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24/01/2015
Après avoir esquissé à grands traits dans un précédent billet les convergences thématiques entre le libertarianisme et la gauche, je m'intéresse à présent aux convergences entre penseurs socialistes et libertarianisme. En effet, je me suis rendu compte au fil de mes recherches de certaines ressemblances de vue parfois inédites.
On trouve d'abord, de manière assez surprenante en fait, une convergence entre la critique que Karl Marx, Friedrich Engels, et même Lénine (avant octobre 1917), formulent à l'encontre de l’État-bourgeois (qu'il convient selon eux de détruire) et la critique que font les libertariens de l’État(-tout court). Cette convergence entre marxisme orthodoxe et libertarianisme se retrouve notamment dans leurs écrits lorsqu'ils s'en prennent à la connivence entre bureaucrates et grands capitalistes et aux privilèges que ces derniers obtiennent des premiers. Bien entendu, de l’État-ouvrier (la dictature du prolétariat) à la théorie de l'expropriation de la valeur du travail des prolétaires par les bourgeois, tout le reste du marxisme orthodoxe diffère du libertarianisme. Néanmoins, on pourrait imaginer une formulation marxiste proposant de retirer de l’État toute sa propriété pour la rendre aux prolétaires qui réduirait le fossé entre marxisme et libertarianisme.
Du côté des marxistes que l'on qualifiera de non orthodoxes, on trouve d'autres accointances. Chez Antonio Gramsci, avec sa critique de l'hégémonie culturelle (passant par le contrôle des médias, de l'éducation, ou encore des artistes), qui est assez proche de celle formulée par les libertariens à l'encontre de l'hégémonie culturelle étatique, ou chez Althusser, qui développe la théorie de Gramsci en inventant les Appareils Idéologiques d’État.
Moins surprenant, on retrouve du côté des anarchistes individualistes toute une gamme de penseurs proches du socialisme (Max Stirner, Thoreau, Lysander Spooner, Benjamin Tucker, Josiah Warren) et dans le même temps présents dans les fondements mêmes de la construction théorique libertarienne (cf. Murray Rothbard), ainsi que des penseurs proches de cet anarchisme individualiste comme Oscar Wilde qui se revendique d'un socialisme individualiste. Tandis que certains anarchistes socialistes comme Proudhon peuvent carrément être considérés comme des (proto-)libertariens (au moins dans ses derniers textes contre l'impôt et faisant l'éloge de la propriété comme défense contre la tyrannie et l’État).
En outre, il existe une catégorie peu connue qui est celle des socialistes libéraux, comme Oppenheimer, qui est clairement très proche des libertariens.
Enfin, je conclurai avec deux oiseaux rares.
Premièrement, Foucault, pour son dernier cours sur le libéralisme, qui comporte des inclinaisons positives envers le libéralisme, et pour sa critique du (bio-)pouvoir qui comprend une critique de l’État (entre autres, providence). Et deuxièmement, Ivan Illich, une des figures les plus fondamentales de l'objection de croissance et de l'écologie politique, pour sa critique des institutions étatiques, et notamment de l'école obligatoire.