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Lausanne aura bel et bien ses Jeux olympiques d'hiver de la jeunesse en 2020. Les dirigeants du sport suisse viennent juste de sabrer le champagne pour célébrer cette victoire, qu’ils songent déjà à une autre candidature, qui permettrait d’accueillir des Jeux d’hiver de beaucoup plus grande envergure en 2026.
Les membres du Comité International Olympique (CIOLien externe), réunis à Kuala Lumpur en Malaisie, ont désigné Lausanne pour accueillir la troisième édition des Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse. Le vote en faveur de la capitale vaudoise, qu’on appelle aussi capitale olympique parce qu’elle abrite le siège du CIO, est intervenu le 31 juillet dernier.
Avec un budget de 37 millions de francs, l’événement est bien plus petit que les traditionnels Jeux olympiques d’hiver. Toutefois, la manifestation sportive et culturelle, qui rassemble plus de 1200 jeunes âgés de 15 à 18 ans, revêt une importance considérable pour la Suisse.
Les Jeux de la jeunesse
Les Jeux olympiques consacrés à la jeunesse ont lieu tous les quatre ans en hiver et en été. Les précédentes compétitions d’hiver ont été attribuées à Innsbruck (2012) et Lillehammer (se déroulera en 2016). Les Jeux d’été ont eu lieu à Singapour (2010) et Nanjing (2014), et se dérouleront à Buenos Aires (2018).
Les Jeux de la jeunesse ont été inventés en 1998 en réponse à la préoccupation croissante que suscite l’obésité des enfants au niveau mondial et la diminution de la participation des jeunes aux activités sportives, en particulier parmi la jeunesse des pays industrialisés.
Les Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse sont un événement multisport majeur à l’échelle internationale, ainsi qu’un festival culturel. Ils s’adressent aux jeunes âgés de 15 à 18 ans. L’édition lausannoise de la compétition aura un budget de 37 millions de francs, dont deux tiers seront couverts par la Confédération. 1200 jeunes athlètes et leurs familles sont attendus.
La version hivernale de la manifestation, qui reprend sept sports des Jeux olympiques d’hiver, va être partagée entre Lausanne (patinage artistique et hockey sur glace), les Alpes vaudoises (descente à ski et en snowboard) et la Vallée de Joux, dans les montagnes jurassiennes (ski de fond). Les épreuves de ski acrobatique vont se dérouler à Les Tuffes en France voisine.
Ces Jeux d’hiver seront les premiers depuis 1948 à Saint-Moritz. Les tentatives précédentes pour galvaniser l’intérêt autour d’un tel événement ont échoué face aux craintes liées aux coûts environnementaux et financiers d’une telle organisation. Turin a balayé la dernière candidature helvétique officielle, Sion 2006. Toutefois, Lausanne 2020Lien externe pourrait jouer un rôle de tremplin qui permettrait à la Suisse de viser les Jeux olympiques d’hiver 2026.
«Premier pas»
Le président de Swiss OlympicLien externe Jörg Schild indique que la victoire de Lausanne crée un regain d’optimisme quant à une future candidature suisse. «Je vois les Jeux olympiques d’hiver de la jeunesse comme un premier pas», a-t-il déclaré à Kuala Lumpur.
Le lancement d’une candidature doit émaner de Swiss Olympic, et l’organisation a déjà commencé à explorer cette possibilité. Jörg Schild a récemment créée un groupe de travail, formé de politiciens et d’officiels de Swiss Olympic, du CIO, de l’Office fédéral du Sport, du canton du Valais (dont la capitale est Sion) et du secteur touristique. Trois rencontres sont planifiées avant fin novembre.
Christian Constantin, président du club de football FC Sion et promoteur immobilier, a toutefois déjà une longueur d’avance sur le groupe de travail. Il pilote une possible candidature 2016, portée par le canton du Valais. En décembre 2014, Christian Constantin a fondé une société pour étudier la question. Elle doit présenter un rapport à Swiss Olympic cet automne.
Les observateurs estiment que le timing est du côté de la Suisse. L’Asie va organiser les Jeux olympiques d’été et d’hiver, à PyeongChangLien externe en 2018, à Tokyo en 2020 et à Pékin en 2022. Il est donc probable que l’Europe se voit attribuer les Jeux d’hiver de 2026. La Suisse pourrait ainsi avoir moins de concurrence. De plus, la France (Paris), l’Italie (Rome) et l’Allemagne (Hambourg) ont officiellement annoncé leur candidature pour les Jeux olympiques d’été 2024. Par conséquent, ces pays ne devraient pas se profiler pour les Jeux d’hiver. Le temps est toutefois compté. Les Suisses devront avoir finalisé leur candidature en 2017, alors que le choix sera scellé en 209.
