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UBS fait appel à un nouveau patron pour se dépêtrer de la crise. Marcel Rohner est remplacé avec effet immédiat à la tête de la première banque suisse par Oswald Grübel, ancien patron de son concurrent le Credit Suisse.
Marcel Rohner a donné sa démission, indique UBS jeudi dans un communiqué. Le conseil d'administration a nommé comme successeur Oswald Grübel, «qui dispose d'une vaste expérience dans le redressement d'entreprises», souligne le numéro un bancaire suisse.
«Oswald Grübel a été l'architecte d'un redressement fructueux lors duquel il est parvenu à rétablir la confiance dans la banque alors qu'elle traversait une phase de turbulences», relève UBS. Une compétence utile pour elle en ces temps de crise intense.
Débuts à la Deutsche Bank
Né en 1943 en Allemagne de l'Est et orphelin de la Deuxième Guerre mondiale, Oswald Grübel débute sa carrière de banquier auprès de la Deutsche Bank à Mannheim, puis à Francfort.
Il entre au Credit Suisse en 1970 via sa filiale d'investissement londonienne White Weld Securities, dont il finit par prendre la direction en 1978.
Oswald Grübel gravit les échelons du groupe en occupant plusieurs postes à responsabilités, notamment au sein de Credit Suisse First Boston (CSFB). En 1991, il rejoint le comité exécutif de Credit Suisse notamment en tant que responsable des marchés financiers.
Oswald Grübel dirige la division de banque privée dès 1998, puis Credit Suisse Financial Services. Après une brève sortie du groupe en 2001, il devient co-directeur puis directeur général de Credit Suisse Group.
Quand Credit Suisse affiche plus de 3 milliards de francs de pertes annuelles en 2002, le groupe l'appelle à la rescousse comme co-patron avec John Mack. Il reprend ensuite seul les commandes du groupe de 2004 à 2007 et fait table rase de la stratégie fort critiquée de son prédécesseur Lukas Mühlemann.
Oswald Grübel parvient à remettre Credit Suisse sur les rails, l'amenant à dégager plus de 11 milliards de francs de bénéfice en 2006. Le redressement n'a pas été opéré sans douleur: il a fallu restructurer, à coup de milliers de suppressions d'emplois.
Trois millions de salaire
Interrogé sur ce que va lui rapporter sa nouvelle fonction, Oswald Grübel a indiqué jeudi qu'il recevrait un salaire annuel de 3 millions de francs.
«Je serai patron du groupe jusqu'à ce que le travail soit terminé», a déclaré Oswald Grübel. Son but est de remettre UBS sur la voie de la rentabilité. Comme annoncé, la banque veut désormais renforcer ses activités en Suisse. Mais sa nomination n'a rien à voir avec cette stratégie, a ajouté le nouvel homme fort du groupe.
Les activités aux Etats-Unis, à l'origine des déboires d'UBS, doivent elles aussi redevenir profitables, a-t-il poursuivi. L'ancien patron du Credit Suisse a en revanche refusé de commenté les démêlés judiciaires actuelles de la banque aux Etats-Unis.
L'objectif de d'Oswald Grübel est de retrouver les chiffres noirs dans tous les secteurs, même la banque d'affaires qui a durement plombé les derniers résultats. Mais il se refuse à toute prévision sur l'année en cours en raison de la volatilité des marchés.
Quant à Marcel Rohner, dont la démission était attendue depuis quelque temps, il ne bénéficiera pas de parachute doré. Le banquier, qui aura dirigé UBS un peu moins de deux ans, ne recevra pas d'indemnité de départ, a indiqué une porte-parole. Il aura en revanche droit à un an de salaire, comme le stipule son contrat.
Socialistes et UDC saluent
Le Parti socialiste (PS) et l'UDC (droite nationaliste) sont les premiers jeudi à saluer le départ de Marcel Rohner. Pour les deux partis, un changement de cap de la banque est indispensable. Et l'arrivée d'un nouveau capitaine est une nécessité pour y parvenir.
«Il était temps, déclare le président du PS Christian Levrat. UBS a besoin d'un nouveau départ, ce que Marcel Rohner ne pouvait pas apporter. Il semblait plus entraîné par la crise qu'en mesure de la maîtriser.»
Le PS est par contre mitigé quant à l'arrivée d'Oswald Grübel. Il salue la stature d'«expert de renommée internationale» de ce dernier et sa capacité de «s'imaginer une place financière suisse prospère sans évasion fiscale».
Son futur salaire, en revanche, pose problème. «Trois millions de francs annuels, c'est incompréhensible de la part d'une entreprise qui reçoit des aides de l'Etat», s'insurge Christian Levrat.
Le changement à la tête de l'UBS est une bonne mesure pour reconstruire la confiance, déclare de son côté Toni Brunner, président de l'UDC. Son parti réclame une nouvelle fois une restructuration d'UBS. Si M. Grübel ne parvient pas à donner l'impulsion nécessaire, la classe politique interviendra, avertit Toni Brunner.
Réaction positive à la bourse
L'action UBS a ouvert en très forte hausse en réaction à l'annonce de l'arrivée d'Oswald Grübel à la tête de la direction de la banque. Elle prenait près de 15% à 11,60 francs dans les premiers échanges, après avoir déjà connu un rebond plus modeste la veille.
Le remplacement immédiat de Marcel Rohner par Oswald Grübel est salué par les investisseurs, qui estiment qu'il donne davantage d'assise à une UBS plongée une crise sans précédent. Considéré comme un gros transfert, le choix de l'ancien patron du Credit Suisse n'a pas manqué de susciter des qualificatifs élogieux.
Plusieurs analystes parlent d'un choix très judicieux, certains lâchant l'adjectif «fantastique». Ils louent la grande expérience d'Oswald Grübel, qui avait contribué au redressement du Credit Suisse dès 2003, après une année 2002 qui s'est soldée par une lourde perte de plus de 3 milliards de francs.
swissinfo avec les agences
Plainte recue
Le Ministère public de la Confédération (MPC, Parquet) a reçu la plainte pénale déposée contre les chefs de l'UBS et de l'Autorité de surveillance des marchés financiers (Finma). Il leur est reproché d'avoir transmis des informations au fisc américain et violé le secret bancaire.
Le MPC vérifie la plainte et prépare la suite de la procédure, a indiqué jeudi sa porte-parole Jeanette Balmer. L'autorité judiciaire refuse de faire d'autres déclarations à ce sujet.
La plainte a été actionnée par l'étude d'avocats Rüd Winkler Partner, qui représente huit clients de l'UBS aux Etats-Unis. Elle est dirigée contre le président du conseil d'administration de la banque Peter Kurer et le président de la FINMA Eugen Haltiner.
Une banque en crise
Exposition. UBS est l'une des banques les plus touchées par la crise financière débutée en 2008. Elle a été particulièrement exposée aux mauvais risques sur le marché américain.
Déficit. L'année 2008 s'est soldée par un déficit historique de presque 20 milliards de francs, contre «seulement» 5,2 milliards l'année précédente.
Sauvetage. La Confédération suisse a volé au secours d'UBS. Elle a non seulement injecté 6 milliards dans le capital de la banque et chargé la Banque nationale de créer une structure pour reprendre les «fonds toxiques» d'UBS.
Fraude. UBS est par ailleurs confrontée à un scandale de fraude fiscale aux Etats-Unis. Elle est dans le collimateur de la justice américaine qui a déjà obtenu une levée partielle du secret bancaire.