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De quelle cohésion nationale parle-t-on lorsqu' un Schwytzois, pratiquant un idiome issu du vieux haut allemand, se retrouve pour une réunion à Zurich en compagnie d'un Graubundener germanophone? Aucune, évidemment. Ils finiront par s'entendre dans une approximation goethienne ou un jargon shakespearien.
Depuis quelques mois, on hurle au scandale car quelques cantons alémaniques veulent laisser tomber l'apprentissage du gaulois en primaire au profit de l'anglais. La révolte gronde au nom de la sacro-sainte cohésion nationale! Le destin de la Suisse serait-il en péril si tous les Suisses pouvaient converser dans une même langue véhiculaire tout en gardant leur langue maternelle?
Emmanuel Macron est le premier président français capable de s'exprimer couramment en anglais. Lorsque, à l'occasion de sa première visite à l'étranger, il a rencontré Angela Merkel, ils ont tous deux immédiatement conversé en anglais. N'est-ce pas là une illustration tangible qu'une langue partagée vaut tous les discours sur une pseudo cohésion? Pourquoi l'Espéranto considéré en son temps comme l'anti-mythe de Babel n'a-t-il jamais réussi à percer alors que, via le commerce, la finance, l'informatique, les variétés, l'anglais s'est imposé, quasi à l'insu du plein gré de tous?
Un anglais appris et maitrisé dans tous les cantons, comprenez un enseignement bilingue dès les premières classes alimenterait sans doute mieux une cohésion nationale, voire mondiale que n'importe quel stage chez le voisin. Et personne n'empêchera ensuite chaque canton de choisir sa 3e langue selon ses affinités.
L'enseignement bilingue français-anglais, italien-anglais ou suisse-allemand-anglais, est une question de bon sens.
Nina Brissot