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Pour prolonger l’été et avant d’aborder les infinis sujets qui fâchent infiniment, je vais parler du sport féminin en général et du foot féminin en particulier.
Le Français Pierre de Coubertin, qui créa les JO modernes en 1894 (1e édition 1896 à Athènes), en interdit l’accès aux femmes. Il déclarait que leur participation «constitue un affront majeur à la grandeur et la pureté originelle de cette compétition». Des femmes participèrent pour la 1e fois aux JO de Paris de 1900, en tennis et en golf. Charlotte Cooper fut la première à s’adjuger une médaille d’or olympique, en tennis. Elles sont admises aux épreuves de gymnastique et d’athlétisme des JO d’été de 1928 à Amsterdam. Mais après le 800 mètres féminin, la presse se déchaîne contre la gagnante, l’Allemande Karoline Radke-Batschauer dite Lina Radke (1903-1983), dont elle moque le manque de féminité et rabaisse l’exploit. Affirmant faussement un état physique déplorable de certaines athlètes après l’arrivée du 800 m, le CIO décida ne plus faire disputer de courses supérieures à 200 m à des femmes. Cette décision ne sera remise en cause qu’à partir des Jeux olympiques de… 1960! La présence des femmes aux JO est encouragée dans les décennies 1970 et 1980 grâce aux directives des Nations unies, affirmant que le sport est favorable à la santé. Depuis 1991, toute nouvelle discipline aux JO doit obligatoirement comporter des épreuves féminines; en 2012, ceux de Londres sont à 44% féminins.
Les effets de genre touchent aussi, depuis toujours, la composition du CIO: exclusivement masculin jusqu’en 1981, il l’est majoritairement jusqu’à la fin du siècle. Mais depuis 2007, la Charte olympique affirme: «Le rôle du CIO est d’encourager et soutenir la promotion des femmes dans le sport, à tous les niveaux et dans toutes les structures, dans le but de mettre en œuvre le principe d’égalité entre hommes et femmes» et rend obligatoire la présence des femmes dans tous les sports; en 2014, la Commission européenne défend l’égalité et le CIO inscrit la parité à l’agenda olympique 2020.
Le marathon, lui, fut interdit aux femmes… jusqu’en 1969 et introduit dans les JO de 1984 seulement. Le prétexte? cette course d’endurance mettrait leur santé en danger, elles risqueraient de perdre leur utérus!
Le premier marathon féminin des JO de Los Angeles en 1984 fut marqué par l’arrivée titubante de la Suissesse Gabrielle Andersen-Schiess. Victime d’un coup de chaleur, elle divaguait d’un couloir à l’autre de la piste. Finalement, elle termina 37e en 2h48’42”. Devant elle, l’américaine Joan Benoit, première championne olympique de l’histoire, avait franchi la ligne en 2h24’52”, faisant mieux que Mimoun à Melbourne en 1956!
Les femmes sont partout discriminées. Dans les manuels scolaires, les anthologies, les dictionnaires, les arts, les sciences, elles sont rejetées dans l’ombre, alors que les projecteurs éclairent les hommes. Il en va de même pour le sport. Un exemple parmi des milliers, la Tribune de Genève de mardi 3 septembre relate, en page 12, la victoire de Stan Wawrinka sur Novak Djokovic en huitièmes de finale de l’US Open et celle de Belinda Bencic sur Naomi Osaka, la tenante du titre. ¾ de page et une grande photo pour Wawrinka, trois petites colonnes en bas de page pour Bencic, sans photo. Or l’exploit de Belinda est plus grand que celui de Stan, puisque Djokovic a déclaré forfait.
Quelle ne fut donc pas ma surprise, pour ne pas dire mon émerveillement, ce printemps, quand j’ai assisté à l’engouement inédit pour le foot féminin! Le public, les médias s’enthousiasmaient, de match en match.
Les femmes jouent au football depuis la fin du 19e siècle en Angleterre et en Ecosse. Le 30 septembre 1917 se tient le premier match de football féminin disputé en France. Le match du 29 avril 1920 à Deepdale entre une formation anglaise et une sélection française attire 25’000 spectateurs. Un autre 53’000. Mais le 5.12.21, la Football Association interdit à ses membres d’accueillir des femmes sur leur terrain. Le championnat de France de foot féminin s’arrête en 1933. Le régime de Vichy en interdit la pratique en 1941, parce qu’il serait «nocif pour les femmes». Toujours la même rengaine. L’interdit court jusqu’à la fin des années 60. Au Royaume-Uni, l’engouement pour le football après une victoire en 1966 amène l’Association britannique de football à mettre fin au bannissement des femmes, pour lequel elle présente ses excuses en 2009, lors de festivités organisées pour célébrer la mémoire de Lily Parr, icône historique du footbal féminin.
Mais jusqu’à l’année dernière, le foot féminin semblait n’intéresser presque personne, en tout cas pas les médias. On ne voyait pas de retransmission télévisée, on connaissait à peine les résultats des matches. Et voilà que tout à coup, cet été, ce fut l’engouement, une onde de choc internationale! La télévision retransmettait intégralement les matches de la Coupe du monde, qui rassemblaient jusqu’à 48’000 spectateurs au stade et 11,8 millions de téléspectateurs devant France-Brésil. Le débarquement de 15’000 supporters néerlandais, le 15 juin, a marqué les esprits et restera le temps fort d’un Mondial réussi, avec une ambiance bon enfant, des hôtels pleins et des bars remplis. Peut-être retrouvait-on chez les joueuses la fougue, l’engagement, l’enthousiasme qui furent les qualités des hommes, mais qui ont été abîmés par les enjeux financiers…
Les filles s’identifient aux joueuses phares et s’inscrivent en masse dans des clubs, 15’000 inscriptions au lieu de 1000 auparavant. Le foot féminin est bien parti, la joie des joueuses et l’engouement du public font plaisir à voir.