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Formé à Paris dans l’atelier de Joseph-Marie Vien, établi à Rome dès 1780, Saint-Ours rentre à Genève en 1792, pour défendre ses idées de justice sociale et de démocratie dans sa patrie alors en pleine agitation politique. Jusqu’en 1806, il consacre quantité de dessins et pas moins de cinq tableaux au tremblement de terre. Le sujet lui est inspiré par la catastrophe de Messine qui, en 1783, a provoqué la destruction de la ville sicilienne et la mort de dizaines de milliers de personnes. Ce drame humain a ravivé aussi le souvenir du tremblement de terre de Lisbonne de 1755, qui avait dicté aux philosophes des Lumières leur réflexion sur le devenir de l’humanité affranchie de la notion de catastrophe comme châtiment divin. Au-delà d’une fascination pour les catastrophes naturelles qu’il partage avec son époque, Saint-Ours, par le choix de ce thème, entend décrire les effets déstabilisants d’une période agitée par les troubles révolutionnaires.
Tous les moyens plastiques concourent à renforcer le sentiment d’insécurité que doit traduire la scène. L’éclairage souligne l’isolement de la famille réfugiée sur un dernier îlot de sécurité, au milieu des cadavres, des ruines, des chariots et des nuages de cendres. Le puissant mouvement de fuite suggéré par la diagonale qui traverse la composition est comme arrêté par les postures de la mère agenouillée et de l’homme qui regarde en arrière. La facture obéit au refus néo-classique du modelé impulsif et du rehaut chatoyant qui avaient caractérisé la peinture rocaille. Saint-Ours recourt à des contours fermes, mettant en valeur la pureté de la ligne, et à des aplats de couleurs franches, contrastant avec des tonalités sombres. Les couleurs primaires (bleu, rouge et jaune) et le blanc sont réservés au groupe central et symbolisent la vie ; elles luttent contre les teintes noires qui les environnent. L’adieu à une civilisation et le terrain mouvant sur lequel il s’agit de construire les lendemains, voilà ce qu’excelle à traduire cette œuvre !
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Bibliographie
Sylvie Wuhrmann et Rémi Cariel, Visions du déluge, de la Renaissance au XIXe siècle, cat. exp. Dijon, Musée Magnin, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Paris, Réunion des Musées Nationaux, 2006, n° 80.
Sylvie Wuhrmann, « Le tremblement de terre entre peinture de genre et peinture d’histoire. De Jean-Pierre Saint-Ours à Léopold Robert », in Art + Architecture en Suisse, no 4, 1994, p. 330-339.
Anne de Herdt, « Le tremblement de terre de Jean-Pierre Saint-Ours dans sa version romantique », in Genava, vol. XXXVIII, 1990, p. 189-196.