Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06975.jsonl.gz/528

L’or, «relique barbare» ?
Le célèbre économiste anglais Keynes parlait de l’étalon-or en termes de «relique barbare». En effet, l’or est accepté en paiement ou converti en biens et services depuis la nuit des temps, et toutes les tentatives pour empêcher ou réduire son utilisation se sont soldées par des échecs.
A la suite des demandes de conversion massive de dollars en or, notamment par la France, Nixon décida en 1971 l’abandon de l’étalon-or. Cette décision a permis et permet encore aux USA d’émettre une masse monétaire prodigieuse, sans réduire les réserves d’or du pays.
De fait, les USA s’endettent presque gratuitement, car les remboursements des emprunts sont effectués avec des dollars dont ils maîtrisent l’émission; à contrario le remboursement en métal implique une baisse des réserves. L’or ne s’imprime pas, mais doit d’abord être gagné !
On assiste depuis six ans environ à une demande soutenue d’or, demande qui s’est accrue dans le climat délétère que nous vivons depuis deux ans ayant pour corollaire la perte de confiance dans les gouvernements et les banques. La Chine encourage depuis peu ses citoyens à acquérir de l’or et de cette manière espère réduire la bulle immobilière en transférant l’épargne vers les métaux précieux.
Les divers intervenants, auxquels il faudrait ajouter les acheteurs de bijoux, concourent à une appréciation constante du métal jaune depuis 2004. Mais peut-on parler de bulle ? A tout le moins conviendrait-il de s’interroger sur les conséquences économiques d’un tel investissement, en définitive improductif : l’or ne génère ni intérêt ni revenu régulier et seule l’évolution des cours est source potentielle de profits.
L’évolution du cours de l’or pourrait en définitive se résumer à la question suivante : la confiance dans le rétablissement économique mondial est-elle sur le point d’être retrouvée ? La réponse semble être non. On peut donc s’attendre à une poursuite de la hausse, probablement pour de nombreux mois voire des années.
L’or ne peut pas être considéré comme une marchandise normale, sinon comment expliquer que les banques centrales l’utilisent comme réserves ultimes ? En 1999 l’ancien président de la FED, Alan Greenspan disait : l’or représente la forme ultime de paiement dans le monde, l’or est toujours accepté car sans risque de contrepartie. L’or représente une valeur intrinsèque car non dépendante de la performance de tiers.
La hausse continue des cours en cette année 2011 a permis de rentabiliser l’exploitation de nouvelles mines et de réactiver des mines abandonnées. Malgré la fonte massive de bijoux vendus par les particuliers qui permet de couvrir 1/3 de la consommation, les prix continuent de monter.
Plus personne ne considère l’or comme une «relique barbare» mais plutôt comme un moyen de protection et de sécurité pour les périodes de crise extrême. En valeur absolue l’or est encore en dessous des cours observés au début des années 1980. Il est à prévoir que les dérives monétaires vont encore accroître l’attractivité du métal jaune. Cependant il conviendrait de ne pas dépasser 5-10 % de ses avoirs et agir sur le très long terme.
Patrick Grandchamp/Yves Reichenbach (2011)
Autres articles