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A la conquête des eaux de «Caño Cristales»
Chroniques colombiennes: notre compatriote nous conte une autre de ses aventures
Ralf Krebs, Jurassien établi en Colombie, poursuit la découverte de son pays d’adoption
Par Ralf Krebs, Colombie
Le Département du Putumayo fait frontière avec l’Équateur et se situe au pied de la Cordillère des Andes, là où débute l’immensité du bassin amazonien.
Économiquement, c’est une bonne manne pour l’État colombien car le sous-sol regorge de pétrole ce qui génère un trafic constant de camions-citerne à destination de diverses plateformes d’accueil où le brut est récolté, à destination des ports maritimes via un pipe-line. La majorité des agglomérations vivent du commerce et un peu du bétail aussi; la chaleur y est omniprésente avec des averses tropicales intermittentes.
Puerto Asis
Nous voici à Puerto Asís, une ville d’une trentaine de mille âmes construite en quadrilles et entrecoupée par l’aéroport. Il y a cependant peu de trafic aérien qui relie principalement la capitale et Cali.
Depuis Pasto – où j’habite – il faut emprunter la vertigineuse route non asphaltée qui descend vers le bassin amazonien jusqu’à Mocoa en six heures environ. Puis il faut encore compter deux bonnes heures sur route asphaltée jusqu’à Puerto Asís, située sur les berges du Río Putumayo.
Je suis logé chez un membre de ma belle-famille. Ma chambre donne sur un puits de lumière, une sorte de cour intérieure quadrangulaire borgne qui amplifie la voix du couple, voisins du dessous et plus particulièrement les rires et les pleurs de l’enfant qui les accompagne.
Madame Adèle, mon imposante hôte au grand cœur, me permet l’utilisation d’ustensiles de la cuisinette, comme par exemple une poêle qui me sert à réchauffer les tamales achetés au marché. Au fond d’un tiroir, une demi-douzaine de couteaux dépareillés gisent en l’absence totale de fourchettes. Mais il y en a dans la grande cuisine, là où une employée s’affaire aux fourneaux dès le matin. Le déjeuner est servi dans une petite salle à manger: un bouillon clair contenant des pommes de terre et des morceaux de plantain. L’assiette de riz blanc avec deux ou trois segments d’igname accompagnent une cuisse de poule bouillie. Ce plat constitue le fameux «Sancocho de gallina» tant apprécié des Colombiens. Un brin insipide pour mon palais d’Européen…
Le chant de l’oropendola
En sillonnant la ville je découvre des endroits très différents du climat andin plutôt froid de Pasto. Ici, on sent véritablement l’exubérance de la forêt vierge par la taille de quelques rares arbres que l’on a jugé bon de sauvegarder, ainsi que par la diversité de la flore tropicale. J’observe quelques instants un oropendola (Montezuma oropendola) qui se penche en avant en battant des ailes pour émettre son drôle de chant. Cet oiseau a la particularité de construire une sorte de panier suspendu en guise de nid, souvent accroché au bout des plus hautes branches
et même parfois au bout de feuilles de palmes.
Dans les rues circulent une majorité de motocyclettes et c’est un cortège permanent composé d’usagés roulant à deux ou même à trois, rarement seuls et parfois avec le chien, mais toujours sans casque. On voit aussi des engins sans aucune immatriculation. Au coin de la rue en attendant que le feu passe au vert, un artiste de rue jongle avec trois torches enflammées afin de recevoir quelques piécettes, avant le démarrage pétaradant des véhicules.
Aux premières heures du matin apparaissent comme par magie d’innombrables petits commerces ambulants, vendeurs de jus de fruits, de chapeaux, de sucreries et de cigarettes à l’unité, de réparateurs de montres et de téléphones portables. Tout ce petit monde bigarré disparaît comme par enchantement à la tombée de la nuit. La majorité des villes du département sont de petits bourgs de commerçants qui se ressemblent tous. En passant par Santana et La Hormiga on accède au pont international de San Miguel et à l’Équateur.
Il vaut la peine de faire un détour par Orito pour visiter des cascades et la fameuse pierre de Pijili, un bloc rocheux érodé planté au beau milieu de la rivière du même nom (photo Ralf Krebs).
Depuis Lago Agrio (Équateur) la remontée de nuit dans mes vertes vallées andines dure huit heures sur route pierreuse.
Il existe encore beaucoup d’endroits intéressants à visiter de ce côté de la frontière. A découvrir lors d’un futur séjour…/rk
Pour écouter le chant de l’oropendola: https://www.youtube.com/watch?v=-HjNZ1a0PTY
Chroniques colombiennes: notre compatriote nous conte une autre de ses aventures