurs particulièrement à risque d'être facilement licenciés, ce qui expliquerait l'existence du phénomène inverse de celui de l'absentéisme : le «présentéisme» en cas de maladie (sickness presenteism), ce dernier n'étant qu'exceptionnellement commenté par nos médias locaux qui sont, par contre, singulièrement plus bavards pour vilipender l'absentéisme.En plus de ces absences pour maladies, le même groupe de sujets exposés à une réduction majeure de l'effectif connut un doublement de la mortalité attribuable essentiellement aux affections cardiovasculaires. Il est vrai que le nombre absolu de morts additionnelles était faible, mais, comme la majorité des fonctionnaires participant à cette étude était féminine et d'un âge inférieur à 55 ans, situation où la prévalence des maladies cardiovasculaires est particulièrement basse, cette augmentation est frappante.Quelle conclusion tirer de cette étude ? Qu'un processus de réduction d'effectifs au sein d'une organisation donnée, en l'occurrence des fonctionnaires municipaux, a des conséquences sur la santé de ceux qui y sont exposés. Il ne s'agit pas des personnes qui ont été directement victimes de ce que l'on appelle pudiquement restructuration, donc mises au chômage, mais bien de celles qui sont restées au travail, mais qui ont eu à subir soit l'appréhension d'une mise à pied, soit une augmentation de la charge de travail consécutive à la diminution du personnel, soit les deux ensemble.Les décisions relatives à l'emploi ne sont donc pas sans conséquences sur la santé de la population. Que ces dernières affectent avant tout ceux qui se retrouvent sans travail est facilement compréhensible, même si elles sont souvent occultées par les employeurs. L'explosion des cas d'invalidité, à laquelle nous assistons, en Suisse comme ailleurs, n'est-elle par une forme déguisée de prise en charge médicale de bon nombre de sans travail, la connotation d'invalide étant plus facilement acceptable socialement que celle de chômeur ? Dans cette étude finlandaise, l'intérêt s'est porté sur ceux qui restaient au travail pendant et après une période de contraction d'effectifs. Il apparaît que les conditions de travail qui en résultent ont également un effet délétère sur la santé, non seulement en termes de morbidité, mais aussi de mortalité.Les relations entre santé et travail sont complexes. L'inégalité, face à la maladie, est un fait établi, les travailleurs non qualifiés et à bas revenu ayant, pour les mêmes affections, des chances de guérison ou d'espérance de vie moindres que leurs collègues spécialisés et à haut niveau de vie. La notion que, en période de chômage, ceux qui ont la «chance» de pouvoir encore travailler sont aussi à risque accru de maladie, est nouvelle. Elle mérite considération. Il ne devrait plus être permis d'ignorer que des décisions, prises dans un seul objectif d'orthodoxie financière, ont le potentiel d'ajouter ce poids supplémentaire imprévu, mais maintenant prévisible, au fardeau général de la couverture sociale.1 Vahtera J, Kivimäki M, Pentti J, et al. Organisational downsizing, sickness absence, and mortality : 10-town-prospective cohort study. BMJ 2004 ; 328 : 555-8.2 Le lecteur admirera sans doute la très grande réserve de nos auteurs dans l'attribution de ces qualificatifs. Nous n'avons certes pas affaire à des exaltés de la lutte syndicale.