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La plus longue période de progression du PIB depuis le milieu du XIXe siècle est accompagnée d’inquiétudes grandissantes de la part des investisseurs pour 2020.
L’économie américaine est entrée lundi dans la plus longue période d’expansion économique de son histoire contemporaine, mais aussi dans une «zone de danger» alors que près d’un économiste sur deux craint une récession en 2020.
Les Etats-Unis sont sortis de la déprime provoquée par la crise des prêts immobiliers à risque («subprimes») fin juin 2009, baptisée la «Grande Récession». Depuis maintenant 10 ans, soit la plus longue période depuis le milieu du XIXe siècle, l’activité a affiché une progression ininterrompue mais modeste.
Les économistes ont qualifié cette persistance d’une lente croissance de «stagnation séculaire» ou encore de «nouvelle normalité» (the «New Normal»).
La mondialisation, le vieillissement de la population, le poids de l’endettement, la faible hausse de la productivité seraient les causes de cette croissance poussive. La révolution numérique et celle des technologies de l’information ne se sont pas encore traduites par un bond de la productivité, disent les experts.
La plus longue période de croissance précédente de la première économie mondiale s’était étalée entre mars 1991 et mars 2001 et a accompagné la naissance de l’internet et de la «nouvelle économie» du «dot.com».
Alors que dans les années 50 et 60, la progression moyenne du Produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis culminait à plus de 4%, la moyenne des dix dernières années n’a pas dépassé 2%. Elle n’a plus jamais atteint le niveau de 5% depuis le sommet de la bulle internet au milieu de 2000.
C’est à l’époque des années 60 que le président Donald Trump fait référence lorsqu’il promet à «l’Amérique de lui rendre sa grandeur»: Make America Great Again.
Grâce à de massives réductions d’impôts --surtout dévolues aux entreprises--, à l’augmentation des dépenses --notamment militaires-- et aux efforts de dérégulation, la croissance du PIB américain a toutefois frôlé 3% en 2018 comme en 2015 sous l’administration Obama.
Surtout, le taux de chômage, à 3,6%, n’a jamais été aussi faible en cinquante ans, même si de nombreux Américains doivent cumuler deux emplois, quelquefois trois, pour s’assurer un niveau de vie décent.
Pour le républicain Donald Trump, qui brigue un deuxième mandat en 2020, l’économie américaine pourrait caracoler à «4%, voire 5%» de croissance, si seulement la Réserve fédérale (Fed) l’écoutait en baissant les taux d’intérêt au lieu d’afficher le comportement «d’un enfant têtu».
Si la Maison Blanche prévoit toujours 3% de croissance au moins pour 2019, la plupart des économistes et institutions sont sceptiques.
La Fed mise sur un ralentissement à 2,1% cette année et le FMI table sur 1,9%.
L’agence de notation Standard and Poor’s est pour sa part plus optimiste, misant sur 2,5% de croissance cette année contre 2,9% en 2018. Cette prévision récente reflète une certaine dédramatisation du conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis qui a semblé se vérifier samedi au G20 à Osaka (Japon), après la rencontre entre le président américain et son homologue chinois Xi Jinping.
La trêve commerciale annoncée a fait respirer les marchés boursiers et les milieux industriels... pour un temps.
Mais c’est 2020 qui inquiète les investisseurs. Selon JPMorgan Chase, il y a près d’une chance sur deux (45%) pour que la première économie mondiale entre alors en récession.
«La réduction des mesures de relance budgétaire, l’affaiblissement de l’activité économique et le ralentissement de la production mondiale entraîneront une croissance inférieure à 2% en 2020, proche de la +zone de danger+», résume Gregory Daco, pour Oxford Economics.
Il mise toutefois sur la solidité de la confiance des consommateurs, les créations d’emplois et la possible venue à la rescousse de la Banque centrale, qui pourrait réduire les taux d’intérêt, pour garantir «un atterrissage en douceur».
D’autres ont les yeux fixés sur la courbe du marché obligataire qui aurait historiquement annoncé la venue d’une récession: le taux d’intérêt sur la dette américaine à court terme (trois mois) est en effet supérieur à celui sur la dette à long terme (dix ans).
Ce phénomène apparemment illogique, connu sous le nom d’»inversement de la courbe des taux d’intérêt» a souvent été interprété par les investisseurs comme un des signes précurseurs de récession à moyen-terme aux Etats-Unis.
Lundi, il en coûtait plus cher à l’Etat d’emprunter à trois mois (2,128%) qu’à dix ans (2,014%).