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Le projet « Action communautaire pour la santé » a pour but d’améliorer durablement la santé des habitants des campagnes kirghizes. Il implique activement la population rurale, qui est amenée à identifier ses problèmes de santé et à trouver des solutions avec le soutien du ministère de la santé. Son objectif est donc double : responsabiliser les communautés locales pour qu’elles s’engagent en faveur de la prévention et de la santé, et promouvoir une coopération fructueuse avec les autorités sanitaires.
Comités de santé dans les villages
Dans chaque village, la première mesure du projet consiste à cerner les priorités sanitaires. Groupée par quartiers, la population locale discute des problèmes les plus urgents. Durant ce processus, les participants désignent également les habitants du quartier qui formeront le comité de santé, pièce maîtresse du projet. Une élection ultérieure permet de nommer l’équipe de direction parmi les personnes proposées. Les membres des comités de santé travaillent bénévolement et suivent périodiquement des formations dans les domaines de la médecine et de l’organisation.
Activités de promotion de la santé
Sur la base des priorités sanitaires définies par la population, des campagnes sont lancées en coopération avec le ministère de la santé. Elles touchent à des domaines tels que la santé dentaire, la santé maternelle et infantile, la santé reproductive, l’alimentation, l’assainissement et l’hygiène. Toutes ces activités, au nombre de vingt environ, sont ensuite mises en œuvre dans les villages par les comités de santé, dont les membres ont été formés de manière appropriée. Munis de la documentation et des outils de démonstration nécessaires, ceux-ci rendent régulièrement visite aux villageois.
Les responsables du projet reconnaissent certes le rôle traditionnel des femmes dans la résolution des problèmes de santé dans les familles rurales. Ils cherchent néanmoins à impliquer davantage les hommes dans les activités sanitaires, plus spécifiquement dans celles qui ont trait aux affections typiquement masculines, dont la brucellose, l’alcoolisme et le tabagisme.
Lutter contre l’hypertension
Parmi les plus grandes réussites du projet figure la lutte contre l’hypertension. Cette affection explique en grande partie le taux élevé d’attaques cérébrales au Kirghizistan. Rarement identifiée, elle n’est donc pas traitée. Chaque année, les comités de santé organisent dans les villages une semaine de l’hypertension, au cours de laquelle ils contrôlent la tension artérielle du plus grand nombre possible d’adultes au moyen de tensiomètres. Entre 2011 et 2013, ils ont ainsi ausculté plus d’un million de personnes, et détecté plus de 180 000 cas d’hypertension. Dans 57 000 cas, les personnes concernées ignoraient le problème. Elles ont été envoyées chez des prestataires de soins primaires et ont reçu une information détaillée. Avec les données en leur possession, les comités peuvent réexaminer ces patients ultérieurement.
Sel iodé
Figurant parmi les autres affections majeures recensées par les communautés, les problèmes dus à une carence en iode, tels que le goitre, se sont multipliés au début des années 1990, car cet élément chimique n’était plus ajouté dans le sel de manière aussi systématique qu’à l’époque soviétique. Dans le cadre d’une campagne de promotion du sel iodé, les comités ont distribué des kits simples afin que les villageois contrôlent eux-mêmes la qualité du sel vendu dans les commerces locaux. Depuis cette campagne, 98 % des ménages ciblés n’utilisent plus que du sel iodé.
Principaux Resultats
Le projet a été élaboré et mis en œuvre pour la première fois en 2002, dans le district de Jumgal (province de Naryn). A la faveur des succès remportés, il a été étendu aux provinces de Talas, d’Och, de Batken et de Tchouï. Aujourd’hui, 84 % des villages kirghizes possèdent leur propre comité de santé.
Le modèle de promotion de la santé basé sur le travail communautaire comporte de nombreux avantages par rapport aux modèles lancés par l’Etat. En plus d’encourager la prévention, il responsabilise les communautés rurales et leur donne les moyens de devenir des acteurs d’une société civile plus forte et plus diversifiée aux quatre coins du pays. Grâce à cette approche, les populations locales ont compris qu’elles pouvaient prendre les devants en matière de santé au lieu d’attendre passivement une aide du gouvernement. De même, le regard que les professionnels de la santé portent sur les villageois a changé: au lieu de se contenter de leur prodiguer des conseils, ils les considèrent comme des protagonistes à part entière du processus d’amélioration de la santé. Une attitude collégiale et le respect des différentes contributions sont à la base de la coopération entre les membres des communautés, le personnel soignant et les collaborateurs du projet. Deux principes qui gardent intacte la motivation des bénévoles.
En marge des questions de santé, les comités ont également commencé à organiser d’autres activités pour le bien-être de la communauté, en particulier des activités lucratives, des manifestations sociales et des travaux collectifs. Ils se muent ainsi en de véritables organismes de la société civile et lancent un nombre croissant d’initiatives dans les villages.