Document ID: /fineweb-2-swissfilter-quality_10-filterrobots/filtered/06962.jsonl.gz/1275

Consommation d'alcool, cerveau et diabète
Même à faible dose, elle induirait des modifications de structure dans le cerveau. A l'inverse, elle réduirait le risque d'avoir un diabète.
La consommation régulière d'alcool, avec ses méfaits ou ses bienfaits, ne cesse d'interpeller le grand public. A juste titre, puisque le monde entier consomme, bon an mal an, la bagatelle de 6,2 litres d'alcool pur par habitant, soit 13,5 grammes d'alcool par jour en moyenne, et qu'on estime qu'il en résulte chaque année 3,3 millions de morts prématurées. Une mortalité majeure sans doute due à des consommations individuelles excessives, alors que par ailleurs on ne cesse de mettre en avant le rôle protecteur que pourrait avoir une consommation d'alcool modérée.
C'est donc là toute la question qui continue à alimenter nombre d'études médicales: une consommation d'alcool faible à modérée permet-elle de réduire le risque de telle ou telle pathologie?
La réponse est partiellement dans la forme que prend le graphique décrivant le risque encouru en fonction de la quantité d'alcool consommée. Souvent qualifiée de «courbe en J», cette courbe exprime le fait que le risque (par exemple de mort prématurée) est relativement plus grand pour un abstinent (début de la courbe), qu'il baisse vers un seuil associé à une consommation modérée, et qu'il croît à nouveau en fonction d'une consommation d'alcool de plus en plus importante. C'est ce type de courbe qui a été évoqué pour illustrer le risque relatif d'infarctus, d'attaque cérébrale, de diabète (voir plus loin), ou même de troubles cognitifs, voire de démence.
De l'abstinent au gros buveur
Or si cette dernière association, entre les troubles cognitifs et la consommation modérée d'alcool, a certes déjà fait l'objet de diverses études, leurs conclusions ont souvent été divergentes, même si a contrario il est bien établi qu'une consommation importante d'alcool est statistiquement associée à une atrophie du cerveau et à un risque de démence. C'est ce qui a incité une équipe de médecins de l'Université d'Oxford et du University College de Londres à lancer une nouvelle analyse, dont ils viennent de publier les résultats dans le British Medical Journal.
Leur travail s'appuie sur une autre grande étude prospective britannique, l'étude Whitehall II, qui a notamment enregistré, chez plus de 10'000 adultes et à six reprises durant 30 ans (1985-2015), l'impact sur la santé de divers facteurs socioéconomiques, comme le stress ou quelques composantes du mode de vie, telles que justement la consommation d'alcool.
Les auteurs de l'article en ont extrait au hasard 339 hommes et 188 femmes non dépendants de l'alcool, âgés en moyenne de 43 ans au départ, qu'ils ont répartis selon leur consommation individuelle. Cela va de l'abstinence presque totale (moins d'un décilitre de vin par semaine) à une consommation dite risquée (plus de 3 décilitres de vin par jour pour les hommes ou plus de 2 pour les femmes), en passant par une consommation quotidienne qualifiée de «modérée», correspondant à 1-2 décilitres de vin pour les femmes et à 1-3 pour les hommes.
Même une consommation modérée
Les médecins ont ensuite confronté aux consommations moyennes d'alcool de chaque individu les divers tests de la fonction cérébrale effectués tout au long de l'étude, de même que les examens du cerveau réalisés par résonance magnétique au cours des trois dernières années. Ils en arrivent alors à la conclusion que l'alcool affecterait bien la structure de certaines parties du cerveau, en réduisant notamment –et cela de façon proportionnelle à la consommation d'alcool– le volume de l'hippocampe, une atrophie connue pour affecter la mémoire et les capacités d'orientation.
Ainsi, en ce qui concerne les modifications de structure du cerveau, même une consommation par un homme de 2 à 3 verres de vin par jour (ou mieux: de 1 à 6 verres par semaine), consommation qualifiée de «modérée», ne lui donnerait pas un avantage avéré sur un abstinent. A contrario, les atteintes les plus importantes sont relevées chez ceux qui consomment plus de quatre verres par jour.
En revanche, pour ce qui touche à certaines facultés cognitives et aux capacités de mémorisation, les chercheurs constatent que les effets ne sont pas toujours proportionnels à la consommation d'alcool: alors que la faculté de citer le plus grand nombre de mots commençant par une lettre donnée décroît d'environ 0,5% par année pour une consommation modérée de 1 à 2 verres par jour (soit une baisse cumulée de 14% au bout de 30 ans), il n'en est rien en ce qui concerne la faculté de citer le plus grand nombre de mots dans une catégorie donnée (oiseaux, villes, compositeurs, etc.).
Moins de risque de diabète qu'un abstinent
Changement total de décor avec une seconde étude, qui complique encore un peu plus le paysage, et que vient de publier la revue Diabetologia. Signée par Janne Tolstrup de l'Institut National de la Santé à l'Université du Sud-Danemark, elle démontre en effet que boire régulièrement de l'alcool réduirait le risque d'être touché par un diabète. Les données des quelque 70'000 individus suivis ont été extraites de la vaste enquête DAHNES (Danish Health Examination Survey), qui a inclus en 2007-2008 les Danois non diabétiques de plus de 18 ans dont on a enregistré (entre autres) leur consommation d'alcool. Durant le suivi qui a été assuré pendant presque cinq ans, il s'est ainsi révélé que 859 hommes et 887 femmes sont devenus diabétiques.
En analysant les consommations d'alcool de ces individus ainsi que la fréquence à laquelle ils buvaient, les chercheurs non seulement confirment ce que d'autres études avaient laissé entendre, à savoir que le fait de «boire un coup» protégerait contre le diabète, mais ils ajoutent une nouvelle dimension au sujet. Ils constatent en effet que la plus grande diminution du risque de développer un diabète correspond à une consommation modérée équivalent à 14 verres de vin par semaine pour un homme et à 9 verres pour une femme: le risque, écrivent-ils, est réduit dans ce cas de 43% pour ces hommes et de 58% pour ces femmes, par rapport à celui d'un abstinent qui lui est de toute façon davantage exposé. Ils ajoutent surtout que, plus que la seule quantité d'alcool ingérée, le fait de boire souvent participe directement à cette réduction de risque.
La conclusion est difficile. Car s'il est certes admis depuis quelques années que même une faible consommation d'alcool augmente le risque de quelques cancers (mais de peu, sauf pour le cancer de l'œsophage), les bienfaits d'une consommation modérée ne sont pas non plus négligeables, notamment pour des pathologies qui font bien davantage de victimes, comme les maladies cardiovasculaires ou le diabète. C'est donc plus que jamais un choix individuel, à faire en connaissance de cause.
Références:
- Anya Topiwala et al., BMJ 2017;357:j2353
- Janne S. Tolstrup et al., Diabetologia 10.1007/s00125-017-4953-3