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Prêcheur jamais ennuyeux devant l'éternel, il a encore besoin de toucher les mains de ses fidèles, d'haranguer ses sujets rock de long en large de la scène. Même si Nick Cave s'est fait moins suppliant et funèbre qu'il y a quatre ans, au coeur de la fournaise du même auditorium Stravinsky bondé où il avait récité une véritable messe rock'n'roll intense et captivante.
Samedi soir à Montreux, les écrans latéraux continuent de diffuser des gros plans en noir et blanc sur ses allures de croque mort livide, tiré à quatre épingle dans un costume trois pièces bleu nuit surmontant une chemise blanche. Tandis que les six musiciens de sa formation The Bad Seeds arborent les tenues noires de rigueur et que les trois choristes gospel - deux femmes et un homme - scintillent dans des vêtements or et rouge.
Le calme l'a plus souvent emporté sur la fureur
C'est au son d'orgues de cathédrale que Nick Cave, 64 ans, fait son entrée sur les notes de "Get Ready for Love", avant de dérouler deux heures d'une prestation où le calme l'a plus souvent emporté sur la fureur, l'espoir sur le deuil de deux de ses fils, l'amour sur la tragédie, sans que la ferveur soit absente pour autant.
L'homélie du chanteur australien à ses fervents agglutinés est souvent passée par des notes de piano ("O Children", "I Need you", "Waiting for you", "Bright Horses" ou "Jubilee Street" adossé à quelques climats orageux), même si la chanson "From Her to Eternity" en début de concert voit son fidèle multiinstrumentiste Warren Ellis maltraiter son violon comme une guitare électrique et délivrer quelques saturations et de menaçants rythmes en suspens. Tandis que Nick Cave empoigne encore les mains des premiers rangs pour embrasser son désir de communion totale.
Crissements blues-rock
Il faudra attendre ensuite "Tupelo" pour sonner le glas des lenteurs et lancinances rythmiques privilégiées, avec les cris de Nick Cave et des crissements blues-rock qui brisent soudain une ambiance plus propice au recueillement et à la catharsis.
Avant que "Red Right Hand", "The Mercy Seat", ce "Higgs Boson Blues" passant par le CERN de Genève et l'ampoulé plus que tourbillonnant "Vortex" en rappel jouent sur des crescendos sonores qui achèvent de nous extirper temporairement d'une certaine torpeur dans laquelle on venait pourtant de replonger le temps du lacrymal "Into my Arms"...
Moins poisseux et délétère qu'il y a quatre ans, le requiem de Nick Cave et ses Bad Seeds aura malgré tout su jeter encore un sort sonore durable grâce à ses inflexions dramaturgiques habitées.
Olivier Horner
Impressionnante Emilie Zoé
En lever de rideau de Nick Cave, la chanteuse romande Emilie Zoé s'est distinguée en binôme avec son excellent batteur Fred Bürki. Et c'est justement devant un rideau noir dressé à mi-hauteur tout au long de la scène pour cacher l'instrumentarium de l'Australien que le tandem au look vestimentaire assorti a livré une prestation en forme de montagne russe musicale.
Alternant morceaux de bravoure rageurs - avec des incursions garage rock et stoner en prime - et titres mid tempo mélancolico-poétiques aux beautés troubles, Emilie Zoé capte sans peine son auditoire en passant de la guitare acoustique à l'électrique et au clavier.
>> A voir: le sujet du 19h30 consacré à Emilie Zoé
Entre morceaux anciens (le tortueux "Tiger Song" notamment) et le récent répertoire de son troisième album "Hello Future Me" ("Roses on Fire", "I Saw Everything" ou "Volcan" et l'inédit "Castle"), dont elle décachette en les lisant quelques souhaits pour l'avenir laissés par le public de ses précédents concerts, Emilie Zoé trouve sur la scène du Stravinski une amplitude aussi insoupçonnée qu'inouïe.
Nick Cave a bien fait de valider la première partie de cette Neuchâteloise au talent fou qui partage en Suisse le même tourneur que lui.