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En Exode 32, Moïse, après s'être isolé quarante jours au sommet de la montagne, retourne vers les Hébreux, auxquels il s'apprête à remettre les Tables de la loi. Mais les Hébreux ne l'attendent plus : ils ont pensé qu'il ne reviendrait pas et ils ont érigé un veau d'or auprès duquel ils se sont prosternés, déclarant que c'est là le dieu qui les a fait sortir d'Égypte. Le dieu de la Bible est en colère ; il veut anéantir tous les Hébreux et propose à Moïse de faire de lui seul « une grande nation » (goy gadol). Mais Moïse refuse. A suivre Benny Lévy, qui prolonge une « intuition » de Jacob Taubes, saint Paul aurait fait ce que Moïse a refusé de faire : fonder un nouveau peuple, en esprit, qui abroge la littéralité tant généalogique que scripturaire. Et la modernité philosophique et politique trouverait dans ce geste initial sa pierre de fondation. Contre l’interprétation de Benny Levy, nous nous proposons de revenir à la lettre du texte biblique afin d’en examiner les raisons et d’interroger, à cette lumière, l’identité que Moïse choisit de préserver de la colère destructrice du dieu.
Né en 1973 à Paris, Ivan Segré est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages au croisement de la philosophie, de la politique et des études juives. Titulaire d’un doctorat de philosophie, il a travaillé à la fois sur la philosophie contemporaine (notamment sur l’œuvre d’Alain Badiou) et sur les écrits de l’antiquité juive (Bible et Talmud). Il contribue régulièrement à Lundi Matin, un site d’information alternatif.
Dans le souci de réflexion et de dialogue qui la caractérise, la chaire Yves Oltramare propose un cycle de conférences publiques, « Ma religion dans la cité », qui permet à des femmes ou des hommes de foi – ou d’incroyance – de débattre de la place de leur religion, spirituelle ou sociologique, dans la cité par rapport au politique, à l’actualité internationale, aux grandes questions éthiques du monde contemporain, aux défis sociaux et environnementaux qui se posent à lui. Au-delà du milieu universitaire et de la Genève Internationale, ce cycle s’adresse à un large public que les interrogations civiques intéressent et qui souhaite partager ses convictions ou ses incertitudes dans un esprit d’écoute et de respect mutuels.