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La durée des réponses immunes humorales anti-SARS-CoV-2 après une infection à Covid 19 est un sujet controversé.
Les auteurs rapportent une analyse détaillée des réponses anticorps : a) dirigées contre la protéine S et son domaine se liant au récepteur (RBD) et la protéine N de SARS-CoV-2 RBD ; b) bloquant la liaison RBD-ACE2, et c) neutralisants, et du cours de la charge virale dans les frottis nasopharyngés et le plasma de 254 patients infectés par SARS-CoV-2 dont 79 étaient hospitalisés et 175 suivis ambulatoirement ou asymptomatiques. Les observations notables sont les suivantes :
Les anticorps IgM, IgG et IgA spécifiques pour les antigènes de SARS-CoV-2 apparaissent à un délai médian semblable de 2 semaines après le début des symptômes, les IgA étant les plus variables de ce point de vue.
Les patients ambulatoires avec la maladie la moins sévère présentaient des réponses anticorps avec un rapport plus élevé contre les antigènes RBD et domaine S1 comparé à l’antigène N dans les 2 semaines suivant l’apparition des symptômes.
Par contre, les réponses anticorps anti-RBD, S1 et N, ainsi que les anticorps neutralisants, et leur durée, étaient associés positivement à la sévérité de la maladie, et à la charge virale détectée dans les voies respiratoires. Non seulement les IgM et IgA, mais aussi les titres IgG anti-RBD, S1 et N, bloquant la liaison RBD-ACE2, et neutralisants commencent tous à décroître environ 1 mois après le début des symptômes, en particulier chez les patients a- ou paucisymptomatiques qui ne développent pas de taux élevés d’anticorps même au pic de leur réponse.
Cependant les auteurs soulignent qu’au niveau de l’individu, aucun marqueur sérologique n’est utilisable pour prédire l’issue de la maladie. Ainsi, il n’est pas rare que des patients guérissent avant qu’ils ne séro-convertissent, mais des réponses anticorps faibles sont aussi observées chez des patients décédant de Covid peu de temps après le début des symptômes. En fait, on trouve des patients avec des taux modérés d’anticorps dans l’ensemble du spectre de sévérité de la maladie, tandis que beaucoup de patients décèdent avec des taux élevés d’anticorps y compris bloquant la liaison RBD-ACE2, et neutralisants.
Commentaire : Ces données sont compatibles avec l’hypothèse d’un rôle crucial de l’immunité innée pour limiter la réplication initiale du virus et prévenir un Covid sévère. Le rôle de l’immunité acquise humorale (réponses anticorps), y compris des anticorps dirigés contre le RBD et neutralisants dans le cours de l’infection aiguë est encore peu clair.
On peut se demander quelles différences entre les individus – concernant des réponses immunes autres qu’anticorps, la production de médiateurs inflammatoires, des réponses cellulaires T, une vulnérabilité différentielle cellulaire ou tissulaire à l’insulte virale, des coagulopathies et des infections secondaires - contribuent à l’évolution des patients.
Finalement, la durée des réponses anticorps est faible, en particulier chez les patients les moins sévèrement atteints. Cette caractéristique affectera les résultats d’études de séroprévalence (sous-estimation du nombre d’infections passées).
Cette relation complexe entre les taux d’anticorps et le cours de la maladie est à garder à l’esprit lorsqu’on discute de la durée de l’immunité post-infectieuse et de la protection conférée par les vaccinations. C’est seulement le suivi des études vaccinales, et en particulier la comparaison des réponses immunes induites par les vaccins et l’infection, chez les individus présentant des réinfections et ceux qui en sont protégés, qui permettront d’identifier les marqueurs immunologiques de protection et leur cours après vaccination complète ou non et après infection.