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Palme d'Or au dernier festival de Cannes, Winter Sleep(ital.) analyse les tourments existentiels d'une famille vivant dans un petit village typique et sublime de la Cappadoce: une sorte de huis clos réunissant un couple qui s'affronte au jeu de l'amour et de la haine, dans un panorama de carte postale.
Un comédien à la retraite, Aydin (Haluk Bilginer), est le propriétaire de l'hôtel Othello, dans un village troglodyte au cœur de l'Anatolie. Sous le même toit vivent sa jeune épouse Nihal (Melisa Sözen) et sa sœur Necla (Demet Akba?), co-héritière de ce patrimoine familial. Cette dernière peine à se remettre d'un divorce que l'on devine douloureux, et son humeur s'en ressent au sein de la famille.
L'hiver approche à grand pas, aussi les touristes se font rares. Dans cette atmosphère calfeutrée, les protagonistes vivent au rythme des premiers flocons de neige qui recouvrent ce paysage magnifique. Tout semble paisible en surface mais, rapidement, la tension dans le couple vient ternir la beauté du décor. Nihal, en quête de reconnaissance, tente de trouver un sens à sa vie en s'investissant dans les œuvres de charité. Aydin est un mari certes cultivé mais méprisant, intrusif et dominateur. Son caractère cynique et égoïste rend son entourage malheureux. Nihal ne parvient pas à s'épanouir mais son état de femme au foyer, désargentée, l'empêche de partir. Aydin, conscient de cette situation, joue de cet avantage psychologique en le lui rappelant constamment.
En dehors de ce conflit conjugal, un destin opposé nous est conté: celui d'une famille pauvre, locataire d'une maison appartenant à l'hôtelier. Le père, ex-taulard, est sans emploi et ne parvient pas à payer son loyer. Sa condition de vie le rend agressif envers son débiteur.Son frère, un homme obséquieux voire hypocrite, tente néanmoins de trouver une solution et de calmer le jeu.
Les rapports entre ces différents protagonistes vont évoluer de manière subtile. Malgré des divergences fondamentales dues à leur différence de classe sociale, un point commun cependant rapproche les deux patriarches: l'orgueil et la fierté. Ces deux sentiments vont tout au long du film influencer leurs réactions et surtout les pousser dans une attitude déraisonnable.
Malgré sa beauté, ce drame est d'une longueur difficile à appréhender (3h16). Une telle durée n'est pas nécessaire pour nous emmener dans ce monde de conflits relationnels et sociaux. Certes, le réalisateur prend le temps de présenter ses différents portraits, mais il en fait une œuvre pour des cinéphiles avertis (et reposés!), alors qu'elle mériterait de toucher tous les publics. De surcroît, le rythme de ce film, statique et assez théâtral, est lent: il a le mérite d'obliger le spectateur à «s'arrêter», à prendre le temps et l'inviter à la contemplation. Les plus courageux se laisseront séduire par les images, par quelques plans fixes de toute beauté et par l'univers propre à cette culture pour la plupart méconnue.
Nadia Roch
Un village troglodyte, dans le paysage typique de la Cappadoce. Aydin, comédien à la retraite, y tient un petit hôtel (nommé Othello...) hérité de ses parents. L'hiver est aux portes et les touristes se font rares; on n'est pas loin du huis clos avec Nihal, l'épouse qui prend ses distances, et Necla, encore meurtrie par son récent divorce. Alors qu'Aydin et son homme à tout faire Hidayet passent à proximité de l'école, une pierre fracasse une vitre de leur 4x4; le gamin qui l'a lancée est rattrapé puis conduit chez ses parents, locataires d'une masure faisant partie du patrimoine de l'hôtelier; le père, qui sort de prison, est au chômage et sans le sou, et l'oncle, religieux,et obséquieux, essaie d'arranger les bidons. Hidayet reproche à Aydin d'être trop tendre avec des débiteurs qui en profitent. Durant l'hivernage qui s'installe, tout ce petit monde subit des changements subtils.
Dans un format qui lui est familier (3 h 16!), le cinéaste prend son temps pour déployer les paysages, les situations et les états d'âme. Il va jusqu'à glisser des allusions à Dostoïevski (les billets de banque offerts par Nihal au locataire qui les jette au feu et le cheval rendu à sa liberté). D'aucuns lui reprocheront la lenteur et la longueur de son récit, mais Nuri Bilge Ceylan reste un grand maître du cinéma, à la manière peut-être d'un Angelopoulos.
Daniel Grivel
Serge Molla
|Nom||Notes|
|Nadia Roch||15|
|Daniel Grivel||18|
|Georges Blanc||16|
|Geneviève Praplan||20|
|Anne-Béatrice Schwab||20|