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Vous imaginez des Indiens d’Amérique dansant autour du poteau de torture, fumant le calumet de la paix ou attaquant une diligence? Vous avez tout faux. Les descendants des Amérindiens sont bien là, mais aimeraient bien se débarrasser de ce cliché tout en perpétuant leurs traditions, plumes comprises.
A quelques kilomètres de la ville de Québec, dans la réserve de Wendake, vit une communauté Wendat, celle que les colons français avaient nommés les «Hurons», en raison de leur coiffure qui rappelait la hure d’un sanglier, appellation qui, d’ailleurs, fut appliquée à l’un des grand lacs à la frontière des Etats-Unis et du Canada. Parmi les 11 nations autochtones qui peuplent le Québec, c’est l’une de celles qui est le plus à l’aise économiquement. «Je suis «première nation», nous déclare le réceptionniste de l’hôtel-musée du même nom situé en périphérie du village de Wendake. Je peux encore prétendre à ce titre, car l’un de mes ascendants directs est un Wendat.» Il faut avouer que l’on doit dévisager discrètement l’homme en question pour déceler un signe distinctif, comme des yeux légèrement bridés, pour en être convaincu. D’autres ont, à n’en pas douter, le physique de l’attente. Le fait d’être «première nation» ou «seconde nation» (pur sang ou sang mêlé) a son importance, car une subvention du Ministère québécois des affaires indiennes en découle.
Dans le village de Wendake se mélangent la vie moderne et le maintien des traditions. Un groupe de jeunes s’entraîne à des danses rituelles, alors que la police indienne sillonne en voiture à gyrophare les rues de la ville. Ce sont aussi des Wendats, mais pas de la même région. C’est fait exprès, de peur qu’un policier n’ait à dresser une contravention à son frère ou à son cousin, ce qui serait problématique. Au centre du village trône une église très fréquentée par les Wendats, dont la ferveur a été transmise par les Jésuites français du temps de Jacques Cartier (1540). Les moines jésuites ont eu le mérite de transcrire la langue wendat qui, jusqu’alors, n’était qu’orale. Mais ils n’avaient pas apporté que de bonnes choses, le pire ayant été la variole qui décima une bonne partie des Wendats, ceux-ci n’ayant pas les anticorps de défense naturelle nécessaires.
Les Wendats furent du côté des Français dans la guerre contre l’armée britannique qui, elle, avait le soutien des Iroquois, leurs ennemis d’alors.
Village-musée
«Nous allons vous montrer nos anciennes coutumes, dont certaines sont encore pratiquées aujourd’hui, mais notre village-musée a été mis en place pour vous transmettre la vérité sur notre peuple et non pour en faire un parc d’attractions. Vous ne nous verrez jamais organiser une attaque de diligence ou quelque chose du genre.» Ainsi parle Nancy Picard (nom authentiquement wendat, le saviez-vous?), directrice du village, laquelle nous explique que les Wendats, qui nous accueillent au son du tamtam et nous font visiter le village, sont parfois des jeunes à remettre sur le droit chemin, venus de tribus voisines. Le travail qu’on leur demande les valoriserait et les motiverait pour redémarrer dans la vie du bon pied.
Le village-musée, avec sa dominante pédagogique, est intéressant à plus d’un titre, car il présente ce peuple sous son vrai visage, pacifique et proche de la nature, avec des rituels qui, malgré le christianisme, sont toujours bien présents.
Suivez la guide
Arakwa Sioui (traduisez: rayon de soleil) nous entraîne dans la «maison longue» qui rappelle par son principe celles qu’on trouve en Malaisie. Il s’agit d’une maison en branches de bouleau couverte de feuillages, voutée et oblongue, laquelle peut abriter plusieurs branches de la grande famille avec parfois même jusqu’à 50 personnes vivant sous le même toit. Semi-nomades, les Wendats ne quittaient leur campement que lorsque la terre qu’ils cultivaient était devenue infertile. Ils prenaient tout leur barda pour s’installer ailleurs pour quelques années. La «maison longue» était alors rebâtie, mais plus longue que la précédente quand la population du clan avait augmenté.
Rayon de soleil nous explique aussi que son peuple était régi par le matriarcat, les femmes dirigeant la maison (surtout la mère du clan), et s’occupant des enfants et de l’agriculture (légumes, céréales et fèves). Les hommes avaient pour tâche principale la pêche, la chasse (ours, orignal, etc.) et la guerre.
On apprend aussi que les chamanes avaient une grande influence sur la spiritualité du peuple et que la maison de la sudation (sorte de sauna aux vapeurs d’herbes et avec jeûne de plusieurs jours) générait une sorte de méditation transcendantale, totalement contraire à la philosophie des Jésuites. Ce passage était jugé comme purificateur, mais destiné seulement aux hommes, les femmes (contrairement à d’autres croyances) étant considérées comme des êtres purs par essence.
Enfin, la visite du village wendat nous a appris une quantité d’autres choses, comme l’arbre généalogique des chefs, le tipi (ils en avaient aussi), la fabrication des canots d’écorce de bouleau et, surtout, des raquettes à neige, dont les Wendats aujourd’hui sont exportateurs dans le monde entier: une activité florissante.
Texte Erika Bodmer,
photos Gérard Blanc
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