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D’une buse, on ne peut faire un aigle.
(proverbe romand)
Voici vingt-cinq siècles que Platon nous exhortait à penser par nous-mêmes. Son siècle connut les déchirements les plus sanguinaires ainsi que les œuvres parmi les plus marquantes, notamment en matière de réflexion sur la république, le bien, l’essence du droit, la démocratie directe, la citoyenneté, la place de la femme dans la cité, les liens entre rhétorique et réalité, le statut d l'hypothèse dans la recherche de la vérité, la perception de la beauté, etc. Voilà qu’un philosophe moderne rédigea un livre Pourquoi, donc ? un peu à l’image des dialogues socratiques.
Non qu’on voulut résoudre l’énigme métaphysique par excellence mais c’est bien le sens pratique qu’on interrogea par cette question récurrente.
Devenu le livre de chevet des politiciens à cause du titre qui s’imposa comme une évidence. Par ailleurs, beaucoup de spécialistes (les pédagogues, les médecins, les psys en tous genres), les atrabilaires et même certains illuminés pour qui la vie ne décelait plus aucun mystère, suivirent le chemin.
« Pourquoi se fatiguer à cuisiner si c’est pour voir une si bonne nourriture, sophistiquée, finir en matière indéfinissable, au surplus nauséabonde ? » ;
« Pourquoi engendrer de nouvelles créatures si elles sont vouées à disparaître ? » ; « Pourquoi refaire son lit chaque matin, si c’est pour le défaire chaque soir ? » ;
« Pourquoi travailler huit heures par jour durant plus de quarante ans en moyenne quand on ne peut même pas profiter du fruit de son travail par manque de moyens et de temps ;
« Pourquoi étudier si les diplômes conduisent au chômage » ;
« Pourquoi éduquer les enfants quand les adultes ne donnent pas l’exemple et font tout le contraire des principes inculqués par ceux-là même qui les édictent tout en les violant ? » ;
« Pourquoi démontrer scientifiquement certains faits ou analyses dont les conséquences sont prévisibles quand on est régis par des sombres idiots ? » ;
« Pourquoi former la jeune génération si c’est de toutes façons pour aboutir à de tels décideurs ? »
« Pourquoi penser si les dogmes religieux, les codes sociaux, les normes épistémologiques, l’atavisme génétique ou encore le thème astral pensent pour nous ? » ;
« Pourquoi faire des efforts incessants pour sauver la mémoire, l’histoire si c’est pour que tout retombe dans l’oubli, voire à la révision perpétuelle des thèses étayées ? » ;
« Pourquoi développer des qualités défiant la nature (les lois biologiques) si ces mêmes qualités, intellectuelles, morales et spirituelles, n’échappent à la temporalité?;
« Pourquoi aller voter puisque les gouvernants font ce qu’ils veulent ? » ;
« Pourquoi se lever le matin si c’est pour se rendormir quelques heures plus tard ? » ;
« Pourquoi baiser si le désir sexuel disparaît une fois satisfait ?» ou pire « … si le désir satisfait renaît de ses cendres à chaque fois ? »
Ce perpétuel recommencement fut dénoncé par tous comme un véritable scandale existentiel, de par son caractère absurde, répétitif, pesant. Il fut ainsi considéré comme la source de l’absence de libre-arbitre dans la condition humaine. On voulut se rebeller contre mais on ne savait pas au juste contre qui. Si d’aventure quelqu’un possédait la solution, qu’il ait la gentillesse de nous la fournir, à l’heure où l’on ne sait pas ce qu’est la vertu alors qu’on continue à parler de l’homme vertueux.