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Les airs de cour sont une évolution des « voix de ville » (une appellation qui a donné « vaudeville » en fusionnant avec un autre genre, le « vau de Vire », une chanson à caractère satirique dont le nom est tiré du village éponyme situé dans le Calvados), des chants connus à la Cour de France au XVIe siècle. Progressivement, le vaudeville est un air simple, que tout un chacun – de l’artisan à l’aristocrate – peut chanter. Chaque syllabe est chantée sur une seule note. Le rendu est donc différent d’un genre proche du côté italien, les cantates aux effets stylistiques plus marqués.
Les airs de cour se développent au début du XVIIe siècle et connaissent leur heure de gloire à l’époque baroque sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV avec Boesset et Moulinié. Sous Louis XIV, les airs à boire et surtout les cantates et opéras italiens sonnent la mort du genre. Seule une poignée du répertoire nous est parvenue. Le patrimoine n’a été conservé que lorsqu’il a été imprimé par l’imprimé attitré du Roi, les Ballard. Les stances ont aussi été publiées dans le Mercure Galant, l’organe de propagande de la Cour.
Une autre spécificité est l’utilisation d’une voix masculine, dont la tessiture est très aigüe : la haute-contre (je ne sais trop pourquoi on emploie le féminin, j’imagine qu’il y a eu un glissement métonymique de la voix haute-contre vers celui qui la possède). C’est une voix naturelle contrairement aux castrats et contre-ténors. Là encore, le style italien remporte dès l’époque baroque un vif succès alors que la haute-contre demeure exception culturelle française. Dès le règne de Louis XIV, la mode passe. Les ténors sont plus appréciés que les voix semblant si fragile de la haute-contre.
Le recueil d’airs de cour chanté par la haute-contre Cyril Auvity comprend des extraits parmi les plus représentatifs. Le morceau de choix est constitué par les Stances du Cid reprenant les vers du Cid de Corneille (1637), mis en musique par Marc-Antoine Charpentier (1681). L’extrait musical
Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maitresse.
L’un m’anime le coeur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vire en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l’étrange peine !
Paut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Chimène ?
est tiré de l’acte I, scène 6, quand Don Rodrigue (le Cid) doit faire face au choix cornélien : préserver son amour pour Chimène ou laver l’honneur de son père Don Diègue.
Le seul extrait tiré de l’œuvre de Michel Lambert, Maître de la musique de la Chambre du Roi, et accessoirement beau-père et bras-droit de Lully, le Superintendant de la musique du Roi. Il s’agit d’une courte chaconne ironique (1689) intitulée « Ma bergère est tendre et fidèle »
Ma bergère est tendre et fidèle,
Mais hélas, son amour n’égale pas le mien ;
Elle aime son troupeau sa houlette et son chien,
Et je ne saurais aimer qu’elle.
Quelques intermèdes sont également tirés de François Couperin. Un air de cour de Jacques Morel (1700-1749) complète l’album.
Références
Cyril Auvity & L’Yriade, « Marc-Antoine Charpentier : Stances du Cide » Glossa, note 1 music, 2016.