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Alors que la Suisse milite, sur le plan international, en faveur de l'interdiction de balles dum-dum pour les armées, les polices cantonales envisagent sérieusement de se doter de ces munitions. Un projet est déjà à l'étude. Et une décision est attendue pour cet automne.
La diplomatie suisse veut moderniser une convention internationale qui limite ou interdit certaines armes conventionnelles. Elle travaille à l'élaboration d'un protocole additionnel qui proscrit, entre autres, les munitions à effet dum-dum.
Dès lors, il peut paraître étonnant que les forces de police cantonales envisagent de se doter d'une munition qui pourrait être interdite par le protocole élaboré activement par la diplomatie helvétique.
Mais la contradiction n'est qu'apparente, selon les responsables contactés par swissinfo. Erwin Dahinden, en charge des questions de désarmement au ministère suisse de la Défense, souligne que les traités internationaux relatifs aux armes ne concernent que les forces armées et pas les forces de police.
Car - en théorie au moins - un soldat est amené à tirer sur un autre soldat, dont le seul tort est d'être un ennemi. D'où l'exigence, soutenue par le droit humanitaire, de ne pas utiliser des armes causant des souffrances exagérées et inutiles sur le plan militaire.
Le policier, lui, peut être amené à tirer sur un individu qui menace la vie de citoyens. Le contexte est donc fort différent. En théorie toujours, la police n'ouvre pas le feu sur un individu accomplissant son devoir, mais sur une personne dangereuse.
«Néanmoins, la constitution suisse oblige la police à utiliser la force de manière proportionnelle», précise Erwin Dahinden.
Or, les différentes munitions étudiées par les polices cantonales sont certes plus puissantes que celles utilisées actuellement. Mais les blessures causées ne dépassent pas forcément les barèmes que cherche à fixer le protocole défendu par la diplomatie suisse.
Selon Beat Kneubühl, un expert en balistique qui participe à la fois à l'élaboration du protocole et à l'étude des polices cantonales, les munitions que la police envisage d'acquérir seront uniquement tirées par des armes de poing.
«Leur énergie est donc beaucoup plus faible que si elles étaient tirées avec des fusils», précise Beat Kneubühl. L'expert doit encore vérifier si l'impact des futures munitions policières dépasse ou non les limites fixées par le protocole international.
Conscients du caractère sensible de leur projet, les responsables des polices cantonales ont, d'ailleurs, prévu d'informer prochainement le public, avec tous les détails qui leur manquent encore actuellement.
Quant à la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, elle prévoit de formuler, cet automne, ses recommandations au sujet de ces nouvelles munitions.
Frédéric Burnand