Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/07013.jsonl.gz/561

Espagne
Espagne: deux ex-Premiers ministres nient tout financement illégal
Deux anciens Premiers ministres espagnols, Mariano Rajoy et José Maria Aznar, ont nié mercredi l'existence d'un financement illicite de leur formation, le Parti Populaire (PP). Cela malgré les déclarations d'un ancien trésorier lors de ce procès.
C'était le moment le plus attendu du procès dit de la «caisse B» du PP qui se tient depuis plusieurs semaines à San Fernando de Henares, près de Madrid.
Répondant via vidéo-conférence aux questions du tribunal de l'Audience nationale, Mariano Rajoy, à la tête du gouvernement de 2011 à 2018, et José Maria Aznar, qui l'a été de 1996 à 2004, ont de nouveau nié catégoriquement l'existence d'une comptabilité parallèle au sein de leur formation.
«Pas de caisse B»
«Je n'ai eu connaissance d'aucune comptabilité parallèle, je n'ai eu affaire qu'à la comptabilité officielle du PP», a déclaré José Maria Aznar. «Il n'y a pas eu de caisse B du Parti Populaire», a surenchéri Mariano Rajoy, son successeur à la tête de la formation.
Appelée «caisse B» – du nom de la caisse alimentée pendant vingt ans par des dons d'hommes d'affaires et qui aurait notamment servi à verser des primes aux dirigeants et aux collaborateurs du PP -, cette affaire a pour protagoniste Luis Barcenas, un ancien trésorier de la formation.
Cet homme – qui avait pour habitude de tenir cette comptabilité scrupuleusement sur papier – a accusé M. Rajoy d'avoir reçu des fonds d'origine illégale avant de prendre la tête du gouvernement.
Enveloppes d'argent liquide
«Je leur remettais l'enveloppe avec l'argent leur revenant», a-t-il déclaré début mars lors de ce procès, en affirmant, qu'outre M. Rajoy, sept autres personnalités ayant occupé des postes importants au sein du PP ou des portefeuilles ministériels sous Aznar puis Rajoy, figuraient parmi les bénéficiaires de ces paiements.
Selon M. Barcenas, ces versements devaient permettre à ces responsables de maintenir au sein du gouvernement le même niveau de rémunération que lorsqu'ils étaient députés du PP et cumulaient leur salaire d'élu et des frais de représentation.
Un «délire»
Ces accusations «sont complètement fausses», a martelé M. Rajoy, qui a assuré n'avoir «jamais» touché de prime et évoqué «un délire». M. Aznar a lui aussi nié avoir «reçu quelque complément de salaire que ce soit».
«Il n'y a pas de caisse B, il n'y a que les papiers de Barcenas, dont nous ignorons à quel moment, sur quel critère et dans quel but il les a rédigés», a ajouté M. Rajoy, qui nie l'authenticité de ces documents, où apparaissent des paiements à son nom, et nie en avoir détruits certains dans une broyeuse comme l'affirme M. Barcenas.
Un démenti qu'il avait déjà fait devant la justice en 2017, lorsqu'il était devenu le premier chef du gouvernement en exercice à témoigner lors d'un procès.
Pas de confrontation
Il a évité mercredi une confrontation délicate avec Luis Barcenas, le tribunal ayant décliné cette demande de la défense de l'ancien trésorier du PP. M. Azanar avait lui aussi déjà nié l'existence de toute comptabilité parallèle au sein du PP, devant une commission parlementaire en 2018.
Luis Barcenas affirme par ailleurs avoir été l'objet d'une opération policière illégale destinée à récupérer des documents prouvant l'existence de cette comptabilité parallèle: une affaire dans l'affaire, dans laquelle un ancien ministre de l'Intérieur de M. Rajoy a été mis en examen.
Encourant cinq ans de prison dans ce procès, M. Barcenas purge déjà une peine de 29 ans depuis sa condamnation en 2018 dans le cadre du méga-procès pour corruption «Gürtel».
Séisme politique
La condamnation du PP et de plusieurs de ses cadres dans ce procès tentaculaire avait entraîné un séisme politique en Espagne et le renversement quelques jours plus tard de M. Rajoy à la suite du dépôt d'une motion de censure par l'actuel Premier ministre socialiste Pedro Sanchez.
L'actuel président du PP, Pablo Casado, tente de prendre ses distances avec ces scandales et a même décidé de déménager le siège du parti, dont la rénovation aurait été, selon la justice, en partie financée grâce à la «caisse B».
ATS