Plus simple et moins cher
Durant les Jeux de la jeunesse, Lausanne prévoit d’organiser quelques compétitions de ski en France voisine. Une manière d’appliquer les réformes du nouvel Agenda 2020 du CIO, qui encouragent les villes candidates à adopter des stratégies plus flexibles et moins chères, comme couper dans les coûts organisationnels en utilisant les infrastructures existantes.
Pour le moment, les officiels qui soutiennent une candidature olympique disent qu’il est trop tôt pour préciser s’ils comptent s’allier aux pays voisins ou poursuivre une stratégie multisite exclusivement suisse. Gregory Saudan, chef de projet pour l’initiative de Christian Constantin, confie que leur projet est centré sur le Valais, mais complété par des infrastructures à travers la Suisse – précisément dans les cantons de Vaud, Berne et des Grisons. Il explique notamment qu’ils ne vont pas construire une piste de bobsleigh ou un tremplin d
e saut, alors qu’il en existe tout près. «Nous n’allons pas non plus construire plus de patinoires que nécessaire. Nous pourrions utiliser la nouvelle structure à Lausanne, qui sera à une heure de Sion et aura une capacité de 10'000 sites», ajoute-t-il.
Jean-Loup Chappeler, professeur à l 'Institut de hautes études en administration publique à Lausanne et ancien directeur exécutif du comité qui a piloté la candidature olympique malheureuse de Sion 2006, indique que beaucoup de projets sont à l’étude en ce moment. «Mais ce n’est pas seulement une question de bonnes idées et d’infrastructures. Vous devez aussi convaincre la population, et c’est la partie difficile», note-t-il.
Opposition de base
La prochaine candidature suisse va devoir relever un défi de taille. En 2013, l’opposition locale avait écrasé celle de Saint-Moritz-Davos, dans les Grisons, essentiellement pour des raisons financières. Vendredi dernier, Pékin a battu Almaty au Kazakhstan pour accueillir la compétition. Les deux villes étaient les dernières en lice.
De nombreux concurrents se sont retirés sous la pression de l’opposition citoyenne qui pointe du doigt le gigantisme olympique et les coûts de l’organisation. Après le retrait de Saint-Moritz-Davos, Munich et Cracovie à la suite de référendums en Suisse, en Allemagne et en Pologne, Stockholm, les villes de Cracovie, Lviv et Oslo ont toutes renoncé en raison du manque de soutien local.
Le professeur de l’Université de Zurich Martin Müller, spécialisé en événements de grande envergure, estime que les obstacles à une candidature suisse sont considérables. «La Suisse n’a pas de bons atouts pour les Jeux olympiques 2026 – à moins que l’Agenda 2020 du CIO puisse diminuer les exigences pour les hôtes qui se trouvent dans des régions critiques et que le comité envoie un signal clair en faveur d’une candidature sur plusieurs sites», commente-t-il. «Je pense que le Valais est le candidat qui a le plus de chance de réussite, mais même là un référendum serait probable.»
Jean-Loup Chappelet doute aussi de la volonté de la population suisse d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver. «En 2006, 80% de la population était pour la candidature de Sion, mais je dirais qu’actuellement le soutient populaire serait de moins de 50%», affirme le professeur. «L’état d’esprit du moment est plutôt au questionnement de ce type de gros évènements. Il est possible de susciter l’enthousiasme. C’est une question de communication, d’explications et de transparence. Toutefois, il faudra une génération pour ramener les Jeux d’hiver.»
Les Jeux d’hiver en Suisse
Saint Moritz a accueilli les Jeux d’hiver deux fois: en 1928 et 1948. Plusieurs candidatures suisses ont échoué ces dernières années. Le plus gros échec fut peut-être celui de Sion, la capitale du Valais, qui a perdu la bataille contre Turin pour les Jeux d’hiver 2006. D’autres projets aux Grisons, à Berne, Zurich, Lausanne et même à Genève se sont heurtés à l’opposition locale ou au refus du comité de Swiss Olympic de les soutenir.
(Adaptation de l'anglais: Katy Romy), swissinfo.ch