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Outre qu'il vit une enfance bien plus longue et dépendante que les autres mammifères supérieurs, l'être humain a également un besoin de sommeil plus important puisqu'il y laisse un bon tiers de sa vie active. Or, nous savons désormais que le sommeil n'est pas destiné uniquement à la récupération énergétique.En premier lieu, rappelons que le sommeil présente deux visages : l'un, majoritaire, se manifeste par des ondes lentes à l'enregistrement électro-encéphalographique, tandis que l'autre, qui n'occupe qu'un quart des heures passées à dormir, se distingue par des ondes rapides et des manifestations qui vont à l'encontre de ce que l'on attend communément du sommeil. Ce sommeil dit paradoxal entraîne en effet une déperdition énergétique semblable à celle de l'état de veille. Il donne lieu à une forte excitation cérébrale et fait simultanément chuter le tonus musculaire au point de paralyser le sujet endormi. En outre, il s'accompagne très souvent d'une excitation génitale visible, produisant généralement une érection du pénis chez l'homme et une augmentation de la sécrétion vaginale chez la femme. Vu cet état de choses, il semble que tout médecin devrait désormais aller au-delà de la seule question d'une insomnie éventuelle pour mener de véritables investigations sur la vie hypnique de chacun de ses patients ; car le passage d'un cycle de sommeil à l'autre n'est jamais anodin. En effet, le début d'un cycle de sommeil paradoxal détermine entre autres de brusques variations de la tension artérielle et une accélération de la fréquence cardiaque. A noter qu'il n'est pas exclu que se produisent à ce moment-là nombre d'autres modifications viscérales qui n'auraient pas encore été mises en relief. Par ailleurs, les expériences menées sur le sommeil montrent que le sujet que l'on réveille durant un cycle de sommeil paradoxal fournit un récit onirique beaucoup plus riche en détails que le sujet réveillé lors d'un cycle de sommeil à ondes lentes. Ce qui peut logiquement nous mener à la conclusion que cette présence plus nette et marquée du rêve correspond à une plus grande excitation cérébrale. Ajoutons à cela l'hypothèse que le rêve en tant que tel n'existerait pas, puisqu'en pratique il se réduirait au souvenir qu'on en a, et la production onirique deviendrait comparable alors à une sorte de «boîte à images» (dont l'équivalent pour les aveugles de naissance serait une «boîte à sons») destinée à condenser le «déchaînement» sensitivo-émotionnel vécu inconsciemment pendant le sommeil. Ladite boîte à images serait quant à elle une «transcription pictographique» de l'intensité autoperceptive à laquelle nous serions soumis en dormant, après avoir coupé les liens sensoriels avec le monde environnant.Cette hypothèse, qu'il est difficile de détailler ici mais qui paraît vraisemblable, nous permettrait d'essayer de reconvertir les images oniriques dans les sensations et les émotions qui les ont engendrées ; aidés en cela bien sûr par l'histoire personnelle du patient et par son anamnèse.Une telle reconversion pourrait nous permettre de dépister précocement des déséquilibres potentiels du métabolisme, de l'activité cardio-circulatoire, du système neuro-végétatif, et ainsi de suite. Les rêves se transformeraient ainsi en sondes capables de détecter par avance une éventuelle perte du contrôle conscient sur les perceptions corporelles, qu'il s'agisse de qualité ou de variations de l'intensité. Bien loin d'une onirologie abstraite et purement symbolique, nous serions enfin capables, au contraire, d'utiliser une nouvelle source d'information, correspondant exactement à l'expression de la subjectivité, c'est-à-dire de l'autoperception du patient.