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Dernière mise à jour le 15 janvier 2017
L’augmentation du prix du pétrole et le développement de la demande mondiale en énergie ont rendu intéressante l’exploitation de gisements d’accès difficile : gisements sous-marin (off-shore) et gisements d’hydrocarbures non-conventionnels dont l’exploitation était jugée auparavant trop coûteuse.
Ressources en pétrole et gaz non conventionnels dans le monde, selon l’EIA, Agence d’information sur l’énergie, une institution indépendante créée par le Congrès des USA en 1977 pour produire des statistiques sur l’ensemble des énergies (ressources et exploitation).
Des ressources gigantesques en gaz et en pétrole non conventionnels assureraient aux pays qui les abritent de nombreuses années d’indépendance énergétique. Dans les faits elles sont difficilement quantifiables sans exploration réelle et précise. Leurs estimations sont régulièrement revues à la hausse ou à la baisse et dans des proportions importantes. De plus la présence potentielle de méthane dans le sous-sol n’implique pas que son exploitation soit techniquement réalisable et économiquement rentable.
Actuellement seuls les Etats Unis ont véritablement développé sur leur territoire l’exploitation des gaz et pétrole non conventionnels.
Entre 2005 et 2012 environ 500'000 puits y ont été forés, soit en moyenne 70'000 par an. Ce développement à grande échelle a été facilité par :
- la disponibilité immédiate de nombreuses compagnies gazières dotées des équipements nécessaires,
- l’existence d’un réseau important de gazoducs qui couvre une grande partie du pays
- une administration simplifiée : les propriétaires des terrains le sont aussi de leur sous-sol, il suffit de s’entendre avec chacun d’entre eux. En acceptant l’exploitation de leur sous-sol contre rémunération, les propriétaires ont dû signer une clause de confidentialité et donc s’engager à ne pas signaler les problèmes environnementaux, les accidents, etc..
- le vote d’une loi en 2005, l’Energy Policy Act, (proposée par Dick Cheney) qui libère la fracturation hydraulique des dispositions sur l’eau potable et subventionne largement les industries pétrolières et gazières par la défiscalisation.
Les USA peuvent désormais envisager l’indépendance énergétique dans le courant des prochaines années et sont devenu le premier producteur mondial de gaz naturel. L’envolée de leur production de gaz en a fait chuter le prix à l’intérieur des frontières, à tel point que son exploitation n’est plus rentable. L'exploitation du pétrole de schiste était encore intéressante jusqu' en été 2014. Depuis la chute du prix du brut, ce n'est plus le cas. Toutes les compagnies petro-gazières qui se sont investies dans ces forages font la grimace... Par contre la baisse du prix du gaz a été un accélérateur économique important dans la mesure où elle rend l’industrie très compétitive sur le plan international.
Réalisée sans aucun contrôle réel, l’exploitation a eu un impact environnemental dont l’importance et les caractéristiques ne sont connues que de façon parcellaire. Les états, les communes et les propriétaires, liés financièrement aux compagnies petro-gazières, en sont devenus complices. Le film Gasland sorti en 2011 a rompu la loi du silence. La contestation qui s’est alors engagée ainsi que les résultats de recherches scientifiques indépendantes ont amené l’EPA (Agence américaine de protection de l’environnement) à établir la liste des additifs utilisés lors des fracturations (plusieurs centaines, dont beaucoup sont toxiques) et à mettre en place une étude systématique des pollutions générées (résultats prévus en 2014 ??). Parallèlement les compagnies gazières en place développent ou prétendent développer de nouvelles technologies plus propres.
Dépôt de 625'000 demandes d'arrêt immédiat des opérations de fracking sur le sol américain, 24 août 2013. Source : nofrackingfrance.fr
En décembre 2016, l'EPA produit enfin son rapport sur les conséquences environnementales de l'exploitation des gaz et huile de schiste. Ce rapport reconnaît l'impact sur la qualité et la disponibilité des ressources en eau, particulièrement lorsqu'elles sont situées à proximité des sites de forages. Lien vers le rapport de l'EPA.
Cette réussite économique a donné envie à de nombreux pays d’exploiter leur propre sous-sol. Le Canada et la Chine ont commencé récemment l’exploitation, le premier rencontre cependant une forte contestation auprès de la population québecoise, tandis que le deuxième affronte deux handicaps importants, l’approvisionnement difficile en eau (régions désertiques) et l’absence d’un réseau de gazoducs.
