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Comprendre et s’efforcer de répondre aux besoins fondamentaux des chevaux, s’assurer qu’ils ont une bonne préparation mentale et physique pour les sports équestres, évaluer régulièrement la santé et le bien-être de chaque cheval et soutenir les mesures de protection mises en place par les fédérations … Voici quelques étapes essentielles pour préserver le bien-être des chevaux de sport de haut niveau, selon des experts internationaux.
Réunis le 11 septembre à l’Académie IENA à Avenches, sept conférenciers d’Europe et des Etats-Unis, ainsi que quelques dizaines de participants, ont abordé la question de comment promouvoir et maintenir un bon état de bien-être chez les athlètes équins les plus exceptionnels au monde - des animaux qui devraient, selon les normes de la Fédération Equestre Internationale (FEI), illustrer «l’athlète heureux».
Le cheval épanoui
La conférence, avec pour thème «Peut-on préserver le bien-être des chevaux dans le sport de haut niveau?», a eu lieu alors que la filière se trouve confrontée aux critiques dans des cas de haut profil, tels que celui de Kim Raisner, entraîneur allemande de pentathlon, qui a donné un coup de poing au cheval Saint Boy lors des Jeux Olympiques à Tokyo. Les images du hongre visiblement terrifié, contrastant fortement avec toute idée de «l’athlète heureux», ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux, mettant à l’épreuve le permis social d’exploitation (PSE) du sport.
Mais il est tout à fait possible de procéder autrement, d’après les scientifiques équins réunis à Avenches au mois de septembre. Ils affirment que lorsqu’on agit avec soin, compréhension et une prise de décisions basée sur la recherche scientifique, le sport équin de haut niveau devient tout à fait compatible avec le bien-être du cheval.
«Nous devons constamment s’assurer que le cheval aime ce qu’il fait, qu’il s’épanouit dans l’entraînement, avec nous, et qu’il se plaît dans sa situation, parce que je trouve que cela constitue le premier pas vers l’obtention d’un cheval ‹athlète heureux›», exprima Emanuela Dalla Costa, DVM, PhD, Dipl. ECAWBM de la Faculté de Médecine vétérinaire de l’Università degli Studi di Milano, à Milan, Italie. «Si le cheval aime son travail et qu’il aime ce qu’il fait, il est plus facile d’améliorer sa relation avec sa vie compétitive et professionnelle», dit-elle.
Vaste éventail de paramètres
Aimer ce qu’ils font commencerait par l’élevage et l’entraînement des chevaux, selon Sébastien Jaulin, responsable du pôle Débourrage au Haras de Hus à Petit-Mars, France. «Les conditions d’élevage, d’hébergement, la conformation physique, l’équitation, la gestion vétérinaire, le choix des épreuves, etc. sont autant de paramètres qui sont indissociables du bien-être mental et physique du cheval», affirme Jaulin.
«Les chevaux de sport profitent encore plus de leur vie si les personnes qui s’occupent d’eux prennent en compte les besoins basiques de leur espèce», dit Barbara Padalino, PhD, professeure adjointe à l’Université de Bologne, Italie.
Cela inclut le respect du «temps-budget» naturel équin, explique-t-elle. Même si la domestication des chevaux remonte à des milliers d’années, des études ont démontré que les besoins éthologiques des chevaux domestiqués, y compris les chevaux de sport de haut niveau, demeurent très similaires à ceux des chevaux sauvages. «Au cours de la journée, les chevaux présentent des comportements alimentaires, sociaux et locomoteurs», dit Padalino, «et au moins 55% de ce temps devrait être du comportement alimentaire.»
Alors que les propriétaires mettent l’accent sur les besoins nutritionnels de leurs chevaux lors de leur calcul de ration, ils omettent souvent l’importance du temps-budget alimentaire. «Nous oublions le timing et le fait que les chevaux ont besoin de mâcher de longues périodes de temps», dit-elle, ajoutant que nous devrions également proposer aux chevaux plein de temps pour satisfaire leur besoin d’exploration.
