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En suivant le plan d'études que je viens de tracer, comme le mieux assorti à la nature et la marche ordinaire de l'esprit humain, les jeunes gens, à l'âge de dix-neuf ou vingt ans, auraient acquis toute la réflexion, le jugement et le goût que cet âge peut permettre ; non seulement ils auraient considérablement étendu le cercle de leurs connaissances, mais ce qui vaut encore mieux, ils auraient acquis l'art et l'habitude de l'étendre par eux-mêmes; ils auraient appris à lire avec discernement, à méditer avec ordre et profondeur sur leurs lectures et sur les objets qui se présentent, à voir le monde avec fruit, et en général à s'occuper utilement pendant le reste de leur vie. Par là aussi ils se seraient mis en état de connaître et de bien juger par euxmêmes de la vocation qui pourrait convenir à leurs talents et à leur goût, ce qui est de la dernière importance.
Cette première éducation les aurait tellement disposés et préparés à recevoir la seconde nécessaire pour la vocation particulière à laquelle ils pourraient se vouer, que ce dernier noviciat ne leur coûterait que très peu de peine et de temps.
Politique, économie publique, jurisprudence, barreau, philosophie, mathématiques, médecine, philologie, critique, théologie, tous ces divers objets se trouveraient déjà tellement aplanis pour eux, qu'ils pourraient même sans maîtres, et sans autre guide que quelque plan de lectures et d'études, s'instruire suffisamment des objets
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dont la connaissance serait nécessaire à leur vocation pour y devenir habiles.
Ainsi préparés de bonne heure par une suite d'études bien digérées, ceux qui seraient appelés à quelque emploi qui suppose la culture de l'esprit, se distingueraient par leur savoir, leur habileté, et j'ose l'assurer, par leur sagesse, leur prudence et leurs bonnes mœurs.
Les hommes, j'en conviens, ne suivent pas tous invariablement leurs principes; mais ceux qui pensent mal, agissant naturellement toujours mal, on ne peut rien en attendre de bon. Ceux, au contraire, qui sont solidement éclairés, feront le plus souvent et à l'ordinaire ce que demande la nature des choses, l'ordre et le plus grand bien ; que si une passion les entraîne dans quelque écart, ils ne tarderont pas à en avoir du regret et à revenir au droit chemin. L'homme qui pense ne peut pas souffrir longtemps le désagrément qu'il y a à se voir en contradiction avec soi-même; la lumière avec le bon sens conduisent ordinairement à la vertu ; l'ignorance et l'esprit faux précipitent dans le vice; ils produisent du moins toujours la présomption qui décide, approuve, condamne avec une égale témérité, et dès là même conduit dans toutes sortes d'égarements et de travers très funestes à la société.
Quant à l'éducation des jeunes gens dans les principes du christianisme, il est évident qu'elle doit être précédée : 1° de leur instruction dans
voudraient se distinguer dans le monde ? Combien peu de particuliers en état de les récompenser convenablement? Combien peu qui pourraient suffire aux frais qu'exigerait cette suite d'instructions pour être exécutée en entier et d'une manière régulière ?
Le plan d'éducation proposé ne pourrait donc être exécuté qu'à la faveur d'une institution publique, par un concours de maîtres, travaillant tous de concert pour arriver au même but, salariés et pourvus de tout le nécessaire, et dont chacun pût donner ses soins au moins à douze ou quinze disciples à la fois. C'est sur ce principe que repose le projet d'établissement qu'il me reste à présenter à mes lecteurs.
CHAPITRE VII
PROJET d'un établissement d'éducation natio
nale à l'usage de tous les jeunes gens destinés à une vocation quelconque qui suppose la culture de l'esprit.
On l'appellera comme l'on voudra : école, gymnase, collège, séminaire, académie. Il sera composé de dix classes ou auditoires ; chaque