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Historique
Il n’y a pas d’œuvre, un peu haute, qui ne suscite au premier abord, parmi le ravissement, quelque imperceptible alarme. On se ressent de la joie comme de la souffrance. La plénitude n’est pas cadeau, encore moins trophée. Elle est patient don de soi. Seuls les êtres pressés sont aussitôt conquis. Le savant croit cueillir une fleur ; c'est un cadavre qu'il questionne. Sa science est d'écho.
René Berger
Origine et idées du Mouvement Pour l'Art
Quelques lignes de Jeanlouis Cornuz dans
«Le Livre à Lausanne» (Éditions Payot Lausanne, 1993)
Au lendemain de la guerre, René Berger, futur conservateur du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, lance les cahiers de Pour l'Art (1948). Ces cahiers, qui servent de lien aux membres du mouvement Pour l'Art (voyages organisés, concerts, cycles de conférences, abonnements à un système de prêt de reproductions d'art), comptent pour commencer vingt-quatre pages, avec quatre reproductions en noir et blanc et parfois un hors-texte en couleurs. Puis ils passent à trente-deux et finalement à quarante pages (excepté les derniers numéros, plus épais). Le comité de rédaction comprend deux membres parisiens : Raymonde et Valentin Temkine. Chaque cahier regroupe un certain nombre de chroniques (l'architecture, par Alberto Sartoris; la gravure, par François Daulte; l'art roman, puis l'art gothique, par Edouard Juillerat; les formes musicales, par Maurice Perrin; le cinéma, par René Dasen; le jazz, par Marc Jaccard...). Parfois, un numéro est centré sur un artiste, par exemple Paul Klee (n° 37, juillet-août 1954) ou Le Corbusier (n°40, janvier-février 1955).
Doris Jakubec et Anne-Lise Delacrétaz citent aussi Pour l'Art dans un autre passage, cette fois concernant les revues littéraires :
Pour l'art (1948-1963) à son tour, sur l'impulsion de René Berger, se propose de «rallier les hommes à l'art», avec la collaboration de Philippe Jaccottet, Maurice Chappaz, Jacques Chessex et Jeanlouis Cornuz.
ARGUMENT (En page 24 du cahier 1 de 1948 )
L'art, sans nul doute, est, après tant de désastres et de retombements, une des choses qui nous restent.
Depuis les siècles que croulent les empires de la force et leurs vaines conquêtes, les œuvres de beauté n'ont cessé d'exalter les hommes. Phidias, Vinci, Beethoven n'ont cessé de grandir. Eux et leurs pareils parlent à notre âme « sa douce langue natale» et nous rendent à notre vraie nature.
Et pourtant nous les oublions. Nous reléguons dans la vitrine aux bibelots ces témoins uniques, et portons aux dieux de pacotilles nos espoirs complices et toujours déçus.
Il faut qu'on nous ramène à notre voie.
Nous voudrions que Pour l'Art, dont les moyens doivent s'étendre et grandir, y contribuât pour sa part. Qu'il éveille chez les jeunes, qu'il réveille en nous tous le sens de la beauté, le besoin de l'œuvre belle comme d'un pain quotidien.
Les musées, direz-vous, les cathédrales et les palais sont épars aux quatre vents du monde... Certes. Aussi les moyens de Pour l'Art sont-ils avant tout de rapprochement.
Voyages
Villes d'art, châteaux et monastères, chez nous et ailleurs, offrent à nos adhérents d'admirables buts de voyages culturels et d'itinéraires artistiques.
Conférences
Pour préparer ce contact direct avec l'œuvre originale, Pour l'Art propose aux groupements locaux (sociétés littéraires et artistiques, établissements d'éducation, etc.), ainsi qu'au public en général, des Conférences artistiques et des Causeries-auditions.
Expositions
Enfin un Service d'Expositions itinérantes assure la circulation, de séries de reproductions, d'œuvres d'art, dont le programme embrasse les grandes époques de l'antiquité à nos jours.
Statut
Pour l'Art est une association au sens des art. 60 et suivants du C. C. II groupe, autour d'un noyau de membres-fondateurs et sociétaires, des membres-adhérents, qui s'associent à son effort et bénéficient de ses divers Services.
Un mouvement jeune, sans appuis officiels, sans but économique, sans autres moyens que le travail de ses promoteurs et la participation de ses membres, doit, pour s'affirmer et agir, pouvoir compter sur des adhésions nombreuses et fidèles.
Les « valeurs spirituelles », dont tant de gens font de nos jours provende gratuite, exigent, non qu'on les proclame à tout vent, mais qu'on donne, pour les défendre, un peu de sa personne et de sa foi.