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Appréciée d'un cercle d'initiés, l'œuvre de Marguerite Burnat-Provins fait l'objet d'une double exposition dans le canton de Vaud.Ce contenu a été publié le 03 juin 2003 - 09:31
Une double exposition qui rend justice au peintre des montagnards, des liserons et des rêves.
Née à Arras en 1872, Marguerite Burnat-Provins a vécu au bord du lac Léman, et en Valais où elle a passé ses étés, de 1896 à 1907. Montée à Paris pour y fréquenter l'Académie Julian, elle y avait en effet rencontré un étudiant en architecture venu de Vevey, qui allait devenir son premier mari.
Durant son séjour en Suisse romande, elle devait s'éprendre d'un jeune ingénieur sédunois, épousé par la suite. C'est à lui qu'elle a dédié son ouvrage le plus célèbre, le «Livre pour toi», constitué de cent poèmes d'amour.
Mais plus encore que l'écriture, la peinture et les arts appliqués ont tenu lieu, pour cette artiste singulière, de moyen d'expression et de mode de vie. Les historiens de l'art distinguent deux périodes, l'œuvre de jeunesse, créée en Suisse, et l'œuvre ultérieure, caractérisée par ses sujets humains et animaux et par sa nature hallucinée.
Cette œuvre tardive, née en France, est d'ailleurs en partie conservée à la Collection de l'art brut à Lausanne, grâce à l'intérêt que lui portait Jean Dubuffet.
C'est là que ce versant de la production de Burnat-Provins est exposé aujourd'hui, tandis que la première période, qui relève de la mouvance Art nouveau, est montrée à la Fondation Neumann de Gingins.
Du symbolisme à l'hallucination
Peintre assez classique et intimiste, comme l'atteste cet autoportrait baptisé «Femme à la robe verte» (1900), Marguerite Burnat-Provins a manifesté très tôt des goûts pour le symbolisme et les formes sinueuses de l'Art nouveau. Elle s'est attachée à styliser les tiges et les fruits de plantes dont même les noms ne sont pas anodins, euphorbe, physalis ou liseron.
Dans le cercle constitué autour d'Ernst Biéler, dans le chalet duquel elle logeait l'été à Savièse, Marguerite Burnat-Provins s'est penchée sur les mœurs paysannes, sur les expressions typées et idéalisées des paysans de montagne.
Remariée, retournée en France, elle s'est mise à peindre, à partir de la déclaration de guerre, en 1914, sous la dictée de rêves et d'hallucinations. Le résultat de ce travail conduit jusqu'à sa mort, survenue en 1952, tient dans le cycle de 3000 aquarelles intitulé «Ma Ville», dont un choix est présenté à la Collection de l'art brut. Visages aux grands yeux bleus, ou clos, entourés de longs cous d'oiseaux, créatures étranges, mystérieuses, formes très belles.
swissinfo, Laurence Chauvy
A voir à la Fondation Neumann à Gingins et à la Collection de l'art brut à Lausanne jusqu'au 14 septembre.