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Tendances séculaires des fractures de hanche
La fracture du fémur proximal, la partie supérieure du plus grand os du squelette, ou fracture de hanche, cette articulation qui permet de joindre la cuisse au bassin, représente la principale complication de l’ostéoporose, cette maladie qui fragilise les os. Le problème de santé publique est majeur: la moitié des personnes âgées ne retrouveront jamais leur indépendance après une telle fracture, ce signe de morbidité qui diminue la qualité de vie et annonce souvent un décès proche.
Mais certains chiffres peuvent rassurer. En Suisse, l’incidence, ajustée pour l’âge, des hospitalisations pour fractures de hanche est en baisse depuis plusieurs années (notamment chez les gens de 65 à 74 ans où le taux de fractures a baissé d’un quart entre 2000 et 2007), alors qu’il ne cessait de grimper entre 1960 et 1990. Cette tendance se retrouve dans les autres pays européens, en Amérique du Nord et en Australie mais curieusement pas au Japon où les incidences de fractures de hanche sont toujours en hausse.
A Genève, des données étonnantes
Entre 1991 et 2000, 4115 fractures du fémur proximal (3257 chez les femmes, 858 chez les hommes) ont été enregistrées à l’hôpital cantonal de Genève chez respectivement 2981 femmes et 822 hommes âgés de 50 ans et plus. L’âge moyen des patients avec fractures du fémur proximal était de 83,1 ans chez les femmes et de 78,3 chez les hommes, un âge qui a légèrement monté chaque année pour les deux sexes.
La population à risque, de plus de 50 ans, a augmenté de 13,1% chez les femmes et de 15,2% chez les hommes mais le nombre des fractures du fémur proximal est resté constant, ce qui signifie que l’incidence au cours de ces dix ans a diminué de 1,4% par an chez les femmes et est resté quasiment inchangée chez les hommes. Chez les patients de 60 ans et plus, 1624 (41%) fractures de hanche sont survenues chez des sujets institutionnalisés et 2327 (59%) chez des gens vivant à domicile. Les patients institutionnalisés sont plus âgés lorsqu’ils se fracturent la hanche que ceux qui vivent chez eux (86,4 contre 81,6 ans chez les femmes et 84,5 contre 79,7 ans chez les hommes).
Une étude a montré que les sujets vivant dans les quartiers riches se fracturent moins la hanche que les habitants des zones avec les revenus les plus bas et que ceux qui vivent en campagne sont moins à risque que ceux qui habitent en ville, peu importe le revenu. Lorsque l’effet urbain/rural est pris en compte, l’effet du revenu sur l’incidence des fractures de hanche persiste chez les femmes et dans la population totale pour les zones avec un revenu médian intermédiaire par rapport à celles avec le revenu les plus bas. Les sujets vivant à domicile dans les zones avec le revenu médian le plus élevé ont leur fracture de hanche à un âge plus élevé (+1,5 ans) que ceux qui habitent dans les quartiers moins riches, en zone rurale comme urbaine. Enfin, les hommes mariés avec fracture de hanche sont plus âgés (+3 ans) que ceux qui ont un autre statut marital alors que les femmes mariées avec fractures de hanche sont plus jeunes (-4 ans) que les autres.
Un bilan ostéoporotique mitigé
En dépit d’une augmentation de la population à risque et d’une augmentation de l’âge moyen des femmes avec fractures du fémur proximal observées dans le canton de Genève au cours de ces dernières années, le nombre absolu de fractures du fémur proximal est resté constant. Les campagnes de sensibilisation à l’ostéoporose y sont sans doute pour quelque chose. La maladie est depuis plusieurs années diagnostiquée et donc traitée plus souvent. Le développement de stratégies de prévention des chutes, notamment dans les EMS, a pu également contribuer à la diminution. Quant aux différences en fonction du sexe, du lieu de vie et du statut marital, elles sont plus difficiles à expliquer.
Avec le vieillissement de la population, la tendance actuelle d’une diminution de l’incidence des fractures de hanche sera néanmoins insuffisante pour réduire le nombre absolu de fractures de hanche durant les prochaines décennies. En Suisse en plus, parallèlement à cette diminution, les hospitalisations pour les autres fractures ostéoporotiques majeures ont significativement augmenté entre 2000 et 2007 chez les hommes (+20%) comme chez les femmes (+23%). La diminution de l’incidence des fractures de hanche a donc été largement compensée par l’augmentation des hospitalisations pour des fractures vertébrales, du poignet et de l’humérus.
Références
Adapté de « Tendances séculaires des fractures de hanche», Drs T. Chevalley, F. Herrmann, Pr R. Rizzoli, Département des spécialités de médecine, Pr P. Hoffmeyer, Département de chirurgie, HUG, E. Guilley, Service de la recherche en éducation, Genève, in Revue médicale suisse 2011; 7: 1294-8, en collaboration avec les auteurs.