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Ce texte mythique, écrit avec une calme franchise, fondement de la résistance passive, de certains mouvements anarchistes non activistes, ainsi que de mouvements modernes de l'écologie devrait être lu par chacun d'entre nous.
Plus de deux mois s'écoulèrent avant que des Esseintes pût s'immerger dans le silencieux repos de sa maison de Fontenay; des achats de toute sorte l'obligeaient à déambuler encore dans Paris, à battre la ville d'un bout à l'autre.Et pourtant à quelles perquisitions n'avait-il pas eu recours, à quelles méditations ne s'était-il point livré, avant que de confier son logement aux tapissiers !Il était depuis longtemps expert aux sincérités et aux faux-fuyants des tons. Jadis, alors qu'il recevait chez lui des femmes, il avait composé un boudoir où, au milieu des petits meubles sculptés dans le pâle camphrier du Japon, sous une espèce de tente en satin rose des Indes, les chairs se coloraient doucement aux lumières apprêtées que blutait l'étoffe.
Cette édition du texte fameux de Maurice Leblanc a été réalisée en collaboration avec l'association des Amis d'Arsène Lupin. Elle comporte le texte original, bien entendu, ainsi qu'une série de photos d'époque des lieux clés de l'aventure...
Raymonde prêta l'oreille. De nouveau et par deux fois le bruit se fit entendre, assez net pour qu'on pût le détacher de tous les bruits confus qui formaient le grand silence nocturne, mais si faible qu'elle n'aurait su dire s'il était proche ou lointain, s'il se produisait entre les murs du vaste château, ou dehors, parmi les retraites ténébreuses du parc. Doucement elle se leva. Sa fenêtre était entrouverte, elle en écarta les battants. La clarté de la lune reposait sur un calme paysage de pelouses et de bosquets où les ruines éparses de l'ancienne abbaye se découpaient en silhouettes tragiques, colonnes tronquées, ogives incomplètes, ébauches de portiques et lambeaux d'arcs-boutants. Un peu d'air flottait à la surface des choses, glissant à travers les rameaux nus et immobiles des arbres, mais agitant les petites feuilles naissantes des massifs.
"J'ai appris hier (il faut croire que je retarde, ou peut-être n est-ce qu'un faux bruit, l'un de ces sales ragots comme il s'en colporte entre évier et latrines à l'heure de la mise aux baquets des repas une fois de plus ingurgités), j'ai appris hier l'une des pratiques officielles les plus sensationnelles des écoles publiques américaines et qui font sans doute que ce pays se croit à la tête du progrès."Cette version du texte radiophonique de Antonin Artaud est livrée dans une mise en page classique mettant en valeur la puissance évocatrice de son texte.
Durant l'année 1902, les multiples informations provenant de Londres sur la misère noire qui y règne abondent et traversent l'Atlantique. Des informations parcellaires, contradictoires et si incroyables qu'un certain jeune écrivain américain nommé Jack London de juste 26 ans, décide de faire le voyage afin de s'immerger dans les bas fonds londoniens. Il réalise de l'intérieur, un terrible reportage sans concessions qu'il publie en 11 épisodes dans le Wilshire's magazine puis qui sera édité en livre, accompagné de 78 photographies faites par lui-même.C'est cette édition que nous vous proposons, dans la traduction de Louis Postif.
Cette édition reprend en parallèle la pièce originale de Maurice Maeterlinck en vis à vis avec le livret retravaillé conjointement avec Claude Debussy. Si la pièce aujourd'hui semble en disgrâce, cette double édition permet de mettre en valeur l'architecture dramatique des deux oeuvres, très proches par le texte et pourtant construites très différemment.
Cette édition reprend l'intégralité des illustrations de Sidney Paget dans une mise en page proche de l'édition originale du Strand Magazine.Je n'avais pas vu Holmes depuis quelque temps. Mon mariage nous avait séparés l'un de l'autre. Le bonheur parfait dont je jouissais, les nouveaux devoirs et les occupations inséparables d'une entrée en ménage absorbaient tous mes instants. De son côté, Holmes, dont la nature bohème répugnait à tout ce qui avait l'apparence du monde, continuait à résider dans notre appartement de Baker Street, enfoui sous ses vieux bouquins, alternant de semaines en semaines la prise de cocaïne et la résolution de nouveaux cas ; en somme tantôt engourdi par le poison et tantôt dévoré par l'activité extraordinaire de son ardente nature.
Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l'air de n'être pas tout à fait réveillé. Il a publié, nous l'avons rappelé déjà, un traité assez estimé sur l'artillerie, et connaît à fond la manoeuvre du canon. Il monte bien à cheval. Sa parole traîne avec un léger accent allemand. Ce qu'il y a d'histrion en lui a paru au tournoi d'Eglington. Il a la moustache épaisse et couvrant le sourire comme le duc d'Albe, et l'oeil éteint comme Charles IX.
Si on le juge en dehors de ce qu'il appelle «ses actes nécessaires» ou «ses grands actes», c'est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. Les personnes invitées chez lui, l'été, à Saint-Cloud, reçoivent, en même temps que l'invitation, l'ordre d'apporter une toilette du matin et une toilette du soir. Il aime la gloriole, le pompon, l'aigrette, la broderie, les paillettes et les passequilles, les grands mots, les grands titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. En sa qualité de parent de la bataille d'Austerlitz, il s'habille en général.
Victor Hugo
Un recueil de deux textes du grand théoricien de l'anarchie. Entre lyrisme et précision scientifique une belle introduction à l'humanisme anarchiste.
Recueil de 72 gravures sur bois en noir et blanc de Félix Valloton, sur la période 1890 - 1915. ... Mon grand plaisir, alors, était de me rendre chaque mardi matin au pied des escaliers Richelieu, chez notre « Comte Déchu » comme il aimait à se faire appeler. Autour d'un café bien arrosé nous faisions voler les pages des revues invendues de la semaine précédente. Parcourant sans les voir les gros titres et les colonnes verbeuses, nos regards s'illuminaient soudain devant une de ces gravures dont nous étions si gourmets, ces gravures au noir trouant le papier comme par une simple évidence on creuse un puits en l'âme du faussaire ; ces gravures faites parfois sur un coin de temps, graves et tendres à la fois, ornées de ces deux lettres comme un paraphe de Force et de Vie : FV... Lucien Morel - Équinoxe (1923)
"Madame Pouffard était fort riche, elle portait la toilette la plus coûteuse qu'on puisse imaginer et n'avait rien trouvé de mieux pour en rehausser l'éclat, que d'ajouter un de à son nom.Il ne faisait pas bon oublier, quand on lui écrivait, de mettre Madame de Pouffard, châtelaine au château des Hulottes.Ce de et ce mot châtelaine la faisaient rougir de plaisir chaque fois qu'on les lui adressait, et de colère chaque fois qu'on osait les oublier.Quant à Monsieur de Pouffard, plus avisé encore que sa femme, il avait eu l'idée d'acheter des titres de noblesse..."
Un recueil des lettres de guerre de Jacques Vaché à André Breton, du texte exhaustif des 5 numéros de la revue "Maintenant" de Arthur Cravan, accompagnés d'un cycle de poèmes de jeunesse de Julien Torma.
En 1891 Paul Gauguin, ruiné, part à Tahiti. Il y restera 2 ans avant de devoir revenir en métropole à la mort de sa fille. Ces carnets reflètent ces deux années prolixes et presque heureuses, entre la découverte de ces peuplades libres et la réalisation d'un grand nombre d'oeuvres.Le texte édité ici est le texte original de Paul Gauguin et non celui que l'on trouve un peu partout, réécrit et affadi par le poète symboliste Paul Morice.
Un recueil de textes, aphorismes et chroniques écrits par Erik Satie entre 1896 et 1925. Ces textes, pleins d'humour et d'ironie nous donnent un instantané de la vie artistique du début du XXème siècle.
