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Il ne fallait pas s’attendre à de grands changements concernant les paramètres géochimiques, mais ils étaient mesurables. En effet, le calcium, le magnésium et le bicarbonate résultent de l’érosion de rochers de calcite et de dolomite dans le bassin versant des fleuves. Ce phénomène s’accompagne d’une capture du CO2 et le bicarbonate (HCO3-) qui en résulte se déverse dans les nappes aquatiques. Du CO2 sous forme de gaz s’échappe en partie dans l’atmosphère ou précipite à nouveau sous forme de calcite. Ces processus de base dans le cycle géochimique du carbone s’équilibrent, ils dépendent des conditions environnementales.
Les concentrations de bicarbonate ont augmenté. Pour Zobrist, le changement climatique en est en partie responsable : « Sous l’effet de la hausse de température d’environ 1,5 °C dans l’air, les microorganismes du sol ont repris de l’activité ; ils respirent plus et libèrent davantage de CO2. » Dans le sol humide, le CO2 se dissout pour former de l’acide carbonique. Le taux d’acide carbonique étant en hausse, l’érosion attaque davantage les roches, surtout les minéraux carbonatés, et les concentrations de bicarbonate augmentent. Ce processus a pu être quantifié à l’aide d’un programme classique d’équilibre CaCO3-CO2. En aval des lacs, la réoligotrophisation a aussi des conséquences : comme l’offre en phosphore a baissé pendant la période étudiée, la croissance des algues qui, grâce à la photosynthèse, séquestrent le CO2 a été inhibée dans les lacs. Et plus il y a de CO2 dans l’eau sous forme dissoute, moins il y a de calcite précipitée.
Des effets inverses se conjuguent
Dans la Thur, au niveau d’Andelfingen, la concentration en bicarbonates affiche une tendance inverse au cours des trois dernières décennies. D’une part, aucun lac ne se trouvant en amont du fleuve, la réoligotrophisation n’a aucun effet ici. De l’autre, il y a aussi des développements qui sont responsables du recul de l’érosion, estime Zobrist : « L’utilisation d’engrais acidifiants dans l’agriculture a reculé. En plus, les dépôts acides en provenance de l’atmosphère ont aussi diminué – par exemple grâce à la réduction de la teneur en soufre du mazout et surtout suite à la baisse des émissions de SO2 dans les pays de l’ancien bloc de l’est. » De ce fait, l’érosion de la calcite a diminué.
Les tendances à long terme montrent que le cycle géochimique du carbone est soumis à des changements et réagit aux influences humaines. « Les changements en question sont certes infimes, mais statistiquement significatifs », résume Zobrist, qui avec cette contribution met définitivement fin à ses activités de recherche.