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|Vues partielles de l'exposition|
|Amy O’Neill, Pilgrim Boudoir

in cycle Futur antérieur, séquence d'été 2010

Pilgrim Boudoir, l’exposition de Amy O’Neill réunit en une installation quatre oeuvres faisant directement référence à « The Shrine of the Pine », un site fondé en 1930 par Raymond Overholzer (1892-1952) à Baldwin dans le Michigan. Choqué par l’exploitation massive et la disparition progressive d’une espèce de pin autochtone, les « White Pine Trees », R. Overholzer consacrera le reste de sa vie à construire un véritable lieu de célébration dédié à cet arbre.
R. Overholzer s’installe dans la région en tant que guide pour les amateurs de pêche et de chasse sportives et c’est dans le cadre de son activité qu’il acquiert un bout de terrain sur lequel il entreprend la construction d’une cabane en rondins destinée à devenir un refuge pour une douzaine de personnes. Nul n’y séjournera jamais, mais son aménagement occupera son fondateur jusqu’à sa mort. Il constituera surtout une impressionnante collection de plus de deux cents meubles réalisés à partir de racines et de souches d’arbres qu’il rassemble patiemment des années durant. C’est cette persévérance ou cette obsession qui le rendra célèbre dans la région. À sa mort, le site et sa collection ont été transformés en un musée qui est devenu une importante attraction touristique. Partant de ce lieu pittoresque, A. O’Neill sélectionne quelques pièces emblématiques telles que le lit Shrine Bed (2007) ou le porte-fusils Gun for Hire (2006) et demande à un sculpteur sur bois de Kriens (Suisse), Toni Meier, de les reproduire aussi fidèlement que possible. Parallèlement à ce travail de sculpture, A. O’Neill développe plusieurs séries de dessins dont les Shrine Tables (2008). Le premier de la série consiste en la copie agrandie d’une carte postale du Shrine of the Pine et les suivants sont réalisés à partir de la mémoire du geste à l’oeuvre dans la fabrication de ce motif. L’installation est complétée par d’étranges formes en bois, Bruls Grotto (2008), issues d’excroissances prélevées sur des arbres morts.
Avec cette installation, A. O’Neill continue d’explorer la culture vernaculaire américaine, un sujet récurrent dans son travail. Le regard qu’elle porte sur le vernaculaire est un moyen d’exploiter le pouvoir de projection des objets mais il apparaît également comme une façon de fragiliser l’opposition entre le registre de l’authentique et celui du kitsch. A priori, sa démarche semble relever d’une approche anthropologique qui tente de révéler autant l’esthétique que les structures poétiques et politiques de la culture populaire. Ici, l’homme des bois prend presque valeur de mythe par sa conception d’un monde en opposition à l’univers industriel, un monde qui magnifie la nature sauvage et qui rappelle aussi une figure majeure de la culture américaine : Henry David Thoreau. Mais l’environnement de A. O’Neill porte quelque chose qui serait de l’ordre du pastiche ou de la parodie et où le mythe n’apparaîtrait plus que comme un spectre. Au fond, elle donne l’impression d’être moins intéressée par le vernaculaire que par les images standardisées et les clichés. Ses installations au même titre que ses dessins mettent en valeur l’idée d’une mise en scène, d’une certaine théâtralité. En effet, ses sculptures se présentent comme des accessoires et ses dessins semblent aussi faire partie de la scénographie d’une pièce dont on aurait perdu le texte. Tout son univers s’apparente à un parc à thème, mais un parc qui ne serait pas encore inscrit dans une société des loisirs industrialisés et globalisés. Un peu à l’image d’une autre série intitulée Forest Park, Forest Zoo où elle prend comme point de départ un lieu de son enfance : un zoo pour animaux domestiques et un parc à thème qui expose des contes pour enfants. Avec les différentes oeuvres produites — film, sculptures et dessins, A. O’Neill cherche à rendre hommage à une forme de production culturelle artisanale nord-américaine qui, comme le parc en question, semble être en voie de disparition. C’est aussi le moyen de considérer l’apparente contradiction entre le présent et le passé, entre le vernaculaire et le global et entre le fonctionnel et le symbolique. Et si The Shrine of the Pine relève en partie de ces problématiques, il peut aussi être vu comme un hommage à la persistance des bricoleurs qui donnent forme à leurs obsessions en générant des mondes visionnaires.
|Amy O'Neill est née en 1971 à Beaver en Pennsylvanie ; elle vit à New York.

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