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Johnny, les répertoires d'un rockeur patrimonial
"Je m'appelle Jean-Philippe Smet/Je suis né à Paris/Vous me connaissez mieux sous le nom de Johnny/Un soir de juin en 1943/Je suis né dans la rue par une nuit d'orage". Ainsi se présentait Johnny en chanson dans cet emblématique "Je suis né dans la rue", daté 1968. Mais la carrière de Hallyday, alors idole indéboulonnable des jeunes, avait officiellement débuté en 1960.
Le 14 mars exactement, avec quatre titres publiés sur le label Vogue dont la pochette présentait un Johnny en pantalon de cuir noir agenouillé, guitare en main: "T'aimer follement", "J'étais fou", "Oh!oh!baby" et "Laisse les filles". Un fan d'Elvis qui introduit le rock, un nouveau son en France et y renouvelle le paysage musical. Johnny sonne alors le début d'une idylle passionnelle qui perdurera près de soixante ans, via 50 albums studio et 1000 titres, hissant en définitive le chanteur au rang de rockeur patrimonial. Un monument hexagonal à propos duquel Cali se demandait en chantant "Combien de jours de deuil à la mort de Johnny ?".
Les années 1960
Durant cette première période, Hallyday se distingue avec quelques chansons plus ou moins marquantes, comme "Souvenirs, souvenirs" et "Itsy bitsy petit bikini" ou "Le p'tit clown de ton coeur". Rapidement, son rock'n'roll énergique s'autorise quelques écarts du côté de ballades tendres ("Retiens la nuit", "Douce violence") dont il gardera le secret et du twist dont la vague déferle momentanément ("Twistin'USA", "Viens danser le twist"). Mais ce sont surtout ses reprises et adaptations françaises de succès américains qui asseyent la figure du rockeur français, grâce aux albums "Johnny Hallyday Sings America'S Rockin'Hits" et "Les Rocks les plus terribles", d'où émarge notamment "Johnny reviens" ("Johnny B.Goode"). D'autant que dans l'intervalle, il s'est autoproclamé "Idole des jeunes" en traduisant brillamment le morceau de Rick Nelson "Teenage Idol" (1964), avant de s'offrir l'un de ses plus gros tubes de l'époque avec "Le Pénitencier", sa version francophile du fameux standard "The House of The Rising Sun" popularisé encore à l'époque par The Animals. Un air rock qui lui permet au passage de s'extirper de son image lisse et trop collante d'idole des jeunes.
Comme son héros Elvis, Johnny connaît ensuite le creux de la vague d'après son service militaire, tandis que les Beatles et les Rolling Stones sont passés par là. Mais l'homme a de la ressource, du souffle et le prouve avec "Noir c'est noir" d'abord, puis en conviant le guitariste Jimi Hendrix à ouvrir les feux de son concert à l'Olympia fin 1967 et en intégrant le courant psychédélique dans sa vision du "San Francisco" de Scott McKenzie. Bien que le plus haut fait d'armes du Hallyday de ces sixties du yé-yé et de Salut les copains, qui a évité les airs contestataires de mai 1968, soit l'emblématique "Cheveux longs idées courtes" (1966). Une chanson un brin hargneuse répondant aux mythiques "Elucubrations" du chevelu Antoine qui s'offrait avec humour le scalp de Johnny et de tous les portes-voix ringards du yé-yé.
Les années 1970
Durant la décennie suivante, Johnny se refait d'abord rockeur pur et dur au fil de trois albums dont, surtout, "Flagrant délit" en 1971 qui comporte les tubes "Fils de personne" et "Oh ! Ma jolie Sarah" signés par le journaliste et romancier Philippe Labro puis en 1972 "Insolitudes" qui contient l'un des rares titres co-signés Johnny, soit l'incunable hymne au blues "La musique que j'aime". Gardant une cadence de publications infernales, entre six et douze mois entre chaque album, Johnny produit alors de fait quantité de chansons dispensables. Il faut attendre la fin des années 70 et des succès tels que "Gabrielle", "Ma gueule", "J'ai oublié de vivre" ou "Joue pas de rock'n'roll pour moi" pour voir une amélioration qualitative toute relative.
Les années 1980
Les choses ne s'améliorent guère pour Johnny au début des années 80, où il connaît un nouveau creux artistique en publiant notamment des versions vaguement disco de ses tubes sixties, en s'offrant sur scène un show démesuré façon Mad Max et en sortant un dispensable album enregistré à Naschville, "Entre violence et violon". Il faut attendre 1985 et 1986 avec les parutions successives de "Rock'n'roll attitude" signé Michel Berger et "Gang" composé par Jean-Jacques Goldman pour assister au sursaut du chanteur en même temps qu'au tournant de la carrière de Hallyday. Le premier album "d'auteur" charrie les titres phares que sont "Quelque chose de Tennessee" et "Le chanteur abandonné". Le second recelant "L'envie", "Je t'attends", "Je te promets", "Laura" et "J'oublierai ton nom". Paradoxalement, ce sont les ballades et chansons plus lentes qui propulsent Hallyday dans une autre dimension et lui permettent de revêtir désormais la stature d'un chanteur plus mûr et équilibré. Et de séduire une plus large audience.
>> A lire aussi: "Rock’n’roll attitude", album-clé de la carrière de Johnny
Les années 1990 et 2000
Avec les années 90 débute surtout la surenchère scénique de Johnny qui culmine avec une série de trois concerts devant 180'000 personnes pour célébrer son cinquantième anniversaire au Parc des Princes de Paris en 1993. Une ère des stades parachevée en 1998 au Stade de France dans la foulée de l'album "Ce que je sais" que lui a taillé Pascal Obispo porté par le célèbre morceau aussi incandescent que caricatural de Zazie, "Allumer le feu".
A l'orée des célébrations de ses quarante ans de métier en l'an 2000 avec un concert gratuit aux pieds de la Tour Eiffel, Johnny réussit son coup de maître avec "Sang pour sang". Un disque mis en musiques par son fils David où se côtoient les plumes de Françoise Sagan, Vincent Ravalec, Miossec ou Philippe Labro et qui se mue en plus grand succès commercial du chanteur. Johnny récidive presque avec "A la vie, à la mort" (2002), double album à succès au générique duquel on trouve cette fois Axel Bauer, Patrick Bruel ou Marc Lavoine sans que s'en détachent toutefois de chansons notoires, hormis le touchant et puissant "Marie" écrit par Gérald de Palmas.
La canonisation du rockeur se poursuit en 2003 avec ses spectacles pyrotechniques étourdissant pour ses soixante printemps et "Ma vérité" (2005), dernier album qu'a abrité son historique maison de disques Universal de laquelle il divorce suite à un contentieux autour de la propriété de ses masters studio.
Jusqu'à son décès le 6 décembre 2017 après avoir frôlé la mort une première fois en décembre 2009 à Los Angeles après des complications suite à une opération d'une hernie discale, Johnny n'a plus publié de titres emblématiques. N'en déplaise à "De l'amour", 50e album daté 2015. Il aura par contre continué d'incarner avec ferveur son répertoire ces quinze dernières années sur scène, son jardin éternel, s'offrant même un récent ultime tour de piste avec ses complices Eddy Mitchell et Jacques Dutronc à l'enseigne des Vieilles Canailles.
Olivier Horner
Publié le 06 décembre 2017 - Modifié jeudi à 10:35