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Comment Daniel Cohn-Bendit est devenu l'incarnation de mai 68
Nous sommes le 6 mai 1968 à Paris. Daniel Cohn-Bendit, surnommé Dany le Rouge, intervient dans la cour de la Sorbonne, occupée par les étudiants. La situation est tendue avec les forces de l'ordre. Journalistes et photographes sont au rendez-vous. Parmi eux, Gilles Caron, grand photographe et reporter de guerre, quasiment du même âge que les étudiants, immortalise le sourire narquois de l'étudiant allemand défiant un agent des forces de l'ordre.
Publiée bien plus tard
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'image n'a pas été publiée dans la presse au moment des événements. Audrey Leblanc, docteure en Histoire et commissaire d'une exposition à la Bibliothèque Nationale de France consacrée aux icônes de Mai 68, le confirme: "Cinq ou six photographes étaient là pour immortaliser l'événement. Mais le cliché de Gilles Caron ne sera publié qu'à la mi-juin dans un petit journal confidentiel. Ce n'est que progressivement qu'on va réinvestir ce corpus d'images pour lui donner plus de poids dans l'histoire de la photographie, du photo-journalisme et de mai 68."
Après le décès de son auteur
A l'époque, le cliché passe donc quasiment inapercu. Ce n'est qu'à la mort de Gilles Caron, disparu en 1970 sur la route reliant Phnom Penh à Saigon, dans une zone contrôlée par les Khmers rouges, que l'agence Gamma - qu'il avait cofondée - valorisera son fonds d'images pour faire la promotion du photojournalisme. Les qualités esthétiques et symboliques de ce cliché en noir et blanc, qui a su capter l'esprit frondeur de l'époque, feront le reste.
L'image devient iconique, et Cohn-Bendit face à un CRS est présentée aujourd'hui comme “LA” photo de Mai 68 dans la mythologie de l'image.
Sophie Iselin/Mcm
Publié le 26 mars 2018 à 17:16 - Modifié le 26 août 2019 à 11:16