Les chevaux sportifs ne peuvent pas toujours assouvir ces besoins; mais ils le devraient, car leur vie est déjà assez stressante en elle-même, selon Padalino. «La compétition n’est pas seulement un effort physique; c’est également un effort émotionnel», explique-t-elle.
La FEI se positionne
Lorsque ces besoins sont satisfaits, cela se fait ressentir dans la carrière, selon le directeur vétérinaire de la FEI, Goran Åkerström. «Certains des meilleurs cavaliers - et ceci était très évident à Tokyo - sont aussi ceux qui s’occupent le mieux de leurs chevaux, s’assurant que ces derniers remplissent leurs besoins comportementaux et physiologiques», dit-il, citant le Suisse Steve Guerdat et la Britannique Charlotte Dujardin comme exemples de choix. «Leurs chevaux ont le droit d’être des chevaux», complète-il, «et ils terminent sur le podium, année après année.»
Un tel concept fait partie de la «perspective» que la FEI cherche toujours à atteindre, dit Åkerström. «Le cheval doit toujours être prioritaire!», affirme-t-il, «Nous avons cette obligation morale. Et en tant qu’institution régulatrice, il est de notre devoir de s’assurer que nous faisons tout pour que ceci soit appliqué partout dans le monde.»
Douleurs sous-estimées
Donner priorité au cheval signifie aussi ne pas forcer un cheval à travailler lorsqu’il souffre d’une douleur, selon Dalla Costa. «Les chevaux peuvent ressentir de la douleur provoquée par de multiples sources, y compris les mouvements qu’ils exécutent, la répétition de ces mouvements, les aliments qu’ils consomment, les blessures qu’ils entretiennent avec le travail ou le transport, la façon dont ils sont montés, l’équipement avec lequel ils sont montés, et de nombreux autres facteurs.»
Cependant, les chevaux n’expriment pas explicitement la douleur; c’est donc à leur cavalier, propriétaire et groom de reconnaître leurs signes subtils de douleur et d’intervenir immédiatement. «Nous devons commencer à observer les chevaux et comprendre dès qu’ils ont une douleur», dit Dalla Costa, «parce que peut-être qu’alors nous pourrons changer l’équipement ou la façon dont il est monté, par exemple.»
La douleur buccale en particulier pourrait être surveillée de plus près chez les chevaux de sport, selon Dalla Costa. Les chevaux réagissent généralement à la douleur buccale en ouvrant la bouche - et la technique rapide pour résoudre ce problème est bien souvent l’utilisation d’une muserolle serrée. «Nous essayons de prévenir ce comportement simplement en forçant la fermeture de la bouche, mais cela n’est pas la solution», dit-elle. «Le cheval est en train d’essayer de nous communiquer quelque chose.»
«Tous les chevaux, y compris ceux de sport de haut niveau, ont également besoin d’occasions régulières d’entrer dans un sommeil profond qui nécessite de s’allonger complètement», a déclaré Katherine Houpt, VMD, PhD, Dipl. ACVB, professeur émérite au Collège de médecine vétérinaire de l’Université Cornell, à Ithaca, New York. Les caméras vidéo peuvent aider à confirmer que les chevaux se couchent la nuit, a-t-elle précisé. S’ils ne le font pas, il convient de rechercher si le stress, la douleur, la taille de la stalle, la literie ou tout autre facteur pourrait en être la cause.
Gilles Thiébaud, président de la commission vétérinaire de la Fédération suisse de courses de chevaux (FSC) et responsable cours et projets de IENA Academy, a présenté les risques majeurs pour la santé liés à la compétition de haut niveau, tandis qu’Arnaud Duluard, chef du Département élevage et santé animale et vétérinaire Conseil au Trot en France, a dévoilé des mesures pour évaluer le bien-être de chevaux de courses.
En résumé de la conférence et pour répondre à la question initialement posée, tous les experts étaient d’accord d’affirmer qu’il était possible de préserver le bien-être des chevaux dans le sport de haut niveau, à condition de toujours donner la priorité aux besoins réels des athlètes à quatre sabots et de les intégrer dans une gestion durable et respectueuse de la carrière sportive des chevaux.
Christa Lesté-Lasserre