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CH 2007 56'
A l'heure où le cinéma suisse tente de repenser son futur, il semble important de revenir sur l'oeuvre considérable d'un des "fondateurs" de la cinématographie helvétique et un des inspirateurs de la première loi sur le cinéma, Alain Tanner. Mais ce "retour" sur une oeuvre qui, de la fin des années 50 à aujourd'hui n'a eu de cesse d'explorer "l'ici et le maintenant" n'a rien de biographique ni d'hagiographique. Au contraire, à travers l'exploration des thèmes qui ont conduit son cinéma, il s'agit avant tout de se reposer des questions qu'on ne se pose guère plus. Elles sont trop nombreuses pour les lister ici, mais citons-en quelques unes: Quelle est la différence entre le "public" et le "spectateur"? Où sont passés la lenteur et le silence? Qu'est-ce que le désir? Où les utopies ont-elles disparu? En quoi la distance et l'humour sont choses nécessaires?
Autant de questions dérangeantes mais sans doute nécessaires dans le climat actuel. Et autant de questions que la nouvelle génération est sans doute enfin prête à réentendre. Quite à y apporter ses propres réponses, forcément différentes des réponses apportées "autrefois".
Présenté sous forme de chapitres thématiques qui composent le récit d'une vie "en cinéma", ce film documentaire est aussi l'occasion pour Pierre Maillard, cinéaste d'une génération "intermédiaire" (il avait 15 ans en 1969, date de sortie de Charles Mort ou Vif) de redire combien l'oeuvre d'un Alain Tanner, obsédé par la transmission d'une "flamme de résistance", a été et reste fondatrice, féconde et vivante.
Être travaillé par le cinéma, et à partir de cet état, travailler le cinéma. Être partie prenante dans lechamp des idées, et à partir de cet état, traduire en images et en récit ces idées-là. Après un demisiècle de ce travail, il existe un corpus de récits, d'images, d'idées, de personnages qui forme unevision personnelle et singulière des choses du monde. Tout ceci fait du sens et le cinéma reste, endépit de tout, une part du grand imaginaire de notre temps.Je n'ai guère envie que l'on fasse de moi l'objet d'une biographie filmée, ni que l'on raconte ma vie.Si j'ai accepté l'idée de Pierre Maillard, cinéaste de la modernité, de faire ce film avec lui, c'est qu'ila bien compris que mes films, qui circulent entre le grave et le léger, le discours et l'humour, luioffraient la possibilité de composer une sorte de mosaïque, à travers une forme non pas linéaire,biographique, mais éclatée et multiple, qui donnerait une image d'une période de notre cinéma. Etque l'enjeu en valait peut-être la peine, en un temps où le cinéma perd un peu de sa raison d'êtreen se fondant dans la prolifération des images.Essayons donc de rendre au sens un peu de panache et de vigueur.
Alain Tanner