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Harold Macmillan, premier ministre britannique dans les années 1950, avait coutume de dire: «Vous n'avez jamais été aussi bien que vous l'êtes aujourd'hui». Il avait raison, le boom de l'après-guerre avait conduit à un niveau de prospérité sans précédent dans les pays industrialisés occidentaux.
Actuellement, le président américain Joe Biden pourrait également déclarer avec fierté: «You never had it so good». Les données économiques publiées vendredi dernier sont impressionnantes: 531 000 emplois ont été créés aux Etats-Unis pour le seul mois d'octobre. Au total, 5,6 millions d'emplois ont été mis en place depuis que Biden a pris ses fonctions, soit bien plus que sous le mandat de Donald Trump. L'homme d'Etat s’est vanté d’avoir créé «la meilleure économie américaine de tous les temps». Le chômage est tombé à 4,6%, un excellent taux selon les standards américains.
Il n’y a pas que les emplois qui sont en hausse ces derniers mois. Le cours des actions n’a jamais été aussi élevé. Les salaires ont également augmenté. Par exemple, le personnel de service gagne en moyenne 11% de plus qu’il y a un an. Enfin, le pouvoir des syndicats s'accroît également. Des entreprises renommées comme Kellog's ou John Deere ont dû se plier à des actions syndicales et ont mis en place des conditions de travail plus équitables.
Bonne nouvelle également du côté des consommateurs: les tirelires des Américains se sont bien remplies. Avec la pandémie, ils ont reçu un soutien massif de l’Etat. Parallèlement, ils ont que peu dépensé cet argent en raison des restrictions sanitaires. Fin septembre, le total du revenu disponible des citoyens américains s’élevait à 15 300 milliards de dollars. Toutefois, ce chiffre pourrait rapidement retomber. Les citoyens dépensent à nouveau leur argent car ils savent qu'ils pourront facilement retrouver un emploi en cas de licenciement. En ce qui concerne la pandémie, le nombre de personnes touchées par le Covid diminue rapidement grâce au vaccin. De plus, l’entreprise Pfizer vient d'annoncer qu'elle a mis au point un remède très efficace contre la maladie.
Les perspectives d’avenir sont également réjouissantes. La partie «dure» du plan d’infrastructures mis sur pied par Joe Biden a finalement été adoptée par le Congrès. Des millions de nouveaux emplois seront bientôt créés. Ils profiteront aux «femmes et aux hommes oubliés», c’est-à-dire aux travailleurs qui n’ont pas de diplôme universitaire.
Les chiffres sont impressionnants. Le groupe Oxford Economics prévoit que le produit intérieur brut américain augmentera de 0,5% l'année prochaine et de 0,9% en 2023 grâce à ce programme. Un autre groupe spécialisé dans les questions économiques, Moody’s Analytics, prévoit que 2,4 millions de nouveaux emplois seront créés d’ici 2025.
Pour résumer, les citoyens américains ont de l’argent et sont presque assurés de trouver un emploi. Par conséquent, l'humeur de la population devrait être au mieux et les sondages du gouvernement devraient atteindre des notes extraordinaires. Pourtant, comme le note Neil Irwin dans le New York Times: «Les Américains pensent que l’économie est en mauvaise état.»
Comment expliquer ce paradoxe? L'une des raisons est certainement l'inflation. La crise du Covid-19 a fortement perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui a provoqué des pics d’inflation. Le fait que les augmentations salariales soient généralement nettement supérieures au taux d'inflation moyen ne change pourtant pas l’évaluation des citoyens. Les prix particulièrement sensibles, comme ceux de l'essence ou des voitures d'occasion, ont grimpé en flèche et donnent l’impression que l’économie va mal.
Cette impression ne peut que difficilement être corrigée et ce, même quand les chiffres le prouvent. Par exemple, un salarié moyen doit travailler six minutes pour payer un gallon d’essence (environ 3,8 litres). En octobre 2013, il devait travailler pendant neuf minutes.
