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Un palais pour les "Pôvres"
Joyau de la Bourgogne, l’Hôtel-Dieu fut fondé en 1443 par le chancelier de Philippe le Bon, Nicolas Rolin.
Au lendemain de la Guerre de Cent Ans, Beaune souffre de misère et de famine. Les trois quarts des habitants de la ville sont sans ressources. Pour racheter leur salut, le chancelier et sa femme Guigone de Salins décident alors de créer un Hospice pour les "Pôvres".
Au cours de ses séjours en Flandre, dont le Duc de Bourgogne était également suzerain, Nicolas Rolin s’inspira de l’architecture des hôpitaux du Nord pour concevoir son hôpital. Il fit appel à des artistes beaunois pour l’édification de son Palais pour les pauvres (Jean Rateau, maître-maçon et Guillaume La Rathe, maître-charpentier, autour de la flèche). Avec ses façades gothiques l’Hôtel-Dieu est considéré comme un joyau de l’architecture médiévale bourguignonne. Il semble bien que les toits polychromes aient pour origine l’Europe centrale, cependant ce style ayant plu, il s’est petit à petit propagé en Bourgogne au point d’être considéré comme typique et traditionnel de cette province.
Sans interruption du Moyen-Age au XXe siècle, les soeurs des Hospices de Beaune ont accueilli et soigné de nombreaux malades dans plusieurs grandes salles. L’Hôtel-Dieu a rapidement acquis une grande renommée auprès des pauvres, mais aussi auprès des nobles et des bourgeois. Grâce à leurs dons, ceux-ci sont permis d’agrandir et d’embellir l’hôpital par la création de nouvelles salles et l’apport d’oeuvres d’art. Ainsi l’Hôtel-Dieu est-il devenu un véritable "Palais pour les Pôvres".
Ses fonctions médicales ont été transférées à partir de 1971 dans un hôpital moderne, à l’exception d’une maison de retraite.
Exploitant 61 hectares de vignes en Bourgogne héritées au cours des siècles, les Hospices organisent chaque année depuis 1859 la plus célèbre vente aux enchères de vins au monde.
Grand salle des "Pôvres"
Inaugurée en 1452, la Grande Salle des "Pôvres" a conservé ses dimensions d’origine (50m de long, 14 m de large, 16m de haut). Cette salle des malades était occupée au centre par des tables et des bancs installés pour les repas. Ceux-ci étaient servis dans une vaisselle d’étain et non de bois comme il était de coutume dans les hospices.
Derrière chaque lit, un coffre permettait aux soeurs de ranger les vêtements des malades. Le mobilier d’inspiration médiévale fut reconstitué au siècle dernier, lors de la restauration de la salle opérée à partir de 1875, par Maurice Ouradou, gendre de Viollet-le-Duc.
Chapelle
La chapelle est intimement liée à la grande salle. En effet, il fallait à la fois pourvoir au bien être de ceux qui souffraient mais aussi et avant tout assurer leur salut.
Les pensionnaires pouvaient assister aux offices sans se déplacer.
La clôture en bois séparait les deux espaces dès l’origine, différenciant ainsi l’espace sacré de l’espace profane.
L’inventaire de 1501 atteste la richesse du décor de la chapelle primitive : trois autels, au moins huis statues en pierre et de nombreux tableaux représentants des saints, un grand chandelier en cuivre à sept cierges.
A partir de 1820, la chapelle fait l’objet de travaux importants. Ils témoignent d’une volonté de conservation et de reconstitution des formes primitives.
Sous une plaque de bronze sont ensevelis les restes de Guigone de Salins.
Cour d’honneur et toitures
Lors de la visite, vous aurez l’occasion de traverser plusieurs fois la cour qui offre la vision la plus fameuse de l’Hôtel-Dieu. Ses toits recouverts de tuiles multicolores en terre cuite émaillée dessinent d’extraordinaires figures géométriques.
Les deux ailes des chambres sont surmontées de multiples lucarnes dont les sculptures et les décors de plomb constituent de véritables oeuvres d’art. Deux galeries superposées permettaient aux soeurs d’assurer leur service à l’abri des intempéries. Le bâtiment donnant sur la rue est volontairement sobre et austère. Construit en pierre de taille et couvert d’une imposante toiture d’ardoise, il abrite la chapelle, la salle des "Pôvres" et les salles réservées aux soeurs hospitalières.
Au milieu de la Cour, le puits offre l’un des meilleurs exemples en France de l’élégance de la ferronnerie gothique.
Il assurait l’approvisionnement en eau de tout l’hôpital.
Salle Saint-Hugues
La salle Saint-Hugues est la réunion de plusieurs chambres, dont l’ancienne chambre St-Jean-Baptiste, une petite chambre basse, et la chambre Notre-Dame à l’étage supérieur. L’état actuel date de sa fondation, au XVIIe siècle, par Hugues Bétault.
Elle fut de tout temps affectée aux malades. Les soins plus spécifiques étaient pratiqués par les médecins et les chirurgiens dans la salle même, et ce jusqu’au XIXe siècle où une salle d’opération fut crée.
Les peintures murales sont dues au peintre parisien Isaac Moillon, neuf des onze peintures illustrent des miracles du Christ.
Les deux dernières sont consacrées à saint Hugues en évêque et en costume de chartreux.
