Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07160.jsonl.gz/1355

Anne, prophétesse de la libération
Dans l’Evangile de Luc, juste après le récit mystérieux de la naissance de Jésus à Bethléem, où les anges et les bergers tiennent les rôles-clés, Marie et Joseph amènent leur nouveau-né au Temple de Jérusalem pour le présenter à Dieu et procéder aux rituels d’usage. C’est le premier contact de Jésus avec le haut lieu de la piété judaïque.
La petite famille est accueillie par deux vieillards, Syméon et Anne, qui sont tous deux décrits comme très pieux. C’est tout d’abord Syméon qui surgit dans le récit et qui prend Jésus dans ses bras, bénissant Dieu de lui avoir permis de voir le Messie avant sa mort, comme il le lui avait annoncé. Il bénit ensuite la famille. Anne apparaît en second. Le rédacteur ne mentionne pas ses gestes et ne retranscrit pas ses paroles, contrairement à Syméon, à qui pas moins de dix versets sont consacrés. Anne a droit à trois versets seulement. Mais ces trois versets sont d’une intensité particulière. Contrairement à Syméon, et de manière tout à fait exceptionnelle dans les Evangiles, le titre, la lignée, le statut et l’âge d’Anne sont mentionnés: c’est une prophétesse; elle est fille de Phanuel, de la tribu d’Asher; c’est une veuve de l’âge de 84 ans. Sa piété est hors du commun: «Elle ne s’écartait pas du temple, participant nuit et jour par des jeûnes et par des prières». (Lc 2,37 b)
Le prénom «Anne» signifie «la grâce». Et c’est bien la grâce, la libération qu’Anne va annoncer! Car sa rencontre avec Jésus est fulgurante, elle transforme sa vie. La prophétesse est immédiatement mise en route dans la louange et l’annonce de la bonne nouvelle: «Elle se mit à célébrer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem». (Lc 2,38 b) Publiquement, au coeur du pouvoir religieux, elle présente l’enfant Jésus comme la réponse à l’attente de libération de tout un peuple
Postérité
La prophétesse Anne ne fait pas partie des personnages bibliques les plus connus. La tradition met en avant une autre Anne, la mère de Marie et grand-mère de Jésus, mentionnée sous ce prénom dans des Évangiles apocryphes.
L’anecdote
Anne porte le même prénom que la mère du prophète Samuel, elle qui avait déjà annoncé: «Le Seigneur donnera la puissance à son roi, il élèvera le front de son messie.» (1 Sam 2,10 b)
Le message pour aujourd’hui
La vieille et pieuse Anne, transformée par sa rencontre avec Jésus, nous montre la voie à suivre: elle se tourne vers Dieu, dans une attitude de louange, mais elle se tourne aussi vers les autres. Comme eux, nous sommes dans l’attente de notre libération, libération de tout ce qui nous entrave, nous oppresse, nous aliène, coupe nos relations. Anne nous annonce que c’est Jésus qui nous libère! Et à notre tour, nous portons ce message libérateur dans le monde. C’est notre responsabilité, notre réponse de chrétiennes et de chrétiens à la grâce de Dieu.
Pour aller plus loin
Philippe Lefebvre, Brèves rencontres, Vies minuscules de la Bible, Paris, Cerf, 2015, chapitre 3, « Anne de la tribu d’Asher », pp. 151-200.