D'anciens et rares amis qui me sont demeurés fidèles insistaient depuis quelques années à me conseiller d'écrire mes mémoires.Mes mémoires ! m'écriais-je en riant. Contribuer pour ma part à l'histoire de mon temps ! De quelle présomption me supposez-vous capable ?Ils ne se lassaient pas cependant et me répétaient : « Faites appel à vos souvenirs, ils ne sauraient manquer d'un certain piquant ; aujourd'hui surtout, que certains écrivains, trop jeunes pour être bien renseignés, s'efforcent à critiquer, à dénigrer et ridiculiser l'époque heureuse que nous avons vécue, à la fin d'un siècle et au début de l'autre. »
Des intérêts importants m'ont appelé en Syrie, où j'ai séjourné pendant huit ans. Ces intérêts souffraient de la rupture de très anciens pactes de fraternité et de protection, à l'abri desquels les marchands et les chefs chameliers de Damas et de Bagdad pouvaient, en toute sécurité, faire prendre à leurs caravanes la voie plus courte par le désert, à condition de payer un droit de péage tarifé aux Arabes Bédouins indépendants qui l'occupent.Après cette rupture, causée par le refus obstiné et déloyal des caravaniers de solder un arriéré très élevé de ces droits, réclamé, mais en vain, par ces nomades, une caravane très forte tenta de forcer le passage à main armée. Elle fut surprise, attaquée et totalement pillée après une énergique défense dans laquelle le sang avait coulé de part et d'autre en abondance, rendant ainsi toute réconciliation impossible, selon l'usage au désert, tant que le prix du sang n'est pas payé par le sang, ou n'est pas racheté par l'équivalent en espèces...
Parmi les premiers poèmes de Jules Laforgue, pleins de cette élégance et de cette finesse propres à l'auteur des "Complaintes".
"L'évolution est le mouvement infini de tout ce qui existe, la transformation incessante de l'Univers et toutes ses parties depuis les origines éternelles et pendant l'infini des âges. Les voies lactées qui font leur apparition dans les espaces sans bornes, qui se condensent et se dissolvent pendant les millions et les milliards de siècles, les étoiles, les astres qui naissent, qui s'agrègent et qui meurent, notre tourbillon solaire avec son astre central, ses planètes et ses lunes..."
Dans l'incertitude et la confusion des nouvelles qui, jusqu'à présent, sont parvenues de l'étranger, parler de la Révolution russe est assez difficile, surtout dans un hebdomadaire dont la vision des choses peut chaque jour se trouver limitée ou infirmée par des nouvelles plus récentes.Cependant, il est certains aspects que l'on peut constater aujourd'hui sans craindre que, dès demain, ils ne paraissent futiles, des aspects qui sont déterminants pour le sens historique de cette révolution. Savoir où se trouvent le tsar et sa famille, quel membre de la famille du tsar songe à pactiser avec la révolution russe ou non, etc., peut avoir un grand intérêt pour les Philistins, mais ne concerne en rien les politiciens, dès lors qu'il s'est avéré que la Révolution russe ne cherche nullement à s'en prendre à la dynastie du tsar en tant que telle.
Tome 5 des treize volumes du voyage de Humboldt et BonplandÀ l'époque où nous séjournâmes Monsieur Bonpland et moi dans les provinces de la Nouvelle-Andalousie, de Nueva-Barcelona et de Caracas, c'était une opinion généralement répandue que les parties les plus orientales de ces côtes étaient les plus exposées aux effets destructeurs des tremblements de terre. Les habitants de Cumana redoutaient la vallée de Caracas à cause de son climat humide et variable, de son ciel brumeux et mélancolique. Les habitants de cette vallée tempérée parlaient de Cumana comme d'une ville où l'on respire sans cesse un air embrasé et dont le sol est périodiquement agité par de violentes secousses..
Tome six des treize volumes du voyage de Humboldt et Bonpland.Nous passâmes la nuit, à gué, le Rio Uritucu, qui est rempli d'une race de crocodiles très remarquables par leur férocité. On nous conseilla d'empêcher nos chiens d'aller boire à la rivière car il arrive assez souvent que les crocodiles d'Uritucu sortent de l'eau et poursuivent les chiens jusque sur la plage. Cette intrépidité est d'autant plus frappante qu'à 6 lieues de là les crocodiles du Rio Tisnao sont assez timides et peu dangereux. Les moeurs des animaux varient, dans la même espèce, selon des circonstances locales difficiles à approfondir. On nous montra une cabane ou plutôt une espèce de hangar, dans lequel notre hôte de Calabozo, don Miguel Cousin, avait été témoin de la scène la plus extraordinaire. Couché avec un de ses amis sur un banc couvert de cuir, don Miguel est éveillé de grand matin par de violentes secousses et par un bruit épouvantable. Des mottes de terre sont lancées au milieu de la cabane. Bientôt un jeune crocodile de deux à trois pieds de long sort au-dessous du lit, se jette sur un chien qui couchait sur le seuil de la porte, le manque dans l'impétuosité de son élan et se sauve vers la plage pour y gagner la rivière.