Au plafond est représenté le "Miracle de la piscine de Bethzaïda".
Le retable de l’autel évoque le miracle de saint Hugues ressuscitant deux enfants morts de la peste.
Salle Saint-Nicolas
Destinée à accueillir les "Pôvres malades en danger de mort", la salle Saint-Nicolas permettait de séparer les malades légers des infirmes et moribonds. De dimensions modestes, elle contient 12 lits occupés par des malades des deux sexes, ce qui choqua profondément Louis XIV lors de sa visite en 1658. Il établit donc une rente de 500 livres à l’Hôtel-Dieu afin que l’on puisse faire de nouveaux aménagements séparant les hommes des femmes. Elle n’a pris ses dimensions actuelles qu’à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, la salle Saint-Nicolas abrite une exposition permanente sur l’Hôtel-Dieu et son histoire, avec notamment une étonnante maquette en paille, réalisée au XVIIIe siècle par un malade.
Recouverte d’une vitre et éclairée, une excavation dans le sol permet de voir couler la Bouzaise. Ce cours d’eau assurait l’évacuation des déchets en aval.
Cuisine
La cuisine a fonctionné avec un équipement moderne jusqu’en 1985 pour les pensionnaires de la maison de retraite.
Elle a aujourd’hui retrouvé son aspect du XXe siècle avec son piano : grand fourneau muni de deux robinets d’eau chaude appelés "cols de cygne".
La vaste cheminée gothique à deux foyers demeurent la pièce maitresse, celle-ci a conservé ses accessoires d’époque.
Le plus spectaculaire est le tournebroche de 1698 en acier brossé, animé par un petit automatique, "Messire Bertrand".
Celui-ci est en costume traditionnel : grandes bottes molles haut-de-chausses blancs, justaucorps rouge à boutons dorés et bonnet blanc au bord relevé.
Pharmacie
Au Moyen-Age, chaque établissement hospitalier disposait de sa propre pharmacie puisqu’il n’existait aucune production organisée. La science pharmaceutique était encore balbutiant et avait recours aux ingrédients les plus divers issus du monde minéral, animal et végétal. De nombreuses plantes étaient cultivées sur place dans le jardin situé à l’arrière de la pharmacie.
La première salle présente le mortier en bronze, daté de 1760, de l’apothicaire beaunois Claude Morelot.
L’arc accroché au pilon permettait d’alléger son poids et de cette manière facilitait le travail des soeurs apothicaires lors de la préparation des remèdes.
Le tableau peint par Michel Charles Coquelet Souville en 1751, présente les différents tâches effectuées dans l’apothicairerie de Claude Morelot au XVIIIe siècle : réduction en poudre de plantes séchées, utilisation du mortier, distillation dans l’alambic et cuisson d’une préparation médicamenteuse.
Dans la seconde salle de la pharmacie, les étagères présentent une collection de 130 pots de faïence datés de 1782, dans lesquels étaient conservés les onguent, huiles, pilules ou sirops…
Les pots de verre contiennent encore des "spécifiques" dont certains laissent rêveur : poudre de cloportes, yeux d’écrevisses, poudre de noix vomiques, elixir de propriété…
Polyptyque
Commandé par le Chancelier Rolin, ce polyptyque du XVe siècle est attribué à l’artiste flamand Rogier van der Weyden.
Il a été réalisé entre 1445 et 1448.
Autrefois, il était accroché au-dessus de l’autel dans la chapelle, mais n’était ouvert à la vue des malades que les dimanches et les jours de fête.
Il représente le thème traditionnel du Jugement Dernier avec un grand sens de l’espace, du détail et de la préciosité de la couleur. Au centre le Christ juge apparaît encadré par la Vierge et saint Jean-Baptiste. Saint-Michel pèse les âmes.
Sur le mur latéral droit vous pourrez voir les panneaux du revers du retable.
Les portraits de Nicolas Rolin et de sa femme sont accompagnés de grisailles.
Salle Saint-Louis
Créée en 1661 à l’instigation de Louis Bétault, la salle Saint-Louis fut construite à la place d’une grange qui fermait la cour de l’Hôtel-Dieu et servait aussi de cuverie.
Dans son prolongement se trouvaient les fours des Hospices, destinés à la cuisson du pain que l’on distribuait quotidiennement aux pauvres rassemblés sous le porche. A partir de 1828, un contrat fut passé avec les boulangers de Beaune qui prirent le relais. Les fours tombèrent en désuétude, permettant l’agrandissement de la salle Saint-Louis.
Cette haute pièce, au riche solivage, contient de très beaux coffres gothiques, notamment un banc-tournis, typique de l’ameublement bourguignon avec son dossier basculant, et quelques intéressantes statutes, en pierre ou en bois.
La fontaine reste le principal témoignage de cette salle consacrée aux maladies.
Dans cette salle il est possible d’admirer de superbes tapisseries. La tenture, tissée à Tournai au début du XVIe siècle raconte en sept épisodes la parabole de l’Enfant Prodigue. Une autre série de tapisseries de Bruxelles, de la fin du XVIe siècle, évoque l’histoire de Jacob. Une pièce de la même époque représente David apprenant la mort d’Absalon.
La collection comprend également une tapisserie d’Aubusson du XVIIe siècle : "La Ronde des jeunes gens".