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Le trouble bipolaire
Anciennement appelé psychose maniaco-dépressive, le trouble bipolaire fait aujourd’hui largement partie du vocabulaire populaire. Toutefois, certaines personnes utilisent le terme pour désigner des variations émotionnelles, alors qu’en réalité le trouble bipolaire concerne des alternances d’humeur.
Quelle est donc la différence entre émotions et humeur ?
L’émotion désigne un état momentané, tel que la tristesse la peur ou la colère, pouvant durer quelques minutes, heures et parfois jours, en réponse à une pensée ou un évènement. L’humeur concerne plutôt la toile de fond, un état plus durable sur lequel peuvent s’inscrire les émotions. L’humeur est donc définie sur une plus longue durée, sur une échelle de plusieurs jours à plusieurs semaines ou mois. À titre d’exemple, l’émotion tristesse est très souvent ressentie lorsque l’humeur est déprimée, mais la personne déprimée peut aussi avoir des moments sans tristesse.
Une alternance entre l’humeur maniaque ou hypomaniaque et l’humeur dépressive.
Bien que plusieurs formes de trouble bipolaire aient été décrites, la principale distinction se fait entre le trouble bipolaire type 1 et type 2. Dans le trouble bipolaire type 1, la personne doit avoir présenté au moins un épisode maniaque dans sa vie, qui peut être suivi ou précédé d’une dépression. Alors que dans le trouble bipolaire type 2 il s’agit d’une alternance entre l’hypomanie et la dépression. La présence d’un épisode d’hypomanie isolée ne suffit donc pas pour poser le diagnostic de trouble bipolaire.
Dans les deux types, la personne peut vivre des périodes d’humeur considérée comme normale (dites euthymiques), et cela entre les différents épisodes d’humeur pathologique.
Quel est le vécu de la personne en phase de manie, d’hypomanie ou de dépression ?
Dans la manie (ou état maniaque) la personne ressent une euphorie, avec une augmentation de l’énergie qui est à la fois importante (donc très marquée par rapport à l’état normal), constante (presque tout le temps présente pendant la journée) et persistante (présente pendant au moins une semaine).
Cette hausse de l’énergie se répercute dans les activités quotidiennes. La personne se sent notamment capable de s’engager dans de nouveaux projets, avec souvent une claire augmentation de la confiance en soi, une nette diminution du besoin de sommeil, une augmentation des activités sociales, de la productivité scolaire ou professionnelle, ainsi qu’une augmentation du désir et de l’activité sexuelle.
La personne peut aussi parler beaucoup plus que d’habitude (sentir par exemple une pression pour parler sans prendre en compte l’interlocuteur), avoir la sensation qu’elle peut réfléchir ou penser plus rapidement. Mais elle peut aussi être distraite plus facilement et avoir le flux de la pensée interrompu. Il existe aussi parfois une nette augmentation des dépenses, avec des achats démesurés et des comportements inappropriés, associés à des remarques, voire des blagues désinhibées vis-à-vis de l’entourage (que ce soit de nature sexuelle ou autre).La personne est donc plus impulsive et a moins de filtres que d’habitude.
Quelques fois, toutes ces manifestations – qui peuvent ressembler à un bien être extrême – sont aussi accompagnées d’une irritabilité. Dans tous les cas, il faut noter que la personne en état maniaque ne se rend pas compte qu’elle a besoin d’aide et c’est fréquent que ce soit l’entourage qui note un net changement du comportement qui paraît excessif et disproportionné.
Pour parler de manie, il faut que les changements décrits ci-dessus soient tellement importants qu’ils portent atteinte au fonctionnement social ou professionnel de la personne, exigeant parfois une hospitalisation pour prévenir des dégâts causés à soi ou à l’entourage. Dans les cas très sévères, des symptômes psychotiques (voir l’article sur le trouble psychotique) sont présents, avec des idées délirantes de grandeur ou de persécution.
La personne en état hypomaniaque présente des symptômes semblables à celui de l’état maniaque, mais dans une moindre intensité. Parfois l’état hypomaniaque est une transition vers l’état maniaque, mais la personne peut aussi rester dans cet état sans évoluer vers la manie. Donc, dans l’hypomanie il n’y a pas toujours un impact dévastateur dans la sphère socioprofessionnelle (en tout cas pas un impact négatif immédiat et rapidement perçu) et l’hospitalisation est rarement nécessaire. La personne en hypomanie se sent souvent plutôt bien, mais consulte plus volontiers lorsqu’elle déprime. Par ailleurs, par définition, il n’y a jamais de symptômes psychotiques dans un épisode hypomaniaque, car si c’est le cas, il s’agit déjà de la manie.
Dans la dépression, la personne ressent une claire diminution de l’énergie par rapport à son état normal, une tristesse marquée et une diminution ou manque d’envie et de plaisir dans les activités appréciées auparavant. On retrouve souvent une sensation de fatigue, avec un besoin de sommeil accru, associée à des problèmes de sommeil. Pour parler de dépression, cet état doit durer au moins deux semaines. Pour plus de détails sur les états dépressifs, cliquez ici (lien vers l’article dépression).
Implications du diagnostic de trouble bipolaire chez le jeune adulte et possibilités de traitement
Au vu des répercussions négatives dans la sphère socioprofessionnelle et affective, un diagnostic précoce évite le cercle vicieux et permet une meilleure intégration sociale et professionnelle à long terme.
Le traitement pour le trouble bipolaire est essentiellement médicamenteux (surtout pour le trouble bipolaire type 1), avec notamment des stabilisateurs d’humeur. Une meilleure compréhension de la maladie, avec par exemple la gestion des facteurs qui prédisposent aux épisodes maniaques, aide aussi à mieux maitriser les virages d’humeur. Cela s’apprend lors de prises en charge psychothérapeutiques.
Si vous vous sentez concerné par cette maladie, discutez-en avec votre médecin traitant ou avec les professionnels de la santé mentale si vous êtes déjà suivi. Si une personne de votre entourage semble présenter des symptômes du trouble bipolaire, discutez avec elle et encouragez-la à consulter. Comme déjà mentionné, dans les états franchement maniaques la personne ne se rend pas forcément compte de la gravité de son état et a parfois besoin d’être amenée à consulter. De même, lorsque la personne est en état dépressif sévère, elle peut ne pas avoir l’énergie pour faire les démarches pour consulter et a besoin d’être aidée pour le faire. Pour rappel en cas de risque suicidaire élevé (voir l’article sur les idées suicidaires) il faut conduire la personne aux urgences psychiatriques.