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Avec le progrès scientifique, nos exigences ont également changé: les observateurs de la famille parlent maintenant de « paternité éclatée » : la paternité peut être différée, congelable - on peut féconder des ovules et les programmer pour dans x années – anonyme (don de sperme),… les exemples abondent. D’où la naissance de multiples commissions bioéthiques car la vitesse de ces progrès scientifiques génèrent des problèmes et qu’on ne comprends plus ce qui se passe.
Il est impossible de ne pas se demander qu’est-ce qu’un père ? Qu’est-ce que la fonction paternelle ? Qu’est-ce qui fonde la filiation ?
Afin de mieux comprendre ce que nous vivons aujourd’hui, il est intéressant de regarder quelques aspects historiques afin d’imaginer ce que nous vivrons demain. Depuis l’âge d’or de la monarchie paternelle (17ème siècle), les phénomènes historiques et sociaux on entraîné un grand bouleversement de la structure familiale :
Le père a des rôles et un statut :
Il répond devant la société de toutes les tâches qu’il accompli : toutes ces fonctions peuvent être actualiser ou disparaître selon les époques ou les cultures, sauf celle de donneur de sperme ou de géniteur. Le père naturel n’a pas de rôle, ni de statut mais est un acteur par la descendance qu’il assure.
Si le rôle du père est remis en question, on ne peut dire que la fonction symbolique du père est plus importante que le père réel.
Le père a une triple fonction: engendrer, nourrir et éduquer.
Cette fonction peut-être amoindrie par le biais d’une fécondité multiple: ainsi, dans le cas d’une séparation le rôle du père peut-être tenu par un autre homme. Idem en ce qui concerne les familles recomposées.
Dans le cas du divorce, l’autorité parentale reste confiée, dans la majorité des cas à la mère. Mais, l’autorité parentale partagée permet au couple de rester parent bien qu’ils ne sont plus époux. Mais ce n’est pas simple.
Les persistants et fondamentaux dans le rôle du père :
Les anthropologues distinguent deux axes pour créer une famille : L’alliance et la filiation : critères clés.
Dans toutes les cultures le rôle du père est instrumental : il fait la médiation sociale, il est le lien avec l’extérieur, celui qui tire l’enfant vers l’extérieur, qui le pousse et qui régule les comportements. Le rôle de la mère est plus affectif, centré sur la relation, la régulation des relations.
Parfois le père a tendance à renvoyer l’enfant vers la mère pour les rôles émotionnels: il délègue à la mère le rôle de médiateur ou bien, à l’inverse, on assiste à la montée des « pères kangourous » qui deviennent presque des rivaux pour les mères.
Les effets pervers de cette évolution peuvent entraîner une maltraitance intra-familiale.
D’où un éclatement de la structure familiale qui entraîne de la haine : les soutiens au rôle du père se développent avec des associations comme SOS papa,…et on se désintéresse de l’enfant.
Qu’est-ce qu’un père réel ?
Ni un croque-mitaine, ni un père kangourou : il y a une polarité du rôle des parents. Père ou mère : il y a un concernement :
- La mère est plus concernée par le « nous » dans les relations dans la famille.
- Le père : «il est plus dans la confrontation : le « je », le « moi »
La première mission du père est de séparer: il est le tiers séparateur : quand la mère a une tendance a être trop en symbiose avec son enfant, il demande et questionne : et moi ? Et toi ? Ce n’est pas de la jalousie, il fait ça pour aider et protéger sa femme contre les enfants : la mère parfois ne sait pas dire non.
Le père régule la relation mère/enfant et l’aide à rester une femme, sa femme et pas seulement une maman. Bien des femmes ont perdu leur identité de femme après la naissance
De son coté, la mère doit aussi réveiller le père, lui faire faire attention à ne pas être égoïste, despotique. Il doit être un peu plus tendre, à l’écoute,…il doit observer sa femme et ses enfants pour apprendre à être « nous ».
La deuxième mission est de faire avancer sa famille: il est un peu comme adossé à la famille et tourné vers la société et il lui dit : allez, on avance.
Il ne faut jamais oublier que le rôle de la famille est de s’auto liquider! Et le rôle du père est d’expliquer, de montrer aux enfants comment ne plus avoir besoin de lui.
Comment stimuler cette fonction ? En donnant l’exemple : l’enfant regarde le père, le père de ses copains, l’attitude de son père envers sa mère… et il perpétue un modèle : c’est la loyauté filiale.
Questions
Le paradoxe entre le père protecteur et le père kangourou ? Comment gérer ?
Il faut 15 ans pour élever un enfant. Il n’y a pas de recettes et il y a une oscillation entre le père qui frustre et met des limites et le père attentif à l’écoute, qui pardonne.
Il y a du flou dans l’autonomie vers l’accès à l’autonomie, l’âge adulte. Il y a une dispersion des modèles. Difficile de savoir comment faire.
L’autonomie commence quand l’enfant circule à quatre pattes dans l’appartement et qu’il regarde notre réaction quand il disparaît de notre vue. Quand les modèles sont très différents, il faut discuter avec ses enfants, dire ce qu’on pense, ne pas hésiter à mettre des limites même si le parent n’est pas compris. Les enfants de parents autoritaires s’en sortent beaucoup mieux que les enfants de parents « cools ».
Faut-il toujours donner des réponses aux enfants?
Il faut essayer de donner des « non-réponses », répondre « je ne sais pas », ça rend l’enfant curieux. On peut aussi apprendre avec l’enfant.
Résumé d'une conférence du Docteur Gérard Salem, Psychiatre FMH, Thérapeuthe de famille
Ecole des Parents de Lausanne