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26.11.2002
Le Temps
Rubrique: suisse

L'intervention d'Andreas Gross
sur la démocratie devant l'ONU
ne plaît pas à tout le monde
NATIONS UNIES. Le socialiste zurichois de Saint-Ursanne était le premier parlementaire suisse à s'exprimer devant l'hémicycle des nations. Il y a prôné une globalisation démocratique.
Alain Campiotti, New York
Andreas Gross enfile sa veste d'hiver sous le crachin new-yorkais. Sortant des Nations unies, ce grand calme a l'air soudain légèrement inquiet: «Vous croyez que je serai à JFK à 6 h?», demande-t-il en cherchant des yeux un improbable taxi jaune. Mais les utopies réalistes, ça le connaît... Le socialiste pacifiste, sans cela, ne courrait pas le monde avec son nouveau bagage politique pour demain: la démocratie au-delà des Etats-nations. Au milieu d'une petite semaine à l'ONU, le Zurichois de Saint-Ursanne a encore une fois déballé son étalage, devant un auditoire de choix: la 57e Assemblée générale, qui s'ouvrait pour quelques jours aux parlementaires. C'était la première fois qu'un député suisse s'exprimait dans ce cadre. Pour Andreas Gross, c'était aussi une petite réparation: lui qui fut l'une des chevilles ouvrières de l'initiative pour l'adhésion n'avait pas été invité quand, en septembre, la Suisse avait fait son entrée de plein droit dans le palais au bord de l'East River.
L'intervention du socialiste, qui avait la bénédiction de Joseph Deiss, n'a pas plu à tout le monde. Dans la Neue Zürcher Zeitung, des collègues des Chambres font la grimace. Des membres de la Commission des affaires étrangères sont pincés d'avoir été tournés sur leur gauche par un franc-tireur. Et l'UDC Ulrich Schlüer ricane: comme son parti l'avait prévu, l'entrée de la Suisse à l'ONU ouvre la voie au «tourisme parlementaire».
Gross n'est pas gris, et c'est peut-être la raison de ces chipotages. Car il faut un certain culot pour venir chanter la globalisation de la démocratie dans une enceinte qui est, par excellence, celle des Etats. «Les idées nouvelles viennent rarement des diplomates prudents», dit le conseiller national, qui est aussi député à l'assemblée du Conseil de l'Europe. Or aujourd'hui, il est urgent d'avancer des propositions neuves: «Le monde est peut-être bien à la veille d'une révolution, et c'est un peu comme avant la Révolution française: on sent bien que quelque chose doit survenir, mais on ne sait ni quand ni comment.»
Dans son credo, Andreas Gross a de la constance: il faut donner la parole aux peuples pour éviter des désastres sociaux et provoquer des changements. Son initiative qui voulait supprimer l'armée a ouvert la voie à sa réforme. Ses interventions depuis dix ans pour une Constitution européenne avaient un évident bon sens, et il demande maintenant - du dehors... - qu'un référendum global soit organisé sur le texte quand il sera prêt: cet acte fondateur, dit-il, devrait obtenir, pour être adopté, la double majorité du corps électoral européen et des Etats qui constituent l'Union.
Et à l'ONU? Là, le propos devient plus théorique, l'objectif plus lointain. «Mais il faut penser l'impossible», dit Gross. La globalisation, si elle n'est qu'économique, deviendra folle, pense-t-il. Pour l'empêcher - «empêcher que la liberté ne soit que celle des privilèges, imposer la prise en compte de l'exigence de dignité et des besoins sociaux» - il faut développer une globalisation des droits démocratiques. «Les défis sont désormais transnationaux; les peuples et les parlements doivent participer à la décision à ce niveau-là. Il faut élargir, approfondir et revitaliser la démocratie.»
Devant la 57e Assemblée générale, le conseiller national s'est aussi fait l'avocat d'une proposition avancée naguère par Jacques Delors, qui estimait indispensable la création, à côté du Conseil de sécurité politique, d'un Conseil économique de sécurité dont la tâche serait de réagir aux crises financières et à l'appauvrissement des peuples qui en résulte. Le Conseil de sécurité existant devrait lui-même être réformé, avec un cercle de permanents qui s'ouvrirait à l'Afrique et à l'Amérique latine, et où disparaîtrait le droit de veto. Mais ça, Andreas Gross n'a pas osé le dire devant l'Assemblée générale: on l'aurait vraiment pris pour un rêveur!
Si la démocratie doit être restaurée, les Etats-Unis ne peuvent pas échapper à ce mouvement: on peut même dire que le souvenir cuisant de l'automne 2000 impose une réflexion. Le 5 novembre dernier, pour les élections du midterm, le socialiste zurichois - dont une grand-mère est Américaine - faisait partie du groupe d'observateurs invités par le Département d'Etat. Gross est allé en Floride, et il a dit dans un article du Miami Herald ce qu'il pensait de la démocratie telle qu'elle est organisée concrètement. Pas mal, mais peut mieux faire. Que les opérations électorales se fassent - pour le moment - sans normes nationales lui semble incroyable. Et la campagne, qui se joue moins sur des programmes que sur la démolition de l'adversaire, est à ses yeux «une honte de la culture politique».
Andreas Gross
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