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|Les derniers papyrus de la collection Bodmer édités grâce à deux professeurs de l'Université de Genève

Genève, le 15 juin 1999 (Com.). Après 12 ans de travail, les professeurs Jean Rudhardt et André Hurst de l'Université de Genève viennent de terminer la traduction et l'édition des derniers papyrus grecs de la Fondation Bodmer. Il s'agit de poèmes chrétiens en vers homériques inédits, qui forment la dernière partie du Codex des visions. Ce cahier de papyrus est l'un des documents les plus endommagés et les plus difficiles à interpréter de la collection. Publié aux éditions Saur à Munich, le livre est maintenant à disposition des chercheurs dans son intégralité.
La publication du Codex des Visions, par les professeurs Jean Rudhardt et André Hurst, marque la fin de l'établissement et de l'édition des papyrus de la collection Bodmer. Durant douze ans, les deux professeurs de l'Université de Genève ont travaillé sur le texte de ce 27ème et dernier volume. "Il a fallu tout d'abord reconstituer le texte; c'est-à-dire arranger les fragments de papyrus, déchiffrer les signes et séparer les mots les uns des autres. Puis, nous avons dû déceler les erreurs de copie et résoudre les problèmes de métrique, de langue, etc. Ce travail d'édition est indispensable pour comprendre le sens du texte", explique André Hurst.
Le Codex des Visions est constitué de trois parties: les Visions du "Pasteur", textes d'Hermas, auteur grec du 2ème siècle de notre ère, la Vision de Dorothéos et huit poèmes jusque là inconnus. Grâce à l'étude de ces textes, les deux professeurs apportent des éléments de réponse, tant sur l'origine des papyrus de la Fondation Bodmer que sur l'époque à laquelle le Codex des Visions a été copié.
Jusqu'à présent, l'origine du lot de papyrus, acheté au Caire en 1952 par Martin Bodmer, était restée très floue. On savait que ces textes, écrits en grec et en copte, provenaient d'une bibliothèque antique sans toutefois connaître leur propriétaire. Grâce aux poèmes sur Dorothéos, Jean Rudhardt et André Hurst ont établi que ces textes appartenaient, selon toute vraisemblance, à une communauté religieuse active au 4ème siècle après J.-C. en Egypte, dont Dorothéos était l'un des grands martyrs. "Paradoxalement, il a fallu attendre le dernier volume de cette collection pour arriver à mieux définir le propriétaire initial", explique le professeur Hurst. "Mais le fait que tous les papyrus soient aujourd'hui publiés offre un éclairage intéressant sur le sens même de cette collection."
En effet, le contenu des textes donne un aperçu des valeurs de cette communauté. Du point de vue religieux, le Codex des Visions témoigne des premiers temps du christianisme. Du point de vue culturel, la présence dans une même bibliothèque de livres en copte et en grec est l'indice d'une coexistence des cultures. Pour le professeur Hurst, cette constatation est renforcée par l'utilisation du grec homérique dans le Codex: "Ces vers ont été écrits dans une langue qui, à l'époque, a déjà près de mille ans. C'était une manière pour les chrétiens de donner à leur foi la forme la plus noble que la poésie proposait à l'époque. Leurs auteurs s'inscrivent ainsi dans la lignée des premiers poètes chrétiens."
Avec cette publication, les deux chercheurs de l'Université mettent des textes, jusqu'alors inconnus, à la disposition des spécialistes. Le professeur André Hurst envisage d'ailleurs d'organiser en l'an 2000 un colloque international sur ce Codex.
Papyri Bodmer XXX-XXXVII,