Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06965.jsonl.gz/713

Non, l'histoire de David Reimer ne prouve en rien la prédominance du biologique sur l'influence socioculturelle. Pour bien comprendre de quoi il retourne, reprenons ce cas dans le détail. Dans les années 1960, lors de la circoncision des deux jumeaux mâles, le sexe de l’un des deux a été coupé, le bistouri ayant dérapé. Comme il est plus facile chirurgicalement de couper complètement le sexe plutôt que le réparer, il avait été décidé que l’on ferait de cet enfant une fille. L'opération visant la circoncision a été effectuée lorsque les jumeaux avaient 8 mois, mais la décision de transformer le jeune garçon en une fillette n’a été prise que lorsque l’enfant avait 18 mois. On changea son prénom (le petit Bruce devint Brenda), on lui mit des robes, on laissa pousser ses cheveux et, à 22 mois, il subit une opération pour lui supprimer les testicules et lui créer une vulve.
Il faut donc bien comprendre que cet enfant a vécu ses 18 premiers mois comme un garçon, voire ses deux premières années de vie, et que la transformation en fille a été progressive. C'est-à-dire, qu'il a été considéré, pensé, projeté comme un garçon par ses parents et tout son entourage durant toute cette période. Cet enfant a mal vécu son enfance, ainsi que son adolescence. Par exemple, il continuait de vouloir faire pipi debout, de jouer avec des objets étiquetés garçon. Subir les moqueries des petits camarades n'était pas chose aisée non plus. Sans oublier qu'il avait constamment sous les yeux son jumeau, le double de lui-même en version masculine.
Comme cet enfant était très mal dans sa peau, c’est vers ses 14 ans que ses parents lui ont expliqué qu’elle était née garçon. Dès lors, la jeune Brenda a souhaité reprendre son identité de garçon et a opté pour le prénom de David. Mais il a continué à se sentir mal dans sa peau et, vers 40 ans, il s'est suicidé. Parce que biologiquement parlant c’était un garçon et qu’on en a fait une fille? Ou parce que, pendant près de 2 ans, de sa naissance à l’opération de chirurgie réparatrice, on a projeté sur ce bébé un identité sexuée de garçon avant de le forcer à se construire en tant que fille?
Ce que les recherches tendent à montrer, c’est qu’on ne peut pas laisser l’enfant dans l’incertitude par rapport à son sexe. S’il y a eu erreur d’assignation du sexe à la naissance, on ne va pas au bout de quelques mois changer le sexe de l’enfant à l’état civil du jour au lendemain. Parce que l’identité sexuée de l’enfant se développe en fonction du sexe qui lui a été assigné à la naissance: en effet, c’est le sexe attribué dans la tête des autres, notamment des parents, et les projections qui s’ensuivent sur l’enfant qui vont influencer la construction de son identité sexuée.