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Le dernier livre d’Olivier Meuwly, paru chez Slatkine, dessine une vaste fresque de l’évolution historique des droites en Suisse au cours des deux siècles passés. Son étude est avant tout centrée autour du radicalisme, jadis pivot du système politique comme parti dominant, puis lors de la mise en place de la «formule magique» en 1959.
L’auteur montre les étapes qui ont conduit la politique suisse à son état actuel. Ainsi il fait remarquer à quel point les droites ont fait leur union dans une lutte contre la gauche jusqu’à la deuxième guerre mondiale avant de trouver la voie du compromis lors des trente glorieuses. Dès lors, la formule magique a pu paraître véritablement insubmersible. Mais c’était sans prendre en compte les ébranlements qui auront lieu dès les années septante: crise écologique, émergence de l’Union européenne, ouverture due à la mondialisation.
La synthèse radicale entre libéralisme modéré et nécessaire intervention étatique va être remise en cause violemment pendant les années 70 et 80, notamment par l’irruption des thématiques xénophobes et du parti des automobiliste à une époque où les radicaux tentaient d’accommoder le renouveau libéral.
Les partis de la droite modérée, engagés dans les compromis avec la gauche, vont se faire dépasser sur leur droite par un retour du conservatisme, sous forme d’une synthèse entre des valeurs nationales et le néolibéralisme. L’UDC de Christoph Blocher va réussir à capter tous les mécontentements ainsi que la répulsion d’une partie de l’opinion de droite à l’égard des pratiques gestionnaires. Le parti de Blocher va faire émerger une sensibilité idéologique disparue depuis longtemps en Suisse, une forme de synthèse entre la liberté économique et les valeurs conservatrices, tout en s’appropriant la «transgression» et en la transformant en valeur de droite. Olivier Meuwly analyse les victoires répétées de l’UDC comme la reconnaissance par un électorat de droite d’un discours qu’il souhaitait entendre.
Au fond, le radical Olivier Meuwly est taraudé par une question: pourquoi cette chute sans fin des radicaux? Il regrette que la droite modérée n’ait pas su s’affirmer sur une base idéologique de droite différente du populisme de l’UDC et il souhaite de toutes ses forces un «travail doctrinal en profondeur» des radicaux. On sent tout au long de son ouvrage ce regret que la droite modérée ait été en quelque sorte injustement sanctionnée par ses électeurs.
Par contre, on le sent gêné aux entournures à chaque fois qu’il aborde les explications concernant la gauche et en particulier les gains des écologistes, un peu rapidement identifiés à ceux de l’UDC. A ses yeux, les Verts partageraient avec le parti de Blocher un goût pour les discours simplistes et les thématiques limitées. Son ouvrage étant avant tout centré sur les évolutions subies par la droite, on ne lui en tiendra pas rigueur et on reconnaîtra le travail de fond engagé pour clarifier les ressorts des mutations rapides des droites suisses lors des vingt dernières années.
Son ouvrage peut donc apporter des éléments de réflexion utiles à une droite radicale-libérale et démocrate-chrétienne déboussolée, mais il ne permettra pas de réfléchir à ce que la gauche aurait pu faire pour contrer les offensives de l’UDC. On a le sentiment que, pour l’auteur, l’ascension des populistes est une affaire interne à la droite. Il reste donc à compléter cette analyse en y intégrant l’évolution de l’autre versant du spectre politique.
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Olivier Meuwly, La liberté cacophonique. Essai sur la crise des droites suisses, Slatkine, Genève, 2008