Le Mexique, l’Argentine, les pays d’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud, l’Australie, ainsi que plusieurs pays européens ont délivrés des permis d’exploration et/ou d’exploitation ou sont en pourparlers avec des compagnies pétro-gazières. Fin 2014, l'Algérie a lancé un programme d'exploitation qui rencontre maintenant une forte opposition populaire.
La Pologne a largement ouvert ses portes aux compagnies petro-gazières espérant réaliser ainsi son indépendance vis à vis de la Russie. Il s'avère que ses ressources sont difficiles et coûteuses à exploiter. En janvier 2015, Chevron annonce qu'elle renonce à poursuivre ses recherches de gaz de schiste en Pologne
La Grande-Bretagne, malgré des épisodes sismiques inquiétants en 2011 et malgré la contestation populaire, persiste dans l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère.
|Source : AFP/Carl Court||Source : Reuters/Toby Melville||Source : nofrackingfrance.fr|
|Manifestations anti fracking à Balcombe (GB) juillet-août 2013|
En Europe, deux pays, la France et la Bulgarie, suite aux manifestations de leur population et en Suisse deux cantons, Fribourg et Vaud, ont interdit l’utilisation de la fracturation hydraulique sur leur territoire, les cantons de Berne, Neuchâtel et Genève préparent une législation en ce sens.
En juillet 2014, l'Allemagne et la Flandre annoncent l'une et l'autre des moratoires sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste.
Situation mondiale en chiffres : Le Monde Economie Infographie, août 2013.
Comme dans la plupart des pays, c’est l’Etat qui attribue des permis d’exploration ou d’exploitation du sous-sol. Le propriétaire du terrain, la commune, la région n’ont aucun pouvoir en la matière, ils sont juste informés par le Journal officiel, s’ils le lisent... Plusieurs permis ont été accordés dans toute la France, particulièrement au Nord de Montpellier, dans le sud du Jura, dans le sud-est et dans la région Parisienne, jusqu’en 2010. Cette même année deux écologistes renommés (Fabrice Nicolino et José Bové) ont lancé l’alerte par la presse et informé des risques liés à la fracturation hydraulique. L’importante mobilisation qui a suivi, nourrie par le film « Gasland », a convaincu le pouvoir politique. Une loi a été votée en juillet 2011 interdisant la fracturation hydraulique et annulant les 3 permis d’exploration délivrés dans le midi de la France.
Les nombreux collectifs « Non au gaz de Schiste » créés à cette époque dans tous les départements concernés restent cependant toujours actifs et vigilants. Les compagnies petro-gazières et le lobby industriel déploient désormais de leur côté une importante activité auprès des politiques et des journalistes pour faire changer l’opinion en leur faveur.
Lire à ce sujet : "Gaz de schiste : la liste des grandes entreprises françaises qui sont déjà dans le business", par Sylvain Lapoix sur Reporterre.
En France voisine, Celtique Energie a obtenu en 2010 et 2008 les permis d’explorations minières dits de Pontarlier et de Moussières. Depuis la loi de juillet 2011, sur son site et dans l’ensemble de sa communication, Celtique Energie affirme ne viser que l’exploitation de pétrole et de gaz conventionnels. Elle prévoit dès 2014 un forage dans la région de Lantenay, là ou en 1989 des travaux d’explorations d’Esso avaient provoqué la pollution puis le tarissement définitif d’une source alimentant deux villages.
Des documents confidentiels de Celtique rédigés à l’intention des investisseurs et révélés par Le Courrier le 12 juin 2014 font douter de de ses affirmations publiques : « Les gisements de schiste du Toarcien et de l’Autunien sont bien développés dans la région jurassienne (…) au point de fournir un avantage significatif par rapport au gaz conventionnel ».
Lire "Dans le Jura, l'exploration du gaz de schiste avance masquée" sur Rue89.
L'importante mobilisation de la population, des collectifs et des élus de la région a finalement payé : en mars 2015, la demande de renouvellement du permis de Moussières est rejetée.
On trouve dans cet article de la Fabrique écologique (novembre 2016) un résumé très complet et très factuel de la situation de l'exploitation des gaz et pétrole de schiste en France et dans le monde.