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Selon le site HK01, le cardinal, âgé de 90 ans, a été arrêté avec quatre autres personnes en tant qu’administrateur du Fonds de soutien humanitaire 612, une ONG venant en aide aux Hongkongais soutenant le mouvement démocratique d’opposition au Parti communiste chinois. Selon la presse locale, il serait accusé de collusion avec une puissance étrangère sur les bases de la loi relative à la sécurité nationale passée en juin 2020.
C’est la première fois que le cardinal Zen est arrêté. L’arrestation survient trois jours après l’élection de John Lee, ancien policier de confession catholique et unique candidat approuvé par Pékin, à la tête de l’exécutif de Hong Kong.
Un grand opposant à Pékin
Joseph Zen Ze-kiun, dit Joseph Zen, est né à Shanghaï en 1932. Entré chez les salésiens à l’âge de 12 ans, il rejoint Hong Kong où il est ordonné prêtre en 1961. Supérieur provincial des salésiens entre 1978 et 1983, il a l’occasion de se rendre à de nombreuses reprises en Chine continentale. Il devient évêque coadjuteur d’Hong Kong en 1996 puis évêque en 2002, le restant jusqu’en 2009. En 2006, Benoît XVI le crée cardinal, une nouvelle responsabilité qui lui donnera l’occasion de faire entendre son combat contre le régime chinois et en faveur de la liberté religieuse. Signe de sa proximité avec le pape allemand, ce dernier lui avait demandé de rédiger les méditations du chemin de Croix du Vendredi Saint au Colisée en 2008.
Le cardinal hongkongais a critiqué à de nombreuses reprises les politiques d’ouverture menées par le Saint-Siège vis-à-vis de la Chine depuis le début du pontificat de François. Il n’a pas hésité à blâmer ouvertement l’action du secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin. Il a notamment été un des plus importants détracteurs de l’accord pastoral sur la nomination des évêques catholiques signé en 2018 par les deux États, y voyant une compromission et une trahison de l’Église «souterraine» chinoise.
Le cardinal Zen a été arrêté avec quatre autres personnes pour avoir géré un fonds, aujourd’hui dissous, qui permettait de défendre les personnes arrêtées pour avoir manifesté en faveur de la démocratie. Le «612 Humanitarian Relief Fund». Créé en 2019, le fonds a collecté plus de 32 millions de dollars pour les personnes concernées, mais la police de Hong Kong l’a fermé l’année dernière en vertu de la loi sur la sécurité nationale du territoire entrée en vigueur en 2020. Le cardinal Zen et le gouvernement américain ont reproché à cette loi d’éroder les libertés civiles et politiques que Pékin avait promises à Hong Kong dans le cadre de l’accord «un pays, deux systèmes» lorsque le territoire est passé de la domination britannique au giron chinois en 1997. Des amis du cardinal ont affirmé qu’il s’attendait depuis longtemps à être arrêté et qu’il n’avait pas peur du sort qui lui serait réservé.
L'embarras du Saint-Siège
Mgr Ha a affirmé que le diocèse s’exprimerait officiellement sur ce sujet lors d’une conférence de presse organisée le 12 mai dans la matinée. Le Bureau de presse du Saint-Siège, pour sa part, a juste publié le 11 mai une brève réaction de son directeur Matteo Bruni, qui dit avoir «appris avec inquiétude la nouvelle de l’arrestation du cardinal Zen» et que le Vatican suivait la situation avec grande attention. Pour Edward Pentin, du journal américain National Catholic Register, les derniers développements permettront de «tester l’efficacité de l'accord pastoral entre le Vatican et la Chine et de déterminer s’il a réellement offert au Saint-Siège un pouvoir de négociation». Le Vatican a toujours fait valoir qu’il fallait être patient avant que l'accord ne porte des fruits et il sera intéressant de voir comment il réagira à mesure que l’affaire du cardinal progressera, note le vaticaniste.
L’arrestation du cardinal Zen constitue également un test important pour le successeur actuel du cardinal Zen, Mgr Stephen Chow Sau-yan, qui a pris la tête du diocèse en décembre 2021.
Le poing de Pékin se resserre
Les cinq personnes arrêtées «sont les plus respectées du mouvement démocratique et il s’agit d’une véritable coalition», a ainsi déclaré Mark Simon, un ami et ancien associé de Jimmy Lai. Ce citoyen hongkongais magnat des affaires et catholique, a été emprisonné l’année dernière pour avoir enfreint la loi sur la sécurité nationale en participant à des manifestations en faveur de la démocratie.
Les arrestations sont le signe, pour Mark Simon, d’un net accroissement de l’emprise du pouvoir central sur la métropole. Un développement emblématique de la nomination à la tête de l’exécutif de Hong Kong de John Lee, un fervent partisan de Pékin et le maître d’orchestre de la violente répression contre les manifestations pro-démocratie de 2019.
Benedict Rogers, fondateur de l’ONG Hong Kong Watch, a condamné les arrestations, confirmant à l’agence américaine Catholic News Service (CNA) qu’elles «signalent sans aucun doute que Pékin a l’intention d’intensifier sa répression des droits et libertés fondamentaux à Hong Kong». (cath.ch/ncr/cna/arch/rz/choisir)