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Florian Conz et la constance dans les sentiments.
-Vous avez joué, grosso modo, durant 14 saisons avec le LHC. Cette fidélité peut-elle être assimilée à des attaches particulières?
-C'est dans les gènes, ma façon d'être, de construire des choses et de m'y impliquer. Cette constance dans les affections, les sentiments, les relations, est-elle due aussi à l'éducation que j'ai reçue? Oui, sans doute. C'est à l'école que j'ai connu celle qui allait devenir ma femme. J'avais 15 ans. Ça fait 19 ans que nous sommes ensemble. J'aime avoir des projets, les voir grandir, évoluer. Oui, un couple, c'est un peu ça.
-Vous êtes un Jurassien sans accent...
-...Il est rare que je me fasse "griller" à ce sujet. Comment définir un Jurassien? Il est très attaché à sa région et à la famille. C'est une tradition. Beaucoup sont partis, mais un jour ils sont revenus au Jura. Il y a une qualité de vie autre, qui n'existe pas en ville.
-Avez-vous toujours été un joueur professionnel dans votre sport?
-Non, pas au début. J'ai effectué un apprentissage d'employé de commerce à l'Office cantonal des sports du Canton du Jura à Porrentruy, que j'ai terminé dans les bureaux du LHC. En 2003. Je suis au bénéfice d'un CFC.
-Le hockey sur glace s'est-il tout de suite imposé...
-...Non, même si j'allais voir des matches du HC Ajoie, qui évoluait en LNA. Avec des copains, nous jouions au hockey dehors avec des buts posés au milieu de la rue. Les voitures n'avaient pas (toujours) le droit de passer. À Fontenais, où j'ai grandi, j'ai joué au foot. Si j'étais milieu de terrain? Non, je jouais un peu partout. Comme au hockey, j'étais déjà polyvalent. A un moment donné, j'ai dû faire un choix.
De la glace à l'hôpital
-Vous avez commencé en première ligue. Vous rappelez-vous votre premier match?
-Oh! Oui. C'était avec le HC Ajoie. J'avais 14 ans. À peine avais-je griffé la glace qu'on a dû me transporter à l'hôpital, touché à une épaule.
-Le hockey, en tant que professionnel, a-t-il été pour vous un métier où une passion bien rémunérée?
-Il a représenté ma passion. Mais il ne faut pas être hypocrite ni se cacher: des jours, le hockey a été un métier. J'ai eu la chance de faire de cette passion mon métier et de bien gagner ma vie.
-Vous êtes-vous enrichi?
-Oui. J'ai connu la richesse des émotions. La vraie richesse, elle est là.
-Plus tard, occuperez-vous un job dans le hockey?
-Oui, pourquoi pas. Sait-on jamais. Je suis un amoureux du sport. J'aime le hockey, d'autres activités sportives m'intéressent. Il faut bien sûr que ça me convienne, que
je puisse amener et construire quelque chose. Je ressens le besoin de redonner ce que j'ai reçu.
-Durant trois ans, vous avez été capitaine du LHC. Qui vous a choisi, élu? Comment s'est passée votre nomination?
-En principe, l'entraîneur propose, les joueurs votent. En ce qui me concerne, j'avais eu une discussion avec l'entraîneur. Tu peux dire non. Si je suis un leader? En fait, je me sentais de prendre cette responsabilité, dans ce contexte-là, bien précis. J'étais convaincu que j'étais la personne apte pour ce poste. Non, on n'est pas augmentés. Ce qui peut augmenter, ce sont les soucis. Capitaine, c'est faire des découvertes au niveau humain, il y a des cas à gérer, des analyses à faire. Etc. Ça a été pour moi une belle expérience.
Des maîtres mots
-L'exigence, le plaisir sont-ils des maîtres mots chez vous?
-Oui, il y a un équilibre à trouver si on veut les associer. On n'a pas tellement le choix. Le hockey est un sport collectif dans lequel le partage est important, où il faut aussi et surtout travailler pour les autres. Quand j'avais 17 ans, j'étais alors junior A au HC Ajoie, une personne (un entraîneur) m'a dit une chose que je n'ai jamais oubliée: que j'avais la qualité de bien faire paraître les autres, soit mettre en valeur les joueurs sur la glace, avec des envies et du plaisir.
-Dans le monde du hockey, qu'avez-vous aimé le plus?
-Ce que j'ai surtout préféré, aimé, ce sont les moments qui ont suivi le gain de choses importantes, que tu peux partager, comme le fruit de son travail, par exemple. Quand on est montés en LNA avec le LHC, dans la rue, des gens ont dit merci. Ça fait plaisir.
-Et qu'est-ce que vous avez le moins aimé?.
-C'est un milieu assez égoïste. Vu de l'extérieur, ça peut paraître paradoxal. Mais on a besoin aussi de ça. Cela dit, chez les joueurs, j'en ai croisés quelques'uns qui auraient dû faire un sport individuel.
-Sincèrement, aujourd'hui, les entraînements, les matches, cela ne vous manquent-ils pas un peu?
-Non, c'est derrière, c'est du passé. Au début, j'avoue que ça fait un peu bizarre. Je viens de quitter un monde pour un autre différent. Avec le hockey sur glace j'ai vécu un film dans la peau d'un privilégié. Je ne vais pas me plaindre maintenant.
-Auriez-vous pu terminer votre carrière en jouant en première ligue?
