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Dans une Suisse où la société et l’économie bougent continuellement et en profondeur, les institutions persistent. Sauf dans deux cantons qui se distinguent: Glaris a réalisé le 1er janvier dernier la plus importante réforme territoriale de l’histoire helvétique en réduisant le nombre de collectivités locales d’une cinquantaine à trois communes politiques et Fribourg poursuit une politique encourageant les fusions de ses communes, dont l’effectif a diminué de 244 à 168 depuis l’an 2000.
En septembre 1995, le canton s’est en outre donné une loi sur les agglomérations sur laquelle se fonde celle du Grand Fribourg, mise progressivement en forme dès 2002 et finalement constituée le 1er juin 2008 par l’adoption des statuts en votation populaire. A la majorité de 72% des votants dans les communes concernées, la ville-centre et neuf communes voisines ont opté pour une organisation comprenant un conseil et un comité d’agglomération dont les membres sont désignés au suffrage indirect. Les dernières élections ont eu lieu cet été, dans la foulée des élections communales du printemps dernier. Il a fallu s’y reprendre en plusieurs séances, signe de la méfiance persistante des communes périphériques à l’égard de la ville-centre et de certains de ses édiles.
Il n’empêche: l’agglomération se substitue aux communes dans les tâches d’intérêt régional relevant de six domaines d’activités publiques: l’aménagement du territoire, la mobilité, la protection de l’environnement, la promotion économique et touristique ainsi que celle des activités culturelles. Joli catalogue, où il manque toutefois «le grand projet mobilisateur» que l’inspirateur de la politique régionale, le socialiste John Clerc, appelle de ses vœux pour enfin voir apparaître la région qu’il avait souhaitée dans sa motion fondatrice, adoptée par le Grand Conseil en février 1991 déjà.
Mais il ne suffira pas de reprendre l’idée originelle d’un septième domaine, celui des infrastructures sportives – et culturelles? – avec, par exemple, la construction d’une piscine, pour faire du Grand Fribourg une agglomération réussie. Ni d’ailleurs pour la sortir enfin de la frustrante précarité à laquelle elle semble vouée, écartelée entre les lois sur les communes et sur les agglomérations dont les dispositions la soumettent à un régime juridique hybride, comme l’observe le préfet de la Sarine, le socialiste Carl-Alex Ridoré. Lequel dénonce la manifeste confusion des pouvoirs et une dilution des responsabilités dont il tire la nécessité de démocratiser les instances du Grand Fribourg, en premier lieu par une élection directe de ses autorités.
Tout se passe comme si cette agglomération, qui a tenu à se donner une existence institutionnelle avant de tendre un dossier en forme de sébile à la Confédération, s’en trouvait injustement pénalisée. Pire, le projet de la deuxième génération, qui devrait faciliter le financement des infrastructures par une contribution fédérale, risque de n’être pas prêt à temps. De fait, le calendrier paraît extrêmement serré: la consultation publique s’est achevée à la mi-novembre et ses résultats restent à intégrer dans un document que le Conseil d’agglomération unanime devrait impérativement valider le 22 décembre prochain.
Cette règle de l’unanimité, requise pour toute décision d’importance, gêne évidemment le développement du Grand Fribourg et induit une multiplication des accords et collaborations à géométries variables, comme dans les banales associations de communes existant dans la plupart des cantons. Autre source de complications: le projet de «Fusion 2016» qui prévoyait de réunir les trois plus grandes communes de l’agglomération et trois plus modestes entités, suite à une votation qui reste provisoirement agendée pour 2013. Le cas échéant, le mariage se fera en deux phases, dont la première concernera quatre petites communes, trois villages de l’agglomération et un autre qui n’avait jamais signalé de propension au rapprochement… Et comme si cela ne suffisait pas, l’idée d’une association régionale comprenant les 36 communes du district de la Sarine refait surface sous le nom d’ARS. Le préfet Ridoré agit en maître d’œuvre, soucieux de rallier toutes les collectivités à un projet sur lequel elles se disputent encore pour de classiques raisons d’argent. En cause, on retrouve sans surprise les critères, démographiques et financiers, à prendre en compte pour la détermination des contributions communales aux budgets et fonds d’investissement communs.
Sur tous les sujets, les partis apparaissent divisés. Le PS lui-même présente un large spectre de positions, entre Pierre-Alain Clément, syndic de la capitale du canton, et Erika Schnyder, sa collègue de Villars-sur-Glâne, une ville à forte croissance démographique et au taux d’endettement relativement élevé. Evoluant vers une majorité de gauche bientôt prête à prendre la relève de la domination démocrate-chrétienne, le canton de Fribourg devrait trouver la force de perfectionner les outils de collaborations intercommunales et régionales dont son avenir a besoin.