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1h10'39. C'est le temps qu'a mis Dario Cologna, le week-end dernier, pour boucler le semi-marathon de Sarnen, une jolie boucle de 21,1 km autour du lac éponyme. Un superbe chrono qui lui a permis de terminer premier de sa catégorie (celle des plus de 35 ans) et deuxième du classement général, à huit secondes seulement du vainqueur. Pas mal pour un coureur de 37 ans dont le corps a été usé par une longue carrière de sportif professionnel.
Pour situer la performance du Grison, retraité du ski de fond depuis un an et demi, nous avons comparé son temps à celui des athlètes engagés sur les semi-marathons de Lausanne et Genève, certes disputés sur un autre parcours.
Nous avons contacté ce coureur amateur pour lui demander ce qu'un chrono pareil (1h10) exigeait comme sacrifices.
Gaël Planès court depuis qu'il est «tout petit». Il a mis 33 ans (c'est son âge actuel) pour faire 1h10'40 sur 21 km et son record personnel vient d'être battu d'une seconde par un adversaire qui pratique la course à pied sérieusement depuis un an et demi. Il y a de quoi être un peu dégoûté. L'est-il? Même pas. Le coureur populaire est plutôt admiratif.
Dario Cologna est un cas à part. Une machine. L'an dernier à Sarnen, il avait terminé sa course en 1h20'43.
«Mon moteur est toujours aussi bon et cette année, les jambes ont décidé de jouer le jeu», a souri Cologna le week-end dernier, lorsqu'il a été interrogé sur son écart de performance entre les deux éditions. «Il a une caisse énorme, est obligé de reconnaître Gaël Planès. Son corps est habitué à accumuler des grosses charges. À mon avis, il doit pas mal courir de son côté.» Le Grison bénéficie aussi de toutes les séances de trail qu'il effectuait pour garder la forme durant l'été, lorsqu'il était encore un champion de ski de fond.
On pourrait croire que son expérience du haut niveau en ski de fond lui est profitable, et c'est sans doute vrai. Dario Cologna s'est aligné sur tant d'épreuves mythiques dans son ancienne vie qu'il ne doit certainement pas ressentir de pression au départ d'une épreuve de course à pied. «Je pense en effet qu'il dort très bien la nuit précédant une compétition, estime Julien Lyon, champion d'Europe par équipes sur le semi-marathon et entraîneur de trail. Il ne doit pas avoir de stress parasitant, car il a l'expérience du haut niveau.»
Son expérience le rend meilleur dans la tête, mais les jambes ont assez donné et Dario Cologna, père d'un garçon de 2 ans, n'a sans doute plus envie de fournir les efforts nécessaires pour être le meilleur. C'est ce qui rend son chrono de Sarnen encore plus fou. «Certains anciens pros changent de sport pour le plaisir et sont moins disciplinés et rigoureux qu'auparavant, car ils ont assez donné, fait remarquer Julien Lyon. Si c'est le cas de Cologna, alors il serait encore meilleur s'il s'entraînait plus sérieusement.»
Meilleur de combien? «Il pourrait certainement gagner quelques minutes et terminer en 1h05-1h07», songe Julien Lyon. Le record du monde est de 57'31 chez les hommes (Jacob Kiplimo) et 1h02'52 chez les femmes (Letesenbet Gidey). Bien sûr, le Grison ne s'approchera jamais de ces marques de référence et c'est normal. L'essentiel est ailleurs: garder la forme, se fixer de nouveaux objectifs, prendre du plaisir, voir jusqu'où son corps peut le porter, et surtout à quelle vitesse.
Cologna sait très bien qu'il n'a pas encore atteint tout son potentiel de runner. «Pour un marathonien, je suis musclé et lourd», a-t-il admis dans la Zuger Zeitung cette semaine. Mais il a décidé de s'entraîner dur pour faire un bon temps sur le marathon de Berlin le 24 septembre. Il suit les conseils de l'ex-marathonien Viktor Röthlin (champion d'Europe en 2010) et court 80 km par semaine actuellement, sans compter les bornes qu'il avale à vélo et sur ses skis à roulettes.
Il peut viser un temps sous les 2h30 dans les rues de Berlin mais ce n'est qu'une estimation, et même une heureuse perspective. Car Dario Cologna sait très bien qu'il partira dans l'inconnu et que ce ne sera pas forcément un voyage agréable. «Beaucoup de choses peuvent se passer dans la deuxième moitié d'un marathon», s'inquiétait récemment le Grison, impatient de découvrir aussi jusqu'où ce corps, qui l'a si souvent porté vers les sommets dans une autre vie, peut l'emmener sur la plus mythique des distances en course à pied.
Il y a eu quelques murmures et des sourires gênés dans les tribunes du Wankdorf dimanche lors du match YB-Servette quand le speaker a annoncé le nombre de spectateurs. «Le stade est à guichets fermés, avec 31 500 spectateurs». Soit sa capacité maximale. Or, tout le monde pouvait constater qu'il restait de nombreux sièges vides, et ce dans tous les secteurs de l'enceinte.