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Comme chaque année depuis plusieurs années, je serai au salon du livre de montagne de Passy, les samedi 7 et dimanche 8 août prochains. Cette édition a pour thème montagnes sans frontières: je suppose qu'on essaiera de montrer que les montagnes ont des constantes universelles, que dans toutes les cultures elles renvoient aux mêmes symboles.
Cela dit, je voudrais faire remarquer, à ce sujet, que ce sont plutôt les montagnes locales qui s'écartent, dans leur portée symbolique, d'une constante, au sein de l'humanité: car il n'y a guère que dans l'Occident moderne qu'on a de la montagne une vision uniquement physique et que, sur le plan humain, même, elle ne soit qu'un enjeu sportif. Partout ailleurs, elle paraît contenir une présence divine; une sorte de vapeur sacrée s'exhale d'elle.
Et ainsi, paradoxalement, en montrant, dans mon livre De Bonneville au mont-Blanc, que le mont Blanc aussi a été divinisé par les écrivains, au cours des siècles, j'ai précisément relié les montagnes occidentales à cette tendance universelle à dresser aux sommets des autels! Cela n'est jamais devenu officiel: on n'a pas fait de bâtiment clairement assimilé à une religion. Mais il serait faux d'imaginer que seul le folklore - reste de mythologie antique - a placé des esprits dans le massif savoyard: les écrivains les plus consacrés, ceux qui appartiennent au panthéon de l'Occident, ont agi dans ce sens. En particulier, Percy Shelley et Théophile Gautier. Écrivains profondément laïques, comme on dit, mais qui n'en ont pas moins donné au mont Blanc une aura grandiose.
En fait, la vision matérialiste de la montagne n'a rien de réellement universel: on ne l'a qu'en Occident, et il faut être occidental pour croire que le matérialisme est universel parce que l'univers est partout fait de matière. En réalité, dans le monde entier, on voit davantage, dans les choses, que la matière, laquelle n'est regardée que comme une partie de l'univers, une partie localisée pour ainsi dire autour des hommes et de leur regard, de leurs perceptions sensorielles. La vision réellement universelle de la montagne, c'est celle par laquelle des Occidentaux comme Shelley ou Gautier rejoignent au fond les grands mythes qui ont été créés à propos des montagnes un peu partout.
Le Savoyard Joseph Dessaix (l'auteur de l'hymne dit des Allobroges) y participa, en faisant parler le mont Blanc, en lui donnant une âme.