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On se souvient du temps où les "Béliers" enchaînaient les coups d'éclat pour réclamer l'autonomie du Jura, et du vote massif des Suisses en 1978 (83%) pour la création d'un 23e canton. Daniel de Roulet revient sur des faits sanglants survenus à l'époque, que le souci de régler la Question jurassienne a semble-t-il relégués à l'arrière-plan.
Il ne reste que le roman pour questionner la vérité.
Quatre morts et un compromis
Entre octobre 1977 et mars 1978, rappelle Daniel de Roulet, on a identifié trois cadavres dans la région. D'abord celui d'une recrue bernoise décapitée par une grenade. Ensuite, au lieu-dit L'Oiselier, le corps du caporal chargé d'enquêter sur l'affaire; puis c'est le patron d'un café jurassien qu'on découvre au volant de sa voiture en Bourgogne, une balle dans le front. Quatrième mort sur la liste: l'industriel allemand Hanns Martin Schleyer, tué par un commando de la "bande à Baader" et retrouvé à l'automne 1977 dans le coffre d'une voiture à Mulhouse.
Toutes les hypothèses sur de supposés liens entre ces événements locaux et internationaux auraient dû être examinées, estime de Roulet, pour qui la "raison d'État" – créer un nouveau canton du Jura – a prévalu sur l'analyse d'éventuels règlements de comptes, des sympathies pro ou anti-séparatistes des victimes, ou encore des contacts entre autonomistes jurassiens et militants allemands. L'enquête que les médias n'ont jamais faite, l'auteur la mène par la fiction, mais à travers un "Enquêteur" dont le choix ne doit rien au hasard: le journaliste et écrivain Niklaus Meienberg.
>> A voir, Daniel de Roulet dans le 12h45:
Pas de littérature hors-sol
Banni de son journal, le Tages Anzeiger, Meienberg est vu à la fois comme une tête brûlée et une grande plume. Ce francophile vit entre Paris et la Suisse et travaille en free-lance pour la presse allemande; sa compagne n'est autre que la fille de Kurt Furgler, alors Président de la Confédération, grand artisan de la création du Jura. Autant d'éléments véridiques que de Roulet mentionne dans son roman: "j'ai évité de grossir les faits mais j'ai aidé mon Enquêteur à tisser des liens entre eux."
Nos textes ne peuvent se réduire à un baume qui apaise les tourments intimes.
Alors, "L'Oiselier" est-il un roman "engagé"? Daniel de Roulet préfère l'expression "fiction inscrite dans son temps", distincte de la "fiction intimiste" si répandue dans la littérature helvétique. Rien d'étonnant donc à ce qu'il précise: "ce n'est pas parce que la Suisse se proclame un pays sans histoire qu'elle est en dehors de l'Histoire, de ses violences, de ses secrets."
Geneviève Bridel/ld
Daniel de Roulet, "L'Oiselier", éditions La Baconnière.
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