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Le siège suintant des libations reçues au fil du temps a été acquis le 30 juin 2001, à la vente de la collection Hubert Goldet. Il était décrit comme un siège dogon par les experts, lesquels rapportaient les propos d’Hélène Leloup, selon lesquels ce meuble avait été la propriété d’une femme, et que de tels sièges étaient parfois enterrés avec celle-ci.
Nous avons commencé par faire prélever un échantillon de bois par l’École polytechnique de Zurich (professeur Georges Bonani) pour obtenir une datation par mesure de la radioactivité de l’isotope C14. La date obtenue était surprenante : entre 1400 et 1488 de notre ère. Ensuite, nous avons cherché un ethnologue qui puisse rédiger cette notice. Plusieurs d’entre eux ont déclaré être inaptes à remplir cette tâche, n’ayant jamais vu d’objet semblable « sur le terrain ».
Son appartenance à la sphère stylistique dogon nous paraissait évidente, du fait des nombreuses analogies existant avec d’autres sculptures, à commencer par les « arches » dont l’aspect général, le cou doté d’une pomme d’Adam saillante, et la tête quasi cylindrique, de ce tabouret. Une photographie fut envoyée à Mme Geneviève Calame-Griaule. Sans doute parce qu’elle n’avait pas pu voir la pièce « en trois dimensions », elle suggéra de regarder du côté d’une autre ethnie.
Par chance, le Dr Max Itzikovitz, qui parcourt sans se lasser l’Afrique occidentale et qui est un fin connaisseur des styles maliens, put être contacté alors qu’il rentrait d’un voyage en pays dogon.
Il avait vu un siège, dont la surface lavée et ravinée par le temps n’était pas comparable à la patine de celui qui est reproduit ci-contre. Néanmoins, la forme était ressemblante. Itzikovitz avait recueilli ce renseignement : de tels tabourets étaient réservés aux prêtres hogon, ou à l’homme le plus âgé du village. L’animal représenté possédait des cornes d’antilope et non de bélier. Nanti de cette information, je demandai à Abdoulaye Diallo, un ami peul que nous avons à Mopti, de se rendre chez les Dogon et d’y enquêter. Abdou entreprit ce voyage presque aussitôt. Sa recherche le conduisit, après plusieurs tentatives infructueuses, à Koundou-Guina, à quinze kilomètres de Sangha. C’était le 6 juin 2003. Là, deux hommes âgés, Ambirè Dara et Amassoungou Dara affirmèrent que le siège avait été la propriété d’un hogon, sans qu’un autre homme, ni une femme n’aient pu s’asseoir dessus. Koundou-Guina n’a plus de hogon depuis longtemps. Mais les deux hommes dirent qu’il y avait eu un tabouret absolument identique dans le village distant de deux kilomètres de N’Goumo. Selon eux, le nom vernaculaire de l’objet était hogon toungou (toungou, « tabouret »).