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Pour la énième fois je reçois une convocation à un débat, sans doute intéressant, mais comme toujours dans un local, un bar, un restaurant, une salle de la Vieille-Ville. Toutes les réunions, meetings, groupes de réflexion etc. se passent au centre-ville. On oublie trop souvent que le centre-ville a une signification à la fois spatiale, historique, fonctionnelle, sociologique et idéologique. La centralité urbaine résulte d’un processus engagé dès le XIXème siècle en relation avec la révolution industrielle de spécialisation et de concentration sélective des activités ainsi que du refoulement des résidents pauvres, et des activités moins « prestigieuses » vers les périphéries. Or c’est très exactement là que la droite dure fait son nid. Dans ces espaces abandonnés par une gauche qui s’embourgeoise au point d’avoir oublié de qui, à qui et d’où elle parle !
L’existence d‘une périphérie s’inscrit initialement dans et par une logique de domination. C’est parce qu’il y a exercice de cette domination qu’émergent quelques questions sensibles sur l’actualité urbaine jusque-là pensée sous le prisme de la pendularité entre un centre-ville « naturellement » puissant et les communes périphériques dépendantes. Qu’advient- il de ce vieux schéma bipolaire à l’heure où les logiques de mobilité quotidienne se démultiplient dans l’espace et le temps, se recomposent, se complexifient, voire à l’heure où la périphérie s’autonomise ? L’autonomisation signifie-t-elle la fin de la domination ? Ou sa relocalisation et si oui, de quelle manière ? Peut-on oser concevoir des périphéries dominantes par leur capacité d’organisation de nouveaux espaces et modes de vie ?
L’idée du milieu urbain repose d'abord sur l'opposition centre/périphérie. Le centre-ville dominant est le marqueur psychologique d'un espace polarisé, celui dans lequel la très grande majorité des habitants se reconnaît, alors que la tertiairisation de la société a accentué les fonctions métropolitaines des villes et que les spéculations immobilières ont chassé les derniers habitants les plus modestes vers les périphéries. Comme aux XIème et XIIème siècles l’espace urbain s’est construit autour des pouvoirs religieux et guerriers les nouveaux « centres » se structurent autour de la finance et de la consommation.
N'est-il pas temps de lancer cette discussion car le Grand Genève se fait mais sans nous !