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Ce tiento est sans doute l’un des plus accomplis chefs-d’oeuvre de Cabezon, car il conjoint une grande diversité de motifs avec un principe d’unité. Il est dans un des modes de mi, mode caractérisé par le fait que le premier degré au-dessus de la tonique, soit mi-fa, est un demi-ton. La plupart d’entre nous ne connaissent plus de mélodie dans un tel mode, sauf peut-être ceux qui ont encore un très vague minimum de culture religieuse (comme moi) et qui ont autrefois chanté, lors d’un culte, le De profundis: « Des lieux profonds je crie à toi… » où le deuxième membre de phrase, de même que le dernière phrase, arrive sur la tonique par la descente sol-fa-mi, donc en dernier lieu par un demi-ton:
En fait tout ce tiento joue sur ce demi-ton mi-fa, c’est une fête du demi-ton. Tous les différents motifs dont les développements contrapuntiques se succèdent commencent en effet par l’énoncé de ce demi-ton ascendant mi-fa (ou si-do). Quitte à poursuivre, soit dans un esprit de contemplation mystique (premier épisode), soit dans un jeu mélodique et harmonique de caractère âpre (deuxième épisode), soit dans un trois-temps très enlevé (troisième épisode), soit enfin (quatrième épisode) dans un retour à un tempo plus modéré conjoignant des éléments des deux premiers épisodes: lenteur contemplative et douleur (âpreté).
La pièce s’achève sur une suite d’accords caractérisés par un élargissement progressif de l’ambitus, qui doit à mon avis s’accompagner aussi d’un élargissement progressif du tempo, pour conclure d’une manière assez solennelle, et marquée en fin de compte par une dernière apparition, à la basse, du demi-ton, cette fois descendant, fa-mi (car nous faisons notre la proposition de Kastner de lire ainsi les deux dernières mesures).
A noter une faute évidente dans le texte original, et reproduite sans ciller tant dans l’édition de Pedrell que dans celle de Kastner, à la mesure 79, deuxième blanche au soprano: bien sûr mi et non pas do (les éditeurs modernes n’ont-ils pas reconnu le thème qui occupe toute la deuxième section de ce tiento?).