-Physiquement, oui, mais comme on ne m'a rien proposé, je n'ai pas eu à me poser la question ni à m'obliger à faire une réflexion. Mais aurais-je eu du plaisir? Si c'est taper dans un puck pour taper dans un puck...
A la BCV depuis septembre
-Quel autre métier auriez-vous pu pratiquer?
-Y'en a plein, mais pas un métier manuel. Je suis un mauvais bricoleur. (Réflexion). Peut-être un métier en rapport avec l'enseignement. Je vous dis ça comme ça, je ne le saurai jamais.
-Depuis le mois de septembre dernier, vous travaillez à la BCV (Banque Cantonale Vaudoise). Comment s'est opéré ce transfert?
-Quand j'avais 27-28 ans, je préparais déjà ma reconversion. Je me disais qu'il y allait avoir une suite, qu'il fallait y penser. J'ai toujours eu un intérêt soutenu pour le monde de la finance. Alors joueur au LHC, j'avais effectué un stage chez un sponsor, Cronos, gérance de fortune dirigée par M. Pascal Roux. A la fin, mon intérêt était toujours là.
-Que s'est-il passé ensuite?
-Ensuite? Je me suis fait des relations et dans ce contexte, j'ai fait la connaissance d'une personne travaillant à la BCV. J'ai écrit à cette banque. J'ai toujours gardé un contact avec cet établissement. La BCV n'est-elle pas un des partenaires du LHC ? L'idée d'y travailler un jour ne me déplaisant pas, je l'ai gardée dans un coin de ma tête. Surtout que j'avais suivi auparavant une formation de base banque et finance.
-Et vous voilà à la BCV à Echallens...
-...Oui, et j'habite dans la région, tout près. A la BCV, je suis une formation à l'interne, dans le domaine de la clientèle privée. C'est très intéressant.
-Le fait d'être un hockeyeur connu, ça aide?
-Oui, pour autant que la personne sache ce que j'ai fait. Cela facilite le contact et ça met à l'aise. On peut entamer plus facilement une discussion. Après, c'est à moi de faire mes preuves.
Prendre du temps pour les autres
-Votre futur, vous le voyez comment?
-Il y a plein de projets à accomplir. Autour de moi, je connais des personnes qui ont des enfants malades. Je suis prêt à m'impliquer que ce soit dans une association ou ailleurs, profitant du fait que je suis encore un peu connu ( il dessine des guillemets avec deux de ses doigts autour du mot connu). En mars prochain, je serai papa pour la deuxième fois. Encore une étape importante dans ma vie.
-Et professionnellement?
-Comme je suis très exigeant, j'ai besoin d'apprendre, d'échanger, d'évoluer dans mon travail et de côtoyer des gens passionnés, qui donnent le meilleur d'eux-mêmes. J'ai toujours éprouvé le besoin de me mesurer. C'est dans mon ADN. J'ai été un acteur d'un spectacle, aujourd'hui et désormais, je suis aux services des gens. Ce qui est aussi valorisant.
-Qu'avez-vous fait le jour où vous avez arrêté le hockey?
-Entouré de ma famille et des mes amis j'ai bu du champagne, tout simplement. J'ai eu de la chance qu'ils soient là, que tout le monde soit là.
-Serez-vous un jour coach d'une équipe de hockey?
-C'est une bonne question. Peut-être, je ne sais pas, je ne pense pas. Une chose est sûre: on n'efface pas tant d'années passées dans le sport comme ça.
-Serez-vous un jour directeur d'une banque?
(Il sourit)-Non, j'aurais dû m'y mettre un peu plus tôt.
-Si Dieu existe, qu'aimeriez-vous, à votre mort, l'entendre vous dire?
(Autre réflexion, plus longue que la précédente)-Bravo Florian, tu as réussi à avoir une vie heureuse, avec des gens heureux autour.
Palmarès
- Florian Conz est né le 20 octobre 1984 à Neuchâtel mais a grandi à Fontenais (Jura).
- Ancien hockeyeur. Attaquant. Il prend sa "retraite" sportive en 2018. Fin de contrat avec le LHC. Durant l'été 2018, il a donné un coup de main à la formation vaudoise
- de hockey. "J'avais peu d'influence. Et vu ma vie de famille et professionnelles, cela n'a pas duré longtemps."
- A disputé plus de 650 matches en LN. A marqué plus de 120 buts.
- A commencé avec le HC Ajoie, a été junior avec le HC Kloten, puis à joué avec le LHC de 2003 à 2008 (LNA et LNB).
- Ensuite, il a joué durant 4 saisons avec GE Servette, "Avec des passages au LHC".
- Deux fois vice-champion de Suisse avec GE Servette.
- Retour au LHC, saison 2010-2011 jusqu'en 2018 (LNB puis en LNA dès la saison 2013-2014).
- Florian Conz est le joueur qui a le plus porté le maillot du LHC de toute l'histoire du club (selon les statistiques: 520 matches en 14 saisons différentes).
- En 2015, il souffre d'une commotion cérébrale (6 mois d'absence).
- Champion de Suisse de LNB avec le LHC (2012-2013). Promotion en LNA.
- Relégation en LNB avec le LHC (en 2005).
- Capitaine du LHC (2011-2014).
- Est médaillé d'argent avec l'équipe de Suisse M18 aux Mondiaux en 2001.