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Tout le monde attend quelque chose de l'arbitre, ce qui lui confère évidemment une grande responsabilité dans son jugement, Il doit s'impliquer à fond dans la compétition; il doit se mettre à la place des combattants. Le niveau de l'arbitre dépend de sa pratique antérieure du karaté, de son travail des techniques de base. Son niveau technique comme son niveau spirituel découlent de ce qu'il a accompli lui-même. Est-il resté sur le bon chemin, sur le DO, ou en a-t-il dévié? Il doit analyser lui-même ce qu'il a fait et continuer à travailler, à s'entraîner pour garder un bon niveau technique et spirituel. Lors des compétitions, les techniques de kumité montrent rarement un bon kime: on met l'accent sur la vitesse, ce qui est bien visible dans certains uraken légers ou petits kizami tsuki donnés en reculant. Les jodan mawashigéri sont rarement au bon niveau. Les techniques keri et tsuki ne sont presque jamais accompagnées de ikiashi ou ikite. Dans d'autres cas, l'accent est porté uniquement sur la puissance, qui, à elle seule, n'est pas non plus un signe de qualité: par exemple, un chudan mawashigéri qu'on assène à son adversaire comme s'il s'agissait d'un sac dénote un total manque de contrôle et peut être dangereux (risque pour les côtes ou la colonne). Un tsuki ou keri chudan à l'estomac qui fait tomber l'adversaire est considéré comme efficace et peut rapporter ippon à celui qui l'a donné. Mais ce ippon, parfois, est une erreur du juge; parce que même chudan, les techniques peu contrôlées restent dangereuses (comme yokogeri kekomi, par exemple): les problèmes peuvent parfois n'apparaître qu'après un certain laps de temps. Si on continue à les récompenser par des ippons, les techniques de ce type ne disparaîtront jamais des compétitions. Dans ce contexte, la difficulté réside dans la reconnaissance de sa propre faiblesse, puisque chacun pense faire juste et s'en remet à soi-même pour se juger. Le fait de reconnaître ses propres limites permet de les repousser et c'est là une tâche que chaque arbitre se doit d'accomplir, pour rester sérieux et neutre jusqu'au bout. Autrefois existait le "dojo kumité", bien plus violent que la compétition actuelle. Mais les mentalités ont évolué et il est à présent essentiel de préserver les individus. Lorsqu'un accident a lieu, il est déjà trop tard. La prévention est donc indispensable et elle commence lors des entraînements. Une des grosses difficultés de l'arbitrage est évidemment de ne pas se laisser aller à encourager son propre groupe de compétiteurs. Il faut alors que l'arbitre livre un combat contre lui-même, pour rester impartial. Il peut y arriver en changeant son point de vue, en considérant l'adversaire de son élève comme son propre élève et les autres sections comme sa propre section. Quant au compétiteur, il doit toujours accepter la décision de l'arbitre. Il ne doit pas se mettre en colère, ni la contester à haute voix, c'est totalement contraire à l'esprit du budo. Il ne devrait même pas penser que l'arbitre n'a pas fait son travail comme il faut. Si le concurrent n'est pas content, il ne peut que s'entraîner encore plus, très durement, pour avoir un niveau technique beaucoup plus élevé que celui de ses adversaires, afin que sa supériorité physique et spirituelle apparaisse de façon indéniable. Il arrive souvent qu'un compétiteur pense d'un adversaire vainqueur qu'il n'a gagné que grâce à la faveur de l'arbitre. Mais le pensera-t-il s'il est lui-même vainqueur? Lorsque l'arbitre prend une décision, il ne peut plus revenir en arrière; et même s'il lui est possible d'effectuer une correction par la suite, cela ne restera toujours qu'une correction. L'arbitre doit donc accomplir sa tâche avec le plus grand sérieux, en respectant au mieux son aspect "sacré". La critique facile est dangereuse. Cela est valable pour le concurrent comme pour l'arbitre. Il ne faut jamais oublier que le seul ennemi que nous ayons, c'est nous-même, le seul adversaire que nous connaissions réside dans notre propre corps.
Propos de Nakajima Sensei, recueillis par P. Birchler Emery.
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