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Des femmes et des enfants qui se cloîtrent dans une pièce, un homme qui tente de fuir par un balcon: les récentes fouilles archéologiques lèvent le voile sur les stratégies de survie adoptées par les Pompéiens lors de l'éruption du Vésuve en 79 de notre ère.
Les fouilles, menées sur 1,5 hectare, ont permis de dégager plusieurs allées, deux grandes demeures et diverses boutiques, soit des trésors d'information sur les Pompéiens, avant et pendant la catastrophe.
Près de 24 heures après l'éruption du Vésuve, une coulée pyroclastique a envahi la cité. [GEDEON]
Fuir ou se cacher, telle était la question
Il y a 2000 ans,est une cité prospère de 40'000 habitants. Mais un après-midi de l'an 79, le volcan éjecte une colonne de matière (pierres, cendre et gaz) sur 32 km, soit 30 fois sa hauteur, tandis qu'une pluie de pierres ponces nommées lapili tombe sur la ville. "Environ 15 cm par heure", précise le vulcanologue Claudio Scarpati. En moins de 24 heures, la cité se retrouve sous 3 mètres de lapili. Puis, une accalmie intervient au petit matin. C'est alors que le pire se produit: la colonne éruptive s'effondre et se déverse en coulée pyroclastique sur la cité, enterrant définitivement les Pompéiens qui n'avaient pu prendre la fuite par la terre ou la mer.
La fouille a révélé qu'un homme a tenté de s'enfuir durant cette accalmie. Son squelette a été retrouvé couché sur 3 mètres de lapili, entre l'allée des balcons et l'allée des noces d'argent. "Cela signifie qu'il s'est échappé du premier étage, par l'un des balcons qui étaient l’unique porte de sortie", commente le directeur Massimo Osanna. L'homme, qui boitait, avait sur lui une bourse remplie de pièces, d'une valeur d'environ 700 euros. Mais à peine était-il dehors que la coulée pyroclastique est arrivée sur lui et l'a projeté en arrière avant de le recouvrir...
Un Pompéien a tenté de s'enfuir en sautant du balcon sur les 3m de lapili fraîchement tombés. [GEDEON]
Les découvertes à la Maison au jardin sont plus macabres encore. Malgré un ancien pillage, les archéologues ont pu prouver qu'une dizaine de personnes (trois femmes, un jeune homme, deux adolescents, deux enfants et un bébé) s'étaient cachés dans une pièce à la toiture solide. Ces Pompéiens avaient bloqué la porte avec des lits. Mais si la maison avait pu résister à la chute des lapili, la coulée pyroclastique a eu raison d'elle. Les neuf individus sont morts écrasés dans l'effondrement des murs et du toit.
Une catastrophe survenue en automne, et non en été
La datation de la tragédie est remise en question par un texte retrouvé dans la Maison au jardin: "16 jours avant les calendes de novembre, dans la pièce à huile…". Ecrit au charbon sur un mur, ce texte serait lié aux travaux qui étaient en cours dans la maison.
La date énoncée correspond au 17 octobre. Pour le spécialiste Antonio Varone, il ne fait aucun doute que l'inscription a été écrite au maximum sept jours avant l'éruption car les textes de charbon se conservent mal. Or l'ensevelissement de Pompéi a eu lieu le 24 août 79, selon Pline le Jeune, historien de l'Antiquité de référence...
En réalité, cela fait plusieurs années que des chercheurs soutiennent que l'éruption a eu lieu en octobre 79 car des fruits d'automne ont été retrouvés dans des amphores. Cette inscription confirmerait donc que la date officielle est le fruit d'une erreur de transcription du texte de Pline le Jeune.
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Une cité en reconstruction
En l'an 79, le volcan est connu pour ses accès de colère. Le dernier violent tremblement de terre remonte à l'an 62. De nombreux travaux de restauration ont été observés par les archéologues. Même si une partie d'entre eux concernent des opérations de maintenance, la plupart sont liés au séisme intervenu 17 ans auparavant, preuve de sa puissance. Des nombreux travaux de réparations ont été observés à Pompéi. [GEDEON]
Beaucoup de familles riches vivaient en campagne depuis l'an 62 tandis que leurs esclaves étaient sur place pour superviser les travaux.
De nouveaux chefs d'oeuvres
Les fouilles ont également mis au jour de somptueuses oeuvres d'art pompéiennes (voir galerie photos ci-dessous).
En plus d'une mégalographie d'Adonis, Vénus et Amour, la Maison au jardin se démarque par un tondo féminin (portrait de la maîtresse de maison). La Maison de Jupiter a fait elle sensation avec la présence de faux marbres qui avaient été peints trois siècles plus tôt. Et surtout par deux mosaïques qui racontent le mythe d'Orion, de sa vie de chasseur à sa transformation en étoile. Le tout accompagné d'animaux exotiques. Du jamais vu à Pompéi. "Le propriétaire était sans nul doute un érudit", estime Massimo Osanna.
A l'extérieur des maisons, les murs étaient recouverts de phallus (censés porter chance aux habitants des maisons) et de graffitis. Ceux-ci pouvaient être des slogans politiques ou... des injures. Ainsi, sur les murs de la Maison de Jupiter, une inscription accuse le propriétaire de "vivre comme un Grec", texte qui témoigne du mépris des Romains pour leurs voisins.
Caroline Briner
Sauver un site d'importance internationale
En 2010, la caserne des gladiateurs a subi un écroulement, mettant en évidence les problèmes d'infiltrations d'eau sur le site archéologique, en particulier dans la langue de terre dit le Cuneo.
La communauté européenne et le gouvernement italien ont débloqué 130 millions d'euros pour fouiller les secteurs menacés et mieux valoriser le site entre 2018 et 2019.
La Suisse et Pompéi
En revanche, l'Institut d'archéologie et des sciences de l'antiquité (IASA) de l'Université de Lausanne procède depuis 2018 à une reconstitution de plafonds. L'étude, menée par le professeur toichographologue Michel Fuchs, s'appuie sur des centaines de fragments peints retrouvés dans la Maison des peintres au travail. Des griffons, des oiseaux et des animaux fantastiques ont pu être reformés, comme des puzzle géants.