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Les graisses animales saturées favorisent les maladies cardiovasculaires. De temps à autre, des études tentent néanmoins de présenter la graisse contenue dans le lait comme étant bonne pour la santé. C'est notamment le cas d'une publication parue en septembre 2021. Que peut-on en tirer ?
Cette étude est parue dans le journal PLOS le 21 septembre 2021 : « Biomarkers of dairy fat intake, incident cardiovascular disease, and all-cause mortality: A cohort study, systematic review, and meta-analysis » (biomarqueurs de la consommation de matières grasses lactiques, cas de maladies cardiovasculaires et mortalité toutes causes confondues : étude de cohorte, examen systématique et méta-analyse).
À lui seul, le titre indique déjà que cette analyse ne porte pas sur la consommation de lait en tant que telle, mais sur des « marqueurs ». Les auteurs justifient ce choix en expliquant que les enquêtes de consommation sont trop imprécises et que l'analyse de marqueurs dépendant directement de la consommation de matières grasses lactiques permet d'obtenir des données plus fiables. Le problème dans cette approche est que, pour l'appliquer, il faut analyser des marqueurs dépendant clairement et exclusivement de la consommation de matières grasses lactiques. Or, cette étude utilise des marqueurs qui sont également influencés par la consommation de fibres alimentaires (et d'acides gras saturés). Il est incontestable qu'une teneur élevée en fibres alimentaires (autrement dit une forte proportion d'aliments végétaux) protège contre les maladies cardiovasculaires. Avec un marqueur réagissant également aux fibres alimentaires, il est évident que les gens souffrent moins de maladies cardiovasculaires. Cela n'a toutefois rien à voir avec la consommation de matières grasses lactiques.
Les études de ce genre, qui encouragent la consommation de produits laitiers, sont très populaires dans les médias : à peine deux semaines après sa publication, les résultats de l'étude ont été diffusés sans critique dans plus de 150 médias différents à travers le monde.
Contexte scientifique de l'étude
On peut imaginer les dégâts que peut causer un tel rapport erroné quand on sait que, dans le monde, environ 46% des décès dus à des maladies non transmissibles sont dus à des maladies cardiovasculaires. Les maladies cardiovasculaires sont également la principale cause de décès en Suisse. Depuis un certain temps déjà, diverses études ont toutefois montré que les personnes souffrant de problèmes cardiovasculaires peuvent se rétablir grâce à un régime (pauvre en graisses) à base de plantes. Affirmer aujourd'hui qu'un régime riche en matières grasses lactiques pourrait prévenir ces maladies est en contradiction flagrante avec ce constat, établi de longue date et largement prouvé. Les médecins américains Caldwell B. Esselstyn, Dean Ornish et Neal Barnard, pour ne citer qu'eux, ont mené un grand nombre d'études démontrant l'influence positive d'un régime pauvre en graisses et à base de plantes sur le système cardiovasculaire. Et les effets en question ne sont pas négligeables: d'après leurs études, jusqu'à 40 % des décès et des maladies pourraient être évités grâce à une alimentation plus saine. Et en complétant ce régime alimentaire par d'autres changements de style de vie (comme éviter le stress et faire de l'exercice), on peut prévenir plus de 80 % des crises cardiaques.
Adopter un régime à base de plantes est en fait bien plus efficace que de suivre les recommandations alimentaires de l'American Heart Association (AHA) lorsqu'il s'agit de prévenir les maladies cardiovasculaires. Si l'AHA recommande de réduire la consommation de viande rouge, elle AHAsoutient néanmoins la consommation de poisson et de poulet. En outre, l'AHA encourage la consommation de produits laitiers à faible teneur en matières grasses.
Dans ce contexte, il est important de mentionner que les avantages d'un régime à base de plantes ou d'un régime végétalien pour la santé sont fortement réduits si l'on consomme beaucoup de produits à base de farine blanche (p. ex. pain blanc, pâtes), de produits frits (p. ex. frites) et de produits à forte teneur en sucre.
Études :
- Les marqueurs utilisés dépendent aussi des fibres alimentaires :
- Americal Journal of Clinical Nutrition: « Odd-chain fatty acids as a biomarker for dietary fiber intake: a novel pathway for endogenous production from propionate », 19 avril 2017
- Lipids: « Cross-sectional associations of food consumption with plasma fatty acid composition and estimated desaturase activities in Finnish children », mai 2014
- Une alimentation à base de plantes prévient les maladies cardiovasculaires :
- The Journal of Family Practice: « A way to reverse CAD? », juillet 2014
- Progress in cardiovascular diseases: « Vegetarian Dietary Patterns and Cardiovascular Disease », mai-juin 2018
- Current Cardiology Reports: « Plant-Based Nutrition: An Essential Component of Cardiovascular Disease Prevention and Management », 8 septembre 2017
- The Journal of Pediatrics: « Plant-based, no-added-fat or American Heart Association diets: impact on cardiovascular risk in obese children with hypercholesterolemia and their parents », 12 février 2015