La flambée de l'inflation devrait se dissiper à mesure que les chaînes d'approvisionnement reviennent à la normale. Mais les erreurs de l’administration Biden et du parti démocrate resteront bien réelles. Parmi elles, leur misérable communication. Par exemple, ils ont fait passer un programme d’aide à 1900 milliards de dollars sans le vote des républicains. Heureusement, cette erreur se fait lentement oublier et le programme a finalement assuré un bon déroulement économique pendant la crise du Covid-19.
Les querelles internes du parti sur le plan d’infrastructures n’arrangent pas l’image du gouvernement en place. La partie «soft» du plan d'infrastructures contient de nombreux avantages tangibles pour la classe moyenne. Par exemple:
Toutes ces mesures seraient extrêmement appréciées par la grande majorité des Américains, s’ils en avaient connaissance. Mais le citoyen moyen n’a aucune idée des éléments du programme. Le seul aspect dont il entend parler depuis des mois, ce sont les discussions des démocrates par rapport aux coûts. Il est donc facile pour les républicains de répandre la peur et la terreur avec l'inflation et la hausse des impôts, bien que ces deux éléments soient en partie des fake news.
«D'abord, nous n'avons pas eu de chance, et en plus nous avons eu de la malchance», a un jour déploré le footballeur Andy Möller après avoir perdu un match. Les démocrates pourraient dire la même chose. Les chiffres économiques positifs, la percée d’un médicament contre le Covid et l'adoption du plan d'infrastructures «dur» n’ont été connus qu’après la défaite des démocrates lors des élections de Virginie et du New Jersey.
«Imaginez si les élections en Virginie avaient eu lieu une semaine plus tard», écrit Jennifer Rubin, chroniqueuse au Washington Post. Cette vision peut être justifiée mais est-ce que cela aurait fait une grande différence?
Le républicain Greg Youngkin a récemment été élu gouverneur de Virginie. Il n'a pas gagné grâce à ses compétences économiques mais a mené avec succès une guerre culturelle. Greg Youngkin a promis d'interdire la théorie de la race critique dans les écoles, même si elle n'y est pas enseignée. Il veut promouvoir les écoles publiques pour briser le pouvoir du syndicat des enseignants. Et bien sûr, il veut réduire les impôts.
L'analyse des élections en Virginie a révélé un élément qui pourrait devenir très menaçant pour les démocrates. Avec la guerre culturelle, les républicains réussissent de plus en plus à rallier la population rurale derrière eux. Une fois de plus, le républicain Greg Youngkin a fait mieux dans les districts ruraux que Donald Trump l’année passée.
Cette tendance s'observe dans tout le pays. Les habitants des zones rurales votent presque unanimement pour le Grand Old Party. Et ils ne sont pas peu nombreux. Environ 20% des Américains appartiennent à ce segment d'électeurs. De plus, le système américain favorise de manière générale les Etats ruraux et de petite taille. Par exemple, ils peuvent envoyer le même nombre de sénateurs à Washington que la Californie ou New York. Le système du collège électoral aide également les républicains et ils ne se gênent pas de l’utiliser pleinement en leur faveur.
Bill Clinton a marqué avec sa devise légendaire: «It’s the economy, stupid.» Parmi les experts politiques, il était incontestable que de bons chiffres économiques étaient la base du succès politique d'un gouvernement. Mais cela ne semble être valable que dans une mesure limitée. Dans les Etats ruraux américains, un électorat est en train de s’unifier autour des questions de l’importance de la guerre culturelle. Si les démocrates ne parviennent pas à développer un plan de contre-attaque dans cette bataille, ils connaîtront des temps difficiles.
Finlande, Suède, Autriche, tous les neutres en Europe ont décidé d’augmenter dans des proportions importantes leur budget de la défense. Et lundi après-midi à Berne, le Conseil national a fait de même en votant par 111 voix pour, 79 contre et deux abstentions, une hausse de deux milliards de francs dans les dépenses militaires d’ici à 2030, avec l’engagement de les porter au minimum à 1% du PIB, contre 0,7% actuellement. Une majoration présentée comme «modérée» par ses promoteurs, essentiellement la droite du parlement. C'est historique: la décision du National met fin à une baisse quasi ininterrompue du budget de la défense depuis 1990.