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Nouveau side-project réunissant Joe Lally (Fugazi), Josh Klinghoffer et l’inusable John Frusciante, Ataxia est beaucoup plus rock que les disques solos de Frusciante. Les morceaux sont plus longs, et chacune des trois personnes chante à un moment où à un autre. Ataxia produit une musique très directe, enregistrée généralement en deux prises - la musique, puis les voix. Ce groupe fait partie du nouveau projet de John Frusciante qui compte sortir un disque par mois jusqu’à la fin de l’année, en enregistrant ses disques comme dans les années 50 et 60, en très peu de prises. Projet ambitieux certes, mais qui porte ses fruits car le concept est payant : la musique est directe, l’énergie dégagée par les musiciens est presque palpable, et la qualité des compositions est très élevée jusqu’ici.
Dès les premières secondes de "Dust", on sent que Joe Lally, le bassiste, apporte quelque chose à ce groupe, et sera déterminant dans chacune des 5 chansons que compte ce disque. Sa façon de jouer a quelque chose d’hypnotique, qui se rapproche du dub et rappelle un peu Jah Wobble. Il est la colonne vertébrale d’Ataxia. Ce premier morceau est explosif, la mélodie de guitare elle-aussi à quelque chose d’hypnotique pendant la majeure partie de la chanson, une sorte d’écho à la basse de Joe Lally. Le jeu de guitare de Frusciante est excellent, psychédélique et métallique, tout en étant rapide et précis.
Dès lors on commence à comprendre pourquoi cet album s’appelle "Automatic Writing", qui signifie écrire inconsciemment, en laissant notre inconscient "écrire" , c’est un état d’hypnose, une sorte de dissociation - et la musique produite est exactement ainsi, brute, directe, primale - sans pour autant être brutale ou dissonante. Chacun s'abandonne en jouant, se lâche et s'exprime pleinement.
"Another" est une chanson plus douce, laissant plus de place aux bidouillages électroniques. L’ambiance est plus atmosphérique, avec des voix qui semblent flotter, de l’écho, ce qui donne un résultat délicieux. "The Sides" se rapproche plus des albums solos de John Frusciante, même si son jeu de guitare est plus abrasif, plus direct. "Addition" est le morceau le plus expérimental du disque, les synthés créent des sons stridents, puis plus mélodieux, tout comme la voix, progressivement, et les rythmes se font de plus en plus entêtants.
Sur "Montreal", c’est Joe Lally chante, et fait deux accords de basse sur les 12 minutes que dure le disque, ce qui donne une rythmique hypnothique sur un tempo assez lent, avec la batterie derrière. Sur ce morceau, John Frusciante fait de la "guitare automatique" et c’est très intense, et totalement original, à l’opposé de toutes ses mélodies habituelles. Le morceau monte en intensité au fil des minutes, puis redescend progressivement. A mon avis le meilleur morceau des cinq.
Un rock d’une telle qualité et une musique aussi directe sont rares aujourd’hui, et ce projet est véritablement une réussite. Pas forcément accessible, ce disque se bonifie au fil des écoutes, il s’en dégage une grande spontanéité et beaucoup d’énergie. On a hâte d'entendre la suite, prévue début 2005.
- JP, le 17 08 2004