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L'Union Européenne compte en 2010 vingt-sept États-membres. Le centre administratif se trouve à Bruxelles. L'UE utilise-t-elle 27 langues? Non, 25, car la Belgique utilise les langues de ses voisins, le français et le néerlandais, et l'Irlande n'a pas, dans un premier temps, voulu imposer sa langue. L'UE travaille donc sur 25 langues. Mais elles ne sont pas toutes sur le même pied, et vous constaterez comme moi une grande injustice dans ce qui va suivre.
À l'origine de l'UE, chaque pays arrivant dans le cénacle de cette entité politique amenait sa langue et les frais de traduction étaient pris en charge par l'UE. Lors de la dernière extension vers l'Est qui a mené l'UE à 27 États, le pouvoir central a informé les nouveaux membres qu'ils devaient choisir une langue. Si cette langue était une langue jusqu'alors non utilisée à Bruxelles, la traduction serait à leur charge. Bien sûr, les États de l'Est de l'Europe ont choisi l'anglais au détriment de leur langue.
À Bruxelles, chaque langue se voit utiliser une couleur de papier. Le traité de Maastricht apparaît donc comme un livre où on peut voir sur la tranche diverses couleurs, chaque couleur correspondant à une langue. Lors de l'arrivée de la Grèce dans l'UE (qui ne s'appelait pas encore Union à cette époque), les Grecs se sont rendus au siège de l'administration dans le but de choisir une teinte de papier pour la langue grecque, qui a amené aussi d'autres signes graphiques, soit dit en passant. On leur a montré divers coloris et ils se sont décidés pour un vert pâle tirant un peu sur le bleu. Ils ont ensuite demandé: «Comment appelez-vous cette couleur?» «Turquoise», leur a-t-on répondu. «Impossible!» ont répondu les Grecs, et ils ont repris l'étude de toutes les couleurs pour en choisir une autre. L'ancienne animosité Grèce-Turquie a joué un rôle à ce moment-là (anecdote entendue de première main de la bouche d'un interprète grec).
Au niveau de l'interprétation, on traduit du français vers les autres langues, vers 24 langues. On traduit de l'allemand vers 24 langues. On traduit de l'anglais vers 24 langues, du portugais vers 24 langues, etc. On a donc un nombre de traductions équivalant à 25 x 24, n(n-1). Il faut également tenir compte du fait que chaque interprète traduit en direction de sa langue maternelle; il faut donc une personne pour traduire du portugais en finnois et une autre pour traduire du finnois en portugais. De plus, les interprètes traduisent en interprétation simultanée durant 20 minutes puis c'est un collègue qui prend le relais, parfois au cœur d'une phrase. Il faut donc trois interprètes par heure. En effet, l'interprétation simultanée est un exercice hautement fatigant. La preuve en est la remarque d'un architecte: quand on construit un centre de congrès, on installe dans les cabines de traduction une ventilation qui fonctionne trois fois plus vite que celle de la salle de conférence. L'interprète transpire comme un sportif!
On considère que l'interprétation fonctionne à 80%, donc redonne environ 80% du sens de la phrase en langue source. Or les interprètes font souvent des relais: un interprète traduit de l'allemand vers l'anglais et les autres interprètes traduisent de l'anglais vers les autres langues. Combien fait le 80% de 80%? Un peu de maths, cher lecteur, chère lectrice! On arrive à 64%. Une misère, quoi. Vivent les incidents diplomatiques! L'exemple avec l'allemand au départ n'a pas été choisi innocemment. En effet, tous les interprètes vous le diront, l'allemand est la langue la plus gênante à traduire, car le traducteur doit attendre le dernier mot (particule verbale, verbe conjugué, participe passé) pour capter le sens et pouvoir commencer de parler. Donc il y en a un qui s'y colle et les autres travaillent sur la base de l'anglais ou d'une autre langue. C'est cela, le relais.
Comment va évoluer l'Union Européenne? Quelle solution trouver au problème de la communication? Mandaté par le gouvernement français, le professeur François Grin, de l'Ecole de Traduction et d'Interprétation (ETI) de l'Université de Genève, analyse diverses stratégies. Tout d'abord il y aurait la possibilité de regrouper les langues en familles, ce qui permettrait de réduire le nombre de traductions nécessaires. On pourrait imaginer un groupe latin comprenant le français, l'italien, l'espagnol, le portugais et le roumain. Les locuteurs de ces langues seraient entraînés à comprendre ces autres langues et on interpréterait vers ce groupe plutôt que vers chacune de ces langues. On pourrait créer un groupe de langues scandinaves, un groupe de langues d'Europe orientale… et ainsi limiter les axes de traduction. Une autre stratégie soulignée par le professeur Grin est l'usage de l'espéranto comme langue pont. Si on traduit de chaque langue vers l'espéranto et vice-versa, on a la formule 2n. Selon la formule n(n-1), on atteint 600 axes de traduction nécessaires. Selon la formule 2n, on arrive à 50. L'économie est évidente.
Quelle est la langue étrangère la plus difficile à apprendre ?
Est-ce l'allemand, l'anglais, le wolof, ou plutôt le mandarin ? Etc…
En fait, la plus difficile à apprendre, c'est tout simplement la première langue étrangère, quelle qu'elle soit !
Mais pourquoi cela ?
Parce qu'au moment de l'apprentissage de la première langue étrangère, on doit se distancer de la sienne propre.
C'est là le moment difficile et délicat.
Sauf (cas exceptionnel)… si cette première langue est l'espéranto.
Car face à l'espéranto, langue régulière et gratifiante, chacun se lance sans peine.
Et par la suite, on apprendra facilement d'autres langues.
Cet effet tout à fait reconnu constitue ce qu'on appelle la valeur propédeutique de l'espéranto.
En savoir plus: L'Essor parle de l'espéranto
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