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Jérôme Powell sera le 15e président de la Réserve Fédérale des Etats-Unis. Sa politique monétaire dépendra plus des évènements que de son héritage.
Cette nomination s’inscrit à la fois en continuité et en rupture par rapport à ses deux prédécesseurs. Choisi par un Président et confirmé par un Congrès Républicain, peu amènes à l’égard de l’institution, Jérôme Powell fait consensus à plus d’un titre :
- Déjà membre du directoire de la Fed, il en a la pratique et en possède les codes.
- Par ses propos et ses votes, il s’inscrit dans la droite ligne de la politique monétaire menée par Janet Yellen, qui a consisté à mettre en œuvre le plus progressivement possible, la normalisation monétaire. Ses commentaires notamment ont toujours parfaitement «collé» à ceux de la Présidente.
C’est peut-être ce que certains seraient d’ailleurs enclins de lui reprocher: son adhésion à la politique menée par la Présidente est certes un gage de continuité, toujours apprécié par les marchés, mais n’est-ce pas aussi un signe de faiblesse voire de manque de maîtrise des sujets de politique monétaire?
Car, Jérôme Powell est aussi l’homme de la rupture du fait de sa formation et de son parcours professionnel: contrairement Ben Bernanke et Janet Yellen, qui font autorité dans leurs domaines de recherche, Jay Powell est un avocat d’affaires, issu de la banque et de la finance. En fait, il se situe dans une tradition plus ancienne des gouverneurs de la Fed, qui comme lui étaient des juristes, praticiens de la finance. Cela n’empêche pas certains observateurs de s’interroger sur sa capacité à développer une vision propre de la conjoncture et des enjeux économiques et monétaires du pays. C’est d’autant plus crucial que l’économie américaine accélère au-delà de son potentiel, et que les dettes du pays se creusent.
Jérôme Powell se distinguerait plus comme l’homme de la supervision bancaire ou plutôt du relâchement de celle-ci. Au lendemain de la crise de 2008, la Réserve Fédérale s’est vue investie par le Dodd-Franck Act de pouvoirs de supervision renforcés sur le système bancaire américain. Le nouveau Président n’a pas fait mystère de son intention d’assouplir la réglementation. Avec Randal K. Quarles, nommé l’an passé, à ses côtés, beaucoup prêtent à Jay Powell l’intention d’accéder aux demandes de Wall Street dans ce domaine.
Je pense que les dés ne sont pas complètement jetés:
- D’une part, la banque centrale ne pourra pas ignorer le caractère procyclique de la réglementation financière. Celle-ci tend à se durcir en période de crise et se relâcher en période de croissance. Revenir dès à présent sur certaines des règles prudentielles mises en œuvre ces dernières années risquerait d’emporter Wall Street vers de nouvelles bulles qu’il reviendra alors à la Banque Centrale de contenir.
- D’autre part, le nouveau Président pourra compter sur un comité profondément renouvelé, après les départs de Stanley Fischer, éminent économiste et de William Duddley, patron de la Fed de New York.
Sur la liste des nominés figure également Marvin Goodfriend. Si sa nomination est bien confirmée par le Sénat, c’est vers lui que les marchés se tourneront sûrement pour évaluer l’orientation de la politique monétaire de la Réserve Fédérale. Economiste et spécialiste des questions monétaires, Marvin Goodfriend s’était montré assez critique à l’égard de la politique d’achats d’actifs comme du maintien des taux directeurs à zéro. Il défend une politique monétaire plus «automatique», fondée sur la modélisation et semble particulièrement attaché à la nécessité de contenir l’inflation.
Mais même après cette nomination, avec quatre membres seulement, le comité des gouverneurs de la Réserve Fédérale reste encore incomplet (il manquera trois membres), ce qui rend la tâche de chacun plus lourde, et nécessite aussi un dialogue plus ouvert avec les gouverneurs votant issus des Fed régionaux qui disposent de 5 voix au sein de FOMC.
Finalement, cette transition tant redoutée dans le contexte politique actuel, est plutôt bien accueillie par les marchés, qui saluent la continuité. Il reste qu’une accélération supplémentaire de l’économie, promise par le Président Trump, risque de rebattre très vite les cartes et contraindre la Fed à reconsidérer son cap et son allure.