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"Le Japon s'est reposé sur la puissance militaire américaine depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Mais le contexte change et on doute de plus en plus de la volonté de Washington de défendre son allié historique face aux nouvelles menaces comme la Chine", observe Lionel Fatton dans.
Pour le professeur assistant à la Webster University de Genève, également collaborateur de recherche à l'université Meiji de Tokyo, l'agressivité du président américain dans les relations commerciales avec le Japon est le symbole d'une alliance qui se délite: "Donald Trump a quand même poussé le pays à des négociations bilatérales sur un traité de libre-échange en menaçant de taxer à 25% les importations de voitures japonaises".
En face, le Japon doit aussi composer avec les volontés d'expansion de la Chine. Son rival historique demeure toutefois son premier partenaire économique. "Le Premier ministre Shinzo Abe s'est rendu en Chine en octobre 2018 pour signer des accords commerciaux et trouver un contrepoids à la pression américaine".
Un pays esseulé
Pris en étau entre les Etats-Unis et la Chine, le Japon possède peu de vrais amis dans la région indo-pacifique. "Il possède des contentieux territoriaux et historiques avec tous ses voisins: la Russie, les deux Corées, ou encore Taïwan", rappelle Lionel Fatton.
La tension politique est extrêmement forte avec la Corée du Sud, empêchant les deux pays de joindre leurs forces pour contrer la menace nord-coréenne. La raison? "L'histoire ne s’oublie pas, comme le travail forcé des Coréens pendant la colonisation japonaise et les esclaves sexuelles coréennes engagées pour travailler dans les bordels de l'armée nippone", rappelle le chercheur.
Développement militaire
Pour assurer sa sécurité, le Japon entreprend de muscler ses capacités militaires. En vertu de sa Constitution, rédigée sous l’occupation américaine après la Deuxième Guerre mondiale, le pays ne possède que des forces d'autodéfense, les Japan Self-Defense Forces.
Depuis plusieurs années, le gouvernement de Shinzo Abe tente de faire réviser le texte. Mais il lui faudrait pour cela une majorité des 2/3 au Parlement. Selon Lionel Fatton, "il y a un mouvement certain pour s'affranchir de l'allié américain, avec le développement de forces offensives qui lui permettent de se projeter vers l’extérieur".
Les dépenses militaires japonaises s'élevaient à 46,6 milliards de dollars en 2018, à hauteur de la France, soit les neuvièmes plus importantes de la planète. Discrètes sur la scène internationale, les forces nippones sont donc loin d'être négligeables. Chars ou brigades amphibies, Tokyo ne cesse de renforcer ses équipements. Derniers exemples en date: son porte-hélicoptères Izumo, l'acquisition de batteries antimissiles AEGIS et la commande de plus de 100 avions de combat F35 aux Etats-Unis.
Kevin Gertsch