Tome sept des treize volumes du voyage de Humboldt et Bonpland.Le fleuve de l'Orénoque, en se dirigeant du midi au nord est traversé par une chaîne de montagnes granitiques. Deux fois resserré dans son cours, il se brise avec fracas contre des rochers qui forment des gradins et des digues transversales. Rien n'est plus imposant que l'aspect de ces lieux. Ni le saut du Tequen-dama, ni les grandes scènes des Cordillères n'ont pu affaiblir l'impression qu'avait produite sur moi la première vue des Rapides d'Aturès et de Maypurès. Lorsqu'on se trouve placé de manière à embrasser d'un coup d'oeil cette suite continue de cataractes, cette nappe immense d'écume et de vapeurs éclairée par les rayons du Soleil couchant, on croit voir le fleuve entier suspendu au-dessus de son lit.
Tome huit des treize volumes du voyage de Humboldt et Bonpland.Lorsque nous arrivâmes à l'Esmeralda, la plupart des Indiens revenaient d'une excursion qu'ils avaient faite à l'est, au-delà du Rio Padamo, pour recueillir des Juvias ou fruits du Bertholletia et la liane qui donne le Curare. Ce retour était célébré par une fête qu'on appelle dans la mission la fiesta de las Juvias, et qui ressemble à nos fêtes des moissons et des vendanges. Les femmes avaient préparé beaucoup de liqueurs fermentées ; pendant deux jours, on ne rencontrait que des Indiens ivres. Chez des peuples qui attachent beaucoup d'importance aux fruits des palmiers et de quelques autres arbres utiles à la nourriture de l'homme, l'époque de la récolte de ces fruits est marquée par des réjouissances publiques : on divise le temps d'après des fêtes qui se succèdent d'une manière invariable. Nous fûmes assez heureux de trouver un vieil Indien moins ivre que les autres et qui était occupé à préparer le poison Curare avec les plantes fraîchement recueillies. C'était le chimiste de l'endroit.
Tome neuf des treize volumes du voyage de Humboldt et Bonpland.Il faisait déjà nuit lorsque nous traversâmes pour la dernière fois le lit de l'Orénoque. Nous devions coucher près du fortin de San Rafael et entreprendre, le lendemain dès l'aube du jour, le voyage à travers les steppes de Venezuela. Près de six semaines s'étaient écoulées depuis notre arrivée à l'Angostura, nous désirions vivement atteindre les côtes pour trouver soit à Cumana, soit à Nueva-Barcelona, un bâtiment qui pût nous conduire à l'île de Cuba et de là au Mexique. Après les souffrances auxquelles nous avions été exposés pendant plusieurs mois, naviguant dans de petits canots sur des fleuves infestés de moustiques, l'idée d'un long voyage de mer se présentait avec quelque charme à notre imagination. Nous ne comptions plus revenir dans l'Amérique méridionale. Sacrifiant les Andes du Pérou à l'archipel si peu connu des Philippines, nous persistions dans notre ancien projet de rester une année dans la Nouvelle-Espagne, de passer avec le Galion d'Acapulco à Manille et de retourner en Europe par la voie de Bassora et d'Alep. Il nous paraissait qu'une fois sortis des possessions espagnoles en Amérique, la chute d'un ministère dont la noble confiance m'avait procuré des permissions si illimitées, ne pouvait plus nuire à l'exécution de notre entreprise. Ces idées nous agitaient pendant le voyage monotone à travers les steppes. Rien ne fait mieux endurer les petites contrariétés de la vie que l'occupation qu'offre à l'esprit l'accomplissement prochain d'un dessein hasardeux.