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Les mercenaires: la richesse et la fierté de la Suisse médiévale
Les mercenaires suisses étaient craints sur les champs de bataille depuis bien longtemps lorsque le pape fit appel à leurs services afin de former une troupe régulière. C’est ainsi que fut créée la Garde suisse pontificale.
C’est en particulier après la victoire des Confédérés sur Charles le Téméraire que les soldats suisses acquirent une solide réputation. En effet, le fait que de simples paysans soient capables d’anéantir les armées professionnelles des Bourguignons ne pouvait pas être le fruit du hasard. Les monarques de toute l’Europe en voulurent donc dans leur armée. Le service étranger étant devenu une source de revenus importante, des hommes issus de toutes les catégories sociales s’enrôlaient pour participer à des campagnes militaires qui étaient limitées dans le temps. Mais en 1497, le roi de France créa une compagnie régulière de gardes du corps suisses. Son ennemi juré en fit de même. En 1505, le pape Jules II demanda aux Confédérés de lui envoyer 200 fantassins.
C’est ainsi que Kaspar von Silenen prit la direction du sud avec 150 hommes. Comme l’hiver était exceptionnellement doux, ils passèrent vraisemblablement par le col du Gothard. Silenen triomphait après maints déboires. Deux ans auparavant, il avait été destitué par le Grand Conseil de Lucerne à cause du recrutement illégal de mercenaires, et même condamné à mort par contumace à Schwytz. Au final, il fut gracié et devint le premier commandant de la garde rapprochée du pape.
Comme tout soldat suisse, Silenen avait la réputation d’être particulièrement cruel. Ses hommes étaient également sans pitié, de sorte qu’ils convenaient parfaitement à leur nouvel employeur. Le pape Jules II était surnommé «il papa terribile» («Jules le terrible»). Ce père de trois filles était certes querelleur, mais il avait du goût et des projets ambitieux. Il demanda à Michel-Ange de peindre le plafond de la Chapelle Sixtine, engagea Raphaël pour l’aménagement de ses appartements privés et posa la première pierre de la plus grande église du monde: la Basilique Saint-Pierre de Rome. En outre, Jules II était d’avis que le Vatican devait régner sur toute l’Italie.
Les Suisses arrivèrent à Rome le 21 janvier 1506. Six mois plus tard, la garde pontificale était composée de 300 hommes et à partir du 26 août, elle accompagna le pape lors de son expédition contre Pérouse et Bologne. Kaspar von Silenen chevauchait solennellement devant le pape. Lorsque Jules II mourut cinq ans plus tard, il n’avait toujours pas conquis l’Italie. Ses successeurs abandonnèrent l’idée de former une grande puissance et la Garde suisse devint une troupe régulière exclusivement défensive. En Suisse, le mercenariat était devenu un sujet politique. Les élites s’enrichissaient en fournissant de plus en plus de soldats aux dynasties régnantes de toute l’Europe. Ainsi, il arrivait de plus en plus fréquemment que des Suisses se battent contre d’autres Suisses, ce qui irritait la population. Un des opposants les plus virulents était le curé du Grossmünster de Zurich. Il s’appelait Ulrich Zwingli.