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Charbon actif
Pour tenter, sans même être certains d'y parvenir, de maîtriser le dérèglement climatique, on doit parvenir en un peu plus d'une génération (d'ici 2050) à la "neutralité carbone", c'est-à-dire à des émissions de CO2 ne dépassant pas ce que le milieu naturel (les océans, les forêts) et les puits artificiels (stockage géologique, produits manufacturés et industriels) peuvent absorber. Mais la consommation de charbon, énergie fossile qui contribue le plus au changement climatique avec 40 % des émissions totale de CO2, repart à la hausse depuis 2017. Les nouvelles semblaient pourtant pouvoir porter à un optimisme mesuré : l'Allemagne (cinquième plus gros consommateur de charbon au monde) prévoit un arrêt total en vingt ans de la production d'électricité à partir du charbon, la France va fermer ses quatre dernières centrales à charbon d'îci 2022 et aux USA, où Trump fait le forcing pour soutenir l'industrie charbonnière, sa production ne cesse de décliner (non en raison d'un choix politique, mais en raison des "lois du marché" : le gaz est moins cher grâce aux forages de schiste) et la moitié des 1400 mines américaines ont fermé. Or la part (38 %) du charbon dans la production mondiale d'électricité ne se réduit pas alors que cette production globale explose, cette production à partir du charbon croît ainsi de 0,5 % par an et les émissions de CO2 dues à la combustion du charbon correspondent toujours à 40 % des missions totales. Parce que la production d'électricité à partir du charbon est moins onéreuse que les autres modes de production énergétique et qu'elle peut être mise en oeuvre rapidement. Du coup, un pays comme la Chine, dont les besoins en électricité explosent (+ 8,5 % par an), concentre à lui seul 48 % de la consommation totale d'énergie produite à partir du charbon, brûle 25 % du charbon utilisé dans le monde pour produire de l'électricité et construit des centrales dans toute sa région alors même qu'elle investit massivement dans les énergies renouvelables, éoliennes et solaires . Et dans toute l'Asie du sud-est (mais aussi en Pakistan et au Bangladesh) la consommation de charbon augmente, alors qu'elle se réduit en Europe et aux USA.
Les humains d'aujourd'hui, des nouveaux-nés aux vieillards subclaquants, laisseront sans doute aux générations à venir une planète appauvrie, des sols empoisonnés, une diversité des espèces animales et végétales raréfiées et un climat déréglé. La planète y survivra. L'humanité peut-être aussi -mais elle devra vivre dans cet environnement dégradé. Et les plus pauvres n'y arriveront pas. Nous sommes, selon de nombreux scientifiques, entrés dans une nouvelle ère -ou plutôt, nous y avons fait entrer notre planète : l'anthropocène, selon un terme forgé en 2000 par le Prix Nobel (de chimie) Paul Crutzen pour définir une "ère de l'homme", une ère où l'espèce humaine est la principale force géologique s'exerçant sur la Terre et la transformant profondément. Depuis quand y sommes-nous entrés ? Les avis divergent : pour les uns, nous y sommes entrés lorsque nous avons inventé l'agriculture, il y a 10'000 ans, et que nous nous sommes mis à défricher et à déforester. Pour d'autres, nous y sommes entrés au début du XVIIe siècle en exterminant, volontairement (par un génocide) et involontairement (en les confrontant à des maladies contre lesquelles ils n'avaient pas d'anticorps) 50 millions d'Amérindiens, ce qui, à l'inverse de l'invention de l'agriculture, a rendu (en Amérique du sud) à la poussée forestière des millions d'hectares de cultures. Pour d'autres, encore, c'est par la révolution industrielle et la consommation massive de charbon que nous sommes entrés il y a deux siècles dans l'anthropocène. Et pour d'autres, enfin, cette ère nouvelle correspond à l'ère nucléaire et à la dispersion d'éléments radioactifs sur et autour de toute la planète, en même temps qu'à l'explosion de la consommation d'eau et d'énergie, à la production de déchets non organiques et à l'utilisation d'engrais artificiels. Reste que nous n'y sommes pas entrés par inadvertance : dès que nous avons pu constater les effets de notre domination écologique, nous avons construit des légitimations idéologiques pour nous en consoler et produit des opiacés intellectuels pour ne pas s'en préoccuper : on connaissait déjà il y a plus d'un siècle les effets de l'amiante sur la santé humaine... et d'aucune nient encore aujourd'hui les effets de l'activité humaine sur le climat...
Il y a trois catastrophes écologiques, écrivait Félix Guattari il y a trente ans : celle de l'environnement, celle de la capacité des sociétés à se donner à elles-mêmes un sens les justifiant, et celle des mentalités individuelles. La réponse à ces trois catastrophes, sauf à s'y résigner, ne peut tenir que dans une mise en commun des ressources et d'un partage des efforts d'en limiter l'exploitation.