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Cette recherche a été menée par Christophe Bonneuil, directeur de recherche au CNRS, Pierre-Louis Choquet, sociologue à Sciences po, et Benjamin Franta, chercheur en histoire à l'université américaine de Stanford, et publiée dans la revue.
Dès 1971, une publication dans la revue de Total expliquait que la combustion d'énergies fossiles conduit "à la libération de quantités énormes de gaz carbonique" et à une augmentation "assez préoccupante" de la quantité de gaz carbonique dans l'atmosphère. Pour autant, le groupe a passé ce sujet sous silence, relèvent les chercheurs.
"Pour moi, les grands méchants étaient Donald Trump, Exxon... Nous nous faisions l'idée que nos entreprises françaises, européennes, n'avaient pas été aussi caricaturales, qu'elles avaient été plus vertueuses, explique Christophe Bonneuil, jeudi dans La Matinale. D'une certaine façon, nous avons été surpris par les résultats."
Avant d'ajouter: "Nous avons fait un travail historique, de recherhe. Nous verrons bien qui s'en saisit, par exemple, la justice."
Campagne internationale
Au milieu des années 1980, le géant américain Exxon, via l'Association environnementale de l'industrie pétrolière (IPIECA), prend la tête d'une campagne internationale des groupes pétroliers pour "contester la science climatique et affaiblir les contrôles sur les énergies fossiles", poursuivent les chercheurs.
Une étude de 2017 a montré que le groupe pétrolier américain ExxonMobil savait depuis les années 1980 que le changement climatique était réel et causé par des activités humaines. Mais le groupe s'est évertué pendant des années à entretenir le doute sur cette réalité, trompant ainsi ses actionnaires et les citoyens.
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"Total a des archives très bien organisées, souligne Christophe Bonneuil, jeudi sur les ondes de la RTS. Elle a l'habitude de travailler avec des chercheurs en histoire économique. Nous sommes passés par une procédure tout à fait ordinaire pour accéder aux archives, qui sont un peu un bien public. Parce que, jusqu'aux années 1990, Total était détenu à un tiers par l'Etat et Elf était une société 100% publique."
>> L'interview complète de Christophe Bonneuil dans La Matinale:
Cas de "duplicité"
L'IPIECA a "torpillé par du lobbying actif les projets d'écotaxe de la Commission européenne entre 1990 et 1994" et d'autres projets de régulation des énergies fossiles. Selon Christophe Bonneuil., "on trouve des notes internes qui se félicitent de ce travail de lobbying" dans les archives des groupes français étudiées.
Parallèlement, Total et Elf ont cherché à se doter d'une crédibilité environnementale à travers des engagements volontaires, avance l'étude. Pour Christophe Bonneuil, c'est un cas de "duplicité".
A la fin des années 1990, l'approche change. Les experts climat de l'ONU du GIEC publient leur premier rapport. Le sommet de la Terre à Rio en 1992 débouche sur l'adoption de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Le protocole de Kyoto est adopté en 1997.
"L'industrie pétrolière française cesse de remettre en cause publiquement les sciences climatiques, mais continue à augmenter ses investissements dans la production pétrolière et gazière", à insister sur "l'incertitude, minimisant l'urgence (climatique) et à détourner l'attention des énergies fossiles comme cause première du réchauffement" climatique mondial, poursuivent les chercheurs.
"Il est (...) faux"
Vers le milieu des années 2000, nouvelle stratégie. Son PDG de l'époque, Thierry Desmaret, reconnaît la réalité du changement climatique et les conclusions du GIEC.
Christophe Bonneuil qualifie cette phase de "l'âge du greenwashing" où "ce qui est en jeu est la capacité de Total à se mettre en scène du côté des solutions et pas du côté du problème".
"Il est (...) faux de soutenir que le risque climatique aurait été tu par Total ou Elf dans les années 1970 ou depuis",, assurant que "depuis 2015, TotalEnergies est engagée dans une profonde transformation de ses activités" vers les énergies renouvelables.
vajo avec afp